diff options
Diffstat (limited to '78665-0.txt')
| -rw-r--r-- | 78665-0.txt | 10281 |
1 files changed, 10281 insertions, 0 deletions
diff --git a/78665-0.txt b/78665-0.txt new file mode 100644 index 0000000..87f7c63 --- /dev/null +++ b/78665-0.txt @@ -0,0 +1,10281 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78665 *** + =Structure de l’Algérie= + + + * * * * * + COULOMMIERS + Imprimerie PAUL BRODARD. + * * * * * + + + E.-F. GAUTIER + * * * * * + + =Structure de l’Algérie= + + * * * * * + + PARIS + SOCIÉTÉ D’ÉDITIONS GÉOGRAPHIQUES ET SCIENTIFIQUES + LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE + 184, BOULEVARD SAINT-GERMAIN + * * * * * + 1922 + + + + + AVANT-PROPOS + + * * * * * + + +On croit devoir rappeler que nous avons sur l’Algérie une très belle +collection de cartes topographiques, à 1:50000e pour le Tell, à +1:200000e pour les territoires du Sud, et même à 1:100000e pour quelques +coins de ces territoires, encore très rares, il est vrai. + +Par surcroît l’Algérie a un service géologique depuis près d’un demi- +siècle : le nombre des cartes géologiques à 1:50000e publiées à la date +de novembre 1920 atteint le chiffre de 49 et les études techniques de +détail publiées par les membres du Service font une bibliothèque +importante. Nous ne sommes aussi bien documentés ni sur le Maroc, +naturellement, ni même sur la Tunisie, où le travail des géologues n’est +pas aussi avancé que celui des topographes. Cette situation privilégiée +de l’Algérie nous permet de risquer une esquisse de sa structure. + +Assurément on ne peut pas oublier que le Maroc et la Tunisie sont des +prolongements latéraux de l’Algérie et qu’ils font avec elle partie d’un +même tout, la chaîne de l’Atlas. Et on ne s’est pas interdit d’aller +chercher au delà de la frontière des points de comparaison. Mais, +essentiellement, le pays, dont on essaie de disséquer l’anatomie, c’est +l’Algérie. C’est-à-dire la seule partie de la Berbérie française sur +laquelle nous avons d’ores et déjà une accumulation suffisante de +documents. C’est de ces documents qu’on va essayer ici une synthèse ; +c’est la première tentative de ce genre et elle est donc dangereuse ; +mais il était souhaitable apparemment que la lacune fût comblée. + +Le livre a pu paraître grâce à la générosité de M. le Gouverneur général +d’Algérie, du Conseil de l’Université d’Alger, et de la Caisse des +Recherches scientifiques au ministère de l’Instruction publique. + + + + + STRUCTURE DE L’ALGÉRIE + + * * * * * + + LIVRE I + + LE CADRE + + * * * * * + + CHAPITRE I + + L’ATLAS ET LE PLISSEMENT ALPIN + + +La structure de l’Algérie se résume très exactement en un petit membre +de phrase : un morceau de l’Atlas. + +La France se décompose au premier coup d’œil en grandes régions tout à +fait différentes, les Alpes, les Pyrénées, le Plateau Central, etc. Mais +il n’y a pas un coin de l’Algérie qui soit autre chose que de l’Atlas ; +du moins en gros, dans les lignes générales. Cette simplicité fera +précisément la difficulté du problème quand il s’agira de décrire, +puisque décrire c’est distinguer des parties. Avant d’en arriver là il +faut dire ce qu’est l’ensemble, c’est-à-dire l’Atlas. + +L’Atlas est une chaîne de montagnes très connue, pas seulement en elle- +même, par les études dont elle a été directement l’objet, mais encore +par le reflet des études Alpines. Les Alpes sont à la surface du globe +la chaîne de beaucoup la mieux connue, tous les efforts des géologues se +sont concentrés sur elles, c’est sur les bases d’observations faites +dans les Alpes qu’ont été édifiées toutes les théories orogéniques, à +l’aide desquelles on cherche à comprendre les autres chaînes +planétaires. Or l’Atlas n’est pas une chaîne autonome, elle est un +rameau du système Alpin, du consentement universel des géologues, sans +contestation. + +On sait très bien comment la chaîne nord-africaine se prolonge sur le +sol européen à ses deux extrémités, la marocaine et la tunisienne (fig. +1). + +Au Maroc le Rif, qui est la dernière coulisse occidentale de l’Atlas, se +continue en Andalousie par la Cordillère Bétique. + +De part et d’autre du détroit les deux colonnes d’Hercule, le rocher de +Ceuta au sud, et celui de Gibraltar au nord, sont un pendant exact l’un +de l’autre ; mêmes calcaires, affectés des mêmes plis ; le détroit n’est +qu’une gorge envahie par la mer à travers la Cordillère Riffaine- +Bétique. + +[Illustration : FIG. 1. — LE SYSTÈME ALPIN ET LA TYRRHÉNIDE. + +L’Atlas fait partie du système alpin (Cordillère Bétique, Rif, Atlas, +Apennins, Alpes). + +La Corse et la Sardaigne sont les témoins d’un continent effondré, la +Tyrrhénide, dont d’autres débris sont restés accolés aux côtes de +Provence, d’Italie méridionale, et d’Algérie (Kabylies). — +L’effondrement Tyrrhénien a laissé sur les côtes de la Méditerranée +occidentale un chapelet de roches volcaniques, cicatrices de la cassure. + +Le môle résistant de la Tyrrhénide a déterminé l’allure serpentante du +système alpin, et a refoulé tous les plissements dans le même sens, vers +l’extérieur, c’est-à-dire en ce qui concerne l’Atlas vers le Sud. + +Ceci se rapporte à la structure de l’Atlas vu du Nord, de la +Méditerranée. Pour comparaison voir la figure 6, chap. 4.] + + +A l’autre bout de l’Atlas, le bout tunisien, la rupture est plus +importante. Cependant les géologues sont unanimes à dire que, par le cap +Bon, à travers la Sicile, l’Atlas se prolonge par l’Apennin, qui lui- +même dans la région de Gênes va se souder aux Alpes proprement dites. La +chaîne des coulisses plissées est continue depuis le Danube jusqu’à +l’Andalousie, à travers toute l’Italie et toute l’Afrique du Nord. + +Cet ensemble est le système Alpin, le cadre général dans lequel rentre +l’Atlas. + +Le dessin de ce système est très contourné, la chaîne a d’un bout à +l’autre une allure gyratoire. La Cordillère Riffaine-Bétique a la forme +d’un hameçon. Le complexe Atlas-Apennin se recourbe de la même façon sur +soi-même. L’ensemble fait une ceinture à la Méditerranée occidentale sur +les trois quarts de son pourtour. A l’autre extrémité du système Alpin, +sur le Danube, les Carpathes ont la même allure enveloppante autour de +la plaine hongroise. + +Le système Alpin tout entier, d’un bout à l’autre, à travers toute +l’Europe, ne cesse pas de serpenter ainsi ; c’est son originalité +propre. Le cas n’est pas isolé à la surface de la planète ; on cite par +exemple les Antilles, qui sont une chaîne sous-marine à sommets émergés, +et qui dessinent autour du golfe du Mexique un enveloppement plus que +semi-circulaire. + +Ces allures enveloppantes, serpentantes, suggèrent l’idée d’obstacles +contournés. Autour du bassin occidental méditerranéen, et à l’intérieur +de ce bassin, quelques grands faits dûment constatés précisent cette +idée. + +Cordillère Bétique, Atlas, Apennin, ces trois tronçons d’une même chaîne +ne se contentent pas de serpenter autour de la Méditerranée occidentale, +ils lui tournent invariablement le dos. Il faut entendre de la même +façon que nos Alpes françaises familières tournent le dos à la plaine du +Pô, et déferlent sur la vallée du Rhône leurs plis et leurs nappes, +attestant une poussée qui s’est exercée d’Italie en France. De la même +manière exactement l’Apennin déverse ses plis vers l’est, vers +l’Adriatique ; l’Atlas vers le sud, vers le Sahara ; et la Cordillère +Bétique vers le nord, vers la Meseta ibérique. Il y a donc un centre de +refoulement périphérique vers le cœur de la Méditerranée occidentale, +vers la Sardaigne. + +Qu’est-ce donc que la Sardaigne ? La Sardaigne, avec la partie de la +Corse qui lui fait suite, est un môle de vieilles roches cristallines. A +mesure qu’on l’étudie davantage, au dire de Suess, « elle possède à un +degré de plus en plus net les caractères d’une région extra Alpine » ; +Suess signale des analogies avec la Meseta ibérique[1]. + +On est donc conduit à l’idée qu’il a existé, sur l’emplacement de la +Méditerranée occidentale, un môle résistant, qui a refoulé autour de soi +les plis du géosynclinal. Cette ancienne terre ferme, abîmée +aujourd’hui, sauf le fragment Sarde, sous des épaisseurs d’eau qui vont +à 3000 mètres, les naturalistes lui ont donné le nom de Tyrrhénide : il +est à peine utile de rappeler qu’ils ont emprunté ce nom à la mer +Tyrrhénienne. + +Sur les côtes de la Méditerranée occidentale, celles d’Andalousie, +d’Afrique, d’Italie, voire de Provence, la Tyrrhénide a laissé des +fragments de soi, et des traces de la rupture. + +Dans notre Algérie par exemple, les vieilles roches cristallines sont +sur la côte, dans les Kabylies, et nulle part ailleurs dans tout +l’intérieur du pays. Dans la région d’Alger en particulier trois petits +pointements côtiers de schistes cristallins sont significatifs. L’un est +celui de la Bouzaréa, le promontoire sur lequel est construit la vieille +ville. Les deux autres, à droite et à gauche de la Bouzaréa sont ceux du +cap Matifou et du cap Sidi-Ferruch (fig. 32). Ces trois promontoires +voisins, parmi lesquels Matifou et Sidi-Ferruch sont tout à fait exigus, +sont construits de même. Chacun est un paquet hétérogène de vieilles +roches cristallines, collé à une côte de roches tertiaires récentes. Ce +sont des corps étrangers, des lambeaux ; puisqu’ils n’ont pas de rapport +intelligible avec la terre ferme, il faut chercher leur continuation et +leur explication au fond de la mer : ce sont des bavures détachées de la +Tyrrhénide. + +En Italie les vieilles roches de la Calabre (monts Péloritains, +Aspromonte, Sila) font de même un contraste absolu avec tout le reste de +l’Apennin. D’après Suess on a trouvé en grandes quantités, éparpillés à +travers tout l’Apennin, « des blocs de granite, de syénite, de porphyre, +et d’autres roches », et on suppose « que leur pays d’origine se +trouverait dans la Tyrrhénide effondrée ». Tout confirme donc +« l’hypothèse qu’une grande chaîne en partie granitique, existait jadis +à l’ouest de la péninsule »[2]. + +En Provence les monts des Maures (Esterel, îles d’Hyères) font ce même +contraste de corps étranger avec les Alpes. En tout cas ils n’ont pas +« avec les plis provençaux une liaison intime ; ils affectent plutôt les +caractères d’un fragment d’avant-pays »[3]. + +Par les cassures le long desquelles la Tyrrhénide s’est abîmée, des +roches éruptives se sont fait jour, qu’on observe en chapelet tout le +long des côtes. + +En Italie des volcans sont encore en activité, le Vésuve, le groupe +Etna-îles Lipari ; d’autres sont à peine éteints et d’aspect frais comme +ceux de la campagne Romaine, le Volture ; et tous ont un caractère +nettement Tyrrhénien. En Andalousie les caps de Gata et de Palos sont de +roche éruptive. + + +En Algérie le cas est très net. L’intérieur du pays est à peu près +complètement dépourvu de roches éruptives. Elles sont concentrées sur la +côte, où elles abondent. + +La plupart des pointements sont des promontoires, cap de Fer, cap +Bougaroun, cap Djinet, cap Figalo, etc. ; une énumération complète +serait deux fois plus longue. Ou bien encore des îles ; sur cette côte +abrupte toutes les îles, je crois, sans exception sont de roches +éruptives : île Galite, Habibas, Rachgoun, Zaffarines, Alboran. + +C’est vraiment très particulier. Cela seul suffirait à montrer qu’une +grande cassure longe la côte. + +Et notez que toutes ces côtes sont secouées par des séismes. Inutile +d’insister sur l’Italie méridionale, ni même sur l’Afrique du Nord, on a +présent à l’esprit les tremblements de terre d’Oran, de Blida. + +De la côte espagnole entre Almeria et Carthagène on nous dit qu’aucune +portion du littoral ibérique, sauf les environs de Lisbonne, n’est +exposée à de plus violents et de plus fréquents tremblements de +terre[4]. + +Pour établir l’existence de la Tyrrhénide, les zoologistes viennent en +aide aux géologues, et ils apportent eux aussi des arguments décisifs. +Le zoologiste anglais Forsyth Major les a groupés dans un article +intitulé Tyrrhénis[5]. + +Les îles de la mer Tyrrhénienne ont une faune subfossile et actuelle qui +n’a rien d’insulaire. On a identifié des ossements de cerfs dans la +petite île de Pianosa ; de même à Giannutri dont l’étendue ne dépasse +pas 200 hectares. Un grand nombre de trouvailles analogues ont été +faites à l’île d’Elbe. Sur les 16 espèces de mammifères qui vivent en +Corse et en Sardaigne on en compterait 7 qui manquent dans la péninsule +italienne, tandis que ces 7 espèces vivent toutes en Algérie. Il +s’agirait donc d’une terre fragmentée à une époque très récente. + +La Tyrrhénide est donc une hypothèse très solidement établie. C’est même +plus qu’une hypothèse, on peut dire apparemment que c’est un fait. Mais +bien entendu cette ancienne terre est très floue ; elle a des contours +et un âge indécis. + +D’ailleurs en résumant des arguments empruntés à des sciences naturelles +variées, on risque d’avoir commis des inexactitudes. + +Le but qu’on se proposait pourtant est très simple et on espère l’avoir +atteint. On n’a pas songé à rendre de la Tyrrhénide un compte détaillé. +C’est de l’Atlas dont il s’agit ? Cette chaîne plissée ne serait pas +intelligible, si on n’eût pas dit un mot du môle résistant qui a borné +le géosynclinal au nord, et qui a joué le rôle de refouloir. + + +[Note 1 : No 116, t. I, p. 306.] + +[Note 2 : No 116, t. III, p. 871.] + +[Note 3 : _Id._, p. 899.] + +[Note 4 : Suess, no 116, t. I, p. 295.] + +[Note 5 : Cité par Suess, no 116, t. I, p. 446.] + + + + + CHAPITRE II + + LA GRANDE FAILLE TOUAT. - ROUSSILLON + + +Le butoir correspondant à la Tyrrhénide, au sud de l’Atlas, c’est +naturellement la plate-forme Saharienne. Au rebours de la Tyrrhénide +elle n’a pas été soustraite à l’observation par l’effondrement sous la +mer. Et cependant ses rapports avec le plissement de l’Atlas n’ont pas +attiré l’attention des géologues au même degré, tant s’en faut, que la +Tyrrhénide. C’est tout naturel. Le monde méditerranéen a été +incomparablement plus étudié que le Sahara. Je me trouve m’être, depuis +une vingtaine d’années, familiarisé avec le Sahara, et je crois que, si +on prend en considération sa structure, on est conduit à comprendre +beaucoup mieux celle de l’Algérie. Il me semble d’abord qu’un très gros +fait a échappé à l’attention ; l’existence d’une grande faille, ou, si +l’on préfère une expression moins précise, un grand accident, qui, dans +la zone frontière entre Maroc et Algérie, intéresse à la fois la plate- +forme Saharienne, l’Atlas, et d’ailleurs aussi la Méditerranée. On le +suit, j’imagine, depuis le Tidikelt et le Touat jusqu’aux Pyrénées +orientales. + +_Rue de Palmiers._ — Au Sahara Oranais le trait essentiel est +l’existence de ce qu’un chroniqueur arabe appelle une « rue de +palmiers ». Toutes les oasis, sans exception, se succèdent en ligne à +peu près continue, en rue, en route bordée et jalonnée de palmiers, +depuis l’Atlas jusqu’à In-Salah. Ce ruban de verdure a un millier de +kilomètres de long ; il est si mince que si on pouvait le dessiner à +l’échelle sur nos cartes, il faudrait un microscope pour le trouver. Ce +mode de groupement des palmeraies est vraiment très particulier. + +Voici qui ne l’est pas moins ; la rue de palmiers, d’un bout à l’autre, +sur la totalité des mille kilomètres, est une limite géologique très +importante, elle sépare la pénéplaine primaire des plateaux crétacés et +tertiaires. + +Au Touat, sur 200 kilomètres, il est admis que la rue de palmiers +coïncide avec une faille, le long de laquelle on constate des roches +éruptives et de la minéralisation. + +Au delà jusqu’à l’Atlas, sur 300 kilomètres, le contact du primaire et +du crétacé est soustrait à l’observation par les dunes du grand Erg et +par l’énorme accumulation des débris arrachés à l’Atlas depuis +l’oligocène. Il est clair d’ailleurs que, sur cette énorme superficie +désertique encore très mal cartographiée, nos données géologiques sont +très lacunaires. Mais enfin, sous ces réserves, dans l’état actuel de +nos connaissances, tout se passe comme si la rue de palmiers devait sa +nappe d’eau, c’est-à-dire son existence même, à une ligne de contact +géologique ; et cette ligne de contact a un rapport plus ou moins marqué +avec une faille, ou un système de failles[6]. Cette grande faille, qui +serait le trait dominant de la structure dans le Sahara Oranais, +appelons-la, dans son ensemble, faille du Touat. + +Cette faille du Touat, peut-on en indiquer la pénétration dans l’Atlas +Saharien ? Oui, sans hésitation, à mon avis du moins. Le point à +considérer de l’Atlas Saharien est assurément Beni-Ounif de Figuig. De +Beni-Ounif, quand on se tourne au sud, vers le Sahara, on voit à sa +gauche la Chebket Tamednaïa, qui est un plateau crétacé. A sa droite on +voit le Béchar, le Moumen, et le Mezarif, qui sont des saillies de la +pénéplaine primaire. Ce contact entre la pénéplaine primaire et le +plateau crétacé, qu’on suit depuis In-Salah, nous conduit à Figuig, qui +est bien en effet la tête de ligne de la rue de palmiers. + +Figuig est, dans l’Atlas Saharien, à l’extrémité orientale d’une +coulisse qui s’appelle le Grouz. C’est la zone du Grouz qui est le nœud +de la question. + +_Haute Zousfana._ — Le Grouz fait déjà partie politiquement du Maroc ; +mais il est aujourd’hui à peu près aussi connu que s’il était situé sur +territoire algérien. Nous en avons une bonne carte topographique au +200000e. Sur la géologie de la région, nos renseignements émanent de +savants algériens bien connus ; MM. Ficheur et Flamand. + +Personnellement j’ai vu ce pays d’assez près à différentes reprises. + +Le Grouz est une muraille, haute d’un millier de mètres, de calcaire nu +et abrupt ; cette muraille court d’est en ouest sur 80 kilomètres, et +sur toute cette étendue elle est pratiquement infranchissable. + +[Illustration : FIG. 2. — VALLÉE DE LA ZOUSFANA A TRAVERS L’ATLAS DE +FIGUIG. + +Tous les plis se ferment et se relaient de part et d’autre de la vallée, +qui apparaît donc un grand accident tectonique, un ensellement, à +l’extrémité orientale du Grouz. + +Rapprocher de la figure 3 et de la figure 4.] + +Les caravanes contournent le Grouz par ses extrémités, l’occidentale et +l’orientale ? Ce sont ces deux extrémités qui nous intéressent. Si la +faille du Touat traverse quelque part l’Atlas saharien, c’est là. + +A l’extrémité orientale, celle où est Figuig, la haute vallée de la +Zousfana est tracée à travers toute la chaîne dans une puissante coupure +à peu près rectiligne, très large, dirigée nord-sud. + +De part et d’autre les massifs montagneux sont, d’une part le Grouz et +le Maïz, d’autre part le Beni Smir et le Soffah. Ce qui frappe d’abord +c’est qu’il y a un relai de plis. A l’ouest les deux plis anticlinaux +parallèles du Grouz et du Maïz se ferment brusquement à la rencontre de +la haute Zousfana. A l’est le Beni Smir qui est un synclinal suspendu, +se ferme brusquement lui aussi à la même rencontre. Pas un seul des +trois plis ne passe. Ils sont arrêtés net tous les trois, sur la même +ligne, comme par un obstacle profond et invisible. Cette tendance des +plis à se fermer de part et d’autre de l’oued se rencontre en petit au +col de Tarla, une étroite bouche rocheuse, par laquelle l’oued jaillit +hors de la chaîne dans le Sahara. Le col est un ensellement entre deux +brachyanticlinaux ; dans les deux piliers de la gorge les plissements +s’enroulent en sens contraires. + +Des brachyanticlinaux et brachysynclinaux qui se relaient, c’est la +structure de l’Atlas Saharien d’un bout à l’autre jusqu’en Tunisie. Il +n’est donc pas surprenant de la retrouver ici. Mais enfin il demeure +entendu que la haute vallée de la Zousfana n’est pas l’œuvre exclusive +de l’érosion. Le travail de l’érosion a été guidé par un ensellement de +la chaîne, qui a du rapport avec l’orogénie, avec la structure profonde +(voir la fig. 2). + +Cette coupure de la haute Zousfana appelle d’autres observations. + +De part et d’autre de la vallée, la roche change. Le Maïz et le Grouz +sont deux échantillons de la même montagne. Tous deux sont des +brachyanticlinaux de calcaire jurassique et surtout liasique. Dans l’un +et l’autre le pli est vivement déversé au sud, couché même. Des +calcaires jaune de miel, vivement redressés, nus, abrupts, déchiquetés +en aiguilles, particulièrement au sud, sur la surface où le pli est +couché : c’est le Maïz et c’est le Grouz. De l’autre côté de la vallée, +le Beni Smir avec son prolongement le Soffah est un autre monde. Les +altitudes seules sont comparables, au Beni Smir comme au Maïz et au +Grouz elles dépassent légèrement 2000 mètres ; c’est beaucoup pour +l’Atlas Saharien. Pour y retrouver des sommets dépassant 2000 mètres il +faut aller jusque dans l’Aurès. A tout autre point de vue le Beni Smir +s’oppose franchement au Maïz et au Grouz. C’est une masse homogène de +grès crétacé (Albien). Les couches de ce synclinal suspendu sont à peine +ondulées, d’allures tranquilles qui contrastent avec la stratification +bouleversée du Maïz et du Grouz. On a cherché à rendre ce contraste +sensible dans la figure ci-jointe (fig. 3). + +[Illustration : FIG. 3. — MAIZ ET BENI-SMIR. + +La figure fait ressortir le contraste entre les structures de l’Atlas de +part et d’autre de l’oued Zousfana. — Le Maïz est un hérissement de +pointes calcaires liasiques avec du trias accusé en creux. Le plissement +est très énergique. — Le Beni Smir est une feuille de grès albien +légèrement ondulée en cuiller, une ondulation synclinale suspendue. + +Beni Smir est un nom de tribu, Taderent et Djattou sont des lieux +habités ; ici comme plus à l’Est le plateau gréseux est hospitalier à +l’homme (Gadas du djebel Amour. Les Beni Smir sont des Amour). — Le Maïz +est du même type que le Grouz. Nous sommes ici à l’extrémité orientale +du Grouz (voir fig. 4). + +A Djattou belles gravures rupestres sur les blocs de grès albien tombés +de la falaise.] + +Il y a des conséquences humaines. Le Maïz et le Grouz sont des déserts +de pierres. L’homme y passe ; on y voit des chasseurs de mouflons ; des +dénicheurs d’abeilles ; des gens qui viennent faire quelques litres de +goudron végétal avec les rares genévriers. Je ne crois pas qu’on y voie +jamais des tentes. A coup sûr pas une seule maison. Mais le Beni Smir +est anciennement aménagé par l’homme. Près de la source très abondante +de Djattou, à côté d’une petite palmeraie, il y a des gravures rupestres +qui sont parmi les plus belles. Jusqu’en haut de la montagne, sur le +plateau, il y a un village avec des cultures, Taderent. Le Beni Smir a +ses habitants propres, qui n’en sortent pas, qui en vivent, et qui lui +ont donné leur nom. Le groupe des Beni Smir fait partie d’une grande +tribu algérienne, celle des _Amour_. Ils mènent la même vie que les +autres Amour dans le même cadre. Une feuille de grès Albien légèrement +ondulée, c’est une structure très répandue dans tout le Djebel Amour. +Les « Gadas » bien connues d’Aflou sont des plateaux de grès Albien. Le +Beni Smir est la plus occidentale des gadas ; il a toutes ses affinités +de ce côté-là, celui de l’Algérie. + +Il faut noter que, tout au rebours, le Maïz et le Grouz sont une +apparition nouvelle dans l’Atlas Saharien ; cette dernière coulisse ne +ressemble pas aux autres. A l’est de Figuig, dans toute la chaîne, c’est +le crétacé qui domine. Le jurassique et le lias ne sont pas inconnus, +mais ils apparaissent en pointements rares d’étendue limitée. De +puissantes coulisses, longues de près de 100 kilomètres, avec un relief +relatif d’un millier de mètres, tout entières en calcaires jurassique et +liasique du socle au sommet, c’est une nouveauté. On n’a pas encore vu +ça dans l’est. + +Cette apparition en surface de roches plus profondes va de pair, comme +il est naturel, avec une intensité de plissement notablement accru. A +l’est de Figuig, dans l’Atlas Saharien tout entier jusqu’aux Syrtes, les +géologues décrivent ce qu’ils ont appelé des « plis ébauchés », de +simples ondulations. Mais dans le Grouz et le Maïz le plissement est +très énergique, les plis sont nettement couchés. Ce n’est donc pas +douteux. Des couches plus profondes de l’écorce terrestre sont +surhaussées et largement dénudées ; si bien que le lias se trouve amené +à la même altitude que le crétacé. Cette transformation se fait d’un +coup sur la rive droite de la haute Zousfana. + +Elle s’accompagne de phénomènes qui attestent une dislocation. On sait +que le trias algérien, qui est de la boue plâtreuse et salée est un +terrain facilement lubrifié, et extraordinairement instable ; il est +connu pour foirer à travers les fissures avec des allures éruptives ; et +il est d’ailleurs souvent accompagné d’une roche éruptive, l’ophite. Or +le long de la haute Zousfana les pointements de trias et d’ophite +tiennent une place importante. Tout l’intérieur du Maïz à l’extrémité du +brachyanticlinal est évidé aux dépens du trias (voir fig. 3). Les +ophites du Maïz ont une minéralisation de cuivre dont on a projeté +l’exploitation. En amont sur l’oued, au point dit Mouiah Sfer, un +affleurement de trias et d’ophite est important, les indigènes y ont +fait une petite descenderie pour l’exploitation du sel. + +La haute Zousfana est une rivière assez vivante, elle est pérenne dans +certains secteurs ; on ne sait pas si la réapparition de l’eau serait en +relation avec des suintements de nappe souterraine. Mais on connaît très +bien les sources de Figuig ; elles ont été étudiées par M. Ficheur. +Elles sont thermales, et elles jaillissent le long d’une cassure, dont +la lèvre inférieure est encroûtée de travertin épais[7]. + +Avec quelle abondance on en aura une idée, si on considère le nombre +d’hommes dont elles ont permis le groupement. Figuig a 10 ou 12000 +habitants. Il n’y a pas d’agglomération urbaine comparable dans tout le +Maroc oriental ; Tell compris ; puisque Oudjda, la capitale +administrative, a 7000 habitants. + +Quant aux autres oasis du Sahara Algérien, elles ne comptent leurs +habitants que par centaines. + +Voilà bien des observations concordantes. Elles autorisent la conclusion +que la coupure de la Zousfana, à l’orient du Grouz, a quelque rapport +avec la faille du Touat, dans la prolongation de laquelle elle se +trouve. + +Pourtant les phénomènes observés à l’autre bout du Grouz sont encore +plus concluants. + + +_Le Tamlelt._ — Sur ses 80 kilomètres de long, le Grouz tout entier est +parfaitement semblable à lui-même. Au centre il est bien, il est vrai, +d’épaisseur diminuée ; il y a une tendance à l’ensellement. Là se trouve +dans l’épaisseur de la montagne un évidement, le cirque de Djaïfa (fig. +4). En ce point on peut traverser le Grouz par le moins mauvais de ses +sentiers ; un canyon très long, très étroit, très obstrué de blocs, très +coupe-gorge ; à la rigueur une caravane chargée pourrait s’y écouler, +bête après bête, au compte-goutte, à ses risques et périls, presque +partout de plain-pied : ce qui serait assurément impossible partout +ailleurs dans la montagne. Au delà vers le nord, dans le prolongement de +cet ensellement du Grouz, l’Atlas Saharien est largement interrompu +entre le Djebel R’als et le Maïz. Il semble donc bien qu’il y ait ici +encore une tendance à coupure orientée nord-sud. Pourtant la continuité +du Grouz n’est pas interrompue. C’est à son extrémité occidentale qu’il +faut aller pour trouver la coupure nord-sud franchement réalisée, dans +des proportions grandioses. + +Cette coupure s’appelle le _Tamlelt_. + +[Illustration : FIG. 4. — LE TAMLELT. + +Un coup d’œil sur la figure permet de distinguer la pénéplaine primaire +(la plaine) de la chaîne secondaire (les massifs montagneux). — La +limite entre les deux dessine un Z majuscule. — La branche centrale du Z +coupe à l’emporte-pièce la R’als et le Grouz. — C’est la coupure du +Tamlelt à travers l’Atlas Saharien à l’extrémité occidentale du Grouz +(voir fig. 2 et 3).] + +Le Tamlelt est une plaine à perte de vue. Sur la carte que nous en +avons, et qui est bonne[8], on mesure exactement ses dimensions. D’est +en ouest elle a, suivant les points, de 30 à 60 kilomètres dans le sens +de la latitude. Du nord au sud elle a 50 kilomètres. Elle est tout +entière enclose dans l’Atlas Saharien, c’est-à-dire qu’elle en rompt +totalement la continuité. A proprement parler elle le supprime. Cette +substitution d’une plaine à une chaîne de montagnes se fait d’un coup, +suivant une ligne à peu près droite sur laquelle non seulement le Grouz, +mais aussi le R’als, s’arrêtent brusquement, comme tranchés net. La +disparition de l’Atlas Saharien est à peu près totale sous le méridien +du Tamlelt. Il n’en reste plus au nord du Tamlelt qu’une traînée de +chicots, Djebel Orak, Djebel Haouanit, Djebel Lakhdar, Djebel Bou Arfa +(fig. 4). + +L’épaisseur de ce chaînon, mesuré sur la carte, n’excède pas 2 +kilomètres. C’est tout ce qui subsiste d’une chaîne dont la puissance +atteignait une cinquantaine de kilomètres. Il n’y a plus d’Atlas ; on +passe ici du Sahara aux Hauts-Plateaux directement, sans intermédiaire. + +Plus à l’est sur toute l’étendue de l’Atlas Saharien, il y a un autre +point, et un seul, où la chaîne disparaît brusquement d’une façon tout à +fait comparable ; c’est, entre les Zibans et l’Aurès, la brèche de +Biskra qui fait communiquer de plain-pied le Sahara et le Hodna. + +A la seule inspection de la carte, le Tamlelt et la brèche de Biskra +apparaissent deux pendants, la reproduction en deux exemplaires du même +phénomène, remarquable à coup sûr. + +Ce phénomène, au Tamlelt, apparaît plus remarquable encore, et, je +crois, plus intelligible, si on cherche à l’éclairer par une étude +sommaire des conditions géologiques. + +Il faut distinguer ici entre les bords oriental et occidental du +Tamlelt. La bordure occidentale, du côté marocain, encore que nous en +ayons déjà une représentation topographique, nous est tout à fait +inconnue au point de vue géologique. On n’en parlera pas. Nous sommes +ici à la limite extrême du pays scientifiquement étudié. Sur la bordure +orientale en revanche, et sur le Tamlelt lui-même, nous avons déjà des +documents géologiques, autorisant des conclusions générales. Beaucoup de +fossiles et d’échantillons ont été rapportés aux laboratoires de MM. +Flamand et Ficheur, comme aussi au laboratoire de M. Barrois à Lille. +Personnellement j’ai vu et revu la région. On est certainement fixé sur +les grandes lignes. On sait en gros la composition et la structure des +reliefs importants. Une carte Flamand[9] au millionième, publiée en +1909, dit l’essentiel. + +Ces documents géologiques et topographiques, on a cherché à les rendre +sensibles dans la figure 4. + +Il s’agit de la limite entre la pénéplaine primaire, la même qu’au +Sahara, d’une part, et d’autre part les terrains secondaires, du crétacé +au lias, englobés dans le plissement de l’Atlas. L’ouest et le sud de la +figure (où la plaine domine) est pénéplaine primaire. Le nord et l’est +(la zone des hauts-reliefs) appartient à la chaîne secondaire. + +Au sud du Grouz la pénéplaine primaire est bien connue depuis une +vingtaine d’années déjà. Elle est représentée surtout par des calcaires +dinantiens très puissants. Sur cette pénéplaine la transgression +cénomanienne a déposé des calcaires et des marnes en couche mince, dont +le contact inférieur avec la pénéplaine s’observe aisément. Cette +transgression cénomanienne si limitée atteste l’indépendance de la +pénéplaine par rapport aux mers secondaires. + +Dans la région de l’Antar (exactement au Raknet-el-Betoum), on observe +directement, je crois, le pli du Grouz, couché sur la pénéplaine, comme +sur un avant-pays rigide. Que le Tamlelt soit lui aussi primaire, c’est +une acquisition récente. Nous la devons à M. Rey et au laboratoire de +géologie à l’Université de Lille[10]. + +Le Tamlelt est une plaine d’alluvions ; à travers les trous du manteau +alluvionnaire un substratum ancien apparaît composé de vieilles roches, +quartzites et schistes. M. Rey nous apprend que ces schistes contiennent +des fossiles du silurien supérieur, des graptolites. + +D’autre part, si on consulte la carte Flamand[11] aux lettres S, Sq, +Sqr, on constate que les schistes et les quartzites s’étendent au sud +jusqu’au voisinage immédiat des affleurements dinantiens. + +Tout se passe donc comme si tout le Tamlelt, d’un bout à l’autre, comme +le veut M. Rey, et comme le terrain en donne l’impression, était +silurien. Le contraste avec l’Atlas est donc, au point de vue +géologique, aussi vif qu’au point de vue topographique. Le contact entre +l’Atlas et le Tamlelt est d’une netteté brutale. La limite géologique +coïncide exactement avec celle de la plaine. Elle est jalonnée par des +affleurements miniers. Au Djebel Houanit, plomb et calamine, au Bou +Harfa, manganèse, au R’als une vieille mine de cuivre indigène, qui doit +avoir été importante. Il faut ajouter que cette limite géologique +dessine exactement un Z majuscule : deux cassures rectilignes orientées +est-ouest (sens de l’Atlas), sont raccordées à l’angle droit par une +cassure orientée nord-sud (sens de la faille du Touat). + +Il faut souligner combien la présence du primaire largement étalé au +cœur et à travers toute l’épaisseur de l’Atlas Saharien est une +nouveauté surprenante. Cet Atlas Saharien est bien connu, dans toute son +étendue à travers l’Algérie et la Tunisie, depuis la frontière marocaine +jusqu’aux Syrtes. Il est tout à fait certain qu’on n’y voit pas à l’est +du Tamlelt le moindre pointement primaire. A l’extrémité occidentale du +Grouz, comme à son extrémité orientale, il y a vieillissement brusque +des couches affleurantes. Un accident nord-sud ramène d’un coup en +surface des roches de la profondeur. + +_La Moulouya._ — Voilà les faits, tels qu’ils sont établis depuis peu, +mais sans conteste. Semblera-t-on excéder les conclusions qu’ils +autorisent si on dit ceci ? + +La faille du Touat, celle de la rue de palmiers, rencontre l’Atlas +Saharien à la hauteur du Grouz. C’est elle qui a, de part et d’autre du +Grouz, les répercussions signalées plus haut, des accidents +grossièrement orientés nord-sud comme la faille elle-même. Le plus +important est à l’ouest du Grouz. Là tout se passe comme si le Tamlelt +était la prolongation pure et simple de la pénéplaine primaire +saharienne ; et comme si la faille en zigzag qui limite le Tamlelt à +l’est était la prolongation de la faille du Touat à travers l’Atlas. + +Il faut noter l’importance du Tamlelt comme limite, au point de vue +orographique et humain. + +Cet Atlas du Grouz et du R’als, que la faille du Tamlelt tronçonne +brutalement, ne s’arrête pas là ; il recommence au delà du Tamlelt à +l’ouest, mais il n’est plus le même ; ce n’est plus l’Atlas Saharien, +c’est le grand Atlas Marocain. + +L’un est loin d’être aussi bien connu que l’autre. Pourtant nous avons +sur le grand Atlas de beaux travaux très détaillés de MM. Brives et +Gentil. Et ces travaux sont bien loin d’être aussi discordants qu’ils +l’avaient paru d’abord. Il est sûr que des morceaux considérables de +pénéplaine primaire font partie intégrante de la chaîne tout du long +jusqu’au voisinage de l’Atlantique[12]. Il est certain aussi d’ailleurs, +comme Gentil l’a fait ressortir, que ces deux chaînes qui se prolongent +l’une l’autre ont des analogies profondes de structure[13]. + +Ce sont bien deux parties de la même chaîne. + +Seulement elles font entre elles un contraste très vif, non seulement au +point de vue géologique, mais aussi et davantage encore topographique. +Le grand Atlas mérite son nom, il est très élevé ; les sommets +avoisinent 4000 mètres. Il est deux fois plus haut que l’Atlas Saharien. +Par l’altitude et l’âge des roches ce sont des mondes montagneux tout à +fait distincts. + +Le contraste est le même entre deux humanités. + +Aux puits du Tamlelt viennent boire deux races voisines et ennemies. A +l’est sont les Beni-Guil, arabes de langue, cavaliers, nomades ; +apparentés par leur organisation et leur genre de vie aux nomades des +hauts plateaux Algériens, à leurs voisins les Hammeyan par exemple. A +l’ouest du Tamlelt commencent les Beraber ; dans toute l’Afrique du Nord +ils sont les seuls à qui la coutume populaire a conservé le nom des +Berbères ; leur dialecte est berbère et ils ne savent pas l’arabe ; ils +sont ruraux, sédentaires, montagnards, ils ont une organisation +démocratique de village ; ce sont les frères de nos Kabyles ; comme eux +ils ont pour leurs voisins de langue arabe une haine nationale plus que +millénaire. + +Ce sont là des faits qu’il semble difficile de nier ; mais si on les +admet on ne peut pas s’y tenir ; il faut aller plus loin. + +Au temps de Salluste, la Moulouya était déjà une frontière entre les +deux Maurétanies. On peut certainement dire qu’elle l’est restée, en +entendant la Moulouya moyenne, celle des hauts plateaux. Elle aussi +sépare les Béraber et les Arabes, les sédentaires et les nomades. Mais +ce n’est pas le fleuve lui-même qui est frontière. Il longe sur sa rive +gauche le pied d’un escarpement haut d’un millier de mètres, par lequel +le haut pays marocain, qu’on appelle ici le moyen Atlas, tombe à pic sur +les plateaux algériens deux fois moins élevés (fig. 6). C’est de tout le +Maroc le coin qui est resté le plus inconnu. Il faut en parler avec +prudence, et attendre les résultats d’une étude géologique qui n’est pas +commencée, et qui sera longue. Mais enfin on connaît bien aujourd’hui, +on a même à peu près cartographié la continuation des hauts plateaux +jusqu’à la Moulouya. De là, par delà la rivière, on voit, j’ai vu, le +massif abrupt du moyen Atlas barrer l’horizon, avec ses cimes encore +largement neigeuses à la fin du printemps, _djebel-es-theldj_ la +montagne de la neige, disent les Beni-Guil. Le contraste entre le moyen +Atlas et les hauts plateaux, de part et d’autre de la Moulouya, paraît +du même ordre qu’entre le haut Atlas et l’Atlas Saharien, de part et +d’autre du Tamlelt. C’est la même frontière qui continue dans les mêmes +conditions physiques. + +Et alors cette grande faille de la « rue des palmiers » qui nous a paru, +au Tamlelt, tronçonner l’Atlas Saharien, on en suivrait donc la +prolongation, le long de la Moulouya, tout au travers des hauts +plateaux. Est-ce tout ? Dans son prolongement à peu près linéaire, tout +le massif espagnol s’abîme dans la Méditerranée : les géologues +admettent que la Sierre Nevada et les Pyrénées ont été tronçonnées par +ce grand effondrement. + + +Entre les côtes marocaine et espagnole, au large de la Moulouya, il est +d’ailleurs parfaitement certain qu’une grande faille franchit la +Méditerranée. Les cartes bathymétriques montrent un abrupt très accusé +duquel émerge l’île volcanique d’Alboran (fig. 39). Près l’embouchure de +la Moulouya, le cap des Trois-Fourches qui est de roches éruptives, fait +une saillie d’une quinzaine de kilomètres ; la plus aiguë et la plus +accusée de toute la côte nord-africaine ; dans la direction de l’île +Alboran, en parfaite symétrie avec la saillie correspondante que fait, +sur le rivage espagnol, le cap de Gata, lui aussi éruptif (fig. 1 et +29). Les basses vallées voisines de la Moulouya et de la Tafna +apparaissent d’un coup d’œil sur la carte, encombrées de roches +éruptives. Un archipel d’îles côtières volcaniques (Habibas, Rachgoun, +Zaffarines) : les appareils volcaniques les plus jeunes et les mieux +conservés de toute l’Afrique du Nord (le volcan de Tifarouïne[14] et +celui des Msirdas sur la frontière algéro-marocaine[15]) ; des restes +abondants de volcans primaires, carbonifériens, ou permiens (dans les +hauts de l’oued Isly, sur la même frontière[16]). Tout se passe comme +s’il y avait là un système de cassures qui n’a jamais été fermé depuis +la fin de l’ère primaire. + +La même faille, ou, si l’on veut, le même grand accident se laisserait +donc suivre depuis le Roussillon jusqu’au Bas-Touat. + +_Conclusion._ — Cette faille Touat-Roussillon serait une ride importante +sur la face de la planète. On se borne à signaler le problème. Pourtant +avec toutes les réserves prudentes qu’on voudra il reste un groupe de +réalités positives qu’il est légitime de coordonner. + +Depuis le cœur du Sahara jusqu’à la Méditerranée, à peu près sous le +méridien de la frontière algéro-marocaine, dans une direction +grossièrement nord-sud, il court une ligne qui ne cesse pas un instant +d’être extrêmement importante au point de vue humain. Au Sahara, c’est +la « rue des palmiers ». Dans l’Atlas, c’est la limite entre les très +hautes montagnes marocaines et les montagnes moyennes ou les hauts +plateaux d’Algérie ; et du même coup entre deux langues, deux sociétés, +deux nations. + +On a cru pouvoir prononcer le mot de faille ; on croit même reconnaître +le long de cette faille, le compartiment effondré, invariablement +l’oriental. Puisque enfin, pour qui vient de l’est, les roches primaires +apparaissent brusquement pour la première fois au point précis où on +franchit la faille. + +Mais enfin mettons que ce mot de faille soit inexact. N’anticipons pas +sur des travaux géologiques de détail qui restent à faire. Il y a +quelque chose, de quelque nom qu’on l’appelle, qui est orienté dans le +sens du méridien, non seulement au Sahara, mais dans l’Atlas. C’est sur +la direction qu’on insiste. Dans cette Algérie, qui est une chaîne +plissée, la direction est-ouest, qui est celle du plissement, attire +d’abord l’attention. Nous avons saisi sur le fait qu’il y en a une +autre, croisant la première à angle droit, qui est extrêmement +importante, et qui a du rapport avec le Sahara. + + +[Note 6 : Dans un compte rendu de mission, déjà vieux d’une quinzaine +d’années (no 50), je n’ai pas mis cette faille en valeur. Son existence +m’est apparue évidente au cours d’une mission ultérieure et récente, en +1918.] + +[Note 7 : No 49 _bis_, p. 457.] + +[Note 8 : No 18, feuille no XLI.] + +[Note 9 : No 17.] + +[Note 10 : Rey, nos 88, 89, 90. Dollé, no 32.] + +[Note 11 : No 17.] + +[Note 12 : Nos 27, 16.] + +[Note 13 : No 57, p. 126.] + +[Note 14 : No 54, p. 324.] + +[Note 15 : No 55, p. 331.] + +[Note 16 : No 55, p. 24 et 331.] + + + + + CHAPITRE III + + LA GRANDE DORSALE HOGGAR — LAGHOUAT — MÉDÉA. + + +Le grand accident que nous avons appelé la faille Touat-Roussillon n’a +jamais été signalé par les géologues. La raison en est qu’elle franchit +l’Atlas nettement en dehors de leur domaine, qui a été exclusivement +l’Algérie, le pays anciennement français, dont on a depuis longtemps +déjà de bonnes cartes topographiques, où depuis près d’un demi-siècle un +service géologique fonctionne. Le Tamlelt est politiquement sur le sol +marocain. Il n’est à peu près accessible que depuis une dizaine +d’années, dont cinq de guerre. + +Dans leur domaine les géologues ont depuis longtemps et à maintes +reprises signalé la répercussion d’un autre grand accident saharien, qui +a lui aussi une direction grossièrement nord-sud où comme l’a dit l’un +d’eux, G.-B.-M. Flamand, « sub-méridienne »[17]. + +Dans ce qui va suivre, on s’appuie sur l’autorité de MM. Ficheur, +Alexandre Joly, R. Chudeau. + +On se bornera à souligner l’importance et les conséquences géographiques +d’un fait admis unanimement par les géologues. On pourra donc passer +beaucoup plus rapidement. + +Voici le fait (fig. 6). + +Depuis le massif du Hoggar, au cœur du Sahara, une ligne de hauteurs +court nord-sud sur quelque chose comme 1500 kilomètres jusqu’à la +rencontre de l’Atlas. Elle est jalonnée par le Hoggar lui-même, avec des +sommets volcaniques au-dessus de 3000 mètres ; puis par l’éperon +septentrional du Hoggar, le Tifedest, et le Mouydir, qui atteint encore +1700 mètres ; au delà le dos du Tadmaït a 900 mètres, il se prolonge +jusqu’à Laghouat, au pied de l’Atlas, par ce qu’on appelle le plateau +des _Dayas_. + +Le Mouydir est nettement un vieux pli hercynien de la pénéplaine +primaire ; plus au nord où la pénéplaine ne s’observe plus directement, +c’est évidemment un pli hercynien sub-méridien qui se continue sous le +crétacé du Tadmaït, imposant sa direction à la grande ondulation +anticlinale. Ce dos de sillon du Tadmaït, en calcaire crétacé nu, balayé +par le vent, domine à l’est et à l’ouest les dépressions où se sont +accumulées les deux grands ergs. A ce chemin de roc solide entre deux +mers de sable, les indigènes ont donné le nom de pont « el gantra ». + +Le plateau des Dayas doit aussi sa particularité essentielle et son nom +à ce qu’il est un dos de terrain surélevé entre les deux grandes +cuvettes. Les « Dayas » ne sont pas autre chose que des têtes d’aven, +points d’origine de circulation souterraine, dans un terrain très +perméable (le mio-pliocène, accumulation des déchets de l’érosion sur le +versant de la grande chaîne). Il est naturel que les têtes d’aven se +multiplient à la surface d’un plateau de dirimation, où les eaux d’orage +stagnent incertaines de leur direction. + +Cette grande dorsale si nette qui coupe en deux le Sahara Algérien +depuis le Hoggar jusqu’à Laghouat, les géologues en retrouvent la +continuation à travers toute l’Algérie jusqu’à la mer. Sur les hauts +plateaux, c’est le « plateau steppien » de Joly, « centre de dirimation +entre deux bassins de réception, les chotts oranais d’un côté, le Hodna +de l’autre ». Dans le Tell ce sont « les plateaux miocènes de Médéah qui +par leur altitude contrastent nettement avec les niveaux très bas +qu’occupent, dans la vallée du Chélif à l’ouest et dans celle de l’oued +Soumman à l’est, des dépôts du même âge ». + +Il faut ajouter ce curieux pédoncule qui réunit, à Miliana, le plateau +de Médéa au Zaccar, dressant une cloison haute abrupte et étroite entre +les très basses vallées de la Mitidja et du Chéliff (fig. 5). Et il faut +noter, tout à côté, dans l’angle correspondant de la Mitidja, un curieux +affleurement de roche éruptive en forme de V[18]. Ce seuil de Miliana +est un des coins de l’Algérie où la croisée des deux directions nord-sud +et est-ouest, saharienne et méditerranéenne, s’accuse avec le plus +d’énergie. + +Ces données que nous devons aux géologues, il est possible de les +éclairer et de les souligner avec des faits géographiques très +importants qui semblent avoir un peu échappé à l’attention. + +Les géographes savent depuis longtemps que, dans le Tell, sous le +méridien d’Alger, à la Mitidja, deux Algéries tout à fait différentes se +relaient. Un géographe arabe, l’auteur du _Kitab le Istibçar_, appelle +déjà le seuil de Milianah « la porte du Gharb[19] ». + +[Illustration : FIG. 5. — LE PLATEAU DE MÉDÉA. + +Au-dessus de deux dépressions très profondes (moins de 400 mètres au- +dessus du niveau de la mer) ; la plaine du Chélif à l’Ouest, la vallée +de l’Isser à l’Est ; le plateau de Médéa se dresse à un millier de +mètres, attestant la persistance de l’orientation Nord-Sud dans la +chaîne plissée Est-Ouest. Les masses montagneuses de l’Atlas de Blida, à +l’Est, et du Zaccar à l’Ouest (1600 m. d’altitude) sont séparées par un +ensellement très accusé, le pédoncule de Miliana (600 m. d’altitude). +Par-dessus ce pédoncule et même à travers lui (tunnels) s’ouvre entre le +Chéliff et la Mitidja une communication d’orientation générale Nord-Sud. + +Là passe la frontière géographique entre les deux Tells, celui des +plaines subcôtières et celui des Kabylies. Cette frontière est jalonnée +par un chapelet de villes actuelles ou défuntes, Achir, Médéa, Miliana, +Cæsarea (Cherchell), Alger. Le plateau de Médéa est l’extrémité +septentrionale de la dorsale Hoggar-Laghouat-Médéa, (voir fig. 6).] + +D’une part, à l’est, une Algérie montagneuse, pittoresque, boisée, +presque exclusivement Berbère, l’Algérie des Kabylies. D’autre part, à +l’ouest, l’Algérie des plaines sub-littorales, bien plus sèche que +l’autre, nue, peuplée d’indigènes bien différents qui mènent une autre +vie, et parlent surtout l’arabe. Entre ces deux Algéries, c’est +l’extrémité nord de la grande dorsale qui fait limite. Et cette +extrémité nord est curieusement jalonnée d’agglomérations urbaines +actuelles ou fossiles. Il y a eu là à travers les siècles, jusqu’à trois +grandes capitales de toute l’Algérie. L’une s’est appelée « Achir » ; +c’est à peine s’il en reste des ruines ; son nom est aussi mort qu’elle, +parce que nul ne s’intéresse au moyen âge berbère. Mais les émirs +Zirides, chefs de la tribu Sanhadja, qui ont régné à Achir, dominaient +tout le pays entre la Tunisie et le Maroc. Achir était dans les monts du +Titteri, au sud immédiat de Médéa (fig. 5). Les deux autres capitales +sont maritimes. L’une était Cæsarea, notre Cherchell, centre de la +domination d’une dynastie berbère, celle de Juba, avant d’être celui de +l’administration romaine. Dans l’angle nord-ouest de la Mitidja, très +visible à 10 lieues à la ronde, se dresse le tombeau de Juba ou de sa +famille (tombeau de la chrétienne), attestant que la racine de la +dynastie était bien là, précisément au point où la grande dorsale +aboutit à la mer. + +La troisième capitale est naturellement l’actuelle, Alger ; il faut +souligner combien elle est à un point naturellement indiqué par +l’histoire et la géographie pour dominer. + +Entre le Titteri et Alger, Médéa et Miliana font jalons, villes fortes, +pitonnantes, qui gardent chacune une importante croisée de chemins, les +communications à la fois du nord au sud et de l’est à l’ouest. Les +premières années de la conquête française autour d’Alger sont remplies +par ces noms de Médéa et de Miliana. Au temps des Turcs, le beylick +d’Alger avait pour subdivision militaire principale le beylick de +Titteri, dont Médéa était capitale. Dès la fondation d’Achir, le premier +émir, au dire des historiens arabes[20], eut pour premier soin de +rétablir, d’organiser et de prendre en main Alger, Miliana et Médéa. Les +trois villes sont toujours étroitement associées. C’est un bloc. A côté +de leur importance militaire, impériale, il faut aussi faire la part du +commerce. Toutes ces villes furent ou sont des marchés sur une frontière +économique entre pays qui échangent des produits différents, ceux de la +plaine et de la montagne, du champ et du verger, de la tente et de la +maison. + +Il y a en Algérie un certain nombre de régions de ce genre, qui ont +cherché à travers les âges et plus ou moins réussi à devenir des +centres, par exemple celles de Constantine, Tiaret, Tlemcen. Il n’y en a +peut-être aucune qui ait plus de titres que celle-ci. + +Cette ligne de contrastes et de domination qui va du Titteri à la +Mitidja est en relation évidente avec la grande dorsale de Laghouat. De +part et d’autre de cette dorsale des compartiments différents de l’Atlas +ont joué différemment, chacun pour soi, et des conditions diverses sont +nées. + + +[Note 17 : Ficheur, dans ses cours et ses conversations. Cf. en outre no +77, p. 238 ; no 29, p. 60 ; no 41, p. 777.] + +[Note 18 : No 2.] + +[Note 19 : No 33, p. 39.] + +[Note 20 : No 67, t. II, p. 6.] + + + + + CHAPITRE IV + + LA BRÈCHE DE BISKRA ET LA CROISÉE DU DJÉRID + + +_Brèche de Biskra._ — La dorsale Hoggar-Laghouat sépare au Sahara les +cuvettes du Touat et de l’Igharghar. + +L’une et l’autre sont de très longs sillons synclinaux, symétriques de +l’ondulation anticlinale centrale, la grande dorsale, à peu près +parallèles à elle et à peu près aussi longs ; ils viennent tous trois du +cœur du Sahara jusqu’au point où ils rencontrent l’Atlas à angle droit. + +Le sillon oriental est suivi par un grand oued quaternaire, l’Igharghar, +qui vient du Hoggar en ligne à peu près droite. Au nord il est jalonné, +lui aussi, par une autre rue de palmiers, quoique infiniment plus courte +que l’occidentale ; c’est celle de l’oued R’ir. Il est de structure très +simple ; c’est essentiellement une feuille de calcaire crétacé ondulée +en cuiller. Quoique les pentes soient très lentes, il y a une différence +de plusieurs centaines de mètres entre le fond du sillon et les crêtes +de ses épaulements. Sa longueur totale est d’un millier de kilomètres. +C’est un très grand accident, tout à fait comparable aux deux autres, un +trait de structure essentiel. + +Au point précis où cet accident rencontre la chaîne, que trouvons-nous ? +Une brèche énorme, interrompant de bout en bout la continuité de la +chaîne. C’est la brèche de Biskra entre le Zab et l’Aurès ; par cette +large porte on passe de plain-pied du Sahara dans la cuvette du Hodna. +Il n’y a rien de comparable dans tout l’Atlas Saharien, sauf, comme on +l’a dit, la brèche du Tamlelt. + +Le lien entre les deux phénomènes (sillon de l’Igharghar et brèche de +Biskra), s’il n’a jamais été, à ma connaissance, encore signalé, c’est, +je suppose, par inadvertance, parce qu’on ne s’est jamais occupé de la +question. + +Je n’imagine pas qu’on puisse le nier, il apparaît à la seule inspection +de la carte (fig. 6). + +[Illustration : FIG. 6. + +LES SILLONS SAHARIENS ET L’ATLAS. + +La structure du Sahara Algérien est très simple : de grands sillons +parallèles courant Nord-Sud. Au centre Hoggar, Tadmaït, Gantra, plateau +de Laghouat. A l’arête la plus nette de cette dorsale les indigènes ont +donné le nom de Gantra (le pont) parce qu’il domine à droite et à gauche +les dépressions profondes et encombrées de dunes de l’Igharghar et du +Gourara. Au delà, aux limites de la carte, les arêtes Nord-Sud +symétriques des Matmata et d’Ougarta. — L’Atlas orienté Est-Ouest semble +arrêter ces grands accidents Sahariens comme une barre de T. Mais si on +y regarde de plus près les domaines respectifs des accidents Nord-Sud et +des plissements Est-Ouest se pénètrent mutuellement. — Au Sahara la +direction Est-Ouest est importante : (Gourara, falaises Sud du Tadmaït, +oued Botha). Et dans l’Atlas les grands accidents Sahariens se +prolongent, à angle droit avec la direction de la chaîne. — Dans le +prolongement des Matmatas tout l’Atlas tourne court vers le Nord. A la +rencontre du synclinal de l’Igharghar, l’Atlas a les reins cassés, avec +un coude de cassure accusé et l’indentation profonde du Hodna. Dans le +prolongement de la faille (?) Touat-Oued Saoura, l’Atlas est coupé du +Nord au Sud par un gradin en zigzag le long duquel le Maroc (de 3000 m. +d’altitude) tombe d’un coup aux hauts plateaux Algériens (voir fig. 4 et +aussi fig. 29). La répercussion sur l’Atlas de la grande dorsale +centrale Hoggar-Laghouat apparaît moins nettement sur une carte à petite +échelle : elle est pourtant considérable (voir fig. 5). — Si on ne se +contente pas d’envisager l’Atlas sur sa face nord méditerranéenne et si +on le considère sur sa face sud Saharienne on voit donc apparaître de +nouveaux traits de structure, essentiels. — Il y a croisée orthogonale +de deux directions.] + +La brèche de Biskra existait déjà au miocène, elle était un détroit de +la mer miocène (fig. 10), qui d’ailleurs, au Sahara et dans l’Atlas +Saharien, ne s’est pas avancée au delà dans l’ouest. Cette mer reste en +retrait sur celle de l’éocène inférieur dont on retrouve des dépôts le +long de l’oued Djedi jusqu’auprès de Laghouat (en deçà de la grande +dorsale que la mer éocène n’a franchie nulle part (fig. 8). On a déjà +noté à propos de la haute Zousfana et du Tamlelt, ce vieillissement +brusque des affleurements géologiques, lorsqu’on va d’est en ouest. La +loi se vérifie à la grande dorsale de Laghouat et à la brèche de Biskra. + +Sur cette brèche, du côté de l’Aurès, se trouve la plus monstrueuse +montagne de sel de toute l’Algérie, celle d’el-Outaya ; un bloc homogène +de sel gemme qui a 300 mètres de relief et 6 kilomètres de grand +diamètre, célèbre depuis el-Bekri. El-Outaya est flanqué d’une autre +montagne de sel, beaucoup plus petite, mais de même type, Metlili. On +sait que ces pointements triasiques accompagnent des cassures. Les +géologues admettent au contact du Hodna et de l’Aurès une faille. Et +notez qu’une troisième montagne de sel, celle de Djelfa, se trouve +exactement sur le passage de la grande dorsale Laghouat-Médéa. + +L’Aurès et les monts du Zab, qui se font face et pendant de part et +d’autre de la brèche, n’ont pas de rapport l’un avec l’autre ; non pas +qu’ils diffèrent essentiellement par leur structure, mais leur +importance n’est pas comparable. Les monts du Zab sont une petite chaîne +de collines dont aucune n’atteint 1000 mètres, mais l’Aurès a le sommet +le plus élevé de toute l’Algérie (Chélia, 2329 m.). En largeur aussi il +est deux fois plus puissant que le Zab, le faisceau de ses ondulations +parallèles et régulières déborde au nord sur les hauts plateaux +Constantinois et n’en laisse pas subsister grand chose. Enfin c’est +l’Aurès, la chaîne peut-être la plus puissante, la mieux individualisée, +la plus célèbre de toute l’Algérie. Le même nom lui est resté attaché +depuis 2000 ans, sans contestation, Aurasius ; le cas est rare parmi les +massifs de l’Atlas et peut-être unique. + +Cette brèche, qui est un trait si important de la structure, tient une +place immense dans l’histoire de l’Algérie et dans sa géographie +humaine. + +Ç’a été la grande voie de communication entre le Sahara et l’Oranie, la +voie des grands nomades chameliers. L’histoire atteste des relations +étroites, séculaires, entre des régions aussi différentes que Tiaret +d’une part, et d’autre part Cedrata, près d’Ouargla, le djebel Nefouça +en Tripolitaine. Ç’a été les points importants du royaume Berbère +ibadhite. Dans ces mêmes limites un peu vagues, entre la Tripolitaine et +Tiaret, nous voyons d’après Ibn Khaldoun jusqu’au XIVe siècle une race +Zénète homogène, groupée. L’axe de l’ibadhisme et de la Zénétie passe +par le seuil de Biskra. C’est seulement par cette voie de communication +entre le nord-ouest et le sud-est qu’on arrive à imaginer la +distribution des Ibadhites et des Zénètes. + +Le seuil de Biskra fut la porte d’entrée de toutes les invasions arabes. +Sidi Okba, qui conduisit la première, est enterré à Biskra, où il fut +tué. La seconde, celle des bédouins Hilaliens au XIIe siècle, a repris +le même chemin. La capitale du royaume Berbère, qui les tint le plus +longtemps qu’elle put en échec, fut la Kalaa des Beni-Hammad ; elle +dressait son « fanar », sa tour de guet, encore debout, juste en face du +seuil de Biskra, de l’autre côté du chott, sur les pentes sud du +Maadid[21]. + +Contre les Arabes, l’Aurès fut la citadelle berbère ? Il l’est resté. Le +seuil de Biskra est une limite linguistique et nationale. Il n’a jamais +cessé, depuis deux millénaires, d’être une frontière entre pays +diversement habités, puisque, sous la domination romaine, le limes y +passait, approximativement[22]. + +Ce n’est donc pas douteux, le grand accident saharien de l’Igharghar, +comme les deux précédents, pénètre dans l’Atlas ; et il y devient lui +aussi un principe extrêmement important de différenciation. Il faut +simplement noter une nuance. Cette puissance de différenciation, la +dorsale de Laghouat se trouve l’avoir exercée surtout dans la zone du +Tell, et le sillon de l’Igharghar dans celle des hauts plateaux. + +Ajoutons enfin qu’un quatrième accident saharien se comporte comme les +trois autres. C’est l’épaulement oriental du troisième. + +_La croisée du Djerid_ (fig. 6). — Le synclinal de l’oued R’ir et du bas +Igharghar, a pour épaulement oriental la crête des Matmatas qui court +nord-sud sur la frontière de la Tunisie et de la Tripolitaine. La +dénivellation comme dans le reste du Sahara algérien, est lente, +progressive, mais considérable au total. Touggourt est à 60 mètres +d’altitude, dans les Matmatas un sommet atteint 750 mètres. Cette +ondulation anticlinale, lente et puissante, de calcaire crétacé, est un +pendant exact du Tadmaït. Or cet accident saharien se continue à travers +toute la Tunisie par une série de coulisses sub-méridiennes, qui passe +immédiatement à l’est de Kairouan, et qu’on peut suivre par le Zaghouan +jusqu’au golfe de Tunis[23]. + +Ce serait à la rigueur en dehors de notre sujet, mais il serait dommage +de ne pas dire combien la croisée des deux directions nord-sud et est- +ouest ressort d’une façon éclatante au voisinage du chott Djerid. Elle +est marquée dans le dessin des chaînons montagneux ; ceux qui longent le +chott et qui sont très puissants (de 500 à 1000 mètres) sont franchement +est-ouest ; ils font un angle droit avec la direction des Matmatas. + +L’ensemble des chotts tunisiens et constantinois depuis le Melr’ir +jusqu’au Djerid est une dépression tectonique, en grande partie au- +dessous du niveau de la mer. Cette dépression a 400 kilomètres d’est en +ouest, elle est mince et rectiligne. A son extrémité orientale elle est +coupée court et séparée de la mer par le seuil de Gabès, d’orientation +exactement perpendiculaire. + +La croisée des deux directions s’accuse d’ailleurs dans le dessin même +de la petite Syrte. A la direction des accidents sahariens la Tunisie +doit celle de sa côte entre Gabès et Tunis, c’est-à-dire son +individualité même, qui est d’être la porte du Maghreb sur la +Méditerranée orientale. + + +[Note 21 : No 25, _passim_.] + +[Note 22 : No 63, carte _in fine_.] + +[Note 23 : Voir dans no 84, p. 336, figure 42, croquis tectonique de la +Tunisie centrale.] + + + + + CHAPITRE V + + CONCLUSIONS GÉNÉRALES + + +Dans les pages qui précèdent on n’a pas étudié l’Algérie en soi et pour +soi ; on a cherché à la placer dans son cadre planétaire et à montrer +les liens qui existent avec ce cadre. + +Que l’Atlas Algérien soit une partie du système Alpin, et qu’avec +l’Apennin il tourne autour de la Tyrrhénide, c’est extrêmement et +anciennement connu. On s’est borné à le rappeler. + +On a dû insister beaucoup plus longuement sur la partie saharienne du +cadre. + +D’une façon très générale il n’est rien de plus connu, il est vrai, que +l’importance planétaire des grands accidents nord-sud sahariens et nord +africains. + +Le plus célèbre est la faille immense, la plus notoire du globe peut- +être, qui est jalonnée par les grands lacs africains, la fosse de la mer +Rouge, et qu’on suit par l’effondrement de la Mer Morte jusqu’en Asie. + +Une autre, à peine moins connue, est celle qui a imposé au Nil sa +direction à travers le désert. D’après les dernières explorations +scientifiques, le trait essentiel, dans la structure de la Tripolitaine, +ce sont deux failles parallèles d’orientation nord-sud[24]. + +Ces grands accidents ont une parenté certaine avec les sillons sub- +méridiens du Sahara algérien. + +D’autre part on a signalé depuis longtemps que ces grands accidents +nord-sud croisent à angle droit de grandes cassures est-ouest et par +exemple celle qui détermine la direction de la côte sud dans la +Méditerranée orientale. + +Il est donc bien entendu que l’attention est attirée depuis longtemps +sur un grand quadrillage, à travers toute l’Afrique septentrionale, +d’accidents démesurément longs, se recoupant à angles droits. Chudeau, +après Green, mentionne, à titre d’hypothèse explicative, une « torsion +du géoïde »[25]. + +Notre grande faille Roussillon-Touat, la dorsale Hoggar-Médéa, le sillon +de l’Igharghar, tout cela rentre donc dans un cadre général d’accidents +analogues et authentiquement constatés. + +D’autre part, G.