summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--78665-0.txt10281
-rw-r--r--78665-h/78665-h.htm14475
-rw-r--r--78665-h/images/cover.jpgbin0 -> 89698 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/decor1.jpgbin0 -> 2304 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i01.jpgbin0 -> 155378 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i02.jpgbin0 -> 141154 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i03.jpgbin0 -> 132656 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i04.jpgbin0 -> 166914 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i05.jpgbin0 -> 249548 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i06.jpgbin0 -> 31616 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i06_large.jpgbin0 -> 282929 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i07.jpgbin0 -> 148194 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i08.jpgbin0 -> 138475 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i09.jpgbin0 -> 98213 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i10.jpgbin0 -> 125308 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i11.jpgbin0 -> 99284 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i12.jpgbin0 -> 24786 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i12_large.jpgbin0 -> 329517 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i13.jpgbin0 -> 52104 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i13_large.jpgbin0 -> 410963 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i14.jpgbin0 -> 84925 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i15.jpgbin0 -> 41696 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i15_large.jpgbin0 -> 272018 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i16.jpgbin0 -> 43808 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i17.jpgbin0 -> 47348 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i17_large.jpgbin0 -> 374312 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i18.jpgbin0 -> 31658 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i19.jpgbin0 -> 37369 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i20.jpgbin0 -> 115518 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i21.jpgbin0 -> 45737 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i22.jpgbin0 -> 57907 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i23.jpgbin0 -> 118273 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i24.jpgbin0 -> 99578 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i25.jpgbin0 -> 247175 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i26.jpgbin0 -> 144571 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i27.jpgbin0 -> 134640 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i28.jpgbin0 -> 130723 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i29.jpgbin0 -> 56258 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i29_large.jpgbin0 -> 369879 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i30.jpgbin0 -> 119543 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i31.jpgbin0 -> 114766 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i32.jpgbin0 -> 217067 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i33.jpgbin0 -> 53270 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i34.jpgbin0 -> 46059 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i35.jpgbin0 -> 33084 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i36.jpgbin0 -> 35031 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i37.jpgbin0 -> 20729 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i38.jpgbin0 -> 28597 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i39.jpgbin0 -> 49025 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i39_large.jpgbin0 -> 294930 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i40.jpgbin0 -> 55206 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i40_large.jpgbin0 -> 453523 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i41.jpgbin0 -> 151320 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i42.jpgbin0 -> 139013 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i43.jpgbin0 -> 195616 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i44.jpgbin0 -> 37624 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i45.jpgbin0 -> 160264 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i46.jpgbin0 -> 49797 bytes
-rw-r--r--78665-h/images/i46_large.jpgbin0 -> 340492 bytes
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
62 files changed, 24772 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/78665-0.txt b/78665-0.txt
new file mode 100644
index 0000000..87f7c63
--- /dev/null
+++ b/78665-0.txt
@@ -0,0 +1,10281 @@
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78665 ***
+ =Structure de l’Algérie=
+
+
+ * * * * *
+ COULOMMIERS
+ Imprimerie PAUL BRODARD.
+ * * * * *
+
+
+ E.-F. GAUTIER
+ * * * * *
+
+ =Structure de l’Algérie=
+
+ * * * * *
+
+ PARIS
+ SOCIÉTÉ D’ÉDITIONS GÉOGRAPHIQUES ET SCIENTIFIQUES
+ LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
+ 184, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
+ * * * * *
+ 1922
+
+
+
+
+ AVANT-PROPOS
+
+ * * * * *
+
+
+On croit devoir rappeler que nous avons sur l’Algérie une très belle
+collection de cartes topographiques, à 1:50000e pour le Tell, à
+1:200000e pour les territoires du Sud, et même à 1:100000e pour quelques
+coins de ces territoires, encore très rares, il est vrai.
+
+Par surcroît l’Algérie a un service géologique depuis près d’un demi-
+siècle : le nombre des cartes géologiques à 1:50000e publiées à la date
+de novembre 1920 atteint le chiffre de 49 et les études techniques de
+détail publiées par les membres du Service font une bibliothèque
+importante. Nous ne sommes aussi bien documentés ni sur le Maroc,
+naturellement, ni même sur la Tunisie, où le travail des géologues n’est
+pas aussi avancé que celui des topographes. Cette situation privilégiée
+de l’Algérie nous permet de risquer une esquisse de sa structure.
+
+Assurément on ne peut pas oublier que le Maroc et la Tunisie sont des
+prolongements latéraux de l’Algérie et qu’ils font avec elle partie d’un
+même tout, la chaîne de l’Atlas. Et on ne s’est pas interdit d’aller
+chercher au delà de la frontière des points de comparaison. Mais,
+essentiellement, le pays, dont on essaie de disséquer l’anatomie, c’est
+l’Algérie. C’est-à-dire la seule partie de la Berbérie française sur
+laquelle nous avons d’ores et déjà une accumulation suffisante de
+documents. C’est de ces documents qu’on va essayer ici une synthèse ;
+c’est la première tentative de ce genre et elle est donc dangereuse ;
+mais il était souhaitable apparemment que la lacune fût comblée.
+
+Le livre a pu paraître grâce à la générosité de M. le Gouverneur général
+d’Algérie, du Conseil de l’Université d’Alger, et de la Caisse des
+Recherches scientifiques au ministère de l’Instruction publique.
+
+
+
+
+ STRUCTURE DE L’ALGÉRIE
+
+ * * * * *
+
+ LIVRE I
+
+ LE CADRE
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ L’ATLAS ET LE PLISSEMENT ALPIN
+
+
+La structure de l’Algérie se résume très exactement en un petit membre
+de phrase : un morceau de l’Atlas.
+
+La France se décompose au premier coup d’œil en grandes régions tout à
+fait différentes, les Alpes, les Pyrénées, le Plateau Central, etc. Mais
+il n’y a pas un coin de l’Algérie qui soit autre chose que de l’Atlas ;
+du moins en gros, dans les lignes générales. Cette simplicité fera
+précisément la difficulté du problème quand il s’agira de décrire,
+puisque décrire c’est distinguer des parties. Avant d’en arriver là il
+faut dire ce qu’est l’ensemble, c’est-à-dire l’Atlas.
+
+L’Atlas est une chaîne de montagnes très connue, pas seulement en elle-
+même, par les études dont elle a été directement l’objet, mais encore
+par le reflet des études Alpines. Les Alpes sont à la surface du globe
+la chaîne de beaucoup la mieux connue, tous les efforts des géologues se
+sont concentrés sur elles, c’est sur les bases d’observations faites
+dans les Alpes qu’ont été édifiées toutes les théories orogéniques, à
+l’aide desquelles on cherche à comprendre les autres chaînes
+planétaires. Or l’Atlas n’est pas une chaîne autonome, elle est un
+rameau du système Alpin, du consentement universel des géologues, sans
+contestation.
+
+On sait très bien comment la chaîne nord-africaine se prolonge sur le
+sol européen à ses deux extrémités, la marocaine et la tunisienne (fig.
+1).
+
+Au Maroc le Rif, qui est la dernière coulisse occidentale de l’Atlas, se
+continue en Andalousie par la Cordillère Bétique.
+
+De part et d’autre du détroit les deux colonnes d’Hercule, le rocher de
+Ceuta au sud, et celui de Gibraltar au nord, sont un pendant exact l’un
+de l’autre ; mêmes calcaires, affectés des mêmes plis ; le détroit n’est
+qu’une gorge envahie par la mer à travers la Cordillère Riffaine-
+Bétique.
+
+[Illustration : FIG. 1. — LE SYSTÈME ALPIN ET LA TYRRHÉNIDE.
+
+L’Atlas fait partie du système alpin (Cordillère Bétique, Rif, Atlas,
+Apennins, Alpes).
+
+La Corse et la Sardaigne sont les témoins d’un continent effondré, la
+Tyrrhénide, dont d’autres débris sont restés accolés aux côtes de
+Provence, d’Italie méridionale, et d’Algérie (Kabylies). —
+L’effondrement Tyrrhénien a laissé sur les côtes de la Méditerranée
+occidentale un chapelet de roches volcaniques, cicatrices de la cassure.
+
+Le môle résistant de la Tyrrhénide a déterminé l’allure serpentante du
+système alpin, et a refoulé tous les plissements dans le même sens, vers
+l’extérieur, c’est-à-dire en ce qui concerne l’Atlas vers le Sud.
+
+Ceci se rapporte à la structure de l’Atlas vu du Nord, de la
+Méditerranée. Pour comparaison voir la figure 6, chap. 4.]
+
+
+A l’autre bout de l’Atlas, le bout tunisien, la rupture est plus
+importante. Cependant les géologues sont unanimes à dire que, par le cap
+Bon, à travers la Sicile, l’Atlas se prolonge par l’Apennin, qui lui-
+même dans la région de Gênes va se souder aux Alpes proprement dites. La
+chaîne des coulisses plissées est continue depuis le Danube jusqu’à
+l’Andalousie, à travers toute l’Italie et toute l’Afrique du Nord.
+
+Cet ensemble est le système Alpin, le cadre général dans lequel rentre
+l’Atlas.
+
+Le dessin de ce système est très contourné, la chaîne a d’un bout à
+l’autre une allure gyratoire. La Cordillère Riffaine-Bétique a la forme
+d’un hameçon. Le complexe Atlas-Apennin se recourbe de la même façon sur
+soi-même. L’ensemble fait une ceinture à la Méditerranée occidentale sur
+les trois quarts de son pourtour. A l’autre extrémité du système Alpin,
+sur le Danube, les Carpathes ont la même allure enveloppante autour de
+la plaine hongroise.
+
+Le système Alpin tout entier, d’un bout à l’autre, à travers toute
+l’Europe, ne cesse pas de serpenter ainsi ; c’est son originalité
+propre. Le cas n’est pas isolé à la surface de la planète ; on cite par
+exemple les Antilles, qui sont une chaîne sous-marine à sommets émergés,
+et qui dessinent autour du golfe du Mexique un enveloppement plus que
+semi-circulaire.
+
+Ces allures enveloppantes, serpentantes, suggèrent l’idée d’obstacles
+contournés. Autour du bassin occidental méditerranéen, et à l’intérieur
+de ce bassin, quelques grands faits dûment constatés précisent cette
+idée.
+
+Cordillère Bétique, Atlas, Apennin, ces trois tronçons d’une même chaîne
+ne se contentent pas de serpenter autour de la Méditerranée occidentale,
+ils lui tournent invariablement le dos. Il faut entendre de la même
+façon que nos Alpes françaises familières tournent le dos à la plaine du
+Pô, et déferlent sur la vallée du Rhône leurs plis et leurs nappes,
+attestant une poussée qui s’est exercée d’Italie en France. De la même
+manière exactement l’Apennin déverse ses plis vers l’est, vers
+l’Adriatique ; l’Atlas vers le sud, vers le Sahara ; et la Cordillère
+Bétique vers le nord, vers la Meseta ibérique. Il y a donc un centre de
+refoulement périphérique vers le cœur de la Méditerranée occidentale,
+vers la Sardaigne.
+
+Qu’est-ce donc que la Sardaigne ? La Sardaigne, avec la partie de la
+Corse qui lui fait suite, est un môle de vieilles roches cristallines. A
+mesure qu’on l’étudie davantage, au dire de Suess, « elle possède à un
+degré de plus en plus net les caractères d’une région extra Alpine » ;
+Suess signale des analogies avec la Meseta ibérique[1].
+
+On est donc conduit à l’idée qu’il a existé, sur l’emplacement de la
+Méditerranée occidentale, un môle résistant, qui a refoulé autour de soi
+les plis du géosynclinal. Cette ancienne terre ferme, abîmée
+aujourd’hui, sauf le fragment Sarde, sous des épaisseurs d’eau qui vont
+à 3000 mètres, les naturalistes lui ont donné le nom de Tyrrhénide : il
+est à peine utile de rappeler qu’ils ont emprunté ce nom à la mer
+Tyrrhénienne.
+
+Sur les côtes de la Méditerranée occidentale, celles d’Andalousie,
+d’Afrique, d’Italie, voire de Provence, la Tyrrhénide a laissé des
+fragments de soi, et des traces de la rupture.
+
+Dans notre Algérie par exemple, les vieilles roches cristallines sont
+sur la côte, dans les Kabylies, et nulle part ailleurs dans tout
+l’intérieur du pays. Dans la région d’Alger en particulier trois petits
+pointements côtiers de schistes cristallins sont significatifs. L’un est
+celui de la Bouzaréa, le promontoire sur lequel est construit la vieille
+ville. Les deux autres, à droite et à gauche de la Bouzaréa sont ceux du
+cap Matifou et du cap Sidi-Ferruch (fig. 32). Ces trois promontoires
+voisins, parmi lesquels Matifou et Sidi-Ferruch sont tout à fait exigus,
+sont construits de même. Chacun est un paquet hétérogène de vieilles
+roches cristallines, collé à une côte de roches tertiaires récentes. Ce
+sont des corps étrangers, des lambeaux ; puisqu’ils n’ont pas de rapport
+intelligible avec la terre ferme, il faut chercher leur continuation et
+leur explication au fond de la mer : ce sont des bavures détachées de la
+Tyrrhénide.
+
+En Italie les vieilles roches de la Calabre (monts Péloritains,
+Aspromonte, Sila) font de même un contraste absolu avec tout le reste de
+l’Apennin. D’après Suess on a trouvé en grandes quantités, éparpillés à
+travers tout l’Apennin, « des blocs de granite, de syénite, de porphyre,
+et d’autres roches », et on suppose « que leur pays d’origine se
+trouverait dans la Tyrrhénide effondrée ». Tout confirme donc
+« l’hypothèse qu’une grande chaîne en partie granitique, existait jadis
+à l’ouest de la péninsule »[2].
+
+En Provence les monts des Maures (Esterel, îles d’Hyères) font ce même
+contraste de corps étranger avec les Alpes. En tout cas ils n’ont pas
+« avec les plis provençaux une liaison intime ; ils affectent plutôt les
+caractères d’un fragment d’avant-pays »[3].
+
+Par les cassures le long desquelles la Tyrrhénide s’est abîmée, des
+roches éruptives se sont fait jour, qu’on observe en chapelet tout le
+long des côtes.
+
+En Italie des volcans sont encore en activité, le Vésuve, le groupe
+Etna-îles Lipari ; d’autres sont à peine éteints et d’aspect frais comme
+ceux de la campagne Romaine, le Volture ; et tous ont un caractère
+nettement Tyrrhénien. En Andalousie les caps de Gata et de Palos sont de
+roche éruptive.
+
+
+En Algérie le cas est très net. L’intérieur du pays est à peu près
+complètement dépourvu de roches éruptives. Elles sont concentrées sur la
+côte, où elles abondent.
+
+La plupart des pointements sont des promontoires, cap de Fer, cap
+Bougaroun, cap Djinet, cap Figalo, etc. ; une énumération complète
+serait deux fois plus longue. Ou bien encore des îles ; sur cette côte
+abrupte toutes les îles, je crois, sans exception sont de roches
+éruptives : île Galite, Habibas, Rachgoun, Zaffarines, Alboran.
+
+C’est vraiment très particulier. Cela seul suffirait à montrer qu’une
+grande cassure longe la côte.
+
+Et notez que toutes ces côtes sont secouées par des séismes. Inutile
+d’insister sur l’Italie méridionale, ni même sur l’Afrique du Nord, on a
+présent à l’esprit les tremblements de terre d’Oran, de Blida.
+
+De la côte espagnole entre Almeria et Carthagène on nous dit qu’aucune
+portion du littoral ibérique, sauf les environs de Lisbonne, n’est
+exposée à de plus violents et de plus fréquents tremblements de
+terre[4].
+
+Pour établir l’existence de la Tyrrhénide, les zoologistes viennent en
+aide aux géologues, et ils apportent eux aussi des arguments décisifs.
+Le zoologiste anglais Forsyth Major les a groupés dans un article
+intitulé Tyrrhénis[5].
+
+Les îles de la mer Tyrrhénienne ont une faune subfossile et actuelle qui
+n’a rien d’insulaire. On a identifié des ossements de cerfs dans la
+petite île de Pianosa ; de même à Giannutri dont l’étendue ne dépasse
+pas 200 hectares. Un grand nombre de trouvailles analogues ont été
+faites à l’île d’Elbe. Sur les 16 espèces de mammifères qui vivent en
+Corse et en Sardaigne on en compterait 7 qui manquent dans la péninsule
+italienne, tandis que ces 7 espèces vivent toutes en Algérie. Il
+s’agirait donc d’une terre fragmentée à une époque très récente.
+
+La Tyrrhénide est donc une hypothèse très solidement établie. C’est même
+plus qu’une hypothèse, on peut dire apparemment que c’est un fait. Mais
+bien entendu cette ancienne terre est très floue ; elle a des contours
+et un âge indécis.
+
+D’ailleurs en résumant des arguments empruntés à des sciences naturelles
+variées, on risque d’avoir commis des inexactitudes.
+
+Le but qu’on se proposait pourtant est très simple et on espère l’avoir
+atteint. On n’a pas songé à rendre de la Tyrrhénide un compte détaillé.
+C’est de l’Atlas dont il s’agit ? Cette chaîne plissée ne serait pas
+intelligible, si on n’eût pas dit un mot du môle résistant qui a borné
+le géosynclinal au nord, et qui a joué le rôle de refouloir.
+
+
+[Note 1 : No 116, t. I, p. 306.]
+
+[Note 2 : No 116, t. III, p. 871.]
+
+[Note 3 : _Id._, p. 899.]
+
+[Note 4 : Suess, no 116, t. I, p. 295.]
+
+[Note 5 : Cité par Suess, no 116, t. I, p. 446.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ LA GRANDE FAILLE TOUAT. - ROUSSILLON
+
+
+Le butoir correspondant à la Tyrrhénide, au sud de l’Atlas, c’est
+naturellement la plate-forme Saharienne. Au rebours de la Tyrrhénide
+elle n’a pas été soustraite à l’observation par l’effondrement sous la
+mer. Et cependant ses rapports avec le plissement de l’Atlas n’ont pas
+attiré l’attention des géologues au même degré, tant s’en faut, que la
+Tyrrhénide. C’est tout naturel. Le monde méditerranéen a été
+incomparablement plus étudié que le Sahara. Je me trouve m’être, depuis
+une vingtaine d’années, familiarisé avec le Sahara, et je crois que, si
+on prend en considération sa structure, on est conduit à comprendre
+beaucoup mieux celle de l’Algérie. Il me semble d’abord qu’un très gros
+fait a échappé à l’attention ; l’existence d’une grande faille, ou, si
+l’on préfère une expression moins précise, un grand accident, qui, dans
+la zone frontière entre Maroc et Algérie, intéresse à la fois la plate-
+forme Saharienne, l’Atlas, et d’ailleurs aussi la Méditerranée. On le
+suit, j’imagine, depuis le Tidikelt et le Touat jusqu’aux Pyrénées
+orientales.
+
+_Rue de Palmiers._ — Au Sahara Oranais le trait essentiel est
+l’existence de ce qu’un chroniqueur arabe appelle une « rue de
+palmiers ». Toutes les oasis, sans exception, se succèdent en ligne à
+peu près continue, en rue, en route bordée et jalonnée de palmiers,
+depuis l’Atlas jusqu’à In-Salah. Ce ruban de verdure a un millier de
+kilomètres de long ; il est si mince que si on pouvait le dessiner à
+l’échelle sur nos cartes, il faudrait un microscope pour le trouver. Ce
+mode de groupement des palmeraies est vraiment très particulier.
+
+Voici qui ne l’est pas moins ; la rue de palmiers, d’un bout à l’autre,
+sur la totalité des mille kilomètres, est une limite géologique très
+importante, elle sépare la pénéplaine primaire des plateaux crétacés et
+tertiaires.
+
+Au Touat, sur 200 kilomètres, il est admis que la rue de palmiers
+coïncide avec une faille, le long de laquelle on constate des roches
+éruptives et de la minéralisation.
+
+Au delà jusqu’à l’Atlas, sur 300 kilomètres, le contact du primaire et
+du crétacé est soustrait à l’observation par les dunes du grand Erg et
+par l’énorme accumulation des débris arrachés à l’Atlas depuis
+l’oligocène. Il est clair d’ailleurs que, sur cette énorme superficie
+désertique encore très mal cartographiée, nos données géologiques sont
+très lacunaires. Mais enfin, sous ces réserves, dans l’état actuel de
+nos connaissances, tout se passe comme si la rue de palmiers devait sa
+nappe d’eau, c’est-à-dire son existence même, à une ligne de contact
+géologique ; et cette ligne de contact a un rapport plus ou moins marqué
+avec une faille, ou un système de failles[6]. Cette grande faille, qui
+serait le trait dominant de la structure dans le Sahara Oranais,
+appelons-la, dans son ensemble, faille du Touat.
+
+Cette faille du Touat, peut-on en indiquer la pénétration dans l’Atlas
+Saharien ? Oui, sans hésitation, à mon avis du moins. Le point à
+considérer de l’Atlas Saharien est assurément Beni-Ounif de Figuig. De
+Beni-Ounif, quand on se tourne au sud, vers le Sahara, on voit à sa
+gauche la Chebket Tamednaïa, qui est un plateau crétacé. A sa droite on
+voit le Béchar, le Moumen, et le Mezarif, qui sont des saillies de la
+pénéplaine primaire. Ce contact entre la pénéplaine primaire et le
+plateau crétacé, qu’on suit depuis In-Salah, nous conduit à Figuig, qui
+est bien en effet la tête de ligne de la rue de palmiers.
+
+Figuig est, dans l’Atlas Saharien, à l’extrémité orientale d’une
+coulisse qui s’appelle le Grouz. C’est la zone du Grouz qui est le nœud
+de la question.
+
+_Haute Zousfana._ — Le Grouz fait déjà partie politiquement du Maroc ;
+mais il est aujourd’hui à peu près aussi connu que s’il était situé sur
+territoire algérien. Nous en avons une bonne carte topographique au
+200000e. Sur la géologie de la région, nos renseignements émanent de
+savants algériens bien connus ; MM. Ficheur et Flamand.
+
+Personnellement j’ai vu ce pays d’assez près à différentes reprises.
+
+Le Grouz est une muraille, haute d’un millier de mètres, de calcaire nu
+et abrupt ; cette muraille court d’est en ouest sur 80 kilomètres, et
+sur toute cette étendue elle est pratiquement infranchissable.
+
+[Illustration : FIG. 2. — VALLÉE DE LA ZOUSFANA A TRAVERS L’ATLAS DE
+FIGUIG.
+
+Tous les plis se ferment et se relaient de part et d’autre de la vallée,
+qui apparaît donc un grand accident tectonique, un ensellement, à
+l’extrémité orientale du Grouz.
+
+Rapprocher de la figure 3 et de la figure 4.]
+
+Les caravanes contournent le Grouz par ses extrémités, l’occidentale et
+l’orientale ? Ce sont ces deux extrémités qui nous intéressent. Si la
+faille du Touat traverse quelque part l’Atlas saharien, c’est là.
+
+A l’extrémité orientale, celle où est Figuig, la haute vallée de la
+Zousfana est tracée à travers toute la chaîne dans une puissante coupure
+à peu près rectiligne, très large, dirigée nord-sud.
+
+De part et d’autre les massifs montagneux sont, d’une part le Grouz et
+le Maïz, d’autre part le Beni Smir et le Soffah. Ce qui frappe d’abord
+c’est qu’il y a un relai de plis. A l’ouest les deux plis anticlinaux
+parallèles du Grouz et du Maïz se ferment brusquement à la rencontre de
+la haute Zousfana. A l’est le Beni Smir qui est un synclinal suspendu,
+se ferme brusquement lui aussi à la même rencontre. Pas un seul des
+trois plis ne passe. Ils sont arrêtés net tous les trois, sur la même
+ligne, comme par un obstacle profond et invisible. Cette tendance des
+plis à se fermer de part et d’autre de l’oued se rencontre en petit au
+col de Tarla, une étroite bouche rocheuse, par laquelle l’oued jaillit
+hors de la chaîne dans le Sahara. Le col est un ensellement entre deux
+brachyanticlinaux ; dans les deux piliers de la gorge les plissements
+s’enroulent en sens contraires.
+
+Des brachyanticlinaux et brachysynclinaux qui se relaient, c’est la
+structure de l’Atlas Saharien d’un bout à l’autre jusqu’en Tunisie. Il
+n’est donc pas surprenant de la retrouver ici. Mais enfin il demeure
+entendu que la haute vallée de la Zousfana n’est pas l’œuvre exclusive
+de l’érosion. Le travail de l’érosion a été guidé par un ensellement de
+la chaîne, qui a du rapport avec l’orogénie, avec la structure profonde
+(voir la fig. 2).
+
+Cette coupure de la haute Zousfana appelle d’autres observations.
+
+De part et d’autre de la vallée, la roche change. Le Maïz et le Grouz
+sont deux échantillons de la même montagne. Tous deux sont des
+brachyanticlinaux de calcaire jurassique et surtout liasique. Dans l’un
+et l’autre le pli est vivement déversé au sud, couché même. Des
+calcaires jaune de miel, vivement redressés, nus, abrupts, déchiquetés
+en aiguilles, particulièrement au sud, sur la surface où le pli est
+couché : c’est le Maïz et c’est le Grouz. De l’autre côté de la vallée,
+le Beni Smir avec son prolongement le Soffah est un autre monde. Les
+altitudes seules sont comparables, au Beni Smir comme au Maïz et au
+Grouz elles dépassent légèrement 2000 mètres ; c’est beaucoup pour
+l’Atlas Saharien. Pour y retrouver des sommets dépassant 2000 mètres il
+faut aller jusque dans l’Aurès. A tout autre point de vue le Beni Smir
+s’oppose franchement au Maïz et au Grouz. C’est une masse homogène de
+grès crétacé (Albien). Les couches de ce synclinal suspendu sont à peine
+ondulées, d’allures tranquilles qui contrastent avec la stratification
+bouleversée du Maïz et du Grouz. On a cherché à rendre ce contraste
+sensible dans la figure ci-jointe (fig. 3).
+
+[Illustration : FIG. 3. — MAIZ ET BENI-SMIR.
+
+La figure fait ressortir le contraste entre les structures de l’Atlas de
+part et d’autre de l’oued Zousfana. — Le Maïz est un hérissement de
+pointes calcaires liasiques avec du trias accusé en creux. Le plissement
+est très énergique. — Le Beni Smir est une feuille de grès albien
+légèrement ondulée en cuiller, une ondulation synclinale suspendue.
+
+Beni Smir est un nom de tribu, Taderent et Djattou sont des lieux
+habités ; ici comme plus à l’Est le plateau gréseux est hospitalier à
+l’homme (Gadas du djebel Amour. Les Beni Smir sont des Amour). — Le Maïz
+est du même type que le Grouz. Nous sommes ici à l’extrémité orientale
+du Grouz (voir fig. 4).
+
+A Djattou belles gravures rupestres sur les blocs de grès albien tombés
+de la falaise.]
+
+Il y a des conséquences humaines. Le Maïz et le Grouz sont des déserts
+de pierres. L’homme y passe ; on y voit des chasseurs de mouflons ; des
+dénicheurs d’abeilles ; des gens qui viennent faire quelques litres de
+goudron végétal avec les rares genévriers. Je ne crois pas qu’on y voie
+jamais des tentes. A coup sûr pas une seule maison. Mais le Beni Smir
+est anciennement aménagé par l’homme. Près de la source très abondante
+de Djattou, à côté d’une petite palmeraie, il y a des gravures rupestres
+qui sont parmi les plus belles. Jusqu’en haut de la montagne, sur le
+plateau, il y a un village avec des cultures, Taderent. Le Beni Smir a
+ses habitants propres, qui n’en sortent pas, qui en vivent, et qui lui
+ont donné leur nom. Le groupe des Beni Smir fait partie d’une grande
+tribu algérienne, celle des _Amour_. Ils mènent la même vie que les
+autres Amour dans le même cadre. Une feuille de grès Albien légèrement
+ondulée, c’est une structure très répandue dans tout le Djebel Amour.
+Les « Gadas » bien connues d’Aflou sont des plateaux de grès Albien. Le
+Beni Smir est la plus occidentale des gadas ; il a toutes ses affinités
+de ce côté-là, celui de l’Algérie.
+
+Il faut noter que, tout au rebours, le Maïz et le Grouz sont une
+apparition nouvelle dans l’Atlas Saharien ; cette dernière coulisse ne
+ressemble pas aux autres. A l’est de Figuig, dans toute la chaîne, c’est
+le crétacé qui domine. Le jurassique et le lias ne sont pas inconnus,
+mais ils apparaissent en pointements rares d’étendue limitée. De
+puissantes coulisses, longues de près de 100 kilomètres, avec un relief
+relatif d’un millier de mètres, tout entières en calcaires jurassique et
+liasique du socle au sommet, c’est une nouveauté. On n’a pas encore vu
+ça dans l’est.
+
+Cette apparition en surface de roches plus profondes va de pair, comme
+il est naturel, avec une intensité de plissement notablement accru. A
+l’est de Figuig, dans l’Atlas Saharien tout entier jusqu’aux Syrtes, les
+géologues décrivent ce qu’ils ont appelé des « plis ébauchés », de
+simples ondulations. Mais dans le Grouz et le Maïz le plissement est
+très énergique, les plis sont nettement couchés. Ce n’est donc pas
+douteux. Des couches plus profondes de l’écorce terrestre sont
+surhaussées et largement dénudées ; si bien que le lias se trouve amené
+à la même altitude que le crétacé. Cette transformation se fait d’un
+coup sur la rive droite de la haute Zousfana.
+
+Elle s’accompagne de phénomènes qui attestent une dislocation. On sait
+que le trias algérien, qui est de la boue plâtreuse et salée est un
+terrain facilement lubrifié, et extraordinairement instable ; il est
+connu pour foirer à travers les fissures avec des allures éruptives ; et
+il est d’ailleurs souvent accompagné d’une roche éruptive, l’ophite. Or
+le long de la haute Zousfana les pointements de trias et d’ophite
+tiennent une place importante. Tout l’intérieur du Maïz à l’extrémité du
+brachyanticlinal est évidé aux dépens du trias (voir fig. 3). Les
+ophites du Maïz ont une minéralisation de cuivre dont on a projeté
+l’exploitation. En amont sur l’oued, au point dit Mouiah Sfer, un
+affleurement de trias et d’ophite est important, les indigènes y ont
+fait une petite descenderie pour l’exploitation du sel.
+
+La haute Zousfana est une rivière assez vivante, elle est pérenne dans
+certains secteurs ; on ne sait pas si la réapparition de l’eau serait en
+relation avec des suintements de nappe souterraine. Mais on connaît très
+bien les sources de Figuig ; elles ont été étudiées par M. Ficheur.
+Elles sont thermales, et elles jaillissent le long d’une cassure, dont
+la lèvre inférieure est encroûtée de travertin épais[7].
+
+Avec quelle abondance on en aura une idée, si on considère le nombre
+d’hommes dont elles ont permis le groupement. Figuig a 10 ou 12000
+habitants. Il n’y a pas d’agglomération urbaine comparable dans tout le
+Maroc oriental ; Tell compris ; puisque Oudjda, la capitale
+administrative, a 7000 habitants.
+
+Quant aux autres oasis du Sahara Algérien, elles ne comptent leurs
+habitants que par centaines.
+
+Voilà bien des observations concordantes. Elles autorisent la conclusion
+que la coupure de la Zousfana, à l’orient du Grouz, a quelque rapport
+avec la faille du Touat, dans la prolongation de laquelle elle se
+trouve.
+
+Pourtant les phénomènes observés à l’autre bout du Grouz sont encore
+plus concluants.
+
+
+_Le Tamlelt._ — Sur ses 80 kilomètres de long, le Grouz tout entier est
+parfaitement semblable à lui-même. Au centre il est bien, il est vrai,
+d’épaisseur diminuée ; il y a une tendance à l’ensellement. Là se trouve
+dans l’épaisseur de la montagne un évidement, le cirque de Djaïfa (fig.
+4). En ce point on peut traverser le Grouz par le moins mauvais de ses
+sentiers ; un canyon très long, très étroit, très obstrué de blocs, très
+coupe-gorge ; à la rigueur une caravane chargée pourrait s’y écouler,
+bête après bête, au compte-goutte, à ses risques et périls, presque
+partout de plain-pied : ce qui serait assurément impossible partout
+ailleurs dans la montagne. Au delà vers le nord, dans le prolongement de
+cet ensellement du Grouz, l’Atlas Saharien est largement interrompu
+entre le Djebel R’als et le Maïz. Il semble donc bien qu’il y ait ici
+encore une tendance à coupure orientée nord-sud. Pourtant la continuité
+du Grouz n’est pas interrompue. C’est à son extrémité occidentale qu’il
+faut aller pour trouver la coupure nord-sud franchement réalisée, dans
+des proportions grandioses.
+
+Cette coupure s’appelle le _Tamlelt_.
+
+[Illustration : FIG. 4. — LE TAMLELT.
+
+Un coup d’œil sur la figure permet de distinguer la pénéplaine primaire
+(la plaine) de la chaîne secondaire (les massifs montagneux). — La
+limite entre les deux dessine un Z majuscule. — La branche centrale du Z
+coupe à l’emporte-pièce la R’als et le Grouz. — C’est la coupure du
+Tamlelt à travers l’Atlas Saharien à l’extrémité occidentale du Grouz
+(voir fig. 2 et 3).]
+
+Le Tamlelt est une plaine à perte de vue. Sur la carte que nous en
+avons, et qui est bonne[8], on mesure exactement ses dimensions. D’est
+en ouest elle a, suivant les points, de 30 à 60 kilomètres dans le sens
+de la latitude. Du nord au sud elle a 50 kilomètres. Elle est tout
+entière enclose dans l’Atlas Saharien, c’est-à-dire qu’elle en rompt
+totalement la continuité. A proprement parler elle le supprime. Cette
+substitution d’une plaine à une chaîne de montagnes se fait d’un coup,
+suivant une ligne à peu près droite sur laquelle non seulement le Grouz,
+mais aussi le R’als, s’arrêtent brusquement, comme tranchés net. La
+disparition de l’Atlas Saharien est à peu près totale sous le méridien
+du Tamlelt. Il n’en reste plus au nord du Tamlelt qu’une traînée de
+chicots, Djebel Orak, Djebel Haouanit, Djebel Lakhdar, Djebel Bou Arfa
+(fig. 4).
+
+L’épaisseur de ce chaînon, mesuré sur la carte, n’excède pas 2
+kilomètres. C’est tout ce qui subsiste d’une chaîne dont la puissance
+atteignait une cinquantaine de kilomètres. Il n’y a plus d’Atlas ; on
+passe ici du Sahara aux Hauts-Plateaux directement, sans intermédiaire.
+
+Plus à l’est sur toute l’étendue de l’Atlas Saharien, il y a un autre
+point, et un seul, où la chaîne disparaît brusquement d’une façon tout à
+fait comparable ; c’est, entre les Zibans et l’Aurès, la brèche de
+Biskra qui fait communiquer de plain-pied le Sahara et le Hodna.
+
+A la seule inspection de la carte, le Tamlelt et la brèche de Biskra
+apparaissent deux pendants, la reproduction en deux exemplaires du même
+phénomène, remarquable à coup sûr.
+
+Ce phénomène, au Tamlelt, apparaît plus remarquable encore, et, je
+crois, plus intelligible, si on cherche à l’éclairer par une étude
+sommaire des conditions géologiques.
+
+Il faut distinguer ici entre les bords oriental et occidental du
+Tamlelt. La bordure occidentale, du côté marocain, encore que nous en
+ayons déjà une représentation topographique, nous est tout à fait
+inconnue au point de vue géologique. On n’en parlera pas. Nous sommes
+ici à la limite extrême du pays scientifiquement étudié. Sur la bordure
+orientale en revanche, et sur le Tamlelt lui-même, nous avons déjà des
+documents géologiques, autorisant des conclusions générales. Beaucoup de
+fossiles et d’échantillons ont été rapportés aux laboratoires de MM.
+Flamand et Ficheur, comme aussi au laboratoire de M. Barrois à Lille.
+Personnellement j’ai vu et revu la région. On est certainement fixé sur
+les grandes lignes. On sait en gros la composition et la structure des
+reliefs importants. Une carte Flamand[9] au millionième, publiée en
+1909, dit l’essentiel.
+
+Ces documents géologiques et topographiques, on a cherché à les rendre
+sensibles dans la figure 4.
+
+Il s’agit de la limite entre la pénéplaine primaire, la même qu’au
+Sahara, d’une part, et d’autre part les terrains secondaires, du crétacé
+au lias, englobés dans le plissement de l’Atlas. L’ouest et le sud de la
+figure (où la plaine domine) est pénéplaine primaire. Le nord et l’est
+(la zone des hauts-reliefs) appartient à la chaîne secondaire.
+
+Au sud du Grouz la pénéplaine primaire est bien connue depuis une
+vingtaine d’années déjà. Elle est représentée surtout par des calcaires
+dinantiens très puissants. Sur cette pénéplaine la transgression
+cénomanienne a déposé des calcaires et des marnes en couche mince, dont
+le contact inférieur avec la pénéplaine s’observe aisément. Cette
+transgression cénomanienne si limitée atteste l’indépendance de la
+pénéplaine par rapport aux mers secondaires.
+
+Dans la région de l’Antar (exactement au Raknet-el-Betoum), on observe
+directement, je crois, le pli du Grouz, couché sur la pénéplaine, comme
+sur un avant-pays rigide. Que le Tamlelt soit lui aussi primaire, c’est
+une acquisition récente. Nous la devons à M. Rey et au laboratoire de
+géologie à l’Université de Lille[10].
+
+Le Tamlelt est une plaine d’alluvions ; à travers les trous du manteau
+alluvionnaire un substratum ancien apparaît composé de vieilles roches,
+quartzites et schistes. M. Rey nous apprend que ces schistes contiennent
+des fossiles du silurien supérieur, des graptolites.
+
+D’autre part, si on consulte la carte Flamand[11] aux lettres S, Sq,
+Sqr, on constate que les schistes et les quartzites s’étendent au sud
+jusqu’au voisinage immédiat des affleurements dinantiens.
+
+Tout se passe donc comme si tout le Tamlelt, d’un bout à l’autre, comme
+le veut M. Rey, et comme le terrain en donne l’impression, était
+silurien. Le contraste avec l’Atlas est donc, au point de vue
+géologique, aussi vif qu’au point de vue topographique. Le contact entre
+l’Atlas et le Tamlelt est d’une netteté brutale. La limite géologique
+coïncide exactement avec celle de la plaine. Elle est jalonnée par des
+affleurements miniers. Au Djebel Houanit, plomb et calamine, au Bou
+Harfa, manganèse, au R’als une vieille mine de cuivre indigène, qui doit
+avoir été importante. Il faut ajouter que cette limite géologique
+dessine exactement un Z majuscule : deux cassures rectilignes orientées
+est-ouest (sens de l’Atlas), sont raccordées à l’angle droit par une
+cassure orientée nord-sud (sens de la faille du Touat).
+
+Il faut souligner combien la présence du primaire largement étalé au
+cœur et à travers toute l’épaisseur de l’Atlas Saharien est une
+nouveauté surprenante. Cet Atlas Saharien est bien connu, dans toute son
+étendue à travers l’Algérie et la Tunisie, depuis la frontière marocaine
+jusqu’aux Syrtes. Il est tout à fait certain qu’on n’y voit pas à l’est
+du Tamlelt le moindre pointement primaire. A l’extrémité occidentale du
+Grouz, comme à son extrémité orientale, il y a vieillissement brusque
+des couches affleurantes. Un accident nord-sud ramène d’un coup en
+surface des roches de la profondeur.
+
+_La Moulouya._ — Voilà les faits, tels qu’ils sont établis depuis peu,
+mais sans conteste. Semblera-t-on excéder les conclusions qu’ils
+autorisent si on dit ceci ?
+
+La faille du Touat, celle de la rue de palmiers, rencontre l’Atlas
+Saharien à la hauteur du Grouz. C’est elle qui a, de part et d’autre du
+Grouz, les répercussions signalées plus haut, des accidents
+grossièrement orientés nord-sud comme la faille elle-même. Le plus
+important est à l’ouest du Grouz. Là tout se passe comme si le Tamlelt
+était la prolongation pure et simple de la pénéplaine primaire
+saharienne ; et comme si la faille en zigzag qui limite le Tamlelt à
+l’est était la prolongation de la faille du Touat à travers l’Atlas.
+
+Il faut noter l’importance du Tamlelt comme limite, au point de vue
+orographique et humain.
+
+Cet Atlas du Grouz et du R’als, que la faille du Tamlelt tronçonne
+brutalement, ne s’arrête pas là ; il recommence au delà du Tamlelt à
+l’ouest, mais il n’est plus le même ; ce n’est plus l’Atlas Saharien,
+c’est le grand Atlas Marocain.
+
+L’un est loin d’être aussi bien connu que l’autre. Pourtant nous avons
+sur le grand Atlas de beaux travaux très détaillés de MM. Brives et
+Gentil. Et ces travaux sont bien loin d’être aussi discordants qu’ils
+l’avaient paru d’abord. Il est sûr que des morceaux considérables de
+pénéplaine primaire font partie intégrante de la chaîne tout du long
+jusqu’au voisinage de l’Atlantique[12]. Il est certain aussi d’ailleurs,
+comme Gentil l’a fait ressortir, que ces deux chaînes qui se prolongent
+l’une l’autre ont des analogies profondes de structure[13].
+
+Ce sont bien deux parties de la même chaîne.
+
+Seulement elles font entre elles un contraste très vif, non seulement au
+point de vue géologique, mais aussi et davantage encore topographique.
+Le grand Atlas mérite son nom, il est très élevé ; les sommets
+avoisinent 4000 mètres. Il est deux fois plus haut que l’Atlas Saharien.
+Par l’altitude et l’âge des roches ce sont des mondes montagneux tout à
+fait distincts.
+
+Le contraste est le même entre deux humanités.
+
+Aux puits du Tamlelt viennent boire deux races voisines et ennemies. A
+l’est sont les Beni-Guil, arabes de langue, cavaliers, nomades ;
+apparentés par leur organisation et leur genre de vie aux nomades des
+hauts plateaux Algériens, à leurs voisins les Hammeyan par exemple. A
+l’ouest du Tamlelt commencent les Beraber ; dans toute l’Afrique du Nord
+ils sont les seuls à qui la coutume populaire a conservé le nom des
+Berbères ; leur dialecte est berbère et ils ne savent pas l’arabe ; ils
+sont ruraux, sédentaires, montagnards, ils ont une organisation
+démocratique de village ; ce sont les frères de nos Kabyles ; comme eux
+ils ont pour leurs voisins de langue arabe une haine nationale plus que
+millénaire.
+
+Ce sont là des faits qu’il semble difficile de nier ; mais si on les
+admet on ne peut pas s’y tenir ; il faut aller plus loin.
+
+Au temps de Salluste, la Moulouya était déjà une frontière entre les
+deux Maurétanies. On peut certainement dire qu’elle l’est restée, en
+entendant la Moulouya moyenne, celle des hauts plateaux. Elle aussi
+sépare les Béraber et les Arabes, les sédentaires et les nomades. Mais
+ce n’est pas le fleuve lui-même qui est frontière. Il longe sur sa rive
+gauche le pied d’un escarpement haut d’un millier de mètres, par lequel
+le haut pays marocain, qu’on appelle ici le moyen Atlas, tombe à pic sur
+les plateaux algériens deux fois moins élevés (fig. 6). C’est de tout le
+Maroc le coin qui est resté le plus inconnu. Il faut en parler avec
+prudence, et attendre les résultats d’une étude géologique qui n’est pas
+commencée, et qui sera longue. Mais enfin on connaît bien aujourd’hui,
+on a même à peu près cartographié la continuation des hauts plateaux
+jusqu’à la Moulouya. De là, par delà la rivière, on voit, j’ai vu, le
+massif abrupt du moyen Atlas barrer l’horizon, avec ses cimes encore
+largement neigeuses à la fin du printemps, _djebel-es-theldj_ la
+montagne de la neige, disent les Beni-Guil. Le contraste entre le moyen
+Atlas et les hauts plateaux, de part et d’autre de la Moulouya, paraît
+du même ordre qu’entre le haut Atlas et l’Atlas Saharien, de part et
+d’autre du Tamlelt. C’est la même frontière qui continue dans les mêmes
+conditions physiques.
+
+Et alors cette grande faille de la « rue des palmiers » qui nous a paru,
+au Tamlelt, tronçonner l’Atlas Saharien, on en suivrait donc la
+prolongation, le long de la Moulouya, tout au travers des hauts
+plateaux. Est-ce tout ? Dans son prolongement à peu près linéaire, tout
+le massif espagnol s’abîme dans la Méditerranée : les géologues
+admettent que la Sierre Nevada et les Pyrénées ont été tronçonnées par
+ce grand effondrement.
+
+
+Entre les côtes marocaine et espagnole, au large de la Moulouya, il est
+d’ailleurs parfaitement certain qu’une grande faille franchit la
+Méditerranée. Les cartes bathymétriques montrent un abrupt très accusé
+duquel émerge l’île volcanique d’Alboran (fig. 39). Près l’embouchure de
+la Moulouya, le cap des Trois-Fourches qui est de roches éruptives, fait
+une saillie d’une quinzaine de kilomètres ; la plus aiguë et la plus
+accusée de toute la côte nord-africaine ; dans la direction de l’île
+Alboran, en parfaite symétrie avec la saillie correspondante que fait,
+sur le rivage espagnol, le cap de Gata, lui aussi éruptif (fig. 1 et
+29). Les basses vallées voisines de la Moulouya et de la Tafna
+apparaissent d’un coup d’œil sur la carte, encombrées de roches
+éruptives. Un archipel d’îles côtières volcaniques (Habibas, Rachgoun,
+Zaffarines) : les appareils volcaniques les plus jeunes et les mieux
+conservés de toute l’Afrique du Nord (le volcan de Tifarouïne[14] et
+celui des Msirdas sur la frontière algéro-marocaine[15]) ; des restes
+abondants de volcans primaires, carbonifériens, ou permiens (dans les
+hauts de l’oued Isly, sur la même frontière[16]). Tout se passe comme
+s’il y avait là un système de cassures qui n’a jamais été fermé depuis
+la fin de l’ère primaire.
+
+La même faille, ou, si l’on veut, le même grand accident se laisserait
+donc suivre depuis le Roussillon jusqu’au Bas-Touat.
+
+_Conclusion._ — Cette faille Touat-Roussillon serait une ride importante
+sur la face de la planète. On se borne à signaler le problème. Pourtant
+avec toutes les réserves prudentes qu’on voudra il reste un groupe de
+réalités positives qu’il est légitime de coordonner.
+
+Depuis le cœur du Sahara jusqu’à la Méditerranée, à peu près sous le
+méridien de la frontière algéro-marocaine, dans une direction
+grossièrement nord-sud, il court une ligne qui ne cesse pas un instant
+d’être extrêmement importante au point de vue humain. Au Sahara, c’est
+la « rue des palmiers ». Dans l’Atlas, c’est la limite entre les très
+hautes montagnes marocaines et les montagnes moyennes ou les hauts
+plateaux d’Algérie ; et du même coup entre deux langues, deux sociétés,
+deux nations.
+
+On a cru pouvoir prononcer le mot de faille ; on croit même reconnaître
+le long de cette faille, le compartiment effondré, invariablement
+l’oriental. Puisque enfin, pour qui vient de l’est, les roches primaires
+apparaissent brusquement pour la première fois au point précis où on
+franchit la faille.
+
+Mais enfin mettons que ce mot de faille soit inexact. N’anticipons pas
+sur des travaux géologiques de détail qui restent à faire. Il y a
+quelque chose, de quelque nom qu’on l’appelle, qui est orienté dans le
+sens du méridien, non seulement au Sahara, mais dans l’Atlas. C’est sur
+la direction qu’on insiste. Dans cette Algérie, qui est une chaîne
+plissée, la direction est-ouest, qui est celle du plissement, attire
+d’abord l’attention. Nous avons saisi sur le fait qu’il y en a une
+autre, croisant la première à angle droit, qui est extrêmement
+importante, et qui a du rapport avec le Sahara.
+
+
+[Note 6 : Dans un compte rendu de mission, déjà vieux d’une quinzaine
+d’années (no 50), je n’ai pas mis cette faille en valeur. Son existence
+m’est apparue évidente au cours d’une mission ultérieure et récente, en
+1918.]
+
+[Note 7 : No 49 _bis_, p. 457.]
+
+[Note 8 : No 18, feuille no XLI.]
+
+[Note 9 : No 17.]
+
+[Note 10 : Rey, nos 88, 89, 90. Dollé, no 32.]
+
+[Note 11 : No 17.]
+
+[Note 12 : Nos 27, 16.]
+
+[Note 13 : No 57, p. 126.]
+
+[Note 14 : No 54, p. 324.]
+
+[Note 15 : No 55, p. 331.]
+
+[Note 16 : No 55, p. 24 et 331.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ LA GRANDE DORSALE HOGGAR — LAGHOUAT — MÉDÉA.
+
+
+Le grand accident que nous avons appelé la faille Touat-Roussillon n’a
+jamais été signalé par les géologues. La raison en est qu’elle franchit
+l’Atlas nettement en dehors de leur domaine, qui a été exclusivement
+l’Algérie, le pays anciennement français, dont on a depuis longtemps
+déjà de bonnes cartes topographiques, où depuis près d’un demi-siècle un
+service géologique fonctionne. Le Tamlelt est politiquement sur le sol
+marocain. Il n’est à peu près accessible que depuis une dizaine
+d’années, dont cinq de guerre.
+
+Dans leur domaine les géologues ont depuis longtemps et à maintes
+reprises signalé la répercussion d’un autre grand accident saharien, qui
+a lui aussi une direction grossièrement nord-sud où comme l’a dit l’un
+d’eux, G.-B.-M. Flamand, « sub-méridienne »[17].
+
+Dans ce qui va suivre, on s’appuie sur l’autorité de MM. Ficheur,
+Alexandre Joly, R. Chudeau.
+
+On se bornera à souligner l’importance et les conséquences géographiques
+d’un fait admis unanimement par les géologues. On pourra donc passer
+beaucoup plus rapidement.
+
+Voici le fait (fig. 6).
+
+Depuis le massif du Hoggar, au cœur du Sahara, une ligne de hauteurs
+court nord-sud sur quelque chose comme 1500 kilomètres jusqu’à la
+rencontre de l’Atlas. Elle est jalonnée par le Hoggar lui-même, avec des
+sommets volcaniques au-dessus de 3000 mètres ; puis par l’éperon
+septentrional du Hoggar, le Tifedest, et le Mouydir, qui atteint encore
+1700 mètres ; au delà le dos du Tadmaït a 900 mètres, il se prolonge
+jusqu’à Laghouat, au pied de l’Atlas, par ce qu’on appelle le plateau
+des _Dayas_.
+
+Le Mouydir est nettement un vieux pli hercynien de la pénéplaine
+primaire ; plus au nord où la pénéplaine ne s’observe plus directement,
+c’est évidemment un pli hercynien sub-méridien qui se continue sous le
+crétacé du Tadmaït, imposant sa direction à la grande ondulation
+anticlinale. Ce dos de sillon du Tadmaït, en calcaire crétacé nu, balayé
+par le vent, domine à l’est et à l’ouest les dépressions où se sont
+accumulées les deux grands ergs. A ce chemin de roc solide entre deux
+mers de sable, les indigènes ont donné le nom de pont « el gantra ».
+
+Le plateau des Dayas doit aussi sa particularité essentielle et son nom
+à ce qu’il est un dos de terrain surélevé entre les deux grandes
+cuvettes. Les « Dayas » ne sont pas autre chose que des têtes d’aven,
+points d’origine de circulation souterraine, dans un terrain très
+perméable (le mio-pliocène, accumulation des déchets de l’érosion sur le
+versant de la grande chaîne). Il est naturel que les têtes d’aven se
+multiplient à la surface d’un plateau de dirimation, où les eaux d’orage
+stagnent incertaines de leur direction.
+
+Cette grande dorsale si nette qui coupe en deux le Sahara Algérien
+depuis le Hoggar jusqu’à Laghouat, les géologues en retrouvent la
+continuation à travers toute l’Algérie jusqu’à la mer. Sur les hauts
+plateaux, c’est le « plateau steppien » de Joly, « centre de dirimation
+entre deux bassins de réception, les chotts oranais d’un côté, le Hodna
+de l’autre ». Dans le Tell ce sont « les plateaux miocènes de Médéah qui
+par leur altitude contrastent nettement avec les niveaux très bas
+qu’occupent, dans la vallée du Chélif à l’ouest et dans celle de l’oued
+Soumman à l’est, des dépôts du même âge ».
+
+Il faut ajouter ce curieux pédoncule qui réunit, à Miliana, le plateau
+de Médéa au Zaccar, dressant une cloison haute abrupte et étroite entre
+les très basses vallées de la Mitidja et du Chéliff (fig. 5). Et il faut
+noter, tout à côté, dans l’angle correspondant de la Mitidja, un curieux
+affleurement de roche éruptive en forme de V[18]. Ce seuil de Miliana
+est un des coins de l’Algérie où la croisée des deux directions nord-sud
+et est-ouest, saharienne et méditerranéenne, s’accuse avec le plus
+d’énergie.
+
+Ces données que nous devons aux géologues, il est possible de les
+éclairer et de les souligner avec des faits géographiques très
+importants qui semblent avoir un peu échappé à l’attention.
+
+Les géographes savent depuis longtemps que, dans le Tell, sous le
+méridien d’Alger, à la Mitidja, deux Algéries tout à fait différentes se
+relaient. Un géographe arabe, l’auteur du _Kitab le Istibçar_, appelle
+déjà le seuil de Milianah « la porte du Gharb[19] ».
+
+[Illustration : FIG. 5. — LE PLATEAU DE MÉDÉA.
+
+Au-dessus de deux dépressions très profondes (moins de 400 mètres au-
+dessus du niveau de la mer) ; la plaine du Chélif à l’Ouest, la vallée
+de l’Isser à l’Est ; le plateau de Médéa se dresse à un millier de
+mètres, attestant la persistance de l’orientation Nord-Sud dans la
+chaîne plissée Est-Ouest. Les masses montagneuses de l’Atlas de Blida, à
+l’Est, et du Zaccar à l’Ouest (1600 m. d’altitude) sont séparées par un
+ensellement très accusé, le pédoncule de Miliana (600 m. d’altitude).
+Par-dessus ce pédoncule et même à travers lui (tunnels) s’ouvre entre le
+Chéliff et la Mitidja une communication d’orientation générale Nord-Sud.
+
+Là passe la frontière géographique entre les deux Tells, celui des
+plaines subcôtières et celui des Kabylies. Cette frontière est jalonnée
+par un chapelet de villes actuelles ou défuntes, Achir, Médéa, Miliana,
+Cæsarea (Cherchell), Alger. Le plateau de Médéa est l’extrémité
+septentrionale de la dorsale Hoggar-Laghouat-Médéa, (voir fig. 6).]
+
+D’une part, à l’est, une Algérie montagneuse, pittoresque, boisée,
+presque exclusivement Berbère, l’Algérie des Kabylies. D’autre part, à
+l’ouest, l’Algérie des plaines sub-littorales, bien plus sèche que
+l’autre, nue, peuplée d’indigènes bien différents qui mènent une autre
+vie, et parlent surtout l’arabe. Entre ces deux Algéries, c’est
+l’extrémité nord de la grande dorsale qui fait limite. Et cette
+extrémité nord est curieusement jalonnée d’agglomérations urbaines
+actuelles ou fossiles. Il y a eu là à travers les siècles, jusqu’à trois
+grandes capitales de toute l’Algérie. L’une s’est appelée « Achir » ;
+c’est à peine s’il en reste des ruines ; son nom est aussi mort qu’elle,
+parce que nul ne s’intéresse au moyen âge berbère. Mais les émirs
+Zirides, chefs de la tribu Sanhadja, qui ont régné à Achir, dominaient
+tout le pays entre la Tunisie et le Maroc. Achir était dans les monts du
+Titteri, au sud immédiat de Médéa (fig. 5). Les deux autres capitales
+sont maritimes. L’une était Cæsarea, notre Cherchell, centre de la
+domination d’une dynastie berbère, celle de Juba, avant d’être celui de
+l’administration romaine. Dans l’angle nord-ouest de la Mitidja, très
+visible à 10 lieues à la ronde, se dresse le tombeau de Juba ou de sa
+famille (tombeau de la chrétienne), attestant que la racine de la
+dynastie était bien là, précisément au point où la grande dorsale
+aboutit à la mer.
+
+La troisième capitale est naturellement l’actuelle, Alger ; il faut
+souligner combien elle est à un point naturellement indiqué par
+l’histoire et la géographie pour dominer.
+
+Entre le Titteri et Alger, Médéa et Miliana font jalons, villes fortes,
+pitonnantes, qui gardent chacune une importante croisée de chemins, les
+communications à la fois du nord au sud et de l’est à l’ouest. Les
+premières années de la conquête française autour d’Alger sont remplies
+par ces noms de Médéa et de Miliana. Au temps des Turcs, le beylick
+d’Alger avait pour subdivision militaire principale le beylick de
+Titteri, dont Médéa était capitale. Dès la fondation d’Achir, le premier
+émir, au dire des historiens arabes[20], eut pour premier soin de
+rétablir, d’organiser et de prendre en main Alger, Miliana et Médéa. Les
+trois villes sont toujours étroitement associées. C’est un bloc. A côté
+de leur importance militaire, impériale, il faut aussi faire la part du
+commerce. Toutes ces villes furent ou sont des marchés sur une frontière
+économique entre pays qui échangent des produits différents, ceux de la
+plaine et de la montagne, du champ et du verger, de la tente et de la
+maison.
+
+Il y a en Algérie un certain nombre de régions de ce genre, qui ont
+cherché à travers les âges et plus ou moins réussi à devenir des
+centres, par exemple celles de Constantine, Tiaret, Tlemcen. Il n’y en a
+peut-être aucune qui ait plus de titres que celle-ci.
+
+Cette ligne de contrastes et de domination qui va du Titteri à la
+Mitidja est en relation évidente avec la grande dorsale de Laghouat. De
+part et d’autre de cette dorsale des compartiments différents de l’Atlas
+ont joué différemment, chacun pour soi, et des conditions diverses sont
+nées.
+
+
+[Note 17 : Ficheur, dans ses cours et ses conversations. Cf. en outre no
+77, p. 238 ; no 29, p. 60 ; no 41, p. 777.]
+
+[Note 18 : No 2.]
+
+[Note 19 : No 33, p. 39.]
+
+[Note 20 : No 67, t. II, p. 6.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ LA BRÈCHE DE BISKRA ET LA CROISÉE DU DJÉRID
+
+
+_Brèche de Biskra._ — La dorsale Hoggar-Laghouat sépare au Sahara les
+cuvettes du Touat et de l’Igharghar.
+
+L’une et l’autre sont de très longs sillons synclinaux, symétriques de
+l’ondulation anticlinale centrale, la grande dorsale, à peu près
+parallèles à elle et à peu près aussi longs ; ils viennent tous trois du
+cœur du Sahara jusqu’au point où ils rencontrent l’Atlas à angle droit.
+
+Le sillon oriental est suivi par un grand oued quaternaire, l’Igharghar,
+qui vient du Hoggar en ligne à peu près droite. Au nord il est jalonné,
+lui aussi, par une autre rue de palmiers, quoique infiniment plus courte
+que l’occidentale ; c’est celle de l’oued R’ir. Il est de structure très
+simple ; c’est essentiellement une feuille de calcaire crétacé ondulée
+en cuiller. Quoique les pentes soient très lentes, il y a une différence
+de plusieurs centaines de mètres entre le fond du sillon et les crêtes
+de ses épaulements. Sa longueur totale est d’un millier de kilomètres.
+C’est un très grand accident, tout à fait comparable aux deux autres, un
+trait de structure essentiel.
+
+Au point précis où cet accident rencontre la chaîne, que trouvons-nous ?
+Une brèche énorme, interrompant de bout en bout la continuité de la
+chaîne. C’est la brèche de Biskra entre le Zab et l’Aurès ; par cette
+large porte on passe de plain-pied du Sahara dans la cuvette du Hodna.
+Il n’y a rien de comparable dans tout l’Atlas Saharien, sauf, comme on
+l’a dit, la brèche du Tamlelt.
+
+Le lien entre les deux phénomènes (sillon de l’Igharghar et brèche de
+Biskra), s’il n’a jamais été, à ma connaissance, encore signalé, c’est,
+je suppose, par inadvertance, parce qu’on ne s’est jamais occupé de la
+question.
+
+Je n’imagine pas qu’on puisse le nier, il apparaît à la seule inspection
+de la carte (fig. 6).
+
+[Illustration : FIG. 6.
+
+LES SILLONS SAHARIENS ET L’ATLAS.
+
+La structure du Sahara Algérien est très simple : de grands sillons
+parallèles courant Nord-Sud. Au centre Hoggar, Tadmaït, Gantra, plateau
+de Laghouat. A l’arête la plus nette de cette dorsale les indigènes ont
+donné le nom de Gantra (le pont) parce qu’il domine à droite et à gauche
+les dépressions profondes et encombrées de dunes de l’Igharghar et du
+Gourara. Au delà, aux limites de la carte, les arêtes Nord-Sud
+symétriques des Matmata et d’Ougarta. — L’Atlas orienté Est-Ouest semble
+arrêter ces grands accidents Sahariens comme une barre de T. Mais si on
+y regarde de plus près les domaines respectifs des accidents Nord-Sud et
+des plissements Est-Ouest se pénètrent mutuellement. — Au Sahara la
+direction Est-Ouest est importante : (Gourara, falaises Sud du Tadmaït,
+oued Botha). Et dans l’Atlas les grands accidents Sahariens se
+prolongent, à angle droit avec la direction de la chaîne. — Dans le
+prolongement des Matmatas tout l’Atlas tourne court vers le Nord. A la
+rencontre du synclinal de l’Igharghar, l’Atlas a les reins cassés, avec
+un coude de cassure accusé et l’indentation profonde du Hodna. Dans le
+prolongement de la faille (?) Touat-Oued Saoura, l’Atlas est coupé du
+Nord au Sud par un gradin en zigzag le long duquel le Maroc (de 3000 m.
+d’altitude) tombe d’un coup aux hauts plateaux Algériens (voir fig. 4 et
+aussi fig. 29). La répercussion sur l’Atlas de la grande dorsale
+centrale Hoggar-Laghouat apparaît moins nettement sur une carte à petite
+échelle : elle est pourtant considérable (voir fig. 5). — Si on ne se
+contente pas d’envisager l’Atlas sur sa face nord méditerranéenne et si
+on le considère sur sa face sud Saharienne on voit donc apparaître de
+nouveaux traits de structure, essentiels. — Il y a croisée orthogonale
+de deux directions.]
+
+La brèche de Biskra existait déjà au miocène, elle était un détroit de
+la mer miocène (fig. 10), qui d’ailleurs, au Sahara et dans l’Atlas
+Saharien, ne s’est pas avancée au delà dans l’ouest. Cette mer reste en
+retrait sur celle de l’éocène inférieur dont on retrouve des dépôts le
+long de l’oued Djedi jusqu’auprès de Laghouat (en deçà de la grande
+dorsale que la mer éocène n’a franchie nulle part (fig. 8). On a déjà
+noté à propos de la haute Zousfana et du Tamlelt, ce vieillissement
+brusque des affleurements géologiques, lorsqu’on va d’est en ouest. La
+loi se vérifie à la grande dorsale de Laghouat et à la brèche de Biskra.
+
+Sur cette brèche, du côté de l’Aurès, se trouve la plus monstrueuse
+montagne de sel de toute l’Algérie, celle d’el-Outaya ; un bloc homogène
+de sel gemme qui a 300 mètres de relief et 6 kilomètres de grand
+diamètre, célèbre depuis el-Bekri. El-Outaya est flanqué d’une autre
+montagne de sel, beaucoup plus petite, mais de même type, Metlili. On
+sait que ces pointements triasiques accompagnent des cassures. Les
+géologues admettent au contact du Hodna et de l’Aurès une faille. Et
+notez qu’une troisième montagne de sel, celle de Djelfa, se trouve
+exactement sur le passage de la grande dorsale Laghouat-Médéa.
+
+L’Aurès et les monts du Zab, qui se font face et pendant de part et
+d’autre de la brèche, n’ont pas de rapport l’un avec l’autre ; non pas
+qu’ils diffèrent essentiellement par leur structure, mais leur
+importance n’est pas comparable. Les monts du Zab sont une petite chaîne
+de collines dont aucune n’atteint 1000 mètres, mais l’Aurès a le sommet
+le plus élevé de toute l’Algérie (Chélia, 2329 m.). En largeur aussi il
+est deux fois plus puissant que le Zab, le faisceau de ses ondulations
+parallèles et régulières déborde au nord sur les hauts plateaux
+Constantinois et n’en laisse pas subsister grand chose. Enfin c’est
+l’Aurès, la chaîne peut-être la plus puissante, la mieux individualisée,
+la plus célèbre de toute l’Algérie. Le même nom lui est resté attaché
+depuis 2000 ans, sans contestation, Aurasius ; le cas est rare parmi les
+massifs de l’Atlas et peut-être unique.
+
+Cette brèche, qui est un trait si important de la structure, tient une
+place immense dans l’histoire de l’Algérie et dans sa géographie
+humaine.
+
+Ç’a été la grande voie de communication entre le Sahara et l’Oranie, la
+voie des grands nomades chameliers. L’histoire atteste des relations
+étroites, séculaires, entre des régions aussi différentes que Tiaret
+d’une part, et d’autre part Cedrata, près d’Ouargla, le djebel Nefouça
+en Tripolitaine. Ç’a été les points importants du royaume Berbère
+ibadhite. Dans ces mêmes limites un peu vagues, entre la Tripolitaine et
+Tiaret, nous voyons d’après Ibn Khaldoun jusqu’au XIVe siècle une race
+Zénète homogène, groupée. L’axe de l’ibadhisme et de la Zénétie passe
+par le seuil de Biskra. C’est seulement par cette voie de communication
+entre le nord-ouest et le sud-est qu’on arrive à imaginer la
+distribution des Ibadhites et des Zénètes.
+
+Le seuil de Biskra fut la porte d’entrée de toutes les invasions arabes.
+Sidi Okba, qui conduisit la première, est enterré à Biskra, où il fut
+tué. La seconde, celle des bédouins Hilaliens au XIIe siècle, a repris
+le même chemin. La capitale du royaume Berbère, qui les tint le plus
+longtemps qu’elle put en échec, fut la Kalaa des Beni-Hammad ; elle
+dressait son « fanar », sa tour de guet, encore debout, juste en face du
+seuil de Biskra, de l’autre côté du chott, sur les pentes sud du
+Maadid[21].
+
+Contre les Arabes, l’Aurès fut la citadelle berbère ? Il l’est resté. Le
+seuil de Biskra est une limite linguistique et nationale. Il n’a jamais
+cessé, depuis deux millénaires, d’être une frontière entre pays
+diversement habités, puisque, sous la domination romaine, le limes y
+passait, approximativement[22].
+
+Ce n’est donc pas douteux, le grand accident saharien de l’Igharghar,
+comme les deux précédents, pénètre dans l’Atlas ; et il y devient lui
+aussi un principe extrêmement important de différenciation. Il faut
+simplement noter une nuance. Cette puissance de différenciation, la
+dorsale de Laghouat se trouve l’avoir exercée surtout dans la zone du
+Tell, et le sillon de l’Igharghar dans celle des hauts plateaux.
+
+Ajoutons enfin qu’un quatrième accident saharien se comporte comme les
+trois autres. C’est l’épaulement oriental du troisième.
+
+_La croisée du Djerid_ (fig. 6). — Le synclinal de l’oued R’ir et du bas
+Igharghar, a pour épaulement oriental la crête des Matmatas qui court
+nord-sud sur la frontière de la Tunisie et de la Tripolitaine. La
+dénivellation comme dans le reste du Sahara algérien, est lente,
+progressive, mais considérable au total. Touggourt est à 60 mètres
+d’altitude, dans les Matmatas un sommet atteint 750 mètres. Cette
+ondulation anticlinale, lente et puissante, de calcaire crétacé, est un
+pendant exact du Tadmaït. Or cet accident saharien se continue à travers
+toute la Tunisie par une série de coulisses sub-méridiennes, qui passe
+immédiatement à l’est de Kairouan, et qu’on peut suivre par le Zaghouan
+jusqu’au golfe de Tunis[23].
+
+Ce serait à la rigueur en dehors de notre sujet, mais il serait dommage
+de ne pas dire combien la croisée des deux directions nord-sud et est-
+ouest ressort d’une façon éclatante au voisinage du chott Djerid. Elle
+est marquée dans le dessin des chaînons montagneux ; ceux qui longent le
+chott et qui sont très puissants (de 500 à 1000 mètres) sont franchement
+est-ouest ; ils font un angle droit avec la direction des Matmatas.
+
+L’ensemble des chotts tunisiens et constantinois depuis le Melr’ir
+jusqu’au Djerid est une dépression tectonique, en grande partie au-
+dessous du niveau de la mer. Cette dépression a 400 kilomètres d’est en
+ouest, elle est mince et rectiligne. A son extrémité orientale elle est
+coupée court et séparée de la mer par le seuil de Gabès, d’orientation
+exactement perpendiculaire.
+
+La croisée des deux directions s’accuse d’ailleurs dans le dessin même
+de la petite Syrte. A la direction des accidents sahariens la Tunisie
+doit celle de sa côte entre Gabès et Tunis, c’est-à-dire son
+individualité même, qui est d’être la porte du Maghreb sur la
+Méditerranée orientale.
+
+
+[Note 21 : No 25, _passim_.]
+
+[Note 22 : No 63, carte _in fine_.]
+
+[Note 23 : Voir dans no 84, p. 336, figure 42, croquis tectonique de la
+Tunisie centrale.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V
+
+ CONCLUSIONS GÉNÉRALES
+
+
+Dans les pages qui précèdent on n’a pas étudié l’Algérie en soi et pour
+soi ; on a cherché à la placer dans son cadre planétaire et à montrer
+les liens qui existent avec ce cadre.
+
+Que l’Atlas Algérien soit une partie du système Alpin, et qu’avec
+l’Apennin il tourne autour de la Tyrrhénide, c’est extrêmement et
+anciennement connu. On s’est borné à le rappeler.
+
+On a dû insister beaucoup plus longuement sur la partie saharienne du
+cadre.
+
+D’une façon très générale il n’est rien de plus connu, il est vrai, que
+l’importance planétaire des grands accidents nord-sud sahariens et nord
+africains.
+
+Le plus célèbre est la faille immense, la plus notoire du globe peut-
+être, qui est jalonnée par les grands lacs africains, la fosse de la mer
+Rouge, et qu’on suit par l’effondrement de la Mer Morte jusqu’en Asie.
+
+Une autre, à peine moins connue, est celle qui a imposé au Nil sa
+direction à travers le désert. D’après les dernières explorations
+scientifiques, le trait essentiel, dans la structure de la Tripolitaine,
+ce sont deux failles parallèles d’orientation nord-sud[24].
+
+Ces grands accidents ont une parenté certaine avec les sillons sub-
+méridiens du Sahara algérien.
+
+D’autre part on a signalé depuis longtemps que ces grands accidents
+nord-sud croisent à angle droit de grandes cassures est-ouest et par
+exemple celle qui détermine la direction de la côte sud dans la
+Méditerranée orientale.
+
+Il est donc bien entendu que l’attention est attirée depuis longtemps
+sur un grand quadrillage, à travers toute l’Afrique septentrionale,
+d’accidents démesurément longs, se recoupant à angles droits. Chudeau,
+après Green, mentionne, à titre d’hypothèse explicative, une « torsion
+du géoïde »[25].
+
+Notre grande faille Roussillon-Touat, la dorsale Hoggar-Médéa, le sillon
+de l’Igharghar, tout cela rentre donc dans un cadre général d’accidents
+analogues et authentiquement constatés.
+
+D’autre part, G.-B.-M. Flamand d’abord, et à sa suite tous les géologues
+algériens ont plus ou moins insisté sur le retentissement posthume des
+plis hercyniens dans le gauchissement des plis atlasiques.
+
+Pourtant quand il s’est agi de disséquer la structure de l’Algérie, on
+n’a jamais fait à ces grands accidents sahariens la part qui leur
+revient.
+
+Nous avons essayé de montrer que cette part est immense à propos de
+quelques grands exemples.
+
+Dans l’analyse des régions naturelles nous retrouverons souvent cette
+direction nord-sud, dont on a voulu simplement établir dans ce livre Ier
+la valeur discriminative.
+
+
+[Note 24 : No 23, p. 412, fig. 19.]
+
+[Note 25 : Chudeau, no 29, p. 69.]
+
+
+
+
+ LIVRE II
+
+ L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ LES TEMPS PRIMAIRES
+
+
+Sur le passé de l’Algérie les géologues ont recueilli un grand nombre de
+données précises. On se propose de les résumer en les rapprochant les
+unes des autres, en les massant.
+
+A vrai dire on glissera très rapidement sur les temps primaires. Sur le
+sol Algérien proprement dit, les confins Algéro-Marocains mis à part, on
+n’a jamais trouvé un seul fossile primaire.
+
+Les affleurements de cet âge ne sont pas tout à fait inexistants, mais
+ils sont de trop faible étendue et trop épars, pour qu’il y ait un
+intérêt géographique à essayer d’en reconstituer l’histoire. L’étude
+géologique, encore assez peu avancée pourtant, des régions voisines, le
+Sahara et le Maroc, fait bien entrevoir quelques traits généraux de
+cette histoire. Il est certain que cette portion de l’écorce terrestre,
+à l’époque primaire, a été plissée en une grande chaîne très importante,
+d’âge hercynien. Cette chaîne hercynienne avait en gros une direction
+subméridienne.
+
+On a déjà dit au livre précédent combien cette direction hercynienne,
+qui réapparaît de façon posthume en croisée orthogonale avec les plis
+Alpins, est une chose importante pour la dissection et l’intelligence de
+l’Algérie. On n’a rien de général à ajouter sur le sujet.
+
+
+On a déjà dit aussi, dans ce même livre I, que, dans la même Algérie
+proprement dite, les vieilles roches primaires et archéennes étaient
+concentrées, avec les roches éruptives, dans la zone littorale des
+Kabylies, où ils représentent le culot resté adhérent de la Tyrrhénide
+effondrée (fig. 1).
+
+Là-dessus non plus on ne croit pas avoir à ajouter grand’chose. Sur les
+roches anciennes des Kabylies il y a bien eu un petit conflit d’opinions
+entre MM. Termier, directeur du Service de la carte géologique et
+Ficheur, directeur de la Subdivision algérienne du même service[26].
+
+On ne croit pas que cette divergence d’opinion présente un intérêt au
+point de vue qui nous occupe.
+
+M. Termier estime qu’en certains points on a classé dans les schistes
+anciens des dépôts éocènes métamorphisés. Nierait-il donc l’existence
+d’une Tyrrhénide constituée de schistes anciens ? Mais lui-même, d’autre
+part, dans une étude sur la Sardaigne, et à une époque aussi récente que
+1914, insiste sur « ce massif Corso-Sarde, qui a résisté d’une façon
+générale au mouvement Alpin » ; aujourd’hui en grande partie ruiné et
+effondré sous les flots de la Méditerranée ; « entouré de tous côtés par
+des éléments de la chaîne tertiaire, ébranlé lui-même au crétacé, puis
+au tertiaire, mais n’ayant subi en somme, depuis les temps Permiens, que
+des contre-coups, des soubresauts, des ébranlements sans nouveaux
+plissements »[27].
+
+Sur l’existence d’une Tyrrhénide effondrée, tout le monde est donc
+d’accord sans exception et sans restriction. C’est le seul point qui
+nous importe. Dans quelle mesure les vieux schistes kabyles
+appartiennent-ils tous au culot de cette Tyrrhénide, il est vrai que là-
+dessus les techniciens de la géologie ne sont pas d’accord. Mais leurs
+discussions ne sont pas à l’échelle du présent travail géographique.
+
+Aux réserves près qui viennent d’être formulées, la paléogéographie de
+l’Algérie ne commence à nous intéresser qu’à partir de l’ère secondaire.
+A ce moment elle prend pour la première fois une forme qui a un rapport
+vraiment direct avec l’actuelle.
+
+
+[Note 26 : No 117, p. 130 et no 37, p. 407.]
+
+[Note 27 : No 119, p. 43 et 56.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ L’ALGÉRIE BRAS DE MER
+
+
+Au Secondaire, l’Algérie commence à être ce qu’elle est restée, la
+chaîne plissée de l’Atlas.
+
+On voit apparaître les deux môles résistants du nord et du sud, le môle
+tyrrhénien et le saharien.
+
+Entre ces deux mâchoires d’étau, l’Algérie tend à s’écraser. Elle
+devient ce que les géologues appellent un géosynclinal, une charnière de
+l’écorce terrestre, une ligne de moindre résistance et par conséquent de
+plissement.
+
+Géosynclinal, partie déprimée de l’écorce terrestre, et par conséquent
+bras de mer, où les sédiments s’accumulent et par leur poids
+incessamment accru détruisent éternellement l’équilibre, empêchent la
+cicatrisation de la cassure et récréent sans cesse l’instabilité.
+
+Un bras de mer, un détroit, avec des rivages changeants, avec des
+alternatives d’émersion et d’immersion partielles ou totales ; c’est une
+définition acceptable de l’Algérie depuis le début du secondaire à peu
+près.
+
+Son histoire depuis ce temps-là est pour une bonne part (la part des
+immersions), l’histoire des bras de mer successifs qu’elle a été. Or ces
+bras de mer successifs, ou du moins beaucoup d’entre eux, les géologues
+les ont reconstitués et en ont tracé des cartes paléogéographiques. Les
+reproduire, les comparer, voir ce qui résulte de leur rapprochement,
+c’est l’objet du présent chapitre[28] (fig. 7 à 11).
+
+_Bras de mer crétacé._ — Les étages du lias et du jurassique sont
+représentés en Algérie par des dépôts à tout le moins très apparents. Ce
+sont surtout des calcaires massifs, durs, que l’érosion accuse en
+relief, et qui constituent des pitons saillants, des abrupts
+pittoresques (le Djurdjura, les causses de Saïda). Ils tirent l’œil dans
+le paysage. Mais la superficie qu’ils recouvrent au total est trop
+faible pour qu’on puisse essayer d’imaginer ce que fut l’Algérie
+liasique et jurassique. A coup sûr pourtant elle fut envahie par la mer.
+Elle commence dès ce moment là sa carrière de bras de mer. On n’en sait
+pas plus long.
+
+Sur le bras de mer crétacé nous sommes au contraire très bien
+documentés. L’Algérie presque tout entière est encroûtée des dépôts de
+cet âge d’une immense épaisseur. Ce sont eux qui prédominent largement,
+et qu’on a le plus de chance d’avoir sous les pieds ; ils recouvrent une
+superficie qui doit être supérieure à la moitié de l’Algérie.
+
+Aussi les géologues ont-ils pu représenter, dans des cartes
+paléogéographiques, les états successifs du bras de mer aux différents
+étages du crétacé. Ces cartes ne sont pas assez différentes les unes des
+autres pour qu’on ait cru nécessaire à notre point de vue géographique
+de les donner toutes.
+
+On a pensé qu’une suffirait, celle par exemple du crétacé inférieur[29]
+(fig. 7).
+
+Ce n’est pas que les limites du bras de mer soient restés immuables à
+travers tout l’étage, tant s’en faut. Parfois il s’est avancé très loin
+sur la plate-forme saharienne, y déposant les calcaires cénomaniens et
+sénoniens qui constituent les plateaux du Tadmaït.
+
+Une autre fois, à l’albien, le rivage s’est retiré assez loin pour que
+le coin sud-ouest de l’Algérie soit resté longtemps exondé ; les
+montagnes des Oulad-Naïl, le djebel Amour[30] ; l’Albien y est
+représenté par une formation continentale, ce sont des grès rouges de
+facies très uniforme, à « dragées » de quartz roulé, et à petites
+concrétions sphéroïdales, la roche préférée des graveurs rupestres ?
+
+Ces grès à dragées, qui contiennent pour tout fossiles des bois
+silicifiés, sont une des roches algériennes les plus particulières et
+les mieux individualisées ; et ils sont bien une formation crétacée
+continentale.
+
+Mais c’est la seule : à cet intermède près le bras de mer crétacé n’a
+jamais cessé de recouvrir la totalité de l’Algérie comme la carte ci-
+jointe en donne correctement l’idée.
+
+Cette carte distingue, au sud, des dépôts littoraux ou de mer peu
+profonde, « néritiques » ; au nord, des dépôts de mer profonde,
+« bathyaux ». Cette distinction est valable pour tout l’étage crétacé,
+inférieur, moyen et supérieur ; et elle est essentielle. Tous les dépôts
+crétacés ont des facies différents suivant qu’on les étudie au sud ou au
+nord, sur les hauts plateaux ou dans le Tell. Par exemple, les grès à
+dragées Albiens ont pour contemporains, dans le nord : des schistes
+puissants, intercalés de quartzites. Le Cénomanien, depuis la limite
+méridionale du Tell jusqu’à In-Salah, constitue une formation très
+uniforme ; à la base, des marnes gypseuses ; au sommet, des calcaires
+durs à nombreux fossiles côtiers, Ostréa et Oursins, qui représentent le
+sous-étage Turonien. Dans le Tell il devient impossible d’individualiser
+le Turonien ; les deux étages confondus sont représentés par des marnes
+schisteuses à bancs de calcaires marneux, riches en céphalopodes. Le
+Sénonien méridional est franchement calcaire avec fossiles côtiers ;
+dans le nord, ce sont des masses confuses de schistes, avec petits blocs
+calcaires jaunâtres très particuliers, et rares inocérames. D’une façon
+générale toutes les formations méridionales sont des dépôts de mer peu
+profonde, de plages, de lagunes, voire continentaux, avec fossiles
+terrestres ou littoraux : les septentrionales sont surtout des schistes,
+avec rares fossiles pélagiques ; l’uniformité des facies dans les
+formations crétacées du Tell, et leur pauvreté en fossiles, font le
+désespoir des géologues.
+
+Cela revient à dire que dans le bras de mer crétacé, la bande nord, à
+peu près correspondante à notre Tell, était le véritable géosynclinal,
+au sens strict du mot, la mer profonde où les dépôts « bathyaux », les
+argiles, les vases, s’accumulaient dans une mer au fond instable où les
+forces plissantes atteignaient leur intensité maximum. La charnière
+mobile du géosynclinal était là. Le reste, la partie méridionale,
+correspondant vaguement à nos hauts plateaux, participait déjà dans le
+bras de mer crétacé aux caractères d’un socle continental inondé, voire
+partiellement exondé, socle relativement rigide.
+
+On va voir que ça n’a jamais cessé d’être ainsi jusqu’au bout, à travers
+toute la série des âges. La charnière du géosynclinal est restée dans le
+Tell. Ce trait de structure est demeuré acquis depuis le moment où nous
+le voyons se manifester. Et par exemple il a persisté dans le bras de
+mer éocène.
+
+[Illustration : FIG. 7. — MER CRÉTACÉE.
+
+(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)]
+
+[Illustration : FIG. 8. — MER DES PHOSPHATES.
+
+(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)]
+
+[Illustration : FIG. 9. — MER OLIGOCÈNE.
+
+(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)]
+
+[Illustration : FIG. 10. — MER CARTENNIENNE.
+
+(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)]
+
+[Illustration : FIG. 11. — MER SAHÉLIENNE.
+
+_Légende explicative des figures 7 à 11._
+
+Série de cartons paléogéographiques représentant les invasions et les
+retraites du bras de mer dont les dépôts émergés constituent l’Atlas. —
+Ce bras de mer est coincé entre deux continents, le socle Saharien au
+Sud, et au Nord la Tyrrhénide, dont l’effondrement a lieu seulement au
+début du pliocène.
+
+Il y a émersion totale du bras de mer à l’époque oligocène comme à
+l’époque actuelle. — A l’époque crétacée le bras de mer a sa plus grande
+puissance. Mais il est large et profond à l’étage des phosphates et à
+l’étage cartennien. Toutes les fois qu’il est normalement développé il
+est mer profonde, à dépôts bathyaux, dans la partie Nord, Tellienne — et
+socle continental inondé, à dépôts néritiques, dans la partie Sud (hauts
+plateaux). — A travers cette évolution 4 compartiments de l’Atlas se
+sont comportés différemment. — Sur les hauts plateaux le compartiment
+occidental (hauts plateaux oranais) est anciennement émergé sans retour
+oscillatoire de la mer. Il n’en est pas de même du compartiment
+oriental, et particulièrement du Hodna. — Dans le Tell c’est au
+contraire le compartiment oriental, qui a une tendance ancienne à
+l’émersion. Le Tell oranais, des plaines sub-littorales, est la partie
+où la mer a le plus longtemps séjourné, jusqu’à l’époque de beaucoup la
+plus récente.
+
+Noter que cela souligne l’importance de la grande dorsale Laghouat-
+Médéa, de part et d’autre de laquelle les compartiments de l’Atlas ont
+une paléogéographie différente.]
+
+_Bras de mer éocène._ — Les géologues sont d’accord pour en dresser la
+carte, au moins en ce qui concerne l’éocène inférieur (le suessonien),
+l’étage fameux en Algérie par ses phosphates.
+
+Cette carte (voir fig. 8) dressée d’abord par M. Savornin[31], a été
+reproduite par M. Joleaud[32] avec quelques modifications qui portent
+sur des nuances. Entendons, bien entendu, nuances au point de vue qui
+nous occupe. Sur les traits généraux il n’y a pas le moindre désaccord.
+
+Ces traits ressortent au premier coup d’œil sur la carte. Et d’abord le
+bras de mer suessonien est beaucoup plus grêle que le crétacé, très
+aminci. Le quart sud-ouest de l’Algérie est émergé ; c’est l’Atlas
+saharien à l’ouest du Hodna, le coin des grès à dragées ; notez que
+l’émersion est, cette fois, définitive ; la mer n’y est jamais revenue,
+c’est parfaitement authentique. Cette région étendue qui englobe les
+cuvettes des chotts oranais, tout le bloc des hauts plateaux à l’ouest
+du méridien d’Alger, tout cela est resté subaérien, continental, sans la
+moindre interruption, depuis la fin du crétacé. Dans un pays comme
+l’Algérie, qui est dans son ensemble un géosynclinal tertiaire, c’est
+une originalité puissante. On ne l’a pas assez dit, et, par exemple, on
+l’omet par prétérition lorsqu’on réunit dans cette même formule générale
+« les hauts plateaux », à la fois ceux de l’ouest, de l’Oranie, et ceux
+de l’est, cuvette de Hodna et hautes plaines Constantinoises.
+
+Il est curieux de constater d’ailleurs que ces deux groupes de hauts
+plateaux, qui s’individualisent au Suessonien par l’immersion de l’un et
+l’émersion de l’autre, sont justement séparés par la grande dorsale
+Laghouat-Alger.
+
+Sur leurs cartes paléogéographiques de la mer Suessonienne, comme de la
+mer Crétacée, les géologues distinguent soigneusement les dépôts
+« néritiques » et « bathyaux ». Ici la distinction n’est pas seulement
+d’intérêt théorique, mais aussi pratique, ainsi que MM. Jollaud et
+Collet le font ressortir[33]. Dans les dépôts de zone abyssale, c’est-à-
+dire de la zone septentrionale, Tellienne, on ne trouve pas de
+concrétions phosphatées, parce que « les os des animaux marins ont été
+dissous avant d’atteindre le fond ». Les phosphates se rencontrent dans
+la zone des faibles profondeurs, dans le sud par conséquent ; là en
+effet les cadavres « sont tombés sur le fond et s’y sont décomposés ».
+
+Dans ce bras de mer éocène, « à une époque qu’il est difficile de
+préciser exactement, le géosynclinal tellien a fortement rejoué »[34].
+Des plissements intenses ont beaucoup modifié le tracé des rivages. Il
+est certain qu’à l’éocène moyen et surtout supérieur, le bras de mer
+n’avait plus le même tracé. Mais les géologues ne nous disent pas avec
+précision lequel, ils ne se croient pas encore outillés suffisamment
+pour l’oser[35]. Ils affirment pourtant qu’à l’éocène supérieur toutes
+les hautes plaines Constantinoises étaient exondées, comme aussi l’Atlas
+saharien à l’est du Hodna, l’Aurès ; le bras de mer se renfermait dans
+les limites du Tell. Il y a déposé des roches qui sont d’une extrême
+importance géographique. C’est un complexe d’argiles et de grès
+siliceux. Certains géologues lui appliquent, par analogie avec les
+Alpes, le nom de « flysch », dont l’exactitude est contesté par
+d’autres, mais qui est commode. Ce flysch algérien a deux facies
+gréseux, le medjanien aux grès rougeâtres fins et durs, le numidien aux
+grès jaunes grossiers et assez tendres[36]. Cette formation, tout
+particulièrement avec son facies numidien, est associée aux boisements
+superbes des Kabylies, par les réserves d’eau que lui vaut la porosité
+des grès combinée avec l’étanchéité des argiles ; les grès attirent et
+groupent les arbres calcifuges et silicicoles, les chênes-lièges par
+exemple. Ils ont ainsi une importance immense au point de vue
+pittoresque et économique. Ils portent les grandes forêts aux arbres
+énormes, qui ont dans un pays généralement dénudé le charme de
+l’inattendu. C’est à eux que l’Algérie doit d’occuper un rang
+intéressant parmi les rares pays producteurs du liège. Et si on songe
+aux phosphates suessoniens il faut conclure que la Berbérie a vraiment à
+l’Éocène des obligations particulières.
+
+Les géologues donnent au flysch une épaisseur totale d’environ 700
+mètres ; c’est une masse puissante, dépôt d’un bras de mer encore
+profond, d’un géosynclinal où les plissements orogéniques se sont
+continués jusqu’à la fin de l’éocène.
+
+_La mer oligocène._ — L’éocène, qui a vu en Europe se dresser les
+Pyrénées, est un âge important pour la surrection de l’Atlas. A la fin
+de l’éocène, c’est-à-dire à l’oligocène, l’Atlas existe déjà, ou du
+moins un Atlas, qui s’est depuis plus ou moins démoli et reconstruit,
+mais qui est constitué, tout brandi, dressé hors des eaux. La
+substitution de la chaîne de montagnes au géosynclinal est parachevée.
+Le long de cette charnière instable de l’écorce terrestre qu’est
+essentiellement le bras de mer algérien, la compression latérale des
+deux mâchoires a produit dès ce temps-là, et provisoirement, son effet
+normal ; elle a supprimé le bras de mer à peu près complètement, et
+dressé à sa place un haut-relief.
+
+Les géologues sont d’accord pour affirmer que l’Algérie oligocène était
+exondée, une surface continentale. Ceci est certainement un point ferme,
+soustrait aux discussions, comme en témoignent les esquisses,
+concordantes sur l’essentiel, qu’ont publiées MM. Savornin[37],
+Joleaud[38], Dalloni[39]. Non seulement on a reconnu l’âge oligocène de
+dépôts continentaux, cailloutis torrentiels, alluvions lagunaires
+gypseuses, épars sur le sol de l’Algérie. Mais encore, comme contre-
+épreuve, on a identifié les dépôts marins de l’étage, et on a pu tracer
+sur la carte les rivages de ce qui subsistait sur le sol Algérien de la
+mer oligocène (fig. 9). C’est une obligation qu’on a particulièrement à
+M. Dalloni. On connaît anciennement sur le littoral de l’Algérie
+actuelle quelques traces de mer oiigocene, un petit golfe par exemple
+dans la région de Dellys. Le bras de mer oligocène subsistait donc au
+large des côtes actuelles dans l’Algérie occidentale. M. Dalloni[39]
+nous a révélé récemment que le bras de mer envoyait un autre
+prolongement très curieux dans cette même Algérie occidentale, mais très
+loin à l’intérieur des terres, depuis l’embouchure de la Tafna par Sidi-
+Bel-Abbès, Mascara, nord de Tiaret, Boghari, sur la lisière sud de
+l’Atlas. C’était un fjord, si on peut dire, long de 400 kilomètres, sans
+largeur et sans profondeur, un dernier rappel du géosynclinal sur
+l’emplacement même de sa charnière, au contact précis du Tell et des
+hauts plateaux. Notez que ce fjord se fermait dans la région de Boghari
+au passage de la grande dorsale Laghouat-Médéah, de part et d’autre de
+laquelle les Tells, oriental et occidental se diversifient. Un intérêt
+de cette carte paléogéographique est justement de faire apparaître pour
+la première fois l’originalité du Tell occidental, Tell Oranais. Cet
+Atlas d’âge pyrénéen, édifié par les plissements de l’éocène, exondé à
+l’oligocène, c’est dans le Tell Oranais qu’il conserve encore dans ses
+plis des digitations du bras de mer. Et c’est là en effet surtout que
+nous allons le voir aux âges suivants se démolir pour se reconstruire,
+s’abîmer presque tout entier sous l’eau, pour émerger de nouveau.
+
+
+_Bras de mer miocène inférieur._ — Plusieurs géologues, MM.
+Savornin[40], Joleaud[41], Dalloni[42] ont tracé des bras de mer
+miocènes des cartes successives aux étages inférieur et moyen. Ils sont
+tous d’accord à des nuances près qui ne sont pas de notre ressort ici.
+La carte qu’on reproduit ci-joint est celle du miocène inférieur,
+l’étage qu’on appelle généralement cartennien, celui qui succède
+immédiatement à l’oligocène.
+
+Au cartennien, l’Algérie devient de nouveau un bras de mer, large et
+profond, où le géosynclinal rejoue avec intensité ; et ces conditions
+durent à l’étage suivant l’helvétien. Des plissements d’une grande
+importance rajeunissent et réédifient partiellement l’Atlas, des
+plissements d’âge alpin cette fois. De part et d’autre de l’oligocène,
+_grosso modo_, en simplifiant, en schématisant, ce sont eux qui ont
+construit l’Atlas algérien. L’éocène en a fait le dessin général, que le
+miocène a plus ou moins complètement remanié.
+
+
+Parmi les parties de l’Atlas Algérien actuel, on peut à la suite des
+géologues distinguer celles qui sont d’âge Pyrénéen et celles qui sont
+d’âge Alpin. On le peut du moins dans certains cas, dans une certaine
+mesure, avec beaucoup de prudence, en suivant les géologues pas à pas.
+Nous trouvons par la suite que cette distinction est d’une grande
+importance pour l’intelligence du pays, dans certains de ses coins.
+
+Le bras de mer cartennien rappelle un peu par sa forme générale le
+suessonien (fig. 10). Il est d’étendue à peu près équivalente, bien plus
+réduit par conséquent que le bras de mer crétacé, mais il recouvre tout
+de même une bonne moitié de l’Algérie.
+
+Quand on y regarde de plus près, des différences importantes
+apparaissent avec le bras de mer Suessonien.
+
+Cette fois c’est le Tell Oranais qui s’est abîmé sous les flots, à peu
+près tout entier, sauf quelques îlots, et à de grandes profondeurs ; les
+dépôts cartenniens et helvétiens dans l’Algérie occidentale sont surtout
+des marnes et des argiles, de facies très uniformes, en masses énormes,
+des dépôts abyssaux.
+
+Dans l’est, au delà de la grande dorsale de Médéa, l’allure du bras de
+mer cartennien est bien différente, assez exactement inverse. Le Tell
+oriental est resté émergé, à peu près tout entier, à sa bordure
+méridionale près. C’est au sud du Tell que le bras de mer cartennien
+s’est étalé très largement.
+
+Il s’est répandu sur les Hauts plateaux Constantinois jusqu’en Tunisie
+dans une mesure encore mal précisée ; mais surtout dans la cuvette du
+Hodna, sur le seuil de Biskra. Là hors du géosynclinal Tellien, sur le
+socle inondé des hauts plateaux, il a laissé des dépôts néritiques ; des
+calcaires à lithotamnium, par exemple, dont la présence accuse des
+profondeurs maritimes d’une vingtaine de mètres au maximum.
+
+_Golfes sahélien et pliocène._ — Restent enfin les mers du miocène
+supérieur (sahélien) et du pliocène (fig. 11). Le détroit, exondé à
+moitié, est devenu golfe. Les golfes sahélien et pliocène se continuent
+et se recouvrent l’un l’autre à peu de chose près, dans le même coin
+nord occidental de l’Algérie[43]. Ils y occupent toute la zone des
+plaines sublittorales et des Sahels, d’où le nom de Sahélien.
+
+Celui-ci touche ou a touché aux préoccupations de l’opinion publique par
+certains côtés. Dans le Dahra, la « farine siliceuse » ou « kieselguhr »
+est un amas de diatomées, dans des dépôts sahéliens d’eau douce ou
+saumâtre. Et les fameuses grottes où Pélissier enfuma les Frechih sont
+sculptées dans une lentille de plâtre d’une formation sahélienne.
+L’étage pourtant est surtout représenté par des argiles, très
+puissantes, célèbres par leur instabilité, et qui témoignent d’une mer
+profonde.
+
+C’est la mollasse pliocène qui constitue les environs d’Alger, avec
+leurs ravissants chemins creux, entre des murs vivants et sous des
+voûtes d’oliviers sauvages. Des grès pliocènes couverts de lentisques
+portent le tombeau de la Chrétienne et les ruines charmantes de Tipaza.
+La grande banlieue d’Alger, familière aux touristes est surtout
+pliocène. Ces formations ont beau être littorales : elles n’en
+intéressent pas moins une portion considérable du Tell occidental et
+nous verrons qu’elles ont été, au fond des mers sahéliennes et
+pliocènes, affectées de mouvements orogéniques très importants, jusqu’à
+une époque si rapprochée de nous qu’il faut déjà presque l’appeler
+quaternaire.
+
+Ce dernier tableau s’accorde bien avec les précédents et complète la
+figure d’ensemble. L’histoire du bras de mer se termine dans le Tell
+occidental, c’est là qu’il a séjourné en dernier lieu, et qu’il a fait
+enfin sa retraite définitive. Le compartiment du Tell Oranais est resté
+mer, et mer profonde bien plus longtemps que le reste.
+
+_Conclusion._ — Cette série de cartes paléogéographiques, donnant les
+états successifs du bras de mer algérien permet peut-être d’imaginer
+l’instabilité du sol. Un pays qui est tout entier et qui n’a jamais
+cessé d’être depuis le crétacé un géosynclinal : ce pays-là est instable
+par définition. L’Algérie en effet est périodiquement visitée par les
+tremblements de terre.
+
+L’Atlas algérien, depuis le crétacé, n’a jamais cessé jusqu’à nos jours,
+jusqu’au quaternaire, d’être dans le devenir ; il est d’âge pyrénéen,
+alpin, post-alpin même ; il n’a jamais cessé de s’édifier, de s’écrouler
+et de se réédifier par quelque bout, tantôt ici et tantôt là.
+
+On conçoit donc bien qu’il soit difficile de comprendre l’Atlas et d’en
+rendre compte. Dans une tentative de ce genre, à laquelle il faut bien
+se résoudre pourtant, une extrême prudence s’impose. Sous cette réserve
+il semble bien qu’on voie déjà se dégager quelques grands compartiments.
+
+Dans l’Atlas tellien, de part et d’autre de la grande dorsale, le
+compartiment occidental et l’oriental ont chacun son histoire de plus en
+plus distincte depuis l’oligocène déjà. Dans l’Atlas saharien et la zone
+des plateaux la grande ligne de démarcation essentielle, c’est le seuil
+de Biskra ; l’importance de cette ligne de démarcation est immense
+depuis le cartennien, et même il faut dire depuis l’albien. Dans la
+série de nos cartes, et, à mon sens, dans la réalité géographique et
+humaine, il n’y a pas peut-être, dans toute l’Algérie, de ligne de
+démarcation plus importante.
+
+Par-dessus tout, la grande division essentielle, primordiale, qui
+apparaît déjà, avec une netteté parfaite, sur la plus ancienne de nos
+cartes, celle du bras de mer crétacé, et qui se retrouve dans toutes les
+autres, c’est la division éternelle de l’Atlas algérien en géosynclinal
+tellien au nord et socle des Hauts plateaux au sud. Cette grande
+division est tout à fait populaire et précisément pour cela on s’en est
+méfié, on l’a même contestée. Il faut souligner au contraire combien
+elle est en accord avec le résultat des recherches géologiques les plus
+techniques.
+
+
+[Note 28 : Les premières en date, qui sont, de M. Savornin, ont été
+publiées dans un article de E.-F. Gautier. Cf. nos 113 et 46.]
+
+[Note 29 : No 26, p. 248 et no 70, p. 189. Les réserves formulées par M.
+Savornin, no 115, p. 409, ne sont pas à l’échelle de notre travail
+géographique.]
+
+[Note 30 : No 26, p. 286, fig. 43.]
+
+[Note 31 : No 46, p. 90, fig. 23 et no 115, p. 417, fig. 90.]
+
+[Note 32 : No 70, p. 213, fig. III.]
+
+[Note 33 : No 70, p. 222.]
+
+[Note 34 : No 26, p. 399.]
+
+[Note 35 : Voir pourtant Savornin, no 115, p. 418, fig. 91.]
+
+[Note 36 : Cf. no 70, p. 198.]
+
+[Note 37 : No 115, p. 419, fig. 92.]
+
+[Note 38 : No 70, p. 279, fig. IV.]
+
+[Note 39 : No 31, p. 107, fig. 1.]
+
+[Note 40 : No 46, p. 92, fig. 24 et no 115, p. 421, fig. 93.]
+
+[Note 41 : No 70, p. 280, fig. V.]
+
+[Note 42 : No 30, p. 434, fig. 1.]
+
+[Note 43 : No 70, p. 285, fig. VII et p. 288, fig. VIII ; No 30, p. 447,
+fig. 2.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ LE TRIAS
+
+
+Sur le passé de l’Atlas saharien, l’étude des dépôts marins, qui conduit
+à l’établissement de cartes successives du bras de mer, n’est pas la
+source unique de renseignements. L’étude des dépôts continentaux n’est
+pas moins importante. Il ne doit pas y avoir beaucoup de pays au monde
+où les dépôts continentaux soient aussi abondants et aussi intéressants.
+
+En première ligne vient le trias.
+
+A la fin des temps primaires et au début des secondaires, juste avant
+l’établissement des conditions géosynclinales qui annoncent l’Atlas,
+quand, sur l’emplacement de l’Afrique du Nord, il y avait une pénéplaine
+hercynienne, que nous entrevoyons confusément dans le passé, il est du
+moins parfaitement net et certain que cette pénéplaine est restée
+exondée pendant des âges géologiques. L’Algérie du bras de mer a un long
+prologue d’émersion totale, pendant lequel elle s’est couverte de dépôts
+continentaux.
+
+Les plus anciens et les moins intéressants appartiennent au permien,
+dernier étage du primaire ? Cet étage est représenté en Algérie par des
+dépôts de faible étendue ; ce sont invariablement des poudingues
+attestant un ruissellement subaérien. On n’en sait pas davantage. Il
+faut considérer surtout le trias ; premier étage du secondaire. Il est
+pour l’intelligence de la structure d’une importance immense, et on
+devra y insister longuement.
+
+Du gypse ; du sel gemme ; des marnes bariolées de couleurs vives, dans
+les tons rouges et violets ; des roches éruptives du type ophitique.
+C’est une formation très constante dans sa variété qui a fait couler
+beaucoup d’encre. Pendant longtemps on y a vu une formation éruptive.
+Depuis 1896 on admet unanimement l’attribution au trias[44]. Mais on
+discute encore entre géologues sur le rôle de ce trias dans la formation
+des nappes. C’est le terrain d’Algérie le plus passionnant, et si on
+peut dire le plus retentissant.
+
+On se gardera bien de suivre les géologues dans leurs discussions. Ce
+qui nous intéresse exclusivement ce sont les points sur lesquels ils
+sont tout à fait d’accord, soustraits définitivement à la controverse.
+
+Il est certain que ces terrains gypso-salins sont d’âge triasique. Ils
+se retrouvent avec le même facies non seulement dans tout l’Atlas, de la
+Tunisie au Maroc, mais dans l’Andalousie, le sud-est de l’Espagne et aux
+Pyrénées. Il y a donc eu pendant l’âge triasique sur l’emplacement de la
+Berbérie et de l’Espagne un continent émergé, où régnaient des
+conditions de climat steppien ou désertique, parsemé de lagunes et de
+chotts.
+
+_Rochers de sel._ — Quoique le trias algérien conserve partout son même
+facies remarquablement constant, caractérisé par la présence des trois
+éléments, sel, plâtre, argile ; cependant la proportion des trois
+éléments est variable.
+
+Quand le sel prédomine le résultat est particulièrement curieux. Il y a
+une catégorie de dépôts triasiques que les géologues ont pris l’habitude
+d’appeler rochers de sel. Ce sont, au sens littéral du mot, des
+montagnes de sel, des reliefs considérables tout en sel gemme.
+
+On a dressé une carte à grande échelle d’un rocher de sel, celui de
+Djelfa (fig. 12)[45]. Il est donc possible d’indiquer les dimensions
+avec une grande précision. Des falaises y ont des abrupts qui atteignent
+100 mètres, exactement de la cote 922 à la cote 1022. Or, ces abrupts
+tout entiers, de la base au sommet, sont du sel gemme, en assises bien
+litées, sans intercalation d’argile. Comme on ne voit pas le substratum,
+l’épaisseur du sel gemme peut être beaucoup plus considérable.
+
+[Illustration : FIG. 12. — LE ROCHER DE SEL DE DJELFA.
+
+La figure est une réduction photographique au 20000e des courbes de la
+carte au 5000e publiée dans 48 (et à laquelle on renvoie pour plus de
+détails).
+
+Tout le centre, le dédale d’entonnoirs, est du trias, et essentiellement
+du sel gemme.
+
+Dans la partie gauche et centrale de la figure la haute falaise d’un
+seul jet, d’une centaine de mètres, est tout entière en sel gemme, pur,
+nu, et guilloché.
+
+Autour de ce cœur triasique et tranchant nettement avec lui court une
+auréole, régulièrement circulaire, à bords vivement relevés, de terrains
+normalement drainés. Elle serait à peu près continue sur tout le
+pourtour, n’était l’érosion de l’oued Melah qui en a fauché un pan au
+bas de la figure.
+
+L’ensemble a la forme d’une pustule au centre crevé.]
+
+Il y a aussi des argiles salées très dures, maintenues par une armature
+d’infiltrations et de filonnets de sel. Dans le rocher de Djelfa elles
+sont groupées à part, elles occupent toute la partie méridionale du
+rocher, en masses puissantes, pas du tout litées. On peut supposer que
+les bancs de sel et les argiles étaient interstratifiés au moment du
+dépôt ; cela paraît vraisemblable. Les formidables pressions, dont nous
+avons d’autres témoignages, peuvent avoir séparé mécaniquement ces deux
+éléments en faisant fuser l’argile. Quoi qu’il en soit cette séparation
+est aujourd’hui complète. Le sel forme une masse compacte d’une
+puissance énorme. Même dans la partie sud, où les boues salées sont
+presque tout ce qu’on voit en surface, il est probable qu’elles reposent
+partout, à une profondeur plus ou moins faible, sur des assises de sel
+gemme. En effet, sous la couche des boues, on voit souvent apparaître,
+au fond des puits, le sel massif, découpé sur les parois en tuyaux
+d’orgue polis. En tout cas, même dans la seule partie nord, le bloc de
+sel, largement étalé, est d’une puissance indéniable qui confond. Il y a
+là une surface d’un kilomètre carré environ, sur une épaisseur d’une
+centaine de mètres.
+
+Ce n’est rien cependant à côté de ce qu’on voit à El-Outaya (station de
+chemin de fer entre El-Kantara et Biskra). Le rocher de sel d’El-Outaya
+est beaucoup plus grand ; il se trouve sur la première feuille publiée
+de la carte d’Algérie au 100000e[46]. On peut donc donner sur ses
+dimensions des chiffres précis. De la base, qui est une grande plaine
+d’alluvions au sud jusqu’au signal géodésique du sommet, la
+dénivellation est de 300 mètres. La pente extrêmement abrupte ne permet
+l’ascension que par un très petit nombre de sentiers difficiles. A une
+échelle triple, c’est un pendant exact de la grande falaise du rocher de
+Djelfa. Ici comme là, c’est le même sel gemme, massif sur toute
+l’épaisseur à ce qu’il m’a semblé, sans une seule intercalation
+d’argile. En plan la montagne est longue de 6 kilomètres, et large de 3,
+alors que, à Djelfa, le rocher de sel n’a que 1500 mètres de diamètre.
+Le rocher d’El-Outaya est le géant de l’espèce.
+
+Dans la même région, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest d’El-
+Kantara, un autre rocher de sel, celui de Metlili, est, au contraire,
+beaucoup plus petit. Il a 500 mètres environ de diamètre ; mais il est,
+lui aussi, un relief abrupt de sel massif.
+
+Ces rochers de sel algériens sont des individualités géographiques tout
+à fait à part. Leur rôle économique est médiocre. L’exploitation du sel
+à El-Outaya, dès le temps des Fatimides, est mentionnée, il est vrai,
+par El-Bekri. Et d’ailleurs tous les rochers de sel sont exploités
+aujourd’hui par les indigènes. Mais cela signifie que, de temps en
+temps, on y voit un bourriquot ou un chameau chargé de blocs de sel
+arrachés à coup de pioche, pour la consommation d’une famille ou
+l’approvisionnement d’un petit marché voisin. D’exploitation européenne
+il n’est encore nullement question. Dans le paysage les rochers de sel
+sont un coup d’œil extraordinaire. Ils sont d’une aridité absolue. On
+distingue de loin leur nudité claire, au milieu des verdures pourtant
+médiocres qui les entourent. La pauvreté végétale fait contraste avec la
+richesse de la faune. Il est vrai qu’il y a peu de variété. Ce qui
+frappe surtout, c’est la gent ailée. Il n’est pas possible de substituer
+à cette périphrase le mot oiseaux ; parce que la chauve-souris y tient
+une place, elle accumule son guano dans les galeries des avens. On voit
+surtout des rapaces et des pigeons en quantités incroyables. Au sommet
+des grands escarpements on voit certains jours autour de soi les oiseaux
+de proie voltiger comme des moineaux dans un jardin public parisien. Ils
+sont chez eux, nichent sur les aiguilles de sel et dans les
+anfractuosités des précipices. Les pigeons sont encore beaucoup plus
+nombreux ; on les voit par essaims. Ils habitent comme les chauves-
+souris dans les puits et les galeries d’avens dont les orifices et les
+longs boyaux étroits sont impassables pour les grandes ailes des
+rapaces.
+
+Animés par toute cette vie, qu’on se représente ces immenses murailles
+et ces cirques de sel gemme rubané, décapé, verni, avec des arches, des
+pyramides, des guillochages ; ou même, dans les parties argileuses, ce
+hérissement absurde de crêtes en boue durcie grisâtre, crevée de trous,
+paysage lunaire. Ce sont des spectacles uniques.
+
+_Facies tellien et steppien._ — Je ne connais guère que ces trois
+rochers de sel, Djelfa, El-Outaya, Metlili, qui méritent vraiment ce nom
+de rocher ; ce sont les seuls affleurements triasiques, où le sel gemme
+se présente en masses puissantes faisant saillie. Or tous les trois sont
+dans l’extrême sud ; dans l’atlas saharien. Les dépôts continentaux
+triasiques, comme les dépôts marins crétacés et d’ailleurs d’âges
+divers, ont donc un facies différent dans le nord et dans le sud ? Dans
+le nord, c’est le gypse et non pas le sel qui tend à prédominer.
+
+Cette différence de facies peut s’expliquer par les conditions
+différentes du dépôt, à l’âge triasique. C’est du moins ce qu’admet, à
+titre hypothétique, M. Joleaud[47] ; sur le continent triasique les
+lagunes méridionales, plus voisines du Sahara, et plus éloignées de la
+mer, seraient celles où le sel se déposait en plus grande abondance.
+
+On peut imaginer une autre explication, qui n’exclut pas la première. Le
+climat actuel dans le sud de l’Algérie est beaucoup plus favorable à la
+conservation du sel que dans le nord. Qu’un rocher de sel gemme, si
+massif et si dur soit-il, fasse saillie, on ne conçoit pas bien que
+c’eût été possible sous un climat pluvieux comme celui du Tell.
+Puisqu’enfin le sel fond, incontestablement.
+
+
+Quelle que soit l’explication le fait est curieux, il y a donc du sud au
+nord, dans les dépôts triasiques, une tendance à la différenciation des
+facies. La différence est encore plus accusée dans l’allure des
+affleurements.
+
+_Allure des affleurements._ — Cette allure est très particulière, parce
+qu’elle est invariablement absurde. Le trias n’apparaît presque jamais à
+sa place stratigraphique, là où on l’attendrait, à la base du lias. Il
+voisine avec n’importe quoi, au petit bonheur, dans les associations les
+plus hétéroclites. A son voisinage les roches encaissantes ne sont pas
+seulement inattendues, elles sont toujours bouleversées, avec des
+allures acrobatiques, catastrophiques. C’est pour cela que, jusqu’en
+1896, les affleurements gypsosalins ont été considérés comme des venues
+éruptives.
+
+Aujourd’hui les géologues sont unanimes pour expliquer le phénomène. Ce
+terrain gypso-salin est extrêmement sensible à l’influence de l’eau, il
+s’y dissout. En surface, dans le paysage les marnes bariolées du trias
+sont toujours accusées en creux ; si accusées parfois qu’un lac s’y
+installe. C’est le cas d’Aïn-Ouarka (à une quarantaine de kilomètres à
+l’est d’Aïn-Sefra). Une source thermale très chaude et très abondante y
+jaillit des calcaires liasiques au contact du trias ; c’est une source
+vauclusienne, un véritable petit ruisseau tout formé dès sa sortie du
+sol. Par sa masse et sa température elle a un pouvoir de dissolution
+considérable. Elle l’a exercé aux dépens du sel et du gypse contenus
+dans les boues. Il en est résulté un lac qui a plusieurs dizaines de
+mètres de creux. Un véritable lac d’eau douce et vive, poissonneux,
+envahi aux roseaux[48]. Il faut le replacer par la pensée dans le
+paysage du sud, à demi désertique, pelé, déchiqueté, aux tons fauves, où
+les marnes bariolées mettent des tons vifs, rouges, violets, blancs, et
+les ophites des tons verts. Ce paysage merveilleux voisine d’assez près
+avec le rocher de Djelfa ; dans le même pays, sous le même climat, c’est
+le même terrain triasique qui a donné ces formes opposées un relief de
+sel gemme et un lac d’eau douce, cela souligne son instabilité absurde
+dès que l’eau exerce son influence. Quand les marnes bariolées sont en
+contact prolongé avec de l’eau, à défaut d’un lac, elles donnent souvent
+des fondrières susceptibles d’être dangereuses. L’oued Touil (Haut-
+Chéliff), tout près du point où il va sortir des montagnes pour entrer
+dans la plaine des Zahrez, traverse un affleurement de trias, et,
+pendant quelques kilomètres, cet oued à sec, subitement et absurdement,
+devient plus impassable qu’un grand fleuve.
+
+D’après l’exemple précis de ces formes que prend le trias en surface on
+peut essayer d’imaginer comment il a dû réagir en profondeur. Dans
+l’épaisseur de la croûte terrestre, à travers les âges, le trias a
+baigné dans des nappes d’eau tiède, il y est devenu une pâte lubrifiée,
+molle, caverneuse. Dans cet état il a supporté le poids des roches
+superposées, et les formidables pressions orogéniques. Que vouliez-vous
+qu’il fît ? par toutes les issues, tous les décollements, toutes les
+fissures, il s’est insinué, il a foiré, giclé, jailli, à la manière en
+effet d’une roche éruptive ; souvent accompagné d’ailleurs d’une
+véritable roche éruptive. Ces allures, qui ont longtemps égaré les
+géologues, ne sont donc pas surprenantes le moins du monde, elles sont
+au contraire toutes naturelles.
+
+Cette allure éruptive le trias l’a partout, à travers toute l’Algérie au
+sud comme au nord. Pourtant, à ce point de vue là aussi, entre le sud et
+le nord les géologues font une distinction importante.
+
+Dans le nord, c’est-à-dire dans le géosynclinal tellien, les fantaisies
+du trias sont au maximum ; il est impossible de rien préciser, de
+dégager une loi. Dans le sud au contraire, dans le domaine du socle
+continental, le trias se montre assez régulièrement dans des conditions
+déterminées toujours les mêmes, au cœur d’un dôme.
+
+_Dômes évidés._ — Cette structure apparaît du premier coup d’œil sur la
+carte du rocher de Djelfa (fig. 12). Autour du cœur troué d’avens, qui
+est le rocher de sel proprement dit, affleurement de trias, court un
+cadre régulièrement circulaire d’un terrain tout différent, de modelé
+normal. L’ensemble constitue un dôme régulier, au centre duquel le trias
+a giclé ; cela suggère l’idée d’une pustule crevée. Il y a dôme non
+seulement au point de vue topographique, par la retombée des pentes
+circulairement vers tous les points de l’horizon, mais aussi au point de
+vue géologique, par a plongée des couches de toutes parts vers
+l’extérieur.
+
+Cette disposition n’est pas particulière au rocher de Djelfa. Elle se
+retrouve, exactement pareille dans les deux autres, celui d’El-Outaya et
+celui de Metlili. Tous trois sont construits de même. Notez qu’ils le
+sont avec des matériaux différents ; sauf le cœur triasique tout le
+reste, le pourtour de la pustule, est d’âge quelconque. A Djelfa ce
+pourtour est de l’oligocène et du néocomien. A El-Outaya c’est de
+l’oligocène encore et du miocène marin. A Metlili du cénomanien. C’est
+ainsi que le trias reste fidèle à ses habitudes de contact
+perpétuellement anormal.
+
+[Illustration : FIG. 13. — LES DOMES NEMENCHAS.
+
+(Carte au 200000e, no 39.)
+
+Deux ovales réguliers, parallèles et accolés, un détail orographique
+étrange par sa régularité. Le centre est du trias, des argiles salées
+que l’érosion a accusées en creux. La parenté de forme et de structure
+avec la montagne de sel est évidente.]
+
+Mais si la composition varie, la structure ne change pas. Une quantité
+considérable de gisements triasiques, dans tout le sud algérien, ont
+cette allure en dôme. Flamand qui l’a observé dans les monts des Qçour
+l’appelle une allure de laccolithe[49]. Un dôme elliptique d’énorme
+diamètre, plusieurs dizaines de kilomètres, ou, si l’on préfère une
+boutonnière anticlinale à centre très largement évidé, comblé
+d’alluvions récentes, et au milieu de cette plaine un pointement
+triasique. C’est une forme de relief que Blayac a décrite au plateau des
+Nemenchas[50]. Elle est très fréquente dans le sud algérien, on en
+citerait des exemples par dizaines (fig. 13) si éloignée qu’elle
+paraisse au premier abord des rochers de sel, elle en est très voisine.
+Les deux structures se laissent ramener l’une à l’autre, c’est le dôme
+au centre crevé.
+
+Il s’agit toujours de ce terrain triasique instable et semi-fluide. Là,
+où il se trouve en profondeur sous la croûte solide des formations
+géologiques plus récentes, il lui arrive souvent de déterminer dans cet
+épiderme des sortes de furoncles, au sommet et au cœur desquels il
+trouve une issue, si l’on peut se permettre, pour la commodité, l’emploi
+de cette métaphore pathologique.
+
+Les géologues sont d’accord pour faire de cette forme de relief bien
+individualisée une caractéristique du socle continental. Dès qu’ils
+rencontrent la forme dôme, ils déclarent reconnaître à ce signe qu’ils
+ont franchi la limite entre les deux régions distinctes, le géosynclinal
+tellien et le socle continental. A propos du trias nous retrouvons cette
+distinction qui ressort de toutes les cartes paléogéographiques.
+
+
+[Note 44 : Voir l’histoire de cette discussion dans Blayac. No 26, p. 71
+et suiv.]
+
+[Note 45 : No 48.]
+
+[Note 46 : No 5, feuille de Mrhaier.]
+
+[Note 47 : No 70, p. 86.]
+
+[Note 48 : No 41, p. 298, fig. 29.]
+
+[Note 49 : No 41, p. 367.]
+
+[Note 50 : No 26, p. 116, 119, fig. 22, 23, 24.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ LES DÉSERTS SUCCESSIFS
+
+
+Quoique le trias algérien soit apparenté plus particulièrement avec
+l’espagnol, le sel triasique se retrouve dans toute l’Europe, de
+Lorraine en Galicie ; sur une portion considérable de la planète
+l’époque triasique a déposé du sel ; le sel est la spécialité de cet
+étage, comme la houille du carboniférien.
+
+Chez nous en Europe le trias, parmi les dépôts continentaux, est le seul
+qui atteste des influences désertiques. En Algérie tout au rebours la
+succession tout entière des dépôts continentaux semble bien montrer la
+pérennité d’un climat sec, désertique ou steppien, avec de rares
+interruptions oscillatoires.
+
+_L’albien._ — On a déjà mentionné les grès albiens, la seule formation
+continentale crétacée. Ils contiennent pour tout fossile des bois
+silicifiés. Ils ont constitué une matière de choix pour les graveurs
+rupestres, ou peut être faut-il dire qu’ils ont, mieux que d’autres
+roches, conservé leur ouvrage ? On les nomme souvent grès à dragées, ou
+encore grès à sphéroïdes. Ils couvrent des espaces immenses dans l’Atlas
+saharien et d’ailleurs aussi dans le Sahara algérien. Ce sont des grès
+rouges, extraordinairement uniformes, comme couleur et comme texture.
+
+Ils ont été attribués à l’albien à cause de leur situation
+stratigraphique à la base du cénomanien très fossilifère. Les couches de
+base du cénomanien sont très chargées de gypse. Au Sahara, près
+Temassinin[51], exactement dans le Djoua, Roche et Foureau ont signalé
+au-dessous du cénomanien, « des argiles rouges et vertes, quelquefois
+blanches, avec intercalation de bancs gypseux » ; le sol de la
+dépression est souvent couvert de gypse remanié. On a pris d’abord ces
+formations lagunaires pour du trias. Mais Foureau y a recueilli des
+fossiles (dinosauriens, tortues, poissons), que Haug a étudiés ; et
+qu’il rapporte à l’albien. Ce seraient là des raisons déjà suffisantes
+pour établir que le climat de l’Afrique septentrionale à l’époque
+albienne était steppien. Mais il y a une autre raison, plus directe.
+
+Les grès rouges, de même facies que les grès albiens, sont très répandus
+au Sahara et au Soudan ; les grès dévoniens des plateaux Touaregs par
+exemple, les grès du Sénégal dont l’âge éocène est établi, ressemblent
+beaucoup aux grès albiens. Il faut en dire autant des grès de Nubie.
+J’ai recueilli moi-même en Égypte et rapporté à Alger des sphéroïdes,
+qui sont indiscernables des sphéroïdes albiennes. Or voici ce que dit du
+grès nubien un géologue égyptien, M. Fourtau[52]. Il constate que ces
+grès rouges sans fossiles ont été attribués par les différents auteurs
+aux étages les plus divers, albien ; sénonien, carboniférien, etc.
+« Tous les auteurs ont raison pour la localité qu’ils ont étudiée.... En
+réalité nous devons considérer la formation gréseuse qui couvre de si
+vastes espaces de terrain, depuis la Palestine jusqu’au Soudan égyptien,
+comme un véritable désert fossile semblable au désert actuel.
+Aujourd’hui s’il se produisait une nouvelle transgression marine,
+l’immense mer de sable qui arrêta Zittel et Rohlfs donnerait sans nul
+doute, naissance à une nouvelle bande de grès. »
+
+Tout porte donc à croire que le grès albien de l’Atlas saharien
+représente un erg désertique pétrifié.
+
+_L’oligocène._ — Dans l’Algérie, sur de grands espaces, on trouve en
+couches épaisses des dépôts continentaux qu’on a confondus longtemps
+sous le nom général d’oligocène. Ils ont été l’objet de vives
+discussions entre géologues. Une école, qu’on peut appeler parisienne,
+conteste l’attribution de certains dépôts à l’étage oligocène. Ce qui a
+été classé sous cette rubrique serait du tortonien et surtout du
+pontien.
+
+D’autre part il y a tel gisement, que j’ai vu[53], récemment décrit[54]
+avec beaucoup de détails, où l’âge pré-miocène et par conséquent
+oligocène de la formation ne peut pas être sérieusement mis en doute
+(figure 30). Il ne s’agit pas de suivre dans le détail une argumentation
+sur des points contestés : on désire ne s’appuyer que sur le consensus
+des géologues. Il est facile à propos d’oligocène, de dégager les points
+sur lesquels ce consensus est réalisé. L’école algérienne, opposée à la
+parisienne, maintient, en général, l’existence de l’oligocène. Mais dans
+certains cas, dans un cas bien déterminé au moins (au polygone de
+Constantine), elle ne conteste pas que des couches faussement attribuées
+à l’oligocène soient en réalité tortoniennes et pontiennes. Qu’on
+emploie donc le mot oligocène ou celui de pontien, avec tous les points
+d’interrogation qu’on voudra, il est entendu que ces dénominations
+s’appliquent à des dépôts continentaux, d’âges mal déterminés, mais
+certainement postérieurs au trias, certainement divers, et de facies
+assez uniformes. S’ils avaient été nettement contrastés on ne les aurait
+pas confondus dans une dénomination commune.
+
+Or ce qui apparente leur facies ce sont des caractères qui semblent se
+référer à un climat sec, désertique ou steppien. L’oligocène (?) est
+généralement composé de couches rouges ; souvent ce sont des argiles
+interstratifiées de gypse, et la présence de gypse est significative :
+d’autres fois ce sont des cailloutis sans presque aucun mélange de
+terre, et cela aussi est significatif ; le cailloutis pur, croulant sous
+les pieds, vanné par l’action prolongée du vent, est une formation
+désertique bien connue.
+
+Là-dessus les géologues des deux écoles sont d’accord. D’après
+Savornin[55] « la grande épaisseur des dépôts torrentiels n’est
+conciliable qu’avec un climat subdésertique.... »
+
+Les couches rouges fréquemment gypsifères sont un « véritable dépôt de
+sebkha ». Aussi « une grande partie du sol était occupée, jusqu’assez
+près du littoral actuel, par des bassins fermés plus ou moins
+distincts ». Et M. Savornin, d’accord avec M. Ficheur, retrouve
+l’emplacement de ces vieux chotts oligocènes (?) : « Médéa, Hodna-nord,
+chotts sétifiens, région constantinoise, etc. » Cette disposition
+hydrographique offrait d’étroites analogies avec le régime actuel.
+
+M. Joleaud, de l’école parisienne dit absolument la même chose. Il
+analyse les poudingues rouges et les argiles à gypse du polygone auprès
+de Constantine, ces couches même qui, classées jadis oligocènes, sont
+aujourd’hui pontiennes de l’avis général. Il y trouve des fossiles
+(hélices) « d’un caractère franchement halophile. Ces mollusques
+habitaient certainement le bord de grandes lagunes, de véritables chotts
+probablement très étendus. Ce milieu devait ressembler beaucoup à celui
+des steppes de l’Algérie actuelle[56]. »
+
+Et plus loin à propos de fossiles trouvés à Smendou (ligne de
+Constantine à Philippeville) ; « la présence des _Cytherea_ et des
+_Melania_ indique un milieu laguno-saumâtre. Les cours d’eau tributaires
+de ces chotts pontiens[57], etc. » Entre les deux écoles de géologues il
+n’y a donc sur ce point aucune discordance. Que les couches rouges
+soient oligocènes ou pontiennes elles se sont déposées en tout cas sous
+un climat steppien.
+
+Notez d’ailleurs que M. Joleaud qui traite un peu l’oligocène en ennemi
+personnel a publié une carte paléogéographique de cet étage où il a fait
+figurer des chotts sur l’emplacement du Hodna[58]. Il tient à ce que les
+vieux dépôts de chott au voisinage de Constantine soient restitués au
+pontien. Mais que d’autres vieux dépôts de chotts, en d’autres parties
+de l’Algérie continuent à être attribués à l’oligocène il ne semble pas
+s’y opposer. D’autre part dans sa carte paléogéographique du
+tortonien[59] il fait aussi une part importante aux formations
+lagunaires.
+
+Sans prendre parti le moins du monde, dans les discussions entre
+géologues sur l’attribution de telle couche à tel étage, il semble donc
+qu’on ait le droit de dire avec l’assentiment universel : aux étages
+oligocène, tortonien, pontien, exactement comme au trias, l’Algérie dans
+ses parties émergées était un pays de chotts.
+
+_Pliocène._ — Au pliocène aussi elle a un climat désertique. Localement,
+il y a des cailloutis et des poudingues attribués au pliocène ; auprès
+de Beni-Ounif, par exemple, s’étend une mer de cailloux plus ou moins
+roulés, croulant sous le pied, que les géologues attribuent au pliocène,
+indice d’un climat sec aux orages rares et torrentiels, sur des pentes
+dénudées. Ce qui est surtout caractéristique de l’étage ce sont les
+dépôts calcaires continentaux ; dans cette même région de Beni-Ounif
+(Figuig), un peu plus à l’ouest, vers Bou-Aiech, le cailloutis pliocène,
+cimenté par du calcaire, fait un poudingue sur lequel les marteaux se
+brisent. Les calcaires pliocènes sont parfois lacustres (région de
+Constantine), attestant de grandes étendues d’eaux tranquilles,
+stagnantes, soumises à une forte évaporation.
+
+Ce qui donne plus particulièrement à l’étage son cachet calcaire, ce
+sont les encroûtements. Ils sont immensément développés sur les versants
+de l’atlas saharien, sur le versant sud, en particulier ; la carapace
+des hammadas recouvre à peu près tout ; pratiquement continue sur une
+superficie qui a des centaines de kilomètres de diamètre en tout sens,
+et pourtant d’une épaisseur insignifiante de 1 à 10 mètres. Cette
+formation si particulière a été beaucoup étudiée par Flamand ; il y a
+trouvé des fossiles, étudiés par Depéret, qui en affirme l’âge
+pliocène[60]. Pomel a le premier décrit cette carapace, et il a fourni
+de sa formation une explication qui, reste incontestée. « Elle résulte
+d’une sorte d’incrustation stalagmitique superficielle par suite de
+l’évaporation des eaux plus ou moins salées et séléniteuses qui
+remontent par capillarité[61]. » La croûte calcaire continue à se former
+de même sous nos yeux, dans maintes régions de l’Algérie, et même dans
+les parties sèches du Tell, dans le Chéliff, par exemple, où elle a été
+étudiée par Brives. Elle fait le désespoir des agriculteurs, parce qu’il
+faut la briser et que la charrue y parvient à peine. Dans cette Afrique
+du Nord où le sous-sol perce partout au soleil, à travers des lambeaux
+insuffisants de sol, la croûte calcaire est une des rares catégories
+existantes de sol, une catégorie fâcheuse. Par la croûte calcaire le
+climat pliocène s’apparente à l’actuel. La formation n’est possible que
+dans un pays très sec, où l’évaporation est intense.
+
+Voici d’autre part ce qu’écrit Joleaud comme conclusion d’une étude sur
+le pliocène continental de Constantine. « Vers la fin du pliocène, les
+dépressions existant aux environs de Constantine constituaient des
+bassins fermés, et leurs eaux se concentraient en des lacs où vivaient
+des hippopotames, tandis que des chevaux, des antilopes, etc.,
+habitaient les steppes voisines[62] »
+
+Bassins fermés, steppes, et cela jusque dans le nord de Constantine,
+c’est bien toujours la même note. Sur la nature du climat pliocène le
+consensus des géologues est réalisé.
+
+Voilà une belle série : trias, albien, oligocène, tortonien, pontien,
+pliocène, autant de moments du passé où il est établi sans contestation
+que l’Algérie fut désertique ou steppienne, domaine de chotts, de
+bassins fermés. Il faut insister là-dessus parce qu’il y a une bonne
+raison pour qu’on l’oublie. A la période qui a précédé immédiatement la
+nôtre, au quaternaire, il s’est produit une oscillation du climat dans
+le sens de l’humidité. Ce passé immédiat qui est très connu, très
+apparent, risque de nous voiler le passé plus lointain.
+
+_Quaternaire._ — Le quaternaire ne mérite pas en Berbérie, comme en
+Europe, le nom d’époque glaciaire. Mais ç’a été, ici comme là, un climat
+beaucoup plus humide que l’actuel. Au sud de l’Algérie de très grands
+fleuves l’Igharghar, le Tafassasset, la Saoura, établissaient une
+communication avec l’Afrique tropicale. Dans les _bihour_ de l’oued R’ir
+et du Zab, aux portes de Biskra, on retrouve aujourd’hui des poissons
+soudanais et nilotiques, des _chromys_, et des « silures[63] ». On les
+retrouve conservés par miracle et atrophiés dans des conditions qui
+attestent leur caractère de faune résiduelle. Le représentant le plus
+miraculeux de cette faune résiduelle est le crocodile de l’oued Mihero,
+qui subsiste péniblement dans quelques trous d’eau des plateaux
+Touaregs ; on sait qu’Erwin de Bary avait vu ses empreintes, et que le
+capitaine Nieger, des Méharistes sahariens, en a rapporté un échantillon
+à la Faculté des Sciences d’Alger[64]. De pareils faits n’établissent
+pas seulement l’existence d’une communication par eau à travers le
+Sahara quaternaire ; ils attestent que cette communication a dû se
+maintenir jusqu’à une époque rapprochée de nous.
+
+Par cette voie l’Algérie quaternaire a été peuplée d’une faune
+quaternaire, éléphants, rhinocéros, etc., que les paléontologistes ont
+étudiée, et que M. Boule appelle « Faune du Zambèze[65] ».
+
+Là-dessus d’ailleurs nous n’en sommes pas réduits au seul témoignage des
+paléontologistes. Il faut invoquer celui des gravures rupestres. Sur des
+parois de grès albien, dans l’Atlas saharien, on trouve profondément
+gravées des figures assez parlantes, représentant des échantillons de la
+« faune du Zambèze » : des éléphants, en particulier, et de grands
+buffles aux cornes immenses (_bubalus antiquus_[66]).
+
+Il faut aller encore plus loin et invoquer le témoignage des historiens.
+Il est bien établi que l’éléphant Carthaginois vivait en liberté dans ce
+même atlas saharien où on retrouve son effigie gravée. C’est là que les
+chasseurs venaient le capturer pour l’enrôler dans les armées
+carthaginoises. Il fut jusqu’à l’Empire romain la plus grosse pièce de
+la faune résiduelle[67].
+
+L’évidence d’un climat quaternaire beaucoup plus humide que l’actuel
+s’impose à l’attention en Algérie. Il faut être en garde contre des
+conclusions hâtives et incomplètes. En disant que le climat désertique
+actuel a succédé à une ère pluvieuse on ne dit rien que d’exact, mais on
+est extrêmement éloigné de rendre un compte complet du passé connu. Le
+climat quaternaire lui-même, en Algérie, diffère de l’actuel en degré,
+mais non pas en essence. Il ne s’est pas tout à fait dégagé des
+influences steppiennes. Pour cette mise au point il faut rappeler
+quelques faits dûment établis.
+
+L’expression « faune du Zambèze » a été choisie parce qu’elle s’applique
+à une faune mixte, comprenant à côté d’espèces tropicales comme
+l’éléphant, des bêtes steppiennes comme la girafe. Le quaternaire
+algérien a des autruches et des chameaux.
+
+Pour nous mettre en état d’imaginer ce climat quaternaire le fait le
+plus net, tout à fait probant, est celui-ci. L’oued Igharghar, qui
+descend du Hoggar aboutit à la cuvette des grands chotts sud-tunisiens.
+C’est là qu’il finit. D’une part aucune mer quaternaire ou néogène n’a
+jamais pénétré dans cette cuvette, qui est restée domaine continental au
+moins depuis la fin de l’éocène. D’autre part cette cuvette est
+actuellement séparée de la mer par le seuil de Gabès. Or on a établi
+après étude minutieuse qu’à travers ce seuil, qui eût été la seule voie
+possible, la cuvette quaternaire ne s’est jamais vidée dans la mer[68].
+A propos de cette région, partiellement située au-dessous du niveau de
+la mer, on a rêvé de mer saharienne à créer industriellement ; la
+mission Choisy y a fait des travaux topographiques de détail,
+préparatoires de projets éventuels. Ce pays qui excite l’imagination et
+qui est à portée immédiate de la Tunisie a tenté d’autres
+travailleurs[69]. Il est tout à fait certain que l’Igharghar, même en
+son plus beau temps, celui des silures et des crocodiles, n’a jamais
+atteint la mer. Il se terminait entre Biskra et Gabès dans une cuvette
+fermée. En ce temps, c’était apparemment l’affluent d’un lac Tchad
+immense dont les chotts actuels sont un pauvre reliquat. Autour de ce
+Tchad nous sommes à l’aise pour imaginer, comme autour de l’autre, du
+véritable, une faune soudanaise et zambézienne. Entre un Tchad et un
+chapelet de chotts il y a une immense différence de degré, bien entendu,
+mais essentiellement l’un et l’autre sont la même chose, la zone
+d’épandage d’un bassin fermé.
+
+Pour interpréter la signification des atterrissements quaternaires il
+faut noter un dernier trait, leur immensité ; sur la carte géologique
+ils tiennent un bon tiers de toute la carte. Elle a vieilli sans doute
+et, depuis sa publication, nombre de dépôts continentaux, classés jadis
+quaternaires, ont été restitués à des étages plus anciens, pliocène,
+pontien. La part du quaternaire demeure pourtant immense, à confondre
+l’imagination, comme disait Pomel, notre imagination dressée par
+l’exemple de la France, où la carte géologique ne montre rien de pareil.
+C’est une preuve nouvelle d’un climat insuffisamment humide. Dans un
+pays à climat normal et régulièrement drainé, comme la France, les
+alluvions sont, pour la plupart, entraînées à la mer ; mais dans les
+cuvettes fermées, les alluvions se juxtaposent et s’entassent en masses
+énormes, parce qu’elles y restent toutes. L’immensité des
+atterrissements quaternaires suffirait à établir, à elle seule, que la
+période quaternaire a connu, comme les précédentes, ce régime steppien
+de bassins fermés, qu’elle a transmis à l’actuelle.
+
+
+[Note 51 : No 66, p. 814.]
+
+[Note 52 : No 42.]
+
+[Note 53 : No 45, p. 246, fig. 1.]
+
+[Note 54 : No 38 _passim_. Voir bibliographie du sujet dans _Dalloni_,
+no 31.]
+
+[Note 55 : No 111.]
+
+[Note 56 : No 70, p. 245.]
+
+[Note 57 : No 70, p. 254.]
+
+[Note 58 : No 70, p. 279.]
+
+[Note 59 : No 70, p. 283.]
+
+[Note 60 : No 41, p. 695.]
+
+[Note 61 : No 87, p. 193.]
+
+[Note 62 : No 70, p. 319.]
+
+[Note 63 : No 28, p. 102.]
+
+[Note 64 : 82 _bis_ et _ter_.]
+
+[Note 65 : Voir la bibliographie no 64, t. I, p. 100 et suiv.]
+
+[Note 66 : No 63, t. I, p. 44, fig. 11.]
+
+[Note 67 : No 64, t. I, p. 74 et 108.]
+
+[Note 68 : No 81, p. 70, 86 et 222.]
+
+[Note 69 : No 83, p. 21 et suiv.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V
+
+ LA MÉDITERRANÉE SUBSTITUÉE A LA TYRRHÉNIDE
+
+
+_L’effondrement._ — Cependant entre l’Algérie actuelle ou quaternaire
+d’une part, et d’autre part une Algérie plus ancienne, celle des bras de
+mer, il s’est produit un événement de conséquence considérable,
+l’effondrement de la Tyrrhénide.
+
+A partir du moment où la mâchoire septentrionale de l’étau s’est
+écroulée, il n’y a plus étau. L’Algérie que nous avons décrite,
+l’Algérie géosynclinale des bras de mer n’existe plus à proprement
+parler. Une période tout à fait nouvelle commence.
+
+Voici quelle en est la caractéristique essentielle. Une mer très creuse,
+et très brusquement abyssale, la Méditerranée, a pris la place exacte
+qu’occupait une surface continentale, la Tyrrhénide. Naturellement c’est
+un événement immense.
+
+L’Algérie des bras de mer, si, pour mieux se la représenter par
+l’imagination, on lui cherche un pendant sur la planète actuelle, se
+laisserait peut-être comparer avec la mer Rouge. L’une et l’autre sont
+ou furent une mer longue, étroite et creuse ; un détroit, éventuellement
+avorté en cul-de-sac, en golfe, entre de grandes étendues continentales
+arides. Il n’y a pas besoin de souligner le contraste avec l’Algérie
+actuelle.
+
+Un secret qui est enfoui sous 4000 mètres d’épaisseur d’eau salée, est
+nécessairement bien gardé. On a précisé pourtant la date de cette grande
+catastrophe. M. Joleaud place au début du pliocène « l’effondrement
+définitif du continent ancien[70].
+
+Pour le général de Lamothe la formation de ces abîmes paraît postérieure
+au pliocène ancien »[71].
+
+En gros, tous les géologues sont d’accord là-dessus, le phénomène est
+d’hier, à l’échelle de la chronologie géologique. La zone
+méditerranéenne a le privilège des grands effondrements récents, elle a
+vu celui du continent Égéen, celui de l’Atlantide. C’est précisément
+dans cette catégorie-là que rentre approximativement l’effondrement de
+la Tyrrhénide.
+
+_Les conséquences._ — Les conséquences n’ont pas pu manquer d’être
+considérables. Là-dessus les botanistes auraient eu peut-être leur mot à
+dire. Il y aurait dans la flore de l’Afrique septentrionale beaucoup
+d’espèces résiduelles qui sont un héritage du tertiaire.
+
+Et par exemple le cèdre. C’est un arbre de sommets. Il témoigne que
+l’Algérie tertiaire était déjà montagneuse. On sait que dans l’Algérie
+actuelle il est en recul, il se défend mal. Il y a dans l’Aurès des
+forêts mortes où les grands cèdres au bois incorruptible sont des
+squelettes debout enracinés.
+
+On cite aussi l’arganier. Chassé du reste de la Berbérie par la
+concurrence vitale il est réfugié aujourd’hui dans un coin du Maroc. Il
+s’y maintient à la faveur d’un climat assez particulier. La chaleur est
+forte, correspondante à une latitude déjà quasi tropicale ; les pluies
+sont rares, on est à l’orée du désert ; en revanche, au contact de
+l’océan, l’air est constamment chargé de vapeur d’eau. C’est là un
+climat qui aurait des rapports, du moins théoriques, avec celui de la
+mer Rouge actuelle, où l’humidité de l’air fait un contraste violent
+avec la sécheresse du sol. Faut-il imaginer qu’il pourrait en avoir avec
+le climat de l’Algérie des bras de mer ?
+
+Ce sont là des idées qu’un botaniste, M. Maire, exprimait oralement, en
+passant, d’une manière tout à fait fugitive. Il y aurait là peut-être le
+programme de recherches possibles qui n’ont pas été faites.
+
+Un événement comme l’effondrement de la Tyrrhénide ne peut pas être
+resté tout à fait sans conséquences climatiques, au moins dans des
+nuances importantes, dont un changement de végétation aurait enregistré
+les traces. On sait en effet déjà que la révolution n’a pas été
+radicale. Le voisinage plus ou moins proche d’une surface continentale
+immense et plus ou moins aride, notre Sahara, n’a jamais cessé de faire
+sentir son influence plus ou moins directe.
+
+Là où les conséquences du grand effondrement se laissent directement
+constater et mesurer c’est dans le modelé. Il y a là une matière qui a
+bien un rapport avec le climat ; mais elle en a surtout avec
+l’apparition toute nouvelle d’un niveau de base marin général au nord de
+l’Algérie. Les conditions de l’érosion s’en sont trouvées bouleversées
+de fond en comble.
+
+Les torrents méditerranéens, nés de la catastrophe, ont poussé leur
+érosion de tête dans le vieux domaine des bassins fermés, suivant une
+progression que les géologues ont cherché à préciser tout
+particulièrement dans la province de Constantine.
+
+D’après Joleaud « la région constantinoise formait certainement, au
+début de la période quaternaire, un bassin fermé plus ou moins semblable
+au bassin actuel du chott el-Hodna[72]. Graduellement, à commencer par
+les plus voisins du littoral, les bassins fermés furent captés par des
+cours d’eau tributaires de la mer, si bien qu’aujourd’hui non seulement
+tout l’Atlas tellien, mais encore une partie des hautes plaines, a été
+incorporée au bassin méditerranéen[73]. » Alexandre Joly a mis en
+relief, à différentes reprises, cette idée que, si on observe la ligne
+de partage des eaux entre les bassins fermés et le bassin méditerranéen,
+les phénomènes de capture qui ont déplacé cette limite, l’ont toujours
+fait dans le même sens, « au profit de la Méditerranée et aux dépens des
+bassins fermés[74] ». Rien de plus normal d’ailleurs, c’est exactement
+ce qu’on pouvait attendre.
+
+A ces idées de géologues, par des méthodes purement géographiques, on
+peut apporter une confirmation, qui en est en même temps l’illustration
+graphique.
+
+_Profils longitudinaux._ — On a dressé le profil longitudinal de quatre
+oueds, le Chéliff, le Bou-Sellam, la Seybouse et le Rummel (fig. 14 à
+19). Tous les quatre ont leur cours inférieur dans le Tell, et leur
+cours supérieur sur les Hauts plateaux ; ce sont les seuls fleuves
+d’Algérie qui soient franchement dans ce cas.
+
+A différentes autres reprises, dans les chapitres suivants, on aura
+recours à cette méthode des profils longitudinaux ; et il faut donner
+ici, d’entrée de jeu, une fois pour toutes, quelques explications sur
+les règles uniformes qu’on s’est imposées dans l’établissement des
+profils longitudinaux.
+
+Bien entendu il n’existe pas de profils techniques des rivières
+algériennes, établis par le nivellement direct des berges. Il faut se
+borner aux renseignements fournis par la carte de l’état-major. La carte
+au 50000e donne les courbes de niveau de 10 mètres en 10 mètres. Mais on
+ne se sent pas moralement certain que le cartographe, sur le terrain,
+forcé d’aboutir dans un temps limité, ait pu établir partout sa cote
+avec une exactitude suffisante à 10 mètres près. Vouloir à toute force
+utiliser toutes les courbes de la carte au 50000e eût été peut-être
+faire un travail d’une fausse précision. En revanche, avec les courbes
+maîtresses (lorsqu’elles sont accusées par un trait fort) : avec les
+cotes en chiffres, qui sont assez nombreuses, et avec le contrôle de la
+carte au 200000e, on arrive à déterminer avec certitude où passent les
+courbes de 50 mètres en 50 mètres ; l’équidistance de 50 mètres est
+d’ailleurs celle de la carte au 200000e ; seul document que nous
+possédions pour une partie de l’Algérie. C’était une raison de plus pour
+s’y tenir partout.
+
+C’est donc sur ces bases qu’on a établi, avec tout le soin possible, les
+profils de quelques fleuves algériens. Il est évident que ces profils ne
+serrent pas la vérité de très près. Beaucoup de petites irrégularités y
+sont nécessairement masquées. Du moins, dans les limites des données, on
+espère qu’ils sont exacts ; et, ces données ayant été les mêmes pour
+tous, ils sont comparables entre eux.
+
+Pour que ces profils aient quelque précision, malgré la petitesse de
+l’échelle et pour qu’ils soient plus aisément contrôlables, on y a
+joint, autant que possible, dans le dessin même, l’indication en
+chiffres des éléments avec lesquels ils ont été construits. Pour chaque
+tronçon du profil, des chiffres, disposés dans le sens des lignes
+verticales, se rapportent au nombre de kilomètres qui correspond à une
+dénivellation de 50 mètres, exception faite pourtant des tronçons trop
+courts où la pente est très rapide : la place y manquait pour inscrire
+des chiffres, et il était d’ailleurs moins essentiel de les donner avec
+précision, puisque entre ces chiffres très faibles (2 ou 3 kilomètres,
+par exemple) il ne peut y avoir que des différences encore plus faibles,
+négligeables à l’échelle employée.
+
+Il faut ajouter encore une observation préliminaire. Dans le chevelu des
+branches supérieures il était indispensable et intéressant de choisir
+celle qui serait considérée comme maîtresse. On n’est pas guidé, comme
+en France, par l’onomastique et la tradition. Toutes les différentes
+branches d’un cours d’eau portent ici un nom différent ; les oueds n’ont
+pas d’état civil et ne naissent pas officiellement en un point précis,
+comme la Loire au mont Gerbier-des-Joncs. Comme critérium unique on a
+donc adopté la longueur ; il était impossible d’en trouver un autre ;
+sur le débit, les renseignements que nous possédons sont lacunaires et
+incertains. Par cette méthode on a donc dressé le profil longitudinal du
+Chéliff, du Bou-Sellam, de la Seybouse et du Rummel. Ces quatre profils
+sont étroitement apparentés, on le constate d’un coup d’œil ; chacun
+d’eux est rompu en son milieu, il est composé de deux concavités assez
+régulières, raccordées par une convexité plus ou moins angulaire. Ce
+parallélisme ne peut être fortuit. Et d’ailleurs il est d’interprétation
+très simple. Il y a nécessairement, pour chaque profil, deux rivières
+primitivement indépendantes (les concavités) raccordées par une capture
+récente (la convexité).
+
+Voyons les cas particuliers.
+
+_Chéliff._ — Le Chéliff, fig. 14 et 15, a 700 kilomètres de long, et il
+est le seul fleuve algérien qui, ayant pris sa source dans l’Atlas
+saharien, atteigne la mer. C’est le géant des Oueds algériens. Il est
+composé de deux oueds mis bout à bout, dont l’indépendance apparaît sur
+le profil, sur la carte, et jusque dans la nomenclature indigène. En
+amont l’oued Touil traverse les hauts plateaux dans une direction sud-
+ouest-nord-est, en aval le Chéliff proprement dit traverse le Tell du
+sud-est au nord-ouest, presque d’est en ouest. Le coude de capture est
+extrêmement marqué. Il est à Boghari, et c’est là aussi, bien entendu,
+que le profil accuse une rupture de pente extrêmement nette. En amont,
+dans la plaine marécageuse de Bou-Ghzoul, qui a 47 kilomètres de
+diamètre, la pente est seulement de 1,6 p. 1000. En aval, dans les
+gorges de l’Atlas, elle s’accélère du double, et, jusqu’à Amoura,
+pendant 80 kilomètres, elle est de 3 m. 2.
+
+Alexandre Joly a décrit l’instabilité de la rivière, la progression
+phagédénique de l’érosion au voisinage de Boghari et de Bou-Guezoul. Il
+a recueilli des traditions indigènes, confirmées par l’aspect du
+terrain, sur des plaines jadis marécageuses et couvertes de roseaux, où
+le Chéliff actuel est encaissé de plusieurs mètres. « En une vingtaine
+d’années un canal d’arrosage, profond de quelques centimètres, a
+transformé son lit en un canal large de plus de 2 mètres, profond de
+plus de 3 mètres ; dans un seul hiver il a approfondi son lit de plus de
+1 m. 30. » D’après les conducteurs des ponts et chaussées, qui ont à
+défendre leurs ponts et leurs cassis contre la rivière, « il semble
+certain que, depuis une dizaine d’années, le Chéliff a approfondi
+annuellement son lit de près de 6 et 8 centimètres au voisinage de
+Boghari[75] ». Tous ces ravinements sont en coup de scie, des fossés à
+pic profonds de plusieurs mètres. Il n’y a rien là que de très naturel,
+comme le montre un coup d’œil sur le profil, Boghari est précisément le
+point de rupture de pente atteint par l’érosion régressive. C’est là
+qu’est concentré tout l’effort de la rivière pour régulariser son
+nouveau profil d’ensemble. Cette érosion si active s’exerce aux dépens
+d’une grande plaine d’alluvions, semée de marais dont le drainage n’est
+pas encore achevé ; il en reste les dayas de Bou-Guezoul visitées en
+hiver par les canards sauvages.
