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Je +n’ignore pas qu’il y a des erreurs +qu’il est très-dangereux de combattre, +& qu’il ne seroit pas toujours +prudent d’attaquer tous ceux +qui s’y livrent. Si mon ouvrage +est condamné, je m’en consolerai +d’autant plus facilement que je n’ai +eu, en l’écrivant, que l’intention +d’être utile : mais si je voyois une +cabale injuste & puissante, ne pas +se contenter d’en faire griller les +exemplaires, & poursuivre quelque +innocent écrivain ; j’atteste +que je ne balancerois pas de me +nommer. Je le répete, ce n’est +pas à dessein qu’on persécute quelqu’un +à ma place que je tais mon +nom.</p> + +<p>La matiere que je traite n’est pas +entierement neuve ; <i>J. Henri Meibomius</i><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> +nous a laissé un traité intitulé +<i lang="la" xml:lang="la">de flagrorum usu in re veneria</i> : +mais ce traité est peu connu, +& l’auteur n’y est pas entré dans +tous les détails qui ont rapport à +cet objet ; il a seulement voulu +rendre raison de l’effet que le fouet +peut produire sur le physique de +l’amour. J’ai consulté cet écrivain +sans le suivre, & j’ai joint de +nouvelles réflexions à celles de +ce savant médecin.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Il y a eu trois auteurs qui ont porté +le nom de <i>Meibomius</i>. L’auteur de la dissertation +que je viens de citer, fut professeur +en médecine à <i>Helmstadt</i>, ensuite +premier médecin de <i>Lubek</i> ; il a publié +plusieurs autres ouvrages, & vivoit dans +le commencement du siecle dernier.</p> +</div> +<p>Pour mettre de l’ordre dans la +variété des objets que je vais présenter, +il est indispensable de diviser +mon ouvrage en différens chapitres ; +mais je préviens le lecteur +qu’il ne devra me juger qu’après +avoir parcouru tout le livre ; en +ne lisant qu’un chapitre isolé, l’auteur +ne seroit à ses yeux qu’un +écrivain scandaleux. Que l’on parcoure +le tout, on verra si j’ai eu +tort d’avancer que je n’ai d’autre +but que celui d’être utile.</p> + +<p>Je parlerai dans le premier chapitre, +de l’effet des flagellations +sur le physique de l’amour.</p> + +<p>On expliquera, dans le second, +pourquoi & comment le fouet produit +cet effet.</p> + +<p>Le troisieme démontrera de +singulieres erreurs.</p> + +<p>On trouvera dans le quatrieme +chapitre, des raisons bien puissantes +pour changer les peines +qu’on inflige à l’enfance & à la +jeunesse.</p> + +<p>La conclusion sera enfin, le résumé +de tout ce qu’on aura dit, +pour en faire ensuite une juste +application ; & j’y prouverai comment +des abus qui ne paroissent +rien en eux-mêmes, influent sur +la santé & les bonnes-mœurs.</p> + +<p>Mais, dira-t-on, comment un +médecin a-t-il pu s’occuper d’un +ouvrage de cette nature ?… Eh ! +qui voudroit-on qui s’élevât contre +des erreurs préjudiciables à la +santé ! De qui le Public est-il en +droit d’attendre des notions sur +ce qui peut lui nuire, si ce n’est +d’un médecin ?</p> + +<p>On me reprochera sans doute, +d’avoir écrit mes réflexions en +langue vulgaire… Y auroit-il, +par hazard, des mots qui deviennent +obscènes dès qu’on les prononce +en françois ? Si cela étoit, +il faudroit renoncer à ce langage, +qui sera bientôt celui du monde +entier, & même le défendre, puisqu’il +ne peut dire le nom de certaines +choses sans allarmer la pudeur. +Pauvres esprits que nous +sommes ! où plaçons-nous la délicatesse ? +& pourquoi faut-il qu’un +médecin soit forcé de faire tant +de questions, pour demander à une +prude si elle est bien ou mal <i>réglée</i> ? +Quelques ecclésiastiques ne +sont pas si scrupuleux, lorsqu’ils +ont une jeune fille à leur confessionnal, +ils parlent de tout… +ils interrogent sur tout… on +répond à tout… c’est presque +le seul endroit où la langue ne +soit jamais obscene.</p> + +<p>Je pense que chaque chose doit +porter son nom, que l’on peut & +que l’on doit le proférer sans faire +rougir personne. J’ai vu dans une +de nos grandes villes, des imbécilles +qui avoient sait une société +de savantes<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> ; elles commencerent +entre elles un cours d’anatomie ; +lorsque le démonstrateur en +vint aux parties de la génération, +elles planterent là la leçon, & +s’enfuirent en se couvrant le visage ; +ces dames trouverent très-indécent +qu’il fût question de ces <i>bêtises</i> +dans des démonstrations anatomiques. +Je dispense les êtres de +cette nature de porter leurs chastes +regards sur mon ouvrage.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Il en est, par fois, des sciences +comme des habits, elles sont aussi sujettes +à <i>la mode</i>. Tantôt nos élégantes Parisiennes +sont chimistes, tantôt botanistes ; +l’invention des globes les avoit même +rendues physiciennes, astrologues, mathématiciennes ; +elles sont toujours tout, +hormis ce qu’elles devroient être.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c1">CHAPITRE PREMIER.<br> +<span class="i">Du fouet & de ses effets sur le +physique de l’amour.</span></h2> + + +<p>L’amour étant nécessaire pour la +propagation de l’espece, il falloit +que cette passion fût profondément +enracinée dans le cœur de l’homme, +que la nature nous en fît un besoin, +& qu’elle y attachât la plus +grande jouissance. Les plaisirs que +procure l’amour sont les plus vif +que l’on puisse goûter, aussi leur +donne-t-on le nom de volupté ; il +est impossible de les avoir connus +sans les rechercher de nouveau, +& l’on en jouit aujourd’hui sans +préjudice pour les désirs du lendemain. +Cependant, quelque nécessaire +que soit le sentiment de l’amour, +il ne peut & ne doit faire +notre bonheur qu’en s’y livrant avec +modération ; car tout ce qu’on +donne au corps au-delà de ses besoins +l’affoiblit, & l’on trouve toutes +sortes de maux dans le sein même +de la volupté.</p> + +<p>On est plus ou moins emporté +par la violence de cette passion, +suivant sa bonne ou mauvaise constitution ; +ceux qui sont d’un tempérament +sanguin ont les passions +plus vives que les pituiteux. Le +docteur <i>Venette</i> parle de la femme +d’un Catalan, qui un jour fut obligée +de s’aller jetter aux pieds du +roi, pour implorer son secours sur +l’excessive vigueur de son mari, +qui, à ce qu’elle dit, <i>lui ôteroit +bientôt la vie, si l’on n’y mettoit ordre</i>. +Le roi fit venir ce mari pour savoir +la vérité ; il avoua avec franchise, +que chaque nuit étoit marquée +par dix triomphes ; sur quoi +le roi lui défendit par arrêt, <i>sur +peine de la vie</i>, de s’abandonner +plus de six fois à la violence de ses +transports, de peur que par l’excès +de ses embrassemens, il n’accablât +son épouse. Cet arrêt est fort singulier, +mais il faut avouer qu’il est +bien rare que les souverains soient +dans le cas d’en porter de semblables.</p> + +<p>Quel que soit le tempérament +qu’on ait reçu de la nature, on ne +sauroit être <i>homme</i> longtems, si l’on +céde de bonne heure à l’empire de ses +passions ; c’est par cette raison que +nos débauchés de Paris sont vieux à +trente ans & décrépits à quarante. +Lorsqu’on a abusé de son existence, +si les désirs s’étoient anéantis comme +les forces, ce ne seroit alors +qu’un demi-mal ; mais les êtres exténués +ne sont que plus avides de ces +plaisirs qu’une femme peut leur permettre, +sans qu’il soit pourtant en +son pouvoir de les leur faire goûter ; +l’impuissance irrite alors les désirs, +& l’on ne se lasse pas d’importuner +la nature.