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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78665 ***
+ =Structure de l’Algérie=
+
+
+ * * * * *
+ COULOMMIERS
+ Imprimerie PAUL BRODARD.
+ * * * * *
+
+
+ E.-F. GAUTIER
+ * * * * *
+
+ =Structure de l’Algérie=
+
+ * * * * *
+
+ PARIS
+ SOCIÉTÉ D’ÉDITIONS GÉOGRAPHIQUES ET SCIENTIFIQUES
+ LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
+ 184, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
+ * * * * *
+ 1922
+
+
+
+
+ AVANT-PROPOS
+
+ * * * * *
+
+
+On croit devoir rappeler que nous avons sur l’Algérie une très belle
+collection de cartes topographiques, à 1:50000e pour le Tell, à
+1:200000e pour les territoires du Sud, et même à 1:100000e pour quelques
+coins de ces territoires, encore très rares, il est vrai.
+
+Par surcroît l’Algérie a un service géologique depuis près d’un demi-
+siècle : le nombre des cartes géologiques à 1:50000e publiées à la date
+de novembre 1920 atteint le chiffre de 49 et les études techniques de
+détail publiées par les membres du Service font une bibliothèque
+importante. Nous ne sommes aussi bien documentés ni sur le Maroc,
+naturellement, ni même sur la Tunisie, où le travail des géologues n’est
+pas aussi avancé que celui des topographes. Cette situation privilégiée
+de l’Algérie nous permet de risquer une esquisse de sa structure.
+
+Assurément on ne peut pas oublier que le Maroc et la Tunisie sont des
+prolongements latéraux de l’Algérie et qu’ils font avec elle partie d’un
+même tout, la chaîne de l’Atlas. Et on ne s’est pas interdit d’aller
+chercher au delà de la frontière des points de comparaison. Mais,
+essentiellement, le pays, dont on essaie de disséquer l’anatomie, c’est
+l’Algérie. C’est-à-dire la seule partie de la Berbérie française sur
+laquelle nous avons d’ores et déjà une accumulation suffisante de
+documents. C’est de ces documents qu’on va essayer ici une synthèse ;
+c’est la première tentative de ce genre et elle est donc dangereuse ;
+mais il était souhaitable apparemment que la lacune fût comblée.
+
+Le livre a pu paraître grâce à la générosité de M. le Gouverneur général
+d’Algérie, du Conseil de l’Université d’Alger, et de la Caisse des
+Recherches scientifiques au ministère de l’Instruction publique.
+
+
+
+
+ STRUCTURE DE L’ALGÉRIE
+
+ * * * * *
+
+ LIVRE I
+
+ LE CADRE
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ L’ATLAS ET LE PLISSEMENT ALPIN
+
+
+La structure de l’Algérie se résume très exactement en un petit membre
+de phrase : un morceau de l’Atlas.
+
+La France se décompose au premier coup d’œil en grandes régions tout à
+fait différentes, les Alpes, les Pyrénées, le Plateau Central, etc. Mais
+il n’y a pas un coin de l’Algérie qui soit autre chose que de l’Atlas ;
+du moins en gros, dans les lignes générales. Cette simplicité fera
+précisément la difficulté du problème quand il s’agira de décrire,
+puisque décrire c’est distinguer des parties. Avant d’en arriver là il
+faut dire ce qu’est l’ensemble, c’est-à-dire l’Atlas.
+
+L’Atlas est une chaîne de montagnes très connue, pas seulement en elle-
+même, par les études dont elle a été directement l’objet, mais encore
+par le reflet des études Alpines. Les Alpes sont à la surface du globe
+la chaîne de beaucoup la mieux connue, tous les efforts des géologues se
+sont concentrés sur elles, c’est sur les bases d’observations faites
+dans les Alpes qu’ont été édifiées toutes les théories orogéniques, à
+l’aide desquelles on cherche à comprendre les autres chaînes
+planétaires. Or l’Atlas n’est pas une chaîne autonome, elle est un
+rameau du système Alpin, du consentement universel des géologues, sans
+contestation.
+
+On sait très bien comment la chaîne nord-africaine se prolonge sur le
+sol européen à ses deux extrémités, la marocaine et la tunisienne (fig.
+1).
+
+Au Maroc le Rif, qui est la dernière coulisse occidentale de l’Atlas, se
+continue en Andalousie par la Cordillère Bétique.
+
+De part et d’autre du détroit les deux colonnes d’Hercule, le rocher de
+Ceuta au sud, et celui de Gibraltar au nord, sont un pendant exact l’un
+de l’autre ; mêmes calcaires, affectés des mêmes plis ; le détroit n’est
+qu’une gorge envahie par la mer à travers la Cordillère Riffaine-
+Bétique.
+
+[Illustration : FIG. 1. — LE SYSTÈME ALPIN ET LA TYRRHÉNIDE.
+
+L’Atlas fait partie du système alpin (Cordillère Bétique, Rif, Atlas,
+Apennins, Alpes).
+
+La Corse et la Sardaigne sont les témoins d’un continent effondré, la
+Tyrrhénide, dont d’autres débris sont restés accolés aux côtes de
+Provence, d’Italie méridionale, et d’Algérie (Kabylies). —
+L’effondrement Tyrrhénien a laissé sur les côtes de la Méditerranée
+occidentale un chapelet de roches volcaniques, cicatrices de la cassure.
+
+Le môle résistant de la Tyrrhénide a déterminé l’allure serpentante du
+système alpin, et a refoulé tous les plissements dans le même sens, vers
+l’extérieur, c’est-à-dire en ce qui concerne l’Atlas vers le Sud.
+
+Ceci se rapporte à la structure de l’Atlas vu du Nord, de la
+Méditerranée. Pour comparaison voir la figure 6, chap. 4.]
+
+
+A l’autre bout de l’Atlas, le bout tunisien, la rupture est plus
+importante. Cependant les géologues sont unanimes à dire que, par le cap
+Bon, à travers la Sicile, l’Atlas se prolonge par l’Apennin, qui lui-
+même dans la région de Gênes va se souder aux Alpes proprement dites. La
+chaîne des coulisses plissées est continue depuis le Danube jusqu’à
+l’Andalousie, à travers toute l’Italie et toute l’Afrique du Nord.
+
+Cet ensemble est le système Alpin, le cadre général dans lequel rentre
+l’Atlas.
+
+Le dessin de ce système est très contourné, la chaîne a d’un bout à
+l’autre une allure gyratoire. La Cordillère Riffaine-Bétique a la forme
+d’un hameçon. Le complexe Atlas-Apennin se recourbe de la même façon sur
+soi-même. L’ensemble fait une ceinture à la Méditerranée occidentale sur
+les trois quarts de son pourtour. A l’autre extrémité du système Alpin,
+sur le Danube, les Carpathes ont la même allure enveloppante autour de
+la plaine hongroise.
+
+Le système Alpin tout entier, d’un bout à l’autre, à travers toute
+l’Europe, ne cesse pas de serpenter ainsi ; c’est son originalité
+propre. Le cas n’est pas isolé à la surface de la planète ; on cite par
+exemple les Antilles, qui sont une chaîne sous-marine à sommets émergés,
+et qui dessinent autour du golfe du Mexique un enveloppement plus que
+semi-circulaire.
+
+Ces allures enveloppantes, serpentantes, suggèrent l’idée d’obstacles
+contournés. Autour du bassin occidental méditerranéen, et à l’intérieur
+de ce bassin, quelques grands faits dûment constatés précisent cette
+idée.
+
+Cordillère Bétique, Atlas, Apennin, ces trois tronçons d’une même chaîne
+ne se contentent pas de serpenter autour de la Méditerranée occidentale,
+ils lui tournent invariablement le dos. Il faut entendre de la même
+façon que nos Alpes françaises familières tournent le dos à la plaine du
+Pô, et déferlent sur la vallée du Rhône leurs plis et leurs nappes,
+attestant une poussée qui s’est exercée d’Italie en France. De la même
+manière exactement l’Apennin déverse ses plis vers l’est, vers
+l’Adriatique ; l’Atlas vers le sud, vers le Sahara ; et la Cordillère
+Bétique vers le nord, vers la Meseta ibérique. Il y a donc un centre de
+refoulement périphérique vers le cœur de la Méditerranée occidentale,
+vers la Sardaigne.
+
+Qu’est-ce donc que la Sardaigne ? La Sardaigne, avec la partie de la
+Corse qui lui fait suite, est un môle de vieilles roches cristallines. A
+mesure qu’on l’étudie davantage, au dire de Suess, « elle possède à un
+degré de plus en plus net les caractères d’une région extra Alpine » ;
+Suess signale des analogies avec la Meseta ibérique[1].
+
+On est donc conduit à l’idée qu’il a existé, sur l’emplacement de la
+Méditerranée occidentale, un môle résistant, qui a refoulé autour de soi
+les plis du géosynclinal. Cette ancienne terre ferme, abîmée
+aujourd’hui, sauf le fragment Sarde, sous des épaisseurs d’eau qui vont
+à 3000 mètres, les naturalistes lui ont donné le nom de Tyrrhénide : il
+est à peine utile de rappeler qu’ils ont emprunté ce nom à la mer
+Tyrrhénienne.
+
+Sur les côtes de la Méditerranée occidentale, celles d’Andalousie,
+d’Afrique, d’Italie, voire de Provence, la Tyrrhénide a laissé des
+fragments de soi, et des traces de la rupture.
+
+Dans notre Algérie par exemple, les vieilles roches cristallines sont
+sur la côte, dans les Kabylies, et nulle part ailleurs dans tout
+l’intérieur du pays. Dans la région d’Alger en particulier trois petits
+pointements côtiers de schistes cristallins sont significatifs. L’un est
+celui de la Bouzaréa, le promontoire sur lequel est construit la vieille
+ville. Les deux autres, à droite et à gauche de la Bouzaréa sont ceux du
+cap Matifou et du cap Sidi-Ferruch (fig. 32). Ces trois promontoires
+voisins, parmi lesquels Matifou et Sidi-Ferruch sont tout à fait exigus,
+sont construits de même. Chacun est un paquet hétérogène de vieilles
+roches cristallines, collé à une côte de roches tertiaires récentes. Ce
+sont des corps étrangers, des lambeaux ; puisqu’ils n’ont pas de rapport
+intelligible avec la terre ferme, il faut chercher leur continuation et
+leur explication au fond de la mer : ce sont des bavures détachées de la
+Tyrrhénide.
+
+En Italie les vieilles roches de la Calabre (monts Péloritains,
+Aspromonte, Sila) font de même un contraste absolu avec tout le reste de
+l’Apennin. D’après Suess on a trouvé en grandes quantités, éparpillés à
+travers tout l’Apennin, « des blocs de granite, de syénite, de porphyre,
+et d’autres roches », et on suppose « que leur pays d’origine se
+trouverait dans la Tyrrhénide effondrée ». Tout confirme donc
+« l’hypothèse qu’une grande chaîne en partie granitique, existait jadis
+à l’ouest de la péninsule »[2].
+
+En Provence les monts des Maures (Esterel, îles d’Hyères) font ce même
+contraste de corps étranger avec les Alpes. En tout cas ils n’ont pas
+« avec les plis provençaux une liaison intime ; ils affectent plutôt les
+caractères d’un fragment d’avant-pays »[3].
+
+Par les cassures le long desquelles la Tyrrhénide s’est abîmée, des
+roches éruptives se sont fait jour, qu’on observe en chapelet tout le
+long des côtes.
+
+En Italie des volcans sont encore en activité, le Vésuve, le groupe
+Etna-îles Lipari ; d’autres sont à peine éteints et d’aspect frais comme
+ceux de la campagne Romaine, le Volture ; et tous ont un caractère
+nettement Tyrrhénien. En Andalousie les caps de Gata et de Palos sont de
+roche éruptive.
+
+
+En Algérie le cas est très net. L’intérieur du pays est à peu près
+complètement dépourvu de roches éruptives. Elles sont concentrées sur la
+côte, où elles abondent.
+
+La plupart des pointements sont des promontoires, cap de Fer, cap
+Bougaroun, cap Djinet, cap Figalo, etc. ; une énumération complète
+serait deux fois plus longue. Ou bien encore des îles ; sur cette côte
+abrupte toutes les îles, je crois, sans exception sont de roches
+éruptives : île Galite, Habibas, Rachgoun, Zaffarines, Alboran.
+
+C’est vraiment très particulier. Cela seul suffirait à montrer qu’une
+grande cassure longe la côte.
+
+Et notez que toutes ces côtes sont secouées par des séismes. Inutile
+d’insister sur l’Italie méridionale, ni même sur l’Afrique du Nord, on a
+présent à l’esprit les tremblements de terre d’Oran, de Blida.
+
+De la côte espagnole entre Almeria et Carthagène on nous dit qu’aucune
+portion du littoral ibérique, sauf les environs de Lisbonne, n’est
+exposée à de plus violents et de plus fréquents tremblements de
+terre[4].
+
+Pour établir l’existence de la Tyrrhénide, les zoologistes viennent en
+aide aux géologues, et ils apportent eux aussi des arguments décisifs.
+Le zoologiste anglais Forsyth Major les a groupés dans un article
+intitulé Tyrrhénis[5].
+
+Les îles de la mer Tyrrhénienne ont une faune subfossile et actuelle qui
+n’a rien d’insulaire. On a identifié des ossements de cerfs dans la
+petite île de Pianosa ; de même à Giannutri dont l’étendue ne dépasse
+pas 200 hectares. Un grand nombre de trouvailles analogues ont été
+faites à l’île d’Elbe. Sur les 16 espèces de mammifères qui vivent en
+Corse et en Sardaigne on en compterait 7 qui manquent dans la péninsule
+italienne, tandis que ces 7 espèces vivent toutes en Algérie. Il
+s’agirait donc d’une terre fragmentée à une époque très récente.
+
+La Tyrrhénide est donc une hypothèse très solidement établie. C’est même
+plus qu’une hypothèse, on peut dire apparemment que c’est un fait. Mais
+bien entendu cette ancienne terre est très floue ; elle a des contours
+et un âge indécis.
+
+D’ailleurs en résumant des arguments empruntés à des sciences naturelles
+variées, on risque d’avoir commis des inexactitudes.
+
+Le but qu’on se proposait pourtant est très simple et on espère l’avoir
+atteint. On n’a pas songé à rendre de la Tyrrhénide un compte détaillé.
+C’est de l’Atlas dont il s’agit ? Cette chaîne plissée ne serait pas
+intelligible, si on n’eût pas dit un mot du môle résistant qui a borné
+le géosynclinal au nord, et qui a joué le rôle de refouloir.
+
+
+[Note 1 : No 116, t. I, p. 306.]
+
+[Note 2 : No 116, t. III, p. 871.]
+
+[Note 3 : _Id._, p. 899.]
+
+[Note 4 : Suess, no 116, t. I, p. 295.]
+
+[Note 5 : Cité par Suess, no 116, t. I, p. 446.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ LA GRANDE FAILLE TOUAT. - ROUSSILLON
+
+
+Le butoir correspondant à la Tyrrhénide, au sud de l’Atlas, c’est
+naturellement la plate-forme Saharienne. Au rebours de la Tyrrhénide
+elle n’a pas été soustraite à l’observation par l’effondrement sous la
+mer. Et cependant ses rapports avec le plissement de l’Atlas n’ont pas
+attiré l’attention des géologues au même degré, tant s’en faut, que la
+Tyrrhénide. C’est tout naturel. Le monde méditerranéen a été
+incomparablement plus étudié que le Sahara. Je me trouve m’être, depuis
+une vingtaine d’années, familiarisé avec le Sahara, et je crois que, si
+on prend en considération sa structure, on est conduit à comprendre
+beaucoup mieux celle de l’Algérie. Il me semble d’abord qu’un très gros
+fait a échappé à l’attention ; l’existence d’une grande faille, ou, si
+l’on préfère une expression moins précise, un grand accident, qui, dans
+la zone frontière entre Maroc et Algérie, intéresse à la fois la plate-
+forme Saharienne, l’Atlas, et d’ailleurs aussi la Méditerranée. On le
+suit, j’imagine, depuis le Tidikelt et le Touat jusqu’aux Pyrénées
+orientales.
+
+_Rue de Palmiers._ — Au Sahara Oranais le trait essentiel est
+l’existence de ce qu’un chroniqueur arabe appelle une « rue de
+palmiers ». Toutes les oasis, sans exception, se succèdent en ligne à
+peu près continue, en rue, en route bordée et jalonnée de palmiers,
+depuis l’Atlas jusqu’à In-Salah. Ce ruban de verdure a un millier de
+kilomètres de long ; il est si mince que si on pouvait le dessiner à
+l’échelle sur nos cartes, il faudrait un microscope pour le trouver. Ce
+mode de groupement des palmeraies est vraiment très particulier.
+
+Voici qui ne l’est pas moins ; la rue de palmiers, d’un bout à l’autre,
+sur la totalité des mille kilomètres, est une limite géologique très
+importante, elle sépare la pénéplaine primaire des plateaux crétacés et
+tertiaires.
+
+Au Touat, sur 200 kilomètres, il est admis que la rue de palmiers
+coïncide avec une faille, le long de laquelle on constate des roches
+éruptives et de la minéralisation.
+
+Au delà jusqu’à l’Atlas, sur 300 kilomètres, le contact du primaire et
+du crétacé est soustrait à l’observation par les dunes du grand Erg et
+par l’énorme accumulation des débris arrachés à l’Atlas depuis
+l’oligocène. Il est clair d’ailleurs que, sur cette énorme superficie
+désertique encore très mal cartographiée, nos données géologiques sont
+très lacunaires. Mais enfin, sous ces réserves, dans l’état actuel de
+nos connaissances, tout se passe comme si la rue de palmiers devait sa
+nappe d’eau, c’est-à-dire son existence même, à une ligne de contact
+géologique ; et cette ligne de contact a un rapport plus ou moins marqué
+avec une faille, ou un système de failles[6]. Cette grande faille, qui
+serait le trait dominant de la structure dans le Sahara Oranais,
+appelons-la, dans son ensemble, faille du Touat.
+
+Cette faille du Touat, peut-on en indiquer la pénétration dans l’Atlas
+Saharien ? Oui, sans hésitation, à mon avis du moins. Le point à
+considérer de l’Atlas Saharien est assurément Beni-Ounif de Figuig. De
+Beni-Ounif, quand on se tourne au sud, vers le Sahara, on voit à sa
+gauche la Chebket Tamednaïa, qui est un plateau crétacé. A sa droite on
+voit le Béchar, le Moumen, et le Mezarif, qui sont des saillies de la
+pénéplaine primaire. Ce contact entre la pénéplaine primaire et le
+plateau crétacé, qu’on suit depuis In-Salah, nous conduit à Figuig, qui
+est bien en effet la tête de ligne de la rue de palmiers.
+
+Figuig est, dans l’Atlas Saharien, à l’extrémité orientale d’une
+coulisse qui s’appelle le Grouz. C’est la zone du Grouz qui est le nœud
+de la question.
+
+_Haute Zousfana._ — Le Grouz fait déjà partie politiquement du Maroc ;
+mais il est aujourd’hui à peu près aussi connu que s’il était situé sur
+territoire algérien. Nous en avons une bonne carte topographique au
+200000e. Sur la géologie de la région, nos renseignements émanent de
+savants algériens bien connus ; MM. Ficheur et Flamand.
+
+Personnellement j’ai vu ce pays d’assez près à différentes reprises.
+
+Le Grouz est une muraille, haute d’un millier de mètres, de calcaire nu
+et abrupt ; cette muraille court d’est en ouest sur 80 kilomètres, et
+sur toute cette étendue elle est pratiquement infranchissable.
+
+[Illustration : FIG. 2. — VALLÉE DE LA ZOUSFANA A TRAVERS L’ATLAS DE
+FIGUIG.
+
+Tous les plis se ferment et se relaient de part et d’autre de la vallée,
+qui apparaît donc un grand accident tectonique, un ensellement, à
+l’extrémité orientale du Grouz.
+
+Rapprocher de la figure 3 et de la figure 4.]
+
+Les caravanes contournent le Grouz par ses extrémités, l’occidentale et
+l’orientale ? Ce sont ces deux extrémités qui nous intéressent. Si la
+faille du Touat traverse quelque part l’Atlas saharien, c’est là.
+
+A l’extrémité orientale, celle où est Figuig, la haute vallée de la
+Zousfana est tracée à travers toute la chaîne dans une puissante coupure
+à peu près rectiligne, très large, dirigée nord-sud.
+
+De part et d’autre les massifs montagneux sont, d’une part le Grouz et
+le Maïz, d’autre part le Beni Smir et le Soffah. Ce qui frappe d’abord
+c’est qu’il y a un relai de plis. A l’ouest les deux plis anticlinaux
+parallèles du Grouz et du Maïz se ferment brusquement à la rencontre de
+la haute Zousfana. A l’est le Beni Smir qui est un synclinal suspendu,
+se ferme brusquement lui aussi à la même rencontre. Pas un seul des
+trois plis ne passe. Ils sont arrêtés net tous les trois, sur la même
+ligne, comme par un obstacle profond et invisible. Cette tendance des
+plis à se fermer de part et d’autre de l’oued se rencontre en petit au
+col de Tarla, une étroite bouche rocheuse, par laquelle l’oued jaillit
+hors de la chaîne dans le Sahara. Le col est un ensellement entre deux
+brachyanticlinaux ; dans les deux piliers de la gorge les plissements
+s’enroulent en sens contraires.
+
+Des brachyanticlinaux et brachysynclinaux qui se relaient, c’est la
+structure de l’Atlas Saharien d’un bout à l’autre jusqu’en Tunisie. Il
+n’est donc pas surprenant de la retrouver ici. Mais enfin il demeure
+entendu que la haute vallée de la Zousfana n’est pas l’œuvre exclusive
+de l’érosion. Le travail de l’érosion a été guidé par un ensellement de
+la chaîne, qui a du rapport avec l’orogénie, avec la structure profonde
+(voir la fig. 2).
+
+Cette coupure de la haute Zousfana appelle d’autres observations.
+
+De part et d’autre de la vallée, la roche change. Le Maïz et le Grouz
+sont deux échantillons de la même montagne. Tous deux sont des
+brachyanticlinaux de calcaire jurassique et surtout liasique. Dans l’un
+et l’autre le pli est vivement déversé au sud, couché même. Des
+calcaires jaune de miel, vivement redressés, nus, abrupts, déchiquetés
+en aiguilles, particulièrement au sud, sur la surface où le pli est
+couché : c’est le Maïz et c’est le Grouz. De l’autre côté de la vallée,
+le Beni Smir avec son prolongement le Soffah est un autre monde. Les
+altitudes seules sont comparables, au Beni Smir comme au Maïz et au
+Grouz elles dépassent légèrement 2000 mètres ; c’est beaucoup pour
+l’Atlas Saharien. Pour y retrouver des sommets dépassant 2000 mètres il
+faut aller jusque dans l’Aurès. A tout autre point de vue le Beni Smir
+s’oppose franchement au Maïz et au Grouz. C’est une masse homogène de
+grès crétacé (Albien). Les couches de ce synclinal suspendu sont à peine
+ondulées, d’allures tranquilles qui contrastent avec la stratification
+bouleversée du Maïz et du Grouz. On a cherché à rendre ce contraste
+sensible dans la figure ci-jointe (fig. 3).
+
+[Illustration : FIG. 3. — MAIZ ET BENI-SMIR.
+
+La figure fait ressortir le contraste entre les structures de l’Atlas de
+part et d’autre de l’oued Zousfana. — Le Maïz est un hérissement de
+pointes calcaires liasiques avec du trias accusé en creux. Le plissement
+est très énergique. — Le Beni Smir est une feuille de grès albien
+légèrement ondulée en cuiller, une ondulation synclinale suspendue.
+
+Beni Smir est un nom de tribu, Taderent et Djattou sont des lieux
+habités ; ici comme plus à l’Est le plateau gréseux est hospitalier à
+l’homme (Gadas du djebel Amour. Les Beni Smir sont des Amour). — Le Maïz
+est du même type que le Grouz. Nous sommes ici à l’extrémité orientale
+du Grouz (voir fig. 4).
+
+A Djattou belles gravures rupestres sur les blocs de grès albien tombés
+de la falaise.]
+
+Il y a des conséquences humaines. Le Maïz et le Grouz sont des déserts
+de pierres. L’homme y passe ; on y voit des chasseurs de mouflons ; des
+dénicheurs d’abeilles ; des gens qui viennent faire quelques litres de
+goudron végétal avec les rares genévriers. Je ne crois pas qu’on y voie
+jamais des tentes. A coup sûr pas une seule maison. Mais le Beni Smir
+est anciennement aménagé par l’homme. Près de la source très abondante
+de Djattou, à côté d’une petite palmeraie, il y a des gravures rupestres
+qui sont parmi les plus belles. Jusqu’en haut de la montagne, sur le
+plateau, il y a un village avec des cultures, Taderent. Le Beni Smir a
+ses habitants propres, qui n’en sortent pas, qui en vivent, et qui lui
+ont donné leur nom. Le groupe des Beni Smir fait partie d’une grande
+tribu algérienne, celle des _Amour_. Ils mènent la même vie que les
+autres Amour dans le même cadre. Une feuille de grès Albien légèrement
+ondulée, c’est une structure très répandue dans tout le Djebel Amour.
+Les « Gadas » bien connues d’Aflou sont des plateaux de grès Albien. Le
+Beni Smir est la plus occidentale des gadas ; il a toutes ses affinités
+de ce côté-là, celui de l’Algérie.
+
+Il faut noter que, tout au rebours, le Maïz et le Grouz sont une
+apparition nouvelle dans l’Atlas Saharien ; cette dernière coulisse ne
+ressemble pas aux autres. A l’est de Figuig, dans toute la chaîne, c’est
+le crétacé qui domine. Le jurassique et le lias ne sont pas inconnus,
+mais ils apparaissent en pointements rares d’étendue limitée. De
+puissantes coulisses, longues de près de 100 kilomètres, avec un relief
+relatif d’un millier de mètres, tout entières en calcaires jurassique et
+liasique du socle au sommet, c’est une nouveauté. On n’a pas encore vu
+ça dans l’est.
+
+Cette apparition en surface de roches plus profondes va de pair, comme
+il est naturel, avec une intensité de plissement notablement accru. A
+l’est de Figuig, dans l’Atlas Saharien tout entier jusqu’aux Syrtes, les
+géologues décrivent ce qu’ils ont appelé des « plis ébauchés », de
+simples ondulations. Mais dans le Grouz et le Maïz le plissement est
+très énergique, les plis sont nettement couchés. Ce n’est donc pas
+douteux. Des couches plus profondes de l’écorce terrestre sont
+surhaussées et largement dénudées ; si bien que le lias se trouve amené
+à la même altitude que le crétacé. Cette transformation se fait d’un
+coup sur la rive droite de la haute Zousfana.
+
+Elle s’accompagne de phénomènes qui attestent une dislocation. On sait
+que le trias algérien, qui est de la boue plâtreuse et salée est un
+terrain facilement lubrifié, et extraordinairement instable ; il est
+connu pour foirer à travers les fissures avec des allures éruptives ; et
+il est d’ailleurs souvent accompagné d’une roche éruptive, l’ophite. Or
+le long de la haute Zousfana les pointements de trias et d’ophite
+tiennent une place importante. Tout l’intérieur du Maïz à l’extrémité du
+brachyanticlinal est évidé aux dépens du trias (voir fig. 3). Les
+ophites du Maïz ont une minéralisation de cuivre dont on a projeté
+l’exploitation. En amont sur l’oued, au point dit Mouiah Sfer, un
+affleurement de trias et d’ophite est important, les indigènes y ont
+fait une petite descenderie pour l’exploitation du sel.
+
+La haute Zousfana est une rivière assez vivante, elle est pérenne dans
+certains secteurs ; on ne sait pas si la réapparition de l’eau serait en
+relation avec des suintements de nappe souterraine. Mais on connaît très
+bien les sources de Figuig ; elles ont été étudiées par M. Ficheur.
+Elles sont thermales, et elles jaillissent le long d’une cassure, dont
+la lèvre inférieure est encroûtée de travertin épais[7].
+
+Avec quelle abondance on en aura une idée, si on considère le nombre
+d’hommes dont elles ont permis le groupement. Figuig a 10 ou 12000
+habitants. Il n’y a pas d’agglomération urbaine comparable dans tout le
+Maroc oriental ; Tell compris ; puisque Oudjda, la capitale
+administrative, a 7000 habitants.
+
+Quant aux autres oasis du Sahara Algérien, elles ne comptent leurs
+habitants que par centaines.
+
+Voilà bien des observations concordantes. Elles autorisent la conclusion
+que la coupure de la Zousfana, à l’orient du Grouz, a quelque rapport
+avec la faille du Touat, dans la prolongation de laquelle elle se
+trouve.
+
+Pourtant les phénomènes observés à l’autre bout du Grouz sont encore
+plus concluants.
+
+
+_Le Tamlelt._ — Sur ses 80 kilomètres de long, le Grouz tout entier est
+parfaitement semblable à lui-même. Au centre il est bien, il est vrai,
+d’épaisseur diminuée ; il y a une tendance à l’ensellement. Là se trouve
+dans l’épaisseur de la montagne un évidement, le cirque de Djaïfa (fig.
+4). En ce point on peut traverser le Grouz par le moins mauvais de ses
+sentiers ; un canyon très long, très étroit, très obstrué de blocs, très
+coupe-gorge ; à la rigueur une caravane chargée pourrait s’y écouler,
+bête après bête, au compte-goutte, à ses risques et périls, presque
+partout de plain-pied : ce qui serait assurément impossible partout
+ailleurs dans la montagne. Au delà vers le nord, dans le prolongement de
+cet ensellement du Grouz, l’Atlas Saharien est largement interrompu
+entre le Djebel R’als et le Maïz. Il semble donc bien qu’il y ait ici
+encore une tendance à coupure orientée nord-sud. Pourtant la continuité
+du Grouz n’est pas interrompue. C’est à son extrémité occidentale qu’il
+faut aller pour trouver la coupure nord-sud franchement réalisée, dans
+des proportions grandioses.
+
+Cette coupure s’appelle le _Tamlelt_.
+
+[Illustration : FIG. 4. — LE TAMLELT.
+
+Un coup d’œil sur la figure permet de distinguer la pénéplaine primaire
+(la plaine) de la chaîne secondaire (les massifs montagneux). — La
+limite entre les deux dessine un Z majuscule. — La branche centrale du Z
+coupe à l’emporte-pièce la R’als et le Grouz. — C’est la coupure du
+Tamlelt à travers l’Atlas Saharien à l’extrémité occidentale du Grouz
+(voir fig. 2 et 3).]
+
+Le Tamlelt est une plaine à perte de vue. Sur la carte que nous en
+avons, et qui est bonne[8], on mesure exactement ses dimensions. D’est
+en ouest elle a, suivant les points, de 30 à 60 kilomètres dans le sens
+de la latitude. Du nord au sud elle a 50 kilomètres. Elle est tout
+entière enclose dans l’Atlas Saharien, c’est-à-dire qu’elle en rompt
+totalement la continuité. A proprement parler elle le supprime. Cette
+substitution d’une plaine à une chaîne de montagnes se fait d’un coup,
+suivant une ligne à peu près droite sur laquelle non seulement le Grouz,
+mais aussi le R’als, s’arrêtent brusquement, comme tranchés net. La
+disparition de l’Atlas Saharien est à peu près totale sous le méridien
+du Tamlelt. Il n’en reste plus au nord du Tamlelt qu’une traînée de
+chicots, Djebel Orak, Djebel Haouanit, Djebel Lakhdar, Djebel Bou Arfa
+(fig. 4).
+
+L’épaisseur de ce chaînon, mesuré sur la carte, n’excède pas 2
+kilomètres. C’est tout ce qui subsiste d’une chaîne dont la puissance
+atteignait une cinquantaine de kilomètres. Il n’y a plus d’Atlas ; on
+passe ici du Sahara aux Hauts-Plateaux directement, sans intermédiaire.
+
+Plus à l’est sur toute l’étendue de l’Atlas Saharien, il y a un autre
+point, et un seul, où la chaîne disparaît brusquement d’une façon tout à
+fait comparable ; c’est, entre les Zibans et l’Aurès, la brèche de
+Biskra qui fait communiquer de plain-pied le Sahara et le Hodna.
+
+A la seule inspection de la carte, le Tamlelt et la brèche de Biskra
+apparaissent deux pendants, la reproduction en deux exemplaires du même
+phénomène, remarquable à coup sûr.
+
+Ce phénomène, au Tamlelt, apparaît plus remarquable encore, et, je
+crois, plus intelligible, si on cherche à l’éclairer par une étude
+sommaire des conditions géologiques.
+
+Il faut distinguer ici entre les bords oriental et occidental du
+Tamlelt. La bordure occidentale, du côté marocain, encore que nous en
+ayons déjà une représentation topographique, nous est tout à fait
+inconnue au point de vue géologique. On n’en parlera pas. Nous sommes
+ici à la limite extrême du pays scientifiquement étudié. Sur la bordure
+orientale en revanche, et sur le Tamlelt lui-même, nous avons déjà des
+documents géologiques, autorisant des conclusions générales. Beaucoup de
+fossiles et d’échantillons ont été rapportés aux laboratoires de MM.
+Flamand et Ficheur, comme aussi au laboratoire de M. Barrois à Lille.
+Personnellement j’ai vu et revu la région. On est certainement fixé sur
+les grandes lignes. On sait en gros la composition et la structure des
+reliefs importants. Une carte Flamand[9] au millionième, publiée en
+1909, dit l’essentiel.
+
+Ces documents géologiques et topographiques, on a cherché à les rendre
+sensibles dans la figure 4.
+
+Il s’agit de la limite entre la pénéplaine primaire, la même qu’au
+Sahara, d’une part, et d’autre part les terrains secondaires, du crétacé
+au lias, englobés dans le plissement de l’Atlas. L’ouest et le sud de la
+figure (où la plaine domine) est pénéplaine primaire. Le nord et l’est
+(la zone des hauts-reliefs) appartient à la chaîne secondaire.
+
+Au sud du Grouz la pénéplaine primaire est bien connue depuis une
+vingtaine d’années déjà. Elle est représentée surtout par des calcaires
+dinantiens très puissants. Sur cette pénéplaine la transgression
+cénomanienne a déposé des calcaires et des marnes en couche mince, dont
+le contact inférieur avec la pénéplaine s’observe aisément. Cette
+transgression cénomanienne si limitée atteste l’indépendance de la
+pénéplaine par rapport aux mers secondaires.
+
+Dans la région de l’Antar (exactement au Raknet-el-Betoum), on observe
+directement, je crois, le pli du Grouz, couché sur la pénéplaine, comme
+sur un avant-pays rigide. Que le Tamlelt soit lui aussi primaire, c’est
+une acquisition récente. Nous la devons à M. Rey et au laboratoire de
+géologie à l’Université de Lille[10].
+
+Le Tamlelt est une plaine d’alluvions ; à travers les trous du manteau
+alluvionnaire un substratum ancien apparaît composé de vieilles roches,
+quartzites et schistes. M. Rey nous apprend que ces schistes contiennent
+des fossiles du silurien supérieur, des graptolites.
+
+D’autre part, si on consulte la carte Flamand[11] aux lettres S, Sq,
+Sqr, on constate que les schistes et les quartzites s’étendent au sud
+jusqu’au voisinage immédiat des affleurements dinantiens.
+
+Tout se passe donc comme si tout le Tamlelt, d’un bout à l’autre, comme
+le veut M. Rey, et comme le terrain en donne l’impression, était
+silurien. Le contraste avec l’Atlas est donc, au point de vue
+géologique, aussi vif qu’au point de vue topographique. Le contact entre
+l’Atlas et le Tamlelt est d’une netteté brutale. La limite géologique
+coïncide exactement avec celle de la plaine. Elle est jalonnée par des
+affleurements miniers. Au Djebel Houanit, plomb et calamine, au Bou
+Harfa, manganèse, au R’als une vieille mine de cuivre indigène, qui doit
+avoir été importante. Il faut ajouter que cette limite géologique
+dessine exactement un Z majuscule : deux cassures rectilignes orientées
+est-ouest (sens de l’Atlas), sont raccordées à l’angle droit par une
+cassure orientée nord-sud (sens de la faille du Touat).
+
+Il faut souligner combien la présence du primaire largement étalé au
+cœur et à travers toute l’épaisseur de l’Atlas Saharien est une
+nouveauté surprenante. Cet Atlas Saharien est bien connu, dans toute son
+étendue à travers l’Algérie et la Tunisie, depuis la frontière marocaine
+jusqu’aux Syrtes. Il est tout à fait certain qu’on n’y voit pas à l’est
+du Tamlelt le moindre pointement primaire. A l’extrémité occidentale du
+Grouz, comme à son extrémité orientale, il y a vieillissement brusque
+des couches affleurantes. Un accident nord-sud ramène d’un coup en
+surface des roches de la profondeur.
+
+_La Moulouya._ — Voilà les faits, tels qu’ils sont établis depuis peu,
+mais sans conteste. Semblera-t-on excéder les conclusions qu’ils
+autorisent si on dit ceci ?
+
+La faille du Touat, celle de la rue de palmiers, rencontre l’Atlas
+Saharien à la hauteur du Grouz. C’est elle qui a, de part et d’autre du
+Grouz, les répercussions signalées plus haut, des accidents
+grossièrement orientés nord-sud comme la faille elle-même. Le plus
+important est à l’ouest du Grouz. Là tout se passe comme si le Tamlelt
+était la prolongation pure et simple de la pénéplaine primaire
+saharienne ; et comme si la faille en zigzag qui limite le Tamlelt à
+l’est était la prolongation de la faille du Touat à travers l’Atlas.
+
+Il faut noter l’importance du Tamlelt comme limite, au point de vue
+orographique et humain.
+
+Cet Atlas du Grouz et du R’als, que la faille du Tamlelt tronçonne
+brutalement, ne s’arrête pas là ; il recommence au delà du Tamlelt à
+l’ouest, mais il n’est plus le même ; ce n’est plus l’Atlas Saharien,
+c’est le grand Atlas Marocain.
+
+L’un est loin d’être aussi bien connu que l’autre. Pourtant nous avons
+sur le grand Atlas de beaux travaux très détaillés de MM. Brives et
+Gentil. Et ces travaux sont bien loin d’être aussi discordants qu’ils
+l’avaient paru d’abord. Il est sûr que des morceaux considérables de
+pénéplaine primaire font partie intégrante de la chaîne tout du long
+jusqu’au voisinage de l’Atlantique[12]. Il est certain aussi d’ailleurs,
+comme Gentil l’a fait ressortir, que ces deux chaînes qui se prolongent
+l’une l’autre ont des analogies profondes de structure[13].
+
+Ce sont bien deux parties de la même chaîne.
+
+Seulement elles font entre elles un contraste très vif, non seulement au
+point de vue géologique, mais aussi et davantage encore topographique.
+Le grand Atlas mérite son nom, il est très élevé ; les sommets
+avoisinent 4000 mètres. Il est deux fois plus haut que l’Atlas Saharien.
+Par l’altitude et l’âge des roches ce sont des mondes montagneux tout à
+fait distincts.
+
+Le contraste est le même entre deux humanités.
+
+Aux puits du Tamlelt viennent boire deux races voisines et ennemies. A
+l’est sont les Beni-Guil, arabes de langue, cavaliers, nomades ;
+apparentés par leur organisation et leur genre de vie aux nomades des
+hauts plateaux Algériens, à leurs voisins les Hammeyan par exemple. A
+l’ouest du Tamlelt commencent les Beraber ; dans toute l’Afrique du Nord
+ils sont les seuls à qui la coutume populaire a conservé le nom des
+Berbères ; leur dialecte est berbère et ils ne savent pas l’arabe ; ils
+sont ruraux, sédentaires, montagnards, ils ont une organisation
+démocratique de village ; ce sont les frères de nos Kabyles ; comme eux
+ils ont pour leurs voisins de langue arabe une haine nationale plus que
+millénaire.
+
+Ce sont là des faits qu’il semble difficile de nier ; mais si on les
+admet on ne peut pas s’y tenir ; il faut aller plus loin.
+
+Au temps de Salluste, la Moulouya était déjà une frontière entre les
+deux Maurétanies. On peut certainement dire qu’elle l’est restée, en
+entendant la Moulouya moyenne, celle des hauts plateaux. Elle aussi
+sépare les Béraber et les Arabes, les sédentaires et les nomades. Mais
+ce n’est pas le fleuve lui-même qui est frontière. Il longe sur sa rive
+gauche le pied d’un escarpement haut d’un millier de mètres, par lequel
+le haut pays marocain, qu’on appelle ici le moyen Atlas, tombe à pic sur
+les plateaux algériens deux fois moins élevés (fig. 6). C’est de tout le
+Maroc le coin qui est resté le plus inconnu. Il faut en parler avec
+prudence, et attendre les résultats d’une étude géologique qui n’est pas
+commencée, et qui sera longue. Mais enfin on connaît bien aujourd’hui,
+on a même à peu près cartographié la continuation des hauts plateaux
+jusqu’à la Moulouya. De là, par delà la rivière, on voit, j’ai vu, le
+massif abrupt du moyen Atlas barrer l’horizon, avec ses cimes encore
+largement neigeuses à la fin du printemps, _djebel-es-theldj_ la
+montagne de la neige, disent les Beni-Guil. Le contraste entre le moyen
+Atlas et les hauts plateaux, de part et d’autre de la Moulouya, paraît
+du même ordre qu’entre le haut Atlas et l’Atlas Saharien, de part et
+d’autre du Tamlelt. C’est la même frontière qui continue dans les mêmes
+conditions physiques.
+
+Et alors cette grande faille de la « rue des palmiers » qui nous a paru,
+au Tamlelt, tronçonner l’Atlas Saharien, on en suivrait donc la
+prolongation, le long de la Moulouya, tout au travers des hauts
+plateaux. Est-ce tout ? Dans son prolongement à peu près linéaire, tout
+le massif espagnol s’abîme dans la Méditerranée : les géologues
+admettent que la Sierre Nevada et les Pyrénées ont été tronçonnées par
+ce grand effondrement.
+
+
+Entre les côtes marocaine et espagnole, au large de la Moulouya, il est
+d’ailleurs parfaitement certain qu’une grande faille franchit la
+Méditerranée. Les cartes bathymétriques montrent un abrupt très accusé
+duquel émerge l’île volcanique d’Alboran (fig. 39). Près l’embouchure de
+la Moulouya, le cap des Trois-Fourches qui est de roches éruptives, fait
+une saillie d’une quinzaine de kilomètres ; la plus aiguë et la plus
+accusée de toute la côte nord-africaine ; dans la direction de l’île
+Alboran, en parfaite symétrie avec la saillie correspondante que fait,
+sur le rivage espagnol, le cap de Gata, lui aussi éruptif (fig. 1 et
+29). Les basses vallées voisines de la Moulouya et de la Tafna
+apparaissent d’un coup d’œil sur la carte, encombrées de roches
+éruptives. Un archipel d’îles côtières volcaniques (Habibas, Rachgoun,
+Zaffarines) : les appareils volcaniques les plus jeunes et les mieux
+conservés de toute l’Afrique du Nord (le volcan de Tifarouïne[14] et
+celui des Msirdas sur la frontière algéro-marocaine[15]) ; des restes
+abondants de volcans primaires, carbonifériens, ou permiens (dans les
+hauts de l’oued Isly, sur la même frontière[16]). Tout se passe comme
+s’il y avait là un système de cassures qui n’a jamais été fermé depuis
+la fin de l’ère primaire.
+
+La même faille, ou, si l’on veut, le même grand accident se laisserait
+donc suivre depuis le Roussillon jusqu’au Bas-Touat.
+
+_Conclusion._ — Cette faille Touat-Roussillon serait une ride importante
+sur la face de la planète. On se borne à signaler le problème. Pourtant
+avec toutes les réserves prudentes qu’on voudra il reste un groupe de
+réalités positives qu’il est légitime de coordonner.
+
+Depuis le cœur du Sahara jusqu’à la Méditerranée, à peu près sous le
+méridien de la frontière algéro-marocaine, dans une direction
+grossièrement nord-sud, il court une ligne qui ne cesse pas un instant
+d’être extrêmement importante au point de vue humain. Au Sahara, c’est
+la « rue des palmiers ». Dans l’Atlas, c’est la limite entre les très
+hautes montagnes marocaines et les montagnes moyennes ou les hauts
+plateaux d’Algérie ; et du même coup entre deux langues, deux sociétés,
+deux nations.
+
+On a cru pouvoir prononcer le mot de faille ; on croit même reconnaître
+le long de cette faille, le compartiment effondré, invariablement
+l’oriental. Puisque enfin, pour qui vient de l’est, les roches primaires
+apparaissent brusquement pour la première fois au point précis où on
+franchit la faille.
+
+Mais enfin mettons que ce mot de faille soit inexact. N’anticipons pas
+sur des travaux géologiques de détail qui restent à faire. Il y a
+quelque chose, de quelque nom qu’on l’appelle, qui est orienté dans le
+sens du méridien, non seulement au Sahara, mais dans l’Atlas. C’est sur
+la direction qu’on insiste. Dans cette Algérie, qui est une chaîne
+plissée, la direction est-ouest, qui est celle du plissement, attire
+d’abord l’attention. Nous avons saisi sur le fait qu’il y en a une
+autre, croisant la première à angle droit, qui est extrêmement
+importante, et qui a du rapport avec le Sahara.
+
+
+[Note 6 : Dans un compte rendu de mission, déjà vieux d’une quinzaine
+d’années (no 50), je n’ai pas mis cette faille en valeur. Son existence
+m’est apparue évidente au cours d’une mission ultérieure et récente, en
+1918.]
+
+[Note 7 : No 49 _bis_, p. 457.]
+
+[Note 8 : No 18, feuille no XLI.]
+
+[Note 9 : No 17.]
+
+[Note 10 : Rey, nos 88, 89, 90. Dollé, no 32.]
+
+[Note 11 : No 17.]
+
+[Note 12 : Nos 27, 16.]
+
+[Note 13 : No 57, p. 126.]
+
+[Note 14 : No 54, p. 324.]
+
+[Note 15 : No 55, p. 331.]
+
+[Note 16 : No 55, p. 24 et 331.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ LA GRANDE DORSALE HOGGAR — LAGHOUAT — MÉDÉA.
+
+
+Le grand accident que nous avons appelé la faille Touat-Roussillon n’a
+jamais été signalé par les géologues. La raison en est qu’elle franchit
+l’Atlas nettement en dehors de leur domaine, qui a été exclusivement
+l’Algérie, le pays anciennement français, dont on a depuis longtemps
+déjà de bonnes cartes topographiques, où depuis près d’un demi-siècle un
+service géologique fonctionne. Le Tamlelt est politiquement sur le sol
+marocain. Il n’est à peu près accessible que depuis une dizaine
+d’années, dont cinq de guerre.
+
+Dans leur domaine les géologues ont depuis longtemps et à maintes
+reprises signalé la répercussion d’un autre grand accident saharien, qui
+a lui aussi une direction grossièrement nord-sud où comme l’a dit l’un
+d’eux, G.-B.-M. Flamand, « sub-méridienne »[17].
+
+Dans ce qui va suivre, on s’appuie sur l’autorité de MM. Ficheur,
+Alexandre Joly, R. Chudeau.
+
+On se bornera à souligner l’importance et les conséquences géographiques
+d’un fait admis unanimement par les géologues. On pourra donc passer
+beaucoup plus rapidement.
+
+Voici le fait (fig. 6).
+
+Depuis le massif du Hoggar, au cœur du Sahara, une ligne de hauteurs
+court nord-sud sur quelque chose comme 1500 kilomètres jusqu’à la
+rencontre de l’Atlas. Elle est jalonnée par le Hoggar lui-même, avec des
+sommets volcaniques au-dessus de 3000 mètres ; puis par l’éperon
+septentrional du Hoggar, le Tifedest, et le Mouydir, qui atteint encore
+1700 mètres ; au delà le dos du Tadmaït a 900 mètres, il se prolonge
+jusqu’à Laghouat, au pied de l’Atlas, par ce qu’on appelle le plateau
+des _Dayas_.
+
+Le Mouydir est nettement un vieux pli hercynien de la pénéplaine
+primaire ; plus au nord où la pénéplaine ne s’observe plus directement,
+c’est évidemment un pli hercynien sub-méridien qui se continue sous le
+crétacé du Tadmaït, imposant sa direction à la grande ondulation
+anticlinale. Ce dos de sillon du Tadmaït, en calcaire crétacé nu, balayé
+par le vent, domine à l’est et à l’ouest les dépressions où se sont
+accumulées les deux grands ergs. A ce chemin de roc solide entre deux
+mers de sable, les indigènes ont donné le nom de pont « el gantra ».
+
+Le plateau des Dayas doit aussi sa particularité essentielle et son nom
+à ce qu’il est un dos de terrain surélevé entre les deux grandes
+cuvettes. Les « Dayas » ne sont pas autre chose que des têtes d’aven,
+points d’origine de circulation souterraine, dans un terrain très
+perméable (le mio-pliocène, accumulation des déchets de l’érosion sur le
+versant de la grande chaîne). Il est naturel que les têtes d’aven se
+multiplient à la surface d’un plateau de dirimation, où les eaux d’orage
+stagnent incertaines de leur direction.
+
+Cette grande dorsale si nette qui coupe en deux le Sahara Algérien
+depuis le Hoggar jusqu’à Laghouat, les géologues en retrouvent la
+continuation à travers toute l’Algérie jusqu’à la mer. Sur les hauts
+plateaux, c’est le « plateau steppien » de Joly, « centre de dirimation
+entre deux bassins de réception, les chotts oranais d’un côté, le Hodna
+de l’autre ». Dans le Tell ce sont « les plateaux miocènes de Médéah qui
+par leur altitude contrastent nettement avec les niveaux très bas
+qu’occupent, dans la vallée du Chélif à l’ouest et dans celle de l’oued
+Soumman à l’est, des dépôts du même âge ».
+
+Il faut ajouter ce curieux pédoncule qui réunit, à Miliana, le plateau
+de Médéa au Zaccar, dressant une cloison haute abrupte et étroite entre
+les très basses vallées de la Mitidja et du Chéliff (fig. 5). Et il faut
+noter, tout à côté, dans l’angle correspondant de la Mitidja, un curieux
+affleurement de roche éruptive en forme de V[18]. Ce seuil de Miliana
+est un des coins de l’Algérie où la croisée des deux directions nord-sud
+et est-ouest, saharienne et méditerranéenne, s’accuse avec le plus
+d’énergie.
+
+Ces données que nous devons aux géologues, il est possible de les
+éclairer et de les souligner avec des faits géographiques très
+importants qui semblent avoir un peu échappé à l’attention.
+
+Les géographes savent depuis longtemps que, dans le Tell, sous le
+méridien d’Alger, à la Mitidja, deux Algéries tout à fait différentes se
+relaient. Un géographe arabe, l’auteur du _Kitab le Istibçar_, appelle
+déjà le seuil de Milianah « la porte du Gharb[19] ».
+
+[Illustration : FIG. 5. — LE PLATEAU DE MÉDÉA.
+
+Au-dessus de deux dépressions très profondes (moins de 400 mètres au-
+dessus du niveau de la mer) ; la plaine du Chélif à l’Ouest, la vallée
+de l’Isser à l’Est ; le plateau de Médéa se dresse à un millier de
+mètres, attestant la persistance de l’orientation Nord-Sud dans la
+chaîne plissée Est-Ouest. Les masses montagneuses de l’Atlas de Blida, à
+l’Est, et du Zaccar à l’Ouest (1600 m. d’altitude) sont séparées par un
+ensellement très accusé, le pédoncule de Miliana (600 m. d’altitude).
+Par-dessus ce pédoncule et même à travers lui (tunnels) s’ouvre entre le
+Chéliff et la Mitidja une communication d’orientation générale Nord-Sud.
+
+Là passe la frontière géographique entre les deux Tells, celui des
+plaines subcôtières et celui des Kabylies. Cette frontière est jalonnée
+par un chapelet de villes actuelles ou défuntes, Achir, Médéa, Miliana,
+Cæsarea (Cherchell), Alger. Le plateau de Médéa est l’extrémité
+septentrionale de la dorsale Hoggar-Laghouat-Médéa, (voir fig. 6).]
+
+D’une part, à l’est, une Algérie montagneuse, pittoresque, boisée,
+presque exclusivement Berbère, l’Algérie des Kabylies. D’autre part, à
+l’ouest, l’Algérie des plaines sub-littorales, bien plus sèche que
+l’autre, nue, peuplée d’indigènes bien différents qui mènent une autre
+vie, et parlent surtout l’arabe. Entre ces deux Algéries, c’est
+l’extrémité nord de la grande dorsale qui fait limite. Et cette
+extrémité nord est curieusement jalonnée d’agglomérations urbaines
+actuelles ou fossiles. Il y a eu là à travers les siècles, jusqu’à trois
+grandes capitales de toute l’Algérie. L’une s’est appelée « Achir » ;
+c’est à peine s’il en reste des ruines ; son nom est aussi mort qu’elle,
+parce que nul ne s’intéresse au moyen âge berbère. Mais les émirs
+Zirides, chefs de la tribu Sanhadja, qui ont régné à Achir, dominaient
+tout le pays entre la Tunisie et le Maroc. Achir était dans les monts du
+Titteri, au sud immédiat de Médéa (fig. 5). Les deux autres capitales
+sont maritimes. L’une était Cæsarea, notre Cherchell, centre de la
+domination d’une dynastie berbère, celle de Juba, avant d’être celui de
+l’administration romaine. Dans l’angle nord-ouest de la Mitidja, très
+visible à 10 lieues à la ronde, se dresse le tombeau de Juba ou de sa
+famille (tombeau de la chrétienne), attestant que la racine de la
+dynastie était bien là, précisément au point où la grande dorsale
+aboutit à la mer.
+
+La troisième capitale est naturellement l’actuelle, Alger ; il faut
+souligner combien elle est à un point naturellement indiqué par
+l’histoire et la géographie pour dominer.
+
+Entre le Titteri et Alger, Médéa et Miliana font jalons, villes fortes,
+pitonnantes, qui gardent chacune une importante croisée de chemins, les
+communications à la fois du nord au sud et de l’est à l’ouest. Les
+premières années de la conquête française autour d’Alger sont remplies
+par ces noms de Médéa et de Miliana. Au temps des Turcs, le beylick
+d’Alger avait pour subdivision militaire principale le beylick de
+Titteri, dont Médéa était capitale. Dès la fondation d’Achir, le premier
+émir, au dire des historiens arabes[20], eut pour premier soin de
+rétablir, d’organiser et de prendre en main Alger, Miliana et Médéa. Les
+trois villes sont toujours étroitement associées. C’est un bloc. A côté
+de leur importance militaire, impériale, il faut aussi faire la part du
+commerce. Toutes ces villes furent ou sont des marchés sur une frontière
+économique entre pays qui échangent des produits différents, ceux de la
+plaine et de la montagne, du champ et du verger, de la tente et de la
+maison.
+
+Il y a en Algérie un certain nombre de régions de ce genre, qui ont
+cherché à travers les âges et plus ou moins réussi à devenir des
+centres, par exemple celles de Constantine, Tiaret, Tlemcen. Il n’y en a
+peut-être aucune qui ait plus de titres que celle-ci.
+
+Cette ligne de contrastes et de domination qui va du Titteri à la
+Mitidja est en relation évidente avec la grande dorsale de Laghouat. De
+part et d’autre de cette dorsale des compartiments différents de l’Atlas
+ont joué différemment, chacun pour soi, et des conditions diverses sont
+nées.
+
+
+[Note 17 : Ficheur, dans ses cours et ses conversations. Cf. en outre no
+77, p. 238 ; no 29, p. 60 ; no 41, p. 777.]
+
+[Note 18 : No 2.]
+
+[Note 19 : No 33, p. 39.]
+
+[Note 20 : No 67, t. II, p. 6.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ LA BRÈCHE DE BISKRA ET LA CROISÉE DU DJÉRID
+
+
+_Brèche de Biskra._ — La dorsale Hoggar-Laghouat sépare au Sahara les
+cuvettes du Touat et de l’Igharghar.
+
+L’une et l’autre sont de très longs sillons synclinaux, symétriques de
+l’ondulation anticlinale centrale, la grande dorsale, à peu près
+parallèles à elle et à peu près aussi longs ; ils viennent tous trois du
+cœur du Sahara jusqu’au point où ils rencontrent l’Atlas à angle droit.
+
+Le sillon oriental est suivi par un grand oued quaternaire, l’Igharghar,
+qui vient du Hoggar en ligne à peu près droite. Au nord il est jalonné,
+lui aussi, par une autre rue de palmiers, quoique infiniment plus courte
+que l’occidentale ; c’est celle de l’oued R’ir. Il est de structure très
+simple ; c’est essentiellement une feuille de calcaire crétacé ondulée
+en cuiller. Quoique les pentes soient très lentes, il y a une différence
+de plusieurs centaines de mètres entre le fond du sillon et les crêtes
+de ses épaulements. Sa longueur totale est d’un millier de kilomètres.
+C’est un très grand accident, tout à fait comparable aux deux autres, un
+trait de structure essentiel.
+
+Au point précis où cet accident rencontre la chaîne, que trouvons-nous ?
+Une brèche énorme, interrompant de bout en bout la continuité de la
+chaîne. C’est la brèche de Biskra entre le Zab et l’Aurès ; par cette
+large porte on passe de plain-pied du Sahara dans la cuvette du Hodna.
+Il n’y a rien de comparable dans tout l’Atlas Saharien, sauf, comme on
+l’a dit, la brèche du Tamlelt.
+
+Le lien entre les deux phénomènes (sillon de l’Igharghar et brèche de
+Biskra), s’il n’a jamais été, à ma connaissance, encore signalé, c’est,
+je suppose, par inadvertance, parce qu’on ne s’est jamais occupé de la
+question.
+
+Je n’imagine pas qu’on puisse le nier, il apparaît à la seule inspection
+de la carte (fig. 6).
+
+[Illustration : FIG. 6.
+
+LES SILLONS SAHARIENS ET L’ATLAS.
+
+La structure du Sahara Algérien est très simple : de grands sillons
+parallèles courant Nord-Sud. Au centre Hoggar, Tadmaït, Gantra, plateau
+de Laghouat. A l’arête la plus nette de cette dorsale les indigènes ont
+donné le nom de Gantra (le pont) parce qu’il domine à droite et à gauche
+les dépressions profondes et encombrées de dunes de l’Igharghar et du
+Gourara. Au delà, aux limites de la carte, les arêtes Nord-Sud
+symétriques des Matmata et d’Ougarta. — L’Atlas orienté Est-Ouest semble
+arrêter ces grands accidents Sahariens comme une barre de T. Mais si on
+y regarde de plus près les domaines respectifs des accidents Nord-Sud et
+des plissements Est-Ouest se pénètrent mutuellement. — Au Sahara la
+direction Est-Ouest est importante : (Gourara, falaises Sud du Tadmaït,
+oued Botha). Et dans l’Atlas les grands accidents Sahariens se
+prolongent, à angle droit avec la direction de la chaîne. — Dans le
+prolongement des Matmatas tout l’Atlas tourne court vers le Nord. A la
+rencontre du synclinal de l’Igharghar, l’Atlas a les reins cassés, avec
+un coude de cassure accusé et l’indentation profonde du Hodna. Dans le
+prolongement de la faille (?) Touat-Oued Saoura, l’Atlas est coupé du
+Nord au Sud par un gradin en zigzag le long duquel le Maroc (de 3000 m.
+d’altitude) tombe d’un coup aux hauts plateaux Algériens (voir fig. 4 et
+aussi fig. 29). La répercussion sur l’Atlas de la grande dorsale
+centrale Hoggar-Laghouat apparaît moins nettement sur une carte à petite
+échelle : elle est pourtant considérable (voir fig. 5). — Si on ne se
+contente pas d’envisager l’Atlas sur sa face nord méditerranéenne et si
+on le considère sur sa face sud Saharienne on voit donc apparaître de
+nouveaux traits de structure, essentiels. — Il y a croisée orthogonale
+de deux directions.]
+
+La brèche de Biskra existait déjà au miocène, elle était un détroit de
+la mer miocène (fig. 10), qui d’ailleurs, au Sahara et dans l’Atlas
+Saharien, ne s’est pas avancée au delà dans l’ouest. Cette mer reste en
+retrait sur celle de l’éocène inférieur dont on retrouve des dépôts le
+long de l’oued Djedi jusqu’auprès de Laghouat (en deçà de la grande
+dorsale que la mer éocène n’a franchie nulle part (fig. 8). On a déjà
+noté à propos de la haute Zousfana et du Tamlelt, ce vieillissement
+brusque des affleurements géologiques, lorsqu’on va d’est en ouest. La
+loi se vérifie à la grande dorsale de Laghouat et à la brèche de Biskra.
+
+Sur cette brèche, du côté de l’Aurès, se trouve la plus monstrueuse
+montagne de sel de toute l’Algérie, celle d’el-Outaya ; un bloc homogène
+de sel gemme qui a 300 mètres de relief et 6 kilomètres de grand
+diamètre, célèbre depuis el-Bekri. El-Outaya est flanqué d’une autre
+montagne de sel, beaucoup plus petite, mais de même type, Metlili. On
+sait que ces pointements triasiques accompagnent des cassures. Les
+géologues admettent au contact du Hodna et de l’Aurès une faille. Et
+notez qu’une troisième montagne de sel, celle de Djelfa, se trouve
+exactement sur le passage de la grande dorsale Laghouat-Médéa.
+
+L’Aurès et les monts du Zab, qui se font face et pendant de part et
+d’autre de la brèche, n’ont pas de rapport l’un avec l’autre ; non pas
+qu’ils diffèrent essentiellement par leur structure, mais leur
+importance n’est pas comparable. Les monts du Zab sont une petite chaîne
+de collines dont aucune n’atteint 1000 mètres, mais l’Aurès a le sommet
+le plus élevé de toute l’Algérie (Chélia, 2329 m.). En largeur aussi il
+est deux fois plus puissant que le Zab, le faisceau de ses ondulations
+parallèles et régulières déborde au nord sur les hauts plateaux
+Constantinois et n’en laisse pas subsister grand chose. Enfin c’est
+l’Aurès, la chaîne peut-être la plus puissante, la mieux individualisée,
+la plus célèbre de toute l’Algérie. Le même nom lui est resté attaché
+depuis 2000 ans, sans contestation, Aurasius ; le cas est rare parmi les
+massifs de l’Atlas et peut-être unique.
+
+Cette brèche, qui est un trait si important de la structure, tient une
+place immense dans l’histoire de l’Algérie et dans sa géographie
+humaine.
+
+Ç’a été la grande voie de communication entre le Sahara et l’Oranie, la
+voie des grands nomades chameliers. L’histoire atteste des relations
+étroites, séculaires, entre des régions aussi différentes que Tiaret
+d’une part, et d’autre part Cedrata, près d’Ouargla, le djebel Nefouça
+en Tripolitaine. Ç’a été les points importants du royaume Berbère
+ibadhite. Dans ces mêmes limites un peu vagues, entre la Tripolitaine et
+Tiaret, nous voyons d’après Ibn Khaldoun jusqu’au XIVe siècle une race
+Zénète homogène, groupée. L’axe de l’ibadhisme et de la Zénétie passe
+par le seuil de Biskra. C’est seulement par cette voie de communication
+entre le nord-ouest et le sud-est qu’on arrive à imaginer la
+distribution des Ibadhites et des Zénètes.
+
+Le seuil de Biskra fut la porte d’entrée de toutes les invasions arabes.
+Sidi Okba, qui conduisit la première, est enterré à Biskra, où il fut
+tué. La seconde, celle des bédouins Hilaliens au XIIe siècle, a repris
+le même chemin. La capitale du royaume Berbère, qui les tint le plus
+longtemps qu’elle put en échec, fut la Kalaa des Beni-Hammad ; elle
+dressait son « fanar », sa tour de guet, encore debout, juste en face du
+seuil de Biskra, de l’autre côté du chott, sur les pentes sud du
+Maadid[21].
+
+Contre les Arabes, l’Aurès fut la citadelle berbère ? Il l’est resté. Le
+seuil de Biskra est une limite linguistique et nationale. Il n’a jamais
+cessé, depuis deux millénaires, d’être une frontière entre pays
+diversement habités, puisque, sous la domination romaine, le limes y
+passait, approximativement[22].
+
+Ce n’est donc pas douteux, le grand accident saharien de l’Igharghar,
+comme les deux précédents, pénètre dans l’Atlas ; et il y devient lui
+aussi un principe extrêmement important de différenciation. Il faut
+simplement noter une nuance. Cette puissance de différenciation, la
+dorsale de Laghouat se trouve l’avoir exercée surtout dans la zone du
+Tell, et le sillon de l’Igharghar dans celle des hauts plateaux.
+
+Ajoutons enfin qu’un quatrième accident saharien se comporte comme les
+trois autres. C’est l’épaulement oriental du troisième.
+
+_La croisée du Djerid_ (fig. 6). — Le synclinal de l’oued R’ir et du bas
+Igharghar, a pour épaulement oriental la crête des Matmatas qui court
+nord-sud sur la frontière de la Tunisie et de la Tripolitaine. La
+dénivellation comme dans le reste du Sahara algérien, est lente,
+progressive, mais considérable au total. Touggourt est à 60 mètres
+d’altitude, dans les Matmatas un sommet atteint 750 mètres. Cette
+ondulation anticlinale, lente et puissante, de calcaire crétacé, est un
+pendant exact du Tadmaït. Or cet accident saharien se continue à travers
+toute la Tunisie par une série de coulisses sub-méridiennes, qui passe
+immédiatement à l’est de Kairouan, et qu’on peut suivre par le Zaghouan
+jusqu’au golfe de Tunis[23].
+
+Ce serait à la rigueur en dehors de notre sujet, mais il serait dommage
+de ne pas dire combien la croisée des deux directions nord-sud et est-
+ouest ressort d’une façon éclatante au voisinage du chott Djerid. Elle
+est marquée dans le dessin des chaînons montagneux ; ceux qui longent le
+chott et qui sont très puissants (de 500 à 1000 mètres) sont franchement
+est-ouest ; ils font un angle droit avec la direction des Matmatas.
