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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77388 ***
+
+
+
+
+ DE L’UTILITÉ
+ DE LA FLAGELLATION
+ DANS LA MÉDECINE
+ ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE,
+ ET DES FONCTIONS
+ DES LOMBES ET DES REINS;
+
+ OUVRAGE SINGULIER,
+ Traduit du latin de J. H. MEIBOMIUS,
+ Et enrichi de notes historiques, critiques et
+ littéraires, d’une introduction et d’un index.
+
+ NOUVELLE ÉDITION.
+
+ A PARIS,
+ Chez C. MERCIER, imprimeur-libraire;
+ rue du Coq-Honoré, Nº. 120.
+
+ 1795.
+
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+ [Frontispice: Delicias pariunt Veneri crudelia flagra,
+ Dum nocet, illa juvat, dum juvat ecce nocet.]
+
+
+
+
+AVERTISSEMENT.
+
+
+On sait que Jean-Henri Meibomius étoit un savant du dernier siècle, qui
+s’est rendu célèbre en médecine, par la découverte des nouveaux
+vaisseaux qui prennent leur chemin vers les paupières, et qu’on a
+appelés de son nom, _conduits de Meibomius_. Il fut long-temps
+professeur de médecine à Helmstadt, sa patrie, et ensuite premier
+médecin de Lubeck, ville d’Allemagne dans le duché de Holstein.
+
+Le petit traité que nous publions est très-curieux, et n’est guère connu
+que de quelques médecins, et d’un petit nombre de gens de lettres. Il
+n’en existe que deux éditions devenues fort rares et fort chères, faites
+toutes deux en pays étrangers et fourmillant de fautes d’impression. La
+première à Londres 1665, in-64, et la seconde à Francfort 1670, in-8º.
+L’une et l’autre étant fautives, nous nous sommes déterminés d’en donner
+une troisième purgée de ces fautes; et pour faire connoître cet ouvrage
+intéressant et utile aux littérateurs, aux gens du monde, et à ceux qui
+ne sont pas familiers avec le grec et le latin, nous avons entrepris de
+le traduire, et nous avons accompagné notre version de notes historiques
+étroitement liées au sujet, d’observations nouvelles puisées dans des
+auteurs modernes, tels que MM. _l’abbé Chappe_, _de Lignac_, _Arnaud de
+Villeneuve_, et _Lémery_, etc., et multipliées au point qu’elles
+forment, pour ainsi dire, un second ouvrage aussi étendu que celui de
+Meibomius.
+
+Nous avons adouci le mieux qu’il a été possible, des expressions trop
+libres dans les citations, de manière pourtant à ne pas nuire à la
+clarté du sujet, dans un ouvrage dont le but est de développer le
+méchanisme des parties auxquelles l’Etre-Suprême a confié l’emploi de la
+propagation de l’espèce, et d’indiquer les remèdes nécessaires à les
+rendre capables de s’en acquitter, quand un vice dans les organes ou des
+excès de volupté ont altéré en elles cette précieuse faculté.
+
+Nous renvoyons ceux qui nous accuseroient d’avoir voulu faire l’apologie
+de la flagellation, à ce qu’ont dit dans les mêmes vues, _M. de
+Bienville_, dans l’avant-propos de son excellent _traité de la
+Nymphomanie_, pages 4 et 5; _M. de Lignac_, dans l’introduction de son
+traité de l’amour conjugal, page 19, et _M. Tissot_ dans celle de
+_l’Onanisme_, pages 7, 8 et suivantes.
+
+Au reste, nous espérons que le plus grand nombre des lecteurs, nous
+saura gré de n’avoir rien négligé pour leur offrir un ouvrage complet.
+
+Il y a des écueils inséparables de la matière, et que le traducteur le
+plus chaste ne peut éviter, s’il veut rendre les pensées de son
+original; c’est ce que nous avons éprouvé toutes les fois qu’il a été
+question de rendre en français les vers libres de Pétrone, Catulle,
+Tibulle, Ovide, Martial et Apulée. Il falloit donc abandonner le
+travail; non, sans doute: à côté des vers libres, je trouvois des
+autorités puisées dans les auteurs ecclésiastiques, les livres sacrés et
+les pères de l’église. L’exemple des St.-Augustin, des St.-Jerôme, des
+Isidore, des Lactance, des Origène et des Tertullien m’encourageoit dans
+mon entreprise, puisqu’écrivant en langues vivantes, ils n’ont pas cru
+devoir se taire sur les crimes obscènes, parce qu’on ne peut les
+désigner sans mots. Au reste, si nous sommes réprehensibles, notre faute
+est celle de Meibomius, et nous nous justifions entièrement par l’aveu
+sincère de la faute même, et si c’en est une, nous n’avons eu d’autre
+motif en traduisant cet ouvrage, que de nous occuper, de nous amuser, et
+de procurer aux littérateurs et aux gens du monde la connoissance d’un
+ouvrage que sa rareté leur avoit fait perdre, et leur en faciliter
+l’acquisition à moindres frais.
+
+J’ai rassemblé dans l’introduction qui suit, tout ce qui peut servir à
+l’histoire de la flagellation, en offrant au lecteur un extrait lumineux
+et discuté de l’ouvrage de l’abbé Boileau sur cette matière: et cette
+compilation nécessaire à mon ouvrage ne laissera plus rien à désirer.
+Nous osons avancer que cet extrait, ceux de Brantôme, et l’étendue des
+notes dont nous avons semé l’ouvrage, dans la vue d’égayer l’aridité du
+style de Meibomius, ne manqueront pas de rendre ce petit traité aussi
+intéressant que curieux.
+
+Quant à la manière dont nous avons traduit le latin, dans lequel il
+falloit remédier à des fautes d’impression ou de latinité, et à des
+demi-mots qui, si je puis le dire, n’étoient que les premiers linéamens
+des pensées de l’auteur qu’il falloit développer, nous supplions le
+lecteur de vouloir bien se souvenir de ce précepte d’Horace dont nous
+avons tâché de faire notre profit, sur-tout quand il a fallu rendre des
+morceaux d’anatomie, qui ne sont plus les mêmes que du temps de
+Meibomius, et suivre la marche nouvelle prescrite par nos nouvelles
+découvertes en médecine, et à laquelle je me suis le plus possible
+conformé.
+
+ Nec verbum verbo curabis reddere fidus
+ lnterpres, nec desilies imitator in arctum.
+
+(HOR. Art. Poët.)
+
+
+
+
+INTRODUCTION.
+
+
+L’abbé Boileau, docteur de Sorbonne, doyen et grand vicaire de Sens,
+sous _de Gondrin_, et ensuite chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris,
+donna en 1700 un ouvrage intitulé: «Historia Flagellantium de _recto_[1]
+et perverso Flagrorum usu apud Christianos, ex antiquis scripturæ,
+Patrum, Pontificum, Conciliorum et Scriptorum profanorum monumentis, cum
+cura et fide expressa,» imprimé chez _Janisson_, en gros caractères, et
+composé de près de 400 pages _in_-12. _Du Cerceau_ et _Thiers_ le
+critiquèrent. On en publia une traduction plus indécente que l’original;
+elle fut réformée par l’abbé _Granet_, qui la fit réimprimer en 1732.
+
+ [1] L’auteur fut obligé d’ajouter ce mot _recto_ au titre, et de
+ retrancher des choses qui choqueroient même dans un traité de
+ chirurgie.
+
+Un auteur anonyme déchargea sa bile sur ce livre, dans un petit ouvrage
+_in_-12, de 43 pages, et qui a pour titre: Lettre à M. L. C. P. D. B.
+sur le livre intitulé: _Historia Flagellantium_. Cette lettre est une
+véritable satyre, et qui attaque M. l’abbé Boileau, d’une manière hardie
+et peu honnête. L’éclipse, dit le critique, que souffrit l’histoire des
+flagellans, dès qu’elle commença à voir le jour, vint d’une suppression
+tacite ou de l’avidité des libraires de Hollande et d’Angleterre, et de
+l’empressement à enlever toute l’édition d’un ouvrage qui devoit être
+d’un grand débit chez eux. On m’a assuré depuis peu, dit-il, qu’on en
+faisoit une nouvelle édition en faveur des mousquetaires et autres
+jeunes gens d’agréable humeur, qui le trouvent fort à leur gré. Il est
+en effet très-divertissant, et peut tenir son rang dans leur
+bibliothèque, entre Rabelais, Bocace et les contes de Lafontaine. Il
+ajoute que cet ouvrage a mérité à M. Boileau le surnom de _Flagellant_,
+pour le distinguer des autres abbés Boileau, fort connus dans le monde
+par leur réputation et leur mérite. Dans tout le cours de la satyre, le
+critique appelle M. Boileau de ce nom de Flagellant ou de petit
+Flagellant. Le portrait qu’il en fait est trop injurieux pour être
+rapporté ici. Je dirai seulement que ce critique n’épargne ni le livre
+ni la personne. Sa satyre est pleine d’invectives, de railleries,
+d’ironies et de réflexions mordantes, et son ouvrage peut être mis, avec
+justice, au rang des libelles diffamatoires. Car, après tout, dit
+l’auteur des nouvelles de la république des lettres, (décembre 1700,
+page 695,) quand il y auroit quelque chose à reprendre ou dans le choix
+de la matière du livre de M. Boileau, ou dans la manière dont il l’a
+traitée, cela n’empêche pas que l’auteur ne soit un honnête homme et de
+bonnes mœurs[2].
+
+ [2] Le traducteur du traité de Meibomius n’a pas d’autre réponse à
+ faire à tous ceux qui voudroient lui faire éprouver les désagrémens
+ auxquels M. l’abbé Boileau a été en proie.
+
+Les jésuites attaquèrent aussi cet ouvrage, et ont extrait de ce livre
+ou de ceux qu’il a approuvés, diverses propositions qu’ils croyoient
+censurables. Il y en a une qui le paroît effectivement, et la voici en
+français: _Les écrivains sacrés ont fait mention onze fois des
+flagellations, cinq fois principalement en parlant de J. C. notre
+sauveur, qui fut flagellé malgré lui et contre sa volonté._ Cette
+expression paroît trop forte, mais on voit bien pourtant ce que l’auteur
+veut dire; c’est que si J. C. a été flagellé par ses ennemis, il ne
+s’est jamais donné volontairement la discipline, comme font les moines.
+Voici une autre proposition que je ne rapporterai qu’en latin: _Nec esse
+est cum musculi lumbares virgis aut flagellis diverberantur, spiritus
+vitales revelli, adeò que salaces motus ob viciniam partium genitalium
+et testium excitari, qui venereis imaginibus ac illecebris cerebrum
+mentem que fascinant ac virtutem castitatis ad extremas augustias
+redigunt._
+
+Si cette proposition n’est pas fausse, il est du moins sûr qu’elle
+auroit beaucoup mieux sa place dans un ouvrage de quelque médecin, que
+dans celui d’un prêtre docteur en théologie; mais il sied mal aux
+jésuites de relever de semblables propositions, puisque plusieurs de
+leurs auteurs ont avancé des choses beaucoup plus capables de blesser
+les imaginations foibles et délicates.
+
+Le dessein général de l’auteur étoit de faire voir que l’usage des
+disciplines volontaires est une superstition qui s’est introduite chez
+les moines, et qui tire son origine du Paganisme, et qu’elle est
+pernicieuse à la santé du corps et de l’âme. Il loue l’exercice de la
+mortification de la chair comme un acte saint et méritoire, lorsqu’il
+est autorisé par la loi divine ou établi par l’église. Or, celui dont il
+s’agit n’est point autorisé par la loi divine. Il n’en est point fait
+mention dans l’ancien testament. La loi de Moïse, au contraire, (Deut.
+25, 2, 3.) défendoit de donner aux criminels plus de quarante coups de
+fouet, d’où il suit qu’elle ne permet pas aux moines ni à aucun autre
+particulier, de s’appliquer plus de quarante coups de fouet, ni de se
+déchirer la peau d’une manière si cruelle, pendant que l’on chante
+lentement _miserere_, _de profundis_ et l’antienne _salve regina_. La
+loi naturelle nous défend de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas
+qui nous fût fait; et la loi de Moïse nous défend de nous faire à
+nous-mêmes ce qu’elle ne veut pas que nous fassions à un autre. Dans
+l’évangile, J. C. ni les apôtres n’ont pas fait mention de la
+flagellation, car, par le passage de St.-Paul, je _mortifie ma chair_
+(Corinth. 9, 27.), l’auteur fait voir qu’il ne favorise point la
+discipline que se donnent les moines. Il remarque que la flagellation
+involontaire est fort ancienne, puisqu’elle étoit en usage parmi les
+payens, avant la fondation de Rome. Elle étoit même établie par la loi
+divine, (proverb. 13, 24 et 23, 13) pour punir les enfans et ceux qui
+faisoient quelque faute qui méritât cette punition. Mais outre ces
+flagellations involontaires, il y en avoit de volontaires et de libres.
+Tertullien rapporte que c’étoit une coutume parmi les Lacédémoniens de
+célébrer de certaines fêtes en l’honneur de Diane, et que ce jour-là,
+pour honorer la déesse, les jeunes gens se fouettoient eux-mêmes devant
+son autel, et quelquefois jusqu’au sang. Environ l’an 476 de J. C., les
+juifs rabins mirent au nombre de leurs cérémonies une espèce de
+flagellation volontaire, mais elle étoit mutuelle, et ils se
+flagelloient les uns les autres alternativement. Dans les premiers temps
+de l’église, où la pénitence étoit dans sa plus grande ferveur, l’usage
+de la discipline étoit une chose inouïe. Du temps de St.-Augustin, on
+avoit coutume de flageller les hérétiques et les criminels, mais les
+chrétiens ne se flagelloient point eux-mêmes. Ceux qui ont écrit la vie
+austère des anciens anachorètes ne parlent point de disciplines ni de
+flagellations volontaires. M. Boileau répond à un passage de St.-Jérôme,
+à un autre de St.-Jean Climaque, et à un troisième de St.-Cyrille
+d’Alexandrie, que les moines croient leur être favorables.
+
+L’usage de se flageller soi-même ne fut introduit qu’environ l’an 1047
+ou 1056, du temps de _Pierre Damiens_, et il ne fut toléré des personnes
+sages qu’avec beaucoup de répugnance. L’auteur rapporte divers exemples,
+tous propres à faire avoir en horreur et à tourner en ridicule la
+flagellation.
+
+Voici une anecdote très-plaisante à ce sujet, tirée de _Michaël Scotus_.
+
+Un dévot accompagnait sa femme à confesse: voyant que le confesseur la
+menoit derrière l’autel pour la flageller, il s’écria: Monsieur, elle
+est très-délicate, je reçois la discipline pour elle: cela dit, il se
+mit à genoux, et le confesseur fit son office; pendant la cérémonie, la
+femme crioit de toute sa force: frappez fortement, car je suis grande
+pécheresse. Il y avoit peut-être un motif de jalousie dans le dévouement
+du mari, et une petite vengeance de cette jalousie, dans la femme.
+
+Cette coutume devint fort ordinaire dans la suite, et on la pratiqua
+jusques dans les rues. Un cordelier un jour donna le fouet en plein
+midi, sur les fesses, à un docteur en théologie qui avoit prêché contre
+la conception immaculée de la Ste.-Vierge, et les femmes crioient: mon
+père, donnez-lui en quatre coups pour chacune de nous.
+
+Vers l’an 1260, vint la superstition inouïe de se fouetter soi-même, et
+la secte des flagellans commença en Italie. Ils alloient tout nuds en
+procession deux à deux, se flagellant dans les rues et dans les places
+publiques. Cette secte n’avoit point d’ailleurs de sentimens opposés à
+ceux de l’église romaine. Cependant Alexandre IV ne voulut pas
+l’autoriser, et plusieurs princes chassèrent ces flagellans de leurs
+états.
+
+Ces observations suffisent pour mettre le lecteur en état de juger de
+l’histoire des flagellans par l’abbé Boileau, s’il ne la connoît pas; et
+je renvoie ceux qui la connoîtroient au livre lui-même, où ils
+trouveront des choses curieuses et des détails plus étendus.
+
+Je ne puis me refuser au désir d’augmenter la foule des exemples qu’on
+pourroit citer de la flagellation volontaire, par celui de
+St.-Dominique, surnommé _l’Encuirassé_. Cet hermite ne se flagelloit pas
+seulement pour lui, mais pour expier les iniquités des autres. On
+croyoit alors que cent ans de pénitence pouvoient se racheter par vingt
+pseautiers, accompagnés de coups de fouet. Trois mille coups valoient un
+an de pénitence, et les vingt pseautiers faisoient trois cent mille
+coups, à raison de mille coups par dixaine de pseaumes. Dominique
+accomplissoit cette pénitence de cent ans, en six jours. Il acquittoit
+ainsi les péchés du peuple; mais cette flagellation continuelle rendit
+sa peau aussi noire que celle d’un nègre. L’usage de ces sortes de
+pénitence occasionna l’abolissement des pénitences canoniques. Le
+principal avantage de celles-ci étoit de détruire les plus mauvaises
+habitudes, en faisant pratiquer long-temps les vertus contraires, et non
+pas en faisant flageller un hermite qui n’étoit pas coupable. En effet,
+a dit un certain auteur, le péché n’est pas comme une dette pécuniaire
+que tout autre peut payer à la décharge du débiteur, en quelque monnoie
+que ce soit; c’est une maladie dangereuse qu’il faut guérir dans la
+personne même du malade.
+
+Je serois tenté de croire que ces flagellans, animés d’abord d’un saint
+zèle et du désir de se mortifier, ont employé la fustigation dans la vue
+de matter leur chair et de faire pénitence; mais dupes peut-être de ce
+même zèle, et la nature ne perdant jamais ses droits, ils ont continué,
+avec une espèce de fureur, cette douce torture qui les dédommageoit du
+plaisir que leur solitude leur défendoit; car enfin, c’étoit toujours un
+plaisir goûté physiquement, même à l’insu du moral.
+
+Brantôme, dans la graveleuse et cynique simplicité de son style[3], dit
+qu’il a ouï parler d’une grande dame de par le monde, qui ne se
+contentant de lasciveté naturelle, car elle étoit grande putain et étant
+mariée et veuve, aussi étoit-elle très-belle; pour la provoquer et
+exciter davantage, elle faisoit dépouiller ses dames et filles, je dis
+les plus belles, et se délectoit fort à les voir, et puis elle les
+battoit du plat de la main sur les fesses avec de grandes claquades et
+_blamuses_ assez rudes; et les filles qui avoient délinqué en quelque
+chose, avec de bonnes verges, et alors son contentement étoit de les
+voir remuer et faire des _tordions_ de leurs corps et fesses, lesquels
+selon les coups qu’elles recevoient, en montroient de bien étranges et
+plaisans. Autrefois, sans les dépouiller, les faisoit trousser en robe,
+car pour lors elles ne portoient point de caleçons, et les claquetoit et
+fouettoit sur les fesses, selon le sujet qu’elles lui donnoient, ou pour
+les faire rire ou pleurer, etc. etc. etc.
+
+ [3] Page 370, tom. I. des vies des dames galantes de son temps, édit.
+ de Leyde, 1666, _in_-12.
+
+Plus loin, il raconte qu’un grand prenoit ainsi plaisir à voir sa femme
+nue ou habillée, et à la fouetter de claquades, et à la voir manier de
+son corps.
+
+Qu’une fort honnête dame, étant fille, était fouettée par sa mère quatre
+fois tous les deux jours, non pour avoir _forfait_, mais parce que sa
+mère prenoit plaisir à la voir remuer ainsi les fesses et le corps, pour
+autant en prendre d’appétit ailleurs, et tant plus elle alla sur l’âge
+de quatorze ans, elle persista et s’y acharna de telle façon, qu’à
+mesure qu’elle l’acostoit, elle la contemploit encore plus. Il dit plus
+bas, qu’un très-grand seigneur et prince, il y a plus de quatre-vingt
+ans, avant d’aller habiter avec sa femme, se faisoit fouetter, ne
+pouvant s’émouvoir ni relever sa nature baissante, sans ce sot remède.
+Je désirerois volontiers qu’un médecin excellent m’en dît la raison.
+
+Voilà de terribles humeurs de personnes, dit naïvement Brantôme, en
+parlant de l’homme cité par Pic de la Mirandole, et dont nous avons
+rapporté l’exemple dans cet ouvrage.
+
+
+NOTE.
+
+On a vu dans cette introduction que de tous temps les prêtres faisant
+servir la religion à leurs plaisirs, ont su couvrir de ce masque
+redoutable les excès honteux où les portoit un tempérament fougueux
+qu’allumoient encore la macération qui tendoit à les rendre plus
+lubriques, l’oisiveté, la tranquillité des cloîtres, et la confiance
+aveugle qu’ils avoient inspirés à leurs sots pénitens.
+
+Le traducteur, n’ayant entrepris que le seul ouvrage de Meibomius, et
+non l’effrayant tableau des crimes du clergé, et l’histoire générale de
+la flagellation, prie les lecteurs qui désireroient de plus grands
+éclaircissemens sur cette matière, de consulter:
+
+1º. Essai philosophique sur le monachisme, par Linguet, 1776, 1 vol.
+_in_-8º.
+
+2º. Nécessité de supprimer et d’éteindre les ordres religieux en France,
+prouvée par l’hist. philos. du monachisme, ou exposition abrégée de ce
+que l’on trouve de plus singulier et de plus curieux dans l’institution,
+la règle, l’établissement et la vie des moines de tous les cultes et de
+tous les pays. _Londres_ 1789, 2 vol. _in_-8º.
+
+3º. Les prêtres démasqués, ou les iniquités du clergé chrétien. Ouvr.
+trad. de l’anglais. 1767, _in_-8º. 1 vol.
+
+
+
+
+DE L’UTILITÉ
+
+DE LA FLAGELLATION
+
+DANS LA MÉDECINE
+
+ET DANS LES PLAISIRS DU MARIAGE,
+
+ET DES FONCTIONS
+
+DES LOMBES ET DES REINS.
+
+
+Voici enfin, mon cher Cassius, le petit traité que je vous ai promis
+dans une orgie bachique. Vous vous convaincrez, en le lisant, que
+l’usage de la flagellation n’est pas aussi extraordinaire qu’il le
+paroît au premier coup d’œil. Je me souviens très-bien de l’engagement
+que j’ai pris de vous communiquer mes réflexions sur cet objet. Ce fut
+lorsque nous nous trouvâmes dernièrement à table chez notre ami commun
+Martinus Gerdesius, conseiller du prince, et votre collègue, mais je ne
+me rappelle pas précisément à quelle occasion je vous dis que les coups
+et la flagellation servoient quelquefois à la guérison de plusieurs
+maladies, ce qui vous parut un paradoxe. Quoi qu’il en soit, je vais
+vous démontrer que l’expérience a confirmé la bonté de ce remède, en
+m’appuyant sur l’autorité des médecins qui l’ont enseigné et pratiqué.
+
+Titus, disciple d’Asclépiade (A) qui vivoit sous le règne d’Auguste,
+comme je l’ai dit dans mon ouvrage intitulé: _Vies des médecins_,
+prétend, livre 2, de _l’âme_, que _les Maniaques doivent être fouettés
+pour leur rendre le bon sens_.
+
+_Cœlius Aurelianus_, livre 1, _des passions lentes_, chap. 5, dit que
+les personnes attaquées de la _mélancolie érotique_, ou qui sont dans le
+délire, doivent être aussi fouettées, quand les autres moyens n’ont rien
+fait, et que dans plusieurs individus, cette opération a guéri
+l’aliénation d’esprit.
+
+Rhazès, livre 1, _de la continence_, chapitre IV, d’après un célèbre
+médecin juif dont il invoque le témoignage, ordonne de lier la personne
+attaquée de la manie érotique et de la frapper à grands coups de poing
+ou de verges, si les autres remèdes ont été infructueux, et
+d’administrer ce topique à plusieurs reprises, si le bien ne s’opère pas
+dès la première fois; une seule hirondelle, pour me servir de ses
+termes, ne faisant pas le printemps.
+
+Antoine Gaignier pense[4] comme Rhazès, et Valescus de Tarente s’exprime
+ainsi[5]: «si le malade est jeune, il faut le frapper sur les fesses à
+grands coups de verges, et si l’érection ne se fait pas, l’enfermer dans
+un cul de basse fosse, l’y tenir au pain et à l’eau jusqu’à ce qu’il
+demande pardon de son invergence, et lui faire observer un régime
+rigoureux.»
+
+ [4] _Pract. Tract._ XV. cap. XII.
+
+ [5] _Philonium_. lib. I. c. XI.
+
+Si nous en croyons Sénèque, livre 6, _des Bienfaits_, chapitre 8, la
+flagellation dissipe la fièvre quarte, parce que le mouvement réchauffe
+et divise l’humeur âcre, épaisse et noire, qui étoit stagnante dans les
+viscères, comme le dit fort bien Juste Lipse dans ses commentaires.
+
+Jérôme Mercurialis[6], (B) nous apprend que plusieurs médecins ont
+ordonné la flagellation à des personnes maigres, pour les engraisser et
+leur donner de l’embonpoint.
+
+ [6] Lib. IV _de arte gymnasticâ_, cap. IX.
+
+Galien[7] citant à ce sujet les stratagèmes des marchands d’esclaves,
+qui se servoient de ce moyen pour les faire paroître plus brillans de
+fraîcheur et d’embonpoint, ne laisse aucun doute sur l’efficacité de ce
+remède[8]. Il est certain qu’il fait gonfler la chair et attire à elle
+les alimens. Personne n’ignore que la flagellation avec des orties
+vertes a le plus grand succès pour raffermir les membres et rappeler la
+chaleur et le sang dans les parties qui en sont privées.
+
+ [7] _Meth. med._ lib. XIV, c. XVI.
+
+ [8] Combien de nourrices, sans avoir consulté Jérôme Mercurialis, ni
+ Galien, ont recours à ce stratagême qu’elles connoissent par
+ tradition, et claquant les enfans sur les fesses, avant de les
+ rendre à leurs mères, trompent par cet embonpoint factice et
+ momentané, la confiance des tendres parens qui leur ont livré ces
+ intéressantes créatures.
+
+Cælius Aurelianus[9] et Thémison, liv. 1 _des Passions lentes_, veulent
+que ce soit avec de la férule.
+
+ [9] Lib. II, _Chr._ c. I.
+
+Elidæus de Padoue[10] n’hésite pas d’ordonner la flagellation avec des
+orties vertes sur les membres tendres et délicats des petits enfans,
+pour hâter l’éruption de la petite vérole.
+
+ [10] _Consil. Med._ 282.
+
+Thomas Campanella, (C) que nous avons autrefois connu à Naples, semble
+mettre en avant une opinion nouvelle et inadmissible, en attribuant à la
+flagellation la vertu de guérir les obstructions du bas ventre. Il
+raconte[11] que le prince de Venuse[12] un des meilleurs musiciens de
+son siècle, ne pouvoit aller à la garde-robe sans avoir été
+préalablement fustigé par un valet gagé pour remplir cette fonction;
+ajoutant qu’il seroit dangereux de retenir sa respiration pendant qu’on
+se feroit administrer ce remède, et j’en conviens.
+
+ [11] Lib. III. _Medicinalium_. c. V. art. XII.
+
+ [12] _Venuse_, aujourd’hui _Venosa_, ville de l’Italie méridionale,
+ dans la Basilicate, près Naples, au pied de l’Apennin. Elle fut la
+ patrie d’Horace.
