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diff --git a/77388-0.txt b/77388-0.txt new file mode 100644 index 0000000..549b89e --- /dev/null +++ b/77388-0.txt @@ -0,0 +1,3572 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77388 *** + + + + + DE L’UTILITÉ + DE LA FLAGELLATION + DANS LA MÉDECINE + ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE, + ET DES FONCTIONS + DES LOMBES ET DES REINS; + + OUVRAGE SINGULIER, + Traduit du latin de J. H. MEIBOMIUS, + Et enrichi de notes historiques, critiques et + littéraires, d’une introduction et d’un index. + + NOUVELLE ÉDITION. + + A PARIS, + Chez C. MERCIER, imprimeur-libraire; + rue du Coq-Honoré, Nº. 120. + + 1795. + + + + + [Frontispice: Delicias pariunt Veneri crudelia flagra, + Dum nocet, illa juvat, dum juvat ecce nocet.] + + + + +AVERTISSEMENT. + + +On sait que Jean-Henri Meibomius étoit un savant du dernier siècle, qui +s’est rendu célèbre en médecine, par la découverte des nouveaux +vaisseaux qui prennent leur chemin vers les paupières, et qu’on a +appelés de son nom, _conduits de Meibomius_. Il fut long-temps +professeur de médecine à Helmstadt, sa patrie, et ensuite premier +médecin de Lubeck, ville d’Allemagne dans le duché de Holstein. + +Le petit traité que nous publions est très-curieux, et n’est guère connu +que de quelques médecins, et d’un petit nombre de gens de lettres. Il +n’en existe que deux éditions devenues fort rares et fort chères, faites +toutes deux en pays étrangers et fourmillant de fautes d’impression. La +première à Londres 1665, in-64, et la seconde à Francfort 1670, in-8º. +L’une et l’autre étant fautives, nous nous sommes déterminés d’en donner +une troisième purgée de ces fautes; et pour faire connoître cet ouvrage +intéressant et utile aux littérateurs, aux gens du monde, et à ceux qui +ne sont pas familiers avec le grec et le latin, nous avons entrepris de +le traduire, et nous avons accompagné notre version de notes historiques +étroitement liées au sujet, d’observations nouvelles puisées dans des +auteurs modernes, tels que MM. _l’abbé Chappe_, _de Lignac_, _Arnaud de +Villeneuve_, et _Lémery_, etc., et multipliées au point qu’elles +forment, pour ainsi dire, un second ouvrage aussi étendu que celui de +Meibomius. + +Nous avons adouci le mieux qu’il a été possible, des expressions trop +libres dans les citations, de manière pourtant à ne pas nuire à la +clarté du sujet, dans un ouvrage dont le but est de développer le +méchanisme des parties auxquelles l’Etre-Suprême a confié l’emploi de la +propagation de l’espèce, et d’indiquer les remèdes nécessaires à les +rendre capables de s’en acquitter, quand un vice dans les organes ou des +excès de volupté ont altéré en elles cette précieuse faculté. + +Nous renvoyons ceux qui nous accuseroient d’avoir voulu faire l’apologie +de la flagellation, à ce qu’ont dit dans les mêmes vues, _M. de +Bienville_, dans l’avant-propos de son excellent _traité de la +Nymphomanie_, pages 4 et 5; _M. de Lignac_, dans l’introduction de son +traité de l’amour conjugal, page 19, et _M. Tissot_ dans celle de +_l’Onanisme_, pages 7, 8 et suivantes. + +Au reste, nous espérons que le plus grand nombre des lecteurs, nous +saura gré de n’avoir rien négligé pour leur offrir un ouvrage complet. + +Il y a des écueils inséparables de la matière, et que le traducteur le +plus chaste ne peut éviter, s’il veut rendre les pensées de son +original; c’est ce que nous avons éprouvé toutes les fois qu’il a été +question de rendre en français les vers libres de Pétrone, Catulle, +Tibulle, Ovide, Martial et Apulée. Il falloit donc abandonner le +travail; non, sans doute: à côté des vers libres, je trouvois des +autorités puisées dans les auteurs ecclésiastiques, les livres sacrés et +les pères de l’église. L’exemple des St.-Augustin, des St.-Jerôme, des +Isidore, des Lactance, des Origène et des Tertullien m’encourageoit dans +mon entreprise, puisqu’écrivant en langues vivantes, ils n’ont pas cru +devoir se taire sur les crimes obscènes, parce qu’on ne peut les +désigner sans mots. Au reste, si nous sommes réprehensibles, notre faute +est celle de Meibomius, et nous nous justifions entièrement par l’aveu +sincère de la faute même, et si c’en est une, nous n’avons eu d’autre +motif en traduisant cet ouvrage, que de nous occuper, de nous amuser, et +de procurer aux littérateurs et aux gens du monde la connoissance d’un +ouvrage que sa rareté leur avoit fait perdre, et leur en faciliter +l’acquisition à moindres frais. + +J’ai rassemblé dans l’introduction qui suit, tout ce qui peut servir à +l’histoire de la flagellation, en offrant au lecteur un extrait lumineux +et discuté de l’ouvrage de l’abbé Boileau sur cette matière: et cette +compilation nécessaire à mon ouvrage ne laissera plus rien à désirer. +Nous osons avancer que cet extrait, ceux de Brantôme, et l’étendue des +notes dont nous avons semé l’ouvrage, dans la vue d’égayer l’aridité du +style de Meibomius, ne manqueront pas de rendre ce petit traité aussi +intéressant que curieux. + +Quant à la manière dont nous avons traduit le latin, dans lequel il +falloit remédier à des fautes d’impression ou de latinité, et à des +demi-mots qui, si je puis le dire, n’étoient que les premiers linéamens +des pensées de l’auteur qu’il falloit développer, nous supplions le +lecteur de vouloir bien se souvenir de ce précepte d’Horace dont nous +avons tâché de faire notre profit, sur-tout quand il a fallu rendre des +morceaux d’anatomie, qui ne sont plus les mêmes que du temps de +Meibomius, et suivre la marche nouvelle prescrite par nos nouvelles +découvertes en médecine, et à laquelle je me suis le plus possible +conformé. + + Nec verbum verbo curabis reddere fidus + lnterpres, nec desilies imitator in arctum. + +(HOR. Art. Poët.) + + + + +INTRODUCTION. + + +L’abbé Boileau, docteur de Sorbonne, doyen et grand vicaire de Sens, +sous _de Gondrin_, et ensuite chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, +donna en 1700 un ouvrage intitulé: «Historia Flagellantium de _recto_[1] +et perverso Flagrorum usu apud Christianos, ex antiquis scripturæ, +Patrum, Pontificum, Conciliorum et Scriptorum profanorum monumentis, cum +cura et fide expressa,» imprimé chez _Janisson_, en gros caractères, et +composé de près de 400 pages _in_-12. _Du Cerceau_ et _Thiers_ le +critiquèrent. On en publia une traduction plus indécente que l’original; +elle fut réformée par l’abbé _Granet_, qui la fit réimprimer en 1732. + + [1] L’auteur fut obligé d’ajouter ce mot _recto_ au titre, et de + retrancher des choses qui choqueroient même dans un traité de + chirurgie. + +Un auteur anonyme déchargea sa bile sur ce livre, dans un petit ouvrage +_in_-12, de 43 pages, et qui a pour titre: Lettre à M. L. C. P. D. B. +sur le livre intitulé: _Historia Flagellantium_. Cette lettre est une +véritable satyre, et qui attaque M. l’abbé Boileau, d’une manière hardie +et peu honnête. L’éclipse, dit le critique, que souffrit l’histoire des +flagellans, dès qu’elle commença à voir le jour, vint d’une suppression +tacite ou de l’avidité des libraires de Hollande et d’Angleterre, et de +l’empressement à enlever toute l’édition d’un ouvrage qui devoit être +d’un grand débit chez eux. On m’a assuré depuis peu, dit-il, qu’on en +faisoit une nouvelle édition en faveur des mousquetaires et autres +jeunes gens d’agréable humeur, qui le trouvent fort à leur gré. Il est +en effet très-divertissant, et peut tenir son rang dans leur +bibliothèque, entre Rabelais, Bocace et les contes de Lafontaine. Il +ajoute que cet ouvrage a mérité à M. Boileau le surnom de _Flagellant_, +pour le distinguer des autres abbés Boileau, fort connus dans le monde +par leur réputation et leur mérite. Dans tout le cours de la satyre, le +critique appelle M. Boileau de ce nom de Flagellant ou de petit +Flagellant. Le portrait qu’il en fait est trop injurieux pour être +rapporté ici. Je dirai seulement que ce critique n’épargne ni le livre +ni la personne. Sa satyre est pleine d’invectives, de railleries, +d’ironies et de réflexions mordantes, et son ouvrage peut être mis, avec +justice, au rang des libelles diffamatoires. Car, après tout, dit +l’auteur des nouvelles de la république des lettres, (décembre 1700, +page 695,) quand il y auroit quelque chose à reprendre ou dans le choix +de la matière du livre de M. Boileau, ou dans la manière dont il l’a +traitée, cela n’empêche pas que l’auteur ne soit un honnête homme et de +bonnes mœurs[2]. + + [2] Le traducteur du traité de Meibomius n’a pas d’autre réponse à + faire à tous ceux qui voudroient lui faire éprouver les désagrémens + auxquels M. l’abbé Boileau a été en proie. + +Les jésuites attaquèrent aussi cet ouvrage, et ont extrait de ce livre +ou de ceux qu’il a approuvés, diverses propositions qu’ils croyoient +censurables. Il y en a une qui le paroît effectivement, et la voici en +français: _Les écrivains sacrés ont fait mention onze fois des +flagellations, cinq fois principalement en parlant de J. C. notre +sauveur, qui fut flagellé malgré lui et contre sa volonté._ Cette +expression paroît trop forte, mais on voit bien pourtant ce que l’auteur +veut dire; c’est que si J. C. a été flagellé par ses ennemis, il ne +s’est jamais donné volontairement la discipline, comme font les moines. +Voici une autre proposition que je ne rapporterai qu’en latin: _Nec esse +est cum musculi lumbares virgis aut flagellis diverberantur, spiritus +vitales revelli, adeò que salaces motus ob viciniam partium genitalium +et testium excitari, qui venereis imaginibus ac illecebris cerebrum +mentem que fascinant ac virtutem castitatis ad extremas augustias +redigunt._ + +Si cette proposition n’est pas fausse, il est du moins sûr qu’elle +auroit beaucoup mieux sa place dans un ouvrage de quelque médecin, que +dans celui d’un prêtre docteur en théologie; mais il sied mal aux +jésuites de relever de semblables propositions, puisque plusieurs de +leurs auteurs ont avancé des choses beaucoup plus capables de blesser +les imaginations foibles et délicates. + +Le dessein général de l’auteur étoit de faire voir que l’usage des +disciplines volontaires est une superstition qui s’est introduite chez +les moines, et qui tire son origine du Paganisme, et qu’elle est +pernicieuse à la santé du corps et de l’âme. Il loue l’exercice de la +mortification de la chair comme un acte saint et méritoire, lorsqu’il +est autorisé par la loi divine ou établi par l’église. Or, celui dont il +s’agit n’est point autorisé par la loi divine. Il n’en est point fait +mention dans l’ancien testament. La loi de Moïse, au contraire, (Deut. +25, 2, 3.) défendoit de donner aux criminels plus de quarante coups de +fouet, d’où il suit qu’elle ne permet pas aux moines ni à aucun autre +particulier, de s’appliquer plus de quarante coups de fouet, ni de se +déchirer la peau d’une manière si cruelle, pendant que l’on chante +lentement _miserere_, _de profundis_ et l’antienne _salve regina_. La +loi naturelle nous défend de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas +qui nous fût fait; et la loi de Moïse nous défend de nous faire à +nous-mêmes ce qu’elle ne veut pas que nous fassions à un autre. Dans +l’évangile, J. C. ni les apôtres n’ont pas fait mention de la +flagellation, car, par le passage de St.-Paul, je _mortifie ma chair_ +(Corinth. 9, 27.), l’auteur fait voir qu’il ne favorise point la +discipline que se donnent les moines. Il remarque que la flagellation +involontaire est fort ancienne, puisqu’elle étoit en usage parmi les +payens, avant la fondation de Rome. Elle étoit même établie par la loi +divine, (proverb. 13, 24 et 23, 13) pour punir les enfans et ceux qui +faisoient quelque faute qui méritât cette punition. Mais outre ces +flagellations involontaires, il y en avoit de volontaires et de libres. +Tertullien rapporte que c’étoit une coutume parmi les Lacédémoniens de +célébrer de certaines fêtes en l’honneur de Diane, et que ce jour-là, +pour honorer la déesse, les jeunes gens se fouettoient eux-mêmes devant +son autel, et quelquefois jusqu’au sang. Environ l’an 476 de J. C., les +juifs rabins mirent au nombre de leurs cérémonies une espèce de +flagellation volontaire, mais elle étoit mutuelle, et ils se +flagelloient les uns les autres alternativement. Dans les premiers temps +de l’église, où la pénitence étoit dans sa plus grande ferveur, l’usage +de la discipline étoit une chose inouïe. Du temps de St.-Augustin, on +avoit coutume de flageller les hérétiques et les criminels, mais les +chrétiens ne se flagelloient point eux-mêmes. Ceux qui ont écrit la vie +austère des anciens anachorètes ne parlent point de disciplines ni de +flagellations volontaires. M. Boileau répond à un passage de St.-Jérôme, +à un autre de St.-Jean Climaque, et à un troisième de St.-Cyrille +d’Alexandrie, que les moines croient leur être favorables. + +L’usage de se flageller soi-même ne fut introduit qu’environ l’an 1047 +ou 1056, du temps de _Pierre Damiens_, et il ne fut toléré des personnes +sages qu’avec beaucoup de répugnance. L’auteur rapporte divers exemples, +tous propres à faire avoir en horreur et à tourner en ridicule la +flagellation. + +Voici une anecdote très-plaisante à ce sujet, tirée de _Michaël Scotus_. + +Un dévot accompagnait sa femme à confesse: voyant que le confesseur la +menoit derrière l’autel pour la flageller, il s’écria: Monsieur, elle +est très-délicate, je reçois la discipline pour elle: cela dit, il se +mit à genoux, et le confesseur fit son office; pendant la cérémonie, la +femme crioit de toute sa force: frappez fortement, car je suis grande +pécheresse. Il y avoit peut-être un motif de jalousie dans le dévouement +du mari, et une petite vengeance de cette jalousie, dans la femme. + +Cette coutume devint fort ordinaire dans la suite, et on la pratiqua +jusques dans les rues. Un cordelier un jour donna le fouet en plein +midi, sur les fesses, à un docteur en théologie qui avoit prêché contre +la conception immaculée de la Ste.-Vierge, et les femmes crioient: mon +père, donnez-lui en quatre coups pour chacune de nous. + +Vers l’an 1260, vint la superstition inouïe de se fouetter soi-même, et +la secte des flagellans commença en Italie. Ils alloient tout nuds en +procession deux à deux, se flagellant dans les rues et dans les places +publiques. Cette secte n’avoit point d’ailleurs de sentimens opposés à +ceux de l’église romaine. Cependant Alexandre IV ne voulut pas +l’autoriser, et plusieurs princes chassèrent ces flagellans de leurs +états. + +Ces observations suffisent pour mettre le lecteur en état de juger de +l’histoire des flagellans par l’abbé Boileau, s’il ne la connoît pas; et +je renvoie ceux qui la connoîtroient au livre lui-même, où ils +trouveront des choses curieuses et des détails plus étendus. + +Je ne puis me refuser au désir d’augmenter la foule des exemples qu’on +pourroit citer de la flagellation volontaire, par celui de +St.-Dominique, surnommé _l’Encuirassé_. Cet hermite ne se flagelloit pas +seulement pour lui, mais pour expier les iniquités des autres. On +croyoit alors que cent ans de pénitence pouvoient se racheter par vingt +pseautiers, accompagnés de coups de fouet. Trois mille coups valoient un +an de pénitence, et les vingt pseautiers faisoient trois cent mille +coups, à raison de mille coups par dixaine de pseaumes. Dominique +accomplissoit cette pénitence de cent ans, en six jours. Il acquittoit +ainsi les péchés du peuple; mais cette flagellation continuelle rendit +sa peau aussi noire que celle d’un nègre. L’usage de ces sortes de +pénitence occasionna l’abolissement des pénitences canoniques. Le +principal avantage de celles-ci étoit de détruire les plus mauvaises +habitudes, en faisant pratiquer long-temps les vertus contraires, et non +pas en faisant flageller un hermite qui n’étoit pas coupable. En effet, +a dit un certain auteur, le péché n’est pas comme une dette pécuniaire +que tout autre peut payer à la décharge du débiteur, en quelque monnoie +que ce soit; c’est une maladie dangereuse qu’il faut guérir dans la +personne même du malade. + +Je serois tenté de croire que ces flagellans, animés d’abord d’un saint +zèle et du désir de se mortifier, ont employé la fustigation dans la vue +de matter leur chair et de faire pénitence; mais dupes peut-être de ce +même zèle, et la nature ne perdant jamais ses droits, ils ont continué, +avec une espèce de fureur, cette douce torture qui les dédommageoit du +plaisir que leur solitude leur défendoit; car enfin, c’étoit toujours un +plaisir goûté physiquement, même à l’insu du moral. + +Brantôme, dans la graveleuse et cynique simplicité de son style[3], dit +qu’il a ouï parler d’une grande dame de par le monde, qui ne se +contentant de lasciveté naturelle, car elle étoit grande putain et étant +mariée et veuve, aussi étoit-elle très-belle; pour la provoquer et +exciter davantage, elle faisoit dépouiller ses dames et filles, je dis +les plus belles, et se délectoit fort à les voir, et puis elle les +battoit du plat de la main sur les fesses avec de grandes claquades et +_blamuses_ assez rudes; et les filles qui avoient délinqué en quelque +chose, avec de bonnes verges, et alors son contentement étoit de les +voir remuer et faire des _tordions_ de leurs corps et fesses, lesquels +selon les coups qu’elles recevoient, en montroient de bien étranges et +plaisans. Autrefois, sans les dépouiller, les faisoit trousser en robe, +car pour lors elles ne portoient point de caleçons, et les claquetoit et +fouettoit sur les fesses, selon le sujet qu’elles lui donnoient, ou pour +les faire rire ou pleurer, etc. etc. etc. + + [3] Page 370, tom. I. des vies des dames galantes de son temps, édit. + de Leyde, 1666, _in_-12. + +Plus loin, il raconte qu’un grand prenoit ainsi plaisir à voir sa femme +nue ou habillée, et à la fouetter de claquades, et à la voir manier de +son corps. + +Qu’une fort honnête dame, étant fille, était fouettée par sa mère quatre +fois tous les deux jours, non pour avoir _forfait_, mais parce que sa +mère prenoit plaisir à la voir remuer ainsi les fesses et le corps, pour +autant en prendre d’appétit ailleurs, et tant plus elle alla sur l’âge +de quatorze ans, elle persista et s’y acharna de telle façon, qu’à +mesure qu’elle l’acostoit, elle la contemploit encore plus. Il dit plus +bas, qu’un très-grand seigneur et prince, il y a plus de quatre-vingt +ans, avant d’aller habiter avec sa femme, se faisoit fouetter, ne +pouvant s’émouvoir ni relever sa nature baissante, sans ce sot remède. +Je désirerois volontiers qu’un médecin excellent m’en dît la raison. + +Voilà de terribles humeurs de personnes, dit naïvement Brantôme, en +parlant de l’homme cité par Pic de la Mirandole, et dont nous avons +rapporté l’exemple dans cet ouvrage. + + +NOTE. + +On a vu dans cette introduction que de tous temps les prêtres faisant +servir la religion à leurs plaisirs, ont su couvrir de ce masque +redoutable les excès honteux où les portoit un tempérament fougueux +qu’allumoient encore la macération qui tendoit à les rendre plus +lubriques, l’oisiveté, la tranquillité des cloîtres, et la confiance +aveugle qu’ils avoient inspirés à leurs sots pénitens. + +Le traducteur, n’ayant entrepris que le seul ouvrage de Meibomius, et +non l’effrayant tableau des crimes du clergé, et l’histoire générale de +la flagellation, prie les lecteurs qui désireroient de plus grands +éclaircissemens sur cette matière, de consulter: + +1º. Essai philosophique sur le monachisme, par Linguet, 1776, 1 vol. +_in_-8º. + +2º. Nécessité de supprimer et d’éteindre les ordres religieux en France, +prouvée par l’hist. philos. du monachisme, ou exposition abrégée de ce +que l’on trouve de plus singulier et de plus curieux dans l’institution, +la règle, l’établissement et la vie des moines de tous les cultes et de +tous les pays. _Londres_ 1789, 2 vol. _in_-8º. + +3º. Les prêtres démasqués, ou les iniquités du clergé chrétien. Ouvr. +trad. de l’anglais. 1767, _in_-8º. 1 vol. + + + + +DE L’UTILITÉ + +DE LA FLAGELLATION + +DANS LA MÉDECINE + +ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE, + +ET DES FONCTIONS + +DES LOMBES ET DES REINS. + + +Voici enfin, mon cher Cassius, le petit traité que je vous ai promis +dans une orgie bachique. Vous vous convaincrez, en le lisant, que +l’usage de la flagellation n’est pas aussi extraordinaire qu’il le +paroît au premier coup d’œil. Je me souviens très-bien de l’engagement +que j’ai pris de vous communiquer mes réflexions sur cet objet. Ce fut +lorsque nous nous trouvâmes dernièrement à table chez notre ami commun +Martinus Gerdesius, conseiller du prince, et votre collègue, mais je ne +me rappelle pas précisément à quelle occasion je vous dis que les coups +et la flagellation servoient quelquefois à la guérison de plusieurs +maladies, ce qui vous parut un paradoxe. Quoi qu’il en soit, je vais +vous démontrer que l’expérience a confirmé la bonté de ce remède, en +m’appuyant sur l’autorité des médecins qui l’ont enseigné et pratiqué. + +Titus, disciple d’Asclépiade (A) qui vivoit sous le règne d’Auguste, +comme je l’ai dit dans mon ouvrage intitulé: _Vies des médecins_, +prétend, livre 2, de _l’âme_, que _les Maniaques doivent être fouettés +pour leur rendre le bon sens_. + +_Cœlius Aurelianus_, livre 1, _des passions lentes_, chap. 5, dit que +les personnes attaquées de la _mélancolie érotique_, ou qui sont dans le +délire, doivent être aussi fouettées, quand les autres moyens n’ont rien +fait, et que dans plusieurs individus, cette opération a guéri +l’aliénation d’esprit. + +Rhazès, livre 1, _de la continence_, chapitre IV, d’après un célèbre +médecin juif dont il invoque le témoignage, ordonne de lier la personne +attaquée de la manie érotique et de la frapper à grands coups de poing +ou de verges, si les autres remèdes ont été infructueux, et +d’administrer ce topique à plusieurs reprises, si le bien ne s’opère pas +dès la première fois; une seule hirondelle, pour me servir de ses +termes, ne faisant pas le printemps. + +Antoine Gaignier pense[4] comme Rhazès, et Valescus de Tarente s’exprime +ainsi[5]: «si le malade est jeune, il faut le frapper sur les fesses à +grands coups de verges, et si l’érection ne se fait pas, l’enfermer dans +un cul de basse fosse, l’y tenir au pain et à l’eau jusqu’à ce qu’il +demande pardon de son invergence, et lui faire observer un régime +rigoureux.» + + [4] _Pract. Tract._ XV. cap. XII. + + [5] _Philonium_. lib. I. c. XI. + +Si nous en croyons Sénèque, livre 6, _des Bienfaits_, chapitre 8, la +flagellation dissipe la fièvre quarte, parce que le mouvement réchauffe +et divise l’humeur âcre, épaisse et noire, qui étoit stagnante dans les +viscères, comme le dit fort bien Juste Lipse dans ses commentaires. + +Jérôme Mercurialis[6], (B) nous apprend que plusieurs médecins ont +ordonné la flagellation à des personnes maigres, pour les engraisser et +leur donner de l’embonpoint. + + [6] Lib. IV _de arte gymnasticâ_, cap. IX. + +Galien[7] citant à ce sujet les stratagèmes des marchands d’esclaves, +qui se servoient de ce moyen pour les faire paroître plus brillans de +fraîcheur et d’embonpoint, ne laisse aucun doute sur l’efficacité de ce +remède[8]. Il est certain qu’il fait gonfler la chair et attire à elle +les alimens. Personne n’ignore que la flagellation avec des orties +vertes a le plus grand succès pour raffermir les membres et rappeler la +chaleur et le sang dans les parties qui en sont privées. + + [7] _Meth. med._ lib. XIV, c. XVI. + + [8] Combien de nourrices, sans avoir consulté Jérôme Mercurialis, ni + Galien, ont recours à ce stratagême qu’elles connoissent par + tradition, et claquant les enfans sur les fesses, avant de les + rendre à leurs mères, trompent par cet embonpoint factice et + momentané, la confiance des tendres parens qui leur ont livré ces + intéressantes créatures. + +Cælius Aurelianus[9] et Thémison, liv. 1 _des Passions lentes_, veulent +que ce soit avec de la férule. + + [9] Lib. II, _Chr._ c. I. + +Elidæus de Padoue[10] n’hésite pas d’ordonner la flagellation avec des +orties vertes sur les membres tendres et délicats des petits enfans, +pour hâter l’éruption de la petite vérole. + + [10] _Consil. Med._ 282. + +Thomas