+
+L’ensemble des chotts tunisiens et constantinois depuis le Melr’ir
+jusqu’au Djerid est une dépression tectonique, en grande partie au-
+dessous du niveau de la mer. Cette dépression a 400 kilomètres d’est en
+ouest, elle est mince et rectiligne. A son extrémité orientale elle est
+coupée court et séparée de la mer par le seuil de Gabès, d’orientation
+exactement perpendiculaire.
+
+La croisée des deux directions s’accuse d’ailleurs dans le dessin même
+de la petite Syrte. A la direction des accidents sahariens la Tunisie
+doit celle de sa côte entre Gabès et Tunis, c’est-à-dire son
+individualité même, qui est d’être la porte du Maghreb sur la
+Méditerranée orientale.
+
+
+[Note 21 : No 25, _passim_.]
+
+[Note 22 : No 63, carte _in fine_.]
+
+[Note 23 : Voir dans no 84, p. 336, figure 42, croquis tectonique de la
+Tunisie centrale.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V
+
+ CONCLUSIONS GÉNÉRALES
+
+
+Dans les pages qui précèdent on n’a pas étudié l’Algérie en soi et pour
+soi ; on a cherché à la placer dans son cadre planétaire et à montrer
+les liens qui existent avec ce cadre.
+
+Que l’Atlas Algérien soit une partie du système Alpin, et qu’avec
+l’Apennin il tourne autour de la Tyrrhénide, c’est extrêmement et
+anciennement connu. On s’est borné à le rappeler.
+
+On a dû insister beaucoup plus longuement sur la partie saharienne du
+cadre.
+
+D’une façon très générale il n’est rien de plus connu, il est vrai, que
+l’importance planétaire des grands accidents nord-sud sahariens et nord
+africains.
+
+Le plus célèbre est la faille immense, la plus notoire du globe peut-
+être, qui est jalonnée par les grands lacs africains, la fosse de la mer
+Rouge, et qu’on suit par l’effondrement de la Mer Morte jusqu’en Asie.
+
+Une autre, à peine moins connue, est celle qui a imposé au Nil sa
+direction à travers le désert. D’après les dernières explorations
+scientifiques, le trait essentiel, dans la structure de la Tripolitaine,
+ce sont deux failles parallèles d’orientation nord-sud[24].
+
+Ces grands accidents ont une parenté certaine avec les sillons sub-
+méridiens du Sahara algérien.
+
+D’autre part on a signalé depuis longtemps que ces grands accidents
+nord-sud croisent à angle droit de grandes cassures est-ouest et par
+exemple celle qui détermine la direction de la côte sud dans la
+Méditerranée orientale.
+
+Il est donc bien entendu que l’attention est attirée depuis longtemps
+sur un grand quadrillage, à travers toute l’Afrique septentrionale,
+d’accidents démesurément longs, se recoupant à angles droits. Chudeau,
+après Green, mentionne, à titre d’hypothèse explicative, une « torsion
+du géoïde »[25].
+
+Notre grande faille Roussillon-Touat, la dorsale Hoggar-Médéa, le sillon
+de l’Igharghar, tout cela rentre donc dans un cadre général d’accidents
+analogues et authentiquement constatés.
+
+D’autre part, G.-B.-M. Flamand d’abord, et à sa suite tous les géologues
+algériens ont plus ou moins insisté sur le retentissement posthume des
+plis hercyniens dans le gauchissement des plis atlasiques.
+
+Pourtant quand il s’est agi de disséquer la structure de l’Algérie, on
+n’a jamais fait à ces grands accidents sahariens la part qui leur
+revient.
+
+Nous avons essayé de montrer que cette part est immense à propos de
+quelques grands exemples.
+
+Dans l’analyse des régions naturelles nous retrouverons souvent cette
+direction nord-sud, dont on a voulu simplement établir dans ce livre Ier
+la valeur discriminative.
+
+
+[Note 24 : No 23, p. 412, fig. 19.]
+
+[Note 25 : Chudeau, no 29, p. 69.]
+
+
+
+
+ LIVRE II
+
+ L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ LES TEMPS PRIMAIRES
+
+
+Sur le passé de l’Algérie les géologues ont recueilli un grand nombre de
+données précises. On se propose de les résumer en les rapprochant les
+unes des autres, en les massant.
+
+A vrai dire on glissera très rapidement sur les temps primaires. Sur le
+sol Algérien proprement dit, les confins Algéro-Marocains mis à part, on
+n’a jamais trouvé un seul fossile primaire.
+
+Les affleurements de cet âge ne sont pas tout à fait inexistants, mais
+ils sont de trop faible étendue et trop épars, pour qu’il y ait un
+intérêt géographique à essayer d’en reconstituer l’histoire. L’étude
+géologique, encore assez peu avancée pourtant, des régions voisines, le
+Sahara et le Maroc, fait bien entrevoir quelques traits généraux de
+cette histoire. Il est certain que cette portion de l’écorce terrestre,
+à l’époque primaire, a été plissée en une grande chaîne très importante,
+d’âge hercynien. Cette chaîne hercynienne avait en gros une direction
+subméridienne.
+
+On a déjà dit au livre précédent combien cette direction hercynienne,
+qui réapparaît de façon posthume en croisée orthogonale avec les plis
+Alpins, est une chose importante pour la dissection et l’intelligence de
+l’Algérie. On n’a rien de général à ajouter sur le sujet.
+
+
+On a déjà dit aussi, dans ce même livre I, que, dans la même Algérie
+proprement dite, les vieilles roches primaires et archéennes étaient
+concentrées, avec les roches éruptives, dans la zone littorale des
+Kabylies, où ils représentent le culot resté adhérent de la Tyrrhénide
+effondrée (fig. 1).
+
+Là-dessus non plus on ne croit pas avoir à ajouter grand’chose. Sur les
+roches anciennes des Kabylies il y a bien eu un petit conflit d’opinions
+entre MM. Termier, directeur du Service de la carte géologique et
+Ficheur, directeur de la Subdivision algérienne du même service[26].
+
+On ne croit pas que cette divergence d’opinion présente un intérêt au
+point de vue qui nous occupe.
+
+M. Termier estime qu’en certains points on a classé dans les schistes
+anciens des dépôts éocènes métamorphisés. Nierait-il donc l’existence
+d’une Tyrrhénide constituée de schistes anciens ? Mais lui-même, d’autre
+part, dans une étude sur la Sardaigne, et à une époque aussi récente que
+1914, insiste sur « ce massif Corso-Sarde, qui a résisté d’une façon
+générale au mouvement Alpin » ; aujourd’hui en grande partie ruiné et
+effondré sous les flots de la Méditerranée ; « entouré de tous côtés par
+des éléments de la chaîne tertiaire, ébranlé lui-même au crétacé, puis
+au tertiaire, mais n’ayant subi en somme, depuis les temps Permiens, que
+des contre-coups, des soubresauts, des ébranlements sans nouveaux
+plissements »[27].
+
+Sur l’existence d’une Tyrrhénide effondrée, tout le monde est donc
+d’accord sans exception et sans restriction. C’est le seul point qui
+nous importe. Dans quelle mesure les vieux schistes kabyles
+appartiennent-ils tous au culot de cette Tyrrhénide, il est vrai que là-
+dessus les techniciens de la géologie ne sont pas d’accord. Mais leurs
+discussions ne sont pas à l’échelle du présent travail géographique.
+
+Aux réserves près qui viennent d’être formulées, la paléogéographie de
+l’Algérie ne commence à nous intéresser qu’à partir de l’ère secondaire.
+A ce moment elle prend pour la première fois une forme qui a un rapport
+vraiment direct avec l’actuelle.
+
+
+[Note 26 : No 117, p. 130 et no 37, p. 407.]
+
+[Note 27 : No 119, p. 43 et 56.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ L’ALGÉRIE BRAS DE MER
+
+
+Au Secondaire, l’Algérie commence à être ce qu’elle est restée, la
+chaîne plissée de l’Atlas.
+
+On voit apparaître les deux môles résistants du nord et du sud, le môle
+tyrrhénien et le saharien.
+
+Entre ces deux mâchoires d’étau, l’Algérie tend à s’écraser. Elle
+devient ce que les géologues appellent un géosynclinal, une charnière de
+l’écorce terrestre, une ligne de moindre résistance et par conséquent de
+plissement.
+
+Géosynclinal, partie déprimée de l’écorce terrestre, et par conséquent
+bras de mer, où les sédiments s’accumulent et par leur poids
+incessamment accru détruisent éternellement l’équilibre, empêchent la
+cicatrisation de la cassure et récréent sans cesse l’instabilité.
+
+Un bras de mer, un détroit, avec des rivages changeants, avec des
+alternatives d’émersion et d’immersion partielles ou totales ; c’est une
+définition acceptable de l’Algérie depuis le début du secondaire à peu
+près.
+
+Son histoire depuis ce temps-là est pour une bonne part (la part des
+immersions), l’histoire des bras de mer successifs qu’elle a été. Or ces
+bras de mer successifs, ou du moins beaucoup d’entre eux, les géologues
+les ont reconstitués et en ont tracé des cartes paléogéographiques. Les
+reproduire, les comparer, voir ce qui résulte de leur rapprochement,
+c’est l’objet du présent chapitre[28] (fig. 7 à 11).
+
+_Bras de mer crétacé._ — Les étages du lias et du jurassique sont
+représentés en Algérie par des dépôts à tout le moins très apparents. Ce
+sont surtout des calcaires massifs, durs, que l’érosion accuse en
+relief, et qui constituent des pitons saillants, des abrupts
+pittoresques (le Djurdjura, les causses de Saïda). Ils tirent l’œil dans
+le paysage. Mais la superficie qu’ils recouvrent au total est trop
+faible pour qu’on puisse essayer d’imaginer ce que fut l’Algérie
+liasique et jurassique. A coup sûr pourtant elle fut envahie par la mer.
+Elle commence dès ce moment là sa carrière de bras de mer. On n’en sait
+pas plus long.
+
+Sur le bras de mer crétacé nous sommes au contraire très bien
+documentés. L’Algérie presque tout entière est encroûtée des dépôts de
+cet âge d’une immense épaisseur. Ce sont eux qui prédominent largement,
+et qu’on a le plus de chance d’avoir sous les pieds ; ils recouvrent une
+superficie qui doit être supérieure à la moitié de l’Algérie.
+
+Aussi les géologues ont-ils pu représenter, dans des cartes
+paléogéographiques, les états successifs du bras de mer aux différents
+étages du crétacé. Ces cartes ne sont pas assez différentes les unes des
+autres pour qu’on ait cru nécessaire à notre point de vue géographique
+de les donner toutes.
+
+On a pensé qu’une suffirait, celle par exemple du crétacé inférieur[29]
+(fig. 7).
+
+Ce n’est pas que les limites du bras de mer soient restés immuables à
+travers tout l’étage, tant s’en faut. Parfois il s’est avancé très loin
+sur la plate-forme saharienne, y déposant les calcaires cénomaniens et
+sénoniens qui constituent les plateaux du Tadmaït.
+
+Une autre fois, à l’albien, le rivage s’est retiré assez loin pour que
+le coin sud-ouest de l’Algérie soit resté longtemps exondé ; les
+montagnes des Oulad-Naïl, le djebel Amour[30] ; l’Albien y est
+représenté par une formation continentale, ce sont des grès rouges de
+facies très uniforme, à « dragées » de quartz roulé, et à petites
+concrétions sphéroïdales, la roche préférée des graveurs rupestres ?
+
+Ces grès à dragées, qui contiennent pour tout fossiles des bois
+silicifiés, sont une des roches algériennes les plus particulières et
+les mieux individualisées ; et ils sont bien une formation crétacée
+continentale.
+
+Mais c’est la seule : à cet intermède près le bras de mer crétacé n’a
+jamais cessé de recouvrir la totalité de l’Algérie comme la carte ci-
+jointe en donne correctement l’idée.
+
+Cette carte distingue, au sud, des dépôts littoraux ou de mer peu
+profonde, « néritiques » ; au nord, des dépôts de mer profonde,
+« bathyaux ». Cette distinction est valable pour tout l’étage crétacé,
+inférieur, moyen et supérieur ; et elle est essentielle. Tous les dépôts
+crétacés ont des facies différents suivant qu’on les étudie au sud ou au
+nord, sur les hauts plateaux ou dans le Tell. Par exemple, les grès à
+dragées Albiens ont pour contemporains, dans le nord : des schistes
+puissants, intercalés de quartzites. Le Cénomanien, depuis la limite
+méridionale du Tell jusqu’à In-Salah, constitue une formation très
+uniforme ; à la base, des marnes gypseuses ; au sommet, des calcaires
+durs à nombreux fossiles côtiers, Ostréa et Oursins, qui représentent le
+sous-étage Turonien. Dans le Tell il devient impossible d’individualiser
+le Turonien ; les deux étages confondus sont représentés par des marnes
+schisteuses à bancs de calcaires marneux, riches en céphalopodes. Le
+Sénonien méridional est franchement calcaire avec fossiles côtiers ;
+dans le nord, ce sont des masses confuses de schistes, avec petits blocs
+calcaires jaunâtres très particuliers, et rares inocérames. D’une façon
+générale toutes les formations méridionales sont des dépôts de mer peu
+profonde, de plages, de lagunes, voire continentaux, avec fossiles
+terrestres ou littoraux : les septentrionales sont surtout des schistes,
+avec rares fossiles pélagiques ; l’uniformité des facies dans les
+formations crétacées du Tell, et leur pauvreté en fossiles, font le
+désespoir des géologues.
+
+Cela revient à dire que dans le bras de mer crétacé, la bande nord, à
+peu près correspondante à notre Tell, était le véritable géosynclinal,
+au sens strict du mot, la mer profonde où les dépôts « bathyaux », les
+argiles, les vases, s’accumulaient dans une mer au fond instable où les
+forces plissantes atteignaient leur intensité maximum. La charnière
+mobile du géosynclinal était là. Le reste, la partie méridionale,
+correspondant vaguement à nos hauts plateaux, participait déjà dans le
+bras de mer crétacé aux caractères d’un socle continental inondé, voire
+partiellement exondé, socle relativement rigide.
+
+On va voir que ça n’a jamais cessé d’être ainsi jusqu’au bout, à travers
+toute la série des âges. La charnière du géosynclinal est restée dans le
+Tell. Ce trait de structure est demeuré acquis depuis le moment où nous
+le voyons se manifester. Et par exemple il a persisté dans le bras de
+mer éocène.
+
+[Illustration : FIG. 7. — MER CRÉTACÉE.
+
+(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)]
+
+[Illustration : FIG. 8. — MER DES PHOSPHATES.
+
+(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)]
+
+[Illustration : FIG. 9. — MER OLIGOCÈNE.
+
+(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)]
+
+[Illustration : FIG. 10. — MER CARTENNIENNE.
+
+(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)]
+
+[Illustration : FIG. 11. — MER SAHÉLIENNE.
+
+_Légende explicative des figures 7 à 11._
+
+Série de cartons paléogéographiques représentant les invasions et les
+retraites du bras de mer dont les dépôts émergés constituent l’Atlas. —
+Ce bras de mer est coincé entre deux continents, le socle Saharien au
+Sud, et au Nord la Tyrrhénide, dont l’effondrement a lieu seulement au
+début du pliocène.
+
+Il y a émersion totale du bras de mer à l’époque oligocène comme à
+l’époque actuelle. — A l’époque crétacée le bras de mer a sa plus grande
+puissance. Mais il est large et profond à l’étage des phosphates et à
+l’étage cartennien. Toutes les fois qu’il est normalement développé il
+est mer profonde, à dépôts bathyaux, dans la partie Nord, Tellienne — et
+socle continental inondé, à dépôts néritiques, dans la partie Sud (hauts
+plateaux). — A travers cette évolution 4 compartiments de l’Atlas se
+sont comportés différemment. — Sur les hauts plateaux le compartiment
+occidental (hauts plateaux oranais) est anciennement émergé sans retour
+oscillatoire de la mer. Il n’en est pas de même du compartiment
+oriental, et particulièrement du Hodna. — Dans le Tell c’est au
+contraire le compartiment oriental, qui a une tendance ancienne à
+l’émersion. Le Tell oranais, des plaines sub-littorales, est la partie
+où la mer a le plus longtemps séjourné, jusqu’à l’époque de beaucoup la
+plus récente.
+
+Noter que cela souligne l’importance de la grande dorsale Laghouat-
+Médéa, de part et d’autre de laquelle les compartiments de l’Atlas ont
+une paléogéographie différente.]
+
+_Bras de mer éocène._ — Les géologues sont d’accord pour en dresser la
+carte, au moins en ce qui concerne l’éocène inférieur (le suessonien),
+l’étage fameux en Algérie par ses phosphates.
+
+Cette carte (voir fig. 8) dressée d’abord par M. Savornin[31], a été
+reproduite par M. Joleaud[32] avec quelques modifications qui portent
+sur des nuances. Entendons, bien entendu, nuances au point de vue qui
+nous occupe. Sur les traits généraux il n’y a pas le moindre désaccord.
+
+Ces traits ressortent au premier coup d’œil sur la carte. Et d’abord le
+bras de mer suessonien est beaucoup plus grêle que le crétacé, très
+aminci. Le quart sud-ouest de l’Algérie est émergé ; c’est l’Atlas
+saharien à l’ouest du Hodna, le coin des grès à dragées ; notez que
+l’émersion est, cette fois, définitive ; la mer n’y est jamais revenue,
+c’est parfaitement authentique. Cette région étendue qui englobe les
+cuvettes des chotts oranais, tout le bloc des hauts plateaux à l’ouest
+du méridien d’Alger, tout cela est resté subaérien, continental, sans la
+moindre interruption, depuis la fin du crétacé. Dans un pays comme
+l’Algérie, qui est dans son ensemble un géosynclinal tertiaire, c’est
+une originalité puissante. On ne l’a pas assez dit, et, par exemple, on
+l’omet par prétérition lorsqu’on réunit dans cette même formule générale
+« les hauts plateaux », à la fois ceux de l’ouest, de l’Oranie, et ceux
+de l’est, cuvette de Hodna et hautes plaines Constantinoises.
+
+Il est curieux de constater d’ailleurs que ces deux groupes de hauts
+plateaux, qui s’individualisent au Suessonien par l’immersion de l’un et
+l’émersion de l’autre, sont justement séparés par la grande dorsale
+Laghouat-Alger.
+
+Sur leurs cartes paléogéographiques de la mer Suessonienne, comme de la
+mer Crétacée, les géologues distinguent soigneusement les dépôts
+« néritiques » et « bathyaux ». Ici la distinction n’est pas seulement
+d’intérêt théorique, mais aussi pratique, ainsi que MM. Jollaud et
+Collet le font ressortir[33]. Dans les dépôts de zone abyssale, c’est-à-
+dire de la zone septentrionale, Tellienne, on ne trouve pas de
+concrétions phosphatées, parce que « les os des animaux marins ont été
+dissous avant d’atteindre le fond ». Les phosphates se rencontrent dans
+la zone des faibles profondeurs, dans le sud par conséquent ; là en
+effet les cadavres « sont tombés sur le fond et s’y sont décomposés ».
+
+Dans ce bras de mer éocène, « à une époque qu’il est difficile de
+préciser exactement, le géosynclinal tellien a fortement rejoué »[34].
+Des plissements intenses ont beaucoup modifié le tracé des rivages. Il
+est certain qu’à l’éocène moyen et surtout supérieur, le bras de mer
+n’avait plus le même tracé. Mais les géologues ne nous disent pas avec
+précision lequel, ils ne se croient pas encore outillés suffisamment
+pour l’oser[35]. Ils affirment pourtant qu’à l’éocène supérieur toutes
+les hautes plaines Constantinoises étaient exondées, comme aussi l’Atlas
+saharien à l’est du Hodna, l’Aurès ; le bras de mer se renfermait dans
+les limites du Tell. Il y a déposé des roches qui sont d’une extrême
+importance géographique. C’est un complexe d’argiles et de grès
+siliceux. Certains géologues lui appliquent, par analogie avec les
+Alpes, le nom de « flysch », dont l’exactitude est contesté par
+d’autres, mais qui est commode. Ce flysch algérien a deux facies
+gréseux, le medjanien aux grès rougeâtres fins et durs, le numidien aux
+grès jaunes grossiers et assez tendres[36]. Cette formation, tout
+particulièrement avec son facies numidien, est associée aux boisements
+superbes des Kabylies, par les réserves d’eau que lui vaut la porosité
+des grès combinée avec l’étanchéité des argiles ; les grès attirent et
+groupent les arbres calcifuges et silicicoles, les chênes-lièges par
+exemple. Ils ont ainsi une importance immense au point de vue
+pittoresque et économique. Ils portent les grandes forêts aux arbres
+énormes, qui ont dans un pays généralement dénudé le charme de
+l’inattendu. C’est à eux que l’Algérie doit d’occuper un rang
+intéressant parmi les rares pays producteurs du liège. Et si on songe
+aux phosphates suessoniens il faut conclure que la Berbérie a vraiment à
+l’Éocène des obligations particulières.
+
+Les géologues donnent au flysch une épaisseur totale d’environ 700
+mètres ; c’est une masse puissante, dépôt d’un bras de mer encore
+profond, d’un géosynclinal où les plissements orogéniques se sont
+continués jusqu’à la fin de l’éocène.
+
+_La mer oligocène._ — L’éocène, qui a vu en Europe se dresser les
+Pyrénées, est un âge important pour la surrection de l’Atlas. A la fin
+de l’éocène, c’est-à-dire à l’oligocène, l’Atlas existe déjà, ou du
+moins un Atlas, qui s’est depuis plus ou moins démoli et reconstruit,
+mais qui est constitué, tout brandi, dressé hors des eaux. La
+substitution de la chaîne de montagnes au géosynclinal est parachevée.
+Le long de cette charnière instable de l’écorce terrestre qu’est
+essentiellement le bras de mer algérien, la compression latérale des
+deux mâchoires a produit dès ce temps-là, et provisoirement, son effet
+normal ; elle a supprimé le bras de mer à peu près complètement, et
+dressé à sa place un haut-relief.
+
+Les géologues sont d’accord pour affirmer que l’Algérie oligocène était
+exondée, une surface continentale. Ceci est certainement un point ferme,
+soustrait aux discussions, comme en témoignent les esquisses,
+concordantes sur l’essentiel, qu’ont publiées MM. Savornin[37],
+Joleaud[38], Dalloni[39]. Non seulement on a reconnu l’âge oligocène de
+dépôts continentaux, cailloutis torrentiels, alluvions lagunaires
+gypseuses, épars sur le sol de l’Algérie. Mais encore, comme contre-
+épreuve, on a identifié les dépôts marins de l’étage, et on a pu tracer
+sur la carte les rivages de ce qui subsistait sur le sol Algérien de la
+mer oligocène (fig. 9). C’est une obligation qu’on a particulièrement à
+M. Dalloni. On connaît anciennement sur le littoral de l’Algérie
+actuelle quelques traces de mer oiigocene, un petit golfe par exemple
+dans la région de Dellys. Le bras de mer oligocène subsistait donc au
+large des côtes actuelles dans l’Algérie occidentale. M. Dalloni[39]
+nous a révélé récemment que le bras de mer envoyait un autre
+prolongement très curieux dans cette même Algérie occidentale, mais très
+loin à l’intérieur des terres, depuis l’embouchure de la Tafna par Sidi-
+Bel-Abbès, Mascara, nord de Tiaret, Boghari, sur la lisière sud de
+l’Atlas. C’était un fjord, si on peut dire, long de 400 kilomètres, sans
+largeur et sans profondeur, un dernier rappel du géosynclinal sur
+l’emplacement même de sa charnière, au contact précis du Tell et des
+hauts plateaux. Notez que ce fjord se fermait dans la région de Boghari
+au passage de la grande dorsale Laghouat-Médéah, de part et d’autre de
+laquelle les Tells, oriental et occidental se diversifient. Un intérêt
+de cette carte paléogéographique est justement de faire apparaître pour
+la première fois l’originalité du Tell occidental, Tell Oranais. Cet
+Atlas d’âge pyrénéen, édifié par les plissements de l’éocène, exondé à
+l’oligocène, c’est dans le Tell Oranais qu’il conserve encore dans ses
+plis des digitations du bras de mer. Et c’est là en effet surtout que
+nous allons le voir aux âges suivants se démolir pour se reconstruire,
+s’abîmer presque tout entier sous l’eau, pour émerger de nouveau.
+
+
+_Bras de mer miocène inférieur._ — Plusieurs géologues, MM.
+Savornin[40], Joleaud[41], Dalloni[42] ont tracé des bras de mer
+miocènes des cartes successives aux étages inférieur et moyen. Ils sont
+tous d’accord à des nuances près qui ne sont pas de notre ressort ici.
+La carte qu’on reproduit ci-joint est celle du miocène inférieur,
+l’étage qu’on appelle généralement cartennien, celui qui succède
+immédiatement à l’oligocène.
+
+Au cartennien, l’Algérie devient de nouveau un bras de mer, large et
+profond, où le géosynclinal rejoue avec intensité ; et ces conditions
+durent à l’étage suivant l’helvétien. Des plissements d’une grande
+importance rajeunissent et réédifient partiellement l’Atlas, des
+plissements d’âge alpin cette fois. De part et d’autre de l’oligocène,
+_grosso modo_, en simplifiant, en schématisant, ce sont eux qui ont
+construit l’Atlas algérien. L’éocène en a fait le dessin général, que le
+miocène a plus ou moins complètement remanié.
+
+
+Parmi les parties de l’Atlas Algérien actuel, on peut à la suite des
+géologues distinguer celles qui sont d’âge Pyrénéen et celles qui sont
+d’âge Alpin. On le peut du moins dans certains cas, dans une certaine
+mesure, avec beaucoup de prudence, en suivant les géologues pas à pas.
+Nous trouvons par la suite que cette distinction est d’une grande
+importance pour l’intelligence du pays, dans certains de ses coins.
+
+Le bras de mer cartennien rappelle un peu par sa forme générale le
+suessonien (fig. 10). Il est d’étendue à peu près équivalente, bien plus
+réduit par conséquent que le bras de mer crétacé, mais il recouvre tout
+de même une bonne moitié de l’Algérie.
+
+Quand on y regarde de plus près, des différences importantes
+apparaissent avec le bras de mer Suessonien.
+
+Cette fois c’est le Tell Oranais qui s’est abîmé sous les flots, à peu
+près tout entier, sauf quelques îlots, et à de grandes profondeurs ; les
+dépôts cartenniens et helvétiens dans l’Algérie occidentale sont surtout
+des marnes et des argiles, de facies très uniformes, en masses énormes,
+des dépôts abyssaux.
+
+Dans l’est, au delà de la grande dorsale de Médéa, l’allure du bras de
+mer cartennien est bien différente, assez exactement inverse. Le Tell
+oriental est resté émergé, à peu près tout entier, à sa bordure
+méridionale près. C’est au sud du Tell que le bras de mer cartennien
+s’est étalé très largement.
+
+Il s’est répandu sur les Hauts plateaux Constantinois jusqu’en Tunisie
+dans une mesure encore mal précisée ; mais surtout dans la cuvette du
+Hodna, sur le seuil de Biskra. Là hors du géosynclinal Tellien, sur le
+socle inondé des hauts plateaux, il a laissé des dépôts néritiques ; des
+calcaires à lithotamnium, par exemple, dont la présence accuse des
+profondeurs maritimes d’une vingtaine de mètres au maximum.
+
+_Golfes sahélien et pliocène._ — Restent enfin les mers du miocène
+supérieur (sahélien) et du pliocène (fig. 11). Le détroit, exondé à
+moitié, est devenu golfe. Les golfes sahélien et pliocène se continuent
+et se recouvrent l’un l’autre à peu de chose près, dans le même coin
+nord occidental de l’Algérie[43]. Ils y occupent toute la zone des
+plaines sublittorales et des Sahels, d’où le nom de Sahélien.
+
+Celui-ci touche ou a touché aux préoccupations de l’opinion publique par
+certains côtés. Dans le Dahra, la « farine siliceuse » ou « kieselguhr »
+est un amas de diatomées, dans des dépôts sahéliens d’eau douce ou
+saumâtre. Et les fameuses grottes où Pélissier enfuma les Frechih sont
+sculptées dans une lentille de plâtre d’une formation sahélienne.
+L’étage pourtant est surtout représenté par des argiles, très
+puissantes, célèbres par leur instabilité, et qui témoignent d’une mer
+profonde.
+
+C’est la mollasse pliocène qui constitue les environs d’Alger, avec
+leurs ravissants chemins creux, entre des murs vivants et sous des
+voûtes d’oliviers sauvages. Des grès pliocènes couverts de lentisques
+portent le tombeau de la Chrétienne et les ruines charmantes de Tipaza.
+La grande banlieue d’Alger, familière aux touristes est surtout
+pliocène. Ces formations ont beau être littorales : elles n’en
+intéressent pas moins une portion considérable du Tell occidental et
+nous verrons qu’elles ont été, au fond des mers sahéliennes et
+pliocènes, affectées de mouvements orogéniques très importants, jusqu’à
+une époque si rapprochée de nous qu’il faut déjà presque l’appeler
+quaternaire.
+
+Ce dernier tableau s’accorde bien avec les précédents et complète la
+figure d’ensemble. L’histoire du bras de mer se termine dans le Tell
+occidental, c’est là qu’il a séjourné en dernier lieu, et qu’il a fait
+enfin sa retraite définitive. Le compartiment du Tell Oranais est resté
+mer, et mer profonde bien plus longtemps que le reste.
+
+_Conclusion._ — Cette série de cartes paléogéographiques, donnant les
+états successifs du bras de mer algérien permet peut-être d’imaginer
+l’instabilité du sol. Un pays qui est tout entier et qui n’a jamais
+cessé d’être depuis le crétacé un géosynclinal : ce pays-là est instable
+par définition. L’Algérie en effet est périodiquement visitée par les
+tremblements de terre.
+
+L’Atlas algérien, depuis le crétacé, n’a jamais cessé jusqu’à nos jours,
+jusqu’au quaternaire, d’être dans le devenir ; il est d’âge pyrénéen,
+alpin, post-alpin même ; il n’a jamais cessé de s’édifier, de s’écrouler
+et de se réédifier par quelque bout, tantôt ici et tantôt là.
+
+On conçoit donc bien qu’il soit difficile de comprendre l’Atlas et d’en
+rendre compte. Dans une tentative de ce genre, à laquelle il faut bien
+se résoudre pourtant, une extrême prudence s’impose. Sous cette réserve
+il semble bien qu’on voie déjà se dégager quelques grands compartiments.
+
+Dans l’Atlas tellien, de part et d’autre de la grande dorsale, le
+compartiment occidental et l’oriental ont chacun son histoire de plus en
+plus distincte depuis l’oligocène déjà. Dans l’Atlas saharien et la zone
+des plateaux la grande ligne de démarcation essentielle, c’est le seuil
+de Biskra ; l’importance de cette ligne de démarcation est immense
+depuis le cartennien, et même il faut dire depuis l’albien. Dans la
+série de nos cartes, et, à mon sens, dans la réalité géographique et
+humaine, il n’y a pas peut-être, dans toute l’Algérie, de ligne de
+démarcation plus importante.
+
+Par-dessus tout, la grande division essentielle, primordiale, qui
+apparaît déjà, avec une netteté parfaite, sur la plus ancienne de nos
+cartes, celle du bras de mer crétacé, et qui se retrouve dans toutes les
+autres, c’est la division éternelle de l’Atlas algérien en géosynclinal
+tellien au nord et socle des Hauts plateaux au sud. Cette grande
+division est tout à fait populaire et précisément pour cela on s’en est
+méfié, on l’a même contestée. Il faut souligner au contraire combien
+elle est en accord avec le résultat des recherches géologiques les plus
+techniques.
+
+
+[Note 28 : Les premières en date, qui sont, de M. Savornin, ont été
+publiées dans un article de E.-F. Gautier. Cf. nos 113 et 46.]
+
+[Note 29 : No 26, p. 248 et no 70, p. 189. Les réserves formulées par M.
+Savornin, no 115, p. 409, ne sont pas à l’échelle de notre travail
+géographique.]
+
+[Note 30 : No 26, p. 286, fig. 43.]
+
+[Note 31 : No 46, p. 90, fig. 23 et no 115, p. 417, fig. 90.]
+
+[Note 32 : No 70, p. 213, fig. III.]
+
+[Note 33 : No 70, p. 222.]
+
+[Note 34 : No 26, p. 399.]
+
+[Note 35 : Voir pourtant Savornin, no 115, p. 418, fig. 91.]
+
+[Note 36 : Cf. no 70, p. 198.]
+
+[Note 37 : No 115, p. 419, fig. 92.]
+
+[Note 38 : No 70, p. 279, fig. IV.]
+
+[Note 39 : No 31, p. 107, fig. 1.]
+
+[Note 40 : No 46, p. 92, fig. 24 et no 115, p. 421, fig. 93.]
+
+[Note 41 : No 70, p. 280, fig. V.]
+
+[Note 42 : No 30, p. 434, fig. 1.]
+
+[Note 43 : No 70, p. 285, fig. VII et p. 288, fig. VIII ; No 30, p. 447,
+fig. 2.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ LE TRIAS
+
+
+Sur le passé de l’Atlas saharien, l’étude des dépôts marins, qui conduit
+à l’établissement de cartes successives du bras de mer, n’est pas la
+source unique de renseignements. L’étude des dépôts continentaux n’est
+pas moins importante. Il ne doit pas y avoir beaucoup de pays au monde
+où les dépôts continentaux soient aussi abondants et aussi intéressants.
+
+En première ligne vient le trias.
+
+A la fin des temps primaires et au début des secondaires, juste avant
+l’établissement des conditions géosynclinales qui annoncent l’Atlas,
+quand, sur l’emplacement de l’Afrique du Nord, il y avait une pénéplaine
+hercynienne, que nous entrevoyons confusément dans le passé, il est du
+moins parfaitement net et certain que cette pénéplaine est restée
+exondée pendant des âges géologiques. L’Algérie du bras de mer a un long
+prologue d’émersion totale, pendant lequel elle s’est couverte de dépôts
+continentaux.
+
+Les plus anciens et les moins intéressants appartiennent au permien,
+dernier étage du primaire ? Cet étage est représenté en Algérie par des
+dépôts de faible étendue ; ce sont invariablement des poudingues
+attestant un ruissellement subaérien. On n’en sait pas davantage. Il
+faut considérer surtout le trias ; premier étage du secondaire. Il est
+pour l’intelligence de la structure d’une importance immense, et on
+devra y insister longuement.
+
+Du gypse ; du sel gemme ; des marnes bariolées de couleurs vives, dans
+les tons rouges et violets ; des roches éruptives du type ophitique.
+C’est une formation très constante dans sa variété qui a fait couler
+beaucoup d’encre. Pendant longtemps on y a vu une formation éruptive.
+Depuis 1896 on admet unanimement l’attribution au trias[44]. Mais on
+discute encore entre géologues sur le rôle de ce trias dans la formation
+des nappes. C’est le terrain d’Algérie le plus passionnant, et si on
+peut dire le plus retentissant.
+
+On se gardera bien de suivre les géologues dans leurs discussions. Ce
+qui nous intéresse exclusivement ce sont les points sur lesquels ils
+sont tout à fait d’accord, soustraits définitivement à la controverse.
+
+Il est certain que ces terrains gypso-salins sont d’âge triasique. Ils
+se retrouvent avec le même facies non seulement dans tout l’Atlas, de la
+Tunisie au Maroc, mais dans l’Andalousie, le sud-est de l’Espagne et aux
+Pyrénées. Il y a donc eu pendant l’âge triasique sur l’emplacement de la
+Berbérie et de l’Espagne un continent émergé, où régnaient des
+conditions de climat steppien ou désertique, parsemé de lagunes et de
+chotts.
+
+_Rochers de sel._ — Quoique le trias algérien conserve partout son même
+facies remarquablement constant, caractérisé par la présence des trois
+éléments, sel, plâtre, argile ; cependant la proportion des trois
+éléments est variable.
+
+Quand le sel prédomine le résultat est particulièrement curieux. Il y a
+une catégorie de dépôts triasiques que les géologues ont pris l’habitude
+d’appeler rochers de sel. Ce sont, au sens littéral du mot, des
+montagnes de sel, des reliefs considérables tout en sel gemme.
+
+On a dressé une carte à grande échelle d’un rocher de sel, celui de
+Djelfa (fig. 12)[45]. Il est donc possible d’indiquer les dimensions
+avec une grande précision. Des falaises y ont des abrupts qui atteignent
+100 mètres, exactement de la cote 922 à la cote 1022. Or, ces abrupts
+tout entiers, de la base au sommet, sont du sel gemme, en assises bien
+litées, sans intercalation d’argile. Comme on ne voit pas le substratum,
+l’épaisseur du sel gemme peut être beaucoup plus considérable.
+
+[Illustration : FIG. 12. — LE ROCHER DE SEL DE DJELFA.
+
+La figure est une réduction photographique au 20000e des courbes de la
+carte au 5000e publiée dans 48 (et à laquelle on renvoie pour plus de
+détails).
+
+Tout le centre, le dédale d’entonnoirs, est du trias, et essentiellement
+du sel gemme.
+
+Dans la partie gauche et centrale de la figure la haute falaise d’un
+seul jet, d’une centaine de mètres, est tout entière en sel gemme, pur,
+nu, et guilloché.
+
+Autour de ce cœur triasique et tranchant nettement avec lui court une
+auréole, régulièrement circulaire, à bords vivement relevés, de terrains
+normalement drainés. Elle serait à peu près continue sur tout le
+pourtour, n’était l’érosion de l’oued Melah qui en a fauché un pan au
+bas de la figure.
+
+L’ensemble a la forme d’une pustule au centre crevé.]
+
+Il y a aussi des argiles salées très dures, maintenues par une armature
+d’infiltrations et de filonnets de sel. Dans le rocher de Djelfa elles
+sont groupées à part, elles occupent toute la partie méridionale du
+rocher, en masses puissantes, pas du tout litées. On peut supposer que
+les bancs de sel et les argiles étaient interstratifiés au moment du
+dépôt ; cela paraît vraisemblable. Les formidables pressions, dont nous
+avons d’autres témoignages, peuvent avoir séparé mécaniquement ces deux
+éléments en faisant fuser l’argile. Quoi qu’il en soit cette séparation
+est aujourd’hui complète. Le sel forme une masse compacte d’une
+puissance énorme. Même dans la partie sud, où les boues salées sont
+presque tout ce qu’on voit en surface, il est probable qu’elles reposent
+partout, à une profondeur plus ou moins faible, sur des assises de sel
+gemme. En effet, sous la couche des boues, on voit souvent apparaître,
+au fond des puits, le sel massif, découpé sur les parois en tuyaux
+d’orgue polis. En tout cas, même dans la seule partie nord, le bloc de
+sel, largement étalé, est d’une puissance indéniable qui confond. Il y a
+là une surface d’un kilomètre carré environ, sur une épaisseur d’une
+centaine de mètres.
+
+Ce n’est rien cependant à côté de ce qu’on voit à El-Outaya (station de
+chemin de fer entre El-Kantara et Biskra). Le rocher de sel d’El-Outaya
+est beaucoup plus grand ; il se trouve sur la première feuille publiée
+de la carte d’Algérie au 100000e[46]. On peut donc donner sur ses
+dimensions des chiffres précis. De la base, qui est une grande plaine
+d’alluvions au sud jusqu’au signal géodésique du sommet, la
+dénivellation est de 300 mètres. La pente extrêmement abrupte ne permet
+l’ascension que par un très petit nombre de sentiers difficiles. A une
+échelle triple, c’est un pendant exact de la grande falaise du rocher de
+Djelfa. Ici comme là, c’est le même sel gemme, massif sur toute
+l’épaisseur à ce qu’il m’a semblé, sans une seule intercalation
+d’argile. En plan la montagne est longue de 6 kilomètres, et large de 3,
+alors que, à Djelfa, le rocher de sel n’a que 1500 mètres de diamètre.
+Le rocher d’El-Outaya est le géant de l’espèce.
+
+Dans la même région, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest d’El-
+Kantara, un autre rocher de sel, celui de Metlili, est, au contraire,
+beaucoup plus petit. Il a 500 mètres environ de diamètre ; mais il est,
+lui aussi, un relief abrupt de sel massif.
+
+Ces rochers de sel algériens sont des individualités géographiques tout
+à fait à part. Leur rôle économique est médiocre. L’exploitation du sel
+à El-Outaya, dès le temps des Fatimides, est mentionnée, il est vrai,
+par El-Bekri. Et d’ailleurs tous les rochers de sel sont exploités
+aujourd’hui par les indigènes. Mais cela signifie que, de temps en
+temps, on y voit un bourriquot ou un chameau chargé de blocs de sel
+arrachés à coup de pioche, pour la consommation d’une famille ou
+l’approvisionnement d’un petit marché voisin. D’exploitation européenne
+il n’est encore nullement question. Dans le paysage les rochers de sel
+sont un coup d’œil extraordinaire. Ils sont d’une aridité absolue. On
+distingue de loin leur nudité claire, au milieu des verdures pourtant
+médiocres qui les entourent. La pauvreté végétale fait contraste avec la
+richesse de la faune. Il est vrai qu’il y a peu de variété. Ce qui
+frappe surtout, c’est la gent ailée. Il n’est pas possible de substituer
+à cette périphrase le mot oiseaux ; parce que la chauve-souris y tient
+une place, elle accumule son guano dans les galeries des avens. On voit
+surtout des rapaces et des pigeons en quantités incroyables. Au sommet
+des grands escarpements on voit certains jours autour de soi les oiseaux
+de proie voltiger comme des moineaux dans un jardin public parisien. Ils
+sont chez eux, nichent sur les aiguilles de sel et dans les
+anfractuosités des précipices. Les pigeons sont encore beaucoup plus
+nombreux ; on les voit par essaims. Ils habitent comme les chauves-
+souris dans les puits et les galeries d’avens dont les orifices et les
+longs boyaux étroits sont impassables pour les grandes ailes des
+rapaces.
+
+Animés par toute cette vie, qu’on se représente ces immenses murailles
+et ces cirques de sel gemme rubané, décapé, verni, avec des arches, des
+pyramides, des guillochages ; ou même, dans les parties argileuses, ce
+hérissement absurde de crêtes en boue durcie grisâtre, crevée de trous,
+paysage lunaire. Ce sont des spectacles uniques.
+
+_Facies tellien et steppien._ — Je ne connais guère que ces trois
+rochers de sel, Djelfa, El-Outaya, Metlili, qui méritent vraiment ce nom
+de rocher ; ce sont les seuls affleurements triasiques, où le sel gemme
+se présente en masses puissantes faisant saillie. Or tous les trois sont
+dans l’extrême sud ; dans l’atlas saharien. Les dépôts continentaux
+triasiques, comme les dépôts marins crétacés et d’ailleurs d’âges
+divers, ont donc un facies différent dans le nord et dans le sud ? Dans
+le nord, c’est le gypse et non pas le sel qui tend à prédominer.
+
+Cette différence de facies peut s’expliquer par les conditions
+différentes du dépôt, à l’âge triasique. C’est du moins ce qu’admet, à
+titre hypothétique, M. Joleaud[47] ; sur le continent triasique les
+lagunes méridionales, plus voisines du Sahara, et plus éloignées de la
+mer, seraient celles où le sel se déposait en plus grande abondance.
+
+On peut imaginer une autre explication, qui n’exclut pas la première. Le
+climat actuel dans le sud de l’Algérie est beaucoup plus favorable à la
+conservation du sel que dans le nord. Qu’un rocher de sel gemme, si
+massif et si dur soit-il, fasse saillie, on ne conçoit pas bien que
+c’eût été possible sous un climat pluvieux comme celui du Tell.
+Puisqu’enfin le sel fond, incontestablement.
+
+
+Quelle que soit l’explication le fait est curieux, il y a donc du sud au
+nord, dans les dépôts triasiques, une tendance à la différenciation des
+facies. La différence est encore plus accusée dans l’allure des
+affleurements.
+
+_Allure des affleurements._ — Cette allure est très particulière, parce
+qu’elle est invariablement absurde. Le trias n’apparaît presque jamais à
+sa place stratigraphique, là où on l’attendrait, à la base du lias. Il
+voisine avec n’importe quoi, au petit bonheur, dans les associations les
+plus hétéroclites. A son voisinage les roches encaissantes ne sont pas
+seulement inattendues, elles sont toujours bouleversées, avec des
+allures acrobatiques, catastrophiques. C’est pour cela que, jusqu’en
+1896, les affleurements gypsosalins ont été considérés comme des venues
+éruptives.
+
+Aujourd’hui les géologues sont unanimes pour expliquer le phénomène. Ce
+terrain gypso-salin est extrêmement sensible à l’influence de l’eau, il
+s’y dissout. En surface, dans le paysage les marnes bariolées du trias
+sont toujours accusées en creux ; si accusées parfois qu’un lac s’y
+installe. C’est le cas d’Aïn-Ouarka (à une quarantaine de kilomètres à
+l’est d’Aïn-Sefra). Une source thermale très chaude et très abondante y
+jaillit des calcaires liasiques au contact du trias ; c’est une source
+vauclusienne, un véritable petit ruisseau tout formé dès sa sortie du
+sol. Par sa masse et sa température elle a un pouvoir de dissolution
+considérable. Elle l’a exercé aux dépens du sel et du gypse contenus
+dans les boues. Il en est résulté un lac qui a plusieurs dizaines de
+mètres de creux. Un véritable lac d’eau douce et vive, poissonneux,
+envahi aux roseaux[48]. Il faut le replacer par la pensée dans le
+paysage du sud, à demi désertique, pelé, déchiqueté, aux tons fauves, où
+les marnes bariolées mettent des tons vifs, rouges, violets, blancs, et
+les ophites des tons verts. Ce paysage merveilleux voisine d’assez près
+avec le rocher de Djelfa ; dans le même pays, sous le même climat, c’est
+le même terrain triasique qui a donné ces formes opposées un relief de
+sel gemme et un lac d’eau douce, cela souligne son instabilité absurde
+dès que l’eau exerce son influence. Quand les marnes bariolées sont en
+contact prolongé avec de l’eau, à défaut d’un lac, elles donnent souvent
+des fondrières susceptibles d’être dangereuses. L’oued Touil (Haut-
+Chéliff), tout près du point où il va sortir des montagnes pour entrer
+dans la plaine des Zahrez, traverse un affleurement de trias, et,
+pendant quelques kilomètres, cet oued à sec, subitement et absurdement,
+devient plus impassable qu’un grand fleuve.
+
+D’après l’exemple précis de ces formes que prend le trias en surface on
+peut essayer d’imaginer comment il a dû réagir en profondeur. Dans
+l’épaisseur de la croûte terrestre, à travers les âges, le trias a
+baigné dans des nappes d’eau tiède, il y est devenu une pâte lubrifiée,
+molle, caverneuse. Dans cet état il a supporté le poids des roches
+superposées, et les formidables pressions orogéniques. Que vouliez-vous
+qu’il fît ? par toutes les issues, tous les décollements, toutes les
+fissures, il s’est insinué, il a foiré, giclé, jailli, à la manière en
+effet d’une roche éruptive ; souvent accompagné d’ailleurs d’une
+véritable roche éruptive. Ces allures, qui ont longtemps égaré les
+géologues, ne sont donc pas surprenantes le moins du monde, elles sont
+au contraire toutes naturelles.
+
+Cette allure éruptive le trias l’a partout, à travers toute l’Algérie au
+sud comme au nord. Pourtant, à ce point de vue là aussi, entre le sud et
+le nord les géologues font une distinction importante.
+
+Dans le nord, c’est-à-dire dans le géosynclinal tellien, les fantaisies
+du trias sont au maximum ; il est impossible de rien préciser, de
+dégager une loi. Dans le sud au contraire, dans le domaine du socle
+continental, le trias se montre assez régulièrement dans des conditions
+déterminées toujours les mêmes, au cœur d’un dôme.
+
+_Dômes évidés._ — Cette structure apparaît du premier coup d’œil sur la
+carte du rocher de Djelfa (fig. 12). Autour du cœur troué d’avens, qui
+est le rocher de sel proprement dit, affleurement de trias, court un
+cadre régulièrement circulaire d’un terrain tout différent, de modelé
+normal. L’ensemble constitue un dôme régulier, au centre duquel le trias
+a giclé ; cela suggère l’idée d’une pustule crevée. Il y a dôme non
+seulement au point de vue topographique, par la retombée des pentes
+circulairement vers tous les points de l’horizon, mais aussi au point de
+vue géologique, par a plongée des couches de toutes parts vers
+l’extérieur.
+
+Cette disposition n’est pas particulière au rocher de Djelfa. Elle se
+retrouve, exactement pareille dans les deux autres, celui d’El-Outaya et
+celui de Metlili. Tous trois sont construits de même. Notez qu’ils le
+sont avec des matériaux différents ; sauf le cœur triasique tout le
+reste, le pourtour de la pustule, est d’âge quelconque. A Djelfa ce
+pourtour est de l’oligocène et du néocomien. A El-Outaya c’est de
+l’oligocène encore et du miocène marin. A Metlili du cénomanien. C’est
+ainsi que le trias reste fidèle à ses habitudes de contact
+perpétuellement anormal.
+
+[Illustration : FIG. 13. — LES DOMES NEMENCHAS.
+
+(Carte au 200000e, no 39.)
+
+Deux ovales réguliers, parallèles et accolés, un détail orographique
+étrange par sa régularité. Le centre est du trias, des argiles salées
+que l’érosion a accusées en creux. La parenté de forme et de structure
+avec la montagne de sel est évidente.]
+
+Mais si la composition varie, la structure ne change pas. Une quantité
+considérable de gisements triasiques, dans tout le sud algérien, ont
+cette allure en dôme. Flamand qui l’a observé dans les monts des Qçour
+l’appelle une allure de laccolithe[49]. Un dôme elliptique d’énorme
+diamètre, plusieurs dizaines de kilomètres, ou, si l’on préfère une
+boutonnière anticlinale à centre très largement évidé, comblé
+d’alluvions récentes, et au milieu de cette plaine un pointement
+triasique. C’est une forme de relief que Blayac a décrite au plateau des
+Nemenchas[50]. Elle est très fréquente dans le sud algérien, on en
+citerait des exemples par dizaines (fig. 13) si éloignée qu’elle
+paraisse au premier abord des rochers de sel, elle en est très voisine.
+Les deux structures se laissent ramener l’une à l’autre, c’est le dôme
+au centre crevé.
+
+Il s’agit toujours de ce terrain triasique instable et semi-fluide. Là,
+où il se trouve en profondeur sous la croûte solide des formations
+géologiques plus récentes, il lui arrive souvent de déterminer dans cet
+épiderme des sortes de furoncles, au sommet et au cœur desquels il
+trouve une issue, si l’on peut se permettre, pour la commodité, l’emploi
+de cette métaphore pathologique.
+
+Les géologues sont d’accord pour faire de cette forme de relief bien
+individualisée une caractéristique du socle continental. Dès qu’ils
+rencontrent la forme dôme, ils déclarent reconnaître à ce signe qu’ils
+ont franchi la limite entre les deux régions distinctes, le géosynclinal
+tellien et le socle continental. A propos du trias nous retrouvons cette
+distinction qui ressort de toutes les cartes paléogéographiques.
+
+
+[Note 44 : Voir l’histoire de cette discussion dans Blayac. No 26, p. 71
+et suiv.]
+
+[Note 45 : No 48.]
+
+[Note 46 : No 5, feuille de Mrhaier.]
+
+[Note 47 : No 70, p. 86.]
+
+[Note 48 : No 41, p. 298, fig. 29.]
+
+[Note 49 : No 41, p. 367.]
+
+[Note 50 : No 26, p. 116, 119, fig. 22, 23, 24.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ LES DÉSERTS SUCCESSIFS
+
+
+Quoique le trias algérien soit apparenté plus particulièrement avec
+l’espagnol, le sel triasique se retrouve dans toute l’Europe, de
+Lorraine en Galicie ; sur une portion considérable de la planète
+l’époque triasique a déposé du sel ; le sel est la spécialité de cet
+étage, comme la houille du carboniférien.
+
+Chez nous en Europe le trias, parmi les dépôts continentaux, est le seul
+qui atteste des influences désertiques. En Algérie tout au rebours la
+succession tout entière des dépôts continentaux semble bien montrer la
+pérennité d’un climat sec, désertique ou steppien, avec de rares
+interruptions oscillatoires.
+
+_L’albien._ — On a déjà mentionné les grès albiens, la seule formation
+continentale crétacée. Ils contiennent pour tout fossile des bois
+silicifiés. Ils ont constitué une matière de choix pour les graveurs
+rupestres, ou peut être faut-il dire qu’ils ont, mieux que d’autres
+roches, conservé leur ouvrage ? On les nomme souvent grès à dragées, ou
+encore grès à sphéroïdes. Ils couvrent des espaces immenses dans l’Atlas
+saharien et d’ailleurs aussi dans le Sahara algérien. Ce sont des grès
+rouges, extraordinairement uniformes, comme couleur et comme texture.
+
+Ils ont été attribués à l’albien à cause de leur situation
+stratigraphique à la base du cénomanien très fossilifère. Les couches de
+base du cénomanien sont très chargées de gypse. Au Sahara, près
+Temassinin[51], exactement dans le Djoua, Roche et Foureau ont signalé
+au-dessous du cénomanien, « des argiles rouges et vertes, quelquefois
+blanches, avec intercalation de bancs gypseux » ; le sol de la
+dépression est souvent couvert de gypse remanié. On a pris d’abord ces
+formations lagunaires pour du trias. Mais Foureau y a recueilli des
+fossiles (dinosauriens, tortues, poissons), que Haug a étudiés ; et
+qu’il rapporte à l’albien. Ce seraient là des raisons déjà suffisantes
+pour établir que le climat de l’Afrique septentrionale à l’époque
+albienne était steppien. Mais il y a une autre raison, plus directe.
+
+Les grès rouges, de même facies que les grès albiens, sont très répandus
+au Sahara et au Soudan ; les grès dévoniens des plateaux Touaregs par
+exemple, les grès du Sénégal dont l’âge éocène est établi, ressemblent
+beaucoup aux grès albiens. Il faut en dire autant des grès de Nubie.
+J’ai recueilli moi-même en Égypte et rapporté à Alger des sphéroïdes,
+qui sont indiscernables des sphéroïdes albiennes. Or voici ce que dit du
+grès nubien un géologue égyptien, M. Fourtau[52]. Il constate que ces
+grès rouges sans fossiles ont été attribués par les différents auteurs
+aux étages les plus divers, albien ; sénonien, carboniférien, etc.
+« Tous les auteurs ont raison pour la localité qu’ils ont étudiée.... En
+réalité nous devons considérer la formation gréseuse qui couvre de si
+vastes espaces de terrain, depuis la Palestine jusqu’au Soudan égyptien,
+comme un véritable désert fossile semblable au désert actuel.
+Aujourd’hui s’il se produisait une nouvelle transgression marine,
+l’immense mer de sable qui arrêta Zittel et Rohlfs donnerait sans nul
+doute, naissance à une nouvelle bande de grès. »
+
+Tout porte donc à croire que le grès albien de l’Atlas saharien
+représente un erg désertique pétrifié.
+
+_L’oligocène._ — Dans l’Algérie, sur de grands espaces, on trouve en
+couches épaisses des dépôts continentaux qu’on a confondus longtemps
+sous le nom général d’oligocène. Ils ont été l’objet de vives
+discussions entre géologues. Une école, qu’on peut appeler parisienne,
+conteste l’attribution de certains dépôts à l’étage oligocène. Ce qui a
+été classé sous cette rubrique serait du tortonien et surtout du
+pontien.
+
+D’autre part il y a tel gisement, que j’ai vu[53], récemment décrit[54]
+avec beaucoup de détails, où l’âge pré-miocène et par conséquent
+oligocène de la formation ne peut pas être sérieusement mis en doute
+(figure 30). Il ne s’agit pas de suivre dans le détail une argumentation
+sur des points contestés : on désire ne s’appuyer que sur le consensus
+des géologues. Il est facile à propos d’oligocène, de dégager les points
+sur lesquels ce consensus est réalisé. L’école algérienne, opposée à la
+parisienne, maintient, en général, l’existence de l’oligocène. Mais dans
+certains cas, dans un cas bien déterminé au moins (au polygone de
+Constantine), elle ne conteste pas que des couches faussement attribuées
+à l’oligocène soient en réalité tortoniennes et pontiennes. Qu’on
+emploie donc le mot oligocène ou celui de pontien, avec tous les points
+d’interrogation qu’on voudra, il est entendu que ces dénominations
+s’appliquent à des dépôts continentaux, d’âges mal déterminés, mais
+certainement postérieurs au trias, certainement divers, et de facies
+assez uniformes. S’ils avaient été nettement contrastés on ne les aurait
+pas confondus dans une dénomination commune.
+
+Or ce qui apparente leur facies ce sont des caractères qui semblent se
+référer à un climat sec, désertique ou steppien. L’oligocène (?) est
+généralement composé de couches rouges ; souvent ce sont des argiles
+interstratifiées de gypse, et la présence de gypse est significative :
+d’autres fois ce sont des cailloutis sans presque aucun mélange de
+terre, et cela aussi est significatif ; le cailloutis pur, croulant sous
+les pieds, vanné par l’action prolongée du vent, est une formation
+désertique bien connue.
+
+Là-dessus les géologues des deux écoles sont d’accord. D’après
+Savornin[55] « la grande épaisseur des dépôts torrentiels n’est
+conciliable qu’avec un climat subdésertique.... »
+
+Les couches rouges fréquemment gypsifères sont un « véritable dépôt de
+sebkha ». Aussi « une grande partie du sol était occupée, jusqu’assez
+près du littoral actuel, par des bassins fermés plus ou moins
+distincts ». Et M. Savornin, d’accord avec M. Ficheur, retrouve
+l’emplacement de ces vieux chotts oligocènes (?) : « Médéa, Hodna-nord,
+chotts sétifiens, région constantinoise, etc. » Cette disposition
+hydrographique offrait d’étroites analogies avec le régime actuel.
+
+M. Joleaud, de l’école parisienne dit absolument la même chose. Il
+analyse les poudingues rouges et les argiles à gypse du polygone auprès
+de Constantine, ces couches même qui, classées jadis oligocènes, sont
+aujourd’hui pontiennes de l’avis général. Il y trouve des fossiles
+(hélices) « d’un caractère franchement halophile. Ces mollusques
+habitaient certainement le bord de grandes lagunes, de véritables chotts
+probablement très étendus. Ce milieu devait ressembler beaucoup à celui
+des steppes de l’Algérie actuelle[56]. »
+
+Et plus loin à propos de fossiles trouvés à Smendou (ligne de
+Constantine à Philippeville) ; « la présence des _Cytherea_ et des
+_Melania_ indique un milieu laguno-saumâtre. Les cours d’eau tributaires
+de ces chotts pontiens[57], etc. » Entre les deux écoles de géologues il
+n’y a donc sur ce point aucune discordance. Que les couches rouges
+soient oligocènes ou pontiennes elles se sont déposées en tout cas sous
+un climat steppien.
+
+Notez d’ailleurs que M. Joleaud qui traite un peu l’oligocène en ennemi
+personnel a publié une carte paléogéographique de cet étage où il a fait
+figurer des chotts sur l’emplacement du Hodna[58]. Il tient à ce que les
+vieux dépôts de chott au voisinage de Constantine soient restitués au
+pontien. Mais que d’autres vieux dépôts de chotts, en d’autres parties
+de l’Algérie continuent à être attribués à l’oligocène il ne semble pas
+s’y opposer. D’autre part dans sa carte paléogéographique du
+tortonien[59] il fait aussi une part importante aux formations
+lagunaires.
+
+Sans prendre parti le moins du monde, dans les discussions entre
+géologues sur l’attribution de telle couche à tel étage, il semble donc
+qu’on ait le droit de dire avec l’assentiment universel : aux étages
+oligocène, tortonien, pontien, exactement comme au trias, l’Algérie dans
+ses parties émergées était un pays de chotts.
+
+_Pliocène._ — Au pliocène aussi elle a un climat désertique. Localement,
+il y a des cailloutis et des poudingues attribués au pliocène ; auprès
+de Beni-Ounif, par exemple, s’étend une mer de cailloux plus ou moins
+roulés, croulant sous le pied, que les géologues attribuent au pliocène,
+indice d’un climat sec aux orages rares et torrentiels, sur des pentes
+dénudées. Ce qui est surtout caractéristique de l’étage ce sont les
+dépôts calcaires continentaux ; dans cette même région de Beni-Ounif
+(Figuig), un peu plus à l’ouest, vers Bou-Aiech, le cailloutis pliocène,
+cimenté par du calcaire, fait un poudingue sur lequel les marteaux se
+brisent. Les calcaires pliocènes sont parfois lacustres (région de
+Constantine), attestant de grandes étendues d’eaux tranquilles,
+stagnantes, soumises à une forte évaporation.
+
+Ce qui donne plus particulièrement à l’étage son cachet calcaire, ce
+sont les encroûtements. Ils sont immensément développés sur les versants
+de l’atlas saharien, sur le versant sud, en particulier ; la carapace
+des hammadas recouvre à peu près tout ; pratiquement continue sur une
+superficie qui a des centaines de kilomètres de diamètre en tout sens,
+et pourtant d’une épaisseur insignifiante de 1 à 10 mètres. Cette
+formation si particulière a été beaucoup étudiée par Flamand ; il y a
+trouvé des fossiles, étudiés par Depéret, qui en affirme l’âge
+pliocène[60]. Pomel a le premier décrit cette carapace, et il a fourni
+de sa formation une explication qui, reste incontestée. « Elle résulte
+d’une sorte d’incrustation stalagmitique superficielle par suite de
+l’évaporation des eaux plus ou moins salées et séléniteuses qui
+remontent par capillarité[61]. » La croûte calcaire continue à se former
+de même sous nos yeux, dans maintes régions de l’Algérie, et même dans
+les parties sèches du Tell, dans le Chéliff, par exemple, où elle a été
+étudiée par Brives. Elle fait le désespoir des agriculteurs, parce qu’il
+faut la briser et que la charrue y parvient à peine. Dans cette Afrique
+du Nord où le sous-sol perce partout au soleil, à travers des lambeaux
+insuffisants de sol, la croûte calcaire est une des rares catégories
+existantes de sol, une catégorie fâcheuse. Par la croûte calcaire le
+climat pliocène s’apparente à l’actuel. La formation n’est possible que
+dans un pays très sec, où l’évaporation est intense.
+
+Voici d’autre part ce qu’écrit Joleaud comme conclusion d’une étude sur
+le pliocène continental de Constantine. « Vers la fin du pliocène, les
+dépressions existant aux environs de Constantine constituaient des
+bassins fermés, et leurs eaux se concentraient en des lacs où vivaient
+des hippopotames, tandis que des chevaux, des antilopes, etc.,
+habitaient les steppes voisines[62] »
+
+Bassins fermés, steppes, et cela jusque dans le nord de Constantine,
+c’est bien toujours la même note. Sur la nature du climat pliocène le
+consensus des géologues est réalisé.
+
+Voilà une belle série : trias, albien, oligocène, tortonien, pontien,
+pliocène, autant de moments du passé où il est établi sans contestation
+que l’Algérie fut désertique ou steppienne, domaine de chotts, de
+bassins fermés. Il faut insister là-dessus parce qu’il y a une bonne
+raison pour qu’on l’oublie. A la période qui a précédé immédiatement la
+nôtre, au quaternaire, il s’est produit une oscillation du climat dans
+le sens de l’humidité. Ce passé immédiat qui est très connu, très
+apparent, risque de nous voiler le passé plus lointain.
+
+_Quaternaire._ — Le quaternaire ne mérite pas en Berbérie, comme en
+Europe, le nom d’époque glaciaire. Mais ç’a été, ici comme là, un climat
+beaucoup plus humide que l’actuel. Au sud de l’Algérie de très grands
+fleuves l’Igharghar, le Tafassasset, la Saoura, établissaient une
+communication avec l’Afrique tropicale. Dans les _bihour_ de l’oued R’ir
+et du Zab, aux portes de Biskra, on retrouve aujourd’hui des poissons
+soudanais et nilotiques, des _chromys_, et des « silures[63] ». On les
+retrouve conservés par miracle et atrophiés dans des conditions qui
+attestent leur caractère de faune résiduelle. Le représentant le plus
+miraculeux de cette faune résiduelle est le crocodile de l’oued Mihero,
+qui subsiste péniblement dans quelques trous d’eau des plateaux
+Touaregs ; on sait qu’Erwin de Bary avait vu ses empreintes, et que le
+capitaine Nieger, des Méharistes sahariens, en a rapporté un échantillon
+à la Faculté des Sciences d’Alger[64]. De pareils faits n’établissent
+pas seulement l’existence d’une communication par eau à travers le
+Sahara quaternaire ; ils attestent que cette communication a dû se
+maintenir jusqu’à une époque rapprochée de nous.
+
+Par cette voie l’Algérie quaternaire a été peuplée d’une faune
+quaternaire, éléphants, rhinocéros, etc., que les paléontologistes ont
+étudiée, et que M. Boule appelle « Faune du Zambèze[65] ».
+
+Là-dessus d’ailleurs nous n’en sommes pas réduits au seul témoignage des
+paléontologistes. Il faut invoquer celui des gravures rupestres. Sur des
+parois de grès albien, dans l’Atlas saharien, on trouve profondément
+gravées des figures assez parlantes, représentant des échantillons de la
+« faune du Zambèze » : des éléphants, en particulier, et de grands
+buffles aux cornes immenses (_bubalus antiquus_[66]).
+
+Il faut aller encore plus loin et invoquer le témoignage des historiens.
+Il est bien établi que l’éléphant Carthaginois vivait en liberté dans ce
+même atlas saharien où on retrouve son effigie gravée. C’est là que les
+chasseurs venaient le capturer pour l’enrôler dans les armées
+carthaginoises. Il fut jusqu’à l’Empire romain la plus grosse pièce de
+la faune résiduelle[67].