-B.-M. Flamand d’abord, et à sa suite tous les géologues +algériens ont plus ou moins insisté sur le retentissement posthume des +plis hercyniens dans le gauchissement des plis atlasiques. + +Pourtant quand il s’est agi de disséquer la structure de l’Algérie, on +n’a jamais fait à ces grands accidents sahariens la part qui leur +revient. + +Nous avons essayé de montrer que cette part est immense à propos de +quelques grands exemples. + +Dans l’analyse des régions naturelles nous retrouverons souvent cette +direction nord-sud, dont on a voulu simplement établir dans ce livre Ier +la valeur discriminative. + + +[Note 24 : No 23, p. 412, fig. 19.] + +[Note 25 : Chudeau, no 29, p. 69.] + + + + + LIVRE II + + L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE + + * * * * * + + CHAPITRE I + + LES TEMPS PRIMAIRES + + +Sur le passé de l’Algérie les géologues ont recueilli un grand nombre de +données précises. On se propose de les résumer en les rapprochant les +unes des autres, en les massant. + +A vrai dire on glissera très rapidement sur les temps primaires. Sur le +sol Algérien proprement dit, les confins Algéro-Marocains mis à part, on +n’a jamais trouvé un seul fossile primaire. + +Les affleurements de cet âge ne sont pas tout à fait inexistants, mais +ils sont de trop faible étendue et trop épars, pour qu’il y ait un +intérêt géographique à essayer d’en reconstituer l’histoire. L’étude +géologique, encore assez peu avancée pourtant, des régions voisines, le +Sahara et le Maroc, fait bien entrevoir quelques traits généraux de +cette histoire. Il est certain que cette portion de l’écorce terrestre, +à l’époque primaire, a été plissée en une grande chaîne très importante, +d’âge hercynien. Cette chaîne hercynienne avait en gros une direction +subméridienne. + +On a déjà dit au livre précédent combien cette direction hercynienne, +qui réapparaît de façon posthume en croisée orthogonale avec les plis +Alpins, est une chose importante pour la dissection et l’intelligence de +l’Algérie. On n’a rien de général à ajouter sur le sujet. + + +On a déjà dit aussi, dans ce même livre I, que, dans la même Algérie +proprement dite, les vieilles roches primaires et archéennes étaient +concentrées, avec les roches éruptives, dans la zone littorale des +Kabylies, où ils représentent le culot resté adhérent de la Tyrrhénide +effondrée (fig. 1). + +Là-dessus non plus on ne croit pas avoir à ajouter grand’chose. Sur les +roches anciennes des Kabylies il y a bien eu un petit conflit d’opinions +entre MM. Termier, directeur du Service de la carte géologique et +Ficheur, directeur de la Subdivision algérienne du même service[26]. + +On ne croit pas que cette divergence d’opinion présente un intérêt au +point de vue qui nous occupe. + +M. Termier estime qu’en certains points on a classé dans les schistes +anciens des dépôts éocènes métamorphisés. Nierait-il donc l’existence +d’une Tyrrhénide constituée de schistes anciens ? Mais lui-même, d’autre +part, dans une étude sur la Sardaigne, et à une époque aussi récente que +1914, insiste sur « ce massif Corso-Sarde, qui a résisté d’une façon +générale au mouvement Alpin » ; aujourd’hui en grande partie ruiné et +effondré sous les flots de la Méditerranée ; « entouré de tous côtés par +des éléments de la chaîne tertiaire, ébranlé lui-même au crétacé, puis +au tertiaire, mais n’ayant subi en somme, depuis les temps Permiens, que +des contre-coups, des soubresauts, des ébranlements sans nouveaux +plissements »[27]. + +Sur l’existence d’une Tyrrhénide effondrée, tout le monde est donc +d’accord sans exception et sans restriction. C’est le seul point qui +nous importe. Dans quelle mesure les vieux schistes kabyles +appartiennent-ils tous au culot de cette Tyrrhénide, il est vrai que là- +dessus les techniciens de la géologie ne sont pas d’accord. Mais leurs +discussions ne sont pas à l’échelle du présent travail géographique. + +Aux réserves près qui viennent d’être formulées, la paléogéographie de +l’Algérie ne commence à nous intéresser qu’à partir de l’ère secondaire. +A ce moment elle prend pour la première fois une forme qui a un rapport +vraiment direct avec l’actuelle. + + +[Note 26 : No 117, p. 130 et no 37, p. 407.] + +[Note 27 : No 119, p. 43 et 56.] + + + + + CHAPITRE II + + L’ALGÉRIE BRAS DE MER + + +Au Secondaire, l’Algérie commence à être ce qu’elle est restée, la +chaîne plissée de l’Atlas. + +On voit apparaître les deux môles résistants du nord et du sud, le môle +tyrrhénien et le saharien. + +Entre ces deux mâchoires d’étau, l’Algérie tend à s’écraser. Elle +devient ce que les géologues appellent un géosynclinal, une charnière de +l’écorce terrestre, une ligne de moindre résistance et par conséquent de +plissement. + +Géosynclinal, partie déprimée de l’écorce terrestre, et par conséquent +bras de mer, où les sédiments s’accumulent et par leur poids +incessamment accru détruisent éternellement l’équilibre, empêchent la +cicatrisation de la cassure et récréent sans cesse l’instabilité. + +Un bras de mer, un détroit, avec des rivages changeants, avec des +alternatives d’émersion et d’immersion partielles ou totales ; c’est une +définition acceptable de l’Algérie depuis le début du secondaire à peu +près. + +Son histoire depuis ce temps-là est pour une bonne part (la part des +immersions), l’histoire des bras de mer successifs qu’elle a été. Or ces +bras de mer successifs, ou du moins beaucoup d’entre eux, les géologues +les ont reconstitués et en ont tracé des cartes paléogéographiques. Les +reproduire, les comparer, voir ce qui résulte de leur rapprochement, +c’est l’objet du présent chapitre[28] (fig. 7 à 11). + +_Bras de mer crétacé._ — Les étages du lias et du jurassique sont +représentés en Algérie par des dépôts à tout le moins très apparents. Ce +sont surtout des calcaires massifs, durs, que l’érosion accuse en +relief, et qui constituent des pitons saillants, des abrupts +pittoresques (le Djurdjura, les causses de Saïda). Ils tirent l’œil dans +le paysage. Mais la superficie qu’ils recouvrent au total est trop +faible pour qu’on puisse essayer d’imaginer ce que fut l’Algérie +liasique et jurassique. A coup sûr pourtant elle fut envahie par la mer. +Elle commence dès ce moment là sa carrière de bras de mer. On n’en sait +pas plus long. + +Sur le bras de mer crétacé nous sommes au contraire très bien +documentés. L’Algérie presque tout entière est encroûtée des dépôts de +cet âge d’une immense épaisseur. Ce sont eux qui prédominent largement, +et qu’on a le plus de chance d’avoir sous les pieds ; ils recouvrent une +superficie qui doit être supérieure à la moitié de l’Algérie. + +Aussi les géologues ont-ils pu représenter, dans des cartes +paléogéographiques, les états successifs du bras de mer aux différents +étages du crétacé. Ces cartes ne sont pas assez différentes les unes des +autres pour qu’on ait cru nécessaire à notre point de vue géographique +de les donner toutes. + +On a pensé qu’une suffirait, celle par exemple du crétacé inférieur[29] +(fig. 7). + +Ce n’est pas que les limites du bras de mer soient restés immuables à +travers tout l’étage, tant s’en faut. Parfois il s’est avancé très loin +sur la plate-forme saharienne, y déposant les calcaires cénomaniens et +sénoniens qui constituent les plateaux du Tadmaït. + +Une autre fois, à l’albien, le rivage s’est retiré assez loin pour que +le coin sud-ouest de l’Algérie soit resté longtemps exondé ; les +montagnes des Oulad-Naïl, le djebel Amour[30] ; l’Albien y est +représenté par une formation continentale, ce sont des grès rouges de +facies très uniforme, à « dragées » de quartz roulé, et à petites +concrétions sphéroïdales, la roche préférée des graveurs rupestres ? + +Ces grès à dragées, qui contiennent pour tout fossiles des bois +silicifiés, sont une des roches algériennes les plus particulières et +les mieux individualisées ; et ils sont bien une formation crétacée +continentale. + +Mais c’est la seule : à cet intermède près le bras de mer crétacé n’a +jamais cessé de recouvrir la totalité de l’Algérie comme la carte ci- +jointe en donne correctement l’idée. + +Cette carte distingue, au sud, des dépôts littoraux ou de mer peu +profonde, « néritiques » ; au nord, des dépôts de mer profonde, +« bathyaux ». Cette distinction est valable pour tout l’étage crétacé, +inférieur, moyen et supérieur ; et elle est essentielle. Tous les dépôts +crétacés ont des facies différents suivant qu’on les étudie au sud ou au +nord, sur les hauts plateaux ou dans le Tell. Par exemple, les grès à +dragées Albiens ont pour contemporains, dans le nord : des schistes +puissants, intercalés de quartzites. Le Cénomanien, depuis la limite +méridionale du Tell jusqu’à In-Salah, constitue une formation très +uniforme ; à la base, des marnes gypseuses ; au sommet, des calcaires +durs à nombreux fossiles côtiers, Ostréa et Oursins, qui représentent le +sous-étage Turonien. Dans le Tell il devient impossible d’individualiser +le Turonien ; les deux étages confondus sont représentés par des marnes +schisteuses à bancs de calcaires marneux, riches en céphalopodes. Le +Sénonien méridional est franchement calcaire avec fossiles côtiers ; +dans le nord, ce sont des masses confuses de schistes, avec petits blocs +calcaires jaunâtres très particuliers, et rares inocérames. D’une façon +générale toutes les formations méridionales sont des dépôts de mer peu +profonde, de plages, de lagunes, voire continentaux, avec fossiles +terrestres ou littoraux : les septentrionales sont surtout des schistes, +avec rares fossiles pélagiques ; l’uniformité des facies dans les +formations crétacées du Tell, et leur pauvreté en fossiles, font le +désespoir des géologues. + +Cela revient à dire que dans le bras de mer crétacé, la bande nord, à +peu près correspondante à notre Tell, était le véritable géosynclinal, +au sens strict du mot, la mer profonde où les dépôts « bathyaux », les +argiles, les vases, s’accumulaient dans une mer au fond instable où les +forces plissantes atteignaient leur intensité maximum. La charnière +mobile du géosynclinal était là. Le reste, la partie méridionale, +correspondant vaguement à nos hauts plateaux, participait déjà dans le +bras de mer crétacé aux caractères d’un socle continental inondé, voire +partiellement exondé, socle relativement rigide. + +On va voir que ça n’a jamais cessé d’être ainsi jusqu’au bout, à travers +toute la série des âges. La charnière du géosynclinal est restée dans le +Tell. Ce trait de structure est demeuré acquis depuis le moment où nous +le voyons se manifester. Et par exemple il a persisté dans le bras de +mer éocène. + +[Illustration : FIG. 7. — MER CRÉTACÉE. + +(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)] + +[Illustration : FIG. 8. — MER DES PHOSPHATES. + +(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)] + +[Illustration : FIG. 9. — MER OLIGOCÈNE. + +(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)] + +[Illustration : FIG. 10. — MER CARTENNIENNE. + +(Voir légende explicative des fig. 7 à 11.)] + +[Illustration : FIG. 11. — MER SAHÉLIENNE. + +_Légende explicative des figures 7 à 11._ + +Série de cartons paléogéographiques représentant les invasions et les +retraites du bras de mer dont les dépôts émergés constituent l’Atlas. — +Ce bras de mer est coincé entre deux continents, le socle Saharien au +Sud, et au Nord la Tyrrhénide, dont l’effondrement a lieu seulement au +début du pliocène. + +Il y a émersion totale du bras de mer à l’époque oligocène comme à +l’époque actuelle. — A l’époque crétacée le bras de mer a sa plus grande +puissance. Mais il est large et profond à l’étage des phosphates et à +l’étage cartennien. Toutes les fois qu’il est normalement développé il +est mer profonde, à dépôts bathyaux, dans la partie Nord, Tellienne — et +socle continental inondé, à dépôts néritiques, dans la partie Sud (hauts +plateaux). — A travers cette évolution 4 compartiments de l’Atlas se +sont comportés différemment. — Sur les hauts plateaux le compartiment +occidental (hauts plateaux oranais) est anciennement émergé sans retour +oscillatoire de la mer. Il n’en est pas de même du compartiment +oriental, et particulièrement du Hodna. — Dans le Tell c’est au +contraire le compartiment oriental, qui a une tendance ancienne à +l’émersion. Le Tell oranais, des plaines sub-littorales, est la partie +où la mer a le plus longtemps séjourné, jusqu’à l’époque de beaucoup la +plus récente. + +Noter que cela souligne l’importance de la grande dorsale Laghouat- +Médéa, de part et d’autre de laquelle les compartiments de l’Atlas ont +une paléogéographie différente.] + +_Bras de mer éocène._ — Les géologues sont d’accord pour en dresser la +carte, au moins en ce qui concerne l’éocène inférieur (le suessonien), +l’étage fameux en Algérie par ses phosphates. + +Cette carte (voir fig. 8) dressée d’abord par M. Savornin[31], a été +reproduite par M. Joleaud[32] avec quelques modifications qui portent +sur des nuances. Entendons, bien entendu, nuances au point de vue qui +nous occupe. Sur les traits généraux il n’y a pas le moindre désaccord. + +Ces traits ressortent au premier coup d’œil sur la carte. Et d’abord le +bras de mer suessonien est beaucoup plus grêle que le crétacé, très +aminci. Le quart sud-ouest de l’Algérie est émergé ; c’est l’Atlas +saharien à l’ouest du Hodna, le coin des grès à dragées ; notez que +l’émersion est, cette fois, définitive ; la mer n’y est jamais revenue, +c’est parfaitement authentique. Cette région étendue qui englobe les +cuvettes des chotts oranais, tout le bloc des hauts plateaux à l’ouest +du méridien d’Alger, tout cela est resté subaérien, continental, sans la +moindre interruption, depuis la fin du crétacé. Dans un pays comme +l’Algérie, qui est dans son ensemble un géosynclinal tertiaire, c’est +une originalité puissante. On ne l’a pas assez dit, et, par exemple, on +l’omet par prétérition lorsqu’on réunit dans cette même formule générale +« les hauts plateaux », à la fois ceux de l’ouest, de l’Oranie, et ceux +de l’est, cuvette de Hodna et hautes plaines Constantinoises. + +Il est curieux de constater d’ailleurs que ces deux groupes de hauts +plateaux, qui s’individualisent au Suessonien par l’immersion de l’un et +l’émersion de l’autre, sont justement séparés par la grande dorsale +Laghouat-Alger. + +Sur leurs cartes paléogéographiques de la mer Suessonienne, comme de la +mer Crétacée, les géologues distinguent soigneusement les dépôts +« néritiques » et « bathyaux ». Ici la distinction n’est pas seulement +d’intérêt théorique, mais aussi pratique, ainsi que MM. Jollaud et +Collet le font ressortir[33]. Dans les dépôts de zone abyssale, c’est-à- +dire de la zone septentrionale, Tellienne, on ne trouve pas de +concrétions phosphatées, parce que « les os des animaux marins ont été +dissous avant d’atteindre le fond ». Les phosphates se rencontrent dans +la zone des faibles profondeurs, dans le sud par conséquent ; là en +effet les cadavres « sont tombés sur le fond et s’y sont décomposés ». + +Dans ce bras de mer éocène, « à une époque qu’il est difficile de +préciser exactement, le géosynclinal tellien a fortement rejoué »[34]. +Des plissements intenses ont beaucoup modifié le tracé des rivages. Il +est certain qu’à l’éocène moyen et surtout supérieur, le bras de mer +n’avait plus le même tracé. Mais les géologues ne nous disent pas avec +précision lequel, ils ne se croient pas encore outillés suffisamment +pour l’oser[35]. Ils affirment pourtant qu’à l’éocène supérieur toutes +les hautes plaines Constantinoises étaient exondées, comme aussi l’Atlas +saharien à l’est du Hodna, l’Aurès ; le bras de mer se renfermait dans +les limites du Tell. Il y a déposé des roches qui sont d’une extrême +importance géographique. C’est un complexe d’argiles et de grès +siliceux. Certains géologues lui appliquent, par analogie avec les +Alpes, le nom de « flysch », dont l’exactitude est contesté par +d’autres, mais qui est commode. Ce flysch algérien a deux facies +gréseux, le medjanien aux grès rougeâtres fins et durs, le numidien aux +grès jaunes grossiers et assez tendres[36]. Cette formation, tout +particulièrement avec son facies numidien, est associée aux boisements +superbes des Kabylies, par les réserves d’eau que lui vaut la porosité +des grès combinée avec l’étanchéité des argiles ; les grès attirent et +groupent les arbres calcifuges et silicicoles, les chênes-lièges par +exemple. Ils ont ainsi une importance immense au point de vue +pittoresque et économique. Ils portent les grandes forêts aux arbres +énormes, qui ont dans un pays généralement dénudé le charme de +l’inattendu. C’est à eux que l’Algérie doit d’occuper un rang +intéressant parmi les rares pays producteurs du liège. Et si on songe +aux phosphates suessoniens il faut conclure que la Berbérie a vraiment à +l’Éocène des obligations particulières. + +Les géologues donnent au flysch une épaisseur totale d’environ 700 +mètres ; c’est une masse puissante, dépôt d’un bras de mer encore +profond, d’un géosynclinal où les plissements orogéniques se sont +continués jusqu’à la fin de l’éocène. + +_La mer oligocène._ — L’éocène, qui a vu en Europe se dresser les +Pyrénées, est un âge important pour la surrection de l’Atlas. A la fin +de l’éocène, c’est-à-dire à l’oligocène, l’Atlas existe déjà, ou du +moins un Atlas, qui s’est depuis plus ou moins démoli et reconstruit, +mais qui est constitué, tout brandi, dressé hors des eaux. La +substitution de la chaîne de montagnes au géosynclinal est parachevée. +Le long de cette charnière instable de l’écorce terrestre qu’est +essentiellement le bras de mer algérien, la compression latérale des +deux mâchoires a produit dès ce temps-là, et provisoirement, son effet +normal ; elle a supprimé le bras de mer à peu près complètement, et +dressé à sa place un haut-relief. + +Les géologues sont d’accord pour affirmer que l’Algérie oligocène était +exondée, une surface continentale. Ceci est certainement un point ferme, +soustrait aux discussions, comme en témoignent les esquisses, +concordantes sur l’essentiel, qu’ont publiées MM. Savornin[37], +Joleaud[38], Dalloni[39]. Non seulement on a reconnu l’âge oligocène de +dépôts continentaux, cailloutis torrentiels, alluvions lagunaires +gypseuses, épars sur le sol de l’Algérie. Mais encore, comme contre- +épreuve, on a identifié les dépôts marins de l’étage, et on a pu tracer +sur la carte les rivages de ce qui subsistait sur le sol Algérien de la +mer oligocène (fig. 9). C’est une obligation qu’on a particulièrement à +M. Dalloni. On connaît anciennement sur le littoral de l’Algérie +actuelle quelques traces de mer oiigocene, un petit golfe par exemple +dans la région de Dellys. Le bras de mer oligocène subsistait donc au +large des côtes actuelles dans l’Algérie occidentale. M. Dalloni[39] +nous a révélé récemment que le bras de mer envoyait un autre +prolongement très curieux dans cette même Algérie occidentale, mais très +loin à l’intérieur des terres, depuis l’embouchure de la Tafna par Sidi- +Bel-Abbès, Mascara, nord de Tiaret, Boghari, sur la lisière sud de +l’Atlas. C’était un fjord, si on peut dire, long de 400 kilomètres, sans +largeur et sans profondeur, un dernier rappel du géosynclinal sur +l’emplacement même de sa charnière, au contact précis du Tell et des +hauts plateaux. Notez que ce fjord se fermait dans la région de Boghari +au passage de la grande dorsale Laghouat-Médéah, de part et d’autre de +laquelle les Tells, oriental et occidental se diversifient. Un intérêt +de cette carte paléogéographique est justement de faire apparaître pour +la première fois l’originalité du Tell occidental, Tell Oranais. Cet +Atlas d’âge pyrénéen, édifié par les plissements de l’éocène, exondé à +l’oligocène, c’est dans le Tell Oranais qu’il conserve encore dans ses +plis des digitations du bras de mer. Et c’est là en effet surtout que +nous allons le voir aux âges suivants se démolir pour se reconstruire, +s’abîmer presque tout entier sous l’eau, pour émerger de nouveau. + + +_Bras de mer miocène inférieur._ — Plusieurs géologues, MM. +Savornin[40], Joleaud[41], Dalloni[42] ont tracé des bras de mer +miocènes des cartes successives aux étages inférieur et moyen. Ils sont +tous d’accord à des nuances près qui ne sont pas de notre ressort ici. +La carte qu’on reproduit ci-joint est celle du miocène inférieur, +l’étage qu’on appelle généralement cartennien, celui qui succède +immédiatement à l’oligocène. + +Au cartennien, l’Algérie devient de nouveau un bras de mer, large et +profond, où le géosynclinal rejoue avec intensité ; et ces conditions +durent à l’étage suivant l’helvétien. Des plissements d’une grande +importance rajeunissent et réédifient partiellement l’Atlas, des +plissements d’âge alpin cette fois. De part et d’autre de l’oligocène, +_grosso modo_, en simplifiant, en schématisant, ce sont eux qui ont +construit l’Atlas algérien. L’éocène en a fait le dessin général, que le +miocène a plus ou moins complètement remanié. + + +Parmi les parties de l’Atlas Algérien actuel, on peut à la suite des +géologues distinguer celles qui sont d’âge Pyrénéen et celles qui sont +d’âge Alpin. On le peut du moins dans certains cas, dans une certaine +mesure, avec beaucoup de prudence, en suivant les géologues pas à pas. +Nous trouvons par la suite que cette distinction est d’une grande +importance pour l’intelligence du pays, dans certains de ses coins. + +Le bras de mer cartennien rappelle un peu par sa forme générale le +suessonien (fig. 10). Il est d’étendue à peu près équivalente, bien plus +réduit par conséquent que le bras de mer crétacé, mais il recouvre tout +de même une bonne moitié de l’Algérie. + +Quand on y regarde de plus près, des différences importantes +apparaissent avec le bras de mer Suessonien. + +Cette fois c’est le Tell Oranais qui s’est abîmé sous les flots, à peu +près tout entier, sauf quelques îlots, et à de grandes profondeurs ; les +dépôts cartenniens et helvétiens dans l’Algérie occidentale sont surtout +des marnes et des argiles, de facies très uniformes, en masses énormes, +des dépôts abyssaux. + +Dans l’est, au delà de la grande dorsale de Médéa, l’allure du bras de +mer cartennien est bien différente, assez exactement inverse. Le Tell +oriental est resté émergé, à peu près tout entier, à sa bordure +méridionale près. C’est au sud du Tell que le bras de mer cartennien +s’est étalé très largement. + +Il s’est répandu sur les Hauts plateaux Constantinois jusqu’en Tunisie +dans une mesure encore mal précisée ; mais surtout dans la cuvette du +Hodna, sur le seuil de Biskra. Là hors du géosynclinal Tellien, sur le +socle inondé des hauts plateaux, il a laissé des dépôts néritiques ; des +calcaires à lithotamnium, par exemple, dont la présence accuse des +profondeurs maritimes d’une vingtaine de mètres au maximum. + +_Golfes sahélien et pliocène._ — Restent enfin les mers du miocène +supérieur (sahélien) et du pliocène (fig. 11). Le détroit, exondé à +moitié, est devenu golfe. Les golfes sahélien et pliocène se continuent +et se recouvrent l’un l’autre à peu de chose près, dans le même coin +nord occidental de l’Algérie[43]. Ils y occupent toute la zone des +plaines sublittorales et des Sahels, d’où le nom de Sahélien. + +Celui-ci touche ou a touché aux préoccupations de l’opinion publique par +certains côtés. Dans le Dahra, la « farine siliceuse » ou « kieselguhr » +est un amas de diatomées, dans des dépôts sahéliens d’eau douce ou +saumâtre. Et les fameuses grottes où Pélissier enfuma les Frechih sont +sculptées dans une lentille de plâtre d’une formation sahélienne. +L’étage pourtant est surtout représenté par des argiles, très +puissantes, célèbres par leur instabilité, et qui témoignent d’une mer +profonde. + +C’est la mollasse pliocène qui constitue les environs d’Alger, avec +leurs ravissants chemins creux, entre des murs vivants et sous des +voûtes d’oliviers sauvages. Des grès pliocènes couverts de lentisques +portent le tombeau de la Chrétienne et les ruines charmantes de Tipaza. +La grande banlieue d’Alger, familière aux touristes est surtout +pliocène. Ces formations ont beau être littorales : elles n’en +intéressent pas moins une portion considérable du Tell occidental et +nous verrons qu’elles ont été, au fond des mers sahéliennes et +pliocènes, affectées de mouvements orogéniques très importants, jusqu’à +une époque si rapprochée de nous qu’il faut déjà presque l’appeler +quaternaire. + +Ce dernier tableau s’accorde bien avec les précédents et complète la +figure d’ensemble. L’histoire du bras de mer se termine dans le Tell +occidental, c’est là qu’il a séjourné en dernier lieu, et qu’il a fait +enfin sa retraite définitive. Le compartiment du Tell Oranais est resté +mer, et mer profonde bien plus longtemps que le reste. + +_Conclusion._ — Cette série de cartes paléogéographiques, donnant les +états successifs du bras de mer algérien permet peut-être d’imaginer +l’instabilité du sol. Un pays qui est tout entier et qui n’a jamais +cessé d’être depuis le crétacé un géosynclinal : ce pays-là est instable +par définition. L’Algérie en effet est périodiquement visitée par les +tremblements de terre. + +L’Atlas algérien, depuis le crétacé, n’a jamais cessé jusqu’à nos jours, +jusqu’au quaternaire, d’être dans le devenir ; il est d’âge pyrénéen, +alpin, post-alpin même ; il n’a jamais cessé de s’édifier, de s’écrouler +et de se réédifier par quelque bout, tantôt ici et tantôt là. + +On conçoit donc bien qu’il soit difficile de comprendre l’Atlas et d’en +rendre compte. Dans une tentative de ce genre, à laquelle il faut bien +se résoudre pourtant, une extrême prudence s’impose. Sous cette réserve +il semble bien qu’on voie déjà se dégager quelques grands compartiments. + +Dans l’Atlas tellien, de part et d’autre de la grande dorsale, le +compartiment occidental et l’oriental ont chacun son histoire de plus en +plus distincte depuis l’oligocène déjà. Dans l’Atlas saharien et la zone +des plateaux la grande ligne de démarcation essentielle, c’est le seuil +de Biskra ; l’importance de cette ligne de démarcation est immense +depuis le cartennien, et même il faut dire depuis l’albien. Dans la +série de nos cartes, et, à mon sens, dans la réalité géographique et +humaine, il n’y a pas peut-être, dans toute l’Algérie, de ligne de +démarcation plus importante. + +Par-dessus tout, la grande division essentielle, primordiale, qui +apparaît déjà, avec une netteté parfaite, sur la plus ancienne de nos +cartes, celle du bras de mer crétacé, et qui se retrouve dans toutes les +autres, c’est la division éternelle de l’Atlas algérien en géosynclinal +tellien au nord et socle des Hauts plateaux au sud. Cette grande +division est tout à fait populaire et précisément pour cela on s’en est +méfié, on l’a même contestée. Il faut souligner au contraire combien +elle est en accord avec le résultat des recherches géologiques les plus +techniques. + + +[Note 28 : Les premières en date, qui sont, de M. Savornin, ont été +publiées dans un article de E.-F. Gautier. Cf. nos 113 et 46.] + +[Note 29 : No 26, p. 248 et no 70, p. 189. Les réserves formulées par M. +Savornin, no 115, p. 409, ne sont pas à l’échelle de notre travail +géographique.] + +[Note 30 : No 26, p. 286, fig. 43.] + +[Note 31 : No 46, p. 90, fig. 23 et no 115, p. 417, fig. 90.] + +[Note 32 : No 70, p. 213, fig. III.] + +[Note 33 : No 70, p. 222.] + +[Note 34 : No 26, p. 399.] + +[Note 35 : Voir pourtant Savornin, no 115, p. 418, fig. 91.] + +[Note 36 : Cf. no 70, p. 198.] + +[Note 37 : No 115, p. 419, fig. 92.] + +[Note 38 : No 70, p. 279, fig. IV.] + +[Note 39 : No 31, p. 107, fig. 1.] + +[Note 40 : No 46, p. 92, fig. 24 et no 115, p. 421, fig. 93.] + +[Note 41 : No 70, p. 280, fig. V.] + +[Note 42 : No 30, p. 434, fig. 1.] + +[Note 43 : No 70, p. 285, fig. VII et p. 288, fig. VIII ; No 30, p. 447, +fig. 2.] + + + + + CHAPITRE III + + LE TRIAS + + +Sur le passé de l’Atlas saharien, l’étude des dépôts marins, qui conduit +à l’établissement de cartes successives du bras de mer, n’est pas la +source unique de renseignements. L’étude des dépôts continentaux n’est +pas moins importante. Il ne doit pas y avoir beaucoup de pays au monde +où les dépôts continentaux soient aussi abondants et aussi intéressants. + +En première ligne vient le trias. + +A la fin des temps primaires et au début des secondaires, juste avant +l’établissement des conditions géosynclinales qui annoncent l’Atlas, +quand, sur l’emplacement de l’Afrique du Nord, il y avait une pénéplaine +hercynienne, que nous entrevoyons confusément dans le passé, il est du +moins parfaitement net et certain que cette pénéplaine est restée +exondée pendant des âges géologiques. L’Algérie du bras de mer a un long +prologue d’émersion totale, pendant lequel elle s’est couverte de dépôts +continentaux. + +Les plus anciens et les moins intéressants appartiennent au permien, +dernier étage du primaire ? Cet étage est représenté en Algérie par des +dépôts de faible étendue ; ce sont invariablement des poudingues +attestant un ruissellement subaérien. On n’en sait pas davantage. Il +faut considérer surtout le trias ; premier étage du secondaire. Il est +pour l’intelligence de la structure d’une importance immense, et on +devra y insister longuement. + +Du gypse ; du sel gemme ; des marnes bariolées de couleurs vives, dans +les tons rouges et violets ; des roches éruptives du type ophitique. +C’est une formation très constante dans sa variété qui a fait couler +beaucoup d’encre. Pendant longtemps on y a vu une formation éruptive. +Depuis 1896 on admet unanimement l’attribution au trias[44]. Mais on +discute encore entre géologues sur le rôle de ce trias dans la formation +des nappes. C’est le terrain d’Algérie le plus passionnant, et si on +peut dire le plus retentissant. + +On se gardera bien de suivre les géologues dans leurs discussions. Ce +qui nous intéresse exclusivement ce sont les points sur lesquels ils +sont tout à fait d’accord, soustraits définitivement à la controverse. + +Il est certain que ces terrains gypso-salins sont d’âge triasique. Ils +se retrouvent avec le même facies non seulement dans tout l’Atlas, de la +Tunisie au Maroc, mais dans l’Andalousie, le sud-est de l’Espagne et aux +Pyrénées. Il y a donc eu pendant l’âge triasique sur l’emplacement de la +Berbérie et de l’Espagne un continent émergé, où régnaient des +conditions de climat steppien ou désertique, parsemé de lagunes et de +chotts. + +_Rochers de sel._ — Quoique le trias algérien conserve partout son même +facies remarquablement constant, caractérisé par la présence des trois +éléments, sel, plâtre, argile ; cependant la proportion des trois +éléments est variable. + +Quand le sel prédomine le résultat est particulièrement curieux. Il y a +une catégorie de dépôts triasiques que les géologues ont pris l’habitude +d’appeler rochers de sel. Ce sont, au sens littéral du mot, des +montagnes de sel, des reliefs considérables tout en sel gemme. + +On a dressé une carte à grande échelle d’un rocher de sel, celui de +Djelfa (fig. 12)[45]. Il est donc possible d’indiquer les dimensions +avec une grande précision. Des falaises y ont des abrupts qui atteignent +100 mètres, exactement de la cote 922 à la cote 1022. Or, ces abrupts +tout entiers, de la base au sommet, sont du sel gemme, en assises bien +litées, sans intercalation d’argile. Comme on ne voit pas le substratum, +l’épaisseur du sel gemme peut être beaucoup plus considérable. + +[Illustration : FIG. 12. — LE ROCHER DE SEL DE DJELFA. + +La figure est une réduction photographique au 20000e des courbes de la +carte au 5000e publiée dans 48 (et à laquelle on renvoie pour plus de +détails). + +Tout le centre, le dédale d’entonnoirs, est du trias, et essentiellement +du sel gemme. + +Dans la partie gauche et centrale de la figure la haute falaise d’un +seul jet, d’une centaine de mètres, est tout entière en sel gemme, pur, +nu, et guilloché. + +Autour de ce cœur triasique et tranchant nettement avec lui court une +auréole, régulièrement circulaire, à bords vivement relevés, de terrains +normalement drainés. Elle serait à peu près continue sur tout le +pourtour, n’était l’érosion de l’oued Melah qui en a fauché un pan au +bas de la figure. + +L’ensemble a la forme d’une pustule au centre crevé.] + +Il y a aussi des argiles salées très dures, maintenues par une armature +d’infiltrations et de filonnets de sel. Dans le rocher de Djelfa elles +sont groupées à part, elles occupent toute la partie méridionale du +rocher, en masses puissantes, pas du tout litées. On peut supposer que +les bancs de sel et les argiles étaient interstratifiés au moment du +dépôt ; cela paraît vraisemblable. Les formidables pressions, dont nous +avons d’autres témoignages, peuvent avoir séparé mécaniquement ces deux +éléments en faisant fuser l’argile. Quoi qu’il en soit cette séparation +est aujourd’hui complète. Le sel forme une masse compacte d’une +puissance énorme. Même dans la partie sud, où les boues salées sont +presque tout ce qu’on voit en surface, il est probable qu’elles reposent +partout, à une profondeur plus ou moins faible, sur des assises de sel +gemme. En effet, sous la couche des boues, on voit souvent apparaître, +au fond des puits, le sel massif, découpé sur les parois en tuyaux +d’orgue polis. En tout cas, même dans la seule partie nord, le bloc de +sel, largement étalé, est d’une puissance indéniable qui confond. Il y a +là une surface d’un kilomètre carré environ, sur une épaisseur d’une +centaine de mètres. + +Ce n’est rien cependant à côté de ce qu’on voit à El-Outaya (station de +chemin de fer entre El-Kantara et Biskra). Le rocher de sel d’El-Outaya +est beaucoup plus grand ; il se trouve sur la première feuille publiée +de la carte d’Algérie au 100000e[46]. On peut donc donner sur ses +dimensions des chiffres précis. De la base, qui est une grande plaine +d’alluvions au sud jusqu’au signal géodésique du sommet, la +dénivellation est de 300 mètres. La pente extrêmement abrupte ne permet +l’ascension que par un très petit nombre de sentiers difficiles. A une +échelle triple, c’est un pendant exact de la grande falaise du rocher de +Djelfa. Ici comme là, c’est le même sel gemme, massif sur toute +l’épaisseur à ce qu’il m’a semblé, sans une seule intercalation +d’argile. En plan la montagne est longue de 6 kilomètres, et large de 3, +alors que, à Djelfa, le rocher de sel n’a que 1500 mètres de diamètre. +Le rocher d’El-Outaya est le géant de l’espèce. + +Dans la même région, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest d’El- +Kantara, un autre rocher de sel, celui de Metlili, est, au contraire, +beaucoup plus petit. Il a 500 mètres environ de diamètre ; mais il est, +lui aussi, un relief abrupt de sel massif. + +Ces rochers de sel algériens sont des individualités géographiques tout +à fait à part. Leur rôle économique est médiocre. L’exploitation du sel +à El-Outaya, dès le temps des Fatimides, est mentionnée, il est vrai, +par El-Bekri. Et d’ailleurs tous les rochers de sel sont exploités +aujourd’hui par les indigènes. Mais cela signifie que, de temps en +temps, on y voit un bourriquot ou un chameau chargé de blocs de sel +arrachés à coup de pioche, pour la consommation d’une famille ou +l’approvisionnement d’un petit marché voisin. D’exploitation européenne +il n’est encore nullement question. Dans le paysage les rochers de sel +sont un coup d’œil extraordinaire. Ils sont d’une aridité absolue. On +distingue de loin leur nudité claire, au milieu des verdures pourtant +médiocres qui les entourent. La pauvreté végétale fait contraste avec la +richesse de la faune. Il est vrai qu’il y a peu de variété. Ce qui +frappe surtout, c’est la gent ailée. Il n’est pas possible de substituer +à cette périphrase le mot oiseaux ; parce que la chauve-souris y tient +une place, elle accumule son guano dans les galeries des avens. On voit +surtout des rapaces et des pigeons en quantités incroyables. Au sommet +des grands escarpements on voit certains jours autour de soi les oiseaux +de proie voltiger comme des moineaux dans un jardin public parisien. Ils +sont chez eux, nichent sur les aiguilles de sel et dans les +anfractuosités des précipices. Les pigeons sont encore beaucoup plus +nombreux ; on les voit par essaims. Ils habitent comme les chauves- +souris dans les puits et les galeries d’avens dont les orifices et les +longs boyaux étroits sont impassables pour les grandes ailes des +rapaces. + +Animés par toute cette vie, qu’on se représente ces immenses murailles +et ces cirques de sel gemme rubané, décapé, verni, avec des arches, des +pyramides, des guillochages ; ou même, dans les parties argileuses, ce +hérissement absurde de crêtes en boue durcie grisâtre, crevée de trous, +paysage lunaire. Ce sont des spectacles uniques. + +_Facies tellien et steppien._ — Je ne connais guère que ces trois +rochers de sel, Djelfa, El-Outaya, Metlili, qui méritent vraiment ce nom +de rocher ; ce sont les seuls affleurements triasiques, où le sel gemme +se présente en masses puissantes faisant saillie. Or tous les trois sont +dans l’extrême sud ; dans l’atlas saharien. Les dépôts continentaux +triasiques, comme les dépôts marins crétacés et d’ailleurs d’âges +divers, ont donc un facies différent dans le nord et dans le sud ? Dans +le nord, c’est le gypse et non pas le sel qui tend à prédominer. + +Cette différence de facies peut s’expliquer par les conditions +différentes du dépôt, à l’âge triasique. C’est du moins ce qu’admet, à +titre hypothétique, M. Joleaud[47] ; sur le continent triasique les +lagunes méridionales, plus voisines du Sahara, et plus éloignées de la +mer, seraient celles où le sel se déposait en plus grande abondance. + +On peut imaginer une autre explication, qui n’exclut pas la première. Le +climat actuel dans le sud de l’Algérie est beaucoup plus favorable à la +conservation du sel que dans le nord. Qu’un rocher de sel gemme, si +massif et si dur soit-il, fasse saillie, on ne conçoit pas bien que +c’eût été possible sous un climat pluvieux comme celui du Tell. +Puisqu’enfin le sel fond, incontestablement. + + +Quelle que soit l’explication le fait est curieux, il y a donc du sud au +nord, dans les dépôts triasiques, une tendance à la différenciation des +facies. La différence est encore plus accusée dans l’allure des +affleurements. + +_Allure des affleurements._ — Cette allure est très particulière, parce +qu’elle est invariablement absurde. Le trias n’apparaît presque jamais à +sa place stratigraphique, là où on l’attendrait, à la base du lias. Il +voisine avec n’importe quoi, au petit bonheur, dans les associations les +plus hétéroclites. A son voisinage les roches encaissantes ne sont pas +seulement inattendues, elles sont toujours bouleversées, avec des +allures acrobatiques, catastrophiques. C’est pour cela que, jusqu’en +1896, les affleurements gypsosalins ont été considérés comme des venues +éruptives. + +Aujourd’hui les géologues sont unanimes pour expliquer le phénomène. Ce +terrain gypso-salin est extrêmement sensible à l’influence de l’eau, il +s’y dissout. En surface, dans le paysage les marnes bariolées du trias +sont toujours accusées en creux ; si accusées parfois qu’un lac s’y +installe. C’est le cas d’Aïn-Ouarka (à une quarantaine de kilomètres à +l’est d’Aïn-Sefra). Une source thermale très chaude et très abondante y +jaillit des calcaires liasiques au contact du trias ; c’est une source +vauclusienne, un véritable petit ruisseau tout formé dès sa sortie du +sol. Par sa masse et sa température elle a un pouvoir de dissolution +considérable. Elle l’a exercé aux dépens du sel et du gypse contenus +dans les boues. Il en est résulté un lac qui a plusieurs dizaines de +mètres de creux. Un véritable lac d’eau douce et vive, poissonneux, +envahi aux roseaux[48]. Il faut le replacer par la pensée dans le +paysage du sud, à demi désertique, pelé, déchiqueté, aux tons fauves, où +les marnes bariolées mettent des tons vifs, rouges, violets, blancs, et +les ophites des tons verts. Ce paysage merveilleux voisine d’assez près +avec le rocher de Djelfa ; dans le même pays, sous le même climat, c’est +le même terrain triasique qui a donné ces formes opposées un relief de +sel gemme et un lac d’eau douce, cela souligne son instabilité absurde +dès que l’eau exerce son influence. Quand les marnes bariolées sont en +contact prolongé avec de l’eau, à défaut d’un lac, elles donnent souvent +des fondrières susceptibles d’être dangereuses. L’oued Touil (Haut- +Chéliff), tout près du point où il va sortir des montagnes pour entrer +dans la plaine des Zahrez, traverse un affleurement de trias, et, +pendant quelques kilomètres, cet oued à sec, subitement et absurdement, +devient plus impassable qu’un grand fleuve. + +D’après l’exemple précis de ces formes que prend le trias en surface on +peut essayer d’imaginer comment il a dû réagir en profondeur. Dans +l’épaisseur de la croûte terrestre, à travers les âges, le trias a +baigné dans des nappes d’eau tiède, il y est devenu une pâte lubrifiée, +molle, caverneuse. Dans cet état il a supporté le poids des roches +superposées, et les formidables pressions orogéniques. Que vouliez-vous +qu’il fît ? par toutes les issues, tous les décollements, toutes les +fissures, il s’est insinué, il a foiré, giclé, jailli, à la manière en +effet d’une roche éruptive ; souvent accompagné d’ailleurs d’une +véritable roche éruptive. Ces allures, qui ont longtemps égaré les +géologues, ne sont donc pas surprenantes le moins du monde, elles sont +au contraire toutes naturelles. + +Cette allure éruptive le trias l’a partout, à travers toute l’Algérie au +sud comme au nord. Pourtant, à ce point de vue là aussi, entre le sud et +le nord les géologues font une distinction importante. + +Dans le nord, c’est-à-dire dans le géosynclinal tellien, les fantaisies +du trias sont au maximum ; il est impossible de rien préciser, de +dégager une loi. Dans le sud au contraire, dans le domaine du socle +continental, le trias se montre assez régulièrement dans des conditions +déterminées toujours les mêmes, au cœur d’un dôme. + +_Dômes évidés._ — Cette structure apparaît du premier coup d’œil sur la +carte du rocher de Djelfa (fig. 12). Autour du cœur troué d’avens, qui +est le rocher de sel proprement dit, affleurement de trias, court un +cadre régulièrement circulaire d’un terrain tout différent, de modelé +normal. L’ensemble constitue un dôme régulier, au centre duquel le trias +a giclé ; cela suggère l’idée d’une pustule crevée. Il y a dôme non +seulement au point de vue topographique, par la retombée des pentes +circulairement vers tous les points de l’horizon, mais aussi au point de +vue géologique, par a plongée des couches de toutes parts vers +l’extérieur. + +Cette disposition n’est pas particulière au rocher de Djelfa. Elle se +retrouve, exactement pareille dans les deux autres, celui d’El-Outaya et +celui de Metlili. Tous trois sont construits de même. Notez qu’ils le +sont avec des matériaux différents ; sauf le cœur triasique tout le +reste, le pourtour de la pustule, est d’âge quelconque. A Djelfa ce +pourtour est de l’oligocène et du néocomien. A El-Outaya c’est de +l’oligocène encore et du miocène marin. A Metlili du cénomanien. C’est +ainsi que le trias reste fidèle à ses habitudes de contact +perpétuellement anormal. + +[Illustration : FIG. 13. — LES DOMES NEMENCHAS. + +(Carte au 200000e, no 39.) + +Deux ovales réguliers, parallèles et accolés, un détail orographique +étrange par sa régularité. Le centre est du trias, des argiles salées +que l’érosion a accusées en creux. La parenté de forme et de structure +avec la montagne de sel est évidente.] + +Mais si la composition varie, la structure ne change pas. Une quantité +considérable de gisements triasiques, dans tout le sud algérien, ont +cette allure en dôme. Flamand qui l’a observé dans les monts des Qçour +l’appelle une allure de laccolithe[49]. Un dôme elliptique d’énorme +diamètre, plusieurs dizaines de kilomètres, ou, si l’on préfère une +boutonnière anticlinale à centre très largement évidé, comblé +d’alluvions récentes, et au milieu de cette plaine un pointement +triasique. C’est une forme de relief que Blayac a décrite au plateau des +Nemenchas[50]. Elle est très fréquente dans le sud algérien, on en +citerait des exemples par dizaines (fig. 13) si éloignée qu’elle +paraisse au premier abord des rochers de sel, elle en est très voisine. +Les deux structures se laissent ramener l’une à l’autre, c’est le dôme +au centre crevé. + +Il s’agit toujours de ce terrain triasique instable et semi-fluide. Là, +où il se trouve en profondeur sous la croûte solide des formations +géologiques plus récentes, il lui arrive souvent de déterminer dans cet +épiderme des sortes de furoncles, au sommet et au cœur desquels il +trouve une issue, si l’on peut se permettre, pour la commodité, l’emploi +de cette métaphore pathologique. + +Les géologues sont d’accord pour faire de cette forme de relief bien +individualisée une caractéristique du socle continental. Dès qu’ils +rencontrent la forme dôme, ils déclarent reconnaître à ce signe qu’ils +ont franchi la limite entre les deux régions distinctes, le géosynclinal +tellien et le socle continental. A propos du trias nous retrouvons cette +distinction qui ressort de toutes les cartes paléogéographiques. + + +[Note 44 : Voir l’histoire de cette discussion dans Blayac. No 26, p. 71 +et suiv.] + +[Note 45 : No 48.] + +[Note 46 : No 5, feuille de Mrhaier.] + +[Note 47 : No 70, p. 86.] + +[Note 48 : No 41, p. 298, fig. 29.] + +[Note 49 : No 41, p. 367.] + +[Note 50 : No 26, p. 116, 119, fig. 22, 23, 24.] + + + + + CHAPITRE IV + + LES DÉSERTS SUCCESSIFS + + +Quoique le trias algérien soit apparenté plus particulièrement avec +l’espagnol, le sel triasique se retrouve dans toute l’Europe, de +Lorraine en Galicie ; sur une portion considérable de la planète +l’époque triasique a déposé du sel ; le sel est la spécialité de cet +étage, comme la houille du carboniférien. + +Chez nous en Europe le trias, parmi les dépôts continentaux, est le seul +qui atteste des influences désertiques. En Algérie tout au rebours la +succession tout entière des dépôts continentaux semble bien montrer la +pérennité d’un climat sec, désertique ou steppien, avec de rares +interruptions oscillatoires. + +_L’albien._ — On a déjà mentionné les grès albiens, la seule formation +continentale crétacée. Ils contiennent pour tout fossile des bois +silicifiés. Ils ont constitué une matière de choix pour les graveurs +rupestres, ou peut être faut-il dire qu’ils ont, mieux que d’autres +roches, conservé leur ouvrage ? On les nomme souvent grès à dragées, ou +encore grès à sphéroïdes. Ils couvrent des espaces immenses dans l’Atlas +saharien et d’ailleurs aussi dans le Sahara algérien. Ce sont des grès +rouges, extraordinairement uniformes, comme couleur et comme texture. + +Ils ont été attribués à l’albien à cause de leur situation +stratigraphique à la base du cénomanien très fossilifère. Les couches de +base du cénomanien sont très chargées de gypse. Au Sahara, près +Temassinin[51], exactement dans le Djoua, Roche et Foureau ont signalé +au-dessous du cénomanien, « des argiles rouges et vertes, quelquefois +blanches, avec intercalation de bancs gypseux » ; le sol de la +dépression est souvent couvert de gypse remanié. On a pris d’abord ces +formations lagunaires pour du trias. Mais Foureau y a recueilli des +fossiles (dinosauriens, tortues, poissons), que Haug a étudiés ; et +qu’il rapporte à l’albien. Ce seraient là des raisons déjà suffisantes +pour établir que le climat de l’Afrique septentrionale à l’époque +albienne était steppien. Mais il y a une autre raison, plus directe. + +Les grès rouges, de même facies que les grès albiens, sont très répandus +au Sahara et au Soudan ; les grès dévoniens des plateaux Touaregs par +exemple, les grès du Sénégal dont l’âge éocène est établi, ressemblent +beaucoup aux grès albiens. Il faut en dire autant des grès de Nubie. +J’ai recueilli moi-même en Égypte et rapporté à Alger des sphéroïdes, +qui sont indiscernables des sphéroïdes albiennes. Or voici ce que dit du +grès nubien un géologue égyptien, M. Fourtau[52]. Il constate que ces +grès rouges sans fossiles ont été attribués par les différents auteurs +aux étages les plus divers, albien ; sénonien, carboniférien, etc. +« Tous les auteurs ont raison pour la localité qu’ils ont étudiée.... En +réalité nous devons considérer la formation gréseuse qui couvre de si +vastes espaces de terrain, depuis la Palestine jusqu’au Soudan égyptien, +comme un véritable désert fossile semblable au désert actuel. +Aujourd’hui s’il se produisait une nouvelle transgression marine, +l’immense mer de sable qui arrêta Zittel et Rohlfs donnerait sans nul +doute, naissance à une nouvelle bande de grès. » + +Tout porte donc à croire que le grès albien de l’Atlas saharien +représente un erg désertique pétrifié. + +_L’oligocène._ — Dans l’Algérie, sur de grands espaces, on trouve en +couches épaisses des dépôts continentaux qu’on a confondus longtemps +sous le nom général d’oligocène. Ils ont été l’objet de vives +discussions entre géologues. Une école, qu’on peut appeler parisienne, +conteste l’attribution de certains dépôts à l’étage oligocène. Ce qui a +été classé sous cette rubrique serait du tortonien et surtout du +pontien. + +D’autre part il y a tel gisement, que j’ai vu[53], récemment décrit[54] +avec beaucoup de détails, où l’âge pré-miocène et par conséquent +oligocène de la formation ne peut pas être sérieusement mis en doute +(figure 30). Il ne s’agit pas de suivre dans le détail une argumentation +sur des points contestés : on désire ne s’appuyer que sur le consensus +des géologues. Il est facile à propos d’oligocène, de dégager les points +sur lesquels ce consensus est réalisé. L’école algérienne, opposée à la +parisienne, maintient, en général, l’existence de l’oligocène. Mais dans +certains cas, dans un cas bien déterminé au moins (au polygone de +Constantine), elle ne conteste pas que des couches faussement attribuées +à l’oligocène soient en réalité tortoniennes et pontiennes. Qu’on +emploie donc le mot oligocène ou celui de pontien, avec tous les points +d’interrogation qu’on voudra, il est entendu que ces dénominations +s’appliquent à des dépôts continentaux, d’âges mal déterminés, mais +certainement postérieurs au trias, certainement divers, et de facies +assez uniformes. S’ils avaient été nettement contrastés on ne les aurait +pas confondus dans une dénomination commune. + +Or ce qui apparente leur facies ce sont des caractères qui semblent se +référer à un climat sec, désertique ou steppien. L’oligocène (?) est +généralement composé de couches rouges ; souvent ce sont des argiles +interstratifiées de gypse, et la présence de gypse est significative : +d’autres fois ce sont des cailloutis sans presque aucun mélange de +terre, et cela aussi est significatif ; le cailloutis pur, croulant sous +les pieds, vanné par l’action prolongée du vent, est une formation +désertique bien connue. + +Là-dessus les géologues des deux écoles sont d’accord. D’après +Savornin[55] « la grande épaisseur des dépôts torrentiels n’est +conciliable qu’avec un climat subdésertique.... » + +Les couches rouges fréquemment gypsifères sont un « véritable dépôt de +sebkha ». Aussi « une grande partie du sol était occupée, jusqu’assez +près du littoral actuel, par des bassins fermés plus ou moins +distincts ». Et M. Savornin, d’accord avec M. Ficheur, retrouve +l’emplacement de ces vieux chotts oligocènes (?) : « Médéa, Hodna-nord, +chotts sétifiens, région constantinoise, etc. » Cette disposition +hydrographique offrait d’étroites analogies avec le régime actuel. + +M. Joleaud, de l’école parisienne dit absolument la même chose. Il +analyse les poudingues rouges et les argiles à gypse du polygone auprès +de Constantine, ces couches même qui, classées jadis oligocènes, sont +aujourd’hui pontiennes de l’avis général. Il y trouve des fossiles +(hélices) « d’un caractère franchement halophile. Ces mollusques +habitaient certainement le bord de grandes lagunes, de véritables chotts +probablement très étendus. Ce milieu devait ressembler beaucoup à celui +des steppes de l’Algérie actuelle[56]. » + +Et plus loin à propos de fossiles trouvés à Smendou (ligne de +Constantine à Philippeville) ; « la présence des _Cytherea_ et des +_Melania_ indique un milieu laguno-saumâtre. Les cours d’eau tributaires +de ces chotts pontiens[57], etc. » Entre les deux écoles de géologues il +n’y a donc sur ce point aucune discordance. Que les couches rouges +soient oligocènes ou pontiennes elles se sont déposées en tout cas sous +un climat steppien. + +Notez d’ailleurs que M. Joleaud qui traite un peu l’oligocène en ennemi +personnel a publié une carte paléogéographique de cet étage où il a fait +figurer des chotts sur l’emplacement du Hodna[58]. Il tient à ce que les +vieux dépôts de chott au voisinage de Constantine soient restitués au +pontien. Mais que d’autres vieux dépôts de chotts, en d’autres parties +de l’Algérie continuent à être attribués à l’oligocène il ne semble pas +s’y opposer. D’autre part dans sa carte paléogéographique du +tortonien[59] il fait aussi une part importante aux formations +lagunaires. + +Sans prendre parti le moins du monde, dans les discussions entre +géologues sur l’attribution de telle couche à tel étage, il semble donc +qu’on ait le droit de dire avec l’assentiment universel : aux étages +oligocène, tortonien, pontien, exactement comme au trias, l’Algérie dans +ses parties émergées était un pays de chotts. + +_Pliocène._ — Au pliocène aussi elle a un climat désertique. Localement, +il y a des cailloutis et des poudingues attribués au pliocène ; auprès +de Beni-Ounif, par exemple, s’étend une mer de cailloux plus ou moins +roulés, croulant sous le pied, que les géologues attribuent au pliocène, +indice d’un climat sec aux orages rares et torrentiels, sur des pentes +dénudées. Ce qui est surtout caractéristique de l’étage ce sont les +dépôts calcaires continentaux ; dans cette même région de Beni-Ounif +(Figuig), un peu plus à l’ouest, vers Bou-Aiech, le cailloutis pliocène, +cimenté par du calcaire, fait un poudingue sur lequel les marteaux se +brisent. Les calcaires pliocènes sont parfois lacustres (région de +Constantine), attestant de grandes étendues d’eaux tranquilles, +stagnantes, soumises à une forte évaporation. + +Ce qui donne plus particulièrement à l’étage son cachet calcaire, ce +sont les encroûtements. Ils sont immensément développés sur les versants +de l’atlas saharien, sur le versant sud, en particulier ; la carapace +des hammadas recouvre à peu près tout ; pratiquement continue sur