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MERCIER, imprimeur-libraire; + rue du Coq-Honoré, Nº. 120. + + 1795. + + + + + [Frontispice: Delicias pariunt Veneri crudelia flagra, + Dum nocet, illa juvat, dum juvat ecce nocet.] + + + + +AVERTISSEMENT. + + +On sait que Jean-Henri Meibomius étoit un savant du dernier siècle, qui +s’est rendu célèbre en médecine, par la découverte des nouveaux +vaisseaux qui prennent leur chemin vers les paupières, et qu’on a +appelés de son nom, _conduits de Meibomius_. Il fut long-temps +professeur de médecine à Helmstadt, sa patrie, et ensuite premier +médecin de Lubeck, ville d’Allemagne dans le duché de Holstein. + +Le petit traité que nous publions est très-curieux, et n’est guère connu +que de quelques médecins, et d’un petit nombre de gens de lettres. Il +n’en existe que deux éditions devenues fort rares et fort chères, faites +toutes deux en pays étrangers et fourmillant de fautes d’impression. La +première à Londres 1665, in-64, et la seconde à Francfort 1670, in-8º. +L’une et l’autre étant fautives, nous nous sommes déterminés d’en donner +une troisième purgée de ces fautes; et pour faire connoître cet ouvrage +intéressant et utile aux littérateurs, aux gens du monde, et à ceux qui +ne sont pas familiers avec le grec et le latin, nous avons entrepris de +le traduire, et nous avons accompagné notre version de notes historiques +étroitement liées au sujet, d’observations nouvelles puisées dans des +auteurs modernes, tels que MM. _l’abbé Chappe_, _de Lignac_, _Arnaud de +Villeneuve_, et _Lémery_, etc., et multipliées au point qu’elles +forment, pour ainsi dire, un second ouvrage aussi étendu que celui de +Meibomius. + +Nous avons adouci le mieux qu’il a été possible, des expressions trop +libres dans les citations, de manière pourtant à ne pas nuire à la +clarté du sujet, dans un ouvrage dont le but est de développer le +méchanisme des parties auxquelles l’Etre-Suprême a confié l’emploi de la +propagation de l’espèce, et d’indiquer les remèdes nécessaires à les +rendre capables de s’en acquitter, quand un vice dans les organes ou des +excès de volupté ont altéré en elles cette précieuse faculté. + +Nous renvoyons ceux qui nous accuseroient d’avoir voulu faire l’apologie +de la flagellation, à ce qu’ont dit dans les mêmes vues, _M. de +Bienville_, dans l’avant-propos de son excellent _traité de la +Nymphomanie_, pages 4 et 5; _M. de Lignac_, dans l’introduction de son +traité de l’amour conjugal, page 19, et _M. Tissot_ dans celle de +_l’Onanisme_, pages 7, 8 et suivantes. + +Au reste, nous espérons que le plus grand nombre des lecteurs, nous +saura gré de n’avoir rien négligé pour leur offrir un ouvrage complet. + +Il y a des écueils inséparables de la matière, et que le traducteur le +plus chaste ne peut éviter, s’il veut rendre les pensées de son +original; c’est ce que nous avons éprouvé toutes les fois qu’il a été +question de rendre en français les vers libres de Pétrone, Catulle, +Tibulle, Ovide, Martial et Apulée. Il falloit donc abandonner le +travail; non, sans doute: à côté des vers libres, je trouvois des +autorités puisées dans les auteurs ecclésiastiques, les livres sacrés et +les pères de l’église. L’exemple des St.-Augustin, des St.-Jerôme, des +Isidore, des Lactance, des Origène et des Tertullien m’encourageoit dans +mon entreprise, puisqu’écrivant en langues vivantes, ils n’ont pas cru +devoir se taire sur les crimes obscènes, parce qu’on ne peut les +désigner sans mots. Au reste, si nous sommes réprehensibles, notre faute +est celle de Meibomius, et nous nous justifions entièrement par l’aveu +sincère de la faute même, et si c’en est une, nous n’avons eu d’autre +motif en traduisant cet ouvrage, que de nous occuper, de nous amuser, et +de procurer aux littérateurs et aux gens du monde la connoissance d’un +ouvrage que sa rareté leur avoit fait perdre, et leur en faciliter +l’acquisition à moindres frais. + +J’ai rassemblé dans l’introduction qui suit, tout ce qui peut servir à +l’histoire de la flagellation, en offrant au lecteur un extrait lumineux +et discuté de l’ouvrage de l’abbé Boileau sur cette matière: et cette +compilation nécessaire à mon ouvrage ne laissera plus rien à désirer. +Nous osons avancer que cet extrait, ceux de Brantôme, et l’étendue des +notes dont nous avons semé l’ouvrage, dans la vue d’égayer l’aridité du +style de Meibomius, ne manqueront pas de rendre ce petit traité aussi +intéressant que curieux. + +Quant à la manière dont nous avons traduit le latin, dans lequel il +falloit remédier à des fautes d’impression ou de latinité, et à des +demi-mots qui, si je puis le dire, n’étoient que les premiers linéamens +des pensées de l’auteur qu’il falloit développer, nous supplions le +lecteur de vouloir bien se souvenir de ce précepte d’Horace dont nous +avons tâché de faire notre profit, sur-tout quand il a fallu rendre des +morceaux d’anatomie, qui ne sont plus les mêmes que du temps de +Meibomius, et suivre la marche nouvelle prescrite par nos nouvelles +découvertes en médecine, et à laquelle je me suis le plus possible +conformé. + + Nec verbum verbo curabis reddere fidus + lnterpres, nec desilies imitator in arctum. + +(HOR. Art. Poët.) + + + + +INTRODUCTION. + + +L’abbé Boileau, docteur de Sorbonne, doyen et grand vicaire de Sens, +sous _de Gondrin_, et ensuite chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, +donna en 1700 un ouvrage intitulé: «Historia Flagellantium de _recto_[1] +et perverso Flagrorum usu apud Christianos, ex antiquis scripturæ, +Patrum, Pontificum, Conciliorum et Scriptorum profanorum monumentis, cum +cura et fide expressa,» imprimé chez _Janisson_, en gros caractères, et +composé de près de 400 pages _in_-12. _Du Cerceau_ et _Thiers_ le +critiquèrent. On en publia une traduction plus indécente que l’original; +elle fut réformée par l’abbé _Granet_, qui la fit réimprimer en 1732. + + [1] L’auteur fut obligé d’ajouter ce mot _recto_ au titre, et de + retrancher des choses qui choqueroient même dans un traité de + chirurgie. + +Un auteur anonyme déchargea sa bile sur ce livre, dans un petit ouvrage +_in_-12, de 43 pages, et qui a pour titre: Lettre à M. L. C. P. D. B. +sur le livre intitulé: _Historia Flagellantium_. Cette lettre est une +véritable satyre, et qui attaque M. l’abbé Boileau, d’une manière hardie +et peu honnête. L’éclipse, dit le critique, que souffrit l’histoire des +flagellans, dès qu’elle commença à voir le jour, vint d’une suppression +tacite ou de l’avidité des libraires de Hollande et d’Angleterre, et de +l’empressement à enlever toute l’édition d’un ouvrage qui devoit être +d’un grand débit chez eux. On m’a assuré depuis peu, dit-il, qu’on en +faisoit une nouvelle édition en faveur des mousquetaires et autres +jeunes gens d’agréable humeur, qui le trouvent fort à leur gré. Il est +en effet très-divertissant, et peut tenir son rang dans leur +bibliothèque, entre Rabelais, Bocace et les contes de Lafontaine. Il +ajoute que cet ouvrage a mérité à M. Boileau le surnom de _Flagellant_, +pour le distinguer des autres abbés Boileau, fort connus dans le monde +par leur réputation et leur mérite. Dans tout le cours de la satyre, le +critique appelle M. Boileau de ce nom de Flagellant ou de petit +Flagellant. Le portrait qu’il en fait est trop injurieux pour être +rapporté ici. Je dirai seulement que ce critique n’épargne ni le livre +ni la personne. Sa satyre est pleine d’invectives, de railleries, +d’ironies et de réflexions mordantes, et son ouvrage peut être mis, avec +justice, au rang des libelles diffamatoires. Car, après tout, dit +l’auteur des nouvelles de la république des lettres, (décembre 1700, +page 695,) quand il y auroit quelque chose à reprendre ou dans le choix +de la matière du livre de M. Boileau, ou dans la manière dont il l’a +traitée, cela n’empêche pas que l’auteur ne soit un honnête homme et de +bonnes mœurs[2]. + + [2] Le traducteur du traité de Meibomius n’a pas d’autre réponse à + faire à tous ceux qui voudroient lui faire éprouver les désagrémens + auxquels M. l’abbé Boileau a été en proie. + +Les jésuites attaquèrent aussi cet ouvrage, et ont extrait de ce livre +ou de ceux qu’il a approuvés, diverses propositions qu’ils croyoient +censurables. Il y en a une qui le paroît effectivement, et la voici en +français: _Les écrivains sacrés ont fait mention onze fois des +flagellations, cinq fois principalement en parlant de J. C. notre +sauveur, qui fut flagellé malgré lui et contre sa volonté._ Cette +expression paroît trop forte, mais on voit bien pourtant ce que l’auteur +veut dire; c’est que si J. C. a été flagellé par ses ennemis, il ne +s’est jamais donné volontairement la discipline, comme font les moines. +Voici une autre proposition que je ne rapporterai qu’en latin: _Nec esse +est cum musculi lumbares virgis aut flagellis diverberantur, spiritus +vitales revelli, adeò que salaces motus ob viciniam partium genitalium +et testium excitari, qui venereis imaginibus ac illecebris cerebrum +mentem que fascinant ac virtutem castitatis ad extremas augustias +redigunt._ + +Si cette proposition n’est pas fausse, il est du moins sûr qu’elle +auroit beaucoup mieux sa place dans un ouvrage de quelque médecin, que +dans celui d’un prêtre docteur en théologie; mais il sied mal aux +jésuites de relever de semblables propositions, puisque plusieurs de +leurs auteurs ont avancé des choses beaucoup plus capables de blesser +les imaginations foibles et délicates. + +Le dessein général de l’auteur étoit de faire voir que l’usage des +disciplines volontaires est une superstition qui s’est introduite chez +les moines, et qui tire son origine du Paganisme, et qu’elle est +pernicieuse à la santé du corps et de l’âme. Il loue l’exercice de la +mortification de la chair comme un acte saint et méritoire, lorsqu’il +est autorisé par la loi divine ou établi par l’église. Or, celui dont il +s’agit n’est point autorisé par la loi divine. Il n’en est point fait +mention dans l’ancien testament. La loi de Moïse, au contraire, (Deut. +25, 2, 3.) défendoit de donner aux criminels plus de quarante coups de +fouet, d’où il suit qu’elle ne permet pas aux moines ni à aucun autre +particulier, de s’appliquer plus de quarante coups de fouet, ni de se +déchirer la peau d’une manière si cruelle, pendant que l’on chante +lentement _miserere_, _de profundis_ et l’antienne _salve regina_. La +loi naturelle nous défend de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas +qui nous fût fait; et la loi de Moïse nous défend de nous faire à +nous-mêmes ce qu’elle ne veut pas que nous fassions à un autre. Dans +l’évangile, J. C. ni les apôtres n’ont pas fait mention de la +flagellation, car, par le passage de St.-Paul, je _mortifie ma chair_ +(Corinth. 9, 27.), l’auteur fait voir qu’il ne favorise point la +discipline que se donnent les moines. Il remarque que la flagellation +involontaire est fort ancienne, puisqu’elle étoit en usage parmi les +payens, avant la fondation de Rome. Elle étoit même établie par la loi +divine, (proverb. 13, 24 et 23, 13) pour punir les enfans et ceux qui +faisoient quelque faute qui méritât cette punition. Mais outre ces +flagellations involontaires, il y en avoit de volontaires et de libres. +Tertullien rapporte que c’étoit une coutume parmi les Lacédémoniens de +célébrer de certaines fêtes en l’honneur de Diane, et que ce jour-là, +pour honorer la déesse, les jeunes gens se fouettoient eux-mêmes devant +son autel, et quelquefois jusqu’au sang. Environ l’an 476 de J. C., les +juifs rabins mirent au nombre de leurs cérémonies une espèce de +flagellation volontaire, mais elle étoit mutuelle, et ils se +flagelloient les uns les autres alternativement. Dans les premiers temps +de l’église, où la pénitence étoit dans sa plus grande ferveur, l’usage +de la discipline étoit une chose inouïe. Du temps de St.-Augustin, on +avoit coutume de flageller les hérétiques et les criminels, mais les +chrétiens ne se flagelloient point eux-mêmes. Ceux qui ont écrit la vie +austère des anciens anachorètes ne parlent point de disciplines ni de +flagellations volontaires. M. Boileau répond à un passage de St.-Jérôme, +à un autre de St.-Jean Climaque, et à un troisième de St.-Cyrille +d’Alexandrie, que les moines croient leur être favorables. + +L’usage de se flageller soi-même ne fut introduit qu’environ l’an 1047 +ou 1056, du temps de _Pierre Damiens_, et il ne fut toléré des personnes +sages qu’avec beaucoup de répugnance. L’auteur rapporte divers exemples, +tous propres à faire avoir en horreur et à tourner en ridicule la +flagellation. + +Voici une anecdote très-plaisante à ce sujet, tirée de _Michaël Scotus_. + +Un dévot accompagnait sa femme à confesse: voyant que le confesseur la +menoit derrière l’autel pour la flageller, il s’écria: Monsieur, elle +est très-délicate, je reçois la discipline pour elle: cela dit, il se +mit à genoux, et le confesseur fit son office; pendant la cérémonie, la +femme crioit de toute sa force: frappez fortement, car je suis grande +pécheresse. Il y avoit peut-être un motif de jalousie dans le dévouement +du mari, et une petite vengeance de cette jalousie, dans la femme. + +Cette coutume devint fort ordinaire dans la suite, et on la pratiqua +jusques dans les rues. Un cordelier un jour donna le fouet en plein +midi, sur les fesses, à un docteur en théologie qui avoit prêché contre +la conception immaculée de la Ste.-Vierge, et les femmes crioient: mon +père, donnez-lui en quatre coups pour chacune de nous. + +Vers l’an 1260, vint la superstition inouïe de se fouetter soi-même, et +la secte des flagellans commença en Italie. Ils alloient tout nuds en +procession deux à deux, se flagellant dans les rues et dans les places +publiques. Cette secte n’avoit point d’ailleurs de sentimens opposés à +ceux de l’église romaine. Cependant Alexandre IV ne voulut pas +l’autoriser, et plusieurs princes chassèrent ces flagellans de leurs +états. + +Ces observations suffisent pour mettre le lecteur en état de juger de +l’histoire des flagellans par l’abbé Boileau, s’il ne la connoît pas; et +je renvoie ceux qui la connoîtroient au livre lui-même, où ils +trouveront des choses curieuses et des détails plus étendus. + +Je ne puis me refuser au désir d’augmenter la foule des exemples qu’on +pourroit citer de la flagellation volontaire, par celui de +St.-Dominique, surnommé _l’Encuirassé_. Cet hermite ne se flagelloit pas +seulement pour lui, mais pour expier les iniquités des autres. On +croyoit alors que cent ans de pénitence pouvoient se racheter par vingt +pseautiers, accompagnés de coups de fouet. Trois mille coups valoient un +an de pénitence, et les vingt pseautiers faisoient trois cent mille +coups, à raison de mille coups par dixaine de pseaumes. Dominique +accomplissoit cette pénitence de cent ans, en six jours. Il acquittoit +ainsi les péchés du peuple; mais cette flagellation continuelle rendit +sa peau aussi noire que celle d’un nègre. L’usage de ces sortes de +pénitence occasionna l’abolissement des pénitences canoniques. Le +principal avantage de celles-ci étoit de détruire les plus mauvaises +habitudes, en faisant pratiquer long-temps les vertus contraires, et non +pas en faisant flageller un hermite qui n’étoit pas coupable. En effet, +a dit un certain auteur, le péché n’est pas comme une dette pécuniaire +que tout autre peut payer à la décharge du débiteur, en quelque monnoie +que ce soit; c’est une maladie dangereuse qu’il faut guérir dans la +personne même du malade. + +Je serois tenté de croire que ces flagellans, animés d’abord d’un saint +zèle et du désir de se mortifier, ont employé la fustigation dans la vue +de matter leur chair et de faire pénitence; mais dupes peut-être de ce +même zèle, et la nature ne perdant jamais ses droits, ils ont continué, +avec une espèce de fureur, cette douce torture qui les dédommageoit du +plaisir que leur solitude leur défendoit; car enfin, c’étoit toujours un +plaisir goûté physiquement, même à l’insu du moral. + +Brantôme, dans la graveleuse et cynique simplicité de son style[3], dit +qu’il a ouï parler d’une grande dame de par le monde, qui ne se +contentant de lasciveté naturelle, car elle étoit grande putain et étant +mariée et veuve, aussi étoit-elle très-belle; pour la provoquer et +exciter davantage, elle faisoit dépouiller ses dames et filles, je dis +les plus belles, et se délectoit fort à les voir, et puis elle les +battoit du plat de la main sur les fesses avec de grandes claquades et +_blamuses_ assez rudes; et les filles qui avoient délinqué en quelque +chose, avec de bonnes verges, et alors son contentement étoit de les +voir remuer et faire des _tordions_ de leurs corps et fesses, lesquels +selon les coups qu’elles recevoient, en montroient de bien étranges et +plaisans. Autrefois, sans les dépouiller, les faisoit trousser en robe, +car pour lors elles ne portoient point de caleçons, et les claquetoit et +fouettoit sur les fesses, selon le sujet qu’elles lui donnoient, ou pour +les faire rire ou pleurer, etc. etc. etc. + + [3] Page 370, tom. I. des vies des dames galantes de son temps, édit. + de Leyde, 1666, _in_-12. + +Plus loin, il raconte qu’un grand prenoit ainsi plaisir à voir sa femme +nue ou habillée, et à la fouetter de claquades, et à la voir manier de +son corps. + +Qu’une fort honnête dame, étant fille, était fouettée par sa mère quatre +fois tous les deux jours, non pour avoir _forfait_, mais parce que sa +mère prenoit plaisir à la voir remuer ainsi les fesses et le corps, pour +autant en prendre d’appétit ailleurs, et tant plus elle alla sur l’âge +de quatorze ans, elle persista et s’y acharna de telle façon, qu’à +mesure qu’elle l’acostoit, elle la contemploit encore plus. Il dit plus +bas, qu’un très-grand seigneur et prince, il y a plus de quatre-vingt +ans, avant d’aller habiter avec sa femme, se faisoit fouetter, ne +pouvant s’émouvoir ni relever sa nature baissante, sans ce sot remède. +Je désirerois volontiers qu’un médecin excellent m’en dît la raison. + +Voilà de terribles humeurs de personnes, dit naïvement Brantôme, en +parlant de l’homme cité par Pic de la Mirandole, et dont nous avons +rapporté l’exemple dans cet ouvrage. + + +NOTE. + +On a vu dans cette introduction que de tous temps les prêtres faisant +servir la religion à leurs plaisirs, ont su couvrir de ce masque +redoutable les excès honteux où les portoit un tempérament fougueux +qu’allumoient encore la macération qui tendoit à les rendre plus +lubriques, l’oisiveté, la tranquillité des cloîtres, et la confiance +aveugle qu’ils avoient inspirés à leurs sots pénitens. + +Le traducteur, n’ayant entrepris que le seul ouvrage de Meibomius, et +non l’effrayant tableau des crimes du clergé, et l’histoire générale de +la flagellation, prie les lecteurs qui désireroient de plus grands +éclaircissemens sur cette matière, de consulter: + +1º. Essai philosophique sur le monachisme, par Linguet, 1776, 1 vol. +_in_-8º. + +2º. Nécessité de supprimer et d’éteindre les ordres religieux en France, +prouvée par l’hist. philos. du monachisme, ou exposition abrégée de ce +que l’on trouve de plus singulier et de plus curieux dans l’institution, +la règle, l’établissement et la vie des moines de tous les cultes et de +tous les pays. _Londres_ 1789, 2 vol. _in_-8º. + +3º. Les prêtres démasqués, ou les iniquités du clergé chrétien. Ouvr. +trad. de l’anglais. 1767, _in_-8º. 1 vol. + + + + +DE L’UTILITÉ + +DE LA FLAGELLATION + +DANS LA MÉDECINE + +ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE, + +ET DES FONCTIONS + +DES LOMBES ET DES REINS. + + +Voici enfin, mon cher Cassius, le petit traité que je vous ai promis +dans une orgie bachique. Vous vous convaincrez, en le lisant, que +l’usage de la flagellation n’est pas aussi extraordinaire qu’il le +paroît au premier coup d’œil. Je me souviens très-bien de l’engagement +que j’ai pris de vous communiquer mes réflexions sur cet objet. Ce fut +lorsque nous nous trouvâmes dernièrement à table chez notre ami commun +Martinus Gerdesius, conseiller du prince, et votre collègue, mais je ne +me rappelle pas précisément à quelle occasion je vous dis que les coups +et la flagellation servoient quelquefois à la guérison de plusieurs +maladies, ce qui vous parut un paradoxe. Quoi qu’il en soit, je vais +vous démontrer que l’expérience a confirmé la bonté de ce remède, en +m’appuyant sur l’autorité des médecins qui l’ont enseigné et pratiqué. + +Titus, disciple d’Asclépiade (A) qui vivoit sous le règne d’Auguste, +comme je l’ai dit dans mon ouvrage intitulé: _Vies des médecins_, +prétend, livre 2, de _l’âme_, que _les Maniaques doivent être fouettés +pour leur rendre le bon sens_. + +_Cœlius Aurelianus_, livre 1, _des passions lentes_, chap. 5, dit que +les personnes attaquées de la _mélancolie érotique_, ou qui sont dans le +délire, doivent être aussi fouettées, quand les autres moyens n’ont rien +fait, et que dans plusieurs individus, cette opération a guéri +l’aliénation d’esprit. + +Rhazès, livre 1, _de la continence_, chapitre IV, d’après un célèbre +médecin juif dont il invoque le témoignage, ordonne de lier la personne +attaquée de la manie érotique et de la frapper à grands coups de poing +ou de verges, si les autres remèdes ont été infructueux, et +d’administrer ce topique à plusieurs reprises, si le bien ne s’opère pas +dès la première fois; une seule hirondelle, pour me servir de ses +termes, ne faisant pas le printemps. + +Antoine Gaignier pense[4] comme Rhazès, et Valescus de Tarente s’exprime +ainsi[5]: «si le malade est jeune, il faut le frapper sur les fesses à +grands coups de verges, et si l’érection ne se fait pas, l’enfermer dans +un cul de basse fosse, l’y tenir au pain et à l’eau jusqu’à ce qu’il +demande pardon de son invergence, et lui faire observer un régime +rigoureux.» + + [4] _Pract. Tract._ XV. cap. XII. + + [5] _Philonium_. lib. I. c. XI. + +Si nous en croyons Sénèque, livre 6, _des Bienfaits_, chapitre 8, la +flagellation dissipe la fièvre quarte, parce que le mouvement réchauffe +et divise l’humeur âcre, épaisse et noire, qui étoit stagnante dans les +viscères, comme le dit fort bien Juste Lipse dans ses commentaires. + +Jérôme Mercurialis[6], (B) nous apprend que plusieurs médecins ont +ordonné la flagellation à des personnes maigres, pour les engraisser et +leur donner de l’embonpoint. + + [6] Lib. IV _de arte gymnasticâ_, cap. IX. + +Galien[7] citant à ce sujet les stratagèmes des marchands d’esclaves, +qui se servoient de ce moyen pour les faire paroître plus brillans de +fraîcheur et d’embonpoint, ne laisse aucun doute sur l’efficacité de ce +remède[8]. Il est certain qu’il fait gonfler la chair et attire à elle +les alimens. Personne n’ignore que la flagellation avec des orties +vertes a le plus grand succès pour raffermir les membres et rappeler la +chaleur et le sang dans les parties qui en sont privées. + + [7] _Meth. med._ lib. XIV, c. XVI. + + [8] Combien de nourrices, sans avoir consulté Jérôme Mercurialis, ni + Galien, ont recours à ce stratagême qu’elles connoissent par + tradition, et claquant les enfans sur les fesses, avant de les + rendre à leurs mères, trompent par cet embonpoint factice et + momentané, la confiance des tendres parens qui leur ont livré ces + intéressantes créatures. + +Cælius Aurelianus[9] et Thémison, liv. 1 _des Passions lentes_, veulent +que ce soit avec de la férule. + + [9] Lib. II, _Chr._ c. I. + +Elidæus de Padoue[10] n’hésite pas d’ordonner la flagellation avec des +orties vertes sur les membres tendres et délicats des petits enfans, +pour hâter l’éruption de la petite vérole. + + [10] _Consil. Med._ 282. + +Thomas Campanella, (C) que nous avons autrefois connu à Naples, semble +mettre en avant une opinion nouvelle et inadmissible, en attribuant à la +flagellation la vertu de guérir les obstructions du bas ventre. Il +raconte[11] que le prince de Venuse[12] un des meilleurs musiciens de +son siècle, ne pouvoit aller à la garde-robe sans avoir été +préalablement fustigé par un valet gagé pour remplir cette fonction; +ajoutant qu’il seroit dangereux de retenir sa respiration pendant qu’on +se feroit administrer ce remède, et j’en conviens. + + [11] Lib. III. _Medicinalium_. c. V. art. XII. + + [12] _Venuse_, aujourd’hui _Venosa_, ville de l’Italie méridionale, + dans la Basilicate, près Naples, au pied de l’Apennin. Elle fut la + patrie d’Horace. + +Il est des personnes qui ne peuvent goûter les plaisirs de l’amour, si +elles ne sont aiguillonnées par la fustigation. Cette cérémonie étrange +les embrâse des feux de la lubricité, jusques à les faire écumer, et +fait dresser vers le ciel cette partie qui constitue la virilité, de +manière que son oscillation suit le nombre et le son des coups +appliqués, pour ainsi dire, en cadence; et voilà précisément ce que vous +rejettiez comme une plaisanterie et une chose incroyable, quand j’en +parlai la première fois. Je vais pourtant mettre en usage, mon cher +Cassius, tout ce que je crois capable de vous en convaincre, en +m’étayant du témoignage des auteurs les plus dignes de foi, pour vous +prouver que ceci n’est point une innovation, et que le caprice n’a +aucune part à cet usage, et j’y joindrai les raisons et les exemples, +d’après lesquels divers médecins et moi avons trouvé la chose +vraisemblable. Je ne m’étendrai cependant pas beaucoup dans ce moment-ci +sur la nécessité d’employer les orties vertes, pour en frapper les +parties génitales. + +Menghus Faventinus[13] assure qu’elles ont une propriété merveilleuse +pour allonger, tendre, grossir et ériger le membre viril, qui, par une +parcimonie de la nature, feroit craindre la stérilité. + + [13] Pract. part. II cap. _de passion. membr. genital._ + +Pétrone vous apprendra, si vous le consultez, combien elles sont utiles +pour guérir l’impuissance, et rendre aux amans leurs forces éteintes par +de trop fréquentes jouissances en faisant parler Encolpe de cette +manière: + +«Cette partie de mon corps par laquelle j’étois autrefois un Achille, +étoit alors entièrement morte et plus froide que la neige, et sembloit +s’être retirée au fond de mes entrailles, sillonnée de mille rides. Ma +verge ressembloit à du cuir détrempé dans de l’eau, etc.» + +Je ne fais ici que transcrire l’auteur qui continue ainsi: + +«Enothée, prêtresse de Priape, lui ayant promis de la lui rendre aussi +dure que de la corne, mêle du cresson alenois avec de l’avrône, en forme +un onguent qu’elle applique sur ses testicules, et armant ses mains +d’une poignée d’orties vertes, l’en frappe légèrement au-dessous du +nombril, sur les reins et sur les fesses.» + +Mais pour revenir à la grande et véritable flagellation, écoutons ce que +raconte à ce sujet _Jean Pic, comte de la Mirandole_, (D) qui vivoit, il +y a 150 ans. Il fait ainsi, livre 3, chap. 27, de son ouvrage _contre +les astrologues_, l’histoire d’un de ses amis. + +«Je connois, dit-il, et il existe encore, un homme dont le tempérament +amoureux, et les excès n’ont peut-être jamais eu d’exemple. Il ne peut +caresser une femme, malgré la violence de ses desirs, s’il n’est +auparavant fustigé. En vain sa raison lui fait regarder comme un crime +ce rafinement de volupté, sa fureur pour ce cruel plaisir est telle +qu’il encourage lui-même, et accuse de mollesse et de lâcheté celui qui +le fouette, lorsque la fatigue ou la pitié lui font ralentir ses +efforts. Le patient n’est au comble de ses plaisirs, qu’en voyant +ruisseler le sang dont une grêle affreuse de coups, a couvert les +membres innocens du libertin le plus effréné. Ce malheureux reclame +ordinairement pour ce service, avec les plus instantes supplications, la +main de la femme avilie dont il veut jouir, lui donne lui-même les +verges qu’il a fait tremper dès la veille, dans le vinaigre, et lui +demande à genoux la faveur insigne d’être ainsi déchiré. Plus elle +frappe avec violence, plus elle acquiert de droits à son amour et à sa +reconnoissance, en lui rendant des feux qu’il n’avoit plus, jusqu’à ce +que le dernier période de la souffrance et l’épuisement total de ses +forces, lui fassent goûter la plénitude de la volupté en égale +proportion. Trouvez un seul homme pour qui le comble de la douleur, et +cette espèce de torture doivent être celui du plaisir, et si d’ailleurs +il n’est pas entièrement corrompu, lorsque, de sang froid, il connoîtra +sa maladie, il rougira de ses excès et les détestera». Jusqu’ici c’est +Pic de la Mirandole qui a parlé, mais la même chose est rapportée par +_Thomas Campanella_ déjà cité, et _Jean Névisan_ (E) livre 1 de ses +_Sylves Nuptiales_, art. 130. Si je ne me trompe, l’homme dont parle +_Cælius Rhodiginus_ (F) livre 2, chap. 15 de _ses anciennes leçons_, +avoit ce goût-là de commun avec l’ami de Pic de la Mirandole; et d’après +Cœlius, _André Tiraqueau_ (G), art. V de son _Traité des Loix du +Mariage_. Mais écoutons Cœlius. + +Des personnes dignes de foi, dit-il, assureront avoir connu, il y a +quelques années, un homme qui par un contraste bien étonnant et qu’on +aura peine à croire, joignoit au physique le plus froid et le plus +inhabile aux plaisirs de Vénus, l’imagination la plus érotique et le +génie le plus ardent. Il n’avoit d’aptitude, de chaleur et de force pour +la lutte amoureuse, qu’à proportion des coups de verge qu’il avoit +reçus, et vous n’eussiez pu savoir lequel lui causoit le plus de volupté +ou de la volupté elle-même, ou de la douleur qui en étoit la source et +l’agent: à moins que la juste proportion de la seconde ne le conduisît à +la perfection des délices de la première. Il s’abaissoit jusqu’aux +prières pour être frappé de verges qu’il avoit fait durcir, depuis la +veille, dans du vinaigre. La rage qu’allumoient en lui les desirs, le +portoit à accabler de reproches et d’injures celui qu’il avoit chargé de +cet office, dès qu’il frappoit trop mollement, et lui faisoit regarder +comme imparfaite, infructueuse et nulle, toute séance qui n’étoit pas +terminée par une effusion de sang. Cet homme est, je crois, le seul qui +également avide de plaisirs et de souffrances, ne savouroit l’un qu’au +moyen de l’autre, et pour qui les plaies, les déchiremens et l’effusion +de sang fussent et le prélude et le complément des titillations et de la +jouissance[14]. _Othon Brunsfeld_ (H) médecin célèbre, dans son +_Onomastic. Medic._, rapporte l’anecdote suivante: + + [14] Tamerlan, ce fameux empereur d’Asie, qui se faisait appeller _le + Fils de Dieu_, fut père de cent enfans et vainqueur de cent peuples, + se faisoit fustiger par esprit de débauche. + + Lucien, tome 3, de la traduction de Perrot d’Ablancourt, parle d’un + certain Pérégrinus qui avoit le même goût. Ce philosophe se + fouettoit en public au milieu de tout un peuple et se débarrassoit + d’une surabondance de liqueur seminale aussi effrontément que + Diogène: ce qui leur fit donner à tous deux le nom de _Cynique_. Ce + même Pérégrinus, surnommé _Protée_, se fit chrétien, ensuite + apostat, et finit par se brûler publiquement aux jeux Olympiques. + + «Lorsque sur un bûcher Pérégrin las du jour, + »D’un trépas éclatant cherche la renommée, + »Un _Cynique_ orgueilleux s’évapore en fumée. + + (Racine. Poëme de la Religion, chant 4. pag. 133, vers 306.) + +De son temps vivoit à Munich, résidence des ducs de Bavière, un homme +qui ne pouvoit s’acquitter envers sa femme du devoir conjugal, s’il +n’étoit pas auparavant fustigé à toute outrance. Un fait qui s’est passé +sous nos yeux tout récemment et à Lubeck même, vient à l’appui de ce que +j’ai déjà raconté. + +Un citoyen de cette ville, marchand de beurre et de fromage, demeurant +sur la place des moulins, fut, entr’autres crimes dont on le chargeoit, +accusé d’adultère, dénoncé aux magistrats et le procès fait, condamné au +bannissement. Une fille de joie avec laquelle cet homme avoit depuis +long-temps un commerce de libertinage, traduite devant les sénateurs +chargés de la justice criminelle, et qu’on nomme _die Gerichts herren_, +avoua qu’il n’avoit jamais été habile à consommer l’acte de la +génération, sans être auparavant fustigé, et qu’après une première +course, il lui étoit impossible d’aller plus loin, si elle ne réitéroit +l’opération douloureuse et salutaire, en doublant la dose[15]. Le +coupable nia d’abord le fait; mais pressé par des interrogatoires +fréquens et sévères, il fut contraint de tout avouer. J’ai pour garans +de la verité de cette anecdote, les juges eux-mêmes, Thomas _Storning_ +et Adrien _Moller_, mes amis, et qui, comme vous le savez, vivent +encore. Il y a très-peu de temps qu’une personne occupant une des +premières places à Amsterdam, fut accusée d’avoir une liaison de +débauche avec une fille que pourtant il ne pouvoit exploiter, sans avoir +été préalablement excité par une ample flagellation. L’affaire ayant été +portée devant les tribunaux, la perte de son emploi fut le châtiment de +sa lubricité, et long-temps après son aventure, il étoit encore la fable +de la ville. Ainsi, vous ne voudrez, ni ne pourrez, je crois, vous +refuser à l’évidence des preuves dont je m’environne pour vous +persuader. Tâchons donc de rendre raison, s’il est possible, d’une chose +qui paroît, au premier coup d’œil, si extraordinaire. Si vous consultez +les astrologues, ils allégueront l’influence des astres, et diront +qu’une puissance occulte et particulière du ciel, est l’unique cause de +cette manie aussi extraordinaire que dépravée de certains êtres. Ils +vous diront sans doute, avec Pic de la Mirandole, que la planète de +Vénus présidant à la conception de l’homme a été croisée et pour ainsi +dire frappée par les rayons opposés d’un autre astre, dont elle a +contracté la malignité. + + [15] Sénèque parle aussi d’une courtisanne qui n’employoit d’autre + moyen que la fustigation pour réveiller l’amour de son galant, + lorsqu’il se refroidissoit. + +_Francisc. Junctinus_[16] (I) fait sur cela un très-long commentaire; +mais le ciel et les astres étant des causes universelles, et ne pouvant +produire dans tel ou tel autre individu des effets si particuliers, Pic +de la Mirandole les rejette avec raison et cherche une cause plus +immédiate. Il attribue donc le goût dépravé de son ami à une longue +habitude, et continue ainsi son histoire: «Lui demandant l’origine d’une +passion aussi inouïe, il me répondit qu’il la devoit à un enfant: ce +début piquant de plus en plus ma curiosité, sur les instances réitérées +que je lui fis, pour qu’il m’en développât davantage les causes +principales et accessoires, il ajouta qu’il avoit passé ses premières +années de collége avec des enfans très-débauchés, parmi lesquels le +plaisir de se fouetter étoit très-commun et qui attachoient un certain +prix à se rendre réciproquement ce service qui prostituoit leur pudeur.» + + [16] Chap. 6 de _Judiciis Nativ._ + +Cœlius est du même avis que Pic de la Mirandole, dont il n’a fait que +copier l’anecdote, en adoptant son opinion sur les causes de cet étrange +déréglement. «Ce qui n’est pas moins surprenant, ajoute ce dernier, +c’est que cet homme connoissoit toute la turpitude de cette habitude +infâme et bizarre, la détestoit sincèrement et la réprouvoit avec toute +la sévérité d’un juge inflexible; mais la force de l’habitude +l’emportant sur sa raison, il se livroit à son invincible penchant, dans +l’instant même qu’il le condamnoit. Cette habitude s’étoit invétérée et +avoit jetté des racines d’autant plus profondes, qu’elle avoit été +contractée dès l’âge le plus tendre, et s’étoit considérablement accrue +par les charmes du plaisir qu’il avoit trouvé à se fouetter dans le +commerce criminel de ses camarades. Exemple frappant de l’importance de +l’éducation, qui montre combien elle est précieuse et combien elle +décide de nos mœurs et de notre condition, pour le reste de la vie». +J’avoue, lui dis-je, que l’habitude est si puissante qu’elle devient, +pour ainsi dire, une seconde nature. Aristote[17] l’a dit, et Ennius +après lui l’a répété dans ces termes: + + [17] _Libr._ de _Memor._ et _reminisc._ c. 3 libr. 7. et c. 10. + _Ethic._ + +«Un long usage devient coutume; cette coutume s’accroît par les +réflexions, devient habitude, et cette habitude, par succession de +temps, devient enfin pour les hommes une seconde nature.» + +Galien dans son traité de l’habitude, chap. 2 et 3, a démontré avec +beaucoup d’élégance, avec quelle force et quelle tyrannie l’habitude +maîtrise toutes nos actions, en l’appelant une seconde nature[18]. +Peut-être aussi que, dans le fait mentionné dans Cœlius et Pic de la +Mirandole, l’habitude a pu, par succession de temps, faire beaucoup à la +chose; mais il n’en est pas de même des hommes de Munich et de Lubeck, +cités par Brunsfels et moi. Pourquoi, dit Campanella, qui a déjà parlé +plus haut, l’ami de Pic de la Mirandole est-il le seul des compagnons de +ses premières fredaines, qui en ait conservé le souvenir et la +dangereuse habitude, et pourquoi ceux-ci n’ont-ils pas la même ardeur +que lui pour la fustigation? Les effets et les vices d’une habitude +quelconque sont uniformes et doivent être particuliers à chacun des +individus qui l’ont adoptée. Il n’est pas vraisemblable que ceux dont +nous avons parlé, se soient ainsi prostitués dès leur première enfance, +en cherchant à se faire une foible image des plaisirs qu’ils ne +connoissoient pas, par des flagellations réciproques. Je félicite au +contraire notre vertueuse Allemagne d’ignorer ces rafinemens honteux de +la débauche, ces pollutions, ces attouchemens impurs et scandaleux entre +les enfans d’un même sexe; ou quand, par hasard, quelqu’un s’en est +rendu coupable, (si tant est qu’on en puisse citer un exemple) d’en +punir sévèrement les auteurs et en effacer l’opprobre au milieu des +flammes. Quintilien, dans sa déclamation pour le soldat Marianus dont un +tribun avoit voulu faire son Ganymède, s’exprimoit ainsi jadis, en +parlant de nos ancêtres: «Les Germains ne connoissent pas même le nom de +ce crime abominable, et l’on vit plus saintement sur les bords de +l’Océan[19]». Nous en avons parlé plus amplement dans nos commentaires +sur le serment d’Hyppocrate, chap. 19. + + [18] Liv. 2, la Tempérance, chap. 4 et liv. 3 _de Simpl._ c. 19. + + [19] Vessius pense que les déclamations attribuées ici à Quintilien + l’orateur, ne sont ni de lui ni de son grand père, quoique ce + dernier en ait laissé 145. Il les attribue au jeune Posthume qui + prit, dit-on, le nom de César et d’Auguste dans les Gaules, avec + Posthume son père, l’an 260 de J. C. + +L’influence des planètes et celle de l’habitude n’étant point capables +de donner à la flagellation la vertu d’exciter à l’amour, voyons enfin à +lui chercher une autre cause plus directe et plus naturelle: il faut +donc pour cela reprendre les choses de plus haut, et remarquer +premièrement que cette flagellation ne se fait que sur le dos; vérité +dont la déposition de la courtisanne de Lubeck et autres ne permettent +pas de douter; les parties génitales de l’homme étant de nature par leur +délicatesse et leur extrême sensibilité, à ne pouvoir endurer des coups +de verges, et à plus forte raison jusqu’à l’effusion de sang. C’est donc +ordinairement sur le dos que se fait cette opération. Les lombes +occupent la plus grande partie du dos. Cette partie a pour base cinq +vertèbres qui, placées au-dessous de celle de la poitrine, se prolongent +et aboutissent à _l’os sacrum_. Elles sont couvertes au-dehors de +muscles et d’une peau épaisse et grasse, et au-dedans des muscles qui +l’enveloppent et forment sa partie haute, nommés par les grecs _Psoas_, +d’un muscle de même nom, et par les latins _pulpa_ de _palpare_. Ils +soutiennent les reins de droite et de gauche, remplissent par leur +étendue, l’espace de quatre vertèbres et se joignent à la veine cave et +à la grande artère. De la veine cave et de la grande artère, les +reins[20] reçoivent les grands vases, qu’on nomme émulgens, spermatiques +ou lombaires. Il y en a un de chaque côté. Viennent ensuite la veine et +l’artère dont les ramifications s’étendent sur toute la substance de ces +vases. A droite de la veine cave et sous l’émulgente, la veine droite +séminaire prend naissance, et l’artère séminaire qui, partant de la +grande artère, descend dans le testicule droit. A gauche, l’artère +séminaire descendant du tronc de la grande artère, et la veine séminaire +de la veine gauche émulgente, se rendent dans le testicule gauche. Ces +parties sont composées d’une infinité de nerfs qui prennent leur source +dans la moëlle de l’épine, et par lesquels les sucs contenus dans les +vertèbres sont filtrés dans les reins dont ils pénètrent non-seulement +l’enveloppe, mais encore la substance. De la cavité des reins, les +canaux uretères se prolongent jusques à la vessie à laquelle ils sont +attachés. Toutes ces parties ayant la même tâche à remplir dans l’acte +de la génération, on les a désignées sous la dénomination de _lombes_, +et c’est le sentiment de Marsilio Cagnati, (K) livre 4, chapitre 7 de +ses diverses leçons. Les auteurs ont fait d’assez exactes recherches sur +les fonctions assignées à chacune de ces parties; savoir: les os, les +muscles, les reins et les vases, et tous sont d’accord. Cagnati[21] dit +qu’elles concourent, chacune selon son emploi, à élaborer la semence et +perfectionner l’ouvrage de la génération, suivant les loix immuables de +la nature. Jérôme _Montuus_[22] et André Tiraqueau, le plus célèbre de +vos jurisconsultes, livre 15, de son traité _de la loi des mariages_, +art. 40, 41 et 42, sont du même avis, après l’examen le plus scrupuleux +de cet objet. Consultez l’écriture sainte, toute l’antiquité, les +auteurs sacrés et profanes, tous n’ont qu’une voix sur la destination +des lombes, des reins et des flancs. Plusieurs passages de l’écriture +sainte nous prouvent que les lombes sont les instrumens de la +génération. On lit dans la Génèse, chap. 31, verset XI: «des rois +sortiront de vos lombes.» Dans l’épitre de St. Paul aux Hébreux, chap. +7, vers. 5: «_vous êtes les enfans d’Abraham et sortis de ses lombes._» +et verset 10: «Levi sortit du même endroit.» + + [20] Le mot de REINS, en Latin REN, RENES, vient du Grec _Reein_, qui + signifie couleur, parce que c’est des reins que l’urine coule. Ils + sont deux, et ressemblent à ces légumes appellés phaséoles. Leur + substance est rouge et dure, couverte d’une membrane déliée et d’une + autre grasse, qui est un replis du péritoine. Leur longueur est de 4 + ou 7 travers de doigt, leur largeur presque de trois et leur + épaisseur de deux. Les Grecs nomment encore les reins OURETERES, + c’est-à-dire, canaux uretères, parce qu’ils y sont contenus, comme + il est dit plus bas. + + [21] Lib. 2. _de anim._ texte 35. + + [22] _Pract. part._ I. lib. IV, chap. dernier. + +Basile le grand, dans son commentaire sur Esaïe, chap. XVI, dit que dans +plusieurs passages de l’écriture, l’expression de lombes est employée +pour désigner les membres servans à la génération. + +Origène, (L) Homelie 1, commentant le verset 109, pseaume 37: «mes +lombes sont remplis d’illusion,» l’explique ainsi: les lombes étant les +réservoirs de la semence, le psalmiste indique la nature du péché, en se +servant du nom de la partie qui sert à le commettre. L’expression de +ceindre ses reins étoit passée en proverbe chez les Hébreux, pour +signifier la continence et l’éloignement des voluptés charnelles. +Jehovah, livre de Job[23] dit en y faisant allusion. «Ceins tes reins +comme un homme courageux;» c’est-à-dire, reprime la luxure en homme +courageux. Isidore (M) livre XI, chap. I de ses ORIGINES, dit qu’il faut +l’interprêter ainsi: que le moyen de résister et le préservatif contre +la luxure doit être appliqué aux parties dont la rébellion et la +complexion brûlante nous portent à ce crime. Voyez Suidas, au mot PSOA. + + [23] Chap. 39, v. III. et c. XL, v. II. + +Saint Jérôme dans son commentaire sur Nahum, chap. II, v. 1, parle +ainsi: «Regarde ton chemin, affermis tes lombes et arme-toi de courage.» + +Saint Mathieu, chap. 3, vers. 4, dit en parlant de St.-Jean Baptiste: +«Il portoit une ceinture de peau autour des reins.» St.-Grégoire de +Nazianze, discours 42, et Nicétas dans ses commentaires, sur _idem_, +nous disent la même chose. C’est aussi dans le même sens qu’il faut +interprêter Esaïe[24] Jérémie[25], St. Paul[26] et Salomon qui dit en +parlant de la femme forte et chaste: «_elle a ceint ses lombes de +courage_»[27] St.-Pierre[28] dit «_ceindre les reins de son âme_», ce +que Montuus déjà cité traduit par «_écarter de son âme toute pensée +impure et lascive_». Si je ne me trompe, les Romains ont fait allusion à +ces allégories, lorsqu’ils ont dit, _être ceint, porter la ceinture_, +pour désigner la sagesse, la modestie et la pureté virginale, et +_délier_ sa ceinture, pour être au contraire, l’emblême de la +dissolution des mœurs, comme je l’ai plus amplement décrit dans la vie +de Mœcènes. On observe encore aujourd’hui dans les Gaules l’usage de +ceindre d’un ruban, cordon ou écharpe de soie, ceux à qui l’on décerne +le triomphe littéraire, et qu’ils portent comme un monument glorieux des +talens qui les distinguent du vulgaire. Ce qui, selon François +Ranchin[29], dénote sur-tout dans les médecins, la nécessité d’être +chaste. La ceinture annonce la contraction des reins, leur inaction, et +partant la sagesse qui reprime la rébellion et l’effervescence des +lombes qui nous portent à la débauche. C’est ce qui a fait croire aux +anciens que Diane, déesse de la chasteté, portoit toujours une ceinture. +La délier étoit chez eux le premier effet du mariage, et annonçoit la +désertion de la fleur virginale[30], et cette commission étoit donnée à +l’époux. Aëtius (N) dit[31] que les plaisirs du mariage sont funestes à +ceux qui ont les reins ou les lombes foibles, et nommés pour cela +_Elumbes_, c’est-à-dire, _éreinté, érené_. Eustathe a fait passer ce mot +en proverbe, en disant _efflanqué comme un âne de Mysie_. Elumbis, _qui +se se erigere non potest_. En italien, _dilumbato_; en espagnol, +_flaco_; en anglais, _he that hath feble loynes_. Hadrianus Junius, +cent. 6. ad. 48. donne le nom d’âne de Mysie aux éreintés; ce qui a fait +dire à Pétrone que les personnes ruinées par leurs fréquens sacrifices à +Vénus, ont les reins lâches, c’est-à-dire, _sans ceinture_. «Encolpe, +dit-il, avoit publié par-tout qu’il avoit la goutte et les reins de la +plus grande foiblesse.» Catulle, épigramme XVI, parle de ceux qui ne +peuvent donner un mouvement souple et facile à leurs lombes endurcis. Et +Martial, au contraire, livre 5, épigramme 79, dit: «donner à ses lombes +souples et lascifs un tremblement voluptueux.» + + [24] C. 32 v. 11. + + [25] Chap. I, vers. 17. + + [26] Epitr. aux Ephésiens, c. IV v. 14. + + [27] Prov. ult. vers. 17. + + [28] Epit. I. chap. I. vers. XIII. + + [29] _Commentaires sur le serment d’Hyppocrate_. + + [30] Horace nomme les Grâces _decentes, pudicas_, lorsqu’elles ont + leur ceinture, et _solutis zonis_, quand il veut qu’elles président + à ses orgies et aux mystères de la voluptueuse déesse d’Amathonte. + Voyez l’ode XXX. liv. I. _O Venus, regina Gnidi Paphique_, etc. + + La ceinture ayant de tout temps été l’emblême de la virginité, une + femme ne doit plus la porter. Nos élégantes et nos impures nous en + imposent donc bien effrontément, en ceignant leurs tailles, même à + 40 ans, d’un large ruban bleu, noir, aurore ou coquelicot. C’est + ainsi que la manie des modes nous fait perdre de vue, lors même + qu’elle conserve celles que nous avons reçues des anciens, leur + sagesse qui cachoit toujours des maximes de morale et des emblêmes + de vertu dans tout ce qu’ils adoptoient, pour tous les détails qui + ont rapport à la vie et au vêtement. + + [31] Disc. 3, chap. 8, de son _Tetrabiblos_. + +L’auteur anonyme de l’épigramme XVIII du _Priapeia_, s’exprime ainsi: + +«Quand la courtisanne Téléthuse agitera-t-elle voluptueusement sur toi +ses reins souples et lubriques?» + +Le mot _fluctuare_ peint le mouvement d’oscillation et la manière de +s’agiter et de se soulever de bas en haut, comme les flots, en grec, +_ricnoustai_, en latin _crissare_[32]. C’est de-là qu’on a donné le nom +de _ricnoma_ à une sorte de danse grecque fort lascive[33]. Telle est de +nos jours celle que nous appellons la _bergamasque_, qui ne se danse que +sur les théâtres, ou par des personnes masquées. Juvenal paroît y faire +allusion, lorsqu’il parle, satyre 2, des jeunes Romaines, dont on +applaudissoit l’adresse à se laisser doucement aller à terre, en agitant +leurs fesses avec un tremblement voluptueux. + + [32] _Indecenter flecti, curvari_, s’agiter, se plier, se courber + d’une manière indécente et lubrique. + + [33] Les O-Taïtiens ont une danse semblable, et les Espagnols ont le + _fendango_. Voyez le voyage en Espagne par le marquis de Langle, + tom. I, page 145. + +Arnobe, livre 2. «Une troupe lubrique formoit des danses dissolues, +sautoit en désordre et chantoit, tournoit en dansant et à certaine +mesure, soulevant les cuisses et les reins, donnoit à leurs fesses et à +leurs lombes un mouvement de rotation qui auroit embrâsé le spectateur +le plus froid[34].» Voyez dans les lettres grecques celle qui est +intitulée, _Megara à Bacchides_ sur la Thryallide. + + [34] _Nous valons bien les Romains pour la débauche. Nous avions, il y + a cent ans, les danses de caractère, la fricassée, et les rondes de + société. Nous avions les danses lascives que les princes du sang et + la reine faisoient exécuter à Brunoy, à Trianon et à Compiègne, par + les acteurs et actrices qui jouoient le _théâtre gaillard_, pour + ranimer leurs majestés épuisées._ + +Perse fait allusion à cette danse, lorsqu’il dit des vers licencieux qui +remplissent l’esprit de l’auditeur des idées les plus voluptueuses: + +«Qu’il fait beau voir là nos grands de Rome s’agiter de lascive manière, +et murmurer d’une voix tremblante, lorsque ces vers libidineux pénètrent +jusqu’au siège des plaisirs (les lombes), et qu’une molle prononciation +chatouille leurs sens!» + +Juvenal, satyre 6, vers 314, dit, en parlant des flûtes des prêtresses +de la bonne déesse: + +«On sait à présent ce qui se passe aux mystères de la bonne déesse, +quand la flûte agite ces ménades, et fait tremblotter voluptueusement +leurs reins; lorsqu’également ivres de sons et de vin, elles laissent +voler leurs cheveux en tourbillons, et invoquent Priape à grands cris.» + +Isidore prétend que le mot lombes, _Lumbus_, vient de _libido_, _desir_, +parce que c’est dans les lombes que réside chez les hommes la cause de +leurs désirs et l’aiguillon de la volupté. + +Nicolas Perrot, dans son ouvrage intitulé _Cornucopia_ (O) leur donne la +même étymologie. Il fait dériver _lumbi_ de _lubendo_, en intercalant +une lettre, comme on le pratique assez ordinairement: ainsi de _cubo_ on +fait _cumbo_; de _pago_, _pango_; de _frago_, _frango_, etc. (Voyez le +savant Matth. Martinius, dans son _lexicon etymologicum_. + +Les lombes et les reins qui en forment la plus grande partie ont tous +deux les mêmes fonctions, pour peu que vous fassiez attention à leur +conformation. On voit dans le livre des rois, ch. 7, v. 12, qu’ils +servent à la génération. «Le fils qui est sorti de tes reins.» + +Tertullien (P) dans son traité de _la résurrection de la chair_, nomme +les reins les réservoirs de la semence. + +Le prêtre Hésychius (ou autrement dit par corruption, Isicius) dans ses +commentaires sur le _Lévitique, liv. I_, dit que les reins sont les +dispensateurs de la liqueur séminale dans le coït; et plus loin: c’est +dans les reins que se forment et se conservent les fluides destinés à la +génération. + +St.-Augustin, pseaume 7. v. 2, dit que par les reins, on entend les +plaisirs de l’amour. + +St.-Jérôme commentant Nahum, dit que tout ce qui a rapport au coït émane +du ministère des reins, et répète à peu-près la même chose dans son +commentaire sur Ezéchiel, chap. 16. + +On lit dans Jérémie[35] et dans l’apocalypse[36], sondant les reins et +les cœurs: ce que Nicolas de Lyre (Q) explique par, examinant et +punissant nos concupiscences et nos mauvaises pensées; l’écriture sainte +désignant par le _cœur_, nos pensées, et par les _reins_, les mouvemens +de la chair. C’est par cette raison que David[37] prie le seigneur de +brûler ses reins et son cœur, expressions adoptées par l’église dans ce +passage d’un hymne: + + [35] Chap. 17, vers. 10. + + [36] Chap. 2, vers. 20. + + [37] Ps. 26, vers. 2. + +«Brûlez nos reins et nos cœurs, ô mon dieu, du feu de l’esprit saint, +afin que nous vous servions purs et chastes de corps et de cœur, et que +nous nous rendions dignes de votre amour par l’innocence de notre vie.» + +On voit dans l’exode XII, V. 2, qu’il étoit prescrit aux Israélites qui +mangeoient l’agneau pascal, de ceindre leurs reins, et tous les +théologiens s’accordent à entendre par-là qu’ils devoient se garder de +toute action et pensée charnelle. + +Ausonne, épigramme 13, dit, se servir de ses reins, pour _se livrer à la +volupté. «Sers-toi de tes reins.»