+
+L’évidence d’un climat quaternaire beaucoup plus humide que l’actuel
+s’impose à l’attention en Algérie. Il faut être en garde contre des
+conclusions hâtives et incomplètes. En disant que le climat désertique
+actuel a succédé à une ère pluvieuse on ne dit rien que d’exact, mais on
+est extrêmement éloigné de rendre un compte complet du passé connu. Le
+climat quaternaire lui-même, en Algérie, diffère de l’actuel en degré,
+mais non pas en essence. Il ne s’est pas tout à fait dégagé des
+influences steppiennes. Pour cette mise au point il faut rappeler
+quelques faits dûment établis.
+
+L’expression « faune du Zambèze » a été choisie parce qu’elle s’applique
+à une faune mixte, comprenant à côté d’espèces tropicales comme
+l’éléphant, des bêtes steppiennes comme la girafe. Le quaternaire
+algérien a des autruches et des chameaux.
+
+Pour nous mettre en état d’imaginer ce climat quaternaire le fait le
+plus net, tout à fait probant, est celui-ci. L’oued Igharghar, qui
+descend du Hoggar aboutit à la cuvette des grands chotts sud-tunisiens.
+C’est là qu’il finit. D’une part aucune mer quaternaire ou néogène n’a
+jamais pénétré dans cette cuvette, qui est restée domaine continental au
+moins depuis la fin de l’éocène. D’autre part cette cuvette est
+actuellement séparée de la mer par le seuil de Gabès. Or on a établi
+après étude minutieuse qu’à travers ce seuil, qui eût été la seule voie
+possible, la cuvette quaternaire ne s’est jamais vidée dans la mer[68].
+A propos de cette région, partiellement située au-dessous du niveau de
+la mer, on a rêvé de mer saharienne à créer industriellement ; la
+mission Choisy y a fait des travaux topographiques de détail,
+préparatoires de projets éventuels. Ce pays qui excite l’imagination et
+qui est à portée immédiate de la Tunisie a tenté d’autres
+travailleurs[69]. Il est tout à fait certain que l’Igharghar, même en
+son plus beau temps, celui des silures et des crocodiles, n’a jamais
+atteint la mer. Il se terminait entre Biskra et Gabès dans une cuvette
+fermée. En ce temps, c’était apparemment l’affluent d’un lac Tchad
+immense dont les chotts actuels sont un pauvre reliquat. Autour de ce
+Tchad nous sommes à l’aise pour imaginer, comme autour de l’autre, du
+véritable, une faune soudanaise et zambézienne. Entre un Tchad et un
+chapelet de chotts il y a une immense différence de degré, bien entendu,
+mais essentiellement l’un et l’autre sont la même chose, la zone
+d’épandage d’un bassin fermé.
+
+Pour interpréter la signification des atterrissements quaternaires il
+faut noter un dernier trait, leur immensité ; sur la carte géologique
+ils tiennent un bon tiers de toute la carte. Elle a vieilli sans doute
+et, depuis sa publication, nombre de dépôts continentaux, classés jadis
+quaternaires, ont été restitués à des étages plus anciens, pliocène,
+pontien. La part du quaternaire demeure pourtant immense, à confondre
+l’imagination, comme disait Pomel, notre imagination dressée par
+l’exemple de la France, où la carte géologique ne montre rien de pareil.
+C’est une preuve nouvelle d’un climat insuffisamment humide. Dans un
+pays à climat normal et régulièrement drainé, comme la France, les
+alluvions sont, pour la plupart, entraînées à la mer ; mais dans les
+cuvettes fermées, les alluvions se juxtaposent et s’entassent en masses
+énormes, parce qu’elles y restent toutes. L’immensité des
+atterrissements quaternaires suffirait à établir, à elle seule, que la
+période quaternaire a connu, comme les précédentes, ce régime steppien
+de bassins fermés, qu’elle a transmis à l’actuelle.
+
+
+[Note 51 : No 66, p. 814.]
+
+[Note 52 : No 42.]
+
+[Note 53 : No 45, p. 246, fig. 1.]
+
+[Note 54 : No 38 _passim_. Voir bibliographie du sujet dans _Dalloni_,
+no 31.]
+
+[Note 55 : No 111.]
+
+[Note 56 : No 70, p. 245.]
+
+[Note 57 : No 70, p. 254.]
+
+[Note 58 : No 70, p. 279.]
+
+[Note 59 : No 70, p. 283.]
+
+[Note 60 : No 41, p. 695.]
+
+[Note 61 : No 87, p. 193.]
+
+[Note 62 : No 70, p. 319.]
+
+[Note 63 : No 28, p. 102.]
+
+[Note 64 : 82 _bis_ et _ter_.]
+
+[Note 65 : Voir la bibliographie no 64, t. I, p. 100 et suiv.]
+
+[Note 66 : No 63, t. I, p. 44, fig. 11.]
+
+[Note 67 : No 64, t. I, p. 74 et 108.]
+
+[Note 68 : No 81, p. 70, 86 et 222.]
+
+[Note 69 : No 83, p. 21 et suiv.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V
+
+ LA MÉDITERRANÉE SUBSTITUÉE A LA TYRRHÉNIDE
+
+
+_L’effondrement._ — Cependant entre l’Algérie actuelle ou quaternaire
+d’une part, et d’autre part une Algérie plus ancienne, celle des bras de
+mer, il s’est produit un événement de conséquence considérable,
+l’effondrement de la Tyrrhénide.
+
+A partir du moment où la mâchoire septentrionale de l’étau s’est
+écroulée, il n’y a plus étau. L’Algérie que nous avons décrite,
+l’Algérie géosynclinale des bras de mer n’existe plus à proprement
+parler. Une période tout à fait nouvelle commence.
+
+Voici quelle en est la caractéristique essentielle. Une mer très creuse,
+et très brusquement abyssale, la Méditerranée, a pris la place exacte
+qu’occupait une surface continentale, la Tyrrhénide. Naturellement c’est
+un événement immense.
+
+L’Algérie des bras de mer, si, pour mieux se la représenter par
+l’imagination, on lui cherche un pendant sur la planète actuelle, se
+laisserait peut-être comparer avec la mer Rouge. L’une et l’autre sont
+ou furent une mer longue, étroite et creuse ; un détroit, éventuellement
+avorté en cul-de-sac, en golfe, entre de grandes étendues continentales
+arides. Il n’y a pas besoin de souligner le contraste avec l’Algérie
+actuelle.
+
+Un secret qui est enfoui sous 4000 mètres d’épaisseur d’eau salée, est
+nécessairement bien gardé. On a précisé pourtant la date de cette grande
+catastrophe. M. Joleaud place au début du pliocène « l’effondrement
+définitif du continent ancien[70].
+
+Pour le général de Lamothe la formation de ces abîmes paraît postérieure
+au pliocène ancien »[71].
+
+En gros, tous les géologues sont d’accord là-dessus, le phénomène est
+d’hier, à l’échelle de la chronologie géologique. La zone
+méditerranéenne a le privilège des grands effondrements récents, elle a
+vu celui du continent Égéen, celui de l’Atlantide. C’est précisément
+dans cette catégorie-là que rentre approximativement l’effondrement de
+la Tyrrhénide.
+
+_Les conséquences._ — Les conséquences n’ont pas pu manquer d’être
+considérables. Là-dessus les botanistes auraient eu peut-être leur mot à
+dire. Il y aurait dans la flore de l’Afrique septentrionale beaucoup
+d’espèces résiduelles qui sont un héritage du tertiaire.
+
+Et par exemple le cèdre. C’est un arbre de sommets. Il témoigne que
+l’Algérie tertiaire était déjà montagneuse. On sait que dans l’Algérie
+actuelle il est en recul, il se défend mal. Il y a dans l’Aurès des
+forêts mortes où les grands cèdres au bois incorruptible sont des
+squelettes debout enracinés.
+
+On cite aussi l’arganier. Chassé du reste de la Berbérie par la
+concurrence vitale il est réfugié aujourd’hui dans un coin du Maroc. Il
+s’y maintient à la faveur d’un climat assez particulier. La chaleur est
+forte, correspondante à une latitude déjà quasi tropicale ; les pluies
+sont rares, on est à l’orée du désert ; en revanche, au contact de
+l’océan, l’air est constamment chargé de vapeur d’eau. C’est là un
+climat qui aurait des rapports, du moins théoriques, avec celui de la
+mer Rouge actuelle, où l’humidité de l’air fait un contraste violent
+avec la sécheresse du sol. Faut-il imaginer qu’il pourrait en avoir avec
+le climat de l’Algérie des bras de mer ?
+
+Ce sont là des idées qu’un botaniste, M. Maire, exprimait oralement, en
+passant, d’une manière tout à fait fugitive. Il y aurait là peut-être le
+programme de recherches possibles qui n’ont pas été faites.
+
+Un événement comme l’effondrement de la Tyrrhénide ne peut pas être
+resté tout à fait sans conséquences climatiques, au moins dans des
+nuances importantes, dont un changement de végétation aurait enregistré
+les traces. On sait en effet déjà que la révolution n’a pas été
+radicale. Le voisinage plus ou moins proche d’une surface continentale
+immense et plus ou moins aride, notre Sahara, n’a jamais cessé de faire
+sentir son influence plus ou moins directe.
+
+Là où les conséquences du grand effondrement se laissent directement
+constater et mesurer c’est dans le modelé. Il y a là une matière qui a
+bien un rapport avec le climat ; mais elle en a surtout avec
+l’apparition toute nouvelle d’un niveau de base marin général au nord de
+l’Algérie. Les conditions de l’érosion s’en sont trouvées bouleversées
+de fond en comble.
+
+Les torrents méditerranéens, nés de la catastrophe, ont poussé leur
+érosion de tête dans le vieux domaine des bassins fermés, suivant une
+progression que les géologues ont cherché à préciser tout
+particulièrement dans la province de Constantine.
+
+D’après Joleaud « la région constantinoise formait certainement, au
+début de la période quaternaire, un bassin fermé plus ou moins semblable
+au bassin actuel du chott el-Hodna[72]. Graduellement, à commencer par
+les plus voisins du littoral, les bassins fermés furent captés par des
+cours d’eau tributaires de la mer, si bien qu’aujourd’hui non seulement
+tout l’Atlas tellien, mais encore une partie des hautes plaines, a été
+incorporée au bassin méditerranéen[73]. » Alexandre Joly a mis en
+relief, à différentes reprises, cette idée que, si on observe la ligne
+de partage des eaux entre les bassins fermés et le bassin méditerranéen,
+les phénomènes de capture qui ont déplacé cette limite, l’ont toujours
+fait dans le même sens, « au profit de la Méditerranée et aux dépens des
+bassins fermés[74] ». Rien de plus normal d’ailleurs, c’est exactement
+ce qu’on pouvait attendre.
+
+A ces idées de géologues, par des méthodes purement géographiques, on
+peut apporter une confirmation, qui en est en même temps l’illustration
+graphique.
+
+_Profils longitudinaux._ — On a dressé le profil longitudinal de quatre
+oueds, le Chéliff, le Bou-Sellam, la Seybouse et le Rummel (fig. 14 à
+19). Tous les quatre ont leur cours inférieur dans le Tell, et leur
+cours supérieur sur les Hauts plateaux ; ce sont les seuls fleuves
+d’Algérie qui soient franchement dans ce cas.
+
+A différentes autres reprises, dans les chapitres suivants, on aura
+recours à cette méthode des profils longitudinaux ; et il faut donner
+ici, d’entrée de jeu, une fois pour toutes, quelques explications sur
+les règles uniformes qu’on s’est imposées dans l’établissement des
+profils longitudinaux.
+
+Bien entendu il n’existe pas de profils techniques des rivières
+algériennes, établis par le nivellement direct des berges. Il faut se
+borner aux renseignements fournis par la carte de l’état-major. La carte
+au 50000e donne les courbes de niveau de 10 mètres en 10 mètres. Mais on
+ne se sent pas moralement certain que le cartographe, sur le terrain,
+forcé d’aboutir dans un temps limité, ait pu établir partout sa cote
+avec une exactitude suffisante à 10 mètres près. Vouloir à toute force
+utiliser toutes les courbes de la carte au 50000e eût été peut-être
+faire un travail d’une fausse précision. En revanche, avec les courbes
+maîtresses (lorsqu’elles sont accusées par un trait fort) : avec les
+cotes en chiffres, qui sont assez nombreuses, et avec le contrôle de la
+carte au 200000e, on arrive à déterminer avec certitude où passent les
+courbes de 50 mètres en 50 mètres ; l’équidistance de 50 mètres est
+d’ailleurs celle de la carte au 200000e ; seul document que nous
+possédions pour une partie de l’Algérie. C’était une raison de plus pour
+s’y tenir partout.
+
+C’est donc sur ces bases qu’on a établi, avec tout le soin possible, les
+profils de quelques fleuves algériens. Il est évident que ces profils ne
+serrent pas la vérité de très près. Beaucoup de petites irrégularités y
+sont nécessairement masquées. Du moins, dans les limites des données, on
+espère qu’ils sont exacts ; et, ces données ayant été les mêmes pour
+tous, ils sont comparables entre eux.
+
+Pour que ces profils aient quelque précision, malgré la petitesse de
+l’échelle et pour qu’ils soient plus aisément contrôlables, on y a
+joint, autant que possible, dans le dessin même, l’indication en
+chiffres des éléments avec lesquels ils ont été construits. Pour chaque
+tronçon du profil, des chiffres, disposés dans le sens des lignes
+verticales, se rapportent au nombre de kilomètres qui correspond à une
+dénivellation de 50 mètres, exception faite pourtant des tronçons trop
+courts où la pente est très rapide : la place y manquait pour inscrire
+des chiffres, et il était d’ailleurs moins essentiel de les donner avec
+précision, puisque entre ces chiffres très faibles (2 ou 3 kilomètres,
+par exemple) il ne peut y avoir que des différences encore plus faibles,
+négligeables à l’échelle employée.
+
+Il faut ajouter encore une observation préliminaire. Dans le chevelu des
+branches supérieures il était indispensable et intéressant de choisir
+celle qui serait considérée comme maîtresse. On n’est pas guidé, comme
+en France, par l’onomastique et la tradition. Toutes les différentes
+branches d’un cours d’eau portent ici un nom différent ; les oueds n’ont
+pas d’état civil et ne naissent pas officiellement en un point précis,
+comme la Loire au mont Gerbier-des-Joncs. Comme critérium unique on a
+donc adopté la longueur ; il était impossible d’en trouver un autre ;
+sur le débit, les renseignements que nous possédons sont lacunaires et
+incertains. Par cette méthode on a donc dressé le profil longitudinal du
+Chéliff, du Bou-Sellam, de la Seybouse et du Rummel. Ces quatre profils
+sont étroitement apparentés, on le constate d’un coup d’œil ; chacun
+d’eux est rompu en son milieu, il est composé de deux concavités assez
+régulières, raccordées par une convexité plus ou moins angulaire. Ce
+parallélisme ne peut être fortuit. Et d’ailleurs il est d’interprétation
+très simple. Il y a nécessairement, pour chaque profil, deux rivières
+primitivement indépendantes (les concavités) raccordées par une capture
+récente (la convexité).
+
+Voyons les cas particuliers.
+
+_Chéliff._ — Le Chéliff, fig. 14 et 15, a 700 kilomètres de long, et il
+est le seul fleuve algérien qui, ayant pris sa source dans l’Atlas
+saharien, atteigne la mer. C’est le géant des Oueds algériens. Il est
+composé de deux oueds mis bout à bout, dont l’indépendance apparaît sur
+le profil, sur la carte, et jusque dans la nomenclature indigène. En
+amont l’oued Touil traverse les hauts plateaux dans une direction sud-
+ouest-nord-est, en aval le Chéliff proprement dit traverse le Tell du
+sud-est au nord-ouest, presque d’est en ouest. Le coude de capture est
+extrêmement marqué. Il est à Boghari, et c’est là aussi, bien entendu,
+que le profil accuse une rupture de pente extrêmement nette. En amont,
+dans la plaine marécageuse de Bou-Ghzoul, qui a 47 kilomètres de
+diamètre, la pente est seulement de 1,6 p. 1000. En aval, dans les
+gorges de l’Atlas, elle s’accélère du double, et, jusqu’à Amoura,
+pendant 80 kilomètres, elle est de 3 m. 2.
+
+Alexandre Joly a décrit l’instabilité de la rivière, la progression
+phagédénique de l’érosion au voisinage de Boghari et de Bou-Guezoul. Il
+a recueilli des traditions indigènes, confirmées par l’aspect du
+terrain, sur des plaines jadis marécageuses et couvertes de roseaux, où
+le Chéliff actuel est encaissé de plusieurs mètres. « En une vingtaine
+d’années un canal d’arrosage, profond de quelques centimètres, a
+transformé son lit en un canal large de plus de 2 mètres, profond de
+plus de 3 mètres ; dans un seul hiver il a approfondi son lit de plus de
+1 m. 30. » D’après les conducteurs des ponts et chaussées, qui ont à
+défendre leurs ponts et leurs cassis contre la rivière, « il semble
+certain que, depuis une dizaine d’années, le Chéliff a approfondi
+annuellement son lit de près de 6 et 8 centimètres au voisinage de
+Boghari[75] ». Tous ces ravinements sont en coup de scie, des fossés à
+pic profonds de plusieurs mètres. Il n’y a rien là que de très naturel,
+comme le montre un coup d’œil sur le profil, Boghari est précisément le
+point de rupture de pente atteint par l’érosion régressive. C’est là
+qu’est concentré tout l’effort de la rivière pour régulariser son
+nouveau profil d’ensemble. Cette érosion si active s’exerce aux dépens
+d’une grande plaine d’alluvions, semée de marais dont le drainage n’est
+pas encore achevé ; il en reste les dayas de Bou-Guezoul visitées en
+hiver par les canards sauvages.
+
+[Illustration : FIG. 14. — PROFIL EN LONG DU CHÉLIFF.
+
+Le profil en long du Chéliff montre deux courbes concaves, qui se
+rejoignent à Boghari. Chacune d’elles correspond à un système fluvial
+jadis indépendant : en amont l’oued Touil (oued Nahr Ouassel), qui a été
+capturé par l’oued d’aval le Chéliff.
+
+On verra le coude de capture sur n’importe quelle carte générale de
+l’Algérie (voir même sur les fig. 7 et suivantes). L’angle est à peu
+près droit.]
+
+[Illustration : FIG 15. — LA RÉGION DE BOGHARI.
+
+(Emprunté au 200000e du _Service géographique_, feuille 24.)
+
+La figure 15 représente au 200000e le point précis où s’est fait la
+capture, la région de Boghari. Le bas Nahr Ouassel (oued Touil), à bout
+de course, stagne dans des marais (les daïas de Bou-Guezoul) : puis
+brusquement il devient le Chéliff et il s’ouvre un chemin d’aspect
+héroïque à travers l’Atlas de Boghari.]
+
+Il y a donc bien deux oueds, l’oued Touil d’une part, et le Chéliff
+proprement dit de l’autre, qui ont évolué à part chacun pour soi pendant
+des âges, et qui ont été rattachés bout à bout par une capture récente.
+
+Pour mettre en valeur l’autonomie ancienne de l’oued Touil, il faut le
+comparer à son affluent le Nahr Ouassel ; qui prend sa source auprès de
+Tiaret et qui rejoint l’oued Touil un peu en amont de Boghari. Dans
+l’état actuel du climat et de l’hydrographie ce serait le nahr Ouassel
+qui serait la véritable tête du Chéliff et non pas l’oued Touil. Il est
+beaucoup plus court, il est vrai, et nous n’avons pas de chiffres précis
+sur son débit. Mais nous sommes certains du moins que c’est une rivière
+pérenne, au rebours de l’oued Touil qui est à sec. On a profilé le nahr
+Ouassel à côté de l’oued Touil sur la figure, et la comparaison est
+instructive. Le profil du nahr Ouassel est en dents de scie ; au
+contraire celui de l’oued Touil est très régulier ; il n’accuse un
+crochet insignifiant qu’en un point, aux environs de Taguin (le Taguin
+où la Smala fut prise ; il y a là de très grosses sources en relation
+avec une faille). Des deux rivières d’ailleurs c’est l’oued de beaucoup
+qui a la moindre pente, et qui coule à l’altitude la plus basse, c’est-
+à-dire dont l’œuvre totale d’érosion a été la plus considérable. C’est
+lui qui a les caractères non seulement d’une artère maîtresse, mais
+encore d’un vieux fleuve.
+
+Qu’était-il, ce vieux fleuve, avant d’être devenu par capture la branche
+supérieure du Chéliff ? Sur la carte et sur le terrain il est impossible
+de trouver trace d’un lit antérieur par lequel l’oued Touil puisse
+s’être prolongé dans une direction générale autre que l’actuelle. La
+plaine de Bou Guezoul est une grande cuvette fermée de tous les côtés ;
+le fond marécageux de la cuvette est à 630 mètres d’altitude ;
+abstraction faite de l’étroite coupure, par où la rivière s’échappe
+aujourd’hui, la cuvette est régulièrement encerclée de tous les côtés
+par la courbe de 700 mètres ; que cette cuvette, toute tapissée de
+dépôts continentaux, ait été une sebkha sans écoulement, zone d’épandage
+de l’oued Touil, c’est l’hypothèse qui s’impose.
+
+_Oued Bou-Sellam._ — L’oued Bou-Sellam est bien plus humble que le
+Chéliff. Ce n’est même pas un fleuve indépendant, c’est un simple
+affluent de l’oued Sahel ; on peut même constater sur son profil que le
+raccord de sa vallée avec celle de l’oued Sahel, en amont d’Akbou, n’est
+pas encore tout à fait régularisé. Pourtant les 270 kilomètres de long
+du Bou-Sellam, s’ils le laissent loin derrière le Chéliff, lui donnent
+encore un rang honorable parmi les rivières d’Algérie.
+
+[Illustration : FIG. 16. — PROFIL EN LONG DU BOU-SELLAM.
+
+Le profil accuse une double concavité. La pointe de la partie convexe
+est en amont des gorges du Guergour, à la limite de l’Atlas Tellien et
+de la haute plaine (Sétif).]
+
+Quoi qu’il en soit le Bou-Sellam est un pendant exact du Chéliff, à une
+échelle réduite (fig. 16 et 17).
+
+Son profil aussi est nettement cassé en deux par une bosse convexe,
+séparant deux guirlandes concaves. La rupture de pente est au Guergour.
+Tandis que, en amont, dans la plaine de Sétif l’oued coule assez
+lentement, avec une pente de 3,1 p. 1000, dans les gorges très
+encaissées du Guergour la pente triple, et atteint 12,5. C’est le point
+où la capture s’est produite, et où l’érosion de tête de l’oued
+conquérant conserve sa violence ?
+
+Au crochet du profil longitudinal correspond sur la carte un coude de
+capture très accusé. Le Bou-Sellam prend sa source au djebel Megriss et
+il coule d’abord nord sud, ce qui l’amène rapidement sur les hauts
+plateaux de Sétif, il y conserve d’abord sa direction méridionale, vers
+le Hodna ; puis, après quelques hésitations, il vire brusquement cap
+pour cap, prend franchement le chemin du nord, rentre dans le Tell et
+aboutit à Bougie.
+
+Les deux sections ainsi raccordées ont des profils très différents. La
+section amont, celle de Sétif, est évidemment de beaucoup la plus
+vieille et la plus évoluée ; son profil est une concavité très accusée
+et très régulière. La section aval au contraire a un profil à peine
+concave et en crémaillère ; c’est un profil de jeune torrent. Ce
+contraste suffirait à lui seul à établir l’indépendance ancienne des
+deux sections. Ce sont deux oueds restés longtemps distincts, deux
+individualités.
+
+[Illustration : FIG. 17. — LE COUDE DE CAPTURE DU BOU-SELLAM.
+
+(Carton emprunté à la carte au 200000e, no 16. Sétif.)
+
+Sur la figure 17 on voit le Bou-Sellam prendre sa source sur le versant
+Sud de l’Atlas Tellien, en amont de Sétif. Il se dirige d’abord droit au
+Sud et arrive dans un bas-fond marécageux. Là il tourne brusquement cap
+pour cap, et prend le chemin du Nord celui des montagnes natales. Il les
+traverse aux gorges profondes du Guergour (à une dizaine de kilomètres
+en aval hors de la figure).
+
+Aujourd’hui les marais du Bou-Sellam ne communiquent plus avec le Chott
+el-Malah, dont ils ne sont séparés par aucun obstacle. La capture est
+évidente.]
+
+La carte laisse deviner de quelles façons a pu finir l’oued d’amont,
+avant la capture. En aval de Sétif, la région, où le Bou-Sellam, après
+des tergiversations, retourne décidément en arrière, est le fond
+marécageux d’une très grande cuvette. Un coin du marais porte sur la
+carte le nom de chott el-Malah, toute la région inscrite dans la boucle
+de l’oued porte aussi sur la carte ce nom de Malah, qui signifie
+« sel », et qui suggère donc l’idée d’un ancien bassin fermé encore
+insuffisamment traîné. On conçoit aisément que ce chott el-Malah ait pu
+être, dans la période antérieure à l’actuelle, zone d’épandage du haut
+Bou-Sellam. Pourtant dans la prolongation exacte de sa vallée au sud une
+longue et large trouée d’érosion coupe en deux les montagnes du Hodna.
+Le village de Colbert s’y trouve. Cette grande vallée est aujourd’hui
+parcourue par deux oueds, qui coulent en sens inverse : au nord, l’oued
+Melah va rejoindre le Bou-Sellam, il a très peu de pente et il est semé
+de fondrières ; au sud, l’oued Soubilla se précipite brusquement vers le
+Hodna par des gorges très profondes. Le seuil de séparation entre ces
+deux oueds est à une centaine de mètres au-dessus de la vallée actuelle
+du Bou-Sellam. Par cette grande vallée de Colbert on peut concevoir que,
+à un moment donné du passé, le Bou-Sellam prenait le chemin du Hodna. Il
+est vrai que le seuil est encore moins élevé (une cinquantaine de
+mètres) entre la cuvette de Sétif et la région des Sebkhas (Sebkhas
+avoisinant le village d’Ampère, chott el-Beida).
+
+Pour concevoir le passé du Bou-Sellam avant la capture on a donc
+l’embarras du choix, entre hypothèses qui peuvent avoir été réalisées
+successivement ou alternativement. Mais ces hypothèses ont toutes un
+point commun, et se ramènent au fait suivant : Le Bou-Sellam aboutissait
+dans une cuvette fermée, quelle qu’elle fût, jusqu’au moment assez
+proche de nous où il fut capturé par l’érosion de tête d’un torrent
+tellien.
+
+C’est donc bien un pendant du Chéliff.
+
+_La Seybouse._ — C’en est un aussi de la Seybouse (fig. 18), qui est un
+oued classé par son débit puissant au premier rang des rivières
+algériennes, mais non par la longueur de son cours. Elle a 223
+kilomètres de long entre son embouchure, qui est à Bône, et sa source
+qu’elle prend, sous le nom d’oued Cherf, auprès d’Aïn-Beïda.
+
+[Illustration : FIG. 18. — PROFIL EN LONG DE LA SEYBOUSE.]
+
+[Illustration : FIG. 19. — PROFIL EN LONG DU RUMMEL.
+
+La Seybouse est le fleuve qui a son embouchure à Bône. Le Rummel est le
+fleuve de Constantine.
+
+Les deux profils ont une parenté évidente entre soi et avec les figures
+14 et 16. Il faut considérer l’ensemble de ces quatre figures, en se
+souvenant que les quatre fleuves profilés sont les seuls oueds Telliens,
+prenant leur source sur les hauts plateaux. C’est donc une règle sans
+exception que les fleuves de cette catégorie sont composés de deux
+oueds, réunis en un seul par une capture. L’oued d’amont a longtemps
+appartenu a un bassin fermé, son profil régulier atteste la maturité.
+L’oued d’aval est un jeune torrent Tellien à profil heurté.
+
+Les quatre figures sont donc une illustration graphique du grand fait
+que voici. Depuis l’effondrement de la Tyrrhénide les oueds Telliens,
+ayant désormais la mer comme niveau de base, sont des agents d’érosion
+puissants. Ils n’ont pas cessé d’étendre leurs conquêtes au détriment de
+la zone antique des bassins fermés.]
+
+L’oued Cherf coule donc sur les Hauts Plateaux et la Seybouse dans le
+Tell ; le profil suggère que les deux oueds (Cherf et Seybouse) ont été
+longtemps distincts, et que le premier a été capturé par le second. En
+amont de Guelma ils sont réunis par des rapides où la pente atteint 25
+p. 1000. Les Hauts Plateaux dans le bassin de l’oued Cherf sont
+naturellement tapissés des atterrissements continentaux gypso-salins
+habituels.
+
+_Oued Rummel._ — Le Rummel (fig. 19) (oued el-Kebir dans la partie
+inférieure de son cours) appartient à la même catégorie. Il rappelle
+plus particulièrement le Bou-Sellam par le crochet aigu de son coude de
+capture. Comme le Bou-Sellam il prend sa source dans l’Atlas tellien,
+coule d’abord au sud, puis à l’est sur les Hauts Plateaux jusqu’à
+Constantine. C’est là que se fait dans les gorges fameuses du Rummel
+entre l’oued d’amont et l’oued d’aval un raccord dont le profil accuse
+l’extrême brutalité ; l’oued tombe d’une centaine de mètres à la
+traversée de la ville (sa chute alimente les moulins Lavie). De part et
+d’autre de Constantine les profils des deux oueds sont extrêmement
+contrastés. L’oued d’aval a un profil en crémaillère de torrent jeune et
+conquérant. Et c’est lui d’ailleurs dont M. Joleaud a retracé les
+conquêtes.
+
+[Illustration : FIG. 20. — L’OUED BOU-MERZOUG ET L’OUED CHOTT-SABOUN.
+
+Le chemin de fer entre Constantine et Batna longe successivement deux
+oueds, le Bou-Merzoug affluent du Rummel, et l’oued Chott-Saboun (bassin
+fermé). On a imaginé (hypothèse A. Grund) que ces deux oueds seraient
+les débris aujourd’hui distincts, d’un système fluvial continu, que le
+progrès du climat désertique aurait tronçonné.]
+
+[Illustration : FIG. 21. — PROFIL EN LONG DE L’OUED BOU-MERZOUG
+PROLONGÉ.
+
+Sur la figure 21, la courbe si concave et si régulière de l’oued Chott-
+Saboun atteste l’isolement ancien de la vallée, qui a évolué pour son
+compte jusqu’à la sénilité.
+
+Le Bou-Merzoug, l’une des têtes d’un torrent Tellien, dans un avenir
+indéterminé, si les circonstances actuelles persistent assez longtemps,
+pourra capturer l’oued Chott-Saboun et constituer avec lui un système
+fluvial du type Chéliff, Bou-Sellam, etc.
+
+Les figures 20 et 21 sont comme une contre-épreuve des précédentes,
+conduisant aux mêmes conclusions.]
+
+_Bou-Merzoug._ — En amont de Constantine le Rummel reçoit un affluent,
+le Bou-Merzoug, qui était considéré dans l’antiquité comme l’artère
+maîtresse, la tête du fleuve ; les Romains l’appelaient Ampsagas. Si on
+admet ce point de vue, et si on établit le profil en long de l’oued Bou-
+Merzoug (fig. 20 et 21) on obtient un résultat curieux, à condition de
+le prolonger par le profil de l’oued Chott-Saboun (source à Lambèse dans
+l’Aurès). Le Chott-Saboun (Sebkha Zmoul) qui est la zone d’épandage de
+l’oued Chott-Saboun, est séparé de la haute vallée du Bou-Merzoug par un
+seuil insignifiant, une ondulation de la haute plaine. Actuellement
+encore ce oued est une artère de bassin fermé, ayant évolué à part
+pendant des âges, avec le chott Saboun comme niveau de base, puisque la
+concavité très accusée de son profil semble bien avoir atteint
+l’équilibre. Le long du Bou-Merzoug cependant l’érosion régressive,
+déterminée par le rattachement du Rummel au bassin méditerranéen, est
+parvenue actuellement jusqu’à El-Guerra, ou plus précisément Aïn-Mlila.
+Si les conditions actuelles persistent pendant des siècles encore, il
+est manifeste que l’érosion régressive finira par rattacher l’oued
+Chott-Saboun au bassin du Rummel, c’est-à-dire à la Méditerranée. Le
+complexe oued Chott-Saboun-oued Bou-Merzoug est un Chéliff en voie de
+réalisation, un Chéliff futur. Le profil de cet oued imaginaire
+rapproché des quatre autres qui s’appliquent à des oueds réels, est une
+contre-épreuve intéressante.
+
+_Conclusions._ — L’étude du modelé nous conduit donc à des conclusions
+qui sont nettement celles des géologues.
+
+Le domaine des bassins fermés est en régression plus ou moins rapide
+depuis que les relations actuelles existent entre la terre et la mer,
+depuis que la Méditerranée a pris la place de la Tyrrhénide effondrée,
+c’est-à-dire apparemment le pliocène. Depuis ce temps-là les oueds
+telliens, avec la mer comme niveau de base, ont été alimentés par des
+pluies dont l’importance absolue a beaucoup varié, mais qui sont
+demeurées relativement beaucoup plus abondantes sur le versant nord
+méditerranéen de l’Atlas que sur le versant sud. Ces oueds telliens ont
+donc été conquérants sans interruption, ils le sont encore sous nos
+yeux. Du grand effondrement tyrrhénien ç’a été la conséquence la plus
+importante, celle du moins qui saute davantage aux yeux, qui se laisse
+mesurer. Et ce n’est rien moins d’ailleurs que la différenciation du
+Tell, quelque chose de considérable.
+
+
+[Note 70 : No 70, p. 287.]
+
+[Note 71 : No 80, p. 244.]
+
+[Note 72 : No 69.]
+
+[Note 73 : No 70, p. 319.]
+
+[Note 74 : Nos 76 et 74.]
+
+[Note 75 : No 75, p. 510 et no 76, p. 9.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI
+
+ CONCLUSIONS DU LIVRE
+
+
+On a réuni dans ce livre II les données actuellement acquises sur
+l’histoire géologique de l’Algérie.
+
+Il faut affirmer que ces données sont acquises, il s’agit de faits
+solides, sur lesquels est réalisé le consensus de tous les observateurs.
+On n’a pas le moins du monde développé une thèse qui soit particulière à
+l’auteur.
+
+L’affirmation n’est pas inutile parce que l’ancienneté du climat
+désertique ou steppien en Algérie est un fait incontesté, il est vrai,
+mais en revanche assez généralement ignoré. De cette ignorance il a été
+fourni des preuves récentes. Et par exemple un géographe autrichien, M.
+A. Grund, à la suite d’un voyage rapide en Algérie, s’est imaginé que
+l’oued Chott-Saboun était l’ancienne tête du Bou-Merzoug séparée du
+tronc par les progrès du climat désertique depuis le quaternaire[76].
+Cette erreur est très naturelle chez un voyageur qui met la tête à la
+portière dans le train de Constantine-Batna. Mais l’extraordinaire c’est
+que la théorie Grund ait été accueillie avec quelque faveur dans les
+cercles géographiques français. Les géologues algériens aux prises avec
+une besogne immense ont publié des études fragmentaires, qu’aucune
+exposition d’ensemble n’a mis encore à la portée du public scientifique
+métropolitain. Ces études existent pourtant, leurs conclusions sont
+unanimes et formelles.
+
+On a vu qu’une analyse du modelé par la méthode des profils
+longitudinaux conduit à une conclusion qui est rigoureusement celle des
+géologues, puisqu’enfin ces chotts, dont le climat actuel tend à
+restreindre le domaine, lui sont nécessairement antérieurs.
+
+Il faut donc souligner ce fait sur lequel il apparaît que l’attention
+n’a pas été assez attirée. L’Algérie est encroûtée de dépôts
+continentaux qui se sont accumulés dans des bassins fermés depuis
+l’oligocène.
+
+Le régime des chotts est aussi vieux que l’Algérie continentale ; la
+malédiction des pays de sel est sur ce pays depuis le commencement des
+âges ; toutes les fois où nous voyons, dans le passé géologique, le bras
+de mer algérien s’assécher, ç’à été pour se couvrir de chotts. Il y a un
+lien entre la répartition des déserts à la surface de la planète et la
+latitude. Faut-il admettre que la latitude de l’Algérie n’ait pas changé
+depuis le crétacé, ce qui signifie l’immobilité du pôle ? La répartition
+circumpolaire de la houille suggère déjà cette immobilité. Mais quoi
+qu’il en soit de ces considérations trop générales, l’ancienneté d’un
+climat aride en Algérie est un fait précis.
+
+Les faits précis de cet ordre, ceux qui sont exposés dans le livre II,
+comme d’ailleurs ceux qui ont trouvé place au livre I, sont des
+directives, des leitmotive ; il faudra les avoir présents à l’esprit
+pour analyser la structure du pays dans ses détails, dans ses parties.
+
+D’ores et déjà une grande division ressort à travers toutes les cartes
+paléogéographiques : l’Atlas tellien et le groupe Atlas saharien-Hauts
+Plateaux nous sont apparus déjà comme distincts. L’un est le domaine du
+géosynclinal profond, du géosynclinal proprement dit ; et l’autre du
+socle continental. L’étude des dépôts continentaux nous a conduits
+d’autre part à la discrimination des deux mêmes zones sur des principes
+tout autres. Tandis que tout le sud reste le domaine des bassins fermés,
+le Tell est le domaine des oueds méditerranéens conquérants ; il leur
+doit un modelé d’érosion avec la mer comme niveau de base, un décapage
+avancé, une dissection profonde. Les deux zones, Tell et Hauts
+Plateaux ; ont, l’une vis-à-vis de l’autre, une originalité de modelé
+comme ils en ont une de contexture profonde.
+
+Cette distinction à laquelle nous aboutissons de deux côtés différents
+est fondamentale, il faut s’y tenir. Les noms de Tell et Hauts Plateaux
+sont consacrés par l’usage, on peut les dire des appellations
+populaires. Ils en ont les inconvénients comme les avantages.
+Naturellement ils manquent de précision. Dans le détail, quand il
+s’agira de délimiter, on trouvera que les limites du socle continental
+sont loin de coïncider exactement avec celles de la zone où
+l’encroûtement de bassin fermé est encore intact. Mais en gros la
+division très générale de l’Algérie en Tell et Hauts Plateaux est très
+commode ; on l’adoptera, au moins comme cadre de travail,
+provisoirement.
+
+
+[Note 76 : No 47, p. 443.]
+
+
+
+
+ LIVRE III
+
+ HAUTS PLATEAUX
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ ATLAS SAHARIEN
+
+
+On essaiera d’analyser d’abord le socle continental, la grande zone
+méridionale de l’Atlas saharien et des Hauts Plateaux, en commençant par
+l’Atlas saharien.
+
+On a déjà dit qu’il a des limites nettes du côté du Grand Atlas
+marocain ; il contraste avec lui par son altitude moindre de moitié ; et
+certainement aussi par l’âge beaucoup plus jeune de ses roches.
+
+Ce vieillissement d’est en ouest le long de la chaîne, qui est d’abord
+régulièrement progressif, s’accélère assez brusquement dès qu’on arrive
+au Grouz. Il y a là sûrement de part et d’autre du Grouz un changement
+soudain. Mais non pas essentiel à ce qu’il semble. Le Grand Atlas
+marocain est encore très mal connu. Pourtant, à considérer les cartes
+que nous en avons, il paraît évident qu’il est un prolongement de
+l’Atlas saharien, et que ce sont deux parties d’un même ensemble ; on
+l’admet non seulement d’après l’identité de la direction générale, mais
+aussi la direction et l’agencement identique des parties, des éléments
+de chaîne. Entre les deux, Atlas saharien et Grand Atlas, la différence
+serait de décapage. Le Grand Atlas serait profondément éventré par
+l’érosion jusqu’à des couches géologiques bien plus profondes.
+
+A l’extrémité opposée on est en revanche parfaitement fixé.
+
+Il est très connu que l’Atlas saharien se prolonge exactement semblable
+à lui-même, sur le territoire tunisien.
+
+Nous avons sur lui d’excellentes études ; Ritter a décrit la partie
+centrale, Djebel-Amour, monts des Ouled-Nayl[77] ; Flamand[78]
+l’extrémité occidentale ; Roux l’extrémité orientale sur la frontière
+tunisienne[79]. Tous ces géologues sont exactement d’accord, ils nous
+font de l’Atlas saharien le même tableau d’ensemble.
+
+_Unité de plan._ — Le trait essentiel est que la chaîne prise dans son
+ensemble a une direction, grossièrement est-ouest, et que ses éléments
+constitutifs, pris chacun pour soi, en ont une autre très aberrante
+(nord-est sud-ouest parfois presque nord-sud). Ritter a dressé une
+_carte schématique de l’allure des plis_ (fig. 22) qui en dit plus au
+premier coup d’œil que de longues phrases.
+
+[Illustration : FIG. 22. — CARTE SCHÉMATIQUE DE L’ALLURE DES PLIS DANS
+L’ATLAS SAHARIEN.
+
+L’Atlas Saharien a une direction générale approximative Est-Ouest. Mais
+les éléments qui le composent, qui sont courts et nettement
+individualisés, ont une direction toute différente, bien plus rapprochée
+du Nord-Sud. C’est ainsi que les brins tordus dont la réunion constitue
+un câble font un angle très marqué avec le câble lui-même.
+
+Cette structure si particulière caractérise l’Atlas Saharien d’un bout à
+l’autre avec une curieuse régularité. (D’après Ritter.)]
+
+Les éléments se relaient au lieu de se prolonger. L’analogie serait
+assez grande avec le dessin d’un câble composé de brins tordus. Les
+brins, considérés isolément, font naturellement un angle accusé avec le
+câble que leur réunion compose. Ici, dans l’Atlas saharien, chaque brin
+isolé, c’est-à-dire chaque pli, naît au sud, sur la plate-forme
+saharienne ; ils traversent en écharpe l’épaisseur de la chaîne ; et ils
+meurent, ils s’effacent à sa limite nord. Ils se groupent en faisceaux,
+en torons, Ritter dit en amygdales ; chaque amygdale a souvent une
+individualité géographique assez nette (monts des Kçour, monts du
+Djebel-Amour, monts des Ouled-Nayl).
+
+De cette torsion, de ce conflit entre deux directions, différents
+géologues ont fourni différentes explications. Ce qui nous importe pour
+le moment c’est que cette disposition si particulière se retrouve
+partout d’un bout à l’autre en Tunisie comme en Algérie, et même dans le
+Haut Atlas, prolongement marocain de l’Atlas saharien. Roux[80], à
+propos du dessin en plan des plis dans le sud tunisien, parle d’arcs
+_concaves vers le nord_ se raccordant à des « arcs concaves vers le
+sud » ; de « guirlandes », « d’accents circonflexes », Flamand, à propos
+de l’Atlas saharien sur les confins du Maroc[81], parle de « chaînes
+géniculées » (repliées en forme de genou) ; de directions
+« orthogonales ». Ces synonymes expressifs se ramènent aux termes de la
+description que Ritter a faite une fois pour toutes, et à laquelle tous
+ses successeurs déclarent expressément se rallier, y compris, à propos
+de l’Atlas marocain, Louis Gentil[82].
+
+L’Atlas saharien est donc, d’un bout à l’autre, dessiné d’après la même
+formule, et comme plissé d’un seul jet.
+
+Sur la date de ce plissement il ne subsiste pas non plus d’incertitude.
+Le socle continental envahi par les mers crétacées et éocènes, a été
+affecté « d’amples mouvements » (Roux, p. 261).
+
+Un coup d’œil sur les cartes paléogéographiques montre le seuil de
+Biskra, le Hodna, l’Aurès et les Zibans déjà dessinés par les rivages de
+la mer cartennienne (fig. 10). M. Savornin qui vient de publier sur la
+région hodnéenne une très belle étude insiste là-dessus. L’Atlas
+saharien, dit-il, avait acquis « sa constitution dès le début des temps
+tertiaires[83] ».
+
+L’époque miocène a vu pourtant produire une accentuation du plissement
+sensible au moins en certains points, en Tunisie par exemple. Dans la
+région de Redeyef, le miocène tout entier, y compris l’étage supérieur
+est « très vigoureusement plissé ». Le plissement a continué au pliocène
+et s’est fait sentir même au quaternaire[84]. M. Roux a justement attiré
+l’attention sur le témoignage des terrasses fluviatiles dans l’Atlas
+saharien. Une étude détaillée en serait d’autant plus intéressante
+qu’elles furent l’œuvre de rivières dont la mer n’a jamais été le niveau
+de base. Cette étude n’a jamais été faite. En gros, à juger par ce qu’on
+entrevoit au passage, elles conduiraient à la conclusion de mouvements
+orogéniques très récents ; et cela partout, aussi bien dans le Grouz que
+dans l’Aurès.
+
+Une chaîne où les forces orogéniques n’ont jamais cessé d’être actives,
+du crétacé au quaternaire, c’est justement tout l’Atlas, aussi bien
+tellien que saharien. Les géologues sont unanimes là-dessus. En cela,
+sur cette question d’âge, l’Atlas saharien ne fait aucun contraste avec
+le tellien, il est lui aussi partie intégrante de l’Atlas, et au même
+titre.
+
+Mais, dans l’édification de l’Atlas saharien, les forces plissantes, aux
+prises avec l’épaisseur relativement rigide du socle continental, ont
+constamment travaillé sur le même plan, à travers les âges ; leurs
+effets se sont lentement accumulés dans le même cadre préétabli. Il n’y
+a pas eu, comme dans le géosynclinal tellien, effondrement au fond de la
+mer et réédification toute fraîche de parties importantes.
+
+Et, quoi qu’il en soit de cette explication, le fait est là. L’Atlas
+saharien est d’un seul jet : cela seul lui ferait, vis-à-vis de l’Atlas
+tellien, une originalité extrêmement accusée. Il en a d’autres.
+
+_Plissement ébauché._ — Un second point essentiel est que l’Atlas
+saharien est plissé faiblement. C’est presque un corollaire de ce qu’on
+vient de dire. Le dessin général du plissement apparaît en plan, à la
+surface du sol et sur la carte, avec la netteté qu’on a vue, justement
+parce que les plis sont rares et simples, faciles à déchiffrer d’un coup
+d’œil. Dès le premier moment où un géologue s’est occupé de l’Atlas
+saharien, ce géologue, qui fut Ritter, a mis définitivement en lumière
+ce grand fait. « Le plissement, dit-il, est resté à l’état
+d’ébauche[85][86]. » Cet Atlas saharien n’est pas une sierra à crête
+accusée ; c’est plutôt un plateau ondulé, froissé. Tous les géologues
+ont acquiescé à la formule de Ritter (Flamand, Roux, Savornin).
+
+Géologues et géographes établissent un parallélisme entre l’Atlas
+saharien et notre Jura français ; de Martonne par exemple[87], le
+général Berthaut[88]. La comparaison est devenue classique. Ce sont deux
+bons exemples courants d’un plissement peu accusé.
+
+Cette analogie dans les énergies comparables des deux plissements a pour
+conséquence la parenté des deux modelés.
+
+Ces termes populaires expressifs que les montagnards du Jura donnent à
+des détails du relief, les _cluses_, les _ruz_, les _crêts_, les
+_combes_ et qui ont passé dans l’usage courant de la géographie
+physique, des géographes comme de Martonne[89], des topographes comme le
+général Berthaut[90], des géologues comme Roux[91] se trouvent tout
+naturellement entraînés à les employer dans une description de l’Atlas
+saharien. Le dôme à centre évidé (cratère d’érosion de Roux, voir fig.
+13), si fréquent dans l’Atlas saharien est aussi une forme
+jurassienne[92].
+
+_Modelé désertique._ — Pourtant ce modelé jurassien est l’œuvre d’une
+érosion jeune, qui n’a pas eu le temps d’effacer entièrement et de
+rendre méconnaissable la surface structurale primitive. Assurément il y
+a une nuance importante à noter à ce point de vue entre le Jura et
+l’Atlas saharien.
+
+« Les plis de l’Atlas saharien, dit le général Berthaut, étant plus
+dégradés que ceux du Jura, présentent une plus grande _densité_ de
+détails topographiques : crêts, ravins, combes, festons, écailles, etc.,
+s’y montrent plus nombreux et plus serrés[93]. »
+
+M. Roux souligne la présence, dans certains coins de l’Atlas saharien,
+de véritables « synclinaux perchés », tout à fait typiques. Ce sont, par
+exemple, le Kalaat-es-Senam sur la frontière tunisienne, le djebel Milok
+au nord de Laghouat. « Cette inversion du relief, comme le fait observer
+de Martonne, est un signe certain d’une évolution poussée jusqu’à la
+maturité » ; et c’est dans les Alpes, non plus dans le Jura, que de
+Martonne en cherche des exemples[94].
+
+L’Atlas saharien, frère du Jura, s’en distinguerait donc par une usure
+du relief beaucoup plus accentuée. On n’est pas certain, à vrai dire,
+que cette explication soit entièrement satisfaisante. Il est évident en
+tout cas qu’elle est incomplète, et ce qu’elle passe sous silence
+pourrait bien être l’essentiel. L’Atlas saharien se distingue du Jura,
+des Alpes, et de toutes les chaînes de chez nous, qui sont familières à
+nos géographes, en ce qu’il a un modelé désertique.
+
+En effet, comme on l’a déjà dit longuement, il n’a, pour ainsi dire,
+jamais cessé d’être zone de bassins fermés. Sous nos yeux, aujourd’hui,
+à son extrémité orientale, dans le sud tunisien, le bassin fermé du
+Djerid va jusqu’à Gabès, c’est-à-dire jusqu’à la mer. Depuis
+l’oligocène, en tout cas depuis le pontien, cette chaîne tout entière
+n’a jamais été normalement drainée par des fleuves aboutissant à la mer.
+C’est un fait d’immense conséquence, au point de vue modelé. Le cycle
+d’érosion n’est plus le même, suivant que le niveau de base est fourni
+par le chott voisin qui se comble, et non plus par la mer lointaine,
+dont la capacité réceptive en matière d’alluvions est pratiquement
+illimitée. Sur tout le flanc sud de Figuig à Gabès, le contact
+géologique entre l’Atlas et la plate-forme saharienne ne s’observe nulle
+part ; il est masqué invariablement par des épaisseurs inconnues
+d’atterrissements continentaux, que les géologues ont classé mio-
+pliocènes, et qui sont les éboulis et les débris de la chaîne, les
+résultats accumulés de son usure à travers les âges. Ils sont restés où
+le ruissellement sur les pentes les a abandonnés, à bout de force dans
+les zones d’épandage. La chaîne est enfouie sous ses propres débris. Le
+colmatage en bassins fermés est soumis à des lois particulières : le
+niveau de base qui est une simple zone d’épandage tend à se relever sans
+trêve par l’accumulation des alluvions ; il en résulte une incertitude
+du cours inférieur ; la rivière est rejetée par le résultat de son
+travail à la recherche éternelle d’une zone d’épandage nouvelle ; et le
+colmatage s’étend donc de proche en proche sur des étendues illimitées.
+
+L’érosion aussi obéit à des lois nouvelles ; il n’y a pas attaque
+générale par de grands fleuves brutaux éventrant profondément la chaîne.
+Dans les compartiments séparés des bassins fermés l’érosion travaille en
+petit. Chaque groupe montagneux est modelé à part, délicatement, par une
+érosion régulièrement périphérique, l’ennoyage et par conséquent la
+protection du pied allant de pair avec l’attaque du sommet. Ainsi
+s’expliquent, j’imagine, ces paysages, que décrit Ritter, où « quelque
+montagne décharnée s’avance, dans l’horizon plat, comme un éperon de
+navire » : ces « vastes plaines que séparent de longues crêtes aiguës et
+bien alignées ». Flamand les compare à des « chenilles
+processionnaires » se suivant à la queue leu-leu.
+
+On a parfois comparé l’Atlas saharien aux chaînes de l’Iran, d’ailleurs
+bien mal connues et cette comparaison a chance de n’être pas inexacte.
+J’en suggérerais volontiers une autre avec les Basin Ranges des États-
+Unis, sans être d’ailleurs autrement sûr de ce que j’avance. Cet
+enfouissement de l’Atlas saharien sous ses propres débris, il est
+curieux qu’on ne l’ait, je crois bien, jamais mentionné. Il pourrait
+bien être pourtant la caractéristique la plus importante de la chaîne,
+celle qui explique les autres, au moins pour une bonne part.
+
+_Lien entre les deux._ — Et par exemple n’est-il pas en relation de
+cause à effet avec l’autre grande caractéristique, la simplicité des
+plis. Les théoriciens de la tectonique, en étudiant les plissements de
+l’écorce terrestre, sont arrivés à cette conclusion qui est de simple
+bon sens. Un pli donné est d’autant plus accusé qu’on l’envisage à une
+profondeur plus grande dans l’épaisseur de l’écorce. Il est toujours
+léger dans les couches superficielles[95].
+
+Une chaîne comme les Alpes apparaît de tectonique très compliquée, parce
+que l’érosion actionnée par le niveau de base marin, a mis au jour le
+cœur profond des plis.
+
+Il en est de même de l’Atlas tellien. Mais l’Atlas saharien, de modelé
+désertique, a conservé au contraire des parties importantes, ou en tout
+cas des traces encore reconnaissables de la surface structurale
+primitive ; c’est-à-dire une simplicité de dessin général, dont nous ne
+savons pas ce qu’elle masque en profondeur.
+
+A vrai dire elle pourrait bien masquer une allure tectonique assez
+différente, à profondeur égale, de ce qu’on observe dans l’Atlas
+tellien. Les cartes paléogéographiques ont déjà montré qu’il y a une
+différence essentielle de nature entre le géosynclinal tellien et le
+socle continental de l’Atlas saharien. Il est naturel d’admettre _a
+priori_ que la réaction aux compressions latérales n’a pas été la même
+de part et d’autre. Là-dessus nous pourrons emprunter quelques lignes à
+un géologue M. Joleaud[96]. « Dans le nord de l’Afrique Mineure qui a
+conservé pendant toute la durée des temps oolithiques et crétacés un
+caractère nettement géosynclinal, les forces tectoniques se propagèrent
+à travers une puissante série bathyale, en donnant naissance partout à
+des plis bien accusés. Dans le centre et le sud les mouvements
+orogéniques tertiaires se transmirent à travers des dépôts néritiques
+formant un ensemble bien moins développé en hauteur. » M. Joleaud pense
+que dans cette zone des dépôts néritiques, ou du socle continental, la
+plate-forme paléozoïque, moins profondément enfouie, a pu faire sentir
+son influence, et même « commander en quelque sorte l’orogénie
+tertiaire ». Nous en saurons plus long le jour où le Grand Atlas
+marocain aura été bien étudié. Il semble en effet que le Grand Atlas
+soit la prolongation de l’Atlas saharien surhaussée et décapée jusqu’au
+cœur paléozoïque. Dans l’état de nos connaissances de la réserve
+s’impose.
+
+En géographie physique, comme dans toutes les sciences naturelles, il
+faut se méfier sans doute d’une explication unique appliquée à des faits
+complexes. L’Atlas tellien d’une part, et le saharien de l’autre, ont
+deux bonnes raisons d’être l’un très compliqué, et l’autre très simple.
+Il faut noter seulement que ces deux causes agissent dans le même sens,
+leurs effets s’additionnent. Il en résulte que les deux Atlas sont des
+individualités bien distinctes.
+
+
+[Note 77 : No 100.]
+
+[Note 78 : No 41.]
+
+[Note 79 : Nos 102 et 103.]
+
+[Note 80 : No 103, p. 271.]
+
+[Note 81 : No 41, p. 786.]
+
+[Note 82 : No 57, p. 147.]
+
+[Note 83 : No 115, p. 428.]
+
+[Note 84 : No 102, p. 658 et 103, p. 267, fig. 3.]
+
+[Note 85 : No 100, p. 11.]
+
+[Note 86 : No 100, fig. 1, p. 100.]
+
+[Note 87 : No 82, p. 498.]
+
+[Note 88 : No 24, t. I, p. 197.]
+
+[Note 89 : No 82, p. 498.]
+
+[Note 90 : No 24, t. I, p. 180.]
+
+[Note 91 : No 103, p. 258.]
+
+[Note 92 : No 82, fig. 229.]
+
+[Note 93 : No 24, t. I, p. 197.]
+
+[Note 94 : No 82, fig. 231.]
+
+[Note 95 : No 82, p. 503, fig. 233.]
+
+[Note 96 : No 70, p. 351.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ L’AURÈS
+
+
+L’Atlas saharien a beau être une individualité bien nette, construite,
+d’un bout à l’autre sur une sorte de plan général, on y distingue des
+parties. On a déjà dit qu’à l’occident le Grouz et ses voisins forment
+un groupe à part. A l’orient il n’a jamais été dit assez combien l’Aurès
+est un monde particulier.
+
+Qu’on jette un coup d’œil sur les trois coupes ci-jointes, l’une à
+travers l’Atlas d’Oran, l’autre de Constantine, la troisième d’Alger (de
+Dellys à Biskra) (fig. 23). Les deux premières font avec la troisième un
+contraste complet, une antithèse. Dans celles-là les sommets culminants
+de toute la chaîne sont nettement reportés dans l’extrême sud, dans
+l’Atlas saharien. Sous le parallèle d’Oran les montagnes du Tell sont
+des taupinières à côté des massifs de l’Atlas saharien, la différence
+est presque du simple au double de 1000 à 2000 mètres, et la massivité
+des deux chaînes est proportionnelle à leur altitude.
+
+Sous le parallèle de Constantine (plus exactement du cap Bougaroun au
+chott Melr’ir) le rapport est le même entre les chaînes de petite
+Kabylie et l’Aurès ; c’est ce dernier qui écrase les premières de son
+altitude et de sa masse.
+
+Mais de Dellys à Biskra la proportion inverse est encore plus accusée.
+De l’Atlas tellien, représenté par le Djurdjura, qui dépasse 2000
+mètres, ce serait trop peu dire qu’il écrase l’Atlas saharien ; il
+représente à lui seul toute la chaîne puisque l’Atlas saharien n’existe
+plus ; l’Atlas saharien a tout à fait disparu, il est supprimé à la
+lettre, rigoureusement, puisque le très large seuil de Biskra entaille
+la chaîne jusqu’à 400 mètres d’altitude.
+
+Il y a là un étranglement de l’Atlas extraordinaire, l’étranglement du
+Hodna. C’est peut-être le trait le plus frappant de la structure dans
+toute l’Algérie. Il saute aux yeux dès qu’on regarde une carte. Mais
+dans la mesure il est vrai très faible où des géographes ont essayé de
+décrire avec des mots, il ne me semble pas qu’on en ait tiré tout ce
+qu’il donne de facilités pour l’articulation du pays et la
+différenciation des régions naturelles.
+
+[Illustration : FIG. 23.
+
+Trois coupes à travers l’Atlas. Les coupes A et C (Atlas d’Oran et de
+Constantine), sont apparentées entre elles. Dans l’une comme dans
+l’autre l’Atlas saharien est bien plus important que le tellien par sa
+masse et son élévation.
+
+Dans la coupe intermédiaire B (Djurdjura, Hodna, Biskra) le rapport est
+inverse. C’est le point où l’Atlas tellien est le plus imposant, le
+saharien au seuil de Biskra est réduit à peu près à rien.
+
+Cette comparaison fait ressortir le caractère exceptionnel, et par
+conséquent l’importance géographique du seuil de Biskra.]
+
+On a déjà longuement parlé du seuil de Biskra, et de ses relations avec
+le sillon de l’Igharghar. On a dit qu’il séparait deux humanités,
+Berbère et Arabe ; comme aussi deux groupes montagneux très contrastés,
+les collines du Zab d’une part et d’autre part la masse puissante de
+l’Aurès (fig. 6).
+
+Dans le chapelet des « Amygdales » qui composent l’atlas saharien
+l’Aurès a une individualité bien plus accusée non seulement que le Zab
+mais que les monts des Ouled Nayl ou le djebel Amour. On en est prévenu
+par le retentissement et la célébrité du nom. Aurasius disent déjà les
+auteurs anciens. Notez que le mons Ferratus n’est pas identifié avec
+certitude ; on a soutenu que c’était le Djurdjura, mais on n’en est pas
+sûr. Le mont Papua où finit Gélimer n’a jamais été retrouvé ; on a
+renoncé à le reconnaître dans l’Edough, Un massif montagneux dans
+l’Atlas qui ait gardé son nom et son individualité bien nette depuis
+deux mille ans, il n’y en a peut-être pas d’autre en dehors d’Aurasius
+Mons.
+
+Les Berbères qui l’habitent ont un nom d’ensemble ; ils s’appellent
+Chaouïa (de _cha_ brebis) ; ce qui semble signifier les pâtres de
+moutons. Ce sobriquet devenu un ethnique souligne un genre de vie par
+quoi les Chaouïa s’opposent à tous leurs voisins, non seulement aux
+Arabes Hodnéens, grands nomades pâtres de chameaux, mais aussi aux
+Berbères de Kabylie cultivateurs et arboriculteurs, logés dans des
+maisons et des chaumières. Si nous étions plus familiers avec le passé
+de l’Algérie, nous reconnaîtrions, je crois, dans le pays Chaouïa, le
+pays de ces pâtres nomades ou semi-nomades, qui ont porté, aux temps de
+Carthage et de Rome le nom de Numides. Depuis l’antiquité, la venue des
+Chameliers Zénètes, puis Arabes, a modifié de fond en comble le
+nomadisme. Là où furent les Numides on retrouve aujourd’hui les Chaouïa,
+fidèles aux conditions de vie que le pays et le climat imposent,
+distincts de leurs vieux voisins les Maures des chaumières, comme de
+leurs voisins plus récents les chameliers des grandes tentes.
+
+Ce groupe humain Chaouïa semble aussi anciennement individualisé que les
+montagnes où il vit.
+
+Il s’étend jusqu’à Souk-Ahras et jusqu’auprès de Constantine recouvrant,
+au nord de l’Aurès proprement dit, la zone des bassins fermés qui lui
+est subordonnée. On dit les Hauts Plateaux de Constantine et cette façon
+de s’exprimer n’est pas heureuse.
+
+C’est à l’ouest du Hodna que les deux Atlas, le tellien et le saharien,
+sont séparés par une zone intermédiaire de hauts plateaux. A l’est de
+l’étranglement les conditions se modifient ; les deux Atlas se
+rejoignent et se bordent l’un l’autre. Aussi bien les directions des
+plis s’infléchissent progressivement vers le nord, l’Atlas tellien
+arrive à la mer, et le saharien, se substituant à lui, recouvre la
+Tunisie. Rien n’est plus connu. Un coup d’œil sur la carte montre bien
+nettement cette orientation nouvelle et ce groupement des plis. Il est
+curieux que la nomenclature usuelle soit en contradiction complète avec
+l’évidence.
+
+A l’ouest du Hodna on verra combien la limite est facile à suivre entre
+le socle continental à peu près rigide, et la zone géosynclinale
+plissée. A l’est il y a du flou.
+
+Il est vrai que le rocher calcaire qui porte la ville de Constantine,
+semble appartenir déjà au socle continental, et en être le rebord. En ce
+point précis il y a dans le profil de l’oued Rummel (fig. 19) une
+rupture de pente extrêmement marquée. Sur le profil de la Seybouse on
+observe exactement en amont de Guelma (fig. 18) une rupture et pente
+analogue. Et dans le voisinage de Guelma (à 8 kilomètres ouest) au pied
+de ce même grand talus jaillissent les fameuses sources d’Hammam-
+Meskoutine (500 litres à la seconde, 95° de chaleur)[97].
+
+Les monts de Constantine d’après Joleaud[98] sont un front de nappe et
+le rameau le plus méridional de l’Atlas tellien. C’est donc à peu près
+là que passerait la limite ?
+
+Pourtant au sud de Constantine les géologues nous décrivent une
+structure compliquée, fort éloignée d’être tabulaire.
+
+Blayac, par exemple, parlant du bassin de la Seybouse au sud de Guelma,
+nous dit qu’il est « entièrement du domaine de l’Atlas saharien ».
+
+Mais les plis, dit Blayac sont moins rudimentaires que dans le sud.
+« Dans le bassin de la Seybouse plus rapproché du géosynclinal, les
+efforts orogéniques plus violents ont obligé les plis à s’imbriquer, à
+chevaucher, là où les terrains n’étaient pas suffisamment résistants par
+leur nature lithologique[99]. »
+
+Il est vrai que cette expression _Hauts Plateaux constantinois_
+s’applique à une région bien déterminée, le domaine des chotts, des
+bassins fermés, avec leur croûte épaisse de dépôts continentaux, que
+l’érosion de tête des torrents telliens n’a pas encore éventrés et
+décapés.
+
+Mais on voudrait voir réserver à cette région le nom de « hautes
+plaines », proposé par MM. Ficheur et Bernard[100]. Il conviendrait
+parfaitement à l’est de l’étranglement hodnéen.
+
+A l’ouest au contraire on verra qu’il faut dire « hauts plateaux ».
+
+
+[Note 97 : No 72, p. 431.]
+
+[Note 98 : No 70, p. 384. Voir cependant no 31 c.]
+
+[Note 99 : No 26, p. 474.]
+
+[Note 100 : No 22.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ TENDRARA
+
+
+A l’ouest de l’étranglement hodnéen (fig. 25), l’Atlas tellien et
+l’Atlas saharien ne sont plus en contact, ils sont séparés par une très
+large zone intermédiaire, celle des Hauts Plateaux proprement dits.
+
+C’est la zone des grands chotts, et on a déjà dit que les chotts actuels
+ont des ancêtres à travers tout le passé continental de l’Algérie,
+depuis le trias. Les Hauts Plateaux sont donc encroûtés de dépôts
+continentaux, plus encore que l’Atlas saharien, sur une plus grande
+épaisseur, et sur une plus grande superficie. En un nombre restreint de
+points on peut observer directement le substratum, dont la structure
+pourrait donc être matière à contestation.