+
+Il est des personnes qui ne peuvent goûter les plaisirs de l’amour, si
+elles ne sont aiguillonnées par la fustigation. Cette cérémonie étrange
+les embrâse des feux de la lubricité, jusques à les faire écumer, et
+fait dresser vers le ciel cette partie qui constitue la virilité, de
+manière que son oscillation suit le nombre et le son des coups
+appliqués, pour ainsi dire, en cadence; et voilà précisément ce que vous
+rejettiez comme une plaisanterie et une chose incroyable, quand j’en
+parlai la première fois. Je vais pourtant mettre en usage, mon cher
+Cassius, tout ce que je crois capable de vous en convaincre, en
+m’étayant du témoignage des auteurs les plus dignes de foi, pour vous
+prouver que ceci n’est point une innovation, et que le caprice n’a
+aucune part à cet usage, et j’y joindrai les raisons et les exemples,
+d’après lesquels divers médecins et moi avons trouvé la chose
+vraisemblable. Je ne m’étendrai cependant pas beaucoup dans ce moment-ci
+sur la nécessité d’employer les orties vertes, pour en frapper les
+parties génitales.
+
+Menghus Faventinus[13] assure qu’elles ont une propriété merveilleuse
+pour allonger, tendre, grossir et ériger le membre viril, qui, par une
+parcimonie de la nature, feroit craindre la stérilité.
+
+ [13] Pract. part. II cap. _de passion. membr. genital._
+
+Pétrone vous apprendra, si vous le consultez, combien elles sont utiles
+pour guérir l’impuissance, et rendre aux amans leurs forces éteintes par
+de trop fréquentes jouissances en faisant parler Encolpe de cette
+manière:
+
+«Cette partie de mon corps par laquelle j’étois autrefois un Achille,
+étoit alors entièrement morte et plus froide que la neige, et sembloit
+s’être retirée au fond de mes entrailles, sillonnée de mille rides. Ma
+verge ressembloit à du cuir détrempé dans de l’eau, etc.»
+
+Je ne fais ici que transcrire l’auteur qui continue ainsi:
+
+«Enothée, prêtresse de Priape, lui ayant promis de la lui rendre aussi
+dure que de la corne, mêle du cresson alenois avec de l’avrône, en forme
+un onguent qu’elle applique sur ses testicules, et armant ses mains
+d’une poignée d’orties vertes, l’en frappe légèrement au-dessous du
+nombril, sur les reins et sur les fesses.»
+
+Mais pour revenir à la grande et véritable flagellation, écoutons ce que
+raconte à ce sujet _Jean Pic, comte de la Mirandole_, (D) qui vivoit, il
+y a 150 ans. Il fait ainsi, livre 3, chap. 27, de son ouvrage _contre
+les astrologues_, l’histoire d’un de ses amis.
+
+«Je connois, dit-il, et il existe encore, un homme dont le tempérament
+amoureux, et les excès n’ont peut-être jamais eu d’exemple. Il ne peut
+caresser une femme, malgré la violence de ses desirs, s’il n’est
+auparavant fustigé. En vain sa raison lui fait regarder comme un crime
+ce rafinement de volupté, sa fureur pour ce cruel plaisir est telle
+qu’il encourage lui-même, et accuse de mollesse et de lâcheté celui qui
+le fouette, lorsque la fatigue ou la pitié lui font ralentir ses
+efforts. Le patient n’est au comble de ses plaisirs, qu’en voyant
+ruisseler le sang dont une grêle affreuse de coups, a couvert les
+membres innocens du libertin le plus effréné. Ce malheureux reclame
+ordinairement pour ce service, avec les plus instantes supplications, la
+main de la femme avilie dont il veut jouir, lui donne lui-même les
+verges qu’il a fait tremper dès la veille, dans le vinaigre, et lui
+demande à genoux la faveur insigne d’être ainsi déchiré. Plus elle
+frappe avec violence, plus elle acquiert de droits à son amour et à sa
+reconnoissance, en lui rendant des feux qu’il n’avoit plus, jusqu’à ce
+que le dernier période de la souffrance et l’épuisement total de ses
+forces, lui fassent goûter la plénitude de la volupté en égale
+proportion. Trouvez un seul homme pour qui le comble de la douleur, et
+cette espèce de torture doivent être celui du plaisir, et si d’ailleurs
+il n’est pas entièrement corrompu, lorsque, de sang froid, il connoîtra
+sa maladie, il rougira de ses excès et les détestera». Jusqu’ici c’est
+Pic de la Mirandole qui a parlé, mais la même chose est rapportée par
+_Thomas Campanella_ déjà cité, et _Jean Névisan_ (E) livre 1 de ses
+_Sylves Nuptiales_, art. 130. Si je ne me trompe, l’homme dont parle
+_Cælius Rhodiginus_ (F) livre 2, chap. 15 de _ses anciennes leçons_,
+avoit ce goût-là de commun avec l’ami de Pic de la Mirandole; et d’après
+Cœlius, _André Tiraqueau_ (G), art. V de son _Traité des Loix du
+Mariage_. Mais écoutons Cœlius.
+
+Des personnes dignes de foi, dit-il, assureront avoir connu, il y a
+quelques années, un homme qui par un contraste bien étonnant et qu’on
+aura peine à croire, joignoit au physique le plus froid et le plus
+inhabile aux plaisirs de Vénus, l’imagination la plus érotique et le
+génie le plus ardent. Il n’avoit d’aptitude, de chaleur et de force pour
+la lutte amoureuse, qu’à proportion des coups de verge qu’il avoit
+reçus, et vous n’eussiez pu savoir lequel lui causoit le plus de volupté
+ou de la volupté elle-même, ou de la douleur qui en étoit la source et
+l’agent: à moins que la juste proportion de la seconde ne le conduisît à
+la perfection des délices de la première. Il s’abaissoit jusqu’aux
+prières pour être frappé de verges qu’il avoit fait durcir, depuis la
+veille, dans du vinaigre. La rage qu’allumoient en lui les desirs, le
+portoit à accabler de reproches et d’injures celui qu’il avoit chargé de
+cet office, dès qu’il frappoit trop mollement, et lui faisoit regarder
+comme imparfaite, infructueuse et nulle, toute séance qui n’étoit pas
+terminée par une effusion de sang. Cet homme est, je crois, le seul qui
+également avide de plaisirs et de souffrances, ne savouroit l’un qu’au
+moyen de l’autre, et pour qui les plaies, les déchiremens et l’effusion
+de sang fussent et le prélude et le complément des titillations et de la
+jouissance[14]. _Othon Brunsfeld_ (H) médecin célèbre, dans son
+_Onomastic. Medic._, rapporte l’anecdote suivante:
+
+ [14] Tamerlan, ce fameux empereur d’Asie, qui se faisait appeller _le
+ Fils de Dieu_, fut père de cent enfans et vainqueur de cent peuples,
+ se faisoit fustiger par esprit de débauche.
+
+ Lucien, tome 3, de la traduction de Perrot d’Ablancourt, parle d’un
+ certain Pérégrinus qui avoit le même goût. Ce philosophe se
+ fouettoit en public au milieu de tout un peuple et se débarrassoit
+ d’une surabondance de liqueur seminale aussi effrontément que
+ Diogène: ce qui leur fit donner à tous deux le nom de _Cynique_. Ce
+ même Pérégrinus, surnommé _Protée_, se fit chrétien, ensuite
+ apostat, et finit par se brûler publiquement aux jeux Olympiques.
+
+ «Lorsque sur un bûcher Pérégrin las du jour,
+ »D’un trépas éclatant cherche la renommée,
+ »Un _Cynique_ orgueilleux s’évapore en fumée.
+
+ (Racine. Poëme de la Religion, chant 4. pag. 133, vers 306.)
+
+De son temps vivoit à Munich, résidence des ducs de Bavière, un homme
+qui ne pouvoit s’acquitter envers sa femme du devoir conjugal, s’il
+n’étoit pas auparavant fustigé à toute outrance. Un fait qui s’est passé
+sous nos yeux tout récemment et à Lubeck même, vient à l’appui de ce que
+j’ai déjà raconté.
+
+Un citoyen de cette ville, marchand de beurre et de fromage, demeurant
+sur la place des moulins, fut, entr’autres crimes dont on le chargeoit,
+accusé d’adultère, dénoncé aux magistrats et le procès fait, condamné au
+bannissement. Une fille de joie avec laquelle cet homme avoit depuis
+long-temps un commerce de libertinage, traduite devant les sénateurs
+chargés de la justice criminelle, et qu’on nomme _die Gerichts herren_,
+avoua qu’il n’avoit jamais été habile à consommer l’acte de la
+génération, sans être auparavant fustigé, et qu’après une première
+course, il lui étoit impossible d’aller plus loin, si elle ne réitéroit
+l’opération douloureuse et salutaire, en doublant la dose[15]. Le
+coupable nia d’abord le fait; mais pressé par des interrogatoires
+fréquens et sévères, il fut contraint de tout avouer. J’ai pour garans
+de la verité de cette anecdote, les juges eux-mêmes, Thomas _Storning_
+et Adrien _Moller_, mes amis, et qui, comme vous le savez, vivent
+encore. Il y a très-peu de temps qu’une personne occupant une des
+premières places à Amsterdam, fut accusée d’avoir une liaison de
+débauche avec une fille que pourtant il ne pouvoit exploiter, sans avoir
+été préalablement excité par une ample flagellation. L’affaire ayant été
+portée devant les tribunaux, la perte de son emploi fut le châtiment de
+sa lubricité, et long-temps après son aventure, il étoit encore la fable
+de la ville. Ainsi, vous ne voudrez, ni ne pourrez, je crois, vous
+refuser à l’évidence des preuves dont je m’environne pour vous
+persuader. Tâchons donc de rendre raison, s’il est possible, d’une chose
+qui paroît, au premier coup d’œil, si extraordinaire. Si vous consultez
+les astrologues, ils allégueront l’influence des astres, et diront
+qu’une puissance occulte et particulière du ciel, est l’unique cause de
+cette manie aussi extraordinaire que dépravée de certains êtres. Ils
+vous diront sans doute, avec Pic de la Mirandole, que la planète de
+Vénus présidant à la conception de l’homme a été croisée et pour ainsi
+dire frappée par les rayons opposés d’un autre astre, dont elle a
+contracté la malignité.
+
+ [15] Sénèque parle aussi d’une courtisanne qui n’employoit d’autre
+ moyen que la fustigation pour réveiller l’amour de son galant,
+ lorsqu’il se refroidissoit.
+
+_Francisc. Junctinus_[16] (I) fait sur cela un très-long commentaire;
+mais le ciel et les astres étant des causes universelles, et ne pouvant
+produire dans tel ou tel autre individu des effets si particuliers, Pic
+de la Mirandole les rejette avec raison et cherche une cause plus
+immédiate. Il attribue donc le goût dépravé de son ami à une longue
+habitude, et continue ainsi son histoire: «Lui demandant l’origine d’une
+passion aussi inouïe, il me répondit qu’il la devoit à un enfant: ce
+début piquant de plus en plus ma curiosité, sur les instances réitérées
+que je lui fis, pour qu’il m’en développât davantage les causes
+principales et accessoires, il ajouta qu’il avoit passé ses premières
+années de collége avec des enfans très-débauchés, parmi lesquels le
+plaisir de se fouetter étoit très-commun et qui attachoient un certain
+prix à se rendre réciproquement ce service qui prostituoit leur pudeur.»
+
+ [16] Chap. 6 de _Judiciis Nativ._
+
+Cœlius est du même avis que Pic de la Mirandole, dont il n’a fait que
+copier l’anecdote, en adoptant son opinion sur les causes de cet étrange
+déréglement. «Ce qui n’est pas moins surprenant, ajoute ce dernier,
+c’est que cet homme connoissoit toute la turpitude de cette habitude
+infâme et bizarre, la détestoit sincèrement et la réprouvoit avec toute
+la sévérité d’un juge inflexible; mais la force de l’habitude
+l’emportant sur sa raison, il se livroit à son invincible penchant, dans
+l’instant même qu’il le condamnoit. Cette habitude s’étoit invétérée et
+avoit jetté des racines d’autant plus profondes, qu’elle avoit été
+contractée dès l’âge le plus tendre, et s’étoit considérablement accrue
+par les charmes du plaisir qu’il avoit trouvé à se fouetter dans le
+commerce criminel de ses camarades. Exemple frappant de l’importance de
+l’éducation, qui montre combien elle est précieuse et combien elle
+décide de nos mœurs et de notre condition, pour le reste de la vie».
+J’avoue, lui dis-je, que l’habitude est si puissante qu’elle devient,
+pour ainsi dire, une seconde nature. Aristote[17] l’a dit, et Ennius
+après lui l’a répété dans ces termes:
+
+ [17] _Libr._ de _Memor._ et _reminisc._ c. 3 libr. 7. et c. 10.
+ _Ethic._
+
+«Un long usage devient coutume; cette coutume s’accroît par les
+réflexions, devient habitude, et cette habitude, par succession de
+temps, devient enfin pour les hommes une seconde nature.»
+
+Galien dans son traité de l’habitude, chap. 2 et 3, a démontré avec
+beaucoup d’élégance, avec quelle force et quelle tyrannie l’habitude
+maîtrise toutes nos actions, en l’appelant une seconde nature[18].
+Peut-être aussi que, dans le fait mentionné dans Cœlius et Pic de la
+Mirandole, l’habitude a pu, par succession de temps, faire beaucoup à la
+chose; mais il n’en est pas de même des hommes de Munich et de Lubeck,
+cités par Brunsfels et moi. Pourquoi, dit Campanella, qui a déjà parlé
+plus haut, l’ami de Pic de la Mirandole est-il le seul des compagnons de
+ses premières fredaines, qui en ait conservé le souvenir et la
+dangereuse habitude, et pourquoi ceux-ci n’ont-ils pas la même ardeur
+que lui pour la fustigation? Les effets et les vices d’une habitude
+quelconque sont uniformes et doivent être particuliers à chacun des
+individus qui l’ont adoptée. Il n’est pas vraisemblable que ceux dont
+nous avons parlé, se soient ainsi prostitués dès leur première enfance,
+en cherchant à se faire une foible image des plaisirs qu’ils ne
+connoissoient pas, par des flagellations réciproques. Je félicite au
+contraire notre vertueuse Allemagne d’ignorer ces rafinemens honteux de
+la débauche, ces pollutions, ces attouchemens impurs et scandaleux entre
+les enfans d’un même sexe; ou quand, par hasard, quelqu’un s’en est
+rendu coupable, (si tant est qu’on en puisse citer un exemple) d’en
+punir sévèrement les auteurs et en effacer l’opprobre au milieu des
+flammes. Quintilien, dans sa déclamation pour le soldat Marianus dont un
+tribun avoit voulu faire son Ganymède, s’exprimoit ainsi jadis, en
+parlant de nos ancêtres: «Les Germains ne connoissent pas même le nom de
+ce crime abominable, et l’on vit plus saintement sur les bords de
+l’Océan[19]». Nous en avons parlé plus amplement dans nos commentaires
+sur le serment d’Hyppocrate, chap. 19.
+
+ [18] Liv. 2, la Tempérance, chap. 4 et liv. 3 _de Simpl._ c. 19.
+
+ [19] Vessius pense que les déclamations attribuées ici à Quintilien
+ l’orateur, ne sont ni de lui ni de son grand père, quoique ce
+ dernier en ait laissé 145. Il les attribue au jeune Posthume qui
+ prit, dit-on, le nom de César et d’Auguste dans les Gaules, avec
+ Posthume son père, l’an 260 de J. C.
+
+L’influence des planètes et celle de l’habitude n’étant point capables
+de donner à la flagellation la vertu d’exciter à l’amour, voyons enfin à
+lui chercher une autre cause plus directe et plus naturelle: il faut
+donc pour cela reprendre les choses de plus haut, et remarquer
+premièrement que cette flagellation ne se fait que sur le dos; vérité
+dont la déposition de la courtisanne de Lubeck et autres ne permettent
+pas de douter; les parties génitales de l’homme étant de nature par leur
+délicatesse et leur extrême sensibilité, à ne pouvoir endurer des coups
+de verges, et à plus forte raison jusqu’à l’effusion de sang. C’est donc
+ordinairement sur le dos que se fait cette opération. Les lombes
+occupent la plus grande partie du dos. Cette partie a pour base cinq
+vertèbres qui, placées au-dessous de celle de la poitrine, se prolongent
+et aboutissent à _l’os sacrum_. Elles sont couvertes au-dehors de
+muscles et d’une peau épaisse et grasse, et au-dedans des muscles qui
+l’enveloppent et forment sa partie haute, nommés par les grecs _Psoas_,
+d’un muscle de même nom, et par les latins _pulpa_ de _palpare_. Ils
+soutiennent les reins de droite et de gauche, remplissent par leur
+étendue, l’espace de quatre vertèbres et se joignent à la veine cave et
+à la grande artère. De la veine cave et de la grande artère, les
+reins[20] reçoivent les grands vases, qu’on nomme émulgens, spermatiques
+ou lombaires. Il y en a un de chaque côté. Viennent ensuite la veine et
+l’artère dont les ramifications s’étendent sur toute la substance de ces
+vases. A droite de la veine cave et sous l’émulgente, la veine droite
+séminaire prend naissance, et l’artère séminaire qui, partant de la
+grande artère, descend dans le testicule droit. A gauche, l’artère
+séminaire descendant du tronc de la grande artère, et la veine séminaire
+de la veine gauche émulgente, se rendent dans le testicule gauche. Ces
+parties sont composées d’une infinité de nerfs qui prennent leur source
+dans la moëlle de l’épine, et par lesquels les sucs contenus dans les
+vertèbres sont filtrés dans les reins dont ils pénètrent non-seulement
+l’enveloppe, mais encore la substance. De la cavité des reins, les
+canaux uretères se prolongent jusques à la vessie à laquelle ils sont
+attachés. Toutes ces parties ayant la même tâche à remplir dans l’acte
+de la génération, on les a désignées sous la dénomination de _lombes_,
+et c’est le sentiment de Marsilio Cagnati, (K) livre 4, chapitre 7 de
+ses diverses leçons. Les auteurs ont fait d’assez exactes recherches sur
+les fonctions assignées à chacune de ces parties; savoir: les os, les
+muscles, les reins et les vases, et tous sont d’accord. Cagnati[21] dit
+qu’elles concourent, chacune selon son emploi, à élaborer la semence et
+perfectionner l’ouvrage de la génération, suivant les loix immuables de
+la nature. Jérôme _Montuus_[22] et André Tiraqueau, le plus célèbre de
+vos jurisconsultes, livre 15, de son traité _de la loi des mariages_,
+art. 40, 41 et 42, sont du même avis, après l’examen le plus scrupuleux
+de cet objet. Consultez l’écriture sainte, toute l’antiquité, les
+auteurs sacrés et profanes, tous n’ont qu’une voix sur la destination
+des lombes, des reins et des flancs. Plusieurs passages de l’écriture
+sainte nous prouvent que les lombes sont les instrumens de la
+génération. On lit dans la Génèse, chap. 31, verset XI: «des rois
+sortiront de vos lombes.» Dans l’épitre de St. Paul aux Hébreux, chap.
+7, vers. 5: «_vous êtes les enfans d’Abraham et sortis de ses lombes._»
+et verset 10: «Levi sortit du même endroit.»
+
+ [20] Le mot de REINS, en Latin REN, RENES, vient du Grec _Reein_, qui
+ signifie couleur, parce que c’est des reins que l’urine coule. Ils
+ sont deux, et ressemblent à ces légumes appellés phaséoles. Leur
+ substance est rouge et dure, couverte d’une membrane déliée et d’une
+ autre grasse, qui est un replis du péritoine. Leur longueur est de 4
+ ou 7 travers de doigt, leur largeur presque de trois et leur
+ épaisseur de deux. Les Grecs nomment encore les reins OURETERES,
+ c’est-à-dire, canaux uretères, parce qu’ils y sont contenus, comme
+ il est dit plus bas.
+
+ [21] Lib. 2. _de anim._ texte 35.
+
+ [22] _Pract. part._ I. lib. IV, chap. dernier.
+
+Basile le grand, dans son commentaire sur Esaïe, chap. XVI, dit que dans
+plusieurs passages de l’écriture, l’expression de lombes est employée
+pour désigner les membres servans à la génération.
+
+Origène, (L) Homelie 1, commentant le verset 109, pseaume 37: «mes
+lombes sont remplis d’illusion,» l’explique ainsi: les lombes étant les
+réservoirs de la semence, le psalmiste indique la nature du péché, en se
+servant du nom de la partie qui sert à le commettre. L’expression de
+ceindre ses reins étoit passée en proverbe chez les Hébreux, pour
+signifier la continence et l’éloignement des voluptés charnelles.
+Jehovah, livre de Job[23] dit en y faisant allusion. «Ceins tes reins
+comme un homme courageux;» c’est-à-dire, reprime la luxure en homme
+courageux. Isidore (M) livre XI, chap. I de ses ORIGINES, dit qu’il faut
+l’interprêter ainsi: que le moyen de résister et le préservatif contre
+la luxure doit être appliqué aux parties dont la rébellion et la
+complexion brûlante nous portent à ce crime. Voyez Suidas, au mot PSOA.
+
+ [23] Chap. 39, v. III. et c. XL, v. II.
+
+Saint Jérôme dans son commentaire sur Nahum, chap. II, v. 1, parle
+ainsi: «Regarde ton chemin, affermis tes lombes et arme-toi de courage.»
+
+Saint Mathieu, chap. 3, vers. 4, dit en parlant de St.-Jean Baptiste:
+«Il portoit une ceinture de peau autour des reins.» St.-Grégoire de
+Nazianze, discours 42, et Nicétas dans ses commentaires, sur _idem_,
+nous disent la même chose. C’est aussi dans le même sens qu’il faut
+interprêter Esaïe[24] Jérémie[25], St. Paul[26] et Salomon qui dit en
+parlant de la femme forte et chaste: «_elle a ceint ses lombes de
+courage_»[27] St.-Pierre[28] dit «_ceindre les reins de son âme_», ce
+que Montuus déjà cité traduit par «_écarter de son âme toute pensée
+impure et lascive_». Si je ne me trompe, les Romains ont fait allusion à
+ces allégories, lorsqu’ils ont dit, _être ceint, porter la ceinture_,
+pour désigner la sagesse, la modestie et la pureté virginale, et
+_délier_ sa ceinture, pour être au contraire, l’emblême de la
+dissolution des mœurs, comme je l’ai plus amplement décrit dans la vie
+de Mœcènes. On observe encore aujourd’hui dans les Gaules l’usage de
+ceindre d’un ruban, cordon ou écharpe de soie, ceux à qui l’on décerne
+le triomphe littéraire, et qu’ils portent comme un monument glorieux des
+talens qui les distinguent du vulgaire. Ce qui, selon François
+Ranchin[29], dénote sur-tout dans les médecins, la nécessité d’être
+chaste. La ceinture annonce la contraction des reins, leur inaction, et
+partant la sagesse qui reprime la rébellion et l’effervescence des
+lombes qui nous portent à la débauche. C’est ce qui a fait croire aux
+anciens que Diane, déesse de la chasteté, portoit toujours une ceinture.
+La délier étoit chez eux le premier effet du mariage, et annonçoit la
+désertion de la fleur virginale[30], et cette commission étoit donnée à
+l’époux. Aëtius (N) dit[31] que les plaisirs du mariage sont funestes à
+ceux qui ont les reins ou les lombes foibles, et nommés pour cela
+_Elumbes_, c’est-à-dire, _éreinté, érené_. Eustathe a fait passer ce mot
+en proverbe, en disant _efflanqué comme un âne de Mysie_. Elumbis, _qui
+se se erigere non potest_. En italien, _dilumbato_; en espagnol,
+_flaco_; en anglais, _he that hath feble loynes_. Hadrianus Junius,
+cent. 6. ad. 48. donne le nom d’âne de Mysie aux éreintés; ce qui a fait
+dire à Pétrone que les personnes ruinées par leurs fréquens sacrifices à
+Vénus, ont les reins lâches, c’est-à-dire, _sans ceinture_. «Encolpe,
+dit-il, avoit publié par-tout qu’il avoit la goutte et les reins de la
+plus grande foiblesse.» Catulle, épigramme XVI, parle de ceux qui ne
+peuvent donner un mouvement souple et facile à leurs lombes endurcis. Et
+Martial, au contraire, livre 5, épigramme 79, dit: «donner à ses lombes
+souples et lascifs un tremblement voluptueux.»
+
+ [24] C. 32 v. 11.
+
+ [25] Chap. I, vers. 17.
+
+ [26] Epitr. aux Ephésiens, c. IV v. 14.
+
+ [27] Prov. ult. vers. 17.
+
+ [28] Epit. I. chap. I. vers. XIII.
+
+ [29] _Commentaires sur le serment d’Hyppocrate_.
+
+ [30] Horace nomme les Grâces _decentes, pudicas_, lorsqu’elles ont
+ leur ceinture, et _solutis zonis_, quand il veut qu’elles président
+ à ses orgies et aux mystères de la voluptueuse déesse d’Amathonte.
+ Voyez l’ode XXX. liv. I. _O Venus, regina Gnidi Paphique_, etc.
+
+ La ceinture ayant de tout temps été l’emblême de la virginité, une
+ femme ne doit plus la porter. Nos élégantes et nos impures nous en
+ imposent donc bien effrontément, en ceignant leurs tailles, même à
+ 40 ans, d’un large ruban bleu, noir, aurore ou coquelicot. C’est
+ ainsi que la manie des modes nous fait perdre de vue, lors même
+ qu’elle conserve celles que nous avons reçues des anciens, leur
+ sagesse qui cachoit toujours des maximes de morale et des emblêmes
+ de vertu dans tout ce qu’ils adoptoient, pour tous les détails qui
+ ont rapport à la vie et au vêtement.
+
+ [31] Disc. 3, chap. 8, de son _Tetrabiblos_.
+
+L’auteur anonyme de l’épigramme XVIII du _Priapeia_, s’exprime ainsi:
+
+«Quand la courtisanne Téléthuse agitera-t-elle voluptueusement sur toi
+ses reins souples et lubriques?»
+
+Le mot _fluctuare_ peint le mouvement d’oscillation et la manière de
+s’agiter et de se soulever de bas en haut, comme les flots, en grec,
+_ricnoustai_, en latin _crissare_[32]. C’est de-là qu’on a donné le nom
+de _ricnoma_ à une sorte de danse grecque fort lascive[33]. Telle est de
+nos jours celle que nous appellons la _bergamasque_, qui ne se danse que
+sur les théâtres, ou par des personnes masquées. Juvenal paroît y faire
+allusion, lorsqu’il parle, satyre 2, des jeunes Romaines, dont on
+applaudissoit l’adresse à se laisser doucement aller à terre, en agitant
+leurs fesses avec un tremblement voluptueux.
+
+ [32] _Indecenter flecti, curvari_, s’agiter, se plier, se courber
+ d’une manière indécente et lubrique.
+
+ [33] Les O-Taïtiens ont une danse semblable, et les Espagnols ont le
+ _fendango_. Voyez le voyage en Espagne par le marquis de Langle,
+ tom. I, page 145.
+
+Arnobe, livre 2. «Une troupe lubrique formoit des danses dissolues,
+sautoit en désordre et chantoit, tournoit en dansant et à certaine
+mesure, soulevant les cuisses et les reins, donnoit à leurs fesses et à
+leurs lombes un mouvement de rotation qui auroit embrâsé le spectateur
+le plus froid[34].» Voyez dans les lettres grecques celle qui est
+intitulée, _Megara à Bacchides_ sur la Thryallide.
+
+ [34] _Nous valons bien les Romains pour la débauche. Nous avions, il y
+ a cent ans, les danses de caractère, la fricassée, et les rondes de
+ société. Nous avions les danses lascives que les princes du sang et
+ la reine faisoient exécuter à Brunoy, à Trianon et à Compiègne, par
+ les acteurs et actrices qui jouoient le _théâtre gaillard_, pour
+ ranimer leurs majestés épuisées._
+
+Perse fait allusion à cette danse, lorsqu’il dit des vers licencieux qui
+remplissent l’esprit de l’auditeur des idées les plus voluptueuses:
+
+«Qu’il fait beau voir là nos grands de Rome s’agiter de lascive manière,
+et murmurer d’une voix tremblante, lorsque ces vers libidineux pénètrent
+jusqu’au siège des plaisirs (les lombes), et qu’une molle prononciation
+chatouille leurs sens!»