_ On dit chez nous, en badinant, que +ceux qui sacrifient à la déesse de Cythère, _purgent leurs reins_. + +Hyppocrate, dans son traité des maladies internes, Aristote dans ses +problêmes[38], Galien[39], Aëtius[40], dans son _Tetrabiblos_, +Avicenne[41], (R) et quantité d’autres médecins, nous apprennent que les +jouissances trop fréquentes ruinent les reins; ce qui a fait dire à +Fulgence (S) dans sa mythologie[42] que les reins sont consacrés à +Vénus. Fulgence, liv. 5 de sa mythologie, dit dans la fable de Thétis et +Pelée, d’après la physiologie de Démocrite, que les payens avoient +consacré chaque partie de notre corps à une divinité particulière: la +tête à Jupiter, les bras à Junon, les yeux à Minerve, la poitrine à +Neptune, la ceinture à Mars, les reins à Vénus, et les pieds à +Mercure[43]. + + [38] Section IV, probl. 2. + + [39] Lib, VI, comment. VI. + + [40] Disc. 3, c. VIII, lib. I. + + [41] Liv. III, fen. XII. trait. II. c. XI. + + [42] Liv. III. + + [43] _C’est ainsi que les anciens mettoient la morale à la portée de + tout le monde, par des emblêmes ingénieux, et sous le manteau du + culte religieux._ + +_Varron_, celui des Romains qui avoit le plus d’érudition, au jugement +de Quintilien[44], si vous voulez remonter à la source pour trouver la +véritable étymologie du mot, fait dériver _Renes_ du grec _Upo tou +rein_, c’est-à-dire, ruisseaux d’où coule l’humeur obscène, nom qu’il +donne au fluide séminal, ne vous y trompez pas, si nous devons en croire +Isidore[45] et Lactance[46]. Il ne faut donc pas entendre par humeur +obscène, cette sérosité saline contenue dans la vessie, ainsi que +plusieurs l’ont cru. Isidore expliquant Varron, dit que les veines et la +moëlle de l’épine, filtrent dans les reins une liqueur claire et subtile +qui, détachée et provoquée par la chaleur que communique l’acte +vénérien, descend des reins dans les testicules, et personne ne peut, +avec un peu de bon sens, imaginer qu’il s’agisse ici de l’urine. + + [44] Institut. orator. lib. 10, cap. I. + + [45] Orig. lib. 10. chap. I. + + [46] Ouv. de dieu, chap. 14. + +Les Hébreux, par le mot _reins_, désignant la concupiscence, emploient +deux mots qui signifient en français _desirer ardemment_. Les reins +étant situés dans les lombes, vers les parties latérales de la région +supérieure du bas-ventre, on les a crus nécessaires à la génération. + +Dans Ovide, livre I des amours, Elégie XII, la plus chaste des femmes, +ou du moins qui passoit pour telle, voulant éprouver la vigueur de ses +prétendans, leur montre un arc et leur ordonne d’essayer de le bander. + +«Pénélope éprouvoit la force de ses amans en les défiant de bander un +arc de corne, afin de voir celui d’entr’eux qui avoit les reins les plus +forts.» + +Pénélope le dit elle-même, dans l’épigramme 69 du _Priapeia_, où le +poëte la fait parler ainsi à ses galans assemblés. + +«Personne ne bandait mieux que mon cher Ulysse, l’arc que je vous +présente, soit l’effet de la force des reins (_laterum_) ou de +l’adresse. Puisque je l’ai perdu, essayez de le bander, et celui que je +trouverai vraiment homme, mâle et vigoureux, et digne de le remplacer, +sera mon époux.» Martial, liv. VII, épig. 57, dit, _essayer ses reins_, +pour éprouver ses forces aux combats de Vénus. + +Ovide, liv. II, élégie 10 _des amours_, dit: donner de la force aux +_reins_ pour exciter à la volupté. + +«La volupté donnera à mes reins tout ce qui peut ranimer mes forces.» + +Apulée, livre VIII, appelle _industrie, souplesse des reins_, l’avantage +précieux d’une vigoureuse construction pour la lutte amoureuse. Parlant +des débauches des prêtres de la déesse Syrienne: «Ils amènent, dit-il, +souper avec eux, un paysan d’une taille et d’une force de reins +extraordinaires.» + +Juvenal et Ovide disent: _ménager ses reins, s’abstenir des plaisirs de +l’amour_. Le premier, sat. VI, dit en parlant d’un Catamite[47]: + + [47] Les anciens nommoient _Catamiti, Ganymedes, Concubini_, ces + jeunes garçons qui tiroient un grand profit de la prostitution de + leurs corps. Pétrone leur a fait donner le nom de _Gitons_, et + depuis, les favoris de nos rois furent appelés _Mignons_, de _mi_, + qui signifie _mon_, et de _niño_, mot Espagnol qui veut dire _petit + enfant et caressé_. (Ménage et Futetière.) + +«Que ne laisses-tu dormir auprès de toi, cet enfant soumis, paisible et +désintéressé, cet enfant qui jamais ne te reproche d’avoir ménagé tes +flancs, et de ne le pas caresser autant qu’il le désireroit.» + +Et le second, livre II, de l’art d’aimer. + +«Ne ménagez pas vos flancs, c’est d’eux que dépendent la fidélité de +votre maîtresse, la paix et le bonheur de vos amours.» + +Martial, livre XI, épigramme 105, emploie l’expression de rompre ses +reins, pour fournir trop souvent la carrière amoureuse. + +«Et tu prolonges jusqu’au grand jour les transports libidineux qui +épuisent et rompent tes reins.» + +Et plus loin, livre XII, épig. 99. + +«Bassus, tu te romps les reins, mais avec des jeunes gens bien fournis +de poils.» + +Tibulle ou quelqu’autre auteur, dans ses Iambes à Priape, s’exprime +ainsi: + + «Dans mes vaisseaux enflés la liqueur prolifique + »Trop long-temps ménagée, irrite mes transports; + »Et rien ne peut calmer ma fureur érotique + »Que la tendre Vénus, secondant mes efforts, + »Sur le sein d’une belle amoureuse et lubrique, + »N’ait, en brisant mes reins, dégagé leurs ressorts. + +Pétrone, dans sa satyre, dit, _arracher les flancs_. (Je craignois que +Giton ne m’arrachât les flancs.) + +Il donne en plusieurs endroits, aux flancs de ceux qui se sont ruiné le +tempéramment, les épithètes de _fatigués_, _invalides_, _épuisés_, +_desséchés_ et _morts_. + +Ovide, livre III, des amours, Elégie X, dit: + +«J’ai vu sortir de chez vous, votre adultère épuisé, traînant à peine +ses flancs desséchés et sans vie.» + +Catulle, Epigramme 7. + +«Pourquoi ne nous montres-tu pas tes flancs épuisés.» + +Priape, s’exprime ainsi, épigramme 25 du _Priapeia_, déjà cité: + +«Vous voyez comme je suis arrangé et dans quel état déplorable la +débauche m’a conduit. Je suis absolument ruiné, pâle et décharné. Mes +flancs sont entièrement épuisés, une toux affreuse m’arrache la poitrine +et je crains de cracher ma vie avec cette salive dangereuse.» + +Suétone, dans la vie de Caligula, chap. 37, dit que Catulle, jeune homme +de maison consulaire, reprocha à ce monstre de lubricité «d’avoir +assouvi sur lui sa brutale passion et de lui avoir épuisé les reins par +ses criminels embrassemens.» + +Dans Apulée, livre VIII, le jeune homme qui servoit aux plaisirs infâmes +de la déesse Syrienne, dit à l’âne qui venoit le remplacer dans cette +fonction: + +«Puisses-tu vivre long-temps, plaire à tes nouveaux maîtres, et me +donner le temps de réparer mes forces et _mes reins_ qu’ils ont +épuisés.» + +Tous les passages que j’ai déjà cités rendent la chose aussi claire que +les rayons du soleil dans un beau jour d’été, pour me servir ici des +expressions de Plaute. + +Nous ne pouvons donc regarder comme nouvelle et suspecte, une opinion +adoptée et confirmée par le suffrage unanime de toute l’antiquité et le +témoignage des saintes écritures, que les lombes, les parties voisines, +et les reins sont les instrumens de la génération. Or une chose +généralement reconnue et avouée des savans, comme disent vos +jurisconsultes, mon cher Cassius, ne peut être absolument fausse. Il n’y +a de probable, dit Aristote, liv. 1 de ses topiques, chap. 1, texte 7, +que ce qui paroît tel à tout le monde ou au plus grand nombre, et +sur-tout à ceux dont on connoît la prudence et le génie, et qui se sont +illustrés par les profondes connoissances. Il est donc important d’en +chercher la raison avec la plus scrupuleuse attention, et d’établir, +quand nous l’aurons trouvée, comment les coups de verges appliqués sur +le dos ou sur les lombes, subtilisent, embrâsent les esprits et nous +rendent habiles à savourer les délices de la jouissance[48]. + + [48] Nous ne pouvons mieux faire pour appuyer les observations faites + jusqu’ici par Meibomius, sur l’utilité de la flagellation, que de + citer M. l’abbé Chappe d’Auteroche, de l’académie des sciences. Ce + savant abbé mourut en Californie, quelques jours après son + observation du passage de Vénus sur le soleil, en 1760. Il avoit + accompagné dans cette importante mission, MM. de la Condamine, + l’abbé de la Caille, Joseph de Jussieu, Godin des Odonnais, Couplet, + Lemonnier, Bougues, Verguin, Morainville, Clairaut et le Camus. Il + remarque dans son voyage en Sibérie, fait par ordre du Roi en 1761, + tome 1, page 339, que les coups de verges que l’on donne dans les + bains de vapeurs, en Russie, donnent de l’activité aux fluides et du + ressort aux organes. _La flagellation_, dit-il, _anime les + passions_; et nous devons en croire cet estimable littérateur, qui + voyageant en philosophe, ami de l’humanité, s’est attaché à observer + tout ce qui peut influer sur la population. + + Le lecteur qui désireroit de plus grands détails sur cette matière, + peut consulter l’excellent ouvrage de l’abbé Boileau, qui a pour + titre: Histoire des flagellans, où l’on fait voir le bon et le + mauvais usage des flagellations, etc. _Amsterdam_ 1701, _in_-12. + +Marsilius Cagnatus et Montuus attribuent tout aux lombes, puisqu’ils +sont composés des parties ci-devant détaillées, c’est-à-dire, des +vertèbres, des muscles, des reins, des veines, des artères et des nerfs, +en donnant néanmoins le premier rang aux veines et aux artères +spermatiques qui fournissent la matière de la semence, contiennent le +fluide qui commence à blanchir et à s’épaissir, est déjà sperme, ou va +le devenir, et de-là le transmettent dans les testicules. Ce fluide +étant trop abondant dans les veines et les artères, s’y trouvant gêné, +et cherchant à se répandre au-dehors, excite des picotemens agréables, +le prurit vénérien, des irritations, le besoin de s’en décharger et des +pollutions nocturnes, sur-tout chez les personnes qui se couchant sur le +dos, communiquent trop de chaleur aux parties génitales. Barth. +Montagnana[49], le philosophe Nemesius[50], (T) Joh. Matthæus[51], +Garyopontus, médecin latin moderne[52], et Sennert, (U) notre professeur +et notre ami, homme respectable, lorsqu’il vivoit[53], Pierre +Lauremberg, _in procestriis annotat. anat. lib. 1. cap. IV_, et enfin +Gaspard Hoffmann, disent tous la même chose, quoiqu’ils ne s’expliquent +pas de la même manière. + + [49] Consil. med. 37. + + [50] De la nature de l’homme, chap. 27. + + [51] _Quæst. medic._ 90. + + [52] _Pract._ lib. 3. cap. 34. + + [53] _Pract._ lib. 3. c. 1. sect. 1. part. VII. + +B. Montagnana, dit en examinant un passage d’Avicenne[54], qu’il faut +remarquer pourquoi ce médecin attribue l’impuissance à la foiblesse des +reins; et après avoir dit que la matière séminale acquéroit le dernier +degré de perfection, en raison du degré de chaleur et de force répandues +dans les testicules, il ajoute qu’elle doit nécessairement être préparée +dans les régions supérieures, dans les parties où la digestion se fait +le plus promptement, comme dans le foie et les reins, et par conséquent +ou plus éloignée ou plus rapprochée, suivant la constitution de chaque +individu. Il conclut enfin qu’il est impossible que la véritable semence +se forme et acquierre toutes les qualités requises, si les parties où +elle doit s’élaborer, c’est-à-dire le foie et les reins, sont vicieuses, +mal organisées et n’ont pas entr’elles un ordre et une connexion +uniformes. + + [54] Lib. XIX. _Fen._ 3. c. _de renibus et ren. calc._ + +Némésius croit que les reins n’épanchent dans les testicules qu’une +sérosité saline qui n’excite seulement dans ces parties que le prurit et +la chaleur du désir, et remplissent ainsi leur ministère dans l’acte de +la génénération. «Les reins, dit-il, servent à épurer le sang, et ne +sont dans le coït qu’une cause irritante et secondaire.» Les veines qui +se rendent dans les _didimes_, puisent dans les reins un acide qui +irrite le désir, de même que les humeurs acres qui se glissent entre +cuir et chair, y causent des démangeaisons. L’enveloppe de ces corps +glanduleux étant plus tendre et plus délicate que la peau du reste du +corps, cet acide irrite et aiguillonne plus vivement les organes de la +volupté, et c’est cette âcreté mordicante qui procure les pensées +lascives, provoque la fureur amoureuse et opère l’éjaculation de la +semence. Voilà mot pour mot ce que dit Isidore ci-dessus cité, et Joh. +Matthæus ne diffère de lui, qu’en ce qu’il attribue plus de faculté au +rein gauche qu’au droit: «la veine gauche séminaire, dit-il, étant +placée avec l’émulgente, près du rein gauche, fournit un sang mêlé d’une +substance aqueuse et salée, qui occasionne le prurit et sert de +stimulant à la jouissance.» Laurenberg donne aux reins l’emploi de la +génération, et ne s’explique pas autrement que Garyopontus. + +Il définit les reins un tissu de muscles et de nerfs étroitement liés +aux corps caverneux qui contiennent la liqueur séminale. Il leur +attribue l’opération de la spermatose, et croit que c’est en eux que le +fluide régénérateur est contenu et élaboré. C’est aussi l’opinion de +Sennert, quoiqu’il en donne une toute autre raison, en s’expliquant plus +clairement et d’une manière qui approche plus de la vérité anatomique, +que celle de Garyopontus, qui ne paroît pas la connoître beaucoup. +Sennert dont l’exemple est suivi par Hoffmann, prétend que les reins ne +servent pas seulement à communiquer une irritation voluptueuse aux +parties de la génération, mais encore à perfectionner le fluide séminal +et à le transmettre. Il infère de-là, premièrement, que les reins ont un +parenchyme particulier, qui ne diffère pas beaucoup de la substance du +cœur et du foie, et c’est aussi le sentiment d’Arétée[55]. + + [55] Lib. 2. c. III. _de morbis diut._ + +On ne peut refuser à ce parenchyme particulier la faculté que lui donne +Galien[56] d’élaborer le sang: faculté qui lui est commune avec le +parenchyme de tous les autres vaisseaux. Kariesatos et Jean +Beverovicius, chap. 2 de son livre sur la pierre de la vessie, l’ont +démontré d’une manière évidente. La veine émulgente étant la plus +considérable de celles qui prennent naissance dans la veine cave, et +voiturant dans les reins plus de sang qu’il n’en faut pour les +alimenter, et l’artère étant aussi trop grande pour filtrer et dépurer +les sérosités, il est vraisemblable que la nature qui ne fait rien sans +dessein, n’a donné tant de capacité à ces vases, que pour les faire +concourir à ses vues, dans une opération particulière. Il conclut donc +que cette opération n’a d’autre but que de porter dans les reins le sang +des artères, qui se mêlant ensuite, dans leur substance, avec le sang +des veines, et y changeant de nature, forme la base de la composition de +la semence qui descend ensuite dans les testicules. Ce qui confirme +l’opinion de Sennert, c’est que des diverses conformations des reins et +des vases dans lesquels la nature se plaît à créer des bizarreries, pour +s’amuser, il résulte qu’il y a des hommes plus amoureux les uns que les +autres, et d’une complexion beaucoup plus vigoureuse. Salomon Albert et +Jean Riolan[57] nous en offrent des exemples. Tous deux faisant la +dissection d’un criminel, disent lui avoir trouvé trois émulgentes et +les veines spermatiques dans chaque côté, qui sortoient des émulgentes. +Sal. Albert infère de-là que cette prodigieuse abondance de vaisseaux et +de semence devoit nécessairement opérer chez cet homme l’insatiable +salacité et les desirs sans cesse renaissans dont il se plaignoit encore +quelques instans même avant son supplice. Riolan écrit que le sien fut +pendu pour trigamie, parce que son trop plein d’existence et de force +l’avoit contraint à épouser trois femmes à la fois[58]. + + [56] Lib 6. _de decret. Hippocr. et Plat._ + + [57] Antrop. liv. 2. chap. 27. + + [58] Tel étoit de nos jours Mirabeau l’aîné, député à l’assemblée + constituante. (_Note de l’éditeur._) + +Philippe Salmuth ayant fait la dissection de deux hommes morts du mal +vénérien, trouva que les reins du dernier étoient trois et même quatre +fois plus grands que ceux des hommes ordinaires. Sennert demande +ensuite, dans le cas où cette opinion seroit rejettée, d’où proviennent +les sels volatils qui affectent l’odorat à l’approche de plusieurs +animaux non-châtrés, qui s’exhalent de toutes les parties de leur corps, +mais dont la perception est beaucoup plus sensible dans les reins et +sur-tout des adultes, ce qui ne se rencontre pas dans les individus de +l’âge le plus tendre, ou qui n’ont pas encore été accouplés. Il ajoute +encore, d’après Oiribase[59], que la surabondance de liqueur séminale +trop long-temps retenue dans les vaisseaux nuit aux reins; que les +médecins regardent comme la preuve de l’excessive chaleur de ces +parties, le penchant au libertinage, les songes lascifs et les +pollutions nocturnes qui en sont le résultat. Les physiciens disent de +plus que la qualité de la semence dépend de la constitution des reins. +De même qu’une érection fréquente marque la chaleur des reins, de même +une longue continence et l’éloignement des plaisirs de l’amour désignent +leur température glacée. + + [59] Lib. 6, cap. XXXIX. _collect._ + +Alex. Trallien[60] et Arétée[61] nous apprennent que dans la gonorrhée +simple, on diminue la force et la quantité du fluide séminal, en +appliquant des remèdes qui ont cette vertu, sur les lombes, vers la +région des reins. + + [60] Médecin et philosophe du sixième siècle. Liv 2. chap. 9. + + [61] Liv. 2. de _ses Chroniq._ chap. 7. + +Pline[62] vient encore à l’appui de Sennert, et dit que des lames de +plomb attachées sur les lombes et les reins, tempèrent par leur +fraîcheur les transports de la passion amoureuse, et il cite à ce sujet +l’exemple de l’orateur _Licinius Calvus_ qui se servit avec succès de ce +remède pour arrêter un flux involontaire de semence. + + [62] Liv. 34. chap. 18. + +Galien[63] rapporte que les athlètes ceignoient pareillement leurs reins +de ces lames de plomb, pour empêcher les pollutions nocturnes et amortir +les feux de l’amour; il ne trouve pas de meilleur remède au priapisme +qu’un emplâtre d’huile rosat épaissi avec de l’eau froide et appliqué +sur les lombes. + + [63] Liv. 5 _de tuendâ valet._ c. _ult._ lib 6. _de loc. adf._ c. ult. + et lib. 14. _method. medic._ cap. 7. + +Cœlius Aurelianus[64], outre les lames de plomb, ordonne des éponges +imbibées à froid avec le marre de raisin. + + [64] Liv. 5. Tard. pass. cap. 5. + +Aëce[65] et Théodore Priscien[66] recommandent non-seulement +l’application des lames de plomb sur les lombes et les rafraîchissans, +mais encore défendent de se coucher sur le dos, pour ne pas augmenter le +mal, par l’extrême chaleur que cette position communique à ces parties. + + [65] Tetrabiblos I. disc. III. chap. 32 et 37. + + [66] Liv. 2. c. XI. + +Oribase[67] (V) et Paul Eginæte[68] sont du même avis. Ce dernier défend +même dans la gonorrhée simple, tout médicament qui provoque les urines, +comme très-nuisible aux reins qui sont placés dans la région des lombes. + + [67] _Synops._ Lib. 9. c. 39 et 40. + + [68] Lib. 3. c. 55 et 56. + +Avicenne[69] l’a prouvé, et cite entr’autres symptômes de l’épuisement +et de la défection des reins, le défaut d’érection dans le coït. Il +donne pour cause de la foiblesse de ces parties, la trop fréquente +émission des molécules organiques, et nous apprend[70] que le seul moyen +de leur rendre toute leur vigueur, est l’abstinence des plaisirs qui les +en ont privés. + + [69] Lib. 3. _Fen._ XIX. c. IX. + + [70] Cap. XI. + +Aaron, médecin célèbre, cité par Rhasès[71] dit aussi qu’il faut +attribuer le défaut d’érection, au foie et aux reins. + +Aristote[72] dit, qu’excepté l’homme, aucun des animaux n’est sujet au +flux involontaire de la semence, parce qu’ils ne se couchent point sur +le dos. On en excepte pourtant les chevaux de course dont les lombes et +les reins échauffés par le mouvement que leur communique le cavalier, +les rendent plus enclins à l’acte vénérien. Voilà l’origine de la +coutume qu’observoient les dames d’Athènes, pendant les +Thesmophories[73] d’éviter les carresses de leurs époux, et de coucher +seules. + + [71] Liv. 2. de la Continence. + + [72] _Problêm._ Sect. 10. Prob. 19. + + [73] Les Thesmophories étoient des sacrifices et des fêtes en + l’honneur de Cérès _Thesmophore_ ou _Législatrice_, pendant toute la + durée desquelles on s’envoyoit par toute la Sicile des gâteaux faits + avec du miel et de la graine de Sésame. On donnoit à ces gâteaux la + figure des _parties naturelles de la femme_, pour lesquelles les + Syracusains avoient tant de vénération et d’amour qu’ils les + portoient en cérémonie à ces fêtes célèbres. Les Romains, lorsque + leurs mœurs furent dépravées, firent construire des vases dont ils + se servoient à leurs repas et auxquels ils donnoient la figure de la + partie virile pour laquelle ils avoient tant de passion. Ce qui a + fait dire à Juvenal, satire 2: _Vitreo bibit ille Priapo_: _Celui-là + boit dans un Priape de cristal_. + + Le Sésame est une espèce de bled, selon Pline, et de légume, selon + Columela, que les apothicaires d’Italie nomment _Gingeoline_. Il + ressemble au millet. Son huile est fort estimée et a la vertu de + rendre stérile. Pline dit qu’il fut apporté des Indes. Ses feuilles + sont rouges et ses fleurs vertes. Sa graine est blanche et renfermée + dans de petits boutons, comme celle du pavot et sa racine est + blanche pareillement. On n’en sème guère, parce qu’on prétend qu’il + rend la terre stérile. Son nom en latin est _Sesamum_. + +Ovide en parle ainsi, livre II de ses métamorphoses, fable IX. «Elles +mettoient au nombre des choses defendues les plaisirs de l’amour, et les +attouchemens des hommes dont elles se sevroient pendant neuf jours.» + +Elles dressoient leurs lits avec les branches et les feuilles de +_l’agnus-castus_[74]. Le Vitex est un arbrisseau dont l’odeur combat les +pensées amoureuses et écarte les songes lascifs. C’est pourquoi elles +jonchoient leurs couches solitaires, des feuilles de cet arbrisseau, +pour altérer la force et la chaleur du fluide séminal, rafraîchir leurs +reins et les parties voisines, et émousser les aiguillons de l’amour. +Voyez à ce sujet Dioscoride[75], Pline[76], Ælien[77] et Galien[78]. + + [74] _L’agnus-Castus_, nommé par les Grecs _chaste_, par les Latins, + _Vitex_, est un arbrisseau qui ressemble beaucoup à notre _Saule + d’Amérique_. Il croît sur le bord des rivières et des torrens. Ses + branches sont noueuses, longues et flexibles, ses feuilles assez + ressemblantes à celle de l’olivier, ce qui l’a fait nommer par + Mathiole _olivæ agnus_, mais plus molles. Ses fleurs sont purpurines + et quelquefois blanches. Son fruit est comme le poivre, chaud et + astringent. Il y en a de blanc et de noir. + + _Arnaud de Villeneuve_ exagère les propriétés de l’agnus-castus avec + une confiance qui étonne dans un homme instruit. Il assure que le + moyen le plus sûr de conserver sa chasteté, est de porter + habituellement un couteau dont le manche seroit fait avec le bois de + cet arbrisseau. Le préjugé des anciens sur ce végétal s’est perpétué + jusqu’à nous, et l’on fait encore dans les monastères, usage + intérieurement et extérieurement des semences et des feuilles de cet + arbrisseau, en se faisant une ceinture de ses branches ou une + émulsion de sa semence avec l’eau de nénufar. Voyez ce que rapporte + à ce sujet M. de Lignac dans son traité de l’homme et de la femme, + considérés physiquement dans l’état du mariage... Lille 1773. + _in_-12. tom. premier, pages 102 et suivantes. + + [75] Liv. 1. Chap. CXVI. + + [76] Lib. XXIV. cap. IX. + + [77] De anim. lib. IX. c. XVI. + + [78] Lib. VI. de Simp. med. fac. chap. 34. + +On emploie aussi pour donner la vigueur nécessaire aux exercices de +Vénus, les reins de certains animaux, et principalement du bouc. + +_Aëce_, déjà cité, recommande l’usage de la chair du _seine-marin_[79], +prise de ses reins ou des environs, comme très-propre à opérer +l’érection de la verge. Peut-être est-ce une espèce d’analogie et une +conformation semblable à ceux de l’homme, qui a fait attribuer aux reins +de cet animal la propriété de les aider et de les exciter à remplir le +devoir de la génération; de même que l’on ordonne à ceux qui sont +inhabiles à s’en acquicter, entr’autres médicamens, les frictions, les +emplâtres chauds, non-seulement sur les parties honteuses, mais encore +aux reins, les diurétiques violens, comme les cantharides, et le soin de +se coucher sur le dos, pour maintenir la région des lombes dans un degré +de chaleur nécessaire pour rappeller les forces languissantes, rendre la +semence prolifique, et précipiter sa descente dans les testicules. +Rhasès[80] dit que toutes les fois que l’on se frottera les reins avec +des médicamens chauds, le membre viril augmentera de grosseur et de +fermeté, et l’érection sera complette. + + [79] Le _Seine-marin_ est une espèce de petit crocodile terrestre, que + sa qualité anti-vénéneuse a fait entrer dans le fameux Mithridate, + et sa vertu aphrodisiaque dans l’électuaire _Diasatyrion_. Ce lézard + en Egypte et en Arabie, ne se nourrit que de plantes aromatiques. + Les paysans d’Egypte portent de ces lézards au Caire, d’où par + Alexandrie, on les transporte à Venise et à Marseille, pour les + disperser dans toutes les pharmacopées de l’Europe. Les Arabes et + les Egyptiens s’en servent pour s’exciter à l’amour. Les Européens + le rejettent, parce qu’il rend maniaque; au reste le seine-marin + résiste au vénin, et augmente la semence. Dioscoride recommande la + chair qui est autour de ses reins. Galien dit que ce sont les reins + mêmes qu’il faut employer. Pline veut que ce soit la dépouille et + les pattes. M. Lemery s’est déterminé pour l’usage des reins, qu’il + ordonne de réduire en poudre, il en fixe la dose à 72 grains. On ne + sauroit enfin être trop en garde contre la violence de ce remède. + + [80] Lib. XI, _Contin._ c. V. + +Misish, médecin arabe, dans sa somme de Rhasès, dit aussi que le seul +moyen de s’exciter aux plaisirs de l’amour, est de donner beaucoup de +chaleur au dos, comme celui de diminuer la fougue d’un tempéramment +lascif, est, en prenant cette sage précaution en sens inverse, de l’en +priver, en se couchant sur des feuilles froides. Nous concluons donc de +tout ceci, que les lombes sont les premiers instrumens de la génération, +selon leur constitution et l’emploi que la nature leur a confié; et +suivant Cagnati, les veines et les artères y portent la matière et les +esprits; que le premier organe des reins est le parenchyme[81], où le +fluide séminal commence à s’élaborer, à devenir prolifique et recevoir +enfin dans les vases séminaires le degré de perfection qui lui est +nécessaire: c’est l’opinion de Sennert et la nôtre. Il ne faut pourtant +pas rejetter celle de Némésius, d’Isidore, de Matthæus et de Laurenberg, +qui prétendent qu’il se mêle à ce fluide une certaine sérosité saline, +une humeur mordicante filtrée des reins dans les testicules, et dont +l’effet est de causer le prurit vénérien et l’érection avec de violens +desirs de la jouissance. Ce que le grammairien Papias a répété, sur leur +autorité, dans son vocabulaire. + + [81] Mot grec qui signifie _engendré par la masse et l’épaississement + d’un suc_. Le foie est le premier de tous les parenchymes. + +Nous avons, je crois, suffisamment prouvé que la flagellation sur le dos +ou sur les lombes est du plus grand effet pour rendre la vigueur éteinte +par les excès de la volupté, et vous ne devez plus être surpris que ces +hommes, que la débauche a mis au rang des bêtes, ces monstres épuisés de +luxure, et victimes d’un honteux désordre, ayant cherché dans +l’opération douloureuse de la flagellation, un remède à l’épuisement, à +la foiblesse de leurs reins, et à la perte totale de leurs forces, sans +parler de ceux qui, moins coupables à la vérité, ne doivent ces accidens +qu’à un trop violent amour pour une épouse, ou à un physique froid, +vicieux et mal organisé. Il est probable que la flagellation donne aux +parties relachées et refroidies, une commotion violente, une irritation +voluptueuse qui les embrâse et se communique à la semence, ajoutez à +celà que le sentiment aigû de la douleur des parties frappées, subtilise +et précipite le sang avec plus d’abondance, attire les esprits, et +fournissant aux parties de la génération une chaleur excessive, procure +à l’homme libidineux qui cherchoit en vain le plaisir, le moyen de +consommer l’acte de la génération, malgré la nature même, et de +multiplier ses jouissances criminelles au-delà des bornes qu’elle a +assignées à ses forces[82]. + + [82] Rabelais faisant allusion à cette manière de se procurer des + forces pour la lutte amoureuse, dit _se frotter le cul au + panicaut[83] vrai moyen d’avoir au cul passion_. + + Une femme en mélancolie + Par faute _d’occupation_, + Frottez-moi lui le cul d’ortie, + Elle aura _au cu passion_. + + _Extrait du Ducatiana._ + + Nous ne pouvons nous refuser au plaisir d’ajouter encore une preuve + aux observations de Meibomius, en faisant part à nos lecteurs d’une + anecdote, non-seulement étroitement liée au sujet que nous traitons, + mais encore intéressante par la réputation de celui qui en est le + héros. Il s’agit d’un chevalier romain, gouverneur d’Egypte, ami + d’Auguste et de tous les beaux esprits de son temps; d’un poëte + charmant qui a servi de modèle aux _Barth..._, aux _Dorat_, aux + _Parny_, aux _Chabanon_, enfin de _Cornelius Gallus_, l’ami de + _Virgile, Horace, Tibulle_ et _Catulle_, qui, comme ces derniers, a + chanté l’amour, au milieu de ses extases, et qui, au rapport de + Pline, mourut d’une douce mort, ou plutôt s’endormit pour toujours + sur le sein de celle qui faisoit le bonheur de sa vie. M. de Lignac + nous apprend que ce favori des Grâces ne devoit les transports et + les faveurs enivrantes d’une jeune fille passionnée pour lui, qu’au + fouet qu’elle recevoit fréquemment d’un père rigoureux qui, croyant + la punir par ce châtiment, des fautes que lui faisoit commettre un + tempéramment trop lascif, ne travailloit au contraire qu’à + l’augmenter, et servoit ainsi, sans le savoir, les vues du + voluptueux poëte. + + Ce trait m’en rappelle un autre dont j’ai été le témoin. Un écolier + de rhétorique, et mon condisciple, menacé du fouet par le régent, + trouva le moyen de s’y soustraire par cette réponse hardie et + indécente. «Vous me rendriez un grand service, je n’osois vous le + demander, mais vous devriez savoir qu’à mon âge on ne le craint + plus.» + + [83] Le _Panicaut_ est une espèce de chardon qu’on appelle _à cent + têtes_, en latin _eryngium_. Ses feuilles sont bonnes à manger, + lorsqu’elles sont tendres et confites dans le sel. Elles sont + aromatiques, et deviennent en croissant, épineuses et piquantes. + +Voilà mon avis, mon cher Cassius; mais, direz-vous, cet expédient +honteux n’est mis en usage que par les libertins dont vous m’avez parlé, +afin que remediant à l’extinction de leurs facultés, fruit de leurs +excès de débauche, ils puissent les continuer, et se vautrer de plus +belle dans la fange du crime. Je demande donc maintenant si cette +fustigation ne devient pas un remède aussi innocent que quantité +d’autres employés tous les jours, et si la conservation de l’espèce ne +le rend pas non-seulement excusable, mais même nécessaire, lorsqu’il +s’agit d’un homme qui, voulant savourer les voluptés d’une jouissance +permise, et se reproduire dans un second lui-même, n’éprouveroit avec +une épouse aimable et tendrement aimée, que le désespoir de +l’impuissance, et dont tous les efforts seroient vains pour consommer le +mariage, par la foiblesse et le défaut de chaleur des parties que nous +avons détaillées ci-dessus, et qui seroit précisément le coursier dont +parle Virgile, liv 3 de ses géorgiques. + + «Quand des ans ou des maux il sentira le poids, + »Des travaux de l’amour dispense sa foiblesse; + »Vénus ainsi que Mars demande la jeunesse. + »Pour son corps dévoré d’un impuissant désir, + »L’hymen est un tourment et non pas un plaisir, + »Vieux athlète, son feu dès l’abord se consume: + »Tel le chaume s’éteint au moment qu’il s’allume. + +_Trad. de l’abbé de Lille._ + +De sorte qu’il ne pourroit, je ne dis pas s’acquitter totalement envers +sa créancière, mais même payer la moitié de la dette. Pourquoi non, mon +cher Cassius? Je sais que vous n’êtes aucunement dans le cas de recourir +à un remède de cette nature, et je suis prêt à l’affirmer par serment et +sous peine de privation des plaisirs de l’amour pendant la cinquantaine. +Je sais depuis long-temps, comme votre médecin, et je ne me trompe pas, +que vous êtes pourvu des plus brillantes qualités pour remplir les +devoirs d’époux; les règles infaillibles de mon art, et la connaissance +qu’il me donne de votre constitution physique, me permettent et me font +même un devoir d’en juger. J’ai d’ailleurs pour garant de la vérité de +mes conjectures, un témoin irrécusable et au-dessus de toute exception, +qui depuis peu commence à se remuer dans les entrailles de votre douce +et tendre moitié, et pour qui j’implore les faveurs de Lucine, au temps +marqué pour son élargissement. Pour ce qui est de communiquer à d’autres +le remède que je vous indique, s’il en est qui aient besoin du ministère +d’un homme qui d’un bras vigoureux leur décharge sur le dos une ample +provision de coups de verge, je ne le défends à personne, et ne leur +envie pas ce plaisir. Non-seulement ceux qui habitent le temple des +Muses, comme on le dit ordinairement des savans, doivent être +inaccessibles à la jalousie, mais plus encore les médecins. + +_L’envie_, dit Scribonius Largus, dans une lettre à C. Julius Callistus, +_est un crime affreux qui déshonore les hommes, et doit être en horreur +à tout l’univers, et principalement aux médecins; car si leur ame +n’étoit pas le séjour de l’humanité et de la tendre pitié, qui sont le +premier devoir, la base et le but de leur profession, ils devroient être +l’objet de la haine et du mépris des dieux et des hommes._ + +C’est uniquement pour vous être agréable, ô l’ami de mon cœur, et +satisfaire votre curiosité, que je me suis hasardé de traiter ce sujet +et de vous dire mon avis, un peu librement à la vérité. Quel que soit +son sort, tirez-en le meilleur parti possible, continuez-moi l’amitié +dont vous m’honorez, pardonnez à ces plaisanteries innocentes, qui +cependant conduisent à des réflexions importantes et sérieuses, et +conservez précieusement une santé qui m’est aussi chère que la mienne. +Adieu. + + + + +OBSERVATIONS + +_Extraites d’une lettre de Thomas Bartholin à Henri Meibomius._ + + +La traduction que nous avons entreprise du traité de Meibomius, étant +principalement destinée aux savans, nous croyons qu’il est fort inutile +de leur offrir en entier la lettre de Bartholin au fils de l’auteur; +nous nous contenterons d’en extraire toutes les réflexions qui peuvent +ajouter à la singularité de l’ouvrage, et nous renverrons nos lecteurs à +l’édition latine, où cette lettre a été insérée toute entière avec la +réponse de Meibomius. + +Bartholin, après une énumération des ouvrages et un magnifique éloge des +talens de Meibomius, dit que Paulin, son imprimeur, l’ayant prié +d’ajouter quelques observations, le desir d’être utile au public et de +faire cause commune avec ses amis Meibomius et Cassius, l’a engagé à +rassembler quelques cordes et quelques brins (ce sont ses termes) pour +augmenter les verges. + +Très-peu de personnes, dit-il, aiment la flagellation: les anodins étant +en général plus du goût des malades que les caustiques; mais telle est +la condition humaine, qu’on ne peut pas toujours employer les topiques +bénins. + +La flagellation est propre sur-tout à guérir ceux qui feignent d’être +malades; elle est utile dans l’épilepsie; on l’employa souvent avec +succès pour rendre l’activité aux esclaves qui se disoient malades pour +ne point travailler. Il paroît qu’elle est propre aussi pour guérir les +maladies de l’ame, comme celles du corps, puisqu’on a vu dans l’Italie +une secte de flagellans qui s’assembloient pendant le carême pour expier +leurs fautes par une copieuse discipline. Claudion, liv. 1, sur Eutrope, +dit que cette coutume se pratiquoit aussi dans les fêtes de Cybèle. + +Les Syriens avoient des mercenaires qui pour une certaine rétribution, +se chargeaient d’expier les fautes des autres, en se flagellant +eux-mêmes, suivant le plus ou moins de bénéfice. + +On voit que Circé employoit une verge pour changer les compagnons +d’Ulysse en pourceaux; on peut conclure de-là que les mêmes verges qui +rendent aux uns le bon sens, peuvent l’ôter aux autres. + +J’ai vu à Padoue des religieux employer la flagellation pour chasser le +diable des corps qui en étoient possédés, possession qui, suivant les +médecins, n’étoit autre chose qu’une épilepsie que l’on guérit aisément +par la chaleur que communique la flagellation. St.-Marc, tourmenté par +l’esprit malin, le mettoit à la raison à coups de poing. Haymond, évêque +d’Halberstad, dit que les soufflets sont plus efficaces pour guérir les +tentations du diable, que pour dissiper les douleurs de tête. + +Les Romains faisoient fouetter les esclaves qui avoient encouru le +châtiment, comme le dit P. Brisson, liv 3, des antiquités du droit +civil, chap. 9. + +La crainte de la douleur nous contient dans les bornes de la raison; +j’ai connu un homme de bonnes mœurs, mais sujet à de fréquens mouvemens +de colère, que l’on rendoit plus doux qu’un agneau, en lui administrant +une ample flagellation, quand les menaces n’avoient pu calmer sa fureur. + +Cœlius Aurelianus dit que la plante nommée Férule a la vertu de rendre +l’équilibre des humeurs aux parties irritées; et Dioscoride, liv. 5, +chap. 19, dit que l’eau de la mer produit le même effet, étant par sa +nature chaude et aride comme toutes les choses salées. + +Un marchand d’esclaves parvint à rendre en bien peu de temps le plus +brillant embonpoint, à un enfant exténué par la faim, et cela, par le +moyen d’une flagellation modérée qu’il lui donnoit tous les deux jours. + +Si le moyen de Cœlius paroît trop violent, on veut employer celui que +propose Æginete, liv. 4, chap. 12, qui est d’appliquer sur le corps +malade, la peau d’un agneau fraîchement dépouillé, et le battre ensuite +de verges.--Les Syriens voluptueux avoient recours à ce moyen. Beroalde +dit que la peau du blaireau est excellente pour guérir les plaies qui +sont les suites de la flagellation et de la morsure des chiens. Quelques +cruels que paroissent les arrêts de la médecine, il faut se souvenir, +non de la douleur momentanée qu’ils procurent, mais de la guérison +qu’ils doivent opérer, et ne jamais les commenter, ni les approfondir. + +Les barbiers de Rome avoient mis des fouets à leurs portes, entre autres +instrumens qui composoient leurs enseignes, comme nous le prouve +Martial. liv. 2. ch. 17. Ces fouets étoient faits de cordes de laine, et +pour les rendre plus déchirans, on les hérissoit de nœuds et d’osselets +de mouton, au rapport d’Apulée. Catulle, épig. 25 à Thallus menace de le +punir de cette manière. + +Sénèque, épitre 90, dit que la torpeur des membres se guérit par la +flagellation avec de l’ortie, et dont les coups sont si violens qu’un +oie qui en seroit piqué, en mourroit. Columella dit que les fermiers de +Rome ont coutume de déplumer les poules d’Afrique sur le ventre, et de +les fouetter avec de l’ortie, pour les faire couver, en leur mettant +dans le bec ou un bol, ou un os qui leur sert de bâillon, pour les +empêcher de rendre la nourriture qu’elles ont prise. On sait qu’un +soufflet ou un coup de poing bien appliqué sous la mâchoire inférieure, +guérissent promptement un homme à qui un bâillement ou un rire immodéré +ont causé une luxation et un relâchement dans les ressorts de la bouche. +Chez les habitans de la Gaule Cis-Alpine, (aujourd’hui le Milanois) on +comprimoit avec des cercles ou des lames d’étaim, le ventre d’une femme, +pour en faire sortir le fœtus mort dans ses entrailles. + +J’ai remarqué que le fouet que l’on donne aux enfans pour les punir +d’avoir uriné dans le lit, est le moyen le plus efficace de les en +empêcher, quoique les parens ne fassent point d’attention aux effets +physiques de ce remède. + +Meibomius a cité assez d’exemples qui prouvent combien la flagellation +est utile dans l’impuissance, pour me dispenser de blesser encore les +oreilles chastes, en les répétant ici; mais il n’est pas inutile de dire +que non-seulement ce remède est propre aux hommes, mais encore aux +femmes pour les faire concevoir plus aisément. Aussi les Romaines +s’offroient-elles nues aux prêtres qui célébroient les Lupercales, pour +en être frappées. Ces prêtres se servoient tantôt de la main, tantôt de +la tige de la férule. Les plus chastes se contentoient d’appliquer leurs +coups sur la main, et on devine facilement que la superstition avoit +moins de part à cette cure que la libre circulation du sang, qui, agité +et divisé, remonte vers le cœur, se répand dans les artères avec plus +d’abondance, et porte par-tout un feu pur et nouveau qui excite à +l’amour, et dispose à la conception. Les Romains qui, en célébrant les +Lupercales, couroient nuds par les rues, et frappoient toutes les femmes +qui se trouvoient sur leur passage, se nommoient _Crépi_, du mot latin +qui signifie _bruit_, parce que les verges avec lesquelles ils +frappoient, étoient couvertes de cuir, selon Dempterus, liv. 3, chap. 2, +ou de peaux de chien ou de bouc, qui étant sèches, augmentoient la +douleur ou le bruit de l’opération. Plutarque attribue de bons effets à +cette flagellation. Ovide, Juvénal et Prudence dans l’histoire des +martyrs, se sont égayés sur l’usage considéré comme religieux, mais en +effet utile comme médical; le caractère connu des prêtres qui suivant +leurs termes, frappoient les femmes avec d’autres verges que la férule, +a donné lieu à bien des plaisanteries[84]. Voyez Cardan, liv. 2, de son +traité de l’utilité que l’on peut retirer de l’adversité. + + [84] Ce trait nous rappelle un quatrain placé dans l’église de + St.-Hyacinthe, à Paris, et qui prouve la vertu des moines. + + «Femmes qui désirez de devenir enceinte, + »Adressez cy vos vœux au grand Saint-Hyacinthe, + »Et tout ce que pour vous le saint ne pourra faire, + »Les moines de céans pourront y satisfaire.» + +Entr’autres nations où ces usages sont communs, on distingue les Perses +et les Russes. Ceux-ci battent leurs femmes pour prouver leur amour. +Jean Barclay, dans son _Icon animorum_, rapporte une anecdote qu’on ne +sera pas fâché de trouver ici. + +Un homme de basse extraction quitta l’Allemagne et se retira en +Moscovie. Si vous êtes tant soit peu curieux de le savoir, il se nommoit +Jourdain. Le séjour lui ayant paru agréable, il résolut de s’y fixer, et +il s’y maria. Passionnément amoureux de sa femme, il n’épargna rien pour +l’en assurer, mais ses efforts furent inutiles; elle souffroit +intérieurement un chagrin qu’elle vouloit cacher, mais que la rougeur de +ses yeux, ses soupirs et ses sanglots trahissaient à chaque instant. Son +époux lui demandant la cause de cette tristesse et cherchant à deviner +en quoi il avoit manqué au devoir de la tendresse, elle lui parla en ces +termes, après s’être fait long-temps presser. «Pourquoi fais-tu si +bien-semblant de m’aimer? Crois-tu me tromper? Crois-tu me cacher plus +long-temps que je suis vile à tes yeux?» et en même temps elle versoit +un torrent de larmes. Jourdain étonné de ce langage, lui demanda en quoi +il l’avoit offensée; que peut-être il avait manqué en quelque chose, +mais qu’il répareroit cette faute par plus de soins. Enfin, lui +dit-elle, puisque tu fais semblant de l’ignorer, où sont donc les verges +avec lesquelles tu m’as apprise à t’aimer? Ne sais-tu pas que c’est chez +nous l’unique moyen que doivent employer les hommes qui veulent nous +persuader de leur amour? Jourdain à ce discours fut long-temps dans une +stupeur profonde, et eut toutes les peines du monde à s’empêcher de +rire. Bientôt la première surprise passée, et sa femme persistant à lui +parler sérieusement, il fut forcé de croire que ce traitement étoit +indispensable. Mais comment se résoudre à battre une femme qu’on aime? +Il n’y avoit pourtant pas de milieu, il eût été haï; il s’y résolut donc +avec beaucoup de peine. Peu de jours après, il saisit un prétexte +d’humeur de sa femme, et prenant un bâton, lui administra la correction +la plus conjugale. Le remède fit merveille, et sa femme commença à le +chérir de la meilleure foi du monde. + +Pierre d’Erlesunde, part. 5 de ses anecdotes moscovites, raconte le même +fait et dit: que c’est pour cet usage que les maris aussi-tôt la noce, +se munissent de verges, comme des divers ustensiles de ménage, et le +motif de cette emplette n’est nullement le desir de corriger sa femme; +car une méchante femme, s’il y en a, ne se corrige ni par les menaces, +ni par la colère, quand même on lui casseroit les dents à coups de +pierre, pour me servir des termes de Simonide, dans Stobée. + +Je crois avec votre père Meibomius, (c’est Bartholin qui parle) que la +flagellation excite et augmente la semence par la chaleur extrême +qu’elle communique aux lombes et aux reins, et j’ai depuis long-temps +démontré dans mes recherches sur l’anatomie, de quelle manière les +fonctions des reins dépendent de la circulation du sang, systême appuyé +depuis par Sennert, Olafius, Wormius et Meibomius. Ce qui fait que +l’usage de se coucher sur le dos procure en dormant les pollutions +involontaires, en donnant trop de chaleur aux lombes. Les frictions +excitent l’érection, et plus d’un parisien a dû à cet usage, trop +fréquent chez eux, la perte de la santé et de la vie. + +C’est sur les lombes qu’on applique les remèdes rafraîchissans, dans la +gonorrhée. Actuarius, liv. 4, chap. 8, de sa méthode de médecine, +applique sur les reins un emplâtre qui les fortifie, sans les échauffer +aucunement. Oribase emploie une lame de plomb sur les lombes[85]. La +défense qu’il fait de trop rafraîchir les lombes, dans la crainte que +les reins n’en souffrent aussi, prouve que ces deux parties sont +très-distinctes, et que ce qui est utile à l’une est nuisible à l’autre. + + [85] Voyez son traité du régime que l’on garde dans toutes les saisons + de l’année. _Bâle_ 1528, édition d’Alban. Torinus. + +De mon Tusculanum d’Hagestad, le 24 octobre 1669. + + + + +EXTRAIT + +DE LA REPONSE + +DE H. MEIBOMIUS, FILS, + +A T. H. BARTHOLIN. + + +J’ai appris que vous vouliez faire réimprimer l’ouvrage de Jean Henri +Meibomius, mon père, sur l’utilité de la Flagellation dans les plaisirs +de l’amour, et sur les fonctions des lombes et des reins, et rien ne +pouvoit m’être plus agréable. Cet ouvrage doit sa naissance à la gaîté +d’une orgie, et il a été publié, à l’insu de mon père, à Leyde, par les +soins du personnage illustre auquel il est dédié. Les hommes les plus +signalés de l’Europe l’ont accueilli, et plusieurs écrivains lui ont +donné des éloges. Comme on n’en avoit tiré qu’un très-petit nombre +d’exemplaires pour être donnés à des amis, il devint rare, et l’objet +des avides recherches des amateurs et des curieux, à cause de la +singularité piquante de son titre.--J’étois fâché de ne pouvoir +contenter tous ceux qui vouloient l’avoir, et ne voulois pourtant pas en +faire une seconde édition, non-seulement parce que je n’étois pas +toujours de l’avis de mon père, mais encore, parce que je ne voulois pas +évoquer sur moi les traits de la censure, dans le moment où ma +réputation commençoit à s’établir, en éditant un ouvrage plein d’images +un peu libres. Je sus quelque temps après qu’il venoit de l’être, j’en +fus ravi et regrettai de n’avoir pas été averti assez tôt, pour lui +donner toute la pureté et l’élégance dont il étoit susceptible. Je me +réjouis sincérement que vous ayez bien voulu donner vos soins à cet +ouvrage et l’enrichir de vos observations, vous que l’Europe savante met +au premier rang de ses littérateurs. Vous ne craignez pas que le +sourcilleux Caton jette sur lui un regard farouche, en ridant ses +lèvres. Mais enfin, nous n’écrivons pas pour les Vestales ni pour les +Sabins, mais pour les médecins. Ce sujet mérite d’être approfondi, et je +ne doute pas que vous n’ayez tiré le plus grand parti de tout ce qui +pouvoit le rendre précieux et intéressant. Je vous envoie les notes +manuscrites dont mon père avoit chargé les marges de son exemplaire. Je +ne crains pas d’avouer qu’il y a dans cette lettre des passages qui se +trouvent en contradiction avec les systêmes d’Harvey, et j’aime mieux +convenir des erreurs de mon père, que de les défendre, sur-tout +lorsqu’elle lui sont communes, non-seulement avec quelques savans, mais +encore avec quelques siècles précédens. + +Les bons effets de la Flagellation pour guérir les Maniaques, attestés +par Cœlius Aurelianus, Rhazès et autres, sont connus depuis un siècle en +Angleterre, quoique les médecins ne s’en soient point souvenus, et je +lis dans Bodin, liv. 5 de la république, que la folie dégénère souvent +en fureur, et se guérit par la Flagellation. + +Meibomius répète ici ce que Bartholin a dit des Lupercales, et de leurs +cérémonies ridicules et superstitieuses. + +Il dit que les somnambules peuvent être guéris de cette maladie par la +Flagellation, et qu’il en a vu plusieurs expériences satisfaisantes. Il +discute ce que son père a dit des effets de la Flagellation, pour +exciter à l’amour, de l’influence des astres, de l’habitude, des parties +sur lesquelles le remède doit être appliqué, d’après les autorités des +écrivains sacrés et profanes, des historiens et des poëtes. Il répète +ensuite tout ce qu’on a déja vu sur le physique des lombes et des reins, +leurs fonctions et les travaux du sang dans cette partie. Il cite le +coucher trop doux et l’usage de se coucher sur le dos, comme les causes +ordinaires des pollutions nocturnes: l’équitation est encore un exercice +qui dispose à l’amour, comme Aristote le démontre dans le Centon des +problèmes qui ont paru sous son nom. (Section IV, problême 12.) +Hyppocrate dit au contraire, qu’il est une des cause d’impuissance, et +tous deux ont raison. Hyppocrate a entendu parler de l’usage des +Scythes, d’être toujours à cheval, et en effet cet exercice continuel +fatigue, épuise; il endurcit les parties de la génération, et leur ôte +cette précieuse sensibilité qui est le premier aiguillon de la volupté. +Aristote, au contraire, n’a en vue que l’usage modéré propre à échauffer +les lombes, mettre les humeurs en mouvement, et subtiliser le sang[86]. + + [86] Je ne suis plus étonné de voir nos élégantes parisiennes + parcourir légèrement à cheval les boulevards et le bois de Boulogne. + Elles savent à merveille la théorie des jouissances, sans avoir lu + Meibomius, elles savent par expérience que la fatigue du plaisir les + délasse des fatigues du cheval. (_Note du trad._) + +Je ne crois pas nécessaire de pousser plus loin la discussion sur tout +ce que mon père a dit à ce sujet. Il a compulsé avec trop de soin tout +ce qui pouvoit completter son ouvrage. Math. Highmorus, liv. 1, part. 3, +chap. 4 de son anatomie, l’a fait d’une manière lumineuse. Quelques +auteurs essayeront peut-être d’expliquer les phénomènes de la nature, à +l’aide de ses hypothèses, semblables à cet écrivain qui s’étoit persuadé +que la semence est le chyle et non le sang, et que ce chyle épais, trop +échauffé par la flagellation, se portait vers les parties génitales. On +pourroit s’égarer encore davantage dans la région des commentaires sur +le suc nerveux qu’ils croient être le premier agent du suc organique, +mais mon intention n’est pas de les suivre dans le dédale des +conjectures. Je pense avec Columella, que les hommes ont plutôt la manie +de mettre en crédit les idées nouvelles et hasardées, que d’approfondir +et d’appuyer celles qui sont reçues. Quant à moi, je crois avoir +suffisamment prouvé tout ce que j’ai avancé sur la circulation et +l’effervescence du sang dans les lombes, et je m’y tiendrai, si vous me +donnez votre suffrage. + + + + +EXTRAITS des articles de quelques auteurs cités dans cet ouvrage. + + +(A) Il y eut plusieurs ASCLÉPIADES. Un d’eux vivoit sous Trajan, et fut +d’abord rhéteur, et ensuite médecin à Rome. Il mourut d’une chute, dans +un âge très-avancé. Pline cite ses cinq remèdes: l’abstinence des +viandes et du vin dans certaines occasions. Les frictions, la promenade +et la voiture. + +(B) _Jérôme MERCURIALIS_, mort à Forli, sa patrie, en 1596, à 66 ans, +professeur de médecine à Padoue, à Bologne et à Pise. Ses compatriotes +lui érigèrent une statue. Ami généreux, vivant avec éclat, et charitable +envers les pauvres; il n’en laissa pas moins 120,000 écus d’or à ses +héritiers. Il étoit de belle taille, de bonne mine, d’une grande douceur +et d’une piété exemplaire. Il a laissé des ouvrages pleins d’érudition. +1º. _De arte Gymnasticâ_, 1602, _in_-4º. 2º. _De morbis mulierum_, 1601, +_in_-4º. 3º. _Des notes sur Hyppocrate et sur Pline l’ancien_. + +(C) _Thomas CAMPANELLA_, dominicain calabrois, emprisonné 27 ans pour +avoir montré plus d’esprit qu’un vieux professeur de son ordre. Il eut +sept fois la question, pendant vingt-quatre heures de suite, et ne fut +élargi qu’à la sollicitation du pape Urbain VIII. Il vint à Paris, +protégé (en 1624) par le cardinal de Richelieu, et y mourut en 1639, à +71 ans, pour avoir pris de l’antimoine. Nous avons de lui un ouvrage +intitulé: _Atheismus triumphatus_, et plusieurs autres. + +(D) _Jean Pic_, prince de la MIRANDOLE et _de la Concorde_, né en 1463, +d’une famille illustre, fut dès sa plus tendre jeunesse, un prodige de +mémoire et de science, et qui, dit-on, possédoit vingt-deux langues à +l’âge de dix-huit ans. Ses ouvrages sont recueillis en un vol. _in-fol._ +Bâle 1601. 