+
+Il est naturel d’admettre que le point le plus élevé de Hauts Plateaux a
+chance d’être aussi celui autour duquel le substratum affleure le plus
+largement. A partir du Hodna, qui est à 500 mètres au-dessus du niveau
+de la mer, le sol monte progressivement jusqu’à la frontière marocaine
+et au delà, jusqu’à la Moulouya. Les sommets sont là, dans une région
+qui fait politiquement partie du Maroc ; mais qui, physiquement, est un
+simple prolongement des Hauts Plateaux algériens, leur extrémité
+occidentale. On a quelquefois donné à cette région le nom de Dahra,
+qu’il peut être commode de retenir, même s’il n’est pas usité dans le
+pays, ce qui est bien possible. Le Dahra dans son ensemble a 13 ou 1400
+mètres ; des points atteignent 1600 mètres, comme par exemple le Djebel
+Tendrara.
+
+Nous en avons aujourd’hui, et depuis peu, une bonne image topographique,
+la carte au 200000e du bureau topographique du Maroc ; édition
+provisoire, mais l’édition définitive n’en différera que par des détails
+insignifiants.
+
+Il est vrai que du Dahra il n’existe même pas un commencement de carte
+géologique, du moins qui ait été publiée ; mais je me trouve avoir
+travaillé dans le pays au printemps de 1914, j’en ai rapporté des
+fossiles très connus et très caractéristiques identifiés au premier coup
+d’œil par M. Ficheur. Et la simplicité de la structure aidant, je puis
+certainement rendre du Dahra un compte précis et exact.
+
+A l’ouest de Tendrara, c’est-à-dire dans la direction du Maroc et en
+pays mal connu, je suis allé jusqu’aux points d’eau de Tioudadin, Bel
+Riada, Haci Chguig, Haci Marroug, ce qui signifie un rayonnement d’une
+centaine de kilomètres.
+
+[Illustration : FIG. 24.
+
+Le Tendrara. C’est le point culminant (1647 m.) de tous les hauts
+plateaux sur la frontière marocaine où il se dresse. On le voit de
+partout dès qu’on sort de l’Atlas. C’est une butte-témoin découpée par
+l’érosion dans une feuille à peine ondulée de calcaire cénomanien-
+turonien. Tout autour dans un rayon considérable (60 à 80 km. au moins
+vers l’Ouest et le Nord-Ouest) les conditions géographiques et
+géologiques sont partout les mêmes. Il y a donc bien plateau, dans le
+sens populaire et technique du mot.]
+
+Dans toute cette étendue on ne cesse d’avoir sous les pieds la même
+feuille du même calcaire. Ce calcaire est blanc, très dur, à gros
+rognons de silex noir (Tendrara) ; quand des marnes s’y intercalent
+elles sont chargées de gypse. C’est le facies, classique en Algérie, des
+calcaires cénomaniens et turoniens. Les fossiles appartiennent
+d’ailleurs à ces étages (radiolites, nérinées). Auprès de Tioudadin
+(dans la direction du djebel Lakhdar) ; et auprès de Bel-Riada
+(direction de l’oued R’ilan) on voit ces couches reposer en
+superposition tout à fait normale et tranquille sur des grès rouges
+qu’on reconnaît de suite, si on les a vus ailleurs ; ce sont les grès à
+sphéroïdes et à dragées de l’albien. Comme d’habitude on y trouve des
+gravures rupestres. Tout est donc parfaitement clair, on a bien affaire
+à un plateau crétacé, d’un type tout à fait courant en Algérie et au
+Sahara algérien ; on pourrait se croire au Tadmaït, il n’y a pas moyen
+de s’y tromper, et il ne subsiste pas d’incertitude.
+
+Le djebel Tendrara, fig. 24, avec ses 1657 mètres, paraît bien être le
+point culminant du Dahra et par conséquent de tous les hauts plateaux
+algériens, ce qui est, en somme, une dignité assez éminente. A ce titre
+le Tendrara mériterait une place dans les manuels scolaires de
+géographie algérienne. Sur le terrain il est d’ailleurs imposant. On le
+voit de 60 kilomètres à la ronde, et même davantage ; de Berguent par
+exemple, qui est à plus de 100 kilomètres dans le nord, sur les
+frontières du Tell. Il a la forme d’une table : cette forme, très
+répandue dans le sud, que les indigènes appellent gara. Tendrara, est
+une butte-témoin constituée par un empilement de couches calcaires
+turoniennes horizontales. Comme son relief relatif est d’environ 200
+mètres, ce dont elle porte témoignage, c’est l’importance des couches
+disparues et par conséquent celle de l’érosion.
+
+Cette érosion si importante pourtant n’a guère voilé l’allure générale
+de la surface structurale ; on la reconnaît au premier coup d’œil sur la
+carte topographique[101]. La feuille calcaire dont le Tendrara est une
+saillie n’est pas rigoureusement horizontale, elle dessine, entre
+Tendrara et Tioudadin, un dôme allongé très régulier, ce que les
+géologues appellent un brachyanticlinal, nettement fermé à Tioudadin.
+C’est une ondulation, un plissement très léger, mais il est très net,
+orienté sud-ouest-nord-est ; cette direction se retrouve tout
+naturellement dans celle du grand axe au djebel Tendrara.
+
+_L’arc de Fortassa._ — Ce plateau ondulé de Tendrara voisine avec le
+dernier rameau de l’Atlas saharien et la comparaison est intéressante.
+
+C’est le chapelet de chicots dont on a déjà parlé au livre I, et qui
+borde au nord le Tamlelt (djebel Orak, djebel Bou-Arfa, djebel Klakh)
+(fig. 4 et 25).
+
+Sa direction est remarquable : après avoir couru ouest-est en territoire
+marocain, il se continue au delà de Fortassa en territoire algérien
+jusqu’à l’Antar de Méchéria, qui peut être considéré comme le dernier
+grain du chapelet. A partir de Fortassa, la direction s’infléchit au
+nord-ouest, ou même au nord-nord-ouest. C’est donc un arc d’une courbure
+très prononcée ; appelons-le, pour la commodité de l’exposition, l’arc
+de Fortassa.
+
+Cet arc de Fortassa est un élément tout à fait typique de l’Atlas
+saharien, il l’est par son allure arquée (géniculée comme dit Flamand),
+par sa direction qui fait un angle avec celle de la chaîne dont elle
+constitue un élément, par sa façon de s’en échapper comme une mèche
+rebelle d’une natte de cheveux (voir la figure 22).
+
+Or le contraste de structure est très vif entre l’arc de Fortassa et le
+plateau de Tendrara. Ce contraste apparaît au premier coup d’œil ; de
+loin, on voit l’arc de Fortassa se profiler sur l’horizon en dents de
+scie, en sierra, et non pas du tout en tables. Quand on y regarde de
+plus près la différence s’accuse davantage encore. L’intensité du
+plissement amène à l’émergence des couches bien plus anciennes que le
+cénomanien et l’albien. Des calcaires jurassiques et liasiques, et même
+des roches encore plus anciennes cristallines et primaires.
+
+Du djebel Bou-Arfa j’ai rapporté des échantillons de roche qui ont été
+examinées par M. Brives. L’un est un conglomérat à ciment siliceux et
+éléments de quartz gras roulés, ayant tout à fait l’aspect des
+conglomérats permiens. L’autre est une pegmatite tourmalinifère.
+
+Au même point je retrouve dans mes notes mention de roches qui m’ont
+paru être des micaschistes (traversées apparemment par un filon de
+pegmatite). Le point d’origine est au cœur du djebel Bou-Arfa, dans la
+région d’Aïn-Bou-Arfa, au-dessus exactement d’un gisement de manganèse,
+qui était prospecté au printemps 1914. L’affleurement de roches
+anciennes est de forme lenticulaire au milieu d’une haute falaise à
+regard sud. Au-dessus et au-dessous des roches anciennes sont des
+calcaires secondaires, et ces calcaires appartiennent à la même couche
+dont l’œil suit le repli. Sous bénéfice d’inventaire je pense qu’il y a
+là un pli très vif, déversé au sud. Il n’y a pas besoin de souligner le
+contraste d’une pareille structure avec l’ondulation de Tendrara.
+
+Dans ce même arc de Fortassa, pour multiplier les exemples, un contraste
+analogue ressort entre des éléments voisins de l’arc le djebel Lakhdar
+et le djebel Orak (fig. 4).
+
+Le Lakhdar, qui est de grès albien et qui a la forme et la simple
+structure d’un tremplin, est une écaille soulevée sur le rebord du
+plateau crétacé de Tendrara, avec lequel il fait corps. Tout à côté le
+djebel Orak (au-dessus de la source) est une feuille verticalement
+dressée de calcaire liasique ou jurassique.
+
+L’arc de Fortassa n’a pas été encore étudié par les géologues. A cette
+réserve près tout se passe comme s’il était d’architecture plissée et le
+plateau de Tendrara d’architecture tabulaire. La distinction
+universellement admise entre les Hauts Plateaux et l’Atlas saharien
+conserve sa valeur.
+
+
+[Note 101 : No 18, feuille 74. Chott Tigri.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ LE TIGRI
+
+
+En relation de voisinage avec l’arc de Fortassa et le plateau de
+Tendrara se trouve le chott Tigri. On a l’intention de l’analyser[102]
+sommairement comme un bon échantillon des cuvettes fermées dont la
+juxtaposition constitue les Hauts Plateaux (fig. 25).
+
+Ce serait un très mauvais échantillon de chott proprement dit.
+
+Il n’a jamais été fait une étude détaillée d’un chott. Il faut se borner
+à des impressions. On se représente un chott comme une plaine
+d’alluvions, sur laquelle, après les pluies, de grandes étendues d’eau,
+d’épaisseur pelliculaire, se déplacent plus ou moins au gré du vent. En
+temps ordinaire c’est à perte de vue une immensité brunâtre, çà et là
+miroitante de sel. Il n’est jamais possible de la traverser sans
+précautions, parce qu’elle est semée de fondrières très dangereuses. Non
+seulement les hommes mais jusqu’aux gazelles, dit-on, connaissent les
+sentiers où le sol est solide et dont il ne faut pas s’écarter, sous
+peine d’enlisement et de mort. Le pays le plus intraversable et le plus
+inexplorable, puisqu’il n’existe pas de moyens de transport imaginable ;
+on ne passe ni à pied ni en bateau dans un pays qui n’est ni terre ferme
+ni eau. Telles sont les idées que le mot de chott éveille.
+
+Le Tigri ne répond pas à cette définition. On y rencontre bien çà et là
+des plaques chauves et salées ; mais elles sont insignifiantes ; les
+caravanes passent et campent partout. Ainsi les Indigènes disent : le
+chott Chergui, le chott R’arbi ; mais ils disent le Tigri tout court.
+C’est pour eux le nom d’un pays, d’une région naturelle. Il est sûr
+pourtant que ce pays est une cuvette fermée, et s’il rentre dans une
+catégorie qui ait un nom courant, c’est assurément dans celle des
+chotts. Il lui en manque seulement les caractéristiques populaires.
+
+[Illustration : FIG. 25. — LE TIGRI.
+
+Le Tigri est un bassin fermé de forme ovale délimité par une enceinte de
+falaises — Les cours d’eau s’en éloignent de toutes parts (voir la
+direction des flèches). Ceux qui coulent vers le Sud, pour fuir le Tigri
+se creusent des gorges pittoresques à travers l’arc montagneux de
+Forthassa. L’un d’eux, l’oued Falet, a manifestement capturé un réseau
+d’oueds affluents anciens du Tigri. — Le Tigri est très creux ; 150
+mètres de dénivellation entre le chott central qui est le fond de
+l’entonnoir et le sommet de la falaise extérieure. — Entre ces deux
+extrémités des amphithéâtres de falaises, de diamètre et d’altitude
+décroissants de l’extérieur au centre, s’emboîtent les uns dans les
+autres. — Ces falaises correspondent à des cassures, le long desquelles
+une éruption volcanique s’est produite jadis, et la nappe d’eau
+souterraine se fait jour aujourd’hui en sources nombreuses. — Le Tigri,
+type des chotts algériens est une cuvette d’effondrement évidente.]
+
+Pour le but que nous poursuivons, cette lacune est un avantage précieux.
+L’absence, ou la pauvreté, du remplissage alluvionnaire laisse
+apparaître au jour les parois de la cuvette, et par conséquent sa
+structure. Le Tigri est donc un type excellent de cuvette fermée parce
+qu’elle est aux trois quarts vide. De même que Tendrara, parce qu’il est
+net d’alluvions, est un bon type de haut plateau.
+
+_Le manteau alluvionnaire._ — Pourquoi la cuvette est vide il est aisé
+d’en rendre compte. C’est essentiellement que la cuvette fermée du Tigri
+est un bassin fluvial tout petit. Le chott Melr’ir, à côté de Biskra,
+reçoit l’oued Djedi, qui vient de Laghouat, et l’Igharghar, qui vient du
+Hoggar : c’est un bassin d’alimentation immense comparable par son
+étendue à celui du Danube ou du Rhin. Les autres chotts Algériens, le
+Hodna, les Zahrez, les chotts R’arbi et Chergui n’ont pas un bassin
+aussi gigantesque ; ils drainent cependant des portions importantes de
+l’Atlas. Mais le Tigri à proprement parler ne draine rien du tout. Il
+est à peu près complètement réduit aux pluies qui lui tombent du ciel
+directement dans son enceinte de falaises. Il n’est pas la zone
+d’épandage d’un grand oued sérieux, venu de loin.
+
+Il faut noter qu’à ce point de vue la situation du Tigri est allée en
+empirant depuis le quaternaire. Son bassin de réception, qui a toujours
+été extrêmement médiocre, a été réduit encore, dans de très fortes
+proportions, par des captures. Aujourd’hui le seul oued qui aboutisse au
+Tigri (l’oued Mazzer coin nord-ouest), a tout au plus 20 kilomètres de
+long. Le système de cet oued Mazzer, avant les captures qui l’ont
+amputé, pouvait avoir une superficie double ou triple de l’actuelle. Ce
+n’était déjà pas grand’chose ; mais enfin la décadence est actuellement
+sensible.
+
+L’exiguïté croissante du bassin de réception a deux conséquences, qui
+ont tendu l’une et l’autre à restreindre l’épaisseur du manteau
+alluvionnaire.
+
+Et d’abord le Tigri n’a pas gardé beaucoup d’alluvions parce qu’il n’en
+n’a jamais reçu beaucoup. Il n’a jamais été comme d’autres chotts, la
+zone d’épandage où sont venus se concentrer les débris des chaînes
+lointaines.
+
+Mais par surcroît les alluvions quaternaires, telles quelles, qui
+s’étaient accumulées dans la cuvette, le Tigri, sous le climat actuel,
+se trouve très mal outillé pour les défendre contre la pulvérulence et
+la déflation ; plus mal outillé que les autres chotts parce qu’il est
+plus desséché. L’équilibre est rompu davantage entre la masse des
+alluvions et la quantité disponible d’eau qui les imbibe et les
+maintient. En effet l’irrégularité des pluies dans le temps et dans
+l’espace tend à s’atténuer dans une cuvette qui est l’aboutissement d’un
+bassin fluvial étendu, et qui, par conséquent, peut bénéficier de pluies
+lointaines. Mais, dans une cuvette aussi isolée : que le Tigri, le
+climat subdésertique doit développer intégralement toutes ses
+conséquences desséchantes : aggravées encore par les captures et le
+rétrécissement consécutif du bassin. Il faut s’attendre à ce que le
+desséchement, la décomposition du sol, ait progressé plus vite ici que
+dans d’autres cuvettes fermées. Et c’est en effet ce qui s’est produit.
+
+Le Tigri est un pays extraordinaire ; dont on ne sait au premier contact
+comment interpréter l’étrangeté. Dans l’enceinte de ses falaises, il est
+constellé de petits chotts, assez souvent circulaires, qui lui font sur
+la carte une face lunaire, une figure cicatrisée de variole. Il en est
+des oueds comme des chotts. On n’en voit que des bouts, des tronçons
+incohérents, qui ne se soudent pas entre eux, et qui ne riment à rien.
+L’émiettement du modelé est corrélatif, un pêle-mêle de bouts de falaise
+et de buttes témoins, qui ne se coordonnent pas en un ensemble.
+
+Tout cela donne bien déjà, à soi tout seul, une impression de
+décomposition. Quand on y regarde de plus près on finit par
+reconstituer, entre le chott central et l’ellipse des falaises, un
+réseau régulier de petites artères quaternaires, un réseau dissocié,
+pourri. Les bouts de falaise et les buttes témoins en représentent les
+parties dures, le squelette rocheux. Tout ce qui en faisait jadis un
+corps vivant, la chair si on peut dire, c’est-à-dire le remplissage
+alluvionnaire, le colmatage, a généralement disparu, emporté au vent.
+
+Pas emporté bien loin, il est vrai. La partie sableuse de l’ancien
+manteau alluvionnaire a été transposée en dunes, et se retrouve sous
+cette forme dans l’enceinte du Tigri.
+
+En dunes d’une espèce particulière. Ce n’est pas la véritable dune
+classique, de sable nu, nous sommes dans la steppe et non pas au désert.
+Le sable du Tigri porte de la végétation. La plus grande partie de la
+cuvette est une mer de mamelons sablonneux. Chacune des innombrables
+buttes juxtaposées est couronnée d’un arbuste ou d’une touffe de
+végétation ; l’arbuste ou la touffe est la raison d’être de la butte,
+puisque le sable s’est déposé autour de ce petit obstacle. La végétation
+est, pour la steppe, très vigoureuse et très dense, ce qui a pour
+corollaire que les mamelons de sable sont très accusés et très serrés.
+Du gros bétail, mulets, chevaux, chameaux, disparaît entièrement
+derrière une de ces ondulations ; on passe à quelques mètres d’un groupe
+de bêtes sans le voir. Cette nature de sol est fréquente au Sahara, nos
+Sahariens l’appellent « Nebka ». Si on voulait définir le Tigri d’un
+seul mot, celui-ci serait plus juste qu’aucun autre. Essentiellement le
+Tigri, dans son ensemble, est une « Nebka ».
+
+C’est peut-être la plus belle qui soit dans toute l’Afrique
+septentrionale.
+
+La Nebka, l’émiettement du modelé et de l’hydrographie, tout cela dans
+le paysage du Tigri concourt au même trait essentiel. Les parois de la
+cuvette sont restées découvertes ou ont été récurées énergiquement par
+les actions éoliennes. Tandis que d’autres cuvettes fermées des Hauts
+Plateaux sont remplies jusqu’au bord d’épaisseurs insondées de boues
+salées, celle du Tigri est vide presque jusqu’au fond. Condition
+précieuse qui permet d’en toucher du doigt la structure.
+
+_Géologie de la cuvette._ — Dans toute l’étendue du Tigri on retrouve le
+même sous-sol, des couches rouges, surtout gréseuses, avec intercalation
+de lits plus ou moins argileux, qui sont par endroits gypsifères.
+G.-B.-M. Flamand les appelle « terrain des Gour », pour ne pas préjuger
+de leur âge. C’est cette formation continentale et désertique dont nous
+avons déjà parlé et qu’on peut attribuer suivant les points où on
+l’observe à l’oligocène, au pontien, au tortonien.
+
+Au-dessus des couches gréseuses rouges il y a normalement des calcaires
+blancs très durs. C’est la croûte pliocène, telle que nous l’avons déjà
+décrite, avec sa minceur qui rend plus remarquable sa continuité.
+
+Nous sommes donc sur l’emplacement d’un bassin fermé très ancien, comblé
+par des dépôts d’atterrissements.
+
+Le Tigri, en tant que cuvette fermée, existait déjà au pontien,
+probablement à l’oligocène. Cette vieille cuvette paraît avoir été
+beaucoup plus étendue que l’actuelle. En tout cas le terrain des Gour
+s’étend très au delà des limites du Tigri (A Hasi et Aricha, par
+exemple, l’oued est entaillé dans le terrain des Gour).
+
+Tous les autres chotts des Hauts Plateaux sont d’ailleurs logés à la
+même enseigne. Tous ont une large auréole de dépôts continentaux, et des
+ancêtres pontiens ou oligocènes.
+
+Mais voici qui est particulier au Tigri ; des traces d’un volcan. Elles
+sont sur la falaise nord, en un point qui s’appelle Garet Zerga ; ce qui
+signifie la butte bleue (ou peut-être verte). L’œil est attiré de loin
+en ce point-là par la couleur de la falaise, faut-il dire vert sombre
+dans ce pays impressionniste, où les couleurs déroutent notre œil
+occidental. Quand on s’approche, on voit que cette couleur est due à la
+roche de l’entablement, éparpillée en éboulis sur tout le flanc de la
+falaise. C’est une roche sombre, dont un échantillon, rapporté au
+laboratoire de M. Lacroix, a été identifié « néphélinite » ; c’est-à-
+dire approximativement basalte.
+
+L’entablement basaltique a une épaisseur d’une dizaine de mètres, il est
+régulièrement horizontal, il repose en discordance sur les couches
+rouges, il a les allures d’une coulée.
+
+La coulée de roche dure passe latéralement à une brèche dont les
+éléments sont des blocs de lave et des scories vacuolaires.
+
+La présence d’une coulée de laves avec scories est donc indéniable. On
+peut en préciser l’âge entre certaines limites. On peut la considérer
+comme à peu près contemporaine du calcaire pliocène.
+
+Assurément ces observations sont insuffisantes. La cheminée n’a pas été
+vue. Il reste beaucoup de besogne pour un géologue.
+
+On peut conclure cependant qu’une coulée de laves avec scories est un
+témoignage suffisamment probant d’un appareil volcanique relativement
+récent, disons pliocène.
+
+On n’a jamais rien signalé de semblable dans l’Atlas saharien tout
+entier, ni en relation avec un autre chott algérien, quel qu’il soit.
+Cela seul suffirait à justifier l’attention spéciale accordée au Tigri,
+puisque la présence de volcanisme rend incontestablement très claire
+l’origine de la cuvette fermée. Il y a manifestement cuvette
+d’effondrement.
+
+Sous bénéfice d’inventaire, qui devrait être l’œuvre d’un géologue, je
+crois que cette hypothèse, on peut dire cette évidence, est confirmée
+par l’allure stratigraphique de la croûte calcaire pliocène. Tout autour
+du Tigri, en dehors de ses falaises et à partir de leurs crêtes, la
+croûte pliocène est régulièrement continue. Elle se voit de loin
+couronnant la falaise, la crête blanche ressortant vivement sur la base
+rouge.
+
+Chaïb-Ras-ho (tête blanche, litt. = tête de vieillard), c’est le nom que
+donnent les indigènes à un promontoire de la falaise. Or, dans le Tigri
+même, à l’intérieur et en contre-bas des falaises, la croûte pliocène,
+là où elle s’est conservée sans être recouverte par le sable, se
+présente en fragments irréguliers, à des altitudes rapidement et
+brusquement variables, comme si l’on se trouvait dans une zone de
+cassures irrégulières, ayant affecté le pliocène, et par conséquent
+postérieures à lui.
+
+A ne considérer que les données géologiques il semble donc évident que
+le Tigri, malgré l’antiquité reculée de son bassin fermé, est dans sa
+forme actuelle une cuvette d’effondrement récent.
+
+_Structure topographique._ — Les données topographiques conduisent
+exactement aux mêmes conclusions.
+
+Un ovale assez régulier, une soixantaine de kilomètres de grand diamètre
+est-ouest, et une quarantaine de petit diamètre nord-sud, c’est la
+cuvette fermée du Tigri. Elle a 150 mètres de creux entre les courbes de
+1150 et de 1300 mètres. Tout du long elle a une ceinture régulière de
+falaises, et souvent, sur la face nord en particulier, une ceinture
+multiple en falaises étagées, en gradins.
+
+Dans l’allure des falaises un certain nombre de faits ne permettent pas
+d’écarter l’explication orogénique. Et d’abord leur dissymétrie dans le
+secteur nord et dans le secteur sud.
+
+Il y a des falaises au sud comme au nord du Tigri. Mais, au sud, la
+falaise, quoique très nette, atteignant deux ou trois dizaines de mètres
+de hauteur, n’est jamais un obstacle, elle se franchit facilement
+n’importe où. Au nord, la falaise a 80 mètres d’à pic. On ne peut la
+franchir que par un certain nombre de cols qui ont leur nom (Trik-el-
+Beïda, Trik-Beïr-Beïr, Bab-Zerga, Bab-er-Rich). Cette falaise nord
+d’ailleurs s’étage parfois en trois gradins au moins. Au sud on
+soupçonne parfois l’existence de gradins, mais ce n’est jamais net. Le
+chott central est limité au nord par les falaises d’Haci-el-Kelb, au sud
+par une plage.
+
+Les géologues admettent que l’Atlas saharien est déversé au sud[103].
+C’est pour cela que les chaînons sont dissymétriques (le Grouz, le Maïz,
+le Bou-Arfa, le Lakhdar, etc.). C’est particulièrement bien marqué dans
+le Grouz à cause de ses dimensions plus considérables. Du nord on accède
+à son sommet par des pentes douces et des vallées faciles. Au sud il
+surplombe d’effroyables à pic, continus sur 80 kilomètres, et à peine
+plus accessibles que des aiguilles alpestres.
+
+L’allure des falaises autour du Tigri est en parfait accord avec cette
+allure générale de toutes les chaînes voisines. Là aussi comme au Grouz
+c’est la falaise à regard sud qui est abrupte et inabordable. On
+soupçonne que ça ne doit pas être une coïncidence fortuite.
+
+En relation avec les falaises nord on observe d’ailleurs une formation
+dont il semble difficile de rendre compte en dehors d’une hypothèse
+orogénique.
+
+C’est quelque chose de très particulier, qui n’a pas de nom à ma
+connaissance. Dans les grès tendres du « terrain des Gour », il se
+rencontre, et l’érosion ou la déflation les ont mises en relief, des
+parties très dures. Ces parties dures ont toujours la même forme, celle
+d’une tour, ou si l’on veut s’exprimer autrement d’une cheminée ronde.
+Le mot tour correspond davantage à l’impression ressentie, qui est
+exactement, à quelque distance, une impression archéologique de tour en
+ruine.
+
+Les tours sont apparemment des concrétions gigantesques. Elles suggèrent
+l’idée d’une colonne ascendante ou descendante, d’un mouvement vertical
+associé à une faille.
+
+Ces falaises septentrionales du Tigri, constellées de « tours »,
+s’étagent les unes au-dessus des autres depuis le fond de la cuvette (le
+bord du chott central) jusqu’à son sommet (garet Zerga). En arrière de
+chaque ligne de falaise, mais tout particulièrement de la plus basse, on
+observe une tendance très nette à l’existence de paliers étendus, voire
+de contre-pentes. Ces paliers et contre-pentes semblent avoir guidé
+l’érosion quaternaire, dont les ravinements s’orientent souvent est-
+ouest, parallèlement à la direction des falaises, et à angle droit avec
+la pente générale nord-sud du terrain. Cela suggère l’idée que des
+failles étagées correspondent aux falaises ; la distribution des points
+d’eau suggère la même idée. Elle est très curieuse. Et d’abord le nombre
+absolu des points d’eau dans le Tigri est extraordinaire : pour le pays,
+s’entend, et si on compare le Tigri avec les plateaux qui l’entourent.
+La source de Tendrara, par exemple (au pied de la butte), est à une
+cinquantaine de kilomètres de ses voisines les plus proches ; de
+Tendrara à Métarka il y a 80 kilomètres sans eau. Le Tigri au contraire
+est constellé de points d’eau. La carte au 200000e en porte une douzaine
+sur 80 kilomètres ; et le nombre réel, sur le terrain, est probablement
+deux fois plus élevé. Leur groupement est aussi étonnant que leur
+nombre : ils sont presque tous dans la partie nord. A en juger par la
+carte un seul serait franchement au sud (Haci el-Guettar). La
+dissymétrie est donc exactement la même qu’entre la faible falaise du
+sud, et les puissantes falaises du nord, couronnées de lave. On peut
+soupçonner que ce sont deux aspects du même phénomène, appelant la même
+explication. Les sources, comme les falaises, seraient liées à
+l’existence de failles.
+
+Une dernière particularité du Tigri enfin nous ramène une fois de plus à
+la même idée. On est surpris de trouver aussi peu de sel dans le Tigri.
+Il serait mieux dénommé une « daya » qu’un chott. On sait qu’entre une
+« daya » et un « chott » la différence est de salure et par suite de
+végétation. Une daya est une cuvette fermée où le tapis de verdure
+remplace les efflorescences salines. Or, bien entendu, la végétation
+d’une daya suppose un drainage souterrain. Tout se passe donc comme si
+le Tigri était une écumoire, fuyant par le fond, ce qui est assez
+concevable, si c’est un champ de fractures.
+
+_Conclusions._ — Topographie comme géologie tout nous conduit donc à
+reconnaître dans le Tigri une cuvette d’effondrement, un grand
+amphithéâtre elliptique de failles en gradins. On peut dire en somme que
+cela s’observe, grâce à la minceur et aux lacunes du placage
+alluvionnaire.
+
+Il faut rappeler combien cela s’harmonise avec le cadre général que font
+au Tigri l’arc de Fortassa et l’ondulation de Tendrara. Celle-ci par sa
+direction représente la corde de l’arc. Entre la corde et l’arc il y a
+depuis longtemps, peut-être depuis la fin du crétacé, une cuvette
+fermée. A une époque beaucoup plus récente (pliocène), un effondrement,
+accompagné d’éruptions volcaniques, a donné à cette cuvette sa forme
+actuelle. L’ellipse des falaises autour du Tigri paraît avoir une
+relation de parallélisme avec les accidents montagneux qui l’encadrent
+de loin. On conçoit très bien une cuvette d’effondrement ainsi
+enchâssée.
+
+_Chotts à falaises._ — On a reproduit longuement cette monographie de
+Tendrara et du Tigri parce qu’on lui croit une portée générale. On pense
+que le Tendrara est un exemple typique de haut plateau et le Tigri de
+chott.
+
+Cependant les rapports du Tigri avec les autres chotts des Hauts
+Plateaux exigent quelque explication.
+
+Parmi ces chotts il en est avec lesquels le Tigri a une parenté plus
+étroite ; ce sont ceux qui sont, comme lui-même, encerclés de falaises.
+D’autres sont au contraire bordés par des plages.
+
+Or, dans l’Afrique du nord ces deux catégories sont groupées chacune à
+part. Dans l’est le Djerid, le Melr’ir, le Hodna, les Zahrez, tous les
+chotts sans exception, ont des limites indécises sur des plages en pente
+à peine marquée, s’étendant à perte de vue. Dans l’ouest, au contraire,
+sur la frontière algéro-marocaine, le Tigri et ses voisins, les chotts
+Chergui et R’arbi, sont bordés de falaises très accusées.
+
+Je ne vois pas qu’on ait jamais signalé ce groupement, ni qu’on ait
+cherché à l’expliquer. Les falaises du Tigri, si on y regarde de près,
+acheminent peut-être vers une explication.
+
+Les falaises sont en effet à peu près les seules parties du Tigri qui
+émergent de la Nebka. A l’assaut de leurs pentes abruptes le sable
+n’arrive à monter que localement et exceptionnellement. Sur ces
+escarpements rocheux, émergeant de la mer de sable, l’érosion et la
+déflation concentrent leurs efforts ; ils sont sillonnés de torrents
+courts qui se perdent tout de suite dans la Nebka ; hérissés
+d’aiguilles, de tables surplombantes, de guillochages coupants ; ces à
+pic et ces arêtes vives, ici comme en haute montagne, sont les
+cicatrices d’une œuvre de destruction. C’est un relief jeune, en voie de
+disparition, si lointaine encore qu’on imagine celle-ci.
+
+Si l’érosion et la déflation tendent à la destruction de la falaise,
+même lorsqu’ils en accusent les traits, on ne voit pas qu’ils puissent
+rendre un compte satisfaisant de son existence même. A l’origine, il
+faudra toujours placer un mouvement du sol, un effondrement ; je ne
+conçois pas bien qu’on puisse conclure autrement. Et ceci vient à
+l’appui d’autres arguments analogues précédemment invoqués.
+
+Mais voici en outre un point de vue nouveau. La falaise serait une
+cicatrice que le temps n’aurait pas eu le temps de faire disparaître,
+une marque de jeunesse. Alors les chotts à plages ont un vieux relief ;
+les chotts à falaises un relief jeune. C’est une différence d’âge qu’il
+y aurait entre eux. Cela étant, on comprend qu’ils forment des groupes.
+
+La frontière algéro-marocaine n’a pas seulement le monopole des chotts à
+falaises, mais aussi des volcans miopliocènes. On l’a déjà dit
+longuement (volcans de Tifarouïne et des Msirdas, voir fig. 29). Les
+pointements éruptifs sont bien plus nombreux sur la côte Algéro-
+Marocaine que sur tout le reste de la côte algérienne jusqu’en Tunisie.
+M. Rey souligne justement la présence de sources chaudes au Kreider,
+dans le chott ech-Chergui, frère et voisin du Tigri[104]. On verra au
+livre III que dans l’Oranie, au voisinage du Maroc, le pliocène marin
+est soulevé à plus de 900 mètres au-dessus du niveau de la mer
+(Mascara) ; et que les deux fleuves principaux, le Sig et l’Habra ont
+des profils extrêmement jeunes, de beaucoup les plus jeunes de toute
+l’Algérie-Tunisie.
+
+Lorsque nous constatons que les chotts de la même région sont, eux
+aussi, extrêmement jeunes, entourés de falaises fraîches que l’érosion
+et la déflation n’ont pas eu le temps d’user, nous sommes bien forcés de
+conclure qu’il y a là un groupement intéressant de faits connexes.
+
+Il faut renvoyer aussi à ce qui a été dit au livre I du grand accident
+nord-sud saharien, qui se prolonge en zigzaguant et en bifurquant à
+travers l’Atlas saharien, de part et d’autre du Grouz (fig. 2, 3, 4 et
+6).
+
+C’est encore lui dont l’influence est sensible ici. Les pointements
+volcaniques sont sur sa trajectoire. Il ne peut pas être étranger à
+l’exhaussement, par rapport aux régions plus orientales, de tout le
+compartiment des Hauts Plateaux auxquels appartiennent Tendrara et le
+Tigri.
+
+C’est donc lui, en dernière analyse, qui a fait de Tendrara et du Tigri,
+à nos yeux, des échantillons typiques de haut plateau et de chott ; leur
+exhaussement a eu pour conséquence qu’ils ont échappé à l’ennoyage, que
+le vieux squelette décharné y apparaît à nu ; et que le déchiffrement de
+la structure s’en trouve facilité.
+
+
+[Note 102 : Pour beaucoup de détails supprimés ici de cette analyse, on
+renvoie à une étude parue dans les _Annales de Géographie_, No 49.]
+
+[Note 103 : Gentil, no 57, p. 55. Ficheur dans 50, p. 150, fig. 34.]
+
+[Note 104 : No 90, p. 106.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V
+
+ LE HORST ALGÉRIEN
+
+
+_Plateau steppien._ — Si ennoyés d’alluvions que soient en général les
+Hauts-Plateaux, la région Tendrara-Tigri n’est cependant pas la seule où
+la structure des roches secondaires soit directement observable. Elle
+l’est par exemple, sous le méridien d’Alger, dans une zone étendue
+qu’Alexandre Joly a longuement étudiée sous le nom de _plateau steppien
+d’Algérie_[105].
+
+Entre les cuvettes creuses des chotts oranais à l’ouest, du Hodna à
+l’est, des Zahrez au sud, cuvettes fermées, enclavées, dominées, et par
+conséquent ennoyées, le _plateau steppien_ émerge de l’océan des
+alluvions, dessine un grand dôme elliptique, allongé sud-ouest-nord-est,
+très surbaissé, à surface bossuée (p. 162). Joly en nomme la partie
+centrale « le dos des steppes, axe et cime du plateau steppien (168) ».
+
+Ce plateau steppien, lorsqu’on le voit « de loin et de haut par exemple
+d’un des sommets de Teniet ou de Boghar », il présente « l’aspect d’une
+plaine immense, fuyant sans limite. L’image de la mer, telle qu’on la
+découvre du haut d’une falaise, s’offre immédiatement à l’esprit. Mais,
+quand on pénètre dans le plateau lui-même, les accidents du relief se
+révèlent... une série de zones tantôt déprimées et tantôt surhaussées,
+qui s’allongent sud-ouest-nord-est, parallèlement à l’axe de l’Atlas
+saharien » (p. 164).
+
+Dans le détail de ces zones déprimées et surhaussées Joly décrit des
+« accotements de dômes ovoïdes » ; des « demi-dômes, au profil de
+faucilles ».
+
+Le relief monotone du plateau steppien « est en intime connexion avec la
+simplicité de sa structure. Un grand bombement crétacé, très élargi,
+très surbaissé, en forme la masse. Il constitue tout le dos des steppes.
+Il couvre près des trois cinquièmes du plateau steppien » (p. 239).
+
+Tout cela est en accord très satisfaisant avec la monographie de
+Tendrara au chapitre précédent.
+
+_Sud-ouest du Hodna._ — La retombée du « plateau steppien » sur le
+Hodna, c’est-à-dire le coin sud-ouest de la région hodnéenne, a été
+décrite par un géologue algérien, M. Savornin[106].
+
+C’est le pays de Bou-Saada.
+
+On est ici au voisinage du point le plus bas sur cette plate-forme
+ondulée des Hauts Plateaux, à l’antithèse de Tendrara qui est le point
+le plus haut.
+
+Entre les deux la plate-forme s’élève par une pente insensible de 500 à
+1500 mètres. Ici, à Bou-Saada, on touche cet étranglement hodnéen, déjà
+marqué dans les cartes paléogéographiques des mers éocènes, où la mer
+certainement a séjourné. La région a donc été pendant une partie notable
+de son passé, normalement drainée à partir d’un niveau de base marin.
+Aussi est-elle puissamment érodée ; l’érosion a préparé au géologue de
+belles coupes naturelles, que M. Savornin étudie.
+
+Il « met en lumière » ce qu’il appelle « le dimorphisme » de ce pays
+autour de Bou-Saada. Il y distingue deux régions.
+
+« Au sud sont des plis très accusés, produisant une grande variété de
+reliefs dont l’ordonnance est en relation directe avec la tectonique.
+Les plis courts prédominent. » C’est tout bonnement l’Atlas saharien.
+
+Au nord de Bou-Saada, au contraire, « c’est une plate-forme aux très
+larges courbures, où les accidents superficiels ne sont dus qu’à
+l’érosion ». Cette région « quoique très montagneuse présente une
+structure extraordinairement simple. Tout la série des sédiments éo et
+mésocrétaciques s’y distribue en empilements formidables presque
+horizontaux ». Ce massif qu’on supposerait complexe à considérer son
+relief, « n’est qu’un large anticlinal de 20 kilomètres ».
+
+Ce que M. Savornin souligne ici c’est ce contraste entre l’Atlas
+saharien et le Haut Plateau qui est si frappant aussi à l’autre bout,
+dans l’ouest, entre la table de Tendrara et les dents de scie de l’arc
+de Fortassa.
+
+M. Savornin note que « cette plate-forme s’étend au nord sous la plaine
+du Hodna. En effet, partout où l’on peut voir des affleurements perçant
+la nappe des alluvions soit au bord même du lac, soit au loin dans la
+plaine..., on ne trouve que les horizons que ferait prévoir l’hypothèse
+de la continuité d’allure des couches. »
+
+Dans cette région précisément au nord de Bou-Saada, près la piste
+d’Aumale, dans les contreforts érodés, une montagne naturellement
+tabulaire, porte ce nom caractéristique « billard du colonel ». Il
+s’agit du colonel Pein, dont le nom reste attaché au bureau arabe de
+Bou-Saada.
+
+Un nom de ce genre est à rapprocher de cette autre appellation
+populaire, qui a fait fortune, « les Hauts Plateaux ». Elle aussi vient
+de nos soldats et de leurs officiers. Elle traduit la première
+impression de profanes en présence de pays vivement contrastés dans
+leurs aspects extérieurs, leurs lignes d’horizon.
+
+Cette impression de profanes se trouve en accord avec le verdict des
+techniciens.
+
+La plate-forme du sud-ouest du Hodna, dit Savornin, s’est comportée
+« comme un môle résistant pour une cause profonde qui ne se révèle
+point ».
+
+Alexandre Joly aussi ne se risque à envisager cette cause profonde que
+dans un membre de phrase entre deux virgules ; il suppose « des horsts
+anciens en profondeur ».
+
+Mais Louis Gentil, concluant dans le même sens, est beaucoup plus hardi
+et plus détaillé.
+
+_Le Horst algérien._ — L’opinion de M. Gentil est concrétisée dans une
+figure qui suffirait[107] à elle toute seule pour rendre sa pensée, plus
+nettement qu’aucun développement au moyen de mots (fig. 26).
+
+Entre l’Atlas tellien, et le saharien, un môle résistant s’intercale,
+que M. Gentil appelle le Horst algérien : et on lui laissera ce nom.
+Entre les deux Atlas il joue le même rôle dirimant que le Horst marocain
+(la plate-forme subatlantique de Théobald Fisher) entre l’Atlas et le
+Riff. Ou bien encore que la Meseta ibérique entre la sierra Nevada et
+les Pyrénées.
+
+De même que la plate-forme subatlantique, la Meseta ibérique, et pour
+comparaison, le Plateau central français, le Horst algérien fait figure
+de vieux corps étranger auprès des jeunes chaînes qui l’encastrent.
+Horst marocain et Horst algérien ont une relation d’interdépendance ;
+malgré l’interruption du Moyen-Atlas, ils se continuent comme deux
+grains du même chapelet, ils sont deux moitiés d’un même ensemble brisé.
+Le Horst algérien néanmoins mérite bien le nom que M. Gentil lui a
+donné. Il est renfermé dans les limites de l’Algérie.
+
+[Illustration : Figure empruntée à Gentil : _Le Maroc physique_.
+
+FIG. 26. — LE HORST ALGÉRIEN.
+
+Entre la Moulouya et l’extrémité orientale du Hodna, sous la masse tout
+entière des hauts plateaux Oranais et Algérois, les géologues admettent
+qu’il existe un horst algérien, c’est-à-dire un massif primaire rigide.
+Ce horst algérien est (plus ou moins ? avec une interruption ?) la
+continuation du horst marocain, beaucoup mieux connu, et l’un nous aide
+à nous représenter l’autre. — Ces deux horsts sont demeurés rigides,
+mais non pas tout à fait immobiles, sous la poussée des forces
+orogéniques qui ont édifié l’Atlas. Dans la structure de l’Atlas
+saharien M. Gentil croit retrouver la marque d’une compression exercée
+par les horsts, dans leur mouvement global de translation vers le Sud-
+Est.
+
+Toute la région algérienne intermédiaire entre les 2 Atlas, tellien et
+saharien, doit à la rigidité de ce substratum son caractère de plateau.]
+
+D’ouest en est il va de la Moulouya jusqu’à l’étranglement hodnéen, au
+delà duquel on sait déjà que les deux Atlas tellien et saharien se
+rejoignent et voisinent sans intercalation d’aucune sorte. Le Horst
+algérien est le soubassement et la raison d’être des Hauts Plateaux
+oranais et algérois.
+
+Gentil dit de la façon la plus explicite : « l’ensemble des Hauts
+Plateaux est formé d’un socle primaire, provenant de l’arasement de la
+chaîne hercynienne, sur lequel repose une succession de couches
+secondaires.
+
+« Ces terrains mésozoïques montrent dans leur ensemble une allure
+tabulaire. Au sud de ce Horst algérien se déploie la succession de
+faisceaux de plis qui forme l’Atlas saharien[108]. »
+
+Cette notion du Horst algérien Gentil l’utilise pour rendre intelligible
+l’allure si particulière des plis dans l’Atlas saharien, l’allure en
+amygdales, en torons de corde, en faisceaux qui se relaient au lieu de
+se prolonger[109].
+
+Les plis de l’Atlas saharien sont nés de la compression entre le Horst
+saharien au sud, « formant bouclier », et le Horst algérien au nord,
+« Horst profond », recouvert d’une couverture de couches secondaires.
+
+Pour rendre compte de l’allure si particulière des plis, il suffit
+d’admettre que la mâchoire septentrionale de l’étau, le Horst algérien,
+en même temps qu’il transmettait la pression normale à la direction
+générale de la chaîne, s’est déplacé latéralement, « dans le sens du
+nord-est vers le sud-ouest ». Gentil croit pouvoir mesurer l’importance
+de ce déplacement, il l’évalue à 25 kilomètres[110] (fig. 26 où le sens
+du déplacement est indiqué par une flèche).
+
+Une fois admis le déplacement du Horst profond sous la couverture des
+sédiments secondaires, M. Gentil rend compte des ondulations, des rides
+qui ont affecté cette couverture, en particulier des cratères d’érosion
+avec cheminée triasique, ou si l’on veut des pustules crevées avec trias
+giclant au centre.
+
+« L’interposition de trias gypseux plastique, entre le socle primaire du
+Horst algérien et sa couverture plus rigide, a facilité le ridement des
+couches superficielles[111]. »
+
+Ces hypothèses précises sont à la fois élégantes et vraisemblables.
+D’autres géologues en ont proposé d’autres, qui toutes font intervenir
+l’influence d’un socle hercynien sous-jacent. Pour choisir entre ces
+explications techniques on ne s’imagine assurément pas qualifié.
+
+D’autre part le ridement des couches superficielles dans une région
+d’architecture tabulaire, quelle qu’en soit l’explication, est en tout
+cas un fait observé ailleurs ; dans le bassin parisien par exemple les
+rides qu’on a quelquefois appelées « posthumes » jouent un rôle souvent
+signalé, les boutonnières anticlinales du pays de Bray, par exemple, et
+du Boulonnais.
+
+On ne veut retenir ici que l’existence même du Horst algérien. Encastré,
+emballé de toutes parts entre des branches d’une aussi grande chaîne
+plissée, il pourrait aller sans dire que, tout môle qu’il fût, il ait dû
+ne rester ni parfaitement rigide, ni parfaitement immobile.
+
+Gentil fait une comparaison intéressante entre les Hauts Plateaux
+algériens flanqués des deux Atlas, d’une part, et d’autre part le
+Plateau suisse, encadré entre la chaîne violemment plissée des Alpes
+occidentales, et les ondulations régulières du Jura[112].
+
+
+[Note 105 : No 77.]
+
+[Note 106 : No 106.]
+
+[Note 107 : No 57, p. 127.]
+
+[Note 108 : No 57, p. 145 et 146.]
+
+[Note 109 : No 57, p. 153.]
+
+[Note 110 : No 57, p. 157.]
+
+[Note 111 : No 57, p. 158.]
+
+[Note 112 : No 57, p. 161.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI
+
+ LA MESETA SUD ORANAISE
+
+
+Parmi les géologues algériens, M. Louis Gentil est celui qui a proposé
+le nom de Horst algérien, et qui a dessiné ce horst. C’est que ses
+travaux l’avaient fixé sur sa véritable nature. Sa thèse sur la Tafna
+déjà mais surtout ses études ultérieures sur l’Amalat d’Oudjda[113],
+l’ont amené à bien connaître les plateaux de Tlemcen, et leur
+prolongement au Maroc oriental, les monts des Beni-Bou-Zeggou, la gada
+de Debdou. C’est-à-dire le rebord septentrional du Horst algérien, où sa
+qualité de Horst est nettement en évidence.
+
+Pour l’ensemble de cette région, qui va de la Mina à la Moulouya, et qui
+englobe avec les plateaux de Tlemcen ceux de Saïda, j’ai proposé le nom
+de Meseta sud oranaise[114]. M. Louis Gentil paraît s’y rallier et je
+crois qu’il faudrait le conserver. Il désigne une région bien
+particulière ; une puissante avancée du Horst algérien jusque dans le
+Tell, dans la zone des pluies plus abondantes et des rivières
+aboutissant depuis longtemps au niveau de base marin. Le décapage y est
+donc énergique, il a été poussé jusqu’au-dessous de la plate-forme
+secondaire, jusqu’à la pénéplaine hercynienne sous-jacente.
+
+Partout ailleurs, plus au sud, le régime des bassins fermés, à travers
+les âges géologiques, s’est opposé à l’éventration du sous-sol. Le Horst
+primaire gît à de grandes profondeurs, scellé sous l’amas énorme des
+atterrissements continentaux, ou sous l’intégrité des puissantes couches
+marines secondaires.
+
+Il n’y serait qu’une hypothèse vraisemblable sur laquelle on pourrait
+discuter. Mais dans la Meseta sud oranaise le Horst n’est plus une
+hypothèse, c’est un fait, on le voit et on le touche à travers des
+fenêtres nombreuses et larges. On est parfaitement sûr d’avoir affaire à
+la prolongation algérienne de la Meseta marocaine, pendant elle-même de
+l’espagnole. Et c’est toute la question du Horst algérien qui s’en
+trouve éclairée d’un coup.
+
+Les fenêtres (fig. 29) qui laissent apercevoir le substratum sont part
+et d’autre de la frontière, en Algérie à l’oued Tifrit et à Ghar-
+Rouban ; au Maroc dans les Beni-Bou-Zeggou, et à la Gada de Debdou. Les
+affleurements marocains, et même celui de Ghar-Rouban, qui est à la
+frontière, nous sont justement connus par les travaux de M. L.
+Gentil[115].
+
+Dans les hauts de l’oued Isly il a trouvé une faune fossile abondante,
+« qui montre l’extension jusqu’aux abords d’Oudjda du carbonifère de la
+région de Béchar ».
+
+D’après les analogies de facies il attribue des schistes à l’étage
+silurien. Ce seraient ces mêmes schistes gothlandiens déjà signalés en
+bien des points du Sahara et du Maroc, où ils contiennent des
+graptolithes.
+
+Ces roches primaires affleurent sur de grandes étendues. Dans les Béni-
+Bou-Zeggou en particulier on les trouve à peu près partout entre l’oued
+Za (vers Guefaït), et le poste frontière de Sidi-Aïssa. Au nord, ils
+s’étendent presque jusqu’aux portes d’Oudjda.
+
+Ils ont été visiblement affectés « par les plissements de la chaîne
+hercynienne » ; Gentil a observé « des plis grossièrement orientés nord-
+est, sud-ouest ». Ces plis sont arasés en pénéplaine ; c’est la même
+pénéplaine primaire qui couvre d’immenses espaces au Sahara, dans le
+Haut-Atlas, et dans la meseta marocaine. Sur ce socle M. Gentil a vu
+reposer de puissantes assises de calcaires liasiques et jurassiques.
+
+La transgression marine a commencé vers le milieu du lias. Un poudingue
+ferrugineux, conglomérat de base, que Gentil a retrouvé partout dans la
+région, atteste l’exondation et le ruissellement sub-aérien, avant le
+médio-liasique.
+
+Ces couches liasiques et jurassiques, avec une épaisseur totale d’un
+millier de mètres sont restées « à peu près horizontales...,
+d’architecture tabulaire ». Dans toute la région, la gada de Debdou, les
+Beni-Bou-Zeggou, les monts de Tlemcen, « les efforts orogéniques
+deviennent presque insensibles ; les plissements se réduisent à de
+simples ondulations. Les calcaires, qui forment la masse principale, s’y
+montrent fréquemment disloqués par un grand nombre de failles, mettant à
+nu, malgré la dénivellation assez faible des deux lèvres de la cassure,
+le soubassement des terrains secondaires, formé des vestiges de la
+pénéplaine primaire. »
+
+Sur l’ensemble de cette région étendue, encore qu’il se défende de
+l’avoir vue tout entière, M. Gentil écrit : « Si l’on considère
+l’ensemble des monts de Beni-Bou-Zeggou depuis le Ras Asfour, à la
+frontière algérienne (c’est-à-dire Ghar Rouban) jusqu’aux approches de
+la Moulouya, on constate fréquemment, sur les bords de ce massif
+d’architecture tabulaire, des fractures longitudinales ; de sorte que
+l’on peut le considérer comme limité au moins en partie par des failles
+bordières à la façon d’un horst[116]. »
+
+[Illustration : FIG. 27. — LA FENÊTRE DE L’OUED TIFRIT.
+
+La figure a été dessinée d’après la carte au 200000e, feuille 32 et à
+l’échelle ; et d’après la carte géologique G.-B.-M. Flamand (no 41 _in
+fine_). — A une figure, antérieurement publiée, et dont celle-ci n’est
+qu’une reproduction (no 44), Flamand reproche la maladresse du dessin, à
+juste titre ; et insiste longuement sur son exactitude (_ibid._, p.
+130).
+
+Sous l’infralias l’érosion a mis à jour la pénéplaine primaire dans le
+cañon de l’oued Tifrit et sur tout le pourtour Nord du causse d’Aïn
+Soltane, jusqu’au dj. Modzbab. Tout ce causse est un placage horizontal
+de calcaire infraliasique sur la pénéplaine arasée.
+
+Les fenêtres de R’ar-Rouban, des Beni-bou-Zeggou, de Debdou (cf. fig.
+30) sont du même type que la fenêtre de Tifrit. Un pays sur la structure
+intime duquel nous avons de pareilles évidences doit être distingué de
+l’Atlas plissé.
+
+_f_, faille. — J, jurassique. — L, lias. — PP, pénéplaine primaire.]
+
+Ces lignes, suffisamment claires en soi, M. L. Gentil les illustre
+graphiquement avec un beau profil géologique relevé entre Sidi-Aïssa et
+Oudjda[117]. On y voit d’un coup d’œil le bord haché de failles de la
+Meseta.
+
+On a fait exactement les mêmes observations en territoire algérien, à
+250 kilomètres de la frontière marocaine, à l’est de Saïda. Il y a là un
+coin de pays où une faille très visible, et l’érosion de l’oued Tifrit
+ont mis à nu la pénéplaine primaire sous-jacente aux calcaires liasiques
+(fig. 27). Le géologue qui a décrit cette fenêtre est G.-B.-M.
+Flamand[118].
+
+Il a vu une formation très épaisse de schistes et de quarzites
+primaires, qu’il attribue hypothétiquement au silurien, qui sont
+traversés de filons éruptifs, plissés et arasés. Sur la tranche arasée
+Flamand signale « un ensemble d’assises appartenant à l’infralias
+déterminé paléontologiquement ». Par places, à la base de l’infralias il
+a vu des poudingues, formation continentale de ruissellement, qu’il
+attribue au permien. La concordance avec Gentil est tout à fait
+satisfaisante, à des détails près qui ne présentent pas d’intérêt ici.
+
+Ces assises liasiques de Tifrit sont « disposées en plateaux ondulés » ;
+ce sont « de véritables causses[119] ».
+
+Sous le nom de Haut-pays-tellien-cissteppien, Flamand décrit exactement
+la zone, à laquelle je crois devoir laisser le nom de Meseta sud-
+oranaise.
+
+C’est « une zone remarquable de plates-formes à plissements
+subméridiens » ; le contexte montre qu’il entend par là des plis
+posthumes de direction hercynienne. Ces « plateaux secondaires font
+opposition aux formations du Tell littoral ».
+
+« Cette disposition en plates-formes » est imposée par « les paliers
+d’une pénéplaine sous-jacente[120] ».
+
+Cette « plate-forme cissteppienne » est loin de mériter le nom de
+« chaîne intérieure » qu’on lui a donnée à tort et d’être un équivalent
+des chaînes telliennes. Flamand y retrouve au contraire « les mêmes
+lignes générales » qu’il a rencontrées dans les régions sahariennes.
+
+Cette « région tellienne », qui « se relie tectoniquement » au Sahara
+central, « est au nord, à la bordure du géosynclinal méditerranéen, un
+promontoire un peu modifié des plates-formes indo-africaines, elle a son
+équivalent sur la bordure sud du Plateau central de France[121] ».
+
+Il est bien entendu que c’est exactement cela, et rien d’autre qu’on a
+voulu rendre avec l’expression _Meseta sud oranaise_.
+
+J’ai vu moi-même et décrit en 1909[122] cette fenêtre de Tifrit. Je l’ai
+vue en passant et en profane, antérieurement à la publication détaillée
+des observations Flamand.
+
+Dans sa thèse, qui est de 1911, mon regretté collègue et ami, avec une
+précision méticuleuse de technicien, relève dans mon article de 1909 ce
+qui lui a paru être des inexactitudes de détail : sur le fond, et sur
+l’essentiel il formule des conclusions qui sont exactement les miennes
+et que je me suis empressé de reproduire fidèlement. Dans un passage
+d’ailleurs[123] il donne à l’esprit de mon petit travail, sinon à sa
+lettre, une adhésion que je n’aurais pu souhaiter plus expresse.
+
+Je m’excuse pourtant d’insister sur ceci : jusqu’à une époque aussi
+rapprochée de nous que 1909, un géographe que le hasard amenait à Tifrit
+y éprouvait une vive et légitime surprise. Jusqu’à cette date en effet,
+il a été entendu tacitement que l’Algérie tout entière était un faisceau
+de plis ; sous les plumes les plus autorisées on rencontrait les massifs
+de Tlemcen et de Saïda classés comme chaînes intérieures, et portant les
+numéros 1 et 2 dans une énumération, qui donne le numéro 3 à la chaîne
+du Hodna[124]. Pure inadvertance bien entendu : mais enfin c’est faire
+rentrer dans la même catégorie une chaîne où les sédiments miocènes
+marins sont énergiquement plissés, et une pénéplaine primaire,
+soubassement de causses.
+
+Or dès qu’on met le pied à Tifrit, si profane soit-on, il est impossible
+de s’y tromper. On a devant soi un pays très facile à déchiffrer, qu’on
+a cherché à schématiser dans la figure 27. On se croyait sur la foi de
+la bibliographie dans un coin des Alpes ; et on s’aperçoit qu’on est
+dans les causses.
+
+Bien entendu, on n’a jamais eu la pensée ridicule de prétendre attirer
+l’attention de MM. Flamand et Ficheur sur un fait pareil. La carte
+géologique au 800000e, qui est leur œuvre, suffirait à renseigner le
+public sur la Meseta sud oranaise. Mais enfin il faut être reconnaissant
+à M. Flamand, dans sa thèse, et surtout à M. Gentil, d’avoir donné de
+cette carte un commentaire détaillé.
+
+Commentaire dont l’importance ne semble pas avoir été suffisamment
+soulignée encore. Dans un travail intéressant sur l’extrême sud oranais,
+qui a paru en 1916, et dont l’auteur est un officier géologue de grand
+mérite, M. Rey[125], on peut relever tel passage où il apparaît que
+l’auteur ne connaît pas l’existence du Horst algérien.
+
+Les géologues algériens, dans cet immense pays encore si imparfaitement
+connu, sont aux prises avec une besogne formidable d’analyse. Il est
+tout naturel qu’ils n’aient pas eu le loisir de passer à la synthèse.
+Dans les lignes qui précèdent, on espère avoir donné l’impression qu’on
+ne s’en prend à personne et qu’on ne critique pas. On a voulu faire
+ressortir à l’occasion d’un fait concret qu’un essai de synthèse
+géographique comme le présent petit livre répondait peut-être à un
+besoin.
+
+[Illustration : FIG. 28. — L’OUED MINA.
+
+L’oued Mina entre Tiaret et Relizane est à peu près limite entre la
+région des causses et l’Atlas plissé. Tiaret, Prévost-Paradol, jalonnent
+grossièrement cette limite. La Mina coule dans un cañon.
+
+Dans le voisinage de cette grande faille il y a un gros pointement
+éruptif, ce qui est peut-être unique dans l’Atlas Tellien, si loin de la
+côte. (Gorges de Tomda.)
+
+Une grande route transversale à l’Atlas, d’une grande importance
+humaine, la route de Tiaret à la mer passe par le plateau de Mendez.
+(Voir livre V, chap. IX.)]
+
+A propos de la Meseta sud oranaise il faut signaler un coin encore où le
+voyageur profane, dût-il se contenter de regarder par la portière du
+wagon, a sous les yeux des lignes de paysage inattendues. Ce sont les
+bords de la Mina, aux environs de Prévost-Paradol (fig. 28). La rivière
+y coule au fond de cañons, qui sont entaillés dans le causse ;
+continuation évidente des causses de Saïda. Et cette continuation est
+une fin. A l’horizon tout proche, sur la rive droite, on voit le paysage
+se modifier, c’est la chaîne tellienne qui commence. Dans cette section
+de son cours la Mina sert à peu près de limite entre deux mondes
+différents. A l’appui de ce fait important je m’excuse de n’apporter
+aucune référence ; sauf une cependant qui est orale, mais excellente ;
+la confirmation formelle du fait par M. Ficheur.
+
+[Illustration : FIG. 29. — LE FRONT DE LA MESETA SUD ORANAISE
+
+La figure donne le front Nord de la région des causses, autrement dit
+meseta Sud Oranaise. Ce front est jalonné par Debdou, Oudjda, Tlemcen,
+Chanzy, Prévost-Paradol. — On a marqué les déchirures du causse, à
+travers lesquelles le substratum primaire, mis à nu, nous renseigne sans
+contestation possible sur la structure profonde. — Grâce à elles le
+horst Algérien (fig. 27) est autre chose qu’une hypothèse. — La figure
+29 doit accessoirement servir à illustrer le chapitre III du livre V sur
+les plaines oranaises (le chapelet de sebkhas et de marais entre le Rio
+Salado et le Chéliff) ; et les chapitres IV et V.]
+
+Dans cette région à laquelle nous voudrions laisser le nom de Meseta sud
+oranaise, grâce au décapage énergique de torrents telliens, il a donc
+été possible aux géologues de repérer avec une grande exactitude la
+limite nord du Horst algérien. On la suit sans hésitation possible
+depuis la Moulouya jusqu’à la Mina. Elle est jalonnée par Oudjda,
+Tlemcen qui s’adosse au pied de la falaise terminale, les villages de
+Lamoricière, de Chanzy, la plaine d’Eghris dominée par Mascara, Prévost-
+Paradol. C’est le front du môle sur lequel ont déferlé les plis de
+l’Atlas tellien. Quand on essaie de se reconnaître dans la structure de
+l’Algérie, une ligne pareille a une importance de tout à fait premier
+ordre. Il est absurde qu’on n’en parle jamais (fig. 29).
+
+_L’extrémité orientale du Horst._ — Partout ailleurs sur le pourtour du
+Horst l’ennoyage désertique laisse subsister une incertitude sur les
+limites précises. En particulier dans le coin nord-est du Hodna.
+
+L’opinion commune, c’est que l’Atlas tellien et l’Atlas saharien, hors
+la cuvette du Hodna dans l’est, sont en contact direct l’un avec
+l’autre, sans interposition d’aucune sorte. C’est en particulier
+l’opinion de Blayac, qui a décrit les Hautes Plaines constantinoises
+dans le bassin de la Seybouse.
+
+MM. Joly et Joleaud[126] sont d’opinion un peu différente. Dans cette
+même région, qu’ils connaissent bien, ils soupçonnent, intercalé entre
+les deux Atlas, un dernier prolongement du Horst algérien ; mais
+transformé par les « violentes poussées venues du nord » auxquelles « il
+a servi de butoir » ; affecté d’une « structure imbriquée » qui est le
+trait caractéristique des Hautes Plaines constantinoises ; « masqué par
+les plis aurasiens, qui sont beaucoup plus accentués ici que dans le sud
+oranais ou le sud algérois ».
+
+Entre les deux opinions la nuance est fort intéressante ; mais peut-être
+pas au point de vue qui nous occupe quand il s’agit de dégager des
+lignes très générales de structure.
+
+Pratiquement le Horst algérien peut être considéré comme délimité par le
+grand arc montagneux si nettement dessiné à l’est et au nord du Hodna,
+qui rejoint la brèche de Biskra et la vallée de la Mina. En deçà et au
+delà de cette ligne les Hautes Plaines constantinoises et les Hauts
+Plateaux d’Algérie-Oranie appartiennent, de l’avis général, à des
+catégories distinctes.
+
+_Conclusions générales du livre._ — Si maintenant on jette un regard
+rétrospectif sur le livre III certains résultats semblent se dégager,
+qui ne sont pas négligeables.
+
+Il est sûr que la brèche de Biskra, qui est en relation avec le sillon
+de l’Igharghar, et qui coupe en deux tronçons l’Atlas algérien, est un
+trait extrêmement ancien et extrêmement important de la structure.
+
+Il en est de même du front septentrional de la Meseta sud oranaise entre
+Tlemcen et Prévost-Paradol.
+
+Ce sont là deux faits énormes qui sautent ou qui devraient sauter aux
+yeux. Ils sont tout à fait incontestables et incontestés.
+
+Entre ces deux faits l’hypothèse du Horst algérien met un lien naturel
+et clair, si tant est qu’il n’y ait pas esprit hypercritique à conserver
+ce mot d’hypothèse.
+
+Notez que ceci est assez neuf. Dans l’usage courant du langage, quand on
+veut rendre compte du socle continental de l’Atlas algérien, on
+distingue couramment l’Atlas saharien et les Hauts Plateaux proprement
+dits. Cela n’est pas inexact, encore que la délimitation soit un peu
+floue. Mais c’est incomplet.
+
+Ce socle continental est coupé en écharpe, dans une direction sud-est-
+nord-ouest, par une autre ligne de démarcation, dont on ne parle jamais,
+et qui est pourtant l’élément essentiel de la structure. C’est le seuil
+de Biskra, et le grand arc montagneux qui limite le Horst algérien à
+l’est et au nord depuis l’Aurès par les monts du Hodna.
+
+Suivant cette ligne-là tout le socle continental de l’Atlas est
+nettement cassé en deux d’outre en outre transversalement à sa longueur
+(fig. 6).
+
+On a déjà entrevu et on dira plus longuement au livre VI quelle est
+l’importance de cette ligne dans l’histoire et la géographie humaine de
+l’Algérie.
+
+Aux livres IV et V on va retrouver le Horst algérien et surtout la
+Meseta sud oranaise, qui ont nécessairement un lien étroit avec la
+structure de l’Atlas tellien.
+
+
+[Note 113 : No 55.]
+
+[Note 114 : No 44.]
+
+[Note 115 : No 55, no 16 dans no 56.]
+
+[Note 116 : No 55, p. 23, 22, 23, 26, 30, 35.]