une +superficie qui a des centaines de kilomètres de diamètre en tout sens, +et pourtant d’une épaisseur insignifiante de 1 à 10 mètres. Cette +formation si particulière a été beaucoup étudiée par Flamand ; il y a +trouvé des fossiles, étudiés par Depéret, qui en affirme l’âge +pliocène[60]. Pomel a le premier décrit cette carapace, et il a fourni +de sa formation une explication qui, reste incontestée. « Elle résulte +d’une sorte d’incrustation stalagmitique superficielle par suite de +l’évaporation des eaux plus ou moins salées et séléniteuses qui +remontent par capillarité[61]. » La croûte calcaire continue à se former +de même sous nos yeux, dans maintes régions de l’Algérie, et même dans +les parties sèches du Tell, dans le Chéliff, par exemple, où elle a été +étudiée par Brives. Elle fait le désespoir des agriculteurs, parce qu’il +faut la briser et que la charrue y parvient à peine. Dans cette Afrique +du Nord où le sous-sol perce partout au soleil, à travers des lambeaux +insuffisants de sol, la croûte calcaire est une des rares catégories +existantes de sol, une catégorie fâcheuse. Par la croûte calcaire le +climat pliocène s’apparente à l’actuel. La formation n’est possible que +dans un pays très sec, où l’évaporation est intense. + +Voici d’autre part ce qu’écrit Joleaud comme conclusion d’une étude sur +le pliocène continental de Constantine. « Vers la fin du pliocène, les +dépressions existant aux environs de Constantine constituaient des +bassins fermés, et leurs eaux se concentraient en des lacs où vivaient +des hippopotames, tandis que des chevaux, des antilopes, etc., +habitaient les steppes voisines[62] » + +Bassins fermés, steppes, et cela jusque dans le nord de Constantine, +c’est bien toujours la même note. Sur la nature du climat pliocène le +consensus des géologues est réalisé. + +Voilà une belle série : trias, albien, oligocène, tortonien, pontien, +pliocène, autant de moments du passé où il est établi sans contestation +que l’Algérie fut désertique ou steppienne, domaine de chotts, de +bassins fermés. Il faut insister là-dessus parce qu’il y a une bonne +raison pour qu’on l’oublie. A la période qui a précédé immédiatement la +nôtre, au quaternaire, il s’est produit une oscillation du climat dans +le sens de l’humidité. Ce passé immédiat qui est très connu, très +apparent, risque de nous voiler le passé plus lointain. + +_Quaternaire._ — Le quaternaire ne mérite pas en Berbérie, comme en +Europe, le nom d’époque glaciaire. Mais ç’a été, ici comme là, un climat +beaucoup plus humide que l’actuel. Au sud de l’Algérie de très grands +fleuves l’Igharghar, le Tafassasset, la Saoura, établissaient une +communication avec l’Afrique tropicale. Dans les _bihour_ de l’oued R’ir +et du Zab, aux portes de Biskra, on retrouve aujourd’hui des poissons +soudanais et nilotiques, des _chromys_, et des « silures[63] ». On les +retrouve conservés par miracle et atrophiés dans des conditions qui +attestent leur caractère de faune résiduelle. Le représentant le plus +miraculeux de cette faune résiduelle est le crocodile de l’oued Mihero, +qui subsiste péniblement dans quelques trous d’eau des plateaux +Touaregs ; on sait qu’Erwin de Bary avait vu ses empreintes, et que le +capitaine Nieger, des Méharistes sahariens, en a rapporté un échantillon +à la Faculté des Sciences d’Alger[64]. De pareils faits n’établissent +pas seulement l’existence d’une communication par eau à travers le +Sahara quaternaire ; ils attestent que cette communication a dû se +maintenir jusqu’à une époque rapprochée de nous. + +Par cette voie l’Algérie quaternaire a été peuplée d’une faune +quaternaire, éléphants, rhinocéros, etc., que les paléontologistes ont +étudiée, et que M. Boule appelle « Faune du Zambèze[65] ». + +Là-dessus d’ailleurs nous n’en sommes pas réduits au seul témoignage des +paléontologistes. Il faut invoquer celui des gravures rupestres. Sur des +parois de grès albien, dans l’Atlas saharien, on trouve profondément +gravées des figures assez parlantes, représentant des échantillons de la +« faune du Zambèze » : des éléphants, en particulier, et de grands +buffles aux cornes immenses (_bubalus antiquus_[66]). + +Il faut aller encore plus loin et invoquer le témoignage des historiens. +Il est bien établi que l’éléphant Carthaginois vivait en liberté dans ce +même atlas saharien où on retrouve son effigie gravée. C’est là que les +chasseurs venaient le capturer pour l’enrôler dans les armées +carthaginoises. Il fut jusqu’à l’Empire romain la plus grosse pièce de +la faune résiduelle[67]. + +L’évidence d’un climat quaternaire beaucoup plus humide que l’actuel +s’impose à l’attention en Algérie. Il faut être en garde contre des +conclusions hâtives et incomplètes. En disant que le climat désertique +actuel a succédé à une ère pluvieuse on ne dit rien que d’exact, mais on +est extrêmement éloigné de rendre un compte complet du passé connu. Le +climat quaternaire lui-même, en Algérie, diffère de l’actuel en degré, +mais non pas en essence. Il ne s’est pas tout à fait dégagé des +influences steppiennes. Pour cette mise au point il faut rappeler +quelques faits dûment établis. + +L’expression « faune du Zambèze » a été choisie parce qu’elle s’applique +à une faune mixte, comprenant à côté d’espèces tropicales comme +l’éléphant, des bêtes steppiennes comme la girafe. Le quaternaire +algérien a des autruches et des chameaux. + +Pour nous mettre en état d’imaginer ce climat quaternaire le fait le +plus net, tout à fait probant, est celui-ci. L’oued Igharghar, qui +descend du Hoggar aboutit à la cuvette des grands chotts sud-tunisiens. +C’est là qu’il finit. D’une part aucune mer quaternaire ou néogène n’a +jamais pénétré dans cette cuvette, qui est restée domaine continental au +moins depuis la fin de l’éocène. D’autre part cette cuvette est +actuellement séparée de la mer par le seuil de Gabès. Or on a établi +après étude minutieuse qu’à travers ce seuil, qui eût été la seule voie +possible, la cuvette quaternaire ne s’est jamais vidée dans la mer[68]. +A propos de cette région, partiellement située au-dessous du niveau de +la mer, on a rêvé de mer saharienne à créer industriellement ; la +mission Choisy y a fait des travaux topographiques de détail, +préparatoires de projets éventuels. Ce pays qui excite l’imagination et +qui est à portée immédiate de la Tunisie a tenté d’autres +travailleurs[69]. Il est tout à fait certain que l’Igharghar, même en +son plus beau temps, celui des silures et des crocodiles, n’a jamais +atteint la mer. Il se terminait entre Biskra et Gabès dans une cuvette +fermée. En ce temps, c’était apparemment l’affluent d’un lac Tchad +immense dont les chotts actuels sont un pauvre reliquat. Autour de ce +Tchad nous sommes à l’aise pour imaginer, comme autour de l’autre, du +véritable, une faune soudanaise et zambézienne. Entre un Tchad et un +chapelet de chotts il y a une immense différence de degré, bien entendu, +mais essentiellement l’un et l’autre sont la même chose, la zone +d’épandage d’un bassin fermé. + +Pour interpréter la signification des atterrissements quaternaires il +faut noter un dernier trait, leur immensité ; sur la carte géologique +ils tiennent un bon tiers de toute la carte. Elle a vieilli sans doute +et, depuis sa publication, nombre de dépôts continentaux, classés jadis +quaternaires, ont été restitués à des étages plus anciens, pliocène, +pontien. La part du quaternaire demeure pourtant immense, à confondre +l’imagination, comme disait Pomel, notre imagination dressée par +l’exemple de la France, où la carte géologique ne montre rien de pareil. +C’est une preuve nouvelle d’un climat insuffisamment humide. Dans un +pays à climat normal et régulièrement drainé, comme la France, les +alluvions sont, pour la plupart, entraînées à la mer ; mais dans les +cuvettes fermées, les alluvions se juxtaposent et s’entassent en masses +énormes, parce qu’elles y restent toutes. L’immensité des +atterrissements quaternaires suffirait à établir, à elle seule, que la +période quaternaire a connu, comme les précédentes, ce régime steppien +de bassins fermés, qu’elle a transmis à l’actuelle. + + +[Note 51 : No 66, p. 814.] + +[Note 52 : No 42.] + +[Note 53 : No 45, p. 246, fig. 1.] + +[Note 54 : No 38 _passim_. Voir bibliographie du sujet dans _Dalloni_, +no 31.] + +[Note 55 : No 111.] + +[Note 56 : No 70, p. 245.] + +[Note 57 : No 70, p. 254.] + +[Note 58 : No 70, p. 279.] + +[Note 59 : No 70, p. 283.] + +[Note 60 : No 41, p. 695.] + +[Note 61 : No 87, p. 193.] + +[Note 62 : No 70, p. 319.] + +[Note 63 : No 28, p. 102.] + +[Note 64 : 82 _bis_ et _ter_.] + +[Note 65 : Voir la bibliographie no 64, t. I, p. 100 et suiv.] + +[Note 66 : No 63, t. I, p. 44, fig. 11.] + +[Note 67 : No 64, t. I, p. 74 et 108.] + +[Note 68 : No 81, p. 70, 86 et 222.] + +[Note 69 : No 83, p. 21 et suiv.] + + + + + CHAPITRE V + + LA MÉDITERRANÉE SUBSTITUÉE A LA TYRRHÉNIDE + + +_L’effondrement._ — Cependant entre l’Algérie actuelle ou quaternaire +d’une part, et d’autre part une Algérie plus ancienne, celle des bras de +mer, il s’est produit un événement de conséquence considérable, +l’effondrement de la Tyrrhénide. + +A partir du moment où la mâchoire septentrionale de l’étau s’est +écroulée, il n’y a plus étau. L’Algérie que nous avons décrite, +l’Algérie géosynclinale des bras de mer n’existe plus à proprement +parler. Une période tout à fait nouvelle commence. + +Voici quelle en est la caractéristique essentielle. Une mer très creuse, +et très brusquement abyssale, la Méditerranée, a pris la place exacte +qu’occupait une surface continentale, la Tyrrhénide. Naturellement c’est +un événement immense. + +L’Algérie des bras de mer, si, pour mieux se la représenter par +l’imagination, on lui cherche un pendant sur la planète actuelle, se +laisserait peut-être comparer avec la mer Rouge. L’une et l’autre sont +ou furent une mer longue, étroite et creuse ; un détroit, éventuellement +avorté en cul-de-sac, en golfe, entre de grandes étendues continentales +arides. Il n’y a pas besoin de souligner le contraste avec l’Algérie +actuelle. + +Un secret qui est enfoui sous 4000 mètres d’épaisseur d’eau salée, est +nécessairement bien gardé. On a précisé pourtant la date de cette grande +catastrophe. M. Joleaud place au début du pliocène « l’effondrement +définitif du continent ancien[70]. + +Pour le général de Lamothe la formation de ces abîmes paraît postérieure +au pliocène ancien »[71]. + +En gros, tous les géologues sont d’accord là-dessus, le phénomène est +d’hier, à l’échelle de la chronologie géologique. La zone +méditerranéenne a le privilège des grands effondrements récents, elle a +vu celui du continent Égéen, celui de l’Atlantide. C’est précisément +dans cette catégorie-là que rentre approximativement l’effondrement de +la Tyrrhénide. + +_Les conséquences._ — Les conséquences n’ont pas pu manquer d’être +considérables. Là-dessus les botanistes auraient eu peut-être leur mot à +dire. Il y aurait dans la flore de l’Afrique septentrionale beaucoup +d’espèces résiduelles qui sont un héritage du tertiaire. + +Et par exemple le cèdre. C’est un arbre de sommets. Il témoigne que +l’Algérie tertiaire était déjà montagneuse. On sait que dans l’Algérie +actuelle il est en recul, il se défend mal. Il y a dans l’Aurès des +forêts mortes où les grands cèdres au bois incorruptible sont des +squelettes debout enracinés. + +On cite aussi l’arganier. Chassé du reste de la Berbérie par la +concurrence vitale il est réfugié aujourd’hui dans un coin du Maroc. Il +s’y maintient à la faveur d’un climat assez particulier. La chaleur est +forte, correspondante à une latitude déjà quasi tropicale ; les pluies +sont rares, on est à l’orée du désert ; en revanche, au contact de +l’océan, l’air est constamment chargé de vapeur d’eau. C’est là un +climat qui aurait des rapports, du moins théoriques, avec celui de la +mer Rouge actuelle, où l’humidité de l’air fait un contraste violent +avec la sécheresse du sol. Faut-il imaginer qu’il pourrait en avoir avec +le climat de l’Algérie des bras de mer ? + +Ce sont là des idées qu’un botaniste, M. Maire, exprimait oralement, en +passant, d’une manière tout à fait fugitive. Il y aurait là peut-être le +programme de recherches possibles qui n’ont pas été faites. + +Un événement comme l’effondrement de la Tyrrhénide ne peut pas être +resté tout à fait sans conséquences climatiques, au moins dans des +nuances importantes, dont un changement de végétation aurait enregistré +les traces. On sait en effet déjà que la révolution n’a pas été +radicale. Le voisinage plus ou moins proche d’une surface continentale +immense et plus ou moins aride, notre Sahara, n’a jamais cessé de faire +sentir son influence plus ou moins directe. + +Là où les conséquences du grand effondrement se laissent directement +constater et mesurer c’est dans le modelé. Il y a là une matière qui a +bien un rapport avec le climat ; mais elle en a surtout avec +l’apparition toute nouvelle d’un niveau de base marin général au nord de +l’Algérie. Les conditions de l’érosion s’en sont trouvées bouleversées +de fond en comble. + +Les torrents méditerranéens, nés de la catastrophe, ont poussé leur +érosion de tête dans le vieux domaine des bassins fermés, suivant une +progression que les géologues ont cherché à préciser tout +particulièrement dans la province de Constantine. + +D’après Joleaud « la région constantinoise formait certainement, au +début de la période quaternaire, un bassin fermé plus ou moins semblable +au bassin actuel du chott el-Hodna[72]. Graduellement, à commencer par +les plus voisins du littoral, les bassins fermés furent captés par des +cours d’eau tributaires de la mer, si bien qu’aujourd’hui non seulement +tout l’Atlas tellien, mais encore une partie des hautes plaines, a été +incorporée au bassin méditerranéen[73]. » Alexandre Joly a mis en +relief, à différentes reprises, cette idée que, si on observe la ligne +de partage des eaux entre les bassins fermés et le bassin méditerranéen, +les phénomènes de capture qui ont déplacé cette limite, l’ont toujours +fait dans le même sens, « au profit de la Méditerranée et aux dépens des +bassins fermés[74] ». Rien de plus normal d’ailleurs, c’est exactement +ce qu’on pouvait attendre. + +A ces idées de géologues, par des méthodes purement géographiques, on +peut apporter une confirmation, qui en est en même temps l’illustration +graphique. + +_Profils longitudinaux._ — On a dressé le profil longitudinal de quatre +oueds, le Chéliff, le Bou-Sellam, la Seybouse et le Rummel (fig. 14 à +19). Tous les quatre ont leur cours inférieur dans le Tell, et leur +cours supérieur sur les Hauts plateaux ; ce sont les seuls fleuves +d’Algérie qui soient franchement dans ce cas. + +A différentes autres reprises, dans les chapitres suivants, on aura +recours à cette méthode des profils longitudinaux ; et il faut donner +ici, d’entrée de jeu, une fois pour toutes, quelques explications sur +les règles uniformes qu’on s’est imposées dans l’établissement des +profils longitudinaux. + +Bien entendu il n’existe pas de profils techniques des rivières +algériennes, établis par le nivellement direct des berges. Il faut se +borner aux renseignements fournis par la carte de l’état-major. La carte +au 50000e donne les courbes de niveau de 10 mètres en 10 mètres. Mais on +ne se sent pas moralement certain que le cartographe, sur le terrain, +forcé d’aboutir dans un temps limité, ait pu établir partout sa cote +avec une exactitude suffisante à 10 mètres près. Vouloir à toute force +utiliser toutes les courbes de la carte au 50000e eût été peut-être +faire un travail d’une fausse précision. En revanche, avec les courbes +maîtresses (lorsqu’elles sont accusées par un trait fort) : avec les +cotes en chiffres, qui sont assez nombreuses, et avec le contrôle de la +carte au 200000e, on arrive à déterminer avec certitude où passent les +courbes de 50 mètres en 50 mètres ; l’équidistance de 50 mètres est +d’ailleurs celle de la carte au 200000e ; seul document que nous +possédions pour une partie de l’Algérie. C’était une raison de plus pour +s’y tenir partout. + +C’est donc sur ces bases qu’on a établi, avec tout le soin possible, les +profils de quelques fleuves algériens. Il est évident que ces profils ne +serrent pas la vérité de très près. Beaucoup de petites irrégularités y +sont nécessairement masquées. Du moins, dans les limites des données, on +espère qu’ils sont exacts ; et, ces données ayant été les mêmes pour +tous, ils sont comparables entre eux. + +Pour que ces profils aient quelque précision, malgré la petitesse de +l’échelle et pour qu’ils soient plus aisément contrôlables, on y a +joint, autant que possible, dans le dessin même, l’indication en +chiffres des éléments avec lesquels ils ont été construits. Pour chaque +tronçon du profil, des chiffres, disposés dans le sens des lignes +verticales, se rapportent au nombre de kilomètres qui correspond à une +dénivellation de 50 mètres, exception faite pourtant des tronçons trop +courts où la pente est très rapide : la place y manquait pour inscrire +des chiffres, et il était d’ailleurs moins essentiel de les donner avec +précision, puisque entre ces chiffres très faibles (2 ou 3 kilomètres, +par exemple) il ne peut y avoir que des différences encore plus faibles, +négligeables à l’échelle employée. + +Il faut ajouter encore une observation préliminaire. Dans le chevelu des +branches supérieures il était indispensable et intéressant de choisir +celle qui serait considérée comme maîtresse. On n’est pas guidé, comme +en France, par l’onomastique et la tradition. Toutes les différentes +branches d’un cours d’eau portent ici un nom différent ; les oueds n’ont +pas d’état civil et ne naissent pas officiellement en un point précis, +comme la Loire au mont Gerbier-des-Joncs. Comme critérium unique on a +donc adopté la longueur ; il était impossible d’en trouver un autre ; +sur le débit, les renseignements que nous possédons sont lacunaires et +incertains. Par cette méthode on a donc dressé le profil longitudinal du +Chéliff, du Bou-Sellam, de la Seybouse et du Rummel. Ces quatre profils +sont étroitement apparentés, on le constate d’un coup d’œil ; chacun +d’eux est rompu en son milieu, il est composé de deux concavités assez +régulières, raccordées par une convexité plus ou moins angulaire. Ce +parallélisme ne peut être fortuit. Et d’ailleurs il est d’interprétation +très simple. Il y a nécessairement, pour chaque profil, deux rivières +primitivement indépendantes (les concavités) raccordées par une capture +récente (la convexité). + +Voyons les cas particuliers. + +_Chéliff._ — Le Chéliff, fig. 14 et 15, a 700 kilomètres de long, et il +est le seul fleuve algérien qui, ayant pris sa source dans l’Atlas +saharien, atteigne la mer. C’est le géant des Oueds algériens. Il est +composé de deux oueds mis bout à bout, dont l’indépendance apparaît sur +le profil, sur la carte, et jusque dans la nomenclature indigène. En +amont l’oued Touil traverse les hauts plateaux dans une direction sud- +ouest-nord-est, en aval le Chéliff proprement dit traverse le Tell du +sud-est au nord-ouest, presque d’est en ouest. Le coude de capture est +extrêmement marqué. Il est à Boghari, et c’est là aussi, bien entendu, +que le profil accuse une rupture de pente extrêmement nette. En amont, +dans la plaine marécageuse de Bou-Ghzoul, qui a 47 kilomètres de +diamètre, la pente est seulement de 1,6 p. 1000. En aval, dans les +gorges de l’Atlas, elle s’accélère du double, et, jusqu’à Amoura, +pendant 80 kilomètres, elle est de 3 m. 2. + +Alexandre Joly a décrit l’instabilité de la rivière, la progression +phagédénique de l’érosion au voisinage de Boghari et de Bou-Guezoul. Il +a recueilli des traditions indigènes, confirmées par l’aspect du +terrain, sur des plaines jadis marécageuses et couvertes de roseaux, où +le Chéliff actuel est encaissé de plusieurs mètres. « En une vingtaine +d’années un canal d’arrosage, profond de quelques centimètres, a +transformé son lit en un canal large de plus de 2 mètres, profond de +plus de 3 mètres ; dans un seul hiver il a approfondi son lit de plus de +1 m. 30. » D’après les conducteurs des ponts et chaussées, qui ont à +défendre leurs ponts et leurs cassis contre la rivière, « il semble +certain que, depuis une dizaine d’années, le Chéliff a approfondi +annuellement son lit de près de 6 et 8 centimètres au voisinage de +Boghari[75] ». Tous ces ravinements sont en coup de scie, des fossés à +pic profonds de plusieurs mètres. Il n’y a rien là que de très naturel, +comme le montre un coup d’œil sur le profil, Boghari est précisément le +point de rupture de pente atteint par l’érosion régressive. C’est là +qu’est concentré tout l’effort de la rivière pour régulariser son +nouveau profil d’ensemble. Cette érosion si active s’exerce aux dépens +d’une grande plaine d’alluvions, semée de marais dont le drainage n’est +pas encore achevé ; il en reste les dayas de Bou-Guezoul visitées en +hiver par les canards sauvages. + +[Illustration : FIG. 14. — PROFIL EN LONG DU CHÉLIFF. + +Le profil en long du Chéliff montre deux courbes concaves, qui se +rejoignent à Boghari. Chacune d’elles correspond à un système fluvial +jadis indépendant : en amont l’oued Touil (oued Nahr Ouassel), qui a été +capturé par l’oued d’aval le Chéliff. + +On verra le coude de capture sur n’importe quelle carte générale de +l’Algérie (voir même sur les fig. 7 et suivantes). L’angle est à peu +près droit.] + +[Illustration : FIG 15. — LA RÉGION DE BOGHARI. + +(Emprunté au 200000e du _Service géographique_, feuille 24.) + +La figure 15 représente au 200000e le point précis où s’est fait la +capture, la région de Boghari. Le bas Nahr Ouassel (oued Touil), à bout +de course, stagne dans des marais (les daïas de Bou-Guezoul) : puis +brusquement il devient le Chéliff et il s’ouvre un chemin d’aspect +héroïque à travers l’Atlas de Boghari.] + +Il y a donc bien deux oueds, l’oued Touil d’une part, et le Chéliff +proprement dit de l’autre, qui ont évolué à part chacun pour soi pendant +des âges, et qui ont été rattachés bout à bout par une capture récente. + +Pour mettre en valeur l’autonomie ancienne de l’oued Touil, il faut le +comparer à son affluent le Nahr Ouassel ; qui prend sa source auprès de +Tiaret et qui rejoint l’oued Touil un peu en amont de Boghari. Dans +l’état actuel du climat et de l’hydrographie ce serait le nahr Ouassel +qui serait la véritable tête du Chéliff et non pas l’oued Touil. Il est +beaucoup plus court, il est vrai, et nous n’avons pas de chiffres précis +sur son débit. Mais nous sommes certains du moins que c’est une rivière +pérenne, au rebours de l’oued Touil qui est à sec. On a profilé le nahr +Ouassel à côté de l’oued Touil sur la figure, et la comparaison est +instructive. Le profil du nahr Ouassel est en dents de scie ; au +contraire celui de l’oued Touil est très régulier ; il n’accuse un +crochet insignifiant qu’en un point, aux environs de Taguin (le Taguin +où la Smala fut prise ; il y a là de très grosses sources en relation +avec une faille). Des deux rivières d’ailleurs c’est l’oued de beaucoup +qui a la moindre pente, et qui coule à l’altitude la plus basse, c’est- +à-dire dont l’œuvre totale d’érosion a été la plus considérable. C’est +lui qui a les caractères non seulement d’une artère maîtresse, mais +encore d’un vieux fleuve. + +Qu’était-il, ce vieux fleuve, avant d’être devenu par capture la branche +supérieure du Chéliff ? Sur la carte et sur le terrain il est impossible +de trouver trace d’un lit antérieur par lequel l’oued Touil puisse +s’être prolongé dans une direction générale autre que l’actuelle. La +plaine de Bou Guezoul est une grande cuvette fermée de tous les côtés ; +le fond marécageux de la cuvette est à 630 mètres d’altitude ; +abstraction faite de l’étroite coupure, par où la rivière s’échappe +aujourd’hui, la cuvette est régulièrement encerclée de tous les côtés +par la courbe de 700 mètres ; que cette cuvette, toute tapissée de +dépôts continentaux, ait été une sebkha sans écoulement, zone d’épandage +de l’oued Touil, c’est l’hypothèse qui s’impose. + +_Oued Bou-Sellam._ — L’oued Bou-Sellam est bien plus humble que le +Chéliff. Ce n’est même pas un fleuve indépendant, c’est un simple +affluent de l’oued Sahel ; on peut même constater sur son profil que le +raccord de sa vallée avec celle de l’oued Sahel, en amont d’Akbou, n’est +pas encore tout à fait régularisé. Pourtant les 270 kilomètres de long +du Bou-Sellam, s’ils le laissent loin derrière le Chéliff, lui donnent +encore un rang honorable parmi les rivières d’Algérie. + +[Illustration : FIG. 16. — PROFIL EN LONG DU BOU-SELLAM. + +Le profil accuse une double concavité. La pointe de la partie convexe +est en amont des gorges du Guergour, à la limite de l’Atlas Tellien et +de la haute plaine (Sétif).] + +Quoi qu’il en soit le Bou-Sellam est un pendant exact du Chéliff, à une +échelle réduite (fig. 16 et 17). + +Son profil aussi est nettement cassé en deux par une bosse convexe, +séparant deux guirlandes concaves. La rupture de pente est au Guergour. +Tandis que, en amont, dans la plaine de Sétif l’oued coule assez +lentement, avec une pente de 3,1 p. 1000, dans les gorges très +encaissées du Guergour la pente triple, et atteint 12,5. C’est le point +où la capture s’est produite, et où l’érosion de tête de l’oued +conquérant conserve sa violence ? + +Au crochet du profil longitudinal correspond sur la carte un coude de +capture très accusé. Le Bou-Sellam prend sa source au djebel Megriss et +il coule d’abord nord sud, ce qui l’amène rapidement sur les hauts +plateaux de Sétif, il y conserve d’abord sa direction méridionale, vers +le Hodna ; puis, après quelques hésitations, il vire brusquement cap +pour cap, prend franchement le chemin du nord, rentre dans le Tell et +aboutit à Bougie. + +Les deux sections ainsi raccordées ont des profils très différents. La +section amont, celle de Sétif, est évidemment de beaucoup la plus +vieille et la plus évoluée ; son profil est une concavité très accusée +et très régulière. La section aval au contraire a un profil à peine +concave et en crémaillère ; c’est un profil de jeune torrent. Ce +contraste suffirait à lui seul à établir l’indépendance ancienne des +deux sections. Ce sont deux oueds restés longtemps distincts, deux +individualités. + +[Illustration : FIG. 17. — LE COUDE DE CAPTURE DU BOU-SELLAM. + +(Carton emprunté à la carte au 200000e, no 16. Sétif.) + +Sur la figure 17 on voit le Bou-Sellam prendre sa source sur le versant +Sud de l’Atlas Tellien, en amont de Sétif. Il se dirige d’abord droit au +Sud et arrive dans un bas-fond marécageux. Là il tourne brusquement cap +pour cap, et prend le chemin du Nord celui des montagnes natales. Il les +traverse aux gorges profondes du Guergour (à une dizaine de kilomètres +en aval hors de la figure). + +Aujourd’hui les marais du Bou-Sellam ne communiquent plus avec le Chott +el-Malah, dont ils ne sont séparés par aucun obstacle. La capture est +évidente.] + +La carte laisse deviner de quelles façons a pu finir l’oued d’amont, +avant la capture. En aval de Sétif, la région, où le Bou-Sellam, après +des tergiversations, retourne décidément en arrière, est le fond +marécageux d’une très grande cuvette. Un coin du marais porte sur la +carte le nom de chott el-Malah, toute la région inscrite dans la boucle +de l’oued porte aussi sur la carte ce nom de Malah, qui signifie +« sel », et qui suggère donc l’idée d’un ancien bassin fermé encore +insuffisamment traîné. On conçoit aisément que ce chott el-Malah ait pu +être, dans la période antérieure à l’actuelle, zone d’épandage du haut +Bou-Sellam. Pourtant dans la prolongation exacte de sa vallée au sud une +longue et large trouée d’érosion coupe en deux les montagnes du Hodna. +Le village de Colbert s’y trouve. Cette grande vallée est aujourd’hui +parcourue par deux oueds, qui coulent en sens inverse : au nord, l’oued +Melah va rejoindre le Bou-Sellam, il a très peu de pente et il est semé +de fondrières ; au sud, l’oued Soubilla se précipite brusquement vers le +Hodna par des gorges très profondes. Le seuil de séparation entre ces +deux oueds est à une centaine de mètres au-dessus de la vallée actuelle +du Bou-Sellam. Par cette grande vallée de Colbert on peut concevoir que, +à un moment donné du passé, le Bou-Sellam prenait le chemin du Hodna. Il +est vrai que le seuil est encore moins élevé (une cinquantaine de +mètres) entre la cuvette de Sétif et la région des Sebkhas (Sebkhas +avoisinant le village d’Ampère, chott el-Beida). + +Pour concevoir le passé du Bou-Sellam avant la capture on a donc +l’embarras du choix, entre hypothèses qui peuvent avoir été réalisées +successivement ou alternativement. Mais ces hypothèses ont toutes un +point commun, et se ramènent au fait suivant : Le Bou-Sellam aboutissait +dans une cuvette fermée, quelle qu’elle fût, jusqu’au moment assez +proche de nous où il fut capturé par l’érosion de tête d’un torrent +tellien. + +C’est donc bien un pendant du Chéliff. + +_La Seybouse._ — C’en est un aussi de la Seybouse (fig. 18), qui est un +oued classé par son débit puissant au premier rang des rivières +algériennes, mais non par la longueur de son cours. Elle a 223 +kilomètres de long entre son embouchure, qui est à Bône, et sa source +qu’elle prend, sous le nom d’oued Cherf, auprès d’Aïn-Beïda. + +[Illustration : FIG. 18. — PROFIL EN LONG DE LA SEYBOUSE.] + +[Illustration : FIG. 19. — PROFIL EN LONG DU RUMMEL. + +La Seybouse est le fleuve qui a son embouchure à Bône. Le Rummel est le +fleuve de Constantine. + +Les deux profils ont une parenté évidente entre soi et avec les figures +14 et 16. Il faut considérer l’ensemble de ces quatre figures, en se +souvenant que les quatre fleuves profilés sont les seuls oueds Telliens, +prenant leur source sur les hauts plateaux. C’est donc une règle sans +exception que les fleuves de cette catégorie sont composés de deux +oueds, réunis en un seul par une capture. L’oued d’amont a longtemps +appartenu a un bassin fermé, son profil régulier atteste la maturité. +L’oued d’aval est un jeune torrent Tellien à profil heurté. + +Les quatre figures sont donc une illustration graphique du grand fait +que voici. Depuis l’effondrement de la Tyrrhénide les oueds Telliens, +ayant désormais la mer comme niveau de base, sont des agents d’érosion +puissants. Ils n’ont pas cessé d’étendre leurs conquêtes au détriment de +la zone antique des bassins fermés.] + +L’oued Cherf coule donc sur les Hauts Plateaux et la Seybouse dans le +Tell ; le profil suggère que les deux oueds (Cherf et Seybouse) ont été +longtemps distincts, et que le premier a été capturé par le second. En +amont de Guelma ils sont réunis par des rapides où la pente atteint 25 +p. 1000. Les Hauts Plateaux dans le bassin de l’oued Cherf sont +naturellement tapissés des atterrissements continentaux gypso-salins +habituels. + +_Oued Rummel._ — Le Rummel (fig. 19) (oued el-Kebir dans la partie +inférieure de son cours) appartient à la même catégorie. Il rappelle +plus particulièrement le Bou-Sellam par le crochet aigu de son coude de +capture. Comme le Bou-Sellam il prend sa source dans l’Atlas tellien, +coule d’abord au sud, puis à l’est sur les Hauts Plateaux jusqu’à +Constantine. C’est là que se fait dans les gorges fameuses du Rummel +entre l’oued d’amont et l’oued d’aval un raccord dont le profil accuse +l’extrême brutalité ; l’oued tombe d’une centaine de mètres à la +traversée de la ville (sa chute alimente les moulins Lavie). De part et +d’autre de Constantine les profils des deux oueds sont extrêmement +contrastés. L’oued d’aval a un profil en crémaillère de torrent jeune et +conquérant. Et c’est lui d’ailleurs dont M. Joleaud a retracé les +conquêtes. + +[Illustration : FIG. 20. — L’OUED BOU-MERZOUG ET L’OUED CHOTT-SABOUN. + +Le chemin de fer entre Constantine et Batna longe successivement deux +oueds, le Bou-Merzoug affluent du Rummel, et l’oued Chott-Saboun (bassin +fermé). On a imaginé (hypothèse A. Grund) que ces deux oueds seraient +les débris aujourd’hui distincts, d’un système fluvial continu, que le +progrès du climat désertique aurait tronçonné.] + +[Illustration : FIG. 21. — PROFIL EN LONG DE L’OUED BOU-MERZOUG +PROLONGÉ. + +Sur la figure 21, la courbe si concave et si régulière de l’oued Chott- +Saboun atteste l’isolement ancien de la vallée, qui a évolué pour son +compte jusqu’à la sénilité. + +Le Bou-Merzoug, l’une des têtes d’un torrent Tellien, dans un avenir +indéterminé, si les circonstances actuelles persistent assez longtemps, +pourra capturer l’oued Chott-Saboun et constituer avec lui un système +fluvial du type Chéliff, Bou-Sellam, etc. + +Les figures 20 et 21 sont comme une contre-épreuve des précédentes, +conduisant aux mêmes conclusions.] + +_Bou-Merzoug._ — En amont de Constantine le Rummel reçoit un affluent, +le Bou-Merzoug, qui était considéré dans l’antiquité comme l’artère +maîtresse, la tête du fleuve ; les Romains l’appelaient Ampsagas. Si on +admet ce point de vue, et si on établit le profil en long de l’oued Bou- +Merzoug (fig. 20 et 21) on obtient un résultat curieux, à condition de +le prolonger par le profil de l’oued Chott-Saboun (source à Lambèse dans +l’Aurès). Le Chott-Saboun (Sebkha Zmoul) qui est la zone d’épandage de +l’oued Chott-Saboun, est séparé de la haute vallée du Bou-Merzoug par un +seuil insignifiant, une ondulation de la haute plaine. Actuellement +encore ce oued est une artère de bassin fermé, ayant évolué à part +pendant des âges, avec le chott Saboun comme niveau de base, puisque la +concavité très accusée de son profil semble bien avoir atteint +l’équilibre. Le long du Bou-Merzoug cependant l’érosion régressive, +déterminée par le rattachement du Rummel au bassin méditerranéen, est +parvenue actuellement jusqu’à El-Guerra, ou plus précisément Aïn-Mlila. +Si les conditions actuelles persistent pendant des siècles encore, il +est manifeste que l’érosion régressive finira par rattacher l’oued +Chott-Saboun au bassin du Rummel, c’est-à-dire à la Méditerranée. Le +complexe oued Chott-Saboun-oued Bou-Merzoug est un Chéliff en voie de +réalisation, un Chéliff futur. Le profil de cet oued imaginaire +rapproché des quatre autres qui s’appliquent à des oueds réels, est une +contre-épreuve intéressante. + +_Conclusions._ — L’étude du modelé nous conduit donc à des conclusions +qui sont nettement celles des géologues. + +Le domaine des bassins fermés est en régression plus ou moins rapide +depuis que les relations actuelles existent entre la terre et la mer, +depuis que la Méditerranée a pris la place de la Tyrrhénide effondrée, +c’est-à-dire apparemment le pliocène. Depuis ce temps-là les oueds +telliens, avec la mer comme niveau de base, ont été alimentés par des +pluies dont l’importance absolue a beaucoup varié, mais qui sont +demeurées relativement beaucoup plus abondantes sur le versant nord +méditerranéen de l’Atlas que sur le versant sud. Ces oueds telliens ont +donc été conquérants sans interruption, ils le sont encore sous nos +yeux. Du grand effondrement tyrrhénien ç’a été la conséquence la plus +importante, celle du moins qui saute davantage aux yeux, qui se laisse +mesurer. Et ce n’est rien moins d’ailleurs que la différenciation du +Tell, quelque chose de considérable. + + +[Note 70 : No 70, p. 287.] + +[Note 71 : No 80, p. 244.] + +[Note 72 : No 69.] + +[Note 73 : No 70, p. 319.] + +[Note 74 : Nos 76 et 74.] + +[Note 75 : No 75, p. 510 et no 76, p. 9.] + + + + + CHAPITRE VI + + CONCLUSIONS DU LIVRE + + +On a réuni dans ce livre II les données actuellement acquises sur +l’histoire géologique de l’Algérie. + +Il faut affirmer que ces données sont acquises, il s’agit de faits +solides, sur lesquels est réalisé le consensus de tous les observateurs. +On n’a pas le moins du monde développé une thèse qui soit particulière à +l’auteur. + +L’affirmation n’est pas inutile parce que l’ancienneté du climat +désertique ou steppien en Algérie est un fait incontesté, il est vrai, +mais en revanche assez généralement ignoré. De cette ignorance il a été +fourni des preuves récentes. Et par exemple un géographe autrichien, M. +A. Grund, à la suite d’un voyage rapide en Algérie, s’est imaginé que +l’oued Chott-Saboun était l’ancienne tête du Bou-Merzoug séparée du +tronc par les progrès du climat désertique depuis le quaternaire[76]. +Cette erreur est très naturelle chez un voyageur qui met la tête à la +portière dans le train de Constantine-Batna. Mais l’extraordinaire c’est +que la théorie Grund ait été accueillie avec quelque faveur dans les +cercles géographiques français. Les géologues algériens aux prises avec +une besogne immense ont publié des études fragmentaires, qu’aucune +exposition d’ensemble n’a mis encore à la portée du public scientifique +métropolitain. Ces études existent pourtant, leurs conclusions sont +unanimes et formelles. + +On a vu qu’une analyse du modelé par la méthode des profils +longitudinaux conduit à une conclusion qui est rigoureusement celle des +géologues, puisqu’enfin ces chotts, dont le climat actuel tend à +restreindre le domaine, lui sont nécessairement antérieurs. + +Il faut donc souligner ce fait sur lequel il apparaît que l’attention +n’a pas été assez attirée. L’Algérie est encroûtée de dépôts +continentaux qui se sont accumulés dans des bassins fermés depuis +l’oligocène. + +Le régime des chotts est aussi vieux que l’Algérie continentale ; la +malédiction des pays de sel est sur ce pays depuis le commencement des +âges ; toutes les fois où nous voyons, dans le passé géologique, le bras +de mer algérien s’assécher, ç’à été pour se couvrir de chotts. Il y a un +lien entre la répartition des déserts à la surface de la planète et la +latitude. Faut-il admettre que la latitude de l’Algérie n’ait pas changé +depuis le crétacé, ce qui signifie l’immobilité du pôle ? La répartition +circumpolaire de la houille suggère déjà cette immobilité. Mais quoi +qu’il en soit de ces considérations trop générales, l’ancienneté d’un +climat aride en Algérie est un fait précis. + +Les faits précis de cet ordre, ceux qui sont exposés dans le livre II, +comme d’ailleurs ceux qui ont trouvé place au livre I, sont des +directives, des leitmotive ; il faudra les avoir présents à l’esprit +pour analyser la structure du pays dans ses détails, dans ses parties. + +D’ores et déjà une grande division ressort à travers toutes les cartes +paléogéographiques : l’Atlas tellien et le groupe Atlas saharien-Hauts +Plateaux nous sont apparus déjà comme distincts. L’un est le domaine du +géosynclinal profond, du géosynclinal proprement dit ; et l’autre du +socle continental. L’étude des dépôts continentaux nous a conduits +d’autre part à la discrimination des deux mêmes zones sur des principes +tout autres. Tandis que tout le sud reste le domaine des bassins fermés, +le Tell est le domaine des oueds méditerranéens conquérants ; il leur +doit un modelé d’érosion avec la mer comme niveau de base, un décapage +avancé, une dissection profonde. Les deux zones, Tell et Hauts +Plateaux ; ont, l’une vis-à-vis de l’autre, une originalité de modelé +comme ils en ont une de contexture profonde. + +Cette distinction à laquelle nous aboutissons de deux côtés différents +est fondamentale, il faut s’y tenir. Les noms de Tell et Hauts Plateaux +sont consacrés par l’usage, on peut les dire des appellations +populaires. Ils en ont les inconvénients comme les avantages. +Naturellement ils manquent de précision. Dans le détail, quand il +s’agira de délimiter, on trouvera que les limites du socle continental +sont loin de coïncider exactement avec celles de la zone où +l’encroûtement de bassin fermé est encore intact. Mais en gros la +division très générale de l’Algérie en Tell et Hauts Plateaux est très +commode ; on l’adoptera, au moins comme cadre de travail, +provisoirement. + + +[Note 76 : No 47, p. 443.] + + + + + LIVRE III + + HAUTS PLATEAUX + + * * * * * + + CHAPITRE I + + ATLAS SAHARIEN + + +On essaiera d’analyser d’abord le socle continental, la grande zone +méridionale de l’Atlas saharien et des Hauts Plateaux, en commençant par +l’Atlas saharien. + +On a déjà dit qu’il a des limites nettes du côté du Grand Atlas +marocain ; il contraste avec lui par son altitude moindre de moitié ; et +certainement aussi par l’âge beaucoup plus jeune de ses roches. + +Ce vieillissement d’est en ouest le long de la chaîne, qui est d’abord +régulièrement progressif, s’accélère assez brusquement dès qu’on arrive +au Grouz. Il y a là sûrement de part et d’autre du Grouz un changement +soudain. Mais non pas essentiel à ce qu’il semble. Le Grand Atlas +marocain est encore très mal connu. Pourtant, à considérer les cartes +que nous en avons, il paraît évident qu’il est un prolongement de +l’Atlas saharien, et que ce sont deux parties d’un même ensemble ; on +l’admet non seulement d’après l’identité de la direction générale, mais +aussi la direction et l’agencement identique des parties, des éléments +de chaîne. Entre les deux, Atlas saharien et Grand Atlas, la différence +serait de décapage. Le Grand Atlas serait profondément éventré par +l’érosion jusqu’à des couches géologiques bien plus profondes. + +A l’extrémité opposée on est en revanche parfaitement fixé. + +Il est très connu que l’Atlas saharien se prolonge exactement semblable +à lui-même, sur le territoire tunisien. + +Nous avons sur lui d’excellentes études ; Ritter a décrit la partie +centrale, Djebel-Amour, monts des Ouled-Nayl[77] ; Flamand[78] +l’extrémité occidentale ; Roux l’extrémité orientale sur la frontière +tunisienne[79]. Tous ces géologues sont exactement d’accord, ils nous +font de l’Atlas saharien le même tableau d’ensemble. + +_Unité de plan._ — Le trait essentiel est que la chaîne prise dans son +ensemble a une direction, grossièrement est-ouest, et que ses éléments +constitutifs, pris chacun pour soi, en ont une autre très aberrante +(nord-est sud-ouest parfois presque nord-sud). Ritter a dressé une +_carte schématique de l’allure des plis_ (fig. 22) qui en dit plus au +premier coup d’œil que de longues phrases. + +[Illustration : FIG. 22. — CARTE SCHÉMATIQUE DE L’ALLURE DES PLIS DANS +L’ATLAS SAHARIEN. + +L’Atlas Saharien a une direction générale approximative Est-Ouest. Mais +les éléments qui le composent, qui sont courts et nettement +individualisés, ont une direction toute différente, bien plus rapprochée +du Nord-Sud. C’est ainsi que les brins tordus dont la réunion constitue +un câble font un angle très marqué avec le câble lui-même. + +Cette structure si particulière caractérise l’Atlas Saharien d’un bout à +l’autre avec une curieuse régularité. (D’après Ritter.)] + +Les éléments se relaient au lieu de se prolonger. L’analogie serait +assez grande avec le dessin d’un câble composé de brins tordus. Les +brins, considérés isolément, font naturellement un angle accusé avec le +câble que leur réunion compose. Ici, dans l’Atlas saharien, chaque brin +isolé, c’est-à-dire chaque pli, naît au sud, sur la plate-forme +saharienne ; ils traversent en écharpe l’épaisseur de la chaîne ; et ils +meurent, ils s’effacent à sa limite nord. Ils se groupent en faisceaux, +en torons, Ritter dit en amygdales ; chaque amygdale a souvent une +individualité géographique assez nette (monts des Kçour, monts du +Djebel-Amour, monts des Ouled-Nayl). + +De cette torsion, de ce conflit entre deux directions, différents +géologues ont fourni différentes explications. Ce qui nous importe pour +le moment c’est que cette disposition si particulière se retrouve +partout d’un bout à l’autre en Tunisie comme en Algérie, et même dans le +Haut Atlas, prolongement marocain de l’Atlas saharien. Roux[80], à +propos du dessin en plan des plis dans le sud tunisien, parle d’arcs +_concaves vers le nord_ se raccordant à des « arcs concaves vers le +sud » ; de « guirlandes », « d’accents circonflexes », Flamand, à propos +de l’Atlas saharien sur les confins du Maroc[81], parle de « chaînes +géniculées » (repliées en forme de genou) ; de directions +« orthogonales ». Ces synonymes expressifs se ramènent aux termes de la +description que Ritter a faite une fois pour toutes, et à laquelle tous +ses successeurs déclarent expressément se rallier, y compris, à propos +de l’Atlas marocain, Louis Gentil[82]. + +L’Atlas saharien est donc, d’un bout à l’autre, dessiné d’après la même +formule, et comme plissé d’un seul jet. + +Sur la date de ce plissement il ne subsiste pas non plus d’incertitude. +Le socle continental envahi par les mers crétacées et éocènes, a été +affecté « d’amples mouvements » (Roux, p. 261). + +Un coup d’œil sur les cartes paléogéographiques montre le seuil de +Biskra, le Hodna, l’Aurès et les Zibans déjà dessinés par les rivages de +la mer cartennienne (fig. 10). M. Savornin qui vient de publier sur la +région hodnéenne une très belle étude insiste là-dessus. L’Atlas +saharien, dit-il, avait acquis « sa constitution dès le début des temps +tertiaires[83] ». + +L’époque miocène a vu pourtant produire une accentuation du plissement +sensible au moins en certains points, en Tunisie par exemple. Dans la +région de Redeyef, le miocène tout entier, y compris l’étage supérieur +est « très vigoureusement plissé ». Le plissement a continué au pliocène +et s’est fait sentir même au quaternaire[84]. M. Roux a justement attiré +l’attention sur le témoignage des terrasses fluviatiles dans l’Atlas +saharien. Une étude détaillée en serait d’autant plus intéressante +qu’elles furent l’œuvre de rivières dont la mer n’a jamais été le niveau +de base. Cette étude n’a jamais été faite. En gros, à juger par ce qu’on +entrevoit au passage, elles conduiraient à la conclusion de mouvements +orogéniques très récents ; et cela partout, aussi bien dans le Grouz que +dans l’Aurès. + +Une chaîne où les forces orogéniques n’ont jamais cessé d’être actives, +du crétacé au quaternaire, c’est justement tout l’Atlas, aussi bien +tellien que saharien. Les géologues sont unanimes là-dessus. En cela, +sur cette question d’âge, l’Atlas saharien ne fait aucun contraste avec +le tellien, il est lui aussi partie intégrante de l’Atlas, et au même +titre. + +Mais, dans l’édification de l’Atlas saharien, les forces plissantes, aux +prises avec l’épaisseur relativement rigide du socle continental, ont +constamment travaillé sur le même plan, à travers les âges ; leurs +effets se sont lentement accumulés dans le même cadre préétabli. Il n’y +a pas eu, comme dans le géosynclinal tellien, effondrement au fond de la +mer et réédification toute fraîche de parties importantes. + +Et, quoi qu’il en soit de cette explication, le fait est là. L’Atlas +saharien est d’un seul jet : cela seul lui ferait, vis-à-vis de l’Atlas +tellien, une originalité extrêmement accusée. Il en a d’autres. + +_Plissement ébauché._ — Un second point essentiel est que l’Atlas +saharien est plissé faiblement. C’est presque un corollaire de ce qu’on +vient de dire. Le dessin général du plissement apparaît en plan, à la +surface du sol et sur la carte, avec la netteté qu’on a vue, justement +parce que les plis sont rares et simples, faciles à déchiffrer d’un coup +d’œil. Dès le premier moment où un géologue s’est occupé de l’Atlas +saharien, ce géologue, qui fut Ritter, a mis définitivement en lumière +ce grand fait. « Le plissement, dit-il, est resté à l’état +d’ébauche[85][86]. » Cet Atlas saharien n’est pas une sierra à crête +accusée ; c’est plutôt un plateau ondulé, froissé. Tous les géologues +ont acquiescé à la formule de Ritter (Flamand, Roux, Savornin). + +Géologues et géographes établissent un parallélisme entre l’Atlas +saharien et notre Jura français ; de Martonne par exemple[87], le +général Berthaut[88]. La comparaison est devenue classique. Ce sont deux +bons exemples courants d’un plissement peu accusé. + +Cette analogie dans les énergies comparables des deux plissements a pour +conséquence la parenté des deux modelés. + +Ces termes populaires expressifs que les montagnards du Jura donnent à +des détails du relief, les _cluses_, les _ruz_, les _crêts_, les +_combes_ et qui ont passé dans l’usage courant de la géographie +physique, des géographes comme de Martonne[89], des topographes comme le +général Berthaut[90], des géologues comme Roux[91] se trouvent tout +naturellement entraînés à les employer dans une description de l’Atlas +saharien. Le dôme à centre évidé (cratère d’érosion de Roux, voir fig. +13), si fréquent dans l’Atlas saharien est aussi une forme +jurassienne[92]. + +_Modelé désertique._ — Pourtant ce modelé jurassien est l’œuvre d’une +érosion jeune, qui n’a pas eu le temps d’effacer entièrement et de +rendre méconnaissable la surface structurale primitive. Assurément il y +a une nuance importante à noter à ce point de vue entre le Jura et +l’Atlas saharien. + +« Les plis de l’Atlas saharien, dit le général Berthaut, étant plus +dégradés que ceux du Jura, présentent une plus grande _densité_ de +détails topographiques : crêts, ravins, combes, festons, écailles, etc., +s’y montrent plus nombreux et plus serrés[93]. » + +M. Roux souligne la présence, dans certains coins de l’Atlas saharien, +de véritables « synclinaux perchés », tout à fait typiques. Ce sont, par +exemple, le Kalaat-es-Senam sur la frontière tunisienne, le djebel Milok +au nord de Laghouat. « Cette inversion du relief, comme le fait observer +de Martonne, est un signe certain d’une évolution poussée jusqu’à la +maturité » ; et c’est dans les Alpes, non plus dans le Jura, que de +Martonne en cherche des exemples[94]. + +L’Atlas saharien, frère du Jura, s’en distinguerait donc par une usure +du relief beaucoup plus accentuée. On n’est pas certain, à vrai dire, +que cette explication soit entièrement satisfaisante. Il est évident en +tout cas qu’elle est incomplète, et ce qu’elle passe sous silence +pourrait bien être l’essentiel. L’Atlas saharien se distingue du Jura, +des Alpes, et de toutes les chaînes de chez nous, qui sont familières à +nos géographes, en ce qu’il a un modelé désertique. + +En effet, comme on l’a déjà dit longuement, il n’a, pour ainsi dire, +jamais cessé d’être zone de bassins fermés. Sous nos yeux, aujourd’hui, +à son extrémité orientale, dans le sud tunisien, le bassin fermé du +Djerid va jusqu’à Gabès, c’est-à-dire jusqu’à la mer. Depuis +l’oligocène, en tout cas depuis le pontien, cette chaîne tout entière +n’a jamais été normalement drainée par des fleuves aboutissant à la mer. +C’est un fait d’immense conséquence, au point de vue modelé. Le cycle +d’érosion n’est plus le même, suivant que le niveau de base est fourni +par le chott voisin qui se comble, et non plus par la mer lointaine, +dont la capacité réceptive en matière d’alluvions est pratiquement +illimitée. Sur tout le flanc sud de Figuig à Gabès, le contact +géologique entre l’Atlas et la plate-forme saharienne ne s’observe nulle +part ; il est masqué invariablement par des épaisseurs inconnues +d’atterrissements continentaux, que les géologues ont classé mio- +pliocènes, et qui sont les éboulis et les débris de la chaîne, les +résultats accumulés de son usure à travers les âges. Ils sont restés où +le ruissellement sur les pentes les a abandonnés, à bout de force dans +les zones d’épandage. La chaîne est enfouie sous ses propres débris. Le +colmatage en bassins fermés est soumis à des lois particulières : le +niveau de base qui est une simple zone d’épandage tend à se relever sans +trêve par l’accumulation des alluvions ; il en résulte une incertitude +du cours inférieur ; la rivière est rejetée par le résultat de son +travail à la recherche éternelle d’une zone d’épandage nouvelle ; et le +colmatage s’étend donc de proche en proche sur des étendues illimitées. + +L’érosion aussi obéit à des lois nouvelles ; il n’y a pas attaque +générale par de grands fleuves brutaux éventrant profondément la chaîne. +Dans les compartiments séparés des bassins fermés l’érosion travaille en +petit. Chaque groupe montagneux est modelé à part, délicatement, par une +érosion régulièrement périphérique, l’ennoyage et par conséquent la +protection du pied allant de pair avec l’attaque du sommet. Ainsi +s’expliquent, j’imagine, ces paysages, que décrit Ritter, où « quelque +montagne décharnée s’avance, dans l’horizon plat, comme un éperon de +navire » : ces « vastes plaines que séparent de longues crêtes aiguës et +bien alignées ». Flamand les compare à des « chenilles +processionnaires » se suivant à la queue leu-leu. + +On a parfois comparé l’Atlas saharien aux chaînes de l’Iran, d’ailleurs +bien mal connues et cette comparaison a chance de n’être pas inexacte. +J’en suggérerais volontiers une autre avec les Basin Ranges des États- +Unis, sans être d’ailleurs autrement sûr de ce que j’avance. Cet +enfouissement de l’Atlas saharien sous ses propres débris, il est +curieux qu’on ne l’ait, je crois bien, jamais mentionné. Il pourrait +bien être pourtant la caractéristique la plus importante de la chaîne, +celle qui explique les autres, au moins pour une bonne part. + +_Lien entre les deux._ — Et par exemple n’est-il pas en relation de +cause à effet avec l’autre grande caractéristique, la simplicité des +plis. Les théoriciens de la tectonique, en étudiant les plissements de +l’écorce terrestre, sont arrivés à cette conclusion qui est de simple +bon sens. Un pli donné est d’autant plus accusé qu’on l’envisage à une +profondeur plus grande dans l’épaisseur de l’écorce. Il est toujours +léger dans les couches superficielles[95]. + +Une chaîne comme les Alpes apparaît de tectonique très compliquée, parce +que l’érosion actionnée par le niveau de base marin, a mis au jour le +cœur profond des plis. + +Il en est de même de l’Atlas tellien. Mais l’Atlas saharien, de modelé +désertique, a conservé au contraire des parties importantes, ou en tout +cas des traces encore reconnaissables de la surface structurale +primitive ; c’est-à-dire une simplicité de dessin général, dont nous ne +savons pas ce qu’elle masque en profondeur. + +A vrai dire elle pourrait bien masquer une allure tectonique assez +différente, à profondeur égale, de ce qu’on observe dans l’Atlas +tellien. Les cartes paléogéographiques ont déjà montré qu’il y a une +différence essentielle de nature entre le géosynclinal tellien et le +socle continental de l’Atlas saharien. Il est naturel d’admettre _a +priori_ que la réaction aux compressions latérales n’a pas été la même +de part et d’autre. Là-dessus nous pourrons emprunter quelques lignes à +un géologue M. Joleaud[96]. « Dans le nord de l’Afrique Mineure qui a +conservé pendant toute la durée des temps oolithiques et crétacés un +caractère nettement géosynclinal, les forces tectoniques se propagèrent +à travers une puissante série bathyale, en donnant naissance partout à +des plis bien accusés. Dans le centre et le sud les mouvements +orogéniques tertiaires se transmirent à travers des dépôts néritiques +formant un ensemble bien moins développé en hauteur. » M. Joleaud pense +que dans cette zone des dépôts néritiques, ou du socle continental, la +plate-forme paléozoïque, moins profondément enfouie, a pu faire sentir +son influence, et même « commander en quelque sorte l’orogénie +tertiaire ». Nous en saurons plus long le jour où le Grand Atlas +marocain aura été bien étudié. Il semble en effet que le Grand Atlas +soit la prolongation de l’Atlas saharien surhaussée et décapée jusqu’au +cœur paléozoïque. Dans l’état de nos connaissances de la réserve +s’impose. + +En géographie physique, comme dans toutes les sciences naturelles, il +faut se méfier sans doute d’une explication unique appliquée à des faits +complexes. L’Atlas tellien d’une part, et le saharien de l’autre, ont +deux bonnes raisons d’être l’un très compliqué, et l’autre très simple. +Il faut noter seulement que ces deux causes agissent dans le même sens, +leurs effets s’additionnent. Il en résulte que les deux Atlas sont des +individualités bien distinctes. + + +[Note 77 : No 100.] + +[Note 78 : No 41.] + +[Note 79 : Nos 102 et 103.] + +[Note 80 : No 103, p. 271.] + +[Note 81 : No 41, p. 786.] + +[Note 82 : No 57, p. 147.] + +[Note 83 : No 115, p. 428.] + +[Note 84 : No 102, p. 658 et 103, p. 267, fig. 3.] + +[Note 85 : No 100, p. 11.] + +[Note 86 : No 100, fig. 1, p. 100.] + +[Note 87 : No 82, p. 498.] + +[Note 88 : No 24, t. I, p. 197.] + +[Note 89 : No 82, p. 498.] + +[Note 90 : No 24, t. I, p. 180.] + +[Note 91 : No 103, p. 258.] + +[Note 92 : No 82, fig. 229.] + +[Note 93 : No 24, t. I, p. 197.] + +[Note 94 : No 82, fig. 231.] + +[Note 95 : No 82, p. 503, fig. 233.] + +[Note 96 : No 70, p. 351.] + + + + + CHAPITRE II + + L’AURÈS + + +L’Atlas saharien a beau être une individualité bien nette, construite, +d’un bout à l’autre sur une sorte de plan général, on y distingue des +parties. On a déjà dit qu’à l’occident le Grouz et ses voisins forment +un groupe à part. A l’orient il n’a jamais été dit assez combien l’Aurès +est un monde particulier. + +Qu’on jette un coup d’œil sur les trois coupes ci-jointes, l’une à +travers l’Atlas d’Oran, l’autre de Constantine, la troisième d’Alger (de +Dellys à Biskra) (fig. 23). Les deux premières font avec la troisième un +contraste complet, une antithèse. Dans celles-là les sommets culminants +de toute la chaîne sont nettement reportés dans l’extrême sud, dans +l’Atlas saharien. Sous le parallèle d’Oran les montagnes du Tell sont +des taupinières à côté des massifs de l’Atlas saharien, la différence +est presque du simple au double de 1000 à 2000 mètres, et la massivité +des deux chaînes est proportionnelle à leur altitude. + +Sous le parallèle de Constantine (plus exactement du cap Bougaroun au +chott Melr’ir) le rapport est le même entre les chaînes de petite +Kabylie et l’Aurès ; c’est ce dernier qui écrase les premières de son +altitude et de sa masse. + +Mais de Dellys à Biskra la proportion inverse est encore plus accusée. +De l’Atlas tellien, représenté par le Djurdjura, qui dépasse 2000 +mètres, ce serait trop peu dire qu’il écrase l’Atlas saharien ; il +représente à lui seul toute la chaîne puisque l’Atlas saharien n’existe +plus ; l’Atlas saharien a tout à fait disparu, il est supprimé à la +lettre, rigoureusement, puisque le très large seuil de Biskra entaille +la chaîne jusqu’à 400 mètres d’altitude. + +Il y a là un étranglement de l’Atlas extraordinaire, l’étranglement du +Hodna. C’est peut-être le trait le plus frappant de la structure dans +toute l’Algérie. Il saute aux yeux dès qu’on regarde une carte. Mais +dans la mesure il est vrai très faible où des géographes ont essayé de +décrire avec des mots, il ne me semble pas qu’on en ait tiré tout ce +qu’il donne de facilités pour l’articulation du pays et la +différenciation des régions naturelles. + +[Illustration : FIG. 23. + +Trois coupes à travers l’Atlas. Les coupes A et C (Atlas d’Oran et de +Constantine), sont apparentées entre elles. Dans l’une comme dans +l’autre l’Atlas saharien est bien plus important que le tellien par sa +masse et son élévation. + +Dans la coupe intermédiaire B (Djurdjura, Hodna, Biskra) le rapport est +inverse. C’est le point où l’Atlas tellien est le plus imposant, le +saharien au seuil de Biskra est réduit à peu près à rien. + +Cette comparaison fait ressortir le caractère exceptionnel, et par +conséquent l’importance géographique du seuil de Biskra.] + +On a déjà longuement parlé du seuil de Biskra, et de ses relations avec +le sillon de l’Igharghar. On a dit qu’il séparait deux humanités, +Berbère et Arabe ; comme aussi deux groupes montagneux très contrastés, +les collines du Zab d’une part et d’autre part la masse puissante de +l’Aurès (fig. 6). + +Dans le chapelet des « Amygdales » qui composent l’atlas saharien +l’Aurès a une individualité bien plus accusée non seulement que le Zab +mais que les monts des Ouled Nayl ou le djebel Amour. On en est prévenu +par le retentissement et la célébrité du nom. Aurasius disent déjà les +auteurs anciens. Notez que le mons Ferratus n’est pas identifié avec +certitude ; on a soutenu que c’était le Djurdjura, mais on n’en est pas +sûr. Le mont Papua où finit Gélimer n’a jamais été retrouvé ; on a +renoncé à le reconnaître dans l’Edough, Un massif montagneux dans +l’Atlas qui ait gardé son nom et son individualité bien nette depuis +deux mille ans, il n’y en a peut-être pas d’autre en dehors d’Aurasius +Mons. + +Les Berbères qui l’habitent ont un nom d’ensemble ; ils s’appellent +Chaouïa (de _cha_ brebis) ; ce qui semble signifier les pâtres de +moutons. Ce sobriquet devenu un ethnique souligne un genre de vie par +quoi les Chaouïa s’opposent à tous leurs voisins, non seulement aux +Arabes Hodnéens, grands nomades pâtres de chameaux, mais aussi aux +Berbères de Kabylie cultivateurs et arboriculteurs, logés dans des +maisons et des chaumières. Si nous étions plus familiers avec le passé +de l’Algérie, nous reconnaîtrions, je crois, dans le pays Chaouïa, le +pays de ces pâtres nomades ou semi-nomades, qui ont porté, aux temps de +Carthage et de Rome le nom de Numides. Depuis l’antiquité, la venue des +Chameliers Zénètes, puis Arabes, a modifié de fond en comble le +nomadisme. Là où furent les Numides on retrouve aujourd’hui les Chaouïa, +fidèles aux conditions de vie que le pays et le climat imposent, +distincts de leurs vieux voisins les Maures des chaumières, comme de +leurs voisins plus récents les chameliers des grandes tentes. + +Ce groupe humain Chaouïa semble aussi anciennement individualisé que les +montagnes où il vit. + +Il s’étend jusqu’à Souk-Ahras et jusqu’auprès de Constantine recouvrant, +au nord de l’Aurès proprement dit, la zone des bassins fermés qui lui +est subordonnée. On dit les Hauts Plateaux de Constantine et cette façon +de s’exprimer n’est pas heureuse. + +C’est à l’ouest du Hodna que les deux Atlas, le tellien et le saharien, +sont séparés par une zone intermédiaire de hauts plateaux. A l’est de +l’étranglement les conditions se modifient ; les deux Atlas se +rejoignent et se bordent l’un l’autre. Aussi bien les directions des +plis s’infléchissent progressivement vers le nord, l’Atlas tellien +arrive à la mer, et le saharien, se substituant à lui, recouvre la +Tunisie. Rien n’est plus connu. Un coup d’œil sur la carte montre bien +nettement cette orientation nouvelle et ce groupement des plis. Il est +curieux que la nomenclature usuelle soit en contradiction complète avec +l’évidence. + +A l’ouest du Hodna on verra combien la limite est facile à suivre entre +le socle continental à peu près rigide, et la zone géosynclinale +plissée. A l’est il y a du flou. + +Il est vrai que le rocher calcaire qui porte la ville de Constantine, +semble appartenir déjà au socle continental, et en être le rebord. En ce +point précis il y a dans le profil de l’oued Rummel (fig. 19) une +rupture de pente extrêmement marquée. Sur le profil de la Seybouse on +observe exactement en amont de Guelma (fig. 18) une rupture et pente +analogue. Et dans le voisinage de Guelma (à 8 kilomètres ouest) au pied +de ce même grand talus jaillissent les fameuses sources d’Hammam- +Meskoutine (500 litres à la seconde, 95° de chaleur)[97]. + +Les monts de Constantine d’après Joleaud[98] sont un front de nappe et +le rameau le plus méridional de l’Atlas tellien. C’est donc à peu près +là que passerait la limite ? + +Pourtant au sud de Constantine les géologues nous décrivent une +structure compliquée, fort éloignée d’être tabulaire. + +Blayac, par exemple, parlant du bassin de la Seybouse au sud de Guelma, +nous dit qu’il est « entièrement du domaine de l’Atlas saharien ». + +Mais les plis, dit Blayac sont moins rudimentaires que dans le sud. +« Dans le bassin de la Seybouse plus rapproché du géosynclinal, les +efforts orogéniques plus violents ont obligé les plis à s’imbriquer, à +chevaucher, là où les terrains n’étaient pas suffisamment résistants par +leur nature lithologique[99]. » + +Il est vrai que cette expression _Hauts Plateaux constantinois_ +s’applique à une région bien déterminée, le domaine des chotts, des +bassins fermés, avec leur croûte épaisse de dépôts continentaux, que +l’érosion de tête des torrents telliens n’a pas encore éventrés et +décapés. + +Mais on voudrait voir réserver à cette région le nom de « hautes +plaines », proposé par MM. Ficheur et Bernard[100]. Il conviendrait +parfaitement à l’est de l’étranglement hodnéen. + +A l’ouest au contraire on verra qu’il faut dire « hauts plateaux ». + + +[Note 97 : No 72, p. 431.] + +[Note 98 : No 70, p. 384. Voir cependant no 31 c.] + +[Note 99 : No 26, p. 474.] + +[Note 100 : No 22.] + + + + + CHAPITRE III + + TENDRARA + + +A l’ouest de l’étranglement hodnéen (fig. 25), l’Atlas tellien et +l’Atlas saharien ne sont plus en contact, ils sont séparés par une très +large zone intermédiaire, celle des Hauts Plateaux proprement dits. + +C’est la zone des grands chotts, et on a déjà dit que les chotts actuels +ont des ancêtres à travers tout le passé continental de l’Algérie, +depuis le trias. Les Hauts Plateaux sont donc encroûtés de dépôts +continentaux, plus encore que l’Atlas saharien, sur une plus grande +épaisseur, et sur une plus grande superficie. En un nombre restreint de +points on peut observer directement le substratum, dont la structure +pourrait donc être matière à contestation. + +Il est naturel d’admettre que le point le plus élevé de Hauts Plateaux a +chance d’être aussi celui autour duquel le substratum affleure le plus +largement. A partir du Hodna, qui est à 500 mètres au-dessus du niveau +de la mer, le sol monte progressivement jusqu’à la frontière marocaine +et au delà, jusqu’à la Moulouya. Les sommets sont là, dans une région +qui fait politiquement partie du Maroc ; mais qui, physiquement, est un +simple prolongement des Hauts Plateaux algériens, leur extrémité +occidentale. On a quelquefois donné à cette région le nom de Dahra, +qu’il peut être commode de retenir, même s’il n’est pas usité dans le +pays, ce qui est bien possible. Le Dahra dans son ensemble a 13 ou 1400 +mètres ; des points atteignent 1600 mètres, comme par exemple le Djebel +Tendrara. + +Nous en avons aujourd’hui, et depuis peu, une bonne image topographique, +la carte au 200000e du bureau topographique du Maroc ; édition +provisoire, mais l’édition définitive n’en différera que par des détails +insignifiants. + +Il est vrai que du Dahra il n’existe même pas un commencement de carte +géologique, du moins qui ait été publiée ; mais je me trouve avoir +travaillé dans le pays au printemps de 1914, j’en ai rapporté des +fossiles très connus et très caractéristiques identifiés au premier coup +d’œil par M. Ficheur. Et la simplicité de la structure aidant, je puis +certainement rendre du Dahra un compte précis et exact. + +A l’ouest de Tendrara, c’est-à-dire dans la direction du Maroc et en +pays mal connu, je suis allé jusqu’aux points d’eau de Tioudadin, Bel +Riada, Haci Chguig, Haci Marroug, ce qui signifie un rayonnement d’une +centaine de kilomètres. + +[Illustration : FIG. 24. + +Le Tendrara. C’est le point culminant (1647 m.) de tous les hauts +plateaux sur la frontière marocaine où il se dresse. On le voit de +partout dès qu’on sort de l’Atlas. C’est une butte-témoin découpée par +l’érosion dans une feuille à peine ondulée de calcaire cénomanien- +turonien. Tout autour dans un rayon considérable (60 à 80 km. au moins +vers l’Ouest et le Nord-Ouest) les conditions géographiques et +géologiques sont partout les mêmes. Il y a donc bien plateau, dans le +sens populaire et technique du mot.] + +Dans toute cette étendue on ne cesse d’avoir sous les pieds la même +feuille du même calcaire. Ce calcaire est blanc, très dur, à gros +rognons de silex noir (Tendrara) ; quand des marnes s’y intercalent +elles sont chargées de gypse. C’est le facies, classique en Algérie, des +calcaires cénomaniens et turoniens. Les fossiles appartiennent +d’ailleurs à ces étages (radiolites, nérinées). Auprès de Tioudadin +(dans la direction du djebel Lakhdar) ; et auprès de Bel-Riada +(direction de l’oued R’ilan) on voit ces couches reposer en +superposition tout à fait normale et tranquille sur des grès rouges +qu’on reconnaît de suite, si on les a vus ailleurs ; ce sont les grès à +sphéroïdes et à dragées de l’albien. Comme d’habitude on y trouve des +gravures rupestres. Tout est donc parfaitement clair, on a bien affaire +à un plateau crétacé, d’un type tout à fait courant en Algérie et au +Sahara algérien ; on pourrait se croire au Tadmaït, il n’y a pas moyen +de s’y tromper, et il ne subsiste pas d’incertitude. + +Le djebel Tendrara, fig. 24, avec ses 1657 mètres, paraît bien être le +point culminant du Dahra et par conséquent de tous les hauts plateaux +algériens, ce qui est, en somme, une dignité assez éminente. A ce titre +le Tendrara mériterait une place dans les manuels scolaires de +géographie algérienne. Sur le terrain il est d’ailleurs imposant. On le +voit de 60 kilomètres à la ronde, et même davantage ; de Berguent par +exemple, qui est à plus de 100 kilomètres dans le nord, sur les +frontières du Tell. Il a la forme d’une table : cette forme, très +répandue dans le sud, que les indigènes appellent gara. Tendrara, est +une butte-témoin constituée par un empilement de couches calcaires +turoniennes horizontales. Comme son relief relatif est d’environ 200 +mètres, ce dont elle porte témoignage, c’est l’importance des couches +disparues et par conséquent celle de l’érosion. + +Cette érosion si importante pourtant n’a guère voilé l’allure générale +de la surface structurale ; on la reconnaît au premier coup d’œil sur la +carte topographique[101]. La feuille calcaire dont le Tendrara est une +saillie n’est pas rigoureusement horizontale, elle dessine, entre +Tendrara et Tioudadin, un dôme allongé très régulier, ce que les +géologues appellent un brachyanticlinal, nettement fermé à Tioudadin. +C’est une ondulation, un plissement très léger, mais il est très net, +orienté sud-ouest-nord-est ; cette direction se retrouve tout +naturellement dans celle du grand axe au djebel Tendrara. + +_L’arc de Fortassa._ — Ce plateau ondulé de Tendrara voisine avec le +dernier rameau de l’Atlas saharien et la comparaison est intéressante. + +C’est le chapelet de chicots dont on a déjà parlé au livre I, et qui +borde au nord le Tamlelt (djebel Orak, djebel Bou-Arfa, djebel Klakh) +(fig. 4 et 25). + +Sa direction est remarquable : après avoir couru ouest-est en territoire +marocain, il se continue au delà de Fortassa en territoire algérien +jusqu’à l’Antar de Méchéria, qui peut être considéré comme le dernier +grain du chapelet. A partir de Fortassa, la direction s’infléchit au +nord-ouest, ou même au nord-nord-ouest. C’est donc un arc d’une courbure +très prononcée ; appelons-le, pour la commodité de l’exposition, l’arc +de Fortassa. + +Cet arc de Fortassa est un élément tout à fait typique de l’Atlas +saharien, il l’est par son allure arquée (géniculée comme dit Flamand), +par sa direction qui fait un angle avec celle de la chaîne dont elle +constitue un élément, par sa façon de s’en échapper comme une mèche +rebelle d’une natte de cheveux (voir la figure 22). + +Or le contraste de structure est très vif entre l’arc de Fortassa et le +plateau de Tendrara. Ce contraste apparaît au premier coup d’œil ; de +loin, on voit l’arc de Fortassa se profiler sur l’horizon en dents de +scie, en sierra, et non pas du tout en tables. Quand on y regarde de +plus près la différence s’accuse davantage encore. L’intensité du +plissement amène à l’émergence des couches bien plus anciennes que le +cénomanien et l’albien. Des calcaires jurassiques et liasiques, et même +des roches encore plus anciennes cristallines et primaires. + +Du djebel Bou-Arfa j’ai rapporté des échantillons de roche qui ont été +examinées par M. Brives. L’un est un conglomérat à ciment siliceux et +éléments de quartz gras roulés, ayant tout à fait l’aspect des +conglomérats permiens. L’autre est une pegmatite tourmalinifère. + +Au même point je retrouve dans mes notes mention de roches qui m’ont +paru être des micaschistes (traversées apparemment par un filon de +pegmatite). Le point d’origine est au cœur du djebel Bou-Arfa, dans la +région d’Aïn-Bou-Arfa, au-dessus exactement d’un gisement de manganèse, +qui était prospecté au printemps 1914. L’affleurement de roches +anciennes est de forme lenticulaire au milieu d’une haute falaise à +regard sud. Au-dessus et au-dessous des roches anciennes sont des +calcaires secondaires, et ces calcaires appartiennent à la même couche +dont l’œil suit le repli. Sous bénéfice d’inventaire je pense qu’il y a +là un pli très vif, déversé au sud. Il n’y a pas besoin de souligner le +contraste d’une pareille structure avec l’ondulation de Tendrara. + +Dans ce même arc de Fortassa, pour multiplier les exemples, un contraste +analogue ressort entre des éléments voisins de l’arc le djebel Lakhdar +et le djebel Orak (fig. 4). + +Le Lakhdar, qui est de grès albien et qui a la forme et la simple +structure d’un tremplin, est une écaille soulevée sur le rebord du +plateau crétacé de Tendrara, avec lequel il fait corps. Tout à côté le +djebel Orak (au-dessus de la source) est une feuille verticalement +dressée de calcaire liasique ou jurassique. + +L’arc de Fortassa n’a pas été encore étudié par les géologues. A cette +réserve près tout se passe comme s’il était d’architecture plissée et le +plateau de Tendrara d’architecture tabulaire. La distinction +universellement admise entre les Hauts Plateaux et l’Atlas saharien +conserve sa valeur. + + +[Note 101 : No 18, feuille 74. Chott Tigri.] + + + + + CHAPITRE IV + + LE TIGRI + + +En relation de voisinage avec l’arc de Fortassa et le plateau de +Tendrara se trouve le chott Tigri. On a l’intention de l’analyser[102] +sommairement comme un bon échantillon des cuvettes fermées dont la +juxtaposition constitue les Hauts Plateaux (fig. 25). + +Ce serait un très mauvais échantillon de chott proprement dit. + +Il n’a jamais été fait une étude détaillée d’un chott. Il faut se borner +à des impressions. On se représente un chott comme une plaine +d’alluvions, sur laquelle, après les pluies, de grandes étendues d’eau, +d’épaisseur pelliculaire, se déplacent plus ou moins au gré du vent. En +temps ordinaire c’est à perte de vue une immensité brunâtre, çà et là +miroitante de sel. Il n’est jamais possible de la traverser sans +précautions, parce qu’elle est semée de fondrières très dangereuses. Non +seulement les hommes mais jusqu’aux gazelles, dit-on, connaissent les +sentiers où le sol est solide et dont il ne faut pas s’écarter, sous +peine d’enlisement et de mort. Le pays le plus intraversable et le plus +inexplorable, puisqu’il n’existe pas de moyens de transport imaginable ; +on ne passe ni à pied ni en bateau dans un pays qui n’est ni terre ferme +ni eau. Telles sont les idées que le mot de chott éveille. + +Le Tigri ne répond pas à cette définition. On y rencontre bien çà et là +des plaques chauves et salées ; mais elles sont insignifiantes ; les +caravanes passent et campent partout. Ainsi les Indigènes disent : le +chott Chergui, le chott R’arbi ; mais ils disent le Tigri tout court. +C’est pour eux le nom d’un pays, d’une région naturelle. Il est sûr +pourtant que ce pays est une cuvette fermée, et s’il rentre dans une +catégorie qui ait un nom courant, c’est assurément dans celle des +chotts. Il lui en manque seulement les caractéristiques populaires. + +[Illustration : FIG. 25. — LE TIGRI. + +Le Tigri est un bassin fermé de forme ovale délimité par une enceinte de +falaises — Les cours d’eau s’en éloignent de toutes parts (voir la +direction des flèches). Ceux qui coulent vers le Sud, pour fuir le Tigri +se creusent des gorges pittoresques à travers l’arc montagneux de +Forthassa. L’un d’eux, l’oued Falet, a manifestement capturé un réseau +d’oueds affluents anciens du Tigri. — Le Tigri est très creux ; 150 +mètres de dénivellation entre le chott central qui est le fond de +l’entonnoir et le sommet de la falaise extérieure. — Entre ces deux +extrémités des amphithéâtres de falaises, de diamètre et d’altitude +décroissants de l’extérieur au centre, s’emboîtent les uns dans les +autres. — Ces falaises correspondent à des cassures, le long desquelles +une éruption volcanique s’est produite jadis, et la nappe d’eau +souterraine se fait jour aujourd’hui en sources nombreuses. — Le Tigri, +type des chotts algériens est une cuvette d’effondrement évidente.] + +Pour le but que nous poursuivons, cette lacune est un avantage précieux. +L’absence, ou la pauvreté, du remplissage alluvionnaire laisse +apparaître au jour les parois de la cuvette, et par conséquent sa +structure. Le Tigri est donc un type excellent de cuvette fermée parce +qu’elle est aux trois quarts vide. De même que Tendrara, parce qu’il est +net d’alluvions, est un bon type de haut plateau. + +_Le manteau alluvionnaire._ — Pourquoi la cuvette est vide il est aisé +d’en rendre compte. C’est essentiellement que la cuvette fermée du Tigri +est un bassin fluvial tout petit. Le chott Melr’ir, à côté de Biskra, +reçoit l’oued Djedi, qui vient de Laghouat, et l’Igharghar, qui vient du +Hoggar : c’est un bassin d’alimentation immense comparable par son +étendue à celui du Danube ou du Rhin. Les autres chotts Algériens, le +Hodna, les Zahrez, les chotts R’arbi et Chergui n’ont pas un bassin +aussi gigantesque ; ils drainent cependant des portions importantes de +l’Atlas. Mais le Tigri à proprement parler ne draine rien du tout. Il +est à peu près complètement réduit aux pluies qui lui tombent du ciel +directement dans son enceinte de falaises. Il n’est pas la zone +d’épandage d’un grand oued sérieux, venu de loin. + +Il faut noter qu’à ce point de vue la situation du Tigri est allée en +empirant depuis le quaternaire. Son bassin de réception, qui a toujours +été extrêmement médiocre, a été réduit encore, dans de très fortes +proportions, par des captures. Aujourd’hui le seul oued qui aboutisse au +Tigri (l’oued Mazzer coin nord-ouest), a tout au plus 20 kilomètres de +long. Le système de cet oued Mazzer, avant les captures qui l’ont +amputé, pouvait avoir une superficie double ou triple de l’actuelle. Ce +n’était déjà pas grand’chose ; mais enfin la décadence est actuellement +sensible. + +L’exiguïté croissante du bassin de réception a deux conséquences, qui +ont tendu l’une et l’autre à restreindre l’épaisseur du manteau +alluvionnaire. + +Et d’abord le Tigri n’a pas gardé beaucoup d’alluvions parce qu’il n’en +n’a jamais reçu beaucoup. Il n’a jamais été comme d’autres chotts, la +zone d’épandage où sont venus se concentrer les débris des chaînes +lointaines. + +Mais par surcroît les alluvions quaternaires, telles quelles, qui +s’étaient accumulées dans la cuvette, le Tigri, sous le climat actuel, +se trouve très mal outillé pour les défendre contre la pulvérulence et +la déflation ; plus mal outillé que les autres chotts parce qu’il est +plus desséché. L’équilibre est rompu davantage entre la masse des +alluvions et la quantité disponible d’eau qui les imbibe et les +maintient. En effet l’irrégularité des pluies dans le temps et dans +l’espace tend à s’atténuer dans une cuvette qui est l’aboutissement d’un +bassin fluvial étendu, et qui, par conséquent, peut bénéficier de pluies +lointaines. Mais, dans une cuvette aussi isolée : que le Tigri, le +climat subdésertique doit développer intégralement toutes ses +conséquences desséchantes : aggravées encore par les captures et le +rétrécissement consécutif du bassin. Il faut s’attendre à ce que le +desséchement, la décomposition du sol, ait progressé plus vite ici que +dans d’autres cuvettes fermées. Et c’est en effet ce qui s’est produit. + +Le Tigri est un pays extraordinaire ; dont on ne sait au premier contact +comment interpréter l’étrangeté. Dans l’enceinte de ses falaises, il est +constellé de petits chotts, assez souvent circulaires, qui lui font sur +la carte une face lunaire, une figure cicatrisée de variole. Il en est +des oueds comme des chotts. On n’en voit que des bouts, des tronçons +incohérents, qui ne se soudent pas entre eux, et qui ne riment à rien. +L’émiettement du modelé est corrélatif, un pêle-mêle de bouts de falaise +et de buttes témoins, qui ne se coordonnent pas en un ensemble. + +Tout cela donne bien déjà, à soi tout seul, une impression de +décomposition. Quand on y regarde de plus près on finit par +reconstituer, entre le chott central et l’ellipse des falaises, un +réseau régulier de petites artères quaternaires, un réseau dissocié, +pourri. Les bouts de falaise et les buttes témoins en représentent les +parties dures, le squelette rocheux. Tout ce qui en faisait jadis un +corps vivant, la chair si on peut dire, c’est-à-dire le remplissage +alluvionnaire, le colmatage, a généralement disparu, emporté au vent. + +Pas emporté bien loin, il est vrai. La partie sableuse de l’ancien +manteau alluvionnaire a été transposée en dunes, et se retrouve sous +cette forme dans l’enceinte du Tigri. + +En dunes d’une espèce particulière. Ce n’est pas la véritable dune +classique, de sable nu, nous sommes dans la steppe et non pas au désert. +Le sable du Tigri porte de la végétation. La plus grande partie de la +cuvette est une mer de mamelons sablonneux. Chacune des innombrables +buttes juxtaposées est couronnée d’un arbuste ou d’une touffe de +végétation ; l’arbuste ou la touffe est la raison d’être de la butte, +puisque le sable s’est déposé autour de ce petit obstacle. La végétation +est, pour la steppe, très vigoureuse et très dense, ce qui a pour +corollaire que les mamelons de sable sont très accusés et très serrés. +Du gros bétail, mulets, chevaux, chameaux, disparaît entièrement +derrière une de ces ondulations ; on passe à quelques mètres d’un groupe +de bêtes sans le voir. Cette nature de sol est fréquente au Sahara, nos +Sahariens l’appellent « Nebka ». Si on voulait définir le Tigri d’un +seul mot, celui-ci serait plus juste qu’aucun autre. Essentiellement le +Tigri, dans son ensemble, est une « Nebka ». + +C’est peut-être la plus belle qui soit dans toute l’Afrique +septentrionale. + +La Nebka, l’émiettement du modelé et de l’hydrographie, tout cela dans +le paysage du Tigri concourt au même trait essentiel. Les parois de la +cuvette sont restées découvertes ou ont été récurées énergiquement par +les actions éoliennes. Tandis que d’autres cuvettes fermées des Hauts +Plateaux sont remplies jusqu’au bord d’épaisseurs insondées de boues +salées, celle du Tigri est vide presque jusqu’au fond. Condition +précieuse qui permet d’en toucher du doigt la structure. + +_Géologie de la cuvette._ — Dans toute l’étendue du Tigri on retrouve le +même sous-sol, des couches rouges, surtout gréseuses, avec intercalation +de lits plus ou moins argileux, qui sont par endroits gypsifères. +G.-B.-M. Flamand les appelle « terrain des Gour », pour ne pas préjuger +de leur âge. C’est cette formation continentale et désertique dont nous +avons déjà parlé et qu’on peut attribuer suivant les points où on +l’observe à l’oligocène, au pontien, au tortonien. + +Au-dessus des couches gréseuses rouges il y a normalement des calcaires +blancs très durs. C’est la croûte pliocène, telle que nous l’avons déjà +décrite, avec sa minceur qui rend plus remarquable sa continuité. + +Nous sommes donc sur l’emplacement d’un bassin fermé très ancien, comblé +par des dépôts d’atterrissements. + +Le Tigri, en tant que cuvette fermée, existait déjà au pontien, +probablement à l’oligocène. Cette vieille cuvette paraît avoir été +beaucoup plus étendue que l’actuelle. En tout cas le terrain des Gour +s’étend très au delà des limites du Tigri (A Hasi et Aricha, par +exemple, l’oued est entaillé dans le terrain des Gour). + +Tous les autres chotts des Hauts Plateaux sont d’ailleurs logés à la +même enseigne. Tous ont une large auréole de dépôts continentaux, et des +ancêtres pontiens ou oligocènes. + +Mais voici qui est particulier au Tigri ; des traces d’un volcan. Elles +sont sur la falaise nord, en un point qui s’appelle Garet Zerga ; ce qui +signifie la butte bleue (ou peut-être verte). L’œil est attiré de loin +en ce point-là par la couleur de la falaise, faut-il dire vert sombre +dans ce pays impressionniste, où les couleurs déroutent notre œil +occidental. Quand on s’approche, on voit que cette couleur est due à la +roche de l’entablement, éparpillée en éboulis sur tout le flanc de la +falaise. C’est une roche sombre, dont un échantillon, rapporté au +laboratoire de M. Lacroix, a été identifié « néphélinite » ; c’est-à- +dire approximativement basalte. + +L’entablement basaltique a une épaisseur d’une dizaine de mètres, il est +régulièrement horizontal, il repose en discordance sur les couches +rouges, il a les allures d’une coulée. + +La coulée de roche dure passe latéralement à une brèche dont les +éléments sont des blocs de lave et des scories vacuolaires. + +La présence d’une coulée de laves avec scories est donc indéniable. On +peut en préciser l’âge entre certaines limites. On peut la considérer +comme à peu près contemporaine du calcaire pliocène. + +Assurément ces observations sont insuffisantes. La cheminée n’a pas été +vue. Il reste beaucoup de besogne pour un géologue. + +On peut conclure cependant qu’une coulée de laves avec scories est un +témoignage suffisamment probant d’un appareil volcanique relativement +récent, disons pliocène. + +On n’a jamais rien signalé de semblable dans l’Atlas saharien tout +entier, ni en relation avec un autre chott algérien, quel qu’il soit. +Cela seul suffirait à justifier l’attention spéciale accordée au Tigri, +puisque la présence de volcanisme rend incontestablement très claire +l’origine de la cuvette fermée. Il y a manifestement cuvette +d’effondrement. + +Sous bénéfice d’inventaire, qui devrait être l’œuvre d’un géologue, je +crois que cette hypothèse, on peut dire cette évidence, est confirmée +par l’allure stratigraphique de la croûte calcaire pliocène. Tout autour +du Tigri, en dehors de ses falaises et à partir de leurs crêtes, la +croûte pliocène est régulièrement continue. Elle se voit de loin +couronnant la falaise, la crête blanche ressortant vivement sur la base +rouge. + +Chaïb-Ras-ho (tête blanche, litt. = tête de vieillard), c’est le nom que +donnent les indigènes à un promontoire de la falaise. Or, dans le Tigri +même, à l’intérieur et en contre-bas des falaises, la croûte pliocène, +là où elle s’est conservée sans être recouverte par le sable, se +présente en fragments irréguliers, à des altitudes rapidement et +brusquement variables, comme si l’on se trouvait dans une zone de +cassures irrégulières, ayant affecté le pliocène, et par conséquent +postérieures à lui. + +A ne considérer que les données géologiques il semble donc évident que +le Tigri, malgré l’antiquité reculée de son bassin fermé, est dans sa +forme actuelle une cuvette d’effondrement récent. + +_Structure topographique._ — Les données topographiques conduisent +exactement aux mêmes conclusions. + +Un ovale assez régulier, une soixantaine de kilomètres de grand diamètre +est-ouest, et une quarantaine de petit diamètre nord-sud, c’est la +cuvette fermée du Tigri. Elle a 150 mètres de creux entre les courbes de +1150 et de 1300 mètres. Tout du long elle a une ceinture régulière de +falaises, et souvent, sur la face nord en particulier, une ceinture +multiple en falaises étagées, en gradins. + +Dans l’allure des falaises un certain nombre de faits ne permettent pas +d’écarter l’explication orogénique. Et d’abord leur dissymétrie dans le +secteur nord et dans le secteur sud. + +Il y a des falaises au sud comme au nord du Tigri. Mais, au sud, la +falaise, quoique très nette, atteignant deux ou trois dizaines de mètres +de hauteur, n’est jamais un obstacle, elle se franchit facilement +n’importe où. Au nord, la falaise a 80 mètres d’à pic. On ne peut la +franchir que par un certain nombre de cols qui ont leur nom (Trik-el- +Beïda, Trik-Beïr-Beïr, Bab-Zerga, Bab-er-Rich). Cette falaise nord +d’ailleurs s’étage parfois en trois gradins au moins. Au sud on +soupçonne parfois l’existence de gradins, mais ce n’est jamais net. Le +chott central est limité au nord par les falaises d’Haci-el-Kelb, au sud +par une plage. + +Les géologues admettent que l’Atlas saharien est déversé au sud[103]. +C’est pour cela que les chaînons sont dissymétriques (le Grouz, le Maïz, +le Bou-Arfa, le Lakhdar, etc.). C’est particulièrement bien marqué dans +le Grouz à cause de ses dimensions plus considérables. Du nord on accède +à son sommet par des pentes douces et des vallées faciles. Au sud il +surplombe d’effroyables à pic, continus sur 80 kilomètres, et à peine +plus accessibles que des aiguilles alpestres. + +L’allure des falaises autour du Tigri est en parfait accord avec cette +allure générale de toutes les chaînes voisines. Là aussi comme au Grouz +c’est la falaise à regard sud qui est abrupte et inabordable. On +soupçonne que ça ne doit pas être une coïncidence fortuite. + +En relation avec les falaises nord on observe d’ailleurs une formation +dont il semble difficile de rendre compte en dehors d’une hypothèse +orogénique. + +C’est quelque chose de très particulier, qui n’a pas de nom à ma +connaissance. Dans les grès tendres du « terrain des Gour », il se +rencontre, et l’érosion ou la déflation les ont mises en relief, des +parties très dures. Ces parties dures ont toujours la même forme, celle +d’une tour, ou si l’on veut s’exprimer autrement d’une cheminée ronde. +Le mot tour correspond davantage à l’impression ressentie, qui est +exactement, à quelque distance, une impression archéologique de tour en +ruine. + +Les tours sont apparemment des concrétions gigantesques. Elles suggèrent +l’idée d’une colonne ascendante ou descendante, d’un mouvement vertical +associé à une faille. + +Ces falaises septentrionales du Tigri, constellées de « tours », +s’étagent les unes au-dessus des autres depuis le fond de la cuvette (le +bord du chott central) jusqu’à son sommet (garet Zerga). En arrière de +chaque ligne de falaise, mais tout particulièrement de la plus basse, on +observe une tendance très nette à l’existence de paliers étendus, voire +de contre-pentes. Ces paliers et contre-pentes semblent avoir guidé +l’érosion quaternaire, dont les ravinements s’orientent souvent est- +ouest, parallèlement à la direction des falaises, et à angle droit avec +la pente générale nord-sud du terrain. Cela suggère l’idée que des +failles étagées correspondent aux falaises ; la distribution des points +d’eau suggère la même idée. Elle est très curieuse. Et d’abord le nombre +absolu des points d’eau dans le Tigri est extraordinaire : pour le pays, +s’entend, et si on compare le Tigri avec les plateaux qui l’entourent. +La source de Tendrara, par exemple (au pied de la butte), est à une +cinquantaine de kilomètres de ses voisines les plus proches ; de +Tendrara à Métarka il y a 80 kilomètres sans eau. Le Tigri au contraire +est constellé de points d’eau. La carte au 200000e en porte une douzaine +sur 80 kilomètres ; et le nombre réel, sur le terrain, est probablement +deux fois plus élevé. Leur groupement est aussi étonnant que leur +nombre : ils sont presque tous dans la partie nord. A en juger par la +carte un seul serait franchement au sud (Haci el-Guettar). La +dissymétrie est donc exactement la même qu’entre la faible falaise du +sud, et les puissantes falaises du nord, couronnées de lave. On peut +soupçonner que ce sont deux aspects du même phénomène, appelant la même +explication. Les sources, comme les falaises, seraient liées à +l’existence de failles. + +Une dernière particularité du Tigri enfin nous ramène une fois de plus à +la même idée. On est surpris de trouver aussi peu de sel dans le Tigri. +Il serait mieux dénommé une « daya » qu’un chott. On sait qu’entre une +« daya » et un « chott » la différence est de salure et par suite de +végétation. Une daya est une cuvette fermée où le tapis de verdure +remplace les efflorescences salines. Or, bien entendu, la végétation +d’une daya suppose un drainage souterrain. Tout se passe donc comme si +le Tigri était une écumoire, fuyant par le fond, ce qui est assez +concevable, si c’est un champ de fractures. + +_Conclusions._ — Topographie comme géologie tout nous conduit donc à +reconnaître dans le Tigri une cuvette d’effondrement, un grand +amphithéâtre elliptique de failles en gradins. On peut dire en somme que +cela s’observe, grâce à la minceur et aux lacunes du placage +alluvionnaire. + +Il faut rappeler combien cela s’harmonise avec le cadre général que font +au Tigri l’arc de Fortassa et l’ondulation de Tendrara. Celle-ci par sa +direction représente la corde de l’arc. Entre la corde et l’arc il y a +depuis longtemps, peut-être depuis la fin du crétacé, une cuvette +fermée. A une époque beaucoup plus récente (pliocène), un effondrement, +accompagné d’éruptions volcaniques, a donné à cette cuvette sa forme +actuelle. L’ellipse des falaises autour du Tigri paraît avoir une +relation de parallélisme avec les accidents montagneux qui l’encadrent +de loin. On conçoit très bien une cuvette d’effondrement ainsi +enchâssée. + +_Chotts à falaises._ — On a reproduit longuement cette monographie de +Tendrara et du Tigri parce qu’on lui croit une portée générale. On pense +que le Tendrara est un exemple typique de haut plateau et le Tigri de +chott. + +Cependant les rapports du Tigri avec les autres chotts des Hauts +Plateaux exigent quelque explication. + +Parmi ces chotts il en est avec lesquels le Tigri a une parenté plus +étroite ; ce sont ceux qui sont, comme lui-même, encerclés de falaises. +D’autres sont au contraire bordés par des plages. + +Or, dans l’Afrique du nord ces deux catégories sont groupées chacune à +part. Dans l’est le Djerid, le Melr’ir, le Hodna, les Zahrez, tous les +chotts sans exception, ont des limites indécises sur des plages en pente +à peine marquée, s’étendant à perte de vue. Dans l’ouest, au contraire, +sur la frontière algéro-marocaine, le Tigri et ses voisins, les chotts +Chergui et R’arbi, sont bordés de falaises très accusées. + +Je ne vois pas qu’on ait jamais signalé ce groupement, ni qu’on ait +cherché à l’expliquer. Les falaises du Tigri, si on y regarde de près, +acheminent peut-être vers une explication. + +Les falaises sont en effet à peu près les seules parties du Tigri qui +émergent de la Nebka. A l’assaut de leurs pentes abruptes le sable +n’arrive à monter que localement et exceptionnellement. Sur ces +escarpements rocheux, émergeant de la mer de sable, l’érosion et la +déflation concentrent leurs efforts ; ils sont sillonnés de torrents +courts qui se perdent tout de suite dans la Nebka ; hérissés +d’aiguilles, de tables surplombantes, de guillochages coupants ; ces à +pic et ces arêtes vives, ici comme en haute montagne, sont les +cicatrices d’une œuvre de destruction. C’est un relief jeune, en voie de +disparition, si lointaine encore qu’on imagine celle-ci. + +Si l’érosion et la déflation tendent à la destruction de la falaise, +même lorsqu’ils en accusent les traits, on ne voit pas qu’ils puissent +rendre un compte satisfaisant de son existence même. A l’origine, il +faudra toujours placer un mouvement du sol, un effondrement ; je ne +conçois pas bien qu’on puisse conclure autrement. Et ceci vient à +l’appui d’autres arguments analogues précédemment invoqués. + +Mais voici en outre un point de vue nouveau. La falaise serait une +cicatrice que le temps n’aurait pas eu le temps de faire disparaître, +une marque de jeunesse. Alors les chotts à plages ont un vieux relief ; +les chotts à falaises un relief jeune. C’est une différence d’âge qu’il +y aurait entre eux. Cela étant, on comprend qu’ils forment des groupes. + +La frontière algéro-marocaine n’a pas seulement le monopole des chotts à +falaises, mais aussi des volcans miopliocènes. On l’a déjà dit +longuement (volcans de Tifarouïne et des Msirdas, voir fig. 29). Les +pointements éruptifs sont bien plus nombreux sur la côte Algéro- +Marocaine que sur tout le reste de la côte algérienne jusqu’en Tunisie. +M. Rey souligne justement la présence de sources chaudes au Kreider, +dans le chott ech-Chergui, frère et voisin du Tigri[104]. On verra au +livre III que dans l’Oranie, au voisinage du Maroc, le pliocène marin +est soulevé à plus de 900 mètres au-dessus du niveau de la mer +(Mascara) ; et que les deux fleuves principaux, le Sig et l’Habra ont +des profils extrêmement jeunes, de beaucoup les plus jeunes de toute +l’Algérie-Tunisie. + +Lorsque nous constatons que les chotts de la même région sont, eux +aussi, extrêmement jeunes, entourés de falaises fraîches que l’érosion +et la déflation n’ont pas eu le temps d’user, nous sommes bien forcés de +conclure qu’il y a là un groupement intéressant de faits connexes. + +Il faut renvoyer aussi à ce qui a été dit au livre I du grand accident +nord-sud saharien, qui se prolonge en zigzaguant et en bifurquant à +travers l’Atlas saharien, de part et d’autre du Grouz (fig. 2, 3, 4 et +6). + +C’est encore lui dont l’influence est sensible ici. Les pointements +volcaniques sont sur sa trajectoire. Il ne peut pas être étranger à +l’exhaussement, par rapport aux régions plus orientales, de tout le +compartiment des Hauts Plateaux auxquels appartiennent Tendrara et le +Tigri. + +C’est donc lui, en dernière analyse, qui a fait de Tendrara et du Tigri, +à nos yeux, des échantillons typiques de haut plateau et de chott ; leur +exhaussement a eu pour conséquence qu’ils ont échappé à l’ennoyage, que +le vieux squelette décharné y apparaît à nu ; et que le déchiffrement de +la structure s’en trouve facilité. + + +[Note 102 : Pour beaucoup de détails supprimés ici de cette analyse, on +renvoie à une étude parue dans les _Annales de Géographie_, No 49.] + +[Note 103 : Gentil, no 57, p. 55. Ficheur dans 50, p. 150, fig. 34.] + +[Note 104 : No 90, p. 106.] + + + + + CHAPITRE V + + LE HORST ALGÉRIEN + + +_Plateau steppien._ — Si ennoyés d’alluvions que soient en général les +Hauts-Plateaux, la région Tendrara-Tigri n’est cependant pas la seule où +la structure des roches secondaires soit directement observable. Elle +l’est par exemple, sous le méridien d’Alger, dans une zone étendue +qu’Alexandre Joly a longuement étudiée sous le nom de _plateau steppien +d’Algérie_[105]. + +Entre les cuvettes creuses des chotts oranais à l’ouest, du Hodna à +l’est, des Zahrez au sud, cuvettes fermées, enclavées, dominées, et par +conséquent ennoyées, le _plateau steppien_ émerge de l’océan des +alluvions, dessine un grand dôme elliptique, allongé sud-ouest-nord-est, +très surbaissé, à surface bossuée (p. 162). Joly en nomme la partie +centrale « le dos des steppes, axe et cime du plateau steppien (168) ». + +Ce plateau steppien, lorsqu’on le voit « de loin et de haut par exemple +d’un des sommets de Teniet ou de Boghar », il présente « l’aspect d’une +plaine immense, fuyant sans limite. L’image de la mer, telle qu’on la +découvre du haut d’une falaise, s’offre immédiatement à l’esprit. Mais, +quand on pénètre dans le plateau lui-même, les accidents du relief se +révèlent... une série de zones tantôt déprimées et tantôt surhaussées, +qui s’allongent sud-ouest-nord-est, parallèlement à l’axe de l’Atlas +saharien » (p. 164). + +Dans le détail de ces zones déprimées et surhaussées Joly décrit des +« accotements de dômes ovoïdes » ; des « demi-dômes, au profil de +faucilles ». + +Le relief monotone du plateau steppien « est en intime connexion avec la +simplicité de sa structure. Un grand bombement crétacé, très élargi, +très surbaissé, en forme la masse. Il constitue tout le dos des steppes. +Il couvre près des trois cinquièmes du plateau steppien » (p. 239). + +Tout cela est en accord très satisfaisant avec la monographie de +Tendrara au chapitre précédent. + +_Sud-ouest du Hodna._ — La retombée du « plateau steppien » sur le +Hodna, c’est-à-dire le coin sud-ouest de la région hodnéenne, a été +décrite par un géologue algérien, M. Savornin[106]. + +C’est le pays de Bou-Saada. + +On est ici au voisinage du point le plus bas sur cette plate-forme +ondulée des Hauts Plateaux, à l’antithèse de Tendrara qui est le point +le plus haut. + +Entre les deux la plate-forme s’élève par une pente insensible de 500 à +1500 mètres. Ici, à Bou-Saada, on touche cet étranglement hodnéen, déjà +marqué dans les cartes paléogéographiques des mers éocènes, où la mer +certainement a séjourné. La région a donc été pendant une partie notable +de son passé, normalement drainée à partir d’un niveau de base marin. +Aussi est-elle puissamment érodée ; l’érosion a préparé au géologue de +belles coupes naturelles, que M. Savornin étudie. + +Il « met en lumière » ce qu’il appelle « le dimorphisme » de ce pays +autour de Bou-Saada. Il y distingue deux régions. + +« Au sud sont des plis très accusés, produisant une grande variété de +reliefs dont l’ordonnance est en relation directe avec la tectonique. +Les plis courts prédominent. » C’est tout bonnement l’Atlas saharien. + +Au nord de Bou-Saada, au contraire, « c’est une plate-forme aux très +larges courbures, où les accidents superficiels ne sont dus qu’à +l’érosion ». Cette région « quoique très montagneuse présente une +structure extraordinairement simple. Tout la série des sédiments éo et +mésocrétaciques s’y distribue en empilements formidables presque +horizontaux ». Ce massif qu’on supposerait complexe à considérer son +relief, « n’est qu’un large anticlinal de 20 kilomètres ». + +Ce que M. Savornin souligne ici c’est ce contraste entre l’Atlas +saharien et le Haut Plateau qui est si frappant aussi à l’autre bout, +dans l’ouest, entre la table de Tendrara et les dents de scie de l’arc +de Fortassa. + +M. Savornin note que « cette plate-forme s’étend au nord sous la plaine +du Hodna. En effet, partout où l’on peut voir des affleurements perçant +la nappe des alluvions soit au bord même du lac, soit au loin dans la +plaine..., on ne trouve que les horizons que ferait prévoir l’hypothèse +de la continuité d’allure des couches. » + +Dans cette région précisément au nord de Bou-Saada, près la piste +d’Aumale, dans les contreforts érodés, une montagne naturellement +tabulaire, porte ce nom caractéristique « billard du colonel ». Il +s’agit du colonel Pein, dont le nom reste attaché au bureau arabe de +Bou-Saada. + +Un nom de ce genre est à rapprocher de cette autre appellation +populaire, qui a fait fortune, « les Hauts Plateaux ». Elle aussi vient +de nos soldats et de leurs officiers. Elle traduit la première +impression de profanes en présence de pays vivement contrastés dans +leurs aspects extérieurs, leurs lignes d’horizon. + +Cette impression de profanes se trouve en accord avec le verdict des +techniciens. + +La plate-forme du sud-ouest du Hodna, dit Savornin, s’est comportée +« comme un môle résistant pour une cause profonde qui ne se révèle +point ». + +Alexandre Joly aussi ne se risque à envisager cette cause profonde que +dans un membre de phrase entre deux virgules ; il suppose « des horsts +anciens en profondeur ». + +Mais Louis Gentil, concluant dans le même sens, est beaucoup plus hardi +et plus détaillé. + +_Le Horst algérien._ — L’opinion de M. Gentil est concrétisée dans une +figure qui suffirait[107] à elle toute seule pour rendre sa pensée, plus +nettement qu’aucun développement au moyen de mots (fig. 26). + +Entre l’Atlas tellien, et le saharien, un môle résistant s’intercale, +que M. Gentil appelle le Horst algérien : et on lui laissera ce nom. +Entre les deux Atlas il joue le même rôle dirimant que le Horst marocain +(la plate-forme subatlantique de Théobald Fisher) entre l’Atlas et le +Riff. Ou bien encore que la Meseta ibérique entre la sierra Nevada et +les Pyrénées. + +De même que la plate-forme subatlantique, la Meseta ibérique, et pour +comparaison, le Plateau central français, le Horst algérien fait figure +de vieux corps étranger auprès des jeunes chaînes qui l’encastrent. +Horst marocain et Horst algérien ont une relation d’interdépendance ; +malgré l’interruption du Moyen-Atlas, ils se continuent comme deux +grains du même chapelet, ils sont deux moitiés d’un même ensemble brisé. +Le Horst algérien néanmoins mérite bien le nom que M. Gentil lui a +donné. Il est renfermé dans les limites de l’Algérie. + +[Illustration : Figure empruntée à Gentil : _Le Maroc physique_. + +FIG. 26. — LE HORST ALGÉRIEN. + +Entre la Moulouya et l’extrémité orientale du Hodna, sous la masse tout +entière des hauts plateaux Oranais et Algérois, les géologues admettent +qu’il existe un horst algérien, c’est-à-dire un massif primaire rigide. +Ce horst algérien est (plus ou moins ? avec une interruption ?) la +continuation du horst marocain, beaucoup mieux connu, et l’un nous aide +à nous représenter l’autre. — Ces deux horsts sont demeurés rigides, +mais non pas tout à fait immobiles, sous la poussée des forces +orogéniques qui ont édifié l’Atlas. Dans la structure de l’Atlas +saharien M. Gentil croit retrouver la marque d’une compression exercée +par les horsts, dans leur mouvement global de translation vers le Sud- +Est. + +Toute la région algérienne intermédiaire entre les 2 Atlas, tellien et +saharien, doit à la rigidité de ce substratum son caractère de plateau.] + +D’ouest en est il va de la Moulouya jusqu’à l’étranglement hodnéen, au +delà duquel on sait déjà que les deux Atlas tellien et saharien se +rejoignent et voisinent sans intercalation d’aucune sorte. Le Horst +algérien est le soubassement et la raison d’être des Hauts Plateaux +oranais et algérois. + +Gentil dit de la façon la plus explicite : « l’ensemble des Hauts +Plateaux est formé d’un socle primaire, provenant de l’arasement de la +chaîne hercynienne, sur lequel repose une succession de couches +secondaires. + +« Ces terrains mésozoïques montrent dans leur ensemble une allure +tabulaire. Au sud de ce Horst algérien se déploie la succession de +faisceaux de plis qui forme l’Atlas saharien[108]. » + +Cette notion du Horst algérien Gentil l’utilise pour rendre intelligible +l’allure si particulière des plis dans l’Atlas saharien, l’allure en +amygdales, en torons de corde, en faisceaux qui se relaient au lieu de +se prolonger[109]. + +Les plis de l’Atlas saharien sont nés de la compression entre le Horst +saharien au sud, « formant bouclier », et le Horst algérien au nord, +« Horst profond », recouvert d’une couverture de couches secondaires. + +Pour rendre compte de l’allure si particulière des plis, il suffit +d’admettre que la mâchoire septentrionale de l’étau, le Horst algérien, +en même temps qu’il transmettait la pression normale à la direction +générale de la chaîne, s’est déplacé latéralement, « dans le sens du +nord-est vers le sud-ouest ». Gentil croit pouvoir mesurer l’importance +de ce déplacement, il l’évalue à 25 kilomètres[110] (fig. 26 où le sens +du déplacement est indiqué par une flèche). + +Une fois admis le déplacement du Horst profond sous la couverture des +sédiments secondaires, M. Gentil rend compte des ondulations, des rides +qui ont affecté cette couverture, en particulier des cratères d’érosion +avec cheminée triasique, ou si l’on veut des pustules crevées avec trias +giclant au centre. + +« L’interposition de trias gypseux plastique, entre le socle primaire du +Horst algérien et sa couverture plus rigide, a facilité le ridement des +couches superficielles[111]. » + +Ces hypothèses précises sont à la fois élégantes et vraisemblables. +D’autres géologues en ont proposé d’autres, qui toutes font intervenir +l’influence d’un socle hercynien sous-jacent. Pour choisir entre ces +explications techniques on ne s’imagine assurément pas qualifié. + +D’autre part le ridement des couches superficielles dans une région +d’architecture tabulaire, quelle qu’en soit l’explication, est en tout +cas un fait observé ailleurs ; dans le bassin parisien par exemple les +rides qu’on a quelquefois appelées « posthumes » jouent un rôle souvent +signalé, les boutonnières anticlinales du pays de Bray, par exemple, et +du Boulonnais. + +On ne veut retenir ici que l’existence même du Horst algérien. Encastré, +emballé de toutes parts entre des branches d’une aussi grande chaîne +plissée, il pourrait aller sans dire que, tout môle qu’il fût, il ait dû +ne rester ni parfaitement rigide, ni parfaitement immobile. + +Gentil fait une comparaison intéressante entre les Hauts Plateaux +algériens flanqués des deux Atlas, d’une part, et d’autre part le +Plateau suisse, encadré entre la chaîne violemment plissée des Alpes +occidentales, et les ondulations régulières du Jura[112]. + + +[Note 105 : No 77.] + +[Note 106 : No 106.] + +[Note 107 : No 57, p. 127.] + +[Note 108 : No 57, p. 145 et 146.] + +[Note 109 : No 57, p. 153.] + +[Note 110 : No 57, p. 157.] + +[Note 111 : No 57, p. 158.] + +[Note 112 : No 57, p. 161.] + + + + + CHAPITRE VI + + LA MESETA SUD ORANAISE + + +Parmi les géologues algériens, M. Louis Gentil est celui qui a proposé +le nom de Horst algérien, et qui a dessiné ce horst. C’est que ses +travaux l’avaient fixé sur sa véritable nature. Sa thèse sur la Tafna +déjà mais surtout ses études ultérieures sur l’Amalat d’Oudjda[113], +l’ont amené à bien connaître les plateaux de Tlemcen, et leur +prolongement au Maroc oriental, les monts des Beni-Bou-Zeggou, la gada +de Debdou. C’est-à-dire le rebord septentrional du Horst algérien, où sa +qualité de Horst est nettement en évidence. + +Pour l’ensemble de cette région, qui va de la Mina à la Moulouya, et qui +englobe avec les plateaux de Tlemcen ceux de Saïda, j’ai proposé le nom +de Meseta sud oranaise[114]. M. Louis Gentil paraît s’y rallier et je +crois qu’il faudrait le conserver. Il désigne une région bien +particulière ; une puissante avancée du Horst algérien jusque dans le +Tell, dans la zone des pluies plus abondantes et des rivières +aboutissant depuis longtemps au niveau de base marin. Le décapage y est +donc énergique, il a été poussé jusqu’au-dessous de la plate-forme +secondaire, jusqu’à la pénéplaine hercynienne sous-jacente. + +Partout ailleurs, plus au sud, le régime des bassins fermés, à travers +les âges géologiques, s’est opposé à l’éventration du sous-sol. Le Horst +primaire gît à de grandes profondeurs, scellé sous l’amas énorme des +atterrissements continentaux, ou sous l’intégrité des puissantes couches +marines secondaires. + +Il n’y serait qu’une hypothèse vraisemblable sur laquelle on pourrait +discuter. Mais dans la Meseta sud oranaise le Horst n’est plus une +hypothèse, c’est un fait, on le voit et on le touche à travers des +fenêtres nombreuses et larges. On est parfaitement sûr d’avoir affaire à +la prolongation algérienne de la Meseta marocaine, pendant elle-même de +l’espagnole. Et c’est toute la question du Horst algérien qui s’en +trouve éclairée d’un coup. + +Les fenêtres (fig. 29) qui laissent apercevoir le substratum sont part +et d’autre de la frontière, en Algérie à l’oued Tifrit et à Ghar- +Rouban ; au Maroc dans les Beni-Bou-Zeggou, et à la Gada de Debdou. Les +affleurements marocains, et même celui de Ghar-Rouban, qui est à la +frontière, nous sont justement connus par les travaux de M. L. +Gentil[115]. + +Dans les hauts de l’oued Isly il a trouvé une faune fossile abondante, +« qui montre l’extension jusqu’aux abords d’Oudjda du carbonifère de la +région de Béchar ». + +D’après les analogies de facies il attribue des schistes à l’étage +silurien. Ce seraient ces mêmes schistes gothlandiens déjà signalés en +bien des points du Sahara et du Maroc, où ils contiennent des +graptolithes. + +Ces roches primaires affleurent sur de grandes étendues. Dans les Béni- +Bou-Zeggou en particulier on les trouve à peu près partout entre l’oued +Za (vers Guefaït), et le poste frontière de Sidi-Aïssa. Au nord, ils +s’étendent presque jusqu’aux portes d’Oudjda. + +Ils ont été visiblement affectés « par les plissements de la chaîne +hercynienne » ; Gentil a observé « des plis grossièrement orientés nord- +est, sud-ouest ». Ces plis sont arasés en pénéplaine ; c’est la même +pénéplaine primaire qui couvre d’immenses espaces au Sahara, dans le +Haut-Atlas, et dans la meseta marocaine. Sur ce socle M. Gentil a vu +reposer de puissantes assises de calcaires liasiques et jurassiques. + +La transgression marine a commencé vers le milieu du lias. Un poudingue +ferrugineux, conglomérat de base, que Gentil a retrouvé partout dans la +région, atteste l’exondation et le ruissellement sub-aérien, avant le +médio-liasique. + +Ces couches liasiques et jurassiques, avec une épaisseur totale d’un +millier de mètres sont restées « à peu près horizontales..., +d’architecture tabulaire ». Dans toute la région, la gada de Debdou, les +Beni-Bou-Zeggou, les monts de Tlemcen, « les efforts orogéniques +deviennent presque insensibles ; les plissements se réduisent à de +simples ondulations. Les calcaires, qui forment la masse principale, s’y +montrent fréquemment disloqués par un grand nombre de failles, mettant à +nu, malgré la dénivellation assez faible des deux lèvres de la cassure, +le soubassement des terrains secondaires, formé des vestiges de la +pénéplaine primaire. » + +Sur l’ensemble de cette région étendue, encore qu’il se défende de +l’avoir vue tout entière, M. Gentil écrit : « Si l’on considère +l’ensemble des monts de Beni-Bou-Zeggou depuis le Ras Asfour, à la +frontière algérienne (c’est-à-dire Ghar Rouban) jusqu’aux approches de +la Moulouya, on constate fréquemment, sur les bords de ce massif +d’architecture tabulaire, des fractures longitudinales ; de sorte que +l’on peut le considérer comme limité au moins en partie par des failles +bordières à la façon d’un horst[116]. » + +[Illustration : FIG. 27. — LA FENÊTRE DE L’OUED TIFRIT. + +La figure a été dessinée d’après la carte au 200000e, feuille 32 et à +l’échelle ; et d’après la carte géologique G.-B.-M. Flamand (no 41 _in +fine_). — A une figure, antérieurement publiée, et dont celle-ci n’est +qu’une reproduction (no 44), Flamand reproche la maladresse du dessin, à +juste titre ; et insiste longuement sur son exactitude (_ibid._, p. +130). + +Sous l’infralias l’érosion a mis à jour la pénéplaine primaire dans le +cañon de l’oued Tifrit et sur tout le pourtour Nord du causse d’Aïn +Soltane, jusqu’au dj. Modzbab. Tout ce causse est un placage horizontal +de calcaire infraliasique sur la pénéplaine arasée. + +Les fenêtres de R’ar-Rouban, des Beni-bou-Zeggou, de Debdou (cf. fig. +30) sont du même type que la fenêtre de Tifrit. Un pays sur la structure +intime duquel nous avons de pareilles évidences doit être distingué de +l’Atlas plissé. + +_f_, faille. — J, jurassique. — L, lias. — PP, pénéplaine primaire.] + +Ces lignes, suffisamment claires en soi, M. L. Gentil les illustre +graphiquement avec un beau profil géologique relevé entre Sidi-Aïssa et +Oudjda[117]. On y voit d’un coup d’œil le bord haché de failles de la +Meseta. + +On a fait exactement les mêmes observations en territoire algérien, à +250 kilomètres de la frontière marocaine, à l’est de Saïda. Il y a là un +coin de pays où une faille très visible, et l’érosion de l’oued Tifrit +ont mis à nu la pénéplaine primaire sous-jacente aux calcaires liasiques +(fig. 27). Le géologue qui a décrit cette fenêtre est G.-B.