</p> + +<p>L’acte vénérien, quoiqu’en lui-même +salutaire<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, devient le principe +de mille maux, par l’abus que +quelques femmes en font ; ensorte +que la source des plaisirs & de la +vie se change souvent en une source +de douleurs. Loin d’attendre que +le physique parle, on se hâte de +l’exciter ; & quels sont les moyens +dont le libertinage ne se sert pas +dans ce cas ! On a d’abord cherché +dans les aliments ceux qui +seroient les plus échauffants de +leur nature ; on a ouvert les pharmacopées +pour faire usage des cordiaux, +des irritants & des aphrodisiaques ; +quelques médecins ont +eu même assez peu de délicatesse, +pour donner des conseils dans de +semblables occasions<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Il n’y a que l’abus des plaisirs de +l’amour qui puisse nuire ; car le célibat +comporte souvent avec lui des inconvéniens +qui ne le cédent en rien à ceux +qui résultent d’avoir trop sacrifié à +Vénus.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Un médecin ne doit pas toujours +garder le silence sur cette matiere ; lorsqu’il +arrive, par exemple, que la froideur +conjugale cause des désordres dans +le ménage, je pense qu’il peut employer +quelques secours pour y maintenir l’union +& la paix.</p> +</div> +<p>Les femmes n’ont rien oublié +de leur côté pour s’attirer des hommages ; +elles ont embelli tout ce +qui peut décemment se montrer, +& se sont vêtues de telle maniere, +que ce qui se voit suffit pour donner +une idée des charmes cachés. +Cela suffiroit sans doute ; mais l’art +de la volupté devoit pousser ses +recherches plus loin.</p> + +<p>Vénus eut bientôt des prêtresses +qui se dévouerent entierement à +l’amour ; la délicatesse fut bannie +des temples que vint élever le plaisir ; +& tout le culte s’y réduisoit à +chercher des ressources pour faire +renaître le moment de la jouissance. +Nos <i>couvents de courtisannes</i> sont +les restes de ces monumens antiques, +mais ils n’en sont pas moins +courus, ni moins élégants. Ce n’est +que là que le vieux financier peut, +à force d’or, se rappeller, par intervalle, +de son antique existence : +l’époux, que glace la décence & la +monotonie de sa femme, vient y +chercher des plaisirs qu’il n’ose +exiger que là : le célibataire, qui +a des raisons pour qu’on le croie +tel, se glisse en secret dans les +temples de ce genre, il y trouve +les moyens de se débarrasser de son +superflu<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>, & de se parer en Public +de tous les dehors de la chasteté & +de l’abstinence.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Les plaisirs de l’amour sont un besoin +pour les deux sexes. Cela étant, +comment ose-t-on faire vœu de célibat, +ou plutôt, comment permet-on à quelqu’un +de le faire ? L’exemple journalier +ne prouve-t-il pas que ces malheureux +manqueront de parole ? quand ils sont +pris sur le fait, ils croient s’excuser en +disant qu’ils sont <i>hommes & faits de +chair & d’os comme nous</i> ; cela ne prouve +rien, sinon qu’ils ont tort de ne +violer le vœu qu’en secret. Que ces célibataires +élevent une voix commune contre +un état qui n’est pas dans la nature ! +Qu’ils rompent d’accord entre eux & la +raison, ce lien qui les rend à charge à la +société ! alors il leur sera permis de connoître +tous les charmes attachés à l’existence +de l’homme ; & les ménages de +leurs voisins seront en même tems plus +tranquilles.</p> +</div> +<p>Les filles de joie sont-elles un +mal nécessaire ? doit-on le tolérer, +ou l’empêcher ? Ce n’est pas ici le +lieu d’agiter cette question, qu’il +me soit seulement permis de dire +qu’il y a beaucoup d’hommes qui +en ont besoin.</p> + +<p>Comme les temples de <i>Vénus</i> ne +peuvent se soutenir que par les plaisirs +qu’on y trouve, il a fallu que +les prêtresses de cette divinité portassent +toute leur attention de ce +côté ; il est enfin nécessaire que la +volupté soit leur unique étude… +parures riches & légeres… vêtemens +dégagés & ambrés… sourire +engageant… démarche voluptueuse… +appartemens élégans… +tableaux lascifs… bibliotheque +choisie… &c. &c. rien +de ce qui peut tenter n’est oublié ; +les courtisannes ont mille manieres +d’exciter l’<i>acte</i> toujours désiré. Cependant, +à force d’user de ces moyens +sans cesse répétés sur un même individu, +la nature refuse enfin de se +prêter aux efforts ordinaires ; on est +forcé d’en employer de nouveaux. +L’aspect d’une belle gorge, d’une +jolie jambe, de quelque chose de +plus encore, étant inutile ; une +main gentille, adroite, & légere +n’ayant plus aucun pouvoir sur…</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Ce surplus, ce reste de machine,</div> +<div class="verse">Bout de lacet aux hommes excédant ;</div> +<div class="verse i4"><i>la Fontaine, contes</i>.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent">on a tenté des épreuves extraordinaires ; +&, comme j’ai dit que la +délicatesse a été bannie de ces endroits, +on n’a pas eu de violence +à se faire pour se déterminer à les +proposer & à s’y soumettre.</p> + +<p>C’est dans les tourmens qu’on a +cherché des ressorts pour procurer +les plaisirs de l’amour. On se sert +des flagellations, afin d’opérer ce +que peut seul l’aspect d’une belle +femme sur un homme bien constitué. +Ce moyen n’est point une invention +moderne, & ne prouve pas +(comme le pensent quelques admirateurs +de l’antiquité) que les +mœurs sont plus dépravées que dans +les siecles passés.</p> + +<p>L’amour, qui fut de tout tems +l’excitatif de tous les êtres, eut toujours +ses vertus & ses vices. Si cette +passion<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> n’est pas aussi ancienne +que le monde, elle a au moins, +quelques jours de plus que la découverte +du <i>péché originel</i>. Les brosses +à frictions, les verges, les martinets, +dont se servoient jadis les +prostituées de Babylone, de Tyr, +d’Athenes, & de l’ancienne Rome, +n’étoient peut-être pas aussi élégantes +que le sont maintenant ceux +de nos filles de Paris, de Londres, +de Naples, & de Venise. Mais on +s’en servoit pour le même usage, +& le libertinage étoit alors au même +point.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Il n’est pas possible qu’on ait, de +tout tems, regardé l’amour comme une +passion criminelle en elle-même. Je suis +même sûr que les sauvages ne croient +faire aucun mal en s’y livrant : hélas ! +ces ignorans n’ont encore aucune notion +d’une certaine théologie qui existe.</p> +</div> +<p>Nous lisons, dans des auteurs +très-anciens, les histoires de plusieurs +hommes qui ne pouvoient se +rendre propres au coït qu’après +avoir été battus de verges, & même +jusqu’à effusion de sang. Voici ce +qu’écrivit, il y a plus de deux siecles, +<i>Jean Pic</i>, prince de la Mirandole<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>, +au sujet d’une personne qu’il +connoissoit très-particulierement. +« Il existe, dit-il, un homme d’une +paillardise tellement désordonnée, +qu’il ne peut se livrer à +l’acte vénérien qu’après avoir été +bien flagellé ; ce qu’il y a de singulier, +c’est que le cruel préliminaire +dont il ne pourroit se passer, +ne le rend pas moins avide des +plaisirs de l’amour. Lorsqu’il se +rend chez une fille de joie, il lui +remet un fouet qu’il a tenu pendant +vingt-quatre heures dans le +vinaigre pour l’endurcir par le +moyen de cette infusion. La premiere +faveur qu’il lui demande, +est qu’elle veuille bien ne pas le +ménager. La femme frappe, le +sang coule, & la victime s’enflamme : +ce misérable passe au +même instant de la douleur à la +volupté. Se peut-il, ajoute le +même écrivain, qu’un homme +recherche & trouve les plaisirs +de l’amour dans les flagellations +les plus cruelles ? »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Jean Pic</i> vivoit dans le quatorzieme +siecle ; ce prince renonça à sa principauté +pour se livrer entierement à l’étude. +On prétend qu’il savoit vingt-deux +langues à l’âge de dix-huit ans ; il proposa +à vingt-trois de soutenir des thèses +sur tous les objets des sciences, sans en +excepter une seule. On a de lui plusieurs +ouvrages écrits avec élégance & facilité. +Il mourut à Florence en 1494, âgé de +trente-deux ans.