+
+[Note 117 : No 55, p. 24, fig. 8.]
+
+[Note 118 : No 41, p. 122.]
+
+[Note 119 : No 51, p. 398.]
+
+[Note 120 : No 51, p. 772.]
+
+[Note 121 : No 51, p. 773.]
+
+[Note 122 : No 44.]
+
+[Note 123 : No 41, p. 772, note 1.]
+
+[Note 124 : No 22, p. 356.]
+
+[Note 125 : No 90.]
+
+[Note 126 : No 71, p. 504.]
+
+
+
+
+ LIVRE IV
+
+ LES PLIS DU TELL
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ LES NAPPES
+
+
+Le géosynclinal tellien est par définition un pays de plis intenses,
+oscillant autour de la direction est-ouest, tous déversés vers le sud ;
+la position de la Tyrrhénide a déterminé l’orientation des plis et le
+sens de la poussée.
+
+Il serait naturel d’analyser ces plis, de les disséquer un à un, et d’en
+démonter le groupement. Mais c’est une tâche à peu près impossible
+actuellement : aussi longtemps que les géologues ne se seront pas mis
+d’accord sur une question primordiale, celle des nappes de charriage.
+Cette question, qui a révolutionné la tectonique des Alpes s’est posée à
+propos de l’Atlas, et elle est loin d’avoir trouvé encore sa solution.
+
+En des points déterminés certaines fibres du plissement tellien, après
+examen approfondi, ont été déclarées front de nappe par tel géologue,
+mais qui est nettement contredit par tel autre.
+
+_Djebel Ouach._ — M. Léonce Joleaud a consacré des efforts à prouver la
+présence d’un front de nappe dans les monts de Constantine (Djebel
+Ouach)[127] ; M. Blayac, qui a étudié la région toute voisine de la
+Seybouse dit bien haut qu’il n’y a pas vu « de véritable charriage, pas
+de déplacements horizontaux de plis, susceptibles d’être qualifiés de ce
+nom[128] ».
+
+_Sierra de Kabylie._ — Le front de nappe le plus curieux du Tell, celui
+qui frapperait davantage l’imagination, serait la chaîne de calcaire
+liasique à la limite sud des Kabylies. Elle se compose de trois tronçons
+bout à bout, en allant de l’ouest vers l’est, le Djurdjura, les Babor
+(fig. 45), et la chaîne de Numidie, qui les continue en droite ligne.
+L’unité essentielle de cet ensemble est indéniable. L’altitude va en
+s’atténuant d’ouest en est ; dans la chaîne de Numidie le sommet le plus
+élevé, le Msid-Aïcha a environ 1400 mètres : c’est à peu près un millier
+de mètres de moins que Lella Khadidja dans le Djurdjura. La continuité
+des crêtes calcaires va elle aussi en diminuant dans le même sens. Elles
+ne sont plus dans la chaîne de Numidie qu’un chapelet de chicots
+éloignés les uns des autres. Mais ces calcaires demeurent d’un bout à
+l’autre curieusement identiques, non seulement par leur facies et par
+leur âge liasique : mais encore par leur association constante avec
+d’autres calcaires de même facies, et d’âge très différent, éocène[129].
+
+On ne distingue les uns des autres que par leurs fossiles. Ils offrent
+une autre association constante avec des schistes argileux et des grès
+micacés, où se trouvent des lits charbonneux et qu’on a fini par classer
+dans le terrain houiller. Tout ce complexe a depuis longtemps frappé les
+géologues par son uniformité. C’est M. Ficheur qui l’a signalé d’abord.
+Il faut certainement le suivre.
+
+Il est donc bien entendu que, tout le long des Kabylies à leur limite
+sud, court une grande chaîne ; elle n’a pas de nom d’ensemble et c’est
+dommage. On peut convenir de lui en donner un, sierra des Kabylies par
+exemple. Pour M. Joleaud la chaîne numidique est le front d’une nappe de
+charriage, poussée du nord au sud[130]. Nécessairement cela doit
+s’entendre de la sierra des Kabylies tout entière d’un bout à l’autre ;
+cette longue frange continue, de composition si hétérogène et si
+constante, hérissée d’aiguilles calcaires, qui donnent une note nouvelle
+dans le paysage des gneiss et des grès kabyles ; ce qui ferait son unité
+ce serait d’être le front d’une grande nappe.
+
+C’est une idée séduisante, qui parle à l’imagination. On serait tenté de
+la croire vraie. Mais à une date aussi rapprochée que le 12 janvier
+1920, M. Savornin, un jeune géologue d’une haute valeur et d’une
+compétence indiscutée, après de longs travaux sur le terrain, écrit en
+propres termes :
+
+« On peut hautement affirmer que le Djurdjura ne constitue point une
+nappe et n’appartient pas à une nappe. Ce serait, au contraire, un
+admirable pays de racines, s’il s’en était détaché des lambeaux de
+recouvrement dont il n’existe aucun exemple[131]. »
+
+_Zaccar._ — Sur un autre point de l’Atlas, à côté de Milianah, le Zaccar
+a été vu et étudié par M. Gentil, qui en a publié la carte géologique au
+50000e. Il serait donc naturel de le croire sans discussion lorsqu’il
+fait du Zaccar une nappe de charriage.
+
+Cependant M. Savornin, s’appuyant lui aussi sur une connaissance
+directe, immédiate et approfondie du même massif déclare de la façon la
+plus formelle qu’il n’y a au Zaccar « aucun phénomène de recouvrement,
+encore moins de charriage[132] ».
+
+_Système de nappes._ — Le 15 octobre 1918, dans un article de la _Revue
+générale des Sciences_, MM. Gentil et Joleaud ont publié un tableau
+d’ensemble des nappes de charriage dans l’Afrique du nord[133]. Ce
+tableau est très précis et très affirmatif sans restriction. La carte
+schématique permet d’embrasser d’un coup d’œil le système complet des
+nappes nord africaines tel que MM. Gentil et Joleaud les conçoivent.
+Elles couvrent toute la partie nord, tellienne, de l’Atlas, depuis
+R’abat jusqu’à Tunis. En ce qui concerne l’Algérie les auteurs sont très
+détaillés : ils indiquent exactement et positivement les nappes de
+Numidie, des Babor et des Biban, du Djurdjura, de Blida et des Zaccars,
+du Titteri, de Teniet-el-Had et de l’Ouarsenis. Ces nappes empilées dont
+les fronts s’enchaînent, c’est précisément ce que nous cherchons, une
+description générale d’ensemble, donnant la clef de la structure dans
+l’Atlas tellien. On serait heureux de pouvoir s’y tenir.
+
+Malheureusement le 12 janvier 1920 M. Savornin fait à l’Académie des
+Sciences, au sujet de ces « soi-disant nappes » une communication qui
+est un démenti brutal. Et notez que M. Savornin est justement un
+géologue dont MM. Gentil et Joleaud avaient invoqué l’autorité à propos
+de ses cartes fort bien faites. Non le Djurdjura n’est pas une nappe.
+Quant aux Biban, « si jamais chaîne fut fortement enracinée, c’est bien
+celle-là ». « L’hypothèse de charriages dans le Djurjura et les Biban
+n’est étayée par aucun argument et doit être irrémédiablement
+abandonnée. Elle est aussi fragile en ce qui concerne les Babor, le
+Chenoua et Ténès, que MM. Gentil et Joleaud n’ont jamais étudiés ».
+Quant à l’enchaînement des fronts de chaînes, « la notion que l’on
+essaie d’introduire, d’une continuité entre les Biban, l’Atlas de Blida,
+les Zaccars et l’Ouarsenis, méconnaît si ouvertement les plus claires
+données de la géographie et de la tectonique qu’elle se détruit d’elle-
+même, sans qu’il soit besoin de le démontrer »[134]. Dans sa thèse parue
+ultérieurement, M. Savornin à l’appui de ses dénégations apporte un
+monceau de faits précis. Et il lui échappe des vivacités comme celle-
+ci : « la région du Guergour a été ridiculement qualifiée de nappe de
+charriage par deux géologues qui ne la connaissent nullement ». Ou bien
+encore, comme cette conclusion générale sur l’hypothèse des nappes
+algériennes : « un avenir prochain en fera certainement justice, il y va
+du bon renom de la géologie française[135] ».
+
+Notez que MM. Gentil et Joleaud, dans leur article du 15 octobre 1918,
+ne parlent pas comme des gens qui exposent une hypothèse. Il semble bien
+à les lire qu’ils estiment eux-mêmes apporter au grand public de la
+_Revue générale des sciences_ des résultats scientifiques définitivement
+acquis désormais dans les milieux techniques. Il faut avouer que
+l’expression a nécessairement dépassé leur pensée.
+
+Une contradiction aussi vive entre professionnels est déconcertante pour
+les profanes. Mais voici qui l’est davantage encore : sur cette question
+des nappes nord africaines, il arrive qu’un géologue _déterminé_ se
+contredise lui-même complètement à quelques mois de distance.
+
+Le 15 octobre 1918 M. Gentil en collaboration avec M. Joleaud a publié
+comme on vient de le voir des affirmations tout à fait catégoriques
+précises et détaillées sur l’encroûtement du Tell algérien tout entier
+par un empilement de nappes.
+
+Or le même M. Gentil à la date du 1er mars 1920, dans le compte rendu
+sommaire des séances de la Société géologique[136] écrit ce qui suit :
+« Toute une série de faits concourent à démontrer que l’Atlas tellien a
+subi des phénomènes d’érosion d’une grande intensité..., de puissantes
+couches ont disparu, qui devaient être surtout formées de nappes
+superposées, laissant à nu les assises profondes, elles-mêmes
+chevauchées ou simplement refoulées. » Et voici qui achève de préciser
+la pensée de M. Gentil.
+
+« Seules la dépression de la Medjerda et celle du détroit sud rifain,
+qui sont parcourues par des vallées longitudinales, ont été mieux
+épargnées par l’érosion, tandis que tout le nord de l’Algérie a été
+fortement décapé et ainsi rendu moins accessible à l’observation dans
+l’étude des nappes de charriage qui prennent part à sa superstructure. »
+
+Ces lignes sont empruntées à un simple compte rendu sommaire ; il est
+impossible cependant de se tromper sur leur sens. L’Atlas algérien qui
+était le 15 octobre 1918 un pays de nappes actuelles n’est plus le 1er
+mars 1920 qu’un substratum décapé de nappes disparues. M. Gentil retire
+ce qu’il avait affirmé quinze mois auparavant. C’est parfaitement
+légitime, bien entendu. Seulement le public profane ne peut pas se
+soustraire à une impression d’embarras.
+
+Notez que c’est une très belle thèse, très séduisante. Les nappes de
+l’Atlas tellien, disparues en Algérie, se seraient conservées aux deux
+extrémités, en Tunisie et au Maroc. Cette théorie a pour elle des
+autorités considérables, non seulement MM. Gentil et Joleaud, mais MM.
+Termier et Lugeon, qui ont eu l’occasion de voir personnellement la
+Medjerda et le détroit sud rifain. Elle a pris corps d’une façon assez
+précise pour devenir le point de départ de recherches minières très
+intéressantes. En beaucoup de points de la planète et plus
+particulièrement du système alpin, les pays de nappes sont pétrolifères.
+Aussi a-t-on l’espoir de trouver le pétrole dans la Medjerda et dans le
+détroit sud rifain, voire même dans la partie attenante de l’Oranie. Et
+assurément en effet le pétrole est représenté par des suintements à tout
+le moins dans l’ouest (Maroc et Oranie). Jusqu’ici pourtant les puits
+forés n’ont pas amené de jaillissement sérieux. D’autre part, il est
+indéniable que des trois régions considérées, Tell algérien d’une part,
+Tell tunisien et Maroc de l’autre, la première est justement la seule où
+un service géologique fonctionne depuis un demi-siècle et sur laquelle
+il ait été accumulé une masse énorme de documents.
+
+_Conclusions._ — En résumé, sur cette question si controversée des
+nappes nord africaines ce sont deux écoles bien tranchées qui sont aux
+prises, l’école parisienne et l’école algérienne. L’une représente
+l’idée générale féconde, la comparaison, base de toute connaissance,
+l’application à un coin de la planète d’une méthode nouvelle importée
+d’ailleurs. Nul doute que tout cela ne soit extrêmement respectable.
+D’autre part le service géologique algérien représente l’étude
+minutieusement consciencieuse du terrain, les réalités sèches et
+inflexibles. Et il n’est pourtant pas possible d’imaginer que ce soit là
+une chose négligeable.
+
+Oui, les Alpes françaises, suisses, autrichiennes sont un extraordinaire
+empilement de nappes. Dans l’Atlas, qui fait partie du système alpin, il
+est naturel d’attendre un développement correspondant des charriages.
+Mais existe-t-il réellement ? A-t-on vraiment réussi à le voir, à le
+toucher du doigt ?
+
+Entre ces deux écoles antagonistes, la parisienne et l’algérienne, une
+première escarmouche a eu lieu il y a une vingtaine d’années sur la
+question du trias. L’issue en est acquise depuis longtemps et la
+comparaison avec la controverse des nappes n’est pas dénuée d’intérêt.
+En ce temps-là, jusqu’en 1896, le service géologique d’Algérie classait
+dans l’éruptif un certain terrain gypso-salin. Au cours d’une excursion
+de la Société géologique de Paris, en 1896, Marcel Bertrand, le géologue
+célèbre, d’un coup d’œil par la portière du wagon, en passant, a relevé
+l’analogie du terrain gypso-salin avec le trias. Ce coup d’œil par la
+portière a eu des conséquences très étendues, et, chose curieuse,
+immédiates. Tous les affleurements gypso-salins de l’Afrique du Nord ont
+été classés triasiques, du jour au lendemain pour ainsi dire ; l’école
+algérienne, cette fois-là, capitula sans discussion ; il faut dire
+certainement que la force d’une évidence irrésistible s’était imposée.
+
+La question des nappes a été soulevée de la même façon à peu près, et
+d’ailleurs comme corollaire de celle du trias. En 1906, M. Termier,
+directeur du service de la carte et président de la Société de géologie,
+membre de l’Institut, au cours d’un voyage au gisement fameux de
+l’Ouenza, a lancé l’hypothèse que l’Afrique du nord est un pays de
+nappes[137]. Quinze ans se sont écoulés depuis, il n’y a pas eu dans les
+cercles géologiques algériens, voire même français, de question plus à
+l’ordre du jour[138] : mais elle a bien l’air de n’avoir pas fait un
+pas. L’évidence cette fois ne paraît pas avoir fait sentir sa force
+irrépressible.
+
+Il est bien entendu en tout cas, que cette question géologique doit être
+résolue par les géologues. Si on voulait essayer de décrire dans un
+tableau d’ensemble les plissements du Tell algérien, le désaccord total
+des géologues, sur la question des nappes, serait déjà à soi tout seul,
+un obstacle insurmontable.
+
+Or, par surcroît, ce n’est pas le seul.
+
+
+[Note 127 : No 68.]
+
+[Note 128 : No 26, p. 473. Voir aussi 31 c.]
+
+[Note 129 : No 36, p. 61, 76, 227, no 22, p. 225, no 7 feuilles du
+Djurdjura.]
+
+[Note 130 : No 70, p. 356 et suiv. mais voir 31 c.]
+
+[Note 131 : No 114. Voir aussi 31 c.]
+
+[Note 132 : No 115, p. 433.]
+
+[Note 133 : No 60, p. 535, fig. 1.]
+
+[Note 134 : No 114.]
+
+[Note 135 : No 115, p. 393, 433.]
+
+[Note 136 : No 59, p. 48.]
+
+[Note 137 : No 118, p. 102 et no 120.]
+
+[Note 138 : No 58 où le témoignage Lugeon est invoqué, p. 157.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ CHAINE DES BIBAN ET SIERRA DU HODNA
+
+
+M. J. Savornin vient de nous donner une monographie excellente de deux
+zones plissées telliennes, voisines et parallèles[139]. Ce sont la
+chaîne des Biban et celle que nous appellerons sierra du Hodna. Ce sont
+des coulisses de l’Atlas tellien : et, sauf peut-être la sierra des
+Kabylies, je ne connais pas une seule autre coulisse dont la structure
+ait été aussi minutieusement démontée. Ce serait déjà une raison
+suffisante pour rendre compte de cette structure.
+
+Il se trouve en outre que la comparaison de ces deux zones plissées,
+jette une curieuse lumière sur la structure de l’Atlas tout entier.
+
+_Chaîne des Biban._ — On a créé ce nom, « chaîne des Biban[140] » en
+l’honneur du fameux défilé des Biban, quelquefois appelé Portes de Fer.
+Il est célèbre dans la conquête de l’Algérie parce que le duc d’Orléans
+l’a franchi certain jour dans des circonstances retentissantes, et parce
+que ce geste princier a eu des conséquences importantes.
+
+La chaîne des Biban court de Berrouaghia au Guergour (gorges du
+Guergour, creusées par l’oued Bou-Sellam). La longueur totale est de 250
+kilomètres, ce qui est notable pour l’Atlas tellien, où les tronçons en
+général sont coupés bien plus courts (fig. 31). L’individualité
+géologique est parfaitement nette et simple. La chaîne est un pli
+unique, dont les éléments sont une double bande, régulière et continue,
+d’infra-crétacé au nord (albien et aptien), de calcaire cénomanien au
+sud. Tantôt ce sont les calcaires cénomaniens plus puissants et plus
+massifs, qui ont mieux résisté à l’érosion, et qui constituent les
+sommets. C’est ainsi à l’est d’Aumale. Tandis que, à l’ouest, au
+contraire, les quartzites infra-crétacées ont mieux tenu et ce sont
+elles qui forment les crêtes. Mais d’un bout à l’autre, comme éléments
+constitutifs, on ne voit rien d’autre que ces deux étages du crétacé. Ce
+tronçon de l’Atlas est resté constamment émergé depuis le crétacé, la
+mer n’y est jamais revenue ; à travers toute l’histoire du bras de mer,
+la chaîne des Biban fut un rivage. Non seulement le bras de mer des
+phosphates, le cartennien, ont passé l’un et l’autre exactement au sud
+des Biban (fig. 4 et 10) ; mais il faut ajouter le Medjanien[141]. Cela
+est certain. M. Savornin a pu retrouver et dessiner sur de grandes
+étendues le rivage de la mer suessonienne, jalonné par les dépôts de
+plages. Il a retrouvé aussi le rivage de la mer cartennienne avec ses
+trous de phollades sur les galets et ses fossiles de plage, des balanes
+par exemple. Il vient de publier une carte paléogéographique du
+medjanien dans la région hodnéenne et il porte avec une grande précision
+un rivage au sud des Biban[142]. Cette chaîne est dans le géosynclinal
+tellien une des parties les plus anciennement consolidées, elle est
+d’âge pyrénéen.
+
+Elle a eu sa grande splendeur à l’époque oligocène ; à cette époque où
+le bras de mer était déjà, à peu près comme aujourd’hui, totalement
+émergé ou peu s’en faut. Les Biban furent alors le grand axe de
+l’Algérie orientale, la ligne de partage des eaux. Le témoignage en a
+été conservé dans les puissants dépôts de ruissellement et de
+sédimentation continentale, de part et d’autre, sur les deux flancs de
+la chaîne. M. Savornin, qui les a déchiffrés, n’a pas hésité à dresser
+la carte paléogéographique des oueds oligocènes[143]. La chaîne des
+Biban était le lieu de leurs sources. De là ils divergeaient se groupant
+en deux grands bassins. Les uns au nord allaient rejoindre la mer (vers
+Bougie ? ou vers Dellys ?). Les autres au sud prenaient le chemin du
+chott oligocène ancêtre du Hodna.
+
+En un point déterminé de la chaîne, au point où elle est traversée par
+l’oued Melah, et plus exactement au djebel Badroun, les collines de
+cailloutis qui accompagnent la chaîne se trouvent supporter dans un
+repli un lambeau étendu de marnes cartenniennes très fossilifères[144].
+C’est dire que leur âge oligocène ne peut pas être contesté. On a
+représenté dans la figure 30 cette section très particulière de la
+chaîne. On imagine qu’elle en fait saisir d’un coup d’œil la
+caractéristique générale, l’ancienneté et l’usure consécutive.
+
+La chaîne s’étire aujourd’hui entre la double muraille plus ou moins
+continue de ses propres débris. Savornin les a trouvés très puissants :
+ils ont jusqu’à 200 mètres d’épaisseur peut-être. Ce sont des cailloux
+pas toujours très bien roulés. En bien des cas, c’est trop peu dire
+qu’ils sont gros, il en est de monstrueux, comme de petites maisons.
+Ceux-ci évidemment n’ont pas pu être charriés par un torrent : ils
+gisent là où ils se sont éboulés. Tout cela a nettement le caractère
+d’éboulis de pentes et représente évidemment les débris latéraux de la
+chaîne. Ces collines de cailloux se reconnaissent de loin dans le
+paysage, elles sont boisées plus que le reste. C’est qu’elles
+découragent l’agriculture ; l’araire indigène n’a pas essayé de les
+disputer à la forêt (fig. 30).
+
+[Illustration : FIG. 30. — LE DJEBEL BADROUN.
+
+Le Djebel Badroun, contrefort méridional de la chaîne des Biban, est un
+élément dans le chapelet des collines qui longent cette chaîne, et qui
+sont composées de débris arrachés par le ruissellement à ladite chaîne.
+Ici ces débris sont recouverts et datés par des dépôts marins
+cartenniens très fossilifères. Ils sont donc sans contestation possible
+précartenniens, oligocènes. Les collines oligocènes sont presque aussi
+hautes et aussi puissantes que la chaîne dont ils représentent les
+débris.
+
+Les Biban sont donc une très vieille chaîne très usée, pyrénéenne.
+
+Les collines oligocènes, qui sur le terrain sont boisées, sont marquées
+d’un grisé sur la figure.]
+
+L’immensité de ces débris atteste l’ancienne puissance de la chaîne, aux
+dépens de laquelle ils ont été accumulés. Et précisément parce qu’ils
+sont énormes elle a cessé de l’être. Elle ne tient pas aujourd’hui plus
+de place qu’eux dans le paysage. L’altitude absolue moyenne est de 1000
+mètres environ, sur un socle qui n’est pas loin d’avoir 800 mètres ; ce
+qui réduit l’altitude relative à 200 mètres environ.
+
+Ces collines insignifiantes ne sont assurément plus, comme jadis, ligne
+de partage des eaux.
+
+L’arête des Biban est largement rompue en maint endroit par les rivières
+venues du sud, qui la traversent dans des vallées étalées, sans lui
+faire l’honneur de dévier un instant leur direction (fig. 30).
+
+Tout cela tient en un membre de phrase. C’est une vieille chaîne usée,
+tendant vers la pénéplaine, déjà plutôt la cicatrice d’un pli que le pli
+lui-même. Son modelé trahit son âge pour le topographe, autant que sa
+constitution pour le géologue.
+
+_La route romaine._ — Cette usure des Biban a une conséquence humaine
+curieuse. A travers des siècles d’histoire ils ont servi d’assise à une
+grande voie naturelle, une des plus importantes d’Algérie. La route
+romaine longeait les Biban. Elle était jalonnée par des villes
+importantes Auzia (Aumale), Rapidi (Sour Djouab), et l’ancêtre romain de
+Berrouaghia[145].
+
+Entre la Numidie de Constantine et la Maurétanie de Cæsarea la grande
+voie de communication directe et naturelle passait par là. Elle a
+continué apparemment dans l’Algérie musulmane. En tout cas les indigènes
+donnent encore à la piste des Biban le nom de « Triq-et-Tourk », la
+route turque. Ce fut aussi une route française au début de notre
+occupation ; ou du moins une grande voie stratégique. Elle est jalonnée
+de ruines militaires françaises, des caravansérails comme celui de
+l’oued Okhris qui joua un rôle dans l’insurrection de 1871, des tours du
+télégraphe Chappe, dont l’une est devenue la maison forestière d’El-
+Behira, etc.[146]. Nos communications entre Sétif et Alger ont longtemps
+passé par là.
+
+Elles n’y passent plus. On a choisi pour le chemin de fer un tracé tout
+différent, par le défilé des Portes de fer, la vallée de l’oued Sahel,
+de l’oued Isser, la Mitidja. C’est le contraste éternel. Pour aller d’un
+point à un autre, d’instinct, les indigènes choisissent toujours le
+chemin des crêtes, et nous celui des vallées. En plusieurs autres points
+de l’Algérie nous avons abandonné la vieille voie traditionnelle sur les
+sommets pour construire notre chemin de fer en bas, le long de l’oued.
+Notre choix ne s’est pas toujours révélé très heureux à l’user. La
+chaîne des Biban délaissée prendra peut-être sa revanche.
+
+Elle garde en tout cas son passé dont le lien est évident avec sa
+structure. Entre la région d’Alger-Médéa et les hautes terres à blé de
+la Medjana, de Sétif, elle a joué le rôle de lien d’abord par sa
+direction, parce qu’elle est la ligne droite ; parce que, avant la paix
+française, les défilés kabyles au nord étaient des coupe-gorges. Mais ce
+n’est pas tout. Il faut certainement prendre en considération la bonne
+tenue des roches crétacées ; elles sont pour une route un substratum de
+choix ; on sait que, en Algérie, les marnes miocènes ébouleuses font le
+désespoir des ingénieurs. Il faut se souvenir surtout que la route, tout
+le long de la chaîne, ne rencontre pas d’obstacles très sérieux, elle
+conserve ou retrouve facilement la même cote au voisinage d’un millier
+de mètres. On a sans doute le droit de dire que, pour porter ainsi une
+grande route, et tout du long, il faut une vieille chaîne usée, déjà
+plus ou moins transformée en ride de pénéplaine.
+
+[Illustration : FIG. 31. — CHAINE DES BIBAN ET SIERRA DU HODNA.
+
+(Figure empruntée à Savornin, no 115.)
+
+La chaîne des Biban, et la Sierra du Hodna sont des chaînes distinctes,
+parallèles et très différentes. Ces caractères ressortent d’un coup
+d’œil sur la figure.
+
+Les Biban sont une vieille chaîne Pyrénéenne, usée par l’érosion, mais
+non brisée par des mouvements orogéniques subséquents, elle est
+rectiligne et très simple.
+
+La sierra du Hodna est une coulisse d’âge Alpin ; elle a un passé
+beaucoup plus complexe, qui se devine déjà dans son dessin brisé.]
+
+_Sierra du Hodna._ — Il faut être reconnaissant à M. Savornin d’avoir
+tracé de cette chaîne des Biban une silhouette si nette, si vivante et
+si individuelle. Il nous décrit en outre le groupe des chaînons entre
+les Biban et le Hodna. Ce groupe englobe le Titteri le Dira, le
+Choukchott et le Mansourah, le Maadid, le Bou-Thaleb ; pour ne citer que
+les éléments les plus importants ; sur la plaine du Hodna ils
+représentent la muraille terminale du Tell. C’est elle que nous
+appellerons sierra du Hodna.
+
+Sur la carte schématique dressée par M. Savornin[147] (fig. 31), entre
+les deux coulisses voisines et parallèles le contraste ressort au
+premier coup d’œil avec une netteté admirable ; la simplicité rectiligne
+des Biban ; l’éparpillement confus des éléments dans la sierra du Hodna.
+
+La description géologique détaillée accuse ce contraste et en rend
+compte. Dans ce que nous avons appelé sierra du Hodna, M. Savornin
+retrouve les traces mélangées de plusieurs plissements d’âge et d’allure
+très différents[148]. Il y a des dômes qui rappellent l’Atlas saharien,
+et qui évoquent un socle continental faiblement ondulé. Ce sont de vieux
+dômes cassés, effondrés, bousculés par de violents plissements
+ultérieurs. Ces plissements violents qui ont amené des surrections
+d’écailles, des chevauchements, intéressent les dépôts marins du
+cartennien sous lesquels les dômes sont plus ou moins ennoyés. C’est que
+nous sommes ici à la limite des deux grandes zones, socle continental
+d’une part et géosynclinal de l’autre. Nous sommes aussi sur
+l’emplacement exact du bras de mer cartennien, zone de plissements
+récents intenses.
+
+Il ne saurait être question ici de suivre M. Savornin dans le détail de
+ses descriptions, il suffit de dégager la physionomie d’ensemble.
+
+Il court donc au sud des Biban un chapelet de massifs à la structure
+complexe desquels des roches relativement récentes participent. Parmi
+ces roches les grès, par exemple, jouent un rôle important. Ces grès
+sont medjaniens au Dira. Le Titteri, le Choukchott, le Mansourah ont des
+crêtes extrêmes en grès cartenniens ; ces couches de grès cartennien ont
+une épaisseur considérable, évaluée parfois à 400 mètres et elles
+apparaissent dans les relations stratigraphiques les plus compliquées.
+La sierra du Hodna, si nous convenons de lui donner ce nom, est donc
+beaucoup plus jeune que la chaîne des Biban, elle est miocène, d’âge
+alpin et non plus pyrénéen.
+
+Les formes topographiques accusent sa jeunesse attestée par sa
+composition géologique. C’est aujourd’hui la sierra du Hodna, et non
+plus la chaîne des Biban qui est ligne de partage des eaux. Les sommets
+du Dira, du Choukchott, du Mansourah dépassent 1800 mètres. De là-haut
+on voit les Biban écrasés à ses pieds, faisant figure de taupinière. Il
+est tout à fait normal que la chaîne de beaucoup la plus jeune soit
+aussi la moins usée et la plus pitonnante.
+
+Voici en somme le tableau d’ensemble que nous pouvons tracer à la suite
+de M. Savornin. La chaîne des Biban fut pendant des âges la rive
+septentrionale d’un bras de mer étroit et profond, qui courait à la
+limite exacte du Tell et du socle continental. Au fond de ce
+géosynclinal instable les forces orogéniques restaient actives. Elles
+amènent, à la fin du cartennien, la surrection d’une sierra toute
+fraîche. Cette sierra a pris la place exacte du bras de mer, par cette
+inversion du relief qui est précisément la caractéristique des
+géosynclinaux.
+
+Il ne saurait être question d’imaginer que la surrection d’une pareille
+chaîne alpine, dans le voisinage immédiat n’ait pas eu de répercussion
+sur les Biban préexistants. Assurément la vieille chaîne a rejoué
+fortement. Pourtant elle a tenu le coup, tout compte fait ; elle est
+restée elle-même ; par sa structure et son modelé, elle s’affirme
+pyrénéenne.
+
+Voilà donc dans l’Atlas tellien, deux chaînes, celle des Biban et la
+sierra du Hodna, qui courent parallèlement à quelques kilomètres l’une
+de l’autre, d’apparence fraternellement symétrique. On pourrait les
+croire, au premier abord, deux éléments identiques du même ensemble
+montagneux. Or, quand on y regarde de plus près, elles se révèlent comme
+n’ayant aucune espèce de rapport. Elles ne sont pas du même âge du tout,
+elles ont été plissées chacune à part, à des époques extrêmement
+éloignées ; la plus ancienne est le môle résistant dont la compression a
+imposé sa direction à la plus récente.
+
+_Conclusions._ — A propos de cet exemple concret on touche du doigt une
+évidence très intéressante. L’Atlas tellien comparé au saharien ne s’en
+distingue pas seulement par l’énergie bien plus grande des plissements.
+Il s’en distingue aussi par l’absence d’un plan général unique. Au
+rebours de l’Atlas saharien, le tellien n’a pas été plissé d’un coup,
+les forces orogéniques s’y sont, pour l’édifier, reprises à plusieurs
+fois. Le dessin général de l’Atlas saharien est d’âge pyrénéen[149], les
+poussées ultérieures n’ont fait qu’accentuer les traits sans les
+brouiller. Mais dans l’édifice tellien les géologues reconnaissent des
+compartiments juxtaposés, où tout diffère, la structure, le modelé, et
+par-dessus tout l’âge : des compartiments pyrénéens et d’autres alpins.
+L’Atlas tellien est un habit d’Arlequin.
+
+C’est de toute évidence une énorme difficulté quand on essaie de
+concevoir une description générale de l’Atlas tellien.
+
+
+[Note 139 : No 115.]
+
+[Note 140 : No 22, p. 351, nos 107, 108, 45, 46.]
+
+[Note 141 : No 115, p. 418.]
+
+[Note 142 : No 115, p. 418.]
+
+[Note 143 : No 113 et no 115, p. 419.]
+
+[Note 144 : No 38 (Ficheur).]
+
+[Note 145 : No 8, feuille 14.]
+
+[Note 146 : No 109, p. 285.]
+
+[Note 147 : No 115, p. 40, fig. 2.]
+
+[Note 148 : No 105, 7, feuille de Mansourah, nos 104, 109, 110, 115, p.
+397 et suiv.]
+
+[Note 149 : No 115, p. 426.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ LE FAISCEAU DES PLIS
+
+
+La question se pose maintenant s’il faut continuer dans cette voie,
+essayer de disséquer fibre à fibre les plissements de l’Atlas tellien,
+comme on a cherché à le faire pour quelques cas particulièrement nets et
+intéressants, la sierra des Kabylies, la chaîne des Biban, la sierra du
+Hodna.
+
+Cette tentative ne serait pas nouvelle ; elle a été faite avec la
+collaboration de l’homme qui était le plus qualifié pour l’oser, M.
+Ficheur[150]. Avec le travail de M. Ficheur sous les yeux, on peut
+tracer sur une carte schématique les coulisses de l’Atlas, chacune avec
+sa longueur et sa direction. On obtient un faisceau de traits plus ou
+moins parallèles, qui se suivent ou se relaient. Leur dessin général
+parle à l’imagination et permet de se représenter les directions des
+forces plissantes depuis que le géosynclinal existe.
+
+Seulement, il ne faut pas se dissimuler que ce schéma, nécessairement,
+est plus ou moins faux. Il additionne des quantités qui ne sont pas de
+même ordre, il groupe ensemble, sans crier gare, des accidents qui
+n’appartiennent pas du tout à la même catégorie.
+
+On a déjà dit que le travail de M. Ficheur énumère dans un même
+enchaînement, sous des numéros successifs, 1, 2, 3, des éléments aussi
+peu comparables que les causses de Tlemcen et de Saïda d’une part, et la
+sierra du Hodna de l’autre.
+
+Un autre exemple fera peut être saisir mieux encore la pensée. Il est
+indéniable que par-dessus le plateau de Médéa, la vallée de la Soummam
+prolonge en direction le Chéliff. Mais quoi : accordera-t-on qu’on
+puisse, sous ce prétexte, les mettre dans une même catégorie ? Tout les
+oppose. La Soummam est couverte d’une immense épaisseur de dépôts
+continentaux qui remontent à l’oligocène. Les humanités contrastent
+entre elles comme les pays. La Soummam est kabyle. Le Chéliff participe
+déjà de la vie des steppes. Orléansville et Bougie sont des mondes
+différents. Le long de la ligne Chéliff, plateau de Médéa, Soummam,
+aucune route n’a jamais passé à travers toute la série des siècles. A
+insister sur le lien de direction qui unit ces deux vallées ne risque-t-
+on pas de voiler leur dissemblance essentielle ?
+
+Ces exemples concrets suffisent peut-être à faire ressortir les dangers
+de la méthode.
+
+Pour éclairer la question avec une comparaison, rappelons que, dans nos
+Alpes françaises, auxquelles nous ramènent nos habitudes d’esprit,
+quelle que soit l’importance des vallées transversales, ce sont peut-
+être les accidents longitudinaux qui attirent l’attention davantage. A
+tout le moins ce système de vallées longitudinales (Durance, Buech,
+Drac, Isère), qui court parallèlement au Rhône à travers toute la
+chaîne, et qui l’articule, séparant deux mondes, les Préalpes calcaires
+et les Alpes proprement dites, avec leurs noyaux archéens.
+Instinctivement nous cherchons l’équivalent dans l’Atlas algérien et
+nous ne le trouvons pas.
+
+Les Alpes et l’Atlas appartiennent au même système de chaînes
+périméditerranéennes. Mais elles semblent avoir chacune son originalité.
+
+Cet empilement de nappes qui joue un si grand rôle dans les Alpes paraît
+en jouer un beaucoup plus humble dans l’Atlas, sous réserves de
+démonstrations qui n’ont pas encore été convaincantes.
+
+Il ne semble pas que rien dans les Alpes rappelle cette juxtaposition en
+cases de damier de compartiments d’âge, de structure et de modèle
+différents, les uns pyrénéens par exemple et les autres alpins.
+L’histoire de l’Atlas, telle qu’on l’entrevoit dans les cartes
+paléogéographiques, est une histoire d’écroulements partiels au fond de
+la mer, et de reconstitutions, de refontes, de résurrections par grands
+lambeaux. On a déjà vu, on verra encore dans les chapitres suivants que
+l’Atlas est plein de retouches, de disparates et de raccords. Mais les
+Alpes, au contraire, comme l’Atlas saharien, ont bien l’air d’avoir été
+bâties d’un seul jet, sur un plan général simple.
+
+Quoi qu’il en soit, le temps pourra venir, après beaucoup de
+monographies nouvelles, où il sera possible d’esquisser le dessin
+général du plissement tellien. Mais on s’imagine que ce temps est encore
+éloigné. On ne se croit pas en tout cas de taille à entreprendre une
+pareille tâche.
+
+Faut-il donc renoncer à toute description de l’Atlas tellien ? On pense
+au contraire qu’il est possible d’obtenir des résultats intéressants
+avec une autre méthode que l’analyse et l’énumération bout à bout des
+plissements longitudinaux. On veut attirer l’attention sur les grandes
+divisions transversales. Par cette méthode on ne désespère pas de
+débrouiller un peu le chaos, en serrant d’assez près la réalité.
+
+
+[Note 150 : No 22.]
+
+
+
+
+ LIVRE V
+
+ LES TRANSVERSALES DU TELL
+
+ * * * * *
+
+ CHAPITRE I
+
+ DE PART ET D’AUTRE DE MÉDÉA
+
+
+On a longuement parlé déjà du grand accident nord-sud qui se suit depuis
+le Hoggar, par Laghouat jusqu’au plateau de Médéa, coupant l’Atlas
+algérien à peu près en son milieu, transversalement à l’orientation
+générale de la chaîne. C’est cet accident qu’on a appelé la grande
+dorsale Laghouat-Médéa.
+
+On a longuement insisté sur ce chapelet de capitales actuelles ou
+défuntes, de forteresses et de marchés, qui jalonnent le passage de
+cette dorsale à travers le Tell, Achir, Cherchell, Alger, Miliana, Médéa
+(fig. 5).
+
+On a dit en gros que cette dorsale et ce chapelet séparaient deux Tells
+très contrastés l’oriental et l’occidental.
+
+Il est universellement admis en effet que le Tell se divise
+transversalement en deux parties à l’est et à l’ouest d’Alger. Cette
+grande division est si naturelle qu’elle se reflète dans les réseaux de
+chemin de fer. L’Algérie essentiellement a deux grands réseaux, le
+P.-L.-M. qui dessert Alger-Oran, l’Est-État (ancien Est-Algérien) qui
+dessert Alger-Constantine. Ces deux grandes branches se raccordent
+exactement à Alger. Le guide Joanne en conséquence a été publié en deux
+sections distinctes, brochées à part, et séparables à la rigueur malgré
+leur reliure commune, Algérie occidentale et Algérie orientale. L’idée
+est familière à tout le monde. Le classement administratif en trois
+départements ne fait pas oublier la distinction touristique et
+économique entre les deux grandes régions.
+
+La série des cartes paléogéographiques nous a permis de constater
+combien cette distinction remonte loin dans le passé (fig. 9, 10, 11).
+
+Dès l’oligocène, mais surtout à partir du miocène, le Tell oriental et
+l’occidental accusent, par rapport au bras de mer algérien des tendances
+inverses, l’un à l’émersion et l’autre à l’immersion. De part et d’autre
+de la grande dorsale, les deux Tells ont été deux compartiments
+distincts dont l’un s’est effondré par rapport à l’autre, ou l’autre
+exhaussé par rapport à l’un, ce qui revient naturellement au même.
+
+Ces mouvements inverses ont des conséquences considérables qu’il faut
+souligner. On les énumérera d’abord dans le Tell oriental.
+
+_Tell oriental._ — La plupart des coulisses de l’Atlas tellien que nous
+avons déjà étudiées se trouvent appartenir au Tell oriental. La sierra
+des Kabylies, comme d’ailleurs les massifs anciens kabyles, la chaîne
+des Biban, la sierra du Hodna. Il suffit donc de résumer ce qui a déjà
+été dit.
+
+A l’exception unique de cette dernière chaîne, la sierra du Hodna, le
+Tell oriental est un faisceau de plis pyrénéens, encore reconnaissables,
+au front duquel des lambeaux importants de Tyrrhénide sont restés
+accolés.
+
+La plus grande partie du Tell oriental est émergée depuis le début de
+l’oligocène ; elle l’est restée sans interruption ; un climat désertique
+ou steppien y a favorisé la persistance de bassins fermés pendant la
+plus grande partie de cette longue durée. Aussi est elle encroûtée de
+dépôts continentaux sur d’immenses espaces.
+
+On connaît déjà le développement des dépôts de ruissellement oligocènes
+autour des Biban (fig. 30). Au sud des Biban, bien entendu, sur
+l’emplacement de la chaîne du Hodna, les poudingues oligocènes ont été
+pour une bonne part enfouis au fond du bras de mer cartennien,
+recouverts de sédiments marins, emballés avec eux dans le plissement et
+la surrection de la chaîne. Au nord en revanche, dans la plaine des
+Béni-Sliman, dans la vallée du Sahel et de la Soummam jusqu’à Bougie, le
+bloc des dépôts continentaux n’a pas été trop dérangé : il est encore là
+puissant, continu et massif, largement étalé entre la chaîne des Biban
+et le Djurdjura, comme un coup d’œil sur la carte géologique au 800000e
+permet de le constater. Notez que l’âge oligocène (aquitanien) de ces
+dépôts vient d’être affirmé de nouveau par Savornin avec des preuves à
+l’appui qui semblent décisives[151].
+
+La même carte géologique au 800000e accuse une autre tache extrêmement
+étendue d’oligocène en plein Tell oriental, dans la cuvette de Mila,
+entre les monts de Constantine et la chaîne de Numidie. Ici on sait déjà
+qu’il faut réduire la part de l’oligocène au bénéfice du pontien. Mais
+ce sont des dépôts continentaux, qu’ils soient d’âge oligocène, pontien,
+ou pliocène.
+
+Le grand public ne sait pas que le Tell oriental est encroûté de dépôts
+continentaux ; il ne sait pas non plus que ses chaînes sont le plus
+souvent contemporaines des Pyrénées et non pas des Alpes. Il fait
+pourtant très bien la différence avec le Tell occidental. L’opinion
+commune se résume en un membre de phrase : à l’est d’Alger le Tell est
+bien plus pittoresque qu’à l’ouest ; l’Algérie des Kabylies et de
+Constantine est par excellence le pays du tourisme.
+
+Si on analyse cette opinion commune voici à peu près ce qu’on trouve. Le
+Tell oriental est beaucoup plus élevé que l’occidental, non pas tant par
+l’altitude de quelques-uns de ses sommets. Il est vrai que ceux du
+Djurdjura n’ont pas de rivaux à l’ouest, mais ils n’en n’ont pas non
+plus dans le reste du Tell oriental. Le Djurdjura mis à part, où
+l’altitude atteint 2300 mètres, les plus hauts sommets du Tell tout
+entier restent au-dessous de 2000 et même 1900 mètres (Ouarsenis et
+Zaccar dans l’ouest, Dira, Choukchott, Mansoura dans l’est).
+
+Ce par quoi le Tell oriental l’emporte de beaucoup sur l’autre c’est son
+altitude moyenne. Elle est à peu près double.
+
+Les Kabylies sont des massifs archéens, la chaîne des Biban est très
+usée, proche de la pénéplaine. Le Tell oriental, dont elles sont des
+parties, participe de leurs caractères, ce n’est pas un faisceau de
+sierras pitonnantes ; c’est un massif, jusqu’au bord de mer où il
+s’abaisse d’un coup. Ses beautés naturelles célèbres, le Djurdjura mis à
+part encore une fois, sont des gorges profondément entaillées, celles
+des Biban, celles de Kerrata (route de Sétif à Bougie), ou bien de
+magnifiques côtes abruptes (Bougie, route de Bougie à Djidjelli,
+voisinage de Philippeville et de Bône). Le pèlerinage de touristes le
+plus fréquenté de la région, la ville même de Constantine, la ville
+aérienne où « ce sont les hommes qui fientent sur les corbeaux », est un
+bout de plateau découpé par le Rummel ; et ces fameuses gorges du
+Rummel, si souvent reproduites, sont un chapelet d’avens en train
+d’évoluer vers le cañon.
+
+On retrouve partout ces mêmes caractères : un massif dont le relief déjà
+usé a été rajeuni par une érosion active, conséquence d’un abaissement
+récent et considérable du niveau de base.
+
+Notez que cette puissante altitude massive a un lien évident avec la
+pluviosité, et par conséquent avec le manteau des forêts.
+
+Tout cela s’accorde exactement avec la donnée essentielle du problème.
+Le Tell oriental est un vieux compartiment de l’Atlas algérien
+anciennement exondé, et surhaussé.
+
+Le Tell occidental est assez exactement l’inverse.
+
+_Tell occidental._ — On sait déjà, et on vérifiera d’un coup d’œil jeté
+sur les plus récentes des cartes paléogéographiques, que le Tell
+occidental est la seule partie de l’Algérie, où toutes les mers du
+tertiaire supérieur, depuis le cartennien jusqu’au pliocène inclus,
+aient séjourné sur de grandes étendues (fig. 10 et 11).
+
+Des dépôts tertiaires continentaux comme ceux du Tell oriental, se
+retrouvent aussi dans le Tell occidental, mais à titre de traces
+théoriquement intéressantes[152]. Ce qu’on a presque partout sous les
+pieds, sur des superficies immenses, c’est tout au contraire des dépôts
+marins de ces mêmes étages tertiaires qui ne sont représentés à l’est
+que par des dépôts continentaux.
+
+Et par exemple au même étage miocène supérieur les géologues ont donné
+le nom de pontien lorsqu’il est représenté par des dépôts continentaux,
+et de sahélien lorsque les dépôts sont marins. Le nom de pontien vient
+des plaines avoisinant la mer Noire (Pont-Euxin) ; celui de sahélien
+vient des Sahels d’Alger et d’Oran.
+
+Tandis que l’Algérie occidentale est sahélienne, l’orientale est
+pontienne.
+
+On entend bien ce que cela implique. L’exondation de l’Algérie
+occidentale hors des mers sahélienne, cartennienne, helvétienne, et
+pliocène s’est accompagnée de plissements contemporains des plissements
+alpins. Peut-être faudrait-il les qualifier de post-alpins ? Nous voilà
+loin de l’Algérie orientale avec ses plis pyrénéens.
+
+On entend bien qu’en Algérie orientale des plis d’âge pyrénéen sont bien
+loin d’être inconnus. L’Ouarsenis ressort déjà très nettement en
+presqu’île sur la carte du bras de mer suessonien (fig. 8). Le bras de
+mer cartennien apparaît semé d’îles qui correspondent à l’Ouarsenis, au
+Zaccar, aux Béni-Chougran (nord de Mascara), au Tessala (nord de Sidi-
+bel-Abbès), aux Traras (sud de Nemours) (fig. 10). Les noyaux anciens
+des Sahels d’Oran et d’Arzew émergent aussi de la mer cartenniene. Ces
+îles ou presqu’îles ont échappé à l’immersion pendant toute la durée du
+miocène et du pliocène.
+
+Elles n’ont pas été recouvertes par la mer Helvétienne (miocène moyen),
+qui est, en Algérie occidentale, transgressive ; la plus étendue de
+toutes les mers miocènes[153].
+
+Dans les noyaux anciens des Sahels oranais des schistes avec traces
+charbonneuses ont été identifiés par M. Dalloni avec le houiller du
+Djurdjura et de la chaîne numidique, et il se présente ici comme là dans
+les mêmes relations avec les calcaires liasiques[154]. Que les Pyrénées
+du Tell oriental se retrouvent dans l’occidental ce n’est certes pas
+niable ; seulement elles n’y sont plus représentées aujourd’hui que par
+des fragments discontinus, enchâssés dans des plissements alpins. Tout
+le reste de l’édifice pyrénéen s’est abîmé au fond de la mer miocène et
+pliocène, mer profonde, géosynclinal instable. Il y a été remanié,
+refondu, réédifié à neuf.
+
+On ne doute pas d’autre part que le Tell tout entier, l’oriental aussi
+bien que l’occidental, n’ait subi intégralement, avec une égale
+intensité, la violente poussée d’âge alpin. Mais si mal connus que
+soient, dans les profondeurs de l’écorce terrestre, les effets des
+poussées orogéniques, il est bien clair que les effets ne peuvent pas
+être les mêmes sur une masse continentale et sur le fond d’une mer
+profonde.
+
+En somme, ces deux compartiments du Tell ont eu depuis le miocène une
+histoire géologique différente ; ce grand fait, tout à fait certain,
+suffit à rendre un compte général de leur originalité.
+
+Il reste à montrer dans le détail en quoi elle consiste.
+
+
+[Note 151 : No 115, p. 330.]
+
+[Note 152 : No 31.]
+
+[Note 153 : No 30.]
+
+[Note 154 : Nos 31 A et 31 B.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE II
+
+ LA MITIDJA
+
+
+Un coup d’œil sur la carte montre que l’Atlas tellien occidental est
+articulé par le chapelet des plaines sublittorales, Mitidja, Chéliff,
+plaines oranaises. Ce trait si particulier est la caractéristique
+essentielle.
+
+Pour en rendre compte on analysera d’abord la Mitidja. C’est qu’elle est
+aux portes d’Alger, elle a été beaucoup mieux étudiée, il est plus aisé
+de la voir nettement (fig. 32).
+
+Il faut rappeler que c’est une plaine d’alluvions récentes et
+quaternaires, séparée de la mer toute voisine par une ligne de collines,
+qu’on appelle le Sahel. La Mitidja est encadrée entre le Sahel d’Alger
+et l’Atlas de Blidah.
+
+Concernant leurs relations mutuelles un certain nombre de faits très
+curieux sont parfaitement établis.
+
+Et d’abord ces alluvions quaternaires de la Mitidja, des sondages
+dirigés par l’ingénieur Ville, alors directeur de la carte géologique,
+en ont établi la puissance qui est d’environ 200 mètres[155].
+
+Elle est certainement étonnante. Le creux de la Mitidja masqué, remblayé
+sur une épaisseur pareille par les alluvions, est donc bien plus
+important qu’on ne l’aurait supposé. Cela rend plus surprenant un autre
+fait authentiquement établi.
+
+En maint endroit du Sahel les géologues ont relevé l’existence
+d’alluvions anciennes, très caillouteuses, dont les éléments, les
+graviers, sont venus de l’Atlas. Ces cailloutis juchés sur le dos du
+Sahel, sont aujourd’hui séparés de l’Atlas, leur lieu d’origine, par le
+large fossé de la Mitidja, au sujet duquel il faut donc conclure qu’il
+s’est creusé récemment, postérieurement au dépôt du cailloutis. Or ce
+cailloutis est parfaitement daté. La carte géologique lui affecte
+l’indice P1 _a_, et le classe dans le pliocène supérieur[156].
+
+Le général de Lamothe pense que le « transport en a commencé très
+probablement avec la fin du pliocène ancien[157] ».
+
+[Illustration : FIG. 32. — LE SAHEL ET LA BAIE D’ALGER.
+
+(Carton découpé dans le 200000e du _Service géographique_.)
+
+La figure doit servir d’illustration à deux chapitres du livre V, les
+chapitres II et VI.
+
+Sahel d’Alger (chap. II). — Le Sahel d’Alger, sur de grandes étendues
+est couvert d’un cailloutis que les géologues ont appelé formation
+d’Ouled-Fayet, parce qu’elle est mieux représentée qu’ailleurs au
+village de ce nom. Cette formation est composée de cailloux roulés
+empruntés aux roches de l’Atlas, et elle repose sur le pliocène marin. —
+Aujourd’hui le Sahel est séparé de l’Atlas par le fossé large et profond
+de la Mitidja. — A une époque aussi rapprochée de nous que la fin du
+pliocène il faut admettre que la Mitidja n’existait pas, puisque les
+torrents de l’Atlas roulaient leurs galets jusqu’à Ouled-Fayet. Le cours
+inférieur de l’oued Mazafran, encaissé de 200 mètres dans les gorges de
+Koléa porte le même témoignage. Cette vallée antécédente n’a pu être
+dessinée qu’à une époque antérieure à l’existence de la Mitidja.
+
+Baie d’Alger (chap. VI). — Baie en faucille du type courant sur toute la
+côte. Le cap Matifou, le Bouzaréa, le pointe extrême de Sidi-Ferruch
+sont trois pointements de schistes cristallins (lambeaux de la
+Tyrrhénide) ? Le dessin actuel de la côte est apparenté aux courbes
+bathymétriques par sa simplicité. Quoiqu’il y ait des dépôts
+d’atterrissements dans les coins abrités (dunes de Fort-de-l’eau,
+tombolo de Sidi-Ferruch), l’allure des courbes bathymétriques entre les
+cornes du croissant atteste la morsure progressive de la mer.]
+
+Ces cailloutis, ruisselés de l’Atlas, sont abondants surtout au-dessus
+de la trappe de Staouéli, auprès des villages d’Ouled-Fayet et de Saint-
+Ferdinand (fig. 32). Ils y constituent une nappe alluvionnaire
+importante presque d’un seul tenant. On peut imaginer que là se trouvait
+l’embouchure dans la mer d’un oued pliocène, l’oued de Saint-Ferdinand
+si l’on veut, qui descendait de l’Atlas par une pente alors continue.
+Cette pente a été détruite par des mouvements orogéniques, ayant
+effondré la Mitidja. Et ces bouleversements sont donc survenus à la fin
+du pliocène, voire au début du quaternaire.
+
+Ce sont là des données dont nous sommes redevables aux géologues. Voici
+dans le même ordre d’idées un fait géographique, un détail de modelé,
+sur lequel l’attention n’a pas été attirée.
+
+_L’oued Mazafran._ — La Mitidja (fig. 32) qui est une cuvette synclinale
+allongée entre l’Atlas et le Sahel, n’est pas drainée dans le sens de sa
+longueur. Les points les plus bas de la plaine sont au nord au pied du
+Sahel. Il serait naturel que cette dépression fût suivie d’un bout à
+l’autre par une rivière maîtresse. Il n’en est rien, la dépression au
+pied du Sahel est justement la partie de la plaine qui est la plus mal
+drainée. On y trouve un chapelet de marécages, qui ne sont pas reliés
+entre eux. Le grand pli, constitué par le groupe Atlas-Mitidja-Sahel,
+est coupé transversalement par des vallées indépendantes les unes des
+autres, celles des oueds Chiffa, Harrach, Hamiz. Ces oueds jaillissent
+de l’Atlas, et, la Mitidja franchie, il percent, pour arriver à la mer
+l’obstacle du Sahel, sans hésitation, presque sans infléchissement,
+dédaigneux de la voie naturelle et facile que leur offrirait la
+dépression marécageuse.
+
+Le plus surprenant de ces trois oueds est la Chiffa, qui porte en
+arrivant à la mer le nom de Mazafran.
+
+Les collines du Sahel au point où le Mazafran les franchit, à côté de
+Koléa, sont un obstacle très sérieux. La rivière a dû s’y creuser des
+gorges à pic où elle s’est encaissée d’environ 200 mètres ; et ces
+gorges, _nota bene_, dessinent des méandres (fig. 32).
+
+Les rivières de ce type, qui semblent avoir préféré une rude tâche
+perforatrice à travers le roc à un chemin facile et tout ouvert, on les
+a parfois appelées héroïques. Dans les traités de géographie physique
+elles sont classées plus précisément sous la dénomination de rivières
+« antécédentes », car elles sont fréquentes, étudiées et connues[158].
+Elles avaient dessiné leur tracé, méandres compris, à une époque où
+l’obstacle montagneux n’avait pas encore surgi. Elles ont pu conserver
+leur orientation et leur direction à travers la région soulevée.
+
+Les méandres encaissés du Mazafran nous reportent donc à une époque où
+la Mitidja ne s’était pas encore creusée entre le Sahel et l’Atlas.
+
+Or le Sahel de Koléa c’est du pliocène marin ; c’est dans des grès
+pliocènes, bien datés par leurs fossiles, que les gorges du Mazafran
+sont creusées.
+
+Le modelé des vallées, comme les données géologiques, tout porte donc le
+même témoignage : à une époque aussi rapprochée de nous que le pliocène
+supérieur et le quaternaire des mouvements orogéniques importants ont
+donné naissance à la Mitidja et au Sahel d’Alger.
+
+Les formes actuelles du terrain sont d’une jeunesse extrême, elles sont
+d’hier, on pourrait presque dire d’aujourd’hui.
+
+
+[Note 155 : No 122.]
+
+[Note 156 : No 7, feuille Alger _bis_. P1 _a_, dépôt caillouteux des
+Ouled-Fayet.]
+
+[Note 157 : Nos 79 et 80.]
+
+[Note 158 : Par exemple, no 82, p. 564.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE III
+
+ LES PLAINES ORANAISES
+
+
+Si nous jetons maintenant un coup d’œil sur les plaines oranaises, à
+l’extrémité opposée du chapelet des plaines sublittorales, nous y
+observerons un groupe de faits précis qui conduisent à des conclusions
+identiques (fig. 29).
+
+C’est là, en particulier dans la plaine de la Macta, que les mers
+miocène et pliocène atteignaient leur maximum de largeur et de
+profondeur. Et c’est là que les plis alpins ou post-alpins ont atteint
+leur maximum de puissance.
+
+Voici un détail qui le fait ressortir.
+
+Cherb-er-Riah (le mont Ventoux, littéralement la lèvre du vent), c’est
+le nom que porte le point culminant de l’Atlas au-dessus de Mascara, par
+910 mètres d’altitude ; or Cherb-er-Riah est constitué par du pliocène
+marin. Nulle part ailleurs en Algérie on ne le trouve à de pareilles
+altitudes et à une telle distance de la côte, 50 kilomètres à vol
+d’oiseau. Auprès d’Alger, par exemple, où ce même pliocène marin tient
+une place importante, les lambeaux les plus éloignés, auprès de Rivet,
+sont à une douzaine de kilomètres du rivage, et les plus élevés, dans le
+Sahel, ne dépassent guère la cote 250. Sur la limite de la plaine
+oranaise et de l’Atlas, entre Perrégaux et Saint-Denis-du-Sig, c’est-à-
+dire au cœur même de la région qui nous intéresse, non seulement le
+pliocène ancien marin, mais même le pliocène récent continental se
+présentent redressés verticalement[159]. En somme, dans ce coin de
+l’Algérie, depuis la fin du pliocène, une dénivellation d’un millier de
+mètres, et la surrection du fond de la Méditerranée d’une coulisse de
+l’Atlas sont des phénomènes parfaitement et anciennement établis du
+consensus universel des géologues. Les phénomènes observés sont les
+mêmes que dans la Mitidja, ils sont affectés simplement d’un coefficient
+plus élevé, parce que nous sommes ici dans la partie la plus large, la
+plus profonde et la plus instable du même géosynclinal occidental
+néogène.
+
+Voilà qui pourrait déjà suffire, sans qu’il soit nécessaire d’ajouter
+quoi que ce soit. Mais il faut montrer comment cette jeunesse de la
+plaine a sa répercussion sur son hydrographie et son modelé.
+
+_Hydrographie de la plaine._ — Qu’on jette un coup d’œil sur la carte
+des plaines sublittorales à l’ouest du Chéliff. Elle est très curieuse
+par l’inexistence du drainage (fig. 29).
+
+Les deux seuls grands oueds que l’Atlas déverse dans la plaine sont le
+Sig et l’Habra (dont la réunion constitue la Macta).
+
+L’un sort des montagnes à Saint-Denis, l’autre à Perrégaux ; à partir de
+là, dès qu’ils s’engagent dans la plaine ils n’ont plus de lit, ils se
+perdent et s’étalent dans une zone d’épandage. On les voit se prolonger
+sur la carte par des « endiguements » rectilignes, dont l’allure
+géométrique et le nom montrent l’origine humaine et artificielle. Cette
+zone d’épandage, commune au Sig et à l’Habra, dans sa partie la plus
+creuse, s’appelle marais de la Macta. C’est au delà seulement, vers le
+pont de la Macta, à 1500 mètres de la mer, qu’un lit fluvial
+s’individualise de nouveau à travers l’obstacle des dunes côtières.
+
+La rupture du barrage des Cheurfa, en 1885, a suffi pour substituer aux
+anciens endiguements un lit nouveau tout à fait aberrant, qui a donc
+exactement vingt-cinq ans d’existence[160].
+
+La totalité des plaines oranaises est à ce régime-là.
+
+Depuis l’embouchure du Chéliff jusqu’à celle du Rio Salado, qui coule à
+l’extrémité occidentale des plaines et qui leur est déjà étranger, sur
+une distance totale d’environ 150 kilomètres, il en est partout de même.
+Aucune rivière n’arrive à traverser la plaine dans un lit nettement
+individualisé.
+
+Toutes, le Tlélat par exemple, l’oued el-Tine, finissent dans des zones
+d’épandage.
+
+Entre les marais de l’oued el-Tine, qui est à l’est de Relizane, et la
+sebkha d’Oran, qui est à l’ouest de la ville, on rencontre
+d’innombrables cuvettes sans écoulement, où l’eau s’étale en hiver, et
+disparaît en été plus ou moins complètement. On les appelle _sebkhas_
+lorsque l’eau est salée, _dayas_ lorsqu’elle est douce (Dayat Oum-
+Rebiaz, où se jette le Tlélat ; Dayat-Morselli, aux portes d’Oran[161].
+Les dimensions varient extrêmement, depuis des mares anonymes et
+insignifiantes, jusqu’à la sebkha d’Oran, qui a 40 kilomètres le long de
+son grand axe. Les modalités varient aussi. Entre les types nettement
+tranchés il y a des nuances de transition : marais, marigots qui font
+anévrisme le long d’un oued (l’oued el-Tine, par exemple) ; étendues non
+délimitées, sur lesquelles le cartographe écrit des mentions vagues,
+dans le genre de celle-ci : « partie inondée en hiver ; terrains
+impraticables après les pluies[162] ».
+
+On retrouve bien dans les autres plaines sublittorales une tendance à
+semblable régime hydrographique. La vallée du Chéliff a la sebkha de
+Bou-Zian, celle de Clinchant. La Mitidja, son chapelet de marais, parmi
+lesquels le lac Halloula, voisin du tombeau de la Chrétienne, a une
+sorte de célébrité littéraire[163]. Mais après tout dans la vallée du
+Chéliff et la Mitidja le drainage naturel est à peu près organisé. Il
+n’est même pas ébauché dans toute l’étendue de ces grandes plaines
+oranaises. Et je crois bien que cela leur fait une originalité.
+
+Sur cette originalité l’attention, que je sache, n’a jamais été
+attirée[164]. Il me semble qu’on voit assez bien pourquoi. Le régime des
+bassins fermés n’a rien d’extraordinaire en Algérie, il est normal sur
+les Hauts Plateaux. Pour dénommer les cuvettes sans écoulement de
+l’Oranie, les indigènes n’ont eu qu’à emprunter les mots familiers de
+Sebkha et de Daya à l’onomastique des steppes. L’Oranie, il est vrai, ne
+fait pas partie de la steppe ; elle est bien certainement englobée dans
+le Tell agricole. Pourtant elle en est la partie la plus sèche. Les
+moyennes annuelles de pluies ne laissent pas de doute là-dessus, non
+plus que l’aspect du pays : sur le plateau de Mostaganem il existe de
+véritables petites dunes continentales : des plantes steppiennes comme
+l’halfa descendent ici jusqu’au voisinage de la mer. L’existence de
+sebkhas et de dayas a donc pu paraître un autre stigmate désertique, ne
+réclamant point d’explication particulière.
+
+Si pourtant on ne veut pas se contenter d’apparences, et s’arrêter à une
+impression superficielle, il faut pousser plus loin l’analyse.
+
+Au désert la Sebkha d’origine climatique est le point le plus bas d’un
+bassin fermé, où l’eau à bout de course, ne peut disparaître que par
+évaporation, en déposant ses résidus chimiques. Les dayas sont d’eau
+douce, parce que, à défaut d’effluents visibles, elles en ont de
+cachés ; elles sont un anévrisme superficiel de la circulation
+souterraine. Au rebours des sebkhas, elles ne sont nullement pour les
+eaux un point d’aboutissement, mais un lieu de passage. Apparemment il
+n’y a pas dans le Tell oranais une seule sebkha véritable, d’origine
+climatique ; ces multiples lacs salés, alternant avec des lacs d’eau
+douce, dans la même grande plaine d’alluvions, ne peuvent pas être,
+chacun pour son compte, autant de petits bassins fermés ; tout cela doit
+être relié souterrainement par des nappes qui ont leur écoulement.
+
+Nous sommes dans un pays où il arrive à l’eau courante aussi d’être
+salée : (Rio Salado, ce qui est la traduction espagnole de l’arabe oued
+el-Melah, si fréquent dans toute l’Algérie). Dans le Tell, la salure des
+eaux est en relation notoire avec les affleurements triasiques. Les
+géologues admettent que, dans la plaine oranaise, les sebkhas décèlent
+en surface la présence de pointements triasiques à une profondeur plus
+ou moins faible.
+
+Le trias algérien, abondant en sel, en gypse, en substances solubles,
+est souvent caverneux, d’une richesse extraordinaire en avens, un
+terrain de choix pour la circulation souterraine. Sur les cartes
+détaillées au 50000e de la région oranaise, on voit, en effet, des
+cuvettes brusques et profondes, qui ont tout à fait l’allure d’avens
+obstrués : sur la feuille 153 (Oran), par exemple, au nord-est d’Arcole,
+un trou brusque, vaguement circulaire, à bords déchiquetés, de 1
+kilomètre de diamètre, profond de 50 mètres, et au fond duquel, sur des
+alluvions, se trouve installée une ferme. Sur la même carte aux portes
+d’Oran, la dayat Morselli, ou « petit lac », paraît bien avoir le même
+caractère ; elle est encaissée au fond d’un trou bien net.