Campanella, (C) que nous avons autrefois connu à Naples, semble +mettre en avant une opinion nouvelle et inadmissible, en attribuant à la +flagellation la vertu de guérir les obstructions du bas ventre. Il +raconte[11] que le prince de Venuse[12] un des meilleurs musiciens de +son siècle, ne pouvoit aller à la garde-robe sans avoir été +préalablement fustigé par un valet gagé pour remplir cette fonction; +ajoutant qu’il seroit dangereux de retenir sa respiration pendant qu’on +se feroit administrer ce remède, et j’en conviens. + + [11] Lib. III. _Medicinalium_. c. V. art. XII. + + [12] _Venuse_, aujourd’hui _Venosa_, ville de l’Italie méridionale, + dans la Basilicate, près Naples, au pied de l’Apennin. Elle fut la + patrie d’Horace. + +Il est des personnes qui ne peuvent goûter les plaisirs de l’amour, si +elles ne sont aiguillonnées par la fustigation. Cette cérémonie étrange +les embrâse des feux de la lubricité, jusques à les faire écumer, et +fait dresser vers le ciel cette partie qui constitue la virilité, de +manière que son oscillation suit le nombre et le son des coups +appliqués, pour ainsi dire, en cadence; et voilà précisément ce que vous +rejettiez comme une plaisanterie et une chose incroyable, quand j’en +parlai la première fois. Je vais pourtant mettre en usage, mon cher +Cassius, tout ce que je crois capable de vous en convaincre, en +m’étayant du témoignage des auteurs les plus dignes de foi, pour vous +prouver que ceci n’est point une innovation, et que le caprice n’a +aucune part à cet usage, et j’y joindrai les raisons et les exemples, +d’après lesquels divers médecins et moi avons trouvé la chose +vraisemblable. Je ne m’étendrai cependant pas beaucoup dans ce moment-ci +sur la nécessité d’employer les orties vertes, pour en frapper les +parties génitales. + +Menghus Faventinus[13] assure qu’elles ont une propriété merveilleuse +pour allonger, tendre, grossir et ériger le membre viril, qui, par une +parcimonie de la nature, feroit craindre la stérilité. + + [13] Pract. part. II cap. _de passion. membr. genital._ + +Pétrone vous apprendra, si vous le consultez, combien elles sont utiles +pour guérir l’impuissance, et rendre aux amans leurs forces éteintes par +de trop fréquentes jouissances en faisant parler Encolpe de cette +manière: + +«Cette partie de mon corps par laquelle j’étois autrefois un Achille, +étoit alors entièrement morte et plus froide que la neige, et sembloit +s’être retirée au fond de mes entrailles, sillonnée de mille rides. Ma +verge ressembloit à du cuir détrempé dans de l’eau, etc.» + +Je ne fais ici que transcrire l’auteur qui continue ainsi: + +«Enothée, prêtresse de Priape, lui ayant promis de la lui rendre aussi +dure que de la corne, mêle du cresson alenois avec de l’avrône, en forme +un onguent qu’elle applique sur ses testicules, et armant ses mains +d’une poignée d’orties vertes, l’en frappe légèrement au-dessous du +nombril, sur les reins et sur les fesses.» + +Mais pour revenir à la grande et véritable flagellation, écoutons ce que +raconte à ce sujet _Jean Pic, comte de la Mirandole_, (D) qui vivoit, il +y a 150 ans. Il fait ainsi, livre 3, chap. 27, de son ouvrage _contre +les astrologues_, l’histoire d’un de ses amis. + +«Je connois, dit-il, et il existe encore, un homme dont le tempérament +amoureux, et les excès n’ont peut-être jamais eu d’exemple. Il ne peut +caresser une femme, malgré la violence de ses desirs, s’il n’est +auparavant fustigé. En vain sa raison lui fait regarder comme un crime +ce rafinement de volupté, sa fureur pour ce cruel plaisir est telle +qu’il encourage lui-même, et accuse de mollesse et de lâcheté celui qui +le fouette, lorsque la fatigue ou la pitié lui font ralentir ses +efforts. Le patient n’est au comble de ses plaisirs, qu’en voyant +ruisseler le sang dont une grêle affreuse de coups, a couvert les +membres innocens du libertin le plus effréné. Ce malheureux reclame +ordinairement pour ce service, avec les plus instantes supplications, la +main de la femme avilie dont il veut jouir, lui donne lui-même les +verges qu’il a fait tremper dès la veille, dans le vinaigre, et lui +demande à genoux la faveur insigne d’être ainsi déchiré. Plus elle +frappe avec violence, plus elle acquiert de droits à son amour et à sa +reconnoissance, en lui rendant des feux qu’il n’avoit plus, jusqu’à ce +que le dernier période de la souffrance et l’épuisement total de ses +forces, lui fassent goûter la plénitude de la volupté en égale +proportion. Trouvez un seul homme pour qui le comble de la douleur, et +cette espèce de torture doivent être celui du plaisir, et si d’ailleurs +il n’est pas entièrement corrompu, lorsque, de sang froid, il connoîtra +sa maladie, il rougira de ses excès et les détestera». Jusqu’ici c’est +Pic de la Mirandole qui a parlé, mais la même chose est rapportée par +_Thomas Campanella_ déjà cité, et _Jean Névisan_ (E) livre 1 de ses +_Sylves Nuptiales_, art. 130. Si je ne me trompe, l’homme dont parle +_Cælius Rhodiginus_ (F) livre 2, chap. 15 de _ses anciennes leçons_, +avoit ce goût-là de commun avec l’ami de Pic de la Mirandole; et d’après +Cœlius, _André Tiraqueau_ (G), art. V de son _Traité des Loix du +Mariage_. Mais écoutons Cœlius. + +Des personnes dignes de foi, dit-il, assureront avoir connu, il y a +quelques années, un homme qui par un contraste bien étonnant et qu’on +aura peine à croire, joignoit au physique le plus froid et le plus +inhabile aux plaisirs de Vénus, l’imagination la plus érotique et le +génie le plus ardent. Il n’avoit d’aptitude, de chaleur et de force pour +la lutte amoureuse, qu’à proportion des coups de verge qu’il avoit +reçus, et vous n’eussiez pu savoir lequel lui causoit le plus de volupté +ou de la volupté elle-même, ou de la douleur qui en étoit la source et +l’agent: à moins que la juste proportion de la seconde ne le conduisît à +la perfection des délices de la première. Il s’abaissoit jusqu’aux +prières pour être frappé de verges qu’il avoit fait durcir, depuis la +veille, dans du vinaigre. La rage qu’allumoient en lui les desirs, le +portoit à accabler de reproches et d’injures celui qu’il avoit chargé de +cet office, dès qu’il frappoit trop mollement, et lui faisoit regarder +comme imparfaite, infructueuse et nulle, toute séance qui n’étoit pas +terminée par une effusion de sang. Cet homme est, je crois, le seul qui +également avide de plaisirs et de souffrances, ne savouroit l’un qu’au +moyen de l’autre, et pour qui les plaies, les déchiremens et l’effusion +de sang fussent et le prélude et le complément des titillations et de la +jouissance[14]. _Othon Brunsfeld_ (H) médecin célèbre, dans son +_Onomastic. Medic._, rapporte l’anecdote suivante: + + [14] Tamerlan, ce fameux empereur d’Asie, qui se faisait appeller _le + Fils de Dieu_, fut père de cent enfans et vainqueur de cent peuples, + se faisoit fustiger par esprit de débauche. + + Lucien, tome 3, de la traduction de Perrot d’Ablancourt, parle d’un + certain Pérégrinus qui avoit le même goût. Ce philosophe se + fouettoit en public au milieu de tout un peuple et se débarrassoit + d’une surabondance de liqueur seminale aussi effrontément que + Diogène: ce qui leur fit donner à tous deux le nom de _Cynique_. Ce + même Pérégrinus, surnommé _Protée_, se fit chrétien, ensuite + apostat, et finit par se brûler publiquement aux jeux Olympiques. + + «Lorsque sur un bûcher Pérégrin las du jour, + »D’un trépas éclatant cherche la renommée, + »Un _Cynique_ orgueilleux s’évapore en fumée. + + (Racine. Poëme de la Religion, chant 4. pag. 133, vers 306.) + +De son temps vivoit à Munich, résidence des ducs de Bavière, un homme +qui ne pouvoit s’acquitter envers sa femme du devoir conjugal, s’il +n’étoit pas auparavant fustigé à toute outrance. Un fait qui s’est passé +sous nos yeux tout récemment et à Lubeck même, vient à l’appui de ce que +j’ai déjà raconté. + +Un citoyen de cette ville, marchand de beurre et de fromage, demeurant +sur la place des moulins, fut, entr’autres crimes dont on le chargeoit, +accusé d’adultère, dénoncé aux magistrats et le procès fait, condamné au +bannissement. Une fille de joie avec laquelle cet homme avoit depuis +long-temps un commerce de libertinage, traduite devant les sénateurs +chargés de la justice criminelle, et qu’on nomme _die Gerichts herren_, +avoua qu’il n’avoit jamais été habile à consommer l’acte de la +génération, sans être auparavant fustigé, et qu’après une première +course, il lui étoit impossible d’aller plus loin, si elle ne réitéroit +l’opération douloureuse et salutaire, en doublant la dose[15]. Le +coupable nia d’abord le fait; mais pressé par des interrogatoires +fréquens et sévères, il fut contraint de tout avouer. J’ai pour garans +de la verité de cette anecdote, les juges eux-mêmes, Thomas _Storning_ +et Adrien _Moller_, mes amis, et qui, comme vous le savez, vivent +encore. Il y a très-peu de temps qu’une personne occupant une des +premières places à Amsterdam, fut accusée d’avoir une liaison de +débauche avec une fille que pourtant il ne pouvoit exploiter, sans avoir +été préalablement excité par une ample flagellation. L’affaire ayant été +portée devant les tribunaux, la perte de son emploi fut le châtiment de +sa lubricité, et long-temps après son aventure, il étoit encore la fable +de la ville. Ainsi, vous ne voudrez, ni ne pourrez, je crois, vous +refuser à l’évidence des preuves dont je m’environne pour vous +persuader. Tâchons donc de rendre raison, s’il est possible, d’une chose +qui paroît, au premier coup d’œil, si extraordinaire. Si vous consultez +les astrologues, ils allégueront l’influence des astres, et diront +qu’une puissance occulte et particulière du ciel, est l’unique cause de +cette manie aussi extraordinaire que dépravée de certains êtres. Ils +vous diront sans doute, avec Pic de la Mirandole, que la planète de +Vénus présidant à la conception de l’homme a été croisée et pour ainsi +dire frappée par les rayons opposés d’un autre astre, dont elle a +contracté la malignité. + + [15] Sénèque parle aussi d’une courtisanne qui n’employoit d’autre + moyen que la fustigation pour réveiller l’amour de son galant, + lorsqu’il se refroidissoit. + +_Francisc. Junctinus_[16] (I) fait sur cela un très-long commentaire; +mais le ciel et les astres étant des causes universelles, et ne pouvant +produire dans tel ou tel autre individu des effets si particuliers, Pic +de la Mirandole les rejette avec raison et cherche une cause plus +immédiate. Il attribue donc le goût dépravé de son ami à une longue +habitude, et continue ainsi son histoire: «Lui demandant l’origine d’une +passion aussi inouïe, il me répondit qu’il la devoit à un enfant: ce +début piquant de plus en plus ma curiosité, sur les instances réitérées +que je lui fis, pour qu’il m’en développât davantage les causes +principales et accessoires, il ajouta qu’il avoit passé ses premières +années de collége avec des enfans très-débauchés, parmi lesquels le +plaisir de se fouetter étoit très-commun et qui attachoient un certain +prix à se rendre réciproquement ce service qui prostituoit leur pudeur.» + + [16] Chap. 6 de _Judiciis Nativ._ + +Cœlius est du même avis que Pic de la Mirandole, dont il n’a fait que +copier l’anecdote, en adoptant son opinion sur les causes de cet étrange +déréglement. «Ce qui n’est pas moins surprenant, ajoute ce dernier, +c’est que cet homme connoissoit toute la turpitude de cette habitude +infâme et bizarre, la détestoit sincèrement et la réprouvoit avec toute +la sévérité d’un juge inflexible; mais la force de l’habitude +l’emportant sur sa raison, il se livroit à son invincible penchant, dans +l’instant même qu’il le condamnoit. Cette habitude s’étoit invétérée et +avoit jetté des racines d’autant plus profondes, qu’elle avoit été +contractée dès l’âge le plus tendre, et s’étoit considérablement accrue +par les charmes du plaisir qu’il avoit trouvé à se fouetter dans le +commerce criminel de ses camarades. Exemple frappant de l’importance de +l’éducation, qui montre combien elle est précieuse et combien elle +décide de nos mœurs et de notre condition, pour le reste de la vie». +J’avoue, lui dis-je, que l’habitude est si puissante qu’elle devient, +pour ainsi dire, une seconde nature. Aristote[17] l’a dit, et Ennius +après lui l’a répété dans ces termes: + + [17] _Libr._ de _Memor._ et _reminisc._ c. 3 libr. 7. et c. 10. + _Ethic._ + +«Un long usage devient coutume; cette coutume s’accroît par les +réflexions, devient habitude, et cette habitude, par succession de +temps, devient enfin pour les hommes une seconde nature.» + +Galien dans son traité de l’habitude, chap. 2 et 3, a démontré avec +beaucoup d’élégance, avec quelle force et quelle tyrannie l’habitude +maîtrise toutes nos actions, en l’appelant une seconde nature[18]. +Peut-être aussi que, dans le fait mentionné dans Cœlius et Pic de la +Mirandole, l’habitude a pu, par succession de temps, faire beaucoup à la +chose; mais il n’en est pas de même des hommes de Munich et de Lubeck, +cités par Brunsfels et moi. Pourquoi, dit Campanella, qui a déjà parlé +plus haut, l’ami de Pic de la Mirandole est-il le seul des compagnons de +ses premières fredaines, qui en ait conservé le souvenir et la +dangereuse habitude, et pourquoi ceux-ci n’ont-ils pas la même ardeur +que lui pour la fustigation? Les effets et les vices d’une habitude +quelconque sont uniformes et doivent être particuliers à chacun des +individus qui l’ont adoptée. Il n’est pas vraisemblable que ceux dont +nous avons parlé, se soient ainsi prostitués dès leur première enfance, +en cherchant à se faire une foible image des plaisirs qu’ils ne +connoissoient pas, par des flagellations réciproques. Je félicite au +contraire notre vertueuse Allemagne d’ignorer ces rafinemens honteux de +la débauche, ces pollutions, ces attouchemens impurs et scandaleux entre +les enfans d’un même sexe; ou quand, par hasard, quelqu’un s’en est +rendu coupable, (si tant est qu’on en puisse citer un exemple) d’en +punir sévèrement les auteurs et en effacer l’opprobre au milieu des +flammes. Quintilien, dans sa déclamation pour le soldat Marianus dont un +tribun avoit voulu faire son Ganymède, s’exprimoit ainsi jadis, en +parlant de nos ancêtres: «Les Germains ne connoissent pas même le nom de +ce crime abominable, et l’on vit plus saintement sur les bords de +l’Océan[19]». Nous en avons parlé plus amplement dans nos commentaires +sur le serment d’Hyppocrate, chap. 19. + + [18] Liv. 2, la Tempérance, chap. 4 et liv. 3 _de Simpl._ c. 19. + + [19] Vessius pense que les déclamations attribuées ici à Quintilien + l’orateur, ne sont ni de lui ni de son grand père, quoique ce + dernier en ait laissé 145. Il les attribue au jeune Posthume qui + prit, dit-on, le nom de César et d’Auguste dans les Gaules, avec + Posthume son père, l’an 260 de J. C. + +L’influence des planètes et celle de l’habitude n’étant point capables +de donner à la flagellation la vertu d’exciter à l’amour, voyons enfin à +lui chercher une autre cause plus directe et plus naturelle: il faut +donc pour cela reprendre les choses de plus haut, et remarquer +premièrement que cette flagellation ne se fait que sur le dos; vérité +dont la déposition de la courtisanne de Lubeck et autres ne permettent +pas de douter; les parties génitales de l’homme étant de nature par leur +délicatesse et leur extrême sensibilité, à ne pouvoir endurer des coups +de verges, et à plus forte raison jusqu’à l’effusion de sang. C’est donc +ordinairement sur le dos que se fait cette opération. Les lombes +occupent la plus grande partie du dos. Cette partie a pour base cinq +vertèbres qui, placées au-dessous de celle de la poitrine, se prolongent +et aboutissent à _l’os sacrum_. Elles sont couvertes au-dehors de +muscles et d’une peau épaisse et grasse, et au-dedans des muscles qui +l’enveloppent et forment sa partie haute, nommés par les grecs _Psoas_, +d’un muscle de même nom, et par les latins _pulpa_ de _palpare_. Ils +soutiennent les reins de droite et de gauche, remplissent par leur +étendue, l’espace de quatre vertèbres et se joignent à la veine cave et +à la grande artère. De la veine cave et de la grande artère, les +reins[20] reçoivent les grands vases, qu’on nomme émulgens, spermatiques +ou lombaires. Il y en a un de chaque côté. Viennent ensuite la veine et +l’artère dont les ramifications s’étendent sur toute la substance de ces +vases. A droite de la veine cave et sous l’émulgente, la veine droite +séminaire prend naissance, et l’artère séminaire qui, partant de la +grande artère, descend dans le testicule droit. A gauche, l’artère +séminaire descendant du tronc de la grande artère, et la veine séminaire +de la veine gauche émulgente, se rendent dans le testicule gauche. Ces +parties sont composées d’une infinité de nerfs qui prennent leur source +dans la moëlle de l’épine, et par lesquels les sucs contenus dans les +vertèbres sont filtrés dans les reins dont ils pénètrent non-seulement +l’enveloppe, mais encore la substance. De la cavité des reins, les +canaux uretères se prolongent jusques à la vessie à laquelle ils sont +attachés. Toutes ces parties ayant la même tâche à remplir dans l’acte +de la génération, on les a désignées sous la dénomination de _lombes_, +et c’est le sentiment de Marsilio Cagnati, (K) livre 4, chapitre 7 de +ses diverses leçons. Les auteurs ont fait d’assez exactes recherches sur +les fonctions assignées à chacune de ces parties; savoir: les os, les +muscles, les reins et les vases, et tous sont d’accord. Cagnati[21] dit +qu’elles concourent, chacune selon son emploi, à élaborer la semence et +perfectionner l’ouvrage de la génération, suivant les loix immuables de +la nature. Jérôme _Montuus_[22] et André Tiraqueau, le plus célèbre de +vos jurisconsultes, livre 15, de son traité _de la loi des mariages_, +art. 40, 41 et 42, sont du même avis, après l’examen le plus scrupuleux +de cet objet. Consultez l’écriture sainte, toute l’antiquité, les +auteurs sacrés et profanes, tous n’ont qu’une voix sur la destination +des lombes, des reins et des flancs. Plusieurs passages de l’écriture +sainte nous prouvent que les lombes sont les instrumens de la +génération. On lit dans la Génèse, chap. 31, verset XI: «des rois +sortiront de vos lombes.» Dans l’épitre de St. Paul aux Hébreux, chap. +7, vers. 5: «_vous êtes les enfans d’Abraham et sortis de ses lombes._» +et verset 10: «Levi sortit du même endroit.» + + [20] Le mot de REINS, en Latin REN, RENES, vient du Grec _Reein_, qui + signifie couleur, parce que c’est des reins que l’urine coule. Ils + sont deux, et ressemblent à ces légumes appellés phaséoles. Leur + substance est rouge et dure, couverte d’une membrane déliée et d’une + autre grasse, qui est un replis du péritoine. Leur longueur est de 4 + ou 7 travers de doigt, leur largeur presque de trois et leur + épaisseur de deux. Les Grecs nomment encore les reins OURETERES, + c’est-à-dire, canaux uretères, parce qu’ils y sont contenus, comme + il est dit plus bas. + + [21] Lib. 2. _de anim._ texte 35. + + [22] _Pract. part._ I. lib. IV, chap. dernier. + +Basile le grand, dans son commentaire sur Esaïe, chap. XVI, dit que dans +plusieurs passages de l’écriture, l’expression de lombes est employée +pour désigner les membres servans à la génération. + +Origène, (L) Homelie 1, commentant le verset 109, pseaume 37: «mes +lombes sont remplis d’illusion,» l’explique ainsi: les lombes étant les +réservoirs de la semence, le psalmiste indique la nature du péché, en se +servant du nom de la partie qui sert à le commettre. L’expression de +ceindre ses reins étoit passée en proverbe chez les Hébreux, pour +signifier la continence et l’éloignement des voluptés charnelles. +Jehovah, livre de Job[23] dit en y faisant allusion. «Ceins tes reins +comme un homme courageux;» c’est-à-dire, reprime la luxure en homme +courageux. Isidore (M) livre XI, chap. I de ses ORIGINES, dit qu’il faut +l’interprêter ainsi: que le moyen de résister et le préservatif contre +la luxure doit être appliqué aux parties dont la rébellion et la +complexion brûlante nous portent à ce crime. Voyez Suidas, au mot PSOA. + + [23] Chap. 39, v. III. et c. XL, v. II. + +Saint Jérôme dans son commentaire sur Nahum, chap. II, v. 1, parle +ainsi: «Regarde ton chemin, affermis tes lombes et arme-toi de courage.» + +Saint Mathieu, chap. 3, vers. 4, dit en parlant de St.-Jean Baptiste: +«Il portoit une ceinture de peau autour des reins.» St.-Grégoire de +Nazianze, discours 42, et Nicétas dans ses commentaires, sur _idem_, +nous disent la même chose. C’est aussi dans le même sens qu’il faut +interprêter Esaïe[24] Jérémie[25], St. Paul[26] et Salomon qui dit en +parlant de la femme forte et chaste: «_elle a ceint ses lombes de +courage_»[27] St.