+
+[Illustration : FIG. 14. — PROFIL EN LONG DU CHÉLIFF.
+
+Le profil en long du Chéliff montre deux courbes concaves, qui se
+rejoignent à Boghari. Chacune d’elles correspond à un système fluvial
+jadis indépendant : en amont l’oued Touil (oued Nahr Ouassel), qui a été
+capturé par l’oued d’aval le Chéliff.
+
+On verra le coude de capture sur n’importe quelle carte générale de
+l’Algérie (voir même sur les fig. 7 et suivantes). L’angle est à peu
+près droit.]
+
+[Illustration : FIG 15. — LA RÉGION DE BOGHARI.
+
+(Emprunté au 200000e du _Service géographique_, feuille 24.)
+
+La figure 15 représente au 200000e le point précis où s’est fait la
+capture, la région de Boghari. Le bas Nahr Ouassel (oued Touil), à bout
+de course, stagne dans des marais (les daïas de Bou-Guezoul) : puis
+brusquement il devient le Chéliff et il s’ouvre un chemin d’aspect
+héroïque à travers l’Atlas de Boghari.]
+
+Il y a donc bien deux oueds, l’oued Touil d’une part, et le Chéliff
+proprement dit de l’autre, qui ont évolué à part chacun pour soi pendant
+des âges, et qui ont été rattachés bout à bout par une capture récente.
+
+Pour mettre en valeur l’autonomie ancienne de l’oued Touil, il faut le
+comparer à son affluent le Nahr Ouassel ; qui prend sa source auprès de
+Tiaret et qui rejoint l’oued Touil un peu en amont de Boghari. Dans
+l’état actuel du climat et de l’hydrographie ce serait le nahr Ouassel
+qui serait la véritable tête du Chéliff et non pas l’oued Touil. Il est
+beaucoup plus court, il est vrai, et nous n’avons pas de chiffres précis
+sur son débit. Mais nous sommes certains du moins que c’est une rivière
+pérenne, au rebours de l’oued Touil qui est à sec. On a profilé le nahr
+Ouassel à côté de l’oued Touil sur la figure, et la comparaison est
+instructive. Le profil du nahr Ouassel est en dents de scie ; au
+contraire celui de l’oued Touil est très régulier ; il n’accuse un
+crochet insignifiant qu’en un point, aux environs de Taguin (le Taguin
+où la Smala fut prise ; il y a là de très grosses sources en relation
+avec une faille). Des deux rivières d’ailleurs c’est l’oued de beaucoup
+qui a la moindre pente, et qui coule à l’altitude la plus basse, c’est-
+à-dire dont l’œuvre totale d’érosion a été la plus considérable. C’est
+lui qui a les caractères non seulement d’une artère maîtresse, mais
+encore d’un vieux fleuve.
+
+Qu’était-il, ce vieux fleuve, avant d’être devenu par capture la branche
+supérieure du Chéliff ? Sur la carte et sur le terrain il est impossible
+de trouver trace d’un lit antérieur par lequel l’oued Touil puisse
+s’être prolongé dans une direction générale autre que l’actuelle. La
+plaine de Bou Guezoul est une grande cuvette fermée de tous les côtés ;
+le fond marécageux de la cuvette est à 630 mètres d’altitude ;
+abstraction faite de l’étroite coupure, par où la rivière s’échappe
+aujourd’hui, la cuvette est régulièrement encerclée de tous les côtés
+par la courbe de 700 mètres ; que cette cuvette, toute tapissée de
+dépôts continentaux, ait été une sebkha sans écoulement, zone d’épandage
+de l’oued Touil, c’est l’hypothèse qui s’impose.
+
+_Oued Bou-Sellam._ — L’oued Bou-Sellam est bien plus humble que le
+Chéliff. Ce n’est même pas un fleuve indépendant, c’est un simple
+affluent de l’oued Sahel ; on peut même constater sur son profil que le
+raccord de sa vallée avec celle de l’oued Sahel, en amont d’Akbou, n’est
+pas encore tout à fait régularisé. Pourtant les 270 kilomètres de long
+du Bou-Sellam, s’ils le laissent loin derrière le Chéliff, lui donnent
+encore un rang honorable parmi les rivières d’Algérie.
+
+[Illustration : FIG. 16. — PROFIL EN LONG DU BOU-SELLAM.
+
+Le profil accuse une double concavité. La pointe de la partie convexe
+est en amont des gorges du Guergour, à la limite de l’Atlas Tellien et
+de la haute plaine (Sétif).]
+
+Quoi qu’il en soit le Bou-Sellam est un pendant exact du Chéliff, à une
+échelle réduite (fig. 16 et 17).
+
+Son profil aussi est nettement cassé en deux par une bosse convexe,
+séparant deux guirlandes concaves. La rupture de pente est au Guergour.
+Tandis que, en amont, dans la plaine de Sétif l’oued coule assez
+lentement, avec une pente de 3,1 p. 1000, dans les gorges très
+encaissées du Guergour la pente triple, et atteint 12,5. C’est le point
+où la capture s’est produite, et où l’érosion de tête de l’oued
+conquérant conserve sa violence ?
+
+Au crochet du profil longitudinal correspond sur la carte un coude de
+capture très accusé. Le Bou-Sellam prend sa source au djebel Megriss et
+il coule d’abord nord sud, ce qui l’amène rapidement sur les hauts
+plateaux de Sétif, il y conserve d’abord sa direction méridionale, vers
+le Hodna ; puis, après quelques hésitations, il vire brusquement cap
+pour cap, prend franchement le chemin du nord, rentre dans le Tell et
+aboutit à Bougie.
+
+Les deux sections ainsi raccordées ont des profils très différents. La
+section amont, celle de Sétif, est évidemment de beaucoup la plus
+vieille et la plus évoluée ; son profil est une concavité très accusée
+et très régulière. La section aval au contraire a un profil à peine
+concave et en crémaillère ; c’est un profil de jeune torrent. Ce
+contraste suffirait à lui seul à établir l’indépendance ancienne des
+deux sections. Ce sont deux oueds restés longtemps distincts, deux
+individualités.
+
+[Illustration : FIG. 17. — LE COUDE DE CAPTURE DU BOU-SELLAM.
+
+(Carton emprunté à la carte au 200000e, no 16. Sétif.)
+
+Sur la figure 17 on voit le Bou-Sellam prendre sa source sur le versant
+Sud de l’Atlas Tellien, en amont de Sétif. Il se dirige d’abord droit au
+Sud et arrive dans un bas-fond marécageux. Là il tourne brusquement cap
+pour cap, et prend le chemin du Nord celui des montagnes natales. Il les
+traverse aux gorges profondes du Guergour (à une dizaine de kilomètres
+en aval hors de la figure).
+
+Aujourd’hui les marais du Bou-Sellam ne communiquent plus avec le Chott
+el-Malah, dont ils ne sont séparés par aucun obstacle. La capture est
+évidente.]
+
+La carte laisse deviner de quelles façons a pu finir l’oued d’amont,
+avant la capture. En aval de Sétif, la région, où le Bou-Sellam, après
+des tergiversations, retourne décidément en arrière, est le fond
+marécageux d’une très grande cuvette. Un coin du marais porte sur la
+carte le nom de chott el-Malah, toute la région inscrite dans la boucle
+de l’oued porte aussi sur la carte ce nom de Malah, qui signifie
+« sel », et qui suggère donc l’idée d’un ancien bassin fermé encore
+insuffisamment traîné. On conçoit aisément que ce chott el-Malah ait pu
+être, dans la période antérieure à l’actuelle, zone d’épandage du haut
+Bou-Sellam. Pourtant dans la prolongation exacte de sa vallée au sud une
+longue et large trouée d’érosion coupe en deux les montagnes du Hodna.
+Le village de Colbert s’y trouve. Cette grande vallée est aujourd’hui
+parcourue par deux oueds, qui coulent en sens inverse : au nord, l’oued
+Melah va rejoindre le Bou-Sellam, il a très peu de pente et il est semé
+de fondrières ; au sud, l’oued Soubilla se précipite brusquement vers le
+Hodna par des gorges très profondes. Le seuil de séparation entre ces
+deux oueds est à une centaine de mètres au-dessus de la vallée actuelle
+du Bou-Sellam. Par cette grande vallée de Colbert on peut concevoir que,
+à un moment donné du passé, le Bou-Sellam prenait le chemin du Hodna. Il
+est vrai que le seuil est encore moins élevé (une cinquantaine de
+mètres) entre la cuvette de Sétif et la région des Sebkhas (Sebkhas
+avoisinant le village d’Ampère, chott el-Beida).
+
+Pour concevoir le passé du Bou-Sellam avant la capture on a donc
+l’embarras du choix, entre hypothèses qui peuvent avoir été réalisées
+successivement ou alternativement. Mais ces hypothèses ont toutes un
+point commun, et se ramènent au fait suivant : Le Bou-Sellam aboutissait
+dans une cuvette fermée, quelle qu’elle fût, jusqu’au moment assez
+proche de nous où il fut capturé par l’érosion de tête d’un torrent
+tellien.
+
+C’est donc bien un pendant du Chéliff.
+
+_La Seybouse._ — C’en est un aussi de la Seybouse (fig. 18), qui est un
+oued classé par son débit puissant au premier rang des rivières
+algériennes, mais non par la longueur de son cours. Elle a 223
+kilomètres de long entre son embouchure, qui est à Bône, et sa source
+qu’elle prend, sous le nom d’oued Cherf, auprès d’Aïn-Beïda.
+
+[Illustration : FIG. 18. — PROFIL EN LONG DE LA SEYBOUSE.]
+
+[Illustration : FIG. 19. — PROFIL EN LONG DU RUMMEL.
+
+La Seybouse est le fleuve qui a son embouchure à Bône. Le Rummel est le
+fleuve de Constantine.
+
+Les deux profils ont une parenté évidente entre soi et avec les figures
+14 et 16. Il faut considérer l’ensemble de ces quatre figures, en se
+souvenant que les quatre fleuves profilés sont les seuls oueds Telliens,
+prenant leur source sur les hauts plateaux. C’est donc une règle sans
+exception que les fleuves de cette catégorie sont composés de deux
+oueds, réunis en un seul par une capture. L’oued d’amont a longtemps
+appartenu a un bassin fermé, son profil régulier atteste la maturité.
+L’oued d’aval est un jeune torrent Tellien à profil heurté.
+
+Les quatre figures sont donc une illustration graphique du grand fait
+que voici. Depuis l’effondrement de la Tyrrhénide les oueds Telliens,
+ayant désormais la mer comme niveau de base, sont des agents d’érosion
+puissants. Ils n’ont pas cessé d’étendre leurs conquêtes au détriment de
+la zone antique des bassins fermés.]
+
+L’oued Cherf coule donc sur les Hauts Plateaux et la Seybouse dans le
+Tell ; le profil suggère que les deux oueds (Cherf et Seybouse) ont été
+longtemps distincts, et que le premier a été capturé par le second. En
+amont de Guelma ils sont réunis par des rapides où la pente atteint 25
+p. 1000. Les Hauts Plateaux dans le bassin de l’oued Cherf sont
+naturellement tapissés des atterrissements continentaux gypso-salins
+habituels.
+
+_Oued Rummel._ — Le Rummel (fig. 19) (oued el-Kebir dans la partie
+inférieure de son cours) appartient à la même catégorie. Il rappelle
+plus particulièrement le Bou-Sellam par le crochet aigu de son coude de
+capture. Comme le Bou-Sellam il prend sa source dans l’Atlas tellien,
+coule d’abord au sud, puis à l’est sur les Hauts Plateaux jusqu’à
+Constantine. C’est là que se fait dans les gorges fameuses du Rummel
+entre l’oued d’amont et l’oued d’aval un raccord dont le profil accuse
+l’extrême brutalité ; l’oued tombe d’une centaine de mètres à la
+traversée de la ville (sa chute alimente les moulins Lavie). De part et
+d’autre de Constantine les profils des deux oueds sont extrêmement
+contrastés. L’oued d’aval a un profil en crémaillère de torrent jeune et
+conquérant. Et c’est lui d’ailleurs dont M. Joleaud a retracé les
+conquêtes.
+
+[Illustration : FIG. 20. — L’OUED BOU-MERZOUG ET L’OUED CHOTT-SABOUN.
+
+Le chemin de fer entre Constantine et Batna longe successivement deux
+oueds, le Bou-Merzoug affluent du Rummel, et l’oued Chott-Saboun (bassin
+fermé). On a imaginé (hypothèse A. Grund) que ces deux oueds seraient
+les débris aujourd’hui distincts, d’un système fluvial continu, que le
+progrès du climat désertique aurait tronçonné.]
+
+[Illustration : FIG. 21. — PROFIL EN LONG DE L’OUED BOU-MERZOUG
+PROLONGÉ.
+
+Sur la figure 21, la courbe si concave et si régulière de l’oued Chott-
+Saboun atteste l’isolement ancien de la vallée, qui a évolué pour son
+compte jusqu’à la sénilité.
+
+Le Bou-Merzoug, l’une des têtes d’un torrent Tellien, dans un avenir
+indéterminé, si les circonstances actuelles persistent assez longtemps,
+pourra capturer l’oued Chott-Saboun et constituer avec lui un système
+fluvial du type Chéliff, Bou-Sellam, etc.
+
+Les figures 20 et 21 sont comme une contre-épreuve des précédentes,
+conduisant aux mêmes conclusions.]
+
+_Bou-Merzoug._ — En amont de Constantine le Rummel reçoit un affluent,
+le Bou-Merzoug, qui était considéré dans l’antiquité comme l’artère
+maîtresse, la tête du fleuve ; les Romains l’appelaient Ampsagas. Si on
+admet ce point de vue, et si on établit le profil en long de l’oued Bou-
+Merzoug (fig. 20 et 21) on obtient un résultat curieux, à condition de
+le prolonger par le profil de l’oued Chott-Saboun (source à Lambèse dans
+l’Aurès). Le Chott-Saboun (Sebkha Zmoul) qui est la zone d’épandage de
+l’oued Chott-Saboun, est séparé de la haute vallée du Bou-Merzoug par un
+seuil insignifiant, une ondulation de la haute plaine. Actuellement
+encore ce oued est une artère de bassin fermé, ayant évolué à part
+pendant des âges, avec le chott Saboun comme niveau de base, puisque la
+concavité très accusée de son profil semble bien avoir atteint
+l’équilibre. Le long du Bou-Merzoug cependant l’érosion régressive,
+déterminée par le rattachement du Rummel au bassin méditerranéen, est
+parvenue actuellement jusqu’à El-Guerra, ou plus précisément Aïn-Mlila.
+Si les conditions actuelles persistent pendant des siècles encore, il
+est manifeste que l’érosion régressive finira par rattacher l’oued
+Chott-Saboun au bassin du Rummel, c’est-à-dire à la Méditerranée. Le
+complexe oued Chott-Saboun-oued Bou-Merzoug est un Chéliff en voie de
+réalisation, un Chéliff futur. Le profil de cet oued imaginaire
+rapproché des quatre autres qui s’appliquent à des oueds réels, est une
+contre-épreuve intéressante.
+
+_Conclusions._ — L’étude du modelé nous conduit donc à des conclusions
+qui sont nettement celles des géologues.
+
+Le domaine des bassins fermés est en régression plus ou moins rapide
+depuis que les relations actuelles existent entre la terre et la mer,
+depuis que la Méditerranée a pris la place de la Tyrrhénide effondrée,
+c’est-à-dire apparemment le pliocène. Depuis ce temps-là les oueds
+telliens, avec la mer comme niveau de base, ont été alimentés par des
+pluies dont l’importance absolue a beaucoup varié, mais qui sont
+demeurées relativement beaucoup plus abondantes sur le versant nord
+méditerranéen de l’Atlas que sur le versant sud. Ces oueds telliens ont
+donc été conquérants sans interruption, ils le sont encore sous nos
+yeux. Du grand effondrement tyrrhénien ç’a été la conséquence la plus
+importante, celle du moins qui saute davantage aux yeux, qui se laisse
+mesurer. Et ce n’est rien moins d’ailleurs que la différenciation du
+Tell, quelque chose de considérable.
+
+
+[Note 70 : No 70, p. 287.]
+
+[Note 71 : No 80, p. 244.]
+
+[Note 72 : No 69.]
+
+[Note 73 : No 70, p. 319.]
+
+[Note 74 : Nos 76 et 74.]
+
+[Note 75 : No 75, p. 510 et no 76, p. 9.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI
+
+ CONCLUSIONS DU LIVRE
+
+
+On a réuni dans ce livre II les données actuellement acquises sur
+l’histoire géologique de l’Algérie.
+
+Il faut affirmer que ces données sont acquises, il s’agit de faits
+solides, sur lesquels est réalisé le consensus de tous les observateurs.
+On n’a pas le moins du monde développé une thèse qui soit particulière à
+l’auteur.
+
+L’affirmation n’est pas inutile parce que l’ancienneté du climat
+désertique ou steppien en Algérie est un fait incontesté, il est vrai,
+mais en revanche assez généralement ignoré. De cette ignorance il a été
+fourni des preuves récentes. Et par exemple un géographe autrichien, M.
+A. Grund, à la suite d’un voyage rapide en Algérie, s’est imaginé que
+l’oued Chott-Saboun était l’ancienne tête du Bou-Merzoug séparée du
+tronc par les progrès du climat désertique depuis le quaternaire[76].
+Cette erreur est très naturelle chez un voyageur qui met la tête à la
+portière dans le train de Constantine-Batna. Mais l’extraordinaire c’est
+que la théorie Grund ait été accueillie avec quelque faveur dans les
+cercles géographiques français. Les géologues algériens aux prises avec
+une besogne immense ont publié des études fragmentaires, qu’aucune
+exposition d’ensemble n’a mis encore à la portée du public scientifique
+métropolitain. Ces études existent pourtant, leurs conclusions sont
+unanimes et formelles.
+
+On a vu qu’une analyse du modelé par la méthode des profils
+longitudinaux conduit à une conclusion qui est rigoureusement celle des
+géologues, puisqu’enfin ces chotts, dont le climat actuel tend à
+restreindre le domaine, lui sont nécessairement antérieurs.
+
+Il faut donc souligner ce fait sur lequel il apparaît que l’attention
+n’a pas été assez attirée. L’Algérie est encroûtée de dépôts
+continentaux qui se sont accumulés dans des bassins fermés depuis
+l’oligocène.
+
+Le régime des chotts est aussi vieux que l’Algérie continentale ; la
+malédiction des pays de sel est sur ce pays depuis le commencement des
+âges ; toutes les fois où nous voyons, dans le passé géologique, le bras
+de mer algérien s’assécher, ç’à été pour se couvrir de chotts. Il y a un
+lien entre la répartition des déserts à la surface de la planète et la
+latitude. Faut-il admettre que la latitude de l’Algérie n’ait pas changé
+depuis le crétacé, ce qui signifie l’immobilité du pôle ? La répartition
+circumpolaire de la houille suggère déjà cette immobilité. Mais quoi
+qu’il en soit de ces considérations trop générales, l’ancienneté d’un
+climat aride en Algérie est un fait précis.
+
+Les faits précis de cet ordre, ceux qui sont exposés dans le livre II,
+comme d’ailleurs ceux qui ont trouvé place au livre I, sont des
+directives, des leitmotive ; il faudra les avoir présents à l’esprit
+pour analyser la structure du pays dans ses détails, dans ses parties.
+
+D’ores et déjà une grande division ressort à travers toutes les cartes
+paléogéographiques : l’Atlas tellien et le groupe Atlas saharien-Hauts
+Plateaux nous sont apparus déjà comme distincts. L’un est le domaine du
+géosynclinal profond, du géosynclinal proprement dit ; et l’autre du
+socle continental. L’étude des dépôts continentaux nous a conduits
+d’autre part à la discrimination des deux mêmes zones sur des principes
+tout autres. Tandis que tout le sud reste le domaine des bassins fermés,
+le Tell est le domaine des oueds méditerranéens conquérants ; il leur
+doit un modelé d’érosion avec la mer comme niveau de base, un décapage
+avancé, une dissection profonde. Les deux zones, Tell et Hauts
+Plateaux ; ont, l’une vis-à-vis de l’autre, une originalité de modelé
+comme ils en ont une de contexture profonde.
+
+Cette distinction à laquelle nous aboutissons de deux côtés différents
+est fondamentale, il faut s’y tenir. Les noms de Tell et Hauts Plateaux
+sont consacrés par l’usage, on peut les dire des appellations
+populaires. Ils en ont les inconvénients comme les avantages.
+Naturellement ils manquent de précision. Dans le détail, quand il
+s’agira de délimiter, on trouvera que les limites du socle continental
+sont loin de coïncider exactement avec celles de la zone où
+l’encroûtement de bassin fermé est encore intact. Mais en gros la
+division très générale de l’Algérie en Tell et Hauts Plateaux est très
+commode ; on l’adoptera, au moins comme cadre de travail,
+provisoirement.
+
+
+[Note 76 : No 47, p. 443.]
+
+
+
+
+ LIVRE III
+
+ HAUTS PLATEAUX
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ ATLAS SAHARIEN
+
+
+On essaiera d’analyser d’abord le socle continental, la grande zone
+méridionale de l’Atlas saharien et des Hauts Plateaux, en commençant par
+l’Atlas saharien.
+
+On a déjà dit qu’il a des limites nettes du côté du Grand Atlas
+marocain ; il contraste avec lui par son altitude moindre de moitié ; et
+certainement aussi par l’âge beaucoup plus jeune de ses roches.
+
+Ce vieillissement d’est en ouest le long de la chaîne, qui est d’abord
+régulièrement progressif, s’accélère assez brusquement dès qu’on arrive
+au Grouz. Il y a là sûrement de part et d’autre du Grouz un changement
+soudain. Mais non pas essentiel à ce qu’il semble. Le Grand Atlas
+marocain est encore très mal connu. Pourtant, à considérer les cartes
+que nous en avons, il paraît évident qu’il est un prolongement de
+l’Atlas saharien, et que ce sont deux parties d’un même ensemble ; on
+l’admet non seulement d’après l’identité de la direction générale, mais
+aussi la direction et l’agencement identique des parties, des éléments
+de chaîne. Entre les deux, Atlas saharien et Grand Atlas, la différence
+serait de décapage. Le Grand Atlas serait profondément éventré par
+l’érosion jusqu’à des couches géologiques bien plus profondes.
+
+A l’extrémité opposée on est en revanche parfaitement fixé.
+
+Il est très connu que l’Atlas saharien se prolonge exactement semblable
+à lui-même, sur le territoire tunisien.
+
+Nous avons sur lui d’excellentes études ; Ritter a décrit la partie
+centrale, Djebel-Amour, monts des Ouled-Nayl[77] ; Flamand[78]
+l’extrémité occidentale ; Roux l’extrémité orientale sur la frontière
+tunisienne[79]. Tous ces géologues sont exactement d’accord, ils nous
+font de l’Atlas saharien le même tableau d’ensemble.
+
+_Unité de plan._ — Le trait essentiel est que la chaîne prise dans son
+ensemble a une direction, grossièrement est-ouest, et que ses éléments
+constitutifs, pris chacun pour soi, en ont une autre très aberrante
+(nord-est sud-ouest parfois presque nord-sud). Ritter a dressé une
+_carte schématique de l’allure des plis_ (fig. 22) qui en dit plus au
+premier coup d’œil que de longues phrases.
+
+[Illustration : FIG. 22. — CARTE SCHÉMATIQUE DE L’ALLURE DES PLIS DANS
+L’ATLAS SAHARIEN.
+
+L’Atlas Saharien a une direction générale approximative Est-Ouest. Mais
+les éléments qui le composent, qui sont courts et nettement
+individualisés, ont une direction toute différente, bien plus rapprochée
+du Nord-Sud. C’est ainsi que les brins tordus dont la réunion constitue
+un câble font un angle très marqué avec le câble lui-même.
+
+Cette structure si particulière caractérise l’Atlas Saharien d’un bout à
+l’autre avec une curieuse régularité. (D’après Ritter.)]
+
+Les éléments se relaient au lieu de se prolonger. L’analogie serait
+assez grande avec le dessin d’un câble composé de brins tordus. Les
+brins, considérés isolément, font naturellement un angle accusé avec le
+câble que leur réunion compose. Ici, dans l’Atlas saharien, chaque brin
+isolé, c’est-à-dire chaque pli, naît au sud, sur la plate-forme
+saharienne ; ils traversent en écharpe l’épaisseur de la chaîne ; et ils
+meurent, ils s’effacent à sa limite nord. Ils se groupent en faisceaux,
+en torons, Ritter dit en amygdales ; chaque amygdale a souvent une
+individualité géographique assez nette (monts des Kçour, monts du
+Djebel-Amour, monts des Ouled-Nayl).
+
+De cette torsion, de ce conflit entre deux directions, différents
+géologues ont fourni différentes explications. Ce qui nous importe pour
+le moment c’est que cette disposition si particulière se retrouve
+partout d’un bout à l’autre en Tunisie comme en Algérie, et même dans le
+Haut Atlas, prolongement marocain de l’Atlas saharien. Roux[80], à
+propos du dessin en plan des plis dans le sud tunisien, parle d’arcs
+_concaves vers le nord_ se raccordant à des « arcs concaves vers le
+sud » ; de « guirlandes », « d’accents circonflexes », Flamand, à propos
+de l’Atlas saharien sur les confins du Maroc[81], parle de « chaînes
+géniculées » (repliées en forme de genou) ; de directions
+« orthogonales ». Ces synonymes expressifs se ramènent aux termes de la
+description que Ritter a faite une fois pour toutes, et à laquelle tous
+ses successeurs déclarent expressément se rallier, y compris, à propos
+de l’Atlas marocain, Louis Gentil[82].
+
+L’Atlas saharien est donc, d’un bout à l’autre, dessiné d’après la même
+formule, et comme plissé d’un seul jet.
+
+Sur la date de ce plissement il ne subsiste pas non plus d’incertitude.
+Le socle continental envahi par les mers crétacées et éocènes, a été
+affecté « d’amples mouvements » (Roux, p. 261).
+
+Un coup d’œil sur les cartes paléogéographiques montre le seuil de
+Biskra, le Hodna, l’Aurès et les Zibans déjà dessinés par les rivages de
+la mer cartennienne (fig. 10). M. Savornin qui vient de publier sur la
+région hodnéenne une très belle étude insiste là-dessus. L’Atlas
+saharien, dit-il, avait acquis « sa constitution dès le début des temps
+tertiaires[83] ».
+
+L’époque miocène a vu pourtant produire une accentuation du plissement
+sensible au moins en certains points, en Tunisie par exemple. Dans la
+région de Redeyef, le miocène tout entier, y compris l’étage supérieur
+est « très vigoureusement plissé ». Le plissement a continué au pliocène
+et s’est fait sentir même au quaternaire[84]. M. Roux a justement attiré
+l’attention sur le témoignage des terrasses fluviatiles dans l’Atlas
+saharien. Une étude détaillée en serait d’autant plus intéressante
+qu’elles furent l’œuvre de rivières dont la mer n’a jamais été le niveau
+de base. Cette étude n’a jamais été faite. En gros, à juger par ce qu’on
+entrevoit au passage, elles conduiraient à la conclusion de mouvements
+orogéniques très récents ; et cela partout, aussi bien dans le Grouz que
+dans l’Aurès.
+
+Une chaîne où les forces orogéniques n’ont jamais cessé d’être actives,
+du crétacé au quaternaire, c’est justement tout l’Atlas, aussi bien
+tellien que saharien. Les géologues sont unanimes là-dessus. En cela,
+sur cette question d’âge, l’Atlas saharien ne fait aucun contraste avec
+le tellien, il est lui aussi partie intégrante de l’Atlas, et au même
+titre.
+
+Mais, dans l’édification de l’Atlas saharien, les forces plissantes, aux
+prises avec l’épaisseur relativement rigide du socle continental, ont
+constamment travaillé sur le même plan, à travers les âges ; leurs
+effets se sont lentement accumulés dans le même cadre préétabli. Il n’y
+a pas eu, comme dans le géosynclinal tellien, effondrement au fond de la
+mer et réédification toute fraîche de parties importantes.
+
+Et, quoi qu’il en soit de cette explication, le fait est là. L’Atlas
+saharien est d’un seul jet : cela seul lui ferait, vis-à-vis de l’Atlas
+tellien, une originalité extrêmement accusée. Il en a d’autres.
+
+_Plissement ébauché._ — Un second point essentiel est que l’Atlas
+saharien est plissé faiblement. C’est presque un corollaire de ce qu’on
+vient de dire. Le dessin général du plissement apparaît en plan, à la
+surface du sol et sur la carte, avec la netteté qu’on a vue, justement
+parce que les plis sont rares et simples, faciles à déchiffrer d’un coup
+d’œil. Dès le premier moment où un géologue s’est occupé de l’Atlas
+saharien, ce géologue, qui fut Ritter, a mis définitivement en lumière
+ce grand fait. « Le plissement, dit-il, est resté à l’état
+d’ébauche[85][86]. » Cet Atlas saharien n’est pas une sierra à crête
+accusée ; c’est plutôt un plateau ondulé, froissé. Tous les géologues
+ont acquiescé à la formule de Ritter (Flamand, Roux, Savornin).
+
+Géologues et géographes établissent un parallélisme entre l’Atlas
+saharien et notre Jura français ; de Martonne par exemple[87], le
+général Berthaut[88]. La comparaison est devenue classique. Ce sont deux
+bons exemples courants d’un plissement peu accusé.
+
+Cette analogie dans les énergies comparables des deux plissements a pour
+conséquence la parenté des deux modelés.
+
+Ces termes populaires expressifs que les montagnards du Jura donnent à
+des détails du relief, les _cluses_, les _ruz_, les _crêts_, les
+_combes_ et qui ont passé dans l’usage courant de la géographie
+physique, des géographes comme de Martonne[89], des topographes comme le
+général Berthaut[90], des géologues comme Roux[91] se trouvent tout
+naturellement entraînés à les employer dans une description de l’Atlas
+saharien. Le dôme à centre évidé (cratère d’érosion de Roux, voir fig.
+13), si fréquent dans l’Atlas saharien est aussi une forme
+jurassienne[92].
+
+_Modelé désertique._ — Pourtant ce modelé jurassien est l’œuvre d’une
+érosion jeune, qui n’a pas eu le temps d’effacer entièrement et de
+rendre méconnaissable la surface structurale primitive. Assurément il y
+a une nuance importante à noter à ce point de vue entre le Jura et
+l’Atlas saharien.
+
+« Les plis de l’Atlas saharien, dit le général Berthaut, étant plus
+dégradés que ceux du Jura, présentent une plus grande _densité_ de
+détails topographiques : crêts, ravins, combes, festons, écailles, etc.,
+s’y montrent plus nombreux et plus serrés[93]. »
+
+M. Roux souligne la présence, dans certains coins de l’Atlas saharien,
+de véritables « synclinaux perchés », tout à fait typiques. Ce sont, par
+exemple, le Kalaat-es-Senam sur la frontière tunisienne, le djebel Milok
+au nord de Laghouat. « Cette inversion du relief, comme le fait observer
+de Martonne, est un signe certain d’une évolution poussée jusqu’à la
+maturité » ; et c’est dans les Alpes, non plus dans le Jura, que de
+Martonne en cherche des exemples[94].
+
+L’Atlas saharien, frère du Jura, s’en distinguerait donc par une usure
+du relief beaucoup plus accentuée. On n’est pas certain, à vrai dire,
+que cette explication soit entièrement satisfaisante. Il est évident en
+tout cas qu’elle est incomplète, et ce qu’elle passe sous silence
+pourrait bien être l’essentiel. L’Atlas saharien se distingue du Jura,
+des Alpes, et de toutes les chaînes de chez nous, qui sont familières à
+nos géographes, en ce qu’il a un modelé désertique.
+
+En effet, comme on l’a déjà dit longuement, il n’a, pour ainsi dire,
+jamais cessé d’être zone de bassins fermés. Sous nos yeux, aujourd’hui,
+à son extrémité orientale, dans le sud tunisien, le bassin fermé du
+Djerid va jusqu’à Gabès, c’est-à-dire jusqu’à la mer. Depuis
+l’oligocène, en tout cas depuis le pontien, cette chaîne tout entière
+n’a jamais été normalement drainée par des fleuves aboutissant à la mer.
+C’est un fait d’immense conséquence, au point de vue modelé. Le cycle
+d’érosion n’est plus le même, suivant que le niveau de base est fourni
+par le chott voisin qui se comble, et non plus par la mer lointaine,
+dont la capacité réceptive en matière d’alluvions est pratiquement
+illimitée. Sur tout le flanc sud de Figuig à Gabès, le contact
+géologique entre l’Atlas et la plate-forme saharienne ne s’observe nulle
+part ; il est masqué invariablement par des épaisseurs inconnues
+d’atterrissements continentaux, que les géologues ont classé mio-
+pliocènes, et qui sont les éboulis et les débris de la chaîne, les
+résultats accumulés de son usure à travers les âges. Ils sont restés où
+le ruissellement sur les pentes les a abandonnés, à bout de force dans
+les zones d’épandage. La chaîne est enfouie sous ses propres débris. Le
+colmatage en bassins fermés est soumis à des lois particulières : le
+niveau de base qui est une simple zone d’épandage tend à se relever sans
+trêve par l’accumulation des alluvions ; il en résulte une incertitude
+du cours inférieur ; la rivière est rejetée par le résultat de son
+travail à la recherche éternelle d’une zone d’épandage nouvelle ; et le
+colmatage s’étend donc de proche en proche sur des étendues illimitées.
+
+L’érosion aussi obéit à des lois nouvelles ; il n’y a pas attaque
+générale par de grands fleuves brutaux éventrant profondément la chaîne.
+Dans les compartiments séparés des bassins fermés l’érosion travaille en
+petit. Chaque groupe montagneux est modelé à part, délicatement, par une
+érosion régulièrement périphérique, l’ennoyage et par conséquent la
+protection du pied allant de pair avec l’attaque du sommet. Ainsi
+s’expliquent, j’imagine, ces paysages, que décrit Ritter, où « quelque
+montagne décharnée s’avance, dans l’horizon plat, comme un éperon de
+navire » : ces « vastes plaines que séparent de longues crêtes aiguës et
+bien alignées ». Flamand les compare à des « chenilles
+processionnaires » se suivant à la queue leu-leu.
+
+On a parfois comparé l’Atlas saharien aux chaînes de l’Iran, d’ailleurs
+bien mal connues et cette comparaison a chance de n’être pas inexacte.
+J’en suggérerais volontiers une autre avec les Basin Ranges des États-
+Unis, sans être d’ailleurs autrement sûr de ce que j’avance. Cet
+enfouissement de l’Atlas saharien sous ses propres débris, il est
+curieux qu’on ne l’ait, je crois bien, jamais mentionné. Il pourrait
+bien être pourtant la caractéristique la plus importante de la chaîne,
+celle qui explique les autres, au moins pour une bonne part.
+
+_Lien entre les deux._ — Et par exemple n’est-il pas en relation de
+cause à effet avec l’autre grande caractéristique, la simplicité des
+plis. Les théoriciens de la tectonique, en étudiant les plissements de
+l’écorce terrestre, sont arrivés à cette conclusion qui est de simple
+bon sens. Un pli donné est d’autant plus accusé qu’on l’envisage à une
+profondeur plus grande dans l’épaisseur de l’écorce. Il est toujours
+léger dans les couches superficielles[95].
+
+Une chaîne comme les Alpes apparaît de tectonique très compliquée, parce
+que l’érosion actionnée par le niveau de base marin, a mis au jour le
+cœur profond des plis.
+
+Il en est de même de l’Atlas tellien. Mais l’Atlas saharien, de modelé
+désertique, a conservé au contraire des parties importantes, ou en tout
+cas des traces encore reconnaissables de la surface structurale
+primitive ; c’est-à-dire une simplicité de dessin général, dont nous ne
+savons pas ce qu’elle masque en profondeur.
+
+A vrai dire elle pourrait bien masquer une allure tectonique assez
+différente, à profondeur égale, de ce qu’on observe dans l’Atlas
+tellien. Les cartes paléogéographiques ont déjà montré qu’il y a une
+différence essentielle de nature entre le géosynclinal tellien et le
+socle continental de l’Atlas saharien. Il est naturel d’admettre _a
+priori_ que la réaction aux compressions latérales n’a pas été la même
+de part et d’autre. Là-dessus nous pourrons emprunter quelques lignes à
+un géologue M. Joleaud[96]. « Dans le nord de l’Afrique Mineure qui a
+conservé pendant toute la durée des temps oolithiques et crétacés un
+caractère nettement géosynclinal, les forces tectoniques se propagèrent
+à travers une puissante série bathyale, en donnant naissance partout à
+des plis bien accusés. Dans le centre et le sud les mouvements
+orogéniques tertiaires se transmirent à travers des dépôts néritiques
+formant un ensemble bien moins développé en hauteur. » M. Joleaud pense
+que dans cette zone des dépôts néritiques, ou du socle continental, la
+plate-forme paléozoïque, moins profondément enfouie, a pu faire sentir
+son influence, et même « commander en quelque sorte l’orogénie
+tertiaire ». Nous en saurons plus long le jour où le Grand Atlas
+marocain aura été bien étudié. Il semble en effet que le Grand Atlas
+soit la prolongation de l’Atlas saharien surhaussée et décapée jusqu’au
+cœur paléozoïque. Dans l’état de nos connaissances de la réserve
+s’impose.
+
+En géographie physique, comme dans toutes les sciences naturelles, il
+faut se méfier sans doute d’une explication unique appliquée à des faits
+complexes. L’Atlas tellien d’une part, et le saharien de l’autre, ont
+deux bonnes raisons d’être l’un très compliqué, et l’autre très simple.
+Il faut noter seulement que ces deux causes agissent dans le même sens,
+leurs effets s’additionnent. Il en résulte que les deux Atlas sont des
+individualités bien distinctes.
+
+
+[Note 77 : No 100.]
+
+[Note 78 : No 41.]
+
+[Note 79 : Nos 102 et 103.]
+
+[Note 80 : No 103, p. 271.]
+
+[Note 81 : No 41, p. 786.]
+
+[Note 82 : No 57, p. 147.]
+
+[Note 83 : No 115, p. 428.]
+
+[Note 84 : No 102, p. 658 et 103, p. 267, fig. 3.]
+
+[Note 85 : No 100, p. 11.]
+
+[Note 86 : No 100, fig. 1, p. 100.]
+
+[Note 87 : No 82, p. 498.]
+
+[Note 88 : No 24, t. I, p. 197.]
+
+[Note 89 : No 82, p. 498.]
+
+[Note 90 : No 24, t. I, p. 180.]
+
+[Note 91 : No 103, p. 258.]
+
+[Note 92 : No 82, fig. 229.]
+
+[Note 93 : No 24, t. I, p. 197.]
+
+[Note 94 : No 82, fig. 231.]
+
+[Note 95 : No 82, p. 503, fig. 233.]
+
+[Note 96 : No 70, p. 351.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ L’AURÈS
+
+
+L’Atlas saharien a beau être une individualité bien nette, construite,
+d’un bout à l’autre sur une sorte de plan général, on y distingue des
+parties. On a déjà dit qu’à l’occident le Grouz et ses voisins forment
+un groupe à part. A l’orient il n’a jamais été dit assez combien l’Aurès
+est un monde particulier.
+
+Qu’on jette un coup d’œil sur les trois coupes ci-jointes, l’une à
+travers l’Atlas d’Oran, l’autre de Constantine, la troisième d’Alger (de
+Dellys à Biskra) (fig. 23). Les deux premières font avec la troisième un
+contraste complet, une antithèse. Dans celles-là les sommets culminants
+de toute la chaîne sont nettement reportés dans l’extrême sud, dans
+l’Atlas saharien. Sous le parallèle d’Oran les montagnes du Tell sont
+des taupinières à côté des massifs de l’Atlas saharien, la différence
+est presque du simple au double de 1000 à 2000 mètres, et la massivité
+des deux chaînes est proportionnelle à leur altitude.
+
+Sous le parallèle de Constantine (plus exactement du cap Bougaroun au
+chott Melr’ir) le rapport est le même entre les chaînes de petite
+Kabylie et l’Aurès ; c’est ce dernier qui écrase les premières de son
+altitude et de sa masse.
+
+Mais de Dellys à Biskra la proportion inverse est encore plus accusée.
+De l’Atlas tellien, représenté par le Djurdjura, qui dépasse 2000
+mètres, ce serait trop peu dire qu’il écrase l’Atlas saharien ; il
+représente à lui seul toute la chaîne puisque l’Atlas saharien n’existe
+plus ; l’Atlas saharien a tout à fait disparu, il est supprimé à la
+lettre, rigoureusement, puisque le très large seuil de Biskra entaille
+la chaîne jusqu’à 400 mètres d’altitude.
+
+Il y a là un étranglement de l’Atlas extraordinaire, l’étranglement du
+Hodna. C’est peut-être le trait le plus frappant de la structure dans
+toute l’Algérie. Il saute aux yeux dès qu’on regarde une carte. Mais
+dans la mesure il est vrai très faible où des géographes ont essayé de
+décrire avec des mots, il ne me semble pas qu’on en ait tiré tout ce
+qu’il donne de facilités pour l’articulation du pays et la
+différenciation des régions naturelles.
+
+[Illustration : FIG. 23.
+
+Trois coupes à travers l’Atlas. Les coupes A et C (Atlas d’Oran et de
+Constantine), sont apparentées entre elles. Dans l’une comme dans
+l’autre l’Atlas saharien est bien plus important que le tellien par sa
+masse et son élévation.
+
+Dans la coupe intermédiaire B (Djurdjura, Hodna, Biskra) le rapport est
+inverse. C’est le point où l’Atlas tellien est le plus imposant, le
+saharien au seuil de Biskra est réduit à peu près à rien.
+
+Cette comparaison fait ressortir le caractère exceptionnel, et par
+conséquent l’importance géographique du seuil de Biskra.]
+
+On a déjà longuement parlé du seuil de Biskra, et de ses relations avec
+le sillon de l’Igharghar. On a dit qu’il séparait deux humanités,
+Berbère et Arabe ; comme aussi deux groupes montagneux très contrastés,
+les collines du Zab d’une part et d’autre part la masse puissante de
+l’Aurès (fig. 6).
+
+Dans le chapelet des « Amygdales » qui composent l’atlas saharien
+l’Aurès a une individualité bien plus accusée non seulement que le Zab
+mais que les monts des Ouled Nayl ou le djebel Amour. On en est prévenu
+par le retentissement et la célébrité du nom. Aurasius disent déjà les
+auteurs anciens. Notez que le mons Ferratus n’est pas identifié avec
+certitude ; on a soutenu que c’était le Djurdjura, mais on n’en est pas
+sûr. Le mont Papua où finit Gélimer n’a jamais été retrouvé ; on a
+renoncé à le reconnaître dans l’Edough, Un massif montagneux dans
+l’Atlas qui ait gardé son nom et son individualité bien nette depuis
+deux mille ans, il n’y en a peut-être pas d’autre en dehors d’Aurasius
+Mons.
+
+Les Berbères qui l’habitent ont un nom d’ensemble ; ils s’appellent
+Chaouïa (de _cha_ brebis) ; ce qui semble signifier les pâtres de
+moutons. Ce sobriquet devenu un ethnique souligne un genre de vie par
+quoi les Chaouïa s’opposent à tous leurs voisins, non seulement aux
+Arabes Hodnéens, grands nomades pâtres de chameaux, mais aussi aux
+Berbères de Kabylie cultivateurs et arboriculteurs, logés dans des
+maisons et des chaumières. Si nous étions plus familiers avec le passé
+de l’Algérie, nous reconnaîtrions, je crois, dans le pays Chaouïa, le
+pays de ces pâtres nomades ou semi-nomades, qui ont porté, aux temps de
+Carthage et de Rome le nom de Numides. Depuis l’antiquité, la venue des
+Chameliers Zénètes, puis Arabes, a modifié de fond en comble le
+nomadisme. Là où furent les Numides on retrouve aujourd’hui les Chaouïa,
+fidèles aux conditions de vie que le pays et le climat imposent,
+distincts de leurs vieux voisins les Maures des chaumières, comme de
+leurs voisins plus récents les chameliers des grandes tentes.
+
+Ce groupe humain Chaouïa semble aussi anciennement individualisé que les
+montagnes où il vit.
+
+Il s’étend jusqu’à Souk-Ahras et jusqu’auprès de Constantine recouvrant,
+au nord de l’Aurès proprement dit, la zone des bassins fermés qui lui
+est subordonnée. On dit les Hauts Plateaux de Constantine et cette façon
+de s’exprimer n’est pas heureuse.
+
+C’est à l’ouest du Hodna que les deux Atlas, le tellien et le saharien,
+sont séparés par une zone intermédiaire de hauts plateaux. A l’est de
+l’étranglement les conditions se modifient ; les deux Atlas se
+rejoignent et se bordent l’un l’autre. Aussi bien les directions des
+plis s’infléchissent progressivement vers le nord, l’Atlas tellien
+arrive à la mer, et le saharien, se substituant à lui, recouvre la
+Tunisie. Rien n’est plus connu. Un coup d’œil sur la carte montre bien
+nettement cette orientation nouvelle et ce groupement des plis. Il est
+curieux que la nomenclature usuelle soit en contradiction complète avec
+l’évidence.
+
+A l’ouest du Hodna on verra combien la limite est facile à suivre entre
+le socle continental à peu près rigide, et la zone géosynclinale
+plissée. A l’est il y a du flou.
+
+Il est vrai que le rocher calcaire qui porte la ville de Constantine,
+semble appartenir déjà au socle continental, et en être le rebord. En ce
+point précis il y a dans le profil de l’oued Rummel (fig. 19) une
+rupture de pente extrêmement marquée. Sur le profil de la Seybouse on
+observe exactement en amont de Guelma (fig. 18) une rupture et pente
+analogue. Et dans le voisinage de Guelma (à 8 kilomètres ouest) au pied
+de ce même grand talus jaillissent les fameuses sources d’Hammam-
+Meskoutine (500 litres à la seconde, 95° de chaleur)[97].
+
+Les monts de Constantine d’après Joleaud[98] sont un front de nappe et
+le rameau le plus méridional de l’Atlas tellien. C’est donc à peu près
+là que passerait la limite ?
+
+Pourtant au sud de Constantine les géologues nous décrivent une
+structure compliquée, fort éloignée d’être tabulaire.
+
+Blayac, par exemple, parlant du bassin de la Seybouse au sud de Guelma,
+nous dit qu’il est « entièrement du domaine de l’Atlas saharien ».
+
+Mais les plis, dit Blayac sont moins rudimentaires que dans le sud.
+« Dans le bassin de la Seybouse plus rapproché du géosynclinal, les
+efforts orogéniques plus violents ont obligé les plis à s’imbriquer, à
+chevaucher, là où les terrains n’étaient pas suffisamment résistants par
+leur nature lithologique[99]. »
+
+Il est vrai que cette expression _Hauts Plateaux constantinois_
+s’applique à une région bien déterminée, le domaine des chotts, des
+bassins fermés, avec leur croûte épaisse de dépôts continentaux, que
+l’érosion de tête des torrents telliens n’a pas encore éventrés et
+décapés.
+
+Mais on voudrait voir réserver à cette région le nom de « hautes
+plaines », proposé par MM. Ficheur et Bernard[100]. Il conviendrait
+parfaitement à l’est de l’étranglement hodnéen.
+
+A l’ouest au contraire on verra qu’il faut dire « hauts plateaux ».
+
+
+[Note 97 : No 72, p. 431.]
+
+[Note 98 : No 70, p. 384. Voir cependant no 31 c.]
+
+[Note 99 : No 26, p. 474.]
+
+[Note 100 : No 22.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ TENDRARA
+
+
+A l’ouest de l’étranglement hodnéen (fig. 25), l’Atlas tellien et
+l’Atlas saharien ne sont plus en contact, ils sont séparés par une très
+large zone intermédiaire, celle des Hauts Plateaux proprement dits.
+
+C’est la zone des grands chotts, et on a déjà dit que les chotts actuels
+ont des ancêtres à travers tout le passé continental de l’Algérie,
+depuis le trias. Les Hauts Plateaux sont donc encroûtés de dépôts
+continentaux, plus encore que l’Atlas saharien, sur une plus grande
+épaisseur, et sur une plus grande superficie. En un nombre restreint de
+points on peut observer directement le substratum, dont la structure
+pourrait donc être matière à contestation.
+
+Il est naturel d’admettre que le point le plus élevé de Hauts Plateaux a
+chance d’être aussi celui autour duquel le substratum affleure le plus
+largement. A partir du Hodna, qui est à 500 mètres au-dessus du niveau
+de la mer, le sol monte progressivement jusqu’à la frontière marocaine
+et au delà, jusqu’à la Moulouya. Les sommets sont là, dans une région
+qui fait politiquement partie du Maroc ; mais qui, physiquement, est un
+simple prolongement des Hauts Plateaux algériens, leur extrémité
+occidentale. On a quelquefois donné à cette région le nom de Dahra,
+qu’il peut être commode de retenir, même s’il n’est pas usité dans le
+pays, ce qui est bien possible. Le Dahra dans son ensemble a 13 ou 1400
+mètres ; des points atteignent 1600 mètres, comme par exemple le Djebel
+Tendrara.
+
+Nous en avons aujourd’hui, et depuis peu, une bonne image topographique,
+la carte au 200000e du bureau topographique du Maroc ; édition
+provisoire, mais l’édition définitive n’en différera que par des détails
+insignifiants.
+
+Il est vrai que du Dahra il n’existe même pas un commencement de carte
+géologique, du moins qui ait été publiée ; mais je me trouve avoir
+travaillé dans le pays au printemps de 1914, j’en ai rapporté des
+fossiles très connus et très caractéristiques identifiés au premier coup
+d’œil par M. Ficheur. Et la simplicité de la structure aidant, je puis
+certainement rendre du Dahra un compte précis et exact.
+
+A l’ouest de Tendrara, c’est-à-dire dans la direction du Maroc et en
+pays mal connu, je suis allé jusqu’aux points d’eau de Tioudadin, Bel
+Riada, Haci Chguig, Haci Marroug, ce qui signifie un rayonnement d’une
+centaine de kilomètres.
+
+[Illustration : FIG. 24.
+
+Le Tendrara. C’est le point culminant (1647 m.) de tous les hauts
+plateaux sur la frontière marocaine où il se dresse. On le voit de
+partout dès qu’on sort de l’Atlas. C’est une butte-témoin découpée par
+l’érosion dans une feuille à peine ondulée de calcaire cénomanien-
+turonien. Tout autour dans un rayon considérable (60 à 80 km. au moins
+vers l’Ouest et le Nord-Ouest) les conditions géographiques et
+géologiques sont partout les mêmes. Il y a donc bien plateau, dans le
+sens populaire et technique du mot.]
+
+Dans toute cette étendue on ne cesse d’avoir sous les pieds la même
+feuille du même calcaire. Ce calcaire est blanc, très dur, à gros
+rognons de silex noir (Tendrara) ; quand des marnes s’y intercalent
+elles sont chargées de gypse. C’est le facies, classique en Algérie, des
+calcaires cénomaniens et turoniens. Les fossiles appartiennent
+d’ailleurs à ces étages (radiolites, nérinées). Auprès de Tioudadin
+(dans la direction du djebel Lakhdar) ; et auprès de Bel-Riada
+(direction de l’oued R’ilan) on voit ces couches reposer en
+superposition tout à fait normale et tranquille sur des grès rouges
+qu’on reconnaît de suite, si on les a vus ailleurs ; ce sont les grès à
+sphéroïdes et à dragées de l’albien. Comme d’habitude on y trouve des
+gravures rupestres. Tout est donc parfaitement clair, on a bien affaire
+à un plateau crétacé, d’un type tout à fait courant en Algérie et au
+Sahara algérien ; on pourrait se croire au Tadmaït, il n’y a pas moyen
+de s’y tromper, et il ne subsiste pas d’incertitude.
+
+Le djebel Tendrara, fig. 24, avec ses 1657 mètres, paraît bien être le
+point culminant du Dahra et par conséquent de tous les hauts plateaux
+algériens, ce qui est, en somme, une dignité assez éminente. A ce titre
+le Tendrara mériterait une place dans les manuels scolaires de
+géographie algérienne. Sur le terrain il est d’ailleurs imposant. On le
+voit de 60 kilomètres à la ronde, et même davantage ; de Berguent par
+exemple, qui est à plus de 100 kilomètres dans le nord, sur les
+frontières du Tell. Il a la forme d’une table : cette forme, très
+répandue dans le sud, que les indigènes appellent gara. Tendrara, est
+une butte-témoin constituée par un empilement de couches calcaires
+turoniennes horizontales. Comme son relief relatif est d’environ 200
+mètres, ce dont elle porte témoignage, c’est l’importance des couches
+disparues et par conséquent celle de l’érosion.
+
+Cette érosion si importante pourtant n’a guère voilé l’allure générale
+de la surface structurale ; on la reconnaît au premier coup d’œil sur la
+carte topographique[101]. La feuille calcaire dont le Tendrara est une
+saillie n’est pas rigoureusement horizontale, elle dessine, entre
+Tendrara et Tioudadin, un dôme allongé très régulier, ce que les
+géologues appellent un brachyanticlinal, nettement fermé à Tioudadin.
+C’est une ondulation, un plissement très léger, mais il est très net,
+orienté sud-ouest-nord-est ; cette direction se retrouve tout
+naturellement dans celle du grand axe au djebel Tendrara.
+
+_L’arc de Fortassa._ — Ce plateau ondulé de Tendrara voisine avec le
+dernier rameau de l’Atlas saharien et la comparaison est intéressante.
+
+C’est le chapelet de chicots dont on a déjà parlé au livre I, et qui
+borde au nord le Tamlelt (djebel Orak, djebel Bou-Arfa, djebel Klakh)
+(fig. 4 et 25).
+
+Sa direction est remarquable : après avoir couru ouest-est en territoire
+marocain, il se continue au delà de Fortassa en territoire algérien
+jusqu’à l’Antar de Méchéria, qui peut être considéré comme le dernier
+grain du chapelet. A partir de Fortassa, la direction s’infléchit au
+nord-ouest, ou même au nord-nord-ouest. C’est donc un arc d’une courbure
+très prononcée ; appelons-le, pour la commodité de l’exposition, l’arc
+de Fortassa.
+
+Cet arc de Fortassa est un élément tout à fait typique de l’Atlas
+saharien, il l’est par son allure arquée (géniculée comme dit Flamand),
+par sa direction qui fait un angle avec celle de la chaîne dont elle
+constitue un élément, par sa façon de s’en échapper comme une mèche
+rebelle d’une natte de cheveux (voir la figure 22).
+
+Or le contraste de structure est très vif entre l’arc de Fortassa et le
+plateau de Tendrara. Ce contraste apparaît au premier coup d’œil ; de
+loin, on voit l’arc de Fortassa se profiler sur l’horizon en dents de
+scie, en sierra, et non pas du tout en tables. Quand on y regarde de
+plus près la différence s’accuse davantage encore. L’intensité du
+plissement amène à l’émergence des couches bien plus anciennes que le
+cénomanien et l’albien. Des calcaires jurassiques et liasiques, et même
+des roches encore plus anciennes cristallines et primaires.
+
+Du djebel Bou-Arfa j’ai rapporté des échantillons de roche qui ont été
+examinées par M. Brives. L’un est un conglomérat à ciment siliceux et
+éléments de quartz gras roulés, ayant tout à fait l’aspect des
+conglomérats permiens. L’autre est une pegmatite tourmalinifère.
+
+Au même point je retrouve dans mes notes mention de roches qui m’ont
+paru être des micaschistes (traversées apparemment par un filon de
+pegmatite). Le point d’origine est au cœur du djebel Bou-Arfa, dans la
+région d’Aïn-Bou-Arfa, au-dessus exactement d’un gisement de manganèse,
+qui était prospecté au printemps 1914. L’affleurement de roches
+anciennes est de forme lenticulaire au milieu d’une haute falaise à
+regard sud. Au-dessus et au-dessous des roches anciennes sont des
+calcaires secondaires, et ces calcaires appartiennent à la même couche
+dont l’œil suit le repli. Sous bénéfice d’inventaire je pense qu’il y a
+là un pli très vif, déversé au sud. Il n’y a pas besoin de souligner le
+contraste d’une pareille structure avec l’ondulation de Tendrara.
+
+Dans ce même arc de Fortassa, pour multiplier les exemples, un contraste
+analogue ressort entre des éléments voisins de l’arc le djebel Lakhdar
+et le djebel Orak (fig. 4).
+
+Le Lakhdar, qui est de grès albien et qui a la forme et la simple
+structure d’un tremplin, est une écaille soulevée sur le rebord du
+plateau crétacé de Tendrara, avec lequel il fait corps. Tout à côté le
+djebel Orak (au-dessus de la source) est une feuille verticalement
+dressée de calcaire liasique ou jurassique.
+
+L’arc de Fortassa n’a pas été encore étudié par les géologues. A cette
+réserve près tout se passe comme s’il était d’architecture plissée et le
+plateau de Tendrara d’architecture tabulaire. La distinction
+universellement admise entre les Hauts Plateaux et l’Atlas saharien
+conserve sa valeur.
+
+
+[Note 101 : No 18, feuille 74. Chott Tigri.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ LE TIGRI
+
+
+En relation de voisinage avec l’arc de Fortassa et le plateau de
+Tendrara se trouve le chott Tigri. On a l’intention de l’analyser[102]
+sommairement comme un bon échantillon des cuvettes fermées dont la
+juxtaposition constitue les Hauts Plateaux (fig. 25).
+
+Ce serait un très mauvais échantillon de chott proprement dit.
+
+Il n’a jamais été fait une étude détaillée d’un chott. Il faut se borner
+à des impressions. On se représente un chott comme une plaine
+d’alluvions, sur laquelle, après les pluies, de grandes étendues d’eau,
+d’épaisseur pelliculaire, se déplacent plus ou moins au gré du vent. En
+temps ordinaire c’est à perte de vue une immensité brunâtre, çà et là
+miroitante de sel. Il n’est jamais possible de la traverser sans
+précautions, parce qu’elle est semée de fondrières très dangereuses. Non
+seulement les hommes mais jusqu’aux gazelles, dit-on, connaissent les
+sentiers où le sol est solide et dont il ne faut pas s’écarter, sous
+peine d’enlisement et de mort. Le pays le plus intraversable et le plus
+inexplorable, puisqu’il n’existe pas de moyens de transport imaginable ;
+on ne passe ni à pied ni en bateau dans un pays qui n’est ni terre ferme
+ni eau. Telles sont les idées que le mot de chott éveille.
+
+Le Tigri ne répond pas à cette définition. On y rencontre bien çà et là
+des plaques chauves et salées ; mais elles sont insignifiantes ; les
+caravanes passent et campent partout. Ainsi les Indigènes disent : le
+chott Chergui, le chott R’arbi ; mais ils disent le Tigri tout court.
+C’est pour eux le nom d’un pays, d’une région naturelle. Il est sûr
+pourtant que ce pays est une cuvette fermée, et s’il rentre dans une
+catégorie qui ait un nom courant, c’est assurément dans celle des
+chotts. Il lui en manque seulement les caractéristiques populaires.
+
+[Illustration : FIG. 25. — LE TIGRI.
+
+Le Tigri est un bassin fermé de forme ovale délimité par une enceinte de
+falaises — Les cours d’eau s’en éloignent de toutes parts (voir la
+direction des flèches). Ceux qui coulent vers le Sud, pour fuir le Tigri
+se creusent des gorges pittoresques à travers l’arc montagneux de
+Forthassa. L’un d’eux, l’oued Falet, a manifestement capturé un réseau
+d’oueds affluents anciens du Tigri. — Le Tigri est très creux ; 150
+mètres de dénivellation entre le chott central qui est le fond de
+l’entonnoir et le sommet de la falaise extérieure. — Entre ces deux
+extrémités des amphithéâtres de falaises, de diamètre et d’altitude
+décroissants de l’extérieur au centre, s’emboîtent les uns dans les
+autres. — Ces falaises correspondent à des cassures, le long desquelles
+une éruption volcanique s’est produite jadis, et la nappe d’eau
+souterraine se fait jour aujourd’hui en sources nombreuses. — Le Tigri,
+type des chotts algériens est une cuvette d’effondrement évidente.]
+
+Pour le but que nous poursuivons, cette lacune est un avantage précieux.
+L’absence, ou la pauvreté, du remplissage alluvionnaire laisse
+apparaître au jour les parois de la cuvette, et par conséquent sa
+structure. Le Tigri est donc un type excellent de cuvette fermée parce
+qu’elle est aux trois quarts vide. De même que Tendrara, parce qu’il est
+net d’alluvions, est un bon type de haut plateau.
+
+_Le manteau alluvionnaire._ — Pourquoi la cuvette est vide il est aisé
+d’en rendre compte. C’est essentiellement que la cuvette fermée du Tigri
+est un bassin fluvial tout petit. Le chott Melr’ir, à côté de Biskra,
+reçoit l’oued Djedi, qui vient de Laghouat, et l’Igharghar, qui vient du
+Hoggar : c’est un bassin d’alimentation immense comparable par son
+étendue à celui du Danube ou du Rhin. Les autres chotts Algériens, le
+Hodna, les Zahrez, les chotts R’arbi et Chergui n’ont pas un bassin
+aussi gigantesque ; ils drainent cependant des portions importantes de
+l’Atlas. Mais le Tigri à proprement parler ne draine rien du tout. Il
+est à peu près complètement réduit aux pluies qui lui tombent du ciel
+directement dans son enceinte de falaises. Il n’est pas la zone
+d’épandage d’un grand oued sérieux, venu de loin.
+
+Il faut noter qu’à ce point de vue la situation du Tigri est allée en
+empirant depuis le quaternaire. Son bassin de réception, qui a toujours
+été extrêmement médiocre, a été réduit encore, dans de très fortes
+proportions, par des captures. Aujourd’hui le seul oued qui aboutisse au
+Tigri (l’oued Mazzer coin nord-ouest), a tout au plus 20 kilomètres de
+long. Le système de cet oued Mazzer, avant les captures qui l’ont
+amputé, pouvait avoir une superficie double ou triple de l’actuelle. Ce
+n’était déjà pas grand’chose ; mais enfin la décadence est actuellement
+sensible.
+
+L’exiguïté croissante du bassin de réception a deux conséquences, qui
+ont tendu l’une et l’autre à restreindre l’épaisseur du manteau
+alluvionnaire.
+
+Et d’abord le Tigri n’a pas gardé beaucoup d’alluvions parce qu’il n’en
+n’a jamais reçu beaucoup. Il n’a jamais été comme d’autres chotts, la
+zone d’épandage où sont venus se concentrer les débris des chaînes
+lointaines.
+
+Mais par surcroît les alluvions quaternaires, telles quelles, qui
+s’étaient accumulées dans la cuvette, le Tigri, sous le climat actuel,
+se trouve très mal outillé pour les défendre contre la pulvérulence et
+la déflation ; plus mal outillé que les autres chotts parce qu’il est
+plus desséché. L’équilibre est rompu davantage entre la masse des
+alluvions et la quantité disponible d’eau qui les imbibe et les
+maintient. En effet l’irrégularité des pluies dans le temps et dans
+l’espace tend à s’atténuer dans une cuvette qui est l’aboutissement d’un
+bassin fluvial étendu, et qui, par conséquent, peut bénéficier de pluies
+lointaines. Mais, dans une cuvette aussi isolée : que le Tigri, le
+climat subdésertique doit développer intégralement toutes ses
+conséquences desséchantes : aggravées encore par les captures et le
+rétrécissement consécutif du bassin. Il faut s’attendre à ce que le
+desséchement, la décomposition du sol, ait progressé plus vite ici que
+dans d’autres cuvettes fermées. Et c’est en effet ce qui s’est produit.
+
+Le Tigri est un pays extraordinaire ; dont on ne sait au premier contact
+comment interpréter l’étrangeté. Dans l’enceinte de ses falaises, il est
+constellé de petits chotts, assez souvent circulaires, qui lui font sur
+la carte une face lunaire, une figure cicatrisée de variole. Il en est
+des oueds comme des chotts. On n’en voit que des bouts, des tronçons
+incohérents, qui ne se soudent pas entre eux, et qui ne riment à rien.
+L’émiettement du modelé est corrélatif, un pêle-mêle de bouts de falaise
+et de buttes témoins, qui ne se coordonnent pas en un ensemble.
+
+Tout cela donne bien déjà, à soi tout seul, une impression de
+décomposition. Quand on y regarde de plus près on finit par
+reconstituer, entre le chott central et l’ellipse des falaises, un
+réseau régulier de petites artères quaternaires, un réseau dissocié,
+pourri. Les bouts de falaise et les buttes témoins en représentent les
+parties dures, le squelette rocheux. Tout ce qui en faisait jadis un
+corps vivant, la chair si on peut dire, c’est-à-dire le remplissage
+alluvionnaire, le colmatage, a généralement disparu, emporté au vent.
+
+Pas emporté bien loin, il est vrai. La partie sableuse de l’ancien
+manteau alluvionnaire a été transposée en dunes, et se retrouve sous
+cette forme dans l’enceinte du Tigri.
+
+En dunes d’une espèce particulière. Ce n’est pas la véritable dune
+classique, de sable nu, nous sommes dans la steppe et non pas au désert.
+Le sable du Tigri porte de la végétation. La plus grande partie de la
+cuvette est une mer de mamelons sablonneux. Chacune des innombrables
+buttes juxtaposées est couronnée d’un arbuste ou d’une touffe de
+végétation ; l’arbuste ou la touffe est la raison d’être de la butte,
+puisque le sable s’est déposé autour de ce petit obstacle. La végétation
+est, pour la steppe, très vigoureuse et très dense, ce qui a pour
+corollaire que les mamelons de sable sont très accusés et très serrés.
+Du gros bétail, mulets, chevaux, chameaux, disparaît entièrement
+derrière une de ces ondulations ; on passe à quelques mètres d’un groupe
+de bêtes sans le voir. Cette nature de sol est fréquente au Sahara, nos
+Sahariens l’appellent « Nebka ». Si on voulait définir le Tigri d’un
+seul mot, celui-ci serait plus juste qu’aucun autre. Essentiellement le
+Tigri, dans son ensemble, est une « Nebka ».
+
+C’est peut-être la plus belle qui soit dans toute l’Afrique
+septentrionale.
+
+La Nebka, l’émiettement du modelé et de l’hydrographie, tout cela dans
+le paysage du Tigri concourt au même trait essentiel. Les parois de la
+cuvette sont restées découvertes ou ont été récurées énergiquement par
+les actions éoliennes. Tandis que d’autres cuvettes fermées des Hauts
+Plateaux sont remplies jusqu’au bord d’épaisseurs insondées de boues
+salées, celle du Tigri est vide presque jusqu’au fond. Condition
+précieuse qui permet d’en toucher du doigt la structure.
+
+_Géologie de la cuvette._ — Dans toute l’étendue du Tigri on retrouve le
+même sous-sol, des couches rouges, surtout gréseuses, avec intercalation
+de lits plus ou moins argileux, qui sont par endroits gypsifères.
+G.-B.-M. Flamand les appelle « terrain des Gour », pour ne pas préjuger
+de leur âge. C’est cette formation continentale et désertique dont nous
+avons déjà parlé et qu’on peut attribuer suivant les points où on
+l’observe à l’oligocène, au pontien, au tortonien.
+
+Au-dessus des couches gréseuses rouges il y a normalement des calcaires
+blancs très durs. C’est la croûte pliocène, telle que nous l’avons déjà
+décrite, avec sa minceur qui rend plus remarquable sa continuité.
+
+Nous sommes donc sur l’emplacement d’un bassin fermé très ancien, comblé
+par des dépôts d’atterrissements.
+
+Le Tigri, en tant que cuvette fermée, existait déjà au pontien,
+probablement à l’oligocène. Cette vieille cuvette paraît avoir été
+beaucoup plus étendue que l’actuelle. En tout cas le terrain des Gour
+s’étend très au delà des limites du Tigri (A Hasi et Aricha, par
+exemple, l’oued est entaillé dans le terrain des Gour).
+
+Tous les autres chotts des Hauts Plateaux sont d’ailleurs logés à la
+même enseigne. Tous ont une large auréole de dépôts continentaux, et des
+ancêtres pontiens ou oligocènes.
+
+Mais voici qui est particulier au Tigri ; des traces d’un volcan. Elles
+sont sur la falaise nord, en un point qui s’appelle Garet Zerga ; ce qui
+signifie la butte bleue (ou peut-être verte). L’œil est attiré de loin
+en ce point-là par la couleur de la falaise, faut-il dire vert sombre
+dans ce pays impressionniste, où les couleurs déroutent notre œil
+occidental. Quand on s’approche, on voit que cette couleur est due à la
+roche de l’entablement, éparpillée en éboulis sur tout le flanc de la
+falaise. C’est une roche sombre, dont un échantillon, rapporté au
+laboratoire de M. Lacroix, a été identifié « néphélinite » ; c’est-à-
+dire approximativement basalte.
+
+L’entablement basaltique a une épaisseur d’une dizaine de mètres, il est
+régulièrement horizontal, il repose en discordance sur les couches
+rouges, il a les allures d’une coulée.
+
+La coulée de roche dure passe latéralement à une brèche dont les
+éléments sont des blocs de lave et des scories vacuolaires.
+
+La présence d’une coulée de laves avec scories est donc indéniable. On
+peut en préciser l’âge entre certaines limites. On peut la considérer
+comme à peu près contemporaine du calcaire pliocène.
+
+Assurément ces observations sont insuffisantes. La cheminée n’a pas été
+vue. Il reste beaucoup de besogne pour un géologue.
+
+On peut conclure cependant qu’une coulée de laves avec scories est un
+témoignage suffisamment probant d’un appareil volcanique relativement
+récent, disons pliocène.
+
+On n’a jamais rien signalé de semblable dans l’Atlas saharien tout
+entier, ni en relation avec un autre chott algérien, quel qu’il soit.
+Cela seul suffirait à justifier l’attention spéciale accordée au Tigri,
+puisque la présence de volcanisme rend incontestablement très claire
+l’origine de la cuvette fermée. Il y a manifestement cuvette
+d’effondrement.
+
+Sous bénéfice d’inventaire, qui devrait être l’œuvre d’un géologue, je
+crois que cette hypothèse, on peut dire cette évidence, est confirmée
+par l’allure stratigraphique de la croûte calcaire pliocène. Tout autour
+du Tigri, en dehors de ses falaises et à partir de leurs crêtes, la
+croûte pliocène est régulièrement continue. Elle se voit de loin
+couronnant la falaise, la crête blanche ressortant vivement sur la base
+rouge.
+
+Chaïb-Ras-ho (tête blanche, litt. = tête de vieillard), c’est le nom que
+donnent les indigènes à un promontoire de la falaise. Or, dans le Tigri
+même, à l’intérieur et en contre-bas des falaises, la croûte pliocène,
+là où elle s’est conservée sans être recouverte par le sable, se
+présente en fragments irréguliers, à des altitudes rapidement et
+brusquement variables, comme si l’on se trouvait dans une zone de
+cassures irrégulières, ayant affecté le pliocène, et par conséquent
+postérieures à lui.
+
+A ne considérer que les données géologiques il semble donc évident que
+le Tigri, malgré l’antiquité reculée de son bassin fermé, est dans sa
+forme actuelle une cuvette d’effondrement récent.
+
+_Structure topographique._ — Les données topographiques conduisent
+exactement aux mêmes conclusions.
+
+Un ovale assez régulier, une soixantaine de kilomètres de grand diamètre
+est-ouest, et une quarantaine de petit diamètre nord-sud, c’est la
+cuvette fermée du Tigri. Elle a 150 mètres de creux entre les courbes de
+1150 et de 1300 mètres. Tout du long elle a une ceinture régulière de
+falaises, et souvent, sur la face nord en particulier, une ceinture
+multiple en falaises étagées, en gradins.
+
+Dans l’allure des falaises un certain nombre de faits ne permettent pas
+d’écarter l’explication orogénique. Et d’abord leur dissymétrie dans le
+secteur nord et dans le secteur sud.
+
+Il y a des falaises au sud comme au nord du Tigri. Mais, au sud, la
+falaise, quoique très nette, atteignant deux ou trois dizaines de mètres
+de hauteur, n’est jamais un obstacle, elle se franchit facilement
+n’importe où. Au nord, la falaise a 80 mètres d’à pic. On ne peut la
+franchir que par un certain nombre de cols qui ont leur nom (Trik-el-
+Beïda, Trik-Beïr-Beïr, Bab-Zerga, Bab-er-Rich). Cette falaise nord
+d’ailleurs s’étage parfois en trois gradins au moins. Au sud on
+soupçonne parfois l’existence de gradins, mais ce n’est jamais net. Le
+chott central est limité au nord par les falaises d’Haci-el-Kelb, au sud
+par une plage.
+
+Les géologues admettent que l’Atlas saharien est déversé au sud[103].
+C’est pour cela que les chaînons sont dissymétriques (le Grouz, le Maïz,
+le Bou-Arfa, le Lakhdar, etc.). C’est particulièrement bien marqué dans
+le Grouz à cause de ses dimensions plus considérables. Du nord on accède
+à son sommet par des pentes douces et des vallées faciles. Au sud il
+surplombe d’effroyables à pic, continus sur 80 kilomètres, et à peine
+plus accessibles que des aiguilles alpestres.
+
+L’allure des falaises autour du Tigri est en parfait accord avec cette
+allure générale de toutes les chaînes voisines. Là aussi comme au Grouz
+c’est la falaise à regard sud qui est abrupte et inabordable. On
+soupçonne que ça ne doit pas être une coïncidence fortuite.
+
+En relation avec les falaises nord on observe d’ailleurs une formation
+dont il semble difficile de rendre compte en dehors d’une hypothèse
+orogénique.
+
+C’est quelque chose de très particulier, qui n’a pas de nom à ma
+connaissance. Dans les grès tendres du « terrain des Gour », il se
+rencontre, et l’érosion ou la déflation les ont mises en relief, des
+parties très dures. Ces parties dures ont toujours la même forme, celle
+d’une tour, ou si l’on veut s’exprimer autrement d’une cheminée ronde.
+Le mot tour correspond davantage à l’impression ressentie, qui est
+exactement, à quelque distance, une impression archéologique de tour en
+ruine.
+
+Les tours sont apparemment des concrétions gigantesques. Elles suggèrent
+l’idée d’une colonne ascendante ou descendante, d’un mouvement vertical
+associé à une faille.
+
+Ces falaises septentrionales du Tigri, constellées de « tours »,
+s’étagent les unes au-dessus des autres depuis le fond de la cuvette (le
+bord du chott central) jusqu’à son sommet (garet Zerga). En arrière de
+chaque ligne de falaise, mais tout particulièrement de la plus basse, on
+observe une tendance très nette à l’existence de paliers étendus, voire
+de contre-pentes. Ces paliers et contre-pentes semblent avoir guidé
+l’érosion quaternaire, dont les ravinements s’orientent souvent est-
+ouest, parallèlement à la direction des falaises, et à angle droit avec
+la pente générale nord-sud du terrain. Cela suggère l’idée que des
+failles étagées correspondent aux falaises ; la distribution des points
+d’eau suggère la même idée. Elle est très curieuse. Et d’abord le nombre
+absolu des points d’eau dans le Tigri est extraordinaire : pour le pays,
+s’entend, et si on compare le Tigri avec les plateaux qui l’entourent.
+La source de Tendrara, par exemple (au pied de la butte), est à une
+cinquantaine de kilomètres de ses voisines les plus proches ; de
+Tendrara à Métarka il y a 80 kilomètres sans eau. Le Tigri au contraire
+est constellé de points d’eau. La carte au 200000e en porte une douzaine
+sur 80 kilomètres ; et le nombre réel, sur le terrain, est probablement
+deux fois plus élevé. Leur groupement est aussi étonnant que leur
+nombre : ils sont presque tous dans la partie nord. A en juger par la
+carte un seul serait franchement au sud (Haci el-Guettar). La
+dissymétrie est donc exactement la même qu’entre la faible falaise du
+sud, et les puissantes falaises du nord, couronnées de lave. On peut
+soupçonner que ce sont deux aspects du même phénomène, appelant la même
+explication. Les sources, comme les falaises, seraient liées à
+l’existence de failles.
+
+Une dernière particularité du Tigri enfin nous ramène une fois de plus à
+la même idée. On est surpris de trouver aussi peu de sel dans le Tigri.
+Il serait mieux dénommé une « daya » qu’un chott. On sait qu’entre une
+« daya » et un « chott » la différence est de salure et par suite de
+végétation. Une daya est une cuvette fermée où le tapis de verdure
+remplace les efflorescences salines. Or, bien entendu, la végétation
+d’une daya suppose un drainage souterrain. Tout se passe donc comme si
+le Tigri était une écumoire, fuyant par le fond, ce qui est assez
+concevable, si c’est un champ de fractures.
+
+_Conclusions._ — Topographie comme géologie tout nous conduit donc à
+reconnaître dans le Tigri une cuvette d’effondrement, un grand
+amphithéâtre elliptique de failles en gradins. On peut dire en somme que
+cela s’observe, grâce à la minceur et aux lacunes du placage
+alluvionnaire.
+
+Il faut rappeler combien cela s’harmonise avec le cadre général que font
+au Tigri l’arc de Fortassa et l’ondulation de Tendrara. Celle-ci par sa
+direction représente la corde de l’arc. Entre la corde et l’arc il y a
+depuis longtemps, peut-être depuis la fin du crétacé, une cuvette
+fermée. A une époque beaucoup plus récente (pliocène), un effondrement,
+accompagné d’éruptions volcaniques, a donné à cette cuvette sa forme
+actuelle. L’ellipse des falaises autour du Tigri paraît avoir une
+relation de parallélisme avec les accidents montagneux qui l’encadrent
+de loin. On conçoit très bien une cuvette d’effondrement ainsi
+enchâssée.
+
+_Chotts à falaises._ — On a reproduit longuement cette monographie de
+Tendrara et du Tigri parce qu’on lui croit une portée générale. On pense
+que le Tendrara est un exemple typique de haut plateau et le Tigri de
+chott.
+
+Cependant les rapports du Tigri avec les autres chotts des Hauts
+Plateaux exigent quelque explication.
+
+Parmi ces chotts il en est avec lesquels le Tigri a une parenté plus
+étroite ; ce sont ceux qui sont, comme lui-même, encerclés de falaises.
+D’autres sont au contraire bordés par des plages.
+
+Or, dans l’Afrique du nord ces deux catégories sont groupées chacune à
+part. Dans l’est le Djerid, le Melr’ir, le Hodna, les Zahrez, tous les
+chotts sans exception, ont des limites indécises sur des plages en pente
+à peine marquée, s’étendant à perte de vue. Dans l’ouest, au contraire,
+sur la frontière algéro-marocaine, le Tigri et ses voisins, les chotts
+Chergui et R’arbi, sont bordés de falaises très accusées.
+
+Je ne vois pas qu’on ait jamais signalé ce groupement, ni qu’on ait
+cherché à l’expliquer. Les falaises du Tigri, si on y regarde de près,
+acheminent peut-être vers une explication.
+
+Les falaises sont en effet à peu près les seules parties du Tigri qui
+émergent de la Nebka. A l’assaut de leurs pentes abruptes le sable
+n’arrive à monter que localement et exceptionnellement. Sur ces
+escarpements rocheux, émergeant de la mer de sable, l’érosion et la
+déflation concentrent leurs efforts ; ils sont sillonnés de torrents
+courts qui se perdent tout de suite dans la Nebka ; hérissés
+d’aiguilles, de tables surplombantes, de guillochages coupants ; ces à
+pic et ces arêtes vives, ici comme en haute montagne, sont les
+cicatrices d’une œuvre de destruction. C’est un relief jeune, en voie de
+disparition, si lointaine encore qu’on imagine celle-ci.
+
+Si l’érosion et la déflation tendent à la destruction de la falaise,
+même lorsqu’ils en accusent les traits, on ne voit pas qu’ils puissent
+rendre un compte satisfaisant de son existence même. A l’origine, il
+faudra toujours placer un mouvement du sol, un effondrement ; je ne
+conçois pas bien qu’on puisse conclure autrement. Et ceci vient à
+l’appui d’autres arguments analogues précédemment invoqués.
+
+Mais voici en outre un point de vue nouveau. La falaise serait une
+cicatrice que le temps n’aurait pas eu le temps de faire disparaître,
+une marque de jeunesse. Alors les chotts à plages ont un vieux relief ;
+les chotts à falaises un relief jeune. C’est une différence d’âge qu’il
+y aurait entre eux. Cela étant, on comprend qu’ils forment des groupes.
+
+La frontière algéro-marocaine n’a pas seulement le monopole des chotts à
+falaises, mais aussi des volcans miopliocènes. On l’a déjà dit
+longuement (volcans de Tifarouïne et des Msirdas, voir fig. 29). Les
+pointements éruptifs sont bien plus nombreux sur la côte Algéro-
+Marocaine que sur tout le reste de la côte algérienne jusqu’en Tunisie.
+M. Rey souligne justement la présence de sources chaudes au Kreider,
+dans le chott ech-Chergui, frère et voisin du Tigri[104]. On verra au
+livre III que dans l’Oranie, au voisinage du Maroc, le pliocène marin
+est soulevé à plus de 900 mètres au-dessus du niveau de la mer
+(Mascara) ; et que les deux fleuves principaux, le Sig et l’Habra ont
+des profils extrêmement jeunes, de beaucoup les plus jeunes de toute
+l’Algérie-Tunisie.
+
+Lorsque nous constatons que les chotts de la même région sont, eux
+aussi, extrêmement jeunes, entourés de falaises fraîches que l’érosion
+et la déflation n’ont pas eu le temps d’user, nous sommes bien forcés de
+conclure qu’il y a là un groupement intéressant de faits connexes.
+
+Il faut renvoyer aussi à ce qui a été dit au livre I du grand accident
+nord-sud saharien, qui se prolonge en zigzaguant et en bifurquant à
+travers l’Atlas saharien, de part et d’autre du Grouz (fig. 2, 3, 4 et
+6).
+
+C’est encore lui dont l’influence est sensible ici. Les pointements
+volcaniques sont sur sa trajectoire. Il ne peut pas être étranger à
+l’exhaussement, par rapport aux régions plus orientales, de tout le
+compartiment des Hauts Plateaux auxquels appartiennent Tendrara et le
+Tigri.
+
+C’est donc lui, en dernière analyse, qui a fait de Tendrara et du Tigri,
+à nos yeux, des échantillons typiques de haut plateau et de chott ; leur
+exhaussement a eu pour conséquence qu’ils ont échappé à l’ennoyage, que
+le vieux squelette décharné y apparaît à nu ; et que le déchiffrement de
+la structure s’en trouve facilité.
+
+
+[Note 102 : Pour beaucoup de détails supprimés ici de cette analyse, on
+renvoie à une étude parue dans les _Annales de Géographie_, No 49.]
+
+[Note 103 : Gentil, no 57, p. 55. Ficheur dans 50, p. 150, fig. 34.]
+
+[Note 104 : No 90, p. 106.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V
+
+ LE HORST ALGÉRIEN
+
+
+_Plateau steppien._ — Si ennoyés d’alluvions que soient en général les
+Hauts-Plateaux, la région Tendrara-Tigri n’est cependant pas la seule où
+la structure des roches secondaires soit directement observable. Elle
+l’est par exemple, sous le méridien d’Alger, dans une zone étendue
+qu’Alexandre Joly a longuement étudiée sous le nom de _plateau steppien
+d’Algérie_[105].
+
+Entre les cuvettes creuses des chotts oranais à l’ouest, du Hodna à
+l’est, des Zahrez au sud, cuvettes fermées, enclavées, dominées, et par
+conséquent ennoyées, le _plateau steppien_ émerge de l’océan des
+alluvions, dessine un grand dôme elliptique, allongé sud-ouest-nord-est,
+très surbaissé, à surface bossuée (p. 162). Joly en nomme la partie
+centrale « le dos des steppes, axe et cime du plateau steppien (168) ».
+
+Ce plateau steppien, lorsqu’on le voit « de loin et de haut par exemple
+d’un des sommets de Teniet ou de Boghar », il présente « l’aspect d’une
+plaine immense, fuyant sans limite. L’image de la mer, telle qu’on la
+découvre du haut d’une falaise, s’offre immédiatement à l’esprit. Mais,
+quand on pénètre dans le plateau lui-même, les accidents du relief se
+révèlent... une série de zones tantôt déprimées et tantôt surhaussées,
+qui s’allongent sud-ouest-nord-est, parallèlement à l’axe de l’Atlas
+saharien » (p. 164).
+
+Dans le détail de ces zones déprimées et surhaussées Joly décrit des
+« accotements de dômes ovoïdes » ; des « demi-dômes, au profil de
+faucilles ».
+
+Le relief monotone du plateau steppien « est en intime connexion avec la
+simplicité de sa structure. Un grand bombement crétacé, très élargi,
+très surbaissé, en forme la masse. Il constitue tout le dos des steppes.
+Il couvre près des trois cinquièmes du plateau steppien » (p. 239).
+
+Tout cela est en accord très satisfaisant avec la monographie de
+Tendrara au chapitre précédent.
+
+_Sud-ouest du Hodna._ — La retombée du « plateau steppien » sur le
+Hodna, c’est-à-dire le coin sud-ouest de la région hodnéenne, a été
+décrite par un géologue algérien, M. Savornin[106].
+
+C’est le pays de Bou-Saada.
+
+On est ici au voisinage du point le plus bas sur cette plate-forme
+ondulée des Hauts Plateaux, à l’antithèse de Tendrara qui est le point
+le plus haut.
+
+Entre les deux la plate-forme s’élève par une pente insensible de 500 à
+1500 mètres. Ici, à Bou-Saada, on touche cet étranglement hodnéen, déjà
+marqué dans les cartes paléogéographiques des mers éocènes, où la mer
+certainement a séjourné. La région a donc été pendant une partie notable
+de son passé, normalement drainée à partir d’un niveau de base marin.
+Aussi est-elle puissamment érodée ; l’érosion a préparé au géologue de
+belles coupes naturelles, que M. Savornin étudie.
+
+Il « met en lumière » ce qu’il appelle « le dimorphisme » de ce pays
+autour de Bou-Saada. Il y distingue deux régions.
+
+« Au sud sont des plis très accusés, produisant une grande variété de
+reliefs dont l’ordonnance est en relation directe avec la tectonique.
+Les plis courts prédominent. » C’est tout bonnement l’Atlas saharien.
+
+Au nord de Bou-Saada, au contraire, « c’est une plate-forme aux très
+larges courbures, où les accidents superficiels ne sont dus qu’à
+l’érosion ». Cette région « quoique très montagneuse présente une
+structure extraordinairement simple. Tout la série des sédiments éo et
+mésocrétaciques s’y distribue en empilements formidables presque
+horizontaux ». Ce massif qu’on supposerait complexe à considérer son
+relief, « n’est qu’un large anticlinal de 20 kilomètres ».
+
+Ce que M. Savornin souligne ici c’est ce contraste entre l’Atlas
+saharien et le Haut Plateau qui est si frappant aussi à l’autre bout,
+dans l’ouest, entre la table de Tendrara et les dents de scie de l’arc
+de Fortassa.
+
+M. Savornin note que « cette plate-forme s’étend au nord sous la plaine
+du Hodna. En effet, partout où l’on peut voir des affleurements perçant
+la nappe des alluvions soit au bord même du lac, soit au loin dans la
+plaine..., on ne trouve que les horizons que ferait prévoir l’hypothèse
+de la continuité d’allure des couches. »
+
+Dans cette région précisément au nord de Bou-Saada, près la piste
+d’Aumale, dans les contreforts érodés, une montagne naturellement
+tabulaire, porte ce nom caractéristique « billard du colonel ». Il
+s’agit du colonel Pein, dont le nom reste attaché au bureau arabe de
+Bou-Saada.
+
+Un nom de ce genre est à rapprocher de cette autre appellation
+populaire, qui a fait fortune, « les Hauts Plateaux ». Elle aussi vient
+de nos soldats et de leurs officiers. Elle traduit la première
+impression de profanes en présence de pays vivement contrastés dans
+leurs aspects extérieurs, leurs lignes d’horizon.
+
+Cette impression de profanes se trouve en accord avec le verdict des
+techniciens.
+
+La plate-forme du sud-ouest du Hodna, dit Savornin, s’est comportée
+« comme un môle résistant pour une cause profonde qui ne se révèle
+point ».
+
+Alexandre Joly aussi ne se risque à envisager cette cause profonde que
+dans un membre de phrase entre deux virgules ; il suppose « des horsts
+anciens en profondeur ».
+
+Mais Louis Gentil, concluant dans le même sens, est beaucoup plus hardi
+et plus détaillé.
+
+_Le Horst algérien._ — L’opinion de M. Gentil est concrétisée dans une
+figure qui suffirait[107] à elle toute seule pour rendre sa pensée, plus
+nettement qu’aucun développement au moyen de mots (fig. 26).
+
+Entre l’Atlas tellien, et le saharien, un môle résistant s’intercale,
+que M. Gentil appelle le Horst algérien : et on lui laissera ce nom.
+Entre les deux Atlas il joue le même rôle dirimant que le Horst marocain
+(la plate-forme subatlantique de Théobald Fisher) entre l’Atlas et le
+Riff. Ou bien encore que la Meseta ibérique entre la sierra Nevada et
+les Pyrénées.
+
+De même que la plate-forme subatlantique, la Meseta ibérique, et pour
+comparaison, le Plateau central français, le Horst algérien fait figure
+de vieux corps étranger auprès des jeunes chaînes qui l’encastrent.
+Horst marocain et Horst algérien ont une relation d’interdépendance ;
+malgré l’interruption du Moyen-Atlas, ils se continuent comme deux
+grains du même chapelet, ils sont deux moitiés d’un même ensemble brisé.
+Le Horst algérien néanmoins mérite bien le nom que M. Gentil lui a
+donné. Il est renfermé dans les limites de l’Algérie.
+
+[Illustration : Figure empruntée à Gentil : _Le Maroc physique_.
+
+FIG. 26. — LE HORST ALGÉRIEN.
+
+Entre la Moulouya et l’extrémité orientale du Hodna, sous la masse tout
+entière des hauts plateaux Oranais et Algérois, les géologues admettent
+qu’il existe un horst algérien, c’est-à-dire un massif primaire rigide.
+Ce horst algérien est (plus ou moins ? avec une interruption ?) la
+continuation du horst marocain, beaucoup mieux connu, et l’un nous aide
+à nous représenter l’autre. — Ces deux horsts sont demeurés rigides,
+mais non pas tout à fait immobiles, sous la poussée des forces
+orogéniques qui ont édifié l’Atlas. Dans la structure de l’Atlas
+saharien M. Gentil croit retrouver la marque d’une compression exercée
+par les horsts, dans leur mouvement global de translation vers le Sud-
+Est.
+
+Toute la région algérienne intermédiaire entre les 2 Atlas, tellien et
+saharien, doit à la rigidité de ce substratum son caractère de plateau.]
+
+D’ouest en est il va de la Moulouya jusqu’à l’étranglement hodnéen, au
+delà duquel on sait déjà que les deux Atlas tellien et saharien se
+rejoignent et voisinent sans intercalation d’aucune sorte. Le Horst
+algérien est le soubassement et la raison d’être des Hauts Plateaux
+oranais et algérois.
+
+Gentil dit de la façon la plus explicite : « l’ensemble des Hauts
+Plateaux est formé d’un socle primaire, provenant de l’arasement de la
+chaîne hercynienne, sur lequel repose une succession de couches
+secondaires.
+
+« Ces terrains mésozoïques montrent dans leur ensemble une allure
+tabulaire. Au sud de ce Horst algérien se déploie la succession de
+faisceaux de plis qui forme l’Atlas saharien[108]. »
+
+Cette notion du Horst algérien Gentil l’utilise pour rendre intelligible
+l’allure si particulière des plis dans l’Atlas saharien, l’allure en
+amygdales, en torons de corde, en faisceaux qui se relaient au lieu de
+se prolonger[109].
+
+Les plis de l’Atlas saharien sont nés de la compression entre le Horst
+saharien au sud, « formant bouclier », et le Horst algérien au nord,
+« Horst profond », recouvert d’une couverture de couches secondaires.
+
+Pour rendre compte de l’allure si particulière des plis, il suffit
+d’admettre que la mâchoire septentrionale de l’étau, le Horst algérien,
+en même temps qu’il transmettait la pression normale à la direction
+générale de la chaîne, s’est déplacé latéralement, « dans le sens du
+nord-est vers le sud-ouest ». Gentil croit pouvoir mesurer l’importance
+de ce déplacement, il l’évalue à 25 kilomètres[110] (fig. 26 où le sens
+du déplacement est indiqué par une flèche).
+
+Une fois admis le déplacement du Horst profond sous la couverture des
+sédiments secondaires, M. Gentil rend compte des ondulations, des rides
+qui ont affecté cette couverture, en particulier des cratères d’érosion
+avec cheminée triasique, ou si l’on veut des pustules crevées avec trias
+giclant au centre.
+
+« L’interposition de trias gypseux plastique, entre le socle primaire du
+Horst algérien et sa couverture plus rigide, a facilité le ridement des
+couches superficielles[111]. »
+
+Ces hypothèses précises sont à la fois élégantes et vraisemblables.
+D’autres géologues en ont proposé d’autres, qui toutes font intervenir
+l’influence d’un socle hercynien sous-jacent. Pour choisir entre ces
+explications techniques on ne s’imagine assurément pas qualifié.
+
+D’autre part le ridement des couches superficielles dans une région
+d’architecture tabulaire, quelle qu’en soit l’explication, est en tout
+cas un fait observé ailleurs ; dans le bassin parisien par exemple les
+rides qu’on a quelquefois appelées « posthumes » jouent un rôle souvent
+signalé, les boutonnières anticlinales du pays de Bray, par exemple, et
+du Boulonnais.
+
+On ne veut retenir ici que l’existence même du Horst algérien. Encastré,
+emballé de toutes parts entre des branches d’une aussi grande chaîne
+plissée, il pourrait aller sans dire que, tout môle qu’il fût, il ait dû
+ne rester ni parfaitement rigide, ni parfaitement immobile.
+
+Gentil fait une comparaison intéressante entre les Hauts Plateaux
+algériens flanqués des deux Atlas, d’une part, et d’autre part le
+Plateau suisse, encadré entre la chaîne violemment plissée des Alpes
+occidentales, et les ondulations régulières du Jura[112].
+
+
+[Note 105 : No 77.]
+
+[Note 106 : No 106.]
+
+[Note 107 : No 57, p. 127.]
+
+[Note 108 : No 57, p. 145 et 146.]
+
+[Note 109 : No 57, p. 153.]
+
+[Note 110 : No 57, p. 157.]
+
+[Note 111 : No 57, p. 158.]
+
+[Note 112 : No 57, p. 161.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI
+
+ LA MESETA SUD ORANAISE
+
+
+Parmi les géologues algériens, M. Louis Gentil est celui qui a proposé
+le nom de Horst algérien, et qui a dessiné ce horst. C’est que ses
+travaux l’avaient fixé sur sa véritable nature. Sa thèse sur la Tafna
+déjà mais surtout ses études ultérieures sur l’Amalat d’Oudjda[113],
+l’ont amené à bien connaître les plateaux de Tlemcen, et leur
+prolongement au Maroc oriental, les monts des Beni-Bou-Zeggou, la gada
+de Debdou. C’est-à-dire le rebord septentrional du Horst algérien, où sa
+qualité de Horst est nettement en évidence.
+
+Pour l’ensemble de cette région, qui va de la Mina à la Moulouya, et qui
+englobe avec les plateaux de Tlemcen ceux de Saïda, j’ai proposé le nom
+de Meseta sud oranaise[114]. M. Louis Gentil paraît s’y rallier et je
+crois qu’il faudrait le conserver. Il désigne une région bien
+particulière ; une puissante avancée du Horst algérien jusque dans le
+Tell, dans la zone des pluies plus abondantes et des rivières
+aboutissant depuis longtemps au niveau de base marin. Le décapage y est
+donc énergique, il a été poussé jusqu’au-dessous de la plate-forme
+secondaire, jusqu’à la pénéplaine hercynienne sous-jacente.
+
+Partout ailleurs, plus au sud, le régime des bassins fermés, à travers
+les âges géologiques, s’est opposé à l’éventration du sous-sol. Le Horst
+primaire gît à de grandes profondeurs, scellé sous l’amas énorme des
+atterrissements continentaux, ou sous l’intégrité des puissantes couches
+marines secondaires.
+
+Il n’y serait qu’une hypothèse vraisemblable sur laquelle on pourrait
+discuter. Mais dans la Meseta sud oranaise le Horst n’est plus une
+hypothèse, c’est un fait, on le voit et on le touche à travers des
+fenêtres nombreuses et larges. On est parfaitement sûr d’avoir affaire à
+la prolongation algérienne de la Meseta marocaine, pendant elle-même de
+l’espagnole. Et c’est toute la question du Horst algérien qui s’en
+trouve éclairée d’un coup.
+
+Les fenêtres (fig. 29) qui laissent apercevoir le substratum sont part
+et d’autre de la frontière, en Algérie à l’oued Tifrit et à Ghar-
+Rouban ; au Maroc dans les Beni-Bou-Zeggou, et à la Gada de Debdou. Les
+affleurements marocains, et même celui de Ghar-Rouban, qui est à la
+frontière, nous sont justement connus par les travaux de M. L.
+Gentil[115].
+
+Dans les hauts de l’oued Isly il a trouvé une faune fossile abondante,
+« qui montre l’extension jusqu’aux abords d’Oudjda du carbonifère de la
+région de Béchar ».
+
+D’après les analogies de facies il attribue des schistes à l’étage
+silurien. Ce seraient ces mêmes schistes gothlandiens déjà signalés en
+bien des points du Sahara et du Maroc, où ils contiennent des
+graptolithes.
+
+Ces roches primaires affleurent sur de grandes étendues. Dans les Béni-
+Bou-Zeggou en particulier on les trouve à peu près partout entre l’oued
+Za (vers Guefaït), et le poste frontière de Sidi-Aïssa. Au nord, ils
+s’étendent presque jusqu’aux portes d’Oudjda.
+
+Ils ont été visiblement affectés « par les plissements de la chaîne
+hercynienne » ; Gentil a observé « des plis grossièrement orientés nord-
+est, sud-ouest ». Ces plis sont arasés en pénéplaine ; c’est la même
+pénéplaine primaire qui couvre d’immenses espaces au Sahara, dans le
+Haut-Atlas, et dans la meseta marocaine. Sur ce socle M. Gentil a vu
+reposer de puissantes assises de calcaires liasiques et jurassiques.
+
+La transgression marine a commencé vers le milieu du lias. Un poudingue
+ferrugineux, conglomérat de base, que Gentil a retrouvé partout dans la
+région, atteste l’exondation et le ruissellement sub-aérien, avant le
+médio-liasique.
+
+Ces couches liasiques et jurassiques, avec une épaisseur totale d’un
+millier de mètres sont restées « à peu près horizontales...,
+d’architecture tabulaire ». Dans toute la région, la gada de Debdou, les
+Beni-Bou-Zeggou, les monts de Tlemcen, « les efforts orogéniques
+deviennent presque insensibles ; les plissements se réduisent à de
+simples ondulations. Les calcaires, qui forment la masse principale, s’y
+montrent fréquemment disloqués par un grand nombre de failles, mettant à
+nu, malgré la dénivellation assez faible des deux lèvres de la cassure,
+le soubassement des terrains secondaires, formé des vestiges de la
+pénéplaine primaire. »
+
+Sur l’ensemble de cette région étendue, encore qu’il se défende de
+l’avoir vue tout entière, M. Gentil écrit : « Si l’on considère
+l’ensemble des monts de Beni-Bou-Zeggou depuis le Ras Asfour, à la
+frontière algérienne (c’est-à-dire Ghar Rouban) jusqu’aux approches de
+la Moulouya, on constate fréquemment, sur les bords de ce massif
+d’architecture tabulaire, des fractures longitudinales ; de sorte que
+l’on peut le considérer comme limité au moins en partie par des failles
+bordières à la façon d’un horst[116]. »
+
+[Illustration : FIG. 27. — LA FENÊTRE DE L’OUED TIFRIT.
+
+La figure a été dessinée d’après la carte au 200000e, feuille 32 et à
+l’échelle ; et d’après la carte géologique G.-B.-M. Flamand (no 41 _in
+fine_). — A une figure, antérieurement publiée, et dont celle-ci n’est
+qu’une reproduction (no 44), Flamand reproche la maladresse du dessin, à
+juste titre ; et insiste longuement sur son exactitude (_ibid._, p.
+130).
+
+Sous l’infralias l’érosion a mis à jour la pénéplaine primaire dans le
+cañon de l’oued Tifrit et sur tout le pourtour Nord du causse d’Aïn
+Soltane, jusqu’au dj. Modzbab. Tout ce causse est un placage horizontal
+de calcaire infraliasique sur la pénéplaine arasée.
+
+Les fenêtres de R’ar-Rouban, des Beni-bou-Zeggou, de Debdou (cf. fig.
+30) sont du même type que la fenêtre de Tifrit. Un pays sur la structure
+intime duquel nous avons de pareilles évidences doit être distingué de
+l’Atlas plissé.
+
+_f_, faille. — J, jurassique. — L, lias. — PP, pénéplaine primaire.]
+
+Ces lignes, suffisamment claires en soi, M. L. Gentil les illustre
+graphiquement avec un beau profil géologique relevé entre Sidi-Aïssa et
+Oudjda[117]. On y voit d’un coup d’œil le bord haché de failles de la
+Meseta.
+
+On a fait exactement les mêmes observations en territoire algérien, à
+250 kilomètres de la frontière marocaine, à l’est de Saïda. Il y a là un
+coin de pays où une faille très visible, et l’érosion de l’oued Tifrit
+ont mis à nu la pénéplaine primaire sous-jacente aux calcaires liasiques
+(fig. 27). Le géologue qui a décrit cette fenêtre est G.-B.-M.
+Flamand[118].
+
+Il a vu une formation très épaisse de schistes et de quarzites
+primaires, qu’il attribue hypothétiquement au silurien, qui sont
+traversés de filons éruptifs, plissés et arasés. Sur la tranche arasée
+Flamand signale « un ensemble d’assises appartenant à l’infralias
+déterminé paléontologiquement ». Par places, à la base de l’infralias il
+a vu des poudingues, formation continentale de ruissellement, qu’il
+attribue au permien. La concordance avec Gentil est tout à fait
+satisfaisante, à des détails près qui ne présentent pas d’intérêt ici.
+
+Ces assises liasiques de Tifrit sont « disposées en plateaux ondulés » ;
+ce sont « de véritables causses[119] ».
+
+Sous le nom de Haut-pays-tellien-cissteppien, Flamand décrit exactement
+la zone, à laquelle je crois devoir laisser le nom de Meseta sud-
+oranaise.
+
+C’est « une zone remarquable de plates-formes à plissements
+subméridiens » ; le contexte montre qu’il entend par là des plis
+posthumes de direction hercynienne. Ces « plateaux secondaires font
+opposition aux formations du Tell littoral ».
+
+« Cette disposition en plates-formes » est imposée par « les paliers
+d’une pénéplaine sous-jacente[120] ».
+
+Cette « plate-forme cissteppienne » est loin de mériter le nom de
+« chaîne intérieure » qu’on lui a donnée à tort et d’être un équivalent
+des chaînes telliennes. Flamand y retrouve au contraire « les mêmes
+lignes générales » qu’il a rencontrées dans les régions sahariennes.
+
+Cette « région tellienne », qui « se relie tectoniquement » au Sahara
+central, « est au nord, à la bordure du géosynclinal méditerranéen, un
+promontoire un peu modifié des plates-formes indo-africaines, elle a son
+équivalent sur la bordure sud du Plateau central de France[121] ».
+
+Il est bien entendu que c’est exactement cela, et rien d’autre qu’on a
+voulu rendre avec l’expression _Meseta sud oranaise_.
+
+J’ai vu moi-même et décrit en 1909[122] cette fenêtre de Tifrit. Je l’ai
+vue en passant et en profane, antérieurement à la publication détaillée
+des observations Flamand.
+
+Dans sa thèse, qui est de 1911, mon regretté collègue et ami, avec une
+précision méticuleuse de technicien, relève dans mon article de 1909 ce
+qui lui a paru être des inexactitudes de détail : sur le fond, et sur
+l’essentiel il formule des conclusions qui sont exactement les miennes
+et que je me suis empressé de reproduire fidèlement. Dans un passage
+d’ailleurs[123] il donne à l’esprit de mon petit travail, sinon à sa
+lettre, une adhésion que je n’aurais pu souhaiter plus expresse.
+
+Je m’excuse pourtant d’insister sur ceci : jusqu’à une époque aussi
+rapprochée de nous que 1909, un géographe que le hasard amenait à Tifrit
+y éprouvait une vive et légitime surprise. Jusqu’à cette date en effet,
+il a été entendu tacitement que l’Algérie tout entière était un faisceau
+de plis ; sous les plumes les plus autorisées on rencontrait les massifs
+de Tlemcen et de Saïda classés comme chaînes intérieures, et portant les
+numéros 1 et 2 dans une énumération, qui donne le numéro 3 à la chaîne
+du Hodna[124]. Pure inadvertance bien entendu : mais enfin c’est faire
+rentrer dans la même catégorie une chaîne où les sédiments miocènes
+marins sont énergiquement plissés, et une pénéplaine primaire,
+soubassement de causses.
+
+Or dès qu’on met le pied à Tifrit, si profane soit-on, il est impossible
+de s’y tromper. On a devant soi un pays très facile à déchiffrer, qu’on
+a cherché à schématiser dans la figure 27. On se croyait sur la foi de
+la bibliographie dans un coin des Alpes ; et on s’aperçoit qu’on est
+dans les causses.
+
+Bien entendu, on n’a jamais eu la pensée ridicule de prétendre attirer
+l’attention de MM. Flamand et Ficheur sur un fait pareil. La carte
+géologique au 800000e, qui est leur œuvre, suffirait à renseigner le
+public sur la Meseta sud oranaise. Mais enfin il faut être reconnaissant
+à M. Flamand, dans sa thèse, et surtout à M. Gentil, d’avoir donné de
+cette carte un commentaire détaillé.
+
+Commentaire dont l’importance ne semble pas avoir été suffisamment
+soulignée encore. Dans un travail intéressant sur l’extrême sud oranais,
+qui a paru en 1916, et dont l’auteur est un officier géologue de grand
+mérite, M. Rey[125], on peut relever tel passage où il apparaît que
+l’auteur ne connaît pas l’existence du Horst algérien.
+
+Les géologues algériens, dans cet immense pays encore si imparfaitement
+connu, sont aux prises avec une besogne formidable d’analyse. Il est
+tout naturel qu’ils n’aient pas eu le loisir de passer à la synthèse.
+Dans les lignes qui précèdent, on espère avoir donné l’impression qu’on
+ne s’en prend à personne et qu’on ne critique pas. On a voulu faire
+ressortir à l’occasion d’un fait concret qu’un essai de synthèse
+géographique comme le présent petit livre répondait peut-être à un
+besoin.
+
+[Illustration : FIG. 28. — L’OUED MINA.
+
+L’oued Mina entre Tiaret et Relizane est à peu près limite entre la
+région des causses et l’Atlas plissé. Tiaret, Prévost-Paradol, jalonnent
+grossièrement cette limite. La Mina coule dans un cañon.
+
+Dans le voisinage de cette grande faille il y a un gros pointement
+éruptif, ce qui est peut-être unique dans l’Atlas Tellien, si loin de la
+côte. (Gorges de Tomda.)
+
+Une grande route transversale à l’Atlas, d’une grande importance
+humaine, la route de Tiaret à la mer passe par le plateau de Mendez.
+(Voir livre V, chap. IX.)]
+
+A propos de la Meseta sud oranaise il faut signaler un coin encore où le
+voyageur profane, dût-il se contenter de regarder par la portière du
+wagon, a sous les yeux des lignes de paysage inattendues. Ce sont les
+bords de la Mina, aux environs de Prévost-Paradol (fig. 28). La rivière
+y coule au fond de cañons, qui sont entaillés dans le causse ;
+continuation évidente des causses de Saïda. Et cette continuation est
+une fin. A l’horizon tout proche, sur la rive droite, on voit le paysage
+se modifier, c’est la chaîne tellienne qui commence. Dans cette section
+de son cours la Mina sert à peu près de limite entre deux mondes
+différents. A l’appui de ce fait important je m’excuse de n’apporter
+aucune référence ; sauf une cependant qui est orale, mais excellente ;
+la confirmation formelle du fait par M. Ficheur.
+
+[Illustration : FIG. 29. — LE FRONT DE LA MESETA SUD ORANAISE
+
+La figure donne le front Nord de la région des causses, autrement dit
+meseta Sud Oranaise. Ce front est jalonné par Debdou, Oudjda, Tlemcen,
+Chanzy, Prévost-Paradol. — On a marqué les déchirures du causse, à
+travers lesquelles le substratum primaire, mis à nu, nous renseigne sans
+contestation possible sur la structure profonde. — Grâce à elles le
+horst Algérien (fig. 27) est autre chose qu’une hypothèse. — La figure
+29 doit accessoirement servir à illustrer le chapitre III du livre V sur
+les plaines oranaises (le chapelet de sebkhas et de marais entre le Rio
+Salado et le Chéliff) ; et les chapitres IV et V.]
+
+Dans cette région à laquelle nous voudrions laisser le nom de Meseta sud
+oranaise, grâce au décapage énergique de torrents telliens, il a donc
+été possible aux géologues de repérer avec une grande exactitude la
+limite nord du Horst algérien. On la suit sans hésitation possible
+depuis la Moulouya jusqu’à la Mina. Elle est jalonnée par Oudjda,
+Tlemcen qui s’adosse au pied de la falaise terminale, les villages de
+Lamoricière, de Chanzy, la plaine d’Eghris dominée par Mascara, Prévost-
+Paradol. C’est le front du môle sur lequel ont déferlé les plis de
+l’Atlas tellien. Quand on essaie de se reconnaître dans la structure de
+l’Algérie, une ligne pareille a une importance de tout à fait premier
+ordre. Il est absurde qu’on n’en parle jamais (fig. 29).
+
+_L’extrémité orientale du Horst._ — Partout ailleurs sur le pourtour du
+Horst l’ennoyage désertique laisse subsister une incertitude sur les
+limites précises. En particulier dans le coin nord-est du Hodna.
+
+L’opinion commune, c’est que l’Atlas tellien et l’Atlas saharien, hors
+la cuvette du Hodna dans l’est, sont en contact direct l’un avec
+l’autre, sans interposition d’aucune sorte. C’est en particulier
+l’opinion de Blayac, qui a décrit les Hautes Plaines constantinoises
+dans le bassin de la Seybouse.
+
+MM. Joly et Joleaud[126] sont d’opinion un peu différente. Dans cette
+même région, qu’ils connaissent bien, ils soupçonnent, intercalé entre
+les deux Atlas, un dernier prolongement du Horst algérien ; mais
+transformé par les « violentes poussées venues du nord » auxquelles « il
+a servi de butoir » ; affecté d’une « structure imbriquée » qui est le
+trait caractéristique des Hautes Plaines constantinoises ; « masqué par
+les plis aurasiens, qui sont beaucoup plus accentués ici que dans le sud
+oranais ou le sud algérois ».
+
+Entre les deux opinions la nuance est fort intéressante ; mais peut-être
+pas au point de vue qui nous occupe quand il s’agit de dégager des
+lignes très générales de structure.
+
+Pratiquement le Horst algérien peut être considéré comme délimité par le
+grand arc montagneux si nettement dessiné à l’est et au nord du Hodna,
+qui rejoint la brèche de Biskra et la vallée de la Mina. En deçà et au
+delà de cette ligne les Hautes Plaines constantinoises et les Hauts
+Plateaux d’Algérie-Oranie appartiennent, de l’avis général, à des
+catégories distinctes.
+
+_Conclusions générales du livre._ — Si maintenant on jette un regard
+rétrospectif sur le livre III certains résultats semblent se dégager,
+qui ne sont pas négligeables.
+
+Il est sûr que la brèche de Biskra, qui est en relation avec le sillon
+de l’Igharghar, et qui coupe en deux tronçons l’Atlas algérien, est un
+trait extrêmement ancien et extrêmement important de la structure.
+
+Il en est de même du front septentrional de la Meseta sud oranaise entre
+Tlemcen et Prévost-Paradol.
+
+Ce sont là deux faits énormes qui sautent ou qui devraient sauter aux
+yeux. Ils sont tout à fait incontestables et incontestés.
+
+Entre ces deux faits l’hypothèse du Horst algérien met un lien naturel
+et clair, si tant est qu’il n’y ait pas esprit hypercritique à conserver
+ce mot d’hypothèse.
+
+Notez que ceci est assez neuf. Dans l’usage courant du langage, quand on
+veut rendre compte du socle continental de l’Atlas algérien, on
+distingue couramment l’Atlas saharien et les Hauts Plateaux proprement
+dits. Cela n’est pas inexact, encore que la délimitation soit un peu
+floue. Mais c’est incomplet.
+
+Ce socle continental est coupé en écharpe, dans une direction sud-est-
+nord-ouest, par une autre ligne de démarcation, dont on ne parle jamais,
+et qui est pourtant l’élément essentiel de la structure. C’est le seuil
+de Biskra, et le grand arc montagneux qui limite le Horst algérien à
+l’est et au nord depuis l’Aurès par les monts du Hodna.
+
+Suivant cette ligne-là tout le socle continental de l’Atlas est
+nettement cassé en deux d’outre en outre transversalement à sa longueur
+(fig. 6).
+
+On a déjà entrevu et on dira plus longuement au livre VI quelle est
+l’importance de cette ligne dans l’histoire et la géographie humaine de
+l’Algérie.
+
+Aux livres IV et V on va retrouver le Horst algérien et surtout la
+Meseta sud oranaise, qui ont nécessairement un lien étroit avec la
+structure de l’Atlas tellien.
+
+
+[Note 113 : No 55.]
+
+[Note 114 : No 44.]
+
+[Note 115 : No 55, no 16 dans no 56.]
+
+[Note 116 : No 55, p. 23, 22, 23, 26, 30, 35.]
+
+[Note 117 : No 55, p. 24, fig. 8.]
+
+[Note 118 : No 41, p. 122.]
+
+[Note 119 : No 51, p. 398.]
+
+[Note 120 : No 51, p. 772.]
+
+[Note 121 : No 51, p. 773.]
+
+[Note 122 : No 44.]
+
+[Note 123 : No 41, p. 772, note 1.]
+
+[Note 124 : No 22, p. 356.]
+
+[Note 125 : No 90.]
+
+[Note 126 : No 71, p. 504.]
+
+
+
+
+ LIVRE IV
+
+ LES PLIS DU TELL
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ LES NAPPES
+
+
+Le géosynclinal tellien est par définition un pays de plis intenses,
+oscillant autour de la direction est-ouest, tous déversés vers le sud ;
+la position de la Tyrrhénide a déterminé l’orientation des plis et le
+sens de la poussée.
+
+Il serait naturel d’analyser ces plis, de les disséquer un à un, et d’en
+démonter le groupement. Mais c’est une tâche à peu près impossible
+actuellement : aussi longtemps que les géologues ne se seront pas mis
+d’accord sur une question primordiale, celle des nappes de charriage.
+Cette question, qui a révolutionné la tectonique des Alpes s’est posée à
+propos de l’Atlas, et elle est loin d’avoir trouvé encore sa solution.
+
+En des points déterminés certaines fibres du plissement tellien, après
+examen approfondi, ont été déclarées front de nappe par tel géologue,
+mais qui est nettement contredit par tel autre.
+
+_Djebel Ouach._ — M. Léonce Joleaud a consacré des efforts à prouver la
+présence d’un front de nappe dans les monts de Constantine (Djebel
+Ouach)[127] ; M. Blayac, qui a étudié la région toute voisine de la
+Seybouse dit bien haut qu’il n’y a pas vu « de véritable charriage, pas
+de déplacements horizontaux de plis, susceptibles d’être qualifiés de ce
+nom[128] ».
+
+_Sierra de Kabylie._ — Le front de nappe le plus curieux du Tell, celui
+qui frapperait davantage l’imagination, serait la chaîne de calcaire
+liasique à la limite sud des Kabylies. Elle se compose de trois tronçons
+bout à bout, en allant de l’ouest vers l’est, le Djurdjura, les Babor
+(fig. 45), et la chaîne de Numidie, qui les continue en droite ligne.
+L’unité essentielle de cet ensemble est indéniable. L’altitude va en
+s’atténuant d’ouest en est ; dans la chaîne de Numidie le sommet le plus
+élevé, le Msid-Aïcha a environ 1400 mètres : c’est à peu près un millier
+de mètres de moins que Lella Khadidja dans le Djurdjura. La continuité
+des crêtes calcaires va elle aussi en diminuant dans le même sens. Elles
+ne sont plus dans la chaîne de Numidie qu’un chapelet de chicots
+éloignés les uns des autres. Mais ces calcaires demeurent d’un bout à
+l’autre curieusement identiques, non seulement par leur facies et par
+leur âge liasique : mais encore par leur association constante avec
+d’autres calcaires de même facies, et d’âge très différent, éocène[129].
+
+On ne distingue les uns des autres que par leurs fossiles. Ils offrent
+une autre association constante avec des schistes argileux et des grès
+micacés, où se trouvent des lits charbonneux et qu’on a fini par classer
+dans le terrain houiller. Tout ce complexe a depuis longtemps frappé les
+géologues par son uniformité. C’est M. Ficheur qui l’a signalé d’abord.
+Il faut certainement le suivre.
+
+Il est donc bien entendu que, tout le long des Kabylies à leur limite
+sud, court une grande chaîne ; elle n’a pas de nom d’ensemble et c’est
+dommage. On peut convenir de lui en donner un, sierra des Kabylies par
+exemple. Pour M. Joleaud la chaîne numidique est le front d’une nappe de
+charriage, poussée du nord au sud[130]. Nécessairement cela doit
+s’entendre de la sierra des Kabylies tout entière d’un bout à l’autre ;
+cette longue frange continue, de composition si hétérogène et si
+constante, hérissée d’aiguilles calcaires, qui donnent une note nouvelle
+dans le paysage des gneiss et des grès kabyles ; ce qui ferait son unité
+ce serait d’être le front d’une grande nappe.
+
+C’est une idée séduisante, qui parle à l’imagination. On serait tenté de
+la croire vraie. Mais à une date aussi rapprochée que le 12 janvier
+1920, M. Savornin, un jeune géologue d’une haute valeur et d’une
+compétence indiscutée, après de longs travaux sur le terrain, écrit en
+propres termes :
+
+« On peut hautement affirmer que le Djurdjura ne constitue point une
+nappe et n’appartient pas à une nappe. Ce serait, au contraire, un
+admirable pays de racines, s’il s’en était détaché des lambeaux de
+recouvrement dont il n’existe aucun exemple[131]. »
+
+_Zaccar._ — Sur un autre point de l’Atlas, à côté de Milianah, le Zaccar
+a été vu et étudié par M. Gentil, qui en a publié la carte géologique au
+50000e. Il serait donc naturel de le croire sans discussion lorsqu’il
+fait du Zaccar une nappe de charriage.
+
+Cependant M. Savornin, s’appuyant lui aussi sur une connaissance
+directe, immédiate et approfondie du même massif déclare de la façon la
+plus formelle qu’il n’y a au Zaccar « aucun phénomène de recouvrement,
+encore moins de charriage[132] ».
+
+_Système de nappes._ — Le 15 octobre 1918, dans un article de la _Revue
+générale des Sciences_, MM. Gentil et Joleaud ont publié un tableau
+d’ensemble des nappes de charriage dans l’Afrique du nord[133]. Ce
+tableau est très précis et très affirmatif sans restriction. La carte
+schématique permet d’embrasser d’un coup d’œil le système complet des
+nappes nord africaines tel que MM. Gentil et Joleaud les conçoivent.
+Elles couvrent toute la partie nord, tellienne, de l’Atlas, depuis
+R’abat jusqu’à Tunis. En ce qui concerne l’Algérie les auteurs sont très
+détaillés : ils indiquent exactement et positivement les nappes de
+Numidie, des Babor et des Biban, du Djurdjura, de Blida et des Zaccars,
+du Titteri, de Teniet-el-Had et de l’Ouarsenis. Ces nappes empilées dont
+les fronts s’enchaînent, c’est précisément ce que nous cherchons, une
+description générale d’ensemble, donnant la clef de la structure dans
+l’Atlas tellien. On serait heureux de pouvoir s’y tenir.
+
+Malheureusement le 12 janvier 1920 M. Savornin fait à l’Académie des
+Sciences, au sujet de ces « soi-disant nappes » une communication qui
+est un démenti brutal. Et notez que M. Savornin est justement un
+géologue dont MM. Gentil et Joleaud avaient invoqué l’autorité à propos
+de ses cartes fort bien faites. Non le Djurdjura n’est pas une nappe.
+Quant aux Biban, « si jamais chaîne fut fortement enracinée, c’est bien
+celle-là ». « L’hypothèse de charriages dans le Djurjura et les Biban
+n’est étayée par aucun argument et doit être irrémédiablement
+abandonnée. Elle est aussi fragile en ce qui concerne les Babor, le
+Chenoua et Ténès, que MM. Gentil et Joleaud n’ont jamais étudiés ».
+Quant à l’enchaînement des fronts de chaînes, « la notion que l’on
+essaie d’introduire, d’une continuité entre les Biban, l’Atlas de Blida,
+les Zaccars et l’Ouarsenis, méconnaît si ouvertement les plus claires
+données de la géographie et de la tectonique qu’elle se détruit d’elle-
+même, sans qu’il soit besoin de le démontrer »[134]. Dans sa thèse parue
+ultérieurement, M. Savornin à l’appui de ses dénégations apporte un
+monceau de faits précis. Et il lui échappe des vivacités comme celle-
+ci : « la région du Guergour a été ridiculement qualifiée de nappe de
+charriage par deux géologues qui ne la connaissent nullement ». Ou bien
+encore, comme cette conclusion générale sur l’hypothèse des nappes
+algériennes : « un avenir prochain en fera certainement justice, il y va
+du bon renom de la géologie française[135] ».
+
+Notez que MM. Gentil et Joleaud, dans leur article du 15 octobre 1918,
+ne parlent pas comme des gens qui exposent une hypothèse. Il semble bien
+à les lire qu’ils estiment eux-mêmes apporter au grand public de la
+_Revue générale des sciences_ des résultats scientifiques définitivement
+acquis désormais dans les milieux techniques. Il faut avouer que
+l’expression a nécessairement dépassé leur pensée.
+
+Une contradiction aussi vive entre professionnels est déconcertante pour
+les profanes. Mais voici qui l’est davantage encore : sur cette question
+des nappes nord africaines, il arrive qu’un géologue _déterminé_ se
+contredise lui-même complètement à quelques mois de distance.
+
+Le 15 octobre 1918 M. Gentil en collaboration avec M. Joleaud a publié
+comme on vient de le voir des affirmations tout à fait catégoriques
+précises et détaillées sur l’encroûtement du Tell algérien tout entier
+par un empilement de nappes.
+
+Or le même M. Gentil à la date du 1er mars 1920, dans le compte rendu
+sommaire des séances de la Société géologique[136] écrit ce qui suit :
+« Toute une série de faits concourent à démontrer que l’Atlas tellien a
+subi des phénomènes d’érosion d’une grande intensité..., de puissantes
+couches ont disparu, qui devaient être surtout formées de nappes
+superposées, laissant à nu les assises profondes, elles-mêmes
+chevauchées ou simplement refoulées. » Et voici qui achève de préciser
+la pensée de M. Gentil.
+
+« Seules la dépression de la Medjerda et celle du détroit sud rifain,
+qui sont parcourues par des vallées longitudinales, ont été mieux
+épargnées par l’érosion, tandis que tout le nord de l’Algérie a été
+fortement décapé et ainsi rendu moins accessible à l’observation dans
+l’étude des nappes de charriage qui prennent part à sa superstructure. »
+
+Ces lignes sont empruntées à un simple compte rendu sommaire ; il est
+impossible cependant de se tromper sur leur sens. L’Atlas algérien qui
+était le 15 octobre 1918 un pays de nappes actuelles n’est plus le 1er
+mars 1920 qu’un substratum décapé de nappes disparues. M. Gentil retire
+ce qu’il avait affirmé quinze mois auparavant. C’est parfaitement
+légitime, bien entendu. Seulement le public profane ne peut pas se
+soustraire à une impression d’embarras.
+
+Notez que c’est une très belle thèse, très séduisante. Les nappes de
+l’Atlas tellien, disparues en Algérie, se seraient conservées aux deux
+extrémités, en Tunisie et au Maroc. Cette théorie a pour elle des
+autorités considérables, non seulement MM. Gentil et Joleaud, mais MM.
+Termier et Lugeon, qui ont eu l’occasion de voir personnellement la
+Medjerda et le détroit sud rifain. Elle a pris corps d’une façon assez
+précise pour devenir le point de départ de recherches minières très
+intéressantes. En beaucoup de points de la planète et plus
+particulièrement du système alpin, les pays de nappes sont pétrolifères.
+Aussi a-t-on l’espoir de trouver le pétrole dans la Medjerda et dans le
+détroit sud rifain, voire même dans la partie attenante de l’Oranie. Et
+assurément en effet le pétrole est représenté par des suintements à tout
+le moins dans l’ouest (Maroc et Oranie). Jusqu’ici pourtant les puits
+forés n’ont pas amené de jaillissement sérieux. D’autre part, il est
+indéniable que des trois régions considérées, Tell algérien d’une part,
+Tell tunisien et Maroc de l’autre, la première est justement la seule où
+un service géologique fonctionne depuis un demi-siècle et sur laquelle
+il ait été accumulé une masse énorme de documents.
+
+_Conclusions._ — En résumé, sur cette question si controversée des
+nappes nord africaines ce sont deux écoles bien tranchées qui sont aux
+prises, l’école parisienne et l’école algérienne. L’une représente
+l’idée générale féconde, la comparaison, base de toute connaissance,
+l’application à un coin de la planète d’une méthode nouvelle importée
+d’ailleurs. Nul doute que tout cela ne soit extrêmement respectable.
+D’autre part le service géologique algérien représente l’étude
+minutieusement consciencieuse du terrain, les réalités sèches et
+inflexibles. Et il n’est pourtant pas possible d’imaginer que ce soit là
+une chose négligeable.
+
+Oui, les Alpes françaises, suisses, autrichiennes sont un extraordinaire
+empilement de nappes. Dans l’Atlas, qui fait partie du système alpin, il
+est naturel d’attendre un développement correspondant des charriages.
+Mais existe-t-il réellement ? A-t-on vraiment réussi à le voir, à le
+toucher du doigt ?
+
+Entre ces deux écoles antagonistes, la parisienne et l’algérienne, une
+première escarmouche a eu lieu il y a une vingtaine d’années sur la
+question du trias. L’issue en est acquise depuis longtemps et la
+comparaison avec la controverse des nappes n’est pas dénuée d’intérêt.
+En ce temps-là, jusqu’en 1896, le service géologique d’Algérie classait
+dans l’éruptif un certain terrain gypso-salin. Au cours d’une excursion
+de la Société géologique de Paris, en 1896, Marcel Bertrand, le géologue
+célèbre, d’un coup d’œil par la portière du wagon, en passant, a relevé
+l’analogie du terrain gypso-salin avec le trias. Ce coup d’œil par la
+portière a eu des conséquences très étendues, et, chose curieuse,
+immédiates. Tous les affleurements gypso-salins de l’Afrique du Nord ont
+été classés triasiques, du jour au lendemain pour ainsi dire ; l’école
+algérienne, cette fois-là, capitula sans discussion ; il faut dire
+certainement que la force d’une évidence irrésistible s’était imposée.
+
+La question des nappes a été soulevée de la même façon à peu près, et
+d’ailleurs comme corollaire de celle du trias. En 1906, M. Termier,
+directeur du service de la carte et président de la Société de géologie,
+membre de l’Institut, au cours d’un voyage au gisement fameux de
+l’Ouenza, a lancé l’hypothèse que l’Afrique du nord est un pays de
+nappes[137]. Quinze ans se sont écoulés depuis, il n’y a pas eu dans les
+cercles géologiques algériens, voire même français, de question plus à
+l’ordre du jour[138] : mais elle a bien l’air de n’avoir pas fait un
+pas. L’évidence cette fois ne paraît pas avoir fait sentir sa force
+irrépressible.
+
+Il est bien entendu en tout cas, que cette question géologique doit être
+résolue par les géologues. Si on voulait essayer de décrire dans un
+tableau d’ensemble les plissements du Tell algérien, le désaccord total
+des géologues, sur la question des nappes, serait déjà à soi tout seul,
+un obstacle insurmontable.
+
+Or, par surcroît, ce n’est pas le seul.
+
+
+[Note 127 : No 68.]
+
+[Note 128 : No 26, p. 473. Voir aussi 31 c.]
+
+[Note 129 : No 36, p. 61, 76, 227, no 22, p. 225, no 7 feuilles du
+Djurdjura.]
+
+[Note 130 : No 70, p. 356 et suiv. mais voir 31 c.]
+
+[Note 131 : No 114. Voir aussi 31 c.]
+
+[Note 132 : No 115, p. 433.]
+
+[Note 133 : No 60, p. 535, fig. 1.]
+
+[Note 134 : No 114.]
+
+[Note 135 : No 115, p. 393, 433.]
+
+[Note 136 : No 59, p. 48.]
+
+[Note 137 : No 118, p. 102 et no 120.]
+
+[Note 138 : No 58 où le témoignage Lugeon est invoqué, p. 157.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ CHAINE DES BIBAN ET SIERRA DU HODNA
+
+
+M. J. Savornin vient de nous donner une monographie excellente de deux
+zones plissées telliennes, voisines et parallèles[139]. Ce sont la
+chaîne des Biban et celle que nous appellerons sierra du Hodna. Ce sont
+des coulisses de l’Atlas tellien : et, sauf peut-être la sierra des
+Kabylies, je ne connais pas une seule autre coulisse dont la structure
+ait été aussi minutieusement démontée. Ce serait déjà une raison
+suffisante pour rendre compte de cette structure.
+
+Il se trouve en outre que la comparaison de ces deux zones plissées,
+jette une curieuse lumière sur la structure de l’Atlas tout entier.
+
+_Chaîne des Biban._ — On a créé ce nom, « chaîne des Biban[140] » en
+l’honneur du fameux défilé des Biban, quelquefois appelé Portes de Fer.
+Il est célèbre dans la conquête de l’Algérie parce que le duc d’Orléans
+l’a franchi certain jour dans des circonstances retentissantes, et parce
+que ce geste princier a eu des conséquences importantes.
+
+La chaîne des Biban court de Berrouaghia au Guergour (gorges du
+Guergour, creusées par l’oued Bou-Sellam). La longueur totale est de 250
+kilomètres, ce qui est notable pour l’Atlas tellien, où les tronçons en
+général sont coupés bien plus courts (fig. 31). L’individualité
+géologique est parfaitement nette et simple. La chaîne est un pli
+unique, dont les éléments sont une double bande, régulière et continue,
+d’infra-crétacé au nord (albien et aptien), de calcaire cénomanien au
+sud. Tantôt ce sont les calcaires cénomaniens plus puissants et plus
+massifs, qui ont mieux résisté à l’érosion, et qui constituent les
+sommets. C’est ainsi à l’est d’Aumale. Tandis que, à l’ouest, au
+contraire, les quartzites infra-crétacées ont mieux tenu et ce sont
+elles qui forment les crêtes. Mais d’un bout à l’autre, comme éléments
+constitutifs, on ne voit rien d’autre que ces deux étages du crétacé. Ce
+tronçon de l’Atlas est resté constamment émergé depuis le crétacé, la
+mer n’y est jamais revenue ; à travers toute l’histoire du bras de mer,
+la chaîne des Biban fut un rivage. Non seulement le bras de mer des
+phosphates, le cartennien, ont passé l’un et l’autre exactement au sud
+des Biban (fig. 4 et 10) ; mais il faut ajouter le Medjanien[141]. Cela
+est certain. M. Savornin a pu retrouver et dessiner sur de grandes
+étendues le rivage de la mer suessonienne, jalonné par les dépôts de
+plages. Il a retrouvé aussi le rivage de la mer cartennienne avec ses
+trous de phollades sur les galets et ses fossiles de plage, des balanes
+par exemple. Il vient de publier une carte paléogéographique du
+medjanien dans la région hodnéenne et il porte avec une grande précision
+un rivage au sud des Biban[142]. Cette chaîne est dans le géosynclinal
+tellien une des parties les plus anciennement consolidées, elle est
+d’âge pyrénéen.
+
+Elle a eu sa grande splendeur à l’époque oligocène ; à cette époque où
+le bras de mer était déjà, à peu près comme aujourd’hui, totalement
+émergé ou peu s’en faut. Les Biban furent alors le grand axe de
+l’Algérie orientale, la ligne de partage des eaux. Le témoignage en a
+été conservé dans les puissants dépôts de ruissellement et de
+sédimentation continentale, de part et d’autre, sur les deux flancs de
+la chaîne. M. Savornin, qui les a déchiffrés, n’a pas hésité à dresser
+la carte paléogéographique des oueds oligocènes[143]. La chaîne des
+Biban était le lieu de leurs sources. De là ils divergeaient se groupant
+en deux grands bassins. Les uns au nord allaient rejoindre la mer (vers
+Bougie ? ou vers Dellys ?). Les autres au sud prenaient le chemin du
+chott oligocène ancêtre du Hodna.
+
+En un point déterminé de la chaîne, au point où elle est traversée par
+l’oued Melah, et plus exactement au djebel Badroun, les collines de
+cailloutis qui accompagnent la chaîne se trouvent supporter dans un
+repli un lambeau étendu de marnes cartenniennes très fossilifères[144].
+C’est dire que leur âge oligocène ne peut pas être contesté. On a
+représenté dans la figure 30 cette section très particulière de la
+chaîne. On imagine qu’elle en fait saisir d’un coup d’œil la
+caractéristique générale, l’ancienneté et l’usure consécutive.
+
+La chaîne s’étire aujourd’hui entre la double muraille plus ou moins
+continue de ses propres débris. Savornin les a trouvés très puissants :
+ils ont jusqu’à 200 mètres d’épaisseur peut-être. Ce sont des cailloux
+pas toujours très bien roulés. En bien des cas, c’est trop peu dire
+qu’ils sont gros, il en est de monstrueux, comme de petites maisons.
+Ceux-ci évidemment n’ont pas pu être charriés par un torrent : ils
+gisent là où ils se sont éboulés. Tout cela a nettement le caractère
+d’éboulis de pentes et représente évidemment les débris latéraux de la
+chaîne. Ces collines de cailloux se reconnaissent de loin dans le
+paysage, elles sont boisées plus que le reste. C’est qu’elles
+découragent l’agriculture ; l’araire indigène n’a pas essayé de les
+disputer à la forêt (fig. 30).
+
+[Illustration : FIG. 30. — LE DJEBEL BADROUN.
+
+Le Djebel Badroun, contrefort méridional de la chaîne des Biban, est un
+élément dans le chapelet des collines qui longent cette chaîne, et qui
+sont composées de débris arrachés par le ruissellement à ladite chaîne.
+Ici ces débris sont recouverts et datés par des dépôts marins
+cartenniens très fossilifères. Ils sont donc sans contestation possible
+précartenniens, oligocènes. Les collines oligocènes sont presque aussi
+hautes et aussi puissantes que la chaîne dont ils représentent les
+débris.
+
+Les Biban sont donc une très vieille chaîne très usée, pyrénéenne.
+
+Les collines oligocènes, qui sur le terrain sont boisées, sont marquées
+d’un grisé sur la figure.]
+
+L’immensité de ces débris atteste l’ancienne puissance de la chaîne, aux
+dépens de laquelle ils ont été accumulés. Et précisément parce qu’ils
+sont énormes elle a cessé de l’être. Elle ne tient pas aujourd’hui plus
+de place qu’eux dans le paysage. L’altitude absolue moyenne est de 1000
+mètres environ, sur un socle qui n’est pas loin d’avoir 800 mètres ; ce
+qui réduit l’altitude relative à 200 mètres environ.
+
+Ces collines insignifiantes ne sont assurément plus, comme jadis, ligne
+de partage des eaux.
+
+L’arête des Biban est largement rompue en maint endroit par les rivières
+venues du sud, qui la traversent dans des vallées étalées, sans lui
+faire l’honneur de dévier un instant leur direction (fig. 30).
+
+Tout cela tient en un membre de phrase. C’est une vieille chaîne usée,
+tendant vers la pénéplaine, déjà plutôt la cicatrice d’un pli que le pli
+lui-même. Son modelé trahit son âge pour le topographe, autant que sa
+constitution pour le géologue.
+
+_La route romaine._ — Cette usure des Biban a une conséquence humaine
+curieuse. A travers des siècles d’histoire ils ont servi d’assise à une
+grande voie naturelle, une des plus importantes d’Algérie. La route
+romaine longeait les Biban. Elle était jalonnée par des villes
+importantes Auzia (Aumale), Rapidi (Sour Djouab), et l’ancêtre romain de
+Berrouaghia[145].
+
+Entre la Numidie de Constantine et la Maurétanie de Cæsarea la grande
+voie de communication directe et naturelle passait par là. Elle a
+continué apparemment dans l’Algérie musulmane. En tout cas les indigènes
+donnent encore à la piste des Biban le nom de « Triq-et-Tourk », la
+route turque. Ce fut aussi une route française au début de notre
+occupation ; ou du moins une grande voie stratégique. Elle est jalonnée
+de ruines militaires françaises, des caravansérails comme celui de
+l’oued Okhris qui joua un rôle dans l’insurrection de 1871, des tours du
+télégraphe Chappe, dont l’une est devenue la maison forestière d’El-
+Behira, etc.[146]. Nos communications entre Sétif et Alger ont longtemps
+passé par là.
+
+Elles n’y passent plus. On a choisi pour le chemin de fer un tracé tout
+différent, par le défilé des Portes de fer, la vallée de l’oued Sahel,
+de l’oued Isser, la Mitidja. C’est le contraste éternel. Pour aller d’un
+point à un autre, d’instinct, les indigènes choisissent toujours le
+chemin des crêtes, et nous celui des vallées. En plusieurs autres points
+de l’Algérie nous avons abandonné la vieille voie traditionnelle sur les
+sommets pour construire notre chemin de fer en bas, le long de l’oued.
+Notre choix ne s’est pas toujours révélé très heureux à l’user. La
+chaîne des Biban délaissée prendra peut-être sa revanche.
+
+Elle garde en tout cas son passé dont le lien est évident avec sa
+structure. Entre la région d’Alger-Médéa et les hautes terres à blé de
+la Medjana, de Sétif, elle a joué le rôle de lien d’abord par sa
+direction, parce qu’elle est la ligne droite ; parce que, avant la paix
+française, les défilés kabyles au nord étaient des coupe-gorges. Mais ce
+n’est pas tout. Il faut certainement prendre en considération la bonne
+tenue des roches crétacées ; elles sont pour une route un substratum de
+choix ; on sait que, en Algérie, les marnes miocènes ébouleuses font le
+désespoir des ingénieurs. Il faut se souvenir surtout que la route, tout
+le long de la chaîne, ne rencontre pas d’obstacles très sérieux, elle
+conserve ou retrouve facilement la même cote au voisinage d’un millier
+de mètres. On a sans doute le droit de dire que, pour porter ainsi une
+grande route, et tout du long, il faut une vieille chaîne usée, déjà
+plus ou moins transformée en ride de pénéplaine.
+
+[Illustration : FIG. 31. — CHAINE DES BIBAN ET SIERRA DU HODNA.
+
+(Figure empruntée à Savornin, no 115.)
+
+La chaîne des Biban, et la Sierra du Hodna sont des chaînes distinctes,
+parallèles et très différentes. Ces caractères ressortent d’un coup
+d’œil sur la figure.
+
+Les Biban sont une vieille chaîne Pyrénéenne, usée par l’érosion, mais
+non brisée par des mouvements orogéniques subséquents, elle est
+rectiligne et très simple.
+
+La sierra du Hodna est une coulisse d’âge Alpin ; elle a un passé
+beaucoup plus complexe, qui se devine déjà dans son dessin brisé.]
+
+_Sierra du Hodna._ — Il faut être reconnaissant à M. Savornin d’avoir
+tracé de cette chaîne des Biban une silhouette si nette, si vivante et
+si individuelle. Il nous décrit en outre le groupe des chaînons entre
+les Biban et le Hodna. Ce groupe englobe le Titteri le Dira, le
+Choukchott et le Mansourah, le Maadid, le Bou-Thaleb ; pour ne citer que
+les éléments les plus importants ; sur la plaine du Hodna ils
+représentent la muraille terminale du Tell. C’est elle que nous
+appellerons sierra du Hodna.
+
+Sur la carte schématique dressée par M. Savornin[147] (fig. 31), entre
+les deux coulisses voisines et parallèles le contraste ressort au
+premier coup d’œil avec une netteté admirable ; la simplicité rectiligne
+des Biban ; l’éparpillement confus des éléments dans la sierra du Hodna.
+
+La description géologique détaillée accuse ce contraste et en rend
+compte. Dans ce que nous avons appelé sierra du Hodna, M. Savornin
+retrouve les traces mélangées de plusieurs plissements d’âge et d’allure
+très différents[148]. Il y a des dômes qui rappellent l’Atlas saharien,
+et qui évoquent un socle continental faiblement ondulé. Ce sont de vieux
+dômes cassés, effondrés, bousculés par de violents plissements
+ultérieurs. Ces plissements violents qui ont amené des surrections
+d’écailles, des chevauchements, intéressent les dépôts marins du
+cartennien sous lesquels les dômes sont plus ou moins ennoyés. C’est que
+nous sommes ici à la limite des deux grandes zones, socle continental
+d’une part et géosynclinal de l’autre. Nous sommes aussi sur
+l’emplacement exact du bras de mer cartennien, zone de plissements
+récents intenses.
+
+Il ne saurait être question ici de suivre M. Savornin dans le détail de
+ses descriptions, il suffit de dégager la physionomie d’ensemble.
+
+Il court donc au sud des Biban un chapelet de massifs à la structure
+complexe desquels des roches relativement récentes participent. Parmi
+ces roches les grès, par exemple, jouent un rôle important. Ces grès
+sont medjaniens au Dira. Le Titteri, le Choukchott, le Mansourah ont des
+crêtes extrêmes en grès cartenniens ; ces couches de grès cartennien ont
+une épaisseur considérable, évaluée parfois à 400 mètres et elles
+apparaissent dans les relations stratigraphiques les plus compliquées.
+La sierra du Hodna, si nous convenons de lui donner ce nom, est donc
+beaucoup plus jeune que la chaîne des Biban, elle est miocène, d’âge
+alpin et non plus pyrénéen.
+
+Les formes topographiques accusent sa jeunesse attestée par sa
+composition géologique. C’est aujourd’hui la sierra du Hodna, et non
+plus la chaîne des Biban qui est ligne de partage des eaux. Les sommets
+du Dira, du Choukchott, du Mansourah dépassent 1800 mètres. De là-haut
+on voit les Biban écrasés à ses pieds, faisant figure de taupinière. Il
+est tout à fait normal que la chaîne de beaucoup la plus jeune soit
+aussi la moins usée et la plus pitonnante.
+
+Voici en somme le tableau d’ensemble que nous pouvons tracer à la suite
+de M. Savornin. La chaîne des Biban fut pendant des âges la rive
+septentrionale d’un bras de mer étroit et profond, qui courait à la
+limite exacte du Tell et du socle continental. Au fond de ce
+géosynclinal instable les forces orogéniques restaient actives. Elles
+amènent, à la fin du cartennien, la surrection d’une sierra toute
+fraîche. Cette sierra a pris la place exacte du bras de mer, par cette
+inversion du relief qui est précisément la caractéristique des
+géosynclinaux.
+
+Il ne saurait être question d’imaginer que la surrection d’une pareille
+chaîne alpine, dans le voisinage immédiat n’ait pas eu de répercussion
+sur les Biban préexistants. Assurément la vieille chaîne a rejoué
+fortement. Pourtant elle a tenu le coup, tout compte fait ; elle est
+restée elle-même ; par sa structure et son modelé, elle s’affirme
+pyrénéenne.
+
+Voilà donc dans l’Atlas tellien, deux chaînes, celle des Biban et la
+sierra du Hodna, qui courent parallèlement à quelques kilomètres l’une
+de l’autre, d’apparence fraternellement symétrique. On pourrait les
+croire, au premier abord, deux éléments identiques du même ensemble
+montagneux. Or, quand on y regarde de plus près, elles se révèlent comme
+n’ayant aucune espèce de rapport. Elles ne sont pas du même âge du tout,
+elles ont été plissées chacune à part, à des époques extrêmement
+éloignées ; la plus ancienne est le môle résistant dont la compression a
+imposé sa direction à la plus récente.
+
+_Conclusions._ — A propos de cet exemple concret on touche du doigt une
+évidence très intéressante. L’Atlas tellien comparé au saharien ne s’en
+distingue pas seulement par l’énergie bien plus grande des plissements.
+Il s’en distingue aussi par l’absence d’un plan général unique. Au
+rebours de l’Atlas saharien, le tellien n’a pas été plissé d’un coup,
+les forces orogéniques s’y sont, pour l’édifier, reprises à plusieurs
+fois. Le dessin général de l’Atlas saharien est d’âge pyrénéen[149], les
+poussées ultérieures n’ont fait qu’accentuer les traits sans les
+brouiller. Mais dans l’édifice tellien les géologues reconnaissent des
+compartiments juxtaposés, où tout diffère, la structure, le modelé, et
+par-dessus tout l’âge : des compartiments pyrénéens et d’autres alpins.
+L’Atlas tellien est un habit d’Arlequin.
+
+C’est de toute évidence une énorme difficulté quand on essaie de
+concevoir une description générale de l’Atlas tellien.
+
+
+[Note 139 : No 115.]
+
+[Note 140 : No 22, p. 351, nos 107, 108, 45, 46.]
+
+[Note 141 : No 115, p. 418.]
+
+[Note 142 : No 115, p. 418.]
+
+[Note 143 : No 113 et no 115, p. 419.]
+
+[Note 144 : No 38 (Ficheur).]
+
+[Note 145 : No 8, feuille 14.]
+
+[Note 146 : No 109, p. 285.]
+
+[Note 147 : No 115, p. 40, fig. 2.]
+
+[Note 148 : No 105, 7, feuille de Mansourah, nos 104, 109, 110, 115, p.
+397 et suiv.]
+
+[Note 149 : No 115, p. 426.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ LE FAISCEAU DES PLIS
+
+
+La question se pose maintenant s’il faut continuer dans cette voie,
+essayer de disséquer fibre à fibre les plissements de l’Atlas tellien,
+comme on a cherché à le faire pour quelques cas particulièrement nets et
+intéressants, la sierra des Kabylies, la chaîne des Biban, la sierra du
+Hodna.
+
+Cette tentative ne serait pas nouvelle ; elle a été faite avec la
+collaboration de l’homme qui était le plus qualifié pour l’oser, M.
+Ficheur[150]. Avec le travail de M. Ficheur sous les yeux, on peut
+tracer sur une carte schématique les coulisses de l’Atlas, chacune avec
+sa longueur et sa direction. On obtient un faisceau de traits plus ou
+moins parallèles, qui se suivent ou se relaient. Leur dessin général
+parle à l’imagination et permet de se représenter les directions des
+forces plissantes depuis que le géosynclinal existe.
+
+Seulement, il ne faut pas se dissimuler que ce schéma, nécessairement,
+est plus ou moins faux. Il additionne des quantités qui ne sont pas de
+même ordre, il groupe ensemble, sans crier gare, des accidents qui
+n’appartiennent pas du tout à la même catégorie.
+
+On a déjà dit que le travail de M. Ficheur énumère dans un même
+enchaînement, sous des numéros successifs, 1, 2, 3, des éléments aussi
+peu comparables que les causses de Tlemcen et de Saïda d’une part, et la
+sierra du Hodna de l’autre.
+
+Un autre exemple fera peut être saisir mieux encore la pensée. Il est
+indéniable que par-dessus le plateau de Médéa, la vallée de la Soummam
+prolonge en direction le Chéliff. Mais quoi : accordera-t-on qu’on
+puisse, sous ce prétexte, les mettre dans une même catégorie ? Tout les
+oppose. La Soummam est couverte d’une immense épaisseur de dépôts
+continentaux qui remontent à l’oligocène. Les humanités contrastent
+entre elles comme les pays. La Soummam est kabyle. Le Chéliff participe
+déjà de la vie des steppes. Orléansville et Bougie sont des mondes
+différents. Le long de la ligne Chéliff, plateau de Médéa, Soummam,
+aucune route n’a jamais passé à travers toute la série des siècles. A
+insister sur le lien de direction qui unit ces deux vallées ne risque-t-
+on pas de voiler leur dissemblance essentielle ?
+
+Ces exemples concrets suffisent peut-être à faire ressortir les dangers
+de la méthode.
+
+Pour éclairer la question avec une comparaison, rappelons que, dans nos
+Alpes françaises, auxquelles nous ramènent nos habitudes d’esprit,
+quelle que soit l’importance des vallées transversales, ce sont peut-
+être les accidents longitudinaux qui attirent l’attention davantage. A
+tout le moins ce système de vallées longitudinales (Durance, Buech,
+Drac, Isère), qui court parallèlement au Rhône à travers toute la
+chaîne, et qui l’articule, séparant deux mondes, les Préalpes calcaires
+et les Alpes proprement dites, avec leurs noyaux archéens.
+Instinctivement nous cherchons l’équivalent dans l’Atlas algérien et
+nous ne le trouvons pas.
+
+Les Alpes et l’Atlas appartiennent au même système de chaînes
+périméditerranéennes. Mais elles semblent avoir chacune son originalité.
+
+Cet empilement de nappes qui joue un si grand rôle dans les Alpes paraît
+en jouer un beaucoup plus humble dans l’Atlas, sous réserves de
+démonstrations qui n’ont pas encore été convaincantes.
+
+Il ne semble pas que rien dans les Alpes rappelle cette juxtaposition en
+cases de damier de compartiments d’âge, de structure et de modèle
+différents, les uns pyrénéens par exemple et les autres alpins.
+L’histoire de l’Atlas, telle qu’on l’entrevoit dans les cartes
+paléogéographiques, est une histoire d’écroulements partiels au fond de
+la mer, et de reconstitutions, de refontes, de résurrections par grands
+lambeaux. On a déjà vu, on verra encore dans les chapitres suivants que
+l’Atlas est plein de retouches, de disparates et de raccords. Mais les
+Alpes, au contraire, comme l’Atlas saharien, ont bien l’air d’avoir été
+bâties d’un seul jet, sur un plan général simple.
+
+Quoi qu’il en soit, le temps pourra venir, après beaucoup de
+monographies nouvelles, où il sera possible d’esquisser le dessin
+général du plissement tellien. Mais on s’imagine que ce temps est encore
+éloigné. On ne se croit pas en tout cas de taille à entreprendre une
+pareille tâche.
+
+Faut-il donc renoncer à toute description de l’Atlas tellien ? On pense
+au contraire qu’il est possible d’obtenir des résultats intéressants
+avec une autre méthode que l’analyse et l’énumération bout à bout des
+plissements longitudinaux. On veut attirer l’attention sur les grandes
+divisions transversales. Par cette méthode on ne désespère pas de
+débrouiller un peu le chaos, en serrant d’assez près la réalité.
+
+
+[Note 150 : No 22.]
+
+
+
+
+ LIVRE V
+
+ LES TRANSVERSALES DU TELL
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ DE PART ET D’AUTRE DE MÉDÉA
+
+
+On a longuement parlé déjà du grand accident nord-sud qui se suit depuis
+le Hoggar, par Laghouat jusqu’au plateau de Médéa, coupant l’Atlas
+algérien à peu près en son milieu, transversalement à l’orientation
+générale de la chaîne. C’est cet accident qu’on a appelé la grande
+dorsale Laghouat-Médéa.