+
+Dans toute la région on peut admettre que la présence d’un sous-sol
+triasique, soluble, caverneux et instable, a pour conséquence, non
+seulement la salure des eaux, mais encore l’allure générale de
+l’hydrographie superficielle. Malgré la différence des terrains il y
+aurait quelque analogie entre cette hydrographie et celle dont le karst
+illyrien a fourni le type classique.
+
+Cette explication est celle des géologues, encore bien qu’aucun d’eux,
+je crois, ne l’ait formulée nulle part ; mais elle se devine aisément à
+la lecture de leurs cartes, et ils la développent volontiers en
+conversation. En tout état de cause, elle conservera sa valeur, au moins
+partiellement ; mais elle me paraît insuffisante.
+
+Les plaines oranaises sont, par l’intermédiaire de la plaine du Chéliff
+un prolongement de la Mitidja, c’est le même ensemble des plaines
+sublittorales de l’Algérie occidentale. Nous savons par les géologues
+qu’il est édifié tout entier sur le même plan. Entre la Mitidja et les
+plaines oranaises la différence est dans le degré d’intensité, mais
+l’âge du plissement est le même, étonnamment récent. Qu’à une surrection
+toute récente hors des eaux de la mer corresponde une hydrographie
+indécise, et que cette indécision soit plus marquée justement là où le
+bloc exondé est de superficie plus importante, quoi de plus naturel.
+L’hydrographie est inachevée parce qu’elle est jeune, les rivières n’ont
+pas eu le temps de s’individualiser.
+
+Ces plaines oranaises, parsemées de sebkhas et de dayas, s’expliquent
+par une convergence de causes diverses. Comme tous les phénomènes
+naturels celui-ci est complexe. Il ne faut assurément pas oublier la
+sécheresse du climat. Il faut faire la part du trias qui a favorisé la
+circulation souterraine des eaux. Mais une part importante dans
+l’explication du phénomène, et probablement la part la plus
+considérable, revient à l’extrême jeunesse du régime fluvial. En
+d’autres pays, comme la Finlande ou le Canada, cette extrême jeunesse a
+les mêmes conséquences qu’en Oranie ; engorgement du réseau, écoulement
+difficile des eaux stagnantes, chapelets et archipels d’étangs et de
+lacs. Tout cela _mutatis mutandis_, bien entendu, et pourvu qu’on ne
+perde pas de vue les énormes différences de climat et de sol.
+
+
+[Note 159 : La carte géologique au 800000e serait déjà une référence
+suffisante. On a beaucoup utilisé les renseignements oraux de M.
+Ficheur. Voir no 47, p. 364.]
+
+[Note 160 : No 6, feuille Saint-Louis (154).]
+
+[Note 161 : Voir le sens de ces mots dans no 50, p. 11, pl. V.]
+
+[Note 162 : Par exemple : No 6, feuille Debrousseville (155).]
+
+[Note 163 : No 43, p. 250.]
+
+[Note 164 : Voir cependant 32 _bis_, p. 223-231, de Martonne.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IV
+
+ LE SIG ET L’HABRA - L’ISSER ET L’OUED SAHEL
+
+
+On espère avoir fait ressortir déjà, dans les grandes lignes, et à
+propos de cas concrets, le contraste extrêmement marqué entre le Tell
+oriental et le Tell occidental des plaines sublittorales. On obtient une
+notation graphique de ce contraste en analysant les cours des principaux
+oueds et en dessinant les courbes de leurs lits.
+
+Dans l’Algérie occidentale on prendra pour types le Sig et l’Habra. On
+les étudiera non plus seulement dans leur embouchure commune en plaine
+oranaise, mais dans l’ensemble de leur cours depuis les sources.
+
+_Sig et Habra._ — Cette incertitude du lit, qui est si marquée en
+plaine, on la décèle aussi dans la montagne à l’examen attentif de la
+carte. Elle apparaît, par exemple, dans le cas déterminé que voici. En
+aval des Trembles, le lit actuel du Sig est beaucoup plus récent qu’en
+amont ; on voit très bien l’ancien lit par Oued-Imbert et Saint-Lucien
+(fig. 29) ; le chemin de fer l’utilise ; l’oued Imbert et l’oued Tlélat
+y coulent aujourd’hui dos à dos. Il y a eu là un phénomène de capture,
+signalé depuis longtemps par les géologues[165]. Avant cette capture il
+est difficile de dire où les eaux du Sig allaient rejoindre la mer : il
+se peut qu’elles aient rejoint dès cette époque les marais de la Macta.
+
+Mais il est très possible aussi qu’elles aient pris une direction
+différente, celle de l’oued Tlélat, vers les salines d’Arzew ou la
+sebkha d’Oran. Ainsi la seule inspection de la carte fait déjà ressortir
+que le lit du Sig à travers l’Atlas a varié.
+
+Il faut y regarder de plus près. On a dressé des profils longitudinaux
+du Sig et de l’Habra sur les principes qui ont été exposés au livre I
+(fig. 33 et 34).
+
+Le Sig (oued Mekerra, source en amont de Ras-el-Ma) et l’Habra (oued
+Aounet, oued Menoulane, source vers Daya-Bossuet) sont des oueds
+jumeaux ; et, d’un coup d’œil sur leurs profils, on voit bien l’air de
+famille. Les signes de jeunesse frappent immédiatement.
+
+[Illustration : FIG. 33. — LE SIG.
+
+_Explication des figures 33 à 37_ :
+
+Profils longitudinaux du Sig et de l’Habra (Tell occidental), du Sahel
+et de l’Isser (Tell oriental). — Les premiers ont tous les caractères de
+la jeunesse, et les seconds de la maturité. — C’est en parfait accord
+avec les données géologiques. Le Tell occidental est une chaîne beaucoup
+plus jeune (Alpine ?) que le Tell Oriental (Pyrénéen).]
+
+Dans le profil de l’Habra (fig. 34) la pente est la même (5 p. 1000)
+entre les cotes 50 et 100 (région de Perrégaux) et entre les cotes
+1050-1100 (région de Bossuet). Si l’on fait abstraction des marais de la
+Macta, la section du profil où la pente est le moins accusée (2,5 p.
+1000) se trouve en amont de Hammam Hanéfia, entre la cote 200 et 250, au
+pied de Mascara, à l’extrémité occidentale de la plaine d’Egris. C’est
+le seul point du profil, où il y ait un palier de quelque étendue. De ce
+palier, l’oued tombe dans la plaine côtière avec des pentes
+progressivement accélérées d’amont en aval. L’érosion régressive n’a pas
+eu le temps de faire son œuvre, et le profil, dans son ensemble,
+commence à peine à accuser une légère concavité. De la source à
+l’embouchure, il n’y a pas trois sections de suite où les pentes
+décroissent régulièrement ; c’est un pêle-mêle de chiffres quelconques ;
+le profil est tout entier en crémaillère.
+
+[Illustration : FIG. 34. — L’HABRA.
+
+(Voir explication des figures 33 à 37.)]
+
+Toutes ces observations s’appliquent au Sig (fig. 33). Lui aussi a des
+pentes analogues au voisinage de la source et de l’embouchure. Dans la
+région de Saint-Denis-du-Sig, la pente est même plus forte que dans
+celle de Magenta. Entre les cotes 50 et 100 elle est de 6,2 p. 1000 ;
+entre les cotes 1000 et 1050 de 4,1. C’est au centre seulement dans la
+plaine de Sidi-bel-Abbès, que le profil tend à se creuser et à se
+régulariser ; encore que la pente la plus douce y soit de 3,1. Au-dessus
+et au-dessous le profil est nettement convexe. Dans son ensemble il est
+encore plus loin de l’équilibre que celui de l’Habra.
+
+Ce sont donc, de toute évidence, des rivières très jeunes, qui ont à
+peine commencé leur travail d’érosion.
+
+_Oued Sahel et oued Isser._ — On le fera mieux ressortir encore, par
+contraste, en comparant les profils du Sig et de l’Habra avec ceux de
+deux autres rivières, choisies comme typiques du Tell oriental ; ce sont
+l’oued Sahel et l’oued Isser. Ces deux rivières drainent la région des
+Biban, celle même que nous avons étudiée (fig. 35 et 36).
+
+Ce sont de petits fleuves (203 et 230 kilomètres), et ce ne sont guère
+autre chose que des torrents montagneux puisqu’ils prennent leurs
+sources respectivement à 1600 et à 1200 mètres.
+
+Or, malgré cela, ils ont des profils étonnamment réguliers.
+
+Par oued Sahel, il faut entendre oued Lekhal (source en amont
+d’Aumale) ; et par oued Isser l’oued Melah, source au Kef Massker, dans
+la région du Kef Lakhdar.
+
+Un coup d’œil sur la carte géologique montre que l’oued Sahel entre
+Bouïra et Bougie, traverse deux cuvettes quaternaires nettement
+distinctes, celle de Bouïra même, et celle qui commence en amont de
+Maillot. Ces deux sections du profil sont imparfaitement raccordées : la
+pente, qui, dans la cuvette de Bouïra, s’abaisse jusqu’à 3,5 p. 1000,
+s’accélère plus bas en amont de Maillot, jusqu’à 6,2, ce qui est à peu
+près du double. Mais c’est la plus forte irrégularité du profil tout
+entier.
+
+[Illustration : FIG. 35. — L’OUED SAHEL.
+
+(Voir explication des figures 33 à 37.)]
+
+C’est peut-être l’Isser dont le profil surprend davantage par sa
+régularité. L’oued Sahel en effet, sur la plus grande partie de son
+cours, coule dans une large vallée longitudinale entre la chaîne des
+Biban et celle du Djurdjura. Mais l’Isser aborde les obstacles de front
+transversalement. Entre la chaîne de Boghar et la mer, il franchit
+successivement toutes les chaînes du Tell à angle droit ou à peu près,
+sans tergiversation ; c’est le type du fleuve héroïque. Il débouche sur
+la côte par les célèbres gorges de Palestro, où il s’est encaissé de
+plus de 1000 mètres. Et c’est à travers les roches les plus dures qu’il
+s’est ouvert un chemin : gneiss et granit, roches éruptives, schistes
+cristallins et primaires, calcaires massifs de Palestro, quartzites de
+la chaîne des Bibans.
+
+L’embouchure de l’Isser est proche de la Mitidja ; or, dans cette
+région, un mouvement positif du rivage à une époque toute récente est
+parfaitement établi ; on l’a déjà dit. Les plages et les terrasses du
+bas Isser ont fait l’objet d’une étude approfondie, dont l’auteur, le
+général de Lamothe, conclut que la mer s’est abaissée de 200 mètres
+depuis le pliocène[166].
+
+Un déplacement aussi considérable et aussi récent du niveau de base
+était une raison de plus pour supposer que le profil de l’Isser dût être
+irrégulier.
+
+[Illustration : FIG. 36. — L’ISSER.]
+
+[Illustration : FIG. 37. — L’ISSER ET LE SIG.
+
+(Voir explication des figures 33 à 37.)]
+
+C’est le contraire qui est vrai. Au voisinage de Palestro on cherche
+vainement dans le profil un crochet en relation avec les gorges. On
+trouve simplement une section amont, où la pente est de 2,9 p. 1000,
+tandis que, en aval, elle s’accélère un peu jusqu’à 3,1. Cette
+différence est si faible qu’elle est peut-être inexistante ; elle
+pourrait bien être du même ordre que les chances d’erreur de la carte au
+50000e, base du profil. La seule irrégularité accentuée se trouve
+beaucoup plus en amont, auprès de la chaîne des Biban : entre deux
+paliers où la pente est seulement de 5 p. 1000, elle devient plus rapide
+et atteint 10. Je suppose que ce crochet est en relation avec une ligne
+de suture très importante entre deux compartiments tout à fait
+différents de l’écorce terrestre. Ici passe, on l’a dit, la limite entre
+le bloc pyrénéen des Biban et la chaîne alpine du Hodna (fig. 30). Les
+tremblements de terre de 1910 dans la région Aumale-Aïn-Bessem (qui ont
+jeté bas le village de Masqueray), pourraient être interprétés comme une
+preuve que la soudure n’est pas encore solide entre les deux
+compartiments. Ce sont là dans le profil de l’Isser des ruptures de
+pente rares et légères. A elles près, ce profil est très régulier. Il
+pourrait bien être dans toute l’Algérie le profil longitudinal d’oued
+qui se rapproche le plus de l’équilibre.
+
+_Comparaison._ — En tout cas le contraste est extraordinaire avec les
+oueds Habra et Sig. Il se trouve que le Sig et l’Isser ont à peu près la
+même longueur, à 6 kilomètres près ; et ils prennent leur source à la
+même altitude. On a profité de cette circonstance pour superposer les
+deux profils (fig. 37). L’écart des deux lignes est parlant.
+
+Il faut rappeler que les petits profils sont établis l’un et l’autre à
+la même échelle et d’après des conventions rigoureusement identiques.
+Aucune supercherie inconsciente n’est possible. On n’imagine pas qu’un
+écart comme celui auquel on aboutit puisse être fortuit ou dépourvu de
+signification.
+
+Ces contrastes si frappants entre les profils sont-ils susceptibles de
+plusieurs interprétations ?
+
+Pourrait-on, par exemple, avoir recours à une explication climatique.
+
+Le Tell oranais est moins pluvieux que le reste de l’Algérie littorale,
+c’est incontestable : d’après la carte de A. Thévenet, la hauteur
+annuelle dans le bassin du Sig et de l’Habra est de 500 millimètres
+contre 700 millimètres environ dans le bassin de l’Isser et du
+Sahel[167]. Faut-il admettre que cette différence rende compte du retard
+de l’érosion dans la première zone.
+
+Un élément essentiel serait le débit comparatif des quatre rivières.
+Malheureusement il est inconnu. Les deux publications d’ensemble du
+Gouvernement général sur l’hydraulique algérienne, pour les expositions
+de Paris en 1900 et de Marseille en 1906[168], sont muettes sur les
+questions de débit. Et je n’ai rien trouvé non plus d’utilisable dans
+les publications annuelles sur l’hydraulique agricole. Quand on
+s’adresse oralement aux services compétents tout ce qu’on apprend, c’est
+la cause de leur silence. Les oueds sont très irréguliers ; pour
+connaître leur débit moyen, il faudrait des jaugeages multiples, dignes
+de foi, répétés sur une série d’années ; à des époques de crues et de
+maigres d’ailleurs difficiles à déterminer. C’est précisément ce qui
+fait défaut.
+
+On sait pourtant que le Sig et l’Habra ne sont pas le moins du monde des
+oueds à sec. La Macta, qui est constituée par la réunion de leurs eaux,
+sinon de leurs lits, est considérée par E. Reclus comme un des trois
+grands fleuves algériens, avec le Chéliff et la Seybouse. D’après la
+notice de 1900 sur l’hydraulique agricole, on admet qu’il faut un débit
+de 1 litre à la seconde pour irriguer en moyenne 5 hectares. Or, d’après
+la notice de 1906, le barrage de l’Habra, à 11 kilomètres en amont de
+Perrégaux, irrigue 25000 hectares, ce qui supposerait 5000 litres.
+Surtout, à défaut de chiffres précis, on peut relever un certain nombre
+de faits incontestables, qui permettent d’asseoir une conviction. On a
+vu dans un autre chapitre que des fleuves de steppes sous un climat
+encore plus sec, ont un profil voisin de la normale. C’est le cas, par
+exemple, de l’oued Touil, moitié supérieure du Chéliff. Un voisin
+immédiat du Sig, la Tafna, sous ce même climat un peu sec de l’Oranie,
+accuse par son profil, comme on le verra ailleurs, une érosion déjà
+avancée ; et ceci me paraît trancher la question (quoique la carte des
+pluies de Thévenet accuse, dans la région de Tlemcen, une bande plus
+humide que le reste de l’Oranie).
+
+Il faudrait encore noter que le Sig et l’Habra, si on les compare au
+Sahel et surtout à l’Isser, ont eu pour creuser leur lit des facilités
+plus grandes ; dans la partie moyenne et inférieure de leur cours, qui
+est précisément celle où l’irrégularité du profil est le plus frappante,
+ces oueds coulent au milieu de terrains marneux sans consistance, et
+nous avons déjà dit quels obstacles au contraire l’Isser a dû surmonter.
+Cette grosse différence entre les résistances des terrains encaissants
+semblerait avoir dû contrebalancer, et au delà, l’écart assez faible
+entre les chutes annuelles des pluies.
+
+Nous sommes donc ramenés à une seule conclusion possible. Les
+particularités du sol et du climat n’expliquent pas le contraste des
+profils, il faut faire intervenir la notion de temps. Le Sig et l’Habra
+ont des profils très jeunes parce que ce sont des rivières très jeunes.
+Ces profils sont en parfaite concordance avec toute l’hydrographie, tout
+le modelé de l’Oranie. Il y a là un ensemble de caractères qu’on ne peut
+pas expliquer autrement qu’en les ramenant, comme cause initiale, à
+l’extrême jeunesse de la région.
+
+Le pays modelé par le Sahel et l’Isser est d’âge pyrénéen ; tandis que
+celui où le Sig et l’Habra ébauchent encore leur travail d’érosion est
+post-alpin. Il est intéressant de constater que l’étude du modelé, les
+procédés géographiques de recherche, rejoignent exactement les
+conclusions des géologues.
+
+Si on veut exprimer la même idée en termes peut-être plus clairs, disons
+qu’il y a deux compartiments du Tell dont l’un, resté exondé, a conservé
+une vieille face usée ; tandis que l’autre longtemps immergé s’est
+recréé au fond de la mer d’où il émerge à peine.
+
+L’indépendance de ces deux compartiments a un lien manifeste avec la
+grande dorsale Laghouat-Médéa, qui les sépare.
+
+
+[Note 165 : Reconnu déjà par A. Pomel d’après une communication orale de
+M. Ficheur.]
+
+[Note 166 : No 78.]
+
+[Note 167 : No 121, ch. IV, pl. XIV.]
+
+[Note 168 : Nos 61 A et 61 B.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE V
+
+ LA TAFNA
+
+
+_La carte bathymétrique._ — Si on admet l’idée que les accidents
+transversaux à la chaîne sont de grande importance pour la
+différenciation du Tell, il faut jeter un coup d’œil sur la carte
+bathymétrique de la Méditerranée occidentale, on y trouvera des
+indications intéressantes (fig. 39).
+
+On sait la brusquerie du contact entre l’Atlas et la fosse
+méditerranéenne. La ligne bathymétrique de 2000 mètres court parallèle à
+la côte à une distance d’une vingtaine ou d’une trentaine de kilomètres,
+avec une remarquable régularité. Les grands abîmes touchent la chaîne
+sans autre transition qu’un talus très raide où la pente est à peu près
+de 100 mètres par kilomètre.
+
+Dans la mesure où le fond de la mer nous est connu il faut conclure que
+la grande dorsale Laghouat-Médéa s’arrête à la côte. Rien dans la carte
+bathymétrique ne permet d’en soupçonner la continuation sous la mer.
+Aussi bien la Mitidja qui fait assurément partie de l’Algérie
+occidentale est au nord-est de Médéa. La croisée orthogonale que fait la
+ligne Chéliff-Mitidja avec l’arête Médéa-Miliana semble, si on peut
+dire, barrer le T. Tout se passe en tous cas comme si la grande dorsale
+finissait exactement là.
+
+En revanche, aux deux extrémités, occidentale et orientale, de la grande
+fosse marine, vers l’Espagne et vers la Sardaigne, deux grandes lignes
+nord-sud de hauts-fonds ont, je crois, un rapport évident avec la
+structure du Tell.
+
+_La Tafna._ — On connaît déjà le haut-fond entre l’embouchure de la
+Moulouya et la côte espagnole ; celui qui s’amorce d’un côté par le cap
+des Trois-Fourches et de l’autre par le cap de Gata, et qui est jalonné
+par l’île Alboran (fig. 1 et 29).
+
+Le long de la côte algérienne, il commence bien avant la Moulouya,
+immédiatement à l’ouest d’Oran. Il s’annonce par un socle continental
+étendu, qui porte les îles volcaniques déjà nommées Habibas, Rachgoun,
+Zaffarines (fig. 29).
+
+[Illustration : FIG. 38. — PROFIL LONGITUDINAL DE LA TAFNA.
+
+Ce qui fait son intérêt c’est qu’il a ses affinités non pas avec les
+profils du Sig et de l’Habra ses proches voisins, mais avec ceux du
+Sahel et de l’Isser.
+
+L’Algérie des plaines sublittorales (ce que nous avons appelé l’Algérie
+occidentale) finit au Rio Salado. Au delà c’est déjà autre chose — la
+région de la Tafna est un compartiment à part.]
+
+Au point précis où, d’après la carte bathymétrique, le talus abrupt
+commence à s’élargir en socle continental, c’est-à-dire au cap Figalo
+(d’ailleurs volcanique lui-même en face des Habibas), la côte change
+brusquement de caractère. Les plaines oranaises finissent exactement là,
+à l’embouchure du Rio Salado.
+
+Au delà vers l’ouest, le Tell algérien se continue et se termine par un
+petit compartiment distinct, avec des caractères originaux. C’est le
+bassin de la Tafna.
+
+On a dessiné le profil longitudinal de cet oued (fig. 38). Par sa
+concavité à peu près régulière il a bien plus d’analogies avec le Sahel
+et l’Isser qu’avec ses voisins immédiats le Sig et l’Habra.
+
+Les bras de mer cartennien et helvétien se sont assurément étendus
+jusque-là ; mais la plus grande partie de la région était exondée au
+sahélien et la totalité au pliocène (cartes paléogéographiques de
+Joleaud ; fig. 11).
+
+Dans le bassin de la Tafna, le rebord de la meseta sud oranaise est plus
+rapproché de la mer que nulle part ailleurs, à une quarantaine de
+kilomètres. La moitié de cet espace est occupé par le vieux et puissant
+massif des Traras (pyrénéen, sommet de 1136 mètres).
+
+La Tafna est presque le seul coin du Tell occidental où la carte
+géologique au 800000e porte une tache étendue d’oligocène continental.
+
+Tout cela suffirait à montrer par rapport à l’Oranie voisine,
+l’originalité de ce coin. Mais elle est accusée davantage encore par
+l’énorme accumulation des roches éruptives et volcaniques. L’étude de
+ces roches a fait le grand intérêt de la thèse de M. Gentil sur la
+Tafna[169]. Il y a signalé des appareils volcaniques encore
+reconnaissables, les seuls de l’Algérie (Tifarouïne, les Msirdas). On
+l’a déjà dit (fig. 29), on a mis cette richesse en roches volcaniques et
+l’existence du seuil sous-marin, en relation avec la grande faille
+Touat-Roussillon.
+
+Il eût été inutile d’y revenir, si ce n’était qu’on croit devoir attirer
+l’attention sur l’importance humaine de la Tafna qui est le pays de
+Tlemcen.
+
+_Tlemcen et Siga._ — Tlemcen s’élève au contact immédiat des derniers
+causses de la Meseta sud oranaise. Elle domine, elle voit s’étendre à
+ses pieds, dans un panorama splendide, une immense cuvette traversée par
+la Tafna.
+
+Aujourd’hui Tlemcen est la ville musulmane d’Algérie de beaucoup la plus
+urbaine ; tous les joyaux algériens de l’architecture mauresque sont là.
+C’est une survivance d’un très grand passé de grande capitale. Pendant
+la fin du moyen âge, les XIIe, XIIIe et XIVe siècles, Tlemcen a été
+quelque chose comme le foyer de culture de l’Algérie, la seule grande
+ville entre Tunis et Fez.
+
+Ces siècles de splendeur sont-ils un épisode isolé dans l’histoire de la
+Tafna. La ville romaine de Pomaria, le prédécesseur de Tlemcen, était
+certainement médiocre. Mais avant la domination romaine, au temps de
+Carthage, les historiens et les archéologues signalent une ville de
+Siga, située à l’embouchure de la Tafna. On nous la donne comme capitale
+de Syphax ; c’est là que des embassadeurs viennent voir le roi pendant
+les guerres puniques (Scipion l’Africain et Asdrubal d’après Tite-
+Live)[170]. Il s’agit de ce Syphax qu’on nous montre d’autre part voisin
+de Carthage en Numidie, et qui a donc régné sur toute l’Algérie. Il faut
+donc admettre qu’il y avait, dès ce temps-là, dans le bassin de la
+Tafna, malgré sa situation excentrique, une tendance à la création d’une
+capitale algérienne (fig. 29).
+
+A la belle époque de Tlemcen, il y avait à l’embouchure de la Tafna, à
+peu près sur l’emplacement de Siga, le port de Tlemcen, Archgoul[171],
+dont le nom s’est conservé dans celui d’un îlot voisin, Rachgoun.
+
+Sur le passage à travers le Tell de la grande faille Touat-Roussillon,
+l’alignement Tlemcen-Siga n’a-t-il pas de l’analogie avec l’alignement
+Achir-Médéa-Miliana-Alger sur le passage de la grande dorsale ?
+
+Dans la région de la Tafna s’affrontent des pays très divers. Steppes et
+Tell d’une part, et d’autre part, Algérie et Maroc. La croisée
+orthogonale des deux directions a ici des conséquences humaines de
+grande importance. Dans la direction nord-sud les influences
+steppiennes, voire sahariennes, ont un accès facile à la Méditerranée.
+Tlemcen, la ville des Zénètes arabisés, est une capitale de nomades. Et
+elle est à 40 kilomètres de son port. Elle voit presque la mer du haut
+de ses minarets. Dans l’autre sens, dans la direction nord-ouest, au
+chapelet des plaines sublittorales en Algérie, la trouée de Taza fait
+pendant au Maroc ; ouvrant jusqu’à l’Atlantique un grand chemin, qui a
+été suivi par les conquêtes et les migrations.
+
+Des conditions plus ou moins analogues se retrouvent au passage de tous
+les grands accidents transversaux à l’Atlas. Elles sont partout des
+suggestions de vie commerciale et politique, c’est-à-dire urbaine.
+
+
+[Note 169 : Louis Gentil : thèse, no 54.]
+
+[Note 170 : No 8, feuille 31, texte.]
+
+[Note 171 : No 33, p. 42, 116.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VI
+
+ LE HAUT-FOND DE BONE
+
+
+A l’autre bout de la cuvette marine, au bout oriental, un autre haut-
+fond fait pendant à celui de l’île Alboran. Il court nord-sud entre la
+Sardaigne et l’Algérie à peu près sous le méridien de Bône.
+
+Il est extrêmement accusé. Entre la Sardaigne et les Baléares (fig. 39)
+la fosse méditerranéenne atteint des profondeurs supérieures à 3000
+mètres. Le seuil sous-marin qui réunit la Sardaigne à l’Algérie n’a
+guère plus d’un millier de mètres dans sa partie centrale. Le pédoncule
+par lequel il se rattache à l’Afrique du Nord est un socle continental
+très étendu, où les profondeurs ne dépassent pas 500 mètres. Sur ce
+socle continental comme sur celui de la Tafna des îlots volcaniques se
+dressent jusqu’à l’émergence (les îlots de la Galite).
+
+Ce grand accident sous-marin a sa répercussion manifeste, et très
+importante, sur la côte de l’Afrique du Nord et sur l’Atlas tellien.
+
+_La côte algérienne._ — De part et d’autre de Bône la côte change de
+caractère ; on ne l’a jamais dit, mais c’est évident dès qu’on y
+regarde.
+
+Les particularités de la côte algérienne, en général, ont depuis
+longtemps attiré l’attention des géologues, des géographes, voire des
+historiens. _Littus importuosum_, dit déjà Salluste : une côte sans
+ports. C’est très vrai : la nature a si peu fait ici, en matière de
+rades que, dans un beau port artificiel comme Alger, fréquenté par tant
+de navires, bien vivant, en voie d’accroissement rapide, les ingénieurs
+n’ont jamais obtenu, et n’obtiendront sans doute jamais une tranquillité
+parfaite du plan d’eau. Il y a un peu de clapotis le long des quais dès
+que la mer est grosse.
+
+Les rades sont d’un type uniforme et qui en décrit une les décrit
+toutes. En forme de croissant ou de faucille ; la courbe est régulière,
+médiocrement creuse ; le port est invariablement à l’abri de la corne
+ouest, parce que les coups de vent redoutables viennent du Noroît (fig.
+32). Les rades d’Oran, d’Arzew, d’Alger, de Bougie, de Bône, sont toutes
+exactement de ce type. La similitude se poursuit jusque dans la
+structure. Les cornes saillantes du croissant sont de roche dure ; la
+courbe rentrante qui les réunit est taillée dans des argiles ou des
+roches tendres. Cela suggère l’idée que la baie a été creusée par
+l’abrasion de la mer, qui est habituellement dure, poussée par des vents
+de Noroît en hiver et de nord-est en été ; _mare saevum_, dit Salluste.
+L’allure des courbes bathymétriques entre 0 et 100, voire 200, est tout
+à fait en faveur de cette hypothèse. Elle accuse un petit socle, un
+replat très net, au sommet de talus sous-marin, exactement entre les
+cornes du croissant. Pour Théobald Fischer[172] et pour le général
+Lamothe[173], l’abrasion marine est en effet une explication suffisante
+du phénomène.
+
+[Illustration : FIG. 39. — CARTE BATHYMÉTRIQUE DE LA MÉDITERRANÉE
+OCCIDENTALE.
+
+Entre Oran et Bône la côte Algérienne descend en muraille à pic
+jusqu’aux grandes profondeurs au-dessous de 2000 mètres.
+
+Mais au delà d’Oran vers l’Ouest et de Bône vers l’Est les courbes se
+desserrent.
+
+Tout de suite au delà d’Oran (côte de la Tafna semée d’îlots
+volcaniques) le seuil d’Alboran fait sentir son influence. Et au delà de
+Bône (sur une côte où on trouve l’îlot volcanique de Galite), c’est le
+grand seuil de la Sardaigne, qui sépare les grands fonds méditerranéens
+des Tyrrhéniens.
+
+Le dessin des fonds dans la Méditerranée occidentale trahit aussi la
+croisée orthogonale des deux directions Nord-Sud et Est-Ouest.]
+
+Cependant Théobald Fischer observe que les baies en faucille sont le
+type courant non seulement en Afrique du Nord, mais encore sur les côtes
+voisines d’Espagne et surtout d’Italie (Palerme, Naples sont des baies
+en faucille) ; cela reviendrait à dire sur la cassure de la Tyrrhénide.
+Voilà qui suggérerait une explication orogénique, qui a pour elle
+l’autorité de Suess[174]. Les saillies de roches dures (la Bouzaréa et
+Matifou dans la baie d’Alger, Sorrente et Capri dans le golfe de
+Naples), constituent chacune « un horst très net, entre deux régions
+effondrées ».
+
+Entre les deux explications d’ailleurs il n’est pas nécessaire de
+choisir. Rien n’empêche de les retenir toutes les deux, elles ne se
+contredisent pas.
+
+Même réunies elles ne rendent pas un compte suffisant de la côte
+algérienne. Il reste à en indiquer une caractéristique essentielle.
+Grande cassure à peu près rectiligne de l’écorce terrestre, avec
+cassures conchoïdales entre des môles durs et saillants ; soumise par la
+direction des vents et des flots à une abrasion énergique ; la côte
+algérienne est bien tout cela, mais elle est aussi quelque chose
+d’autre.
+
+L’homme qui a fait de cette côte une étude approfondie est le général de
+Lamothe[175]. Il lui a consacré un gros livre, dans le détail duquel il
+ne saurait être question d’entrer, mais dont les conclusions, solidement
+établies, importent beaucoup. Toute une série de terrasses et de plages
+étagées attestent que la côte algérienne est en voie d’émersion. Il
+n’importe pas ici de savoir si c’est la terre qui surgit, ou si c’est la
+mer qui se retire, comme le général de Lamothe le soutient avec de
+solides arguments. Et d’autre part, on n’oublie pas qu’il y a eu des
+oscillations ; le plan d’eau a pu être, a certainement été parfois
+encore plus bas qu’aujourd’hui. Mais dans l’ensemble et en moyenne il y
+a mouvement négatif très accusé de la mer. L’émersion du continent
+dépasse 200 mètres depuis la fin du pliocène.
+
+Au reste il suffit de jeter un coup d’œil sur une carte au 50000e d’un
+secteur quelconque de la côte. Une des plus expressives est celle
+d’Alger. La comparaison de la courbe de niveau O (celle de la côte),
+avec les courbes + et − (subaériennes et sous-marines), est tout à fait
+parlante. Si on imagine le niveau de la mer montant de 100 ou 200
+mètres, on voit se dessiner des rias profonds, des îles, la côte devient
+une dentelle découpée, quelque chose comme la côte bretonne ou dalmate.
+Si au contraire on imagine la mer descendant de 100 ou 200 mètres la
+nouvelle côte ainsi obtenue a le rapport de dessin le plus étroit avec
+l’actuelle. En somme cette côte actuelle par son dessin s’apparente avec
+les courbes bathymétriques, elle contraste avec les courbes du relief
+subaérien. Ce petit fait bien simple est en harmonie avec les belles et
+multiples observations du général de Lamothe. Il les résume
+graphiquement.
+
+Cela tient en une phrase. La côte algérienne est par la simplicité de
+son dessin, comme par son histoire géologique, une antithèse parfaite de
+la côte bretonne. On n’y trouve pas un seul rias, une seule vallée
+envahie par la mer.
+
+Notez que c’est précisément ce caractère-là qui met en valeur les
+autres. Si cette côte a conservé bien reconnaissable, l’allure d’une
+cassure orogénique, simplement accentuée par l’abrasion, c’est parce que
+l’érosion sub-aérienne n’a pas brouillé le dessin primitif. C’est tout
+cela qu’il y a derrière le mot de Salluste, _littus importuosum_.
+
+Tout cela est très vrai de la côte algérienne. Mais est ce que ça l’est
+également de son extrémité orientale à partir de Bône. Il est évident
+que non, encore qu’on ne le dise jamais.
+
+_Côte bônoise et tunisienne._ — La seule présence d’un socle continental
+au large de la côte, au lieu d’un talus abrupt, est déjà une grande
+nouveauté. Ça ne peut pas manquer d’avoir un retentissement sur la vie
+des poissons (fig. 39) et par conséquent sur celle des pêcheurs, sur la
+vie humaine maritime. Ce retentissement n’a jamais été étudié. On croit
+entrevoir vaguement que vers les ports de la Calle et Tabarca des
+nouveautés apparaissent, le corail, l’éponge. On a entendu parler de
+corailleurs indigènes qui sont ou qui étaient des plongeurs
+remarquablement entraînés ; au moins dans la partie de la côte où la
+murène ne pullule pas, parce que la murène est une bête féroce. Mais
+tout cela est matière de conversation, on ne sait pas où la légende
+commence, on croit deviner qu’il y a là un petit sujet qui n’a jamais
+été traité.
+
+Le seul coin de ce rivage qui ait été sérieusement étudié est bien loin
+de Bône, c’est le sud de la Tunisie, la petite Syrte, Pomel y a signalé
+une formation continentale à coquilles actuelles qui est largement
+envahie par la mer ; puisqu’elle constitue le sol des îles Kerkenna (en
+face de Sfax[176]). Dans cette petite Syrte qui a des marées découvrant
+largement le fond, et qui nourrit une population de pêcheurs indigènes,
+ceux-ci connaissent l’existence de vallées sous-marines qu’ils appellent
+des oueds[177]. Un coup d’œil sur la carte suffit d’ailleurs pour
+montrer que cette côte orientale tunisienne est bien différente de
+l’Algérienne. Elle est semée de grandes îles, qui ne sont plus du tout
+volcaniques, mais qui sont des parties du continent, mal séparées de lui
+par des chenaux sans profondeur. Il suffit de citer avec les Kerkenna,
+la grande île de Djerba. Cette forme de côte où l’envahissement du
+continent par la mer est évident, comment et où se raccorde-t-elle avec
+la côte algérienne, où c’est exactement l’inverse qui est incontestable,
+c’est-à-dire le recul de la mer et l’émersion du continent.
+
+[Illustration : FIG. 40. — LA COTE DE BIZERTE ET DE TUNIS.
+
+Le golfe de Tunis n’est plus du tout une baie en faucille comme celle
+d’Alger. Cette côte qu’on pourrait presque appeler déchiquetée, a ses
+affinités plutôt avec notre côte Bretonne qu’avec la côte Algérienne.
+
+Quand on y regarde de plus près l’attention est attirée non seulement
+par la célèbre rade de Bizerte, mais par la situation d’Utique qui fut
+un port il y a moins de deux millénaires, au fond d’une indentation
+profonde, comblée depuis par la Medjerda, et dont il ne subsiste
+aujourd’hui que la lagune de Porto-Farina. La lagune à travers laquelle
+Tunis communique avec la mer semble aussi un golfe à demi comblé,
+derrière le banc de sable qui la barre. — C’est une côte de rias, dont
+les atterrissements par le travail combiné des oueds et de la mer ont
+beaucoup émoussé les indentations — peut-être peut-on dire une côte de
+rias sénescente.]
+
+Le cap Bon, avec sa saillie de 70 kilomètres, n’a pas d’analogues en
+Algérie, non plus que la grande baie de Tunis, avec ses fonds inférieurs
+à 100 mètres, avec ses îles Zembra (éocène supérieur), reliées à la côte
+par un pédoncule sous-marin que dessine la courbe de 50 mètres (fig.
+40).
+
+Au large de Bizerte la petite _île aux chiens_ (crétacé supérieur) est
+elle aussi reliée à la côte par un pédoncule sous-marin sur lequel les
+fonds sont moindres que 50 mètres.
+
+Qu’est-ce donc que Bizerte même ? ce qu’on ne trouve pas sur toute la
+côte algérienne, et c’est justement sa rareté qui fait son prix, une
+magnifique rade naturelle, parfaitement abritée, où les escadres
+tiennent à l’aise. On n’a jamais essayé, que je sache, d’en donner une
+définition géographique, et pourtant cette définition saute aux yeux,
+sans contestation possible, à la seule inspection du terrain, ou de la
+très belle carte au 50000e.
+
+Bizerte est un lac communiquant avec la mer par un goulot de 7
+kilomètres. Il ne faudrait pas s’imaginer une lagune à l’abri d’un banc
+de sable percé d’un chenal. Ce n’est pas ça du tout. La plaine où le lac
+de Bizerte s’étale est séparée de la mer, à la façon de la Mitidja, par
+une ligne de collines, ce qu’on appellerait à Alger un Sahel. Ces
+collines atteignent une altitude de 70 à 80 mètres (fig. 41).
+
+D’après la carte géologique au 800000e (la seule qui existe[178]), elles
+sont constituées par du miocène inférieur, et d’après le commentaire
+d’Aubert[179] cela signifie des marnes « avec grès grossiers et argiles
+comprenant en abondance l’O. Crassissima, l’O. Gingensis ».
+
+En tout cas, c’est de la roche, çà n’a rien à voir avec une ligne de
+dunes côtières. Le goulet est une ancienne vallée fluviale creusée jadis
+à travers les collines miocènes par l’érosion subaérienne, et
+aujourd’hui envahie par la mer. Dans ce cadre de la Mitidja, qui nous
+est déjà connu, si vous imaginez la mer montant de quelques dizaines de
+mètres le lac Halloula deviendra quelque chose de tout à fait analogue à
+la rade de Bizerte ; et les gorges du Mazafran un pendant rigoureusement
+exact du goulet (fig. 32).
+
+[Illustration : FIG. 41. — BIZERTE.
+
+Quoiqu’il y ait un mince cordon strictement côtier de sable, le goulet
+de Bizerte est taillé à travers un chaînon de l’Atlas, dans les vieilles
+roches. C’est une vallée envahie par la mer.
+
+L’oued Tindja est le seul affluent sérieux du lac de Bizerte. Il lui
+apporte des eaux clarifiées par leur passage à travers le lac Achkel, où
+les troubles se déposent.
+
+Telle est d’une part l’origine du lac de Bizerte, et d’autre part la
+raison pour laquelle il a conservé sa profondeur.]
+
+Une vallée fluviale envahie par la mer, c’est la définition de Bizerte ;
+pour qu’elle soit complète, il faut ajouter quelque chose. D’heureuses
+conditions géographiques protègent le lac de Bizerte, contre
+l’envasement. Son réseau fluvial est assez important, il draine toute
+l’extrémité de la chaîne côtière au nord de la Medjerda, depuis le
+méridien de Béja ; il y a là plusieurs oueds, qui ont chacun de 60 à 70
+kilomètres de long et qui descendent des montagnes en torrents
+méditerranéens, charriant des masses de graviers, de sables et de vases.
+Par une disposition extraordinairement heureuse aucun d’eux n’arrive au
+lac de Bizerte directement ; ils convergent tous vers un autre lac, la
+Garaet Achkhel, antichambre, pour ainsi dire, du lac de Bizerte. Garaet
+Achkhel cela semble signifier le lac noir : ce nom a-t-il un rapport
+avec la couleur des eaux qui s’y déversent, chargées de troubles ? on ne
+l’a jamais dit et il est bien possible que cette explication soit
+fantaisiste. En tout cas, il est évident que la Garaet Achkhel recueille
+la plus grande partie des alluvions entraînées par les oueds. Par un
+chenal de quelques kilomètres de pente à peu près nulle (qui s’appelle
+l’oued Tindja) les eaux vont déboucher ensuite dans le lac de Bizerte,
+clarifiées et inoffensives ; ainsi est-il advenu que ce lac a pu
+conserver à travers les siècles sur une très grande partie de son
+étendue, des fonds supérieurs à 10 mètres.
+
+Dans la même région, tout près, un exemple admirable illustre la
+puissance de colmatage des oueds tunisiens. Le port d’Utique, très
+exactement connu des historiens et des archéologues, est représenté
+aujourd’hui par des ruines qui sont à 15 kilomètres de la mer. Il est
+vrai que l’agent de colmatage est ici le plus grand fleuve de la
+Tunisie, la Medjerda. L’Atlas archéologique de la Tunisie, feuille VII,
+donne le tracé de l’ancien littoral. Il y a deux millénaires, le golfe
+d’Utique, aujourd’hui comblé, était une indentation profonde de la côte,
+une sorte de rias (fig. 40).
+
+Le port de Tunis est à 10 kilomètres du rivage, au fond d’une lagune
+sans profondeur, barrée du côté du large par une langue de sable. A
+travers la lagune il a été nécessaire, mais facile, de tracer un chenal
+qui donne accès aux plus gros paquebots jusqu’à la ville. Tout cet
+appareil a bien l’allure d’un rias lui aussi, d’un rias très envasé.
+
+Tels sont les détails de la côte tunisienne ; on ne trouve rien de
+pareil en Algérie, sauf cependant à l’est de Bône. Au voisinage du petit
+port de la Calle, entre Bône et la Tunisie, la côte a un caractère
+nettement tunisien.
+
+Cette région, qui est excentrique, assez mal accessible, est parmi les
+moins connues de l’Algérie. Il n’en existe pas encore de carte
+géologique détaillée. Pourtant nous avons la très bonne carte
+topographique au 50000e et j’ai eu l’occasion de voir le terrain.
+
+A côté de la Calle, à l’est et à l’ouest, deux lagunes s’étendent
+profondément à l’intérieur des terres, de 7 à 10 kilomètres. Ce sont le
+lac Tonga et le lac Melah ; chacun d’eux est relié à la mer par un
+goulet ; chacun d’eux a la forme d’un ovale allongé vers l’intérieur des
+terres. La côte en cet endroit n’est pas le moins du monde basse,
+marécageuse et lagunaire ; elle est tout le contraire, haute, rocheuse,
+abrupte. Les deux lacs sont des conques sculptées dans le roc, sculptées
+évidemment par l’érosion subaérienne ; des vallées fluviales envahies
+par la mer. Les lacs Melah et Tonga sont trop envasés pour être utilisés
+comme ports ; Melah, je crois, est affermé pour la pêche ; les mulets,
+remontant par le goulet, viennent s’y faire capturer en grandes bandes.
+Tonga ne serait plus guère qu’une plaine marécageuse. Mais enfin ce qui
+manque à tous les deux pour être Bizerte, ce n’est que la profondeur.
+Bien plus que Bizerte ils sont dominés immédiatement par les montagnes ;
+un réseau de torrents courts mais très rapides y aboutit directement ;
+ils sont bien moins outillés que Bizerte pour se défendre contre
+l’envasement. Mais enfin, essentiellement, ce sont des Bizerte.
+L’analogie de forme avec leur illustre voisine apparaît d’un coup d’œil
+sur la carte. L’étude du terrain confirme cette première impression et
+paraît bien établir l’analogie profonde des structures (fig. 42).
+
+[Illustration : FIG. 42. — LAC MELAH.
+
+Le lac Melah est un pendant du lac de Bizerte ; c’est une vallée envahie
+par la mer, mais qui a été moins bien protégée contre l’envasement. Il
+est entre la Calle et Bône. La côte de rias envasés va donc jusque vers
+Bône.
+
+Le fleuve qui a sculpté le lac Melah pourrait avoir été l’oued Kébir. Le
+lac est rellié à l’oued Kébir actuel par une vallée large, courte et
+rectiligne, barrée par une curieuse coulée de sable dont l’origine n’a
+jamais été étudiée (en noir sur la coupe de la figure).]
+
+Le type tunisien de côte se prolonge donc en Algérie jusqu’au delà de la
+Calle, c’est-à-dire approximativement jusqu’à Bône, jusqu’au point où le
+talus sous-marin commence à s’élargir en socle continental.
+
+Au delà vers l’ouest, sur toute l’étendue de la côte algérienne, on ne
+croit pas qu’il y ait un seul détail du modelé côtier qui puisse
+rappeler Bizerte, et suggérer l’idée d’une vallée envahie par la mer. Et
+on ne croit pas que cette lacune soit fortuite.
+
+On n’ignore pas que les belles études du général de Lamothe sur les
+côtes d’Algérie se sont étendues jusqu’à Bône. Leurs résultats viennent
+d’être confirmés en ce qui concerne la région de Bône et de la Calle par
+MM. Depéret et Joleaud[180]. Il semble établi qu’on retrouve jusqu’à la
+frontière tunisienne (et peut-être au delà sur toute la côte tunisienne)
+les mêmes lignes de rivages anciens et les mêmes terrasses d’abrasion
+que le général de Lamothe a étudiées plus à l’ouest ; on les retrouve
+aux mêmes niveaux[181]. A ce point de vue il n’y a aucune différence
+signalée à l’est et à l’ouest de Bône.
+
+La contradiction naturellement doit être apparente. Si comme on le
+croit, les deux ordres de faits sont aussi réels l’un que l’autre, il
+faudra bien qu’ils se concilient d’une façon quelconque. Il n’est pas
+difficile d’ailleurs d’en imaginer une.
+
+L’érosion qui a sculpté les rias envasés de la côte tunisienne est
+apparemment plus ancienne que les dépôts de plages, pliocène, par
+exemple ; il y a de bonnes raisons en effet de la croire vieille. Sur
+cette côte à l’est de Bône le colmatage a eu le temps d’effacer presque
+complètement les caractères des côtes à rias ; on ne les retrouve qu’à
+l’analyse du modelé. Dans la région même de la Calle la carte[182]
+suggère l’idée que l’érosion qui a sculpté le lac Melah est assez
+vieille pour n’avoir aucun rapport avec l’hydrographie actuelle. La
+rivière du pays de beaucoup la plus importante est l’oued Kébir. A voir
+la carte on peut admettre que cet oued, dans le passé, a creusé et suivi
+successivement deux vallées très divergentes, avant l’actuelle qui
+serait la troisième. Aujourd’hui, il coule d’est en ouest, parallèlement
+à la côte, dans la direction de Bône. Jadis il semble bien avoir coulé
+nord-sud et avoir abouti droit au Mélah, dont il serait donc
+responsable. Mais à un moment donné, il semble avoir suivi une direction
+intermédiaire nord-ouest. La carte montre dans cette direction un sillon
+jalonné par un long cordon de dunes (fig. 42).
+
+On ne fait qu’indiquer l’idée à titre hypothétique ; il y aurait peut-
+être là un petit sujet d’une étude qui reste à faire. Le fait auquel on
+tient et qu’on espère avoir établi est simplement celui-ci.
+
+La côte tunisienne a tous les caractères, imparfaitement effacés par le
+temps, d’une côte de rias. Le fait n’est pas seulement incontestable,
+croit-on. Mais encore il est implicitement très connu. Aucun autre port
+nord-africain n’a la célébrité de Bizerte, qui est une vallée envahie
+par la mer. La côte tunisienne, à ce point de vue, fait donc avec
+l’algérienne un contraste absolu : ce sont deux compartiments qui ont
+plus ou moins joué indépendamment l’un de l’autre.
+
+La limite entre les deux est au delà de la Calle vers Bône ; et que la
+limite soit justement en ce point on pouvait le prévoir à l’inspection
+de la carte bathymétrique.
+
+On le vérifie d’ailleurs en considérant l’intérieur du pays et la
+structure de l’Atlas.
+
+
+[Note 172 : No 40, p. 119.]
+
+[Note 173 : No 80.]
+
+[Note 174 : No 116, t. I, p. 289.]
+
+[Note 175 : No 80.]
+
+[Note 176 : No 86, p. 220 et no 85, p. 53.]
+
+[Note 177 : No 20.]
+
+[Note 178 : No 10.]
+
+[Note 179 : No 21, p. 59 et 60.]
+
+[Note 180 : No 73.]
+
+[Note 181 : Voir cependant Déperet et Joleaud, t. I, p. 5 « La faiblesse
+des altitudes des plages, etc. » No 73, p. 5.]
+
+[Note 182 : No 6, feuille Blandan (18).]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VII
+
+ LA PLAINE DE BONE
+
+
+_L’Edough et la croisée orthogonale._ — Le Tell des Kabylies prend fin à
+Bône exactement et brusquement, avec le massif ancien de l’Edough. On y
+retrouve tous les caractères des Kabylies au grand complet, les vieux
+schistes, les roches éruptives, les grès éocènes, tout cela couvert de
+forêts, pitonnant jusqu’à un millier de mètres, confus, massif, et
+descendant à la mer en falaises abruptes. Et c’est fini, on ne retrouve
+absolument plus rien d’analogue au delà dans l’est.
+
+Sous le méridien de Bône c’est d’ailleurs tout l’Atlas tellien qui
+finit, et qui est relayé par l’Atlas saharien. Cette substitution se
+fait à peu près vers Guelma-Duvivier ; là finit la chaîne numidique,
+dernière coulisse de ce que nous avons appelé sierra des Kabylies. Au
+delà vers l’est il y a une torsion brusque des plissements montagneux
+(fig. 43).
+
+La sierra des Kabylies, sur toute sa longueur, est orientée est-ouest
+vrai, depuis le Djurdjura, avec une remarquable constance. Au delà de la
+basse Seybouse, en aval de Duvivier, sur la rive droite, tous les
+chaînons courent dans une direction toute différente vers le nord-est.
+C’est la direction des chaînes de l’Aurès.
+
+L’existence d’une cassure transversale à l’Atlas est donc évidente.
+L’Edough se termine à l’est, entre Bône et le cap de Garde par une ligne
+remarquablement droite, exactement orientée nord-sud. La basse vallée de
+la Seybouse en aval de Duvivier en est la prolongation précise.
+
+Au sud de l’Edough la ligne terminale, qui sectionne brutalement
+l’Edough et qui l’isole, fait un angle droit avec la ligne Duvivier-cap
+de Garde. C’est la croisée orthogonale des accidents nord-sud et est-
+ouest, déjà si souvent signalée.
+
+C’est dans ces conditions qu’à la Kabylie définitivement terminée
+succède, sur la côte algérienne, la plaine de Bône ; et le contraste ne
+pourrait pas être plus complet.
+
+_La plaine._ — La plaine est très grande, elle a une centaine de
+kilomètres d’est en ouest ; dans la direction du sud, le long de la
+Seybouse, l’altitude croît si lentement que Guelma, la dernière ville du
+Tell est à 200 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer.
+
+Comparée aux autres plaines sublittorales d’Algérie, celles de l’ouest,
+à la Mitidja, aux plaines oranaises, la plaine de Bône a certainement
+son originalité. On essaiera d’en rendre compte, sous cette réserve que
+le sujet est dangereusement vierge ; il n’y a jamais eu d’étude
+sérieuse.
+
+[Illustration : FIG. 43. — LA PLAINE DE BÔNE.
+
+C’est une plaine sublittorale, qui a de l’analogie avec celles de
+l’Algérie occidentale, et qui en a aussi avec les plaines du littoral
+Tunisien ; mais qui n’a aucun rapport avec le reste de l’Algérie
+orientale, les Kabylies. Un compartiment nouveau commence aux environs
+de Bône.]
+
+Ce que la plaine de Bône a de particulier c’est son hydrographie. Les
+archéologues admettent que la Seybouse a déplacé son embouchure de 6 ou
+7 kilomètres vers l’ouest depuis l’antiquité. L’ancien cours est encore
+bien reconnaissable, il se détache du fleuve actuel au village de
+Randon[183].
+
+La plaine entière est semée de marais et d’étangs parmi lesquels le plus
+étendu est le lac Fetzara. Une hydrographie incertaine et beaucoup d’eau
+stagnante cela n’aurait rien à soi tout seul de bien particulier. Toutes
+les autres plaines sublittorales présentent les mêmes caractères. Mais
+voici qui est nouveau. Les rivières, les marigots, les canaux naturels,
+les étangs de la plaine de Bône sont navigables en hiver, dans la saison
+des crues. On peut y circuler d’un bout à l’autre de la plaine en canot
+automobile. Et on le fait d’autant plus volontiers qu’à ce moment-là les
+communications de terre ferme sont sujettes à des interruptions. Par ces
+chenaux, à ces mêmes époques de crues, les poissons de mer remontent
+très loin jusqu’au cœur de la plaine ; même les plus gros poissons, le
+loup par exemple (_laprax lupus_) ; on prend des loups dans l’oued
+Kebir. Le lac Oubeira, qui communique avec la mer par l’oued Kebir et
+qui est à une cinquantaine de kilomètres de l’embouchure, est
+empoissonné de mulets. Ils s’y sont acclimatés à l’eau douce, et sont
+devenus légèrement différents du poisson de mer. Ils y sont une faune
+assez vivace pour avoir fait l’objet d’un commerce d’exportation, à
+destination de l’Allemagne, dit-on, avant la guerre.
+
+Ce sont là des conditions uniques en Algérie ; on ne connaît rien de
+semblable, ni même qui en approche, dans toutes les plaines
+sublittorales de l’ouest. Une conséquence est l’insalubrité de Bône,
+célèbre dès l’antiquité. Saint Augustin est mort de la Malaria[184]. Une
+autre conséquence serait-elle ce fait incontestable que la race bovine
+autochtone la plus célèbre d’Algérie est celle de Guelma ? Et quoi qu’il
+en soit des conséquences, quelle peut bien être la cause ?
+
+Sur les montagnes avoisinantes la moyenne annuelle des pluies est assez
+élevée (de 600 à 800 millimètres) ; moindre pourtant qu’en Kabylie (1
+mètre) ; et en somme à peu près comparable à celle des montagnes qui
+entourent la Mitidja. Il faut chercher ailleurs.
+
+Les indigènes de Bône emploient pour désigner leurs marigots le mot
+_Khelidj_. C’est un mot arabe très connu : il paraît correspondre
+exactement assez à notre mot canal ; on dit le khelidj de Suez. Dans la
+plaine de Bône un khelidj a en effet l’aspect de ce que nous
+appellerions un canal, un fossé, à cela près qu’il faut écarter toute
+idée de travail humain.
+
+Dans la plaine d’alluvions c’est un fossé en effet profond en général de
+plusieurs mètres et à peine plus large, à bords à pic et à fond plat, en
+forme d’auge. Un khelidj est toujours bordé d’arbres en double rangée,
+on le reconnaît de loin à la ligne sinueuse de verdure qui dessine son
+tracé, le lacis des racines maintient le bord du fossé mieux que ne
+ferait un mur. En été, quand les khelidj ne sont pas tout à fait à sec,
+on y voit tout au fond des flaques d’eau vaseuses, où grouillent les
+grenouilles, les tortues et les barbots. En hiver, après les pluies, ils
+sont remplis jusqu’au bord ; par-dessus leur bord l’eau s’étale en
+inondation d’épaisseur pelliculaire ; mais dans le khelidj même un
+bateau d’un mètre ou deux de tirant d’eau passe comme il veut. Dans les
+khelidj on ne voit que de la vase, pas le plus petit caillou roulé, pas
+même un grain de sable, rien qui permette de croire que l’eau court avec
+une force capable de déplacer le poids le plus léger. L’eau des khelidj
+est quasi stagnante, elle s’écoule avec la plus grande lenteur. Voici un
+chiffre. Le long de l’oued el-Kebir, qui est tout entier un khelidj, la
+courbe de 10 mètres sur la carte au 50000e croise l’oued à 43 kilomètres
+de son embouchure ; ce qui donne une pente de 0,00023. Et notez que
+l’oued el-Kebir, qui est après tout une rivière vivante, a sûrement la
+pente la plus accentuée de tous les khelidj. Le dessin des khelidj à
+travers la plaine de Bône est très compliqué ; c’est une croisée, un
+lacis, un chevelu de marigots dans tous les sens. Beaucoup sont des
+culs-de-sac. Il en est qui sont fermés à leurs deux bouts. L’idée
+qu’évoque ce dessin serait peut-être celui d’un lacis de fossés de
+drainage artificiellement creusés à travers une plaine marécageuse.
+Mais, bien entendu, la main de l’homme, à n’importe quel moment du
+passé, est tout à fait étrangère à ce qui aurait été un travail immense,
+inexécutable.
+
+Notez que l’ancien cours de la Seybouse en aval de Randon porte le nom
+de Khelidj, et il est pareil à tous les autres. Ceci tend déjà à nous
+donner la solution du problème. Il semble évident que les Khelidj ont
+été creusés par l’érosion de rivières ; la forme fossé aux bords à pic
+est notoirement le premier stade de l’érosion fluviale, l’érosion en
+coup de scie. Il paraît certain d’autre part que les rivières actuelles
+sont parfaitement incapables de creuser des khelidj. Sous le régime
+hydrographique actuel les khelidj n’auraient pas pu prendre naissance,
+ils n’existeraient donc pas s’ils ne lui avaient préexisté, ils datent
+d’un régime antérieur, ils sont l’œuvre de rivières disparues ; ces
+vieilles rivières se distinguant des actuelles par une puissance érosive
+plus considérable, cela signifie que leur niveau de base était plus bas
+que l’actuel ; la mer a monté depuis le temps où les khelidj furent
+creusés. De là vient la faiblesse de la pente et la lenteur d’écoulement
+des crues.
+
+Voilà un phénomène qui n’est pas du tout pour nous surprendre. Un
+mouvement positif de la mer, c’est précisément ce qu’indique le dessin
+des côtes tunisiennes, le modelé de Bizerte, celui des lacs Mélah et
+Tonga. C’est là ce qui nous a paru faire l’originalité de la côte nord-
+africaine à l’est de Bône, par rapport à la côte occidentale où toutes
+les indications sans exception se rapportent à un mouvement inverse de
+la mer. Les khelidj dans la plaine de Bône semblent bien porter le même
+témoignage que le goulet de Bizerte.
+
+Assurément nos conclusions ont été formulées après une étude beaucoup
+trop sommaire du terrain. L’hydrographie de la plaine de Bône serait un
+très beau sujet, et on n’a pas la prétention d’avoir fait autre chose
+que l’effleurer. Mais enfin supposons ces conclusions incomplètes,
+hypothétiques, voire erronées, la plaine de Bône elle-même, en tout cas,
+n’est pas une erreur, ni une hypothèse. C’est un fait qui n’a pas besoin
+d’être démontré. Et c’est une grande nouveauté pour qui vient de
+l’ouest. On n’a rien vu de comparable depuis la Mitidja. Le régime des
+plaines sublittorales recommence après une interruption de 350
+kilomètres. Il se continue en Tunisie. La Tunisie tout entière est un
+pays de plaines sublittorales.
+
+_Affinités tunisiennes._ — La limite entre l’Algérie et la Tunisie est
+moins brutale qu’entre l’Algérie et le Maroc, et moins rectiligne. Ici
+on ne voit pas l’équivalent de la grande faille de la Moulouya, amenant
+une dénivellation soudaine d’un millier de mètres, et coupant l’Atlas de
+part en part. Le Maroc et l’Algérie sont deux pays qui se tournent le
+dos, mais l’Algérie et la Tunisie se continuent et se pénètrent l’une
+l’autre.
+
+La zone de l’Aurès et de ses plateaux pourtant domine assez brusquement
+les plaines tunisiennes. Un premier fait frappant est que dans cette
+zone la frontière politique actuelle est assez exactement une frontière
+linguistique. Les Chaouïa d’Algérie sont des Berbérophones.
+
+On croit devoir donner ci-joint la coupe longitudinale de la Medjerda,
+le grand fleuve tunisien, né en Algérie (fig. 44). Si on compare aux
+autres profils d’oueds, épars dans différents chapitres de notre
+travail, celui de la Medjerda est de beaucoup le plus concave de tous.
+Entre Ghardimaou et la mer l’oued ne descend que de 200 mètres en 300
+kilomètres ; pourtant ce profil si concave est bien loin d’être
+régulier. Il est comme cassé en deux à Ghardimaou même. En amont de
+Ghardimaou le crochet de Sidi-Bader est exceptionnellement aigu ; la
+pente y passe brusquement de 4 à 16 pour 1000, c’est une dégringolade
+subite. On sait qu’entre l’Algérie et la Tunisie la frontière douanière
+passe à Ghardimaou. Ce profil de la Medjerda est bien peu de chose, et
+il peut être dangereux de vouloir l’interpréter. Si tant est pourtant
+qu’il ait un sens il paraît bien indiquer qu’entre les Hauts-Plateaux de
+Khamissa, d’où descend la Medjerda d’une part, et les plaines
+tunisiennes de l’autre, il y a quelque chose comme un contact anormal ;
+il semble courir là un système de cassures plus ou moins fraîches.
+
+[Illustration : FIG. 44. — PROFIL EN LONG DE LA MEDJERDA.
+
+En amont de Souq Ahras (hautes plaines Algériennes), et en aval de
+Ghardimaou (plaines de Tunisie), la Medjerda a le profil régulièrement
+concave d’une vieille rivière. Dans l’intervalle la pente rectiligne à
+dents de scie accuse un torrent jeune.
+
+Ce secteur correspond au talus frontière entre les hautes plaines
+d’Algérie et la Tunisie ; avec sa minéralisation intense (Ouenza), et
+avec son importance ethnographique (frontière des langues berbère et
+arabe).]
+
+Dans cet ordre d’idées il faut signaler tout le long de la frontière sur
+les Hauts-Plateaux une minéralisation en fer extraordinairement
+abondante ; là se trouvent le fameux gisement de l’Ouenza et beaucoup
+d’autres (Bou-Khadra, Slata, Zrissa, Nabeur ; à Sidi-Bader aussi il y a
+un filon de minerai).
+
+Il est vrai que la direction de toutes les vallées ouvre des chemins de
+pénétration mutuelle entre les Hauts-Plateaux de Constantine et les
+plaines tunisiennes. Mais le contraste entre les deux reste assez
+marqué. Il est beaucoup moindre dans la zone tellienne.
+
+La plaine de Bône est dans l’Algérie orientale une sorte de prolongement
+de la Tunisie. Entre les deux, les communications par terre sont
+malaisées, une chaîne difficile et boisée s’interpose. Mais la plaine de
+Bône comme les plaines tunisiennes est ouverte largement aux influences
+maritimes, tandis que tout le reste de l’Algérie constantinoise a un
+caractère continental, des Kabylies à l’Aurès.
+
+Toute la région bônoise, y compris les montagnes qui encadrent la plaine
+est arabophone comme la Tunisie. Et c’est le seul coin de l’Algérie
+orientale où on parle arabe dans la famille ; tout autour de la région
+bônoise, dans la Kabylie et dans la région aurasienne s’étend justement
+la grande réserve de langue berbère.
+
+Il y a deux millénaires que la plaine de Bône est la porte d’entrée en
+Algérie des influences orientales. La persistance de la langue
+carthaginoise y est attestée par saint Augustin jusqu’au Ve siècle après
+J.-C.[185].
+
+De nos jours l’originalité de Bône dans la province de Constantine
+s’atteste par la rivalité des deux villes, on peut dire des deux
+capitales. Dans son département Constantine n’a pas pu prendre la
+prééminence qu’Alger et Oran ont prise chacune dans le sien. Elle n’a
+jamais pu distancer franchement Bône, et la réciproque est vraie.
+
+Ainsi est attestée à travers toute l’histoire le caractère étrange de
+cette plaine bônoise qui jure avec le reste du Tell oriental.
+
+
+[Note 183 : No 8, feuille no 9.]
+
+[Note 184 : Possidius : _Vie de saint Augustin_ d’après no 8 texte
+(59).]
+
+[Note 185 : No 8, feuille 9, alinéa 59, p. 5.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE VIII
+
+ BOUGIE
+
+
+Le souci des directions transversales à l’Atlas nous a conduit à
+reconnaître dans le Tell quatre divisions, quatre compartiments de
+l’écorce terrestre qui paraissent avoir joué l’un par rapport à l’autre
+avec une certaine indépendance. Il y en a deux très grands, le Tell des
+Kabylies et celui des plaines sublittorales, encadrés entre deux petits,
+la vallée de la Tafna et la plaine de Bône. Dans chacun des deux
+premiers on peut encore indiquer avec certitude une division
+transversale en deux sous-compartiments.
+
+La région de Bougie coupe en deux les Kabylies (fig. 45).
+
+_La coupure de Bougie._ — Le golfe de Bougie n’est qu’une baie en
+faucille comme les autres. Mais c’est probablement la mieux échancrée de
+toutes. Le port de Bougie, situé bien entendu à la place traditionnelle,
+à l’abri de la corne occidentale, est probablement le port naturel le
+moins mauvais de toute l’Algérie. Naturellement il est ouvert largement
+aux vents et à la houle du nord-est, mais la haute muraille calcaire du
+cap Carbon le déborde franchement au nord et le protège admirablement
+contre les tempêtes de Noroît. Cette saillie très accusée du cap Carbon
+est à retenir.