</p> +</div> +<p><i>Thomas Campanella</i><a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a> nous a +laissé dans un de ses écrits, des +observations de ce genre. <i>Cælius +Rhodiginus</i> fait aussi mention d’un +fait semblable : « il est mort, dit-il, +depuis quelques années, un +homme qui avoit une singuliere +passion : son physique étoit tellement +détruit, qu’il ne pouvoit +y rappeller les feux de l’amour, +qu’après avoir été bien fustigé. +Lorsqu’il étoit auprès d’une femme, +on ne savoit s’il désiroit le +fouet ou le coït ; car la premiere +faveur qu’il demandoit, ou plutôt +la seule grace qu’il imploroit, +étoit qu’elle voulût bien +le battre de verges ; & ce n’est +que dans le supplice que ses sens +émus pouvoient se livrer, & connoître +les plaisirs de Vénus. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Les infortunes de <i>Thomas Campanella</i> +prouvent que les gens d’église sont +ordinairement de cruels ennemis : lorsque +ces <i>Basiles</i> en veulent à un homme +de lettres, ils le persécutent, calomnient +sur son compte, l’accusent, le perdent +ou le font assassiner. <i>Campanella</i> étoit +dominicain ; encore jeune, il osa dans +une dispute publique convaincre d’ignorance +un vieux professeur de son ordre ; +ce dernier ne tarda pas de l’en punir ; il +l’accusa d’avoir voulu livrer la ville de +Naples aux ennemis de l’Etat, &, ce +qui n’est pas moins grave, d’être un hérétique. +La calomnie réussit à merveille, +car <i>Campanella</i> fut traîné dans une prison +où il resta vingt-sept ans : on dit qu’il +y essuya, jusqu’à sept fois, la question +pendant quarante heures de suite. Il fut +enfin libre, & vint à Paris, où il fut protégé +par le cardinal de Richelieu.</p> +</div> +<p>On lit de semblables histoires +dans les plus anciens ouvrages de +médecine, de même que dans les livres +de droit. <i>André Tiraqueau</i><a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> en +cite dans son <i>traité des loix du +mariage</i><a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>André Tiraqueau</i> étoit conseiller +au parlement de Paris ; <i>François</i> premier +& <i>Henri</i> deux se servirent de lui dans +plusieurs affaires très-intéressantes. Ses +occupations ne l’empêcherent point de +donner au Public un grand nombre de +savans ouvrages. Il eut près de trente enfans ; +l’on disoit de lui qu’il donnoit +tous les ans à l’état, un enfant & un +livre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Si je m’étends un peu dans mes +citations, c’est pour prouver que je ne +suis pas le premier qui ait osé parler de +l’effet que le fouet produit sur le physique +de l’amour : on voit par là qu’un +écrivain peut traiter cette matiere sans +être ni grossier, ni scandaleux.</p> +</div> +<p>Sans chercher de tels exemples +chez les anciens, nous en trouvons +suffisamment parmi nous. Il +y a quelques années qu’une femme +fut accusée d’adultere par son mari ; +les témoins déposerent ; le fait fut +prouvé<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> ; & la coupable alloit +être condamnée, lorsqu’elle trouva +les moyens de se justifier, en disant +qu’on devoit légalement lui +pardonner ses foiblesses, puisqu’elle +avoit pour époux un malheureux +qui ne pouvoit payer les tributs de +l’hymen, que lorsqu’elle avoit consenti +à lui <i>donner le fouet</i> jusqu’au +sang. Elle ajouta que, si cette manœuvre +odieuse échauffoit son mari, +elle ne servoit de son côté qu’à lui +faire détester les embrassements qui +en étoient la suite, & qu’il n’étoit +pas surprenant qu’elle eût succombé +à la tentation.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> L’adultere fut jadis un crime qu’on +punissoit de la mort la plus cruelle. Les +loix sont toujours fortes dans ce cas : +mais ces procès ne vont pas si vite aujourd’hui ; +le mari accuse sa femme, qui +se défend en badinant sur la chose ; les +Scribes, les Clercs, les Procureurs, les +Greffiers, les Avocats, les Rapporteurs, +les petits Juges, les grands Juges, &c. +tout le monde en rit. La fin de tout cela +est, qu’après l’arrêt la femme est souvent +innocente, tandis que le mari est toujours +cocu.</p> +</div> +<p>Promenons-nous un instant dans +ces maisons où <i>se vend le plaisir</i> ; +c’est là que nous serons convaincus +qu’il y a beaucoup d’hommes qui +ont recours aux flagellations pour +se disposer à livrer bataille à l’amour. +Entrons dans les temples de +Vénus, nous verrons des lambeaux +de verges encore épars à l’entour +de l’autel des sacrifices. Interrogez +la déesse à ce sujet, elle aura +bientôt satisfait votre curiosité ; elle +vous montrera d’abord une petite +poignée de verges qui est toujours +attachée par un ruban des plus à la +mode ; elle passera ensuite au <i>martinet</i> +dont le bout de chaque cordon +est garni d’une pointe d’or ou +d’argent, & dont le manche qui +est de bois de rose<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>, est entouré +d’une garniture élégante & recherchée. +Si vous lui demandez, +comme le feroit un pauvre Provincial, +à quoi servent ces petites +armes ; elle prendra, pour vous répondre, +le ton le plus enfantin, & +vous dira en minaudant avec la +verge, que c’est, si vous le voulez, +pour vous <i>donner du plaisir</i>. Il n’y +a aucune prostituée qui ne propose +au chasseur qui la poursuit, de passer +promptement à cette ressource, +comme étant le préliminaire le plus +infaillible, même pour un petit +colet de soixante & dix ans. +J’ai été Je témoin d’une scene bien +singuliere, & qui ne prouve que +trop que l’amour l’emporte le plus +souvent sur la plus forte raison. +Etant à Paris, je fus appellé dans +un des serrails de la rue S. Honoré, +pour donner des soins<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> à une +courtisanne à laquelle venoit d’échoir +un petit lot en courant les +hazards de l’amour. J’étois dans la +cellule de la malade, lorsque j’entendis, +dans la chambre voisine, la +voix d’une femme qui sembloit être +fort en colere, & qui avoit le ton +le plus menaçant. La personne avec +laquelle j’étois, ne me donna pas +le tems de l’interroger sur ce qui +se passoit près de nous ; me priant +à voix basse de garder le silence, +elle souleva fort doucement un des +coins de la tapisserie, & me plaça +vis-à-vis d’une petite ouverture, +par le moyen de laquelle j’assistai +au spectacle le plus plaisant, & en +même tems le plus ridicule. Voici +comme se passoit cette scene qui, +me dit-on, se jouoit deux fois par +semaine. La principale actrice étoit +une brune assez jolie qui n’étoit +vêtue qu’en partie, c’est-à-dire +qu’elle montroit la gorge, les cuisses +& les fesses. Les autres rôles +étoient remplis par quatre vieillards +à grande perruque, dont le costume, +l’attitude & les grimaces +m’obligeoient à chaque instant à +me mordre les lèvres pour ne pas +partir d’un éclat de rire. Ces libertins +surannés jouoient, comme font +quelquefois les enfans entr’eux, au +jeu du <i>maître d’école</i>. La fille, sa +poignée de verges à la main, leur +administroit tour-à-tour la petite +correction ; le plus châtié étoit +celui qui avoit l’organisation la plus +tardive. Les patients baisoient les +fesses de la maîtresse, pendant que +son beau bras se fatiguoit sur leur +cuir impudique ; & la comédie ne +finissoit que lorsqu’on étoit las de +fatiguer la nature la plus apauvrie. +Après que chacun se fut retiré, je +quittai mon poste sans pouvoir me +convaincre de la réalité des choses +dont je venois d’être le témoin. +Ma malade me plaisanta beaucoup +sur ma surprise, & me raconta +plusieurs faits encore plus ridicules +qui se passoient tous les jours dans +leur couvent. Nous avons, me dit-elle, +la pratique des êtres les plus +importants de Paris ; elle ajouta +qu’elles avoient entre elles l’honneur +de donner le fouët à tout ce +qu’il y avoit de mieux dans le +clergé, la robe & la finance.