-Pierre[28] dit «_ceindre les reins de son âme_», ce +que Montuus déjà cité traduit par «_écarter de son âme toute pensée +impure et lascive_». Si je ne me trompe, les Romains ont fait allusion à +ces allégories, lorsqu’ils ont dit, _être ceint, porter la ceinture_, +pour désigner la sagesse, la modestie et la pureté virginale, et +_délier_ sa ceinture, pour être au contraire, l’emblême de la +dissolution des mœurs, comme je l’ai plus amplement décrit dans la vie +de Mœcènes. On observe encore aujourd’hui dans les Gaules l’usage de +ceindre d’un ruban, cordon ou écharpe de soie, ceux à qui l’on décerne +le triomphe littéraire, et qu’ils portent comme un monument glorieux des +talens qui les distinguent du vulgaire. Ce qui, selon François +Ranchin[29], dénote sur-tout dans les médecins, la nécessité d’être +chaste. La ceinture annonce la contraction des reins, leur inaction, et +partant la sagesse qui reprime la rébellion et l’effervescence des +lombes qui nous portent à la débauche. C’est ce qui a fait croire aux +anciens que Diane, déesse de la chasteté, portoit toujours une ceinture. +La délier étoit chez eux le premier effet du mariage, et annonçoit la +désertion de la fleur virginale[30], et cette commission étoit donnée à +l’époux. Aëtius (N) dit[31] que les plaisirs du mariage sont funestes à +ceux qui ont les reins ou les lombes foibles, et nommés pour cela +_Elumbes_, c’est-à-dire, _éreinté, érené_. Eustathe a fait passer ce mot +en proverbe, en disant _efflanqué comme un âne de Mysie_. Elumbis, _qui +se se erigere non potest_. En italien, _dilumbato_; en espagnol, +_flaco_; en anglais, _he that hath feble loynes_. Hadrianus Junius, +cent. 6. ad. 48. donne le nom d’âne de Mysie aux éreintés; ce qui a fait +dire à Pétrone que les personnes ruinées par leurs fréquens sacrifices à +Vénus, ont les reins lâches, c’est-à-dire, _sans ceinture_. «Encolpe, +dit-il, avoit publié par-tout qu’il avoit la goutte et les reins de la +plus grande foiblesse.» Catulle, épigramme XVI, parle de ceux qui ne +peuvent donner un mouvement souple et facile à leurs lombes endurcis. Et +Martial, au contraire, livre 5, épigramme 79, dit: «donner à ses lombes +souples et lascifs un tremblement voluptueux.» + + [24] C. 32 v. 11. + + [25] Chap. I, vers. 17. + + [26] Epitr. aux Ephésiens, c. IV v. 14. + + [27] Prov. ult. vers. 17. + + [28] Epit. I. chap. I. vers. XIII. + + [29] _Commentaires sur le serment d’Hyppocrate_. + + [30] Horace nomme les Grâces _decentes, pudicas_, lorsqu’elles ont + leur ceinture, et _solutis zonis_, quand il veut qu’elles président + à ses orgies et aux mystères de la voluptueuse déesse d’Amathonte. + Voyez l’ode XXX. liv. I. _O Venus, regina Gnidi Paphique_, etc. + + La ceinture ayant de tout temps été l’emblême de la virginité, une + femme ne doit plus la porter. Nos élégantes et nos impures nous en + imposent donc bien effrontément, en ceignant leurs tailles, même à + 40 ans, d’un large ruban bleu, noir, aurore ou coquelicot. C’est + ainsi que la manie des modes nous fait perdre de vue, lors même + qu’elle conserve celles que nous avons reçues des anciens, leur + sagesse qui cachoit toujours des maximes de morale et des emblêmes + de vertu dans tout ce qu’ils adoptoient, pour tous les détails qui + ont rapport à la vie et au vêtement. + + [31] Disc. 3, chap. 8, de son _Tetrabiblos_. + +L’auteur anonyme de l’épigramme XVIII du _Priapeia_, s’exprime ainsi: + +«Quand la courtisanne Téléthuse agitera-t-elle voluptueusement sur toi +ses reins souples et lubriques?» + +Le mot _fluctuare_ peint le mouvement d’oscillation et la manière de +s’agiter et de se soulever de bas en haut, comme les flots, en grec, +_ricnoustai_, en latin _crissare_[32]. C’est de-là qu’on a donné le nom +de _ricnoma_ à une sorte de danse grecque fort lascive[33]. Telle est de +nos jours celle que nous appellons la _bergamasque_, qui ne se danse que +sur les théâtres, ou par des personnes masquées. Juvenal paroît y faire +allusion, lorsqu’il parle, satyre 2, des jeunes Romaines, dont on +applaudissoit l’adresse à se laisser doucement aller à terre, en agitant +leurs fesses avec un tremblement voluptueux. + + [32] _Indecenter flecti, curvari_, s’agiter, se plier, se courber + d’une manière indécente et lubrique. + + [33] Les O-Taïtiens ont une danse semblable, et les Espagnols ont le + _fendango_. Voyez le voyage en Espagne par le marquis de Langle, + tom. I, page 145. + +Arnobe, livre 2. «Une troupe lubrique formoit des danses dissolues, +sautoit en désordre et chantoit, tournoit en dansant et à certaine +mesure, soulevant les cuisses et les reins, donnoit à leurs fesses et à +leurs lombes un mouvement de rotation qui auroit embrâsé le spectateur +le plus froid[34].» Voyez dans les lettres grecques celle qui est +intitulée, _Megara à Bacchides_ sur la Thryallide. + + [34] _Nous valons bien les Romains pour la débauche. Nous avions, il y + a cent ans, les danses de caractère, la fricassée, et les rondes de + société. Nous avions les danses lascives que les princes du sang et + la reine faisoient exécuter à Brunoy, à Trianon et à Compiègne, par + les acteurs et actrices qui jouoient le _théâtre gaillard_, pour + ranimer leurs majestés épuisées._ + +Perse fait allusion à cette danse, lorsqu’il dit des vers licencieux qui +remplissent l’esprit de l’auditeur des idées les plus voluptueuses: + +«Qu’il fait beau voir là nos grands de Rome s’agiter de lascive manière, +et murmurer d’une voix tremblante, lorsque ces vers libidineux pénètrent +jusqu’au siège des plaisirs (les lombes), et qu’une molle prononciation +chatouille leurs sens!» + +Juvenal, satyre 6, vers 314, dit, en parlant des flûtes des prêtresses +de la bonne déesse: + +«On sait à présent ce qui se passe aux mystères de la bonne déesse, +quand la flûte agite ces ménades, et fait tremblotter voluptueusement +leurs reins; lorsqu’également ivres de sons et de vin, elles laissent +voler leurs cheveux en tourbillons, et invoquent Priape à grands cris.» + +Isidore prétend que le mot lombes, _Lumbus_, vient de _libido_, _desir_, +parce que c’est dans les lombes que réside chez les hommes la cause de +leurs désirs et l’aiguillon de la volupté. + +Nicolas Perrot, dans son ouvrage intitulé _Cornucopia_ (O) leur donne la +même étymologie. Il fait dériver _lumbi_ de _lubendo_, en intercalant +une lettre, comme on le pratique assez ordinairement: ainsi de _cubo_ on +fait _cumbo_; de _pago_, _pango_; de _frago_, _frango_, etc. (Voyez le +savant Matth. Martinius, dans son _lexicon etymologicum_. + +Les lombes et les reins qui en forment la plus grande partie ont tous +deux les mêmes fonctions, pour peu que vous fassiez attention à leur +conformation. On voit dans le livre des rois, ch. 7, v. 12, qu’ils +servent à la génération. «Le fils qui est sorti de tes reins.» + +Tertullien (P) dans son traité de _la résurrection de la chair_, nomme +les reins les réservoirs de la semence. + +Le prêtre Hésychius (ou autrement dit par corruption, Isicius) dans ses +commentaires sur le _Lévitique, liv. I_, dit que les reins sont les +dispensateurs de la liqueur séminale dans le coït; et plus loin: c’est +dans les reins que se forment et se conservent les fluides destinés à la +génération. + +St.-Augustin, pseaume 7. v. 2, dit que par les reins, on entend les +plaisirs de l’amour. + +St.-Jérôme commentant Nahum, dit que tout ce qui a rapport au coït émane +du ministère des reins, et répète à peu-près la même chose dans son +commentaire sur Ezéchiel, chap. 16. + +On lit dans Jérémie[35] et dans l’apocalypse[36], sondant les reins et +les cœurs: ce que Nicolas de Lyre (Q) explique par, examinant et +punissant nos concupiscences et nos mauvaises pensées; l’écriture sainte +désignant par le _cœur_, nos pensées, et par les _reins_, les mouvemens +de la chair. C’est par cette raison que David[37] prie le seigneur de +brûler ses reins et son cœur, expressions adoptées par l’église dans ce +passage d’un hymne: + + [35] Chap. 17, vers. 10. + + [36] Chap. 2, vers. 20. + + [37] Ps. 26, vers. 2. + +«Brûlez nos reins et nos cœurs, ô mon dieu, du feu de l’esprit saint, +afin que nous vous servions purs et chastes de corps et de cœur, et que +nous nous rendions dignes de votre amour par l’innocence de notre vie.» + +On voit dans l’exode XII, V. 2, qu’il étoit prescrit aux Israélites qui +mangeoient l’agneau pascal, de ceindre leurs reins, et tous les +théologiens s’accordent à entendre par-là qu’ils devoient se garder de +toute action et pensée charnelle. + +Ausonne, épigramme 13, dit, se servir de ses reins, pour _se livrer à la +volupté. «Sers-toi de tes reins.»_ On dit chez nous, en badinant, que +ceux qui sacrifient à la déesse de Cythère, _purgent leurs reins_. + +Hyppocrate, dans son traité des maladies internes, Aristote dans ses +problêmes[38], Galien[39], Aëtius[40], dans son _Tetrabiblos_, +Avicenne[41], (R) et quantité d’autres médecins, nous apprennent que les +jouissances trop fréquentes ruinent les reins; ce qui a fait dire à +Fulgence (S) dans sa mythologie[42] que les reins sont consacrés à +Vénus. Fulgence, liv. 5 de sa mythologie, dit dans la fable de Thétis et +Pelée, d’après la physiologie de Démocrite, que les payens avoient +consacré chaque partie de notre corps à une divinité particulière: la +tête à Jupiter, les bras à Junon, les yeux à Minerve, la poitrine à +Neptune, la ceinture à Mars, les reins à Vénus, et les pieds à +Mercure[43]. + + [38] Section IV, probl. 2. + + [39] Lib, VI, comment. VI. + + [40] Disc. 3, c. VIII, lib. I. + + [41] Liv. III, fen. XII. trait. II. c. XI. + + [42] Liv. III. + + [43] _C’est ainsi que les anciens mettoient la morale à la portée de + tout le monde, par des emblêmes ingénieux, et sous le manteau du + culte religieux._ + +_Varron_, celui des Romains qui avoit le plus d’érudition, au jugement +de Quintilien[44], si vous voulez remonter à la source pour trouver la +véritable étymologie du mot, fait dériver _Renes_ du grec _Upo tou +rein_, c’est-à-dire, ruisseaux d’où coule l’humeur obscène, nom qu’il +donne au fluide séminal, ne vous y trompez pas, si nous devons en croire +Isidore[45] et Lactance[46]. Il ne faut donc pas entendre par humeur +obscène, cette sérosité saline contenue dans la vessie, ainsi que +plusieurs l’ont cru. Isidore expliquant Varron, dit que les veines et la +moëlle de l’épine, filtrent dans les reins une liqueur claire et subtile +qui, détachée et provoquée par la chaleur que communique l’acte +vénérien, descend des reins dans les testicules, et personne ne peut, +avec un peu de bon sens, imaginer qu’il s’agisse ici de l’urine. + + [44] Institut. orator. lib. 10, cap. I. + + [45] Orig. lib. 10. chap. I. + + [46] Ouv. de dieu, chap. 14. + +Les Hébreux, par le mot _reins_, désignant la concupiscence, emploient +deux mots qui signifient en français _desirer ardemment_. Les reins +étant situés dans les lombes, vers les parties latérales de la région +supérieure du bas-ventre, on les a crus nécessaires à la génération. + +Dans Ovide, livre I des amours, Elégie XII, la plus chaste des femmes, +ou du moins qui passoit pour telle, voulant éprouver la vigueur de ses +prétendans, leur montre un arc et leur ordonne d’essayer de le bander. + +«Pénélope éprouvoit la force de ses amans en les défiant de bander un +arc de corne, afin de voir celui d’entr’eux qui avoit les reins les plus +forts.» + +Pénélope le dit elle-même, dans l’épigramme 69 du _Priapeia_, où le +poëte la fait parler ainsi à ses galans assemblés. + +«Personne ne bandait mieux que mon cher Ulysse, l’arc que je vous +présente, soit l’effet de la force des reins (_laterum_) ou de +l’adresse. Puisque je l’ai perdu, essayez de le bander, et celui que je +trouverai vraiment homme, mâle et vigoureux, et digne de le remplacer, +sera mon époux.» Martial, liv. VII, épig. 57, dit, _essayer ses reins_, +pour éprouver ses forces aux combats de Vénus. + +Ovide, liv. II, élégie 10 _des amours_, dit: donner de la force aux +_reins_ pour exciter à la volupté. + +«La volupté donnera à mes reins tout ce qui peut ranimer mes forces.» + +Apulée, livre VIII, appelle _industrie, souplesse des reins_, l’avantage +précieux d’une vigoureuse construction pour la lutte amoureuse. Parlant +des débauches des prêtres de la déesse Syrienne: «Ils amènent, dit-il, +souper avec eux, un paysan d’une taille et d’une force de reins +extraordinaires.» + +Juvenal et Ovide disent: _ménager ses reins, s’abstenir des plaisirs de +l’amour_. Le premier, sat. VI, dit en parlant d’un Catamite[47]: + + [47] Les anciens nommoient _Catamiti, Ganymedes, Concubini_, ces + jeunes garçons qui tiroient un grand profit de la prostitution de + leurs corps. Pétrone leur a fait donner le nom de _Gitons_, et + depuis, les favoris de nos rois furent appelés _Mignons_, de _mi_, + qui signifie _mon_, et de _niño_, mot Espagnol qui veut dire _petit + enfant et caressé_. (Ménage et Futetière.) + +«Que ne laisses-tu dormir auprès de toi, cet enfant soumis, paisible et +désintéressé, cet enfant qui jamais ne te reproche d’avoir ménagé tes +flancs, et de ne le pas caresser autant qu’il le désireroit.» + +Et le second, livre II, de l’art d’aimer. + +«Ne ménagez pas vos flancs, c’est d’eux que dépendent la fidélité de +votre maîtresse, la paix et le bonheur de vos amours.» + +Martial, livre XI, épigramme 105, emploie l’expression de rompre ses +reins, pour fournir trop souvent la carrière amoureuse. + +«Et tu prolonges jusqu’au grand jour les transports libidineux qui +épuisent et rompent tes reins.» + +Et plus loin, livre XII, épig. 99. + +«Bassus, tu te romps les reins, mais avec des jeunes gens bien fournis +de poils.» + +Tibulle ou quelqu’autre auteur, dans ses Iambes à Priape, s’exprime +ainsi: + + «Dans mes vaisseaux enflés la liqueur prolifique + »Trop long-temps ménagée, irrite mes transports; + »Et rien ne peut calmer ma fureur érotique + »Que la tendre Vénus, secondant mes efforts, + »Sur le sein d’une belle amoureuse et lubrique, + »N’ait, en brisant mes reins, dégagé leurs ressorts. + +Pétrone, dans sa satyre, dit, _arracher les flancs_. (Je craignois que +Giton ne m’arrachât les flancs.) + +Il donne en plusieurs endroits, aux flancs de ceux qui se sont ruiné le +tempéramment, les épithètes de _fatigués_, _invalides_, _épuisés_, +_desséchés_ et _morts_. + +Ovide, livre III, des amours, Elégie X, dit: + +«J’ai vu sortir de chez vous, votre adultère épuisé, traînant à peine +ses flancs desséchés et sans vie.» + +Catulle, Epigramme 7. + +«Pourquoi ne nous montres-tu pas tes flancs épuisés.» + +Priape, s’exprime ainsi, épigramme 25 du _Priapeia_, déjà cité: + +«Vous voyez comme je suis arrangé et dans quel état déplorable la +débauche m’a conduit. Je suis absolument ruiné, pâle et décharné. Mes +flancs sont entièrement épuisés, une toux affreuse m’arrache la poitrine +et je crains de cracher ma vie avec cette salive dangereuse.» + +Suétone, dans la vie de Caligula, chap. 37, dit que Catulle, jeune homme +de maison consulaire, reprocha à ce monstre de lubricité «d’avoir +assouvi sur lui sa brutale passion et de lui avoir épuisé les reins par +ses criminels embrassemens.» + +Dans Apulée, livre VIII, le jeune homme qui servoit aux plaisirs infâmes +de la déesse Syrienne, dit à l’âne qui venoit le remplacer dans cette +fonction: + +«Puisses-tu vivre long-temps, plaire à tes nouveaux maîtres, et me +donner le temps de réparer mes forces et _mes reins_ qu’ils ont +épuisés.» + +Tous les passages que j’ai déjà cités rendent la chose aussi claire que +les rayons du soleil dans un beau jour d’été, pour me servir ici des +expressions de Plaute. + +Nous ne pouvons donc regarder comme nouvelle et suspecte, une opinion +adoptée et confirmée par le suffrage unanime de toute l’antiquité et le +témoignage des saintes écritures, que les lombes, les parties voisines, +et les reins sont les instrumens de la génération. Or une chose +généralement reconnue et avouée des savans, comme disent vos +jurisconsultes, mon cher Cassius, ne peut être absolument fausse. Il n’y +a de probable, dit Aristote, liv. 1 de ses topiques, chap. 1, texte 7, +que ce qui paroît tel à tout le monde ou au plus grand nombre, et +sur-tout à ceux dont on connoît la prudence et le génie, et qui se sont +illustrés par les profondes connoissances. Il est donc important d’en +chercher la raison avec la plus scrupuleuse attention, et d’établir, +quand nous l’aurons trouvée, comment les coups de verges appliqués sur +le dos ou sur les lombes, subtilisent, embrâsent les esprits et nous +rendent habiles à savourer les délices de la jouissance[48]. + + [48] Nous ne pouvons mieux faire pour appuyer les observations faites + jusqu’ici par Meibomius, sur l’utilité de la flagellation, que de + citer M. l’abbé Chappe d’Auteroche, de l’académie des sciences. Ce + savant abbé mourut en Californie, quelques jours après son + observation du passage de Vénus sur le soleil, en 1760. Il avoit + accompagné dans cette importante mission, MM. de la Condamine, + l’abbé de la Caille, Joseph de Jussieu, Godin des Odonnais, Couplet, + Lemonnier, Bougues, Verguin, Morainville, Clairaut et le Camus. Il + remarque dans son voyage en Sibérie, fait par ordre du Roi en 1761, + tome 1, page 339, que les coups de verges que l’on donne dans les + bains de vapeurs, en Russie, donnent de l’activité aux fluides et du + ressort aux organes. _La flagellation_, dit-il, _anime les + passions_; et nous devons en croire cet estimable littérateur, qui + voyageant en philosophe, ami de l’humanité, s’est attaché à observer + tout ce qui peut influer sur la population. + + Le lecteur qui désireroit de plus grands détails sur cette matière, + peut consulter l’excellent ouvrage de l’abbé Boileau, qui a pour + titre: Histoire des flagellans, où l’on fait voir le bon et le + mauvais usage des flagellations, etc. _Amsterdam_ 1701, _in_-12. + +Marsilius Cagnatus et Montuus attribuent tout aux lombes, puisqu’ils +sont composés des parties ci-devant détaillées, c’est-à-dire, des +vertèbres, des muscles, des reins, des veines, des artères et des nerfs, +en donnant néanmoins le premier rang aux veines et aux artères +spermatiques qui fournissent la matière de la semence, contiennent le +fluide qui commence à blanchir et à s’épaissir, est déjà sperme, ou va +le devenir, et de-là le transmettent dans les testicules. Ce fluide +étant trop abondant dans les veines et les artères, s’y trouvant gêné, +et cherchant à se répandre au-dehors, excite des picotemens agréables, +le prurit vénérien, des irritations, le besoin de s’en décharger et des +pollutions nocturnes, sur-tout chez les personnes qui se couchant sur le +dos, communiquent trop de chaleur aux parties génitales. Barth. +Montagnana[49], le philosophe Nemesius[50], (T) Joh. Matthæus[51], +Garyopontus, médecin latin moderne[52], et Sennert, (U) notre professeur +et notre ami, homme respectable, lorsqu’il vivoit[53], Pierre +Lauremberg, _in procestriis annotat. anat. lib. 1. cap. IV_, et enfin +Gaspard Hoffmann, disent tous la même chose, quoiqu’ils ne s’expliquent +pas de la même manière. + + [49] Consil. med. 37. + + [50] De la nature de l’homme, chap. 27. + + [51] _Quæst. medic._ 90. + + [52] _Pract._ lib. 3. cap. 34. + + [53] _Pract._ lib. 3. c. 1. sect. 1. part. VII. + +B. Montagnana, dit en examinant un passage d’Avicenne[54], qu’il faut +remarquer pourquoi ce médecin attribue l’impuissance à la foiblesse des +reins; et après avoir dit que la matière séminale acquéroit le dernier +degré de perfection, en raison du degré de chaleur et de force répandues +dans les testicules, il ajoute qu’elle doit nécessairement être préparée +dans les régions supérieures, dans les parties où la digestion se fait +le plus promptement, comme dans le foie et les reins, et par conséquent +ou plus éloignée ou plus rapprochée, suivant la constitution de chaque +individu. Il conclut enfin qu’il est impossible que la véritable semence +se forme et acquierre toutes les qualités requises, si les parties où +elle doit s’élaborer, c’est-à-dire le foie et les reins, sont vicieuses, +mal organisées et n’ont pas entr’elles un ordre et une connexion +uniformes. + + [54] Lib. XIX. _Fen._ 3. c. _de renibus et ren. calc._ + +Némésius croit que les reins n’épanchent dans les testicules qu’une +sérosité saline qui n’excite seulement dans ces parties que le prurit et +la chaleur du désir, et remplissent ainsi leur ministère dans l’acte de +la génénération. «Les reins, dit-il, servent à épurer le sang, et ne +sont dans le coït qu’une cause irritante et secondaire.» Les veines qui +se rendent dans les _didimes_, puisent dans les reins un acide qui +irrite le désir, de même que les humeurs acres qui se glissent entre +cuir et chair, y causent des démangeaisons. L’enveloppe de ces corps +glanduleux étant plus tendre et plus délicate que la peau du reste du +corps, cet acide irrite et aiguillonne plus vivement les organes de la +volupté, et c’est cette âcreté mordicante qui procure les pensées +lascives, provoque la fureur amoureuse et opère l’éjaculation de la +semence. Voilà mot pour mot ce que dit Isidore ci-dessus cité, et Joh. +Matthæus ne diffère de lui, qu’en ce qu’il attribue plus de faculté au +rein gauche qu’au droit: «la veine gauche séminaire, dit-il, étant +placée avec l’émulgente, près du rein gauche, fournit un sang mêlé d’une +substance aqueuse et salée, qui occasionne le prurit et sert de +stimulant à la jouissance.» Laurenberg donne aux reins l’emploi de la +génération, et ne s’explique pas autrement que Garyopontus. + +Il définit les reins un tissu de muscles et de nerfs étroitement liés +aux corps caverneux qui contiennent la liqueur séminale. Il leur +attribue l’opération de la spermatose, et croit que c’est en eux que le +fluide régénérateur est contenu et élaboré. C’est aussi l’opinion de +Sennert, quoiqu’il en donne une toute autre raison, en s’expliquant plus +clairement et d’une manière qui approche plus de la vérité anatomique, +que celle de Garyopontus, qui ne paroît pas la connoître beaucoup. +Sennert dont l’exemple est suivi par Hoffmann, prétend que les reins ne +servent pas seulement à communiquer une irritation voluptueuse aux +parties de la génération, mais encore à perfectionner le fluide séminal +et à le transmettre. Il infère de-là, premièrement, que les reins ont un +parenchyme particulier, qui ne diffère pas beaucoup de la substance du +cœur et du foie, et c’est aussi le sentiment d’Arétée[55]. + + [55] Lib. 2. c. III. _de morbis diut._ + +On ne peut refuser à ce parenchyme particulier la faculté que lui donne +Galien[56] d’élaborer le sang: faculté qui lui est commune avec le +parenchyme de tous les autres vaisseaux. Kariesatos et Jean +Beverovicius, chap. 2 de son livre sur la pierre de la vessie, l’ont +démontré d’une manière évidente. La veine émulgente étant la plus +considérable de celles qui prennent naissance dans la veine cave, et +voiturant dans les reins plus de sang qu’il n’en faut pour les +alimenter, et l’artère étant aussi trop grande pour filtrer et dépurer +les sérosités, il est vraisemblable que la nature qui ne fait rien sans +dessein, n’a donné tant de capacité à ces vases, que pour les faire +concourir à ses vues, dans une opération particulière. Il conclut donc +que cette opération n’a d’autre but que de porter dans les reins le sang +des artères, qui se mêlant ensuite, dans leur substance, avec le sang +des veines, et y changeant de nature, forme la base de la composition de +la semence qui descend ensuite dans les testicules. Ce qui confirme +l’opinion de Sennert, c’est que des diverses conformations des reins et +des vases dans lesquels la nature se plaît à créer des bizarreries, pour +s’amuser, il résulte qu’il y a des hommes plus amoureux les uns que les +autres, et d’une complexion beaucoup plus vigoureuse. Salomon Albert et +Jean Riolan[57] nous en offrent des exemples. Tous deux faisant la +dissection d’un criminel, disent lui avoir trouvé trois émulgentes et +les veines spermatiques dans chaque côté, qui sortoient des émulgentes. +Sal. Albert infère de-là que cette prodigieuse abondance de vaisseaux et +de semence devoit nécessairement opérer chez cet homme l’insatiable +salacité et les desirs sans cesse renaissans dont il se plaignoit encore +quelques instans même avant son supplice. Riolan écrit que le sien fut +pendu pour trigamie, parce que son trop plein d’existence et de force +l’avoit contraint à épouser trois femmes à la fois[58]. + + [56] Lib 6. _de decret. Hippocr. et Plat._ + + [57] Antrop. liv. 2. chap. 27. + + [58] Tel étoit de nos jours Mirabeau l’aîné, député à l’assemblée + constituante. (_Note de l’éditeur._) + +Philippe Salmuth ayant fait la dissection de deux hommes morts du mal +vénérien, trouva que les reins du dernier étoient trois et même quatre +fois plus grands que ceux des hommes ordinaires. Sennert demande +ensuite, dans le cas où cette opinion seroit rejettée, d’où proviennent +les sels volatils qui affectent l’odorat à l’approche de plusieurs +animaux non-châtrés, qui s’exhalent de toutes les parties de leur corps, +mais dont la perception est beaucoup plus sensible dans les reins et +sur-tout des adultes, ce qui ne se rencontre pas dans les individus de +l’âge le plus tendre, ou qui n’ont pas encore été accouplés. Il ajoute +encore, d’après Oiribase[59], que la surabondance de liqueur séminale +trop long-temps retenue dans les vaisseaux nuit aux reins; que les +médecins regardent comme la preuve de l’excessive chaleur de ces +parties, le penchant au libertinage, les songes lascifs et les +pollutions nocturnes qui en sont le résultat. Les physiciens disent de +plus que la qualité de la semence dépend de la constitution des reins. +De même qu’une érection fréquente marque la chaleur des reins, de même +une longue continence et l’éloignement des plaisirs de l’amour désignent +leur température glacée. + + [59] Lib. 6, cap. XXXIX. _collect._ + +Alex. Trallien[60] et Arétée[61] nous apprennent que dans la gonorrhée +simple, on diminue la force et la quantité du fluide séminal, en +appliquant des remèdes qui ont cette vertu, sur les lombes, vers la +région des reins. + + [60] Médecin et philosophe du sixième siècle. Liv 2. chap. 9. + + [61] Liv. 2. de _ses Chroniq._ chap. 7. + +Pline[62] vient encore à l’appui de Sennert, et dit que des lames de +plomb attachées sur les lombes et les reins, tempèrent par leur +fraîcheur les transports de la passion amoureuse, et il cite à ce sujet +l’exemple de l’orateur _Licinius Calvus_ qui se servit avec succès de ce +remède pour arrêter un flux involontaire de semence. + + [62] Liv. 34. chap. 18. + +Galien[63] rapporte que les athlètes ceignoient pareillement leurs reins +de ces lames de plomb, pour empêcher les pollutions nocturnes et amortir +les feux de l’amour; il ne trouve pas de meilleur remède au priapisme +qu’un emplâtre d’huile rosat épaissi avec de l’eau froide et appliqué +sur les lombes. + + [63] Liv. 5 _de tuendâ valet._ c. _ult._ lib 6. _de loc. adf._ c. ult. + et lib. 14. _method. medic._ cap. 7. + +Cœlius Aurelianus[64], outre les lames de plomb, ordonne des éponges +imbibées à froid avec le marre de raisin. + + [64] Liv. 5. Tard. pass. cap. 5. + +Aëce[65] et Théodore Priscien[66] recommandent non-seulement +l’application des lames de plomb sur les lombes et les rafraîchissans, +mais encore défendent de se coucher sur le dos, pour ne pas augmenter le +mal, par l’extrême chaleur que cette position communique à ces parties. + + [65] Tetrabiblos I. disc. III. chap. 32 et 37. + + [66] Liv. 2. c. XI. + +Oribase[67] (V) et Paul Eginæte[68] sont du même avis. Ce dernier défend +même dans la gonorrhée simple, tout médicament qui provoque les urines, +comme