+
+On a longuement insisté sur ce chapelet de capitales actuelles ou
+défuntes, de forteresses et de marchés, qui jalonnent le passage de
+cette dorsale à travers le Tell, Achir, Cherchell, Alger, Miliana, Médéa
+(fig. 5).
+
+On a dit en gros que cette dorsale et ce chapelet séparaient deux Tells
+très contrastés l’oriental et l’occidental.
+
+Il est universellement admis en effet que le Tell se divise
+transversalement en deux parties à l’est et à l’ouest d’Alger. Cette
+grande division est si naturelle qu’elle se reflète dans les réseaux de
+chemin de fer. L’Algérie essentiellement a deux grands réseaux, le
+P.-L.-M. qui dessert Alger-Oran, l’Est-État (ancien Est-Algérien) qui
+dessert Alger-Constantine. Ces deux grandes branches se raccordent
+exactement à Alger. Le guide Joanne en conséquence a été publié en deux
+sections distinctes, brochées à part, et séparables à la rigueur malgré
+leur reliure commune, Algérie occidentale et Algérie orientale. L’idée
+est familière à tout le monde. Le classement administratif en trois
+départements ne fait pas oublier la distinction touristique et
+économique entre les deux grandes régions.
+
+La série des cartes paléogéographiques nous a permis de constater
+combien cette distinction remonte loin dans le passé (fig. 9, 10, 11).
+
+Dès l’oligocène, mais surtout à partir du miocène, le Tell oriental et
+l’occidental accusent, par rapport au bras de mer algérien des tendances
+inverses, l’un à l’émersion et l’autre à l’immersion. De part et d’autre
+de la grande dorsale, les deux Tells ont été deux compartiments
+distincts dont l’un s’est effondré par rapport à l’autre, ou l’autre
+exhaussé par rapport à l’un, ce qui revient naturellement au même.
+
+Ces mouvements inverses ont des conséquences considérables qu’il faut
+souligner. On les énumérera d’abord dans le Tell oriental.
+
+_Tell oriental._ — La plupart des coulisses de l’Atlas tellien que nous
+avons déjà étudiées se trouvent appartenir au Tell oriental. La sierra
+des Kabylies, comme d’ailleurs les massifs anciens kabyles, la chaîne
+des Biban, la sierra du Hodna. Il suffit donc de résumer ce qui a déjà
+été dit.
+
+A l’exception unique de cette dernière chaîne, la sierra du Hodna, le
+Tell oriental est un faisceau de plis pyrénéens, encore reconnaissables,
+au front duquel des lambeaux importants de Tyrrhénide sont restés
+accolés.
+
+La plus grande partie du Tell oriental est émergée depuis le début de
+l’oligocène ; elle l’est restée sans interruption ; un climat désertique
+ou steppien y a favorisé la persistance de bassins fermés pendant la
+plus grande partie de cette longue durée. Aussi est elle encroûtée de
+dépôts continentaux sur d’immenses espaces.
+
+On connaît déjà le développement des dépôts de ruissellement oligocènes
+autour des Biban (fig. 30). Au sud des Biban, bien entendu, sur
+l’emplacement de la chaîne du Hodna, les poudingues oligocènes ont été
+pour une bonne part enfouis au fond du bras de mer cartennien,
+recouverts de sédiments marins, emballés avec eux dans le plissement et
+la surrection de la chaîne. Au nord en revanche, dans la plaine des
+Béni-Sliman, dans la vallée du Sahel et de la Soummam jusqu’à Bougie, le
+bloc des dépôts continentaux n’a pas été trop dérangé : il est encore là
+puissant, continu et massif, largement étalé entre la chaîne des Biban
+et le Djurdjura, comme un coup d’œil sur la carte géologique au 800000e
+permet de le constater. Notez que l’âge oligocène (aquitanien) de ces
+dépôts vient d’être affirmé de nouveau par Savornin avec des preuves à
+l’appui qui semblent décisives[151].
+
+La même carte géologique au 800000e accuse une autre tache extrêmement
+étendue d’oligocène en plein Tell oriental, dans la cuvette de Mila,
+entre les monts de Constantine et la chaîne de Numidie. Ici on sait déjà
+qu’il faut réduire la part de l’oligocène au bénéfice du pontien. Mais
+ce sont des dépôts continentaux, qu’ils soient d’âge oligocène, pontien,
+ou pliocène.
+
+Le grand public ne sait pas que le Tell oriental est encroûté de dépôts
+continentaux ; il ne sait pas non plus que ses chaînes sont le plus
+souvent contemporaines des Pyrénées et non pas des Alpes. Il fait
+pourtant très bien la différence avec le Tell occidental. L’opinion
+commune se résume en un membre de phrase : à l’est d’Alger le Tell est
+bien plus pittoresque qu’à l’ouest ; l’Algérie des Kabylies et de
+Constantine est par excellence le pays du tourisme.
+
+Si on analyse cette opinion commune voici à peu près ce qu’on trouve. Le
+Tell oriental est beaucoup plus élevé que l’occidental, non pas tant par
+l’altitude de quelques-uns de ses sommets. Il est vrai que ceux du
+Djurdjura n’ont pas de rivaux à l’ouest, mais ils n’en n’ont pas non
+plus dans le reste du Tell oriental. Le Djurdjura mis à part, où
+l’altitude atteint 2300 mètres, les plus hauts sommets du Tell tout
+entier restent au-dessous de 2000 et même 1900 mètres (Ouarsenis et
+Zaccar dans l’ouest, Dira, Choukchott, Mansoura dans l’est).
+
+Ce par quoi le Tell oriental l’emporte de beaucoup sur l’autre c’est son
+altitude moyenne. Elle est à peu près double.
+
+Les Kabylies sont des massifs archéens, la chaîne des Biban est très
+usée, proche de la pénéplaine. Le Tell oriental, dont elles sont des
+parties, participe de leurs caractères, ce n’est pas un faisceau de
+sierras pitonnantes ; c’est un massif, jusqu’au bord de mer où il
+s’abaisse d’un coup. Ses beautés naturelles célèbres, le Djurdjura mis à
+part encore une fois, sont des gorges profondément entaillées, celles
+des Biban, celles de Kerrata (route de Sétif à Bougie), ou bien de
+magnifiques côtes abruptes (Bougie, route de Bougie à Djidjelli,
+voisinage de Philippeville et de Bône). Le pèlerinage de touristes le
+plus fréquenté de la région, la ville même de Constantine, la ville
+aérienne où « ce sont les hommes qui fientent sur les corbeaux », est un
+bout de plateau découpé par le Rummel ; et ces fameuses gorges du
+Rummel, si souvent reproduites, sont un chapelet d’avens en train
+d’évoluer vers le cañon.
+
+On retrouve partout ces mêmes caractères : un massif dont le relief déjà
+usé a été rajeuni par une érosion active, conséquence d’un abaissement
+récent et considérable du niveau de base.
+
+Notez que cette puissante altitude massive a un lien évident avec la
+pluviosité, et par conséquent avec le manteau des forêts.
+
+Tout cela s’accorde exactement avec la donnée essentielle du problème.
+Le Tell oriental est un vieux compartiment de l’Atlas algérien
+anciennement exondé, et surhaussé.
+
+Le Tell occidental est assez exactement l’inverse.
+
+_Tell occidental._ — On sait déjà, et on vérifiera d’un coup d’œil jeté
+sur les plus récentes des cartes paléogéographiques, que le Tell
+occidental est la seule partie de l’Algérie, où toutes les mers du
+tertiaire supérieur, depuis le cartennien jusqu’au pliocène inclus,
+aient séjourné sur de grandes étendues (fig. 10 et 11).
+
+Des dépôts tertiaires continentaux comme ceux du Tell oriental, se
+retrouvent aussi dans le Tell occidental, mais à titre de traces
+théoriquement intéressantes[152]. Ce qu’on a presque partout sous les
+pieds, sur des superficies immenses, c’est tout au contraire des dépôts
+marins de ces mêmes étages tertiaires qui ne sont représentés à l’est
+que par des dépôts continentaux.
+
+Et par exemple au même étage miocène supérieur les géologues ont donné
+le nom de pontien lorsqu’il est représenté par des dépôts continentaux,
+et de sahélien lorsque les dépôts sont marins. Le nom de pontien vient
+des plaines avoisinant la mer Noire (Pont-Euxin) ; celui de sahélien
+vient des Sahels d’Alger et d’Oran.
+
+Tandis que l’Algérie occidentale est sahélienne, l’orientale est
+pontienne.
+
+On entend bien ce que cela implique. L’exondation de l’Algérie
+occidentale hors des mers sahélienne, cartennienne, helvétienne, et
+pliocène s’est accompagnée de plissements contemporains des plissements
+alpins. Peut-être faudrait-il les qualifier de post-alpins ? Nous voilà
+loin de l’Algérie orientale avec ses plis pyrénéens.
+
+On entend bien qu’en Algérie orientale des plis d’âge pyrénéen sont bien
+loin d’être inconnus. L’Ouarsenis ressort déjà très nettement en
+presqu’île sur la carte du bras de mer suessonien (fig. 8). Le bras de
+mer cartennien apparaît semé d’îles qui correspondent à l’Ouarsenis, au
+Zaccar, aux Béni-Chougran (nord de Mascara), au Tessala (nord de Sidi-
+bel-Abbès), aux Traras (sud de Nemours) (fig. 10). Les noyaux anciens
+des Sahels d’Oran et d’Arzew émergent aussi de la mer cartenniene. Ces
+îles ou presqu’îles ont échappé à l’immersion pendant toute la durée du
+miocène et du pliocène.
+
+Elles n’ont pas été recouvertes par la mer Helvétienne (miocène moyen),
+qui est, en Algérie occidentale, transgressive ; la plus étendue de
+toutes les mers miocènes[153].
+
+Dans les noyaux anciens des Sahels oranais des schistes avec traces
+charbonneuses ont été identifiés par M. Dalloni avec le houiller du
+Djurdjura et de la chaîne numidique, et il se présente ici comme là dans
+les mêmes relations avec les calcaires liasiques[154]. Que les Pyrénées
+du Tell oriental se retrouvent dans l’occidental ce n’est certes pas
+niable ; seulement elles n’y sont plus représentées aujourd’hui que par
+des fragments discontinus, enchâssés dans des plissements alpins. Tout
+le reste de l’édifice pyrénéen s’est abîmé au fond de la mer miocène et
+pliocène, mer profonde, géosynclinal instable. Il y a été remanié,
+refondu, réédifié à neuf.
+
+On ne doute pas d’autre part que le Tell tout entier, l’oriental aussi
+bien que l’occidental, n’ait subi intégralement, avec une égale
+intensité, la violente poussée d’âge alpin. Mais si mal connus que
+soient, dans les profondeurs de l’écorce terrestre, les effets des
+poussées orogéniques, il est bien clair que les effets ne peuvent pas
+être les mêmes sur une masse continentale et sur le fond d’une mer
+profonde.
+
+En somme, ces deux compartiments du Tell ont eu depuis le miocène une
+histoire géologique différente ; ce grand fait, tout à fait certain,
+suffit à rendre un compte général de leur originalité.
+
+Il reste à montrer dans le détail en quoi elle consiste.
+
+
+[Note 151 : No 115, p. 330.]
+
+[Note 152 : No 31.]
+
+[Note 153 : No 30.]
+
+[Note 154 : Nos 31 A et 31 B.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ LA MITIDJA
+
+
+Un coup d’œil sur la carte montre que l’Atlas tellien occidental est
+articulé par le chapelet des plaines sublittorales, Mitidja, Chéliff,
+plaines oranaises. Ce trait si particulier est la caractéristique
+essentielle.
+
+Pour en rendre compte on analysera d’abord la Mitidja. C’est qu’elle est
+aux portes d’Alger, elle a été beaucoup mieux étudiée, il est plus aisé
+de la voir nettement (fig. 32).
+
+Il faut rappeler que c’est une plaine d’alluvions récentes et
+quaternaires, séparée de la mer toute voisine par une ligne de collines,
+qu’on appelle le Sahel. La Mitidja est encadrée entre le Sahel d’Alger
+et l’Atlas de Blidah.
+
+Concernant leurs relations mutuelles un certain nombre de faits très
+curieux sont parfaitement établis.
+
+Et d’abord ces alluvions quaternaires de la Mitidja, des sondages
+dirigés par l’ingénieur Ville, alors directeur de la carte géologique,
+en ont établi la puissance qui est d’environ 200 mètres[155].
+
+Elle est certainement étonnante. Le creux de la Mitidja masqué, remblayé
+sur une épaisseur pareille par les alluvions, est donc bien plus
+important qu’on ne l’aurait supposé. Cela rend plus surprenant un autre
+fait authentiquement établi.
+
+En maint endroit du Sahel les géologues ont relevé l’existence
+d’alluvions anciennes, très caillouteuses, dont les éléments, les
+graviers, sont venus de l’Atlas. Ces cailloutis juchés sur le dos du
+Sahel, sont aujourd’hui séparés de l’Atlas, leur lieu d’origine, par le
+large fossé de la Mitidja, au sujet duquel il faut donc conclure qu’il
+s’est creusé récemment, postérieurement au dépôt du cailloutis. Or ce
+cailloutis est parfaitement daté. La carte géologique lui affecte
+l’indice P1 _a_, et le classe dans le pliocène supérieur[156].
+
+Le général de Lamothe pense que le « transport en a commencé très
+probablement avec la fin du pliocène ancien[157] ».
+
+[Illustration : FIG. 32. — LE SAHEL ET LA BAIE D’ALGER.
+
+(Carton découpé dans le 200000e du _Service géographique_.)
+
+La figure doit servir d’illustration à deux chapitres du livre V, les
+chapitres II et VI.
+
+Sahel d’Alger (chap. II). — Le Sahel d’Alger, sur de grandes étendues
+est couvert d’un cailloutis que les géologues ont appelé formation
+d’Ouled-Fayet, parce qu’elle est mieux représentée qu’ailleurs au
+village de ce nom. Cette formation est composée de cailloux roulés
+empruntés aux roches de l’Atlas, et elle repose sur le pliocène marin. —
+Aujourd’hui le Sahel est séparé de l’Atlas par le fossé large et profond
+de la Mitidja. — A une époque aussi rapprochée de nous que la fin du
+pliocène il faut admettre que la Mitidja n’existait pas, puisque les
+torrents de l’Atlas roulaient leurs galets jusqu’à Ouled-Fayet. Le cours
+inférieur de l’oued Mazafran, encaissé de 200 mètres dans les gorges de
+Koléa porte le même témoignage. Cette vallée antécédente n’a pu être
+dessinée qu’à une époque antérieure à l’existence de la Mitidja.
+
+Baie d’Alger (chap. VI). — Baie en faucille du type courant sur toute la
+côte. Le cap Matifou, le Bouzaréa, le pointe extrême de Sidi-Ferruch
+sont trois pointements de schistes cristallins (lambeaux de la
+Tyrrhénide) ? Le dessin actuel de la côte est apparenté aux courbes
+bathymétriques par sa simplicité. Quoiqu’il y ait des dépôts
+d’atterrissements dans les coins abrités (dunes de Fort-de-l’eau,
+tombolo de Sidi-Ferruch), l’allure des courbes bathymétriques entre les
+cornes du croissant atteste la morsure progressive de la mer.]
+
+Ces cailloutis, ruisselés de l’Atlas, sont abondants surtout au-dessus
+de la trappe de Staouéli, auprès des villages d’Ouled-Fayet et de Saint-
+Ferdinand (fig. 32). Ils y constituent une nappe alluvionnaire
+importante presque d’un seul tenant. On peut imaginer que là se trouvait
+l’embouchure dans la mer d’un oued pliocène, l’oued de Saint-Ferdinand
+si l’on veut, qui descendait de l’Atlas par une pente alors continue.
+Cette pente a été détruite par des mouvements orogéniques, ayant
+effondré la Mitidja. Et ces bouleversements sont donc survenus à la fin
+du pliocène, voire au début du quaternaire.
+
+Ce sont là des données dont nous sommes redevables aux géologues. Voici
+dans le même ordre d’idées un fait géographique, un détail de modelé,
+sur lequel l’attention n’a pas été attirée.
+
+_L’oued Mazafran._ — La Mitidja (fig. 32) qui est une cuvette synclinale
+allongée entre l’Atlas et le Sahel, n’est pas drainée dans le sens de sa
+longueur. Les points les plus bas de la plaine sont au nord au pied du
+Sahel. Il serait naturel que cette dépression fût suivie d’un bout à
+l’autre par une rivière maîtresse. Il n’en est rien, la dépression au
+pied du Sahel est justement la partie de la plaine qui est la plus mal
+drainée. On y trouve un chapelet de marécages, qui ne sont pas reliés
+entre eux. Le grand pli, constitué par le groupe Atlas-Mitidja-Sahel,
+est coupé transversalement par des vallées indépendantes les unes des
+autres, celles des oueds Chiffa, Harrach, Hamiz. Ces oueds jaillissent
+de l’Atlas, et, la Mitidja franchie, il percent, pour arriver à la mer
+l’obstacle du Sahel, sans hésitation, presque sans infléchissement,
+dédaigneux de la voie naturelle et facile que leur offrirait la
+dépression marécageuse.
+
+Le plus surprenant de ces trois oueds est la Chiffa, qui porte en
+arrivant à la mer le nom de Mazafran.
+
+Les collines du Sahel au point où le Mazafran les franchit, à côté de
+Koléa, sont un obstacle très sérieux. La rivière a dû s’y creuser des
+gorges à pic où elle s’est encaissée d’environ 200 mètres ; et ces
+gorges, _nota bene_, dessinent des méandres (fig. 32).
+
+Les rivières de ce type, qui semblent avoir préféré une rude tâche
+perforatrice à travers le roc à un chemin facile et tout ouvert, on les
+a parfois appelées héroïques. Dans les traités de géographie physique
+elles sont classées plus précisément sous la dénomination de rivières
+« antécédentes », car elles sont fréquentes, étudiées et connues[158].
+Elles avaient dessiné leur tracé, méandres compris, à une époque où
+l’obstacle montagneux n’avait pas encore surgi. Elles ont pu conserver
+leur orientation et leur direction à travers la région soulevée.
+
+Les méandres encaissés du Mazafran nous reportent donc à une époque où
+la Mitidja ne s’était pas encore creusée entre le Sahel et l’Atlas.
+
+Or le Sahel de Koléa c’est du pliocène marin ; c’est dans des grès
+pliocènes, bien datés par leurs fossiles, que les gorges du Mazafran
+sont creusées.
+
+Le modelé des vallées, comme les données géologiques, tout porte donc le
+même témoignage : à une époque aussi rapprochée de nous que le pliocène
+supérieur et le quaternaire des mouvements orogéniques importants ont
+donné naissance à la Mitidja et au Sahel d’Alger.
+
+Les formes actuelles du terrain sont d’une jeunesse extrême, elles sont
+d’hier, on pourrait presque dire d’aujourd’hui.
+
+
+[Note 155 : No 122.]
+
+[Note 156 : No 7, feuille Alger _bis_. P1 _a_, dépôt caillouteux des
+Ouled-Fayet.]
+
+[Note 157 : Nos 79 et 80.]
+
+[Note 158 : Par exemple, no 82, p. 564.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ LES PLAINES ORANAISES
+
+
+Si nous jetons maintenant un coup d’œil sur les plaines oranaises, à
+l’extrémité opposée du chapelet des plaines sublittorales, nous y
+observerons un groupe de faits précis qui conduisent à des conclusions
+identiques (fig. 29).
+
+C’est là, en particulier dans la plaine de la Macta, que les mers
+miocène et pliocène atteignaient leur maximum de largeur et de
+profondeur. Et c’est là que les plis alpins ou post-alpins ont atteint
+leur maximum de puissance.
+
+Voici un détail qui le fait ressortir.
+
+Cherb-er-Riah (le mont Ventoux, littéralement la lèvre du vent), c’est
+le nom que porte le point culminant de l’Atlas au-dessus de Mascara, par
+910 mètres d’altitude ; or Cherb-er-Riah est constitué par du pliocène
+marin. Nulle part ailleurs en Algérie on ne le trouve à de pareilles
+altitudes et à une telle distance de la côte, 50 kilomètres à vol
+d’oiseau. Auprès d’Alger, par exemple, où ce même pliocène marin tient
+une place importante, les lambeaux les plus éloignés, auprès de Rivet,
+sont à une douzaine de kilomètres du rivage, et les plus élevés, dans le
+Sahel, ne dépassent guère la cote 250. Sur la limite de la plaine
+oranaise et de l’Atlas, entre Perrégaux et Saint-Denis-du-Sig, c’est-à-
+dire au cœur même de la région qui nous intéresse, non seulement le
+pliocène ancien marin, mais même le pliocène récent continental se
+présentent redressés verticalement[159]. En somme, dans ce coin de
+l’Algérie, depuis la fin du pliocène, une dénivellation d’un millier de
+mètres, et la surrection du fond de la Méditerranée d’une coulisse de
+l’Atlas sont des phénomènes parfaitement et anciennement établis du
+consensus universel des géologues. Les phénomènes observés sont les
+mêmes que dans la Mitidja, ils sont affectés simplement d’un coefficient
+plus élevé, parce que nous sommes ici dans la partie la plus large, la
+plus profonde et la plus instable du même géosynclinal occidental
+néogène.
+
+Voilà qui pourrait déjà suffire, sans qu’il soit nécessaire d’ajouter
+quoi que ce soit. Mais il faut montrer comment cette jeunesse de la
+plaine a sa répercussion sur son hydrographie et son modelé.
+
+_Hydrographie de la plaine._ — Qu’on jette un coup d’œil sur la carte
+des plaines sublittorales à l’ouest du Chéliff. Elle est très curieuse
+par l’inexistence du drainage (fig. 29).
+
+Les deux seuls grands oueds que l’Atlas déverse dans la plaine sont le
+Sig et l’Habra (dont la réunion constitue la Macta).
+
+L’un sort des montagnes à Saint-Denis, l’autre à Perrégaux ; à partir de
+là, dès qu’ils s’engagent dans la plaine ils n’ont plus de lit, ils se
+perdent et s’étalent dans une zone d’épandage. On les voit se prolonger
+sur la carte par des « endiguements » rectilignes, dont l’allure
+géométrique et le nom montrent l’origine humaine et artificielle. Cette
+zone d’épandage, commune au Sig et à l’Habra, dans sa partie la plus
+creuse, s’appelle marais de la Macta. C’est au delà seulement, vers le
+pont de la Macta, à 1500 mètres de la mer, qu’un lit fluvial
+s’individualise de nouveau à travers l’obstacle des dunes côtières.
+
+La rupture du barrage des Cheurfa, en 1885, a suffi pour substituer aux
+anciens endiguements un lit nouveau tout à fait aberrant, qui a donc
+exactement vingt-cinq ans d’existence[160].
+
+La totalité des plaines oranaises est à ce régime-là.
+
+Depuis l’embouchure du Chéliff jusqu’à celle du Rio Salado, qui coule à
+l’extrémité occidentale des plaines et qui leur est déjà étranger, sur
+une distance totale d’environ 150 kilomètres, il en est partout de même.
+Aucune rivière n’arrive à traverser la plaine dans un lit nettement
+individualisé.
+
+Toutes, le Tlélat par exemple, l’oued el-Tine, finissent dans des zones
+d’épandage.
+
+Entre les marais de l’oued el-Tine, qui est à l’est de Relizane, et la
+sebkha d’Oran, qui est à l’ouest de la ville, on rencontre
+d’innombrables cuvettes sans écoulement, où l’eau s’étale en hiver, et
+disparaît en été plus ou moins complètement. On les appelle _sebkhas_
+lorsque l’eau est salée, _dayas_ lorsqu’elle est douce (Dayat Oum-
+Rebiaz, où se jette le Tlélat ; Dayat-Morselli, aux portes d’Oran[161].
+Les dimensions varient extrêmement, depuis des mares anonymes et
+insignifiantes, jusqu’à la sebkha d’Oran, qui a 40 kilomètres le long de
+son grand axe. Les modalités varient aussi. Entre les types nettement
+tranchés il y a des nuances de transition : marais, marigots qui font
+anévrisme le long d’un oued (l’oued el-Tine, par exemple) ; étendues non
+délimitées, sur lesquelles le cartographe écrit des mentions vagues,
+dans le genre de celle-ci : « partie inondée en hiver ; terrains
+impraticables après les pluies[162] ».
+
+On retrouve bien dans les autres plaines sublittorales une tendance à
+semblable régime hydrographique. La vallée du Chéliff a la sebkha de
+Bou-Zian, celle de Clinchant. La Mitidja, son chapelet de marais, parmi
+lesquels le lac Halloula, voisin du tombeau de la Chrétienne, a une
+sorte de célébrité littéraire[163]. Mais après tout dans la vallée du
+Chéliff et la Mitidja le drainage naturel est à peu près organisé. Il
+n’est même pas ébauché dans toute l’étendue de ces grandes plaines
+oranaises. Et je crois bien que cela leur fait une originalité.
+
+Sur cette originalité l’attention, que je sache, n’a jamais été
+attirée[164]. Il me semble qu’on voit assez bien pourquoi. Le régime des
+bassins fermés n’a rien d’extraordinaire en Algérie, il est normal sur
+les Hauts Plateaux. Pour dénommer les cuvettes sans écoulement de
+l’Oranie, les indigènes n’ont eu qu’à emprunter les mots familiers de
+Sebkha et de Daya à l’onomastique des steppes. L’Oranie, il est vrai, ne
+fait pas partie de la steppe ; elle est bien certainement englobée dans
+le Tell agricole. Pourtant elle en est la partie la plus sèche. Les
+moyennes annuelles de pluies ne laissent pas de doute là-dessus, non
+plus que l’aspect du pays : sur le plateau de Mostaganem il existe de
+véritables petites dunes continentales : des plantes steppiennes comme
+l’halfa descendent ici jusqu’au voisinage de la mer. L’existence de
+sebkhas et de dayas a donc pu paraître un autre stigmate désertique, ne
+réclamant point d’explication particulière.
+
+Si pourtant on ne veut pas se contenter d’apparences, et s’arrêter à une
+impression superficielle, il faut pousser plus loin l’analyse.
+
+Au désert la Sebkha d’origine climatique est le point le plus bas d’un
+bassin fermé, où l’eau à bout de course, ne peut disparaître que par
+évaporation, en déposant ses résidus chimiques. Les dayas sont d’eau
+douce, parce que, à défaut d’effluents visibles, elles en ont de
+cachés ; elles sont un anévrisme superficiel de la circulation
+souterraine. Au rebours des sebkhas, elles ne sont nullement pour les
+eaux un point d’aboutissement, mais un lieu de passage. Apparemment il
+n’y a pas dans le Tell oranais une seule sebkha véritable, d’origine
+climatique ; ces multiples lacs salés, alternant avec des lacs d’eau
+douce, dans la même grande plaine d’alluvions, ne peuvent pas être,
+chacun pour son compte, autant de petits bassins fermés ; tout cela doit
+être relié souterrainement par des nappes qui ont leur écoulement.
+
+Nous sommes dans un pays où il arrive à l’eau courante aussi d’être
+salée : (Rio Salado, ce qui est la traduction espagnole de l’arabe oued
+el-Melah, si fréquent dans toute l’Algérie). Dans le Tell, la salure des
+eaux est en relation notoire avec les affleurements triasiques. Les
+géologues admettent que, dans la plaine oranaise, les sebkhas décèlent
+en surface la présence de pointements triasiques à une profondeur plus
+ou moins faible.
+
+Le trias algérien, abondant en sel, en gypse, en substances solubles,
+est souvent caverneux, d’une richesse extraordinaire en avens, un
+terrain de choix pour la circulation souterraine. Sur les cartes
+détaillées au 50000e de la région oranaise, on voit, en effet, des
+cuvettes brusques et profondes, qui ont tout à fait l’allure d’avens
+obstrués : sur la feuille 153 (Oran), par exemple, au nord-est d’Arcole,
+un trou brusque, vaguement circulaire, à bords déchiquetés, de 1
+kilomètre de diamètre, profond de 50 mètres, et au fond duquel, sur des
+alluvions, se trouve installée une ferme. Sur la même carte aux portes
+d’Oran, la dayat Morselli, ou « petit lac », paraît bien avoir le même
+caractère ; elle est encaissée au fond d’un trou bien net.
+
+Dans toute la région on peut admettre que la présence d’un sous-sol
+triasique, soluble, caverneux et instable, a pour conséquence, non
+seulement la salure des eaux, mais encore l’allure générale de
+l’hydrographie superficielle. Malgré la différence des terrains il y
+aurait quelque analogie entre cette hydrographie et celle dont le karst
+illyrien a fourni le type classique.
+
+Cette explication est celle des géologues, encore bien qu’aucun d’eux,
+je crois, ne l’ait formulée nulle part ; mais elle se devine aisément à
+la lecture de leurs cartes, et ils la développent volontiers en
+conversation. En tout état de cause, elle conservera sa valeur, au moins
+partiellement ; mais elle me paraît insuffisante.
+
+Les plaines oranaises sont, par l’intermédiaire de la plaine du Chéliff
+un prolongement de la Mitidja, c’est le même ensemble des plaines
+sublittorales de l’Algérie occidentale. Nous savons par les géologues
+qu’il est édifié tout entier sur le même plan. Entre la Mitidja et les
+plaines oranaises la différence est dans le degré d’intensité, mais
+l’âge du plissement est le même, étonnamment récent. Qu’à une surrection
+toute récente hors des eaux de la mer corresponde une hydrographie
+indécise, et que cette indécision soit plus marquée justement là où le
+bloc exondé est de superficie plus importante, quoi de plus naturel.
+L’hydrographie est inachevée parce qu’elle est jeune, les rivières n’ont
+pas eu le temps de s’individualiser.
+
+Ces plaines oranaises, parsemées de sebkhas et de dayas, s’expliquent
+par une convergence de causes diverses. Comme tous les phénomènes
+naturels celui-ci est complexe. Il ne faut assurément pas oublier la
+sécheresse du climat. Il faut faire la part du trias qui a favorisé la
+circulation souterraine des eaux. Mais une part importante dans
+l’explication du phénomène, et probablement la part la plus
+considérable, revient à l’extrême jeunesse du régime fluvial. En
+d’autres pays, comme la Finlande ou le Canada, cette extrême jeunesse a
+les mêmes conséquences qu’en Oranie ; engorgement du réseau, écoulement
+difficile des eaux stagnantes, chapelets et archipels d’étangs et de
+lacs. Tout cela _mutatis mutandis_, bien entendu, et pourvu qu’on ne
+perde pas de vue les énormes différences de climat et de sol.
+
+
+[Note 159 : La carte géologique au 800000e serait déjà une référence
+suffisante. On a beaucoup utilisé les renseignements oraux de M.
+Ficheur. Voir no 47, p. 364.]
+
+[Note 160 : No 6, feuille Saint-Louis (154).]
+
+[Note 161 : Voir le sens de ces mots dans no 50, p. 11, pl. V.]
+
+[Note 162 : Par exemple : No 6, feuille Debrousseville (155).]
+
+[Note 163 : No 43, p. 250.]
+
+[Note 164 : Voir cependant 32 _bis_, p. 223-231, de Martonne.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ LE SIG ET L’HABRA - L’ISSER ET L’OUED SAHEL
+
+
+On espère avoir fait ressortir déjà, dans les grandes lignes, et à
+propos de cas concrets, le contraste extrêmement marqué entre le Tell
+oriental et le Tell occidental des plaines sublittorales. On obtient une
+notation graphique de ce contraste en analysant les cours des principaux
+oueds et en dessinant les courbes de leurs lits.
+
+Dans l’Algérie occidentale on prendra pour types le Sig et l’Habra. On
+les étudiera non plus seulement dans leur embouchure commune en plaine
+oranaise, mais dans l’ensemble de leur cours depuis les sources.
+
+_Sig et Habra._ — Cette incertitude du lit, qui est si marquée en
+plaine, on la décèle aussi dans la montagne à l’examen attentif de la
+carte. Elle apparaît, par exemple, dans le cas déterminé que voici. En
+aval des Trembles, le lit actuel du Sig est beaucoup plus récent qu’en
+amont ; on voit très bien l’ancien lit par Oued-Imbert et Saint-Lucien
+(fig. 29) ; le chemin de fer l’utilise ; l’oued Imbert et l’oued Tlélat
+y coulent aujourd’hui dos à dos. Il y a eu là un phénomène de capture,
+signalé depuis longtemps par les géologues[165]. Avant cette capture il
+est difficile de dire où les eaux du Sig allaient rejoindre la mer : il
+se peut qu’elles aient rejoint dès cette époque les marais de la Macta.
+
+Mais il est très possible aussi qu’elles aient pris une direction
+différente, celle de l’oued Tlélat, vers les salines d’Arzew ou la
+sebkha d’Oran. Ainsi la seule inspection de la carte fait déjà ressortir
+que le lit du Sig à travers l’Atlas a varié.
+
+Il faut y regarder de plus près. On a dressé des profils longitudinaux
+du Sig et de l’Habra sur les principes qui ont été exposés au livre I
+(fig. 33 et 34).
+
+Le Sig (oued Mekerra, source en amont de Ras-el-Ma) et l’Habra (oued
+Aounet, oued Menoulane, source vers Daya-Bossuet) sont des oueds
+jumeaux ; et, d’un coup d’œil sur leurs profils, on voit bien l’air de
+famille. Les signes de jeunesse frappent immédiatement.
+
+[Illustration : FIG. 33. — LE SIG.
+
+_Explication des figures 33 à 37_ :
+
+Profils longitudinaux du Sig et de l’Habra (Tell occidental), du Sahel
+et de l’Isser (Tell oriental). — Les premiers ont tous les caractères de
+la jeunesse, et les seconds de la maturité. — C’est en parfait accord
+avec les données géologiques. Le Tell occidental est une chaîne beaucoup
+plus jeune (Alpine ?) que le Tell Oriental (Pyrénéen).]
+
+Dans le profil de l’Habra (fig. 34) la pente est la même (5 p. 1000)
+entre les cotes 50 et 100 (région de Perrégaux) et entre les cotes
+1050-1100 (région de Bossuet). Si l’on fait abstraction des marais de la
+Macta, la section du profil où la pente est le moins accusée (2,5 p.
+1000) se trouve en amont de Hammam Hanéfia, entre la cote 200 et 250, au
+pied de Mascara, à l’extrémité occidentale de la plaine d’Egris. C’est
+le seul point du profil, où il y ait un palier de quelque étendue. De ce
+palier, l’oued tombe dans la plaine côtière avec des pentes
+progressivement accélérées d’amont en aval. L’érosion régressive n’a pas
+eu le temps de faire son œuvre, et le profil, dans son ensemble,
+commence à peine à accuser une légère concavité. De la source à
+l’embouchure, il n’y a pas trois sections de suite où les pentes
+décroissent régulièrement ; c’est un pêle-mêle de chiffres quelconques ;
+le profil est tout entier en crémaillère.
+
+[Illustration : FIG. 34. — L’HABRA.
+
+(Voir explication des figures 33 à 37.)]
+
+Toutes ces observations s’appliquent au Sig (fig. 33). Lui aussi a des
+pentes analogues au voisinage de la source et de l’embouchure. Dans la
+région de Saint-Denis-du-Sig, la pente est même plus forte que dans
+celle de Magenta. Entre les cotes 50 et 100 elle est de 6,2 p. 1000 ;
+entre les cotes 1000 et 1050 de 4,1. C’est au centre seulement dans la
+plaine de Sidi-bel-Abbès, que le profil tend à se creuser et à se
+régulariser ; encore que la pente la plus douce y soit de 3,1. Au-dessus
+et au-dessous le profil est nettement convexe. Dans son ensemble il est
+encore plus loin de l’équilibre que celui de l’Habra.
+
+Ce sont donc, de toute évidence, des rivières très jeunes, qui ont à
+peine commencé leur travail d’érosion.
+
+_Oued Sahel et oued Isser._ — On le fera mieux ressortir encore, par
+contraste, en comparant les profils du Sig et de l’Habra avec ceux de
+deux autres rivières, choisies comme typiques du Tell oriental ; ce sont
+l’oued Sahel et l’oued Isser. Ces deux rivières drainent la région des
+Biban, celle même que nous avons étudiée (fig. 35 et 36).
+
+Ce sont de petits fleuves (203 et 230 kilomètres), et ce ne sont guère
+autre chose que des torrents montagneux puisqu’ils prennent leurs
+sources respectivement à 1600 et à 1200 mètres.
+
+Or, malgré cela, ils ont des profils étonnamment réguliers.
+
+Par oued Sahel, il faut entendre oued Lekhal (source en amont
+d’Aumale) ; et par oued Isser l’oued Melah, source au Kef Massker, dans
+la région du Kef Lakhdar.
+
+Un coup d’œil sur la carte géologique montre que l’oued Sahel entre
+Bouïra et Bougie, traverse deux cuvettes quaternaires nettement
+distinctes, celle de Bouïra même, et celle qui commence en amont de
+Maillot. Ces deux sections du profil sont imparfaitement raccordées : la
+pente, qui, dans la cuvette de Bouïra, s’abaisse jusqu’à 3,5 p. 1000,
+s’accélère plus bas en amont de Maillot, jusqu’à 6,2, ce qui est à peu
+près du double. Mais c’est la plus forte irrégularité du profil tout
+entier.
+
+[Illustration : FIG. 35. — L’OUED SAHEL.
+
+(Voir explication des figures 33 à 37.)]
+
+C’est peut-être l’Isser dont le profil surprend davantage par sa
+régularité. L’oued Sahel en effet, sur la plus grande partie de son
+cours, coule dans une large vallée longitudinale entre la chaîne des
+Biban et celle du Djurdjura. Mais l’Isser aborde les obstacles de front
+transversalement. Entre la chaîne de Boghar et la mer, il franchit
+successivement toutes les chaînes du Tell à angle droit ou à peu près,
+sans tergiversation ; c’est le type du fleuve héroïque. Il débouche sur
+la côte par les célèbres gorges de Palestro, où il s’est encaissé de
+plus de 1000 mètres. Et c’est à travers les roches les plus dures qu’il
+s’est ouvert un chemin : gneiss et granit, roches éruptives, schistes
+cristallins et primaires, calcaires massifs de Palestro, quartzites de
+la chaîne des Bibans.
+
+L’embouchure de l’Isser est proche de la Mitidja ; or, dans cette
+région, un mouvement positif du rivage à une époque toute récente est
+parfaitement établi ; on l’a déjà dit. Les plages et les terrasses du
+bas Isser ont fait l’objet d’une étude approfondie, dont l’auteur, le
+général de Lamothe, conclut que la mer s’est abaissée de 200 mètres
+depuis le pliocène[166].
+
+Un déplacement aussi considérable et aussi récent du niveau de base
+était une raison de plus pour supposer que le profil de l’Isser dût être
+irrégulier.
+
+[Illustration : FIG. 36. — L’ISSER.]
+
+[Illustration : FIG. 37. — L’ISSER ET LE SIG.
+
+(Voir explication des figures 33 à 37.)]
+
+C’est le contraire qui est vrai. Au voisinage de Palestro on cherche
+vainement dans le profil un crochet en relation avec les gorges. On
+trouve simplement une section amont, où la pente est de 2,9 p. 1000,
+tandis que, en aval, elle s’accélère un peu jusqu’à 3,1. Cette
+différence est si faible qu’elle est peut-être inexistante ; elle
+pourrait bien être du même ordre que les chances d’erreur de la carte au
+50000e, base du profil. La seule irrégularité accentuée se trouve
+beaucoup plus en amont, auprès de la chaîne des Biban : entre deux
+paliers où la pente est seulement de 5 p. 1000, elle devient plus rapide
+et atteint 10. Je suppose que ce crochet est en relation avec une ligne
+de suture très importante entre deux compartiments tout à fait
+différents de l’écorce terrestre. Ici passe, on l’a dit, la limite entre
+le bloc pyrénéen des Biban et la chaîne alpine du Hodna (fig. 30). Les
+tremblements de terre de 1910 dans la région Aumale-Aïn-Bessem (qui ont
+jeté bas le village de Masqueray), pourraient être interprétés comme une
+preuve que la soudure n’est pas encore solide entre les deux
+compartiments. Ce sont là dans le profil de l’Isser des ruptures de
+pente rares et légères. A elles près, ce profil est très régulier. Il
+pourrait bien être dans toute l’Algérie le profil longitudinal d’oued
+qui se rapproche le plus de l’équilibre.
+
+_Comparaison._ — En tout cas le contraste est extraordinaire avec les
+oueds Habra et Sig. Il se trouve que le Sig et l’Isser ont à peu près la
+même longueur, à 6 kilomètres près ; et ils prennent leur source à la
+même altitude. On a profité de cette circonstance pour superposer les
+deux profils (fig. 37). L’écart des deux lignes est parlant.
+
+Il faut rappeler que les petits profils sont établis l’un et l’autre à
+la même échelle et d’après des conventions rigoureusement identiques.
+Aucune supercherie inconsciente n’est possible. On n’imagine pas qu’un
+écart comme celui auquel on aboutit puisse être fortuit ou dépourvu de
+signification.
+
+Ces contrastes si frappants entre les profils sont-ils susceptibles de
+plusieurs interprétations ?
+
+Pourrait-on, par exemple, avoir recours à une explication climatique.
+
+Le Tell oranais est moins pluvieux que le reste de l’Algérie littorale,
+c’est incontestable : d’après la carte de A. Thévenet, la hauteur
+annuelle dans le bassin du Sig et de l’Habra est de 500 millimètres
+contre 700 millimètres environ dans le bassin de l’Isser et du
+Sahel[167]. Faut-il admettre que cette différence rende compte du retard
+de l’érosion dans la première zone.
+
+Un élément essentiel serait le débit comparatif des quatre rivières.
+Malheureusement il est inconnu. Les deux publications d’ensemble du
+Gouvernement général sur l’hydraulique algérienne, pour les expositions
+de Paris en 1900 et de Marseille en 1906[168], sont muettes sur les
+questions de débit. Et je n’ai rien trouvé non plus d’utilisable dans
+les publications annuelles sur l’hydraulique agricole. Quand on
+s’adresse oralement aux services compétents tout ce qu’on apprend, c’est
+la cause de leur silence. Les oueds sont très irréguliers ; pour
+connaître leur débit moyen, il faudrait des jaugeages multiples, dignes
+de foi, répétés sur une série d’années ; à des époques de crues et de
+maigres d’ailleurs difficiles à déterminer. C’est précisément ce qui
+fait défaut.
+
+On sait pourtant que le Sig et l’Habra ne sont pas le moins du monde des
+oueds à sec. La Macta, qui est constituée par la réunion de leurs eaux,
+sinon de leurs lits, est considérée par E. Reclus comme un des trois
+grands fleuves algériens, avec le Chéliff et la Seybouse. D’après la
+notice de 1900 sur l’hydraulique agricole, on admet qu’il faut un débit
+de 1 litre à la seconde pour irriguer en moyenne 5 hectares. Or, d’après
+la notice de 1906, le barrage de l’Habra, à 11 kilomètres en amont de
+Perrégaux, irrigue 25000 hectares, ce qui supposerait 5000 litres.
+Surtout, à défaut de chiffres précis, on peut relever un certain nombre
+de faits incontestables, qui permettent d’asseoir une conviction. On a
+vu dans un autre chapitre que des fleuves de steppes sous un climat
+encore plus sec, ont un profil voisin de la normale. C’est le cas, par
+exemple, de l’oued Touil, moitié supérieure du Chéliff. Un voisin
+immédiat du Sig, la Tafna, sous ce même climat un peu sec de l’Oranie,
+accuse par son profil, comme on le verra ailleurs, une érosion déjà
+avancée ; et ceci me paraît trancher la question (quoique la carte des
+pluies de Thévenet accuse, dans la région de Tlemcen, une bande plus
+humide que le reste de l’Oranie).
+
+Il faudrait encore noter que le Sig et l’Habra, si on les compare au
+Sahel et surtout à l’Isser, ont eu pour creuser leur lit des facilités
+plus grandes ; dans la partie moyenne et inférieure de leur cours, qui
+est précisément celle où l’irrégularité du profil est le plus frappante,
+ces oueds coulent au milieu de terrains marneux sans consistance, et
+nous avons déjà dit quels obstacles au contraire l’Isser a dû surmonter.
+Cette grosse différence entre les résistances des terrains encaissants
+semblerait avoir dû contrebalancer, et au delà, l’écart assez faible
+entre les chutes annuelles des pluies.
+
+Nous sommes donc ramenés à une seule conclusion possible. Les
+particularités du sol et du climat n’expliquent pas le contraste des
+profils, il faut faire intervenir la notion de temps. Le Sig et l’Habra
+ont des profils très jeunes parce que ce sont des rivières très jeunes.
+Ces profils sont en parfaite concordance avec toute l’hydrographie, tout
+le modelé de l’Oranie. Il y a là un ensemble de caractères qu’on ne peut
+pas expliquer autrement qu’en les ramenant, comme cause initiale, à
+l’extrême jeunesse de la région.
+
+Le pays modelé par le Sahel et l’Isser est d’âge pyrénéen ; tandis que
+celui où le Sig et l’Habra ébauchent encore leur travail d’érosion est
+post-alpin. Il est intéressant de constater que l’étude du modelé, les
+procédés géographiques de recherche, rejoignent exactement les
+conclusions des géologues.
+
+Si on veut exprimer la même idée en termes peut-être plus clairs, disons
+qu’il y a deux compartiments du Tell dont l’un, resté exondé, a conservé
+une vieille face usée ; tandis que l’autre longtemps immergé s’est
+recréé au fond de la mer d’où il émerge à peine.
+
+L’indépendance de ces deux compartiments a un lien manifeste avec la
+grande dorsale Laghouat-Médéa, qui les sépare.
+
+
+[Note 165 : Reconnu déjà par A. Pomel d’après une communication orale de
+M. Ficheur.]
+
+[Note 166 : No 78.]
+
+[Note 167 : No 121, ch. IV, pl. XIV.]
+
+[Note 168 : Nos 61 A et 61 B.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V
+
+ LA TAFNA
+
+
+_La carte bathymétrique._ — Si on admet l’idée que les accidents
+transversaux à la chaîne sont de grande importance pour la
+différenciation du Tell, il faut jeter un coup d’œil sur la carte
+bathymétrique de la Méditerranée occidentale, on y trouvera des
+indications intéressantes (fig. 39).
+
+On sait la brusquerie du contact entre l’Atlas et la fosse
+méditerranéenne. La ligne bathymétrique de 2000 mètres court parallèle à
+la côte à une distance d’une vingtaine ou d’une trentaine de kilomètres,
+avec une remarquable régularité. Les grands abîmes touchent la chaîne
+sans autre transition qu’un talus très raide où la pente est à peu près
+de 100 mètres par kilomètre.
+
+Dans la mesure où le fond de la mer nous est connu il faut conclure que
+la grande dorsale Laghouat-Médéa s’arrête à la côte. Rien dans la carte
+bathymétrique ne permet d’en soupçonner la continuation sous la mer.
+Aussi bien la Mitidja qui fait assurément partie de l’Algérie
+occidentale est au nord-est de Médéa. La croisée orthogonale que fait la
+ligne Chéliff-Mitidja avec l’arête Médéa-Miliana semble, si on peut
+dire, barrer le T. Tout se passe en tous cas comme si la grande dorsale
+finissait exactement là.
+
+En revanche, aux deux extrémités, occidentale et orientale, de la grande
+fosse marine, vers l’Espagne et vers la Sardaigne, deux grandes lignes
+nord-sud de hauts-fonds ont, je crois, un rapport évident avec la
+structure du Tell.
+
+_La Tafna._ — On connaît déjà le haut-fond entre l’embouchure de la
+Moulouya et la côte espagnole ; celui qui s’amorce d’un côté par le cap
+des Trois-Fourches et de l’autre par le cap de Gata, et qui est jalonné
+par l’île Alboran (fig. 1 et 29).
+
+Le long de la côte algérienne, il commence bien avant la Moulouya,
+immédiatement à l’ouest d’Oran. Il s’annonce par un socle continental
+étendu, qui porte les îles volcaniques déjà nommées Habibas, Rachgoun,
+Zaffarines (fig. 29).
+
+[Illustration : FIG. 38. — PROFIL LONGITUDINAL DE LA TAFNA.
+
+Ce qui fait son intérêt c’est qu’il a ses affinités non pas avec les
+profils du Sig et de l’Habra ses proches voisins, mais avec ceux du
+Sahel et de l’Isser.
+
+L’Algérie des plaines sublittorales (ce que nous avons appelé l’Algérie
+occidentale) finit au Rio Salado. Au delà c’est déjà autre chose — la
+région de la Tafna est un compartiment à part.]
+
+Au point précis où, d’après la carte bathymétrique, le talus abrupt
+commence à s’élargir en socle continental, c’est-à-dire au cap Figalo
+(d’ailleurs volcanique lui-même en face des Habibas), la côte change
+brusquement de caractère. Les plaines oranaises finissent exactement là,
+à l’embouchure du Rio Salado.
+
+Au delà vers l’ouest, le Tell algérien se continue et se termine par un
+petit compartiment distinct, avec des caractères originaux. C’est le
+bassin de la Tafna.
+
+On a dessiné le profil longitudinal de cet oued (fig. 38). Par sa
+concavité à peu près régulière il a bien plus d’analogies avec le Sahel
+et l’Isser qu’avec ses voisins immédiats le Sig et l’Habra.
+
+Les bras de mer cartennien et helvétien se sont assurément étendus
+jusque-là ; mais la plus grande partie de la région était exondée au
+sahélien et la totalité au pliocène (cartes paléogéographiques de
+Joleaud ; fig. 11).
+
+Dans le bassin de la Tafna, le rebord de la meseta sud oranaise est plus
+rapproché de la mer que nulle part ailleurs, à une quarantaine de
+kilomètres. La moitié de cet espace est occupé par le vieux et puissant
+massif des Traras (pyrénéen, sommet de 1136 mètres).
+
+La Tafna est presque le seul coin du Tell occidental où la carte
+géologique au 800000e porte une tache étendue d’oligocène continental.
+
+Tout cela suffirait à montrer par rapport à l’Oranie voisine,
+l’originalité de ce coin. Mais elle est accusée davantage encore par
+l’énorme accumulation des roches éruptives et volcaniques. L’étude de
+ces roches a fait le grand intérêt de la thèse de M. Gentil sur la
+Tafna[169]. Il y a signalé des appareils volcaniques encore
+reconnaissables, les seuls de l’Algérie (Tifarouïne, les Msirdas). On
+l’a déjà dit (fig. 29), on a mis cette richesse en roches volcaniques et
+l’existence du seuil sous-marin, en relation avec la grande faille
+Touat-Roussillon.
+
+Il eût été inutile d’y revenir, si ce n’était qu’on croit devoir attirer
+l’attention sur l’importance humaine de la Tafna qui est le pays de
+Tlemcen.
+
+_Tlemcen et Siga._ — Tlemcen s’élève au contact immédiat des derniers
+causses de la Meseta sud oranaise. Elle domine, elle voit s’étendre à
+ses pieds, dans un panorama splendide, une immense cuvette traversée par
+la Tafna.
+
+Aujourd’hui Tlemcen est la ville musulmane d’Algérie de beaucoup la plus
+urbaine ; tous les joyaux algériens de l’architecture mauresque sont là.
+C’est une survivance d’un très grand passé de grande capitale. Pendant
+la fin du moyen âge, les XIIe, XIIIe et XIVe siècles, Tlemcen a été
+quelque chose comme le foyer de culture de l’Algérie, la seule grande
+ville entre Tunis et Fez.
+
+Ces siècles de splendeur sont-ils un épisode isolé dans l’histoire de la
+Tafna. La ville romaine de Pomaria, le prédécesseur de Tlemcen, était
+certainement médiocre. Mais avant la domination romaine, au temps de
+Carthage, les historiens et les archéologues signalent une ville de
+Siga, située à l’embouchure de la Tafna. On nous la donne comme capitale
+de Syphax ; c’est là que des embassadeurs viennent voir le roi pendant
+les guerres puniques (Scipion l’Africain et Asdrubal d’après Tite-
+Live)[170]. Il s’agit de ce Syphax qu’on nous montre d’autre part voisin
+de Carthage en Numidie, et qui a donc régné sur toute l’Algérie. Il faut
+donc admettre qu’il y avait, dès ce temps-là, dans le bassin de la
+Tafna, malgré sa situation excentrique, une tendance à la création d’une
+capitale algérienne (fig. 29).
+
+A la belle époque de Tlemcen, il y avait à l’embouchure de la Tafna, à
+peu près sur l’emplacement de Siga, le port de Tlemcen, Archgoul[171],
+dont le nom s’est conservé dans celui d’un îlot voisin, Rachgoun.
+
+Sur le passage à travers le Tell de la grande faille Touat-Roussillon,
+l’alignement Tlemcen-Siga n’a-t-il pas de l’analogie avec l’alignement
+Achir-Médéa-Miliana-Alger sur le passage de la grande dorsale ?
+
+Dans la région de la Tafna s’affrontent des pays très divers. Steppes et
+Tell d’une part, et d’autre part, Algérie et Maroc. La croisée
+orthogonale des deux directions a ici des conséquences humaines de
+grande importance. Dans la direction nord-sud les influences
+steppiennes, voire sahariennes, ont un accès facile à la Méditerranée.
+Tlemcen, la ville des Zénètes arabisés, est une capitale de nomades. Et
+elle est à 40 kilomètres de son port. Elle voit presque la mer du haut
+de ses minarets. Dans l’autre sens, dans la direction nord-ouest, au
+chapelet des plaines sublittorales en Algérie, la trouée de Taza fait
+pendant au Maroc ; ouvrant jusqu’à l’Atlantique un grand chemin, qui a
+été suivi par les conquêtes et les migrations.
+
+Des conditions plus ou moins analogues se retrouvent au passage de tous
+les grands accidents transversaux à l’Atlas. Elles sont partout des
+suggestions de vie commerciale et politique, c’est-à-dire urbaine.
+
+
+[Note 169 : Louis Gentil : thèse, no 54.]
+
+[Note 170 : No 8, feuille 31, texte.]
+
+[Note 171 : No 33, p. 42, 116.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI
+
+ LE HAUT-FOND DE BONE
+
+
+A l’autre bout de la cuvette marine, au bout oriental, un autre haut-
+fond fait pendant à celui de l’île Alboran. Il court nord-sud entre la
+Sardaigne et l’Algérie à peu près sous le méridien de Bône.
+
+Il est extrêmement accusé. Entre la Sardaigne et les Baléares (fig. 39)
+la fosse méditerranéenne atteint des profondeurs supérieures à 3000
+mètres. Le seuil sous-marin qui réunit la Sardaigne à l’Algérie n’a
+guère plus d’un millier de mètres dans sa partie centrale. Le pédoncule
+par lequel il se rattache à l’Afrique du Nord est un socle continental
+très étendu, où les profondeurs ne dépassent pas 500 mètres. Sur ce
+socle continental comme sur celui de la Tafna des îlots volcaniques se
+dressent jusqu’à l’émergence (les îlots de la Galite).
+
+Ce grand accident sous-marin a sa répercussion manifeste, et très
+importante, sur la côte de l’Afrique du Nord et sur l’Atlas tellien.
+
+_La côte algérienne._ — De part et d’autre de Bône la côte change de
+caractère ; on ne l’a jamais dit, mais c’est évident dès qu’on y
+regarde.
+
+Les particularités de la côte algérienne, en général, ont depuis
+longtemps attiré l’attention des géologues, des géographes, voire des
+historiens. _Littus importuosum_, dit déjà Salluste : une côte sans
+ports. C’est très vrai : la nature a si peu fait ici, en matière de
+rades que, dans un beau port artificiel comme Alger, fréquenté par tant
+de navires, bien vivant, en voie d’accroissement rapide, les ingénieurs
+n’ont jamais obtenu, et n’obtiendront sans doute jamais une tranquillité
+parfaite du plan d’eau. Il y a un peu de clapotis le long des quais dès
+que la mer est grosse.
+
+Les rades sont d’un type uniforme et qui en décrit une les décrit
+toutes. En forme de croissant ou de faucille ; la courbe est régulière,
+médiocrement creuse ; le port est invariablement à l’abri de la corne
+ouest, parce que les coups de vent redoutables viennent du Noroît (fig.
+32). Les rades d’Oran, d’Arzew, d’Alger, de Bougie, de Bône, sont toutes
+exactement de ce type. La similitude se poursuit jusque dans la
+structure. Les cornes saillantes du croissant sont de roche dure ; la
+courbe rentrante qui les réunit est taillée dans des argiles ou des
+roches tendres. Cela suggère l’idée que la baie a été creusée par
+l’abrasion de la mer, qui est habituellement dure, poussée par des vents
+de Noroît en hiver et de nord-est en été ; _mare saevum_, dit Salluste.
+L’allure des courbes bathymétriques entre 0 et 100, voire 200, est tout
+à fait en faveur de cette hypothèse. Elle accuse un petit socle, un
+replat très net, au sommet de talus sous-marin, exactement entre les
+cornes du croissant. Pour Théobald Fischer[172] et pour le général
+Lamothe[173], l’abrasion marine est en effet une explication suffisante
+du phénomène.
+
+[Illustration : FIG. 39. — CARTE BATHYMÉTRIQUE DE LA MÉDITERRANÉE
+OCCIDENTALE.
+
+Entre Oran et Bône la côte Algérienne descend en muraille à pic
+jusqu’aux grandes profondeurs au-dessous de 2000 mètres.
+
+Mais au delà d’Oran vers l’Ouest et de Bône vers l’Est les courbes se
+desserrent.
+
+Tout de suite au delà d’Oran (côte de la Tafna semée d’îlots
+volcaniques) le seuil d’Alboran fait sentir son influence. Et au delà de
+Bône (sur une côte où on trouve l’îlot volcanique de Galite), c’est le
+grand seuil de la Sardaigne, qui sépare les grands fonds méditerranéens
+des Tyrrhéniens.
+
+Le dessin des fonds dans la Méditerranée occidentale trahit aussi la
+croisée orthogonale des deux directions Nord-Sud et Est-Ouest.]
+
+Cependant Théobald Fischer observe que les baies en faucille sont le
+type courant non seulement en Afrique du Nord, mais encore sur les côtes
+voisines d’Espagne et surtout d’Italie (Palerme, Naples sont des baies
+en faucille) ; cela reviendrait à dire sur la cassure de la Tyrrhénide.
+Voilà qui suggérerait une explication orogénique, qui a pour elle
+l’autorité de Suess[174]. Les saillies de roches dures (la Bouzaréa et
+Matifou dans la baie d’Alger, Sorrente et Capri dans le golfe de
+Naples), constituent chacune « un horst très net, entre deux régions
+effondrées ».
+
+Entre les deux explications d’ailleurs il n’est pas nécessaire de
+choisir. Rien n’empêche de les retenir toutes les deux, elles ne se
+contredisent pas.
+
+Même réunies elles ne rendent pas un compte suffisant de la côte
+algérienne. Il reste à en indiquer une caractéristique essentielle.
+Grande cassure à peu près rectiligne de l’écorce terrestre, avec
+cassures conchoïdales entre des môles durs et saillants ; soumise par la
+direction des vents et des flots à une abrasion énergique ; la côte
+algérienne est bien tout cela, mais elle est aussi quelque chose
+d’autre.
+
+L’homme qui a fait de cette côte une étude approfondie est le général de
+Lamothe[175]. Il lui a consacré un gros livre, dans le détail duquel il
+ne saurait être question d’entrer, mais dont les conclusions, solidement
+établies, importent beaucoup. Toute une série de terrasses et de plages
+étagées attestent que la côte algérienne est en voie d’émersion. Il
+n’importe pas ici de savoir si c’est la terre qui surgit, ou si c’est la
+mer qui se retire, comme le général de Lamothe le soutient avec de
+solides arguments. Et d’autre part, on n’oublie pas qu’il y a eu des
+oscillations ; le plan d’eau a pu être, a certainement été parfois
+encore plus bas qu’aujourd’hui. Mais dans l’ensemble et en moyenne il y
+a mouvement négatif très accusé de la mer. L’émersion du continent
+dépasse 200 mètres depuis la fin du pliocène.
+
+Au reste il suffit de jeter un coup d’œil sur une carte au 50000e d’un
+secteur quelconque de la côte. Une des plus expressives est celle
+d’Alger. La comparaison de la courbe de niveau O (celle de la côte),
+avec les courbes + et − (subaériennes et sous-marines), est tout à fait
+parlante. Si on imagine le niveau de la mer montant de 100 ou 200
+mètres, on voit se dessiner des rias profonds, des îles, la côte devient
+une dentelle découpée, quelque chose comme la côte bretonne ou dalmate.
+Si au contraire on imagine la mer descendant de 100 ou 200 mètres la
+nouvelle côte ainsi obtenue a le rapport de dessin le plus étroit avec
+l’actuelle. En somme cette côte actuelle par son dessin s’apparente avec
+les courbes bathymétriques, elle contraste avec les courbes du relief
+subaérien. Ce petit fait bien simple est en harmonie avec les belles et
+multiples observations du général de Lamothe. Il les résume
+graphiquement.
+
+Cela tient en une phrase. La côte algérienne est par la simplicité de
+son dessin, comme par son histoire géologique, une antithèse parfaite de
+la côte bretonne. On n’y trouve pas un seul rias, une seule vallée
+envahie par la mer.
+
+Notez que c’est précisément ce caractère-là qui met en valeur les
+autres. Si cette côte a conservé bien reconnaissable, l’allure d’une
+cassure orogénique, simplement accentuée par l’abrasion, c’est parce que
+l’érosion sub-aérienne n’a pas brouillé le dessin primitif. C’est tout
+cela qu’il y a derrière le mot de Salluste, _littus importuosum_.
+
+Tout cela est très vrai de la côte algérienne. Mais est ce que ça l’est
+également de son extrémité orientale à partir de Bône. Il est évident
+que non, encore qu’on ne le dise jamais.
+
+_Côte bônoise et tunisienne._ — La seule présence d’un socle continental
+au large de la côte, au lieu d’un talus abrupt, est déjà une grande
+nouveauté. Ça ne peut pas manquer d’avoir un retentissement sur la vie
+des poissons (fig. 39) et par conséquent sur celle des pêcheurs, sur la
+vie humaine maritime. Ce retentissement n’a jamais été étudié. On croit
+entrevoir vaguement que vers les ports de la Calle et Tabarca des
+nouveautés apparaissent, le corail, l’éponge. On a entendu parler de
+corailleurs indigènes qui sont ou qui étaient des plongeurs
+remarquablement entraînés ; au moins dans la partie de la côte où la
+murène ne pullule pas, parce que la murène est une bête féroce. Mais
+tout cela est matière de conversation, on ne sait pas où la légende
+commence, on croit deviner qu’il y a là un petit sujet qui n’a jamais
+été traité.
+
+Le seul coin de ce rivage qui ait été sérieusement étudié est bien loin
+de Bône, c’est le sud de la Tunisie, la petite Syrte, Pomel y a signalé
+une formation continentale à coquilles actuelles qui est largement
+envahie par la mer ; puisqu’elle constitue le sol des îles Kerkenna (en
+face de Sfax[176]). Dans cette petite Syrte qui a des marées découvrant
+largement le fond, et qui nourrit une population de pêcheurs indigènes,
+ceux-ci connaissent l’existence de vallées sous-marines qu’ils appellent
+des oueds[177]. Un coup d’œil sur la carte suffit d’ailleurs pour
+montrer que cette côte orientale tunisienne est bien différente de
+l’Algérienne. Elle est semée de grandes îles, qui ne sont plus du tout
+volcaniques, mais qui sont des parties du continent, mal séparées de lui
+par des chenaux sans profondeur. Il suffit de citer avec les Kerkenna,
+la grande île de Djerba. Cette forme de côte où l’envahissement du
+continent par la mer est évident, comment et où se raccorde-t-elle avec
+la côte algérienne, où c’est exactement l’inverse qui est incontestable,
+c’est-à-dire le recul de la mer et l’émersion du continent.
+
+[Illustration : FIG. 40. — LA COTE DE BIZERTE ET DE TUNIS.
+
+Le golfe de Tunis n’est plus du tout une baie en faucille comme celle
+d’Alger. Cette côte qu’on pourrait presque appeler déchiquetée, a ses
+affinités plutôt avec notre côte Bretonne qu’avec la côte Algérienne.
+
+Quand on y regarde de plus près l’attention est attirée non seulement
+par la célèbre rade de Bizerte, mais par la situation d’Utique qui fut
+un port il y a moins de deux millénaires, au fond d’une indentation
+profonde, comblée depuis par la Medjerda, et dont il ne subsiste
+aujourd’hui que la lagune de Porto-Farina. La lagune à travers laquelle
+Tunis communique avec la mer semble aussi un golfe à demi comblé,
+derrière le banc de sable qui la barre. — C’est une côte de rias, dont
+les atterrissements par le travail combiné des oueds et de la mer ont
+beaucoup émoussé les indentations — peut-être peut-on dire une côte de
+rias sénescente.]
+
+Le cap Bon, avec sa saillie de 70 kilomètres, n’a pas d’analogues en
+Algérie, non plus que la grande baie de Tunis, avec ses fonds inférieurs
+à 100 mètres, avec ses îles Zembra (éocène supérieur), reliées à la côte
+par un pédoncule sous-marin que dessine la courbe de 50 mètres (fig.
+40).
+
+Au large de Bizerte la petite _île aux chiens_ (crétacé supérieur) est
+elle aussi reliée à la côte par un pédoncule sous-marin sur lequel les
+fonds sont moindres que 50 mètres.
+
+Qu’est-ce donc que Bizerte même ? ce qu’on ne trouve pas sur toute la
+côte algérienne, et c’est justement sa rareté qui fait son prix, une
+magnifique rade naturelle, parfaitement abritée, où les escadres
+tiennent à l’aise. On n’a jamais essayé, que je sache, d’en donner une
+définition géographique, et pourtant cette définition saute aux yeux,
+sans contestation possible, à la seule inspection du terrain, ou de la
+très belle carte au 50000e.
+
+Bizerte est un lac communiquant avec la mer par un goulot de 7
+kilomètres. Il ne faudrait pas s’imaginer une lagune à l’abri d’un banc
+de sable percé d’un chenal. Ce n’est pas ça du tout. La plaine où le lac
+de Bizerte s’étale est séparée de la mer, à la façon de la Mitidja, par
+une ligne de collines, ce qu’on appellerait à Alger un Sahel. Ces
+collines atteignent une altitude de 70 à 80 mètres (fig. 41).
+
+D’après la carte géologique au 800000e (la seule qui existe[178]), elles
+sont constituées par du miocène inférieur, et d’après le commentaire
+d’Aubert[179] cela signifie des marnes « avec grès grossiers et argiles
+comprenant en abondance l’O. Crassissima, l’O. Gingensis ».
+
+En tout cas, c’est de la roche, çà n’a rien à voir avec une ligne de
+dunes côtières. Le goulet est une ancienne vallée fluviale creusée jadis
+à travers les collines miocènes par l’érosion subaérienne, et
+aujourd’hui envahie par la mer. Dans ce cadre de la Mitidja, qui nous
+est déjà connu, si vous imaginez la mer montant de quelques dizaines de
+mètres le lac Halloula deviendra quelque chose de tout à fait analogue à
+la rade de Bizerte ; et les gorges du Mazafran un pendant rigoureusement
+exact du goulet (fig. 32).
+
+[Illustration : FIG. 41. — BIZERTE.
+
+Quoiqu’il y ait un mince cordon strictement côtier de sable, le goulet
+de Bizerte est taillé à travers un chaînon de l’Atlas, dans les vieilles
+roches. C’est une vallée envahie par la mer.
+
+L’oued Tindja est le seul affluent sérieux du lac de Bizerte. Il lui
+apporte des eaux clarifiées par leur passage à travers le lac Achkel, où
+les troubles se déposent.
+
+Telle est d’une part l’origine du lac de Bizerte, et d’autre part la
+raison pour laquelle il a conservé sa profondeur.]
+
+Une vallée fluviale envahie par la mer, c’est la définition de Bizerte ;
+pour qu’elle soit complète, il faut ajouter quelque chose. D’heureuses
+conditions géographiques protègent le lac de Bizerte, contre
+l’envasement. Son réseau fluvial est assez important, il draine toute
+l’extrémité de la chaîne côtière au nord de la Medjerda, depuis le
+méridien de Béja ; il y a là plusieurs oueds, qui ont chacun de 60 à 70
+kilomètres de long et qui descendent des montagnes en torrents
+méditerranéens, charriant des masses de graviers, de sables et de vases.
+Par une disposition extraordinairement heureuse aucun d’eux n’arrive au
+lac de Bizerte directement ; ils convergent tous vers un autre lac, la
+Garaet Achkhel, antichambre, pour ainsi dire, du lac de Bizerte. Garaet
+Achkhel cela semble signifier le lac noir : ce nom a-t-il un rapport
+avec la couleur des eaux qui s’y déversent, chargées de troubles ? on ne
+l’a jamais dit et il est bien possible que cette explication soit
+fantaisiste. En tout cas, il est évident que la Garaet Achkhel recueille
+la plus grande partie des alluvions entraînées par les oueds. Par un
+chenal de quelques kilomètres de pente à peu près nulle (qui s’appelle
+l’oued Tindja) les eaux vont déboucher ensuite dans le lac de Bizerte,
+clarifiées et inoffensives ; ainsi est-il advenu que ce lac a pu
+conserver à travers les siècles sur une très grande partie de son
+étendue, des fonds supérieurs à 10 mètres.
+
+Dans la même région, tout près, un exemple admirable illustre la
+puissance de colmatage des oueds tunisiens. Le port d’Utique, très
+exactement connu des historiens et des archéologues, est représenté
+aujourd’hui par des ruines qui sont à 15 kilomètres de la mer. Il est
+vrai que l’agent de colmatage est ici le plus grand fleuve de la
+Tunisie, la Medjerda. L’Atlas archéologique de la Tunisie, feuille VII,
+donne le tracé de l’ancien littoral. Il y a deux millénaires, le golfe
+d’Utique, aujourd’hui comblé, était une indentation profonde de la côte,
+une sorte de rias (fig. 40).
+
+Le port de Tunis est à 10 kilomètres du rivage, au fond d’une lagune
+sans profondeur, barrée du côté du large par une langue de sable. A
+travers la lagune il a été nécessaire, mais facile, de tracer un chenal
+qui donne accès aux plus gros paquebots jusqu’à la ville. Tout cet
+appareil a bien l’allure d’un rias lui aussi, d’un rias très envasé.
+
+Tels sont les détails de la côte tunisienne ; on ne trouve rien de
+pareil en Algérie, sauf cependant à l’est de Bône. Au voisinage du petit
+port de la Calle, entre Bône et la Tunisie, la côte a un caractère
+nettement tunisien.
+
+Cette région, qui est excentrique, assez mal accessible, est parmi les
+moins connues de l’Algérie. Il n’en existe pas encore de carte
+géologique détaillée. Pourtant nous avons la très bonne carte
+topographique au 50000e et j’ai eu l’occasion de voir le terrain.
+
+A côté de la Calle, à l’est et à l’ouest, deux lagunes s’étendent
+profondément à l’intérieur des terres, de 7 à 10 kilomètres. Ce sont le
+lac Tonga et le lac Melah ; chacun d’eux est relié à la mer par un
+goulet ; chacun d’eux a la forme d’un ovale allongé vers l’intérieur des
+terres. La côte en cet endroit n’est pas le moins du monde basse,
+marécageuse et lagunaire ; elle est tout le contraire, haute, rocheuse,
+abrupte. Les deux lacs sont des conques sculptées dans le roc, sculptées
+évidemment par l’érosion subaérienne ; des vallées fluviales envahies
+par la mer. Les lacs Melah et Tonga sont trop envasés pour être utilisés
+comme ports ; Melah, je crois, est affermé pour la pêche ; les mulets,
+remontant par le goulet, viennent s’y faire capturer en grandes bandes.
+Tonga ne serait plus guère qu’une plaine marécageuse. Mais enfin ce qui
+manque à tous les deux pour être Bizerte, ce n’est que la profondeur.
+Bien plus que Bizerte ils sont dominés immédiatement par les montagnes ;
+un réseau de torrents courts mais très rapides y aboutit directement ;
+ils sont bien moins outillés que Bizerte pour se défendre contre
+l’envasement. Mais enfin, essentiellement, ce sont des Bizerte.
+L’analogie de forme avec leur illustre voisine apparaît d’un coup d’œil
+sur la carte. L’étude du terrain confirme cette première impression et
+paraît bien établir l’analogie profonde des structures (fig. 42).
+
+[Illustration : FIG. 42. — LAC MELAH.
+
+Le lac Melah est un pendant du lac de Bizerte ; c’est une vallée envahie
+par la mer, mais qui a été moins bien protégée contre l’envasement. Il
+est entre la Calle et Bône. La côte de rias envasés va donc jusque vers
+Bône.
+
+Le fleuve qui a sculpté le lac Melah pourrait avoir été l’oued Kébir. Le
+lac est rellié à l’oued Kébir actuel par une vallée large, courte et
+rectiligne, barrée par une curieuse coulée de sable dont l’origine n’a
+jamais été étudiée (en noir sur la coupe de la figure).]
+
+Le type tunisien de côte se prolonge donc en Algérie jusqu’au delà de la
+Calle, c’est-à-dire approximativement jusqu’à Bône, jusqu’au point où le
+talus sous-marin commence à s’élargir en socle continental.
+
+Au delà vers l’ouest, sur toute l’étendue de la côte algérienne, on ne
+croit pas qu’il y ait un seul détail du modelé côtier qui puisse
+rappeler Bizerte, et suggérer l’idée d’une vallée envahie par la mer. Et
+on ne croit pas que cette lacune soit fortuite.
+
+On n’ignore pas que les belles études du général de Lamothe sur les
+côtes d’Algérie se sont étendues jusqu’à Bône. Leurs résultats viennent
+d’être confirmés en ce qui concerne la région de Bône et de la Calle par
+MM. Depéret et Joleaud[180]. Il semble établi qu’on retrouve jusqu’à la
+frontière tunisienne (et peut-être au delà sur toute la côte tunisienne)
+les mêmes lignes de rivages anciens et les mêmes terrasses d’abrasion
+que le général de Lamothe a étudiées plus à l’ouest ; on les retrouve
+aux mêmes niveaux[181]. A ce point de vue il n’y a aucune différence
+signalée à l’est et à l’ouest de Bône.
+
+La contradiction naturellement doit être apparente. Si comme on le
+croit, les deux ordres de faits sont aussi réels l’un que l’autre, il
+faudra bien qu’ils se concilient d’une façon quelconque. Il n’est pas
+difficile d’ailleurs d’en imaginer une.
+
+L’érosion qui a sculpté les rias envasés de la côte tunisienne est
+apparemment plus ancienne que les dépôts de plages, pliocène, par
+exemple ; il y a de bonnes raisons en effet de la croire vieille. Sur
+cette côte à l’est de Bône le colmatage a eu le temps d’effacer presque
+complètement les caractères des côtes à rias ; on ne les retrouve qu’à
+l’analyse du modelé. Dans la région même de la Calle la carte[182]
+suggère l’idée que l’érosion qui a sculpté le lac Melah est assez
+vieille pour n’avoir aucun rapport avec l’hydrographie actuelle. La
+rivière du pays de beaucoup la plus importante est l’oued Kébir. A voir
+la carte on peut admettre que cet oued, dans le passé, a creusé et suivi
+successivement deux vallées très divergentes, avant l’actuelle qui
+serait la troisième. Aujourd’hui, il coule d’est en ouest, parallèlement
+à la côte, dans la direction de Bône. Jadis il semble bien avoir coulé
+nord-sud et avoir abouti droit au Mélah, dont il serait donc
+responsable. Mais à un moment donné, il semble avoir suivi une direction
+intermédiaire nord-ouest. La carte montre dans cette direction un sillon
+jalonné par un long cordon de dunes (fig. 42).
+
+On ne fait qu’indiquer l’idée à titre hypothétique ; il y aurait peut-
+être là un petit sujet d’une étude qui reste à faire. Le fait auquel on
+tient et qu’on espère avoir établi est simplement celui-ci.
+
+La côte tunisienne a tous les caractères, imparfaitement effacés par le
+temps, d’une côte de rias. Le fait n’est pas seulement incontestable,
+croit-on. Mais encore il est implicitement très connu. Aucun autre port
+nord-africain n’a la célébrité de Bizerte, qui est une vallée envahie
+par la mer. La côte tunisienne, à ce point de vue, fait donc avec
+l’algérienne un contraste absolu : ce sont deux compartiments qui ont
+plus ou moins joué indépendamment l’un de l’autre.
+
+La limite entre les deux est au delà de la Calle vers Bône ; et que la
+limite soit justement en ce point on pouvait le prévoir à l’inspection
+de la carte bathymétrique.
+
+On le vérifie d’ailleurs en considérant l’intérieur du pays et la
+structure de l’Atlas.
+
+
+[Note 172 : No 40, p. 119.]
+
+[Note 173 : No 80.]
+
+[Note 174 : No 116, t. I, p. 289.]
+
+[Note 175 : No 80.]
+
+[Note 176 : No 86, p. 220 et no 85, p. 53.]
+
+[Note 177 : No 20.]
+
+[Note 178 : No 10.]
+
+[Note 179 : No 21, p. 59 et 60.]
+
+[Note 180 : No 73.]
+
+[Note 181 : Voir cependant Déperet et Joleaud, t. I, p. 5 « La faiblesse
+des altitudes des plages, etc. » No 73, p. 5.]
+
+[Note 182 : No 6, feuille Blandan (18).]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VII
+
+ LA PLAINE DE BONE
+
+
+_L’Edough et la croisée orthogonale._ — Le Tell des Kabylies prend fin à
+Bône exactement et brusquement, avec le massif ancien de l’Edough. On y
+retrouve tous les caractères des Kabylies au grand complet, les vieux
+schistes, les roches éruptives, les grès éocènes, tout cela couvert de
+forêts, pitonnant jusqu’à un millier de mètres, confus, massif, et
+descendant à la mer en falaises abruptes. Et c’est fini, on ne retrouve
+absolument plus rien d’analogue au delà dans l’est.
+
+Sous le méridien de Bône c’est d’ailleurs tout l’Atlas tellien qui
+finit, et qui est relayé par l’Atlas saharien. Cette substitution se
+fait à peu près vers Guelma-Duvivier ; là finit la chaîne numidique,
+dernière coulisse de ce que nous avons appelé sierra des Kabylies. Au
+delà vers l’est il y a une torsion brusque des plissements montagneux
+(fig. 43).
+
+La sierra des Kabylies, sur toute sa longueur, est orientée est-ouest
+vrai, depuis le Djurdjura, avec une remarquable constance. Au delà de la
+basse Seybouse, en aval de Duvivier, sur la rive droite, tous les
+chaînons courent dans une direction toute différente vers le nord-est.
+C’est la direction des chaînes de l’Aurès.
+
+L’existence d’une cassure transversale à l’Atlas est donc évidente.
+L’Edough se termine à l’est, entre Bône et le cap de Garde par une ligne
+remarquablement droite, exactement orientée nord-sud. La basse vallée de
+la Seybouse en aval de Duvivier en est la prolongation précise.
+
+Au sud de l’Edough la ligne terminale, qui sectionne brutalement
+l’Edough et qui l’isole, fait un angle droit avec la ligne Duvivier-cap
+de Garde. C’est la croisée orthogonale des accidents nord-sud et est-
+ouest, déjà si souvent signalée.
+
+C’est dans ces conditions qu’à la Kabylie définitivement terminée
+succède, sur la côte algérienne, la plaine de Bône ; et le contraste ne
+pourrait pas être plus complet.
+
+_La plaine._ — La plaine est très grande, elle a une centaine de
+kilomètres d’est en ouest ; dans la direction du sud, le long de la
+Seybouse, l’altitude croît si lentement que Guelma, la dernière ville du
+Tell est à 200 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer.
+
+Comparée aux autres plaines sublittorales d’Algérie, celles de l’ouest,
+à la Mitidja, aux plaines oranaises, la plaine de Bône a certainement
+son originalité. On essaiera d’en rendre compte, sous cette réserve que
+le sujet est dangereusement vierge ; il n’y a jamais eu d’étude
+sérieuse.
+
+[Illustration : FIG. 43. — LA PLAINE DE BÔNE.
+
+C’est une plaine sublittorale, qui a de l’analogie avec celles de
+l’Algérie occidentale, et qui en a aussi avec les plaines du littoral
+Tunisien ; mais qui n’a aucun rapport avec le reste de l’Algérie
+orientale, les Kabylies. Un compartiment nouveau commence aux environs
+de Bône.]
+
+Ce que la plaine de Bône a de particulier c’est son hydrographie. Les
+archéologues admettent que la Seybouse a déplacé son embouchure de 6 ou
+7 kilomètres vers l’ouest depuis l’antiquité. L’ancien cours est encore
+bien reconnaissable, il se détache du fleuve actuel au village de
+Randon[183].
+
+La plaine entière est semée de marais et d’étangs parmi lesquels le plus
+étendu est le lac Fetzara. Une hydrographie incertaine et beaucoup d’eau
+stagnante cela n’aurait rien à soi tout seul de bien particulier. Toutes
+les autres plaines sublittorales présentent les mêmes caractères. Mais
+voici qui est nouveau. Les rivières, les marigots, les canaux naturels,
+les étangs de la plaine de Bône sont navigables en hiver, dans la saison
+des crues. On peut y circuler d’un bout à l’autre de la plaine en canot
+automobile. Et on le fait d’autant plus volontiers qu’à ce moment-là les
+communications de terre ferme sont sujettes à des interruptions. Par ces
+chenaux, à ces mêmes époques de crues, les poissons de mer remontent
+très loin jusqu’au cœur de la plaine ; même les plus gros poissons, le
+loup par exemple (_laprax lupus_) ; on prend des loups dans l’oued
+Kebir. Le lac Oubeira, qui communique avec la mer par l’oued Kebir et
+qui est à une cinquantaine de kilomètres de l’embouchure, est
+empoissonné de mulets. Ils s’y sont acclimatés à l’eau douce, et sont
+devenus légèrement différents du poisson de mer. Ils y sont une faune
+assez vivace pour avoir fait l’objet d’un commerce d’exportation, à
+destination de l’Allemagne, dit-on, avant la guerre.
+
+Ce sont là des conditions uniques en Algérie ; on ne connaît rien de
+semblable, ni même qui en approche, dans toutes les plaines
+sublittorales de l’ouest. Une conséquence est l’insalubrité de Bône,
+célèbre dès l’antiquité. Saint Augustin est mort de la Malaria[184]. Une
+autre conséquence serait-elle ce fait incontestable que la race bovine
+autochtone la plus célèbre d’Algérie est celle de Guelma ? Et quoi qu’il
+en soit des conséquences, quelle peut bien être la cause ?
+
+Sur les montagnes avoisinantes la moyenne annuelle des pluies est assez
+élevée (de 600 à 800 millimètres) ; moindre pourtant qu’en Kabylie (1
+mètre) ; et en somme à peu près comparable à celle des montagnes qui
+entourent la Mitidja. Il faut chercher ailleurs.
+
+Les indigènes de Bône emploient pour désigner leurs marigots le mot
+_Khelidj_. C’est un mot arabe très connu : il paraît correspondre
+exactement assez à notre mot canal ; on dit le khelidj de Suez. Dans la
+plaine de Bône un khelidj a en effet l’aspect de ce que nous
+appellerions un canal, un fossé, à cela près qu’il faut écarter toute
+idée de travail humain.
+
+Dans la plaine d’alluvions c’est un fossé en effet profond en général de
+plusieurs mètres et à peine plus large, à bords à pic et à fond plat, en
+forme d’auge. Un khelidj est toujours bordé d’arbres en double rangée,
+on le reconnaît de loin à la ligne sinueuse de verdure qui dessine son
+tracé, le lacis des racines maintient le bord du fossé mieux que ne
+ferait un mur. En été, quand les khelidj ne sont pas tout à fait à sec,
+on y voit tout au fond des flaques d’eau vaseuses, où grouillent les
+grenouilles, les tortues et les barbots. En hiver, après les pluies, ils
+sont remplis jusqu’au bord ; par-dessus leur bord l’eau s’étale en
+inondation d’épaisseur pelliculaire ; mais dans le khelidj même un
+bateau d’un mètre ou deux de tirant d’eau passe comme il veut. Dans les
+khelidj on ne voit que de la vase, pas le plus petit caillou roulé, pas
+même un grain de sable, rien qui permette de croire que l’eau court avec
+une force capable de déplacer le poids le plus léger. L’eau des khelidj
+est quasi stagnante, elle s’écoule avec la plus grande lenteur. Voici un
+chiffre. Le long de l’oued el-Kebir, qui est tout entier un khelidj, la
+courbe de 10 mètres sur la carte au 50000e croise l’oued à 43 kilomètres
+de son embouchure ; ce qui donne une pente de 0,00023. Et notez que
+l’oued el-Kebir, qui est après tout une rivière vivante, a sûrement la
+pente la plus accentuée de tous les khelidj. Le dessin des khelidj à
+travers la plaine de Bône est très compliqué ; c’est une croisée, un
+lacis, un chevelu de marigots dans tous les sens. Beaucoup sont des
+culs-de-sac. Il en est qui sont fermés à leurs deux bouts. L’idée
+qu’évoque ce dessin serait peut-être celui d’un lacis de fossés de
+drainage artificiellement creusés à travers une plaine marécageuse.
+Mais, bien entendu, la main de l’homme, à n’importe quel moment du
+passé, est tout à fait étrangère à ce qui aurait été un travail immense,
+inexécutable.
+
+Notez que l’ancien cours de la Seybouse en aval de Randon porte le nom
+de Khelidj, et il est pareil à tous les autres. Ceci tend déjà à nous
+donner la solution du problème. Il semble évident que les Khelidj ont
+été creusés par l’érosion de rivières ; la forme fossé aux bords à pic
+est notoirement le premier stade de l’érosion fluviale, l’érosion en
+coup de scie. Il paraît certain d’autre part que les rivières actuelles
+sont parfaitement incapables de creuser des khelidj. Sous le régime
+hydrographique actuel les khelidj n’auraient pas pu prendre naissance,
+ils n’existeraient donc pas s’ils ne lui avaient préexisté, ils datent
+d’un régime antérieur, ils sont l’œuvre de rivières disparues ; ces
+vieilles rivières se distinguant des actuelles par une puissance érosive
+plus considérable, cela signifie que leur niveau de base était plus bas
+que l’actuel ; la mer a monté depuis le temps où les khelidj furent
+creusés. De là vient la faiblesse de la pente et la lenteur d’écoulement
+des crues.
+
+Voilà un phénomène qui n’est pas du tout pour nous surprendre. Un
+mouvement positif de la mer, c’est précisément ce qu’indique le dessin
+des côtes tunisiennes, le modelé de Bizerte, celui des lacs Mélah et
+Tonga. C’est là ce qui nous a paru faire l’originalité de la côte nord-
+africaine à l’est de Bône, par rapport à la côte occidentale où toutes
+les indications sans exception se rapportent à un mouvement inverse de
+la mer. Les khelidj dans la plaine de Bône semblent bien porter le même
+témoignage que le goulet de Bizerte.
+
+Assurément nos conclusions ont été formulées après une étude beaucoup
+trop sommaire du terrain. L’hydrographie de la plaine de Bône serait un
+très beau sujet, et on n’a pas la prétention d’avoir fait autre chose
+que l’effleurer. Mais enfin supposons ces conclusions incomplètes,
+hypothétiques, voire erronées, la plaine de Bône elle-même, en tout cas,
+n’est pas une erreur, ni une hypothèse. C’est un fait qui n’a pas besoin
+d’être démontré. Et c’est une grande nouveauté pour qui vient de
+l’ouest. On n’a rien vu de comparable depuis la Mitidja. Le régime des
+plaines sublittorales recommence après une interruption de 350
+kilomètres. Il se continue en Tunisie. La Tunisie tout entière est un
+pays de plaines sublittorales.
+
+_Affinités tunisiennes._ — La limite entre l’Algérie et la Tunisie est
+moins brutale qu’entre l’Algérie et le Maroc, et moins rectiligne. Ici
+on ne voit pas l’équivalent de la grande faille de la Moulouya, amenant
+une dénivellation soudaine d’un millier de mètres, et coupant l’Atlas de
+part en part. Le Maroc et l’Algérie sont deux pays qui se tournent le
+dos, mais l’Algérie et la Tunisie se continuent et se pénètrent l’une
+l’autre.
+
+La zone de l’Aurès et de ses plateaux pourtant domine assez brusquement
+les plaines tunisiennes. Un premier fait frappant est que dans cette
+zone la frontière politique actuelle est assez exactement une frontière
+linguistique. Les Chaouïa d’Algérie sont des Berbérophones.
+
+On croit devoir donner ci-joint la coupe longitudinale de la Medjerda,
+le grand fleuve tunisien, né en Algérie (fig. 44). Si on compare aux
+autres profils d’oueds, épars dans différents chapitres de notre
+travail, celui de la Medjerda est de beaucoup le plus concave de tous.
+Entre Ghardimaou et la mer l’oued ne descend que de 200 mètres en 300
+kilomètres ; pourtant ce profil si concave est bien loin d’être
+régulier. Il est comme cassé en deux à Ghardimaou même. En amont de
+Ghardimaou le crochet de Sidi-Bader est exceptionnellement aigu ; la
+pente y passe brusquement de 4 à 16 pour 1000, c’est une dégringolade
+subite. On sait qu’entre l’Algérie et la Tunisie la frontière douanière
+passe à Ghardimaou. Ce profil de la Medjerda est bien peu de chose, et
+il peut être dangereux de vouloir l’interpréter. Si tant est pourtant
+qu’il ait un sens il paraît bien indiquer qu’entre les Hauts-Plateaux de
+Khamissa, d’où descend la Medjerda d’une part, et les plaines
+tunisiennes de l’autre, il y a quelque chose comme un contact anormal ;
+il semble courir là un système de cassures plus ou moins fraîches.
+
+[Illustration : FIG. 44. — PROFIL EN LONG DE LA MEDJERDA.
+
+En amont de Souq Ahras (hautes plaines Algériennes), et en aval de
+Ghardimaou (plaines de Tunisie), la Medjerda a le profil régulièrement
+concave d’une vieille rivière. Dans l’intervalle la pente rectiligne à
+dents de scie accuse un torrent jeune.
+
+Ce secteur correspond au talus frontière entre les hautes plaines
+d’Algérie et la Tunisie ; avec sa minéralisation intense (Ouenza), et
+avec son importance ethnographique (frontière des langues berbère et
+arabe).]
+
+Dans cet ordre d’idées il faut signaler tout le long de la frontière sur
+les Hauts-Plateaux une minéralisation en fer extraordinairement
+abondante ; là se trouvent le fameux gisement de l’Ouenza et beaucoup
+d’autres (Bou-Khadra, Slata, Zrissa, Nabeur ; à Sidi-Bader aussi il y a
+un filon de minerai).
+
+Il est vrai que la direction de toutes les vallées ouvre des chemins de
+pénétration mutuelle entre les Hauts-Plateaux de Constantine et les
+plaines tunisiennes. Mais le contraste entre les deux reste assez
+marqué. Il est beaucoup moindre dans la zone tellienne.
+
+La plaine de Bône est dans l’Algérie orientale une sorte de prolongement
+de la Tunisie. Entre les deux, les communications par terre sont
+malaisées, une chaîne difficile et boisée s’interpose. Mais la plaine de
+Bône comme les plaines tunisiennes est ouverte largement aux influences
+maritimes, tandis que tout le reste de l’Algérie constantinoise a un
+caractère continental, des Kabylies à l’Aurès.
+
+Toute la région bônoise, y compris les montagnes qui encadrent la plaine
+est arabophone comme la Tunisie. Et c’est le seul coin de l’Algérie
+orientale où on parle arabe dans la famille ; tout autour de la région
+bônoise, dans la Kabylie et dans la région aurasienne s’étend justement
+la grande réserve de langue berbère.
+
+Il y a deux millénaires que la plaine de Bône est la porte d’entrée en
+Algérie des influences orientales. La persistance de la langue
+carthaginoise y est attestée par saint Augustin jusqu’au Ve siècle après
+J.-C.[185].
+
+De nos jours l’originalité de Bône dans la province de Constantine
+s’atteste par la rivalité des deux villes, on peut dire des deux
+capitales. Dans son département Constantine n’a pas pu prendre la
+prééminence qu’Alger et Oran ont prise chacune dans le sien. Elle n’a
+jamais pu distancer franchement Bône, et la réciproque est vraie.
+
+Ainsi est attestée à travers toute l’histoire le caractère étrange de
+cette plaine bônoise qui jure avec le reste du Tell oriental.
+
+
+[Note 183 : No 8, feuille no 9.]
+
+[Note 184 : Possidius : _Vie de saint Augustin_ d’après no 8 texte
+(59).]
+
+[Note 185 : No 8, feuille 9, alinéa 59, p. 5.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VIII
+
+ BOUGIE
+
+
+Le souci des directions transversales à l’Atlas nous a conduit à
+reconnaître dans le Tell quatre divisions, quatre compartiments de
+l’écorce terrestre qui paraissent avoir joué l’un par rapport à l’autre
+avec une certaine indépendance. Il y en a deux très grands, le Tell des
+Kabylies et celui des plaines sublittorales, encadrés entre deux petits,
+la vallée de la Tafna et la plaine de Bône. Dans chacun des deux
+premiers on peut encore indiquer avec certitude une division
+transversale en deux sous-compartiments.
+
+La région de Bougie coupe en deux les Kabylies (fig. 45).
+
+_La coupure de Bougie._ — Le golfe de Bougie n’est qu’une baie en
+faucille comme les autres. Mais c’est probablement la mieux échancrée de
+toutes. Le port de Bougie, situé bien entendu à la place traditionnelle,
+à l’abri de la corne occidentale, est probablement le port naturel le
+moins mauvais de toute l’Algérie. Naturellement il est ouvert largement
+aux vents et à la houle du nord-est, mais la haute muraille calcaire du
+cap Carbon le déborde franchement au nord et le protège admirablement
+contre les tempêtes de Noroît. Cette saillie très accusée du cap Carbon
+est à retenir.
+
+Que Bougie ait la signification d’une rupture transversale dans la ligne
+des Kabylies, cela ressort avec une netteté particulière de la carte
+géologique. Elle accuse une interruption large et totale des vieux
+schistes et des grès éocènes, qui jouent un si grand rôle dans les
+autres Kabylies. De l’association de roches qui est caractéristique du
+paysage kabyle il ne reste ici que les calcaires liasiques puissants des
+Babor, et une profusion de roches volcaniques. Ces dernières en relation
+évidente avec l’échancrure profonde du golfe, le long de laquelle les
+vieux schistes et les grès se sont abîmés au fond de la mer.
+
+[Illustration : FIG. 45. — LA TRANSVERSALE DE BOUGIE.
+
+Au nord les plaines de l’oued Sahel et de la Soummam (qui sépare le
+Djurdjura des Babors) ; au Sud la plaine de la Medjana et la vallée de
+l’oued Kçob ; elles accusent un mouvement de torsion où se retrouve la
+croisée orthogonale des deux directions.
+
+Là passe une grande route transversale qui réunit le Hodna et Bougie.
+Cette route historique est longée de capitales et de forteresses. La
+Kalaa des Beni-Hammad, la Kalaa des Beni-Abbès, Bougie.]
+
+L’importance de la rupture apparaît aussi d’ailleurs sur la carte
+topographique. La vallée de la Soummam est une coupure totale, jusqu’à
+la base, entre le Djurdjura et les Babor. Elle est orientée en moyenne
+nord-est-sud-ouest depuis la mer jusqu’à Akbou et Sidi-Mansour. Là elle
+se raccorde, par un angle brusque, à sa continuation, la vallée de
+l’oued Sahel qui court est-ouest vrai. Nous retrouvons là certainement,
+avec un léger gauchissement, la croisée, si souvent mentionnée déjà des
+deux directions longitudinale et transversale. Cette croisée est un
+trait fort ancien du relief. La Soummam et surtout le Sahel étaient déjà
+des vallées à l’époque oligocène, dont les dépôts de ruissellement en
+tapissent le fond. La Soummam était un golfe miocène[186]. Évidemment
+les accidents de cette croisée ont rejoué au miocène ; sans un
+rajeunissement alpin de son relief pyrénéen on ne s’expliquerait pas la
+saillie extrêmement accusée du Djurdjura qui domine tout le Tell (Voir
+aussi dans la figure 16 le raccord en crémaillère de
+
+l’oued Bou-Sellam avec l’oued Soummam, attestant un mouvement du sol
+récent).
+
+_L’importance humaine._ — La Soummam sépare deux Kabylies, très kabyles
+toutes les deux, mais pourtant différentes ; au XVIe et XVIIe siècle on
+disait les sultanats de Koukou et de Beni-Abbès ; on dit aujourd’hui la
+grande Kabylie et la Kabylie des Babor. Dans la première Koukou (le
+Couque des Européens) a perdu son rang de capitale. Mais dans la seconde
+Beni-Abbès (le Labès des auteurs européens) n’a pas encore oublié son
+ancienne prééminence. La grande Kabylie séparée du monde extérieur par
+la muraille du Djurdjura est la moins évoluée, la plus intéressante pour
+le touriste et l’ethnologue ; c’est elle qu’on a décrite de préférence.
+(Le gros livre d’Hanoteau par exemple lui est consacré.) La Kabylie de
+Beni-Abbès reste profondément elle-même, âprement attachée à ses façons
+d’être, inabordable à la colonisation européenne ; c’est là au village
+de Lafayette, par exemple, qu’on signale les phénomènes de récupération
+du sol par l’indigène les plus curieux peut-être de toute l’Algérie.
+Pourtant cette Kabylie de Beni-Abbès a des relations plus faciles que
+l’autre avec le reste de l’Algérie ; elle est le pays par excellence du
+colporteur kabyle qu’on rencontre partout ; elle est moins démocratique
+et moins irrémédiablement fragmentée ; la famille des Moqrani y a
+prolongé jusqu’à nos jours la dynastie et l’organisation du sultanat de
+« Labès » ; on y compte davantage avec les événements du monde
+extérieur, c’est à Beni Abbès qu’a éclaté l’insurrection kabyle de 1871.
+
+Cette originalité réelle des deux Kabylies voisines ne doit pas
+cependant nous fermer les yeux sur le lien qui les unit, lien de langue,
+de race, de culture et de société communes ; lien nettement historique.
+Ces Kabylies furent au moyen âge le principal appui, le dernier réduit,
+du grand royaume Sanhadja, le représentant national de la société
+berbère sédentaire ; l’histoire de ce royaume a un rapport étroit avec
+Bougie et la coupure de la Soummam.
+
+_La Kalaa et Bougie._ — Le fond de la Soummam, le point où elle se
+raccorde avec l’oued Sahel, n’est plus très éloigné du Hodna, une
+soixantaine de kilomètres à vol d’oiseau. Et des cols très accessibles
+entaillent dans cette direction ce qui reste à franchir des chaînons de
+l’Atlas. C’est d’abord le défilé fameux des Biban à travers la chaîne du
+même nom. Au delà c’est la large plaine de la Medjana couverte de
+moissons, puis la très large brèche par laquelle l’oued Ksob va
+rejoindre le Hodna (fig. 45).
+
+Partout ailleurs entre la Mitidja et la plaine de Bône les Kabylies
+montueuses et boisées ferment l’accès de la mer aux Hauts Plateaux et
+aux hautes plaines de l’intérieur. Sur ce point seulement, par la
+Medjana et la Soummam s’ouvre un grand chemin facile, avec le port de
+Bougie au bout. C’est une route très importante, de grands souvenirs
+historiques y sont attachés.
+
+A son extrémité méridionale, à son débouché sur le Hodna, dans le
+Maadid, le royaume Sanhadja eut l’une de ses deux capitales, la Kalaa
+des Beni-Hammad ; (l’autre capitale était Achir du Tittéri). La
+Kalaa[187], dont la tour de guet est encore debout, une place militaire
+très forte comme son nom l’indique, se dressait là, au contact de la
+plaine et de la montagne, gardant la porte de l’oued Ksob, face à la
+brèche d’assaut de Biskra, par où montait l’ennemi, le grand nomade
+saharien.
+
+L’histoire nous dit par le menu comment la Kalaa, à la longue, ne put
+pas tenir. Le royaume Sanhadja des Beni-Hammad se replia sur lui-même.
+Sa capitale fut transportée à Bougie, à l’autre extrémité de la
+grand’route. Et pourtant au voisinage de son extrémité hodnéenne, à
+Beni-Abbès et à la Medjana, un centre urbain et de commandement a
+persisté jusqu’à nos jours avec les Moqrani héritiers des sultans de
+_Labès_.
+
+La Kalaa, Beni-Abbès, Bougie, ce chapelet de capitales, jalonnent une
+transversale de l’Atlas tellien ; c’est un pendant d’Achir, Médéa,
+Miliana, Cæsarea, Alger, ou bien encore de Tlemcen, Siga.
+
+
+[Note 186 : Voir no 115 les très curieuses figures 92, p. 419 et 93 p.
+421.]
+
+[Note 187 : No 25.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IX
+
+ TIARET
+
+
+Il reste à mentionner une dernière transversale, jalonnée elle aussi par
+des capitales actuelles ou défuntes. Elle court à peu près sous le
+méridien de Tiaret, et elle coupe l’Algérie des plaines littorales en
+deux compartiments bien distincts (fig. 28).
+
+_La Mina._ — L’axe est la vallée de la Mina ; sur son importance comme
+ligne de démarcation on a déjà dit l’essentiel, longuement. Le front de
+la meseta sud oranaise court de la Moulouya à la Mina. La vallée moyenne
+de la Mina, en aval et en amont de Prévost-Paradol est dissymétrique.
+Sur sa rive gauche les causses calcaires s’étendent au loin. A quelque
+distance sur sa rive droite les plissements de l’Atlas proprement dit
+apparaissent. L’orientation générale de la Mina à travers l’Atlas est
+sud-est-nord-ouest. Or dans cet Atlas algérien occidental le grand fossé
+des plaines sublittorales, comme les chaînons qui l’encadrent, ont une
+orientation générale nord-est sud-ouest. La croisée à peu près
+orthogonale des deux directions est donc bien nette le long de la Mina.
+Autour de Prévost-Paradol le bord des causses dessine un redan, et les
+plis de l’Atlas un rebroussement. A ce rebroussement correspond, au
+point précis où il se produit, un gros affleurement éruptif (gorges de
+Temda) (fig. 28).
+
+Si nous nous reportons au bord de la mer, dans la prolongation de la
+vallée de la Mina, cela nous mène à l’embouchure du Chéliff. Elle aussi
+la basse vallée du Chéliff est dissymétrique. Sur sa rive droite pitonne
+l’extrémité du Dahra, région de collines accusées, déjà presque de
+montagnes, où le crétacé affleure largement. Sur sa rive gauche s’étend
+le plateau à peine ondulé de Mostaganem, qui est tout entier de sables
+et grès tendres pliocènes, souvent décomposés ou transposés en dunes.
+
+Il court donc bien là, de Tiaret à la mer, le long de la Mina, un grand
+accident transversal qui coupe l’Atlas en deux compartiments. Et ces
+deux compartiments sont très différenciés.
+
+Assurément le grand fossé des plaines sublittorales court de la Mitidja
+au Rio Salado, il fait l’unité indéniable de l’Algérie occidentale, mais
+il faut distinguer à l’est et à l’ouest de la Mina.
+
+La vallée du Chéliff est une plaine magnifique, large, basse et
+continue, le long de laquelle les influences occidentales s’insinuent
+jusqu’aux portes d’Alger à travers les montagnes. Mais ces montagnes,
+qui encadrent le Chéliff, sont très sérieuses. L’Ouarsenis et le Zaccar
+sont dans le Tell occidental une sorte de rappel de l’oriental. Ce sont
+de vieux plis pyrénéens, contemporains des Biban ou du Djurdjura,
+étroitement apparentés avec l’Atlas de Blida. L’Ouarsenis est déjà
+dessiné dans la carte paléogéographique du bras de mer suessonien.
+L’Ouarsenis et le Zaccar sont restés l’un et l’autre de grandes îles
+émergées pendant toute la durée des mers miocènes. Leur altitude qui
+approche parfois de 2000 mètres, les vallées torrentielles qui les
+entaillent profondément, leurs forêts (la célèbre forêt de cèdres de
+Teniet-el-Haad par exemple), leur peuplement par des tribus
+berbérophones qui se donnent à elles-mêmes le nom de Kabyles, si
+différentes qu’elles soient d’ailleurs des kabyles orientaux ; tout cela
+fait de ces longues chaînes une double cloison étanche entre les Hauts
+Plateaux et la mer. Des uns à l’autre, en fait, on ne passe nulle part
+entre le Tittéri et Tiaret. La route de Teniet-el-Haad n’est pas un
+grand chemin de communication. Les blés du Sersou, qui poussent dans le
+département d’Alger, ont pour métropole économique Tiaret, sous-
+préfecture du département d’Oran, et ils ne peuvent s’écouler que par le
+chemin de fer de la Mina.
+
+Au delà de la Mina tout change brusquement. Ce sont les plaines
+oranaises, encadrées de chaînons pliocènes, un pays d’hydrographie
+ébauchée, le coin le plus jeune de l’Atlas, d’âge postalpin.
+
+D’ailleurs le bord de la Meseta sud oranaise serre la Méditerranée de
+très près. L’Atlas proprement dit, la chaîne plissée, est réduite à une
+épaisseur de 50 à 60 kilomètres ; c’est à peu près la moitié de sa
+largeur normale dans le reste de l’Algérie. Les plaines très étalées
+occupent d’ailleurs quelque chose comme la moitié de cette superficie
+déjà si réduite. Et les sommets les plus élevés n’atteignent pas tout à
+fait 1000 mètres. C’est une déchéance extrêmement marquée. On pourrait
+presque parler d’une interruption de la chaîne ; à coup sûr elle
+n’existe plus comme obstacle de Tiaret à Tlemcen. Il y a là une brèche
+de 200 kilomètres d’étendue par laquelle les Hauts Plateaux ont libre
+accès à la mer. Rien de pareil ne se retrouve dans tout le reste du
+Maghreb. Ici la steppe vient toucher la Méditerranée. L’affaiblissement
+du relief, et le défilement derrière les hauts massifs marocains ont
+pour conséquence une diminution dans la moyenne annuelle des pluies. A
+travers les collines nues les hommes de la steppe Zénètes et Arabes ont
+étendu leur domination jusqu’à la côte et c’est par là, en franchissant
+la trouée de Taza, qu’ils sont arrivés au Maroc. Ce coin du Tell si
+particulier est l’Oranie proprement dite.
+
+_Royaume de Tiaret._ — Entre ces compartiments de l’Atlas très vivement
+contrastés, la vallée de la Mina est un lieu de villes et de capitales
+historiques, suivant une loi qui semble se vérifier dans tout le Tell.
+Le grand moment ici se trouve avoir été l’époque byzantine et le haut
+moyen âge berbère. Sur la première l’archéologie seule nous renseigne.
+Il y a dans la haute Mina à mi-chemin environ sur la route entre Palah
+et Frenda, des mausolées en forme de pyramides, que les indigènes
+appellent les Djedar. Ils rentrent dans la même catégorie que le tombeau
+de la Chrétienne et le Medracen. « Ces mausolées, dit Gsell, semblent
+contemporains de l’époque byzantine ; ce sont sans doute les tombeaux
+d’une dynastie indigène[188]. »
+
+C’est un peu vague ; encore que le fait même ait la solidité d’un
+monument. Nous trouvons dans tous les historiens arabes des
+renseignements infiniment plus précis sur un autre royaume de la haute
+Mina, celui de Tiaret. Le nom de Tiaret apparaît dès le début de la
+conquête arabe. C’est une des deux régions d’Algérie où Sidi-Okba ait eu
+à faire un gros effort militaire (l’autre étant le seuil de Biskra). Le
+nom de Tiaret est associé à celui des Kharedjites. A partir de 761 après
+J.-C. Tiaret est la capitale d’un grand royaume berbère indépendant de
+confession Kharedjite (on dit aussi Ibadhite), qui dura jusqu’à 910.
+C’était un grand royaume ; puisqu’il s’étendait certainement jusqu’en
+Tripolitaine (djebel Nefoussa). Ç’a été l’empire du Sahara et des
+steppes.
+
+De nos jours quand Abd-el-Kader a ressuscité pour quelques années un
+empire de nomades dans l’Oranie, il a été conduit de suite à installer
+une de ses deux capitales à Tiaret (l’autre étant à Mascara, centre de
+sa tribu natale).
+
+Sur la transversale de la Mina ce sont les hauts de la rivière qui ont à
+travers l’histoire le monopole des capitales impériales. Mostaganem est
+une très vieille ville, mentionnée par El-Bekri, mais elle n’a jamais eu
+de grandes destinées. Entre Tiaret et la mer on retrouve bien la route
+des invasions et du commerce jalonnée par des souvenirs historiques et
+des ruines. Sur la rivière même, dans la région de Prévost-Paradol, à
+Souamat[189], dans une situation très forte, les archéologues signalent
+une grande ville dont ils ignorent le nom, mais qui est romaine de très
+basse époque (une inscription est du Ve siècle). Peut-elle avoir un
+rapport avec les Djedar. Il semble que ce soit, de toute la feuille 33,
+les ruines antiques de beaucoup les plus importantes (fig. 28).
+
+Les historiens et les géographes arabes nous ont laissé des noms de
+ville, dont l’emplacement exact n’est pas identifié. El-Batha, Chelif
+des Beni-Ouatil, qui furent approximativement les ancêtres du Relizane
+actuel : El-Ghozza qu’el-Bekri appelle le Sahel (le littoral) de Tiaret,
+et qui semble avoir des rapports géographiques avec la jolie petite
+ville actuelle de Mazouna. A lire Ibn-Khaldoun il semble que le point
+important, dominant la route entre Tiaret et la mer, ait été le plateau
+de Mindas (aujourd’hui Mendez[190]) sur les crêtes qui dominent la Mina
+à l’est. A coup sûr le grand chemin historique passe par là, et on
+s’est, à maintes reprises, disputé Mindas les armes à la main.
+
+
+[Note 188 : No 8, feuille 53, alinéas 66, 67, no 62, t. II, p. 418,
+planches CIV, CV, CVI.]
+
+[Note 189 : No 8, feuille 33, alinéa 3. Ruines Romaines de Fig. 28.]
+
+[Note 190 : No 53.]
+
+
+
+
+ LIVRE VI
+
+ LES RÉGIONS NATURELLES ALGÉRIENNES
+
+ * * * * *
+
+
+_But poursuivi._ — Dans le présent petit livre, on a tenu un grand
+compte d’analogies entre la structure du Sahara et celle de l’Algérie.
+Dans l’Atlas tout entier on a retrouvé des directions transversales à la
+chaîne qui ont une parenté avec la direction des grands accidents dans
+le Sahara algérien.
+
+Il faut rappeler que l’auteur s’est beaucoup occupé de ce Sahara : les
+conclusions formulées peuvent donc avoir un lien avec la personnalité de
+l’auteur, et tenir un peu du parti pris involontaire.
+
+Il est facile cependant de regarder la question d’un point de vue
+impersonnel, tout à fait général. C’est celui auquel s’est placé, à
+maintes reprises, avec prédilection, feu G.-B.-M. Flamand[191], un autre
+saharien, il est vrai mais auquel se sont ralliés beaucoup de géologues,
+qui n’étaient pas sahariens du tout : M. Savornin par exemple[192].
+
+Même lorsqu’il est recouvert d’un placage crétacé le Sahara algérien est
+essentiellement une pénéplaine primaire, hercynienne. Ce sont les
+directions des plis hercyniens qui conditionnent l’orographie. Dans
+l’Atlas le placage secondaire et tertiaire est bien plus puissant et
+bien plus continu : la pénéplaine primaire est à peu près complètement
+soustraite à l’observation. Il faut noter cependant que cette continuité
+du placage est fonction du climat désertique ou steppien prolongé à
+travers les âges géologiques. Dans ce pays de chotts où les bassins
+fermés se sont succédé depuis le trias il n’y a pas eu d’érosion
+puissante et ancienne avec la mer comme niveau de base. C’est pour cela
+que le placage s’est conservé, bien plutôt qu’à cause de sa puissance
+propre, qui n’est peut-être pas somme toute, extrêmement grande. Tout se
+passe comme si la pénéplaine hercynienne, inobservable il est vrai, mais
+partout présente en profondeur, dans la totalité de l’Atlas, Tell
+compris, ne cessait pas d’avoir une importance, décroissante
+naturellement vers le nord, mais partout indirectement sensible, et même
+considérable. A ce compte elle ferait l’originalité de l’Atlas, comparé
+aux autres chaînes alpines. La résistance du substratum expliquerait
+l’impuissance des géologues à retrouver jusqu’ici dans l’Atlas ces amas
+de nappes empilées, qu’ils y ont justement cherchées avec ardeur parce
+qu’elles sont caractéristiques des Alpes. L’existence de directions
+hercyniennes dans le substratum rigide expliquerait les croisées
+orthogonales, les plis courts et individuellement aberrants de la
+direction générale dans l’Atlas saharien, la confusion des plis
+telliens, et enfin la juxtaposition de compartiments, séparés par des
+transversales, et qui ont joué indépendamment, chacun pour son compte.
+
+Il est bien entendu, cependant, qu’on n’a pas été guidé dans le présent
+travail par cette idée générale, et on n’a pas non plus la prétention
+d’y aboutir. Elle concerne les géologues, elle est de leur domaine,
+c’est à eux de l’établir ou de l’infirmer. On s’est efforcé constamment
+de faire état exclusivement des faits géologiques établis par le
+consensus des techniciens.
+
+On ne songe pas un instant à apporter une solution originale au grand
+problème orogénique de la surrection de l’Atlas. Le but qu’on s’est
+proposé est beaucoup plus modeste, il est de géographie descriptive. On
+a voulu débrouiller, classer, dégager des régions naturelles.
+
+_Régions naturelles._ — Le concept de la région naturelle est mixte, de
+géographie physique à la fois et de géographie humaine. Entre la
+structure du sol et la distribution des groupes humains on admet qu’il y
+a un lien. Et l’idée n’est certainement pas inexacte, pourvu qu’on ne
+l’applique pas avec une rigueur mathématique.
+
+En essayant de résumer et de grouper les données géologiques acquises
+nous avons abouti à reconnaître et à délimiter un certain nombre de
+compartiments, en rapport avec la structure physique de l’Algérie. Ces
+compartiments sont-ils des régions naturelles ? Chacun d’eux a-t-il une
+tendance à être peuplé par un groupe humain distinct ?
+
+A cette question, dans le courant du présent travail et à maintes
+reprises déjà, on s’est trouvé amené à donner des réponses de détail. Il
+est possible, en guise de conclusion, d’esquisser une réponse
+d’ensemble.
+
+Il ne faut pas perdre de vue que l’histoire de l’Algérie est inconnue.
+Les éléments en existeraient, mais ils n’ont pas été mis en œuvre.
+Lorsqu’on parle d’une province française, et par exemple de la
+Normandie, tout le monde sait implicitement en gros ce que furent les
+Normands. Mais si on voulait donner à une région algérienne le nom de
+Zénétie, qui donc dans le grand public a jamais entendu parler des
+Zénètes ? et parmi les orientalistes eux-mêmes combien y a-t-il
+d’érudits qui en ont une idée un peu précise ? A propos de régions
+naturelles en Algérie il ne faut donc pas espérer tirer de l’histoire la
+même assistance que chez nous.
+
+On compte s’appuyer sur la distribution en Algérie des deux langues,
+berbère d’un côté et arabe de l’autre. C’est une base qui, au premier
+abord, pourra paraître assez fragile. Le choix en est susceptible de
+choquer doublement nos habitudes d’esprit.
+
+D’abord nous autres occidentaux, quand nous envisageons le Maghreb, ses
+habitants nous paraissent former un bloc, le bloc des musulmans, des
+orientaux. Puis, chez nous-mêmes, dans notre France, nous n’attribuons
+pas une grande importance aux limites de dialectes, et par exemple dans
+notre Bretagne à la limite qui sépare la Bretagne bretonnante de
+l’autre.
+
+L’Algérie pourtant n’est pas la France. On sait bien, après tout, en
+gros, les haines millénaires qui séparent les Berbères et les Arabes.
+« Ils sont aussi différents que les Français et les Allemands », disait
+un indigène. Dans ce pays oriental, où notre sentiment national n’est
+pas né, ces deux groupes sont ce qui se rapproche le plus de deux
+nations.
+
+On croit que leur représentation cartographique est importante : on
+croit même qu’elle est un résumé graphique de toute l’histoire depuis
+2000 ans. Mais enfin, à supposer qu’on se trompe, il reste une chose
+certaine, c’est que la carte des langues en Algérie a un rapport avec la
+structure, telle que nous l’avons décrite.
+
+_La carte des langues._ — La répartition des deux langues en Algérie se
+trouve être connue d’une façon satisfaisante. Il a été fait là-dessus,
+en 1860 et en 1912, deux enquêtes officielles, confiées aux
+administrateurs et aux officiers de bureaux arabes ; et chacune de ces
+enquêtes a abouti à la publication d’une carte[193]. Il n’y a aucun lien
+entre ces deux enquêtes, et il y a un accord satisfaisant entre leurs
+résultats. Les deux cartes dressées à un demi-siècle d’intervalle se
+superposent dans les grandes lignes. Un ou deux petits points
+resteraient peut-être en suspens et exigeraient un supplément
+d’enquête : mais il s’agit de détails qui n’ont pas d’intérêt à notre
+point de vue actuel. En gros, sans contestation possible, la position
+respective des deux dialectes en Algérie est parfaitement connue (fig.
+46).
+
+On l’a reproduite dans la figure ci-jointe, mais on ne s’est pas
+contenté d’y utiliser des documents proprement algériens. On y a
+schématisé la distribution des Berbérophones dans le Maghreb, Tunisie et
+Maroc compris.
+
+Il est tout à fait certain que la Tunisie tout entière est pratiquement
+de langue arabe. Au Maroc il est non moins certain que les Berbérophones
+couvrent une énorme superficie et on sait à peu près laquelle. Ils sont
+groupés tout le long de la frontière algérienne, dans les hautes
+montagnes de l’Atlas et du Riff. Ces données assurément n’ont pas la
+précision de celles que nous avons sur l’Algérie, elles sont néanmoins
+suffisantes. Bien entendu c’est de l’Algérie qu’il s’agit, et non pas de
+la Tunisie ni du Maroc. Mais le cadre des pays voisins est indispensable
+pour interpréter la carte des dialectes sur le sol algérien.
+
+_Les lois du groupement._ — Depuis longtemps, depuis que nous sommes en
+Algérie, cette distribution des dialectes a provoqué la curiosité ; on a
+cherché à en dégager les lois.
+
+Tout au début de notre occupation, au premier contact, on s’est arrêté à
+cette idée générale très simple : les nomades sont Arabes et les
+sédentaires sont Berbères. L’idée a croulé dès qu’on a vu un peu plus
+clair. Les Touaregs, pour ne citer que cet exemple dans toute l’Afrique
+du Nord sont la tribu la plus libre qui soit de toute influence arabe :
+et ils sont en même temps les représentants typiques du grand nomadisme.
+
+Plus tard on s’est arrêté à cette autre explication, très générale et
+absolue : les plaines sont le domaine de l’Arabe conquérant. Les
+Berbères vaincus ont été refoulés dans les montagnes et les lieux
+inaccessibles. C’est une idée qui n’est pas encore tout à fait
+discréditée. Pourtant si on y regarde de près on constate des faits
+comme celui-ci. Sur les hautes plaines de Constantine vivent des
+Chaouïa, qui sont des pasteurs nomades, logés sous la tente, et qui
+parlent Berbère. Tout à côté d’autre part les montagnes qui entourent la
+plaine de Bône sont peuplées par des indigènes qui cultivent la terre,
+qui vivent dans des maisons, et qui ne parlent qu’arabe.
+
+[Illustration : FIG. 46. — RÉPARTITION DE LA LANGUE BERBÈRE.
+
+Le domaine de la langue arabe (en blanc sur la carte) sépare comme un
+coin les deux domaines berbérophones.
+
+Il correspond au domaine des hauts plateaux prolongé par celui des
+plaines oranaises ; il est encastré entre de grands accidents physiques,
+le seuil de Biskra, la ligne de la Moulouya. — Un autre domaine de
+langue arabe, plus réduit et nettement distinct, a pour centre la plaine
+de Bône. — Entre les deux, les Berbérophones Algériens sont groupés du
+même côté de la grande ligne limite du horst Algérien (Biskra, Tiaret),
+qui a été suivie par le limes de l’Empire romain. — Les groupes
+Berbérophones principaux sont de vieilles régions naturelles, l’Aurès-
+Numidie, les Kabylies. — Les brèches de langue arabe qui disjoignent les
+groupes Berbérophones ont un rapport avec la situation des capitales
+Sanhadja, Achir et Kalaa des Beni-Hammad.]
+
+Notez que les deux idées qu’on vient d’exposer et de critiquer ne sont
+pas complètement absurdes, tant s’en faut. Il est vrai qu’en gros les
+nomades seraient plutôt arabophones. Il est vrai encore que les plaines,
+les pays largement ouverts, seraient plutôt le domaine de la langue
+arabe, et les montagnes d’accès difficile, faciles à défendre, le
+domaine du dialecte berbère. Seulement ce sont des règles qui comportent
+des exceptions éclatantes.
+
+Un fait comme la distribution des langues à la surface de la planète est
+fonction de l’évolution historique. Il a des causes multiples et
+compliquées, il ne se laisse pas déduire mathématiquement d’un principe.
+Pour essayer de le comprendre il faut l’analyser de près et le regarder
+en détail.
+
+_La Zénétie._ — Au premier coup d’œil sur la carte il apparaît que les
+deux langues se groupent chacune à part : le Berbère est au nord-est
+dans l’Aurès, les Kabylies, les montagnes du Chéliff ; l’arabe est au
+sud-ouest, sur les Hauts Plateaux cis-hodnéens, et en Oranie. Entre les
+deux la ligne de délimitation est très nette, et c’est une ancienne
+connaissance, c’est la grande cassure qui court en écharpe à travers
+l’Atlas algérien, et qui le coupe en deux, depuis le seuil de Biskra
+jusqu’à Tlemcen : la limite nord-orientale du horst algérien. Est-ce
+qu’une pareille coïncidence peut être fortuite ? Regardons-y de plus
+près.
+
+La tache arabophone cis-hodnéenne s’étend à l’ouest jusqu’à la frontière
+marocaine, jusqu’au contact précis entre les Hauts Plateaux de type
+algérien, et les premiers contreforts des massifs marocains, c’est-à-
+dire en somme jusqu’au système des failles de la Moulouya.
+
+Il y a là une avancée en forme de coin, une intrusion de la langue
+arabe, entre les deux groupes berbérophones, marocain d’un côté, et
+algérien de l’autre. Cette disposition n’a rien de mystérieux
+historiquement, nous savons très bien à la suite de quels événements
+elle fut réalisée.
+
+Le seuil de Biskra, le Hodna, les Hauts Plateaux cis-hodnéens, c’est la
+route classique de toutes les invasions sahariennes de grands nomades.
+Elle se prolonge par l’Oranie et la trouée de Taza jusqu’à Fez et
+l’océan Atlantique. Il est tout naturel que ce soit le domaine de la
+langue arabe, d’un bout à l’autre, et nous savons très bien comment la
+langue arabe a triomphé dans l’Algérie cis-hodnéenne, à une date
+relativement récente. Ceux par qui elle fut introduite n’ont pas été du
+tout les premiers conquérants, Sidi-Oqba et ses successeurs immédiats :
+mais bien les envahisseurs Bédouins à partir du XIe siècle (tribus
+hilaliennes). Leur œuvre n’était encore qu’ébauchée au XIVe, au temps du
+grand historien Ibn-Khaldoun, dont le livre éclaire toute la question.
+
+Ibn-Khaldoun sait très bien que l’Algérie cis-hodnéenne est une région
+naturelle, il lui donne un nom d’ensemble, il l’appelle _le Maghreb
+central_. Il nous dit que le Maghreb central était le domaine d’une
+famille humaine, celle des Berbères Zénètes : et que ces Berbères, au
+milieu des autres, étaient une sorte de nation, avec un dialecte
+distinct et uniforme.
+
+Il semble qu’il y ait eu quelques siècles plus tôt, à une date mal
+déterminée, une grande invasion zénète, venue du Sahara, prototype des
+invasions arabes ultérieures. En tout cas les Zénètes étaient de grands
+nomades sahariens. Ils s’opposaient violemment aux ancêtres de nos
+Kabyles, les Berbères Sanhadja : ils furent ennemis irréconciliables de
+leurs dynasties (les Zirides d’Achir, les Hammadites de la Kalaa).
+
+Apparemment c’était le choc de deux organisations sociales irréductibles
+l’une à l’autre, la nomade et la sédentaire. A des Berbères sédentaires
+les Zénètes ont préféré des étrangers arabes, nomades comme eux-mêmes.
+Ils furent les alliés et les complices des Bédouins. Nous savons par
+Ibn-Khaldoun que les grandes dynasties zénètes de Tlemcen et de Fez
+(Abd-El-Ouadites, Mérinides) ont étroitement associé les Bédouins arabes
+à leur fortune.
+
+Par haine des émirs sanhadja, et pour trouver un appui contre eux, les
+Zénètes ont été les partisans fidèles des khalifes espagnols : ainsi
+est-il advenu par exemple que la tête de leur ennemi le plus illustre,
+le sanhadja Ziri, tué sur le Chéliff, alla pourrir sur les créneaux de
+Cordoue. Cette familiarité avec les hommes et les choses d’Espagne,
+attestée par le style des mosquées tlemceniennes, se trouva de grande
+conséquence, le jour où les victoires castillanes éparpillèrent les
+émigrés andalous à la surface du Maghreb. Ces missionnaires de la
+culture et de la langue arabe ne trouvèrent nulle part un sol mieux
+préparé que dans le Maghreb central. Ils y achevèrent l’œuvre que les
+Bédouins avaient commencée.
+
+Ici donc nous sommes en pleine lumière historique. Depuis cinq ou six
+siècles, nous suivons assez facilement les étapes successives qui ont
+fait de la Zénétie un pays de langue arabe. On voudrait voir ce nom de
+Zénétie se fixer dans la nomenclature géographique usuelle, comme le nom
+d’une grande région naturelle, d’une province.
+
+_La Kabylie Sanhadja._ — La voisine et la contre-partie de la Zénétie
+c’est la Kabylie des Sanhadja avec ses deux capitales successives, que
+nous connaissons déjà, Achir et la Kalaa. La Zénétie aussi d’ailleurs a
+eu deux capitales successives, Tiaret et Tlemcen. Il faut noter que, sur
+la carte des langues, Achir et la Kalaa paraissent en relation avec un
+fait curieux. Les grandes taches berbérophones algériennes sont
+disjointes par deux grandes brèches arabophones, qui pénètrent en coin.
+L’une s’insinue entre le groupe aurasien et le groupe kabyle ; et
+l’autre sépare la Kabylie de l’archipel de dialecte berbère autour de la
+Mitidja et du Chéliff. Or de ces deux grandes brèches arabophones la
+plus orientale part exactement de la Kalaa et la plus occidentale
+d’Achir. Tout se passe comme si chacune de ces capitales avait été un
+centre de rayonnement et de diffusion pour la langue arabe.
+
+Il n’y a rien de plus naturel. Achir et la Kalaa furent assurément des
+capitales musulmanes, la langue du Coran y était chez elle. C’étaient
+des villes d’ailleurs, et des centres politiques : la culture citadine,
+les besoins économiques et administratifs, sont difficilement
+compatibles à la longue avec un dialecte rural et local : il y fallait
+une vraie langue, et il n’y en avait pas d’autre imaginable que l’arabe.
+On saisit ici sur le fait, dans un cas concret, le lien de la carte des
+dialectes avec tout le passé historique, comme d’ailleurs avec la
+structure géographique. Mais Achir et la Kalaa étaient des capitales
+arabophones de royaumes berbères. D’ailleurs comme à peu près toutes les
+villes algériennes (les ports mis à part), elles s’élevaient à la limite
+de la steppe et du Tell. Il y a là une sorte de loi : le long de cette
+frontière entre deux mondes très contrastés, les conditions de la vie
+économique et politique, c’est-à-dire les conditions urbaines, sont
+réalisées mieux qu’ailleurs. Il ne faut cependant pas que cette
+situation frontière nous fasse illusion : Achir et la Kalaa par toutes
+leurs attaches appartenaient au Tell Sanhadja. A travers les siècles de
+leur existence elles ont eu pour ennemis acharnés les gens de la steppe,
+Zénètes et Arabes. Elles n’ont jamais interrompu la guerre, et elles
+sont tombées face à l’ennemi.
+
+Le duel entre ces deux Berbéries, celle des Sanhadja et celle des
+Zénètes remplit tout le moyen âge algérien, et il jette une lumière sur
+l’histoire tout entière de l’Algérie.
+
+Il arrive que nous essayons de philosopher, avec nos besoins
+intellectuels d’occidentaux, sur cette histoire absurde, qui n’évolue
+pas, sur cet imbroglio de guerres éternelles et inintelligibles, d’où on
+ne voit jamais émerger un empire durable, encore bien moins une nation.
+La tentative d’explication à laquelle on a recours le plus ordinairement
+est celle-ci. L’Algérie, voire l’Afrique du Nord, n’a pas pu réaliser
+son unité historique parce qu’elle n’a pas de centre géographique, rien
+qui rappelle notre Massif Central, ou la convergence des rivières vers
+un Paris. L’Algérie est toute en casiers distincts, qui communiquent
+difficilement, et qui ne s’ordonnent autour de rien. Cette explication,
+qui a déjà servi aux historiens de la Grèce antique, ne semble pas
+rendre compte du trait le plus frappant de l’histoire berbère. Tous les
+rois numides Syphax, Massinissa, Jugurtha, ont réalisé l’unité de
+l’Algérie sans difficulté : leur empire n’a jamais manqué de s’étendre
+de la Moulouya jusqu’aux portes de Carthage. Le royaume des Ibadites
+s’est étendu de la Tripolitaine à Tiaret. Tous les grands royaumes
+Berbères du moyen-âge, celui des Fatimides, celui des Almohades, etc.,
+ont embrassé, pendant un certain laps de temps, à peu près la totalité
+de la Berbérie. Cette extension de l’empire aux limites du pays se
+réalise toujours avec une rapidité foudroyante. Seulement çà ne tient
+jamais. C’est une unité champignon, qui pousse en une nuit, et qui tombe
+en poussière dans une matinée. Je ne crois pas qu’il y ait rien de
+semblable dans aucune autre des histoires qui nous soient familières.
+C’est un trait proprement berbère. On croit que le duel Sanhadja-Zénète
+aide à l’interpréter. En Orient, partout où les pasteurs et les paysans
+sont juxtaposés, il faut qu’il y ait entre eux une association, aucun de
+ces deux mondes ne se suffit à lui-même. Dans ce ménage la question
+primordiale est celle de la direction, du commandement. Nous savons très
+bien comment elle a été tranchée dans les deux grands empires
+historiques du Levant. En Égypte le sédentaire a toujours sans
+difficulté dominé le Bédouin. En Chaldée, ç’a été l’inverse : le pouvoir
+a toujours été aux mains des nomades, Assyriens, Perses, Arabes. Mais au
+Maghreb aucun des deux n’a pu établir sa domination sur l’autre. Ces
+siècles du moyen âge, à travers lesquels s’est déroulé le duel Sanhadja
+Zénète, furent précisément les seuls où les Berbères ont tenu leurs
+propres destinées dans leurs mains. Il y a eu un effort confus, mais
+violent pour réaliser l’union des nomades et des sédentaires par la
+subordination d’un groupe à l’autre. Il put sembler un temps qu’on
+aboutirait. Les Sanhadja tendaient à l’emporter. Le refoulement des
+Zénètes s’accusait dans le déplacement vers l’ouest de leur centre
+politique, transporté de Tiaret à Tlemcen. Leur appel aux secours
+espagnols paraissait indiquer l’épuisement. Si l’unification était
+possible il semblait que ce fût par les Sanhadja. _Si Pergama dextra_...
+Mais les Bédouins arabes apparurent et tout fut remis en question. Il
+fut acquis dès lors que la Berbérie gardait ses deux âmes
+inconciliables.
+
+Elle les a toujours eues à travers les millénaires de son histoire. Sa
+dualité irrémédiable explique apparemment qu’elle ait toujours eu des
+maîtres étrangers, Carthage, Rome, les Vandales, Byzance, les Arabes,
+les Turcs, les Français. Il y a peu de pays où l’impuissance d’être soi-
+même soit historiquement attestée à un pareil degré. De tous les
+incidents connus d’une longue histoire il n’y en a pas, je crois, où la
+dualité cause de cette impuissance apparaisse plus nettement que dans le
+conflit Sanhadja Zénète. Il dure encore d’ailleurs, entre Arabes et
+Kabyles. Lorsque Abd-El-Kader, le sultan arabe, essayant de nouer contre
+nous le bloc de tous les indigènes, en vint à s’adresser aux Kabyles, on
+lui répondit immédiatement en lui parlant de « couscoussou noir » (la
+poudre).
+
+Considérée sous cet angle la ligne de démarcation entre les arabophones
+et les berbérophones, c’est-à-dire le bord nord-oriental du horst
+algérien, n’apparaît-il pas comme l’épine dorsale de l’Algérie, la
+grande ligne maîtresse.
+
+_Bône._ — La Zénétie n’est pas la seule province entièrement arabophone
+d’Algérie. Il y en a une autre, la région de Bône, beaucoup moins
+étendue, mais tout à fait à part, symétrique de la Zénétie, de l’autre
+côté du bloc berbérophone. Les affinités sont avec la Tunisie, tout
+entière arabophone, dont elle est un prolongement sur le territoire
+algérien.
+
+Dans le bloc tunisien bônois la langue arabe n’a pas été introduite par
+les Bédouins du XIe au XVe siècle. Elle est venue bien plus tôt. Les
+Bédouins ont introduit en Algérie ce qu’on appelle l’arabe vulgaire, un
+arabe à syntaxe simplifiée, pauvrement vocalisé. Au temps d’Ibn-Khaldoun
+ce dialecte plébéien scandalisait les Tunisiens et les Andalous, parmi
+lesquels, par l’école, la littérature, la vie bourgeoise et urbaine, à
+la cour des Hafsides et des Ommeïades, l’arabe littéral s’était transmis
+et se conservait depuis la conquête.
+
+On sait que, au temps de Saint-Augustin, aux environs de Bône et de
+Guelma, « il fallait des interprètes puniques pour parlementer avec des
+paysans révoltés[194] ». Il faut donc admettre que, dans cette partie de
+l’Algérie, le bas peuple parlait punique au Ve siècle. La limite de
+cette influence carthaginoise, dont la profondeur nous est ainsi
+attestée, les archéologues semblent la placer vers Guelma et Constantine
+dans la grande banlieue de Bône, et vers Tébessa dans l’arrière-pays de
+Carthage elle-même[195]. C’est assez exactement aujourd’hui la limite
+des dialectes berbères et arabes : comme c’est d’ailleurs la limite des
+hautes plaines constantinoises.
+
+Est-il possible qu’il y ait là des coïncidences fortuites ?
+
+Personnellement on admettrait volontiers que la persistance du punique
+ait préparé les voies à la diffusion de l’arabe. Autour de Carthage et
+de Bône on soupçonnerait volontiers que les indigènes parlent arabe ou
+un dialecte sémitique voisin de l’arabe depuis 2500 ans. C’est là une
+idée que les archéologues et les latinistes admettraient sans
+difficulté. Que les mœurs, les dieux, l’écriture et la langue punique
+aient survécu à Carthage pendant des siècles, c’est un fait reconnu par
+eux[196]. Mais les arabisants les plus distingués répugnent vivement à
+voir un lien entre le punique et l’arabe. Il faut donc spécifier que
+notre hypothèse, formulée en passant, est hétérodoxe. On ne l’en croit
+pas moins juste pour cela. Mais après tout elle n’est pas indispensable
+pour rendre compte du phénomène. Pour expliquer la disparition du
+berbère en Tunisie, M. W. Marçais a bien voulu attirer mon attention sur
+un fait bien établi. En Tunisie ç’à été la vie urbaine, en Algérie la
+vie rurale qui a prédominé : les patois comme le berbère ont évidemment
+un caractère rural. Bien entendu la prédominance ancienne de la vie
+urbaine en Tunisie a un lien étroit avec l’existence de Carthage, des
+deux Carthages successives, la punique et la romaine. L’Afrique romaine,
+qui a succédé à la punique, avec sa civilisation millénaire, son
+organisation citadine, sa société bourgeoise, ses besoins de vieux
+peuple civilisé, ne pouvait pas se passer d’une langue littéraire. A
+défaut du latin, que l’effondrement de la domination romaine rendait
+impossible, elle adopta l’arabe : que cette substitution ait été
+facilitée, ou non, par la persistance dans les familles d’un patois
+carthaginois.
+
+C’est assurément une explication de ce genre qui rend compte du bloc
+arabophone tunisien bônois.
+
+_Le berceau des Fatimides._ — L’Afrique romaine avait du côté de la
+Maurétanie berbère une frontière qu’elle a gardée pendant des siècles et
+qui nous est bien connue, c’était le flumen Amsaga, qui porte
+aujourd’hui à son embouchure le nom d’oued el-Kebir, dans son cours
+moyen celui de Rummel, dans son cours supérieur celui de Bou-
+Merzoug[197]. C’est la rivière de Constantine. Dans l’Afrique antique
+l’Amsaga était une frontière aussi célèbre que la Moulouya (Mulucha),
+entre les deux Maurétanies, la Césarienne et la Tingitane.
+
+Il faut noter que cette frontière le long de l’Amsaga était politique et
+historique. Elle ne coïncide avec aucune frontière géographique
+imaginable. Ici le rayonnement de proche en proche du vieux pays
+civilisé de Carthage a triomphé des obstacles naturels, l’histoire a
+pris le pas sur la géographie.
+
+Aujourd’hui nous trouvons l’arabe installé comme langue unique non
+seulement sur la rive droite de l’Amsaga (région de Philippeville), mais
+aussi sur sa rive gauche (région de Djidjelli). Et nous devinons
+aisément à la suite de quel grand fait historique la langue arabe a
+réalisé cette dernière conquête.
+
+La petite Kabylie, entre la crête des Babor et l’oued el-Kebir
+(l’Amsaga) parle un dialecte arabe étrange : les arabisants à diverses
+reprises ont signalé les particularités de ce jargon[198]. Ce qui est
+intéressant pour nous ce sont les frontières entre lesquelles il est
+parlé. Ce sont, incontestablement, celles de la tribu ancienne des
+Ketama (Ukutemani des inscriptions, Koidamousioi de Ptolémée). Il n’y a
+pas de tribu berbère plus illustre : ce sont les Ketama qui ont fondé
+l’empire des Fatimides, conquis l’Égypte, pris pendant un temps la
+direction de l’Islam entier. Ce petit district fut au Xe siècle
+d’importance mondiale.
+
+Dans l’histoire de l’Islam Maugrebin, un honneur de ce genre est
+invariablement mortel. Les Koumia qui ont fondé la dynastie Almohade,
+les Sanhadja de Maurétanie qui ont fondé la dynastie Almoravide, etc.,
+tous ont été ensevelis dans leur triomphe. Et les Ketama n’ont pas fait
+exception à la règle. La tribu berbère qui élève son chef à l’empire se
+donne tout entière et sans réserve. Elle fournit, à elle seule,
+jalousement, tous les soldats et tous les fonctionnaires : elle réclame
+le monopole des batailles, et celui, encore plus redoutable, des
+jouissances : c’est une énorme flambée où la tribu tout entière est
+consumée en quelques dizaines d’années. On ne connaît rien d’analogue
+dans notre histoire européenne. Aujourd’hui le nom de Ketama a disparu
+depuis longtemps comme ethnique du moins : car il survit dans l’argot
+local comme appellation grossièrement injurieuse. A Constantine, dit
+Féraud, il est synonyme de « proxénète, sodomisé, homme avili,
+renégat[199] ». Il va sans dire qu’aucun indigène de petite Kabylie ne
+se reconnaît descendant des vieux Ketama historiques, et on pourrait les
+croire éteints. Seulement sur le territoire de la tribu il se parle un
+dialecte qui n’a aucun rapport avec aucun des dialectes voisins, et
+c’est un dialecte arabe. Il y a apparence qu’il remonte aux Xe et XIe
+siècles, à l’époque glorieuse.
+
+En résumé voilà un coin de Kabylie, toute l’extrémité orientale à l’est
+des Babor, qui est arabophone malgré son nom et malgré sa situation
+géographique. Sur ce point la géographie n’a pas servi de guide à
+l’histoire. Cette anomalie, dont les causes sont très apparentes, est
+curieuse.
+
+C’est un point où il faut se souvenir, dans la recherche des régions
+naturelles, que les sciences de la nature ne peuvent pas avoir une
+méthode rigide et déductive.
+
+_Cæsarea._ — Zénétie d’un côté, plaine et collines de Bône d’autre part,
+avec l’appendice de la petite Kabylie Ketama ; entre ces deux taches
+arabophones, le groupe des berbérophones : voilà bien l’image d’ensemble
+de l’Algérie, au point de vue linguistique. Mais dans le bloc des
+berbérophones il y a des distinctions intéressantes.
+
+A l’ouest, tout à fait en dehors du domaine kabyle, dans l’Algérie des
+plaines littorales, il y a un archipel de petites taches berbérophones
+autour de la Mitidja et du Chéliff. Ce sont les dernières traces en
+Algérie des dialectes zénètes, survivant encore péniblement au triomphe
+de la langue arabe. L’îlot le plus important de beaucoup est celui des
+Beni-Menacer à côté de Cherchell, l’ancienne Cæsarea, qui fut capitale
+de l’Algérie romaine, et qui lui donnait son nom de Maurétanie
+césarienne. Faut-il conclure qu’il puisse y avoir, dans certaines
+circonstances, un lien entre l’influence romaine et la persistance d’un
+idiome berbère ? On verra quelques lignes plus loin se poser le même
+problème.
+
+_Numidie et pays Chaouïa._ — Avec la Kabylie (l’ancien royaume
+Sanhadja), la province berbérophone la plus importante est évidemment le
+pays Chaouïa. L’Aurès tout entier, avec les hautes plaines qui le
+prolongent jusqu’aux portes de Constantine et de Souq-Ahras, tout cela
+est habité par des pâtres de moutons (c’est le sens du mot _Chaouïa_),
+qui parlent berbère, et qui ont une horreur nationale des Arabes.
+
+C’est une région naturelle à tous les points de vue. De grands accidents
+de structure l’isolent sur tout son pourtour. Vers l’ouest la grande
+cassure du Hodna, au nord la limite géographique si importante entre les
+hautes plaines et le Tell, entre le socle continental de l’Atlas
+saharien aux plis simples, et les bouleversements du géosynclinal
+tellien. Le contraste est tout aussi vif au point de vue humain. Ces
+pâtres, dont les moutons constituent à peu près tout le cheptel,
+nomadisent dans un petit rayon : tout leur manquerait pour les grandes
+randonnées, les bêtes de transport, les relations, l’organisation. Ils
+jalousent et ils détestent les grands nomades chameliers de langue
+arabe, avec lesquels depuis des siècles ils échangent des coups.
+
+Mais d’autre part ces gens qui vivent sous la tente sont très loin du
+villageois kabyle. Leurs dialectes berbères sont si différents qu’on se
+comprend à peine. Chaouïas et Kabyles sont les uns et les autres très
+conscients de leur individualité.
+
+Le pays Chaouïa a aussi son histoire à soi, un passé lointain qui lui
+appartient en propre.
+
+Cette grande cassure, qui coupe l’Algérie en écharpe, du seuil de Biskra
+jusqu’à Tlemcen, le bord nord-oriental du horst algérien, il faut noter
+qu’elle était suivie d’un bout à l’autre, assez exactement, par le
+_limes_ de l’empire romain. C’est un fait très curieux, un de ceux dont
+on a le droit de dire, apparemment, qu’ils ont des chances de n’être pas
+fortuits (fig. 46).
+
+Le _limes_ n’était pas la frontière. L’armée romaine agissait en dehors
+du limes, dressait des forteresses avancées : en deçà du limes était
+renfermé ce que nous appellerions le territoire de colonisation. Tout le
+pays chaouïa était en deçà du limes, comme d’ailleurs toute la Kabylie.
+
+Mais sous l’empire romain la Kabylie était la Maurétanie : le pays
+Chaouïa était la Numidie. Originairement nul doute que les Numides, ceux
+de Massinissa, n’aient été des nomades. Mais à mesure que l’empire a
+duré c’est la Numidie qui a été par excellence la province colonisée :
+c’est sur son sol que les archéologues retrouvent aujourd’hui toutes les
+ruines de grandes villes, Timgad, Khamissa, Mdaourouch, Tebessa,
+Lambèse, etc. La Maurétanie ne donne à peu près rien à l’archéologie ;
+elle reste jusqu’au bout, de fait comme de nom, le pays des Maures, le
+coin barbare. Mais le nom de la Numidie à l’apogée de l’Empire ne
+correspond plus à aucune réalité, le passé est mort, il n’y a plus de
+nomades, les olivettes ont pris la place des pâturages.
+
+Rien de plus naturel. De la même façon nous voyons de nos jours
+l’Oranie, la Zénétie des nomades, devenir le théâtre des grandes
+conquêtes pour la colonisation européenne. C’est là que le colon refoule
+l’indigène. Dans la Kabylie au contraire on signale des points, comme la
+Medjana, où le colon, appuyé, imposé par l’administration, est éliminé
+au contraire, silencieusement et définitivement, par la concurrence
+kabyle. On peut imaginer l’évolution de la Numidie sous l’empire romain
+en considérant celle du Sersou de nos jours. Ce sont choses
+comparables ; on reconnaît à ces traits l’Algérie éternelle.
+
+La Numidie colonisée fut un pays de grands domaines, de grande industrie
+agricole, exportateur en grand de céréales et d’huile. Elle donna au
+monde romain des écrivains comme Apulée, saint Augustin, issus d’une
+élite bourgeoise de langue et de culture latine. Elle lui donna aussi la
+plèbe révolutionnaire des Circoncellions : sous le nom d’hérésies, de
+luttes religieuses, on reconnaît des phénomènes qui nous sont familiers,
+les troubles sociaux, les mouvements ouvriers. Toute cette plèbe servile
+d’ouvriers agricoles était restée fidèle au dialecte berbère.
+
+Et dès lors on devine aisément ce qui advient lorsque croula la
+civilisation romaine. Ce qui fait si imposantes les ruines dont Timgad
+est le type classique, et qui rivalisent avec Pompéi, c’est que la
+Numidie a cessé d’un coup d’être une région urbaine. Les villes furent
+pillées, brûlées et abandonnées. Si elles avaient été reconstruites, si
+la vie avait continué dans leur enceinte, il n’en resterait plus trace.
+La vie qui refond et qui renouvelle est naturellement la grande
+destructrice. Avec les cités la bourgeoisie est morte et avec elle non
+seulement la langue latine, mais encore le besoin même d’avoir une
+véritable langue. Le dialecte berbère n’a plus de rival.
+
+On peut imaginer pourtant que cette plèbe des Circoncellions, regroupée
+en tribus berbères, n’ait jamais pu secouer tout à fait l’empreinte de
+son long passé romain. Ce passé, dont Masqueray a recherché pieusement
+les traces, a nécessairement contribué à faire une âme propre aux
+Chaouïas : comme aux Béni-Menasser de Cherchell. En face d’étrangers,
+comme les Arabes, venus du fond de l’orient et du désert, on conçoit que
+des gens qui ont un passé numide se sentent irréconciliables.
+
+_Conclusions._ — Assurément rien de tout cela n’est au point. Cette
+Algérie qui a été successivement carthaginoise, romaine, arabe, turque,
+française, et qui à travers tous ces avatars n’a jamais pourtant cessé
+d’être elle-même, a une histoire dont on entrevoit mal les grandes
+lignes. Les documents abondants avec lesquels il faudrait l’écrire
+rentrent dans des compartiments tout à fait étanches de l’érudition,
+celui par exemple des études classiques, et celui de l’orientalisme.
+
+Sous ces réserves il nous semble que la carte des langues en Algérie
+n’est pas inintelligible : on croit reconnaître les grands événements
+historiques qui l’ont dessinée, et qui ne sont pas indépendants de la
+structure. Cette Algérie humaine paraît avoir avec l’Algérie physique un
+rapport indéniable : et si on ne se trompe pas on pourrait donc conclure
+que dans le présent petit travail, on n’a pas moulu à vide.
+
+Ce rapport entre l’homme Algérien et le sol on peut le résumer très
+brièvement, au moins dans un trait essentiel. Quand nos pères, au temps
+de Louis-Philippe, ont pris contact avec ce pays, ils y ont distingué le
+Tell et les hauts plateaux. Le Tell c’est la zone côtière qui a été
+modelée par l’érosion avec la mer comme niveau de base. Les hauts
+plateaux c’est la région intérieure qui a été modelée par l’érosion en
+bassin fermé avec le chott voisin pour niveau de base. Le contraste
+entre les deux modelés est extraordinaire, il saute aux yeux, la
+première impression de nos pères était et reste très juste.
+
+Seulement cette grande division, si importante soit-elle, n’est pas le
+trait géographique essentiel qui a présidé au groupement historique de
+l’humanité. L’axe humain de l’Algérie c’est le grand arc montagneux qui
+la coupe en écharpe de Biskra à Tlemcen. On ne saurait trop insister là-
+dessus.
+
+Quoiqu’on ne l’ait jamais exposé nettement ce doit être une ligne de
+grande importance au point de vue climatique. La famine de 1921 a un
+rapport avec elle ; elle a épargné l’Aurès et les Kabylies, ç’a été une
+famine zénète. Les études de l’Institut Pasteur sur les sauterelles,
+lorsqu’on se décidera à les publier, feront ressortir cette limite à
+laquelle les grandes invasions d’acridiens marquent toujours un temps
+d’arrêt. C’est l’importance climatique assurément qui en fait la valeur
+humaine.
+
+Sur cette ligne deux humanités, ou en tout cas deux cultures,
+s’affrontent depuis les temps les plus reculés. Avant l’histoire, à
+l’époque des plus anciens tombeaux, dolmens et tumulus, l’arc Biskra-
+Tlemcen sépare déjà deux provinces tout à fait distinctes. La mission
+ethnographique Frobenius, qui a parcouru l’Algérie en 1914, l’a reconnu
+immédiatement[200] ; et on ne peut pas soupçonner M. Frobenius, dont
+l’ignorance ou le dédain de la bibliographie est fantastique, d’avoir
+emprunté cette idée à ses prédécesseurs. Elle s’est imposée à lui comme
+à eux[201]. Au nord de l’arc Biskra-Tlemcen sont les cimetières de
+dolmens, au sud les grossiers tumulus de cailloux éparpillés isolément.
+Aujourd’hui ce même arc sépare les grands nomades chameliers des paysans
+Kabyles et des petits nomades moutonniers ; le Zénétie de langue arabe,
+et le bloc Berbérophone dissocié en archipel. Les Romains dont l’empire
+en Afrique du Nord a duré cinq siècles, ont été plus dociles à
+l’évidence des faits que notre jeune administration française. Leur
+_limes_ allait de Biskra à Tlemcen.
+
+Ce grand arc montagneux est composite. Il est assemblé de bouts de
+chaîne discontinus entre l’Aurès et l’Ouarsenis ; à son extrémité
+occidentale entre la Mina et la Moulouya, c’est le rebord de grands
+causses, plus ou moins couverts de pinèdes, du sommet desquels on
+descend dans le Tell par de larges brèches. Ce chapelet de montagnes n’a
+pas plus de nom que d’unité. Et il faudrait cependant pouvoir nommer
+l’axe géographique de l’Algérie. Ne pourrait-on pas l’appeler la chaîne
+du limes ?
+
+On soulignerait ainsi son rôle historique. Mais il ne faut pas oublier
+qu’il est aussi, malgré son aspect hétéroclyte une réalité géologique
+extrêmement simple ; puisque c’est le rebord Nord-Oriental du horst
+algérien. Il n’y a guère de coin sur la planète où le lien entre la
+géologie et l’homme soit plus manifeste.