+
+Juvenal, satyre 6, vers 314, dit, en parlant des flûtes des prêtresses
+de la bonne déesse:
+
+«On sait à présent ce qui se passe aux mystères de la bonne déesse,
+quand la flûte agite ces ménades, et fait tremblotter voluptueusement
+leurs reins; lorsqu’également ivres de sons et de vin, elles laissent
+voler leurs cheveux en tourbillons, et invoquent Priape à grands cris.»
+
+Isidore prétend que le mot lombes, _Lumbus_, vient de _libido_, _desir_,
+parce que c’est dans les lombes que réside chez les hommes la cause de
+leurs désirs et l’aiguillon de la volupté.
+
+Nicolas Perrot, dans son ouvrage intitulé _Cornucopia_ (O) leur donne la
+même étymologie. Il fait dériver _lumbi_ de _lubendo_, en intercalant
+une lettre, comme on le pratique assez ordinairement: ainsi de _cubo_ on
+fait _cumbo_; de _pago_, _pango_; de _frago_, _frango_, etc. (Voyez le
+savant Matth. Martinius, dans son _lexicon etymologicum_.
+
+Les lombes et les reins qui en forment la plus grande partie ont tous
+deux les mêmes fonctions, pour peu que vous fassiez attention à leur
+conformation. On voit dans le livre des rois, ch. 7, v. 12, qu’ils
+servent à la génération. «Le fils qui est sorti de tes reins.»
+
+Tertullien (P) dans son traité de _la résurrection de la chair_, nomme
+les reins les réservoirs de la semence.
+
+Le prêtre Hésychius (ou autrement dit par corruption, Isicius) dans ses
+commentaires sur le _Lévitique, liv. I_, dit que les reins sont les
+dispensateurs de la liqueur séminale dans le coït; et plus loin: c’est
+dans les reins que se forment et se conservent les fluides destinés à la
+génération.
+
+St.-Augustin, pseaume 7. v. 2, dit que par les reins, on entend les
+plaisirs de l’amour.
+
+St.-Jérôme commentant Nahum, dit que tout ce qui a rapport au coït émane
+du ministère des reins, et répète à peu-près la même chose dans son
+commentaire sur Ezéchiel, chap. 16.
+
+On lit dans Jérémie[35] et dans l’apocalypse[36], sondant les reins et
+les cœurs: ce que Nicolas de Lyre (Q) explique par, examinant et
+punissant nos concupiscences et nos mauvaises pensées; l’écriture sainte
+désignant par le _cœur_, nos pensées, et par les _reins_, les mouvemens
+de la chair. C’est par cette raison que David[37] prie le seigneur de
+brûler ses reins et son cœur, expressions adoptées par l’église dans ce
+passage d’un hymne:
+
+ [35] Chap. 17, vers. 10.
+
+ [36] Chap. 2, vers. 20.
+
+ [37] Ps. 26, vers. 2.
+
+«Brûlez nos reins et nos cœurs, ô mon dieu, du feu de l’esprit saint,
+afin que nous vous servions purs et chastes de corps et de cœur, et que
+nous nous rendions dignes de votre amour par l’innocence de notre vie.»
+
+On voit dans l’exode XII, V. 2, qu’il étoit prescrit aux Israélites qui
+mangeoient l’agneau pascal, de ceindre leurs reins, et tous les
+théologiens s’accordent à entendre par-là qu’ils devoient se garder de
+toute action et pensée charnelle.
+
+Ausonne, épigramme 13, dit, se servir de ses reins, pour _se livrer à la
+volupté. «Sers-toi de tes reins.»_ On dit chez nous, en badinant, que
+ceux qui sacrifient à la déesse de Cythère, _purgent leurs reins_.
+
+Hyppocrate, dans son traité des maladies internes, Aristote dans ses
+problêmes[38], Galien[39], Aëtius[40], dans son _Tetrabiblos_,
+Avicenne[41], (R) et quantité d’autres médecins, nous apprennent que les
+jouissances trop fréquentes ruinent les reins; ce qui a fait dire à
+Fulgence (S) dans sa mythologie[42] que les reins sont consacrés à
+Vénus. Fulgence, liv. 5 de sa mythologie, dit dans la fable de Thétis et
+Pelée, d’après la physiologie de Démocrite, que les payens avoient
+consacré chaque partie de notre corps à une divinité particulière: la
+tête à Jupiter, les bras à Junon, les yeux à Minerve, la poitrine à
+Neptune, la ceinture à Mars, les reins à Vénus, et les pieds à
+Mercure[43].
+
+ [38] Section IV, probl. 2.
+
+ [39] Lib, VI, comment. VI.
+
+ [40] Disc. 3, c. VIII, lib. I.
+
+ [41] Liv. III, fen. XII. trait. II. c. XI.
+
+ [42] Liv. III.
+
+ [43] _C’est ainsi que les anciens mettoient la morale à la portée de
+ tout le monde, par des emblêmes ingénieux, et sous le manteau du
+ culte religieux._
+
+_Varron_, celui des Romains qui avoit le plus d’érudition, au jugement
+de Quintilien[44], si vous voulez remonter à la source pour trouver la
+véritable étymologie du mot, fait dériver _Renes_ du grec _Upo tou
+rein_, c’est-à-dire, ruisseaux d’où coule l’humeur obscène, nom qu’il
+donne au fluide séminal, ne vous y trompez pas, si nous devons en croire
+Isidore[45] et Lactance[46]. Il ne faut donc pas entendre par humeur
+obscène, cette sérosité saline contenue dans la vessie, ainsi que
+plusieurs l’ont cru. Isidore expliquant Varron, dit que les veines et la
+moëlle de l’épine, filtrent dans les reins une liqueur claire et subtile
+qui, détachée et provoquée par la chaleur que communique l’acte
+vénérien, descend des reins dans les testicules, et personne ne peut,
+avec un peu de bon sens, imaginer qu’il s’agisse ici de l’urine.
+
+ [44] Institut. orator. lib. 10, cap. I.
+
+ [45] Orig. lib. 10. chap. I.
+
+ [46] Ouv. de dieu, chap. 14.
+
+Les Hébreux, par le mot _reins_, désignant la concupiscence, emploient
+deux mots qui signifient en français _desirer ardemment_. Les reins
+étant situés dans les lombes, vers les parties latérales de la région
+supérieure du bas-ventre, on les a crus nécessaires à la génération.
+
+Dans Ovide, livre I des amours, Elégie XII, la plus chaste des femmes,
+ou du moins qui passoit pour telle, voulant éprouver la vigueur de ses
+prétendans, leur montre un arc et leur ordonne d’essayer de le bander.
+
+«Pénélope éprouvoit la force de ses amans en les défiant de bander un
+arc de corne, afin de voir celui d’entr’eux qui avoit les reins les plus
+forts.»
+
+Pénélope le dit elle-même, dans l’épigramme 69 du _Priapeia_, où le
+poëte la fait parler ainsi à ses galans assemblés.
+
+«Personne ne bandait mieux que mon cher Ulysse, l’arc que je vous
+présente, soit l’effet de la force des reins (_laterum_) ou de
+l’adresse. Puisque je l’ai perdu, essayez de le bander, et celui que je
+trouverai vraiment homme, mâle et vigoureux, et digne de le remplacer,
+sera mon époux.» Martial, liv. VII, épig. 57, dit, _essayer ses reins_,
+pour éprouver ses forces aux combats de Vénus.
+
+Ovide, liv. II, élégie 10 _des amours_, dit: donner de la force aux
+_reins_ pour exciter à la volupté.
+
+«La volupté donnera à mes reins tout ce qui peut ranimer mes forces.»
+
+Apulée, livre VIII, appelle _industrie, souplesse des reins_, l’avantage
+précieux d’une vigoureuse construction pour la lutte amoureuse. Parlant
+des débauches des prêtres de la déesse Syrienne: «Ils amènent, dit-il,
+souper avec eux, un paysan d’une taille et d’une force de reins
+extraordinaires.»
+
+Juvenal et Ovide disent: _ménager ses reins, s’abstenir des plaisirs de
+l’amour_. Le premier, sat. VI, dit en parlant d’un Catamite[47]:
+
+ [47] Les anciens nommoient _Catamiti, Ganymedes, Concubini_, ces
+ jeunes garçons qui tiroient un grand profit de la prostitution de
+ leurs corps. Pétrone leur a fait donner le nom de _Gitons_, et
+ depuis, les favoris de nos rois furent appelés _Mignons_, de _mi_,
+ qui signifie _mon_, et de _niño_, mot Espagnol qui veut dire _petit
+ enfant et caressé_. (Ménage et Futetière.)
+
+«Que ne laisses-tu dormir auprès de toi, cet enfant soumis, paisible et
+désintéressé, cet enfant qui jamais ne te reproche d’avoir ménagé tes
+flancs, et de ne le pas caresser autant qu’il le désireroit.»
+
+Et le second, livre II, de l’art d’aimer.
+
+«Ne ménagez pas vos flancs, c’est d’eux que dépendent la fidélité de
+votre maîtresse, la paix et le bonheur de vos amours.»
+
+Martial, livre XI, épigramme 105, emploie l’expression de rompre ses
+reins, pour fournir trop souvent la carrière amoureuse.
+
+«Et tu prolonges jusqu’au grand jour les transports libidineux qui
+épuisent et rompent tes reins.»
+
+Et plus loin, livre XII, épig. 99.
+
+«Bassus, tu te romps les reins, mais avec des jeunes gens bien fournis
+de poils.»
+
+Tibulle ou quelqu’autre auteur, dans ses Iambes à Priape, s’exprime
+ainsi:
+
+ «Dans mes vaisseaux enflés la liqueur prolifique
+ »Trop long-temps ménagée, irrite mes transports;
+ »Et rien ne peut calmer ma fureur érotique
+ »Que la tendre Vénus, secondant mes efforts,
+ »Sur le sein d’une belle amoureuse et lubrique,
+ »N’ait, en brisant mes reins, dégagé leurs ressorts.
+
+Pétrone, dans sa satyre, dit, _arracher les flancs_. (Je craignois que
+Giton ne m’arrachât les flancs.)
+
+Il donne en plusieurs endroits, aux flancs de ceux qui se sont ruiné le
+tempéramment, les épithètes de _fatigués_, _invalides_, _épuisés_,
+_desséchés_ et _morts_.
+
+Ovide, livre III, des amours, Elégie X, dit:
+
+«J’ai vu sortir de chez vous, votre adultère épuisé, traînant à peine
+ses flancs desséchés et sans vie.»
+
+Catulle, Epigramme 7.
+
+«Pourquoi ne nous montres-tu pas tes flancs épuisés.»
+
+Priape, s’exprime ainsi, épigramme 25 du _Priapeia_, déjà cité:
+
+«Vous voyez comme je suis arrangé et dans quel état déplorable la
+débauche m’a conduit. Je suis absolument ruiné, pâle et décharné. Mes
+flancs sont entièrement épuisés, une toux affreuse m’arrache la poitrine
+et je crains de cracher ma vie avec cette salive dangereuse.»
+
+Suétone, dans la vie de Caligula, chap. 37, dit que Catulle, jeune homme
+de maison consulaire, reprocha à ce monstre de lubricité «d’avoir
+assouvi sur lui sa brutale passion et de lui avoir épuisé les reins par
+ses criminels embrassemens.»
+
+Dans Apulée, livre VIII, le jeune homme qui servoit aux plaisirs infâmes
+de la déesse Syrienne, dit à l’âne qui venoit le remplacer dans cette
+fonction:
+
+«Puisses-tu vivre long-temps, plaire à tes nouveaux maîtres, et me
+donner le temps de réparer mes forces et _mes reins_ qu’ils ont
+épuisés.»
+
+Tous les passages que j’ai déjà cités rendent la chose aussi claire que
+les rayons du soleil dans un beau jour d’été, pour me servir ici des
+expressions de Plaute.
+
+Nous ne pouvons donc regarder comme nouvelle et suspecte, une opinion
+adoptée et confirmée par le suffrage unanime de toute l’antiquité et le
+témoignage des saintes écritures, que les lombes, les parties voisines,
+et les reins sont les instrumens de la génération. Or une chose
+généralement reconnue et avouée des savans, comme disent vos
+jurisconsultes, mon cher Cassius, ne peut être absolument fausse. Il n’y
+a de probable, dit Aristote, liv. 1 de ses topiques, chap. 1, texte 7,
+que ce qui paroît tel à tout le monde ou au plus grand nombre, et
+sur-tout à ceux dont on connoît la prudence et le génie, et qui se sont
+illustrés par les profondes connoissances. Il est donc important d’en
+chercher la raison avec la plus scrupuleuse attention, et d’établir,
+quand nous l’aurons trouvée, comment les coups de verges appliqués sur
+le dos ou sur les lombes, subtilisent, embrâsent les esprits et nous
+rendent habiles à savourer les délices de la jouissance[48].
+
+ [48] Nous ne pouvons mieux faire pour appuyer les observations faites
+ jusqu’ici par Meibomius, sur l’utilité de la flagellation, que de
+ citer M. l’abbé Chappe d’Auteroche, de l’académie des sciences. Ce
+ savant abbé mourut en Californie, quelques jours après son
+ observation du passage de Vénus sur le soleil, en 1760. Il avoit
+ accompagné dans cette importante mission, MM. de la Condamine,
+ l’abbé de la Caille, Joseph de Jussieu, Godin des Odonnais, Couplet,
+ Lemonnier, Bougues, Verguin, Morainville, Clairaut et le Camus. Il
+ remarque dans son voyage en Sibérie, fait par ordre du Roi en 1761,
+ tome 1, page 339, que les coups de verges que l’on donne dans les
+ bains de vapeurs, en Russie, donnent de l’activité aux fluides et du
+ ressort aux organes. _La flagellation_, dit-il, _anime les
+ passions_; et nous devons en croire cet estimable littérateur, qui
+ voyageant en philosophe, ami de l’humanité, s’est attaché à observer
+ tout ce qui peut influer sur la population.
+
+ Le lecteur qui désireroit de plus grands détails sur cette matière,
+ peut consulter l’excellent ouvrage de l’abbé Boileau, qui a pour
+ titre: Histoire des flagellans, où l’on fait voir le bon et le
+ mauvais usage des flagellations, etc. _Amsterdam_ 1701, _in_-12.
+
+Marsilius Cagnatus et Montuus attribuent tout aux lombes, puisqu’ils
+sont composés des parties ci-devant détaillées, c’est-à-dire, des
+vertèbres, des muscles, des reins, des veines, des artères et des nerfs,
+en donnant néanmoins le premier rang aux veines et aux artères
+spermatiques qui fournissent la matière de la semence, contiennent le
+fluide qui commence à blanchir et à s’épaissir, est déjà sperme, ou va
+le devenir, et de-là le transmettent dans les testicules. Ce fluide
+étant trop abondant dans les veines et les artères, s’y trouvant gêné,
+et cherchant à se répandre au-dehors, excite des picotemens agréables,
+le prurit vénérien, des irritations, le besoin de s’en décharger et des
+pollutions nocturnes, sur-tout chez les personnes qui se couchant sur le
+dos, communiquent trop de chaleur aux parties génitales. Barth.
+Montagnana[49], le philosophe Nemesius[50], (T) Joh. Matthæus[51],
+Garyopontus, médecin latin moderne[52], et Sennert, (U) notre professeur
+et notre ami, homme respectable, lorsqu’il vivoit[53], Pierre
+Lauremberg, _in procestriis annotat. anat. lib. 1. cap. IV_, et enfin
+Gaspard Hoffmann, disent tous la même chose, quoiqu’ils ne s’expliquent
+pas de la même manière.
+
+ [49] Consil. med. 37.
+
+ [50] De la nature de l’homme, chap. 27.
+
+ [51] _Quæst. medic._ 90.
+
+ [52] _Pract._ lib. 3. cap. 34.
+
+ [53] _Pract._ lib. 3. c. 1. sect. 1. part. VII.
+
+B. Montagnana, dit en examinant un passage d’Avicenne[54], qu’il faut
+remarquer pourquoi ce médecin attribue l’impuissance à la foiblesse des
+reins; et après avoir dit que la matière séminale acquéroit le dernier
+degré de perfection, en raison du degré de chaleur et de force répandues
+dans les testicules, il ajoute qu’elle doit nécessairement être préparée
+dans les régions supérieures, dans les parties où la digestion se fait
+le plus promptement, comme dans le foie et les reins, et par conséquent
+ou plus éloignée ou plus rapprochée, suivant la constitution de chaque
+individu. Il conclut enfin qu’il est impossible que la véritable semence
+se forme et acquierre toutes les qualités requises, si les parties où
+elle doit s’élaborer, c’est-à-dire le foie et les reins, sont vicieuses,
+mal organisées et n’ont pas entr’elles un ordre et une connexion
+uniformes.
+
+ [54] Lib. XIX. _Fen._ 3. c. _de renibus et ren. calc._
+
+Némésius croit que les reins n’épanchent dans les testicules qu’une
+sérosité saline qui n’excite seulement dans ces parties que le prurit et
+la chaleur du désir, et remplissent ainsi leur ministère dans l’acte de
+la génénération. «Les reins, dit-il, servent à épurer le sang, et ne
+sont dans le coït qu’une cause irritante et secondaire.» Les veines qui
+se rendent dans les _didimes_, puisent dans les reins un acide qui
+irrite le désir, de même que les humeurs acres qui se glissent entre
+cuir et chair, y causent des démangeaisons. L’enveloppe de ces corps
+glanduleux étant plus tendre et plus délicate que la peau du reste du
+corps, cet acide irrite et aiguillonne plus vivement les organes de la
+volupté, et c’est cette âcreté mordicante qui procure les pensées
+lascives, provoque la fureur amoureuse et opère l’éjaculation de la
+semence. Voilà mot pour mot ce que dit Isidore ci-dessus cité, et Joh.
+Matthæus ne diffère de lui, qu’en ce qu’il attribue plus de faculté au
+rein gauche qu’au droit: «la veine gauche séminaire, dit-il, étant
+placée avec l’émulgente, près du rein gauche, fournit un sang mêlé d’une
+substance aqueuse et salée, qui occasionne le prurit et sert de
+stimulant à la jouissance.» Laurenberg donne aux reins l’emploi de la
+génération, et ne s’explique pas autrement que Garyopontus.
+
+Il définit les reins un tissu de muscles et de nerfs étroitement liés
+aux corps caverneux qui contiennent la liqueur séminale. Il leur
+attribue l’opération de la spermatose, et croit que c’est en eux que le
+fluide régénérateur est contenu et élaboré. C’est aussi l’opinion de
+Sennert, quoiqu’il en donne une toute autre raison, en s’expliquant plus
+clairement et d’une manière qui approche plus de la vérité anatomique,
+que celle de Garyopontus, qui ne paroît pas la connoître beaucoup.
+Sennert dont l’exemple est suivi par Hoffmann, prétend que les reins ne
+servent pas seulement à communiquer une irritation voluptueuse aux
+parties de la génération, mais encore à perfectionner le fluide séminal
+et à le transmettre. Il infère de-là, premièrement, que les reins ont un
+parenchyme particulier, qui ne diffère pas beaucoup de la substance du
+cœur et du foie, et c’est aussi le sentiment d’Arétée[55].
+
+ [55] Lib. 2. c. III. _de morbis diut._
+
+On ne peut refuser à ce parenchyme particulier la faculté que lui donne
+Galien[56] d’élaborer le sang: faculté qui lui est commune avec le
+parenchyme de tous les autres vaisseaux. Kariesatos et Jean
+Beverovicius, chap. 2 de son livre sur la pierre de la vessie, l’ont
+démontré d’une manière évidente. La veine émulgente étant la plus
+considérable de celles qui prennent naissance dans la veine cave, et
+voiturant dans les reins plus de sang qu’il n’en faut pour les
+alimenter, et l’artère étant aussi trop grande pour filtrer et dépurer
+les sérosités, il est vraisemblable que la nature qui ne fait rien sans
+dessein, n’a donné tant de capacité à ces vases, que pour les faire
+concourir à ses vues, dans une opération particulière. Il conclut donc
+que cette opération n’a d’autre but que de porter dans les reins le sang
+des artères, qui se mêlant ensuite, dans leur substance, avec le sang
+des veines, et y changeant de nature, forme la base de la composition de
+la semence qui descend ensuite dans les testicules. Ce qui confirme
+l’opinion de Sennert, c’est que des diverses conformations des reins et
+des vases dans lesquels la nature se plaît à créer des bizarreries, pour
+s’amuser, il résulte qu’il y a des hommes plus amoureux les uns que les
+autres, et d’une complexion beaucoup plus vigoureuse. Salomon Albert et
+Jean Riolan[57] nous en offrent des exemples. Tous deux faisant la
+dissection d’un criminel, disent lui avoir trouvé trois émulgentes et
+les veines spermatiques dans chaque côté, qui sortoient des émulgentes.
+Sal. Albert infère de-là que cette prodigieuse abondance de vaisseaux et
+de semence devoit nécessairement opérer chez cet homme l’insatiable
+salacité et les desirs sans cesse renaissans dont il se plaignoit encore
+quelques instans même avant son supplice. Riolan écrit que le sien fut
+pendu pour trigamie, parce que son trop plein d’existence et de force
+l’avoit contraint à épouser trois femmes à la fois[58].
+
+ [56] Lib 6. _de decret. Hippocr. et Plat._
+
+ [57] Antrop. liv. 2. chap. 27.
+
+ [58] Tel étoit de nos jours Mirabeau l’aîné, député à l’assemblée
+ constituante. (_Note de l’éditeur._)
+
+Philippe Salmuth ayant fait la dissection de deux hommes morts du mal
+vénérien, trouva que les reins du dernier étoient trois et même quatre
+fois plus grands que ceux des hommes ordinaires. Sennert demande
+ensuite, dans le cas où cette opinion seroit rejettée, d’où proviennent
+les sels volatils qui affectent l’odorat à l’approche de plusieurs
+animaux non-châtrés, qui s’exhalent de toutes les parties de leur corps,
+mais dont la perception est beaucoup plus sensible dans les reins et
+sur-tout des adultes, ce qui ne se rencontre pas dans les individus de
+l’âge le plus tendre, ou qui n’ont pas encore été accouplés. Il ajoute
+encore, d’après Oiribase[59], que la surabondance de liqueur séminale
+trop long-temps retenue dans les vaisseaux nuit aux reins; que les
+médecins regardent comme la preuve de l’excessive chaleur de ces
+parties, le penchant au libertinage, les songes lascifs et les
+pollutions nocturnes qui en sont le résultat. Les physiciens disent de
+plus que la qualité de la semence dépend de la constitution des reins.
+De même qu’une érection fréquente marque la chaleur des reins, de même
+une longue continence et l’éloignement des plaisirs de l’amour désignent
+leur température glacée.
+
+ [59] Lib. 6, cap. XXXIX. _collect._
+
+Alex. Trallien[60] et Arétée[61] nous apprennent que dans la gonorrhée
+simple, on diminue la force et la quantité du fluide séminal, en
+appliquant des remèdes qui ont cette vertu, sur les lombes, vers la
+région des reins.
+
+ [60] Médecin et philosophe du sixième siècle. Liv 2. chap. 9.
+
+ [61] Liv. 2. de _ses Chroniq._ chap. 7.
+
+Pline[62] vient encore à l’appui de Sennert, et dit que des lames de
+plomb attachées sur les lombes et les reins, tempèrent par leur
+fraîcheur les transports de la passion amoureuse, et il cite à ce sujet
+l’exemple de l’orateur _Licinius Calvus_ qui se servit avec succès de ce
+remède pour arrêter un flux involontaire de semence.
+
+ [62] Liv. 34. chap. 18.
+
+Galien[63] rapporte que les athlètes ceignoient pareillement leurs reins
+de ces lames de plomb, pour empêcher les pollutions nocturnes et amortir
+les feux de l’amour; il ne trouve pas de meilleur remède au priapisme
+qu’un emplâtre d’huile rosat épaissi avec de l’eau froide et appliqué
+sur les lombes.
+
+ [63] Liv. 5 _de tuendâ valet._ c. _ult._ lib 6. _de loc. adf._ c. ult.
+ et lib. 14. _method. medic._ cap. 7.
+
+Cœlius Aurelianus[64], outre les lames de plomb, ordonne des éponges
+imbibées à froid avec le marre de raisin.
+
+ [64] Liv. 5. Tard. pass. cap. 5.
+
+Aëce[65] et Théodore Priscien[66] recommandent non-seulement
+l’application des lames de plomb sur les lombes et les rafraîchissans,
+mais encore défendent de se coucher sur le dos, pour ne pas augmenter le
+mal, par l’extrême chaleur que cette position communique à ces parties.
+
+ [65] Tetrabiblos I. disc. III. chap. 32 et 37.
+
+ [66] Liv. 2. c. XI.
+
+Oribase[67] (V) et Paul Eginæte[68] sont du même avis. Ce dernier défend
+même dans la gonorrhée simple, tout médicament qui provoque les urines,
+comme très-nuisible aux reins qui sont placés dans la région des lombes.
+
+ [67] _Synops._ Lib. 9. c. 39 et 40.
+
+ [68] Lib. 3. c. 55 et 56.
+
+Avicenne[69] l’a prouvé, et cite entr’autres symptômes de l’épuisement
+et de la défection des reins, le défaut d’érection dans le coït. Il
+donne pour cause de la foiblesse de ces parties, la trop fréquente
+émission des molécules organiques, et nous apprend[70] que le seul moyen
+de leur rendre toute leur vigueur, est l’abstinence des plaisirs qui les
+en ont privés.
+
+ [69] Lib. 3. _Fen._ XIX. c. IX.
+
+ [70] Cap. XI.
+
+Aaron, médecin célèbre, cité par Rhasès[71] dit aussi qu’il faut
+attribuer le défaut d’érection, au foie et aux reins.
+
+Aristote[72] dit, qu’excepté l’homme, aucun des animaux n’est sujet au
+flux involontaire de la semence, parce qu’ils ne se couchent point sur
+le dos. On en excepte pourtant les chevaux de course dont les lombes et
+les reins échauffés par le mouvement que leur communique le cavalier,
+les rendent plus enclins à l’acte vénérien. Voilà l’origine de la
+coutume qu’observoient les dames d’Athènes, pendant les
+Thesmophories[73] d’éviter les carresses de leurs époux, et de coucher
+seules.
+
+ [71] Liv. 2. de la Continence.
+
+ [72] _Problêm._ Sect. 10. Prob. 19.
+
+ [73] Les Thesmophories étoient des sacrifices et des fêtes en
+ l’honneur de Cérès _Thesmophore_ ou _Législatrice_, pendant toute la
+ durée desquelles on s’envoyoit par toute la Sicile des gâteaux faits
+ avec du miel et de la graine de Sésame. On donnoit à ces gâteaux la
+ figure des _parties naturelles de la femme_, pour lesquelles les
+ Syracusains avoient tant de vénération et d’amour qu’ils les
+ portoient en cérémonie à ces fêtes célèbres. Les Romains, lorsque
+ leurs mœurs furent dépravées, firent construire des vases dont ils
+ se servoient à leurs repas et auxquels ils donnoient la figure de la
+ partie virile pour laquelle ils avoient tant de passion. Ce qui a
+ fait dire à Juvenal, satire 2: _Vitreo bibit ille Priapo_: _Celui-là
+ boit dans un Priape de cristal_.
+
+ Le Sésame est une espèce de bled, selon Pline, et de légume, selon
+ Columela, que les apothicaires d’Italie nomment _Gingeoline_. Il
+ ressemble au millet. Son huile est fort estimée et a la vertu de
+ rendre stérile. Pline dit qu’il fut apporté des Indes. Ses feuilles
+ sont rouges et ses fleurs vertes. Sa graine est blanche et renfermée
+ dans de petits boutons, comme celle du pavot et sa racine est
+ blanche pareillement. On n’en sème guère, parce qu’on prétend qu’il
+ rend la terre stérile. Son nom en latin est _Sesamum_.