1º. _Des livres sur le commencement de La Genèse_. 2º. _Un +traité de la dignité de l’homme_. 3º. _De l’être de l’univers_. 4º. +_Règles de la vie chrétienne_. 5º. _Traité du royaume de J. C. et la +vanité du monde_. 6º. _Trois livres sur le banquet de Platon_. 7º. _Une +exposition de l’oraison dominicale_. 8º. _Un livre de lettres_. 9º. +_Disputationes adversùs astrologiam divinatricem_. Bologne 1495. +_in-folio_, rare. + +(E) _Jean NEVISAN_, jurisconsulte Italien, natif d’Asti, mort en 1540, +étudia le droit à Padoue, et l’enseigna à Turin. Son principal ouvrage +est celui que cite ici _Meibomius_, _Sylæ nuptialis, lib. 6. in quibus +matrimonii, dotium, filiationis, adulterii materia discutitur_. Lyon +1772, in-8. liv. curieux, qui souleva tout le beau sexe contre lui. + +(F) _Ludovicus Cœlius RHODOGINUS_, né à Rowigo, dans l’état de Venise, +en 1450, savant dans le latin et le grec, professeur à Milan et ensuite +à Padoue, où il mourut en 1525, à soixante-quinze ans; son nom de +famille étoit _Richeri_; _Jules César Scaliger_ fut son disciple, et les +talens de l’élève justifient les éloges qu’il prodigua à son maître, en +l’appellant le Varron de son temps. Rhodiginus fit un voyage en France, +et Charles VIII le combla de bienfaits. Il fut enterré dans le couvent +de St.-François, à Rowigo. Balthazar de Bonifaci, archidiacre de +Trévigi, fit son éloge funèbre, qu’il termine par ce distique. + + A Duplici patriâ nactus cognomina bina, + Cælius in cælis, hic Rhodiginus eris. + +Son principal ouvrage est celui: _des Anciennes leçons_, en trente +livres. + +(G) Tout le monde lettré connoît le fameux _André TIRAQUEAU_, né à +Fontenay-le-Comte, dont il fut lieutenant-civil, et mort en 1558, dans +un âge très-avancé. Il fut conseiller au parlement de Paris, et rendit +beaucoup de services à la France sous François I et Henri II. Juge +intègre, et savant infatigable, ses occupations ne l’empêchèrent pas de +donner au public un grand nombre d’excellens ouvrages. Il fit vingt +enfans et vingt ouvrages. Il fut l’ami du fameux chancelier de +l’hôpital. On lui fit cette épitaphe. _Hic jacet qui aquam bibendo, +viginti liberos suscepit, viginti libros edidit. Si merum bibisset, +totum orbem implesset._ Ainsi traduite par Desforges Maillard. + + Ci gît le fameux TIRAQUEAU, + Ce grand commentateur de loix et de coutumes, + Qui ne but jamais que de l’eau, + Eut vingt enfans, fit vingt volumes: + On croit que cet homme divin, + Dont la verve étoit si féconde, + De ses productions auroit rempli le monde, + Si, comme un autre, il avoit bu du vin. + +[Voyez le journal historique de Verdun sur les matières du temps. Oct. +1752, p. 284.]. + +(H) _Othon BRUNFELS_, fils d’un tonnelier de Mayence, ainsi nommé du +bourg où il nâquit, se distingua dans les lettres, les langues savantes +et la théologie et fut religieux à la chartreuse de Mayence. Il étoit +valétudinaire, inquiet, mélancolique, inconstant et fâcheux avec ses +amis. Il fut un des premiers qui suivirent Luther, sortit secrétement du +monastère et se retira à Strasbourg, ensuite à Basle, où il fut reçu +médecin en 1530. Revenu à Strasbourg, et de là envoyé à Berne, il y +mourut six mois après, le 23 Octobre 1534, d’une maladie inconnue aux +médecins, ayant la poitrine toute en feu, et la langue noire comme du +charbon. Ses ouvrages sur la médecine, sont: 1º. _Catalogus illustrium +medicorum_. 2º. _Onomasticon medicinæ, etc._ + +(I) _Fr. JUNCTINUS ou GIUNTINO_, mathématicien florentin, d’abord carme, +ensuite apostat, est auteur des commentaires latins sur la sphère de +_Sacro Bosco_, et mourut vers la fin du seizième siècle. Il vécut +errant, inquiet et libertin, et fut accablé sous les ruines de sa +bibliothèque. L’astrologie judiciaire sur laquelle il fit divers +ouvrages, ne lui avoit pas annoncé ce genre de mort, dont il se seroit +préservé. + +(K) _Marsilio CAGNATI_ de Véronne, professeur de médecine à Rome, sous +le pontificat de Clément VIII et Paul V. Il étudia à Padoue, sous +Zabarella, et se fit une grande réputation dans les langues, les belles +lettres, la philosophie et la médecine. C’étoit un homme +très-mélancolique, sévère, parlant très-peu, mais avec beaucoup +d’éloquence et de facilité. Nous avons de lui: _De Sanitate tuendâ libri +2. opuscula varia_; _varia Lectiones, etc._ + +(L) ORIGÈNE, surnommé ADAMANTIUS, à cause de son assiduité au travail, +nâquit à Alexandrie, l’an 185 de J. C. Tout le monde connoît cet homme +étonnant pour le savoir, le courage dans les persécutions, la grande +piété et les nombreux ouvrages qu’il a laissés. Léonide son père avoit +tant de vénération pour lui qu’il alloit lui baiser la poitrine pendant +qu’il dormoit. Origène à 18 ans fut chargé d’instruire les fidèles +d’Alexandrie. Les femmes fréquentant son école, il crut fermer la bouche +à la calomnie, en se faisant lui-même l’opération douloureuse, qui le +privoit des organes de la génération, s’imaginant être autorisé à cette +cruauté par un passage de l’écriture: mais ce fut précisément ce qui lui +ferma tous les chemins aux dignités ecclésiastiques. + +Voyez _Bayle_. _Lucien_, tom. 3, et le traité des Eunuques de M. +_Charles Ancillon_, première partie, chap. 5, art. _Vallesiens_. + +(M) ISIDORE (Saint) de Séville, fils d’un gouverneur de Carthagène, +élevé par Léandre son frère, évêque de Séville. Il fit entre autres +ouvrages vingt livres d’_Origines_ ou _Etymologies_. Il succéda à son +frère en 601, et mourut en saint en 636, également regretté des savans, +des pauvres et de toute l’Espagne dont il étoit l’oracle. Le concile de +Tolède, de 653, l’appelle le _docteur de son siècle et le nouvel +ornement de l’église_. La meilleure édition de ses ouvrages est celle de +Dom Dubreuil, bénédictin. _Paris_ 1601, et _Cologne_ 1613, _in-folio_. + +(N) AETIUS ou AECE, médecin d’Amide, ville de Mésopotamie, sur le Tibre, +étudia à Alexandrie, sur la fin du quatorzième siécle. Il fut le premier +médecin chrétien qui laissa des écrits sur la médecine. Il suivit la +méthode des Egyptiens, excella dans la chirurgie et les maladies des +yeux. L’ouvrage dont il est question, qui a pour titre: _Tetrabiblos_ +est en seize livres. Les huit premiers sont imprimés en grec, chez +_Alde_; _Venise_, 1534, _in-fol._ Et les huit dernier, M. SS. dans la +bibliothèque de l’empereur, à Vienne. C’est une compilation, mais pleine +de choses qu’on chercheroit vainement ailleurs. Elle a été traduite en +latin par _Janus Cornarus_, et imprimée à Bâle, chez _Forben_ 1542, sous +ce titre: _Contracta ex veteribus medicina_: etc. + +(O) _Nicolas PERROT_, né à Sasso-Ferrato, d’une famille illustre, mais +pauvre. Il fut conclaviste du Cardinal Bessarion, après la mort du Pape +Paul III, Gouverneur de Pérouse, ensuite de l’Ombrie, et archevêque de +Siponto en 1458, et mourut en 1480 à Fugicura, sa maison de plaisance, +auprès de sa patrie. Ses ouvrages sont: 1º. Traduction des cinq premiers +livres de _Polybe_. 2º. _Traité sur le serment d’Hyppocrate_. 3º. _Du +Manuel d’Epictète_. 4º. Du Commentaire _de Simplicius_, sur la physique +d’Aristote. 5º. Des Harangues. 6º. Des Lettres. 7º. Des Poésies +Italiennes. 8º. Des Commentaires sur le _Stace_. 9º. _De generibus +Metrorum_. 10º. _De Horatii Flacci ac Severini metris_. 11º. +_Cornucopia_, seu latinæ linguæ commentarius (sur Martial.) 1513 +_in-fol._ 12º. _Rudimenta Grammatices_. Rome 1475, _in-fol._ Cette +dernière édition est très-rare. + +(P) _Quintus-Septimius-Florens TERTULLIANUS_, prêtre de Carthage, et +fils d’un centenier dans la milice, sous le Proconsul d’Afrique, mourut +vers l’an 216, sous le règne d’_Antonin Caracalla_. Il se fit chrétien, +et fut le plus éloquent défenseur du christianisme, avant qu’il eût +embrassé le _Montanisme_. La meilleure édit. des ouvrages de ce père +illustre de l’Eglise est celle de Venise, en 1746. Vassoult a donné en +1714 et 1715, une belle traduction de son Apologie pour les Chrétiens, +avec des notes. _Thomas_, seigneur _du Fossé_, sous le nom de la +_Motte_, a donné une excellente vie de Tertullien et d’Origène. + +(Q) _Nicolas DE LYRE_, ainsi nommé du lieu de sa naissance, petite ville +de Normandie, entre Séez et Evreux. Il étoit né Juif, et étudia sous les +Rabbins, mais il se convertit et prit l’habit des Frères Mineurs, en +1292. Cet auteur possédoit très-bien la langue hébraïque. La Reine +Jeanne, Comtesse de Bourgogne, et femme de Philippe V, dit le _Long_, le +nomma un des exécuteurs de son testament, en 1325. Il mourut Provincial +de son ordre, à Paris en 1340. Nous avons de lui entr’autres ouvrages: +_des Postilles_, ou _petits commentaires sur la Bible_. _Lyon_, 1596. + +(R) AVICENNE, Philosophe et Médecin Arabe, de Bochara en Perse, né l’an +370, de l’Egire, Médecin et Visir du Sultan Cabous, et mort de ses +débauches, l’an 428, à 56 ans. Cet homme avec une mémoire prodigieuse, +et sachant l’alcoran par cœur et les livres de Métaphysique d’Aristote, +les lut quarante fois sans y rien entendre. Ses ouvrages ont été +imprimés à Rome, en arabe, par les soins de Sixte IV, en 1489, et +traduits en latin par Gérard de Crémone, André Alpagus et autres. 1º. +_Canonum Medicinæ, lib. 4_. 2º. _De Medicinis Cordialibus_. 3º. +_Cantica_. 4º. _Opera philosophica, etc._ + +(S) _Fulgentius PLACIADES_, Evêque de Carthage dans le sixième siècle, +auteur de trois livres de Mythologie, imprimés par les soins de Jacques +Comelin, en 1599, avec _Hyginus_, _Julius Firmicus Maternus_ et +_Alberic_. La première édit. est celle d’Ausbourg 1517, avec des notes +de Jacques Locher. On lui attribue encore un livre de l’allégorie de +Virgile, adressé à Chalcide le Grammairien. + +(T) NEMESIUS, Philosophe Chrétien, natif et Evêque d’Emese en Phénicie, +sur la fin du quatrième siècle. Nous avons de lui un livre _De la nature +de l’homme_, qui se trouve grec et latin dans la bibliothèque des Pères, +et où il soutient la préexistence des ames. Ses mœurs honorèrent la +Philosophie et la Religion. + +(U) SENNERT (Daniel) fils d’un Cordonnier de Breslaw, né en 1572, devint +Docteur et Professeur en médecine à Wirtemberg, et mourut de la peste en +1637, à soixante-cinq ans. Ses ouvrages furent imprimés à Venise en +1640, 3 vol. _in-fol._ et plusieurs fois depuis. Ils forment une +bibliothèque complette de médecine, et valent beaucoup mieux que +plusieurs de nos modernes écrits. Sa passion pour la Chymie, sa liberté +à refuter les anciens, et la singularité de ses opinions lui firent +beaucoup d’ennemis. Il suivit la méthode de Galien. André Sennert, son +fils, mort à Wirtemberg en 1689, à quatre-vingt-quatre ans, y enseigna +pendant cinquante-un ans les langues orientales, et soutint par +plusieurs gros livres, la réputation de son père. + +(V) ORIBASE de Pergame, disciple de Zénon de Chypre, et médecin de +_Julien l’Apostat_, qui le fit Questeur à Constantinople. Exilé sous les +Empereurs suivans, il se fit estimer des barbares même, par sa vertu. +Rappellé par la suite, il mourut au commencement du cinquième siècle. Le +plus estimé de ses divers ouvrages, imprimés à Bâle, en 1557, 3 vol. +_in-folio_, est son livre _des Collections_, entrepris à la prière de +Julien, et puisé dans Galien et autres. Il ne nous reste que dix-sept +livres de cet ouvrage, qui en avoit soixante-douze. + + + + + J. H. MEIBOMII, + + DE + FLAGRORUM USU + IN RE MEDICA ET VENEREA, + ET LUMBORUM RENUMQUE OFFICIO. + + EDENTE + CLAUDIO MERCIER, COMPENDIENSI. + + Editio quarta castigatissima. + + PARISIIS, + SUMPTIBUS CLAUDII MERCIER. + + 1795. + + + + +AVIS DE L’ÉDITEUR + + +Nous ne connoissons que quatre éditions de cet ouvrage. + +La première de 1639, in-12, très-fautive. + +La deuxième de 1643, ayant au titre: _in re veneriâ_ seulement. _Lugd. +Batav. ex officinâ Elzevirianâ Academ. Jur. typog. in-4º. de 48 pages._ + +La troisième, datée _Londini_, 1665, in-32, n’est autre chose qu’une +contrefaçon faite à Paris en 1757, et à laquelle on a ajouté le titre +ci-dessus. Elle est pleine d’erreurs et d’omissions. + +La quatrième, Thomæ Bartholini, Joan. Henrici Meibomii Patris, Henrici +Meibomii filii, de usu Flagrorum in re medica et venerea lumborum que +officio. Accedunt de eodem renum officio Joachimi Olhafii et Olaï Wormii +dissertatiunculæ, Francofurti, ex Bibliopolio Hafniensi. Danielis Pauli +Bibl. reg. 1669, in-12.--Cette dernière étant la plus étendue et la plus +exacte, nous a beaucoup servi dans notre travail, et nous croyons +pouvoir assurer que la nôtre ne laissera plus rien à desirer. + + + + +THOM. BARTHOLINI[87], + +DE + +FLAGRORUM USU MEDICO, + +AD VIRUM CLARISSIMUM + +HENRICUM MEIBOMIUM + +EPISTOLA. + + [87] Thomas Bartholin, médecin et littérateur, très-savant, mais + très-superstitieux, natif de Malmoë, mort en 1650, à 64 ans, a fait + des découvertes sur les veines lactées et sur les vaisseaux + limphatiques. Il est l’auteur des ouvrages suivans: 1º, _sur l’usage + de la neige_, 1661. 2º. _de Morbis Biblicis. Francf._ 1672. 3º. + _Paralytici novi testamenti. Copenh._ 1653, _in_-8º. 4º, + _Dissertatio de Passione Christi, Amst._ 1670. 5º. _Epistolæ + medicinales et de Insolitis partus viis_, la Haye, 1740, 5 vol. + _in_-8º. + + 6º. Celui dont il est ici question: _de usu Flagrorum, etc._ 1670. + _in_-12. + + 7º. Et enfin un journal intitulé: _Acta hafniensia_. + + +Inter præcipua sœculi ornamenta numerari meretur parens tuus Joan. Henr. +Meibomius, sed per te fama ejus crescit, quia paternæ virtutis hæres ex +asse et successor, nominis celebritatem editis scriptis promovere +pergis. Varia is eruditione artem divinam quam principe curâ exercebat +semper exornavit, nec tibi minor cura est medici eruditi famam cum +parente aucupari. Edita parentis monumenta, de jure jurando Hyppocratis +et de vita Mæcenatis, testantur quantus fuerit pater. Tu posteritati +plenam fidem facies quantus sis filius, dum delitescentes apud te +parentis lucubrationes, cedro dignas, publico exponis tuo auctas +ingenio. In tantâ autem doctrinæ amplitudine, inter seriora alia +negotia, se quoque ad minima demittens Parens, in gratiam viri +clarissimi Christiani Cassii, cujus grata nobis est memoria, Flagrorum +usum medicum ex antiquitate brevi dissertatione exposuit. Quam cum typis +suis recudere gestiret bibliopola noster, argumenti raritate motus, à me +augmentum petiit. Rimisi hominem ad te, authoris filium, magna cum laude +medicinam in academiâ Juliâ docentem, et parentis exemplo in omni +litteratura et antiquitate versatissimum, cui propius paterni scripti +gloria tangit: nec enim vel tantillum ornamenti à me expectari posse +tanti viri libello, qui propriis radiis per orbem universum clarissimè +cum authore splendescit. Quamquam verò paterno honori augendo non +defueris, multis que accessionibus auctam dissertationem cum eruditâ +epistolâ remiseris, rogare tamen non destitit Paullinus noster, honesti +lucri desiderio, ut observationes nonnullas adderem, quas mihi in +promptu semper esse credit. Ne vel spem ejus officium amici desererem, +quo Meibomiis Cassiisque obstrictum me scio, quia etiam, ut publico +prosimus. + +_Communis ista pluribus causa est Deis._ + +Lacinias quasdam collegi, vel funiculos, pro Flagrorum vestrorum +incremento, inter alias occupationes, quibus jam occupatum me amici non +nesciunt, parentis tui, tuoque honori dedicatos. Flagrorum usum pauci +ante vos recoluerunt. Paucissimi certè amant, quia blanda potiùs ægros +nostros afficiunt et dulcia, ad severam medicinam horrentes, cum tamen +ea sit malorum inter mortales conditio, ut blandè semper tractari non +possint, etiam ubi maximè velis blandiri. Vincula hyppocratica subindè +accersenda et duriores manus contumacibus morbis applicandæ. Verbera +Flagrorum eos maximè curant, qui morbum simulant. Sæpissimè epilepsiam +mentientes hoc remedio aspero, sed salutari convaluerunt, sanatique +antequam ægrotarent, profuit ad prophylaxin, ne posteà hominibus +simulato morbo imponerent. + +Novi quoque pigros servos, morbum nescio quem fingentes, flagris ad +officium rediisse. Ad veros morbos expiandos conferre plurimùm, tantò +minus dubitare possumus quod animæ morbis flagella prosint. Hinc +flagellantium ordinem tempore quadragesimali in Italiâ videas, +vulneribus altis dorso inflictis præteritæ vitæ conscientiam expiare et +velut in Cybeles sacris, apud Claudianum, lib 1, in Eutrop. + + . . . . . . Pectusque illidere pinu, + Inguinis et reliquum Phrygiis abscindere cultris. + +Tales fuerunt apud paganos Syriaci Flagratores, qui justas pœnas +facinoris alicujus ipsi vel pro se, vel pro aliis, mercede conducti, de +suis manibus flagro contorto exposcebant, quos describit Apuleius, lib. +8, metamorphos. Dispar Circe virgâ mentem humanam sociorum Ulyssis in +belluina corpora, imprimis porcina transformabat, de quâ Homerus Odiss. +X. Magica hæc quidem sunt, morali, tamen sensu monstrant, verberibus +quosdam ad sanum sensum redire, alios ad belluinum. Metamorphosis certa +est, sed forma differens, quanquam nec curiosâ arte nec hæc fiat, nec +illa. Vidi flagris castigatos Patavii à Religiosis, qui à malo spiritu +obsessi credebantur, quos tamen reverâ fuisse epilepticos, propter +signorum similitudinem, recte medici dictitant, quibus flagra, excitato +in corpore calore, nocere non possunt. Ipsum se lapidibus concidit +spiritu immundo obsessus Marc. V, v. 5 et pugnis se contundi queritur +divus Paulus 2, Cor. 12, v. 7. Seu digitorum condylis, quomodo +_Colaphon_ ex Varino exponit Matth. Martin. in etymologico. Quanquam de +colapho hoc notet Haymon Episcopus Halbertadensis, de ardore libidinis +per diabolum accenso potius exponendum, quam de dolore capitis. Ad +morborum curationem flagra adhibita olim fuisse, variis veterum +autoritatibus ostendit Meibomius. Idque quando modicæ medicinæ locus non +fuit. Flagris enim cœdi in atroci coërcitione gravissimaque et servili +injuria consistebat apud Romanos, cum liberi tantum pœnæ lenitatis +argumento, fustibus castigarentur, sicut fusè ex jure explicat B. +Brissonius lib. 3, Antiq. Jur. civil. cap. 9. + +De furoris seu insaniæ curatione elegans est locus Cœlii Aureliani, lib. +1 tardar. passionum, cap. 5 obiter à magno Meibomio patre notatus, in +quo placet nonnihil immorari, ut fortior ex morâ sit furoris medicina, +quanquam ex aliorum, non suâ sententiâ loquatur Cœlius, imprimis Titi +Asclepiades discipuli, cujus vitam ex opere diù desiderato de vitis +medicorum, quod ex schedis paternis promisisti, expectamus. Verba Cœlii +sunt. «Flagellis alii aiunt coërcendos, ut quasi judicio mentis pulso +resipiant, cum magis, tumentia cœde lacessendo, faciant asperiora, et +adveniente lenimento passionis, cum sensum recipiunt, plagarum dolore +vexentur.» Ita Rovilli editio habet quâ utor. Meibomii vero patris ita +legit ut sinistro mentis judicio depulso resipiscerent. Irridet istam +curandi rationem methodicus Cœlius, partim quod asperiora reddantur +tumentia loca verberibus et flagrorum plagis, quasi cœde aliquâ etiam +post curationem dolore remanente, partim quod locum affectum non +respiciat; inquit enim: «si, ut ratio poscit, vicinis magis ac +patientibus locis adjutoria sunt adhibenda, coguntur ut ori vel capiti +plagas imponant.» At caput affectum plagis exacerbatur quod minimis +offensis externis cœditur. De nihilo tamen non est Titi medicina, +quanquam crudelior. Non calorem excitatum metuit, quia sine febre furor +est, et sine parvo pulsu quo discrimine à phreneticis separatur. Timor +doloris intra rationis terminos continet. Ita novi virum honestum non +raro furentem ab alio fortiori minis verberibusque coactum ut agno +fieret pacatior. Alia ratio est resolutarum partium, quæ plagis affectæ +excitantur, dolore silicet et calore provocato; ubi tamen Themisoni non +concedit Cœlius idem Aurelianus lib. 2 tard. pass. cap. 1 plagis ferulæ +cœdi partes in passione constitutas, quia salsæ aquæ potiùs mitigatione +atque recorporatione videntur curandæ. Sed pace methodici, sicut pro +ferula salsæ aquæ substitui recte possunt, ita utrumque remedii genus +sensum excitat ob acrimoniam et ad utrumque sequitur recorporatio. +Quidquid fœrula præstat, efficit et aqua marina, quæ Dioscoridi lib. 5 +cap. 19, calida est et acris. Et Celso nostro lib. 2 cap. 22. Omnia +salsa acria sunt. Undè emplastrum DI ALON Scribon. comp. 127, ulcera +vetera et callosa renovat. Mitigatione torpent magis resolutæ partes +quam reviviscunt fricandæ fortiter seu flagris seu acribus stimulis, ut +resurgant. Modus tamen est hic adhibendus, quem prœscribit Galenus lib. +14 method. med. c. 16. «ferulas parvas ac leves modicè illitas +gracilibus partibus incutiunt, donec modicè attollantur. Ad hunc modum +mango quidam proximè nates pueri fame consumptas breviter auxit, +percussu mediocri quotidiè usus, aut saltem alternis diebus. Si plagarum +vexatione terreatur Cœlius, in promptu sunt remedia apud Æginetam lib. 4 +rei med. cap. 12. Pellis nimirùm ovilla recens detracta calida adhuc, +flagris cœsis circumdata, præter alia ibidem et cap. 14 et apud Aëtium +Tetr. 4. s. 2. cap. 65. Galen. lib. 11. S. M. F. Avicennam lib. 4. Fen. +4. Tr. 2. cap. 7. signata. Contrà plagarum dolores præsumptione se +muniebant Syriaci effeminati, ut narrat Apuleïus lib. 2. spiritus +cohibitionem suspicatur fuisse. Beroaldus, salutare homini contrà plagas +præcidium quod ex Plinio probat, inventum animalis cui nomen est Meles; +si quidem in metu sufflatâ cute distentæ meles ictus hominum et morsus +canum arcent. Medicina hæc per flagra quanquam durior videatur, ab eâ +tamen medicus abstinere non debet, si salutari effectu nobiletur. +Eleganter in hanc rem B. Augustinus ep. 50. molestus est et medicus +furenti frenetico et pater indisciplinato filio ille ligando, iste +cœdendo sed ambo diligendo. Si autem illos negligant et perire +permittant, ista potiùs mansuetudo falsa crudelis est. Socrates apud +Platonem in Georgiâ negat medicum permittere ut ægrotans appetitus suos +impleat, aut cibis multis suavissimisque utatur. Est quippè, ut contrà +Gnosticos Tertulianus loquitur, planè quasi sœvitia medicina de +scalpello, de cauterio, de sinapis incendio, (addo de flagello) non +tamen secari, inuri et extendi morderique idcirco malum, quia dolores +utiles adfert, nec quia tantummodo contristat, recusabitur, sed quia +necessario contristat, abhibebitur. Horrorem operis fructus excusat. Res +enim bonæ atquæ malæ, non dolore et voluptate, sed utilitate et noxâ +sunt judicandæ. Omnia igitur in medico imperante ferri debent ex antiquâ +formulâ: I lictor (vel serve) collige manus, verberato, caput obnubito; +sed cætera ignorante, arbori infelici suspendito. Hæc causa est quod +inter tonsorum instrumenta olim flagra sint recensita, indicio +Martialis, lib 2. ep. 17. + + Tonstrix suburæ faucibus sedet primis, + Cruenta pendent quà _Flagella_ tortorum. + +Et ut doloris sensus augeretur, ex lanâ consortâ multis nodis durioribus +exasperabantur flagra et ut vestigia sui in cute relinquerentur velut +aculeis, ossibus animalium, Apuleio multijugis talis ovium. Ut mirum non +sit quod quasi inusta dicantur Catullo Ep. 25, ad Thallum, cui ob fortum +minatur flagella lateri manibusque, + + Ne laneum latusculum, manusque mollicellas + _Inusta_ turpiter tibi _Flagella_ conscribillent. + +Sed de his antiquarii, circumspiciant. Vix mitiores manus alibi medicus +affert. Tunc incipit medicina proficere, ut verè Seneca epist. 90, ubi +in corpore alienato dolorem tactus expressit. Urticis Flagrorum vice +utitur in membrorum torpore, quarum tanta vis, ut teneros anserculos +enecent si pupugerint, teste Columella lib. 8. R. R. cap. 14. Nostri +villici deplumata Gallinarum africanarum pectora urticis verberant, ut +libentius incubent. Impeditâ deglutitione à bolo faucibus inhærente, vel +ossiculo gulæ impacto, tergum pugnis fatigamus, excussuri quasi armatâ +manu inimicum bolum. Si oscitatione vel risu immodico luxetur os maxillæ +inferioris, alapâ forti manu inflictâ in locum recurit, quod non semel +risum astantibus movit. Fortiter compresso ventre, orbiculisque ligneis, +vel stanneis percusso, fœtus mortuus ex angustiis matris extruditur apud +Insubres, quemadmodum cent. 6. hist. 83. docuimus. Virgis pueros +adultiores que lotium de nocte continere assuevisse observavi. In re +venereâ quantum flagra valeant, exemplis quibusdam demonstrat laudatus +Meibomius pater, quæ repetere opus non est, ne verecundæ aures iteratâ +lectione offendantur, quanquam non ignoratus fuerit Venetiis quidam, qui +solis verberibus pugno Amasiæ ad negotia Veneris sollicitabatur +expediunda, quemadmodùm olim cupido apud Anacreontem, carm. in amor. +Hyacinthino bacillo adigebat ad sequendum. Notandum ad argumenti hujus +illustrationem, non viros tantum flagris excitari ad illicitas +voluptates et intempestivas, sed et fœminas flagellis incitari et +incalescere, ut facilius concipiant. Notum id fuit Romanis mulieribus, +quæ Lupercis se offerebant flagellandas, ut conciperent. Autor hujus +ritus est Juvenalis, sat. 2. + + ... Steriles moriuntur et illis + Turgida non prodest conditâ pyxide lyde, + Nec prodest agili palmas præbere Luperco. + +Ubi vetus scholiastes: steriles mulieres februantibus lupercis se +ofFerebant, et ferulâ verberabantur, hoc homine qui infra tectum multi +seminis credit contractus ob fœcunditatem dandam: palmas ideò dicit, +quia aut Catomus lætabantur, aut quia manibus vapulant cunei per +civitatem; tunc et in solio, si quis post ipsum descenderit, statim +concipit. Cur verò palmæ verberatæ ad fœcunditatem Romanas mulieres +acceleraverint, sine superstitione, facilis ex circulatione ratio +petitur. Incalescens enim plagis sanguis in manu recurrit ad cor, +exindèque ad uterum per arterias, qui calefactus citius, ad libidinem +incitatur, disponiturque ad conceptionem. De ferulâ ipsâ, quâ in +lupercalibus utebantur, ita Festus Pompeius, lib. 3, _Crepos_ Romani +Lupercos dicebant, à crepitu pellicularum, quem faciunt verberantes: mos +enim Romanis in lupercalibus nudos discurrere et pellibus obvias quasque +fœminas ferire. Ferulæ hæ pelle et corio tectæ, suspicante Dempstero ad +lib. 3. Rosin. cap. 2, idque vel canis, vel hirci, ad sonum edendum, vel +dolorem augendum. Plutarchus verberationem illam purgationem esse +asserit, quæst. Rom. 67. Apud Ovidium legisse me memini: + + Excipe fœcundæ patienter verbera dextræ, + Jam sacer optati nomen habebit avi. + +Irridet quidem hæc verbera Juvenalis, sat. 2, et ut ludicram rem +perstringit Prudentius in romano martyre. + + Quid illa turpis pompa? nempe ignobiles + Vos esse monstrat, cum Luperci curritis, + Quem servulorum non rear vilissimum, + Nudus plateas, si per omnes cursitans + Pulset puellas verbere ictas ludicro. + +Quomodo autem excusari per naturam possit, jam diximus, licet et dolus +Lupercorum subesse potuerit qui aliis telis feriebant puellas, quæ in +impotentiâ suadet Cardanus lib. 2, de util. ex adv. capienda. + +Sunt gentes, inter quas Persæ et Russi, quarum uxores pro amoris +conjugalis signo à maritis vapulantur. De uxoribus Russicis. J. +Barclaïus in Icon. anim. cap. 8, virorum in se benevolentiam ex +verberorum numero æstimare, nunquam melius suo judicio habitas quam cum +in sæva ingenia inciderunt. Negat quidem id sibi compertum. _Polutropos_ +Ad. Olearius in itiner. At historiâ singulari confirmat Barclaïus, quam +non gravabor repetere. + +Quidam è Germania in Moscoviam migraverat, vir è plebe, et si nomen in +tantillâ re placet Jordanes dicebatur. Hæsit ergò in illa regione, et +cum sibi eæ sedes placerent, indè etiam duxit uxorem. Hanc cum caram +haberet, omnibus que officiis mutuam gratiam affectaret, illa dejectis +luminibus mœsta, crebrò in singultibus et cæteris mœrentis animi +indiciis erat. Viro denique sciscitanti mœstitiæ causam, se enim nullis +quod sciret amicitiæ muneribus defuisse. Quid tu, inquit mulier, tam +egregiè fingis amorem? Num putas latere me quam tibi vilis sim? Simul +que largos gemitus cæpit effundere. Ille attonitus in amplexus mœrentem +recepit, rogare perseverans, numquid eam offendisset; peccavisse se +forsitan, sed culpam emendatione deleturum. Ad hæc illa, ubi autem sunt +verbera, inquit, quibus te amare docuisti? Hoc certè potissimum pacto +maritorum in uxores apud nos benevolentia et cura sancitur. Hoc à +Jordane audito, primum stupor continuit risum; mox utroque vanescente, è +re suâ esse putavit, ut uxorem eomodo haberet, quem ipsa præscripserat; +nec multo post arripuit cœdendæ mulieris causam, et illa fustibus +mitigata, tum primum bona fide amare et colere virum cœpit. Eamdem +historiam recitat Petrus Petræus de Erlesunda, part. 5. chronic. Moscov. +qui addit flagella à maritis primò statim post nuptias comparari +ustensilia inter domestica ad eosdem usus. Forsan ex suprà dictis +dulcamari amoris ratio petenda. Nam ad emendationem ista flagra non +spectant. Mulieres enim malæ, si quæ sint, nec minis compescuntur, nec +irâ, si vel silice dentes excutiantur, ut loquitur Simonides apud +Stobœum. Bonus vero maritus tantùm abest carissimum pectus plagis +excruciet, ut potiùs cum illo homine, quem ex Senecæ deperditis B. +Hieronimus, lib. 1. contra Jovianum describit, exiturus in publicum +fasciâ uxoris pectus colliget. + +In flagellatione lumborum renibus excalefactis seminis materiam, vel +incitari vel augeri juxtâ cum Meibomio patre existimavi, et quomodo cum +circulatione sanguinis renum illud officium à Sennerto, Olhafio, Wormio +nostro et Meibomio defensum conciliari possit, in anatome reformatâ +pridem docui. + +Quæ si explere non possint desideria eruditorum, nihil verius quam à +communi causâ, sanguinis nempe colore, in lumbis flagellatis accenso, et +libidinem veneream et renum calorem tecum advocare. Hinc situs corporis +supinus ad seminis profluvium dormientes invitat, calore lumborum +excitato. Hinc regio fricata ad œstrum veneris proritat, quam voluptatem +vitæ damno quidam Lutetiæ luit. + +Hinc deniquè lumbis remedia refrigerantia adhibemus, quando gonorhœa +molesta est. Renibus emplastra applicat Actuarius, lib. 4. meth. med. +cap. 8, quæ robur addunt et minimè calefaciunt. At plumbi laminam lumbis +apponit Oribasius. lib. 4. de loc. affect. curat. cap. 107. qui in hoc +negotio distinguit lumbos à renibus. In fragmento enim de victûs ratione +in quolibet anni tempore, quod primus, Basileæ 1528, edidit Albanus +Torinus, serio monet, ne quis nimium lumbos infrigidet, ne his nimis +infrigidatis lædantur renes. De renum vero officio ad seminis +generationem nihil ampliùs addo, quia in dubium vocavit clariss. Vallæus +ex principiis circulationis, quo præceptore semper gloriabor. Ea fuit +istius temporis hæresis, cujus multi discipuli errant, multique +doctores, quæque inter initia, cum magno impetu cæpisset, sensim +extincta est. Quippe nunc ad alia distrahuntur ingeniorum curiositates, +novæque occupationes veteribus substituuntur, post quam abdita humani +corporis secreta perrumpere cordatius cœperunt Doctorum cogitationes, +non contentæ ea scire quæ hactenus credita potiùs fuere quam ostensa. +Vale. + +Ex Tusculano meo Hagestedano, 24 octobr. 1669. + + + + +JOAN. HEN. MEIBOMII + +DE FLAGRORUM USU IN RE MEDICA ET VENEREA. + + +En accipe sis tandem, amicissime Cassi, quem ex vino tibi debeo, de +flagrorum in re veneria usu et quo porrò res ipsa nos traxit, de +præcipuo lumborum renum que officio discursum[88]. Eum enim pollicitus +tibi nuper fui, cum apud communem utriusque nostrum amicum Cl. Martinum +Gerdesium Illustrissimi Principis tui Consiliarium, ac Collegam tuum in +cœna una essemus. Primum autem, quâ occasione vix memini, ad morborum +curationes verbera et plagas aliquando facere dixi; quod παράδοξον vobis +videbatur. Id vero experientiâ ita esse compertum, ego asserere, et ad +Medicos provocare, qui passim id doceant, ac testentur. Maniacos, sanè +jam olim Titus, Asclepiadis discipulus (qui sub D. Augusto vixit, ut in +vitis Medicorum ostendi) lib. II. de animâ, flagellis docuit coërcendos, +ut sinistro mentis judicio depulso resipiscerent. + + [88] L’édition de 1665, dit _non adeò invulgato usu_, etc. + +Testis est Cælius Aurelianus, lib. I, tardar. passion. cap. V. Ex amore +melancholicos, aut insanientes, si alia nihil prosint, non pauci sunt, +qui vapulare jubent; sæpè etiam errore discusso ad bonæ mentis frugem +ipsos eo ingenio reduxerunt. Rhases, lib. 1. Contin. cap. 4. subindè ex +Judæo, Medico celebri, et quem in testimonium citat, τον έρωτομανη ubi +alia nil prosint, ligari jubet, et vapulare fortiter, et pugnis percuti, +id que vicibus repetitis, si non statim subsequatur effectus. Cum una +hirundo, ut ait, ver non faciat. + +Rhazi subscribit Ant. Guainerius, Pract. tract. 15. cap. 8. Et Valescus +de Tarenta, Philonii, lib. 1, cap. 11, cujus verba ipsissima hæc sunt: +Si juvenis est, flagelletur culus ejus cum verberibus, et si non sistit, +ponatur in fundo turris cum pane et aquâ, donec veniam à sua insaniâ +petat; et teneatur in disciplinâ. + +Si Senecæ credimus, lib. 6, de benefic. cap. 8, quorundam flagellis +quartana discussa est: ob atri forte lentique humoris ex flagellatione +incalescentiam, et dissipationem ex motu, ut non ineptè conjicit J. +Lipsius, in comm. + +Medicos alios gracilium corpora, ut pinguefierent et incrassarentur, +virgis verberari voluisse, auctor est Hier. Mercurialis, lib. 4. de arte +gymnast. cap. 9. et mangonum exemplis, id fieri posse, jam pridem +ostenderat Galenus. Meth. Med. lib. 14, cap. 16. Carnem enim ita +elevari, arque ad eam alimentum attrahi certum est. Membra insuper +resoluta urticarum virentium fasciculis flagellari solere, ut calor +sanguisque in partes penè emortuas alliciantur, in vulgus notum est: +Quas plagis ferulæ insuper cædendas Themison voluit, lib. 1, tardar. +passion. apud Cæl. Aurelianum, lib. II. Chr. Cap. 1. + +Elidæus Paduanus, Consil. Med. 282, ad faciliorem variolarum eruptionem +tenella etiam, et innoxia infantium corpora, urticarum earundem incussu +converberare non veretur. Monstro ferè simile est, quod de verberum usu +in alvi obstructione refert Thomas Campanella, ordinis Prædicatorum +Monachus, quem Neapoli Campaniæ olim novimus. Is Medicinalium, lib. III, +cap. 5, art. 12. Princeps Venusiæ, inquit, Musicâ clarissimus nostro +tempore, alvum deponere non poterat, nisi verberatus à servo ad id +adscito. Addit, posse hoc metui dari, cogenti spiritum ad interiora; +quod nunc non disputo. + +Esse verò, qui in venerem virgarum plagis stimulentur, aut in libidinem +verberibus accensi despument, partemque illam quâ viri sumus, ad +flagelli numeros sonosque insurgere; hoc illud erat quod asserenti mihi +tam facilè credi non posse putabas. Faciam tamen ut id credas, mi Cassi, +ubi testimoniis auctorum non proletariorum, non vice simplici id usu +venisse ostendero, atque argumenta insuper dixero rationesque, ob quas +fieri id ita potuisse, vel alii putarint, vel ego existimem. Nec tamem +nunc de urticarum viridium in inguina incussibus verborum multum faciam. +Iis enim brevitatem virgæ virilis, si sterilitas ob eam metuatur, +emendari, virgamque magnificari, adfirmat Menghus Faventinus, Pract. +part. II. cap. de passion. memb. generat. Iisdem languentem aut sopitam +Venerem excitari, vel Petronius tuus docere te poterit. Apud eum +Eucolpio. «Funerata erat pars illa corporis, qua quondam Achilles fuerat +et frigidior rigente bruma confugerat in viscera mille operta rugis, +lorumque in aquâ, non inguen erat;» ut verba sonant auctoris. Huic cum +Enothea, Priapi Sacerdos promisisset, fascinum tam rigidum reddituram, +ut cornu; nasturtii succum cum abrotono miscet, perfusisque ejus +inguinibus, viridis urticæ fascem comprehendit, omniaque infrà umbilicum +lentâ manu cædit. + +Ego de verâ fortique flagellatione, tecum acturus sum, deque eâ primùm +nunc audiemus Joan. Picum, Mirandulæ Comitem, qui seculo abhinc uno ac +dimidio vixit. Is lib. 3. contra Astrologos, cap. 27. de familiari +quodam suo. «Vivit adhuc, inquit, homo mihi notus, prodigiosæ libidinis +et inauditæ. Nam ad Venerem nunquam accenditur, nisi vapulet. Et tamen +scelus id ita cogitat; sævientes ita plagas desiderat, ut increpet +verberantem, si cum eo lentius egerit, haud compos plenè voti, nisi +eruperit sanguis, et innocentes artus hominis nocentissimi violentior +scutica desævierit. Efflagitat miser hanc operam summis precibus ab eâ +semper fæminâ quam adit, præbetque flagellum, pridiè sibi ad id officii +aceti infusione duratum, et supplex à meretrice verberari postulat: à +quâ quantò cæditur duriùs, eò ferventiùs incalescit, et pari passu ad +voluptatem doloremque contendit. Unus inventus homo, qui corporeas +delicias inter cruciatus inveniat; et cum alioquin pessimus non sit, +morbum suum agnoscit et odit. Hæc Picus; ex quo rei meminêre Joan. +Nevizanus, Silvæ nupt. lib. 1. num. 130. Thom. Campanella, loco adducto. +Quod si animi non fallor, idem etiam cum Pici hoc familiari ille fuit, +cujus Cælius Rhodiginus mentionem facit lect. antiq. lib. II, cap. 15, +et ex Cælio Andreas Tiraquellus in lege connubiali 15, num. 5. Ita autem +Cælius: + +«Non multis ante annis vixisse quemdam in veneriis non gallinaceæ +salacitatis, verùm ingenii stupendi maximè, quodque vix impetret fidem, +ex adjuratissimis compertum est: qui quò pluribus affectus fuisset +plagis, eò impetuosiùs ardentiùsque in concubitum ferebatur præceps. +Fuit omninò mira res: nescires utrùm affectaret avidiùs verbera, an +coïtum: nisi quod illorum mensurâ libidinis voluptas constabat. Proindè +extentis precibus difflagellari exposcebat pridiè quàm id pateretur, +flagello aceti asperitate obdurato. Quod si converberator lentiùs agere +fortè visus, velut exstimulante rabie, conviciis incessebat: nec factum +sibi satis arbitrabatur, ni inter cædendum sanguis se ostendisset. Unus, +opinor, mortalium inventus, qui eodem impetu in supplicium ferretur, ac +delicias: quique inter tormenta, sensuum titillationes, ac æstuantem +pruritum vel expleret, vel incenderet.» Accedat his alius consimili +naturâ præditus ex Othone Brunfelsio medico celebri: quem is, in +Onomast. Med. in verbo coïtus, apud Monachiam, Bavariæ Ducum sedem, suo +tempore vixisse, et cùm uxore res mariti agere nequiisse, nisi acriter +antè flagris concisum, testatur. + +Addo[89] exemplum, quod dum Lubecæ hic ago, contigit. Civis quidam +Lubecensis, butyri et caseorum propolâ, in plateâ habitans, quæ à +molendinis nomen invenit, præter alia facinora ob commissum adulterium +ad magistratum delatus, caussâque cognitâ urbe excedere, ac solum +vertere jussus fuit. Meretricula, cui is adsueverat, coram Senatoribus +judicio criminali præfectis, quos vulgò die Gerichts Herren vocant, +confessa est, nunquam illum acrius, quàm virgis prius secundum dorsum ab +se difflagellatum, arrexisse, et virum se præstitisse: officio verò +peracto, nisi denuò flagris cœsum, vix ultrà quidquam patrare potuisse. +Adulter ipse idem primò quidem negare: seriò tamen et severè +interrogatus, non inficias ire. Testes do ipsos judicii criminalis id +temporis Senatus nomine præfectos, Thomam Storningium, et Adrianum +Mollerum, amicos meos, etiamnum, ut nosti, superstites. Pauci +insupersunt anni cum in primariâ confederati Belgii urbe, vir in non +parvâ dignitate constitutus venerique ad modum deditus deprehensus fuit +cum mulierculâ quadam consuevisse; cum quâ tamen nisi flagellorum +ictibus excitatus, vix aliquid patrare potuerit. Hic verò re ad +magistratum delata, officio motus, pœnam dedit lasciviæ, diù que + + [89] L’édit. de 1665. in-32, ajoute: verò et recens nuperumque. + + Hæc fuit in toto notissima fabula vulgo. + +Quibus exemplis, cum fidem, ut puto, derogare nec velis, nec possis; +videamus nunc tandem an aliqua monstrosæ hujus rei, ut videtur, reddi +possit ratio. Si Astrologos consultum eas, rem omnem illi in astra +referent, et cœlum accusabunt, quod peculiari occultoque influxu +peculiarem ejuscemodi ac prodigiosam fere naturam hominibus aliquando +conciliet. Damnatam nempe dicent, ut Picus ait, in hominis geniturâ +Venerem, atque adversis ut alio modo minantibus radiis flagellatam, qua +de re pluribus edocere nos satagit Franc. Junctinus, de judiciis +nativit. cap. 6. Verùm cum cœlum et astra caussæ sint universales et quæ +tam particulares effectus in uno atque altero individuo caussare +nequeant, rejicit eas non immeritò Picus, et causam proximiorem quærit. +Putat autem eam in familiari suo fuisse consuetudinem. Ita enim in +narratione illa pergit: «A quo, diligenter tam insolitæ pestis caussam +cum sciscitarer; à puero, aïebat, sic adsuevi. Et me rursus +consuetudinis caussam interrogante, educatum se cum pueris +scelestissimis, addidit, inter quos convenisset hæc cædendi licentia, +quasi pretio quodam, mutuum sibi vendere flagitiosâ alternatione +pudorem.» + +Ejusdem est sententiæ Cœlius, Pici ut historiæ, ita et opinionis in +caussâ adsignandâ transcriptor; cujus hæc verba: «Quod nec mirum minus +est, non latebat hominem flagitii inusitata species, seque in eo +execrabatur, ac sibi ipsi erat infestus. Cæterùm consuetudine depravatâ +amplius prævalente, utebatur vitio, et improbabat. Irroborârat verò ea, +radicesque egerat altiûs, quod ita erat assuetus puer, communicatâ +stupri fœditate inter æquales, plagarum allectatione. Documento inde +præsigni, quantum moribus inolescendis educationis possit ratio. Hæc +illi. Ego verò non nego, consuetudinis vim esse magnam; ac ferè in +naturam eam abire, pridem me docuit Aristoteles, lib. de memor. et +reminisc. cap. 3. et lib. 7. Ethic. cap. 10, et notavit Ennius ubi ait: + + Usus longus mos est, ac meditatio crebra, + Hunc tandem assero naturam mortalibus esse. + +Eleganterque ostendit Galenus, quantam vim et potentiam consuetudo in +omnibus rebus habeat, lib. de consuetud. cap. 2 et 3, alteramque naturam +vocat, lib. 2 de temper. cap. 4 et lib. 3 de simplic. cap. 18. Fortè +etiam in Cœlii illo, aut Pici exemplo, successu temporis consuetudo +aliquid ad rem facere potuit. At in altero Brunfelsii, aut quod ego +commemoravi, caussa illa non procedet. Et cur alii ejusdem sodalitatis +pueri, cum Pici familiari idem non passi sunt? inquit Thomas Campanella +superius adducto loco. Consuetudo enim particulariter tantùm aliquid +caussat, atque in uno aut altero saltim individuo. Neque omnes isti quos +recensuimus, ab ineunte ætate flagitiosâ illâ alternatione pudorem sibi +invicem vindidisse aut flagris in Venerem primis ab annis se invitasse, +verisimile est. Gratulamur nos Germaniæ nostræ, quod scelera ista +perversæ Veneris, et puerorum contumeliæ, aut mutuæ alternæque marium +inquinationes in ipsâ ferè ignorentur, aut ab aliquo fortè perpetratæ +(si tandem exemplum reperias) severè flammis ultricibus puniantur. +«Nihil tale novere Germani: et sanctius ad Oceanum vivitur, dicebat olim +de majoribus nostris Quintilianus, Declamat. Pro milite Mariano, cujus +pudicitiam tentaverat Tribunus; quâ de re plura diximus in Comment. ad +jusjur. Hipp. cap. 18. + +Cum itaque nec astra, nec sola consuetudo in caussa sint, ob quam flagra +libidinem concitent, videamus porro, num alia quæpiam subesse queat; +quam ut investigemus, utique paullo altius nobis res fuerit arcessenda. +Sciendum igitur, flagellationem istam, virgarumque incussus, non alibi +quam in dorso factos: quod et meretricula Lubecensis illa confessa est, +et de cæteris æquè certum est. Neque enim partes illæ, quibus viri +sumus, virgarum flagra et quidem ad sanguinis eruptionem, ferre queunt: +et communiter flagra tergo sive dorso incutiuntur. Dorsi autem +potissimam partem absolvunt lumbi. Pars nempe illa corporis, cujus +fundamentum sunt quinque vertebræ, quæ post thoracis vertebras locatæ, +ad os sacrum continuantur. Has musculi, et cum adipe cutis extrinsecus +tegunt, intrinsecus musculi succingunt, quos Græci ψόας appellant. Iis +porro incumbunt renes, dexter et sinister, unus in quoque latere, et +quatuor ferè vertebrarum spatium suâ magnitudine occupant; ac venæ cavæ +arteriæque magnæ annectuntur. Tam à venâ autem cavâ, quam arteriâ magnâ, +et insignia renes in se recipiunt vasa, quæ emulgentia vocant; uterque +nempe utrinque vas unum; venam et arteriam: quæ per ramos deindè in +ipsam eorum substantiam variè disperguntur. Dextra parte venæ cavæ, sub +ipsa emulgente, oritur seminaria vena dextra, et eodem loco ex arteriâ +magna, arteria seminaria utraque ad testiculum dextrum descendens. Parte +sinistrâ, arteria seminaria ex magnæ arteriæ trunco, vena verò seminaria +ex sinistrâ venâ emulgente profectæ, sinistro testiculo inseruntur. Nec +desunt nervi, qui ex spinalis medullæ portione, in prædictis vertebris +contenta, ad renes mittuntur, nec in eorundem tantum tunicas, sed +substantiam quoque pertingunt. Ex ipsâ demum cavitate renum, ureteres +producti vesicæ implantantur. Hæ partes omnes, ut unâ lumborum +apellatione venire possunt: ita unum communemque etiam iis usum +adsignari par erat, ut rectè statuit Marsil. Cagnatus, Variar Lect. lib. +4, cap. 7. In singularum quidem partium usum, ossium, musculorum, renum, +vasorumque, sat accuratè anquisivere auctores, at quem in commune omnes +conferant, insuper habuerunt investigare. Cagnatus omnes, quemque tamen +suo modo, semini tum elaborando, tum ipsi generationis operi +perficiendo, quod naturalissimum vocat Philosophus, lib. 2. de An. text. +35, dicatos censuit. Neque aliò videntur inclinare Hieron. Montuus +Pract. part. 1, lib. 4, cap. ult. et è jurisconsultis vestris Andr. +Tiraquellus, L. Connub. 15, num. 40, 41, 42. Atque id quidem non +immeritò, nec temerè. Tale quid enim et lumbis, et renibus, ac +lateribus, tum sacræ litteræ, tum antiquitas omnis, sivè sacros, sivè +profanos scriptores consulas, unanimi consensu jam olim attribuerunt. Et +sacræ quidem litteræ opus generationis lumbis non uno in loco deferunt, +ut Genesios, cap. 35. vers. 11. Reges de lumbis tuis egredientur; et +apud Apost. Epist. ad Hebr. cap. 7, vers. 5. Filii Abraham, dicuntur, +egressi de lumbis ejus; et vers. 10, Levi in iisdem fuisse dicitur. Unde +Basilius magnus comment. In Esaïæ cap. 16 in plerisque, inquit, +scripturæ locis, lumbus sumitur pro genitalibus membris et Origenes, dum +Homil. 1, in illud Psal. 37, v. 8. «Lumbi mei impleti sunt illusionibus: +commentatur; in lumbis, inquit, humanorum seminum receptaculum esse +dicitur, ex quo illud genus indicatur peccati, quod per libidinem +geritur. Et proverbium est apud Hebræos, ut lumbos præcingere, aut +succingere, dicant pudicitiam servare et à libidine sibi temperare; Hoc +respectu Jehovah ad Jobum, Jobi C. 38, v. 3 et C. 40, v. 2. «Accinge +sicut vir lumbos tuos, h. e. sicut vir fortis restringe luxuriam: ut in +iis sit, inquit Isidorus, Orig. lib. 11, cap. 1, resistendi præparatio, +in quibus libidini est usitata dominandi occasio. Confer Suidam in voce +PSOA. + +Huc trahit D. Hieronymus Comm. in Nahum, illud prophetæ c. II. v. 1. +contemplare viam tuam, conforta lumbos, robora virtutem valdè. Uti et +illud de Joanne Baptista, Matth. c. 3. v. 4. «Habuit zonam pelliceam +circà lumbos suos.» Quem proindè nos imitari jubet Gregorius Nazians. +Orat. 42. et Nicetas in comment. ibid. Neque aliter intelligendus +Esaïas, cap. 32. vers. 11. Jeremias, cap. 1. vers. 17. D. Paulus ad +Ephes. c. 4, vers. 14. Neque Salomo, qui de muliere forti et pudicâ ait: +Accinxit fortitudine lumbos suos. Proverb. ult. vers. 17. Apud D. Petrum +verò Epist. 1. cap 1. vers. 13. succinctum esse lumbos mentis, est +luxuriam à cogitationibus arcere, ait Montuus loco laudato. Fallor +etiam, an et Romani huc oculum intenderunt? quando cinctum esse, +modestiæ, disciplinæ, modestique animi putarunt argumentum, discinctum +verò mores dissolutos notare: quâ de re plura dixi in Mœcenate. Hodiè in +Gallis moris est, ut iis, quibus Apollinaris laurea tribuitur, fasciâ +sericiâ, tanquam insigni quopiam lumbi succingantur. Eo Franc. Ranchinus +Comm. in Jusjur. Hipp. castitatis neccesitatem in Medicis notari censet; +Zonam enim renum coërcitionem indicare, et effrenatæ lumborum +cupiditatis abstinentiam. Hinc Dianam, castitatis Deam semper zonam +gestare ab antiquis creditum: Hinc zonam solvere in verbis esse nuptis, +et virginitatis imminutionem notare. Et rectè Aëtius, Tetrab. 1. serm. +III. cap. 8. Veneris usum nocivum esse ait illis, qui lumbos aut renes +habent imbecilles, atque idcircò Elumbes dicuntur. De iis est proverbium +apud Eustathium in navium catalogo. + + ὀσφὺν κατηγώς, ὥστε Μύσιος ὄνος + Lumbos solutus, tanquam asellus mysius: + +quod Hadrianus Junius, cent 6. ad. 48 explicat de mollibus, effeminatis +et elumbibus. Nec aliam ob causam Petronio in Satyrico lumbi soluti, +sunt Venere enervati. Sed et podagricum se esse, inquit, lumborumque +solutorum, omnibus dixerat. Tales Catullo Epigr. 16. sunt; + + Qui duros nequeunt movere lumbos. + +quibus opponit Martialis lib. 5. Epigram. 79. + + Lascivos docili tremore lumbos. + +Et Auctor Carminis liberi fluctuantes lumbos. Carm. 18. + + Ecquando Theletusa circulatrix + Crissabit tibi fluctuante lumbo. + +Fluctuare enim est crebrò moveri, et ad exemplum fluctuum inquietari. +Græcis est ῥικνοῦσθαι, Latinis crissare. Indè ρίκνωμα impudicæ +saltationis genus. Quale est quod nostris hodiè moribus il Bergamasco +vocamus et non nisi à personatis desaltari solet. De illo Juven. sat. +II. + + Plausu que probatæ + Ad terrum tremulo descendunt clune puellæ. + +Arnobius libro 2 «lasciviens multitudo incompositos corporum +dissolveretur in motus, saltitaret et cantaret, orbes saltatorios +verteret et ultimum clunibus et coxendibus sublevatis, lumborum +crispitudine fluctuaret.» Vide in epistolis græcanicis epistolam Megara +ad Bacchidem de Thryallide, si lubet. + +Et respicit huc Persius Sat. 1, ubi de lascivis versibus, et quæ +libidinantem pruritum auditoribus excitant, ait: + + Cum carmina lumbum + Intrant, et tremulo scalpuntur ubi intima versu. + +Et Juvenalis Sat. 6, de tibiis Sacerdotum Bonæ Deæ: + + Nota Bonæ secreta Deæ, cum tibia lumbos + Excitat, et cornu pariter vinoque feruntur. + +Quare etiam Isidorus loco adducto lumbos ob libidinis lasciviam dicto +vult, quod viris caussa corporeæ voluptatis in ipsis resideat. + +Nicolaus Perottus, in Cornucop. planius à lubidine seu appetentiâ +deducit. Esse enim lumbos à lubendo, insertâ M. litterâ, quod sæpè usu +venit. Ita «cumbo à cubo, à pago, pango, à frago, frango,» ait +doctissimus Matth. Martinius, in Lexico Etymol. + +Atque ut lumbis, ita et renibus, lumborum parti, et quidem principi, si +conformationem spectes, idem officium tribuitur. Hos enim ad +generationis officium facere lib. II. Reg. innuitur, cap. 7, vers. 12. +Filius qui egreditur de renibus tuis. + +Undè Tertullianus lib. de carnis resurrect. vocat renes conscios +seminis. + +Hesychius Presbyter, quem corruptè Isicium vocant, Comment. in Levitic. +lib. 1 «Renes, inquit, sunt coïtalium seminum ministeria: et mox: in +renibus coïtalis operationis sunt semina.» + +D. Augustinus enarrans Psalmi 7, v. II, scribit nomine renum +delectationes Venerias intelligi. D. Hieronymus Comm. in Nahum Prophetæ, +c. II. «Omnia, ait, opera, quæ ad coïtum pertinent, renum appellatione +venire,» quod ferè repetit Comm. in Ezechiel. c. 16. + +Verba insuper illa Jeremiæ, c. 17, vers. 10, et Apocalyps. c. II, vers. +20, scrutans renes et corda; Nicolaus Lyra explicat: «examinans et +puniens concupiscentias et cogitationes malas. Per cor nempe +cogitationes, per renes in sacris litteris concupiscentiæ intelliguntur. +Itaque Psalmog. Ps. 26, v. II. Deum rogat, ut renes ipsius et cor urat; +et ex ipso Ecclesia in Hymno illo. «Ure igne sancti Spiritus, renes +nostros, et cor nostrum, Domine; ut tibi casto corpore serviamus, et +mundo corde placeamus.» + +Et communiter Theologi per id, quod Exodi 12, vers. II, præcipitur iis, +qui agnum paschalem comedebant, ut renes accingant, intelligunt +refrænationem libidinis.» + +Ausonius renibus uti, usurpavit pro libidini indulgere, Epig. 13. Utere +rene tuo. Et vulgò joculari sermone nostratibus renes purgare dicuntur, +qui Veneri litant. + +Quæ causa est, cur Hippoc. lib. de morb. int. Aristoteles, Prob. sect. +6. Probl. II. Galenus lib 6. Epid. Comm. 6. Aëtius Tetrab. 