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Telle est la manie du luxe… +comment, dira-t-on, sont décorés les +<i>fouets</i> dont se servent les filles de la +derniere classe ? Je crois que ces instruments +sont inconnus dans leurs atteliers. +Le charbonnier & le porteur de la hâle +ne vont chez les belles du port-au-bled, +de la rue Jean S. Denis, &c., que lorsqu’ils +meurent de plénitude ; ces rustres +ne sont pas comme nos petits maîtres ; +ils attendent bonnement le besoin, sans +chercher à provoquer l’appétit.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Les <i>filles</i> de Paris sont tolérées +par le gouvernement ; elles ne sont donc +pas indignes de l’attention publique ; il +arrive pourtant que, lorsqu’elles sont +malades, elles ne savent gueres à qui +s’adresser. Les docteurs de la faculté du +fauxbourg S. Jacques ne vont jamais chez +ces malheureuses en qualité de médecins, +parce que ces messieurs à triple & +triple perruque ne prennent pas moins +d’un louis par visite. Les savants de la +société de médecine voudroient bien y +pénétrer en qualité de guérisseurs ; mais +chacun s’en méfie, parce qu’on sait qu’ils +ne vont chez le pauvre que pour essayer +des pilules qui leur sont proposées par +des charlatans curieux d’acheter un <i>brevet</i>. +Quels secours reste-t-il donc à ces +infortunées ? Lorsqu’elles ne trouvent pas +quelques étrangers honnêtes, quelques +médecins qui ne sont à Paris que pour +y manger de l’argent, (un docteur médecin +de Paris ne donne que le titre d’écoliers +aux docteurs d’Edimbourg, de +Vienne, de Turin, &c.) : elles sont +forcées de se livrer à la pratique ignorante +& meurtriere d’un <i>carabin</i>, ou d’aller +finir leurs misérables jours dans les +tortures de <i>Bicêtre</i>.</p> +</div> +<p>Il seroit inutile de rapporter d’autres +faits pour prouver que plusieurs +personnes ont recours aux +flagellations pour se rendre propres +au coït. On n’a, comme je l’ai dit, +qu’à interroger toutes les filles de +joie, pour se convaincre de cette +malheureuse vérité. Il me reste +maintenant à démontrer comment +& pourquoi le fouët produit un +tel effet sur le physique ; cet examen +nous conduira à découvrir des +abus qu’il est important de détruire.</p> + +<p>Lecteurs honnêtes, & délicats ! +vous, dont les oreilles ne se permirent +jamais d’entendre aucun +mot libre, ni aucune phrase licentieuse, +ayez le courage de m’écouter ! +je parle pour vous instruire, +& non pour vous corrompre. Je +dévoile des erreurs qui subsisteront +pendant qu’on aura la foiblesse de les +tenir secrettes. Les mœurs<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a> exigent +qu’un citoyen zélé ne cache +aucun crime à la loi, afin qu’elle +puisse le punir : si le délateur peut +quelquefois paroître scandaleux +dans l’accusation qu’il en détaille, +cette faute légere est bientôt effacée +par la destruction du crime & +du coupable.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> <i>Les mœurs</i>… Voilà, diront les +gens comme il faut, un mot bien vague ; +qu’entend-on par les bonnes mœurs ?… +Il y a bien des hommes du bon ton à +qui l’on pourroit répondre qu’on entend +par bonnes mœurs, les vertus dont ils +n’ont jamais fait grand cas, & qu’ils exigent +toujours dans leurs valets.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c2">CHAPITRE II<br> +<span class="i">Des causes par lesquelles les flagellations +excitent à l’amour.</span></h2> + + +<p>Puisqu’on ne peut révoquer en +doute ce que j’ai avancé dans le +chapitre précédent, il me reste à +chercher la cause de tels désordres. +<i>J. Pic de la Mirandole</i> dit que les +astrologues ne sont pas embarrassés +pour expliquer de pareils phénomenes ; +ils ne les attribuent qu’aux +astres & à leur influence secrette, +« ils assurent que <i>Vénus</i> donne telle +ou telle espece de passion au nouveau +né, suivant la position où se +trouve cette planette au moment +de la naissance ». <i>Junctin</i>, qui a +beaucoup écrit & déraisonné sur +l’astrologie<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> est de ce sentiment +que <i>Jean Pic</i> a combattu avec raison.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> <i>Junctin</i> assuroit qu’il lisoit clairement +l’avenir dans le firmament : cet +extravagant étoit moine, & conséquemment +fort ignare. Il fut accablé sous les +ruines de sa bibliotheque, quoiqu’il eût +vu dans les astres qu’il mourroit d’un autre +genre de mort. Ce n’est pas le seul +astrologue qui se soit trompé sur le même +sujet.</p> +</div> +<p>Le prince <i>de la Mirandole</i> croit +que la triste nécessité où sont quelques +personnes de recevoir le fouët +pour les rendre propres au coït, +leur vient depuis l’enfance, c’est-à-dire +que c’est un effet de l’habitude ; +& voici sur quel fondement +il appuye son opinion ; « connoissant, +dit-il, un malheureux qui ne +pouvoit se livrer aux plaisirs de +l’amour, sans avoir été préalablement +bien fustigé, je cherchai +à en pénétrer la cause. Après différentes +conversations que j’eus +avec lui, il m’apprit qu’il avoit +été élevé dans une pension où +ses petits compagnons ne s’amusoient +qu’à se fouetter alternativement ; +que ce jeu étoit une +jouissance pour eux, & que cette +jouissance s’étoit depuis lors +changée en habitude ».</p> + +<p><i>Cælius Rhodiginus</i>, dont je vais +rapporter les propres paroles, étoit +du même sentiment que <i>Pic</i> ; « ayant +entendu dire qu’une personne +de ma connoissance ne se livroit +à l’acte vénérien qu’après avoir +reçu le fouët, je voulus étudier +la cause de cette passion contre +nature. J’interrogeai cet homme +singulier, qui m’assura qu’il avoit +pris cette habitude dans son enfance, +qu’il connoissoit toute +l’horreur de ses procédés, mais +qu’il ne pouvoit se montrer homme +qu’en recourant à cette vile +ressource ».</p> + +<p>Je suis loin de nier que l’habitude +ne devienne souvent une seconde +nature<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> : <i>Aristote</i> l’a prouvé +trop éloquemment dans ses écrits. +<i>Galien</i> & plusieurs autres grands +médecins n’ont pas douté du pouvoir +& de la force de l’habitude. +<i>Ennius</i> l’a bien peint dans ces deux +vers :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Usus longus mos est, ac meditatio crebra ;</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Hunc tandem affero naturam mortalibus esse.