+
+Ovide en parle ainsi, livre II de ses métamorphoses, fable IX. «Elles
+mettoient au nombre des choses defendues les plaisirs de l’amour, et les
+attouchemens des hommes dont elles se sevroient pendant neuf jours.»
+
+Elles dressoient leurs lits avec les branches et les feuilles de
+_l’agnus-castus_[74]. Le Vitex est un arbrisseau dont l’odeur combat les
+pensées amoureuses et écarte les songes lascifs. C’est pourquoi elles
+jonchoient leurs couches solitaires, des feuilles de cet arbrisseau,
+pour altérer la force et la chaleur du fluide séminal, rafraîchir leurs
+reins et les parties voisines, et émousser les aiguillons de l’amour.
+Voyez à ce sujet Dioscoride[75], Pline[76], Ælien[77] et Galien[78].
+
+ [74] _L’agnus-Castus_, nommé par les Grecs _chaste_, par les Latins,
+ _Vitex_, est un arbrisseau qui ressemble beaucoup à notre _Saule
+ d’Amérique_. Il croît sur le bord des rivières et des torrens. Ses
+ branches sont noueuses, longues et flexibles, ses feuilles assez
+ ressemblantes à celle de l’olivier, ce qui l’a fait nommer par
+ Mathiole _olivæ agnus_, mais plus molles. Ses fleurs sont purpurines
+ et quelquefois blanches. Son fruit est comme le poivre, chaud et
+ astringent. Il y en a de blanc et de noir.
+
+ _Arnaud de Villeneuve_ exagère les propriétés de l’agnus-castus avec
+ une confiance qui étonne dans un homme instruit. Il assure que le
+ moyen le plus sûr de conserver sa chasteté, est de porter
+ habituellement un couteau dont le manche seroit fait avec le bois de
+ cet arbrisseau. Le préjugé des anciens sur ce végétal s’est perpétué
+ jusqu’à nous, et l’on fait encore dans les monastères, usage
+ intérieurement et extérieurement des semences et des feuilles de cet
+ arbrisseau, en se faisant une ceinture de ses branches ou une
+ émulsion de sa semence avec l’eau de nénufar. Voyez ce que rapporte
+ à ce sujet M. de Lignac dans son traité de l’homme et de la femme,
+ considérés physiquement dans l’état du mariage... Lille 1773.
+ _in_-12. tom. premier, pages 102 et suivantes.
+
+ [75] Liv. 1. Chap. CXVI.
+
+ [76] Lib. XXIV. cap. IX.
+
+ [77] De anim. lib. IX. c. XVI.
+
+ [78] Lib. VI. de Simp. med. fac. chap. 34.
+
+On emploie aussi pour donner la vigueur nécessaire aux exercices de
+Vénus, les reins de certains animaux, et principalement du bouc.
+
+_Aëce_, déjà cité, recommande l’usage de la chair du _seine-marin_[79],
+prise de ses reins ou des environs, comme très-propre à opérer
+l’érection de la verge. Peut-être est-ce une espèce d’analogie et une
+conformation semblable à ceux de l’homme, qui a fait attribuer aux reins
+de cet animal la propriété de les aider et de les exciter à remplir le
+devoir de la génération; de même que l’on ordonne à ceux qui sont
+inhabiles à s’en acquicter, entr’autres médicamens, les frictions, les
+emplâtres chauds, non-seulement sur les parties honteuses, mais encore
+aux reins, les diurétiques violens, comme les cantharides, et le soin de
+se coucher sur le dos, pour maintenir la région des lombes dans un degré
+de chaleur nécessaire pour rappeller les forces languissantes, rendre la
+semence prolifique, et précipiter sa descente dans les testicules.
+Rhasès[80] dit que toutes les fois que l’on se frottera les reins avec
+des médicamens chauds, le membre viril augmentera de grosseur et de
+fermeté, et l’érection sera complette.
+
+ [79] Le _Seine-marin_ est une espèce de petit crocodile terrestre, que
+ sa qualité anti-vénéneuse a fait entrer dans le fameux Mithridate,
+ et sa vertu aphrodisiaque dans l’électuaire _Diasatyrion_. Ce lézard
+ en Egypte et en Arabie, ne se nourrit que de plantes aromatiques.
+ Les paysans d’Egypte portent de ces lézards au Caire, d’où par
+ Alexandrie, on les transporte à Venise et à Marseille, pour les
+ disperser dans toutes les pharmacopées de l’Europe. Les Arabes et
+ les Egyptiens s’en servent pour s’exciter à l’amour. Les Européens
+ le rejettent, parce qu’il rend maniaque; au reste le seine-marin
+ résiste au vénin, et augmente la semence. Dioscoride recommande la
+ chair qui est autour de ses reins. Galien dit que ce sont les reins
+ mêmes qu’il faut employer. Pline veut que ce soit la dépouille et
+ les pattes. M. Lemery s’est déterminé pour l’usage des reins, qu’il
+ ordonne de réduire en poudre, il en fixe la dose à 72 grains. On ne
+ sauroit enfin être trop en garde contre la violence de ce remède.
+
+ [80] Lib. XI, _Contin._ c. V.
+
+Misish, médecin arabe, dans sa somme de Rhasès, dit aussi que le seul
+moyen de s’exciter aux plaisirs de l’amour, est de donner beaucoup de
+chaleur au dos, comme celui de diminuer la fougue d’un tempéramment
+lascif, est, en prenant cette sage précaution en sens inverse, de l’en
+priver, en se couchant sur des feuilles froides. Nous concluons donc de
+tout ceci, que les lombes sont les premiers instrumens de la génération,
+selon leur constitution et l’emploi que la nature leur a confié; et
+suivant Cagnati, les veines et les artères y portent la matière et les
+esprits; que le premier organe des reins est le parenchyme[81], où le
+fluide séminal commence à s’élaborer, à devenir prolifique et recevoir
+enfin dans les vases séminaires le degré de perfection qui lui est
+nécessaire: c’est l’opinion de Sennert et la nôtre. Il ne faut pourtant
+pas rejetter celle de Némésius, d’Isidore, de Matthæus et de Laurenberg,
+qui prétendent qu’il se mêle à ce fluide une certaine sérosité saline,
+une humeur mordicante filtrée des reins dans les testicules, et dont
+l’effet est de causer le prurit vénérien et l’érection avec de violens
+desirs de la jouissance. Ce que le grammairien Papias a répété, sur leur
+autorité, dans son vocabulaire.
+
+ [81] Mot grec qui signifie _engendré par la masse et l’épaississement
+ d’un suc_. Le foie est le premier de tous les parenchymes.
+
+Nous avons, je crois, suffisamment prouvé que la flagellation sur le dos
+ou sur les lombes est du plus grand effet pour rendre la vigueur éteinte
+par les excès de la volupté, et vous ne devez plus être surpris que ces
+hommes, que la débauche a mis au rang des bêtes, ces monstres épuisés de
+luxure, et victimes d’un honteux désordre, ayant cherché dans
+l’opération douloureuse de la flagellation, un remède à l’épuisement, à
+la foiblesse de leurs reins, et à la perte totale de leurs forces, sans
+parler de ceux qui, moins coupables à la vérité, ne doivent ces accidens
+qu’à un trop violent amour pour une épouse, ou à un physique froid,
+vicieux et mal organisé. Il est probable que la flagellation donne aux
+parties relachées et refroidies, une commotion violente, une irritation
+voluptueuse qui les embrâse et se communique à la semence, ajoutez à
+celà que le sentiment aigû de la douleur des parties frappées, subtilise
+et précipite le sang avec plus d’abondance, attire les esprits, et
+fournissant aux parties de la génération une chaleur excessive, procure
+à l’homme libidineux qui cherchoit en vain le plaisir, le moyen de
+consommer l’acte de la génération, malgré la nature même, et de
+multiplier ses jouissances criminelles au-delà des bornes qu’elle a
+assignées à ses forces[82].
+
+ [82] Rabelais faisant allusion à cette manière de se procurer des
+ forces pour la lutte amoureuse, dit _se frotter le cul au
+ panicaut[83] vrai moyen d’avoir au cul passion_.
+
+ Une femme en mélancolie
+ Par faute _d’occupation_,
+ Frottez-moi lui le cul d’ortie,
+ Elle aura _au cu passion_.
+
+ _Extrait du Ducatiana._
+
+ Nous ne pouvons nous refuser au plaisir d’ajouter encore une preuve
+ aux observations de Meibomius, en faisant part à nos lecteurs d’une
+ anecdote, non-seulement étroitement liée au sujet que nous traitons,
+ mais encore intéressante par la réputation de celui qui en est le
+ héros. Il s’agit d’un chevalier romain, gouverneur d’Egypte, ami
+ d’Auguste et de tous les beaux esprits de son temps; d’un poëte
+ charmant qui a servi de modèle aux _Barth..._, aux _Dorat_, aux
+ _Parny_, aux _Chabanon_, enfin de _Cornelius Gallus_, l’ami de
+ _Virgile, Horace, Tibulle_ et _Catulle_, qui, comme ces derniers, a
+ chanté l’amour, au milieu de ses extases, et qui, au rapport de
+ Pline, mourut d’une douce mort, ou plutôt s’endormit pour toujours
+ sur le sein de celle qui faisoit le bonheur de sa vie. M. de Lignac
+ nous apprend que ce favori des Grâces ne devoit les transports et
+ les faveurs enivrantes d’une jeune fille passionnée pour lui, qu’au
+ fouet qu’elle recevoit fréquemment d’un père rigoureux qui, croyant
+ la punir par ce châtiment, des fautes que lui faisoit commettre un
+ tempéramment trop lascif, ne travailloit au contraire qu’à
+ l’augmenter, et servoit ainsi, sans le savoir, les vues du
+ voluptueux poëte.
+
+ Ce trait m’en rappelle un autre dont j’ai été le témoin. Un écolier
+ de rhétorique, et mon condisciple, menacé du fouet par le régent,
+ trouva le moyen de s’y soustraire par cette réponse hardie et
+ indécente. «Vous me rendriez un grand service, je n’osois vous le
+ demander, mais vous devriez savoir qu’à mon âge on ne le craint
+ plus.»
+
+ [83] Le _Panicaut_ est une espèce de chardon qu’on appelle _à cent
+ têtes_, en latin _eryngium_. Ses feuilles sont bonnes à manger,
+ lorsqu’elles sont tendres et confites dans le sel. Elles sont
+ aromatiques, et deviennent en croissant, épineuses et piquantes.
+
+Voilà mon avis, mon cher Cassius; mais, direz-vous, cet expédient
+honteux n’est mis en usage que par les libertins dont vous m’avez parlé,
+afin que remediant à l’extinction de leurs facultés, fruit de leurs
+excès de débauche, ils puissent les continuer, et se vautrer de plus
+belle dans la fange du crime. Je demande donc maintenant si cette
+fustigation ne devient pas un remède aussi innocent que quantité
+d’autres employés tous les jours, et si la conservation de l’espèce ne
+le rend pas non-seulement excusable, mais même nécessaire, lorsqu’il
+s’agit d’un homme qui, voulant savourer les voluptés d’une jouissance
+permise, et se reproduire dans un second lui-même, n’éprouveroit avec
+une épouse aimable et tendrement aimée, que le désespoir de
+l’impuissance, et dont tous les efforts seroient vains pour consommer le
+mariage, par la foiblesse et le défaut de chaleur des parties que nous
+avons détaillées ci-dessus, et qui seroit précisément le coursier dont
+parle Virgile, liv 3 de ses géorgiques.
+
+ «Quand des ans ou des maux il sentira le poids,
+ »Des travaux de l’amour dispense sa foiblesse;
+ »Vénus ainsi que Mars demande la jeunesse.
+ »Pour son corps dévoré d’un impuissant désir,
+ »L’hymen est un tourment et non pas un plaisir,
+ »Vieux athlète, son feu dès l’abord se consume:
+ »Tel le chaume s’éteint au moment qu’il s’allume.
+
+_Trad. de l’abbé de Lille._
+
+De sorte qu’il ne pourroit, je ne dis pas s’acquitter totalement envers
+sa créancière, mais même payer la moitié de la dette. Pourquoi non, mon
+cher Cassius? Je sais que vous n’êtes aucunement dans le cas de recourir
+à un remède de cette nature, et je suis prêt à l’affirmer par serment et
+sous peine de privation des plaisirs de l’amour pendant la cinquantaine.
+Je sais depuis long-temps, comme votre médecin, et je ne me trompe pas,
+que vous êtes pourvu des plus brillantes qualités pour remplir les
+devoirs d’époux; les règles infaillibles de mon art, et la connaissance
+qu’il me donne de votre constitution physique, me permettent et me font
+même un devoir d’en juger. J’ai d’ailleurs pour garant de la vérité de
+mes conjectures, un témoin irrécusable et au-dessus de toute exception,
+qui depuis peu commence à se remuer dans les entrailles de votre douce
+et tendre moitié, et pour qui j’implore les faveurs de Lucine, au temps
+marqué pour son élargissement. Pour ce qui est de communiquer à d’autres
+le remède que je vous indique, s’il en est qui aient besoin du ministère
+d’un homme qui d’un bras vigoureux leur décharge sur le dos une ample
+provision de coups de verge, je ne le défends à personne, et ne leur
+envie pas ce plaisir. Non-seulement ceux qui habitent le temple des
+Muses, comme on le dit ordinairement des savans, doivent être
+inaccessibles à la jalousie, mais plus encore les médecins.
+
+_L’envie_, dit Scribonius Largus, dans une lettre à C. Julius Callistus,
+_est un crime affreux qui déshonore les hommes, et doit être en horreur
+à tout l’univers, et principalement aux médecins; car si leur ame
+n’étoit pas le séjour de l’humanité et de la tendre pitié, qui sont le
+premier devoir, la base et le but de leur profession, ils devroient être
+l’objet de la haine et du mépris des dieux et des hommes._
+
+C’est uniquement pour vous être agréable, ô l’ami de mon cœur, et
+satisfaire votre curiosité, que je me suis hasardé de traiter ce sujet
+et de vous dire mon avis, un peu librement à la vérité. Quel que soit
+son sort, tirez-en le meilleur parti possible, continuez-moi l’amitié
+dont vous m’honorez, pardonnez à ces plaisanteries innocentes, qui
+cependant conduisent à des réflexions importantes et sérieuses, et
+conservez précieusement une santé qui m’est aussi chère que la mienne.
+Adieu.
+
+
+
+
+OBSERVATIONS
+
+_Extraites d’une lettre de Thomas Bartholin à Henri Meibomius._
+
+
+La traduction que nous avons entreprise du traité de Meibomius, étant
+principalement destinée aux savans, nous croyons qu’il est fort inutile
+de leur offrir en entier la lettre de Bartholin au fils de l’auteur;
+nous nous contenterons d’en extraire toutes les réflexions qui peuvent
+ajouter à la singularité de l’ouvrage, et nous renverrons nos lecteurs à
+l’édition latine, où cette lettre a été insérée toute entière avec la
+réponse de Meibomius.
+
+Bartholin, après une énumération des ouvrages et un magnifique éloge des
+talens de Meibomius, dit que Paulin, son imprimeur, l’ayant prié
+d’ajouter quelques observations, le desir d’être utile au public et de
+faire cause commune avec ses amis Meibomius et Cassius, l’a engagé à
+rassembler quelques cordes et quelques brins (ce sont ses termes) pour
+augmenter les verges.
+
+Très-peu de personnes, dit-il, aiment la flagellation: les anodins étant
+en général plus du goût des malades que les caustiques; mais telle est
+la condition humaine, qu’on ne peut pas toujours employer les topiques
+bénins.
+
+La flagellation est propre sur-tout à guérir ceux qui feignent d’être
+malades; elle est utile dans l’épilepsie; on l’employa souvent avec
+succès pour rendre l’activité aux esclaves qui se disoient malades pour
+ne point travailler. Il paroît qu’elle est propre aussi pour guérir les
+maladies de l’ame, comme celles du corps, puisqu’on a vu dans l’Italie
+une secte de flagellans qui s’assembloient pendant le carême pour expier
+leurs fautes par une copieuse discipline. Claudion, liv. 1, sur Eutrope,
+dit que cette coutume se pratiquoit aussi dans les fêtes de Cybèle.
+
+Les Syriens avoient des mercenaires qui pour une certaine rétribution,
+se chargeaient d’expier les fautes des autres, en se flagellant
+eux-mêmes, suivant le plus ou moins de bénéfice.
+
+On voit que Circé employoit une verge pour changer les compagnons
+d’Ulysse en pourceaux; on peut conclure de-là que les mêmes verges qui
+rendent aux uns le bon sens, peuvent l’ôter aux autres.
+
+J’ai vu à Padoue des religieux employer la flagellation pour chasser le
+diable des corps qui en étoient possédés, possession qui, suivant les
+médecins, n’étoit autre chose qu’une épilepsie que l’on guérit aisément
+par la chaleur que communique la flagellation. St.-Marc, tourmenté par
+l’esprit malin, le mettoit à la raison à coups de poing. Haymond, évêque
+d’Halberstad, dit que les soufflets sont plus efficaces pour guérir les
+tentations du diable, que pour dissiper les douleurs de tête.
+
+Les Romains faisoient fouetter les esclaves qui avoient encouru le
+châtiment, comme le dit P. Brisson, liv 3, des antiquités du droit
+civil, chap. 9.
+
+La crainte de la douleur nous contient dans les bornes de la raison;
+j’ai connu un homme de bonnes mœurs, mais sujet à de fréquens mouvemens
+de colère, que l’on rendoit plus doux qu’un agneau, en lui administrant
+une ample flagellation, quand les menaces n’avoient pu calmer sa fureur.
+
+Cœlius Aurelianus dit que la plante nommée Férule a la vertu de rendre
+l’équilibre des humeurs aux parties irritées; et Dioscoride, liv. 5,
+chap. 19, dit que l’eau de la mer produit le même effet, étant par sa
+nature chaude et aride comme toutes les choses salées.
+
+Un marchand d’esclaves parvint à rendre en bien peu de temps le plus
+brillant embonpoint, à un enfant exténué par la faim, et cela, par le
+moyen d’une flagellation modérée qu’il lui donnoit tous les deux jours.
+
+Si le moyen de Cœlius paroît trop violent, on veut employer celui que
+propose Æginete, liv. 4, chap. 12, qui est d’appliquer sur le corps
+malade, la peau d’un agneau fraîchement dépouillé, et le battre ensuite
+de verges.--Les Syriens voluptueux avoient recours à ce moyen. Beroalde
+dit que la peau du blaireau est excellente pour guérir les plaies qui
+sont les suites de la flagellation et de la morsure des chiens. Quelques
+cruels que paroissent les arrêts de la médecine, il faut se souvenir,
+non de la douleur momentanée qu’ils procurent, mais de la guérison
+qu’ils doivent opérer, et ne jamais les commenter, ni les approfondir.
+
+Les barbiers de Rome avoient mis des fouets à leurs portes, entre autres
+instrumens qui composoient leurs enseignes, comme nous le prouve
+Martial. liv. 2. ch. 17. Ces fouets étoient faits de cordes de laine, et
+pour les rendre plus déchirans, on les hérissoit de nœuds et d’osselets
+de mouton, au rapport d’Apulée. Catulle, épig. 25 à Thallus menace de le
+punir de cette manière.
+
+Sénèque, épitre 90, dit que la torpeur des membres se guérit par la
+flagellation avec de l’ortie, et dont les coups sont si violens qu’un
+oie qui en seroit piqué, en mourroit. Columella dit que les fermiers de
+Rome ont coutume de déplumer les poules d’Afrique sur le ventre, et de
+les fouetter avec de l’ortie, pour les faire couver, en leur mettant
+dans le bec ou un bol, ou un os qui leur sert de bâillon, pour les
+empêcher de rendre la nourriture qu’elles ont prise. On sait qu’un
+soufflet ou un coup de poing bien appliqué sous la mâchoire inférieure,
+guérissent promptement un homme à qui un bâillement ou un rire immodéré
+ont causé une luxation et un relâchement dans les ressorts de la bouche.
+Chez les habitans de la Gaule Cis-Alpine, (aujourd’hui le Milanois) on
+comprimoit avec des cercles ou des lames d’étaim, le ventre d’une femme,
+pour en faire sortir le fœtus mort dans ses entrailles.
+
+J’ai remarqué que le fouet que l’on donne aux enfans pour les punir
+d’avoir uriné dans le lit, est le moyen le plus efficace de les en
+empêcher, quoique les parens ne fassent point d’attention aux effets
+physiques de ce remède.
+
+Meibomius a cité assez d’exemples qui prouvent combien la flagellation
+est utile dans l’impuissance, pour me dispenser de blesser encore les
+oreilles chastes, en les répétant ici; mais il n’est pas inutile de dire
+que non-seulement ce remède est propre aux hommes, mais encore aux
+femmes pour les faire concevoir plus aisément. Aussi les Romaines
+s’offroient-elles nues aux prêtres qui célébroient les Lupercales, pour
+en être frappées. Ces prêtres se servoient tantôt de la main, tantôt de
+la tige de la férule. Les plus chastes se contentoient d’appliquer leurs
+coups sur la main, et on devine facilement que la superstition avoit
+moins de part à cette cure que la libre circulation du sang, qui, agité
+et divisé, remonte vers le cœur, se répand dans les artères avec plus
+d’abondance, et porte par-tout un feu pur et nouveau qui excite à
+l’amour, et dispose à la conception. Les Romains qui, en célébrant les
+Lupercales, couroient nuds par les rues, et frappoient toutes les femmes
+qui se trouvoient sur leur passage, se nommoient _Crépi_, du mot latin
+qui signifie _bruit_, parce que les verges avec lesquelles ils
+frappoient, étoient couvertes de cuir, selon Dempterus, liv. 3, chap. 2,
+ou de peaux de chien ou de bouc, qui étant sèches, augmentoient la
+douleur ou le bruit de l’opération. Plutarque attribue de bons effets à
+cette flagellation. Ovide, Juvénal et Prudence dans l’histoire des
+martyrs, se sont égayés sur l’usage considéré comme religieux, mais en
+effet utile comme médical; le caractère connu des prêtres qui suivant
+leurs termes, frappoient les femmes avec d’autres verges que la férule,
+a donné lieu à bien des plaisanteries[84]. Voyez Cardan, liv. 2, de son
+traité de l’utilité que l’on peut retirer de l’adversité.
+
+ [84] Ce trait nous rappelle un quatrain placé dans l’église de
+ St.-Hyacinthe, à Paris, et qui prouve la vertu des moines.
+
+ «Femmes qui désirez de devenir enceinte,
+ »Adressez cy vos vœux au grand Saint-Hyacinthe,
+ »Et tout ce que pour vous le saint ne pourra faire,
+ »Les moines de céans pourront y satisfaire.»
+
+Entr’autres nations où ces usages sont communs, on distingue les Perses
+et les Russes. Ceux-ci battent leurs femmes pour prouver leur amour.
+Jean Barclay, dans son _Icon animorum_, rapporte une anecdote qu’on ne
+sera pas fâché de trouver ici.
+
+Un homme de basse extraction quitta l’Allemagne et se retira en
+Moscovie. Si vous êtes tant soit peu curieux de le savoir, il se nommoit
+Jourdain. Le séjour lui ayant paru agréable, il résolut de s’y fixer, et
+il s’y maria. Passionnément amoureux de sa femme, il n’épargna rien pour
+l’en assurer, mais ses efforts furent inutiles; elle souffroit
+intérieurement un chagrin qu’elle vouloit cacher, mais que la rougeur de
+ses yeux, ses soupirs et ses sanglots trahissaient à chaque instant. Son
+époux lui demandant la cause de cette tristesse et cherchant à deviner
+en quoi il avoit manqué au devoir de la tendresse, elle lui parla en ces
+termes, après s’être fait long-temps presser. «Pourquoi fais-tu si
+bien-semblant de m’aimer? Crois-tu me tromper? Crois-tu me cacher plus
+long-temps que je suis vile à tes yeux?» et en même temps elle versoit
+un torrent de larmes. Jourdain étonné de ce langage, lui demanda en quoi
+il l’avoit offensée; que peut-être il avait manqué en quelque chose,
+mais qu’il répareroit cette faute par plus de soins. Enfin, lui
+dit-elle, puisque tu fais semblant de l’ignorer, où sont donc les verges
+avec lesquelles tu m’as apprise à t’aimer? Ne sais-tu pas que c’est chez
+nous l’unique moyen que doivent employer les hommes qui veulent nous
+persuader de leur amour? Jourdain à ce discours fut long-temps dans une
+stupeur profonde, et eut toutes les peines du monde à s’empêcher de
+rire. Bientôt la première surprise passée, et sa femme persistant à lui
+parler sérieusement, il fut forcé de croire que ce traitement étoit
+indispensable. Mais comment se résoudre à battre une femme qu’on aime?
+Il n’y avoit pourtant pas de milieu, il eût été haï; il s’y résolut donc
+avec beaucoup de peine. Peu de jours après, il saisit un prétexte
+d’humeur de sa femme, et prenant un bâton, lui administra la correction
+la plus conjugale. Le remède fit merveille, et sa femme commença à le
+chérir de la meilleure foi du monde.
+
+Pierre d’Erlesunde, part. 5 de ses anecdotes moscovites, raconte le même
+fait et dit: que c’est pour cet usage que les maris aussi-tôt la noce,
+se munissent de verges, comme des divers ustensiles de ménage, et le
+motif de cette emplette n’est nullement le desir de corriger sa femme;
+car une méchante femme, s’il y en a, ne se corrige ni par les menaces,
+ni par la colère, quand même on lui casseroit les dents à coups de
+pierre, pour me servir des termes de Simonide, dans Stobée.
+
+Je crois avec votre père Meibomius, (c’est Bartholin qui parle) que la
+flagellation excite et augmente la semence par la chaleur extrême
+qu’elle communique aux lombes et aux reins, et j’ai depuis long-temps
+démontré dans mes recherches sur l’anatomie, de quelle manière les
+fonctions des reins dépendent de la circulation du sang, systême appuyé
+depuis par Sennert, Olafius, Wormius et Meibomius. Ce qui fait que
+l’usage de se coucher sur le dos procure en dormant les pollutions
+involontaires, en donnant trop de chaleur aux lombes. Les frictions
+excitent l’érection, et plus d’un parisien a dû à cet usage, trop
+fréquent chez eux, la perte de la santé et de la vie.
+
+C’est sur les lombes qu’on applique les remèdes rafraîchissans, dans la
+gonorrhée. Actuarius, liv. 4, chap. 8, de sa méthode de médecine,
+applique sur les reins un emplâtre qui les fortifie, sans les échauffer
+aucunement. Oribase emploie une lame de plomb sur les lombes[85]. La
+défense qu’il fait de trop rafraîchir les lombes, dans la crainte que
+les reins n’en souffrent aussi, prouve que ces deux parties sont
+très-distinctes, et que ce qui est utile à l’une est nuisible à l’autre.
+
+ [85] Voyez son traité du régime que l’on garde dans toutes les saisons
+ de l’année. _Bâle_ 1528, édition d’Alban. Torinus.
+
+De mon Tusculanum d’Hagestad, le 24 octobre 1669.
+
+
+
+
+EXTRAIT
+
+DE LA REPONSE
+
+DE H. MEIBOMIUS, FILS,
+
+A T. H. BARTHOLIN.