-M. +Flamand[118]. + +Il a vu une formation très épaisse de schistes et de quarzites +primaires, qu’il attribue hypothétiquement au silurien, qui sont +traversés de filons éruptifs, plissés et arasés. Sur la tranche arasée +Flamand signale « un ensemble d’assises appartenant à l’infralias +déterminé paléontologiquement ». Par places, à la base de l’infralias il +a vu des poudingues, formation continentale de ruissellement, qu’il +attribue au permien. La concordance avec Gentil est tout à fait +satisfaisante, à des détails près qui ne présentent pas d’intérêt ici. + +Ces assises liasiques de Tifrit sont « disposées en plateaux ondulés » ; +ce sont « de véritables causses[119] ». + +Sous le nom de Haut-pays-tellien-cissteppien, Flamand décrit exactement +la zone, à laquelle je crois devoir laisser le nom de Meseta sud- +oranaise. + +C’est « une zone remarquable de plates-formes à plissements +subméridiens » ; le contexte montre qu’il entend par là des plis +posthumes de direction hercynienne. Ces « plateaux secondaires font +opposition aux formations du Tell littoral ». + +« Cette disposition en plates-formes » est imposée par « les paliers +d’une pénéplaine sous-jacente[120] ». + +Cette « plate-forme cissteppienne » est loin de mériter le nom de +« chaîne intérieure » qu’on lui a donnée à tort et d’être un équivalent +des chaînes telliennes. Flamand y retrouve au contraire « les mêmes +lignes générales » qu’il a rencontrées dans les régions sahariennes. + +Cette « région tellienne », qui « se relie tectoniquement » au Sahara +central, « est au nord, à la bordure du géosynclinal méditerranéen, un +promontoire un peu modifié des plates-formes indo-africaines, elle a son +équivalent sur la bordure sud du Plateau central de France[121] ». + +Il est bien entendu que c’est exactement cela, et rien d’autre qu’on a +voulu rendre avec l’expression _Meseta sud oranaise_. + +J’ai vu moi-même et décrit en 1909[122] cette fenêtre de Tifrit. Je l’ai +vue en passant et en profane, antérieurement à la publication détaillée +des observations Flamand. + +Dans sa thèse, qui est de 1911, mon regretté collègue et ami, avec une +précision méticuleuse de technicien, relève dans mon article de 1909 ce +qui lui a paru être des inexactitudes de détail : sur le fond, et sur +l’essentiel il formule des conclusions qui sont exactement les miennes +et que je me suis empressé de reproduire fidèlement. Dans un passage +d’ailleurs[123] il donne à l’esprit de mon petit travail, sinon à sa +lettre, une adhésion que je n’aurais pu souhaiter plus expresse. + +Je m’excuse pourtant d’insister sur ceci : jusqu’à une époque aussi +rapprochée de nous que 1909, un géographe que le hasard amenait à Tifrit +y éprouvait une vive et légitime surprise. Jusqu’à cette date en effet, +il a été entendu tacitement que l’Algérie tout entière était un faisceau +de plis ; sous les plumes les plus autorisées on rencontrait les massifs +de Tlemcen et de Saïda classés comme chaînes intérieures, et portant les +numéros 1 et 2 dans une énumération, qui donne le numéro 3 à la chaîne +du Hodna[124]. Pure inadvertance bien entendu : mais enfin c’est faire +rentrer dans la même catégorie une chaîne où les sédiments miocènes +marins sont énergiquement plissés, et une pénéplaine primaire, +soubassement de causses. + +Or dès qu’on met le pied à Tifrit, si profane soit-on, il est impossible +de s’y tromper. On a devant soi un pays très facile à déchiffrer, qu’on +a cherché à schématiser dans la figure 27. On se croyait sur la foi de +la bibliographie dans un coin des Alpes ; et on s’aperçoit qu’on est +dans les causses. + +Bien entendu, on n’a jamais eu la pensée ridicule de prétendre attirer +l’attention de MM. Flamand et Ficheur sur un fait pareil. La carte +géologique au 800000e, qui est leur œuvre, suffirait à renseigner le +public sur la Meseta sud oranaise. Mais enfin il faut être reconnaissant +à M. Flamand, dans sa thèse, et surtout à M. Gentil, d’avoir donné de +cette carte un commentaire détaillé. + +Commentaire dont l’importance ne semble pas avoir été suffisamment +soulignée encore. Dans un travail intéressant sur l’extrême sud oranais, +qui a paru en 1916, et dont l’auteur est un officier géologue de grand +mérite, M. Rey[125], on peut relever tel passage où il apparaît que +l’auteur ne connaît pas l’existence du Horst algérien. + +Les géologues algériens, dans cet immense pays encore si imparfaitement +connu, sont aux prises avec une besogne formidable d’analyse. Il est +tout naturel qu’ils n’aient pas eu le loisir de passer à la synthèse. +Dans les lignes qui précèdent, on espère avoir donné l’impression qu’on +ne s’en prend à personne et qu’on ne critique pas. On a voulu faire +ressortir à l’occasion d’un fait concret qu’un essai de synthèse +géographique comme le présent petit livre répondait peut-être à un +besoin. + +[Illustration : FIG. 28. — L’OUED MINA. + +L’oued Mina entre Tiaret et Relizane est à peu près limite entre la +région des causses et l’Atlas plissé. Tiaret, Prévost-Paradol, jalonnent +grossièrement cette limite. La Mina coule dans un cañon. + +Dans le voisinage de cette grande faille il y a un gros pointement +éruptif, ce qui est peut-être unique dans l’Atlas Tellien, si loin de la +côte. (Gorges de Tomda.) + +Une grande route transversale à l’Atlas, d’une grande importance +humaine, la route de Tiaret à la mer passe par le plateau de Mendez. +(Voir livre V, chap. IX.)] + +A propos de la Meseta sud oranaise il faut signaler un coin encore où le +voyageur profane, dût-il se contenter de regarder par la portière du +wagon, a sous les yeux des lignes de paysage inattendues. Ce sont les +bords de la Mina, aux environs de Prévost-Paradol (fig. 28). La rivière +y coule au fond de cañons, qui sont entaillés dans le causse ; +continuation évidente des causses de Saïda. Et cette continuation est +une fin. A l’horizon tout proche, sur la rive droite, on voit le paysage +se modifier, c’est la chaîne tellienne qui commence. Dans cette section +de son cours la Mina sert à peu près de limite entre deux mondes +différents. A l’appui de ce fait important je m’excuse de n’apporter +aucune référence ; sauf une cependant qui est orale, mais excellente ; +la confirmation formelle du fait par M. Ficheur. + +[Illustration : FIG. 29. — LE FRONT DE LA MESETA SUD ORANAISE + +La figure donne le front Nord de la région des causses, autrement dit +meseta Sud Oranaise. Ce front est jalonné par Debdou, Oudjda, Tlemcen, +Chanzy, Prévost-Paradol. — On a marqué les déchirures du causse, à +travers lesquelles le substratum primaire, mis à nu, nous renseigne sans +contestation possible sur la structure profonde. — Grâce à elles le +horst Algérien (fig. 27) est autre chose qu’une hypothèse. — La figure +29 doit accessoirement servir à illustrer le chapitre III du livre V sur +les plaines oranaises (le chapelet de sebkhas et de marais entre le Rio +Salado et le Chéliff) ; et les chapitres IV et V.] + +Dans cette région à laquelle nous voudrions laisser le nom de Meseta sud +oranaise, grâce au décapage énergique de torrents telliens, il a donc +été possible aux géologues de repérer avec une grande exactitude la +limite nord du Horst algérien. On la suit sans hésitation possible +depuis la Moulouya jusqu’à la Mina. Elle est jalonnée par Oudjda, +Tlemcen qui s’adosse au pied de la falaise terminale, les villages de +Lamoricière, de Chanzy, la plaine d’Eghris dominée par Mascara, Prévost- +Paradol. C’est le front du môle sur lequel ont déferlé les plis de +l’Atlas tellien. Quand on essaie de se reconnaître dans la structure de +l’Algérie, une ligne pareille a une importance de tout à fait premier +ordre. Il est absurde qu’on n’en parle jamais (fig. 29). + +_L’extrémité orientale du Horst._ — Partout ailleurs sur le pourtour du +Horst l’ennoyage désertique laisse subsister une incertitude sur les +limites précises. En particulier dans le coin nord-est du Hodna. + +L’opinion commune, c’est que l’Atlas tellien et l’Atlas saharien, hors +la cuvette du Hodna dans l’est, sont en contact direct l’un avec +l’autre, sans interposition d’aucune sorte. C’est en particulier +l’opinion de Blayac, qui a décrit les Hautes Plaines constantinoises +dans le bassin de la Seybouse. + +MM. Joly et Joleaud[126] sont d’opinion un peu différente. Dans cette +même région, qu’ils connaissent bien, ils soupçonnent, intercalé entre +les deux Atlas, un dernier prolongement du Horst algérien ; mais +transformé par les « violentes poussées venues du nord » auxquelles « il +a servi de butoir » ; affecté d’une « structure imbriquée » qui est le +trait caractéristique des Hautes Plaines constantinoises ; « masqué par +les plis aurasiens, qui sont beaucoup plus accentués ici que dans le sud +oranais ou le sud algérois ». + +Entre les deux opinions la nuance est fort intéressante ; mais peut-être +pas au point de vue qui nous occupe quand il s’agit de dégager des +lignes très générales de structure. + +Pratiquement le Horst algérien peut être considéré comme délimité par le +grand arc montagneux si nettement dessiné à l’est et au nord du Hodna, +qui rejoint la brèche de Biskra et la vallée de la Mina. En deçà et au +delà de cette ligne les Hautes Plaines constantinoises et les Hauts +Plateaux d’Algérie-Oranie appartiennent, de l’avis général, à des +catégories distinctes. + +_Conclusions générales du livre._ — Si maintenant on jette un regard +rétrospectif sur le livre III certains résultats semblent se dégager, +qui ne sont pas négligeables. + +Il est sûr que la brèche de Biskra, qui est en relation avec le sillon +de l’Igharghar, et qui coupe en deux tronçons l’Atlas algérien, est un +trait extrêmement ancien et extrêmement important de la structure. + +Il en est de même du front septentrional de la Meseta sud oranaise entre +Tlemcen et Prévost-Paradol. + +Ce sont là deux faits énormes qui sautent ou qui devraient sauter aux +yeux. Ils sont tout à fait incontestables et incontestés. + +Entre ces deux faits l’hypothèse du Horst algérien met un lien naturel +et clair, si tant est qu’il n’y ait pas esprit hypercritique à conserver +ce mot d’hypothèse. + +Notez que ceci est assez neuf. Dans l’usage courant du langage, quand on +veut rendre compte du socle continental de l’Atlas algérien, on +distingue couramment l’Atlas saharien et les Hauts Plateaux proprement +dits. Cela n’est pas inexact, encore que la délimitation soit un peu +floue. Mais c’est incomplet. + +Ce socle continental est coupé en écharpe, dans une direction sud-est- +nord-ouest, par une autre ligne de démarcation, dont on ne parle jamais, +et qui est pourtant l’élément essentiel de la structure. C’est le seuil +de Biskra, et le grand arc montagneux qui limite le Horst algérien à +l’est et au nord depuis l’Aurès par les monts du Hodna. + +Suivant cette ligne-là tout le socle continental de l’Atlas est +nettement cassé en deux d’outre en outre transversalement à sa longueur +(fig. 6). + +On a déjà entrevu et on dira plus longuement au livre VI quelle est +l’importance de cette ligne dans l’histoire et la géographie humaine de +l’Algérie. + +Aux livres IV et V on va retrouver le Horst algérien et surtout la +Meseta sud oranaise, qui ont nécessairement un lien étroit avec la +structure de l’Atlas tellien. + + +[Note 113 : No 55.] + +[Note 114 : No 44.] + +[Note 115 : No 55, no 16 dans no 56.] + +[Note 116 : No 55, p. 23, 22, 23, 26, 30, 35.] + +[Note 117 : No 55, p. 24, fig. 8.] + +[Note 118 : No 41, p. 122.] + +[Note 119 : No 51, p. 398.] + +[Note 120 : No 51, p. 772.] + +[Note 121 : No 51, p. 773.] + +[Note 122 : No 44.] + +[Note 123 : No 41, p. 772, note 1.] + +[Note 124 : No 22, p. 356.] + +[Note 125 : No 90.] + +[Note 126 : No 71, p. 504.] + + + + + LIVRE IV + + LES PLIS DU TELL + + * * * * * + + CHAPITRE I + + LES NAPPES + + +Le géosynclinal tellien est par définition un pays de plis intenses, +oscillant autour de la direction est-ouest, tous déversés vers le sud ; +la position de la Tyrrhénide a déterminé l’orientation des plis et le +sens de la poussée. + +Il serait naturel d’analyser ces plis, de les disséquer un à un, et d’en +démonter le groupement. Mais c’est une tâche à peu près impossible +actuellement : aussi longtemps que les géologues ne se seront pas mis +d’accord sur une question primordiale, celle des nappes de charriage. +Cette question, qui a révolutionné la tectonique des Alpes s’est posée à +propos de l’Atlas, et elle est loin d’avoir trouvé encore sa solution. + +En des points déterminés certaines fibres du plissement tellien, après +examen approfondi, ont été déclarées front de nappe par tel géologue, +mais qui est nettement contredit par tel autre. + +_Djebel Ouach._ — M. Léonce Joleaud a consacré des efforts à prouver la +présence d’un front de nappe dans les monts de Constantine (Djebel +Ouach)[127] ; M. Blayac, qui a étudié la région toute voisine de la +Seybouse dit bien haut qu’il n’y a pas vu « de véritable charriage, pas +de déplacements horizontaux de plis, susceptibles d’être qualifiés de ce +nom[128] ». + +_Sierra de Kabylie._ — Le front de nappe le plus curieux du Tell, celui +qui frapperait davantage l’imagination, serait la chaîne de calcaire +liasique à la limite sud des Kabylies. Elle se compose de trois tronçons +bout à bout, en allant de l’ouest vers l’est, le Djurdjura, les Babor +(fig. 45), et la chaîne de Numidie, qui les continue en droite ligne. +L’unité essentielle de cet ensemble est indéniable. L’altitude va en +s’atténuant d’ouest en est ; dans la chaîne de Numidie le sommet le plus +élevé, le Msid-Aïcha a environ 1400 mètres : c’est à peu près un millier +de mètres de moins que Lella Khadidja dans le Djurdjura. La continuité +des crêtes calcaires va elle aussi en diminuant dans le même sens. Elles +ne sont plus dans la chaîne de Numidie qu’un chapelet de chicots +éloignés les uns des autres. Mais ces calcaires demeurent d’un bout à +l’autre curieusement identiques, non seulement par leur facies et par +leur âge liasique : mais encore par leur association constante avec +d’autres calcaires de même facies, et d’âge très différent, éocène[129]. + +On ne distingue les uns des autres que par leurs fossiles. Ils offrent +une autre association constante avec des schistes argileux et des grès +micacés, où se trouvent des lits charbonneux et qu’on a fini par classer +dans le terrain houiller. Tout ce complexe a depuis longtemps frappé les +géologues par son uniformité. C’est M. Ficheur qui l’a signalé d’abord. +Il faut certainement le suivre. + +Il est donc bien entendu que, tout le long des Kabylies à leur limite +sud, court une grande chaîne ; elle n’a pas de nom d’ensemble et c’est +dommage. On peut convenir de lui en donner un, sierra des Kabylies par +exemple. Pour M. Joleaud la chaîne numidique est le front d’une nappe de +charriage, poussée du nord au sud[130]. Nécessairement cela doit +s’entendre de la sierra des Kabylies tout entière d’un bout à l’autre ; +cette longue frange continue, de composition si hétérogène et si +constante, hérissée d’aiguilles calcaires, qui donnent une note nouvelle +dans le paysage des gneiss et des grès kabyles ; ce qui ferait son unité +ce serait d’être le front d’une grande nappe. + +C’est une idée séduisante, qui parle à l’imagination. On serait tenté de +la croire vraie. Mais à une date aussi rapprochée que le 12 janvier +1920, M. Savornin, un jeune géologue d’une haute valeur et d’une +compétence indiscutée, après de longs travaux sur le terrain, écrit en +propres termes : + +« On peut hautement affirmer que le Djurdjura ne constitue point une +nappe et n’appartient pas à une nappe. Ce serait, au contraire, un +admirable pays de racines, s’il s’en était détaché des lambeaux de +recouvrement dont il n’existe aucun exemple[131]. » + +_Zaccar._ — Sur un autre point de l’Atlas, à côté de Milianah, le Zaccar +a été vu et étudié par M. Gentil, qui en a publié la carte géologique au +50000e. Il serait donc naturel de le croire sans discussion lorsqu’il +fait du Zaccar une nappe de charriage. + +Cependant M. Savornin, s’appuyant lui aussi sur une connaissance +directe, immédiate et approfondie du même massif déclare de la façon la +plus formelle qu’il n’y a au Zaccar « aucun phénomène de recouvrement, +encore moins de charriage[132] ». + +_Système de nappes._ — Le 15 octobre 1918, dans un article de la _Revue +générale des Sciences_, MM. Gentil et Joleaud ont publié un tableau +d’ensemble des nappes de charriage dans l’Afrique du nord[133]. Ce +tableau est très précis et très affirmatif sans restriction. La carte +schématique permet d’embrasser d’un coup d’œil le système complet des +nappes nord africaines tel que MM. Gentil et Joleaud les conçoivent. +Elles couvrent toute la partie nord, tellienne, de l’Atlas, depuis +R’abat jusqu’à Tunis. En ce qui concerne l’Algérie les auteurs sont très +détaillés : ils indiquent exactement et positivement les nappes de +Numidie, des Babor et des Biban, du Djurdjura, de Blida et des Zaccars, +du Titteri, de Teniet-el-Had et de l’Ouarsenis. Ces nappes empilées dont +les fronts s’enchaînent, c’est précisément ce que nous cherchons, une +description générale d’ensemble, donnant la clef de la structure dans +l’Atlas tellien. On serait heureux de pouvoir s’y tenir. + +Malheureusement le 12 janvier 1920 M. Savornin fait à l’Académie des +Sciences, au sujet de ces « soi-disant nappes » une communication qui +est un démenti brutal. Et notez que M. Savornin est justement un +géologue dont MM. Gentil et Joleaud avaient invoqué l’autorité à propos +de ses cartes fort bien faites. Non le Djurdjura n’est pas une nappe. +Quant aux Biban, « si jamais chaîne fut fortement enracinée, c’est bien +celle-là ». « L’hypothèse de charriages dans le Djurjura et les Biban +n’est étayée par aucun argument et doit être irrémédiablement +abandonnée. Elle est aussi fragile en ce qui concerne les Babor, le +Chenoua et Ténès, que MM. Gentil et Joleaud n’ont jamais étudiés ». +Quant à l’enchaînement des fronts de chaînes, « la notion que l’on +essaie d’introduire, d’une continuité entre les Biban, l’Atlas de Blida, +les Zaccars et l’Ouarsenis, méconnaît si ouvertement les plus claires +données de la géographie et de la tectonique qu’elle se détruit d’elle- +même, sans qu’il soit besoin de le démontrer »[134]. Dans sa thèse parue +ultérieurement, M. Savornin à l’appui de ses dénégations apporte un +monceau de faits précis. Et il lui échappe des vivacités comme celle- +ci : « la région du Guergour a été ridiculement qualifiée de nappe de +charriage par deux géologues qui ne la connaissent nullement ». Ou bien +encore, comme cette conclusion générale sur l’hypothèse des nappes +algériennes : « un avenir prochain en fera certainement justice, il y va +du bon renom de la géologie française[135] ». + +Notez que MM. Gentil et Joleaud, dans leur article du 15 octobre 1918, +ne parlent pas comme des gens qui exposent une hypothèse. Il semble bien +à les lire qu’ils estiment eux-mêmes apporter au grand public de la +_Revue générale des sciences_ des résultats scientifiques définitivement +acquis désormais dans les milieux techniques. Il faut avouer que +l’expression a nécessairement dépassé leur pensée. + +Une contradiction aussi vive entre professionnels est déconcertante pour +les profanes. Mais voici qui l’est davantage encore : sur cette question +des nappes nord africaines, il arrive qu’un géologue _déterminé_ se +contredise lui-même complètement à quelques mois de distance. + +Le 15 octobre 1918 M. Gentil en collaboration avec M. Joleaud a publié +comme on vient de le voir des affirmations tout à fait catégoriques +précises et détaillées sur l’encroûtement du Tell algérien tout entier +par un empilement de nappes. + +Or le même M. Gentil à la date du 1er mars 1920, dans le compte rendu +sommaire des séances de la Société géologique[136] écrit ce qui suit : +« Toute une série de faits concourent à démontrer que l’Atlas tellien a +subi des phénomènes d’érosion d’une grande intensité..., de puissantes +couches ont disparu, qui devaient être surtout formées de nappes +superposées, laissant à nu les assises profondes, elles-mêmes +chevauchées ou simplement refoulées. » Et voici qui achève de préciser +la pensée de M. Gentil. + +« Seules la dépression de la Medjerda et celle du détroit sud rifain, +qui sont parcourues par des vallées longitudinales, ont été mieux +épargnées par l’érosion, tandis que tout le nord de l’Algérie a été +fortement décapé et ainsi rendu moins accessible à l’observation dans +l’étude des nappes de charriage qui prennent part à sa superstructure. » + +Ces lignes sont empruntées à un simple compte rendu sommaire ; il est +impossible cependant de se tromper sur leur sens. L’Atlas algérien qui +était le 15 octobre 1918 un pays de nappes actuelles n’est plus le 1er +mars 1920 qu’un substratum décapé de nappes disparues. M. Gentil retire +ce qu’il avait affirmé quinze mois auparavant. C’est parfaitement +légitime, bien entendu. Seulement le public profane ne peut pas se +soustraire à une impression d’embarras. + +Notez que c’est une très belle thèse, très séduisante. Les nappes de +l’Atlas tellien, disparues en Algérie, se seraient conservées aux deux +extrémités, en Tunisie et au Maroc. Cette théorie a pour elle des +autorités considérables, non seulement MM. Gentil et Joleaud, mais MM. +Termier et Lugeon, qui ont eu l’occasion de voir personnellement la +Medjerda et le détroit sud rifain. Elle a pris corps d’une façon assez +précise pour devenir le point de départ de recherches minières très +intéressantes. En beaucoup de points de la planète et plus +particulièrement du système alpin, les pays de nappes sont pétrolifères. +Aussi a-t-on l’espoir de trouver le pétrole dans la Medjerda et dans le +détroit sud rifain, voire même dans la partie attenante de l’Oranie. Et +assurément en effet le pétrole est représenté par des suintements à tout +le moins dans l’ouest (Maroc et Oranie). Jusqu’ici pourtant les puits +forés n’ont pas amené de jaillissement sérieux. D’autre part, il est +indéniable que des trois régions considérées, Tell algérien d’une part, +Tell tunisien et Maroc de l’autre, la première est justement la seule où +un service géologique fonctionne depuis un demi-siècle et sur laquelle +il ait été accumulé une masse énorme de documents. + +_Conclusions._ — En résumé, sur cette question si controversée des +nappes nord africaines ce sont deux écoles bien tranchées qui sont aux +prises, l’école parisienne et l’école algérienne. L’une représente +l’idée générale féconde, la comparaison, base de toute connaissance, +l’application à un coin de la planète d’une méthode nouvelle importée +d’ailleurs. Nul doute que tout cela ne soit extrêmement respectable. +D’autre part le service géologique algérien représente l’étude +minutieusement consciencieuse du terrain, les réalités sèches et +inflexibles. Et il n’est pourtant pas possible d’imaginer que ce soit là +une chose négligeable. + +Oui, les Alpes françaises, suisses, autrichiennes sont un extraordinaire +empilement de nappes. Dans l’Atlas, qui fait partie du système alpin, il +est naturel d’attendre un développement correspondant des charriages. +Mais existe-t-il réellement ? A-t-on vraiment réussi à le voir, à le +toucher du doigt ? + +Entre ces deux écoles antagonistes, la parisienne et l’algérienne, une +première escarmouche a eu lieu il y a une vingtaine d’années sur la +question du trias. L’issue en est acquise depuis longtemps et la +comparaison avec la controverse des nappes n’est pas dénuée d’intérêt. +En ce temps-là, jusqu’en 1896, le service géologique d’Algérie classait +dans l’éruptif un certain terrain gypso-salin. Au cours d’une excursion +de la Société géologique de Paris, en 1896, Marcel Bertrand, le géologue +célèbre, d’un coup d’œil par la portière du wagon, en passant, a relevé +l’analogie du terrain gypso-salin avec le trias. Ce coup d’œil par la +portière a eu des conséquences très étendues, et, chose curieuse, +immédiates. Tous les affleurements gypso-salins de l’Afrique du Nord ont +été classés triasiques, du jour au lendemain pour ainsi dire ; l’école +algérienne, cette fois-là, capitula sans discussion ; il faut dire +certainement que la force d’une évidence irrésistible s’était imposée. + +La question des nappes a été soulevée de la même façon à peu près, et +d’ailleurs comme corollaire de celle du trias. En 1906, M. Termier, +directeur du service de la carte et président de la Société de géologie, +membre de l’Institut, au cours d’un voyage au gisement fameux de +l’Ouenza, a lancé l’hypothèse que l’Afrique du nord est un pays de +nappes[137]. Quinze ans se sont écoulés depuis, il n’y a pas eu dans les +cercles géologiques algériens, voire même français, de question plus à +l’ordre du jour[138] : mais elle a bien l’air de n’avoir pas fait un +pas. L’évidence cette fois ne paraît pas avoir fait sentir sa force +irrépressible. + +Il est bien entendu en tout cas, que cette question géologique doit être +résolue par les géologues. Si on voulait essayer de décrire dans un +tableau d’ensemble les plissements du Tell algérien, le désaccord total +des géologues, sur la question des nappes, serait déjà à soi tout seul, +un obstacle insurmontable. + +Or, par surcroît, ce n’est pas le seul. + + +[Note 127 : No 68.] + +[Note 128 : No 26, p. 473. Voir aussi 31 c.] + +[Note 129 : No 36, p. 61, 76, 227, no 22, p. 225, no 7 feuilles du +Djurdjura.] + +[Note 130 : No 70, p. 356 et suiv. mais voir 31 c.] + +[Note 131 : No 114. Voir aussi 31 c.] + +[Note 132 : No 115, p. 433.] + +[Note 133 : No 60, p. 535, fig. 1.] + +[Note 134 : No 114.] + +[Note 135 : No 115, p. 393, 433.] + +[Note 136 : No 59, p. 48.] + +[Note 137 : No 118, p. 102 et no 120.] + +[Note 138 : No 58 où le témoignage Lugeon est invoqué, p. 157.] + + + + + CHAPITRE II + + CHAINE DES BIBAN ET SIERRA DU HODNA + + +M. J. Savornin vient de nous donner une monographie excellente de deux +zones plissées telliennes, voisines et parallèles[139]. Ce sont la +chaîne des Biban et celle que nous appellerons sierra du Hodna. Ce sont +des coulisses de l’Atlas tellien : et, sauf peut-être la sierra des +Kabylies, je ne connais pas une seule autre coulisse dont la structure +ait été aussi minutieusement démontée. Ce serait déjà une raison +suffisante pour rendre compte de cette structure. + +Il se trouve en outre que la comparaison de ces deux zones plissées, +jette une curieuse lumière sur la structure de l’Atlas tout entier. + +_Chaîne des Biban._ — On a créé ce nom, « chaîne des Biban[140] » en +l’honneur du fameux défilé des Biban, quelquefois appelé Portes de Fer. +Il est célèbre dans la conquête de l’Algérie parce que le duc d’Orléans +l’a franchi certain jour dans des circonstances retentissantes, et parce +que ce geste princier a eu des conséquences importantes. + +La chaîne des Biban court de Berrouaghia au Guergour (gorges du +Guergour, creusées par l’oued Bou-Sellam). La longueur totale est de 250 +kilomètres, ce qui est notable pour l’Atlas tellien, où les tronçons en +général sont coupés bien plus courts (fig. 31). L’individualité +géologique est parfaitement nette et simple. La chaîne est un pli +unique, dont les éléments sont une double bande, régulière et continue, +d’infra-crétacé au nord (albien et aptien), de calcaire cénomanien au +sud. Tantôt ce sont les calcaires cénomaniens plus puissants et plus +massifs, qui ont mieux résisté à l’érosion, et qui constituent les +sommets. C’est ainsi à l’est d’Aumale. Tandis que, à l’ouest, au +contraire, les quartzites infra-crétacées ont mieux tenu et ce sont +elles qui forment les crêtes. Mais d’un bout à l’autre, comme éléments +constitutifs, on ne voit rien d’autre que ces deux étages du crétacé. Ce +tronçon de l’Atlas est resté constamment émergé depuis le crétacé, la +mer n’y est jamais revenue ; à travers toute l’histoire du bras de mer, +la chaîne des Biban fut un rivage. Non seulement le bras de mer des +phosphates, le cartennien, ont passé l’un et l’autre exactement au sud +des Biban (fig. 4 et 10) ; mais il faut ajouter le Medjanien[141]. Cela +est certain. M. Savornin a pu retrouver et dessiner sur de grandes +étendues le rivage de la mer suessonienne, jalonné par les dépôts de +plages. Il a retrouvé aussi le rivage de la mer cartennienne avec ses +trous de phollades sur les galets et ses fossiles de plage, des balanes +par exemple. Il vient de publier une carte paléogéographique du +medjanien dans la région hodnéenne et il porte avec une grande précision +un rivage au sud des Biban[142]. Cette chaîne est dans le géosynclinal +tellien une des parties les plus anciennement consolidées, elle est +d’âge pyrénéen. + +Elle a eu sa grande splendeur à l’époque oligocène ; à cette époque où +le bras de mer était déjà, à peu près comme aujourd’hui, totalement +émergé ou peu s’en faut. Les Biban furent alors le grand axe de +l’Algérie orientale, la ligne de partage des eaux. Le témoignage en a +été conservé dans les puissants dépôts de ruissellement et de +sédimentation continentale, de part et d’autre, sur les deux flancs de +la chaîne. M. Savornin, qui les a déchiffrés, n’a pas hésité à dresser +la carte paléogéographique des oueds oligocènes[143]. La chaîne des +Biban était le lieu de leurs sources. De là ils divergeaient se groupant +en deux grands bassins. Les uns au nord allaient rejoindre la mer (vers +Bougie ? ou vers Dellys ?). Les autres au sud prenaient le chemin du +chott oligocène ancêtre du Hodna. + +En un point déterminé de la chaîne, au point où elle est traversée par +l’oued Melah, et plus exactement au djebel Badroun, les collines de +cailloutis qui accompagnent la chaîne se trouvent supporter dans un +repli un lambeau étendu de marnes cartenniennes très fossilifères[144]. +C’est dire que leur âge oligocène ne peut pas être contesté. On a +représenté dans la figure 30 cette section très particulière de la +chaîne. On imagine qu’elle en fait saisir d’un coup d’œil la +caractéristique générale, l’ancienneté et l’usure consécutive. + +La chaîne s’étire aujourd’hui entre la double muraille plus ou moins +continue de ses propres débris. Savornin les a trouvés très puissants : +ils ont jusqu’à 200 mètres d’épaisseur peut-être. Ce sont des cailloux +pas toujours très bien roulés. En bien des cas, c’est trop peu dire +qu’ils sont gros, il en est de monstrueux, comme de petites maisons. +Ceux-ci évidemment n’ont pas pu être charriés par un torrent : ils +gisent là où ils se sont éboulés. Tout cela a nettement le caractère +d’éboulis de pentes et représente évidemment les débris latéraux de la +chaîne. Ces collines de cailloux se reconnaissent de loin dans le +paysage, elles sont boisées plus que le reste. C’est qu’elles +découragent l’agriculture ; l’araire indigène n’a pas essayé de les +disputer à la forêt (fig. 30). + +[Illustration : FIG. 30. — LE DJEBEL BADROUN. + +Le Djebel Badroun, contrefort méridional de la chaîne des Biban, est un +élément dans le chapelet des collines qui longent cette chaîne, et qui +sont composées de débris arrachés par le ruissellement à ladite chaîne. +Ici ces débris sont recouverts et datés par des dépôts marins +cartenniens très fossilifères. Ils sont donc sans contestation possible +précartenniens, oligocènes. Les collines oligocènes sont presque aussi +hautes et aussi puissantes que la chaîne dont ils représentent les +débris. + +Les Biban sont donc une très vieille chaîne très usée, pyrénéenne. + +Les collines oligocènes, qui sur le terrain sont boisées, sont marquées +d’un grisé sur la figure.] + +L’immensité de ces débris atteste l’ancienne puissance de la chaîne, aux +dépens de laquelle ils ont été accumulés. Et précisément parce qu’ils +sont énormes elle a cessé de l’être. Elle ne tient pas aujourd’hui plus +de place qu’eux dans le paysage. L’altitude absolue moyenne est de 1000 +mètres environ, sur un socle qui n’est pas loin d’avoir 800 mètres ; ce +qui réduit l’altitude relative à 200 mètres environ. + +Ces collines insignifiantes ne sont assurément plus, comme jadis, ligne +de partage des eaux. + +L’arête des Biban est largement rompue en maint endroit par les rivières +venues du sud, qui la traversent dans des vallées étalées, sans lui +faire l’honneur de dévier un instant leur direction (fig. 30). + +Tout cela tient en un membre de phrase. C’est une vieille chaîne usée, +tendant vers la pénéplaine, déjà plutôt la cicatrice d’un pli que le pli +lui-même. Son modelé trahit son âge pour le topographe, autant que sa +constitution pour le géologue. + +_La route romaine._ — Cette usure des Biban a une conséquence humaine +curieuse. A travers des siècles d’histoire ils ont servi d’assise à une +grande voie naturelle, une des plus importantes d’Algérie. La route +romaine longeait les Biban. Elle était jalonnée par des villes +importantes Auzia (Aumale), Rapidi (Sour Djouab), et l’ancêtre romain de +Berrouaghia[145]. + +Entre la Numidie de Constantine et la Maurétanie de Cæsarea la grande +voie de communication directe et naturelle passait par là. Elle a +continué apparemment dans l’Algérie musulmane. En tout cas les indigènes +donnent encore à la piste des Biban le nom de « Triq-et-Tourk », la +route turque. Ce fut aussi une route française au début de notre +occupation ; ou du moins une grande voie stratégique. Elle est jalonnée +de ruines militaires françaises, des caravansérails comme celui de +l’oued Okhris qui joua un rôle dans l’insurrection de 1871, des tours du +télégraphe Chappe, dont l’une est devenue la maison forestière d’El- +Behira, etc.[146]. Nos communications entre Sétif et Alger ont longtemps +passé par là. + +Elles n’y passent plus. On a choisi pour le chemin de fer un tracé tout +différent, par le défilé des Portes de fer, la vallée de l’oued Sahel, +de l’oued Isser, la Mitidja. C’est le contraste éternel. Pour aller d’un +point à un autre, d’instinct, les indigènes choisissent toujours le +chemin des crêtes, et nous celui des vallées. En plusieurs autres points +de l’Algérie nous avons abandonné la vieille voie traditionnelle sur les +sommets pour construire notre chemin de fer en bas, le long de l’oued. +Notre choix ne s’est pas toujours révélé très heureux à l’user. La +chaîne des Biban délaissée prendra peut-être sa revanche. + +Elle garde en tout cas son passé dont le lien est évident avec sa +structure. Entre la région d’Alger-Médéa et les hautes terres à blé de +la Medjana, de Sétif, elle a joué le rôle de lien d’abord par sa +direction, parce qu’elle est la ligne droite ; parce que, avant la paix +française, les défilés kabyles au nord étaient des coupe-gorges. Mais ce +n’est pas tout. Il faut certainement prendre en considération la bonne +tenue des roches crétacées ; elles sont pour une route un substratum de +choix ; on sait que, en Algérie, les marnes miocènes ébouleuses font le +désespoir des ingénieurs. Il faut se souvenir surtout que la route, tout +le long de la chaîne, ne rencontre pas d’obstacles très sérieux, elle +conserve ou retrouve facilement la même cote au voisinage d’un millier +de mètres. On a sans doute le droit de dire que, pour porter ainsi une +grande route, et tout du long, il faut une vieille chaîne usée, déjà +plus ou moins transformée en ride de pénéplaine. + +[Illustration : FIG. 31. — CHAINE DES BIBAN ET SIERRA DU HODNA. + +(Figure empruntée à Savornin, no 115.) + +La chaîne des Biban, et la Sierra du Hodna sont des chaînes distinctes, +parallèles et très différentes. Ces caractères ressortent d’un coup +d’œil sur la figure. + +Les Biban sont une vieille chaîne Pyrénéenne, usée par l’érosion, mais +non brisée par des mouvements orogéniques subséquents, elle est +rectiligne et très simple. + +La sierra du Hodna est une coulisse d’âge Alpin ; elle a un passé +beaucoup plus complexe, qui se devine déjà dans son dessin brisé.] + +_Sierra du Hodna._ — Il faut être reconnaissant à M. Savornin d’avoir +tracé de cette chaîne des Biban une silhouette si nette, si vivante et +si individuelle. Il nous décrit en outre le groupe des chaînons entre +les Biban et le Hodna. Ce groupe englobe le Titteri le Dira, le +Choukchott et le Mansourah, le Maadid, le Bou-Thaleb ; pour ne citer que +les éléments les plus importants ; sur la plaine du Hodna ils +représentent la muraille terminale du Tell. C’est elle que nous +appellerons sierra du Hodna. + +Sur la carte schématique dressée par M. Savornin[147] (fig. 31), entre +les deux coulisses voisines et parallèles le contraste ressort au +premier coup d’œil avec une netteté admirable ; la simplicité rectiligne +des Biban ; l’éparpillement confus des éléments dans la sierra du Hodna. + +La description géologique détaillée accuse ce contraste et en rend +compte. Dans ce que nous avons appelé sierra du Hodna, M. Savornin +retrouve les traces mélangées de plusieurs plissements d’âge et d’allure +très différents[148]. Il y a des dômes qui rappellent l’Atlas saharien, +et qui évoquent un socle continental faiblement ondulé. Ce sont de vieux +dômes cassés, effondrés, bousculés par de violents plissements +ultérieurs. Ces plissements violents qui ont amené des surrections +d’écailles, des chevauchements, intéressent les dépôts marins du +cartennien sous lesquels les dômes sont plus ou moins ennoyés. C’est que +nous sommes ici à la limite des deux grandes zones, socle continental +d’une part et géosynclinal de l’autre. Nous sommes aussi sur +l’emplacement exact du bras de mer cartennien, zone de plissements +récents intenses. + +Il ne saurait être question ici de suivre M. Savornin dans le détail de +ses descriptions, il suffit de dégager la physionomie d’ensemble. + +Il court donc au sud des Biban un chapelet de massifs à la structure +complexe desquels des roches relativement récentes participent. Parmi +ces roches les grès, par exemple, jouent un rôle important. Ces grès +sont medjaniens au Dira. Le Titteri, le Choukchott, le Mansourah ont des +crêtes extrêmes en grès cartenniens ; ces couches de grès cartennien ont +une épaisseur considérable, évaluée parfois à 400 mètres et elles +apparaissent dans les relations stratigraphiques les plus compliquées. +La sierra du Hodna, si nous convenons de lui donner ce nom, est donc +beaucoup plus jeune que la chaîne des Biban, elle est miocène, d’âge +alpin et non plus pyrénéen. + +Les formes topographiques accusent sa jeunesse attestée par sa +composition géologique. C’est aujourd’hui la sierra du Hodna, et non +plus la chaîne des Biban qui est ligne de partage des eaux. Les sommets +du Dira, du Choukchott, du Mansourah dépassent 1800 mètres. De là-haut +on voit les Biban écrasés à ses pieds, faisant figure de taupinière. Il +est tout à fait normal que la chaîne de beaucoup la plus jeune soit +aussi la moins usée et la plus pitonnante. + +Voici en somme le tableau d’ensemble que nous pouvons tracer à la suite +de M. Savornin. La chaîne des Biban fut pendant des âges la rive +septentrionale d’un bras de mer étroit et profond, qui courait à la +limite exacte du Tell et du socle continental. Au fond de ce +géosynclinal instable les forces orogéniques restaient actives. Elles +amènent, à la fin du cartennien, la surrection d’une sierra toute +fraîche. Cette sierra a pris la place exacte du bras de mer, par cette +inversion du relief qui est précisément la caractéristique des +géosynclinaux. + +Il ne saurait être question d’imaginer que la surrection d’une pareille +chaîne alpine, dans le voisinage immédiat n’ait pas eu de répercussion +sur les Biban préexistants. Assurément la vieille chaîne a rejoué +fortement. Pourtant elle a tenu le coup, tout compte fait ; elle est +restée elle-même ; par sa structure et son modelé, elle s’affirme +pyrénéenne. + +Voilà donc dans l’Atlas tellien, deux chaînes, celle des Biban et la +sierra du Hodna, qui courent parallèlement à quelques kilomètres l’une +de l’autre, d’apparence fraternellement symétrique. On pourrait les +croire, au premier abord, deux éléments identiques du même ensemble +montagneux. Or, quand on y regarde de plus près, elles se révèlent comme +n’ayant aucune espèce de rapport. Elles ne sont pas du même âge du tout, +elles ont été plissées chacune à part, à des époques extrêmement +éloignées ; la plus ancienne est le môle résistant dont la compression a +imposé sa direction à la plus récente. + +_Conclusions._ — A propos de cet exemple concret on touche du doigt une +évidence très intéressante. L’Atlas tellien comparé au saharien ne s’en +distingue pas seulement par l’énergie bien plus grande des plissements. +Il s’en distingue aussi par l’absence d’un plan général unique. Au +rebours de l’Atlas saharien, le tellien n’a pas été plissé d’un coup, +les forces orogéniques s’y sont, pour l’édifier, reprises à plusieurs +fois. Le dessin général de l’Atlas saharien est d’âge pyrénéen[149], les +poussées ultérieures n’ont fait qu’accentuer les traits sans les +brouiller. Mais dans l’édifice tellien les géologues reconnaissent des +compartiments juxtaposés, où tout diffère, la structure, le modelé, et +par-dessus tout l’âge : des compartiments pyrénéens et d’autres alpins. +L’Atlas tellien est un habit d’Arlequin. + +C’est de toute évidence une énorme difficulté quand on essaie de +concevoir une description générale de l’Atlas tellien. + + +[Note 139 : No 115.] + +[Note 140 : No 22, p. 351, nos 107, 108, 45, 46.] + +[Note 141 : No 115, p. 418.] + +[Note 142 : No 115, p. 418.] + +[Note 143 : No 113 et no 115, p. 419.] + +[Note 144 : No 38 (Ficheur).] + +[Note 145 : No 8, feuille 14.] + +[Note 146 : No 109, p. 285.] + +[Note 147 : No 115, p. 40, fig. 2.] + +[Note 148 : No 105, 7, feuille de Mansourah, nos 104, 109, 110, 115, p. +397 et suiv.] + +[Note 149 : No 115, p. 426.] + + + + + CHAPITRE III + + LE FAISCEAU DES PLIS + + +La question se pose maintenant s’il faut continuer dans cette voie, +essayer de disséquer fibre à fibre les plissements de l’Atlas tellien, +comme on a cherché à le faire pour quelques cas particulièrement nets et +intéressants, la sierra des Kabylies, la chaîne des Biban, la sierra du +Hodna. + +Cette tentative ne serait pas nouvelle ; elle a été faite avec la +collaboration de l’homme qui était le plus qualifié pour l’oser, M. +Ficheur[150]. Avec le travail de M. Ficheur sous les yeux, on peut +tracer sur une carte schématique les coulisses de l’Atlas, chacune avec +sa longueur et sa direction. On obtient un faisceau de traits plus ou +moins parallèles, qui se suivent ou se relaient. Leur dessin général +parle à l’imagination et permet de se représenter les directions des +forces plissantes depuis que le géosynclinal existe. + +Seulement, il ne faut pas se dissimuler que ce schéma, nécessairement, +est plus ou moins faux. Il additionne des quantités qui ne sont pas de +même ordre, il groupe ensemble, sans crier gare, des accidents qui +n’appartiennent pas du tout à la même catégorie. + +On a déjà dit que le travail de M. Ficheur énumère dans un même +enchaînement, sous des numéros successifs, 1, 2, 3, des éléments aussi +peu comparables que les causses de Tlemcen et de Saïda d’une part, et la +sierra du Hodna de l’autre. + +Un autre exemple fera peut être saisir mieux encore la pensée. Il est +indéniable que par-dessus le plateau de Médéa, la vallée de la Soummam +prolonge en direction le Chéliff. Mais quoi : accordera-t-on qu’on +puisse, sous ce prétexte, les mettre dans une même catégorie ? Tout les +oppose. La Soummam est couverte d’une immense épaisseur de dépôts +continentaux qui remontent à l’oligocène. Les humanités contrastent +entre elles comme les pays. La Soummam est kabyle. Le Chéliff participe +déjà de la vie des steppes. Orléansville et Bougie sont des mondes +différents. Le long de la ligne Chéliff, plateau de Médéa, Soummam, +aucune route n’a jamais passé à travers toute la série des siècles. A +insister sur le lien de direction qui unit ces deux vallées ne risque-t- +on pas de voiler leur dissemblance essentielle ? + +Ces exemples concrets suffisent peut-être à faire ressortir les dangers +de la méthode. + +Pour éclairer la question avec une comparaison, rappelons que, dans nos +Alpes françaises, auxquelles nous ramènent nos habitudes d’esprit, +quelle que soit l’importance des vallées transversales, ce sont peut- +être les accidents longitudinaux qui attirent l’attention davantage. A +tout le moins ce système de vallées longitudinales (Durance, Buech, +Drac, Isère), qui court parallèlement au Rhône à travers toute la +chaîne, et qui l’articule, séparant deux mondes, les Préalpes calcaires +et les Alpes proprement dites, avec leurs noyaux archéens. +Instinctivement nous cherchons l’équivalent dans l’Atlas algérien et +nous ne le trouvons pas. + +Les Alpes et l’Atlas appartiennent au même système de chaînes +périméditerranéennes. Mais elles semblent avoir chacune son originalité. + +Cet empilement de nappes qui joue un si grand rôle dans les Alpes paraît +en jouer un beaucoup plus humble dans l’Atlas, sous réserves de +démonstrations qui n’ont pas encore été convaincantes. + +Il ne semble pas que rien dans les Alpes rappelle cette juxtaposition en +cases de damier de compartiments d’âge, de structure et de modèle +différents, les uns pyrénéens par exemple et les autres alpins. +L’histoire de l’Atlas, telle qu’on l’entrevoit dans les cartes +paléogéographiques, est une histoire d’écroulements partiels au fond de +la mer, et de reconstitutions, de refontes, de résurrections par grands +lambeaux. On a déjà vu, on verra encore dans les chapitres suivants que +l’Atlas est plein de retouches, de disparates et de raccords. Mais les +Alpes, au contraire, comme l’Atlas saharien, ont bien l’air d’avoir été +bâties d’un seul jet, sur un plan général simple. + +Quoi qu’il en soit, le temps pourra venir, après beaucoup de +monographies nouvelles, où il sera possible d’esquisser le dessin +général du plissement tellien. Mais on s’imagine que ce temps est encore +éloigné. On ne se croit pas en tout cas de taille à entreprendre une +pareille tâche. + +Faut-il donc renoncer à toute description de l’Atlas tellien ? On pense +au contraire qu’il est possible d’obtenir des résultats intéressants +avec une autre méthode que l’analyse et l’énumération bout à bout des +plissements longitudinaux. On veut attirer l’attention sur les grandes +divisions transversales. Par cette méthode on ne désespère pas de +débrouiller un peu le chaos, en serrant d’assez près la réalité. + + +[Note 150 : No 22.] + + + + + LIVRE V + + LES TRANSVERSALES DU TELL + + * * * * * + + CHAPITRE I + + DE PART ET D’AUTRE DE MÉDÉA + + +On a longuement parlé déjà du grand accident nord-sud qui se suit depuis +le Hoggar, par Laghouat jusqu’au plateau de Médéa, coupant l’Atlas +algérien à peu près en son milieu, transversalement à l’orientation +générale de la chaîne. C’est cet accident qu’on a appelé la grande +dorsale Laghouat-Médéa. + +On a longuement insisté sur ce chapelet de capitales actuelles ou +défuntes, de forteresses et de marchés, qui jalonnent le passage de +cette dorsale à travers le Tell, Achir, Cherchell, Alger, Miliana, Médéa +(fig. 5). + +On a dit en gros que cette dorsale et ce chapelet séparaient deux Tells +très contrastés l’oriental et l’occidental. + +Il est universellement admis en effet que le Tell se divise +transversalement en deux parties à l’est et à l’ouest d’Alger. Cette +grande division est si naturelle qu’elle se reflète dans les réseaux de +chemin de fer. L’Algérie essentiellement a deux grands réseaux, le +P.-L.-M. qui dessert Alger-Oran, l’Est-État (ancien Est-Algérien) qui +dessert Alger-Constantine. Ces deux grandes branches se raccordent +exactement à Alger. Le guide Joanne en conséquence a été publié en deux +sections distinctes, brochées à part, et séparables à la rigueur malgré +leur reliure commune, Algérie occidentale et Algérie orientale. L’idée +est familière à tout le monde. Le classement administratif en trois +départements ne fait pas oublier la distinction touristique et +économique entre les deux grandes régions. + +La série des cartes paléogéographiques nous a permis de constater +combien cette distinction remonte loin dans le passé (fig. 9, 10, 11). + +Dès l’oligocène, mais surtout à partir du miocène, le Tell oriental et +l’occidental accusent, par rapport au bras de mer algérien des tendances +inverses, l’un à l’émersion et l’autre à l’immersion. De part et d’autre +de la grande dorsale, les deux Tells ont été deux compartiments +distincts dont l’un s’est effondré par rapport à l’autre, ou l’autre +exhaussé par rapport à l’un, ce qui revient naturellement au même. + +Ces mouvements inverses ont des conséquences considérables qu’il faut +souligner. On les énumérera d’abord dans le Tell oriental. + +_Tell oriental._ — La plupart des coulisses de l’Atlas tellien que nous +avons déjà étudiées se trouvent appartenir au Tell oriental. La sierra +des Kabylies, comme d’ailleurs les massifs anciens kabyles, la chaîne +des Biban, la sierra du Hodna. Il suffit donc de résumer ce qui a déjà +été dit. + +A l’exception unique de cette dernière chaîne, la sierra du Hodna, le +Tell oriental est un faisceau de plis pyrénéens, encore reconnaissables, +au front duquel des lambeaux importants de Tyrrhénide sont restés +accolés. + +La plus grande partie du Tell oriental est émergée depuis le début de +l’oligocène ; elle l’est restée sans interruption ; un climat désertique +ou steppien y a favorisé la persistance de bassins fermés pendant la +plus grande partie de cette longue durée. Aussi est elle encroûtée de +dépôts continentaux sur d’immenses espaces. + +On connaît déjà le développement des dépôts de ruissellement oligocènes +autour des Biban (fig. 30). Au sud des Biban, bien entendu, sur +l’emplacement de la chaîne du Hodna, les poudingues oligocènes ont été +pour une bonne part enfouis au fond du bras de mer cartennien, +recouverts de sédiments marins, emballés avec eux dans le plissement et +la surrection de la chaîne. Au nord en revanche, dans la plaine des +Béni-Sliman, dans la vallée du Sahel et de la Soummam jusqu’à Bougie, le +bloc des dépôts continentaux n’a pas été trop dérangé : il est encore là +puissant, continu et massif, largement étalé entre la chaîne des Biban +et le Djurdjura, comme un coup d’œil sur la carte géologique au 800000e +permet de le constater. Notez que l’âge oligocène (aquitanien) de ces +dépôts vient d’être affirmé de nouveau par Savornin avec des preuves à +l’appui qui semblent décisives[151]. + +La même carte géologique au 800000e accuse une autre tache extrêmement +étendue d’oligocène en plein Tell oriental, dans la cuvette de Mila, +entre les monts de Constantine et la chaîne de Numidie. Ici on sait déjà +qu’il faut réduire la part de l’oligocène au bénéfice du pontien. Mais +ce sont des dépôts continentaux, qu’ils soient d’âge oligocène, pontien, +ou pliocène. + +Le grand public ne sait pas que le Tell oriental est encroûté de dépôts +continentaux ; il ne sait pas non plus que ses chaînes sont le plus +souvent contemporaines des Pyrénées et non pas des Alpes. Il fait +pourtant très bien la différence avec le Tell occidental. L’opinion +commune se résume en un membre de phrase : à l’est d’Alger le Tell est +bien plus pittoresque qu’à l’ouest ; l’Algérie des Kabylies et de +Constantine est par excellence le pays du tourisme. + +Si on analyse cette opinion commune voici à peu près ce qu’on trouve. Le +Tell oriental est beaucoup plus élevé que l’occidental, non pas tant par +l’altitude de quelques-uns de ses sommets. Il est vrai que ceux du +Djurdjura n’ont pas de rivaux à l’ouest, mais ils n’en n’ont pas non +plus dans le reste du Tell oriental. Le Djurdjura mis à part, où +l’altitude atteint 2300 mètres, les plus hauts sommets du Tell tout +entier restent au-dessous de 2000 et même 1900 mètres (Ouarsenis et +Zaccar dans l’ouest, Dira, Choukchott, Mansoura dans l’est). + +Ce par quoi le Tell oriental l’emporte de beaucoup sur l’autre c’est son +altitude moyenne. Elle est à peu près double. + +Les Kabylies sont des massifs archéens, la chaîne des Biban est très +usée, proche de la pénéplaine. Le Tell oriental, dont elles sont des +parties, participe de leurs caractères, ce n’est pas un faisceau de +sierras pitonnantes ; c’est un massif, jusqu’au bord de mer où il +s’abaisse d’un coup. Ses beautés naturelles célèbres, le Djurdjura mis à +part encore une fois, sont des gorges profondément entaillées, celles +des Biban, celles de Kerrata (route de Sétif à Bougie), ou bien de +magnifiques côtes abruptes (Bougie, route de Bougie à Djidjelli, +voisinage de Philippeville et de Bône). Le pèlerinage de touristes le +plus fréquenté de la région, la ville même de Constantine, la ville +aérienne où « ce sont les hommes qui fientent sur les corbeaux », est un +bout de plateau découpé par le Rummel ; et ces fameuses gorges du +Rummel, si souvent reproduites, sont un chapelet d’avens en train +d’évoluer vers le cañon. + +On retrouve partout ces mêmes caractères : un massif dont le relief déjà +usé a été rajeuni par une érosion active, conséquence d’un abaissement +récent et considérable du niveau de base. + +Notez que cette puissante altitude massive a un lien évident avec la +pluviosité, et par conséquent avec le manteau des forêts. + +Tout cela s’accorde exactement avec la donnée essentielle du problème. +Le Tell oriental est un vieux compartiment de l’Atlas algérien +anciennement exondé, et surhaussé. + +Le Tell occidental est assez exactement l’inverse. + +_Tell occidental._ — On sait déjà, et on vérifiera d’un coup d’œil jeté +sur les plus récentes des cartes paléogéographiques, que le Tell +occidental est la seule partie de l’Algérie, où toutes les mers du +tertiaire supérieur, depuis le cartennien jusqu’au pliocène inclus, +aient séjourné sur de grandes étendues (fig. 10 et 11). + +Des dépôts tertiaires continentaux comme ceux du Tell oriental, se +retrouvent aussi dans le Tell occidental, mais à titre de traces +théoriquement intéressantes[152]. Ce qu’on a presque partout sous les +pieds, sur des superficies immenses, c’est tout au contraire des dépôts +marins de ces mêmes étages tertiaires qui ne sont représentés à l’est +que par des dépôts continentaux. + +Et par exemple au même étage miocène supérieur les géologues ont donné +le nom de pontien lorsqu’il est représenté par des dépôts continentaux, +et de sahélien lorsque les dépôts sont marins. Le nom de pontien vient +des plaines avoisinant la mer Noire (Pont-Euxin) ; celui de sahélien +vient des Sahels d’Alger et d’Oran. + +Tandis que l’Algérie occidentale est sahélienne, l’orientale est +pontienne. + +On entend bien ce que cela implique. L’exondation de l’Algérie +occidentale hors des mers sahélienne, cartennienne, helvétienne, et +pliocène s’est accompagnée de plissements contemporains des plissements +alpins. Peut-être faudrait-il les qualifier de post-alpins ? Nous voilà +loin de l’Algérie orientale avec ses plis pyrénéens. + +On entend bien qu’en Algérie orientale des plis d’âge pyrénéen sont bien +loin d’être inconnus. L’Ouarsenis ressort déjà très nettement en +presqu’île sur la carte du bras de mer suessonien (fig. 8). Le bras de +mer cartennien apparaît semé d’îles qui correspondent à l’Ouarsenis, au +Zaccar, aux Béni-Chougran (nord de Mascara), au Tessala (nord de Sidi- +bel-Abbès), aux Traras (sud de Nemours) (fig. 10). Les noyaux anciens +des Sahels d’Oran et d’Arzew émergent aussi de la mer cartenniene. Ces +îles ou presqu’îles ont échappé à l’immersion pendant toute la durée du +miocène et du pliocène. + +Elles n’ont pas été recouvertes par la mer Helvétienne (miocène moyen), +qui est, en Algérie occidentale, transgressive ; la plus étendue de +toutes les mers miocènes[153]. + +Dans les noyaux anciens des Sahels oranais des schistes avec traces +charbonneuses ont été identifiés par M. Dalloni avec le houiller du +Djurdjura et de la chaîne numidique, et il se présente ici comme là dans +les mêmes relations avec les calcaires liasiques[154]. Que les Pyrénées +du Tell oriental se retrouvent dans l’occidental ce n’est certes pas +niable ; seulement elles n’y sont plus représentées aujourd’hui que par +des fragments discontinus, enchâssés dans des plissements alpins. Tout +le reste de l’édifice pyrénéen s’est abîmé au fond de la mer miocène et +pliocène, mer profonde, géosynclinal instable. Il y a été remanié, +refondu, réédifié à neuf. + +On ne doute pas d’autre part que le Tell tout entier, l’oriental aussi +bien que l’occidental, n’ait subi intégralement, avec une égale +intensité, la violente poussée d’âge alpin. Mais si mal connus que +soient, dans les profondeurs de l’écorce terrestre, les effets des +poussées orogéniques, il est bien clair que les effets ne peuvent pas +être les mêmes sur une masse continentale et sur le fond d’une mer +profonde. + +En somme, ces deux compartiments du Tell ont eu depuis le miocène une +histoire géologique différente ; ce grand fait, tout à fait certain, +suffit à rendre un compte général de leur originalité. + +Il reste à montrer dans le détail en quoi elle consiste. + + +[Note 151 : No 115, p. 330.] + +[Note 152 : No 31.] + +[Note 153 : No 30.] + +[Note 154 : Nos 31 A et 31 B.] + + + + + CHAPITRE II + + LA MITIDJA + + +Un coup d’œil sur la carte montre que l’Atlas tellien occidental est +articulé par le chapelet des plaines sublittorales, Mitidja, Chéliff, +plaines oranaises. Ce trait si particulier est la caractéristique +essentielle. + +Pour en rendre compte on analysera d’abord la Mitidja. C’est qu’elle est +aux portes d’Alger, elle a été beaucoup mieux étudiée, il est plus aisé +de la voir nettement (fig. 32). + +Il faut rappeler que c’est une plaine d’alluvions récentes et +quaternaires, séparée de la mer toute voisine par une ligne de collines, +qu’on appelle le Sahel. La Mitidja est encadrée entre le Sahel d’Alger +et l’Atlas de Blidah. + +Concernant leurs relations mutuelles un certain nombre de faits très +curieux sont parfaitement établis. + +Et d’abord ces alluvions quaternaires de la Mitidja, des sondages +dirigés par l’ingénieur Ville, alors directeur de la carte géologique, +en ont établi la puissance qui est d’environ 200 mètres[155]. + +Elle est certainement étonnante. Le creux de la Mitidja masqué, remblayé +sur une épaisseur pareille par les alluvions, est donc bien plus +important qu’on ne l’aurait supposé. Cela rend plus surprenant un autre +fait authentiquement établi. + +En maint endroit du Sahel les géologues ont relevé l’existence +d’alluvions anciennes, très caillouteuses, dont les éléments, les +graviers, sont venus de l’Atlas. Ces cailloutis juchés sur le dos du +Sahel, sont aujourd’hui séparés de l’Atlas, leur lieu d’origine, par le +large fossé de la Mitidja, au sujet duquel il faut donc conclure qu’il +s’est creusé récemment, postérieurement au dépôt du cailloutis. Or ce +cailloutis est parfaitement daté. La carte géologique lui affecte +l’indice P1 _a_, et le classe dans le pliocène supérieur[156]. + +Le général de Lamothe pense que le « transport en a commencé très +probablement avec la fin du pliocène ancien[157] ». + +[Illustration : FIG. 32. — LE SAHEL ET LA BAIE D’ALGER. + +(Carton découpé dans le 200000e du _Service géographique_.) + +La figure doit servir d’illustration à deux chapitres du livre V, les +chapitres II et VI. + +Sahel d’Alger (chap. II). — Le Sahel d’Alger, sur de grandes étendues +est couvert d’un cailloutis que les géologues ont appelé formation +d’Ouled-Fayet, parce qu’elle est mieux représentée qu’ailleurs au +village de ce nom. Cette formation est composée de cailloux roulés +empruntés aux roches de l’Atlas, et elle repose sur le pliocène marin. — +Aujourd’hui le Sahel est séparé de l’Atlas par le fossé large et profond +de la Mitidja. — A une époque aussi rapprochée de nous que la fin du +pliocène il faut admettre que la Mitidja n’existait pas, puisque les +torrents de l’Atlas roulaient leurs galets jusqu’à Ouled-Fayet. Le cours +inférieur de l’oued Mazafran, encaissé de 200 mètres dans les gorges de +Koléa porte le même témoignage. Cette vallée antécédente n’a pu être +dessinée qu’à une époque antérieure à l’existence de la Mitidja. + +Baie d’Alger (chap. VI). — Baie en faucille du type courant sur toute la +côte. Le cap Matifou, le Bouzaréa, le pointe extrême de Sidi-Ferruch +sont trois pointements de schistes cristallins (lambeaux de la +Tyrrhénide) ? Le dessin actuel de la côte est apparenté aux courbes +bathymétriques par sa simplicité. Quoiqu’il y ait des dépôts +d’atterrissements dans les coins abrités (dunes de Fort-de-l’eau, +tombolo de Sidi-Ferruch), l’allure des courbes bathymétriques entre les +cornes du croissant atteste la morsure progressive de la mer.] + +Ces cailloutis, ruisselés de l’Atlas, sont abondants surtout au-dessus +de la trappe de Staouéli, auprès des villages d’Ouled-Fayet et de Saint- +Ferdinand (fig. 32). Ils y constituent une nappe alluvionnaire +importante presque d’un seul tenant. On peut imaginer que là se trouvait +l’embouchure dans la mer d’un oued pliocène, l’oued de Saint-Ferdinand +si l’on veut, qui descendait de l’Atlas par une pente alors continue. +Cette pente a été détruite par des mouvements orogéniques, ayant +effondré la Mitidja. Et ces bouleversements sont donc survenus à la fin +du pliocène, voire au début du quaternaire. + +Ce sont là des données dont nous sommes redevables aux géologues. Voici +dans le même ordre d’idées un fait géographique, un détail de modelé, +sur lequel l’attention n’a pas été attirée. + +_L’oued Mazafran._ — La Mitidja (fig. 32) qui est une cuvette synclinale +allongée entre l’Atlas et le Sahel, n’est pas drainée dans le sens de sa +longueur. Les points