+
+Que Bougie ait la signification d’une rupture transversale dans la ligne
+des Kabylies, cela ressort avec une netteté particulière de la carte
+géologique. Elle accuse une interruption large et totale des vieux
+schistes et des grès éocènes, qui jouent un si grand rôle dans les
+autres Kabylies. De l’association de roches qui est caractéristique du
+paysage kabyle il ne reste ici que les calcaires liasiques puissants des
+Babor, et une profusion de roches volcaniques. Ces dernières en relation
+évidente avec l’échancrure profonde du golfe, le long de laquelle les
+vieux schistes et les grès se sont abîmés au fond de la mer.
+
+[Illustration : FIG. 45. — LA TRANSVERSALE DE BOUGIE.
+
+Au nord les plaines de l’oued Sahel et de la Soummam (qui sépare le
+Djurdjura des Babors) ; au Sud la plaine de la Medjana et la vallée de
+l’oued Kçob ; elles accusent un mouvement de torsion où se retrouve la
+croisée orthogonale des deux directions.
+
+Là passe une grande route transversale qui réunit le Hodna et Bougie.
+Cette route historique est longée de capitales et de forteresses. La
+Kalaa des Beni-Hammad, la Kalaa des Beni-Abbès, Bougie.]
+
+L’importance de la rupture apparaît aussi d’ailleurs sur la carte
+topographique. La vallée de la Soummam est une coupure totale, jusqu’à
+la base, entre le Djurdjura et les Babor. Elle est orientée en moyenne
+nord-est-sud-ouest depuis la mer jusqu’à Akbou et Sidi-Mansour. Là elle
+se raccorde, par un angle brusque, à sa continuation, la vallée de
+l’oued Sahel qui court est-ouest vrai. Nous retrouvons là certainement,
+avec un léger gauchissement, la croisée, si souvent mentionnée déjà des
+deux directions longitudinale et transversale. Cette croisée est un
+trait fort ancien du relief. La Soummam et surtout le Sahel étaient déjà
+des vallées à l’époque oligocène, dont les dépôts de ruissellement en
+tapissent le fond. La Soummam était un golfe miocène[186]. Évidemment
+les accidents de cette croisée ont rejoué au miocène ; sans un
+rajeunissement alpin de son relief pyrénéen on ne s’expliquerait pas la
+saillie extrêmement accusée du Djurdjura qui domine tout le Tell (Voir
+aussi dans la figure 16 le raccord en crémaillère de
+
+l’oued Bou-Sellam avec l’oued Soummam, attestant un mouvement du sol
+récent).
+
+_L’importance humaine._ — La Soummam sépare deux Kabylies, très kabyles
+toutes les deux, mais pourtant différentes ; au XVIe et XVIIe siècle on
+disait les sultanats de Koukou et de Beni-Abbès ; on dit aujourd’hui la
+grande Kabylie et la Kabylie des Babor. Dans la première Koukou (le
+Couque des Européens) a perdu son rang de capitale. Mais dans la seconde
+Beni-Abbès (le Labès des auteurs européens) n’a pas encore oublié son
+ancienne prééminence. La grande Kabylie séparée du monde extérieur par
+la muraille du Djurdjura est la moins évoluée, la plus intéressante pour
+le touriste et l’ethnologue ; c’est elle qu’on a décrite de préférence.
+(Le gros livre d’Hanoteau par exemple lui est consacré.) La Kabylie de
+Beni-Abbès reste profondément elle-même, âprement attachée à ses façons
+d’être, inabordable à la colonisation européenne ; c’est là au village
+de Lafayette, par exemple, qu’on signale les phénomènes de récupération
+du sol par l’indigène les plus curieux peut-être de toute l’Algérie.
+Pourtant cette Kabylie de Beni-Abbès a des relations plus faciles que
+l’autre avec le reste de l’Algérie ; elle est le pays par excellence du
+colporteur kabyle qu’on rencontre partout ; elle est moins démocratique
+et moins irrémédiablement fragmentée ; la famille des Moqrani y a
+prolongé jusqu’à nos jours la dynastie et l’organisation du sultanat de
+« Labès » ; on y compte davantage avec les événements du monde
+extérieur, c’est à Beni Abbès qu’a éclaté l’insurrection kabyle de 1871.
+
+Cette originalité réelle des deux Kabylies voisines ne doit pas
+cependant nous fermer les yeux sur le lien qui les unit, lien de langue,
+de race, de culture et de société communes ; lien nettement historique.
+Ces Kabylies furent au moyen âge le principal appui, le dernier réduit,
+du grand royaume Sanhadja, le représentant national de la société
+berbère sédentaire ; l’histoire de ce royaume a un rapport étroit avec
+Bougie et la coupure de la Soummam.
+
+_La Kalaa et Bougie._ — Le fond de la Soummam, le point où elle se
+raccorde avec l’oued Sahel, n’est plus très éloigné du Hodna, une
+soixantaine de kilomètres à vol d’oiseau. Et des cols très accessibles
+entaillent dans cette direction ce qui reste à franchir des chaînons de
+l’Atlas. C’est d’abord le défilé fameux des Biban à travers la chaîne du
+même nom. Au delà c’est la large plaine de la Medjana couverte de
+moissons, puis la très large brèche par laquelle l’oued Ksob va
+rejoindre le Hodna (fig. 45).
+
+Partout ailleurs entre la Mitidja et la plaine de Bône les Kabylies
+montueuses et boisées ferment l’accès de la mer aux Hauts Plateaux et
+aux hautes plaines de l’intérieur. Sur ce point seulement, par la
+Medjana et la Soummam s’ouvre un grand chemin facile, avec le port de
+Bougie au bout. C’est une route très importante, de grands souvenirs
+historiques y sont attachés.
+
+A son extrémité méridionale, à son débouché sur le Hodna, dans le
+Maadid, le royaume Sanhadja eut l’une de ses deux capitales, la Kalaa
+des Beni-Hammad ; (l’autre capitale était Achir du Tittéri). La
+Kalaa[187], dont la tour de guet est encore debout, une place militaire
+très forte comme son nom l’indique, se dressait là, au contact de la
+plaine et de la montagne, gardant la porte de l’oued Ksob, face à la
+brèche d’assaut de Biskra, par où montait l’ennemi, le grand nomade
+saharien.
+
+L’histoire nous dit par le menu comment la Kalaa, à la longue, ne put
+pas tenir. Le royaume Sanhadja des Beni-Hammad se replia sur lui-même.
+Sa capitale fut transportée à Bougie, à l’autre extrémité de la
+grand’route. Et pourtant au voisinage de son extrémité hodnéenne, à
+Beni-Abbès et à la Medjana, un centre urbain et de commandement a
+persisté jusqu’à nos jours avec les Moqrani héritiers des sultans de
+_Labès_.
+
+La Kalaa, Beni-Abbès, Bougie, ce chapelet de capitales, jalonnent une
+transversale de l’Atlas tellien ; c’est un pendant d’Achir, Médéa,
+Miliana, Cæsarea, Alger, ou bien encore de Tlemcen, Siga.
+
+
+[Note 186 : Voir no 115 les très curieuses figures 92, p. 419 et 93 p.
+421.]
+
+[Note 187 : No 25.]
+
+
+
+
+ CHAPITRE IX
+
+ TIARET
+
+
+Il reste à mentionner une dernière transversale, jalonnée elle aussi par
+des capitales actuelles ou défuntes. Elle court à peu près sous le
+méridien de Tiaret, et elle coupe l’Algérie des plaines littorales en
+deux compartiments bien distincts (fig. 28).
+
+_La Mina._ — L’axe est la vallée de la Mina ; sur son importance comme
+ligne de démarcation on a déjà dit l’essentiel, longuement. Le front de
+la meseta sud oranaise court de la Moulouya à la Mina. La vallée moyenne
+de la Mina, en aval et en amont de Prévost-Paradol est dissymétrique.
+Sur sa rive gauche les causses calcaires s’étendent au loin. A quelque
+distance sur sa rive droite les plissements de l’Atlas proprement dit
+apparaissent. L’orientation générale de la Mina à travers l’Atlas est
+sud-est-nord-ouest. Or dans cet Atlas algérien occidental le grand fossé
+des plaines sublittorales, comme les chaînons qui l’encadrent, ont une
+orientation générale nord-est sud-ouest. La croisée à peu près
+orthogonale des deux directions est donc bien nette le long de la Mina.
+Autour de Prévost-Paradol le bord des causses dessine un redan, et les
+plis de l’Atlas un rebroussement. A ce rebroussement correspond, au
+point précis où il se produit, un gros affleurement éruptif (gorges de
+Temda) (fig. 28).
+
+Si nous nous reportons au bord de la mer, dans la prolongation de la
+vallée de la Mina, cela nous mène à l’embouchure du Chéliff. Elle aussi
+la basse vallée du Chéliff est dissymétrique. Sur sa rive droite pitonne
+l’extrémité du Dahra, région de collines accusées, déjà presque de
+montagnes, où le crétacé affleure largement. Sur sa rive gauche s’étend
+le plateau à peine ondulé de Mostaganem, qui est tout entier de sables
+et grès tendres pliocènes, souvent décomposés ou transposés en dunes.
+
+Il court donc bien là, de Tiaret à la mer, le long de la Mina, un grand
+accident transversal qui coupe l’Atlas en deux compartiments. Et ces
+deux compartiments sont très différenciés.
+
+Assurément le grand fossé des plaines sublittorales court de la Mitidja
+au Rio Salado, il fait l’unité indéniable de l’Algérie occidentale, mais
+il faut distinguer à l’est et à l’ouest de la Mina.
+
+La vallée du Chéliff est une plaine magnifique, large, basse et
+continue, le long de laquelle les influences occidentales s’insinuent
+jusqu’aux portes d’Alger à travers les montagnes. Mais ces montagnes,
+qui encadrent le Chéliff, sont très sérieuses. L’Ouarsenis et le Zaccar
+sont dans le Tell occidental une sorte de rappel de l’oriental. Ce sont
+de vieux plis pyrénéens, contemporains des Biban ou du Djurdjura,
+étroitement apparentés avec l’Atlas de Blida. L’Ouarsenis est déjà
+dessiné dans la carte paléogéographique du bras de mer suessonien.
+L’Ouarsenis et le Zaccar sont restés l’un et l’autre de grandes îles
+émergées pendant toute la durée des mers miocènes. Leur altitude qui
+approche parfois de 2000 mètres, les vallées torrentielles qui les
+entaillent profondément, leurs forêts (la célèbre forêt de cèdres de
+Teniet-el-Haad par exemple), leur peuplement par des tribus
+berbérophones qui se donnent à elles-mêmes le nom de Kabyles, si
+différentes qu’elles soient d’ailleurs des kabyles orientaux ; tout cela
+fait de ces longues chaînes une double cloison étanche entre les Hauts
+Plateaux et la mer. Des uns à l’autre, en fait, on ne passe nulle part
+entre le Tittéri et Tiaret. La route de Teniet-el-Haad n’est pas un
+grand chemin de communication. Les blés du Sersou, qui poussent dans le
+département d’Alger, ont pour métropole économique Tiaret, sous-
+préfecture du département d’Oran, et ils ne peuvent s’écouler que par le
+chemin de fer de la Mina.
+
+Au delà de la Mina tout change brusquement. Ce sont les plaines
+oranaises, encadrées de chaînons pliocènes, un pays d’hydrographie
+ébauchée, le coin le plus jeune de l’Atlas, d’âge postalpin.
+
+D’ailleurs le bord de la Meseta sud oranaise serre la Méditerranée de
+très près. L’Atlas proprement dit, la chaîne plissée, est réduite à une
+épaisseur de 50 à 60 kilomètres ; c’est à peu près la moitié de sa
+largeur normale dans le reste de l’Algérie. Les plaines très étalées
+occupent d’ailleurs quelque chose comme la moitié de cette superficie
+déjà si réduite. Et les sommets les plus élevés n’atteignent pas tout à
+fait 1000 mètres. C’est une déchéance extrêmement marquée. On pourrait
+presque parler d’une interruption de la chaîne ; à coup sûr elle
+n’existe plus comme obstacle de Tiaret à Tlemcen. Il y a là une brèche
+de 200 kilomètres d’étendue par laquelle les Hauts Plateaux ont libre
+accès à la mer. Rien de pareil ne se retrouve dans tout le reste du
+Maghreb. Ici la steppe vient toucher la Méditerranée. L’affaiblissement
+du relief, et le défilement derrière les hauts massifs marocains ont
+pour conséquence une diminution dans la moyenne annuelle des pluies. A
+travers les collines nues les hommes de la steppe Zénètes et Arabes ont
+étendu leur domination jusqu’à la côte et c’est par là, en franchissant
+la trouée de Taza, qu’ils sont arrivés au Maroc. Ce coin du Tell si
+particulier est l’Oranie proprement dite.
+
+_Royaume de Tiaret._ — Entre ces compartiments de l’Atlas très vivement
+contrastés, la vallée de la Mina est un lieu de villes et de capitales
+historiques, suivant une loi qui semble se vérifier dans tout le Tell.
+Le grand moment ici se trouve avoir été l’époque byzantine et le haut
+moyen âge berbère. Sur la première l’archéologie seule nous renseigne.
+Il y a dans la haute Mina à mi-chemin environ sur la route entre Palah
+et Frenda, des mausolées en forme de pyramides, que les indigènes
+appellent les Djedar. Ils rentrent dans la même catégorie que le tombeau
+de la Chrétienne et le Medracen. « Ces mausolées, dit Gsell, semblent
+contemporains de l’époque byzantine ; ce sont sans doute les tombeaux
+d’une dynastie indigène[188]. »
+
+C’est un peu vague ; encore que le fait même ait la solidité d’un
+monument. Nous trouvons dans tous les historiens arabes des
+renseignements infiniment plus précis sur un autre royaume de la haute
+Mina, celui de Tiaret. Le nom de Tiaret apparaît dès le début de la
+conquête arabe. C’est une des deux régions d’Algérie où Sidi-Okba ait eu
+à faire un gros effort militaire (l’autre étant le seuil de Biskra). Le
+nom de Tiaret est associé à celui des Kharedjites. A partir de 761 après
+J.-C. Tiaret est la capitale d’un grand royaume berbère indépendant de
+confession Kharedjite (on dit aussi Ibadhite), qui dura jusqu’à 910.
+C’était un grand royaume ; puisqu’il s’étendait certainement jusqu’en
+Tripolitaine (djebel Nefoussa). Ç’a été l’empire du Sahara et des
+steppes.
+
+De nos jours quand Abd-el-Kader a ressuscité pour quelques années un
+empire de nomades dans l’Oranie, il a été conduit de suite à installer
+une de ses deux capitales à Tiaret (l’autre étant à Mascara, centre de
+sa tribu natale).
+
+Sur la transversale de la Mina ce sont les hauts de la rivière qui ont à
+travers l’histoire le monopole des capitales impériales. Mostaganem est
+une très vieille ville, mentionnée par El-Bekri, mais elle n’a jamais eu
+de grandes destinées. Entre Tiaret et la mer on retrouve bien la route
+des invasions et du commerce jalonnée par des souvenirs historiques et
+des ruines. Sur la rivière même, dans la région de Prévost-Paradol, à
+Souamat[189], dans une situation très forte, les archéologues signalent
+une grande ville dont ils ignorent le nom, mais qui est romaine de très
+basse époque (une inscription est du Ve siècle). Peut-elle avoir un
+rapport avec les Djedar. Il semble que ce soit, de toute la feuille 33,
+les ruines antiques de beaucoup les plus importantes (fig. 28).
+
+Les historiens et les géographes arabes nous ont laissé des noms de
+ville, dont l’emplacement exact n’est pas identifié. El-Batha, Chelif
+des Beni-Ouatil, qui furent approximativement les ancêtres du Relizane
+actuel : El-Ghozza qu’el-Bekri appelle le Sahel (le littoral) de Tiaret,
+et qui semble avoir des rapports géographiques avec la jolie petite
+ville actuelle de Mazouna. A lire Ibn-Khaldoun il semble que le point
+important, dominant la route entre Tiaret et la mer, ait été le plateau
+de Mindas (aujourd’hui Mendez[190]) sur les crêtes qui dominent la Mina
+à l’est. A coup sûr le grand chemin historique passe par là, et on
+s’est, à maintes reprises, disputé Mindas les armes à la main.
+
+
+[Note 188 : No 8, feuille 53, alinéas 66, 67, no 62, t. II, p. 418,
+planches CIV, CV, CVI.]
+
+[Note 189 : No 8, feuille 33, alinéa 3. Ruines Romaines de Fig. 28.]
+
+[Note 190 : No 53.]
+
+
+
+
+ LIVRE VI
+
+ LES RÉGIONS NATURELLES ALGÉRIENNES
+
+ * * * * *
+
+
+_But poursuivi._ — Dans le présent petit livre, on a tenu un grand
+compte d’analogies entre la structure du Sahara et celle de l’Algérie.
+Dans l’Atlas tout entier on a retrouvé des directions transversales à la
+chaîne qui ont une parenté avec la direction des grands accidents dans
+le Sahara algérien.
+
+Il faut rappeler que l’auteur s’est beaucoup occupé de ce Sahara : les
+conclusions formulées peuvent donc avoir un lien avec la personnalité de
+l’auteur, et tenir un peu du parti pris involontaire.
+
+Il est facile cependant de regarder la question d’un point de vue
+impersonnel, tout à fait général. C’est celui auquel s’est placé, à
+maintes reprises, avec prédilection, feu G.-B.-M. Flamand[191], un autre
+saharien, il est vrai mais auquel se sont ralliés beaucoup de géologues,
+qui n’étaient pas sahariens du tout : M. Savornin par exemple[192].
+
+Même lorsqu’il est recouvert d’un placage crétacé le Sahara algérien est
+essentiellement une pénéplaine primaire, hercynienne. Ce sont les
+directions des plis hercyniens qui conditionnent l’orographie. Dans
+l’Atlas le placage secondaire et tertiaire est bien plus puissant et
+bien plus continu : la pénéplaine primaire est à peu près complètement
+soustraite à l’observation. Il faut noter cependant que cette continuité
+du placage est fonction du climat désertique ou steppien prolongé à
+travers les âges géologiques. Dans ce pays de chotts où les bassins
+fermés se sont succédé depuis le trias il n’y a pas eu d’érosion
+puissante et ancienne avec la mer comme niveau de base. C’est pour cela
+que le placage s’est conservé, bien plutôt qu’à cause de sa puissance
+propre, qui n’est peut-être pas somme toute, extrêmement grande. Tout se
+passe comme si la pénéplaine hercynienne, inobservable il est vrai, mais
+partout présente en profondeur, dans la totalité de l’Atlas, Tell
+compris, ne cessait pas d’avoir une importance, décroissante
+naturellement vers le nord, mais partout indirectement sensible, et même
+considérable. A ce compte elle ferait l’originalité de l’Atlas, comparé
+aux autres chaînes alpines. La résistance du substratum expliquerait
+l’impuissance des géologues à retrouver jusqu’ici dans l’Atlas ces amas
+de nappes empilées, qu’ils y ont justement cherchées avec ardeur parce
+qu’elles sont caractéristiques des Alpes. L’existence de directions
+hercyniennes dans le substratum rigide expliquerait les croisées
+orthogonales, les plis courts et individuellement aberrants de la
+direction générale dans l’Atlas saharien, la confusion des plis
+telliens, et enfin la juxtaposition de compartiments, séparés par des
+transversales, et qui ont joué indépendamment, chacun pour son compte.
+
+Il est bien entendu, cependant, qu’on n’a pas été guidé dans le présent
+travail par cette idée générale, et on n’a pas non plus la prétention
+d’y aboutir. Elle concerne les géologues, elle est de leur domaine,
+c’est à eux de l’établir ou de l’infirmer. On s’est efforcé constamment
+de faire état exclusivement des faits géologiques établis par le
+consensus des techniciens.
+
+On ne songe pas un instant à apporter une solution originale au grand
+problème orogénique de la surrection de l’Atlas. Le but qu’on s’est
+proposé est beaucoup plus modeste, il est de géographie descriptive. On
+a voulu débrouiller, classer, dégager des régions naturelles.
+
+_Régions naturelles._ — Le concept de la région naturelle est mixte, de
+géographie physique à la fois et de géographie humaine. Entre la
+structure du sol et la distribution des groupes humains on admet qu’il y
+a un lien. Et l’idée n’est certainement pas inexacte, pourvu qu’on ne
+l’applique pas avec une rigueur mathématique.
+
+En essayant de résumer et de grouper les données géologiques acquises
+nous avons abouti à reconnaître et à délimiter un certain nombre de
+compartiments, en rapport avec la structure physique de l’Algérie. Ces
+compartiments sont-ils des régions naturelles ? Chacun d’eux a-t-il une
+tendance à être peuplé par un groupe humain distinct ?
+
+A cette question, dans le courant du présent travail et à maintes
+reprises déjà, on s’est trouvé amené à donner des réponses de détail. Il
+est possible, en guise de conclusion, d’esquisser une réponse
+d’ensemble.
+
+Il ne faut pas perdre de vue que l’histoire de l’Algérie est inconnue.
+Les éléments en existeraient, mais ils n’ont pas été mis en œuvre.
+Lorsqu’on parle d’une province française, et par exemple de la
+Normandie, tout le monde sait implicitement en gros ce que furent les
+Normands. Mais si on voulait donner à une région algérienne le nom de
+Zénétie, qui donc dans le grand public a jamais entendu parler des
+Zénètes ? et parmi les orientalistes eux-mêmes combien y a-t-il
+d’érudits qui en ont une idée un peu précise ? A propos de régions
+naturelles en Algérie il ne faut donc pas espérer tirer de l’histoire la
+même assistance que chez nous.
+
+On compte s’appuyer sur la distribution en Algérie des deux langues,
+berbère d’un côté et arabe de l’autre. C’est une base qui, au premier
+abord, pourra paraître assez fragile. Le choix en est susceptible de
+choquer doublement nos habitudes d’esprit.
+
+D’abord nous autres occidentaux, quand nous envisageons le Maghreb, ses
+habitants nous paraissent former un bloc, le bloc des musulmans, des
+orientaux. Puis, chez nous-mêmes, dans notre France, nous n’attribuons
+pas une grande importance aux limites de dialectes, et par exemple dans
+notre Bretagne à la limite qui sépare la Bretagne bretonnante de
+l’autre.
+
+L’Algérie pourtant n’est pas la France. On sait bien, après tout, en
+gros, les haines millénaires qui séparent les Berbères et les Arabes.
+« Ils sont aussi différents que les Français et les Allemands », disait
+un indigène. Dans ce pays oriental, où notre sentiment national n’est
+pas né, ces deux groupes sont ce qui se rapproche le plus de deux
+nations.
+
+On croit que leur représentation cartographique est importante : on
+croit même qu’elle est un résumé graphique de toute l’histoire depuis
+2000 ans. Mais enfin, à supposer qu’on se trompe, il reste une chose
+certaine, c’est que la carte des langues en Algérie a un rapport avec la
+structure, telle que nous l’avons décrite.
+
+_La carte des langues._ — La répartition des deux langues en Algérie se
+trouve être connue d’une façon satisfaisante. Il a été fait là-dessus,
+en 1860 et en 1912, deux enquêtes officielles, confiées aux
+administrateurs et aux officiers de bureaux arabes ; et chacune de ces
+enquêtes a abouti à la publication d’une carte[193]. Il n’y a aucun lien
+entre ces deux enquêtes, et il y a un accord satisfaisant entre leurs
+résultats. Les deux cartes dressées à un demi-siècle d’intervalle se
+superposent dans les grandes lignes. Un ou deux petits points
+resteraient peut-être en suspens et exigeraient un supplément
+d’enquête : mais il s’agit de détails qui n’ont pas d’intérêt à notre
+point de vue actuel. En gros, sans contestation possible, la position
+respective des deux dialectes en Algérie est parfaitement connue (fig.
+46).
+
+On l’a reproduite dans la figure ci-jointe, mais on ne s’est pas
+contenté d’y utiliser des documents proprement algériens. On y a
+schématisé la distribution des Berbérophones dans le Maghreb, Tunisie et
+Maroc compris.
+
+Il est tout à fait certain que la Tunisie tout entière est pratiquement
+de langue arabe. Au Maroc il est non moins certain que les Berbérophones
+couvrent une énorme superficie et on sait à peu près laquelle. Ils sont
+groupés tout le long de la frontière algérienne, dans les hautes
+montagnes de l’Atlas et du Riff. Ces données assurément n’ont pas la
+précision de celles que nous avons sur l’Algérie, elles sont néanmoins
+suffisantes. Bien entendu c’est de l’Algérie qu’il s’agit, et non pas de
+la Tunisie ni du Maroc. Mais le cadre des pays voisins est indispensable
+pour interpréter la carte des dialectes sur le sol algérien.
+
+_Les lois du groupement._ — Depuis longtemps, depuis que nous sommes en
+Algérie, cette distribution des dialectes a provoqué la curiosité ; on a
+cherché à en dégager les lois.
+
+Tout au début de notre occupation, au premier contact, on s’est arrêté à
+cette idée générale très simple : les nomades sont Arabes et les
+sédentaires sont Berbères. L’idée a croulé dès qu’on a vu un peu plus
+clair. Les Touaregs, pour ne citer que cet exemple dans toute l’Afrique
+du Nord sont la tribu la plus libre qui soit de toute influence arabe :
+et ils sont en même temps les représentants typiques du grand nomadisme.
+
+Plus tard on s’est arrêté à cette autre explication, très générale et
+absolue : les plaines sont le domaine de l’Arabe conquérant. Les
+Berbères vaincus ont été refoulés dans les montagnes et les lieux
+inaccessibles. C’est une idée qui n’est pas encore tout à fait
+discréditée. Pourtant si on y regarde de près on constate des faits
+comme celui-ci. Sur les hautes plaines de Constantine vivent des
+Chaouïa, qui sont des pasteurs nomades, logés sous la tente, et qui
+parlent Berbère. Tout à côté d’autre part les montagnes qui entourent la
+plaine de Bône sont peuplées par des indigènes qui cultivent la terre,
+qui vivent dans des maisons, et qui ne parlent qu’arabe.
+
+[Illustration : FIG. 46. — RÉPARTITION DE LA LANGUE BERBÈRE.
+
+Le domaine de la langue arabe (en blanc sur la carte) sépare comme un
+coin les deux domaines berbérophones.
+
+Il correspond au domaine des hauts plateaux prolongé par celui des
+plaines oranaises ; il est encastré entre de grands accidents physiques,
+le seuil de Biskra, la ligne de la Moulouya. — Un autre domaine de
+langue arabe, plus réduit et nettement distinct, a pour centre la plaine
+de Bône. — Entre les deux, les Berbérophones Algériens sont groupés du
+même côté de la grande ligne limite du horst Algérien (Biskra, Tiaret),
+qui a été suivie par le limes de l’Empire romain. — Les groupes
+Berbérophones principaux sont de vieilles régions naturelles, l’Aurès-
+Numidie, les Kabylies. — Les brèches de langue arabe qui disjoignent les
+groupes Berbérophones ont un rapport avec la situation des capitales
+Sanhadja, Achir et Kalaa des Beni-Hammad.]
+
+Notez que les deux idées qu’on vient d’exposer et de critiquer ne sont
+pas complètement absurdes, tant s’en faut. Il est vrai qu’en gros les
+nomades seraient plutôt arabophones. Il est vrai encore que les plaines,
+les pays largement ouverts, seraient plutôt le domaine de la langue
+arabe, et les montagnes d’accès difficile, faciles à défendre, le
+domaine du dialecte berbère. Seulement ce sont des règles qui comportent
+des exceptions éclatantes.
+
+Un fait comme la distribution des langues à la surface de la planète est
+fonction de l’évolution historique. Il a des causes multiples et
+compliquées, il ne se laisse pas déduire mathématiquement d’un principe.
+Pour essayer de le comprendre il faut l’analyser de près et le regarder
+en détail.
+
+_La Zénétie._ — Au premier coup d’œil sur la carte il apparaît que les
+deux langues se groupent chacune à part : le Berbère est au nord-est
+dans l’Aurès, les Kabylies, les montagnes du Chéliff ; l’arabe est au
+sud-ouest, sur les Hauts Plateaux cis-hodnéens, et en Oranie. Entre les
+deux la ligne de délimitation est très nette, et c’est une ancienne
+connaissance, c’est la grande cassure qui court en écharpe à travers
+l’Atlas algérien, et qui le coupe en deux, depuis le seuil de Biskra
+jusqu’à Tlemcen : la limite nord-orientale du horst algérien. Est-ce
+qu’une pareille coïncidence peut être fortuite ? Regardons-y de plus
+près.
+
+La tache arabophone cis-hodnéenne s’étend à l’ouest jusqu’à la frontière
+marocaine, jusqu’au contact précis entre les Hauts Plateaux de type
+algérien, et les premiers contreforts des massifs marocains, c’est-à-
+dire en somme jusqu’au système des failles de la Moulouya.
+
+Il y a là une avancée en forme de coin, une intrusion de la langue
+arabe, entre les deux groupes berbérophones, marocain d’un côté, et
+algérien de l’autre. Cette disposition n’a rien de mystérieux
+historiquement, nous savons très bien à la suite de quels événements
+elle fut réalisée.
+
+Le seuil de Biskra, le Hodna, les Hauts Plateaux cis-hodnéens, c’est la
+route classique de toutes les invasions sahariennes de grands nomades.
+Elle se prolonge par l’Oranie et la trouée de Taza jusqu’à Fez et
+l’océan Atlantique. Il est tout naturel que ce soit le domaine de la
+langue arabe, d’un bout à l’autre, et nous savons très bien comment la
+langue arabe a triomphé dans l’Algérie cis-hodnéenne, à une date
+relativement récente. Ceux par qui elle fut introduite n’ont pas été du
+tout les premiers conquérants, Sidi-Oqba et ses successeurs immédiats :
+mais bien les envahisseurs Bédouins à partir du XIe siècle (tribus
+hilaliennes). Leur œuvre n’était encore qu’ébauchée au XIVe, au temps du
+grand historien Ibn-Khaldoun, dont le livre éclaire toute la question.
+
+Ibn-Khaldoun sait très bien que l’Algérie cis-hodnéenne est une région
+naturelle, il lui donne un nom d’ensemble, il l’appelle _le Maghreb
+central_. Il nous dit que le Maghreb central était le domaine d’une
+famille humaine, celle des Berbères Zénètes : et que ces Berbères, au
+milieu des autres, étaient une sorte de nation, avec un dialecte
+distinct et uniforme.
+
+Il semble qu’il y ait eu quelques siècles plus tôt, à une date mal
+déterminée, une grande invasion zénète, venue du Sahara, prototype des
+invasions arabes ultérieures. En tout cas les Zénètes étaient de grands
+nomades sahariens. Ils s’opposaient violemment aux ancêtres de nos
+Kabyles, les Berbères Sanhadja : ils furent ennemis irréconciliables de
+leurs dynasties (les Zirides d’Achir, les Hammadites de la Kalaa).
+
+Apparemment c’était le choc de deux organisations sociales irréductibles
+l’une à l’autre, la nomade et la sédentaire. A des Berbères sédentaires
+les Zénètes ont préféré des étrangers arabes, nomades comme eux-mêmes.
+Ils furent les alliés et les complices des Bédouins. Nous savons par
+Ibn-Khaldoun que les grandes dynasties zénètes de Tlemcen et de Fez
+(Abd-El-Ouadites, Mérinides) ont étroitement associé les Bédouins arabes
+à leur fortune.
+
+Par haine des émirs sanhadja, et pour trouver un appui contre eux, les
+Zénètes ont été les partisans fidèles des khalifes espagnols : ainsi
+est-il advenu par exemple que la tête de leur ennemi le plus illustre,
+le sanhadja Ziri, tué sur le Chéliff, alla pourrir sur les créneaux de
+Cordoue. Cette familiarité avec les hommes et les choses d’Espagne,
+attestée par le style des mosquées tlemceniennes, se trouva de grande
+conséquence, le jour où les victoires castillanes éparpillèrent les
+émigrés andalous à la surface du Maghreb. Ces missionnaires de la
+culture et de la langue arabe ne trouvèrent nulle part un sol mieux
+préparé que dans le Maghreb central. Ils y achevèrent l’œuvre que les
+Bédouins avaient commencée.
+
+Ici donc nous sommes en pleine lumière historique. Depuis cinq ou six
+siècles, nous suivons assez facilement les étapes successives qui ont
+fait de la Zénétie un pays de langue arabe. On voudrait voir ce nom de
+Zénétie se fixer dans la nomenclature géographique usuelle, comme le nom
+d’une grande région naturelle, d’une province.
+
+_La Kabylie Sanhadja._ — La voisine et la contre-partie de la Zénétie
+c’est la Kabylie des Sanhadja avec ses deux capitales successives, que
+nous connaissons déjà, Achir et la Kalaa. La Zénétie aussi d’ailleurs a
+eu deux capitales successives, Tiaret et Tlemcen. Il faut noter que, sur
+la carte des langues, Achir et la Kalaa paraissent en relation avec un
+fait curieux. Les grandes taches berbérophones algériennes sont
+disjointes par deux grandes brèches arabophones, qui pénètrent en coin.
+L’une s’insinue entre le groupe aurasien et le groupe kabyle ; et
+l’autre sépare la Kabylie de l’archipel de dialecte berbère autour de la
+Mitidja et du Chéliff. Or de ces deux grandes brèches arabophones la
+plus orientale part exactement de la Kalaa et la plus occidentale
+d’Achir. Tout se passe comme si chacune de ces capitales avait été un
+centre de rayonnement et de diffusion pour la langue arabe.
+
+Il n’y a rien de plus naturel. Achir et la Kalaa furent assurément des
+capitales musulmanes, la langue du Coran y était chez elle. C’étaient
+des villes d’ailleurs, et des centres politiques : la culture citadine,
+les besoins économiques et administratifs, sont difficilement
+compatibles à la longue avec un dialecte rural et local : il y fallait
+une vraie langue, et il n’y en avait pas d’autre imaginable que l’arabe.
+On saisit ici sur le fait, dans un cas concret, le lien de la carte des
+dialectes avec tout le passé historique, comme d’ailleurs avec la
+structure géographique. Mais Achir et la Kalaa étaient des capitales
+arabophones de royaumes berbères. D’ailleurs comme à peu près toutes les
+villes algériennes (les ports mis à part), elles s’élevaient à la limite
+de la steppe et du Tell. Il y a là une sorte de loi : le long de cette
+frontière entre deux mondes très contrastés, les conditions de la vie
+économique et politique, c’est-à-dire les conditions urbaines, sont
+réalisées mieux qu’ailleurs. Il ne faut cependant pas que cette
+situation frontière nous fasse illusion : Achir et la Kalaa par toutes
+leurs attaches appartenaient au Tell Sanhadja. A travers les siècles de
+leur existence elles ont eu pour ennemis acharnés les gens de la steppe,
+Zénètes et Arabes. Elles n’ont jamais interrompu la guerre, et elles
+sont tombées face à l’ennemi.
+
+Le duel entre ces deux Berbéries, celle des Sanhadja et celle des
+Zénètes remplit tout le moyen âge algérien, et il jette une lumière sur
+l’histoire tout entière de l’Algérie.
+
+Il arrive que nous essayons de philosopher, avec nos besoins
+intellectuels d’occidentaux, sur cette histoire absurde, qui n’évolue
+pas, sur cet imbroglio de guerres éternelles et inintelligibles, d’où on
+ne voit jamais émerger un empire durable, encore bien moins une nation.
+La tentative d’explication à laquelle on a recours le plus ordinairement
+est celle-ci. L’Algérie, voire l’Afrique du Nord, n’a pas pu réaliser
+son unité historique parce qu’elle n’a pas de centre géographique, rien
+qui rappelle notre Massif Central, ou la convergence des rivières vers
+un Paris. L’Algérie est toute en casiers distincts, qui communiquent
+difficilement, et qui ne s’ordonnent autour de rien. Cette explication,
+qui a déjà servi aux historiens de la Grèce antique, ne semble pas
+rendre compte du trait le plus frappant de l’histoire berbère. Tous les
+rois numides Syphax, Massinissa, Jugurtha, ont réalisé l’unité de
+l’Algérie sans difficulté : leur empire n’a jamais manqué de s’étendre
+de la Moulouya jusqu’aux portes de Carthage. Le royaume des Ibadites
+s’est étendu de la Tripolitaine à Tiaret. Tous les grands royaumes
+Berbères du moyen-âge, celui des Fatimides, celui des Almohades, etc.,
+ont embrassé, pendant un certain laps de temps, à peu près la totalité
+de la Berbérie. Cette extension de l’empire aux limites du pays se
+réalise toujours avec une rapidité foudroyante. Seulement çà ne tient
+jamais. C’est une unité champignon, qui pousse en une nuit, et qui tombe
+en poussière dans une matinée. Je ne crois pas qu’il y ait rien de
+semblable dans aucune autre des histoires qui nous soient familières.
+C’est un trait proprement berbère. On croit que le duel Sanhadja-Zénète
+aide à l’interpréter. En Orient, partout où les pasteurs et les paysans
+sont juxtaposés, il faut qu’il y ait entre eux une association, aucun de
+ces deux mondes ne se suffit à lui-même. Dans ce ménage la question
+primordiale est celle de la direction, du commandement. Nous savons très
+bien comment elle a été tranchée dans les deux grands empires
+historiques du Levant. En Égypte le sédentaire a toujours sans
+difficulté dominé le Bédouin. En Chaldée, ç’a été l’inverse : le pouvoir
+a toujours été aux mains des nomades, Assyriens, Perses, Arabes. Mais au
+Maghreb aucun des deux n’a pu établir sa domination sur l’autre. Ces
+siècles du moyen âge, à travers lesquels s’est déroulé le duel Sanhadja
+Zénète, furent précisément les seuls où les Berbères ont tenu leurs
+propres destinées dans leurs mains. Il y a eu un effort confus, mais
+violent pour réaliser l’union des nomades et des sédentaires par la
+subordination d’un groupe à l’autre. Il put sembler un temps qu’on
+aboutirait. Les Sanhadja tendaient à l’emporter. Le refoulement des
+Zénètes s’accusait dans le déplacement vers l’ouest de leur centre
+politique, transporté de Tiaret à Tlemcen. Leur appel aux secours
+espagnols paraissait indiquer l’épuisement. Si l’unification était
+possible il semblait que ce fût par les Sanhadja. _Si Pergama dextra_...
+Mais les Bédouins arabes apparurent et tout fut remis en question. Il
+fut acquis dès lors que la Berbérie gardait ses deux âmes
+inconciliables.
+
+Elle les a toujours eues à travers les millénaires de son histoire. Sa
+dualité irrémédiable explique apparemment qu’elle ait toujours eu des
+maîtres étrangers, Carthage, Rome, les Vandales, Byzance, les Arabes,
+les Turcs, les Français. Il y a peu de pays où l’impuissance d’être soi-
+même soit historiquement attestée à un pareil degré. De tous les
+incidents connus d’une longue histoire il n’y en a pas, je crois, où la
+dualité cause de cette impuissance apparaisse plus nettement que dans le
+conflit Sanhadja Zénète. Il dure encore d’ailleurs, entre Arabes et
+Kabyles. Lorsque Abd-El-Kader, le sultan arabe, essayant de nouer contre
+nous le bloc de tous les indigènes, en vint à s’adresser aux Kabyles, on
+lui répondit immédiatement en lui parlant de « couscoussou noir » (la
+poudre).
+
+Considérée sous cet angle la ligne de démarcation entre les arabophones
+et les berbérophones, c’est-à-dire le bord nord-oriental du horst
+algérien, n’apparaît-il pas comme l’épine dorsale de l’Algérie, la
+grande ligne maîtresse.
+
+_Bône._ — La Zénétie n’est pas la seule province entièrement arabophone
+d’Algérie. Il y en a une autre, la région de Bône, beaucoup moins
+étendue, mais tout à fait à part, symétrique de la Zénétie, de l’autre
+côté du bloc berbérophone. Les affinités sont avec la Tunisie, tout
+entière arabophone, dont elle est un prolongement sur le territoire
+algérien.
+
+Dans le bloc tunisien bônois la langue arabe n’a pas été introduite par
+les Bédouins du XIe au XVe siècle. Elle est venue bien plus tôt. Les
+Bédouins ont introduit en Algérie ce qu’on appelle l’arabe vulgaire, un
+arabe à syntaxe simplifiée, pauvrement vocalisé. Au temps d’Ibn-Khaldoun
+ce dialecte plébéien scandalisait les Tunisiens et les Andalous, parmi
+lesquels, par l’école, la littérature, la vie bourgeoise et urbaine, à
+la cour des Hafsides et des Ommeïades, l’arabe littéral s’était transmis
+et se conservait depuis la conquête.
+
+On sait que, au temps de Saint-Augustin, aux environs de Bône et de
+Guelma, « il fallait des interprètes puniques pour parlementer avec des
+paysans révoltés[194] ». Il faut donc admettre que, dans cette partie de
+l’Algérie, le bas peuple parlait punique au Ve siècle. La limite de
+cette influence carthaginoise, dont la profondeur nous est ainsi
+attestée, les archéologues semblent la placer vers Guelma et Constantine
+dans la grande banlieue de Bône, et vers Tébessa dans l’arrière-pays de
+Carthage elle-même[195]. C’est assez exactement aujourd’hui la limite
+des dialectes berbères et arabes : comme c’est d’ailleurs la limite des
+hautes plaines constantinoises.
+
+Est-il possible qu’il y ait là des coïncidences fortuites ?
+
+Personnellement on admettrait volontiers que la persistance du punique
+ait préparé les voies à la diffusion de l’arabe. Autour de Carthage et
+de Bône on soupçonnerait volontiers que les indigènes parlent arabe ou
+un dialecte sémitique voisin de l’arabe depuis 2500 ans. C’est là une
+idée que les archéologues et les latinistes admettraient sans
+difficulté. Que les mœurs, les dieux, l’écriture et la langue punique
+aient survécu à Carthage pendant des siècles, c’est un fait reconnu par
+eux[196]. Mais les arabisants les plus distingués répugnent vivement à
+voir un lien entre le punique et l’arabe. Il faut donc spécifier que
+notre hypothèse, formulée en passant, est hétérodoxe. On ne l’en croit
+pas moins juste pour cela. Mais après tout elle n’est pas indispensable
+pour rendre compte du phénomène. Pour expliquer la disparition du
+berbère en Tunisie, M. W. Marçais a bien voulu attirer mon attention sur
+un fait bien établi. En Tunisie ç’à été la vie urbaine, en Algérie la
+vie rurale qui a prédominé : les patois comme le berbère ont évidemment
+un caractère rural. Bien entendu la prédominance ancienne de la vie
+urbaine en Tunisie a un lien étroit avec l’existence de Carthage, des
+deux Carthages successives, la punique et la romaine. L’Afrique romaine,
+qui a succédé à la punique, avec sa civilisation millénaire, son
+organisation citadine, sa société bourgeoise, ses besoins de vieux
+peuple civilisé, ne pouvait pas se passer d’une langue littéraire. A
+défaut du latin, que l’effondrement de la domination romaine rendait
+impossible, elle adopta l’arabe : que cette substitution ait été
+facilitée, ou non, par la persistance dans les familles d’un patois
+carthaginois.
+
+C’est assurément une explication de ce genre qui rend compte du bloc
+arabophone tunisien bônois.
+
+_Le berceau des Fatimides._ — L’Afrique romaine avait du côté de la
+Maurétanie berbère une frontière qu’elle a gardée pendant des siècles et
+qui nous est bien connue, c’était le flumen Amsaga, qui porte
+aujourd’hui à son embouchure le nom d’oued el-Kebir, dans son cours
+moyen celui de Rummel, dans son cours supérieur celui de Bou-
+Merzoug[197]. C’est la rivière de Constantine. Dans l’Afrique antique
+l’Amsaga était une frontière aussi célèbre que la Moulouya (Mulucha),
+entre les deux Maurétanies, la Césarienne et la Tingitane.
+
+Il faut noter que cette frontière le long de l’Amsaga était politique et
+historique. Elle ne coïncide avec aucune frontière géographique
+imaginable. Ici le rayonnement de proche en proche du vieux pays
+civilisé de Carthage a triomphé des obstacles naturels, l’histoire a
+pris le pas sur la géographie.
+
+Aujourd’hui nous trouvons l’arabe installé comme langue unique non
+seulement sur la rive droite de l’Amsaga (région de Philippeville), mais
+aussi sur sa rive gauche (région de Djidjelli). Et nous devinons
+aisément à la suite de quel grand fait historique la langue arabe a
+réalisé cette dernière conquête.
+
+La petite Kabylie, entre la crête des Babor et l’oued el-Kebir
+(l’Amsaga) parle un dialecte arabe étrange : les arabisants à diverses
+reprises ont signalé les particularités de ce jargon[198]. Ce qui est
+intéressant pour nous ce sont les frontières entre lesquelles il est
+parlé. Ce sont, incontestablement, celles de la tribu ancienne des
+Ketama (Ukutemani des inscriptions, Koidamousioi de Ptolémée). Il n’y a
+pas de tribu berbère plus illustre : ce sont les Ketama qui ont fondé
+l’empire des Fatimides, conquis l’Égypte, pris pendant un temps la
+direction de l’Islam entier. Ce petit district fut au Xe siècle
+d’importance mondiale.
+
+Dans l’histoire de l’Islam Maugrebin, un honneur de ce genre est
+invariablement mortel. Les Koumia qui ont fondé la dynastie Almohade,
+les Sanhadja de Maurétanie qui ont fondé la dynastie Almoravide, etc.,
+tous ont été ensevelis dans leur triomphe. Et les Ketama n’ont pas fait
+exception à la règle. La tribu berbère qui élève son chef à l’empire se
+donne tout entière et sans réserve. Elle fournit, à elle seule,
+jalousement, tous les soldats et tous les fonctionnaires : elle réclame
+le monopole des batailles, et celui, encore plus redoutable, des
+jouissances : c’est une énorme flambée où la tribu tout entière est
+consumée en quelques dizaines d’années. On ne connaît rien d’analogue
+dans notre histoire européenne. Aujourd’hui le nom de Ketama a disparu
+depuis longtemps comme ethnique du moins : car il survit dans l’argot
+local comme appellation grossièrement injurieuse. A Constantine, dit
+Féraud, il est synonyme de « proxénète, sodomisé, homme avili,
+renégat[199] ». Il va sans dire qu’aucun indigène de petite Kabylie ne
+se reconnaît descendant des vieux Ketama historiques, et on pourrait les
+croire éteints. Seulement sur le territoire de la tribu il se parle un
+dialecte qui n’a aucun rapport avec aucun des dialectes voisins, et
+c’est un dialecte arabe. Il y a apparence qu’il remonte aux Xe et XIe
+siècles, à l’époque glorieuse.
+
+En résumé voilà un coin de Kabylie, toute l’extrémité orientale à l’est
+des Babor, qui est arabophone malgré son nom et malgré sa situation
+géographique. Sur ce point la géographie n’a pas servi de guide à
+l’histoire. Cette anomalie, dont les causes sont très apparentes, est
+curieuse.
+
+C’est un point où il faut se souvenir, dans la recherche des régions
+naturelles, que les sciences de la nature ne peuvent pas avoir une
+méthode rigide et déductive.
+
+_Cæsarea._ — Zénétie d’un côté, plaine et collines de Bône d’autre part,
+avec l’appendice de la petite Kabylie Ketama ; entre ces deux taches
+arabophones, le groupe des berbérophones : voilà bien l’image d’ensemble
+de l’Algérie, au point de vue linguistique. Mais dans le bloc des
+berbérophones il y a des distinctions intéressantes.
+
+A l’ouest, tout à fait en dehors du domaine kabyle, dans l’Algérie des
+plaines littorales, il y a un archipel de petites taches berbérophones
+autour de la Mitidja et du Chéliff. Ce sont les dernières traces en
+Algérie des dialectes zénètes, survivant encore péniblement au triomphe
+de la langue arabe. L’îlot le plus important de beaucoup est celui des
+Beni-Menacer à côté de Cherchell, l’ancienne Cæsarea, qui fut capitale
+de l’Algérie romaine, et qui lui donnait son nom de Maurétanie
+césarienne. Faut-il conclure qu’il puisse y avoir, dans certaines
+circonstances, un lien entre l’influence romaine et la persistance d’un
+idiome berbère ? On verra quelques lignes plus loin se poser le même
+problème.
+
+_Numidie et pays Chaouïa._ — Avec la Kabylie (l’ancien royaume
+Sanhadja), la province berbérophone la plus importante est évidemment le
+pays Chaouïa. L’Aurès tout entier, avec les hautes plaines qui le
+prolongent jusqu’aux portes de Constantine et de Souq-Ahras, tout cela
+est habité par des pâtres de moutons (c’est le sens du mot _Chaouïa_),
+qui parlent berbère, et qui ont une horreur nationale des Arabes.
+
+C’est une région naturelle à tous les points de vue. De grands accidents
+de structure l’isolent sur tout son pourtour. Vers l’ouest la grande
+cassure du Hodna, au nord la limite géographique si importante entre les
+hautes plaines et le Tell, entre le socle continental de l’Atlas
+saharien aux plis simples, et les bouleversements du géosynclinal
+tellien. Le contraste est tout aussi vif au point de vue humain. Ces
+pâtres, dont les moutons constituent à peu près tout le cheptel,
+nomadisent dans un petit rayon : tout leur manquerait pour les grandes
+randonnées, les bêtes de transport, les relations, l’organisation. Ils
+jalousent et ils détestent les grands nomades chameliers de langue
+arabe, avec lesquels depuis des siècles ils échangent des coups.
+
+Mais d’autre part ces gens qui vivent sous la tente sont très loin du
+villageois kabyle. Leurs dialectes berbères sont si différents qu’on se
+comprend à peine. Chaouïas et Kabyles sont les uns et les autres très
+conscients de leur individualité.
+
+Le pays Chaouïa a aussi son histoire à soi, un passé lointain qui lui
+appartient en propre.
+
+Cette grande cassure, qui coupe l’Algérie en écharpe, du seuil de Biskra
+jusqu’à Tlemcen, le bord nord-oriental du horst algérien, il faut noter
+qu’elle était suivie d’un bout à l’autre, assez exactement, par le
+_limes_ de l’empire romain. C’est un fait très curieux, un de ceux dont
+on a le droit de dire, apparemment, qu’ils ont des chances de n’être pas
+fortuits (fig. 46).
+
+Le _limes_ n’était pas la frontière. L’armée romaine agissait en dehors
+du limes, dressait des forteresses avancées : en deçà du limes était
+renfermé ce que nous appellerions le territoire de colonisation. Tout le
+pays chaouïa était en deçà du limes, comme d’ailleurs toute la Kabylie.
+
+Mais sous l’empire romain la Kabylie était la Maurétanie : le pays
+Chaouïa était la Numidie. Originairement nul doute que les Numides, ceux
+de Massinissa, n’aient été des nomades. Mais à mesure que l’empire a
+duré c’est la Numidie qui a été par excellence la province colonisée :
+c’est sur son sol que les archéologues retrouvent aujourd’hui toutes les
+ruines de grandes villes, Timgad, Khamissa, Mdaourouch, Tebessa,
+Lambèse, etc. La Maurétanie ne donne à peu près rien à l’archéologie ;
+elle reste jusqu’au bout, de fait comme de nom, le pays des Maures, le
+coin barbare. Mais le nom de la Numidie à l’apogée de l’Empire ne
+correspond plus à aucune réalité, le passé est mort, il n’y a plus de
+nomades, les olivettes ont pris la place des pâturages.
+
+Rien de plus naturel. De la même façon nous voyons de nos jours
+l’Oranie, la Zénétie des nomades, devenir le théâtre des grandes
+conquêtes pour la colonisation européenne. C’est là que le colon refoule
+l’indigène. Dans la Kabylie au contraire on signale des points, comme la
+Medjana, où le colon, appuyé, imposé par l’administration, est éliminé
+au contraire, silencieusement et définitivement, par la concurrence
+kabyle. On peut imaginer l’évolution de la Numidie sous l’empire romain
+en considérant celle du Sersou de nos jours. Ce sont choses
+comparables ; on reconnaît à ces traits l’Algérie éternelle.
+
+La Numidie colonisée fut un pays de grands domaines, de grande industrie
+agricole, exportateur en grand de céréales et d’huile. Elle donna au
+monde romain des écrivains comme Apulée, saint Augustin, issus d’une
+élite bourgeoise de langue et de culture latine. Elle lui donna aussi la
+plèbe révolutionnaire des Circoncellions : sous le nom d’hérésies, de
+luttes religieuses, on reconnaît des phénomènes qui nous sont familiers,
+les troubles sociaux, les mouvements ouvriers. Toute cette plèbe servile
+d’ouvriers agricoles était restée fidèle au dialecte berbère.
+
+Et dès lors on devine aisément ce qui advient lorsque croula la
+civilisation romaine. Ce qui fait si imposantes les ruines dont Timgad
+est le type classique, et qui rivalisent avec Pompéi, c’est que la
+Numidie a cessé d’un coup d’être une région urbaine. Les villes furent
+pillées, brûlées et abandonnées. Si elles avaient été reconstruites, si
+la vie avait continué dans leur enceinte, il n’en resterait plus trace.
+La vie qui refond et qui renouvelle est naturellement la grande
+destructrice. Avec les cités la bourgeoisie est morte et avec elle non
+seulement la langue latine, mais encore le besoin même d’avoir une
+véritable langue. Le dialecte berbère n’a plus de rival.
+
+On peut imaginer pourtant que cette plèbe des Circoncellions, regroupée
+en tribus berbères, n’ait jamais pu secouer tout à fait l’empreinte de
+son long passé romain. Ce passé, dont Masqueray a recherché pieusement
+les traces, a nécessairement contribué à faire une âme propre aux
+Chaouïas : comme aux Béni-Menasser de Cherchell. En face d’étrangers,
+comme les Arabes, venus du fond de l’orient et du désert, on conçoit que
+des gens qui ont un passé numide se sentent irréconciliables.
+
+_Conclusions._ — Assurément rien de tout cela n’est au point. Cette
+Algérie qui a été successivement carthaginoise, romaine, arabe, turque,
+française, et qui à travers tous ces avatars n’a jamais pourtant cessé
+d’être elle-même, a une histoire dont on entrevoit mal les grandes
+lignes. Les documents abondants avec lesquels il faudrait l’écrire
+rentrent dans des compartiments tout à fait étanches de l’érudition,
+celui par exemple des études classiques, et celui de l’orientalisme.
+
+Sous ces réserves il nous semble que la carte des langues en Algérie
+n’est pas inintelligible : on croit reconnaître les grands événements
+historiques qui l’ont dessinée, et qui ne sont pas indépendants de la
+structure. Cette Algérie humaine paraît avoir avec l’Algérie physique un
+rapport indéniable : et si on ne se trompe pas on pourrait donc conclure
+que dans le présent petit travail, on n’a pas moulu à vide.
+
+Ce rapport entre l’homme Algérien et le sol on peut le résumer très
+brièvement, au moins dans un trait essentiel. Quand nos pères, au temps
+de Louis-Philippe, ont pris contact avec ce pays, ils y ont distingué le
+Tell et les hauts plateaux. Le Tell c’est la zone côtière qui a été
+modelée par l’érosion avec la mer comme niveau de base. Les hauts
+plateaux c’est la région intérieure qui a été modelée par l’érosion en
+bassin fermé avec le chott voisin pour niveau de base. Le contraste
+entre les deux modelés est extraordinaire, il saute aux yeux, la
+première impression de nos pères était et reste très juste.
+
+Seulement cette grande division, si importante soit-elle, n’est pas le
+trait géographique essentiel qui a présidé au groupement historique de
+l’humanité. L’axe humain de l’Algérie c’est le grand arc montagneux qui
+la coupe en écharpe de Biskra à Tlemcen. On ne saurait trop insister là-
+dessus.
+
+Quoiqu’on ne l’ait jamais exposé nettement ce doit être une ligne de
+grande importance au point de vue climatique. La famine de 1921 a un
+rapport avec elle ; elle a épargné l’Aurès et les Kabylies, ç’a été une
+famine zénète. Les études de l’Institut Pasteur sur les sauterelles,
+lorsqu’on se décidera à les publier, feront ressortir cette limite à
+laquelle les grandes invasions d’acridiens marquent toujours un temps
+d’arrêt. C’est l’importance climatique assurément qui en fait la valeur
+humaine.
+
+Sur cette ligne deux humanités, ou en tout cas deux cultures,
+s’affrontent depuis les temps les plus reculés. Avant l’histoire, à
+l’époque des plus anciens tombeaux, dolmens et tumulus, l’arc Biskra-
+Tlemcen sépare déjà deux provinces tout à fait distinctes. La mission
+ethnographique Frobenius, qui a parcouru l’Algérie en 1914, l’a reconnu
+immédiatement[200] ; et on ne peut pas soupçonner M. Frobenius, dont
+l’ignorance ou le dédain de la bibliographie est fantastique, d’avoir
+emprunté cette idée à ses prédécesseurs. Elle s’est imposée à lui comme
+à eux[201]. Au nord de l’arc Biskra-Tlemcen sont les cimetières de
+dolmens, au sud les grossiers tumulus de cailloux éparpillés isolément.
+Aujourd’hui ce même arc sépare les grands nomades chameliers des paysans
+Kabyles et des petits nomades moutonniers ; le Zénétie de langue arabe,
+et le bloc Berbérophone dissocié en archipel. Les Romains dont l’empire
+en Afrique du Nord a duré cinq siècles, ont été plus dociles à
+l’évidence des faits que notre jeune administration française. Leur
+_limes_ allait de Biskra à Tlemcen.
+
+Ce grand arc montagneux est composite. Il est assemblé de bouts de
+chaîne discontinus entre l’Aurès et l’Ouarsenis ; à son extrémité
+occidentale entre la Mina et la Moulouya, c’est le rebord de grands
+causses, plus ou moins couverts de pinèdes, du sommet desquels on
+descend dans le Tell par de larges brèches. Ce chapelet de montagnes n’a
+pas plus de nom que d’unité. Et il faudrait cependant pouvoir nommer
+l’axe géographique de l’Algérie. Ne pourrait-on pas l’appeler la chaîne
+du limes ?
+
+On soulignerait ainsi son rôle historique. Mais il ne faut pas oublier
+qu’il est aussi, malgré son aspect hétéroclyte une réalité géologique
+extrêmement simple ; puisque c’est le rebord Nord-Oriental du horst
+algérien. Il n’y a guère de coin sur la planète où le lien entre la
+géologie et l’homme soit plus manifeste.
+
+
+[Note 191 : No 41, _passim_.]
+
+[Note 192 : No 112.]
+
+[Note 193 : No 65 carte jointe, no 51, _id._ et no 52, _id._]
+
+[Note 194 : No 63, p. 30.]
+
+[Note 195 : No 63, p. 26, 29, 36.]
+
+[Note 196 : Adhésion formelle de Cseu, no 64, t. IV, p. 498.]
+
+[Note 197 : No 8, feuille 8.]
+
+[Note 198 : No 34, p. 272.]
+
+[Note 199 : No 35, p. 159.]
+
+[Note 200 : 42 bis, p. 3, 22.]
+
+[Note 201 : 53 bis, p. 9.]
+
+
+
+
+ BIBLIOGRAPHIE DES CARTES
+
+ * * * * *
+
+
+Algérie :
+
+1. Carte du Service géographique de l’armée à 1:800000e.
+
+2. Carte géologique à 1:800000e, édition de 1900.
+
+3. Carte hypsométrique de Flotte de Roquevaire en couleurs à 1:1500000e
+(cette carte fait partie d’un Atlas Augustin Bernard et Flotte de
+Roquevaire, qui n’est pas encore dans le commerce et qui se prépare au
+Service géographique du Gouvernement général.
+
+4. Carte du Service géographique de l’armée à 1:200000e.
+
+5. Carte du Service géographique de l’armée à 1:100000e (territoires du
+Sud).
+
+6. Carte du Service géographique de l’armée à 1:50000e, topographique.
+
+7. Carte du Service géographique de l’armée à 1:50000e, géologique.
+
+8. Atlas archéologique de l’Algérie avec un texte explicatif de Stéphane
+Gsell. Alger, Jourdan, 1911.
+
+
+Tunisie :
+
+9. Carte du Service géographique de l’armée à 1:800000e.
+
+10. Carte géologique provisoire dressée par Aubert, 1892.
+
+11. Carte du Service géographique de l’armée à 1:100000e.
+
+12. Carte du Service géographique de l’armée à 1:50000e.
+
+13. Atlas archéologique de la Tunisie, accompagné d’un texte explicatif
+rédigé par Cagnat, Babelon, etc. Paris, Leroux.
+
+
+Maroc :
+
+14. Carte hypsométrique du Maroc en couleurs à 1:1500000e, dressée et
+publiée par le Bureau topographique du Maroc. Casablanca, 1918.
+
+15. Carte du Maroc à 1:1000000e, dressée et éditée par Barrère, 21, rue
+du Bac, Paris, 1913.
+
+16. Essai d’une carte géologique du Maroc par Louis Gentil, 1911, à
+1:2500000e accompagnant no 56.
+
+17. Esquisse géologique de la frontière marocaine par G.-B.-M. Flamand,
+à 1:1000000e, décembre 1909, publiée par le Gouvernement général de
+l’Algérie (territoires du Sud).
+
+18. Carte du Maroc à 1:200000e publiée par le Bureau topographique du
+Maroc (Casablanca).
+
+19. Carte du Maroc à 1:100000e publiée par le Bureau topographique du
+Maroc (Casablanca).
+
+
+Algérie, Tunisie, Maroc :
+
+20. Les cartes marines.
+
+
+
+
+ BIBLIOGRAPHIE
+
+ DES VOLUMES, ARTICLES DE REVUE, BROCHURES,
+
+ PAR NOMS D’AUTEURS, SUIVANT L’ORDRE ALPHABÉTIQUE
+
+ * * * * *
+
+
+21. Aubert : Explication de la carte géologique provisoire de la
+Tunisie, Paris, Barrère, 1892.
+
+22. A. Bernard et E. Ficheur : Les régions naturelles de l’Algérie,
+_Annales de Géographie_, t. XI, 1902, p. 221, 339, 419.
+
+23. Edmond Bernet : Contribution à l’étude géologique de la
+Tripolitaine, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XII, 1912, p. 385.
+
+24. Général Berthaut : Topologie. — Étude du terrain, t. I et II,
+Imprimerie du Service géographique, 1909.
+
+25. Général de Beylié : La Kalaa des Beni-Hammad, Paris, Leroux, 1907,
+in-4.
+
+26. Joseph Blayac : Esquisse géologique du bassin de la Seybouse, Alger,
+1912 (Thèse de doctorat).
+
+27. A. Brives : Voyages au Maroc (1901-1907), Alger, 1909, in-4. Cartes
+sous portefeuille séparé.
+
+28. Commandant G. Cauvet. Les mares à silures de l’Algérie. Dans
+_Bulletin de la Société d’histoire naturelle de l’Afrique du Nord_,
+1915, p. 102 à 104.
+
+29. R. Chudeau : Tectonique de l’Afrique occidentale, dans _Bull. Soc.
+Géol. Fr._, 4e série, t. XVIII, 1918, p. 59.
+
+30. M. Dalloni : Recherches sur la période néogène dans l’Algérie
+occidentale, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XV, 1915, p. 434.
+
+31. M. Dalloni : Les terrains oligocènes dans l’ouest de l’Algérie,
+_Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XVI, 1916, p. 97.
+
+31 _a._ M. Dalloni : Le terrain houiller sur le littoral de la province
+d’Oran, _Comptes rendus Acad. Sc._, 2 juin 1919, p. 1117.
+
+31 _b._ M. Dalloni : L’extension du terrain houiller sur le littoral de
+la province d’Oran, _Comptes Rendus sommaires de la Soc. Géol. Fr._, 21
+juin 1920, p. 133.
+
+31 _c._ M. Dalloni : Sur la structure de la chaîne numidique.
+Observations sur les prétendus charriages, _Bull. Soc. Géol. de France_,
+4e série, t. XX, p. 187 à 195, année 1920.
+
+32. L. Dollé : Les graptolites de la haute plaine du Tamlelt. _Ann. Soc.
+Géol. du Nord_, t. XLII, p. 223.
+
+32 _bis._ Excursion interuniversitaire en Algérie, dans _Annales de
+Géographie_, 15 mai 1921.
+
+33. L’Afrique septentrionale au XIIe siècle de notre ère. _Extrait du
+Kitab el-Istibçar_, traduction E. Fagnan, Constantine, 1900.
+
+34. L. Féraud : Mœurs et coutumes kabiles, _Revue Africaine_, année
+1862, p. 273, 429.
+
+35. L. Féraud : Notice sur les Oulad Abd-en-Nour, _Annales Soc. Arch.
+Const._, vol VIII, p. 134.
+
+36. E. Ficheur : Description géologique de la Kabylie du Djurdjura,
+Alger, 1890.
+
+37. E. Ficheur : Les terrains anciens et l’éocène métamorphique dans les
+massifs numidiens, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. II, 1903, p.
+407.
+
+38. E. Ficheur : Le cartennien de Ben Mahis, région de Berrouaghia
+(Alger), _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XVII, 1917, p. 136.
+
+39. Théobald Fischer : Mittelmeer bilder, _Zweite Aŭflage_, Leipzig und
+Berlin, 1913.
+
+40. Théobald Fischer : Mittelmeer bilder. _Neue Folge_, Leipzig und
+Berlin, 1908.
+
+41. G.-B.-M. Flamand : Recherches sur le haut pays de l’Oranie, Lyon,
+1911 (Thèse de doctorat).
+
+42. R. Fourtau : Sur le grès nubien, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 10
+novembre 1902.
+
+42 _bis._ Leo Frobeniŭs : Der Klein afrikanische Grabbaŭ
+(_Præhistorische Zeitschrift_, 1916).