+
+
+J’ai appris que vous vouliez faire réimprimer l’ouvrage de Jean Henri
+Meibomius, mon père, sur l’utilité de la Flagellation dans les plaisirs
+de l’amour, et sur les fonctions des lombes et des reins, et rien ne
+pouvoit m’être plus agréable. Cet ouvrage doit sa naissance à la gaîté
+d’une orgie, et il a été publié, à l’insu de mon père, à Leyde, par les
+soins du personnage illustre auquel il est dédié. Les hommes les plus
+signalés de l’Europe l’ont accueilli, et plusieurs écrivains lui ont
+donné des éloges. Comme on n’en avoit tiré qu’un très-petit nombre
+d’exemplaires pour être donnés à des amis, il devint rare, et l’objet
+des avides recherches des amateurs et des curieux, à cause de la
+singularité piquante de son titre.--J’étois fâché de ne pouvoir
+contenter tous ceux qui vouloient l’avoir, et ne voulois pourtant pas en
+faire une seconde édition, non-seulement parce que je n’étois pas
+toujours de l’avis de mon père, mais encore, parce que je ne voulois pas
+évoquer sur moi les traits de la censure, dans le moment où ma
+réputation commençoit à s’établir, en éditant un ouvrage plein d’images
+un peu libres. Je sus quelque temps après qu’il venoit de l’être, j’en
+fus ravi et regrettai de n’avoir pas été averti assez tôt, pour lui
+donner toute la pureté et l’élégance dont il étoit susceptible. Je me
+réjouis sincérement que vous ayez bien voulu donner vos soins à cet
+ouvrage et l’enrichir de vos observations, vous que l’Europe savante met
+au premier rang de ses littérateurs. Vous ne craignez pas que le
+sourcilleux Caton jette sur lui un regard farouche, en ridant ses
+lèvres. Mais enfin, nous n’écrivons pas pour les Vestales ni pour les
+Sabins, mais pour les médecins. Ce sujet mérite d’être approfondi, et je
+ne doute pas que vous n’ayez tiré le plus grand parti de tout ce qui
+pouvoit le rendre précieux et intéressant. Je vous envoie les notes
+manuscrites dont mon père avoit chargé les marges de son exemplaire. Je
+ne crains pas d’avouer qu’il y a dans cette lettre des passages qui se
+trouvent en contradiction avec les systêmes d’Harvey, et j’aime mieux
+convenir des erreurs de mon père, que de les défendre, sur-tout
+lorsqu’elle lui sont communes, non-seulement avec quelques savans, mais
+encore avec quelques siècles précédens.
+
+Les bons effets de la Flagellation pour guérir les Maniaques, attestés
+par Cœlius Aurelianus, Rhazès et autres, sont connus depuis un siècle en
+Angleterre, quoique les médecins ne s’en soient point souvenus, et je
+lis dans Bodin, liv. 5 de la république, que la folie dégénère souvent
+en fureur, et se guérit par la Flagellation.
+
+Meibomius répète ici ce que Bartholin a dit des Lupercales, et de leurs
+cérémonies ridicules et superstitieuses.
+
+Il dit que les somnambules peuvent être guéris de cette maladie par la
+Flagellation, et qu’il en a vu plusieurs expériences satisfaisantes. Il
+discute ce que son père a dit des effets de la Flagellation, pour
+exciter à l’amour, de l’influence des astres, de l’habitude, des parties
+sur lesquelles le remède doit être appliqué, d’après les autorités des
+écrivains sacrés et profanes, des historiens et des poëtes. Il répète
+ensuite tout ce qu’on a déja vu sur le physique des lombes et des reins,
+leurs fonctions et les travaux du sang dans cette partie. Il cite le
+coucher trop doux et l’usage de se coucher sur le dos, comme les causes
+ordinaires des pollutions nocturnes: l’équitation est encore un exercice
+qui dispose à l’amour, comme Aristote le démontre dans le Centon des
+problèmes qui ont paru sous son nom. (Section IV, problême 12.)
+Hyppocrate dit au contraire, qu’il est une des cause d’impuissance, et
+tous deux ont raison. Hyppocrate a entendu parler de l’usage des
+Scythes, d’être toujours à cheval, et en effet cet exercice continuel
+fatigue, épuise; il endurcit les parties de la génération, et leur ôte
+cette précieuse sensibilité qui est le premier aiguillon de la volupté.
+Aristote, au contraire, n’a en vue que l’usage modéré propre à échauffer
+les lombes, mettre les humeurs en mouvement, et subtiliser le sang[86].
+
+ [86] Je ne suis plus étonné de voir nos élégantes parisiennes
+ parcourir légèrement à cheval les boulevards et le bois de Boulogne.
+ Elles savent à merveille la théorie des jouissances, sans avoir lu
+ Meibomius, elles savent par expérience que la fatigue du plaisir les
+ délasse des fatigues du cheval. (_Note du trad._)
+
+Je ne crois pas nécessaire de pousser plus loin la discussion sur tout
+ce que mon père a dit à ce sujet. Il a compulsé avec trop de soin tout
+ce qui pouvoit completter son ouvrage. Math. Highmorus, liv. 1, part. 3,
+chap. 4 de son anatomie, l’a fait d’une manière lumineuse. Quelques
+auteurs essayeront peut-être d’expliquer les phénomènes de la nature, à
+l’aide de ses hypothèses, semblables à cet écrivain qui s’étoit persuadé
+que la semence est le chyle et non le sang, et que ce chyle épais, trop
+échauffé par la flagellation, se portait vers les parties génitales. On
+pourroit s’égarer encore davantage dans la région des commentaires sur
+le suc nerveux qu’ils croient être le premier agent du suc organique,
+mais mon intention n’est pas de les suivre dans le dédale des
+conjectures. Je pense avec Columella, que les hommes ont plutôt la manie
+de mettre en crédit les idées nouvelles et hasardées, que d’approfondir
+et d’appuyer celles qui sont reçues. Quant à moi, je crois avoir
+suffisamment prouvé tout ce que j’ai avancé sur la circulation et
+l’effervescence du sang dans les lombes, et je m’y tiendrai, si vous me
+donnez votre suffrage.
+
+
+
+
+EXTRAITS des articles de quelques auteurs cités dans cet ouvrage.
+
+
+(A) Il y eut plusieurs ASCLÉPIADES. Un d’eux vivoit sous Trajan, et fut
+d’abord rhéteur, et ensuite médecin à Rome. Il mourut d’une chute, dans
+un âge très-avancé. Pline cite ses cinq remèdes: l’abstinence des
+viandes et du vin dans certaines occasions. Les frictions, la promenade
+et la voiture.
+
+(B) _Jérôme MERCURIALIS_, mort à Forli, sa patrie, en 1596, à 66 ans,
+professeur de médecine à Padoue, à Bologne et à Pise. Ses compatriotes
+lui érigèrent une statue. Ami généreux, vivant avec éclat, et charitable
+envers les pauvres; il n’en laissa pas moins 120,000 écus d’or à ses
+héritiers. Il étoit de belle taille, de bonne mine, d’une grande douceur
+et d’une piété exemplaire. Il a laissé des ouvrages pleins d’érudition.
+1º. _De arte Gymnasticâ_, 1602, _in_-4º. 2º. _De morbis mulierum_, 1601,
+_in_-4º. 3º. _Des notes sur Hyppocrate et sur Pline l’ancien_.
+
+(C) _Thomas CAMPANELLA_, dominicain calabrois, emprisonné 27 ans pour
+avoir montré plus d’esprit qu’un vieux professeur de son ordre. Il eut
+sept fois la question, pendant vingt-quatre heures de suite, et ne fut
+élargi qu’à la sollicitation du pape Urbain VIII. Il vint à Paris,
+protégé (en 1624) par le cardinal de Richelieu, et y mourut en 1639, à
+71 ans, pour avoir pris de l’antimoine. Nous avons de lui un ouvrage
+intitulé: _Atheismus triumphatus_, et plusieurs autres.
+
+(D) _Jean Pic_, prince de la MIRANDOLE et _de la Concorde_, né en 1463,
+d’une famille illustre, fut dès sa plus tendre jeunesse, un prodige de
+mémoire et de science, et qui, dit-on, possédoit vingt-deux langues à
+l’âge de dix-huit ans. Ses ouvrages sont recueillis en un vol. _in-fol._
+Bâle 1601. 1º. _Des livres sur le commencement de La Genèse_. 2º. _Un
+traité de la dignité de l’homme_. 3º. _De l’être de l’univers_. 4º.
+_Règles de la vie chrétienne_. 5º. _Traité du royaume de J. C. et la
+vanité du monde_. 6º. _Trois livres sur le banquet de Platon_. 7º. _Une
+exposition de l’oraison dominicale_. 8º. _Un livre de lettres_. 9º.
+_Disputationes adversùs astrologiam divinatricem_. Bologne 1495.
+_in-folio_, rare.
+
+(E) _Jean NEVISAN_, jurisconsulte Italien, natif d’Asti, mort en 1540,
+étudia le droit à Padoue, et l’enseigna à Turin. Son principal ouvrage
+est celui que cite ici _Meibomius_, _Sylæ nuptialis, lib. 6. in quibus
+matrimonii, dotium, filiationis, adulterii materia discutitur_. Lyon
+1772, in-8. liv. curieux, qui souleva tout le beau sexe contre lui.
+
+(F) _Ludovicus Cœlius RHODOGINUS_, né à Rowigo, dans l’état de Venise,
+en 1450, savant dans le latin et le grec, professeur à Milan et ensuite
+à Padoue, où il mourut en 1525, à soixante-quinze ans; son nom de
+famille étoit _Richeri_; _Jules César Scaliger_ fut son disciple, et les
+talens de l’élève justifient les éloges qu’il prodigua à son maître, en
+l’appellant le Varron de son temps. Rhodiginus fit un voyage en France,
+et Charles VIII le combla de bienfaits. Il fut enterré dans le couvent
+de St.-François, à Rowigo. Balthazar de Bonifaci, archidiacre de
+Trévigi, fit son éloge funèbre, qu’il termine par ce distique.
+
+ A Duplici patriâ nactus cognomina bina,
+ Cælius in cælis, hic Rhodiginus eris.
+
+Son principal ouvrage est celui: _des Anciennes leçons_, en trente
+livres.
+
+(G) Tout le monde lettré connoît le fameux _André TIRAQUEAU_, né à
+Fontenay-le-Comte, dont il fut lieutenant-civil, et mort en 1558, dans
+un âge très-avancé. Il fut conseiller au parlement de Paris, et rendit
+beaucoup de services à la France sous François I et Henri II. Juge
+intègre, et savant infatigable, ses occupations ne l’empêchèrent pas de
+donner au public un grand nombre d’excellens ouvrages. Il fit vingt
+enfans et vingt ouvrages. Il fut l’ami du fameux chancelier de
+l’hôpital. On lui fit cette épitaphe. _Hic jacet qui aquam bibendo,
+viginti liberos suscepit, viginti libros edidit. Si merum bibisset,
+totum orbem implesset._ Ainsi traduite par Desforges Maillard.
+
+ Ci gît le fameux TIRAQUEAU,
+ Ce grand commentateur de loix et de coutumes,
+ Qui ne but jamais que de l’eau,
+ Eut vingt enfans, fit vingt volumes:
+ On croit que cet homme divin,
+ Dont la verve étoit si féconde,
+ De ses productions auroit rempli le monde,
+ Si, comme un autre, il avoit bu du vin.
+
+[Voyez le journal historique de Verdun sur les matières du temps. Oct.
+1752, p. 284.].
+
+(H) _Othon BRUNFELS_, fils d’un tonnelier de Mayence, ainsi nommé du
+bourg où il nâquit, se distingua dans les lettres, les langues savantes
+et la théologie et fut religieux à la chartreuse de Mayence. Il étoit
+valétudinaire, inquiet, mélancolique, inconstant et fâcheux avec ses
+amis. Il fut un des premiers qui suivirent Luther, sortit secrétement du
+monastère et se retira à Strasbourg, ensuite à Basle, où il fut reçu
+médecin en 1530. Revenu à Strasbourg, et de là envoyé à Berne, il y
+mourut six mois après, le 23 Octobre 1534, d’une maladie inconnue aux
+médecins, ayant la poitrine toute en feu, et la langue noire comme du
+charbon. Ses ouvrages sur la médecine, sont: 1º. _Catalogus illustrium
+medicorum_. 2º. _Onomasticon medicinæ, etc._
+
+(I) _Fr. JUNCTINUS ou GIUNTINO_, mathématicien florentin, d’abord carme,
+ensuite apostat, est auteur des commentaires latins sur la sphère de
+_Sacro Bosco_, et mourut vers la fin du seizième siècle. Il vécut
+errant, inquiet et libertin, et fut accablé sous les ruines de sa
+bibliothèque. L’astrologie judiciaire sur laquelle il fit divers
+ouvrages, ne lui avoit pas annoncé ce genre de mort, dont il se seroit
+préservé.
+
+(K) _Marsilio CAGNATI_ de Véronne, professeur de médecine à Rome, sous
+le pontificat de Clément VIII et Paul V. Il étudia à Padoue, sous
+Zabarella, et se fit une grande réputation dans les langues, les belles
+lettres, la philosophie et la médecine. C’étoit un homme
+très-mélancolique, sévère, parlant très-peu, mais avec beaucoup
+d’éloquence et de facilité. Nous avons de lui: _De Sanitate tuendâ libri
+2. opuscula varia_; _varia Lectiones, etc._
+
+(L) ORIGÈNE, surnommé ADAMANTIUS, à cause de son assiduité au travail,
+nâquit à Alexandrie, l’an 185 de J. C. Tout le monde connoît cet homme
+étonnant pour le savoir, le courage dans les persécutions, la grande
+piété et les nombreux ouvrages qu’il a laissés. Léonide son père avoit
+tant de vénération pour lui qu’il alloit lui baiser la poitrine pendant
+qu’il dormoit. Origène à 18 ans fut chargé d’instruire les fidèles
+d’Alexandrie. Les femmes fréquentant son école, il crut fermer la bouche
+à la calomnie, en se faisant lui-même l’opération douloureuse, qui le
+privoit des organes de la génération, s’imaginant être autorisé à cette
+cruauté par un passage de l’écriture: mais ce fut précisément ce qui lui
+ferma tous les chemins aux dignités ecclésiastiques.
+
+Voyez _Bayle_. _Lucien_, tom. 3, et le traité des Eunuques de M.
+_Charles Ancillon_, première partie, chap. 5, art. _Vallesiens_.
+
+(M) ISIDORE (Saint) de Séville, fils d’un gouverneur de Carthagène,
+élevé par Léandre son frère, évêque de Séville. Il fit entre autres
+ouvrages vingt livres d’_Origines_ ou _Etymologies_. Il succéda à son
+frère en 601, et mourut en saint en 636, également regretté des savans,
+des pauvres et de toute l’Espagne dont il étoit l’oracle. Le concile de
+Tolède, de 653, l’appelle le _docteur de son siècle et le nouvel
+ornement de l’église_. La meilleure édition de ses ouvrages est celle de
+Dom Dubreuil, bénédictin. _Paris_ 1601, et _Cologne_ 1613, _in-folio_.
+
+(N) AETIUS ou AECE, médecin d’Amide, ville de Mésopotamie, sur le Tibre,
+étudia à Alexandrie, sur la fin du quatorzième siécle. Il fut le premier
+médecin chrétien qui laissa des écrits sur la médecine. Il suivit la
+méthode des Egyptiens, excella dans la chirurgie et les maladies des
+yeux. L’ouvrage dont il est question, qui a pour titre: _Tetrabiblos_
+est en seize livres. Les huit premiers sont imprimés en grec, chez
+_Alde_; _Venise_, 1534, _in-fol._ Et les huit dernier, M. SS. dans la
+bibliothèque de l’empereur, à Vienne. C’est une compilation, mais pleine
+de choses qu’on chercheroit vainement ailleurs. Elle a été traduite en
+latin par _Janus Cornarus_, et imprimée à Bâle, chez _Forben_ 1542, sous
+ce titre: _Contracta ex veteribus medicina_: etc.
+
+(O) _Nicolas PERROT_, né à Sasso-Ferrato, d’une famille illustre, mais
+pauvre. Il fut conclaviste du Cardinal Bessarion, après la mort du Pape
+Paul III, Gouverneur de Pérouse, ensuite de l’Ombrie, et archevêque de
+Siponto en 1458, et mourut en 1480 à Fugicura, sa maison de plaisance,
+auprès de sa patrie. Ses ouvrages sont: 1º. Traduction des cinq premiers
+livres de _Polybe_. 2º. _Traité sur le serment d’Hyppocrate_. 3º. _Du
+Manuel d’Epictète_. 4º. Du Commentaire _de Simplicius_, sur la physique
+d’Aristote. 5º. Des Harangues. 6º. Des Lettres. 7º. Des Poésies
+Italiennes. 8º. Des Commentaires sur le _Stace_. 9º. _De generibus
+Metrorum_. 10º. _De Horatii Flacci ac Severini metris_. 11º.
+_Cornucopia_, seu latinæ linguæ commentarius (sur Martial.) 1513
+_in-fol._ 12º. _Rudimenta Grammatices_. Rome 1475, _in-fol._ Cette
+dernière édition est très-rare.
+
+(P) _Quintus-Septimius-Florens TERTULLIANUS_, prêtre de Carthage, et
+fils d’un centenier dans la milice, sous le Proconsul d’Afrique, mourut
+vers l’an 216, sous le règne d’_Antonin Caracalla_. Il se fit chrétien,
+et fut le plus éloquent défenseur du christianisme, avant qu’il eût
+embrassé le _Montanisme_. La meilleure édit. des ouvrages de ce père
+illustre de l’Eglise est celle de Venise, en 1746. Vassoult a donné en
+1714 et 1715, une belle traduction de son Apologie pour les Chrétiens,
+avec des notes. _Thomas_, seigneur _du Fossé_, sous le nom de la
+_Motte_, a donné une excellente vie de Tertullien et d’Origène.
+
+(Q) _Nicolas DE LYRE_, ainsi nommé du lieu de sa naissance, petite ville
+de Normandie, entre Séez et Evreux. Il étoit né Juif, et étudia sous les
+Rabbins, mais il se convertit et prit l’habit des Frères Mineurs, en
+1292. Cet auteur possédoit très-bien la langue hébraïque. La Reine
+Jeanne, Comtesse de Bourgogne, et femme de Philippe V, dit le _Long_, le
+nomma un des exécuteurs de son testament, en 1325. Il mourut Provincial
+de son ordre, à Paris en 1340. Nous avons de lui entr’autres ouvrages:
+_des Postilles_, ou _petits commentaires sur la Bible_. _Lyon_, 1596.
+
+(R) AVICENNE, Philosophe et Médecin Arabe, de Bochara en Perse, né l’an
+370, de l’Egire, Médecin et Visir du Sultan Cabous, et mort de ses
+débauches, l’an 428, à 56 ans. Cet homme avec une mémoire prodigieuse,
+et sachant l’alcoran par cœur et les livres de Métaphysique d’Aristote,
+les lut quarante fois sans y rien entendre. Ses ouvrages ont été
+imprimés à Rome, en arabe, par les soins de Sixte IV, en 1489, et
+traduits en latin par Gérard de Crémone, André Alpagus et autres. 1º.
+_Canonum Medicinæ, lib. 4_. 2º. _De Medicinis Cordialibus_. 3º.
+_Cantica_. 4º. _Opera philosophica, etc._
+
+(S) _Fulgentius PLACIADES_, Evêque de Carthage dans le sixième siècle,
+auteur de trois livres de Mythologie, imprimés par les soins de Jacques
+Comelin, en 1599, avec _Hyginus_, _Julius Firmicus Maternus_ et
+_Alberic_. La première édit. est celle d’Ausbourg 1517, avec des notes
+de Jacques Locher. On lui attribue encore un livre de l’allégorie de
+Virgile, adressé à Chalcide le Grammairien.
+
+(T) NEMESIUS, Philosophe Chrétien, natif et Evêque d’Emese en Phénicie,
+sur la fin du quatrième siècle. Nous avons de lui un livre _De la nature
+de l’homme_, qui se trouve grec et latin dans la bibliothèque des Pères,
+et où il soutient la préexistence des ames. Ses mœurs honorèrent la
+Philosophie et la Religion.
+
+(U) SENNERT (Daniel) fils d’un Cordonnier de Breslaw, né en 1572, devint
+Docteur et Professeur en médecine à Wirtemberg, et mourut de la peste en
+1637, à soixante-cinq ans. Ses ouvrages furent imprimés à Venise en
+1640, 3 vol. _in-fol._ et plusieurs fois depuis. Ils forment une
+bibliothèque complette de médecine, et valent beaucoup mieux que
+plusieurs de nos modernes écrits. Sa passion pour la Chymie, sa liberté
+à refuter les anciens, et la singularité de ses opinions lui firent
+beaucoup d’ennemis. Il suivit la méthode de Galien. André Sennert, son
+fils, mort à Wirtemberg en 1689, à quatre-vingt-quatre ans, y enseigna
+pendant cinquante-un ans les langues orientales, et soutint par
+plusieurs gros livres, la réputation de son père.
+
+(V) ORIBASE de Pergame, disciple de Zénon de Chypre, et médecin de
+_Julien l’Apostat_, qui le fit Questeur à Constantinople. Exilé sous les
+Empereurs suivans, il se fit estimer des barbares même, par sa vertu.
+Rappellé par la suite, il mourut au commencement du cinquième siècle. Le
+plus estimé de ses divers ouvrages, imprimés à Bâle, en 1557, 3 vol.
+_in-folio_, est son livre _des Collections_, entrepris à la prière de
+Julien, et puisé dans Galien et autres. Il ne nous reste que dix-sept
+livres de cet ouvrage, qui en avoit soixante-douze.
+
+
+
+
+ J. H. MEIBOMII,
+
+ DE
+ FLAGRORUM USU
+ IN RE MEDICA ET VENEREA,
+ ET LUMBORUM RENUMQUE OFFICIO.
+
+ EDENTE
+ CLAUDIO MERCIER, COMPENDIENSI.
+
+ Editio quarta castigatissima.
+
+ PARISIIS,
+ SUMPTIBUS CLAUDII MERCIER.
+
+ 1795.
+
+
+
+
+AVIS DE L’ÉDITEUR
+
+
+Nous ne connoissons que quatre éditions de cet ouvrage.
+
+La première de 1639, in-12, très-fautive.
+
+La deuxième de 1643, ayant au titre: _in re veneriâ_ seulement. _Lugd.
+Batav. ex officinâ Elzevirianâ Academ. Jur. typog. in-4º. de 48 pages._
+
+La troisième, datée _Londini_, 1665, in-32, n’est autre chose qu’une
+contrefaçon faite à Paris en 1757, et à laquelle on a ajouté le titre
+ci-dessus. Elle est pleine d’erreurs et d’omissions.
+
+La quatrième, Thomæ Bartholini, Joan. Henrici Meibomii Patris, Henrici
+Meibomii filii, de usu Flagrorum in re medica et venerea lumborum que
+officio. Accedunt de eodem renum officio Joachimi Olhafii et Olaï Wormii
+dissertatiunculæ, Francofurti, ex Bibliopolio Hafniensi. Danielis Pauli
+Bibl. reg. 1669, in-12.--Cette dernière étant la plus étendue et la plus
+exacte, nous a beaucoup servi dans notre travail, et nous croyons
+pouvoir assurer que la nôtre ne laissera plus rien à desirer.
+
+
+
+
+THOM. BARTHOLINI[87],
+
+DE
+
+FLAGRORUM USU MEDICO,
+
+AD VIRUM CLARISSIMUM
+
+HENRICUM MEIBOMIUM
+
+EPISTOLA.
+
+ [87] Thomas Bartholin, médecin et littérateur, très-savant, mais
+ très-superstitieux, natif de Malmoë, mort en 1650, à 64 ans, a fait
+ des découvertes sur les veines lactées et sur les vaisseaux
+ limphatiques. Il est l’auteur des ouvrages suivans: 1º, _sur l’usage
+ de la neige_, 1661. 2º. _de Morbis Biblicis. Francf._ 1672. 3º.
+ _Paralytici novi testamenti. Copenh._ 1653, _in_-8º. 4º,
+ _Dissertatio de Passione Christi, Amst._ 1670. 5º. _Epistolæ
+ medicinales et de Insolitis partus viis_, la Haye, 1740, 5 vol.
+ _in_-8º.
+
+ 6º. Celui dont il est ici question: _de usu Flagrorum, etc._ 1670.
+ _in_-12.
+
+ 7º. Et enfin un journal intitulé: _Acta hafniensia_.
+
+
+Inter præcipua sœculi ornamenta numerari meretur parens tuus Joan. Henr.
+Meibomius, sed per te fama ejus crescit, quia paternæ virtutis hæres ex
+asse et successor, nominis celebritatem editis scriptis promovere
+pergis. Varia is eruditione artem divinam quam principe curâ exercebat
+semper exornavit, nec tibi minor cura est medici eruditi famam cum
+parente aucupari. Edita parentis monumenta, de jure jurando Hyppocratis
+et de vita Mæcenatis, testantur quantus fuerit pater. Tu posteritati
+plenam fidem facies quantus sis filius, dum delitescentes apud te
+parentis lucubrationes, cedro dignas, publico exponis tuo auctas
+ingenio. In tantâ autem doctrinæ amplitudine, inter seriora alia
+negotia, se quoque ad minima demittens Parens, in gratiam viri
+clarissimi Christiani Cassii, cujus grata nobis est memoria, Flagrorum
+usum medicum ex antiquitate brevi dissertatione exposuit. Quam cum typis
+suis recudere gestiret bibliopola noster, argumenti raritate motus, à me
+augmentum petiit. Rimisi hominem ad te, authoris filium, magna cum laude
+medicinam in academiâ Juliâ docentem, et parentis exemplo in omni
+litteratura et antiquitate versatissimum, cui propius paterni scripti
+gloria tangit: nec enim vel tantillum ornamenti à me expectari posse
+tanti viri libello, qui propriis radiis per orbem universum clarissimè
+cum authore splendescit. Quamquam verò paterno honori augendo non
+defueris, multis que accessionibus auctam dissertationem cum eruditâ
+epistolâ remiseris, rogare tamen non destitit Paullinus noster, honesti
+lucri desiderio, ut observationes nonnullas adderem, quas mihi in
+promptu semper esse credit. Ne vel spem ejus officium amici desererem,
+quo Meibomiis Cassiisque obstrictum me scio, quia etiam, ut publico
+prosimus.
+
+_Communis ista pluribus causa est Deis._
+
+Lacinias quasdam collegi, vel funiculos, pro Flagrorum vestrorum
+incremento, inter alias occupationes, quibus jam occupatum me amici non
+nesciunt, parentis tui, tuoque honori dedicatos. Flagrorum usum pauci
+ante vos recoluerunt. Paucissimi certè amant, quia blanda potiùs ægros
+nostros afficiunt et dulcia, ad severam medicinam horrentes, cum tamen
+ea sit malorum inter mortales conditio, ut blandè semper tractari non
+possint, etiam ubi maximè velis blandiri. Vincula hyppocratica subindè
+accersenda et duriores manus contumacibus morbis applicandæ. Verbera
+Flagrorum eos maximè curant, qui morbum simulant. Sæpissimè epilepsiam
+mentientes hoc remedio aspero, sed salutari convaluerunt, sanatique
+antequam ægrotarent, profuit ad prophylaxin, ne posteà hominibus
+simulato morbo imponerent.
+
+Novi quoque pigros servos, morbum nescio quem fingentes, flagris ad
+officium rediisse. Ad veros morbos expiandos conferre plurimùm, tantò
+minus dubitare possumus quod animæ morbis flagella prosint. Hinc
+flagellantium ordinem tempore quadragesimali in Italiâ videas,
+vulneribus altis dorso inflictis præteritæ vitæ conscientiam expiare et
+velut in Cybeles sacris, apud Claudianum, lib 1, in Eutrop.
+
+ . . . . . . Pectusque illidere pinu,
+ Inguinis et reliquum Phrygiis abscindere cultris.
+
+Tales fuerunt apud paganos Syriaci Flagratores, qui justas pœnas
+facinoris alicujus ipsi vel pro se, vel pro aliis, mercede conducti, de
+suis manibus flagro contorto exposcebant, quos describit Apuleius, lib.
+8, metamorphos. Dispar Circe virgâ mentem humanam sociorum Ulyssis in
+belluina corpora, imprimis porcina transformabat, de quâ Homerus Odiss.