très-nuisible aux reins qui sont placés dans la région des lombes. + + [67] _Synops._ Lib. 9. c. 39 et 40. + + [68] Lib. 3. c. 55 et 56. + +Avicenne[69] l’a prouvé, et cite entr’autres symptômes de l’épuisement +et de la défection des reins, le défaut d’érection dans le coït. Il +donne pour cause de la foiblesse de ces parties, la trop fréquente +émission des molécules organiques, et nous apprend[70] que le seul moyen +de leur rendre toute leur vigueur, est l’abstinence des plaisirs qui les +en ont privés. + + [69] Lib. 3. _Fen._ XIX. c. IX. + + [70] Cap. XI. + +Aaron, médecin célèbre, cité par Rhasès[71] dit aussi qu’il faut +attribuer le défaut d’érection, au foie et aux reins. + +Aristote[72] dit, qu’excepté l’homme, aucun des animaux n’est sujet au +flux involontaire de la semence, parce qu’ils ne se couchent point sur +le dos. On en excepte pourtant les chevaux de course dont les lombes et +les reins échauffés par le mouvement que leur communique le cavalier, +les rendent plus enclins à l’acte vénérien. Voilà l’origine de la +coutume qu’observoient les dames d’Athènes, pendant les +Thesmophories[73] d’éviter les carresses de leurs époux, et de coucher +seules. + + [71] Liv. 2. de la Continence. + + [72] _Problêm._ Sect. 10. Prob. 19. + + [73] Les Thesmophories étoient des sacrifices et des fêtes en + l’honneur de Cérès _Thesmophore_ ou _Législatrice_, pendant toute la + durée desquelles on s’envoyoit par toute la Sicile des gâteaux faits + avec du miel et de la graine de Sésame. On donnoit à ces gâteaux la + figure des _parties naturelles de la femme_, pour lesquelles les + Syracusains avoient tant de vénération et d’amour qu’ils les + portoient en cérémonie à ces fêtes célèbres. Les Romains, lorsque + leurs mœurs furent dépravées, firent construire des vases dont ils + se servoient à leurs repas et auxquels ils donnoient la figure de la + partie virile pour laquelle ils avoient tant de passion. Ce qui a + fait dire à Juvenal, satire 2: _Vitreo bibit ille Priapo_: _Celui-là + boit dans un Priape de cristal_. + + Le Sésame est une espèce de bled, selon Pline, et de légume, selon + Columela, que les apothicaires d’Italie nomment _Gingeoline_. Il + ressemble au millet. Son huile est fort estimée et a la vertu de + rendre stérile. Pline dit qu’il fut apporté des Indes. Ses feuilles + sont rouges et ses fleurs vertes. Sa graine est blanche et renfermée + dans de petits boutons, comme celle du pavot et sa racine est + blanche pareillement. On n’en sème guère, parce qu’on prétend qu’il + rend la terre stérile. Son nom en latin est _Sesamum_. + +Ovide en parle ainsi, livre II de ses métamorphoses, fable IX. «Elles +mettoient au nombre des choses defendues les plaisirs de l’amour, et les +attouchemens des hommes dont elles se sevroient pendant neuf jours.» + +Elles dressoient leurs lits avec les branches et les feuilles de +_l’agnus-castus_[74]. Le Vitex est un arbrisseau dont l’odeur combat les +pensées amoureuses et écarte les songes lascifs. C’est pourquoi elles +jonchoient leurs couches solitaires, des feuilles de cet arbrisseau, +pour altérer la force et la chaleur du fluide séminal, rafraîchir leurs +reins et les parties voisines, et émousser les aiguillons de l’amour. +Voyez à ce sujet Dioscoride[75], Pline[76], Ælien[77] et Galien[78]. + + [74] _L’agnus-Castus_, nommé par les Grecs _chaste_, par les Latins, + _Vitex_, est un arbrisseau qui ressemble beaucoup à notre _Saule + d’Amérique_. Il croît sur le bord des rivières et des torrens. Ses + branches sont noueuses, longues et flexibles, ses feuilles assez + ressemblantes à celle de l’olivier, ce qui l’a fait nommer par + Mathiole _olivæ agnus_, mais plus molles. Ses fleurs sont purpurines + et quelquefois blanches. Son fruit est comme le poivre, chaud et + astringent. Il y en a de blanc et de noir. + + _Arnaud de Villeneuve_ exagère les propriétés de l’agnus-castus avec + une confiance qui étonne dans un homme instruit. Il assure que le + moyen le plus sûr de conserver sa chasteté, est de porter + habituellement un couteau dont le manche seroit fait avec le bois de + cet arbrisseau. Le préjugé des anciens sur ce végétal s’est perpétué + jusqu’à nous, et l’on fait encore dans les monastères, usage + intérieurement et extérieurement des semences et des feuilles de cet + arbrisseau, en se faisant une ceinture de ses branches ou une + émulsion de sa semence avec l’eau de nénufar. Voyez ce que rapporte + à ce sujet M. de Lignac dans son traité de l’homme et de la femme, + considérés physiquement dans l’état du mariage... Lille 1773. + _in_-12. tom. premier, pages 102 et suivantes. + + [75] Liv. 1. Chap. CXVI. + + [76] Lib. XXIV. cap. IX. + + [77] De anim. lib. IX. c. XVI. + + [78] Lib. VI. de Simp. med. fac. chap. 34. + +On emploie aussi pour donner la vigueur nécessaire aux exercices de +Vénus, les reins de certains animaux, et principalement du bouc. + +_Aëce_, déjà cité, recommande l’usage de la chair du _seine-marin_[79], +prise de ses reins ou des environs, comme très-propre à opérer +l’érection de la verge. Peut-être est-ce une espèce d’analogie et une +conformation semblable à ceux de l’homme, qui a fait attribuer aux reins +de cet animal la propriété de les aider et de les exciter à remplir le +devoir de la génération; de même que l’on ordonne à ceux qui sont +inhabiles à s’en acquicter, entr’autres médicamens, les frictions, les +emplâtres chauds, non-seulement sur les parties honteuses, mais encore +aux reins, les diurétiques violens, comme les cantharides, et le soin de +se coucher sur le dos, pour maintenir la région des lombes dans un degré +de chaleur nécessaire pour rappeller les forces languissantes, rendre la +semence prolifique, et précipiter sa descente dans les testicules. +Rhasès[80] dit que toutes les fois que l’on se frottera les reins avec +des médicamens chauds, le membre viril augmentera de grosseur et de +fermeté, et l’érection sera complette. + + [79] Le _Seine-marin_ est une espèce de petit crocodile terrestre, que + sa qualité anti-vénéneuse a fait entrer dans le fameux Mithridate, + et sa vertu aphrodisiaque dans l’électuaire _Diasatyrion_. Ce lézard + en Egypte et en Arabie, ne se nourrit que de plantes aromatiques. + Les paysans d’Egypte portent de ces lézards au Caire, d’où par + Alexandrie, on les transporte à Venise et à Marseille, pour les + disperser dans toutes les pharmacopées de l’Europe. Les Arabes et + les Egyptiens s’en servent pour s’exciter à l’amour. Les Européens + le rejettent, parce qu’il rend maniaque; au reste le seine-marin + résiste au vénin, et augmente la semence. Dioscoride recommande la + chair qui est autour de ses reins. Galien dit que ce sont les reins + mêmes qu’il faut employer. Pline veut que ce soit la dépouille et + les pattes. M. Lemery s’est déterminé pour l’usage des reins, qu’il + ordonne de réduire en poudre, il en fixe la dose à 72 grains. On ne + sauroit enfin être trop en garde contre la violence de ce remède. + + [80] Lib. XI, _Contin._ c. V. + +Misish, médecin arabe, dans sa somme de Rhasès, dit aussi que le seul +moyen de s’exciter aux plaisirs de l’amour, est de donner beaucoup de +chaleur au dos, comme celui de diminuer la fougue d’un tempéramment +lascif, est, en prenant cette sage précaution en sens inverse, de l’en +priver, en se couchant sur des feuilles froides. Nous concluons donc de +tout ceci, que les lombes sont les premiers instrumens de la génération, +selon leur constitution et l’emploi que la nature leur a confié; et +suivant Cagnati, les veines et les artères y portent la matière et les +esprits; que le premier organe des reins est le parenchyme[81], où le +fluide séminal commence à s’élaborer, à devenir prolifique et recevoir +enfin dans les vases séminaires le degré de perfection qui lui est +nécessaire: c’est l’opinion de Sennert et la nôtre. Il ne faut pourtant +pas rejetter celle de Némésius, d’Isidore, de Matthæus et de Laurenberg, +qui prétendent qu’il se mêle à ce fluide une certaine sérosité saline, +une humeur mordicante filtrée des reins dans les testicules, et dont +l’effet est de causer le prurit vénérien et l’érection avec de violens +desirs de la jouissance. Ce que le grammairien Papias a répété, sur leur +autorité, dans son vocabulaire. + + [81] Mot grec qui signifie _engendré par la masse et l’épaississement + d’un suc_. Le foie est le premier de tous les parenchymes. + +Nous avons, je crois, suffisamment prouvé que la flagellation sur le dos +ou sur les lombes est du plus grand effet pour rendre la vigueur éteinte +par les excès de la volupté, et vous ne devez plus être surpris que ces +hommes, que la débauche a mis au rang des bêtes, ces monstres épuisés de +luxure, et victimes d’un honteux désordre, ayant cherché dans +l’opération douloureuse de la flagellation, un remède à l’épuisement, à +la foiblesse de leurs reins, et à la perte totale de leurs forces, sans +parler de ceux qui, moins coupables à la vérité, ne doivent ces accidens +qu’à un trop violent amour pour une épouse, ou à un physique froid, +vicieux et mal organisé. Il est probable que la flagellation donne aux +parties relachées et refroidies, une commotion violente, une irritation +voluptueuse qui les embrâse et se communique à la semence, ajoutez à +celà que le sentiment aigû de la douleur des parties frappées, subtilise +et précipite le sang avec plus d’abondance, attire les esprits, et +fournissant aux parties de la génération une chaleur excessive, procure +à l’homme libidineux qui cherchoit en vain le plaisir, le moyen de +consommer l’acte de la génération, malgré la nature même, et de +multiplier ses jouissances criminelles au-delà des bornes qu’elle a +assignées à ses forces[82]. + + [82] Rabelais faisant allusion à cette manière de se procurer des + forces pour la lutte amoureuse, dit _se frotter le cul au + panicaut[83] vrai moyen d’avoir au cul passion_. + + Une femme en mélancolie + Par faute _d’occupation_, + Frottez-moi lui le cul d’ortie, + Elle aura _au cu passion_. + + _Extrait du Ducatiana._ + + Nous ne pouvons nous refuser au plaisir d’ajouter encore une preuve + aux observations de Meibomius, en faisant part à nos lecteurs d’une + anecdote, non-seulement étroitement liée au sujet que nous traitons, + mais encore intéressante par la réputation de celui qui en est le + héros. Il s’agit d’un chevalier romain, gouverneur d’Egypte, ami + d’Auguste et de tous les beaux esprits de son temps; d’un poëte + charmant qui a servi de modèle aux _Barth..._, aux _Dorat_, aux + _Parny_, aux _Chabanon_, enfin de _Cornelius Gallus_, l’ami de + _Virgile, Horace, Tibulle_ et _Catulle_, qui, comme ces derniers, a + chanté l’amour, au milieu de ses extases, et qui, au rapport de + Pline, mourut d’une douce mort, ou plutôt s’endormit pour toujours + sur le sein de celle qui faisoit le bonheur de sa vie. M. de Lignac + nous apprend que ce favori des Grâces ne devoit les transports et + les faveurs enivrantes d’une jeune fille passionnée pour lui, qu’au + fouet qu’elle recevoit fréquemment d’un père rigoureux qui, croyant + la punir par ce châtiment, des fautes que lui faisoit commettre un + tempéramment trop lascif, ne travailloit au contraire qu’à + l’augmenter, et servoit ainsi, sans le savoir, les vues du + voluptueux poëte. + + Ce trait m’en rappelle un autre dont j’ai été le témoin. Un écolier + de rhétorique, et mon condisciple, menacé du fouet par le régent, + trouva le moyen de s’y soustraire par cette réponse hardie et + indécente. «Vous me rendriez un grand service, je n’osois vous le + demander, mais vous devriez savoir qu’à mon âge on ne le craint + plus.» + + [83] Le _Panicaut_ est une espèce de chardon qu’on appelle _à cent + têtes_, en latin _eryngium_. Ses feuilles sont bonnes à manger, + lorsqu’elles sont tendres et confites dans le sel. Elles sont + aromatiques, et deviennent en croissant, épineuses et piquantes. + +Voilà mon avis, mon cher Cassius; mais, direz-vous, cet expédient +honteux n’est mis en usage que par les libertins dont vous m’avez parlé, +afin que remediant à l’extinction de leurs facultés, fruit de leurs +excès de débauche, ils puissent les continuer, et se vautrer de plus +belle dans la fange du crime. Je demande donc maintenant si cette +fustigation ne devient pas un remède aussi innocent que quantité +d’autres employés tous les jours, et si la conservation de l’espèce ne +le rend pas non-seulement excusable, mais même nécessaire, lorsqu’il +s’agit d’un homme qui, voulant savourer les voluptés d’une jouissance +permise, et se reproduire dans un second lui-même, n’éprouveroit avec +une épouse aimable et tendrement aimée, que le désespoir de +l’impuissance, et dont tous les efforts seroient vains pour consommer le +mariage, par la foiblesse et le défaut de chaleur des parties que nous +avons détaillées ci-dessus, et qui seroit précisément le coursier dont +parle Virgile, liv 3 de ses géorgiques. + + «Quand des ans ou des maux il sentira le poids, + »Des travaux de l’amour dispense sa foiblesse; + »Vénus ainsi que Mars demande la jeunesse. + »Pour son corps dévoré d’un impuissant désir, + »L’hymen est un tourment et non pas un plaisir, + »Vieux athlète, son feu dès l’abord se consume: + »Tel le chaume s’éteint au moment qu’il s’allume. + +_Trad. de l’abbé de Lille._ + +De sorte qu’il ne pourroit, je ne dis pas s’acquitter totalement envers +sa créancière, mais même payer la moitié de la dette. Pourquoi non, mon +cher Cassius? Je sais que vous n’êtes aucunement dans le cas de recourir +à un remède de cette nature, et je suis prêt à l’affirmer par serment et +sous peine de privation des plaisirs de l’amour pendant la cinquantaine. +Je sais depuis long-temps, comme votre médecin, et je ne me trompe pas, +que vous êtes pourvu des plus brillantes qualités pour remplir les +devoirs d’époux; les règles infaillibles de mon art, et la connaissance +qu’il me donne de votre constitution physique, me permettent et me font +même un devoir d’en juger. J’ai d’ailleurs pour garant de la vérité de +mes conjectures, un témoin irrécusable et au-dessus de toute exception, +qui depuis peu commence à se remuer dans les entrailles de votre douce +et tendre moitié, et pour qui j’implore les faveurs de Lucine, au temps +marqué pour son élargissement. Pour ce qui est de communiquer à d’autres +le remède que je vous indique, s’il en est qui aient besoin du ministère +d’un homme qui d’un bras vigoureux leur décharge sur le dos une ample +provision de coups de verge, je ne le défends à personne, et ne leur +envie pas ce plaisir. Non-seulement ceux qui habitent le temple des +Muses, comme on le dit ordinairement des savans, doivent être +inaccessibles à la jalousie, mais plus encore les médecins. + +_L’envie_, dit Scribonius Largus, dans une lettre à C. Julius Callistus, +_est un crime affreux qui déshonore les hommes, et doit être en horreur +à tout l’univers, et principalement aux médecins; car si leur ame +n’étoit pas le séjour de l’humanité et de la tendre pitié, qui sont le +premier devoir, la base et le but de leur profession, ils devroient être +l’objet de la haine et du mépris des dieux et des hommes._ + +C’est uniquement pour vous être agréable, ô l’ami de mon cœur, et +satisfaire votre curiosité, que je me suis hasardé de traiter ce sujet +et de vous dire mon avis, un peu librement à la vérité. Quel que soit +son sort, tirez-en le meilleur parti possible, continuez-moi l’amitié +dont vous m’honorez, pardonnez à ces plaisanteries innocentes, qui +cependant conduisent à des réflexions importantes et sérieuses, et +conservez précieusement une santé qui m’est aussi chère que la mienne. +Adieu. + + + + +OBSERVATIONS + +_Extraites d’une lettre de Thomas Bartholin à Henri Meibomius._ + + +La traduction que nous avons entreprise du traité de Meibomius, étant +principalement destinée aux savans, nous croyons qu’il est fort inutile +de leur offrir en entier la lettre de Bartholin au fils de l’auteur; +nous nous contenterons d’en extraire toutes les réflexions qui peuvent +ajouter à la singularité de l’ouvrage, et nous renverrons nos lecteurs à +l’édition latine, où cette lettre a été insérée toute entière avec la +réponse de Meibomius. + +Bartholin, après une énumération des ouvrages et un magnifique éloge des +talens de Meibomius, dit que Paulin, son imprimeur, l’ayant prié +d’ajouter quelques observations, le desir d’être utile au public et de +faire cause commune avec ses amis Meibomius et Cassius, l’a engagé à +rassembler quelques cordes et quelques brins (ce sont ses termes) pour +augmenter les verges. + +Très-peu de personnes, dit-il, aiment la flagellation: les anodins étant +en général plus du goût des malades que les caustiques; mais telle est +la condition humaine, qu’on ne peut pas toujours employer les topiques +bénins. + +La flagellation est propre sur-tout à guérir ceux qui feignent d’être +malades; elle est utile dans l’épilepsie; on l’employa souvent avec +succès pour rendre l’activité aux esclaves qui se disoient malades pour +ne point travailler. Il paroît qu’elle est propre aussi pour guérir les +maladies de l’ame, comme celles du corps, puisqu’on a vu dans l’Italie +une secte de flagellans qui s’assembloient pendant le carême pour expier +leurs fautes par une copieuse discipline. Claudion, liv. 1, sur Eutrope, +dit que cette coutume se pratiquoit aussi dans les fêtes de Cybèle. + +Les Syriens avoient des mercenaires qui pour une certaine rétribution, +se chargeaient d’expier les fautes des autres, en se flagellant +eux-mêmes, suivant le plus ou moins de bénéfice. + +On voit que Circé employoit une verge pour changer les compagnons +d’Ulysse en pourceaux; on peut conclure de-là que les mêmes verges qui +rendent aux uns le bon sens, peuvent l’ôter aux autres. + +J’ai vu à Padoue des religieux employer la flagellation pour chasser le +diable des corps qui en étoient possédés, possession qui, suivant les +médecins, n’étoit autre chose qu’une épilepsie que l’on guérit aisément +par la chaleur que communique la flagellation. St.-Marc, tourmenté par +l’esprit malin, le mettoit à la raison à coups de poing. Haymond, évêque +d’Halberstad, dit que les soufflets sont plus efficaces pour guérir les +tentations du diable, que pour dissiper les douleurs de tête. + +Les Romains faisoient fouetter les esclaves qui avoient encouru le +châtiment, comme le dit P. Brisson, liv 3, des antiquités du droit +civil, chap. 9. + +La crainte de la douleur nous contient dans les bornes de la raison; +j’ai connu un homme de bonnes mœurs, mais sujet à de fréquens mouvemens +de colère, que l’on rendoit plus doux qu’un agneau, en lui administrant +une ample flagellation, quand les menaces n’avoient pu calmer sa fureur. + +Cœlius Aurelianus dit que la plante nommée Férule a la vertu de rendre +l’équilibre des humeurs aux parties irritées; et Dioscoride, liv. 5, +chap. 19, dit que l’eau de la mer produit le même effet, étant par sa +nature chaude et aride comme toutes les choses salées. + +Un marchand d’esclaves parvint à rendre en bien peu de temps le plus +brillant embonpoint, à un enfant exténué par la faim, et cela, par le +moyen d’une flagellation modérée qu’il lui donnoit tous les deux jours. + +Si le moyen de Cœlius paroît trop violent, on veut employer celui que +propose Æginete, liv. 4, chap. 12, qui est d’appliquer sur le corps +malade, la peau d’un agneau fraîchement dépouillé, et le battre ensuite +de verges.--Les Syriens voluptueux avoient recours à ce moyen. Beroalde +dit que la peau du blaireau est excellente pour guérir les plaies qui +sont les suites de la flagellation et de la morsure des chiens. Quelques +cruels que paroissent les arrêts de la médecine, il faut se souvenir, +non de la douleur momentanée qu’ils procurent, mais de la guérison +qu’ils doivent opérer, et ne jamais les commenter, ni les approfondir. + +Les barbiers de Rome avoient mis des fouets à leurs portes, entre autres +instrumens qui composoient leurs enseignes, comme nous le prouve +Martial. liv. 2. ch. 17. Ces fouets étoient faits de cordes de laine, et +pour les rendre plus déchirans, on les hérissoit de nœuds et d’osselets +de mouton, au rapport d’Apulée. Catulle, épig. 25 à Thallus menace de le +punir de cette manière. + +Sénèque, épitre 90, dit que la torpeur des membres se guérit par la +flagellation avec de l’ortie, et dont les coups sont si violens qu’un +oie qui en seroit piqué, en mourroit. Columella dit que les fermiers de +Rome ont coutume de déplumer les poules d’Afrique sur le ventre, et de +les fouetter avec de l’ortie, pour les faire couver, en leur mettant +dans le bec ou un bol, ou un os qui leur sert de bâillon, pour les +empêcher de rendre la nourriture qu’elles ont prise. On sait qu’un +soufflet ou un coup de poing bien appliqué sous la mâchoire inférieure, +guérissent promptement un homme à qui un bâillement ou un rire immodéré +ont causé une luxation et un relâchement dans les ressorts de la bouche. +Chez les habitans de la Gaule Cis-Alpine, (aujourd’hui le Milanois) on +comprimoit avec des cercles ou des lames d’étaim, le ventre d’une femme, +pour en faire sortir le fœtus mort dans ses entrailles. + +J’ai remarqué que le fouet que l’on donne aux enfans pour les punir +d’avoir uriné dans le lit, est le moyen le plus efficace de les en +empêcher, quoique les parens ne fassent point d’attention aux effets +physiques de ce remède. + +Meibomius a cité assez d’exemples qui prouvent combien la flagellation +est utile dans l’impuissance, pour me dispenser de blesser encore les +oreilles chastes, en les répétant ici; mais il n’est pas inutile de dire +que non-seulement ce remède est propre aux hommes, mais encore aux +femmes pour les faire concevoir plus aisément. Aussi les Romaines +s’offroient-elles nues aux prêtres qui célébroient les Lupercales, pour +en être frappées. Ces prêtres se servoient tantôt de la main, tantôt de +la tige de la férule. Les plus chastes se contentoient d’appliquer leurs +coups sur la main, et on devine facilement que la superstition avoit +moins de part à cette cure que la libre circulation du sang, qui, agité +et divisé, remonte vers le cœur, se répand dans les artères avec plus +d’abondance, et porte par-tout un feu pur et nouveau qui excite à +l’amour, et dispose à la conception. Les Romains qui, en célébrant les +Lupercales, couroient nuds par les rues, et frappoient toutes les femmes +qui se trouvoient sur leur passage, se nommoient _Crépi_, du mot latin +qui signifie _bruit_, parce que les verges avec lesquelles ils +frappoient, étoient couvertes de cuir, selon Dempterus, liv. 3, chap. 2, +ou de peaux de chien ou de bouc, qui étant sèches, augmentoient la +douleur ou le bruit de l’opération. Plutarque attribue de bons effets à +cette flagellation. Ovide, Juvénal et Prudence dans l’histoire des +martyrs, se sont égayés sur l’usage considéré comme religieux, mais en +effet utile comme médical; le caractère connu des prêtres qui suivant +leurs termes, frappoient les femmes avec d’autres verges que la férule, +a donné lieu à bien des plaisanteries[84]. Voyez Cardan, liv. 2, de son +traité de l’utilité que l’on peut retirer de l’adversité. + + [84] Ce trait nous rappelle un quatrain placé dans l’église de + St.