+
+
+[Note 191 : No 41, _passim_.]
+
+[Note 192 : No 112.]
+
+[Note 193 : No 65 carte jointe, no 51, _id._ et no 52, _id._]
+
+[Note 194 : No 63, p. 30.]
+
+[Note 195 : No 63, p. 26, 29, 36.]
+
+[Note 196 : Adhésion formelle de Cseu, no 64, t. IV, p. 498.]
+
+[Note 197 : No 8, feuille 8.]
+
+[Note 198 : No 34, p. 272.]
+
+[Note 199 : No 35, p. 159.]
+
+[Note 200 : 42 bis, p. 3, 22.]
+
+[Note 201 : 53 bis, p. 9.]
+
+
+
+
+ BIBLIOGRAPHIE DES CARTES
+
+ * * * * *
+
+
+Algérie :
+
+1. Carte du Service géographique de l’armée à 1:800000e.
+
+2. Carte géologique à 1:800000e, édition de 1900.
+
+3. Carte hypsométrique de Flotte de Roquevaire en couleurs à 1:1500000e
+(cette carte fait partie d’un Atlas Augustin Bernard et Flotte de
+Roquevaire, qui n’est pas encore dans le commerce et qui se prépare au
+Service géographique du Gouvernement général.
+
+4. Carte du Service géographique de l’armée à 1:200000e.
+
+5. Carte du Service géographique de l’armée à 1:100000e (territoires du
+Sud).
+
+6. Carte du Service géographique de l’armée à 1:50000e, topographique.
+
+7. Carte du Service géographique de l’armée à 1:50000e, géologique.
+
+8. Atlas archéologique de l’Algérie avec un texte explicatif de Stéphane
+Gsell. Alger, Jourdan, 1911.
+
+
+Tunisie :
+
+9. Carte du Service géographique de l’armée à 1:800000e.
+
+10. Carte géologique provisoire dressée par Aubert, 1892.
+
+11. Carte du Service géographique de l’armée à 1:100000e.
+
+12. Carte du Service géographique de l’armée à 1:50000e.
+
+13. Atlas archéologique de la Tunisie, accompagné d’un texte explicatif
+rédigé par Cagnat, Babelon, etc. Paris, Leroux.
+
+
+Maroc :
+
+14. Carte hypsométrique du Maroc en couleurs à 1:1500000e, dressée et
+publiée par le Bureau topographique du Maroc. Casablanca, 1918.
+
+15. Carte du Maroc à 1:1000000e, dressée et éditée par Barrère, 21, rue
+du Bac, Paris, 1913.
+
+16. Essai d’une carte géologique du Maroc par Louis Gentil, 1911, à
+1:2500000e accompagnant no 56.
+
+17. Esquisse géologique de la frontière marocaine par G.-B.-M. Flamand,
+à 1:1000000e, décembre 1909, publiée par le Gouvernement général de
+l’Algérie (territoires du Sud).
+
+18. Carte du Maroc à 1:200000e publiée par le Bureau topographique du
+Maroc (Casablanca).
+
+19. Carte du Maroc à 1:100000e publiée par le Bureau topographique du
+Maroc (Casablanca).
+
+
+Algérie, Tunisie, Maroc :
+
+20. Les cartes marines.
+
+
+
+
+ BIBLIOGRAPHIE
+
+ DES VOLUMES, ARTICLES DE REVUE, BROCHURES,
+
+ PAR NOMS D’AUTEURS, SUIVANT L’ORDRE ALPHABÉTIQUE
+
+ * * * * *
+
+
+21. Aubert : Explication de la carte géologique provisoire de la
+Tunisie, Paris, Barrère, 1892.
+
+22. A. Bernard et E. Ficheur : Les régions naturelles de l’Algérie,
+_Annales de Géographie_, t. XI, 1902, p. 221, 339, 419.
+
+23. Edmond Bernet : Contribution à l’étude géologique de la
+Tripolitaine, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XII, 1912, p. 385.
+
+24. Général Berthaut : Topologie. — Étude du terrain, t. I et II,
+Imprimerie du Service géographique, 1909.
+
+25. Général de Beylié : La Kalaa des Beni-Hammad, Paris, Leroux, 1907,
+in-4.
+
+26. Joseph Blayac : Esquisse géologique du bassin de la Seybouse, Alger,
+1912 (Thèse de doctorat).
+
+27. A. Brives : Voyages au Maroc (1901-1907), Alger, 1909, in-4. Cartes
+sous portefeuille séparé.
+
+28. Commandant G. Cauvet. Les mares à silures de l’Algérie. Dans
+_Bulletin de la Société d’histoire naturelle de l’Afrique du Nord_,
+1915, p. 102 à 104.
+
+29. R. Chudeau : Tectonique de l’Afrique occidentale, dans _Bull. Soc.
+Géol. Fr._, 4e série, t. XVIII, 1918, p. 59.
+
+30. M. Dalloni : Recherches sur la période néogène dans l’Algérie
+occidentale, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XV, 1915, p. 434.
+
+31. M. Dalloni : Les terrains oligocènes dans l’ouest de l’Algérie,
+_Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XVI, 1916, p. 97.
+
+31 _a._ M. Dalloni : Le terrain houiller sur le littoral de la province
+d’Oran, _Comptes rendus Acad. Sc._, 2 juin 1919, p. 1117.
+
+31 _b._ M. Dalloni : L’extension du terrain houiller sur le littoral de
+la province d’Oran, _Comptes Rendus sommaires de la Soc. Géol. Fr._, 21
+juin 1920, p. 133.
+
+31 _c._ M. Dalloni : Sur la structure de la chaîne numidique.
+Observations sur les prétendus charriages, _Bull. Soc. Géol. de France_,
+4e série, t. XX, p. 187 à 195, année 1920.
+
+32. L. Dollé : Les graptolites de la haute plaine du Tamlelt. _Ann. Soc.
+Géol. du Nord_, t. XLII, p. 223.
+
+32 _bis._ Excursion interuniversitaire en Algérie, dans _Annales de
+Géographie_, 15 mai 1921.
+
+33. L’Afrique septentrionale au XIIe siècle de notre ère. _Extrait du
+Kitab el-Istibçar_, traduction E. Fagnan, Constantine, 1900.
+
+34. L. Féraud : Mœurs et coutumes kabiles, _Revue Africaine_, année
+1862, p. 273, 429.
+
+35. L. Féraud : Notice sur les Oulad Abd-en-Nour, _Annales Soc. Arch.
+Const._, vol VIII, p. 134.
+
+36. E. Ficheur : Description géologique de la Kabylie du Djurdjura,
+Alger, 1890.
+
+37. E. Ficheur : Les terrains anciens et l’éocène métamorphique dans les
+massifs numidiens, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. II, 1903, p.
+407.
+
+38. E. Ficheur : Le cartennien de Ben Mahis, région de Berrouaghia
+(Alger), _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XVII, 1917, p. 136.
+
+39. Théobald Fischer : Mittelmeer bilder, _Zweite Aŭflage_, Leipzig und
+Berlin, 1913.
+
+40. Théobald Fischer : Mittelmeer bilder. _Neue Folge_, Leipzig und
+Berlin, 1908.
+
+41. G.-B.-M. Flamand : Recherches sur le haut pays de l’Oranie, Lyon,
+1911 (Thèse de doctorat).
+
+42. R. Fourtau : Sur le grès nubien, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 10
+novembre 1902.
+
+42 _bis._ Leo Frobeniŭs : Der Klein afrikanische Grabbaŭ
+(_Præhistorische Zeitschrift_, 1916).
+
+43. Fromentin : Une année dans le Sahel, Paris, 1898.
+
+44. E.-F. Gautier : La meseta Sud-Oranaise, _Annales de Géographie_, t.
+XVIII, 1909, p. 328.
+
+45. E.-F. Gautier : De Berrouaghia à Aumale, _Annales de Géographie_, t.
+XIX, 1910, p. 245.
+
+46. E.-F. Gautier : Les hauts plateaux Algériens, _La Géographie_, t.
+XXI, 1910, p. 89.
+
+47. E.-F. Gautier : Profils en long de cours d’eau en Algérie-Tunisie,
+_Annales de Géographie_, t. XX, 1911, p. 351 et 431.
+
+48. E.-F. Gautier : Le rocher de sel de Djelfa, _Annales de Géographie_,
+t. XXIII, 1914, p. 245.
+
+49. E.-F. Gautier : Le chott Tigri, _Annales de Géographie_, t. XXV,
+1916, p. 181 et 291.
+
+49 _bis._ E.-F. Gautier : La source du Thaddert à Figuig, _Annales de
+Géographie_, t. XXVI, 1917, p. 450.
+
+50. E.-F. Gautier et R. Chudeau : Missions au Sahara, t. I, _Sahara
+Algérien_, Paris, 1908.
+
+51. Edmond Doutté et E.-F. Gautier : _Enquête sur la dispersion de la
+langue Berbère_, Alger, 1912.
+
+52. E.-F. Gautier : Répartition de la langue Berbère en Algérie,
+_Annales de Géographie_, t. XXII, 1913, p. 255.
+
+53. E.-F. Gautier : L’Algérie et la Métropole, Paris, 1920.
+
+53 _bis._ E.-F. Gautier : Les premiers résultats de la mission
+Frobeniŭs, _Revue Africaine_, no 306, 1921.
+
+54. Louis Gentil : Étude géologique du bassin de la Tafna, Alger, 1903.
+
+55. Louis Gentil : L’Amalat d’Oudjda, _La Géographie_, t. XXIII, 1911,
+p. 17 et 331.
+
+56. Louis Gentil : La géologie du Maroc et la genèse de ses grandes
+chaînes, _Annales de géographie_, t. XXI, 1912, p. 130.
+
+57. Louis Gentil : _Le Maroc physique_, Alcan, 1912.
+
+58. Louis Gentil : Notes d’un voyage géologique à Taza (Maroc
+septentrional). Contribution à l’étude du détroit Sud-Rifain, _Bull.
+Soc. Géol. Fr._, 4e série, 1919, t. XVIII, p. 129.
+
+59. Louis Gentil : _Note dans les Comptes Rendus sommaires de la Soc.
+Géol. Fr._, no 5, 1er mars 1920.
+
+60. Louis Gentil et Léonce Joleaud : Les nappes de charriage dans
+l’Afrique du Nord, dans _Revue générale des sciences_, 15 octobre 1918.
+
+61. _a._ Gouvernement général de l’Algérie : _Notice sur l’hydraulique
+agricole_ (Exposition universelle de 1900).
+
+61 _b._ Gouvernement général de l’Algérie (Direction des travaux publics
+et des mines) : _Notice sur les routes, les ports, l’hydraulique
+agricole, les mines_ (Exposition coloniale de Marseille, 1906).
+
+62. Stéphane Gsell : Les monuments antiques de l’Algérie, t. I et II,
+Paris, 1901.
+
+63. Stéphane Gsell : L’Algérie dans l’antiquité, Alger, Jourdan, 1903.
+
+64. Stéphane Gsell : Histoire ancienne de l’Afrique du Nord, t. I, II,
+III et IV, Hachette, 1913 à 1920.
+
+65. Hanoteau : Essai de grammaire de la langue Tamachek, Paris, 1860.
+
+66. Émile Haug : Paléontologie, dans _Documents scientifiques de la
+mission Foureau-Lamy_, Paris, 1905.
+
+67. Ibn Khaldoun : Histoire des Berbères, _Traduction de Slane_, Alger,
+1852.
+
+68. Léonce Joleaud : Sur l’existence d’une nappe de charriage dans le
+nord-est de l’Algérie, _Compte Rendu Acad. Sc._, p. 480, 1908.
+
+69. Léonce Joleaud : Le régime des eaux dans la région de Constantine.
+Conférence imprimée à Constantine, 1908.
+
+70. Léonce Joleaud : Étude géologique de la chaîne Numidique,
+Montpellier, 1912 (Thèse de doctorat).
+
+71. Léonce Joleaud : Les grandes lignes directrices de l’orographie en
+Numidie, _Bull. Soc. de Géographie d’Alger_, 1913, p. 502.
+
+72. Joleaud : Notice sur Hammam Meskoutine, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 3e
+série, t. XIV, 1914, p. 423.
+
+73. Ch. Depéret et Léonce Joleaud : Les dépôts quaternaires marins de la
+région de Bône et de La Calle, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 30 avril
+1917.
+
+74. Léonce Joleaud et Alexandre Joly : Sur quelques phénomènes de
+capture observés dans le bassin du Haut Rummel, _A. F. A. S._, Lille,
+1909, p. 1217.
+
+75. Alexandre Joly : L’érosion par l’eau et le vent dans les steppes de
+la province d’Alger, _Bull. Soc. Géog._ d’Alger, 1904, p. 507.
+
+76. Alexandre Joly : La ligne de partage des eaux marines et
+continentales dans l’Afrique mineure, _Bull. Soc. géographique_ d’Oran,
+t. XXVII, 1907, fascicule CXII.
+
+77. Alexandre Joly : Le plateau steppien d’Algérie. Relief et structure,
+_Annales de géographie_, t. XVIII, 1909, p. 162 et 238.
+
+78. Général de Lamothe : Note sur les anciennes plages et terrasses du
+bassin de l’Isser, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 3e série, t. XXVII, 1899, p.
+257.
+
+79. Général de Lamothe : Les anciennes lignes de rivage du Sahel
+d’Alger, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 26 décembre 1904.
+
+80. Général de Lamothe : Les anciennes lignes de rivage du Sahel d’Alger
+et d’une partie de la côte algérienne (_Mém. Soc. Géol. Fr._, 4e série,
+I, Mém. no 6, 1911), in-4, XII + 288 p.
+
+81. Mission dirigée au sud de l’Algérie par Choisy (Documents relatifs à
+la), Paris, Imprimerie nationale, in-4, 1890.
+
+82. De Martonne : Traité de Géographie physique, Paris, Colin, 1re édit.
+
+82 _bis._ J. Pellegrin : Les vertébrés aquatiques du Sahara (_Comptes
+Rendus Acad. Sc._, t. CLIII, 1911, p. 972, 974.
+
+82 _ter._ J. Pellegrin : Les Vertébrés des eaux douces du Sahara _A. F.
+A. S._, Tunis, 1913, p. 346, 352.
+
+83. P. Penet : L’hydraulique agricole dans la Tunisie méridionale,
+Tunis, 1913.
+
+84. Pervinquières : Étude géologique de la Tunisie centrale (Direction
+générale des Travaux publics. Régence de Tunis). Paris, 1903.
+
+85. A. Pomel : Le Sahara. Observations de géologie et géographie
+physique... publié par la _Société de climatologie d’Alger_, Alger,
+in-8, 1873.
+
+86. A. Pomel : Géologie de la petite Syrte et de la région des chotts
+Tunisiens, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 1878, p. 217 à 224.
+
+87. A. Pomel : Explication de la deuxième édition de la carte géologique
+à 1:800000e, Alger, 1890.
+
+88. F. Rey : Sur la présence du Gothlandien dans la plaine du Tamlelt,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 1911.
+
+89. F. Rey : La haute plaine du Tamlelt, _Bull. Soc. Géog._, Oran, t.
+XXXI, 1911.
+
+90. F. Rey : Recherches géologiques et géographiques sur les territoires
+du Sud-Oranais et du Maroc sud-Oriental, _Revue de Géographie_, t. VIII,
+années 1914-1915.
+
+100. Étienne Ritter : Le Djebel-Amour et les monts des Oulad-Nayl
+(_Bull. du Service de la carte géologique_ de l’Algérie), Alger, 1902.
+
+101. Le capitaine Rodet : Les ruines d’Achir, _Revue Africaine_, t. LII,
+1908, p. 86.
+
+102. Henri Roux et Henri Douvillé : La géologie des environs de Redeyef
+(Tunisie), _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. X, 1910, p. 646.
+
+103. Henri Roux : Les plis des environs de Redeyef, _Bull. Soc. Géol.
+Fr._, t. XI, 1911, p. 249.
+
+104. J. Savornin : Esquisse orographique des chaînons au nord-ouest du
+Hodna, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 16 janvier 1905.
+
+105. E. Ficheur et J. Savornin : Sur les terrains tertiaires de
+l’Ouennougha, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 10 juillet 1905.
+
+106. J. Savornin : Sur la tectonique au sud-ouest du chott el-Hodna,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 13 novembre 1905.
+
+107. J. Savornin : Découverte d’un littoral de l’éocène inférieur dans
+la chaîne des Bibans, _A. F. A. S._, Cherbourg, 1905. _Notes et
+Mémoires_, Paris, 1906, p. 383-387.
+
+108. J. Savornin : La chaîne des Bibans pour le géographe et le
+géologue, _A. F. A. S._, _Ibidem_, p. 388-394.
+
+109. J. Savornin : La dépression de l’Ouennougha-Medjana, _A. F. A. S._,
+Lyon, 1906, p. 285.
+
+110. J. Savornin : Sur le géosynclinal miocène du Tell méridional,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 1907, p. 130.
+
+111. J. Savornin : Sur le régime hydrographique et climatérique Algérien
+depuis l’époque oligocène, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 21 décembre 1908.
+
+112. J. Savornin : Sur la direction des plissements de l’Atlas
+considérée comme résultante de deux actions orogéniques orthogonales,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 27 décembre 1909.
+
+113. J. Savornin : Cartes paléogéographiques dans E.-F. Gautier, no 46.
+
+114. J. Savornin : Au sujet des nappes de charriage du Djurdjura, etc.,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 12 janvier 1920.
+
+115. J. Savornin : Étude géologique de la région du Hodna et du plateau
+Sétifien, in-8, 496 p., Alger, 1920 (Thèse de doctorat).
+
+116. Ed. Suess : La face de la Terre. Traduction de Margerie, Paris,
+Colin.
+
+117. P. Termier : A propos d’une Note sur les terrains
+cristallophylliens du massif des Beni-Toufout, etc., dans _Bull. Soc.
+Géol. Fr._, 4e série, t. III, 1903, p. 130.
+
+118. P. Termier : Notes de tectonique Tunisienne et Constantinoise,
+_Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. VIII, 1908, p. 102.
+
+119. P. Termier : Sur la tectonique des terrains primaires dans la Nurra
+di Saddari (Sardaigne), _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XIV, 1914,
+p. 42.
+
+120. P. Termier : Note dans les _Comptes Rendus sommaires de la Soc.
+Géol. Fr._, 1er mars 1920.
+
+121. A. Thévenet : Essai de climatologie Algérienne, Alger, 1896.
+
+122. L. Ville : Notice sur les sondages exécutés dans le territoire
+civil de la province d’Alger pour la recherche des eaux jaillissantes,
+Alger, in-8, 1866.
+
+
+
+
+ TABLE DES FIGURES
+
+ * * * * *
+
+
+ Pages.
+
+ _Figure_ 1. Le système Alpin et la Tyrrénide 8
+
+ _Figure_ 2. Vallée de la Zousfana à travers l’Atlas de Figuig 15
+
+ _Figure_ 3. Le Maïz et le Beni Smir 17
+
+ _Figure_ 4. Le Tamlelt 20
+
+ _Figure_ 5. Le plateau de Médéa 29
+
+ _Figure_ 6. Les sillons Sahariens et l’Atlas 33
+
+ _Figure_ 7. Bras de mer éocrétacé 44
+
+ _Figure_ 8. Bras de mer des phosphates 44
+
+ _Figure_ 9. Mer oligocène 44
+
+ _Figure_ 10. Bras de mer cartennien 45
+
+ _Figure_ 11. Mer Sahélienne 45
+
+ _Figure_ 12. Le Rocher de sel de Djelfa 54
+
+ _Figure_ 13. Les dômes Nemenchas 59
+
+ _Figure_ 14. Le profil en long du Chéliff 74
+
+ _Figure_ 15. Région de Boghari 75
+
+ _Figure_ 16. Profil en long de l’oued Bou Sellam 77
+
+ _Figure_ 17. Coude de capture du Bou Sellam 78
+
+ _Figure_ 18. Profil en long de la Seybouse 80
+
+ _Figure_ 19. Profil en long du Rummel 80
+
+ _Figure_ 20. L’oued Bou Merzoug et l’oued Chott-Saboun 81
+
+ _Figure_ 21. Profil en long de l’oued Bou Merzoug prolongé 82
+ (hypothèse Grund)
+
+ _Figure_ 22. Carte schématique de l’allure des plis dans 88
+ l’Atlas Saharien
+
+ _Figure_ 23. Trois coupes à travers l’Atlas 96
+
+ _Figure_ 24. Tendrara, le point culminant des hauts plateaux 100
+
+ _Figure_ 25. Le Tigri 105
+
+ _Figure_ 26. Le Horst Algérien 118
+
+ _Figure_ 27. La fenêtre de l’oued Tifrit 123
+
+ _Figure_ 28. La fin des causses sur l’oued Mina 126
+
+ _Figure_ 29. Le front de la meseta Sud-Oranaise 127
+
+ _Figure_ 30. Le Djebel Badroun 140
+
+ _Figure_ 31. Chaîne des Bibans et sierra du Hodna 142
+
+ _Figure_ 32. Le Sahel et la baie d’Alger 155
+
+ _Figure_ 33. Profil en long du Sig 164
+
+ _Figure_ 34. Profil en long de l’Habra 165
+
+ _Figure_ 35. Profil en long de l’oued Sahel 166
+
+ _Figure_ 36. Profil en long de l’oued Isser 167
+
+ _Figure_ 37. Profils comparés de l’oued Sig et de l’oued Isser 167
+
+ _Figure_ 38. Profil longitudinal de la Tafna 172
+
+ _Figure_ 39. Carte bathymétrique de la Méditerranée 176
+ occidentale
+
+ _Figure_ 40. La côte de Bizerte et de Tunis 179
+
+ _Figure_ 41. Bizerte 181
+
+ _Figure_ 42. Lac Melah 183
+
+ _Figure_ 43. La plaine de Bône 187
+
+ _Figure_ 44. Profil en long de la Medjerda 191
+
+ _Figure_ 45. La transversale de Bougie 194
+
+ _Figure_ 46. Répartition des langues Berbère et Arabe 205
+
+
+
+
+ TABLE DES MATIÈRES
+
+ * * * * *
+
+
+ Pages.
+
+ AVANT-PROPOS 5
+
+ LIVRE I
+
+ LE CADRE
+
+ _Chapitre I. — L’Atlas et le plissement Alpin_ 7
+
+ _Chapitre II. — La grande faille Touat-Roussillon_ 13
+
+ Rue de palmiers 13
+
+ Haute Zousfana 14
+
+ Le Tamlelt 19
+
+ La Moulouya 23
+
+ Conclusion 25
+
+ _Chapitre III. — La grande dorsale Hoggar-Laghouat-Médéah_ 27
+
+ _Chapitre IV. — La brèche de Biskra et la croisée du Djérid_ 32
+
+ Brèche de Biskra 32
+
+ La croisée du Djérid 35
+
+ _Chapitre V. — Conclusions générales_ 37
+
+ LIVRE II
+
+ L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE
+
+ _Chapitre I. — Les temps primaires_ 39
+
+ _Chapitre II. — L’Algérie bras de mer_ 41
+
+ Bras de mer crétacé 41
+
+ Bras de mer éocène 43
+
+ La mer oligocène 47
+
+ Bras de mer miocène inférieur 49
+
+ Golfes Sahélien et Pliocène 50
+
+ Conclusion 51
+
+ _Chapitre III. — Le Trias_ 52
+
+ Rochers de sel 53
+
+ Facies tellien et steppien 56
+
+ Allure des affleurements 57
+
+ Dômes évidés 58
+
+ _Chapitre IV. — Les déserts successifs_ 61
+
+ L’Albien 61
+
+ L’Oligocène 62
+
+ Pliocène 64
+
+ Quaternaire 66
+
+ _Chapitre V. — La Méditerranée substituée à la Tyrrhénide_ 69
+
+ L’effondrement 69
+
+ Les conséquences 70
+
+ Profils longitudinaux 71
+
+ Chéliff 73
+
+ O. Bou Sellam 76
+
+ La Seybouse 79
+
+ Oued Rummel 80
+
+ Bou Merzoug 82
+
+ Conclusions 83
+
+ _Chapitre VI. — Conclusions du Livre_ 84
+
+ LIVRE III
+
+ HAUTS PLATEAUX
+
+ _Chapitre I. — Atlas Saharien_ 87
+
+ Unité de plan 88
+
+ Plissement ébauché 90
+
+ Modelé désertique 91
+
+ Lien entre les deux 93
+
+ _Chapitre II. — L’Aurès_ 95
+
+ _Chapitre III. — Tendrara_ 99
+
+ L’arc de Fortassa 101
+
+ _Chapitre IV. — Le Tigri_ 104
+
+ Le manteau alluvionnaire 106
+
+ Structure géologique 108
+
+ Structure topographique 110
+
+ Conclusions 112
+
+ Chotts à falaises 112
+
+ _Chapitre V. — Le horst Algérien_ 115
+
+ Plateau steppien 115
+
+ Le horst Algérien 117
+
+ _Chapitre VI. — La meseta sud-Oranaise_ 121
+
+ L’extrémité orientale du horst 128
+
+ Conclusions générales du Livre 129
+
+ LIVRE IV
+
+ LES PLIS DU TELL
+
+ _Chapitre I. — Les nappes_ 131
+
+ Djebel Ouach 131
+
+ Sierra de Kabylie 132
+
+ Zaccar 133
+
+ Système de nappes 133
+
+ Conclusions 135
+
+ _Chapitre II. — Chaîne des Bibans et Sierra du Hodna_ 138
+
+ Chaîne des Bibans 138
+
+ La route Romaine 141
+
+ Sierra du Hodna 142
+
+ Conclusions 144
+
+ _Chapitre III. — Le faisceau des plis_ 146
+
+ LIVRE V
+
+ LES TRANSVERSALES DU TELL
+
+ _Chapitre I. — De part et d’autre de Médéa_ 149
+
+ Tell oriental 150
+
+ Tell occidental 152
+
+ _Chapitre II. — La Mitidja_ 154
+
+ L’oued Mazafran 156
+
+ _Chapitre III. — Les plaines oranaises_ 158
+
+ Hydrographie de la plaine 159
+
+ _Chapitre IV. — Le Sig et l’Habra. L’Isser et l’oued Sahel_ 163
+
+ Sig et Habra 163
+
+ Oued Sahel et oued Isser 165
+
+ Comparaison 168
+
+ _Chapitre V. — La Tafna_ 171
+
+ La carte bathymétrique 171
+
+ La Tafna 171
+
+ Tlemcen et Siga 173
+
+ _Chapitre VI. — Le haut fond de Bône_ 175
+
+ La côte Algérienne 175
+
+ Côte Bônoise et Tunisienne 178
+
+ _Chapitre VII. — La plaine de Bône_ 186
+
+ L’Edough et la croisée orthogonale 186
+
+ La plaine 187
+
+ Affinités Tunisiennes 190
+
+ _Chapitre VIII. — Bougie_ 193
+
+ L’importance humaine 194
+
+ La Kalaa et Bougie 195
+
+ _Chapitre IX. — Tiaret_ 197
+
+ La Mina 197
+
+ Royaume de Tiaret 199
+
+ LIVRE VI
+
+ LES RÉGIONS NATURELLES ALGÉRIENNES
+
+ _Chapitre unique_ 201
+
+ But poursuivi 201
+
+ Régions naturelles 202
+
+ La carte des langues 203
+
+ Les lois du groupement 204
+
+ La Zénétie 206
+
+ La Kabylie Sanhadja 208
+
+ Bône 210
+
+ Le berceau des Fatimides 212
+
+ Cæsarea 213
+
+ Numidie et pays Chaouïa 214
+
+ Conclusions 216
+
+ BIBLIOGRAPHIE des cartes 219
+
+ BIBLIOGRAPHIE des volumes, articles, brochures, etc. 221
+
+
+
+
+ TABLE ALPHABÉTIQUE
+
+ * * * * *
+
+
+ A
+
+ _Accidents nord-sud_, p. 37 (voir _Transversales_), fig. 6.
+
+ _Achir_, p. 30, 148, 196, 208 et fig. 46.
+
+ _Aïn-Ouarka_, p. 57.
+
+ _Akbou_, p. 194.
+
+ _Alger_, p. 10, 30, 50 et 149.
+
+ (port d’), p. 175, 176 et fig. 32.
+
+ (Sahel d’), p. 154 et suiv. et fig. 5.
+
+ _Alpin_ (plis d’âge), p. 49, 147 et 194.
+
+ (dans le Tell occidental), p. 152.
+
+ (puissance maximum), p. 158.
+
+ _Ampère_, p. 79.
+
+ _Ampsaga_ (frontière Romaine), p. 82 et 212.
+
+ _Andalous_, p. 207.
+
+ _Arabes_, p. 97.
+
+ _Arabophones_, p. 203 et suiv.
+
+ (plaine de Bône), p. 206 et 210.
+
+ (petite Kabylie), p. 212.
+
+ (Oranie), p. 206, 207.
+
+ (trouée de Taza), p. 207.
+
+ (Tunisie), p. 204.
+
+ (domaine du punique), p. 211.
+
+ (nomadisme), p. 204.
+
+ (dans les plaines), p. 204.
+
+ _Archgoul_, p. 173.
+
+ _Arganier_, p. 70.
+
+ _Arzeu_, p. 176.
+
+ (salines d’), p. 163.
+
+ _Atlas_, p. 7 et suiv., p. 14, 37, 41, 51 et fig. 1.
+
+ (originalités de l’), p. 202.
+
+ _Atlas de Blida_, p. 133 et suiv., p. 154 et suiv., p. 198 et fig. 5.
+
+ _Grand Atlas marocain_, p. 23 et 87.
+
+ _Moyen Atlas marocain_, p. 24.
+
+ _Atlas d’Oran, Constantine et Alger_, p. 95.
+
+ _Atlas oranais_ (faible puissance), p. 198. (pluies), p. 199.
+
+ _Atlas Saharien_, p. 87 et suiv., p. 32, 51, 56, 87, 95, 116 et fig.
+ 22, 23, 26.
+
+ _Atlas Saharien_ (enfoui sous ses débris), p. 92.
+
+ (formes jurassiennes), p. 90.
+
+ (modelé désertique), p. 91.
+
+ (mouvements pliocènes), p. 89.
+
+ (plis ébauchés), p. 90.
+
+ (relai des plis), p. 87 et suiv. et 119.
+
+ (relayant l’A. Tellien), p. 186.
+
+ (terrasses), p. 89.
+
+ (synclinaux perchés), p. 91.
+
+ _Atlas Tellien_, p. 95 et fig. 23.
+
+ (comparé au Saharien), p. 128.
+
+ (coulisses de l’), p. 138 et suiv.
+
+ (énergie des plis), p. 143.
+
+ (extrémité orientale), p. 186.
+
+ (faisceau des plis), p. 146.
+
+ (habit d’arlequin), p. 145.
+
+ _Aumale_, p. 138.
+
+ _Aurès_, p. 32 et suiv., 95 et suiv. et fig. 6.
+
+ (direction des plis), p. 186 et fig. 23.
+
+ B
+
+ _Babor_ (calcaire des), p. 193.
+
+ (chaîne des ... et nappe ?), p. 132 et suiv. et fig. 45.
+
+ (limite langues), p. 212.
+
+ _Bassins fermés_ (anciens), p. 65, 108, et 150.
+
+ (domaine en régression), p. 71 et suiv. et fig. 19 et 21.
+
+ _Batha (el)_, p. 200.
+
+ _Bathymétriques_ (courbes), p. 171, fig. 29 et 32 ; p. 175 et suiv. et
+ fig. 39.
+
+ _Bel-Riada_, p. 100.
+
+ _Beni-Abbès_ (sultanat de Labès), p. 195 et fig. 45.
+
+ (Mokrani), p. 195.
+
+ _Beni-bou-Zeggou_ (mont des), p. 121 et fig. 29.
+
+ _Beni-Guill_, p. 24.
+
+ _Beni-Menacer_, p. 216.
+
+ _Beni-Ounif_, p. 14, 64 et fig. 2.
+
+ _Beni-Sliman_ (plaine des), p. 150.
+
+ _Berbères_ (royaumes), p. 209.
+
+ _Berbérie_ (maîtres étrangers), p. 210.
+
+ _Berbérophones_, p. 204 et suiv.
+
+ (Aurès), p. 214.
+
+ (Beni Menacer), p. 216.
+
+ (Chaouïa), p. 214.
+
+ (hautes plaines Constantine), p. 214.
+
+ (Kabylie), p. 207 et 208.
+
+ (Maroc), p. 204.
+
+ (monts de Blida et du Chélif), p. 206.
+
+ (réfugiés dans montagnes), p. 204.
+
+ (sédentaires), p. 204.
+
+ _Berguent_, p. 101.
+
+ _Berrouaghia_, p. 138 et fig. 31.
+
+ _Biban_ (chaînes des), p. 138 et suiv., fig. 31.
+
+ (âge Pyrénéen), p. 139 et fig. 30.
+
+ (axe de l’Atlas oligocène), p. 139.
+
+ (défilé des ...), p. 138 et suiv., p. 151, 195 et fig. 45.
+
+ (nappe des), p. 133.
+
+ (rivage de mers tertiaires), p. 139.
+
+ (route Romaine), p. 141.
+
+ (suture avec sierra du Hodna), p. 167.
+
+ _Billard du colonel_, p. 117.
+
+ _Biskra_ (seuil de), p. 21 et fig. 6, p. 32 et suiv., p. 50, 51, 96 et
+ fig. 23, p. 196 et 206.
+
+ _Bizerte_, p. 190 et fig. 40 et 41.
+
+ (goulet), p. 180, 181.
+
+ (profondeur lagune), p. 182.
+
+ (Rade), p. 180.
+
+ _Boghar_, p. 115.
+
+ _Boghari_, p. 48 et fig. 31.
+
+ (coude de capture), p. 73 et fig. 14 et 15.
+
+ _Bône_ (ville de), p. 80.
+
+ (rivalité avec Constantine), p. 192.
+
+ (côte de), p. 175 et 178.
+
+ (rias), p. 182 et suiv.
+
+ (terrasses), p. 184 et 185.
+
+ _Bône_ (plaine de), p. 187 et suiv., fig. 43, p. 193 et 206.
+
+ (affinités tunisiennes), p. 190 et 211.
+
+ (arabophone), p. 211.
+
+ (canaux ou Khelidj), p. 188.
+
+ (hydrographie), p. 187 et suiv.
+
+ (influences maritimes), p. 192.
+
+ (insalubrité), p. 188.
+
+ (langue punique), p. 192 et 211.
+
+ (relèvement niveau de base), p. 190.
+
+ _Bossuet_, p. 164.
+
+ _Bou Aiech_, p. 64.
+
+ _Bou Guezoul_ (marais), p. 73 et fig. 15.
+
+ _Bougie_ (baie de), p. 176 et 193 et fig. 45.
+
+ (capitale historique), p. 196.
+
+ _Bouira_, p. 165 et fig. 31.
+
+ _Bou Saada_, p. 116.
+
+ _Bouzaréa_, p. 10 et fig. 32.
+
+ _Brachyanticlinaux et synclinaux_, p. 16 et 202.
+
+ C
+
+ _Calcaires_ (cénomaniens et Turoniens), fig. 24, p. 22, 42, 43, 100 et
+ 138.
+
+ _Calcaires_ (Dinantiens), p. 22.
+
+ _Calcaires_ (Eocènes associés à liasiques), p. 132.
+
+ _Calcaires_ (liasiques et jurasiques) ; fig. 25 et 27, p. 16, 40, 122
+ et 193.
+
+ (_id._ associés à éocène), p. 132.
+
+ (_id._ d’architecture tabulaire), p. 122.
+
+ _Calcaires_ (pliocènes), p. 64 (voir _Croûte_).
+
+ _Calcaires_ (sénoniens), p. 43.
+
+ _Cap Bon_, p. 8, 180 et fig. 40.
+
+ _Cap Bougaroun_, p. 11, 95 et fig. 23.
+
+ _Cap Carbon_, p. 193.
+
+ _Cap de Fer_, p. 11.
+
+ _Cap de Garde_, p. 186 et fig. 43.
+
+ _Cap de Gata_, p. 25, 171 et fig. 6.
+
+ _Cap des trois fourches_, p. 25, 171 et fig. 6 et 29.
+
+ _Cap Djinet_, p. 11.
+
+ _Cap Figalo_, p. 11, 172 et fig. 29.
+
+ _Cap Matifou_, p. 10 et fig. 32.
+
+ _Cap Sidi Ferruch_, p. 10 et fig. 32.
+
+ _Causses_ (de Saïda et de Tlemcen), fig. 27, p. 42, 124 ; fig. 28, p.
+ 146 et 197.
+
+ _Cedrata_, p. 35.
+
+ _Cèdre_, p. 70.
+
+ _Chaïb-Ras-ho_, p. 109.
+
+ _Chanzy_ (limite du horst), p. 128 et fig. 29.
+
+ _Chaouïa_, p. 97, 192 et 214.
+
+ (circoncellions), p. 215.
+
+ (limites), p. 214.
+
+ (Numidie), p. 215.
+
+ (petits nomades), p. 214.
+
+ (Timgad), p. 215.
+
+ _Chênes lièges_, p. 47.
+
+ _Chenoua_ (nappe du .. ?), p. 134.
+
+ _Cherchell_ (Cæsarea), p. 30 et fig. 5, p. 149 et 213.
+
+ _Chotts_ (définition), p. 104.
+
+ (à falaise), p. 112 et suiv.
+
+ (ancienneté des), p. 63.
+
+ _Chott Chergui_, p. 104, 106 et 113.
+
+ _Chott el Beïda_, p. 79.
+
+ _Chott Djérid_, p. 36 et 112.
+
+ _Chott Hodna_, p. 106 et 112, voir _Hodna_.
+
+ _Chott Melr’ir_, p. 36, 95, 106, 112 et fig. 23.
+
+ _Chotts oranais_, p. 28, 46, 114 et fig. 6.
+
+ _Chott R’arbi_, p. 103 et 106.
+
+ _Chott Saboun_ (et oued _id._), p. 82, 84 et fig. 20, 21.
+
+ _Chott Tigri_ (voir Tigri).
+
+ _Chott Zahrez_, p. 57, 106, 112 et 114.
+
+ _Climat sec_ (ancienneté du), p. 61 et 201.
+
+ _Colbert_, p. 79.
+
+ _Constantine_, p. 81, 95, 151 et 192.
+
+ _Constantine_ (monts de), p. 131.
+
+ _Constantine_ (hautes plaines), p. 97 et 206.
+
+ (Berbérophones), p. 214.
+
+ (limites des), p. 214.
+
+ _Côte Algérienne_, p. 175.
+
+ (d’abrasion), p. 176.
+
+ (d’émersion), p. 177.
+
+ (grande fracture), p. 177.
+
+ (plages anciennes), p. 177.
+
+ (rades en faucilles), p. 175 et fig. 32.
+
+ _Côte Tunisienne_, p. 190 et fig. 40.
+
+ _Couches rouges_ (voir _Dépôts oligocènes_).
+
+ _Couque_ (sultanat de), p. 195.
+
+ _Crocodile_ (de l’oued Mihero), p. 66.
+
+ _Croisées orthogonales_ (voir _Transversales_).
+
+ _Croûte pliocène_, p. 65.
+
+ D
+
+ _Dahra_ (du Chéliff), p. 50.
+
+ _Dahra_ (du Maroc), p. 99.
+
+ _Dayas_ (de la plaine Oranaise), p. 159 et suiv. et fig. 29.
+
+ _Debdou_ (gada de), p. 121, 122 et fig. 29.
+
+ _Débit des rivières_ (incertitude du), p. 168.
+
+ _Dellys_, p. 48.
+
+ _Dépôts continentaux_, p. 52 et suiv.
+
+ _Dépôts continentaux_ (Tell occidental), p. 152.
+
+ _Dépôts continentaux_ (Tell oriental), p. 150, 151 et fig. 7, 8, 10.
+
+ _Dépôts littoraux_ (néritiques), p. 43.
+
+ _Dépôts mer profonde_ (bathyaux) p. 43.
+
+ _Dépôts mio-pliocènes_, p. 28 et 92.
+
+ _Dépôts oligocènes_, p. 62 et suiv., p. 92, 108, 150, 172 et 194.
+
+ (accompagnant chaîne des Biban), p. 139.
+
+ (étage aquitanien), p. 150.
+
+ _Dépôts Pliocènes_, p. 109.
+
+ _Dépôts Pontiens_, p. 62 et suiv., p. 92 et 108.
+
+ (dans le Tell oriental), p. 152.
+
+ _Dépôts Quaternaires_, p. 68 et suiv.
+
+ _Dépôts Tortoniens_, p. 62 et suiv.
+
+ _Détroit Sud Riffain_ (nappe ?), p. 135.
+
+ _Djaïfa_ (cirque de), p. 19 et fig. 4.
+
+ _Djattou_, p. 17.
+
+ _Djebel Amour_, p. 18, 42 et 88.
+
+ _Dj. Antar_ (du Grouz), p. 22.
+
+ _Dj. Antar_ (de Méchéria), p. 101.
+
+ _Dj. Badroun_ (oligocène daté), p. 139 et fig. 30.
+
+ _Dj. Béchar_, p. 14.
+
+ _Dj. Beni Chougran_, p. 153.
+
+ _Dj. Beni Smir_, p. 16 et suiv. et fig. 2, 3.
+
+ _Dj. Bou Arfa_, p. 21, 22 et fig. 25, p. 101, 102 et 110.
+
+ _Dj. Bou Taleb_, p. 142.
+
+ _Dj. Chebket Tamednaïa_, p. 14.
+
+ _Dj. Chouchkott_, p. 142, 151 et fig. 31.
+
+ _Dj. Dira_, p. 142, 151 et fig. 31.
+
+ _Dj. Grouz_, p. 14 et suiv., p. 87, 110 et fig. 2, 4.
+
+ _Dj. Haouanit_, p. 21, 22.
+
+ _Dj. Klakh_, p. 101 et fig. 25.
+
+ _Dj. Lakhdar_, p. 21, 102, 110 et fig. 4.
+
+ _Dj. Maadid_, p. 142, 196 et fig. 31.
+
+ _Dj. Maïz_, p. 16 et suiv., p. 100 et fig. 2, 3, 4.
+
+ _Dj. Mansoura_, p. 142, 151 et fig. 31.
+
+ _Dj. Matmata_, p. 35 et fig. 6, 23.
+
+ _Dj. Mezarif_, p. 14.
+
+ _Dj. Milok_, p. 91.
+
+ _Dj. Moumen_, p. 14.
+
+ _Dj. Nefouça_, p. 35 et 199.
+
+ _Dj. Orak_, p. 21, 101 et 102.
+
+ _Dj. Ouach_, p. 131.
+
+ _Dj. Ouenza_, p. 136.
+
+ _Dj. R’als_, p. 20 et fig. 4.
+
+ _Dj. Soffah_, p. 16 et fig. 2.
+
+ _Dj. Tendrara_, p. 99 et suiv., p. 106, 112 et suiv. et fig. 24.
+
+ _Dj. Tessala_, p. 153.
+
+ _Dj. Trara_, p. 153, 172.
+
+ _Dj. Zaccar_, p. 133, 151, 153, 198 et fig. 5.
+
+ _Dj. Zaghouan_, p. 36.
+
+ _Djedar_ (les), p. 199 et fig. 29.
+
+ _Djidjelli_ (route côtière), p. 151.
+
+ _Djurdjura_, p. 42, 95, 194 et fig. 45.
+
+ (nappe ?), p. 132 et suiv.
+
+ (altitude), p. 151 et fig. 23.
+
+ _Dômes_ (formes de relief), p. 58 et suiv., p. 114, 143 et fig. 12 et
+ 13.
+
+ _Dorsale Laghouat-Médéa_, p. 27 et suiv., p. 149, 170, 171 et fig. 5
+ et 6.
+
+ _Dunes_ (du Tigri), p. 107.
+
+ (de Mostaganem), p. 197.
+
+ _Duvivier_, p. 187 et fig. 43.
+
+ E
+
+ _Edough_, p. 96, 186 et fig. 43.
+
+ F
+
+ _Fatimides_, p. 212.
+
+ _Faune du Zambèse_, p. 66, 67.
+
+ _Figuig_, p. 16, 19 et fig. 2, 6.
+
+ _Flysch algérien_, p. 47.
+
+ _Fortassa_ (arc de), p. 101 et suiv., fig. 4 et 25.
+
+ _Frenda_, p. 199.
+
+ G
+
+ _Gabès_ (seuil de), p. 36.
+
+ _Gantra_ (el) p. 27, 28 et fig. 6.
+
+ _Garaet Achkel_ (Bizerte), ou _Garaet Lekhal_, p. 182 et fig. 40 et
+ 41.
+
+ _Garet Zerga_ (volcan), p. 109 et fig. 25.
+
+ _Géosynclinal_ (Algérien et Tellien), p. 41, 60, 85 et 144.
+
+ _Ghardimaou_, p. 191 et fig. 44.
+
+ _Ghar Rouban_, p. 122, 123 et fig. 29.
+
+ _Gravures rupestres_, p. 17, 61, 66 et 101.
+
+ _Grès Albiens_ (rouges, à dragées), p. 17, 42, 61 et suiv., 100, 102
+ et fig. 3 et 4.
+
+ _Grès Cartenniens_, p. 143.
+
+ _Grès éocènes_, p. 193.
+
+ _Grès medjaniens_, p. 47 et 143.
+
+ _Grès numidiens_, p. 47.
+
+ _Grès pliocènes_, p. 157 et 197.
+
+ _Grottes de Pélissier_, p. 50.
+
+ _Guelma_, p. 80, 186, 187, 211 et fig. 43.
+
+ (bœufs de), p. 188.
+
+ _Guergour_ (gorges du), p. 77.
+
+ (nappe ?), p. 134 et fig. 16, 17 et 31.
+
+ _Guerrah (el)_, p. 82 et fig. 20.
+
+ _Gypse_, voir _Roches Triasiques_.
+
+ H
+
+ _Haci Chguig_, p. 100.
+
+ _Haci-el-Aricha_, p. 108 et fig. 25.
+
+ _Haci-el-Kelb_, p. 110.
+
+ _Haci-Marrough_, p. 100.
+
+ _Halfa_ (limite de l’) p. 160.
+
+ _Hammeyan_, p. 24.
+
+ _Hercynienne_ (pénéplaine), p. 28, 38, 39, 52, 118, 119 et 201.
+
+ _Hilaliens_ (Bédouins), p. 207.
+
+ _Hodna_ (chott et cuvette), p. 28, 50, 106, 112 et fig. 6, 45.
+
+ (étranglement du), p. 95, 116 et fig. 23.
+
+ (plateforme du), p. 117.
+
+ _Hodna_ (sierra du), p. 142 et suiv., fig. 31.
+
+ (âge Alpin), p. 143.
+
+ (contraste avec Biban), p. 143 et 144.
+
+ (jeunesse du modelé), p. 143.
+
+ (Suture avec Biban), p. 167.
+
+ _Hoggar_, p. 27 et 32.
+
+ _Horst Algérien_, p. 115 et suiv., p. 121, 122 et fig. 26.
+
+ _Horst Algérien_ (chaîne du), p. 125 et suiv.
+
+ (épine dorsale de l’Algérie), p. 206.
+
+ _Horst marocain_, p. 117 et fig. 26.
+
+ I
+
+ _Ibadhite_ (royaume), p. 35 et 199.
+
+ _Ile Alboran_, p. 11, 25, 171, fig. 29 et 39.
+
+ _Ile aux chiens_, p. 180 et fig. 40.
+
+ _Ile Djerba_, p. 180 et fig. 39.
+
+ _Ile Habibas_, p. 11, 25, 172 et fig. 29.
+
+ _Ile Kerkenna_, p. 180 et fig. 39.
+
+ _Ile la Galite_, p. 11, 175 et fig. 39.
+
+ _Ile Rachgoun_, 11, 25, 172 et fig. 29.
+
+ _Iles Zaffarines_, p. 11, 25, 172 et fig. 29.
+
+ _Ile Zembra_, p. 180 et fig. 40.
+
+ K
+
+ _Kabyles_, p. 97.
+
+ _Kabylie_, p. 10, 30, 40, 151, 186 et fig. 1.
+
+ (Tell des), p. 193.
+
+ (boisement), p. 47.
+
+ _Kabylie_ (des Babor), p. 195.
+
+ _Kabylie_ (grande), p. 195.
+
+ _Kabylie_ (petite), p. 95 et fig. 23.
+
+ (arabophone), p. 212.
+
+ (Ketama), p. 212.
+
+ _Kabylies_ (sierra des), p. 132 et suiv., p. 186.
+
+ _Kairouan_, p. 36.
+
+ _Kalaa_ (des Beni Hammad), p. 196, 208 et fig. 45, 46.
+
+ _Kalaat-es-Senam_, p. 91.
+
+ _Kçour_ (monts des), p. 88.
+
+ _Ketama_ (voir _Fatimides_), p. 212.
+
+ _Kharedjites_ (voir _Ibadhites_, _Tiaret_, _Dj. Nefouça_).
+
+ _Kheneg Temda_ (éruptif), p. 197, et fig. 28.
+
+ _Kieselguhr_ p. 50.
+
+ _Koléa_ (gorges de), p. 156 et fig. 32.
+
+ _Kreider_ (sources chaudes), p. 113.
+
+ L
+
+ _Lac Fetzara_, p. 188 et fig. 43.
+
+ _Lac Halloula_, p. 160 et 181.
+
+ _Lac Oubeira_, p. 188 et fig. 43.
+
+ _Lacs Melah et Tonga_, p. 183, 190 et fig. 42, 43.
+
+ _La Calle_, p. 182, 183 et fig. 43.
+
+ _Lafayette_, p. 195.
+
+ _Lamoricière_ (limite du horst), p. 128.
+
+ _Langues_ (carte des), p. 203 et fig. 46.
+
+ _Lella Khadidja_, p. 132.
+
+ _Limes Romanus_, p. 35, 214 et suiv. et fig. 46.
+
+ M
+
+ _Macta_ (marais de la), p. 159 et 162.
+
+ (plaine de la), p. 159.
+
+ _Magenta_, p. 165.
+
+ _Maillot_, p. 166.
+
+ _Marnes_ (miocènes, ébouleuses), p. 142.
+
+ _Mascara_, p. 48, 114, 164, 199 et fig. 29.
+
+ (limite du horst), p. 128.
+
+ _Mazouna_, p. 200.
+
+ _Médéa_ (plateau de), p. 28, 150 et fig. 31.
+
+ (ville de), p. 150 et fig. 5.
+
+ _Medjana_ (plaine de), p. 195, fig. 31 et 45.
+
+ (Terres à blé), p. 142.
+
+ (centre historique), p. 196.
+
+ _Mer_ (niveau de base), p. 201, 202.
+
+ _Mer Cartennienne_, p. 49, 139, 144, fig. 10 et 30.
+
+ _Mers Crétacées_, p. 41 et suiv.
+
+ _Mer crétacé inférieur_, p. 42 et fig. 7.
+
+ _Mer des phosphates_, p. 34, 46, 198 et fig. 8.
+
+ _Mers éocènes_, p. 42 et suiv., 116.
+
+ _Mer Helvétienne_, p. 49 et 152.
+
+ _Mer medjanienne_, p. 139.
+
+ _Mers miocènes_, p. 34, 49, 150, 158, 172, 194, 198 et fig. 10.
+
+ _Mer oligocène_, p. 48 et suiv., 150 et fig. 9.
+
+ _Mer pliocène_, p. 50 et 158.
+
+ _Mer Sahélienne_, p. 50 et fig. 11.
+
+ _Mers du Tertiaire supérieur_, p. 152.
+
+ _Meseta sud-oranaise_, p. 121 et suiv., 172, 173 et 197.
+
+ _Metarka_, p. 111.
+
+ _Mila_ (cuvette de), p. 151.
+
+ _Miliana_, p. 28, 149 et fig. 5.
+
+ _Mitidja_, p. 28, 29, 154 et suiv., 181 et fig. 5.
+
+ (épaisseur alluvions), p. 154.
+
+ (marécages), p. 156 et fig. 32.
+
+ _Montagne de sel_ (el Outaya), p. 34.
+
+ (Djelfa), p. 53 et suiv. et fig. 12.
+
+ (Metlili), p. 34, voir _Trias_, _Roches Triasiques_.
+
+ _Mostaganem_ (ville), p. 200 et fig. 29.
+
+ (plateau et dunes), p. 160 et 197.
+
+ _Moulouya_ (faille de la), p. 24, 25 et 190.
+
+ _Mouydir_, p. 28.
+
+ _Msid Aïcha_, p. 132.
+
+ _Msirdas_ (volcan éteint), p. 113, 173 et fig. 29.
+
+ N
+
+ _Nappes de charriage_, p. 53, 131 et suiv., 147 et 202.
+
+ _Nomades_ (et sédentaires), p. 204, 207.
+
+ _Nomades_ (grands nomades chameliers), p. 196, 207.
+
+ (route de leurs invasions), p. 206.
+
+ _Nomades_ (petits), p. 214 (voir _Chaouïa_).
+
+ _Numides_, p. 97 (voir _Chaouïa_).
+
+ _Numidie_ (chaîne et nappe ?), p. 132 et suiv., 186 et fig. 43.
+
+ O
+
+ _Oran_ (sebkha d’), p. 160 et fig. 23, 29.
+
+ (rade d’), p. 176.
+
+ _Ouarsenis_, p. 152.
+
+ (âge Pyrénéen), p. 198.
+
+ (nappe ?), p. 133 et suiv.
+
+ _Oudjda_, p. 19, 121, 123 et fig. 29.
+
+ (limite du horst), p. 128.
+
+ _Oued Bou Merzoug_, p. 82, 84 et fig. 20, 21.
+
+ _Oued Bou Sellam_, p. 76 et suiv., 194 et fig. 16, 17 et 45.
+
+ _Oued Chéliff_, p. 28, 73 et suiv., 169 et fig. 5 et 28.
+
+ (embouchure), p. 197.
+
+ (vallée), p. 198.
+
+ (prolongation de la Soummam), p. 146.
+
+ (sebkhas de l’), p. 160 et fig. 29.
+
+ _Oued Cherf_, p. 80.
+
+ _Oued Chiffa_, p. 156.
+
+ _Oued Djedi_, p. 34 et 106.
+
+ _Oued el-Kebir_, p. 80.
+
+ _Oued el-Tine_ (zone d’épandage), p. 159 et fig. 29.
+
+ _Oued Habra_, p. 114.
+
+ (zone d’épandage), p. 159 et fig. 29.
+
+ (type du Tell occidental), p. 163 et suiv.
+
+ (profil de l’), p. 164 et fig. 34.
+
+ (barrage de l’), p. 169.
+
+ (jeunesse,) p. 169.
+
+ _Oued Hamis_, p. 156 et fig. 32.
+
+ _Oued Harrach_, p. 156 et fig. 32.
+
+ _Oued Igharghar_, p. 32, 66, 67, 96, 106 et fig. 6.
+
+ _Oued Imbert_ (ancien lit du Sig), p. 163 et fig. 29.
+
+ _Oued Isly_ p. 25, 122 et fig. 29.
+
+ _Oued Isser_ (profil de l’), p. 166 et fig. 36.
+
+ (plages et terrasses), p. 166 et fig. 5.
+
+ (comparé au Sig), p. 168 et fig. 37.
+
+ (voie ferrée), p. 141.
+
+ _Oued Kebir_ (de Bône), p. 185, 188 et fig. 42, 43.
+
+ _Oued Kçob_ (porte du Hodna), p. 195 et fig. 23.
+
+ _Oued Macta_, p. 159, 168 et fig. 29.
+
+ _Oued Mazafran_ (gorges de l’), p. 156 et 181.
+
+ (méandres encaissés), p. 156 et fig. 32.
+
+ (rivière antécédente), p. 156.
+
+ _Oued Mazzer_ (au Tigri), p. 106 et fig. 25.
+
+ _Oued Medjerda_, p. 182 et fig. 40.
+
+ (profil), p. 190, 191 et fig. 44.
+
+ (nappe ?), p. 135.
+
+ _Oued Mekerra_, p. 164 et fig. 23, 29.
+
+ _Oued Melah_ (Isser), p. 165 et fig. 30.
+
+ _Oued Mina_, p. 121, 196 et suiv.
+
+ (causses de), p. 126 et fig. 28.
+
+ (voie ferrée) p. 198.
+
+ _Oued Moulouya_, p. 23 et suiv., p. 121 et fig. 6.
+
+ (embouchure de), p. 171 et fig. 29.
+
+ (limite langues), p. 206.
+
+ _Oued Nahr Ouassel_, p. 76 et fig. 14.
+
+ _Oued R’ilan_ (gravures rupestres), p. 100.
+
+ _Oued R’ir_, p. 32 et fig. 6.
+
+ _Oued Rummel_ (gorges de l’), p. 80 et suiv., 152, et fig. 19, 20.
+
+ _Oued Sahel_ (profil), p. 165 et fig. 35.
+
+ (coupure de l’), p. 194 et fig. 45.
+
+ (vallée oligocène), p. 150 et 194.
+
+ (voie ferrée), p. 141.
+
+ _Oued Seybouse_, p. 79, 98, 169 et fig. 18.
+
+ (embouchure), p. 187.
+
+ (basse vallée), p. 187 et fig. 43.
+
+ _Oued Sig_, p. 114 et fig. 23.
+
+ (zone d’épandage), p. 159 et fig. 29.
+
+ (type de Tell occidental), p. 163.
+
+ (ancien lit), p. 163.
+
+ (profil), p. 165 et fig. 33.
+
+ (comparé à l’Isser), p. 168 et fig. 37.
+
+ (jeunesse), p. 169.
+
+ _Oued Soummam_.
+
+ (coupure de l’), p. 194 et fig. 45.
+
+ (golfe miocène), p. 194.
+
+ (vallée oligocène), p. 150 et 194.
+
+ (prolongeant le Chéliff), p. 140.
+
+ _Oued Tafna_, p. 25, 121, 169, 171 et suiv.
+
+ (profil), p. 172 et fig. 38.
+
+ (vallée et région), p. 193 et fig. 29.
+
+ _Oued Tifrit_, p. 122 et suiv., fig. 29.
+
+ (fenêtre de l’), p. 124 et fig. 27.
+
+ _Oued Tindja_ (Bizerte), p. 182 et fig. 41.
+
+ _Oued Tlélat_ (zone d’épandage), p. 159.
+
+ (ancien lit du Sig), p. 163 et fig. 29.
+
+ _Oued Touil_ (voir Chéliff), p. 57, 73, 169 et fig. 14.
+
+ _Oued Zousfana_, p. 16 et suiv., fig. 2 et 3.
+
+ _Ouenza_ (minéralisation), p. 191 (voir Djebel...).
+
+ _Ouled Fayet_ (cailloutis), p. 155 et fig. 32.
+
+ _Ouled-Naïl_, p. 42 et 88.
+
+ P
+
+ _Palestro_ (gorges de), p. 166.
+
+ _Pénéplaine_ (primaire, voir Hercynien), p. 21, 22, 23, 28, 121 et
+ fig. 4.
+
+ (fenêtres), p. 122 et fig. 26.
+
+ (plis), p. 122.
+
+ _Perrégaux_, p. 159, 164 et fig. 29.
+
+ (barrage), p. 169.
+
+ _Pétrole_ (associé aux nappes ?), p. 135.
+
+ _Phosphates_, p. 46, 47.
+
+ _Philippeville_, p. 212.
+
+ _Plages_ (émergées), p. 166, 177 et 184.
+
+ _Plaines Constantinoises_ (hautes), p. 128.
+
+ _Plaine d’Egris_, p. 164.
+
+ _Plaines Oranaises_ (cuvettes sans écoulement), p. 159 et suiv., fig.
+ 29.
+
+ (jeunesse), p. 162.
+
+ _Plaines sublittorales_, p. 30, 50, 154 et suiv., 187, 193 et 197.
+
+ _Plaines Tunisiennes_, p. 190.
+
+ (affinités Bônoises), p. 190.
+
+ _Plateaux_ (hauts), p. 46, 51, 85, 99, 118 et fig. 4, 6, 24 et 26.
+
+ _Plateau de Mindas_ (ou Mendez), p. 200 et fig. 28.
+
+ _Plateau des Dayas_, p. 28.
+
+ _Plateau des Nemenchas_, p. 60 et fig. 13.
+
+ _Plateau steppien_, p. 28 et 115.
+
+ _Plateforme paléozoïque_ (enfouie), p. 93 et 94, voir _Pénéplaine_.
+
+ _Pliocène_ (plissement), p. 156 et 157.
+
+ _Polygone de Constantine_, p. 63.
+
+ _Poudingues_, voir _Dépôts oligocènes_ et _Pliocènes_.
+
+ _Prévost-Paradol_, p. 197.
+
+ (causses de), p. 126 et fig. 28.
+
+ _Profils longitudinaux_ (méthodes des) ; p. 71 et 72.
+
+ _Pyrénéen_ (plis d’âge), p. 47, 48, 147, 151, 153 et 194.
+
+ Q
+
+ _Quaternaires_ (plissements), p. 156 et suiv. (voir _Dépôts
+ Quaternaires_).
+
+ R
+
+ _Raknet-el-Betoum_, p. 22.
+
+ _Randon_, p. 187 et fig. 43.
+
+ _Ras-el-ma_, p. 164.
+
+ _Rebroussement de plis_, p. 197.
+
+ _Redeyef_, p. 89.
+
+ _Régions naturelles_, p. 201 et suiv.
+
+ _Rif_, p. 8.
+
+ _Rio Salado_, p. 159, 161, 172 et fig. 29.
+
+ _Rivet_, p. 158.
+
+ _Roches albiennes_, p. 42, 43 et fig. 30 (voir _Grès_).
+
+ _Roches cénomaniennes_, p. 43, 100, 138, et fig. 4 et 30 (voir
+ _Calcaire_).
+
+ _Roches crétacées_, p. 14.
+
+ _Roches éocène moyen_, p. 47 (voir _Grès_).
+
+ _Roches éocène supérieur_, p. 47 (voir _Grès_).
+
+ _Roches éruptives_, p. 11, 25, 40, 173, 193 et fig. 1, 25.
+
+ (accompagnant rebroussement), p. 197.
+
+ (néphéline), p. 109.
+
+ (ophite, voir _Trias_), p. 18.
+
+ _Roches du Houiller_.
+
+ (Kabylies), p. 132.
+
+ (Sahel Oranais), p. 153.
+
+ _Roches infracrétacées_, p. 138.
+
+ _Roches jurassiques_, p. 122 et fig. 3, 4 (voir _Calcaire_).
+
+ _Roches liasiques_, p. 124 et fig. 3, 4 (voir _Calcaire_).
+
+ _Roches miocènes_, p. 180, 181 et fig. 30 (voir _Grès_, _Marnes_).
+
+ _Roches Permiennes_, p. 52 et 102.
+
+ _Roches pliocènes_, p. 50, 109, 110 et 158.
+
+ (altitude maximum), p. 158.
+
+ _Roches Primaires_, p. 14, 39, 40, 102, 193.
+
+ _Roches Sahéliennes_.
+
+ (Tell occidental), p. 152.
+
+ _Roches Sénoniennes_, p. 43.
+
+ _Roches Siluriennes_, p. 22, 124.
+
+ _Roches Triasiques_, p. 18, 52 et suiv., 61.
+
+ (allure stratigraphique), p. 57.
+
+ (Rochers de sel), p. 53 et suiv. et fig. 3.
+
+ S
+
+ _Sahara_, p. 13 et suiv. et 201.
+
+ _Sahel_, p. 50.
+
+ _Sahel d’Alger_, p. 154.
+
+ (cailloutis de l’Atlas), p. 155.
+
+ (Koléa), p. 156.
+
+ _Sahel d’Oran_, p. 153.
+
+ _Saïda (plateaux de)_, p. 120 (voir _Causses_, _Meseta_).
+
+ _Saint-Denis-du-Sig_, p. 158, 159, 165 et fig. 29.
+
+ _Saint-Ferdinand_ (cailloutis), p. 155 et fig. 32.
+
+ _Saint-Lucien_, p. 163.
+
+ _Sanhadja_ (royaumes), p. 195.
+
+ (capitales), p. 196, 208.
+
+ (luttes avec Zénètes), p. 208, 209.
+
+ _Sebkhas_ (région des), p. 79.
+
+ _Sebkha d’Oran_, p. 159, 163.
+
+ _Sel gemme_, voir _Roches Triasiques_.
+
+ _Sersou_, p. 215.
+
+ (blés), p. 198.
+
+ _Sétif_ (plaine de), p. 77 et fig. 16, 17.
+
+ _Sidi-Bader_, p. 191 et fig. 44.
+
+ _Sidi-bel-Abbès_, p. 48.
+
+ (plaine de), p. 165 et fig. 29.
+
+ _Sidi-Mansour_, p. 194.
+
+ _Sidi-Okba_, p. 207.
+
+ _Siga_, p. 173 et fig. 29.
+
+ _Silures de Biskra_, p. 66.
+
+ _Socle continental_, p. 60, 85, 87 et suiv. et 143.
+
+ _Souamah_ (ruines Romaines), p. 200 et fig. 28.
+
+ _Souk-Ahras_, p. 97.
+
+ _Sous-marins_ (seuil, socle, courbes, voir _Bathymétriques_).
+
+ _Staouéli_ (cailloutis de l’Atlas), p. 155 et fig. 32.
+
+ _Syrte_ (petite), p. 178 et fig. 39.
+
+ T
+
+ _Taderent_, p. 18.
+
+ _Tadmaït_, p. 28, 42 et fig. 6.
+
+ _Taguin_, p. 76.
+
+ _Tamlelt_, p. 19 et suiv., fig. 4.
+
+ _Tarla_ (col de), p. 16 et fig. 2.
+
+ _Taza_ (trouée de), p. 174, 199, 207 et fig. 46.
+
+ _Tebessa_, p. 215.
+
+ _Tell occidental_, p. 48, 149 et suiv.
+
+ (géosynclinal récent), p. 152, 153.
+
+ (plaines sublittorales), p. 154.
+
+ (oueds types), p. 163.
+
+ (dépôts continentaux), p. 152.
+
+ (fragments Pyrénéens), p. 153.
+
+ (moins pluvieux), p. 168.
+
+ _Tell oriental_, p. 149 et suiv.
+
+ (coulisses du), p. 150.
+
+ (caractère continental), p. 192.
+
+ (plus élevé), p. 151.
+
+ (tourisme), p. 151.
+
+ (pluies et végétation), p. 152.
+
+ (dépôts continentaux), p. 150, 151.
+
+ (poussée d’âge Alpin), p. 153.
+
+ (oueds typiques), p. 165.
+
+ _Ténès_ (nappe ?), p. 134.
+
+ _Teniet-el-Had_, p. 115.
+
+ (cèdres), p. 198.
+
+ (route), p. 198.
+
+ (nappe ?), p. 133 et suiv.
+
+ _Terrain des Gours_ (voir Oligocène).
+
+ _Tiaret_, p. 35, 48, 76, 209, 210 et fig. 28.
+
+ (Royaume de), p. 199.
+
+ (victoire Sidi Oqba), p. 199.
+
+ (capitale Abd-el-Qader), p. 199.
+
+ (capitale Sersou), p. 198.
+
+ _Tifarouïn_ (volcan éteint), p. 113, 173 et fig. 29.
+
+ _Tifedest_, p. 27.
+
+ _Timgad_, p. 215.
+
+ _Tigri_, p. 104 et suiv. et fig. 25.
+
+ (dunes du), p. 107.
+
+ (nebka du), p. 108.
+
+ (volcan du), p. 109.
+
+ (concrétions turriformes), p. 111.
+
+ (dissymétrie des falaises), p. 110.
+
+ (distribution des points d’eau), p. 111.
+
+ (Daya), p. 112 et fig. 4.
+
+ _Tioudadin_, p. 100.
+
+ _Tipaza_, p. 50.
+
+ _Titteri_, p. 142 et fig. 31.
+
+ (nappe ?), p. 133 et suiv.
+
+ _Tlemcen_ (plateaux de), p. 121 et fig. 29.
+
+ (limite du horst), p. 128.
+
+ (foyer de culture), p. 173.
+
+ (mosquées), p. 207.
+
+ (dynasties de), p. 207.
+
+ _Tombeau de la chrétienne_, p. 30 et 50.
+
+ _Touaregs_, p. 204.
+
+ _Touat_, p. 13 et suiv.
+
+ (cuvette du), p. 32.
+
+ (faille du), p. 173 et fig. 6.
+
+ _Transversales_ (divisions, de l’Atlas), p. 148 et 201.
+
+ (de Bône), p. 186 et suiv.
+
+ (de Bougie), p. 193 et suiv.
+
+ (de la Tafna), p. 171 et suiv.
+
+ (de Tiaret), p. 197 et suiv.
+
+ (voir _Dorsale_, _Moulouya_).
+
+ _Tremblements de terre_, p. 11 et 51.
+
+ (Masqueray), p. 167.
+
+ _Trembles_ (les), p. 163.
+
+ _Trias_.
+
+ (plastique), p. 119.
+
+ (historique de la question), p. 136.
+
+ (dans les plaines Oranaises), p. 161 (voir _Roches Triasiques_,
+ _Sel_, _Gypse_).
+
+ _Tunis (port de)_, p. 182 et fig. 40.
+
+ _Tunisienne_ (côte), p. 178 et suiv.
+
+ (corail, éponges, plongeurs), p. 178.
+
+ (îles, vallées sous-marines), p. 178, 180.
+
+ (rias envasés), p. 181 et suiv.
+
+ _Tyrrhénide_, p. 10 et suiv., 40, 131 et fig. 1.
+
+ (effondrement de la), p. 69.
+
+ (lambeaux de la), p. 150.
+
+ U
+
+ _Utique_ (port d’), p. 182 et fig. 40.
+
+ V
+
+ _Vie rurale_ (prédominante en Algérie), p. 211.
+
+ _Vie urbaine_ (conditions de la), p. 208.
+
+ (prédominante en Tunisie), p. 211.
+
+ _Volcaniques_ (îles), p. 175.
+
+ _Volcans_ (éteints), p. 109 et suiv., 113 et 173.
+
+ (Tifaraouïn et Msirdas), p. 25 et 173.
+
+ Z
+
+ _Zab_, p. 32, 34 et 96.
+
+ _Zénètes_, p. 97, 199 et 207.
+
+ (dynasties), p. 207.
+
+ (capitales), p. 207 et 210.
+
+ (luttes avec Sanhadja), p. 207 et 209.
+
+ (Ibadhites), p. 209.
+
+ _Zénétie_, p. 35, 206 et fig. 46.
+
+
+ * * * * *
+
+ 1347-21. — Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD. — 9-22.
+
+
+
+
+Note du transcripteur :
+
+
+ Page 14, " a un rapport plus on moins marqué " a été remplacé par
+ " plus ou moins "
+
+ Dans tous les cas (pg 29, 30, 141, 196, 213, 232, 234), " Coesarea "
+ ou " Cœsarea " a été remplacé par " Cæsarea "
+
+ Page 32, " où ils rencontent l’Atlas " a été remplacé par
+ " rencontrent "
+
+ Page 34, " la plus mon-trueuse montagne de sel " a été remplacé par
+ " monstrueuse "
+
+ Page 34, " et pendant de dart et d’autre " a été remplacé par " part "
+
+ Page 45, (fig. 11) " et à l’étage cartonnien " a été remplacé par
+ " cartennien "
+
+ Page 56, " de trous, paysage lumaire " a été remplacé par " lunaire "
+
+ Page 63, " M. Ficheur, retouve l’emplacement " a été remplacé par
+ " retrouve "
+
+ Page 77, " encaissées du Guergour la pense triple " a été remplacé par
+ " pente "
+
+ Page 79, " il est semé de foudrières " a été remplacé par
+ " fondrières "
+
+ Page 84, " climat actuel tend à resteindre " a été remplacé par
+ " restreindre "
+
+ Page 90, Réf. manquante à note 86 placée après réf. à note 85.
+
+ Page 98, " jaillissent les fameuse sources " a été remplacé par
+ " fameuses "
+
+ Page 123, (fig. 27) " LA FENÊTRE DE L’OUED TIGRIT " a été remplacé par
+ " TIFRIT "
+
+ Page 132, note 129, " feuilles du Djudjura " a été remplacé par
+ " Djurdjura "
+
+ Page 166, " Un déplacement aussi consédérable " a été remplacé par
+ " considérable "
+
+ Page 172, " Mais elles est accusée " a été remplacé par " elle "
+
+ Page 176, (fig. 39) " bathymétrique de la Méditerrannée " a été
+ remplacé par " Méditerranée "
+
+ Page 194, (fig. 45) " torsion où se retouve la croisée " a été
+ remplacé par " retrouve "
+
+ Page 210, " arabophores et les berbérophores " a été remplacé par
+ " arabophones et les berbérophones "
+
+ Page 211, " les arbisants les plus distingués " a été remplacé par
+ " arabisants "
+
+ Page 219, " Carte hypométrique de Flotte " a été remplacé par
+ " hypsométrique "
+
+ Page 233, [_Atlas Saharien_] " 56, 86, 95 " a été remplacé par
+ " 56, 87, 95 "
+
+ Page 240, " _Taguin_, p. 78. " a été remplacé par " 76 "
+
+ De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe
+ ont été apportés.
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78665 ***
diff --git a/78665-h/78665-h.htm b/78665-h/78665-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..6d04cbd
--- /dev/null
+++ b/78665-h/78665-h.htm
@@ -0,0 +1,14475 @@
+<!DOCTYPE html>
+<html lang="fr">
+<head>
+<title>Structure de l'Algérie | Project Gutenberg</title>
+<meta charset="utf-8">
+<link rel="icon" href="images/cover.jpg" type="image/x-cover">
+<style>
+body {
+ margin-left: 10%;
+ margin-right: 10%;
+}
+h1 {
+ text-align: center;
+ font-size: 225%;
+ font-weight: bold;
+ text-indent: 0;
+ line-height: 1.1;
+ margin-top: 2.5em;
+ margin-bottom: 1.5em;
+ clear: both;
+}
+h2 {
+ font-size: 110%;
+ text-align: center;
+ font-weight: normal;
+ line-height: 1.1;
+ margin-top: 2em;
+ page-break-before: always;
+ clear: both;
+}
+h2.nopb {
+ page-break-before: avoid;
+ margin-top: 2em;
+}
+h3 {
+ font-size: 100%;
+ margin-top: 2em;
+ margin-bottom: 1em;
+ font-weight: normal;
+ text-align: center;
+ page-break-before: always;
+ clear: both;
+}
+h3.nopb {
+ page-break-before: avoid;
+ margin-top: 1em;
+}
+hr.chap {
+ color: Gray;
+ background-color: Gray;
+ width: 65%;
+ margin-top: 1em;
+ margin-bottom: 2em;
+ margin-left: auto;
+ margin-right: auto;
+ clear: both;
+}
+hr.decor {
+ margin-left: auto;
+ margin-right: auto;
+ clear: both;
+}
+.pb {
+ page-break-before: always;
+}
+.x-ebookmaker hr.chap { display: none; visibility: hidden; }
+.spaced17 {
+ line-height: 1.7;
+}
+.space-above {
+ margin-top: 4em;
+}
+.space-above2 {
+ margin-top: 2em;
+}
+.space-above15 {
+ margin-top: 1.5em;
+}
+.space-below2 {
+ margin-bottom: 2em;
+}
+.letter-spaced01 {
+ letter-spacing: 0.1em;
+}
+.numletsp {
+ letter-spacing: 0.2em;
+}
+.word-spaced03 {
+ word-spacing: 0.3em;
+}
+.hang1 {
+ text-indent: -1em;
+ padding-left: 1em;
+ }
+.entbib {
+ text-indent: -2em;
+ padding-left: 2em;
+ }
+.entbib:target {
+ background-color: yellow;
+ }
+.publisher {
+ margin-top: 3.5em;
+ font-size: 100%;
+ line-height: 1.6;
+ text-align: center;
+ text-indent: 0;
+}
+p {
+ text-align: justify;
+ text-indent: 1.5em;
+ line-height: 1.2;
+ max-width: 1200px;
+ margin: auto;
+ margin-top: .51em;
+ margin-bottom: .49em;
+}
+.xlarge {
+ font-size: 130%;
+}
+.large {font-size: 110%;}
+.large105 {font-size: 105%;}
+.less {font-size: 95%;}
+.med {font-size: 85%;}
+.small {font-size: 75%;}
+.bold {font-weight: bold;}
+.sserif {
+ font-family: sans-serif, serif;
+}
+.sc {
+ font-variant: small-caps;
+ }
+.sc2 {
+ font-variant: small-caps;
+ font-size: 80%;
+ }
+.center {
+ text-align: center;
+ text-indent: 0;
+ }
+.pad4 {
+ padding-left: 4em
+ }
+.sch1 {
+ text-indent: 0;
+ text-align: center;
+ font-size: 115%;
+ font-family: sans-serif, serif;
+}
+.sch2 {
+ text-indent: 0;
+ text-align: center;
+ font-size: 95%;
+ margin-bottom: 1.5em;
+ font-family: sans-serif, serif;
+}
+.sch3 {
+ text-indent: 0;
+ text-align: center;
+ line-height: 1.5;
+ font-size: 85%;
+}
+.footnotes {
+ border: dashed 1px;
+ max-width: 1200px;
+ margin: auto;
+}
+.footnote {
+ margin-top: 0.5em;
+ margin-left: 10%;
+ margin-right: 5%;
+ font-size: 90%;
+}
+.footnote .label {
+ float: left;
+ margin-left: -12%;
+ text-align: right;
+}
+.fnanchor {
+ vertical-align: super;
+ font-size: .8em;
+ text-decoration: none;
+ font-style: normal;
+ font-weight: normal;
+}
+.pagenum {
+ position: absolute;
+ left: 92%;
+ font-size: small;
+ text-align: right;
+ font-style: normal;
+ font-weight: normal;
+ font-variant: normal;
+ letter-spacing: normal;
+ color: silver;
+ text-indent: 0;
+}
+ul.index {
+ list-style-type: none;
+ width: 40em;
+ margin: auto;
+ }
+.x-ebookmaker ul.index {
+ width: 100%;
+ }
+ul.index > li {
+ margin-top: 0.3em;
+ text-indent: -2em;
+ padding-left: 1em;
+ }
+ul.index > li.ifrst {
+ margin-top: 1em;
+ text-indent: 0;
+ padding-left: 0;
+ text-align: center;
+ }
+ul.index > li.isub {
+ margin-top: 0.3em;
+ text-indent: -2em;
+ padding-left: 2em;
+ }
+div.margins {
+ width: 1200px;
+ max-width: 100%;
+ margin: auto;
+}
+div.page {
+ text-align: center;
+ page-break-before: always;
+}
+div.titlepage {
+ text-align: center;
+ page-break-before: always;
+ page-break-inside: avoid;
+ margin: auto;
+ margin-top: 4em;
+}
+.transnote {
+ background-color: #E6E6FA;
+ color: black;
+ font-size:smaller;
+ padding:0.5em;
+ font-family:sans-serif, serif;
+}
+table {
+ margin-left: auto;
+ margin-right: auto;
+ font-size: 100%;
+}
+table.toc {
+ max-width: 40em;
+ font-size: 90%;
+}
+table.toi {
+ max-width: 40em;
+ font-size: 90%;
+}
+table.toc td, table.toi td {
+ padding-top: 0.25em;
+ padding-bottom: 0.25em;
+ padding-right: 0.4em;
+}
+table td.sect2 {
+ padding-top: 0.5em;
+ padding-bottom: 1em;
+}
+table td.sect1 {
+ padding-top: 1.5em;
+}
+table td.pad4 {
+ padding-left: 4em;
+}
+td, td > p {
+ margin-top: 0.25em;
+ line-height: 1.1em;
+}
+.tdl-top {
+ text-align: left;
+ vertical-align: top;
+ }
+.tdr-bot {
+ text-align: right;
+ vertical-align: bottom;
+ }
+.tdr {text-align: right;}
+.tdc {text-align: center;}
+.width20 {
+ width: 20em;
+}
+.width4 {
+ width: 4em;
+}
+.width3 {
+ width: 3em;
+}
+.width1 {
+ width: 1em;
+}
+div.igrp {
+ clear: both;
+ margin-top: 1em;
+ margin-bottom: 1em;
+ text-align: center;
+ width: 700px;
+ max-width: 100%;
+ margin: auto;
+}
+div.box-float-left {
+ text-align: center;
+ margin: auto;
+ padding: 1em 1em 1em 1em;
+ float: left;
+}
+div.box-float-right {
+ text-align: center;
+ margin: auto;
+ padding: 1em 1em 1em 1em;
+ float: right;
+}
+div.figfloat {
+ margin: auto;
+ margin-top: 0;
+ margin-bottom: 0;
+ text-align: center;
+ max-width: 100%;
+}
+div.figcenter {
+ margin: auto;
+ margin-top: 1em;
+ margin-bottom: 1em;
+ text-align: center;
+ max-width: 100%;
+}
+div.figdecor {
+ margin: auto;
+ margin-top: 0;
+ margin-bottom: 0;
+ text-align: center;
+ max-width: 100%;
+}
+figure {
+ display: inline-block;
+ margin: 0 auto;
+ text-align: center;
+ max-width: 100%;
+}
+figure p {
+ text-indent: 0;
+ margin-top: 0;
+ margin-bottom: 0;
+ margin-left: auto;
+ margin-right: auto;
+ }
+figure p.cp1 {
+ margin-top: 0.3em;
+ text-align: center;
+ font-size: 95%;
+ font-variant: small-caps;
+}
+figure p.space-above {
+ margin-top: 0.3em;
+}
+figure p.cp2 {
+ text-align: left;
+ text-indent: -1em;
+ padding-left: 1em;
+ font-size: 90%;
+}
+figure p.cp3 {
+ margin-top: 0.3em;
+ text-align: center;
+ font-size: 90%;
+}
+.igrp p.space-above {
+ margin-top: 0.3em;
+}
+.igrp p.cp2 {
+ text-align: left;
+ text-indent: -1em;
+ padding-left: 1em;
+ font-size: 90%;
+}
+.igrp p.cp3 {
+ margin-top: 0.3em;
+ text-align: center;
+ font-size: 90%;
+}
+.float-left {
+ float: left;
+}
+@media screen and (max-width: 900px) {
+.float-left {
+ float: none;
+ margin-bottom: 2em;
+}
+}
+.x-ebookmaker .float-left {
+ float: none;
+}
+.float-right {
+ float: right;
+}
+@media screen and (max-width: 900px) {
+.float-right {
+ float: none;
+}
+}
+.x-ebookmaker .float-right {
+ float: none;
+}
+.x-ebookmaker div.figfloat {
+ margin: auto;
+ text-align: center;
+ max-width: 100%;
+}
+.clear {
+ clear: both;
+}
+img {
+ width: inherit;
+ max-width: 100%;
+}
+.iwdecor1 {
+ width: 100px;
+}
+.iw1 { width: 700px; }
+.iw2 { width: 600px; }
+.iw3 { width: 400px; }
+.iw4 { width: 500px; }
+.iw5 { width: 350px; }
+.iw6 { width: 300px; }
+</style>
+</head>
+
+<body>
+<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78665 ***</div>
+
+<div class="margins">
+<div class="transnote x-ebookmaker-drop">
+<p class="center less">On peut cliquer sur les illustrations pour
+les agrandir.</p>
+
+<p class="center less"><a href="#toi">Table des figures</a> —
+<a href="#toc">Matières</a> — <a href="#ind">Index</a></p>
+</div>
+
+<p class="x-ebookmaker-drop space-above2">
+</p>
+
+<div class="page">
+<p class="center bold xlarge space-below2">Structure de
+l’Algérie</p>
+</div>
+
+<div class="page">
+<hr class="decor width3">
+
+<p class="center small spaced17">COULOMMIERS<br>
+Imprimerie <span class="sc">Paul</span> BRODARD.</p>
+
+<hr class="decor width3">
+</div>
+
+<div class="titlepage">
+<p class="center large space-above">E.-F. GAUTIER</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h1>Structure de l’Algérie</h1>
+
+<div class="figdecor iwdecor1">
+<figure><img src='images/decor1.jpg' alt='[Décoration]'>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="publisher"><span class=
+"large105 letter-spaced01">PARIS</span><br>
+<span class="sserif">SOCIÉTÉ D’ÉDITIONS GÉOGRAPHIQUES ET
+SCIENTIFIQUES</span><br>
+<span class="small">LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE<br>
+184, BOULEVARD SAINT-GERMAIN</span>
+</p>
+
+<hr class="decor width1">
+
+<p class="center less">1922</p>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_5">[5]</span><a id=
+"avan"></a>AVANT-PROPOS</h2>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<p class="space-above15">On croit devoir rappeler que nous avons
+sur l’Algérie une très belle collection de cartes topographiques, à
+1:5<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> pour le Tell, à
+1:20<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> pour les
+territoires du Sud, et même à 1:10<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> pour quelques coins de ces
+territoires, encore très rares, il est vrai.</p>
+
+<p>Par surcroît l’Algérie a un service géologique depuis près d’un
+demi-siècle&nbsp;: le nombre des cartes géologiques à
+1:5<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> publiées à la
+date de novembre 1920 atteint le chiffre de 49 et les études
+techniques de détail publiées par les membres du Service font une
+bibliothèque importante. Nous ne sommes aussi bien documentés ni
+sur le Maroc, naturellement, ni même sur la Tunisie, où le travail
+des géologues n’est pas aussi avancé que celui des topographes.
+Cette situation privilégiée de l’Algérie nous permet de risquer une
+esquisse de sa structure.</p>
+
+<p>Assurément on ne peut pas oublier que le Maroc et la Tunisie
+sont des prolongements latéraux de l’Algérie et qu’ils font avec
+elle partie d’un même tout, la chaîne de l’Atlas. Et on ne s’est
+pas interdit d’aller chercher au delà de la frontière des points de
+comparaison. Mais, essentiellement, le pays, dont on essaie de
+disséquer l’anatomie, c’est l’Algérie. C’est-à-dire la seule partie
+de la Berbérie française sur laquelle nous avons d’ores et déjà une
+accumulation suffisante de documents. C’est de ces documents qu’on
+va<span class="pagenum" id="Page_6">[6]</span> essayer ici une
+synthèse&nbsp;; c’est la première tentative de ce genre et elle est
+donc dangereuse&nbsp;; mais il était souhaitable apparemment que la
+lacune fût comblée.</p>
+
+<p>Le livre a pu paraître grâce à la générosité de M. le Gouverneur
+général d’Algérie, du Conseil de l’Université d’Alger, et de la
+Caisse des Recherches scientifiques au ministère de l’Instruction
+publique.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<p class="center xlarge pb space-above"><span class="pagenum" id=
+"Page_7">[7]</span>STRUCTURE DE L’ALGÉRIE</p>
+
+<hr class="decor width20">
+
+<h2 class="nopb"><a id="l1"></a>LIVRE I</h2>
+
+<p class="sch1">LE CADRE</p>
+
+<hr class="decor width3">
+
+<h3 class="nopb"><a id="l1c1"></a>CHAPITRE I</h3>
+
+<p class="sch2">L’ATLAS ET LE PLISSEMENT ALPIN</p>
+
+<p>La structure de l’Algérie se résume très exactement en un petit
+membre de phrase&nbsp;: un morceau de l’Atlas.</p>
+
+<p>La France se décompose au premier coup d’œil en grandes régions
+tout à fait différentes, les Alpes, les Pyrénées, le Plateau
+Central, etc. Mais il n’y a pas un coin de l’Algérie qui soit autre
+chose que de l’Atlas&nbsp;; du moins en gros, dans les lignes
+générales. Cette simplicité fera précisément la difficulté du
+problème quand il s’agira de décrire, puisque décrire c’est
+distinguer des parties. Avant d’en arriver là il faut dire ce
+qu’est l’ensemble, c’est-à-dire l’Atlas.</p>
+
+<p>L’Atlas est une chaîne de montagnes très connue, pas seulement
+en elle-même, par les études dont elle a été directement l’objet,
+mais encore par le reflet des études Alpines. Les Alpes sont à la
+surface du globe la chaîne de beaucoup la mieux connue, tous les
+efforts des géologues se sont concentrés sur elles, c’est sur les
+bases d’observations faites dans les Alpes qu’ont été édifiées
+toutes les théories orogéniques, à l’aide desquelles on cherche à
+comprendre les autres chaînes planétaires. Or l’Atlas n’est pas une
+chaîne autonome, elle est un rameau du système Alpin, du
+consentement universel des géologues, sans contestation.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_8">[8]</span>On sait très bien
+comment la chaîne nord-africaine se prolonge sur le sol européen à
+ses deux extrémités, la marocaine et la tunisienne (<a href=
+"#i01">fig. 1</a>).</p>
+
+<p>Au Maroc le Rif, qui est la dernière coulisse occidentale de
+l’Atlas, se continue en Andalousie par la Cordillère Bétique.</p>
+
+<p>De part et d’autre du détroit les deux colonnes d’Hercule, le
+rocher de Ceuta au sud, et celui de Gibraltar au nord, sont un
+pendant exact l’un de l’autre&nbsp;; mêmes calcaires, affectés des
+mêmes plis&nbsp;; le détroit n’est qu’une gorge envahie par la mer
+à travers la Cordillère Riffaine-Bétique.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i01"><a href="images/i01.jpg"><img src='images/i01.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 1. — Le système alpin et la Tyrrhénide.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">L’Atlas fait partie du système alpin
+(Cordillère Bétique, Rif, Atlas, Apennins, Alpes).</p>
+
+<p class="cp2">La Corse et la Sardaigne sont les témoins d’un
+continent effondré, la Tyrrhénide, dont d’autres débris sont restés
+accolés aux côtes de Provence, d’Italie méridionale, et d’Algérie
+(Kabylies). — L’effondrement Tyrrhénien a laissé sur les côtes de
+la Méditerranée occidentale un chapelet de roches volcaniques,
+cicatrices de la cassure.</p>
+
+<p class="cp2">Le môle résistant de la Tyrrhénide a déterminé
+l’allure serpentante du système alpin, et a refoulé tous les
+plissements dans le même sens, vers l’extérieur, c’est-à-dire en ce
+qui concerne l’Atlas vers le Sud.</p>
+
+<p class="cp2">Ceci se rapporte à la structure de l’Atlas vu du
+Nord, de la Méditerranée. Pour comparaison voir la <a href=
+"#i06">figure 6,</a> chap. 4.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="space-above15">A l’autre bout de l’Atlas, le bout
+tunisien, la rupture est plus importante. Cependant les géologues
+sont unanimes à dire que, par le cap Bon, à travers la Sicile,
+l’Atlas se prolonge par l’Apennin, qui lui-même dans la région de
+Gênes va se souder aux Alpes proprement<span class="pagenum" id=
+"Page_9">[9]</span> dites. La chaîne des coulisses plissées est
+continue depuis le Danube jusqu’à l’Andalousie, à travers toute
+l’Italie et toute l’Afrique du Nord.</p>
+
+<p>Cet ensemble est le système Alpin, le cadre général dans lequel
+rentre l’Atlas.</p>
+
+<p>Le dessin de ce système est très contourné, la chaîne a d’un
+bout à l’autre une allure gyratoire. La Cordillère Riffaine-Bétique
+a la forme d’un hameçon. Le complexe Atlas-Apennin se recourbe de
+la même façon sur soi-même. L’ensemble fait une ceinture à la
+Méditerranée occidentale sur les trois quarts de son pourtour. A
+l’autre extrémité du système Alpin, sur le Danube, les Carpathes
+ont la même allure enveloppante autour de la plaine hongroise.</p>
+
+<p>Le système Alpin tout entier, d’un bout à l’autre, à travers
+toute l’Europe, ne cesse pas de serpenter ainsi&nbsp;; c’est son
+originalité propre. Le cas n’est pas isolé à la surface de la
+planète&nbsp;; on cite par exemple les Antilles, qui sont une
+chaîne sous-marine à sommets émergés, et qui dessinent autour du
+golfe du Mexique un enveloppement plus que semi-circulaire.</p>
+
+<p>Ces allures enveloppantes, serpentantes, suggèrent l’idée
+d’obstacles contournés. Autour du bassin occidental méditerranéen,
+et à l’intérieur de ce bassin, quelques grands faits dûment
+constatés précisent cette idée.</p>
+
+<p>Cordillère Bétique, Atlas, Apennin, ces trois tronçons d’une
+même chaîne ne se contentent pas de serpenter autour de la
+Méditerranée occidentale, ils lui tournent invariablement le dos.
+Il faut entendre de la même façon que nos Alpes françaises
+familières tournent le dos à la plaine du Pô, et déferlent sur la
+vallée du Rhône leurs plis et leurs nappes, attestant une poussée
+qui s’est exercée d’Italie en France. De la même manière exactement
+l’Apennin déverse ses plis vers l’est, vers l’Adriatique&nbsp;;
+l’Atlas vers le sud, vers le Sahara&nbsp;; et la Cordillère Bétique
+vers le nord, vers la Meseta ibérique. Il y a donc un centre de
+refoulement périphérique vers le cœur de la Méditerranée
+occidentale, vers la Sardaigne.</p>
+
+<p>Qu’est-ce donc que la Sardaigne&nbsp;? La Sardaigne, avec la
+partie de la Corse qui lui fait suite, est un môle de vieilles
+roches cristallines. A mesure qu’on l’étudie davantage, au dire de
+Suess, «&nbsp;elle possède à un degré de plus en plus net les
+caractères d’une région extra Alpine&nbsp;»&nbsp;; Suess signale
+des analogies avec la Meseta ibérique<a id=
+"FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class=
+"fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_10">[10]</span>On est donc
+conduit à l’idée qu’il a existé, sur l’emplacement de la
+Méditerranée occidentale, un môle résistant, qui a refoulé autour
+de soi les plis du géosynclinal. Cette ancienne terre ferme, abîmée
+aujourd’hui, sauf le fragment Sarde, sous des épaisseurs d’eau qui
+vont à <span class="numletsp">3</span>000 mètres, les naturalistes
+lui ont donné le nom de Tyrrhénide&nbsp;: il est à peine utile de
+rappeler qu’ils ont emprunté ce nom à la mer Tyrrhénienne.</p>
+
+<p>Sur les côtes de la Méditerranée occidentale, celles
+d’Andalousie, d’Afrique, d’Italie, voire de Provence, la Tyrrhénide
+a laissé des fragments de soi, et des traces de la rupture.</p>
+
+<p>Dans notre Algérie par exemple, les vieilles roches cristallines
+sont sur la côte, dans les Kabylies, et nulle part ailleurs dans
+tout l’intérieur du pays. Dans la région d’Alger en particulier
+trois petits pointements côtiers de schistes cristallins sont
+significatifs. L’un est celui de la Bouzaréa, le promontoire sur
+lequel est construit la vieille ville. Les deux autres, à droite et
+à gauche de la Bouzaréa sont ceux du cap Matifou et du cap
+Sidi-Ferruch (<a href="#i32">fig. 32</a>). Ces trois promontoires
+voisins, parmi lesquels Matifou et Sidi-Ferruch sont tout à fait
+exigus, sont construits de même. Chacun est un paquet hétérogène de
+vieilles roches cristallines, collé à une côte de roches tertiaires
+récentes. Ce sont des corps étrangers, des lambeaux&nbsp;;
+puisqu’ils n’ont pas de rapport intelligible avec la terre ferme,
+il faut chercher leur continuation et leur explication au fond de
+la mer&nbsp;: ce sont des bavures détachées de la Tyrrhénide.</p>
+
+<p>En Italie les vieilles roches de la Calabre (monts Péloritains,
+Aspromonte, Sila) font de même un contraste absolu avec tout le
+reste de l’Apennin. D’après Suess on a trouvé en grandes quantités,
+éparpillés à travers tout l’Apennin, «&nbsp;des blocs de granite,
+de syénite, de porphyre, et d’autres roches&nbsp;», et on suppose
+«&nbsp;que leur pays d’origine se trouverait dans la Tyrrhénide
+effondrée&nbsp;». Tout confirme donc «&nbsp;l’hypothèse qu’une
+grande chaîne en partie granitique, existait jadis à l’ouest de la
+péninsule&nbsp;»<a id="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class=
+"fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<p>En Provence les monts des Maures (Esterel, îles d’Hyères) font
+ce même contraste de corps étranger avec les Alpes. En tout cas ils
+n’ont pas «&nbsp;avec les plis provençaux une liaison intime&nbsp;;
+ils affectent plutôt les caractères d’un fragment
+d’avant-pays&nbsp;»<a id="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3"
+class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<p>Par les cassures le long desquelles la Tyrrhénide s’est
+abîmée,<span class="pagenum" id="Page_11">[11]</span> des roches
+éruptives se sont fait jour, qu’on observe en chapelet tout le long
+des côtes.</p>
+
+<p>En Italie des volcans sont encore en activité, le Vésuve, le
+groupe Etna-îles Lipari&nbsp;; d’autres sont à peine éteints et
+d’aspect frais comme ceux de la campagne Romaine, le Volture&nbsp;;
+et tous ont un caractère nettement Tyrrhénien. En Andalousie les
+caps de Gata et de Palos sont de roche éruptive.</p>
+
+<p class="space-above15">En Algérie le cas est très net.
+L’intérieur du pays est à peu près complètement dépourvu de roches
+éruptives. Elles sont concentrées sur la côte, où elles
+abondent.</p>
+
+<p>La plupart des pointements sont des promontoires, cap de Fer,
+cap Bougaroun, cap Djinet, cap Figalo, etc.&nbsp;; une énumération
+complète serait deux fois plus longue. Ou bien encore des
+îles&nbsp;; sur cette côte abrupte toutes les îles, je crois, sans
+exception sont de roches éruptives&nbsp;: île Galite, Habibas,
+Rachgoun, Zaffarines, Alboran.</p>
+
+<p>C’est vraiment très particulier. Cela seul suffirait à montrer
+qu’une grande cassure longe la côte.</p>
+
+<p>Et notez que toutes ces côtes sont secouées par des séismes.
+Inutile d’insister sur l’Italie méridionale, ni même sur l’Afrique
+du Nord, on a présent à l’esprit les tremblements de terre d’Oran,
+de Blida.</p>
+
+<p>De la côte espagnole entre Almeria et Carthagène on nous dit
+qu’aucune portion du littoral ibérique, sauf les environs de
+Lisbonne, n’est exposée à de plus violents et de plus fréquents
+tremblements de terre<a id="FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4"
+class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<p>Pour établir l’existence de la Tyrrhénide, les zoologistes
+viennent en aide aux géologues, et ils apportent eux aussi des
+arguments décisifs. Le zoologiste anglais Forsyth Major les a
+groupés dans un article intitulé Tyrrhénis<a id=
+"FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class=
+"fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<p>Les îles de la mer Tyrrhénienne ont une faune subfossile et
+actuelle qui n’a rien d’insulaire. On a identifié des ossements de
+cerfs dans la petite île de Pianosa&nbsp;; de même à Giannutri dont
+l’étendue ne dépasse pas 200 hectares. Un grand nombre de
+trouvailles analogues ont été faites à l’île d’Elbe. Sur les 16
+espèces de mammifères qui vivent en Corse et en Sardaigne on en
+compterait 7 qui manquent dans la péninsule italienne, tandis que
+ces 7 espèces vivent toutes en Algérie. Il s’agirait donc d’une
+terre fragmentée à une époque très récente.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_12">[12]</span>La Tyrrhénide est
+donc une hypothèse très solidement établie. C’est même plus qu’une
+hypothèse, on peut dire apparemment que c’est un fait. Mais bien
+entendu cette ancienne terre est très floue&nbsp;; elle a des
+contours et un âge indécis.</p>
+
+<p>D’ailleurs en résumant des arguments empruntés à des sciences
+naturelles variées, on risque d’avoir commis des inexactitudes.</p>
+
+<p>Le but qu’on se proposait pourtant est très simple et on espère
+l’avoir atteint. On n’a pas songé à rendre de la Tyrrhénide un
+compte détaillé. C’est de l’Atlas dont il s’agit&nbsp;? Cette
+chaîne plissée ne serait pas intelligible, si on n’eût pas dit un
+mot du môle résistant qui a borné le géosynclinal au nord, et qui a
+joué le rôle de refouloir.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl1c1">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class=
+"label">[1]</span></a><a href="#entbib116">N<sup>o</sup> 116</a>,
+t. I, p. 306.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class=
+"label">[2]</span></a><a href="#entbib116">N<sup>o</sup> 116</a>,
+t. III, p. 871.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class=
+"label">[3]</span></a><a href="#entbib116"><em>Id.</em></a>, p.
+899.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class=
+"label">[4]</span></a>Suess, <a href="#entbib116">n<sup>o</sup>
+116</a>, t. I, p. 295.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class=
+"label">[5]</span></a>Cité par Suess, <a href=
+"#entbib116">n<sup>o</sup> 116</a>, t. I, p. 446.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_13">[13]</span><a id=
+"l1c2"></a>CHAPITRE II</h3>
+
+<p class="sch2">LA GRANDE FAILLE TOUAT. - ROUSSILLON</p>
+
+<p>Le butoir correspondant à la Tyrrhénide, au sud de l’Atlas,
+c’est naturellement la plate-forme Saharienne. Au rebours de la
+Tyrrhénide elle n’a pas été soustraite à l’observation par
+l’effondrement sous la mer. Et cependant ses rapports avec le
+plissement de l’Atlas n’ont pas attiré l’attention des géologues au
+même degré, tant s’en faut, que la Tyrrhénide. C’est tout naturel.
+Le monde méditerranéen a été incomparablement plus étudié que le
+Sahara. Je me trouve m’être, depuis une vingtaine d’années,
+familiarisé avec le Sahara, et je crois que, si on prend en
+considération sa structure, on est conduit à comprendre beaucoup
+mieux celle de l’Algérie. Il me semble d’abord qu’un très gros fait
+a échappé à l’attention&nbsp;; l’existence d’une grande faille, ou,
+si l’on préfère une expression moins précise, un grand accident,
+qui, dans la zone frontière entre Maroc et Algérie, intéresse à la
+fois la plate-forme Saharienne, l’Atlas, et d’ailleurs aussi la
+Méditerranée. On le suit, j’imagine, depuis le Tidikelt et le Touat
+jusqu’aux Pyrénées orientales.</p>
+
+<p><em>Rue de Palmiers.</em> — Au Sahara Oranais le trait essentiel
+est l’existence de ce qu’un chroniqueur arabe appelle une
+«&nbsp;rue de palmiers&nbsp;». Toutes les oasis, sans exception, se
+succèdent en ligne à peu près continue, en rue, en route bordée et
+jalonnée de palmiers, depuis l’Atlas jusqu’à In-Salah. Ce ruban de
+verdure a un millier de kilomètres de long&nbsp;; il est si mince
+que si on pouvait le dessiner à l’échelle sur nos cartes, il
+faudrait un microscope pour le trouver. Ce mode de groupement des
+palmeraies est vraiment très particulier.</p>
+
+<p>Voici qui ne l’est pas moins&nbsp;; la rue de palmiers, d’un
+bout à l’autre, sur la totalité des mille kilomètres, est une
+limite géologique très importante, elle sépare la pénéplaine
+primaire des plateaux crétacés et tertiaires.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_14">[14]</span>Au Touat, sur 200
+kilomètres, il est admis que la rue de palmiers coïncide avec une
+faille, le long de laquelle on constate des roches éruptives et de
+la minéralisation.</p>
+
+<p>Au delà jusqu’à l’Atlas, sur 300 kilomètres, le contact du
+primaire et du crétacé est soustrait à l’observation par les dunes
+du grand Erg et par l’énorme accumulation des débris arrachés à
+l’Atlas depuis l’oligocène. Il est clair d’ailleurs que, sur cette
+énorme superficie désertique encore très mal cartographiée, nos
+données géologiques sont très lacunaires. Mais enfin, sous ces
+réserves, dans l’état actuel de nos connaissances, tout se passe
+comme si la rue de palmiers devait sa nappe d’eau, c’est-à-dire son
+existence même, à une ligne de contact géologique&nbsp;; et cette
+ligne de contact a un rapport plus ou moins marqué avec une faille,
+ou un système de failles<a id="FNanchor_6"></a><a href=
+"#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>. Cette grande faille, qui
+serait le trait dominant de la structure dans le Sahara Oranais,
+appelons-la, dans son ensemble, faille du Touat.</p>
+
+<p>Cette faille du Touat, peut-on en indiquer la pénétration dans
+l’Atlas Saharien&nbsp;? Oui, sans hésitation, à mon avis du moins.
+Le point à considérer de l’Atlas Saharien est assurément Beni-Ounif
+de Figuig. De Beni-Ounif, quand on se tourne au sud, vers le
+Sahara, on voit à sa gauche la Chebket Tamednaïa, qui est un
+plateau crétacé. A sa droite on voit le Béchar, le Moumen, et le
+Mezarif, qui sont des saillies de la pénéplaine primaire. Ce
+contact entre la pénéplaine primaire et le plateau crétacé, qu’on
+suit depuis In-Salah, nous conduit à Figuig, qui est bien en effet
+la tête de ligne de la rue de palmiers.</p>
+
+<p>Figuig est, dans l’Atlas Saharien, à l’extrémité orientale d’une
+coulisse qui s’appelle le Grouz. C’est la zone du Grouz qui est le
+nœud de la question.</p>
+
+<p><em>Haute Zousfana.</em> — Le Grouz fait déjà partie
+politiquement du Maroc&nbsp;; mais il est aujourd’hui à peu près
+aussi connu que s’il était situé sur territoire algérien. Nous en
+avons une bonne carte topographique au 20<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>. Sur la géologie de la région,
+nos renseignements émanent de savants algériens bien connus&nbsp;;
+MM. Ficheur et Flamand.</p>
+
+<p>Personnellement j’ai vu ce pays d’assez près à différentes
+reprises.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_15">[15]</span>Le Grouz est une
+muraille, haute d’un millier de mètres, de calcaire nu et
+abrupt&nbsp;; cette muraille court d’est en ouest sur 80
+kilomètres, et sur toute cette étendue elle est pratiquement
+infranchissable.</p>
+
+<div class="figcenter iw3">
+<figure id="i02"><a href="images/i02.jpg"><img src='images/i02.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 2. — Vallée de la Zousfana a travers l’Atlas de
+Figuig.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Tous les plis se ferment et se relaient
+de part et d’autre de la vallée, qui apparaît donc un grand
+accident tectonique, un ensellement, à l’extrémité orientale du
+Grouz.</p>
+
+<p class="cp2">Rapprocher de la <a href="#i03">figure 3</a> et de
+la <a href="#i04">figure 4.</a></p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Les caravanes contournent le Grouz par ses extrémités,
+l’occidentale<span class="pagenum" id="Page_16">[16]</span> et
+l’orientale&nbsp;? Ce sont ces deux extrémités qui nous
+intéressent. Si la faille du Touat traverse quelque part l’Atlas
+saharien, c’est là.</p>
+
+<p>A l’extrémité orientale, celle où est Figuig, la haute vallée de
+la Zousfana est tracée à travers toute la chaîne dans une puissante
+coupure à peu près rectiligne, très large, dirigée nord-sud.</p>
+
+<p>De part et d’autre les massifs montagneux sont, d’une part le
+Grouz et le Maïz, d’autre part le Beni Smir et le Soffah. Ce qui
+frappe d’abord c’est qu’il y a un relai de plis. A l’ouest les deux
+plis anticlinaux parallèles du Grouz et du Maïz se ferment
+brusquement à la rencontre de la haute Zousfana. A l’est le Beni
+Smir qui est un synclinal suspendu, se ferme brusquement lui aussi
+à la même rencontre. Pas un seul des trois plis ne passe. Ils sont
+arrêtés net tous les trois, sur la même ligne, comme par un
+obstacle profond et invisible. Cette tendance des plis à se fermer
+de part et d’autre de l’oued se rencontre en petit au col de Tarla,
+une étroite bouche rocheuse, par laquelle l’oued jaillit hors de la
+chaîne dans le Sahara. Le col est un ensellement entre deux
+brachyanticlinaux&nbsp;; dans les deux piliers de la gorge les
+plissements s’enroulent en sens contraires.</p>
+
+<p>Des brachyanticlinaux et brachysynclinaux qui se relaient, c’est
+la structure de l’Atlas Saharien d’un bout à l’autre jusqu’en
+Tunisie. Il n’est donc pas surprenant de la retrouver ici. Mais
+enfin il demeure entendu que la haute vallée de la Zousfana n’est
+pas l’œuvre exclusive de l’érosion. Le travail de l’érosion a été
+guidé par un ensellement de la chaîne, qui a du rapport avec
+l’orogénie, avec la structure profonde (voir la <a href="#i02">fig.
+2</a>).</p>
+
+<p>Cette coupure de la haute Zousfana appelle d’autres
+observations.</p>
+
+<p>De part et d’autre de la vallée, la roche change. Le Maïz et le
+Grouz sont deux échantillons de la même montagne. Tous deux sont
+des brachyanticlinaux de calcaire jurassique et surtout liasique.
+Dans l’un et l’autre le pli est vivement déversé au sud, couché
+même. Des calcaires jaune de miel, vivement redressés, nus,
+abrupts, déchiquetés en aiguilles, particulièrement au sud, sur la
+surface où le pli est couché&nbsp;: c’est le Maïz et c’est le
+Grouz. De l’autre côté de la vallée, le Beni Smir avec son
+prolongement le Soffah est un autre monde. Les altitudes seules
+sont comparables, au Beni Smir comme au Maïz et au Grouz elles
+dépassent légèrement <span class="numletsp">2</span>000
+mètres&nbsp;; c’est beaucoup pour l’Atlas Saharien. Pour
+y<span class="pagenum" id="Page_17">[17]</span> retrouver des
+sommets dépassant <span class="numletsp">2</span>000 mètres il faut
+aller jusque dans l’Aurès. A tout autre point de vue le Beni Smir
+s’oppose franchement au Maïz et au Grouz. C’est une masse homogène
+de grès crétacé (Albien). Les couches de ce synclinal suspendu sont
+à peine ondulées, d’allures tranquilles qui contrastent avec la
+stratification bouleversée du Maïz et du Grouz. On a cherché à
+rendre ce contraste sensible dans la figure ci-jointe (<a href=
+"#i03">fig. 3</a>).</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i03"><a href="images/i03.jpg"><img src='images/i03.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 3. — Maiz et Beni-Smir.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">La figure fait ressortir le contraste
+entre les structures de l’Atlas de part et d’autre de l’oued
+Zousfana. — Le Maïz est un hérissement de pointes calcaires
+liasiques avec du trias accusé en creux. Le plissement est très
+énergique. — Le Beni Smir est une feuille de grès albien légèrement
+ondulée en cuiller, une ondulation synclinale suspendue.</p>
+
+<p class="cp2">Beni Smir est un nom de tribu, Taderent et Djattou
+sont des lieux habités&nbsp;; ici comme plus à l’Est le plateau
+gréseux est hospitalier à l’homme (Gadas du djebel Amour. Les Beni
+Smir sont des Amour). — Le Maïz est du même type que le Grouz. Nous
+sommes ici à l’extrémité orientale du Grouz (voir <a href=
+"#i04">fig. 4</a>).</p>
+
+<p class="cp2">A Djattou belles gravures rupestres sur les blocs de
+grès albien tombés de la falaise.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Il y a des conséquences humaines. Le Maïz et le Grouz sont des
+déserts de pierres. L’homme y passe&nbsp;; on y voit des chasseurs
+de mouflons&nbsp;; des dénicheurs d’abeilles&nbsp;; des gens qui
+viennent faire quelques litres de goudron végétal avec les rares
+genévriers. Je ne crois pas qu’on y voie jamais des tentes. A coup
+sûr pas une seule maison. Mais le Beni Smir est anciennement
+aménagé par l’homme. Près de la source très abondante de Djattou, à
+côté d’une petite palmeraie, il y a des gravures rupestres qui sont
+parmi les plus belles. Jusqu’en haut de la montagne, sur le
+plateau, il y a un<span class="pagenum" id="Page_18">[18]</span>
+village avec des cultures, Taderent. Le Beni Smir a ses habitants
+propres, qui n’en sortent pas, qui en vivent, et qui lui ont donné
+leur nom. Le groupe des Beni Smir fait partie d’une grande tribu
+algérienne, celle des <em>Amour</em>. Ils mènent la même vie que
+les autres Amour dans le même cadre. Une feuille de grès Albien
+légèrement ondulée, c’est une structure très répandue dans tout le
+Djebel Amour. Les «&nbsp;Gadas&nbsp;» bien connues d’Aflou sont des
+plateaux de grès Albien. Le Beni Smir est la plus occidentale des
+gadas&nbsp;; il a toutes ses affinités de ce côté-là, celui de
+l’Algérie.</p>
+
+<p>Il faut noter que, tout au rebours, le Maïz et le Grouz sont une
+apparition nouvelle dans l’Atlas Saharien&nbsp;; cette dernière
+coulisse ne ressemble pas aux autres. A l’est de Figuig, dans toute
+la chaîne, c’est le crétacé qui domine. Le jurassique et le lias ne
+sont pas inconnus, mais ils apparaissent en pointements rares
+d’étendue limitée. De puissantes coulisses, longues de près de 100
+kilomètres, avec un relief relatif d’un millier de mètres, tout
+entières en calcaires jurassique et liasique du socle au sommet,
+c’est une nouveauté. On n’a pas encore vu ça dans l’est.</p>
+
+<p>Cette apparition en surface de roches plus profondes va de pair,
+comme il est naturel, avec une intensité de plissement notablement
+accru. A l’est de Figuig, dans l’Atlas Saharien tout entier
+jusqu’aux Syrtes, les géologues décrivent ce qu’ils ont appelé des
+«&nbsp;plis ébauchés&nbsp;», de simples ondulations. Mais dans le
+Grouz et le Maïz le plissement est très énergique, les plis sont
+nettement couchés. Ce n’est donc pas douteux. Des couches plus
+profondes de l’écorce terrestre sont surhaussées et largement
+dénudées&nbsp;; si bien que le lias se trouve amené à la même
+altitude que le crétacé. Cette transformation se fait d’un coup sur
+la rive droite de la haute Zousfana.</p>
+
+<p>Elle s’accompagne de phénomènes qui attestent une dislocation.
+On sait que le trias algérien, qui est de la boue plâtreuse et
+salée est un terrain facilement lubrifié, et extraordinairement
+instable&nbsp;; il est connu pour foirer à travers les fissures
+avec des allures éruptives&nbsp;; et il est d’ailleurs souvent
+accompagné d’une roche éruptive, l’ophite. Or le long de la haute
+Zousfana les pointements de trias et d’ophite tiennent une place
+importante. Tout l’intérieur du Maïz à l’extrémité du
+brachyanticlinal est évidé aux dépens du trias (voir <a href=
+"#i03">fig. 3</a>). Les ophites du Maïz ont une minéralisation de
+cuivre dont on a projeté l’exploitation. En amont sur l’oued, au
+point dit Mouiah Sfer, un affleurement de trias et<span class=
+"pagenum" id="Page_19">[19]</span> d’ophite est important, les
+indigènes y ont fait une petite descenderie pour l’exploitation du
+sel.</p>
+
+<p>La haute Zousfana est une rivière assez vivante, elle est
+pérenne dans certains secteurs&nbsp;; on ne sait pas si la
+réapparition de l’eau serait en relation avec des suintements de
+nappe souterraine. Mais on connaît très bien les sources de
+Figuig&nbsp;; elles ont été étudiées par M. Ficheur. Elles sont
+thermales, et elles jaillissent le long d’une cassure, dont la
+lèvre inférieure est encroûtée de travertin épais<a id=
+"FNanchor_7"></a><a href="#Footnote_7" class=
+"fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<p>Avec quelle abondance on en aura une idée, si on considère le
+nombre d’hommes dont elles ont permis le groupement. Figuig a 10 ou
+1<span class="numletsp">2</span>000 habitants. Il n’y a pas
+d’agglomération urbaine comparable dans tout le Maroc
+oriental&nbsp;; Tell compris&nbsp;; puisque Oudjda, la capitale
+administrative, a <span class="numletsp">7</span>000 habitants.</p>
+
+<p>Quant aux autres oasis du Sahara Algérien, elles ne comptent
+leurs habitants que par centaines.</p>
+
+<p>Voilà bien des observations concordantes. Elles autorisent la
+conclusion que la coupure de la Zousfana, à l’orient du Grouz, a
+quelque rapport avec la faille du Touat, dans la prolongation de
+laquelle elle se trouve.</p>
+
+<p>Pourtant les phénomènes observés à l’autre bout du Grouz sont
+encore plus concluants.</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Le Tamlelt.</em> — Sur ses 80
+kilomètres de long, le Grouz tout entier est parfaitement semblable
+à lui-même. Au centre il est bien, il est vrai, d’épaisseur
+diminuée&nbsp;; il y a une tendance à l’ensellement. Là se trouve
+dans l’épaisseur de la montagne un évidement, le cirque de Djaïfa
+(<a href="#i04">fig. 4</a>). En ce point on peut traverser le Grouz
+par le moins mauvais de ses sentiers&nbsp;; un canyon très long,
+très étroit, très obstrué de blocs, très coupe-gorge&nbsp;; à la
+rigueur une caravane chargée pourrait s’y écouler, bête après bête,
+au compte-goutte, à ses risques et périls, presque partout de
+plain-pied&nbsp;: ce qui serait assurément impossible partout
+ailleurs dans la montagne. Au delà vers le nord, dans le
+prolongement de cet ensellement du Grouz, l’Atlas Saharien est
+largement interrompu entre le Djebel R’als et le Maïz. Il semble
+donc bien qu’il y ait ici encore une tendance à coupure orientée
+nord-sud. Pourtant la continuité du Grouz n’est pas interrompue.
+C’est à son extrémité occidentale<span class="pagenum" id=
+"Page_20">[20]</span> qu’il faut aller pour trouver la coupure
+nord-sud franchement réalisée, dans des proportions grandioses.</p>
+
+<p>Cette coupure s’appelle le <em>Tamlelt</em>.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i04"><a href="images/i04.jpg"><img src='images/i04.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 4. — Le Tamlelt.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Un coup d’œil sur la figure permet de
+distinguer la pénéplaine primaire (la plaine) de la chaîne
+secondaire (les massifs montagneux). — La limite entre les deux
+dessine un Z majuscule. — La branche centrale du Z coupe à
+l’emporte-pièce la R’als et le Grouz. — C’est la coupure du Tamlelt
+à travers l’Atlas Saharien à l’extrémité occidentale du Grouz (voir
+<a href="#i02">fig. 2</a> et <a href="#i03">3</a>).</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Le Tamlelt est une plaine à perte de vue. Sur la carte que nous
+en avons, et qui est bonne<a id="FNanchor_8"></a><a href=
+"#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>, on mesure exactement ses
+dimensions. D’est en ouest elle a, suivant les points, de 30 à 60
+kilomètres dans le sens de la latitude. Du nord au sud elle a 50
+kilomètres. Elle est tout entière enclose dans l’Atlas Saharien,
+c’est-à-dire qu’elle en rompt totalement la continuité. A
+proprement parler elle le supprime. Cette substitution d’une plaine
+à une chaîne de montagnes se fait d’un coup, suivant une ligne à
+peu près droite sur laquelle non seulement le Grouz, mais aussi le
+R’als, s’arrêtent<span class="pagenum" id="Page_21">[21]</span>
+brusquement, comme tranchés net. La disparition de l’Atlas Saharien
+est à peu près totale sous le méridien du Tamlelt. Il n’en reste
+plus au nord du Tamlelt qu’une traînée de chicots, Djebel Orak,
+Djebel Haouanit, Djebel Lakhdar, Djebel Bou Arfa (<a href=
+"#i04">fig. 4</a>).</p>
+
+<p>L’épaisseur de ce chaînon, mesuré sur la carte, n’excède pas 2
+kilomètres. C’est tout ce qui subsiste d’une chaîne dont la
+puissance atteignait une cinquantaine de kilomètres. Il n’y a plus
+d’Atlas&nbsp;; on passe ici du Sahara aux Hauts-Plateaux
+directement, sans intermédiaire.</p>
+
+<p>Plus à l’est sur toute l’étendue de l’Atlas Saharien, il y a un
+autre point, et un seul, où la chaîne disparaît brusquement d’une
+façon tout à fait comparable&nbsp;; c’est, entre les Zibans et
+l’Aurès, la brèche de Biskra qui fait communiquer de plain-pied le
+Sahara et le Hodna.</p>
+
+<p>A la seule inspection de la carte, le Tamlelt et la brèche de
+Biskra apparaissent deux pendants, la reproduction en deux
+exemplaires du même phénomène, remarquable à coup sûr.</p>
+
+<p>Ce phénomène, au Tamlelt, apparaît plus remarquable encore, et,
+je crois, plus intelligible, si on cherche à l’éclairer par une
+étude sommaire des conditions géologiques.</p>
+
+<p>Il faut distinguer ici entre les bords oriental et occidental du
+Tamlelt. La bordure occidentale, du côté marocain, encore que nous
+en ayons déjà une représentation topographique, nous est tout à
+fait inconnue au point de vue géologique. On n’en parlera pas. Nous
+sommes ici à la limite extrême du pays scientifiquement étudié. Sur
+la bordure orientale en revanche, et sur le Tamlelt lui-même, nous
+avons déjà des documents géologiques, autorisant des conclusions
+générales. Beaucoup de fossiles et d’échantillons ont été rapportés
+aux laboratoires de MM. Flamand et Ficheur, comme aussi au
+laboratoire de M. Barrois à Lille. Personnellement j’ai vu et revu
+la région. On est certainement fixé sur les grandes lignes. On sait
+en gros la composition et la structure des reliefs importants. Une
+carte Flamand<a id="FNanchor_9"></a><a href="#Footnote_9" class=
+"fnanchor">[9]</a> au millionième, publiée en 1909, dit
+l’essentiel.</p>
+
+<p>Ces documents géologiques et topographiques, on a cherché à les
+rendre sensibles dans la <a href="#i04">figure 4.</a></p>
+
+<p>Il s’agit de la limite entre la pénéplaine primaire, la même
+qu’au Sahara, d’une part, et d’autre part les terrains secondaires,
+du<span class="pagenum" id="Page_22">[22]</span> crétacé au lias,
+englobés dans le plissement de l’Atlas. L’ouest et le sud de la
+figure (où la plaine domine) est pénéplaine primaire. Le nord et
+l’est (la zone des hauts-reliefs) appartient à la chaîne
+secondaire.</p>
+
+<p>Au sud du Grouz la pénéplaine primaire est bien connue depuis
+une vingtaine d’années déjà. Elle est représentée surtout par des
+calcaires dinantiens très puissants. Sur cette pénéplaine la
+transgression cénomanienne a déposé des calcaires et des marnes en
+couche mince, dont le contact inférieur avec la pénéplaine
+s’observe aisément. Cette transgression cénomanienne si limitée
+atteste l’indépendance de la pénéplaine par rapport aux mers
+secondaires.</p>
+
+<p>Dans la région de l’Antar (exactement au Raknet-el-Betoum), on
+observe directement, je crois, le pli du Grouz, couché sur la
+pénéplaine, comme sur un avant-pays rigide. Que le Tamlelt soit lui
+aussi primaire, c’est une acquisition récente. Nous la devons à M.
+Rey et au laboratoire de géologie à l’Université de Lille<a id=
+"FNanchor_10"></a><a href="#Footnote_10" class=
+"fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<p>Le Tamlelt est une plaine d’alluvions&nbsp;; à travers les trous
+du manteau alluvionnaire un substratum ancien apparaît composé de
+vieilles roches, quartzites et schistes. M. Rey nous apprend que
+ces schistes contiennent des fossiles du silurien supérieur, des
+graptolites.</p>
+
+<p>D’autre part, si on consulte la carte Flamand<a id=
+"FNanchor_11"></a><a href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>
+aux lettres S, Sq, Sqr, on constate que les schistes et les
+quartzites s’étendent au sud jusqu’au voisinage immédiat des
+affleurements dinantiens.</p>
+
+<p>Tout se passe donc comme si tout le Tamlelt, d’un bout à
+l’autre, comme le veut M. Rey, et comme le terrain en donne
+l’impression, était silurien. Le contraste avec l’Atlas est donc,
+au point de vue géologique, aussi vif qu’au point de vue
+topographique. Le contact entre l’Atlas et le Tamlelt est d’une
+netteté brutale. La limite géologique coïncide exactement avec
+celle de la plaine. Elle est jalonnée par des affleurements
+miniers. Au Djebel Houanit, plomb et calamine, au Bou Harfa,
+manganèse, au R’als une vieille mine de cuivre indigène, qui doit
+avoir été importante. Il faut ajouter que cette limite géologique
+dessine exactement un Z majuscule&nbsp;: deux cassures rectilignes
+orientées est-ouest (sens de l’Atlas), sont raccordées à l’angle
+droit par une cassure orientée nord-sud (sens de la faille du
+Touat).</p>
+
+<p>Il faut souligner combien la présence du primaire
+largement<span class="pagenum" id="Page_23">[23]</span> étalé au
+cœur et à travers toute l’épaisseur de l’Atlas Saharien est une
+nouveauté surprenante. Cet Atlas Saharien est bien connu, dans
+toute son étendue à travers l’Algérie et la Tunisie, depuis la
+frontière marocaine jusqu’aux Syrtes. Il est tout à fait certain
+qu’on n’y voit pas à l’est du Tamlelt le moindre pointement
+primaire. A l’extrémité occidentale du Grouz, comme à son extrémité
+orientale, il y a vieillissement brusque des couches affleurantes.
+Un accident nord-sud ramène d’un coup en surface des roches de la
+profondeur.</p>
+
+<p><em>La Moulouya.</em> — Voilà les faits, tels qu’ils sont
+établis depuis peu, mais sans conteste. Semblera-t-on excéder les
+conclusions qu’ils autorisent si on dit ceci&nbsp;?</p>
+
+<p>La faille du Touat, celle de la rue de palmiers, rencontre
+l’Atlas Saharien à la hauteur du Grouz. C’est elle qui a, de part
+et d’autre du Grouz, les répercussions signalées plus haut, des
+accidents grossièrement orientés nord-sud comme la faille
+elle-même. Le plus important est à l’ouest du Grouz. Là tout se
+passe comme si le Tamlelt était la prolongation pure et simple de
+la pénéplaine primaire saharienne&nbsp;; et comme si la faille en
+zigzag qui limite le Tamlelt à l’est était la prolongation de la
+faille du Touat à travers l’Atlas.</p>
+
+<p>Il faut noter l’importance du Tamlelt comme limite, au point de
+vue orographique et humain.</p>
+
+<p>Cet Atlas du Grouz et du R’als, que la faille du Tamlelt
+tronçonne brutalement, ne s’arrête pas là&nbsp;; il recommence au
+delà du Tamlelt à l’ouest, mais il n’est plus le même&nbsp;; ce
+n’est plus l’Atlas Saharien, c’est le grand Atlas Marocain.</p>
+
+<p>L’un est loin d’être aussi bien connu que l’autre. Pourtant nous
+avons sur le grand Atlas de beaux travaux très détaillés de MM.
+Brives et Gentil. Et ces travaux sont bien loin d’être aussi
+discordants qu’ils l’avaient paru d’abord. Il est sûr que des
+morceaux considérables de pénéplaine primaire font partie
+intégrante de la chaîne tout du long jusqu’au voisinage de
+l’Atlantique<a id="FNanchor_12"></a><a href="#Footnote_12" class=
+"fnanchor">[12]</a>. Il est certain aussi d’ailleurs, comme Gentil
+l’a fait ressortir, que ces deux chaînes qui se prolongent l’une
+l’autre ont des analogies profondes de structure<a id=
+"FNanchor_13"></a><a href="#Footnote_13" class=
+"fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<p>Ce sont bien deux parties de la même chaîne.</p>
+
+<p>Seulement elles font entre elles un contraste très vif, non
+seulement<span class="pagenum" id="Page_24">[24]</span> au point de
+vue géologique, mais aussi et davantage encore topographique. Le
+grand Atlas mérite son nom, il est très élevé&nbsp;; les sommets
+avoisinent <span class="numletsp">4</span>000 mètres. Il est deux
+fois plus haut que l’Atlas Saharien. Par l’altitude et l’âge des
+roches ce sont des mondes montagneux tout à fait distincts.</p>
+
+<p>Le contraste est le même entre deux humanités.</p>
+
+<p>Aux puits du Tamlelt viennent boire deux races voisines et
+ennemies. A l’est sont les Beni-Guil, arabes de langue, cavaliers,
+nomades&nbsp;; apparentés par leur organisation et leur genre de
+vie aux nomades des hauts plateaux Algériens, à leurs voisins les
+Hammeyan par exemple. A l’ouest du Tamlelt commencent les
+Beraber&nbsp;; dans toute l’Afrique du Nord ils sont les seuls à
+qui la coutume populaire a conservé le nom des Berbères&nbsp;; leur
+dialecte est berbère et ils ne savent pas l’arabe&nbsp;; ils sont
+ruraux, sédentaires, montagnards, ils ont une organisation
+démocratique de village&nbsp;; ce sont les frères de nos
+Kabyles&nbsp;; comme eux ils ont pour leurs voisins de langue arabe
+une haine nationale plus que millénaire.</p>
+
+<p>Ce sont là des faits qu’il semble difficile de nier&nbsp;; mais
+si on les admet on ne peut pas s’y tenir&nbsp;; il faut aller plus
+loin.</p>
+
+<p>Au temps de Salluste, la Moulouya était déjà une frontière entre
+les deux Maurétanies. On peut certainement dire qu’elle l’est
+restée, en entendant la Moulouya moyenne, celle des hauts plateaux.
+Elle aussi sépare les Béraber et les Arabes, les sédentaires et les
+nomades. Mais ce n’est pas le fleuve lui-même qui est frontière. Il
+longe sur sa rive gauche le pied d’un escarpement haut d’un millier
+de mètres, par lequel le haut pays marocain, qu’on appelle ici le
+moyen Atlas, tombe à pic sur les plateaux algériens deux fois moins
+élevés (<a href="#i06">fig. 6</a>). C’est de tout le Maroc le coin
+qui est resté le plus inconnu. Il faut en parler avec prudence, et
+attendre les résultats d’une étude géologique qui n’est pas
+commencée, et qui sera longue. Mais enfin on connaît bien
+aujourd’hui, on a même à peu près cartographié la continuation des
+hauts plateaux jusqu’à la Moulouya. De là, par delà la rivière, on
+voit, j’ai vu, le massif abrupt du moyen Atlas barrer l’horizon,
+avec ses cimes encore largement neigeuses à la fin du printemps,
+<em>djebel-es-theldj</em> la montagne de la neige, disent les
+Beni-Guil. Le contraste entre le moyen Atlas et les hauts plateaux,
+de part et d’autre de la Moulouya, paraît du même ordre qu’entre le
+haut Atlas et l’Atlas Saharien, de part et d’autre du Tamlelt.
+C’est la même frontière qui continue dans les mêmes conditions
+physiques.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_25">[25]</span>Et alors cette
+grande faille de la «&nbsp;rue des palmiers&nbsp;» qui nous a paru,
+au Tamlelt, tronçonner l’Atlas Saharien, on en suivrait donc la
+prolongation, le long de la Moulouya, tout au travers des hauts
+plateaux. Est-ce tout&nbsp;? Dans son prolongement à peu près
+linéaire, tout le massif espagnol s’abîme dans la
+Méditerranée&nbsp;: les géologues admettent que la Sierre Nevada et
+les Pyrénées ont été tronçonnées par ce grand effondrement.</p>
+
+<p class="space-above15">Entre les côtes marocaine et espagnole, au
+large de la Moulouya, il est d’ailleurs parfaitement certain qu’une
+grande faille franchit la Méditerranée. Les cartes bathymétriques
+montrent un abrupt très accusé duquel émerge l’île volcanique
+d’Alboran (<a href="#i39">fig. 39</a>). Près l’embouchure de la
+Moulouya, le cap des Trois-Fourches qui est de roches éruptives,
+fait une saillie d’une quinzaine de kilomètres&nbsp;; la plus aiguë
+et la plus accusée de toute la côte nord-africaine&nbsp;; dans la
+direction de l’île Alboran, en parfaite symétrie avec la saillie
+correspondante que fait, sur le rivage espagnol, le cap de Gata,
+lui aussi éruptif (<a href="#i01">fig. 1</a> et <a href=
+"#i29">29</a>). Les basses vallées voisines de la Moulouya et de la
+Tafna apparaissent d’un coup d’œil sur la carte, encombrées de
+roches éruptives. Un archipel d’îles côtières volcaniques (Habibas,
+Rachgoun, Zaffarines)&nbsp;: les appareils volcaniques les plus
+jeunes et les mieux conservés de toute l’Afrique du Nord (le volcan
+de Tifarouïne<a id="FNanchor_14"></a><a href="#Footnote_14" class=
+"fnanchor">[14]</a> et celui des Msirdas sur la frontière
+algéro-marocaine<a id="FNanchor_15"></a><a href="#Footnote_15"
+class="fnanchor">[15]</a>)&nbsp;; des restes abondants de volcans
+primaires, carbonifériens, ou permiens (dans les hauts de l’oued
+Isly, sur la même frontière<a id="FNanchor_16"></a><a href=
+"#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>). Tout se passe comme s’il
+y avait là un système de cassures qui n’a jamais été fermé depuis
+la fin de l’ère primaire.</p>
+
+<p>La même faille, ou, si l’on veut, le même grand accident se
+laisserait donc suivre depuis le Roussillon jusqu’au Bas-Touat.</p>
+
+<p><em>Conclusion.</em> — Cette faille Touat-Roussillon serait une
+ride importante sur la face de la planète. On se borne à signaler
+le problème. Pourtant avec toutes les réserves prudentes qu’on
+voudra il reste un groupe de réalités positives qu’il est légitime
+de coordonner.</p>
+
+<p>Depuis le cœur du Sahara jusqu’à la Méditerranée, à peu près
+sous le méridien de la frontière algéro-marocaine, dans une
+direction<span class="pagenum" id="Page_26">[26]</span>
+grossièrement nord-sud, il court une ligne qui ne cesse pas un
+instant d’être extrêmement importante au point de vue humain. Au
+Sahara, c’est la «&nbsp;rue des palmiers&nbsp;». Dans l’Atlas,
+c’est la limite entre les très hautes montagnes marocaines et les
+montagnes moyennes ou les hauts plateaux d’Algérie&nbsp;; et du
+même coup entre deux langues, deux sociétés, deux nations.</p>
+
+<p>On a cru pouvoir prononcer le mot de faille&nbsp;; on croit même
+reconnaître le long de cette faille, le compartiment effondré,
+invariablement l’oriental. Puisque enfin, pour qui vient de l’est,
+les roches primaires apparaissent brusquement pour la première fois
+au point précis où on franchit la faille.</p>
+
+<p>Mais enfin mettons que ce mot de faille soit inexact.
+N’anticipons pas sur des travaux géologiques de détail qui restent
+à faire. Il y a quelque chose, de quelque nom qu’on l’appelle, qui
+est orienté dans le sens du méridien, non seulement au Sahara, mais
+dans l’Atlas. C’est sur la direction qu’on insiste. Dans cette
+Algérie, qui est une chaîne plissée, la direction est-ouest, qui
+est celle du plissement, attire d’abord l’attention. Nous avons
+saisi sur le fait qu’il y en a une autre, croisant la première à
+angle droit, qui est extrêmement importante, et qui a du rapport
+avec le Sahara.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl1c2">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_6"></a><a href="#FNanchor_6"><span class=
+"label">[6]</span></a>Dans un compte rendu de mission, déjà vieux
+d’une quinzaine d’années (<a href="#entbib50">n<sup>o</sup>
+50</a>), je n’ai pas mis cette faille en valeur. Son existence
+m’est apparue évidente au cours d’une mission ultérieure et
+récente, en 1918.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_7"></a><a href="#FNanchor_7"><span class=
+"label">[7]</span></a><a href="#entbib49b">N<sup>o</sup> 49
+<em>bis</em></a>, p. 457.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_8"></a><a href="#FNanchor_8"><span class=
+"label">[8]</span></a><a href="#entbib18">N<sup>o</sup> 18</a>,
+feuille n<sup>o</sup> XLI.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_9"></a><a href="#FNanchor_9"><span class=
+"label">[9]</span></a><a href="#entbib17">N<sup>o</sup> 17</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_10"></a><a href="#FNanchor_10"><span class=
+"label">[10]</span></a>Rey, <a href="#entbib88">n<sup>os</sup>
+88</a>, <a href="#entbib89">89</a>, <a href="#entbib90">90</a>.
+Dollé, <a href="#entbib32">n<sup>o</sup> 32</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_11"></a><a href="#FNanchor_11"><span class=
+"label">[11]</span></a><a href="#entbib17">N<sup>o</sup>
+17</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_12"></a><a href="#FNanchor_12"><span class=
+"label">[12]</span></a><a href="#entbib27">N<sup>os</sup> 27</a>,
+<a href="#entbib16">16</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_13"></a><a href="#FNanchor_13"><span class=
+"label">[13]</span></a><a href="#entbib57">N<sup>o</sup> 57</a>, p.
+126.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_14"></a><a href="#FNanchor_14"><span class=
+"label">[14]</span></a><a href="#entbib54">N<sup>o</sup> 54</a>, p.
+324.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_15"></a><a href="#FNanchor_15"><span class=
+"label">[15]</span></a><a href="#entbib55">N<sup>o</sup> 55</a>, p.
+331.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_16"></a><a href="#FNanchor_16"><span class=
+"label">[16]</span></a><a href="#entbib55">N<sup>o</sup> 55</a>, p.
+24 et 331.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_27">[27]</span><a id=
+"l1c3"></a>CHAPITRE III</h3>
+
+<p class="sch2">LA GRANDE DORSALE HOGGAR — LAGHOUAT — MÉDÉA.</p>
+
+<p>Le grand accident que nous avons appelé la faille
+Touat-Roussillon n’a jamais été signalé par les géologues. La
+raison en est qu’elle franchit l’Atlas nettement en dehors de leur
+domaine, qui a été exclusivement l’Algérie, le pays anciennement
+français, dont on a depuis longtemps déjà de bonnes cartes
+topographiques, où depuis près d’un demi-siècle un service
+géologique fonctionne. Le Tamlelt est politiquement sur le sol
+marocain. Il n’est à peu près accessible que depuis une dizaine
+d’années, dont cinq de guerre.</p>
+
+<p>Dans leur domaine les géologues ont depuis longtemps et à
+maintes reprises signalé la répercussion d’un autre grand accident
+saharien, qui a lui aussi une direction grossièrement nord-sud où
+comme l’a dit l’un d’eux, G.-B.-M. Flamand,
+«&nbsp;sub-méridienne&nbsp;»<a id="FNanchor_17"></a><a href=
+"#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<p>Dans ce qui va suivre, on s’appuie sur l’autorité de MM.
+Ficheur, Alexandre Joly, R. Chudeau.</p>
+
+<p>On se bornera à souligner l’importance et les conséquences
+géographiques d’un fait admis unanimement par les géologues. On
+pourra donc passer beaucoup plus rapidement.</p>
+
+<p>Voici le fait (<a href="#i06">fig. 6</a>).</p>
+
+<p>Depuis le massif du Hoggar, au cœur du Sahara, une ligne de
+hauteurs court nord-sud sur quelque chose comme <span class=
+"numletsp">1</span>500 kilomètres jusqu’à la rencontre de l’Atlas.
+Elle est jalonnée par le Hoggar lui-même, avec des sommets
+volcaniques au-dessus de <span class="numletsp">3</span>000
+mètres&nbsp;; puis par l’éperon septentrional du Hoggar, le
+Tifedest, et le Mouydir, qui atteint encore <span class=
+"numletsp">1</span>700 mètres&nbsp;; au delà le dos du Tadmaït a
+900 mètres, il se prolonge jusqu’à Laghouat, au pied de l’Atlas,
+par ce qu’on appelle le plateau des <em>Dayas</em>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_28">[28]</span>Le Mouydir est
+nettement un vieux pli hercynien de la pénéplaine primaire&nbsp;;
+plus au nord où la pénéplaine ne s’observe plus directement, c’est
+évidemment un pli hercynien sub-méridien qui se continue sous le
+crétacé du Tadmaït, imposant sa direction à la grande ondulation
+anticlinale. Ce dos de sillon du Tadmaït, en calcaire crétacé nu,
+balayé par le vent, domine à l’est et à l’ouest les dépressions où
+se sont accumulées les deux grands ergs. A ce chemin de roc solide
+entre deux mers de sable, les indigènes ont donné le nom de pont
+«&nbsp;el gantra&nbsp;».</p>
+
+<p>Le plateau des Dayas doit aussi sa particularité essentielle et
+son nom à ce qu’il est un dos de terrain surélevé entre les deux
+grandes cuvettes. Les «&nbsp;Dayas&nbsp;» ne sont pas autre chose
+que des têtes d’aven, points d’origine de circulation souterraine,
+dans un terrain très perméable (le mio-pliocène, accumulation des
+déchets de l’érosion sur le versant de la grande chaîne). Il est
+naturel que les têtes d’aven se multiplient à la surface d’un
+plateau de dirimation, où les eaux d’orage stagnent incertaines de
+leur direction.</p>
+
+<p>Cette grande dorsale si nette qui coupe en deux le Sahara
+Algérien depuis le Hoggar jusqu’à Laghouat, les géologues en
+retrouvent la continuation à travers toute l’Algérie jusqu’à la
+mer. Sur les hauts plateaux, c’est le «&nbsp;plateau
+steppien&nbsp;» de Joly, «&nbsp;centre de dirimation entre deux
+bassins de réception, les chotts oranais d’un côté, le Hodna de
+l’autre&nbsp;». Dans le Tell ce sont «&nbsp;les plateaux miocènes
+de Médéah qui par leur altitude contrastent nettement avec les
+niveaux très bas qu’occupent, dans la vallée du Chélif à l’ouest et
+dans celle de l’oued Soumman à l’est, des dépôts du même
+âge&nbsp;».</p>
+
+<p>Il faut ajouter ce curieux pédoncule qui réunit, à Miliana, le
+plateau de Médéa au Zaccar, dressant une cloison haute abrupte et
+étroite entre les très basses vallées de la Mitidja et du Chéliff
+(<a href="#i05">fig. 5</a>). Et il faut noter, tout à côté, dans
+l’angle correspondant de la Mitidja, un curieux affleurement de
+roche éruptive en forme de V<a id="FNanchor_18"></a><a href=
+"#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Ce seuil de Miliana est
+un des coins de l’Algérie où la croisée des deux directions
+nord-sud et est-ouest, saharienne et méditerranéenne, s’accuse avec
+le plus d’énergie.</p>
+
+<p>Ces données que nous devons aux géologues, il est possible de
+les éclairer et de les souligner avec des faits géographiques très
+importants qui semblent avoir un peu échappé à l’attention.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_29">[29]</span>Les géographes
+savent depuis longtemps que, dans le Tell, sous le méridien
+d’Alger, à la Mitidja, deux Algéries tout à fait différentes se
+relaient. Un géographe arabe, l’auteur du <em>Kitab le
+Istibçar</em>, appelle déjà le seuil de Milianah «&nbsp;la porte du
+Gharb<a id="FNanchor_19"></a><a href="#Footnote_19" class=
+"fnanchor">[19]</a>&nbsp;».</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i05"><a href="images/i05.jpg"><img src='images/i05.jpg'
+alt='' class="iw3"></a>
+<p class="cp1">Fig. 5. — Le plateau de Médéa.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Au-dessus de deux dépressions très
+profondes (moins de 400 mètres au-dessus du niveau de la
+mer)&nbsp;; la plaine du Chélif à l’Ouest, la vallée de l’Isser à
+l’Est&nbsp;; le plateau de Médéa se dresse à un millier de mètres,
+attestant la persistance de l’orientation Nord-Sud dans la chaîne
+plissée Est-Ouest. Les masses montagneuses de l’Atlas de Blida, à
+l’Est, et du Zaccar à l’Ouest (<span class="numletsp">1</span>600
+m. d’altitude) sont séparées par un ensellement très accusé, le
+pédoncule de Miliana (600 m. d’altitude). Par-dessus ce pédoncule
+et même à travers lui (tunnels) s’ouvre entre le Chéliff et la
+Mitidja une communication d’orientation générale Nord-Sud.</p>
+
+<p class="cp2">Là passe la frontière géographique entre les deux
+Tells, celui des plaines subcôtières et celui des Kabylies. Cette
+frontière est jalonnée par un chapelet de villes actuelles ou
+défuntes, Achir, Médéa, Miliana, Cæsarea (Cherchell), Alger. Le
+plateau de Médéa est l’extrémité septentrionale de la dorsale
+Hoggar-Laghouat-Médéa, (voir <a href="#i06">fig. 6</a>).</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_30">[30]</span>D’une part, à
+l’est, une Algérie montagneuse, pittoresque, boisée, presque
+exclusivement Berbère, l’Algérie des Kabylies. D’autre part, à
+l’ouest, l’Algérie des plaines sub-littorales, bien plus sèche que
+l’autre, nue, peuplée d’indigènes bien différents qui mènent une
+autre vie, et parlent surtout l’arabe. Entre ces deux Algéries,
+c’est l’extrémité nord de la grande dorsale qui fait limite. Et
+cette extrémité nord est curieusement jalonnée d’agglomérations
+urbaines actuelles ou fossiles. Il y a eu là à travers les siècles,
+jusqu’à trois grandes capitales de toute l’Algérie. L’une s’est
+appelée «&nbsp;Achir&nbsp;»&nbsp;; c’est à peine s’il en reste des
+ruines&nbsp;; son nom est aussi mort qu’elle, parce que nul ne
+s’intéresse au moyen âge berbère. Mais les émirs Zirides, chefs de
+la tribu Sanhadja, qui ont régné à Achir, dominaient tout le pays
+entre la Tunisie et le Maroc. Achir était dans les monts du
+Titteri, au sud immédiat de Médéa (<a href="#i05">fig. 5</a>). Les
+deux autres capitales sont maritimes. L’une était Cæsarea, notre
+Cherchell, centre de la domination d’une dynastie berbère, celle de
+Juba, avant d’être celui de l’administration romaine. Dans l’angle
+nord-ouest de la Mitidja, très visible à 10 lieues à la ronde, se
+dresse le tombeau de Juba ou de sa famille (tombeau de la
+chrétienne), attestant que la racine de la dynastie était bien là,
+précisément au point où la grande dorsale aboutit à la mer.</p>
+
+<p>La troisième capitale est naturellement l’actuelle, Alger&nbsp;;
+il faut souligner combien elle est à un point naturellement indiqué
+par l’histoire et la géographie pour dominer.</p>
+
+<p>Entre le Titteri et Alger, Médéa et Miliana font jalons, villes
+fortes, pitonnantes, qui gardent chacune une importante croisée de
+chemins, les communications à la fois du nord au sud et de l’est à
+l’ouest. Les premières années de la conquête française autour
+d’Alger sont remplies par ces noms de Médéa et de Miliana. Au temps
+des Turcs, le beylick d’Alger avait pour subdivision militaire
+principale le beylick de Titteri, dont Médéa était capitale. Dès la
+fondation d’Achir, le premier émir, au dire des historiens
+arabes<a id="FNanchor_20"></a><a href="#Footnote_20" class=
+"fnanchor">[20]</a>, eut pour premier soin de rétablir, d’organiser
+et de prendre en main Alger, Miliana et Médéa. Les trois villes
+sont toujours étroitement associées. C’est un bloc. A côté de leur
+importance militaire, impériale, il faut aussi faire la part du
+commerce. Toutes ces villes furent ou sont des marchés sur une
+frontière<span class="pagenum" id="Page_31">[31]</span> économique
+entre pays qui échangent des produits différents, ceux de la plaine
+et de la montagne, du champ et du verger, de la tente et de la
+maison.</p>
+
+<p>Il y a en Algérie un certain nombre de régions de ce genre, qui
+ont cherché à travers les âges et plus ou moins réussi à devenir
+des centres, par exemple celles de Constantine, Tiaret, Tlemcen. Il
+n’y en a peut-être aucune qui ait plus de titres que celle-ci.</p>
+
+<p>Cette ligne de contrastes et de domination qui va du Titteri à
+la Mitidja est en relation évidente avec la grande dorsale de
+Laghouat. De part et d’autre de cette dorsale des compartiments
+différents de l’Atlas ont joué différemment, chacun pour soi, et
+des conditions diverses sont nées.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl1c3">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_17"></a><a href="#FNanchor_17"><span class=
+"label">[17]</span></a>Ficheur, dans ses cours et ses
+conversations. Cf. en outre <a href="#entbib77">n<sup>o</sup>
+77</a>, p. 238&nbsp;; <a href="#entbib29">n<sup>o</sup> 29</a>, p.
+60&nbsp;; <a href="#entbib41">n<sup>o</sup> 41</a>, p. 777.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_18"></a><a href="#FNanchor_18"><span class=
+"label">[18]</span></a><a href="#entbib2">N<sup>o</sup> 2</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_19"></a><a href="#FNanchor_19"><span class=
+"label">[19]</span></a><a href="#entbib33">N<sup>o</sup> 33</a>, p.
+39.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_20"></a><a href="#FNanchor_20"><span class=
+"label">[20]</span></a><a href="#entbib67">N<sup>o</sup> 67</a>, t.
+II, p. 6.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_32">[32]</span><a id=
+"l1c4"></a>CHAPITRE IV</h3>
+
+<p class="sch2">LA BRÈCHE DE BISKRA ET LA CROISÉE DU DJÉRID</p>
+
+<p><em>Brèche de Biskra.</em> — La dorsale Hoggar-Laghouat sépare
+au Sahara les cuvettes du Touat et de l’Igharghar.</p>
+
+<p>L’une et l’autre sont de très longs sillons synclinaux,
+symétriques de l’ondulation anticlinale centrale, la grande
+dorsale, à peu près parallèles à elle et à peu près aussi
+longs&nbsp;; ils viennent tous trois du cœur du Sahara jusqu’au
+point où ils rencontrent l’Atlas à angle droit.</p>
+
+<p>Le sillon oriental est suivi par un grand oued quaternaire,
+l’Igharghar, qui vient du Hoggar en ligne à peu près droite. Au
+nord il est jalonné, lui aussi, par une autre rue de palmiers,
+quoique infiniment plus courte que l’occidentale&nbsp;; c’est celle
+de l’oued R’ir. Il est de structure très simple&nbsp;; c’est
+essentiellement une feuille de calcaire crétacé ondulée en cuiller.
+Quoique les pentes soient très lentes, il y a une différence de
+plusieurs centaines de mètres entre le fond du sillon et les crêtes
+de ses épaulements. Sa longueur totale est d’un millier de
+kilomètres. C’est un très grand accident, tout à fait comparable
+aux deux autres, un trait de structure essentiel.</p>
+
+<p>Au point précis où cet accident rencontre la chaîne, que
+trouvons-nous&nbsp;? Une brèche énorme, interrompant de bout en
+bout la continuité de la chaîne. C’est la brèche de Biskra entre le
+Zab et l’Aurès&nbsp;; par cette large porte on passe de plain-pied
+du Sahara dans la cuvette du Hodna. Il n’y a rien de comparable
+dans tout l’Atlas Saharien, sauf, comme on l’a dit, la brèche du
+Tamlelt.</p>
+
+<p>Le lien entre les deux phénomènes (sillon de l’Igharghar et
+brèche de Biskra), s’il n’a jamais été, à ma connaissance, encore
+signalé, c’est, je suppose, par inadvertance, parce qu’on ne s’est
+jamais occupé de la question.</p>
+
+<p>Je n’imagine pas qu’on puisse le nier, il apparaît à la seule
+inspection de la carte (<a href="#i06">fig. 6</a>).</p>
+
+<div class="figcenter iw1"><span class="pagenum" id=
+"Page_33">[33]</span>
+<figure id="i06"><a href="images/i06_large.jpg"><img src=
+'images/i06.jpg' alt='' class="iw3"></a>
+<p class="cp1">Fig. 6.</p>
+
+<p class="cp1">Les sillons sahariens et l’Atlas.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">La structure du Sahara Algérien est très
+simple&nbsp;: de grands sillons parallèles courant Nord-Sud. Au
+centre Hoggar, Tadmaït, Gantra, plateau de Laghouat. A l’arête la
+plus nette de cette dorsale les indigènes ont donné le nom de
+Gantra (le pont) parce qu’il domine à droite et à gauche les
+dépressions profondes et encombrées de dunes de l’Igharghar et du
+Gourara. Au delà, aux limites de la carte, les arêtes Nord-Sud
+symétriques des Matmata et d’Ougarta. — L’Atlas orienté Est-Ouest
+semble arrêter ces grands accidents Sahariens comme une barre de T.