+X. Magica hæc quidem sunt, morali, tamen sensu monstrant, verberibus
+quosdam ad sanum sensum redire, alios ad belluinum. Metamorphosis certa
+est, sed forma differens, quanquam nec curiosâ arte nec hæc fiat, nec
+illa. Vidi flagris castigatos Patavii à Religiosis, qui à malo spiritu
+obsessi credebantur, quos tamen reverâ fuisse epilepticos, propter
+signorum similitudinem, recte medici dictitant, quibus flagra, excitato
+in corpore calore, nocere non possunt. Ipsum se lapidibus concidit
+spiritu immundo obsessus Marc. V, v. 5 et pugnis se contundi queritur
+divus Paulus 2, Cor. 12, v. 7. Seu digitorum condylis, quomodo
+_Colaphon_ ex Varino exponit Matth. Martin. in etymologico. Quanquam de
+colapho hoc notet Haymon Episcopus Halbertadensis, de ardore libidinis
+per diabolum accenso potius exponendum, quam de dolore capitis. Ad
+morborum curationem flagra adhibita olim fuisse, variis veterum
+autoritatibus ostendit Meibomius. Idque quando modicæ medicinæ locus non
+fuit. Flagris enim cœdi in atroci coërcitione gravissimaque et servili
+injuria consistebat apud Romanos, cum liberi tantum pœnæ lenitatis
+argumento, fustibus castigarentur, sicut fusè ex jure explicat B.
+Brissonius lib. 3, Antiq. Jur. civil. cap. 9.
+
+De furoris seu insaniæ curatione elegans est locus Cœlii Aureliani, lib.
+1 tardar. passionum, cap. 5 obiter à magno Meibomio patre notatus, in
+quo placet nonnihil immorari, ut fortior ex morâ sit furoris medicina,
+quanquam ex aliorum, non suâ sententiâ loquatur Cœlius, imprimis Titi
+Asclepiades discipuli, cujus vitam ex opere diù desiderato de vitis
+medicorum, quod ex schedis paternis promisisti, expectamus. Verba Cœlii
+sunt. «Flagellis alii aiunt coërcendos, ut quasi judicio mentis pulso
+resipiant, cum magis, tumentia cœde lacessendo, faciant asperiora, et
+adveniente lenimento passionis, cum sensum recipiunt, plagarum dolore
+vexentur.» Ita Rovilli editio habet quâ utor. Meibomii vero patris ita
+legit ut sinistro mentis judicio depulso resipiscerent. Irridet istam
+curandi rationem methodicus Cœlius, partim quod asperiora reddantur
+tumentia loca verberibus et flagrorum plagis, quasi cœde aliquâ etiam
+post curationem dolore remanente, partim quod locum affectum non
+respiciat; inquit enim: «si, ut ratio poscit, vicinis magis ac
+patientibus locis adjutoria sunt adhibenda, coguntur ut ori vel capiti
+plagas imponant.» At caput affectum plagis exacerbatur quod minimis
+offensis externis cœditur. De nihilo tamen non est Titi medicina,
+quanquam crudelior. Non calorem excitatum metuit, quia sine febre furor
+est, et sine parvo pulsu quo discrimine à phreneticis separatur. Timor
+doloris intra rationis terminos continet. Ita novi virum honestum non
+raro furentem ab alio fortiori minis verberibusque coactum ut agno
+fieret pacatior. Alia ratio est resolutarum partium, quæ plagis affectæ
+excitantur, dolore silicet et calore provocato; ubi tamen Themisoni non
+concedit Cœlius idem Aurelianus lib. 2 tard. pass. cap. 1 plagis ferulæ
+cœdi partes in passione constitutas, quia salsæ aquæ potiùs mitigatione
+atque recorporatione videntur curandæ. Sed pace methodici, sicut pro
+ferula salsæ aquæ substitui recte possunt, ita utrumque remedii genus
+sensum excitat ob acrimoniam et ad utrumque sequitur recorporatio.
+Quidquid fœrula præstat, efficit et aqua marina, quæ Dioscoridi lib. 5
+cap. 19, calida est et acris. Et Celso nostro lib. 2 cap. 22. Omnia
+salsa acria sunt. Undè emplastrum DI ALON Scribon. comp. 127, ulcera
+vetera et callosa renovat. Mitigatione torpent magis resolutæ partes
+quam reviviscunt fricandæ fortiter seu flagris seu acribus stimulis, ut
+resurgant. Modus tamen est hic adhibendus, quem prœscribit Galenus lib.
+14 method. med. c. 16. «ferulas parvas ac leves modicè illitas
+gracilibus partibus incutiunt, donec modicè attollantur. Ad hunc modum
+mango quidam proximè nates pueri fame consumptas breviter auxit,
+percussu mediocri quotidiè usus, aut saltem alternis diebus. Si plagarum
+vexatione terreatur Cœlius, in promptu sunt remedia apud Æginetam lib. 4
+rei med. cap. 12. Pellis nimirùm ovilla recens detracta calida adhuc,
+flagris cœsis circumdata, præter alia ibidem et cap. 14 et apud Aëtium
+Tetr. 4. s. 2. cap. 65. Galen. lib. 11. S. M. F. Avicennam lib. 4. Fen.
+4. Tr. 2. cap. 7. signata. Contrà plagarum dolores præsumptione se
+muniebant Syriaci effeminati, ut narrat Apuleïus lib. 2. spiritus
+cohibitionem suspicatur fuisse. Beroaldus, salutare homini contrà plagas
+præcidium quod ex Plinio probat, inventum animalis cui nomen est Meles;
+si quidem in metu sufflatâ cute distentæ meles ictus hominum et morsus
+canum arcent. Medicina hæc per flagra quanquam durior videatur, ab eâ
+tamen medicus abstinere non debet, si salutari effectu nobiletur.
+Eleganter in hanc rem B. Augustinus ep. 50. molestus est et medicus
+furenti frenetico et pater indisciplinato filio ille ligando, iste
+cœdendo sed ambo diligendo. Si autem illos negligant et perire
+permittant, ista potiùs mansuetudo falsa crudelis est. Socrates apud
+Platonem in Georgiâ negat medicum permittere ut ægrotans appetitus suos
+impleat, aut cibis multis suavissimisque utatur. Est quippè, ut contrà
+Gnosticos Tertulianus loquitur, planè quasi sœvitia medicina de
+scalpello, de cauterio, de sinapis incendio, (addo de flagello) non
+tamen secari, inuri et extendi morderique idcirco malum, quia dolores
+utiles adfert, nec quia tantummodo contristat, recusabitur, sed quia
+necessario contristat, abhibebitur. Horrorem operis fructus excusat. Res
+enim bonæ atquæ malæ, non dolore et voluptate, sed utilitate et noxâ
+sunt judicandæ. Omnia igitur in medico imperante ferri debent ex antiquâ
+formulâ: I lictor (vel serve) collige manus, verberato, caput obnubito;
+sed cætera ignorante, arbori infelici suspendito. Hæc causa est quod
+inter tonsorum instrumenta olim flagra sint recensita, indicio
+Martialis, lib 2. ep. 17.
+
+ Tonstrix suburæ faucibus sedet primis,
+ Cruenta pendent quà _Flagella_ tortorum.
+
+Et ut doloris sensus augeretur, ex lanâ consortâ multis nodis durioribus
+exasperabantur flagra et ut vestigia sui in cute relinquerentur velut
+aculeis, ossibus animalium, Apuleio multijugis talis ovium. Ut mirum non
+sit quod quasi inusta dicantur Catullo Ep. 25, ad Thallum, cui ob fortum
+minatur flagella lateri manibusque,
+
+ Ne laneum latusculum, manusque mollicellas
+ _Inusta_ turpiter tibi _Flagella_ conscribillent.
+
+Sed de his antiquarii, circumspiciant. Vix mitiores manus alibi medicus
+affert. Tunc incipit medicina proficere, ut verè Seneca epist. 90, ubi
+in corpore alienato dolorem tactus expressit. Urticis Flagrorum vice
+utitur in membrorum torpore, quarum tanta vis, ut teneros anserculos
+enecent si pupugerint, teste Columella lib. 8. R. R. cap. 14. Nostri
+villici deplumata Gallinarum africanarum pectora urticis verberant, ut
+libentius incubent. Impeditâ deglutitione à bolo faucibus inhærente, vel
+ossiculo gulæ impacto, tergum pugnis fatigamus, excussuri quasi armatâ
+manu inimicum bolum. Si oscitatione vel risu immodico luxetur os maxillæ
+inferioris, alapâ forti manu inflictâ in locum recurit, quod non semel
+risum astantibus movit. Fortiter compresso ventre, orbiculisque ligneis,
+vel stanneis percusso, fœtus mortuus ex angustiis matris extruditur apud
+Insubres, quemadmodum cent. 6. hist. 83. docuimus. Virgis pueros
+adultiores que lotium de nocte continere assuevisse observavi. In re
+venereâ quantum flagra valeant, exemplis quibusdam demonstrat laudatus
+Meibomius pater, quæ repetere opus non est, ne verecundæ aures iteratâ
+lectione offendantur, quanquam non ignoratus fuerit Venetiis quidam, qui
+solis verberibus pugno Amasiæ ad negotia Veneris sollicitabatur
+expediunda, quemadmodùm olim cupido apud Anacreontem, carm. in amor.
+Hyacinthino bacillo adigebat ad sequendum. Notandum ad argumenti hujus
+illustrationem, non viros tantum flagris excitari ad illicitas
+voluptates et intempestivas, sed et fœminas flagellis incitari et
+incalescere, ut facilius concipiant. Notum id fuit Romanis mulieribus,
+quæ Lupercis se offerebant flagellandas, ut conciperent. Autor hujus
+ritus est Juvenalis, sat. 2.
+
+ ... Steriles moriuntur et illis
+ Turgida non prodest conditâ pyxide lyde,
+ Nec prodest agili palmas præbere Luperco.
+
+Ubi vetus scholiastes: steriles mulieres februantibus lupercis se
+ofFerebant, et ferulâ verberabantur, hoc homine qui infra tectum multi
+seminis credit contractus ob fœcunditatem dandam: palmas ideò dicit,
+quia aut Catomus lætabantur, aut quia manibus vapulant cunei per
+civitatem; tunc et in solio, si quis post ipsum descenderit, statim
+concipit. Cur verò palmæ verberatæ ad fœcunditatem Romanas mulieres
+acceleraverint, sine superstitione, facilis ex circulatione ratio
+petitur. Incalescens enim plagis sanguis in manu recurrit ad cor,
+exindèque ad uterum per arterias, qui calefactus citius, ad libidinem
+incitatur, disponiturque ad conceptionem. De ferulâ ipsâ, quâ in
+lupercalibus utebantur, ita Festus Pompeius, lib. 3, _Crepos_ Romani
+Lupercos dicebant, à crepitu pellicularum, quem faciunt verberantes: mos
+enim Romanis in lupercalibus nudos discurrere et pellibus obvias quasque
+fœminas ferire. Ferulæ hæ pelle et corio tectæ, suspicante Dempstero ad
+lib. 3. Rosin. cap. 2, idque vel canis, vel hirci, ad sonum edendum, vel
+dolorem augendum. Plutarchus verberationem illam purgationem esse
+asserit, quæst. Rom. 67. Apud Ovidium legisse me memini:
+
+ Excipe fœcundæ patienter verbera dextræ,
+ Jam sacer optati nomen habebit avi.
+
+Irridet quidem hæc verbera Juvenalis, sat. 2, et ut ludicram rem
+perstringit Prudentius in romano martyre.
+
+ Quid illa turpis pompa? nempe ignobiles
+ Vos esse monstrat, cum Luperci curritis,
+ Quem servulorum non rear vilissimum,
+ Nudus plateas, si per omnes cursitans
+ Pulset puellas verbere ictas ludicro.
+
+Quomodo autem excusari per naturam possit, jam diximus, licet et dolus
+Lupercorum subesse potuerit qui aliis telis feriebant puellas, quæ in
+impotentiâ suadet Cardanus lib. 2, de util. ex adv. capienda.
+
+Sunt gentes, inter quas Persæ et Russi, quarum uxores pro amoris
+conjugalis signo à maritis vapulantur. De uxoribus Russicis. J.
+Barclaïus in Icon. anim. cap. 8, virorum in se benevolentiam ex
+verberorum numero æstimare, nunquam melius suo judicio habitas quam cum
+in sæva ingenia inciderunt. Negat quidem id sibi compertum. _Polutropos_
+Ad. Olearius in itiner. At historiâ singulari confirmat Barclaïus, quam
+non gravabor repetere.
+
+Quidam è Germania in Moscoviam migraverat, vir è plebe, et si nomen in
+tantillâ re placet Jordanes dicebatur. Hæsit ergò in illa regione, et
+cum sibi eæ sedes placerent, indè etiam duxit uxorem. Hanc cum caram
+haberet, omnibus que officiis mutuam gratiam affectaret, illa dejectis
+luminibus mœsta, crebrò in singultibus et cæteris mœrentis animi
+indiciis erat. Viro denique sciscitanti mœstitiæ causam, se enim nullis
+quod sciret amicitiæ muneribus defuisse. Quid tu, inquit mulier, tam
+egregiè fingis amorem? Num putas latere me quam tibi vilis sim? Simul
+que largos gemitus cæpit effundere. Ille attonitus in amplexus mœrentem
+recepit, rogare perseverans, numquid eam offendisset; peccavisse se
+forsitan, sed culpam emendatione deleturum. Ad hæc illa, ubi autem sunt
+verbera, inquit, quibus te amare docuisti? Hoc certè potissimum pacto
+maritorum in uxores apud nos benevolentia et cura sancitur. Hoc à
+Jordane audito, primum stupor continuit risum; mox utroque vanescente, è
+re suâ esse putavit, ut uxorem eomodo haberet, quem ipsa præscripserat;
+nec multo post arripuit cœdendæ mulieris causam, et illa fustibus
+mitigata, tum primum bona fide amare et colere virum cœpit. Eamdem
+historiam recitat Petrus Petræus de Erlesunda, part. 5. chronic. Moscov.
+qui addit flagella à maritis primò statim post nuptias comparari
+ustensilia inter domestica ad eosdem usus. Forsan ex suprà dictis
+dulcamari amoris ratio petenda. Nam ad emendationem ista flagra non
+spectant. Mulieres enim malæ, si quæ sint, nec minis compescuntur, nec
+irâ, si vel silice dentes excutiantur, ut loquitur Simonides apud
+Stobœum. Bonus vero maritus tantùm abest carissimum pectus plagis
+excruciet, ut potiùs cum illo homine, quem ex Senecæ deperditis B.
+Hieronimus, lib. 1. contra Jovianum describit, exiturus in publicum
+fasciâ uxoris pectus colliget.
+
+In flagellatione lumborum renibus excalefactis seminis materiam, vel
+incitari vel augeri juxtâ cum Meibomio patre existimavi, et quomodo cum
+circulatione sanguinis renum illud officium à Sennerto, Olhafio, Wormio
+nostro et Meibomio defensum conciliari possit, in anatome reformatâ
+pridem docui.
+
+Quæ si explere non possint desideria eruditorum, nihil verius quam à
+communi causâ, sanguinis nempe colore, in lumbis flagellatis accenso, et
+libidinem veneream et renum calorem tecum advocare. Hinc situs corporis
+supinus ad seminis profluvium dormientes invitat, calore lumborum
+excitato. Hinc regio fricata ad œstrum veneris proritat, quam voluptatem
+vitæ damno quidam Lutetiæ luit.
+
+Hinc deniquè lumbis remedia refrigerantia adhibemus, quando gonorhœa
+molesta est. Renibus emplastra applicat Actuarius, lib. 4. meth. med.
+cap. 8, quæ robur addunt et minimè calefaciunt. At plumbi laminam lumbis
+apponit Oribasius. lib. 4. de loc. affect. curat. cap. 107. qui in hoc
+negotio distinguit lumbos à renibus. In fragmento enim de victûs ratione
+in quolibet anni tempore, quod primus, Basileæ 1528, edidit Albanus
+Torinus, serio monet, ne quis nimium lumbos infrigidet, ne his nimis
+infrigidatis lædantur renes. De renum vero officio ad seminis
+generationem nihil ampliùs addo, quia in dubium vocavit clariss. Vallæus
+ex principiis circulationis, quo præceptore semper gloriabor. Ea fuit
+istius temporis hæresis, cujus multi discipuli errant, multique
+doctores, quæque inter initia, cum magno impetu cæpisset, sensim
+extincta est. Quippe nunc ad alia distrahuntur ingeniorum curiositates,
+novæque occupationes veteribus substituuntur, post quam abdita humani
+corporis secreta perrumpere cordatius cœperunt Doctorum cogitationes,
+non contentæ ea scire quæ hactenus credita potiùs fuere quam ostensa.
+Vale.
+
+Ex Tusculano meo Hagestedano, 24 octobr. 1669.
+
+
+
+
+JOAN. HEN. MEIBOMII
+
+DE FLAGRORUM USU IN RE MEDICA ET VENEREA.
+
+
+En accipe sis tandem, amicissime Cassi, quem ex vino tibi debeo, de
+flagrorum in re veneria usu et quo porrò res ipsa nos traxit, de
+præcipuo lumborum renum que officio discursum[88]. Eum enim pollicitus
+tibi nuper fui, cum apud communem utriusque nostrum amicum Cl. Martinum
+Gerdesium Illustrissimi Principis tui Consiliarium, ac Collegam tuum in
+cœna una essemus. Primum autem, quâ occasione vix memini, ad morborum
+curationes verbera et plagas aliquando facere dixi; quod παράδοξον vobis
+videbatur. Id vero experientiâ ita esse compertum, ego asserere, et ad
+Medicos provocare, qui passim id doceant, ac testentur. Maniacos, sanè
+jam olim Titus, Asclepiadis discipulus (qui sub D. Augusto vixit, ut in
+vitis Medicorum ostendi) lib. II. de animâ, flagellis docuit coërcendos,
+ut sinistro mentis judicio depulso resipiscerent.
+
+ [88] L’édition de 1665, dit _non adeò invulgato usu_, etc.
+
+Testis est Cælius Aurelianus, lib. I, tardar. passion. cap. V. Ex amore
+melancholicos, aut insanientes, si alia nihil prosint, non pauci sunt,
+qui vapulare jubent; sæpè etiam errore discusso ad bonæ mentis frugem
+ipsos eo ingenio reduxerunt. Rhases, lib. 1. Contin. cap. 4. subindè ex
+Judæo, Medico celebri, et quem in testimonium citat, τον έρωτομανη ubi
+alia nil prosint, ligari jubet, et vapulare fortiter, et pugnis percuti,
+id que vicibus repetitis, si non statim subsequatur effectus. Cum una
+hirundo, ut ait, ver non faciat.
+
+Rhazi subscribit Ant. Guainerius, Pract. tract. 15. cap. 8. Et Valescus
+de Tarenta, Philonii, lib. 1, cap. 11, cujus verba ipsissima hæc sunt:
+Si juvenis est, flagelletur culus ejus cum verberibus, et si non sistit,
+ponatur in fundo turris cum pane et aquâ, donec veniam à sua insaniâ
+petat; et teneatur in disciplinâ.
+
+Si Senecæ credimus, lib. 6, de benefic. cap. 8, quorundam flagellis
+quartana discussa est: ob atri forte lentique humoris ex flagellatione
+incalescentiam, et dissipationem ex motu, ut non ineptè conjicit J.
+Lipsius, in comm.
+
+Medicos alios gracilium corpora, ut pinguefierent et incrassarentur,
+virgis verberari voluisse, auctor est Hier. Mercurialis, lib. 4. de arte
+gymnast. cap. 9. et mangonum exemplis, id fieri posse, jam pridem
+ostenderat Galenus. Meth. Med. lib. 14, cap. 16. Carnem enim ita
+elevari, arque ad eam alimentum attrahi certum est. Membra insuper
+resoluta urticarum virentium fasciculis flagellari solere, ut calor
+sanguisque in partes penè emortuas alliciantur, in vulgus notum est:
+Quas plagis ferulæ insuper cædendas Themison voluit, lib. 1, tardar.
+passion. apud Cæl. Aurelianum, lib. II. Chr. Cap. 1.
+
+Elidæus Paduanus, Consil. Med. 282, ad faciliorem variolarum eruptionem
+tenella etiam, et innoxia infantium corpora, urticarum earundem incussu
+converberare non veretur. Monstro ferè simile est, quod de verberum usu
+in alvi obstructione refert Thomas Campanella, ordinis Prædicatorum
+Monachus, quem Neapoli Campaniæ olim novimus. Is Medicinalium, lib. III,
+cap. 5, art. 12. Princeps Venusiæ, inquit, Musicâ clarissimus nostro
+tempore, alvum deponere non poterat, nisi verberatus à servo ad id
+adscito. Addit, posse hoc metui dari, cogenti spiritum ad interiora;
+quod nunc non disputo.
+
+Esse verò, qui in venerem virgarum plagis stimulentur, aut in libidinem
+verberibus accensi despument, partemque illam quâ viri sumus, ad
+flagelli numeros sonosque insurgere; hoc illud erat quod asserenti mihi
+tam facilè credi non posse putabas. Faciam tamen ut id credas, mi Cassi,
+ubi testimoniis auctorum non proletariorum, non vice simplici id usu
+venisse ostendero, atque argumenta insuper dixero rationesque, ob quas
+fieri id ita potuisse, vel alii putarint, vel ego existimem. Nec tamem
+nunc de urticarum viridium in inguina incussibus verborum multum faciam.
+Iis enim brevitatem virgæ virilis, si sterilitas ob eam metuatur,
+emendari, virgamque magnificari, adfirmat Menghus Faventinus, Pract.
+part. II. cap. de passion. memb. generat. Iisdem languentem aut sopitam
+Venerem excitari, vel Petronius tuus docere te poterit. Apud eum
+Eucolpio. «Funerata erat pars illa corporis, qua quondam Achilles fuerat
+et frigidior rigente bruma confugerat in viscera mille operta rugis,
+lorumque in aquâ, non inguen erat;» ut verba sonant auctoris. Huic cum
+Enothea, Priapi Sacerdos promisisset, fascinum tam rigidum reddituram,
+ut cornu; nasturtii succum cum abrotono miscet, perfusisque ejus
+inguinibus, viridis urticæ fascem comprehendit, omniaque infrà umbilicum
+lentâ manu cædit.
+
+Ego de verâ fortique flagellatione, tecum acturus sum, deque eâ primùm
+nunc audiemus Joan. Picum, Mirandulæ Comitem, qui seculo abhinc uno ac
+dimidio vixit. Is lib. 3. contra Astrologos, cap. 27. de familiari
+quodam suo. «Vivit adhuc, inquit, homo mihi notus, prodigiosæ libidinis
+et inauditæ. Nam ad Venerem nunquam accenditur, nisi vapulet. Et tamen
+scelus id ita cogitat; sævientes ita plagas desiderat, ut increpet
+verberantem, si cum eo lentius egerit, haud compos plenè voti, nisi
+eruperit sanguis, et innocentes artus hominis nocentissimi violentior
+scutica desævierit. Efflagitat miser hanc operam summis precibus ab eâ
+semper fæminâ quam adit, præbetque flagellum, pridiè sibi ad id officii
+aceti infusione duratum, et supplex à meretrice verberari postulat: à
+quâ quantò cæditur duriùs, eò ferventiùs incalescit, et pari passu ad
+voluptatem doloremque contendit. Unus inventus homo, qui corporeas
+delicias inter cruciatus inveniat; et cum alioquin pessimus non sit,
+morbum suum agnoscit et odit. Hæc Picus; ex quo rei meminêre Joan.
+Nevizanus, Silvæ nupt. lib. 1. num. 130. Thom. Campanella, loco adducto.
+Quod si animi non fallor, idem etiam cum Pici hoc familiari ille fuit,
+cujus Cælius Rhodiginus mentionem facit lect. antiq. lib. II, cap. 15,
+et ex Cælio Andreas Tiraquellus in lege connubiali 15, num. 5. Ita autem
+Cælius:
+
+«Non multis ante annis vixisse quemdam in veneriis non gallinaceæ
+salacitatis, verùm ingenii stupendi maximè, quodque vix impetret fidem,
+ex adjuratissimis compertum est: qui quò pluribus affectus fuisset
+plagis, eò impetuosiùs ardentiùsque in concubitum ferebatur præceps.
+Fuit omninò mira res: nescires utrùm affectaret avidiùs verbera, an
+coïtum: nisi quod illorum mensurâ libidinis voluptas constabat. Proindè
+extentis precibus difflagellari exposcebat pridiè quàm id pateretur,
+flagello aceti asperitate obdurato. Quod si converberator lentiùs agere
+fortè visus, velut exstimulante rabie, conviciis incessebat: nec factum
+sibi satis arbitrabatur, ni inter cædendum sanguis se ostendisset. Unus,
+opinor, mortalium inventus, qui eodem impetu in supplicium ferretur, ac
+delicias: quique inter tormenta, sensuum titillationes, ac æstuantem
+pruritum vel expleret, vel incenderet.» Accedat his alius consimili
+naturâ præditus ex Othone Brunfelsio medico celebri: quem is, in
+Onomast. Med. in verbo coïtus, apud Monachiam, Bavariæ Ducum sedem, suo
+tempore vixisse, et cùm uxore res mariti agere nequiisse, nisi acriter
+antè flagris concisum, testatur.
+
+Addo[89] exemplum, quod dum Lubecæ hic ago, contigit. Civis quidam
+Lubecensis, butyri et caseorum propolâ, in plateâ habitans, quæ à
+molendinis nomen invenit, præter alia facinora ob commissum adulterium
+ad magistratum delatus, caussâque cognitâ urbe excedere, ac solum
+vertere jussus fuit. Meretricula, cui is adsueverat, coram Senatoribus
+judicio criminali præfectis, quos vulgò die Gerichts Herren vocant,
+confessa est, nunquam illum acrius, quàm virgis prius secundum dorsum ab
+se difflagellatum, arrexisse, et virum se præstitisse: officio verò
+peracto, nisi denuò flagris cœsum, vix ultrà quidquam patrare potuisse.
+Adulter ipse idem primò quidem negare: seriò tamen et severè
+interrogatus, non inficias ire. Testes do ipsos judicii criminalis id
+temporis Senatus nomine præfectos, Thomam Storningium, et Adrianum
+Mollerum, amicos meos, etiamnum, ut nosti, superstites. Pauci
+insupersunt anni cum in primariâ confederati Belgii urbe, vir in non
+parvâ dignitate constitutus venerique ad modum deditus deprehensus fuit
+cum mulierculâ quadam consuevisse; cum quâ tamen nisi flagellorum
+ictibus excitatus, vix aliquid patrare potuerit. Hic verò re ad
+magistratum delata, officio motus, pœnam dedit lasciviæ, diù que
+
+ [89] L’édit. de 1665. in-32, ajoute: verò et recens nuperumque.
+
+ Hæc fuit in toto notissima fabula vulgo.
+
+Quibus exemplis, cum fidem, ut puto, derogare nec velis, nec possis;
+videamus nunc tandem an aliqua monstrosæ hujus rei, ut videtur, reddi
+possit ratio. Si Astrologos consultum eas, rem omnem illi in astra
+referent, et cœlum accusabunt, quod peculiari occultoque influxu
+peculiarem ejuscemodi ac prodigiosam fere naturam hominibus aliquando
+conciliet. Damnatam nempe dicent, ut Picus ait, in hominis geniturâ
+Venerem, atque adversis ut alio modo minantibus radiis flagellatam, qua
+de re pluribus edocere nos satagit Franc. Junctinus, de judiciis
+nativit. cap. 6. Verùm cum cœlum et astra caussæ sint universales et quæ
+tam particulares effectus in uno atque altero individuo caussare
+nequeant, rejicit eas non immeritò Picus, et causam proximiorem quærit.
+Putat autem eam in familiari suo fuisse consuetudinem. Ita enim in
+narratione illa pergit: «A quo, diligenter tam insolitæ pestis caussam
+cum sciscitarer; à puero, aïebat, sic adsuevi. Et me rursus
+consuetudinis caussam interrogante, educatum se cum pueris
+scelestissimis, addidit, inter quos convenisset hæc cædendi licentia,
+quasi pretio quodam, mutuum sibi vendere flagitiosâ alternatione
+pudorem.»