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Cela n’arrive que trop : mais ceux +qui veillent à l’éducation de la jeunesse +s’en occupent-ils sérieusement ? C’est ce +que j’examinerai plus au long dans le IV. +chapitre.</p> +</div> +<p>Quelle que soit la force d’une +habitude contractée depuis l’enfance, +on ne sauroit toujours trouver +en elle la cause qui force certains +individus à se soumettre au fouët +pour se livrer au coït. La cause éloignée +de ces désordres est quelquefois +l’effet d’une éducation vicieuse ; +mais il s’agit maintenant d’en rechercher +la cause prochaine, & +c’est ce qu’on ne peut faire qu’à +l’aide du flambeau de la physiologie +& de l’anatomie.</p> + +<p>Il faut d’abord observer que les +flagellations réchauffent la partie +qu’on soumet à l’opération, & qu’elles +y attirent le sang en quantité. +Quelques médecins faisoient battre +de verges une partie, lorsque le sentiment +venoit de s’y éteindre. Cette +pratique subsiste encore en partie, +car on fouette avec une poignée +d’orties piquantes, la partie où il +est nécessaire de rappeller la chaleur. +Les frictions avec les brosses ou la +flanelle, font à la longue ce que feroient +les flagellations qu’on n’ordonne +plus, vu la délicatesse des +malades<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Il y a certainement quelques cas +où les flagellations seroient utiles ; mais +on y a substitué d’autres moyens non +moins capables de rappeller la chaleur, +ou de <i>dériver</i> les humeurs ; on a les +frictions, les fomentations, les ventouses, +les sinapismes, le moxa & les vessicatoires. +Les flagellations étoient jadis +une opération très-commune ; c’est de +cette pratique que venoit le sot usage où +l’on étoit de fustiger les foux. Comme +on se figuroit que la démence n’étoit +causée que par une trop grande quantité +de sang qui se portoit au cerveau, on ne +croyoit pouvoir guérir cette maladie qu’en +rappellant les humeurs vers les parties +inférieures ; aussi frappoit-on tous les +jours les foux, & les nourrissoit-on au +pain & à l’eau : cette pratique barbare +étoit dictée par une théorie aveugle plutôt +que par la cruauté. C’est peut-être +par la même raison qu’on donnoit, il +n’y a pas longtems, le fouët aux prisonniers, +dans de certaines maisons de correction, +chez les Lazaristes, & aux Repenties ; +(je ne sais si cet usage est entierement +aboli de us jours… Il y a +encore tant de sottes gens.) On croyoit +la tête malade, & on s’imaginoit la guérir +par cette humiliante & barbare manœuvre. +Mais, dira-t-on, qui osoit présider +à des opérations de ce genre ? Des +bouchers !… Non. C’étoit des prêtres ! +(Voyez le chap. IV.)</p> +</div> +<p>Puisque l’effet des flagellations +est de rappeller la chaleur dans une +partie, il ne sera pas difficile de +concevoir par quel mécanisme le +fouët irrite & éleve le membre viril : +examinons la structure de cette +partie & de celles qui l’environnent.</p> + +<p>Ceux qui se font fustiger pour +se rendre propres au coït, exigent +qu’on frappe toujours sur le dos ; +voyons maintenant comment la chaleur, +excitée dans cet endroit, passe +aux parties de la génération.</p> + +<p>On remarquera que les lombes, +qui composent la majeure partie du +dos, sont formés par les vertebres +lombaires, sous lesquelles sont placés +les reins & différens vaisseaux +qui communiquent avec les parties +de la génération. Il est donc constant +qu’en échauffant les lombes, +cette chaleur doit se rendre à la verge +dans l’homme, & au vagin dans +l’autre sexe.</p> + +<p>Quoique cela dût suffire pour +rendre raison de l’effet du fouët sur +le physique de l’amour, quelques +auteurs ont cherché d’autres preuves +pour l’expliquer. <i>Meibomius</i>, +qui pensoit que c’est dans les reins +que se prépare la semence, n’attribuoit +l’effet du fouët qu’à la chaleur +qu’il produit sur les reins. Ceux +qui croyoient avec <i>Platon</i> que la +semence s’écoule de la moëlle de +l’épine, disoient, que les flagellations +faites sur les lombes devoient provoquer +l’écoulement de la semence, +& conséquemment distendre la verge +& l’amplifier.</p> + +<p>Les anciennes écritures, soit sacrées, +soit profanes, plaçoient la +faculté de l’acte vénérien dans les +lombes. On lit dans la Genèse : +<i lang="la" xml:lang="la">reges de lumbis suis egredientur</i>. On +chante dans un pseaume, <i lang="la" xml:lang="la">lumbi mei +impleti sunt illusionibus</i>, ce qui +signifie, j’ai été enclin à la paillardise<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Les bigots, dont la fausse pudeur +s’allarme au moindre mot, me pardonneront +peut-être de me servir de tems à +autre de phrases un peu libres, puisque +je prouve par mes citations que notre +église s’en sert aussi. Pour ce qui est des +gens instruits, je suis sûr de ne pas les +effaroucher par mon stile, n’ont-ils pas +lu le <i>Cantique des Cantiques</i> ? C’est dans +ce petit poëme du grand <i>Sultan Salomon</i> +qu’on trouve des expressions bien délicates : +pour attirer nos débauchés & nos +élégantes dans les églises, il ne faudroit +que le chanter à vêpres, & l’y chanter +en langue vulgaire.</p> +</div> +<p><i lang="la" xml:lang="la">Lumbos præcingere</i>, <i>se serrer les +reins</i>, étoit un proverbe, parmi les +Hébreux, qui signifioit conserver +la pudeur & renoncer à l’impureté. +C’est pourquoi <i>St. Jérôme</i> dit, <i lang="la" xml:lang="la">conforta +lumbos</i>, <i>fortifie tes reins</i>. Quand +<i>St. Matthieu</i> dit de <i>St. Jean</i>, <i lang="la" xml:lang="la">habuit +zonam pelliceam circa lumbos</i>, il +veut sans doute vanter sa chasteté. +L’église, en chantant ce verset, <i lang="la" xml:lang="la">ure +igne flancti spiritus renes nostros, ut +tibi casto corpore serviamus</i>, entend +bien que les reins sont le premier +instrument de la concupiscence.</p> + +<p>L’opinion où l’on fut toujours, +que le bon ou le mauvais état des +lombes contribue à l’acte vénérien, +donna lieu à l’usage de s’entourer +les reins avec une ceinture, pour +marquer qu’on vivoit dans un état +de chasteté. Les vestales juroient, +en plaçant la sainte ceinture, de +ne jamais la desserrer, c’est-à-dire, +de tenir leurs lombes en captivité. +Nos abbés, nos religieux, nos moines, +nos chanoinesses ont conservé +la mode de se ceindre les reins ; +mais on est loin de penser aujourd’hui, +que la ceinture oblige à l’abstinence ; +il faut qu’on en ait une +idée bien contraire, puisque toutes +les dames ont une ceinture pour se +parer.</p> + +<p>Les Romains crurent aussi qu’il +falloit se serrer les lombes pour conserver +sa modestie & sa pudeur. +N’étoit-on pas en usage de donner +une ceinture à des candidats, lorsqu’ils +recevoient un grade ?</p> + +<p><i>Diane</i> fut toujours représentée +avec une ceinture. <i>Vénus</i> détacha +la sienne pour fixer Pâris, & ses deux +rivales perdirent le procès.</p> + +<p>Il est inutile d’appuyer, par des +citations, des faits qui se prouvent +d’eux-mêmes. On observe qu’en se +tenant les reins très-chaudement, +on a de fréquentes érections ; aussi +défend-on à ceux qui sont sujets à +des pollutions nocturnes, de se tenir +couchés sur le dos, parce que +cette position échauffe la moëlle de +l’épine, les lombes, les vaisseaux +& les nerfs qui se rendent aux parties +naturelles. Persuadés de cette +vérité, les médecins faisoient appliquer +des topiques très-froids, sur +les lombes, à ceux qui avoient besoin +de rallentir en eux la fureur +de Vénus. <i>Pline</i> ordonnoit de porter +pendant quelque tems des lames +de plomb sur les reins, pour tempérer +l’ardeur des amans. <i>Galien</i> +conseilla aux athlétes d’y appliquer +des onguens réfrigérans pour se préserver +des pollutions nocturnes ; ce +même docteur remédioit au priapisme +en faisant continuellement tenir +de l’eau froide sur les lombes du +malade. Cette théorie engagea, dans, +la suite, les célibataires cloîtrés à +jetter dans leur lit des branches +d’<i lang="la" xml:lang="la">agnus castus</i>, & de se coucher dessus +pour se préserver des tentations +de la chair.