1, serm. 3, +c. 8. Avicenna lib. 3 fen. 8 tract. II, c. 11, plurimique Medicorum +alii, Veneris usum nimium renibus obesse nos docuerunt. Hinc est, quod +renes olim Veneri dicati erant. + +Fulgentius enim lib. 3 Mytholog. in fabulâ Peleï et Thetidis, ex +Democriti Phisyologiâ, memor libro refert Ethnicos, quod singulas partes +in homine singulares Deos obtinere putarent, Jovi caput, Junoni brachia, +Minervæ oculos, Neptuno pectus, cinctum Marti, renes Veneri, Mercurio +pedes adsignasse. + +Quod si etymologiam denique nominis et originationem inquisieris, +Varroni, Romanorum doctissimo, ut vocat Quinctilian. Instit. orat. lib +10, cap. 1, renes dicti fuere ἀπὸ τοῦ ῥέειν, quasi rivi ab his obscœni +humoris, puta seminis, oriantur, si Lactantio credimus, lib. de opific. +Dei c. 14 et Isidoro, Orig. lib. 11, c. 1. Neque est, ut per obscœnum +humorem urinam intelligas, quod quibusdam placere video. Explicans enim +Varronem Isidorus, venæ et medullæ, inquit, tenuem liquorem desudant in +renibus qui liquor rursus à renibus calore Venereo resolutus decurrit: +quod de urina nemo sanus dictum adserat. + +Et Hebræi renes à concupiscentia appellant duplici voce hebraicâ quæ +significat, efflictim cupere. Et quia renes in lumbis ad latera sunt +siti, hæc etiam ad Venerem et opus generationis facere, creditum fuit. + +Hinc apud Ovidium lib. 1, Amor. El. 8, pudicissima illa fœminarum, ut +credebatur, procorum vires probatura, et robustum latus, arcum ipsis +proponit, jubetque νευρὴν ἐντανύσαι. + + Penelope vires juvenum tentabat in arcu: + Qui latus argueret, corneus arcus erat. + +Nec inficias it Penelope ipsa, in Carmine libero, Epig. 69 ad procos. + + Nemo meo melius nervum tendebat Ulisse: + Sive illi laterum, seu fuit artis opus. + Qui quoniam periit, modovos intendite, qualem, + Esse virum sciero, vir sit ut ille meus. + +Undè experiri latus Martiali. Lib. 7, Epig. 57, est Veneris periclitari +vires. + +Hinc El. 10 Ovidio lib. 2, Amor. lateri vires dare, est concitare in +libidinem. + + Et lateri dabit in vires alimenta voluptas. + +Et Apuleio lib. 8, industria laterum est potentia in rebus Veneriis: +Fortissimum, ait, adducunt rusticanum, industriâ laterum atque imis +ventris bene preparatum. + +Juvenali verò et Ovidio lateri parcere, est à Venere temperare. Ita enim +ille de Catamito, Sat. 6. + + . . . . Nec queritur, quod + Aut lateri parcas, nec quantum jussus anheles. + +Hic verò, lib. 2, de arte: + + Et lateri ne parce tuo: pax omnis in illo est. + +Contrà Martiali lib. 11, Epig. 105, latus rumpere est Veneri nimiam +operam dare: + + Et juvat admissâ rumpere luce latus. + +Et lib. 12, Epig. 98. + + Rumpis, Basse, latus, sed in comatis. + +Item Tibullo, aut si quis alius est auctor, in Iambis ad Priapum. + + Et inquietus inguina arrigat tumor, + Neque incitare cessat usque dum mihi + Venus jocosa molle ruperit latus. + +Petronius in Satyrico dixit latus convellere. Timebam, inquit, ne frater +latus convelleret. Alibi etiam latera invalida, emerita, exfututa, +defecta, et defessa, sunt Venere exhausta. Ovid. Amor. lib. 3, Eleg. 10. + + Vidi ego cum foribus lassus prodiret amator. + Invalidum referens, emeritumque latus, + +Catulus, Epigr. 7. + + Cur non tam latera exfututa pandas? + +Priapus in Carmine libero, Epig. 15. + + Ipsi cernitis: ex fututus ut sim, + Confectusque, macerque, pallidusque, + Defecit latus, et periculosam + Cum tussi miser expuo salivam. + +Suetonius in vitâ Caligulæ c. 36. Valerius Catullus, consulari familiâ +juvenis, stupratum à se Caligulam, ac latera sibi contubernio ejus +defessa, vociferatus est. + +Apuleius lib. 8. Diù vivas et Dominis placeas, et meis jam defectis +lateribus consulas. Ex quibus omnibus tam clarè liquet, ut Plauti verbis +hic utar: + + Quam solis radii olim, cum sudum est, solent. + +Neque novam esse opinionem, aut nuper natam, sed fundamentum habere in +unanimi totius antiquitatis consensu, sacrarum etiam litterarum +testimonio firmatam, lumbos, lumborumque partes, renesque ad +generationis opus facere. Communis autem sententia, seu Doctorum opinio, +ut jurisperiti tui loquuntur, Cassi, non potest totaliter esse falsa. Et +probabilia sunt, inquit Aristoteles lib. 1, Topic. cap. 1. Text. 7, «quæ +ita esse videntur aut omnibus aut plurimis, aut certè sapientibus; atque +iis, vel omnibus, vel plurimis, vel iis, quorum spectata et perspecta +sapientia et qui hoc nomine clari et illustres sunt.» Quæ itaque ei rei +subsit ratio, operæ pretium nunc porrò fuerit inquirere. Simul enim et +caussam invenerimus, ob quam lumbis inflictæ plagæ et flagrorum verbera, +libidinis sint incentivum. + +Cagnatus quidem, et qui ipsi favere videtur, Montuus, rem omnem lumbis +tribuit, quatenus ex iis constituntur partibus, quas paullo antè +recensuimus. Ex vertebris nempe, musculis, renibus, venis, arteriis, +nervis. Ita tamen ut venis nimirùm et arteriis seminariis principatum +tribuat, ut quæ et materiam semini præbeant, albescentemque humorem, qui +vel semen jam sit, vel mox futurus, in se contineant, et à se ad testes +amendent. Atque ab hoc humore, in venis arteriisque turgente, seminis +projiciendi prolubium ait excitari, et pollutiones nocturnas caussari, +in iis præsertim, quibus ob decubitum dorsum vasa illa incalescunt. +Bartholomæus Montagnana Consil. Med. 37 et Nemesius Philosophus, lib. de +nat. hom. c. 27, renibus, parti lumborum, rem totem transcribunt, quod +et Joh., Matthæus facit, Quæst. Med. 90. Garyopontus, medicus Ladinus, +sequioris tamen ævi, lib. 3. Pract. c. 34, et nuper Cl. Dan. Sennertus, +Præceptor olim noster, et amicus, dum in vivis erat, honorandus, Pract. +lib. 3, part. 7, Sect. 1, c. 1. Petrus Laurenbergius in procestriis +annotationibus anat. lib. 1, cap. 4, et colleg. anat. disp. 6, th. 17, +et noster tandem Gasparus Hoffmannus, Inst. med. Nec tamen omnes illi +eodem modo rem explicant. + +Barthol. Montagnana quidem, examinans Avicennæ locum, lib. 18, fen. 3, +c. de renibus et ren. calc. Subtiliter, aït, memorandum est, propter +quid renum debilitas ab Avicenna dicatur causa defectus coïtus. Et +postquam dixisset, materiam seminalem perfectionem adæquatam indipisci à +testium temperie et facultate, subjungit; materiam eamdem necessum +habere prædisponi in membris superioribus, in quibus potentior sit vis +digestiva, ut in hepate et renibus: in illo nempe remotius, in his +proximius. Et prohindè concludit, impossibile esse semen verum generari, +nisi membra illa, hepar nempe et renes, sint debitè complexionata et +organizata in complexione et unitate suâ. + +Nemesius verò salsedinem tantùm quamdam à renibus ad testes transmitti +putat, quæ appetitum, aut pruritum potius, in genitalibus excitet, atque +ita suo quodam modo ad Venerem faciat. Renes, inquit, sunt sanguinis +purgamina, et ad coïtum fiunt causa appetitus. Nam venæ quæ in geminos +delabuntur, per renes transmeant, et illinc acorem quemdam hauriunt +appetitum irritantem eo modo quo sub cute genitus acor pruritum facit; +et quò geminorum pulpa cute est mollior, eò magis illi ab acore +lancinati, furiosam ad egerendum semen irritant cupidinem. Neque aliud +innuunt Isidori verba paullò antè adducta. Atquæ eadem ferè est Jo. +Mathæi sententia, nisi quod reni sinistro hic plus tribuat, quam dextro. +«Vena enim seminalis sinistra, inquit, emulgenti juxtà renem sinistrum +implantata, sanguinem multa salsedine aquosa dilutum ad excitandam ὁρμὴν +et generationis stimulum subministrat.» Laurenbergius in procestriis +quidem in genere saltim renes ad generationem facere affirmat. In +diputatione autem, quam dixi, non alio ferè modo se explicat, quam +Matth. Garyopontus. Ait renes naturâ musculosos esse, et nervos ipsorum +inhærere cavernis, quæ genicale semen contineant. Vim nempe +σπερματοποιητικὴν ipsis renibus tribuit, atque ita tribuit: ut quodam +modo in illis semen elaborari et contineri credat. Quæ sententia etiam +est Cl. Sennerti, quamvis hic longè aliâ ratione eam proferat, et +dilucidius mentem suam explicet, ac proximius ad αὐτοψίαν Anatomicam, +quam Garyopontus qui non valdè ejus videtur fuisse peritus. A renibus +nempe non stimulum saltim partibus genitalibus communicari, sed semen +ipsum in iis elaborari, atque ab iisdem porrò transmitti censet +Sennertus, quem sequitur Hoffmannus. L. C. Idque ex eo primùm Sennertus +colligit, quod renes peculiare parenchyma habeant, à cordis substantia, +ut adparet, non multùm differens, aut hepati potius simile, ut vult +Aretæus, lib. 2, de morb. diut. c. 3. + +Peculiari autem parenchymati, quæ Galeni est maxima, lib. 6 de decretis +Hippocr. et Plat. peculiaris vis sanguinem elaborandi, ut cæterorum +viscerum parenchyma, denegari nequit. Et latè probat medicus Kariesatos, +Joan. Beverovicius, lib. de calculo renum et vesicæ, cap. 2. Deinde, cum +vena emulgens venarum omnium à venâ cavâ prodeuntium sit maxima, et plus +sanguinis renes advehant, quam iis requiratur alendis: arteria insuper +amplior sit, quam seroso humori depurando sit opus, verisimile esse +credit, naturam, quæ nihil frustra facit, vasa illa tantâ amplitudine +numquam efformasse, nisi peculiarem finem spectasset. Quem quidem finem +non alium esse concludit, quam sanguinis arteriosi ad renes delationem +ut in ipsorum substantia cum sanguine venoso mixtus, et alteratus, +semini generando materiam suppeditet, ad testes deinde transmittendam. + +Maximè Sennerti sententiam illud confirmat, quod pro diversâ +conformatione renum et vasorum renalium, in quibus aliàs valdè ludere +solet natura, alii aliis, proniores sunt in libidinem, et ad +perpetrandam magis fortes. Exempla habemus apud. Salom. Albertum in +observationibus et Joan. Riolanum Antrop. lib. 2, cap. 27, qui Eorum +libet cadaver masculum secuit hominis ultimo supplicio ob facinora +affecti, in quo uterque se reperiisse scribit tres emulgentes in dextrum +renem, venas verò spermaticas in utroque latere ex emulgentibus +descendentes. Salom. Albertus ex hoc rectè colligit uberiorem seminis +proventum et salacitatem inexhaustam, quaque vix satiari potuerit: dequâ +hominem ipsum etiam paulò ante supplicium aït conquestum fuisse. +Riolanus suum scribit totum in Venerem fuisse pronum, atque ob +Trigamiam, quod tres viventes haberet uxores, strangulatum. Adde +Philipp. Salmuth. Obs. Med. cent. 1. Obs. 23, qui duos ob rem veneream +valdè infames secuit, in quorum posteriori renes maximi, ut ternos, immò +quaternos alios humanos æquare possent. Pergit Sennertus et quærit, qui +fiat, nisi sententia hæc admittatur, quod sapor ille, ac odor, qui in +animalibus pluribus non castratis, per universum corpus diffunditur, +maximè tamen in renibus percipiatur, ac potissimùm in animalibus +adultis; in novellorum ac teneriorum renibus, dum nondum fœminas ineunt, +non reperiatur? addit præterea ex Oribasio lib. 6. Collect. c. 38, ex +retento semine renes male affici; inter calidorum renum signa à Medicis +recenseri propensionem ad libidinem, somnia libidinosa, et nocturnas in +somno pollutiones; qualitates insuper seminis ex renum constitutione +Practicis deduci. Quemadmodum et renes calidos indicat prompta libido et +salacitas, renes frigidos Veneris nullum ferè desiderium et appetentia. + +Denique in gonorrhœâ lumbis ad renum regionem pro semine imminuendo aut +alterando remedia adplicari, ex Aretæo docet, lib. 2 Chron. c. 7, et +Alex. Tralliano lib. 9. c. 9. + +Atque huic Sennerti sententiæ probandæ, adde quod Plinius habet, lib. +34, c. 18. Plumbum, alligatis lumborum et renum parti laminis, +frigidiore naturâ inhibere impetus Veneris: additque exemplum: Calvum +Oratorem vasa Veneria sponte naturæ erumpentia, usque in morbi genus, +his laminis cohibuisse. + +Adde Galenum lib. 5, de tuendâ valet. c. ult. lib. 6. de loc. adf. c. +ult. et lib. 14, meth. med. c. 7, qui athletas similiter ad pollutiones +nocturnas inhibendas, et Veneris impetus compescendos, laminas plumbeas +adhibuisse scribit, et lumbis ceratum ex simplici rosaceo, cum aquâ +frigidâ subacto, applicasse in priapismo. Cæl. Aurelianus. lib. 5. +Tardar. pass. cap. 5, præter laminam plumbeam, spongias puscâ frigidâ +infusas, ut loquitur, circumdandas suadet. + +Adde Aëtium, qui cum Theod. Prisciano, lib. 2, c. 11, lumbis non tantum +laminam plumbeam, et refrigerentia adhibet, sed decubitum etiam supinum +damnat, ne partes lumborum incalescant, et malum inde augeatur, Tetrab. +1, serm. 3, c. 32 et 33. + +Adde Oribasium, Synops. lib. 9. c. 39 et 40, et Paullum Æginetam, lib. +3, c. 55 et 56, quorum uterque idem statuit; hic verò etiam urinas +cientia medicamenta, in gonorrhœa prohibet, ne renibus in lumborum +regione positis noceant. + +Nec latuit hæc res Avicennam, qui lib. 3, fen. 18 cap. 9. inter signa +renum extenuatorum, et exoletorum, ponit defectum coïtus; et c. 11. +caussam debilitatis renum inter alia facit frequentiorem coïtum, et c. +13, ad debilitatem renum corrigendam coïtus suadet abstinentiam. + +Nec ignoravit Aaron, Medicus celebris apud Rhasen, lib. II. Contin. c. 5 +qui aït: Si erectio veretri fuerit debilis, erit caussa ex hepate et +renibus. + +Et trahendus huc Aristoteles, qui animantia alia, præter hominem, +gonorrhœa non laborare ideò putavit, quod in dorsum non decumbant, +Probl. sect. 10, pr. 18. Contrâ equi generosiores, ubi ex insessoris +subsultu lumbique renesque incalescunt, pronâ libidine feruntur in +venerem. Nec videntur hanc rem ignorasse matronæ Athenienses, quæ in +Thesmophorion festo (quando seorsim cubabant à viris, + + Perque novem noctes Venerem tactusque viriles + In vetitis numerabant, + +ut Ovidius loquitur lib. II. Metam. Fab. 11.) + +Ex ἁγνῷ Latini viticem et agnum castum vocant, cubitus sibi sternebant. +Vitex enim ille frutex est, seu arbuscula, libidini restinguendæ dicata. +Igitur ejus folia dorso sibi sternebant, ut eo modo vim seminis +generandi, libidinem concitandi in renibus, partibusque vicinis +morarentur. Historiæ meminere Dioscor. lib. 1, c. 116. Plin. lib. 24, c. +9. Galenus, lib. 6, de simpl. med. fac. Ælian. de anim. lib. 9, c. 16. + +Neque alia est caussa, ob quam renes animalium, et præcipuè hirci, ad +coïtum. + +Atque ab Aëtio partes quæ sunt circà renes Scinci, ad tentiginem fascini +excitandam commendantur, loco adducto c. 35. Nisi quod analogiam quamdam +habeant, et similitudinem cum renibus humanis, ob quam juvare eos +credentur, et ad officium generationi destinatum excitare. Quemadmodum +et iis, qui minus in venerem sunt prompti, inter alia medicamenta, +unguenta calida, non partibus pudendis tantum, sed renum etiam regioni +inungenda, prescribi solent; et diuretica valida, ut cantharides, ac +decubitus in dorsum imperari; ut et renes hoc pacto incalescant; et +semen ac testes concitetur, ad qui in Venerem frigidi languent, +reaccendantur. Undè Rhases lib. II. Contin. c. V. Quoties, inquit, +fricantur lumbi cum medicinis calidis, veretrum crescet in erectione, et +magnificabitur. + +Et Misish Arabs, in Summâ apud eundem Rhasen; Calefactio dorsi, ait, +subvenit ad luxuriam: (h. e. facit irritandæ libidini) et sicut +infrigidatio ejus et dormitio super folia frigida, diminuit luxuriam, +ita calefactio auget in luxuriâ mirabiliter. Ex quibus omnibus primum +hoc concludimus, facere quidem ad Venerem exercendam lumbos, ut ex +partibus suis constituuntur, et cum primis venas et arterias, ut quæ +materiam ac spiritum deferant, quod volebat Cagnatus; præcipuum tamen +organum esse renum παρέγχυμα, cujus beneficio semen primum incipiat +elaborari, perfici deinde porrò, et æquabilitatem indipisci in vasis, +quæ et Sennerti, ut patuit, et nostra est sententia. Nec tamen de nihilo +est, quod Nemesius notabat cum Isidoro, et Matthæus insuper et +Laurenbergius, salsedinem quandam, et serosam materiam simul semini +communicari et tentigini excitandæ à renibus ad testiculos +adimplaustrari, quod verbi ac ipsâ in re usurpat Papias Grammaticus, in +Vocabulario. + +Concludimus porrò, flagra dorso sivè lumbis inflicta, quia partes semini +generando dicatæ, ac semen ad genitales partes deferentes, ab iis +incalescunt, in Venere excitanda, aut libidine, multum posse. Undè non +mirum extincti illos pudoris bipedes libidinisque abominandæ victimas, +de quibus egimus, aut alios nimiâ Venere exhaustos, lumborum partibus +defectis lumbisque solutis, à flagris remedium quæsivisse. Horum enim +incussu partes refrigeratas verisimile est rursus incalescere, ac +materiæ seminali fervorem conciliari, accedente præsertim partium +verberatarum dolore, qui facit, ut uberiùs sanguis, spiritusque +attrahantur; donec calore ipsis etiam generationis instrumentis +communicato, male feriatæ voluntatis desiderium expleatur, et naturâ +etiam invitâ, atque ultra modum potentiæ suæ vi in flagitia adigatur. +Hæc mea est sententia, mî Cassî. + +At inquies, illi quidem, de quibus tu agis, abominandâ libidine +exhausti, ut illicitam Venerem continuarent, porròque in eodem scelerum +cœno se volutarent, remedium hoc usurparunt. Quæris autem; postquam res +ita habet, an non eodem non secus ac medicamentis aliis, citrà crimen ac +reprehensionem uti is etiam possit, qui licitæ quidem Veneri addixit +operam, latera tamen, et quæ præterea utramque hic paginam implere +debebant, languidiora experitur, aut planè, ut Virgilii utar verbis, ex +lib. 3 Georg. + + Frigidus in Venerem senior, frustràque laborem + Jucundum trahit, et si quando ad prælia ventum, + Ut quondam in stipulis vanus sine viribus ignis + Incassum furit; + +ut creditricis etiam, non dicam debito, sed nec τῷ interesse saltim sit +solvendo? Quidni, verò amice Cassi? Te quidem, remedii id genus ut +usurpes minimè opus habere, juramento quinquagenario contendere paratus +sum. Aliud nempe de te, qui medicus audio, atque hac in re ex artis +præscripto judicare quidpiam aut possim, aut debeam, non falsus +conjectator pridem præsumpsi. Aliud modo testatur nuptæ novellæ et +musteæ uterum recenter verminans, testis omni exceptione major, et cui +fides meritò arbitranda, cui felicem etiam justo tempore λύσιν Deum +poscimus. Ut cum aliis idem communices remedium, si qui sint, qui opus +habeant difflagellatore, + + Qui validè intorto verbere terga secet, + +nullos vetabo. Ἀφθόνους esse oportet non Μουσῶν tantum θύρας quod vulgò +dici solet, sed ἰατρῶν maximè. + +Invidentiæ enim crimen, ut Scribonius Largus aït in Epistolâ ad C. +Julium Callistum, cum omnibus invisum esse debeat, tum præcipuè Medicis: +in quibus nisi plenus misericordiæ et humanitatis sit animus, secundum +ipsius professionis voluntatem, omnibus Diis et hominibus invisi esse +debent. + +Ego tamen in tui saltim gratiam, ὦ φίλον κάρα, cum ita volueris, animi +mei sententiam liberius paullò tibi explicare volui. Tu boni qualia +consule, et me tuum porrò ama, quod facis, jocisque innoxiis, qui in +seria tamen ducunt; veniam impertire et bene vale. + +Lubecæ, Kal. sext. anno 1639. + + + + +VIRO SUMMO + +THOMAE BARTHOLINO, + +HENRICUS MEIBOMIUS. + +S. D. + + +Responsarias meas nuper rectè tibi redditas esse, ex magni Simonis +Paulli optimo filio Christiano Paullo lubens intellexi. Significat verò +idem mihi nomine tuo, velle te parentis mei Johan. Henr. Meibomii +epistolam de flagrorum in re veneriâ usu, renumque et lumborum officio, +typographo recudendam dare. Quare nihil mihi gratius potuit accidere. +Traxit quidem epistola illa originem ex liberioribus in convivio jocis, +est que illius editio, parente inscio, Lugduni Batavorum procurata à +magno illo viro cui inscripta est. Placuit tamen pluribus præstantibus +in Europa viris, est que in publicis etiam scriptis à quibusdam laudata. +Quin, cum initio pauca tantum exemplaria essent excusa, inter amicos +distribuenda, cæpit desiderari ab eruditis et anxiè inquiri à curiosis, +cum argumentum nescio quid haberet ἑλκυστικόν Dolui ipse sæpius me +amicis desiderantibus ejus copiam facere non potuisse; nolebam tamen eam +iteratò imprimendam dare, partim, quod non omnia illius probarem partim, +quod inter prima famæ incrementa illorum censuram incurrere nollem, +quibus jam tum hæ tinctæ sale pruriente chartæ nimis fescenninæ +videbantur. Interim tamen antè paucos annos vel Lugd. Batav., vel alibi, +nescio quo editore, recusa est, quod quidem non ægrè tuli, si tamen eâ +de re admonitus fuissem, luculentior prodiisset editio. Nunc verò valdè +mihi gratulor, quod tibi quoque, quem inter primaria sua decora Europa +numerat, ita placuerit, ut imprimendam iteratò censeas, novis +accessionibus per te auctam. Tibi jam ab illis ambitiosè tristibus +periculum nullum est, nec metuis, ne + + Rugato Cato tetricus labello + Nasum Rhinoceroticum minetur. + +Quin sacra hæc aliter non constant, nec Vestalibus aut horribilibus +Sabinis nos scribinus, sed medicis. Meretur verò argumentum illud +examinari accuratius, nec dubito a Te magni ingenii et lectionis +infinitæ Viro, omnia esse adducta, quæ ornare illum locum possint. Cum +tamen edita epistola quædam margini sui exemplaris adscripserit parens, +ea debitis locis inserta, locupletandæ editioni, transmitto. Sunt dein +nonnulla in hac epistolâ, quæ sapiunt anti-Harveïana tempora, in quibus +malo ipse optimi parentis mei errorem agnoscere, quam defendere, cum +præsertim ipsi non cum aliquot tantum doctis, sed cum aliquot sœculis +sit communis. Nostri illud Celsi tui: «levia ingenia, quia nihil habent, +nihil sibi detrahunt. Magno ingenio, multaque nihil ominus habituro +convenit etiam simplex erroris confessio. Et cur non mereatur veniam +error, in quem non tam pertinacia aliqua, quam ævi infelicitate +incurrit? Illa quidem, quæ in initio epistolæ de curatione morborum per +flagellationes refert, aliorum nitantur auctoritatibus, nec dubii multum +habent. Videntur autem recentiores remedia illa, malo ipso si non +majora, ingrata tamen, in superferè habuisse. Illam tamen maniacorum per +verbera curationem, cujus ex Cælio Aureliano, Rhase, aliis que meminit, +superiori adhuc seculo in Anglia fuisse usitatam, quamvis medici ejus +non meminerint, disco ex Bodino qui libro quinto de Republicâ ita +loquitur: «Insania vero interdum in furorem abit: quod furoris genus +verberibus mitescit. Nam Londini furiosorum hominum multitudo eodem +coacta domicilio verberibus acerrimè castigatur quartâ-decimâ lunâ, quæ +major vis est furoris, tumente cerebro. Cujus rei me commiseratio cum +cœpisset, intellexi à curatoribus salutarem esse furoris medicinam.» + +Fœminis apud Romanos palmæ feriebantur, credebatur que hinc prœgnantibus +facilior partus, sterilibus autem fœcunditas accedere. Sat id +superstitiosum erat, fiebatque à Lupercis tantum, amiculo Junonis sivè +pelle caprinâ, ut docet Festus, induti; rident que ipsi Romani, ut apud +Juvenalem sat. 2, videre est. Somnambulos, dum noctu surgunt, probè +verberandos esse nonnulli censent, id quod feliciter cessisse certo +exemplo mihi cognitum est, malo per verbera atrocia feliciter depulso, +nec unquam recurrente. Recenset dein parens flagellationum ad libidinem +concitandam factarum historias, mox que in causas inquirere incipit. +Rejicit autem primùm astra, dein consuetudinem, à quâ solâ rationem +hujus rei deduci non posse, satis, ni fallor, fecit manifestum. Id verò +considerat, flagellationem illam non alibi, quam in dorso, lumbis que +factam, hinc que eruendam veram causam censet. Ostendit igitur, cum +sacras litteras, tum antiquitatem omnem unanimi consensu lumbis +renibusque et lateribus suas in generatione seminis et Veneris usu +partes deferre. Et non pauca quidem ex variis scriptoribus adduxit; +possent autem longè plura ejus generis, ex poëtis potissimùm adferri, +nisi res jam tum clara esset. Ideòque id apud me quoque certum, lumbos +plurimum ad negotium Veneris facere. Quod verò dein probare suscipit, à +renibus in lumbis sitis semen primum elaborari, et si multos præclaros +viros et qui ante et qui posteum vixerunt habeat ὁμοψήφους mihi necdum +probavit. In confesso enim hodiè est apud veritatis scrutatores +sanguinem per arterias emulgentes ad renes deferri, renibus autem per +emulgentem venam in cavam et indè in cor redire: arterias spermaticas +sanguinem ex arteriâ magnâ accipere, venas spermaticas eundem à partibus +seminalibus, partim in cavam, partim in emulgentem venam reducere: +qualis sanguinis motus ex valvularum in his venis constitutione +manifesto probatur. Patet autem indè, nihil à renibus ad testes per vasa +descendere. Interim verum manet, lumbos calidos ad Veneris opus facere, +frigidos illud impedire, rectè que à medicis ad libidinem excitandam aut +supprimendam calida vel frigida lumbis apponi. Ut enim parens meus ipse +ex Cagnato, Montuoque observavit, sunt in lumbis majora vasa sita, in +quibus si sanguis incalescit, necesse etiam est, per arterias +spermaticas eum calidiorem tandem defluere, ipsam que seminalem materiam +facilè mobilem in fervorem agi. De Renibus ita censeo. Si incaluerint +solito magis, sanguini per venas emulgentes relabenti majorem calorem +communicari, cum que continuo ad renes sanguis accedat, relabatur que, +potest à renum calore toti sanguineæ massæ calor communicari major, undè +etiam per arterias spermaticas sanguis calidior descendit. Hinc que +explicari potest, cur quibus calidi renes, ii ad libidinem propensi, et +quæ alia φαινόμενα ad suam sententiam probandam adduxit parens. Fortè +etiam aliquando in illis, quibus jam tum calidus est sanguis, sunt que +proindè libidinosiores, renes etiam calidi à sanguine continuò accedente +fiunt, ceu notum est medicis, ubi errore diætæ incaluit sanguis, renum +peccatum facillimè luere, quia ad eos præ aliis partibus magna quotidiè +sanguinis copia accedit. Tum igitur non tam à renum calori dependet +libido, quam à communi causâ, sanguinis nempe calore et libido et renum +calor. Porrò jam ita rem explico. Per verberum incussus calefit in +lumborum vasis, quà minoribus, quà majoribus sanguis, tandemque in ipsis +etiam renibus, inde tota massa sanguinea demùm, ideòque et per arterias +seminales fervidior elabitur, immò copiosior quoque, dum per illorum +scelestorum ad Veneris prælia se parantium libidinosas cogitationes +concitatur quodam modo versùs spermaticas partes effervescens sanguis. +Ita et per decubitum molliorem, supinum, seminis profluvia incalescente +sanguine concitantur. Equitantes in Venerem pronos fieri notum est, +annotatumque jam tum in Centone problematum quæ sub Aristotelis nomine +circumferuntur, sect. IV. probl. 12. Rationem autem hanc reddit auctor +διὰ τὴν θερμότητα καὶ τὴν κίνησιν ταὐτὸ πάσχουσι, ὅπερ ἐν τῇ ὁμιλίᾳ +propter calorem et agitationem ita afficiuntur, ut in coïtu solent, +planè ad mentem meam. Incalescit enim per motus illos successiones que +equitantium sanguis in vasis lumborum, promoveturque sanguinis per Aortæ +truncum descendentem motus et ita etiam versus partes seminales. +Contrarium quidem testari videtur Hyppocrates, lib. de aër. aq. et loc. +ineptos nimiùm ad Venerem fieri eos, qui multum equitant. Veram +explicandus ille est de continuâ Scytharum equitatione, quæ ad +lassitudinem usque fit, corpusque debilitat ac resolvit, et ita Veneris +stimulos supprimit. Ea verò de quâ ex Aristotele diximus, equitatio +moderata intelligitur, per quam incalescant tantum lumbi. Non placet +nunc progredi et distinctè quo libet ad examen vocare, quæ Parente meo +adducta sunt, argumenta cum præsertim ea, quæ Sennertus habet, parenti +pleraque memorata, jam tum satis feliciter discusserit Nath. Highmorus, +Anatom. Operis lib. I. part. 3, cap. 4. Retinent interim suam +certitudinem multa à Parente proposita, rejectâque tantum illâ de Renum +vi σπερματοποιητικῇ sententia, reliqua fere plana sunt. Fortè ex +recentioribus nonnulli ex suis hypothesibus aliter illa φαινόμενα +explicare conarentur, quomodo Vir quidam ingeniosus qui seminis materiam +chylum, non sanguinem, sibi firmiter persuaserat, per verbera in lumbis +calefieri ampullascentem ibi chyli alveum, tumque ad partes genitales +materiam quoque seminis magis moveri, arbitrabatur. Possem longè alia +adferre, quibus hodiè commentum illud de succo nervoso placet, quem +semini quoque materiam præbere existimant. Verum in illarum hypotheseon +veritatem inquirere, non est hujus loci. Video autem hic verum esse, +quod de omni impensarum genere dicebat olim Grœcinus apud Columellam: +plerosque nova opera fortius auspicari, quam tueri perfecta. Meam tamen, +quam de sanguinis in lumbis incalescentia proposui sententiam, non +hypothesibus, sed certis probatisque niti arbitror; Quod si tibi quoque, +Vir magne, placuerit, longè magis in eâ confirmabor. Vale. Scripsi +Helmstadii in Academiâ Julia. + +Prid. Kal. Sept. ann. 1669. + + + + +NOTICE + +_Des auteurs cités dans l’Ouvrage de J. H. Meibomius, et que j’ai +consultés pour corriger cette édition._ + + +Festus. Titus et Asclépiade. Cœlius Aurelianus Rhasès. Antoine Gaignier. +Valescus de Tarente. Sénèque. Juste-Lipse. Jerôme Mercurialis. Galien. +Thémison. Elidœus de Padoüe. Thomas Campanella. Menghus Faventicus. +Pétrone. Jean Pic, Comte de la Mirandole. Jean Mévisan. Cœlius +Rhodiginus. André Tiraqueau. Othon Brunsfeld. Fransciscus Junctinus. +Aristote. Ennius. Quintilien. Hippocrate. Marsilio Cagnati. Jérôme +Montuus. Origène. Isidore. Saint-Jérome. Arnobe. Suidas. Petrus. +Laurembergius. Celse. Bodin. Brisson, _antiquités du droit civil_. +St.-Mathieu. Jérémie. St.-Paul. Salomon. St.-Pierre. Fr. Ranchin. +Aëtius. Catulle. Martial. Perse. Juvenal. Nicolas Perrot. Mathœus. +Martinius. Tertullien. Hésychius ou Isicius. St.-Augustin. Nicolas de +Lyre. David. Ausonne. Avicenne. Fulgence. Varron. Lactance. Ovide. +Apulée. Tibulle. Suétone. Barthelemy Montagnana. Nemesius. Joh. +Marthæus. Garyopontus. Sennert. Arétée. Oribase. Gaspar Hoffmann. +Kariesatos. Jean Beverovicius. Jean Barclay. Pierre d’Erlesunde. +(Anecdotes moscovites.) Béroalde. Prudence. (Histoire des martyrs.) +Dempster. Cardan. Olhafius. Wormius. Actuarius. Nath. Highmorus. Papias, +le grammairien. Alexandre Trallien. Pline. Licinius Calvus. Théodore +Priscien. Paul Eginete. Aaron. Dioscoride. Ælien. Misih. Virgile. +Scribonius Largus. Plaute. + + +Auteurs cités dans les notes du Traducteur. + +Lucien et Perrot d’Ablancourt. Pérégrinus. Diogène. Racine. Sénèque. +Vossius. Horace. Le marquis de Langle. Ménage et Furetière. M. l’abbé +Chappe d’Auteroche. L’Abbé Boileau. Columella. Matthiole. Arnaud de +Villeneuve M. de Lignac. M. Lemery. Rabelais. Le Duchat (Ducatiana) +Cornelius Gallus. + + +FIN. + + + + +On trouve aux mêmes adresses: + + +Poëmes philosophiques sur l’homme, 1 vol. in-18, frontispice gravé, +représentant la résurrection des arts. 2 liv. 10 sous. + +Les nuits de la Conciergerie, rêveries mélancoliques et poésies d’un +proscrit; 1 vol. in-18, fig. 3 liv. 10 sous. + +Les soupirs du cloître, ou le triomphe du fanatisme, épitre, par Guymond +de la Touche, nouvelle édition, augmentée d’une notice sur la vie et les +ouvrages de l’auteur, et autres poëmes choisis. 1 vol. in-18, 2 liv. 10 +sous. + +Le Pain béni, poëme et autres pièces choisies de Marigny, nouvelle +édition, 1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous. + +Les Amours de Henry et Madeleine, poëme érotique en 2 chants, nouvelle +édition, augmentée de plusieurs pièces en vers et en prose qui n’ont +jamais été imprimées, 1 vol. in-18, fig. 2 liv. 10 sous. + +Œuvres galantes de Palmarêze, 3 vol. in-18, jolie édition, beau papier, +9 liv. + +L’éloge de _quelque chose_, dédié à _quelqu’un_, suivi de l’éloge de +_rien_, dédié à _personne_, nouvelle édition, augmentée du poëme latin +de Passerat, intitulé: _Nihil_, et autres pièces également piquantes, +par divers auteurs célèbres. 1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous. + +Lucina sinè concubitu, ou le plaisir sans peine, traduit de l’anglais de +Johnson, par le citoyen Moët, et Concubitus sinè Lucina, par Combes, +avec le supplément, ouvrage singulier, dans lequel il est démontré +qu’une femme peut concevoir et enfanter sans le commerce de l’homme. 1 +vol. in-18, 3 liv. + +Les Serins, poëme didactique, formant avec les notes un traité complet +pour l’éducation des serins; 1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous. + +Histoire d’Hyppolite, comte de Duglas, par la citoyenne d’Aulnoy, +nouvelle édition, 3 vol. in-18, avec de très-jolies figures, 7 liv. 10 +sous. + + Tout le monde connaît ce roman, qui a eu une infinité d’éditions: + celle que nous annonçons est extrêmement soignée; elle est en petit + texte, sur beau papier. + +Le despotisme, poëme, et autres poésies patriotiques, par Mercier de +Compiègne, 15 sous. + + Cet opuscule, composé sous les verroux du despotisme le plus barbare, + les yeux sans cesse fixés vers le glaive de la mort suspendu sur sa + tête, tient un rang distingué parmi les productions de l’auteur. Il a + obtenu la mention honorable de la Convention nationale, le 7 frimaire, + et tous les journaux en ont fait le plus grand éloge. + +La morale du deuxième âge, ou idylles morales, tirées des jeux de +l’enfance, par Mercier de Compiègne; 1 vol. in-18, 15 sous. + +Histoire du Petit Jacques, ouvrage moral, mis à la portée des enfans, +traduit de l’anglais, nouvelle édition; 1 vol. in-18, 1 liv. + +--Le même, en papier d’Hollande superfin; 2 liv. 10 sous. + +Histoire d’Olivier Cromvel, par A. J. Dugour, 2 vol. in-18, fig. 8 liv. + +Les nuits d’hiver, variétés philosophiques et sentimentales, recueillies +par Mercier de Compiègne; 1 vol. in-18, fig., 3 liv. 10 sous. + + Choix de nouvelles en prose et en vers, qui n’ont jamais été + imprimées, ou qui sont devenues rares. 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Rousseau, 2 vol. in-18, fig., 5 liv. + +Précis historique de la prise de Valenciennes; in-8º, 1 liv. 10 sous. + +Concerts de Romainville, choix d’idylles, ariettes et vaudevilles; 1 +vol. in-18, fig., 6 liv. + +Soirées de mélancolie; 1 vol. in-18, fig., 7 liv. + +Choix lyrique et sentimental; 1 vol in-18, avec 4 superbes gravures, +dessinées par Queverdo; 5 liv. + +Gérard de Velsen, nouvelle historique, par Mercier de Compiègne; 1 vol. +in-18, fig., 4 liv. 10 sous. + +Ismaël et Christine, nouvelle historique, par le même, 1 vol. in-18, +fig. (2me édition) 4 liv. + +Histoire de Marie Stuart, par le même; 2 vol. in-18, avec jolies +estampes, 9 liv. + + + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77388 *** diff --git a/77388-h/77388-h.htm b/77388-h/77388-h.htm new file mode 100644 index 0000000..f825a1c --- /dev/null +++ b/77388-h/77388-h.htm @@ -0,0 +1,5314 @@ +<!DOCTYPE html> +<html lang="fr"> +<head> + <meta charset="UTF-8"> + <title>De l’utilité de la flagellation, by Meibomius | Project Gutenberg</title> + <link rel="icon" href="images/cover.jpg" type="image/x-cover"> + <style> + +p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; + margin: .3em 0;} +p.noindent { text-indent: 0; } + +h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; } +h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; } +h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 3em 0 1.5em 0; } + +div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0; + margin: 1em 0; } + +.large { font-size: 130%; } +.small { font-size: 90%; } +.xsmall { font-size: 80%; } +small { font-size: 80%; letter-spacing: .1em; } + +.i { font-style: italic; } +.i i, .i em { font-style: normal; } +.g { letter-spacing: .1em; } + +.sc { font-variant: small-caps; } + +div.flex { display: flex; justify-content: center; } +.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; } +.verse { padding-left: 4em; text-indent: -4em; } +.i1 { text-indent: -3em; } +.i2 { text-indent: -2em; } +.i6 { text-indent: 2em; } + +p.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; } +.attr { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; } + +hr { width: 20%; margin: 1em 40%; } + +sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; } + +li { list-style: none; } + +td.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; text-align: left; } + +a { text-decoration: none; } + +.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em; + text-decoration: none; +} +.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; } +.footnote .label { } +.footnote + .footnote { margin-top: -.5em; } + +div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; } +.break, .chapter { margin-top: 4em; } + +img { max-width: 100%; } + +@media screen { + body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; } + img { max-height: 800px; } +} + +.x-ebookmaker .break, .x-ebookmaker .chapter { page-break-before: always; } +.top2em { padding-top: 2em; } +.top4em { padding-top: 4em; } +.nobreak { page-break-before: avoid; } + + </style> +</head> +<body> +<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77388 ***</div> +<div class="x-ebookmaker-drop c"><img src="images/cover.jpg" alt=""></div> +<div class="x-ebookmaker-drop break"></div> +<h1 class="top2em"><span class="small">DE L’UTILITÉ</span><br> +<span class="large">DE LA FLAGELLATION</span><br> +DANS LA MÉDECINE<br> +<span class="small">ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE,</span><br> +<span class="xsmall">ET DES FONCTIONS<br> +DES LOMBES ET DES REINS ;</span></h1> + +<p class="c"><span class="small g">OUVRAGE SINGULIER,</span><br> +Traduit du latin de J. H. MEIBOMIUS,<br> +<i>Et enrichi de notes historiques, critiques et +littéraires, d’une introduction et d’un index.</i></p> + +<p class="c large">NOUVELLE ÉDITION.</p> + +<p class="gap c"><span class="large g">A PARIS,</span><br> +Chez C. MERCIER, imprimeur-libraire ;<br> +rue du Coq-Honoré, N<sup>o</sup>. 120.</p> + +<p class="c">1795.</p> + +<div class="break"></div> + +<p class="c"><img src="images/illu.jpg" alt=""></p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Delicias pariunt Veneri crudelia flagra,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Dum nocet, illa juvat, dum juvat ecce nocet.</div> +</div> + +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">AVERTISSEMENT.</h2> + + +<p>On sait que Jean-Henri Meibomius étoit +un savant du dernier siècle, qui s’est rendu +célèbre en médecine, par la découverte des +nouveaux vaisseaux qui prennent leur chemin +vers les paupières, et qu’on a appelés +de son nom, <i>conduits de Meibomius</i>. Il fut +long-temps professeur de médecine à Helmstadt, +sa patrie, et ensuite premier médecin +de Lubeck, ville d’Allemagne dans le duché +de Holstein.</p> + +<p>Le petit traité que nous publions est très-curieux, +et n’est guère connu que de quelques +médecins, et d’un petit nombre de +gens de lettres. Il n’en existe que deux éditions +devenues fort rares et fort chères, +faites toutes deux en pays étrangers et fourmillant +de fautes d’impression. La première +à Londres 1665, in-64, et la seconde à Francfort +1670, in-8<sup>o</sup>. L’une et l’autre étant fautives, +nous nous sommes déterminés d’en +donner une troisième purgée de ces fautes ; +et pour faire connoître cet ouvrage intéressant +et utile aux littérateurs, aux gens du +monde, et à ceux qui ne sont pas familiers +avec le grec et le latin, nous avons entrepris +de le traduire, et nous avons accompagné +notre version de notes historiques +étroitement liées au sujet, d’observations +nouvelles puisées dans des auteurs modernes, +tels que MM. <i>l’abbé Chappe</i>, <i>de Lignac</i>, +<i>Arnaud de Villeneuve</i>, et <i>Lémery</i>, etc., et +multipliées au point qu’elles forment, pour +ainsi dire, un second ouvrage aussi étendu +que celui de Meibomius.</p> + +<p>Nous avons adouci le mieux qu’il a été +possible, des expressions trop libres dans +les citations, de manière pourtant à ne pas +nuire à la clarté du sujet, dans un ouvrage +dont le but est de développer le méchanisme +des parties auxquelles l’Etre-Suprême +a confié l’emploi de la propagation de l’espèce, +et d’indiquer les remèdes nécessaires +à les rendre capables de s’en acquitter, quand +un vice dans les organes ou des excès de +volupté ont altéré en elles cette précieuse +faculté.</p> + +<p>Nous renvoyons ceux qui nous accuseroient +d’avoir voulu faire l’apologie de la +flagellation, à ce qu’ont dit dans les mêmes +vues, <i>M. de Bienville</i>, dans l’avant-propos +de son excellent <i>traité de la Nymphomanie</i>, +pages 4 et 5 ; <i>M. de Lignac</i>, dans l’introduction +de son traité de l’amour conjugal, +page 19, et <i>M. Tissot</i> dans celle de <i>l’Onanisme</i>, +pages 7, 8 et suivantes.</p> + +<p>Au reste, nous espérons que le plus grand +nombre des lecteurs, nous saura gré de +n’avoir rien négligé pour leur offrir un ouvrage +complet.</p> + +<p>Il y a des écueils inséparables de la matière, +et que le traducteur le plus chaste +ne peut éviter, s’il veut rendre les pensées +de son original ; c’est ce que nous avons +éprouvé toutes les fois qu’il a été question +de rendre en français les vers libres de +Pétrone, Catulle, Tibulle, Ovide, Martial +et Apulée. Il falloit donc abandonner +le travail ; non, sans doute : à côté des +vers libres, je trouvois des autorités puisées +dans les auteurs ecclésiastiques, les livres +sacrés et les pères de l’église. L’exemple +des St.-Augustin, des St.-Jerôme, des +Isidore, des Lactance, des Origène et des +Tertullien m’encourageoit dans mon entreprise, +puisqu’écrivant en langues vivantes, +ils n’ont pas cru devoir se taire sur les crimes +obscènes, parce qu’on ne peut les désigner +sans mots. Au reste, si nous sommes +réprehensibles, notre faute est celle de Meibomius, +et nous nous justifions entièrement par +l’aveu sincère de la faute même, et si c’en +est une, nous n’avons eu d’autre motif en traduisant +cet ouvrage, que de nous occuper, +de nous amuser, et de procurer aux littérateurs +et aux gens du monde la connoissance +d’un ouvrage que sa rareté leur avoit fait +perdre, et leur en faciliter l’acquisition à +moindres frais.</p> + +<p>J’ai rassemblé dans l’introduction qui suit, +tout ce qui peut servir à l’histoire de la +flagellation, en offrant au lecteur un extrait +lumineux et discuté de l’ouvrage de l’abbé +Boileau sur cette matière : et cette compilation +nécessaire à mon ouvrage ne laissera +plus rien à désirer. Nous osons avancer +que cet extrait, ceux de Brantôme, et +l’étendue des notes dont nous avons semé l’ouvrage, +dans la vue d’égayer l’aridité du style +de Meibomius, ne manqueront pas de rendre +ce petit traité aussi intéressant que curieux.</p> + +<p>Quant à la manière dont nous avons traduit +le latin, dans lequel il falloit remédier à des +fautes d’impression ou de latinité, et à des demi-mots +qui, si je puis le dire, n’étoient que +les premiers linéamens des pensées de l’auteur +qu’il falloit développer, nous supplions le lecteur +de vouloir bien se souvenir de ce précepte +d’Horace dont nous avons tâché de faire +notre profit, sur-tout quand il a fallu rendre +des morceaux d’anatomie, qui ne sont plus +les mêmes que du temps de Meibomius, et +suivre la marche nouvelle prescrite par nos +nouvelles découvertes en médecine, et à laquelle +je me suis le plus possible conformé.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i" lang="la" xml:lang="la">Nec verbum verbo curabis reddere fidus</div> +<div class="verse i" lang="la" xml:lang="la">lnterpres, nec desilies imitator in arctum.</div> +</div> + +</div> +<p class="attr" lang="la" xml:lang="la">(<span class="sc">Hor.</span> Art. Poët.)</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">INTRODUCTION.</h2> + + +<p>L’abbé Boileau, docteur de Sorbonne, +doyen et grand vicaire de Sens, sous <i>de +Gondrin</i>, et ensuite chanoine de la Sainte-Chapelle +de Paris, donna en 1700 un ouvrage +intitulé : « <span lang="la" xml:lang="la">Historia Flagellantium de <i>recto</i><a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> +et perverso Flagrorum usu apud Christianos, +ex antiquis scripturæ, Patrum, +Pontificum, Conciliorum et Scriptorum +profanorum monumentis, cum cura et fide +expressa</span>, » imprimé chez <i>Janisson</i>, en +gros caractères, et composé de près de 400 +pages <i>in</i>-12. <i>Du Cerceau</i> et <i>Thiers</i> le critiquèrent. +On en publia une traduction plus +indécente que l’original ; elle fut réformée +par l’abbé <i>Granet</i>, qui la fit réimprimer en +1732.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> L’auteur fut obligé d’ajouter ce mot <i lang="la" xml:lang="la">recto</i> au +titre, et de retrancher des choses qui choqueroient +même dans un traité de chirurgie.</p> +</div> +<p>Un auteur anonyme déchargea sa bile sur +ce livre, dans un petit ouvrage <i>in</i>-12, de +43 pages, et qui a pour titre : Lettre à +M. L. C. P. D. B. sur le livre intitulé : +<i lang="la" xml:lang="la">Historia Flagellantium</i>. Cette lettre est une +véritable satyre, et qui attaque M. l’abbé +Boileau, d’une manière hardie et peu honnête. +L’éclipse, dit le critique, que souffrit +l’histoire des flagellans, dès qu’elle commença +à voir le jour, vint d’une suppression +tacite ou de l’avidité des libraires de Hollande +et d’Angleterre, et de l’empressement +à enlever toute l’édition d’un ouvrage qui +devoit être d’un grand débit chez eux. On +m’a assuré depuis peu, dit-il, qu’on en faisoit +une nouvelle édition en faveur des +mousquetaires et autres jeunes gens d’agréable +humeur, qui le trouvent fort à leur gré. +Il est en effet très-divertissant, et peut tenir +son rang dans leur bibliothèque, entre +Rabelais, Bocace et les contes de Lafontaine. +Il ajoute que cet ouvrage a mérité à M. Boileau +le surnom de <i>Flagellant</i>, pour le distinguer +des autres abbés Boileau, fort connus +dans le monde par leur réputation et leur +mérite. Dans tout le cours de la satyre, +le critique appelle M. Boileau de ce nom de +Flagellant ou de petit Flagellant. Le portrait +qu’il en fait est trop injurieux pour +être rapporté ici. Je dirai seulement que +ce critique n’épargne ni le livre ni la personne. +Sa satyre est pleine d’invectives, de +railleries, d’ironies et de réflexions mordantes, +et son ouvrage peut être mis, avec +justice, au rang des libelles diffamatoires. +Car, après tout, dit l’auteur des nouvelles +de la république des lettres, (décembre +1700, page 695,) quand il y auroit quelque +chose à reprendre ou dans le choix de +la matière du livre de M. Boileau, ou dans +la manière dont il l’a traitée, cela n’empêche +pas que l’auteur ne soit un honnête homme +et de bonnes mœurs<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Le traducteur du traité de Meibomius n’a +pas d’autre réponse à faire à tous ceux qui voudroient +lui faire éprouver les désagrémens auxquels +M. l’abbé Boileau a été en proie.</p> +</div> +<p>Les jésuites attaquèrent aussi cet ouvrage, +et ont extrait de ce livre ou de ceux qu’il +a approuvés, diverses propositions qu’ils +croyoient censurables. Il y en a une qui le +paroît effectivement, et la voici en français : +<i>Les écrivains sacrés ont fait mention onze fois des +flagellations, cinq fois principalement en parlant +de J. C. notre sauveur, qui fut flagellé malgré +lui et contre sa volonté.</i> Cette expression paroît +trop forte, mais on voit bien pourtant +ce que l’auteur veut dire ; c’est que si J. C. +a été flagellé par ses ennemis, il ne s’est jamais +donné volontairement la discipline, +comme font les moines. Voici une autre proposition +que je ne rapporterai qu’en latin : +<i lang="la" xml:lang="la">Nec esse est cum musculi lumbares virgis aut +flagellis diverberantur, spiritus vitales revelli, +adeò que salaces motus ob viciniam partium genitalium +et testium excitari, qui venereis imaginibus +ac illecebris cerebrum mentem que fascinant +ac virtutem castitatis ad extremas augustias +redigunt.</i></p> + +<p>Si cette proposition n’est pas fausse, il +est du moins sûr qu’elle auroit beaucoup mieux +sa place dans un ouvrage de quelque médecin, +que dans celui d’un prêtre docteur en +théologie ; mais il sied mal aux jésuites de +relever de semblables propositions, puisque +plusieurs de leurs auteurs ont avancé des choses +beaucoup plus capables de blesser les +imaginations foibles et délicates.</p> + +<p>Le dessein général de l’auteur étoit de faire +voir que l’usage des disciplines volontaires +est une superstition qui s’est introduite chez +les moines, et qui tire son origine du Paganisme, +et qu’elle est pernicieuse à la santé +du corps et de l’âme. Il loue l’exercice de +la mortification de la chair comme un acte +saint et méritoire, lorsqu’il est autorisé par +la loi divine ou établi par l’église. Or, celui +dont il s’agit n’est point autorisé par la loi +divine. Il n’en est point fait mention dans l’ancien +testament. La loi de Moïse, au contraire, +(Deut. 25, 2, 3.) défendoit de donner +aux criminels plus de quarante coups de +fouet, d’où il suit qu’elle ne permet pas aux +moines ni à aucun autre particulier, de s’appliquer +plus de quarante coups de fouet, ni de +se déchirer la peau d’une manière si cruelle, +pendant que l’on chante lentement <i lang="la" xml:lang="la">miserere</i>, +<i lang="la" xml:lang="la">de profundis</i> et l’antienne <i lang="la" xml:lang="la">salve regina</i>. La loi +naturelle nous défend de faire à autrui ce +que nous ne voudrions pas qui nous fût fait ; +et la loi de Moïse nous défend de nous faire +à nous-mêmes ce qu’elle ne veut pas que nous +fassions à un autre. Dans l’évangile, J. C. +ni les apôtres n’ont pas fait mention de la flagellation, +car, par le passage de St.-Paul, je +<i>mortifie ma chair</i> (Corinth. 9, 27.), l’auteur +fait voir qu’il ne favorise point la discipline +que se donnent les moines. Il remarque que +la flagellation involontaire est fort ancienne, +puisqu’elle étoit en usage parmi les payens, +avant la fondation de Rome. Elle étoit même +établie par la loi divine, (proverb. 13, 24 et +23, 13) pour punir les enfans et ceux qui +faisoient quelque faute qui méritât cette punition. +Mais outre ces flagellations involontaires, +il y en avoit de volontaires et de libres. +Tertullien rapporte que c’étoit une coutume +parmi les Lacédémoniens de célébrer de +certaines fêtes en l’honneur de Diane, et que +ce jour-là, pour honorer la déesse, les jeunes +gens se fouettoient eux-mêmes devant +son autel, et quelquefois jusqu’au sang. Environ +l’an 476 de J. C., les juifs rabins mirent +au nombre de leurs cérémonies une espèce +de flagellation volontaire, mais elle étoit +mutuelle, et ils se flagelloient les uns les autres +alternativement. Dans les premiers temps +de l’église, où la pénitence étoit dans sa plus +grande ferveur, l’usage de la discipline étoit +une chose inouïe. Du temps de St.-Augustin, +on avoit coutume de flageller les hérétiques +et les criminels, mais les chrétiens ne se +flagelloient point eux-mêmes. Ceux qui ont +écrit la vie austère des anciens anachorètes +ne parlent point de disciplines ni de flagellations +volontaires. M. Boileau répond à un passage +de St.-Jérôme, à un autre de St.-Jean +Climaque, et à un troisième de St.-Cyrille +d’Alexandrie, que les moines croient leur +être favorables.</p> + +<p>L’usage de se flageller soi-même ne fut introduit +qu’environ l’an 1047 ou 1056, du temps +de <i>Pierre Damiens</i>, et il ne fut toléré des +personnes sages qu’avec beaucoup de répugnance. +L’auteur rapporte divers exemples, +tous propres à faire avoir en horreur et à +tourner en ridicule la flagellation.</p> + +<p>Voici une anecdote très-plaisante à ce sujet, +tirée de <i>Michaël Scotus</i>.