+Mais si on y regarde de plus près les domaines respectifs des
+accidents Nord-Sud et des plissements Est-Ouest se pénètrent
+mutuellement. — Au Sahara la direction Est-Ouest est
+importante&nbsp;: (Gourara, falaises Sud du Tadmaït, oued Botha).
+Et dans l’Atlas les grands accidents Sahariens se prolongent, à
+angle droit avec la direction de la chaîne. — Dans le prolongement
+des Matmatas tout l’Atlas tourne court vers le Nord. A la rencontre
+du synclinal de l’Igharghar, l’Atlas a les reins cassés, avec un
+coude de cassure accusé et l’indentation profonde du Hodna. Dans le
+prolongement de la faille (?) Touat-Oued Saoura, l’Atlas est coupé
+du Nord au Sud par un gradin en zigzag le long duquel le Maroc (de
+<span class="numletsp">3</span>000 m. d’altitude) tombe d’un coup
+aux hauts plateaux Algériens (voir <a href="#i04">fig. 4</a> et
+aussi <a href="#i29">fig. 29</a>). La répercussion sur l’Atlas de
+la grande dorsale centrale Hoggar-Laghouat apparaît moins nettement
+sur une carte à petite échelle&nbsp;: elle est pourtant
+considérable (voir <a href="#i05">fig. 5</a>). — Si on ne se
+contente pas d’envisager l’Atlas sur sa face nord méditerranéenne
+et si on le considère sur sa face sud Saharienne on voit donc
+apparaître de nouveaux traits de structure, essentiels. — Il y a
+croisée orthogonale de deux directions.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_34">[34]</span>La brèche de
+Biskra existait déjà au miocène, elle était un détroit de la mer
+miocène (<a href="#i10">fig. 10</a>), qui d’ailleurs, au Sahara et
+dans l’Atlas Saharien, ne s’est pas avancée au delà dans l’ouest.
+Cette mer reste en retrait sur celle de l’éocène inférieur dont on
+retrouve des dépôts le long de l’oued Djedi jusqu’auprès de
+Laghouat (en deçà de la grande dorsale que la mer éocène n’a
+franchie nulle part (<a href="#i08">fig. 8</a>). On a déjà noté à
+propos de la haute Zousfana et du Tamlelt, ce vieillissement
+brusque des affleurements géologiques, lorsqu’on va d’est en ouest.
+La loi se vérifie à la grande dorsale de Laghouat et à la brèche de
+Biskra.</p>
+
+<p>Sur cette brèche, du côté de l’Aurès, se trouve la plus
+monstrueuse montagne de sel de toute l’Algérie, celle
+d’el-Outaya&nbsp;; un bloc homogène de sel gemme qui a 300 mètres
+de relief et 6 kilomètres de grand diamètre, célèbre depuis
+el-Bekri. El-Outaya est flanqué d’une autre montagne de sel,
+beaucoup plus petite, mais de même type, Metlili. On sait que ces
+pointements triasiques accompagnent des cassures. Les géologues
+admettent au contact du Hodna et de l’Aurès une faille. Et notez
+qu’une troisième montagne de sel, celle de Djelfa, se trouve
+exactement sur le passage de la grande dorsale Laghouat-Médéa.</p>
+
+<p>L’Aurès et les monts du Zab, qui se font face et pendant de part
+et d’autre de la brèche, n’ont pas de rapport l’un avec
+l’autre&nbsp;; non pas qu’ils diffèrent essentiellement par leur
+structure, mais leur importance n’est pas comparable. Les monts du
+Zab sont une petite chaîne de collines dont aucune n’atteint
+<span class="numletsp">1</span>000 mètres, mais l’Aurès a le sommet
+le plus élevé de toute l’Algérie (Chélia, <span class=
+"numletsp">2</span>329 m.). En largeur aussi il est deux fois plus
+puissant que le Zab, le faisceau de ses ondulations parallèles et
+régulières déborde au nord sur les hauts plateaux Constantinois et
+n’en laisse pas subsister grand chose. Enfin c’est l’Aurès, la
+chaîne peut-être la plus puissante, la mieux individualisée, la
+plus célèbre de toute l’Algérie. Le même nom lui est resté attaché
+depuis <span class="numletsp">2</span>000 ans, sans contestation,
+Aurasius&nbsp;; le cas est rare parmi les massifs de l’Atlas et
+peut-être unique.</p>
+
+<p>Cette brèche, qui est un trait si important de la structure,
+tient une place immense dans l’histoire de l’Algérie et dans sa
+géographie humaine.</p>
+
+<p>Ç’a été la grande voie de communication entre le Sahara et
+l’Oranie, la voie des grands nomades chameliers. L’histoire atteste
+des relations étroites, séculaires, entre des régions aussi
+différentes<span class="pagenum" id="Page_35">[35]</span> que
+Tiaret d’une part, et d’autre part Cedrata, près d’Ouargla, le
+djebel Nefouça en Tripolitaine. Ç’a été les points importants du
+royaume Berbère ibadhite. Dans ces mêmes limites un peu vagues,
+entre la Tripolitaine et Tiaret, nous voyons d’après Ibn Khaldoun
+jusqu’au <span class="sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècle une race
+Zénète homogène, groupée. L’axe de l’ibadhisme et de la Zénétie
+passe par le seuil de Biskra. C’est seulement par cette voie de
+communication entre le nord-ouest et le sud-est qu’on arrive à
+imaginer la distribution des Ibadhites et des Zénètes.</p>
+
+<p>Le seuil de Biskra fut la porte d’entrée de toutes les invasions
+arabes. Sidi Okba, qui conduisit la première, est enterré à Biskra,
+où il fut tué. La seconde, celle des bédouins Hilaliens au
+<span class="sc2">XII</span><sup>e</sup> siècle, a repris le même
+chemin. La capitale du royaume Berbère, qui les tint le plus
+longtemps qu’elle put en échec, fut la Kalaa des Beni-Hammad&nbsp;;
+elle dressait son «&nbsp;fanar&nbsp;», sa tour de guet, encore
+debout, juste en face du seuil de Biskra, de l’autre côté du chott,
+sur les pentes sud du Maadid<a id="FNanchor_21"></a><a href=
+"#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
+
+<p>Contre les Arabes, l’Aurès fut la citadelle berbère&nbsp;? Il
+l’est resté. Le seuil de Biskra est une limite linguistique et
+nationale. Il n’a jamais cessé, depuis deux millénaires, d’être une
+frontière entre pays diversement habités, puisque, sous la
+domination romaine, le limes y passait, approximativement<a id=
+"FNanchor_22"></a><a href="#Footnote_22" class=
+"fnanchor">[22]</a>.</p>
+
+<p>Ce n’est donc pas douteux, le grand accident saharien de
+l’Igharghar, comme les deux précédents, pénètre dans l’Atlas&nbsp;;
+et il y devient lui aussi un principe extrêmement important de
+différenciation. Il faut simplement noter une nuance. Cette
+puissance de différenciation, la dorsale de Laghouat se trouve
+l’avoir exercée surtout dans la zone du Tell, et le sillon de
+l’Igharghar dans celle des hauts plateaux.</p>
+
+<p>Ajoutons enfin qu’un quatrième accident saharien se comporte
+comme les trois autres. C’est l’épaulement oriental du
+troisième.</p>
+
+<p><em>La croisée du Djerid</em> (<a href="#i06">fig. 6</a>). — Le
+synclinal de l’oued R’ir et du bas Igharghar, a pour épaulement
+oriental la crête des Matmatas qui court nord-sud sur la frontière
+de la Tunisie et de la Tripolitaine. La dénivellation comme dans le
+reste du Sahara algérien, est lente, progressive, mais considérable
+au total. Touggourt est à 60 mètres d’altitude, dans les Matmatas
+un sommet atteint 750 mètres. Cette ondulation anticlinale, lente
+et puissante, de<span class="pagenum" id="Page_36">[36]</span>
+calcaire crétacé, est un pendant exact du Tadmaït. Or cet accident
+saharien se continue à travers toute la Tunisie par une série de
+coulisses sub-méridiennes, qui passe immédiatement à l’est de
+Kairouan, et qu’on peut suivre par le Zaghouan jusqu’au golfe de
+Tunis<a id="FNanchor_23"></a><a href="#Footnote_23" class=
+"fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<p>Ce serait à la rigueur en dehors de notre sujet, mais il serait
+dommage de ne pas dire combien la croisée des deux directions
+nord-sud et est-ouest ressort d’une façon éclatante au voisinage du
+chott Djerid. Elle est marquée dans le dessin des chaînons
+montagneux&nbsp;; ceux qui longent le chott et qui sont très
+puissants (de 500 à <span class="numletsp">1</span>000 mètres) sont
+franchement est-ouest&nbsp;; ils font un angle droit avec la
+direction des Matmatas.</p>
+
+<p>L’ensemble des chotts tunisiens et constantinois depuis le
+Melr’ir jusqu’au Djerid est une dépression tectonique, en grande
+partie au-dessous du niveau de la mer. Cette dépression a 400
+kilomètres d’est en ouest, elle est mince et rectiligne. A son
+extrémité orientale elle est coupée court et séparée de la mer par
+le seuil de Gabès, d’orientation exactement perpendiculaire.</p>
+
+<p>La croisée des deux directions s’accuse d’ailleurs dans le
+dessin même de la petite Syrte. A la direction des accidents
+sahariens la Tunisie doit celle de sa côte entre Gabès et Tunis,
+c’est-à-dire son individualité même, qui est d’être la porte du
+Maghreb sur la Méditerranée orientale.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl1c4">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_21"></a><a href="#FNanchor_21"><span class=
+"label">[21]</span></a><a href="#entbib25">N<sup>o</sup> 25</a>,
+<em>passim</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_22"></a><a href="#FNanchor_22"><span class=
+"label">[22]</span></a><a href="#entbib63">N<sup>o</sup> 63</a>,
+carte <em>in fine</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_23"></a><a href="#FNanchor_23"><span class=
+"label">[23]</span></a>Voir dans <a href="#entbib84">n<sup>o</sup>
+84</a>, p. 336, figure 42, croquis tectonique de la Tunisie
+centrale.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_37">[37]</span><a id=
+"l1c5"></a>CHAPITRE V</h3>
+
+<p class="sch2">CONCLUSIONS GÉNÉRALES</p>
+
+<p>Dans les pages qui précèdent on n’a pas étudié l’Algérie en soi
+et pour soi&nbsp;; on a cherché à la placer dans son cadre
+planétaire et à montrer les liens qui existent avec ce cadre.</p>
+
+<p>Que l’Atlas Algérien soit une partie du système Alpin, et
+qu’avec l’Apennin il tourne autour de la Tyrrhénide, c’est
+extrêmement et anciennement connu. On s’est borné à le
+rappeler.</p>
+
+<p>On a dû insister beaucoup plus longuement sur la partie
+saharienne du cadre.</p>
+
+<p>D’une façon très générale il n’est rien de plus connu, il est
+vrai, que l’importance planétaire des grands accidents nord-sud
+sahariens et nord africains.</p>
+
+<p>Le plus célèbre est la faille immense, la plus notoire du globe
+peut-être, qui est jalonnée par les grands lacs africains, la fosse
+de la mer Rouge, et qu’on suit par l’effondrement de la Mer Morte
+jusqu’en Asie.</p>
+
+<p>Une autre, à peine moins connue, est celle qui a imposé au Nil
+sa direction à travers le désert. D’après les dernières
+explorations scientifiques, le trait essentiel, dans la structure
+de la Tripolitaine, ce sont deux failles parallèles d’orientation
+nord-sud<a id="FNanchor_24"></a><a href="#Footnote_24" class=
+"fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<p>Ces grands accidents ont une parenté certaine avec les sillons
+sub-méridiens du Sahara algérien.</p>
+
+<p>D’autre part on a signalé depuis longtemps que ces grands
+accidents nord-sud croisent à angle droit de grandes cassures
+est-ouest et par exemple celle qui détermine la direction de la
+côte sud dans la Méditerranée orientale.</p>
+
+<p>Il est donc bien entendu que l’attention est attirée depuis
+longtemps sur un grand quadrillage, à travers toute l’Afrique
+septentrionale, d’accidents démesurément longs, se recoupant
+à<span class="pagenum" id="Page_38">[38]</span> angles droits.
+Chudeau, après Green, mentionne, à titre d’hypothèse explicative,
+une «&nbsp;torsion du géoïde&nbsp;»<a id="FNanchor_25"></a><a href=
+"#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>.</p>
+
+<p>Notre grande faille Roussillon-Touat, la dorsale Hoggar-Médéa,
+le sillon de l’Igharghar, tout cela rentre donc dans un cadre
+général d’accidents analogues et authentiquement constatés.</p>
+
+<p>D’autre part, G.-B.-M. Flamand d’abord, et à sa suite tous les
+géologues algériens ont plus ou moins insisté sur le retentissement
+posthume des plis hercyniens dans le gauchissement des plis
+atlasiques.</p>
+
+<p>Pourtant quand il s’est agi de disséquer la structure de
+l’Algérie, on n’a jamais fait à ces grands accidents sahariens la
+part qui leur revient.</p>
+
+<p>Nous avons essayé de montrer que cette part est immense à propos
+de quelques grands exemples.</p>
+
+<p>Dans l’analyse des régions naturelles nous retrouverons souvent
+cette direction nord-sud, dont on a voulu simplement établir dans
+ce livre I<sup>er</sup> la valeur discriminative.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl1c5">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_24"></a><a href="#FNanchor_24"><span class=
+"label">[24]</span></a><a href="#entbib23">N<sup>o</sup> 23</a>, p.
+412, fig. 19.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_25"></a><a href="#FNanchor_25"><span class=
+"label">[25]</span></a>Chudeau, <a href="#entbib29">n<sup>o</sup>
+29</a>, p. 69.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_39">[39]</span><a id=
+"l2"></a>LIVRE II</h2>
+
+<p class="sch1">L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h3 class="nopb"><a id="l2c1"></a>CHAPITRE I</h3>
+
+<p class="sch2">LES TEMPS PRIMAIRES</p>
+
+<p>Sur le passé de l’Algérie les géologues ont recueilli un grand
+nombre de données précises. On se propose de les résumer en les
+rapprochant les unes des autres, en les massant.</p>
+
+<p>A vrai dire on glissera très rapidement sur les temps primaires.
+Sur le sol Algérien proprement dit, les confins Algéro-Marocains
+mis à part, on n’a jamais trouvé un seul fossile primaire.</p>
+
+<p>Les affleurements de cet âge ne sont pas tout à fait
+inexistants, mais ils sont de trop faible étendue et trop épars,
+pour qu’il y ait un intérêt géographique à essayer d’en
+reconstituer l’histoire. L’étude géologique, encore assez peu
+avancée pourtant, des régions voisines, le Sahara et le Maroc, fait
+bien entrevoir quelques traits généraux de cette histoire. Il est
+certain que cette portion de l’écorce terrestre, à l’époque
+primaire, a été plissée en une grande chaîne très importante, d’âge
+hercynien. Cette chaîne hercynienne avait en gros une direction
+subméridienne.</p>
+
+<p>On a déjà dit au livre précédent combien cette direction
+hercynienne, qui réapparaît de façon posthume en croisée
+orthogonale avec les plis Alpins, est une chose importante pour la
+dissection et l’intelligence de l’Algérie. On n’a rien de général à
+ajouter sur le sujet.</p>
+
+<p class="space-above15">On a déjà dit aussi, dans ce même livre I,
+que, dans la même Algérie proprement dite, les vieilles roches
+primaires et archéennes<span class="pagenum" id=
+"Page_40">[40]</span> étaient concentrées, avec les roches
+éruptives, dans la zone littorale des Kabylies, où ils représentent
+le culot resté adhérent de la Tyrrhénide effondrée (<a href=
+"#i01">fig. 1</a>).</p>
+
+<p>Là-dessus non plus on ne croit pas avoir à ajouter grand’chose.
+Sur les roches anciennes des Kabylies il y a bien eu un petit
+conflit d’opinions entre MM. Termier, directeur du Service de la
+carte géologique et Ficheur, directeur de la Subdivision algérienne
+du même service<a id="FNanchor_26"></a><a href="#Footnote_26"
+class="fnanchor">[26]</a>.</p>
+
+<p>On ne croit pas que cette divergence d’opinion présente un
+intérêt au point de vue qui nous occupe.</p>
+
+<p>M. Termier estime qu’en certains points on a classé dans les
+schistes anciens des dépôts éocènes métamorphisés. Nierait-il donc
+l’existence d’une Tyrrhénide constituée de schistes anciens&nbsp;?
+Mais lui-même, d’autre part, dans une étude sur la Sardaigne, et à
+une époque aussi récente que 1914, insiste sur «&nbsp;ce massif
+Corso-Sarde, qui a résisté d’une façon générale au mouvement
+Alpin&nbsp;»&nbsp;; aujourd’hui en grande partie ruiné et effondré
+sous les flots de la Méditerranée&nbsp;; «&nbsp;entouré de tous
+côtés par des éléments de la chaîne tertiaire, ébranlé lui-même au
+crétacé, puis au tertiaire, mais n’ayant subi en somme, depuis les
+temps Permiens, que des contre-coups, des soubresauts, des
+ébranlements sans nouveaux plissements&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_27"></a><a href="#Footnote_27" class=
+"fnanchor">[27]</a>.</p>
+
+<p>Sur l’existence d’une Tyrrhénide effondrée, tout le monde est
+donc d’accord sans exception et sans restriction. C’est le seul
+point qui nous importe. Dans quelle mesure les vieux schistes
+kabyles appartiennent-ils tous au culot de cette Tyrrhénide, il est
+vrai que là-dessus les techniciens de la géologie ne sont pas
+d’accord. Mais leurs discussions ne sont pas à l’échelle du présent
+travail géographique.</p>
+
+<p>Aux réserves près qui viennent d’être formulées, la
+paléogéographie de l’Algérie ne commence à nous intéresser qu’à
+partir de l’ère secondaire. A ce moment elle prend pour la première
+fois une forme qui a un rapport vraiment direct avec
+l’actuelle.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl2c1">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_26"></a><a href="#FNanchor_26"><span class=
+"label">[26]</span></a><a href="#entbib117">N<sup>o</sup> 117</a>,
+p. 130 et <a href="#entbib37">n<sup>o</sup> 37</a>, p. 407.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_27"></a><a href="#FNanchor_27"><span class=
+"label">[27]</span></a><a href="#entbib119">N<sup>o</sup> 119</a>,
+p. 43 et 56.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_41">[41]</span><a id=
+"l2c2"></a>CHAPITRE II</h3>
+
+<p class="sch2">L’ALGÉRIE BRAS DE MER</p>
+
+<p>Au Secondaire, l’Algérie commence à être ce qu’elle est restée,
+la chaîne plissée de l’Atlas.</p>
+
+<p>On voit apparaître les deux môles résistants du nord et du sud,
+le môle tyrrhénien et le saharien.</p>
+
+<p>Entre ces deux mâchoires d’étau, l’Algérie tend à s’écraser.
+Elle devient ce que les géologues appellent un géosynclinal, une
+charnière de l’écorce terrestre, une ligne de moindre résistance et
+par conséquent de plissement.</p>
+
+<p>Géosynclinal, partie déprimée de l’écorce terrestre, et par
+conséquent bras de mer, où les sédiments s’accumulent et par leur
+poids incessamment accru détruisent éternellement l’équilibre,
+empêchent la cicatrisation de la cassure et récréent sans cesse
+l’instabilité.</p>
+
+<p>Un bras de mer, un détroit, avec des rivages changeants, avec
+des alternatives d’émersion et d’immersion partielles ou
+totales&nbsp;; c’est une définition acceptable de l’Algérie depuis
+le début du secondaire à peu près.</p>
+
+<p>Son histoire depuis ce temps-là est pour une bonne part (la part
+des immersions), l’histoire des bras de mer successifs qu’elle a
+été. Or ces bras de mer successifs, ou du moins beaucoup d’entre
+eux, les géologues les ont reconstitués et en ont tracé des cartes
+paléogéographiques. Les reproduire, les comparer, voir ce qui
+résulte de leur rapprochement, c’est l’objet du présent
+chapitre<a id="FNanchor_28"></a><a href="#Footnote_28" class=
+"fnanchor">[28]</a> (<a href="#i07">fig. 7</a> à <a href=
+"#i11">11</a>).</p>
+
+<p><em>Bras de mer crétacé.</em> — Les étages du lias et du
+jurassique sont représentés en Algérie par des dépôts à tout le
+moins très apparents. Ce sont surtout des calcaires massifs, durs,
+que l’érosion<span class="pagenum" id="Page_42">[42]</span> accuse
+en relief, et qui constituent des pitons saillants, des abrupts
+pittoresques (le Djurdjura, les causses de Saïda). Ils tirent l’œil
+dans le paysage. Mais la superficie qu’ils recouvrent au total est
+trop faible pour qu’on puisse essayer d’imaginer ce que fut
+l’Algérie liasique et jurassique. A coup sûr pourtant elle fut
+envahie par la mer. Elle commence dès ce moment là sa carrière de
+bras de mer. On n’en sait pas plus long.</p>
+
+<p>Sur le bras de mer crétacé nous sommes au contraire très bien
+documentés. L’Algérie presque tout entière est encroûtée des dépôts
+de cet âge d’une immense épaisseur. Ce sont eux qui prédominent
+largement, et qu’on a le plus de chance d’avoir sous les
+pieds&nbsp;; ils recouvrent une superficie qui doit être supérieure
+à la moitié de l’Algérie.</p>
+
+<p>Aussi les géologues ont-ils pu représenter, dans des cartes
+paléogéographiques, les états successifs du bras de mer aux
+différents étages du crétacé. Ces cartes ne sont pas assez
+différentes les unes des autres pour qu’on ait cru nécessaire à
+notre point de vue géographique de les donner toutes.</p>
+
+<p>On a pensé qu’une suffirait, celle par exemple du crétacé
+inférieur<a id="FNanchor_29"></a><a href="#Footnote_29" class=
+"fnanchor">[29]</a> (<a href="#i07">fig. 7</a>).</p>
+
+<p>Ce n’est pas que les limites du bras de mer soient restés
+immuables à travers tout l’étage, tant s’en faut. Parfois il s’est
+avancé très loin sur la plate-forme saharienne, y déposant les
+calcaires cénomaniens et sénoniens qui constituent les plateaux du
+Tadmaït.</p>
+
+<p>Une autre fois, à l’albien, le rivage s’est retiré assez loin
+pour que le coin sud-ouest de l’Algérie soit resté longtemps
+exondé&nbsp;; les montagnes des Oulad-Naïl, le djebel Amour<a id=
+"FNanchor_30"></a><a href="#Footnote_30" class=
+"fnanchor">[30]</a>&nbsp;; l’Albien y est représenté par une
+formation continentale, ce sont des grès rouges de facies très
+uniforme, à «&nbsp;dragées&nbsp;» de quartz roulé, et à petites
+concrétions sphéroïdales, la roche préférée des graveurs
+rupestres&nbsp;?</p>
+
+<p>Ces grès à dragées, qui contiennent pour tout fossiles des bois
+silicifiés, sont une des roches algériennes les plus particulières
+et les mieux individualisées&nbsp;; et ils sont bien une formation
+crétacée continentale.</p>
+
+<p>Mais c’est la seule&nbsp;: à cet intermède près le bras de mer
+crétacé n’a jamais cessé de recouvrir la totalité de l’Algérie
+comme la <a href="#i07">carte ci-jointe</a> en donne correctement
+l’idée.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_43">[43]</span>Cette carte
+distingue, au sud, des dépôts littoraux ou de mer peu profonde,
+«&nbsp;néritiques&nbsp;»&nbsp;; au nord, des dépôts de mer
+profonde, «&nbsp;bathyaux&nbsp;». Cette distinction est valable
+pour tout l’étage crétacé, inférieur, moyen et supérieur&nbsp;; et
+elle est essentielle. Tous les dépôts crétacés ont des facies
+différents suivant qu’on les étudie au sud ou au nord, sur les
+hauts plateaux ou dans le Tell. Par exemple, les grès à dragées
+Albiens ont pour contemporains, dans le nord&nbsp;: des schistes
+puissants, intercalés de quartzites. Le Cénomanien, depuis la
+limite méridionale du Tell jusqu’à In-Salah, constitue une
+formation très uniforme&nbsp;; à la base, des marnes
+gypseuses&nbsp;; au sommet, des calcaires durs à nombreux fossiles
+côtiers, Ostréa et Oursins, qui représentent le sous-étage
+Turonien. Dans le Tell il devient impossible d’individualiser le
+Turonien&nbsp;; les deux étages confondus sont représentés par des
+marnes schisteuses à bancs de calcaires marneux, riches en
+céphalopodes. Le Sénonien méridional est franchement calcaire avec
+fossiles côtiers&nbsp;; dans le nord, ce sont des masses confuses
+de schistes, avec petits blocs calcaires jaunâtres très
+particuliers, et rares inocérames. D’une façon générale toutes les
+formations méridionales sont des dépôts de mer peu profonde, de
+plages, de lagunes, voire continentaux, avec fossiles terrestres ou
+littoraux&nbsp;: les septentrionales sont surtout des schistes,
+avec rares fossiles pélagiques&nbsp;; l’uniformité des facies dans
+les formations crétacées du Tell, et leur pauvreté en fossiles,
+font le désespoir des géologues.</p>
+
+<p>Cela revient à dire que dans le bras de mer crétacé, la bande
+nord, à peu près correspondante à notre Tell, était le véritable
+géosynclinal, au sens strict du mot, la mer profonde où les dépôts
+«&nbsp;bathyaux&nbsp;», les argiles, les vases, s’accumulaient dans
+une mer au fond instable où les forces plissantes atteignaient leur
+intensité maximum. La charnière mobile du géosynclinal était là. Le
+reste, la partie méridionale, correspondant vaguement à nos hauts
+plateaux, participait déjà dans le bras de mer crétacé aux
+caractères d’un socle continental inondé, voire partiellement
+exondé, socle relativement rigide.</p>
+
+<p>On va voir que ça n’a jamais cessé d’être ainsi jusqu’au bout, à
+travers toute la série des âges. La charnière du géosynclinal est
+restée dans le Tell. Ce trait de structure est demeuré acquis
+depuis le moment où nous le voyons se manifester. Et par exemple il
+a persisté dans le bras de mer éocène.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i07"><a href="images/i07.jpg"><img src='images/i07.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 7. — Mer crétacée.</p>
+
+<p class="cp3">(Voir <a href="#i11">légende</a> explicative des
+fig. 7 à 11.)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i08"><a href="images/i08.jpg"><img src='images/i08.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 8. — Mer des phosphates.</p>
+
+<p class="cp3">(Voir <a href="#i11">légende</a> explicative des
+fig. 7 à 11.)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i09"><a href="images/i09.jpg"><img src='images/i09.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 9. — Mer oligocène.</p>
+
+<p class="cp3">(Voir <a href="#i11">légende</a> explicative des
+fig. 7 à 11.)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i10"><a href="images/i10.jpg"><img src='images/i10.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 10. — Mer cartennienne.</p>
+
+<p class="cp3">(Voir <a href="#i11">légende</a> explicative des
+fig. 7 à 11.)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i11"><a href="images/i11.jpg"><img src='images/i11.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 11. — Mer sahélienne.</p>
+
+<p class="cp3"><em>Légende explicative des figures 7 à 11.</em>
+</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Série de cartons paléogéographiques
+représentant les invasions et les retraites du bras de mer dont les
+dépôts émergés constituent l’Atlas. — Ce bras de mer est coincé
+entre deux continents, le socle Saharien au Sud, et au Nord la
+Tyrrhénide, dont l’effondrement a lieu seulement au début du
+pliocène.</p>
+
+<p class="cp2">Il y a émersion totale du bras de mer à l’époque
+oligocène comme à l’époque actuelle. — A l’époque crétacée le bras
+de mer a sa plus grande puissance. Mais il est large et profond à
+l’étage des phosphates et à l’étage cartennien. Toutes les fois
+qu’il est normalement développé il est mer profonde, à dépôts
+bathyaux, dans la partie Nord, Tellienne — et socle continental
+inondé, à dépôts néritiques, dans la partie Sud (hauts plateaux). —
+A travers cette évolution 4 compartiments de l’Atlas se sont
+comportés différemment. — Sur les hauts plateaux le compartiment
+occidental (hauts plateaux oranais) est anciennement émergé sans
+retour oscillatoire de la mer. Il n’en est pas de même du
+compartiment oriental, et particulièrement du Hodna. — Dans le Tell
+c’est au contraire le compartiment oriental, qui a une tendance
+ancienne à l’émersion. Le Tell oranais, des plaines sub-littorales,
+est la partie où la mer a le plus longtemps séjourné, jusqu’à
+l’époque de beaucoup la plus récente.</p>
+
+<p class="cp2">Noter que cela souligne l’importance de la grande
+dorsale Laghouat-Médéa, de part et d’autre de laquelle les
+compartiments de l’Atlas ont une paléogéographie différente.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p><em>Bras de mer éocène.</em> — Les géologues sont d’accord pour
+en<span class="pagenum" id="Page_46">[46]</span> dresser la carte,
+au moins en ce qui concerne l’éocène inférieur (le suessonien),
+l’étage fameux en Algérie par ses phosphates.</p>
+
+<p>Cette carte (voir <a href="#i08">fig. 8</a>) dressée d’abord par
+M. Savornin<a id="FNanchor_31"></a><a href="#Footnote_31" class=
+"fnanchor">[31]</a>, a été reproduite par M. Joleaud<a id=
+"FNanchor_32"></a><a href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>
+avec quelques modifications qui portent sur des nuances. Entendons,
+bien entendu, nuances au point de vue qui nous occupe. Sur les
+traits généraux il n’y a pas le moindre désaccord.</p>
+
+<p>Ces traits ressortent au premier coup d’œil sur la carte. Et
+d’abord le bras de mer suessonien est beaucoup plus grêle que le
+crétacé, très aminci. Le quart sud-ouest de l’Algérie est
+émergé&nbsp;; c’est l’Atlas saharien à l’ouest du Hodna, le coin
+des grès à dragées&nbsp;; notez que l’émersion est, cette fois,
+définitive&nbsp;; la mer n’y est jamais revenue, c’est parfaitement
+authentique. Cette région étendue qui englobe les cuvettes des
+chotts oranais, tout le bloc des hauts plateaux à l’ouest du
+méridien d’Alger, tout cela est resté subaérien, continental, sans
+la moindre interruption, depuis la fin du crétacé. Dans un pays
+comme l’Algérie, qui est dans son ensemble un géosynclinal
+tertiaire, c’est une originalité puissante. On ne l’a pas assez
+dit, et, par exemple, on l’omet par prétérition lorsqu’on réunit
+dans cette même formule générale «&nbsp;les hauts plateaux&nbsp;»,
+à la fois ceux de l’ouest, de l’Oranie, et ceux de l’est, cuvette
+de Hodna et hautes plaines Constantinoises.</p>
+
+<p>Il est curieux de constater d’ailleurs que ces deux groupes de
+hauts plateaux, qui s’individualisent au Suessonien par l’immersion
+de l’un et l’émersion de l’autre, sont justement séparés par la
+grande dorsale Laghouat-Alger.</p>
+
+<p>Sur leurs cartes paléogéographiques de la mer Suessonienne,
+comme de la mer Crétacée, les géologues distinguent soigneusement
+les dépôts «&nbsp;néritiques&nbsp;» et «&nbsp;bathyaux&nbsp;». Ici
+la distinction n’est pas seulement d’intérêt théorique, mais aussi
+pratique, ainsi que MM. Jollaud et Collet le font ressortir<a id=
+"FNanchor_33"></a><a href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>.
+Dans les dépôts de zone abyssale, c’est-à-dire de la zone
+septentrionale, Tellienne, on ne trouve pas de concrétions
+phosphatées, parce que «&nbsp;les os des animaux marins ont été
+dissous avant d’atteindre le fond&nbsp;». Les phosphates se
+rencontrent dans la zone des faibles profondeurs, dans le sud par
+conséquent&nbsp;; là en effet les cadavres «&nbsp;sont tombés sur
+le fond et s’y sont décomposés&nbsp;».</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_47">[47]</span>Dans ce bras de
+mer éocène, «&nbsp;à une époque qu’il est difficile de préciser
+exactement, le géosynclinal tellien a fortement rejoué&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_34"></a><a href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>.
+Des plissements intenses ont beaucoup modifié le tracé des rivages.
+Il est certain qu’à l’éocène moyen et surtout supérieur, le bras de
+mer n’avait plus le même tracé. Mais les géologues ne nous disent
+pas avec précision lequel, ils ne se croient pas encore outillés
+suffisamment pour l’oser<a id="FNanchor_35"></a><a href=
+"#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>. Ils affirment pourtant
+qu’à l’éocène supérieur toutes les hautes plaines Constantinoises
+étaient exondées, comme aussi l’Atlas saharien à l’est du Hodna,
+l’Aurès&nbsp;; le bras de mer se renfermait dans les limites du
+Tell. Il y a déposé des roches qui sont d’une extrême importance
+géographique. C’est un complexe d’argiles et de grès siliceux.
+Certains géologues lui appliquent, par analogie avec les Alpes, le
+nom de «&nbsp;flysch&nbsp;», dont l’exactitude est contesté par
+d’autres, mais qui est commode. Ce flysch algérien a deux facies
+gréseux, le medjanien aux grès rougeâtres fins et durs, le numidien
+aux grès jaunes grossiers et assez tendres<a id=
+"FNanchor_36"></a><a href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>.
+Cette formation, tout particulièrement avec son facies numidien,
+est associée aux boisements superbes des Kabylies, par les réserves
+d’eau que lui vaut la porosité des grès combinée avec l’étanchéité
+des argiles&nbsp;; les grès attirent et groupent les arbres
+calcifuges et silicicoles, les chênes-lièges par exemple. Ils ont
+ainsi une importance immense au point de vue pittoresque et
+économique. Ils portent les grandes forêts aux arbres énormes, qui
+ont dans un pays généralement dénudé le charme de l’inattendu.
+C’est à eux que l’Algérie doit d’occuper un rang intéressant parmi
+les rares pays producteurs du liège. Et si on songe aux phosphates
+suessoniens il faut conclure que la Berbérie a vraiment à l’Éocène
+des obligations particulières.</p>
+
+<p>Les géologues donnent au flysch une épaisseur totale d’environ
+700 mètres&nbsp;; c’est une masse puissante, dépôt d’un bras de mer
+encore profond, d’un géosynclinal où les plissements orogéniques se
+sont continués jusqu’à la fin de l’éocène.</p>
+
+<p><em>La mer oligocène.</em> — L’éocène, qui a vu en Europe se
+dresser les Pyrénées, est un âge important pour la surrection de
+l’Atlas. A la fin de l’éocène, c’est-à-dire à l’oligocène, l’Atlas
+existe déjà, ou du moins un Atlas, qui s’est depuis plus ou moins
+démoli et reconstruit, mais qui est constitué, tout brandi, dressé
+hors des<span class="pagenum" id="Page_48">[48]</span> eaux. La
+substitution de la chaîne de montagnes au géosynclinal est
+parachevée. Le long de cette charnière instable de l’écorce
+terrestre qu’est essentiellement le bras de mer algérien, la
+compression latérale des deux mâchoires a produit dès ce temps-là,
+et provisoirement, son effet normal&nbsp;; elle a supprimé le bras
+de mer à peu près complètement, et dressé à sa place un
+haut-relief.</p>
+
+<p>Les géologues sont d’accord pour affirmer que l’Algérie
+oligocène était exondée, une surface continentale. Ceci est
+certainement un point ferme, soustrait aux discussions, comme en
+témoignent les esquisses, concordantes sur l’essentiel, qu’ont
+publiées MM. Savornin<a id="FNanchor_37"></a><a href="#Footnote_37"
+class="fnanchor">[37]</a>, Joleaud<a id="FNanchor_38"></a><a href=
+"#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>, Dalloni<a id=
+"FNanchor_39"></a><a href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>.
+Non seulement on a reconnu l’âge oligocène de dépôts continentaux,
+cailloutis torrentiels, alluvions lagunaires gypseuses, épars sur
+le sol de l’Algérie. Mais encore, comme contre-épreuve, on a
+identifié les dépôts marins de l’étage, et on a pu tracer sur la
+carte les rivages de ce qui subsistait sur le sol Algérien de la
+mer oligocène (<a href="#i09">fig. 9</a>). C’est une obligation
+qu’on a particulièrement à M. Dalloni. On connaît anciennement sur
+le littoral de l’Algérie actuelle quelques traces de mer oiigocene,
+un petit golfe par exemple dans la région de Dellys. Le bras de mer
+oligocène subsistait donc au large des côtes actuelles dans
+l’Algérie occidentale. M. Dalloni<a id="FNanchor_39b"></a><a href=
+"#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a> nous a révélé récemment
+que le bras de mer envoyait un autre prolongement très curieux dans
+cette même Algérie occidentale, mais très loin à l’intérieur des
+terres, depuis l’embouchure de la Tafna par Sidi-Bel-Abbès,
+Mascara, nord de Tiaret, Boghari, sur la lisière sud de l’Atlas.
+C’était un fjord, si on peut dire, long de 400 kilomètres, sans
+largeur et sans profondeur, un dernier rappel du géosynclinal sur
+l’emplacement même de sa charnière, au contact précis du Tell et
+des hauts plateaux. Notez que ce fjord se fermait dans la région de
+Boghari au passage de la grande dorsale Laghouat-Médéah, de part et
+d’autre de laquelle les Tells, oriental et occidental se
+diversifient. Un intérêt de cette carte paléogéographique est
+justement de faire apparaître pour la première fois l’originalité
+du Tell occidental, Tell Oranais. Cet Atlas d’âge pyrénéen, édifié
+par les plissements de l’éocène, exondé à l’oligocène, c’est dans
+le Tell Oranais qu’il conserve encore dans ses plis des digitations
+du bras de mer. Et c’est là en effet surtout que nous allons le
+voir aux âges suivants<span class="pagenum" id=
+"Page_49">[49]</span> se démolir pour se reconstruire, s’abîmer
+presque tout entier sous l’eau, pour émerger de nouveau.</p>
+
+<p class="space-above15"><em>Bras de mer miocène inférieur.</em> —
+Plusieurs géologues, MM. Savornin<a id="FNanchor_40"></a><a href=
+"#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>, Joleaud<a id=
+"FNanchor_41"></a><a href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>,
+Dalloni<a id="FNanchor_42"></a><a href="#Footnote_42" class=
+"fnanchor">[42]</a> ont tracé des bras de mer miocènes des cartes
+successives aux étages inférieur et moyen. Ils sont tous d’accord à
+des nuances près qui ne sont pas de notre ressort ici. La carte
+qu’on reproduit <a href="#i10">ci-joint</a> est celle du miocène
+inférieur, l’étage qu’on appelle généralement cartennien, celui qui
+succède immédiatement à l’oligocène.</p>
+
+<p>Au cartennien, l’Algérie devient de nouveau un bras de mer,
+large et profond, où le géosynclinal rejoue avec intensité&nbsp;;
+et ces conditions durent à l’étage suivant l’helvétien. Des
+plissements d’une grande importance rajeunissent et réédifient
+partiellement l’Atlas, des plissements d’âge alpin cette fois. De
+part et d’autre de l’oligocène, <em>grosso modo</em>, en
+simplifiant, en schématisant, ce sont eux qui ont construit l’Atlas
+algérien. L’éocène en a fait le dessin général, que le miocène a
+plus ou moins complètement remanié.</p>
+
+<p class="space-above15">Parmi les parties de l’Atlas Algérien
+actuel, on peut à la suite des géologues distinguer celles qui sont
+d’âge Pyrénéen et celles qui sont d’âge Alpin. On le peut du moins
+dans certains cas, dans une certaine mesure, avec beaucoup de
+prudence, en suivant les géologues pas à pas. Nous trouvons par la
+suite que cette distinction est d’une grande importance pour
+l’intelligence du pays, dans certains de ses coins.</p>
+
+<p>Le bras de mer cartennien rappelle un peu par sa forme générale
+le suessonien (<a href="#i10">fig. 10</a>). Il est d’étendue à peu
+près équivalente, bien plus réduit par conséquent que le bras de
+mer crétacé, mais il recouvre tout de même une bonne moitié de
+l’Algérie.</p>
+
+<p>Quand on y regarde de plus près, des différences importantes
+apparaissent avec le bras de mer Suessonien.</p>
+
+<p>Cette fois c’est le Tell Oranais qui s’est abîmé sous les flots,
+à peu près tout entier, sauf quelques îlots, et à de grandes
+profondeurs&nbsp;; les dépôts cartenniens et helvétiens dans
+l’Algérie occidentale sont surtout des marnes et des argiles, de
+facies très uniformes, en masses énormes, des dépôts abyssaux.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_50">[50]</span>Dans l’est, au
+delà de la grande dorsale de Médéa, l’allure du bras de mer
+cartennien est bien différente, assez exactement inverse. Le Tell
+oriental est resté émergé, à peu près tout entier, à sa bordure
+méridionale près. C’est au sud du Tell que le bras de mer
+cartennien s’est étalé très largement.</p>
+
+<p>Il s’est répandu sur les Hauts plateaux Constantinois jusqu’en
+Tunisie dans une mesure encore mal précisée&nbsp;; mais surtout
+dans la cuvette du Hodna, sur le seuil de Biskra. Là hors du
+géosynclinal Tellien, sur le socle inondé des hauts plateaux, il a
+laissé des dépôts néritiques&nbsp;; des calcaires à lithotamnium,
+par exemple, dont la présence accuse des profondeurs maritimes
+d’une vingtaine de mètres au maximum.</p>
+
+<p><em>Golfes sahélien et pliocène.</em> — Restent enfin les mers
+du miocène supérieur (sahélien) et du pliocène (<a href="#i11">fig.
+11</a>). Le détroit, exondé à moitié, est devenu golfe. Les golfes
+sahélien et pliocène se continuent et se recouvrent l’un l’autre à
+peu de chose près, dans le même coin nord occidental de
+l’Algérie<a id="FNanchor_43"></a><a href="#Footnote_43" class=
+"fnanchor">[43]</a>. Ils y occupent toute la zone des plaines
+sublittorales et des Sahels, d’où le nom de Sahélien.</p>
+
+<p>Celui-ci touche ou a touché aux préoccupations de l’opinion
+publique par certains côtés. Dans le Dahra, la «&nbsp;farine
+siliceuse&nbsp;» ou «&nbsp;kieselguhr&nbsp;» est un amas de
+diatomées, dans des dépôts sahéliens d’eau douce ou saumâtre. Et
+les fameuses grottes où Pélissier enfuma les Frechih sont sculptées
+dans une lentille de plâtre d’une formation sahélienne. L’étage
+pourtant est surtout représenté par des argiles, très puissantes,
+célèbres par leur instabilité, et qui témoignent d’une mer
+profonde.</p>
+
+<p>C’est la mollasse pliocène qui constitue les environs d’Alger,
+avec leurs ravissants chemins creux, entre des murs vivants et sous
+des voûtes d’oliviers sauvages. Des grès pliocènes couverts de
+lentisques portent le tombeau de la Chrétienne et les ruines
+charmantes de Tipaza. La grande banlieue d’Alger, familière aux
+touristes est surtout pliocène. Ces formations ont beau être
+littorales&nbsp;: elles n’en intéressent pas moins une portion
+considérable du Tell occidental et nous verrons qu’elles ont été,
+au fond des mers sahéliennes et pliocènes, affectées de mouvements
+orogéniques très importants, jusqu’à une époque si rapprochée de
+nous qu’il faut déjà presque l’appeler quaternaire.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_51">[51]</span>Ce dernier tableau
+s’accorde bien avec les précédents et complète la figure
+d’ensemble. L’histoire du bras de mer se termine dans le Tell
+occidental, c’est là qu’il a séjourné en dernier lieu, et qu’il a
+fait enfin sa retraite définitive. Le compartiment du Tell Oranais
+est resté mer, et mer profonde bien plus longtemps que le
+reste.</p>
+
+<p><em>Conclusion.</em> — Cette série de cartes paléogéographiques,
+donnant les états successifs du bras de mer algérien permet
+peut-être d’imaginer l’instabilité du sol. Un pays qui est tout
+entier et qui n’a jamais cessé d’être depuis le crétacé un
+géosynclinal&nbsp;: ce pays-là est instable par définition.
+L’Algérie en effet est périodiquement visitée par les tremblements
+de terre.</p>
+
+<p>L’Atlas algérien, depuis le crétacé, n’a jamais cessé jusqu’à
+nos jours, jusqu’au quaternaire, d’être dans le devenir&nbsp;; il
+est d’âge pyrénéen, alpin, post-alpin même&nbsp;; il n’a jamais
+cessé de s’édifier, de s’écrouler et de se réédifier par quelque
+bout, tantôt ici et tantôt là.</p>
+
+<p>On conçoit donc bien qu’il soit difficile de comprendre l’Atlas
+et d’en rendre compte. Dans une tentative de ce genre, à laquelle
+il faut bien se résoudre pourtant, une extrême prudence s’impose.
+Sous cette réserve il semble bien qu’on voie déjà se dégager
+quelques grands compartiments.</p>
+
+<p>Dans l’Atlas tellien, de part et d’autre de la grande dorsale,
+le compartiment occidental et l’oriental ont chacun son histoire de
+plus en plus distincte depuis l’oligocène déjà. Dans l’Atlas
+saharien et la zone des plateaux la grande ligne de démarcation
+essentielle, c’est le seuil de Biskra&nbsp;; l’importance de cette
+ligne de démarcation est immense depuis le cartennien, et même il
+faut dire depuis l’albien. Dans la série de nos cartes, et, à mon
+sens, dans la réalité géographique et humaine, il n’y a pas
+peut-être, dans toute l’Algérie, de ligne de démarcation plus
+importante.</p>
+
+<p>Par-dessus tout, la grande division essentielle, primordiale,
+qui apparaît déjà, avec une netteté parfaite, sur la plus ancienne
+de nos cartes, celle du bras de mer crétacé, et qui se retrouve
+dans toutes les autres, c’est la division éternelle de l’Atlas
+algérien en géosynclinal tellien au nord et socle des Hauts
+plateaux au sud. Cette grande division est tout à fait populaire et
+précisément pour cela on s’en est méfié, on l’a même contestée. Il
+faut souligner au contraire combien elle est en accord avec le
+résultat des recherches géologiques les plus techniques.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl2c2">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_28"></a><a href="#FNanchor_28"><span class=
+"label">[28]</span></a>Les premières en date, qui sont, de M.
+Savornin, ont été publiées dans un article de E.-F. Gautier. Cf.
+<a href="#entbib113">n<sup>os</sup> 113</a> et <a href=
+"#entbib46">46</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_29"></a><a href="#FNanchor_29"><span class=
+"label">[29]</span></a><a href="#entbib26">N<sup>o</sup> 26</a>, p.
+248 et <a href="#entbib70">n<sup>o</sup> 70</a>, p. 189. Les
+réserves formulées par M. Savornin, <a href=
+"#entbib115">n<sup>o</sup> 115</a>, p. 409, ne sont pas à l’échelle
+de notre travail géographique.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_30"></a><a href="#FNanchor_30"><span class=
+"label">[30]</span></a><a href="#entbib26">N<sup>o</sup> 26</a>, p.
+286, fig. 43.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_31"></a><a href="#FNanchor_31"><span class=
+"label">[31]</span></a><a href="#entbib46">N<sup>o</sup> 46</a>, p.
+90, fig. 23 et <a href="#entbib115">n<sup>o</sup> 115</a>, p. 417,
+fig. 90.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_32"></a><a href="#FNanchor_32"><span class=
+"label">[32]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+213, fig. III.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_33"></a><a href="#FNanchor_33"><span class=
+"label">[33]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+222.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_34"></a><a href="#FNanchor_34"><span class=
+"label">[34]</span></a><a href="#entbib26">N<sup>o</sup> 26</a>, p.
+399.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_35"></a><a href="#FNanchor_35"><span class=
+"label">[35]</span></a>Voir pourtant Savornin, <a href=
+"#entbib115">n<sup>o</sup> 115</a>, p. 418, fig. 91.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_36"></a><a href="#FNanchor_36"><span class=
+"label">[36]</span></a>Cf. <a href="#entbib70">n<sup>o</sup>
+70</a>, p. 198.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_37"></a><a href="#FNanchor_37"><span class=
+"label">[37]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup> 115</a>,
+p. 419, fig. 92.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_38"></a><a href="#FNanchor_38"><span class=
+"label">[38]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+279, fig. IV.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_39"></a><a href="#FNanchor_39"><span class=
+"label">[39]</span></a><a href="#entbib31">N<sup>o</sup> 31</a>, p.
+107, fig. 1.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_40"></a><a href="#FNanchor_40"><span class=
+"label">[40]</span></a><a href="#entbib46">N<sup>o</sup> 46</a>, p.
+92, fig. 24 et <a href="#entbib115">n<sup>o</sup> 115</a>, p. 421,
+fig. 93.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_41"></a><a href="#FNanchor_41"><span class=
+"label">[41]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+280, fig. V.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_42"></a><a href="#FNanchor_42"><span class=
+"label">[42]</span></a><a href="#entbib30">N<sup>o</sup> 30</a>, p.
+434, fig. 1.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_43"></a><a href="#FNanchor_43"><span class=
+"label">[43]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+285, fig. VII et p. 288, fig. VIII&nbsp;; <a href=
+"#entbib30">N<sup>o</sup> 30</a>, p. 447, fig. 2.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_52">[52]</span><a id=
+"l2c3"></a>CHAPITRE III</h3>
+
+<p class="sch2">LE TRIAS</p>
+
+<p>Sur le passé de l’Atlas saharien, l’étude des dépôts marins, qui
+conduit à l’établissement de cartes successives du bras de mer,
+n’est pas la source unique de renseignements. L’étude des dépôts
+continentaux n’est pas moins importante. Il ne doit pas y avoir
+beaucoup de pays au monde où les dépôts continentaux soient aussi
+abondants et aussi intéressants.</p>
+
+<p>En première ligne vient le trias.</p>
+
+<p>A la fin des temps primaires et au début des secondaires, juste
+avant l’établissement des conditions géosynclinales qui annoncent
+l’Atlas, quand, sur l’emplacement de l’Afrique du Nord, il y avait
+une pénéplaine hercynienne, que nous entrevoyons confusément dans
+le passé, il est du moins parfaitement net et certain que cette
+pénéplaine est restée exondée pendant des âges géologiques.
+L’Algérie du bras de mer a un long prologue d’émersion totale,
+pendant lequel elle s’est couverte de dépôts continentaux.</p>
+
+<p>Les plus anciens et les moins intéressants appartiennent au
+permien, dernier étage du primaire&nbsp;? Cet étage est représenté
+en Algérie par des dépôts de faible étendue&nbsp;; ce sont
+invariablement des poudingues attestant un ruissellement subaérien.
+On n’en sait pas davantage. Il faut considérer surtout le
+trias&nbsp;; premier étage du secondaire. Il est pour
+l’intelligence de la structure d’une importance immense, et on
+devra y insister longuement.</p>
+
+<p>Du gypse&nbsp;; du sel gemme&nbsp;; des marnes bariolées de
+couleurs vives, dans les tons rouges et violets&nbsp;; des roches
+éruptives du type ophitique. C’est une formation très constante
+dans sa variété qui a fait couler beaucoup d’encre. Pendant
+longtemps on y a vu une formation éruptive. Depuis 1896 on admet
+unanimement l’attribution au trias<a id="FNanchor_44"></a><a href=
+"#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>. Mais on discute encore
+entre géologues<span class="pagenum" id="Page_53">[53]</span> sur
+le rôle de ce trias dans la formation des nappes. C’est le terrain
+d’Algérie le plus passionnant, et si on peut dire le plus
+retentissant.</p>
+
+<p>On se gardera bien de suivre les géologues dans leurs
+discussions. Ce qui nous intéresse exclusivement ce sont les points
+sur lesquels ils sont tout à fait d’accord, soustraits
+définitivement à la controverse.</p>
+
+<p>Il est certain que ces terrains gypso-salins sont d’âge
+triasique. Ils se retrouvent avec le même facies non seulement dans
+tout l’Atlas, de la Tunisie au Maroc, mais dans l’Andalousie, le
+sud-est de l’Espagne et aux Pyrénées. Il y a donc eu pendant l’âge
+triasique sur l’emplacement de la Berbérie et de l’Espagne un
+continent émergé, où régnaient des conditions de climat steppien ou
+désertique, parsemé de lagunes et de chotts.</p>
+
+<p><em>Rochers de sel.</em> — Quoique le trias algérien conserve
+partout son même facies remarquablement constant, caractérisé par
+la présence des trois éléments, sel, plâtre, argile&nbsp;;
+cependant la proportion des trois éléments est variable.</p>
+
+<p>Quand le sel prédomine le résultat est particulièrement curieux.
+Il y a une catégorie de dépôts triasiques que les géologues ont
+pris l’habitude d’appeler rochers de sel. Ce sont, au sens littéral
+du mot, des montagnes de sel, des reliefs considérables tout en sel
+gemme.</p>
+
+<p>On a dressé une carte à grande échelle d’un rocher de sel, celui
+de Djelfa (<a href="#i12">fig. 12</a>)<a id=
+"FNanchor_45"></a><a href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>.
+Il est donc possible d’indiquer les dimensions avec une grande
+précision. Des falaises y ont des abrupts qui atteignent 100
+mètres, exactement de la cote 922 à la cote <span class=
+"numletsp">1</span>022. Or, ces abrupts tout entiers, de la base au
+sommet, sont du sel gemme, en assises bien litées, sans
+intercalation d’argile. Comme on ne voit pas le substratum,
+l’épaisseur du sel gemme peut être beaucoup plus considérable.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i12"><a href="images/i12_large.jpg"><img src=
+'images/i12.jpg' alt='' class="iw3"></a>
+<p class="cp1">Fig. 12. — Le rocher de sel de Djelfa.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">La figure est une réduction
+photographique au 2<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>
+des courbes de la carte au <span class=
+"numletsp">5</span>000<sup>e</sup> publiée dans 48 (et à laquelle
+on renvoie pour plus de détails).</p>
+
+<p class="cp2">Tout le centre, le dédale d’entonnoirs, est du
+trias, et essentiellement du sel gemme.</p>
+
+<p class="cp2">Dans la partie gauche et centrale de la figure la
+haute falaise d’un seul jet, d’une centaine de mètres, est tout
+entière en sel gemme, pur, nu, et guilloché.</p>
+
+<p class="cp2">Autour de ce cœur triasique et tranchant nettement
+avec lui court une auréole, régulièrement circulaire, à bords
+vivement relevés, de terrains normalement drainés. Elle serait à
+peu près continue sur tout le pourtour, n’était l’érosion de l’oued
+Melah qui en a fauché un pan au bas de la figure.</p>
+
+<p class="cp2">L’ensemble a la forme d’une pustule au centre
+crevé.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Il y a aussi des argiles salées très dures, maintenues par une
+armature d’infiltrations et de filonnets de sel. Dans le rocher de
+Djelfa elles sont groupées à part, elles occupent toute la partie
+méridionale du rocher, en masses puissantes, pas du tout litées. On
+peut supposer que les bancs de sel et les argiles étaient
+interstratifiés au moment du dépôt&nbsp;; cela paraît
+vraisemblable. Les formidables pressions, dont nous avons d’autres
+témoignages, peuvent avoir séparé mécaniquement ces deux éléments
+en faisant fuser l’argile. Quoi qu’il en soit cette séparation est
+aujourd’hui<span class="pagenum" id="Page_54">[54]</span> complète.
+Le sel forme une masse compacte d’une puissance énorme. Même dans
+la partie sud, où les boues salées sont presque tout ce qu’on voit
+en surface, il est probable qu’elles reposent partout, à une
+profondeur plus ou moins faible, sur des assises de sel gemme. En
+effet, sous la couche des boues, on voit souvent apparaître, au
+fond des puits, le sel massif, découpé sur les parois en tuyaux
+d’orgue polis. En tout cas, même dans la seule partie<span class=
+"pagenum" id="Page_55">[55]</span> nord, le bloc de sel, largement
+étalé, est d’une puissance indéniable qui confond. Il y a là une
+surface d’un kilomètre carré environ, sur une épaisseur d’une
+centaine de mètres.</p>
+
+<p>Ce n’est rien cependant à côté de ce qu’on voit à El-Outaya
+(station de chemin de fer entre El-Kantara et Biskra). Le rocher de
+sel d’El-Outaya est beaucoup plus grand&nbsp;; il se trouve sur la
+première feuille publiée de la carte d’Algérie au 10<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup><a id="FNanchor_46"></a><a href=
+"#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>. On peut donc donner sur
+ses dimensions des chiffres précis. De la base, qui est une grande
+plaine d’alluvions au sud jusqu’au signal géodésique du sommet, la
+dénivellation est de 300 mètres. La pente extrêmement abrupte ne
+permet l’ascension que par un très petit nombre de sentiers
+difficiles. A une échelle triple, c’est un pendant exact de la
+grande falaise du rocher de Djelfa. Ici comme là, c’est le même sel
+gemme, massif sur toute l’épaisseur à ce qu’il m’a semblé, sans une
+seule intercalation d’argile. En plan la montagne est longue de 6
+kilomètres, et large de 3, alors que, à Djelfa, le rocher de sel
+n’a que <span class="numletsp">1</span>500 mètres de diamètre. Le
+rocher d’El-Outaya est le géant de l’espèce.</p>
+
+<p>Dans la même région, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest
+d’El-Kantara, un autre rocher de sel, celui de Metlili, est, au
+contraire, beaucoup plus petit. Il a 500 mètres environ de
+diamètre&nbsp;; mais il est, lui aussi, un relief abrupt de sel
+massif.</p>
+
+<p>Ces rochers de sel algériens sont des individualités
+géographiques tout à fait à part. Leur rôle économique est
+médiocre. L’exploitation du sel à El-Outaya, dès le temps des
+Fatimides, est mentionnée, il est vrai, par El-Bekri. Et d’ailleurs
+tous les rochers de sel sont exploités aujourd’hui par les
+indigènes. Mais cela signifie que, de temps en temps, on y voit un
+bourriquot ou un chameau chargé de blocs de sel arrachés à coup de
+pioche, pour la consommation d’une famille ou l’approvisionnement
+d’un petit marché voisin. D’exploitation européenne il n’est encore
+nullement question. Dans le paysage les rochers de sel sont un coup
+d’œil extraordinaire. Ils sont d’une aridité absolue. On distingue
+de loin leur nudité claire, au milieu des verdures pourtant
+médiocres qui les entourent. La pauvreté végétale fait contraste
+avec la richesse de la faune. Il est vrai qu’il y a peu de variété.
+Ce qui frappe surtout, c’est la gent ailée. Il n’est pas possible
+de substituer à cette périphrase le mot oiseaux&nbsp;; parce que la
+chauve-souris y tient une<span class="pagenum" id=
+"Page_56">[56]</span> place, elle accumule son guano dans les
+galeries des avens. On voit surtout des rapaces et des pigeons en
+quantités incroyables. Au sommet des grands escarpements on voit
+certains jours autour de soi les oiseaux de proie voltiger comme
+des moineaux dans un jardin public parisien. Ils sont chez eux,
+nichent sur les aiguilles de sel et dans les anfractuosités des
+précipices. Les pigeons sont encore beaucoup plus nombreux&nbsp;;
+on les voit par essaims. Ils habitent comme les chauves-souris dans
+les puits et les galeries d’avens dont les orifices et les longs
+boyaux étroits sont impassables pour les grandes ailes des
+rapaces.</p>
+
+<p>Animés par toute cette vie, qu’on se représente ces immenses
+murailles et ces cirques de sel gemme rubané, décapé, verni, avec
+des arches, des pyramides, des guillochages&nbsp;; ou même, dans
+les parties argileuses, ce hérissement absurde de crêtes en boue
+durcie grisâtre, crevée de trous, paysage lunaire. Ce sont des
+spectacles uniques.</p>
+
+<p><em>Facies tellien et steppien.</em> — Je ne connais guère que
+ces trois rochers de sel, Djelfa, El-Outaya, Metlili, qui méritent
+vraiment ce nom de rocher&nbsp;; ce sont les seuls affleurements
+triasiques, où le sel gemme se présente en masses puissantes
+faisant saillie. Or tous les trois sont dans l’extrême sud&nbsp;;
+dans l’atlas saharien. Les dépôts continentaux triasiques, comme
+les dépôts marins crétacés et d’ailleurs d’âges divers, ont donc un
+facies différent dans le nord et dans le sud&nbsp;? Dans le nord,
+c’est le gypse et non pas le sel qui tend à prédominer.</p>
+
+<p>Cette différence de facies peut s’expliquer par les conditions
+différentes du dépôt, à l’âge triasique. C’est du moins ce
+qu’admet, à titre hypothétique, M. Joleaud<a id=
+"FNanchor_47"></a><a href="#Footnote_47" class=
+"fnanchor">[47]</a>&nbsp;; sur le continent triasique les lagunes
+méridionales, plus voisines du Sahara, et plus éloignées de la mer,
+seraient celles où le sel se déposait en plus grande abondance.</p>
+
+<p>On peut imaginer une autre explication, qui n’exclut pas la
+première. Le climat actuel dans le sud de l’Algérie est beaucoup
+plus favorable à la conservation du sel que dans le nord. Qu’un
+rocher de sel gemme, si massif et si dur soit-il, fasse saillie, on
+ne conçoit pas bien que c’eût été possible sous un climat pluvieux
+comme celui du Tell. Puisqu’enfin le sel fond,
+incontestablement.</p>
+
+<p class="space-above15">Quelle que soit l’explication le fait est
+curieux, il y a donc du<span class="pagenum" id=
+"Page_57">[57]</span> sud au nord, dans les dépôts triasiques, une
+tendance à la différenciation des facies. La différence est encore
+plus accusée dans l’allure des affleurements.</p>
+
+<p><em>Allure des affleurements.</em> — Cette allure est très
+particulière, parce qu’elle est invariablement absurde. Le trias
+n’apparaît presque jamais à sa place stratigraphique, là où on
+l’attendrait, à la base du lias. Il voisine avec n’importe quoi, au
+petit bonheur, dans les associations les plus hétéroclites. A son
+voisinage les roches encaissantes ne sont pas seulement
+inattendues, elles sont toujours bouleversées, avec des allures
+acrobatiques, catastrophiques. C’est pour cela que, jusqu’en 1896,
+les affleurements gypsosalins ont été considérés comme des venues
+éruptives.</p>
+
+<p>Aujourd’hui les géologues sont unanimes pour expliquer le
+phénomène. Ce terrain gypso-salin est extrêmement sensible à
+l’influence de l’eau, il s’y dissout. En surface, dans le paysage
+les marnes bariolées du trias sont toujours accusées en
+creux&nbsp;; si accusées parfois qu’un lac s’y installe. C’est le
+cas d’Aïn-Ouarka (à une quarantaine de kilomètres à l’est
+d’Aïn-Sefra). Une source thermale très chaude et très abondante y
+jaillit des calcaires liasiques au contact du trias&nbsp;; c’est
+une source vauclusienne, un véritable petit ruisseau tout formé dès
+sa sortie du sol. Par sa masse et sa température elle a un pouvoir
+de dissolution considérable. Elle l’a exercé aux dépens du sel et
+du gypse contenus dans les boues. Il en est résulté un lac qui a
+plusieurs dizaines de mètres de creux. Un véritable lac d’eau douce
+et vive, poissonneux, envahi aux roseaux<a id=
+"FNanchor_48"></a><a href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.
+Il faut le replacer par la pensée dans le paysage du sud, à demi
+désertique, pelé, déchiqueté, aux tons fauves, où les marnes
+bariolées mettent des tons vifs, rouges, violets, blancs, et les
+ophites des tons verts. Ce paysage merveilleux voisine d’assez près
+avec le rocher de Djelfa&nbsp;; dans le même pays, sous le même
+climat, c’est le même terrain triasique qui a donné ces formes
+opposées un relief de sel gemme et un lac d’eau douce, cela
+souligne son instabilité absurde dès que l’eau exerce son
+influence. Quand les marnes bariolées sont en contact prolongé avec
+de l’eau, à défaut d’un lac, elles donnent souvent des fondrières
+susceptibles d’être dangereuses. L’oued Touil (Haut-Chéliff), tout
+près du point où il va sortir des montagnes pour entrer dans la
+plaine des Zahrez, traverse un affleurement de trias, et, pendant
+quelques<span class="pagenum" id="Page_58">[58]</span> kilomètres,
+cet oued à sec, subitement et absurdement, devient plus impassable
+qu’un grand fleuve.</p>
+
+<p>D’après l’exemple précis de ces formes que prend le trias en
+surface on peut essayer d’imaginer comment il a dû réagir en
+profondeur. Dans l’épaisseur de la croûte terrestre, à travers les
+âges, le trias a baigné dans des nappes d’eau tiède, il y est
+devenu une pâte lubrifiée, molle, caverneuse. Dans cet état il a
+supporté le poids des roches superposées, et les formidables
+pressions orogéniques. Que vouliez-vous qu’il fît&nbsp;? par toutes
+les issues, tous les décollements, toutes les fissures, il s’est
+insinué, il a foiré, giclé, jailli, à la manière en effet d’une
+roche éruptive&nbsp;; souvent accompagné d’ailleurs d’une véritable
+roche éruptive. Ces allures, qui ont longtemps égaré les géologues,
+ne sont donc pas surprenantes le moins du monde, elles sont au
+contraire toutes naturelles.</p>
+
+<p>Cette allure éruptive le trias l’a partout, à travers toute
+l’Algérie au sud comme au nord. Pourtant, à ce point de vue là
+aussi, entre le sud et le nord les géologues font une distinction
+importante.</p>
+
+<p>Dans le nord, c’est-à-dire dans le géosynclinal tellien, les
+fantaisies du trias sont au maximum&nbsp;; il est impossible de
+rien préciser, de dégager une loi. Dans le sud au contraire, dans
+le domaine du socle continental, le trias se montre assez
+régulièrement dans des conditions déterminées toujours les mêmes,
+au cœur d’un dôme.</p>
+
+<p><em>Dômes évidés.</em> — Cette structure apparaît du premier
+coup d’œil sur la carte du rocher de Djelfa (<a href="#i12">fig.
+12</a>). Autour du cœur troué d’avens, qui est le rocher de sel
+proprement dit, affleurement de trias, court un cadre régulièrement
+circulaire d’un terrain tout différent, de modelé normal.
+L’ensemble constitue un dôme régulier, au centre duquel le trias a
+giclé&nbsp;; cela suggère l’idée d’une pustule crevée. Il y a dôme
+non seulement au point de vue topographique, par la retombée des
+pentes circulairement vers tous les points de l’horizon, mais aussi
+au point de vue géologique, par a plongée des couches de toutes
+parts vers l’extérieur.</p>
+
+<p>Cette disposition n’est pas particulière au rocher de Djelfa.
+Elle se retrouve, exactement pareille dans les deux autres, celui
+d’El-Outaya et celui de Metlili. Tous trois sont construits de
+même. Notez qu’ils le sont avec des matériaux différents&nbsp;;
+sauf le cœur triasique tout le reste, le pourtour de la pustule,
+est d’âge quelconque. A Djelfa ce pourtour est de l’oligocène et du
+néocomien. A El-Outaya c’est de l’oligocène encore et du miocène
+marin.<span class="pagenum" id="Page_60">[60]</span> A Metlili du
+cénomanien. C’est ainsi que le trias reste fidèle à ses habitudes
+de contact perpétuellement anormal.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i13"><a href="images/i13_large.jpg"><img src=
+'images/i13.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 13. — Les domes Nemenchas.</p>
+
+<p class="cp3">(Carte au 20<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, n<sup>o</sup> 39.)</p>
+
+<p class="cp3">Deux ovales réguliers, parallèles et accolés, un
+détail orographique étrange par sa régularité. Le centre est du
+trias, des argiles salées que l’érosion a accusées en creux. La
+parenté de forme et de structure avec la montagne de sel est
+évidente.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Mais si la composition varie, la structure ne change pas. Une
+quantité considérable de gisements triasiques, dans tout le sud
+algérien, ont cette allure en dôme. Flamand qui l’a observé dans
+les monts des Qçour l’appelle une allure de laccolithe<a id=
+"FNanchor_49"></a><a href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>.
+Un dôme elliptique d’énorme diamètre, plusieurs dizaines de
+kilomètres, ou, si l’on préfère une boutonnière anticlinale à
+centre très largement évidé, comblé d’alluvions récentes, et au
+milieu de cette plaine un pointement triasique. C’est une forme de
+relief que Blayac a décrite au plateau des Nemenchas<a id=
+"FNanchor_50"></a><a href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>.
+Elle est très fréquente dans le sud algérien, on en citerait des
+exemples par dizaines (<a href="#i13">fig. 13</a>) si éloignée
+qu’elle paraisse au premier abord des rochers de sel, elle en est
+très voisine. Les deux structures se laissent ramener l’une à
+l’autre, c’est le dôme au centre crevé.</p>
+
+<p>Il s’agit toujours de ce terrain triasique instable et
+semi-fluide. Là, où il se trouve en profondeur sous la croûte
+solide des formations géologiques plus récentes, il lui arrive
+souvent de déterminer dans cet épiderme des sortes de furoncles, au
+sommet et au cœur desquels il trouve une issue, si l’on peut se
+permettre, pour la commodité, l’emploi de cette métaphore
+pathologique.</p>
+
+<p>Les géologues sont d’accord pour faire de cette forme de relief
+bien individualisée une caractéristique du socle continental. Dès
+qu’ils rencontrent la forme dôme, ils déclarent reconnaître à ce
+signe qu’ils ont franchi la limite entre les deux régions
+distinctes, le géosynclinal tellien et le socle continental. A
+propos du trias nous retrouvons cette distinction qui ressort de
+toutes les cartes paléogéographiques.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl2c3">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_44"></a><a href="#FNanchor_44"><span class=
+"label">[44]</span></a>Voir l’histoire de cette discussion dans
+Blayac. <a href="#entbib26">N<sup>o</sup> 26</a>, p. 71 et
+suiv.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_45"></a><a href="#FNanchor_45"><span class=
+"label">[45]</span></a><a href="#entbib48">N<sup>o</sup>
+48</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_46"></a><a href="#FNanchor_46"><span class=
+"label">[46]</span></a><a href="#entbib5">N<sup>o</sup> 5</a>,
+feuille de Mrhaier.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_47"></a><a href="#FNanchor_47"><span class=
+"label">[47]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+86.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_48"></a><a href="#FNanchor_48"><span class=
+"label">[48]</span></a><a href="#entbib41">N<sup>o</sup> 41</a>, p.
+298, fig. 29.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_49"></a><a href="#FNanchor_49"><span class=
+"label">[49]</span></a><a href="#entbib41">N<sup>o</sup> 41</a>, p.
+367.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_50"></a><a href="#FNanchor_50"><span class=
+"label">[50]</span></a><a href="#entbib26">N<sup>o</sup> 26</a>, p.
+116, 119, fig. 22, 23, 24.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_61">[61]</span><a id=
+"l2c4"></a>CHAPITRE IV</h3>
+
+<p class="sch2">LES DÉSERTS SUCCESSIFS</p>
+
+<p>Quoique le trias algérien soit apparenté plus particulièrement
+avec l’espagnol, le sel triasique se retrouve dans toute l’Europe,
+de Lorraine en Galicie&nbsp;; sur une portion considérable de la
+planète l’époque triasique a déposé du sel&nbsp;; le sel est la
+spécialité de cet étage, comme la houille du carboniférien.</p>
+
+<p>Chez nous en Europe le trias, parmi les dépôts continentaux, est
+le seul qui atteste des influences désertiques. En Algérie tout au
+rebours la succession tout entière des dépôts continentaux semble
+bien montrer la pérennité d’un climat sec, désertique ou steppien,
+avec de rares interruptions oscillatoires.</p>
+
+<p><em>L’albien.</em> — On a déjà mentionné les grès albiens, la
+seule formation continentale crétacée. Ils contiennent pour tout
+fossile des bois silicifiés. Ils ont constitué une matière de choix
+pour les graveurs rupestres, ou peut être faut-il dire qu’ils ont,
+mieux que d’autres roches, conservé leur ouvrage&nbsp;? On les
+nomme souvent grès à dragées, ou encore grès à sphéroïdes. Ils
+couvrent des espaces immenses dans l’Atlas saharien et d’ailleurs
+aussi dans le Sahara algérien. Ce sont des grès rouges,
+extraordinairement uniformes, comme couleur et comme texture.</p>
+
+<p>Ils ont été attribués à l’albien à cause de leur situation
+stratigraphique à la base du cénomanien très fossilifère. Les
+couches de base du cénomanien sont très chargées de gypse. Au
+Sahara, près Temassinin<a id="FNanchor_51"></a><a href=
+"#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>, exactement dans le Djoua,
+Roche et Foureau ont signalé au-dessous du cénomanien, «&nbsp;des
+argiles rouges et vertes, quelquefois blanches, avec intercalation
+de bancs gypseux&nbsp;»&nbsp;; le sol de la dépression est souvent
+couvert de gypse remanié. On a pris d’abord ces formations
+lagunaires pour du trias. Mais Foureau y a recueilli des fossiles
+(dinosauriens, tortues, poissons), que<span class="pagenum" id=
+"Page_62">[62]</span> Haug a étudiés&nbsp;; et qu’il rapporte à
+l’albien. Ce seraient là des raisons déjà suffisantes pour établir
+que le climat de l’Afrique septentrionale à l’époque albienne était
+steppien. Mais il y a une autre raison, plus directe.</p>
+
+<p>Les grès rouges, de même facies que les grès albiens, sont très
+répandus au Sahara et au Soudan&nbsp;; les grès dévoniens des
+plateaux Touaregs par exemple, les grès du Sénégal dont l’âge
+éocène est établi, ressemblent beaucoup aux grès albiens. Il faut
+en dire autant des grès de Nubie. J’ai recueilli moi-même en Égypte
+et rapporté à Alger des sphéroïdes, qui sont indiscernables des
+sphéroïdes albiennes. Or voici ce que dit du grès nubien un
+géologue égyptien, M. Fourtau<a id="FNanchor_52"></a><a href=
+"#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>. Il constate que ces grès
+rouges sans fossiles ont été attribués par les différents auteurs
+aux étages les plus divers, albien&nbsp;; sénonien, carboniférien,
+etc. «&nbsp;Tous les auteurs ont raison pour la localité qu’ils ont
+étudiée.... En réalité nous devons considérer la formation gréseuse
+qui couvre de si vastes espaces de terrain, depuis la Palestine
+jusqu’au Soudan égyptien, comme un véritable désert fossile
+semblable au désert actuel. Aujourd’hui s’il se produisait une
+nouvelle transgression marine, l’immense mer de sable qui arrêta
+Zittel et Rohlfs donnerait sans nul doute, naissance à une nouvelle
+bande de grès.&nbsp;»</p>
+
+<p>Tout porte donc à croire que le grès albien de l’Atlas saharien
+représente un erg désertique pétrifié.</p>
+
+<p><em>L’oligocène.</em> — Dans l’Algérie, sur de grands espaces,
+on trouve en couches épaisses des dépôts continentaux qu’on a
+confondus longtemps sous le nom général d’oligocène. Ils ont été
+l’objet de vives discussions entre géologues. Une école, qu’on peut
+appeler parisienne, conteste l’attribution de certains dépôts à
+l’étage oligocène. Ce qui a été classé sous cette rubrique serait
+du tortonien et surtout du pontien.</p>
+
+<p>D’autre part il y a tel gisement, que j’ai vu<a id=
+"FNanchor_53"></a><a href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>,
+récemment décrit<a id="FNanchor_54"></a><a href="#Footnote_54"
+class="fnanchor">[54]</a> avec beaucoup de détails, où l’âge
+pré-miocène et par conséquent oligocène de la formation ne peut pas
+être sérieusement mis en doute (<a href="#i30">figure 30</a>). Il
+ne s’agit pas de suivre dans le détail une argumentation sur des
+points contestés&nbsp;: on désire ne s’appuyer que sur le consensus
+des géologues. Il est facile à propos d’oligocène, de dégager les
+points sur lesquels ce consensus est réalisé.<span class="pagenum"
+id="Page_63">[63]</span> L’école algérienne, opposée à la
+parisienne, maintient, en général, l’existence de l’oligocène. Mais
+dans certains cas, dans un cas bien déterminé au moins (au polygone
+de Constantine), elle ne conteste pas que des couches faussement
+attribuées à l’oligocène soient en réalité tortoniennes et
+pontiennes. Qu’on emploie donc le mot oligocène ou celui de
+pontien, avec tous les points d’interrogation qu’on voudra, il est
+entendu que ces dénominations s’appliquent à des dépôts
+continentaux, d’âges mal déterminés, mais certainement postérieurs
+au trias, certainement divers, et de facies assez uniformes. S’ils
+avaient été nettement contrastés on ne les aurait pas confondus
+dans une dénomination commune.</p>
+
+<p>Or ce qui apparente leur facies ce sont des caractères qui
+semblent se référer à un climat sec, désertique ou steppien.
+L’oligocène (?) est généralement composé de couches rouges&nbsp;;
+souvent ce sont des argiles interstratifiées de gypse, et la
+présence de gypse est significative&nbsp;: d’autres fois ce sont
+des cailloutis sans presque aucun mélange de terre, et cela aussi
+est significatif&nbsp;; le cailloutis pur, croulant sous les pieds,
+vanné par l’action prolongée du vent, est une formation désertique
+bien connue.</p>
+
+<p>Là-dessus les géologues des deux écoles sont d’accord. D’après
+Savornin<a id="FNanchor_55"></a><a href="#Footnote_55" class=
+"fnanchor">[55]</a> «&nbsp;la grande épaisseur des dépôts
+torrentiels n’est conciliable qu’avec un climat
+subdésertique....&nbsp;»</p>
+
+<p>Les couches rouges fréquemment gypsifères sont un
+«&nbsp;véritable dépôt de sebkha&nbsp;». Aussi «&nbsp;une grande
+partie du sol était occupée, jusqu’assez près du littoral actuel,
+par des bassins fermés plus ou moins distincts&nbsp;». Et M.
+Savornin, d’accord avec M. Ficheur, retrouve l’emplacement de ces
+vieux chotts oligocènes (?)&nbsp;: «&nbsp;Médéa, Hodna-nord, chotts
+sétifiens, région constantinoise, etc.&nbsp;» Cette disposition
+hydrographique offrait d’étroites analogies avec le régime
+actuel.</p>
+
+<p>M. Joleaud, de l’école parisienne dit absolument la même chose.
+Il analyse les poudingues rouges et les argiles à gypse du polygone
+auprès de Constantine, ces couches même qui, classées jadis
+oligocènes, sont aujourd’hui pontiennes de l’avis général. Il y
+trouve des fossiles (hélices) «&nbsp;d’un caractère franchement
+halophile. Ces mollusques habitaient certainement le bord de
+grandes lagunes, de véritables chotts probablement très étendus. Ce
+milieu devait ressembler beaucoup à celui des steppes de l’Algérie
+actuelle<a id="FNanchor_56"></a><a href="#Footnote_56" class=
+"fnanchor">[56]</a>.&nbsp;»</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_64">[64]</span>Et plus loin à
+propos de fossiles trouvés à Smendou (ligne de Constantine à
+Philippeville)&nbsp;; «&nbsp;la présence des <i>Cytherea</i> et des
+<i>Melania</i> indique un milieu laguno-saumâtre. Les cours d’eau
+tributaires de ces chotts pontiens<a id="FNanchor_57"></a><a href=
+"#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>, etc.&nbsp;» Entre les
+deux écoles de géologues il n’y a donc sur ce point aucune
+discordance. Que les couches rouges soient oligocènes ou pontiennes
+elles se sont déposées en tout cas sous un climat steppien.</p>
+
+<p>Notez d’ailleurs que M. Joleaud qui traite un peu l’oligocène en
+ennemi personnel a publié une carte paléogéographique de cet étage
+où il a fait figurer des chotts sur l’emplacement du Hodna<a id=
+"FNanchor_58"></a><a href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>.
+Il tient à ce que les vieux dépôts de chott au voisinage de
+Constantine soient restitués au pontien. Mais que d’autres vieux
+dépôts de chotts, en d’autres parties de l’Algérie continuent à
+être attribués à l’oligocène il ne semble pas s’y opposer. D’autre
+part dans sa carte paléogéographique du tortonien<a id=
+"FNanchor_59"></a><a href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>
+il fait aussi une part importante aux formations lagunaires.</p>
+
+<p>Sans prendre parti le moins du monde, dans les discussions entre
+géologues sur l’attribution de telle couche à tel étage, il semble
+donc qu’on ait le droit de dire avec l’assentiment universel&nbsp;:
+aux étages oligocène, tortonien, pontien, exactement comme au
+trias, l’Algérie dans ses parties émergées était un pays de
+chotts.</p>
+
+<p><em>Pliocène.</em> — Au pliocène aussi elle a un climat
+désertique. Localement, il y a des cailloutis et des poudingues
+attribués au pliocène&nbsp;; auprès de Beni-Ounif, par exemple,
+s’étend une mer de cailloux plus ou moins roulés, croulant sous le
+pied, que les géologues attribuent au pliocène, indice d’un climat
+sec aux orages rares et torrentiels, sur des pentes dénudées. Ce
+qui est surtout caractéristique de l’étage ce sont les dépôts
+calcaires continentaux&nbsp;; dans cette même région de Beni-Ounif
+(Figuig), un peu plus à l’ouest, vers Bou-Aiech, le cailloutis
+pliocène, cimenté par du calcaire, fait un poudingue sur lequel les
+marteaux se brisent. Les calcaires pliocènes sont parfois lacustres
+(région de Constantine), attestant de grandes étendues d’eaux
+tranquilles, stagnantes, soumises à une forte évaporation.</p>
+
+<p>Ce qui donne plus particulièrement à l’étage son cachet
+calcaire, ce sont les encroûtements. Ils sont immensément
+développés sur<span class="pagenum" id="Page_65">[65]</span> les
+versants de l’atlas saharien, sur le versant sud, en
+particulier&nbsp;; la carapace des hammadas recouvre à peu près
+tout&nbsp;; pratiquement continue sur une superficie qui a des
+centaines de kilomètres de diamètre en tout sens, et pourtant d’une
+épaisseur insignifiante de 1 à 10 mètres. Cette formation si
+particulière a été beaucoup étudiée par Flamand&nbsp;; il y a
+trouvé des fossiles, étudiés par Depéret, qui en affirme l’âge
+pliocène<a id="FNanchor_60"></a><a href="#Footnote_60" class=
+"fnanchor">[60]</a>. Pomel a le premier décrit cette carapace, et
+il a fourni de sa formation une explication qui, reste incontestée.
+«&nbsp;Elle résulte d’une sorte d’incrustation stalagmitique
+superficielle par suite de l’évaporation des eaux plus ou moins
+salées et séléniteuses qui remontent par capillarité<a id=
+"FNanchor_61"></a><a href="#Footnote_61" class=
+"fnanchor">[61]</a>.&nbsp;» La croûte calcaire continue à se former
+de même sous nos yeux, dans maintes régions de l’Algérie, et même
+dans les parties sèches du Tell, dans le Chéliff, par exemple, où
+elle a été étudiée par Brives. Elle fait le désespoir des
+agriculteurs, parce qu’il faut la briser et que la charrue y
+parvient à peine. Dans cette Afrique du Nord où le sous-sol perce
+partout au soleil, à travers des lambeaux insuffisants de sol, la
+croûte calcaire est une des rares catégories existantes de sol, une
+catégorie fâcheuse. Par la croûte calcaire le climat pliocène
+s’apparente à l’actuel. La formation n’est possible que dans un
+pays très sec, où l’évaporation est intense.</p>
+
+<p>Voici d’autre part ce qu’écrit Joleaud comme conclusion d’une
+étude sur le pliocène continental de Constantine. «&nbsp;Vers la
+fin du pliocène, les dépressions existant aux environs de
+Constantine constituaient des bassins fermés, et leurs eaux se
+concentraient en des lacs où vivaient des hippopotames, tandis que
+des chevaux, des antilopes, etc., habitaient les steppes
+voisines<a id="FNanchor_62"></a><a href="#Footnote_62" class=
+"fnanchor">[62]</a>&nbsp;»</p>
+
+<p>Bassins fermés, steppes, et cela jusque dans le nord de
+Constantine, c’est bien toujours la même note. Sur la nature du
+climat pliocène le consensus des géologues est réalisé.</p>
+
+<p>Voilà une belle série&nbsp;: trias, albien, oligocène,
+tortonien, pontien, pliocène, autant de moments du passé où il est
+établi sans contestation que l’Algérie fut désertique ou
+steppienne, domaine de chotts, de bassins fermés. Il faut insister
+là-dessus parce qu’il y a une bonne raison pour qu’on l’oublie. A
+la période qui a précédé immédiatement la nôtre, au quaternaire, il
+s’est produit une oscillation du climat dans le sens de l’humidité.
+Ce<span class="pagenum" id="Page_66">[66]</span> passé immédiat qui
+est très connu, très apparent, risque de nous voiler le passé plus
+lointain.</p>
+
+<p><em>Quaternaire.</em> — Le quaternaire ne mérite pas en
+Berbérie, comme en Europe, le nom d’époque glaciaire. Mais ç’a été,
+ici comme là, un climat beaucoup plus humide que l’actuel. Au sud
+de l’Algérie de très grands fleuves l’Igharghar, le Tafassasset, la
+Saoura, établissaient une communication avec l’Afrique tropicale.
+Dans les <em>bihour</em> de l’oued R’ir et du Zab, aux portes de
+Biskra, on retrouve aujourd’hui des poissons soudanais et
+nilotiques, des <i>chromys</i>, et des «&nbsp;silures<a id=
+"FNanchor_63"></a><a href="#Footnote_63" class=
+"fnanchor">[63]</a>&nbsp;». On les retrouve conservés par miracle
+et atrophiés dans des conditions qui attestent leur caractère de
+faune résiduelle. Le représentant le plus miraculeux de cette faune
+résiduelle est le crocodile de l’oued Mihero, qui subsiste
+péniblement dans quelques trous d’eau des plateaux Touaregs&nbsp;;
+on sait qu’Erwin de Bary avait vu ses empreintes, et que le
+capitaine Nieger, des Méharistes sahariens, en a rapporté un
+échantillon à la Faculté des Sciences d’Alger<a id=
+"FNanchor_64"></a><a href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>.
+De pareils faits n’établissent pas seulement l’existence d’une
+communication par eau à travers le Sahara quaternaire&nbsp;; ils
+attestent que cette communication a dû se maintenir jusqu’à une
+époque rapprochée de nous.</p>
+
+<p>Par cette voie l’Algérie quaternaire a été peuplée d’une faune
+quaternaire, éléphants, rhinocéros, etc., que les paléontologistes
+ont étudiée, et que M. Boule appelle «&nbsp;Faune du Zambèze<a id=
+"FNanchor_65"></a><a href="#Footnote_65" class=
+"fnanchor">[65]</a>&nbsp;».</p>
+
+<p>Là-dessus d’ailleurs nous n’en sommes pas réduits au seul
+témoignage des paléontologistes. Il faut invoquer celui des
+gravures rupestres. Sur des parois de grès albien, dans l’Atlas
+saharien, on trouve profondément gravées des figures assez
+parlantes, représentant des échantillons de la «&nbsp;faune du
+Zambèze&nbsp;»&nbsp;: des éléphants, en particulier, et de grands
+buffles aux cornes immenses (<i>bubalus antiquus</i><a id=
+"FNanchor_66"></a><a href="#Footnote_66" class=
+"fnanchor">[66]</a>).</p>
+
+<p>Il faut aller encore plus loin et invoquer le témoignage des
+historiens. Il est bien établi que l’éléphant Carthaginois vivait
+en liberté dans ce même atlas saharien où on retrouve son effigie
+gravée. C’est là que les chasseurs venaient le capturer pour
+l’enrôler dans les armées carthaginoises. Il fut jusqu’à l’Empire
+romain la plus grosse pièce de la faune résiduelle<a id=
+"FNanchor_67"></a><a href="#Footnote_67" class=
+"fnanchor">[67]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_67">[67]</span>L’évidence d’un
+climat quaternaire beaucoup plus humide que l’actuel s’impose à
+l’attention en Algérie. Il faut être en garde contre des
+conclusions hâtives et incomplètes. En disant que le climat
+désertique actuel a succédé à une ère pluvieuse on ne dit rien que
+d’exact, mais on est extrêmement éloigné de rendre un compte
+complet du passé connu. Le climat quaternaire lui-même, en Algérie,
+diffère de l’actuel en degré, mais non pas en essence. Il ne s’est
+pas tout à fait dégagé des influences steppiennes. Pour cette mise
+au point il faut rappeler quelques faits dûment établis.</p>
+
+<p>L’expression «&nbsp;faune du Zambèze&nbsp;» a été choisie parce
+qu’elle s’applique à une faune mixte, comprenant à côté d’espèces
+tropicales comme l’éléphant, des bêtes steppiennes comme la girafe.
+Le quaternaire algérien a des autruches et des chameaux.</p>
+
+<p>Pour nous mettre en état d’imaginer ce climat quaternaire le
+fait le plus net, tout à fait probant, est celui-ci. L’oued
+Igharghar, qui descend du Hoggar aboutit à la cuvette des grands
+chotts sud-tunisiens. C’est là qu’il finit. D’une part aucune mer
+quaternaire ou néogène n’a jamais pénétré dans cette cuvette, qui
+est restée domaine continental au moins depuis la fin de l’éocène.
+D’autre part cette cuvette est actuellement séparée de la mer par
+le seuil de Gabès. Or on a établi après étude minutieuse qu’à
+travers ce seuil, qui eût été la seule voie possible, la cuvette
+quaternaire ne s’est jamais vidée dans la mer<a id=
+"FNanchor_68"></a><a href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>.
+A propos de cette région, partiellement située au-dessous du niveau
+de la mer, on a rêvé de mer saharienne à créer
+industriellement&nbsp;; la mission Choisy y a fait des travaux
+topographiques de détail, préparatoires de projets éventuels. Ce
+pays qui excite l’imagination et qui est à portée immédiate de la
+Tunisie a tenté d’autres travailleurs<a id=
+"FNanchor_69"></a><a href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.
+Il est tout à fait certain que l’Igharghar, même en son plus beau
+temps, celui des silures et des crocodiles, n’a jamais atteint la
+mer. Il se terminait entre Biskra et Gabès dans une cuvette fermée.
+En ce temps, c’était apparemment l’affluent d’un lac Tchad immense
+dont les chotts actuels sont un pauvre reliquat. Autour de ce Tchad
+nous sommes à l’aise pour imaginer, comme autour de l’autre, du
+véritable, une faune soudanaise et zambézienne. Entre un Tchad et
+un chapelet de chotts il y a une immense différence de degré, bien
+entendu, mais essentiellement l’un et l’autre sont la même chose,
+la zone d’épandage d’un bassin fermé.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_68">[68]</span>Pour interpréter
+la signification des atterrissements quaternaires il faut noter un
+dernier trait, leur immensité&nbsp;; sur la carte géologique ils
+tiennent un bon tiers de toute la carte. Elle a vieilli sans doute
+et, depuis sa publication, nombre de dépôts continentaux, classés
+jadis quaternaires, ont été restitués à des étages plus anciens,
+pliocène, pontien. La part du quaternaire demeure pourtant immense,
+à confondre l’imagination, comme disait Pomel, notre imagination
+dressée par l’exemple de la France, où la carte géologique ne
+montre rien de pareil. C’est une preuve nouvelle d’un climat
+insuffisamment humide. Dans un pays à climat normal et
+régulièrement drainé, comme la France, les alluvions sont, pour la
+plupart, entraînées à la mer&nbsp;; mais dans les cuvettes fermées,
+les alluvions se juxtaposent et s’entassent en masses énormes,
+parce qu’elles y restent toutes. L’immensité des atterrissements
+quaternaires suffirait à établir, à elle seule, que la période
+quaternaire a connu, comme les précédentes, ce régime steppien de
+bassins fermés, qu’elle a transmis à l’actuelle.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl2c4">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_51"></a><a href="#FNanchor_51"><span class=
+"label">[51]</span></a><a href="#entbib66">N<sup>o</sup> 66</a>, p.
+814.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_52"></a><a href="#FNanchor_52"><span class=
+"label">[52]</span></a><a href="#entbib42">N<sup>o</sup>
+42</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_53"></a><a href="#FNanchor_53"><span class=
+"label">[53]</span></a><a href="#entbib45">N<sup>o</sup> 45</a>, p.
+246, fig. 1.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_54"></a><a href="#FNanchor_54"><span class=
+"label">[54]</span></a><a href="#entbib38">N<sup>o</sup> 38</a>
+<em>passim</em>. Voir bibliographie du sujet dans <em>Dalloni</em>,
+<a href="#entbib31">n<sup>o</sup> 31</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_55"></a><a href="#FNanchor_55"><span class=
+"label">[55]</span></a><a href="#entbib111">N<sup>o</sup>
+111</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_56"></a><a href="#FNanchor_56"><span class=
+"label">[56]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+245.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_57"></a><a href="#FNanchor_57"><span class=
+"label">[57]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+254.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_58"></a><a href="#FNanchor_58"><span class=
+"label">[58]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+279.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_59"></a><a href="#FNanchor_59"><span class=
+"label">[59]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+283.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_60"></a><a href="#FNanchor_60"><span class=
+"label">[60]</span></a><a href="#entbib41">N<sup>o</sup> 41</a>, p.
+695.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_61"></a><a href="#FNanchor_61"><span class=
+"label">[61]</span></a><a href="#entbib87">N<sup>o</sup> 87</a>, p.
+193.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_62"></a><a href="#FNanchor_62"><span class=
+"label">[62]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+319.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_63"></a><a href="#FNanchor_63"><span class=
+"label">[63]</span></a><a href="#entbib28">N<sup>o</sup> 28</a>, p.
+102.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_64"></a><a href="#FNanchor_64"><span class=
+"label">[64]</span></a><a href="#entbib82b">82 <em>bis</em></a> et
+<a href="#entbib82c"><em>ter</em></a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_65"></a><a href="#FNanchor_65"><span class=
+"label">[65]</span></a>Voir la bibliographie <a href=
+"#entbib64">n<sup>o</sup> 64</a>, t. I, p. 100 et suiv.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_66"></a><a href="#FNanchor_66"><span class=
+"label">[66]</span></a><a href="#entbib63">N<sup>o</sup> 63</a>, t.
+I, p. 44, fig. 11.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_67"></a><a href="#FNanchor_67"><span class=
+"label">[67]</span></a><a href="#entbib64">N<sup>o</sup> 64</a>, t.
+I, p. 74 et 108.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_68"></a><a href="#FNanchor_68"><span class=
+"label">[68]</span></a><a href="#entbib81">N<sup>o</sup> 81</a>, p.
+70, 86 et 222.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_69"></a><a href="#FNanchor_69"><span class=
+"label">[69]</span></a><a href="#entbib83">N<sup>o</sup> 83</a>, p.
+21 et suiv.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_69">[69]</span><a id=
+"l2c5"></a>CHAPITRE V</h3>
+
+<p class="sch2">LA MÉDITERRANÉE SUBSTITUÉE A LA TYRRHÉNIDE</p>
+
+<p><em>L’effondrement.</em> — Cependant entre l’Algérie actuelle ou
+quaternaire d’une part, et d’autre part une Algérie plus ancienne,
+celle des bras de mer, il s’est produit un événement de conséquence
+considérable, l’effondrement de la Tyrrhénide.</p>
+
+<p>A partir du moment où la mâchoire septentrionale de l’étau s’est
+écroulée, il n’y a plus étau. L’Algérie que nous avons décrite,
+l’Algérie géosynclinale des bras de mer n’existe plus à proprement
+parler. Une période tout à fait nouvelle commence.</p>
+
+<p>Voici quelle en est la caractéristique essentielle. Une mer très
+creuse, et très brusquement abyssale, la Méditerranée, a pris la
+place exacte qu’occupait une surface continentale, la Tyrrhénide.
+Naturellement c’est un événement immense.</p>
+
+<p>L’Algérie des bras de mer, si, pour mieux se la représenter par
+l’imagination, on lui cherche un pendant sur la planète actuelle,
+se laisserait peut-être comparer avec la mer Rouge. L’une et
+l’autre sont ou furent une mer longue, étroite et creuse&nbsp;; un
+détroit, éventuellement avorté en cul-de-sac, en golfe, entre de
+grandes étendues continentales arides. Il n’y a pas besoin de
+souligner le contraste avec l’Algérie actuelle.</p>
+
+<p>Un secret qui est enfoui sous <span class="numletsp">4</span>000
+mètres d’épaisseur d’eau salée, est nécessairement bien gardé. On a
+précisé pourtant la date de cette grande catastrophe. M. Joleaud
+place au début du pliocène «&nbsp;l’effondrement définitif du
+continent ancien<a id="FNanchor_70"></a><a href="#Footnote_70"
+class="fnanchor">[70]</a>.</p>
+
+<p>Pour le général de Lamothe la formation de ces abîmes paraît
+postérieure au pliocène ancien&nbsp;»<a id=
+"FNanchor_71"></a><a href="#Footnote_71" class=
+"fnanchor">[71]</a>.</p>
+
+<p>En gros, tous les géologues sont d’accord là-dessus, le
+phénomène est d’hier, à l’échelle de la chronologie géologique. La
+zone<span class="pagenum" id="Page_70">[70]</span> méditerranéenne
+a le privilège des grands effondrements récents, elle a vu celui du
+continent Égéen, celui de l’Atlantide. C’est précisément dans cette
+catégorie-là que rentre approximativement l’effondrement de la
+Tyrrhénide.</p>
+
+<p><em>Les conséquences.</em> — Les conséquences n’ont pas pu
+manquer d’être considérables. Là-dessus les botanistes auraient eu
+peut-être leur mot à dire. Il y aurait dans la flore de l’Afrique
+septentrionale beaucoup d’espèces résiduelles qui sont un héritage
+du tertiaire.</p>
+
+<p>Et par exemple le cèdre. C’est un arbre de sommets. Il témoigne
+que l’Algérie tertiaire était déjà montagneuse. On sait que dans
+l’Algérie actuelle il est en recul, il se défend mal. Il y a dans
+l’Aurès des forêts mortes où les grands cèdres au bois
+incorruptible sont des squelettes debout enracinés.</p>
+
+<p>On cite aussi l’arganier. Chassé du reste de la Berbérie par la
+concurrence vitale il est réfugié aujourd’hui dans un coin du
+Maroc. Il s’y maintient à la faveur d’un climat assez particulier.
+La chaleur est forte, correspondante à une latitude déjà quasi
+tropicale&nbsp;; les pluies sont rares, on est à l’orée du
+désert&nbsp;; en revanche, au contact de l’océan, l’air est
+constamment chargé de vapeur d’eau. C’est là un climat qui aurait
+des rapports, du moins théoriques, avec celui de la mer Rouge
+actuelle, où l’humidité de l’air fait un contraste violent avec la
+sécheresse du sol. Faut-il imaginer qu’il pourrait en avoir avec le
+climat de l’Algérie des bras de mer&nbsp;?</p>
+
+<p>Ce sont là des idées qu’un botaniste, M. Maire, exprimait
+oralement, en passant, d’une manière tout à fait fugitive. Il y
+aurait là peut-être le programme de recherches possibles qui n’ont
+pas été faites.</p>
+
+<p>Un événement comme l’effondrement de la Tyrrhénide ne peut pas
+être resté tout à fait sans conséquences climatiques, au moins dans
+des nuances importantes, dont un changement de végétation aurait
+enregistré les traces. On sait en effet déjà que la révolution n’a
+pas été radicale. Le voisinage plus ou moins proche d’une surface
+continentale immense et plus ou moins aride, notre Sahara, n’a
+jamais cessé de faire sentir son influence plus ou moins
+directe.</p>
+
+<p>Là où les conséquences du grand effondrement se laissent
+directement constater et mesurer c’est dans le modelé. Il y a là
+une matière qui a bien un rapport avec le climat&nbsp;; mais elle
+en a surtout avec l’apparition toute nouvelle d’un niveau de
+base<span class="pagenum" id="Page_71">[71]</span> marin général au
+nord de l’Algérie. Les conditions de l’érosion s’en sont trouvées
+bouleversées de fond en comble.</p>
+
+<p>Les torrents méditerranéens, nés de la catastrophe, ont poussé
+leur érosion de tête dans le vieux domaine des bassins fermés,
+suivant une progression que les géologues ont cherché à préciser
+tout particulièrement dans la province de Constantine.</p>
+
+<p>D’après Joleaud «&nbsp;la région constantinoise formait
+certainement, au début de la période quaternaire, un bassin fermé
+plus ou moins semblable au bassin actuel du chott el-Hodna<a id=
+"FNanchor_72"></a><a href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>.
+Graduellement, à commencer par les plus voisins du littoral, les
+bassins fermés furent captés par des cours d’eau tributaires de la
+mer, si bien qu’aujourd’hui non seulement tout l’Atlas tellien,
+mais encore une partie des hautes plaines, a été incorporée au
+bassin méditerranéen<a id="FNanchor_73"></a><a href="#Footnote_73"
+class="fnanchor">[73]</a>.&nbsp;» Alexandre Joly a mis en relief, à
+différentes reprises, cette idée que, si on observe la ligne de
+partage des eaux entre les bassins fermés et le bassin
+méditerranéen, les phénomènes de capture qui ont déplacé cette
+limite, l’ont toujours fait dans le même sens, «&nbsp;au profit de
+la Méditerranée et aux dépens des bassins fermés<a id=
+"FNanchor_74"></a><a href="#Footnote_74" class=
+"fnanchor">[74]</a>&nbsp;». Rien de plus normal d’ailleurs, c’est
+exactement ce qu’on pouvait attendre.</p>
+
+<p>A ces idées de géologues, par des méthodes purement
+géographiques, on peut apporter une confirmation, qui en est en
+même temps l’illustration graphique.</p>
+
+<p><em>Profils longitudinaux.</em> — On a dressé le profil
+longitudinal de quatre oueds, le Chéliff, le Bou-Sellam, la
+Seybouse et le Rummel (<a href="#i14">fig. 14</a> à <a href=
+"#i19">19</a>). Tous les quatre ont leur cours inférieur dans le
+Tell, et leur cours supérieur sur les Hauts plateaux&nbsp;; ce sont
+les seuls fleuves d’Algérie qui soient franchement dans ce cas.</p>
+
+<p>A différentes autres reprises, dans les chapitres suivants, on
+aura recours à cette méthode des profils longitudinaux&nbsp;; et il
+faut donner ici, d’entrée de jeu, une fois pour toutes, quelques
+explications sur les règles uniformes qu’on s’est imposées dans
+l’établissement des profils longitudinaux.</p>
+
+<p>Bien entendu il n’existe pas de profils techniques des rivières
+algériennes, établis par le nivellement direct des berges. Il faut
+se borner aux renseignements fournis par la carte de l’état-major.
+La carte au 5<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> donne
+les courbes de niveau de 10 mètres en<span class="pagenum" id=
+"Page_72">[72]</span> 10 mètres. Mais on ne se sent pas moralement
+certain que le cartographe, sur le terrain, forcé d’aboutir dans un
+temps limité, ait pu établir partout sa cote avec une exactitude
+suffisante à 10 mètres près. Vouloir à toute force utiliser toutes
+les courbes de la carte au 5<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> eût été peut-être faire un
+travail d’une fausse précision. En revanche, avec les courbes
+maîtresses (lorsqu’elles sont accusées par un trait fort)&nbsp;:
+avec les cotes en chiffres, qui sont assez nombreuses, et avec le
+contrôle de la carte au 20<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, on arrive à déterminer avec
+certitude où passent les courbes de 50 mètres en 50 mètres&nbsp;;
+l’équidistance de 50 mètres est d’ailleurs celle de la carte au
+20<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>&nbsp;; seul
+document que nous possédions pour une partie de l’Algérie. C’était
+une raison de plus pour s’y tenir partout.</p>
+
+<p>C’est donc sur ces bases qu’on a établi, avec tout le soin
+possible, les profils de quelques fleuves algériens. Il est évident
+que ces profils ne serrent pas la vérité de très près. Beaucoup de
+petites irrégularités y sont nécessairement masquées. Du moins,
+dans les limites des données, on espère qu’ils sont exacts&nbsp;;
+et, ces données ayant été les mêmes pour tous, ils sont comparables
+entre eux.</p>
+
+<p>Pour que ces profils aient quelque précision, malgré la
+petitesse de l’échelle et pour qu’ils soient plus aisément
+contrôlables, on y a joint, autant que possible, dans le dessin
+même, l’indication en chiffres des éléments avec lesquels ils ont
+été construits. Pour chaque tronçon du profil, des chiffres,
+disposés dans le sens des lignes verticales, se rapportent au
+nombre de kilomètres qui correspond à une dénivellation de 50
+mètres, exception faite pourtant des tronçons trop courts où la
+pente est très rapide&nbsp;: la place y manquait pour inscrire des
+chiffres, et il était d’ailleurs moins essentiel de les donner avec
+précision, puisque entre ces chiffres très faibles (2 ou 3
+kilomètres, par exemple) il ne peut y avoir que des différences
+encore plus faibles, négligeables à l’échelle employée.</p>
+
+<p>Il faut ajouter encore une observation préliminaire. Dans le
+chevelu des branches supérieures il était indispensable et
+intéressant de choisir celle qui serait considérée comme maîtresse.
+On n’est pas guidé, comme en France, par l’onomastique et la
+tradition. Toutes les différentes branches d’un cours d’eau portent
+ici un nom différent&nbsp;; les oueds n’ont pas d’état civil et ne
+naissent pas officiellement en un point précis, comme la Loire au
+mont Gerbier-des-Joncs. Comme critérium unique on a donc adopté la
+longueur&nbsp;; il était impossible d’en trouver un autre&nbsp;;
+sur le débit, les renseignements que nous possédons sont lacunaires
+et incertains.<span class="pagenum" id="Page_73">[73]</span> Par
+cette méthode on a donc dressé le profil longitudinal du Chéliff,
+du Bou-Sellam, de la Seybouse et du Rummel. Ces quatre profils sont
+étroitement apparentés, on le constate d’un coup d’œil&nbsp;;
+chacun d’eux est rompu en son milieu, il est composé de deux
+concavités assez régulières, raccordées par une convexité plus ou
+moins angulaire. Ce parallélisme ne peut être fortuit. Et
+d’ailleurs il est d’interprétation très simple. Il y a
+nécessairement, pour chaque profil, deux rivières primitivement
+indépendantes (les concavités) raccordées par une capture récente
+(la convexité).</p>
+
+<p>Voyons les cas particuliers.</p>
+
+<p><em>Chéliff.</em> — Le Chéliff, <a href="#i14">fig. 14</a> et
+<a href="#i15">15,</a> a 700 kilomètres de long, et il est le seul
+fleuve algérien qui, ayant pris sa source dans l’Atlas saharien,
+atteigne la mer. C’est le géant des Oueds algériens. Il est composé
+de deux oueds mis bout à bout, dont l’indépendance apparaît sur le
+profil, sur la carte, et jusque dans la nomenclature indigène. En
+amont l’oued Touil traverse les hauts plateaux dans une direction
+sud-ouest-nord-est, en aval le Chéliff proprement dit traverse le
+Tell du sud-est au nord-ouest, presque d’est en ouest. Le coude de
+capture est extrêmement marqué. Il est à Boghari, et c’est là
+aussi, bien entendu, que le profil accuse une rupture de pente
+extrêmement nette. En amont, dans la plaine marécageuse de
+Bou-Ghzoul, qui a 47 kilomètres de diamètre, la pente est seulement
+de 1,6 p. <span class="numletsp">1</span>000. En aval, dans les
+gorges de l’Atlas, elle s’accélère du double, et, jusqu’à Amoura,
+pendant 80 kilomètres, elle est de 3 m. 2.</p>
+
+<p>Alexandre Joly a décrit l’instabilité de la rivière, la
+progression phagédénique de l’érosion au voisinage de Boghari et de
+Bou-Guezoul. Il a recueilli des traditions indigènes, confirmées
+par l’aspect du terrain, sur des plaines jadis marécageuses et
+couvertes de roseaux, où le Chéliff actuel est encaissé de
+plusieurs mètres. «&nbsp;En une vingtaine d’années un canal
+d’arrosage, profond de quelques centimètres, a transformé son lit
+en un canal large de plus de 2 mètres, profond de plus de 3
+mètres&nbsp;; dans un seul hiver il a approfondi son lit de plus de
+1 m. 30.&nbsp;» D’après les conducteurs des ponts et chaussées, qui
+ont à défendre leurs ponts et leurs cassis contre la rivière,
+«&nbsp;il semble certain que, depuis une dizaine d’années, le
+Chéliff a approfondi annuellement son lit de près de 6 et 8
+centimètres au voisinage de Boghari<a id="FNanchor_75"></a><a href=
+"#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>&nbsp;». Tous ces
+ravinements<span class="pagenum" id="Page_74">[74]</span> sont en
+coup de scie, des fossés à pic profonds de plusieurs mètres. Il n’y
+a rien là que de très naturel, comme le montre un coup d’œil sur le
+profil, Boghari est précisément le point de rupture de pente
+atteint par l’érosion régressive. C’est là qu’est concentré tout
+l’effort de la rivière pour régulariser son nouveau profil
+d’ensemble.<span class="pagenum" id="Page_76">[76]</span> Cette
+érosion si active s’exerce aux dépens d’une grande plaine
+d’alluvions, semée de marais dont le drainage n’est pas encore
+achevé&nbsp;; il en reste les dayas de Bou-Guezoul visitées en
+hiver par les canards sauvages.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i14"><a href="images/i14.jpg"><img src='images/i14.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 14. — Profil en long du Chéliff.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Le profil en long du Chéliff montre deux
+courbes concaves, qui se rejoignent à Boghari. Chacune d’elles
+correspond à un système fluvial jadis indépendant&nbsp;: en amont
+l’oued Touil (oued Nahr Ouassel), qui a été capturé par l’oued
+d’aval le Chéliff.</p>
+
+<p class="cp2">On verra le coude de capture sur n’importe quelle
+carte générale de l’Algérie (voir même sur les <a href="#i07">fig.
+7</a> et suivantes). L’angle est à peu près droit.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i15"><a href="images/i15_large.jpg"><img src=
+'images/i15.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig 15. — La région de Boghari.</p>
+
+<p class="cp3">(Emprunté au 20<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> du <em>Service
+géographique</em>, feuille 24.)</p>
+
+<p class="cp2 space-above">La figure 15 représente au
+20<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> le point précis où
+s’est fait la capture, la région de Boghari. Le bas Nahr Ouassel
+(oued Touil), à bout de course, stagne dans des marais (les daïas
+de Bou-Guezoul)&nbsp;: puis brusquement il devient le Chéliff et il
+s’ouvre un chemin d’aspect héroïque à travers l’Atlas de
+Boghari.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Il y a donc bien deux oueds, l’oued Touil d’une part, et le
+Chéliff proprement dit de l’autre, qui ont évolué à part chacun
+pour soi pendant des âges, et qui ont été rattachés bout à bout par
+une capture récente.</p>
+
+<p>Pour mettre en valeur l’autonomie ancienne de l’oued Touil, il
+faut le comparer à son affluent le Nahr Ouassel&nbsp;; qui prend sa
+source auprès de Tiaret et qui rejoint l’oued Touil un peu en amont
+de Boghari. Dans l’état actuel du climat et de l’hydrographie ce
+serait le nahr Ouassel qui serait la véritable tête du Chéliff et
+non pas l’oued Touil. Il est beaucoup plus court, il est vrai, et
+nous n’avons pas de chiffres précis sur son débit. Mais nous sommes
+certains du moins que c’est une rivière pérenne, au rebours de
+l’oued Touil qui est à sec. On a profilé le nahr Ouassel à côté de
+l’oued Touil sur la figure, et la comparaison est instructive. Le
+profil du nahr Ouassel est en dents de scie&nbsp;; au contraire
+celui de l’oued Touil est très régulier&nbsp;; il n’accuse un
+crochet insignifiant qu’en un point, aux environs de Taguin (le
+Taguin où la Smala fut prise&nbsp;; il y a là de très grosses
+sources en relation avec une faille). Des deux rivières d’ailleurs
+c’est l’oued de beaucoup qui a la moindre pente, et qui coule à
+l’altitude la plus basse, c’est-à-dire dont l’œuvre totale
+d’érosion a été la plus considérable. C’est lui qui a les
+caractères non seulement d’une artère maîtresse, mais encore d’un
+vieux fleuve.</p>
+
+<p>Qu’était-il, ce vieux fleuve, avant d’être devenu par capture la
+branche supérieure du Chéliff&nbsp;? Sur la carte et sur le terrain
+il est impossible de trouver trace d’un lit antérieur par lequel
+l’oued Touil puisse s’être prolongé dans une direction générale
+autre que l’actuelle. La plaine de Bou Guezoul est une grande
+cuvette fermée de tous les côtés&nbsp;; le fond marécageux de la
+cuvette est à 630 mètres d’altitude&nbsp;; abstraction faite de
+l’étroite coupure, par où la rivière s’échappe aujourd’hui, la
+cuvette est régulièrement encerclée de tous les côtés par la courbe
+de 700 mètres&nbsp;; que cette cuvette, toute tapissée de dépôts
+continentaux, ait été une sebkha sans écoulement, zone d’épandage
+de l’oued Touil, c’est l’hypothèse qui s’impose.</p>
+
+<p><em>Oued Bou-Sellam.</em> — L’oued Bou-Sellam est bien plus
+humble<span class="pagenum" id="Page_77">[77]</span> que le
+Chéliff. Ce n’est même pas un fleuve indépendant, c’est un simple
+affluent de l’oued Sahel&nbsp;; on peut même constater sur son
+profil que le raccord de sa vallée avec celle de l’oued Sahel, en
+amont d’Akbou, n’est pas encore tout à fait régularisé. Pourtant
+les 270 kilomètres de long du Bou-Sellam, s’ils le laissent loin
+derrière le Chéliff, lui donnent encore un rang honorable parmi les
+rivières d’Algérie.</p>
+
+<div class="box-float-right">
+<div class="figfloat iw6">
+<figure id="i16"><a href="images/i16.jpg"><img src='images/i16.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 16. — Profil en long du Bou-Sellam.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Le profil accuse une double concavité.
+La pointe de la partie convexe est en amont des gorges du Guergour,
+à la limite de l’Atlas Tellien et de la haute plaine (Sétif).</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>Quoi qu’il en soit le Bou-Sellam est un pendant exact du
+Chéliff, à une échelle réduite (<a href="#i16">fig. 16</a> et
+<a href="#i17">17</a>).</p>
+
+<p>Son profil aussi est nettement cassé en deux par une bosse
+convexe, séparant deux guirlandes concaves. La rupture de pente est
+au Guergour. Tandis que, en amont, dans la plaine de Sétif l’oued
+coule assez lentement, avec une pente de 3,1 p. <span class=
+"numletsp">1</span>000, dans les gorges très encaissées du Guergour
+la pente triple, et atteint 12,5. C’est le point où la capture
+s’est produite, et où l’érosion de tête de l’oued conquérant
+conserve sa violence&nbsp;?</p>
+
+<p>Au crochet du profil longitudinal correspond sur la carte un
+coude de capture très accusé. Le Bou-Sellam prend sa source au
+djebel Megriss et il coule d’abord nord sud, ce qui l’amène
+rapidement sur les hauts plateaux de Sétif, il y conserve d’abord
+sa direction méridionale, vers le Hodna&nbsp;; puis, après quelques
+hésitations, il vire brusquement cap pour cap, prend franchement le
+chemin du nord, rentre dans le Tell et aboutit à Bougie.</p>
+
+<p>Les deux sections ainsi raccordées ont des profils très
+différents. La section amont, celle de Sétif, est évidemment de
+beaucoup<span class="pagenum" id="Page_79">[79]</span> la plus
+vieille et la plus évoluée&nbsp;; son profil est une concavité très
+accusée et très régulière. La section aval au contraire a un profil
+à peine concave et en crémaillère&nbsp;; c’est un profil de jeune
+torrent. Ce contraste suffirait à lui seul à établir l’indépendance
+ancienne des deux sections. Ce sont deux oueds restés longtemps
+distincts, deux individualités.</p>
+
+<p class="clear">
+</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i17"><a href="images/i17_large.jpg"><img src=
+'images/i17.jpg' alt='' class="iw3"></a>
+<p class="cp1">Fig. 17. — Le coude de capture du Bou-Sellam.</p>
+
+<p class="cp3">(Carton emprunté à la carte au 20<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, n<sup>o</sup> 16. Sétif.)</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Sur la figure 17 on voit le Bou-Sellam
+prendre sa source sur le versant Sud de l’Atlas Tellien, en amont
+de Sétif. Il se dirige d’abord droit au Sud et arrive dans un
+bas-fond marécageux. Là il tourne brusquement cap pour cap, et
+prend le chemin du Nord celui des montagnes natales. Il les
+traverse aux gorges profondes du Guergour (à une dizaine de
+kilomètres en aval hors de la figure).</p>
+
+<p class="cp2">Aujourd’hui les marais du Bou-Sellam ne communiquent
+plus avec le Chott el-Malah, dont ils ne sont séparés par aucun
+obstacle. La capture est évidente.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>La carte laisse deviner de quelles façons a pu finir l’oued
+d’amont, avant la capture. En aval de Sétif, la région, où le
+Bou-Sellam, après des tergiversations, retourne décidément en
+arrière, est le fond marécageux d’une très grande cuvette. Un coin
+du marais porte sur la carte le nom de chott el-Malah, toute la
+région inscrite dans la boucle de l’oued porte aussi sur la carte
+ce nom de Malah, qui signifie «&nbsp;sel&nbsp;», et qui suggère
+donc l’idée d’un ancien bassin fermé encore insuffisamment traîné.
+On conçoit aisément que ce chott el-Malah ait pu être, dans la
+période antérieure à l’actuelle, zone d’épandage du haut
+Bou-Sellam. Pourtant dans la prolongation exacte de sa vallée au
+sud une longue et large trouée d’érosion coupe en deux les
+montagnes du Hodna. Le village de Colbert s’y trouve. Cette grande
+vallée est aujourd’hui parcourue par deux oueds, qui coulent en
+sens inverse&nbsp;: au nord, l’oued Melah va rejoindre le
+Bou-Sellam, il a très peu de pente et il est semé de
+fondrières&nbsp;; au sud, l’oued Soubilla se précipite brusquement
+vers le Hodna par des gorges très profondes. Le seuil de séparation
+entre ces deux oueds est à une centaine de mètres au-dessus de la
+vallée actuelle du Bou-Sellam. Par cette grande vallée de Colbert
+on peut concevoir que, à un moment donné du passé, le Bou-Sellam
+prenait le chemin du Hodna. Il est vrai que le seuil est encore
+moins élevé (une cinquantaine de mètres) entre la cuvette de Sétif
+et la région des Sebkhas (Sebkhas avoisinant le village d’Ampère,
+chott el-Beida).</p>
+
+<p>Pour concevoir le passé du Bou-Sellam avant la capture on a donc
+l’embarras du choix, entre hypothèses qui peuvent avoir été
+réalisées successivement ou alternativement. Mais ces hypothèses
+ont toutes un point commun, et se ramènent au fait suivant&nbsp;:
+Le Bou-Sellam aboutissait dans une cuvette fermée, quelle qu’elle
+fût, jusqu’au moment assez proche de nous où il fut capturé par
+l’érosion de tête d’un torrent tellien.</p>
+
+<p>C’est donc bien un pendant du Chéliff.</p>
+
+<p><em>La Seybouse.</em> — C’en est un aussi de la Seybouse
+(<a href="#i18">fig. 18</a>), qui est un oued classé par son débit
+puissant au premier rang<span class="pagenum" id=
+"Page_80">[80]</span> des rivières algériennes, mais non par la
+longueur de son cours. Elle a 223 kilomètres de long entre son
+embouchure, qui est à Bône, et sa source qu’elle prend, sous le nom
+d’oued Cherf, auprès d’Aïn-Beïda.</p>
+
+<div class="igrp">
+<div class="figcenter iw6 float-left">
+<figure id="i18"><a href="images/i18.jpg"><img src='images/i18.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 18. — Profil en long de la Seybouse.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw6 float-right">
+<figure id="i19"><a href="images/i19.jpg"><img src='images/i19.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 19. — Profil en long du Rummel.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="cp2 space-above clear">La Seybouse est le fleuve qui a
+son embouchure à Bône. Le Rummel est le fleuve de Constantine.</p>
+
+<p class="cp2">Les deux profils ont une parenté évidente entre soi
+et avec les <a href="#i14">figures 14</a> et <a href="#i16">16.</a>
+Il faut considérer l’ensemble de ces quatre figures, en se
+souvenant que les quatre fleuves profilés sont les seuls oueds
+Telliens, prenant leur source sur les hauts plateaux. C’est donc
+une règle sans exception que les fleuves de cette catégorie sont
+composés de deux oueds, réunis en un seul par une capture. L’oued
+d’amont a longtemps appartenu a un bassin fermé, son profil
+régulier atteste la maturité. L’oued d’aval est un jeune torrent
+Tellien à profil heurté.</p>
+
+<p class="cp2">Les quatre figures sont donc une illustration
+graphique du grand fait que voici. Depuis l’effondrement de la
+Tyrrhénide les oueds Telliens, ayant désormais la mer comme niveau
+de base, sont des agents d’érosion puissants. Ils n’ont pas cessé
+d’étendre leurs conquêtes au détriment de la zone antique des
+bassins fermés.</p>
+</div>
+
+<p>L’oued Cherf coule donc sur les Hauts Plateaux et la Seybouse
+dans le Tell&nbsp;; le profil suggère que les deux oueds (Cherf et
+Seybouse) ont été longtemps distincts, et que le premier a été
+capturé par le second. En amont de Guelma ils sont réunis par des
+rapides où la pente atteint 25 p. <span class=
+"numletsp">1</span>000. Les Hauts Plateaux dans le bassin de l’oued
+Cherf sont naturellement tapissés des atterrissements continentaux
+gypso-salins habituels.</p>
+
+<p><em>Oued Rummel.</em> — Le Rummel (<a href="#i19">fig. 19</a>)
+(oued el-Kebir dans la partie inférieure de son cours) appartient à
+la même catégorie.<span class="pagenum" id="Page_81">[81]</span> Il
+rappelle plus particulièrement le Bou-Sellam par le crochet aigu de
+son coude de capture. Comme le Bou-Sellam il prend sa source dans
+l’Atlas tellien, coule d’abord au sud, puis à l’est sur les Hauts
+Plateaux jusqu’à Constantine. C’est là que se fait dans les gorges
+fameuses du Rummel entre l’oued d’amont et l’oued d’aval un raccord
+dont le profil accuse l’extrême brutalité&nbsp;; l’oued tombe d’une
+centaine de mètres à la traversée de la ville (sa chute alimente
+les moulins Lavie). De part et d’autre de Constantine les profils
+des deux oueds sont extrêmement contrastés. L’oued d’aval
+a<span class="pagenum" id="Page_82">[82]</span> un profil en
+crémaillère de torrent jeune et conquérant. Et c’est lui d’ailleurs
+dont M. Joleaud a retracé les conquêtes.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i20"><a href="images/i20.jpg"><img src='images/i20.jpg'
+alt='' class="iw3"></a>
+<p class="cp1">Fig. 20. — L’oued Bou-Merzoug et l’oued
+Chott-Saboun.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Le chemin de fer entre Constantine et
+Batna longe successivement deux oueds, le Bou-Merzoug affluent du
+Rummel, et l’oued Chott-Saboun (bassin fermé). On a imaginé
+(hypothèse A. Grund) que ces deux oueds seraient les débris
+aujourd’hui distincts, d’un système fluvial continu, que le progrès
+du climat désertique aurait tronçonné.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="box-float-left">
+<div class="figfloat iw6">
+<figure id="i21"><a href="images/i21.jpg"><img src='images/i21.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 21. — Profil en long de l’oued Bou-Merzoug
+prolongé.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Sur la figure 21, la courbe si concave
+et si régulière de l’oued Chott-Saboun atteste l’isolement ancien
+de la vallée, qui a évolué pour son compte jusqu’à la sénilité.</p>
+
+<p class="cp2">Le Bou-Merzoug, l’une des têtes d’un torrent
+Tellien, dans un avenir indéterminé, si les circonstances actuelles
+persistent assez longtemps, pourra capturer l’oued Chott-Saboun et
+constituer avec lui un système fluvial du type Chéliff, Bou-Sellam,
+etc.</p>
+
+<p class="cp2">Les figures <a href="#i20">20</a> et <a href=
+"#i21">21</a> sont comme une contre-épreuve des précédentes,
+conduisant aux mêmes conclusions.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p><em>Bou-Merzoug.</em> — En amont de Constantine le Rummel reçoit
+un affluent, le Bou-Merzoug, qui était considéré dans l’antiquité
+comme l’artère maîtresse, la tête du fleuve&nbsp;; les Romains
+l’appelaient Ampsagas. Si on admet ce point de vue, et si on
+établit le profil en long de l’oued Bou-Merzoug (<a href=
+"#i20">fig. 20</a> et <a href="#i21">21</a>) on obtient un résultat
+curieux, à condition de le prolonger par le profil de l’oued
+Chott-Saboun (source à Lambèse dans l’Aurès). Le Chott-Saboun
+(Sebkha Zmoul) qui est la zone d’épandage de l’oued Chott-Saboun,
+est séparé de la haute vallée du Bou-Merzoug par un seuil
+insignifiant, une ondulation de la haute plaine. Actuellement
+encore ce oued est une artère de bassin fermé, ayant évolué à part
+pendant des âges, avec le chott Saboun comme niveau de base,
+puisque la concavité très accusée de son profil semble bien avoir
+atteint l’équilibre. Le long du Bou-Merzoug cependant l’érosion
+régressive, déterminée par le rattachement du Rummel au bassin
+méditerranéen, est parvenue actuellement jusqu’à El-Guerra, ou plus
+précisément Aïn-Mlila. Si les conditions actuelles persistent
+pendant des siècles encore, il est manifeste que l’érosion
+régressive finira par rattacher l’oued Chott-Saboun au bassin du
+Rummel, c’est-à-dire<span class="pagenum" id="Page_83">[83]</span>
+à la Méditerranée. Le complexe oued Chott-Saboun-oued Bou-Merzoug
+est un Chéliff en voie de réalisation, un Chéliff futur. Le profil
+de cet oued imaginaire rapproché des quatre autres qui s’appliquent
+à des oueds réels, est une contre-épreuve intéressante.</p>
+
+<p><em>Conclusions.</em> — L’étude du modelé nous conduit donc à
+des conclusions qui sont nettement celles des géologues.</p>
+
+<p>Le domaine des bassins fermés est en régression plus ou moins
+rapide depuis que les relations actuelles existent entre la terre
+et la mer, depuis que la Méditerranée a pris la place de la
+Tyrrhénide effondrée, c’est-à-dire apparemment le pliocène. Depuis
+ce temps-là les oueds telliens, avec la mer comme niveau de base,
+ont été alimentés par des pluies dont l’importance absolue a
+beaucoup varié, mais qui sont demeurées relativement beaucoup plus
+abondantes sur le versant nord méditerranéen de l’Atlas que sur le
+versant sud. Ces oueds telliens ont donc été conquérants sans
+interruption, ils le sont encore sous nos yeux. Du grand
+effondrement tyrrhénien ç’a été la conséquence la plus importante,
+celle du moins qui saute davantage aux yeux, qui se laisse mesurer.
+Et ce n’est rien moins d’ailleurs que la différenciation du Tell,
+quelque chose de considérable.</p>
+
+<div class="footnotes clear" id="ftl2c5">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_70"></a><a href="#FNanchor_70"><span class=
+"label">[70]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+287.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_71"></a><a href="#FNanchor_71"><span class=
+"label">[71]</span></a><a href="#entbib80">N<sup>o</sup> 80</a>, p.
+244.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_72"></a><a href="#FNanchor_72"><span class=
+"label">[72]</span></a><a href="#entbib69">N<sup>o</sup>
+69</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_73"></a><a href="#FNanchor_73"><span class=
+"label">[73]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+319.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_74"></a><a href="#FNanchor_74"><span class=
+"label">[74]</span></a><a href="#entbib76">N<sup>os</sup> 76</a> et
+<a href="#entbib74">74</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_75"></a><a href="#FNanchor_75"><span class=
+"label">[75]</span></a><a href="#entbib75">N<sup>o</sup> 75</a>, p.
+510 et <a href="#entbib76">n<sup>o</sup> 76</a>, p. 9.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_84">[84]</span><a id=
+"l2c6"></a>CHAPITRE VI</h3>
+
+<p class="sch2">CONCLUSIONS DU LIVRE</p>
+
+<p>On a réuni dans ce livre II les données actuellement acquises
+sur l’histoire géologique de l’Algérie.</p>
+
+<p>Il faut affirmer que ces données sont acquises, il s’agit de
+faits solides, sur lesquels est réalisé le consensus de tous les
+observateurs. On n’a pas le moins du monde développé une thèse qui
+soit particulière à l’auteur.</p>
+
+<p>L’affirmation n’est pas inutile parce que l’ancienneté du climat
+désertique ou steppien en Algérie est un fait incontesté, il est
+vrai, mais en revanche assez généralement ignoré. De cette
+ignorance il a été fourni des preuves récentes. Et par exemple un
+géographe autrichien, M. A. Grund, à la suite d’un voyage rapide en
+Algérie, s’est imaginé que l’oued Chott-Saboun était l’ancienne
+tête du Bou-Merzoug séparée du tronc par les progrès du climat
+désertique depuis le quaternaire<a id="FNanchor_76"></a><a href=
+"#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>. Cette erreur est très
+naturelle chez un voyageur qui met la tête à la portière dans le
+train de Constantine-Batna. Mais l’extraordinaire c’est que la
+théorie Grund ait été accueillie avec quelque faveur dans les
+cercles géographiques français. Les géologues algériens aux prises
+avec une besogne immense ont publié des études fragmentaires,
+qu’aucune exposition d’ensemble n’a mis encore à la portée du
+public scientifique métropolitain. Ces études existent pourtant,
+leurs conclusions sont unanimes et formelles.</p>
+
+<p>On a vu qu’une analyse du modelé par la méthode des profils
+longitudinaux conduit à une conclusion qui est rigoureusement celle
+des géologues, puisqu’enfin ces chotts, dont le climat actuel tend
+à restreindre le domaine, lui sont nécessairement antérieurs.</p>
+
+<p>Il faut donc souligner ce fait sur lequel il apparaît que
+l’attention n’a pas été assez attirée. L’Algérie est encroûtée de
+dépôts<span class="pagenum" id="Page_85">[85]</span> continentaux
+qui se sont accumulés dans des bassins fermés depuis
+l’oligocène.</p>
+
+<p>Le régime des chotts est aussi vieux que l’Algérie
+continentale&nbsp;; la malédiction des pays de sel est sur ce pays
+depuis le commencement des âges&nbsp;; toutes les fois où nous
+voyons, dans le passé géologique, le bras de mer algérien
+s’assécher, ç’à été pour se couvrir de chotts. Il y a un lien entre
+la répartition des déserts à la surface de la planète et la
+latitude. Faut-il admettre que la latitude de l’Algérie n’ait pas
+changé depuis le crétacé, ce qui signifie l’immobilité du
+pôle&nbsp;? La répartition circumpolaire de la houille suggère déjà
+cette immobilité. Mais quoi qu’il en soit de ces considérations
+trop générales, l’ancienneté d’un climat aride en Algérie est un
+fait précis.</p>
+
+<p>Les faits précis de cet ordre, ceux qui sont exposés dans le
+livre II, comme d’ailleurs ceux qui ont trouvé place au livre I,
+sont des directives, des leitmotive&nbsp;; il faudra les avoir
+présents à l’esprit pour analyser la structure du pays dans ses
+détails, dans ses parties.</p>
+
+<p>D’ores et déjà une grande division ressort à travers toutes les
+cartes paléogéographiques&nbsp;: l’Atlas tellien et le groupe Atlas
+saharien-Hauts Plateaux nous sont apparus déjà comme distincts.
+L’un est le domaine du géosynclinal profond, du géosynclinal
+proprement dit&nbsp;; et l’autre du socle continental. L’étude des
+dépôts continentaux nous a conduits d’autre part à la
+discrimination des deux mêmes zones sur des principes tout autres.
+Tandis que tout le sud reste le domaine des bassins fermés, le Tell
+est le domaine des oueds méditerranéens conquérants&nbsp;; il leur
+doit un modelé d’érosion avec la mer comme niveau de base, un
+décapage avancé, une dissection profonde. Les deux zones, Tell et
+Hauts Plateaux&nbsp;; ont, l’une vis-à-vis de l’autre, une
+originalité de modelé comme ils en ont une de contexture
+profonde.</p>
+
+<p>Cette distinction à laquelle nous aboutissons de deux côtés
+différents est fondamentale, il faut s’y tenir. Les noms de Tell et
+Hauts Plateaux sont consacrés par l’usage, on peut les dire des
+appellations populaires. Ils en ont les inconvénients comme les
+avantages. Naturellement ils manquent de précision. Dans le détail,
+quand il s’agira de délimiter, on trouvera que les limites du socle
+continental sont loin de coïncider exactement avec celles de la
+zone où l’encroûtement de bassin fermé est encore intact. Mais en
+gros la division très générale de l’Algérie en Tell et Hauts
+Plateaux est très commode&nbsp;; on l’adoptera, au moins comme
+cadre de travail, provisoirement.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl2c6">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_76"></a><a href="#FNanchor_76"><span class=
+"label">[76]</span></a><a href="#entbib47">N<sup>o</sup> 47</a>, p.
+443.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_87">[87]</span><a id=
+"l3"></a>LIVRE III</h2>
+
+<p class="sch1">HAUTS PLATEAUX</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h3 class="nopb"><a id="l3c1"></a>CHAPITRE I</h3>
+
+<p class="sch2">ATLAS SAHARIEN</p>
+
+<p>On essaiera d’analyser d’abord le socle continental, la grande
+zone méridionale de l’Atlas saharien et des Hauts Plateaux, en
+commençant par l’Atlas saharien.</p>
+
+<p>On a déjà dit qu’il a des limites nettes du côté du Grand Atlas
+marocain&nbsp;; il contraste avec lui par son altitude moindre de
+moitié&nbsp;; et certainement aussi par l’âge beaucoup plus jeune
+de ses roches.</p>
+
+<p>Ce vieillissement d’est en ouest le long de la chaîne, qui est
+d’abord régulièrement progressif, s’accélère assez brusquement dès
+qu’on arrive au Grouz. Il y a là sûrement de part et d’autre du
+Grouz un changement soudain. Mais non pas essentiel à ce qu’il
+semble. Le Grand Atlas marocain est encore très mal connu.
+Pourtant, à considérer les cartes que nous en avons, il paraît
+évident qu’il est un prolongement de l’Atlas saharien, et que ce
+sont deux parties d’un même ensemble&nbsp;; on l’admet non
+seulement d’après l’identité de la direction générale, mais aussi
+la direction et l’agencement identique des parties, des éléments de
+chaîne. Entre les deux, Atlas saharien et Grand Atlas, la
+différence serait de décapage. Le Grand Atlas serait profondément
+éventré par l’érosion jusqu’à des couches géologiques bien plus
+profondes.</p>
+
+<p>A l’extrémité opposée on est en revanche parfaitement fixé.</p>
+
+<p>Il est très connu que l’Atlas saharien se prolonge exactement
+semblable à lui-même, sur le territoire tunisien.</p>
+
+<p>Nous avons sur lui d’excellentes études&nbsp;; Ritter a décrit
+la partie<span class="pagenum" id="Page_88">[88]</span> centrale,
+Djebel-Amour, monts des Ouled-Nayl<a id="FNanchor_77"></a><a href=
+"#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>&nbsp;; Flamand<a id=
+"FNanchor_78"></a><a href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>
+l’extrémité occidentale&nbsp;; Roux l’extrémité orientale sur la
+frontière tunisienne<a id="FNanchor_79"></a><a href="#Footnote_79"
+class="fnanchor">[79]</a>. Tous ces géologues sont exactement
+d’accord, ils nous font de l’Atlas saharien le même tableau
+d’ensemble.</p>
+
+<p><em>Unité de plan.</em> — Le trait essentiel est que la chaîne
+prise dans son ensemble a une direction, grossièrement est-ouest,
+et que ses éléments constitutifs, pris chacun pour soi, en ont une
+autre très aberrante (nord-est sud-ouest parfois presque nord-sud).
+Ritter a dressé une <em>carte schématique de l’allure des plis</em>
+(<a href="#i22">fig. 22</a>) qui en dit plus au premier coup d’œil
+que de longues phrases.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i22"><a href="images/i22.jpg"><img src='images/i22.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 22. — Carte schématique de l’allure des plis
+dans l’Atlas saharien.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">L’Atlas Saharien a une direction
+générale approximative Est-Ouest. Mais les éléments qui le
+composent, qui sont courts et nettement individualisés, ont une
+direction toute différente, bien plus rapprochée du Nord-Sud. C’est
+ainsi que les brins tordus dont la réunion constitue un câble font
+un angle très marqué avec le câble lui-même.</p>
+
+<p class="cp2">Cette structure si particulière caractérise l’Atlas
+Saharien d’un bout à l’autre avec une curieuse régularité. (D’après
+Ritter.)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Les éléments se relaient au lieu de se prolonger. L’analogie
+serait assez grande avec le dessin d’un câble composé de brins
+tordus. Les brins, considérés isolément, font naturellement un
+angle accusé avec le câble que leur réunion compose. Ici, dans
+l’Atlas saharien, chaque brin isolé, c’est-à-dire chaque pli, naît
+au sud, sur la plate-forme saharienne&nbsp;; ils traversent en
+écharpe l’épaisseur de la chaîne&nbsp;; et ils meurent, ils
+s’effacent à sa limite nord. Ils se groupent en faisceaux, en
+torons, Ritter dit en amygdales&nbsp;; chaque amygdale a souvent
+une individualité géographique assez nette (monts des Kçour, monts
+du Djebel-Amour, monts des Ouled-Nayl).</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_89">[89]</span>De cette torsion,
+de ce conflit entre deux directions, différents géologues ont
+fourni différentes explications. Ce qui nous importe pour le moment
+c’est que cette disposition si particulière se retrouve partout
+d’un bout à l’autre en Tunisie comme en Algérie, et même dans le
+Haut Atlas, prolongement marocain de l’Atlas saharien. Roux<a id=
+"FNanchor_80"></a><a href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a>,
+à propos du dessin en plan des plis dans le sud tunisien, parle
+d’arcs <em>concaves vers le nord</em> se raccordant à des
+«&nbsp;arcs concaves vers le sud&nbsp;»&nbsp;; de
+«&nbsp;guirlandes&nbsp;», «&nbsp;d’accents circonflexes&nbsp;»,
+Flamand, à propos de l’Atlas saharien sur les confins du
+Maroc<a id="FNanchor_81"></a><a href="#Footnote_81" class=
+"fnanchor">[81]</a>, parle de «&nbsp;chaînes géniculées&nbsp;»
+(repliées en forme de genou)&nbsp;; de directions
+«&nbsp;orthogonales&nbsp;». Ces synonymes expressifs se ramènent
+aux termes de la description que Ritter a faite une fois pour
+toutes, et à laquelle tous ses successeurs déclarent expressément
+se rallier, y compris, à propos de l’Atlas marocain, Louis
+Gentil<a id="FNanchor_82"></a><a href="#Footnote_82" class=
+"fnanchor">[82]</a>.</p>
+
+<p>L’Atlas saharien est donc, d’un bout à l’autre, dessiné d’après
+la même formule, et comme plissé d’un seul jet.</p>
+
+<p>Sur la date de ce plissement il ne subsiste pas non plus
+d’incertitude. Le socle continental envahi par les mers crétacées
+et éocènes, a été affecté «&nbsp;d’amples mouvements&nbsp;» (Roux,
+p. 261).</p>
+
+<p>Un coup d’œil sur les cartes paléogéographiques montre le seuil
+de Biskra, le Hodna, l’Aurès et les Zibans déjà dessinés par les
+rivages de la mer cartennienne (<a href="#i10">fig. 10</a>). M.
+Savornin qui vient de publier sur la région hodnéenne une très
+belle étude insiste là-dessus. L’Atlas saharien, dit-il, avait
+acquis «&nbsp;sa constitution dès le début des temps
+tertiaires<a id="FNanchor_83"></a><a href="#Footnote_83" class=
+"fnanchor">[83]</a>&nbsp;».</p>
+
+<p>L’époque miocène a vu pourtant produire une accentuation du
+plissement sensible au moins en certains points, en Tunisie par
+exemple. Dans la région de Redeyef, le miocène tout entier, y
+compris l’étage supérieur est «&nbsp;très vigoureusement
+plissé&nbsp;». Le plissement a continué au pliocène et s’est fait
+sentir même au quaternaire<a id="FNanchor_84"></a><a href=
+"#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>. M. Roux a justement
+attiré l’attention sur le témoignage des terrasses fluviatiles dans
+l’Atlas saharien. Une étude détaillée en serait d’autant plus
+intéressante qu’elles furent l’œuvre de rivières dont la mer n’a
+jamais été le niveau de base. Cette étude n’a jamais été faite. En
+gros, à juger par ce qu’on entrevoit au<span class="pagenum" id=
+"Page_90">[90]</span> passage, elles conduiraient à la conclusion
+de mouvements orogéniques très récents&nbsp;; et cela partout,
+aussi bien dans le Grouz que dans l’Aurès.</p>
+
+<p>Une chaîne où les forces orogéniques n’ont jamais cessé d’être
+actives, du crétacé au quaternaire, c’est justement tout l’Atlas,
+aussi bien tellien que saharien. Les géologues sont unanimes
+là-dessus. En cela, sur cette question d’âge, l’Atlas saharien ne
+fait aucun contraste avec le tellien, il est lui aussi partie
+intégrante de l’Atlas, et au même titre.</p>
+
+<p>Mais, dans l’édification de l’Atlas saharien, les forces
+plissantes, aux prises avec l’épaisseur relativement rigide du
+socle continental, ont constamment travaillé sur le même plan, à
+travers les âges&nbsp;; leurs effets se sont lentement accumulés
+dans le même cadre préétabli. Il n’y a pas eu, comme dans le
+géosynclinal tellien, effondrement au fond de la mer et
+réédification toute fraîche de parties importantes.</p>
+
+<p>Et, quoi qu’il en soit de cette explication, le fait est là.
+L’Atlas saharien est d’un seul jet&nbsp;: cela seul lui ferait,
+vis-à-vis de l’Atlas tellien, une originalité extrêmement accusée.
+Il en a d’autres.</p>
+
+<p><em>Plissement ébauché.</em> — Un second point essentiel est que
+l’Atlas saharien est plissé faiblement. C’est presque un corollaire
+de ce qu’on vient de dire. Le dessin général du plissement apparaît
+en plan, à la surface du sol et sur la carte, avec la netteté qu’on
+a vue, justement parce que les plis sont rares et simples, faciles
+à déchiffrer d’un coup d’œil. Dès le premier moment où un géologue
+s’est occupé de l’Atlas saharien, ce géologue, qui fut Ritter, a
+mis définitivement en lumière ce grand fait. «&nbsp;Le plissement,
+dit-il, est resté à l’état d’ébauche<a id=
+"FNanchor_85"></a><a href="#Footnote_85" class=
+"fnanchor">[85]</a><a id="FNanchor_86"></a><a href="#Footnote_86"
+class="fnanchor">[86]</a>.&nbsp;» Cet Atlas saharien n’est pas une
+sierra à crête accusée&nbsp;; c’est plutôt un plateau ondulé,
+froissé. Tous les géologues ont acquiescé à la formule de Ritter
+(Flamand, Roux, Savornin).</p>
+
+<p>Géologues et géographes établissent un parallélisme entre
+l’Atlas saharien et notre Jura français&nbsp;; de Martonne par
+exemple<a id="FNanchor_87"></a><a href="#Footnote_87" class=
+"fnanchor">[87]</a>, le général Berthaut<a id=
+"FNanchor_88"></a><a href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>.
+La comparaison est devenue classique. Ce sont deux bons exemples
+courants d’un plissement peu accusé.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_91">[91]</span>Cette analogie
+dans les énergies comparables des deux plissements a pour
+conséquence la parenté des deux modelés.</p>
+
+<p>Ces termes populaires expressifs que les montagnards du Jura
+donnent à des détails du relief, les <em>cluses</em>, les
+<em>ruz</em>, les <em>crêts</em>, les <em>combes</em> et qui ont
+passé dans l’usage courant de la géographie physique, des
+géographes comme de Martonne<a id="FNanchor_89"></a><a href=
+"#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a>, des topographes comme le
+général Berthaut<a id="FNanchor_90"></a><a href="#Footnote_90"
+class="fnanchor">[90]</a>, des géologues comme Roux<a id=
+"FNanchor_91"></a><a href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>
+se trouvent tout naturellement entraînés à les employer dans une
+description de l’Atlas saharien. Le dôme à centre évidé (cratère
+d’érosion de Roux, voir <a href="#i13">fig. 13</a>), si fréquent
+dans l’Atlas saharien est aussi une forme jurassienne<a id=
+"FNanchor_92"></a><a href="#Footnote_92" class=
+"fnanchor">[92]</a>.</p>
+
+<p><em>Modelé désertique.</em> — Pourtant ce modelé jurassien est
+l’œuvre d’une érosion jeune, qui n’a pas eu le temps d’effacer
+entièrement et de rendre méconnaissable la surface structurale
+primitive. Assurément il y a une nuance importante à noter à ce
+point de vue entre le Jura et l’Atlas saharien.</p>
+
+<p>«&nbsp;Les plis de l’Atlas saharien, dit le général Berthaut,
+étant plus dégradés que ceux du Jura, présentent une plus grande
+<em>densité</em> de détails topographiques&nbsp;: crêts, ravins,
+combes, festons, écailles, etc., s’y montrent plus nombreux et plus
+serrés<a id="FNanchor_93"></a><a href="#Footnote_93" class=
+"fnanchor">[93]</a>.&nbsp;»</p>
+
+<p>M. Roux souligne la présence, dans certains coins de l’Atlas
+saharien, de véritables «&nbsp;synclinaux perchés&nbsp;», tout à
+fait typiques. Ce sont, par exemple, le Kalaat-es-Senam sur la
+frontière tunisienne, le djebel Milok au nord de Laghouat.
+«&nbsp;Cette inversion du relief, comme le fait observer de
+Martonne, est un signe certain d’une évolution poussée jusqu’à la
+maturité&nbsp;»&nbsp;; et c’est dans les Alpes, non plus dans le
+Jura, que de Martonne en cherche des exemples<a id=
+"FNanchor_94"></a><a href="#Footnote_94" class=
+"fnanchor">[94]</a>.</p>
+
+<p>L’Atlas saharien, frère du Jura, s’en distinguerait donc par une
+usure du relief beaucoup plus accentuée. On n’est pas certain, à
+vrai dire, que cette explication soit entièrement satisfaisante. Il
+est évident en tout cas qu’elle est incomplète, et ce qu’elle passe
+sous silence pourrait bien être l’essentiel. L’Atlas saharien se
+distingue du Jura, des Alpes, et de toutes les chaînes de chez
+nous, qui sont familières à nos géographes, en ce qu’il a un modelé
+désertique.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_92">[92]</span>En effet, comme on
+l’a déjà dit longuement, il n’a, pour ainsi dire, jamais cessé
+d’être zone de bassins fermés. Sous nos yeux, aujourd’hui, à son
+extrémité orientale, dans le sud tunisien, le bassin fermé du
+Djerid va jusqu’à Gabès, c’est-à-dire jusqu’à la mer. Depuis
+l’oligocène, en tout cas depuis le pontien, cette chaîne tout
+entière n’a jamais été normalement drainée par des fleuves
+aboutissant à la mer. C’est un fait d’immense conséquence, au point
+de vue modelé. Le cycle d’érosion n’est plus le même, suivant que
+le niveau de base est fourni par le chott voisin qui se comble, et
+non plus par la mer lointaine, dont la capacité réceptive en
+matière d’alluvions est pratiquement illimitée. Sur tout le flanc
+sud de Figuig à Gabès, le contact géologique entre l’Atlas et la
+plate-forme saharienne ne s’observe nulle part&nbsp;; il est masqué
+invariablement par des épaisseurs inconnues d’atterrissements
+continentaux, que les géologues ont classé mio-pliocènes, et qui
+sont les éboulis et les débris de la chaîne, les résultats
+accumulés de son usure à travers les âges. Ils sont restés où le
+ruissellement sur les pentes les a abandonnés, à bout de force dans
+les zones d’épandage. La chaîne est enfouie sous ses propres
+débris. Le colmatage en bassins fermés est soumis à des lois
+particulières&nbsp;: le niveau de base qui est une simple zone
+d’épandage tend à se relever sans trêve par l’accumulation des
+alluvions&nbsp;; il en résulte une incertitude du cours
+inférieur&nbsp;; la rivière est rejetée par le résultat de son
+travail à la recherche éternelle d’une zone d’épandage
+nouvelle&nbsp;; et le colmatage s’étend donc de proche en proche
+sur des étendues illimitées.</p>
+
+<p>L’érosion aussi obéit à des lois nouvelles&nbsp;; il n’y a pas
+attaque générale par de grands fleuves brutaux éventrant
+profondément la chaîne. Dans les compartiments séparés des bassins
+fermés l’érosion travaille en petit. Chaque groupe montagneux est
+modelé à part, délicatement, par une érosion régulièrement
+périphérique, l’ennoyage et par conséquent la protection du pied
+allant de pair avec l’attaque du sommet. Ainsi s’expliquent,
+j’imagine, ces paysages, que décrit Ritter, où «&nbsp;quelque
+montagne décharnée s’avance, dans l’horizon plat, comme un éperon
+de navire&nbsp;»&nbsp;: ces «&nbsp;vastes plaines que séparent de
+longues crêtes aiguës et bien alignées&nbsp;». Flamand les compare
+à des «&nbsp;chenilles processionnaires&nbsp;» se suivant à la
+queue leu-leu.</p>
+
+<p>On a parfois comparé l’Atlas saharien aux chaînes de l’Iran,
+d’ailleurs bien mal connues et cette comparaison a chance
+de<span class="pagenum" id="Page_93">[93]</span> n’être pas
+inexacte. J’en suggérerais volontiers une autre avec les Basin
+Ranges des États-Unis, sans être d’ailleurs autrement sûr de ce que
+j’avance. Cet enfouissement de l’Atlas saharien sous ses propres
+débris, il est curieux qu’on ne l’ait, je crois bien, jamais
+mentionné. Il pourrait bien être pourtant la caractéristique la
+plus importante de la chaîne, celle qui explique les autres, au
+moins pour une bonne part.</p>
+
+<p><em>Lien entre les deux.</em> — Et par exemple n’est-il pas en
+relation de cause à effet avec l’autre grande caractéristique, la
+simplicité des plis. Les théoriciens de la tectonique, en étudiant
+les plissements de l’écorce terrestre, sont arrivés à cette
+conclusion qui est de simple bon sens. Un pli donné est d’autant
+plus accusé qu’on l’envisage à une profondeur plus grande dans
+l’épaisseur de l’écorce. Il est toujours léger dans les couches
+superficielles<a id="FNanchor_95"></a><a href="#Footnote_95" class=
+"fnanchor">[95]</a>.</p>
+
+<p>Une chaîne comme les Alpes apparaît de tectonique très
+compliquée, parce que l’érosion actionnée par le niveau de base
+marin, a mis au jour le cœur profond des plis.</p>
+
+<p>Il en est de même de l’Atlas tellien. Mais l’Atlas saharien, de
+modelé désertique, a conservé au contraire des parties importantes,
+ou en tout cas des traces encore reconnaissables de la surface
+structurale primitive&nbsp;; c’est-à-dire une simplicité de dessin
+général, dont nous ne savons pas ce qu’elle masque en
+profondeur.</p>
+
+<p>A vrai dire elle pourrait bien masquer une allure tectonique
+assez différente, à profondeur égale, de ce qu’on observe dans
+l’Atlas tellien. Les cartes paléogéographiques ont déjà montré
+qu’il y a une différence essentielle de nature entre le
+géosynclinal tellien et le socle continental de l’Atlas saharien.