-Hyacinthe, à Paris, et qui prouve la vertu des moines. + + «Femmes qui désirez de devenir enceinte, + »Adressez cy vos vœux au grand Saint-Hyacinthe, + »Et tout ce que pour vous le saint ne pourra faire, + »Les moines de céans pourront y satisfaire.» + +Entr’autres nations où ces usages sont communs, on distingue les Perses +et les Russes. Ceux-ci battent leurs femmes pour prouver leur amour. +Jean Barclay, dans son _Icon animorum_, rapporte une anecdote qu’on ne +sera pas fâché de trouver ici. + +Un homme de basse extraction quitta l’Allemagne et se retira en +Moscovie. Si vous êtes tant soit peu curieux de le savoir, il se nommoit +Jourdain. Le séjour lui ayant paru agréable, il résolut de s’y fixer, et +il s’y maria. Passionnément amoureux de sa femme, il n’épargna rien pour +l’en assurer, mais ses efforts furent inutiles; elle souffroit +intérieurement un chagrin qu’elle vouloit cacher, mais que la rougeur de +ses yeux, ses soupirs et ses sanglots trahissaient à chaque instant. Son +époux lui demandant la cause de cette tristesse et cherchant à deviner +en quoi il avoit manqué au devoir de la tendresse, elle lui parla en ces +termes, après s’être fait long-temps presser. «Pourquoi fais-tu si +bien-semblant de m’aimer? Crois-tu me tromper? Crois-tu me cacher plus +long-temps que je suis vile à tes yeux?» et en même temps elle versoit +un torrent de larmes. Jourdain étonné de ce langage, lui demanda en quoi +il l’avoit offensée; que peut-être il avait manqué en quelque chose, +mais qu’il répareroit cette faute par plus de soins. Enfin, lui +dit-elle, puisque tu fais semblant de l’ignorer, où sont donc les verges +avec lesquelles tu m’as apprise à t’aimer? Ne sais-tu pas que c’est chez +nous l’unique moyen que doivent employer les hommes qui veulent nous +persuader de leur amour? Jourdain à ce discours fut long-temps dans une +stupeur profonde, et eut toutes les peines du monde à s’empêcher de +rire. Bientôt la première surprise passée, et sa femme persistant à lui +parler sérieusement, il fut forcé de croire que ce traitement étoit +indispensable. Mais comment se résoudre à battre une femme qu’on aime? +Il n’y avoit pourtant pas de milieu, il eût été haï; il s’y résolut donc +avec beaucoup de peine. Peu de jours après, il saisit un prétexte +d’humeur de sa femme, et prenant un bâton, lui administra la correction +la plus conjugale. Le remède fit merveille, et sa femme commença à le +chérir de la meilleure foi du monde. + +Pierre d’Erlesunde, part. 5 de ses anecdotes moscovites, raconte le même +fait et dit: que c’est pour cet usage que les maris aussi-tôt la noce, +se munissent de verges, comme des divers ustensiles de ménage, et le +motif de cette emplette n’est nullement le desir de corriger sa femme; +car une méchante femme, s’il y en a, ne se corrige ni par les menaces, +ni par la colère, quand même on lui casseroit les dents à coups de +pierre, pour me servir des termes de Simonide, dans Stobée. + +Je crois avec votre père Meibomius, (c’est Bartholin qui parle) que la +flagellation excite et augmente la semence par la chaleur extrême +qu’elle communique aux lombes et aux reins, et j’ai depuis long-temps +démontré dans mes recherches sur l’anatomie, de quelle manière les +fonctions des reins dépendent de la circulation du sang, systême appuyé +depuis par Sennert, Olafius, Wormius et Meibomius. Ce qui fait que +l’usage de se coucher sur le dos procure en dormant les pollutions +involontaires, en donnant trop de chaleur aux lombes. Les frictions +excitent l’érection, et plus d’un parisien a dû à cet usage, trop +fréquent chez eux, la perte de la santé et de la vie. + +C’est sur les lombes qu’on applique les remèdes rafraîchissans, dans la +gonorrhée. Actuarius, liv. 4, chap. 8, de sa méthode de médecine, +applique sur les reins un emplâtre qui les fortifie, sans les échauffer +aucunement. Oribase emploie une lame de plomb sur les lombes[85]. La +défense qu’il fait de trop rafraîchir les lombes, dans la crainte que +les reins n’en souffrent aussi, prouve que ces deux parties sont +très-distinctes, et que ce qui est utile à l’une est nuisible à l’autre. + + [85] Voyez son traité du régime que l’on garde dans toutes les saisons + de l’année. _Bâle_ 1528, édition d’Alban. Torinus. + +De mon Tusculanum d’Hagestad, le 24 octobre 1669. + + + + +EXTRAIT + +DE LA REPONSE + +DE H. MEIBOMIUS, FILS, + +A T. H. BARTHOLIN. + + +J’ai appris que vous vouliez faire réimprimer l’ouvrage de Jean Henri +Meibomius, mon père, sur l’utilité de la Flagellation dans les plaisirs +de l’amour, et sur les fonctions des lombes et des reins, et rien ne +pouvoit m’être plus agréable. Cet ouvrage doit sa naissance à la gaîté +d’une orgie, et il a été publié, à l’insu de mon père, à Leyde, par les +soins du personnage illustre auquel il est dédié. Les hommes les plus +signalés de l’Europe l’ont accueilli, et plusieurs écrivains lui ont +donné des éloges. Comme on n’en avoit tiré qu’un très-petit nombre +d’exemplaires pour être donnés à des amis, il devint rare, et l’objet +des avides recherches des amateurs et des curieux, à cause de la +singularité piquante de son titre.--J’étois fâché de ne pouvoir +contenter tous ceux qui vouloient l’avoir, et ne voulois pourtant pas en +faire une seconde édition, non-seulement parce que je n’étois pas +toujours de l’avis de mon père, mais encore, parce que je ne voulois pas +évoquer sur moi les traits de la censure, dans le moment où ma +réputation commençoit à s’établir, en éditant un ouvrage plein d’images +un peu libres. Je sus quelque temps après qu’il venoit de l’être, j’en +fus ravi et regrettai de n’avoir pas été averti assez tôt, pour lui +donner toute la pureté et l’élégance dont il étoit susceptible. Je me +réjouis sincérement que vous ayez bien voulu donner vos soins à cet +ouvrage et l’enrichir de vos observations, vous que l’Europe savante met +au premier rang de ses littérateurs. Vous ne craignez pas que le +sourcilleux Caton jette sur lui un regard farouche, en ridant ses +lèvres. Mais enfin, nous n’écrivons pas pour les Vestales ni pour les +Sabins, mais pour les médecins. Ce sujet mérite d’être approfondi, et je +ne doute pas que vous n’ayez tiré le plus grand parti de tout ce qui +pouvoit le rendre précieux et intéressant. Je vous envoie les notes +manuscrites dont mon père avoit chargé les marges de son exemplaire. Je +ne crains pas d’avouer qu’il y a dans cette lettre des passages qui se +trouvent en contradiction avec les systêmes d’Harvey, et j’aime mieux +convenir des erreurs de mon père, que de les défendre, sur-tout +lorsqu’elle lui sont communes, non-seulement avec quelques savans, mais +encore avec quelques siècles précédens. + +Les bons effets de la Flagellation pour guérir les Maniaques, attestés +par Cœlius Aurelianus, Rhazès et autres, sont connus depuis un siècle en +Angleterre, quoique les médecins ne s’en soient point souvenus, et je +lis dans Bodin, liv. 5 de la république, que la folie dégénère souvent +en fureur, et se guérit par la Flagellation. + +Meibomius répète ici ce que Bartholin a dit des Lupercales, et de leurs +cérémonies ridicules et superstitieuses. + +Il dit que les somnambules peuvent être guéris de cette maladie par la +Flagellation, et qu’il en a vu plusieurs expériences satisfaisantes. Il +discute ce que son père a dit des effets de la Flagellation, pour +exciter à l’amour, de l’influence des astres, de l’habitude, des parties +sur lesquelles le remède doit être appliqué, d’après les autorités des +écrivains sacrés et profanes, des historiens et des poëtes. Il répète +ensuite tout ce qu’on a déja vu sur le physique des lombes et des reins, +leurs fonctions et les travaux du sang dans cette partie. Il cite le +coucher trop doux et l’usage de se coucher sur le dos, comme les causes +ordinaires des pollutions nocturnes: l’équitation est encore un exercice +qui dispose à l’amour, comme Aristote le démontre dans le Centon des +problèmes qui ont paru sous son nom. (Section IV, problême 12.) +Hyppocrate dit au contraire, qu’il est une des cause d’impuissance, et +tous deux ont raison. Hyppocrate a entendu parler de l’usage des +Scythes, d’être toujours à cheval, et en effet cet exercice continuel +fatigue, épuise; il endurcit les parties de la génération, et leur ôte +cette précieuse sensibilité qui est le premier aiguillon de la volupté. +Aristote, au contraire, n’a en vue que l’usage modéré propre à échauffer +les lombes, mettre les humeurs en mouvement, et subtiliser le sang[86]. + + [86] Je ne suis plus étonné de voir nos élégantes parisiennes + parcourir légèrement à cheval les boulevards et le bois de Boulogne. + Elles savent à merveille la théorie des jouissances, sans avoir lu + Meibomius, elles savent par expérience que la fatigue du plaisir les + délasse des fatigues du cheval. (_Note du trad._) + +Je ne crois pas nécessaire de pousser plus loin la discussion sur tout +ce que mon père a dit à ce sujet. Il a compulsé avec trop de soin tout +ce qui pouvoit completter son ouvrage. Math. Highmorus, liv. 1, part. 3, +chap. 4 de son anatomie, l’a fait d’une manière lumineuse. Quelques +auteurs essayeront peut-être d’expliquer les phénomènes de la nature, à +l’aide de ses hypothèses, semblables à cet écrivain qui s’étoit persuadé +que la semence est le chyle et non le sang, et que ce chyle épais, trop +échauffé par la flagellation, se portait vers les parties génitales. On +pourroit s’égarer encore davantage dans la région des commentaires sur +le suc nerveux qu’ils croient être le premier agent du suc organique, +mais mon intention n’est pas de les suivre dans le dédale des +conjectures. Je pense avec Columella, que les hommes ont plutôt la manie +de mettre en crédit les idées nouvelles et hasardées, que d’approfondir +et d’appuyer celles qui sont reçues. Quant à moi, je crois avoir +suffisamment prouvé tout ce que j’ai avancé sur la circulation et +l’effervescence du sang dans les lombes, et je m’y tiendrai, si vous me +donnez votre suffrage. + + + + +EXTRAITS des articles de quelques auteurs cités dans cet ouvrage. + + +(A) Il y eut plusieurs ASCLÉPIADES. Un d’eux vivoit sous Trajan, et fut +d’abord rhéteur, et ensuite médecin à Rome. Il mourut d’une chute, dans +un âge très-avancé. Pline cite ses cinq remèdes: l’abstinence des +viandes et du vin dans certaines occasions. Les frictions, la promenade +et la voiture. + +(B) _Jérôme MERCURIALIS_, mort à Forli, sa patrie, en 1596, à 66 ans, +professeur de médecine à Padoue, à Bologne et à Pise. Ses compatriotes +lui érigèrent une statue. Ami généreux, vivant avec éclat, et charitable +envers les pauvres; il n’en laissa pas moins 120,000 écus d’or à ses +héritiers. Il étoit de belle taille, de bonne mine, d’une grande douceur +et d’une piété exemplaire. Il a laissé des ouvrages pleins d’érudition. +1º. _De arte Gymnasticâ_, 1602, _in_-4º. 2º. _De morbis mulierum_, 1601, +_in_-4º. 3º. _Des notes sur Hyppocrate et sur Pline l’ancien_. + +(C) _Thomas CAMPANELLA_, dominicain calabrois, emprisonné 27 ans pour +avoir montré plus d’esprit qu’un vieux professeur de son ordre. Il eut +sept fois la question, pendant vingt-quatre heures de suite, et ne fut +élargi qu’à la sollicitation du pape Urbain VIII. Il vint à Paris, +protégé (en 1624) par le cardinal de Richelieu, et y mourut en 1639, à +71 ans, pour avoir pris de l’antimoine. Nous avons de lui un ouvrage +intitulé: _Atheismus triumphatus_, et plusieurs autres. + +(D) _Jean Pic_, prince de la MIRANDOLE et _de la Concorde_, né en 1463, +d’une famille illustre, fut dès sa plus tendre jeunesse, un prodige de +mémoire et de science, et qui, dit-on, possédoit vingt-deux langues à +l’âge de dix-huit ans. Ses ouvrages sont recueillis en un vol. _in-fol._ +Bâle 1601. 1º. _Des livres sur le commencement de La Genèse_. 2º. _Un +traité de la dignité de l’homme_. 3º. _De l’être de l’univers_. 4º. +_Règles de la vie chrétienne_. 5º. _Traité du royaume de J. C. et la +vanité du monde_. 6º. _Trois livres sur le banquet de Platon_. 7º. _Une +exposition de l’oraison dominicale_. 8º. _Un livre de lettres_. 9º. +_Disputationes adversùs astrologiam divinatricem_. Bologne 1495. +_in-folio_, rare. + +(E) _Jean NEVISAN_, jurisconsulte Italien, natif d’Asti, mort en 1540, +étudia le droit à Padoue, et l’enseigna à Turin. Son principal ouvrage +est celui que cite ici _Meibomius_, _Sylæ nuptialis, lib. 6. in quibus +matrimonii, dotium, filiationis, adulterii materia discutitur_. Lyon +1772, in-8. liv. curieux, qui souleva tout le beau sexe contre lui. + +(F) _Ludovicus Cœlius RHODOGINUS_, né à Rowigo, dans l’état de Venise, +en 1450, savant dans le latin et le grec, professeur à Milan et ensuite +à Padoue, où il mourut en 1525, à soixante-quinze ans; son nom de +famille étoit _Richeri_; _Jules César Scaliger_ fut son disciple, et les +talens de l’élève justifient les éloges qu’il prodigua à son maître, en +l’appellant le Varron de son temps. Rhodiginus fit un voyage en France, +et Charles VIII le combla de bienfaits. Il fut enterré dans le couvent +de St.-François, à Rowigo. Balthazar de Bonifaci, archidiacre de +Trévigi, fit son éloge funèbre, qu’il termine par ce distique. + + A Duplici patriâ nactus cognomina bina, + Cælius in cælis, hic Rhodiginus eris. + +Son principal ouvrage est celui: _des Anciennes leçons_, en trente +livres. + +(G) Tout le monde lettré connoît le fameux _André TIRAQUEAU_, né à +Fontenay-le-Comte, dont il fut lieutenant-civil, et mort en 1558, dans +un âge très-avancé. Il fut conseiller au parlement de Paris, et rendit +beaucoup de services à la France sous François I et Henri II. Juge +intègre, et savant infatigable, ses occupations ne l’empêchèrent pas de +donner au public un grand nombre d’excellens ouvrages. Il fit vingt +enfans et vingt ouvrages. Il fut l’ami du fameux chancelier de +l’hôpital. On lui fit cette épitaphe. _Hic jacet qui aquam bibendo, +viginti liberos suscepit, viginti libros edidit. Si merum bibisset, +totum orbem implesset._ Ainsi traduite par Desforges Maillard. + + Ci gît le fameux TIRAQUEAU, + Ce grand commentateur de loix et de coutumes, + Qui ne but jamais que de l’eau, + Eut vingt enfans, fit vingt volumes: + On croit que cet homme divin, + Dont la verve étoit si féconde, + De ses productions auroit rempli le monde, + Si, comme un autre, il avoit bu du vin. + +[Voyez le journal historique de Verdun sur les matières du temps. Oct. +1752, p. 284.]. + +(H) _Othon BRUNFELS_, fils d’un tonnelier de Mayence, ainsi nommé du +bourg où il nâquit, se distingua dans les lettres, les langues savantes +et la théologie et fut religieux à la chartreuse de Mayence. Il étoit +valétudinaire, inquiet, mélancolique, inconstant et fâcheux avec ses +amis. Il fut un des premiers qui suivirent Luther, sortit secrétement du +monastère et se retira à Strasbourg, ensuite à Basle, où il fut reçu +médecin en 1530. Revenu à Strasbourg, et de là envoyé à Berne, il y +mourut six mois après, le 23 Octobre 1534, d’une maladie inconnue aux +médecins, ayant la poitrine toute en feu, et la langue noire comme du +charbon. Ses ouvrages sur la médecine, sont: 1º. _Catalogus illustrium +medicorum_. 2º. _Onomasticon medicinæ, etc._ + +(I) _Fr. JUNCTINUS ou GIUNTINO_, mathématicien florentin, d’abord carme, +ensuite apostat, est auteur des commentaires latins sur la sphère de +_Sacro Bosco_, et mourut vers la fin du seizième siècle. Il vécut +errant, inquiet et libertin, et fut accablé sous les ruines de sa +bibliothèque. L’astrologie judiciaire sur laquelle il fit divers +ouvrages, ne lui avoit pas annoncé ce genre de mort, dont il se seroit +préservé. + +(K) _Marsilio CAGNATI_ de Véronne, professeur de médecine à Rome, sous +le pontificat de Clément VIII et Paul V. Il étudia à Padoue, sous +Zabarella, et se fit une grande réputation dans les langues, les belles +lettres, la philosophie et la médecine. C’étoit un homme +très-mélancolique, sévère, parlant très-peu, mais avec beaucoup +d’éloquence et de facilité. Nous avons de lui: _De Sanitate tuendâ libri +2. opuscula varia_; _varia Lectiones, etc._ + +(L) ORIGÈNE, surnommé ADAMANTIUS, à cause de son assiduité au travail, +nâquit à Alexandrie, l’an 185 de J. C. Tout le monde connoît cet homme +étonnant pour le savoir, le courage dans les persécutions, la grande +piété et les nombreux ouvrages qu’il a laissés. Léonide son père avoit +tant de vénération pour lui qu’il alloit lui baiser la poitrine pendant +qu’il dormoit. Origène à 18 ans fut chargé d’instruire les fidèles +d’Alexandrie. Les femmes fréquentant son école, il crut fermer la bouche +à la calomnie, en se faisant lui-même l’opération douloureuse, qui le +privoit des organes de la génération, s’imaginant être autorisé à cette +cruauté par un passage de l’écriture: mais ce fut précisément ce qui lui +ferma tous les chemins aux dignités ecclésiastiques. + +Voyez _Bayle_. _Lucien_, tom. 3, et le traité des Eunuques de M. +_Charles Ancillon_, première partie, chap. 5, art. _Vallesiens_. + +(M) ISIDORE (Saint) de Séville, fils d’un gouverneur de Carthagène, +élevé par Léandre son frère, évêque de Séville. Il fit entre autres +ouvrages vingt livres d’_Origines_ ou _Etymologies_. Il succéda à son +frère en 601, et mourut en saint en 636, également regretté des savans, +des pauvres et de toute l’Espagne dont il étoit l’oracle. Le concile de +Tolède, de 653, l’appelle le _docteur de son siècle et le nouvel +ornement de l’église_. La meilleure édition de ses ouvrages est celle de +Dom Dubreuil, bénédictin. _Paris_ 1601, et _Cologne_ 1613, _in-folio_. + +(N) AETIUS ou AECE, médecin d’Amide, ville de Mésopotamie, sur le Tibre, +étudia à Alexandrie, sur la fin du quatorzième siécle. Il fut le premier +médecin chrétien qui laissa des écrits sur la médecine. Il suivit la +méthode des Egyptiens, excella dans la chirurgie et les maladies des +yeux. L’ouvrage dont il est question, qui a pour titre: _Tetrabiblos_ +est en seize livres. Les huit premiers sont imprimés en grec, chez +_Alde_; _Venise_, 1534, _in-fol._ Et les huit dernier, M. SS. dans la +bibliothèque de l’empereur, à Vienne. C’est une compilation, mais pleine +de choses qu’on chercheroit vainement ailleurs. Elle a été traduite en +latin par _Janus Cornarus_, et imprimée à Bâle, chez _Forben_ 1542, sous +ce titre: _Contracta ex veteribus medicina_: etc. + +(O) _Nicolas PERROT_, né à Sasso-Ferrato, d’une famille illustre, mais +pauvre. Il fut conclaviste du Cardinal Bessarion, après la mort du Pape +Paul III, Gouverneur de Pérouse, ensuite de l’Ombrie, et archevêque de +Siponto en 1458, et mourut en 1480 à Fugicura, sa maison de plaisance, +auprès de sa patrie. Ses ouvrages sont: 1º. Traduction des cinq premiers +livres de _Polybe_. 2º. _Traité sur le serment d’Hyppocrate_. 3º. _Du +Manuel d’Epictète_. 4º. Du Commentaire _de Simplicius_, sur la physique +d’Aristote. 5º. Des Harangues. 6º. Des Lettres. 7º. Des Poésies +Italiennes. 8º. Des Commentaires sur le _Stace_. 9º. _De generibus +Metrorum_. 10º. _De Horatii Flacci ac Severini metris_. 11º. +_Cornucopia_, seu latinæ linguæ commentarius (sur Martial.) 1513 +_in-fol._ 12º. _Rudimenta Grammatices_. Rome 1475, _in-fol._ Cette +dernière édition est très-rare. + +(P) _Quintus-Septimius-Florens TERTULLIANUS_, prêtre de Carthage, et +fils d’un centenier dans la milice, sous le Proconsul d’Afrique, mourut +vers l’an 216, sous le règne d’_Antonin Caracalla_. Il se fit chrétien, +et fut le plus éloquent défenseur du christianisme, avant qu’il eût +embrassé le _Montanisme_. La meilleure édit. des ouvrages de ce père +illustre de l’Eglise est celle de Venise, en 1746. Vassoult a donné en +1714 et 1715, une belle traduction de son Apologie pour les Chrétiens, +avec des notes. _Thomas_, seigneur _du Fossé_, sous le nom de la +_Motte_, a donné une excellente vie de Tertullien et d’Origène. + +(Q) _Nicolas DE LYRE_, ainsi nommé du lieu de sa naissance, petite ville +de Normandie, entre Séez et Evreux. Il étoit né Juif, et étudia sous les +Rabbins, mais il se convertit et prit l’habit des Frères Mineurs, en +1292. Cet auteur possédoit très-bien la langue hébraïque. La Reine +Jeanne, Comtesse de Bourgogne, et femme de Philippe V, dit le _Long_, le +nomma un des exécuteurs de son testament, en 1325. Il mourut Provincial +de son ordre, à Paris en 1340. Nous avons de lui entr’autres ouvrages: +_des Postilles_, ou _petits commentaires sur la Bible_. _Lyon_, 1596. + +(R) AVICENNE, Philosophe et Médecin Arabe, de Bochara en Perse, né l’an +370, de l’Egire, Médecin et Visir du Sultan Cabous, et mort de ses +débauches, l’an 428, à 56 ans. Cet homme avec une mémoire prodigieuse, +et sachant l’alcoran par cœur et les livres de Métaphysique d’Aristote, +les lut quarante fois sans y rien entendre. Ses ouvrages ont été +imprimés à Rome, en arabe, par les soins de Sixte IV, en 1489, et +traduits en latin par Gérard de Crémone, André Alpagus et autres. 1º. +_Canonum Medicinæ, lib. 4_. 2º. _De Medicinis Cordialibus_. 3º. +_Cantica_. 4º. _Opera philosophica, etc._ + +(S) _Fulgentius PLACIADES_, Evêque de Carthage dans le sixième siècle, +auteur de trois livres de Mythologie, imprimés par les soins de Jacques +Comelin, en 1599, avec _Hyginus_, _Julius Firmicus Maternus_ et +_Alberic_. La première édit. est celle d’Ausbourg 1517, avec des notes +de Jacques Locher. On lui attribue encore un livre de l’allégorie de +Virgile, adressé à Chalcide le Grammairien. + +(T) NEMESIUS, Philosophe Chrétien, natif et Evêque d’Emese en Phénicie, +sur la fin du quatrième siècle. Nous avons de lui un livre _De la nature +de l’homme_, qui se trouve grec et latin dans la bibliothèque des Pères, +et où il soutient la préexistence des ames. Ses mœurs honorèrent la +Philosophie et la Religion. + +(U) SENNERT (Daniel) fils d’un Cordonnier de Breslaw, né en 1572, devint +Docteur et Professeur en médecine à Wirtemberg, et mourut de la peste en +1637, à soixante-cinq ans. Ses ouvrages furent imprimés à Venise en +1640, 3 vol. _in-fol._ et plusieurs fois depuis. Ils forment une +bibliothèque complette de médecine, et valent beaucoup mieux que +plusieurs de nos modernes écrits. Sa passion pour la Chymie, sa liberté +à refuter les anciens, et la singularité de ses opinions lui firent +beaucoup d’ennemis. Il suivit la méthode de Galien. André Sennert, son +fils, mort à Wirtemberg en 1689, à quatre-vingt-quatre ans, y enseigna +pendant cinquante-un ans les langues orientales, et soutint par +plusieurs gros livres, la réputation de son père. + +(V) ORIBASE de Pergame, disciple de Zénon de Chypre, et médecin de +_Julien l’Apostat_, qui le fit Questeur à Constantinople. Exilé sous les +Empereurs suivans, il se fit estimer des barbares même, par sa vertu. +Rappellé par la suite, il mourut au commencement du cinquième siècle. Le +plus estimé de ses divers ouvrages, imprimés à Bâle, en 1557, 3 vol. +_in-folio_, est son livre _des Collections_, entrepris à la prière de +Julien, et puisé dans Galien et autres. Il ne nous reste que dix-sept +livres de cet ouvrage, qui en avoit soixante-douze. + + + + + J. H. MEIBOMII, + + DE + FLAGRORUM USU + IN RE MEDICA ET VENEREA, + ET LUMBORUM RENUMQUE OFFICIO. + + EDENTE + CLAUDIO MERCIER, COMPENDIENSI. + + Editio quarta castigatissima. + + PARISIIS, + SUMPTIBUS CLAUDII MERCIER. + + 1795. + + + + +AVIS DE L’ÉDITEUR + + +Nous ne connoissons que quatre éditions de cet ouvrage. + +La première de 1639, in-12, très-fautive. + +La deuxième de 1643, ayant au titre: _in re veneriâ_ seulement. _Lugd. +Batav. ex officinâ Elzevirianâ Academ. Jur. typog. in-4º. de 48 pages._ + +La troisième, datée _Londini_, 1665, in-32, n’est autre chose qu’une +contrefaçon faite à Paris en 1757, et à laquelle on a ajouté le titre +ci-dessus. Elle est pleine d’erreurs et d’omissions. + +La quatrième, Thomæ Bartholini, Joan. Henrici Meibomii Patris, Henrici +Meibomii filii, de usu Flagrorum in re medica et venerea lumborum que +officio. Accedunt de eodem renum officio Joachimi Olhafii et Olaï Wormii +dissertatiunculæ, Francofurti, ex Bibliopolio Hafniensi. Danielis Pauli +Bibl. reg. 1669, in-12.--Cette dernière étant la plus étendue et la plus +exacte, nous a beaucoup servi dans notre travail, et nous croyons +pouvoir assurer que la nôtre ne laissera plus rien à desirer. + + + + +THOM. BARTHOLINI[87], + +DE + +FLAGRORUM USU MEDICO, + +AD VIRUM CLARISSIMUM + +HENRICUM MEIBOMIUM + +EPISTOLA. + + [87] Thomas Bartholin, médecin et littérateur, très-savant, mais + très-superstitieux, natif de Malmoë, mort en 1650, à 64 ans, a fait + des découvertes sur les veines lactées et sur les vaisseaux + limphatiques. Il est l’auteur des ouvrages suivans: 1º, _sur l’usage + de la neige_, 1661. 2º. _de Morbis Biblicis. Francf._ 1672. 3º. + _Paralytici novi testamenti. Copenh._ 1653, _in_-8º. 4º, + _Dissertatio de Passione Christi, Amst._ 1670. 