</p> + +<p>Un dévot accompagnait sa femme à confesse : +voyant que le confesseur la menoit +derrière l’autel pour la flageller, il s’écria : +Monsieur, elle est très-délicate, je reçois la +discipline pour elle : cela dit, il se mit à genoux, +et le confesseur fit son office ; pendant +la cérémonie, la femme crioit de toute +sa force : frappez fortement, car je suis grande +pécheresse. Il y avoit peut-être un motif de +jalousie dans le dévouement du mari, et une +petite vengeance de cette jalousie, dans la +femme.</p> + +<p>Cette coutume devint fort ordinaire dans la +suite, et on la pratiqua jusques dans les +rues. Un cordelier un jour donna le fouet en +plein midi, sur les fesses, à un docteur en +théologie qui avoit prêché contre la conception +immaculée de la Ste.-Vierge, et les femmes +crioient : mon père, donnez-lui en quatre +coups pour chacune de nous.</p> + +<p>Vers l’an 1260, vint la superstition inouïe +de se fouetter soi-même, et la secte des flagellans +commença en Italie. Ils alloient tout +nuds en procession deux à deux, se flagellant +dans les rues et dans les places publiques. +Cette secte n’avoit point d’ailleurs de sentimens +opposés à ceux de l’église romaine. +Cependant Alexandre IV ne voulut pas l’autoriser, +et plusieurs princes chassèrent ces +flagellans de leurs états.</p> + +<p>Ces observations suffisent pour mettre le +lecteur en état de juger de l’histoire des flagellans +par l’abbé Boileau, s’il ne la connoît +pas ; et je renvoie ceux qui la connoîtroient +au livre lui-même, où ils trouveront des +choses curieuses et des détails plus étendus.</p> + +<p>Je ne puis me refuser au désir d’augmenter +la foule des exemples qu’on pourroit citer +de la flagellation volontaire, par celui de +St.-Dominique, surnommé <i>l’Encuirassé</i>. Cet +hermite ne se flagelloit pas seulement pour +lui, mais pour expier les iniquités des autres. +On croyoit alors que cent ans de pénitence +pouvoient se racheter par vingt pseautiers, +accompagnés de coups de fouet. Trois +mille coups valoient un an de pénitence, +et les vingt pseautiers faisoient trois cent mille +coups, à raison de mille coups par dixaine +de pseaumes. Dominique accomplissoit cette +pénitence de cent ans, en six jours. Il acquittoit +ainsi les péchés du peuple ; mais cette +flagellation continuelle rendit sa peau aussi +noire que celle d’un nègre. L’usage de ces +sortes de pénitence occasionna l’abolissement +des pénitences canoniques. Le principal avantage +de celles-ci étoit de détruire les plus +mauvaises habitudes, en faisant pratiquer +long-temps les vertus contraires, et non pas +en faisant flageller un hermite qui n’étoit pas +coupable. En effet, a dit un certain auteur, +le péché n’est pas comme une dette pécuniaire +que tout autre peut payer à la décharge +du débiteur, en quelque monnoie +que ce soit ; c’est une maladie dangereuse +qu’il faut guérir dans la personne même du +malade.</p> + +<p>Je serois tenté de croire que ces flagellans, +animés d’abord d’un saint zèle et du +désir de se mortifier, ont employé la fustigation +dans la vue de matter leur chair et de +faire pénitence ; mais dupes peut-être de ce +même zèle, et la nature ne perdant jamais ses +droits, ils ont continué, avec une espèce de +fureur, cette douce torture qui les dédommageoit +du plaisir que leur solitude leur défendoit ; +car enfin, c’étoit toujours un plaisir +goûté physiquement, même à l’insu du moral.</p> + +<p>Brantôme, dans la graveleuse et cynique +simplicité de son style<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>, dit qu’il a ouï +parler d’une grande dame de par le monde, +qui ne se contentant de lasciveté naturelle, +car elle étoit grande putain et étant mariée +et veuve, aussi étoit-elle très-belle ; pour +la provoquer et exciter davantage, elle faisoit +dépouiller ses dames et filles, je dis les +plus belles, et se délectoit fort à les voir, +et puis elle les battoit du plat de la main sur +les fesses avec de grandes claquades et <i>blamuses</i> +assez rudes ; et les filles qui avoient délinqué +en quelque chose, avec de bonnes verges, +et alors son contentement étoit de les +voir remuer et faire des <i>tordions</i> de leurs +corps et fesses, lesquels selon les coups +qu’elles recevoient, en montroient de bien +étranges et plaisans. Autrefois, sans les dépouiller, +les faisoit trousser en robe, car pour +lors elles ne portoient point de caleçons, et +les claquetoit et fouettoit sur les fesses, selon +le sujet qu’elles lui donnoient, ou pour +les faire rire ou pleurer, etc. etc. etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Page 370, tom. <small>I</small>. des vies des dames galantes +de son temps, édit. de Leyde, 1666, <i>in</i>-12.</p> +</div> +<p>Plus loin, il raconte qu’un grand prenoit +ainsi plaisir à voir sa femme nue ou habillée, +et à la fouetter de claquades, et à la voir manier +de son corps.</p> + +<p>Qu’une fort honnête dame, étant fille, était +fouettée par sa mère quatre fois tous les deux +jours, non pour avoir <i>forfait</i>, mais parce +que sa mère prenoit plaisir à la voir remuer +ainsi les fesses et le corps, pour autant en +prendre d’appétit ailleurs, et tant plus elle +alla sur l’âge de quatorze ans, elle persista +et s’y acharna de telle façon, qu’à mesure +qu’elle l’acostoit, elle la contemploit encore +plus. Il dit plus bas, qu’un très-grand seigneur +et prince, il y a plus de quatre-vingt +ans, avant d’aller habiter avec sa femme, +se faisoit fouetter, ne pouvant s’émouvoir ni +relever sa nature baissante, sans ce sot remède. +Je désirerois volontiers qu’un médecin +excellent m’en dît la raison.</p> + +<p>Voilà de terribles humeurs de personnes, +dit naïvement Brantôme, en parlant de +l’homme cité par Pic de la Mirandole, et +dont nous avons rapporté l’exemple dans cet +ouvrage.</p> + + +<h3>NOTE.</h3> + +<p>On a vu dans cette introduction que de +tous temps les prêtres faisant servir la religion +à leurs plaisirs, ont su couvrir de ce +masque redoutable les excès honteux où les +portoit un tempérament fougueux qu’allumoient +encore la macération qui tendoit à les +rendre plus lubriques, l’oisiveté, la tranquillité +des cloîtres, et la confiance aveugle qu’ils +avoient inspirés à leurs sots pénitens.</p> + +<p>Le traducteur, n’ayant entrepris que le seul +ouvrage de Meibomius, et non l’effrayant tableau +des crimes du clergé, et l’histoire générale +de la flagellation, prie les lecteurs +qui désireroient de plus grands éclaircissemens +sur cette matière, de consulter :</p> + +<p>1<sup>o</sup>. Essai philosophique sur le monachisme, +par Linguet, 1776, 1 vol. <i>in</i>-8<sup>o</sup>.</p> + +<p>2<sup>o</sup>. Nécessité de supprimer et d’éteindre les +ordres religieux en France, prouvée par l’hist. +philos. du monachisme, ou exposition abrégée +de ce que l’on trouve de plus singulier +et de plus curieux dans l’institution, la règle, +l’établissement et la vie des moines de tous +les cultes et de tous les pays. <i>Londres</i> 1789, +2 vol. <i>in</i>-8<sup>o</sup>.</p> + +<p>3<sup>o</sup>. Les prêtres démasqués, ou les iniquités +du clergé chrétien. Ouvr. trad. de l’anglais. +1767, <i>in</i>-8<sup>o</sup>. 1 vol.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">DE L’UTILITÉ<br> +<span class="large">DE LA FLAGELLATION</span><br> +DANS LA MÉDECINE<br> +<span class="small">ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE,</span><br> +<span class="xsmall">ET DES FONCTIONS<br> +DES LOMBES ET DES REINS.</span></h2> + + +<p>Voici enfin, mon cher Cassius, le petit +traité que je vous ai promis dans une orgie +bachique. Vous vous convaincrez, en le lisant, +que l’usage de la flagellation n’est pas +aussi extraordinaire qu’il le paroît au premier +coup d’œil. Je me souviens très-bien de +l’engagement que j’ai pris de vous communiquer +mes réflexions sur cet objet. Ce fut +lorsque nous nous trouvâmes dernièrement +à table chez notre ami commun Martinus Gerdesius, +conseiller du prince, et votre collègue, +mais je ne me rappelle pas précisément +à quelle occasion je vous dis que les +coups et la flagellation servoient quelquefois +à la guérison de plusieurs maladies, ce qui +vous parut un paradoxe. Quoi qu’il en soit, +je vais vous démontrer que l’expérience a +confirmé la bonté de ce remède, en m’appuyant +sur l’autorité des médecins qui l’ont +enseigné et pratiqué.</p> + +<p>Titus, disciple d’Asclépiade <a href="#aut-a">(A)</a> qui vivoit +sous le règne d’Auguste, comme je l’ai dit +dans mon ouvrage intitulé : <i>Vies des médecins</i>, +prétend, livre 2, de <i>l’âme</i>, que <i>les Maniaques +doivent être fouettés pour leur rendre le bon sens</i>.</p> + +<p><i>Cœlius Aurelianus</i>, livre 1, <i>des passions lentes</i>, +chap. 5, dit que les personnes attaquées +de la <i>mélancolie érotique</i>, ou qui sont dans le +délire, doivent être aussi fouettées, quand +les autres moyens n’ont rien fait, et que dans +plusieurs individus, cette opération a guéri +l’aliénation d’esprit.</p> + +<p>Rhazès, livre 1, <i>de la continence</i>, chapitre +IV, d’après un célèbre médecin juif dont il +invoque le témoignage, ordonne de lier la +personne attaquée de la manie érotique et de +la frapper à grands coups de poing ou de verges, +si les autres remèdes ont été infructueux, +et d’administrer ce topique à plusieurs +reprises, si le bien ne s’opère pas dès la première +fois ; une seule hirondelle, pour me +servir de ses termes, ne faisant pas le printemps.</p> + +<p>Antoine Gaignier pense<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> comme Rhazès, +et Valescus de Tarente s’exprime ainsi<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> : +« si le malade est jeune, il faut le frapper +sur les fesses à grands coups de verges, +et si l’érection ne se fait pas, l’enfermer +dans un cul de basse fosse, l’y tenir au +pain et à l’eau jusqu’à ce qu’il demande +pardon de son invergence, et lui faire observer +un régime rigoureux. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>Pract. Tract.</i> XV. cap. XII.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>Philonium</i>. lib. I. c. XI.</span></p> +</div> +<p>Si nous en croyons Sénèque, livre 6, +<i>des Bienfaits</i>, chapitre 8, la flagellation +dissipe la fièvre quarte, parce que le mouvement +réchauffe et divise l’humeur âcre, +épaisse et noire, qui étoit stagnante dans +les viscères, comme le dit fort bien Juste +Lipse dans ses commentaires.</p> + +<p>Jérôme Mercurialis<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>, <a href="#aut-b">(B)</a> nous apprend +que plusieurs médecins ont ordonné +la flagellation à des personnes maigres, pour +les engraisser et leur donner de l’embonpoint.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. IV <i>de arte gymnasticâ</i>, cap. IX.</span></p> +</div> +<p>Galien<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> citant à ce sujet les stratagèmes +des marchands d’esclaves, qui se servoient +de ce moyen pour les faire paroître plus +brillans de fraîcheur et d’embonpoint, ne +laisse aucun doute sur l’efficacité de ce remède<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>. +Il est certain qu’il fait gonfler la +chair et attire à elle les alimens. Personne +n’ignore que la flagellation avec des orties +vertes a le plus grand succès pour raffermir +les membres et rappeler la chaleur et le +sang dans les parties qui en sont privées.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>Meth. med.</i> lib. XIV, c. XVI.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Combien de nourrices, sans avoir consulté +Jérôme Mercurialis, ni Galien, ont recours à ce +stratagême qu’elles connoissent par tradition, et +claquant les enfans sur les fesses, avant de les +rendre à leurs mères, trompent par cet embonpoint +factice et momentané, la confiance des tendres +parens qui leur ont livré ces intéressantes +créatures.</p> +</div> +<p>Cælius Aurelianus<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a> et Thémison, liv. 1 +<i>des Passions lentes</i>, veulent que ce soit avec +de la férule.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. II, <i>Chr.</i> c. I.</span></p> +</div> +<p>Elidæus de Padoue<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> n’hésite pas d’ordonner +la flagellation avec des orties vertes +sur les membres tendres et délicats des petits +enfans, pour hâter l’éruption de la petite +vérole.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">Consil. Med.</i> 282.</p> +</div> +<p>Thomas Campanella, <a href="#aut-c">(C)</a> que nous avons +autrefois connu à Naples, semble mettre en +avant une opinion nouvelle et inadmissible, +en attribuant à la flagellation la vertu de +guérir les obstructions du bas ventre. Il raconte<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a> +que le prince de Venuse<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> un +des meilleurs musiciens de son siècle, ne +pouvoit aller à la garde-robe sans avoir été +préalablement fustigé par un valet gagé pour +remplir cette fonction ; ajoutant qu’il seroit +dangereux de retenir sa respiration pendant +qu’on se feroit administrer ce remède, et j’en +conviens.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. III. <i>Medicinalium</i>. c. V. art. XII.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> <i>Venuse</i>, aujourd’hui <i lang="it" xml:lang="it">Venosa</i>, ville de l’Italie +méridionale, dans la Basilicate, près Naples, au +pied de l’Apennin. Elle fut la patrie d’Horace.</p> +</div> +<p>Il est des personnes qui ne peuvent goûter +les plaisirs de l’amour, si elles ne sont +aiguillonnées par la fustigation. Cette cérémonie +étrange les embrâse des feux de la lubricité, +jusques à les faire écumer, et fait +dresser vers le ciel cette partie qui constitue +la virilité, de manière que son oscillation +suit le nombre et le son des coups +appliqués, pour ainsi dire, en cadence ; et +voilà précisément ce que vous rejettiez comme +une plaisanterie et une chose incroyable, +quand j’en parlai la première fois. Je vais +pourtant mettre en usage, mon cher Cassius, +tout ce que je crois capable de vous +en convaincre, en m’étayant du témoignage +des auteurs les plus dignes de foi, pour +vous prouver que ceci n’est point une innovation, +et que le caprice n’a aucune part +à cet usage, et j’y joindrai les raisons et +les exemples, d’après lesquels divers médecins +et moi avons trouvé la chose vraisemblable. +Je ne m’étendrai cependant pas beaucoup +dans ce moment-ci sur la nécessité d’employer +les orties vertes, pour en frapper les +parties génitales.</p> + +<p>Menghus Faventinus<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a> assure qu’elles +ont une propriété merveilleuse pour allonger, +tendre, grossir et ériger le membre viril, qui, +par une parcimonie de la nature, feroit craindre +la stérilité.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Pract. part. II cap. <i>de passion. membr. +genital.</i></span></p> +</div> +<p>Pétrone vous apprendra, si vous le consultez, +combien elles sont utiles pour guérir +l’impuissance, et rendre aux amans leurs forces +éteintes par de trop fréquentes jouissances +en faisant parler Encolpe de cette manière :</p> + +<p>« Cette partie de mon corps par laquelle +j’étois autrefois un Achille, étoit alors entièrement +morte et plus froide que la neige, +et sembloit s’être retirée au fond de mes +entrailles, sillonnée de mille rides. Ma +verge ressembloit à du cuir détrempé dans +de l’eau, etc. »</p> + +<p>Je ne fais ici que transcrire l’auteur qui +continue ainsi :</p> + +<p>« Enothée, prêtresse de Priape, lui ayant +promis de la lui rendre aussi dure que de +la corne, mêle du cresson alenois avec de +l’avrône, en forme un onguent qu’elle applique +sur ses testicules, et armant ses +mains d’une poignée d’orties vertes, l’en +frappe légèrement au-dessous du nombril, +sur les reins et sur les fesses. »</p> + +<p>Mais pour revenir à la grande et véritable +flagellation, écoutons ce que raconte à ce +sujet <i>Jean Pic, comte de la Mirandole</i>, <a href="#aut-d">(D)</a> +qui vivoit, il y a 150 ans. Il fait ainsi, livre 3, +chap. 27, de son ouvrage <i>contre les astrologues</i>, +l’histoire d’un de ses amis.</p> + +<p>« Je connois, dit-il, et il existe encore, +un homme dont le tempérament amoureux, +et les excès n’ont peut-être jamais eu d’exemple. +Il ne peut caresser une femme, malgré +la violence de ses desirs, s’il n’est auparavant +fustigé. En vain sa raison lui fait regarder +comme un crime ce rafinement de volupté, +sa fureur pour ce cruel plaisir est +telle qu’il encourage lui-même, et accuse de +mollesse et de lâcheté celui qui le fouette, +lorsque la fatigue ou la pitié lui font ralentir +ses efforts. Le patient n’est au comble de +ses plaisirs, qu’en voyant ruisseler le sang +dont une grêle affreuse de coups, a couvert +les membres innocens du libertin le plus +effréné. Ce malheureux reclame ordinairement +pour ce service, avec les plus instantes +supplications, la main de la femme avilie +dont il veut jouir, lui donne lui-même les +verges qu’il a fait tremper dès la veille, dans +le vinaigre, et lui demande à genoux la faveur +insigne d’être ainsi déchiré. Plus elle +frappe avec violence, plus elle acquiert de +droits à son amour et à sa reconnoissance, +en lui rendant des feux qu’il n’avoit plus, +jusqu’à ce que le dernier période de la souffrance +et l’épuisement total de ses forces, +lui fassent goûter la plénitude de la volupté +en égale proportion. Trouvez un seul homme +pour qui le comble de la douleur, et cette +espèce de torture doivent être celui du plaisir, +et si d’ailleurs il n’est pas entièrement +corrompu, lorsque, de sang froid, il connoîtra +sa maladie, il rougira de ses excès +et les détestera ». Jusqu’ici c’est Pic de la +Mirandole qui a parlé, mais la même chose +est rapportée par <i>Thomas Campanella</i> déjà +cité, et <i>Jean Névisan</i> <a href="#aut-e">(E)</a> livre 1 de ses <i>Sylves +Nuptiales</i>, art. 130. Si je ne me trompe, +l’homme dont parle <i>Cælius Rhodiginus</i> <a href="#aut-f">(F)</a> +livre 2, chap. 15 de <i>ses anciennes leçons</i>, avoit +ce goût-là de commun avec l’ami de Pic de la +Mirandole ; et d’après Cœlius, <i>André Tiraqueau</i> +<a href="#aut-g">(G)</a>, art. V de son <i>Traité des Loix +du Mariage</i>. Mais écoutons Cœlius.</p> + +<p>Des personnes dignes de foi, dit-il, assureront +avoir connu, il y a quelques années, +un homme qui par un contraste bien étonnant +et qu’on aura peine à croire, joignoit au +physique le plus froid et le plus inhabile aux +plaisirs de Vénus, l’imagination la plus érotique +et le génie le plus ardent. Il n’avoit +d’aptitude, de chaleur et de force pour la +lutte amoureuse, qu’à proportion des coups +de verge qu’il avoit reçus, et vous n’eussiez +pu savoir lequel lui causoit le plus de volupté +ou de la volupté elle-même, ou de la +douleur qui en étoit la source et l’agent : à +moins que la juste proportion de la seconde +ne le conduisît à la perfection des délices +de la première. Il s’abaissoit jusqu’aux prières +pour être frappé de verges qu’il avoit fait +durcir, depuis la veille, dans du vinaigre. +La rage qu’allumoient en lui les desirs, le +portoit à accabler de reproches et d’injures +celui qu’il avoit chargé de cet office, dès +qu’il frappoit trop mollement, et lui faisoit +regarder comme imparfaite, infructueuse et +nulle, toute séance qui n’étoit pas terminée +par une effusion de sang. Cet homme +est, je crois, le seul qui également avide +de plaisirs et de souffrances, ne savouroit +l’un qu’au moyen de l’autre, et pour qui les +plaies, les déchiremens et l’effusion de sang +fussent et le prélude et le complément des +titillations et de la jouissance<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>. <i>Othon +Brunsfeld</i> <a href="#aut-h">(H)</a> médecin célèbre, dans son +<i lang="la" xml:lang="la">Onomastic. Medic.</i>, rapporte l’anecdote suivante :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Tamerlan, ce fameux empereur d’Asie, qui +se faisait appeller <i>le Fils de Dieu</i>, fut père de cent +enfans et vainqueur de cent peuples, se faisoit +fustiger par esprit de débauche.</p> + +<p>Lucien, tome 3, de la traduction de Perrot d’Ablancourt, +parle d’un certain Pérégrinus qui avoit +le même goût. Ce philosophe se fouettoit en public +au milieu de tout un peuple et se débarrassoit +d’une surabondance de liqueur seminale aussi effrontément +que Diogène : ce qui leur fit donner à tous +deux le nom de <i>Cynique</i>. Ce même Pérégrinus, +surnommé <i>Protée</i>, se fit chrétien, ensuite apostat, +et finit par se brûler publiquement aux jeux Olympiques.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">« Lorsque sur un bûcher Pérégrin las du jour,</div> +<div class="verse">» D’un trépas éclatant cherche la renommée,</div> +<div class="verse">» Un <i>Cynique</i> orgueilleux s’évapore en fumée.</div> +</div> + +</div> +<p>(Racine. Poëme de la Religion, chant 4. pag. 133, +vers 306.)</p> +</div> +<p>De son temps vivoit à Munich, résidence +des ducs de Bavière, un homme qui ne pouvoit +s’acquitter envers sa femme du devoir +conjugal, s’il n’étoit pas auparavant fustigé +à toute outrance. Un fait qui s’est passé sous +nos yeux tout récemment et à Lubeck même, +vient à l’appui de ce que j’ai déjà raconté.</p> + +<p>Un citoyen de cette ville, marchand de +beurre et de fromage, demeurant sur la place +des moulins, fut, entr’autres crimes dont on +le chargeoit, accusé d’adultère, dénoncé aux +magistrats et le procès fait, condamné au +bannissement. Une fille de joie avec laquelle +cet homme avoit depuis long-temps un commerce +de libertinage, traduite devant les +sénateurs chargés de la justice criminelle, et +qu’on nomme <i lang="de" xml:lang="de">die Gerichts herren</i>, avoua qu’il +n’avoit jamais été habile à consommer l’acte +de la génération, sans être auparavant fustigé, +et qu’après une première course, il +lui étoit impossible d’aller plus loin, si elle +ne réitéroit l’opération douloureuse et salutaire, +en doublant la dose<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>. Le coupable +nia d’abord le fait ; mais pressé par des +interrogatoires fréquens et sévères, il fut contraint +de tout avouer. J’ai pour garans de la +verité de cette anecdote, les juges eux-mêmes, +Thomas <i>Storning</i> et Adrien <i>Moller</i>, +mes amis, et qui, comme vous le savez, +vivent encore. Il y a très-peu de temps qu’une +personne occupant une des premières places +à Amsterdam, fut accusée d’avoir une liaison +de débauche avec une fille que pourtant +il ne pouvoit exploiter, sans avoir été +préalablement excité par une ample flagellation. +L’affaire ayant été portée devant les +tribunaux, la perte de son emploi fut le +châtiment de sa lubricité, et long-temps après +son aventure, il étoit encore la fable de +la ville. Ainsi, vous ne voudrez, ni ne pourrez, +je crois, vous refuser à l’évidence des preuves +dont je m’environne pour vous persuader. +Tâchons donc de rendre raison, s’il est +possible, d’une chose qui paroît, au premier +coup d’œil, si extraordinaire. Si vous consultez +les astrologues, ils allégueront l’influence +des astres, et diront qu’une puissance occulte +et particulière du ciel, est l’unique cause de +cette manie aussi extraordinaire que dépravée +de certains êtres. Ils vous diront sans doute, +avec Pic de la Mirandole, que la planète de +Vénus présidant à la conception de l’homme +a été croisée et pour ainsi dire frappée par +les rayons opposés d’un autre astre, dont +elle a contracté la malignité.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Sénèque parle aussi d’une courtisanne qui +n’employoit d’autre moyen que la fustigation pour +réveiller l’amour de son galant, lorsqu’il se refroidissoit.</p> +</div> +<p><i>Francisc. Junctinus</i><a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> <a href="#aut-i">(I)</a> fait sur cela un +très-long commentaire ; mais le ciel et les astres +étant des causes universelles, et ne pouvant +produire dans tel ou tel autre individu +des effets si particuliers, Pic de la Mirandole +les rejette avec raison et cherche une +cause plus immédiate. Il attribue donc le +goût dépravé de son ami à une longue habitude, +et continue ainsi son histoire : « Lui +demandant l’origine d’une passion aussi +inouïe, il me répondit qu’il la devoit à un +enfant : ce début piquant de plus en plus ma +curiosité, sur les instances réitérées que je +lui fis, pour qu’il m’en développât davantage +les causes principales et accessoires, il +ajouta qu’il avoit passé ses premières années +de collége avec des enfans très-débauchés, +parmi lesquels le plaisir de se fouetter étoit +très-commun et qui attachoient un certain +prix à se rendre réciproquement ce service +qui prostituoit leur pudeur. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Chap. 6 de <i lang="la" xml:lang="la">Judiciis Nativ.</i></p> +</div> +<p>Cœlius est du même avis que Pic de la Mirandole, +dont il n’a fait que copier l’anecdote, +en adoptant son opinion sur les causes +de cet étrange déréglement. « Ce qui n’est +pas moins surprenant, ajoute ce dernier, +c’est que cet homme connoissoit toute la +turpitude de cette habitude infâme et bizarre, +la détestoit sincèrement et la réprouvoit +avec toute la sévérité d’un juge +inflexible ; mais la force de l’habitude l’emportant +sur sa raison, il se livroit à son +invincible penchant, dans l’instant même +qu’il le condamnoit. Cette habitude s’étoit +invétérée et avoit jetté des racines +d’autant plus profondes, qu’elle avoit été +contractée dès l’âge le plus tendre, et s’étoit +considérablement accrue par les charmes +du plaisir qu’il avoit trouvé à se fouetter +dans le commerce criminel de ses camarades. +Exemple frappant de l’importance +de l’éducation, qui montre combien elle +est précieuse et combien elle décide de +nos mœurs et de notre condition, pour le +reste de la vie ». J’avoue, lui dis-je, que +l’habitude est si puissante qu’elle devient, pour +ainsi dire, une seconde nature. Aristote<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> +l’a dit, et Ennius après lui l’a répété dans +ces termes :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>Libr.</i> de <i>Memor.</i> et <i>reminisc.</i> +c. 3 libr. 7. et c. 10. <i>Ethic.</i></span></p> +</div> +<p>« Un long usage devient coutume ; cette +coutume s’accroît par les réflexions, devient +habitude, et cette habitude, par succession +de temps, devient enfin pour les +hommes une seconde nature. »</p> + +<p>Galien dans son traité de l’habitude, chap. 2 +et 3, a démontré avec beaucoup d’élégance, +avec quelle force et quelle tyrannie l’habitude +maîtrise toutes nos actions, en l’appelant +une seconde nature<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Peut-être +aussi que, dans le fait mentionné dans Cœlius +et Pic de la Mirandole, l’habitude a pu, par +succession de temps, faire beaucoup à la +chose ; mais il n’en est pas de même des +hommes de Munich et de Lubeck, cités par +Brunsfels et moi. Pourquoi, dit Campanella, +qui a déjà parlé plus haut, l’ami de Pic de la +Mirandole est-il le seul des compagnons de +ses premières fredaines, qui en ait conservé +le souvenir et la dangereuse habitude, et +pourquoi ceux-ci n’ont-ils pas la même ardeur +que lui pour la fustigation ? Les effets +et les vices d’une habitude quelconque sont +uniformes et doivent être particuliers à chacun +des individus qui l’ont adoptée. Il n’est +pas vraisemblable que ceux dont nous avons +parlé, se soient ainsi prostitués dès leur +première enfance, en cherchant à se faire +une foible image des plaisirs qu’ils ne connoissoient +pas, par des flagellations réciproques. +Je félicite au contraire notre vertueuse +Allemagne d’ignorer ces rafinemens honteux +de la débauche, ces pollutions, ces attouchemens +impurs et scandaleux entre les enfans +d’un même sexe ; ou quand, par hasard, +quelqu’un s’en est rendu coupable, (si tant +est qu’on en puisse citer un exemple) d’en punir +sévèrement les auteurs et en effacer l’opprobre +au milieu des flammes. Quintilien, +dans sa déclamation pour le soldat Marianus +dont un tribun avoit voulu faire son Ganymède, +s’exprimoit ainsi jadis, en parlant de +nos ancêtres : « Les Germains ne connoissent +pas même le nom de ce crime abominable, +et l’on vit plus saintement sur les +bords de l’Océan<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a> ». Nous en avons +parlé plus amplement dans nos commentaires +sur le serment d’Hyppocrate, chap. 19.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Liv. 2, la Tempérance, chap. 4 et liv. 3 <i lang="la" xml:lang="la">de +Simpl.</i> c. 19.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Vessius pense que les déclamations attribuées +ici à Quintilien l’orateur, ne sont ni de lui +ni de son grand père, quoique ce dernier en ait +laissé 145. Il les attribue au jeune Posthume qui prit, +dit-on, le nom de César et d’Auguste dans les Gaules, +avec Posthume son père, l’an 260 de J. C.</p> +</div> +<p>L’influence des planètes et celle de l’habitude +n’étant point capables de donner à la +flagellation la vertu d’exciter à l’amour, +voyons enfin à lui chercher une autre cause +plus directe et plus naturelle : il faut donc +pour cela reprendre les choses de plus haut, +et remarquer premièrement que cette flagellation +ne se fait que sur le dos ; vérité dont +la déposition de la courtisanne de Lubeck +et autres ne permettent pas de douter ; les +parties génitales de l’homme étant de nature +par leur délicatesse et leur extrême sensibilité, +à ne pouvoir endurer des coups de +verges, et à plus forte raison jusqu’à l’effusion +de sang. C’est donc ordinairement sur +le dos que se fait cette opération. Les lombes +occupent la plus grande partie du dos. +Cette partie a pour base cinq vertèbres qui, +placées au-dessous de celle de la poitrine, se +prolongent et aboutissent à <i>l’os sacrum</i>. Elles +sont couvertes au-dehors de muscles et d’une +peau épaisse et grasse, et au-dedans des muscles +qui l’enveloppent et forment sa partie haute, +nommés par les grecs <i>Psoas</i>, d’un muscle +de même nom, et par les latins <i lang="la" xml:lang="la">pulpa</i> de <i lang="la" xml:lang="la">palpare</i>. +Ils soutiennent les reins de droite et de gauche, +remplissent par leur étendue, l’espace +de quatre vertèbres et se joignent à la veine +cave et à la grande artère. De la veine cave +et de la grande artère, les reins<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a> reçoivent +les grands vases, qu’on nomme émulgens, +spermatiques ou lombaires. Il y en a +un de chaque côté. Viennent ensuite la +veine et l’artère dont les ramifications s’étendent +sur toute la substance de ces vases. +A droite de la veine cave et sous l’émulgente, +la veine droite séminaire prend naissance, +et l’artère séminaire qui, partant de +la grande artère, descend dans le testicule +droit. A gauche, l’artère séminaire descendant +du tronc de la grande artère, et la +veine séminaire de la veine gauche émulgente, +se rendent dans le testicule gauche. +Ces parties sont composées d’une infinité de +nerfs qui prennent leur source dans la +moëlle de l’épine, et par lesquels les sucs +contenus dans les vertèbres sont filtrés dans +les reins dont ils pénètrent non-seulement +l’enveloppe, mais encore la substance. De +la cavité des reins, les canaux uretères se +prolongent jusques à la vessie à laquelle +ils sont attachés. Toutes ces parties ayant +la même tâche à remplir dans l’acte de la +génération, on les a désignées sous la dénomination +de <i>lombes</i>, et c’est le sentiment +de Marsilio Cagnati, <a href="#aut-k">(K)</a> livre 4, chapitre +7 de ses diverses leçons. Les auteurs +ont fait d’assez exactes recherches sur les +fonctions assignées à chacune de ces parties ; +savoir : les os, les muscles, les reins +et les vases, et tous sont d’accord. Cagnati<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> +dit qu’elles concourent, chacune selon son +emploi, à élaborer la semence et perfectionner +l’ouvrage de la génération, suivant les +loix immuables de la nature. Jérôme <i>Montuus</i><a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a> +et André Tiraqueau, le plus célèbre +de vos jurisconsultes, livre 15, de son +traité <i>de la loi des mariages</i>, art. 40, 41 et 42, +sont du même avis, après l’examen le plus +scrupuleux de cet objet. Consultez l’écriture +sainte, toute l’antiquité, les auteurs sacrés +et profanes, tous n’ont qu’une voix sur la +destination des lombes, des reins et des flancs. +Plusieurs passages de l’écriture sainte nous +prouvent que les lombes sont les instrumens +de la génération. On lit dans la Génèse, +chap. 31, verset XI : « des rois sortiront +de vos lombes. » Dans l’épitre de St. Paul +aux Hébreux, chap. 7, vers. 5 : « <i>vous êtes +les enfans d’Abraham et sortis de ses lombes.</i> » +et verset 10 : « Levi sortit du même endroit. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> Le mot de R<small>EINS</small>, en Latin +<span lang="la" xml:lang="la">R<small>EN</small>, R<small>ENES</small></span>, +vient du Grec <i>Reein</i>, qui signifie couleur, parce que +c’est des reins que l’urine coule. Ils sont deux, et +ressemblent à ces légumes appellés phaséoles. Leur +substance est rouge et dure, couverte d’une membrane +déliée et d’une autre grasse, qui est un replis +du péritoine. Leur longueur est de 4 ou 7 travers +de doigt, leur largeur presque de trois et leur épaisseur +de deux. Les Grecs nomment encore les reins +<small>OURETERES</small>, c’est-à-dire, canaux uretères, parce +qu’ils y sont contenus, comme il est dit plus bas.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. 2. <i>de anim.</i></span> texte 35.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>Pract. part.</i> I. lib. IV</span>, chap. dernier.</p> +</div> +<p>Basile le grand, dans son commentaire sur +Esaïe, chap. XVI, dit que dans plusieurs +passages de l’écriture, l’expression de lombes +est employée pour désigner les membres +servans à la génération.</p> + +<p>Origène, <a href="#aut-l">(L)</a> Homelie 1, commentant le +verset 109, pseaume 37 : « mes lombes sont +remplis d’illusion, » l’explique ainsi : les +lombes étant les réservoirs de la semence, +le psalmiste indique la nature du péché, en +se servant du nom de la partie qui sert à +le commettre. L’expression de ceindre ses +reins étoit passée en proverbe chez les Hébreux, +pour signifier la continence et l’éloignement +des voluptés charnelles. Jehovah, +livre de Job<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a> dit en y faisant allusion. +« Ceins tes reins comme un homme courageux ; » +c’est-à-dire, reprime la luxure en +homme courageux. Isidore <a href="#aut-m">(M)</a> livre XI, +chap. I de ses O<small>RIGINES</small>, dit qu’il faut +l’interprêter ainsi : que le moyen de résister +et le préservatif contre la luxure doit +être appliqué aux parties dont la rébellion +et la complexion brûlante nous portent à ce +crime. Voyez Suidas, au mot PSOA.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Chap. 39, v. III. et c. XL, v. <small>II</small>.</p> +</div> +<p>Saint Jérôme dans son commentaire sur +Nahum, chap. II, v. 1, parle ainsi : « Regarde +ton chemin, affermis tes lombes et +arme-toi de courage. »</p> + +<p>Saint Mathieu, chap. 3, vers. 4, dit en +parlant de St.-Jean Baptiste : « Il portoit +une ceinture de peau autour des reins. » +St.-Grégoire de Nazianze, discours 42, et +Nicétas dans ses commentaires, sur <i>idem</i>, +nous disent la même chose. C’est aussi dans +le même sens qu’il faut interprêter Esaïe<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> +Jérémie<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>, St. Paul<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a> et Salomon qui dit en +parlant de la femme forte et chaste : « <i>elle +a ceint ses lombes de courage</i> »<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a> St.-Pierre<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a> +dit « <i>ceindre les reins de son âme</i> », ce que +Montuus déjà cité traduit par « <i>écarter de son +âme toute pensée impure et lascive</i> ». Si je ne +me trompe, les Romains ont fait allusion à ces +allégories, lorsqu’ils ont dit, <i>être ceint, porter +la ceinture</i>, pour désigner la sagesse, la +modestie et la pureté virginale, et <i>délier</i> sa +ceinture, pour être au contraire, l’emblême +de la dissolution des mœurs, comme je l’ai +plus amplement décrit dans la vie de Mœcènes. +On observe encore aujourd’hui dans les +Gaules l’usage de ceindre d’un ruban, cordon +ou écharpe de soie, ceux à qui l’on décerne +le triomphe littéraire, et qu’ils portent +comme un monument glorieux des talens qui +les distinguent du vulgaire. Ce qui, selon +François Ranchin<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>, dénote sur-tout dans +les médecins, la nécessité d’être chaste. La +ceinture annonce la contraction des reins, +leur inaction, et partant la sagesse qui reprime +la rébellion et l’effervescence des lombes +qui nous portent à la débauche. C’est +ce qui a fait croire aux anciens que Diane, +déesse de la chasteté, portoit toujours une +ceinture. La délier étoit chez eux le premier +effet du mariage, et annonçoit la désertion +de la fleur virginale<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>, et cette +commission étoit donnée à l’époux. Aëtius +<a href="#aut-n">(N)</a> dit<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a> que les plaisirs du mariage +sont funestes à ceux qui ont les reins ou +les lombes foibles, et nommés pour cela +<i lang="la" xml:lang="la">Elumbes</i>, c’est-à-dire, <i>éreinté, érené</i>. Eustathe +a fait passer ce mot en proverbe, en +disant <i>efflanqué comme un âne de Mysie</i>. Elumbis, +<i lang="la" xml:lang="la">qui se se erigere non potest</i>. En italien, +<i lang="it" xml:lang="it">dilumbato</i> ; en espagnol, <i lang="es" xml:lang="es">flaco</i> ; en anglais, +<i lang="en" xml:lang="en">he that hath feble loynes</i>. Hadrianus Junius, +cent. 6. ad. 48. donne le nom d’âne de Mysie +aux éreintés ; ce qui a fait dire à Pétrone +que les personnes ruinées par leurs fréquens +sacrifices à Vénus, ont les reins lâches, c’est-à-dire, +<i>sans ceinture</i>. « Encolpe, dit-il, avoit +publié par-tout qu’il avoit la goutte et les +reins de la plus grande foiblesse. » Catulle, +épigramme XVI, parle de ceux qui ne peuvent +donner un mouvement souple et facile +à leurs lombes endurcis. Et Martial, au contraire, +livre 5, épigramme 79, dit : « donner +à ses lombes souples et lascifs un tremblement +voluptueux. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> C. 32 v. 11.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Chap. I, vers. 17.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Epitr. aux Ephésiens, c. IV v. 14.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Prov. ult. vers. 17.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Epit. I. chap. I. vers. XIII.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Commentaires sur le serment d’Hyppocrate</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Horace nomme les Grâces <i lang="la" xml:lang="la">decentes, pudicas</i>, +lorsqu’elles ont leur ceinture, et <i lang="la" xml:lang="la">solutis zonis</i>, quand +il veut qu’elles président à ses orgies et aux mystères +de la voluptueuse déesse d’Amathonte. Voyez +l’ode XXX. liv. I. <i lang="la" xml:lang="la">O Venus, regina Gnidi Paphique</i>, +etc.</p> + +<p>La ceinture ayant de tout temps été l’emblême de +la virginité, une femme ne doit plus la porter. +Nos élégantes et nos impures nous en imposent +donc bien effrontément, en ceignant leurs tailles, +même à 40 ans, d’un large ruban bleu, noir, aurore +ou coquelicot. C’est ainsi que la manie des +modes nous fait perdre de vue, lors même qu’elle +conserve celles que nous avons reçues des anciens, +leur sagesse qui cachoit toujours des maximes de +morale et des emblêmes de vertu dans tout ce qu’ils +adoptoient, pour tous les détails qui ont rapport +à la vie et au vêtement.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Disc. 3, chap. 8, de son <i>Tetrabiblos</i>.</p> +</div> +<p>L’auteur anonyme de l’épigramme XVIII +du <i lang="la" xml:lang="la">Priapeia</i>, s’exprime ainsi :</p> + +<p>« Quand la courtisanne Téléthuse agitera-t-elle +voluptueusement sur toi ses reins +souples et lubriques ? »</p> + +<p>Le mot <i lang="la" xml:lang="la">fluctuare</i> peint le mouvement d’oscillation +et la manière de s’agiter et de se +soulever de bas en haut, comme les flots, +en grec, <i>ricnoustai</i>, en latin <i lang="la" xml:lang="la">crissare</i><a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>. C’est +de-là qu’on a donné le nom de <i>ricnoma</i> à une +sorte de danse grecque fort lascive<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>. Telle +est de nos jours celle que nous appellons la +<i>bergamasque</i>, qui ne se danse que sur les théâtres, +ou par des personnes masquées. Juvenal +paroît y faire allusion, lorsqu’il parle, +satyre 2, des jeunes Romaines, dont on applaudissoit +l’adresse à se laisser doucement +aller à terre, en agitant leurs fesses avec un +tremblement voluptueux.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">Indecenter flecti, curvari</i>, s’agiter, se plier, +se courber d’une manière indécente et lubrique.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Les O-Taïtiens ont une danse semblable, et +les Espagnols ont le <i lang="es" xml:lang="es">fendango</i>. Voyez le voyage en +Espagne par le marquis de Langle, tom. I, page 145.</p> +</div> +<p>Arnobe, livre 2. « Une troupe lubrique +formoit des danses dissolues, sautoit en désordre +et chantoit, tournoit en dansant et +à certaine mesure, soulevant les cuisses et +les reins, donnoit à leurs fesses et à leurs +lombes un mouvement de rotation qui auroit +embrâsé le spectateur le plus froid<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>. » Voyez +dans les lettres grecques celle qui est intitulée, +<i>Megara à Bacchides</i> sur la Thryallide.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> <span class="i">Nous valons bien les Romains pour la débauche. +Nous avions, il y a cent ans, les danses de caractère, +la fricassée, et les rondes de société. Nous avions les +danses lascives que les princes du sang et la reine faisoient +exécuter à Brunoy, à Trianon et à Compiègne, +par les acteurs et actrices qui jouoient le <i>théâtre gaillard</i>, +pour ranimer leurs majestés épuisées.</span></p> +</div> +<p>Perse fait allusion à cette danse, lorsqu’il +dit des vers licencieux qui remplissent l’esprit +de l’auditeur des idées les plus voluptueuses :</p> + +<p>« Qu’il fait beau voir là nos grands de +Rome s’agiter de lascive manière, et murmurer +d’une voix tremblante, lorsque ces +vers libidineux pénètrent jusqu’au siège des +plaisirs (les lombes), et qu’une molle +prononciation chatouille leurs sens ! »</p> + +<p>Juvenal, satyre 6, vers 314, dit, en parlant +des flûtes des prêtresses de la bonne déesse :</p> + +<p>« On sait à présent ce qui se passe aux +mystères de la bonne déesse, quand la +flûte agite ces ménades, et fait tremblotter +voluptueusement leurs reins ; lorsqu’également +ivres de sons et de vin, elles laissent +voler leurs cheveux en tourbillons, +et invoquent Priape à grands cris. »</p> + +<p>Isidore prétend que le mot lombes, <i lang="la" xml:lang="la">Lumbus</i>, +vient de <i lang="la" xml:lang="la">libido</i>, <i>desir</i>, parce que c’est +dans les lombes que réside chez les hommes +la cause de leurs désirs et l’aiguillon de la +volupté.</p> + +<p>Nicolas Perrot, dans son ouvrage intitulé +<i lang="la" xml:lang="la">Cornucopia</i> <a href="#aut-o">(O)</a> leur donne la même étymologie. +Il fait dériver <i lang="la" xml:lang="la">lumbi</i> de <i lang="la" xml:lang="la">lubendo</i>, en intercalant +une lettre, comme on le pratique assez +ordinairement : ainsi de <i lang="la" xml:lang="la">cubo</i> on fait <i lang="la" xml:lang="la">cumbo</i> ; de +<i lang="la" xml:lang="la">pago</i>, <i lang="la" xml:lang="la">pango</i> ; de <i lang="la" xml:lang="la">frago</i>, <i lang="la" xml:lang="la">frango</i>, +etc. (Voyez +le savant Matth. Martinius, dans son <i lang="la" xml:lang="la">lexicon +etymologicum</i>.</p> + +<p>Les lombes et les reins qui en forment la +plus grande partie ont tous deux les mêmes +fonctions, pour peu que vous fassiez attention +à leur conformation. On voit dans le livre +des rois, ch. 7, v. 12, qu’ils servent à la +génération. « Le fils qui est sorti de tes +reins. »</p> + +<p>Tertullien <a href="#aut-p">(P)</a> dans son traité de <i>la résurrection +de la chair</i>, nomme les reins les réservoirs +de la semence.</p> + +<p>Le prêtre Hésychius (ou autrement dit par +corruption, Isicius) dans ses commentaires +sur le <i>Lévitique, liv. I</i>, dit que les reins sont +les dispensateurs de la liqueur séminale dans +le coït ; et plus loin : c’est dans les reins +que se forment et se conservent les fluides +destinés à la génération.</p> + +<p>St.-Augustin, pseaume 7. v. 2, dit que par +les reins, on entend les plaisirs de l’amour.</p> + +<p>St.-Jérôme commentant Nahum, dit que tout +ce qui a rapport au coït émane du ministère +des reins, et répète à peu-près la même +chose dans son commentaire sur Ezéchiel, +chap. 16.</p> + +<p>On lit dans Jérémie<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a> et dans l’apocalypse<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>, +sondant les reins et les cœurs : ce +que Nicolas de Lyre <a href="#aut-q">(Q)</a> explique par, examinant +et punissant nos concupiscences et +nos mauvaises pensées ; l’écriture sainte désignant +par le <i>cœur</i>, nos pensées, et par les +<i>reins</i>, les mouvemens de la chair. C’est par +cette raison que David<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a> prie le seigneur +de brûler ses reins et son cœur, expressions +adoptées par l’église dans ce passage d’un +hymne :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Chap. 17, vers. 10.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> Chap. 2, vers. 20.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> Ps. 26, vers. 2.</p> +</div> +<p>« Brûlez nos reins et nos cœurs, ô mon +dieu, du feu de l’esprit saint, afin que nous +vous servions purs et chastes de corps et de +cœur, et que nous nous rendions dignes de +votre amour par l’innocence de notre vie. »</p> + +<p>On voit dans l’exode XII, V. 2, qu’il étoit +prescrit aux Israélites qui mangeoient l’agneau +pascal, de ceindre leurs reins, et tous +les théologiens s’accordent à entendre par-là +qu’ils devoient se garder de toute action et +pensée charnelle.</p> + +<p>Ausonne, épigramme 13, dit, se servir de +ses reins, pour <i>se livrer à la volupté. « Sers-toi +de tes reins. »</i> On dit chez nous, en badinant, +que ceux qui sacrifient à la déesse de Cythère, +<i>purgent leurs reins</i>.</p> + +<p>Hyppocrate, dans son traité des maladies +internes, Aristote dans ses problêmes<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>, +Galien<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, Aëtius<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>, dans son <i>Tetrabiblos</i>, +Avicenne<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>, <a href="#aut-r">(R)</a> et quantité d’autres médecins, +nous apprennent que les jouissances +trop fréquentes ruinent les reins ; ce qui a +fait dire à Fulgence <a href="#aut-s">(S)</a> dans sa mythologie<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a> +que les reins sont consacrés à Vénus. Fulgence, +liv. 5 de sa mythologie, dit dans la +fable de Thétis et Pelée, d’après la physiologie +de Démocrite, que les payens avoient +consacré chaque partie de notre corps à une +divinité particulière : la tête à Jupiter, les +bras à Junon, les yeux à Minerve, la poitrine +à Neptune, la ceinture à Mars, les +reins à Vénus, et les pieds à Mercure<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> Section IV, probl. 2.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> Lib, VI, comment. VI.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> Disc. 3, c. VIII, lib. I.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> Liv. III, fen. XII. trait. II. c. XI.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Liv. III.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> <i>C’est ainsi que les anciens mettoient la morale +à la portée de tout le monde, par des emblêmes ingénieux, +et sous le manteau du culte religieux.</i></p> +</div> +<p><i>Varron</i>, celui des Romains qui avoit le +plus d’érudition, au jugement de Quintilien<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>, +si vous voulez remonter à la source pour trouver +la véritable étymologie du mot, fait +dériver <i lang="la" xml:lang="la">Renes</i> du grec <i>Upo tou rein</i>, c’est-à-dire, +ruisseaux d’où coule l’humeur obscène, +nom qu’il donne au fluide séminal, ne +vous y trompez pas, si nous devons en croire +Isidore<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a> et Lactance<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>. Il ne faut donc +pas entendre par humeur obscène, cette sérosité +saline contenue dans la vessie, ainsi +que plusieurs l’ont cru. Isidore expliquant +Varron, dit que les veines et la moëlle de +l’épine, filtrent dans les reins une liqueur +claire et subtile qui, détachée et provoquée +par la chaleur que communique l’acte vénérien, +descend des reins dans les testicules, +et personne ne peut, avec un peu de bon +sens, imaginer qu’il s’agisse ici de l’urine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Institut. orator. lib. 10, cap. I.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Orig. lib. 10.</span> chap. I.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> Ouv. de dieu, chap. 14.</p> +</div> +<p>Les Hébreux, par le mot <i>reins</i>, désignant la +concupiscence, emploient deux mots qui signifient +en français <i>desirer ardemment</i>. Les reins +étant situés dans les lombes, vers les parties +latérales de la région supérieure du bas-ventre, +on les a crus nécessaires à la génération.</p> + +<p>Dans Ovide, livre I des amours, Elégie +XII, la plus chaste des femmes, ou du moins +qui passoit pour telle, voulant éprouver la +vigueur de ses prétendans, leur montre un +arc et leur ordonne d’essayer de le bander.</p> + +<p>« Pénélope éprouvoit la force de ses amans +en les défiant de bander un arc de corne, +afin de voir celui d’entr’eux qui avoit les +reins les plus forts. »</p> + +<p>Pénélope le dit elle-même, dans l’épigramme +69 du <i>Priapeia</i>, où le poëte la fait +parler ainsi à ses galans assemblés.</p> + +<p>« Personne ne bandait mieux que mon +cher Ulysse, l’arc que je vous présente, +soit l’effet de la force des reins (<i lang="la" xml:lang="la">laterum</i>) +ou de l’adresse. Puisque je l’ai perdu, +essayez de le bander, et celui que je trouverai +vraiment homme, mâle et vigoureux, +et digne de le remplacer, sera mon époux. » +Martial, liv. VII, épig. 57, dit, <i>essayer ses reins</i>, +pour éprouver ses forces aux combats de +Vénus.</p> + +<p>Ovide, liv. II, élégie 10 <i>des amours</i>, dit : +donner de la force aux <i>reins</i> pour exciter à +la volupté.</p> + +<p>« La volupté donnera à mes reins tout +ce qui peut ranimer mes forces. »</p> + +<p>Apulée, livre VIII, appelle <i>industrie, souplesse +des reins</i>, l’avantage précieux d’une +vigoureuse construction pour la lutte amoureuse. +Parlant des débauches des prêtres de +la déesse Syrienne : « Ils amènent, dit-il, souper +avec eux, un paysan d’une taille et +d’une force de reins extraordinaires. »</p> + +<p>Juvenal et Ovide disent : <i>ménager ses reins, +s’abstenir des plaisirs de l’amour</i>. Le premier, +sat. VI, dit en parlant d’un Catamite<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a> :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> Les anciens nommoient <i lang="la" xml:lang="la">Catamiti, Ganymedes, +Concubini</i>, ces jeunes garçons qui tiroient un grand +profit de la prostitution de leurs corps. Pétrone leur +a fait donner le nom de <i>Gitons</i>, et depuis, les favoris +de nos rois furent appelés <i>Mignons</i>, de <i lang="les" xml:lang="les">mi</i>, qui +signifie <i>mon</i>, et de <i lang="es" xml:lang="es">niño</i>, mot Espagnol qui veut +dire <i>petit enfant et caressé</i>. (Ménage et Futetière.)</p> +</div> +<p>« Que ne laisses-tu dormir auprès de toi, +cet enfant soumis, paisible et désintéressé, +cet enfant qui jamais ne te reproche d’avoir +ménagé tes flancs, et de ne le pas caresser +autant qu’il le désireroit. »</p> + +<p>Et le second, livre II, de l’art d’aimer.