</p> + +<p>La médecine moderne, qui ne +voit de bons remedes que dans ce +qu’on avale en potions ou en pillules, +n’est pas tout-à-fait de l’avis des +anciens ; elle ne fait appliquer aucun +topique sur les lombes pour +rafraîchir ou échauffer <i>Vénus</i>. Je +pense cependant qu’il peut y en +avoir d’utiles dans l’un & l’autre +cas, comme on le verra à la suite +de ce petit ouvrage, dans une dissertation +sur tous les moyens qu’on +peut employer pour appaiser l’amour +ou lui prêter des forces.</p> + +<p>En voilà, je pense, suffisamment +pour expliquer comment les flagellations, +faites sur le dos, produisent +l’érection du membre viril, & +rendent un libertin épuisé capable +de soutenir les combats de l’amour.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c3">CHAPITRE III<br> +<span class="i">De quelques erreurs qu’il seroit +utile de détruire, principalement +dans les couvens.</span></h2> + + +<p>L’amour est un besoin qui nous +est commun, mais qui ne se fait +sentir qu’à un certain âge. C’est en +vain qu’on voudroit éteindre ses +feux, lorsqu’on touche à la puberté, +les plus grands efforts n’aboutissent +alors qu’à leur prêter de la +force, & l’incendie s’accroît de plus +en plus. Ces réflexions nous font +voir que ceux qui font vœu de celibat, +seront souvent parjures, ou +toujours malheureux. Supposons, +cependant qu’il y ait quelques êtres +privilégiés qui vivent exempts de +ce qu’une fausse dévotion appelle +les foiblesses humaines ; il faudroit +au moins, pour le bien de tous les +<i>religieux</i> & <i>religieuses</i>, que l’on eût +soin d’éloigner d’eux tout ce qui +peut les ramener à la nature. Examinons +si l’on tient cette conduite +dans les monasteres.</p> + +<p>Nous avons vû, dans les chapitres +précédens, que les flagellations +peuvent & doivent produire +une irritation sur toutes nos fibres, +& que cette irritation se fait principalement +sentir aux parties de la +génération. Pourquoi donc la discipline +est-elle ordonnée dans tous +les couvens, & dans de certains +jours de pénitence ? Doit-on rappeller +la vie dans une partie qu’on +a voulu destiner à la mort ? On ne +devroit rien permettre dans le cloître +qui puisse blesser la décence, +ou qui puisse, comme disent les +casuistes, réveiller la chair. L’usage, +ou plutôt l’abus de se discipliner, +devroit conséquemment y être +aboli, puisque l’effet en est toujours +pernicieux. Heureusement que ces +cérémonies de flagellations se pratiquent +dans l’obscurité ; car si l’on +se présentoit dans la dévote assemblée +avec une lumiere à la main, +on verroit que la pénitence finit +toujours par la masturbation, ou +par des pollutions involontaires.</p> + +<p>Quelle contradiction dans la conduite +des célibataires de ce genre ! +Ils avalent le matin deux ou trois +verres d’une décoction faite avec +les plantes les plus froides, & le +soir, ils se frappent avec des cordes +ou de petites chaînes pour +rappeller une chaleur qui commençoit +à s’éteindre !</p> + +<p>C’est sur-tout parmi les religieuses +qu’il ne faudroit jamais parler +de fouët ni de disciplines : les femmes +étant plus faciles à émouvoir +que les hommes, elles sont aussi +plus sujettes aux pollutions.</p> + +<p>Il semble que la manie de se +fustiger ou de fustiger les autres, soit +particulierement celle des moines. +S’ils s’en tenoient au moins à se +discipliner entr’eux, ce ne seroit +qu’un petit mal ; mais c’est qu’il y en a +quelques-uns qui ne rougissent pas +d’ordonner le fouët à leurs pénitentes, +& qui se chargent sur-tout +d’aller le leur donner eux-mêmes +au sortir du confessionnal. Combien +y a-t-il de confesseurs qui ont débauché +de jeunes filles de cette +maniere ? Combien de scélérats ont +abusé d’un ministere respectable +pour commettre les horreurs les +plus infâmes ? On a souvent entendu +les tribunaux<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a> retentir des +justes plaintes de quelques infortunées +qui avoient été victimes de +leur crédulité : on a vu, plus d’une +fois, de justes loix faire traîner les +coupables au supplice.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> On trouve dans les <i>causes célebres</i>, +des procès fameux contre les séducteurs +de ce genre. De tels exemples +sont bien faits pour détourner les âmes +honnêtes & timides d’un confessionnal +quelconque ; elles ont à craindre d’être +obligées de payer une absolution beaucoup +trop cher. Si les Italiens sont aussi +jaloux qu’on le dit, je suis étonné qu’ils +ne se chargent pas eux-mêmes d’être les +directeurs de la conscience de leurs femmes.</p> +</div> +<p>Tout le monde connoît les différentes +aventures, qu’on raconte au +sujet de quelques cordeliers qui, +seuls dans la chambre de leurs pénitentes, +les faisoient mettre à genoux, +troussoient leurs juppons, +leur claquoient les fesses, ou les +fustigeoient rudement, suivant la +grandeur des péchés qu’elles avoient +commis ; la correction finissoit par +pousser en avant la gentille pécheresse, +& lui passer par derriere un +<i>bout du cordon de St. François</i>, qui +avoit la vertu de faire pâmer la dévote, +& de lui donner une idée du +paradis de Mahomet.</p> + +<p>Il est bien singulier, que de tout +tems & chez toutes les nations, on +ait souvent mêlé l’impudicité & la +plus vile corruption aux cérémonies +les plus sacrées. Des fêtes <i>netturales</i> +se célébroient dans les temples<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> ; +la dévotion y attiroit toutes +les dames Romaines ; pendant +plusieurs années l’empereur Néron, +ses prêtres, ses courtisans, abuserent +de la crédulité des unes, & +partagerent le libertinage des autres : +comme cette fête se célébroit +pendant la nuit, aucune n’avoit à +rougir ; les soupirs qu’on y entendoit, +le bruit singulier qui devoit +s’y faire, sembloient n’avoir pour +cause que de saintes extases. Les +pélérinages de la Mecque, qui sont +ce qu’il y a de plus saint & de plus +révéré chez les Turcs & les Persans, +ne sont-ils pas le comble de +la dépravation des mœurs ? J’ai vu, +en Espagne & en Italie, des extravagans +courir les rues à la suite +d’une sainte <i>banniere</i>, & se fustiger +sous les fenêtres de leurs maîtresses, +en mémoire de la passion du +<i>Christ</i><a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Néron institua ces fêtes pour se +consoler de la mort de <i>Netturius</i>, l’un +de ses favoris, & qui s’étoit attiré la +bienveillance de ce prince, par son talent +pour les intrigues amoureuses.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Il y a, dans ces pays-là, différentes +assemblées de dévôts, qu’on nomme +<i>pénitens</i> ; l’uniforme de ces confréries +est des plus plaisant. Il y a des pénitens +blancs, des noirs, des bleus, des rouges, +des verds, &c. Ils courent les rues, +dans de certains jours de pénitence, ils +sont presque tous à pied nud, & se <i>disciplinent</i> +pour divertir le peuple & sur-tout +leurs maîtresses.