+
+43. Fromentin : Une année dans le Sahel, Paris, 1898.
+
+44. E.-F. Gautier : La meseta Sud-Oranaise, _Annales de Géographie_, t.
+XVIII, 1909, p. 328.
+
+45. E.-F. Gautier : De Berrouaghia à Aumale, _Annales de Géographie_, t.
+XIX, 1910, p. 245.
+
+46. E.-F. Gautier : Les hauts plateaux Algériens, _La Géographie_, t.
+XXI, 1910, p. 89.
+
+47. E.-F. Gautier : Profils en long de cours d’eau en Algérie-Tunisie,
+_Annales de Géographie_, t. XX, 1911, p. 351 et 431.
+
+48. E.-F. Gautier : Le rocher de sel de Djelfa, _Annales de Géographie_,
+t. XXIII, 1914, p. 245.
+
+49. E.-F. Gautier : Le chott Tigri, _Annales de Géographie_, t. XXV,
+1916, p. 181 et 291.
+
+49 _bis._ E.-F. Gautier : La source du Thaddert à Figuig, _Annales de
+Géographie_, t. XXVI, 1917, p. 450.
+
+50. E.-F. Gautier et R. Chudeau : Missions au Sahara, t. I, _Sahara
+Algérien_, Paris, 1908.
+
+51. Edmond Doutté et E.-F. Gautier : _Enquête sur la dispersion de la
+langue Berbère_, Alger, 1912.
+
+52. E.-F. Gautier : Répartition de la langue Berbère en Algérie,
+_Annales de Géographie_, t. XXII, 1913, p. 255.
+
+53. E.-F. Gautier : L’Algérie et la Métropole, Paris, 1920.
+
+53 _bis._ E.-F. Gautier : Les premiers résultats de la mission
+Frobeniŭs, _Revue Africaine_, no 306, 1921.
+
+54. Louis Gentil : Étude géologique du bassin de la Tafna, Alger, 1903.
+
+55. Louis Gentil : L’Amalat d’Oudjda, _La Géographie_, t. XXIII, 1911,
+p. 17 et 331.
+
+56. Louis Gentil : La géologie du Maroc et la genèse de ses grandes
+chaînes, _Annales de géographie_, t. XXI, 1912, p. 130.
+
+57. Louis Gentil : _Le Maroc physique_, Alcan, 1912.
+
+58. Louis Gentil : Notes d’un voyage géologique à Taza (Maroc
+septentrional). Contribution à l’étude du détroit Sud-Rifain, _Bull.
+Soc. Géol. Fr._, 4e série, 1919, t. XVIII, p. 129.
+
+59. Louis Gentil : _Note dans les Comptes Rendus sommaires de la Soc.
+Géol. Fr._, no 5, 1er mars 1920.
+
+60. Louis Gentil et Léonce Joleaud : Les nappes de charriage dans
+l’Afrique du Nord, dans _Revue générale des sciences_, 15 octobre 1918.
+
+61. _a._ Gouvernement général de l’Algérie : _Notice sur l’hydraulique
+agricole_ (Exposition universelle de 1900).
+
+61 _b._ Gouvernement général de l’Algérie (Direction des travaux publics
+et des mines) : _Notice sur les routes, les ports, l’hydraulique
+agricole, les mines_ (Exposition coloniale de Marseille, 1906).
+
+62. Stéphane Gsell : Les monuments antiques de l’Algérie, t. I et II,
+Paris, 1901.
+
+63. Stéphane Gsell : L’Algérie dans l’antiquité, Alger, Jourdan, 1903.
+
+64. Stéphane Gsell : Histoire ancienne de l’Afrique du Nord, t. I, II,
+III et IV, Hachette, 1913 à 1920.
+
+65. Hanoteau : Essai de grammaire de la langue Tamachek, Paris, 1860.
+
+66. Émile Haug : Paléontologie, dans _Documents scientifiques de la
+mission Foureau-Lamy_, Paris, 1905.
+
+67. Ibn Khaldoun : Histoire des Berbères, _Traduction de Slane_, Alger,
+1852.
+
+68. Léonce Joleaud : Sur l’existence d’une nappe de charriage dans le
+nord-est de l’Algérie, _Compte Rendu Acad. Sc._, p. 480, 1908.
+
+69. Léonce Joleaud : Le régime des eaux dans la région de Constantine.
+Conférence imprimée à Constantine, 1908.
+
+70. Léonce Joleaud : Étude géologique de la chaîne Numidique,
+Montpellier, 1912 (Thèse de doctorat).
+
+71. Léonce Joleaud : Les grandes lignes directrices de l’orographie en
+Numidie, _Bull. Soc. de Géographie d’Alger_, 1913, p. 502.
+
+72. Joleaud : Notice sur Hammam Meskoutine, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 3e
+série, t. XIV, 1914, p. 423.
+
+73. Ch. Depéret et Léonce Joleaud : Les dépôts quaternaires marins de la
+région de Bône et de La Calle, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 30 avril
+1917.
+
+74. Léonce Joleaud et Alexandre Joly : Sur quelques phénomènes de
+capture observés dans le bassin du Haut Rummel, _A. F. A. S._, Lille,
+1909, p. 1217.
+
+75. Alexandre Joly : L’érosion par l’eau et le vent dans les steppes de
+la province d’Alger, _Bull. Soc. Géog._ d’Alger, 1904, p. 507.
+
+76. Alexandre Joly : La ligne de partage des eaux marines et
+continentales dans l’Afrique mineure, _Bull. Soc. géographique_ d’Oran,
+t. XXVII, 1907, fascicule CXII.
+
+77. Alexandre Joly : Le plateau steppien d’Algérie. Relief et structure,
+_Annales de géographie_, t. XVIII, 1909, p. 162 et 238.
+
+78. Général de Lamothe : Note sur les anciennes plages et terrasses du
+bassin de l’Isser, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 3e série, t. XXVII, 1899, p.
+257.
+
+79. Général de Lamothe : Les anciennes lignes de rivage du Sahel
+d’Alger, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 26 décembre 1904.
+
+80. Général de Lamothe : Les anciennes lignes de rivage du Sahel d’Alger
+et d’une partie de la côte algérienne (_Mém. Soc. Géol. Fr._, 4e série,
+I, Mém. no 6, 1911), in-4, XII + 288 p.
+
+81. Mission dirigée au sud de l’Algérie par Choisy (Documents relatifs à
+la), Paris, Imprimerie nationale, in-4, 1890.
+
+82. De Martonne : Traité de Géographie physique, Paris, Colin, 1re édit.
+
+82 _bis._ J. Pellegrin : Les vertébrés aquatiques du Sahara (_Comptes
+Rendus Acad. Sc._, t. CLIII, 1911, p. 972, 974.
+
+82 _ter._ J. Pellegrin : Les Vertébrés des eaux douces du Sahara _A. F.
+A. S._, Tunis, 1913, p. 346, 352.
+
+83. P. Penet : L’hydraulique agricole dans la Tunisie méridionale,
+Tunis, 1913.
+
+84. Pervinquières : Étude géologique de la Tunisie centrale (Direction
+générale des Travaux publics. Régence de Tunis). Paris, 1903.
+
+85. A. Pomel : Le Sahara. Observations de géologie et géographie
+physique... publié par la _Société de climatologie d’Alger_, Alger,
+in-8, 1873.
+
+86. A. Pomel : Géologie de la petite Syrte et de la région des chotts
+Tunisiens, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 1878, p. 217 à 224.
+
+87. A. Pomel : Explication de la deuxième édition de la carte géologique
+à 1:800000e, Alger, 1890.
+
+88. F. Rey : Sur la présence du Gothlandien dans la plaine du Tamlelt,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 1911.
+
+89. F. Rey : La haute plaine du Tamlelt, _Bull. Soc. Géog._, Oran, t.
+XXXI, 1911.
+
+90. F. Rey : Recherches géologiques et géographiques sur les territoires
+du Sud-Oranais et du Maroc sud-Oriental, _Revue de Géographie_, t. VIII,
+années 1914-1915.
+
+100. Étienne Ritter : Le Djebel-Amour et les monts des Oulad-Nayl
+(_Bull. du Service de la carte géologique_ de l’Algérie), Alger, 1902.
+
+101. Le capitaine Rodet : Les ruines d’Achir, _Revue Africaine_, t. LII,
+1908, p. 86.
+
+102. Henri Roux et Henri Douvillé : La géologie des environs de Redeyef
+(Tunisie), _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. X, 1910, p. 646.
+
+103. Henri Roux : Les plis des environs de Redeyef, _Bull. Soc. Géol.
+Fr._, t. XI, 1911, p. 249.
+
+104. J. Savornin : Esquisse orographique des chaînons au nord-ouest du
+Hodna, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 16 janvier 1905.
+
+105. E. Ficheur et J. Savornin : Sur les terrains tertiaires de
+l’Ouennougha, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 10 juillet 1905.
+
+106. J. Savornin : Sur la tectonique au sud-ouest du chott el-Hodna,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 13 novembre 1905.
+
+107. J. Savornin : Découverte d’un littoral de l’éocène inférieur dans
+la chaîne des Bibans, _A. F. A. S._, Cherbourg, 1905. _Notes et
+Mémoires_, Paris, 1906, p. 383-387.
+
+108. J. Savornin : La chaîne des Bibans pour le géographe et le
+géologue, _A. F. A. S._, _Ibidem_, p. 388-394.
+
+109. J. Savornin : La dépression de l’Ouennougha-Medjana, _A. F. A. S._,
+Lyon, 1906, p. 285.
+
+110. J. Savornin : Sur le géosynclinal miocène du Tell méridional,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 1907, p. 130.
+
+111. J. Savornin : Sur le régime hydrographique et climatérique Algérien
+depuis l’époque oligocène, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 21 décembre 1908.
+
+112. J. Savornin : Sur la direction des plissements de l’Atlas
+considérée comme résultante de deux actions orogéniques orthogonales,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 27 décembre 1909.
+
+113. J. Savornin : Cartes paléogéographiques dans E.-F. Gautier, no 46.
+
+114. J. Savornin : Au sujet des nappes de charriage du Djurdjura, etc.,
+_Comptes Rendus Acad. Sc._, 12 janvier 1920.
+
+115. J. Savornin : Étude géologique de la région du Hodna et du plateau
+Sétifien, in-8, 496 p., Alger, 1920 (Thèse de doctorat).
+
+116. Ed. Suess : La face de la Terre. Traduction de Margerie, Paris,
+Colin.
+
+117. P. Termier : A propos d’une Note sur les terrains
+cristallophylliens du massif des Beni-Toufout, etc., dans _Bull. Soc.
+Géol. Fr._, 4e série, t. III, 1903, p. 130.
+
+118. P. Termier : Notes de tectonique Tunisienne et Constantinoise,
+_Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. VIII, 1908, p. 102.
+
+119. P. Termier : Sur la tectonique des terrains primaires dans la Nurra
+di Saddari (Sardaigne), _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XIV, 1914,
+p. 42.
+
+120. P. Termier : Note dans les _Comptes Rendus sommaires de la Soc.
+Géol. Fr._, 1er mars 1920.
+
+121. A. Thévenet : Essai de climatologie Algérienne, Alger, 1896.
+
+122. L. Ville : Notice sur les sondages exécutés dans le territoire
+civil de la province d’Alger pour la recherche des eaux jaillissantes,
+Alger, in-8, 1866.
+
+
+
+
+ TABLE DES FIGURES
+
+ * * * * *
+
+
+ Pages.
+
+ _Figure_ 1. Le système Alpin et la Tyrrénide 8
+
+ _Figure_ 2. Vallée de la Zousfana à travers l’Atlas de Figuig 15
+
+ _Figure_ 3. Le Maïz et le Beni Smir 17
+
+ _Figure_ 4. Le Tamlelt 20
+
+ _Figure_ 5. Le plateau de Médéa 29
+
+ _Figure_ 6. Les sillons Sahariens et l’Atlas 33
+
+ _Figure_ 7. Bras de mer éocrétacé 44
+
+ _Figure_ 8. Bras de mer des phosphates 44
+
+ _Figure_ 9. Mer oligocène 44
+
+ _Figure_ 10. Bras de mer cartennien 45
+
+ _Figure_ 11. Mer Sahélienne 45
+
+ _Figure_ 12. Le Rocher de sel de Djelfa 54
+
+ _Figure_ 13. Les dômes Nemenchas 59
+
+ _Figure_ 14. Le profil en long du Chéliff 74
+
+ _Figure_ 15. Région de Boghari 75
+
+ _Figure_ 16. Profil en long de l’oued Bou Sellam 77
+
+ _Figure_ 17. Coude de capture du Bou Sellam 78
+
+ _Figure_ 18. Profil en long de la Seybouse 80
+
+ _Figure_ 19. Profil en long du Rummel 80
+
+ _Figure_ 20. L’oued Bou Merzoug et l’oued Chott-Saboun 81
+
+ _Figure_ 21. Profil en long de l’oued Bou Merzoug prolongé 82
+ (hypothèse Grund)
+
+ _Figure_ 22. Carte schématique de l’allure des plis dans 88
+ l’Atlas Saharien
+
+ _Figure_ 23. Trois coupes à travers l’Atlas 96
+
+ _Figure_ 24. Tendrara, le point culminant des hauts plateaux 100
+
+ _Figure_ 25. Le Tigri 105
+
+ _Figure_ 26. Le Horst Algérien 118
+
+ _Figure_ 27. La fenêtre de l’oued Tifrit 123
+
+ _Figure_ 28. La fin des causses sur l’oued Mina 126
+
+ _Figure_ 29. Le front de la meseta Sud-Oranaise 127
+
+ _Figure_ 30. Le Djebel Badroun 140
+
+ _Figure_ 31. Chaîne des Bibans et sierra du Hodna 142
+
+ _Figure_ 32. Le Sahel et la baie d’Alger 155
+
+ _Figure_ 33. Profil en long du Sig 164
+
+ _Figure_ 34. Profil en long de l’Habra 165
+
+ _Figure_ 35. Profil en long de l’oued Sahel 166
+
+ _Figure_ 36. Profil en long de l’oued Isser 167
+
+ _Figure_ 37. Profils comparés de l’oued Sig et de l’oued Isser 167
+
+ _Figure_ 38. Profil longitudinal de la Tafna 172
+
+ _Figure_ 39. Carte bathymétrique de la Méditerranée 176
+ occidentale
+
+ _Figure_ 40. La côte de Bizerte et de Tunis 179
+
+ _Figure_ 41. Bizerte 181
+
+ _Figure_ 42. Lac Melah 183
+
+ _Figure_ 43. La plaine de Bône 187
+
+ _Figure_ 44. Profil en long de la Medjerda 191
+
+ _Figure_ 45. La transversale de Bougie 194
+
+ _Figure_ 46. Répartition des langues Berbère et Arabe 205
+
+
+
+
+ TABLE DES MATIÈRES
+
+ * * * * *
+
+
+ Pages.
+
+ AVANT-PROPOS 5
+
+ LIVRE I
+
+ LE CADRE
+
+ _Chapitre I. — L’Atlas et le plissement Alpin_ 7
+
+ _Chapitre II. — La grande faille Touat-Roussillon_ 13
+
+ Rue de palmiers 13
+
+ Haute Zousfana 14
+
+ Le Tamlelt 19
+
+ La Moulouya 23
+
+ Conclusion 25
+
+ _Chapitre III. — La grande dorsale Hoggar-Laghouat-Médéah_ 27
+
+ _Chapitre IV. — La brèche de Biskra et la croisée du Djérid_ 32
+
+ Brèche de Biskra 32
+
+ La croisée du Djérid 35
+
+ _Chapitre V. — Conclusions générales_ 37
+
+ LIVRE II
+
+ L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE
+
+ _Chapitre I. — Les temps primaires_ 39
+
+ _Chapitre II. — L’Algérie bras de mer_ 41
+
+ Bras de mer crétacé 41
+
+ Bras de mer éocène 43
+
+ La mer oligocène 47
+
+ Bras de mer miocène inférieur 49
+
+ Golfes Sahélien et Pliocène 50
+
+ Conclusion 51
+
+ _Chapitre III. — Le Trias_ 52
+
+ Rochers de sel 53
+
+ Facies tellien et steppien 56
+
+ Allure des affleurements 57
+
+ Dômes évidés 58
+
+ _Chapitre IV. — Les déserts successifs_ 61
+
+ L’Albien 61
+
+ L’Oligocène 62
+
+ Pliocène 64
+
+ Quaternaire 66
+
+ _Chapitre V. — La Méditerranée substituée à la Tyrrhénide_ 69
+
+ L’effondrement 69
+
+ Les conséquences 70
+
+ Profils longitudinaux 71
+
+ Chéliff 73
+
+ O. Bou Sellam 76
+
+ La Seybouse 79
+
+ Oued Rummel 80
+
+ Bou Merzoug 82
+
+ Conclusions 83
+
+ _Chapitre VI. — Conclusions du Livre_ 84
+
+ LIVRE III
+
+ HAUTS PLATEAUX
+
+ _Chapitre I. — Atlas Saharien_ 87
+
+ Unité de plan 88
+
+ Plissement ébauché 90
+
+ Modelé désertique 91
+
+ Lien entre les deux 93
+
+ _Chapitre II. — L’Aurès_ 95
+
+ _Chapitre III. — Tendrara_ 99
+
+ L’arc de Fortassa 101
+
+ _Chapitre IV. — Le Tigri_ 104
+
+ Le manteau alluvionnaire 106
+
+ Structure géologique 108
+
+ Structure topographique 110
+
+ Conclusions 112
+
+ Chotts à falaises 112
+
+ _Chapitre V. — Le horst Algérien_ 115
+
+ Plateau steppien 115
+
+ Le horst Algérien 117
+
+ _Chapitre VI. — La meseta sud-Oranaise_ 121
+
+ L’extrémité orientale du horst 128
+
+ Conclusions générales du Livre 129
+
+ LIVRE IV
+
+ LES PLIS DU TELL
+
+ _Chapitre I. — Les nappes_ 131
+
+ Djebel Ouach 131
+
+ Sierra de Kabylie 132
+
+ Zaccar 133
+
+ Système de nappes 133
+
+ Conclusions 135
+
+ _Chapitre II. — Chaîne des Bibans et Sierra du Hodna_ 138
+
+ Chaîne des Bibans 138
+
+ La route Romaine 141
+
+ Sierra du Hodna 142
+
+ Conclusions 144
+
+ _Chapitre III. — Le faisceau des plis_ 146
+
+ LIVRE V
+
+ LES TRANSVERSALES DU TELL
+
+ _Chapitre I. — De part et d’autre de Médéa_ 149
+
+ Tell oriental 150
+
+ Tell occidental 152
+
+ _Chapitre II. — La Mitidja_ 154
+
+ L’oued Mazafran 156
+
+ _Chapitre III. — Les plaines oranaises_ 158
+
+ Hydrographie de la plaine 159
+
+ _Chapitre IV. — Le Sig et l’Habra. L’Isser et l’oued Sahel_ 163
+
+ Sig et Habra 163
+
+ Oued Sahel et oued Isser 165
+
+ Comparaison 168
+
+ _Chapitre V. — La Tafna_ 171
+
+ La carte bathymétrique 171
+
+ La Tafna 171
+
+ Tlemcen et Siga 173
+
+ _Chapitre VI. — Le haut fond de Bône_ 175
+
+ La côte Algérienne 175
+
+ Côte Bônoise et Tunisienne 178
+
+ _Chapitre VII. — La plaine de Bône_ 186
+
+ L’Edough et la croisée orthogonale 186
+
+ La plaine 187
+
+ Affinités Tunisiennes 190
+
+ _Chapitre VIII. — Bougie_ 193
+
+ L’importance humaine 194
+
+ La Kalaa et Bougie 195
+
+ _Chapitre IX. — Tiaret_ 197
+
+ La Mina 197
+
+ Royaume de Tiaret 199
+
+ LIVRE VI
+
+ LES RÉGIONS NATURELLES ALGÉRIENNES
+
+ _Chapitre unique_ 201
+
+ But poursuivi 201
+
+ Régions naturelles 202
+
+ La carte des langues 203
+
+ Les lois du groupement 204
+
+ La Zénétie 206
+
+ La Kabylie Sanhadja 208
+
+ Bône 210
+
+ Le berceau des Fatimides 212
+
+ Cæsarea 213
+
+ Numidie et pays Chaouïa 214
+
+ Conclusions 216
+
+ BIBLIOGRAPHIE des cartes 219
+
+ BIBLIOGRAPHIE des volumes, articles, brochures, etc. 221
+
+
+
+
+ TABLE ALPHABÉTIQUE
+
+ * * * * *
+
+
+ A
+
+ _Accidents nord-sud_, p. 37 (voir _Transversales_), fig. 6.
+
+ _Achir_, p. 30, 148, 196, 208 et fig. 46.
+
+ _Aïn-Ouarka_, p. 57.
+
+ _Akbou_, p. 194.
+
+ _Alger_, p. 10, 30, 50 et 149.
+
+ (port d’), p. 175, 176 et fig. 32.
+
+ (Sahel d’), p. 154 et suiv. et fig. 5.
+
+ _Alpin_ (plis d’âge), p. 49, 147 et 194.
+
+ (dans le Tell occidental), p. 152.
+
+ (puissance maximum), p. 158.
+
+ _Ampère_, p. 79.
+
+ _Ampsaga_ (frontière Romaine), p. 82 et 212.
+
+ _Andalous_, p. 207.
+
+ _Arabes_, p. 97.
+
+ _Arabophones_, p. 203 et suiv.
+
+ (plaine de Bône), p. 206 et 210.
+
+ (petite Kabylie), p. 212.
+
+ (Oranie), p. 206, 207.
+
+ (trouée de Taza), p. 207.
+
+ (Tunisie), p. 204.
+
+ (domaine du punique), p. 211.
+
+ (nomadisme), p. 204.
+
+ (dans les plaines), p. 204.
+
+ _Archgoul_, p. 173.
+
+ _Arganier_, p. 70.
+
+ _Arzeu_, p. 176.
+
+ (salines d’), p. 163.
+
+ _Atlas_, p. 7 et suiv., p. 14, 37, 41, 51 et fig. 1.
+
+ (originalités de l’), p. 202.
+
+ _Atlas de Blida_, p. 133 et suiv., p. 154 et suiv., p. 198 et fig. 5.
+
+ _Grand Atlas marocain_, p. 23 et 87.
+
+ _Moyen Atlas marocain_, p. 24.
+
+ _Atlas d’Oran, Constantine et Alger_, p. 95.
+
+ _Atlas oranais_ (faible puissance), p. 198. (pluies), p. 199.
+
+ _Atlas Saharien_, p. 87 et suiv., p. 32, 51, 56, 87, 95, 116 et fig.
+ 22, 23, 26.
+
+ _Atlas Saharien_ (enfoui sous ses débris), p. 92.
+
+ (formes jurassiennes), p. 90.
+
+ (modelé désertique), p. 91.
+
+ (mouvements pliocènes), p. 89.
+
+ (plis ébauchés), p. 90.
+
+ (relai des plis), p. 87 et suiv. et 119.
+
+ (relayant l’A. Tellien), p. 186.
+
+ (terrasses), p. 89.
+
+ (synclinaux perchés), p. 91.
+
+ _Atlas Tellien_, p. 95 et fig. 23.
+
+ (comparé au Saharien), p. 128.
+
+ (coulisses de l’), p. 138 et suiv.
+
+ (énergie des plis), p. 143.
+
+ (extrémité orientale), p. 186.
+
+ (faisceau des plis), p. 146.
+
+ (habit d’arlequin), p. 145.
+
+ _Aumale_, p. 138.
+
+ _Aurès_, p. 32 et suiv., 95 et suiv. et fig. 6.
+
+ (direction des plis), p. 186 et fig. 23.
+
+ B
+
+ _Babor_ (calcaire des), p. 193.
+
+ (chaîne des ... et nappe ?), p. 132 et suiv. et fig. 45.
+
+ (limite langues), p. 212.
+
+ _Bassins fermés_ (anciens), p. 65, 108, et 150.
+
+ (domaine en régression), p. 71 et suiv. et fig. 19 et 21.
+
+ _Batha (el)_, p. 200.
+
+ _Bathymétriques_ (courbes), p. 171, fig. 29 et 32 ; p. 175 et suiv. et
+ fig. 39.
+
+ _Bel-Riada_, p. 100.
+
+ _Beni-Abbès_ (sultanat de Labès), p. 195 et fig. 45.
+
+ (Mokrani), p. 195.
+
+ _Beni-bou-Zeggou_ (mont des), p. 121 et fig. 29.
+
+ _Beni-Guill_, p. 24.
+
+ _Beni-Menacer_, p. 216.
+
+ _Beni-Ounif_, p. 14, 64 et fig. 2.
+
+ _Beni-Sliman_ (plaine des), p. 150.
+
+ _Berbères_ (royaumes), p. 209.
+
+ _Berbérie_ (maîtres étrangers), p. 210.
+
+ _Berbérophones_, p. 204 et suiv.
+
+ (Aurès), p. 214.
+
+ (Beni Menacer), p. 216.
+
+ (Chaouïa), p. 214.
+
+ (hautes plaines Constantine), p. 214.
+
+ (Kabylie), p. 207 et 208.
+
+ (Maroc), p. 204.
+
+ (monts de Blida et du Chélif), p. 206.
+
+ (réfugiés dans montagnes), p. 204.
+
+ (sédentaires), p. 204.
+
+ _Berguent_, p. 101.
+
+ _Berrouaghia_, p. 138 et fig. 31.
+
+ _Biban_ (chaînes des), p. 138 et suiv., fig. 31.
+
+ (âge Pyrénéen), p. 139 et fig. 30.
+
+ (axe de l’Atlas oligocène), p. 139.
+
+ (défilé des ...), p. 138 et suiv., p. 151, 195 et fig. 45.
+
+ (nappe des), p. 133.
+
+ (rivage de mers tertiaires), p. 139.
+
+ (route Romaine), p. 141.
+
+ (suture avec sierra du Hodna), p. 167.
+
+ _Billard du colonel_, p. 117.
+
+ _Biskra_ (seuil de), p. 21 et fig. 6, p. 32 et suiv., p. 50, 51, 96 et
+ fig. 23, p. 196 et 206.
+
+ _Bizerte_, p. 190 et fig. 40 et 41.
+
+ (goulet), p. 180, 181.
+
+ (profondeur lagune), p. 182.
+
+ (Rade), p. 180.
+
+ _Boghar_, p. 115.
+
+ _Boghari_, p. 48 et fig. 31.
+
+ (coude de capture), p. 73 et fig. 14 et 15.
+
+ _Bône_ (ville de), p. 80.
+
+ (rivalité avec Constantine), p. 192.
+
+ (côte de), p. 175 et 178.
+
+ (rias), p. 182 et suiv.
+
+ (terrasses), p. 184 et 185.
+
+ _Bône_ (plaine de), p. 187 et suiv., fig. 43, p. 193 et 206.
+
+ (affinités tunisiennes), p. 190 et 211.
+
+ (arabophone), p. 211.
+
+ (canaux ou Khelidj), p. 188.
+
+ (hydrographie), p. 187 et suiv.
+
+ (influences maritimes), p. 192.
+
+ (insalubrité), p. 188.
+
+ (langue punique), p. 192 et 211.
+
+ (relèvement niveau de base), p. 190.
+
+ _Bossuet_, p. 164.
+
+ _Bou Aiech_, p. 64.
+
+ _Bou Guezoul_ (marais), p. 73 et fig. 15.
+
+ _Bougie_ (baie de), p. 176 et 193 et fig. 45.
+
+ (capitale historique), p. 196.
+
+ _Bouira_, p. 165 et fig. 31.
+
+ _Bou Saada_, p. 116.
+
+ _Bouzaréa_, p. 10 et fig. 32.
+
+ _Brachyanticlinaux et synclinaux_, p. 16 et 202.
+
+ C
+
+ _Calcaires_ (cénomaniens et Turoniens), fig. 24, p. 22, 42, 43, 100 et
+ 138.
+
+ _Calcaires_ (Dinantiens), p. 22.
+
+ _Calcaires_ (Eocènes associés à liasiques), p. 132.
+
+ _Calcaires_ (liasiques et jurasiques) ; fig. 25 et 27, p. 16, 40, 122
+ et 193.
+
+ (_id._ associés à éocène), p. 132.
+
+ (_id._ d’architecture tabulaire), p. 122.
+
+ _Calcaires_ (pliocènes), p. 64 (voir _Croûte_).
+
+ _Calcaires_ (sénoniens), p. 43.
+
+ _Cap Bon_, p. 8, 180 et fig. 40.
+
+ _Cap Bougaroun_, p. 11, 95 et fig. 23.
+
+ _Cap Carbon_, p. 193.
+
+ _Cap de Fer_, p. 11.
+
+ _Cap de Garde_, p. 186 et fig. 43.
+
+ _Cap de Gata_, p. 25, 171 et fig. 6.
+
+ _Cap des trois fourches_, p. 25, 171 et fig. 6 et 29.
+
+ _Cap Djinet_, p. 11.
+
+ _Cap Figalo_, p. 11, 172 et fig. 29.
+
+ _Cap Matifou_, p. 10 et fig. 32.
+
+ _Cap Sidi Ferruch_, p. 10 et fig. 32.
+
+ _Causses_ (de Saïda et de Tlemcen), fig. 27, p. 42, 124 ; fig. 28, p.
+ 146 et 197.
+
+ _Cedrata_, p. 35.
+
+ _Cèdre_, p. 70.
+
+ _Chaïb-Ras-ho_, p. 109.
+
+ _Chanzy_ (limite du horst), p. 128 et fig. 29.
+
+ _Chaouïa_, p. 97, 192 et 214.
+
+ (circoncellions), p. 215.
+
+ (limites), p. 214.
+
+ (Numidie), p. 215.
+
+ (petits nomades), p. 214.
+
+ (Timgad), p. 215.
+
+ _Chênes lièges_, p. 47.
+
+ _Chenoua_ (nappe du .. ?), p. 134.
+
+ _Cherchell_ (Cæsarea), p. 30 et fig. 5, p. 149 et 213.
+
+ _Chotts_ (définition), p. 104.
+
+ (à falaise), p. 112 et suiv.
+
+ (ancienneté des), p. 63.
+
+ _Chott Chergui_, p. 104, 106 et 113.
+
+ _Chott el Beïda_, p. 79.
+
+ _Chott Djérid_, p. 36 et 112.
+
+ _Chott Hodna_, p. 106 et 112, voir _Hodna_.
+
+ _Chott Melr’ir_, p. 36, 95, 106, 112 et fig. 23.
+
+ _Chotts oranais_, p. 28, 46, 114 et fig. 6.
+
+ _Chott R’arbi_, p. 103 et 106.
+
+ _Chott Saboun_ (et oued _id._), p. 82, 84 et fig. 20, 21.
+
+ _Chott Tigri_ (voir Tigri).
+
+ _Chott Zahrez_, p. 57, 106, 112 et 114.
+
+ _Climat sec_ (ancienneté du), p. 61 et 201.
+
+ _Colbert_, p. 79.
+
+ _Constantine_, p. 81, 95, 151 et 192.
+
+ _Constantine_ (monts de), p. 131.
+
+ _Constantine_ (hautes plaines), p. 97 et 206.
+
+ (Berbérophones), p. 214.
+
+ (limites des), p. 214.
+
+ _Côte Algérienne_, p. 175.
+
+ (d’abrasion), p. 176.
+
+ (d’émersion), p. 177.
+
+ (grande fracture), p. 177.
+
+ (plages anciennes), p. 177.
+
+ (rades en faucilles), p. 175 et fig. 32.
+
+ _Côte Tunisienne_, p. 190 et fig. 40.
+
+ _Couches rouges_ (voir _Dépôts oligocènes_).
+
+ _Couque_ (sultanat de), p. 195.
+
+ _Crocodile_ (de l’oued Mihero), p. 66.
+
+ _Croisées orthogonales_ (voir _Transversales_).
+
+ _Croûte pliocène_, p. 65.
+
+ D
+
+ _Dahra_ (du Chéliff), p. 50.
+
+ _Dahra_ (du Maroc), p. 99.
+
+ _Dayas_ (de la plaine Oranaise), p. 159 et suiv. et fig. 29.
+
+ _Debdou_ (gada de), p. 121, 122 et fig. 29.
+
+ _Débit des rivières_ (incertitude du), p. 168.
+
+ _Dellys_, p. 48.
+
+ _Dépôts continentaux_, p. 52 et suiv.
+
+ _Dépôts continentaux_ (Tell occidental), p. 152.
+
+ _Dépôts continentaux_ (Tell oriental), p. 150, 151 et fig. 7, 8, 10.
+
+ _Dépôts littoraux_ (néritiques), p. 43.
+
+ _Dépôts mer profonde_ (bathyaux) p. 43.
+
+ _Dépôts mio-pliocènes_, p. 28 et 92.
+
+ _Dépôts oligocènes_, p. 62 et suiv., p. 92, 108, 150, 172 et 194.
+
+ (accompagnant chaîne des Biban), p. 139.
+
+ (étage aquitanien), p. 150.
+
+ _Dépôts Pliocènes_, p. 109.
+
+ _Dépôts Pontiens_, p. 62 et suiv., p. 92 et 108.
+
+ (dans le Tell oriental), p. 152.
+
+ _Dépôts Quaternaires_, p. 68 et suiv.
+
+ _Dépôts Tortoniens_, p. 62 et suiv.
+
+ _Détroit Sud Riffain_ (nappe ?), p. 135.
+
+ _Djaïfa_ (cirque de), p. 19 et fig. 4.
+
+ _Djattou_, p. 17.
+
+ _Djebel Amour_, p. 18, 42 et 88.
+
+ _Dj. Antar_ (du Grouz), p. 22.
+
+ _Dj. Antar_ (de Méchéria), p. 101.
+
+ _Dj. Badroun_ (oligocène daté), p. 139 et fig. 30.
+
+ _Dj. Béchar_, p. 14.
+
+ _Dj. Beni Chougran_, p. 153.
+
+ _Dj. Beni Smir_, p. 16 et suiv. et fig. 2, 3.
+
+ _Dj. Bou Arfa_, p. 21, 22 et fig. 25, p. 101, 102 et 110.
+
+ _Dj. Bou Taleb_, p. 142.
+
+ _Dj. Chebket Tamednaïa_, p. 14.
+
+ _Dj. Chouchkott_, p. 142, 151 et fig. 31.
+
+ _Dj. Dira_, p. 142, 151 et fig. 31.
+
+ _Dj. Grouz_, p. 14 et suiv., p. 87, 110 et fig. 2, 4.
+
+ _Dj. Haouanit_, p. 21, 22.
+
+ _Dj. Klakh_, p. 101 et fig. 25.
+
+ _Dj. Lakhdar_, p. 21, 102, 110 et fig. 4.
+
+ _Dj. Maadid_, p. 142, 196 et fig. 31.
+
+ _Dj. Maïz_, p. 16 et suiv., p. 100 et fig. 2, 3, 4.
+
+ _Dj. Mansoura_, p. 142, 151 et fig. 31.
+
+ _Dj. Matmata_, p. 35 et fig. 6, 23.
+
+ _Dj. Mezarif_, p. 14.
+
+ _Dj. Milok_, p. 91.
+
+ _Dj. Moumen_, p. 14.
+
+ _Dj. Nefouça_, p. 35 et 199.
+
+ _Dj. Orak_, p. 21, 101 et 102.
+
+ _Dj. Ouach_, p. 131.
+
+ _Dj. Ouenza_, p. 136.
+
+ _Dj. R’als_, p. 20 et fig. 4.
+
+ _Dj. Soffah_, p. 16 et fig. 2.
+
+ _Dj. Tendrara_, p. 99 et suiv., p. 106, 112 et suiv. et fig. 24.
+
+ _Dj. Tessala_, p. 153.
+
+ _Dj. Trara_, p. 153, 172.
+
+ _Dj. Zaccar_, p. 133, 151, 153, 198 et fig. 5.
+
+ _Dj. Zaghouan_, p. 36.
+
+ _Djedar_ (les), p. 199 et fig. 29.
+
+ _Djidjelli_ (route côtière), p. 151.
+
+ _Djurdjura_, p. 42, 95, 194 et fig. 45.
+
+ (nappe ?), p. 132 et suiv.
+
+ (altitude), p. 151 et fig. 23.
+
+ _Dômes_ (formes de relief), p. 58 et suiv., p. 114, 143 et fig. 12 et
+ 13.
+
+ _Dorsale Laghouat-Médéa_, p. 27 et suiv., p. 149, 170, 171 et fig. 5
+ et 6.
+
+ _Dunes_ (du Tigri), p. 107.
+
+ (de Mostaganem), p. 197.
+
+ _Duvivier_, p. 187 et fig. 43.
+
+ E
+
+ _Edough_, p. 96, 186 et fig. 43.
+
+ F
+
+ _Fatimides_, p. 212.
+
+ _Faune du Zambèse_, p. 66, 67.
+
+ _Figuig_, p. 16, 19 et fig. 2, 6.
+
+ _Flysch algérien_, p. 47.
+
+ _Fortassa_ (arc de), p. 101 et suiv., fig. 4 et 25.
+
+ _Frenda_, p. 199.
+
+ G
+
+ _Gabès_ (seuil de), p. 36.
+
+ _Gantra_ (el) p. 27, 28 et fig. 6.
+
+ _Garaet Achkel_ (Bizerte), ou _Garaet Lekhal_, p. 182 et fig. 40 et
+ 41.
+
+ _Garet Zerga_ (volcan), p. 109 et fig. 25.
+
+ _Géosynclinal_ (Algérien et Tellien), p. 41, 60, 85 et 144.
+
+ _Ghardimaou_, p. 191 et fig. 44.
+
+ _Ghar Rouban_, p. 122, 123 et fig. 29.
+
+ _Gravures rupestres_, p. 17, 61, 66 et 101.
+
+ _Grès Albiens_ (rouges, à dragées), p. 17, 42, 61 et suiv., 100, 102
+ et fig. 3 et 4.
+
+ _Grès Cartenniens_, p. 143.
+
+ _Grès éocènes_, p. 193.
+
+ _Grès medjaniens_, p. 47 et 143.
+
+ _Grès numidiens_, p. 47.
+
+ _Grès pliocènes_, p. 157 et 197.
+
+ _Grottes de Pélissier_, p. 50.
+
+ _Guelma_, p. 80, 186, 187, 211 et fig. 43.
+
+ (bœufs de), p. 188.
+
+ _Guergour_ (gorges du), p. 77.
+
+ (nappe ?), p. 134 et fig. 16, 17 et 31.
+
+ _Guerrah (el)_, p. 82 et fig. 20.
+
+ _Gypse_, voir _Roches Triasiques_.
+
+ H
+
+ _Haci Chguig_, p. 100.
+
+ _Haci-el-Aricha_, p. 108 et fig. 25.
+
+ _Haci-el-Kelb_, p. 110.
+
+ _Haci-Marrough_, p. 100.
+
+ _Halfa_ (limite de l’) p. 160.
+
+ _Hammeyan_, p. 24.
+
+ _Hercynienne_ (pénéplaine), p. 28, 38, 39, 52, 118, 119 et 201.
+
+ _Hilaliens_ (Bédouins), p. 207.
+
+ _Hodna_ (chott et cuvette), p. 28, 50, 106, 112 et fig. 6, 45.
+
+ (étranglement du), p. 95, 116 et fig. 23.
+
+ (plateforme du), p. 117.
+
+ _Hodna_ (sierra du), p. 142 et suiv., fig. 31.
+
+ (âge Alpin), p. 143.
+
+ (contraste avec Biban), p. 143 et 144.
+
+ (jeunesse du modelé), p. 143.
+
+ (Suture avec Biban), p. 167.
+
+ _Hoggar_, p. 27 et 32.
+
+ _Horst Algérien_, p. 115 et suiv., p. 121, 122 et fig. 26.
+
+ _Horst Algérien_ (chaîne du), p. 125 et suiv.
+
+ (épine dorsale de l’Algérie), p. 206.
+
+ _Horst marocain_, p. 117 et fig. 26.
+
+ I
+
+ _Ibadhite_ (royaume), p. 35 et 199.
+
+ _Ile Alboran_, p. 11, 25, 171, fig. 29 et 39.
+
+ _Ile aux chiens_, p. 180 et fig. 40.
+
+ _Ile Djerba_, p. 180 et fig. 39.
+
+ _Ile Habibas_, p. 11, 25, 172 et fig. 29.
+
+ _Ile Kerkenna_, p. 180 et fig. 39.
+
+ _Ile la Galite_, p. 11, 175 et fig. 39.
+
+ _Ile Rachgoun_, 11, 25, 172 et fig. 29.
+
+ _Iles Zaffarines_, p. 11, 25, 172 et fig. 29.
+
+ _Ile Zembra_, p. 180 et fig. 40.
+
+ K
+
+ _Kabyles_, p. 97.
+
+ _Kabylie_, p. 10, 30, 40, 151, 186 et fig. 1.
+
+ (Tell des), p. 193.
+
+ (boisement), p. 47.
+
+ _Kabylie_ (des Babor), p. 195.
+
+ _Kabylie_ (grande), p. 195.
+
+ _Kabylie_ (petite), p. 95 et fig. 23.
+
+ (arabophone), p. 212.
+
+ (Ketama), p. 212.
+
+ _Kabylies_ (sierra des), p. 132 et suiv., p. 186.
+
+ _Kairouan_, p. 36.
+
+ _Kalaa_ (des Beni Hammad), p. 196, 208 et fig. 45, 46.
+
+ _Kalaat-es-Senam_, p. 91.
+
+ _Kçour_ (monts des), p. 88.
+
+ _Ketama_ (voir _Fatimides_), p. 212.
+
+ _Kharedjites_ (voir _Ibadhites_, _Tiaret_, _Dj. Nefouça_).
+
+ _Kheneg Temda_ (éruptif), p. 197, et fig. 28.
+
+ _Kieselguhr_ p. 50.
+
+ _Koléa_ (gorges de), p. 156 et fig. 32.
+
+ _Kreider_ (sources chaudes), p. 113.
+
+ L
+
+ _Lac Fetzara_, p. 188 et fig. 43.
+
+ _Lac Halloula_, p. 160 et 181.
+
+ _Lac Oubeira_, p. 188 et fig. 43.
+
+ _Lacs Melah et Tonga_, p. 183, 190 et fig. 42, 43.
+
+ _La Calle_, p. 182, 183 et fig. 43.
+
+ _Lafayette_, p. 195.
+
+ _Lamoricière_ (limite du horst), p. 128.
+
+ _Langues_ (carte des), p. 203 et fig. 46.
+
+ _Lella Khadidja_, p. 132.
+
+ _Limes Romanus_, p. 35, 214 et suiv. et fig. 46.
+
+ M
+
+ _Macta_ (marais de la), p. 159 et 162.
+
+ (plaine de la), p. 159.
+
+ _Magenta_, p. 165.
+
+ _Maillot_, p. 166.
+
+ _Marnes_ (miocènes, ébouleuses), p. 142.
+
+ _Mascara_, p. 48, 114, 164, 199 et fig. 29.
+
+ (limite du horst), p. 128.
+
+ _Mazouna_, p. 200.
+
+ _Médéa_ (plateau de), p. 28, 150 et fig. 31.
+
+ (ville de), p. 150 et fig. 5.
+
+ _Medjana_ (plaine de), p. 195, fig. 31 et 45.
+
+ (Terres à blé), p. 142.
+
+ (centre historique), p. 196.
+
+ _Mer_ (niveau de base), p. 201, 202.
+
+ _Mer Cartennienne_, p. 49, 139, 144, fig. 10 et 30.
+
+ _Mers Crétacées_, p. 41 et suiv.
+
+ _Mer crétacé inférieur_, p. 42 et fig. 7.
+
+ _Mer des phosphates_, p. 34, 46, 198 et fig. 8.
+
+ _Mers éocènes_, p. 42 et suiv., 116.
+
+ _Mer Helvétienne_, p. 49 et 152.
+
+ _Mer medjanienne_, p. 139.
+
+ _Mers miocènes_, p. 34, 49, 150, 158, 172, 194, 198 et fig. 10.
+
+ _Mer oligocène_, p. 48 et suiv., 150 et fig. 9.
+
+ _Mer pliocène_, p. 50 et 158.
+
+ _Mer Sahélienne_, p. 50 et fig. 11.
+
+ _Mers du Tertiaire supérieur_, p. 152.
+
+ _Meseta sud-oranaise_, p. 121 et suiv., 172, 173 et 197.
+
+ _Metarka_, p. 111.
+
+ _Mila_ (cuvette de), p. 151.
+
+ _Miliana_, p. 28, 149 et fig. 5.
+
+ _Mitidja_, p. 28, 29, 154 et suiv., 181 et fig. 5.
+
+ (épaisseur alluvions), p. 154.
+
+ (marécages), p. 156 et fig. 32.
+
+ _Montagne de sel_ (el Outaya), p. 34.
+
+ (Djelfa), p. 53 et suiv. et fig. 12.
+
+ (Metlili), p. 34, voir _Trias_, _Roches Triasiques_.
+
+ _Mostaganem_ (ville), p. 200 et fig. 29.
+
+ (plateau et dunes), p. 160 et 197.
+
+ _Moulouya_ (faille de la), p. 24, 25 et 190.
+
+ _Mouydir_, p. 28.
+
+ _Msid Aïcha_, p. 132.
+
+ _Msirdas_ (volcan éteint), p. 113, 173 et fig. 29.
+
+ N
+
+ _Nappes de charriage_, p. 53, 131 et suiv., 147 et 202.
+
+ _Nomades_ (et sédentaires), p. 204, 207.
+
+ _Nomades_ (grands nomades chameliers), p. 196, 207.
+
+ (route de leurs invasions), p. 206.
+
+ _Nomades_ (petits), p. 214 (voir _Chaouïa_).
+
+ _Numides_, p. 97 (voir _Chaouïa_).
+
+ _Numidie_ (chaîne et nappe ?), p. 132 et suiv., 186 et fig. 43.
+
+ O
+
+ _Oran_ (sebkha d’), p. 160 et fig. 23, 29.
+
+ (rade d’), p. 176.
+
+ _Ouarsenis_, p. 152.
+
+ (âge Pyrénéen), p. 198.
+
+ (nappe ?), p. 133 et suiv.
+
+ _Oudjda_, p. 19, 121, 123 et fig. 29.
+
+ (limite du horst), p. 128.
+
+ _Oued Bou Merzoug_, p. 82, 84 et fig. 20, 21.
+
+ _Oued Bou Sellam_, p. 76 et suiv., 194 et fig. 16, 17 et 45.
+
+ _Oued Chéliff_, p. 28, 73 et suiv., 169 et fig. 5 et 28.
+
+ (embouchure), p. 197.
+
+ (vallée), p. 198.
+
+ (prolongation de la Soummam), p. 146.
+
+ (sebkhas de l’), p. 160 et fig. 29.
+
+ _Oued Cherf_, p. 80.
+
+ _Oued Chiffa_, p. 156.
+
+ _Oued Djedi_, p. 34 et 106.
+
+ _Oued el-Kebir_, p. 80.
+
+ _Oued el-Tine_ (zone d’épandage), p. 159 et fig. 29.
+
+ _Oued Habra_, p. 114.
+
+ (zone d’épandage), p. 159 et fig. 29.
+
+ (type du Tell occidental), p. 163 et suiv.
+
+ (profil de l’), p. 164 et fig. 34.
+
+ (barrage de l’), p. 169.
+
+ (jeunesse,) p. 169.
+
+ _Oued Hamis_, p. 156 et fig. 32.
+
+ _Oued Harrach_, p. 156 et fig. 32.
+
+ _Oued Igharghar_, p. 32, 66, 67, 96, 106 et fig. 6.
+
+ _Oued Imbert_ (ancien lit du Sig), p. 163 et fig. 29.
+
+ _Oued Isly_ p. 25, 122 et fig. 29.
+
+ _Oued Isser_ (profil de l’), p. 166 et fig. 36.
+
+ (plages et terrasses), p. 166 et fig. 5.
+
+ (comparé au Sig), p. 168 et fig. 37.
+
+ (voie ferrée), p. 141.
+
+ _Oued Kebir_ (de Bône), p. 185, 188 et fig. 42, 43.
+
+ _Oued Kçob_ (porte du Hodna), p. 195 et fig. 23.
+
+ _Oued Macta_, p. 159, 168 et fig. 29.
+
+ _Oued Mazafran_ (gorges de l’), p. 156 et 181.
+
+ (méandres encaissés), p. 156 et fig. 32.
+
+ (rivière antécédente), p. 156.
+
+ _Oued Mazzer_ (au Tigri), p. 106 et fig. 25.
+
+ _Oued Medjerda_, p. 182 et fig. 40.
+
+ (profil), p. 190, 191 et fig. 44.
+
+ (nappe ?), p. 135.
+
+ _Oued Mekerra_, p. 164 et fig. 23, 29.
+
+ _Oued Melah_ (Isser), p. 165 et fig. 30.
+
+ _Oued Mina_, p. 121, 196 et suiv.
+
+ (causses de), p. 126 et fig. 28.
+
+ (voie ferrée) p. 198.
+
+ _Oued Moulouya_, p. 23 et suiv., p. 121 et fig. 6.
+
+ (embouchure de), p. 171 et fig. 29.
+
+ (limite langues), p. 206.
+
+ _Oued Nahr Ouassel_, p. 76 et fig. 14.
+
+ _Oued R’ilan_ (gravures rupestres), p. 100.
+
+ _Oued R’ir_, p. 32 et fig. 6.
+
+ _Oued Rummel_ (gorges de l’), p. 80 et suiv., 152, et fig. 19, 20.
+
+ _Oued Sahel_ (profil), p. 165 et fig. 35.
+
+ (coupure de l’), p. 194 et fig. 45.
+
+ (vallée oligocène), p. 150 et 194.
+
+ (voie ferrée), p. 141.
+
+ _Oued Seybouse_, p. 79, 98, 169 et fig. 18.
+
+ (embouchure), p. 187.
+
+ (basse vallée), p. 187 et fig. 43.
+
+ _Oued Sig_, p. 114 et fig. 23.
+
+ (zone d’épandage), p. 159 et fig. 29.
+
+ (type de Tell occidental), p. 163.
+
+ (ancien lit), p. 163.
+
+ (profil), p. 165 et fig. 33.
+
+ (comparé à l’Isser), p. 168 et fig. 37.
+
+ (jeunesse), p. 169.
+
+ _Oued Soummam_.
+
+ (coupure de l’), p. 194 et fig. 45.
+
+ (golfe miocène), p. 194.
+
+ (vallée oligocène), p. 150 et 194.
+
+ (prolongeant le Chéliff), p. 140.
+
+ _Oued Tafna_, p. 25, 121, 169, 171 et suiv.
+
+ (profil), p. 172 et fig. 38.
+
+ (vallée et région), p. 193 et fig. 29.
+
+ _Oued Tifrit_, p. 122 et suiv., fig. 29.
+
+ (fenêtre de l’), p. 124 et fig. 27.
+
+ _Oued Tindja_ (Bizerte), p. 182 et fig. 41.
+
+ _Oued Tlélat_ (zone d’épandage), p. 159.
+
+ (ancien lit du Sig), p. 163 et fig. 29.
+
+ _Oued Touil_ (voir Chéliff), p. 57, 73, 169 et fig. 14.
+
+ _Oued Zousfana_, p. 16 et suiv., fig. 2 et 3.
+
+ _Ouenza_ (minéralisation), p. 191 (voir Djebel...).
+
+ _Ouled Fayet_ (cailloutis), p. 155 et fig. 32.
+
+ _Ouled-Naïl_, p. 42 et 88.
+
+ P
+
+ _Palestro_ (gorges de), p. 166.
+
+ _Pénéplaine_ (primaire, voir Hercynien), p. 21, 22, 23, 28, 121 et
+ fig. 4.
+
+ (fenêtres), p. 122 et fig. 26.
+
+ (plis), p. 122.
+
+ _Perrégaux_, p. 159, 164 et fig. 29.
+
+ (barrage), p. 169.
+
+ _Pétrole_ (associé aux nappes ?), p. 135.
+
+ _Phosphates_, p. 46, 47.
+
+ _Philippeville_, p. 212.
+
+ _Plages_ (émergées), p. 166, 177 et 184.
+
+ _Plaines Constantinoises_ (hautes), p. 128.
+
+ _Plaine d’Egris_, p. 164.
+
+ _Plaines Oranaises_ (cuvettes sans écoulement), p. 159 et suiv., fig.
+ 29.
+
+ (jeunesse), p. 162.
+
+ _Plaines sublittorales_, p. 30, 50, 154 et suiv., 187, 193 et 197.
+
+ _Plaines Tunisiennes_, p. 190.
+
+ (affinités Bônoises), p. 190.
+
+ _Plateaux_ (hauts), p. 46, 51, 85, 99, 118 et fig. 4, 6, 24 et 26.
+
+ _Plateau de Mindas_ (ou Mendez), p. 200 et fig. 28.
+
+ _Plateau des Dayas_, p. 28.
+
+ _Plateau des Nemenchas_, p. 60 et fig. 13.
+
+ _Plateau steppien_, p. 28 et 115.
+
+ _Plateforme paléozoïque_ (enfouie), p. 93 et 94, voir _Pénéplaine_.
+
+ _Pliocène_ (plissement), p. 156 et 157.
+
+ _Polygone de Constantine_, p. 63.
+
+ _Poudingues_, voir _Dépôts oligocènes_ et _Pliocènes_.
+
+ _Prévost-Paradol_, p. 197.
+
+ (causses de), p. 126 et fig. 28.
+
+ _Profils longitudinaux_ (méthodes des) ; p. 71 et 72.
+
+ _Pyrénéen_ (plis d’âge), p. 47, 48, 147, 151, 153 et 194.
+
+ Q
+
+ _Quaternaires_ (plissements), p. 156 et suiv. (voir _Dépôts
+ Quaternaires_).
+
+ R
+
+ _Raknet-el-Betoum_, p. 22.
+
+ _Randon_, p. 187 et fig. 43.
+
+ _Ras-el-ma_, p. 164.
+
+ _Rebroussement de plis_, p. 197.
+
+ _Redeyef_, p. 89.
+
+ _Régions naturelles_, p. 201 et suiv.
+
+ _Rif_, p. 8.
+
+ _Rio Salado_, p. 159, 161, 172 et fig. 29.
+
+ _Rivet_, p. 158.
+
+ _Roches albiennes_, p. 42, 43 et fig. 30 (voir _Grès_).
+
+ _Roches cénomaniennes_, p. 43, 100, 138, et fig. 4 et 30 (voir
+ _Calcaire_).
+
+ _Roches crétacées_, p. 14.
+
+ _Roches éocène moyen_, p. 47 (voir _Grès_).
+
+ _Roches éocène supérieur_, p. 47 (voir _Grès_).
+
+ _Roches éruptives_, p. 11, 25, 40, 173, 193 et fig. 1, 25.
+
+ (accompagnant rebroussement), p. 197.
+
+ (néphéline), p. 109.
+
+ (ophite, voir _Trias_), p. 18.
+
+ _Roches du Houiller_.
+
+ (Kabylies), p. 132.
+
+ (Sahel Oranais), p. 153.
+
+ _Roches infracrétacées_, p. 138.
+
+ _Roches jurassiques_, p. 122 et fig. 3, 4 (voir _Calcaire_).
+
+ _Roches liasiques_, p. 124 et fig. 3, 4 (voir _Calcaire_).
+
+ _Roches miocènes_, p. 180, 181 et fig. 30 (voir _Grès_, _Marnes_).
+
+ _Roches Permiennes_, p. 52 et 102.
+
+ _Roches pliocènes_, p. 50, 109, 110 et 158.
+
+ (altitude maximum), p. 158.
+
+ _Roches Primaires_, p. 14, 39, 40, 102, 193.
+
+ _Roches Sahéliennes_.
+
+ (Tell occidental), p. 152.
+
+ _Roches Sénoniennes_, p. 43.
+
+ _Roches Siluriennes_, p. 22, 124.
+
+ _Roches Triasiques_, p. 18, 52 et suiv., 61.
+
+ (allure stratigraphique), p. 57.
+
+ (Rochers de sel), p. 53 et suiv. et fig. 3.
+
+ S
+
+ _Sahara_, p. 13 et suiv. et 201.
+
+ _Sahel_, p. 50.
+
+ _Sahel d’Alger_, p. 154.
+
+ (cailloutis de l’Atlas), p. 155.
+
+ (Koléa), p. 156.
+
+ _Sahel d’Oran_, p. 153.
+
+ _Saïda (plateaux de)_, p. 120 (voir _Causses_, _Meseta_).
+
+ _Saint-Denis-du-Sig_, p. 158, 159, 165 et fig. 29.
+
+ _Saint-Ferdinand_ (cailloutis), p. 155 et fig. 32.
+
+ _Saint-Lucien_, p. 163.
+
+ _Sanhadja_ (royaumes), p. 195.
+
+ (capitales), p. 196, 208.
+
+ (luttes avec Zénètes), p. 208, 209.
+
+ _Sebkhas_ (région des), p. 79.
+
+ _Sebkha d’Oran_, p. 159, 163.
+
+ _Sel gemme_, voir _Roches Triasiques_.
+
+ _Sersou_, p. 215.
+
+ (blés), p. 198.
+
+ _Sétif_ (plaine de), p. 77 et fig. 16, 17.
+
+ _Sidi-Bader_, p. 191 et fig. 44.
+
+ _Sidi-bel-Abbès_, p. 48.
+
+ (plaine de), p. 165 et fig. 29.
+
+ _Sidi-Mansour_, p. 194.
+
+ _Sidi-Okba_, p. 207.
+
+ _Siga_, p. 173 et fig. 29.
+
+ _Silures de Biskra_, p. 66.
+
+ _Socle continental_, p. 60, 85, 87 et suiv. et 143.
+
+ _Souamah_ (ruines Romaines), p. 200 et fig. 28.
+
+ _Souk-Ahras_, p. 97.
+
+ _Sous-marins_ (seuil, socle, courbes, voir _Bathymétriques_).
+
+ _Staouéli_ (cailloutis de l’Atlas), p. 155 et fig. 32.
+
+ _Syrte_ (petite), p. 178 et fig. 39.
+
+ T
+
+ _Taderent_, p. 18.
+
+ _Tadmaït_, p. 28, 42 et fig. 6.
+
+ _Taguin_, p. 76.
+
+ _Tamlelt_, p. 19 et suiv., fig. 4.
+
+ _Tarla_ (col de), p. 16 et fig. 2.
+
+ _Taza_ (trouée de), p. 174, 199, 207 et fig. 46.
+
+ _Tebessa_, p. 215.
+
+ _Tell occidental_, p. 48, 149 et suiv.
+
+ (géosynclinal récent), p. 152, 153.
+
+ (plaines sublittorales), p. 154.
+
+ (oueds types), p. 163.
+
+ (dépôts continentaux), p. 152.
+
+ (fragments Pyrénéens), p. 153.
+
+ (moins pluvieux), p. 168.
+
+ _Tell oriental_, p. 149 et suiv.
+
+ (coulisses du), p. 150.
+
+ (caractère continental), p. 192.
+
+ (plus élevé), p. 151.
+
+ (tourisme), p. 151.
+
+ (pluies et végétation), p. 152.
+
+ (dépôts continentaux), p. 150, 151.
+
+ (poussée d’âge Alpin), p. 153.
+
+ (oueds typiques), p. 165.
+
+ _Ténès_ (nappe ?), p. 134.
+
+ _Teniet-el-Had_, p. 115.
+
+ (cèdres), p. 198.
+
+ (route), p. 198.
+
+ (nappe ?), p. 133 et suiv.
+
+ _Terrain des Gours_ (voir Oligocène).
+
+ _Tiaret_, p. 35, 48, 76, 209, 210 et fig. 28.
+
+ (Royaume de), p. 199.
+
+ (victoire Sidi Oqba), p. 199.
+
+ (capitale Abd-el-Qader), p. 199.
+
+ (capitale Sersou), p. 198.
+
+ _Tifarouïn_ (volcan éteint), p. 113, 173 et fig. 29.
+
+ _Tifedest_, p. 27.
+
+ _Timgad_, p. 215.
+
+ _Tigri_, p. 104 et suiv. et fig. 25.
+
+ (dunes du), p. 107.
+
+ (nebka du), p. 108.
+
+ (volcan du), p. 109.
+
+ (concrétions turriformes), p. 111.
+
+ (dissymétrie des falaises), p. 110.
+
+ (distribution des points d’eau), p. 111.
+
+ (Daya), p. 112 et fig. 4.
+
+ _Tioudadin_, p. 100.
+
+ _Tipaza_, p. 50.
+
+ _Titteri_, p. 142 et fig. 31.
+
+ (nappe ?), p. 133 et suiv.
+
+ _Tlemcen_ (plateaux de), p. 121 et fig. 29.
+
+ (limite du horst), p. 128.
+
+ (foyer de culture), p. 173.
+
+ (mosquées), p. 207.
+
+ (dynasties de), p. 207.
+
+ _Tombeau de la chrétienne_, p. 30 et 50.
+
+ _Touaregs_, p. 204.
+
+ _Touat_, p. 13 et suiv.
+
+ (cuvette du), p. 32.
+
+ (faille du), p. 173 et fig. 6.
+
+ _Transversales_ (divisions, de l’Atlas), p. 148 et 201.
+
+ (de Bône), p. 186 et suiv.
+
+ (de Bougie), p. 193 et suiv.
+
+ (de la Tafna), p. 171 et suiv.
+
+ (de Tiaret), p. 197 et suiv.
+
+ (voir _Dorsale_, _Moulouya_).
+
+ _Tremblements de terre_, p. 11 et 51.
+
+ (Masqueray), p. 167.
+
+ _Trembles_ (les), p. 163.
+
+ _Trias_.
+
+ (plastique), p. 119.
+
+ (historique de la question), p. 136.
+
+ (dans les plaines Oranaises), p. 161 (voir _Roches Triasiques_,
+ _Sel_, _Gypse_).
+
+ _Tunis (port de)_, p. 182 et fig. 40.
+
+ _Tunisienne_ (côte), p. 178 et suiv.
+
+ (corail, éponges, plongeurs), p. 178.
+
+ (îles, vallées sous-marines), p. 178, 180.
+
+ (rias envasés), p. 181 et suiv.
+
+ _Tyrrhénide_, p. 10 et suiv., 40, 131 et fig. 1.
+
+ (effondrement de la), p. 69.
+
+ (lambeaux de la), p. 150.
+
+ U
+
+ _Utique_ (port d’), p. 182 et fig. 40.
+
+ V
+
+ _Vie rurale_ (prédominante en Algérie), p. 211.
+
+ _Vie urbaine_ (conditions de la), p. 208.
+
+ (prédominante en Tunisie), p. 211.
+
+ _Volcaniques_ (îles), p. 175.
+
+ _Volcans_ (éteints), p. 109 et suiv., 113 et 173.
+
+ (Tifaraouïn et Msirdas), p. 25 et 173.
+
+ Z
+
+ _Zab_, p. 32, 34 et 96.
+
+ _Zénètes_, p. 97, 199 et 207.
+
+ (dynasties), p. 207.
+
+ (capitales), p. 207 et 210.
+
+ (luttes avec Sanhadja), p. 207 et 209.
+
+ (Ibadhites), p. 209.
+
+ _Zénétie_, p. 35, 206 et fig. 46.
+
+
+ * * * * *
+
+ 1347-21. — Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD. — 9-22.
+
+
+
+
+Note du transcripteur :
+
+
+ Page 14, " a un rapport plus on moins marqué " a été remplacé par
+ " plus ou moins "
+
+ Dans tous les cas (pg 29, 30, 141, 196, 213, 232, 234), " Coesarea "
+ ou " Cœsarea " a été remplacé par " Cæsarea "
+
+ Page 32, " où ils rencontent l’Atlas " a été remplacé par
+ " rencontrent "
+
+ Page 34, " la plus mon-trueuse montagne de sel " a été remplacé par
+ " monstrueuse "
+
+ Page 34, " et pendant de dart et d’autre " a été remplacé par " part "
+
+ Page 45, (fig. 11) " et à l’étage cartonnien " a été remplacé par
+ " cartennien "
+
+ Page 56, " de trous, paysage lumaire " a été remplacé par " lunaire "
+
+ Page 63, " M. Ficheur, retouve l’emplacement " a été remplacé par
+ " retrouve "
+
+ Page 77, " encaissées du Guergour la pense triple " a été remplacé par
+ " pente "
+
+ Page 79, " il est semé de foudrières " a été remplacé par
+ " fondrières "
+
+ Page 84, " climat actuel tend à resteindre " a été remplacé par
+ " restreindre "
+
+ Page 90, Réf. manquante à note 86 placée après réf. à note 85.
+
+ Page 98, " jaillissent les fameuse sources " a été remplacé par
+ " fameuses "
+
+ Page 123, (fig. 27) " LA FENÊTRE DE L’OUED TIGRIT " a été remplacé par
+ " TIFRIT "
+
+ Page 132, note 129, " feuilles du Djudjura " a été remplacé par
+ " Djurdjura "
+
+ Page 166, " Un déplacement aussi consédérable " a été remplacé par
+ " considérable "
+
+ Page 172, " Mais elles est accusée " a été remplacé par " elle "
+
+ Page 176, (fig. 39) " bathymétrique de la Méditerrannée " a été
+ remplacé par " Méditerranée "
+
+ Page 194, (fig. 45) " torsion où se retouve la croisée " a été
+ remplacé par " retrouve "
+
+ Page 210, " arabophores et les berbérophores " a été remplacé par
+ " arabophones et les berbérophones "
+
+ Page 211, " les arbisants les plus distingués " a été remplacé par
+ " arabisants "
+
+ Page 219, " Carte hypométrique de Flotte " a été remplacé par
+ " hypsométrique "
+
+ Page 233, [_Atlas Saharien_] " 56, 86, 95 " a été remplacé par
+ " 56, 87, 95 "
+
+ Page 240, " _Taguin_, p. 78. " a été remplacé par " 76 "
+
+ De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe
+ ont été apportés.
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78665 ***