</p> + +<p>« Ne ménagez pas vos flancs, c’est d’eux +que dépendent la fidélité de votre maîtresse, +la paix et le bonheur de vos amours. »</p> + +<p>Martial, livre XI, épigramme 105, emploie +l’expression de rompre ses reins, pour fournir +trop souvent la carrière amoureuse.</p> + +<p>« Et tu prolonges jusqu’au grand jour les +transports libidineux qui épuisent et rompent +tes reins. »</p> + +<p>Et plus loin, livre XII, épig. 99.</p> + +<p>« Bassus, tu te romps les reins, mais avec +des jeunes gens bien fournis de poils. »</p> + +<p>Tibulle ou quelqu’autre auteur, dans ses +Iambes à Priape, s’exprime ainsi :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">« Dans mes vaisseaux enflés la liqueur prolifique</div> +<div class="verse">» Trop long-temps ménagée, irrite mes transports ;</div> +<div class="verse">» Et rien ne peut calmer ma fureur érotique</div> +<div class="verse">» Que la tendre Vénus, secondant mes efforts,</div> +<div class="verse">» Sur le sein d’une belle amoureuse et lubrique,</div> +<div class="verse">» N’ait, en brisant mes reins, dégagé leurs ressorts.</div> +</div> + +</div> +<p>Pétrone, dans sa satyre, dit, <i>arracher les +flancs</i>. (Je craignois que Giton ne m’arrachât +les flancs.)</p> + +<p>Il donne en plusieurs endroits, aux flancs +de ceux qui se sont ruiné le tempéramment, +les épithètes de <i>fatigués</i>, <i>invalides</i>, <i>épuisés</i>, +<i>desséchés</i> et <i>morts</i>.</p> + +<p>Ovide, livre III, des amours, Elégie X, dit :</p> + +<p>« J’ai vu sortir de chez vous, votre adultère +épuisé, traînant à peine ses flancs desséchés +et sans vie. »</p> + +<p>Catulle, Epigramme 7.</p> + +<p>« Pourquoi ne nous montres-tu pas tes +flancs épuisés. »</p> + +<p>Priape, s’exprime ainsi, épigramme 25 du +<i lang="la" xml:lang="la">Priapeia</i>, déjà cité :</p> + +<p>« Vous voyez comme je suis arrangé et +dans quel état déplorable la débauche m’a +conduit. Je suis absolument ruiné, pâle et +décharné. Mes flancs sont entièrement épuisés, +une toux affreuse m’arrache la poitrine +et je crains de cracher ma vie avec +cette salive dangereuse. »</p> + +<p>Suétone, dans la vie de Caligula, chap. 37, +dit que Catulle, jeune homme de maison +consulaire, reprocha à ce monstre de lubricité +« d’avoir assouvi sur lui sa brutale +passion et de lui avoir épuisé les reins +par ses criminels embrassemens. »</p> + +<p>Dans Apulée, livre VIII, le jeune homme +qui servoit aux plaisirs infâmes de la déesse +Syrienne, dit à l’âne qui venoit le remplacer +dans cette fonction :</p> + +<p>« Puisses-tu vivre long-temps, plaire à tes +nouveaux maîtres, et me donner le temps +de réparer mes forces et <i>mes reins</i> qu’ils +ont épuisés. »</p> + +<p>Tous les passages que j’ai déjà cités rendent +la chose aussi claire que les rayons du +soleil dans un beau jour d’été, pour me servir +ici des expressions de Plaute.</p> + +<p>Nous ne pouvons donc regarder comme nouvelle +et suspecte, une opinion adoptée et +confirmée par le suffrage unanime de toute +l’antiquité et le témoignage des saintes écritures, +que les lombes, les parties voisines, +et les reins sont les instrumens de la génération. +Or une chose généralement reconnue +et avouée des savans, comme disent vos +jurisconsultes, mon cher Cassius, ne peut +être absolument fausse. Il n’y a de probable, +dit Aristote, liv. 1 de ses topiques, chap. 1, +texte 7, que ce qui paroît tel à tout le monde +ou au plus grand nombre, et sur-tout à +ceux dont on connoît la prudence et le génie, +et qui se sont illustrés par les profondes +connoissances. Il est donc important d’en +chercher la raison avec la plus scrupuleuse +attention, et d’établir, quand nous l’aurons +trouvée, comment les coups de verges appliqués +sur le dos ou sur les lombes, subtilisent, +embrâsent les esprits et nous rendent +habiles à savourer les délices de la jouissance<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> Nous ne pouvons mieux faire pour appuyer +les observations faites jusqu’ici par Meibomius, +sur l’utilité de la flagellation, que de citer M. l’abbé +Chappe d’Auteroche, de l’académie des sciences. +Ce savant abbé mourut en Californie, quelques +jours après son observation du passage de Vénus +sur le soleil, en 1760. +Il avoit accompagné dans +cette importante mission, MM. de la Condamine, +l’abbé de la Caille, Joseph de Jussieu, Godin des +Odonnais, Couplet, Lemonnier, Bougues, Verguin, +Morainville, Clairaut et le Camus. Il remarque +dans son voyage en Sibérie, fait par ordre du +Roi en 1761, tome 1, page 339, que les coups de +verges que l’on donne dans les bains de vapeurs, +en Russie, donnent de l’activité aux fluides et du +ressort aux organes. <i>La flagellation</i>, dit-il, <i>anime +les passions</i> ; et nous devons en croire cet estimable +littérateur, qui voyageant en philosophe, ami de +l’humanité, s’est attaché à observer tout ce qui +peut influer sur la population.</p> + +<p>Le lecteur qui désireroit de plus grands détails +sur cette matière, peut consulter l’excellent ouvrage +de l’abbé Boileau, qui a pour titre : Histoire des +flagellans, où l’on fait voir le bon et le mauvais +usage des flagellations, etc. <i>Amsterdam</i> 1701, <i>in</i>-12.</p> +</div> +<p>Marsilius Cagnatus et Montuus attribuent +tout aux lombes, puisqu’ils sont composés +des parties ci-devant détaillées, c’est-à-dire, +des vertèbres, des muscles, des reins, des +veines, des artères et des nerfs, en donnant +néanmoins le premier rang aux veines et aux +artères spermatiques qui fournissent la matière +de la semence, contiennent le fluide qui +commence à blanchir et à s’épaissir, est déjà +sperme, ou va le devenir, et de-là le transmettent +dans les testicules. Ce fluide étant +trop abondant dans les veines et les artères, +s’y trouvant gêné, et cherchant à se répandre +au-dehors, excite des picotemens agréables, +le prurit vénérien, des irritations, le besoin +de s’en décharger et des pollutions nocturnes, +sur-tout chez les personnes qui se couchant +sur le dos, communiquent trop de chaleur +aux parties génitales. Barth. Montagnana<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>, +le philosophe Nemesius<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>, <a href="#aut-t">(T)</a> Joh. Matthæus<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>, +Garyopontus, médecin latin moderne<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>, +et Sennert, <a href="#aut-u">(U)</a> notre professeur et +notre ami, homme respectable, lorsqu’il vivoit<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>, +Pierre Lauremberg, <i lang="la" xml:lang="la">in procestriis +annotat. anat. lib. 1. cap. IV</i>, et enfin Gaspard +Hoffmann, disent tous la même chose, quoiqu’ils +ne s’expliquent pas de la même manière.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Consil. med. 37.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> De la nature de l’homme, chap. 27.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">Quæst. medic.</i> 90.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>Pract.</i> lib. 3. cap. 34.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>Pract.</i> lib. 3. c. 1. +sect. 1. part. VII.</span></p> +</div> +<p>B. Montagnana, dit en examinant un passage +d’Avicenne<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>, qu’il faut remarquer +pourquoi ce médecin attribue l’impuissance +à la foiblesse des reins ; et après avoir dit +que la matière séminale acquéroit le dernier +degré de perfection, en raison du degré +de chaleur et de force répandues dans les +testicules, il ajoute qu’elle doit nécessairement +être préparée dans les régions supérieures, +dans les parties où la digestion se +fait le plus promptement, comme dans le +foie et les reins, et par conséquent ou plus +éloignée ou plus rapprochée, suivant la constitution +de chaque individu. Il conclut enfin +qu’il est impossible que la véritable semence +se forme et acquierre toutes les qualités requises, +si les parties où elle doit s’élaborer, +c’est-à-dire le foie et les reins, sont vicieuses, +mal organisées et n’ont pas entr’elles un ordre +et une connexion uniformes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. XIX. <i>Fen.</i> 3. c. +<i>de renibus et ren. calc.</i></span></p> +</div> +<p>Némésius croit que les reins n’épanchent +dans les testicules qu’une sérosité saline qui +n’excite seulement dans ces parties que le prurit +et la chaleur du désir, et remplissent +ainsi leur ministère dans l’acte de la génénération. +« Les reins, dit-il, servent à épurer +le sang, et ne sont dans le coït qu’une +cause irritante et secondaire. » Les veines +qui se rendent dans les <i>didimes</i>, puisent dans +les reins un acide qui irrite le désir, de même +que les humeurs acres qui se glissent entre +cuir et chair, y causent des démangeaisons. +L’enveloppe de ces corps glanduleux étant +plus tendre et plus délicate que la peau du +reste du corps, cet acide irrite et aiguillonne +plus vivement les organes de la volupté, et +c’est cette âcreté mordicante qui procure +les pensées lascives, provoque la fureur amoureuse +et opère l’éjaculation de la semence. +Voilà mot pour mot ce que dit Isidore ci-dessus +cité, et Joh. Matthæus ne diffère de lui, +qu’en ce qu’il attribue plus de faculté au +rein gauche qu’au droit : « la veine gauche séminaire, +dit-il, étant placée avec l’émulgente, +près du rein gauche, fournit +un sang mêlé d’une substance aqueuse et +salée, qui occasionne le prurit et sert de +stimulant à la jouissance. » Laurenberg +donne aux reins l’emploi de la génération, +et ne s’explique pas autrement que Garyopontus.</p> + +<p>Il définit les reins un tissu de muscles et +de nerfs étroitement liés aux corps caverneux +qui contiennent la liqueur séminale. +Il leur attribue l’opération de la spermatose, +et croit que c’est en eux que le fluide régénérateur +est contenu et élaboré. C’est aussi +l’opinion de Sennert, quoiqu’il en donne une +toute autre raison, en s’expliquant plus clairement +et d’une manière qui approche plus +de la vérité anatomique, que celle de Garyopontus, +qui ne paroît pas la connoître +beaucoup. Sennert dont l’exemple est suivi +par Hoffmann, prétend que les reins ne servent +pas seulement à communiquer une irritation +voluptueuse aux parties de la génération, +mais encore à perfectionner le fluide +séminal et à le transmettre. Il infère de-là, +premièrement, que les reins ont un parenchyme +particulier, qui ne diffère pas beaucoup +de la substance du cœur et du foie, et +c’est aussi le sentiment d’Arétée<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. 2. c. III. <i>de morbis diut.</i></span></p> +</div> +<p>On ne peut refuser à ce parenchyme particulier +la faculté que lui donne Galien<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a> +d’élaborer le sang : faculté qui lui est commune +avec le parenchyme de tous les autres +vaisseaux. Kariesatos et Jean Beverovicius, +chap. 2 de son livre sur la pierre +de la vessie, l’ont démontré d’une manière +évidente. La veine émulgente étant la plus +considérable de celles qui prennent naissance +dans la veine cave, et voiturant dans les reins +plus de sang qu’il n’en faut pour les alimenter, +et l’artère étant aussi trop grande pour filtrer +et dépurer les sérosités, il est vraisemblable +que la nature qui ne fait rien sans dessein, +n’a donné tant de capacité à ces vases, que +pour les faire concourir à ses vues, dans une +opération particulière. Il conclut donc que +cette opération n’a d’autre but que de porter +dans les reins le sang des artères, qui se +mêlant ensuite, dans leur substance, avec +le sang des veines, et y changeant de nature, +forme la base de la composition de la +semence qui descend ensuite dans les testicules. +Ce qui confirme l’opinion de Sennert, +c’est que des diverses conformations des reins +et des vases dans lesquels la nature se plaît +à créer des bizarreries, pour s’amuser, il +résulte qu’il y a des hommes plus amoureux +les uns que les autres, et d’une complexion +beaucoup plus vigoureuse. Salomon Albert +et Jean Riolan<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a> nous en offrent des exemples. +Tous deux faisant la dissection d’un +criminel, disent lui avoir trouvé trois émulgentes +et les veines spermatiques dans chaque +côté, qui sortoient des émulgentes. Sal. Albert +infère de-là que cette prodigieuse abondance +de vaisseaux et de semence devoit nécessairement +opérer chez cet homme l’insatiable +salacité et les desirs sans cesse renaissans +dont il se plaignoit encore quelques instans +même avant son supplice. Riolan écrit que le +sien fut pendu pour trigamie, parce que +son trop plein d’existence et de force l’avoit +contraint à épouser trois femmes à la fois<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib 6. <i>de decret. Hippocr. et Plat.</i></span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> Antrop. liv. 2. chap. 27.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> Tel étoit de nos jours Mirabeau l’aîné, député +à l’assemblée constituante. (<i>Note de l’éditeur.</i>)</p> +</div> +<p>Philippe Salmuth ayant fait la dissection +de deux hommes morts du mal vénérien, +trouva que les reins du dernier étoient trois +et même quatre fois plus grands que ceux +des hommes ordinaires. Sennert demande ensuite, +dans le cas où cette opinion seroit +rejettée, d’où proviennent les sels volatils +qui affectent l’odorat à l’approche de plusieurs +animaux non-châtrés, qui s’exhalent de +toutes les parties de leur corps, mais dont +la perception est beaucoup plus sensible +dans les reins et sur-tout des adultes, +ce qui ne se rencontre pas dans les individus +de l’âge le plus tendre, ou qui n’ont +pas encore été accouplés. Il ajoute encore, +d’après Oiribase<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>, que la surabondance de +liqueur séminale trop long-temps retenue dans +les vaisseaux nuit aux reins ; que les médecins +regardent comme la preuve de l’excessive +chaleur de ces parties, le penchant +au libertinage, les songes lascifs et les pollutions +nocturnes qui en sont le résultat. Les +physiciens disent de plus que la qualité de +la semence dépend de la constitution des +reins. De même qu’une érection fréquente +marque la chaleur des reins, de même une +longue continence et l’éloignement des plaisirs +de l’amour désignent leur température +glacée.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. 6, cap. XXXIX. <i>collect.</i></span></p> +</div> +<p>Alex. Trallien<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a> et Arétée<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a> nous apprennent +que dans la gonorrhée simple, on +diminue la force et la quantité du fluide séminal, +en appliquant des remèdes qui ont +cette vertu, sur les lombes, vers la région +des reins.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> Médecin et philosophe du sixième siècle. +Liv 2. chap. 9.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> Liv. 2. de <i>ses Chroniq.</i> chap. 7.</p> +</div> +<p>Pline<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a> vient encore à l’appui de Sennert, +et dit que des lames de plomb attachées sur +les lombes et les reins, tempèrent par leur +fraîcheur les transports de la passion amoureuse, +et il cite à ce sujet l’exemple de l’orateur +<i>Licinius Calvus</i> qui se servit avec succès +de ce remède pour arrêter un flux involontaire +de semence.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> Liv. 34. chap. 18.</p> +</div> +<p>Galien<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a> rapporte que les athlètes ceignoient +pareillement leurs reins de ces lames +de plomb, pour empêcher les pollutions nocturnes +et amortir les feux de l’amour ; il ne +trouve pas de meilleur remède au priapisme +qu’un emplâtre d’huile rosat épaissi avec de +l’eau froide et appliqué sur les lombes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> Liv. 5 <span lang="la" xml:lang="la"><i>de tuendâ valet.</i> c. <i>ult.</i> +lib 6. <i>de loc. adf.</i> +c. ult. et lib. 14. <i>method. medic.</i> cap. 7.</span></p> +</div> +<p>Cœlius Aurelianus<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>, outre les lames de +plomb, ordonne des éponges imbibées à +froid avec le marre de raisin.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> Liv. 5. <span lang="la" xml:lang="la">Tard. pass. cap. 5.</span></p> +</div> +<p>Aëce<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a> et Théodore Priscien<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a> recommandent +non-seulement l’application des lames +de plomb sur les lombes et les rafraîchissans, +mais encore défendent de se coucher +sur le dos, pour ne pas augmenter le mal, +par l’extrême chaleur que cette position communique +à ces parties.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Tetrabiblos I. disc. III. chap. 32 et 37.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Liv. 2. c. XI.</span></p> +</div> +<p>Oribase<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a> <a href="#aut-v">(V)</a> et Paul Eginæte<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a> sont +du même avis. Ce dernier défend même dans +la gonorrhée simple, tout médicament qui +provoque les urines, comme très-nuisible aux +reins qui sont placés dans la région des +lombes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la"><i>Synops.</i> Lib. 9. c. 39 et 40.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. 3. c. 55 et 56.</span></p> +</div> +<p>Avicenne<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a> l’a prouvé, et cite entr’autres +symptômes de l’épuisement et de la défection +des reins, le défaut d’érection dans le coït. +Il donne pour cause de la foiblesse de ces +parties, la trop fréquente émission des molécules +organiques, et nous apprend<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a> que +le seul moyen de leur rendre toute leur vigueur, +est l’abstinence des plaisirs qui les en +ont privés.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. 3. <i>Fen.</i> XIX. c. IX.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Cap. XI.</span></p> +</div> +<p>Aaron, médecin célèbre, cité par Rhasès<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a> +dit aussi qu’il faut attribuer le défaut d’érection, +au foie et aux reins.</p> + +<p>Aristote<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a> dit, qu’excepté l’homme, aucun +des animaux n’est sujet au flux involontaire +de la semence, parce qu’ils ne se couchent +point sur le dos. On en excepte pourtant les +chevaux de course dont les lombes et les +reins échauffés par le mouvement que leur +communique le cavalier, les rendent plus enclins +à l’acte vénérien. Voilà l’origine de la +coutume qu’observoient les dames d’Athènes, +pendant les Thesmophories<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a> d’éviter +les carresses de leurs époux, et de coucher +seules.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> Liv. 2. de la Continence.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> <i>Problêm.</i> Sect. 10. Prob. 19.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> Les Thesmophories étoient des sacrifices et des +fêtes en l’honneur de Cérès <i>Thesmophore</i> ou <i>Législatrice</i>, +pendant toute la durée desquelles on s’envoyoit +par toute la Sicile des gâteaux faits avec du +miel et de la graine de Sésame. On donnoit à ces +gâteaux la figure des <i>parties naturelles de la femme</i>, +pour lesquelles les Syracusains avoient tant de vénération +et d’amour qu’ils les portoient en cérémonie +à ces fêtes célèbres. Les Romains, lorsque +leurs mœurs furent dépravées, firent construire +des vases dont ils se servoient à leurs repas et auxquels +ils donnoient la figure de la partie virile pour +laquelle ils avoient tant de passion. Ce qui a fait +dire à Juvenal, satire 2 : <i lang="la" xml:lang="la">Vitreo bibit ille Priapo</i> : +<i>Celui-là boit dans un Priape de cristal</i>.</p> + +<p>Le Sésame est une espèce de bled, selon Pline, +et de légume, selon Columela, que les apothicaires +d’Italie nomment <i>Gingeoline</i>. Il ressemble au millet. +Son huile est fort estimée et a la vertu de rendre stérile. +Pline dit qu’il fut apporté des Indes. Ses feuilles +sont rouges et ses fleurs vertes. Sa graine est blanche +et renfermée dans de petits boutons, comme +celle du pavot et sa racine est blanche pareillement. +On n’en sème guère, parce qu’on prétend qu’il +rend la terre stérile. Son nom en latin est <i lang="la" xml:lang="la">Sesamum</i>.</p> +</div> +<p>Ovide en parle ainsi, livre II de ses métamorphoses, +fable IX. « Elles mettoient au +nombre des choses defendues les plaisirs de +l’amour, et les attouchemens des hommes +dont elles se sevroient pendant neuf jours. »</p> + +<p>Elles dressoient leurs lits avec les branches +et les feuilles de <i>l’agnus-castus</i><a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>. Le Vitex +est un arbrisseau dont l’odeur combat les +pensées amoureuses et écarte les songes +lascifs. C’est pourquoi elles jonchoient leurs +couches solitaires, des feuilles de cet arbrisseau, +pour altérer la force et la chaleur du +fluide séminal, rafraîchir leurs reins et les +parties voisines, et émousser les aiguillons +de l’amour. Voyez à ce sujet Dioscoride<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>, +Pline<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>, Ælien<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a> et Galien<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> <i>L’agnus-Castus</i>, nommé par les Grecs <i>chaste</i>, +par les Latins, <i lang="la" xml:lang="la">Vitex</i>, est un arbrisseau qui ressemble +beaucoup à notre <i>Saule d’Amérique</i>. Il croît +sur le bord des rivières et des torrens. Ses branches +sont noueuses, longues et flexibles, ses feuilles +assez ressemblantes à celle de l’olivier, ce qui l’a +fait nommer par Mathiole <i lang="la" xml:lang="la">olivæ agnus</i>, mais plus +molles. Ses fleurs sont purpurines et quelquefois +blanches. Son fruit est comme le poivre, chaud et +astringent. Il y en a de blanc et de noir.</p> + +<p><i>Arnaud de Villeneuve</i> exagère les propriétés de +l’agnus-castus avec une confiance qui étonne dans +un homme instruit. Il assure que le moyen le plus +sûr de conserver sa chasteté, est de porter habituellement +un couteau dont le manche seroit fait avec +le bois de cet arbrisseau. Le préjugé des anciens sur +ce végétal s’est perpétué jusqu’à nous, et l’on fait +encore dans les monastères, usage intérieurement +et extérieurement des semences et des feuilles +de cet arbrisseau, en se faisant une ceinture de ses +branches ou une émulsion de sa semence avec l’eau +de nénufar. Voyez ce que rapporte à ce sujet +M. de Lignac dans son traité de l’homme et de la +femme, considérés physiquement dans l’état du mariage… +Lille 1773. <i>in</i>-12. tom. premier, pages 102 +et suivantes.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> Liv. 1. Chap. CXVI.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. XXIV. cap. IX.</span></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">De anim. lib. IX.</span> c. XVI.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib. VI. de Simp. med. fac.</span> chap. 34.</p> +</div> +<p>On emploie aussi pour donner la vigueur +nécessaire aux exercices de Vénus, les reins +de certains animaux, et principalement du +bouc.</p> + +<p><i>Aëce</i>, déjà cité, recommande l’usage de +la chair du <i>seine-marin</i><a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>, prise de ses +reins ou des environs, comme très-propre +à opérer l’érection de la verge. Peut-être +est-ce une espèce d’analogie et une conformation +semblable à ceux de l’homme, qui +a fait attribuer aux reins de cet animal la +propriété de les aider et de les exciter à +remplir le devoir de la génération ; de même +que l’on ordonne à ceux qui sont inhabiles +à s’en acquicter, entr’autres médicamens, +les frictions, les emplâtres chauds, non-seulement +sur les parties honteuses, mais encore +aux reins, les diurétiques violens, +comme les cantharides, et le soin de se +coucher sur le dos, pour maintenir la région +des lombes dans un degré de chaleur +nécessaire pour rappeller les forces languissantes, +rendre la semence prolifique, +et précipiter sa descente dans les testicules. +Rhasès<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> dit que toutes les fois que +l’on se frottera les reins avec des médicamens +chauds, le membre viril augmentera +de grosseur et de fermeté, et l’érection sera +complette.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> Le <i>Seine-marin</i> est une espèce de petit crocodile +terrestre, que sa qualité anti-vénéneuse a +fait entrer dans le fameux Mithridate, et sa vertu +aphrodisiaque dans l’électuaire <i>Diasatyrion</i>. Ce lézard +en Egypte et en Arabie, ne se nourrit que de +plantes aromatiques. Les paysans d’Egypte portent +de ces lézards au Caire, d’où par Alexandrie, on +les transporte à Venise et à Marseille, pour les +disperser dans toutes les pharmacopées de l’Europe. +Les Arabes et les Egyptiens s’en servent pour s’exciter +à l’amour. Les Européens le rejettent, parce +qu’il rend maniaque ; au reste le seine-marin résiste +au vénin, et augmente la semence. Dioscoride recommande +la chair qui est autour de ses reins. Galien +dit que ce sont les reins mêmes qu’il faut employer. +Pline veut que ce soit la dépouille et les +pattes. M. Lemery s’est déterminé pour l’usage des +reins, qu’il ordonne de réduire en poudre, il en +fixe la dose à 72 grains. On ne sauroit enfin être +trop en garde contre la violence de ce remède.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> <span lang="la" xml:lang="la">Lib.</span> XI, <i>Contin.</i> c. V.</p> +</div> +<p>Misish, médecin arabe, dans sa somme de +Rhasès, dit aussi que le seul moyen de +s’exciter aux plaisirs de l’amour, est de donner +beaucoup de chaleur au dos, comme +celui de diminuer la fougue d’un tempéramment +lascif, est, en prenant cette sage précaution +en sens inverse, de l’en priver, en +se couchant sur des feuilles froides. Nous +concluons donc de tout ceci, que les lombes +sont les premiers instrumens de la génération, +selon leur constitution et l’emploi +que la nature leur a confié ; et suivant Cagnati, +les veines et les artères y portent la +matière et les esprits ; que le premier organe +des reins est le parenchyme<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>, où +le fluide séminal commence à s’élaborer, à +devenir prolifique et recevoir enfin dans les +vases séminaires le degré de perfection qui +lui est nécessaire : c’est l’opinion de Sennert +et la nôtre. Il ne faut pourtant pas rejetter +celle de Némésius, d’Isidore, de Matthæus +et de Laurenberg, qui prétendent +qu’il se mêle à ce fluide une certaine sérosité +saline, une humeur mordicante filtrée des +reins dans les testicules, et dont l’effet est +de causer le prurit vénérien et l’érection +avec de violens desirs de la jouissance. Ce +que le grammairien Papias a répété, sur leur +autorité, dans son vocabulaire.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> Mot grec qui signifie <i>engendré par la masse et +l’épaississement d’un suc</i>. Le foie est le premier de tous +les parenchymes.</p> +</div> +<p>Nous avons, je crois, suffisamment prouvé +que la flagellation sur le dos ou sur les lombes +est du plus grand effet pour rendre la vigueur +éteinte par les excès de la volupté, et vous +ne devez plus être surpris que ces hommes, +que la débauche a mis au rang des bêtes, ces +monstres épuisés de luxure, et victimes d’un +honteux désordre, ayant cherché dans l’opération +douloureuse de la flagellation, un remède +à l’épuisement, à la foiblesse de leurs +reins, et à la perte totale de leurs forces, +sans parler de ceux qui, moins coupables +à la vérité, ne doivent ces accidens qu’à un +trop violent amour pour une épouse, ou à +un physique froid, vicieux et mal organisé. +Il est probable que la flagellation donne aux +parties relachées et refroidies, une commotion +violente, une irritation voluptueuse qui +les embrâse et se communique à la semence, +ajoutez à celà que le sentiment aigû de la douleur +des parties frappées, subtilise et précipite +le sang avec plus d’abondance, attire les +esprits, et fournissant aux parties de la génération +une chaleur excessive, procure à +l’homme libidineux qui cherchoit en vain le +plaisir, le moyen de consommer l’acte de +la génération, malgré la nature même, et +de multiplier ses jouissances criminelles au-delà +des bornes qu’elle a assignées à ses +forces<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> Rabelais faisant allusion à cette manière de se +procurer des forces pour la lutte amoureuse, dit +<i>se frotter le cul au panicaut<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a> vrai moyen d’avoir au +cul passion</i>.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Une femme en mélancolie</div> +<div class="verse">Par faute <i>d’occupation</i>,</div> +<div class="verse">Frottez-moi lui le cul d’ortie,</div> +<div class="verse">Elle aura <i>au cu passion</i>.</div> +</div> + +</div> +<p class="attr"><i>Extrait du Ducatiana.</i></p> + +<p>Nous ne pouvons nous refuser au plaisir d’ajouter +encore une preuve aux observations de Meibomius, +en faisant part à nos lecteurs d’une anecdote, non-seulement +étroitement liée au sujet que nous traitons, +mais encore intéressante par la réputation de +celui qui en est le héros. Il s’agit d’un chevalier romain, +gouverneur d’Egypte, ami d’Auguste et de +tous les beaux esprits de son temps ; d’un poëte charmant +qui a servi de modèle aux <i>Barth…</i>, aux <i>Dorat</i>, +aux <i>Parny</i>, aux <i>Chabanon</i>, enfin de <i>Cornelius Gallus</i>, +l’ami de <i>Virgile, Horace, Tibulle</i> et <i>Catulle</i>, +qui, comme ces derniers, a chanté l’amour, au milieu +de ses extases, et qui, au rapport de Pline, +mourut d’une douce mort, ou plutôt s’endormit +pour toujours sur le sein de celle qui faisoit le bonheur +de sa vie. M. de Lignac nous apprend que ce +favori des Grâces ne devoit les transports et les faveurs +enivrantes d’une jeune fille passionnée pour +lui, qu’au fouet qu’elle recevoit fréquemment d’un +père rigoureux qui, croyant la punir par ce châtiment, +des fautes que lui faisoit commettre un tempéramment +trop lascif, ne travailloit au contraire qu’à +l’augmenter, et servoit ainsi, sans le savoir, les +vues du voluptueux poëte.</p> + +<p>Ce trait m’en rappelle un autre dont j’ai été le +témoin. Un écolier de rhétorique, et mon condisciple, +menacé du fouet par le régent, trouva le +moyen de s’y soustraire par cette réponse hardie et +indécente. « Vous me rendriez un grand service, +je n’osois vous le demander, mais vous devriez +savoir qu’à mon âge on ne le craint plus. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> <span class="i">Le <i>Panicaut</i> est une espèce de chardon qu’on appelle +<i>à cent têtes</i>, en latin <i lang="la" xml:lang="la">eryngium</i>. Ses feuilles sont +bonnes à manger, lorsqu’elles sont tendres et confites +dans le sel. Elles sont aromatiques, et deviennent en +croissant, épineuses et piquantes.</span></p> +</div> +<p>Voilà mon avis, mon cher Cassius ; mais, +direz-vous, cet expédient honteux n’est mis +en usage que par les libertins dont vous m’avez +parlé, afin que remediant à l’extinction +de leurs facultés, fruit de leurs excès de +débauche, ils puissent les continuer, et se +vautrer de plus belle dans la fange du crime. +Je demande donc maintenant si cette fustigation +ne devient pas un remède aussi innocent +que quantité d’autres employés tous les +jours, et si la conservation de l’espèce ne +le rend pas non-seulement excusable, mais +même nécessaire, lorsqu’il s’agit d’un homme +qui, voulant savourer les voluptés d’une +jouissance permise, et se reproduire dans +un second lui-même, n’éprouveroit avec une +épouse aimable et tendrement aimée, que le +désespoir de l’impuissance, et dont tous les +efforts seroient vains pour consommer le mariage, +par la foiblesse et le défaut de chaleur +des parties que nous avons détaillées ci-dessus, +et qui seroit précisément le coursier dont +parle Virgile, liv 3 de ses géorgiques.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">« Quand des ans ou des maux il sentira le poids,</div> +<div class="verse">» Des travaux de l’amour dispense sa foiblesse ;</div> +<div class="verse">» Vénus ainsi que Mars demande la jeunesse.</div> +<div class="verse">» Pour son corps dévoré d’un impuissant désir,</div> +<div class="verse">» L’hymen est un tourment et non pas un plaisir,</div> +<div class="verse">» Vieux athlète, son feu dès l’abord se consume :</div> +<div class="verse">» Tel le chaume s’éteint au moment qu’il s’allume.</div> +</div> + +</div> +<p class="attr"><i>Trad. de l’abbé de Lille.</i></p> + +<p>De sorte qu’il ne pourroit, je ne dis pas +s’acquitter totalement envers sa créancière, +mais même payer la moitié de la dette. Pourquoi +non, mon cher Cassius ? Je sais que +vous n’êtes aucunement dans le cas de recourir +à un remède de cette nature, et je +suis prêt à l’affirmer par serment et sous peine +de privation des plaisirs de l’amour pendant +la cinquantaine. Je sais depuis long-temps, +comme votre médecin, et je ne me trompe +pas, que vous êtes pourvu des plus brillantes +qualités pour remplir les devoirs d’époux ; +les règles infaillibles de mon art, et la connaissance +qu’il me donne de votre constitution +physique, me permettent et me font +même un devoir d’en juger. J’ai d’ailleurs +pour garant de la vérité de mes conjectures, +un témoin irrécusable et au-dessus de toute +exception, qui depuis peu commence à se +remuer dans les entrailles de votre douce et +tendre moitié, et pour qui j’implore les faveurs +de Lucine, au temps marqué pour son +élargissement. Pour ce qui est de communiquer +à d’autres le remède que je vous indique, +s’il en est qui aient besoin du ministère +d’un homme qui d’un bras vigoureux +leur décharge sur le dos une ample provision +de coups de verge, je ne le défends à personne, +et ne leur envie pas ce plaisir. Non-seulement +ceux qui habitent le temple des +Muses, comme on le dit ordinairement des +savans, doivent être inaccessibles à la jalousie, +mais plus encore les médecins.</p> + +<p><i>L’envie</i>, dit Scribonius Largus, dans une +lettre à C. Julius Callistus, <i>est un crime +affreux qui déshonore les hommes, et doit être +en horreur à tout l’univers, et principalement +aux médecins ; car si leur ame n’étoit pas le +séjour de l’humanité et de la tendre pitié, qui +sont le premier devoir, la base et le but de leur +profession, ils devroient être l’objet de la haine +et du mépris des dieux et des hommes.</i></p> + +<p>C’est uniquement pour vous être agréable, +ô l’ami de mon cœur, et satisfaire votre +curiosité, que je me suis hasardé de traiter +ce sujet et de vous dire mon avis, un peu +librement à la vérité. Quel que soit son sort, +tirez-en le meilleur parti possible, continuez-moi +l’amitié dont vous m’honorez, pardonnez +à ces plaisanteries innocentes, qui cependant +conduisent à des réflexions importantes +et sérieuses, et conservez précieusement +une santé qui m’est aussi chère que la +mienne. Adieu.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">OBSERVATIONS<br> +<i>Extraites d’une lettre de Thomas Bartholin à +Henri Meibomius.</i></h2> + + +<p>La traduction que nous avons entreprise +du traité de Meibomius, étant principalement +destinée aux savans, nous croyons +qu’il est fort inutile de leur offrir en entier +la lettre de Bartholin au fils de l’auteur ; +nous nous contenterons d’en extraire toutes +les réflexions qui peuvent ajouter à la singularité +de l’ouvrage, et nous renverrons nos lecteurs +à l’édition latine, où cette lettre a été +insérée toute entière avec la réponse de Meibomius.</p> + +<p>Bartholin, après une énumération des ouvrages +et un magnifique éloge des talens de +Meibomius, dit que Paulin, son imprimeur, +l’ayant prié d’ajouter quelques observations, +le desir d’être utile au public et de faire cause +commune avec ses amis Meibomius et Cassius, +l’a engagé à rassembler quelques cordes +et quelques brins (ce sont ses termes) pour +augmenter les verges.</p> + +<p>Très-peu de personnes, dit-il, aiment la +flagellation : les anodins étant en général +plus du goût des malades que les caustiques ; +mais telle est la condition humaine, qu’on +ne peut pas toujours employer les topiques +bénins.</p> + +<p>La flagellation est propre sur-tout à guérir +ceux qui feignent d’être malades ; elle est +utile dans l’épilepsie ; on l’employa souvent +avec succès pour rendre l’activité aux +esclaves qui se disoient malades pour ne +point travailler. Il paroît qu’elle est propre +aussi pour guérir les maladies de l’ame, +comme celles du corps, puisqu’on a vu dans +l’Italie une secte de flagellans qui s’assembloient +pendant le carême pour expier leurs +fautes par une copieuse discipline. Claudion, +liv. 1, sur Eutrope, dit que cette coutume +se pratiquoit aussi dans les fêtes de Cybèle.</p> + +<p>Les Syriens avoient des mercenaires qui +pour une certaine rétribution, se chargeaient +d’expier les fautes des autres, en se flagellant +eux-mêmes, suivant le plus ou moins +de bénéfice.</p> + +<p>On voit que Circé employoit une verge +pour changer les compagnons d’Ulysse en +pourceaux ; on peut conclure de-là que les +mêmes verges qui rendent aux uns le bon +sens, peuvent l’ôter aux autres.</p> + +<p>J’ai vu à Padoue des religieux employer +la flagellation pour chasser le diable des +corps qui en étoient possédés, possession +qui, suivant les médecins, n’étoit autre chose +qu’une épilepsie que l’on guérit aisément +par la chaleur que communique la flagellation. +St.-Marc, tourmenté par l’esprit malin, +le mettoit à la raison à coups de poing. +Haymond, évêque d’Halberstad, dit que les +soufflets sont plus efficaces pour guérir les +tentations du diable, que pour dissiper les +douleurs de tête.</p> + +<p>Les Romains faisoient fouetter les esclaves +qui avoient encouru le châtiment, comme +le dit P. Brisson, liv 3, des antiquités du droit +civil, chap. 9.</p> + +<p>La crainte de la douleur nous contient dans +les bornes de la raison ; j’ai connu un homme +de bonnes mœurs, mais sujet à de fréquens +mouvemens de colère, que l’on rendoit plus +doux qu’un agneau, en lui administrant une ample +flagellation, quand les menaces n’avoient +pu calmer sa fureur.</p> + +<p>Cœlius Aurelianus dit que la plante nommée +Férule a la vertu de rendre l’équilibre des +humeurs aux parties irritées ; et Dioscoride, +liv. 5, chap. 19, dit que l’eau de la mer produit +le même effet, étant par sa nature chaude +et aride comme toutes les choses salées.</p> + +<p>Un marchand d’esclaves parvint à rendre +en bien peu de temps le plus brillant embonpoint, +à un enfant exténué par la faim, +et cela, par le moyen d’une flagellation modérée +qu’il lui donnoit tous les deux jours.</p> + +<p>Si le moyen de Cœlius paroît trop violent, +on veut employer celui que propose Æginete, +liv. 4, chap. 12, qui est d’appliquer sur +le corps malade, la peau d’un agneau +fraîchement dépouillé, et le battre ensuite +de verges. — Les Syriens voluptueux avoient +recours à ce moyen. Beroalde dit que la peau +du blaireau est excellente pour guérir les +plaies qui sont les suites de la flagellation et +de la morsure des chiens. Quelques cruels que +paroissent les arrêts de la médecine, il faut se +souvenir, non de la douleur momentanée +qu’ils procurent, mais de la guérison qu’ils +doivent opérer, et ne jamais les commenter, +ni les approfondir.</p> + +<p>Les barbiers de Rome avoient mis des fouets +à leurs portes, entre autres instrumens qui +composoient leurs enseignes, comme nous le +prouve Martial. liv. 2. ch. 17. Ces fouets +étoient faits de cordes de laine, et pour +les rendre plus déchirans, on les hérissoit de +nœuds et d’osselets de mouton, au rapport +d’Apulée. Catulle, épig. 25 à Thallus menace +de le punir de cette manière.</p> + +<p>Sénèque, épitre 90, dit que la torpeur des +membres se guérit par la flagellation avec +de l’ortie, et dont les coups sont si violens +qu’un oie qui en seroit piqué, en mourroit. +Columella dit que les fermiers de Rome ont +coutume de déplumer les poules d’Afrique +sur le ventre, et de les fouetter avec de +l’ortie, pour les faire couver, en leur mettant +dans le bec ou un bol, ou un os qui leur +sert de bâillon, pour les empêcher de rendre +la nourriture qu’elles ont prise. On sait qu’un +soufflet ou un coup de poing bien appliqué +sous la mâchoire inférieure, guérissent promptement +un homme à qui un bâillement ou un +rire immodéré ont causé une luxation et un +relâchement dans les ressorts de la bouche. +Chez les habitans de la Gaule Cis-Alpine, +(aujourd’hui le Milanois) on comprimoit +avec des cercles ou des lames d’étaim, le +ventre d’une femme, pour en faire sortir le +fœtus mort dans ses entrailles.</p> + +<p>J’ai remarqué que le fouet que l’on donne +aux enfans pour les punir d’avoir uriné dans +le lit, est le moyen le plus efficace de les +en empêcher, quoique les parens ne fassent +point d’attention aux effets physiques de ce +remède.</p> + +<p>Meibomius a cité assez d’exemples qui prouvent +combien la flagellation est utile dans l’impuissance, +pour me dispenser de blesser encore +les oreilles chastes, en les répétant ici ; +mais il n’est pas inutile de dire que non-seulement +ce remède est propre aux hommes, +mais encore aux femmes pour les faire concevoir +plus aisément. Aussi les Romaines +s’offroient-elles nues aux prêtres qui célébroient +les Lupercales, pour en être frappées. +Ces prêtres se servoient tantôt de la main, +tantôt de la tige de la férule. Les plus chastes +se contentoient d’appliquer leurs coups sur la +main, et on devine facilement que la superstition +avoit moins de part à cette cure que +la libre circulation du sang, qui, agité et divisé, +remonte vers le cœur, se répand dans +les artères avec plus d’abondance, et porte +par-tout un feu pur et nouveau qui excite +à l’amour, et dispose à la conception. Les +Romains qui, en célébrant les Lupercales, +couroient nuds par les rues, et frappoient +toutes les femmes qui se trouvoient sur leur +passage, se nommoient <i>Crépi</i>, du mot latin +qui signifie <i>bruit</i>, parce que les verges avec +lesquelles ils frappoient, étoient couvertes +de cuir, selon Dempterus, liv. 3, chap. 2, +ou de peaux de chien ou de bouc, qui étant +sèches, augmentoient la douleur ou le bruit +de l’opération. Plutarque attribue de bons +effets à cette flagellation. Ovide, Juvénal +et Prudence dans l’histoire des martyrs, se +sont égayés sur l’usage considéré comme religieux, +mais en effet utile comme médical ; +le caractère connu des prêtres qui suivant +leurs termes, frappoient les femmes avec +d’autres verges que la férule, a donné lieu +à bien des plaisanteries<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>. Voyez Cardan, +liv. 2, de son traité de l’utilité que l’on peut +retirer de l’adversité.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> Ce trait nous rappelle un quatrain placé dans +l’église de St.-Hyacinthe, à Paris, et qui prouve +la vertu des moines.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">« Femmes qui désirez de devenir enceinte,</div> +<div class="verse">» Adressez cy vos vœux au grand Saint-Hyacinthe,</div> +<div class="verse">» Et tout ce que pour vous le saint ne pourra faire,</div> +<div class="verse">» Les moines de céans pourront y satisfaire. »</div> +</div> + +</div></div> +<p>Entr’autres nations où ces usages sont communs, +on distingue les Perses et les Russes. +Ceux-ci battent leurs femmes pour prouver +leur amour. Jean Barclay, dans son <i lang="la" xml:lang="la">Icon +animorum</i>, rapporte une anecdote qu’on ne +sera pas fâché de trouver ici.</p> + +<p>Un homme de basse extraction quitta l’Allemagne +et se retira en Moscovie. Si vous +êtes tant soit peu curieux de le savoir, il +se nommoit Jourdain. Le séjour lui ayant +paru agréable, il résolut de s’y fixer, et il +s’y maria. Passionnément amoureux de sa +femme, il n’épargna rien pour l’en assurer, +mais ses efforts furent inutiles ; elle souffroit +intérieurement un chagrin qu’elle vouloit cacher, +mais que la rougeur de ses yeux, ses +soupirs et ses sanglots trahissaient à chaque +instant. Son époux lui demandant la cause +de cette tristesse et cherchant à deviner en +quoi il avoit manqué au devoir de la tendresse, +elle lui parla en ces termes, après +s’être fait long-temps presser. « Pourquoi +fais-tu si bien-semblant de m’aimer ? Crois-tu +me tromper ? Crois-tu me cacher plus +long-temps que je suis vile à tes yeux ? » +et en même temps elle versoit un torrent +de larmes. Jourdain étonné de ce langage, +lui demanda en quoi il l’avoit offensée ; +que peut-être il avait manqué en quelque +chose, mais qu’il répareroit cette faute par +plus de soins. Enfin, lui dit-elle, puisque tu +fais semblant de l’ignorer, où sont donc les +verges avec lesquelles tu m’as apprise à t’aimer ? +Ne sais-tu pas que c’est chez nous l’unique +moyen que doivent employer les hommes +qui veulent nous persuader de leur amour ? +Jourdain à ce discours fut long-temps dans +une stupeur profonde, et eut toutes les peines +du monde à s’empêcher de rire. Bientôt +la première surprise passée, et sa femme +persistant à lui parler sérieusement, il fut +forcé de croire que ce traitement étoit indispensable. +Mais comment se résoudre à +battre une femme qu’on aime ? Il n’y avoit +pourtant pas de milieu, il eût été haï ; il s’y +résolut donc avec beaucoup de peine. Peu +de jours après, il saisit un prétexte d’humeur +de sa femme, et prenant un bâton, +lui administra la correction la plus conjugale. +Le remède fit merveille, et sa femme commença +à le chérir de la meilleure foi du +monde.</p> + +<p>Pierre d’Erlesunde, part. 5 de ses anecdotes +moscovites, raconte le même fait et +dit : que c’est pour cet usage que les maris +aussi-tôt la noce, se munissent de verges, +comme des divers ustensiles de ménage, et +le motif de cette emplette n’est nullement +le desir de corriger sa femme ; car une méchante +femme, s’il y en a, ne se corrige ni +par les menaces, ni par la colère, quand +même on lui casseroit les dents à coups de +pierre, pour me servir des termes de Simonide, +dans Stobée.</p> + +<p>Je crois avec votre père Meibomius, (c’est +Bartholin qui parle) que la flagellation excite +et augmente la semence par la chaleur extrême +qu’elle communique aux lombes et aux reins, +et j’ai depuis long-temps démontré dans mes +recherches sur l’anatomie, de quelle manière +les fonctions des reins dépendent de +la circulation du sang, systême appuyé depuis +par Sennert, Olafius, Wormius et Meibomius. +Ce qui fait que l’usage de se coucher +sur le dos procure en dormant les pollutions +involontaires, en donnant trop de chaleur +aux lombes. Les frictions excitent l’érection, +et plus d’un parisien a dû à cet +usage, trop fréquent chez eux, la perte de la +santé et de la vie.</p> + +<p>C’est sur les lombes qu’on applique les +remèdes rafraîchissans, dans la gonorrhée. +Actuarius, liv. 4, chap. 8, de sa méthode +de médecine, applique sur les reins un emplâtre +qui les fortifie, sans les échauffer aucunement. +Oribase emploie une lame de plomb +sur les lombes<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a>. La défense qu’il fait de +trop rafraîchir les lombes, dans la crainte +que les reins n’en souffrent aussi, prouve +que ces deux parties sont très-distinctes, et +que ce qui est utile à l’une est nuisible à +l’autre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> Voyez son traité du régime que l’on garde dans +toutes les saisons de l’année. <i>Bâle</i> 1528, édition d’Alban. +Torinus.</p> +</div> +<p>De mon Tusculanum d’Hagestad, le 24 octobre +1669.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">EXTRAIT<br> +<span class="small">DE LA REPONSE<br> +DE</span> H. MEIBOMIUS, <span class="small">FILS,<br> +A T. H. BARTHOLIN.</span></h2> + + +<p>J’ai appris que vous vouliez faire réimprimer +l’ouvrage de Jean Henri Meibomius, +mon père, sur l’utilité de la Flagellation +dans les plaisirs de l’amour, et sur les fonctions +des lombes et des reins, et rien ne +pouvoit m’être plus agréable. Cet ouvrage +doit sa naissance à la gaîté d’une orgie, et +il a été publié, à l’insu de mon père, à +Leyde, par les soins du personnage illustre +auquel il est dédié. Les hommes les plus signalés +de l’Europe l’ont accueilli, et plusieurs +écrivains lui ont donné des éloges. +Comme on n’en avoit tiré qu’un très-petit +nombre d’exemplaires pour être donnés à +des amis, il devint rare, et l’objet des avides +recherches des amateurs et des curieux, à +cause de la singularité piquante de son titre. — J’étois +fâché de ne pouvoir contenter +tous ceux qui vouloient l’avoir, et ne voulois +pourtant pas en faire une seconde édition, +non-seulement parce que je n’étois pas +toujours de l’avis de mon père, mais encore, +parce que je ne voulois pas évoquer sur +moi les traits de la censure, dans le moment +où ma réputation commençoit à s’établir, +en éditant un ouvrage plein d’images +un peu libres. Je sus quelque temps après +qu’il venoit de l’être, j’en fus ravi et regrettai +de n’avoir pas été averti assez tôt, pour +lui donner toute la pureté et l’élégance dont +il étoit susceptible. Je me réjouis sincérement +que vous ayez bien voulu donner vos soins +à cet ouvrage et l’enrichir de vos observations, +vous que l’Europe savante met au premier +rang de ses littérateurs. Vous ne craignez +pas que le sourcilleux Caton jette sur +lui un regard farouche, en ridant ses lèvres. +Mais enfin, nous n’écrivons pas pour +les Vestales ni pour les Sabins, mais pour +les médecins. Ce sujet mérite d’être approfondi, +et je ne doute pas que vous n’ayez +tiré le plus grand parti de tout ce qui pouvoit +le rendre précieux et intéressant. Je +vous envoie les notes manuscrites dont mon +père avoit chargé les marges de son exemplaire. +Je ne crains pas d’avouer qu’il y a +dans cette lettre des passages qui se trouvent +en contradiction avec les systêmes +d’Harvey, et j’aime mieux convenir des erreurs +de mon père, que de les défendre, +sur-tout lorsqu’elle lui sont communes, +non-seulement avec quelques savans, mais +encore avec quelques siècles précédens.</p> + +<p>Les bons effets de la Flagellation pour +guérir les Maniaques, attestés par Cœlius +Aurelianus, Rhazès et autres, sont connus +depuis un siècle en Angleterre, quoique les +médecins ne s’en soient point souvenus, +et je lis dans Bodin, liv. 5 de la république, +que la folie dégénère souvent en fureur, +et se guérit par la Flagellation.</p> + +<p>Meibomius répète ici ce que Bartholin a +dit des Lupercales, et de leurs cérémonies +ridicules et superstitieuses.</p> + +<p>Il dit que les somnambules peuvent être +guéris de cette maladie par la Flagellation, +et qu’il en a vu plusieurs expériences satisfaisantes. +Il discute ce que son père a +dit des effets de la Flagellation, pour exciter +à l’amour, de l’influence des astres, +de l’habitude, des parties sur lesquelles le +remède doit être appliqué, d’après les autorités +des écrivains sacrés et profanes, des +historiens et des poëtes. Il répète ensuite +tout ce qu’on a déja vu sur le physique +des lombes et des reins, leurs fonctions et +les travaux du sang dans cette partie. Il +cite le coucher trop doux et l’usage de se +coucher sur le dos, comme les causes ordinaires +des pollutions nocturnes : l’équitation +est encore un exercice qui dispose à +l’amour, comme Aristote le démontre dans +le Centon des problèmes qui ont paru sous +son nom. (Section IV, problême 12.) Hyppocrate +dit au contraire, qu’il est une des +cause d’impuissance, et tous deux ont raison. +Hyppocrate a entendu parler de l’usage +des Scythes, d’être toujours à cheval, et +en effet cet exercice continuel fatigue, +épuise ; il endurcit les parties de la génération, +et leur ôte cette précieuse sensibilité +qui est le premier aiguillon de la volupté. +Aristote, au contraire, n’a en vue +que l’usage modéré propre à échauffer les +lombes, mettre les humeurs en mouvement, +et subtiliser le sang<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> Je ne suis plus étonné de voir nos élégantes +parisiennes parcourir légèrement à cheval les boulevards +et le bois de Boulogne. Elles savent à merveille +la théorie des jouissances, sans avoir lu +Meibomius, elles savent par expérience que la fatigue +du plaisir les délasse des fatigues du cheval. +(<i>Note du trad.