5º. _Epistolæ + medicinales et de Insolitis partus viis_, la Haye, 1740, 5 vol. + _in_-8º. + + 6º. Celui dont il est ici question: _de usu Flagrorum, etc._ 1670. + _in_-12. + + 7º. Et enfin un journal intitulé: _Acta hafniensia_. + + +Inter præcipua sœculi ornamenta numerari meretur parens tuus Joan. Henr. +Meibomius, sed per te fama ejus crescit, quia paternæ virtutis hæres ex +asse et successor, nominis celebritatem editis scriptis promovere +pergis. Varia is eruditione artem divinam quam principe curâ exercebat +semper exornavit, nec tibi minor cura est medici eruditi famam cum +parente aucupari. Edita parentis monumenta, de jure jurando Hyppocratis +et de vita Mæcenatis, testantur quantus fuerit pater. Tu posteritati +plenam fidem facies quantus sis filius, dum delitescentes apud te +parentis lucubrationes, cedro dignas, publico exponis tuo auctas +ingenio. In tantâ autem doctrinæ amplitudine, inter seriora alia +negotia, se quoque ad minima demittens Parens, in gratiam viri +clarissimi Christiani Cassii, cujus grata nobis est memoria, Flagrorum +usum medicum ex antiquitate brevi dissertatione exposuit. Quam cum typis +suis recudere gestiret bibliopola noster, argumenti raritate motus, à me +augmentum petiit. Rimisi hominem ad te, authoris filium, magna cum laude +medicinam in academiâ Juliâ docentem, et parentis exemplo in omni +litteratura et antiquitate versatissimum, cui propius paterni scripti +gloria tangit: nec enim vel tantillum ornamenti à me expectari posse +tanti viri libello, qui propriis radiis per orbem universum clarissimè +cum authore splendescit. Quamquam verò paterno honori augendo non +defueris, multis que accessionibus auctam dissertationem cum eruditâ +epistolâ remiseris, rogare tamen non destitit Paullinus noster, honesti +lucri desiderio, ut observationes nonnullas adderem, quas mihi in +promptu semper esse credit. Ne vel spem ejus officium amici desererem, +quo Meibomiis Cassiisque obstrictum me scio, quia etiam, ut publico +prosimus. + +_Communis ista pluribus causa est Deis._ + +Lacinias quasdam collegi, vel funiculos, pro Flagrorum vestrorum +incremento, inter alias occupationes, quibus jam occupatum me amici non +nesciunt, parentis tui, tuoque honori dedicatos. Flagrorum usum pauci +ante vos recoluerunt. Paucissimi certè amant, quia blanda potiùs ægros +nostros afficiunt et dulcia, ad severam medicinam horrentes, cum tamen +ea sit malorum inter mortales conditio, ut blandè semper tractari non +possint, etiam ubi maximè velis blandiri. Vincula hyppocratica subindè +accersenda et duriores manus contumacibus morbis applicandæ. Verbera +Flagrorum eos maximè curant, qui morbum simulant. Sæpissimè epilepsiam +mentientes hoc remedio aspero, sed salutari convaluerunt, sanatique +antequam ægrotarent, profuit ad prophylaxin, ne posteà hominibus +simulato morbo imponerent. + +Novi quoque pigros servos, morbum nescio quem fingentes, flagris ad +officium rediisse. Ad veros morbos expiandos conferre plurimùm, tantò +minus dubitare possumus quod animæ morbis flagella prosint. Hinc +flagellantium ordinem tempore quadragesimali in Italiâ videas, +vulneribus altis dorso inflictis præteritæ vitæ conscientiam expiare et +velut in Cybeles sacris, apud Claudianum, lib 1, in Eutrop. + + . . . . . . Pectusque illidere pinu, + Inguinis et reliquum Phrygiis abscindere cultris. + +Tales fuerunt apud paganos Syriaci Flagratores, qui justas pœnas +facinoris alicujus ipsi vel pro se, vel pro aliis, mercede conducti, de +suis manibus flagro contorto exposcebant, quos describit Apuleius, lib. +8, metamorphos. Dispar Circe virgâ mentem humanam sociorum Ulyssis in +belluina corpora, imprimis porcina transformabat, de quâ Homerus Odiss. +X. Magica hæc quidem sunt, morali, tamen sensu monstrant, verberibus +quosdam ad sanum sensum redire, alios ad belluinum. Metamorphosis certa +est, sed forma differens, quanquam nec curiosâ arte nec hæc fiat, nec +illa. Vidi flagris castigatos Patavii à Religiosis, qui à malo spiritu +obsessi credebantur, quos tamen reverâ fuisse epilepticos, propter +signorum similitudinem, recte medici dictitant, quibus flagra, excitato +in corpore calore, nocere non possunt. Ipsum se lapidibus concidit +spiritu immundo obsessus Marc. V, v. 5 et pugnis se contundi queritur +divus Paulus 2, Cor. 12, v. 7. Seu digitorum condylis, quomodo +_Colaphon_ ex Varino exponit Matth. Martin. in etymologico. Quanquam de +colapho hoc notet Haymon Episcopus Halbertadensis, de ardore libidinis +per diabolum accenso potius exponendum, quam de dolore capitis. Ad +morborum curationem flagra adhibita olim fuisse, variis veterum +autoritatibus ostendit Meibomius. Idque quando modicæ medicinæ locus non +fuit. Flagris enim cœdi in atroci coërcitione gravissimaque et servili +injuria consistebat apud Romanos, cum liberi tantum pœnæ lenitatis +argumento, fustibus castigarentur, sicut fusè ex jure explicat B. +Brissonius lib. 3, Antiq. Jur. civil. cap. 9. + +De furoris seu insaniæ curatione elegans est locus Cœlii Aureliani, lib. +1 tardar. passionum, cap. 5 obiter à magno Meibomio patre notatus, in +quo placet nonnihil immorari, ut fortior ex morâ sit furoris medicina, +quanquam ex aliorum, non suâ sententiâ loquatur Cœlius, imprimis Titi +Asclepiades discipuli, cujus vitam ex opere diù desiderato de vitis +medicorum, quod ex schedis paternis promisisti, expectamus. Verba Cœlii +sunt. «Flagellis alii aiunt coërcendos, ut quasi judicio mentis pulso +resipiant, cum magis, tumentia cœde lacessendo, faciant asperiora, et +adveniente lenimento passionis, cum sensum recipiunt, plagarum dolore +vexentur.» Ita Rovilli editio habet quâ utor. Meibomii vero patris ita +legit ut sinistro mentis judicio depulso resipiscerent. Irridet istam +curandi rationem methodicus Cœlius, partim quod asperiora reddantur +tumentia loca verberibus et flagrorum plagis, quasi cœde aliquâ etiam +post curationem dolore remanente, partim quod locum affectum non +respiciat; inquit enim: «si, ut ratio poscit, vicinis magis ac +patientibus locis adjutoria sunt adhibenda, coguntur ut ori vel capiti +plagas imponant.» At caput affectum plagis exacerbatur quod minimis +offensis externis cœditur. De nihilo tamen non est Titi medicina, +quanquam crudelior. Non calorem excitatum metuit, quia sine febre furor +est, et sine parvo pulsu quo discrimine à phreneticis separatur. Timor +doloris intra rationis terminos continet. Ita novi virum honestum non +raro furentem ab alio fortiori minis verberibusque coactum ut agno +fieret pacatior. Alia ratio est resolutarum partium, quæ plagis affectæ +excitantur, dolore silicet et calore provocato; ubi tamen Themisoni non +concedit Cœlius idem Aurelianus lib. 2 tard. pass. cap. 1 plagis ferulæ +cœdi partes in passione constitutas, quia salsæ aquæ potiùs mitigatione +atque recorporatione videntur curandæ. Sed pace methodici, sicut pro +ferula salsæ aquæ substitui recte possunt, ita utrumque remedii genus +sensum excitat ob acrimoniam et ad utrumque sequitur recorporatio. +Quidquid fœrula præstat, efficit et aqua marina, quæ Dioscoridi lib. 5 +cap. 19, calida est et acris. Et Celso nostro lib. 2 cap. 22. Omnia +salsa acria sunt. Undè emplastrum DI ALON Scribon. comp. 127, ulcera +vetera et callosa renovat. Mitigatione torpent magis resolutæ partes +quam reviviscunt fricandæ fortiter seu flagris seu acribus stimulis, ut +resurgant. Modus tamen est hic adhibendus, quem prœscribit Galenus lib. +14 method. med. c. 16. «ferulas parvas ac leves modicè illitas +gracilibus partibus incutiunt, donec modicè attollantur. Ad hunc modum +mango quidam proximè nates pueri fame consumptas breviter auxit, +percussu mediocri quotidiè usus, aut saltem alternis diebus. Si plagarum +vexatione terreatur Cœlius, in promptu sunt remedia apud Æginetam lib. 4 +rei med. cap. 12. Pellis nimirùm ovilla recens detracta calida adhuc, +flagris cœsis circumdata, præter alia ibidem et cap. 14 et apud Aëtium +Tetr. 4. s. 2. cap. 65. Galen. lib. 11. S. M. F. Avicennam lib. 4. Fen. +4. Tr. 2. cap. 7. signata. Contrà plagarum dolores præsumptione se +muniebant Syriaci effeminati, ut narrat Apuleïus lib. 2. spiritus +cohibitionem suspicatur fuisse. Beroaldus, salutare homini contrà plagas +præcidium quod ex Plinio probat, inventum animalis cui nomen est Meles; +si quidem in metu sufflatâ cute distentæ meles ictus hominum et morsus +canum arcent. Medicina hæc per flagra quanquam durior videatur, ab eâ +tamen medicus abstinere non debet, si salutari effectu nobiletur. +Eleganter in hanc rem B. Augustinus ep. 50. molestus est et medicus +furenti frenetico et pater indisciplinato filio ille ligando, iste +cœdendo sed ambo diligendo. Si autem illos negligant et perire +permittant, ista potiùs mansuetudo falsa crudelis est. Socrates apud +Platonem in Georgiâ negat medicum permittere ut ægrotans appetitus suos +impleat, aut cibis multis suavissimisque utatur. Est quippè, ut contrà +Gnosticos Tertulianus loquitur, planè quasi sœvitia medicina de +scalpello, de cauterio, de sinapis incendio, (addo de flagello) non +tamen secari, inuri et extendi morderique idcirco malum, quia dolores +utiles adfert, nec quia tantummodo contristat, recusabitur, sed quia +necessario contristat, abhibebitur. Horrorem operis fructus excusat. Res +enim bonæ atquæ malæ, non dolore et voluptate, sed utilitate et noxâ +sunt judicandæ. Omnia igitur in medico imperante ferri debent ex antiquâ +formulâ: I lictor (vel serve) collige manus, verberato, caput obnubito; +sed cætera ignorante, arbori infelici suspendito. Hæc causa est quod +inter tonsorum instrumenta olim flagra sint recensita, indicio +Martialis, lib 2. ep. 17. + + Tonstrix suburæ faucibus sedet primis, + Cruenta pendent quà _Flagella_ tortorum. + +Et ut doloris sensus augeretur, ex lanâ consortâ multis nodis durioribus +exasperabantur flagra et ut vestigia sui in cute relinquerentur velut +aculeis, ossibus animalium, Apuleio multijugis talis ovium. Ut mirum non +sit quod quasi inusta dicantur Catullo Ep. 25, ad Thallum, cui ob fortum +minatur flagella lateri manibusque, + + Ne laneum latusculum, manusque mollicellas + _Inusta_ turpiter tibi _Flagella_ conscribillent. + +Sed de his antiquarii, circumspiciant. Vix mitiores manus alibi medicus +affert. Tunc incipit medicina proficere, ut verè Seneca epist. 90, ubi +in corpore alienato dolorem tactus expressit. Urticis Flagrorum vice +utitur in membrorum torpore, quarum tanta vis, ut teneros anserculos +enecent si pupugerint, teste Columella lib. 8. R. R. cap. 14. Nostri +villici deplumata Gallinarum africanarum pectora urticis verberant, ut +libentius incubent. Impeditâ deglutitione à bolo faucibus inhærente, vel +ossiculo gulæ impacto, tergum pugnis fatigamus, excussuri quasi armatâ +manu inimicum bolum. Si oscitatione vel risu immodico luxetur os maxillæ +inferioris, alapâ forti manu inflictâ in locum recurit, quod non semel +risum astantibus movit. Fortiter compresso ventre, orbiculisque ligneis, +vel stanneis percusso, fœtus mortuus ex angustiis matris extruditur apud +Insubres, quemadmodum cent. 6. hist. 83. docuimus. Virgis pueros +adultiores que lotium de nocte continere assuevisse observavi. In re +venereâ quantum flagra valeant, exemplis quibusdam demonstrat laudatus +Meibomius pater, quæ repetere opus non est, ne verecundæ aures iteratâ +lectione offendantur, quanquam non ignoratus fuerit Venetiis quidam, qui +solis verberibus pugno Amasiæ ad negotia Veneris sollicitabatur +expediunda, quemadmodùm olim cupido apud Anacreontem, carm. in amor. +Hyacinthino bacillo adigebat ad sequendum. Notandum ad argumenti hujus +illustrationem, non viros tantum flagris excitari ad illicitas +voluptates et intempestivas, sed et fœminas flagellis incitari et +incalescere, ut facilius concipiant. Notum id fuit Romanis mulieribus, +quæ Lupercis se offerebant flagellandas, ut conciperent. Autor hujus +ritus est Juvenalis, sat. 2. + + ... Steriles moriuntur et illis + Turgida non prodest conditâ pyxide lyde, + Nec prodest agili palmas præbere Luperco. + +Ubi vetus scholiastes: steriles mulieres februantibus lupercis se +ofFerebant, et ferulâ verberabantur, hoc homine qui infra tectum multi +seminis credit contractus ob fœcunditatem dandam: palmas ideò dicit, +quia aut Catomus lætabantur, aut quia manibus vapulant cunei per +civitatem; tunc et in solio, si quis post ipsum descenderit, statim +concipit. Cur verò palmæ verberatæ ad fœcunditatem Romanas mulieres +acceleraverint, sine superstitione, facilis ex circulatione ratio +petitur. Incalescens enim plagis sanguis in manu recurrit ad cor, +exindèque ad uterum per arterias, qui calefactus citius, ad libidinem +incitatur, disponiturque ad conceptionem. De ferulâ ipsâ, quâ in +lupercalibus utebantur, ita Festus Pompeius, lib. 3, _Crepos_ Romani +Lupercos dicebant, à crepitu pellicularum, quem faciunt verberantes: mos +enim Romanis in lupercalibus nudos discurrere et pellibus obvias quasque +fœminas ferire. Ferulæ hæ pelle et corio tectæ, suspicante Dempstero ad +lib. 3. Rosin. cap. 2, idque vel canis, vel hirci, ad sonum edendum, vel +dolorem augendum. Plutarchus verberationem illam purgationem esse +asserit, quæst. Rom. 67. Apud Ovidium legisse me memini: + + Excipe fœcundæ patienter verbera dextræ, + Jam sacer optati nomen habebit avi. + +Irridet quidem hæc verbera Juvenalis, sat. 2, et ut ludicram rem +perstringit Prudentius in romano martyre. + + Quid illa turpis pompa? nempe ignobiles + Vos esse monstrat, cum Luperci curritis, + Quem servulorum non rear vilissimum, + Nudus plateas, si per omnes cursitans + Pulset puellas verbere ictas ludicro. + +Quomodo autem excusari per naturam possit, jam diximus, licet et dolus +Lupercorum subesse potuerit qui aliis telis feriebant puellas, quæ in +impotentiâ suadet Cardanus lib. 2, de util. ex adv. capienda. + +Sunt gentes, inter quas Persæ et Russi, quarum uxores pro amoris +conjugalis signo à maritis vapulantur. De uxoribus Russicis. J. +Barclaïus in Icon. anim. cap. 8, virorum in se benevolentiam ex +verberorum numero æstimare, nunquam melius suo judicio habitas quam cum +in sæva ingenia inciderunt. Negat quidem id sibi compertum. _Polutropos_ +Ad. Olearius in itiner. At historiâ singulari confirmat Barclaïus, quam +non gravabor repetere. + +Quidam è Germania in Moscoviam migraverat, vir è plebe, et si nomen in +tantillâ re placet Jordanes dicebatur. Hæsit ergò in illa regione, et +cum sibi eæ sedes placerent, indè etiam duxit uxorem. Hanc cum caram +haberet, omnibus que officiis mutuam gratiam affectaret, illa dejectis +luminibus mœsta, crebrò in singultibus et cæteris mœrentis animi +indiciis erat. Viro denique sciscitanti mœstitiæ causam, se enim nullis +quod sciret amicitiæ muneribus defuisse. Quid tu, inquit mulier, tam +egregiè fingis amorem? Num putas latere me quam tibi vilis sim? Simul +que largos gemitus cæpit effundere. Ille attonitus in amplexus mœrentem +recepit, rogare perseverans, numquid eam offendisset; peccavisse se +forsitan, sed culpam emendatione deleturum. Ad hæc illa, ubi autem sunt +verbera, inquit, quibus te amare docuisti? Hoc certè potissimum pacto +maritorum in uxores apud nos benevolentia et cura sancitur. Hoc à +Jordane audito, primum stupor continuit risum; mox utroque vanescente, è +re suâ esse putavit, ut uxorem eomodo haberet, quem ipsa præscripserat; +nec multo post arripuit cœdendæ mulieris causam, et illa fustibus +mitigata, tum primum bona fide amare et colere virum cœpit. Eamdem +historiam recitat Petrus Petræus de Erlesunda, part. 5. chronic. Moscov. +qui addit flagella à maritis primò statim post nuptias comparari +ustensilia inter domestica ad eosdem usus. Forsan ex suprà dictis +dulcamari amoris ratio petenda. Nam ad emendationem ista flagra non +spectant. Mulieres enim malæ, si quæ sint, nec minis compescuntur, nec +irâ, si vel silice dentes excutiantur, ut loquitur Simonides apud +Stobœum. Bonus vero maritus tantùm abest carissimum pectus plagis +excruciet, ut potiùs cum illo homine, quem ex Senecæ deperditis B. +Hieronimus, lib. 1. contra Jovianum describit, exiturus in publicum +fasciâ uxoris pectus colliget. + +In flagellatione lumborum renibus excalefactis seminis materiam, vel +incitari vel augeri juxtâ cum Meibomio patre existimavi, et quomodo cum +circulatione sanguinis renum illud officium à Sennerto, Olhafio, Wormio +nostro et Meibomio defensum conciliari possit, in anatome reformatâ +pridem docui. + +Quæ si explere non possint desideria eruditorum, nihil verius quam à +communi causâ, sanguinis nempe colore, in lumbis flagellatis accenso, et +libidinem veneream et renum calorem tecum advocare. Hinc situs corporis +supinus ad seminis profluvium dormientes invitat, calore lumborum +excitato. Hinc regio fricata ad œstrum veneris proritat, quam voluptatem +vitæ damno quidam Lutetiæ luit. + +Hinc deniquè lumbis remedia refrigerantia adhibemus, quando gonorhœa +molesta est. Renibus emplastra applicat Actuarius, lib. 4. meth. med. +cap. 8, quæ robur addunt et minimè calefaciunt. At plumbi laminam lumbis +apponit Oribasius. lib. 4. de loc. affect. curat. cap. 107. qui in hoc +negotio distinguit lumbos à renibus. In fragmento enim de victûs ratione +in quolibet anni tempore, quod primus, Basileæ 1528, edidit Albanus +Torinus, serio monet, ne quis nimium lumbos infrigidet, ne his nimis +infrigidatis lædantur renes. De renum vero officio ad seminis +generationem nihil ampliùs addo, quia in dubium vocavit clariss. Vallæus +ex principiis circulationis, quo præceptore semper gloriabor. Ea fuit +istius temporis hæresis, cujus multi discipuli errant, multique +doctores, quæque inter initia, cum magno impetu cæpisset, sensim +extincta est. Quippe nunc ad alia distrahuntur ingeniorum curiositates, +novæque occupationes veteribus substituuntur, post quam abdita humani +corporis secreta perrumpere cordatius cœperunt Doctorum cogitationes, +non contentæ ea scire quæ hactenus credita potiùs fuere quam ostensa. +Vale. + +Ex Tusculano meo Hagestedano, 24 octobr. 1669. + + + + +JOAN. HEN. MEIBOMII + +DE FLAGRORUM USU IN RE MEDICA ET VENEREA. + + +En accipe sis tandem, amicissime Cassi, quem ex vino tibi debeo, de +flagrorum in re veneria usu et quo porrò res ipsa nos traxit, de +præcipuo lumborum renum que officio discursum[88]. Eum enim pollicitus +tibi nuper fui, cum apud communem utriusque nostrum amicum Cl. Martinum +Gerdesium Illustrissimi Principis tui Consiliarium, ac Collegam tuum in +cœna una essemus. Primum autem, quâ occasione vix memini, ad morborum +curationes verbera et plagas aliquando facere dixi; quod παράδοξον vobis +videbatur. Id vero experientiâ ita esse compertum, ego asserere, et ad +Medicos provocare, qui passim id doceant, ac testentur. Maniacos, sanè +jam olim Titus, Asclepiadis discipulus (qui sub D. Augusto vixit, ut in +vitis Medicorum ostendi) lib. II. de animâ, flagellis docuit coërcendos, +ut sinistro mentis judicio depulso resipiscerent. + + [88] L’édition de 1665, dit _non adeò invulgato usu_, etc. + +Testis est Cælius Aurelianus, lib. I, tardar. passion. cap. V. Ex amore +melancholicos, aut insanientes, si alia nihil prosint, non pauci sunt, +qui vapulare jubent; sæpè etiam errore discusso ad bonæ mentis frugem +ipsos eo ingenio reduxerunt. Rhases, lib. 1. Contin. cap. 4. subindè ex +Judæo, Medico celebri, et quem in testimonium citat, τον έρωτομανη ubi +alia nil prosint, ligari jubet, et vapulare fortiter, et pugnis percuti, +id que vicibus repetitis, si non statim subsequatur effectus. Cum una +hirundo, ut ait, ver non faciat. + +Rhazi subscribit Ant. Guainerius, Pract. tract. 15. cap. 8. Et Valescus +de Tarenta, Philonii, lib. 1, cap. 11, cujus verba ipsissima hæc sunt: +Si juvenis est, flagelletur culus ejus cum verberibus, et si non sistit, +ponatur in fundo turris cum pane et aquâ, donec veniam à sua insaniâ +petat; et teneatur in disciplinâ. + +Si Senecæ credimus, lib. 6, de benefic. cap. 8, quorundam flagellis +quartana discussa est: ob atri forte lentique humoris ex flagellatione +incalescentiam, et dissipationem ex motu, ut non ineptè conjicit J. +Lipsius, in comm. + +Medicos alios gracilium corpora, ut pinguefierent et incrassarentur, +virgis verberari voluisse, auctor est Hier. Mercurialis, lib. 4. de arte +gymnast. cap. 9. et mangonum exemplis, id fieri posse, jam pridem +ostenderat Galenus. Meth. Med. lib. 14, cap. 16. Carnem enim ita +elevari, arque ad eam alimentum attrahi certum est. Membra insuper +resoluta urticarum virentium fasciculis flagellari solere, ut calor +sanguisque in partes penè emortuas alliciantur, in vulgus notum est: +Quas plagis ferulæ insuper cædendas Themison voluit, lib. 1, tardar. +passion. apud Cæl. Aurelianum, lib. II. Chr. Cap. 1. + +Elidæus Paduanus, Consil. Med. 282, ad faciliorem variolarum eruptionem +tenella etiam, et innoxia infantium corpora, urticarum earundem incussu +converberare non veretur. Monstro ferè simile est, quod de verberum usu +in alvi obstructione refert Thomas Campanella, ordinis Prædicatorum +Monachus, quem Neapoli Campaniæ olim novimus. Is Medicinalium, lib. III, +cap. 5, art. 12. Princeps Venusiæ, inquit, Musicâ clarissimus nostro +tempore, alvum deponere non poterat, nisi verberatus à servo ad id +adscito. Addit, posse hoc metui dari, cogenti spiritum ad interiora; +quod nunc non disputo. + +Esse verò, qui in venerem virgarum plagis stimulentur, aut in libidinem +verberibus accensi despument, partemque illam quâ viri sumus, ad +flagelli numeros sonosque insurgere; hoc illud erat quod asserenti mihi +tam facilè credi non posse putabas. Faciam tamen ut id credas, mi Cassi, +ubi testimoniis auctorum non proletariorum, non vice simplici id usu +venisse ostendero, atque argumenta insuper dixero rationesque, ob quas +fieri id ita potuisse, vel alii putarint, vel ego existimem. Nec tamem +nunc de urticarum viridium in inguina incussibus verborum multum faciam. +Iis enim brevitatem virgæ virilis, si sterilitas ob eam metuatur, +emendari, virgamque magnificari, adfirmat Menghus Faventinus, Pract. +part. II. cap. de passion. memb. generat. Iisdem languentem aut sopitam +Venerem excitari, vel Petronius tuus docere te poterit. Apud eum +Eucolpio. «Funerata erat pars illa corporis, qua quondam Achilles fuerat +et frigidior rigente bruma confugerat in viscera mille operta rugis, +lorumque in aquâ, non inguen erat;» ut verba sonant auctoris. Huic cum +Enothea, Priapi Sacerdos promisisset, fascinum tam rigidum reddituram, +ut cornu; nasturtii succum cum abrotono miscet, perfusisque ejus +inguinibus, viridis urticæ fascem comprehendit, omniaque infrà umbilicum +lentâ manu cædit. + +Ego de verâ fortique flagellatione, tecum acturus sum, deque eâ primùm +nunc audiemus Joan. Picum, Mirandulæ Comitem, qui seculo abhinc uno ac +dimidio vixit. Is lib. 3. contra Astrologos, cap. 27. de familiari +quodam suo. «Vivit adhuc, inquit, homo mihi notus, prodigiosæ libidinis +et inauditæ. Nam ad Venerem nunquam accenditur, nisi vapulet. Et tamen +scelus id ita cogitat; sævientes ita plagas desiderat, ut increpet +verberantem, si cum eo lentius egerit, haud compos plenè voti, nisi +eruperit sanguis, et innocentes artus hominis nocentissimi violentior +scutica desævierit. Efflagitat miser hanc operam summis precibus ab eâ +semper fæminâ quam adit, præbetque flagellum, pridiè sibi ad id officii +aceti infusione duratum, et supplex à meretrice verberari postulat: à +quâ quantò cæditur duriùs, eò ferventiùs incalescit, et pari passu ad +voluptatem doloremque contendit. Unus inventus homo, qui corporeas +delicias inter cruciatus inveniat; et cum alioquin pessimus non sit, +morbum suum agnoscit et odit. Hæc Picus; ex quo rei meminêre Joan. +Nevizanus, Silvæ nupt. lib. 1. num. 130. Thom. Campanella, loco adducto. +Quod si animi non fallor, idem etiam cum Pici hoc familiari ille fuit, +cujus Cælius Rhodiginus mentionem facit lect. antiq. lib. II, cap. 15, +et ex Cælio Andreas Tiraquellus in lege connubiali 15, num. 5. Ita autem +Cælius: + +«Non multis ante annis vixisse quemdam in veneriis non gallinaceæ +salacitatis, verùm ingenii stupendi maximè, quodque vix impetret fidem, +ex adjuratissimis compertum est: qui quò pluribus affectus fuisset +plagis, eò impetuosiùs ardentiùsque in concubitum ferebatur præceps. +Fuit omninò mira res: nescires utrùm affectaret avidiùs verbera, an +coïtum: nisi quod illorum mensurâ libidinis voluptas constabat. Proindè +extentis precibus difflagellari exposcebat pridiè quàm id pateretur, +flagello aceti asperitate obdurato. Quod si converberator lentiùs agere +fortè visus, velut exstimulante rabie, conviciis incessebat: nec factum +sibi satis arbitrabatur, ni inter cædendum sanguis se ostendisset. Unus, +opinor, mortalium inventus, qui eodem impetu in supplicium ferretur, ac +delicias: quique inter tormenta, sensuum titillationes, ac æstuantem +pruritum vel expleret, vel incenderet.» Accedat his alius consimili +naturâ præditus ex Othone Brunfelsio medico celebri: quem is, in +Onomast. Med. in verbo coïtus, apud Monachiam, Bavariæ Ducum sedem, suo +tempore vixisse, et cùm uxore res mariti agere nequiisse, nisi acriter +antè flagris concisum, testatur. + +Addo[89] exemplum, quod dum Lubecæ hic ago, contigit. Civis quidam +Lubecensis, butyri et caseorum propolâ, in plateâ habitans, quæ à +molendinis nomen invenit, præter alia facinora ob commissum adulterium +ad magistratum delatus, caussâque cognitâ urbe excedere, ac solum +vertere jussus fuit. Meretricula, cui is adsueverat, coram Senatoribus +judicio criminali præfectis, quos vulgò die Gerichts Herren vocant, +confessa est, nunquam illum acrius, quàm virgis prius secundum dorsum ab +se difflagellatum, arrexisse, et virum se præstitisse: officio verò +peracto, nisi denuò flagris cœsum, vix ultrà quidquam patrare potuisse. +Adulter ipse idem primò quidem negare: seriò tamen et severè +interrogatus, non inficias ire. Testes do ipsos judicii criminalis id +temporis Senatus nomine præfectos, Thomam Storningium, et Adrianum +Mollerum, amicos meos, etiamnum, ut nosti, superstites. Pauci +insupersunt anni cum in primariâ confederati Belgii urbe, vir in non +parvâ dignitate constitutus venerique ad modum deditus deprehensus fuit +cum mulierculâ quadam consuevisse; cum quâ tamen nisi flagellorum +ictibus excitatus, vix aliquid patrare potuerit. Hic verò re ad +magistratum delata, officio motus, pœnam dedit lasciviæ, diù que + + [89] L’édit. de 1665. in-32, ajoute: verò et recens nuperumque. + + Hæc fuit in toto notissima fabula vulgo. + +Quibus exemplis, cum fidem, ut puto, derogare nec velis, nec possis; +videamus nunc tandem an aliqua monstrosæ hujus rei, ut videtur, reddi +possit ratio. Si Astrologos consultum eas, rem omnem illi in astra +referent, et cœlum accusabunt, quod peculiari occultoque influxu +peculiarem ejuscemodi ac prodigiosam fere naturam hominibus aliquando +conciliet. Damnatam nempe dicent, ut Picus ait, in hominis geniturâ +Venerem, atque adversis ut alio modo minantibus radiis flagellatam, qua +de re pluribus edocere nos satagit Franc. Junctinus, de judiciis +nativit. cap. 6. Verùm cum cœlum et astra caussæ sint universales et quæ +tam particulares effectus in uno atque altero individuo caussare +nequeant, rejicit eas non immeritò Picus, et causam proximiorem quærit. +Putat autem eam in familiari suo fuisse consuetudinem. Ita enim in +narratione illa pergit: «A quo, diligenter tam insolitæ pestis caussam +cum sciscitarer; à puero, aïebat, sic adsuevi. Et me rursus +consuetudinis caussam interrogante, educatum se cum pueris +scelestissimis, addidit, inter quos convenisset hæc cædendi licentia, +quasi pretio quodam, mutuum sibi vendere flagitiosâ alternatione +pudorem.» + +Ejusdem est sententiæ Cœlius, Pici ut historiæ, ita et opinionis in +caussâ adsignandâ transcriptor; cujus hæc verba: «Quod nec mirum minus +est, non latebat hominem flagitii inusitata species, seque in eo +execrabatur, ac sibi ipsi erat infestus. Cæterùm consuetudine depravatâ +amplius prævalente, utebatur vitio, et improbabat. Irroborârat verò ea, +radicesque egerat altiûs, quod ita erat assuetus puer, communicatâ +stupri fœditate inter æquales, plagarum allectatione. Documento inde +præsigni, quantum moribus inolescendis educationis possit ratio. Hæc +illi. Ego verò non nego, consuetudinis vim esse magnam; ac ferè in +naturam eam abire, pridem me docuit Aristoteles, lib. de memor. et +reminisc. cap. 3. et lib. 7. Ethic. cap. 10, et notavit Ennius ubi ait: + + Usus longus mos est, ac meditatio crebra, + Hunc tandem assero naturam mortalibus esse. + +Eleganterque ostendit Galenus, quantam vim et potentiam consuetudo in +omnibus rebus habeat, lib. de consuetud. cap. 2 et 3, alteramque naturam +vocat, lib. 2 de temper. cap. 4 et lib. 3 de simplic. cap. 18. Fortè +etiam in Cœlii illo, aut Pici exemplo, successu temporis consuetudo +aliquid ad rem facere potuit. At in altero Brunfelsii, aut quod ego +commemoravi, caussa illa non procedet. Et cur alii ejusdem sodalitatis +pueri, cum Pici familiari idem non passi sunt? inquit Thomas Campanella +superius adducto loco. Consuetudo enim particulariter tantùm aliquid +caussat, atque in uno aut altero saltim individuo. Neque omnes isti quos +recensuimus, ab ineunte ætate flagitiosâ illâ alternatione pudorem sibi +invicem vindidisse aut flagris in Venerem primis ab annis se invitasse, +verisimile est. Gratulamur nos Germaniæ nostræ, quod scelera ista +perversæ Veneris, et puerorum contumeliæ, aut mutuæ alternæque marium +inquinationes in ipsâ ferè ignorentur, aut ab aliquo fortè perpetratæ +(si tandem exemplum reperias) severè flammis ultricibus puniantur. +«Nihil tale novere Germani: et sanctius ad Oceanum vivitur, dicebat olim +de majoribus nostris Quintilianus, Declamat. Pro milite Mariano, cujus +pudicitiam tentaverat Tribunus; quâ de re plura diximus in Comment. ad +jusjur. Hipp. cap. 18. + +Cum itaque nec astra, nec sola consuetudo in caussa sint, ob quam flagra +libidinem concitent, videamus porro, num alia quæpiam subesse queat; +quam ut investigemus, utique paullo altius nobis res fuerit arcessenda. +Sciendum igitur, flagellationem istam, virgarumque incussus, non alibi +quam in dorso factos: quod et meretricula Lubecensis illa confessa est, +et de cæteris æquè certum est. Neque enim partes illæ, quibus viri +sumus, virgarum flagra et quidem ad sanguinis eruptionem, ferre queunt: +et communiter flagra tergo sive dorso incutiuntur. Dorsi autem +potissimam partem absolvunt lumbi. Pars nempe illa corporis, cujus +fundamentum sunt quinque vertebræ, quæ post thoracis vertebras locatæ, +ad os sacrum continuantur. Has musculi, et cum adipe cutis extrinsecus +tegunt, intrinsecus musculi succingunt, quos Græci ψόας appellant. Iis +porro incumbunt renes, dexter et sinister, unus in quoque latere, et +quatuor ferè vertebrarum spatium suâ magnitudine occupant; ac venæ cavæ +arteriæque magnæ annectuntur. Tam à venâ autem cavâ, quam arteriâ magnâ, +et insignia renes in se recipiunt vasa, quæ emulgentia vocant; uterque +nempe utrinque vas unum; venam et arteriam: quæ per ramos deindè in +ipsam eorum substantiam variè disperguntur. Dextra parte venæ cavæ, sub +ipsa emulgente, oritur seminaria vena dextra, et eodem loco ex arteriâ +magna, arteria seminaria utraque ad testiculum dextrum descendens. Parte +sinistrâ, arteria seminaria ex magnæ arteriæ trunco, vena verò seminaria +ex sinistrâ venâ emulgente profectæ, sinistro testiculo inseruntur. Nec +desunt nervi, qui ex spinalis medullæ portione, in prædictis vertebris +contenta, ad renes mittuntur, nec in eorundem tantum tunicas, sed +substantiam quoque pertingunt. Ex ipsâ demum cavitate renum, ureteres +producti vesicæ implantantur. Hæ partes omnes, ut unâ lumborum +apellatione venire possunt: ita unum communemque etiam iis usum +adsignari par erat, ut rectè statuit Marsil. Cagnatus, Variar Lect. lib. +4, cap. 7. In singularum quidem partium usum, ossium, musculorum, renum, +vasorumque, sat accuratè anquisivere auctores, at quem in commune omnes +conferant, insuper habuerunt investigare. Cagnatus omnes, quemque tamen +suo modo, semini tum elaborando, tum ipsi generationis operi +perficiendo, quod naturalissimum vocat Philosophus, lib. 2. de An. text. +35, dicatos censuit. Neque aliò videntur inclinare Hieron. Montuus +Pract. part. 1, lib. 4, cap. ult. et è jurisconsultis vestris Andr. +Tiraquellus, L. Connub. 15, num. 40, 41, 42. Atque id quidem non +immeritò, nec temerè. Tale quid enim et lumbis, et renibus, ac +lateribus, tum sacræ litteræ, tum antiquitas omnis, sivè sacros, sivè +profanos scriptores consulas, unanimi consensu jam olim attribuerunt. Et +sacræ quidem litteræ opus generationis lumbis non uno in loco deferunt, +ut Genesios, cap. 35. vers. 11. Reges de lumbis tuis egredientur; et +apud Apost. Epist. ad Hebr. cap. 7, vers. 5. Filii Abraham, dicuntur, +egressi de lumbis ejus; et vers. 10, Levi in iisdem fuisse dicitur. Unde +Basilius magnus comment. In Esaïæ cap. 16 in plerisque, inquit, +scripturæ locis, lumbus sumitur pro genitalibus membris et Origenes, dum +Homil. 1, in illud Psal. 37, v. 8. «Lumbi mei impleti sunt illusionibus: +commentatur; in lumbis, inquit, humanorum seminum receptaculum esse +dicitur, ex quo illud genus indicatur peccati, quod per libidinem +geritur. Et proverbium est apud Hebræos, ut lumbos præcingere, aut +succingere, dicant pudicitiam servare et à libidine sibi temperare; Hoc +respectu Jehovah ad Jobum, Jobi C. 38, v. 3 et C. 40, v. 2. «Accinge +sicut vir lumbos tuos, h. e. sicut vir fortis restringe luxuriam: ut in +iis sit, inquit Isidorus, Orig. lib. 11, cap. 1, resistendi præparatio, +in quibus libidini est usitata dominandi occasio. Confer Suidam in voce +PSOA. + +Huc trahit D. Hieronymus Comm. in Nahum, illud prophetæ c. II. v. 1. +contemplare viam tuam, conforta lumbos, robora virtutem valdè. Uti et +illud de Joanne Baptista, Matth. c. 3. v. 4. «Habuit zonam pelliceam +circà lumbos suos.» Quem proindè nos imitari jubet Gregorius Nazians. +Orat. 42. et Nicetas in comment. ibid. Neque aliter intelligendus +Esaïas, cap. 32. vers. 11. Jeremias, cap. 1. vers. 17. D. Paulus ad +Ephes. c. 4, vers. 14. Neque Salomo, qui de muliere forti et pudicâ ait: +Accinxit fortitudine lumbos suos. Proverb. ult. vers. 17. Apud D. Petrum +verò Epist. 1. cap 1. vers. 13. succinctum esse lumbos mentis, est +luxuriam à cogitationibus arcere, ait Montuus loco laudato. Fallor +etiam, an et Romani huc oculum intenderunt? quando cinctum esse, +modestiæ, disciplinæ, modestique animi putarunt argumentum, discinctum +verò mores dissolutos notare: quâ de re plura dixi in Mœcenate. Hodiè in +Gallis moris est, ut iis, quibus Apollinaris laurea tribuitur, fasciâ +sericiâ, tanquam insigni quopiam lumbi succingantur. Eo Franc. Ranchinus +Comm. in Jusjur. Hipp. castitatis neccesitatem in Medicis notari censet; +Zonam enim renum coërcitionem indicare, et effrenatæ lumborum +cupiditatis abstinentiam. Hinc Dianam, castitatis Deam semper zonam +gestare ab antiquis creditum: Hinc zonam solvere in verbis esse nuptis, +et virginitatis imminutionem notare. Et rectè Aëtius, Tetrab. 1. serm. +III. cap. 8. Veneris usum nocivum esse ait illis, qui lumbos aut renes +habent imbecilles, atque idcircò Elumbes dicuntur. De iis est proverbium +apud Eustathium in navium catalogo. + + ὀσφὺν κατηγώς, ὥστε Μύσιος ὄνος + Lumbos solutus, tanquam asellus mysius: + +quod Hadrianus Junius, cent 6. ad. 48 explicat de mollibus, effeminatis +et elumbibus. Nec aliam ob causam Petronio in Satyrico lumbi soluti, +sunt Venere enervati. Sed et podagricum se esse, inquit, lumborumque +solutorum, omnibus dixerat. Tales Catullo Epigr. 16. sunt; + + Qui duros nequeunt movere lumbos. + +quibus opponit Martialis lib. 5. Epigram. 79. + + Lascivos docili tremore lumbos. + +Et Auctor Carminis liberi fluctuantes lumbos. Carm. 18. + + Ecquando Theletusa circulatrix + Crissabit tibi fluctuante lumbo. + +Fluctuare enim est crebrò moveri, et ad exemplum fluctuum inquietari. +Græcis est ῥικνοῦσθαι, Latinis crissare. Indè ρίκνωμα impudicæ +saltationis genus. Quale est quod nostris hodiè moribus il Bergamasco +vocamus et non nisi à personatis desaltari solet. De illo Juven. sat. +II. + + Plausu que probatæ + Ad terrum tremulo descendunt clune puellæ. + +Arnobius libro 2 «lasciviens multitudo incompositos corporum +dissolveretur in motus, saltitaret et cantaret, orbes saltatorios +verteret et ultimum clunibus et coxendibus sublevatis, lumborum +crispitudine fluctuaret.» Vide in epistolis græcanicis epistolam Megara +ad Bacchidem de Thryallide, si lubet. + +Et respicit huc Persius Sat. 1, ubi de lascivis versibus, et quæ +libidinantem pruritum auditoribus excitant, ait: + + Cum carmina lumbum + Intrant, et tremulo scalpuntur ubi intima versu. + +Et Juvenalis Sat. 6, de tibiis Sacerdotum Bonæ Deæ: + + Nota Bonæ secreta Deæ, cum tibia lumbos + Excitat, et cornu pariter vinoque feruntur. + +Quare etiam Isidorus loco adducto lumbos ob libidinis lasciviam dicto +vult, quod viris caussa corporeæ voluptatis in ipsis resideat. + +Nicolaus Perottus, in Cornucop. planius à lubidine seu appetentiâ +deducit. Esse enim lumbos à lubendo, insertâ M. litterâ, quod sæpè usu +venit. Ita «cumbo à cubo, à pago, pango, à frago, frango,» ait +doctissimus Matth. Martinius, in Lexico Etymol. + +Atque ut lumbis, ita et renibus, lumborum parti, et quidem principi, si +conformationem spectes, idem officium tribuitur. Hos enim ad +generationis officium facere lib. II. Reg. innuitur, cap. 7, vers. 12. +Filius qui egreditur de renibus tuis. + +Undè Tertullianus lib. de carnis resurrect. vocat renes conscios +seminis. + +Hesychius Presbyter, quem corruptè Isicium vocant, Comment. in Levitic. +lib. 1 «Renes, inquit, sunt coïtalium seminum ministeria: et mox: in +renibus coïtalis operationis sunt semina.» + +D. Augustinus enarrans Psalmi 7, v. II, scribit nomine renum +delectationes Venerias intelligi. D. Hieronymus Comm. in Nahum Prophetæ, +c. II. «Omnia, ait, opera, quæ ad coïtum pertinent, renum appellatione +venire,» quod ferè repetit Comm. in Ezechiel. c. 16. + +Verba insuper illa Jeremiæ, c. 17, vers. 10, et Apocalyps. c. II, vers. +20, scrutans renes et corda; Nicolaus Lyra explicat: «examinans et +puniens concupiscentias et cogitationes malas. Per cor nempe +cogitationes, per renes in sacris litteris concupiscentiæ intelliguntur. +Itaque Psalmog. Ps. 26, v. II. Deum rogat, ut renes ipsius et cor urat; +et ex ipso Ecclesia in Hymno illo. «Ure igne sancti Spiritus, renes +nostros, et cor nostrum, Domine; ut tibi casto corpore serviamus, et +mundo corde placeamus.» + +Et communiter Theologi per id, quod Exodi 12, vers. II, præcipitur iis, +qui agnum paschalem comedebant, ut renes accingant, intelligunt +refrænationem libidinis.» + +Ausonius renibus uti, usurpavit pro libidini indulgere, Epig. 13. Utere +rene tuo. Et vulgò joculari sermone nostratibus renes purgare dicuntur, +qui Veneri litant. + +Quæ causa est, cur Hippoc. lib. de morb. int. Aristoteles, Prob. sect. +6. Probl. II. Galenus lib 6. Epid. Comm. 6. Aëtius Tetrab. 1, serm. 3, +c. 8. Avicenna lib. 3 fen. 8 tract. II, c. 11, plurimique Medicorum +alii, Veneris usum nimium renibus obesse nos docuerunt. Hinc est, quod +renes olim Veneri dicati erant. + +Fulgentius enim lib. 3 Mytholog. in fabulâ Peleï et Thetidis, ex +Democriti Phisyologiâ, memor libro refert Ethnicos, quod singulas partes +in homine singulares Deos obtinere putarent, Jovi caput, Junoni brachia, +Minervæ oculos, Neptuno pectus, cinctum Marti, renes Veneri, Mercurio +pedes adsignasse. + +Quod si etymologiam denique nominis et originationem inquisieris, +Varroni, Romanorum doctissimo, ut vocat Quinctilian. Instit. orat. lib +10, cap. 1, renes dicti fuere ἀπὸ τοῦ ῥέειν, quasi rivi ab his obscœni +humoris, puta seminis, oriantur, si Lactantio credimus, lib. de opific. +Dei c. 14 et Isidoro, Orig. lib. 11, c. 1. Neque est, ut per obscœnum +humorem urinam intelligas, quod quibusdam placere video. Explicans enim +Varronem Isidorus, venæ et medullæ, inquit, tenuem liquorem desudant in +renibus qui liquor rursus à renibus calore Venereo resolutus decurrit: +quod de urina nemo sanus dictum adserat. + +Et Hebræi renes à concupiscentia appellant duplici voce hebraicâ quæ +significat, efflictim cupere. Et quia renes in lumbis ad latera sunt +siti, hæc etiam ad Venerem et opus generationis facere, creditum fuit. + +Hinc apud Ovidium lib. 1, Amor. El. 8, pudicissima illa fœminarum, ut +credebatur, procorum vires probatura, et robustum latus, arcum ipsis +proponit, jubetque νευρὴν ἐντανύσαι. + + Penelope vires juvenum tentabat in arcu: + Qui latus argueret, corneus arcus erat. + +Nec inficias it Penelope ipsa, in Carmine libero, Epig. 69 ad procos. + + Nemo meo melius nervum tendebat Ulisse: + Sive illi laterum, seu fuit artis opus. + Qui quoniam periit, modovos intendite, qualem, + Esse virum sciero, vir sit ut ille meus. + +Undè experiri latus Martiali. Lib. 7, Epig. 57, est Veneris periclitari +vires. + +Hinc El. 10 Ovidio lib. 2, Amor. lateri vires dare, est concitare in +libidinem. + + Et lateri dabit in vires alimenta voluptas. + +Et Apuleio lib. 8, industria laterum est potentia in rebus Veneriis: +Fortissimum, ait, adducunt rusticanum, industriâ laterum atque imis +ventris bene preparatum. + +Juvenali verò et Ovidio lateri parcere, est à Venere temperare. Ita enim +ille de Catamito, Sat. 6. + + . . . . Nec queritur, quod + Aut lateri parcas, nec quantum jussus anheles. + +Hic verò, lib. 2, de arte: + + Et lateri ne parce tuo: pax omnis in illo est. + +Contrà Martiali lib. 11, Epig. 105, latus rumpere est Veneri nimiam +operam dare: + + Et juvat admissâ rumpere luce latus. + +Et lib. 12, Epig. 98. + + Rumpis, Basse, latus, sed in comatis. + +Item Tibullo, aut si quis alius est auctor, in Iambis ad Priapum. + + Et inquietus inguina arrigat tumor, + Neque incitare cessat usque dum mihi + Venus jocosa molle ruperit latus. + +Petronius in Satyrico dixit latus convellere. Timebam, inquit, ne frater +latus convelleret. Alibi etiam latera invalida, emerita, exfututa, +defecta, et defessa, sunt Venere exhausta. Ovid. Amor. lib. 3, Eleg. 10. + + Vidi ego cum foribus lassus prodiret amator. + Invalidum referens, emeritumque latus, + +Catulus, Epigr. 7. + + Cur non tam latera exfututa pandas? + +Priapus in Carmine libero, Epig. 15. + + Ipsi cernitis: ex fututus ut sim, + Confectusque, macerque, pallidusque, + Defecit latus, et periculosam + Cum tussi miser expuo salivam. + +Suetonius in vitâ Caligulæ c. 36. Valerius Catullus, consulari familiâ +juvenis, stupratum à se Caligulam, ac latera sibi contubernio ejus +defessa, vociferatus est. + +Apuleius lib. 8. Diù vivas et Dominis placeas, et meis jam defectis +lateribus consulas. Ex quibus omnibus tam clarè liquet, ut Plauti verbis +hic utar: + + Quam solis radii olim, cum sudum est, solent. + +Neque novam esse opinionem, aut nuper natam, sed fundamentum habere in +unanimi totius antiquitatis consensu, sacrarum etiam litterarum +testimonio firmatam, lumbos, lumborumque partes, renesque ad +generationis opus facere. Communis autem sententia, seu Doctorum opinio, +ut jurisperiti tui loquuntur, Cassi, non potest totaliter esse falsa. Et +probabilia sunt, inquit Aristoteles lib. 1, Topic. cap. 1. Text. 7, «quæ +ita esse videntur aut omnibus aut plurimis, aut certè sapientibus; atque +iis, vel omnibus, vel plurimis, vel iis, quorum spectata et perspecta +sapientia et qui hoc nomine clari et illustres sunt.» Quæ itaque ei rei +subsit ratio, operæ pretium nunc porrò fuerit inquirere. Simul enim et +caussam invenerimus, ob quam lumbis inflictæ plagæ et flagrorum verbera, +libidinis sint incentivum. + +Cagnatus quidem, et qui ipsi favere videtur, Montuus, rem omnem lumbis +tribuit, quatenus ex iis constituntur partibus, quas paullo antè +recensuimus. Ex vertebris nempe, musculis, renibus, venis, arteriis, +nervis. Ita tamen ut venis nimirùm et arteriis seminariis principatum +tribuat, ut quæ et materiam semini præbeant, albescentemque humorem, qui +vel semen jam sit, vel mox futurus, in se contineant, et à se ad testes +amendent. Atque ab hoc humore, in venis arteriisque turgente, seminis +projiciendi prolubium ait excitari, et pollutiones nocturnas caussari, +in iis præsertim, quibus ob decubitum dorsum vasa illa incalescunt. +Bartholomæus Montagnana Consil. Med. 37 et Nemesius Philosophus, lib. de +nat. hom. c. 27, renibus, parti lumborum, rem totem transcribunt, quod +et Joh., Matthæus facit, Quæst. Med. 90. Garyopontus, medicus Ladinus, +sequioris tamen ævi, lib. 3. Pract. c. 34, et nuper Cl. Dan. Sennertus, +Præceptor olim noster, et amicus, dum in vivis erat, honorandus, Pract. +lib. 3, part. 7, Sect. 1, c. 1. Petrus Laurenbergius in procestriis +annotationibus anat. lib. 1, cap. 4, et colleg. anat. disp. 6, th. 17, +et noster tandem Gasparus Hoffmannus, Inst. med. Nec tamen omnes illi +eodem modo rem explicant. + +Barthol. Montagnana quidem, examinans Avicennæ locum, lib. 18, fen. 3, +c. de renibus et ren. calc. Subtiliter, aït, memorandum est, propter +quid renum debilitas ab Avicenna dicatur causa defectus coïtus. Et +postquam dixisset, materiam seminalem perfectionem adæquatam indipisci à +testium temperie et facultate, subjungit; materiam eamdem necessum +habere prædisponi in membris superioribus, in quibus potentior sit vis +digestiva, ut in hepate et renibus: in illo nempe remotius, in his +proximius. Et prohindè concludit, impossibile esse semen verum generari, +nisi membra illa, hepar nempe et renes, sint debitè complexionata et +organizata in complexione et unitate suâ. + +Nemesius verò salsedinem tantùm quamdam à renibus ad testes transmitti +putat, quæ appetitum, aut pruritum potius, in genitalibus excitet, atque +ita suo quodam modo ad Venerem faciat. Renes, inquit, sunt sanguinis +purgamina, et ad coïtum fiunt causa appetitus. Nam venæ quæ in geminos +delabuntur, per renes transmeant, et illinc acorem quemdam hauriunt +appetitum irritantem eo modo quo sub cute genitus acor pruritum facit; +et quò geminorum pulpa cute est mollior, eò magis illi ab acore +lancinati, furiosam ad egerendum semen irritant cupidinem. Neque aliud +innuunt Isidori verba paullò antè adducta. Atquæ eadem ferè est Jo. +Mathæi sententia, nisi quod reni sinistro hic plus tribuat, quam dextro. +«Vena enim seminalis sinistra, inquit, emulgenti juxtà renem sinistrum +implantata, sanguinem multa salsedine aquosa dilutum ad excitandam ὁρμὴν +et generationis stimulum subministrat.» Laurenbergius in procestriis +quidem in genere saltim renes ad generationem facere affirmat. In +diputatione autem, quam dixi, non alio ferè modo se explicat, quam +Matth. Garyopontus. Ait renes naturâ musculosos esse, et nervos ipsorum +inhærere cavernis, quæ genicale semen contineant. Vim nempe +σπερματοποιητικὴν ipsis renibus tribuit, atque ita tribuit: ut quodam +modo in illis semen elaborari et contineri credat. Quæ sententia etiam +est Cl. Sennerti, quamvis hic longè aliâ ratione eam proferat, et +dilucidius mentem suam explicet, ac proximius ad αὐτοψίαν Anatomicam, +quam Garyopontus qui non valdè ejus videtur fuisse peritus. A renibus +nempe non stimulum saltim partibus genitalibus communicari, sed semen +ipsum in iis elaborari, atque ab iisdem porrò transmitti censet +Sennertus, quem sequitur Hoffmannus. L. C. Idque ex eo primùm Sennertus +colligit, quod renes peculiare parenchyma habeant, à cordis substantia, +ut adparet, non multùm differens, aut hepati potius simile, ut vult +Aretæus, lib. 2, de morb. diut. c. 3. + +Peculiari autem parenchymati, quæ Galeni est maxima, lib. 6 de decretis +Hippocr. et Plat. peculiaris vis sanguinem elaborandi, ut cæterorum +viscerum parenchyma, denegari nequit. Et latè probat medicus Kariesatos, +Joan. Beverovicius, lib. de calculo renum et vesicæ, cap. 2. Deinde, cum +vena emulgens venarum omnium à venâ cavâ prodeuntium sit maxima, et plus +sanguinis renes advehant, quam iis requiratur alendis: arteria insuper +amplior sit, quam seroso humori depurando sit opus, verisimile esse +credit, naturam, quæ nihil frustra facit, vasa illa tantâ amplitudine +numquam efformasse, nisi peculiarem finem spectasset. Quem quidem finem +non alium esse concludit, quam sanguinis arteriosi ad renes delationem +ut in ipsorum substantia cum sanguine venoso mixtus, et alteratus, +semini generando materiam suppeditet, ad testes deinde transmittendam. + +Maximè Sennerti sententiam illud confirmat, quod pro diversâ +conformatione renum et vasorum renalium, in quibus aliàs valdè ludere +solet natura, alii aliis, proniores sunt in libidinem, et ad +perpetrandam magis fortes. Exempla habemus apud. Salom. Albertum in +observationibus et Joan. Riolanum Antrop. lib. 2, cap. 27, qui Eorum +libet cadaver masculum secuit hominis ultimo supplicio ob facinora +affecti, in quo uterque se reperiisse scribit tres emulgentes in dextrum +renem, venas verò spermaticas in utroque latere ex emulgentibus +descendentes. Salom. Albertus ex hoc rectè colligit uberiorem seminis +proventum et salacitatem