+
+Ejusdem est sententiæ Cœlius, Pici ut historiæ, ita et opinionis in
+caussâ adsignandâ transcriptor; cujus hæc verba: «Quod nec mirum minus
+est, non latebat hominem flagitii inusitata species, seque in eo
+execrabatur, ac sibi ipsi erat infestus. Cæterùm consuetudine depravatâ
+amplius prævalente, utebatur vitio, et improbabat. Irroborârat verò ea,
+radicesque egerat altiûs, quod ita erat assuetus puer, communicatâ
+stupri fœditate inter æquales, plagarum allectatione. Documento inde
+præsigni, quantum moribus inolescendis educationis possit ratio. Hæc
+illi. Ego verò non nego, consuetudinis vim esse magnam; ac ferè in
+naturam eam abire, pridem me docuit Aristoteles, lib. de memor. et
+reminisc. cap. 3. et lib. 7. Ethic. cap. 10, et notavit Ennius ubi ait:
+
+ Usus longus mos est, ac meditatio crebra,
+ Hunc tandem assero naturam mortalibus esse.
+
+Eleganterque ostendit Galenus, quantam vim et potentiam consuetudo in
+omnibus rebus habeat, lib. de consuetud. cap. 2 et 3, alteramque naturam
+vocat, lib. 2 de temper. cap. 4 et lib. 3 de simplic. cap. 18. Fortè
+etiam in Cœlii illo, aut Pici exemplo, successu temporis consuetudo
+aliquid ad rem facere potuit. At in altero Brunfelsii, aut quod ego
+commemoravi, caussa illa non procedet. Et cur alii ejusdem sodalitatis
+pueri, cum Pici familiari idem non passi sunt? inquit Thomas Campanella
+superius adducto loco. Consuetudo enim particulariter tantùm aliquid
+caussat, atque in uno aut altero saltim individuo. Neque omnes isti quos
+recensuimus, ab ineunte ætate flagitiosâ illâ alternatione pudorem sibi
+invicem vindidisse aut flagris in Venerem primis ab annis se invitasse,
+verisimile est. Gratulamur nos Germaniæ nostræ, quod scelera ista
+perversæ Veneris, et puerorum contumeliæ, aut mutuæ alternæque marium
+inquinationes in ipsâ ferè ignorentur, aut ab aliquo fortè perpetratæ
+(si tandem exemplum reperias) severè flammis ultricibus puniantur.
+«Nihil tale novere Germani: et sanctius ad Oceanum vivitur, dicebat olim
+de majoribus nostris Quintilianus, Declamat. Pro milite Mariano, cujus
+pudicitiam tentaverat Tribunus; quâ de re plura diximus in Comment. ad
+jusjur. Hipp. cap. 18.
+
+Cum itaque nec astra, nec sola consuetudo in caussa sint, ob quam flagra
+libidinem concitent, videamus porro, num alia quæpiam subesse queat;
+quam ut investigemus, utique paullo altius nobis res fuerit arcessenda.
+Sciendum igitur, flagellationem istam, virgarumque incussus, non alibi
+quam in dorso factos: quod et meretricula Lubecensis illa confessa est,
+et de cæteris æquè certum est. Neque enim partes illæ, quibus viri
+sumus, virgarum flagra et quidem ad sanguinis eruptionem, ferre queunt:
+et communiter flagra tergo sive dorso incutiuntur. Dorsi autem
+potissimam partem absolvunt lumbi. Pars nempe illa corporis, cujus
+fundamentum sunt quinque vertebræ, quæ post thoracis vertebras locatæ,
+ad os sacrum continuantur. Has musculi, et cum adipe cutis extrinsecus
+tegunt, intrinsecus musculi succingunt, quos Græci ψόας appellant. Iis
+porro incumbunt renes, dexter et sinister, unus in quoque latere, et
+quatuor ferè vertebrarum spatium suâ magnitudine occupant; ac venæ cavæ
+arteriæque magnæ annectuntur. Tam à venâ autem cavâ, quam arteriâ magnâ,
+et insignia renes in se recipiunt vasa, quæ emulgentia vocant; uterque
+nempe utrinque vas unum; venam et arteriam: quæ per ramos deindè in
+ipsam eorum substantiam variè disperguntur. Dextra parte venæ cavæ, sub
+ipsa emulgente, oritur seminaria vena dextra, et eodem loco ex arteriâ
+magna, arteria seminaria utraque ad testiculum dextrum descendens. Parte
+sinistrâ, arteria seminaria ex magnæ arteriæ trunco, vena verò seminaria
+ex sinistrâ venâ emulgente profectæ, sinistro testiculo inseruntur. Nec
+desunt nervi, qui ex spinalis medullæ portione, in prædictis vertebris
+contenta, ad renes mittuntur, nec in eorundem tantum tunicas, sed
+substantiam quoque pertingunt. Ex ipsâ demum cavitate renum, ureteres
+producti vesicæ implantantur. Hæ partes omnes, ut unâ lumborum
+apellatione venire possunt: ita unum communemque etiam iis usum
+adsignari par erat, ut rectè statuit Marsil. Cagnatus, Variar Lect. lib.
+4, cap. 7. In singularum quidem partium usum, ossium, musculorum, renum,
+vasorumque, sat accuratè anquisivere auctores, at quem in commune omnes
+conferant, insuper habuerunt investigare. Cagnatus omnes, quemque tamen
+suo modo, semini tum elaborando, tum ipsi generationis operi
+perficiendo, quod naturalissimum vocat Philosophus, lib. 2. de An. text.
+35, dicatos censuit. Neque aliò videntur inclinare Hieron. Montuus
+Pract. part. 1, lib. 4, cap. ult. et è jurisconsultis vestris Andr.
+Tiraquellus, L. Connub. 15, num. 40, 41, 42. Atque id quidem non
+immeritò, nec temerè. Tale quid enim et lumbis, et renibus, ac
+lateribus, tum sacræ litteræ, tum antiquitas omnis, sivè sacros, sivè
+profanos scriptores consulas, unanimi consensu jam olim attribuerunt. Et
+sacræ quidem litteræ opus generationis lumbis non uno in loco deferunt,
+ut Genesios, cap. 35. vers. 11. Reges de lumbis tuis egredientur; et
+apud Apost. Epist. ad Hebr. cap. 7, vers. 5. Filii Abraham, dicuntur,
+egressi de lumbis ejus; et vers. 10, Levi in iisdem fuisse dicitur. Unde
+Basilius magnus comment. In Esaïæ cap. 16 in plerisque, inquit,
+scripturæ locis, lumbus sumitur pro genitalibus membris et Origenes, dum
+Homil. 1, in illud Psal. 37, v. 8. «Lumbi mei impleti sunt illusionibus:
+commentatur; in lumbis, inquit, humanorum seminum receptaculum esse
+dicitur, ex quo illud genus indicatur peccati, quod per libidinem
+geritur. Et proverbium est apud Hebræos, ut lumbos præcingere, aut
+succingere, dicant pudicitiam servare et à libidine sibi temperare; Hoc
+respectu Jehovah ad Jobum, Jobi C. 38, v. 3 et C. 40, v. 2. «Accinge
+sicut vir lumbos tuos, h. e. sicut vir fortis restringe luxuriam: ut in
+iis sit, inquit Isidorus, Orig. lib. 11, cap. 1, resistendi præparatio,
+in quibus libidini est usitata dominandi occasio. Confer Suidam in voce
+PSOA.
+
+Huc trahit D. Hieronymus Comm. in Nahum, illud prophetæ c. II. v. 1.
+contemplare viam tuam, conforta lumbos, robora virtutem valdè. Uti et
+illud de Joanne Baptista, Matth. c. 3. v. 4. «Habuit zonam pelliceam
+circà lumbos suos.» Quem proindè nos imitari jubet Gregorius Nazians.
+Orat. 42. et Nicetas in comment. ibid. Neque aliter intelligendus
+Esaïas, cap. 32. vers. 11. Jeremias, cap. 1. vers. 17. D. Paulus ad
+Ephes. c. 4, vers. 14. Neque Salomo, qui de muliere forti et pudicâ ait:
+Accinxit fortitudine lumbos suos. Proverb. ult. vers. 17. Apud D. Petrum
+verò Epist. 1. cap 1. vers. 13. succinctum esse lumbos mentis, est
+luxuriam à cogitationibus arcere, ait Montuus loco laudato. Fallor
+etiam, an et Romani huc oculum intenderunt? quando cinctum esse,
+modestiæ, disciplinæ, modestique animi putarunt argumentum, discinctum
+verò mores dissolutos notare: quâ de re plura dixi in Mœcenate. Hodiè in
+Gallis moris est, ut iis, quibus Apollinaris laurea tribuitur, fasciâ
+sericiâ, tanquam insigni quopiam lumbi succingantur. Eo Franc. Ranchinus
+Comm. in Jusjur. Hipp. castitatis neccesitatem in Medicis notari censet;
+Zonam enim renum coërcitionem indicare, et effrenatæ lumborum
+cupiditatis abstinentiam. Hinc Dianam, castitatis Deam semper zonam
+gestare ab antiquis creditum: Hinc zonam solvere in verbis esse nuptis,
+et virginitatis imminutionem notare. Et rectè Aëtius, Tetrab. 1. serm.
+III. cap. 8. Veneris usum nocivum esse ait illis, qui lumbos aut renes
+habent imbecilles, atque idcircò Elumbes dicuntur. De iis est proverbium
+apud Eustathium in navium catalogo.
+
+ ὀσφὺν κατηγώς, ὥστε Μύσιος ὄνος
+ Lumbos solutus, tanquam asellus mysius:
+
+quod Hadrianus Junius, cent 6. ad. 48 explicat de mollibus, effeminatis
+et elumbibus. Nec aliam ob causam Petronio in Satyrico lumbi soluti,
+sunt Venere enervati. Sed et podagricum se esse, inquit, lumborumque
+solutorum, omnibus dixerat. Tales Catullo Epigr. 16. sunt;
+
+ Qui duros nequeunt movere lumbos.
+
+quibus opponit Martialis lib. 5. Epigram. 79.
+
+ Lascivos docili tremore lumbos.
+
+Et Auctor Carminis liberi fluctuantes lumbos. Carm. 18.
+
+ Ecquando Theletusa circulatrix
+ Crissabit tibi fluctuante lumbo.
+
+Fluctuare enim est crebrò moveri, et ad exemplum fluctuum inquietari.
+Græcis est ῥικνοῦσθαι, Latinis crissare. Indè ρίκνωμα impudicæ
+saltationis genus. Quale est quod nostris hodiè moribus il Bergamasco
+vocamus et non nisi à personatis desaltari solet. De illo Juven. sat.
+II.
+
+ Plausu que probatæ
+ Ad terrum tremulo descendunt clune puellæ.
+
+Arnobius libro 2 «lasciviens multitudo incompositos corporum
+dissolveretur in motus, saltitaret et cantaret, orbes saltatorios
+verteret et ultimum clunibus et coxendibus sublevatis, lumborum
+crispitudine fluctuaret.» Vide in epistolis græcanicis epistolam Megara
+ad Bacchidem de Thryallide, si lubet.
+
+Et respicit huc Persius Sat. 1, ubi de lascivis versibus, et quæ
+libidinantem pruritum auditoribus excitant, ait:
+
+ Cum carmina lumbum
+ Intrant, et tremulo scalpuntur ubi intima versu.
+
+Et Juvenalis Sat. 6, de tibiis Sacerdotum Bonæ Deæ:
+
+ Nota Bonæ secreta Deæ, cum tibia lumbos
+ Excitat, et cornu pariter vinoque feruntur.
+
+Quare etiam Isidorus loco adducto lumbos ob libidinis lasciviam dicto
+vult, quod viris caussa corporeæ voluptatis in ipsis resideat.
+
+Nicolaus Perottus, in Cornucop. planius à lubidine seu appetentiâ
+deducit. Esse enim lumbos à lubendo, insertâ M. litterâ, quod sæpè usu
+venit. Ita «cumbo à cubo, à pago, pango, à frago, frango,» ait
+doctissimus Matth. Martinius, in Lexico Etymol.
+
+Atque ut lumbis, ita et renibus, lumborum parti, et quidem principi, si
+conformationem spectes, idem officium tribuitur. Hos enim ad
+generationis officium facere lib. II. Reg. innuitur, cap. 7, vers. 12.
+Filius qui egreditur de renibus tuis.
+
+Undè Tertullianus lib. de carnis resurrect. vocat renes conscios
+seminis.
+
+Hesychius Presbyter, quem corruptè Isicium vocant, Comment. in Levitic.
+lib. 1 «Renes, inquit, sunt coïtalium seminum ministeria: et mox: in
+renibus coïtalis operationis sunt semina.»
+
+D. Augustinus enarrans Psalmi 7, v. II, scribit nomine renum
+delectationes Venerias intelligi. D. Hieronymus Comm. in Nahum Prophetæ,
+c. II. «Omnia, ait, opera, quæ ad coïtum pertinent, renum appellatione
+venire,» quod ferè repetit Comm. in Ezechiel. c. 16.
+
+Verba insuper illa Jeremiæ, c. 17, vers. 10, et Apocalyps. c. II, vers.
+20, scrutans renes et corda; Nicolaus Lyra explicat: «examinans et
+puniens concupiscentias et cogitationes malas. Per cor nempe
+cogitationes, per renes in sacris litteris concupiscentiæ intelliguntur.
+Itaque Psalmog. Ps. 26, v. II. Deum rogat, ut renes ipsius et cor urat;
+et ex ipso Ecclesia in Hymno illo. «Ure igne sancti Spiritus, renes
+nostros, et cor nostrum, Domine; ut tibi casto corpore serviamus, et
+mundo corde placeamus.»
+
+Et communiter Theologi per id, quod Exodi 12, vers. II, præcipitur iis,
+qui agnum paschalem comedebant, ut renes accingant, intelligunt
+refrænationem libidinis.»
+
+Ausonius renibus uti, usurpavit pro libidini indulgere, Epig. 13. Utere
+rene tuo. Et vulgò joculari sermone nostratibus renes purgare dicuntur,
+qui Veneri litant.
+
+Quæ causa est, cur Hippoc. lib. de morb. int. Aristoteles, Prob. sect.
+6. Probl. II. Galenus lib 6. Epid. Comm. 6. Aëtius Tetrab. 1, serm. 3,
+c. 8. Avicenna lib. 3 fen. 8 tract. II, c. 11, plurimique Medicorum
+alii, Veneris usum nimium renibus obesse nos docuerunt. Hinc est, quod
+renes olim Veneri dicati erant.
+
+Fulgentius enim lib. 3 Mytholog. in fabulâ Peleï et Thetidis, ex
+Democriti Phisyologiâ, memor libro refert Ethnicos, quod singulas partes
+in homine singulares Deos obtinere putarent, Jovi caput, Junoni brachia,
+Minervæ oculos, Neptuno pectus, cinctum Marti, renes Veneri, Mercurio
+pedes adsignasse.
+
+Quod si etymologiam denique nominis et originationem inquisieris,
+Varroni, Romanorum doctissimo, ut vocat Quinctilian. Instit. orat. lib
+10, cap. 1, renes dicti fuere ἀπὸ τοῦ ῥέειν, quasi rivi ab his obscœni
+humoris, puta seminis, oriantur, si Lactantio credimus, lib. de opific.
+Dei c. 14 et Isidoro, Orig. lib. 11, c. 1. Neque est, ut per obscœnum
+humorem urinam intelligas, quod quibusdam placere video. Explicans enim
+Varronem Isidorus, venæ et medullæ, inquit, tenuem liquorem desudant in
+renibus qui liquor rursus à renibus calore Venereo resolutus decurrit:
+quod de urina nemo sanus dictum adserat.
+
+Et Hebræi renes à concupiscentia appellant duplici voce hebraicâ quæ
+significat, efflictim cupere. Et quia renes in lumbis ad latera sunt
+siti, hæc etiam ad Venerem et opus generationis facere, creditum fuit.
+
+Hinc apud Ovidium lib. 1, Amor. El. 8, pudicissima illa fœminarum, ut
+credebatur, procorum vires probatura, et robustum latus, arcum ipsis
+proponit, jubetque νευρὴν ἐντανύσαι.
+
+ Penelope vires juvenum tentabat in arcu:
+ Qui latus argueret, corneus arcus erat.
+
+Nec inficias it Penelope ipsa, in Carmine libero, Epig. 69 ad procos.
+
+ Nemo meo melius nervum tendebat Ulisse:
+ Sive illi laterum, seu fuit artis opus.
+ Qui quoniam periit, modovos intendite, qualem,
+ Esse virum sciero, vir sit ut ille meus.
+
+Undè experiri latus Martiali. Lib. 7, Epig. 57, est Veneris periclitari
+vires.
+
+Hinc El. 10 Ovidio lib. 2, Amor. lateri vires dare, est concitare in
+libidinem.
+
+ Et lateri dabit in vires alimenta voluptas.
+
+Et Apuleio lib. 8, industria laterum est potentia in rebus Veneriis:
+Fortissimum, ait, adducunt rusticanum, industriâ laterum atque imis
+ventris bene preparatum.
+
+Juvenali verò et Ovidio lateri parcere, est à Venere temperare. Ita enim
+ille de Catamito, Sat. 6.
+
+ . . . . Nec queritur, quod
+ Aut lateri parcas, nec quantum jussus anheles.
+
+Hic verò, lib. 2, de arte:
+
+ Et lateri ne parce tuo: pax omnis in illo est.
+
+Contrà Martiali lib. 11, Epig. 105, latus rumpere est Veneri nimiam
+operam dare:
+
+ Et juvat admissâ rumpere luce latus.
+
+Et lib. 12, Epig. 98.
+
+ Rumpis, Basse, latus, sed in comatis.
+
+Item Tibullo, aut si quis alius est auctor, in Iambis ad Priapum.
+
+ Et inquietus inguina arrigat tumor,
+ Neque incitare cessat usque dum mihi
+ Venus jocosa molle ruperit latus.
+
+Petronius in Satyrico dixit latus convellere. Timebam, inquit, ne frater
+latus convelleret. Alibi etiam latera invalida, emerita, exfututa,
+defecta, et defessa, sunt Venere exhausta. Ovid. Amor. lib. 3, Eleg. 10.
+
+ Vidi ego cum foribus lassus prodiret amator.
+ Invalidum referens, emeritumque latus,
+
+Catulus, Epigr. 7.
+
+ Cur non tam latera exfututa pandas?
+
+Priapus in Carmine libero, Epig. 15.
+
+ Ipsi cernitis: ex fututus ut sim,
+ Confectusque, macerque, pallidusque,
+ Defecit latus, et periculosam
+ Cum tussi miser expuo salivam.
+
+Suetonius in vitâ Caligulæ c. 36. Valerius Catullus, consulari familiâ
+juvenis, stupratum à se Caligulam, ac latera sibi contubernio ejus
+defessa, vociferatus est.
+
+Apuleius lib. 8. Diù vivas et Dominis placeas, et meis jam defectis
+lateribus consulas. Ex quibus omnibus tam clarè liquet, ut Plauti verbis
+hic utar:
+
+ Quam solis radii olim, cum sudum est, solent.
+
+Neque novam esse opinionem, aut nuper natam, sed fundamentum habere in
+unanimi totius antiquitatis consensu, sacrarum etiam litterarum
+testimonio firmatam, lumbos, lumborumque partes, renesque ad
+generationis opus facere. Communis autem sententia, seu Doctorum opinio,
+ut jurisperiti tui loquuntur, Cassi, non potest totaliter esse falsa. Et
+probabilia sunt, inquit Aristoteles lib. 1, Topic. cap. 1. Text. 7, «quæ
+ita esse videntur aut omnibus aut plurimis, aut certè sapientibus; atque
+iis, vel omnibus, vel plurimis, vel iis, quorum spectata et perspecta
+sapientia et qui hoc nomine clari et illustres sunt.» Quæ itaque ei rei
+subsit ratio, operæ pretium nunc porrò fuerit inquirere. Simul enim et
+caussam invenerimus, ob quam lumbis inflictæ plagæ et flagrorum verbera,
+libidinis sint incentivum.
+
+Cagnatus quidem, et qui ipsi favere videtur, Montuus, rem omnem lumbis
+tribuit, quatenus ex iis constituntur partibus, quas paullo antè
+recensuimus. Ex vertebris nempe, musculis, renibus, venis, arteriis,
+nervis. Ita tamen ut venis nimirùm et arteriis seminariis principatum
+tribuat, ut quæ et materiam semini præbeant, albescentemque humorem, qui
+vel semen jam sit, vel mox futurus, in se contineant, et à se ad testes
+amendent. Atque ab hoc humore, in venis arteriisque turgente, seminis
+projiciendi prolubium ait excitari, et pollutiones nocturnas caussari,
+in iis præsertim, quibus ob decubitum dorsum vasa illa incalescunt.
+Bartholomæus Montagnana Consil. Med. 37 et Nemesius Philosophus, lib. de
+nat. hom. c. 27, renibus, parti lumborum, rem totem transcribunt, quod
+et Joh., Matthæus facit, Quæst. Med. 90. Garyopontus, medicus Ladinus,
+sequioris tamen ævi, lib. 3. Pract. c. 34, et nuper Cl. Dan. Sennertus,
+Præceptor olim noster, et amicus, dum in vivis erat, honorandus, Pract.
+lib. 3, part. 7, Sect. 1, c. 1. Petrus Laurenbergius in procestriis
+annotationibus anat. lib. 1, cap. 4, et colleg. anat. disp. 6, th. 17,
+et noster tandem Gasparus Hoffmannus, Inst. med. Nec tamen omnes illi
+eodem modo rem explicant.
+
+Barthol. Montagnana quidem, examinans Avicennæ locum, lib. 18, fen. 3,
+c. de renibus et ren. calc. Subtiliter, aït, memorandum est, propter
+quid renum debilitas ab Avicenna dicatur causa defectus coïtus. Et
+postquam dixisset, materiam seminalem perfectionem adæquatam indipisci à
+testium temperie et facultate, subjungit; materiam eamdem necessum
+habere prædisponi in membris superioribus, in quibus potentior sit vis
+digestiva, ut in hepate et renibus: in illo nempe remotius, in his
+proximius. Et prohindè concludit, impossibile esse semen verum generari,
+nisi membra illa, hepar nempe et renes, sint debitè complexionata et
+organizata in complexione et unitate suâ.
+
+Nemesius verò salsedinem tantùm quamdam à renibus ad testes transmitti
+putat, quæ appetitum, aut pruritum potius, in genitalibus excitet, atque
+ita suo quodam modo ad Venerem faciat. Renes, inquit, sunt sanguinis
+purgamina, et ad coïtum fiunt causa appetitus. Nam venæ quæ in geminos
+delabuntur, per renes transmeant, et illinc acorem quemdam hauriunt
+appetitum irritantem eo modo quo sub cute genitus acor pruritum facit;
+et quò geminorum pulpa cute est mollior, eò magis illi ab acore
+lancinati, furiosam ad egerendum semen irritant cupidinem. Neque aliud
+innuunt Isidori verba paullò antè adducta. Atquæ eadem ferè est Jo.
+Mathæi sententia, nisi quod reni sinistro hic plus tribuat, quam dextro.
+«Vena enim seminalis sinistra, inquit, emulgenti juxtà renem sinistrum
+implantata, sanguinem multa salsedine aquosa dilutum ad excitandam ὁρμὴν
+et generationis stimulum subministrat.» Laurenbergius in procestriis
+quidem in genere saltim renes ad generationem facere affirmat. In
+diputatione autem, quam dixi, non alio ferè modo se explicat, quam
+Matth. Garyopontus. Ait renes naturâ musculosos esse, et nervos ipsorum
+inhærere cavernis, quæ genicale semen contineant. Vim nempe
+σπερματοποιητικὴν ipsis renibus tribuit, atque ita tribuit: ut quodam
+modo in illis semen elaborari et contineri credat. Quæ sententia etiam
+est Cl. Sennerti, quamvis hic longè aliâ ratione eam proferat, et
+dilucidius mentem suam explicet, ac proximius ad αὐτοψίαν Anatomicam,
+quam Garyopontus qui non valdè ejus videtur fuisse peritus. A renibus
+nempe non stimulum saltim partibus genitalibus communicari, sed semen
+ipsum in iis elaborari, atque ab iisdem porrò transmitti censet
+Sennertus, quem sequitur Hoffmannus. L. C. Idque ex eo primùm Sennertus
+colligit, quod renes peculiare parenchyma habeant, à cordis substantia,
+ut adparet, non multùm differens, aut hepati potius simile, ut vult
+Aretæus, lib. 2, de morb. diut. c. 3.
+
+Peculiari autem parenchymati, quæ Galeni est maxima, lib. 6 de decretis
+Hippocr. et Plat. peculiaris vis sanguinem elaborandi, ut cæterorum
+viscerum parenchyma, denegari nequit. Et latè probat medicus Kariesatos,
+Joan. Beverovicius, lib. de calculo renum et vesicæ, cap. 2. Deinde, cum
+vena emulgens venarum omnium à venâ cavâ prodeuntium sit maxima, et plus
+sanguinis renes advehant, quam iis requiratur alendis: arteria insuper
+amplior sit, quam seroso humori depurando sit opus, verisimile esse
+credit, naturam, quæ nihil frustra facit, vasa illa tantâ amplitudine
+numquam efformasse, nisi peculiarem finem spectasset. Quem quidem finem
+non alium esse concludit, quam sanguinis arteriosi ad renes delationem
+ut in ipsorum substantia cum sanguine venoso mixtus, et alteratus,
+semini generando materiam suppeditet, ad testes deinde transmittendam.
+
+Maximè Sennerti sententiam illud confirmat, quod pro diversâ
+conformatione renum et vasorum renalium, in quibus aliàs valdè ludere
+solet natura, alii aliis, proniores sunt in libidinem, et ad
+perpetrandam magis fortes. Exempla habemus apud. Salom. Albertum in
+observationibus et Joan. Riolanum Antrop. lib. 2, cap. 27, qui Eorum
+libet cadaver masculum secuit hominis ultimo supplicio ob facinora
+affecti, in quo uterque se reperiisse scribit tres emulgentes in dextrum
+renem, venas verò spermaticas in utroque latere ex emulgentibus
+descendentes. Salom. Albertus ex hoc rectè colligit uberiorem seminis
+proventum et salacitatem inexhaustam, quaque vix satiari potuerit: dequâ
+hominem ipsum etiam paulò ante supplicium aït conquestum fuisse.
+Riolanus suum scribit totum in Venerem fuisse pronum, atque ob
+Trigamiam, quod tres viventes haberet uxores, strangulatum. Adde
+Philipp. Salmuth. Obs. Med. cent. 1. Obs. 23, qui duos ob rem veneream
+valdè infames secuit, in quorum posteriori renes maximi, ut ternos, immò
+quaternos alios humanos æquare possent. Pergit Sennertus et quærit, qui
+fiat, nisi sententia hæc admittatur, quod sapor ille, ac odor, qui in
+animalibus pluribus non castratis, per universum corpus diffunditur,
+maximè tamen in renibus percipiatur, ac potissimùm in animalibus
+adultis; in novellorum ac teneriorum renibus, dum nondum fœminas ineunt,
+non reperiatur? addit præterea ex Oribasio lib. 6. Collect. c. 38, ex
+retento semine renes male affici; inter calidorum renum signa à Medicis
+recenseri propensionem ad libidinem, somnia libidinosa, et nocturnas in
+somno pollutiones; qualitates insuper seminis ex renum constitutione
+Practicis deduci. Quemadmodum et renes calidos indicat prompta libido et
+salacitas, renes frigidos Veneris nullum ferè desiderium et appetentia.
+
+Denique in gonorrhω lumbis ad renum regionem pro semine imminuendo aut
+alterando remedia adplicari, ex Aretæo docet, lib. 2 Chron. c. 7, et
+Alex. Tralliano lib. 9. c. 9.
+
+Atque huic Sennerti sententiæ probandæ, adde quod Plinius habet, lib.