les plus bas de la plaine sont au nord au pied du +Sahel. Il serait naturel que cette dépression fût suivie d’un bout à +l’autre par une rivière maîtresse. Il n’en est rien, la dépression au +pied du Sahel est justement la partie de la plaine qui est la plus mal +drainée. On y trouve un chapelet de marécages, qui ne sont pas reliés +entre eux. Le grand pli, constitué par le groupe Atlas-Mitidja-Sahel, +est coupé transversalement par des vallées indépendantes les unes des +autres, celles des oueds Chiffa, Harrach, Hamiz. Ces oueds jaillissent +de l’Atlas, et, la Mitidja franchie, il percent, pour arriver à la mer +l’obstacle du Sahel, sans hésitation, presque sans infléchissement, +dédaigneux de la voie naturelle et facile que leur offrirait la +dépression marécageuse. + +Le plus surprenant de ces trois oueds est la Chiffa, qui porte en +arrivant à la mer le nom de Mazafran. + +Les collines du Sahel au point où le Mazafran les franchit, à côté de +Koléa, sont un obstacle très sérieux. La rivière a dû s’y creuser des +gorges à pic où elle s’est encaissée d’environ 200 mètres ; et ces +gorges, _nota bene_, dessinent des méandres (fig. 32). + +Les rivières de ce type, qui semblent avoir préféré une rude tâche +perforatrice à travers le roc à un chemin facile et tout ouvert, on les +a parfois appelées héroïques. Dans les traités de géographie physique +elles sont classées plus précisément sous la dénomination de rivières +« antécédentes », car elles sont fréquentes, étudiées et connues[158]. +Elles avaient dessiné leur tracé, méandres compris, à une époque où +l’obstacle montagneux n’avait pas encore surgi. Elles ont pu conserver +leur orientation et leur direction à travers la région soulevée. + +Les méandres encaissés du Mazafran nous reportent donc à une époque où +la Mitidja ne s’était pas encore creusée entre le Sahel et l’Atlas. + +Or le Sahel de Koléa c’est du pliocène marin ; c’est dans des grès +pliocènes, bien datés par leurs fossiles, que les gorges du Mazafran +sont creusées. + +Le modelé des vallées, comme les données géologiques, tout porte donc le +même témoignage : à une époque aussi rapprochée de nous que le pliocène +supérieur et le quaternaire des mouvements orogéniques importants ont +donné naissance à la Mitidja et au Sahel d’Alger. + +Les formes actuelles du terrain sont d’une jeunesse extrême, elles sont +d’hier, on pourrait presque dire d’aujourd’hui. + + +[Note 155 : No 122.] + +[Note 156 : No 7, feuille Alger _bis_. P1 _a_, dépôt caillouteux des +Ouled-Fayet.] + +[Note 157 : Nos 79 et 80.] + +[Note 158 : Par exemple, no 82, p. 564.] + + + + + CHAPITRE III + + LES PLAINES ORANAISES + + +Si nous jetons maintenant un coup d’œil sur les plaines oranaises, à +l’extrémité opposée du chapelet des plaines sublittorales, nous y +observerons un groupe de faits précis qui conduisent à des conclusions +identiques (fig. 29). + +C’est là, en particulier dans la plaine de la Macta, que les mers +miocène et pliocène atteignaient leur maximum de largeur et de +profondeur. Et c’est là que les plis alpins ou post-alpins ont atteint +leur maximum de puissance. + +Voici un détail qui le fait ressortir. + +Cherb-er-Riah (le mont Ventoux, littéralement la lèvre du vent), c’est +le nom que porte le point culminant de l’Atlas au-dessus de Mascara, par +910 mètres d’altitude ; or Cherb-er-Riah est constitué par du pliocène +marin. Nulle part ailleurs en Algérie on ne le trouve à de pareilles +altitudes et à une telle distance de la côte, 50 kilomètres à vol +d’oiseau. Auprès d’Alger, par exemple, où ce même pliocène marin tient +une place importante, les lambeaux les plus éloignés, auprès de Rivet, +sont à une douzaine de kilomètres du rivage, et les plus élevés, dans le +Sahel, ne dépassent guère la cote 250. Sur la limite de la plaine +oranaise et de l’Atlas, entre Perrégaux et Saint-Denis-du-Sig, c’est-à- +dire au cœur même de la région qui nous intéresse, non seulement le +pliocène ancien marin, mais même le pliocène récent continental se +présentent redressés verticalement[159]. En somme, dans ce coin de +l’Algérie, depuis la fin du pliocène, une dénivellation d’un millier de +mètres, et la surrection du fond de la Méditerranée d’une coulisse de +l’Atlas sont des phénomènes parfaitement et anciennement établis du +consensus universel des géologues. Les phénomènes observés sont les +mêmes que dans la Mitidja, ils sont affectés simplement d’un coefficient +plus élevé, parce que nous sommes ici dans la partie la plus large, la +plus profonde et la plus instable du même géosynclinal occidental +néogène. + +Voilà qui pourrait déjà suffire, sans qu’il soit nécessaire d’ajouter +quoi que ce soit. Mais il faut montrer comment cette jeunesse de la +plaine a sa répercussion sur son hydrographie et son modelé. + +_Hydrographie de la plaine._ — Qu’on jette un coup d’œil sur la carte +des plaines sublittorales à l’ouest du Chéliff. Elle est très curieuse +par l’inexistence du drainage (fig. 29). + +Les deux seuls grands oueds que l’Atlas déverse dans la plaine sont le +Sig et l’Habra (dont la réunion constitue la Macta). + +L’un sort des montagnes à Saint-Denis, l’autre à Perrégaux ; à partir de +là, dès qu’ils s’engagent dans la plaine ils n’ont plus de lit, ils se +perdent et s’étalent dans une zone d’épandage. On les voit se prolonger +sur la carte par des « endiguements » rectilignes, dont l’allure +géométrique et le nom montrent l’origine humaine et artificielle. Cette +zone d’épandage, commune au Sig et à l’Habra, dans sa partie la plus +creuse, s’appelle marais de la Macta. C’est au delà seulement, vers le +pont de la Macta, à 1500 mètres de la mer, qu’un lit fluvial +s’individualise de nouveau à travers l’obstacle des dunes côtières. + +La rupture du barrage des Cheurfa, en 1885, a suffi pour substituer aux +anciens endiguements un lit nouveau tout à fait aberrant, qui a donc +exactement vingt-cinq ans d’existence[160]. + +La totalité des plaines oranaises est à ce régime-là. + +Depuis l’embouchure du Chéliff jusqu’à celle du Rio Salado, qui coule à +l’extrémité occidentale des plaines et qui leur est déjà étranger, sur +une distance totale d’environ 150 kilomètres, il en est partout de même. +Aucune rivière n’arrive à traverser la plaine dans un lit nettement +individualisé. + +Toutes, le Tlélat par exemple, l’oued el-Tine, finissent dans des zones +d’épandage. + +Entre les marais de l’oued el-Tine, qui est à l’est de Relizane, et la +sebkha d’Oran, qui est à l’ouest de la ville, on rencontre +d’innombrables cuvettes sans écoulement, où l’eau s’étale en hiver, et +disparaît en été plus ou moins complètement. On les appelle _sebkhas_ +lorsque l’eau est salée, _dayas_ lorsqu’elle est douce (Dayat Oum- +Rebiaz, où se jette le Tlélat ; Dayat-Morselli, aux portes d’Oran[161]. +Les dimensions varient extrêmement, depuis des mares anonymes et +insignifiantes, jusqu’à la sebkha d’Oran, qui a 40 kilomètres le long de +son grand axe. Les modalités varient aussi. Entre les types nettement +tranchés il y a des nuances de transition : marais, marigots qui font +anévrisme le long d’un oued (l’oued el-Tine, par exemple) ; étendues non +délimitées, sur lesquelles le cartographe écrit des mentions vagues, +dans le genre de celle-ci : « partie inondée en hiver ; terrains +impraticables après les pluies[162] ». + +On retrouve bien dans les autres plaines sublittorales une tendance à +semblable régime hydrographique. La vallée du Chéliff a la sebkha de +Bou-Zian, celle de Clinchant. La Mitidja, son chapelet de marais, parmi +lesquels le lac Halloula, voisin du tombeau de la Chrétienne, a une +sorte de célébrité littéraire[163]. Mais après tout dans la vallée du +Chéliff et la Mitidja le drainage naturel est à peu près organisé. Il +n’est même pas ébauché dans toute l’étendue de ces grandes plaines +oranaises. Et je crois bien que cela leur fait une originalité. + +Sur cette originalité l’attention, que je sache, n’a jamais été +attirée[164]. Il me semble qu’on voit assez bien pourquoi. Le régime des +bassins fermés n’a rien d’extraordinaire en Algérie, il est normal sur +les Hauts Plateaux. Pour dénommer les cuvettes sans écoulement de +l’Oranie, les indigènes n’ont eu qu’à emprunter les mots familiers de +Sebkha et de Daya à l’onomastique des steppes. L’Oranie, il est vrai, ne +fait pas partie de la steppe ; elle est bien certainement englobée dans +le Tell agricole. Pourtant elle en est la partie la plus sèche. Les +moyennes annuelles de pluies ne laissent pas de doute là-dessus, non +plus que l’aspect du pays : sur le plateau de Mostaganem il existe de +véritables petites dunes continentales : des plantes steppiennes comme +l’halfa descendent ici jusqu’au voisinage de la mer. L’existence de +sebkhas et de dayas a donc pu paraître un autre stigmate désertique, ne +réclamant point d’explication particulière. + +Si pourtant on ne veut pas se contenter d’apparences, et s’arrêter à une +impression superficielle, il faut pousser plus loin l’analyse. + +Au désert la Sebkha d’origine climatique est le point le plus bas d’un +bassin fermé, où l’eau à bout de course, ne peut disparaître que par +évaporation, en déposant ses résidus chimiques. Les dayas sont d’eau +douce, parce que, à défaut d’effluents visibles, elles en ont de +cachés ; elles sont un anévrisme superficiel de la circulation +souterraine. Au rebours des sebkhas, elles ne sont nullement pour les +eaux un point d’aboutissement, mais un lieu de passage. Apparemment il +n’y a pas dans le Tell oranais une seule sebkha véritable, d’origine +climatique ; ces multiples lacs salés, alternant avec des lacs d’eau +douce, dans la même grande plaine d’alluvions, ne peuvent pas être, +chacun pour son compte, autant de petits bassins fermés ; tout cela doit +être relié souterrainement par des nappes qui ont leur écoulement. + +Nous sommes dans un pays où il arrive à l’eau courante aussi d’être +salée : (Rio Salado, ce qui est la traduction espagnole de l’arabe oued +el-Melah, si fréquent dans toute l’Algérie). Dans le Tell, la salure des +eaux est en relation notoire avec les affleurements triasiques. Les +géologues admettent que, dans la plaine oranaise, les sebkhas décèlent +en surface la présence de pointements triasiques à une profondeur plus +ou moins faible. + +Le trias algérien, abondant en sel, en gypse, en substances solubles, +est souvent caverneux, d’une richesse extraordinaire en avens, un +terrain de choix pour la circulation souterraine. Sur les cartes +détaillées au 50000e de la région oranaise, on voit, en effet, des +cuvettes brusques et profondes, qui ont tout à fait l’allure d’avens +obstrués : sur la feuille 153 (Oran), par exemple, au nord-est d’Arcole, +un trou brusque, vaguement circulaire, à bords déchiquetés, de 1 +kilomètre de diamètre, profond de 50 mètres, et au fond duquel, sur des +alluvions, se trouve installée une ferme. Sur la même carte aux portes +d’Oran, la dayat Morselli, ou « petit lac », paraît bien avoir le même +caractère ; elle est encaissée au fond d’un trou bien net. + +Dans toute la région on peut admettre que la présence d’un sous-sol +triasique, soluble, caverneux et instable, a pour conséquence, non +seulement la salure des eaux, mais encore l’allure générale de +l’hydrographie superficielle. Malgré la différence des terrains il y +aurait quelque analogie entre cette hydrographie et celle dont le karst +illyrien a fourni le type classique. + +Cette explication est celle des géologues, encore bien qu’aucun d’eux, +je crois, ne l’ait formulée nulle part ; mais elle se devine aisément à +la lecture de leurs cartes, et ils la développent volontiers en +conversation. En tout état de cause, elle conservera sa valeur, au moins +partiellement ; mais elle me paraît insuffisante. + +Les plaines oranaises sont, par l’intermédiaire de la plaine du Chéliff +un prolongement de la Mitidja, c’est le même ensemble des plaines +sublittorales de l’Algérie occidentale. Nous savons par les géologues +qu’il est édifié tout entier sur le même plan. Entre la Mitidja et les +plaines oranaises la différence est dans le degré d’intensité, mais +l’âge du plissement est le même, étonnamment récent. Qu’à une surrection +toute récente hors des eaux de la mer corresponde une hydrographie +indécise, et que cette indécision soit plus marquée justement là où le +bloc exondé est de superficie plus importante, quoi de plus naturel. +L’hydrographie est inachevée parce qu’elle est jeune, les rivières n’ont +pas eu le temps de s’individualiser. + +Ces plaines oranaises, parsemées de sebkhas et de dayas, s’expliquent +par une convergence de causes diverses. Comme tous les phénomènes +naturels celui-ci est complexe. Il ne faut assurément pas oublier la +sécheresse du climat. Il faut faire la part du trias qui a favorisé la +circulation souterraine des eaux. Mais une part importante dans +l’explication du phénomène, et probablement la part la plus +considérable, revient à l’extrême jeunesse du régime fluvial. En +d’autres pays, comme la Finlande ou le Canada, cette extrême jeunesse a +les mêmes conséquences qu’en Oranie ; engorgement du réseau, écoulement +difficile des eaux stagnantes, chapelets et archipels d’étangs et de +lacs. Tout cela _mutatis mutandis_, bien entendu, et pourvu qu’on ne +perde pas de vue les énormes différences de climat et de sol. + + +[Note 159 : La carte géologique au 800000e serait déjà une référence +suffisante. On a beaucoup utilisé les renseignements oraux de M. +Ficheur. Voir no 47, p. 364.] + +[Note 160 : No 6, feuille Saint-Louis (154).] + +[Note 161 : Voir le sens de ces mots dans no 50, p. 11, pl. V.] + +[Note 162 : Par exemple : No 6, feuille Debrousseville (155).] + +[Note 163 : No 43, p. 250.] + +[Note 164 : Voir cependant 32 _bis_, p. 223-231, de Martonne.] + + + + + CHAPITRE IV + + LE SIG ET L’HABRA - L’ISSER ET L’OUED SAHEL + + +On espère avoir fait ressortir déjà, dans les grandes lignes, et à +propos de cas concrets, le contraste extrêmement marqué entre le Tell +oriental et le Tell occidental des plaines sublittorales. On obtient une +notation graphique de ce contraste en analysant les cours des principaux +oueds et en dessinant les courbes de leurs lits. + +Dans l’Algérie occidentale on prendra pour types le Sig et l’Habra. On +les étudiera non plus seulement dans leur embouchure commune en plaine +oranaise, mais dans l’ensemble de leur cours depuis les sources. + +_Sig et Habra._ — Cette incertitude du lit, qui est si marquée en +plaine, on la décèle aussi dans la montagne à l’examen attentif de la +carte. Elle apparaît, par exemple, dans le cas déterminé que voici. En +aval des Trembles, le lit actuel du Sig est beaucoup plus récent qu’en +amont ; on voit très bien l’ancien lit par Oued-Imbert et Saint-Lucien +(fig. 29) ; le chemin de fer l’utilise ; l’oued Imbert et l’oued Tlélat +y coulent aujourd’hui dos à dos. Il y a eu là un phénomène de capture, +signalé depuis longtemps par les géologues[165]. Avant cette capture il +est difficile de dire où les eaux du Sig allaient rejoindre la mer : il +se peut qu’elles aient rejoint dès cette époque les marais de la Macta. + +Mais il est très possible aussi qu’elles aient pris une direction +différente, celle de l’oued Tlélat, vers les salines d’Arzew ou la +sebkha d’Oran. Ainsi la seule inspection de la carte fait déjà ressortir +que le lit du Sig à travers l’Atlas a varié. + +Il faut y regarder de plus près. On a dressé des profils longitudinaux +du Sig et de l’Habra sur les principes qui ont été exposés au livre I +(fig. 33 et 34). + +Le Sig (oued Mekerra, source en amont de Ras-el-Ma) et l’Habra (oued +Aounet, oued Menoulane, source vers Daya-Bossuet) sont des oueds +jumeaux ; et, d’un coup d’œil sur leurs profils, on voit bien l’air de +famille. Les signes de jeunesse frappent immédiatement. + +[Illustration : FIG. 33. — LE SIG. + +_Explication des figures 33 à 37_ : + +Profils longitudinaux du Sig et de l’Habra (Tell occidental), du Sahel +et de l’Isser (Tell oriental). — Les premiers ont tous les caractères de +la jeunesse, et les seconds de la maturité. — C’est en parfait accord +avec les données géologiques. Le Tell occidental est une chaîne beaucoup +plus jeune (Alpine ?) que le Tell Oriental (Pyrénéen).] + +Dans le profil de l’Habra (fig. 34) la pente est la même (5 p. 1000) +entre les cotes 50 et 100 (région de Perrégaux) et entre les cotes +1050-1100 (région de Bossuet). Si l’on fait abstraction des marais de la +Macta, la section du profil où la pente est le moins accusée (2,5 p. +1000) se trouve en amont de Hammam Hanéfia, entre la cote 200 et 250, au +pied de Mascara, à l’extrémité occidentale de la plaine d’Egris. C’est +le seul point du profil, où il y ait un palier de quelque étendue. De ce +palier, l’oued tombe dans la plaine côtière avec des pentes +progressivement accélérées d’amont en aval. L’érosion régressive n’a pas +eu le temps de faire son œuvre, et le profil, dans son ensemble, +commence à peine à accuser une légère concavité. De la source à +l’embouchure, il n’y a pas trois sections de suite où les pentes +décroissent régulièrement ; c’est un pêle-mêle de chiffres quelconques ; +le profil est tout entier en crémaillère. + +[Illustration : FIG. 34. — L’HABRA. + +(Voir explication des figures 33 à 37.)] + +Toutes ces observations s’appliquent au Sig (fig. 33). Lui aussi a des +pentes analogues au voisinage de la source et de l’embouchure. Dans la +région de Saint-Denis-du-Sig, la pente est même plus forte que dans +celle de Magenta. Entre les cotes 50 et 100 elle est de 6,2 p. 1000 ; +entre les cotes 1000 et 1050 de 4,1. C’est au centre seulement dans la +plaine de Sidi-bel-Abbès, que le profil tend à se creuser et à se +régulariser ; encore que la pente la plus douce y soit de 3,1. Au-dessus +et au-dessous le profil est nettement convexe. Dans son ensemble il est +encore plus loin de l’équilibre que celui de l’Habra. + +Ce sont donc, de toute évidence, des rivières très jeunes, qui ont à +peine commencé leur travail d’érosion. + +_Oued Sahel et oued Isser._ — On le fera mieux ressortir encore, par +contraste, en comparant les profils du Sig et de l’Habra avec ceux de +deux autres rivières, choisies comme typiques du Tell oriental ; ce sont +l’oued Sahel et l’oued Isser. Ces deux rivières drainent la région des +Biban, celle même que nous avons étudiée (fig. 35 et 36). + +Ce sont de petits fleuves (203 et 230 kilomètres), et ce ne sont guère +autre chose que des torrents montagneux puisqu’ils prennent leurs +sources respectivement à 1600 et à 1200 mètres. + +Or, malgré cela, ils ont des profils étonnamment réguliers. + +Par oued Sahel, il faut entendre oued Lekhal (source en amont +d’Aumale) ; et par oued Isser l’oued Melah, source au Kef Massker, dans +la région du Kef Lakhdar. + +Un coup d’œil sur la carte géologique montre que l’oued Sahel entre +Bouïra et Bougie, traverse deux cuvettes quaternaires nettement +distinctes, celle de Bouïra même, et celle qui commence en amont de +Maillot. Ces deux sections du profil sont imparfaitement raccordées : la +pente, qui, dans la cuvette de Bouïra, s’abaisse jusqu’à 3,5 p. 1000, +s’accélère plus bas en amont de Maillot, jusqu’à 6,2, ce qui est à peu +près du double. Mais c’est la plus forte irrégularité du profil tout +entier. + +[Illustration : FIG. 35. — L’OUED SAHEL. + +(Voir explication des figures 33 à 37.)] + +C’est peut-être l’Isser dont le profil surprend davantage par sa +régularité. L’oued Sahel en effet, sur la plus grande partie de son +cours, coule dans une large vallée longitudinale entre la chaîne des +Biban et celle du Djurdjura. Mais l’Isser aborde les obstacles de front +transversalement. Entre la chaîne de Boghar et la mer, il franchit +successivement toutes les chaînes du Tell à angle droit ou à peu près, +sans tergiversation ; c’est le type du fleuve héroïque. Il débouche sur +la côte par les célèbres gorges de Palestro, où il s’est encaissé de +plus de 1000 mètres. Et c’est à travers les roches les plus dures qu’il +s’est ouvert un chemin : gneiss et granit, roches éruptives, schistes +cristallins et primaires, calcaires massifs de Palestro, quartzites de +la chaîne des Bibans. + +L’embouchure de l’Isser est proche de la Mitidja ; or, dans cette +région, un mouvement positif du rivage à une époque toute récente est +parfaitement établi ; on l’a déjà dit. Les plages et les terrasses du +bas Isser ont fait l’objet d’une étude approfondie, dont l’auteur, le +général de Lamothe, conclut que la mer s’est abaissée de 200 mètres +depuis le pliocène[166]. + +Un déplacement aussi considérable et aussi récent du niveau de base +était une raison de plus pour supposer que le profil de l’Isser dût être +irrégulier. + +[Illustration : FIG. 36. — L’ISSER.] + +[Illustration : FIG. 37. — L’ISSER ET LE SIG. + +(Voir explication des figures 33 à 37.)] + +C’est le contraire qui est vrai. Au voisinage de Palestro on cherche +vainement dans le profil un crochet en relation avec les gorges. On +trouve simplement une section amont, où la pente est de 2,9 p. 1000, +tandis que, en aval, elle s’accélère un peu jusqu’à 3,1. Cette +différence est si faible qu’elle est peut-être inexistante ; elle +pourrait bien être du même ordre que les chances d’erreur de la carte au +50000e, base du profil. La seule irrégularité accentuée se trouve +beaucoup plus en amont, auprès de la chaîne des Biban : entre deux +paliers où la pente est seulement de 5 p. 1000, elle devient plus rapide +et atteint 10. Je suppose que ce crochet est en relation avec une ligne +de suture très importante entre deux compartiments tout à fait +différents de l’écorce terrestre. Ici passe, on l’a dit, la limite entre +le bloc pyrénéen des Biban et la chaîne alpine du Hodna (fig. 30). Les +tremblements de terre de 1910 dans la région Aumale-Aïn-Bessem (qui ont +jeté bas le village de Masqueray), pourraient être interprétés comme une +preuve que la soudure n’est pas encore solide entre les deux +compartiments. Ce sont là dans le profil de l’Isser des ruptures de +pente rares et légères. A elles près, ce profil est très régulier. Il +pourrait bien être dans toute l’Algérie le profil longitudinal d’oued +qui se rapproche le plus de l’équilibre. + +_Comparaison._ — En tout cas le contraste est extraordinaire avec les +oueds Habra et Sig. Il se trouve que le Sig et l’Isser ont à peu près la +même longueur, à 6 kilomètres près ; et ils prennent leur source à la +même altitude. On a profité de cette circonstance pour superposer les +deux profils (fig. 37). L’écart des deux lignes est parlant. + +Il faut rappeler que les petits profils sont établis l’un et l’autre à +la même échelle et d’après des conventions rigoureusement identiques. +Aucune supercherie inconsciente n’est possible. On n’imagine pas qu’un +écart comme celui auquel on aboutit puisse être fortuit ou dépourvu de +signification. + +Ces contrastes si frappants entre les profils sont-ils susceptibles de +plusieurs interprétations ? + +Pourrait-on, par exemple, avoir recours à une explication climatique. + +Le Tell oranais est moins pluvieux que le reste de l’Algérie littorale, +c’est incontestable : d’après la carte de A. Thévenet, la hauteur +annuelle dans le bassin du Sig et de l’Habra est de 500 millimètres +contre 700 millimètres environ dans le bassin de l’Isser et du +Sahel[167]. Faut-il admettre que cette différence rende compte du retard +de l’érosion dans la première zone. + +Un élément essentiel serait le débit comparatif des quatre rivières. +Malheureusement il est inconnu. Les deux publications d’ensemble du +Gouvernement général sur l’hydraulique algérienne, pour les expositions +de Paris en 1900 et de Marseille en 1906[168], sont muettes sur les +questions de débit. Et je n’ai rien trouvé non plus d’utilisable dans +les publications annuelles sur l’hydraulique agricole. Quand on +s’adresse oralement aux services compétents tout ce qu’on apprend, c’est +la cause de leur silence. Les oueds sont très irréguliers ; pour +connaître leur débit moyen, il faudrait des jaugeages multiples, dignes +de foi, répétés sur une série d’années ; à des époques de crues et de +maigres d’ailleurs difficiles à déterminer. C’est précisément ce qui +fait défaut. + +On sait pourtant que le Sig et l’Habra ne sont pas le moins du monde des +oueds à sec. La Macta, qui est constituée par la réunion de leurs eaux, +sinon de leurs lits, est considérée par E. Reclus comme un des trois +grands fleuves algériens, avec le Chéliff et la Seybouse. D’après la +notice de 1900 sur l’hydraulique agricole, on admet qu’il faut un débit +de 1 litre à la seconde pour irriguer en moyenne 5 hectares. Or, d’après +la notice de 1906, le barrage de l’Habra, à 11 kilomètres en amont de +Perrégaux, irrigue 25000 hectares, ce qui supposerait 5000 litres. +Surtout, à défaut de chiffres précis, on peut relever un certain nombre +de faits incontestables, qui permettent d’asseoir une conviction. On a +vu dans un autre chapitre que des fleuves de steppes sous un climat +encore plus sec, ont un profil voisin de la normale. C’est le cas, par +exemple, de l’oued Touil, moitié supérieure du Chéliff. Un voisin +immédiat du Sig, la Tafna, sous ce même climat un peu sec de l’Oranie, +accuse par son profil, comme on le verra ailleurs, une érosion déjà +avancée ; et ceci me paraît trancher la question (quoique la carte des +pluies de Thévenet accuse, dans la région de Tlemcen, une bande plus +humide que le reste de l’Oranie). + +Il faudrait encore noter que le Sig et l’Habra, si on les compare au +Sahel et surtout à l’Isser, ont eu pour creuser leur lit des facilités +plus grandes ; dans la partie moyenne et inférieure de leur cours, qui +est précisément celle où l’irrégularité du profil est le plus frappante, +ces oueds coulent au milieu de terrains marneux sans consistance, et +nous avons déjà dit quels obstacles au contraire l’Isser a dû surmonter. +Cette grosse différence entre les résistances des terrains encaissants +semblerait avoir dû contrebalancer, et au delà, l’écart assez faible +entre les chutes annuelles des pluies. + +Nous sommes donc ramenés à une seule conclusion possible. Les +particularités du sol et du climat n’expliquent pas le contraste des +profils, il faut faire intervenir la notion de temps. Le Sig et l’Habra +ont des profils très jeunes parce que ce sont des rivières très jeunes. +Ces profils sont en parfaite concordance avec toute l’hydrographie, tout +le modelé de l’Oranie. Il y a là un ensemble de caractères qu’on ne peut +pas expliquer autrement qu’en les ramenant, comme cause initiale, à +l’extrême jeunesse de la région. + +Le pays modelé par le Sahel et l’Isser est d’âge pyrénéen ; tandis que +celui où le Sig et l’Habra ébauchent encore leur travail d’érosion est +post-alpin. Il est intéressant de constater que l’étude du modelé, les +procédés géographiques de recherche, rejoignent exactement les +conclusions des géologues. + +Si on veut exprimer la même idée en termes peut-être plus clairs, disons +qu’il y a deux compartiments du Tell dont l’un, resté exondé, a conservé +une vieille face usée ; tandis que l’autre longtemps immergé s’est +recréé au fond de la mer d’où il émerge à peine. + +L’indépendance de ces deux compartiments a un lien manifeste avec la +grande dorsale Laghouat-Médéa, qui les sépare. + + +[Note 165 : Reconnu déjà par A. Pomel d’après une communication orale de +M. Ficheur.] + +[Note 166 : No 78.] + +[Note 167 : No 121, ch. IV, pl. XIV.] + +[Note 168 : Nos 61 A et 61 B.] + + + + + CHAPITRE V + + LA TAFNA + + +_La carte bathymétrique._ — Si on admet l’idée que les accidents +transversaux à la chaîne sont de grande importance pour la +différenciation du Tell, il faut jeter un coup d’œil sur la carte +bathymétrique de la Méditerranée occidentale, on y trouvera des +indications intéressantes (fig. 39). + +On sait la brusquerie du contact entre l’Atlas et la fosse +méditerranéenne. La ligne bathymétrique de 2000 mètres court parallèle à +la côte à une distance d’une vingtaine ou d’une trentaine de kilomètres, +avec une remarquable régularité. Les grands abîmes touchent la chaîne +sans autre transition qu’un talus très raide où la pente est à peu près +de 100 mètres par kilomètre. + +Dans la mesure où le fond de la mer nous est connu il faut conclure que +la grande dorsale Laghouat-Médéa s’arrête à la côte. Rien dans la carte +bathymétrique ne permet d’en soupçonner la continuation sous la mer. +Aussi bien la Mitidja qui fait assurément partie de l’Algérie +occidentale est au nord-est de Médéa. La croisée orthogonale que fait la +ligne Chéliff-Mitidja avec l’arête Médéa-Miliana semble, si on peut +dire, barrer le T. Tout se passe en tous cas comme si la grande dorsale +finissait exactement là. + +En revanche, aux deux extrémités, occidentale et orientale, de la grande +fosse marine, vers l’Espagne et vers la Sardaigne, deux grandes lignes +nord-sud de hauts-fonds ont, je crois, un rapport évident avec la +structure du Tell. + +_La Tafna._ — On connaît déjà le haut-fond entre l’embouchure de la +Moulouya et la côte espagnole ; celui qui s’amorce d’un côté par le cap +des Trois-Fourches et de l’autre par le cap de Gata, et qui est jalonné +par l’île Alboran (fig. 1 et 29). + +Le long de la côte algérienne, il commence bien avant la Moulouya, +immédiatement à l’ouest d’Oran. Il s’annonce par un socle continental +étendu, qui porte les îles volcaniques déjà nommées Habibas, Rachgoun, +Zaffarines (fig. 29). + +[Illustration : FIG. 38. — PROFIL LONGITUDINAL DE LA TAFNA. + +Ce qui fait son intérêt c’est qu’il a ses affinités non pas avec les +profils du Sig et de l’Habra ses proches voisins, mais avec ceux du +Sahel et de l’Isser. + +L’Algérie des plaines sublittorales (ce que nous avons appelé l’Algérie +occidentale) finit au Rio Salado. Au delà c’est déjà autre chose — la +région de la Tafna est un compartiment à part.] + +Au point précis où, d’après la carte bathymétrique, le talus abrupt +commence à s’élargir en socle continental, c’est-à-dire au cap Figalo +(d’ailleurs volcanique lui-même en face des Habibas), la côte change +brusquement de caractère. Les plaines oranaises finissent exactement là, +à l’embouchure du Rio Salado. + +Au delà vers l’ouest, le Tell algérien se continue et se termine par un +petit compartiment distinct, avec des caractères originaux. C’est le +bassin de la Tafna. + +On a dessiné le profil longitudinal de cet oued (fig. 38). Par sa +concavité à peu près régulière il a bien plus d’analogies avec le Sahel +et l’Isser qu’avec ses voisins immédiats le Sig et l’Habra. + +Les bras de mer cartennien et helvétien se sont assurément étendus +jusque-là ; mais la plus grande partie de la région était exondée au +sahélien et la totalité au pliocène (cartes paléogéographiques de +Joleaud ; fig. 11). + +Dans le bassin de la Tafna, le rebord de la meseta sud oranaise est plus +rapproché de la mer que nulle part ailleurs, à une quarantaine de +kilomètres. La moitié de cet espace est occupé par le vieux et puissant +massif des Traras (pyrénéen, sommet de 1136 mètres). + +La Tafna est presque le seul coin du Tell occidental où la carte +géologique au 800000e porte une tache étendue d’oligocène continental. + +Tout cela suffirait à montrer par rapport à l’Oranie voisine, +l’originalité de ce coin. Mais elle est accusée davantage encore par +l’énorme accumulation des roches éruptives et volcaniques. L’étude de +ces roches a fait le grand intérêt de la thèse de M. Gentil sur la +Tafna[169]. Il y a signalé des appareils volcaniques encore +reconnaissables, les seuls de l’Algérie (Tifarouïne, les Msirdas). On +l’a déjà dit (fig. 29), on a mis cette richesse en roches volcaniques et +l’existence du seuil sous-marin, en relation avec la grande faille +Touat-Roussillon. + +Il eût été inutile d’y revenir, si ce n’était qu’on croit devoir attirer +l’attention sur l’importance humaine de la Tafna qui est le pays de +Tlemcen. + +_Tlemcen et Siga._ — Tlemcen s’élève au contact immédiat des derniers +causses de la Meseta sud oranaise. Elle domine, elle voit s’étendre à +ses pieds, dans un panorama splendide, une immense cuvette traversée par +la Tafna. + +Aujourd’hui Tlemcen est la ville musulmane d’Algérie de beaucoup la plus +urbaine ; tous les joyaux algériens de l’architecture mauresque sont là. +C’est une survivance d’un très grand passé de grande capitale. Pendant +la fin du moyen âge, les XIIe, XIIIe et XIVe siècles, Tlemcen a été +quelque chose comme le foyer de culture de l’Algérie, la seule grande +ville entre Tunis et Fez. + +Ces siècles de splendeur sont-ils un épisode isolé dans l’histoire de la +Tafna. La ville romaine de Pomaria, le prédécesseur de Tlemcen, était +certainement médiocre. Mais avant la domination romaine, au temps de +Carthage, les historiens et les archéologues signalent une ville de +Siga, située à l’embouchure de la Tafna. On nous la donne comme capitale +de Syphax ; c’est là que des embassadeurs viennent voir le roi pendant +les guerres puniques (Scipion l’Africain et Asdrubal d’après Tite- +Live)[170]. Il s’agit de ce Syphax qu’on nous montre d’autre part voisin +de Carthage en Numidie, et qui a donc régné sur toute l’Algérie. Il faut +donc admettre qu’il y avait, dès ce temps-là, dans le bassin de la +Tafna, malgré sa situation excentrique, une tendance à la création d’une +capitale algérienne (fig. 29). + +A la belle époque de Tlemcen, il y avait à l’embouchure de la Tafna, à +peu près sur l’emplacement de Siga, le port de Tlemcen, Archgoul[171], +dont le nom s’est conservé dans celui d’un îlot voisin, Rachgoun. + +Sur le passage à travers le Tell de la grande faille Touat-Roussillon, +l’alignement Tlemcen-Siga n’a-t-il pas de l’analogie avec l’alignement +Achir-Médéa-Miliana-Alger sur le passage de la grande dorsale ? + +Dans la région de la Tafna s’affrontent des pays très divers. Steppes et +Tell d’une part, et d’autre part, Algérie et Maroc. La croisée +orthogonale des deux directions a ici des conséquences humaines de +grande importance. Dans la direction nord-sud les influences +steppiennes, voire sahariennes, ont un accès facile à la Méditerranée. +Tlemcen, la ville des Zénètes arabisés, est une capitale de nomades. Et +elle est à 40 kilomètres de son port. Elle voit presque la mer du haut +de ses minarets. Dans l’autre sens, dans la direction nord-ouest, au +chapelet des plaines sublittorales en Algérie, la trouée de Taza fait +pendant au Maroc ; ouvrant jusqu’à l’Atlantique un grand chemin, qui a +été suivi par les conquêtes et les migrations. + +Des conditions plus ou moins analogues se retrouvent au passage de tous +les grands accidents transversaux à l’Atlas. Elles sont partout des +suggestions de vie commerciale et politique, c’est-à-dire urbaine. + + +[Note 169 : Louis Gentil : thèse, no 54.] + +[Note 170 : No 8, feuille 31, texte.] + +[Note 171 : No 33, p. 42, 116.] + + + + + CHAPITRE VI + + LE HAUT-FOND DE BONE + + +A l’autre bout de la cuvette marine, au bout oriental, un autre haut- +fond fait pendant à celui de l’île Alboran. Il court nord-sud entre la +Sardaigne et l’Algérie à peu près sous le méridien de Bône. + +Il est extrêmement accusé. Entre la Sardaigne et les Baléares (fig. 39) +la fosse méditerranéenne atteint des profondeurs supérieures à 3000 +mètres. Le seuil sous-marin qui réunit la Sardaigne à l’Algérie n’a +guère plus d’un millier de mètres dans sa partie centrale. Le pédoncule +par lequel il se rattache à l’Afrique du Nord est un socle continental +très étendu, où les profondeurs ne dépassent pas 500 mètres. Sur ce +socle continental comme sur celui de la Tafna des îlots volcaniques se +dressent jusqu’à l’émergence (les îlots de la Galite). + +Ce grand accident sous-marin a sa répercussion manifeste, et très +importante, sur la côte de l’Afrique du Nord et sur l’Atlas tellien. + +_La côte algérienne._ — De part et d’autre de Bône la côte change de +caractère ; on ne l’a jamais dit, mais c’est évident dès qu’on y +regarde. + +Les particularités de la côte algérienne, en général, ont depuis +longtemps attiré l’attention des géologues, des géographes, voire des +historiens. _Littus importuosum_, dit déjà Salluste : une côte sans +ports. C’est très vrai : la nature a si peu fait ici, en matière de +rades que, dans un beau port artificiel comme Alger, fréquenté par tant +de navires, bien vivant, en voie d’accroissement rapide, les ingénieurs +n’ont jamais obtenu, et n’obtiendront sans doute jamais une tranquillité +parfaite du plan d’eau. Il y a un peu de clapotis le long des quais dès +que la mer est grosse. + +Les rades sont d’un type uniforme et qui en décrit une les décrit +toutes. En forme de croissant ou de faucille ; la courbe est régulière, +médiocrement creuse ; le port est invariablement à l’abri de la corne +ouest, parce que les coups de vent redoutables viennent du Noroît (fig. +32). Les rades d’Oran, d’Arzew, d’Alger, de Bougie, de Bône, sont toutes +exactement de ce type. La similitude se poursuit jusque dans la +structure. Les cornes saillantes du croissant sont de roche dure ; la +courbe rentrante qui les réunit est taillée dans des argiles ou des +roches tendres. Cela suggère l’idée que la baie a été creusée par +l’abrasion de la mer, qui est habituellement dure, poussée par des vents +de Noroît en hiver et de nord-est en été ; _mare saevum_, dit Salluste. +L’allure des courbes bathymétriques entre 0 et 100, voire 200, est tout +à fait en faveur de cette hypothèse. Elle accuse un petit socle, un +replat très net, au sommet de talus sous-marin, exactement entre les +cornes du croissant. Pour Théobald Fischer[172] et pour le général +Lamothe[173], l’abrasion marine est en effet une explication suffisante +du phénomène. + +[Illustration : FIG. 39. — CARTE BATHYMÉTRIQUE DE LA MÉDITERRANÉE +OCCIDENTALE. + +Entre Oran et Bône la côte Algérienne descend en muraille à pic +jusqu’aux grandes profondeurs au-dessous de 2000 mètres. + +Mais au delà d’Oran vers l’Ouest et de Bône vers l’Est les courbes se +desserrent. + +Tout de suite au delà d’Oran (côte de la Tafna semée d’îlots +volcaniques) le seuil d’Alboran fait sentir son influence. Et au delà de +Bône (sur une côte où on trouve l’îlot volcanique de Galite), c’est le +grand seuil de la Sardaigne, qui sépare les grands fonds méditerranéens +des Tyrrhéniens. + +Le dessin des fonds dans la Méditerranée occidentale trahit aussi la +croisée orthogonale des deux directions Nord-Sud et Est-Ouest.] + +Cependant Théobald Fischer observe que les baies en faucille sont le +type courant non seulement en Afrique du Nord, mais encore sur les côtes +voisines d’Espagne et surtout d’Italie (Palerme, Naples sont des baies +en faucille) ; cela reviendrait à dire sur la cassure de la Tyrrhénide. +Voilà qui suggérerait une explication orogénique, qui a pour elle +l’autorité de Suess[174]. Les saillies de roches dures (la Bouzaréa et +Matifou dans la baie d’Alger, Sorrente et Capri dans le golfe de +Naples), constituent chacune « un horst très net, entre deux régions +effondrées ». + +Entre les deux explications d’ailleurs il n’est pas nécessaire de +choisir. Rien n’empêche de les retenir toutes les deux, elles ne se +contredisent pas. + +Même réunies elles ne rendent pas un compte suffisant de la côte +algérienne. Il reste à en indiquer une caractéristique essentielle. +Grande cassure à peu près rectiligne de l’écorce terrestre, avec +cassures conchoïdales entre des môles durs et saillants ; soumise par la +direction des vents et des flots à une abrasion énergique ; la côte +algérienne est bien tout cela, mais elle est aussi quelque chose +d’autre. + +L’homme qui a fait de cette côte une étude approfondie est le général de +Lamothe[175]. Il lui a consacré un gros livre, dans le détail duquel il +ne saurait être question d’entrer, mais dont les conclusions, solidement +établies, importent beaucoup. Toute une série de terrasses et de plages +étagées attestent que la côte algérienne est en voie d’émersion. Il +n’importe pas ici de savoir si c’est la terre qui surgit, ou si c’est la +mer qui se retire, comme le général de Lamothe le soutient avec de +solides arguments. Et d’autre part, on n’oublie pas qu’il y a eu des +oscillations ; le plan d’eau a pu être, a certainement été parfois +encore plus bas qu’aujourd’hui. Mais dans l’ensemble et en moyenne il y +a mouvement négatif très accusé de la mer. L’émersion du continent +dépasse 200 mètres depuis la fin du pliocène. + +Au reste il suffit de jeter un coup d’œil sur une carte au 50000e d’un +secteur quelconque de la côte. Une des plus expressives est celle +d’Alger. La comparaison de la courbe de niveau O (celle de la côte), +avec les courbes + et − (subaériennes et sous-marines), est tout à fait +parlante. Si on imagine le niveau de la mer montant de 100 ou 200 +mètres, on voit se dessiner des rias profonds, des îles, la côte devient +une dentelle découpée, quelque chose comme la côte bretonne ou dalmate. +Si au contraire on imagine la mer descendant de 100 ou 200 mètres la +nouvelle côte ainsi obtenue a le rapport de dessin le plus étroit avec +l’actuelle. En somme cette côte actuelle par son dessin s’apparente avec +les courbes bathymétriques, elle contraste avec les courbes du relief +subaérien. Ce petit fait bien simple est en harmonie avec les belles et +multiples observations du général de Lamothe. Il les résume +graphiquement. + +Cela tient en une phrase. La côte algérienne est par la simplicité de +son dessin, comme par son histoire géologique, une antithèse parfaite de +la côte bretonne. On n’y trouve pas un seul rias, une seule vallée +envahie par la mer. + +Notez que c’est précisément ce caractère-là qui met en valeur les +autres. Si cette côte a conservé bien reconnaissable, l’allure d’une +cassure orogénique, simplement accentuée par l’abrasion, c’est parce que +l’érosion sub-aérienne n’a pas brouillé le dessin primitif. C’est tout +cela qu’il y a derrière le mot de Salluste, _littus importuosum_. + +Tout cela est très vrai de la côte algérienne. Mais est ce que ça l’est +également de son extrémité orientale à partir de Bône. Il est évident +que non, encore qu’on ne le dise jamais. + +_Côte bônoise et tunisienne._ — La seule présence d’un socle continental +au large de la côte, au lieu d’un talus abrupt, est déjà une grande +nouveauté. Ça ne peut pas manquer d’avoir un retentissement sur la vie +des poissons (fig. 39) et par conséquent sur celle des pêcheurs, sur la +vie humaine maritime. Ce retentissement n’a jamais été étudié. On croit +entrevoir vaguement que vers les ports de la Calle et Tabarca des +nouveautés apparaissent, le corail, l’éponge. On a entendu parler de +corailleurs indigènes qui sont ou qui étaient des plongeurs +remarquablement entraînés ; au moins dans la partie de la côte où la +murène ne pullule pas, parce que la murène est une bête féroce. Mais +tout cela est matière de conversation, on ne sait pas où la légende +commence, on croit deviner qu’il y a là un petit sujet qui n’a jamais +été traité. + +Le seul coin de ce rivage qui ait été sérieusement étudié est bien loin +de Bône, c’est le sud de la Tunisie, la petite Syrte, Pomel y a signalé +une formation continentale à coquilles actuelles qui est largement +envahie par la mer ; puisqu’elle constitue le sol des îles Kerkenna (en +face de Sfax[176]). Dans cette petite Syrte qui a des marées découvrant +largement le fond, et qui nourrit une population de pêcheurs indigènes, +ceux-ci connaissent l’existence de vallées sous-marines qu’ils appellent +des oueds[177]. Un coup d’œil sur la carte suffit d’ailleurs pour +montrer que cette côte orientale tunisienne est bien différente de +l’Algérienne. Elle est semée de grandes îles, qui ne sont plus du tout +volcaniques, mais qui sont des parties du continent, mal séparées de lui +par des chenaux sans profondeur. Il suffit de citer avec les Kerkenna, +la grande île de Djerba. Cette forme de côte où l’envahissement du +continent par la mer est évident, comment et où se raccorde-t-elle avec +la côte algérienne, où c’est exactement l’inverse qui est incontestable, +c’est-à-dire le recul de la mer et l’émersion du continent. + +[Illustration : FIG. 40. — LA COTE DE BIZERTE ET DE TUNIS. + +Le golfe de Tunis n’est plus du tout une baie en faucille comme celle +d’Alger. Cette côte qu’on pourrait presque appeler déchiquetée, a ses +affinités plutôt avec notre côte Bretonne qu’avec la côte Algérienne. + +Quand on y regarde de plus près l’attention est attirée non seulement +par la célèbre rade de Bizerte, mais par la situation d’Utique qui fut +un port il y a moins de deux millénaires, au fond d’une indentation +profonde, comblée depuis par la Medjerda, et dont il ne subsiste +aujourd’hui que la lagune de Porto-Farina. La lagune à travers laquelle +Tunis communique avec la mer semble aussi un golfe à demi comblé, +derrière le banc de sable qui la barre. — C’est une côte de rias, dont +les atterrissements par le travail combiné des oueds et de la mer ont +beaucoup émoussé les indentations — peut-être peut-on dire une côte de +rias sénescente.] + +Le cap Bon, avec sa saillie de 70 kilomètres, n’a pas d’analogues en +Algérie, non plus que la grande baie de Tunis, avec ses fonds inférieurs +à 100 mètres, avec ses îles Zembra (éocène supérieur), reliées à la côte +par un pédoncule sous-marin que dessine la courbe de 50 mètres (fig. +40). + +Au large de Bizerte la petite _île aux chiens_ (crétacé supérieur) est +elle aussi reliée à la côte par un pédoncule sous-marin sur lequel les +fonds sont moindres que 50 mètres. + +Qu’est-ce donc que Bizerte même ? ce qu’on ne trouve pas sur toute la +côte algérienne, et c’est justement sa rareté qui fait son prix, une +magnifique rade naturelle, parfaitement abritée, où les escadres +tiennent à l’aise. On n’a jamais essayé, que je sache, d’en donner une +définition géographique, et pourtant cette définition saute aux yeux, +sans contestation possible, à la seule inspection du terrain, ou de la +très belle carte au 50000e. + +Bizerte est un lac communiquant avec la mer par un goulot de 7 +kilomètres. Il ne faudrait pas s’imaginer une lagune à l’abri d’un banc +de sable percé d’un chenal. Ce n’est pas ça du tout. La plaine où le lac +de Bizerte s’étale est séparée de la mer, à la façon de la Mitidja, par +une ligne de collines, ce qu’on appellerait à Alger un Sahel. Ces +collines atteignent une altitude de 70 à 80 mètres (fig. 41). + +D’après la carte géologique au 800000e (la seule qui existe[178]), elles +sont constituées par du miocène inférieur, et d’après le commentaire +d’Aubert[179] cela signifie des marnes « avec grès grossiers et argiles +comprenant en abondance l’O. Crassissima, l’O. Gingensis ». + +En tout cas, c’est de la roche, çà n’a rien à voir avec une ligne de +dunes côtières. Le goulet est une ancienne vallée fluviale creusée jadis +à travers les collines miocènes par l’érosion subaérienne, et +aujourd’hui envahie par la mer. Dans ce cadre de la Mitidja, qui nous +est déjà connu, si vous imaginez la mer montant de quelques dizaines de +mètres le lac Halloula deviendra quelque chose de tout à fait analogue à +la rade de Bizerte ; et les gorges du Mazafran un pendant rigoureusement +exact du goulet (fig. 32). + +[Illustration : FIG. 41. — BIZERTE. + +Quoiqu’il y ait un mince cordon strictement côtier de sable, le goulet +de Bizerte est taillé à travers un chaînon de l’Atlas, dans les vieilles +roches. C’est une vallée envahie par la mer. + +L’oued Tindja est le seul affluent sérieux du lac de Bizerte. Il lui +apporte des eaux clarifiées par leur passage à travers le lac Achkel, où +les troubles se déposent. + +Telle est d’une part l’origine du lac de Bizerte, et d’autre part la +raison pour laquelle il a conservé sa profondeur.] + +Une vallée fluviale envahie par la mer, c’est la définition de Bizerte ; +pour qu’elle soit complète, il faut ajouter quelque chose. D’heureuses +conditions géographiques protègent le lac de Bizerte, contre +l’envasement. Son réseau fluvial est assez important, il draine toute +l’extrémité de la chaîne côtière au nord de la Medjerda, depuis le +méridien de Béja ; il y a là plusieurs oueds, qui ont chacun de 60 à 70 +kilomètres de long et qui descendent des montagnes en torrents +méditerranéens, charriant des masses de graviers, de sables et de vases. +Par une disposition extraordinairement heureuse aucun d’eux n’arrive au +lac de Bizerte directement ; ils convergent tous vers un autre lac, la +Garaet Achkhel, antichambre, pour ainsi dire, du lac de Bizerte. Garaet +Achkhel cela semble signifier le lac noir : ce nom a-t-il un rapport +avec la couleur des eaux qui s’y déversent, chargées de troubles ? on ne +l’a jamais dit et il est bien possible que cette explication soit +fantaisiste. En tout cas, il est évident que la Garaet Achkhel recueille +la plus grande partie des alluvions entraînées par les oueds. Par un +chenal de quelques kilomètres de pente à peu près nulle (qui s’appelle +l’oued Tindja) les eaux vont déboucher ensuite dans le lac de Bizerte, +clarifiées et inoffensives ; ainsi est-il advenu que ce lac a pu +conserver à travers les siècles sur une très grande partie de son +étendue, des fonds supérieurs à 10 mètres. + +Dans la même région, tout près, un exemple admirable illustre la +puissance de colmatage des oueds tunisiens. Le port d’Utique, très +exactement connu des historiens et des archéologues, est représenté +aujourd’hui par des ruines qui sont à 15 kilomètres de la mer. Il est +vrai que l’agent de colmatage est ici le plus grand fleuve de la +Tunisie, la Medjerda. L’Atlas archéologique de la Tunisie, feuille VII, +donne le tracé de l’ancien littoral. Il y a deux millénaires, le golfe +d’Utique, aujourd’hui comblé, était une indentation profonde de la côte, +une sorte de rias (fig. 40). + +Le port de Tunis est à 10 kilomètres du rivage, au fond d’une lagune +sans profondeur, barrée du côté du large par une langue de sable. A +travers la lagune il a été nécessaire, mais facile, de tracer un chenal +qui donne accès aux plus gros paquebots jusqu’à la ville. Tout cet +appareil a bien l’allure d’un rias lui aussi, d’un rias très envasé. + +Tels sont les détails de la côte tunisienne ; on ne trouve rien de +pareil en Algérie, sauf cependant à l’est de Bône. Au voisinage du petit +port de la Calle, entre Bône et la Tunisie, la côte a un caractère +nettement tunisien. + +Cette région, qui est excentrique, assez mal accessible, est parmi les +moins connues de l’Algérie. Il n’en existe pas encore de carte +géologique détaillée. Pourtant nous avons la très bonne carte +topographique au 50000e et j’ai eu l’occasion de voir le terrain. + +A côté de la Calle, à l’est et à l’ouest, deux lagunes s’étendent +profondément à l’intérieur des terres, de 7 à 10 kilomètres. Ce sont le +lac Tonga et le lac Melah ; chacun d’eux est relié à la mer par un +goulet ; chacun d’eux a la forme d’un ovale allongé vers l’intérieur des +terres. La côte en cet endroit n’est pas le moins du monde basse, +marécageuse et lagunaire ; elle est tout le contraire, haute, rocheuse, +abrupte. Les deux lacs sont des conques sculptées dans le roc, sculptées +évidemment par l’érosion subaérienne ; des vallées fluviales envahies +par la mer. Les lacs Melah et Tonga sont trop envasés pour être utilisés +comme ports ; Melah, je crois, est affermé pour la pêche ; les mulets, +remontant par le goulet, viennent s’y faire capturer en grandes bandes. +Tonga ne serait plus guère qu’une plaine marécageuse. Mais enfin ce qui +manque à tous les deux pour être Bizerte, ce n’est que la profondeur. +Bien plus que Bizerte ils sont dominés immédiatement par les montagnes ; +un réseau de torrents courts mais très rapides y aboutit directement ; +ils sont bien moins outillés que Bizerte pour se défendre contre +l’envasement. Mais enfin, essentiellement, ce sont des Bizerte. +L’analogie de forme avec leur illustre voisine apparaît d’un coup d’œil +sur la carte. L’étude du terrain confirme cette première impression et +paraît bien établir l’analogie profonde des structures (fig. 42). + +[Illustration : FIG. 42. — LAC MELAH. + +Le lac Melah est un pendant du lac de Bizerte ; c’est une vallée envahie +par la mer, mais qui a été moins bien protégée contre l’envasement. Il +est entre la Calle et Bône. La côte de rias envasés va donc jusque vers +Bône. + +Le fleuve qui a sculpté le lac Melah pourrait avoir été l’oued Kébir. Le +lac est rellié à l’oued Kébir actuel par une vallée large, courte et +rectiligne, barrée par une curieuse coulée de sable dont l’origine n’a +jamais été étudiée (en noir sur la coupe de la figure).] + +Le type tunisien de côte se prolonge donc en Algérie jusqu’au delà de la +Calle, c’est-à-dire approximativement jusqu’à Bône, jusqu’au point où le +talus sous-marin commence à s’élargir en socle continental. + +Au delà vers l’ouest, sur toute l’étendue de la côte algérienne, on ne +croit pas qu’il y ait un seul détail du modelé côtier qui puisse +rappeler Bizerte, et suggérer l’idée d’une vallée envahie par la mer. Et +on ne croit pas que cette lacune soit fortuite. + +On n’ignore pas que les belles études du général de Lamothe sur les +côtes d’Algérie se sont étendues jusqu’à Bône. Leurs résultats viennent +d’être confirmés en ce qui concerne la région de Bône et de la Calle par +MM. Depéret et Joleaud[180]. Il semble établi qu’on retrouve jusqu’à la +frontière tunisienne (et peut-être au delà sur toute la côte tunisienne) +les mêmes lignes de rivages anciens et les mêmes terrasses d’abrasion +que le général de Lamothe a étudiées plus à l’ouest ; on les retrouve +aux mêmes niveaux[181]. A ce point de vue il n’y a aucune différence +signalée à l’est et à l’ouest de Bône. + +La contradiction naturellement doit être apparente. Si comme on le +croit, les deux ordres de faits sont aussi réels l’un que l’autre, il +faudra bien qu’ils se concilient d’une façon quelconque. Il n’est pas +difficile d’ailleurs d’en imaginer une. + +L’érosion qui a sculpté les rias envasés de la côte tunisienne est +apparemment plus ancienne que les dépôts de plages, pliocène, par +exemple ; il y a de bonnes raisons en effet de la croire vieille. Sur +cette côte à l’est de Bône le colmatage a eu le temps d’effacer presque +complètement les caractères des côtes à rias ; on ne les retrouve qu’à +l’analyse du modelé. Dans la région même de la Calle la carte[182] +suggère l’idée que l’érosion qui a sculpté le lac Melah est assez +vieille pour n’avoir aucun rapport avec l’hydrographie actuelle. La +rivière du pays de beaucoup la plus importante est l’oued Kébir. A voir +la carte on peut admettre que cet oued, dans le passé, a creusé et suivi +successivement deux vallées très divergentes, avant l’actuelle qui +serait la troisième. Aujourd’hui, il coule d’est en ouest, parallèlement +à la côte, dans la direction de Bône. Jadis il semble bien avoir coulé +nord-sud et avoir abouti droit au Mélah, dont il serait donc +responsable. Mais à un moment donné, il semble avoir suivi une direction +intermédiaire nord-ouest. La carte montre dans cette direction un sillon +jalonné par un long cordon de dunes (fig. 42). + +On ne fait qu’indiquer l’idée à titre hypothétique ; il y aurait peut- +être là un petit sujet d’une étude qui reste à faire. Le fait auquel on +tient et qu’on espère avoir établi est simplement celui-ci. + +La côte tunisienne a tous les caractères, imparfaitement effacés par le +temps, d’une côte de rias. Le fait n’est pas seulement incontestable, +croit-on. Mais encore il est implicitement très connu. Aucun autre port +nord-africain n’a la célébrité de Bizerte, qui est une vallée envahie +par la mer. La côte tunisienne, à ce point de vue, fait donc avec +l’algérienne un contraste absolu : ce sont deux compartiments qui ont +plus ou moins joué indépendamment l’un de l’autre. + +La limite entre les deux est au delà de la Calle vers Bône ; et que la +limite soit justement en ce point on pouvait le prévoir à l’inspection +de la carte bathymétrique. + +On le vérifie d’ailleurs en considérant l’intérieur du pays et la +structure de l’Atlas. + + +[Note 172 : No 40, p. 119.] + +[Note 173 : No 80.] + +[Note 174 : No 116, t. I, p. 289.] + +[Note 175 : No 80.] + +[Note 176 : No 86, p. 220 et no 85, p. 53.] + +[Note 177 : No 20.] + +[Note 178 : No 10.] + +[Note 179 : No 21, p. 59 et 60.] + +[Note 180 : No 73.] + +[Note 181 : Voir cependant Déperet et Joleaud, t. I, p. 5 « La faiblesse +des altitudes des plages, etc. » No 73, p. 5.] + +[Note 182 : No 6, feuille Blandan (18).] + + + + + CHAPITRE VII + + LA PLAINE DE BONE + + +_L’Edough et la croisée orthogonale._ — Le Tell des Kabylies prend fin à +Bône exactement et brusquement, avec le massif ancien de l’Edough. On y +retrouve tous les caractères des Kabylies au grand complet, les vieux +schistes, les roches éruptives, les grès éocènes, tout cela couvert de +forêts, pitonnant jusqu’à un millier de mètres, confus, massif, et +descendant à la mer en falaises abruptes. Et c’est fini, on ne retrouve +absolument plus rien d’analogue au delà dans l’est. + +Sous le méridien de Bône c’est d’ailleurs tout l’Atlas tellien qui +finit, et qui est relayé par l’Atlas saharien. Cette substitution se +fait à peu près vers Guelma-Duvivier ; là finit la chaîne numidique, +dernière coulisse de ce que nous avons appelé sierra des Kabylies. Au +delà vers l’est il y a une torsion brusque des plissements montagneux +(fig. 43). + +La sierra des Kabylies, sur toute sa longueur, est orientée est-ouest +vrai, depuis le Djurdjura, avec une remarquable constance. Au delà de la +basse Seybouse, en aval de Duvivier, sur la rive droite, tous les +chaînons courent dans une direction toute différente vers le nord-est. +C’est la direction des chaînes de l’Aurès. + +L’existence d’une cassure transversale à l’Atlas est donc évidente. +L’Edough se termine à l’est, entre Bône et le cap de Garde par une ligne +remarquablement droite, exactement orientée nord-sud. La basse vallée de +la Seybouse en aval de Duvivier en est la prolongation précise. + +Au sud de l’Edough la ligne terminale, qui sectionne brutalement +l’Edough et qui l’isole, fait un angle droit avec la ligne Duvivier-cap +de Garde. C’est la croisée orthogonale des accidents nord-sud et est- +ouest, déjà si souvent signalée. + +C’est dans ces conditions qu’à la Kabylie définitivement terminée +succède, sur la côte algérienne, la plaine de Bône ; et le contraste ne +pourrait pas être plus complet. + +_La plaine._ — La plaine est très grande, elle a une centaine de +kilomètres d’est en ouest ; dans la direction du sud, le long de la +Seybouse, l’altitude croît si lentement que Guelma, la dernière ville du +Tell est à 200 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer. + +Comparée aux autres plaines sublittorales d’Algérie, celles de l’ouest, +à la Mitidja, aux plaines oranaises, la plaine de Bône a certainement +son originalité. On essaiera d’en rendre compte, sous cette réserve que +le sujet est dangereusement