+Il est naturel d’admettre <em>a priori</em> que la réaction aux
+compressions latérales n’a pas été la même de part et d’autre.
+Là-dessus nous pourrons emprunter quelques lignes à un géologue M.
+Joleaud<a id="FNanchor_96"></a><a href="#Footnote_96" class=
+"fnanchor">[96]</a>. «&nbsp;Dans le nord de l’Afrique Mineure qui a
+conservé pendant toute la durée des temps oolithiques et crétacés
+un caractère nettement géosynclinal, les forces tectoniques se
+propagèrent à travers une puissante série bathyale, en donnant
+naissance partout à des plis bien accusés. Dans le centre et le sud
+les mouvements orogéniques tertiaires se transmirent à travers des
+dépôts néritiques formant un ensemble bien moins développé en
+hauteur.&nbsp;» M. Joleaud pense que dans cette zone des dépôts
+néritiques, ou du socle continental, la plate-forme<span class=
+"pagenum" id="Page_94">[94]</span> paléozoïque, moins profondément
+enfouie, a pu faire sentir son influence, et même «&nbsp;commander
+en quelque sorte l’orogénie tertiaire&nbsp;». Nous en saurons plus
+long le jour où le Grand Atlas marocain aura été bien étudié. Il
+semble en effet que le Grand Atlas soit la prolongation de l’Atlas
+saharien surhaussée et décapée jusqu’au cœur paléozoïque. Dans
+l’état de nos connaissances de la réserve s’impose.</p>
+
+<p>En géographie physique, comme dans toutes les sciences
+naturelles, il faut se méfier sans doute d’une explication unique
+appliquée à des faits complexes. L’Atlas tellien d’une part, et le
+saharien de l’autre, ont deux bonnes raisons d’être l’un très
+compliqué, et l’autre très simple. Il faut noter seulement que ces
+deux causes agissent dans le même sens, leurs effets
+s’additionnent. Il en résulte que les deux Atlas sont des
+individualités bien distinctes.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl3c1">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_77"></a><a href="#FNanchor_77"><span class=
+"label">[77]</span></a><a href="#entbib100">N<sup>o</sup>
+100</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_78"></a><a href="#FNanchor_78"><span class=
+"label">[78]</span></a><a href="#entbib41">N<sup>o</sup>
+41</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_79"></a><a href="#FNanchor_79"><span class=
+"label">[79]</span></a><a href="#entbib102">N<sup>os</sup> 102</a>
+et <a href="#entbib103">103</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_80"></a><a href="#FNanchor_80"><span class=
+"label">[80]</span></a><a href="#entbib103">N<sup>o</sup> 103</a>,
+p. 271.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_81"></a><a href="#FNanchor_81"><span class=
+"label">[81]</span></a><a href="#entbib41">N<sup>o</sup> 41</a>, p.
+786.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_82"></a><a href="#FNanchor_82"><span class=
+"label">[82]</span></a><a href="#entbib57">N<sup>o</sup> 57</a>, p.
+147.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_83"></a><a href="#FNanchor_83"><span class=
+"label">[83]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup> 115</a>,
+p. 428.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_84"></a><a href="#FNanchor_84"><span class=
+"label">[84]</span></a><a href="#entbib102">N<sup>o</sup> 102</a>,
+p. 658 et 103, p. 267, fig. 3.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_85"></a><a href="#FNanchor_85"><span class=
+"label">[85]</span></a><a href="#entbib100">N<sup>o</sup> 100</a>,
+p. 11.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_86"></a><a href="#FNanchor_86"><span class=
+"label">[86]</span></a><a href="#entbib100">N<sup>o</sup> 100</a>,
+fig. 1, p. 100.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_87"></a><a href="#FNanchor_87"><span class=
+"label">[87]</span></a><a href="#entbib82">N<sup>o</sup> 82</a>, p.
+498.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_88"></a><a href="#FNanchor_88"><span class=
+"label">[88]</span></a><a href="#entbib24">N<sup>o</sup> 24</a>, t.
+I, p. 197.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_89"></a><a href="#FNanchor_89"><span class=
+"label">[89]</span></a><a href="#entbib82">N<sup>o</sup> 82</a>, p.
+498.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_90"></a><a href="#FNanchor_90"><span class=
+"label">[90]</span></a><a href="#entbib24">N<sup>o</sup> 24</a>, t.
+I, p. 180.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_91"></a><a href="#FNanchor_91"><span class=
+"label">[91]</span></a><a href="#entbib103">N<sup>o</sup> 103</a>,
+p. 258.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_92"></a><a href="#FNanchor_92"><span class=
+"label">[92]</span></a><a href="#entbib82">N<sup>o</sup> 82</a>,
+fig. 229.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_93"></a><a href="#FNanchor_93"><span class=
+"label">[93]</span></a><a href="#entbib24">N<sup>o</sup> 24</a>, t.
+I, p. 197.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_94"></a><a href="#FNanchor_94"><span class=
+"label">[94]</span></a><a href="#entbib82">N<sup>o</sup> 82</a>,
+fig. 231.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_95"></a><a href="#FNanchor_95"><span class=
+"label">[95]</span></a><a href="#entbib82">N<sup>o</sup> 82</a>, p.
+503, fig. 233.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_96"></a><a href="#FNanchor_96"><span class=
+"label">[96]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+351.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_95">[95]</span><a id=
+"l3c2"></a>CHAPITRE II</h3>
+
+<p class="sch2">L’AURÈS</p>
+
+<p>L’Atlas saharien a beau être une individualité bien nette,
+construite, d’un bout à l’autre sur une sorte de plan général, on y
+distingue des parties. On a déjà dit qu’à l’occident le Grouz et
+ses voisins forment un groupe à part. A l’orient il n’a jamais été
+dit assez combien l’Aurès est un monde particulier.</p>
+
+<p>Qu’on jette un coup d’œil sur les trois coupes ci-jointes, l’une
+à travers l’Atlas d’Oran, l’autre de Constantine, la troisième
+d’Alger (de Dellys à Biskra) (<a href="#i23">fig. 23</a>). Les deux
+premières font avec la troisième un contraste complet, une
+antithèse. Dans celles-là les sommets culminants de toute la chaîne
+sont nettement reportés dans l’extrême sud, dans l’Atlas saharien.
+Sous le parallèle d’Oran les montagnes du Tell sont des taupinières
+à côté des massifs de l’Atlas saharien, la différence est presque
+du simple au double de <span class="numletsp">1</span>000 à
+<span class="numletsp">2</span>000 mètres, et la massivité des deux
+chaînes est proportionnelle à leur altitude.</p>
+
+<p>Sous le parallèle de Constantine (plus exactement du cap
+Bougaroun au chott Melr’ir) le rapport est le même entre les
+chaînes de petite Kabylie et l’Aurès&nbsp;; c’est ce dernier qui
+écrase les premières de son altitude et de sa masse.</p>
+
+<p>Mais de Dellys à Biskra la proportion inverse est encore plus
+accusée. De l’Atlas tellien, représenté par le Djurdjura, qui
+dépasse <span class="numletsp">2</span>000 mètres, ce serait trop
+peu dire qu’il écrase l’Atlas saharien&nbsp;; il représente à lui
+seul toute la chaîne puisque l’Atlas saharien n’existe plus&nbsp;;
+l’Atlas saharien a tout à fait disparu, il est supprimé à la
+lettre, rigoureusement, puisque le très large seuil de Biskra
+entaille la chaîne jusqu’à 400 mètres d’altitude.</p>
+
+<p>Il y a là un étranglement de l’Atlas extraordinaire,
+l’étranglement du Hodna. C’est peut-être le trait le plus frappant
+de la structure<span class="pagenum" id="Page_96">[96]</span> dans
+toute l’Algérie. Il saute aux yeux dès qu’on regarde une carte.
+Mais dans la mesure il est vrai très faible où des géographes ont
+essayé de décrire avec des mots, il ne me semble pas qu’on en ait
+tiré tout ce qu’il donne de facilités pour l’articulation du pays
+et la différenciation des régions naturelles.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i23"><a href="images/i23.jpg"><img src='images/i23.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 23.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Trois coupes à travers l’Atlas. Les
+coupes A et C (Atlas d’Oran et de Constantine), sont apparentées
+entre elles. Dans l’une comme dans l’autre l’Atlas saharien est
+bien plus important que le tellien par sa masse et son
+élévation.</p>
+
+<p class="cp2">Dans la coupe intermédiaire B (Djurdjura, Hodna,
+Biskra) le rapport est inverse. C’est le point où l’Atlas tellien
+est le plus imposant, le saharien au seuil de Biskra est réduit à
+peu près à rien.</p>
+
+<p class="cp2">Cette comparaison fait ressortir le caractère
+exceptionnel, et par conséquent l’importance géographique du seuil
+de Biskra.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>On a déjà longuement parlé du seuil de Biskra, et de ses
+relations avec le sillon de l’Igharghar. On a dit qu’il séparait
+deux humanités, Berbère et Arabe&nbsp;; comme aussi deux groupes
+montagneux très contrastés, les collines du Zab d’une part et
+d’autre part la masse puissante de l’Aurès (<a href="#i06">fig.
+6</a>).</p>
+
+<p>Dans le chapelet des «&nbsp;Amygdales&nbsp;» qui composent
+l’atlas saharien l’Aurès a une individualité bien plus accusée non
+seulement que le Zab mais que les monts des Ouled Nayl ou le djebel
+Amour. On en est prévenu par le retentissement et la célébrité du
+nom. Aurasius disent déjà les auteurs anciens. Notez que le mons
+Ferratus n’est pas identifié avec certitude&nbsp;; on a soutenu que
+c’était le Djurdjura, mais on n’en est pas sûr. Le mont Papua où
+finit Gélimer n’a jamais été retrouvé&nbsp;; on a renoncé à le
+reconnaître dans l’Edough,<span class="pagenum" id=
+"Page_97">[97]</span> Un massif montagneux dans l’Atlas qui ait
+gardé son nom et son individualité bien nette depuis deux mille
+ans, il n’y en a peut-être pas d’autre en dehors d’Aurasius
+Mons.</p>
+
+<p>Les Berbères qui l’habitent ont un nom d’ensemble&nbsp;; ils
+s’appellent Chaouïa (de <em>cha</em> brebis)&nbsp;; ce qui semble
+signifier les pâtres de moutons. Ce sobriquet devenu un ethnique
+souligne un genre de vie par quoi les Chaouïa s’opposent à tous
+leurs voisins, non seulement aux Arabes Hodnéens, grands nomades
+pâtres de chameaux, mais aussi aux Berbères de Kabylie cultivateurs
+et arboriculteurs, logés dans des maisons et des chaumières. Si
+nous étions plus familiers avec le passé de l’Algérie, nous
+reconnaîtrions, je crois, dans le pays Chaouïa, le pays de ces
+pâtres nomades ou semi-nomades, qui ont porté, aux temps de
+Carthage et de Rome le nom de Numides. Depuis l’antiquité, la venue
+des Chameliers Zénètes, puis Arabes, a modifié de fond en comble le
+nomadisme. Là où furent les Numides on retrouve aujourd’hui les
+Chaouïa, fidèles aux conditions de vie que le pays et le climat
+imposent, distincts de leurs vieux voisins les Maures des
+chaumières, comme de leurs voisins plus récents les chameliers des
+grandes tentes.</p>
+
+<p>Ce groupe humain Chaouïa semble aussi anciennement individualisé
+que les montagnes où il vit.</p>
+
+<p>Il s’étend jusqu’à Souk-Ahras et jusqu’auprès de Constantine
+recouvrant, au nord de l’Aurès proprement dit, la zone des bassins
+fermés qui lui est subordonnée. On dit les Hauts Plateaux de
+Constantine et cette façon de s’exprimer n’est pas heureuse.</p>
+
+<p>C’est à l’ouest du Hodna que les deux Atlas, le tellien et le
+saharien, sont séparés par une zone intermédiaire de hauts
+plateaux. A l’est de l’étranglement les conditions se
+modifient&nbsp;; les deux Atlas se rejoignent et se bordent l’un
+l’autre. Aussi bien les directions des plis s’infléchissent
+progressivement vers le nord, l’Atlas tellien arrive à la mer, et
+le saharien, se substituant à lui, recouvre la Tunisie. Rien n’est
+plus connu. Un coup d’œil sur la carte montre bien nettement cette
+orientation nouvelle et ce groupement des plis. Il est curieux que
+la nomenclature usuelle soit en contradiction complète avec
+l’évidence.</p>
+
+<p>A l’ouest du Hodna on verra combien la limite est facile à
+suivre entre le socle continental à peu près rigide, et la zone
+géosynclinale plissée. A l’est il y a du flou.</p>
+
+<p>Il est vrai que le rocher calcaire qui porte la ville de
+Constantine, semble appartenir déjà au socle continental, et en
+être le<span class="pagenum" id="Page_98">[98]</span> rebord. En ce
+point précis il y a dans le profil de l’oued Rummel (<a href=
+"#i19">fig. 19</a>) une rupture de pente extrêmement marquée. Sur
+le profil de la Seybouse on observe exactement en amont de Guelma
+(<a href="#i18">fig. 18</a>) une rupture et pente analogue. Et dans
+le voisinage de Guelma (à 8 kilomètres ouest) au pied de ce même
+grand talus jaillissent les fameuses sources d’Hammam-Meskoutine
+(500 litres à la seconde, 95° de chaleur)<a id=
+"FNanchor_97"></a><a href="#Footnote_97" class=
+"fnanchor">[97]</a>.</p>
+
+<p>Les monts de Constantine d’après Joleaud<a id=
+"FNanchor_98"></a><a href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>
+sont un front de nappe et le rameau le plus méridional de l’Atlas
+tellien. C’est donc à peu près là que passerait la
+limite&nbsp;?</p>
+
+<p>Pourtant au sud de Constantine les géologues nous décrivent une
+structure compliquée, fort éloignée d’être tabulaire.</p>
+
+<p>Blayac, par exemple, parlant du bassin de la Seybouse au sud de
+Guelma, nous dit qu’il est «&nbsp;entièrement du domaine de l’Atlas
+saharien&nbsp;».</p>
+
+<p>Mais les plis, dit Blayac sont moins rudimentaires que dans le
+sud. «&nbsp;Dans le bassin de la Seybouse plus rapproché du
+géosynclinal, les efforts orogéniques plus violents ont obligé les
+plis à s’imbriquer, à chevaucher, là où les terrains n’étaient pas
+suffisamment résistants par leur nature lithologique<a id=
+"FNanchor_99"></a><a href="#Footnote_99" class=
+"fnanchor">[99]</a>.&nbsp;»</p>
+
+<p>Il est vrai que cette expression <em>Hauts Plateaux
+constantinois</em> s’applique à une région bien déterminée, le
+domaine des chotts, des bassins fermés, avec leur croûte épaisse de
+dépôts continentaux, que l’érosion de tête des torrents telliens
+n’a pas encore éventrés et décapés.</p>
+
+<p>Mais on voudrait voir réserver à cette région le nom de
+«&nbsp;hautes plaines&nbsp;», proposé par MM. Ficheur et
+Bernard<a id="FNanchor_100"></a><a href="#Footnote_100" class=
+"fnanchor">[100]</a>. Il conviendrait parfaitement à l’est de
+l’étranglement hodnéen.</p>
+
+<p>A l’ouest au contraire on verra qu’il faut dire «&nbsp;hauts
+plateaux&nbsp;».</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl3c2">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_97"></a><a href="#FNanchor_97"><span class=
+"label">[97]</span></a><a href="#entbib72">N<sup>o</sup> 72</a>, p.
+431.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_98"></a><a href="#FNanchor_98"><span class=
+"label">[98]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>, p.
+384. Voir cependant <a href="#entbib31c">n<sup>o</sup> 31
+c.</a></p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_99"></a><a href="#FNanchor_99"><span class=
+"label">[99]</span></a><a href="#entbib26">N<sup>o</sup> 26</a>, p.
+474.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_100"></a><a href="#FNanchor_100"><span class=
+"label">[100]</span></a><a href="#entbib22">N<sup>o</sup>
+22</a>.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_99">[99]</span><a id=
+"l3c3"></a>CHAPITRE III</h3>
+
+<p class="sch2">TENDRARA</p>
+
+<p>A l’ouest de l’étranglement hodnéen (<a href="#i25">fig.
+25</a>), l’Atlas tellien et l’Atlas saharien ne sont plus en
+contact, ils sont séparés par une très large zone intermédiaire,
+celle des Hauts Plateaux proprement dits.</p>
+
+<p>C’est la zone des grands chotts, et on a déjà dit que les chotts
+actuels ont des ancêtres à travers tout le passé continental de
+l’Algérie, depuis le trias. Les Hauts Plateaux sont donc encroûtés
+de dépôts continentaux, plus encore que l’Atlas saharien, sur une
+plus grande épaisseur, et sur une plus grande superficie. En un
+nombre restreint de points on peut observer directement le
+substratum, dont la structure pourrait donc être matière à
+contestation.</p>
+
+<p>Il est naturel d’admettre que le point le plus élevé de Hauts
+Plateaux a chance d’être aussi celui autour duquel le substratum
+affleure le plus largement. A partir du Hodna, qui est à 500 mètres
+au-dessus du niveau de la mer, le sol monte progressivement jusqu’à
+la frontière marocaine et au delà, jusqu’à la Moulouya. Les sommets
+sont là, dans une région qui fait politiquement partie du
+Maroc&nbsp;; mais qui, physiquement, est un simple prolongement des
+Hauts Plateaux algériens, leur extrémité occidentale. On a
+quelquefois donné à cette région le nom de Dahra, qu’il peut être
+commode de retenir, même s’il n’est pas usité dans le pays, ce qui
+est bien possible. Le Dahra dans son ensemble a 13 ou <span class=
+"numletsp">1</span>400 mètres&nbsp;; des points atteignent
+<span class="numletsp">1</span>600 mètres, comme par exemple le
+Djebel Tendrara.</p>
+
+<p>Nous en avons aujourd’hui, et depuis peu, une bonne image
+topographique, la carte au 20<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> du bureau topographique du
+Maroc&nbsp;; édition provisoire, mais l’édition définitive n’en
+différera que par des détails insignifiants.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_100">[100]</span>Il est vrai que
+du Dahra il n’existe même pas un commencement de carte géologique,
+du moins qui ait été publiée&nbsp;; mais je me trouve avoir
+travaillé dans le pays au printemps de 1914, j’en ai rapporté des
+fossiles très connus et très caractéristiques identifiés au premier
+coup d’œil par M. Ficheur. Et la simplicité de la structure aidant,
+je puis certainement rendre du Dahra un compte précis et exact.</p>
+
+<p>A l’ouest de Tendrara, c’est-à-dire dans la direction du Maroc
+et en pays mal connu, je suis allé jusqu’aux points d’eau de
+Tioudadin, Bel Riada, Haci Chguig, Haci Marroug, ce qui signifie un
+rayonnement d’une centaine de kilomètres.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i24"><a href="images/i24.jpg"><img src='images/i24.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 24.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Le Tendrara. C’est le point culminant
+(<span class="numletsp">1</span>647 m.) de tous les hauts plateaux
+sur la frontière marocaine où il se dresse. On le voit de partout
+dès qu’on sort de l’Atlas. C’est une butte-témoin découpée par
+l’érosion dans une feuille à peine ondulée de calcaire
+cénomanien-turonien. Tout autour dans un rayon considérable (60 à
+80 km. au moins vers l’Ouest et le Nord-Ouest) les conditions
+géographiques et géologiques sont partout les mêmes. Il y a donc
+bien plateau, dans le sens populaire et technique du mot.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Dans toute cette étendue on ne cesse d’avoir sous les pieds la
+même feuille du même calcaire. Ce calcaire est blanc, très dur, à
+gros rognons de silex noir (Tendrara)&nbsp;; quand des marnes s’y
+intercalent elles sont chargées de gypse. C’est le facies,
+classique en Algérie, des calcaires cénomaniens et turoniens. Les
+fossiles appartiennent d’ailleurs à ces étages (radiolites,
+nérinées). Auprès de Tioudadin (dans la direction du djebel
+Lakhdar)&nbsp;; et auprès de Bel-Riada (direction de l’oued R’ilan)
+on voit ces couches reposer en superposition tout à fait normale et
+tranquille sur des grès rouges qu’on reconnaît de suite, si on les
+a vus ailleurs&nbsp;; ce sont les grès à sphéroïdes et à dragées de
+l’albien. Comme d’habitude<span class="pagenum" id=
+"Page_101">[101]</span> on y trouve des gravures rupestres. Tout
+est donc parfaitement clair, on a bien affaire à un plateau
+crétacé, d’un type tout à fait courant en Algérie et au Sahara
+algérien&nbsp;; on pourrait se croire au Tadmaït, il n’y a pas
+moyen de s’y tromper, et il ne subsiste pas d’incertitude.</p>
+
+<p>Le djebel Tendrara, <a href="#i24">fig. 24,</a> avec ses
+<span class="numletsp">1</span>657 mètres, paraît bien être le
+point culminant du Dahra et par conséquent de tous les hauts
+plateaux algériens, ce qui est, en somme, une dignité assez
+éminente. A ce titre le Tendrara mériterait une place dans les
+manuels scolaires de géographie algérienne. Sur le terrain il est
+d’ailleurs imposant. On le voit de 60 kilomètres à la ronde, et
+même davantage&nbsp;; de Berguent par exemple, qui est à plus de
+100 kilomètres dans le nord, sur les frontières du Tell. Il a la
+forme d’une table&nbsp;: cette forme, très répandue dans le sud,
+que les indigènes appellent gara. Tendrara, est une butte-témoin
+constituée par un empilement de couches calcaires turoniennes
+horizontales. Comme son relief relatif est d’environ 200 mètres, ce
+dont elle porte témoignage, c’est l’importance des couches
+disparues et par conséquent celle de l’érosion.</p>
+
+<p>Cette érosion si importante pourtant n’a guère voilé l’allure
+générale de la surface structurale&nbsp;; on la reconnaît au
+premier coup d’œil sur la carte topographique<a id=
+"FNanchor_101"></a><a href="#Footnote_101" class=
+"fnanchor">[101]</a>. La feuille calcaire dont le Tendrara est une
+saillie n’est pas rigoureusement horizontale, elle dessine, entre
+Tendrara et Tioudadin, un dôme allongé très régulier, ce que les
+géologues appellent un brachyanticlinal, nettement fermé à
+Tioudadin. C’est une ondulation, un plissement très léger, mais il
+est très net, orienté sud-ouest-nord-est&nbsp;; cette direction se
+retrouve tout naturellement dans celle du grand axe au djebel
+Tendrara.</p>
+
+<p><em>L’arc de Fortassa.</em> — Ce plateau ondulé de Tendrara
+voisine avec le dernier rameau de l’Atlas saharien et la
+comparaison est intéressante.</p>
+
+<p>C’est le chapelet de chicots dont on a déjà parlé au livre I, et
+qui borde au nord le Tamlelt (djebel Orak, djebel Bou-Arfa, djebel
+Klakh) (<a href="#i04">fig. 4</a> et <a href="#i25">25</a>).</p>
+
+<p>Sa direction est remarquable&nbsp;: après avoir couru ouest-est
+en territoire marocain, il se continue au delà de Fortassa en
+territoire algérien jusqu’à l’Antar de Méchéria, qui peut être
+considéré<span class="pagenum" id="Page_102">[102]</span> comme le
+dernier grain du chapelet. A partir de Fortassa, la direction
+s’infléchit au nord-ouest, ou même au nord-nord-ouest. C’est donc
+un arc d’une courbure très prononcée&nbsp;; appelons-le, pour la
+commodité de l’exposition, l’arc de Fortassa.</p>
+
+<p>Cet arc de Fortassa est un élément tout à fait typique de
+l’Atlas saharien, il l’est par son allure arquée (géniculée comme
+dit Flamand), par sa direction qui fait un angle avec celle de la
+chaîne dont elle constitue un élément, par sa façon de s’en
+échapper comme une mèche rebelle d’une natte de cheveux (voir la
+<a href="#i22">figure 22</a>).</p>
+
+<p>Or le contraste de structure est très vif entre l’arc de
+Fortassa et le plateau de Tendrara. Ce contraste apparaît au
+premier coup d’œil&nbsp;; de loin, on voit l’arc de Fortassa se
+profiler sur l’horizon en dents de scie, en sierra, et non pas du
+tout en tables. Quand on y regarde de plus près la différence
+s’accuse davantage encore. L’intensité du plissement amène à
+l’émergence des couches bien plus anciennes que le cénomanien et
+l’albien. Des calcaires jurassiques et liasiques, et même des
+roches encore plus anciennes cristallines et primaires.</p>
+
+<p>Du djebel Bou-Arfa j’ai rapporté des échantillons de roche qui
+ont été examinées par M. Brives. L’un est un conglomérat à ciment
+siliceux et éléments de quartz gras roulés, ayant tout à fait
+l’aspect des conglomérats permiens. L’autre est une pegmatite
+tourmalinifère.</p>
+
+<p>Au même point je retrouve dans mes notes mention de roches qui
+m’ont paru être des micaschistes (traversées apparemment par un
+filon de pegmatite). Le point d’origine est au cœur du djebel
+Bou-Arfa, dans la région d’Aïn-Bou-Arfa, au-dessus exactement d’un
+gisement de manganèse, qui était prospecté au printemps 1914.
+L’affleurement de roches anciennes est de forme lenticulaire au
+milieu d’une haute falaise à regard sud. Au-dessus et au-dessous
+des roches anciennes sont des calcaires secondaires, et ces
+calcaires appartiennent à la même couche dont l’œil suit le repli.
+Sous bénéfice d’inventaire je pense qu’il y a là un pli très vif,
+déversé au sud. Il n’y a pas besoin de souligner le contraste d’une
+pareille structure avec l’ondulation de Tendrara.</p>
+
+<p>Dans ce même arc de Fortassa, pour multiplier les exemples, un
+contraste analogue ressort entre des éléments voisins de l’arc le
+djebel Lakhdar et le djebel Orak (<a href="#i04">fig. 4</a>).</p>
+
+<p>Le Lakhdar, qui est de grès albien et qui a la forme et la
+simple structure d’un tremplin, est une écaille soulevée sur le
+rebord du<span class="pagenum" id="Page_103">[103]</span> plateau
+crétacé de Tendrara, avec lequel il fait corps. Tout à côté le
+djebel Orak (au-dessus de la source) est une feuille verticalement
+dressée de calcaire liasique ou jurassique.</p>
+
+<p>L’arc de Fortassa n’a pas été encore étudié par les géologues. A
+cette réserve près tout se passe comme s’il était d’architecture
+plissée et le plateau de Tendrara d’architecture tabulaire. La
+distinction universellement admise entre les Hauts Plateaux et
+l’Atlas saharien conserve sa valeur.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl3c3">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_101"></a><a href="#FNanchor_101"><span class=
+"label">[101]</span></a><a href="#entbib18">N<sup>o</sup> 18</a>,
+feuille 74. Chott Tigri.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_104">[104]</span><a id=
+"l3c4"></a>CHAPITRE IV</h3>
+
+<p class="sch2">LE TIGRI</p>
+
+<p>En relation de voisinage avec l’arc de Fortassa et le plateau de
+Tendrara se trouve le chott Tigri. On a l’intention de
+l’analyser<a id="FNanchor_102"></a><a href="#Footnote_102" class=
+"fnanchor">[102]</a> sommairement comme un bon échantillon des
+cuvettes fermées dont la juxtaposition constitue les Hauts Plateaux
+(<a href="#i25">fig. 25</a>).</p>
+
+<p>Ce serait un très mauvais échantillon de chott proprement
+dit.</p>
+
+<p>Il n’a jamais été fait une étude détaillée d’un chott. Il faut
+se borner à des impressions. On se représente un chott comme une
+plaine d’alluvions, sur laquelle, après les pluies, de grandes
+étendues d’eau, d’épaisseur pelliculaire, se déplacent plus ou
+moins au gré du vent. En temps ordinaire c’est à perte de vue une
+immensité brunâtre, çà et là miroitante de sel. Il n’est jamais
+possible de la traverser sans précautions, parce qu’elle est semée
+de fondrières très dangereuses. Non seulement les hommes mais
+jusqu’aux gazelles, dit-on, connaissent les sentiers où le sol est
+solide et dont il ne faut pas s’écarter, sous peine d’enlisement et
+de mort. Le pays le plus intraversable et le plus inexplorable,
+puisqu’il n’existe pas de moyens de transport imaginable&nbsp;; on
+ne passe ni à pied ni en bateau dans un pays qui n’est ni terre
+ferme ni eau. Telles sont les idées que le mot de chott
+éveille.</p>
+
+<p>Le Tigri ne répond pas à cette définition. On y rencontre bien
+çà et là des plaques chauves et salées&nbsp;; mais elles sont
+insignifiantes&nbsp;; les caravanes passent et campent partout.
+Ainsi les Indigènes disent&nbsp;: le chott Chergui, le chott
+R’arbi&nbsp;; mais ils disent le Tigri tout court. C’est pour eux
+le nom d’un pays, d’une région naturelle. Il est sûr pourtant que
+ce pays est une cuvette fermée, et s’il rentre dans une catégorie
+qui ait un nom courant, c’est assurément dans<span class="pagenum"
+id="Page_106">[106]</span> celle des chotts. Il lui en manque
+seulement les caractéristiques populaires.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i25"><a href="images/i25.jpg"><img src='images/i25.jpg'
+alt='' class="iw3"></a>
+<p class="cp1">Fig. 25. — Le Tigri.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Le Tigri est un bassin fermé de forme
+ovale délimité par une enceinte de falaises — Les cours d’eau s’en
+éloignent de toutes parts (voir la direction des flèches). Ceux qui
+coulent vers le Sud, pour fuir le Tigri se creusent des gorges
+pittoresques à travers l’arc montagneux de Forthassa. L’un d’eux,
+l’oued Falet, a manifestement capturé un réseau d’oueds affluents
+anciens du Tigri. — Le Tigri est très creux&nbsp;; 150 mètres de
+dénivellation entre le chott central qui est le fond de l’entonnoir
+et le sommet de la falaise extérieure. — Entre ces deux extrémités
+des amphithéâtres de falaises, de diamètre et d’altitude
+décroissants de l’extérieur au centre, s’emboîtent les uns dans les
+autres. — Ces falaises correspondent à des cassures, le long
+desquelles une éruption volcanique s’est produite jadis, et la
+nappe d’eau souterraine se fait jour aujourd’hui en sources
+nombreuses. — Le Tigri, type des chotts algériens est une cuvette
+d’effondrement évidente.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Pour le but que nous poursuivons, cette lacune est un avantage
+précieux. L’absence, ou la pauvreté, du remplissage alluvionnaire
+laisse apparaître au jour les parois de la cuvette, et par
+conséquent sa structure. Le Tigri est donc un type excellent de
+cuvette fermée parce qu’elle est aux trois quarts vide. De même que
+Tendrara, parce qu’il est net d’alluvions, est un bon type de haut
+plateau.</p>
+
+<p><em>Le manteau alluvionnaire.</em> — Pourquoi la cuvette est
+vide il est aisé d’en rendre compte. C’est essentiellement que la
+cuvette fermée du Tigri est un bassin fluvial tout petit. Le chott
+Melr’ir, à côté de Biskra, reçoit l’oued Djedi, qui vient de
+Laghouat, et l’Igharghar, qui vient du Hoggar&nbsp;: c’est un
+bassin d’alimentation immense comparable par son étendue à celui du
+Danube ou du Rhin. Les autres chotts Algériens, le Hodna, les
+Zahrez, les chotts R’arbi et Chergui n’ont pas un bassin aussi
+gigantesque&nbsp;; ils drainent cependant des portions importantes
+de l’Atlas. Mais le Tigri à proprement parler ne draine rien du
+tout. Il est à peu près complètement réduit aux pluies qui lui
+tombent du ciel directement dans son enceinte de falaises. Il n’est
+pas la zone d’épandage d’un grand oued sérieux, venu de loin.</p>
+
+<p>Il faut noter qu’à ce point de vue la situation du Tigri est
+allée en empirant depuis le quaternaire. Son bassin de réception,
+qui a toujours été extrêmement médiocre, a été réduit encore, dans
+de très fortes proportions, par des captures. Aujourd’hui le seul
+oued qui aboutisse au Tigri (l’oued Mazzer coin nord-ouest), a tout
+au plus 20 kilomètres de long. Le système de cet oued Mazzer, avant
+les captures qui l’ont amputé, pouvait avoir une superficie double
+ou triple de l’actuelle. Ce n’était déjà pas grand’chose&nbsp;;
+mais enfin la décadence est actuellement sensible.</p>
+
+<p>L’exiguïté croissante du bassin de réception a deux
+conséquences, qui ont tendu l’une et l’autre à restreindre
+l’épaisseur du manteau alluvionnaire.</p>
+
+<p>Et d’abord le Tigri n’a pas gardé beaucoup d’alluvions parce
+qu’il n’en n’a jamais reçu beaucoup. Il n’a jamais été comme
+d’autres chotts, la zone d’épandage où sont venus se concentrer les
+débris des chaînes lointaines.</p>
+
+<p>Mais par surcroît les alluvions quaternaires, telles quelles,
+qui s’étaient accumulées dans la cuvette, le Tigri, sous le climat
+actuel, se trouve très mal outillé pour les défendre contre la
+pulvérulence<span class="pagenum" id="Page_107">[107]</span> et la
+déflation&nbsp;; plus mal outillé que les autres chotts parce qu’il
+est plus desséché. L’équilibre est rompu davantage entre la masse
+des alluvions et la quantité disponible d’eau qui les imbibe et les
+maintient. En effet l’irrégularité des pluies dans le temps et dans
+l’espace tend à s’atténuer dans une cuvette qui est l’aboutissement
+d’un bassin fluvial étendu, et qui, par conséquent, peut bénéficier
+de pluies lointaines. Mais, dans une cuvette aussi isolée&nbsp;:
+que le Tigri, le climat subdésertique doit développer intégralement
+toutes ses conséquences desséchantes&nbsp;: aggravées encore par
+les captures et le rétrécissement consécutif du bassin. Il faut
+s’attendre à ce que le desséchement, la décomposition du sol, ait
+progressé plus vite ici que dans d’autres cuvettes fermées. Et
+c’est en effet ce qui s’est produit.</p>
+
+<p>Le Tigri est un pays extraordinaire&nbsp;; dont on ne sait au
+premier contact comment interpréter l’étrangeté. Dans l’enceinte de
+ses falaises, il est constellé de petits chotts, assez souvent
+circulaires, qui lui font sur la carte une face lunaire, une figure
+cicatrisée de variole. Il en est des oueds comme des chotts. On
+n’en voit que des bouts, des tronçons incohérents, qui ne se
+soudent pas entre eux, et qui ne riment à rien. L’émiettement du
+modelé est corrélatif, un pêle-mêle de bouts de falaise et de
+buttes témoins, qui ne se coordonnent pas en un ensemble.</p>
+
+<p>Tout cela donne bien déjà, à soi tout seul, une impression de
+décomposition. Quand on y regarde de plus près on finit par
+reconstituer, entre le chott central et l’ellipse des falaises, un
+réseau régulier de petites artères quaternaires, un réseau
+dissocié, pourri. Les bouts de falaise et les buttes témoins en
+représentent les parties dures, le squelette rocheux. Tout ce qui
+en faisait jadis un corps vivant, la chair si on peut dire,
+c’est-à-dire le remplissage alluvionnaire, le colmatage, a
+généralement disparu, emporté au vent.</p>
+
+<p>Pas emporté bien loin, il est vrai. La partie sableuse de
+l’ancien manteau alluvionnaire a été transposée en dunes, et se
+retrouve sous cette forme dans l’enceinte du Tigri.</p>
+
+<p>En dunes d’une espèce particulière. Ce n’est pas la véritable
+dune classique, de sable nu, nous sommes dans la steppe et non pas
+au désert. Le sable du Tigri porte de la végétation. La plus grande
+partie de la cuvette est une mer de mamelons sablonneux. Chacune
+des innombrables buttes juxtaposées est couronnée d’un arbuste ou
+d’une touffe de végétation&nbsp;; l’arbuste ou la touffe est la
+raison d’être de la butte, puisque le sable s’est déposé
+autour<span class="pagenum" id="Page_108">[108]</span> de ce petit
+obstacle. La végétation est, pour la steppe, très vigoureuse et
+très dense, ce qui a pour corollaire que les mamelons de sable sont
+très accusés et très serrés. Du gros bétail, mulets, chevaux,
+chameaux, disparaît entièrement derrière une de ces
+ondulations&nbsp;; on passe à quelques mètres d’un groupe de bêtes
+sans le voir. Cette nature de sol est fréquente au Sahara, nos
+Sahariens l’appellent «&nbsp;Nebka&nbsp;». Si on voulait définir le
+Tigri d’un seul mot, celui-ci serait plus juste qu’aucun autre.
+Essentiellement le Tigri, dans son ensemble, est une
+«&nbsp;Nebka&nbsp;».</p>
+
+<p>C’est peut-être la plus belle qui soit dans toute l’Afrique
+septentrionale.</p>
+
+<p>La Nebka, l’émiettement du modelé et de l’hydrographie, tout
+cela dans le paysage du Tigri concourt au même trait essentiel. Les
+parois de la cuvette sont restées découvertes ou ont été récurées
+énergiquement par les actions éoliennes. Tandis que d’autres
+cuvettes fermées des Hauts Plateaux sont remplies jusqu’au bord
+d’épaisseurs insondées de boues salées, celle du Tigri est vide
+presque jusqu’au fond. Condition précieuse qui permet d’en toucher
+du doigt la structure.</p>
+
+<p><em>Géologie de la cuvette.</em> — Dans toute l’étendue du Tigri
+on retrouve le même sous-sol, des couches rouges, surtout
+gréseuses, avec intercalation de lits plus ou moins argileux, qui
+sont par endroits gypsifères. G.-B.-M. Flamand les appelle
+«&nbsp;terrain des Gour&nbsp;», pour ne pas préjuger de leur âge.
+C’est cette formation continentale et désertique dont nous avons
+déjà parlé et qu’on peut attribuer suivant les points où on
+l’observe à l’oligocène, au pontien, au tortonien.</p>
+
+<p>Au-dessus des couches gréseuses rouges il y a normalement des
+calcaires blancs très durs. C’est la croûte pliocène, telle que
+nous l’avons déjà décrite, avec sa minceur qui rend plus
+remarquable sa continuité.</p>
+
+<p>Nous sommes donc sur l’emplacement d’un bassin fermé très
+ancien, comblé par des dépôts d’atterrissements.</p>
+
+<p>Le Tigri, en tant que cuvette fermée, existait déjà au pontien,
+probablement à l’oligocène. Cette vieille cuvette paraît avoir été
+beaucoup plus étendue que l’actuelle. En tout cas le terrain des
+Gour s’étend très au delà des limites du Tigri (A Hasi et Aricha,
+par exemple, l’oued est entaillé dans le terrain des Gour).</p>
+
+<p>Tous les autres chotts des Hauts Plateaux sont d’ailleurs logés
+à la même enseigne. Tous ont une large auréole de dépôts
+continentaux, et des ancêtres pontiens ou oligocènes.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_109">[109]</span>Mais voici qui
+est particulier au Tigri&nbsp;; des traces d’un volcan. Elles sont
+sur la falaise nord, en un point qui s’appelle Garet Zerga&nbsp;;
+ce qui signifie la butte bleue (ou peut-être verte). L’œil est
+attiré de loin en ce point-là par la couleur de la falaise, faut-il
+dire vert sombre dans ce pays impressionniste, où les couleurs
+déroutent notre œil occidental. Quand on s’approche, on voit que
+cette couleur est due à la roche de l’entablement, éparpillée en
+éboulis sur tout le flanc de la falaise. C’est une roche sombre,
+dont un échantillon, rapporté au laboratoire de M. Lacroix, a été
+identifié «&nbsp;néphélinite&nbsp;»&nbsp;; c’est-à-dire
+approximativement basalte.</p>
+
+<p>L’entablement basaltique a une épaisseur d’une dizaine de
+mètres, il est régulièrement horizontal, il repose en discordance
+sur les couches rouges, il a les allures d’une coulée.</p>
+
+<p>La coulée de roche dure passe latéralement à une brèche dont les
+éléments sont des blocs de lave et des scories vacuolaires.</p>
+
+<p>La présence d’une coulée de laves avec scories est donc
+indéniable. On peut en préciser l’âge entre certaines limites. On
+peut la considérer comme à peu près contemporaine du calcaire
+pliocène.</p>
+
+<p>Assurément ces observations sont insuffisantes. La cheminée n’a
+pas été vue. Il reste beaucoup de besogne pour un géologue.</p>
+
+<p>On peut conclure cependant qu’une coulée de laves avec scories
+est un témoignage suffisamment probant d’un appareil volcanique
+relativement récent, disons pliocène.</p>
+
+<p>On n’a jamais rien signalé de semblable dans l’Atlas saharien
+tout entier, ni en relation avec un autre chott algérien, quel
+qu’il soit. Cela seul suffirait à justifier l’attention spéciale
+accordée au Tigri, puisque la présence de volcanisme rend
+incontestablement très claire l’origine de la cuvette fermée. Il y
+a manifestement cuvette d’effondrement.</p>
+
+<p>Sous bénéfice d’inventaire, qui devrait être l’œuvre d’un
+géologue, je crois que cette hypothèse, on peut dire cette
+évidence, est confirmée par l’allure stratigraphique de la croûte
+calcaire pliocène. Tout autour du Tigri, en dehors de ses falaises
+et à partir de leurs crêtes, la croûte pliocène est régulièrement
+continue. Elle se voit de loin couronnant la falaise, la crête
+blanche ressortant vivement sur la base rouge.</p>
+
+<p>Chaïb-Ras-ho (tête blanche, litt. = tête de vieillard), c’est le
+nom que donnent les indigènes à un promontoire de la falaise. Or,
+dans le Tigri même, à l’intérieur et en contre-bas des
+falaises,<span class="pagenum" id="Page_110">[110]</span> la croûte
+pliocène, là où elle s’est conservée sans être recouverte par le
+sable, se présente en fragments irréguliers, à des altitudes
+rapidement et brusquement variables, comme si l’on se trouvait dans
+une zone de cassures irrégulières, ayant affecté le pliocène, et
+par conséquent postérieures à lui.</p>
+
+<p>A ne considérer que les données géologiques il semble donc
+évident que le Tigri, malgré l’antiquité reculée de son bassin
+fermé, est dans sa forme actuelle une cuvette d’effondrement
+récent.</p>
+
+<p><em>Structure topographique.</em> — Les données topographiques
+conduisent exactement aux mêmes conclusions.</p>
+
+<p>Un ovale assez régulier, une soixantaine de kilomètres de grand
+diamètre est-ouest, et une quarantaine de petit diamètre nord-sud,
+c’est la cuvette fermée du Tigri. Elle a 150 mètres de creux entre
+les courbes de <span class="numletsp">1</span>150 et de
+<span class="numletsp">1</span>300 mètres. Tout du long elle a une
+ceinture régulière de falaises, et souvent, sur la face nord en
+particulier, une ceinture multiple en falaises étagées, en
+gradins.</p>
+
+<p>Dans l’allure des falaises un certain nombre de faits ne
+permettent pas d’écarter l’explication orogénique. Et d’abord leur
+dissymétrie dans le secteur nord et dans le secteur sud.</p>
+
+<p>Il y a des falaises au sud comme au nord du Tigri. Mais, au sud,
+la falaise, quoique très nette, atteignant deux ou trois dizaines
+de mètres de hauteur, n’est jamais un obstacle, elle se franchit
+facilement n’importe où. Au nord, la falaise a 80 mètres d’à pic.
+On ne peut la franchir que par un certain nombre de cols qui ont
+leur nom (Trik-el-Beïda, Trik-Beïr-Beïr, Bab-Zerga, Bab-er-Rich).
+Cette falaise nord d’ailleurs s’étage parfois en trois gradins au
+moins. Au sud on soupçonne parfois l’existence de gradins, mais ce
+n’est jamais net. Le chott central est limité au nord par les
+falaises d’Haci-el-Kelb, au sud par une plage.</p>
+
+<p>Les géologues admettent que l’Atlas saharien est déversé au
+sud<a id="FNanchor_103"></a><a href="#Footnote_103" class=
+"fnanchor">[103]</a>. C’est pour cela que les chaînons sont
+dissymétriques (le Grouz, le Maïz, le Bou-Arfa, le Lakhdar, etc.).
+C’est particulièrement bien marqué dans le Grouz à cause de ses
+dimensions plus considérables. Du nord on accède à son sommet par
+des pentes douces et des vallées faciles. Au sud il surplombe
+d’effroyables à pic, continus sur 80 kilomètres, et à peine plus
+accessibles que des aiguilles alpestres.</p>
+
+<p>L’allure des falaises autour du Tigri est en parfait accord
+avec<span class="pagenum" id="Page_111">[111]</span> cette allure
+générale de toutes les chaînes voisines. Là aussi comme au Grouz
+c’est la falaise à regard sud qui est abrupte et inabordable. On
+soupçonne que ça ne doit pas être une coïncidence fortuite.</p>
+
+<p>En relation avec les falaises nord on observe d’ailleurs une
+formation dont il semble difficile de rendre compte en dehors d’une
+hypothèse orogénique.</p>
+
+<p>C’est quelque chose de très particulier, qui n’a pas de nom à ma
+connaissance. Dans les grès tendres du «&nbsp;terrain des
+Gour&nbsp;», il se rencontre, et l’érosion ou la déflation les ont
+mises en relief, des parties très dures. Ces parties dures ont
+toujours la même forme, celle d’une tour, ou si l’on veut
+s’exprimer autrement d’une cheminée ronde. Le mot tour correspond
+davantage à l’impression ressentie, qui est exactement, à quelque
+distance, une impression archéologique de tour en ruine.</p>
+
+<p>Les tours sont apparemment des concrétions gigantesques. Elles
+suggèrent l’idée d’une colonne ascendante ou descendante, d’un
+mouvement vertical associé à une faille.</p>
+
+<p>Ces falaises septentrionales du Tigri, constellées de
+«&nbsp;tours&nbsp;», s’étagent les unes au-dessus des autres depuis
+le fond de la cuvette (le bord du chott central) jusqu’à son sommet
+(garet Zerga). En arrière de chaque ligne de falaise, mais tout
+particulièrement de la plus basse, on observe une tendance très
+nette à l’existence de paliers étendus, voire de contre-pentes. Ces
+paliers et contre-pentes semblent avoir guidé l’érosion
+quaternaire, dont les ravinements s’orientent souvent est-ouest,
+parallèlement à la direction des falaises, et à angle droit avec la
+pente générale nord-sud du terrain. Cela suggère l’idée que des
+failles étagées correspondent aux falaises&nbsp;; la distribution
+des points d’eau suggère la même idée. Elle est très curieuse. Et
+d’abord le nombre absolu des points d’eau dans le Tigri est
+extraordinaire&nbsp;: pour le pays, s’entend, et si on compare le
+Tigri avec les plateaux qui l’entourent. La source de Tendrara, par
+exemple (au pied de la butte), est à une cinquantaine de kilomètres
+de ses voisines les plus proches&nbsp;; de Tendrara à Métarka il y
+a 80 kilomètres sans eau. Le Tigri au contraire est constellé de
+points d’eau. La carte au 20<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> en porte une douzaine sur 80
+kilomètres&nbsp;; et le nombre réel, sur le terrain, est
+probablement deux fois plus élevé. Leur groupement est aussi
+étonnant que leur nombre&nbsp;: ils sont presque tous dans la
+partie nord. A en juger par la carte un seul serait franchement au
+sud<span class="pagenum" id="Page_112">[112]</span> (Haci
+el-Guettar). La dissymétrie est donc exactement la même qu’entre la
+faible falaise du sud, et les puissantes falaises du nord,
+couronnées de lave. On peut soupçonner que ce sont deux aspects du
+même phénomène, appelant la même explication. Les sources, comme
+les falaises, seraient liées à l’existence de failles.</p>
+
+<p>Une dernière particularité du Tigri enfin nous ramène une fois
+de plus à la même idée. On est surpris de trouver aussi peu de sel
+dans le Tigri. Il serait mieux dénommé une «&nbsp;daya&nbsp;» qu’un
+chott. On sait qu’entre une «&nbsp;daya&nbsp;» et un
+«&nbsp;chott&nbsp;» la différence est de salure et par suite de
+végétation. Une daya est une cuvette fermée où le tapis de verdure
+remplace les efflorescences salines. Or, bien entendu, la
+végétation d’une daya suppose un drainage souterrain. Tout se passe
+donc comme si le Tigri était une écumoire, fuyant par le fond, ce
+qui est assez concevable, si c’est un champ de fractures.</p>
+
+<p><em>Conclusions.</em> — Topographie comme géologie tout nous
+conduit donc à reconnaître dans le Tigri une cuvette
+d’effondrement, un grand amphithéâtre elliptique de failles en
+gradins. On peut dire en somme que cela s’observe, grâce à la
+minceur et aux lacunes du placage alluvionnaire.</p>
+
+<p>Il faut rappeler combien cela s’harmonise avec le cadre général
+que font au Tigri l’arc de Fortassa et l’ondulation de Tendrara.
+Celle-ci par sa direction représente la corde de l’arc. Entre la
+corde et l’arc il y a depuis longtemps, peut-être depuis la fin du
+crétacé, une cuvette fermée. A une époque beaucoup plus récente
+(pliocène), un effondrement, accompagné d’éruptions volcaniques, a
+donné à cette cuvette sa forme actuelle. L’ellipse des falaises
+autour du Tigri paraît avoir une relation de parallélisme avec les
+accidents montagneux qui l’encadrent de loin. On conçoit très bien
+une cuvette d’effondrement ainsi enchâssée.</p>
+
+<p><em>Chotts à falaises.</em> — On a reproduit longuement cette
+monographie de Tendrara et du Tigri parce qu’on lui croit une
+portée générale. On pense que le Tendrara est un exemple typique de
+haut plateau et le Tigri de chott.</p>
+
+<p>Cependant les rapports du Tigri avec les autres chotts des Hauts
+Plateaux exigent quelque explication.</p>
+
+<p>Parmi ces chotts il en est avec lesquels le Tigri a une parenté
+plus étroite&nbsp;; ce sont ceux qui sont, comme lui-même,
+encerclés de falaises. D’autres sont au contraire bordés par des
+plages.</p>
+
+<p>Or, dans l’Afrique du nord ces deux catégories sont groupées
+chacune à part. Dans l’est le Djerid, le Melr’ir, le Hodna, les
+Zahrez,<span class="pagenum" id="Page_113">[113]</span> tous les
+chotts sans exception, ont des limites indécises sur des plages en
+pente à peine marquée, s’étendant à perte de vue. Dans l’ouest, au
+contraire, sur la frontière algéro-marocaine, le Tigri et ses
+voisins, les chotts Chergui et R’arbi, sont bordés de falaises très
+accusées.</p>
+
+<p>Je ne vois pas qu’on ait jamais signalé ce groupement, ni qu’on
+ait cherché à l’expliquer. Les falaises du Tigri, si on y regarde
+de près, acheminent peut-être vers une explication.</p>
+
+<p>Les falaises sont en effet à peu près les seules parties du
+Tigri qui émergent de la Nebka. A l’assaut de leurs pentes abruptes
+le sable n’arrive à monter que localement et exceptionnellement.
+Sur ces escarpements rocheux, émergeant de la mer de sable,
+l’érosion et la déflation concentrent leurs efforts&nbsp;; ils sont
+sillonnés de torrents courts qui se perdent tout de suite dans la
+Nebka&nbsp;; hérissés d’aiguilles, de tables surplombantes, de
+guillochages coupants&nbsp;; ces à pic et ces arêtes vives, ici
+comme en haute montagne, sont les cicatrices d’une œuvre de
+destruction. C’est un relief jeune, en voie de disparition, si
+lointaine encore qu’on imagine celle-ci.</p>
+
+<p>Si l’érosion et la déflation tendent à la destruction de la
+falaise, même lorsqu’ils en accusent les traits, on ne voit pas
+qu’ils puissent rendre un compte satisfaisant de son existence
+même. A l’origine, il faudra toujours placer un mouvement du sol,
+un effondrement&nbsp;; je ne conçois pas bien qu’on puisse conclure
+autrement. Et ceci vient à l’appui d’autres arguments analogues
+précédemment invoqués.</p>
+
+<p>Mais voici en outre un point de vue nouveau. La falaise serait
+une cicatrice que le temps n’aurait pas eu le temps de faire
+disparaître, une marque de jeunesse. Alors les chotts à plages ont
+un vieux relief&nbsp;; les chotts à falaises un relief jeune. C’est
+une différence d’âge qu’il y aurait entre eux. Cela étant, on
+comprend qu’ils forment des groupes.</p>
+
+<p>La frontière algéro-marocaine n’a pas seulement le monopole des
+chotts à falaises, mais aussi des volcans miopliocènes. On l’a déjà
+dit longuement (volcans de Tifarouïne et des Msirdas, voir <a href=
+"#i29">fig. 29</a>). Les pointements éruptifs sont bien plus
+nombreux sur la côte Algéro-Marocaine que sur tout le reste de la
+côte algérienne jusqu’en Tunisie. M. Rey souligne justement la
+présence de sources chaudes au Kreider, dans le chott ech-Chergui,
+frère et voisin du Tigri<a id="FNanchor_104"></a><a href=
+"#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>. On verra au livre III
+que dans l’Oranie, au<span class="pagenum" id=
+"Page_114">[114]</span> voisinage du Maroc, le pliocène marin est
+soulevé à plus de 900 mètres au-dessus du niveau de la mer
+(Mascara)&nbsp;; et que les deux fleuves principaux, le Sig et
+l’Habra ont des profils extrêmement jeunes, de beaucoup les plus
+jeunes de toute l’Algérie-Tunisie.</p>
+
+<p>Lorsque nous constatons que les chotts de la même région sont,
+eux aussi, extrêmement jeunes, entourés de falaises fraîches que
+l’érosion et la déflation n’ont pas eu le temps d’user, nous sommes
+bien forcés de conclure qu’il y a là un groupement intéressant de
+faits connexes.</p>
+
+<p>Il faut renvoyer aussi à ce qui a été dit au livre I du grand
+accident nord-sud saharien, qui se prolonge en zigzaguant et en
+bifurquant à travers l’Atlas saharien, de part et d’autre du Grouz
+(<a href="#i02">fig. 2,</a> <a href="#i03">3,</a> <a href=
+"#i04">4</a> et <a href="#i06">6</a>).</p>
+
+<p>C’est encore lui dont l’influence est sensible ici. Les
+pointements volcaniques sont sur sa trajectoire. Il ne peut pas
+être étranger à l’exhaussement, par rapport aux régions plus
+orientales, de tout le compartiment des Hauts Plateaux auxquels
+appartiennent Tendrara et le Tigri.</p>
+
+<p>C’est donc lui, en dernière analyse, qui a fait de Tendrara et
+du Tigri, à nos yeux, des échantillons typiques de haut plateau et
+de chott&nbsp;; leur exhaussement a eu pour conséquence qu’ils ont
+échappé à l’ennoyage, que le vieux squelette décharné y apparaît à
+nu&nbsp;; et que le déchiffrement de la structure s’en trouve
+facilité.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl3c4">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_102"></a><a href="#FNanchor_102"><span class=
+"label">[102]</span></a>Pour beaucoup de détails supprimés ici de
+cette analyse, on renvoie à une étude parue dans les <em>Annales de
+Géographie</em>, <a href="#entbib49">N<sup>o</sup> 49.</a></p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_103"></a><a href="#FNanchor_103"><span class=
+"label">[103]</span></a>Gentil, <a href="#entbib57">n<sup>o</sup>
+57</a>, p. 55. Ficheur dans <a href="#entbib50">50</a>, p. 150,
+fig. 34.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_104"></a><a href="#FNanchor_104"><span class=
+"label">[104]</span></a><a href="#entbib90">N<sup>o</sup> 90</a>,
+p. 106.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_115">[115]</span><a id=
+"l3c5"></a>CHAPITRE V</h3>
+
+<p class="sch2">LE HORST ALGÉRIEN</p>
+
+<p><em>Plateau steppien.</em> — Si ennoyés d’alluvions que soient
+en général les Hauts-Plateaux, la région Tendrara-Tigri n’est
+cependant pas la seule où la structure des roches secondaires soit
+directement observable. Elle l’est par exemple, sous le méridien
+d’Alger, dans une zone étendue qu’Alexandre Joly a longuement
+étudiée sous le nom de <em>plateau steppien d’Algérie</em><a id=
+"FNanchor_105"></a><a href="#Footnote_105" class=
+"fnanchor">[105]</a>.</p>
+
+<p>Entre les cuvettes creuses des chotts oranais à l’ouest, du
+Hodna à l’est, des Zahrez au sud, cuvettes fermées, enclavées,
+dominées, et par conséquent ennoyées, le <em>plateau steppien</em>
+émerge de l’océan des alluvions, dessine un grand dôme elliptique,
+allongé sud-ouest-nord-est, très surbaissé, à surface bossuée (p.
+162). Joly en nomme la partie centrale «&nbsp;le dos des steppes,
+axe et cime du plateau steppien (168)&nbsp;».</p>
+
+<p>Ce plateau steppien, lorsqu’on le voit «&nbsp;de loin et de haut
+par exemple d’un des sommets de Teniet ou de Boghar&nbsp;», il
+présente «&nbsp;l’aspect d’une plaine immense, fuyant sans limite.
+L’image de la mer, telle qu’on la découvre du haut d’une falaise,
+s’offre immédiatement à l’esprit. Mais, quand on pénètre dans le
+plateau lui-même, les accidents du relief se révèlent... une série
+de zones tantôt déprimées et tantôt surhaussées, qui s’allongent
+sud-ouest-nord-est, parallèlement à l’axe de l’Atlas
+saharien&nbsp;» (p. 164).</p>
+
+<p>Dans le détail de ces zones déprimées et surhaussées Joly décrit
+des «&nbsp;accotements de dômes ovoïdes&nbsp;»&nbsp;; des
+«&nbsp;demi-dômes, au profil de faucilles&nbsp;».</p>
+
+<p>Le relief monotone du plateau steppien «&nbsp;est en intime
+connexion avec la simplicité de sa structure. Un grand bombement
+crétacé, très élargi, très surbaissé, en forme la masse. Il
+constitue tout le<span class="pagenum" id="Page_116">[116]</span>
+dos des steppes. Il couvre près des trois cinquièmes du plateau
+steppien&nbsp;» (p. 239).</p>
+
+<p>Tout cela est en accord très satisfaisant avec la monographie de
+Tendrara au chapitre précédent.</p>
+
+<p><em>Sud-ouest du Hodna.</em> — La retombée du «&nbsp;plateau
+steppien&nbsp;» sur le Hodna, c’est-à-dire le coin sud-ouest de la
+région hodnéenne, a été décrite par un géologue algérien, M.
+Savornin<a id="FNanchor_106"></a><a href="#Footnote_106" class=
+"fnanchor">[106]</a>.</p>
+
+<p>C’est le pays de Bou-Saada.</p>
+
+<p>On est ici au voisinage du point le plus bas sur cette
+plate-forme ondulée des Hauts Plateaux, à l’antithèse de Tendrara
+qui est le point le plus haut.</p>
+
+<p>Entre les deux la plate-forme s’élève par une pente insensible
+de 500 à <span class="numletsp">1</span>500 mètres. Ici, à
+Bou-Saada, on touche cet étranglement hodnéen, déjà marqué dans les
+cartes paléogéographiques des mers éocènes, où la mer certainement
+a séjourné. La région a donc été pendant une partie notable de son
+passé, normalement drainée à partir d’un niveau de base marin.
+Aussi est-elle puissamment érodée&nbsp;; l’érosion a préparé au
+géologue de belles coupes naturelles, que M. Savornin étudie.</p>
+
+<p>Il «&nbsp;met en lumière&nbsp;» ce qu’il appelle «&nbsp;le
+dimorphisme&nbsp;» de ce pays autour de Bou-Saada. Il y distingue
+deux régions.</p>
+
+<p>«&nbsp;Au sud sont des plis très accusés, produisant une grande
+variété de reliefs dont l’ordonnance est en relation directe avec
+la tectonique. Les plis courts prédominent.&nbsp;» C’est tout
+bonnement l’Atlas saharien.</p>
+
+<p>Au nord de Bou-Saada, au contraire, «&nbsp;c’est une plate-forme
+aux très larges courbures, où les accidents superficiels ne sont
+dus qu’à l’érosion&nbsp;». Cette région «&nbsp;quoique très
+montagneuse présente une structure extraordinairement simple. Tout
+la série des sédiments éo et mésocrétaciques s’y distribue en
+empilements formidables presque horizontaux&nbsp;». Ce massif qu’on
+supposerait complexe à considérer son relief, «&nbsp;n’est qu’un
+large anticlinal de 20 kilomètres&nbsp;».</p>
+
+<p>Ce que M. Savornin souligne ici c’est ce contraste entre l’Atlas
+saharien et le Haut Plateau qui est si frappant aussi à l’autre
+bout, dans l’ouest, entre la table de Tendrara et les dents de scie
+de l’arc de Fortassa.</p>
+
+<p>M. Savornin note que «&nbsp;cette plate-forme s’étend au nord
+sous<span class="pagenum" id="Page_117">[117]</span> la plaine du
+Hodna. En effet, partout où l’on peut voir des affleurements
+perçant la nappe des alluvions soit au bord même du lac, soit au
+loin dans la plaine..., on ne trouve que les horizons que ferait
+prévoir l’hypothèse de la continuité d’allure des
+couches.&nbsp;»</p>
+
+<p>Dans cette région précisément au nord de Bou-Saada, près la
+piste d’Aumale, dans les contreforts érodés, une montagne
+naturellement tabulaire, porte ce nom caractéristique
+«&nbsp;billard du colonel&nbsp;». Il s’agit du colonel Pein, dont
+le nom reste attaché au bureau arabe de Bou-Saada.</p>
+
+<p>Un nom de ce genre est à rapprocher de cette autre appellation
+populaire, qui a fait fortune, «&nbsp;les Hauts Plateaux&nbsp;».
+Elle aussi vient de nos soldats et de leurs officiers. Elle traduit
+la première impression de profanes en présence de pays vivement
+contrastés dans leurs aspects extérieurs, leurs lignes
+d’horizon.</p>
+
+<p>Cette impression de profanes se trouve en accord avec le verdict
+des techniciens.</p>
+
+<p>La plate-forme du sud-ouest du Hodna, dit Savornin, s’est
+comportée «&nbsp;comme un môle résistant pour une cause profonde
+qui ne se révèle point&nbsp;».</p>
+
+<p>Alexandre Joly aussi ne se risque à envisager cette cause
+profonde que dans un membre de phrase entre deux virgules&nbsp;; il
+suppose «&nbsp;des horsts anciens en profondeur&nbsp;».</p>
+
+<p>Mais Louis Gentil, concluant dans le même sens, est beaucoup
+plus hardi et plus détaillé.</p>
+
+<p><em>Le Horst algérien.</em> — L’opinion de M. Gentil est
+concrétisée dans une figure qui suffirait<a id=
+"FNanchor_107"></a><a href="#Footnote_107" class=
+"fnanchor">[107]</a> à elle toute seule pour rendre sa pensée, plus
+nettement qu’aucun développement au moyen de mots (<a href=
+"#i26">fig. 26</a>).</p>
+
+<p>Entre l’Atlas tellien, et le saharien, un môle résistant
+s’intercale, que M. Gentil appelle le Horst algérien&nbsp;: et on
+lui laissera ce nom. Entre les deux Atlas il joue le même rôle
+dirimant que le Horst marocain (la plate-forme subatlantique de
+Théobald Fisher) entre l’Atlas et le Riff. Ou bien encore que la
+Meseta ibérique entre la sierra Nevada et les Pyrénées.</p>
+
+<p>De même que la plate-forme subatlantique, la Meseta ibérique, et
+pour comparaison, le Plateau central français, le Horst algérien
+fait figure de vieux corps étranger auprès des jeunes<span class=
+"pagenum" id="Page_118">[118]</span> chaînes qui l’encastrent.
+Horst marocain et Horst algérien ont une relation
+d’interdépendance&nbsp;; malgré l’interruption du Moyen-Atlas, ils
+se continuent comme deux grains du même chapelet, ils sont deux
+moitiés d’un même ensemble brisé. Le Horst algérien néanmoins
+mérite bien le nom que M. Gentil lui a donné. Il est renfermé dans
+les limites de l’Algérie.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i26"><a href="images/i26.jpg"><img src='images/i26.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp3">Figure empruntée à Gentil&nbsp;: <em>Le Maroc
+physique</em>.</p>
+
+<p class="cp1">Fig. 26. — Le horst Algérien.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Entre la Moulouya et l’extrémité
+orientale du Hodna, sous la masse tout entière des hauts plateaux
+Oranais et Algérois, les géologues admettent qu’il existe un horst
+algérien, c’est-à-dire un massif primaire rigide. Ce horst algérien
+est (plus ou moins&nbsp;? avec une interruption&nbsp;?) la
+continuation du horst marocain, beaucoup mieux connu, et l’un nous
+aide à nous représenter l’autre. — Ces deux horsts sont demeurés
+rigides, mais non pas tout à fait immobiles, sous la poussée des
+forces orogéniques qui ont édifié l’Atlas. Dans la structure de
+l’Atlas saharien M. Gentil croit retrouver la marque d’une
+compression exercée par les horsts, dans leur mouvement global de
+translation vers le Sud-Est.</p>
+
+<p class="cp2">Toute la région algérienne intermédiaire entre les 2
+Atlas, tellien et saharien, doit à la rigidité de ce substratum son
+caractère de plateau.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>D’ouest en est il va de la Moulouya jusqu’à l’étranglement
+hodnéen, au delà duquel on sait déjà que les deux Atlas tellien et
+saharien se rejoignent et voisinent sans intercalation d’aucune
+sorte. Le Horst algérien est le soubassement et la raison d’être
+des Hauts Plateaux oranais et algérois.</p>
+
+<p>Gentil dit de la façon la plus explicite&nbsp;:
+«&nbsp;l’ensemble des Hauts Plateaux est formé d’un socle primaire,
+provenant de l’arasement de la chaîne hercynienne, sur lequel
+repose une succession de couches secondaires.</p>
+
+<p>«&nbsp;Ces terrains mésozoïques montrent dans leur ensemble
+une<span class="pagenum" id="Page_119">[119]</span> allure
+tabulaire. Au sud de ce Horst algérien se déploie la succession de
+faisceaux de plis qui forme l’Atlas saharien<a id=
+"FNanchor_108"></a><a href="#Footnote_108" class=
+"fnanchor">[108]</a>.&nbsp;»</p>
+
+<p>Cette notion du Horst algérien Gentil l’utilise pour rendre
+intelligible l’allure si particulière des plis dans l’Atlas
+saharien, l’allure en amygdales, en torons de corde, en faisceaux
+qui se relaient au lieu de se prolonger<a id=
+"FNanchor_109"></a><a href="#Footnote_109" class=
+"fnanchor">[109]</a>.</p>
+
+<p>Les plis de l’Atlas saharien sont nés de la compression entre le
+Horst saharien au sud, «&nbsp;formant bouclier&nbsp;», et le Horst
+algérien au nord, «&nbsp;Horst profond&nbsp;», recouvert d’une
+couverture de couches secondaires.</p>
+
+<p>Pour rendre compte de l’allure si particulière des plis, il
+suffit d’admettre que la mâchoire septentrionale de l’étau, le
+Horst algérien, en même temps qu’il transmettait la pression
+normale à la direction générale de la chaîne, s’est déplacé
+latéralement, «&nbsp;dans le sens du nord-est vers le
+sud-ouest&nbsp;». Gentil croit pouvoir mesurer l’importance de ce
+déplacement, il l’évalue à 25 kilomètres<a id=
+"FNanchor_110"></a><a href="#Footnote_110" class=
+"fnanchor">[110]</a> (<a href="#i26">fig. 26</a> où le sens du
+déplacement est indiqué par une flèche).</p>
+
+<p>Une fois admis le déplacement du Horst profond sous la
+couverture des sédiments secondaires, M. Gentil rend compte des
+ondulations, des rides qui ont affecté cette couverture, en
+particulier des cratères d’érosion avec cheminée triasique, ou si
+l’on veut des pustules crevées avec trias giclant au centre.</p>
+
+<p>«&nbsp;L’interposition de trias gypseux plastique, entre le
+socle primaire du Horst algérien et sa couverture plus rigide, a
+facilité le ridement des couches superficielles<a id=
+"FNanchor_111"></a><a href="#Footnote_111" class=
+"fnanchor">[111]</a>.&nbsp;»</p>
+
+<p>Ces hypothèses précises sont à la fois élégantes et
+vraisemblables. D’autres géologues en ont proposé d’autres, qui
+toutes font intervenir l’influence d’un socle hercynien
+sous-jacent. Pour choisir entre ces explications techniques on ne
+s’imagine assurément pas qualifié.</p>
+
+<p>D’autre part le ridement des couches superficielles dans une
+région d’architecture tabulaire, quelle qu’en soit l’explication,
+est en tout cas un fait observé ailleurs&nbsp;; dans le bassin
+parisien par exemple les rides qu’on a quelquefois appelées
+«&nbsp;posthumes&nbsp;» jouent un rôle souvent signalé, les
+boutonnières anticlinales du pays de Bray, par exemple, et du
+Boulonnais.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_120">[120]</span>On ne veut
+retenir ici que l’existence même du Horst algérien. Encastré,
+emballé de toutes parts entre des branches d’une aussi grande
+chaîne plissée, il pourrait aller sans dire que, tout môle qu’il
+fût, il ait dû ne rester ni parfaitement rigide, ni parfaitement
+immobile.</p>
+
+<p>Gentil fait une comparaison intéressante entre les Hauts
+Plateaux algériens flanqués des deux Atlas, d’une part, et d’autre
+part le Plateau suisse, encadré entre la chaîne violemment plissée
+des Alpes occidentales, et les ondulations régulières du Jura<a id=
+"FNanchor_112"></a><a href="#Footnote_112" class=
+"fnanchor">[112]</a>.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl3c5">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_105"></a><a href="#FNanchor_105"><span class=
+"label">[105]</span></a><a href="#entbib77">N<sup>o</sup>
+77</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_106"></a><a href="#FNanchor_106"><span class=
+"label">[106]</span></a><a href="#entbib106">N<sup>o</sup>
+106</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_107"></a><a href="#FNanchor_107"><span class=
+"label">[107]</span></a><a href="#entbib57">N<sup>o</sup> 57</a>,
+p. 127.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_108"></a><a href="#FNanchor_108"><span class=
+"label">[108]</span></a><a href="#entbib57">N<sup>o</sup> 57</a>,
+p. 145 et 146.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_109"></a><a href="#FNanchor_109"><span class=
+"label">[109]</span></a><a href="#entbib57">N<sup>o</sup> 57</a>,
+p. 153.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_110"></a><a href="#FNanchor_110"><span class=
+"label">[110]</span></a><a href="#entbib57">N<sup>o</sup> 57</a>,
+p. 157.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_111"></a><a href="#FNanchor_111"><span class=
+"label">[111]</span></a><a href="#entbib57">N<sup>o</sup> 57</a>,
+p. 158.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_112"></a><a href="#FNanchor_112"><span class=
+"label">[112]</span></a><a href="#entbib57">N<sup>o</sup> 57</a>,
+p. 161.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_121">[121]</span><a id=
+"l3c6"></a>CHAPITRE VI</h3>
+
+<p class="sch2">LA MESETA SUD ORANAISE</p>
+
+<p>Parmi les géologues algériens, M. Louis Gentil est celui qui a
+proposé le nom de Horst algérien, et qui a dessiné ce horst. C’est
+que ses travaux l’avaient fixé sur sa véritable nature. Sa thèse
+sur la Tafna déjà mais surtout ses études ultérieures sur l’Amalat
+d’Oudjda<a id="FNanchor_113"></a><a href="#Footnote_113" class=
+"fnanchor">[113]</a>, l’ont amené à bien connaître les plateaux de
+Tlemcen, et leur prolongement au Maroc oriental, les monts des
+Beni-Bou-Zeggou, la gada de Debdou. C’est-à-dire le rebord
+septentrional du Horst algérien, où sa qualité de Horst est
+nettement en évidence.</p>
+
+<p>Pour l’ensemble de cette région, qui va de la Mina à la
+Moulouya, et qui englobe avec les plateaux de Tlemcen ceux de
+Saïda, j’ai proposé le nom de Meseta sud oranaise<a id=
+"FNanchor_114"></a><a href="#Footnote_114" class=
+"fnanchor">[114]</a>. M. Louis Gentil paraît s’y rallier et je
+crois qu’il faudrait le conserver. Il désigne une région bien
+particulière&nbsp;; une puissante avancée du Horst algérien jusque
+dans le Tell, dans la zone des pluies plus abondantes et des
+rivières aboutissant depuis longtemps au niveau de base marin. Le
+décapage y est donc énergique, il a été poussé jusqu’au-dessous de
+la plate-forme secondaire, jusqu’à la pénéplaine hercynienne
+sous-jacente.</p>
+
+<p>Partout ailleurs, plus au sud, le régime des bassins fermés, à
+travers les âges géologiques, s’est opposé à l’éventration du
+sous-sol. Le Horst primaire gît à de grandes profondeurs, scellé
+sous l’amas énorme des atterrissements continentaux, ou sous
+l’intégrité des puissantes couches marines secondaires.</p>
+
+<p>Il n’y serait qu’une hypothèse vraisemblable sur laquelle on
+pourrait discuter. Mais dans la Meseta sud oranaise le Horst n’est
+plus une hypothèse, c’est un fait, on le voit et on le touche à
+travers des fenêtres nombreuses et larges. On est parfaitement sûr
+d’avoir affaire à la prolongation algérienne de la Meseta
+marocaine, pendant<span class="pagenum" id="Page_122">[122]</span>
+elle-même de l’espagnole. Et c’est toute la question du Horst
+algérien qui s’en trouve éclairée d’un coup.</p>
+
+<p>Les fenêtres (<a href="#i29">fig. 29</a>) qui laissent
+apercevoir le substratum sont part et d’autre de la frontière, en
+Algérie à l’oued Tifrit et à Ghar-Rouban&nbsp;; au Maroc dans les
+Beni-Bou-Zeggou, et à la Gada de Debdou. Les affleurements
+marocains, et même celui de Ghar-Rouban, qui est à la frontière,
+nous sont justement connus par les travaux de M. L. Gentil<a id=
+"FNanchor_115"></a><a href="#Footnote_115" class=
+"fnanchor">[115]</a>.</p>
+
+<p>Dans les hauts de l’oued Isly il a trouvé une faune fossile
+abondante, «&nbsp;qui montre l’extension jusqu’aux abords d’Oudjda
+du carbonifère de la région de Béchar&nbsp;».</p>
+
+<p>D’après les analogies de facies il attribue des schistes à
+l’étage silurien. Ce seraient ces mêmes schistes gothlandiens déjà
+signalés en bien des points du Sahara et du Maroc, où ils
+contiennent des graptolithes.</p>
+
+<p>Ces roches primaires affleurent sur de grandes étendues. Dans
+les Béni-Bou-Zeggou en particulier on les trouve à peu près partout
+entre l’oued Za (vers Guefaït), et le poste frontière de
+Sidi-Aïssa. Au nord, ils s’étendent presque jusqu’aux portes
+d’Oudjda.</p>
+
+<p>Ils ont été visiblement affectés «&nbsp;par les plissements de
+la chaîne hercynienne&nbsp;»&nbsp;; Gentil a observé «&nbsp;des
+plis grossièrement orientés nord-est, sud-ouest&nbsp;». Ces plis
+sont arasés en pénéplaine&nbsp;; c’est la même pénéplaine primaire
+qui couvre d’immenses espaces au Sahara, dans le Haut-Atlas, et
+dans la meseta marocaine. Sur ce socle M. Gentil a vu reposer de
+puissantes assises de calcaires liasiques et jurassiques.</p>
+
+<p>La transgression marine a commencé vers le milieu du lias. Un
+poudingue ferrugineux, conglomérat de base, que Gentil a retrouvé
+partout dans la région, atteste l’exondation et le ruissellement
+sub-aérien, avant le médio-liasique.</p>
+
+<p>Ces couches liasiques et jurassiques, avec une épaisseur totale
+d’un millier de mètres sont restées «&nbsp;à peu près
+horizontales..., d’architecture tabulaire&nbsp;». Dans toute la
+région, la gada de Debdou, les Beni-Bou-Zeggou, les monts de
+Tlemcen, «&nbsp;les efforts orogéniques deviennent presque
+insensibles&nbsp;; les plissements se réduisent à de simples
+ondulations. Les calcaires, qui forment la masse principale, s’y
+montrent fréquemment disloqués par un grand nombre<span class=
+"pagenum" id="Page_123">[123]</span> de failles, mettant à nu,
+malgré la dénivellation assez faible des deux lèvres de la cassure,
+le soubassement des terrains secondaires, formé des vestiges de la
+pénéplaine primaire.&nbsp;»</p>
+
+<p>Sur l’ensemble de cette région étendue, encore qu’il se défende
+de l’avoir vue tout entière, M. Gentil écrit&nbsp;: «&nbsp;Si l’on
+considère l’ensemble des monts de Beni-Bou-Zeggou depuis le Ras
+Asfour, à la frontière algérienne (c’est-à-dire Ghar Rouban)
+jusqu’aux approches de la Moulouya, on constate fréquemment, sur
+les bords de ce massif d’architecture tabulaire, des fractures
+longitudinales&nbsp;; de sorte que l’on peut le considérer comme
+limité au moins en partie par des failles bordières à la façon d’un
+horst<a id="FNanchor_116"></a><a href="#Footnote_116" class=
+"fnanchor">[116]</a>.&nbsp;»</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i27"><a href="images/i27.jpg"><img src='images/i27.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 27. — La fenêtre de l’oued Tifrit.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">La figure a été dessinée d’après la
+carte au 20<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, feuille
+32 et à l’échelle&nbsp;; et d’après la carte géologique G.-B.-M.
+Flamand (<a href="#entbib41">n<sup>o</sup> 41</a> <em>in
+fine</em>). — A une figure, antérieurement publiée, et dont
+celle-ci n’est qu’une reproduction (<a href=
+"#entbib44">n<sup>o</sup> 44</a>), Flamand reproche la maladresse
+du dessin, à juste titre&nbsp;; et insiste longuement sur son
+exactitude (<em>ibid.</em>, p. 130).</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Sous l’infralias l’érosion a mis à jour
+la pénéplaine primaire dans le cañon de l’oued Tifrit et sur tout
+le pourtour Nord du causse d’Aïn Soltane, jusqu’au dj. Modzbab.
+Tout ce causse est un placage horizontal de calcaire infraliasique
+sur la pénéplaine arasée.</p>
+
+<p class="cp2">Les fenêtres de R’ar-Rouban, des Beni-bou-Zeggou, de
+Debdou (cf. <a href="#i30">fig. 30</a>) sont du même type que la
+fenêtre de Tifrit. Un pays sur la structure intime duquel nous
+avons de pareilles évidences doit être distingué de l’Atlas
+plissé.</p>
+
+<p class="cp2"><em>f</em>, faille. — J, jurassique. — L, lias. —
+PP, pénéplaine primaire.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Ces lignes, suffisamment claires en soi, M. L. Gentil les
+illustre graphiquement avec un beau profil géologique relevé entre
+Sidi-Aïssa et Oudjda<a id="FNanchor_117"></a><a href=
+"#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>. On y voit d’un coup
+d’œil le bord haché de failles de la Meseta.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_124">[124]</span>On a fait
+exactement les mêmes observations en territoire algérien, à 250
+kilomètres de la frontière marocaine, à l’est de Saïda. Il y a là
+un coin de pays où une faille très visible, et l’érosion de l’oued
+Tifrit ont mis à nu la pénéplaine primaire sous-jacente aux
+calcaires liasiques (<a href="#i27">fig. 27</a>). Le géologue qui a
+décrit cette fenêtre est G.-B.-M. Flamand<a id=
+"FNanchor_118"></a><a href="#Footnote_118" class=
+"fnanchor">[118]</a>.</p>
+
+<p>Il a vu une formation très épaisse de schistes et de quarzites
+primaires, qu’il attribue hypothétiquement au silurien, qui sont
+traversés de filons éruptifs, plissés et arasés. Sur la tranche
+arasée Flamand signale «&nbsp;un ensemble d’assises appartenant à
+l’infralias déterminé paléontologiquement&nbsp;». Par places, à la
+base de l’infralias il a vu des poudingues, formation continentale
+de ruissellement, qu’il attribue au permien. La concordance avec
+Gentil est tout à fait satisfaisante, à des détails près qui ne
+présentent pas d’intérêt ici.</p>
+
+<p>Ces assises liasiques de Tifrit sont «&nbsp;disposées en
+plateaux ondulés&nbsp;»&nbsp;; ce sont «&nbsp;de véritables
+causses<a id="FNanchor_119"></a><a href="#Footnote_119" class=
+"fnanchor">[119]</a>&nbsp;».</p>
+
+<p>Sous le nom de Haut-pays-tellien-cissteppien, Flamand décrit
+exactement la zone, à laquelle je crois devoir laisser le nom de
+Meseta sud-oranaise.</p>
+
+<p>C’est «&nbsp;une zone remarquable de plates-formes à plissements
+subméridiens&nbsp;»&nbsp;; le contexte montre qu’il entend par là
+des plis posthumes de direction hercynienne. Ces «&nbsp;plateaux
+secondaires font opposition aux formations du Tell
+littoral&nbsp;».</p>
+
+<p>«&nbsp;Cette disposition en plates-formes&nbsp;» est imposée par
+«&nbsp;les paliers d’une pénéplaine sous-jacente<a id=
+"FNanchor_120"></a><a href="#Footnote_120" class=
+"fnanchor">[120]</a>&nbsp;».</p>
+
+<p>Cette «&nbsp;plate-forme cissteppienne&nbsp;» est loin de
+mériter le nom de «&nbsp;chaîne intérieure&nbsp;» qu’on lui a
+donnée à tort et d’être un équivalent des chaînes telliennes.
+Flamand y retrouve au contraire «&nbsp;les mêmes lignes
+générales&nbsp;» qu’il a rencontrées dans les régions
+sahariennes.</p>
+
+<p>Cette «&nbsp;région tellienne&nbsp;», qui «&nbsp;se relie
+tectoniquement&nbsp;» au Sahara central, «&nbsp;est au nord, à la
+bordure du géosynclinal méditerranéen, un promontoire un peu
+modifié des plates-formes indo-africaines, elle a son équivalent
+sur la bordure sud du Plateau central de France<a id=
+"FNanchor_121"></a><a href="#Footnote_121" class=
+"fnanchor">[121]</a>&nbsp;».</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_125">[125]</span>Il est bien
+entendu que c’est exactement cela, et rien d’autre qu’on a voulu
+rendre avec l’expression <em>Meseta sud oranaise</em>.</p>
+
+<p>J’ai vu moi-même et décrit en 1909<a id=
+"FNanchor_122"></a><a href="#Footnote_122" class=
+"fnanchor">[122]</a> cette fenêtre de Tifrit. Je l’ai vue en
+passant et en profane, antérieurement à la publication détaillée
+des observations Flamand.</p>
+
+<p>Dans sa thèse, qui est de 1911, mon regretté collègue et ami,
+avec une précision méticuleuse de technicien, relève dans mon
+article de 1909 ce qui lui a paru être des inexactitudes de
+détail&nbsp;: sur le fond, et sur l’essentiel il formule des
+conclusions qui sont exactement les miennes et que je me suis
+empressé de reproduire fidèlement. Dans un passage d’ailleurs<a id=
+"FNanchor_123"></a><a href="#Footnote_123" class=
+"fnanchor">[123]</a> il donne à l’esprit de mon petit travail,
+sinon à sa lettre, une adhésion que je n’aurais pu souhaiter plus
+expresse.</p>
+
+<p>Je m’excuse pourtant d’insister sur ceci&nbsp;: jusqu’à une
+époque aussi rapprochée de nous que 1909, un géographe que le
+hasard amenait à Tifrit y éprouvait une vive et légitime surprise.
+Jusqu’à cette date en effet, il a été entendu tacitement que
+l’Algérie tout entière était un faisceau de plis&nbsp;; sous les
+plumes les plus autorisées on rencontrait les massifs de Tlemcen et
+de Saïda classés comme chaînes intérieures, et portant les numéros
+1 et 2 dans une énumération, qui donne le numéro 3 à la chaîne du
+Hodna<a id="FNanchor_124"></a><a href="#Footnote_124" class=
+"fnanchor">[124]</a>. Pure inadvertance bien entendu&nbsp;: mais
+enfin c’est faire rentrer dans la même catégorie une chaîne où les
+sédiments miocènes marins sont énergiquement plissés, et une
+pénéplaine primaire, soubassement de causses.</p>
+
+<p>Or dès qu’on met le pied à Tifrit, si profane soit-on, il est
+impossible de s’y tromper. On a devant soi un pays très facile à
+déchiffrer, qu’on a cherché à schématiser dans la <a href=
+"#i27">figure 27.</a> On se croyait sur la foi de la bibliographie
+dans un coin des Alpes&nbsp;; et on s’aperçoit qu’on est dans les
+causses.</p>
+
+<p>Bien entendu, on n’a jamais eu la pensée ridicule de prétendre
+attirer l’attention de MM. Flamand et Ficheur sur un fait pareil.
+La carte géologique au 80<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, qui est leur œuvre, suffirait à
+renseigner le public sur la Meseta sud oranaise. Mais enfin il faut
+être reconnaissant à M. Flamand, dans sa thèse, et surtout à M.
+Gentil, d’avoir donné de cette carte un commentaire détaillé.</p>
+
+<p>Commentaire dont l’importance ne semble pas avoir été
+suffisamment<span class="pagenum" id="Page_126">[126]</span>
+soulignée encore. Dans un travail intéressant sur l’extrême sud
+oranais, qui a paru en 1916, et dont l’auteur est un officier
+géologue de grand mérite, M. Rey<a id="FNanchor_125"></a><a href=
+"#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>, on peut relever tel
+passage où il apparaît que l’auteur ne connaît pas l’existence du
+Horst algérien.</p>
+
+<p>Les géologues algériens, dans cet immense pays encore si
+imparfaitement connu, sont aux prises avec une besogne formidable
+d’analyse. Il est tout naturel qu’ils n’aient pas eu le loisir de
+passer à la synthèse. Dans les lignes qui précèdent, on espère
+avoir donné l’impression qu’on ne s’en prend à personne et qu’on ne
+critique pas. On a voulu faire ressortir à l’occasion d’un fait
+concret qu’un essai de synthèse géographique comme le présent petit
+livre répondait peut-être à un besoin.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i28"><a href="images/i28.jpg"><img src='images/i28.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 28. — L’oued Mina.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">L’oued Mina entre Tiaret et Relizane est
+à peu près limite entre la région des causses et l’Atlas plissé.
+Tiaret, Prévost-Paradol, jalonnent grossièrement cette limite. La
+Mina coule dans un cañon.</p>
+
+<p class="cp2">Dans le voisinage de cette grande faille il y a un
+gros pointement éruptif, ce qui est peut-être unique dans l’Atlas
+Tellien, si loin de la côte. (Gorges de Tomda.)</p>
+
+<p class="cp2">Une grande route transversale à l’Atlas, d’une
+grande importance humaine, la route de Tiaret à la mer passe par le
+plateau de Mendez. (Voir livre V, <a href="#l5c9">chap.
+<span class="sc2">IX</span>.</a>)</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>A propos de la Meseta sud oranaise il faut signaler un coin
+encore où le voyageur profane, dût-il se contenter de regarder par
+la portière du wagon, a sous les yeux des lignes de paysage
+inattendues. Ce sont les bords de la Mina, aux environs de
+Prévost-Paradol (<a href="#i28">fig. 28</a>). La rivière y coule au
+fond de cañons, qui sont entaillés dans le causse&nbsp;;
+continuation évidente des causses de Saïda. Et cette continuation
+est une fin. A l’horizon tout proche, sur la<span class="pagenum"
+id="Page_128">[128]</span> rive droite, on voit le paysage se
+modifier, c’est la chaîne tellienne qui commence. Dans cette
+section de son cours la Mina sert à peu près de limite entre deux
+mondes différents. A l’appui de ce fait important je m’excuse de
+n’apporter aucune référence&nbsp;; sauf une cependant qui est
+orale, mais excellente&nbsp;; la confirmation formelle du fait par
+M. Ficheur.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i29"><a href="images/i29_large.jpg"><img src=
+'images/i29.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 29. — Le front de la meseta Sud Oranaise</p>
+
+<p class="cp2 space-above">La figure donne le front Nord de la
+région des causses, autrement dit meseta Sud Oranaise. Ce front est
+jalonné par Debdou, Oudjda, Tlemcen, Chanzy, Prévost-Paradol. — On
+a marqué les déchirures du causse, à travers lesquelles le
+substratum primaire, mis à nu, nous renseigne sans contestation
+possible sur la structure profonde. — Grâce à elles le horst
+Algérien (<a href="#i27">fig. 27</a>) est autre chose qu’une
+hypothèse. — La figure 29 doit accessoirement servir à illustrer le
+<a href="#l5c3">chapitre <span class="sc2">III</span></a> du livre
+V sur les plaines oranaises (le chapelet de sebkhas et de marais
+entre le Rio Salado et le Chéliff)&nbsp;; et les chapitres <a href=
+"#l5c4"><span class="sc2">IV</span></a> et <a href=
+"#l5c5"><span class="sc2">V</span></a>.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Dans cette région à laquelle nous voudrions laisser le nom de
+Meseta sud oranaise, grâce au décapage énergique de torrents
+telliens, il a donc été possible aux géologues de repérer avec une
+grande exactitude la limite nord du Horst algérien. On la suit sans
+hésitation possible depuis la Moulouya jusqu’à la Mina. Elle est
+jalonnée par Oudjda, Tlemcen qui s’adosse au pied de la falaise
+terminale, les villages de Lamoricière, de Chanzy, la plaine
+d’Eghris dominée par Mascara, Prévost-Paradol. C’est le front du
+môle sur lequel ont déferlé les plis de l’Atlas tellien. Quand on
+essaie de se reconnaître dans la structure de l’Algérie, une ligne
+pareille a une importance de tout à fait premier ordre. Il est
+absurde qu’on n’en parle jamais (<a href="#i29">fig. 29</a>).</p>
+
+<p><em>L’extrémité orientale du Horst.</em> — Partout ailleurs sur
+le pourtour du Horst l’ennoyage désertique laisse subsister une
+incertitude sur les limites précises. En particulier dans le coin
+nord-est du Hodna.</p>
+
+<p>L’opinion commune, c’est que l’Atlas tellien et l’Atlas
+saharien, hors la cuvette du Hodna dans l’est, sont en contact
+direct l’un avec l’autre, sans interposition d’aucune sorte. C’est
+en particulier l’opinion de Blayac, qui a décrit les Hautes Plaines
+constantinoises dans le bassin de la Seybouse.</p>
+
+<p>MM. Joly et Joleaud<a id="FNanchor_126"></a><a href=
+"#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a> sont d’opinion un peu
+différente. Dans cette même région, qu’ils connaissent bien, ils
+soupçonnent, intercalé entre les deux Atlas, un dernier
+prolongement du Horst algérien&nbsp;; mais transformé par les
+«&nbsp;violentes poussées venues du nord&nbsp;» auxquelles
+«&nbsp;il a servi de butoir&nbsp;»&nbsp;; affecté d’une
+«&nbsp;structure imbriquée&nbsp;» qui est le trait caractéristique
+des Hautes Plaines constantinoises&nbsp;; «&nbsp;masqué par les
+plis aurasiens, qui sont beaucoup plus accentués ici que dans le
+sud oranais ou le sud algérois&nbsp;».</p>
+
+<p>Entre les deux opinions la nuance est fort intéressante&nbsp;;
+mais peut-être pas au point de vue qui nous occupe quand il s’agit
+de dégager des lignes très générales de structure.</p>
+
+<p>Pratiquement le Horst algérien peut être considéré
+comme<span class="pagenum" id="Page_129">[129]</span> délimité par
+le grand arc montagneux si nettement dessiné à l’est et au nord du
+Hodna, qui rejoint la brèche de Biskra et la vallée de la Mina. En
+deçà et au delà de cette ligne les Hautes Plaines constantinoises
+et les Hauts Plateaux d’Algérie-Oranie appartiennent, de l’avis
+général, à des catégories distinctes.</p>
+
+<p><em>Conclusions générales du livre.</em> — Si maintenant on
+jette un regard rétrospectif sur le livre III certains résultats
+semblent se dégager, qui ne sont pas négligeables.</p>
+
+<p>Il est sûr que la brèche de Biskra, qui est en relation avec le
+sillon de l’Igharghar, et qui coupe en deux tronçons l’Atlas
+algérien, est un trait extrêmement ancien et extrêmement important
+de la structure.</p>
+
+<p>Il en est de même du front septentrional de la Meseta sud
+oranaise entre Tlemcen et Prévost-Paradol.</p>
+
+<p>Ce sont là deux faits énormes qui sautent ou qui devraient
+sauter aux yeux. Ils sont tout à fait incontestables et
+incontestés.</p>
+
+<p>Entre ces deux faits l’hypothèse du Horst algérien met un lien
+naturel et clair, si tant est qu’il n’y ait pas esprit
+hypercritique à conserver ce mot d’hypothèse.</p>
+
+<p>Notez que ceci est assez neuf. Dans l’usage courant du langage,
+quand on veut rendre compte du socle continental de l’Atlas
+algérien, on distingue couramment l’Atlas saharien et les Hauts
+Plateaux proprement dits. Cela n’est pas inexact, encore que la
+délimitation soit un peu floue. Mais c’est incomplet.</p>
+
+<p>Ce socle continental est coupé en écharpe, dans une direction
+sud-est-nord-ouest, par une autre ligne de démarcation, dont on ne
+parle jamais, et qui est pourtant l’élément essentiel de la
+structure. C’est le seuil de Biskra, et le grand arc montagneux qui
+limite le Horst algérien à l’est et au nord depuis l’Aurès par les
+monts du Hodna.</p>
+
+<p>Suivant cette ligne-là tout le socle continental de l’Atlas est
+nettement cassé en deux d’outre en outre transversalement à sa
+longueur (<a href="#i06">fig. 6</a>).</p>
+
+<p>On a déjà entrevu et on dira plus longuement au livre VI quelle
+est l’importance de cette ligne dans l’histoire et la géographie
+humaine de l’Algérie.</p>
+
+<p>Aux livres IV et V on va retrouver le Horst algérien et surtout
+la Meseta sud oranaise, qui ont nécessairement un lien étroit avec
+la structure de l’Atlas tellien.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl3c6">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_113"></a><a href="#FNanchor_113"><span class=
+"label">[113]</span></a><a href="#entbib55">N<sup>o</sup>
+55</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_114"></a><a href="#FNanchor_114"><span class=
+"label">[114]</span></a><a href="#entbib44">N<sup>o</sup>
+44</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_115"></a><a href="#FNanchor_115"><span class=
+"label">[115]</span></a><a href="#entbib55">N<sup>o</sup> 55</a>,
+<a href="#entbib16">n<sup>o</sup> 16</a> dans <a href=
+"#entbib56">n<sup>o</sup> 56</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_116"></a><a href="#FNanchor_116"><span class=
+"label">[116]</span></a><a href="#entbib55">N<sup>o</sup> 55</a>,
+p. 23, 22, 23, 26, 30, 35.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_117"></a><a href="#FNanchor_117"><span class=
+"label">[117]</span></a><a href="#entbib55">N<sup>o</sup> 55</a>,
+p. 24, fig. 8.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_118"></a><a href="#FNanchor_118"><span class=
+"label">[118]</span></a><a href="#entbib41">N<sup>o</sup> 41</a>,
+p. 122.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_119"></a><a href="#FNanchor_119"><span class=
+"label">[119]</span></a><a href="#entbib51">N<sup>o</sup> 51</a>,
+p. 398.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_120"></a><a href="#FNanchor_120"><span class=
+"label">[120]</span></a><a href="#entbib51">N<sup>o</sup> 51</a>,
+p. 772.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_121"></a><a href="#FNanchor_121"><span class=
+"label">[121]</span></a><a href="#entbib51">N<sup>o</sup> 51</a>,
+p. 773.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_122"></a><a href="#FNanchor_122"><span class=
+"label">[122]</span></a><a href="#entbib44">N<sup>o</sup>
+44</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_123"></a><a href="#FNanchor_123"><span class=
+"label">[123]</span></a><a href="#entbib41">N<sup>o</sup> 41</a>,
+p. 772, note 1.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_124"></a><a href="#FNanchor_124"><span class=
+"label">[124]</span></a><a href="#entbib22">N<sup>o</sup> 22</a>,
+p. 356.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_125"></a><a href="#FNanchor_125"><span class=
+"label">[125]</span></a><a href="#entbib90">N<sup>o</sup>
+90</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_126"></a><a href="#FNanchor_126"><span class=
+"label">[126]</span></a><a href="#entbib71">N<sup>o</sup> 71</a>,
+p. 504.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_131">[131]</span><a id=
+"l4"></a>LIVRE IV</h2>
+
+<p class="sch1">LES PLIS DU TELL</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h3 class="nopb"><a id="l4c1"></a>CHAPITRE I</h3>
+
+<p class="sch2">LES NAPPES</p>
+
+<p>Le géosynclinal tellien est par définition un pays de plis
+intenses, oscillant autour de la direction est-ouest, tous déversés
+vers le sud&nbsp;; la position de la Tyrrhénide a déterminé
+l’orientation des plis et le sens de la poussée.</p>
+
+<p>Il serait naturel d’analyser ces plis, de les disséquer un à un,
+et d’en démonter le groupement. Mais c’est une tâche à peu près
+impossible actuellement&nbsp;: aussi longtemps que les géologues ne
+se seront pas mis d’accord sur une question primordiale, celle des
+nappes de charriage. Cette question, qui a révolutionné la
+tectonique des Alpes s’est posée à propos de l’Atlas, et elle est
+loin d’avoir trouvé encore sa solution.</p>
+
+<p>En des points déterminés certaines fibres du plissement tellien,
+après examen approfondi, ont été déclarées front de nappe par tel
+géologue, mais qui est nettement contredit par tel autre.</p>
+
+<p><em>Djebel Ouach.</em> — M. Léonce Joleaud a consacré des
+efforts à prouver la présence d’un front de nappe dans les monts de
+Constantine (Djebel Ouach)<a id="FNanchor_127"></a><a href=
+"#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>&nbsp;; M. Blayac, qui a
+étudié la région toute voisine de la Seybouse dit bien haut qu’il
+n’y a pas vu «&nbsp;de véritable charriage, pas de déplacements
+horizontaux de plis, susceptibles d’être qualifiés de ce nom<a id=
+"FNanchor_128"></a><a href="#Footnote_128" class=
+"fnanchor">[128]</a>&nbsp;».</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_132">[132]</span><em>Sierra de
+Kabylie.</em> — Le front de nappe le plus curieux du Tell, celui
+qui frapperait davantage l’imagination, serait la chaîne de
+calcaire liasique à la limite sud des Kabylies. Elle se compose de
+trois tronçons bout à bout, en allant de l’ouest vers l’est, le
+Djurdjura, les Babor (<a href="#i45">fig. 45</a>), et la chaîne de
+Numidie, qui les continue en droite ligne. L’unité essentielle de
+cet ensemble est indéniable. L’altitude va en s’atténuant d’ouest
+en est&nbsp;; dans la chaîne de Numidie le sommet le plus élevé, le
+Msid-Aïcha a environ <span class="numletsp">1</span>400
+mètres&nbsp;: c’est à peu près un millier de mètres de moins que
+Lella Khadidja dans le Djurdjura. La continuité des crêtes
+calcaires va elle aussi en diminuant dans le même sens. Elles ne
+sont plus dans la chaîne de Numidie qu’un chapelet de chicots
+éloignés les uns des autres. Mais ces calcaires demeurent d’un bout
+à l’autre curieusement identiques, non seulement par leur facies et
+par leur âge liasique&nbsp;: mais encore par leur association
+constante avec d’autres calcaires de même facies, et d’âge très
+différent, éocène<a id="FNanchor_129"></a><a href="#Footnote_129"
+class="fnanchor">[129]</a>.</p>
+
+<p>On ne distingue les uns des autres que par leurs fossiles. Ils
+offrent une autre association constante avec des schistes argileux
+et des grès micacés, où se trouvent des lits charbonneux et qu’on a
+fini par classer dans le terrain houiller. Tout ce complexe a
+depuis longtemps frappé les géologues par son uniformité. C’est M.
+Ficheur qui l’a signalé d’abord. Il faut certainement le
+suivre.</p>
+
+<p>Il est donc bien entendu que, tout le long des Kabylies à leur
+limite sud, court une grande chaîne&nbsp;; elle n’a pas de nom
+d’ensemble et c’est dommage. On peut convenir de lui en donner un,
+sierra des Kabylies par exemple. Pour M. Joleaud la chaîne
+numidique est le front d’une nappe de charriage, poussée du nord au
+sud<a id="FNanchor_130"></a><a href="#Footnote_130" class=
+"fnanchor">[130]</a>. Nécessairement cela doit s’entendre de la
+sierra des Kabylies tout entière d’un bout à l’autre&nbsp;; cette
+longue frange continue, de composition si hétérogène et si
+constante, hérissée d’aiguilles calcaires, qui donnent une note
+nouvelle dans le paysage des gneiss et des grès kabyles&nbsp;; ce
+qui ferait son unité ce serait d’être le front d’une grande
+nappe.</p>
+
+<p>C’est une idée séduisante, qui parle à l’imagination. On serait
+tenté de la croire vraie. Mais à une date aussi rapprochée que le
+12 janvier 1920, M. Savornin, un jeune géologue d’une haute
+valeur<span class="pagenum" id="Page_133">[133]</span> et d’une
+compétence indiscutée, après de longs travaux sur le terrain, écrit
+en propres termes&nbsp;:</p>
+
+<p>«&nbsp;On peut hautement affirmer que le Djurdjura ne constitue
+point une nappe et n’appartient pas à une nappe. Ce serait, au
+contraire, un admirable pays de racines, s’il s’en était détaché
+des lambeaux de recouvrement dont il n’existe aucun exemple<a id=
+"FNanchor_131"></a><a href="#Footnote_131" class=
+"fnanchor">[131]</a>.&nbsp;»</p>
+
+<p><em>Zaccar.</em> — Sur un autre point de l’Atlas, à côté de
+Milianah, le Zaccar a été vu et étudié par M. Gentil, qui en a
+publié la carte géologique au 5<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>. Il serait donc naturel de le
+croire sans discussion lorsqu’il fait du Zaccar une nappe de
+charriage.</p>
+
+<p>Cependant M. Savornin, s’appuyant lui aussi sur une connaissance
+directe, immédiate et approfondie du même massif déclare de la
+façon la plus formelle qu’il n’y a au Zaccar «&nbsp;aucun phénomène
+de recouvrement, encore moins de charriage<a id=
+"FNanchor_132"></a><a href="#Footnote_132" class=
+"fnanchor">[132]</a>&nbsp;».</p>
+
+<p><em>Système de nappes.</em> — Le 15 octobre 1918, dans un
+article de la <em>Revue générale des Sciences</em>, MM. Gentil et
+Joleaud ont publié un tableau d’ensemble des nappes de charriage
+dans l’Afrique du nord<a id="FNanchor_133"></a><a href=
+"#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>. Ce tableau est très
+précis et très affirmatif sans restriction. La carte schématique
+permet d’embrasser d’un coup d’œil le système complet des nappes
+nord africaines tel que MM. Gentil et Joleaud les conçoivent. Elles
+couvrent toute la partie nord, tellienne, de l’Atlas, depuis R’abat
+jusqu’à Tunis. En ce qui concerne l’Algérie les auteurs sont très
+détaillés&nbsp;: ils indiquent exactement et positivement les
+nappes de Numidie, des Babor et des Biban, du Djurdjura, de Blida
+et des Zaccars, du Titteri, de Teniet-el-Had et de l’Ouarsenis. Ces
+nappes empilées dont les fronts s’enchaînent, c’est précisément ce
+que nous cherchons, une description générale d’ensemble, donnant la
+clef de la structure dans l’Atlas tellien. On serait heureux de
+pouvoir s’y tenir.</p>
+
+<p>Malheureusement le 12 janvier 1920 M. Savornin fait à l’Académie
+des Sciences, au sujet de ces «&nbsp;soi-disant nappes&nbsp;» une
+communication qui est un démenti brutal. Et notez que M. Savornin
+est justement un géologue dont MM. Gentil et Joleaud avaient
+invoqué l’autorité à propos de ses cartes fort bien faites. Non le
+Djurdjura n’est pas une nappe. Quant aux Biban, «&nbsp;si jamais
+chaîne fut fortement enracinée, c’est bien celle-là&nbsp;».
+«&nbsp;L’hypothèse de charriages dans le Djurjura et les Biban
+n’est étayée par<span class="pagenum" id="Page_134">[134]</span>
+aucun argument et doit être irrémédiablement abandonnée. Elle est
+aussi fragile en ce qui concerne les Babor, le Chenoua et Ténès,
+que MM. Gentil et Joleaud n’ont jamais étudiés&nbsp;». Quant à
+l’enchaînement des fronts de chaînes, «&nbsp;la notion que l’on
+essaie d’introduire, d’une continuité entre les Biban, l’Atlas de
+Blida, les Zaccars et l’Ouarsenis, méconnaît si ouvertement les
+plus claires données de la géographie et de la tectonique qu’elle
+se détruit d’elle-même, sans qu’il soit besoin de le
+démontrer&nbsp;»<a id="FNanchor_134"></a><a href="#Footnote_134"
+class="fnanchor">[134]</a>. Dans sa thèse parue ultérieurement, M.
+Savornin à l’appui de ses dénégations apporte un monceau de faits
+précis. Et il lui échappe des vivacités comme celle-ci&nbsp;:
+«&nbsp;la région du Guergour a été ridiculement qualifiée de nappe
+de charriage par deux géologues qui ne la connaissent
+nullement&nbsp;». Ou bien encore, comme cette conclusion générale
+sur l’hypothèse des nappes algériennes&nbsp;: «&nbsp;un avenir
+prochain en fera certainement justice, il y va du bon renom de la
+géologie française<a id="FNanchor_135"></a><a href="#Footnote_135"
+class="fnanchor">[135]</a>&nbsp;».</p>
+
+<p>Notez que MM. Gentil et Joleaud, dans leur article du 15 octobre
+1918, ne parlent pas comme des gens qui exposent une hypothèse. Il
+semble bien à les lire qu’ils estiment eux-mêmes apporter au grand
+public de la <em>Revue générale des sciences</em> des résultats
+scientifiques définitivement acquis désormais dans les milieux
+techniques. Il faut avouer que l’expression a nécessairement
+dépassé leur pensée.</p>
+
+<p>Une contradiction aussi vive entre professionnels est
+déconcertante pour les profanes. Mais voici qui l’est davantage
+encore&nbsp;: sur cette question des nappes nord africaines, il
+arrive qu’un géologue <em>déterminé</em> se contredise lui-même
+complètement à quelques mois de distance.</p>
+
+<p>Le 15 octobre 1918 M. Gentil en collaboration avec M. Joleaud a
+publié comme on vient de le voir des affirmations tout à fait
+catégoriques précises et détaillées sur l’encroûtement du Tell
+algérien tout entier par un empilement de nappes.</p>
+
+<p>Or le même M. Gentil à la date du 1<sup>er</sup> mars 1920, dans
+le compte rendu sommaire des séances de la Société géologique<a id=
+"FNanchor_136"></a><a href="#Footnote_136" class=
+"fnanchor">[136]</a> écrit ce qui suit&nbsp;: «&nbsp;Toute une
+série de faits concourent à démontrer que l’Atlas tellien a subi
+des phénomènes d’érosion d’une grande intensité..., de puissantes
+couches ont disparu, qui devaient être surtout formées<span class=
+"pagenum" id="Page_135">[135]</span> de nappes superposées,
+laissant à nu les assises profondes, elles-mêmes chevauchées ou
+simplement refoulées.&nbsp;» Et voici qui achève de préciser la
+pensée de M. Gentil.</p>
+
+<p>«&nbsp;Seules la dépression de la Medjerda et celle du détroit
+sud rifain, qui sont parcourues par des vallées longitudinales, ont
+été mieux épargnées par l’érosion, tandis que tout le nord de
+l’Algérie a été fortement décapé et ainsi rendu moins accessible à
+l’observation dans l’étude des nappes de charriage qui prennent
+part à sa superstructure.&nbsp;»</p>
+
+<p>Ces lignes sont empruntées à un simple compte rendu
+sommaire&nbsp;; il est impossible cependant de se tromper sur leur
+sens. L’Atlas algérien qui était le 15 octobre 1918 un pays de
+nappes actuelles n’est plus le 1<sup>er</sup> mars 1920 qu’un
+substratum décapé de nappes disparues. M. Gentil retire ce qu’il
+avait affirmé quinze mois auparavant. C’est parfaitement légitime,
+bien entendu. Seulement le public profane ne peut pas se soustraire
+à une impression d’embarras.</p>
+
+<p>Notez que c’est une très belle thèse, très séduisante. Les
+nappes de l’Atlas tellien, disparues en Algérie, se seraient
+conservées aux deux extrémités, en Tunisie et au Maroc. Cette
+théorie a pour elle des autorités considérables, non seulement MM.
+Gentil et Joleaud, mais MM. Termier et Lugeon, qui ont eu
+l’occasion de voir personnellement la Medjerda et le détroit sud
+rifain. Elle a pris corps d’une façon assez précise pour devenir le
+point de départ de recherches minières très intéressantes. En
+beaucoup de points de la planète et plus particulièrement du
+système alpin, les pays de nappes sont pétrolifères. Aussi a-t-on
+l’espoir de trouver le pétrole dans la Medjerda et dans le détroit
+sud rifain, voire même dans la partie attenante de l’Oranie. Et
+assurément en effet le pétrole est représenté par des suintements à
+tout le moins dans l’ouest (Maroc et Oranie). Jusqu’ici pourtant
+les puits forés n’ont pas amené de jaillissement sérieux. D’autre
+part, il est indéniable que des trois régions considérées, Tell
+algérien d’une part, Tell tunisien et Maroc de l’autre, la première
+est justement la seule où un service géologique fonctionne depuis
+un demi-siècle et sur laquelle il ait été accumulé une masse énorme
+de documents.</p>
+
+<p><em>Conclusions.</em> — En résumé, sur cette question si
+controversée des nappes nord africaines ce sont deux écoles bien
+tranchées qui sont aux prises, l’école parisienne et l’école
+algérienne. L’une représente l’idée générale féconde, la
+comparaison, base de toute<span class="pagenum" id=
+"Page_136">[136]</span> connaissance, l’application à un coin de la
+planète d’une méthode nouvelle importée d’ailleurs. Nul doute que
+tout cela ne soit extrêmement respectable. D’autre part le service
+géologique algérien représente l’étude minutieusement
+consciencieuse du terrain, les réalités sèches et inflexibles. Et
+il n’est pourtant pas possible d’imaginer que ce soit là une chose
+négligeable.</p>
+
+<p>Oui, les Alpes françaises, suisses, autrichiennes sont un
+extraordinaire empilement de nappes. Dans l’Atlas, qui fait partie
+du système alpin, il est naturel d’attendre un développement
+correspondant des charriages. Mais existe-t-il réellement&nbsp;?
+A-t-on vraiment réussi à le voir, à le toucher du doigt&nbsp;?</p>
+
+<p>Entre ces deux écoles antagonistes, la parisienne et
+l’algérienne, une première escarmouche a eu lieu il y a une
+vingtaine d’années sur la question du trias. L’issue en est acquise
+depuis longtemps et la comparaison avec la controverse des nappes
+n’est pas dénuée d’intérêt. En ce temps-là, jusqu’en 1896, le
+service géologique d’Algérie classait dans l’éruptif un certain
+terrain gypso-salin. Au cours d’une excursion de la Société
+géologique de Paris, en 1896, Marcel Bertrand, le géologue célèbre,
+d’un coup d’œil par la portière du wagon, en passant, a relevé
+l’analogie du terrain gypso-salin avec le trias. Ce coup d’œil par
+la portière a eu des conséquences très étendues, et, chose
+curieuse, immédiates. Tous les affleurements gypso-salins de
+l’Afrique du Nord ont été classés triasiques, du jour au lendemain
+pour ainsi dire&nbsp;; l’école algérienne, cette fois-là, capitula
+sans discussion&nbsp;; il faut dire certainement que la force d’une
+évidence irrésistible s’était imposée.</p>
+
+<p>La question des nappes a été soulevée de la même façon à peu
+près, et d’ailleurs comme corollaire de celle du trias. En 1906, M.
+Termier, directeur du service de la carte et président de la
+Société de géologie, membre de l’Institut, au cours d’un voyage au
+gisement fameux de l’Ouenza, a lancé l’hypothèse que l’Afrique du
+nord est un pays de nappes<a id="FNanchor_137"></a><a href=
+"#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>. Quinze ans se sont
+écoulés depuis, il n’y a pas eu dans les cercles géologiques
+algériens, voire même français, de question plus à l’ordre du
+jour<a id="FNanchor_138"></a><a href="#Footnote_138" class=
+"fnanchor">[138]</a>&nbsp;: mais elle a bien l’air de n’avoir pas
+fait un pas. L’évidence cette fois ne paraît pas avoir fait sentir
+sa force irrépressible.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_137">[137]</span>Il est bien
+entendu en tout cas, que cette question géologique doit être
+résolue par les géologues. Si on voulait essayer de décrire dans un
+tableau d’ensemble les plissements du Tell algérien, le désaccord
+total des géologues, sur la question des nappes, serait déjà à soi
+tout seul, un obstacle insurmontable.</p>
+
+<p>Or, par surcroît, ce n’est pas le seul.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl4c1">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_127"></a><a href="#FNanchor_127"><span class=
+"label">[127]</span></a><a href="#entbib68">N<sup>o</sup>
+68</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_128"></a><a href="#FNanchor_128"><span class=
+"label">[128]</span></a><a href="#entbib26">N<sup>o</sup> 26</a>,
+p. 473. Voir aussi <a href="#entbib31c">31 c</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_129"></a><a href="#FNanchor_129"><span class=
+"label">[129]</span></a><a href="#entbib36">N<sup>o</sup> 36</a>,
+p. 61, 76, 227, <a href="#entbib22">n<sup>o</sup> 22</a>, p. 225,
+<a href="#entbib7">n<sup>o</sup> 7</a> feuilles du Djurdjura.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_130"></a><a href="#FNanchor_130"><span class=
+"label">[130]</span></a><a href="#entbib70">N<sup>o</sup> 70</a>,
+p. 356 et suiv. mais voir <a href="#entbib31c">31 c</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_131"></a><a href="#FNanchor_131"><span class=
+"label">[131]</span></a><a href="#entbib114">N<sup>o</sup> 114</a>.
+Voir aussi <a href="#entbib31c">31 c</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_132"></a><a href="#FNanchor_132"><span class=
+"label">[132]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup> 115</a>,
+p. 433.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_133"></a><a href="#FNanchor_133"><span class=
+"label">[133]</span></a><a href="#entbib60">N<sup>o</sup> 60</a>,
+p. 535, fig. 1.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_134"></a><a href="#FNanchor_134"><span class=
+"label">[134]</span></a><a href="#entbib114">N<sup>o</sup>
+114</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_135"></a><a href="#FNanchor_135"><span class=
+"label">[135]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup> 115</a>,
+p. 393, 433.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_136"></a><a href="#FNanchor_136"><span class=
+"label">[136]</span></a><a href="#entbib59">N<sup>o</sup> 59</a>,
+p. 48.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_137"></a><a href="#FNanchor_137"><span class=
+"label">[137]</span></a><a href="#entbib118">N<sup>o</sup> 118</a>,
+p. 102 et <a href="#entbib120">n<sup>o</sup> 120</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_138"></a><a href="#FNanchor_138"><span class=
+"label">[138]</span></a><a href="#entbib58">N<sup>o</sup> 58</a> où
+le témoignage Lugeon est invoqué, p. 157.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_138">[138]</span><a id=
+"l4c2"></a>CHAPITRE II</h3>
+
+<p class="sch2">CHAINE DES BIBAN ET SIERRA DU HODNA</p>
+
+<p>M. J. Savornin vient de nous donner une monographie excellente
+de deux zones plissées telliennes, voisines et parallèles<a id=
+"FNanchor_139"></a><a href="#Footnote_139" class=
+"fnanchor">[139]</a>. Ce sont la chaîne des Biban et celle que nous
+appellerons sierra du Hodna. Ce sont des coulisses de l’Atlas
+tellien&nbsp;: et, sauf peut-être la sierra des Kabylies, je ne
+connais pas une seule autre coulisse dont la structure ait été
+aussi minutieusement démontée. Ce serait déjà une raison suffisante
+pour rendre compte de cette structure.</p>
+
+<p>Il se trouve en outre que la comparaison de ces deux zones
+plissées, jette une curieuse lumière sur la structure de l’Atlas
+tout entier.</p>
+
+<p><em>Chaîne des Biban.</em> — On a créé ce nom, «&nbsp;chaîne des
+Biban<a id="FNanchor_140"></a><a href="#Footnote_140" class=
+"fnanchor">[140]</a>&nbsp;» en l’honneur du fameux défilé des
+Biban, quelquefois appelé Portes de Fer. Il est célèbre dans la
+conquête de l’Algérie parce que le duc d’Orléans l’a franchi
+certain jour dans des circonstances retentissantes, et parce que ce
+geste princier a eu des conséquences importantes.</p>
+
+<p>La chaîne des Biban court de Berrouaghia au Guergour (gorges du
+Guergour, creusées par l’oued Bou-Sellam). La longueur totale est
+de 250 kilomètres, ce qui est notable pour l’Atlas tellien, où les
+tronçons en général sont coupés bien plus courts (<a href=
+"#i31">fig. 31</a>). L’individualité géologique est parfaitement
+nette et simple. La chaîne est un pli unique, dont les éléments
+sont une double bande, régulière et continue, d’infra-crétacé au
+nord (albien et aptien), de calcaire cénomanien au sud. Tantôt ce
+sont les calcaires cénomaniens plus puissants et plus massifs, qui
+ont mieux résisté à l’érosion, et qui constituent les sommets.
+C’est ainsi à l’est d’Aumale. Tandis que, à l’ouest, au contraire,
+les quartzites infra-crétacées<span class="pagenum" id=
+"Page_139">[139]</span> ont mieux tenu et ce sont elles qui forment
+les crêtes. Mais d’un bout à l’autre, comme éléments constitutifs,
+on ne voit rien d’autre que ces deux étages du crétacé. Ce tronçon
+de l’Atlas est resté constamment émergé depuis le crétacé, la mer
+n’y est jamais revenue&nbsp;; à travers toute l’histoire du bras de
+mer, la chaîne des Biban fut un rivage. Non seulement le bras de
+mer des phosphates, le cartennien, ont passé l’un et l’autre
+exactement au sud des Biban (<a href="#i04">fig. 4</a> et <a href=
+"#i10">10</a>)&nbsp;; mais il faut ajouter le Medjanien<a id=
+"FNanchor_141"></a><a href="#Footnote_141" class=
+"fnanchor">[141]</a>. Cela est certain. M. Savornin a pu retrouver
+et dessiner sur de grandes étendues le rivage de la mer
+suessonienne, jalonné par les dépôts de plages. Il a retrouvé aussi
+le rivage de la mer cartennienne avec ses trous de phollades sur
+les galets et ses fossiles de plage, des balanes par exemple. Il
+vient de publier une carte paléogéographique du medjanien dans la
+région hodnéenne et il porte avec une grande précision un rivage au
+sud des Biban<a id="FNanchor_142"></a><a href="#Footnote_142"
+class="fnanchor">[142]</a>. Cette chaîne est dans le géosynclinal
+tellien une des parties les plus anciennement consolidées, elle est
+d’âge pyrénéen.</p>
+
+<p>Elle a eu sa grande splendeur à l’époque oligocène&nbsp;; à
+cette époque où le bras de mer était déjà, à peu près comme
+aujourd’hui, totalement émergé ou peu s’en faut. Les Biban furent
+alors le grand axe de l’Algérie orientale, la ligne de partage des
+eaux. Le témoignage en a été conservé dans les puissants dépôts de
+ruissellement et de sédimentation continentale, de part et d’autre,
+sur les deux flancs de la chaîne. M. Savornin, qui les a
+déchiffrés, n’a pas hésité à dresser la carte paléogéographique des
+oueds oligocènes<a id="FNanchor_143"></a><a href="#Footnote_143"
+class="fnanchor">[143]</a>. La chaîne des Biban était le lieu de
+leurs sources. De là ils divergeaient se groupant en deux grands
+bassins. Les uns au nord allaient rejoindre la mer (vers
+Bougie&nbsp;? ou vers Dellys&nbsp;?). Les autres au sud prenaient
+le chemin du chott oligocène ancêtre du Hodna.</p>
+
+<p>En un point déterminé de la chaîne, au point où elle est
+traversée par l’oued Melah, et plus exactement au djebel Badroun,
+les collines de cailloutis qui accompagnent la chaîne se trouvent
+supporter dans un repli un lambeau étendu de marnes cartenniennes
+très fossilifères<a id="FNanchor_144"></a><a href="#Footnote_144"
+class="fnanchor">[144]</a>. C’est dire que leur âge oligocène ne
+peut pas être contesté. On a représenté dans la <a href=
+"#i30">figure 30</a> cette section très particulière<span class=
+"pagenum" id="Page_140">[140]</span> de la chaîne. On imagine
+qu’elle en fait saisir d’un coup d’œil la caractéristique générale,
+l’ancienneté et l’usure consécutive.</p>
+
+<p>La chaîne s’étire aujourd’hui entre la double muraille plus ou
+moins continue de ses propres débris. Savornin les a trouvés très
+puissants&nbsp;: ils ont jusqu’à 200 mètres d’épaisseur peut-être.
+Ce sont des cailloux pas toujours très bien roulés. En bien des
+cas, c’est trop peu dire qu’ils sont gros, il en est de monstrueux,
+comme de petites maisons. Ceux-ci évidemment n’ont pas pu être
+charriés par un torrent&nbsp;: ils gisent là où ils se sont
+éboulés. Tout cela a nettement le caractère d’éboulis de pentes et
+représente évidemment les débris latéraux de la chaîne. Ces
+collines de cailloux se reconnaissent de loin dans le paysage,
+elles sont boisées plus que le reste. C’est qu’elles découragent
+l’agriculture&nbsp;; l’araire indigène n’a pas essayé de les
+disputer à la forêt (<a href="#i30">fig. 30</a>).</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i30"><a href="images/i30.jpg"><img src='images/i30.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 30. — Le djebel Badroun.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Le Djebel Badroun, contrefort méridional
+de la chaîne des Biban, est un élément dans le chapelet des
+collines qui longent cette chaîne, et qui sont composées de débris
+arrachés par le ruissellement à ladite chaîne. Ici ces débris sont
+recouverts et datés par des dépôts marins cartenniens très
+fossilifères. Ils sont donc sans contestation possible
+précartenniens, oligocènes. Les collines oligocènes sont presque
+aussi hautes et aussi puissantes que la chaîne dont ils
+représentent les débris.</p>
+
+<p class="cp2">Les Biban sont donc une très vieille chaîne très
+usée, pyrénéenne.</p>
+
+<p class="cp2">Les collines oligocènes, qui sur le terrain sont
+boisées, sont marquées d’un grisé sur la figure.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>L’immensité de ces débris atteste l’ancienne puissance de la
+chaîne, aux dépens de laquelle ils ont été accumulés. Et
+précisément parce qu’ils sont énormes elle a cessé de l’être. Elle
+ne tient pas aujourd’hui plus de place qu’eux dans le paysage.
+L’altitude absolue moyenne est de <span class=
+"numletsp">1</span>000 mètres environ, sur un socle qui n’est pas
+loin d’avoir 800 mètres&nbsp;; ce qui réduit l’altitude relative à
+200 mètres environ.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_141">[141]</span>Ces collines
+insignifiantes ne sont assurément plus, comme jadis, ligne de
+partage des eaux.</p>
+
+<p>L’arête des Biban est largement rompue en maint endroit par les
+rivières venues du sud, qui la traversent dans des vallées étalées,
+sans lui faire l’honneur de dévier un instant leur direction
+(<a href="#i30">fig. 30</a>).</p>
+
+<p>Tout cela tient en un membre de phrase. C’est une vieille chaîne
+usée, tendant vers la pénéplaine, déjà plutôt la cicatrice d’un pli
+que le pli lui-même. Son modelé trahit son âge pour le topographe,
+autant que sa constitution pour le géologue.</p>
+
+<p><em>La route romaine.</em> — Cette usure des Biban a une
+conséquence humaine curieuse. A travers des siècles d’histoire ils
+ont servi d’assise à une grande voie naturelle, une des plus
+importantes d’Algérie. La route romaine longeait les Biban. Elle
+était jalonnée par des villes importantes Auzia (Aumale), Rapidi
+(Sour Djouab), et l’ancêtre romain de Berrouaghia<a id=
+"FNanchor_145"></a><a href="#Footnote_145" class=
+"fnanchor">[145]</a>.</p>
+
+<p>Entre la Numidie de Constantine et la Maurétanie de Cæsarea la
+grande voie de communication directe et naturelle passait par là.
+Elle a continué apparemment dans l’Algérie musulmane. En tout cas
+les indigènes donnent encore à la piste des Biban le nom de
+«&nbsp;Triq-et-Tourk&nbsp;», la route turque. Ce fut aussi une
+route française au début de notre occupation&nbsp;; ou du moins une
+grande voie stratégique. Elle est jalonnée de ruines militaires
+françaises, des caravansérails comme celui de l’oued Okhris qui
+joua un rôle dans l’insurrection de 1871, des tours du télégraphe
+Chappe, dont l’une est devenue la maison forestière d’El-Behira,
+etc.<a id="FNanchor_146"></a><a href="#Footnote_146" class=
+"fnanchor">[146]</a>. Nos communications entre Sétif et Alger ont
+longtemps passé par là.</p>
+
+<p>Elles n’y passent plus. On a choisi pour le chemin de fer un
+tracé tout différent, par le défilé des Portes de fer, la vallée de
+l’oued Sahel, de l’oued Isser, la Mitidja. C’est le contraste
+éternel. Pour aller d’un point à un autre, d’instinct, les
+indigènes choisissent toujours le chemin des crêtes, et nous celui
+des vallées. En plusieurs autres points de l’Algérie nous avons
+abandonné la vieille voie traditionnelle sur les sommets pour
+construire notre chemin de fer en bas, le long de l’oued. Notre
+choix ne s’est pas toujours révélé très heureux à l’user. La chaîne
+des Biban délaissée prendra peut-être sa revanche.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_142">[142]</span>Elle garde en
+tout cas son passé dont le lien est évident avec sa structure.
+Entre la région d’Alger-Médéa et les hautes terres à blé de la
+Medjana, de Sétif, elle a joué le rôle de lien d’abord par sa
+direction, parce qu’elle est la ligne droite&nbsp;; parce que,
+avant la paix française, les défilés kabyles au nord étaient des
+coupe-gorges. Mais ce n’est pas tout. Il faut certainement prendre
+en considération la bonne tenue des roches crétacées&nbsp;; elles
+sont pour une route un substratum de choix&nbsp;; on sait que, en
+Algérie, les marnes miocènes ébouleuses font le désespoir des
+ingénieurs. Il faut se souvenir surtout que la route, tout le long
+de la chaîne, ne rencontre pas d’obstacles très sérieux, elle
+conserve ou retrouve facilement la même cote au voisinage d’un
+millier de mètres. On a sans doute le droit de dire que, pour
+porter ainsi une grande route, et tout du long, il faut une vieille
+chaîne usée, déjà plus ou moins transformée en ride de
+pénéplaine.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i31"><a href="images/i31.jpg"><img src='images/i31.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 31. — Chaine des Biban et Sierra du Hodna.</p>
+
+<p class="cp3">(Figure empruntée à Savornin, n<sup>o</sup>
+115.)</p>
+
+<p class="cp2 space-above">La chaîne des Biban, et la Sierra du
+Hodna sont des chaînes distinctes, parallèles et très différentes.
+Ces caractères ressortent d’un coup d’œil sur la figure.</p>
+
+<p class="cp2">Les Biban sont une vieille chaîne Pyrénéenne, usée
+par l’érosion, mais non brisée par des mouvements orogéniques
+subséquents, elle est rectiligne et très simple.</p>
+
+<p class="cp2">La sierra du Hodna est une coulisse d’âge
+Alpin&nbsp;; elle a un passé beaucoup plus complexe, qui se devine
+déjà dans son dessin brisé.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p><em>Sierra du Hodna.</em> — Il faut être reconnaissant à M.
+Savornin d’avoir tracé de cette chaîne des Biban une silhouette si
+nette, si vivante et si individuelle. Il nous décrit en outre le
+groupe des chaînons entre les Biban et le Hodna. Ce groupe englobe
+le Titteri le Dira, le Choukchott et le Mansourah, le Maadid, le
+Bou-Thaleb&nbsp;; pour ne citer que les éléments les plus
+importants&nbsp;; sur la plaine<span class="pagenum" id=
+"Page_143">[143]</span> du Hodna ils représentent la muraille
+terminale du Tell. C’est elle que nous appellerons sierra du Hodna.
+Sur la carte schématique dressée par M. Savornin<a id=
+"FNanchor_147"></a><a href="#Footnote_147" class=
+"fnanchor">[147]</a> (<a href="#i31">fig. 31</a>), entre les deux
+coulisses voisines et parallèles le contraste ressort au premier
+coup d’œil avec une netteté admirable&nbsp;; la simplicité
+rectiligne des Biban&nbsp;; l’éparpillement confus des éléments
+dans la sierra du Hodna.</p>
+
+<p>La description géologique détaillée accuse ce contraste et en
+rend compte. Dans ce que nous avons appelé sierra du Hodna, M.
+Savornin retrouve les traces mélangées de plusieurs plissements
+d’âge et d’allure très différents<a id="FNanchor_148"></a><a href=
+"#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>. Il y a des dômes qui
+rappellent l’Atlas saharien, et qui évoquent un socle continental
+faiblement ondulé. Ce sont de vieux dômes cassés, effondrés,
+bousculés par de violents plissements ultérieurs. Ces plissements
+violents qui ont amené des surrections d’écailles, des
+chevauchements, intéressent les dépôts marins du cartennien sous
+lesquels les dômes sont plus ou moins ennoyés. C’est que nous
+sommes ici à la limite des deux grandes zones, socle continental
+d’une part et géosynclinal de l’autre. Nous sommes aussi sur
+l’emplacement exact du bras de mer cartennien, zone de plissements
+récents intenses.</p>
+
+<p>Il ne saurait être question ici de suivre M. Savornin dans le
+détail de ses descriptions, il suffit de dégager la physionomie
+d’ensemble.</p>
+
+<p>Il court donc au sud des Biban un chapelet de massifs à la
+structure complexe desquels des roches relativement récentes
+participent. Parmi ces roches les grès, par exemple, jouent un rôle
+important. Ces grès sont medjaniens au Dira. Le Titteri, le
+Choukchott, le Mansourah ont des crêtes extrêmes en grès
+cartenniens&nbsp;; ces couches de grès cartennien ont une épaisseur
+considérable, évaluée parfois à 400 mètres et elles apparaissent
+dans les relations stratigraphiques les plus compliquées. La sierra
+du Hodna, si nous convenons de lui donner ce nom, est donc beaucoup
+plus jeune que la chaîne des Biban, elle est miocène, d’âge alpin
+et non plus pyrénéen.</p>
+
+<p>Les formes topographiques accusent sa jeunesse attestée par sa
+composition géologique. C’est aujourd’hui la sierra du Hodna, et
+non plus la chaîne des Biban qui est ligne de partage des
+eaux.<span class="pagenum" id="Page_144">[144]</span> Les sommets
+du Dira, du Choukchott, du Mansourah dépassent <span class=
+"numletsp">1</span>800 mètres. De là-haut on voit les Biban écrasés
+à ses pieds, faisant figure de taupinière. Il est tout à fait
+normal que la chaîne de beaucoup la plus jeune soit aussi la moins
+usée et la plus pitonnante.</p>
+
+<p>Voici en somme le tableau d’ensemble que nous pouvons tracer à
+la suite de M. Savornin. La chaîne des Biban fut pendant des âges
+la rive septentrionale d’un bras de mer étroit et profond, qui
+courait à la limite exacte du Tell et du socle continental. Au fond
+de ce géosynclinal instable les forces orogéniques restaient
+actives. Elles amènent, à la fin du cartennien, la surrection d’une
+sierra toute fraîche. Cette sierra a pris la place exacte du bras
+de mer, par cette inversion du relief qui est précisément la
+caractéristique des géosynclinaux.</p>
+
+<p>Il ne saurait être question d’imaginer que la surrection d’une
+pareille chaîne alpine, dans le voisinage immédiat n’ait pas eu de
+répercussion sur les Biban préexistants. Assurément la vieille
+chaîne a rejoué fortement. Pourtant elle a tenu le coup, tout
+compte fait&nbsp;; elle est restée elle-même&nbsp;; par sa
+structure et son modelé, elle s’affirme pyrénéenne.</p>
+
+<p>Voilà donc dans l’Atlas tellien, deux chaînes, celle des Biban
+et la sierra du Hodna, qui courent parallèlement à quelques
+kilomètres l’une de l’autre, d’apparence fraternellement
+symétrique. On pourrait les croire, au premier abord, deux éléments
+identiques du même ensemble montagneux. Or, quand on y regarde de
+plus près, elles se révèlent comme n’ayant aucune espèce de
+rapport. Elles ne sont pas du même âge du tout, elles ont été
+plissées chacune à part, à des époques extrêmement éloignées&nbsp;;
+la plus ancienne est le môle résistant dont la compression a imposé
+sa direction à la plus récente.</p>
+
+<p><em>Conclusions.</em> — A propos de cet exemple concret on
+touche du doigt une évidence très intéressante. L’Atlas tellien
+comparé au saharien ne s’en distingue pas seulement par l’énergie
+bien plus grande des plissements. Il s’en distingue aussi par
+l’absence d’un plan général unique. Au rebours de l’Atlas saharien,
+le tellien n’a pas été plissé d’un coup, les forces orogéniques s’y
+sont, pour l’édifier, reprises à plusieurs fois. Le dessin général
+de l’Atlas saharien est d’âge pyrénéen<a id=
+"FNanchor_149"></a><a href="#Footnote_149" class=
+"fnanchor">[149]</a>, les poussées ultérieures n’ont
+fait<span class="pagenum" id="Page_145">[145]</span> qu’accentuer
+les traits sans les brouiller. Mais dans l’édifice tellien les
+géologues reconnaissent des compartiments juxtaposés, où tout
+diffère, la structure, le modelé, et par-dessus tout l’âge&nbsp;:
+des compartiments pyrénéens et d’autres alpins. L’Atlas tellien est
+un habit d’Arlequin.</p>
+
+<p>C’est de toute évidence une énorme difficulté quand on essaie de
+concevoir une description générale de l’Atlas tellien.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl4c2">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_139"></a><a href="#FNanchor_139"><span class=
+"label">[139]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup>
+115</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_140"></a><a href="#FNanchor_140"><span class=
+"label">[140]</span></a><a href="#entbib22">N<sup>o</sup> 22</a>,
+p. 351, <a href="#entbib107">n<sup>os</sup> 107</a>, <a href=
+"#entbib108">108</a>, <a href="#entbib45">45</a>, <a href=
+"#entbib46">46</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_141"></a><a href="#FNanchor_141"><span class=
+"label">[141]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup> 115</a>,
+p. 418.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_142"></a><a href="#FNanchor_142"><span class=
+"label">[142]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup> 115</a>,
+p. 418.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_143"></a><a href="#FNanchor_143"><span class=
+"label">[143]</span></a><a href="#entbib113">N<sup>o</sup> 113</a>
+et <a href="#entbib115">n<sup>o</sup> 115</a>, p. 419.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_144"></a><a href="#FNanchor_144"><span class=
+"label">[144]</span></a><a href="#entbib38">N<sup>o</sup> 38</a>
+(Ficheur).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_145"></a><a href="#FNanchor_145"><span class=
+"label">[145]</span></a><a href="#entbib8">N<sup>o</sup> 8</a>,
+feuille 14.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_146"></a><a href="#FNanchor_146"><span class=
+"label">[146]</span></a><a href="#entbib109">N<sup>o</sup> 109</a>,
+p. 285.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_147"></a><a href="#FNanchor_147"><span class=
+"label">[147]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup> 115</a>,
+p. 40, fig. 2.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_148"></a><a href="#FNanchor_148"><span class=
+"label">[148]</span></a><a href="#entbib105">N<sup>o</sup> 105</a>,
+7, feuille de Mansourah, <a href="#entbib104">n<sup>os</sup>
+104</a>, <a href="#entbib109">109</a>, <a href=
+"#entbib110">110</a>, <a href="#entbib115">115</a>, p. 397 et
+suiv.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_149"></a><a href="#FNanchor_149"><span class=
+"label">[149]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup> 115</a>,
+p. 426.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_146">[146]</span><a id=
+"l4c3"></a>CHAPITRE III</h3>
+
+<p class="sch2">LE FAISCEAU DES PLIS</p>
+
+<p>La question se pose maintenant s’il faut continuer dans cette
+voie, essayer de disséquer fibre à fibre les plissements de l’Atlas
+tellien, comme on a cherché à le faire pour quelques cas
+particulièrement nets et intéressants, la sierra des Kabylies, la
+chaîne des Biban, la sierra du Hodna.</p>
+
+<p>Cette tentative ne serait pas nouvelle&nbsp;; elle a été faite
+avec la collaboration de l’homme qui était le plus qualifié pour
+l’oser, M. Ficheur<a id="FNanchor_150"></a><a href="#Footnote_150"
+class="fnanchor">[150]</a>. Avec le travail de M. Ficheur sous les
+yeux, on peut tracer sur une carte schématique les coulisses de
+l’Atlas, chacune avec sa longueur et sa direction. On obtient un
+faisceau de traits plus ou moins parallèles, qui se suivent ou se
+relaient. Leur dessin général parle à l’imagination et permet de se
+représenter les directions des forces plissantes depuis que le
+géosynclinal existe.</p>
+
+<p>Seulement, il ne faut pas se dissimuler que ce schéma,
+nécessairement, est plus ou moins faux. Il additionne des quantités
+qui ne sont pas de même ordre, il groupe ensemble, sans crier gare,
+des accidents qui n’appartiennent pas du tout à la même
+catégorie.</p>
+
+<p>On a déjà dit que le travail de M. Ficheur énumère dans un même
+enchaînement, sous des numéros successifs, 1, 2, 3, des éléments
+aussi peu comparables que les causses de Tlemcen et de Saïda d’une
+part, et la sierra du Hodna de l’autre.</p>
+
+<p>Un autre exemple fera peut être saisir mieux encore la pensée.
+Il est indéniable que par-dessus le plateau de Médéa, la vallée de
+la Soummam prolonge en direction le Chéliff. Mais quoi&nbsp;:
+accordera-t-on qu’on puisse, sous ce prétexte, les mettre dans une
+même catégorie&nbsp;? Tout les oppose. La Soummam est couverte
+d’une immense épaisseur de dépôts continentaux qui remontent à
+l’oligocène.<span class="pagenum" id="Page_147">[147]</span> Les
+humanités contrastent entre elles comme les pays. La Soummam est
+kabyle. Le Chéliff participe déjà de la vie des steppes.
+Orléansville et Bougie sont des mondes différents. Le long de la
+ligne Chéliff, plateau de Médéa, Soummam, aucune route n’a jamais
+passé à travers toute la série des siècles. A insister sur le lien
+de direction qui unit ces deux vallées ne risque-t-on pas de voiler
+leur dissemblance essentielle&nbsp;?</p>
+
+<p>Ces exemples concrets suffisent peut-être à faire ressortir les
+dangers de la méthode.</p>
+
+<p>Pour éclairer la question avec une comparaison, rappelons que,
+dans nos Alpes françaises, auxquelles nous ramènent nos habitudes
+d’esprit, quelle que soit l’importance des vallées transversales,
+ce sont peut-être les accidents longitudinaux qui attirent
+l’attention davantage. A tout le moins ce système de vallées
+longitudinales (Durance, Buech, Drac, Isère), qui court
+parallèlement au Rhône à travers toute la chaîne, et qui
+l’articule, séparant deux mondes, les Préalpes calcaires et les
+Alpes proprement dites, avec leurs noyaux archéens. Instinctivement
+nous cherchons l’équivalent dans l’Atlas algérien et nous ne le
+trouvons pas.</p>
+
+<p>Les Alpes et l’Atlas appartiennent au même système de chaînes
+périméditerranéennes. Mais elles semblent avoir chacune son
+originalité.</p>
+
+<p>Cet empilement de nappes qui joue un si grand rôle dans les
+Alpes paraît en jouer un beaucoup plus humble dans l’Atlas, sous
+réserves de démonstrations qui n’ont pas encore été
+convaincantes.</p>
+
+<p>Il ne semble pas que rien dans les Alpes rappelle cette
+juxtaposition en cases de damier de compartiments d’âge, de
+structure et de modèle différents, les uns pyrénéens par exemple et
+les autres alpins. L’histoire de l’Atlas, telle qu’on l’entrevoit
+dans les cartes paléogéographiques, est une histoire d’écroulements
+partiels au fond de la mer, et de reconstitutions, de refontes, de
+résurrections par grands lambeaux. On a déjà vu, on verra encore
+dans les chapitres suivants que l’Atlas est plein de retouches, de
+disparates et de raccords. Mais les Alpes, au contraire, comme
+l’Atlas saharien, ont bien l’air d’avoir été bâties d’un seul jet,
+sur un plan général simple.</p>
+
+<p>Quoi qu’il en soit, le temps pourra venir, après beaucoup de
+monographies nouvelles, où il sera possible d’esquisser le dessin
+général du plissement tellien. Mais on s’imagine que ce temps
+est<span class="pagenum" id="Page_148">[148]</span> encore éloigné.
+On ne se croit pas en tout cas de taille à entreprendre une
+pareille tâche.</p>
+
+<p>Faut-il donc renoncer à toute description de l’Atlas
+tellien&nbsp;? On pense au contraire qu’il est possible d’obtenir
+des résultats intéressants avec une autre méthode que l’analyse et
+l’énumération bout à bout des plissements longitudinaux. On veut
+attirer l’attention sur les grandes divisions transversales. Par
+cette méthode on ne désespère pas de débrouiller un peu le chaos,
+en serrant d’assez près la réalité.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl4c3">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_150"></a><a href="#FNanchor_150"><span class=
+"label">[150]</span></a><a href="#entbib22">N<sup>o</sup>
+22</a>.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_149">[149]</span><a id=
+"l5"></a>LIVRE V</h2>
+
+<p class="sch1">LES TRANSVERSALES DU TELL</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<h3 class="nopb"><a id="l5c1"></a>CHAPITRE I</h3>
+
+<p class="sch2">DE PART ET D’AUTRE DE MÉDÉA</p>
+
+<p>On a longuement parlé déjà du grand accident nord-sud qui se
+suit depuis le Hoggar, par Laghouat jusqu’au plateau de Médéa,
+coupant l’Atlas algérien à peu près en son milieu, transversalement
+à l’orientation générale de la chaîne. C’est cet accident qu’on a
+appelé la grande dorsale Laghouat-Médéa.</p>
+
+<p>On a longuement insisté sur ce chapelet de capitales actuelles
+ou défuntes, de forteresses et de marchés, qui jalonnent le passage
+de cette dorsale à travers le Tell, Achir, Cherchell, Alger,
+Miliana, Médéa (<a href="#i05">fig. 5</a>).</p>
+
+<p>On a dit en gros que cette dorsale et ce chapelet séparaient
+deux Tells très contrastés l’oriental et l’occidental.</p>
+
+<p>Il est universellement admis en effet que le Tell se divise
+transversalement en deux parties à l’est et à l’ouest d’Alger.
+Cette grande division est si naturelle qu’elle se reflète dans les
+réseaux de chemin de fer. L’Algérie essentiellement a deux grands
+réseaux, le P.-L.-M. qui dessert Alger-Oran, l’Est-État (ancien
+Est-Algérien) qui dessert Alger-Constantine. Ces deux grandes
+branches se raccordent exactement à Alger. Le guide Joanne en
+conséquence a été publié en deux sections distinctes, brochées à
+part, et séparables à la rigueur malgré leur reliure commune,
+Algérie occidentale et Algérie orientale. L’idée est familière à
+tout le monde. Le classement administratif en trois départements ne
+fait pas<span class="pagenum" id="Page_150">[150]</span> oublier la
+distinction touristique et économique entre les deux grandes
+régions.</p>
+
+<p>La série des cartes paléogéographiques nous a permis de
+constater combien cette distinction remonte loin dans le passé
+(<a href="#i09">fig. 9,</a> <a href="#i10">10,</a> <a href=
+"#i11">11</a>).</p>
+
+<p>Dès l’oligocène, mais surtout à partir du miocène, le Tell
+oriental et l’occidental accusent, par rapport au bras de mer
+algérien des tendances inverses, l’un à l’émersion et l’autre à
+l’immersion. De part et d’autre de la grande dorsale, les deux
+Tells ont été deux compartiments distincts dont l’un s’est effondré
+par rapport à l’autre, ou l’autre exhaussé par rapport à l’un, ce
+qui revient naturellement au même.</p>
+
+<p>Ces mouvements inverses ont des conséquences considérables qu’il
+faut souligner. On les énumérera d’abord dans le Tell oriental.</p>
+
+<p><em>Tell oriental.</em> — La plupart des coulisses de l’Atlas
+tellien que nous avons déjà étudiées se trouvent appartenir au Tell
+oriental. La sierra des Kabylies, comme d’ailleurs les massifs
+anciens kabyles, la chaîne des Biban, la sierra du Hodna. Il suffit
+donc de résumer ce qui a déjà été dit.</p>
+
+<p>A l’exception unique de cette dernière chaîne, la sierra du
+Hodna, le Tell oriental est un faisceau de plis pyrénéens, encore
+reconnaissables, au front duquel des lambeaux importants de
+Tyrrhénide sont restés accolés.</p>
+
+<p>La plus grande partie du Tell oriental est émergée depuis le
+début de l’oligocène&nbsp;; elle l’est restée sans
+interruption&nbsp;; un climat désertique ou steppien y a favorisé
+la persistance de bassins fermés pendant la plus grande partie de
+cette longue durée. Aussi est elle encroûtée de dépôts continentaux
+sur d’immenses espaces.</p>
+
+<p>On connaît déjà le développement des dépôts de ruissellement
+oligocènes autour des Biban (<a href="#i30">fig. 30</a>). Au sud
+des Biban, bien entendu, sur l’emplacement de la chaîne du Hodna,
+les poudingues oligocènes ont été pour une bonne part enfouis au
+fond du bras de mer cartennien, recouverts de sédiments marins,
+emballés avec eux dans le plissement et la surrection de la chaîne.
+Au nord en revanche, dans la plaine des Béni-Sliman, dans la vallée
+du Sahel et de la Soummam jusqu’à Bougie, le bloc des dépôts
+continentaux n’a pas été trop dérangé&nbsp;: il est encore là
+puissant, continu et massif, largement étalé entre la chaîne des
+Biban et le Djurdjura, comme un coup d’œil sur la carte géologique
+au 80<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> permet de le
+constater. Notez que l’âge oligocène (aquitanien) de ces
+dépôts<span class="pagenum" id="Page_151">[151]</span> vient d’être
+affirmé de nouveau par Savornin avec des preuves à l’appui qui
+semblent décisives<a id="FNanchor_151"></a><a href="#Footnote_151"
+class="fnanchor">[151]</a>.</p>
+
+<p>La même carte géologique au 80<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> accuse une autre tache
+extrêmement étendue d’oligocène en plein Tell oriental, dans la
+cuvette de Mila, entre les monts de Constantine et la chaîne de
+Numidie. Ici on sait déjà qu’il faut réduire la part de l’oligocène
+au bénéfice du pontien. Mais ce sont des dépôts continentaux,
+qu’ils soient d’âge oligocène, pontien, ou pliocène.</p>
+
+<p>Le grand public ne sait pas que le Tell oriental est encroûté de
+dépôts continentaux&nbsp;; il ne sait pas non plus que ses chaînes
+sont le plus souvent contemporaines des Pyrénées et non pas des
+Alpes. Il fait pourtant très bien la différence avec le Tell
+occidental. L’opinion commune se résume en un membre de
+phrase&nbsp;: à l’est d’Alger le Tell est bien plus pittoresque
+qu’à l’ouest&nbsp;; l’Algérie des Kabylies et de Constantine est
+par excellence le pays du tourisme.</p>
+
+<p>Si on analyse cette opinion commune voici à peu près ce qu’on
+trouve. Le Tell oriental est beaucoup plus élevé que l’occidental,
+non pas tant par l’altitude de quelques-uns de ses sommets. Il est
+vrai que ceux du Djurdjura n’ont pas de rivaux à l’ouest, mais ils
+n’en n’ont pas non plus dans le reste du Tell oriental. Le
+Djurdjura mis à part, où l’altitude atteint <span class=
+"numletsp">2</span>300 mètres, les plus hauts sommets du Tell tout
+entier restent au-dessous de <span class="numletsp">2</span>000 et
+même <span class="numletsp">1</span>900 mètres (Ouarsenis et Zaccar
+dans l’ouest, Dira, Choukchott, Mansoura dans l’est).</p>
+
+<p>Ce par quoi le Tell oriental l’emporte de beaucoup sur l’autre
+c’est son altitude moyenne. Elle est à peu près double.</p>
+
+<p>Les Kabylies sont des massifs archéens, la chaîne des Biban est
+très usée, proche de la pénéplaine. Le Tell oriental, dont elles
+sont des parties, participe de leurs caractères, ce n’est pas un
+faisceau de sierras pitonnantes&nbsp;; c’est un massif, jusqu’au
+bord de mer où il s’abaisse d’un coup. Ses beautés naturelles
+célèbres, le Djurdjura mis à part encore une fois, sont des gorges
+profondément entaillées, celles des Biban, celles de Kerrata (route
+de Sétif à Bougie), ou bien de magnifiques côtes abruptes (Bougie,
+route de Bougie à Djidjelli, voisinage de Philippeville et de
+Bône). Le pèlerinage de touristes le plus fréquenté de la région,
+la ville même de Constantine, la ville aérienne où «&nbsp;ce sont
+les hommes qui fientent sur les corbeaux&nbsp;», est un bout de
+plateau découpé par le Rummel&nbsp;;<span class="pagenum" id=
+"Page_152">[152]</span> et ces fameuses gorges du Rummel, si
+souvent reproduites, sont un chapelet d’avens en train d’évoluer
+vers le cañon.</p>
+
+<p>On retrouve partout ces mêmes caractères&nbsp;: un massif dont
+le relief déjà usé a été rajeuni par une érosion active,
+conséquence d’un abaissement récent et considérable du niveau de
+base.</p>
+
+<p>Notez que cette puissante altitude massive a un lien évident
+avec la pluviosité, et par conséquent avec le manteau des
+forêts.</p>
+
+<p>Tout cela s’accorde exactement avec la donnée essentielle du
+problème. Le Tell oriental est un vieux compartiment de l’Atlas
+algérien anciennement exondé, et surhaussé.</p>
+
+<p>Le Tell occidental est assez exactement l’inverse.</p>
+
+<p><em>Tell occidental.</em> — On sait déjà, et on vérifiera d’un
+coup d’œil jeté sur les plus récentes des cartes
+paléogéographiques, que le Tell occidental est la seule partie de
+l’Algérie, où toutes les mers du tertiaire supérieur, depuis le
+cartennien jusqu’au pliocène inclus, aient séjourné sur de grandes
+étendues (<a href="#i10">fig. 10</a> et <a href="#i11">11</a>).</p>
+
+<p>Des dépôts tertiaires continentaux comme ceux du Tell oriental,
+se retrouvent aussi dans le Tell occidental, mais à titre de traces
+théoriquement intéressantes<a id="FNanchor_152"></a><a href=
+"#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>. Ce qu’on a presque
+partout sous les pieds, sur des superficies immenses, c’est tout au
+contraire des dépôts marins de ces mêmes étages tertiaires qui ne
+sont représentés à l’est que par des dépôts continentaux.</p>
+
+<p>Et par exemple au même étage miocène supérieur les géologues ont
+donné le nom de pontien lorsqu’il est représenté par des dépôts
+continentaux, et de sahélien lorsque les dépôts sont marins. Le nom
+de pontien vient des plaines avoisinant la mer Noire
+(Pont-Euxin)&nbsp;; celui de sahélien vient des Sahels d’Alger et
+d’Oran.</p>
+
+<p>Tandis que l’Algérie occidentale est sahélienne, l’orientale est
+pontienne.</p>
+
+<p>On entend bien ce que cela implique. L’exondation de l’Algérie
+occidentale hors des mers sahélienne, cartennienne, helvétienne, et
+pliocène s’est accompagnée de plissements contemporains des
+plissements alpins. Peut-être faudrait-il les qualifier de
+post-alpins&nbsp;? Nous voilà loin de l’Algérie orientale avec ses
+plis pyrénéens.</p>
+
+<p>On entend bien qu’en Algérie orientale des plis d’âge pyrénéen
+sont bien loin d’être inconnus. L’Ouarsenis ressort déjà très
+nettement en presqu’île sur la carte du bras de mer suessonien
+(<a href="#i08">fig. 8</a>). Le bras de mer cartennien apparaît
+semé d’îles qui correspondent<span class="pagenum" id=
+"Page_153">[153]</span> à l’Ouarsenis, au Zaccar, aux Béni-Chougran
+(nord de Mascara), au Tessala (nord de Sidi-bel-Abbès), aux Traras
+(sud de Nemours) (<a href="#i10">fig. 10</a>). Les noyaux anciens
+des Sahels d’Oran et d’Arzew émergent aussi de la mer cartenniene.