inexhaustam, quaque vix satiari potuerit: dequâ +hominem ipsum etiam paulò ante supplicium aït conquestum fuisse. +Riolanus suum scribit totum in Venerem fuisse pronum, atque ob +Trigamiam, quod tres viventes haberet uxores, strangulatum. Adde +Philipp. Salmuth. Obs. Med. cent. 1. Obs. 23, qui duos ob rem veneream +valdè infames secuit, in quorum posteriori renes maximi, ut ternos, immò +quaternos alios humanos æquare possent. Pergit Sennertus et quærit, qui +fiat, nisi sententia hæc admittatur, quod sapor ille, ac odor, qui in +animalibus pluribus non castratis, per universum corpus diffunditur, +maximè tamen in renibus percipiatur, ac potissimùm in animalibus +adultis; in novellorum ac teneriorum renibus, dum nondum fœminas ineunt, +non reperiatur? addit præterea ex Oribasio lib. 6. Collect. c. 38, ex +retento semine renes male affici; inter calidorum renum signa à Medicis +recenseri propensionem ad libidinem, somnia libidinosa, et nocturnas in +somno pollutiones; qualitates insuper seminis ex renum constitutione +Practicis deduci. Quemadmodum et renes calidos indicat prompta libido et +salacitas, renes frigidos Veneris nullum ferè desiderium et appetentia. + +Denique in gonorrhœâ lumbis ad renum regionem pro semine imminuendo aut +alterando remedia adplicari, ex Aretæo docet, lib. 2 Chron. c. 7, et +Alex. Tralliano lib. 9. c. 9. + +Atque huic Sennerti sententiæ probandæ, adde quod Plinius habet, lib. +34, c. 18. Plumbum, alligatis lumborum et renum parti laminis, +frigidiore naturâ inhibere impetus Veneris: additque exemplum: Calvum +Oratorem vasa Veneria sponte naturæ erumpentia, usque in morbi genus, +his laminis cohibuisse. + +Adde Galenum lib. 5, de tuendâ valet. c. ult. lib. 6. de loc. adf. c. +ult. et lib. 14, meth. med. c. 7, qui athletas similiter ad pollutiones +nocturnas inhibendas, et Veneris impetus compescendos, laminas plumbeas +adhibuisse scribit, et lumbis ceratum ex simplici rosaceo, cum aquâ +frigidâ subacto, applicasse in priapismo. Cæl. Aurelianus. lib. 5. +Tardar. pass. cap. 5, præter laminam plumbeam, spongias puscâ frigidâ +infusas, ut loquitur, circumdandas suadet. + +Adde Aëtium, qui cum Theod. Prisciano, lib. 2, c. 11, lumbis non tantum +laminam plumbeam, et refrigerentia adhibet, sed decubitum etiam supinum +damnat, ne partes lumborum incalescant, et malum inde augeatur, Tetrab. +1, serm. 3, c. 32 et 33. + +Adde Oribasium, Synops. lib. 9. c. 39 et 40, et Paullum Æginetam, lib. +3, c. 55 et 56, quorum uterque idem statuit; hic verò etiam urinas +cientia medicamenta, in gonorrhœa prohibet, ne renibus in lumborum +regione positis noceant. + +Nec latuit hæc res Avicennam, qui lib. 3, fen. 18 cap. 9. inter signa +renum extenuatorum, et exoletorum, ponit defectum coïtus; et c. 11. +caussam debilitatis renum inter alia facit frequentiorem coïtum, et c. +13, ad debilitatem renum corrigendam coïtus suadet abstinentiam. + +Nec ignoravit Aaron, Medicus celebris apud Rhasen, lib. II. Contin. c. 5 +qui aït: Si erectio veretri fuerit debilis, erit caussa ex hepate et +renibus. + +Et trahendus huc Aristoteles, qui animantia alia, præter hominem, +gonorrhœa non laborare ideò putavit, quod in dorsum non decumbant, +Probl. sect. 10, pr. 18. Contrâ equi generosiores, ubi ex insessoris +subsultu lumbique renesque incalescunt, pronâ libidine feruntur in +venerem. Nec videntur hanc rem ignorasse matronæ Athenienses, quæ in +Thesmophorion festo (quando seorsim cubabant à viris, + + Perque novem noctes Venerem tactusque viriles + In vetitis numerabant, + +ut Ovidius loquitur lib. II. Metam. Fab. 11.) + +Ex ἁγνῷ Latini viticem et agnum castum vocant, cubitus sibi sternebant. +Vitex enim ille frutex est, seu arbuscula, libidini restinguendæ dicata. +Igitur ejus folia dorso sibi sternebant, ut eo modo vim seminis +generandi, libidinem concitandi in renibus, partibusque vicinis +morarentur. Historiæ meminere Dioscor. lib. 1, c. 116. Plin. lib. 24, c. +9. Galenus, lib. 6, de simpl. med. fac. Ælian. de anim. lib. 9, c. 16. + +Neque alia est caussa, ob quam renes animalium, et præcipuè hirci, ad +coïtum. + +Atque ab Aëtio partes quæ sunt circà renes Scinci, ad tentiginem fascini +excitandam commendantur, loco adducto c. 35. Nisi quod analogiam quamdam +habeant, et similitudinem cum renibus humanis, ob quam juvare eos +credentur, et ad officium generationi destinatum excitare. Quemadmodum +et iis, qui minus in venerem sunt prompti, inter alia medicamenta, +unguenta calida, non partibus pudendis tantum, sed renum etiam regioni +inungenda, prescribi solent; et diuretica valida, ut cantharides, ac +decubitus in dorsum imperari; ut et renes hoc pacto incalescant; et +semen ac testes concitetur, ad qui in Venerem frigidi languent, +reaccendantur. Undè Rhases lib. II. Contin. c. V. Quoties, inquit, +fricantur lumbi cum medicinis calidis, veretrum crescet in erectione, et +magnificabitur. + +Et Misish Arabs, in Summâ apud eundem Rhasen; Calefactio dorsi, ait, +subvenit ad luxuriam: (h. e. facit irritandæ libidini) et sicut +infrigidatio ejus et dormitio super folia frigida, diminuit luxuriam, +ita calefactio auget in luxuriâ mirabiliter. Ex quibus omnibus primum +hoc concludimus, facere quidem ad Venerem exercendam lumbos, ut ex +partibus suis constituuntur, et cum primis venas et arterias, ut quæ +materiam ac spiritum deferant, quod volebat Cagnatus; præcipuum tamen +organum esse renum παρέγχυμα, cujus beneficio semen primum incipiat +elaborari, perfici deinde porrò, et æquabilitatem indipisci in vasis, +quæ et Sennerti, ut patuit, et nostra est sententia. Nec tamen de nihilo +est, quod Nemesius notabat cum Isidoro, et Matthæus insuper et +Laurenbergius, salsedinem quandam, et serosam materiam simul semini +communicari et tentigini excitandæ à renibus ad testiculos +adimplaustrari, quod verbi ac ipsâ in re usurpat Papias Grammaticus, in +Vocabulario. + +Concludimus porrò, flagra dorso sivè lumbis inflicta, quia partes semini +generando dicatæ, ac semen ad genitales partes deferentes, ab iis +incalescunt, in Venere excitanda, aut libidine, multum posse. Undè non +mirum extincti illos pudoris bipedes libidinisque abominandæ victimas, +de quibus egimus, aut alios nimiâ Venere exhaustos, lumborum partibus +defectis lumbisque solutis, à flagris remedium quæsivisse. Horum enim +incussu partes refrigeratas verisimile est rursus incalescere, ac +materiæ seminali fervorem conciliari, accedente præsertim partium +verberatarum dolore, qui facit, ut uberiùs sanguis, spiritusque +attrahantur; donec calore ipsis etiam generationis instrumentis +communicato, male feriatæ voluntatis desiderium expleatur, et naturâ +etiam invitâ, atque ultra modum potentiæ suæ vi in flagitia adigatur. +Hæc mea est sententia, mî Cassî. + +At inquies, illi quidem, de quibus tu agis, abominandâ libidine +exhausti, ut illicitam Venerem continuarent, porròque in eodem scelerum +cœno se volutarent, remedium hoc usurparunt. Quæris autem; postquam res +ita habet, an non eodem non secus ac medicamentis aliis, citrà crimen ac +reprehensionem uti is etiam possit, qui licitæ quidem Veneri addixit +operam, latera tamen, et quæ præterea utramque hic paginam implere +debebant, languidiora experitur, aut planè, ut Virgilii utar verbis, ex +lib. 3 Georg. + + Frigidus in Venerem senior, frustràque laborem + Jucundum trahit, et si quando ad prælia ventum, + Ut quondam in stipulis vanus sine viribus ignis + Incassum furit; + +ut creditricis etiam, non dicam debito, sed nec τῷ interesse saltim sit +solvendo? Quidni, verò amice Cassi? Te quidem, remedii id genus ut +usurpes minimè opus habere, juramento quinquagenario contendere paratus +sum. Aliud nempe de te, qui medicus audio, atque hac in re ex artis +præscripto judicare quidpiam aut possim, aut debeam, non falsus +conjectator pridem præsumpsi. Aliud modo testatur nuptæ novellæ et +musteæ uterum recenter verminans, testis omni exceptione major, et cui +fides meritò arbitranda, cui felicem etiam justo tempore λύσιν Deum +poscimus. Ut cum aliis idem communices remedium, si qui sint, qui opus +habeant difflagellatore, + + Qui validè intorto verbere terga secet, + +nullos vetabo. Ἀφθόνους esse oportet non Μουσῶν tantum θύρας quod vulgò +dici solet, sed ἰατρῶν maximè. + +Invidentiæ enim crimen, ut Scribonius Largus aït in Epistolâ ad C. +Julium Callistum, cum omnibus invisum esse debeat, tum præcipuè Medicis: +in quibus nisi plenus misericordiæ et humanitatis sit animus, secundum +ipsius professionis voluntatem, omnibus Diis et hominibus invisi esse +debent. + +Ego tamen in tui saltim gratiam, ὦ φίλον κάρα, cum ita volueris, animi +mei sententiam liberius paullò tibi explicare volui. Tu boni qualia +consule, et me tuum porrò ama, quod facis, jocisque innoxiis, qui in +seria tamen ducunt; veniam impertire et bene vale. + +Lubecæ, Kal. sext. anno 1639. + + + + +VIRO SUMMO + +THOMAE BARTHOLINO, + +HENRICUS MEIBOMIUS. + +S. D. + + +Responsarias meas nuper rectè tibi redditas esse, ex magni Simonis +Paulli optimo filio Christiano Paullo lubens intellexi. Significat verò +idem mihi nomine tuo, velle te parentis mei Johan. Henr. Meibomii +epistolam de flagrorum in re veneriâ usu, renumque et lumborum officio, +typographo recudendam dare. Quare nihil mihi gratius potuit accidere. +Traxit quidem epistola illa originem ex liberioribus in convivio jocis, +est que illius editio, parente inscio, Lugduni Batavorum procurata à +magno illo viro cui inscripta est. Placuit tamen pluribus præstantibus +in Europa viris, est que in publicis etiam scriptis à quibusdam laudata. +Quin, cum initio pauca tantum exemplaria essent excusa, inter amicos +distribuenda, cæpit desiderari ab eruditis et anxiè inquiri à curiosis, +cum argumentum nescio quid haberet ἑλκυστικόν Dolui ipse sæpius me +amicis desiderantibus ejus copiam facere non potuisse; nolebam tamen eam +iteratò imprimendam dare, partim, quod non omnia illius probarem partim, +quod inter prima famæ incrementa illorum censuram incurrere nollem, +quibus jam tum hæ tinctæ sale pruriente chartæ nimis fescenninæ +videbantur. Interim tamen antè paucos annos vel Lugd. Batav., vel alibi, +nescio quo editore, recusa est, quod quidem non ægrè tuli, si tamen eâ +de re admonitus fuissem, luculentior prodiisset editio. Nunc verò valdè +mihi gratulor, quod tibi quoque, quem inter primaria sua decora Europa +numerat, ita placuerit, ut imprimendam iteratò censeas, novis +accessionibus per te auctam. Tibi jam ab illis ambitiosè tristibus +periculum nullum est, nec metuis, ne + + Rugato Cato tetricus labello + Nasum Rhinoceroticum minetur. + +Quin sacra hæc aliter non constant, nec Vestalibus aut horribilibus +Sabinis nos scribinus, sed medicis. Meretur verò argumentum illud +examinari accuratius, nec dubito a Te magni ingenii et lectionis +infinitæ Viro, omnia esse adducta, quæ ornare illum locum possint. Cum +tamen edita epistola quædam margini sui exemplaris adscripserit parens, +ea debitis locis inserta, locupletandæ editioni, transmitto. Sunt dein +nonnulla in hac epistolâ, quæ sapiunt anti-Harveïana tempora, in quibus +malo ipse optimi parentis mei errorem agnoscere, quam defendere, cum +præsertim ipsi non cum aliquot tantum doctis, sed cum aliquot sœculis +sit communis. Nostri illud Celsi tui: «levia ingenia, quia nihil habent, +nihil sibi detrahunt. Magno ingenio, multaque nihil ominus habituro +convenit etiam simplex erroris confessio. Et cur non mereatur veniam +error, in quem non tam pertinacia aliqua, quam ævi infelicitate +incurrit? Illa quidem, quæ in initio epistolæ de curatione morborum per +flagellationes refert, aliorum nitantur auctoritatibus, nec dubii multum +habent. Videntur autem recentiores remedia illa, malo ipso si non +majora, ingrata tamen, in superferè habuisse. Illam tamen maniacorum per +verbera curationem, cujus ex Cælio Aureliano, Rhase, aliis que meminit, +superiori adhuc seculo in Anglia fuisse usitatam, quamvis medici ejus +non meminerint, disco ex Bodino qui libro quinto de Republicâ ita +loquitur: «Insania vero interdum in furorem abit: quod furoris genus +verberibus mitescit. Nam Londini furiosorum hominum multitudo eodem +coacta domicilio verberibus acerrimè castigatur quartâ-decimâ lunâ, quæ +major vis est furoris, tumente cerebro. Cujus rei me commiseratio cum +cœpisset, intellexi à curatoribus salutarem esse furoris medicinam.» + +Fœminis apud Romanos palmæ feriebantur, credebatur que hinc prœgnantibus +facilior partus, sterilibus autem fœcunditas accedere. Sat id +superstitiosum erat, fiebatque à Lupercis tantum, amiculo Junonis sivè +pelle caprinâ, ut docet Festus, induti; rident que ipsi Romani, ut apud +Juvenalem sat. 2, videre est. Somnambulos, dum noctu surgunt, probè +verberandos esse nonnulli censent, id quod feliciter cessisse certo +exemplo mihi cognitum est, malo per verbera atrocia feliciter depulso, +nec unquam recurrente. Recenset dein parens flagellationum ad libidinem +concitandam factarum historias, mox que in causas inquirere incipit. +Rejicit autem primùm astra, dein consuetudinem, à quâ solâ rationem +hujus rei deduci non posse, satis, ni fallor, fecit manifestum. Id verò +considerat, flagellationem illam non alibi, quam in dorso, lumbis que +factam, hinc que eruendam veram causam censet. Ostendit igitur, cum +sacras litteras, tum antiquitatem omnem unanimi consensu lumbis +renibusque et lateribus suas in generatione seminis et Veneris usu +partes deferre. Et non pauca quidem ex variis scriptoribus adduxit; +possent autem longè plura ejus generis, ex poëtis potissimùm adferri, +nisi res jam tum clara esset. Ideòque id apud me quoque certum, lumbos +plurimum ad negotium Veneris facere. Quod verò dein probare suscipit, à +renibus in lumbis sitis semen primum elaborari, et si multos præclaros +viros et qui ante et qui posteum vixerunt habeat ὁμοψήφους mihi necdum +probavit. In confesso enim hodiè est apud veritatis scrutatores +sanguinem per arterias emulgentes ad renes deferri, renibus autem per +emulgentem venam in cavam et indè in cor redire: arterias spermaticas +sanguinem ex arteriâ magnâ accipere, venas spermaticas eundem à partibus +seminalibus, partim in cavam, partim in emulgentem venam reducere: +qualis sanguinis motus ex valvularum in his venis constitutione +manifesto probatur. Patet autem indè, nihil à renibus ad testes per vasa +descendere. Interim verum manet, lumbos calidos ad Veneris opus facere, +frigidos illud impedire, rectè que à medicis ad libidinem excitandam aut +supprimendam calida vel frigida lumbis apponi. Ut enim parens meus ipse +ex Cagnato, Montuoque observavit, sunt in lumbis majora vasa sita, in +quibus si sanguis incalescit, necesse etiam est, per arterias +spermaticas eum calidiorem tandem defluere, ipsam que seminalem materiam +facilè mobilem in fervorem agi. De Renibus ita censeo. Si incaluerint +solito magis, sanguini per venas emulgentes relabenti majorem calorem +communicari, cum que continuo ad renes sanguis accedat, relabatur que, +potest à renum calore toti sanguineæ massæ calor communicari major, undè +etiam per arterias spermaticas sanguis calidior descendit. Hinc que +explicari potest, cur quibus calidi renes, ii ad libidinem propensi, et +quæ alia φαινόμενα ad suam sententiam probandam adduxit parens. Fortè +etiam aliquando in illis, quibus jam tum calidus est sanguis, sunt que +proindè libidinosiores, renes etiam calidi à sanguine continuò accedente +fiunt, ceu notum est medicis, ubi errore diætæ incaluit sanguis, renum +peccatum facillimè luere, quia ad eos præ aliis partibus magna quotidiè +sanguinis copia accedit. Tum igitur non tam à renum calori dependet +libido, quam à communi causâ, sanguinis nempe calore et libido et renum +calor. Porrò jam ita rem explico. Per verberum incussus calefit in +lumborum vasis, quà minoribus, quà majoribus sanguis, tandemque in ipsis +etiam renibus, inde tota massa sanguinea demùm, ideòque et per arterias +seminales fervidior elabitur, immò copiosior quoque, dum per illorum +scelestorum ad Veneris prælia se parantium libidinosas cogitationes +concitatur quodam modo versùs spermaticas partes effervescens sanguis. +Ita et per decubitum molliorem, supinum, seminis profluvia incalescente +sanguine concitantur. Equitantes in Venerem pronos fieri notum est, +annotatumque jam tum in Centone problematum quæ sub Aristotelis nomine +circumferuntur, sect. IV. probl. 12. Rationem autem hanc reddit auctor +διὰ τὴν θερμότητα καὶ τὴν κίνησιν ταὐτὸ πάσχουσι, ὅπερ ἐν τῇ ὁμιλίᾳ +propter calorem et agitationem ita afficiuntur, ut in coïtu solent, +planè ad mentem meam. Incalescit enim per motus illos successiones que +equitantium sanguis in vasis lumborum, promoveturque sanguinis per Aortæ +truncum descendentem motus et ita etiam versus partes seminales. +Contrarium quidem testari videtur Hyppocrates, lib. de aër. aq. et loc. +ineptos nimiùm ad Venerem fieri eos, qui multum equitant. Veram +explicandus ille est de continuâ Scytharum equitatione, quæ ad +lassitudinem usque fit, corpusque debilitat ac resolvit, et ita Veneris +stimulos supprimit. Ea verò de quâ ex Aristotele diximus, equitatio +moderata intelligitur, per quam incalescant tantum lumbi. Non placet +nunc progredi et distinctè quo libet ad examen vocare, quæ Parente meo +adducta sunt, argumenta cum præsertim ea, quæ Sennertus habet, parenti +pleraque memorata, jam tum satis feliciter discusserit Nath. Highmorus, +Anatom. Operis lib. I. part. 3, cap. 4. Retinent interim suam +certitudinem multa à Parente proposita, rejectâque tantum illâ de Renum +vi σπερματοποιητικῇ sententia, reliqua fere plana sunt. Fortè ex +recentioribus nonnulli ex suis hypothesibus aliter illa φαινόμενα +explicare conarentur, quomodo Vir quidam ingeniosus qui seminis materiam +chylum, non sanguinem, sibi firmiter persuaserat, per verbera in lumbis +calefieri ampullascentem ibi chyli alveum, tumque ad partes genitales +materiam quoque seminis magis moveri, arbitrabatur. Possem longè alia +adferre, quibus hodiè commentum illud de succo nervoso placet, quem +semini quoque materiam præbere existimant. Verum in illarum hypotheseon +veritatem inquirere, non est hujus loci. Video autem hic verum esse, +quod de omni impensarum genere dicebat olim Grœcinus apud Columellam: +plerosque nova opera fortius auspicari, quam tueri perfecta. Meam tamen, +quam de sanguinis in lumbis incalescentia proposui sententiam, non +hypothesibus, sed certis probatisque niti arbitror; Quod si tibi quoque, +Vir magne, placuerit, longè magis in eâ confirmabor. Vale. Scripsi +Helmstadii in Academiâ Julia. + +Prid. Kal. Sept. ann. 1669. + + + + +NOTICE + +_Des auteurs cités dans l’Ouvrage de J. H. Meibomius, et que j’ai +consultés pour corriger cette édition._ + + +Festus. Titus et Asclépiade. Cœlius Aurelianus Rhasès. Antoine Gaignier. +Valescus de Tarente. Sénèque. Juste-Lipse. Jerôme Mercurialis. Galien. +Thémison. Elidœus de Padoüe. Thomas Campanella. Menghus Faventicus. +Pétrone. Jean Pic, Comte de la Mirandole. Jean Mévisan. Cœlius +Rhodiginus. André Tiraqueau. Othon Brunsfeld. Fransciscus Junctinus. +Aristote. Ennius. Quintilien. Hippocrate. Marsilio Cagnati. Jérôme +Montuus. Origène. Isidore. Saint-Jérome. Arnobe. Suidas. Petrus. +Laurembergius. Celse. Bodin. Brisson, _antiquités du droit civil_. +St.-Mathieu. Jérémie. St.-Paul. Salomon. St.-Pierre. Fr. Ranchin. +Aëtius. Catulle. Martial. Perse. Juvenal. Nicolas Perrot. Mathœus. +Martinius. Tertullien. Hésychius ou Isicius. St.-Augustin. Nicolas de +Lyre. David. Ausonne. Avicenne. Fulgence. Varron. Lactance. Ovide. +Apulée. Tibulle. Suétone. Barthelemy Montagnana. Nemesius. Joh. +Marthæus. Garyopontus. Sennert. Arétée. Oribase. Gaspar Hoffmann. +Kariesatos. Jean Beverovicius. Jean Barclay. Pierre d’Erlesunde. +(Anecdotes moscovites.) Béroalde. Prudence. (Histoire des martyrs.) +Dempster. Cardan. Olhafius. Wormius. Actuarius. Nath. Highmorus. Papias, +le grammairien. Alexandre Trallien. Pline. Licinius Calvus. Théodore +Priscien. Paul Eginete. Aaron. Dioscoride. Ælien. Misih. Virgile. +Scribonius Largus. Plaute. + + +Auteurs cités dans les notes du Traducteur. + +Lucien et Perrot d’Ablancourt. Pérégrinus. Diogène. Racine. Sénèque. +Vossius. Horace. Le marquis de Langle. Ménage et Furetière. M. l’abbé +Chappe d’Auteroche. L’Abbé Boileau. Columella. Matthiole. Arnaud de +Villeneuve M. de Lignac. M. Lemery. Rabelais. Le Duchat (Ducatiana) +Cornelius Gallus. + + +FIN. + + + + +On trouve aux mêmes adresses: + + +Poëmes philosophiques sur l’homme, 1 vol. in-18, frontispice gravé, +représentant la résurrection des arts. 2 liv. 10 sous. + +Les nuits de la Conciergerie, rêveries mélancoliques et poésies d’un +proscrit; 1 vol. in-18, fig. 3 liv. 10 sous. + +Les soupirs du cloître, ou le triomphe du fanatisme, épitre, par Guymond +de la Touche, nouvelle édition, augmentée d’une notice sur la vie et les +ouvrages de l’auteur, et autres poëmes choisis. 1 vol. in-18, 2 liv. 10 +sous. + +Le Pain béni, poëme et autres pièces choisies de Marigny, nouvelle +édition, 1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous. + +Les Amours de Henry et Madeleine, poëme érotique en 2 chants, nouvelle +édition, augmentée de plusieurs pièces en vers et en prose qui n’ont +jamais été imprimées, 1 vol. in-18, fig. 2 liv. 10 sous. + +Œuvres galantes de Palmarêze, 3 vol. in-18, jolie édition, beau papier, +9 liv. + +L’éloge de _quelque chose_, dédié à _quelqu’un_, suivi de l’éloge de +_rien_, dédié à _personne_, nouvelle édition, augmentée du poëme latin +de Passerat, intitulé: _Nihil_, et autres pièces également piquantes, +par divers auteurs célèbres. 1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous. + +Lucina sinè concubitu, ou le plaisir sans peine, traduit de l’anglais de +Johnson, par le citoyen Moët, et Concubitus sinè Lucina, par Combes, +avec le supplément, ouvrage singulier, dans lequel il est démontré +qu’une femme peut concevoir et enfanter sans le commerce de l’homme. 1 +vol. in-18, 3 liv. + +Les Serins, poëme didactique, formant avec les notes un traité complet +pour l’éducation des serins; 1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous. + +Histoire d’Hyppolite, comte de Duglas, par la citoyenne d’Aulnoy, +nouvelle édition, 3 vol. in-18, avec de très-jolies figures, 7 liv. 10 +sous. + + Tout le monde connaît ce roman, qui a eu une infinité d’éditions: + celle que nous annonçons est extrêmement soignée; elle est en petit + texte, sur beau papier. + +Le despotisme, poëme, et autres poésies patriotiques, par Mercier de +Compiègne, 15 sous. + + Cet opuscule, composé sous les verroux du despotisme le plus barbare, + les yeux sans cesse fixés vers le glaive de la mort suspendu sur sa + tête, tient un rang distingué parmi les productions de l’auteur. Il a + obtenu la mention honorable de la Convention nationale, le 7 frimaire, + et tous les journaux en ont fait le plus grand éloge. + +La morale du deuxième âge, ou idylles morales, tirées des jeux de +l’enfance, par Mercier de Compiègne; 1 vol. in-18, 15 sous. + +Histoire du Petit Jacques, ouvrage moral, mis à la portée des enfans, +traduit de l’anglais, nouvelle édition; 1 vol. in-18, 1 liv. + +--Le même, en papier d’Hollande superfin; 2 liv. 10 sous. + +Histoire d’Olivier Cromvel, par A. J. Dugour, 2 vol. in-18, fig. 8 liv. + +Les nuits d’hiver, variétés philosophiques et sentimentales, recueillies +par Mercier de Compiègne; 1 vol. in-18, fig., 3 liv. 10 sous. + + Choix de nouvelles en prose et en vers, qui n’ont jamais été + imprimées, ou qui sont devenues rares. 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Rousseau, 2 vol. in-18, fig., 5 liv. + +Précis historique de la prise de Valenciennes; in-8º, 1 liv. 10 sous. + +Concerts de Romainville, choix d’idylles, ariettes et vaudevilles; 1 +vol. in-18, fig., 6 liv. + +Soirées de mélancolie; 1 vol. in-18, fig., 7 liv. + +Choix lyrique et sentimental; 1 vol in-18, avec 4 superbes gravures, +dessinées par Queverdo; 5 liv. + +Gérard de Velsen, nouvelle historique, par Mercier de Compiègne; 1 vol. +in-18, fig., 4 liv. 10 sous. + +Ismaël et Christine, nouvelle historique, par le même, 1 vol. in-18, +fig. (2me édition) 4 liv. + +Histoire de Marie Stuart, par le même; 2 vol. in-18, avec jolies +estampes, 9 liv. + + + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77388 *** |