+34, c. 18. Plumbum, alligatis lumborum et renum parti laminis,
+frigidiore naturâ inhibere impetus Veneris: additque exemplum: Calvum
+Oratorem vasa Veneria sponte naturæ erumpentia, usque in morbi genus,
+his laminis cohibuisse.
+
+Adde Galenum lib. 5, de tuendâ valet. c. ult. lib. 6. de loc. adf. c.
+ult. et lib. 14, meth. med. c. 7, qui athletas similiter ad pollutiones
+nocturnas inhibendas, et Veneris impetus compescendos, laminas plumbeas
+adhibuisse scribit, et lumbis ceratum ex simplici rosaceo, cum aquâ
+frigidâ subacto, applicasse in priapismo. Cæl. Aurelianus. lib. 5.
+Tardar. pass. cap. 5, præter laminam plumbeam, spongias puscâ frigidâ
+infusas, ut loquitur, circumdandas suadet.
+
+Adde Aëtium, qui cum Theod. Prisciano, lib. 2, c. 11, lumbis non tantum
+laminam plumbeam, et refrigerentia adhibet, sed decubitum etiam supinum
+damnat, ne partes lumborum incalescant, et malum inde augeatur, Tetrab.
+1, serm. 3, c. 32 et 33.
+
+Adde Oribasium, Synops. lib. 9. c. 39 et 40, et Paullum Æginetam, lib.
+3, c. 55 et 56, quorum uterque idem statuit; hic verò etiam urinas
+cientia medicamenta, in gonorrhœa prohibet, ne renibus in lumborum
+regione positis noceant.
+
+Nec latuit hæc res Avicennam, qui lib. 3, fen. 18 cap. 9. inter signa
+renum extenuatorum, et exoletorum, ponit defectum coïtus; et c. 11.
+caussam debilitatis renum inter alia facit frequentiorem coïtum, et c.
+13, ad debilitatem renum corrigendam coïtus suadet abstinentiam.
+
+Nec ignoravit Aaron, Medicus celebris apud Rhasen, lib. II. Contin. c. 5
+qui aït: Si erectio veretri fuerit debilis, erit caussa ex hepate et
+renibus.
+
+Et trahendus huc Aristoteles, qui animantia alia, præter hominem,
+gonorrhœa non laborare ideò putavit, quod in dorsum non decumbant,
+Probl. sect. 10, pr. 18. Contrâ equi generosiores, ubi ex insessoris
+subsultu lumbique renesque incalescunt, pronâ libidine feruntur in
+venerem. Nec videntur hanc rem ignorasse matronæ Athenienses, quæ in
+Thesmophorion festo (quando seorsim cubabant à viris,
+
+ Perque novem noctes Venerem tactusque viriles
+ In vetitis numerabant,
+
+ut Ovidius loquitur lib. II. Metam. Fab. 11.)
+
+Ex ἁγνῷ Latini viticem et agnum castum vocant, cubitus sibi sternebant.
+Vitex enim ille frutex est, seu arbuscula, libidini restinguendæ dicata.
+Igitur ejus folia dorso sibi sternebant, ut eo modo vim seminis
+generandi, libidinem concitandi in renibus, partibusque vicinis
+morarentur. Historiæ meminere Dioscor. lib. 1, c. 116. Plin. lib. 24, c.
+9. Galenus, lib. 6, de simpl. med. fac. Ælian. de anim. lib. 9, c. 16.
+
+Neque alia est caussa, ob quam renes animalium, et præcipuè hirci, ad
+coïtum.
+
+Atque ab Aëtio partes quæ sunt circà renes Scinci, ad tentiginem fascini
+excitandam commendantur, loco adducto c. 35. Nisi quod analogiam quamdam
+habeant, et similitudinem cum renibus humanis, ob quam juvare eos
+credentur, et ad officium generationi destinatum excitare. Quemadmodum
+et iis, qui minus in venerem sunt prompti, inter alia medicamenta,
+unguenta calida, non partibus pudendis tantum, sed renum etiam regioni
+inungenda, prescribi solent; et diuretica valida, ut cantharides, ac
+decubitus in dorsum imperari; ut et renes hoc pacto incalescant; et
+semen ac testes concitetur, ad qui in Venerem frigidi languent,
+reaccendantur. Undè Rhases lib. II. Contin. c. V. Quoties, inquit,
+fricantur lumbi cum medicinis calidis, veretrum crescet in erectione, et
+magnificabitur.
+
+Et Misish Arabs, in Summâ apud eundem Rhasen; Calefactio dorsi, ait,
+subvenit ad luxuriam: (h. e. facit irritandæ libidini) et sicut
+infrigidatio ejus et dormitio super folia frigida, diminuit luxuriam,
+ita calefactio auget in luxuriâ mirabiliter. Ex quibus omnibus primum
+hoc concludimus, facere quidem ad Venerem exercendam lumbos, ut ex
+partibus suis constituuntur, et cum primis venas et arterias, ut quæ
+materiam ac spiritum deferant, quod volebat Cagnatus; præcipuum tamen
+organum esse renum παρέγχυμα, cujus beneficio semen primum incipiat
+elaborari, perfici deinde porrò, et æquabilitatem indipisci in vasis,
+quæ et Sennerti, ut patuit, et nostra est sententia. Nec tamen de nihilo
+est, quod Nemesius notabat cum Isidoro, et Matthæus insuper et
+Laurenbergius, salsedinem quandam, et serosam materiam simul semini
+communicari et tentigini excitandæ à renibus ad testiculos
+adimplaustrari, quod verbi ac ipsâ in re usurpat Papias Grammaticus, in
+Vocabulario.
+
+Concludimus porrò, flagra dorso sivè lumbis inflicta, quia partes semini
+generando dicatæ, ac semen ad genitales partes deferentes, ab iis
+incalescunt, in Venere excitanda, aut libidine, multum posse. Undè non
+mirum extincti illos pudoris bipedes libidinisque abominandæ victimas,
+de quibus egimus, aut alios nimiâ Venere exhaustos, lumborum partibus
+defectis lumbisque solutis, à flagris remedium quæsivisse. Horum enim
+incussu partes refrigeratas verisimile est rursus incalescere, ac
+materiæ seminali fervorem conciliari, accedente præsertim partium
+verberatarum dolore, qui facit, ut uberiùs sanguis, spiritusque
+attrahantur; donec calore ipsis etiam generationis instrumentis
+communicato, male feriatæ voluntatis desiderium expleatur, et naturâ
+etiam invitâ, atque ultra modum potentiæ suæ vi in flagitia adigatur.
+Hæc mea est sententia, mî Cassî.
+
+At inquies, illi quidem, de quibus tu agis, abominandâ libidine
+exhausti, ut illicitam Venerem continuarent, porròque in eodem scelerum
+cœno se volutarent, remedium hoc usurparunt. Quæris autem; postquam res
+ita habet, an non eodem non secus ac medicamentis aliis, citrà crimen ac
+reprehensionem uti is etiam possit, qui licitæ quidem Veneri addixit
+operam, latera tamen, et quæ præterea utramque hic paginam implere
+debebant, languidiora experitur, aut planè, ut Virgilii utar verbis, ex
+lib. 3 Georg.
+
+ Frigidus in Venerem senior, frustràque laborem
+ Jucundum trahit, et si quando ad prælia ventum,
+ Ut quondam in stipulis vanus sine viribus ignis
+ Incassum furit;
+
+ut creditricis etiam, non dicam debito, sed nec τῷ interesse saltim sit
+solvendo? Quidni, verò amice Cassi? Te quidem, remedii id genus ut
+usurpes minimè opus habere, juramento quinquagenario contendere paratus
+sum. Aliud nempe de te, qui medicus audio, atque hac in re ex artis
+præscripto judicare quidpiam aut possim, aut debeam, non falsus
+conjectator pridem præsumpsi. Aliud modo testatur nuptæ novellæ et
+musteæ uterum recenter verminans, testis omni exceptione major, et cui
+fides meritò arbitranda, cui felicem etiam justo tempore λύσιν Deum
+poscimus. Ut cum aliis idem communices remedium, si qui sint, qui opus
+habeant difflagellatore,
+
+ Qui validè intorto verbere terga secet,
+
+nullos vetabo. Ἀφθόνους esse oportet non Μουσῶν tantum θύρας quod vulgò
+dici solet, sed ἰατρῶν maximè.
+
+Invidentiæ enim crimen, ut Scribonius Largus aït in Epistolâ ad C.
+Julium Callistum, cum omnibus invisum esse debeat, tum præcipuè Medicis:
+in quibus nisi plenus misericordiæ et humanitatis sit animus, secundum
+ipsius professionis voluntatem, omnibus Diis et hominibus invisi esse
+debent.
+
+Ego tamen in tui saltim gratiam, ὦ φίλον κάρα, cum ita volueris, animi
+mei sententiam liberius paullò tibi explicare volui. Tu boni qualia
+consule, et me tuum porrò ama, quod facis, jocisque innoxiis, qui in
+seria tamen ducunt; veniam impertire et bene vale.
+
+Lubecæ, Kal. sext. anno 1639.
+
+
+
+
+VIRO SUMMO
+
+THOMAE BARTHOLINO,
+
+HENRICUS MEIBOMIUS.
+
+S. D.
+
+
+Responsarias meas nuper rectè tibi redditas esse, ex magni Simonis
+Paulli optimo filio Christiano Paullo lubens intellexi. Significat verò
+idem mihi nomine tuo, velle te parentis mei Johan. Henr. Meibomii
+epistolam de flagrorum in re veneriâ usu, renumque et lumborum officio,
+typographo recudendam dare. Quare nihil mihi gratius potuit accidere.
+Traxit quidem epistola illa originem ex liberioribus in convivio jocis,
+est que illius editio, parente inscio, Lugduni Batavorum procurata à
+magno illo viro cui inscripta est. Placuit tamen pluribus præstantibus
+in Europa viris, est que in publicis etiam scriptis à quibusdam laudata.
+Quin, cum initio pauca tantum exemplaria essent excusa, inter amicos
+distribuenda, cæpit desiderari ab eruditis et anxiè inquiri à curiosis,
+cum argumentum nescio quid haberet ἑλκυστικόν Dolui ipse sæpius me
+amicis desiderantibus ejus copiam facere non potuisse; nolebam tamen eam
+iteratò imprimendam dare, partim, quod non omnia illius probarem partim,
+quod inter prima famæ incrementa illorum censuram incurrere nollem,
+quibus jam tum hæ tinctæ sale pruriente chartæ nimis fescenninæ
+videbantur. Interim tamen antè paucos annos vel Lugd. Batav., vel alibi,
+nescio quo editore, recusa est, quod quidem non ægrè tuli, si tamen eâ
+de re admonitus fuissem, luculentior prodiisset editio. Nunc verò valdè
+mihi gratulor, quod tibi quoque, quem inter primaria sua decora Europa
+numerat, ita placuerit, ut imprimendam iteratò censeas, novis
+accessionibus per te auctam. Tibi jam ab illis ambitiosè tristibus
+periculum nullum est, nec metuis, ne
+
+ Rugato Cato tetricus labello
+ Nasum Rhinoceroticum minetur.
+
+Quin sacra hæc aliter non constant, nec Vestalibus aut horribilibus
+Sabinis nos scribinus, sed medicis. Meretur verò argumentum illud
+examinari accuratius, nec dubito a Te magni ingenii et lectionis
+infinitæ Viro, omnia esse adducta, quæ ornare illum locum possint. Cum
+tamen edita epistola quædam margini sui exemplaris adscripserit parens,
+ea debitis locis inserta, locupletandæ editioni, transmitto. Sunt dein
+nonnulla in hac epistolâ, quæ sapiunt anti-Harveïana tempora, in quibus
+malo ipse optimi parentis mei errorem agnoscere, quam defendere, cum
+præsertim ipsi non cum aliquot tantum doctis, sed cum aliquot sœculis
+sit communis. Nostri illud Celsi tui: «levia ingenia, quia nihil habent,
+nihil sibi detrahunt. Magno ingenio, multaque nihil ominus habituro
+convenit etiam simplex erroris confessio. Et cur non mereatur veniam
+error, in quem non tam pertinacia aliqua, quam ævi infelicitate
+incurrit? Illa quidem, quæ in initio epistolæ de curatione morborum per
+flagellationes refert, aliorum nitantur auctoritatibus, nec dubii multum
+habent. Videntur autem recentiores remedia illa, malo ipso si non
+majora, ingrata tamen, in superferè habuisse. Illam tamen maniacorum per
+verbera curationem, cujus ex Cælio Aureliano, Rhase, aliis que meminit,
+superiori adhuc seculo in Anglia fuisse usitatam, quamvis medici ejus
+non meminerint, disco ex Bodino qui libro quinto de Republicâ ita
+loquitur: «Insania vero interdum in furorem abit: quod furoris genus
+verberibus mitescit. Nam Londini furiosorum hominum multitudo eodem
+coacta domicilio verberibus acerrimè castigatur quartâ-decimâ lunâ, quæ
+major vis est furoris, tumente cerebro. Cujus rei me commiseratio cum
+cœpisset, intellexi à curatoribus salutarem esse furoris medicinam.»
+
+Fœminis apud Romanos palmæ feriebantur, credebatur que hinc prœgnantibus
+facilior partus, sterilibus autem fœcunditas accedere. Sat id
+superstitiosum erat, fiebatque à Lupercis tantum, amiculo Junonis sivè
+pelle caprinâ, ut docet Festus, induti; rident que ipsi Romani, ut apud
+Juvenalem sat. 2, videre est. Somnambulos, dum noctu surgunt, probè
+verberandos esse nonnulli censent, id quod feliciter cessisse certo
+exemplo mihi cognitum est, malo per verbera atrocia feliciter depulso,
+nec unquam recurrente. Recenset dein parens flagellationum ad libidinem
+concitandam factarum historias, mox que in causas inquirere incipit.
+Rejicit autem primùm astra, dein consuetudinem, à quâ solâ rationem
+hujus rei deduci non posse, satis, ni fallor, fecit manifestum. Id verò
+considerat, flagellationem illam non alibi, quam in dorso, lumbis que
+factam, hinc que eruendam veram causam censet. Ostendit igitur, cum
+sacras litteras, tum antiquitatem omnem unanimi consensu lumbis
+renibusque et lateribus suas in generatione seminis et Veneris usu
+partes deferre. Et non pauca quidem ex variis scriptoribus adduxit;
+possent autem longè plura ejus generis, ex poëtis potissimùm adferri,
+nisi res jam tum clara esset. Ideòque id apud me quoque certum, lumbos
+plurimum ad negotium Veneris facere. Quod verò dein probare suscipit, à
+renibus in lumbis sitis semen primum elaborari, et si multos præclaros
+viros et qui ante et qui posteum vixerunt habeat ὁμοψήφους mihi necdum
+probavit. In confesso enim hodiè est apud veritatis scrutatores
+sanguinem per arterias emulgentes ad renes deferri, renibus autem per
+emulgentem venam in cavam et indè in cor redire: arterias spermaticas
+sanguinem ex arteriâ magnâ accipere, venas spermaticas eundem à partibus
+seminalibus, partim in cavam, partim in emulgentem venam reducere:
+qualis sanguinis motus ex valvularum in his venis constitutione
+manifesto probatur. Patet autem indè, nihil à renibus ad testes per vasa
+descendere. Interim verum manet, lumbos calidos ad Veneris opus facere,
+frigidos illud impedire, rectè que à medicis ad libidinem excitandam aut
+supprimendam calida vel frigida lumbis apponi. Ut enim parens meus ipse
+ex Cagnato, Montuoque observavit, sunt in lumbis majora vasa sita, in
+quibus si sanguis incalescit, necesse etiam est, per arterias
+spermaticas eum calidiorem tandem defluere, ipsam que seminalem materiam
+facilè mobilem in fervorem agi. De Renibus ita censeo. Si incaluerint
+solito magis, sanguini per venas emulgentes relabenti majorem calorem
+communicari, cum que continuo ad renes sanguis accedat, relabatur que,
+potest à renum calore toti sanguineæ massæ calor communicari major, undè
+etiam per arterias spermaticas sanguis calidior descendit. Hinc que
+explicari potest, cur quibus calidi renes, ii ad libidinem propensi, et
+quæ alia φαινόμενα ad suam sententiam probandam adduxit parens. Fortè
+etiam aliquando in illis, quibus jam tum calidus est sanguis, sunt que
+proindè libidinosiores, renes etiam calidi à sanguine continuò accedente
+fiunt, ceu notum est medicis, ubi errore diætæ incaluit sanguis, renum
+peccatum facillimè luere, quia ad eos præ aliis partibus magna quotidiè
+sanguinis copia accedit. Tum igitur non tam à renum calori dependet
+libido, quam à communi causâ, sanguinis nempe calore et libido et renum
+calor. Porrò jam ita rem explico. Per verberum incussus calefit in
+lumborum vasis, quà minoribus, quà majoribus sanguis, tandemque in ipsis
+etiam renibus, inde tota massa sanguinea demùm, ideòque et per arterias
+seminales fervidior elabitur, immò copiosior quoque, dum per illorum
+scelestorum ad Veneris prælia se parantium libidinosas cogitationes
+concitatur quodam modo versùs spermaticas partes effervescens sanguis.
+Ita et per decubitum molliorem, supinum, seminis profluvia incalescente
+sanguine concitantur. Equitantes in Venerem pronos fieri notum est,
+annotatumque jam tum in Centone problematum quæ sub Aristotelis nomine
+circumferuntur, sect. IV. probl. 12. Rationem autem hanc reddit auctor
+διὰ τὴν θερμότητα καὶ τὴν κίνησιν ταὐτὸ πάσχουσι, ὅπερ ἐν τῇ ὁμιλίᾳ
+propter calorem et agitationem ita afficiuntur, ut in coïtu solent,
+planè ad mentem meam. Incalescit enim per motus illos successiones que
+equitantium sanguis in vasis lumborum, promoveturque sanguinis per Aortæ
+truncum descendentem motus et ita etiam versus partes seminales.
+Contrarium quidem testari videtur Hyppocrates, lib. de aër. aq. et loc.
+ineptos nimiùm ad Venerem fieri eos, qui multum equitant. Veram
+explicandus ille est de continuâ Scytharum equitatione, quæ ad
+lassitudinem usque fit, corpusque debilitat ac resolvit, et ita Veneris
+stimulos supprimit. Ea verò de quâ ex Aristotele diximus, equitatio
+moderata intelligitur, per quam incalescant tantum lumbi. Non placet
+nunc progredi et distinctè quo libet ad examen vocare, quæ Parente meo
+adducta sunt, argumenta cum præsertim ea, quæ Sennertus habet, parenti
+pleraque memorata, jam tum satis feliciter discusserit Nath. Highmorus,
+Anatom. Operis lib. I. part. 3, cap. 4. Retinent interim suam
+certitudinem multa à Parente proposita, rejectâque tantum illâ de Renum
+vi σπερματοποιητικῇ sententia, reliqua fere plana sunt. Fortè ex
+recentioribus nonnulli ex suis hypothesibus aliter illa φαινόμενα
+explicare conarentur, quomodo Vir quidam ingeniosus qui seminis materiam
+chylum, non sanguinem, sibi firmiter persuaserat, per verbera in lumbis
+calefieri ampullascentem ibi chyli alveum, tumque ad partes genitales
+materiam quoque seminis magis moveri, arbitrabatur. Possem longè alia
+adferre, quibus hodiè commentum illud de succo nervoso placet, quem
+semini quoque materiam præbere existimant. Verum in illarum hypotheseon
+veritatem inquirere, non est hujus loci. Video autem hic verum esse,
+quod de omni impensarum genere dicebat olim Grœcinus apud Columellam:
+plerosque nova opera fortius auspicari, quam tueri perfecta. Meam tamen,
+quam de sanguinis in lumbis incalescentia proposui sententiam, non
+hypothesibus, sed certis probatisque niti arbitror; Quod si tibi quoque,
+Vir magne, placuerit, longè magis in eâ confirmabor. Vale. Scripsi
+Helmstadii in Academiâ Julia.
+
+Prid. Kal. Sept. ann. 1669.
+
+
+
+
+NOTICE
+
+_Des auteurs cités dans l’Ouvrage de J. H. Meibomius, et que j’ai
+consultés pour corriger cette édition._
+
+
+Festus. Titus et Asclépiade. Cœlius Aurelianus Rhasès. Antoine Gaignier.
+Valescus de Tarente. Sénèque. Juste-Lipse. Jerôme Mercurialis. Galien.
+Thémison. Elidœus de Padoüe. Thomas Campanella. Menghus Faventicus.
+Pétrone. Jean Pic, Comte de la Mirandole. Jean Mévisan. Cœlius
+Rhodiginus. André Tiraqueau. Othon Brunsfeld. Fransciscus Junctinus.
+Aristote. Ennius. Quintilien. Hippocrate. Marsilio Cagnati. Jérôme
+Montuus. Origène. Isidore. Saint-Jérome. Arnobe. Suidas. Petrus.
+Laurembergius. Celse. Bodin. Brisson, _antiquités du droit civil_.
+St.-Mathieu. Jérémie. St.-Paul. Salomon. St.-Pierre. Fr. Ranchin.
+Aëtius. Catulle. Martial. Perse. Juvenal. Nicolas Perrot. Mathœus.
+Martinius. Tertullien. Hésychius ou Isicius. St.-Augustin. Nicolas de
+Lyre. David. Ausonne. Avicenne. Fulgence. Varron. Lactance. Ovide.
+Apulée. Tibulle. Suétone. Barthelemy Montagnana. Nemesius. Joh.
+Marthæus. Garyopontus. Sennert. Arétée. Oribase. Gaspar Hoffmann.
+Kariesatos. Jean Beverovicius. Jean Barclay. Pierre d’Erlesunde.
+(Anecdotes moscovites.) Béroalde. Prudence. (Histoire des martyrs.)
+Dempster. Cardan. Olhafius. Wormius. Actuarius. Nath. Highmorus. Papias,
+le grammairien. Alexandre Trallien. Pline. Licinius Calvus. Théodore
+Priscien. Paul Eginete. Aaron. Dioscoride. Ælien. Misih. Virgile.
+Scribonius Largus. Plaute.
+
+
+Auteurs cités dans les notes du Traducteur.
+
+Lucien et Perrot d’Ablancourt. Pérégrinus. Diogène. Racine. Sénèque.
+Vossius. Horace. Le marquis de Langle. Ménage et Furetière. M. l’abbé
+Chappe d’Auteroche. L’Abbé Boileau. Columella. Matthiole. Arnaud de
+Villeneuve M. de Lignac. M. Lemery. Rabelais. Le Duchat (Ducatiana)
+Cornelius Gallus.
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+On trouve aux mêmes adresses:
+
+
+Poëmes philosophiques sur l’homme, 1 vol. in-18, frontispice gravé,
+représentant la résurrection des arts. 2 liv. 10 sous.
+
+Les nuits de la Conciergerie, rêveries mélancoliques et poésies d’un
+proscrit; 1 vol. in-18, fig. 3 liv. 10 sous.
+
+Les soupirs du cloître, ou le triomphe du fanatisme, épitre, par Guymond
+de la Touche, nouvelle édition, augmentée d’une notice sur la vie et les
+ouvrages de l’auteur, et autres poëmes choisis. 1 vol. in-18, 2 liv. 10
+sous.
+
+Le Pain béni, poëme et autres pièces choisies de Marigny, nouvelle
+édition, 1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous.
+
+Les Amours de Henry et Madeleine, poëme érotique en 2 chants, nouvelle
+édition, augmentée de plusieurs pièces en vers et en prose qui n’ont
+jamais été imprimées, 1 vol. in-18, fig. 2 liv. 10 sous.
+
+Œuvres galantes de Palmarêze, 3 vol. in-18, jolie édition, beau papier,
+9 liv.
+
+L’éloge de _quelque chose_, dédié à _quelqu’un_, suivi de l’éloge de
+_rien_, dédié à _personne_, nouvelle édition, augmentée du poëme latin
+de Passerat, intitulé: _Nihil_, et autres pièces également piquantes,
+par divers auteurs célèbres. 1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous.
+
+Lucina sinè concubitu, ou le plaisir sans peine, traduit de l’anglais de
+Johnson, par le citoyen Moët, et Concubitus sinè Lucina, par Combes,
+avec le supplément, ouvrage singulier, dans lequel il est démontré
+qu’une femme peut concevoir et enfanter sans le commerce de l’homme. 1
+vol. in-18, 3 liv.
+
+Les Serins, poëme didactique, formant avec les notes un traité complet
+pour l’éducation des serins; 1 vol. in-18, 2 liv. 10 sous.
+
+Histoire d’Hyppolite, comte de Duglas, par la citoyenne d’Aulnoy,
+nouvelle édition, 3 vol. in-18, avec de très-jolies figures, 7 liv. 10
+sous.
+
+ Tout le monde connaît ce roman, qui a eu une infinité d’éditions:
+ celle que nous annonçons est extrêmement soignée; elle est en petit
+ texte, sur beau papier.
+
+Le despotisme, poëme, et autres poésies patriotiques, par Mercier de
+Compiègne, 15 sous.
+
+ Cet opuscule, composé sous les verroux du despotisme le plus barbare,
+ les yeux sans cesse fixés vers le glaive de la mort suspendu sur sa
+ tête, tient un rang distingué parmi les productions de l’auteur. Il a
+ obtenu la mention honorable de la Convention nationale, le 7 frimaire,
+ et tous les journaux en ont fait le plus grand éloge.
+
+La morale du deuxième âge, ou idylles morales, tirées des jeux de
+l’enfance, par Mercier de Compiègne; 1 vol. in-18, 15 sous.
+
+Histoire du Petit Jacques, ouvrage moral, mis à la portée des enfans,
+traduit de l’anglais, nouvelle édition; 1 vol. in-18, 1 liv.
+
+--Le même, en papier d’Hollande superfin; 2 liv. 10 sous.
+
+Histoire d’Olivier Cromvel, par A. J. Dugour, 2 vol. in-18, fig. 8 liv.
+
+Les nuits d’hiver, variétés philosophiques et sentimentales, recueillies
+par Mercier de Compiègne; 1 vol. in-18, fig., 3 liv. 10 sous.
+
+ Choix de nouvelles en prose et en vers, qui n’ont jamais été
+ imprimées, ou qui sont devenues rares. Poésies de Camille Desmoulins,
+ antérieures à la révolution, et qui n’y ont aucun rapport, Idylles
+ orientales, sonnets traduits de l’italien et de l’espagnol, romances
+ et observations sur différent points de philosophie et de politique,
+ tout assure à ces _nuits_ un succès brillant.
+
+L’innocence du premier âge, ou les amours de Pierre Lelong et Blanche
+Bazu, par Sauvigny; 1 vol. in-18, fig., 3 liv. 10 sous.
+
+ La réputation de cet ouvrage nous dispense d’en faire l’analyse et
+ l’éloge. L’exécution typographique en est très-belle, ainsi que les
+ gravures.
+
+Histoire corrigée de Robinson Crusoë dans son isle déserte, ouvrage
+rendu propre à l’instruction de la jeunesse, sur l’avis et le plan de J.
+J. Rousseau, 2 vol. in-18, fig., 5 liv.
+
+Précis historique de la prise de Valenciennes; in-8º, 1 liv. 10 sous.
+
+Concerts de Romainville, choix d’idylles, ariettes et vaudevilles; 1
+vol. in-18, fig., 6 liv.
+
+Soirées de mélancolie; 1 vol. in-18, fig., 7 liv.
+
+Choix lyrique et sentimental; 1 vol in-18, avec 4 superbes gravures,
+dessinées par Queverdo; 5 liv.
+
+Gérard de Velsen, nouvelle historique, par Mercier de Compiègne; 1 vol.
+in-18, fig., 4 liv. 10 sous.
+
+Ismaël et Christine, nouvelle historique, par le même, 1 vol. in-18,
+fig. (2me édition) 4 liv.
+
+Histoire de Marie Stuart, par le même; 2 vol. in-18, avec jolies
+estampes, 9 liv.
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+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77388 ***