vierge ; il n’y a jamais eu d’étude +sérieuse. + +[Illustration : FIG. 43. — LA PLAINE DE BÔNE. + +C’est une plaine sublittorale, qui a de l’analogie avec celles de +l’Algérie occidentale, et qui en a aussi avec les plaines du littoral +Tunisien ; mais qui n’a aucun rapport avec le reste de l’Algérie +orientale, les Kabylies. Un compartiment nouveau commence aux environs +de Bône.] + +Ce que la plaine de Bône a de particulier c’est son hydrographie. Les +archéologues admettent que la Seybouse a déplacé son embouchure de 6 ou +7 kilomètres vers l’ouest depuis l’antiquité. L’ancien cours est encore +bien reconnaissable, il se détache du fleuve actuel au village de +Randon[183]. + +La plaine entière est semée de marais et d’étangs parmi lesquels le plus +étendu est le lac Fetzara. Une hydrographie incertaine et beaucoup d’eau +stagnante cela n’aurait rien à soi tout seul de bien particulier. Toutes +les autres plaines sublittorales présentent les mêmes caractères. Mais +voici qui est nouveau. Les rivières, les marigots, les canaux naturels, +les étangs de la plaine de Bône sont navigables en hiver, dans la saison +des crues. On peut y circuler d’un bout à l’autre de la plaine en canot +automobile. Et on le fait d’autant plus volontiers qu’à ce moment-là les +communications de terre ferme sont sujettes à des interruptions. Par ces +chenaux, à ces mêmes époques de crues, les poissons de mer remontent +très loin jusqu’au cœur de la plaine ; même les plus gros poissons, le +loup par exemple (_laprax lupus_) ; on prend des loups dans l’oued +Kebir. Le lac Oubeira, qui communique avec la mer par l’oued Kebir et +qui est à une cinquantaine de kilomètres de l’embouchure, est +empoissonné de mulets. Ils s’y sont acclimatés à l’eau douce, et sont +devenus légèrement différents du poisson de mer. Ils y sont une faune +assez vivace pour avoir fait l’objet d’un commerce d’exportation, à +destination de l’Allemagne, dit-on, avant la guerre. + +Ce sont là des conditions uniques en Algérie ; on ne connaît rien de +semblable, ni même qui en approche, dans toutes les plaines +sublittorales de l’ouest. Une conséquence est l’insalubrité de Bône, +célèbre dès l’antiquité. Saint Augustin est mort de la Malaria[184]. Une +autre conséquence serait-elle ce fait incontestable que la race bovine +autochtone la plus célèbre d’Algérie est celle de Guelma ? Et quoi qu’il +en soit des conséquences, quelle peut bien être la cause ? + +Sur les montagnes avoisinantes la moyenne annuelle des pluies est assez +élevée (de 600 à 800 millimètres) ; moindre pourtant qu’en Kabylie (1 +mètre) ; et en somme à peu près comparable à celle des montagnes qui +entourent la Mitidja. Il faut chercher ailleurs. + +Les indigènes de Bône emploient pour désigner leurs marigots le mot +_Khelidj_. C’est un mot arabe très connu : il paraît correspondre +exactement assez à notre mot canal ; on dit le khelidj de Suez. Dans la +plaine de Bône un khelidj a en effet l’aspect de ce que nous +appellerions un canal, un fossé, à cela près qu’il faut écarter toute +idée de travail humain. + +Dans la plaine d’alluvions c’est un fossé en effet profond en général de +plusieurs mètres et à peine plus large, à bords à pic et à fond plat, en +forme d’auge. Un khelidj est toujours bordé d’arbres en double rangée, +on le reconnaît de loin à la ligne sinueuse de verdure qui dessine son +tracé, le lacis des racines maintient le bord du fossé mieux que ne +ferait un mur. En été, quand les khelidj ne sont pas tout à fait à sec, +on y voit tout au fond des flaques d’eau vaseuses, où grouillent les +grenouilles, les tortues et les barbots. En hiver, après les pluies, ils +sont remplis jusqu’au bord ; par-dessus leur bord l’eau s’étale en +inondation d’épaisseur pelliculaire ; mais dans le khelidj même un +bateau d’un mètre ou deux de tirant d’eau passe comme il veut. Dans les +khelidj on ne voit que de la vase, pas le plus petit caillou roulé, pas +même un grain de sable, rien qui permette de croire que l’eau court avec +une force capable de déplacer le poids le plus léger. L’eau des khelidj +est quasi stagnante, elle s’écoule avec la plus grande lenteur. Voici un +chiffre. Le long de l’oued el-Kebir, qui est tout entier un khelidj, la +courbe de 10 mètres sur la carte au 50000e croise l’oued à 43 kilomètres +de son embouchure ; ce qui donne une pente de 0,00023. Et notez que +l’oued el-Kebir, qui est après tout une rivière vivante, a sûrement la +pente la plus accentuée de tous les khelidj. Le dessin des khelidj à +travers la plaine de Bône est très compliqué ; c’est une croisée, un +lacis, un chevelu de marigots dans tous les sens. Beaucoup sont des +culs-de-sac. Il en est qui sont fermés à leurs deux bouts. L’idée +qu’évoque ce dessin serait peut-être celui d’un lacis de fossés de +drainage artificiellement creusés à travers une plaine marécageuse. +Mais, bien entendu, la main de l’homme, à n’importe quel moment du +passé, est tout à fait étrangère à ce qui aurait été un travail immense, +inexécutable. + +Notez que l’ancien cours de la Seybouse en aval de Randon porte le nom +de Khelidj, et il est pareil à tous les autres. Ceci tend déjà à nous +donner la solution du problème. Il semble évident que les Khelidj ont +été creusés par l’érosion de rivières ; la forme fossé aux bords à pic +est notoirement le premier stade de l’érosion fluviale, l’érosion en +coup de scie. Il paraît certain d’autre part que les rivières actuelles +sont parfaitement incapables de creuser des khelidj. Sous le régime +hydrographique actuel les khelidj n’auraient pas pu prendre naissance, +ils n’existeraient donc pas s’ils ne lui avaient préexisté, ils datent +d’un régime antérieur, ils sont l’œuvre de rivières disparues ; ces +vieilles rivières se distinguant des actuelles par une puissance érosive +plus considérable, cela signifie que leur niveau de base était plus bas +que l’actuel ; la mer a monté depuis le temps où les khelidj furent +creusés. De là vient la faiblesse de la pente et la lenteur d’écoulement +des crues. + +Voilà un phénomène qui n’est pas du tout pour nous surprendre. Un +mouvement positif de la mer, c’est précisément ce qu’indique le dessin +des côtes tunisiennes, le modelé de Bizerte, celui des lacs Mélah et +Tonga. C’est là ce qui nous a paru faire l’originalité de la côte nord- +africaine à l’est de Bône, par rapport à la côte occidentale où toutes +les indications sans exception se rapportent à un mouvement inverse de +la mer. Les khelidj dans la plaine de Bône semblent bien porter le même +témoignage que le goulet de Bizerte. + +Assurément nos conclusions ont été formulées après une étude beaucoup +trop sommaire du terrain. L’hydrographie de la plaine de Bône serait un +très beau sujet, et on n’a pas la prétention d’avoir fait autre chose +que l’effleurer. Mais enfin supposons ces conclusions incomplètes, +hypothétiques, voire erronées, la plaine de Bône elle-même, en tout cas, +n’est pas une erreur, ni une hypothèse. C’est un fait qui n’a pas besoin +d’être démontré. Et c’est une grande nouveauté pour qui vient de +l’ouest. On n’a rien vu de comparable depuis la Mitidja. Le régime des +plaines sublittorales recommence après une interruption de 350 +kilomètres. Il se continue en Tunisie. La Tunisie tout entière est un +pays de plaines sublittorales. + +_Affinités tunisiennes._ — La limite entre l’Algérie et la Tunisie est +moins brutale qu’entre l’Algérie et le Maroc, et moins rectiligne. Ici +on ne voit pas l’équivalent de la grande faille de la Moulouya, amenant +une dénivellation soudaine d’un millier de mètres, et coupant l’Atlas de +part en part. Le Maroc et l’Algérie sont deux pays qui se tournent le +dos, mais l’Algérie et la Tunisie se continuent et se pénètrent l’une +l’autre. + +La zone de l’Aurès et de ses plateaux pourtant domine assez brusquement +les plaines tunisiennes. Un premier fait frappant est que dans cette +zone la frontière politique actuelle est assez exactement une frontière +linguistique. Les Chaouïa d’Algérie sont des Berbérophones. + +On croit devoir donner ci-joint la coupe longitudinale de la Medjerda, +le grand fleuve tunisien, né en Algérie (fig. 44). Si on compare aux +autres profils d’oueds, épars dans différents chapitres de notre +travail, celui de la Medjerda est de beaucoup le plus concave de tous. +Entre Ghardimaou et la mer l’oued ne descend que de 200 mètres en 300 +kilomètres ; pourtant ce profil si concave est bien loin d’être +régulier. Il est comme cassé en deux à Ghardimaou même. En amont de +Ghardimaou le crochet de Sidi-Bader est exceptionnellement aigu ; la +pente y passe brusquement de 4 à 16 pour 1000, c’est une dégringolade +subite. On sait qu’entre l’Algérie et la Tunisie la frontière douanière +passe à Ghardimaou. Ce profil de la Medjerda est bien peu de chose, et +il peut être dangereux de vouloir l’interpréter. Si tant est pourtant +qu’il ait un sens il paraît bien indiquer qu’entre les Hauts-Plateaux de +Khamissa, d’où descend la Medjerda d’une part, et les plaines +tunisiennes de l’autre, il y a quelque chose comme un contact anormal ; +il semble courir là un système de cassures plus ou moins fraîches. + +[Illustration : FIG. 44. — PROFIL EN LONG DE LA MEDJERDA. + +En amont de Souq Ahras (hautes plaines Algériennes), et en aval de +Ghardimaou (plaines de Tunisie), la Medjerda a le profil régulièrement +concave d’une vieille rivière. Dans l’intervalle la pente rectiligne à +dents de scie accuse un torrent jeune. + +Ce secteur correspond au talus frontière entre les hautes plaines +d’Algérie et la Tunisie ; avec sa minéralisation intense (Ouenza), et +avec son importance ethnographique (frontière des langues berbère et +arabe).] + +Dans cet ordre d’idées il faut signaler tout le long de la frontière sur +les Hauts-Plateaux une minéralisation en fer extraordinairement +abondante ; là se trouvent le fameux gisement de l’Ouenza et beaucoup +d’autres (Bou-Khadra, Slata, Zrissa, Nabeur ; à Sidi-Bader aussi il y a +un filon de minerai). + +Il est vrai que la direction de toutes les vallées ouvre des chemins de +pénétration mutuelle entre les Hauts-Plateaux de Constantine et les +plaines tunisiennes. Mais le contraste entre les deux reste assez +marqué. Il est beaucoup moindre dans la zone tellienne. + +La plaine de Bône est dans l’Algérie orientale une sorte de prolongement +de la Tunisie. Entre les deux, les communications par terre sont +malaisées, une chaîne difficile et boisée s’interpose. Mais la plaine de +Bône comme les plaines tunisiennes est ouverte largement aux influences +maritimes, tandis que tout le reste de l’Algérie constantinoise a un +caractère continental, des Kabylies à l’Aurès. + +Toute la région bônoise, y compris les montagnes qui encadrent la plaine +est arabophone comme la Tunisie. Et c’est le seul coin de l’Algérie +orientale où on parle arabe dans la famille ; tout autour de la région +bônoise, dans la Kabylie et dans la région aurasienne s’étend justement +la grande réserve de langue berbère. + +Il y a deux millénaires que la plaine de Bône est la porte d’entrée en +Algérie des influences orientales. La persistance de la langue +carthaginoise y est attestée par saint Augustin jusqu’au Ve siècle après +J.-C.[185]. + +De nos jours l’originalité de Bône dans la province de Constantine +s’atteste par la rivalité des deux villes, on peut dire des deux +capitales. Dans son département Constantine n’a pas pu prendre la +prééminence qu’Alger et Oran ont prise chacune dans le sien. Elle n’a +jamais pu distancer franchement Bône, et la réciproque est vraie. + +Ainsi est attestée à travers toute l’histoire le caractère étrange de +cette plaine bônoise qui jure avec le reste du Tell oriental. + + +[Note 183 : No 8, feuille no 9.] + +[Note 184 : Possidius : _Vie de saint Augustin_ d’après no 8 texte +(59).] + +[Note 185 : No 8, feuille 9, alinéa 59, p. 5.] + + + + + CHAPITRE VIII + + BOUGIE + + +Le souci des directions transversales à l’Atlas nous a conduit à +reconnaître dans le Tell quatre divisions, quatre compartiments de +l’écorce terrestre qui paraissent avoir joué l’un par rapport à l’autre +avec une certaine indépendance. Il y en a deux très grands, le Tell des +Kabylies et celui des plaines sublittorales, encadrés entre deux petits, +la vallée de la Tafna et la plaine de Bône. Dans chacun des deux +premiers on peut encore indiquer avec certitude une division +transversale en deux sous-compartiments. + +La région de Bougie coupe en deux les Kabylies (fig. 45). + +_La coupure de Bougie._ — Le golfe de Bougie n’est qu’une baie en +faucille comme les autres. Mais c’est probablement la mieux échancrée de +toutes. Le port de Bougie, situé bien entendu à la place traditionnelle, +à l’abri de la corne occidentale, est probablement le port naturel le +moins mauvais de toute l’Algérie. Naturellement il est ouvert largement +aux vents et à la houle du nord-est, mais la haute muraille calcaire du +cap Carbon le déborde franchement au nord et le protège admirablement +contre les tempêtes de Noroît. Cette saillie très accusée du cap Carbon +est à retenir. + +Que Bougie ait la signification d’une rupture transversale dans la ligne +des Kabylies, cela ressort avec une netteté particulière de la carte +géologique. Elle accuse une interruption large et totale des vieux +schistes et des grès éocènes, qui jouent un si grand rôle dans les +autres Kabylies. De l’association de roches qui est caractéristique du +paysage kabyle il ne reste ici que les calcaires liasiques puissants des +Babor, et une profusion de roches volcaniques. Ces dernières en relation +évidente avec l’échancrure profonde du golfe, le long de laquelle les +vieux schistes et les grès se sont abîmés au fond de la mer. + +[Illustration : FIG. 45. — LA TRANSVERSALE DE BOUGIE. + +Au nord les plaines de l’oued Sahel et de la Soummam (qui sépare le +Djurdjura des Babors) ; au Sud la plaine de la Medjana et la vallée de +l’oued Kçob ; elles accusent un mouvement de torsion où se retrouve la +croisée orthogonale des deux directions. + +Là passe une grande route transversale qui réunit le Hodna et Bougie. +Cette route historique est longée de capitales et de forteresses. La +Kalaa des Beni-Hammad, la Kalaa des Beni-Abbès, Bougie.] + +L’importance de la rupture apparaît aussi d’ailleurs sur la carte +topographique. La vallée de la Soummam est une coupure totale, jusqu’à +la base, entre le Djurdjura et les Babor. Elle est orientée en moyenne +nord-est-sud-ouest depuis la mer jusqu’à Akbou et Sidi-Mansour. Là elle +se raccorde, par un angle brusque, à sa continuation, la vallée de +l’oued Sahel qui court est-ouest vrai. Nous retrouvons là certainement, +avec un léger gauchissement, la croisée, si souvent mentionnée déjà des +deux directions longitudinale et transversale. Cette croisée est un +trait fort ancien du relief. La Soummam et surtout le Sahel étaient déjà +des vallées à l’époque oligocène, dont les dépôts de ruissellement en +tapissent le fond. La Soummam était un golfe miocène[186]. Évidemment +les accidents de cette croisée ont rejoué au miocène ; sans un +rajeunissement alpin de son relief pyrénéen on ne s’expliquerait pas la +saillie extrêmement accusée du Djurdjura qui domine tout le Tell (Voir +aussi dans la figure 16 le raccord en crémaillère de + +l’oued Bou-Sellam avec l’oued Soummam, attestant un mouvement du sol +récent). + +_L’importance humaine._ — La Soummam sépare deux Kabylies, très kabyles +toutes les deux, mais pourtant différentes ; au XVIe et XVIIe siècle on +disait les sultanats de Koukou et de Beni-Abbès ; on dit aujourd’hui la +grande Kabylie et la Kabylie des Babor. Dans la première Koukou (le +Couque des Européens) a perdu son rang de capitale. Mais dans la seconde +Beni-Abbès (le Labès des auteurs européens) n’a pas encore oublié son +ancienne prééminence. La grande Kabylie séparée du monde extérieur par +la muraille du Djurdjura est la moins évoluée, la plus intéressante pour +le touriste et l’ethnologue ; c’est elle qu’on a décrite de préférence. +(Le gros livre d’Hanoteau par exemple lui est consacré.) La Kabylie de +Beni-Abbès reste profondément elle-même, âprement attachée à ses façons +d’être, inabordable à la colonisation européenne ; c’est là au village +de Lafayette, par exemple, qu’on signale les phénomènes de récupération +du sol par l’indigène les plus curieux peut-être de toute l’Algérie. +Pourtant cette Kabylie de Beni-Abbès a des relations plus faciles que +l’autre avec le reste de l’Algérie ; elle est le pays par excellence du +colporteur kabyle qu’on rencontre partout ; elle est moins démocratique +et moins irrémédiablement fragmentée ; la famille des Moqrani y a +prolongé jusqu’à nos jours la dynastie et l’organisation du sultanat de +« Labès » ; on y compte davantage avec les événements du monde +extérieur, c’est à Beni Abbès qu’a éclaté l’insurrection kabyle de 1871. + +Cette originalité réelle des deux Kabylies voisines ne doit pas +cependant nous fermer les yeux sur le lien qui les unit, lien de langue, +de race, de culture et de société communes ; lien nettement historique. +Ces Kabylies furent au moyen âge le principal appui, le dernier réduit, +du grand royaume Sanhadja, le représentant national de la société +berbère sédentaire ; l’histoire de ce royaume a un rapport étroit avec +Bougie et la coupure de la Soummam. + +_La Kalaa et Bougie._ — Le fond de la Soummam, le point où elle se +raccorde avec l’oued Sahel, n’est plus très éloigné du Hodna, une +soixantaine de kilomètres à vol d’oiseau. Et des cols très accessibles +entaillent dans cette direction ce qui reste à franchir des chaînons de +l’Atlas. C’est d’abord le défilé fameux des Biban à travers la chaîne du +même nom. Au delà c’est la large plaine de la Medjana couverte de +moissons, puis la très large brèche par laquelle l’oued Ksob va +rejoindre le Hodna (fig. 45). + +Partout ailleurs entre la Mitidja et la plaine de Bône les Kabylies +montueuses et boisées ferment l’accès de la mer aux Hauts Plateaux et +aux hautes plaines de l’intérieur. Sur ce point seulement, par la +Medjana et la Soummam s’ouvre un grand chemin facile, avec le port de +Bougie au bout. C’est une route très importante, de grands souvenirs +historiques y sont attachés. + +A son extrémité méridionale, à son débouché sur le Hodna, dans le +Maadid, le royaume Sanhadja eut l’une de ses deux capitales, la Kalaa +des Beni-Hammad ; (l’autre capitale était Achir du Tittéri). La +Kalaa[187], dont la tour de guet est encore debout, une place militaire +très forte comme son nom l’indique, se dressait là, au contact de la +plaine et de la montagne, gardant la porte de l’oued Ksob, face à la +brèche d’assaut de Biskra, par où montait l’ennemi, le grand nomade +saharien. + +L’histoire nous dit par le menu comment la Kalaa, à la longue, ne put +pas tenir. Le royaume Sanhadja des Beni-Hammad se replia sur lui-même. +Sa capitale fut transportée à Bougie, à l’autre extrémité de la +grand’route. Et pourtant au voisinage de son extrémité hodnéenne, à +Beni-Abbès et à la Medjana, un centre urbain et de commandement a +persisté jusqu’à nos jours avec les Moqrani héritiers des sultans de +_Labès_. + +La Kalaa, Beni-Abbès, Bougie, ce chapelet de capitales, jalonnent une +transversale de l’Atlas tellien ; c’est un pendant d’Achir, Médéa, +Miliana, Cæsarea, Alger, ou bien encore de Tlemcen, Siga. + + +[Note 186 : Voir no 115 les très curieuses figures 92, p. 419 et 93 p. +421.] + +[Note 187 : No 25.] + + + + + CHAPITRE IX + + TIARET + + +Il reste à mentionner une dernière transversale, jalonnée elle aussi par +des capitales actuelles ou défuntes. Elle court à peu près sous le +méridien de Tiaret, et elle coupe l’Algérie des plaines littorales en +deux compartiments bien distincts (fig. 28). + +_La Mina._ — L’axe est la vallée de la Mina ; sur son importance comme +ligne de démarcation on a déjà dit l’essentiel, longuement. Le front de +la meseta sud oranaise court de la Moulouya à la Mina. La vallée moyenne +de la Mina, en aval et en amont de Prévost-Paradol est dissymétrique. +Sur sa rive gauche les causses calcaires s’étendent au loin. A quelque +distance sur sa rive droite les plissements de l’Atlas proprement dit +apparaissent. L’orientation générale de la Mina à travers l’Atlas est +sud-est-nord-ouest. Or dans cet Atlas algérien occidental le grand fossé +des plaines sublittorales, comme les chaînons qui l’encadrent, ont une +orientation générale nord-est sud-ouest. La croisée à peu près +orthogonale des deux directions est donc bien nette le long de la Mina. +Autour de Prévost-Paradol le bord des causses dessine un redan, et les +plis de l’Atlas un rebroussement. A ce rebroussement correspond, au +point précis où il se produit, un gros affleurement éruptif (gorges de +Temda) (fig. 28). + +Si nous nous reportons au bord de la mer, dans la prolongation de la +vallée de la Mina, cela nous mène à l’embouchure du Chéliff. Elle aussi +la basse vallée du Chéliff est dissymétrique. Sur sa rive droite pitonne +l’extrémité du Dahra, région de collines accusées, déjà presque de +montagnes, où le crétacé affleure largement. Sur sa rive gauche s’étend +le plateau à peine ondulé de Mostaganem, qui est tout entier de sables +et grès tendres pliocènes, souvent décomposés ou transposés en dunes. + +Il court donc bien là, de Tiaret à la mer, le long de la Mina, un grand +accident transversal qui coupe l’Atlas en deux compartiments. Et ces +deux compartiments sont très différenciés. + +Assurément le grand fossé des plaines sublittorales court de la Mitidja +au Rio Salado, il fait l’unité indéniable de l’Algérie occidentale, mais +il faut distinguer à l’est et à l’ouest de la Mina. + +La vallée du Chéliff est une plaine magnifique, large, basse et +continue, le long de laquelle les influences occidentales s’insinuent +jusqu’aux portes d’Alger à travers les montagnes. Mais ces montagnes, +qui encadrent le Chéliff, sont très sérieuses. L’Ouarsenis et le Zaccar +sont dans le Tell occidental une sorte de rappel de l’oriental. Ce sont +de vieux plis pyrénéens, contemporains des Biban ou du Djurdjura, +étroitement apparentés avec l’Atlas de Blida. L’Ouarsenis est déjà +dessiné dans la carte paléogéographique du bras de mer suessonien. +L’Ouarsenis et le Zaccar sont restés l’un et l’autre de grandes îles +émergées pendant toute la durée des mers miocènes. Leur altitude qui +approche parfois de 2000 mètres, les vallées torrentielles qui les +entaillent profondément, leurs forêts (la célèbre forêt de cèdres de +Teniet-el-Haad par exemple), leur peuplement par des tribus +berbérophones qui se donnent à elles-mêmes le nom de Kabyles, si +différentes qu’elles soient d’ailleurs des kabyles orientaux ; tout cela +fait de ces longues chaînes une double cloison étanche entre les Hauts +Plateaux et la mer. Des uns à l’autre, en fait, on ne passe nulle part +entre le Tittéri et Tiaret. La route de Teniet-el-Haad n’est pas un +grand chemin de communication. Les blés du Sersou, qui poussent dans le +département d’Alger, ont pour métropole économique Tiaret, sous- +préfecture du département d’Oran, et ils ne peuvent s’écouler que par le +chemin de fer de la Mina. + +Au delà de la Mina tout change brusquement. Ce sont les plaines +oranaises, encadrées de chaînons pliocènes, un pays d’hydrographie +ébauchée, le coin le plus jeune de l’Atlas, d’âge postalpin. + +D’ailleurs le bord de la Meseta sud oranaise serre la Méditerranée de +très près. L’Atlas proprement dit, la chaîne plissée, est réduite à une +épaisseur de 50 à 60 kilomètres ; c’est à peu près la moitié de sa +largeur normale dans le reste de l’Algérie. Les plaines très étalées +occupent d’ailleurs quelque chose comme la moitié de cette superficie +déjà si réduite. Et les sommets les plus élevés n’atteignent pas tout à +fait 1000 mètres. C’est une déchéance extrêmement marquée. On pourrait +presque parler d’une interruption de la chaîne ; à coup sûr elle +n’existe plus comme obstacle de Tiaret à Tlemcen. Il y a là une brèche +de 200 kilomètres d’étendue par laquelle les Hauts Plateaux ont libre +accès à la mer. Rien de pareil ne se retrouve dans tout le reste du +Maghreb. Ici la steppe vient toucher la Méditerranée. L’affaiblissement +du relief, et le défilement derrière les hauts massifs marocains ont +pour conséquence une diminution dans la moyenne annuelle des pluies. A +travers les collines nues les hommes de la steppe Zénètes et Arabes ont +étendu leur domination jusqu’à la côte et c’est par là, en franchissant +la trouée de Taza, qu’ils sont arrivés au Maroc. Ce coin du Tell si +particulier est l’Oranie proprement dite. + +_Royaume de Tiaret._ — Entre ces compartiments de l’Atlas très vivement +contrastés, la vallée de la Mina est un lieu de villes et de capitales +historiques, suivant une loi qui semble se vérifier dans tout le Tell. +Le grand moment ici se trouve avoir été l’époque byzantine et le haut +moyen âge berbère. Sur la première l’archéologie seule nous renseigne. +Il y a dans la haute Mina à mi-chemin environ sur la route entre Palah +et Frenda, des mausolées en forme de pyramides, que les indigènes +appellent les Djedar. Ils rentrent dans la même catégorie que le tombeau +de la Chrétienne et le Medracen. « Ces mausolées, dit Gsell, semblent +contemporains de l’époque byzantine ; ce sont sans doute les tombeaux +d’une dynastie indigène[188]. » + +C’est un peu vague ; encore que le fait même ait la solidité d’un +monument. Nous trouvons dans tous les historiens arabes des +renseignements infiniment plus précis sur un autre royaume de la haute +Mina, celui de Tiaret. Le nom de Tiaret apparaît dès le début de la +conquête arabe. C’est une des deux régions d’Algérie où Sidi-Okba ait eu +à faire un gros effort militaire (l’autre étant le seuil de Biskra). Le +nom de Tiaret est associé à celui des Kharedjites. A partir de 761 après +J.-C. Tiaret est la capitale d’un grand royaume berbère indépendant de +confession Kharedjite (on dit aussi Ibadhite), qui dura jusqu’à 910. +C’était un grand royaume ; puisqu’il s’étendait certainement jusqu’en +Tripolitaine (djebel Nefoussa). Ç’a été l’empire du Sahara et des +steppes. + +De nos jours quand Abd-el-Kader a ressuscité pour quelques années un +empire de nomades dans l’Oranie, il a été conduit de suite à installer +une de ses deux capitales à Tiaret (l’autre étant à Mascara, centre de +sa tribu natale). + +Sur la transversale de la Mina ce sont les hauts de la rivière qui ont à +travers l’histoire le monopole des capitales impériales. Mostaganem est +une très vieille ville, mentionnée par El-Bekri, mais elle n’a jamais eu +de grandes destinées. Entre Tiaret et la mer on retrouve bien la route +des invasions et du commerce jalonnée par des souvenirs historiques et +des ruines. Sur la rivière même, dans la région de Prévost-Paradol, à +Souamat[189], dans une situation très forte, les archéologues signalent +une grande ville dont ils ignorent le nom, mais qui est romaine de très +basse époque (une inscription est du Ve siècle). Peut-elle avoir un +rapport avec les Djedar. Il semble que ce soit, de toute la feuille 33, +les ruines antiques de beaucoup les plus importantes (fig. 28). + +Les historiens et les géographes arabes nous ont laissé des noms de +ville, dont l’emplacement exact n’est pas identifié. El-Batha, Chelif +des Beni-Ouatil, qui furent approximativement les ancêtres du Relizane +actuel : El-Ghozza qu’el-Bekri appelle le Sahel (le littoral) de Tiaret, +et qui semble avoir des rapports géographiques avec la jolie petite +ville actuelle de Mazouna. A lire Ibn-Khaldoun il semble que le point +important, dominant la route entre Tiaret et la mer, ait été le plateau +de Mindas (aujourd’hui Mendez[190]) sur les crêtes qui dominent la Mina +à l’est. A coup sûr le grand chemin historique passe par là, et on +s’est, à maintes reprises, disputé Mindas les armes à la main. + + +[Note 188 : No 8, feuille 53, alinéas 66, 67, no 62, t. II, p. 418, +planches CIV, CV, CVI.] + +[Note 189 : No 8, feuille 33, alinéa 3. Ruines Romaines de Fig. 28.] + +[Note 190 : No 53.] + + + + + LIVRE VI + + LES RÉGIONS NATURELLES ALGÉRIENNES + + * * * * * + + +_But poursuivi._ — Dans le présent petit livre, on a tenu un grand +compte d’analogies entre la structure du Sahara et celle de l’Algérie. +Dans l’Atlas tout entier on a retrouvé des directions transversales à la +chaîne qui ont une parenté avec la direction des grands accidents dans +le Sahara algérien. + +Il faut rappeler que l’auteur s’est beaucoup occupé de ce Sahara : les +conclusions formulées peuvent donc avoir un lien avec la personnalité de +l’auteur, et tenir un peu du parti pris involontaire. + +Il est facile cependant de regarder la question d’un point de vue +impersonnel, tout à fait général. C’est celui auquel s’est placé, à +maintes reprises, avec prédilection, feu G.-B.-M. Flamand[191], un autre +saharien, il est vrai mais auquel se sont ralliés beaucoup de géologues, +qui n’étaient pas sahariens du tout : M. Savornin par exemple[192]. + +Même lorsqu’il est recouvert d’un placage crétacé le Sahara algérien est +essentiellement une pénéplaine primaire, hercynienne. Ce sont les +directions des plis hercyniens qui conditionnent l’orographie. Dans +l’Atlas le placage secondaire et tertiaire est bien plus puissant et +bien plus continu : la pénéplaine primaire est à peu près complètement +soustraite à l’observation. Il faut noter cependant que cette continuité +du placage est fonction du climat désertique ou steppien prolongé à +travers les âges géologiques. Dans ce pays de chotts où les bassins +fermés se sont succédé depuis le trias il n’y a pas eu d’érosion +puissante et ancienne avec la mer comme niveau de base. C’est pour cela +que le placage s’est conservé, bien plutôt qu’à cause de sa puissance +propre, qui n’est peut-être pas somme toute, extrêmement grande. Tout se +passe comme si la pénéplaine hercynienne, inobservable il est vrai, mais +partout présente en profondeur, dans la totalité de l’Atlas, Tell +compris, ne cessait pas d’avoir une importance, décroissante +naturellement vers le nord, mais partout indirectement sensible, et même +considérable. A ce compte elle ferait l’originalité de l’Atlas, comparé +aux autres chaînes alpines. La résistance du substratum expliquerait +l’impuissance des géologues à retrouver jusqu’ici dans l’Atlas ces amas +de nappes empilées, qu’ils y ont justement cherchées avec ardeur parce +qu’elles sont caractéristiques des Alpes. L’existence de directions +hercyniennes dans le substratum rigide expliquerait les croisées +orthogonales, les plis courts et individuellement aberrants de la +direction générale dans l’Atlas saharien, la confusion des plis +telliens, et enfin la juxtaposition de compartiments, séparés par des +transversales, et qui ont joué indépendamment, chacun pour son compte. + +Il est bien entendu, cependant, qu’on n’a pas été guidé dans le présent +travail par cette idée générale, et on n’a pas non plus la prétention +d’y aboutir. Elle concerne les géologues, elle est de leur domaine, +c’est à eux de l’établir ou de l’infirmer. On s’est efforcé constamment +de faire état exclusivement des faits géologiques établis par le +consensus des techniciens. + +On ne songe pas un instant à apporter une solution originale au grand +problème orogénique de la surrection de l’Atlas. Le but qu’on s’est +proposé est beaucoup plus modeste, il est de géographie descriptive. On +a voulu débrouiller, classer, dégager des régions naturelles. + +_Régions naturelles._ — Le concept de la région naturelle est mixte, de +géographie physique à la fois et de géographie humaine. Entre la +structure du sol et la distribution des groupes humains on admet qu’il y +a un lien. Et l’idée n’est certainement pas inexacte, pourvu qu’on ne +l’applique pas avec une rigueur mathématique. + +En essayant de résumer et de grouper les données géologiques acquises +nous avons abouti à reconnaître et à délimiter un certain nombre de +compartiments, en rapport avec la structure physique de l’Algérie. Ces +compartiments sont-ils des régions naturelles ? Chacun d’eux a-t-il une +tendance à être peuplé par un groupe humain distinct ? + +A cette question, dans le courant du présent travail et à maintes +reprises déjà, on s’est trouvé amené à donner des réponses de détail. Il +est possible, en guise de conclusion, d’esquisser une réponse +d’ensemble. + +Il ne faut pas perdre de vue que l’histoire de l’Algérie est inconnue. +Les éléments en existeraient, mais ils n’ont pas été mis en œuvre. +Lorsqu’on parle d’une province française, et par exemple de la +Normandie, tout le monde sait implicitement en gros ce que furent les +Normands. Mais si on voulait donner à une région algérienne le nom de +Zénétie, qui donc dans le grand public a jamais entendu parler des +Zénètes ? et parmi les orientalistes eux-mêmes combien y a-t-il +d’érudits qui en ont une idée un peu précise ? A propos de régions +naturelles en Algérie il ne faut donc pas espérer tirer de l’histoire la +même assistance que chez nous. + +On compte s’appuyer sur la distribution en Algérie des deux langues, +berbère d’un côté et arabe de l’autre. C’est une base qui, au premier +abord, pourra paraître assez fragile. Le choix en est susceptible de +choquer doublement nos habitudes d’esprit. + +D’abord nous autres occidentaux, quand nous envisageons le Maghreb, ses +habitants nous paraissent former un bloc, le bloc des musulmans, des +orientaux. Puis, chez nous-mêmes, dans notre France, nous n’attribuons +pas une grande importance aux limites de dialectes, et par exemple dans +notre Bretagne à la limite qui sépare la Bretagne bretonnante de +l’autre. + +L’Algérie pourtant n’est pas la France. On sait bien, après tout, en +gros, les haines millénaires qui séparent les Berbères et les Arabes. +« Ils sont aussi différents que les Français et les Allemands », disait +un indigène. Dans ce pays oriental, où notre sentiment national n’est +pas né, ces deux groupes sont ce qui se rapproche le plus de deux +nations. + +On croit que leur représentation cartographique est importante : on +croit même qu’elle est un résumé graphique de toute l’histoire depuis +2000 ans. Mais enfin, à supposer qu’on se trompe, il reste une chose +certaine, c’est que la carte des langues en Algérie a un rapport avec la +structure, telle que nous l’avons décrite. + +_La carte des langues._ — La répartition des deux langues en Algérie se +trouve être connue d’une façon satisfaisante. Il a été fait là-dessus, +en 1860 et en 1912, deux enquêtes officielles, confiées aux +administrateurs et aux officiers de bureaux arabes ; et chacune de ces +enquêtes a abouti à la publication d’une carte[193]. Il n’y a aucun lien +entre ces deux enquêtes, et il y a un accord satisfaisant entre leurs +résultats. Les deux cartes dressées à un demi-siècle d’intervalle se +superposent dans les grandes lignes. Un ou deux petits points +resteraient peut-être en suspens et exigeraient un supplément +d’enquête : mais il s’agit de détails qui n’ont pas d’intérêt à notre +point de vue actuel. En gros, sans contestation possible, la position +respective des deux dialectes en Algérie est parfaitement connue (fig. +46). + +On l’a reproduite dans la figure ci-jointe, mais on ne s’est pas +contenté d’y utiliser des documents proprement algériens. On y a +schématisé la distribution des Berbérophones dans le Maghreb, Tunisie et +Maroc compris. + +Il est tout à fait certain que la Tunisie tout entière est pratiquement +de langue arabe. Au Maroc il est non moins certain que les Berbérophones +couvrent une énorme superficie et on sait à peu près laquelle. Ils sont +groupés tout le long de la frontière algérienne, dans les hautes +montagnes de l’Atlas et du Riff. Ces données assurément n’ont pas la +précision de celles que nous avons sur l’Algérie, elles sont néanmoins +suffisantes. Bien entendu c’est de l’Algérie qu’il s’agit, et non pas de +la Tunisie ni du Maroc. Mais le cadre des pays voisins est indispensable +pour interpréter la carte des dialectes sur le sol algérien. + +_Les lois du groupement._ — Depuis longtemps, depuis que nous sommes en +Algérie, cette distribution des dialectes a provoqué la curiosité ; on a +cherché à en dégager les lois. + +Tout au début de notre occupation, au premier contact, on s’est arrêté à +cette idée générale très simple : les nomades sont Arabes et les +sédentaires sont Berbères. L’idée a croulé dès qu’on a vu un peu plus +clair. Les Touaregs, pour ne citer que cet exemple dans toute l’Afrique +du Nord sont la tribu la plus libre qui soit de toute influence arabe : +et ils sont en même temps les représentants typiques du grand nomadisme. + +Plus tard on s’est arrêté à cette autre explication, très générale et +absolue : les plaines sont le domaine de l’Arabe conquérant. Les +Berbères vaincus ont été refoulés dans les montagnes et les lieux +inaccessibles. C’est une idée qui n’est pas encore tout à fait +discréditée. Pourtant si on y regarde de près on constate des faits +comme celui-ci. Sur les hautes plaines de Constantine vivent des +Chaouïa, qui sont des pasteurs nomades, logés sous la tente, et qui +parlent Berbère. Tout à côté d’autre part les montagnes qui entourent la +plaine de Bône sont peuplées par des indigènes qui cultivent la terre, +qui vivent dans des maisons, et qui ne parlent qu’arabe. + +[Illustration : FIG. 46. — RÉPARTITION DE LA LANGUE BERBÈRE. + +Le domaine de la langue arabe (en blanc sur la carte) sépare comme un +coin les deux domaines berbérophones. + +Il correspond au domaine des hauts plateaux prolongé par celui des +plaines oranaises ; il est encastré entre de grands accidents physiques, +le seuil de Biskra, la ligne de la Moulouya. — Un autre domaine de +langue arabe, plus réduit et nettement distinct, a pour centre la plaine +de Bône. — Entre les deux, les Berbérophones Algériens sont groupés du +même côté de la grande ligne limite du horst Algérien (Biskra, Tiaret), +qui a été suivie par le limes de l’Empire romain. — Les groupes +Berbérophones principaux sont de vieilles régions naturelles, l’Aurès- +Numidie, les Kabylies. — Les brèches de langue arabe qui disjoignent les +groupes Berbérophones ont un rapport avec la situation des capitales +Sanhadja, Achir et Kalaa des Beni-Hammad.] + +Notez que les deux idées qu’on vient d’exposer et de critiquer ne sont +pas complètement absurdes, tant s’en faut. Il est vrai qu’en gros les +nomades seraient plutôt arabophones. Il est vrai encore que les plaines, +les pays largement ouverts, seraient plutôt le domaine de la langue +arabe, et les montagnes d’accès difficile, faciles à défendre, le +domaine du dialecte berbère. Seulement ce sont des règles qui comportent +des exceptions éclatantes. + +Un fait comme la distribution des langues à la surface de la planète est +fonction de l’évolution historique. Il a des causes multiples et +compliquées, il ne se laisse pas déduire mathématiquement d’un principe. +Pour essayer de le comprendre il faut l’analyser de près et le regarder +en détail. + +_La Zénétie._ — Au premier coup d’œil sur la carte il apparaît que les +deux langues se groupent chacune à part : le Berbère est au nord-est +dans l’Aurès, les Kabylies, les montagnes du Chéliff ; l’arabe est au +sud-ouest, sur les Hauts Plateaux cis-hodnéens, et en Oranie. Entre les +deux la ligne de délimitation est très nette, et c’est une ancienne +connaissance, c’est la grande cassure qui court en écharpe à travers +l’Atlas algérien, et qui le coupe en deux, depuis le seuil de Biskra +jusqu’à Tlemcen : la limite nord-orientale du horst algérien. Est-ce +qu’une pareille coïncidence peut être fortuite ? Regardons-y de plus +près. + +La tache arabophone cis-hodnéenne s’étend à l’ouest jusqu’à la frontière +marocaine, jusqu’au contact précis entre les Hauts Plateaux de type +algérien, et les premiers contreforts des massifs marocains, c’est-à- +dire en somme jusqu’au système des failles de la Moulouya. + +Il y a là une avancée en forme de coin, une intrusion de la langue +arabe, entre les deux groupes berbérophones, marocain d’un côté, et +algérien de l’autre. Cette disposition n’a rien de mystérieux +historiquement, nous savons très bien à la suite de quels événements +elle fut réalisée. + +Le seuil de Biskra, le Hodna, les Hauts Plateaux cis-hodnéens, c’est la +route classique de toutes les invasions sahariennes de grands nomades. +Elle se prolonge par l’Oranie et la trouée de Taza jusqu’à Fez et +l’océan Atlantique. Il est tout naturel que ce soit le domaine de la +langue arabe, d’un bout à l’autre, et nous savons très bien comment la +langue arabe a triomphé dans l’Algérie cis-hodnéenne, à une date +relativement récente. Ceux par qui elle fut introduite n’ont pas été du +tout les premiers conquérants, Sidi-Oqba et ses successeurs immédiats : +mais bien les envahisseurs Bédouins à partir du XIe siècle (tribus +hilaliennes). Leur œuvre n’était encore qu’ébauchée au XIVe, au temps du +grand historien Ibn-Khaldoun, dont le livre éclaire toute la question. + +Ibn-Khaldoun sait très bien que l’Algérie cis-hodnéenne est une région +naturelle, il lui donne un nom d’ensemble, il l’appelle _le Maghreb +central_. Il nous dit que le Maghreb central était le domaine d’une +famille humaine, celle des Berbères Zénètes : et que ces Berbères, au +milieu des autres, étaient une sorte de nation, avec un dialecte +distinct et uniforme. + +Il semble qu’il y ait eu quelques siècles plus tôt, à une date mal +déterminée, une grande invasion zénète, venue du Sahara, prototype des +invasions arabes ultérieures. En tout cas les Zénètes étaient de grands +nomades sahariens. Ils s’opposaient violemment aux ancêtres de nos +Kabyles, les Berbères Sanhadja : ils furent ennemis irréconciliables de +leurs dynasties (les Zirides d’Achir, les Hammadites de la Kalaa). + +Apparemment c’était le choc de deux organisations sociales irréductibles +l’une à l’autre, la nomade et la sédentaire. A des Berbères sédentaires +les Zénètes ont préféré des étrangers arabes, nomades comme eux-mêmes. +Ils furent les alliés et les complices des Bédouins. Nous savons par +Ibn-Khaldoun que les grandes dynasties zénètes de Tlemcen et de Fez +(Abd-El-Ouadites, Mérinides) ont étroitement associé les Bédouins arabes +à leur fortune. + +Par haine des émirs sanhadja, et pour trouver un appui contre eux, les +Zénètes ont été les partisans fidèles des khalifes espagnols : ainsi +est-il advenu par exemple que la tête de leur ennemi le plus illustre, +le sanhadja Ziri, tué sur le Chéliff, alla pourrir sur les créneaux de +Cordoue. Cette familiarité avec les hommes et les choses d’Espagne, +attestée par le style des mosquées tlemceniennes, se trouva de grande +conséquence, le jour où les victoires castillanes éparpillèrent les +émigrés andalous à la surface du Maghreb. Ces missionnaires de la +culture et de la langue arabe ne trouvèrent nulle part un sol mieux +préparé que dans le Maghreb central. Ils y achevèrent l’œuvre que les +Bédouins avaient commencée. + +Ici donc nous sommes en pleine lumière historique. Depuis cinq ou six +siècles, nous suivons assez facilement les étapes successives qui ont +fait de la Zénétie un pays de langue arabe. On voudrait voir ce nom de +Zénétie se fixer dans la nomenclature géographique usuelle, comme le nom +d’une grande région naturelle, d’une province. + +_La Kabylie Sanhadja._ — La voisine et la contre-partie de la Zénétie +c’est la Kabylie des Sanhadja avec ses deux capitales successives, que +nous connaissons déjà, Achir et la Kalaa. La Zénétie aussi d’ailleurs a +eu deux capitales successives, Tiaret et Tlemcen. Il faut noter que, sur +la carte des langues, Achir et la Kalaa paraissent en relation avec un +fait curieux. Les grandes taches berbérophones algériennes sont +disjointes par deux grandes brèches arabophones, qui pénètrent en coin. +L’une s’insinue entre le groupe aurasien et le groupe kabyle ; et +l’autre sépare la Kabylie de l’archipel de dialecte berbère autour de la +Mitidja et du Chéliff. Or de ces deux grandes brèches arabophones la +plus orientale part exactement de la Kalaa et la plus occidentale +d’Achir. Tout se passe comme si chacune de ces capitales avait été un +centre de rayonnement et de diffusion pour la langue arabe. + +Il n’y a rien de plus naturel. Achir et la Kalaa furent assurément des +capitales musulmanes, la langue du Coran y était chez elle. C’étaient +des villes d’ailleurs, et des centres politiques : la culture citadine, +les besoins économiques et administratifs, sont difficilement +compatibles à la longue avec un dialecte rural et local : il y fallait +une vraie langue, et il n’y en avait pas d’autre imaginable que l’arabe. +On saisit ici sur le fait, dans un cas concret, le lien de la carte des +dialectes avec tout le passé historique, comme d’ailleurs avec la +structure géographique. Mais Achir et la Kalaa étaient des capitales +arabophones de royaumes berbères. D’ailleurs comme à peu près toutes les +villes algériennes (les ports mis à part), elles s’élevaient à la limite +de la steppe et du Tell. Il y a là une sorte de loi : le long de cette +frontière entre deux mondes très contrastés, les conditions de la vie +économique et politique, c’est-à-dire les conditions urbaines, sont +réalisées mieux qu’ailleurs. Il ne faut cependant pas que cette +situation frontière nous fasse illusion : Achir et la Kalaa par toutes +leurs attaches appartenaient au Tell Sanhadja. A travers les siècles de +leur existence elles ont eu pour ennemis acharnés les gens de la steppe, +Zénètes et Arabes. Elles n’ont jamais interrompu la guerre, et elles +sont tombées face à l’ennemi. + +Le duel entre ces deux Berbéries, celle des Sanhadja et celle des +Zénètes remplit tout le moyen âge algérien, et il jette une lumière sur +l’histoire tout entière de l’Algérie. + +Il arrive que nous essayons de philosopher, avec nos besoins +intellectuels d’occidentaux, sur cette histoire absurde, qui n’évolue +pas, sur cet imbroglio de guerres éternelles et inintelligibles, d’où on +ne voit jamais émerger un empire durable, encore bien moins une nation. +La tentative d’explication à laquelle on a recours le plus ordinairement +est celle-ci. L’Algérie, voire l’Afrique du Nord, n’a pas pu réaliser +son unité historique parce qu’elle n’a pas de centre géographique, rien +qui rappelle notre Massif Central, ou la convergence des rivières vers +un Paris. L’Algérie est toute en casiers distincts, qui communiquent +difficilement, et qui ne s’ordonnent autour de rien. Cette explication, +qui a déjà servi aux historiens de la Grèce antique, ne semble pas +rendre compte du trait le plus frappant de l’histoire berbère. Tous les +rois numides Syphax, Massinissa, Jugurtha, ont réalisé l’unité de +l’Algérie sans difficulté : leur empire n’a jamais manqué de s’étendre +de la Moulouya jusqu’aux portes de Carthage. Le royaume des Ibadites +s’est étendu de la Tripolitaine à Tiaret. Tous les grands royaumes +Berbères du moyen-âge, celui des Fatimides, celui des Almohades, etc., +ont embrassé, pendant un certain laps de temps, à peu près la totalité +de la Berbérie. Cette extension de l’empire aux limites du pays se +réalise toujours avec une rapidité foudroyante. Seulement çà ne tient +jamais. C’est une unité champignon, qui pousse en une nuit, et qui tombe +en poussière dans une matinée. Je ne crois pas qu’il y ait rien de +semblable dans aucune autre des histoires qui nous soient familières. +C’est un trait proprement berbère. On croit que le duel Sanhadja-Zénète +aide à l’interpréter. En Orient, partout où les pasteurs et les paysans +sont juxtaposés, il faut qu’il y ait entre eux une association, aucun de +ces deux mondes ne se suffit à lui-même. Dans ce ménage la question +primordiale est celle de la direction, du commandement. Nous savons très +bien comment elle a été tranchée dans les deux grands empires +historiques du Levant. En Égypte le sédentaire a toujours sans +difficulté dominé le Bédouin. En Chaldée, ç’a été l’inverse : le pouvoir +a toujours été aux mains des nomades, Assyriens, Perses, Arabes. Mais au +Maghreb aucun des deux n’a pu établir sa domination sur l’autre. Ces +siècles du moyen âge, à travers lesquels s’est déroulé le duel Sanhadja +Zénète, furent précisément les seuls où les Berbères ont tenu leurs +propres destinées dans leurs mains. Il y a eu un effort confus, mais +violent pour réaliser l’union des nomades et des sédentaires par la +subordination d’un groupe à l’autre. Il put sembler un temps qu’on +aboutirait. Les Sanhadja tendaient à l’emporter. Le refoulement des +Zénètes s’accusait dans le déplacement vers l’ouest de leur centre +politique, transporté de Tiaret à Tlemcen. Leur appel aux secours +espagnols paraissait indiquer l’épuisement. Si l’unification était +possible il semblait que ce fût par les Sanhadja. _Si Pergama dextra_... +Mais les Bédouins arabes apparurent et tout fut remis en question. Il +fut acquis dès lors que la Berbérie gardait ses deux âmes +inconciliables. + +Elle les a toujours eues à travers les millénaires de son histoire. Sa +dualité irrémédiable explique apparemment qu’elle ait toujours eu des +maîtres étrangers, Carthage, Rome, les Vandales, Byzance, les Arabes, +les Turcs, les Français. Il y a peu de pays où l’impuissance d’être soi- +même soit historiquement attestée à un pareil degré. De tous les +incidents connus d’une longue histoire il n’y en a pas, je crois, où la +dualité cause de cette impuissance apparaisse plus nettement que dans le +conflit Sanhadja Zénète. Il dure encore d’ailleurs, entre Arabes et +Kabyles. Lorsque Abd-El-Kader, le sultan arabe, essayant de nouer contre +nous le bloc de tous les indigènes, en vint à s’adresser aux Kabyles, on +lui répondit immédiatement en lui parlant de « couscoussou noir » (la +poudre). + +Considérée sous cet angle la ligne de démarcation entre les arabophones +et les berbérophones, c’est-à-dire le bord nord-oriental du horst +algérien, n’apparaît-il pas comme l’épine dorsale de l’Algérie, la +grande ligne maîtresse. + +_Bône._ — La Zénétie n’est pas la seule province entièrement arabophone +d’Algérie. Il y en a une autre, la région de Bône, beaucoup moins +étendue, mais tout à fait à part, symétrique de la Zénétie, de l’autre +côté du bloc berbérophone. Les affinités sont avec la Tunisie, tout +entière arabophone, dont elle est un prolongement sur le territoire +algérien. + +Dans le bloc tunisien bônois la langue arabe n’a pas été introduite par +les Bédouins du XIe au XVe siècle. Elle est venue bien plus tôt. Les +Bédouins ont introduit en Algérie ce qu’on appelle l’arabe vulgaire, un +arabe à syntaxe simplifiée, pauvrement vocalisé. Au temps d’Ibn-Khaldoun +ce dialecte plébéien scandalisait les Tunisiens et les Andalous, parmi +lesquels, par l’école, la littérature, la vie bourgeoise et urbaine, à +la cour des Hafsides et des Ommeïades, l’arabe littéral s’était transmis +et se conservait depuis la conquête. + +On sait que, au temps de Saint-Augustin, aux environs de Bône et de +Guelma, « il fallait des interprètes puniques pour parlementer avec des +paysans révoltés[194] ». Il faut donc admettre que, dans cette partie de +l’Algérie, le bas peuple parlait punique au Ve siècle. La limite de +cette influence carthaginoise, dont la profondeur nous est ainsi +attestée, les archéologues semblent la placer vers Guelma et Constantine +dans la grande banlieue de Bône, et vers Tébessa dans l’arrière-pays de +Carthage elle-même[195]. C’est assez exactement aujourd’hui la limite +des dialectes berbères et arabes : comme c’est d’ailleurs la limite des +hautes plaines constantinoises. + +Est-il possible qu’il y ait là des coïncidences fortuites ? + +Personnellement on admettrait volontiers que la persistance du punique +ait préparé les voies à la diffusion de l’arabe. Autour de Carthage et +de Bône on soupçonnerait volontiers que les indigènes parlent arabe ou +un dialecte sémitique voisin de l’arabe depuis 2500 ans. C’est là une +idée que les archéologues et les latinistes admettraient sans +difficulté. Que les mœurs, les dieux, l’écriture et la langue punique +aient survécu à Carthage pendant des siècles, c’est un fait reconnu par +eux[196]. Mais les arabisants les plus distingués répugnent vivement à +voir un lien entre le punique et l’arabe. Il faut donc spécifier que +notre hypothèse, formulée en passant, est hétérodoxe. On ne l’en croit +pas moins juste pour cela. Mais après tout elle n’est pas indispensable +pour rendre compte du phénomène. Pour expliquer la disparition du +berbère en Tunisie, M. W. Marçais a bien voulu attirer mon attention sur +un fait bien établi. En Tunisie ç’à été la vie urbaine, en Algérie la +vie rurale qui a prédominé : les patois comme le berbère ont évidemment +un caractère rural. Bien entendu la prédominance ancienne de la vie +urbaine en Tunisie a un lien étroit avec l’existence de Carthage, des +deux Carthages successives, la punique et la romaine. L’Afrique romaine, +qui a succédé à la punique, avec sa civilisation millénaire, son +organisation citadine, sa société bourgeoise, ses besoins de vieux +peuple civilisé, ne pouvait pas se passer d’une langue littéraire. A +défaut du latin, que l’effondrement de la domination romaine rendait +impossible, elle adopta l’arabe : que cette substitution ait été +facilitée, ou non, par la persistance dans les familles d’un patois +carthaginois. + +C’est assurément une explication de ce genre qui rend compte du bloc +arabophone tunisien bônois. + +_Le berceau des Fatimides._ — L’Afrique romaine avait du côté de la +Maurétanie berbère une frontière qu’elle a gardée pendant des siècles et +qui nous est bien connue, c’était le flumen Amsaga, qui porte +aujourd’hui à son embouchure le nom d’oued el-Kebir, dans son cours +moyen celui de Rummel, dans son cours supérieur celui de Bou- +Merzoug[197]. C’est la rivière de Constantine. Dans l’Afrique antique +l’Amsaga était une frontière aussi célèbre que la Moulouya (Mulucha), +entre les deux Maurétanies, la Césarienne et la Tingitane. + +Il faut noter que cette frontière le long de l’Amsaga était politique et +historique. Elle ne coïncide avec aucune frontière géographique +imaginable. Ici le rayonnement de proche en proche du vieux pays +civilisé de Carthage a triomphé des obstacles naturels, l’histoire a +pris le pas sur la géographie. + +Aujourd’hui nous trouvons l’arabe installé comme langue unique non +seulement sur la rive droite de l’Amsaga (région de Philippeville), mais +aussi sur sa rive gauche (région de Djidjelli). Et nous devinons +aisément à la suite de quel grand fait historique la langue arabe a +réalisé cette dernière conquête. + +La petite Kabylie, entre la crête des Babor et l’oued el-Kebir +(l’Amsaga) parle un dialecte arabe étrange : les arabisants à diverses +reprises ont signalé les particularités de ce jargon[198]. Ce qui est +intéressant pour nous ce sont les frontières entre lesquelles il est +parlé. Ce sont, incontestablement, celles de la tribu ancienne des +Ketama (Ukutemani des inscriptions, Koidamousioi de Ptolémée). Il n’y a +pas de tribu berbère plus illustre : ce sont les Ketama qui ont fondé +l’empire des Fatimides, conquis l’Égypte, pris pendant un temps la +direction de l’Islam entier. Ce petit district fut au Xe siècle +d’importance mondiale. + +Dans l’histoire de l’Islam Maugrebin, un honneur de ce genre est +invariablement mortel. Les Koumia qui ont fondé la dynastie Almohade, +les Sanhadja de Maurétanie qui ont fondé la dynastie Almoravide, etc., +tous ont été ensevelis dans leur triomphe. Et les Ketama n’ont pas fait +exception à la règle. La tribu berbère qui élève son chef à l’empire se +donne tout entière et sans réserve. Elle fournit, à elle seule, +jalousement, tous les soldats et tous les fonctionnaires : elle réclame +le monopole des batailles, et celui, encore plus redoutable, des +jouissances : c’est une énorme flambée où la tribu tout entière est +consumée en quelques dizaines d’années. On ne connaît rien d’analogue +dans notre histoire européenne. Aujourd’hui le nom de Ketama a disparu +depuis longtemps comme ethnique du moins : car il survit dans l’argot +local comme appellation grossièrement injurieuse. A Constantine, dit +Féraud, il est synonyme de « proxénète, sodomisé, homme avili, +renégat[199] ». Il va sans dire qu’aucun indigène de petite Kabylie ne +se reconnaît descendant des vieux Ketama historiques, et on pourrait les +croire éteints. Seulement sur le territoire de la tribu il se parle un +dialecte qui n’a aucun rapport avec aucun des dialectes voisins, et +c’est un dialecte arabe. Il y a apparence qu’il remonte aux Xe et XIe +siècles, à l’époque glorieuse. + +En résumé voilà un coin de Kabylie, toute l’extrémité orientale à l’est +des Babor, qui est arabophone malgré son nom et malgré sa situation +géographique. Sur ce point la géographie n’a pas servi de guide à +l’histoire. Cette anomalie, dont les causes sont très apparentes, est +curieuse. + +C’est un point où il faut se souvenir, dans la recherche des régions +naturelles, que les sciences de la nature ne peuvent pas avoir une +méthode rigide et déductive. + +_Cæsarea._ — Zénétie d’un côté, plaine et collines de Bône d’autre part, +avec l’appendice de la petite Kabylie Ketama ; entre ces deux taches +arabophones, le groupe des berbérophones : voilà bien l’image d’ensemble +de l’Algérie, au point de vue linguistique. Mais dans le bloc des +berbérophones il y a des distinctions intéressantes. + +A l’ouest, tout à fait en dehors du domaine kabyle, dans l’Algérie des +plaines littorales, il y a un archipel de petites taches berbérophones +autour de la Mitidja et du Chéliff. Ce sont les dernières traces en +Algérie des dialectes zénètes, survivant encore péniblement au triomphe +de la langue arabe. L’îlot le plus important de beaucoup est celui des +Beni-Menacer à côté de Cherchell, l’ancienne Cæsarea, qui fut capitale +de l’Algérie romaine, et qui lui donnait son nom de Maurétanie +césarienne. Faut-il conclure qu’il puisse y avoir, dans certaines +circonstances, un lien entre l’influence romaine et la persistance d’un +idiome berbère ? On verra quelques lignes plus loin se poser le même +problème. + +_Numidie et pays Chaouïa._ — Avec la Kabylie (l’ancien royaume +Sanhadja), la province berbérophone la plus importante est évidemment le +pays Chaouïa. L’Aurès tout entier, avec les hautes plaines qui le +prolongent jusqu’aux portes de Constantine et de Souq-Ahras, tout cela +est habité par des pâtres de moutons (c’est le sens du mot _Chaouïa_), +qui parlent berbère, et qui ont une horreur nationale des Arabes. + +C’est une région naturelle à tous les points de vue. De grands accidents +de structure l’isolent sur tout son pourtour. Vers l’ouest la grande +cassure du Hodna, au nord la limite géographique si importante entre les +hautes plaines et le Tell, entre le socle continental de l’Atlas +saharien aux plis simples, et les bouleversements du géosynclinal +tellien. Le contraste est tout aussi vif au point de vue humain. Ces +pâtres, dont les moutons constituent à peu près tout le cheptel, +nomadisent dans un petit rayon : tout leur manquerait pour les grandes +randonnées, les bêtes de transport, les relations, l’organisation. Ils +jalousent et ils détestent les grands nomades chameliers de langue +arabe, avec lesquels depuis des siècles ils échangent des coups. + +Mais d’autre part ces gens qui vivent sous la tente sont très loin du +villageois kabyle. Leurs dialectes berbères sont si différents qu’on se +comprend à peine. Chaouïas et Kabyles sont les uns et les autres très +conscients de leur individualité. + +Le pays Chaouïa a aussi son histoire à soi, un passé lointain qui lui +appartient en propre. + +Cette grande cassure, qui coupe l’Algérie en écharpe, du seuil de Biskra +jusqu’à Tlemcen, le bord nord-oriental du horst algérien, il faut noter +qu’elle était suivie d’un bout à l’autre, assez exactement, par le +_limes_ de l’empire romain. C’est un fait très curieux, un de ceux dont +on a le droit de dire, apparemment, qu’ils ont des chances de n’être pas +fortuits (fig. 46). + +Le _limes_ n’était pas la frontière. L’armée romaine agissait en dehors +du limes, dressait des forteresses avancées : en deçà du limes était +renfermé ce que nous appellerions le territoire de colonisation. Tout le +pays chaouïa était en deçà du limes, comme d’ailleurs toute la Kabylie. + +Mais sous l’empire romain la Kabylie était la Maurétanie : le pays +Chaouïa était la Numidie. Originairement nul doute que les Numides, ceux +de Massinissa, n’aient été des nomades. Mais à mesure que l’empire a +duré c’est la Numidie qui a été par excellence la province colonisée : +c’est sur son sol que les archéologues retrouvent aujourd’hui toutes les +ruines de grandes villes, Timgad, Khamissa, Mdaourouch, Tebessa, +Lambèse, etc. La Maurétanie ne donne à peu près rien à l’archéologie ; +elle reste jusqu’au bout, de fait comme de nom, le pays des Maures, le +coin barbare. Mais le nom de la Numidie à l’apogée de l’Empire ne +correspond plus à aucune réalité, le passé est mort, il n’y a plus de +nomades, les olivettes ont pris la place des pâturages. + +Rien de plus naturel. De la même façon nous voyons de nos jours +l’Oranie, la Zénétie des nomades, devenir le théâtre des grandes +conquêtes pour la colonisation européenne. C’est là que le colon refoule +l’indigène. Dans la Kabylie au contraire on signale des points, comme la +Medjana, où le colon, appuyé, imposé par l’administration, est éliminé +au contraire, silencieusement et définitivement, par la concurrence +kabyle. On peut imaginer l’évolution de la Numidie sous l’empire romain +en considérant celle du Sersou de nos jours. Ce sont choses +comparables ; on reconnaît à ces traits l’Algérie éternelle. + +La Numidie colonisée fut un pays de grands domaines, de grande industrie +agricole, exportateur en grand de céréales et d’huile. Elle donna au +monde romain des écrivains comme Apulée, saint Augustin, issus d’une +élite bourgeoise de langue et de culture latine. Elle lui donna aussi la +plèbe révolutionnaire des Circoncellions : sous le nom d’hérésies, de +luttes religieuses, on reconnaît des phénomènes qui nous sont familiers, +les troubles sociaux, les mouvements ouvriers. Toute cette plèbe servile +d’ouvriers agricoles était restée fidèle au dialecte berbère. + +Et dès lors on devine aisément ce qui advient lorsque croula la +civilisation romaine. Ce qui fait si imposantes les ruines dont Timgad +est le type classique, et qui rivalisent avec Pompéi, c’est que la +Numidie a cessé d’un coup d’être une région urbaine. Les villes furent +pillées, brûlées et abandonnées. Si elles avaient été reconstruites, si +la vie avait continué dans leur enceinte, il n’en resterait plus trace. +La vie qui refond et qui renouvelle est naturellement la grande +destructrice. Avec les cités la bourgeoisie est morte et avec elle non +seulement la langue latine, mais encore le besoin même d’avoir une +véritable langue. Le dialecte berbère n’a plus de rival. + +On peut imaginer pourtant que cette plèbe des Circoncellions, regroupée +en tribus berbères, n’ait jamais pu secouer tout à fait l’empreinte de +son long passé romain. Ce passé, dont Masqueray a recherché pieusement +les traces, a nécessairement contribué à faire une âme propre aux +Chaouïas : comme aux Béni-Menasser de Cherchell. En face d’étrangers, +comme les Arabes, venus du fond de l’orient et du désert, on conçoit que +des gens qui ont un passé numide se sentent irréconciliables. + +_Conclusions._ — Assurément rien de tout cela n’est au point. Cette +Algérie qui a été successivement carthaginoise, romaine, arabe, turque, +française, et qui à travers tous ces avatars n’a jamais pourtant cessé +d’être elle-même, a une histoire dont on entrevoit mal les grandes +lignes. Les documents abondants avec lesquels il faudrait l’écrire +rentrent dans des compartiments tout à fait étanches de l’érudition, +celui par exemple des études classiques, et celui de l’orientalisme. + +Sous ces réserves il nous semble que la carte des langues en Algérie +n’est pas inintelligible : on croit reconnaître les grands événements +historiques qui l’ont dessinée, et qui ne sont pas indépendants de la +structure. Cette Algérie humaine paraît avoir avec l’Algérie physique un +rapport indéniable : et si on ne se trompe pas on pourrait donc conclure +que dans le présent petit travail, on n’a pas moulu à vide. + +Ce rapport entre l’homme Algérien et le sol on peut le résumer très +brièvement, au moins dans un trait essentiel. Quand nos pères, au temps +de Louis-Philippe, ont pris contact avec ce pays, ils y ont distingué le +Tell et les hauts plateaux. Le Tell c’est la zone côtière qui a été +modelée par l’érosion avec la mer comme niveau de base. Les hauts +plateaux c’est la région intérieure qui a été modelée par l’érosion en +bassin fermé avec le chott voisin pour niveau de base. Le contraste +entre les deux modelés est extraordinaire, il saute aux yeux, la +première impression de nos pères était et reste très juste. + +Seulement cette grande division, si importante soit-elle, n’est pas le +trait géographique essentiel qui a présidé au groupement historique de +l’humanité. L’axe humain de l’Algérie c’est le grand arc montagneux qui +la coupe en écharpe de Biskra à Tlemcen. On ne saurait trop insister là- +dessus. + +Quoiqu’on ne l’ait jamais exposé nettement ce doit être une ligne de +grande importance au point de vue climatique. La famine de 1921 a un +rapport avec elle ; elle a épargné l’Aurès et les Kabylies, ç’a été une +famine zénète. Les études de l’Institut Pasteur sur les sauterelles, +lorsqu’on se décidera à les publier, feront ressortir cette limite à +laquelle les grandes invasions d’acridiens marquent toujours un temps +d’arrêt. C’est l’importance climatique assurément qui en fait la valeur +humaine. + +Sur cette ligne deux humanités, ou en tout cas deux cultures, +s’affrontent depuis les temps les plus reculés. Avant l’histoire, à +l’époque des plus anciens tombeaux, dolmens et tumulus, l’arc Biskra- +Tlemcen sépare déjà deux provinces tout à fait distinctes. La mission +ethnographique Frobenius, qui a parcouru l’Algérie en 1914, l’a reconnu +immédiatement[200] ; et on ne peut pas soupçonner M. Frobenius, dont +l’ignorance ou le dédain de la bibliographie est fantastique, d’avoir +emprunté cette idée à ses prédécesseurs. Elle s’est imposée à lui comme +à eux[201]. Au nord de l’arc Biskra-Tlemcen sont les cimetières de +dolmens, au sud les grossiers tumulus de cailloux éparpillés isolément. +Aujourd’hui ce même arc sépare les grands nomades chameliers des paysans +Kabyles et des petits nomades moutonniers ; le Zénétie de langue arabe, +et le bloc Berbérophone dissocié en archipel. Les Romains dont l’empire +en Afrique du Nord a duré cinq siècles, ont été plus dociles à +l’évidence des faits que notre jeune administration française. Leur +_limes_ allait de Biskra à Tlemcen. + +Ce grand arc montagneux est composite. Il est assemblé de bouts de +chaîne discontinus entre l’Aurès et l’Ouarsenis ; à son extrémité +occidentale entre la Mina et la Moulouya, c’est le rebord de grands +causses, plus ou moins couverts de pinèdes, du sommet desquels on +descend dans le Tell par de larges brèches. Ce chapelet de montagnes n’a +pas plus de nom que d’unité. Et il faudrait cependant pouvoir nommer +l’axe géographique de l’Algérie. Ne pourrait-on pas l’appeler la chaîne +du limes ? + +On soulignerait ainsi son rôle historique. Mais il ne faut pas oublier +qu’il est aussi, malgré son aspect hétéroclyte une réalité géologique +extrêmement simple ; puisque c’est le rebord Nord-Oriental du horst +algérien. Il n’y a guère de coin sur la planète où le lien entre la +géologie et l’homme soit plus manifeste. + + +[Note 191 : No 41, _passim_.] + +[Note 192 : No 112.] + +[Note 193 : No 65 carte jointe, no 51, _id._ et no 52, _id._] + +[Note 194 : No 63, p. 30.] + +[Note 195 : No 63, p. 26, 29, 36.] + +[Note 196 : Adhésion formelle de Cseu, no 64, t. IV, p. 498.] + +[Note 197 : No 8, feuille 8.] + +[Note 198 : No 34, p. 272.] + +[Note 199 : No 35, p. 159.] + +[Note 200 : 42 bis, p. 3, 22.] + +[Note 201 : 53 bis, p. 9.] + + + + + BIBLIOGRAPHIE DES CARTES + + * * * * * + + +Algérie : + +1. Carte du Service géographique de l’armée à 1:800000e. + +2. Carte géologique à 1:800000e, édition de 1900. + +3. Carte hypsométrique de Flotte de Roquevaire en couleurs à 1:1500000e +(cette carte fait partie d’un Atlas Augustin Bernard et Flotte de +Roquevaire, qui n’est pas encore dans le commerce et qui se prépare au +Service géographique du Gouvernement général. + +4. Carte du Service géographique de l’armée à 1:200000e. + +5. Carte du Service géographique de l’armée à 1:100000e (territoires du +Sud). + +6. Carte du Service géographique de l’armée à 1:50000e, topographique. + +7. Carte du Service géographique de l’armée à 1:50000e, géologique. + +8. Atlas archéologique de l’Algérie avec un texte explicatif de Stéphane +Gsell. Alger, Jourdan, 1911. + + +Tunisie : + +9. Carte du Service géographique de l’armée à 1:800000e. + +10. Carte géologique provisoire dressée par Aubert, 1892. + +11. Carte du Service géographique de l’armée à 1:100000e. + +12. Carte du Service géographique de l’armée à 1:50000e. + +13. Atlas archéologique de la Tunisie, accompagné d’un texte explicatif +rédigé par Cagnat, Babelon, etc. Paris, Leroux. + + +Maroc : + +14. Carte hypsométrique du Maroc en couleurs à 1:1500000e, dressée et +publiée par le Bureau topographique du Maroc. Casablanca, 1918. + +15. Carte du Maroc à 1:1000000e, dressée et éditée par Barrère, 21, rue +du Bac, Paris, 1913. + +16. Essai d’une carte géologique du Maroc par Louis Gentil, 1911, à +1:2500000e accompagnant no 56. + +17. Esquisse géologique de la frontière marocaine par G.-B.-M. Flamand, +à 1:1000000e, décembre 1909, publiée par le Gouvernement général de +l’Algérie (territoires du Sud). + +18. Carte du Maroc à 1:200000e publiée par le Bureau topographique du +Maroc (Casablanca). + +19. Carte du Maroc à 1:100000e publiée par le Bureau topographique du +Maroc (Casablanca). + + +Algérie, Tunisie, Maroc : + +20. Les cartes marines. + + + + + BIBLIOGRAPHIE + + DES VOLUMES, ARTICLES DE REVUE, BROCHURES, + + PAR NOMS D’AUTEURS, SUIVANT L’ORDRE ALPHABÉTIQUE + + * * * * * + + +21. Aubert : Explication de la carte géologique provisoire de la +Tunisie, Paris, Barrère, 1892. + +22. A. Bernard et E. Ficheur : Les régions naturelles de l’Algérie, +_Annales de Géographie_, t. XI, 1902, p. 221, 339, 419. + +23. Edmond Bernet : Contribution à l’étude géologique de la +Tripolitaine, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XII, 1912, p. 385. + +24. Général Berthaut : Topologie. — Étude du terrain, t. I et II, +Imprimerie du Service géographique, 1909. + +25. Général de Beylié : La Kalaa des Beni-Hammad, Paris, Leroux, 1907, +in-4. + +26. Joseph Blayac : Esquisse géologique du bassin de la Seybouse, Alger, +1912 (Thèse de doctorat). + +27. A. Brives : Voyages au Maroc (1901-1907), Alger, 1909, in-4. Cartes +sous portefeuille séparé. + +28. Commandant G. Cauvet. Les mares à silures de l’Algérie. Dans +_Bulletin de la Société d’histoire naturelle de l’Afrique du Nord_, +1915, p. 102 à 104. + +29. R. Chudeau : Tectonique de l’Afrique occidentale, dans _Bull. Soc. +Géol. Fr._, 4e série, t. XVIII, 1918, p. 59. + +30. M. Dalloni : Recherches sur la période néogène dans l’Algérie +occidentale, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XV, 1915, p. 434. + +31. M. Dalloni : Les terrains oligocènes dans l’ouest de l’Algérie, +_Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XVI, 1916, p. 97. + +31 _a._ M. Dalloni : Le terrain houiller sur le littoral de la province +d’Oran, _Comptes rendus Acad. Sc._, 2 juin 1919, p. 1117. + +31 _b._ M. Dalloni : L’extension du terrain houiller sur le littoral de +la province d’Oran, _Comptes Rendus sommaires de la Soc. Géol. Fr._, 21 +juin 1920, p. 133. + +31 _c._ M. Dalloni : Sur la structure de la chaîne numidique. +Observations sur les prétendus charriages, _Bull. Soc. Géol. de France_, +4e série, t. XX, p. 187 à 195, année 1920. + +32. L. Dollé : Les graptolites de la haute plaine du Tamlelt. _Ann. Soc. +Géol. du Nord_, t. XLII, p. 223. + +32 _bis._ Excursion interuniversitaire en Algérie, dans _Annales de +Géographie_, 15 mai 1921. + +33. L’Afrique septentrionale au XIIe siècle de notre ère. _Extrait du +Kitab el-Istibçar_, traduction E. Fagnan, Constantine, 1900. + +34. L. Féraud : Mœurs et coutumes kabiles, _Revue Africaine_, année +1862, p. 273, 429. + +35. L. Féraud : Notice sur les Oulad Abd-en-Nour, _Annales Soc. Arch. +Const._, vol VIII, p. 134. + +36. E. Ficheur : Description géologique de la Kabylie du Djurdjura, +Alger, 1890. + +37. E. Ficheur : Les terrains anciens et l’éocène métamorphique dans les +massifs numidiens, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. II, 1903, p. +407. + +38. E. Ficheur : Le cartennien de Ben Mahis, région de Berrouaghia +(Alger), _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XVII, 1917, p. 136. + +39. Théobald Fischer : Mittelmeer bilder, _Zweite Aŭflage_, Leipzig und +Berlin, 1913. + +40. Théobald Fischer : Mittelmeer bilder. _Neue Folge_, Leipzig und +Berlin, 1908. + +41. G.-B.-M. Flamand : Recherches sur le haut pays de l’Oranie, Lyon, +1911 (Thèse de doctorat). + +42. R. Fourtau : Sur le grès nubien, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 10 +novembre 1902. + +42 _bis._ Leo Frobeniŭs : Der Klein afrikanische Grabbaŭ +(_Præhistorische Zeitschrift_, 1916). + +43. Fromentin : Une année dans le Sahel, Paris, 1898. + +44. E.-F. Gautier : La meseta Sud-Oranaise, _Annales de Géographie_, t. +XVIII, 1909, p. 328. + +45. E.-F. Gautier : De Berrouaghia à Aumale, _Annales de Géographie_, t. +XIX, 1910, p. 245. + +46. E.-F. Gautier : Les hauts plateaux Algériens, _La Géographie_, t. +XXI, 1910, p. 89. + +47. E.-F. Gautier : Profils en long de cours d’eau en Algérie-Tunisie, +_Annales de Géographie_, t. XX, 1911, p. 351 et 431. + +48. E.-F. Gautier : Le rocher de sel de Djelfa, _Annales de Géographie_, +t. XXIII, 1914, p. 245. + +49. E.-F. Gautier : Le chott Tigri, _Annales de Géographie_, t. XXV, +1916, p. 181 et 291. + +49 _bis._ E.-F. Gautier : La source du Thaddert à Figuig, _Annales de +Géographie_, t. XXVI, 1917, p. 450. + +50. E.-F. Gautier et R. Chudeau : Missions au Sahara, t. I, _Sahara +Algérien_, Paris, 1908. + +51. Edmond Doutté et E.-F. Gautier : _Enquête sur la dispersion de la +langue Berbère_, Alger, 1912. + +52. E.-F. Gautier : Répartition de la langue Berbère en Algérie, +_Annales de Géographie_, t. XXII, 1913, p. 255. + +53. E.-F. Gautier : L’Algérie et la Métropole, Paris, 1920. + +53 _bis._ E.-F. Gautier : Les premiers résultats de la mission +Frobeniŭs, _Revue Africaine_, no 306, 1921. + +54. Louis Gentil : Étude géologique du bassin de la Tafna, Alger, 1903. + +55. Louis Gentil : L’Amalat d’Oudjda, _La Géographie_, t. XXIII, 1911, +p. 17 et 331. + +56. Louis Gentil : La géologie du Maroc et la genèse de ses grandes +chaînes, _Annales de géographie_, t. XXI, 1912, p. 130. + +57. Louis Gentil : _Le Maroc physique_, Alcan, 1912. + +58. Louis Gentil : Notes d’un voyage géologique à Taza (Maroc +septentrional). Contribution à l’étude du détroit Sud-Rifain, _Bull. +Soc. Géol. Fr._, 4e série, 1919, t. XVIII, p. 129. + +59. Louis Gentil : _Note dans les Comptes Rendus sommaires de la Soc. +Géol. Fr._, no 5, 1er mars 1920. + +60. Louis Gentil et Léonce Joleaud : Les nappes de charriage dans +l’Afrique du Nord, dans _Revue générale des sciences_, 15 octobre 1918. + +61. _a._ Gouvernement général de l’Algérie : _Notice sur l’hydraulique +agricole_ (Exposition universelle de 1900). + +61 _b._ Gouvernement général de l’Algérie (Direction des travaux publics +et des mines) : _Notice sur les routes, les ports, l’hydraulique +agricole, les mines_ (Exposition coloniale de Marseille, 1906). + +62. Stéphane Gsell : Les monuments antiques de l’Algérie, t. I et II, +Paris, 1901. + +63. Stéphane Gsell : L’Algérie dans l’antiquité, Alger, Jourdan, 1903. + +64. Stéphane Gsell : Histoire ancienne de l’Afrique du Nord, t. I, II, +III et IV, Hachette, 1913 à 1920. + +65. Hanoteau : Essai de grammaire de la langue Tamachek, Paris, 1860. + +66. Émile Haug : Paléontologie, dans _Documents scientifiques de la +mission Foureau-Lamy_, Paris, 1905. + +67. Ibn Khaldoun : Histoire des Berbères, _Traduction de Slane_, Alger, +1852. + +68. Léonce Joleaud : Sur l’existence d’une nappe de charriage dans le +nord-est de l’Algérie, _Compte Rendu Acad. Sc._, p. 480, 1908. + +69. Léonce Joleaud : Le régime des eaux dans la région de Constantine. +Conférence imprimée à Constantine, 1908. + +70. Léonce Joleaud : Étude géologique de la chaîne Numidique, +Montpellier, 1912 (Thèse de doctorat). + +71. Léonce Joleaud : Les grandes lignes directrices de l’orographie en +Numidie, _Bull. Soc. de Géographie d’Alger_, 1913, p. 502. + +72. Joleaud : Notice sur Hammam Meskoutine, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 3e +série, t. XIV, 1914, p. 423. + +73. Ch. Depéret et Léonce Joleaud : Les dépôts quaternaires marins de la +région de Bône et de La Calle, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 30 avril +1917. + +74. Léonce Joleaud et Alexandre Joly : Sur quelques phénomènes de +capture observés dans le bassin du Haut Rummel, _A. F. A. S._, Lille, +1909, p. 1217. + +75. Alexandre Joly : L’érosion par l’eau et le vent dans les steppes de +la province d’Alger, _Bull. Soc. Géog._ d’Alger, 1904, p. 507. + +76. Alexandre Joly : La ligne de partage des eaux marines et +continentales dans l’Afrique mineure, _Bull. Soc. géographique_ d’Oran, +t. XXVII, 1907, fascicule CXII. + +77. Alexandre Joly : Le plateau steppien d’Algérie. Relief et structure, +_Annales de géographie_, t. XVIII, 1909, p. 162 et 238. + +78. Général de Lamothe : Note sur les anciennes plages et terrasses du +bassin de l’Isser, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 3e série, t. XXVII, 1899, p. +257. + +79. Général de Lamothe : Les anciennes lignes de rivage du Sahel +d’Alger, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 26 décembre 1904. + +80. Général de Lamothe : Les anciennes lignes de rivage du Sahel d’Alger +et d’une partie de la côte algérienne (_Mém. Soc. Géol. Fr._, 4e série, +I, Mém. no 6, 1911), in-4, XII + 288 p. + +81. Mission dirigée au sud de l’Algérie par Choisy (Documents relatifs à +la), Paris, Imprimerie nationale, in-4, 1890. + +82. De Martonne : Traité de Géographie physique, Paris, Colin, 1re édit. + +82 _bis._ J. Pellegrin : Les vertébrés aquatiques du Sahara (_Comptes +Rendus Acad. Sc._, t. CLIII, 1911, p. 972, 974. + +82 _ter._ J. Pellegrin : Les Vertébrés des eaux douces du Sahara _A. F. +A. S._, Tunis, 1913, p. 346, 352. + +83. P. Penet : L’hydraulique agricole dans la Tunisie méridionale, +Tunis, 1913. + +84. Pervinquières : Étude géologique de la Tunisie centrale (Direction +générale des Travaux publics. Régence de Tunis). Paris, 1903. + +85. A. Pomel : Le Sahara. Observations de géologie et géographie +physique... publié par la _Société de climatologie d’Alger_, Alger, +in-8, 1873. + +86. A. Pomel : Géologie de la petite Syrte et de la région des chotts +Tunisiens, _Bull. Soc. Géol. Fr._, 1878, p. 217 à 224. + +87. A. Pomel : Explication de la deuxième édition de la carte géologique +à 1:800000e, Alger, 1890. + +88. F. Rey : Sur la présence du Gothlandien dans la plaine du Tamlelt, +_Comptes Rendus Acad. Sc._, 1911. + +89. F. Rey : La haute plaine du Tamlelt, _Bull. Soc. Géog._, Oran, t. +XXXI, 1911. + +90. F. Rey : Recherches géologiques et géographiques sur les territoires +du Sud-Oranais et du Maroc sud-Oriental, _Revue de Géographie_, t. VIII, +années 1914-1915. + +100. Étienne Ritter : Le Djebel-Amour et les monts des Oulad-Nayl +(_Bull. du Service de la carte géologique_ de l’Algérie), Alger, 1902. + +101. Le capitaine Rodet : Les ruines d’Achir, _Revue Africaine_, t. LII, +1908, p. 86. + +102. Henri Roux et Henri Douvillé : La géologie des environs de Redeyef +(Tunisie), _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. X, 1910, p. 646. + +103. Henri Roux : Les plis des environs de Redeyef, _Bull. Soc. Géol. +Fr._, t. XI, 1911, p. 249. + +104. J. Savornin : Esquisse orographique des chaînons au nord-ouest du +Hodna, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 16 janvier 1905. + +105. E. Ficheur et J. Savornin : Sur les terrains tertiaires de +l’Ouennougha, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 10 juillet 1905. + +106. J. Savornin : Sur la tectonique au sud-ouest du chott el-Hodna, +_Comptes Rendus Acad. Sc._, 13 novembre 1905. + +107. J. Savornin : Découverte d’un littoral de l’éocène inférieur dans +la chaîne des Bibans, _A. F. A. S._, Cherbourg, 1905. _Notes et +Mémoires_, Paris, 1906, p. 383-387. + +108. J. Savornin : La chaîne des Bibans pour le géographe et le +géologue, _A. F. A. S._, _Ibidem_, p. 388-394. + +109. J. Savornin : La dépression de l’Ouennougha-Medjana, _A. F. A. S._, +Lyon, 1906, p. 285. + +110. J. Savornin : Sur le géosynclinal miocène du Tell méridional, +_Comptes Rendus Acad. Sc._, 1907, p. 130. + +111. J. Savornin : Sur le régime hydrographique et climatérique Algérien +depuis l’époque oligocène, _Comptes Rendus Acad. Sc._, 21 décembre 1908. + +112. J. Savornin : Sur la direction des plissements de l’Atlas +considérée comme résultante de deux actions orogéniques orthogonales, +_Comptes Rendus Acad. Sc._, 27 décembre 1909. + +113. J. Savornin : Cartes paléogéographiques dans E.-F. Gautier, no 46. + +114. J. Savornin : Au sujet des nappes de charriage du Djurdjura, etc., +_Comptes Rendus Acad. Sc._, 12 janvier 1920. + +115. J. Savornin : Étude géologique de la région du Hodna et du plateau +Sétifien, in-8, 496 p., Alger, 1920 (Thèse de doctorat). + +116. Ed. Suess : La face de la Terre. Traduction de Margerie, Paris, +Colin. + +117. P. Termier : A propos d’une Note sur les terrains +cristallophylliens du massif des Beni-Toufout, etc., dans _Bull. Soc. +Géol. Fr._, 4e série, t. III, 1903, p. 130. + +118. P. Termier : Notes de tectonique Tunisienne et Constantinoise, +_Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. VIII, 1908, p. 102. + +119. P. Termier : Sur la tectonique des terrains primaires dans la Nurra +di Saddari (Sardaigne), _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e série, t. XIV, 1914, +p. 42. + +120. P. Termier : Note dans les _Comptes Rendus sommaires de la Soc. +Géol. Fr._, 1er mars 1920. + +121. A. Thévenet : Essai de climatologie Algérienne, Alger, 1896. + +122. L. Ville : Notice sur les sondages exécutés dans le territoire +civil de la province d’Alger pour la recherche des eaux jaillissantes, +Alger, in-8, 1866. + + + + + TABLE DES FIGURES + + * * * * * + + + Pages. + + _Figure_ 1. Le système Alpin et la Tyrrénide 8 + + _Figure_ 2. Vallée de la Zousfana à travers l’Atlas de Figuig 15 + + _Figure_ 3. Le Maïz et le Beni Smir 17 + + _Figure_ 4. Le Tamlelt 20 + + _Figure_ 5. Le plateau de Médéa 29 + + _Figure_ 6. Les sillons Sahariens et l’Atlas 33 + + _Figure_ 7. Bras de mer éocrétacé 44 + + _Figure_ 8. Bras de mer des phosphates 44 + + _Figure_ 9. Mer oligocène 44 + + _Figure_ 10. Bras de mer cartennien 45 + + _Figure_ 11. Mer Sahélienne 45 + + _Figure_ 12. Le Rocher de sel de Djelfa 54 + + _Figure_ 13. Les dômes Nemenchas 59 + + _Figure_ 14. Le profil en long du Chéliff 74 + + _Figure_ 15. Région de Boghari 75 + + _Figure_ 16. Profil en long de l’oued Bou Sellam 77 + + _Figure_ 17. Coude de capture du Bou Sellam 78 + + _Figure_ 18. Profil en long de la Seybouse 80 + + _Figure_ 19. Profil en long du Rummel 80 + + _Figure_ 20. L’oued Bou Merzoug et l’oued Chott-Saboun 81 + + _Figure_ 21. Profil en long de l’oued Bou Merzoug prolongé 82 + (hypothèse Grund) + + _Figure_ 22. Carte schématique de l’allure des plis dans 88 + l’Atlas Saharien + + _Figure_ 23. Trois coupes à travers l’Atlas 96 + + _Figure_ 24. Tendrara, le point culminant des hauts plateaux 100 + + _Figure_ 25. Le Tigri 105 + + _Figure_ 26. Le Horst Algérien 118 + + _Figure_ 27. La fenêtre de l’oued Tifrit 123 + + _Figure_ 28. La fin des causses sur l’oued Mina 126 + + _Figure_ 29. Le front de la meseta Sud-Oranaise 127 + + _Figure_ 30. Le Djebel Badroun 140 + + _Figure_ 31. Chaîne des Bibans et sierra du Hodna 142 + + _Figure_ 32. Le Sahel et la baie d’Alger 155 + + _Figure_ 33. Profil en long du Sig 164 + + _Figure_ 34. Profil en long de l’Habra 165 + + _Figure_ 35. Profil en long de l’oued Sahel 166 + + _Figure_ 36. Profil en long de l’oued Isser 167 + + _Figure_ 37. Profils comparés de l’oued Sig et de l’oued Isser 167 + + _Figure_ 38. Profil longitudinal de la Tafna 172 + + _Figure_ 39. Carte bathymétrique de la Méditerranée 176 + occidentale + + _Figure_ 40. La côte de Bizerte et de Tunis 179 + + _Figure_ 41. Bizerte 181 + + _Figure_ 42. Lac Melah 183 + + _Figure_ 43. La plaine de Bône 187 + + _Figure_ 44. Profil en long de la Medjerda 191 + + _Figure_ 45. La transversale de Bougie 194 + + _Figure_ 46. Répartition des langues Berbère et Arabe 205 + + + + + TABLE DES MATIÈRES + + * * * * * + + + Pages. + + AVANT-PROPOS 5 + + LIVRE I + + LE CADRE + + _Chapitre I. — L’Atlas et le plissement Alpin_ 7 + + _Chapitre II. — La grande faille Touat-Roussillon_ 13 + + Rue de palmiers 13 + + Haute Zousfana 14 + + Le Tamlelt 19 + + La Moulouya 23 + + Conclusion 25 + + _Chapitre III. — La grande dorsale Hoggar-Laghouat-Médéah_ 27 + + _Chapitre IV. — La brèche de Biskra et la croisée du Djérid_ 32 + + Brèche de Biskra 32 + + La croisée du Djérid 35 + + _Chapitre V. — Conclusions générales_ 37 + + LIVRE II + + L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE + + _Chapitre I. — Les temps primaires_ 39 + + _Chapitre II. — L’Algérie bras de mer_ 41 + + Bras de mer crétacé 41 + + Bras de mer éocène 43 + + La mer oligocène 47 + + Bras de mer miocène inférieur 49 + + Golfes Sahélien et Pliocène 50 + + Conclusion 51 + + _Chapitre III. — Le Trias_ 52 + + Rochers de sel 53 + + Facies tellien et steppien 56 + + Allure des affleurements 57 + + Dômes évidés 58 + + _Chapitre IV. — Les déserts successifs_ 61 + + L’Albien 61 + + L’Oligocène 62 + + Pliocène 64 + + Quaternaire 66 + + _Chapitre V. — La Méditerranée substituée à la Tyrrhénide_ 69 + + L’effondrement 69 + + Les conséquences 70 + + Profils longitudinaux 71 + + Chéliff 73 + + O. Bou Sellam 76 + + La Seybouse 79 + + Oued Rummel 80 + + Bou Merzoug 82 + + Conclusions 83 + + _Chapitre VI. — Conclusions du Livre_ 84 + + LIVRE III + + HAUTS PLATEAUX + + _Chapitre I. — Atlas Saharien_ 87 + + Unité de plan 88 + + Plissement ébauché 90 + + Modelé désertique 91 + + Lien entre les deux 93 + + _Chapitre II. — L’Aurès_ 95 + + _Chapitre III. — Tendrara_ 99 + + L’arc de Fortassa 101 + + _Chapitre IV. — Le Tigri_ 104 + + Le manteau alluvionnaire 106 + + Structure géologique 108 + + Structure topographique 110 + + Conclusions 112 + + Chotts à falaises 112 + + _Chapitre V. — Le horst Algérien_ 115 + + Plateau steppien 115 + + Le horst Algérien 117 + + _Chapitre VI. — La meseta sud-Oranaise_ 121 + + L’extrémité orientale du horst 128 + + Conclusions générales du Livre 129 + + LIVRE IV + + LES PLIS DU TELL + + _Chapitre I. — Les nappes_ 131 + + Djebel Ouach 131 + + Sierra de Kabylie 132 + + Zaccar 133 + + Système de nappes 133 + + Conclusions 135 + + _Chapitre II. — Chaîne des Bibans et Sierra du Hodna_ 138 + + Chaîne des Bibans 138 + + La route Romaine 141 + + Sierra du Hodna 142 + + Conclusions 144 + + _Chapitre III. — Le faisceau des plis_ 146 + + LIVRE V + + LES TRANSVERSALES DU TELL + + _Chapitre I. — De part et d’autre de Médéa_ 149 + + Tell oriental 150 + + Tell occidental 152 + + _Chapitre II. — La Mitidja_ 154 + + L’oued Mazafran 156 + + _Chapitre III. — Les plaines oranaises_ 158 + + Hydrographie de la plaine 159 + + _Chapitre IV. — Le Sig et l’Habra. L’Isser et l’oued Sahel_ 163 + + Sig et Habra 163 + + Oued Sahel et oued Isser 165 + + Comparaison 168 + + _Chapitre V. — La Tafna_ 171 + + La carte bathymétrique 171 + + La Tafna 171 + + Tlemcen et Siga 173 + + _Chapitre VI. — Le haut fond de Bône_ 175 + + La côte Algérienne 175 + + Côte Bônoise et Tunisienne 178 + + _Chapitre VII. — La plaine de Bône_ 186 + + L’Edough et la croisée orthogonale 186 + + La plaine 187 + + Affinités Tunisiennes 190 + + _Chapitre VIII. — Bougie_ 193 + + L’importance humaine 194 + + La Kalaa et Bougie 195 + + _Chapitre IX. — Tiaret_ 197 + + La Mina 197 + + Royaume de Tiaret 199 + + LIVRE VI + + LES RÉGIONS NATURELLES ALGÉRIENNES + + _Chapitre unique_ 201 + + But poursuivi 201 + + Régions naturelles 202 + + La carte des langues 203 + + Les lois du groupement 204 + + La Zénétie 206 + + La Kabylie Sanhadja 208 + + Bône 210 + + Le berceau des Fatimides 212 + + Cæsarea 213 + + Numidie et pays Chaouïa 214 + + Conclusions 216 + + BIBLIOGRAPHIE des cartes 219 + + BIBLIOGRAPHIE des volumes, articles, brochures, etc. 221 + + + + + TABLE ALPHABÉTIQUE + + * * * * * + + + A + + _Accidents nord-sud_, p. 37 (voir _Transversales_), fig. 6. + + _Achir_, p. 30, 148, 196, 208 et fig. 46. + + _Aïn-Ouarka_, p. 57. + + _Akbou_, p. 194. + + _Alger_, p. 10, 30, 50 et 149. + + (port d’), p. 175, 176 et fig. 32. + + (Sahel d’), p. 154 et suiv. et fig. 5. + + _Alpin_ (plis d’âge), p. 49, 147 et 194. + + (dans le Tell occidental), p. 152. + + (puissance maximum), p. 158. + + _Ampère_, p. 79. + + _Ampsaga_ (frontière Romaine), p. 82 et 212. + + _Andalous_, p. 207. + + _Arabes_, p. 97. + + _Arabophones_, p. 203 et suiv. + + (plaine de Bône), p. 206 et 210. + + (petite Kabylie), p. 212. + + (Oranie), p. 206, 207. + + (trouée de Taza), p. 207. + + (Tunisie), p. 204. + + (domaine du punique), p. 211. + + (nomadisme), p. 204. + + (dans les plaines), p. 204. + + _Archgoul_, p. 173. + + _Arganier_, p. 70. + + _Arzeu_, p. 176. + + (salines d’), p. 163. + + _Atlas_, p. 7 et suiv., p. 14, 37, 41, 51 et fig. 1. + + (originalités de l’), p. 202. + + _Atlas de Blida_, p. 133 et suiv., p. 154 et suiv., p. 198 et fig. 5. + + _Grand Atlas marocain_, p. 23 et 87. + + _Moyen Atlas marocain_, p. 24. + + _Atlas d’Oran, Constantine et Alger_, p. 95. + + _Atlas oranais_ (faible puissance), p. 198. (pluies), p. 199. + + _Atlas Saharien_, p. 87 et suiv., p. 32, 51, 56, 87, 95, 116 et fig. + 22, 23, 26. + + _Atlas Saharien_ (enfoui sous ses débris), p. 92. + + (formes jurassiennes), p. 90. + + (modelé désertique), p. 91. + + (mouvements pliocènes), p. 89. + + (plis ébauchés), p. 90. + + (relai des plis), p. 87 et suiv. et 119. + + (relayant l’A. Tellien), p. 186. + + (terrasses), p. 89. + + (synclinaux perchés), p. 91. + + _Atlas Tellien_, p. 95 et fig. 23. + + (comparé au Saharien), p. 128. + + (coulisses de l’), p. 138 et suiv. + + (énergie des plis), p. 143. + + (extrémité orientale), p. 186. + + (faisceau des plis), p. 146. + + (habit d’arlequin), p. 145. + + _Aumale_, p. 138. + + _Aurès_, p. 32 et suiv., 95 et suiv. et fig. 6. + + (direction des plis), p. 186 et fig. 23. + + B + + _Babor_ (calcaire des), p. 193. + + (chaîne des ... et nappe ?), p. 132 et suiv. et fig. 45. + + (limite langues), p. 212. + + _Bassins fermés_ (anciens), p. 65, 108, et 150. + + (domaine en régression), p. 71 et suiv. et fig. 19 et 21. + + _Batha (el)_, p. 200. + + _Bathymétriques_ (courbes), p. 171, fig. 29 et 32 ; p. 175 et suiv. et + fig. 39. + + _Bel-Riada_, p. 100. + + _Beni-Abbès_ (sultanat de Labès), p. 195 et fig. 45. + + (Mokrani), p. 195. + + _Beni-bou-Zeggou_ (mont des), p. 121 et fig. 29. + + _Beni-Guill_, p. 24. + + _Beni-Menacer_, p. 216. + + _Beni-Ounif_, p. 14, 64 et fig. 2. + + _Beni-Sliman_ (plaine des), p. 150. + + _Berbères_ (royaumes), p. 209. + + _Berbérie_ (maîtres étrangers), p. 210. + + _Berbérophones_, p. 204 et suiv. + + (Aurès), p. 214. + + (Beni Menacer), p. 216. + + (Chaouïa), p. 214. + + (hautes plaines Constantine), p. 214. + + (Kabylie), p. 207 et 208. + + (Maroc), p. 204. + + (monts de Blida et du Chélif), p. 206. + + (réfugiés dans montagnes), p. 204. + + (sédentaires), p. 204. + + _Berguent_, p. 101. + + _Berrouaghia_, p. 138 et fig. 31. + + _Biban_ (chaînes des), p. 138 et suiv., fig. 31. + + (âge Pyrénéen), p. 139 et fig. 30. + + (axe de l’Atlas oligocène), p. 139. + + (défilé des ...), p. 138 et suiv., p. 151, 195 et fig. 45. + + (nappe des), p. 133. + + (rivage de mers tertiaires), p. 139. + + (route Romaine), p. 141. + + (suture avec sierra du Hodna), p. 167. + + _Billard du colonel_, p. 117. + + _Biskra_ (seuil de), p. 21 et fig. 6, p. 32 et suiv., p. 50, 51, 96 et + fig. 23, p. 196 et 206. + + _Bizerte_, p. 190 et fig. 40 et 41. + + (goulet), p. 180, 181. + + (profondeur lagune), p. 182. + + (Rade), p. 180. + + _Boghar_, p. 115. + + _Boghari_, p. 48 et fig. 31. + + (coude de capture), p. 73 et fig. 14 et 15. + + _Bône_ (ville de), p. 80. + + (rivalité avec Constantine), p. 192. + + (côte de), p. 175 et 178. + + (rias), p. 182 et suiv. + + (terrasses), p. 184 et 185. + + _Bône_ (plaine de), p. 187 et suiv., fig. 43, p. 193 et 206. + + (affinités tunisiennes), p. 190 et 211. + + (arabophone), p. 211. + + (canaux ou Khelidj), p. 188. + + (hydrographie), p. 187 et suiv. + + (influences maritimes), p. 192. + + (insalubrité), p. 188. + + (langue punique), p. 192 et 211. + + (relèvement niveau de base), p. 190. + + _Bossuet_, p. 164. + + _Bou Aiech_, p. 64. + + _Bou Guezoul_ (marais), p. 73 et fig. 15. + + _Bougie_ (baie de), p. 176 et 193 et fig. 45. + + (capitale historique), p. 196. + + _Bouira_, p. 165 et fig. 31. + + _Bou Saada_, p. 116. + + _Bouzaréa_, p. 10 et fig. 32. + + _Brachyanticlinaux et synclinaux_, p. 16 et 202. + + C + + _Calcaires_ (cénomaniens et Turoniens), fig. 24, p. 22, 42, 43, 100 et + 138. + + _Calcaires_ (Dinantiens), p. 22. + + _Calcaires_ (Eocènes associés à liasiques), p. 132. + + _Calcaires_ (liasiques et jurasiques) ; fig. 25 et 27, p. 16, 40, 122 + et 193. + + (_id._ associés à éocène), p. 132. + + (_id._ d’architecture tabulaire), p. 122. + + _Calcaires_ (pliocènes), p. 64 (voir _Croûte_). + + _Calcaires_ (sénoniens), p. 43. + + _Cap Bon_, p. 8, 180 et fig. 40. + + _Cap Bougaroun_, p. 11, 95 et fig. 23. + + _Cap Carbon_, p. 193. + + _Cap de Fer_, p. 11. + + _Cap de Garde_, p. 186 et fig. 43. + + _Cap de Gata_, p. 25, 171 et fig. 6. + + _Cap des trois fourches_, p. 25, 171 et fig. 6 et 29. + + _Cap Djinet_, p. 11. + + _Cap Figalo_, p. 11, 172 et fig. 29. + + _Cap Matifou_, p. 10 et fig. 32. + + _Cap Sidi Ferruch_, p. 10 et fig. 32. + + _Causses_ (de Saïda et de Tlemcen), fig. 27, p. 42, 124 ; fig. 28, p. + 146 et 197. + + _Cedrata_, p. 35. + + _Cèdre_, p. 70. + + _Chaïb-Ras-ho_, p. 109. + + _Chanzy_ (limite du horst), p. 128 et fig. 29. + + _Chaouïa_, p. 97, 192 et 214. + + (circoncellions), p. 215. + + (limites), p. 214. + + (Numidie), p. 215. + + (petits nomades), p. 214. + + (Timgad), p. 215. + + _Chênes lièges_, p. 47. + + _Chenoua_ (nappe du .. ?), p. 134. + + _Cherchell_ (Cæsarea), p. 30 et fig. 5, p. 149 et 213. + + _Chotts_ (définition), p. 104. + + (à falaise), p. 112 et suiv. + + (ancienneté des), p. 63. + + _Chott Chergui_, p. 104, 106 et 113. + + _Chott el Beïda_, p. 79. + + _Chott Djérid_, p. 36 et 112. + + _Chott Hodna_, p. 106 et 112, voir _Hodna_. + + _Chott Melr’ir_, p. 36, 95, 106, 112 et fig. 23. + + _Chotts oranais_, p. 28, 46, 114 et fig. 6. + + _Chott R’arbi_, p. 103 et 106. + + _Chott Saboun_ (et oued _id._), p. 82, 84 et fig. 20, 21. + + _Chott Tigri_ (voir Tigri). + + _Chott Zahrez_, p. 57, 106, 112 et 114. + + _Climat sec_ (ancienneté du), p. 61 et 201. + + _Colbert_, p. 79. + + _Constantine_, p. 81, 95, 151 et 192. + + _Constantine_ (monts de), p. 131. + + _Constantine_ (hautes plaines), p. 97 et 206. + + (Berbérophones), p. 214. + + (limites des), p. 214. + + _Côte Algérienne_, p. 175. + + (d’abrasion), p. 176. + + (d’émersion), p. 177. + + (grande fracture), p. 177. + + (plages anciennes), p. 177. + + (rades en faucilles), p. 175 et fig. 32. + + _Côte Tunisienne_, p. 190 et fig. 40. + + _Couches rouges_ (voir _Dépôts oligocènes_). + + _Couque_ (sultanat de), p. 195. + + _Crocodile_ (de l’oued Mihero), p. 66. + + _Croisées orthogonales_ (voir _Transversales_). + + _Croûte pliocène_, p. 65. + + D + + _Dahra_ (du Chéliff), p. 50. + + _Dahra_ (du Maroc), p. 99. + + _Dayas_ (de la plaine Oranaise), p. 159 et suiv. et fig. 29. + + _Debdou_ (gada de), p. 121, 122 et fig. 29. + + _Débit des rivières_ (incertitude du), p. 168. + + _Dellys_, p. 48. + + _Dépôts continentaux_, p. 52 et suiv. + + _Dépôts continentaux_ (Tell occidental), p. 152. + + _Dépôts continentaux_ (Tell oriental), p. 150, 151 et fig. 7, 8, 10. + + _Dépôts littoraux_ (néritiques), p. 43. + + _Dépôts mer profonde_ (bathyaux) p. 43. + + _Dépôts mio-pliocènes_, p. 28 et 92. + + _Dépôts oligocènes_, p. 62 et suiv., p. 92, 108, 150, 172 et 194. + + (accompagnant chaîne des Biban), p. 139. + + (étage aquitanien), p. 150. + + _Dépôts Pliocènes_, p. 109. + + _Dépôts Pontiens_, p. 62 et suiv., p. 92 et 108. + + (dans le Tell oriental), p. 152. + + _Dépôts Quaternaires_, p. 68 et suiv. + + _Dépôts Tortoniens_, p. 62 et suiv. + + _Détroit Sud Riffain_ (nappe ?), p. 135. + + _Djaïfa_ (cirque de), p. 19 et fig. 4. + + _Djattou_, p. 17. + + _Djebel Amour_, p. 18, 42 et 88. + + _Dj. Antar_ (du Grouz), p. 22. + + _Dj. Antar_ (de Méchéria), p. 101. + + _Dj. Badroun_ (oligocène daté), p. 139 et fig. 30. + + _Dj. Béchar_, p. 14. + + _Dj. Beni Chougran_, p. 153. + + _Dj. Beni Smir_, p. 16 et suiv. et fig. 2, 3. + + _Dj. Bou Arfa_, p. 21, 22 et fig. 25, p. 101, 102 et 110. + + _Dj. Bou Taleb_, p. 142. + + _Dj. Chebket Tamednaïa_, p. 14. + + _Dj. Chouchkott_, p. 142, 151 et fig. 31. + + _Dj. Dira_, p. 142, 151 et fig. 31. + + _Dj. Grouz_, p. 14 et suiv., p. 87, 110 et fig. 2, 4. + + _Dj. Haouanit_, p. 21, 22. + + _Dj. Klakh_, p. 101 et fig. 25. + + _Dj. Lakhdar_, p. 21, 102, 110 et fig. 4. + + _Dj. Maadid_, p. 142, 196 et fig. 31. + + _Dj. Maïz_, p. 16 et suiv., p. 100 et fig. 2, 3, 4. + + _Dj. Mansoura_, p. 142, 151 et fig. 31. + + _Dj. Matmata_, p. 35 et fig. 6, 23. + + _Dj. Mezarif_, p. 14. + + _Dj. Milok_, p. 91. + + _Dj. Moumen_, p. 14. + + _Dj. Nefouça_, p. 35 et 199. + + _Dj. Orak_, p. 21, 101 et 102. + + _Dj. Ouach_, p. 131. + + _Dj. Ouenza_, p. 136. + + _Dj. R’als_, p. 20 et fig. 4. + + _Dj. Soffah_, p. 16 et fig. 2. + + _Dj. Tendrara_, p. 99 et suiv., p. 106, 112 et suiv. et fig. 24. + + _Dj. Tessala_, p. 153. + + _Dj. Trara_, p. 153, 172. + + _Dj. Zaccar_, p. 133, 151, 153, 198 et fig. 5. + + _Dj. Zaghouan_, p. 36. + + _Djedar_ (les), p. 199 et fig. 29. + + _Djidjelli_ (route côtière), p. 151. + + _Djurdjura_, p. 42, 95, 194 et fig. 45. + + (nappe ?), p. 132 et suiv. + + (altitude), p. 151 et fig. 23. + + _Dômes_ (formes de relief), p. 58 et suiv., p. 114, 143 et fig. 12 et + 13. + + _Dorsale Laghouat-Médéa_, p. 27 et suiv., p. 149, 170, 171 et fig. 5 + et 6. + + _Dunes_ (du Tigri), p. 107. + + (de Mostaganem), p. 197. + + _Duvivier_, p. 187 et fig. 43. + + E + + _Edough_, p. 96, 186 et fig. 43. + + F + + _Fatimides_, p. 212. + + _Faune du Zambèse_, p. 66, 67. + + _Figuig_, p. 16, 19 et fig. 2, 6. + + _Flysch algérien_, p. 47. + + _Fortassa_ (arc de), p. 101 et suiv., fig. 4 et 25. + + _Frenda_, p. 199. + + G + + _Gabès_ (seuil de), p. 36. + + _Gantra_ (el) p. 27, 28 et fig. 6. + + _Garaet Achkel_ (Bizerte), ou _Garaet Lekhal_, p. 182 et fig. 40 et + 41. + + _Garet Zerga_ (volcan), p. 109 et fig. 25. + + _Géosynclinal_ (Algérien et Tellien), p. 41, 60, 85 et 144. + + _Ghardimaou_, p. 191 et fig. 44. + + _Ghar Rouban_, p. 122, 123 et fig. 29. + + _Gravures rupestres_, p. 17, 61, 66 et 101. + + _Grès Albiens_ (rouges, à dragées), p. 17, 42, 61 et suiv., 100, 102 + et fig. 3 et 4. + + _Grès Cartenniens_, p. 143. + + _Grès éocènes_, p. 193. + + _Grès medjaniens_, p. 47 et 143. + + _Grès numidiens_, p. 47. + + _Grès pliocènes_, p. 157 et 197. + + _Grottes de Pélissier_, p. 50. + + _Guelma_, p. 80, 186, 187, 211 et fig. 43. + + (bœufs de), p. 188. + + _Guergour_ (gorges du), p. 77. + + (nappe ?), p. 134 et fig. 16, 17 et 31. + + _Guerrah (el)_, p. 82 et fig. 20. + + _Gypse_, voir _Roches Triasiques_. + + H + + _Haci Chguig_, p. 100. + + _Haci-el-Aricha_, p. 108 et fig. 25. + + _Haci-el-Kelb_, p. 110. + + _Haci-Marrough_, p. 100. + + _Halfa_ (limite de l’) p. 160. + + _Hammeyan_, p. 24. + + _Hercynienne_ (pénéplaine), p. 28, 38, 39, 52, 118, 119 et 201. + + _Hilaliens_ (Bédouins), p. 207. + + _Hodna_ (chott et cuvette), p. 28, 50, 106, 112 et fig. 6, 45. + + (étranglement du), p. 95, 116 et fig. 23. + + (plateforme du), p. 117. + + _Hodna_ (sierra du), p. 142 et suiv., fig. 31. + + (âge Alpin), p. 143. + + (contraste avec Biban), p. 143 et 144. + + (jeunesse du modelé), p. 143. + + (Suture avec Biban), p. 167. + + _Hoggar_, p. 27 et 32. + + _Horst Algérien_, p. 115 et suiv., p. 121, 122 et fig. 26. + + _Horst Algérien_ (chaîne du), p. 125 et suiv. + + (épine dorsale de l’Algérie), p. 206. + + _Horst marocain_, p. 117 et fig. 26. + + I + + _Ibadhite_ (royaume), p. 35 et 199. + + _Ile Alboran_, p. 11, 25, 171, fig. 29 et 39. + + _Ile aux chiens_, p. 180 et fig. 40. + + _Ile Djerba_, p. 180 et fig. 39. + + _Ile Habibas_, p. 11, 25, 172 et fig. 29. + + _Ile Kerkenna_, p. 180 et fig. 39. + + _Ile la Galite_, p. 11, 175 et fig. 39. + + _Ile Rachgoun_, 11, 25, 172 et fig. 29. + + _Iles Zaffarines_, p. 11, 25, 172 et fig. 29. + + _Ile Zembra_, p. 180 et fig. 40. + + K + + _Kabyles_, p. 97. + + _Kabylie_, p. 10, 30, 40, 151, 186 et fig. 1. + + (Tell des), p. 193. + + (boisement), p. 47. + + _Kabylie_ (des Babor), p. 195. + + _Kabylie_ (grande), p. 195. + + _Kabylie_ (petite), p. 95 et fig. 23. + + (arabophone), p. 212. + + (Ketama), p. 212. + + _Kabylies_ (sierra des), p. 132 et suiv., p. 186. + + _Kairouan_, p. 36. + + _Kalaa_ (des Beni Hammad), p. 196, 208 et fig. 45, 46. + + _Kalaat-es-Senam_, p. 91. + + _Kçour_ (monts des), p. 88. + + _Ketama_ (voir _Fatimides_), p. 212. + + _Kharedjites_ (voir _Ibadhites_, _Tiaret_, _Dj. Nefouça_). + + _Kheneg Temda_ (éruptif), p. 197, et fig. 28. + + _Kieselguhr_ p. 50. + + _Koléa_ (gorges de), p. 156 et fig. 32. + + _Kreider_ (sources chaudes), p. 113. + + L + + _Lac Fetzara_, p. 188 et fig. 43. + + _Lac Halloula_, p. 160 et 181. + + _Lac Oubeira_, p. 188 et fig. 43. + + _Lacs Melah et Tonga_, p. 183, 190 et fig. 42, 43. + + _La Calle_, p. 182, 183 et fig. 43. + + _Lafayette_, p. 195. + + _Lamoricière_ (limite du horst), p. 128. + + _Langues_ (carte des), p. 203 et fig. 46. + + _Lella Khadidja_, p. 132. + + _Limes Romanus_, p. 35, 214 et suiv. et fig. 46. + + M + + _Macta_ (marais de la), p. 159 et 162. + + (plaine de la), p. 159. + + _Magenta_, p. 165. + + _Maillot_, p. 166. + + _Marnes_ (miocènes, ébouleuses), p. 142. + + _Mascara_, p. 48, 114, 164, 199 et fig. 29. + + (limite du horst), p. 128. + + _Mazouna_, p. 200. + + _Médéa_ (plateau de), p. 28, 150 et fig. 31. + + (ville de), p. 150 et fig. 5. + + _Medjana_ (plaine de), p. 195, fig. 31 et 45. + + (Terres à blé), p. 142. + + (centre historique), p. 196. + + _Mer_ (niveau de base), p. 201, 202. + + _Mer Cartennienne_, p. 49, 139, 144, fig. 10 et 30. + + _Mers Crétacées_, p. 41 et suiv. + + _Mer crétacé inférieur_, p. 42 et fig. 7. + + _Mer des phosphates_, p. 34, 46, 198 et fig. 8. + + _Mers éocènes_, p. 42 et suiv., 116. + + _Mer Helvétienne_, p. 49 et 152. + + _Mer medjanienne_, p. 139. + + _Mers miocènes_, p. 34, 49, 150, 158, 172, 194, 198 et fig. 10. + + _Mer oligocène_, p. 48 et suiv., 150 et fig. 9. + + _Mer pliocène_, p. 50 et 158. + + _Mer Sahélienne_, p. 50 et fig. 11. + + _Mers du Tertiaire supérieur_, p. 152. + + _Meseta sud-oranaise_, p. 121 et suiv., 172, 173 et 197. + + _Metarka_, p. 111. + + _Mila_ (cuvette de), p. 151. + + _Miliana_, p. 28, 149 et fig. 5. + + _Mitidja_, p. 28, 29, 154 et suiv., 181 et fig. 5. + + (épaisseur alluvions), p. 154. + + (marécages), p. 156 et fig. 32. + + _Montagne de sel_ (el Outaya), p. 34. + + (Djelfa), p. 53 et suiv. et fig. 12. + + (Metlili), p. 34, voir _Trias_, _Roches Triasiques_. + + _Mostaganem_ (ville), p. 200 et fig. 29. + + (plateau et dunes), p. 160 et 197. + + _Moulouya_ (faille de la), p. 24, 25 et 190. + + _Mouydir_, p. 28. + + _Msid Aïcha_, p. 132. + + _Msirdas_ (volcan éteint), p. 113, 173 et fig. 29. + + N + + _Nappes de charriage_, p. 53, 131 et suiv., 147 et 202. + + _Nomades_ (et sédentaires), p. 204, 207. + + _Nomades_ (grands nomades chameliers), p. 196, 207. + + (route de leurs invasions), p. 206. + + _Nomades_ (petits), p. 214 (voir _Chaouïa_). + + _Numides_, p. 97 (voir _Chaouïa_). + + _Numidie_ (chaîne et nappe ?), p. 132 et suiv., 186 et fig. 43. + + O + + _Oran_ (sebkha d’), p. 160 et fig. 23, 29. + + (rade d’), p. 176. + + _Ouarsenis_, p. 152. + + (âge Pyrénéen), p. 198. + + (nappe ?), p. 133 et suiv. + + _Oudjda_, p. 19, 121, 123 et fig. 29. + + (limite du horst), p. 128. + + _Oued Bou Merzoug_, p. 82, 84 et fig. 20, 21. + + _Oued Bou Sellam_, p. 76 et suiv., 194 et fig. 16, 17 et 45. + + _Oued Chéliff_, p. 28, 73 et suiv., 169 et fig. 5 et 28. + + (embouchure), p. 197. + + (vallée), p. 198. + + (prolongation de la Soummam), p. 146. + + (sebkhas de l’), p. 160 et fig. 29. + + _Oued Cherf_, p. 80. + + _Oued Chiffa_, p. 156. + + _Oued Djedi_, p. 34 et 106. + + _Oued el-Kebir_, p. 80. + + _Oued el-Tine_ (zone d’épandage), p. 159 et fig. 29. + + _Oued Habra_, p. 114. + + (zone d’épandage), p. 159 et fig. 29. + + (type du Tell occidental), p. 163 et suiv. + + (profil de l’), p. 164 et fig. 34. + + (barrage de l’), p. 169. + + (jeunesse,) p. 169. + + _Oued Hamis_, p. 156 et fig. 32. + + _Oued Harrach_, p. 156 et fig. 32. + + _Oued Igharghar_, p. 32, 66, 67, 96, 106 et fig. 6. + + _Oued Imbert_ (ancien lit du Sig), p. 163 et fig. 29. + + _Oued Isly_ p. 25, 122 et fig. 29. + + _Oued Isser_ (profil de l’), p. 166 et fig. 36. + + (plages et terrasses), p. 166 et fig. 5. + + (comparé au Sig), p. 168 et fig. 37. + + (voie ferrée), p. 141. + + _Oued Kebir_ (de Bône), p. 185, 188 et fig. 42, 43. + + _Oued Kçob_ (porte du Hodna), p. 195 et fig. 23. + + _Oued Macta_, p. 159, 168 et fig. 29. + + _Oued Mazafran_ (gorges de l’), p. 156 et 181. + + (méandres encaissés), p. 156 et fig. 32. + + (rivière antécédente), p. 156. + + _Oued Mazzer_ (au Tigri), p. 106 et fig. 25. + + _Oued Medjerda_, p. 182 et fig. 40. + + (profil), p. 190, 191 et fig. 44. + + (nappe ?), p. 135. + + _Oued Mekerra_, p. 164 et fig. 23, 29. + + _Oued Melah_ (Isser), p. 165 et fig. 30. + + _Oued Mina_, p. 121, 196 et suiv. + + (causses de), p. 126 et fig. 28. + + (voie ferrée) p. 198. + + _Oued Moulouya_, p. 23 et suiv., p. 121 et fig. 6. + + (embouchure de), p. 171 et fig. 29. + + (limite langues), p. 206. + + _Oued Nahr Ouassel_, p. 76 et fig. 14. + + _Oued R’ilan_ (gravures rupestres), p. 100. + + _Oued R’ir_, p. 32 et fig. 6. + + _Oued Rummel_ (gorges de l’), p. 80 et suiv., 152, et fig. 19, 20. + + _Oued Sahel_ (profil), p. 165 et fig. 35. + + (coupure de l’), p. 194 et fig. 45. + + (vallée oligocène), p. 150 et 194. + + (voie ferrée), p. 141. + + _Oued Seybouse_, p. 79, 98, 169 et fig. 18. + + (embouchure), p. 187. + + (basse vallée), p. 187 et fig. 43. + + _Oued Sig_, p. 114 et fig. 23. + + (zone d’épandage), p. 159 et fig. 29. + + (type de Tell occidental), p. 163. + + (ancien lit), p. 163. + + (profil), p. 165 et fig. 33. + + (comparé à l’Isser), p. 168 et fig. 37. + + (jeunesse), p. 169. + + _Oued Soummam_. + + (coupure de l’), p. 194 et fig. 45. + + (golfe miocène), p. 194. + + (vallée oligocène), p. 150 et 194. + + (prolongeant le Chéliff), p. 140. + + _Oued Tafna_, p. 25, 121, 169, 171 et suiv. + + (profil), p. 172 et fig. 38. + + (vallée et région), p. 193 et fig. 29. + + _Oued Tifrit_, p. 122 et suiv., fig. 29. + + (fenêtre de l’), p. 124 et fig. 27. + + _Oued Tindja_ (Bizerte), p. 182 et fig. 41. + + _Oued Tlélat_ (zone d’épandage), p. 159. + + (ancien lit du Sig), p. 163 et fig. 29. + + _Oued Touil_ (voir Chéliff), p. 57, 73, 169 et fig. 14. + + _Oued Zousfana_, p. 16 et suiv., fig. 2 et 3. + + _Ouenza_ (minéralisation), p. 191 (voir Djebel...). + + _Ouled Fayet_ (cailloutis), p. 155 et fig. 32. + + _Ouled-Naïl_, p. 42 et 88. + + P + + _Palestro_ (gorges de), p. 166. + + _Pénéplaine_ (primaire, voir Hercynien), p. 21, 22, 23, 28, 121 et + fig. 4. + + (fenêtres), p. 122 et fig. 26. + + (plis), p. 122. + + _Perrégaux_, p. 159, 164 et fig. 29. + + (barrage), p. 169. + + _Pétrole_ (associé aux nappes ?), p. 135. + + _Phosphates_, p. 46, 47. + + _Philippeville_, p. 212. + + _Plages_ (émergées), p. 166, 177 et 184. + + _Plaines Constantinoises_ (hautes), p. 128. + + _Plaine d’Egris_, p. 164. + + _Plaines Oranaises_ (cuvettes sans écoulement), p. 159 et suiv., fig. + 29. + + (jeunesse), p. 162. + + _Plaines sublittorales_, p. 30, 50, 154 et suiv., 187, 193 et 197. + + _Plaines Tunisiennes_, p. 190. + + (affinités Bônoises), p. 190. + + _Plateaux_ (hauts), p. 46, 51, 85, 99, 118 et fig. 4, 6, 24 et 26. + + _Plateau de Mindas_ (ou Mendez), p. 200 et fig. 28. + + _Plateau des Dayas_, p. 28. + + _Plateau des Nemenchas_, p. 60 et fig. 13. + + _Plateau steppien_, p. 28 et 115. + + _Plateforme paléozoïque_ (enfouie), p. 93 et 94, voir _Pénéplaine_. + + _Pliocène_ (plissement), p. 156 et 157. + + _Polygone de Constantine_, p. 63. + + _Poudingues_, voir _Dépôts oligocènes_ et _Pliocènes_. + + _Prévost-Paradol_, p. 197. + + (causses de), p. 126 et fig. 28. + + _Profils longitudinaux_ (méthodes des) ; p. 71 et 72. + + _Pyrénéen_ (plis d’âge), p. 47, 48, 147, 151, 153 et 194. + + Q + + _Quaternaires_ (plissements), p. 156 et suiv. (voir _Dépôts + Quaternaires_). + + R + + _Raknet-el-Betoum_, p. 22. + + _Randon_, p. 187 et fig. 43. + + _Ras-el-ma_, p. 164. + + _Rebroussement de plis_, p. 197. + + _Redeyef_, p. 89. + + _Régions naturelles_, p. 201 et suiv. + + _Rif_, p. 8. + + _Rio Salado_, p. 159, 161, 172 et fig. 29. + + _Rivet_, p. 158. + + _Roches albiennes_, p. 42, 43 et fig. 30 (voir _Grès_). + + _Roches cénomaniennes_, p. 43, 100, 138, et fig. 4 et 30 (voir + _Calcaire_). + + _Roches crétacées_, p. 14. + + _Roches éocène moyen_, p. 47 (voir _Grès_). + + _Roches éocène supérieur_, p. 47 (voir _Grès_). + + _Roches éruptives_, p. 11, 25, 40, 173, 193 et fig. 1, 25. + + (accompagnant rebroussement), p. 197. + + (néphéline), p. 109. + + (ophite, voir _Trias_), p. 18. + + _Roches du Houiller_. + + (Kabylies), p. 132. + + (Sahel Oranais), p. 153. + + _Roches infracrétacées_, p. 138. + + _Roches jurassiques_, p. 122 et fig. 3, 4 (voir _Calcaire_). + + _Roches liasiques_, p. 124 et fig. 3, 4 (voir _Calcaire_). + + _Roches miocènes_, p. 180, 181 et fig. 30 (voir _Grès_, _Marnes_). + + _Roches Permiennes_, p. 52 et 102. + + _Roches pliocènes_, p. 50, 109, 110 et 158. + + (altitude maximum), p. 158. + + _Roches Primaires_, p. 14, 39, 40, 102, 193. + + _Roches Sahéliennes_. + + (Tell occidental), p. 152. + + _Roches Sénoniennes_, p. 43. + + _Roches Siluriennes_, p. 22, 124. + + _Roches Triasiques_, p. 18, 52 et suiv., 61. + + (allure stratigraphique), p. 57. + + (Rochers de sel), p. 53 et suiv. et fig. 3. + + S + + _Sahara_, p. 13 et suiv. et 201. + + _Sahel_, p. 50. + + _Sahel d’Alger_, p. 154. + + (cailloutis de l’Atlas), p. 155. + + (Koléa), p. 156. + + _Sahel d’Oran_, p. 153. + + _Saïda (plateaux de)_, p. 120 (voir _Causses_, _Meseta_). + + _Saint-Denis-du-Sig_, p. 158, 159, 165 et fig. 29. + + _Saint-Ferdinand_ (cailloutis), p. 155 et fig. 32. + + _Saint-Lucien_, p. 163. + + _Sanhadja_ (royaumes), p. 195. + + (capitales), p. 196, 208. + + (luttes avec Zénètes), p. 208, 209. + + _Sebkhas_ (région des), p. 79. + + _Sebkha d’Oran_, p. 159, 163. + + _Sel gemme_, voir _Roches Triasiques_. + + _Sersou_, p. 215. + + (blés), p. 198. + + _Sétif_ (plaine de), p. 77 et fig. 16, 17. + + _Sidi-Bader_, p. 191 et fig. 44. + + _Sidi-bel-Abbès_, p. 48. + + (plaine de), p. 165 et fig. 29. + + _Sidi-Mansour_, p. 194. + + _Sidi-Okba_, p. 207. + + _Siga_, p. 173 et fig. 29. + + _Silures de Biskra_, p. 66. + + _Socle continental_, p. 60, 85, 87 et suiv. et 143. + + _Souamah_ (ruines Romaines), p. 200 et fig. 28. + + _Souk-Ahras_, p. 97. + + _Sous-marins_ (seuil, socle, courbes, voir _Bathymétriques_). + + _Staouéli_ (cailloutis de l’Atlas), p. 155 et fig. 32. + + _Syrte_ (petite), p. 178 et fig. 39. + + T + + _Taderent_, p. 18. + + _Tadmaït_, p. 28, 42 et fig. 6. + + _Taguin_, p. 76. + + _Tamlelt_, p. 19 et suiv., fig. 4. + + _Tarla_ (col de), p. 16 et fig. 2. + + _Taza_ (trouée de), p. 174, 199, 207 et fig. 46. + + _Tebessa_, p. 215. + + _Tell occidental_, p. 48, 149 et suiv. + + (géosynclinal récent), p. 152, 153. + + (plaines sublittorales), p. 154. + + (oueds types), p. 163. + + (dépôts continentaux), p. 152. + + (fragments Pyrénéens), p. 153. + + (moins pluvieux), p. 168. + + _Tell oriental_, p. 149 et suiv. + + (coulisses du), p. 150. + + (caractère continental), p. 192. + + (plus élevé), p. 151. + + (tourisme), p. 151. + + (pluies et végétation), p. 152. + + (dépôts continentaux), p. 150, 151. + + (poussée d’âge Alpin), p. 153. + + (oueds typiques), p. 165. + + _Ténès_ (nappe ?), p. 134. + + _Teniet-el-Had_, p. 115. + + (cèdres), p. 198. + + (route), p. 198. + + (nappe ?), p. 133 et suiv. + + _Terrain des Gours_ (voir Oligocène). + + _Tiaret_, p. 35, 48, 76, 209, 210 et fig. 28. + + (Royaume de), p. 199. + + (victoire Sidi Oqba), p. 199. + + (capitale Abd-el-Qader), p. 199. + + (capitale Sersou), p. 198. + + _Tifarouïn_ (volcan éteint), p. 113, 173 et fig. 29. + + _Tifedest_, p. 27. + + _Timgad_, p. 215. + + _Tigri_, p. 104 et suiv. et fig. 25. + + (dunes du), p. 107. + + (nebka du), p. 108. + + (volcan du), p. 109. + + (concrétions turriformes), p. 111. + + (dissymétrie des falaises), p. 110. + + (distribution des points d’eau), p. 111. + + (Daya), p. 112 et fig. 4. + + _Tioudadin_, p. 100. + + _Tipaza_, p. 50. + + _Titteri_, p. 142 et fig. 31. + + (nappe ?), p. 133 et suiv. + + _Tlemcen_ (plateaux de), p. 121 et fig. 29. + + (limite du horst), p. 128. + + (foyer de culture), p. 173. + + (mosquées), p. 207. + + (dynasties de), p. 207. + + _Tombeau de la chrétienne_, p. 30 et 50. + + _Touaregs_, p. 204. + + _Touat_, p. 13 et suiv. + + (cuvette du), p. 32. + + (faille du), p. 173 et fig. 6. + + _Transversales_ (divisions, de l’Atlas), p. 148 et 201. + + (de Bône), p. 186 et suiv. + + (de Bougie), p. 193 et suiv. + + (de la Tafna), p. 171 et suiv. + + (de Tiaret), p. 197 et suiv. + + (voir _Dorsale_, _Moulouya_). + + _Tremblements de terre_, p. 11 et 51. + + (Masqueray), p. 167. + + _Trembles_ (les), p. 163. + + _Trias_. + + (plastique), p. 119. + + (historique de la question), p. 136. + + (dans les plaines Oranaises), p. 161 (voir _Roches Triasiques_, + _Sel_, _Gypse_). + + _Tunis (port de)_, p. 182 et fig. 40. + + _Tunisienne_ (côte), p. 178 et suiv. + + (corail, éponges, plongeurs), p. 178. + + (îles, vallées sous-marines), p. 178, 180. + + (rias envasés), p. 181 et suiv. + + _Tyrrhénide_, p. 10 et suiv., 40, 131 et fig. 1. + + (effondrement de la), p. 69. + + (lambeaux de la), p. 150. + + U + + _Utique_ (port d’), p. 182 et fig. 40. + + V + + _Vie rurale_ (prédominante en Algérie), p. 211. + + _Vie urbaine_ (conditions de la), p. 208. + + (prédominante en Tunisie), p. 211. + + _Volcaniques_ (îles), p. 175. + + _Volcans_ (éteints), p. 109 et suiv., 113 et 173. + + (Tifaraouïn et Msirdas), p. 25 et 173. + + Z + + _Zab_, p. 32, 34 et 96. + + _Zénètes_, p. 97, 199 et 207. + + (dynasties), p. 207. + + (capitales), p. 207 et 210. + + (luttes avec Sanhadja), p. 207 et 209. + + (Ibadhites), p. 209. + + _Zénétie_, p. 35, 206 et fig. 46. + + + * * * * * + + 1347-21. — Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD. — 9-22. + + + + +Note du transcripteur : + + + Page 14, " a un rapport plus on moins marqué " a été remplacé par + " plus ou moins " + + Dans tous les cas (pg 29, 30, 141, 196, 213, 232, 234), " Coesarea " + ou " Cœsarea " a été remplacé par " Cæsarea " + + Page 32, " où ils rencontent l’Atlas " a été remplacé par + " rencontrent " + + Page 34, " la plus mon-trueuse montagne de sel " a été remplacé par + " monstrueuse " + + Page 34, " et pendant de dart et d’autre " a été remplacé par " part " + + Page 45, (fig. 11) " et à l’étage cartonnien " a été remplacé par + " cartennien " + + Page 56, " de trous, paysage lumaire " a été remplacé par " lunaire " + + Page 63, " M. Ficheur, retouve l’emplacement " a été remplacé par + " retrouve " + + Page 77, " encaissées du Guergour la pense triple " a été remplacé par + " pente " + + Page 79, " il est semé de foudrières " a été remplacé par + " fondrières " + + Page 84, " climat actuel tend à resteindre " a été remplacé par + " restreindre " + + Page 90, Réf. manquante à note 86 placée après réf. à note 85. + + Page 98, " jaillissent les fameuse sources " a été remplacé par + " fameuses " + + Page 123, (fig. 27) " LA FENÊTRE DE L’OUED TIGRIT " a été remplacé par + " TIFRIT " + + Page 132, note 129, " feuilles du Djudjura " a été remplacé par + " Djurdjura " + + Page 166, " Un déplacement aussi consédérable " a été remplacé par + " considérable " + + Page 172, " Mais elles est accusée " a été remplacé par " elle " + + Page 176, (fig. 39) " bathymétrique de la Méditerrannée " a été + remplacé par " Méditerranée " + + Page 194, (fig. 45) " torsion où se retouve la croisée " a été + remplacé par " retrouve " + + Page 210, " arabophores et les berbérophores " a été remplacé par + " arabophones et les berbérophones " + + Page 211, " les arbisants les plus distingués " a été remplacé par + " arabisants " + + Page 219, " Carte hypométrique de Flotte " a été remplacé par + " hypsométrique " + + Page 233, [_Atlas Saharien_] " 56, 86, 95 " a été remplacé par + " 56, 87, 95 " + + Page 240, " _Taguin_, p. 78. " a été remplacé par " 76 " + + De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe + ont été apportés. + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 78665 *** |