</p> +</div> +<p>Pour expliquer la cause de ces +erreurs, il ne faut que connoître +les hommes ; lorsqu’on est parvenu +à se faire une juste idée de la valeur +de ceux qui en ont imposé & qui +en imposent encore, on n’est plus +étonné de voir subsister les abus +les plus ridicules. <i>La crainte a fait +les dieux</i>, dit un grand philosophe, +mais il faut ajouter à cette sentence, +que c’est l’imposture qui soutient +leur trône. Les différens cultes, +qu’on rend à ces divinités incompréhensibles, +étant l’ouvrage de +quelques mortels ou foibles ou trompeurs, +il n’est pas surprenant que +ces cultes se soient souvent ressentis +de la sottise de l’inventeur, & qu’on +y ait associé des folies même dangereuses.</p> + +<p>Mais je m’écarte de mon plan ; +comme toutes ces discussions m’entraîneroient +trop loin, je reviens à +mon sujet… Il seroit nécessaire +de supprimer l’usage des flagellations +dans tous les couvens, puisqu’elles +peuvent contribuer à ranimer +le physique de l’amour ; on +ôteroit par là le ressort le plus excitatif. +Je voudrois même défendre +à tous les moines & sous des peines +très-rigoureuses, de se regarder +le corps à nud ; car il faut peu de +chose pour échauffer un jeune célibataire. +Une religieuse de dix-huit +à vingt ans, qui s’amuse le soir à +chercher ses puces, finit rarement +sa petite chasse sans faire un sacrifice +à l’amour ; elle voudroit ne pas +succomber, mais la liqueur fermente, +& le moindre attouchement suffit +pour la faire répandre.</p> + +<p>Il est bien humiliant que nous +trouvions encore parmi nous des +restes aussi ridicules du fanatisme +de nos ancêtres. Devroit-on se rappeller +du nom de <i>moines</i> dans un +siecle aussi éclairé que le nôtre ? +Ces illustres & riches fainéans font-ils +quelque chose d’utile ? Contribuent-ils +à nous rendre l’Eternel +plus cher ? Ministres inutiles, on +leur entend bien réciter par fois des +couplets qu’ils ne conçoivent peut-être +pas ; mais ces prieres vagues +& stériles peuvent-elles effacer aux +yeux du vrai Dieu toutes les sottises +qu’ils commettent au sortir +du chœur ?</p> + +<p>La réforme monacale seroit utile +& nécessaire, les enfans de <i>St. Bruno</i> +ne s’en trouveroient peut-être +pas bien, mais les capucins seroient, +en général, très-contens. Quelques +religieuses accourroient se jetter +dans les bras d’un amant que des +parens injustes leur enleverent ; +elles deviendroient épouses fideles, +meres tendres ; & leur amour enfin +exaucé donneroit des sujets à +l’Etat.</p> + +<p>Ces tems de réforme sont encore +bien éloignés, je le sais. En attendant +cette heureuse époque, invitons +les religieux des deux sexes à +ne plus se fustiger pour nos péchés : +qu’ils bannissent de leur regle un +usage qui ne peut que contrarier +leur projet de célibat, & les avilir +aux yeux même de l’amour<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> <i>Les avilir aux yeux de l’amour</i>… +Oui, & cela parce qu’à force de se fustiger, +la nature s’échauffe, les nerfs sont +irrités, & cela finit par la masturbation. +Je demande s’il y a quelque chose de +plus avilissant pour l’amour ?</p> +</div> +<p>Il faut que ceux qui croient servir +Dieu & lui plaire en se fustigeant, +se soient fait une idée bien +étrange de la Divinité. Ils ne voient +sans doute dans le Pere de la nature, +qu’un être terrible & vengeur, +toujours armé de la foudre pour +punir indistinctement l’innocent & le +coupable : ils se figurent qu’on ne +peut l’appaiser que par des cilices, +des jeûnes, & autres mortifications +non moins ridicules. Ces erreurs +sont aussi extravagantes que dangereuses +à la société ; elles ôtent à +l’homme le désir de se rendre utile +à ses semblables, & font qu’il préfere +son caprice bigot à la douceur +de faire de bonnes œuvres. Un philosophe +a dit avec raison, qu’un +sauvage errant dans les bois, contemplant +le ciel & la nature, sentant +pour ainsi dire le seul maître +qu’il reconnoît, est plus près de la +véritable religion, qu’un chartreux +enfoncé dans sa loge & vivant avec +les fantômes d’une imagination +échauffée.</p> + +<p>On doit un culte à l’Eternel ; il +faut une religion. Mais le culte que +demande l’Etre suprême doit s’allier +aux devoirs de tout citoyen. Le +vrai Dieu ne crie pas aux mortels +du haut de son trône : « Jeûnez, +fustigez-vous, n’écoutez pas les +sens que je vous donnai pour +votre bonheur, & renoncez à la +nature. »</p> + +<p>L’auteur de l’<i>an deux mille quatre +cent quarante</i><a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> peint bien éloquemment +le ridicule de précipiter +par dévotion la jeunesse dans nos +cloîtres que nous regardons comme +sacrés<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>. Puissent les paroles de +ce philosophe arrêter de jeunes victimes +prêtes à se plonger dans ces +tombeaux vivans ! « Quelle cruelle +superstition enchaîne dans une +prison sacrée tant de jeunes beautés +qui recelent tous les feux +permis à leur sexe, que redouble +encore une cloture éternelle, & +jusqu’aux combats qu’elles se livrent. +Pour bien sentir tous les +maux d’un cœur qui se dévore +lui-même, il faudroit être à sa +place ; timide, confiante, abusée, +étourdie par un enthousiasme +pompeux ; cette jeune fille a cru +longtems que la religion & son +Dieu absorberoient toutes ses +pensées : au milieu des transports +de son zele, la nature éveille +dans son cœur ce pouvoir invincible +qu’elle ne connoît pas & qui +la soumet à son joug impérieux. +Ces traits ignés portent le ravage +dans ses sens, elle brûle dans +le calme de la retraite ; elle combat, +mais sa constance est vaincue, +elle rougit & désire. Elle +regarde autour d’elle, & se voit +seule sous des barreaux insurmontables, +tandis que tout son +être se porte avec violence vers +un objet fantastique que son imagination +allumée pare de nouveaux +attraits. Dès ce moment +plus de repos. Elle étoit née pour +une heureuse fécondité ; un lien +éternel la captive & la condamne +à être malheureuse & stérile. +Elle découvre alors que la loi l’a +trompée, que le joug qui détruit +la liberté n’est pas le joug d’un +Dieu, que cette religion, qui l’a +engagée sans retour, est l’ennemie +de la nature & de la raison. +Mais que servent ses regrets & +ses plaintes ! Ses pleurs, ses sanglots +se perdent dans la nuit du +silence. Le poison brûlant, qui +fermente dans ses veines, détruit +sa beauté, corrompt son sang, +précipite ses pas vers le tombeau. +Heureuse d’y descendre, elle ouvre +elle-même le cercueil où elle +doit goûter le sommeil de ses +couleurs. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Cet ouvrage contient de grandes +vérités, aussi l’a-t-on défendu. Celui qui +l’a écrit ne sera jamais académicien, n’aura +jamais de pensions, & cela parce qu’il +a eu le courage de dévoiler la honte de +ceux qui distribuent l’argent & les honneurs. +Ecrivains,… écrivains… +faites de plates sottises, soumettez-vous +à la censure sans murmure, flattez les +grands, sans instruire les petits, alors +vous serez prônés, payés, & <i>bien ou mal</i> +peints dans le sallon des <i>illustres</i> !</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Que les grandes choses s’operent +lentement ! Pourquoi n’imite-t-on pas +dans tous les Etats la sage administration +de l’immortel <i>Joseph second</i>, qui, dès +qu’il eut dans les mains le sceptre de +l’empire, en frappa les puissances monacales, +& renversa l’autel le plus pernicieux +qu’eût jamais élevé la superstition ? +Il a su, par cette juste reforme, rendre +des meres à la société & des hommes à +l’Etat. Il a ôté à tous ses sujets l’aspect +de l’oisiveté & de la débauche que présentent +le plus souvent ces hommes cloîtrés, +qui n’ont de patrimoine que celui +qu’ils déroberent à nos peres, & qui chaque +jour s’engraissent encore du travail +& de la crédulité du peuple.