</i>)</p> +</div> +<p>Je ne crois pas nécessaire de pousser plus +loin la discussion sur tout ce que mon père +a dit à ce sujet. Il a compulsé avec trop +de soin tout ce qui pouvoit completter son +ouvrage. Math. Highmorus, liv. 1, part. 3, +chap. 4 de son anatomie, l’a fait d’une manière +lumineuse. Quelques auteurs essayeront +peut-être d’expliquer les phénomènes +de la nature, à l’aide de ses hypothèses, +semblables à cet écrivain qui s’étoit persuadé +que la semence est le chyle et non +le sang, et que ce chyle épais, trop échauffé +par la flagellation, se portait vers les parties +génitales. On pourroit s’égarer encore +davantage dans la région des commentaires +sur le suc nerveux qu’ils croient être le +premier agent du suc organique, mais mon +intention n’est pas de les suivre dans le dédale +des conjectures. Je pense avec Columella, +que les hommes ont plutôt la manie +de mettre en crédit les idées nouvelles et +hasardées, que d’approfondir et d’appuyer +celles qui sont reçues. Quant à moi, je +crois avoir suffisamment prouvé tout ce que +j’ai avancé sur la circulation et l’effervescence +du sang dans les lombes, et je m’y tiendrai, +si vous me donnez votre suffrage.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak i">E<span class="xsmall">XTRAITS</span> des articles de quelques auteurs +cités dans cet ouvrage.</h2> + + +<p id="aut-a">(A) Il y eut plusieurs <span class="sc">Asclépiades</span>. Un +d’eux vivoit sous Trajan, et fut d’abord +rhéteur, et ensuite médecin à Rome. Il +mourut d’une chute, dans un âge très-avancé. +Pline cite ses cinq remèdes : l’abstinence +des viandes et du vin dans certaines +occasions. Les frictions, la promenade +et la voiture.</p> + +<p id="aut-b">(B) <i>Jérôme <span class="sc">Mercurialis</span></i>, mort à Forli, sa +patrie, en 1596, à 66 ans, professeur de +médecine à Padoue, à Bologne et à Pise. +Ses compatriotes lui érigèrent une statue. +Ami généreux, vivant avec éclat, et charitable +envers les pauvres ; il n’en laissa +pas moins 120,000 écus d’or à ses héritiers. +Il étoit de belle taille, de bonne mine, +d’une grande douceur et d’une piété exemplaire. +Il a laissé des ouvrages pleins d’érudition. +1<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">De arte Gymnasticâ</i>, 1602, <i>in</i>-4<sup>o</sup>. +2<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">De morbis mulierum</i>, 1601, <i>in</i>-4<sup>o</sup>. 3<sup>o</sup>. <i>Des +notes sur Hyppocrate et sur Pline l’ancien</i>.</p> + +<p id="aut-c">(C) <i>Thomas <span class="sc">Campanella</span></i>, dominicain calabrois, +emprisonné 27 ans pour avoir montré +plus d’esprit qu’un vieux professeur de +son ordre. Il eut sept fois la question, pendant +vingt-quatre heures de suite, et ne +fut élargi qu’à la sollicitation du pape Urbain +VIII. Il vint à Paris, protégé (en +1624) par le cardinal de Richelieu, et y +mourut en 1639, à 71 ans, pour avoir pris +de l’antimoine. Nous avons de lui un ouvrage +intitulé : <i lang="la" xml:lang="la">Atheismus triumphatus</i>, et +plusieurs autres.</p> + +<p id="aut-d">(D) <i>Jean Pic</i>, prince de la <span class="sc">Mirandole</span> et +<i>de la Concorde</i>, né en 1463, d’une famille +illustre, fut dès sa plus tendre jeunesse, +un prodige de mémoire et de science, et +qui, dit-on, possédoit vingt-deux langues +à l’âge de dix-huit ans. Ses ouvrages sont +recueillis en un vol. <i>in-fol.</i> Bâle 1601. +1<sup>o</sup>. <i>Des livres sur le commencement de La Genèse</i>. +2<sup>o</sup>. <i>Un traité de la dignité de l’homme</i>. +3<sup>o</sup>. <i>De l’être de l’univers</i>. 4<sup>o</sup>. <i>Règles de la +vie chrétienne</i>. 5<sup>o</sup>. <i>Traité du royaume de J. +C. et la vanité du monde</i>. 6<sup>o</sup>. <i>Trois livres +sur le banquet de Platon</i>. 7<sup>o</sup>. <i>Une exposition +de l’oraison dominicale</i>. 8<sup>o</sup>. <i>Un livre de +lettres</i>. 9<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Disputationes adversùs astrologiam +divinatricem</i>. Bologne 1495. <i>in-folio</i>, rare.</p> + +<p id="aut-e">(E) <i>Jean <span class="sc">Nevisan</span></i>, jurisconsulte Italien, +natif d’Asti, mort en 1540, étudia le droit +à Padoue, et l’enseigna à Turin. Son principal +ouvrage est celui que cite ici <i>Meibomius</i>, +<i lang="la" xml:lang="la">Sylæ nuptialis, lib. 6. in quibus matrimonii, +dotium, filiationis, adulterii materia +discutitur</i>. Lyon 1772, in-8. liv. curieux, +qui souleva tout le beau sexe contre lui.</p> + +<p id="aut-f">(F) <i>Ludovicus Cœlius <span class="sc">Rhodoginus</span></i>, né à +Rowigo, dans l’état de Venise, en 1450, +savant dans le latin et le grec, professeur +à Milan et ensuite à Padoue, où il mourut +en 1525, à soixante-quinze ans ; son +nom de famille étoit <i>Richeri</i> ; <i>Jules César +Scaliger</i> fut son disciple, et les talens de +l’élève justifient les éloges qu’il prodigua +à son maître, en l’appellant le Varron de +son temps. Rhodiginus fit un voyage en +France, et Charles VIII le combla de bienfaits. +Il fut enterré dans le couvent de St.-François, +à Rowigo. Balthazar de Bonifaci, +archidiacre de Trévigi, fit son éloge +funèbre, qu’il termine par ce distique.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">A Duplici patriâ nactus cognomina bina,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Cælius in cælis, hic Rhodiginus eris.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent">Son principal ouvrage est celui : <i>des Anciennes +leçons</i>, en trente livres.</p> + +<p id="aut-g">(G) Tout le monde lettré connoît le fameux +<i>André <span class="sc">Tiraqueau</span></i>, né à Fontenay-le-Comte, +dont il fut lieutenant-civil, et mort +en 1558, dans un âge très-avancé. Il fut +conseiller au parlement de Paris, et rendit +beaucoup de services à la France sous François +I et Henri II. Juge intègre, et savant +infatigable, ses occupations ne l’empêchèrent +pas de donner au public un grand nombre +d’excellens ouvrages. Il fit vingt enfans +et vingt ouvrages. Il fut l’ami du fameux +chancelier de l’hôpital. On lui fit +cette épitaphe. <i lang="la" xml:lang="la">Hic jacet qui aquam bibendo, +viginti liberos suscepit, viginti libros edidit. Si +merum bibisset, totum orbem implesset.</i> Ainsi +traduite par Desforges Maillard.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i2">Ci gît le fameux <span class="sc">Tiraqueau</span>,</div> +<div class="verse">Ce grand commentateur de loix et de coutumes,</div> +<div class="verse i2">Qui ne but jamais que de l’eau,</div> +<div class="verse i2">Eut vingt enfans, fit vingt volumes :</div> +<div class="verse i2">On croit que cet homme divin,</div> +<div class="verse i2">Dont la verve étoit si féconde,</div> +<div class="verse">De ses productions auroit rempli le monde,</div> +<div class="verse i1">Si, comme un autre, il avoit bu du vin.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent">[Voyez le journal historique de Verdun +sur les matières du temps. Oct. 1752, p. +284.].</p> + +<p id="aut-h">(H) <i>Othon <span class="sc">Brunfels</span></i>, fils d’un tonnelier +de Mayence, ainsi nommé du bourg où +il nâquit, se distingua dans les lettres, les +langues savantes et la théologie et fut +religieux à la chartreuse de Mayence. Il +étoit valétudinaire, inquiet, mélancolique, +inconstant et fâcheux avec ses amis. Il fut +un des premiers qui suivirent Luther, sortit +secrétement du monastère et se retira à +Strasbourg, ensuite à Basle, où il fut reçu +médecin en 1530. Revenu à Strasbourg, +et de là envoyé à Berne, il y mourut six +mois après, le 23 Octobre 1534, d’une maladie +inconnue aux médecins, ayant la poitrine +toute en feu, et la langue noire comme +du charbon. Ses ouvrages sur la médecine, +sont : 1<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Catalogus illustrium medicorum</i>. +2<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Onomasticon medicinæ, etc.</i></p> + +<p id="aut-i">(I) <i>Fr. <span class="sc">Junctinus</span> ou <span class="sc">Giuntino</span></i>, mathématicien +florentin, d’abord carme, ensuite +apostat, est auteur des commentaires +latins sur la sphère de <i>Sacro Bosco</i>, et +mourut vers la fin du seizième siècle. +Il vécut errant, inquiet et libertin, et fut +accablé sous les ruines de sa bibliothèque. +L’astrologie judiciaire sur laquelle il fit +divers ouvrages, ne lui avoit pas annoncé +ce genre de mort, dont il se seroit préservé.</p> + +<p id="aut-k">(K) <i>Marsilio <span class="sc">Cagnati</span></i> de Véronne, professeur +de médecine à Rome, sous le pontificat +de Clément VIII et Paul V. Il étudia +à Padoue, sous Zabarella, et se fit une +grande réputation dans les langues, les +belles lettres, la philosophie et la médecine. +C’étoit un homme très-mélancolique, sévère, +parlant très-peu, mais avec beaucoup +d’éloquence et de facilité. Nous avons +de lui : <i lang="la" xml:lang="la">De Sanitate tuendâ libri 2. opuscula +varia</i> ; <i lang="la" xml:lang="la">varia Lectiones, etc.</i></p> + +<p id="aut-l">(L) <span class="sc">Origène</span>, surnommé <span class="sc">Adamantius</span>, à +cause de son assiduité au travail, nâquit +à Alexandrie, l’an 185 de J. C. Tout le +monde connoît cet homme étonnant pour +le savoir, le courage dans les persécutions, +la grande piété et les nombreux ouvrages +qu’il a laissés. Léonide son père +avoit tant de vénération pour lui qu’il +alloit lui baiser la poitrine pendant qu’il +dormoit. Origène à 18 ans fut chargé d’instruire +les fidèles d’Alexandrie. Les femmes +fréquentant son école, il crut fermer la +bouche à la calomnie, en se faisant lui-même +l’opération douloureuse, qui le privoit +des organes de la génération, s’imaginant +être autorisé à cette cruauté par un +passage de l’écriture : mais ce fut précisément +ce qui lui ferma tous les chemins aux +dignités ecclésiastiques.</p> + +<p>Voyez <i>Bayle</i>. <i>Lucien</i>, tom. 3, et le traité +des Eunuques de M. <i>Charles Ancillon</i>, première +partie, chap. 5, art. <i>Vallesiens</i>.</p> + +<p id="aut-m">(M) <span class="sc">Isidore</span> (Saint) de Séville, fils d’un +gouverneur de Carthagène, élevé par Léandre +son frère, évêque de Séville. Il fit entre +autres ouvrages vingt livres d’<i>Origines</i> ou +<i>Etymologies</i>. Il succéda à son frère en 601, +et mourut en saint en 636, également regretté +des savans, des pauvres et de toute +l’Espagne dont il étoit l’oracle. Le concile +de Tolède, de 653, l’appelle le <i>docteur de +son siècle et le nouvel ornement de l’église</i>. La +meilleure édition de ses ouvrages est celle +de Dom Dubreuil, bénédictin. <i>Paris</i> 1601, +et <i>Cologne</i> 1613, <i>in-folio</i>.</p> + +<p id="aut-n">(N) <span class="sc">Aetius</span> ou <span class="sc">Aece</span>, médecin d’Amide, +ville de Mésopotamie, sur le Tibre, étudia +à Alexandrie, sur la fin du quatorzième siécle. +Il fut le premier médecin chrétien qui +laissa des écrits sur la médecine. Il suivit +la méthode des Egyptiens, excella dans la +chirurgie et les maladies des yeux. L’ouvrage +dont il est question, qui a pour titre : <i>Tetrabiblos</i> +est en seize livres. Les huit premiers +sont imprimés en grec, chez <i>Alde</i> ; +<i>Venise</i>, 1534, <i>in-fol.</i> Et les huit dernier, +M. SS. dans la bibliothèque de l’empereur, +à Vienne. C’est une compilation, mais +pleine de choses qu’on chercheroit vainement +ailleurs. Elle a été traduite en latin +par <i>Janus Cornarus</i>, et imprimée à Bâle, +chez <i>Forben</i> 1542, sous ce titre : <i lang="la" xml:lang="la">Contracta +ex veteribus medicina</i> : etc.</p> + +<p id="aut-o">(O) <i>Nicolas <span class="sc">Perrot</span></i>, né à Sasso-Ferrato, +d’une famille illustre, mais pauvre. Il fut +conclaviste du Cardinal Bessarion, après la +mort du Pape Paul III, Gouverneur de Pérouse, +ensuite de l’Ombrie, et archevêque +de Siponto en 1458, et mourut en 1480 à +Fugicura, sa maison de plaisance, auprès +de sa patrie. Ses ouvrages sont : 1<sup>o</sup>. Traduction +des cinq premiers livres de <i>Polybe</i>. +2<sup>o</sup>. <i>Traité sur le serment d’Hyppocrate</i>. 3<sup>o</sup>. <i>Du +Manuel d’Epictète</i>. 4<sup>o</sup>. Du Commentaire +<i>de Simplicius</i>, sur la physique d’Aristote. +5<sup>o</sup>. Des Harangues. 6<sup>o</sup>. Des Lettres. 7<sup>o</sup>. Des +Poésies Italiennes. 8<sup>o</sup>. Des Commentaires +sur le <i>Stace</i>. 9<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">De generibus Metrorum</i>. +10<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">De Horatii Flacci ac Severini metris</i>. +11<sup>o</sup>. <span lang="la" xml:lang="la"><i>Cornucopia</i>, seu latinæ linguæ commentarius</span> +(sur Martial.) 1513 <i>in-fol.</i> +12<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Rudimenta Grammatices</i>. Rome 1475, +<i>in-fol.</i> Cette dernière édition est très-rare.</p> + +<p id="aut-p">(P) <i>Quintus-Septimius-Florens <span class="sc">Tertullianus</span></i>, +prêtre de Carthage, et fils d’un centenier +dans la milice, sous le Proconsul d’Afrique, +mourut vers l’an 216, sous le règne +d’<i>Antonin Caracalla</i>. Il se fit chrétien, et +fut le plus éloquent défenseur du christianisme, +avant qu’il eût embrassé le <i>Montanisme</i>. +La meilleure édit. des ouvrages de +ce père illustre de l’Eglise est celle de Venise, +en 1746. Vassoult a donné en 1714 et +1715, une belle traduction de son Apologie +pour les Chrétiens, avec des notes. <i>Thomas</i>, +seigneur <i>du Fossé</i>, sous le nom de la +<i>Motte</i>, a donné une excellente vie de Tertullien +et d’Origène.</p> + +<p id="aut-q">(Q) <i>Nicolas <span class="sc">de Lyre</span></i>, ainsi nommé du lieu +de sa naissance, petite ville de Normandie, +entre Séez et Evreux. Il étoit né Juif, et +étudia sous les Rabbins, mais il se convertit +et prit l’habit des Frères Mineurs, +en 1292. Cet auteur possédoit très-bien la +langue hébraïque. La Reine Jeanne, Comtesse +de Bourgogne, et femme de Philippe V, +dit le <i>Long</i>, le nomma un des exécuteurs +de son testament, en 1325. Il mourut Provincial +de son ordre, à Paris en 1340. Nous +avons de lui entr’autres ouvrages : <i>des Postilles</i>, +ou <i>petits commentaires sur la Bible</i>. +<i>Lyon</i>, 1596.</p> + +<p id="aut-r">(R) <span class="sc">Avicenne</span>, Philosophe et Médecin +Arabe, de Bochara en Perse, né l’an 370, +de l’Egire, Médecin et Visir du Sultan Cabous, +et mort de ses débauches, l’an 428, +à 56 ans. Cet homme avec une mémoire +prodigieuse, et sachant l’alcoran par cœur +et les livres de Métaphysique d’Aristote, les +lut quarante fois sans y rien entendre. Ses +ouvrages ont été imprimés à Rome, en +arabe, par les soins de Sixte IV, en 1489, +et traduits en latin par Gérard de Crémone, +André Alpagus et autres. 1<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Canonum Medicinæ, +lib. 4</i>. 2<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">De Medicinis Cordialibus</i>. +3<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Cantica</i>. 4<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Opera philosophica, etc.</i></p> + +<p id="aut-s">(S) <i>Fulgentius <span class="sc">Placiades</span></i>, Evêque de Carthage +dans le sixième siècle, auteur de trois +livres de Mythologie, imprimés par les +soins de Jacques Comelin, en 1599, avec +<i>Hyginus</i>, <i>Julius Firmicus Maternus</i> et <i>Alberic</i>. +La première édit. est celle d’Ausbourg +1517, avec des notes de Jacques Locher. +On lui attribue encore un livre de +l’allégorie de Virgile, adressé à Chalcide +le Grammairien.</p> + +<p id="aut-t">(T) <span class="sc">Nemesius</span>, Philosophe Chrétien, natif +et Evêque d’Emese en Phénicie, sur la +fin du quatrième siècle. Nous avons de lui +un livre <i>De la nature de l’homme</i>, qui se +trouve grec et latin dans la bibliothèque des +Pères, et où il soutient la préexistence des +ames. Ses mœurs honorèrent la Philosophie +et la Religion.</p> + +<p id="aut-u">(U) <span class="sc">Sennert</span> (Daniel) fils d’un Cordonnier +de Breslaw, né en 1572, devint Docteur +et Professeur en médecine à Wirtemberg, +et mourut de la peste en 1637, à +soixante-cinq ans. Ses ouvrages furent imprimés +à Venise en 1640, 3 vol. <i>in-fol.</i> et +plusieurs fois depuis. Ils forment une bibliothèque +complette de médecine, et valent +beaucoup mieux que plusieurs de nos +modernes écrits. Sa passion pour la Chymie, +sa liberté à refuter les anciens, et la +singularité de ses opinions lui firent beaucoup +d’ennemis. Il suivit la méthode de Galien. +André Sennert, son fils, mort à Wirtemberg +en 1689, à quatre-vingt-quatre ans, +y enseigna pendant cinquante-un ans les +langues orientales, et soutint par plusieurs +gros livres, la réputation de son père.</p> + +<p id="aut-v">(V) <span class="sc">Oribase</span> de Pergame, disciple de Zénon +de Chypre, et médecin de <i>Julien l’Apostat</i>, +qui le fit Questeur à Constantinople. Exilé +sous les Empereurs suivans, il se fit estimer +des barbares même, par sa vertu. Rappellé +par la suite, il mourut au commencement +du cinquième siècle. Le plus estimé de ses +divers ouvrages, imprimés à Bâle, en 1557, +3 vol. <i>in-folio</i>, est son livre <i>des Collections</i>, +entrepris à la prière de Julien, et puisé dans +Galien et autres. Il ne nous reste que dix-sept +livres de cet ouvrage, qui en avoit +soixante-douze.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" lang="la" xml:lang="la">J. H. MEIBOMII,<br> +<span class="small">DE</span><br> +<span class="large">FLAGRORUM USU</span><br> +<span class="small">IN RE MEDICA ET VENEREA,</span><br> +<span class="xsmall">ET LUMBORUM RENUMQUE OFFICIO.</span></h2> + +<p class="c" lang="la" xml:lang="la">EDENTE<br> +CLAUDIO MERCIER, COMPENDIENSI.</p> + +<p class="c" lang="la" xml:lang="la">Editio quarta castigatissima.</p> + + +<p class="c gap" lang="la" xml:lang="la"><span class="large">PARISIIS</span>,<br> +SUMPTIBUS CLAUDII MERCIER.</p> + +<p class="c">1795.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">AVIS DE L’ÉDITEUR</h2> + + +<p>Nous ne connoissons que quatre éditions +de cet ouvrage.</p> + +<p>La première de 1639, in-12, très-fautive.</p> + +<p>La deuxième de 1643, ayant au titre : <i lang="la" xml:lang="la">in +re veneriâ</i> seulement. <i><span lang="la" xml:lang="la">Lugd. Batav. ex officinâ +Elzevirianâ Academ. Jur. typog.</span> in-4<sup>o</sup>. de 48 +pages.</i></p> + +<p>La troisième, datée <i lang="la" xml:lang="la">Londini</i>, 1665, in-32, +n’est autre chose qu’une contrefaçon faite +à Paris en 1757, et à laquelle on a ajouté +le titre ci-dessus. Elle est pleine d’erreurs +et d’omissions.</p> + +<p>La quatrième, <span lang="la" xml:lang="la">Thomæ Bartholini, Joan. +Henrici Meibomii Patris, Henrici Meibomii +filii, de usu Flagrorum in re medica et venerea +lumborum que officio. Accedunt de +eodem renum officio Joachimi Olhafii et +Olaï Wormii dissertatiunculæ, Francofurti, +ex Bibliopolio Hafniensi. Danielis Pauli Bibl. +reg.</span> 1669, in-12. — Cette dernière étant la +plus étendue et la plus exacte, nous a beaucoup +servi dans notre travail, et nous croyons +pouvoir assurer que la nôtre ne laissera plus +rien à desirer.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" lang="la" xml:lang="la">THOM. BARTHOLINI<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>,<br> +DE<br> +FLAGRORUM USU MEDICO,<br> +AD VIRUM CLARISSIMUM<br> +HENRICUM MEIBOMIUM<br> +EPISTOLA.</h2> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> Thomas Bartholin, médecin et littérateur, +très-savant, mais très-superstitieux, natif de Malmoë, +mort en 1650, à 64 ans, a fait des découvertes +sur les veines lactées et sur les vaisseaux +limphatiques. Il est l’auteur des ouvrages suivans : +1<sup>o</sup>, <i>sur l’usage de la neige</i>, 1661. 2<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">de Morbis Biblicis. +Francf.</i> 1672. 3<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Paralytici novi testamenti. +Copenh.</i> 1653, <i>in</i>-8<sup>o</sup>. 4<sup>o</sup>, <i lang="la" xml:lang="la">Dissertatio de Passione +Christi, Amst.</i> 1670. 5<sup>o</sup>. <i lang="la" xml:lang="la">Epistolæ medicinales et de +Insolitis partus viis</i>, la Haye, 1740, 5 vol. <i>in</i>-8<sup>o</sup>.</p> + +<p>6<sup>o</sup>. Celui dont il est ici question : <i lang="la" xml:lang="la">de usu Flagrorum, +etc.</i> 1670. <i>in</i>-12.</p> + +<p>7<sup>o</sup>. Et enfin un journal intitulé : <i lang="la" xml:lang="la">Acta hafniensia</i>.</p> +</div> + +<p lang="la" xml:lang="la">Inter præcipua sœculi ornamenta numerari +meretur parens tuus Joan. Henr. Meibomius, +sed per te fama ejus crescit, quia paternæ +virtutis hæres ex asse et successor, nominis +celebritatem editis scriptis promovere pergis. +Varia is eruditione artem divinam quam +principe curâ exercebat semper exornavit, +nec tibi minor cura est medici eruditi famam +cum parente aucupari. Edita parentis monumenta, +de jure jurando Hyppocratis et de +vita Mæcenatis, testantur quantus fuerit pater. +Tu posteritati plenam fidem facies quantus +sis filius, dum delitescentes apud te parentis +lucubrationes, cedro dignas, publico +exponis tuo auctas ingenio. In tantâ autem +doctrinæ amplitudine, inter seriora alia negotia, +se quoque ad minima demittens Parens, +in gratiam viri clarissimi Christiani +Cassii, cujus grata nobis est memoria, Flagrorum +usum medicum ex antiquitate brevi +dissertatione exposuit. Quam cum typis suis +recudere gestiret bibliopola noster, argumenti +raritate motus, à me augmentum petiit. +Rimisi hominem ad te, authoris filium, +magna cum laude medicinam in academiâ +Juliâ docentem, et parentis exemplo in omni +litteratura et antiquitate versatissimum, cui +propius paterni scripti gloria tangit : nec +enim vel tantillum ornamenti à me expectari +posse tanti viri libello, qui propriis radiis +per orbem universum clarissimè cum +authore splendescit. Quamquam verò paterno +honori augendo non defueris, multis +que accessionibus auctam dissertationem cum +eruditâ epistolâ remiseris, rogare tamen non +destitit Paullinus noster, honesti lucri desiderio, +ut observationes nonnullas adderem, +quas mihi in promptu semper esse credit. +Ne vel spem ejus officium amici desererem, +quo Meibomiis Cassiisque obstrictum +me scio, quia etiam, ut publico prosimus.</p> + +<p class="c" lang="la" xml:lang="la"><i>Communis ista pluribus causa est Deis.</i></p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Lacinias quasdam collegi, vel funiculos, +pro Flagrorum vestrorum incremento, inter +alias occupationes, quibus jam occupatum +me amici non nesciunt, parentis tui, tuoque +honori dedicatos. Flagrorum usum pauci +ante vos recoluerunt. Paucissimi certè amant, +quia blanda potiùs ægros nostros afficiunt et +dulcia, ad severam medicinam horrentes, +cum tamen ea sit malorum inter mortales +conditio, ut blandè semper tractari non possint, +etiam ubi maximè velis blandiri. Vincula +hyppocratica subindè accersenda et duriores +manus contumacibus morbis applicandæ. +Verbera Flagrorum eos maximè curant, +qui morbum simulant. Sæpissimè epilepsiam +mentientes hoc remedio aspero, sed +salutari convaluerunt, sanatique antequam +ægrotarent, profuit ad prophylaxin, ne posteà +hominibus simulato morbo imponerent.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Novi quoque pigros servos, morbum nescio +quem fingentes, flagris ad officium rediisse. +Ad veros morbos expiandos conferre +plurimùm, tantò minus dubitare possumus +quod animæ morbis flagella prosint. Hinc flagellantium +ordinem tempore quadragesimali +in Italiâ videas, vulneribus altis dorso inflictis +præteritæ vitæ conscientiam expiare +et velut in Cybeles sacris, apud Claudianum, +lib 1, in Eutrop.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la"><b>. . . . .</b> Pectusque illidere pinu,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Inguinis et reliquum Phrygiis abscindere cultris.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Tales fuerunt apud paganos Syriaci Flagratores, +qui justas pœnas facinoris alicujus +ipsi vel pro se, vel pro aliis, mercede conducti, +de suis manibus flagro contorto exposcebant, +quos describit Apuleius, lib. 8, metamorphos. +Dispar Circe virgâ mentem humanam +sociorum Ulyssis in belluina corpora, +imprimis porcina transformabat, de quâ Homerus +Odiss. X. Magica hæc quidem sunt, +morali, tamen sensu monstrant, verberibus +quosdam ad sanum sensum redire, alios ad +belluinum. Metamorphosis certa est, sed +forma differens, quanquam nec curiosâ arte +nec hæc fiat, nec illa. Vidi flagris castigatos +Patavii à Religiosis, qui à malo spiritu obsessi +credebantur, quos tamen reverâ fuisse epilepticos, +propter signorum similitudinem, +recte medici dictitant, quibus flagra, excitato +in corpore calore, nocere non possunt. +Ipsum se lapidibus concidit spiritu immundo +obsessus Marc. V, v. 5 et pugnis se contundi +queritur divus Paulus 2, Cor. 12, v. 7. +Seu digitorum condylis, quomodo <i>Colaphon</i> +ex Varino exponit Matth. Martin. in etymologico. +Quanquam de colapho hoc notet Haymon +Episcopus Halbertadensis, de ardore libidinis +per diabolum accenso potius exponendum, +quam de dolore capitis. Ad morborum +curationem flagra adhibita olim fuisse, variis +veterum autoritatibus ostendit Meibomius. +Idque quando modicæ medicinæ locus non +fuit. Flagris enim cœdi in atroci coërcitione +gravissimaque et servili injuria consistebat +apud Romanos, cum liberi tantum pœnæ lenitatis +argumento, fustibus castigarentur, sicut +fusè ex jure explicat B. Brissonius lib. 3, +Antiq. Jur. civil. cap. 9.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">De furoris seu insaniæ curatione elegans est +locus Cœlii Aureliani, lib. 1 tardar. passionum, +cap. 5 obiter à magno Meibomio patre +notatus, in quo placet nonnihil immorari, ut +fortior ex morâ sit furoris medicina, quanquam +ex aliorum, non suâ sententiâ loquatur +Cœlius, imprimis Titi Asclepiades discipuli, +cujus vitam ex opere diù desiderato de vitis +medicorum, quod ex schedis paternis promisisti, +expectamus. Verba Cœlii sunt. « Flagellis +alii aiunt coërcendos, ut quasi judicio +mentis pulso resipiant, cum magis, tumentia +cœde lacessendo, faciant asperiora, et adveniente +lenimento passionis, cum sensum +recipiunt, plagarum dolore vexentur. » Ita +Rovilli editio habet quâ utor. Meibomii vero +patris ita legit ut sinistro mentis judicio depulso +resipiscerent. Irridet istam curandi rationem +methodicus Cœlius, partim quod asperiora +reddantur tumentia loca verberibus et +flagrorum plagis, quasi cœde aliquâ etiam post +curationem dolore remanente, partim quod +locum affectum non respiciat ; inquit enim : +« si, ut ratio poscit, vicinis magis ac patientibus +locis adjutoria sunt adhibenda, coguntur +ut ori vel capiti plagas imponant. » At caput +affectum plagis exacerbatur quod minimis offensis +externis cœditur. De nihilo tamen non +est Titi medicina, quanquam crudelior. Non +calorem excitatum metuit, quia sine febre +furor est, et sine parvo pulsu quo discrimine +à phreneticis separatur. Timor doloris intra +rationis terminos continet. Ita novi virum honestum +non raro furentem ab alio fortiori minis +verberibusque coactum ut agno fieret pacatior. +Alia ratio est resolutarum partium, quæ +plagis affectæ excitantur, dolore silicet et calore +provocato ; ubi tamen Themisoni non +concedit Cœlius idem Aurelianus lib. 2 tard. +pass. cap. 1 plagis ferulæ cœdi partes in passione +constitutas, quia salsæ aquæ potiùs mitigatione +atque recorporatione videntur curandæ. +Sed pace methodici, sicut pro ferula +salsæ aquæ substitui recte possunt, ita utrumque +remedii genus sensum excitat ob acrimoniam +et ad utrumque sequitur recorporatio. +Quidquid fœrula præstat, efficit et aqua marina, +quæ Dioscoridi lib. 5 cap. 19, calida +est et acris. Et Celso nostro lib. 2 cap. 22. +Omnia salsa acria sunt. Undè emplastrum +<small>DI ALON</small> Scribon. comp. 127, ulcera vetera +et callosa renovat. Mitigatione torpent magis +resolutæ partes quam reviviscunt fricandæ +fortiter seu flagris seu acribus stimulis, ut +resurgant. Modus tamen est hic adhibendus, +quem prœscribit Galenus lib. 14 method. +med. c. 16. « ferulas parvas ac leves modicè +illitas gracilibus partibus incutiunt, donec +modicè attollantur. Ad hunc modum mango +quidam proximè nates pueri fame consumptas +breviter auxit, percussu mediocri quotidiè +usus, aut saltem alternis diebus. Si plagarum +vexatione terreatur Cœlius, in promptu sunt +remedia apud Æginetam lib. 4 rei med. +cap. 12. Pellis nimirùm ovilla recens detracta +calida adhuc, flagris cœsis circumdata, præter +alia ibidem et cap. 14 et apud Aëtium Tetr. 4. +s. 2. cap. 65. Galen. lib. 11. S. M. F. Avicennam +lib. 4. Fen. 4. Tr. 2. cap. 7. signata. +Contrà plagarum dolores præsumptione se +muniebant Syriaci effeminati, ut narrat Apuleïus +lib. 2. spiritus cohibitionem suspicatur +fuisse. Beroaldus, salutare homini contrà +plagas præcidium quod ex Plinio probat, inventum +animalis cui nomen est Meles ; si quidem +in metu sufflatâ cute distentæ meles ictus +hominum et morsus canum arcent. Medicina +hæc per flagra quanquam durior videatur, ab +eâ tamen medicus abstinere non debet, si +salutari effectu nobiletur. Eleganter in hanc +rem B. Augustinus ep. 50. molestus est et +medicus furenti frenetico et pater indisciplinato +filio ille ligando, iste cœdendo sed ambo +diligendo. Si autem illos negligant et perire +permittant, ista potiùs mansuetudo falsa crudelis +est. Socrates apud Platonem in Georgiâ +negat medicum permittere ut ægrotans +appetitus suos impleat, aut cibis multis suavissimisque +utatur. Est quippè, ut contrà +Gnosticos Tertulianus loquitur, planè quasi +sœvitia medicina de scalpello, de cauterio, +de sinapis incendio, (addo de flagello) non +tamen secari, inuri et extendi morderique +idcirco malum, quia dolores utiles adfert, +nec quia tantummodo contristat, recusabitur, +sed quia necessario contristat, abhibebitur. +Horrorem operis fructus excusat. Res enim +bonæ atquæ malæ, non dolore et voluptate, +sed utilitate et noxâ sunt judicandæ. Omnia +igitur in medico imperante ferri debent ex +antiquâ formulâ : I lictor (vel serve) collige +manus, verberato, caput obnubito ; sed cætera +ignorante, arbori infelici suspendito. +Hæc causa est quod inter tonsorum instrumenta +olim flagra sint recensita, indicio Martialis, +lib 2. ep. 17.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i" lang="la" xml:lang="la">Tonstrix suburæ faucibus sedet primis,</div> +<div class="verse i" lang="la" xml:lang="la">Cruenta pendent quà <i>Flagella</i> tortorum.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">Et ut doloris sensus augeretur, ex lanâ consortâ +multis nodis durioribus exasperabantur +flagra et ut vestigia sui in cute relinquerentur +velut aculeis, ossibus animalium, Apuleio +multijugis talis ovium. Ut mirum non sit quod +quasi inusta dicantur Catullo Ep. 25, ad Thallum, +cui ob fortum minatur flagella lateri manibusque,</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i" lang="la" xml:lang="la">Ne laneum latusculum, manusque mollicellas</div> +<div class="verse i" lang="la" xml:lang="la"><i>Inusta</i> turpiter tibi <i>Flagella</i> conscribillent.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">Sed de his antiquarii, circumspiciant. Vix +mitiores manus alibi medicus affert. Tunc +incipit medicina proficere, ut verè Seneca +epist. 90, ubi in corpore alienato dolorem +tactus expressit. Urticis Flagrorum vice utitur +in membrorum torpore, quarum tanta vis, ut +teneros anserculos enecent si pupugerint, +teste Columella lib. 8. R. R. cap. 14. Nostri +villici deplumata Gallinarum africanarum pectora +urticis verberant, ut libentius incubent. +Impeditâ deglutitione à bolo faucibus inhærente, +vel ossiculo gulæ impacto, tergum +pugnis fatigamus, excussuri quasi armatâ manu +inimicum bolum. Si oscitatione vel risu immodico +luxetur os maxillæ inferioris, alapâ +forti manu inflictâ in locum recurit, quod non +semel risum astantibus movit. Fortiter compresso +ventre, orbiculisque ligneis, vel stanneis +percusso, fœtus mortuus ex angustiis matris +extruditur apud Insubres, quemadmodum +cent. 6. hist. 83. docuimus. Virgis pueros adultiores +que lotium de nocte continere assuevisse +observavi. In re venereâ quantum flagra +valeant, exemplis quibusdam demonstrat +laudatus Meibomius pater, quæ repetere +opus non est, ne verecundæ aures iteratâ +lectione offendantur, quanquam non ignoratus +fuerit Venetiis quidam, qui solis verberibus +pugno Amasiæ ad negotia Veneris sollicitabatur +expediunda, quemadmodùm olim +cupido apud Anacreontem, carm. in amor. +Hyacinthino bacillo adigebat ad sequendum. +Notandum ad argumenti hujus illustrationem, +non viros tantum flagris excitari ad illicitas +voluptates et intempestivas, sed et fœminas +flagellis incitari et incalescere, ut facilius concipiant. +Notum id fuit Romanis mulieribus, +quæ Lupercis se offerebant flagellandas, ut +conciperent. Autor hujus ritus est Juvenalis, +sat. 2.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">… Steriles moriuntur et illis</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Turgida non prodest conditâ pyxide lyde,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Nec prodest agili palmas præbere Luperco.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Ubi vetus scholiastes : steriles mulieres februantibus +lupercis se ofFerebant, et ferulâ +verberabantur, hoc homine qui infra tectum +multi seminis credit contractus ob fœcunditatem +dandam : palmas ideò dicit, quia aut +Catomus lætabantur, aut quia manibus vapulant +cunei per civitatem ; tunc et in solio, +si quis post ipsum descenderit, statim concipit. +Cur verò palmæ verberatæ ad fœcunditatem +Romanas mulieres acceleraverint, +sine superstitione, facilis ex circulatione ratio +petitur. Incalescens enim plagis sanguis in +manu recurrit ad cor, exindèque ad uterum +per arterias, qui calefactus citius, ad libidinem +incitatur, disponiturque ad conceptionem. +De ferulâ ipsâ, quâ in lupercalibus utebantur, +ita Festus Pompeius, lib. 3, <i>Crepos</i> +Romani Lupercos dicebant, à crepitu pellicularum, +quem faciunt verberantes : mos +enim Romanis in lupercalibus nudos discurrere +et pellibus obvias quasque fœminas ferire. +Ferulæ hæ pelle et corio tectæ, suspicante +Dempstero ad lib. 3. Rosin. cap. 2, +idque vel canis, vel hirci, ad sonum edendum, +vel dolorem augendum. Plutarchus +verberationem illam purgationem esse asserit, +quæst. Rom. 67. Apud Ovidium legisse +me memini :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Excipe fœcundæ patienter verbera dextræ,</div> +<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">Jam sacer optati nomen habebit avi.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Irridet quidem hæc verbera Juvenalis, sat. 2, +et ut ludicram rem perstringit Prudentius in +romano martyre.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Quid illa turpis pompa ? nempe ignobiles</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Vos esse monstrat, cum Luperci curritis,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Quem servulorum non rear vilissimum,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Nudus plateas, si per omnes cursitans</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Pulset puellas verbere ictas ludicro.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Quomodo autem excusari per naturam possit, +jam diximus, licet et dolus Lupercorum +subesse potuerit qui aliis telis feriebant puellas, +quæ in impotentiâ suadet Cardanus lib. 2, +de util. ex adv. capienda.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Sunt gentes, inter quas Persæ et Russi, quarum +uxores pro amoris conjugalis signo à +maritis vapulantur. De uxoribus Russicis. J. +Barclaïus in Icon. anim. cap. 8, virorum in +se benevolentiam ex verberorum numero æstimare, +nunquam melius suo judicio habitas +quam cum in sæva ingenia inciderunt. Negat +quidem id sibi compertum. <i>Polutropos</i> Ad. +Olearius in itiner. At historiâ singulari confirmat +Barclaïus, quam non gravabor repetere.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Quidam è Germania in Moscoviam migraverat, +vir è plebe, et si nomen in tantillâ re +placet Jordanes dicebatur. Hæsit ergò in +illa regione, et cum sibi eæ sedes placerent, +indè etiam duxit uxorem. Hanc cum caram +haberet, omnibus que officiis mutuam gratiam +affectaret, illa dejectis luminibus mœsta, crebrò +in singultibus et cæteris mœrentis animi +indiciis erat. Viro denique sciscitanti mœstitiæ +causam, se enim nullis quod sciret amicitiæ +muneribus defuisse. Quid tu, inquit +mulier, tam egregiè fingis amorem ? Num +putas latere me quam tibi vilis sim ? Simul +que largos gemitus cæpit effundere. Ille attonitus +in amplexus mœrentem recepit, rogare +perseverans, numquid eam offendisset ; +peccavisse se forsitan, sed culpam emendatione +deleturum. Ad hæc illa, ubi autem +sunt verbera, inquit, quibus te amare docuisti ? +Hoc certè potissimum pacto maritorum +in uxores apud nos benevolentia et cura +sancitur. Hoc à Jordane audito, primum stupor +continuit risum ; mox utroque vanescente, +è re suâ esse putavit, ut uxorem +eomodo haberet, quem ipsa præscripserat ; +nec multo post arripuit cœdendæ mulieris +causam, et illa fustibus mitigata, tum primum +bona fide amare et colere virum cœpit. +Eamdem historiam recitat Petrus Petræus +de Erlesunda, part. 5. chronic. Moscov. +qui addit flagella à maritis primò statim post +nuptias comparari ustensilia inter domestica +ad eosdem usus. Forsan ex suprà dictis dulcamari +amoris ratio petenda. Nam ad emendationem +ista flagra non spectant. Mulieres +enim malæ, si quæ sint, nec minis compescuntur, +nec irâ, si vel silice dentes excutiantur, +ut loquitur Simonides apud Stobœum. +Bonus vero maritus tantùm abest carissimum +pectus plagis excruciet, ut potiùs +cum illo homine, quem ex Senecæ deperditis +B. Hieronimus, lib. 1. contra Jovianum +describit, exiturus in publicum fasciâ +uxoris pectus colliget.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">In flagellatione lumborum renibus excalefactis +seminis materiam, vel incitari vel augeri +juxtâ cum Meibomio patre existimavi, +et quomodo cum circulatione sanguinis renum +illud officium à Sennerto, Olhafio, Wormio +nostro et Meibomio defensum conciliari +possit, in anatome reformatâ pridem docui.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Quæ si explere non possint desideria eruditorum, +nihil verius quam à communi causâ, +sanguinis nempe colore, in lumbis flagellatis +accenso, et libidinem veneream et renum calorem +tecum advocare. Hinc situs corporis +supinus ad seminis profluvium dormientes +invitat, calore lumborum excitato. Hinc +regio fricata ad œstrum veneris proritat, +quam voluptatem vitæ damno quidam Lutetiæ +luit.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Hinc deniquè lumbis remedia refrigerantia +adhibemus, quando gonorhœa molesta est. +Renibus emplastra applicat Actuarius, lib. 4. +meth. med. cap. 8, quæ robur addunt et +minimè calefaciunt. At plumbi laminam lumbis +apponit Oribasius. lib. 4. de loc. affect. +curat. cap. 107. qui in hoc negotio distinguit +lumbos à renibus. In fragmento enim +de victûs ratione in quolibet anni tempore, +quod primus, Basileæ 1528, edidit Albanus +Torinus, serio monet, ne quis nimium lumbos +infrigidet, ne his nimis infrigidatis lædantur +renes. De renum vero officio ad seminis +generationem nihil ampliùs addo, quia +in dubium vocavit clariss. Vallæus ex principiis +circulationis, quo præceptore semper +gloriabor. Ea fuit istius temporis hæresis, +cujus multi discipuli errant, multique doctores, +quæque inter initia, cum magno impetu +cæpisset, sensim extincta est. Quippe +nunc ad alia distrahuntur ingeniorum curiositates, +novæque occupationes veteribus +substituuntur, post quam abdita humani corporis +secreta perrumpere cordatius cœperunt +Doctorum cogitationes, non contentæ +ea scire quæ hactenus credita potiùs fuere +quam ostensa. Vale.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Ex Tusculano meo Hagestedano, 24 octobr. +1669.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" lang="la" xml:lang="la">JOAN. HEN. MEIBOMII<br> +<span class="small">DE FLAGRORUM USU +IN RE MEDICA ET VENEREA.</span></h2> + + +<p lang="la" xml:lang="la">En accipe sis tandem, amicissime Cassi, +quem ex vino tibi debeo, de flagrorum in re +veneria usu et quo porrò res ipsa nos traxit, +de præcipuo lumborum renum que officio discursum<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>. +Eum enim pollicitus tibi nuper +fui, cum apud communem utriusque nostrum +amicum Cl. Martinum Gerdesium Illustrissimi +Principis tui Consiliarium, ac Collegam tuum +in cœna una essemus. Primum autem, quâ occasione +vix memini, ad morborum curationes +verbera et plagas aliquando facere dixi ; quod +παράδοξον vobis videbatur. Id vero experientiâ +ita esse compertum, ego asserere, et +ad Medicos provocare, qui passim id doceant, +ac testentur. Maniacos, sanè jam olim Titus, +Asclepiadis discipulus (qui sub D. Augusto +vixit, ut in vitis Medicorum ostendi) lib. <small>II</small>. +de animâ, flagellis docuit coërcendos, ut sinistro +mentis judicio depulso resipiscerent.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> L’édition de 1665, dit <i lang="la" xml:lang="la">non adeò invulgato +usu</i>, etc.</p> +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Testis est Cælius Aurelianus, lib. <small>I</small>, tardar. +passion. cap. <small>V</small>. Ex amore melancholicos, aut +insanientes, si alia nihil prosint, non pauci +sunt, qui vapulare jubent ; sæpè etiam errore +discusso ad bonæ mentis frugem ipsos eo ingenio +reduxerunt. Rhases, lib. 1. Contin. cap. 4. +subindè ex Judæo, Medico celebri, et quem +in testimonium citat, τον έρωτομανη ubi alia nil +prosint, ligari jubet, et vapulare fortiter, +et pugnis percuti, id que vicibus repetitis, +si non statim subsequatur effectus. Cum una +hirundo, ut ait, ver non faciat.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Rhazi subscribit Ant. Guainerius, Pract. +tract. 15. cap. 8. Et Valescus de Tarenta, +Philonii, lib. 1, cap. 11, cujus verba ipsissima +hæc sunt : Si juvenis est, flagelletur +culus ejus cum verberibus, et si non sistit, +ponatur in fundo turris cum pane et +aquâ, donec veniam à sua insaniâ petat ; et +teneatur in disciplinâ.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Si Senecæ credimus, lib. 6, de benefic. +cap. 8, quorundam flagellis quartana discussa +est : ob atri forte lentique humoris ex flagellatione +incalescentiam, et dissipationem +ex motu, ut non ineptè conjicit J. Lipsius, +in comm.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Medicos alios gracilium corpora, ut pinguefierent +et incrassarentur, virgis verberari +voluisse, auctor est Hier. Mercurialis, lib. 4. +de arte gymnast. cap. 9. et mangonum exemplis, +id fieri posse, jam pridem ostenderat +Galenus. Meth. Med. lib. 14, cap. 16. Carnem +enim ita elevari, arque ad eam alimentum +attrahi certum est. Membra insuper resoluta +urticarum virentium fasciculis flagellari +solere, ut calor sanguisque in partes penè +emortuas alliciantur, in vulgus notum est : +Quas plagis ferulæ insuper cædendas Themison +voluit, lib. 1, tardar. passion. apud +Cæl. Aurelianum, lib. <small>II</small>. Chr. Cap. 1.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Elidæus Paduanus, Consil. Med. 282, ad +faciliorem variolarum eruptionem tenella +etiam, et innoxia infantium corpora, urticarum +earundem incussu converberare non +veretur. Monstro ferè simile est, quod de +verberum usu in alvi obstructione refert +Thomas Campanella, ordinis Prædicatorum +Monachus, quem Neapoli Campaniæ olim +novimus. Is Medicinalium, lib. <small>III</small>, cap. 5, +art. 12. Princeps Venusiæ, inquit, Musicâ +clarissimus nostro tempore, alvum deponere +non poterat, nisi verberatus à servo ad id +adscito. Addit, posse hoc metui dari, cogenti +spiritum ad interiora ; quod nunc non disputo.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Esse verò, qui in venerem virgarum plagis +stimulentur, aut in libidinem verberibus accensi +despument, partemque illam quâ viri +sumus, ad flagelli numeros sonosque insurgere ; +hoc illud erat quod asserenti mihi tam +facilè credi non posse putabas. Faciam tamen +ut id credas, mi Cassi, ubi testimoniis +auctorum non proletariorum, non vice simplici +id usu venisse ostendero, atque argumenta +insuper dixero rationesque, ob quas +fieri id ita potuisse, vel alii putarint, vel ego +existimem. Nec tamem nunc de urticarum viridium +in inguina incussibus verborum multum +faciam. Iis enim brevitatem virgæ virilis, si +sterilitas ob eam metuatur, emendari, virgamque +magnificari, adfirmat Menghus Faventinus, +Pract. part. <small>II</small>. cap. de passion. +memb. generat. Iisdem languentem aut sopitam +Venerem excitari, vel Petronius tuus +docere te poterit. Apud eum Eucolpio. « Funerata +erat pars illa corporis, qua quondam +Achilles fuerat et frigidior rigente bruma confugerat +in viscera mille operta rugis, lorumque +in aquâ, non inguen erat ; » ut verba +sonant auctoris. Huic cum Enothea, Priapi +Sacerdos promisisset, fascinum tam rigidum +reddituram, ut cornu ; nasturtii succum cum +abrotono miscet, perfusisque ejus inguinibus, +viridis urticæ fascem comprehendit, omniaque +infrà umbilicum lentâ manu cædit.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Ego de verâ fortique flagellatione, tecum +acturus sum, deque eâ primùm nunc audiemus +Joan. Picum, Mirandulæ Comitem, qui +seculo abhinc uno ac dimidio vixit. Is lib. 3. +contra Astrologos, cap. 27. de familiari quodam +suo. « Vivit adhuc, inquit, homo mihi +notus, prodigiosæ libidinis et inauditæ. Nam +ad Venerem nunquam accenditur, nisi vapulet. +Et tamen scelus id ita cogitat ; sævientes +ita plagas desiderat, ut increpet verberantem, +si cum eo lentius egerit, haud compos +plenè voti, nisi eruperit sanguis, et innocentes +artus hominis nocentissimi violentior +scutica desævierit. Efflagitat miser hanc operam +summis precibus ab eâ semper fæminâ +quam adit, præbetque flagellum, pridiè sibi +ad id officii aceti infusione duratum, et +supplex à meretrice verberari postulat : +à quâ quantò cæditur duriùs, eò ferventiùs +incalescit, et pari passu ad voluptatem +doloremque contendit. Unus inventus +homo, qui corporeas delicias inter cruciatus +inveniat ; et cum alioquin pessimus non sit, +morbum suum agnoscit et odit. Hæc Picus ; +ex quo rei meminêre Joan. Nevizanus, Silvæ +nupt. lib. 1. num. 130. Thom. Campanella, +loco adducto. Quod si animi non fallor, idem +etiam cum Pici hoc familiari ille fuit, cujus +Cælius Rhodiginus mentionem facit lect. antiq. +lib. <small>II</small>, cap. 15, et ex Cælio Andreas Tiraquellus +in lege connubiali 15, num. 5. Ita +autem Cælius :</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">« Non multis ante annis vixisse quemdam +in veneriis non gallinaceæ salacitatis, verùm +ingenii stupendi maximè, quodque vix +impetret fidem, ex adjuratissimis compertum +est : qui quò pluribus affectus fuisset plagis, +eò impetuosiùs ardentiùsque in concubitum +ferebatur præceps. Fuit omninò mira res : +nescires utrùm affectaret avidiùs verbera, an +coïtum : nisi quod illorum mensurâ libidinis +voluptas constabat. Proindè extentis precibus +difflagellari exposcebat pridiè quàm id pateretur, +flagello aceti asperitate obdurato. +Quod si converberator lentiùs agere fortè +visus, velut exstimulante rabie, conviciis +incessebat : nec factum sibi satis arbitrabatur, +ni inter cædendum sanguis se ostendisset. +Unus, opinor, mortalium inventus, qui eodem +impetu in supplicium ferretur, ac delicias : +quique inter tormenta, sensuum titillationes, +ac æstuantem pruritum vel expleret, vel incenderet. » +Accedat his alius consimili naturâ +præditus ex Othone Brunfelsio medico +celebri : quem is, in Onomast. Med. in verbo +coïtus, apud Monachiam, Bavariæ Ducum +sedem, suo tempore vixisse, et cùm uxore +res mariti agere nequiisse, nisi acriter antè +flagris concisum, testatur.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Addo<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a> exemplum, quod dum Lubecæ +hic ago, contigit. Civis quidam Lubecensis, +butyri et caseorum propolâ, in plateâ habitans, +quæ à molendinis nomen invenit, præter +alia facinora ob commissum adulterium +ad magistratum delatus, caussâque cognitâ +urbe excedere, ac solum vertere jussus fuit. +Meretricula, cui is adsueverat, coram Senatoribus +judicio criminali præfectis, quos vulgò +<span lang="de" xml:lang="de">die Gerichts Herren</span> vocant, confessa est, +nunquam illum acrius, quàm virgis prius secundum +dorsum ab se difflagellatum, arrexisse, +et virum se præstitisse : officio verò +peracto, nisi denuò flagris cœsum, vix ultrà +quidquam patrare potuisse. Adulter ipse idem +primò quidem negare : seriò tamen et severè +interrogatus, non inficias ire. Testes do ipsos +judicii criminalis id temporis Senatus nomine +præfectos, Thomam Storningium, et Adrianum +Mollerum, amicos meos, etiamnum, ut +nosti, superstites. Pauci insupersunt anni cum +in primariâ confederati Belgii urbe, vir in +non parvâ dignitate constitutus venerique +ad modum deditus deprehensus fuit cum mulierculâ +quadam consuevisse ; cum quâ tamen +nisi flagellorum ictibus excitatus, vix aliquid +patrare potuerit. Hic verò re ad magistratum +delata, officio motus, pœnam dedit lasciviæ, +diù que</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> L’édit. de 1665. in-32, ajoute : <span lang="la" xml:lang="la">verò et recens +nuperumque</span>.</p> +</div> +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Hæc fuit in toto notissima fabula vulgo.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Quibus exemplis, cum fidem, ut puto, +derogare nec velis, nec possis ; videamus nunc +tandem an aliqua monstrosæ hujus rei, ut +videtur, reddi possit ratio. Si Astrologos +consultum eas, rem omnem illi in astra referent, +et cœlum accusabunt, quod peculiari +occultoque influxu peculiarem ejuscemodi +ac prodigiosam fere naturam hominibus +aliquando conciliet. Damnatam nempe +dicent, ut Picus ait, in hominis geniturâ +Venerem, atque adversis ut alio modo minantibus +radiis flagellatam, qua de re pluribus +edocere nos satagit Franc. Junctinus, de judiciis +nativit. cap. 6. Verùm cum cœlum et +astra caussæ sint universales et quæ tam +particulares effectus in uno atque altero individuo +caussare nequeant, rejicit eas non +immeritò Picus, et causam proximiorem +quærit. Putat autem eam in familiari suo +fuisse consuetudinem. Ita enim in narratione +illa pergit : « A quo, diligenter tam insolitæ +pestis caussam cum sciscitarer ; à puero, aïebat, +sic adsuevi. Et me rursus consuetudinis +caussam interrogante, educatum se cum pueris +scelestissimis, addidit, inter quos convenisset +hæc cædendi licentia, quasi pretio +quodam, mutuum sibi vendere flagitiosâ alternatione +pudorem. »</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Ejusdem est sententiæ Cœlius, Pici ut historiæ, +ita et opinionis in caussâ adsignandâ +transcriptor ; cujus hæc verba : « Quod nec +mirum minus est, non latebat hominem flagitii +inusitata species, seque in eo execrabatur, +ac sibi ipsi erat infestus. Cæterùm consuetudine +depravatâ amplius prævalente, utebatur vitio, +et improbabat. Irroborârat verò ea, radicesque +egerat altiûs, quod ita erat assuetus puer, +communicatâ stupri fœditate inter æquales, +plagarum allectatione. Documento inde præsigni, +quantum moribus inolescendis educationis +possit ratio. Hæc illi. Ego verò non +nego, consuetudinis vim esse magnam ; ac +ferè in naturam eam abire, pridem me docuit +Aristoteles, lib. de memor. et reminisc. +cap. 3. et lib. 7. Ethic. cap. 10, et +notavit Ennius ubi ait :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Usus longus mos est, ac meditatio crebra,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Hunc tandem assero naturam mortalibus esse.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Eleganterque ostendit Galenus, quantam +vim et potentiam consuetudo in omnibus rebus +habeat, lib. de consuetud. cap. 2 et 3, +alteramque naturam vocat, lib. 2 de temper. +cap. 4 et lib. 3 de simplic. cap. 18. Fortè +etiam in Cœlii illo, aut Pici exemplo, successu +temporis consuetudo aliquid ad rem +facere potuit. At in altero Brunfelsii, aut +quod ego commemoravi, caussa illa non procedet. +Et cur alii ejusdem sodalitatis pueri, +cum Pici familiari idem non passi sunt ? inquit +Thomas Campanella superius adducto +loco. Consuetudo enim particulariter tantùm +aliquid caussat, atque in uno aut altero saltim +individuo. Neque omnes isti quos recensuimus, +ab ineunte ætate flagitiosâ illâ alternatione +pudorem sibi invicem vindidisse +aut flagris in Venerem primis ab annis se +invitasse, verisimile est. Gratulamur nos +Germaniæ nostræ, quod scelera ista perversæ +Veneris, et puerorum contumeliæ, +aut mutuæ alternæque marium inquinationes +in ipsâ ferè ignorentur, aut ab aliquo fortè +perpetratæ (si tandem exemplum reperias) +severè flammis ultricibus puniantur. « Nihil +tale novere Germani : et sanctius ad Oceanum +vivitur, dicebat olim de majoribus nostris +Quintilianus, Declamat. Pro milite +Mariano, cujus pudicitiam tentaverat Tribunus ; +quâ de re plura diximus in Comment. +ad jusjur. Hipp. cap. 18.