+Ces îles ou presqu’îles ont échappé à l’immersion pendant toute la
+durée du miocène et du pliocène.</p>
+
+<p>Elles n’ont pas été recouvertes par la mer Helvétienne (miocène
+moyen), qui est, en Algérie occidentale, transgressive&nbsp;; la
+plus étendue de toutes les mers miocènes<a id=
+"FNanchor_153"></a><a href="#Footnote_153" class=
+"fnanchor">[153]</a>.</p>
+
+<p>Dans les noyaux anciens des Sahels oranais des schistes avec
+traces charbonneuses ont été identifiés par M. Dalloni avec le
+houiller du Djurdjura et de la chaîne numidique, et il se présente
+ici comme là dans les mêmes relations avec les calcaires
+liasiques<a id="FNanchor_154"></a><a href="#Footnote_154" class=
+"fnanchor">[154]</a>. Que les Pyrénées du Tell oriental se
+retrouvent dans l’occidental ce n’est certes pas niable&nbsp;;
+seulement elles n’y sont plus représentées aujourd’hui que par des
+fragments discontinus, enchâssés dans des plissements alpins. Tout
+le reste de l’édifice pyrénéen s’est abîmé au fond de la mer
+miocène et pliocène, mer profonde, géosynclinal instable. Il y a
+été remanié, refondu, réédifié à neuf.</p>
+
+<p>On ne doute pas d’autre part que le Tell tout entier, l’oriental
+aussi bien que l’occidental, n’ait subi intégralement, avec une
+égale intensité, la violente poussée d’âge alpin. Mais si mal
+connus que soient, dans les profondeurs de l’écorce terrestre, les
+effets des poussées orogéniques, il est bien clair que les effets
+ne peuvent pas être les mêmes sur une masse continentale et sur le
+fond d’une mer profonde.</p>
+
+<p>En somme, ces deux compartiments du Tell ont eu depuis le
+miocène une histoire géologique différente&nbsp;; ce grand fait,
+tout à fait certain, suffit à rendre un compte général de leur
+originalité.</p>
+
+<p>Il reste à montrer dans le détail en quoi elle consiste.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl5c1">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_151"></a><a href="#FNanchor_151"><span class=
+"label">[151]</span></a><a href="#entbib115">N<sup>o</sup> 115</a>,
+p. 330.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_152"></a><a href="#FNanchor_152"><span class=
+"label">[152]</span></a><a href="#entbib31">N<sup>o</sup>
+31</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_153"></a><a href="#FNanchor_153"><span class=
+"label">[153]</span></a><a href="#entbib30">N<sup>o</sup>
+30</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_154"></a><a href="#FNanchor_154"><span class=
+"label">[154]</span></a><a href="#entbib31a">N<sup>os</sup> 31
+A</a> et <a href="#entbib31b">31 B</a>.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_154">[154]</span><a id=
+"l5c2"></a>CHAPITRE II</h3>
+
+<p class="sch2">LA MITIDJA</p>
+
+<p>Un coup d’œil sur la carte montre que l’Atlas tellien occidental
+est articulé par le chapelet des plaines sublittorales, Mitidja,
+Chéliff, plaines oranaises. Ce trait si particulier est la
+caractéristique essentielle.</p>
+
+<p>Pour en rendre compte on analysera d’abord la Mitidja. C’est
+qu’elle est aux portes d’Alger, elle a été beaucoup mieux étudiée,
+il est plus aisé de la voir nettement (<a href="#i32">fig.
+32</a>).</p>
+
+<p>Il faut rappeler que c’est une plaine d’alluvions récentes et
+quaternaires, séparée de la mer toute voisine par une ligne de
+collines, qu’on appelle le Sahel. La Mitidja est encadrée entre le
+Sahel d’Alger et l’Atlas de Blidah.</p>
+
+<p>Concernant leurs relations mutuelles un certain nombre de faits
+très curieux sont parfaitement établis.</p>
+
+<p>Et d’abord ces alluvions quaternaires de la Mitidja, des
+sondages dirigés par l’ingénieur Ville, alors directeur de la carte
+géologique, en ont établi la puissance qui est d’environ 200
+mètres<a id="FNanchor_155"></a><a href="#Footnote_155" class=
+"fnanchor">[155]</a>.</p>
+
+<p>Elle est certainement étonnante. Le creux de la Mitidja masqué,
+remblayé sur une épaisseur pareille par les alluvions, est donc
+bien plus important qu’on ne l’aurait supposé. Cela rend plus
+surprenant un autre fait authentiquement établi.</p>
+
+<p>En maint endroit du Sahel les géologues ont relevé l’existence
+d’alluvions anciennes, très caillouteuses, dont les éléments, les
+graviers, sont venus de l’Atlas. Ces cailloutis juchés sur le dos
+du Sahel, sont aujourd’hui séparés de l’Atlas, leur lieu d’origine,
+par le large fossé de la Mitidja, au sujet duquel il faut donc
+conclure qu’il s’est creusé récemment, postérieurement au dépôt du
+cailloutis. Or ce cailloutis est parfaitement daté. La carte
+géologique lui affecte l’indice P<sup>1</sup> <em>a</em>, et le
+classe dans le pliocène supérieur<a id="FNanchor_156"></a><a href=
+"#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_155">[155]</span>Le général de
+Lamothe pense que le «&nbsp;transport en a commencé très
+probablement avec la fin du pliocène ancien<a id=
+"FNanchor_157"></a><a href="#Footnote_157" class=
+"fnanchor">[157]</a>&nbsp;».</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i32"><a href="images/i32.jpg"><img src='images/i32.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 32. — Le Sahel et la baie d’Alger.</p>
+
+<p class="cp3">(Carton découpé dans le 20<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> du <em>Service
+géographique</em>.)</p>
+
+<p class="cp2 space-above">La figure doit servir d’illustration à
+deux chapitres du livre V, les chapitres <span class=
+"sc2">II</span> et <span class="sc2">VI</span>.</p>
+
+<p class="cp2">Sahel d’Alger (chap. <span class="sc2">II</span>). —
+Le Sahel d’Alger, sur de grandes étendues est couvert d’un
+cailloutis que les géologues ont appelé formation d’Ouled-Fayet,
+parce qu’elle est mieux représentée qu’ailleurs au village de ce
+nom. Cette formation est composée de cailloux roulés empruntés aux
+roches de l’Atlas, et elle repose sur le pliocène marin. —
+Aujourd’hui le Sahel est séparé de l’Atlas par le fossé large et
+profond de la Mitidja. — A une époque aussi rapprochée de nous que
+la fin du pliocène il faut admettre que la Mitidja n’existait pas,
+puisque les torrents de l’Atlas roulaient leurs galets jusqu’à
+Ouled-Fayet. Le cours inférieur de l’oued Mazafran, encaissé de 200
+mètres dans les gorges de Koléa porte le même témoignage. Cette
+vallée antécédente n’a pu être dessinée qu’à une époque antérieure
+à l’existence de la Mitidja.</p>
+
+<p class="cp2">Baie d’Alger (chap. <span class="sc2">VI</span>). —
+Baie en faucille du type courant sur toute la côte. Le cap Matifou,
+le Bouzaréa, le pointe extrême de Sidi-Ferruch sont trois
+pointements de schistes cristallins (lambeaux de la
+Tyrrhénide)&nbsp;? Le dessin actuel de la côte est apparenté aux
+courbes bathymétriques par sa simplicité. Quoiqu’il y ait des
+dépôts d’atterrissements dans les coins abrités (dunes de
+Fort-de-l’eau, tombolo de Sidi-Ferruch), l’allure des courbes
+bathymétriques entre les cornes du croissant atteste la morsure
+progressive de la mer.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Ces cailloutis, ruisselés de l’Atlas, sont abondants surtout
+au-dessus de la trappe de Staouéli, auprès des villages
+d’Ouled-Fayet et de Saint-Ferdinand (<a href="#i32">fig. 32</a>).
+Ils y constituent une nappe alluvionnaire importante presque d’un
+seul tenant. On peut imaginer que là se trouvait l’embouchure dans
+la mer d’un oued pliocène, l’oued de Saint-Ferdinand si l’on veut,
+qui descendait de l’Atlas par une pente alors continue. Cette pente
+a été détruite par des<span class="pagenum" id=
+"Page_156">[156]</span> mouvements orogéniques, ayant effondré la
+Mitidja. Et ces bouleversements sont donc survenus à la fin du
+pliocène, voire au début du quaternaire.</p>
+
+<p>Ce sont là des données dont nous sommes redevables aux
+géologues. Voici dans le même ordre d’idées un fait géographique,
+un détail de modelé, sur lequel l’attention n’a pas été
+attirée.</p>
+
+<p><em>L’oued Mazafran.</em> — La Mitidja (<a href="#i32">fig.
+32</a>) qui est une cuvette synclinale allongée entre l’Atlas et le
+Sahel, n’est pas drainée dans le sens de sa longueur. Les points
+les plus bas de la plaine sont au nord au pied du Sahel. Il serait
+naturel que cette dépression fût suivie d’un bout à l’autre par une
+rivière maîtresse. Il n’en est rien, la dépression au pied du Sahel
+est justement la partie de la plaine qui est la plus mal drainée.
+On y trouve un chapelet de marécages, qui ne sont pas reliés entre
+eux. Le grand pli, constitué par le groupe Atlas-Mitidja-Sahel, est
+coupé transversalement par des vallées indépendantes les unes des
+autres, celles des oueds Chiffa, Harrach, Hamiz. Ces oueds
+jaillissent de l’Atlas, et, la Mitidja franchie, il percent, pour
+arriver à la mer l’obstacle du Sahel, sans hésitation, presque sans
+infléchissement, dédaigneux de la voie naturelle et facile que leur
+offrirait la dépression marécageuse.</p>
+
+<p>Le plus surprenant de ces trois oueds est la Chiffa, qui porte
+en arrivant à la mer le nom de Mazafran.</p>
+
+<p>Les collines du Sahel au point où le Mazafran les franchit, à
+côté de Koléa, sont un obstacle très sérieux. La rivière a dû s’y
+creuser des gorges à pic où elle s’est encaissée d’environ 200
+mètres&nbsp;; et ces gorges, <em>nota bene</em>, dessinent des
+méandres (<a href="#i32">fig. 32</a>).</p>
+
+<p>Les rivières de ce type, qui semblent avoir préféré une rude
+tâche perforatrice à travers le roc à un chemin facile et tout
+ouvert, on les a parfois appelées héroïques. Dans les traités de
+géographie physique elles sont classées plus précisément sous la
+dénomination de rivières «&nbsp;antécédentes&nbsp;», car elles sont
+fréquentes, étudiées et connues<a id="FNanchor_158"></a><a href=
+"#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>. Elles avaient dessiné
+leur tracé, méandres compris, à une époque où l’obstacle montagneux
+n’avait pas encore surgi. Elles ont pu conserver leur orientation
+et leur direction à travers la région soulevée.</p>
+
+<p>Les méandres encaissés du Mazafran nous reportent donc à une
+époque où la Mitidja ne s’était pas encore creusée entre le Sahel
+et l’Atlas.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_157">[157]</span>Or le Sahel de
+Koléa c’est du pliocène marin&nbsp;; c’est dans des grès pliocènes,
+bien datés par leurs fossiles, que les gorges du Mazafran sont
+creusées.</p>
+
+<p>Le modelé des vallées, comme les données géologiques, tout porte
+donc le même témoignage&nbsp;: à une époque aussi rapprochée de
+nous que le pliocène supérieur et le quaternaire des mouvements
+orogéniques importants ont donné naissance à la Mitidja et au Sahel
+d’Alger.</p>
+
+<p>Les formes actuelles du terrain sont d’une jeunesse extrême,
+elles sont d’hier, on pourrait presque dire d’aujourd’hui.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl5c2">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_155"></a><a href="#FNanchor_155"><span class=
+"label">[155]</span></a><a href="#entbib122">N<sup>o</sup>
+122</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_156"></a><a href="#FNanchor_156"><span class=
+"label">[156]</span></a><a href="#entbib7">N<sup>o</sup> 7</a>,
+feuille Alger <em>bis</em>. P<sup>1</sup> <em>a</em>, dépôt
+caillouteux des Ouled-Fayet.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_157"></a><a href="#FNanchor_157"><span class=
+"label">[157]</span></a><a href="#entbib79">N<sup>os</sup> 79</a>
+et <a href="#entbib80">80</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_158"></a><a href="#FNanchor_158"><span class=
+"label">[158]</span></a>Par exemple, <a href=
+"#entbib82">n<sup>o</sup> 82</a>, p. 564.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_158">[158]</span><a id=
+"l5c3"></a>CHAPITRE III</h3>
+
+<p class="sch2">LES PLAINES ORANAISES</p>
+
+<p>Si nous jetons maintenant un coup d’œil sur les plaines
+oranaises, à l’extrémité opposée du chapelet des plaines
+sublittorales, nous y observerons un groupe de faits précis qui
+conduisent à des conclusions identiques (<a href="#i29">fig.
+29</a>).</p>
+
+<p>C’est là, en particulier dans la plaine de la Macta, que les
+mers miocène et pliocène atteignaient leur maximum de largeur et de
+profondeur. Et c’est là que les plis alpins ou post-alpins ont
+atteint leur maximum de puissance.</p>
+
+<p>Voici un détail qui le fait ressortir.</p>
+
+<p>Cherb-er-Riah (le mont Ventoux, littéralement la lèvre du vent),
+c’est le nom que porte le point culminant de l’Atlas au-dessus de
+Mascara, par 910 mètres d’altitude&nbsp;; or Cherb-er-Riah est
+constitué par du pliocène marin. Nulle part ailleurs en Algérie on
+ne le trouve à de pareilles altitudes et à une telle distance de la
+côte, 50 kilomètres à vol d’oiseau. Auprès d’Alger, par exemple, où
+ce même pliocène marin tient une place importante, les lambeaux les
+plus éloignés, auprès de Rivet, sont à une douzaine de kilomètres
+du rivage, et les plus élevés, dans le Sahel, ne dépassent guère la
+cote 250. Sur la limite de la plaine oranaise et de l’Atlas, entre
+Perrégaux et Saint-Denis-du-Sig, c’est-à-dire au cœur même de la
+région qui nous intéresse, non seulement le pliocène ancien marin,
+mais même le pliocène récent continental se présentent redressés
+verticalement<a id="FNanchor_159"></a><a href="#Footnote_159"
+class="fnanchor">[159]</a>. En somme, dans ce coin de l’Algérie,
+depuis la fin du pliocène, une dénivellation d’un millier de
+mètres, et la surrection du fond de la Méditerranée d’une coulisse
+de l’Atlas sont des phénomènes parfaitement et anciennement établis
+du consensus universel des géologues. Les phénomènes observés sont
+les mêmes que dans la Mitidja, ils sont affectés simplement
+d’un<span class="pagenum" id="Page_159">[159]</span> coefficient
+plus élevé, parce que nous sommes ici dans la partie la plus large,
+la plus profonde et la plus instable du même géosynclinal
+occidental néogène.</p>
+
+<p>Voilà qui pourrait déjà suffire, sans qu’il soit nécessaire
+d’ajouter quoi que ce soit. Mais il faut montrer comment cette
+jeunesse de la plaine a sa répercussion sur son hydrographie et son
+modelé.</p>
+
+<p><em>Hydrographie de la plaine.</em> — Qu’on jette un coup d’œil
+sur la carte des plaines sublittorales à l’ouest du Chéliff. Elle
+est très curieuse par l’inexistence du drainage (<a href=
+"#i29">fig. 29</a>).</p>
+
+<p>Les deux seuls grands oueds que l’Atlas déverse dans la plaine
+sont le Sig et l’Habra (dont la réunion constitue la Macta).</p>
+
+<p>L’un sort des montagnes à Saint-Denis, l’autre à
+Perrégaux&nbsp;; à partir de là, dès qu’ils s’engagent dans la
+plaine ils n’ont plus de lit, ils se perdent et s’étalent dans une
+zone d’épandage. On les voit se prolonger sur la carte par des
+«&nbsp;endiguements&nbsp;» rectilignes, dont l’allure géométrique
+et le nom montrent l’origine humaine et artificielle. Cette zone
+d’épandage, commune au Sig et à l’Habra, dans sa partie la plus
+creuse, s’appelle marais de la Macta. C’est au delà seulement, vers
+le pont de la Macta, à <span class="numletsp">1</span>500 mètres de
+la mer, qu’un lit fluvial s’individualise de nouveau à travers
+l’obstacle des dunes côtières.</p>
+
+<p>La rupture du barrage des Cheurfa, en 1885, a suffi pour
+substituer aux anciens endiguements un lit nouveau tout à fait
+aberrant, qui a donc exactement vingt-cinq ans d’existence<a id=
+"FNanchor_160"></a><a href="#Footnote_160" class=
+"fnanchor">[160]</a>.</p>
+
+<p>La totalité des plaines oranaises est à ce régime-là.</p>
+
+<p>Depuis l’embouchure du Chéliff jusqu’à celle du Rio Salado, qui
+coule à l’extrémité occidentale des plaines et qui leur est déjà
+étranger, sur une distance totale d’environ 150 kilomètres, il en
+est partout de même. Aucune rivière n’arrive à traverser la plaine
+dans un lit nettement individualisé.</p>
+
+<p>Toutes, le Tlélat par exemple, l’oued el-Tine, finissent dans
+des zones d’épandage.</p>
+
+<p>Entre les marais de l’oued el-Tine, qui est à l’est de Relizane,
+et la sebkha d’Oran, qui est à l’ouest de la ville, on rencontre
+d’innombrables cuvettes sans écoulement, où l’eau s’étale en hiver,
+et disparaît en été plus ou moins complètement. On les appelle
+<em>sebkhas</em> lorsque l’eau est salée, <em>dayas</em>
+lorsqu’elle est douce (Dayat Oum-Rebiaz, où se jette le
+Tlélat&nbsp;; Dayat-Morselli,<span class="pagenum" id=
+"Page_160">[160]</span> aux portes d’Oran<a id=
+"FNanchor_161"></a><a href="#Footnote_161" class=
+"fnanchor">[161]</a>. Les dimensions varient extrêmement, depuis
+des mares anonymes et insignifiantes, jusqu’à la sebkha d’Oran, qui
+a 40 kilomètres le long de son grand axe. Les modalités varient
+aussi. Entre les types nettement tranchés il y a des nuances de
+transition&nbsp;: marais, marigots qui font anévrisme le long d’un
+oued (l’oued el-Tine, par exemple)&nbsp;; étendues non délimitées,
+sur lesquelles le cartographe écrit des mentions vagues, dans le
+genre de celle-ci&nbsp;: «&nbsp;partie inondée en hiver&nbsp;;
+terrains impraticables après les pluies<a id=
+"FNanchor_162"></a><a href="#Footnote_162" class=
+"fnanchor">[162]</a>&nbsp;».</p>
+
+<p>On retrouve bien dans les autres plaines sublittorales une
+tendance à semblable régime hydrographique. La vallée du Chéliff a
+la sebkha de Bou-Zian, celle de Clinchant. La Mitidja, son chapelet
+de marais, parmi lesquels le lac Halloula, voisin du tombeau de la
+Chrétienne, a une sorte de célébrité littéraire<a id=
+"FNanchor_163"></a><a href="#Footnote_163" class=
+"fnanchor">[163]</a>. Mais après tout dans la vallée du Chéliff et
+la Mitidja le drainage naturel est à peu près organisé. Il n’est
+même pas ébauché dans toute l’étendue de ces grandes plaines
+oranaises. Et je crois bien que cela leur fait une originalité.</p>
+
+<p>Sur cette originalité l’attention, que je sache, n’a jamais été
+attirée<a id="FNanchor_164"></a><a href="#Footnote_164" class=
+"fnanchor">[164]</a>. Il me semble qu’on voit assez bien pourquoi.
+Le régime des bassins fermés n’a rien d’extraordinaire en Algérie,
+il est normal sur les Hauts Plateaux. Pour dénommer les cuvettes
+sans écoulement de l’Oranie, les indigènes n’ont eu qu’à emprunter
+les mots familiers de Sebkha et de Daya à l’onomastique des
+steppes. L’Oranie, il est vrai, ne fait pas partie de la
+steppe&nbsp;; elle est bien certainement englobée dans le Tell
+agricole. Pourtant elle en est la partie la plus sèche. Les
+moyennes annuelles de pluies ne laissent pas de doute là-dessus,
+non plus que l’aspect du pays&nbsp;: sur le plateau de Mostaganem
+il existe de véritables petites dunes continentales&nbsp;: des
+plantes steppiennes comme l’halfa descendent ici jusqu’au voisinage
+de la mer. L’existence de sebkhas et de dayas a donc pu paraître un
+autre stigmate désertique, ne réclamant point d’explication
+particulière.</p>
+
+<p>Si pourtant on ne veut pas se contenter d’apparences, et
+s’arrêter à une impression superficielle, il faut pousser plus loin
+l’analyse.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_161">[161]</span>Au désert la
+Sebkha d’origine climatique est le point le plus bas d’un bassin
+fermé, où l’eau à bout de course, ne peut disparaître que par
+évaporation, en déposant ses résidus chimiques. Les dayas sont
+d’eau douce, parce que, à défaut d’effluents visibles, elles en ont
+de cachés&nbsp;; elles sont un anévrisme superficiel de la
+circulation souterraine. Au rebours des sebkhas, elles ne sont
+nullement pour les eaux un point d’aboutissement, mais un lieu de
+passage. Apparemment il n’y a pas dans le Tell oranais une seule
+sebkha véritable, d’origine climatique&nbsp;; ces multiples lacs
+salés, alternant avec des lacs d’eau douce, dans la même grande
+plaine d’alluvions, ne peuvent pas être, chacun pour son compte,
+autant de petits bassins fermés&nbsp;; tout cela doit être relié
+souterrainement par des nappes qui ont leur écoulement.</p>
+
+<p>Nous sommes dans un pays où il arrive à l’eau courante aussi
+d’être salée&nbsp;: (Rio Salado, ce qui est la traduction espagnole
+de l’arabe oued el-Melah, si fréquent dans toute l’Algérie). Dans
+le Tell, la salure des eaux est en relation notoire avec les
+affleurements triasiques. Les géologues admettent que, dans la
+plaine oranaise, les sebkhas décèlent en surface la présence de
+pointements triasiques à une profondeur plus ou moins faible.</p>
+
+<p>Le trias algérien, abondant en sel, en gypse, en substances
+solubles, est souvent caverneux, d’une richesse extraordinaire en
+avens, un terrain de choix pour la circulation souterraine. Sur les
+cartes détaillées au 5<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> de la région oranaise, on voit,
+en effet, des cuvettes brusques et profondes, qui ont tout à fait
+l’allure d’avens obstrués&nbsp;: sur la feuille 153 (Oran), par
+exemple, au nord-est d’Arcole, un trou brusque, vaguement
+circulaire, à bords déchiquetés, de 1 kilomètre de diamètre,
+profond de 50 mètres, et au fond duquel, sur des alluvions, se
+trouve installée une ferme. Sur la même carte aux portes d’Oran, la
+dayat Morselli, ou «&nbsp;petit lac&nbsp;», paraît bien avoir le
+même caractère&nbsp;; elle est encaissée au fond d’un trou bien
+net.</p>
+
+<p>Dans toute la région on peut admettre que la présence d’un
+sous-sol triasique, soluble, caverneux et instable, a pour
+conséquence, non seulement la salure des eaux, mais encore l’allure
+générale de l’hydrographie superficielle. Malgré la différence des
+terrains il y aurait quelque analogie entre cette hydrographie et
+celle dont le karst illyrien a fourni le type classique.</p>
+
+<p>Cette explication est celle des géologues, encore bien qu’aucun
+d’eux, je crois, ne l’ait formulée nulle part&nbsp;; mais elle se
+devine<span class="pagenum" id="Page_162">[162]</span> aisément à
+la lecture de leurs cartes, et ils la développent volontiers en
+conversation. En tout état de cause, elle conservera sa valeur, au
+moins partiellement&nbsp;; mais elle me paraît insuffisante.</p>
+
+<p>Les plaines oranaises sont, par l’intermédiaire de la plaine du
+Chéliff un prolongement de la Mitidja, c’est le même ensemble des
+plaines sublittorales de l’Algérie occidentale. Nous savons par les
+géologues qu’il est édifié tout entier sur le même plan. Entre la
+Mitidja et les plaines oranaises la différence est dans le degré
+d’intensité, mais l’âge du plissement est le même, étonnamment
+récent. Qu’à une surrection toute récente hors des eaux de la mer
+corresponde une hydrographie indécise, et que cette indécision soit
+plus marquée justement là où le bloc exondé est de superficie plus
+importante, quoi de plus naturel. L’hydrographie est inachevée
+parce qu’elle est jeune, les rivières n’ont pas eu le temps de
+s’individualiser.</p>
+
+<p>Ces plaines oranaises, parsemées de sebkhas et de dayas,
+s’expliquent par une convergence de causes diverses. Comme tous les
+phénomènes naturels celui-ci est complexe. Il ne faut assurément
+pas oublier la sécheresse du climat. Il faut faire la part du trias
+qui a favorisé la circulation souterraine des eaux. Mais une part
+importante dans l’explication du phénomène, et probablement la part
+la plus considérable, revient à l’extrême jeunesse du régime
+fluvial. En d’autres pays, comme la Finlande ou le Canada, cette
+extrême jeunesse a les mêmes conséquences qu’en Oranie&nbsp;;
+engorgement du réseau, écoulement difficile des eaux stagnantes,
+chapelets et archipels d’étangs et de lacs. Tout cela <em>mutatis
+mutandis</em>, bien entendu, et pourvu qu’on ne perde pas de vue
+les énormes différences de climat et de sol.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl5c3">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_159"></a><a href="#FNanchor_159"><span class=
+"label">[159]</span></a>La carte géologique au 80<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> serait déjà une référence
+suffisante. On a beaucoup utilisé les renseignements oraux de M.
+Ficheur. Voir <a href="#entbib47">n<sup>o</sup> 47</a>, p. 364.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_160"></a><a href="#FNanchor_160"><span class=
+"label">[160]</span></a><a href="#entbib6">N<sup>o</sup> 6</a>,
+feuille Saint-Louis (154).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_161"></a><a href="#FNanchor_161"><span class=
+"label">[161]</span></a>Voir le sens de ces mots dans <a href=
+"#entbib50">n<sup>o</sup> 50</a>, p. 11, pl. V.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_162"></a><a href="#FNanchor_162"><span class=
+"label">[162]</span></a>Par exemple&nbsp;: <a href=
+"#entbib6">N<sup>o</sup> 6</a>, feuille Debrousseville (155).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_163"></a><a href="#FNanchor_163"><span class=
+"label">[163]</span></a><a href="#entbib43">N<sup>o</sup> 43</a>,
+p. 250.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_164"></a><a href="#FNanchor_164"><span class=
+"label">[164]</span></a>Voir cependant <a href="#entbib32b">32
+<em>bis</em></a>, p. 223-231, de Martonne.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_163">[163]</span><a id=
+"l5c4"></a>CHAPITRE IV</h3>
+
+<p class="sch2">LE SIG ET L’HABRA - L’ISSER ET L’OUED SAHEL</p>
+
+<p>On espère avoir fait ressortir déjà, dans les grandes lignes, et
+à propos de cas concrets, le contraste extrêmement marqué entre le
+Tell oriental et le Tell occidental des plaines sublittorales. On
+obtient une notation graphique de ce contraste en analysant les
+cours des principaux oueds et en dessinant les courbes de leurs
+lits.</p>
+
+<p>Dans l’Algérie occidentale on prendra pour types le Sig et
+l’Habra. On les étudiera non plus seulement dans leur embouchure
+commune en plaine oranaise, mais dans l’ensemble de leur cours
+depuis les sources.</p>
+
+<p><em>Sig et Habra.</em> — Cette incertitude du lit, qui est si
+marquée en plaine, on la décèle aussi dans la montagne à l’examen
+attentif de la carte. Elle apparaît, par exemple, dans le cas
+déterminé que voici. En aval des Trembles, le lit actuel du Sig est
+beaucoup plus récent qu’en amont&nbsp;; on voit très bien l’ancien
+lit par Oued-Imbert et Saint-Lucien (<a href="#i29">fig.
+29</a>)&nbsp;; le chemin de fer l’utilise&nbsp;; l’oued Imbert et
+l’oued Tlélat y coulent aujourd’hui dos à dos. Il y a eu là un
+phénomène de capture, signalé depuis longtemps par les
+géologues<a id="FNanchor_165"></a><a href="#Footnote_165" class=
+"fnanchor">[165]</a>. Avant cette capture il est difficile de dire
+où les eaux du Sig allaient rejoindre la mer&nbsp;: il se peut
+qu’elles aient rejoint dès cette époque les marais de la Macta.</p>
+
+<p>Mais il est très possible aussi qu’elles aient pris une
+direction différente, celle de l’oued Tlélat, vers les salines
+d’Arzew ou la sebkha d’Oran. Ainsi la seule inspection de la carte
+fait déjà ressortir que le lit du Sig à travers l’Atlas a
+varié.</p>
+
+<p>Il faut y regarder de plus près. On a dressé des profils
+longitudinaux du Sig et de l’Habra sur les principes qui ont été
+exposés au livre I (<a href="#i33">fig. 33</a> et <a href=
+"#i34">34</a>).</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_164">[164]</span>Le Sig (oued
+Mekerra, source en amont de Ras-el-Ma) et l’Habra (oued Aounet,
+oued Menoulane, source vers Daya-Bossuet) sont des oueds
+jumeaux&nbsp;; et, d’un coup d’œil sur leurs profils, on voit bien
+l’air de famille. Les signes de jeunesse frappent
+immédiatement.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i33"><a href="images/i33.jpg"><img src='images/i33.jpg'
+alt='' class="iw5"></a>
+<p class="cp1">Fig. 33. — Le Sig.</p>
+
+<p class="cp3"><em>Explication des figures 33 à 37</em>&nbsp;:</p>
+
+<p class="cp2">Profils longitudinaux du Sig et de l’Habra (Tell
+occidental), du Sahel et de l’Isser (Tell oriental). — Les premiers
+ont tous les caractères de la jeunesse, et les seconds de la
+maturité. — C’est en parfait accord avec les données géologiques.
+Le Tell occidental est une chaîne beaucoup plus jeune
+(Alpine&nbsp;?) que le Tell Oriental (Pyrénéen).</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Dans le profil de l’Habra (<a href="#i34">fig. 34</a>) la pente
+est la même (5 p. 1000) entre les cotes 50 et 100 (région de
+Perrégaux) et entre les cotes 1050-1100 (région de Bossuet). Si
+l’on fait abstraction des marais de la Macta, la section du profil
+où la pente est le moins accusée (2,5 p. 1000) se trouve en amont
+de Hammam Hanéfia, entre la cote 200 et 250, au pied de Mascara, à
+l’extrémité occidentale de la plaine d’Egris. C’est le seul point
+du profil, où il y ait un palier de quelque étendue. De ce palier,
+l’oued tombe dans la plaine côtière avec des pentes progressivement
+accélérées d’amont en aval. L’érosion régressive n’a pas eu le
+temps de faire son œuvre, et le profil, dans son ensemble, commence
+à peine à accuser une légère concavité. De la source à
+l’embouchure, il n’y a pas trois sections de suite où les pentes
+décroissent régulièrement&nbsp;; c’est un pêle-mêle de chiffres
+quelconques&nbsp;; le profil est tout entier en crémaillère.</p>
+
+<div class="box-float-right">
+<div class="figfloat iw6">
+<figure id="i34"><a href="images/i34.jpg"><img src='images/i34.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 34. — L’Habra.</p>
+
+<p class="cp3">(Voir <a href="#i33">explication</a> des figures 33
+à 37.)</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_165">[165]</span>Toutes ces
+observations s’appliquent au Sig (<a href="#i33">fig. 33</a>). Lui
+aussi a des pentes analogues au voisinage de la source et de
+l’embouchure. Dans la région de Saint-Denis-du-Sig, la pente est
+même plus forte que dans celle de Magenta. Entre les cotes 50 et
+100 elle est de 6,2 p. 1000&nbsp;; entre les cotes 1000 et 1050 de
+4,1. C’est au centre seulement dans la plaine de Sidi-bel-Abbès,
+que le profil tend à se creuser et à se régulariser&nbsp;; encore
+que la pente la plus douce y soit de 3,1. Au-dessus et au-dessous
+le profil est nettement convexe. Dans son ensemble il est encore
+plus loin de l’équilibre que celui de l’Habra.</p>
+
+<p>Ce sont donc, de toute évidence, des rivières très jeunes, qui
+ont à peine commencé leur travail d’érosion.</p>
+
+<p><em>Oued Sahel et oued Isser.</em> — On le fera mieux ressortir
+encore, par contraste, en comparant les profils du Sig et de
+l’Habra avec ceux de deux autres rivières, choisies comme typiques
+du Tell oriental&nbsp;; ce sont l’oued Sahel et l’oued Isser. Ces
+deux rivières drainent la région des Biban, celle même que nous
+avons étudiée (<a href="#i35">fig. 35</a> et <a href=
+"#i36">36</a>).</p>
+
+<p>Ce sont de petits fleuves (203 et 230 kilomètres), et ce ne sont
+guère autre chose que des torrents montagneux puisqu’ils prennent
+leurs sources respectivement à <span class="numletsp">1</span>600
+et à <span class="numletsp">1</span>200 mètres.</p>
+
+<p>Or, malgré cela, ils ont des profils étonnamment réguliers.</p>
+
+<p>Par oued Sahel, il faut entendre oued Lekhal (source en amont
+d’Aumale)&nbsp;; et par oued Isser l’oued Melah, source au Kef
+Massker, dans la région du Kef Lakhdar.</p>
+
+<p>Un coup d’œil sur la carte géologique montre que l’oued Sahel
+entre Bouïra et Bougie, traverse deux cuvettes quaternaires
+nettement<span class="pagenum" id="Page_166">[166]</span>
+distinctes, celle de Bouïra même, et celle qui commence en amont de
+Maillot. Ces deux sections du profil sont imparfaitement
+raccordées&nbsp;: la pente, qui, dans la cuvette de Bouïra,
+s’abaisse jusqu’à 3,5 p. 1000, s’accélère plus bas en amont de
+Maillot, jusqu’à 6,2, ce qui est à peu près du double. Mais c’est
+la plus forte irrégularité du profil tout entier.</p>
+
+<div class="box-float-left">
+<div class="figfloat iw6">
+<figure id="i35"><a href="images/i35.jpg"><img src='images/i35.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 35. — L’oued Sahel.</p>
+
+<p class="cp3">(Voir <a href="#i33">explication</a> des figures 33
+à 37.)</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>C’est peut-être l’Isser dont le profil surprend davantage par sa
+régularité. L’oued Sahel en effet, sur la plus grande partie de son
+cours, coule dans une large vallée longitudinale entre la chaîne
+des Biban et celle du Djurdjura. Mais l’Isser aborde les obstacles
+de front transversalement. Entre la chaîne de Boghar et la mer, il
+franchit successivement toutes les chaînes du Tell à angle droit ou
+à peu près, sans tergiversation&nbsp;; c’est le type du fleuve
+héroïque. Il débouche sur la côte par les célèbres gorges de
+Palestro, où il s’est encaissé de plus de <span class=
+"numletsp">1</span>000 mètres. Et c’est à travers les roches les
+plus dures qu’il s’est ouvert un chemin&nbsp;: gneiss et granit,
+roches éruptives, schistes cristallins et primaires, calcaires
+massifs de Palestro, quartzites de la chaîne des Bibans.</p>
+
+<p>L’embouchure de l’Isser est proche de la Mitidja&nbsp;; or, dans
+cette région, un mouvement positif du rivage à une époque toute
+récente est parfaitement établi&nbsp;; on l’a déjà dit. Les plages
+et les terrasses du bas Isser ont fait l’objet d’une étude
+approfondie, dont l’auteur, le général de Lamothe, conclut que la
+mer s’est abaissée de 200 mètres depuis le pliocène<a id=
+"FNanchor_166"></a><a href="#Footnote_166" class=
+"fnanchor">[166]</a>.</p>
+
+<p>Un déplacement aussi considérable et aussi récent du
+niveau<span class="pagenum" id="Page_167">[167]</span> de base
+était une raison de plus pour supposer que le profil de l’Isser dût
+être irrégulier.</p>
+
+<div class="igrp">
+<div class="figcenter iw6 float-left">
+<figure id="i36"><a href="images/i36.jpg"><img src='images/i36.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 36. — L’Isser.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<div class="figcenter iw6 float-right">
+<figure id="i37"><a href="images/i37.jpg"><img src='images/i37.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 37. — L’Isser et le Sig.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p class="cp3 clear">(Voir <a href="#i33">explication</a> des
+figures 33 à 37.)</p>
+</div>
+
+<p>C’est le contraire qui est vrai. Au voisinage de Palestro on
+cherche vainement dans le profil un crochet en relation avec les
+gorges. On trouve simplement une section amont, où la pente est de
+2,9 p. 1000, tandis que, en aval, elle s’accélère un peu jusqu’à
+3,1. Cette différence est si faible qu’elle est peut-être
+inexistante&nbsp;; elle pourrait bien être du même ordre que les
+chances d’erreur de la carte au 5<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, base du profil. La seule
+irrégularité accentuée se trouve beaucoup plus en amont, auprès de
+la chaîne des Biban&nbsp;: entre deux paliers où la pente est
+seulement de 5 p. 1000, elle devient plus rapide et atteint 10. Je
+suppose que ce crochet est en relation avec une ligne de suture
+très importante entre deux compartiments tout à fait différents de
+l’écorce terrestre. Ici passe, on l’a dit, la limite entre le bloc
+pyrénéen des Biban et la chaîne alpine du Hodna (<a href=
+"#i30">fig. 30</a>). Les tremblements de terre de 1910 dans la
+région Aumale-Aïn-Bessem (qui ont jeté bas le village de
+Masqueray), pourraient être interprétés comme une preuve que la
+soudure n’est pas encore solide entre les deux compartiments. Ce
+sont là dans le profil de l’Isser des ruptures de pente
+rares<span class="pagenum" id="Page_168">[168]</span> et légères. A
+elles près, ce profil est très régulier. Il pourrait bien être dans
+toute l’Algérie le profil longitudinal d’oued qui se rapproche le
+plus de l’équilibre.</p>
+
+<p><em>Comparaison.</em> — En tout cas le contraste est
+extraordinaire avec les oueds Habra et Sig. Il se trouve que le Sig
+et l’Isser ont à peu près la même longueur, à 6 kilomètres
+près&nbsp;; et ils prennent leur source à la même altitude. On a
+profité de cette circonstance pour superposer les deux profils
+(<a href="#i37">fig. 37</a>). L’écart des deux lignes est
+parlant.</p>
+
+<p>Il faut rappeler que les petits profils sont établis l’un et
+l’autre à la même échelle et d’après des conventions rigoureusement
+identiques. Aucune supercherie inconsciente n’est possible. On
+n’imagine pas qu’un écart comme celui auquel on aboutit puisse être
+fortuit ou dépourvu de signification.</p>
+
+<p>Ces contrastes si frappants entre les profils sont-ils
+susceptibles de plusieurs interprétations&nbsp;?</p>
+
+<p>Pourrait-on, par exemple, avoir recours à une explication
+climatique.</p>
+
+<p>Le Tell oranais est moins pluvieux que le reste de l’Algérie
+littorale, c’est incontestable&nbsp;: d’après la carte de A.
+Thévenet, la hauteur annuelle dans le bassin du Sig et de l’Habra
+est de 500 millimètres contre 700 millimètres environ dans le
+bassin de l’Isser et du Sahel<a id="FNanchor_167"></a><a href=
+"#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>. Faut-il admettre que
+cette différence rende compte du retard de l’érosion dans la
+première zone.</p>
+
+<p>Un élément essentiel serait le débit comparatif des quatre
+rivières. Malheureusement il est inconnu. Les deux publications
+d’ensemble du Gouvernement général sur l’hydraulique algérienne,
+pour les expositions de Paris en 1900 et de Marseille en 1906<a id=
+"FNanchor_168"></a><a href="#Footnote_168" class=
+"fnanchor">[168]</a>, sont muettes sur les questions de débit. Et
+je n’ai rien trouvé non plus d’utilisable dans les publications
+annuelles sur l’hydraulique agricole. Quand on s’adresse oralement
+aux services compétents tout ce qu’on apprend, c’est la cause de
+leur silence. Les oueds sont très irréguliers&nbsp;; pour connaître
+leur débit moyen, il faudrait des jaugeages multiples, dignes de
+foi, répétés sur une série d’années&nbsp;; à des époques de crues
+et de maigres d’ailleurs difficiles à déterminer. C’est précisément
+ce qui fait défaut.</p>
+
+<p>On sait pourtant que le Sig et l’Habra ne sont pas le moins du
+monde des oueds à sec. La Macta, qui est constituée par
+la<span class="pagenum" id="Page_169">[169]</span> réunion de leurs
+eaux, sinon de leurs lits, est considérée par E. Reclus comme un
+des trois grands fleuves algériens, avec le Chéliff et la Seybouse.
+D’après la notice de 1900 sur l’hydraulique agricole, on admet
+qu’il faut un débit de 1 litre à la seconde pour irriguer en
+moyenne 5 hectares. Or, d’après la notice de 1906, le barrage de
+l’Habra, à 11 kilomètres en amont de Perrégaux, irrigue
+2<span class="numletsp">5</span>000 hectares, ce qui supposerait
+<span class="numletsp">5</span>000 litres. Surtout, à défaut de
+chiffres précis, on peut relever un certain nombre de faits
+incontestables, qui permettent d’asseoir une conviction. On a vu
+dans un autre chapitre que des fleuves de steppes sous un climat
+encore plus sec, ont un profil voisin de la normale. C’est le cas,
+par exemple, de l’oued Touil, moitié supérieure du Chéliff. Un
+voisin immédiat du Sig, la Tafna, sous ce même climat un peu sec de
+l’Oranie, accuse par son profil, comme on le verra ailleurs, une
+érosion déjà avancée&nbsp;; et ceci me paraît trancher la question
+(quoique la carte des pluies de Thévenet accuse, dans la région de
+Tlemcen, une bande plus humide que le reste de l’Oranie).</p>
+
+<p>Il faudrait encore noter que le Sig et l’Habra, si on les
+compare au Sahel et surtout à l’Isser, ont eu pour creuser leur lit
+des facilités plus grandes&nbsp;; dans la partie moyenne et
+inférieure de leur cours, qui est précisément celle où
+l’irrégularité du profil est le plus frappante, ces oueds coulent
+au milieu de terrains marneux sans consistance, et nous avons déjà
+dit quels obstacles au contraire l’Isser a dû surmonter. Cette
+grosse différence entre les résistances des terrains encaissants
+semblerait avoir dû contrebalancer, et au delà, l’écart assez
+faible entre les chutes annuelles des pluies.</p>
+
+<p>Nous sommes donc ramenés à une seule conclusion possible. Les
+particularités du sol et du climat n’expliquent pas le contraste
+des profils, il faut faire intervenir la notion de temps. Le Sig et
+l’Habra ont des profils très jeunes parce que ce sont des rivières
+très jeunes. Ces profils sont en parfaite concordance avec toute
+l’hydrographie, tout le modelé de l’Oranie. Il y a là un ensemble
+de caractères qu’on ne peut pas expliquer autrement qu’en les
+ramenant, comme cause initiale, à l’extrême jeunesse de la
+région.</p>
+
+<p>Le pays modelé par le Sahel et l’Isser est d’âge pyrénéen&nbsp;;
+tandis que celui où le Sig et l’Habra ébauchent encore leur travail
+d’érosion est post-alpin. Il est intéressant de constater que
+l’étude du modelé, les procédés géographiques de recherche,
+rejoignent exactement les conclusions des géologues.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_170">[170]</span>Si on veut
+exprimer la même idée en termes peut-être plus clairs, disons qu’il
+y a deux compartiments du Tell dont l’un, resté exondé, a conservé
+une vieille face usée&nbsp;; tandis que l’autre longtemps immergé
+s’est recréé au fond de la mer d’où il émerge à peine.</p>
+
+<p>L’indépendance de ces deux compartiments a un lien manifeste
+avec la grande dorsale Laghouat-Médéa, qui les sépare.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl5c4">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_165"></a><a href="#FNanchor_165"><span class=
+"label">[165]</span></a>Reconnu déjà par A. Pomel d’après une
+communication orale de M. Ficheur.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_166"></a><a href="#FNanchor_166"><span class=
+"label">[166]</span></a><a href="#entbib78">N<sup>o</sup>
+78</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_167"></a><a href="#FNanchor_167"><span class=
+"label">[167]</span></a><a href="#entbib121">N<sup>o</sup> 121</a>,
+ch. <span class="sc2">IV</span>, pl. XIV.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_168"></a><a href="#FNanchor_168"><span class=
+"label">[168]</span></a><a href="#entbib61">N<sup>os</sup> 61 A</a>
+et <a href="#entbib61b">61 B</a>.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_171">[171]</span><a id=
+"l5c5"></a>CHAPITRE V</h3>
+
+<p class="sch2">LA TAFNA</p>
+
+<p><em>La carte bathymétrique.</em> — Si on admet l’idée que les
+accidents transversaux à la chaîne sont de grande importance pour
+la différenciation du Tell, il faut jeter un coup d’œil sur la
+carte bathymétrique de la Méditerranée occidentale, on y trouvera
+des indications intéressantes (<a href="#i39">fig. 39</a>).</p>
+
+<p>On sait la brusquerie du contact entre l’Atlas et la fosse
+méditerranéenne. La ligne bathymétrique de <span class=
+"numletsp">2</span>000 mètres court parallèle à la côte à une
+distance d’une vingtaine ou d’une trentaine de kilomètres, avec une
+remarquable régularité. Les grands abîmes touchent la chaîne sans
+autre transition qu’un talus très raide où la pente est à peu près
+de 100 mètres par kilomètre.</p>
+
+<p>Dans la mesure où le fond de la mer nous est connu il faut
+conclure que la grande dorsale Laghouat-Médéa s’arrête à la côte.
+Rien dans la carte bathymétrique ne permet d’en soupçonner la
+continuation sous la mer. Aussi bien la Mitidja qui fait assurément
+partie de l’Algérie occidentale est au nord-est de Médéa. La
+croisée orthogonale que fait la ligne Chéliff-Mitidja avec l’arête
+Médéa-Miliana semble, si on peut dire, barrer le T. Tout se passe
+en tous cas comme si la grande dorsale finissait exactement là.</p>
+
+<p>En revanche, aux deux extrémités, occidentale et orientale, de
+la grande fosse marine, vers l’Espagne et vers la Sardaigne, deux
+grandes lignes nord-sud de hauts-fonds ont, je crois, un rapport
+évident avec la structure du Tell.</p>
+
+<p><em>La Tafna.</em> — On connaît déjà le haut-fond entre
+l’embouchure de la Moulouya et la côte espagnole&nbsp;; celui qui
+s’amorce d’un côté par le cap des Trois-Fourches et de l’autre par
+le cap de Gata, et qui est jalonné par l’île Alboran (<a href=
+"#i01">fig. 1</a> et <a href="#i29">29</a>).</p>
+
+<p>Le long de la côte algérienne, il commence bien avant la
+Moulouya,<span class="pagenum" id="Page_172">[172]</span>
+immédiatement à l’ouest d’Oran. Il s’annonce par un socle
+continental étendu, qui porte les îles volcaniques déjà nommées
+Habibas, Rachgoun, Zaffarines (<a href="#i29">fig. 29</a>).</p>
+
+<div class="box-float-left">
+<div class="figfloat iw6">
+<figure id="i38"><a href="images/i38.jpg"><img src='images/i38.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 38. — Profil longitudinal de la Tafna.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Ce qui fait son intérêt c’est qu’il a
+ses affinités non pas avec les profils du Sig et de l’Habra ses
+proches voisins, mais avec ceux du Sahel et de l’Isser.</p>
+
+<p class="cp2">L’Algérie des plaines sublittorales (ce que nous
+avons appelé l’Algérie occidentale) finit au Rio Salado. Au delà
+c’est déjà autre chose — la région de la Tafna est un compartiment
+à part.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p>Au point précis où, d’après la carte bathymétrique, le talus
+abrupt commence à s’élargir en socle continental, c’est-à-dire au
+cap Figalo (d’ailleurs volcanique lui-même en face des Habibas), la
+côte change brusquement de caractère. Les plaines oranaises
+finissent exactement là, à l’embouchure du Rio Salado.</p>
+
+<p>Au delà vers l’ouest, le Tell algérien se continue et se termine
+par un petit compartiment distinct, avec des caractères originaux.
+C’est le bassin de la Tafna.</p>
+
+<p>On a dessiné le profil longitudinal de cet oued (<a href=
+"#i38">fig. 38</a>). Par sa concavité à peu près régulière il a
+bien plus d’analogies avec le Sahel et l’Isser qu’avec ses voisins
+immédiats le Sig et l’Habra.</p>
+
+<p>Les bras de mer cartennien et helvétien se sont assurément
+étendus jusque-là&nbsp;; mais la plus grande partie de la région
+était exondée au sahélien et la totalité au pliocène (cartes
+paléogéographiques de Joleaud&nbsp;; <a href="#i11">fig.
+11</a>).</p>
+
+<p>Dans le bassin de la Tafna, le rebord de la meseta sud oranaise
+est plus rapproché de la mer que nulle part ailleurs, à une
+quarantaine de kilomètres. La moitié de cet espace est occupé par
+le vieux et puissant massif des Traras (pyrénéen, sommet de
+<span class="numletsp">1</span>136 mètres).</p>
+
+<p>La Tafna est presque le seul coin du Tell occidental où la carte
+géologique au 80<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>
+porte une tache étendue d’oligocène continental.</p>
+
+<p>Tout cela suffirait à montrer par rapport à l’Oranie voisine,
+l’originalité de ce coin. Mais elle est accusée davantage
+encore<span class="pagenum" id="Page_173">[173]</span> par l’énorme
+accumulation des roches éruptives et volcaniques. L’étude de ces
+roches a fait le grand intérêt de la thèse de M. Gentil sur la
+Tafna<a id="FNanchor_169"></a><a href="#Footnote_169" class=
+"fnanchor">[169]</a>. Il y a signalé des appareils volcaniques
+encore reconnaissables, les seuls de l’Algérie (Tifarouïne, les
+Msirdas). On l’a déjà dit (<a href="#i29">fig. 29</a>), on a mis
+cette richesse en roches volcaniques et l’existence du seuil
+sous-marin, en relation avec la grande faille Touat-Roussillon.</p>
+
+<p>Il eût été inutile d’y revenir, si ce n’était qu’on croit devoir
+attirer l’attention sur l’importance humaine de la Tafna qui est le
+pays de Tlemcen.</p>
+
+<p><em>Tlemcen et Siga.</em> — Tlemcen s’élève au contact immédiat
+des derniers causses de la Meseta sud oranaise. Elle domine, elle
+voit s’étendre à ses pieds, dans un panorama splendide, une immense
+cuvette traversée par la Tafna.</p>
+
+<p>Aujourd’hui Tlemcen est la ville musulmane d’Algérie de beaucoup
+la plus urbaine&nbsp;; tous les joyaux algériens de l’architecture
+mauresque sont là. C’est une survivance d’un très grand passé de
+grande capitale. Pendant la fin du moyen âge, les <span class=
+"sc2">XII</span><sup>e</sup>, <span class=
+"sc2">XIII</span><sup>e</sup> et <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup> siècles, Tlemcen a été quelque chose
+comme le foyer de culture de l’Algérie, la seule grande ville entre
+Tunis et Fez.</p>
+
+<p>Ces siècles de splendeur sont-ils un épisode isolé dans
+l’histoire de la Tafna. La ville romaine de Pomaria, le
+prédécesseur de Tlemcen, était certainement médiocre. Mais avant la
+domination romaine, au temps de Carthage, les historiens et les
+archéologues signalent une ville de Siga, située à l’embouchure de
+la Tafna. On nous la donne comme capitale de Syphax&nbsp;; c’est là
+que des embassadeurs viennent voir le roi pendant les guerres
+puniques (Scipion l’Africain et Asdrubal d’après Tite-Live)<a id=
+"FNanchor_170"></a><a href="#Footnote_170" class=
+"fnanchor">[170]</a>. Il s’agit de ce Syphax qu’on nous montre
+d’autre part voisin de Carthage en Numidie, et qui a donc régné sur
+toute l’Algérie. Il faut donc admettre qu’il y avait, dès ce
+temps-là, dans le bassin de la Tafna, malgré sa situation
+excentrique, une tendance à la création d’une capitale algérienne
+(<a href="#i29">fig. 29</a>).</p>
+
+<p>A la belle époque de Tlemcen, il y avait à l’embouchure de la
+Tafna, à peu près sur l’emplacement de Siga, le port de Tlemcen,
+Archgoul<a id="FNanchor_171"></a><a href="#Footnote_171" class=
+"fnanchor">[171]</a>, dont le nom s’est conservé dans celui d’un
+îlot voisin, Rachgoun.</p>
+
+<p>Sur le passage à travers le Tell de la grande faille
+Touat-Roussillon,<span class="pagenum" id="Page_174">[174]</span>
+l’alignement Tlemcen-Siga n’a-t-il pas de l’analogie avec
+l’alignement Achir-Médéa-Miliana-Alger sur le passage de la grande
+dorsale&nbsp;?</p>
+
+<p>Dans la région de la Tafna s’affrontent des pays très divers.
+Steppes et Tell d’une part, et d’autre part, Algérie et Maroc. La
+croisée orthogonale des deux directions a ici des conséquences
+humaines de grande importance. Dans la direction nord-sud les
+influences steppiennes, voire sahariennes, ont un accès facile à la
+Méditerranée. Tlemcen, la ville des Zénètes arabisés, est une
+capitale de nomades. Et elle est à 40 kilomètres de son port. Elle
+voit presque la mer du haut de ses minarets. Dans l’autre sens,
+dans la direction nord-ouest, au chapelet des plaines sublittorales
+en Algérie, la trouée de Taza fait pendant au Maroc&nbsp;; ouvrant
+jusqu’à l’Atlantique un grand chemin, qui a été suivi par les
+conquêtes et les migrations.</p>
+
+<p>Des conditions plus ou moins analogues se retrouvent au passage
+de tous les grands accidents transversaux à l’Atlas. Elles sont
+partout des suggestions de vie commerciale et politique,
+c’est-à-dire urbaine.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl5c5">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_169"></a><a href="#FNanchor_169"><span class=
+"label">[169]</span></a>Louis Gentil&nbsp;: thèse, <a href=
+"#entbib54">n<sup>o</sup> 54</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_170"></a><a href="#FNanchor_170"><span class=
+"label">[170]</span></a><a href="#entbib8">N<sup>o</sup> 8</a>,
+feuille 31, texte.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_171"></a><a href="#FNanchor_171"><span class=
+"label">[171]</span></a><a href="#entbib33">N<sup>o</sup> 33</a>,
+p. 42, 116.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_175">[175]</span><a id=
+"l5c6"></a>CHAPITRE VI</h3>
+
+<p class="sch2">LE HAUT-FOND DE BONE</p>
+
+<p>A l’autre bout de la cuvette marine, au bout oriental, un autre
+haut-fond fait pendant à celui de l’île Alboran. Il court nord-sud
+entre la Sardaigne et l’Algérie à peu près sous le méridien de
+Bône.</p>
+
+<p>Il est extrêmement accusé. Entre la Sardaigne et les Baléares
+(<a href="#i39">fig. 39</a>) la fosse méditerranéenne atteint des
+profondeurs supérieures à <span class="numletsp">3</span>000
+mètres. Le seuil sous-marin qui réunit la Sardaigne à l’Algérie n’a
+guère plus d’un millier de mètres dans sa partie centrale. Le
+pédoncule par lequel il se rattache à l’Afrique du Nord est un
+socle continental très étendu, où les profondeurs ne dépassent pas
+500 mètres. Sur ce socle continental comme sur celui de la Tafna
+des îlots volcaniques se dressent jusqu’à l’émergence (les îlots de
+la Galite).</p>
+
+<p>Ce grand accident sous-marin a sa répercussion manifeste, et
+très importante, sur la côte de l’Afrique du Nord et sur l’Atlas
+tellien.</p>
+
+<p><em>La côte algérienne.</em> — De part et d’autre de Bône la
+côte change de caractère&nbsp;; on ne l’a jamais dit, mais c’est
+évident dès qu’on y regarde.</p>
+
+<p>Les particularités de la côte algérienne, en général, ont depuis
+longtemps attiré l’attention des géologues, des géographes, voire
+des historiens. <em>Littus importuosum</em>, dit déjà
+Salluste&nbsp;: une côte sans ports. C’est très vrai&nbsp;: la
+nature a si peu fait ici, en matière de rades que, dans un beau
+port artificiel comme Alger, fréquenté par tant de navires, bien
+vivant, en voie d’accroissement rapide, les ingénieurs n’ont jamais
+obtenu, et n’obtiendront sans doute jamais une tranquillité
+parfaite du plan d’eau. Il y a un peu de clapotis le long des quais
+dès que la mer est grosse.</p>
+
+<p>Les rades sont d’un type uniforme et qui en décrit une les
+décrit toutes. En forme de croissant ou de faucille&nbsp;; la
+courbe est<span class="pagenum" id="Page_176">[176]</span>
+régulière, médiocrement creuse&nbsp;; le port est invariablement à
+l’abri de la corne ouest, parce que les coups de vent redoutables
+viennent du Noroît (<a href="#i32">fig. 32</a>). Les rades d’Oran,
+d’Arzew, d’Alger, de Bougie, de Bône, sont toutes exactement de ce
+type. La similitude se poursuit jusque dans la structure. Les
+cornes saillantes du croissant sont de roche dure&nbsp;; la courbe
+rentrante qui les réunit est taillée dans des argiles ou des roches
+tendres. Cela suggère l’idée que la baie a été creusée par
+l’abrasion de la mer, qui est habituellement dure, poussée par des
+vents de Noroît en hiver et de nord-est en été&nbsp;; <em>mare
+saevum</em>, dit Salluste. L’allure des courbes bathymétriques
+entre 0 et 100, voire 200, est tout à fait en faveur de cette
+hypothèse. Elle accuse un petit socle, un replat très net, au
+sommet de talus sous-marin, exactement entre les cornes du
+croissant. Pour Théobald Fischer<a id="FNanchor_172"></a><a href=
+"#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a> et pour le général
+Lamothe<a id="FNanchor_173"></a><a href="#Footnote_173" class=
+"fnanchor">[173]</a>, l’abrasion marine est en effet une
+explication suffisante du phénomène.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i39"><a href="images/i39_large.jpg"><img src=
+'images/i39.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 39. — Carte bathymétrique de la Méditerranée
+occidentale.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Entre Oran et Bône la côte Algérienne
+descend en muraille à pic jusqu’aux grandes profondeurs au-dessous
+de <span class="numletsp">2</span>000 mètres.</p>
+
+<p class="cp2">Mais au delà d’Oran vers l’Ouest et de Bône vers
+l’Est les courbes se desserrent.</p>
+
+<p class="cp2">Tout de suite au delà d’Oran (côte de la Tafna semée
+d’îlots volcaniques) le seuil d’Alboran fait sentir son influence.
+Et au delà de Bône (sur une côte où on trouve l’îlot volcanique de
+Galite), c’est le grand seuil de la Sardaigne, qui sépare les
+grands fonds méditerranéens des Tyrrhéniens.</p>
+
+<p class="cp2">Le dessin des fonds dans la Méditerranée occidentale
+trahit aussi la croisée orthogonale des deux directions Nord-Sud et
+Est-Ouest.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_177">[177]</span>Cependant
+Théobald Fischer observe que les baies en faucille sont le type
+courant non seulement en Afrique du Nord, mais encore sur les côtes
+voisines d’Espagne et surtout d’Italie (Palerme, Naples sont des
+baies en faucille)&nbsp;; cela reviendrait à dire sur la cassure de
+la Tyrrhénide. Voilà qui suggérerait une explication orogénique,
+qui a pour elle l’autorité de Suess<a id=
+"FNanchor_174"></a><a href="#Footnote_174" class=
+"fnanchor">[174]</a>. Les saillies de roches dures (la Bouzaréa et
+Matifou dans la baie d’Alger, Sorrente et Capri dans le golfe de
+Naples), constituent chacune «&nbsp;un horst très net, entre deux
+régions effondrées&nbsp;».</p>
+
+<p>Entre les deux explications d’ailleurs il n’est pas nécessaire
+de choisir. Rien n’empêche de les retenir toutes les deux, elles ne
+se contredisent pas.</p>
+
+<p>Même réunies elles ne rendent pas un compte suffisant de la côte
+algérienne. Il reste à en indiquer une caractéristique essentielle.
+Grande cassure à peu près rectiligne de l’écorce terrestre, avec
+cassures conchoïdales entre des môles durs et saillants&nbsp;;
+soumise par la direction des vents et des flots à une abrasion
+énergique&nbsp;; la côte algérienne est bien tout cela, mais elle
+est aussi quelque chose d’autre.</p>
+
+<p>L’homme qui a fait de cette côte une étude approfondie est le
+général de Lamothe<a id="FNanchor_175"></a><a href="#Footnote_175"
+class="fnanchor">[175]</a>. Il lui a consacré un gros livre, dans
+le détail duquel il ne saurait être question d’entrer, mais dont
+les conclusions, solidement établies, importent beaucoup. Toute une
+série de terrasses et de plages étagées attestent que la côte
+algérienne est en voie d’émersion. Il n’importe pas ici de savoir
+si c’est la terre qui surgit, ou si c’est la mer qui se retire,
+comme le général de Lamothe le soutient avec de solides arguments.
+Et d’autre part, on n’oublie pas qu’il y a eu des
+oscillations&nbsp;; le plan d’eau a pu être, a certainement été
+parfois encore plus bas qu’aujourd’hui. Mais dans l’ensemble et en
+moyenne il y a mouvement négatif très accusé de la mer. L’émersion
+du continent dépasse 200 mètres depuis la fin du pliocène.</p>
+
+<p>Au reste il suffit de jeter un coup d’œil sur une carte au
+5<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> d’un secteur
+quelconque de la côte. Une des plus expressives est celle d’Alger.
+La comparaison de la courbe de niveau O (celle de la côte), avec
+les courbes + et − (subaériennes et sous-marines), est tout à fait
+parlante. Si on imagine le niveau de la mer montant de 100 ou 200
+mètres, on voit se dessiner des rias profonds, des<span class=
+"pagenum" id="Page_178">[178]</span> îles, la côte devient une
+dentelle découpée, quelque chose comme la côte bretonne ou dalmate.
+Si au contraire on imagine la mer descendant de 100 ou 200 mètres
+la nouvelle côte ainsi obtenue a le rapport de dessin le plus
+étroit avec l’actuelle. En somme cette côte actuelle par son dessin
+s’apparente avec les courbes bathymétriques, elle contraste avec
+les courbes du relief subaérien. Ce petit fait bien simple est en
+harmonie avec les belles et multiples observations du général de
+Lamothe. Il les résume graphiquement.</p>
+
+<p>Cela tient en une phrase. La côte algérienne est par la
+simplicité de son dessin, comme par son histoire géologique, une
+antithèse parfaite de la côte bretonne. On n’y trouve pas un seul
+rias, une seule vallée envahie par la mer.</p>
+
+<p>Notez que c’est précisément ce caractère-là qui met en valeur
+les autres. Si cette côte a conservé bien reconnaissable, l’allure
+d’une cassure orogénique, simplement accentuée par l’abrasion,
+c’est parce que l’érosion sub-aérienne n’a pas brouillé le dessin
+primitif. C’est tout cela qu’il y a derrière le mot de Salluste,
+<em>littus importuosum</em>.</p>
+
+<p>Tout cela est très vrai de la côte algérienne. Mais est ce que
+ça l’est également de son extrémité orientale à partir de Bône. Il
+est évident que non, encore qu’on ne le dise jamais.</p>
+
+<p><em>Côte bônoise et tunisienne.</em> — La seule présence d’un
+socle continental au large de la côte, au lieu d’un talus abrupt,
+est déjà une grande nouveauté. Ça ne peut pas manquer d’avoir un
+retentissement sur la vie des poissons (<a href="#i39">fig. 39</a>)
+et par conséquent sur celle des pêcheurs, sur la vie humaine
+maritime. Ce retentissement n’a jamais été étudié. On croit
+entrevoir vaguement que vers les ports de la Calle et Tabarca des
+nouveautés apparaissent, le corail, l’éponge. On a entendu parler
+de corailleurs indigènes qui sont ou qui étaient des plongeurs
+remarquablement entraînés&nbsp;; au moins dans la partie de la côte
+où la murène ne pullule pas, parce que la murène est une bête
+féroce. Mais tout cela est matière de conversation, on ne sait pas
+où la légende commence, on croit deviner qu’il y a là un petit
+sujet qui n’a jamais été traité.</p>
+
+<p>Le seul coin de ce rivage qui ait été sérieusement étudié est
+bien loin de Bône, c’est le sud de la Tunisie, la petite Syrte,
+Pomel y a signalé une formation continentale à coquilles actuelles
+qui est largement envahie par la mer&nbsp;; puisqu’elle constitue
+le sol des îles<span class="pagenum" id="Page_180">[180]</span>
+Kerkenna (en face de Sfax<a id="FNanchor_176"></a><a href=
+"#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>). Dans cette petite
+Syrte qui a des marées découvrant largement le fond, et qui nourrit
+une population de pêcheurs indigènes, ceux-ci connaissent
+l’existence de vallées sous-marines qu’ils appellent des
+oueds<a id="FNanchor_177"></a><a href="#Footnote_177" class=
+"fnanchor">[177]</a>. Un coup d’œil sur la carte suffit d’ailleurs
+pour montrer que cette côte orientale tunisienne est bien
+différente de l’Algérienne. Elle est semée de grandes îles, qui ne
+sont plus du tout volcaniques, mais qui sont des parties du
+continent, mal séparées de lui par des chenaux sans profondeur. Il
+suffit de citer avec les Kerkenna, la grande île de Djerba. Cette
+forme de côte où l’envahissement du continent par la mer est
+évident, comment et où se raccorde-t-elle avec la côte algérienne,
+où c’est exactement l’inverse qui est incontestable, c’est-à-dire
+le recul de la mer et l’émersion du continent.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i40"><a href="images/i40_large.jpg"><img src=
+'images/i40.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 40. — La cote de Bizerte et de Tunis.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Le golfe de Tunis n’est plus du tout une
+baie en faucille comme celle d’Alger. Cette côte qu’on pourrait
+presque appeler déchiquetée, a ses affinités plutôt avec notre côte
+Bretonne qu’avec la côte Algérienne.</p>
+
+<p class="cp2">Quand on y regarde de plus près l’attention est
+attirée non seulement par la célèbre rade de Bizerte, mais par la
+situation d’Utique qui fut un port il y a moins de deux
+millénaires, au fond d’une indentation profonde, comblée depuis par
+la Medjerda, et dont il ne subsiste aujourd’hui que la lagune de
+Porto-Farina. La lagune à travers laquelle Tunis communique avec la
+mer semble aussi un golfe à demi comblé, derrière le banc de sable
+qui la barre. — C’est une côte de rias, dont les atterrissements
+par le travail combiné des oueds et de la mer ont beaucoup émoussé
+les indentations — peut-être peut-on dire une côte de rias
+sénescente.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Le cap Bon, avec sa saillie de 70 kilomètres, n’a pas
+d’analogues en Algérie, non plus que la grande baie de Tunis, avec
+ses fonds inférieurs à 100 mètres, avec ses îles Zembra (éocène
+supérieur), reliées à la côte par un pédoncule sous-marin que
+dessine la courbe de 50 mètres (<a href="#i40">fig. 40</a>).</p>
+
+<p>Au large de Bizerte la petite <em>île aux chiens</em> (crétacé
+supérieur) est elle aussi reliée à la côte par un pédoncule
+sous-marin sur lequel les fonds sont moindres que 50 mètres.</p>
+
+<p>Qu’est-ce donc que Bizerte même&nbsp;? ce qu’on ne trouve pas
+sur toute la côte algérienne, et c’est justement sa rareté qui fait
+son prix, une magnifique rade naturelle, parfaitement abritée, où
+les escadres tiennent à l’aise. On n’a jamais essayé, que je sache,
+d’en donner une définition géographique, et pourtant cette
+définition saute aux yeux, sans contestation possible, à la seule
+inspection du terrain, ou de la très belle carte au 5<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>.</p>
+
+<p>Bizerte est un lac communiquant avec la mer par un goulot de 7
+kilomètres. Il ne faudrait pas s’imaginer une lagune à l’abri d’un
+banc de sable percé d’un chenal. Ce n’est pas ça du tout. La plaine
+où le lac de Bizerte s’étale est séparée de la mer, à la façon de
+la Mitidja, par une ligne de collines, ce qu’on appellerait à Alger
+un Sahel. Ces collines atteignent une altitude de 70 à 80 mètres
+(<a href="#i41">fig. 41</a>).</p>
+
+<p>D’après la carte géologique au 80<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup> (la seule qui existe<a id=
+"FNanchor_178"></a><a href="#Footnote_178" class=
+"fnanchor">[178]</a>), elles sont constituées par du miocène
+inférieur, et d’après le commentaire<span class="pagenum" id=
+"Page_181">[181]</span> d’Aubert<a id="FNanchor_179"></a><a href=
+"#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a> cela signifie des marnes
+«&nbsp;avec grès grossiers et argiles comprenant en abondance l’O.
+Crassissima, l’O. Gingensis&nbsp;».</p>
+
+<p>En tout cas, c’est de la roche, çà n’a rien à voir avec une
+ligne de dunes côtières. Le goulet est une ancienne vallée fluviale
+creusée jadis à travers les collines miocènes par l’érosion
+subaérienne, et aujourd’hui envahie par la mer. Dans ce cadre de la
+Mitidja, qui nous est déjà connu, si vous imaginez la mer montant
+de quelques dizaines de mètres le lac Halloula deviendra quelque
+chose de tout à fait analogue à la rade de Bizerte&nbsp;; et les
+gorges du Mazafran un pendant rigoureusement exact du goulet
+(<a href="#i32">fig. 32</a>).</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i41"><a href="images/i41.jpg"><img src='images/i41.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 41. — Bizerte.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Quoiqu’il y ait un mince cordon
+strictement côtier de sable, le goulet de Bizerte est taillé à
+travers un chaînon de l’Atlas, dans les vieilles roches. C’est une
+vallée envahie par la mer.</p>
+
+<p class="cp2">L’oued Tindja est le seul affluent sérieux du lac de
+Bizerte. Il lui apporte des eaux clarifiées par leur passage à
+travers le lac Achkel, où les troubles se déposent.</p>
+
+<p class="cp2">Telle est d’une part l’origine du lac de Bizerte, et
+d’autre part la raison pour laquelle il a conservé sa
+profondeur.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Une vallée fluviale envahie par la mer, c’est la définition de
+Bizerte&nbsp;; pour qu’elle soit complète, il faut ajouter quelque
+chose. D’heureuses conditions géographiques protègent le lac de
+Bizerte, contre l’envasement. Son réseau fluvial est assez
+important, il<span class="pagenum" id="Page_182">[182]</span>
+draine toute l’extrémité de la chaîne côtière au nord de la
+Medjerda, depuis le méridien de Béja&nbsp;; il y a là plusieurs
+oueds, qui ont chacun de 60 à 70 kilomètres de long et qui
+descendent des montagnes en torrents méditerranéens, charriant des
+masses de graviers, de sables et de vases. Par une disposition
+extraordinairement heureuse aucun d’eux n’arrive au lac de Bizerte
+directement&nbsp;; ils convergent tous vers un autre lac, la Garaet
+Achkhel, antichambre, pour ainsi dire, du lac de Bizerte. Garaet
+Achkhel cela semble signifier le lac noir&nbsp;: ce nom a-t-il un
+rapport avec la couleur des eaux qui s’y déversent, chargées de
+troubles&nbsp;? on ne l’a jamais dit et il est bien possible que
+cette explication soit fantaisiste. En tout cas, il est évident que
+la Garaet Achkhel recueille la plus grande partie des alluvions
+entraînées par les oueds. Par un chenal de quelques kilomètres de
+pente à peu près nulle (qui s’appelle l’oued Tindja) les eaux vont
+déboucher ensuite dans le lac de Bizerte, clarifiées et
+inoffensives&nbsp;; ainsi est-il advenu que ce lac a pu conserver à
+travers les siècles sur une très grande partie de son étendue, des
+fonds supérieurs à 10 mètres.</p>
+
+<p>Dans la même région, tout près, un exemple admirable illustre la
+puissance de colmatage des oueds tunisiens. Le port d’Utique, très
+exactement connu des historiens et des archéologues, est représenté
+aujourd’hui par des ruines qui sont à 15 kilomètres de la mer. Il
+est vrai que l’agent de colmatage est ici le plus grand fleuve de
+la Tunisie, la Medjerda. L’Atlas archéologique de la Tunisie,
+feuille VII, donne le tracé de l’ancien littoral. Il y a deux
+millénaires, le golfe d’Utique, aujourd’hui comblé, était une
+indentation profonde de la côte, une sorte de rias (<a href=
+"#i40">fig. 40</a>).</p>
+
+<p>Le port de Tunis est à 10 kilomètres du rivage, au fond d’une
+lagune sans profondeur, barrée du côté du large par une langue de
+sable. A travers la lagune il a été nécessaire, mais facile, de
+tracer un chenal qui donne accès aux plus gros paquebots jusqu’à la
+ville. Tout cet appareil a bien l’allure d’un rias lui aussi, d’un
+rias très envasé.</p>
+
+<p>Tels sont les détails de la côte tunisienne&nbsp;; on ne trouve
+rien de pareil en Algérie, sauf cependant à l’est de Bône. Au
+voisinage du petit port de la Calle, entre Bône et la Tunisie, la
+côte a un caractère nettement tunisien.</p>
+
+<p>Cette région, qui est excentrique, assez mal accessible, est
+parmi les moins connues de l’Algérie. Il n’en existe pas encore de
+carte géologique détaillée. Pourtant nous avons la très bonne carte
+topographique au 5<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> et
+j’ai eu l’occasion de voir le terrain.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_183">[183]</span>A côté de la
+Calle, à l’est et à l’ouest, deux lagunes s’étendent profondément à
+l’intérieur des terres, de 7 à 10 kilomètres. Ce sont le lac Tonga
+et le lac Melah&nbsp;; chacun d’eux est relié à la mer par un
+goulet&nbsp;; chacun d’eux a la forme d’un ovale allongé vers
+l’intérieur des terres. La côte en cet endroit n’est pas le moins
+du monde basse, marécageuse et lagunaire&nbsp;; elle est tout le
+contraire, haute, rocheuse, abrupte. Les deux lacs sont des conques
+sculptées dans le roc, sculptées évidemment par l’érosion
+subaérienne&nbsp;; des vallées fluviales envahies par la mer. Les
+lacs Melah et Tonga sont trop envasés pour être utilisés comme
+ports&nbsp;; Melah, je crois, est affermé pour la pêche&nbsp;; les
+mulets, remontant par le goulet, viennent s’y faire capturer en
+grandes bandes. Tonga ne serait plus guère qu’une plaine
+marécageuse. Mais enfin ce qui manque à tous les deux pour être
+Bizerte, ce n’est que la profondeur. Bien plus que Bizerte ils sont
+dominés immédiatement par les montagnes&nbsp;; un réseau de
+torrents courts mais très rapides y aboutit directement&nbsp;; ils
+sont bien moins outillés que Bizerte pour se défendre<span class=
+"pagenum" id="Page_184">[184]</span> contre l’envasement. Mais
+enfin, essentiellement, ce sont des Bizerte. L’analogie de forme
+avec leur illustre voisine apparaît d’un coup d’œil sur la carte.
+L’étude du terrain confirme cette première impression et paraît
+bien établir l’analogie profonde des structures (<a href=
+"#i42">fig. 42</a>).</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i42"><a href="images/i42.jpg"><img src='images/i42.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 42. — Lac Melah.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Le lac Melah est un pendant du lac de
+Bizerte&nbsp;; c’est une vallée envahie par la mer, mais qui a été
+moins bien protégée contre l’envasement. Il est entre la Calle et
+Bône. La côte de rias envasés va donc jusque vers Bône.</p>
+
+<p class="cp2">Le fleuve qui a sculpté le lac Melah pourrait avoir
+été l’oued Kébir. Le lac est rellié à l’oued Kébir actuel par une
+vallée large, courte et rectiligne, barrée par une curieuse coulée
+de sable dont l’origine n’a jamais été étudiée (en noir sur la
+coupe de la figure).</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Le type tunisien de côte se prolonge donc en Algérie jusqu’au
+delà de la Calle, c’est-à-dire approximativement jusqu’à Bône,
+jusqu’au point où le talus sous-marin commence à s’élargir en socle
+continental.</p>
+
+<p>Au delà vers l’ouest, sur toute l’étendue de la côte algérienne,
+on ne croit pas qu’il y ait un seul détail du modelé côtier qui
+puisse rappeler Bizerte, et suggérer l’idée d’une vallée envahie
+par la mer. Et on ne croit pas que cette lacune soit fortuite.</p>
+
+<p>On n’ignore pas que les belles études du général de Lamothe sur
+les côtes d’Algérie se sont étendues jusqu’à Bône. Leurs résultats
+viennent d’être confirmés en ce qui concerne la région de Bône et
+de la Calle par MM. Depéret et Joleaud<a id=
+"FNanchor_180"></a><a href="#Footnote_180" class=
+"fnanchor">[180]</a>. Il semble établi qu’on retrouve jusqu’à la
+frontière tunisienne (et peut-être au delà sur toute la côte
+tunisienne) les mêmes lignes de rivages anciens et les mêmes
+terrasses d’abrasion que le général de Lamothe a étudiées plus à
+l’ouest&nbsp;; on les retrouve aux mêmes niveaux<a id=
+"FNanchor_181"></a><a href="#Footnote_181" class=
+"fnanchor">[181]</a>. A ce point de vue il n’y a aucune différence
+signalée à l’est et à l’ouest de Bône.</p>
+
+<p>La contradiction naturellement doit être apparente. Si comme on
+le croit, les deux ordres de faits sont aussi réels l’un que
+l’autre, il faudra bien qu’ils se concilient d’une façon
+quelconque. Il n’est pas difficile d’ailleurs d’en imaginer
+une.</p>
+
+<p>L’érosion qui a sculpté les rias envasés de la côte tunisienne
+est apparemment plus ancienne que les dépôts de plages, pliocène,
+par exemple&nbsp;; il y a de bonnes raisons en effet de la croire
+vieille. Sur cette côte à l’est de Bône le colmatage a eu le temps
+d’effacer presque complètement les caractères des côtes à
+rias&nbsp;; on ne les retrouve qu’à l’analyse du modelé. Dans la
+région même de la Calle la carte<a id="FNanchor_182"></a><a href=
+"#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a> suggère l’idée que
+l’érosion qui a sculpté le lac Melah est assez vieille pour n’avoir
+aucun rapport avec l’hydrographie actuelle. La rivière du pays de
+beaucoup la plus importante<span class="pagenum" id=
+"Page_185">[185]</span> est l’oued Kébir. A voir la carte on peut
+admettre que cet oued, dans le passé, a creusé et suivi
+successivement deux vallées très divergentes, avant l’actuelle qui
+serait la troisième. Aujourd’hui, il coule d’est en ouest,
+parallèlement à la côte, dans la direction de Bône. Jadis il semble
+bien avoir coulé nord-sud et avoir abouti droit au Mélah, dont il
+serait donc responsable. Mais à un moment donné, il semble avoir
+suivi une direction intermédiaire nord-ouest. La carte montre dans
+cette direction un sillon jalonné par un long cordon de dunes
+(<a href="#i42">fig. 42</a>).</p>
+
+<p>On ne fait qu’indiquer l’idée à titre hypothétique&nbsp;; il y
+aurait peut-être là un petit sujet d’une étude qui reste à faire.
+Le fait auquel on tient et qu’on espère avoir établi est simplement
+celui-ci.</p>
+
+<p>La côte tunisienne a tous les caractères, imparfaitement effacés
+par le temps, d’une côte de rias. Le fait n’est pas seulement
+incontestable, croit-on. Mais encore il est implicitement très
+connu. Aucun autre port nord-africain n’a la célébrité de Bizerte,
+qui est une vallée envahie par la mer. La côte tunisienne, à ce
+point de vue, fait donc avec l’algérienne un contraste
+absolu&nbsp;: ce sont deux compartiments qui ont plus ou moins joué
+indépendamment l’un de l’autre.</p>
+
+<p>La limite entre les deux est au delà de la Calle vers
+Bône&nbsp;; et que la limite soit justement en ce point on pouvait
+le prévoir à l’inspection de la carte bathymétrique.</p>
+
+<p>On le vérifie d’ailleurs en considérant l’intérieur du pays et
+la structure de l’Atlas.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl5c6">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_172"></a><a href="#FNanchor_172"><span class=
+"label">[172]</span></a><a href="#entbib40">N<sup>o</sup> 40</a>,
+p. 119.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_173"></a><a href="#FNanchor_173"><span class=
+"label">[173]</span></a><a href="#entbib80">N<sup>o</sup>
+80</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_174"></a><a href="#FNanchor_174"><span class=
+"label">[174]</span></a><a href="#entbib116">N<sup>o</sup> 116</a>,
+t. I, p. 289.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_175"></a><a href="#FNanchor_175"><span class=
+"label">[175]</span></a><a href="#entbib80">N<sup>o</sup>
+80</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_176"></a><a href="#FNanchor_176"><span class=
+"label">[176]</span></a><a href="#entbib86">N<sup>o</sup> 86</a>,
+p. 220 et <a href="#entbib85">n<sup>o</sup> 85</a>, p. 53.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_177"></a><a href="#FNanchor_177"><span class=
+"label">[177]</span></a><a href="#entbib20">N<sup>o</sup>
+20</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_178"></a><a href="#FNanchor_178"><span class=
+"label">[178]</span></a><a href="#entbib10">N<sup>o</sup>
+10</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_179"></a><a href="#FNanchor_179"><span class=
+"label">[179]</span></a><a href="#entbib21">N<sup>o</sup> 21</a>,
+p. 59 et 60.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_180"></a><a href="#FNanchor_180"><span class=
+"label">[180]</span></a><a href="#entbib73">N<sup>o</sup>
+73</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_181"></a><a href="#FNanchor_181"><span class=
+"label">[181]</span></a>Voir cependant Déperet et Joleaud, t. I, p.
+5 «&nbsp;La faiblesse des altitudes des plages, etc.&nbsp;»
+<a href="#entbib73">N<sup>o</sup> 73</a>, p. 5.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_182"></a><a href="#FNanchor_182"><span class=
+"label">[182]</span></a><a href="#entbib6">N<sup>o</sup> 6</a>,
+feuille Blandan (18).</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_186">[186]</span><a id=
+"l5c7"></a>CHAPITRE VII</h3>
+
+<p class="sch2">LA PLAINE DE BONE</p>
+
+<p><em>L’Edough et la croisée orthogonale.</em> — Le Tell des
+Kabylies prend fin à Bône exactement et brusquement, avec le massif
+ancien de l’Edough. On y retrouve tous les caractères des Kabylies
+au grand complet, les vieux schistes, les roches éruptives, les
+grès éocènes, tout cela couvert de forêts, pitonnant jusqu’à un
+millier de mètres, confus, massif, et descendant à la mer en
+falaises abruptes. Et c’est fini, on ne retrouve absolument plus
+rien d’analogue au delà dans l’est.</p>
+
+<p>Sous le méridien de Bône c’est d’ailleurs tout l’Atlas tellien
+qui finit, et qui est relayé par l’Atlas saharien. Cette
+substitution se fait à peu près vers Guelma-Duvivier&nbsp;; là
+finit la chaîne numidique, dernière coulisse de ce que nous avons
+appelé sierra des Kabylies. Au delà vers l’est il y a une torsion
+brusque des plissements montagneux (<a href="#i43">fig.
+43</a>).</p>
+
+<p>La sierra des Kabylies, sur toute sa longueur, est orientée
+est-ouest vrai, depuis le Djurdjura, avec une remarquable
+constance. Au delà de la basse Seybouse, en aval de Duvivier, sur
+la rive droite, tous les chaînons courent dans une direction toute
+différente vers le nord-est. C’est la direction des chaînes de
+l’Aurès.</p>
+
+<p>L’existence d’une cassure transversale à l’Atlas est donc
+évidente. L’Edough se termine à l’est, entre Bône et le cap de
+Garde par une ligne remarquablement droite, exactement orientée
+nord-sud. La basse vallée de la Seybouse en aval de Duvivier en est
+la prolongation précise.</p>
+
+<p>Au sud de l’Edough la ligne terminale, qui sectionne brutalement
+l’Edough et qui l’isole, fait un angle droit avec la ligne
+Duvivier-cap de Garde. C’est la croisée orthogonale des accidents
+nord-sud et est-ouest, déjà si souvent signalée.</p>
+
+<p>C’est dans ces conditions qu’à la Kabylie définitivement
+terminée<span class="pagenum" id="Page_187">[187]</span> succède,
+sur la côte algérienne, la plaine de Bône&nbsp;; et le contraste ne
+pourrait pas être plus complet.</p>
+
+<p><em>La plaine.</em> — La plaine est très grande, elle a une
+centaine de kilomètres d’est en ouest&nbsp;; dans la direction du
+sud, le long de la Seybouse, l’altitude croît si lentement que
+Guelma, la dernière ville du Tell est à 200 mètres seulement
+au-dessus du niveau de la mer. Comparée aux autres plaines
+sublittorales d’Algérie, celles de l’ouest, à la Mitidja, aux
+plaines oranaises, la plaine de Bône a certainement son
+originalité. On essaiera d’en rendre compte, sous cette réserve que
+le sujet est dangereusement vierge&nbsp;; il n’y a jamais eu
+d’étude sérieuse.</p>
+
+<div class="figcenter iw2">
+<figure id="i43"><a href="images/i43.jpg"><img src='images/i43.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 43. — La plaine de Bône.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">C’est une plaine sublittorale, qui a de
+l’analogie avec celles de l’Algérie occidentale, et qui en a aussi
+avec les plaines du littoral Tunisien&nbsp;; mais qui n’a aucun
+rapport avec le reste de l’Algérie orientale, les Kabylies. Un
+compartiment nouveau commence aux environs de Bône.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Ce que la plaine de Bône a de particulier c’est son
+hydrographie. Les archéologues admettent que la Seybouse a déplacé
+son embouchure de 6 ou 7 kilomètres vers l’ouest depuis
+l’antiquité. L’ancien cours est encore bien reconnaissable, il se
+détache du fleuve actuel au village de Randon<a id=
+"FNanchor_183"></a><a href="#Footnote_183" class=
+"fnanchor">[183]</a>.</p>
+
+<p>La plaine entière est semée de marais et d’étangs parmi
+lesquels<span class="pagenum" id="Page_188">[188]</span> le plus
+étendu est le lac Fetzara. Une hydrographie incertaine et beaucoup
+d’eau stagnante cela n’aurait rien à soi tout seul de bien
+particulier. Toutes les autres plaines sublittorales présentent les
+mêmes caractères. Mais voici qui est nouveau. Les rivières, les
+marigots, les canaux naturels, les étangs de la plaine de Bône sont
+navigables en hiver, dans la saison des crues. On peut y circuler
+d’un bout à l’autre de la plaine en canot automobile. Et on le fait
+d’autant plus volontiers qu’à ce moment-là les communications de
+terre ferme sont sujettes à des interruptions. Par ces chenaux, à
+ces mêmes époques de crues, les poissons de mer remontent très loin
+jusqu’au cœur de la plaine&nbsp;; même les plus gros poissons, le
+loup par exemple (<i>laprax lupus</i>)&nbsp;; on prend des loups
+dans l’oued Kebir. Le lac Oubeira, qui communique avec la mer par
+l’oued Kebir et qui est à une cinquantaine de kilomètres de
+l’embouchure, est empoissonné de mulets. Ils s’y sont acclimatés à
+l’eau douce, et sont devenus légèrement différents du poisson de
+mer. Ils y sont une faune assez vivace pour avoir fait l’objet d’un
+commerce d’exportation, à destination de l’Allemagne, dit-on, avant
+la guerre.</p>
+
+<p>Ce sont là des conditions uniques en Algérie&nbsp;; on ne
+connaît rien de semblable, ni même qui en approche, dans toutes les
+plaines sublittorales de l’ouest. Une conséquence est l’insalubrité
+de Bône, célèbre dès l’antiquité. Saint Augustin est mort de la
+Malaria<a id="FNanchor_184"></a><a href="#Footnote_184" class=
+"fnanchor">[184]</a>. Une autre conséquence serait-elle ce fait
+incontestable que la race bovine autochtone la plus célèbre
+d’Algérie est celle de Guelma&nbsp;? Et quoi qu’il en soit des
+conséquences, quelle peut bien être la cause&nbsp;?</p>
+
+<p>Sur les montagnes avoisinantes la moyenne annuelle des pluies
+est assez élevée (de 600 à 800 millimètres)&nbsp;; moindre pourtant
+qu’en Kabylie (1 mètre)&nbsp;; et en somme à peu près comparable à
+celle des montagnes qui entourent la Mitidja. Il faut chercher
+ailleurs.</p>
+
+<p>Les indigènes de Bône emploient pour désigner leurs marigots le
+mot <em>Khelidj</em>. C’est un mot arabe très connu&nbsp;: il
+paraît correspondre exactement assez à notre mot canal&nbsp;; on
+dit le khelidj de Suez. Dans la plaine de Bône un khelidj a en
+effet l’aspect de ce que nous appellerions un canal, un fossé, à
+cela près qu’il faut écarter toute idée de travail humain.</p>
+
+<p>Dans la plaine d’alluvions c’est un fossé en effet profond
+en<span class="pagenum" id="Page_189">[189]</span> général de
+plusieurs mètres et à peine plus large, à bords à pic et à fond
+plat, en forme d’auge. Un khelidj est toujours bordé d’arbres en
+double rangée, on le reconnaît de loin à la ligne sinueuse de
+verdure qui dessine son tracé, le lacis des racines maintient le
+bord du fossé mieux que ne ferait un mur. En été, quand les khelidj
+ne sont pas tout à fait à sec, on y voit tout au fond des flaques
+d’eau vaseuses, où grouillent les grenouilles, les tortues et les
+barbots. En hiver, après les pluies, ils sont remplis jusqu’au
+bord&nbsp;; par-dessus leur bord l’eau s’étale en inondation
+d’épaisseur pelliculaire&nbsp;; mais dans le khelidj même un bateau
+d’un mètre ou deux de tirant d’eau passe comme il veut. Dans les
+khelidj on ne voit que de la vase, pas le plus petit caillou roulé,
+pas même un grain de sable, rien qui permette de croire que l’eau
+court avec une force capable de déplacer le poids le plus léger.
+L’eau des khelidj est quasi stagnante, elle s’écoule avec la plus
+grande lenteur. Voici un chiffre. Le long de l’oued el-Kebir, qui
+est tout entier un khelidj, la courbe de 10 mètres sur la carte au
+5<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> croise l’oued à 43
+kilomètres de son embouchure&nbsp;; ce qui donne une pente de
+0,00023. Et notez que l’oued el-Kebir, qui est après tout une
+rivière vivante, a sûrement la pente la plus accentuée de tous les
+khelidj. Le dessin des khelidj à travers la plaine de Bône est très
+compliqué&nbsp;; c’est une croisée, un lacis, un chevelu de
+marigots dans tous les sens. Beaucoup sont des culs-de-sac. Il en
+est qui sont fermés à leurs deux bouts. L’idée qu’évoque ce dessin
+serait peut-être celui d’un lacis de fossés de drainage
+artificiellement creusés à travers une plaine marécageuse. Mais,
+bien entendu, la main de l’homme, à n’importe quel moment du passé,
+est tout à fait étrangère à ce qui aurait été un travail immense,
+inexécutable.</p>
+
+<p>Notez que l’ancien cours de la Seybouse en aval de Randon porte
+le nom de Khelidj, et il est pareil à tous les autres. Ceci tend
+déjà à nous donner la solution du problème. Il semble évident que
+les Khelidj ont été creusés par l’érosion de rivières&nbsp;; la
+forme fossé aux bords à pic est notoirement le premier stade de
+l’érosion fluviale, l’érosion en coup de scie. Il paraît certain
+d’autre part que les rivières actuelles sont parfaitement
+incapables de creuser des khelidj. Sous le régime hydrographique
+actuel les khelidj n’auraient pas pu prendre naissance, ils
+n’existeraient donc pas s’ils ne lui avaient préexisté, ils datent
+d’un régime antérieur, ils sont l’œuvre de rivières
+disparues&nbsp;; ces vieilles rivières se distinguant<span class=
+"pagenum" id="Page_190">[190]</span> des actuelles par une
+puissance érosive plus considérable, cela signifie que leur niveau
+de base était plus bas que l’actuel&nbsp;; la mer a monté depuis le
+temps où les khelidj furent creusés. De là vient la faiblesse de la
+pente et la lenteur d’écoulement des crues.</p>
+
+<p>Voilà un phénomène qui n’est pas du tout pour nous surprendre.
+Un mouvement positif de la mer, c’est précisément ce qu’indique le
+dessin des côtes tunisiennes, le modelé de Bizerte, celui des lacs
+Mélah et Tonga. C’est là ce qui nous a paru faire l’originalité de
+la côte nord-africaine à l’est de Bône, par rapport à la côte
+occidentale où toutes les indications sans exception se rapportent
+à un mouvement inverse de la mer. Les khelidj dans la plaine de
+Bône semblent bien porter le même témoignage que le goulet de
+Bizerte.</p>
+
+<p>Assurément nos conclusions ont été formulées après une étude
+beaucoup trop sommaire du terrain. L’hydrographie de la plaine de
+Bône serait un très beau sujet, et on n’a pas la prétention d’avoir
+fait autre chose que l’effleurer. Mais enfin supposons ces
+conclusions incomplètes, hypothétiques, voire erronées, la plaine
+de Bône elle-même, en tout cas, n’est pas une erreur, ni une
+hypothèse. C’est un fait qui n’a pas besoin d’être démontré. Et
+c’est une grande nouveauté pour qui vient de l’ouest. On n’a rien
+vu de comparable depuis la Mitidja. Le régime des plaines
+sublittorales recommence après une interruption de 350 kilomètres.
+Il se continue en Tunisie. La Tunisie tout entière est un pays de
+plaines sublittorales.</p>
+
+<p><em>Affinités tunisiennes.</em> — La limite entre l’Algérie et
+la Tunisie est moins brutale qu’entre l’Algérie et le Maroc, et
+moins rectiligne. Ici on ne voit pas l’équivalent de la grande
+faille de la Moulouya, amenant une dénivellation soudaine d’un
+millier de mètres, et coupant l’Atlas de part en part. Le Maroc et
+l’Algérie sont deux pays qui se tournent le dos, mais l’Algérie et
+la Tunisie se continuent et se pénètrent l’une l’autre.</p>
+
+<p>La zone de l’Aurès et de ses plateaux pourtant domine assez
+brusquement les plaines tunisiennes. Un premier fait frappant est
+que dans cette zone la frontière politique actuelle est assez
+exactement une frontière linguistique. Les Chaouïa d’Algérie sont
+des Berbérophones.</p>
+
+<p>On croit devoir donner ci-joint la coupe longitudinale de la
+Medjerda, le grand fleuve tunisien, né en Algérie (<a href=
+"#i44">fig. 44</a>). Si on compare aux autres profils d’oueds,
+épars dans différents chapitres<span class="pagenum" id=
+"Page_191">[191]</span> de notre travail, celui de la Medjerda est
+de beaucoup le plus concave de tous. Entre Ghardimaou et la mer
+l’oued ne descend que de 200 mètres en 300 kilomètres&nbsp;;
+pourtant ce profil si concave est bien loin d’être régulier. Il est
+comme cassé en deux à Ghardimaou même. En amont de Ghardimaou le
+crochet de Sidi-Bader est exceptionnellement aigu&nbsp;; la pente y
+passe brusquement de 4 à 16 pour 1000, c’est une dégringolade
+subite. On sait qu’entre l’Algérie et la Tunisie la frontière
+douanière passe à Ghardimaou. Ce profil de la Medjerda est bien peu
+de chose, et il peut être dangereux de vouloir l’interpréter. Si
+tant est pourtant qu’il ait un sens il paraît bien indiquer
+qu’entre les Hauts-Plateaux de Khamissa, d’où descend la Medjerda
+d’une part, et les plaines tunisiennes de l’autre, il y a quelque
+chose comme un contact anormal&nbsp;; il semble courir là un
+système de cassures plus ou moins fraîches.</p>
+
+<div class="figcenter iw4">
+<figure id="i44"><a href="images/i44.jpg"><img src='images/i44.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 44. — Profil en long de la Medjerda.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">En amont de Souq Ahras (hautes plaines
+Algériennes), et en aval de Ghardimaou (plaines de Tunisie), la
+Medjerda a le profil régulièrement concave d’une vieille rivière.
+Dans l’intervalle la pente rectiligne à dents de scie accuse un
+torrent jeune.</p>
+
+<p class="cp2">Ce secteur correspond au talus frontière entre les
+hautes plaines d’Algérie et la Tunisie&nbsp;; avec sa
+minéralisation intense (Ouenza), et avec son importance
+ethnographique (frontière des langues berbère et arabe).</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Dans cet ordre d’idées il faut signaler tout le long de la
+frontière sur les Hauts-Plateaux une minéralisation en fer
+extraordinairement abondante&nbsp;; là se trouvent le fameux
+gisement de l’Ouenza et beaucoup d’autres (Bou-Khadra, Slata,
+Zrissa, Nabeur&nbsp;; à Sidi-Bader aussi il y a un filon de
+minerai).</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_192">[192]</span>Il est vrai que
+la direction de toutes les vallées ouvre des chemins de pénétration
+mutuelle entre les Hauts-Plateaux de Constantine et les plaines
+tunisiennes. Mais le contraste entre les deux reste assez marqué.
+Il est beaucoup moindre dans la zone tellienne. La plaine de Bône
+est dans l’Algérie orientale une sorte de prolongement de la
+Tunisie. Entre les deux, les communications par terre sont
+malaisées, une chaîne difficile et boisée s’interpose. Mais la
+plaine de Bône comme les plaines tunisiennes est ouverte largement
+aux influences maritimes, tandis que tout le reste de l’Algérie
+constantinoise a un caractère continental, des Kabylies à
+l’Aurès.</p>
+
+<p>Toute la région bônoise, y compris les montagnes qui encadrent
+la plaine est arabophone comme la Tunisie. Et c’est le seul coin de
+l’Algérie orientale où on parle arabe dans la famille&nbsp;; tout
+autour de la région bônoise, dans la Kabylie et dans la région
+aurasienne s’étend justement la grande réserve de langue
+berbère.</p>
+
+<p>Il y a deux millénaires que la plaine de Bône est la porte
+d’entrée en Algérie des influences orientales. La persistance de la
+langue carthaginoise y est attestée par saint Augustin jusqu’au
+<span class="sc2">V</span><sup>e</sup> siècle après J.-C.<a id=
+"FNanchor_185"></a><a href="#Footnote_185" class=
+"fnanchor">[185]</a>.</p>
+
+<p>De nos jours l’originalité de Bône dans la province de
+Constantine s’atteste par la rivalité des deux villes, on peut dire
+des deux capitales. Dans son département Constantine n’a pas pu
+prendre la prééminence qu’Alger et Oran ont prise chacune dans le
+sien. Elle n’a jamais pu distancer franchement Bône, et la
+réciproque est vraie.</p>
+
+<p>Ainsi est attestée à travers toute l’histoire le caractère
+étrange de cette plaine bônoise qui jure avec le reste du Tell
+oriental.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl5c7">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_183"></a><a href="#FNanchor_183"><span class=
+"label">[183]</span></a><a href="#entbib8">N<sup>o</sup> 8</a>,
+feuille n<sup>o</sup> 9.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_184"></a><a href="#FNanchor_184"><span class=
+"label">[184]</span></a>Possidius&nbsp;: <em>Vie de saint
+Augustin</em> d’après <a href="#entbib8">n<sup>o</sup> 8</a> texte
+(59).</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_185"></a><a href="#FNanchor_185"><span class=
+"label">[185]</span></a><a href="#entbib8">N<sup>o</sup> 8</a>,
+feuille 9, alinéa 59, p. 5.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_193">[193]</span><a id=
+"l5c8"></a>CHAPITRE VIII</h3>
+
+<p class="sch2">BOUGIE</p>
+
+<p>Le souci des directions transversales à l’Atlas nous a conduit à
+reconnaître dans le Tell quatre divisions, quatre compartiments de
+l’écorce terrestre qui paraissent avoir joué l’un par rapport à
+l’autre avec une certaine indépendance. Il y en a deux très grands,
+le Tell des Kabylies et celui des plaines sublittorales, encadrés
+entre deux petits, la vallée de la Tafna et la plaine de Bône. Dans
+chacun des deux premiers on peut encore indiquer avec certitude une
+division transversale en deux sous-compartiments.</p>
+
+<p>La région de Bougie coupe en deux les Kabylies (<a href=
+"#i45">fig. 45</a>).</p>
+
+<p><em>La coupure de Bougie.</em> — Le golfe de Bougie n’est qu’une
+baie en faucille comme les autres. Mais c’est probablement la mieux
+échancrée de toutes. Le port de Bougie, situé bien entendu à la
+place traditionnelle, à l’abri de la corne occidentale, est
+probablement le port naturel le moins mauvais de toute l’Algérie.
+Naturellement il est ouvert largement aux vents et à la houle du
+nord-est, mais la haute muraille calcaire du cap Carbon le déborde
+franchement au nord et le protège admirablement contre les tempêtes
+de Noroît. Cette saillie très accusée du cap Carbon est à
+retenir.</p>
+
+<p>Que Bougie ait la signification d’une rupture transversale dans
+la ligne des Kabylies, cela ressort avec une netteté particulière
+de la carte géologique. Elle accuse une interruption large et
+totale des vieux schistes et des grès éocènes, qui jouent un si
+grand rôle dans les autres Kabylies. De l’association de roches qui
+est caractéristique du paysage kabyle il ne reste ici que les
+calcaires liasiques puissants des Babor, et une profusion de roches
+volcaniques. Ces dernières en relation évidente avec l’échancrure
+profonde du golfe, le long de laquelle les vieux schistes et les
+grès se sont abîmés au fond de la mer.</p>
+
+<div class="box-float-left">
+<div class="figfloat iw6">
+<figure id="i45"><a href="images/i45.jpg"><img src='images/i45.jpg'
+alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 45. — La transversale de Bougie.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Au nord les plaines de l’oued Sahel et
+de la Soummam (qui sépare le Djurdjura des Babors)&nbsp;; au Sud la
+plaine de la Medjana et la vallée de l’oued Kçob&nbsp;; elles
+accusent un mouvement de torsion où se retrouve la croisée
+orthogonale des deux directions.</p>
+
+<p class="cp2">Là passe une grande route transversale qui réunit le
+Hodna et Bougie. Cette route historique est longée de capitales et
+de forteresses. La Kalaa des Beni-Hammad, la Kalaa des Beni-Abbès,
+Bougie.</p>
+</figure>
+</div>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_194">[194]</span>L’importance de
+la rupture apparaît aussi d’ailleurs sur la carte topographique. La
+vallée de la Soummam est une coupure totale, jusqu’à la base, entre
+le Djurdjura et les Babor. Elle est orientée en moyenne
+nord-est-sud-ouest depuis la mer jusqu’à Akbou et Sidi-Mansour. Là
+elle se raccorde, par un angle brusque, à sa continuation, la
+vallée de l’oued Sahel qui court est-ouest vrai. Nous retrouvons là
+certainement, avec un léger gauchissement, la croisée, si souvent
+mentionnée déjà des deux directions longitudinale et transversale.
+Cette croisée est un trait fort ancien du relief. La Soummam et
+surtout le Sahel étaient déjà des vallées à l’époque oligocène,
+dont les dépôts de ruissellement en tapissent le fond. La Soummam
+était un golfe miocène<a id="FNanchor_186"></a><a href=
+"#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>. Évidemment les
+accidents de cette croisée ont rejoué au miocène&nbsp;; sans un
+rajeunissement alpin de son relief pyrénéen on ne s’expliquerait
+pas la saillie extrêmement accusée du Djurdjura qui domine tout le
+Tell (Voir aussi dans la <a href="#i16">figure 16</a> le raccord en
+crémaillère de l’oued Bou-Sellam avec l’oued Soummam, attestant un
+mouvement du sol récent).</p>
+
+<p><em>L’importance humaine.</em> — La Soummam sépare deux
+Kabylies, très kabyles toutes les deux, mais pourtant
+différentes&nbsp;; au <span class="sc2">XVI</span><sup>e</sup>
+et<span class="pagenum" id="Page_195">[195]</span> <span class=
+"sc2">XVII</span><sup>e</sup> siècle on disait les sultanats de
+Koukou et de Beni-Abbès&nbsp;; on dit aujourd’hui la grande Kabylie
+et la Kabylie des Babor. Dans la première Koukou (le Couque des
+Européens) a perdu son rang de capitale. Mais dans la seconde
+Beni-Abbès (le Labès des auteurs européens) n’a pas encore oublié
+son ancienne prééminence. La grande Kabylie séparée du monde
+extérieur par la muraille du Djurdjura est la moins évoluée, la
+plus intéressante pour le touriste et l’ethnologue&nbsp;; c’est
+elle qu’on a décrite de préférence. (Le gros livre d’Hanoteau par
+exemple lui est consacré.) La Kabylie de Beni-Abbès reste
+profondément elle-même, âprement attachée à ses façons d’être,
+inabordable à la colonisation européenne&nbsp;; c’est là au village
+de Lafayette, par exemple, qu’on signale les phénomènes de
+récupération du sol par l’indigène les plus curieux peut-être de
+toute l’Algérie. Pourtant cette Kabylie de Beni-Abbès a des
+relations plus faciles que l’autre avec le reste de
+l’Algérie&nbsp;; elle est le pays par excellence du colporteur
+kabyle qu’on rencontre partout&nbsp;; elle est moins démocratique
+et moins irrémédiablement fragmentée&nbsp;; la famille des Moqrani
+y a prolongé jusqu’à nos jours la dynastie et l’organisation du
+sultanat de «&nbsp;Labès&nbsp;»&nbsp;; on y compte davantage avec
+les événements du monde extérieur, c’est à Beni Abbès qu’a éclaté
+l’insurrection kabyle de 1871.</p>
+
+<p>Cette originalité réelle des deux Kabylies voisines ne doit pas
+cependant nous fermer les yeux sur le lien qui les unit, lien de
+langue, de race, de culture et de société communes&nbsp;; lien
+nettement historique. Ces Kabylies furent au moyen âge le principal
+appui, le dernier réduit, du grand royaume Sanhadja, le
+représentant national de la société berbère sédentaire&nbsp;;
+l’histoire de ce royaume a un rapport étroit avec Bougie et la
+coupure de la Soummam.</p>
+
+<p><em>La Kalaa et Bougie.</em> — Le fond de la Soummam, le point
+où elle se raccorde avec l’oued Sahel, n’est plus très éloigné du
+Hodna, une soixantaine de kilomètres à vol d’oiseau. Et des cols
+très accessibles entaillent dans cette direction ce qui reste à
+franchir des chaînons de l’Atlas. C’est d’abord le défilé fameux
+des Biban à travers la chaîne du même nom. Au delà c’est la large
+plaine de la Medjana couverte de moissons, puis la très large
+brèche par laquelle l’oued Ksob va rejoindre le Hodna (<a href=
+"#i45">fig. 45</a>).</p>
+
+<p>Partout ailleurs entre la Mitidja et la plaine de Bône les
+Kabylies montueuses et boisées ferment l’accès de la mer aux Hauts
+Plateaux et aux hautes plaines de l’intérieur. Sur ce point
+seulement, par la Medjana et la Soummam s’ouvre un grand
+chemin<span class="pagenum" id="Page_196">[196]</span> facile, avec
+le port de Bougie au bout. C’est une route très importante, de
+grands souvenirs historiques y sont attachés.</p>
+
+<p>A son extrémité méridionale, à son débouché sur le Hodna, dans
+le Maadid, le royaume Sanhadja eut l’une de ses deux capitales, la
+Kalaa des Beni-Hammad&nbsp;; (l’autre capitale était Achir du
+Tittéri). La Kalaa<a id="FNanchor_187"></a><a href="#Footnote_187"
+class="fnanchor">[187]</a>, dont la tour de guet est encore debout,
+une place militaire très forte comme son nom l’indique, se dressait
+là, au contact de la plaine et de la montagne, gardant la porte de
+l’oued Ksob, face à la brèche d’assaut de Biskra, par où montait
+l’ennemi, le grand nomade saharien.</p>
+
+<p>L’histoire nous dit par le menu comment la Kalaa, à la longue,
+ne put pas tenir. Le royaume Sanhadja des Beni-Hammad se replia sur
+lui-même. Sa capitale fut transportée à Bougie, à l’autre extrémité
+de la grand’route. Et pourtant au voisinage de son extrémité
+hodnéenne, à Beni-Abbès et à la Medjana, un centre urbain et de
+commandement a persisté jusqu’à nos jours avec les Moqrani
+héritiers des sultans de <em>Labès</em>.</p>
+
+<p>La Kalaa, Beni-Abbès, Bougie, ce chapelet de capitales,
+jalonnent une transversale de l’Atlas tellien&nbsp;; c’est un
+pendant d’Achir, Médéa, Miliana, Cæsarea, Alger, ou bien encore de
+Tlemcen, Siga.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl5c8">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_186"></a><a href="#FNanchor_186"><span class=
+"label">[186]</span></a>Voir <a href="#entbib115">n<sup>o</sup>
+115</a> les très curieuses figures 92, p. 419 et 93 p. 421.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_187"></a><a href="#FNanchor_187"><span class=
+"label">[187]</span></a><a href="#entbib25">N<sup>o</sup>
+25</a>.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h3><span class="pagenum" id="Page_197">[197]</span><a id=
+"l5c9"></a>CHAPITRE IX</h3>
+
+<p class="sch2">TIARET</p>
+
+<p>Il reste à mentionner une dernière transversale, jalonnée elle
+aussi par des capitales actuelles ou défuntes. Elle court à peu
+près sous le méridien de Tiaret, et elle coupe l’Algérie des
+plaines littorales en deux compartiments bien distincts (<a href=
+"#i28">fig. 28</a>).</p>
+
+<p><em>La Mina.</em> — L’axe est la vallée de la Mina&nbsp;; sur
+son importance comme ligne de démarcation on a déjà dit
+l’essentiel, longuement. Le front de la meseta sud oranaise court
+de la Moulouya à la Mina. La vallée moyenne de la Mina, en aval et
+en amont de Prévost-Paradol est dissymétrique. Sur sa rive gauche
+les causses calcaires s’étendent au loin. A quelque distance sur sa
+rive droite les plissements de l’Atlas proprement dit apparaissent.
+L’orientation générale de la Mina à travers l’Atlas est
+sud-est-nord-ouest. Or dans cet Atlas algérien occidental le grand
+fossé des plaines sublittorales, comme les chaînons qui
+l’encadrent, ont une orientation générale nord-est sud-ouest. La
+croisée à peu près orthogonale des deux directions est donc bien
+nette le long de la Mina. Autour de Prévost-Paradol le bord des
+causses dessine un redan, et les plis de l’Atlas un rebroussement.
+A ce rebroussement correspond, au point précis où il se produit, un
+gros affleurement éruptif (gorges de Temda) (<a href="#i28">fig.
+28</a>).</p>
+
+<p>Si nous nous reportons au bord de la mer, dans la prolongation
+de la vallée de la Mina, cela nous mène à l’embouchure du Chéliff.
+Elle aussi la basse vallée du Chéliff est dissymétrique. Sur sa
+rive droite pitonne l’extrémité du Dahra, région de collines
+accusées, déjà presque de montagnes, où le crétacé affleure
+largement. Sur sa rive gauche s’étend le plateau à peine ondulé de
+Mostaganem, qui est tout entier de sables et grès tendres
+pliocènes, souvent décomposés ou transposés en dunes.</p>
+
+<p>Il court donc bien là, de Tiaret à la mer, le long de la
+Mina,<span class="pagenum" id="Page_198">[198]</span> un grand
+accident transversal qui coupe l’Atlas en deux compartiments. Et
+ces deux compartiments sont très différenciés.</p>
+
+<p>Assurément le grand fossé des plaines sublittorales court de la
+Mitidja au Rio Salado, il fait l’unité indéniable de l’Algérie
+occidentale, mais il faut distinguer à l’est et à l’ouest de la
+Mina.</p>
+
+<p>La vallée du Chéliff est une plaine magnifique, large, basse et
+continue, le long de laquelle les influences occidentales
+s’insinuent jusqu’aux portes d’Alger à travers les montagnes. Mais
+ces montagnes, qui encadrent le Chéliff, sont très sérieuses.
+L’Ouarsenis et le Zaccar sont dans le Tell occidental une sorte de
+rappel de l’oriental. Ce sont de vieux plis pyrénéens,
+contemporains des Biban ou du Djurdjura, étroitement apparentés
+avec l’Atlas de Blida. L’Ouarsenis est déjà dessiné dans la
+<a href="#i07">carte</a> paléogéographique du bras de mer
+suessonien. L’Ouarsenis et le Zaccar sont restés l’un et l’autre de
+grandes îles émergées pendant toute la durée des mers miocènes.
+Leur altitude qui approche parfois de <span class=
+"numletsp">2</span>000 mètres, les vallées torrentielles qui les
+entaillent profondément, leurs forêts (la célèbre forêt de cèdres
+de Teniet-el-Haad par exemple), leur peuplement par des tribus
+berbérophones qui se donnent à elles-mêmes le nom de Kabyles, si
+différentes qu’elles soient d’ailleurs des kabyles orientaux&nbsp;;
+tout cela fait de ces longues chaînes une double cloison étanche
+entre les Hauts Plateaux et la mer. Des uns à l’autre, en fait, on
+ne passe nulle part entre le Tittéri et Tiaret. La route de
+Teniet-el-Haad n’est pas un grand chemin de communication. Les blés
+du Sersou, qui poussent dans le département d’Alger, ont pour
+métropole économique Tiaret, sous-préfecture du département d’Oran,
+et ils ne peuvent s’écouler que par le chemin de fer de la
+Mina.</p>
+
+<p>Au delà de la Mina tout change brusquement. Ce sont les plaines
+oranaises, encadrées de chaînons pliocènes, un pays d’hydrographie
+ébauchée, le coin le plus jeune de l’Atlas, d’âge postalpin.</p>
+
+<p>D’ailleurs le bord de la Meseta sud oranaise serre la
+Méditerranée de très près. L’Atlas proprement dit, la chaîne
+plissée, est réduite à une épaisseur de 50 à 60 kilomètres&nbsp;;
+c’est à peu près la moitié de sa largeur normale dans le reste de
+l’Algérie. Les plaines très étalées occupent d’ailleurs quelque
+chose comme la moitié de cette superficie déjà si réduite. Et les
+sommets les plus élevés n’atteignent pas tout à fait <span class=
+"numletsp">1</span>000 mètres. C’est une déchéance extrêmement
+marquée. On pourrait presque parler d’une interruption de la
+chaîne&nbsp;; à coup sûr elle n’existe plus comme obstacle de
+Tiaret à<span class="pagenum" id="Page_199">[199]</span> Tlemcen.
+Il y a là une brèche de 200 kilomètres d’étendue par laquelle les
+Hauts Plateaux ont libre accès à la mer. Rien de pareil ne se
+retrouve dans tout le reste du Maghreb. Ici la steppe vient toucher
+la Méditerranée. L’affaiblissement du relief, et le défilement
+derrière les hauts massifs marocains ont pour conséquence une
+diminution dans la moyenne annuelle des pluies. A travers les
+collines nues les hommes de la steppe Zénètes et Arabes ont étendu
+leur domination jusqu’à la côte et c’est par là, en franchissant la
+trouée de Taza, qu’ils sont arrivés au Maroc. Ce coin du Tell si
+particulier est l’Oranie proprement dite.</p>
+
+<p><em>Royaume de Tiaret.</em> — Entre ces compartiments de l’Atlas
+très vivement contrastés, la vallée de la Mina est un lieu de
+villes et de capitales historiques, suivant une loi qui semble se
+vérifier dans tout le Tell. Le grand moment ici se trouve avoir été
+l’époque byzantine et le haut moyen âge berbère. Sur la première
+l’archéologie seule nous renseigne. Il y a dans la haute Mina à
+mi-chemin environ sur la route entre Palah et Frenda, des mausolées
+en forme de pyramides, que les indigènes appellent les Djedar. Ils
+rentrent dans la même catégorie que le tombeau de la Chrétienne et
+le Medracen. «&nbsp;Ces mausolées, dit Gsell, semblent
+contemporains de l’époque byzantine&nbsp;; ce sont sans doute les
+tombeaux d’une dynastie indigène<a id="FNanchor_188"></a><a href=
+"#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a>.&nbsp;»</p>
+
+<p>C’est un peu vague&nbsp;; encore que le fait même ait la
+solidité d’un monument. Nous trouvons dans tous les historiens
+arabes des renseignements infiniment plus précis sur un autre
+royaume de la haute Mina, celui de Tiaret. Le nom de Tiaret
+apparaît dès le début de la conquête arabe. C’est une des deux
+régions d’Algérie où Sidi-Okba ait eu à faire un gros effort
+militaire (l’autre étant le seuil de Biskra). Le nom de Tiaret est
+associé à celui des Kharedjites. A partir de 761 après J.-C. Tiaret
+est la capitale d’un grand royaume berbère indépendant de
+confession Kharedjite (on dit aussi Ibadhite), qui dura jusqu’à
+910. C’était un grand royaume&nbsp;; puisqu’il s’étendait
+certainement jusqu’en Tripolitaine (djebel Nefoussa). Ç’a été
+l’empire du Sahara et des steppes.</p>
+
+<p>De nos jours quand Abd-el-Kader a ressuscité pour quelques
+années un empire de nomades dans l’Oranie, il a été conduit de
+suite à installer une de ses deux capitales à Tiaret (l’autre étant
+à Mascara, centre de sa tribu natale).</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_200">[200]</span>Sur la
+transversale de la Mina ce sont les hauts de la rivière qui ont à
+travers l’histoire le monopole des capitales impériales. Mostaganem
+est une très vieille ville, mentionnée par El-Bekri, mais elle n’a
+jamais eu de grandes destinées. Entre Tiaret et la mer on retrouve
+bien la route des invasions et du commerce jalonnée par des
+souvenirs historiques et des ruines. Sur la rivière même, dans la
+région de Prévost-Paradol, à Souamat<a id=
+"FNanchor_189"></a><a href="#Footnote_189" class=
+"fnanchor">[189]</a>, dans une situation très forte, les
+archéologues signalent une grande ville dont ils ignorent le nom,
+mais qui est romaine de très basse époque (une inscription est du
+<span class="sc2">V</span><sup>e</sup> siècle). Peut-elle avoir un
+rapport avec les Djedar. Il semble que ce soit, de toute la feuille
+33, les ruines antiques de beaucoup les plus importantes (<a href=
+"#i28">fig. 28</a>).</p>
+
+<p>Les historiens et les géographes arabes nous ont laissé des noms
+de ville, dont l’emplacement exact n’est pas identifié. El-Batha,
+Chelif des Beni-Ouatil, qui furent approximativement les ancêtres
+du Relizane actuel&nbsp;: El-Ghozza qu’el-Bekri appelle le Sahel
+(le littoral) de Tiaret, et qui semble avoir des rapports
+géographiques avec la jolie petite ville actuelle de Mazouna. A
+lire Ibn-Khaldoun il semble que le point important, dominant la
+route entre Tiaret et la mer, ait été le plateau de Mindas
+(aujourd’hui Mendez<a id="FNanchor_190"></a><a href="#Footnote_190"
+class="fnanchor">[190]</a>) sur les crêtes qui dominent la Mina à
+l’est. A coup sûr le grand chemin historique passe par là, et on
+s’est, à maintes reprises, disputé Mindas les armes à la main.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl5c9">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_188"></a><a href="#FNanchor_188"><span class=
+"label">[188]</span></a><a href="#entbib8">N<sup>o</sup> 8</a>,
+feuille 53, alinéas 66, 67, <a href="#entbib62">n<sup>o</sup>
+62</a>, t. II, p. 418, planches CIV, CV, CVI.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_189"></a><a href="#FNanchor_189"><span class=
+"label">[189]</span></a><a href="#entbib8">N<sup>o</sup> 8</a>,
+feuille 33, alinéa 3. Ruines Romaines de <a href="#i28">Fig.
+28.</a></p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_190"></a><a href="#FNanchor_190"><span class=
+"label">[190]</span></a><a href="#entbib53">N<sup>o</sup>
+53</a>.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_201">[201]</span><a id=
+"l6"></a>LIVRE VI</h2>
+
+<p class="sch1">LES RÉGIONS NATURELLES ALGÉRIENNES</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<p class="space-above15"><em>But poursuivi.</em> — Dans le présent
+petit livre, on a tenu un grand compte d’analogies entre la
+structure du Sahara et celle de l’Algérie. Dans l’Atlas tout entier
+on a retrouvé des directions transversales à la chaîne qui ont une
+parenté avec la direction des grands accidents dans le Sahara
+algérien.</p>
+
+<p>Il faut rappeler que l’auteur s’est beaucoup occupé de ce
+Sahara&nbsp;: les conclusions formulées peuvent donc avoir un lien
+avec la personnalité de l’auteur, et tenir un peu du parti pris
+involontaire.</p>
+
+<p>Il est facile cependant de regarder la question d’un point de
+vue impersonnel, tout à fait général. C’est celui auquel s’est
+placé, à maintes reprises, avec prédilection, feu G.-B.-M.
+Flamand<a id="FNanchor_191"></a><a href="#Footnote_191" class=
+"fnanchor">[191]</a>, un autre saharien, il est vrai mais auquel se
+sont ralliés beaucoup de géologues, qui n’étaient pas sahariens du
+tout&nbsp;: M. Savornin par exemple<a id=
+"FNanchor_192"></a><a href="#Footnote_192" class=
+"fnanchor">[192]</a>.</p>
+
+<p>Même lorsqu’il est recouvert d’un placage crétacé le Sahara
+algérien est essentiellement une pénéplaine primaire, hercynienne.
+Ce sont les directions des plis hercyniens qui conditionnent
+l’orographie. Dans l’Atlas le placage secondaire et tertiaire est
+bien plus puissant et bien plus continu&nbsp;: la pénéplaine
+primaire est à peu près complètement soustraite à l’observation. Il
+faut noter cependant que cette continuité du placage est fonction
+du climat désertique ou steppien prolongé à travers les âges
+géologiques. Dans ce pays de chotts où les bassins fermés se sont
+succédé depuis le trias il n’y a pas eu d’érosion puissante et
+ancienne avec la mer<span class="pagenum" id=
+"Page_202">[202]</span> comme niveau de base. C’est pour cela que
+le placage s’est conservé, bien plutôt qu’à cause de sa puissance
+propre, qui n’est peut-être pas somme toute, extrêmement grande.
+Tout se passe comme si la pénéplaine hercynienne, inobservable il
+est vrai, mais partout présente en profondeur, dans la totalité de
+l’Atlas, Tell compris, ne cessait pas d’avoir une importance,
+décroissante naturellement vers le nord, mais partout indirectement
+sensible, et même considérable. A ce compte elle ferait
+l’originalité de l’Atlas, comparé aux autres chaînes alpines. La
+résistance du substratum expliquerait l’impuissance des géologues à
+retrouver jusqu’ici dans l’Atlas ces amas de nappes empilées,
+qu’ils y ont justement cherchées avec ardeur parce qu’elles sont
+caractéristiques des Alpes. L’existence de directions hercyniennes
+dans le substratum rigide expliquerait les croisées orthogonales,
+les plis courts et individuellement aberrants de la direction
+générale dans l’Atlas saharien, la confusion des plis telliens, et
+enfin la juxtaposition de compartiments, séparés par des
+transversales, et qui ont joué indépendamment, chacun pour son
+compte.</p>
+
+<p>Il est bien entendu, cependant, qu’on n’a pas été guidé dans le
+présent travail par cette idée générale, et on n’a pas non plus la
+prétention d’y aboutir. Elle concerne les géologues, elle est de
+leur domaine, c’est à eux de l’établir ou de l’infirmer. On s’est
+efforcé constamment de faire état exclusivement des faits
+géologiques établis par le consensus des techniciens.</p>
+
+<p>On ne songe pas un instant à apporter une solution originale au
+grand problème orogénique de la surrection de l’Atlas. Le but qu’on
+s’est proposé est beaucoup plus modeste, il est de géographie
+descriptive. On a voulu débrouiller, classer, dégager des régions
+naturelles.</p>
+
+<p><em>Régions naturelles.</em> — Le concept de la région naturelle
+est mixte, de géographie physique à la fois et de géographie
+humaine. Entre la structure du sol et la distribution des groupes
+humains on admet qu’il y a un lien. Et l’idée n’est certainement
+pas inexacte, pourvu qu’on ne l’applique pas avec une rigueur
+mathématique.</p>
+
+<p>En essayant de résumer et de grouper les données géologiques
+acquises nous avons abouti à reconnaître et à délimiter un certain
+nombre de compartiments, en rapport avec la structure physique de
+l’Algérie. Ces compartiments sont-ils des régions naturelles&nbsp;?
+Chacun d’eux a-t-il une tendance à être peuplé par un groupe humain
+distinct&nbsp;?</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_203">[203]</span>A cette
+question, dans le courant du présent travail et à maintes reprises
+déjà, on s’est trouvé amené à donner des réponses de détail. Il est
+possible, en guise de conclusion, d’esquisser une réponse
+d’ensemble.</p>
+
+<p>Il ne faut pas perdre de vue que l’histoire de l’Algérie est
+inconnue. Les éléments en existeraient, mais ils n’ont pas été mis
+en œuvre. Lorsqu’on parle d’une province française, et par exemple
+de la Normandie, tout le monde sait implicitement en gros ce que
+furent les Normands. Mais si on voulait donner à une région
+algérienne le nom de Zénétie, qui donc dans le grand public a
+jamais entendu parler des Zénètes&nbsp;? et parmi les orientalistes
+eux-mêmes combien y a-t-il d’érudits qui en ont une idée un peu
+précise&nbsp;? A propos de régions naturelles en Algérie il ne faut
+donc pas espérer tirer de l’histoire la même assistance que chez
+nous.</p>
+
+<p>On compte s’appuyer sur la distribution en Algérie des deux
+langues, berbère d’un côté et arabe de l’autre. C’est une base qui,
+au premier abord, pourra paraître assez fragile. Le choix en est
+susceptible de choquer doublement nos habitudes d’esprit.</p>
+
+<p>D’abord nous autres occidentaux, quand nous envisageons le
+Maghreb, ses habitants nous paraissent former un bloc, le bloc des
+musulmans, des orientaux. Puis, chez nous-mêmes, dans notre France,
+nous n’attribuons pas une grande importance aux limites de
+dialectes, et par exemple dans notre Bretagne à la limite qui
+sépare la Bretagne bretonnante de l’autre.</p>
+
+<p>L’Algérie pourtant n’est pas la France. On sait bien, après
+tout, en gros, les haines millénaires qui séparent les Berbères et
+les Arabes. «&nbsp;Ils sont aussi différents que les Français et
+les Allemands&nbsp;», disait un indigène. Dans ce pays oriental, où
+notre sentiment national n’est pas né, ces deux groupes sont ce qui
+se rapproche le plus de deux nations.</p>
+
+<p>On croit que leur représentation cartographique est
+importante&nbsp;: on croit même qu’elle est un résumé graphique de
+toute l’histoire depuis <span class="numletsp">2</span>000 ans.
+Mais enfin, à supposer qu’on se trompe, il reste une chose
+certaine, c’est que la carte des langues en Algérie a un rapport
+avec la structure, telle que nous l’avons décrite.</p>
+
+<p><em>La carte des langues.</em> — La répartition des deux langues
+en Algérie se trouve être connue d’une façon satisfaisante. Il a
+été fait là-dessus, en 1860 et en 1912, deux enquêtes officielles,
+confiées aux administrateurs et aux officiers de bureaux
+arabes&nbsp;; et chacune<span class="pagenum" id=
+"Page_204">[204]</span> de ces enquêtes a abouti à la publication
+d’une carte<a id="FNanchor_193"></a><a href="#Footnote_193" class=
+"fnanchor">[193]</a>. Il n’y a aucun lien entre ces deux enquêtes,
+et il y a un accord satisfaisant entre leurs résultats. Les deux
+cartes dressées à un demi-siècle d’intervalle se superposent dans
+les grandes lignes. Un ou deux petits points resteraient peut-être
+en suspens et exigeraient un supplément d’enquête&nbsp;: mais il
+s’agit de détails qui n’ont pas d’intérêt à notre point de vue
+actuel. En gros, sans contestation possible, la position respective
+des deux dialectes en Algérie est parfaitement connue (<a href=
+"#i46">fig. 46</a>).</p>
+
+<p>On l’a reproduite dans la figure ci-jointe, mais on ne s’est pas
+contenté d’y utiliser des documents proprement algériens. On y a
+schématisé la distribution des Berbérophones dans le Maghreb,
+Tunisie et Maroc compris.</p>
+
+<p>Il est tout à fait certain que la Tunisie tout entière est
+pratiquement de langue arabe. Au Maroc il est non moins certain que
+les Berbérophones couvrent une énorme superficie et on sait à peu
+près laquelle. Ils sont groupés tout le long de la frontière
+algérienne, dans les hautes montagnes de l’Atlas et du Riff. Ces
+données assurément n’ont pas la précision de celles que nous avons
+sur l’Algérie, elles sont néanmoins suffisantes. Bien entendu c’est
+de l’Algérie qu’il s’agit, et non pas de la Tunisie ni du Maroc.
+Mais le cadre des pays voisins est indispensable pour interpréter
+la carte des dialectes sur le sol algérien.</p>
+
+<p><em>Les lois du groupement.</em> — Depuis longtemps, depuis que
+nous sommes en Algérie, cette distribution des dialectes a provoqué
+la curiosité&nbsp;; on a cherché à en dégager les lois.</p>
+
+<p>Tout au début de notre occupation, au premier contact, on s’est
+arrêté à cette idée générale très simple&nbsp;: les nomades sont
+Arabes et les sédentaires sont Berbères. L’idée a croulé dès qu’on
+a vu un peu plus clair. Les Touaregs, pour ne citer que cet exemple
+dans toute l’Afrique du Nord sont la tribu la plus libre qui soit
+de toute influence arabe&nbsp;: et ils sont en même temps les
+représentants typiques du grand nomadisme.</p>
+
+<p>Plus tard on s’est arrêté à cette autre explication, très
+générale et absolue&nbsp;: les plaines sont le domaine de l’Arabe
+conquérant. Les Berbères vaincus ont été refoulés dans les
+montagnes et les lieux inaccessibles. C’est une idée qui n’est pas
+encore tout à fait discréditée. Pourtant si on y regarde de près on
+constate des faits<span class="pagenum" id="Page_206">[206]</span>
+comme celui-ci. Sur les hautes plaines de Constantine vivent des
+Chaouïa, qui sont des pasteurs nomades, logés sous la tente, et qui
+parlent Berbère. Tout à côté d’autre part les montagnes qui
+entourent la plaine de Bône sont peuplées par des indigènes qui
+cultivent la terre, qui vivent dans des maisons, et qui ne parlent
+qu’arabe.</p>
+
+<div class="figcenter iw1">
+<figure id="i46"><a href="images/i46_large.jpg"><img src=
+'images/i46.jpg' alt=''></a>
+<p class="cp1">Fig. 46. — Répartition de la langue Berbère.</p>
+
+<p class="cp2 space-above">Le domaine de la langue arabe (en blanc
+sur la carte) sépare comme un coin les deux domaines
+berbérophones.</p>
+
+<p class="cp2">Il correspond au domaine des hauts plateaux prolongé
+par celui des plaines oranaises&nbsp;; il est encastré entre de
+grands accidents physiques, le seuil de Biskra, la ligne de la
+Moulouya. — Un autre domaine de langue arabe, plus réduit et
+nettement distinct, a pour centre la plaine de Bône. — Entre les
+deux, les Berbérophones Algériens sont groupés du même côté de la
+grande ligne limite du horst Algérien (Biskra, Tiaret), qui a été
+suivie par le limes de l’Empire romain. — Les groupes Berbérophones
+principaux sont de vieilles régions naturelles, l’Aurès-Numidie,
+les Kabylies. — Les brèches de langue arabe qui disjoignent les
+groupes Berbérophones ont un rapport avec la situation des
+capitales Sanhadja, Achir et Kalaa des Beni-Hammad.</p>
+</figure>
+</div>
+
+<p>Notez que les deux idées qu’on vient d’exposer et de critiquer
+ne sont pas complètement absurdes, tant s’en faut. Il est vrai
+qu’en gros les nomades seraient plutôt arabophones. Il est vrai
+encore que les plaines, les pays largement ouverts, seraient plutôt
+le domaine de la langue arabe, et les montagnes d’accès difficile,
+faciles à défendre, le domaine du dialecte berbère. Seulement ce
+sont des règles qui comportent des exceptions éclatantes.</p>
+
+<p>Un fait comme la distribution des langues à la surface de la
+planète est fonction de l’évolution historique. Il a des causes
+multiples et compliquées, il ne se laisse pas déduire
+mathématiquement d’un principe. Pour essayer de le comprendre il
+faut l’analyser de près et le regarder en détail.</p>
+
+<p><em>La Zénétie.</em> — Au premier coup d’œil sur la carte il
+apparaît que les deux langues se groupent chacune à part&nbsp;: le
+Berbère est au nord-est dans l’Aurès, les Kabylies, les montagnes
+du Chéliff&nbsp;; l’arabe est au sud-ouest, sur les Hauts Plateaux
+cis-hodnéens, et en Oranie. Entre les deux la ligne de délimitation
+est très nette, et c’est une ancienne connaissance, c’est la grande
+cassure qui court en écharpe à travers l’Atlas algérien, et qui le
+coupe en deux, depuis le seuil de Biskra jusqu’à Tlemcen&nbsp;: la
+limite nord-orientale du horst algérien. Est-ce qu’une pareille
+coïncidence peut être fortuite&nbsp;? Regardons-y de plus près.</p>
+
+<p>La tache arabophone cis-hodnéenne s’étend à l’ouest jusqu’à la
+frontière marocaine, jusqu’au contact précis entre les Hauts
+Plateaux de type algérien, et les premiers contreforts des massifs
+marocains, c’est-à-dire en somme jusqu’au système des failles de la
+Moulouya.</p>
+
+<p>Il y a là une avancée en forme de coin, une intrusion de la
+langue arabe, entre les deux groupes berbérophones, marocain d’un
+côté, et algérien de l’autre. Cette disposition n’a rien de
+mystérieux historiquement, nous savons très bien à la suite de
+quels événements elle fut réalisée.</p>
+
+<p>Le seuil de Biskra, le Hodna, les Hauts Plateaux cis-hodnéens,
+c’est la route classique de toutes les invasions sahariennes
+de<span class="pagenum" id="Page_207">[207]</span> grands nomades.
+Elle se prolonge par l’Oranie et la trouée de Taza jusqu’à Fez et
+l’océan Atlantique. Il est tout naturel que ce soit le domaine de
+la langue arabe, d’un bout à l’autre, et nous savons très bien
+comment la langue arabe a triomphé dans l’Algérie cis-hodnéenne, à
+une date relativement récente. Ceux par qui elle fut introduite
+n’ont pas été du tout les premiers conquérants, Sidi-Oqba et ses
+successeurs immédiats&nbsp;: mais bien les envahisseurs Bédouins à
+partir du <span class="sc2">XI</span><sup>e</sup> siècle (tribus
+hilaliennes). Leur œuvre n’était encore qu’ébauchée au <span class=
+"sc2">XIV</span><sup>e</sup>, au temps du grand historien
+Ibn-Khaldoun, dont le livre éclaire toute la question.</p>
+
+<p>Ibn-Khaldoun sait très bien que l’Algérie cis-hodnéenne est une
+région naturelle, il lui donne un nom d’ensemble, il l’appelle
+<em>le Maghreb central</em>. Il nous dit que le Maghreb central
+était le domaine d’une famille humaine, celle des Berbères
+Zénètes&nbsp;: et que ces Berbères, au milieu des autres, étaient
+une sorte de nation, avec un dialecte distinct et uniforme.</p>
+
+<p>Il semble qu’il y ait eu quelques siècles plus tôt, à une date
+mal déterminée, une grande invasion zénète, venue du Sahara,
+prototype des invasions arabes ultérieures. En tout cas les Zénètes
+étaient de grands nomades sahariens. Ils s’opposaient violemment
+aux ancêtres de nos Kabyles, les Berbères Sanhadja&nbsp;: ils
+furent ennemis irréconciliables de leurs dynasties (les Zirides
+d’Achir, les Hammadites de la Kalaa).</p>
+
+<p>Apparemment c’était le choc de deux organisations sociales
+irréductibles l’une à l’autre, la nomade et la sédentaire. A des
+Berbères sédentaires les Zénètes ont préféré des étrangers arabes,
+nomades comme eux-mêmes. Ils furent les alliés et les complices des
+Bédouins. Nous savons par Ibn-Khaldoun que les grandes dynasties
+zénètes de Tlemcen et de Fez (Abd-El-Ouadites, Mérinides) ont
+étroitement associé les Bédouins arabes à leur fortune.</p>
+
+<p>Par haine des émirs sanhadja, et pour trouver un appui contre
+eux, les Zénètes ont été les partisans fidèles des khalifes
+espagnols&nbsp;: ainsi est-il advenu par exemple que la tête de
+leur ennemi le plus illustre, le sanhadja Ziri, tué sur le Chéliff,
+alla pourrir sur les créneaux de Cordoue. Cette familiarité avec
+les hommes et les choses d’Espagne, attestée par le style des
+mosquées tlemceniennes, se trouva de grande conséquence, le jour où
+les victoires castillanes éparpillèrent les émigrés andalous à la
+surface du Maghreb. Ces missionnaires de la culture et de la langue
+arabe ne trouvèrent nulle part un sol mieux préparé que dans le
+Maghreb central.<span class="pagenum" id="Page_208">[208]</span>
+Ils y achevèrent l’œuvre que les Bédouins avaient commencée.</p>
+
+<p>Ici donc nous sommes en pleine lumière historique. Depuis cinq
+ou six siècles, nous suivons assez facilement les étapes
+successives qui ont fait de la Zénétie un pays de langue arabe. On
+voudrait voir ce nom de Zénétie se fixer dans la nomenclature
+géographique usuelle, comme le nom d’une grande région naturelle,
+d’une province.</p>
+
+<p><em>La Kabylie Sanhadja.</em> — La voisine et la contre-partie
+de la Zénétie c’est la Kabylie des Sanhadja avec ses deux capitales
+successives, que nous connaissons déjà, Achir et la Kalaa. La
+Zénétie aussi d’ailleurs a eu deux capitales successives, Tiaret et
+Tlemcen. Il faut noter que, sur la carte des langues, Achir et la
+Kalaa paraissent en relation avec un fait curieux. Les grandes
+taches berbérophones algériennes sont disjointes par deux grandes
+brèches arabophones, qui pénètrent en coin. L’une s’insinue entre
+le groupe aurasien et le groupe kabyle&nbsp;; et l’autre sépare la
+Kabylie de l’archipel de dialecte berbère autour de la Mitidja et
+du Chéliff. Or de ces deux grandes brèches arabophones la plus
+orientale part exactement de la Kalaa et la plus occidentale
+d’Achir. Tout se passe comme si chacune de ces capitales avait été
+un centre de rayonnement et de diffusion pour la langue arabe.</p>
+
+<p>Il n’y a rien de plus naturel. Achir et la Kalaa furent
+assurément des capitales musulmanes, la langue du Coran y était
+chez elle. C’étaient des villes d’ailleurs, et des centres
+politiques&nbsp;: la culture citadine, les besoins économiques et
+administratifs, sont difficilement compatibles à la longue avec un
+dialecte rural et local&nbsp;: il y fallait une vraie langue, et il
+n’y en avait pas d’autre imaginable que l’arabe. On saisit ici sur
+le fait, dans un cas concret, le lien de la carte des dialectes
+avec tout le passé historique, comme d’ailleurs avec la structure
+géographique. Mais Achir et la Kalaa étaient des capitales
+arabophones de royaumes berbères. D’ailleurs comme à peu près
+toutes les villes algériennes (les ports mis à part), elles
+s’élevaient à la limite de la steppe et du Tell. Il y a là une
+sorte de loi&nbsp;: le long de cette frontière entre deux mondes
+très contrastés, les conditions de la vie économique et politique,
+c’est-à-dire les conditions urbaines, sont réalisées mieux
+qu’ailleurs. Il ne faut cependant pas que cette situation frontière
+nous fasse illusion&nbsp;: Achir et la Kalaa par toutes leurs
+attaches appartenaient au Tell Sanhadja. A travers les siècles de
+leur existence elles ont eu pour ennemis acharnés les gens de la
+steppe, Zénètes et Arabes. Elles<span class="pagenum" id=
+"Page_209">[209]</span> n’ont jamais interrompu la guerre, et elles
+sont tombées face à l’ennemi.</p>
+
+<p>Le duel entre ces deux Berbéries, celle des Sanhadja et celle
+des Zénètes remplit tout le moyen âge algérien, et il jette une
+lumière sur l’histoire tout entière de l’Algérie.</p>
+
+<p>Il arrive que nous essayons de philosopher, avec nos besoins
+intellectuels d’occidentaux, sur cette histoire absurde, qui
+n’évolue pas, sur cet imbroglio de guerres éternelles et
+inintelligibles, d’où on ne voit jamais émerger un empire durable,
+encore bien moins une nation. La tentative d’explication à laquelle
+on a recours le plus ordinairement est celle-ci. L’Algérie, voire
+l’Afrique du Nord, n’a pas pu réaliser son unité historique parce
+qu’elle n’a pas de centre géographique, rien qui rappelle notre
+Massif Central, ou la convergence des rivières vers un Paris.
+L’Algérie est toute en casiers distincts, qui communiquent
+difficilement, et qui ne s’ordonnent autour de rien. Cette
+explication, qui a déjà servi aux historiens de la Grèce antique,
+ne semble pas rendre compte du trait le plus frappant de l’histoire
+berbère. Tous les rois numides Syphax, Massinissa, Jugurtha, ont
+réalisé l’unité de l’Algérie sans difficulté&nbsp;: leur empire n’a
+jamais manqué de s’étendre de la Moulouya jusqu’aux portes de
+Carthage. Le royaume des Ibadites s’est étendu de la Tripolitaine à
+Tiaret. Tous les grands royaumes Berbères du moyen-âge, celui des
+Fatimides, celui des Almohades, etc., ont embrassé, pendant un
+certain laps de temps, à peu près la totalité de la Berbérie. Cette
+extension de l’empire aux limites du pays se réalise toujours avec
+une rapidité foudroyante. Seulement çà ne tient jamais. C’est une
+unité champignon, qui pousse en une nuit, et qui tombe en poussière
+dans une matinée. Je ne crois pas qu’il y ait rien de semblable
+dans aucune autre des histoires qui nous soient familières. C’est
+un trait proprement berbère. On croit que le duel Sanhadja-Zénète
+aide à l’interpréter. En Orient, partout où les pasteurs et les
+paysans sont juxtaposés, il faut qu’il y ait entre eux une
+association, aucun de ces deux mondes ne se suffit à lui-même. Dans
+ce ménage la question primordiale est celle de la direction, du
+commandement. Nous savons très bien comment elle a été tranchée
+dans les deux grands empires historiques du Levant. En Égypte le
+sédentaire a toujours sans difficulté dominé le Bédouin. En
+Chaldée, ç’a été l’inverse&nbsp;: le pouvoir a toujours été aux
+mains des nomades, Assyriens, Perses, Arabes. Mais au Maghreb aucun
+des deux n’a pu<span class="pagenum" id="Page_210">[210]</span>
+établir sa domination sur l’autre. Ces siècles du moyen âge, à
+travers lesquels s’est déroulé le duel Sanhadja Zénète, furent
+précisément les seuls où les Berbères ont tenu leurs propres
+destinées dans leurs mains. Il y a eu un effort confus, mais
+violent pour réaliser l’union des nomades et des sédentaires par la
+subordination d’un groupe à l’autre. Il put sembler un temps qu’on
+aboutirait. Les Sanhadja tendaient à l’emporter. Le refoulement des
+Zénètes s’accusait dans le déplacement vers l’ouest de leur centre
+politique, transporté de Tiaret à Tlemcen. Leur appel aux secours
+espagnols paraissait indiquer l’épuisement. Si l’unification était
+possible il semblait que ce fût par les Sanhadja. <em>Si Pergama
+dextra</em>... Mais les Bédouins arabes apparurent et tout fut
+remis en question. Il fut acquis dès lors que la Berbérie gardait
+ses deux âmes inconciliables.</p>
+
+<p>Elle les a toujours eues à travers les millénaires de son
+histoire. Sa dualité irrémédiable explique apparemment qu’elle ait
+toujours eu des maîtres étrangers, Carthage, Rome, les Vandales,
+Byzance, les Arabes, les Turcs, les Français. Il y a peu de pays où
+l’impuissance d’être soi-même soit historiquement attestée à un
+pareil degré. De tous les incidents connus d’une longue histoire il
+n’y en a pas, je crois, où la dualité cause de cette impuissance
+apparaisse plus nettement que dans le conflit Sanhadja Zénète. Il
+dure encore d’ailleurs, entre Arabes et Kabyles. Lorsque
+Abd-El-Kader, le sultan arabe, essayant de nouer contre nous le
+bloc de tous les indigènes, en vint à s’adresser aux Kabyles, on
+lui répondit immédiatement en lui parlant de «&nbsp;couscoussou
+noir&nbsp;» (la poudre).</p>
+
+<p>Considérée sous cet angle la ligne de démarcation entre les
+arabophones et les berbérophones, c’est-à-dire le bord
+nord-oriental du horst algérien, n’apparaît-il pas comme l’épine
+dorsale de l’Algérie, la grande ligne maîtresse.</p>
+
+<p><em>Bône.</em> — La Zénétie n’est pas la seule province
+entièrement arabophone d’Algérie. Il y en a une autre, la région de
+Bône, beaucoup moins étendue, mais tout à fait à part, symétrique
+de la Zénétie, de l’autre côté du bloc berbérophone. Les affinités
+sont avec la Tunisie, tout entière arabophone, dont elle est un
+prolongement sur le territoire algérien.</p>
+
+<p>Dans le bloc tunisien bônois la langue arabe n’a pas été
+introduite par les Bédouins du <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> au <span class=
+"sc2">XV</span><sup>e</sup> siècle. Elle est venue bien plus tôt.
+Les Bédouins ont introduit en Algérie ce qu’on appelle l’arabe
+vulgaire, un arabe à syntaxe simplifiée, pauvrement
+vocalisé.<span class="pagenum" id="Page_211">[211]</span> Au temps
+d’Ibn-Khaldoun ce dialecte plébéien scandalisait les Tunisiens et
+les Andalous, parmi lesquels, par l’école, la littérature, la vie
+bourgeoise et urbaine, à la cour des Hafsides et des Ommeïades,
+l’arabe littéral s’était transmis et se conservait depuis la
+conquête.</p>
+
+<p>On sait que, au temps de Saint-Augustin, aux environs de Bône et
+de Guelma, «&nbsp;il fallait des interprètes puniques pour
+parlementer avec des paysans révoltés<a id=
+"FNanchor_194"></a><a href="#Footnote_194" class=
+"fnanchor">[194]</a>&nbsp;». Il faut donc admettre que, dans cette
+partie de l’Algérie, le bas peuple parlait punique au <span class=
+"sc2">V</span><sup>e</sup> siècle. La limite de cette influence
+carthaginoise, dont la profondeur nous est ainsi attestée, les
+archéologues semblent la placer vers Guelma et Constantine dans la
+grande banlieue de Bône, et vers Tébessa dans l’arrière-pays de
+Carthage elle-même<a id="FNanchor_195"></a><a href="#Footnote_195"
+class="fnanchor">[195]</a>. C’est assez exactement aujourd’hui la
+limite des dialectes berbères et arabes&nbsp;: comme c’est
+d’ailleurs la limite des hautes plaines constantinoises.</p>
+
+<p>Est-il possible qu’il y ait là des coïncidences
+fortuites&nbsp;?</p>
+
+<p>Personnellement on admettrait volontiers que la persistance du
+punique ait préparé les voies à la diffusion de l’arabe. Autour de
+Carthage et de Bône on soupçonnerait volontiers que les indigènes
+parlent arabe ou un dialecte sémitique voisin de l’arabe depuis
+<span class="numletsp">2</span>500 ans. C’est là une idée que les
+archéologues et les latinistes admettraient sans difficulté. Que
+les mœurs, les dieux, l’écriture et la langue punique aient survécu
+à Carthage pendant des siècles, c’est un fait reconnu par eux<a id=
+"FNanchor_196"></a><a href="#Footnote_196" class=
+"fnanchor">[196]</a>. Mais les arabisants les plus distingués
+répugnent vivement à voir un lien entre le punique et l’arabe. Il
+faut donc spécifier que notre hypothèse, formulée en passant, est
+hétérodoxe. On ne l’en croit pas moins juste pour cela. Mais après
+tout elle n’est pas indispensable pour rendre compte du phénomène.
+Pour expliquer la disparition du berbère en Tunisie, M. W. Marçais
+a bien voulu attirer mon attention sur un fait bien établi. En
+Tunisie ç’à été la vie urbaine, en Algérie la vie rurale qui a
+prédominé&nbsp;: les patois comme le berbère ont évidemment un
+caractère rural. Bien entendu la prédominance ancienne de la vie
+urbaine en Tunisie a un lien étroit avec l’existence de Carthage,
+des deux Carthages successives, la punique et la romaine. L’Afrique
+romaine, qui a succédé à la punique, avec sa civilisation
+millénaire, son organisation citadine, sa société bourgeoise, ses
+besoins de vieux peuple civilisé, ne pouvait pas se<span class=
+"pagenum" id="Page_212">[212]</span> passer d’une langue
+littéraire. A défaut du latin, que l’effondrement de la domination
+romaine rendait impossible, elle adopta l’arabe&nbsp;: que cette
+substitution ait été facilitée, ou non, par la persistance dans les
+familles d’un patois carthaginois.</p>
+
+<p>C’est assurément une explication de ce genre qui rend compte du
+bloc arabophone tunisien bônois.</p>
+
+<p><em>Le berceau des Fatimides.</em> — L’Afrique romaine avait du
+côté de la Maurétanie berbère une frontière qu’elle a gardée
+pendant des siècles et qui nous est bien connue, c’était le flumen
+Amsaga, qui porte aujourd’hui à son embouchure le nom d’oued
+el-Kebir, dans son cours moyen celui de Rummel, dans son cours
+supérieur celui de Bou-Merzoug<a id="FNanchor_197"></a><a href=
+"#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>. C’est la rivière de
+Constantine. Dans l’Afrique antique l’Amsaga était une frontière
+aussi célèbre que la Moulouya (Mulucha), entre les deux
+Maurétanies, la Césarienne et la Tingitane.</p>
+
+<p>Il faut noter que cette frontière le long de l’Amsaga était
+politique et historique. Elle ne coïncide avec aucune frontière
+géographique imaginable. Ici le rayonnement de proche en proche du
+vieux pays civilisé de Carthage a triomphé des obstacles naturels,
+l’histoire a pris le pas sur la géographie.</p>
+
+<p>Aujourd’hui nous trouvons l’arabe installé comme langue unique
+non seulement sur la rive droite de l’Amsaga (région de
+Philippeville), mais aussi sur sa rive gauche (région de
+Djidjelli). Et nous devinons aisément à la suite de quel grand fait
+historique la langue arabe a réalisé cette dernière conquête.</p>
+
+<p>La petite Kabylie, entre la crête des Babor et l’oued el-Kebir
+(l’Amsaga) parle un dialecte arabe étrange&nbsp;: les arabisants à
+diverses reprises ont signalé les particularités de ce jargon<a id=
+"FNanchor_198"></a><a href="#Footnote_198" class=
+"fnanchor">[198]</a>. Ce qui est intéressant pour nous ce sont les
+frontières entre lesquelles il est parlé. Ce sont,
+incontestablement, celles de la tribu ancienne des Ketama
+(Ukutemani des inscriptions, Koidamousioi de Ptolémée). Il n’y a
+pas de tribu berbère plus illustre&nbsp;: ce sont les Ketama qui
+ont fondé l’empire des Fatimides, conquis l’Égypte, pris pendant un
+temps la direction de l’Islam entier. Ce petit district fut au
+<span class="sc2">X</span><sup>e</sup> siècle d’importance
+mondiale.</p>
+
+<p>Dans l’histoire de l’Islam Maugrebin, un honneur de ce genre est
+invariablement mortel. Les Koumia qui ont fondé la dynastie
+Almohade, les Sanhadja de Maurétanie qui ont fondé la
+dynastie<span class="pagenum" id="Page_213">[213]</span>
+Almoravide, etc., tous ont été ensevelis dans leur triomphe. Et les
+Ketama n’ont pas fait exception à la règle. La tribu berbère qui
+élève son chef à l’empire se donne tout entière et sans réserve.
+Elle fournit, à elle seule, jalousement, tous les soldats et tous
+les fonctionnaires&nbsp;: elle réclame le monopole des batailles,
+et celui, encore plus redoutable, des jouissances&nbsp;: c’est une
+énorme flambée où la tribu tout entière est consumée en quelques
+dizaines d’années. On ne connaît rien d’analogue dans notre
+histoire européenne. Aujourd’hui le nom de Ketama a disparu depuis
+longtemps comme ethnique du moins&nbsp;: car il survit dans l’argot
+local comme appellation grossièrement injurieuse. A Constantine,
+dit Féraud, il est synonyme de «&nbsp;proxénète, sodomisé, homme
+avili, renégat<a id="FNanchor_199"></a><a href="#Footnote_199"
+class="fnanchor">[199]</a>&nbsp;». Il va sans dire qu’aucun
+indigène de petite Kabylie ne se reconnaît descendant des vieux
+Ketama historiques, et on pourrait les croire éteints. Seulement
+sur le territoire de la tribu il se parle un dialecte qui n’a aucun
+rapport avec aucun des dialectes voisins, et c’est un dialecte
+arabe. Il y a apparence qu’il remonte aux <span class=
+"sc2">X</span><sup>e</sup> et <span class=
+"sc2">XI</span><sup>e</sup> siècles, à l’époque glorieuse.</p>
+
+<p>En résumé voilà un coin de Kabylie, toute l’extrémité orientale
+à l’est des Babor, qui est arabophone malgré son nom et malgré sa
+situation géographique. Sur ce point la géographie n’a pas servi de
+guide à l’histoire. Cette anomalie, dont les causes sont très
+apparentes, est curieuse.</p>
+
+<p>C’est un point où il faut se souvenir, dans la recherche des
+régions naturelles, que les sciences de la nature ne peuvent pas
+avoir une méthode rigide et déductive.</p>
+
+<p><em>Cæsarea.</em> — Zénétie d’un côté, plaine et collines de
+Bône d’autre part, avec l’appendice de la petite Kabylie
+Ketama&nbsp;; entre ces deux taches arabophones, le groupe des
+berbérophones&nbsp;: voilà bien l’image d’ensemble de l’Algérie, au
+point de vue linguistique. Mais dans le bloc des berbérophones il y
+a des distinctions intéressantes.</p>
+
+<p>A l’ouest, tout à fait en dehors du domaine kabyle, dans
+l’Algérie des plaines littorales, il y a un archipel de petites
+taches berbérophones autour de la Mitidja et du Chéliff. Ce sont
+les dernières traces en Algérie des dialectes zénètes, survivant
+encore péniblement au triomphe de la langue arabe. L’îlot le plus
+important de beaucoup est celui des Beni-Menacer à côté de
+Cherchell, l’ancienne Cæsarea, qui fut capitale de l’Algérie
+romaine, et qui lui<span class="pagenum" id="Page_214">[214]</span>
+donnait son nom de Maurétanie césarienne. Faut-il conclure qu’il
+puisse y avoir, dans certaines circonstances, un lien entre
+l’influence romaine et la persistance d’un idiome berbère&nbsp;? On
+verra quelques lignes plus loin se poser le même problème.</p>
+
+<p><em>Numidie et pays Chaouïa.</em> — Avec la Kabylie (l’ancien
+royaume Sanhadja), la province berbérophone la plus importante est
+évidemment le pays Chaouïa. L’Aurès tout entier, avec les hautes
+plaines qui le prolongent jusqu’aux portes de Constantine et de
+Souq-Ahras, tout cela est habité par des pâtres de moutons (c’est
+le sens du mot <em>Chaouïa</em>), qui parlent berbère, et qui ont
+une horreur nationale des Arabes.</p>
+
+<p>C’est une région naturelle à tous les points de vue. De grands
+accidents de structure l’isolent sur tout son pourtour. Vers
+l’ouest la grande cassure du Hodna, au nord la limite géographique
+si importante entre les hautes plaines et le Tell, entre le socle
+continental de l’Atlas saharien aux plis simples, et les
+bouleversements du géosynclinal tellien. Le contraste est tout
+aussi vif au point de vue humain. Ces pâtres, dont les moutons
+constituent à peu près tout le cheptel, nomadisent dans un petit
+rayon&nbsp;: tout leur manquerait pour les grandes randonnées, les
+bêtes de transport, les relations, l’organisation. Ils jalousent et
+ils détestent les grands nomades chameliers de langue arabe, avec
+lesquels depuis des siècles ils échangent des coups.</p>
+
+<p>Mais d’autre part ces gens qui vivent sous la tente sont très
+loin du villageois kabyle. Leurs dialectes berbères sont si
+différents qu’on se comprend à peine. Chaouïas et Kabyles sont les
+uns et les autres très conscients de leur individualité.</p>
+
+<p>Le pays Chaouïa a aussi son histoire à soi, un passé lointain
+qui lui appartient en propre.</p>
+
+<p>Cette grande cassure, qui coupe l’Algérie en écharpe, du seuil
+de Biskra jusqu’à Tlemcen, le bord nord-oriental du horst algérien,
+il faut noter qu’elle était suivie d’un bout à l’autre, assez
+exactement, par le <em>limes</em> de l’empire romain. C’est un fait
+très curieux, un de ceux dont on a le droit de dire, apparemment,
+qu’ils ont des chances de n’être pas fortuits (<a href="#i46">fig.
+46</a>).</p>
+
+<p>Le <em>limes</em> n’était pas la frontière. L’armée romaine
+agissait en dehors du limes, dressait des forteresses
+avancées&nbsp;: en deçà du limes était renfermé ce que nous
+appellerions le territoire de colonisation. Tout le pays chaouïa
+était en deçà du limes, comme d’ailleurs toute la Kabylie.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_215">[215]</span>Mais sous
+l’empire romain la Kabylie était la Maurétanie&nbsp;: le pays
+Chaouïa était la Numidie. Originairement nul doute que les Numides,
+ceux de Massinissa, n’aient été des nomades. Mais à mesure que
+l’empire a duré c’est la Numidie qui a été par excellence la
+province colonisée&nbsp;: c’est sur son sol que les archéologues
+retrouvent aujourd’hui toutes les ruines de grandes villes, Timgad,
+Khamissa, Mdaourouch, Tebessa, Lambèse, etc. La Maurétanie ne donne
+à peu près rien à l’archéologie&nbsp;; elle reste jusqu’au bout, de
+fait comme de nom, le pays des Maures, le coin barbare. Mais le nom
+de la Numidie à l’apogée de l’Empire ne correspond plus à aucune
+réalité, le passé est mort, il n’y a plus de nomades, les olivettes
+ont pris la place des pâturages.</p>
+
+<p>Rien de plus naturel. De la même façon nous voyons de nos jours
+l’Oranie, la Zénétie des nomades, devenir le théâtre des grandes
+conquêtes pour la colonisation européenne. C’est là que le colon
+refoule l’indigène. Dans la Kabylie au contraire on signale des
+points, comme la Medjana, où le colon, appuyé, imposé par
+l’administration, est éliminé au contraire, silencieusement et
+définitivement, par la concurrence kabyle. On peut imaginer
+l’évolution de la Numidie sous l’empire romain en considérant celle
+du Sersou de nos jours. Ce sont choses comparables&nbsp;; on
+reconnaît à ces traits l’Algérie éternelle.</p>
+
+<p>La Numidie colonisée fut un pays de grands domaines, de grande
+industrie agricole, exportateur en grand de céréales et d’huile.
+Elle donna au monde romain des écrivains comme Apulée, saint
+Augustin, issus d’une élite bourgeoise de langue et de culture
+latine. Elle lui donna aussi la plèbe révolutionnaire des
+Circoncellions&nbsp;: sous le nom d’hérésies, de luttes
+religieuses, on reconnaît des phénomènes qui nous sont familiers,
+les troubles sociaux, les mouvements ouvriers. Toute cette plèbe
+servile d’ouvriers agricoles était restée fidèle au dialecte
+berbère.</p>
+
+<p>Et dès lors on devine aisément ce qui advient lorsque croula la
+civilisation romaine. Ce qui fait si imposantes les ruines dont
+Timgad est le type classique, et qui rivalisent avec Pompéi, c’est
+que la Numidie a cessé d’un coup d’être une région urbaine. Les
+villes furent pillées, brûlées et abandonnées. Si elles avaient été
+reconstruites, si la vie avait continué dans leur enceinte, il n’en
+resterait plus trace. La vie qui refond et qui renouvelle est
+naturellement la grande destructrice. Avec les cités la bourgeoisie
+est morte et avec elle non seulement la langue latine, mais encore
+le<span class="pagenum" id="Page_216">[216]</span> besoin même
+d’avoir une véritable langue. Le dialecte berbère n’a plus de
+rival.</p>
+
+<p>On peut imaginer pourtant que cette plèbe des Circoncellions,
+regroupée en tribus berbères, n’ait jamais pu secouer tout à fait
+l’empreinte de son long passé romain. Ce passé, dont Masqueray a
+recherché pieusement les traces, a nécessairement contribué à faire
+une âme propre aux Chaouïas&nbsp;: comme aux Béni-Menasser de
+Cherchell. En face d’étrangers, comme les Arabes, venus du fond de
+l’orient et du désert, on conçoit que des gens qui ont un passé
+numide se sentent irréconciliables.</p>
+
+<p><em>Conclusions.</em> — Assurément rien de tout cela n’est au
+point. Cette Algérie qui a été successivement carthaginoise,
+romaine, arabe, turque, française, et qui à travers tous ces
+avatars n’a jamais pourtant cessé d’être elle-même, a une histoire
+dont on entrevoit mal les grandes lignes. Les documents abondants
+avec lesquels il faudrait l’écrire rentrent dans des compartiments
+tout à fait étanches de l’érudition, celui par exemple des études
+classiques, et celui de l’orientalisme.</p>
+
+<p>Sous ces réserves il nous semble que la carte des langues en
+Algérie n’est pas inintelligible&nbsp;: on croit reconnaître les
+grands événements historiques qui l’ont dessinée, et qui ne sont
+pas indépendants de la structure. Cette Algérie humaine paraît
+avoir avec l’Algérie physique un rapport indéniable&nbsp;: et si on
+ne se trompe pas on pourrait donc conclure que dans le présent
+petit travail, on n’a pas moulu à vide.</p>
+
+<p>Ce rapport entre l’homme Algérien et le sol on peut le résumer
+très brièvement, au moins dans un trait essentiel. Quand nos pères,
+au temps de Louis-Philippe, ont pris contact avec ce pays, ils y
+ont distingué le Tell et les hauts plateaux. Le Tell c’est la zone
+côtière qui a été modelée par l’érosion avec la mer comme niveau de
+base. Les hauts plateaux c’est la région intérieure qui a été
+modelée par l’érosion en bassin fermé avec le chott voisin pour
+niveau de base. Le contraste entre les deux modelés est
+extraordinaire, il saute aux yeux, la première impression de nos
+pères était et reste très juste.</p>
+
+<p>Seulement cette grande division, si importante soit-elle, n’est
+pas le trait géographique essentiel qui a présidé au groupement
+historique de l’humanité. L’axe humain de l’Algérie c’est le grand
+arc montagneux qui la coupe en écharpe de Biskra à Tlemcen. On ne
+saurait trop insister là-dessus.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="Page_217">[217]</span>Quoiqu’on ne
+l’ait jamais exposé nettement ce doit être une ligne de grande
+importance au point de vue climatique. La famine de 1921 a un
+rapport avec elle&nbsp;; elle a épargné l’Aurès et les Kabylies,
+ç’a été une famine zénète. Les études de l’Institut Pasteur sur les
+sauterelles, lorsqu’on se décidera à les publier, feront ressortir
+cette limite à laquelle les grandes invasions d’acridiens marquent
+toujours un temps d’arrêt. C’est l’importance climatique assurément
+qui en fait la valeur humaine.</p>
+
+<p>Sur cette ligne deux humanités, ou en tout cas deux cultures,
+s’affrontent depuis les temps les plus reculés. Avant l’histoire, à
+l’époque des plus anciens tombeaux, dolmens et tumulus, l’arc
+Biskra-Tlemcen sépare déjà deux provinces tout à fait distinctes.
+La mission ethnographique Frobenius, qui a parcouru l’Algérie en
+1914, l’a reconnu immédiatement<a id="FNanchor_200"></a><a href=
+"#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>&nbsp;; et on ne peut pas
+soupçonner M. Frobenius, dont l’ignorance ou le dédain de la
+bibliographie est fantastique, d’avoir emprunté cette idée à ses
+prédécesseurs. Elle s’est imposée à lui comme à eux<a id=
+"FNanchor_201"></a><a href="#Footnote_201" class=
+"fnanchor">[201]</a>. Au nord de l’arc Biskra-Tlemcen sont les
+cimetières de dolmens, au sud les grossiers tumulus de cailloux
+éparpillés isolément. Aujourd’hui ce même arc sépare les grands
+nomades chameliers des paysans Kabyles et des petits nomades
+moutonniers&nbsp;; le Zénétie de langue arabe, et le bloc
+Berbérophone dissocié en archipel. Les Romains dont l’empire en
+Afrique du Nord a duré cinq siècles, ont été plus dociles à
+l’évidence des faits que notre jeune administration française. Leur
+<em>limes</em> allait de Biskra à Tlemcen.</p>
+
+<p>Ce grand arc montagneux est composite. Il est assemblé de bouts
+de chaîne discontinus entre l’Aurès et l’Ouarsenis&nbsp;; à son
+extrémité occidentale entre la Mina et la Moulouya, c’est le rebord
+de grands causses, plus ou moins couverts de pinèdes, du sommet
+desquels on descend dans le Tell par de larges brèches. Ce chapelet
+de montagnes n’a pas plus de nom que d’unité. Et il faudrait
+cependant pouvoir nommer l’axe géographique de l’Algérie. Ne
+pourrait-on pas l’appeler la chaîne du limes&nbsp;?</p>
+
+<p>On soulignerait ainsi son rôle historique. Mais il ne faut pas
+oublier qu’il est aussi, malgré son aspect hétéroclyte une réalité
+géologique extrêmement simple&nbsp;; puisque c’est le rebord
+Nord-Oriental du horst algérien. Il n’y a guère de coin sur la
+planète où le lien entre la géologie et l’homme soit plus
+manifeste.</p>
+
+<div class="footnotes" id="ftl6">
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_191"></a><a href="#FNanchor_191"><span class=
+"label">[191]</span></a><a href="#entbib41">N<sup>o</sup> 41</a>,
+<em>passim</em>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_192"></a><a href="#FNanchor_192"><span class=
+"label">[192]</span></a><a href="#entbib112">N<sup>o</sup>
+112</a>.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_193"></a><a href="#FNanchor_193"><span class=
+"label">[193]</span></a><a href="#entbib65">N<sup>o</sup> 65</a>
+carte jointe, <a href="#entbib51">n<sup>o</sup> 51</a>,
+<em>id.</em> et <a href="#entbib52">n<sup>o</sup> 52</a>,
+<em>id.</em></p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_194"></a><a href="#FNanchor_194"><span class=
+"label">[194]</span></a><a href="#entbib63">N<sup>o</sup> 63</a>,
+p. 30.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_195"></a><a href="#FNanchor_195"><span class=
+"label">[195]</span></a><a href="#entbib63">N<sup>o</sup> 63</a>,
+p. 26, 29, 36.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_196"></a><a href="#FNanchor_196"><span class=
+"label">[196]</span></a>Adhésion formelle de Cseu, <a href=
+"#entbib64">n<sup>o</sup> 64</a>, t. IV, p. 498.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_197"></a><a href="#FNanchor_197"><span class=
+"label">[197]</span></a><a href="#entbib8">N<sup>o</sup> 8</a>,
+feuille 8.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_198"></a><a href="#FNanchor_198"><span class=
+"label">[198]</span></a><a href="#entbib34">N<sup>o</sup> 34</a>,
+p. 272.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_199"></a><a href="#FNanchor_199"><span class=
+"label">[199]</span></a><a href="#entbib35">N<sup>o</sup> 35</a>,
+p. 159.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_200"></a><a href="#FNanchor_200"><span class=
+"label">[200]</span></a><a href="#entbib42b">42 bis</a>, p. 3,
+22.</p>
+</div>
+
+<div class="footnote">
+<p><a id="Footnote_201"></a><a href="#FNanchor_201"><span class=
+"label">[201]</span></a><a href="#entbib53b">53 bis</a>, p. 9.</p>
+</div>
+</div>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_219">[219]</span><a id=
+"bib1"></a>BIBLIOGRAPHIE DES CARTES</h2>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<p class="space-above15">Algérie&nbsp;:</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib1"><span class=
+"word-spaced03">&nbsp;</span>1. Carte du Service géographique de
+l’armée à 1:80<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib2"><span class=
+"word-spaced03">&nbsp;</span>2. Carte géologique à 1:80<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, édition de 1900.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib3"><span class=
+"word-spaced03">&nbsp;</span>3. Carte hypsométrique de Flotte de
+Roquevaire en couleurs à 1:<span class=
+"numletsp">1</span>50<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>
+(cette carte fait partie d’un Atlas Augustin Bernard et Flotte de
+Roquevaire, qui n’est pas encore dans le commerce et qui se prépare
+au Service géographique du Gouvernement général.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib4"><span class=
+"word-spaced03">&nbsp;</span>4. Carte du Service géographique de
+l’armée à 1:20<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib5"><span class=
+"word-spaced03">&nbsp;</span>5. Carte du Service géographique de
+l’armée à 1:10<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>
+(territoires du Sud).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib6"><span class=
+"word-spaced03">&nbsp;</span>6. Carte du Service géographique de
+l’armée à 1:5<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>,
+topographique.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib7"><span class=
+"word-spaced03">&nbsp;</span>7. Carte du Service géographique de
+l’armée à 1:5<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>,
+géologique.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib8"><span class=
+"word-spaced03">&nbsp;</span>8. Atlas archéologique de l’Algérie
+avec un texte explicatif de Stéphane Gsell. Alger, Jourdan,
+1911.</p>
+
+<p class="space-above15">Tunisie&nbsp;:</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib9"><span class=
+"word-spaced03">&nbsp;</span>9. Carte du Service géographique de
+l’armée à 1:80<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib10">10. Carte géologique provisoire
+dressée par Aubert, 1892.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib11">11. Carte du Service géographique
+de l’armée à 1:10<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib12">12. Carte du Service géographique
+de l’armée à 1:5<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib13">13. Atlas archéologique de la
+Tunisie, accompagné d’un texte explicatif rédigé par Cagnat,
+Babelon, etc. Paris, Leroux.</p>
+
+<p class="space-above15">Maroc&nbsp;:</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib14">14. Carte hypsométrique du Maroc en
+couleurs à 1:<span class="numletsp">1</span>50<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, dressée et publiée par le
+Bureau topographique du Maroc. Casablanca, 1918.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib15">15. Carte du Maroc à 1:<span class=
+"numletsp">1</span>00<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, dressée et éditée par Barrère,
+21, rue du Bac, Paris, 1913.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib16">16. Essai d’une carte géologique du
+Maroc par Louis Gentil, 1911, à 1:<span class=
+"numletsp">2</span>50<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup>
+accompagnant <a href="#entbib56">n<sup>o</sup> 56.</a></p>
+
+<p class="entbib" id="entbib17"><span class="pagenum" id=
+"Page_220">[220]</span>17. Esquisse géologique de la frontière
+marocaine par G.-B.-M. Flamand, à 1:<span class=
+"numletsp">1</span>00<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, décembre 1909, publiée par le
+Gouvernement général de l’Algérie (territoires du Sud).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib18">18. Carte du Maroc à
+1:20<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> publiée par le
+Bureau topographique du Maroc (Casablanca).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib19">19. Carte du Maroc à
+1:10<span class="numletsp">0</span>000<sup>e</sup> publiée par le
+Bureau topographique du Maroc (Casablanca).</p>
+
+<p class="space-above15">Algérie, Tunisie, Maroc&nbsp;:</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib20">20. Les cartes marines.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_221">[221]</span><a id=
+"bib2"></a>BIBLIOGRAPHIE</h2>
+
+<p class="sch3">DES VOLUMES, ARTICLES DE REVUE, BROCHURES,<br>
+PAR NOMS D’AUTEURS, SUIVANT L’ORDRE ALPHABÉTIQUE</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<p class="entbib space-above15" id="entbib21">21. Aubert&nbsp;:
+Explication de la carte géologique provisoire de la Tunisie, Paris,
+Barrère, 1892.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib22">22. A. Bernard et E. Ficheur&nbsp;:
+Les régions naturelles de l’Algérie, <em>Annales de
+Géographie</em>, t. XI, 1902, p. 221, 339, 419.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib23">23. Edmond Bernet&nbsp;:
+Contribution à l’étude géologique de la Tripolitaine, <em>Bull.
+Soc. Géol. Fr.</em>, 4<sup>e</sup> série, t. XII, 1912, p. 385.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib24">24. Général Berthaut&nbsp;:
+Topologie. — Étude du terrain, t. I et II, Imprimerie du Service
+géographique, 1909.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib25">25. Général de Beylié&nbsp;: La
+Kalaa des Beni-Hammad, Paris, Leroux, 1907, in-4.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib26">26. Joseph Blayac&nbsp;: Esquisse
+géologique du bassin de la Seybouse, Alger, 1912 (Thèse de
+doctorat).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib27">27. A. Brives&nbsp;: Voyages au
+Maroc (1901-1907), Alger, 1909, in-4. Cartes sous portefeuille
+séparé.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib28">28. Commandant G. Cauvet. Les mares
+à silures de l’Algérie. Dans <em>Bulletin de la Société d’histoire
+naturelle de l’Afrique du Nord</em>, 1915, p. 102 à 104.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib29">29. R. Chudeau&nbsp;: Tectonique de
+l’Afrique occidentale, dans <em>Bull. Soc. Géol. Fr.</em>,
+4<sup>e</sup> série, t. XVIII, 1918, p. 59.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib30">30. M. Dalloni&nbsp;: Recherches
+sur la période néogène dans l’Algérie occidentale, <em>Bull. Soc.
+Géol. Fr.</em>, 4<sup>e</sup> série, t. XV, 1915, p. 434.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib31">31. M. Dalloni&nbsp;: Les terrains
+oligocènes dans l’ouest de l’Algérie, <em>Bull. Soc. Géol.
+Fr.</em>, 4<sup>e</sup> série, t. XVI, 1916, p. 97.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib31a">31 <em>a.</em> M. Dalloni&nbsp;:
+Le terrain houiller sur le littoral de la province d’Oran,
+<em>Comptes rendus Acad. Sc.</em>, 2 juin 1919, p. 1117.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib31b">31 <em>b.</em> M. Dalloni&nbsp;:
+L’extension du terrain houiller sur le littoral de la province
+d’Oran, <em>Comptes Rendus sommaires de la Soc. Géol. Fr.</em>, 21
+juin 1920, p. 133.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib31c"><span class="pagenum" id=
+"Page_222">[222]</span>31 <em>c.</em> M. Dalloni&nbsp;: Sur la
+structure de la chaîne numidique. Observations sur les prétendus
+charriages, <em>Bull. Soc. Géol. de France</em>, 4<sup>e</sup>
+série, t. XX, p. 187 à 195, année 1920.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib32">32. L. Dollé&nbsp;: Les graptolites
+de la haute plaine du Tamlelt. <em>Ann. Soc. Géol. du Nord</em>, t.
+XLII, p. 223.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib32b">32 <em>bis.</em> Excursion
+interuniversitaire en Algérie, dans <em>Annales de Géographie</em>,
+15 mai 1921.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib33">33. L’Afrique septentrionale au
+<span class="sc2">XII</span><sup>e</sup> siècle de notre ère.
+<em>Extrait du Kitab el-Istibçar</em>, traduction E. Fagnan,
+Constantine, 1900.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib34">34. L. Féraud&nbsp;: Mœurs et
+coutumes kabiles, <em>Revue Africaine</em>, année 1862, p. 273,
+429.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib35">35. L. Féraud&nbsp;: Notice sur les
+Oulad Abd-en-Nour, <em>Annales Soc. Arch. Const.</em>, vol VIII, p.
+134.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib36">36. E. Ficheur&nbsp;: Description
+géologique de la Kabylie du Djurdjura, Alger, 1890.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib37">37. E. Ficheur&nbsp;: Les terrains
+anciens et l’éocène métamorphique dans les massifs numidiens,
+<em>Bull. Soc. Géol. Fr.</em>, 4<sup>e</sup> série, t. II, 1903, p.
+407.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib38">38. E. Ficheur&nbsp;: Le cartennien
+de Ben Mahis, région de Berrouaghia (Alger), <em>Bull. Soc. Géol.
+Fr.</em>, 4<sup>e</sup> série, t. XVII, 1917, p. 136.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib39">39. Théobald Fischer&nbsp;:
+Mittelmeer bilder, <em>Zweite Aŭflage</em>, Leipzig und Berlin,
+1913.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib40">40. Théobald Fischer&nbsp;:
+Mittelmeer bilder. <em>Neue Folge</em>, Leipzig und Berlin,
+1908.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib41">41. G.-B.-M. Flamand&nbsp;:
+Recherches sur le haut pays de l’Oranie, Lyon, 1911 (Thèse de
+doctorat).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib42">42. R. Fourtau&nbsp;: Sur le grès
+nubien, <em>Comptes Rendus Acad. Sc.</em>, 10 novembre 1902.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib42b">42 <em>bis.</em> Leo
+Frobeniŭs&nbsp;: Der Klein afrikanische Grabbaŭ (<em>Præhistorische
+Zeitschrift</em>, 1916).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib43">43. Fromentin&nbsp;: Une année dans
+le Sahel, Paris, 1898.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib44">44. E.-F. Gautier&nbsp;: La meseta
+Sud-Oranaise, <em>Annales de Géographie</em>, t. XVIII, 1909, p.
+328.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib45">45. E.-F. Gautier&nbsp;: De
+Berrouaghia à Aumale, <em>Annales de Géographie</em>, t. XIX, 1910,
+p. 245.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib46">46. E.-F. Gautier&nbsp;: Les hauts
+plateaux Algériens, <em>La Géographie</em>, t. XXI, 1910, p.
+89.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib47">47. E.-F. Gautier&nbsp;: Profils en
+long de cours d’eau en Algérie-Tunisie, <em>Annales de
+Géographie</em>, t. XX, 1911, p. 351 et 431.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib48">48. E.-F. Gautier&nbsp;: Le rocher
+de sel de Djelfa, <em>Annales de Géographie</em>, t. XXIII, 1914,
+p. 245.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib49">49. E.-F. Gautier&nbsp;: Le chott
+Tigri, <em>Annales de Géographie</em>, t. XXV, 1916, p. 181 et
+291.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib49b">49 <em>bis.</em> E.-F.
+Gautier&nbsp;: La source du Thaddert à Figuig, <em>Annales de
+Géographie</em>, t. XXVI, 1917, p. 450.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib50">50. E.-F. Gautier et R.
+Chudeau&nbsp;: Missions au Sahara, t. I, <em>Sahara Algérien</em>,
+Paris, 1908.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib51">51. Edmond Doutté et E.-F.
+Gautier&nbsp;: <em>Enquête sur la dispersion de la langue
+Berbère</em>, Alger, 1912.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib52"><span class="pagenum" id=
+"Page_223">[223]</span>52. E.-F. Gautier&nbsp;: Répartition de la
+langue Berbère en Algérie, <em>Annales de Géographie</em>, t. XXII,
+1913, p. 255.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib53">53. E.-F. Gautier&nbsp;: L’Algérie
+et la Métropole, Paris, 1920.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib53b">53 <em>bis.</em> E.-F.
+Gautier&nbsp;: Les premiers résultats de la mission Frobeniŭs,
+<em>Revue Africaine</em>, n<sup>o</sup> 306, 1921.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib54">54. Louis Gentil&nbsp;: Étude
+géologique du bassin de la Tafna, Alger, 1903.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib55">55. Louis Gentil&nbsp;: L’Amalat
+d’Oudjda, <em>La Géographie</em>, t. XXIII, 1911, p. 17 et 331.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib56">56. Louis Gentil&nbsp;: La géologie
+du Maroc et la genèse de ses grandes chaînes, <em>Annales de
+géographie</em>, t. XXI, 1912, p. 130.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib57">57. Louis Gentil&nbsp;: <em>Le
+Maroc physique</em>, Alcan, 1912.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib58">58. Louis Gentil&nbsp;: Notes d’un
+voyage géologique à Taza (Maroc septentrional). Contribution à
+l’étude du détroit Sud-Rifain, <em>Bull. Soc. Géol. Fr.</em>,
+4<sup>e</sup> série, 1919, t. XVIII, p. 129.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib59">59. Louis Gentil&nbsp;: <em>Note
+dans les Comptes Rendus sommaires de la Soc. Géol. Fr.</em>,
+n<sup>o</sup> 5, 1<sup>er</sup> mars 1920.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib60">60. Louis Gentil et Léonce
+Joleaud&nbsp;: Les nappes de charriage dans l’Afrique du Nord, dans
+<em>Revue générale des sciences</em>, 15 octobre 1918.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib61">61. <em>a.</em> Gouvernement
+général de l’Algérie&nbsp;: <em>Notice sur l’hydraulique
+agricole</em> (Exposition universelle de 1900).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib61b">61 <em>b.</em> Gouvernement
+général de l’Algérie (Direction des travaux publics et des
+mines)&nbsp;: <em>Notice sur les routes, les ports, l’hydraulique
+agricole, les mines</em> (Exposition coloniale de Marseille,
+1906).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib62">62. Stéphane Gsell&nbsp;: Les
+monuments antiques de l’Algérie, t. I et II, Paris, 1901.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib63">63. Stéphane Gsell&nbsp;: L’Algérie
+dans l’antiquité, Alger, Jourdan, 1903.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib64">64. Stéphane Gsell&nbsp;: Histoire
+ancienne de l’Afrique du Nord, t. I, II, III et IV, Hachette, 1913
+à 1920.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib65">65. Hanoteau&nbsp;: Essai de
+grammaire de la langue Tamachek, Paris, 1860.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib66">66. Émile Haug&nbsp;:
+Paléontologie, dans <em>Documents scientifiques de la mission
+Foureau-Lamy</em>, Paris, 1905.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib67">67. Ibn Khaldoun&nbsp;: Histoire
+des Berbères, <em>Traduction de Slane</em>, Alger, 1852.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib68">68. Léonce Joleaud&nbsp;: Sur
+l’existence d’une nappe de charriage dans le nord-est de l’Algérie,
+<em>Compte Rendu Acad. Sc.</em>, p. 480, 1908.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib69">69. Léonce Joleaud&nbsp;: Le régime
+des eaux dans la région de Constantine. Conférence imprimée à
+Constantine, 1908.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib70">70. Léonce Joleaud&nbsp;: Étude
+géologique de la chaîne Numidique, Montpellier, 1912 (Thèse de
+doctorat).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib71">71. Léonce Joleaud&nbsp;: Les
+grandes lignes directrices de l’orographie en Numidie, <em>Bull.
+Soc. de Géographie d’Alger</em>, 1913, p. 502.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib72">72. Joleaud&nbsp;: Notice sur
+Hammam Meskoutine, <em>Bull. Soc. Géol. Fr.</em>, 3<sup>e</sup>
+série, t. XIV, 1914, p. 423.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib73">73. Ch. Depéret et Léonce
+Joleaud&nbsp;: Les dépôts quaternaires marins de la région de Bône
+et de La Calle, <em>Comptes Rendus Acad. Sc.</em>, 30 avril
+1917.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib74"><span class="pagenum" id=
+"Page_224">[224]</span>74. Léonce Joleaud et Alexandre Joly&nbsp;:
+Sur quelques phénomènes de capture observés dans le bassin du Haut
+Rummel, <em>A. F. A. S.</em>, Lille, 1909, p. 1217.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib75">75. Alexandre Joly&nbsp;: L’érosion
+par l’eau et le vent dans les steppes de la province d’Alger,
+<em>Bull. Soc. Géog.</em> d’Alger, 1904, p. 507.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib76">76. Alexandre Joly&nbsp;: La ligne
+de partage des eaux marines et continentales dans l’Afrique
+mineure, <em>Bull. Soc. géographique</em> d’Oran, t. XXVII, 1907,
+fascicule CXII.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib77">77. Alexandre Joly&nbsp;: Le
+plateau steppien d’Algérie. Relief et structure, <em>Annales de
+géographie</em>, t. XVIII, 1909, p. 162 et 238.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib78">78. Général de Lamothe&nbsp;: Note
+sur les anciennes plages et terrasses du bassin de l’Isser,
+<em>Bull. Soc. Géol. Fr.</em>, 3<sup>e</sup> série, t. XXVII, 1899,
+p. 257.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib79">79. Général de Lamothe&nbsp;: Les
+anciennes lignes de rivage du Sahel d’Alger, <em>Comptes Rendus
+Acad. Sc.</em>, 26 décembre 1904.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib80">80. Général de Lamothe&nbsp;: Les
+anciennes lignes de rivage du Sahel d’Alger et d’une partie de la
+côte algérienne (<em>Mém. Soc. Géol. Fr.</em>, 4<sup>e</sup> série,
+I, Mém. n<sup>o</sup> 6, 1911), in-4, <span class="sc2">XII</span>
++ 288 p.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib81">81. Mission dirigée au sud de
+l’Algérie par Choisy (Documents relatifs à la), Paris, Imprimerie
+nationale, in-4, 1890.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib82">82. De Martonne&nbsp;: Traité de
+Géographie physique, Paris, Colin, 1<sup>re</sup> édit.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib82b">82 <em>bis.</em> J.
+Pellegrin&nbsp;: Les vertébrés aquatiques du Sahara (<em>Comptes
+Rendus Acad. Sc.</em>, t. CLIII, 1911, p. 972, 974.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib82c">82 <em>ter.</em> J.
+Pellegrin&nbsp;: Les Vertébrés des eaux douces du Sahara <em>A. F.
+A. S.</em>, Tunis, 1913, p. 346, 352.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib83">83. P. Penet&nbsp;: L’hydraulique
+agricole dans la Tunisie méridionale, Tunis, 1913.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib84">84. Pervinquières&nbsp;: Étude
+géologique de la Tunisie centrale (Direction générale des Travaux
+publics. Régence de Tunis). Paris, 1903.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib85">85. A. Pomel&nbsp;: Le Sahara.
+Observations de géologie et géographie physique... publié par la
+<em>Société de climatologie d’Alger</em>, Alger, in-8, 1873.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib86">86. A. Pomel&nbsp;: Géologie de la
+petite Syrte et de la région des chotts Tunisiens, <em>Bull. Soc.
+Géol. Fr.</em>, 1878, p. 217 à 224.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib87">87. A. Pomel&nbsp;: Explication de
+la deuxième édition de la carte géologique à 1:80<span class=
+"numletsp">0</span>000<sup>e</sup>, Alger, 1890.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib88">88. F. Rey&nbsp;: Sur la présence
+du Gothlandien dans la plaine du Tamlelt, <em>Comptes Rendus Acad.
+Sc.</em>, 1911.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib89">89. F. Rey&nbsp;: La haute plaine
+du Tamlelt, <em>Bull. Soc. Géog.</em>, Oran, t. XXXI, 1911.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib90">90. F. Rey&nbsp;: Recherches
+géologiques et géographiques sur les territoires du Sud-Oranais et
+du Maroc sud-Oriental, <em>Revue de Géographie</em>, t. VIII,
+années 1914-1915.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib100">100. Étienne Ritter&nbsp;: Le
+Djebel-Amour et les monts des Oulad-Nayl (<em>Bull. du Service de
+la carte géologique</em> de l’Algérie), Alger, 1902.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib101">101. Le capitaine Rodet&nbsp;: Les
+ruines d’Achir, <em>Revue Africaine</em>, t. LII, 1908, p. 86.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib102">102. Henri Roux et Henri
+Douvillé&nbsp;: La géologie des environs de Redeyef (Tunisie),
+<em>Bull. Soc. Géol. Fr.</em>, 4<sup>e</sup> série, t. X, 1910, p.
+646.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib103"><span class="pagenum" id=
+"Page_225">[225]</span>103. Henri Roux&nbsp;: Les plis des environs
+de Redeyef, <em>Bull. Soc. Géol. Fr.</em>, t. XI, 1911, p. 249.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib104">104. J. Savornin&nbsp;: Esquisse
+orographique des chaînons au nord-ouest du Hodna, <em>Comptes
+Rendus Acad. Sc.</em>, 16 janvier 1905.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib105">105. E. Ficheur et J.
+Savornin&nbsp;: Sur les terrains tertiaires de l’Ouennougha,
+<em>Comptes Rendus Acad. Sc.</em>, 10 juillet 1905.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib106">106. J. Savornin&nbsp;: Sur la
+tectonique au sud-ouest du chott el-Hodna, <em>Comptes Rendus Acad.
+Sc.</em>, 13 novembre 1905.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib107">107. J. Savornin&nbsp;: Découverte
+d’un littoral de l’éocène inférieur dans la chaîne des Bibans,
+<em>A. F. A. S.</em>, Cherbourg, 1905. <em>Notes et Mémoires</em>,
+Paris, 1906, p. 383-387.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib108">108. J. Savornin&nbsp;: La chaîne
+des Bibans pour le géographe et le géologue, <em>A. F. A. S.</em>,
+<em>Ibidem</em>, p. 388-394.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib109">109. J. Savornin&nbsp;: La
+dépression de l’Ouennougha-Medjana, <em>A. F. A. S.</em>, Lyon,
+1906, p. 285.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib110">110. J. Savornin&nbsp;: Sur le
+géosynclinal miocène du Tell méridional, <em>Comptes Rendus Acad.
+Sc.</em>, 1907, p. 130.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib111">111. J. Savornin&nbsp;: Sur le
+régime hydrographique et climatérique Algérien depuis l’époque
+oligocène, <em>Comptes Rendus Acad. Sc.</em>, 21 décembre 1908.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib112">112. J. Savornin&nbsp;: Sur la
+direction des plissements de l’Atlas considérée comme résultante de
+deux actions orogéniques orthogonales, <em>Comptes Rendus Acad.
+Sc.</em>, 27 décembre 1909.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib113">113. J. Savornin&nbsp;: Cartes
+paléogéographiques dans E.-F. Gautier, n<sup>o</sup> 46.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib114">114. J. Savornin&nbsp;: Au sujet
+des nappes de charriage du Djurdjura, etc., <em>Comptes Rendus
+Acad. Sc.</em>, 12 janvier 1920.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib115">115. J. Savornin&nbsp;: Étude
+géologique de la région du Hodna et du plateau Sétifien, in-8, 496
+p., Alger, 1920 (Thèse de doctorat).</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib116">116. Ed. Suess&nbsp;: La face de
+la Terre. Traduction de Margerie, Paris, Colin.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib117">117. P. Termier&nbsp;: A propos
+d’une Note sur les terrains cristallophylliens du massif des
+Beni-Toufout, etc., dans <em>Bull. Soc. Géol. Fr.</em>,
+4<sup>e</sup> série, t. III, 1903, p. 130.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib118">118. P. Termier&nbsp;: Notes de
+tectonique Tunisienne et Constantinoise, <em>Bull. Soc. Géol.
+Fr.</em>, 4<sup>e</sup> série, t. VIII, 1908, p. 102.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib119">119. P. Termier&nbsp;: Sur la
+tectonique des terrains primaires dans la Nurra di Saddari
+(Sardaigne), <em>Bull. Soc. Géol. Fr.</em>, 4<sup>e</sup> série, t.
+XIV, 1914, p. 42.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib120">120. P. Termier&nbsp;: Note dans
+les <em>Comptes Rendus sommaires de la Soc. Géol. Fr.</em>,
+1<sup>er</sup> mars 1920.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib121">121. A. Thévenet&nbsp;: Essai de
+climatologie Algérienne, Alger, 1896.</p>
+
+<p class="entbib" id="entbib122">122. L. Ville&nbsp;: Notice sur
+les sondages exécutés dans le territoire civil de la province
+d’Alger pour la recherche des eaux jaillissantes, Alger, in-8,
+1866.</p>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_227">[227]</span><a id=
+"toi"></a>TABLE DES FIGURES</h2>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<table class="toi">
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr med">Pages.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i01"><em>Figure</em> 1.</a> Le
+système Alpin et la Tyrrénide</td>
+<td class="tdr-bot">8</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i02"><em>Figure</em> 2.</a>
+Vallée de la Zousfana à travers l’Atlas de Figuig</td>
+<td class="tdr-bot">15</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i03"><em>Figure</em> 3.</a> Le
+Maïz et le Beni Smir</td>
+<td class="tdr-bot">17</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i04"><em>Figure</em> 4.</a> Le
+Tamlelt</td>
+<td class="tdr-bot">20</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i05"><em>Figure</em> 5.</a> Le
+plateau de Médéa</td>
+<td class="tdr-bot">29</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i06"><em>Figure</em> 6.</a> Les
+sillons Sahariens et l’Atlas</td>
+<td class="tdr-bot">33</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i07"><em>Figure</em> 7.</a>
+Bras de mer éocrétacé</td>
+<td class="tdr-bot">44</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i08"><em>Figure</em> 8.</a>
+Bras de mer des phosphates</td>
+<td class="tdr-bot">44</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i09"><em>Figure</em> 9.</a> Mer
+oligocène</td>
+<td class="tdr-bot">44</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i10"><em>Figure</em> 10.</a>
+Bras de mer cartennien</td>
+<td class="tdr-bot">45</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i11"><em>Figure</em> 11.</a>
+Mer Sahélienne</td>
+<td class="tdr-bot">45</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i12"><em>Figure</em> 12.</a> Le
+Rocher de sel de Djelfa</td>
+<td class="tdr-bot">54</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i13"><em>Figure</em> 13.</a>
+Les dômes Nemenchas</td>
+<td class="tdr-bot">59</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i14"><em>Figure</em> 14.</a> Le
+profil en long du Chéliff</td>
+<td class="tdr-bot">74</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i15"><em>Figure</em> 15.</a>
+Région de Boghari</td>
+<td class="tdr-bot">75</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i16"><em>Figure</em> 16.</a>
+Profil en long de l’oued Bou Sellam</td>
+<td class="tdr-bot">77</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i17"><em>Figure</em> 17.</a>
+Coude de capture du Bou Sellam</td>
+<td class="tdr-bot">78</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i18"><em>Figure</em> 18.</a>
+Profil en long de la Seybouse</td>
+<td class="tdr-bot">80</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i19"><em>Figure</em> 19.</a>
+Profil en long du Rummel</td>
+<td class="tdr-bot">80</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i20"><em>Figure</em> 20.</a>
+L’oued Bou Merzoug et l’oued Chott-Saboun</td>
+<td class="tdr-bot">81</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i21"><em>Figure</em> 21.</a>
+Profil en long de l’oued Bou Merzoug prolongé (hypothèse
+Grund)</td>
+<td class="tdr-bot">82</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i22"><em>Figure</em> 22.</a>
+Carte schématique de l’allure des plis dans l’Atlas Saharien</td>
+<td class="tdr-bot">88</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i23"><em>Figure</em> 23.</a>
+Trois coupes à travers l’Atlas</td>
+<td class="tdr-bot">96</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i24"><em>Figure</em> 24.</a>
+Tendrara, le point culminant des hauts plateaux</td>
+<td class="tdr-bot">100</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i25"><em>Figure</em> 25.</a> Le
+Tigri</td>
+<td class="tdr-bot">105</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i26"><em>Figure</em> 26.</a> Le
+Horst Algérien</td>
+<td class="tdr-bot">118</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i27"><em>Figure</em> 27.</a> La
+fenêtre de l’oued Tifrit</td>
+<td class="tdr-bot">123</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i28"><em>Figure</em> 28.</a> La
+fin des causses sur l’oued Mina</td>
+<td class="tdr-bot">126</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i29"><em>Figure</em> 29.</a> Le
+front de la meseta Sud-Oranaise</td>
+<td class="tdr-bot">127</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i30"><em>Figure</em> 30.</a> Le
+Djebel Badroun</td>
+<td class="tdr-bot">140</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i31"><em>Figure</em> 31.</a>
+Chaîne des Bibans et sierra du Hodna</td>
+<td class="tdr-bot">142</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i32"><em>Figure</em> 32.</a> Le
+Sahel et la baie d’Alger</td>
+<td class="tdr-bot">155</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_228">[228]</span><a href="#i33"><em>Figure</em> 33.</a>
+Profil en long du Sig</td>
+<td class="tdr-bot">164</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i34"><em>Figure</em> 34.</a>
+Profil en long de l’Habra</td>
+<td class="tdr-bot">165</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i35"><em>Figure</em> 35.</a>
+Profil en long de l’oued Sahel</td>
+<td class="tdr-bot">166</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i36"><em>Figure</em> 36.</a>
+Profil en long de l’oued Isser</td>
+<td class="tdr-bot">167</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i37"><em>Figure</em> 37.</a>
+Profils comparés de l’oued Sig et de l’oued Isser</td>
+<td class="tdr-bot">167</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i38"><em>Figure</em> 38.</a>
+Profil longitudinal de la Tafna</td>
+<td class="tdr-bot">172</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i39"><em>Figure</em> 39.</a>
+Carte bathymétrique de la Méditerranée occidentale</td>
+<td class="tdr-bot">176</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i40"><em>Figure</em> 40.</a> La
+côte de Bizerte et de Tunis</td>
+<td class="tdr-bot">179</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i41"><em>Figure</em> 41.</a>
+Bizerte</td>
+<td class="tdr-bot">181</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i42"><em>Figure</em> 42.</a>
+Lac Melah</td>
+<td class="tdr-bot">183</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i43"><em>Figure</em> 43.</a> La
+plaine de Bône</td>
+<td class="tdr-bot">187</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i44"><em>Figure</em> 44.</a>
+Profil en long de la Medjerda</td>
+<td class="tdr-bot">191</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i45"><em>Figure</em> 45.</a> La
+transversale de Bougie</td>
+<td class="tdr-bot">194</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><a href="#i46"><em>Figure</em> 46.</a>
+Répartition des langues Berbère et Arabe</td>
+<td class="tdr-bot">205</td>
+</tr>
+</table>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_229">[229]</span><a id=
+"toc"></a>TABLE DES MATIÈRES</h2>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<table class="toc">
+<tr>
+<td>
+</td>
+<td class="tdr med">Pages.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><span class="sc">Avant-Propos</span>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#avan">5</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect1 large">LIVRE I</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect2 sserif">LE CADRE</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre I. — L’Atlas et le
+plissement Alpin</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l1c1">7</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre II. — La grande faille
+Touat-Roussillon</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l1c2">13</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Rue de palmiers</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_13">13</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Haute Zousfana</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_14">14</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Le Tamlelt</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_19">19</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La Moulouya</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_23">23</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Conclusion</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_25">25</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre III. — La grande dorsale
+Hoggar-Laghouat-Médéah</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l1c3">27</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre IV. — La brèche de Biskra et
+la croisée du Djérid</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l1c4">32</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Brèche de Biskra</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_32">32</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La croisée du Djérid</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_35">35</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre V. — Conclusions
+générales</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l1c5">37</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect1 large">LIVRE II</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect2 sserif">L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre I. — Les temps
+primaires</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l2c1">39</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre II. — L’Algérie bras de
+mer</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l2c2">41</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Bras de mer crétacé</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_41">41</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Bras de mer éocène</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_43">43</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La mer oligocène</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_47">47</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Bras de mer miocène inférieur</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_49">49</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Golfes Sahélien et Pliocène</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_50">50</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Conclusion</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_51">51</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><span class="pagenum" id=
+"Page_230">[230]</span><em>Chapitre III. — Le Trias</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l2c3">52</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Rochers de sel</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_53">53</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Facies tellien et steppien</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_56">56</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Allure des affleurements</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_57">57</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Dômes évidés</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_58">58</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre IV. — Les déserts
+successifs</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l2c4">61</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">L’Albien</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_61">61</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">L’Oligocène</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_62">62</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Pliocène</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_64">64</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Quaternaire</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_66">66</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre V. — La Méditerranée
+substituée à la Tyrrhénide</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l2c5">69</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">L’effondrement</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_69">69</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Les conséquences</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_70">70</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Profils longitudinaux</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_71">71</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Chéliff</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_73">73</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">O. Bou Sellam</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_76">76</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La Seybouse</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_79">79</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Oued Rummel</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_80">80</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Bou Merzoug</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_82">82</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Conclusions</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_83">83</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre VI. — Conclusions du
+Livre</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l2c6">84</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect1 large">LIVRE III</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect2 sserif">HAUTS PLATEAUX</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre I. — Atlas Saharien</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l3c1">87</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Unité de plan</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_88">88</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Plissement ébauché</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_90">90</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Modelé désertique</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_91">91</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Lien entre les deux</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_93">93</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre II. — L’Aurès</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l3c2">95</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre III. — Tendrara</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l3c3">99</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">L’arc de Fortassa</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_101">101</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre IV. — Le Tigri</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l3c4">104</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Le manteau alluvionnaire</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_106">106</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Structure géologique</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_108">108</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Structure topographique</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_110">110</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Conclusions</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_112">112</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Chotts à falaises</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_112">112</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre V. — Le horst Algérien</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l3c5">115</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Plateau steppien</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_115">115</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Le horst Algérien</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_117">117</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre VI. — La meseta
+sud-Oranaise</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l3c6">121</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">L’extrémité orientale du horst</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_128">128</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Conclusions générales du Livre</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_129">129</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect1 large"><span class="pagenum" id=
+"Page_231">[231]</span>LIVRE IV</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect2 sserif">LES PLIS DU TELL</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre I. — Les nappes</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l4c1">131</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Djebel Ouach</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_131">131</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Sierra de Kabylie</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_132">132</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Zaccar</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_133">133</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Système de nappes</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_133">133</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Conclusions</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_135">135</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre II. — Chaîne des Bibans et
+Sierra du Hodna</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l4c2">138</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Chaîne des Bibans</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_138">138</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La route Romaine</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_141">141</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Sierra du Hodna</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_142">142</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Conclusions</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_144">144</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre III. — Le faisceau des
+plis</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l4c3">146</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect1 large">LIVRE V</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect2 sserif">LES TRANSVERSALES DU
+TELL</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre I. — De part et d’autre de
+Médéa</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l5c1">149</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Tell oriental</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_150">150</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Tell occidental</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_152">152</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre II. — La Mitidja</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l5c2">154</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">L’oued Mazafran</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_156">156</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre III. — Les plaines
+oranaises</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l5c3">158</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Hydrographie de la plaine</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_159">159</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre IV. — Le Sig et l’Habra.
+L’Isser et l’oued Sahel</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l5c4">163</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Sig et Habra</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_163">163</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Oued Sahel et oued Isser</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_165">165</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Comparaison</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_168">168</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre V. — La Tafna</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l5c5">171</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La carte bathymétrique</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_171">171</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La Tafna</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_171">171</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Tlemcen et Siga</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_173">173</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre VI. — Le haut fond de
+Bône</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l5c6">175</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La côte Algérienne</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_175">175</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Côte Bônoise et Tunisienne</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_178">178</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre VII. — La plaine de
+Bône</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l5c7">186</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">L’Edough et la croisée orthogonale</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_186">186</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La plaine</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_187">187</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Affinités Tunisiennes</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_190">190</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre VIII. — Bougie</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l5c8">193</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">L’importance humaine</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_194">194</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La Kalaa et Bougie</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_195">195</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre IX. — Tiaret</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l5c9">197</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La Mina</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_197">197</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Royaume de Tiaret</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_199">199</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect1 large"><span class="pagenum" id=
+"Page_232">[232]</span>LIVRE VI</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td colspan="2" class="tdc sect2 sserif">LES RÉGIONS NATURELLES
+ALGÉRIENNES</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><em>Chapitre unique</em>
+</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#l6">201</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">But poursuivi</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_201">201</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Régions naturelles</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_202">202</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La carte des langues</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_203">203</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Les lois du groupement</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_204">204</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La Zénétie</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_206">206</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">La Kabylie Sanhadja</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_208">208</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Bône</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_210">210</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Le berceau des Fatimides</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_212">212</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Cæsarea</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_213">213</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Numidie et pays Chaouïa</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_214">214</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top pad4">Conclusions</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#Page_216">216</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><span class="sc">Bibliographie</span> des
+cartes</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#bib1">219</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td class="tdl-top hang1"><span class="sc">Bibliographie</span> des
+volumes, articles, brochures, etc.</td>
+<td class="tdr-bot"><a href="#bib2">221</a>
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<hr class="chap">
+
+<h2><span class="pagenum" id="Page_233">[233]</span><a id=
+"ind"></a>TABLE ALPHABÉTIQUE</h2>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<ul class="index">
+<li class="ifrst">A</li>
+
+<li><em>Accidents nord-sud</em>, p. <a href="#Page_37">37</a> (voir
+<em>Transversales</em>), fig. <a href="#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Achir</em>, p. <a href="#Page_30">30</a>, <a href=
+"#Page_148">148</a>, <a href="#Page_196">196</a>, <a href=
+"#Page_208">208</a> et fig. <a href="#i46">46</a>.</li>
+
+<li><em>Aïn-Ouarka</em>, p. <a href="#Page_57">57</a>.</li>
+
+<li><em>Akbou</em>, p. <a href="#Page_194">194</a>.</li>
+
+<li><em>Alger</em>, p. <a href="#Page_10">10</a>, <a href=
+"#Page_30">30</a>, <a href="#Page_50">50</a> et <a href=
+"#Page_149">149</a>.</li>
+
+<li class="isub">(port d’), p. <a href="#Page_175">175</a>,
+<a href="#Page_176">176</a> et fig. <a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Sahel d’), p. <a href="#Page_154">154</a> et
+suiv. et fig. <a href="#i05">5</a>.</li>
+
+<li><em>Alpin</em> (plis d’âge), p. <a href="#Page_49">49</a>,
+<a href="#Page_147">147</a> et <a href="#Page_194">194</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dans le Tell occidental), p. <a href=
+"#Page_152">152</a>.</li>
+
+<li class="isub">(puissance maximum), p. <a href=
+"#Page_158">158</a>.</li>
+
+<li><em>Ampère</em>, p. <a href="#Page_79">79</a>.</li>
+
+<li><em>Ampsaga</em> (frontière Romaine), p. <a href=
+"#Page_82">82</a> et <a href="#Page_212">212</a>.</li>
+
+<li><em>Andalous</em>, p. <a href="#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li><em>Arabes</em>, p. <a href="#Page_97">97</a>.</li>
+
+<li><em>Arabophones</em>, p. <a href="#Page_203">203</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(plaine de Bône), p. <a href="#Page_206">206</a>
+et <a href="#Page_210">210</a>.</li>
+
+<li class="isub">(petite Kabylie), p. <a href=
+"#Page_212">212</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Oranie), p. <a href="#Page_206">206</a>, <a href=
+"#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li class="isub">(trouée de Taza), p. <a href=
+"#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Tunisie), p. <a href="#Page_204">204</a>.</li>
+
+<li class="isub">(domaine du punique), p. <a href=
+"#Page_211">211</a>.</li>
+
+<li class="isub">(nomadisme), p. <a href="#Page_204">204</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dans les plaines), p. <a href=
+"#Page_204">204</a>.</li>
+
+<li><em>Archgoul</em>, p. <a href="#Page_173">173</a>.</li>
+
+<li><em>Arganier</em>, p. <a href="#Page_70">70</a>.</li>
+
+<li><em>Arzeu</em>, p. <a href="#Page_176">176</a>.</li>
+
+<li class="isub">(salines d’), p. <a href="#Page_163">163</a>.</li>
+
+<li><em>Atlas</em>, p. <a href="#Page_7">7</a> et suiv., p.
+<a href="#Page_14">14</a>, <a href="#Page_37">37</a>, <a href=
+"#Page_41">41</a>, <a href="#Page_51">51</a> et fig. <a href=
+"#i01">1</a>.</li>
+
+<li class="isub">(originalités de l’), p. <a href=
+"#Page_202">202</a>.</li>
+
+<li><em>Atlas de Blida</em>, p. <a href="#Page_133">133</a> et
+suiv., p. <a href="#Page_154">154</a> et suiv., p. <a href=
+"#Page_198">198</a> et fig. <a href="#i05">5</a>.</li>
+
+<li><em>Grand Atlas marocain</em>, p. <a href="#Page_23">23</a> et
+<a href="#Page_87">87</a>.</li>
+
+<li><em>Moyen Atlas marocain</em>, p. <a href=
+"#Page_24">24</a>.</li>
+
+<li><em>Atlas d’Oran, Constantine et Alger</em>, p. <a href=
+"#Page_95">95</a>.</li>
+
+<li><em>Atlas oranais</em> (faible puissance), p. <a href=
+"#Page_198">198</a>. (pluies), p. <a href="#Page_199">199</a>.</li>
+
+<li><em>Atlas Saharien</em>, p. <a href="#Page_87">87</a> et suiv.,
+p. <a href="#Page_32">32</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href=
+"#Page_56">56</a>, <a href="#Page_87">87</a>, <a href=
+"#Page_95">95</a>, <a href="#Page_116">116</a> et fig. <a href=
+"#i22">22</a>, <a href="#i23">23</a>, <a href="#i26">26</a>.</li>
+
+<li><em>Atlas Saharien</em> (enfoui sous ses débris), p. <a href=
+"#Page_92">92</a>.</li>
+
+<li class="isub">(formes jurassiennes), p. <a href=
+"#Page_90">90</a>.</li>
+
+<li class="isub">(modelé désertique), p. <a href=
+"#Page_91">91</a>.</li>
+
+<li class="isub">(mouvements pliocènes), p. <a href=
+"#Page_89">89</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plis ébauchés), p. <a href=
+"#Page_90">90</a>.</li>
+
+<li class="isub">(relai des plis), p. <a href="#Page_87">87</a> et
+suiv. et <a href="#Page_119">119</a>.</li>
+
+<li class="isub">(relayant l’A. Tellien), p. <a href=
+"#Page_186">186</a>.</li>
+
+<li class="isub">(terrasses), p. <a href="#Page_89">89</a>.</li>
+
+<li class="isub">(synclinaux perchés), p. <a href=
+"#Page_91">91</a>.</li>
+
+<li><em>Atlas Tellien</em>, p. <a href="#Page_95">95</a> et fig.
+<a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li class="isub">(comparé au Saharien), p. <a href=
+"#Page_128">128</a>.</li>
+
+<li class="isub">(coulisses de l’), p. <a href="#Page_138">138</a>
+et suiv.</li>
+
+<li class="isub">(énergie des plis), p. <a href=
+"#Page_143">143</a>.</li>
+
+<li class="isub">(extrémité orientale), p. <a href=
+"#Page_186">186</a>.</li>
+
+<li class="isub">(faisceau des plis), p. <a href=
+"#Page_146">146</a>.</li>
+
+<li class="isub">(habit d’arlequin), p. <a href=
+"#Page_145">145</a>.</li>
+
+<li><em>Aumale</em>, p. <a href="#Page_138">138</a>.</li>
+
+<li><em>Aurès</em>, p. <a href="#Page_32">32</a> et suiv., <a href=
+"#Page_95">95</a> et suiv. et fig. <a href="#i06">6</a>.</li>
+
+<li class="isub">(direction des plis), p. <a href=
+"#Page_186">186</a> et fig. <a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">B</li>
+
+<li><em>Babor</em> (calcaire des), p. <a href=
+"#Page_193">193</a>.</li>
+
+<li class="isub">(chaîne des ... et nappe&nbsp;?), p. <a href=
+"#Page_132">132</a> et suiv. et fig. <a href="#i45">45</a>.</li>
+
+<li class="isub">(limite langues), p. <a href=
+"#Page_212">212</a>.</li>
+
+<li><em>Bassins fermés</em> (anciens), p. <a href=
+"#Page_65">65</a>, <a href="#Page_108">108</a>, et <a href=
+"#Page_150">150</a>.</li>
+
+<li class="isub">(domaine en régression), p. <a href=
+"#Page_71">71</a> et suiv. et fig. <a href="#i19">19</a> et
+<a href="#i21">21</a>.</li>
+
+<li><em>Batha (el)</em>, p. <a href="#Page_200">200</a>.</li>
+
+<li><em>Bathymétriques</em> (courbes), p. <a href=
+"#Page_171">171</a>, fig. <a href="#i29">29</a> et <a href=
+"#i32">32</a>&nbsp;; p. <a href="#Page_175">175</a> et suiv. et
+fig. <a href="#i39">39</a>.</li>
+
+<li><em>Bel-Riada</em>, p. <a href="#Page_100">100</a>.</li>
+
+<li><em>Beni-Abbès</em> (sultanat de Labès), p. <a href=
+"#Page_195">195</a> et fig. <a href="#i45">45</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Mokrani), p. <a href="#Page_195">195</a>.</li>
+
+<li><em>Beni-bou-Zeggou</em> (mont des), p. <a href=
+"#Page_121">121</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><span class="pagenum" id=
+"Page_234">[234]</span><em>Beni-Guill</em>, p. <a href=
+"#Page_24">24</a>.</li>
+
+<li><em>Beni-Menacer</em>, p. <a href="#Page_216">216</a>.</li>
+
+<li><em>Beni-Ounif</em>, p. <a href="#Page_14">14</a>, <a href=
+"#Page_64">64</a> et fig. <a href="#i02">2</a>.</li>
+
+<li><em>Beni-Sliman</em> (plaine des), p. <a href=
+"#Page_150">150</a>.</li>
+
+<li><em>Berbères</em> (royaumes), p. <a href=
+"#Page_209">209</a>.</li>
+
+<li><em>Berbérie</em> (maîtres étrangers), p. <a href=
+"#Page_210">210</a>.</li>
+
+<li><em>Berbérophones</em>, p. <a href="#Page_204">204</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(Aurès), p. <a href="#Page_214">214</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Beni Menacer), p. <a href=
+"#Page_216">216</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Chaouïa), p. <a href="#Page_214">214</a>.</li>
+
+<li class="isub">(hautes plaines Constantine), p. <a href=
+"#Page_214">214</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Kabylie), p. <a href="#Page_207">207</a> et
+<a href="#Page_208">208</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Maroc), p. <a href="#Page_204">204</a>.</li>
+
+<li class="isub">(monts de Blida et du Chélif), p. <a href=
+"#Page_206">206</a>.</li>
+
+<li class="isub">(réfugiés dans montagnes), p. <a href=
+"#Page_204">204</a>.</li>
+
+<li class="isub">(sédentaires), p. <a href=
+"#Page_204">204</a>.</li>
+
+<li><em>Berguent</em>, p. <a href="#Page_101">101</a>.</li>
+
+<li><em>Berrouaghia</em>, p. <a href="#Page_138">138</a> et fig.
+<a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li><em>Biban</em> (chaînes des), p. <a href="#Page_138">138</a> et
+suiv., fig. <a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li class="isub">(âge Pyrénéen), p. <a href="#Page_139">139</a> et
+fig. <a href="#i30">30</a>.</li>
+
+<li class="isub">(axe de l’Atlas oligocène), p. <a href=
+"#Page_139">139</a>.</li>
+
+<li class="isub">(défilé des ...), p. <a href="#Page_138">138</a>
+et suiv., p. <a href="#Page_151">151</a>, <a href=
+"#Page_195">195</a> et fig. <a href="#i45">45</a>.</li>
+
+<li class="isub">(nappe des), p. <a href="#Page_133">133</a>.</li>
+
+<li class="isub">(rivage de mers tertiaires), p. <a href=
+"#Page_139">139</a>.</li>
+
+<li class="isub">(route Romaine), p. <a href=
+"#Page_141">141</a>.</li>
+
+<li class="isub">(suture avec sierra du Hodna), p. <a href=
+"#Page_167">167</a>.</li>
+
+<li><em>Billard du colonel</em>, p. <a href=
+"#Page_117">117</a>.</li>
+
+<li><em>Biskra</em> (seuil de), p. <a href="#Page_21">21</a> et
+fig. <a href="#i06">6</a>, p. <a href="#Page_32">32</a> et suiv.,
+p. <a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_51">51</a>, <a href=
+"#Page_96">96</a> et fig. <a href="#i23">23</a>, p. <a href=
+"#Page_196">196</a> et <a href="#Page_206">206</a>.</li>
+
+<li><em>Bizerte</em>, p. <a href="#Page_190">190</a> et fig.
+<a href="#i40">40</a> et <a href="#i41">41</a>.</li>
+
+<li class="isub">(goulet), p. <a href="#Page_180">180</a>, <a href=
+"#Page_181">181</a>.</li>
+
+<li class="isub">(profondeur lagune), p. <a href=
+"#Page_182">182</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Rade), p. <a href="#Page_180">180</a>.</li>
+
+<li><em>Boghar</em>, p. <a href="#Page_115">115</a>.</li>
+
+<li><em>Boghari</em>, p. <a href="#Page_48">48</a> et fig. <a href=
+"#i31">31</a>.</li>
+
+<li class="isub">(coude de capture), p. <a href="#Page_73">73</a>
+et fig. <a href="#i14">14</a> et <a href="#i15">15</a>.</li>
+
+<li><em>Bône</em> (ville de), p. <a href="#Page_80">80</a>.</li>
+
+<li class="isub">(rivalité avec Constantine), p. <a href=
+"#Page_192">192</a>.</li>
+
+<li class="isub">(côte de), p. <a href="#Page_175">175</a> et
+<a href="#Page_178">178</a>.</li>
+
+<li class="isub">(rias), p. <a href="#Page_182">182</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(terrasses), p. <a href="#Page_184">184</a> et
+<a href="#Page_185">185</a>.</li>
+
+<li><em>Bône</em> (plaine de), p. <a href="#Page_187">187</a> et
+suiv., fig. <a href="#i43">43</a>, p. <a href="#Page_193">193</a>
+et <a href="#Page_206">206</a>.</li>
+
+<li class="isub">(affinités tunisiennes), p. <a href=
+"#Page_190">190</a> et <a href="#Page_211">211</a>.</li>
+
+<li class="isub">(arabophone), p. <a href="#Page_211">211</a>.</li>
+
+<li class="isub">(canaux ou Khelidj), p. <a href=
+"#Page_188">188</a>.</li>
+
+<li class="isub">(hydrographie), p. <a href="#Page_187">187</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(influences maritimes), p. <a href=
+"#Page_192">192</a>.</li>
+
+<li class="isub">(insalubrité), p. <a href=
+"#Page_188">188</a>.</li>
+
+<li class="isub">(langue punique), p. <a href="#Page_192">192</a>
+et <a href="#Page_211">211</a>.</li>
+
+<li class="isub">(relèvement niveau de base), p. <a href=
+"#Page_190">190</a>.</li>
+
+<li><em>Bossuet</em>, p. <a href="#Page_164">164</a>.</li>
+
+<li><em>Bou Aiech</em>, p. <a href="#Page_64">64</a>.</li>
+
+<li><em>Bou Guezoul</em> (marais), p. <a href="#Page_73">73</a> et
+fig. <a href="#i15">15</a>.</li>
+
+<li><em>Bougie</em> (baie de), p. <a href="#Page_176">176</a> et
+<a href="#Page_193">193</a> et fig. <a href="#i45">45</a>.</li>
+
+<li class="isub">(capitale historique), p. <a href=
+"#Page_196">196</a>.</li>
+
+<li><em>Bouira</em>, p. <a href="#Page_165">165</a> et fig.
+<a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li><em>Bou Saada</em>, p. <a href="#Page_116">116</a>.</li>
+
+<li><em>Bouzaréa</em>, p. <a href="#Page_10">10</a> et fig.
+<a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Brachyanticlinaux et synclinaux</em>, p. <a href=
+"#Page_16">16</a> et <a href="#Page_202">202</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">C</li>
+
+<li><em>Calcaires</em> (cénomaniens et Turoniens), fig. <a href=
+"#i24">24</a>, p. <a href="#Page_22">22</a>, <a href=
+"#Page_42">42</a>, <a href="#Page_43">43</a>, <a href=
+"#Page_100">100</a> et <a href="#Page_138">138</a>.</li>
+
+<li><em>Calcaires</em> (Dinantiens), p. <a href=
+"#Page_22">22</a>.</li>
+
+<li><em>Calcaires</em> (Eocènes associés à liasiques), p. <a href=
+"#Page_132">132</a>.</li>
+
+<li><em>Calcaires</em> (liasiques et jurasiques)&nbsp;; fig.
+<a href="#i25">25</a> et <a href="#i27">27</a>, p. <a href=
+"#Page_16">16</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href=
+"#Page_122">122</a> et <a href="#Page_193">193</a>.</li>
+
+<li class="isub">(<em>id.</em> associés à éocène), p. <a href=
+"#Page_132">132</a>.</li>
+
+<li class="isub">(<em>id.</em> d’architecture tabulaire), p.
+<a href="#Page_122">122</a>.</li>
+
+<li><em>Calcaires</em> (pliocènes), p. <a href="#Page_64">64</a>
+(voir <em>Croûte</em>).</li>
+
+<li><em>Calcaires</em> (sénoniens), p. <a href=
+"#Page_43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Cap Bon</em>, p. <a href="#Page_8">8</a>, <a href=
+"#Page_180">180</a> et fig. <a href="#i40">40</a>.</li>
+
+<li><em>Cap Bougaroun</em>, p. <a href="#Page_11">11</a>, <a href=
+"#Page_95">95</a> et fig. <a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li><em>Cap Carbon</em>, p. <a href="#Page_193">193</a>.</li>
+
+<li><em>Cap de Fer</em>, p. <a href="#Page_11">11</a>.</li>
+
+<li><em>Cap de Garde</em>, p. <a href="#Page_186">186</a> et fig.
+<a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Cap de Gata</em>, p. <a href="#Page_25">25</a>, <a href=
+"#Page_171">171</a> et fig. <a href="#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Cap des trois fourches</em>, p. <a href="#Page_25">25</a>,
+<a href="#Page_171">171</a> et fig. <a href="#i06">6</a> et
+<a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Cap Djinet</em>, p. <a href="#Page_11">11</a>.</li>
+
+<li><em>Cap Figalo</em>, p. <a href="#Page_11">11</a>, <a href=
+"#Page_172">172</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Cap Matifou</em>, p. <a href="#Page_10">10</a> et fig.
+<a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Cap Sidi Ferruch</em>, p. <a href="#Page_10">10</a> et fig.
+<a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Causses</em> (de Saïda et de Tlemcen), fig. <a href=
+"#i27">27</a>, p. <a href="#Page_42">42</a>, <a href=
+"#Page_124">124</a>&nbsp;; fig. <a href="#i28">28</a>, p. <a href=
+"#Page_146">146</a> et <a href="#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li><em>Cedrata</em>, p. <a href="#Page_35">35</a>.</li>
+
+<li><em>Cèdre</em>, p. <a href="#Page_70">70</a>.</li>
+
+<li><em>Chaïb-Ras-ho</em>, p. <a href="#Page_109">109</a>.</li>
+
+<li><em>Chanzy</em> (limite du horst), p. <a href=
+"#Page_128">128</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Chaouïa</em>, p. <a href="#Page_97">97</a>, <a href=
+"#Page_192">192</a> et <a href="#Page_214">214</a>.</li>
+
+<li class="isub">(circoncellions), p. <a href=
+"#Page_215">215</a>.</li>
+
+<li class="isub">(limites), p. <a href="#Page_214">214</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Numidie), p. <a href="#Page_215">215</a>.</li>
+
+<li class="isub">(petits nomades), p. <a href=
+"#Page_214">214</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Timgad), p. <a href="#Page_215">215</a>.</li>
+
+<li><em>Chênes lièges</em>, p. <a href="#Page_47">47</a>.</li>
+
+<li><em>Chenoua</em> (nappe du ..&nbsp;?), p. <a href=
+"#Page_134">134</a>.</li>
+
+<li><em>Cherchell</em> (Cæsarea), p. <a href="#Page_30">30</a> et
+fig. <a href="#i05">5</a>, p. <a href="#Page_149">149</a> et
+<a href="#Page_213">213</a>.</li>
+
+<li><em>Chotts</em> (définition), p. <a href=
+"#Page_104">104</a>.</li>
+
+<li class="isub">(à falaise), p. <a href="#Page_112">112</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(ancienneté des), p. <a href=
+"#Page_63">63</a>.</li>
+
+<li><em>Chott Chergui</em>, p. <a href="#Page_104">104</a>,
+<a href="#Page_106">106</a> et <a href="#Page_113">113</a>.</li>
+
+<li><em>Chott el Beïda</em>, p. <a href="#Page_79">79</a>.</li>
+
+<li><em>Chott Djérid</em>, p. <a href="#Page_36">36</a> et <a href=
+"#Page_112">112</a>.</li>
+
+<li><span class="pagenum" id="Page_235">[235]</span><em>Chott
+Hodna</em>, p. <a href="#Page_106">106</a> et <a href=
+"#Page_112">112</a>, voir <em>Hodna</em>.</li>
+
+<li><em>Chott Melr’ir</em>, p. <a href="#Page_36">36</a>, <a href=
+"#Page_95">95</a>, <a href="#Page_106">106</a>, <a href=
+"#Page_112">112</a> et fig. <a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li><em>Chotts oranais</em>, p. <a href="#Page_28">28</a>, <a href=
+"#Page_46">46</a>, <a href="#Page_114">114</a> et fig. <a href=
+"#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Chott R’arbi</em>, p. <a href="#Page_103">103</a> et
+<a href="#Page_106">106</a>.</li>
+
+<li><em>Chott Saboun</em> (et oued <em>id.</em>), p. <a href=
+"#Page_82">82</a>, <a href="#Page_84">84</a> et fig. <a href=
+"#i20">20</a>, <a href="#i21">21</a>.</li>
+
+<li><em>Chott Tigri</em> (voir Tigri).</li>
+
+<li><em>Chott Zahrez</em>, p. <a href="#Page_57">57</a>, <a href=
+"#Page_106">106</a>, <a href="#Page_112">112</a> et <a href=
+"#Page_114">114</a>.</li>
+
+<li><em>Climat sec</em> (ancienneté du), p. <a href=
+"#Page_61">61</a> et <a href="#Page_201">201</a>.</li>
+
+<li><em>Colbert</em>, p. <a href="#Page_79">79</a>.</li>
+
+<li><em>Constantine</em>, p. <a href="#Page_81">81</a>, <a href=
+"#Page_95">95</a>, <a href="#Page_151">151</a> et <a href=
+"#Page_192">192</a>.</li>
+
+<li><em>Constantine</em> (monts de), p. <a href=
+"#Page_131">131</a>.</li>
+
+<li><em>Constantine</em> (hautes plaines), p. <a href=
+"#Page_97">97</a> et <a href="#Page_206">206</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Berbérophones), p. <a href=
+"#Page_214">214</a>.</li>
+
+<li class="isub">(limites des), p. <a href=
+"#Page_214">214</a>.</li>
+
+<li><em>Côte Algérienne</em>, p. <a href="#Page_175">175</a>.</li>
+
+<li class="isub">(d’abrasion), p. <a href="#Page_176">176</a>.</li>
+
+<li class="isub">(d’émersion), p. <a href="#Page_177">177</a>.</li>
+
+<li class="isub">(grande fracture), p. <a href=
+"#Page_177">177</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plages anciennes), p. <a href=
+"#Page_177">177</a>.</li>
+
+<li class="isub">(rades en faucilles), p. <a href=
+"#Page_175">175</a> et fig. <a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Côte Tunisienne</em>, p. <a href="#Page_190">190</a> et
+fig. <a href="#i40">40</a>.</li>
+
+<li><em>Couches rouges</em> (voir <em>Dépôts oligocènes</em>).</li>
+
+<li><em>Couque</em> (sultanat de), p. <a href=
+"#Page_195">195</a>.</li>
+
+<li><em>Crocodile</em> (de l’oued Mihero), p. <a href=
+"#Page_66">66</a>.</li>
+
+<li><em>Croisées orthogonales</em> (voir
+<em>Transversales</em>).</li>
+
+<li><em>Croûte pliocène</em>, p. <a href="#Page_65">65</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">D</li>
+
+<li><em>Dahra</em> (du Chéliff), p. <a href="#Page_50">50</a>.</li>
+
+<li><em>Dahra</em> (du Maroc), p. <a href="#Page_99">99</a>.</li>
+
+<li><em>Dayas</em> (de la plaine Oranaise), p. <a href=
+"#Page_159">159</a> et suiv. et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Debdou</em> (gada de), p. <a href="#Page_121">121</a>,
+<a href="#Page_122">122</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Débit des rivières</em> (incertitude du), p. <a href=
+"#Page_168">168</a>.</li>
+
+<li><em>Dellys</em>, p. <a href="#Page_48">48</a>.</li>
+
+<li><em>Dépôts continentaux</em>, p. <a href="#Page_52">52</a> et
+suiv.</li>
+
+<li><em>Dépôts continentaux</em> (Tell occidental), p. <a href=
+"#Page_152">152</a>.</li>
+
+<li><em>Dépôts continentaux</em> (Tell oriental), p. <a href=
+"#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a> et fig. <a href=
+"#i07">7</a>, <a href="#i08">8</a>, <a href="#i10">10</a>.</li>
+
+<li><em>Dépôts littoraux</em> (néritiques), p. <a href=
+"#Page_43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Dépôts mer profonde</em> (bathyaux) p. <a href=
+"#Page_43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Dépôts mio-pliocènes</em>, p. <a href="#Page_28">28</a> et
+<a href="#Page_92">92</a>.</li>
+
+<li><em>Dépôts oligocènes</em>, p. <a href="#Page_62">62</a> et
+suiv., p. <a href="#Page_92">92</a>, <a href="#Page_108">108</a>,
+<a href="#Page_150">150</a>, <a href="#Page_172">172</a> et
+<a href="#Page_194">194</a>.</li>
+
+<li class="isub">(accompagnant chaîne des Biban), p. <a href=
+"#Page_139">139</a>.</li>
+
+<li class="isub">(étage aquitanien), p. <a href=
+"#Page_150">150</a>.</li>
+
+<li><em>Dépôts Pliocènes</em>, p. <a href="#Page_109">109</a>.</li>
+
+<li><em>Dépôts Pontiens</em>, p. <a href="#Page_62">62</a> et
+suiv., p. <a href="#Page_92">92</a> et <a href=
+"#Page_108">108</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dans le Tell oriental), p. <a href=
+"#Page_152">152</a>.</li>
+
+<li><em>Dépôts Quaternaires</em>, p. <a href="#Page_68">68</a> et
+suiv.</li>
+
+<li><em>Dépôts Tortoniens</em>, p. <a href="#Page_62">62</a> et
+suiv.</li>
+
+<li><em>Détroit Sud Riffain</em> (nappe&nbsp;?), p. <a href=
+"#Page_135">135</a>.</li>
+
+<li><em>Djaïfa</em> (cirque de), p. <a href="#Page_19">19</a> et
+fig. <a href="#i04">4</a>.</li>
+
+<li><em>Djattou</em>, p. <a href="#Page_17">17</a>.</li>
+
+<li><em>Djebel Amour</em>, p. <a href="#Page_18">18</a>, <a href=
+"#Page_42">42</a> et <a href="#Page_88">88</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Antar</em> (du Grouz), p. <a href=
+"#Page_22">22</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Antar</em> (de Méchéria), p. <a href=
+"#Page_101">101</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Badroun</em> (oligocène daté), p. <a href=
+"#Page_139">139</a> et fig. <a href="#i30">30</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Béchar</em>, p. <a href="#Page_14">14</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Beni Chougran</em>, p. <a href=
+"#Page_153">153</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Beni Smir</em>, p. <a href="#Page_16">16</a> et suiv.
+et fig. <a href="#i02">2</a>, <a href="#i03">3</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Bou Arfa</em>, p. <a href="#Page_21">21</a>, <a href=
+"#Page_22">22</a> et fig. <a href="#i25">25</a>, p. <a href=
+"#Page_101">101</a>, <a href="#Page_102">102</a> et <a href=
+"#Page_110">110</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Bou Taleb</em>, p. <a href="#Page_142">142</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Chebket Tamednaïa</em>, p. <a href=
+"#Page_14">14</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Chouchkott</em>, p. <a href="#Page_142">142</a>,
+<a href="#Page_151">151</a> et fig. <a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Dira</em>, p. <a href="#Page_142">142</a>, <a href=
+"#Page_151">151</a> et fig. <a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Grouz</em>, p. <a href="#Page_14">14</a> et suiv., p.
+<a href="#Page_87">87</a>, <a href="#Page_110">110</a> et fig.
+<a href="#i02">2</a>, <a href="#i04">4</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Haouanit</em>, p. <a href="#Page_21">21</a>, <a href=
+"#Page_22">22</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Klakh</em>, p. <a href="#Page_101">101</a> et fig.
+<a href="#i25">25</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Lakhdar</em>, p. <a href="#Page_21">21</a>, <a href=
+"#Page_102">102</a>, <a href="#Page_110">110</a> et fig. <a href=
+"#i04">4</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Maadid</em>, p. <a href="#Page_142">142</a>, <a href=
+"#Page_196">196</a> et fig. <a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Maïz</em>, p. <a href="#Page_16">16</a> et suiv., p.
+<a href="#Page_100">100</a> et fig. <a href="#i02">2</a>, <a href=
+"#i03">3</a>, <a href="#i04">4</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Mansoura</em>, p. <a href="#Page_142">142</a>, <a href=
+"#Page_151">151</a> et fig. <a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Matmata</em>, p. <a href="#Page_35">35</a> et fig.
+<a href="#i06">6</a>, <a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Mezarif</em>, p. <a href="#Page_14">14</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Milok</em>, p. <a href="#Page_91">91</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Moumen</em>, p. <a href="#Page_14">14</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Nefouça</em>, p. <a href="#Page_35">35</a> et <a href=
+"#Page_199">199</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Orak</em>, p. <a href="#Page_21">21</a>, <a href=
+"#Page_101">101</a> et <a href="#Page_102">102</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Ouach</em>, p. <a href="#Page_131">131</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Ouenza</em>, p. <a href="#Page_136">136</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. R’als</em>, p. <a href="#Page_20">20</a> et fig.
+<a href="#i04">4</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Soffah</em>, p. <a href="#Page_16">16</a> et fig.
+<a href="#i02">2</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Tendrara</em>, p. <a href="#Page_99">99</a> et suiv.,
+p. <a href="#Page_106">106</a>, <a href="#Page_112">112</a> et
+suiv. et fig. <a href="#i24">24</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Tessala</em>, p. <a href="#Page_153">153</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Trara</em>, p. <a href="#Page_153">153</a>, <a href=
+"#Page_172">172</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Zaccar</em>, p. <a href="#Page_133">133</a>, <a href=
+"#Page_151">151</a>, <a href="#Page_153">153</a>, <a href=
+"#Page_198">198</a> et fig. <a href="#i05">5</a>.</li>
+
+<li><em>Dj. Zaghouan</em>, p. <a href="#Page_36">36</a>.</li>
+
+<li><em>Djedar</em> (les), p. <a href="#Page_199">199</a> et fig.
+<a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Djidjelli</em> (route côtière), p. <a href=
+"#Page_151">151</a>.</li>
+
+<li><em>Djurdjura</em>, p. <a href="#Page_42">42</a>, <a href=
+"#Page_95">95</a>, <a href="#Page_194">194</a> et fig. <a href=
+"#i45">45</a>.</li>
+
+<li class="isub">(nappe&nbsp;?), p. <a href="#Page_132">132</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(altitude), p. <a href="#Page_151">151</a> et fig.
+<a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li><em>Dômes</em> (formes de relief), p. <a href="#Page_58">58</a>
+et suiv., p. <a href="#Page_114">114</a>, <a href=
+"#Page_143">143</a> et fig. <a href="#i12">12</a> et <a href=
+"#i13">13</a>.</li>
+
+<li><em>Dorsale Laghouat-Médéa</em>, p. <a href="#Page_27">27</a>
+et suiv., p. <a href="#Page_149">149</a>, <a href=
+"#Page_170">170</a>, <a href="#Page_171">171</a> et fig. <a href=
+"#i05">5</a> et <a href="#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Dunes</em> (du Tigri), p. <a href="#Page_107">107</a>.</li>
+
+<li class="isub">(de Mostaganem), p. <a href=
+"#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li><em>Duvivier</em>, p. <a href="#Page_187">187</a> et fig.
+<a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li class="ifrst"><span class="pagenum" id=
+"Page_236">[236]</span>E</li>
+
+<li><em>Edough</em>, p. <a href="#Page_96">96</a>, <a href=
+"#Page_186">186</a> et fig. <a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">F</li>
+
+<li><em>Fatimides</em>, p. <a href="#Page_212">212</a>.</li>
+
+<li><em>Faune du Zambèse</em>, p. <a href="#Page_66">66</a>,
+<a href="#Page_67">67</a>.</li>
+
+<li><em>Figuig</em>, p. <a href="#Page_16">16</a>, <a href=
+"#Page_19">19</a> et fig. <a href="#i02">2</a>, <a href=
+"#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Flysch algérien</em>, p. <a href="#Page_47">47</a>.</li>
+
+<li><em>Fortassa</em> (arc de), p. <a href="#Page_101">101</a> et
+suiv., fig. <a href="#i04">4</a> et <a href="#i25">25</a>.</li>
+
+<li><em>Frenda</em>, p. <a href="#Page_199">199</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">G</li>
+
+<li><em>Gabès</em> (seuil de), p. <a href="#Page_36">36</a>.</li>
+
+<li><em>Gantra</em> (el) p. <a href="#Page_27">27</a>, <a href=
+"#Page_28">28</a> et fig. <a href="#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Garaet Achkel</em> (Bizerte), ou <em>Garaet Lekhal</em>, p.
+<a href="#Page_182">182</a> et fig. <a href="#i40">40</a> et
+<a href="#i41">41</a>.</li>
+
+<li><em>Garet Zerga</em> (volcan), p. <a href="#Page_109">109</a>
+et fig. <a href="#i25">25</a>.</li>
+
+<li><em>Géosynclinal</em> (Algérien et Tellien), p. <a href=
+"#Page_41">41</a>, <a href="#Page_60">60</a>, <a href=
+"#Page_85">85</a> et <a href="#Page_144">144</a>.</li>
+
+<li><em>Ghardimaou</em>, p. <a href="#Page_191">191</a> et fig.
+<a href="#i44">44</a>.</li>
+
+<li><em>Ghar Rouban</em>, p. <a href="#Page_122">122</a>, <a href=
+"#Page_123">123</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Gravures rupestres</em>, p. <a href="#Page_17">17</a>,
+<a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Page_66">66</a> et <a href=
+"#Page_101">101</a>.</li>
+
+<li><em>Grès Albiens</em> (rouges, à dragées), p. <a href=
+"#Page_17">17</a>, <a href="#Page_42">42</a>, <a href=
+"#Page_61">61</a> et suiv., <a href="#Page_100">100</a>, <a href=
+"#Page_102">102</a> et fig. <a href="#i03">3</a> et <a href=
+"#i04">4</a>.</li>
+
+<li><em>Grès Cartenniens</em>, p. <a href="#Page_143">143</a>.</li>
+
+<li><em>Grès éocènes</em>, p. <a href="#Page_193">193</a>.</li>
+
+<li><em>Grès medjaniens</em>, p. <a href="#Page_47">47</a> et
+<a href="#Page_143">143</a>.</li>
+
+<li><em>Grès numidiens</em>, p. <a href="#Page_47">47</a>.</li>
+
+<li><em>Grès pliocènes</em>, p. <a href="#Page_157">157</a> et
+<a href="#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li><em>Grottes de Pélissier</em>, p. <a href=
+"#Page_50">50</a>.</li>
+
+<li><em>Guelma</em>, p. <a href="#Page_80">80</a>, <a href=
+"#Page_186">186</a>, <a href="#Page_187">187</a>, <a href=
+"#Page_211">211</a> et fig. <a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li class="isub">(bœufs de), p. <a href="#Page_188">188</a>.</li>
+
+<li><em>Guergour</em> (gorges du), p. <a href=
+"#Page_77">77</a>.</li>
+
+<li class="isub">(nappe&nbsp;?), p. <a href="#Page_134">134</a> et
+fig. <a href="#i16">16</a>, <a href="#i17">17</a> et <a href=
+"#i31">31</a>.</li>
+
+<li><em>Guerrah (el)</em>, p. <a href="#Page_82">82</a> et fig.
+<a href="#i20">20</a>.</li>
+
+<li><em>Gypse</em>, voir <em>Roches Triasiques</em>.</li>
+
+<li class="ifrst">H</li>
+
+<li><em>Haci Chguig</em>, p. <a href="#Page_100">100</a>.</li>
+
+<li><em>Haci-el-Aricha</em>, p. <a href="#Page_108">108</a> et fig.
+<a href="#i25">25</a>.</li>
+
+<li><em>Haci-el-Kelb</em>, p. <a href="#Page_110">110</a>.</li>
+
+<li><em>Haci-Marrough</em>, p. <a href="#Page_100">100</a>.</li>
+
+<li><em>Halfa</em> (limite de l’) p. <a href=
+"#Page_160">160</a>.</li>
+
+<li><em>Hammeyan</em>, p. <a href="#Page_24">24</a>.</li>
+
+<li><em>Hercynienne</em> (pénéplaine), p. <a href=
+"#Page_28">28</a>, <a href="#Page_38">38</a>, <a href=
+"#Page_39">39</a>, <a href="#Page_52">52</a>, <a href=
+"#Page_118">118</a>, <a href="#Page_119">119</a> et <a href=
+"#Page_201">201</a>.</li>
+
+<li><em>Hilaliens</em> (Bédouins), p. <a href=
+"#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li><em>Hodna</em> (chott et cuvette), p. <a href=
+"#Page_28">28</a>, <a href="#Page_50">50</a>, <a href=
+"#Page_106">106</a>, <a href="#Page_112">112</a> et fig. <a href=
+"#i06">6</a>, <a href="#i45">45</a>.</li>
+
+<li class="isub">(étranglement du), p. <a href="#Page_95">95</a>,
+<a href="#Page_116">116</a> et fig. <a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plateforme du), p. <a href=
+"#Page_117">117</a>.</li>
+
+<li><em>Hodna</em> (sierra du), p. <a href="#Page_142">142</a> et
+suiv., fig. <a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li class="isub">(âge Alpin), p. <a href="#Page_143">143</a>.</li>
+
+<li class="isub">(contraste avec Biban), p. <a href=
+"#Page_143">143</a> et <a href="#Page_144">144</a>.</li>
+
+<li class="isub">(jeunesse du modelé), p. <a href=
+"#Page_143">143</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Suture avec Biban), p. <a href=
+"#Page_167">167</a>.</li>
+
+<li><em>Hoggar</em>, p. <a href="#Page_27">27</a> et <a href=
+"#Page_32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Horst Algérien</em>, p. <a href="#Page_115">115</a> et
+suiv., p. <a href="#Page_121">121</a>, <a href="#Page_122">122</a>
+et fig. <a href="#i26">26</a>.</li>
+
+<li><em>Horst Algérien</em> (chaîne du), p. <a href=
+"#Page_125">125</a> et suiv.</li>
+
+<li class="isub">(épine dorsale de l’Algérie), p. <a href=
+"#Page_206">206</a>.</li>
+
+<li><em>Horst marocain</em>, p. <a href="#Page_117">117</a> et fig.
+<a href="#i26">26</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">I</li>
+
+<li><em>Ibadhite</em> (royaume), p. <a href="#Page_35">35</a> et
+<a href="#Page_199">199</a>.</li>
+
+<li><em>Ile Alboran</em>, p. <a href="#Page_11">11</a>, <a href=
+"#Page_25">25</a>, <a href="#Page_171">171</a>, fig. <a href=
+"#i29">29</a> et <a href="#i39">39</a>.</li>
+
+<li><em>Ile aux chiens</em>, p. <a href="#Page_180">180</a> et fig.
+<a href="#i40">40</a>.</li>
+
+<li><em>Ile Djerba</em>, p. <a href="#Page_180">180</a> et fig.
+<a href="#i39">39</a>.</li>
+
+<li><em>Ile Habibas</em>, p. <a href="#Page_11">11</a>, <a href=
+"#Page_25">25</a>, <a href="#Page_172">172</a> et fig. <a href=
+"#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Ile Kerkenna</em>, p. <a href="#Page_180">180</a> et fig.
+<a href="#i39">39</a>.</li>
+
+<li><em>Ile la Galite</em>, p. <a href="#Page_11">11</a>, <a href=
+"#Page_175">175</a> et fig. <a href="#i39">39</a>.</li>
+
+<li><em>Ile Rachgoun</em>, <a href="#Page_11">11</a>, <a href=
+"#Page_25">25</a>, <a href="#Page_172">172</a> et fig. <a href=
+"#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Iles Zaffarines</em>, p. <a href="#Page_11">11</a>,
+<a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_172">172</a> et fig.
+<a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Ile Zembra</em>, p. <a href="#Page_180">180</a> et fig.
+<a href="#i40">40</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">K</li>
+
+<li><em>Kabyles</em>, p. <a href="#Page_97">97</a>.</li>
+
+<li><em>Kabylie</em>, p. <a href="#Page_10">10</a>, <a href=
+"#Page_30">30</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href=
+"#Page_151">151</a>, <a href="#Page_186">186</a> et fig. <a href=
+"#i01">1</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Tell des), p. <a href="#Page_193">193</a>.</li>
+
+<li class="isub">(boisement), p. <a href="#Page_47">47</a>.</li>
+
+<li><em>Kabylie</em> (des Babor), p. <a href=
+"#Page_195">195</a>.</li>
+
+<li><em>Kabylie</em> (grande), p. <a href="#Page_195">195</a>.</li>
+
+<li><em>Kabylie</em> (petite), p. <a href="#Page_95">95</a> et fig.
+<a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li class="isub">(arabophone), p. <a href="#Page_212">212</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Ketama), p. <a href="#Page_212">212</a>.</li>
+
+<li><em>Kabylies</em> (sierra des), p. <a href="#Page_132">132</a>
+et suiv., p. <a href="#Page_186">186</a>.</li>
+
+<li><em>Kairouan</em>, p. <a href="#Page_36">36</a>.</li>
+
+<li><em>Kalaa</em> (des Beni Hammad), p. <a href=
+"#Page_196">196</a>, <a href="#Page_208">208</a> et fig. <a href=
+"#i45">45</a>, <a href="#i46">46</a>.</li>
+
+<li><em>Kalaat-es-Senam</em>, p. <a href="#Page_91">91</a>.</li>
+
+<li><em>Kçour</em> (monts des), p. <a href="#Page_88">88</a>.</li>
+
+<li><em>Ketama</em> (voir <em>Fatimides</em>), p. <a href=
+"#Page_212">212</a>.</li>
+
+<li><em>Kharedjites</em> (voir <em>Ibadhites</em>, <em>Tiaret</em>,
+<em>Dj. Nefouça</em>).</li>
+
+<li><em>Kheneg Temda</em> (éruptif), p. <a href=
+"#Page_197">197</a>, et fig. <a href="#i28">28</a>.</li>
+
+<li><span class="pagenum" id=
+"Page_237">[237]</span><em>Kieselguhr</em> p. <a href=
+"#Page_50">50</a>.</li>
+
+<li><em>Koléa</em> (gorges de), p. <a href="#Page_156">156</a> et
+fig. <a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Kreider</em> (sources chaudes), p. <a href=
+"#Page_113">113</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">L</li>
+
+<li><em>Lac Fetzara</em>, p. <a href="#Page_188">188</a> et fig.
+<a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Lac Halloula</em>, p. <a href="#Page_160">160</a> et
+<a href="#Page_181">181</a>.</li>
+
+<li><em>Lac Oubeira</em>, p. <a href="#Page_188">188</a> et fig.
+<a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Lacs Melah et Tonga</em>, p. <a href="#Page_183">183</a>,
+<a href="#Page_190">190</a> et fig. <a href="#i42">42</a>, <a href=
+"#i43">43</a>.</li>
+
+<li><em>La Calle</em>, p. <a href="#Page_182">182</a>, <a href=
+"#Page_183">183</a> et fig. <a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Lafayette</em>, p. <a href="#Page_195">195</a>.</li>
+
+<li><em>Lamoricière</em> (limite du horst), p. <a href=
+"#Page_128">128</a>.</li>
+
+<li><em>Langues</em> (carte des), p. <a href="#Page_203">203</a> et
+fig. <a href="#i46">46</a>.</li>
+
+<li><em>Lella Khadidja</em>, p. <a href="#Page_132">132</a>.</li>
+
+<li><em>Limes Romanus</em>, p. <a href="#Page_35">35</a>, <a href=
+"#Page_214">214</a> et suiv. et fig. <a href="#i46">46</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">M</li>
+
+<li><em>Macta</em> (marais de la), p. <a href="#Page_159">159</a>
+et <a href="#Page_162">162</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plaine de la), p. <a href=
+"#Page_159">159</a>.</li>
+
+<li><em>Magenta</em>, p. <a href="#Page_165">165</a>.</li>
+
+<li><em>Maillot</em>, p. <a href="#Page_166">166</a>.</li>
+
+<li><em>Marnes</em> (miocènes, ébouleuses), p. <a href=
+"#Page_142">142</a>.</li>
+
+<li><em>Mascara</em>, p. <a href="#Page_48">48</a>, <a href=
+"#Page_114">114</a>, <a href="#Page_164">164</a>, <a href=
+"#Page_199">199</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(limite du horst), p. <a href=
+"#Page_128">128</a>.</li>
+
+<li><em>Mazouna</em>, p. <a href="#Page_200">200</a>.</li>
+
+<li><em>Médéa</em> (plateau de), p. <a href="#Page_28">28</a>,
+<a href="#Page_150">150</a> et fig. <a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li class="isub">(ville de), p. <a href="#Page_150">150</a> et fig.
+<a href="#i05">5</a>.</li>
+
+<li><em>Medjana</em> (plaine de), p. <a href="#Page_195">195</a>,
+fig. <a href="#i31">31</a> et <a href="#i45">45</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Terres à blé), p. <a href=
+"#Page_142">142</a>.</li>
+
+<li class="isub">(centre historique), p. <a href=
+"#Page_196">196</a>.</li>
+
+<li><em>Mer</em> (niveau de base), p. <a href="#Page_201">201</a>,
+<a href="#Page_202">202</a>.</li>
+
+<li><em>Mer Cartennienne</em>, p. <a href="#Page_49">49</a>,
+<a href="#Page_139">139</a>, <a href="#Page_144">144</a>, fig.
+<a href="#i10">10</a> et <a href="#i30">30</a>.</li>
+
+<li><em>Mers Crétacées</em>, p. <a href="#Page_41">41</a> et
+suiv.</li>
+
+<li><em>Mer crétacé inférieur</em>, p. <a href="#Page_42">42</a> et
+fig. <a href="#i07">7</a>.</li>
+
+<li><em>Mer des phosphates</em>, p. <a href="#Page_34">34</a>,
+<a href="#Page_46">46</a>, <a href="#Page_198">198</a> et fig.
+<a href="#i08">8</a>.</li>
+
+<li><em>Mers éocènes</em>, p. <a href="#Page_42">42</a> et suiv.,
+<a href="#Page_116">116</a>.</li>
+
+<li><em>Mer Helvétienne</em>, p. <a href="#Page_49">49</a> et
+<a href="#Page_152">152</a>.</li>
+
+<li><em>Mer medjanienne</em>, p. <a href="#Page_139">139</a>.</li>
+
+<li><em>Mers miocènes</em>, p. <a href="#Page_34">34</a>, <a href=
+"#Page_49">49</a>, <a href="#Page_150">150</a>, <a href=
+"#Page_158">158</a>, <a href="#Page_172">172</a>, <a href=
+"#Page_194">194</a>, <a href="#Page_198">198</a> et fig. <a href=
+"#i10">10</a>.</li>
+
+<li><em>Mer oligocène</em>, p. <a href="#Page_48">48</a> et suiv.,
+<a href="#Page_150">150</a> et fig. <a href="#i09">9</a>.</li>
+
+<li><em>Mer pliocène</em>, p. <a href="#Page_50">50</a> et <a href=
+"#Page_158">158</a>.</li>
+
+<li><em>Mer Sahélienne</em>, p. <a href="#Page_50">50</a> et fig.
+<a href="#i11">11</a>.</li>
+
+<li><em>Mers du Tertiaire supérieur</em>, p. <a href=
+"#Page_152">152</a>.</li>
+
+<li><em>Meseta sud-oranaise</em>, p. <a href="#Page_121">121</a> et
+suiv., <a href="#Page_172">172</a>, <a href="#Page_173">173</a> et
+<a href="#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li><em>Metarka</em>, p. <a href="#Page_111">111</a>.</li>
+
+<li><em>Mila</em> (cuvette de), p. <a href=
+"#Page_151">151</a>.</li>
+
+<li><em>Miliana</em>, p. <a href="#Page_28">28</a>, <a href=
+"#Page_149">149</a> et fig. <a href="#i05">5</a>.</li>
+
+<li><em>Mitidja</em>, p. <a href="#Page_28">28</a>, <a href=
+"#Page_29">29</a>, <a href="#Page_154">154</a> et suiv., <a href=
+"#Page_181">181</a> et fig. <a href="#i05">5</a>.</li>
+
+<li class="isub">(épaisseur alluvions), p. <a href=
+"#Page_154">154</a>.</li>
+
+<li class="isub">(marécages), p. <a href="#Page_156">156</a> et
+fig. <a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Montagne de sel</em> (el Outaya), p. <a href=
+"#Page_34">34</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Djelfa), p. <a href="#Page_53">53</a> et suiv. et
+fig. <a href="#i12">12</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Metlili), p. <a href="#Page_34">34</a>, voir
+<em>Trias</em>, <em>Roches Triasiques</em>.</li>
+
+<li><em>Mostaganem</em> (ville), p. <a href="#Page_200">200</a> et
+fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plateau et dunes), p. <a href="#Page_160">160</a>
+et <a href="#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li><em>Moulouya</em> (faille de la), p. <a href="#Page_24">24</a>,
+<a href="#Page_25">25</a> et <a href="#Page_190">190</a>.</li>
+
+<li><em>Mouydir</em>, p. <a href="#Page_28">28</a>.</li>
+
+<li><em>Msid Aïcha</em>, p. <a href="#Page_132">132</a>.</li>
+
+<li><em>Msirdas</em> (volcan éteint), p. <a href=
+"#Page_113">113</a>, <a href="#Page_173">173</a> et fig. <a href=
+"#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">N</li>
+
+<li><em>Nappes de charriage</em>, p. <a href="#Page_53">53</a>,
+<a href="#Page_131">131</a> et suiv., <a href="#Page_147">147</a>
+et <a href="#Page_202">202</a>.</li>
+
+<li><em>Nomades</em> (et sédentaires), p. <a href=
+"#Page_204">204</a>, <a href="#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li><em>Nomades</em> (grands nomades chameliers), p. <a href=
+"#Page_196">196</a>, <a href="#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li class="isub">(route de leurs invasions), p. <a href=
+"#Page_206">206</a>.</li>
+
+<li><em>Nomades</em> (petits), p. <a href="#Page_214">214</a> (voir
+<em>Chaouïa</em>).</li>
+
+<li><em>Numides</em>, p. <a href="#Page_97">97</a> (voir
+<em>Chaouïa</em>).</li>
+
+<li><em>Numidie</em> (chaîne et nappe&nbsp;?), p. <a href=
+"#Page_132">132</a> et suiv., <a href="#Page_186">186</a> et fig.
+<a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">O</li>
+
+<li><em>Oran</em> (sebkha d’), p. <a href="#Page_160">160</a> et
+fig. <a href="#i23">23</a>, <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(rade d’), p. <a href="#Page_176">176</a>.</li>
+
+<li><em>Ouarsenis</em>, p. <a href="#Page_152">152</a>.</li>
+
+<li class="isub">(âge Pyrénéen), p. <a href=
+"#Page_198">198</a>.</li>
+
+<li class="isub">(nappe&nbsp;?), p. <a href="#Page_133">133</a> et
+suiv.</li>
+
+<li><em>Oudjda</em>, p. <a href="#Page_19">19</a>, <a href=
+"#Page_121">121</a>, <a href="#Page_123">123</a> et fig. <a href=
+"#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(limite du horst), p. <a href=
+"#Page_128">128</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Bou Merzoug</em>, p. <a href="#Page_82">82</a>,
+<a href="#Page_84">84</a> et fig. <a href="#i20">20</a>, <a href=
+"#i21">21</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Bou Sellam</em>, p. <a href="#Page_76">76</a> et
+suiv., <a href="#Page_194">194</a> et fig. <a href="#i16">16</a>,
+<a href="#i17">17</a> et <a href="#i45">45</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Chéliff</em>, p. <a href="#Page_28">28</a>, <a href=
+"#Page_73">73</a> et suiv., <a href="#Page_169">169</a> et fig.
+<a href="#i05">5</a> et <a href="#i28">28</a>.</li>
+
+<li class="isub">(embouchure), p. <a href="#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li class="isub">(vallée), p. <a href="#Page_198">198</a>.</li>
+
+<li class="isub">(prolongation de la Soummam), p. <a href=
+"#Page_146">146</a>.</li>
+
+<li class="isub">(sebkhas de l’), p. <a href="#Page_160">160</a> et
+fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Cherf</em>, p. <a href="#Page_80">80</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Chiffa</em>, p. <a href="#Page_156">156</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Djedi</em>, p. <a href="#Page_34">34</a> et <a href=
+"#Page_106">106</a>.</li>
+
+<li><em>Oued el-Kebir</em>, p. <a href="#Page_80">80</a>.</li>
+
+<li><span class="pagenum" id="Page_238">[238]</span><em>Oued
+el-Tine</em> (zone d’épandage), p. <a href="#Page_159">159</a> et
+fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Habra</em>, p. <a href="#Page_114">114</a>.</li>
+
+<li class="isub">(zone d’épandage), p. <a href="#Page_159">159</a>
+et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(type du Tell occidental), p. <a href=
+"#Page_163">163</a> et suiv.</li>
+
+<li class="isub">(profil de l’), p. <a href="#Page_164">164</a> et
+fig. <a href="#i34">34</a>.</li>
+
+<li class="isub">(barrage de l’), p. <a href=
+"#Page_169">169</a>.</li>
+
+<li class="isub">(jeunesse,) p. <a href="#Page_169">169</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Hamis</em>, p. <a href="#Page_156">156</a> et fig.
+<a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Harrach</em>, p. <a href="#Page_156">156</a> et fig.
+<a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Igharghar</em>, p. <a href="#Page_32">32</a>, <a href=
+"#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>, <a href=
+"#Page_96">96</a>, <a href="#Page_106">106</a> et fig. <a href=
+"#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Imbert</em> (ancien lit du Sig), p. <a href=
+"#Page_163">163</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Isly</em> p. <a href="#Page_25">25</a>, <a href=
+"#Page_122">122</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Isser</em> (profil de l’), p. <a href=
+"#Page_166">166</a> et fig. <a href="#i36">36</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plages et terrasses), p. <a href=
+"#Page_166">166</a> et fig. <a href="#i05">5</a>.</li>
+
+<li class="isub">(comparé au Sig), p. <a href="#Page_168">168</a>
+et fig. <a href="#i37">37</a>.</li>
+
+<li class="isub">(voie ferrée), p. <a href=
+"#Page_141">141</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Kebir</em> (de Bône), p. <a href="#Page_185">185</a>,
+<a href="#Page_188">188</a> et fig. <a href="#i42">42</a>, <a href=
+"#i43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Kçob</em> (porte du Hodna), p. <a href=
+"#Page_195">195</a> et fig. <a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Macta</em>, p. <a href="#Page_159">159</a>, <a href=
+"#Page_168">168</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Mazafran</em> (gorges de l’), p. <a href=
+"#Page_156">156</a> et <a href="#Page_181">181</a>.</li>
+
+<li class="isub">(méandres encaissés), p. <a href=
+"#Page_156">156</a> et fig. <a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li class="isub">(rivière antécédente), p. <a href=
+"#Page_156">156</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Mazzer</em> (au Tigri), p. <a href="#Page_106">106</a>
+et fig. <a href="#i25">25</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Medjerda</em>, p. <a href="#Page_182">182</a> et fig.
+<a href="#i40">40</a>.</li>
+
+<li class="isub">(profil), p. <a href="#Page_190">190</a>, <a href=
+"#Page_191">191</a> et fig. <a href="#i44">44</a>.</li>
+
+<li class="isub">(nappe&nbsp;?), p. <a href=
+"#Page_135">135</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Mekerra</em>, p. <a href="#Page_164">164</a> et fig.
+<a href="#i23">23</a>, <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Melah</em> (Isser), p. <a href="#Page_165">165</a> et
+fig. <a href="#i30">30</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Mina</em>, p. <a href="#Page_121">121</a>, <a href=
+"#Page_196">196</a> et suiv.</li>
+
+<li class="isub">(causses de), p. <a href="#Page_126">126</a> et
+fig. <a href="#i28">28</a>.</li>
+
+<li class="isub">(voie ferrée) p. <a href="#Page_198">198</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Moulouya</em>, p. <a href="#Page_23">23</a> et suiv.,
+p. <a href="#Page_121">121</a> et fig. <a href="#i06">6</a>.</li>
+
+<li class="isub">(embouchure de), p. <a href="#Page_171">171</a> et
+fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(limite langues), p. <a href=
+"#Page_206">206</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Nahr Ouassel</em>, p. <a href="#Page_76">76</a> et
+fig. <a href="#i14">14</a>.</li>
+
+<li><em>Oued R’ilan</em> (gravures rupestres), p. <a href=
+"#Page_100">100</a>.</li>
+
+<li><em>Oued R’ir</em>, p. <a href="#Page_32">32</a> et fig.
+<a href="#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Rummel</em> (gorges de l’), p. <a href=
+"#Page_80">80</a> et suiv., <a href="#Page_152">152</a>, et fig.
+<a href="#i19">19</a>, <a href="#i20">20</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Sahel</em> (profil), p. <a href="#Page_165">165</a> et
+fig. <a href="#i35">35</a>.</li>
+
+<li class="isub">(coupure de l’), p. <a href="#Page_194">194</a> et
+fig. <a href="#i45">45</a>.</li>
+
+<li class="isub">(vallée oligocène), p. <a href="#Page_150">150</a>
+et <a href="#Page_194">194</a>.</li>
+
+<li class="isub">(voie ferrée), p. <a href=
+"#Page_141">141</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Seybouse</em>, p. <a href="#Page_79">79</a>, <a href=
+"#Page_98">98</a>, <a href="#Page_169">169</a> et fig. <a href=
+"#i18">18</a>.</li>
+
+<li class="isub">(embouchure), p. <a href="#Page_187">187</a>.</li>
+
+<li class="isub">(basse vallée), p. <a href="#Page_187">187</a> et
+fig. <a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Sig</em>, p. <a href="#Page_114">114</a> et fig.
+<a href="#i23">23</a>.</li>
+
+<li class="isub">(zone d’épandage), p. <a href="#Page_159">159</a>
+et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(type de Tell occidental), p. <a href=
+"#Page_163">163</a>.</li>
+
+<li class="isub">(ancien lit), p. <a href="#Page_163">163</a>.</li>
+
+<li class="isub">(profil), p. <a href="#Page_165">165</a> et fig.
+<a href="#i33">33</a>.</li>
+
+<li class="isub">(comparé à l’Isser), p. <a href=
+"#Page_168">168</a> et fig. <a href="#i37">37</a>.</li>
+
+<li class="isub">(jeunesse), p. <a href="#Page_169">169</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Soummam</em>.</li>
+
+<li class="isub">(coupure de l’), p. <a href="#Page_194">194</a> et
+fig. <a href="#i45">45</a>.</li>
+
+<li class="isub">(golfe miocène), p. <a href=
+"#Page_194">194</a>.</li>
+
+<li class="isub">(vallée oligocène), p. <a href="#Page_150">150</a>
+et <a href="#Page_194">194</a>.</li>
+
+<li class="isub">(prolongeant le Chéliff), p. <a href=
+"#Page_140">140</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Tafna</em>, p. <a href="#Page_25">25</a>, <a href=
+"#Page_121">121</a>, <a href="#Page_169">169</a>, <a href=
+"#Page_171">171</a> et suiv.</li>
+
+<li class="isub">(profil), p. <a href="#Page_172">172</a> et fig.
+<a href="#i38">38</a>.</li>
+
+<li class="isub">(vallée et région), p. <a href="#Page_193">193</a>
+et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Tifrit</em>, p. <a href="#Page_122">122</a> et suiv.,
+fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(fenêtre de l’), p. <a href="#Page_124">124</a> et
+fig. <a href="#i27">27</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Tindja</em> (Bizerte), p. <a href="#Page_182">182</a>
+et fig. <a href="#i41">41</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Tlélat</em> (zone d’épandage), p. <a href=
+"#Page_159">159</a>.</li>
+
+<li class="isub">(ancien lit du Sig), p. <a href=
+"#Page_163">163</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Touil</em> (voir Chéliff), p. <a href=
+"#Page_57">57</a>, <a href="#Page_73">73</a>, <a href=
+"#Page_169">169</a> et fig. <a href="#i14">14</a>.</li>
+
+<li><em>Oued Zousfana</em>, p. <a href="#Page_16">16</a> et suiv.,
+fig. <a href="#i02">2</a> et <a href="#i03">3</a>.</li>
+
+<li><em>Ouenza</em> (minéralisation), p. <a href=
+"#Page_191">191</a> (voir Djebel...).</li>
+
+<li><em>Ouled Fayet</em> (cailloutis), p. <a href=
+"#Page_155">155</a> et fig. <a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Ouled-Naïl</em>, p. <a href="#Page_42">42</a> et <a href=
+"#Page_88">88</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">P</li>
+
+<li><em>Palestro</em> (gorges de), p. <a href=
+"#Page_166">166</a>.</li>
+
+<li><em>Pénéplaine</em> (primaire, voir Hercynien), p. <a href=
+"#Page_21">21</a>, <a href="#Page_22">22</a>, <a href=
+"#Page_23">23</a>, <a href="#Page_28">28</a>, <a href=
+"#Page_121">121</a> et fig. <a href="#i04">4</a>.</li>
+
+<li class="isub">(fenêtres), p. <a href="#Page_122">122</a> et fig.
+<a href="#i26">26</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plis), p. <a href="#Page_122">122</a>.</li>
+
+<li><em>Perrégaux</em>, p. <a href="#Page_159">159</a>, <a href=
+"#Page_164">164</a> et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(barrage), p. <a href="#Page_169">169</a>.</li>
+
+<li><em>Pétrole</em> (associé aux nappes&nbsp;?), p. <a href=
+"#Page_135">135</a>.</li>
+
+<li><em>Phosphates</em>, p. <a href="#Page_46">46</a>, <a href=
+"#Page_47">47</a>.</li>
+
+<li><em>Philippeville</em>, p. <a href="#Page_212">212</a>.</li>
+
+<li><em>Plages</em> (émergées), p. <a href="#Page_166">166</a>,
+<a href="#Page_177">177</a> et <a href="#Page_184">184</a>.</li>
+
+<li><em>Plaines Constantinoises</em> (hautes), p. <a href=
+"#Page_128">128</a>.</li>
+
+<li><em>Plaine d’Egris</em>, p. <a href="#Page_164">164</a>.</li>
+
+<li><em>Plaines Oranaises</em> (cuvettes sans écoulement), p.
+<a href="#Page_159">159</a> et suiv., fig. <a href=
+"#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(jeunesse), p. <a href="#Page_162">162</a>.</li>
+
+<li><em>Plaines sublittorales</em>, p. <a href="#Page_30">30</a>,
+<a href="#Page_50">50</a>, <a href="#Page_154">154</a> et suiv.,
+<a href="#Page_187">187</a>, <a href="#Page_193">193</a> et
+<a href="#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li><em>Plaines Tunisiennes</em>, p. <a href=
+"#Page_190">190</a>.</li>
+
+<li class="isub">(affinités Bônoises), p. <a href=
+"#Page_190">190</a>.</li>
+
+<li><em>Plateaux</em> (hauts), p. <a href="#Page_46">46</a>,
+<a href="#Page_51">51</a>, <a href="#Page_85">85</a>, <a href=
+"#Page_99">99</a>, <a href="#Page_118">118</a> et fig. <a href=
+"#i04">4</a>, <a href="#i06">6</a>, <a href="#i24">24</a> et
+<a href="#i26">26</a>.</li>
+
+<li><em>Plateau de Mindas</em> (ou Mendez), p. <a href=
+"#Page_200">200</a> et fig. <a href="#i28">28</a>.</li>
+
+<li><span class="pagenum" id="Page_239">[239]</span><em>Plateau des
+Dayas</em>, p. <a href="#Page_28">28</a>.</li>
+
+<li><em>Plateau des Nemenchas</em>, p. <a href="#Page_60">60</a> et
+fig. <a href="#i13">13</a>.</li>
+
+<li><em>Plateau steppien</em>, p. <a href="#Page_28">28</a> et
+<a href="#Page_115">115</a>.</li>
+
+<li><em>Plateforme paléozoïque</em> (enfouie), p. <a href=
+"#Page_93">93</a> et <a href="#Page_94">94</a>, voir
+<em>Pénéplaine</em>.</li>
+
+<li><em>Pliocène</em> (plissement), p. <a href="#Page_156">156</a>
+et <a href="#Page_157">157</a>.</li>
+
+<li><em>Polygone de Constantine</em>, p. <a href=
+"#Page_63">63</a>.</li>
+
+<li><em>Poudingues</em>, voir <em>Dépôts oligocènes</em> et
+<em>Pliocènes</em>.</li>
+
+<li><em>Prévost-Paradol</em>, p. <a href="#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li class="isub">(causses de), p. <a href="#Page_126">126</a> et
+fig. <a href="#i28">28</a>.</li>
+
+<li><em>Profils longitudinaux</em> (méthodes des)&nbsp;; p.
+<a href="#Page_71">71</a> et <a href="#Page_72">72</a>.</li>
+
+<li><em>Pyrénéen</em> (plis d’âge), p. <a href="#Page_47">47</a>,
+<a href="#Page_48">48</a>, <a href="#Page_147">147</a>, <a href=
+"#Page_151">151</a>, <a href="#Page_153">153</a> et <a href=
+"#Page_194">194</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">Q</li>
+
+<li><em>Quaternaires</em> (plissements), p. <a href=
+"#Page_156">156</a> et suiv. (voir <em>Dépôts
+Quaternaires</em>).</li>
+
+<li class="ifrst">R</li>
+
+<li><em>Raknet-el-Betoum</em>, p. <a href="#Page_22">22</a>.</li>
+
+<li><em>Randon</em>, p. <a href="#Page_187">187</a> et fig.
+<a href="#i43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Ras-el-ma</em>, p. <a href="#Page_164">164</a>.</li>
+
+<li><em>Rebroussement de plis</em>, p. <a href=
+"#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li><em>Redeyef</em>, p. <a href="#Page_89">89</a>.</li>
+
+<li><em>Régions naturelles</em>, p. <a href="#Page_201">201</a> et
+suiv.</li>
+
+<li><em>Rif</em>, p. <a href="#Page_8">8</a>.</li>
+
+<li><em>Rio Salado</em>, p. <a href="#Page_159">159</a>, <a href=
+"#Page_161">161</a>, <a href="#Page_172">172</a> et fig. <a href=
+"#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Rivet</em>, p. <a href="#Page_158">158</a>.</li>
+
+<li><em>Roches albiennes</em>, p. <a href="#Page_42">42</a>,
+<a href="#Page_43">43</a> et fig. <a href="#i30">30</a> (voir
+<em>Grès</em>).</li>
+
+<li><em>Roches cénomaniennes</em>, p. <a href="#Page_43">43</a>,
+<a href="#Page_100">100</a>, <a href="#Page_138">138</a>, et fig.
+<a href="#i04">4</a> et <a href="#i30">30</a> (voir
+<em>Calcaire</em>).</li>
+
+<li><em>Roches crétacées</em>, p. <a href="#Page_14">14</a>.</li>
+
+<li><em>Roches éocène moyen</em>, p. <a href="#Page_47">47</a>
+(voir <em>Grès</em>).</li>
+
+<li><em>Roches éocène supérieur</em>, p. <a href="#Page_47">47</a>
+(voir <em>Grès</em>).</li>
+
+<li><em>Roches éruptives</em>, p. <a href="#Page_11">11</a>,
+<a href="#Page_25">25</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href=
+"#Page_173">173</a>, <a href="#Page_193">193</a> et fig. <a href=
+"#i01">1</a>, <a href="#i25">25</a>.</li>
+
+<li class="isub">(accompagnant rebroussement), p. <a href=
+"#Page_197">197</a>.</li>
+
+<li class="isub">(néphéline), p. <a href="#Page_109">109</a>.</li>
+
+<li class="isub">(ophite, voir <em>Trias</em>), p. <a href=
+"#Page_18">18</a>.</li>
+
+<li><em>Roches du Houiller</em>.</li>
+
+<li class="isub">(Kabylies), p. <a href="#Page_132">132</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Sahel Oranais), p. <a href=
+"#Page_153">153</a>.</li>
+
+<li><em>Roches infracrétacées</em>, p. <a href=
+"#Page_138">138</a>.</li>
+
+<li><em>Roches jurassiques</em>, p. <a href="#Page_122">122</a> et
+fig. <a href="#i03">3</a>, <a href="#i04">4</a> (voir
+<em>Calcaire</em>).</li>
+
+<li><em>Roches liasiques</em>, p. <a href="#Page_124">124</a> et
+fig. <a href="#i03">3</a>, <a href="#i04">4</a> (voir
+<em>Calcaire</em>).</li>
+
+<li><em>Roches miocènes</em>, p. <a href="#Page_180">180</a>,
+<a href="#Page_181">181</a> et fig. <a href="#i30">30</a> (voir
+<em>Grès</em>, <em>Marnes</em>).</li>
+
+<li><em>Roches Permiennes</em>, p. <a href="#Page_52">52</a> et
+<a href="#Page_102">102</a>.</li>
+
+<li><em>Roches pliocènes</em>, p. <a href="#Page_50">50</a>,
+<a href="#Page_109">109</a>, <a href="#Page_110">110</a> et
+<a href="#Page_158">158</a>.</li>
+
+<li class="isub">(altitude maximum), p. <a href=
+"#Page_158">158</a>.</li>
+
+<li><em>Roches Primaires</em>, p. <a href="#Page_14">14</a>,
+<a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_40">40</a>, <a href=
+"#Page_102">102</a>, <a href="#Page_193">193</a>.</li>
+
+<li><em>Roches Sahéliennes</em>.</li>
+
+<li class="isub">(Tell occidental), p. <a href=
+"#Page_152">152</a>.</li>
+
+<li><em>Roches Sénoniennes</em>, p. <a href="#Page_43">43</a>.</li>
+
+<li><em>Roches Siluriennes</em>, p. <a href="#Page_22">22</a>,
+<a href="#Page_124">124</a>.</li>
+
+<li><em>Roches Triasiques</em>, p. <a href="#Page_18">18</a>,
+<a href="#Page_52">52</a> et suiv., <a href="#Page_61">61</a>.</li>
+
+<li class="isub">(allure stratigraphique), p. <a href=
+"#Page_57">57</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Rochers de sel), p. <a href="#Page_53">53</a> et
+suiv. et fig. <a href="#i03">3</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">S</li>
+
+<li><em>Sahara</em>, p. <a href="#Page_13">13</a> et suiv. et
+<a href="#Page_201">201</a>.</li>
+
+<li><em>Sahel</em>, p. <a href="#Page_50">50</a>.</li>
+
+<li><em>Sahel d’Alger</em>, p. <a href="#Page_154">154</a>.</li>
+
+<li class="isub">(cailloutis de l’Atlas), p. <a href=
+"#Page_155">155</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Koléa), p. <a href="#Page_156">156</a>.</li>
+
+<li><em>Sahel d’Oran</em>, p. <a href="#Page_153">153</a>.</li>
+
+<li><em>Saïda (plateaux de)</em>, p. <a href="#Page_120">120</a>
+(voir <em>Causses</em>, <em>Meseta</em>).</li>
+
+<li><em>Saint-Denis-du-Sig</em>, p. <a href="#Page_158">158</a>,
+<a href="#Page_159">159</a>, <a href="#Page_165">165</a> et fig.
+<a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Saint-Ferdinand</em> (cailloutis), p. <a href=
+"#Page_155">155</a> et fig. <a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Saint-Lucien</em>, p. <a href="#Page_163">163</a>.</li>
+
+<li><em>Sanhadja</em> (royaumes), p. <a href=
+"#Page_195">195</a>.</li>
+
+<li class="isub">(capitales), p. <a href="#Page_196">196</a>,
+<a href="#Page_208">208</a>.</li>
+
+<li class="isub">(luttes avec Zénètes), p. <a href=
+"#Page_208">208</a>, <a href="#Page_209">209</a>.</li>
+
+<li><em>Sebkhas</em> (région des), p. <a href=
+"#Page_79">79</a>.</li>
+
+<li><em>Sebkha d’Oran</em>, p. <a href="#Page_159">159</a>,
+<a href="#Page_163">163</a>.</li>
+
+<li><em>Sel gemme</em>, voir <em>Roches Triasiques</em>.</li>
+
+<li><em>Sersou</em>, p. <a href="#Page_215">215</a>.</li>
+
+<li class="isub">(blés), p. <a href="#Page_198">198</a>.</li>
+
+<li><em>Sétif</em> (plaine de), p. <a href="#Page_77">77</a> et
+fig. <a href="#i16">16</a>, <a href="#i17">17</a>.</li>
+
+<li><em>Sidi-Bader</em>, p. <a href="#Page_191">191</a> et fig.
+<a href="#i44">44</a>.</li>
+
+<li><em>Sidi-bel-Abbès</em>, p. <a href="#Page_48">48</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plaine de), p. <a href="#Page_165">165</a> et
+fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Sidi-Mansour</em>, p. <a href="#Page_194">194</a>.</li>
+
+<li><em>Sidi-Okba</em>, p. <a href="#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li><em>Siga</em>, p. <a href="#Page_173">173</a> et fig. <a href=
+"#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Silures de Biskra</em>, p. <a href="#Page_66">66</a>.</li>
+
+<li><em>Socle continental</em>, p. <a href="#Page_60">60</a>,
+<a href="#Page_85">85</a>, <a href="#Page_87">87</a> et suiv. et
+<a href="#Page_143">143</a>.</li>
+
+<li><em>Souamah</em> (ruines Romaines), p. <a href=
+"#Page_200">200</a> et fig. <a href="#i28">28</a>.</li>
+
+<li><em>Souk-Ahras</em>, p. <a href="#Page_97">97</a>.</li>
+
+<li><em>Sous-marins</em> (seuil, socle, courbes, voir
+<em>Bathymétriques</em>).</li>
+
+<li><em>Staouéli</em> (cailloutis de l’Atlas), p. <a href=
+"#Page_155">155</a> et fig. <a href="#i32">32</a>.</li>
+
+<li><em>Syrte</em> (petite), p. <a href="#Page_178">178</a> et fig.
+<a href="#i39">39</a>.</li>
+
+<li class="ifrst"><span class="pagenum" id=
+"Page_240">[240]</span>T</li>
+
+<li><em>Taderent</em>, p. <a href="#Page_18">18</a>.</li>
+
+<li><em>Tadmaït</em>, p. <a href="#Page_28">28</a>, <a href=
+"#Page_42">42</a> et fig. <a href="#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Taguin</em>, p. <a href="#Page_76">76</a>.</li>
+
+<li><em>Tamlelt</em>, p. <a href="#Page_19">19</a> et suiv., fig.
+<a href="#i04">4</a>.</li>
+
+<li><em>Tarla</em> (col de), p. <a href="#Page_16">16</a> et fig.
+<a href="#i02">2</a>.</li>
+
+<li><em>Taza</em> (trouée de), p. <a href="#Page_174">174</a>,
+<a href="#Page_199">199</a>, <a href="#Page_207">207</a> et fig.
+<a href="#i46">46</a>.</li>
+
+<li><em>Tebessa</em>, p. <a href="#Page_215">215</a>.</li>
+
+<li><em>Tell occidental</em>, p. <a href="#Page_48">48</a>,
+<a href="#Page_149">149</a> et suiv.</li>
+
+<li class="isub">(géosynclinal récent), p. <a href=
+"#Page_152">152</a>, <a href="#Page_153">153</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plaines sublittorales), p. <a href=
+"#Page_154">154</a>.</li>
+
+<li class="isub">(oueds types), p. <a href=
+"#Page_163">163</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dépôts continentaux), p. <a href=
+"#Page_152">152</a>.</li>
+
+<li class="isub">(fragments Pyrénéens), p. <a href=
+"#Page_153">153</a>.</li>
+
+<li class="isub">(moins pluvieux), p. <a href=
+"#Page_168">168</a>.</li>
+
+<li><em>Tell oriental</em>, p. <a href="#Page_149">149</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(coulisses du), p. <a href=
+"#Page_150">150</a>.</li>
+
+<li class="isub">(caractère continental), p. <a href=
+"#Page_192">192</a>.</li>
+
+<li class="isub">(plus élevé), p. <a href="#Page_151">151</a>.</li>
+
+<li class="isub">(tourisme), p. <a href="#Page_151">151</a>.</li>
+
+<li class="isub">(pluies et végétation), p. <a href=
+"#Page_152">152</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dépôts continentaux), p. <a href=
+"#Page_150">150</a>, <a href="#Page_151">151</a>.</li>
+
+<li class="isub">(poussée d’âge Alpin), p. <a href=
+"#Page_153">153</a>.</li>
+
+<li class="isub">(oueds typiques), p. <a href=
+"#Page_165">165</a>.</li>
+
+<li><em>Ténès</em> (nappe&nbsp;?), p. <a href=
+"#Page_134">134</a>.</li>
+
+<li><em>Teniet-el-Had</em>, p. <a href="#Page_115">115</a>.</li>
+
+<li class="isub">(cèdres), p. <a href="#Page_198">198</a>.</li>
+
+<li class="isub">(route), p. <a href="#Page_198">198</a>.</li>
+
+<li class="isub">(nappe&nbsp;?), p. <a href="#Page_133">133</a> et
+suiv.</li>
+
+<li><em>Terrain des Gours</em> (voir Oligocène).</li>
+
+<li><em>Tiaret</em>, p. <a href="#Page_35">35</a>, <a href=
+"#Page_48">48</a>, <a href="#Page_76">76</a>, <a href=
+"#Page_209">209</a>, <a href="#Page_210">210</a> et fig. <a href=
+"#i28">28</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Royaume de), p. <a href="#Page_199">199</a>.</li>
+
+<li class="isub">(victoire Sidi Oqba), p. <a href=
+"#Page_199">199</a>.</li>
+
+<li class="isub">(capitale Abd-el-Qader), p. <a href=
+"#Page_199">199</a>.</li>
+
+<li class="isub">(capitale Sersou), p. <a href=
+"#Page_198">198</a>.</li>
+
+<li><em>Tifarouïn</em> (volcan éteint), p. <a href=
+"#Page_113">113</a>, <a href="#Page_173">173</a> et fig. <a href=
+"#i29">29</a>.</li>
+
+<li><em>Tifedest</em>, p. <a href="#Page_27">27</a>.</li>
+
+<li><em>Timgad</em>, p. <a href="#Page_215">215</a>.</li>
+
+<li><em>Tigri</em>, p. <a href="#Page_104">104</a> et suiv. et fig.
+<a href="#i25">25</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dunes du), p. <a href="#Page_107">107</a>.</li>
+
+<li class="isub">(nebka du), p. <a href="#Page_108">108</a>.</li>
+
+<li class="isub">(volcan du), p. <a href="#Page_109">109</a>.</li>
+
+<li class="isub">(concrétions turriformes), p. <a href=
+"#Page_111">111</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dissymétrie des falaises), p. <a href=
+"#Page_110">110</a>.</li>
+
+<li class="isub">(distribution des points d’eau), p. <a href=
+"#Page_111">111</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Daya), p. <a href="#Page_112">112</a> et fig.
+<a href="#i04">4</a>.</li>
+
+<li><em>Tioudadin</em>, p. <a href="#Page_100">100</a>.</li>
+
+<li><em>Tipaza</em>, p. <a href="#Page_50">50</a>.</li>
+
+<li><em>Titteri</em>, p. <a href="#Page_142">142</a> et fig.
+<a href="#i31">31</a>.</li>
+
+<li class="isub">(nappe&nbsp;?), p. <a href="#Page_133">133</a> et
+suiv.</li>
+
+<li><em>Tlemcen</em> (plateaux de), p. <a href="#Page_121">121</a>
+et fig. <a href="#i29">29</a>.</li>
+
+<li class="isub">(limite du horst), p. <a href=
+"#Page_128">128</a>.</li>
+
+<li class="isub">(foyer de culture), p. <a href=
+"#Page_173">173</a>.</li>
+
+<li class="isub">(mosquées), p. <a href="#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dynasties de), p. <a href=
+"#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li><em>Tombeau de la chrétienne</em>, p. <a href="#Page_30">30</a>
+et <a href="#Page_50">50</a>.</li>
+
+<li><em>Touaregs</em>, p. <a href="#Page_204">204</a>.</li>
+
+<li><em>Touat</em>, p. <a href="#Page_13">13</a> et suiv.</li>
+
+<li class="isub">(cuvette du), p. <a href="#Page_32">32</a>.</li>
+
+<li class="isub">(faille du), p. <a href="#Page_173">173</a> et
+fig. <a href="#i06">6</a>.</li>
+
+<li><em>Transversales</em> (divisions, de l’Atlas), p. <a href=
+"#Page_148">148</a> et <a href="#Page_201">201</a>.</li>
+
+<li class="isub">(de Bône), p. <a href="#Page_186">186</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(de Bougie), p. <a href="#Page_193">193</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(de la Tafna), p. <a href="#Page_171">171</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(de Tiaret), p. <a href="#Page_197">197</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(voir <em>Dorsale</em>, <em>Moulouya</em>).</li>
+
+<li><em>Tremblements de terre</em>, p. <a href="#Page_11">11</a> et
+<a href="#Page_51">51</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Masqueray), p. <a href="#Page_167">167</a>.</li>
+
+<li><em>Trembles</em> (les), p. <a href="#Page_163">163</a>.</li>
+
+<li><em>Trias</em>.</li>
+
+<li class="isub">(plastique), p. <a href="#Page_119">119</a>.</li>
+
+<li class="isub">(historique de la question), p. <a href=
+"#Page_136">136</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dans les plaines Oranaises), p. <a href=
+"#Page_161">161</a> (voir <em>Roches Triasiques</em>, <em>Sel</em>,
+<em>Gypse</em>).</li>
+
+<li><em>Tunis (port de)</em>, p. <a href="#Page_182">182</a> et
+fig. <a href="#i40">40</a>.</li>
+
+<li><em>Tunisienne</em> (côte), p. <a href="#Page_178">178</a> et
+suiv.</li>
+
+<li class="isub">(corail, éponges, plongeurs), p. <a href=
+"#Page_178">178</a>.</li>
+
+<li class="isub">(îles, vallées sous-marines), p. <a href=
+"#Page_178">178</a>, <a href="#Page_180">180</a>.</li>
+
+<li class="isub">(rias envasés), p. <a href="#Page_181">181</a> et
+suiv.</li>
+
+<li><em>Tyrrhénide</em>, p. <a href="#Page_10">10</a> et suiv.,
+<a href="#Page_40">40</a>, <a href="#Page_131">131</a> et fig.
+<a href="#i01">1</a>.</li>
+
+<li class="isub">(effondrement de la), p. <a href=
+"#Page_69">69</a>.</li>
+
+<li class="isub">(lambeaux de la), p. <a href=
+"#Page_150">150</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">U</li>
+
+<li><em>Utique</em> (port d’), p. <a href="#Page_182">182</a> et
+fig. <a href="#i40">40</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">V</li>
+
+<li><em>Vie rurale</em> (prédominante en Algérie), p. <a href=
+"#Page_211">211</a>.</li>
+
+<li><em>Vie urbaine</em> (conditions de la), p. <a href=
+"#Page_208">208</a>.</li>
+
+<li class="isub">(prédominante en Tunisie), p. <a href=
+"#Page_211">211</a>.</li>
+
+<li><em>Volcaniques</em> (îles), p. <a href=
+"#Page_175">175</a>.</li>
+
+<li><em>Volcans</em> (éteints), p. <a href="#Page_109">109</a> et
+suiv., <a href="#Page_113">113</a> et <a href=
+"#Page_173">173</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Tifaraouïn et Msirdas), p. <a href=
+"#Page_25">25</a> et <a href="#Page_173">173</a>.</li>
+
+<li class="ifrst">Z</li>
+
+<li><em>Zab</em>, p. <a href="#Page_32">32</a>, <a href=
+"#Page_34">34</a> et <a href="#Page_96">96</a>.</li>
+
+<li><em>Zénètes</em>, p. <a href="#Page_97">97</a>, <a href=
+"#Page_199">199</a> et <a href="#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li class="isub">(dynasties), p. <a href="#Page_207">207</a>.</li>
+
+<li class="isub">(capitales), p. <a href="#Page_207">207</a> et
+<a href="#Page_210">210</a>.</li>
+
+<li class="isub">(luttes avec Sanhadja), p. <a href=
+"#Page_207">207</a> et <a href="#Page_209">209</a>.</li>
+
+<li class="isub">(Ibadhites), p. <a href="#Page_209">209</a>.</li>
+
+<li><em>Zénétie</em>, p. <a href="#Page_35">35</a>, <a href=
+"#Page_206">206</a> et fig. <a href="#i46">46</a>.</li>
+</ul>
+
+<p class="space-above2">
+</p>
+
+<hr class="decor width4">
+
+<p class="center small">1347-21. — Coulommiers. Imp. <span class=
+"sc">Paul</span> BRODARD. — 9-22.</p>
+
+<p class="x-ebookmaker-drop space-above2">
+</p>
+
+<div class="transnote">
+<h2>Note du transcripteur&nbsp;:</h2>
+
+<ul>
+<li>Page <a href="#Page_14">14</a>, "&nbsp;a un rapport plus on
+moins marqué&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;plus ou
+moins&nbsp;"</li>
+
+<li>Dans tous les cas (pg <a href="#Page_29">29</a>, <a href=
+"#Page_30">30</a>, <a href="#Page_141">141</a>, <a href=
+"#Page_196">196</a>, <a href="#Page_213">213</a>, <a href=
+"#Page_232">232</a>, <a href="#Page_234">234</a>),
+"&nbsp;Coesarea&nbsp;" ou "&nbsp;Cœsarea&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;Cæsarea&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_32">32</a>, "&nbsp;où ils rencontent
+l’Atlas&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;rencontrent&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_34">34</a>, "&nbsp;la plus mon-trueuse
+montagne de sel&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;monstrueuse&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_34">34</a>, "&nbsp;et pendant de dart et
+d’autre&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;part&nbsp;"</li>
+
+<li>Page 45, (fig. <a href="#i11">11</a>) "&nbsp;et à l’étage
+cartonnien&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;cartennien&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_56">56</a>, "&nbsp;de trous, paysage
+lumaire&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;lunaire&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_63">63</a>, "&nbsp;M. Ficheur, retouve
+l’emplacement&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;retrouve&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_77">77</a>, "&nbsp;encaissées du Guergour
+la pense triple&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;pente&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_79">79</a>, "&nbsp;il est semé de
+foudrières&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;fondrières&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_84">84</a>, "&nbsp;climat actuel tend à
+resteindre&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;restreindre&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_90">90</a>, Réf. manquante à note <a href=
+"#Footnote_86">86</a> placée après réf. à note 85.</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_98">98</a>, "&nbsp;jaillissent les fameuse
+sources&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;fameuses&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_123">123</a>, (fig. <a href="#i27">27</a>)
+"&nbsp;<span class="sc">La fenêtre de l’oued Tigrit</span>&nbsp;" a
+été remplacé par "&nbsp;<span class="sc">Tifrit</span>&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_132">132</a>, note <a href=
+"#Footnote_129">129</a>, "&nbsp;feuilles du Djudjura&nbsp;" a été
+remplacé par "&nbsp;Djurdjura&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_166">166</a>, "&nbsp;Un déplacement aussi
+consédérable&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;considérable&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_172">172</a>, "&nbsp;Mais elles est
+accusée&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;elle&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_176">176</a>, (fig. <a href="#i39">39</a>)
+"&nbsp;bathymétrique de la Méditerrannée&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;Méditerranée&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_194">194</a>, (fig. <a href="#i45">45</a>)
+"&nbsp;torsion où se retouve la croisée&nbsp;" a été remplacé par
+"&nbsp;retrouve&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_210">210</a>, "&nbsp;arabophores et les
+berbérophores&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;arabophones et les
+berbérophones&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_211">211</a>, "&nbsp;les arbisants les plus
+distingués&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;arabisants&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_219">219</a>, "&nbsp;Carte hypométrique de
+Flotte&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;hypsométrique&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_233">233</a>, [<em>Atlas Saharien</em>]
+"&nbsp;56, 86, 95&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;56, 87,
+95&nbsp;"</li>
+
+<li>Page <a href="#Page_240">240</a>, "&nbsp;<em>Taguin</em>, p.
+78.&nbsp;" a été remplacé par "&nbsp;76&nbsp;"</li>
+
+<li>De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et
+d’orthographe ont été apportés.</li>
+</ul>
+</div>
+</div>
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78665 ***</div>
+</body>
+</html>
diff --git a/78665-h/images/cover.jpg b/78665-h/images/cover.jpg
new file mode 100644
index 0000000..24b369c
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/cover.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/decor1.jpg b/78665-h/images/decor1.jpg
new file mode 100644
index 0000000..b9b89d0
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/decor1.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i01.jpg b/78665-h/images/i01.jpg
new file mode 100644
index 0000000..0658a72
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i01.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i02.jpg b/78665-h/images/i02.jpg
new file mode 100644
index 0000000..f2909df
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i02.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i03.jpg b/78665-h/images/i03.jpg
new file mode 100644
index 0000000..f4726e6
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i03.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i04.jpg b/78665-h/images/i04.jpg
new file mode 100644
index 0000000..36b8128
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i04.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i05.jpg b/78665-h/images/i05.jpg
new file mode 100644
index 0000000..8cde29e
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i05.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i06.jpg b/78665-h/images/i06.jpg
new file mode 100644
index 0000000..c02dc4f
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i06.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i06_large.jpg b/78665-h/images/i06_large.jpg
new file mode 100644
index 0000000..c0a6d1c
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i06_large.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i07.jpg b/78665-h/images/i07.jpg
new file mode 100644
index 0000000..4680c08
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i07.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i08.jpg b/78665-h/images/i08.jpg
new file mode 100644
index 0000000..a874d48
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i08.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i09.jpg b/78665-h/images/i09.jpg
new file mode 100644
index 0000000..ba3dd4f
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i09.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i10.jpg b/78665-h/images/i10.jpg
new file mode 100644
index 0000000..4a99f29
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i10.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i11.jpg b/78665-h/images/i11.jpg
new file mode 100644
index 0000000..1c90b57
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i11.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i12.jpg b/78665-h/images/i12.jpg
new file mode 100644
index 0000000..9f47cfd
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i12.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i12_large.jpg b/78665-h/images/i12_large.jpg
new file mode 100644
index 0000000..5163c44
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i12_large.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i13.jpg b/78665-h/images/i13.jpg
new file mode 100644
index 0000000..738db89
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i13.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i13_large.jpg b/78665-h/images/i13_large.jpg
new file mode 100644
index 0000000..5375beb
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i13_large.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i14.jpg b/78665-h/images/i14.jpg
new file mode 100644
index 0000000..a85744d
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i14.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i15.jpg b/78665-h/images/i15.jpg
new file mode 100644
index 0000000..cb5d52d
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i15.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i15_large.jpg b/78665-h/images/i15_large.jpg
new file mode 100644
index 0000000..874dae6
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i15_large.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i16.jpg b/78665-h/images/i16.jpg
new file mode 100644
index 0000000..5760705
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i16.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i17.jpg b/78665-h/images/i17.jpg
new file mode 100644
index 0000000..118d6d6
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i17.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i17_large.jpg b/78665-h/images/i17_large.jpg
new file mode 100644
index 0000000..767158f
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i17_large.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i18.jpg b/78665-h/images/i18.jpg
new file mode 100644
index 0000000..598ff0e
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i18.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i19.jpg b/78665-h/images/i19.jpg
new file mode 100644
index 0000000..dc2c999
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i19.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i20.jpg b/78665-h/images/i20.jpg
new file mode 100644
index 0000000..8a28f5d
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i20.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i21.jpg b/78665-h/images/i21.jpg
new file mode 100644
index 0000000..7b985ef
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i21.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i22.jpg b/78665-h/images/i22.jpg
new file mode 100644
index 0000000..d9d4c0e
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i22.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i23.jpg b/78665-h/images/i23.jpg
new file mode 100644
index 0000000..bd66ac3
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i23.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i24.jpg b/78665-h/images/i24.jpg
new file mode 100644
index 0000000..534abf4
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i24.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i25.jpg b/78665-h/images/i25.jpg
new file mode 100644
index 0000000..2ebf35b
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i25.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i26.jpg b/78665-h/images/i26.jpg
new file mode 100644
index 0000000..fc5a03d
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i26.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i27.jpg b/78665-h/images/i27.jpg
new file mode 100644
index 0000000..80683d2
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i27.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i28.jpg b/78665-h/images/i28.jpg
new file mode 100644
index 0000000..04bb08e
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i28.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i29.jpg b/78665-h/images/i29.jpg
new file mode 100644
index 0000000..96a3d7b
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i29.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i29_large.jpg b/78665-h/images/i29_large.jpg
new file mode 100644
index 0000000..c44e579
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i29_large.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i30.jpg b/78665-h/images/i30.jpg
new file mode 100644
index 0000000..0e5f1fc
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i30.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i31.jpg b/78665-h/images/i31.jpg
new file mode 100644
index 0000000..6abbbd9
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i31.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i32.jpg b/78665-h/images/i32.jpg
new file mode 100644
index 0000000..2e42f52
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i32.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i33.jpg b/78665-h/images/i33.jpg
new file mode 100644
index 0000000..32d6b42
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i33.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i34.jpg b/78665-h/images/i34.jpg
new file mode 100644
index 0000000..d38f28a
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i34.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i35.jpg b/78665-h/images/i35.jpg
new file mode 100644
index 0000000..fae7d22
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i35.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i36.jpg b/78665-h/images/i36.jpg
new file mode 100644
index 0000000..4b17f40
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i36.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i37.jpg b/78665-h/images/i37.jpg
new file mode 100644
index 0000000..4a5cbab
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i37.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i38.jpg b/78665-h/images/i38.jpg
new file mode 100644
index 0000000..cdf555d
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i38.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i39.jpg b/78665-h/images/i39.jpg
new file mode 100644
index 0000000..cb76321
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i39.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i39_large.jpg b/78665-h/images/i39_large.jpg
new file mode 100644
index 0000000..ea802ce
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i39_large.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i40.jpg b/78665-h/images/i40.jpg
new file mode 100644
index 0000000..a9441f9
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i40.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i40_large.jpg b/78665-h/images/i40_large.jpg
new file mode 100644
index 0000000..7a42a42
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i40_large.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i41.jpg b/78665-h/images/i41.jpg
new file mode 100644
index 0000000..aba8e04
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i41.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i42.jpg b/78665-h/images/i42.jpg
new file mode 100644
index 0000000..b68976b
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i42.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i43.jpg b/78665-h/images/i43.jpg
new file mode 100644
index 0000000..5dc5d83
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i43.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i44.jpg b/78665-h/images/i44.jpg
new file mode 100644
index 0000000..723377e
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i44.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i45.jpg b/78665-h/images/i45.jpg
new file mode 100644
index 0000000..c2e2408
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i45.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i46.jpg b/78665-h/images/i46.jpg
new file mode 100644
index 0000000..c7a173f
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i46.jpg
Binary files differ
diff --git a/78665-h/images/i46_large.jpg b/78665-h/images/i46_large.jpg
new file mode 100644
index 0000000..afe52d8
--- /dev/null
+++ b/78665-h/images/i46_large.jpg
Binary files differ
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6c72794
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This book, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..9cdcd69
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for eBook #78665
+(https://www.gutenberg.org/ebooks/78665)