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Cum itaque nec astra, nec sola consuetudo +in caussa sint, ob quam flagra libidinem +concitent, videamus porro, num alia +quæpiam subesse queat ; quam ut investigemus, +utique paullo altius nobis res fuerit +arcessenda. Sciendum igitur, flagellationem +istam, virgarumque incussus, non alibi quam +in dorso factos : quod et meretricula Lubecensis +illa confessa est, et de cæteris æquè +certum est. Neque enim partes illæ, quibus +viri sumus, virgarum flagra et quidem ad sanguinis +eruptionem, ferre queunt : et communiter +flagra tergo sive dorso incutiuntur. +Dorsi autem potissimam partem absolvunt +lumbi. Pars nempe illa corporis, cujus fundamentum +sunt quinque vertebræ, quæ post +thoracis vertebras locatæ, ad os sacrum continuantur. +Has musculi, et cum adipe cutis +extrinsecus tegunt, intrinsecus musculi succingunt, +quos Græci ψόας appellant. Iis porro +incumbunt renes, dexter et sinister, unus +in quoque latere, et quatuor ferè vertebrarum +spatium suâ magnitudine occupant ; ac +venæ cavæ arteriæque magnæ annectuntur. +Tam à venâ autem cavâ, quam arteriâ magnâ, +et insignia renes in se recipiunt vasa, +quæ emulgentia vocant ; uterque nempe +utrinque vas unum ; venam et arteriam : quæ +per ramos deindè in ipsam eorum substantiam +variè disperguntur. Dextra parte +venæ cavæ, sub ipsa emulgente, oritur seminaria +vena dextra, et eodem loco ex arteriâ +magna, arteria seminaria utraque ad +testiculum dextrum descendens. Parte sinistrâ, +arteria seminaria ex magnæ arteriæ +trunco, vena verò seminaria ex sinistrâ venâ +emulgente profectæ, sinistro testiculo inseruntur. +Nec desunt nervi, qui ex spinalis +medullæ portione, in prædictis vertebris +contenta, ad renes mittuntur, nec in eorundem +tantum tunicas, sed substantiam quoque +pertingunt. Ex ipsâ demum cavitate renum, +ureteres producti vesicæ implantantur. +Hæ partes omnes, ut unâ lumborum +apellatione venire possunt : ita unum communemque +etiam iis usum adsignari par erat, +ut rectè statuit Marsil. Cagnatus, Variar Lect. +lib. 4, cap. 7. In singularum quidem partium +usum, ossium, musculorum, renum, +vasorumque, sat accuratè anquisivere auctores, +at quem in commune omnes conferant, +insuper habuerunt investigare. Cagnatus +omnes, quemque tamen suo modo, semini +tum elaborando, tum ipsi generationis +operi perficiendo, quod naturalissimum vocat +Philosophus, lib. 2. de An. text. 35, +dicatos censuit. Neque aliò videntur inclinare +Hieron. Montuus Pract. part. 1, lib. 4, +cap. ult. et è jurisconsultis vestris Andr. +Tiraquellus, L. Connub. 15, num. 40, 41, 42. +Atque id quidem non immeritò, nec temerè. +Tale quid enim et lumbis, et renibus, ac +lateribus, tum sacræ litteræ, tum antiquitas +omnis, sivè sacros, sivè profanos scriptores +consulas, unanimi consensu jam olim attribuerunt. +Et sacræ quidem litteræ opus generationis +lumbis non uno in loco deferunt, +ut Genesios, cap. 35. vers. 11. Reges de lumbis +tuis egredientur ; et apud Apost. Epist. ad +Hebr. cap. 7, vers. 5. Filii Abraham, dicuntur, +egressi de lumbis ejus ; et vers. 10, Levi +in iisdem fuisse dicitur. Unde Basilius magnus +comment. In Esaïæ cap. 16 in plerisque, +inquit, scripturæ locis, lumbus sumitur pro +genitalibus membris et Origenes, dum Homil. +1, in illud Psal. 37, v. 8. « Lumbi mei +impleti sunt illusionibus : commentatur ; in +lumbis, inquit, humanorum seminum receptaculum +esse dicitur, ex quo illud genus indicatur +peccati, quod per libidinem geritur. +Et proverbium est apud Hebræos, ut lumbos +præcingere, aut succingere, dicant pudicitiam +servare et à libidine sibi temperare ; +Hoc respectu Jehovah ad Jobum, Jobi C. +38, v. 3 et C. 40, v. 2. « Accinge sicut vir +lumbos tuos, h. e. sicut vir fortis restringe +luxuriam : ut in iis sit, inquit Isidorus, Orig. +lib. 11, cap. 1, resistendi præparatio, in +quibus libidini est usitata dominandi occasio. +Confer Suidam in voce <span class="sc">Psoa</span>.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Huc trahit D. Hieronymus Comm. in Nahum, +illud prophetæ c. <small>II</small>. v. 1. contemplare +viam tuam, conforta lumbos, robora virtutem +valdè. Uti et illud de Joanne Baptista, Matth. +c. 3. v. 4. « Habuit zonam pelliceam circà +lumbos suos. » Quem proindè nos imitari jubet +Gregorius Nazians. Orat. 42. et Nicetas in +comment. ibid. Neque aliter intelligendus +Esaïas, cap. 32. vers. 11. Jeremias, cap. 1. +vers. 17. D. Paulus ad Ephes. c. 4, vers. 14. +Neque Salomo, qui de muliere forti et pudicâ +ait : Accinxit fortitudine lumbos suos. Proverb. +ult. vers. 17. Apud D. Petrum verò +Epist. 1. cap 1. vers. 13. succinctum esse +lumbos mentis, est luxuriam à cogitationibus +arcere, ait Montuus loco laudato. Fallor +etiam, an et Romani huc oculum intenderunt ? +quando cinctum esse, modestiæ, disciplinæ, +modestique animi putarunt argumentum, discinctum +verò mores dissolutos notare : quâ +de re plura dixi in Mœcenate. Hodiè in Gallis +moris est, ut iis, quibus Apollinaris laurea +tribuitur, fasciâ sericiâ, tanquam insigni quopiam +lumbi succingantur. Eo Franc. Ranchinus +Comm. in Jusjur. Hipp. castitatis neccesitatem +in Medicis notari censet ; Zonam enim +renum coërcitionem indicare, et effrenatæ +lumborum cupiditatis abstinentiam. Hinc Dianam, +castitatis Deam semper zonam gestare +ab antiquis creditum : Hinc zonam solvere +in verbis esse nuptis, et virginitatis imminutionem +notare. Et rectè Aëtius, Tetrab. 1. +serm. <small>III</small>. cap. 8. Veneris usum nocivum esse +ait illis, qui lumbos aut renes habent imbecilles, +atque idcircò Elumbes dicuntur. De iis +est proverbium apud Eustathium in navium +catalogo.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">ὀσφὺν κατηγώς, ὥστε Μύσιος ὄνος</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Lumbos solutus, tanquam asellus mysius :</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">quod Hadrianus Junius, cent 6. ad. 48 explicat +de mollibus, effeminatis et elumbibus. Nec +aliam ob causam Petronio in Satyrico lumbi soluti, +sunt Venere enervati. Sed et podagricum +se esse, inquit, lumborumque solutorum, omnibus +dixerat. Tales Catullo Epigr. 16. sunt ;</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Qui duros nequeunt movere lumbos.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">quibus opponit Martialis lib. 5. Epigram. 79.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Lascivos docili tremore lumbos.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Et Auctor Carminis liberi fluctuantes lumbos. +Carm. 18.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Ecquando Theletusa circulatrix</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Crissabit tibi fluctuante lumbo.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">Fluctuare enim est crebrò moveri, et ad exemplum +fluctuum inquietari. Græcis est ῥικνοῦσθαι, +Latinis crissare. Indè ρίκνωμα impudicæ +saltationis genus. Quale est quod nostris +hodiè moribus <span lang="it" xml:lang="it">il Bergamasco</span> vocamus et non +nisi à personatis desaltari solet. De illo Juven. +sat. <small>II</small>.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i6" lang="la" xml:lang="la">Plausu que probatæ</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Ad terrum tremulo descendunt clune puellæ.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">Arnobius libro 2 « lasciviens multitudo incompositos +corporum dissolveretur in motus, +saltitaret et cantaret, orbes saltatorios verteret +et ultimum clunibus et coxendibus sublevatis, +lumborum crispitudine fluctuaret. » +Vide in epistolis græcanicis epistolam Megara +ad Bacchidem de Thryallide, si lubet.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Et respicit huc Persius Sat. 1, ubi de lascivis +versibus, et quæ libidinantem pruritum +auditoribus excitant, ait :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i6" lang="la" xml:lang="la">Cum carmina lumbum</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Intrant, et tremulo scalpuntur ubi intima versu.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Et Juvenalis Sat. 6, de tibiis Sacerdotum +Bonæ Deæ :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Nota Bonæ secreta Deæ, cum tibia lumbos</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Excitat, et cornu pariter vinoque feruntur.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Quare etiam Isidorus loco adducto lumbos +ob libidinis lasciviam dicto vult, quod viris +caussa corporeæ voluptatis in ipsis resideat.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Nicolaus Perottus, in Cornucop. planius +à lubidine seu appetentiâ deducit. Esse enim +lumbos à lubendo, insertâ M. litterâ, quod +sæpè usu venit. Ita « cumbo à cubo, à pago, +pango, à frago, frango, » ait doctissimus +Matth. Martinius, in Lexico Etymol.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Atque ut lumbis, ita et renibus, lumborum +parti, et quidem principi, si conformationem +spectes, idem officium tribuitur. Hos +enim ad generationis officium facere lib. <small>II</small>. +Reg. innuitur, cap. 7, vers. 12. Filius qui +egreditur de renibus tuis.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Undè Tertullianus lib. de carnis resurrect. +vocat renes conscios seminis.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Hesychius Presbyter, quem corruptè Isicium +vocant, Comment. in Levitic. lib. 1 +« Renes, inquit, sunt coïtalium seminum +ministeria : et mox : in renibus coïtalis operationis +sunt semina. »</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">D. Augustinus enarrans Psalmi 7, v. <small>II</small>, +scribit nomine renum delectationes Venerias +intelligi. D. Hieronymus Comm. in Nahum +Prophetæ, c. <small>II</small>. « Omnia, ait, opera, quæ +ad coïtum pertinent, renum appellatione +venire, » quod ferè repetit Comm. in Ezechiel. +c. 16.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Verba insuper illa Jeremiæ, c. 17, vers. 10, +et Apocalyps. c. <small>II</small>, vers. 20, scrutans renes +et corda ; Nicolaus Lyra explicat : « examinans +et puniens concupiscentias et cogitationes +malas. Per cor nempe cogitationes, +per renes in sacris litteris concupiscentiæ +intelliguntur. Itaque Psalmog. Ps. 26, v. <small>II</small>. +Deum rogat, ut renes ipsius et cor urat ; +et ex ipso Ecclesia in Hymno illo. « Ure igne +sancti Spiritus, renes nostros, et cor nostrum, +Domine ; ut tibi casto corpore serviamus, +et mundo corde placeamus. »</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Et communiter Theologi per id, quod +Exodi 12, vers. <small>II</small>, præcipitur iis, qui agnum +paschalem comedebant, ut renes accingant, +intelligunt refrænationem libidinis. »</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Ausonius renibus uti, usurpavit pro libidini +indulgere, Epig. 13. Utere rene tuo. Et +vulgò joculari sermone nostratibus renes +purgare dicuntur, qui Veneri litant.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Quæ causa est, cur Hippoc. lib. de morb. +int. Aristoteles, Prob. sect. 6. Probl. <small>II</small>. +Galenus lib 6. Epid. Comm. 6. Aëtius Tetrab. +1, serm. 3, c. 8. Avicenna lib. 3 fen. +8 tract. <small>II</small>, c. 11, plurimique Medicorum +alii, Veneris usum nimium renibus obesse +nos docuerunt. Hinc est, quod renes olim +Veneri dicati erant.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Fulgentius enim lib. 3 Mytholog. in fabulâ +Peleï et Thetidis, ex Democriti Phisyologiâ, +memor libro refert Ethnicos, quod singulas +partes in homine singulares Deos obtinere +putarent, Jovi caput, Junoni brachia, Minervæ +oculos, Neptuno pectus, cinctum +Marti, renes Veneri, Mercurio pedes adsignasse.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Quod si etymologiam denique nominis et +originationem inquisieris, Varroni, Romanorum +doctissimo, ut vocat Quinctilian. Instit. +orat. lib 10, cap. 1, renes dicti fuere +ἀπὸ τοῦ ῥέειν, quasi rivi ab his obscœni humoris, +puta seminis, oriantur, si Lactantio credimus, +lib. de opific. Dei c. 14 et Isidoro, +Orig. lib. 11, c. 1. Neque est, ut per obscœnum +humorem urinam intelligas, quod +quibusdam placere video. Explicans enim +Varronem Isidorus, venæ et medullæ, inquit, +tenuem liquorem desudant in renibus +qui liquor rursus à renibus calore Venereo +resolutus decurrit : quod de urina nemo sanus +dictum adserat.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Et Hebræi renes à concupiscentia appellant +duplici voce hebraicâ quæ significat, efflictim +cupere. Et quia renes in lumbis ad latera sunt +siti, hæc etiam ad Venerem et opus generationis +facere, creditum fuit.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Hinc apud Ovidium lib. 1, Amor. El. 8, +pudicissima illa fœminarum, ut credebatur, +procorum vires probatura, et robustum latus, +arcum ipsis proponit, jubetque +νευρὴν ἐντανύσαι.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Penelope vires juvenum tentabat in arcu :</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Qui latus argueret, corneus arcus erat.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Nec inficias it Penelope ipsa, in Carmine libero, +Epig. 69 ad procos.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Nemo meo melius nervum tendebat Ulisse :</div> +<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">Sive illi laterum, seu fuit artis opus.</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Qui quoniam periit, modovos intendite, qualem,</div> +<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">Esse virum sciero, vir sit ut ille meus.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Undè experiri latus Martiali. Lib. 7, +Epig. 57, est Veneris periclitari vires.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Hinc El. 10 Ovidio lib. 2, Amor. lateri vires +dare, est concitare in libidinem.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Et lateri dabit in vires alimenta voluptas.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Et Apuleio lib. 8, industria laterum est +potentia in rebus Veneriis : Fortissimum, ait, +adducunt rusticanum, industriâ laterum atque +imis ventris bene preparatum.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Juvenali verò et Ovidio lateri parcere, est +à Venere temperare. Ita enim ille de Catamito, +Sat. 6.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i2" lang="la" xml:lang="la"><b>. . .</b> Nec queritur, quod</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Aut lateri parcas, nec quantum jussus anheles.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Hic verò, lib. 2, de arte :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Et lateri ne parce tuo : pax omnis in illo est.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Contrà Martiali lib. 11, Epig. 105, latus +rumpere est Veneri nimiam operam dare :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Et juvat admissâ rumpere luce latus.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">Et lib. 12, Epig. 98.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Rumpis, Basse, latus, sed in comatis.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Item Tibullo, aut si quis alius est auctor, +in Iambis ad Priapum.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Et inquietus inguina arrigat tumor,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Neque incitare cessat usque dum mihi</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Venus jocosa molle ruperit latus.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Petronius in Satyrico dixit latus convellere. +Timebam, inquit, ne frater latus convelleret. +Alibi etiam latera invalida, emerita, +exfututa, defecta, et defessa, sunt Venere +exhausta. Ovid. Amor. lib. 3, Eleg. 10.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Vidi ego cum foribus lassus prodiret amator.</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Invalidum referens, emeritumque latus,</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">Catulus, Epigr. 7.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Cur non tam latera exfututa pandas ?</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">Priapus in Carmine libero, Epig. 15.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Ipsi cernitis : ex fututus ut sim,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Confectusque, macerque, pallidusque,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Defecit latus, et periculosam</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Cum tussi miser expuo salivam.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Suetonius in vitâ Caligulæ c. 36. Valerius +Catullus, consulari familiâ juvenis, stupratum +à se Caligulam, ac latera sibi contubernio +ejus defessa, vociferatus est.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Apuleius lib. 8. Diù vivas et Dominis placeas, +et meis jam defectis lateribus consulas. +Ex quibus omnibus tam clarè liquet, ut Plauti +verbis hic utar :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Quam solis radii olim, cum sudum est, solent.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Neque novam esse opinionem, aut nuper +natam, sed fundamentum habere in unanimi +totius antiquitatis consensu, sacrarum etiam +litterarum testimonio firmatam, lumbos, lumborumque +partes, renesque ad generationis +opus facere. Communis autem sententia, seu +Doctorum opinio, ut jurisperiti tui loquuntur, +Cassi, non potest totaliter esse falsa. Et +probabilia sunt, inquit Aristoteles lib. 1, Topic. +cap. 1. Text. 7, « quæ ita esse videntur +aut omnibus aut plurimis, aut certè sapientibus ; +atque iis, vel omnibus, vel plurimis, +vel iis, quorum spectata et perspecta +sapientia et qui hoc nomine clari et illustres +sunt. » Quæ itaque ei rei subsit ratio, operæ +pretium nunc porrò fuerit inquirere. Simul +enim et caussam invenerimus, ob quam lumbis +inflictæ plagæ et flagrorum verbera, libidinis +sint incentivum.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Cagnatus quidem, et qui ipsi favere videtur, +Montuus, rem omnem lumbis tribuit, +quatenus ex iis constituntur partibus, quas +paullo antè recensuimus. Ex vertebris nempe, +musculis, renibus, venis, arteriis, nervis. Ita +tamen ut venis nimirùm et arteriis seminariis +principatum tribuat, ut quæ et materiam +semini præbeant, albescentemque humorem, +qui vel semen jam sit, vel mox futurus, +in se contineant, et à se ad testes amendent. +Atque ab hoc humore, in venis arteriisque +turgente, seminis projiciendi prolubium +ait excitari, et pollutiones nocturnas +caussari, in iis præsertim, quibus ob decubitum +dorsum vasa illa incalescunt. Bartholomæus +Montagnana Consil. Med. 37 et Nemesius +Philosophus, lib. de nat. hom. c. 27, +renibus, parti lumborum, rem totem transcribunt, +quod et Joh., Matthæus facit, Quæst. +Med. 90. Garyopontus, medicus Ladinus, +sequioris tamen ævi, lib. 3. Pract. c. 34, +et nuper Cl. Dan. Sennertus, Præceptor +olim noster, et amicus, dum in vivis erat, +honorandus, Pract. lib. 3, part. 7, Sect. 1, +c. 1. Petrus Laurenbergius in procestriis annotationibus +anat. lib. 1, cap. 4, et colleg. +anat. disp. 6, th. 17, et noster tandem Gasparus +Hoffmannus, Inst. med. Nec tamen +omnes illi eodem modo rem explicant.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Barthol. Montagnana quidem, examinans +Avicennæ locum, lib. 18, fen. 3, c. de renibus +et ren. calc. Subtiliter, aït, memorandum +est, propter quid renum debilitas +ab Avicenna dicatur causa defectus coïtus. +Et postquam dixisset, materiam seminalem +perfectionem adæquatam indipisci à testium +temperie et facultate, subjungit ; materiam +eamdem necessum habere prædisponi in membris +superioribus, in quibus potentior sit vis +digestiva, ut in hepate et renibus : in illo +nempe remotius, in his proximius. Et prohindè +concludit, impossibile esse semen verum +generari, nisi membra illa, hepar nempe +et renes, sint debitè complexionata et organizata +in complexione et unitate suâ.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Nemesius verò salsedinem tantùm quamdam +à renibus ad testes transmitti putat, quæ appetitum, +aut pruritum potius, in genitalibus +excitet, atque ita suo quodam modo +ad Venerem faciat. Renes, inquit, sunt sanguinis +purgamina, et ad coïtum fiunt causa +appetitus. Nam venæ quæ in geminos delabuntur, +per renes transmeant, et illinc acorem +quemdam hauriunt appetitum irritantem +eo modo quo sub cute genitus acor pruritum +facit ; et quò geminorum pulpa cute est mollior, +eò magis illi ab acore lancinati, furiosam +ad egerendum semen irritant cupidinem. +Neque aliud innuunt Isidori verba paullò +antè adducta. Atquæ eadem ferè est Jo. Mathæi +sententia, nisi quod reni sinistro hic plus +tribuat, quam dextro. « Vena enim seminalis +sinistra, inquit, emulgenti juxtà renem +sinistrum implantata, sanguinem multa salsedine +aquosa dilutum ad excitandam ὁρμὴν +et generationis stimulum subministrat. » Laurenbergius +in procestriis quidem in genere +saltim renes ad generationem facere affirmat. +In diputatione autem, quam dixi, non alio +ferè modo se explicat, quam Matth. Garyopontus. +Ait renes naturâ musculosos +esse, et nervos ipsorum inhærere cavernis, +quæ genicale semen contineant. Vim nempe +σπερματοποιητικὴν ipsis renibus tribuit, atque +ita tribuit : ut quodam modo in illis semen +elaborari et contineri credat. Quæ sententia +etiam est Cl. Sennerti, quamvis hic longè +aliâ ratione eam proferat, et dilucidius mentem +suam explicet, ac proximius ad αὐτοψίαν +Anatomicam, quam Garyopontus qui non +valdè ejus videtur fuisse peritus. A renibus +nempe non stimulum saltim partibus genitalibus +communicari, sed semen ipsum in iis +elaborari, atque ab iisdem porrò transmitti +censet Sennertus, quem sequitur Hoffmannus. +L. C. Idque ex eo primùm Sennertus colligit, +quod renes peculiare parenchyma habeant, +à cordis substantia, ut adparet, non multùm +differens, aut hepati potius simile, ut +vult Aretæus, lib. 2, de morb. diut. c. 3.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Peculiari autem parenchymati, quæ Galeni +est maxima, lib. 6 de decretis Hippocr. et +Plat. peculiaris vis sanguinem elaborandi, +ut cæterorum viscerum parenchyma, denegari +nequit. Et latè probat medicus Kariesatos, +Joan. Beverovicius, lib. de calculo +renum et vesicæ, cap. 2. Deinde, cum vena +emulgens venarum omnium à venâ cavâ prodeuntium +sit maxima, et plus sanguinis renes +advehant, quam iis requiratur alendis : arteria +insuper amplior sit, quam seroso humori +depurando sit opus, verisimile esse credit, +naturam, quæ nihil frustra facit, vasa illa +tantâ amplitudine numquam efformasse, nisi +peculiarem finem spectasset. Quem quidem +finem non alium esse concludit, quam sanguinis +arteriosi ad renes delationem ut in +ipsorum substantia cum sanguine venoso +mixtus, et alteratus, semini generando materiam +suppeditet, ad testes deinde transmittendam.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Maximè Sennerti sententiam illud confirmat, +quod pro diversâ conformatione renum +et vasorum renalium, in quibus aliàs valdè +ludere solet natura, alii aliis, proniores +sunt in libidinem, et ad perpetrandam magis +fortes. Exempla habemus apud. Salom. Albertum +in observationibus et Joan. Riolanum +Antrop. lib. 2, cap. 27, qui Eorum libet cadaver +masculum secuit hominis ultimo supplicio +ob facinora affecti, in quo uterque se +reperiisse scribit tres emulgentes in dextrum +renem, venas verò spermaticas in utroque +latere ex emulgentibus descendentes. Salom. +Albertus ex hoc rectè colligit uberiorem seminis +proventum et salacitatem inexhaustam, +quaque vix satiari potuerit : dequâ hominem +ipsum etiam paulò ante supplicium aït conquestum +fuisse. Riolanus suum scribit totum +in Venerem fuisse pronum, atque ob Trigamiam, +quod tres viventes haberet uxores, +strangulatum. Adde Philipp. Salmuth. Obs. +Med. cent. 1. Obs. 23, qui duos ob rem veneream +valdè infames secuit, in quorum posteriori +renes maximi, ut ternos, immò quaternos +alios humanos æquare possent. Pergit +Sennertus et quærit, qui fiat, nisi sententia +hæc admittatur, quod sapor ille, ac odor, +qui in animalibus pluribus non castratis, per +universum corpus diffunditur, maximè tamen +in renibus percipiatur, ac potissimùm in animalibus +adultis ; in novellorum ac teneriorum +renibus, dum nondum fœminas ineunt, non +reperiatur ? addit præterea ex Oribasio lib. +6. Collect. c. 38, ex retento semine renes +male affici ; inter calidorum renum signa à +Medicis recenseri propensionem ad libidinem, +somnia libidinosa, et nocturnas in somno pollutiones ; +qualitates insuper seminis ex renum +constitutione Practicis deduci. Quemadmodum +et renes calidos indicat prompta libido +et salacitas, renes frigidos Veneris nullum +ferè desiderium et appetentia.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Denique in gonorrhœâ lumbis ad renum regionem +pro semine imminuendo aut alterando +remedia adplicari, ex Aretæo docet, lib. 2 +Chron. c. 7, et Alex. Tralliano lib. 9. c. 9.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Atque huic Sennerti sententiæ probandæ, +adde quod Plinius habet, lib. 34, c. 18. Plumbum, +alligatis lumborum et renum parti laminis, +frigidiore naturâ inhibere impetus Veneris : +additque exemplum : Calvum Oratorem +vasa Veneria sponte naturæ erumpentia, +usque in morbi genus, his laminis cohibuisse.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Adde Galenum lib. 5, de tuendâ valet. c. +ult. lib. 6. de loc. adf. c. ult. et lib. 14, +meth. med. c. 7, qui athletas similiter ad +pollutiones nocturnas inhibendas, et Veneris +impetus compescendos, laminas plumbeas adhibuisse +scribit, et lumbis ceratum ex simplici +rosaceo, cum aquâ frigidâ subacto, applicasse +in priapismo. Cæl. Aurelianus. lib. 5. +Tardar. pass. cap. 5, præter laminam plumbeam, +spongias puscâ frigidâ infusas, ut loquitur, +circumdandas suadet.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Adde Aëtium, qui cum Theod. Prisciano, +lib. 2, c. 11, lumbis non tantum laminam plumbeam, +et refrigerentia adhibet, sed decubitum +etiam supinum damnat, ne partes lumborum +incalescant, et malum inde augeatur, +Tetrab. 1, serm. 3, c. 32 et 33.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Adde Oribasium, Synops. lib. 9. c. 39 et 40, +et Paullum Æginetam, lib. 3, c. 55 et 56, +quorum uterque idem statuit ; hic verò etiam +urinas cientia medicamenta, in gonorrhœa +prohibet, ne renibus in lumborum regione +positis noceant.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Nec latuit hæc res Avicennam, qui lib. 3, +fen. 18 cap. 9. inter signa renum extenuatorum, +et exoletorum, ponit defectum coïtus ; +et c. 11. caussam debilitatis renum inter alia +facit frequentiorem coïtum, et c. 13, ad debilitatem +renum corrigendam coïtus suadet +abstinentiam.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Nec ignoravit Aaron, Medicus celebris +apud Rhasen, lib. <small>II</small>. Contin. c. 5 qui aït : +Si erectio veretri fuerit debilis, erit caussa +ex hepate et renibus.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Et trahendus huc Aristoteles, qui animantia +alia, præter hominem, gonorrhœa non laborare +ideò putavit, quod in dorsum non decumbant, +Probl. sect. 10, pr. 18. Contrâ equi +generosiores, ubi ex insessoris subsultu lumbique +renesque incalescunt, pronâ libidine +feruntur in venerem. Nec videntur hanc rem +ignorasse matronæ Athenienses, quæ in +Thesmophorion festo (quando seorsim cubabant +à viris,</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Perque novem noctes Venerem tactusque viriles</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">In vetitis numerabant,</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">ut Ovidius loquitur lib. <small>II</small>. Metam. Fab. 11.)</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Ex ἁγνῷ Latini viticem et agnum castum +vocant, cubitus sibi sternebant. Vitex enim +ille frutex est, seu arbuscula, libidini restinguendæ +dicata. Igitur ejus folia dorso sibi +sternebant, ut eo modo vim seminis generandi, +libidinem concitandi in renibus, partibusque +vicinis morarentur. Historiæ meminere +Dioscor. lib. 1, c. 116. Plin. lib. 24, +c. 9. Galenus, lib. 6, de simpl. med. fac. Ælian. +de anim. lib. 9, c. 16.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Neque alia est caussa, ob quam renes +animalium, et præcipuè hirci, ad coïtum.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Atque ab Aëtio partes quæ sunt circà renes +Scinci, ad tentiginem fascini excitandam commendantur, +loco adducto c. 35. Nisi quod analogiam +quamdam habeant, et similitudinem +cum renibus humanis, ob quam juvare eos +credentur, et ad officium generationi destinatum +excitare. Quemadmodum et iis, qui +minus in venerem sunt prompti, inter alia +medicamenta, unguenta calida, non partibus +pudendis tantum, sed renum etiam regioni +inungenda, prescribi solent ; et diuretica valida, +ut cantharides, ac decubitus in dorsum +imperari ; ut et renes hoc pacto incalescant ; +et semen ac testes concitetur, ad qui in Venerem +frigidi languent, reaccendantur. Undè +Rhases lib. <small>II</small>. Contin. c. <small>V</small>. Quoties, inquit, +fricantur lumbi cum medicinis calidis, +veretrum crescet in erectione, et magnificabitur.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Et Misish Arabs, in Summâ apud eundem +Rhasen ; Calefactio dorsi, ait, subvenit ad +luxuriam : (h. e. facit irritandæ libidini) et +sicut infrigidatio ejus et dormitio super folia +frigida, diminuit luxuriam, ita calefactio auget +in luxuriâ mirabiliter. Ex quibus omnibus +primum hoc concludimus, facere quidem ad +Venerem exercendam lumbos, ut ex partibus +suis constituuntur, et cum primis venas et +arterias, ut quæ materiam ac spiritum deferant, +quod volebat Cagnatus ; præcipuum +tamen organum esse renum παρέγχυμα, cujus +beneficio semen primum incipiat elaborari, +perfici deinde porrò, et æquabilitatem indipisci +in vasis, quæ et Sennerti, ut patuit, +et nostra est sententia. Nec tamen de nihilo +est, quod Nemesius notabat cum Isidoro, et +Matthæus insuper et Laurenbergius, salsedinem +quandam, et serosam materiam simul +semini communicari et tentigini excitandæ +à renibus ad testiculos adimplaustrari, quod +verbi ac ipsâ in re usurpat Papias Grammaticus, +in Vocabulario.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Concludimus porrò, flagra dorso sivè lumbis +inflicta, quia partes semini generando dicatæ, +ac semen ad genitales partes deferentes, ab +iis incalescunt, in Venere excitanda, aut +libidine, multum posse. Undè non mirum +extincti illos pudoris bipedes libidinisque abominandæ +victimas, de quibus egimus, aut +alios nimiâ Venere exhaustos, lumborum +partibus defectis lumbisque solutis, à flagris +remedium quæsivisse. Horum enim incussu +partes refrigeratas verisimile est rursus incalescere, +ac materiæ seminali fervorem conciliari, +accedente præsertim partium verberatarum +dolore, qui facit, ut uberiùs sanguis, +spiritusque attrahantur ; donec calore +ipsis etiam generationis instrumentis communicato, +male feriatæ voluntatis desiderium +expleatur, et naturâ etiam invitâ, atque +ultra modum potentiæ suæ vi in flagitia adigatur. +Hæc mea est sententia, mî Cassî.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">At inquies, illi quidem, de quibus tu +agis, abominandâ libidine exhausti, ut illicitam +Venerem continuarent, porròque in +eodem scelerum cœno se volutarent, remedium +hoc usurparunt. Quæris autem ; postquam +res ita habet, an non eodem non secus +ac medicamentis aliis, citrà crimen ac reprehensionem +uti is etiam possit, qui licitæ +quidem Veneri addixit operam, latera tamen, +et quæ præterea utramque hic paginam +implere debebant, languidiora experitur, +aut planè, ut Virgilii utar verbis, ex lib. 3 +Georg.</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Frigidus in Venerem senior, frustràque laborem</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Jucundum trahit, et si quando ad prælia ventum,</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Ut quondam in stipulis vanus sine viribus ignis</div> +<div class="verse i2" lang="la" xml:lang="la">Incassum furit ;</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">ut creditricis etiam, non dicam debito, sed +nec τῷ interesse saltim sit solvendo ? Quidni, +verò amice Cassi ? Te quidem, remedii id +genus ut usurpes minimè opus habere, juramento +quinquagenario contendere paratus +sum. Aliud nempe de te, qui medicus audio, +atque hac in re ex artis præscripto judicare +quidpiam aut possim, aut debeam, non falsus +conjectator pridem præsumpsi. Aliud modo +testatur nuptæ novellæ et musteæ uterum +recenter verminans, testis omni exceptione +major, et cui fides meritò arbitranda, cui felicem +etiam justo tempore λύσιν Deum poscimus. +Ut cum aliis idem communices remedium, +si qui sint, qui opus habeant difflagellatore,</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Qui validè intorto verbere terga secet,</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent" lang="la" xml:lang="la">nullos vetabo. Ἀφθόνους esse oportet non +Μουσῶν tantum θύρας quod vulgò dici solet, +sed ἰατρῶν maximè.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Invidentiæ enim crimen, ut Scribonius +Largus aït in Epistolâ ad C. Julium Callistum, +cum omnibus invisum esse debeat, tum +præcipuè Medicis : in quibus nisi plenus misericordiæ +et humanitatis sit animus, secundum +ipsius professionis voluntatem, omnibus +Diis et hominibus invisi esse debent.</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Ego tamen in tui saltim gratiam, ὦ φίλον +κάρα, cum ita volueris, animi mei sententiam +liberius paullò tibi explicare volui. Tu boni +qualia consule, et me tuum porrò ama, +quod facis, jocisque innoxiis, qui in seria +tamen ducunt ; veniam impertire et bene +vale.</p> + +<p class="c" lang="la" xml:lang="la">Lubecæ, Kal. sext. anno 1639.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" lang="la" xml:lang="la">VIRO SUMMO<br> +THOMAE BARTHOLINO,<br> +HENRICUS MEIBOMIUS.<br> +S. D.</h2> + + +<p lang="la" xml:lang="la">Responsarias meas nuper rectè tibi redditas +esse, ex magni Simonis Paulli optimo +filio Christiano Paullo lubens intellexi. Significat +verò idem mihi nomine tuo, velle +te parentis mei Johan. Henr. Meibomii epistolam +de flagrorum in re veneriâ usu, renumque +et lumborum officio, typographo recudendam +dare. Quare nihil mihi gratius potuit +accidere. Traxit quidem epistola illa originem +ex liberioribus in convivio jocis, est +que illius editio, parente inscio, Lugduni +Batavorum procurata à magno illo viro cui +inscripta est. Placuit tamen pluribus præstantibus +in Europa viris, est que in publicis +etiam scriptis à quibusdam laudata. Quin, +cum initio pauca tantum exemplaria essent +excusa, inter amicos distribuenda, cæpit desiderari +ab eruditis et anxiè inquiri à curiosis, +cum argumentum nescio quid haberet +ἑλκυστικόν Dolui ipse sæpius me amicis desiderantibus +ejus copiam facere non potuisse ; +nolebam tamen eam iteratò imprimendam +dare, partim, quod non omnia illius probarem +partim, quod inter prima famæ incrementa +illorum censuram incurrere nollem, +quibus jam tum hæ tinctæ sale pruriente +chartæ nimis fescenninæ videbantur. +Interim tamen antè paucos annos vel Lugd. +Batav., vel alibi, nescio quo editore, recusa +est, quod quidem non ægrè tuli, si tamen +eâ de re admonitus fuissem, luculentior prodiisset +editio. Nunc verò valdè mihi gratulor, +quod tibi quoque, quem inter primaria sua +decora Europa numerat, ita placuerit, ut +imprimendam iteratò censeas, novis accessionibus +per te auctam. Tibi jam ab illis ambitiosè +tristibus periculum nullum est, nec +metuis, ne</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Rugato Cato tetricus labello</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Nasum Rhinoceroticum minetur.</div> +</div> + +</div> +<p lang="la" xml:lang="la">Quin sacra hæc aliter non constant, nec +Vestalibus aut horribilibus Sabinis nos scribinus, +sed medicis. Meretur verò argumentum +illud examinari accuratius, nec dubito +a Te magni ingenii et lectionis infinitæ Viro, +omnia esse adducta, quæ ornare illum locum +possint. Cum tamen edita epistola +quædam margini sui exemplaris adscripserit +parens, ea debitis locis inserta, locupletandæ +editioni, transmitto. Sunt dein nonnulla in hac +epistolâ, quæ sapiunt anti-Harveïana +tempora, in quibus malo ipse optimi parentis +mei errorem agnoscere, quam defendere, +cum præsertim ipsi non cum aliquot tantum +doctis, sed cum aliquot sœculis sit communis. +Nostri illud Celsi tui : « levia ingenia, +quia nihil habent, nihil sibi detrahunt. Magno +ingenio, multaque nihil ominus habituro convenit +etiam simplex erroris confessio. Et +cur non mereatur veniam error, in quem +non tam pertinacia aliqua, quam ævi infelicitate +incurrit ? Illa quidem, quæ in initio +epistolæ de curatione morborum per flagellationes +refert, aliorum nitantur auctoritatibus, +nec dubii multum habent. Videntur +autem recentiores remedia illa, malo ipso si +non majora, ingrata tamen, in superferè +habuisse. Illam tamen maniacorum per verbera +curationem, cujus ex Cælio Aureliano, +Rhase, aliis que meminit, superiori adhuc +seculo in Anglia fuisse usitatam, quamvis medici +ejus non meminerint, disco ex Bodino +qui libro quinto de Republicâ ita loquitur : +« Insania vero interdum in furorem abit : +quod furoris genus verberibus mitescit. Nam +Londini furiosorum hominum multitudo eodem +coacta domicilio verberibus acerrimè +castigatur quartâ-decimâ lunâ, quæ major +vis est furoris, tumente cerebro. Cujus rei +me commiseratio cum cœpisset, intellexi à +curatoribus salutarem esse furoris medicinam. »</p> + +<p lang="la" xml:lang="la">Fœminis apud Romanos palmæ feriebantur, +credebatur que hinc prœgnantibus facilior +partus, sterilibus autem fœcunditas accedere. +Sat id superstitiosum erat, fiebatque +à Lupercis tantum, amiculo Junonis sivè pelle +caprinâ, ut docet Festus, induti ; rident que +ipsi Romani, ut apud Juvenalem sat. 2, videre +est. Somnambulos, dum noctu surgunt, +probè verberandos esse nonnulli censent, +id quod feliciter cessisse certo exemplo mihi +cognitum est, malo per verbera atrocia feliciter +depulso, nec unquam recurrente. Recenset +dein parens flagellationum ad libidinem +concitandam factarum historias, mox +que in causas inquirere incipit. Rejicit autem +primùm astra, dein consuetudinem, à +quâ solâ rationem hujus rei deduci non posse, +satis, ni fallor, fecit manifestum. Id verò +considerat, flagellationem illam non alibi, +quam in dorso, lumbis que factam, hinc que +eruendam veram causam censet. Ostendit igitur, +cum sacras litteras, tum antiquitatem +omnem unanimi consensu lumbis renibusque +et lateribus suas in generatione seminis et +Veneris usu partes deferre. Et non pauca +quidem ex variis scriptoribus adduxit ; possent +autem longè plura ejus generis, ex poëtis +potissimùm adferri, nisi res jam tum clara +esset. Ideòque id apud me quoque certum, +lumbos plurimum ad negotium Veneris facere. +Quod verò dein probare suscipit, à renibus +in lumbis sitis semen primum elaborari, et +si multos præclaros viros et qui ante et qui +posteum vixerunt habeat ὁμοψήφους mihi necdum +probavit. In confesso enim hodiè est +apud veritatis scrutatores sanguinem per arterias +emulgentes ad renes deferri, renibus +autem per emulgentem venam in cavam et +indè in cor redire : arterias spermaticas sanguinem +ex arteriâ magnâ accipere, venas +spermaticas eundem à partibus seminalibus, +partim in cavam, partim in emulgentem venam +reducere : qualis sanguinis motus ex valvularum +in his venis constitutione manifesto +probatur. Patet autem indè, nihil à renibus +ad testes per vasa descendere. Interim verum +manet, lumbos calidos ad Veneris opus +facere, frigidos illud impedire, rectè que à +medicis ad libidinem excitandam aut supprimendam +calida vel frigida lumbis apponi. Ut +enim parens meus ipse ex Cagnato, Montuoque +observavit, sunt in lumbis majora +vasa sita, in quibus si sanguis incalescit, +necesse etiam est, per arterias spermaticas +eum calidiorem tandem defluere, ipsam que +seminalem materiam facilè mobilem in fervorem +agi. De Renibus ita censeo. Si incaluerint +solito magis, sanguini per venas emulgentes +relabenti majorem calorem communicari, +cum que continuo ad renes sanguis accedat, +relabatur que, potest à renum calore +toti sanguineæ massæ calor communicari +major, undè etiam per arterias spermaticas +sanguis calidior descendit. Hinc que explicari +potest, cur quibus calidi renes, ii ad libidinem +propensi, et quæ alia φαινόμενα ad +suam sententiam probandam adduxit parens. +Fortè etiam aliquando in illis, quibus jam +tum calidus est sanguis, sunt que proindè libidinosiores, +renes etiam calidi à sanguine +continuò accedente fiunt, ceu notum est medicis, +ubi errore diætæ incaluit sanguis, +renum peccatum facillimè luere, quia ad eos +præ aliis partibus magna quotidiè sanguinis +copia accedit. Tum igitur non tam à renum +calori dependet libido, quam à communi +causâ, sanguinis nempe calore et libido et +renum calor. Porrò jam ita rem explico. Per +verberum incussus calefit in lumborum vasis, +quà minoribus, quà majoribus sanguis, tandemque +in ipsis etiam renibus, inde tota +massa sanguinea demùm, ideòque et per arterias +seminales fervidior elabitur, immò copiosior +quoque, dum per illorum scelestorum +ad Veneris prælia se parantium libidinosas +cogitationes concitatur quodam modo versùs +spermaticas partes effervescens sanguis. Ita +et per decubitum molliorem, supinum, seminis +profluvia incalescente sanguine concitantur. +Equitantes in Venerem pronos fieri +notum est, annotatumque jam tum in Centone +problematum quæ sub Aristotelis nomine +circumferuntur, sect. IV. probl. 12. Rationem +autem hanc reddit auctor διὰ τὴν θερμότητα +καὶ τὴν κίνησιν ταὐτὸ πάσχουσι, ὅπερ ἐν τῇ ὁμιλίᾳ +propter calorem et agitationem ita afficiuntur, +ut in coïtu solent, planè ad mentem +meam. Incalescit enim per motus illos successiones +que equitantium sanguis in vasis +lumborum, promoveturque sanguinis per Aortæ +truncum descendentem motus et ita etiam +versus partes seminales. Contrarium quidem +testari videtur Hyppocrates, lib. de aër. +aq. et loc. ineptos nimiùm ad Venerem fieri +eos, qui multum equitant. Veram explicandus +ille est de continuâ Scytharum equitatione, +quæ ad lassitudinem usque fit, corpusque debilitat +ac resolvit, et ita Veneris stimulos +supprimit. Ea verò de quâ ex Aristotele +diximus, equitatio moderata intelligitur, per +quam incalescant tantum lumbi. Non placet +nunc progredi et distinctè quo libet ad examen +vocare, quæ Parente meo adducta sunt, +argumenta cum præsertim ea, quæ Sennertus +habet, parenti pleraque memorata, jam +tum satis feliciter discusserit Nath. Highmorus, +Anatom. Operis lib. I. part. 3, cap. 4. +Retinent interim suam certitudinem multa à +Parente proposita, rejectâque tantum illâ de +Renum vi σπερματοποιητικῇ sententia, reliqua +fere plana sunt. Fortè ex recentioribus +nonnulli ex suis hypothesibus aliter illa +φαινόμενα explicare conarentur, quomodo Vir +quidam ingeniosus qui seminis materiam chylum, +non sanguinem, sibi firmiter persuaserat, +per verbera in lumbis calefieri ampullascentem +ibi chyli alveum, tumque ad partes genitales +materiam quoque seminis magis moveri, arbitrabatur. +Possem longè alia adferre, quibus +hodiè commentum illud de succo nervoso +placet, quem semini quoque materiam præbere +existimant. Verum in illarum hypotheseon +veritatem inquirere, non est hujus loci. +Video autem hic verum esse, quod de omni +impensarum genere dicebat olim Grœcinus +apud Columellam : plerosque nova opera +fortius auspicari, quam tueri perfecta. Meam +tamen, quam de sanguinis in lumbis incalescentia +proposui sententiam, non hypothesibus, +sed certis probatisque niti arbitror ; +Quod si tibi quoque, Vir magne, placuerit, +longè magis in eâ confirmabor. Vale. Scripsi +Helmstadii in Academiâ Julia.</p> + +<p class="c" lang="la" xml:lang="la">Prid. Kal. Sept. ann. 1669.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">NOTICE<br> +<i>Des auteurs cités dans l’Ouvrage de J. H. Meibomius, +et que j’ai consultés pour corriger +cette édition.</i></h2> + + +<p>Festus. Titus et Asclépiade. Cœlius Aurelianus +Rhasès. Antoine Gaignier. Valescus +de Tarente. Sénèque. Juste-Lipse. Jerôme +Mercurialis. Galien. Thémison. Elidœus de +Padoüe. Thomas Campanella. Menghus Faventicus. +Pétrone. Jean Pic, Comte de la +Mirandole. Jean Mévisan. Cœlius Rhodiginus. +André Tiraqueau. Othon Brunsfeld. +Fransciscus Junctinus. Aristote. Ennius. +Quintilien. Hippocrate. Marsilio Cagnati. Jérôme +Montuus. Origène. Isidore. Saint-Jérome. +Arnobe. Suidas. Petrus. Laurembergius. +Celse. Bodin. Brisson, <i>antiquités du +droit civil</i>. St.-Mathieu. Jérémie. St.-Paul. +Salomon. St.-Pierre. Fr. Ranchin. Aëtius. +Catulle. Martial. Perse. Juvenal. Nicolas +Perrot. Mathœus. Martinius. Tertullien. Hésychius +ou Isicius. St.-Augustin. Nicolas de +Lyre. David. Ausonne. Avicenne. Fulgence. +Varron. Lactance. Ovide. Apulée. Tibulle. +Suétone. Barthelemy Montagnana. Nemesius. +Joh. Marthæus. Garyopontus. Sennert. Arétée. +Oribase. Gaspar Hoffmann. Kariesatos. +Jean Beverovicius. Jean Barclay. Pierre d’Erlesunde. +(Anecdotes moscovites.) Béroalde. +Prudence. (Histoire des martyrs.) Dempster. +Cardan. Olhafius. Wormius. Actuarius. Nath. +Highmorus. Papias, le grammairien. Alexandre +Trallien. Pline. Licinius Calvus. Théodore +Priscien. Paul Eginete. Aaron. Dioscoride. +Ælien. Misih. Virgile. Scribonius Largus. +Plaute.</p> + + +<p class="c i">Auteurs cités dans les notes du Traducteur.</p> + +<p>Lucien et Perrot d’Ablancourt. Pérégrinus. +Diogène. Racine. Sénèque. Vossius. Horace. +Le marquis de Langle. Ménage et Furetière. +M. l’abbé Chappe d’Auteroche. L’Abbé Boileau. +Columella. Matthiole. Arnaud de Villeneuve +M. de Lignac. M. Lemery. Rabelais. +Le Duchat (Ducatiana) Cornelius Gallus.</p> + + +<p class="c gap">FIN.</p> + +<div class="break"></div> + +<p class="c top4em i">On trouve aux mêmes adresses :</p> + + +<p class="drap">Poëmes philosophiques sur l’homme, 1 vol. in-18, +frontispice gravé, représentant la résurrection +des arts. 2 liv. 10 sous.</p> + +<p class="drap">Les nuits de la Conciergerie, rêveries mélancoliques +et poésies d’un proscrit ; 1 vol. in-18, fig. +3 liv. 10 sous.</p> + +<p class="drap">Les soupirs du cloître, ou le triomphe du fanatisme, +épitre, par Guymond de la Touche, nouvelle +édition, augmentée d’une notice sur la vie +et les ouvrages de l’auteur, et autres poëmes choisis. +1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous.</p> + +<p class="drap">Le Pain béni, poëme et autres pièces choisies de +Marigny, nouvelle édition, 1 vol. in-18, 2 liv. +10 sous.</p> + +<p class="drap">Les Amours de Henry et Madeleine, poëme érotique +en 2 chants, nouvelle édition, augmentée +de plusieurs pièces en vers et en prose qui n’ont +jamais été imprimées, 1 vol. in-18, fig. 2 liv. +10 sous.</p> + +<p class="drap">Œuvres galantes de Palmarêze, 3 vol. in-18, jolie +édition, beau papier, 9 liv.</p> + +<p class="drap">L’éloge de <i>quelque chose</i>, dédié à <i>quelqu’un</i>, suivi +de l’éloge de <i>rien</i>, dédié à <i>personne</i>, nouvelle édition, +augmentée du poëme latin de Passerat, intitulé : +<i lang="la" xml:lang="la">Nihil</i>, et autres pièces également piquantes, +par divers auteurs célèbres. 1 vol. in-18, +2 liv. 10 sous.</p> + +<p class="drap"><span lang="la" xml:lang="la">Lucina sinè concubitu</span>, ou le plaisir sans peine, +traduit de l’anglais de Johnson, par le citoyen +Moët, et <span lang="la" xml:lang="la">Concubitus sinè Lucina</span>, par Combes, +avec le supplément, ouvrage singulier, dans lequel +il est démontré qu’une femme peut concevoir +et enfanter sans le commerce de l’homme. +1 vol. in-18, 3 liv.</p> + +<p class="drap">Les Serins, poëme didactique, formant avec les +notes un traité complet pour l’éducation des serins ; +1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous.</p> + +<p class="drap">Histoire d’Hyppolite, comte de Duglas, par la +citoyenne d’Aulnoy, nouvelle édition, 3 vol. +in-18, avec de très-jolies figures, 7 liv. 10 sous.</p> + + +<p class="i">Tout le monde connaît ce roman, qui a eu une infinité +d’éditions : celle que nous annonçons est extrêmement +soignée ; elle est en petit texte, sur beau papier.</p> + + +<p class="drap">Le despotisme, poëme, et autres poésies patriotiques, +par Mercier de Compiègne, 15 sous.</p> + + +<p class="i">Cet opuscule, composé sous les verroux du despotisme +le plus barbare, les yeux sans cesse fixés vers +le glaive de la mort suspendu sur sa tête, tient un +rang distingué parmi les productions de l’auteur. Il a +obtenu la mention honorable de la Convention nationale, +le 7 frimaire, et tous les journaux en ont fait +le plus grand éloge.</p> + + +<p class="drap">La morale du deuxième âge, ou idylles morales, +tirées des jeux de l’enfance, par Mercier de Compiègne ; +1 vol. in-18, 15 sous.</p> + +<p class="drap">Histoire du Petit Jacques, ouvrage moral, mis à +la portée des enfans, traduit de l’anglais, nouvelle +édition ; 1 vol. in-18, 1 liv.</p> + +<p class="drap">— Le même, en papier d’Hollande superfin ; 2 liv. +10 sous.</p> + +<p class="drap">Histoire d’Olivier Cromvel, par A. J. Dugour, 2 vol. +in-18, fig. 8 liv.</p> + +<p class="drap">Les nuits d’hiver, variétés philosophiques et sentimentales, +recueillies par Mercier de Compiègne ; +1 vol. in-18, fig., 3 liv. 10 sous.</p> + + +<p class="i">Choix de nouvelles en prose et en vers, qui n’ont +jamais été imprimées, ou qui sont devenues rares. +Poésies de Camille Desmoulins, antérieures à la révolution, +et qui n’y ont aucun rapport, Idylles orientales, +sonnets traduits de l’italien et de l’espagnol, +romances et observations sur différent points de philosophie +et de politique, tout assure à ces <i>nuits</i> un +succès brillant.</p> + + +<p class="drap">L’innocence du premier âge, ou les amours de Pierre +Lelong et Blanche Bazu, par Sauvigny ; 1 vol. +in-18, fig., 3 liv. 10 sous.</p> + + +<p class="i">La réputation de cet ouvrage nous dispense d’en faire +l’analyse et l’éloge. L’exécution typographique en est +très-belle, ainsi que les gravures.</p> + + +<p class="drap">Histoire corrigée de Robinson Crusoë dans son isle +déserte, ouvrage rendu propre à l’instruction de +la jeunesse, sur l’avis et le plan de J. J. Rousseau, +2 vol. in-18, fig., 5 liv.</p> + +<p class="drap">Précis historique de la prise de Valenciennes ; in-8<sup>o</sup>, +1 liv. 10 sous.</p> + +<p class="drap">Concerts de Romainville, choix d’idylles, ariettes +et vaudevilles ; 1 vol. in-18, fig., 6 liv.</p> + +<p class="drap">Soirées de mélancolie ; 1 vol. in-18, fig., 7 liv.</p> + +<p class="drap">Choix lyrique et sentimental ; 1 vol in-18, avec 4 +superbes gravures, dessinées par Queverdo ; +5 liv.</p> + +<p class="drap">Gérard de Velsen, nouvelle historique, par Mercier +de Compiègne ; 1 vol. in-18, fig., 4 liv. 10 sous.</p> + +<p class="drap">Ismaël et Christine, nouvelle historique, par le +même, 1 vol. in-18, fig. (2<sup>me</sup> édition) 4 liv.</p> + +<p class="drap">Histoire de Marie Stuart, par le même ; 2 vol. +in-18, avec jolies estampes, 9 liv.</p> + + + +<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77388 ***</div> +</body> +</html> diff --git a/77388-h/images/cover.jpg b/77388-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8765db3 --- /dev/null +++ b/77388-h/images/cover.jpg diff --git a/77388-h/images/illu.jpg b/77388-h/images/illu.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2e95708 --- /dev/null +++ b/77388-h/images/illu.jpg diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6c72794 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This book, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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