</p> +</div> +<p>En divisant les sexes, en élevant +des barrieres éternelles entre l’homme +& la femme, les fondateurs des +couvens, ne songerent pas aux coupables +abus qui devoient en résulter. +Comme on ne peut jamais +étouffer l’effervescence des sens, il +a fallu que les victimes qu’on avoit +enterrées dans le cloître, cherchassent +des moyens pour appaiser ou +tromper l’amour. Poussés par un +instinct très-innocent, ces robustes +captifs s’occuperent à trouver le +plaisir dans leur sexe même. L’on +connut la masturbation, & des crimes +plus atroces encore.</p> + +<p>Ce vice qu’on reprocha tant aux +<i>Jésuites</i>, & qui faisoit, peut-être, +réellement leur honte, vient sans +doute du barbare abus de cloîtrer +de jeunes gens. Les filles renfermées +ne chercherent pas moins à se +procurer, entre elles, une idée des +plaisirs de l’amour.</p> + +<p>Les horreurs de cette espece ne +resteront point renfermées dans les +endroits où elles avoient pris naissance : +les mondains s’occuperent +de ces viles & criminelles ressources. +Les loix furent forcées de sévir +contre ces attentats de <i>lèse-amour</i>, +& malgré leur juste rigueur, il +existe encore des crimes de ce genre. +On voit plus d’un vieux financier +cajoler son valet ou son garçon +perruquier ; il y a plus d’une duchesse +qui ne soupire que pour sa +femme de chambre<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>. O monstres ! +que faites-vous ? voulez-vous +passer pour sages & tempérés ? Craignez-vous +d’être victimes de l’autre +sexe ? En suivant les loix de la +vraie tendresse, vous ne pourriez +commettre que des foiblesses ; au +lieu que vous êtes des vicieux qui +méritez l’indignation publique & +qu’on doit livrer à l’opprobre !</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Il arrive souvent qu’on dit, dans +de très bonnes sociétés, en parlant d’un +seigneur, ou d’une dame, <i>un tel est +pour homme, la Comtesse est pour femme</i>. +Quelle horreur ! on badine sur cela, +& l’on fréquente de pareilles gens !… +Ce manque de délicatesse est bien digne +de ces plats & brillans étourdis qui, par +gentillesse, s’honorent entre eux du beau +nom de <i>roués</i>.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c4">CHAPITRE IV.<br> +<span class="i">De la necessité de changer les peines +qu’on inflige à l’enfance & +à la jeunesse.</span></h2> + + +<p>Nous avons vu dans les chapitres +précédens, que les flagellations faites +sur le dos produisent des effets +non équivoques sur le physique de +l’amour. La découverte de cette +vérité nous a conduits à faire observer +que les célibataires <i>cloîtrés</i> devroient +bannir de leur regle le fouët +& la discipline ; elle nous conduira +à déduire, du même principe, des +conséquences qui ne seront pas +moins justes.</p> + +<p>Pourquoi le fouët est-il toujours +le châtiment qu’on inflige aux enfans ?… +Cette peine peut-elle +influer en mal sur leur éducation +physique & morale ?… Voilà les +points que je me propose d’éclaircir +dans cette partie de mon ouvrage. +Cet examen est plus intéressant qu’on +ne pense.</p> + +<p>L’éducation physique & morale +des enfans intéresse sans doute le +gouvernement : cependant voit-on +qu’il s’en occupe ! On en laisse tout +le soin à des parens qui, en général, +s’en déchargent sur des nourrices, +des valets, des pédans, des +sots, des crapuleux, &c. &c.</p> + +<p>Quand on ne devroit prêcher le +bien aux enfans que par le bon +exemple ; on ne le fait que par de +grossieres paroles, des menaces, & +la correction. Qu’est-ce que cette +correction ? C’est le fouët. Les meres +ne connoissent que ce remede +à un verre ou une bouteille cassés ; +les précepteurs n’en employent +point d’autre pour donner du goût +pour le latin, cette langue qui, +grâces au ciel, sera bientôt oubliée, +& qui fait depuis tant de tems le +désespoir des écoles.</p> + +<p>Que résulte-t-il de l’emploi du +fouet ? On y habitue de petits +mauvais sujets qui s’en font même +un jeu entre eux dans leurs momens +de recréation ; ainsi qu’on l’a +vu dans les citations de <i>Jean Pic +de la Mirandole, & de Calius Rhodiginus</i>. +(Chap. II de cet ouvrage.)</p> + +<p>Il ne manqueroit certainement +pas d’autres manieres de punir des +enfans oisifs ou vicieux : car J. J. +a écrit cinq ou six volumes sur l’éducation, +sans fouëtter son éleve +une seule fois : aussi son ouvrage +n’a-t-il pas remporté le prix, & les +éducations se font toujours aussi +mal que jadis.</p> + +<p>Je suppose qu’il fut nécessaire, +dans certains cas, d’infliger aux +enfans des peines corporelles ; devroit-on +frapper le coupable sur le +dos ? On nous apprend pendant les +cinq ou six premieres années que +nous vivons à cacher notre derriere +& les parties <i>honteuses</i> ; au bout +de ce tems vient un régent qui nous +force à déboutonner nos culottes, +à les abattre, à trousser la chemise, +à tout montrer, pour recevoir les +étrivieres en pleine classe. Ces parties +ne seroient-elles plus <i>honteuses</i>, +quand c’est un cuistre qui les regarde +& qui les touche ?</p> + +<p>S’il arrivoit au moins que ce châtiment +fût distribué avec justice ; +mais le célibataire qui punit, n’est-il +pas souvent de la compagnie de la +<i>manchette</i> ? Et ne choisit-il pas pour +l’opération le derriere qui le flattera +le plus ? J’ai observé pendant +tout mon cours de collége, que les +écoliers maigres & laids n’étoient +jamais fustigés. Au plaisir qu’ont +quelques pédans à entendre le bruit +que font les coups de fouet qu’on +applique sur le dos du patient, on +doit juger qu’il y a, dans cette cérémonie, +si souvent répétée, plus +que la satisfaction de corriger. Etres +barbares & corrompus !… De +qui tenez-vous le droit de mutiler +l’enfance & de faire servir l’innocence +à vos plaisirs, ou plutôt +à vos saletés !… Je le répete, +ces abus, quoique fort anciens, méritent +l’attention du gouvernement ; +ils exigent une réforme ; car les +maîtres d’école, les précepteurs, +les régens, sont en général si méprisables, +qu’il n’y a jamais un écolier +qui ne méprise les siens, lorsqu’il +est homme.</p> + +<p>La mauvaise habitude que l’on +a de frapper sur le derriere des +enfans, leur donne celle de porter +souvent les mains à cette partie ; +elle leur apprend, comme je viens +de le dire, à se fustiger entre eux ; +de là différens attouchemens qui +les éclairent peu-à-peu, & qui font +que la débauche devance, en eux, +le mouvement des sens.</p> + +<p>Plusieurs enfans élevés ensemble, +& de la maniere accoutumée, deviennent +toujours polissons<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>. Ils +se touchent les uns & les autres, +ils en viennent petit à petit à la +masturbation, & ne finissent que +trop souvent par le péché des Jésuites. +C’est dans ces assemblées de +jeunes écoliers que s’apprennent +toutes ces sottises qu’on ne peut +ensuite cacher dans la société : on +y apporte des plaisirs infâmes, des +goûts dépravés & peu délicats.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Ce qui prouve qu’il y a peu de +bons parens, c’est qu’on voit subsister +une quantité de ces auberges, qu’on appelle +<i>pensionnats</i>, où l’on entasse les enfans +dans de grandes salles, toujours malsaines, +& dans lesquelles il est défendu +à ces jeunes êtres de s’égayer, de jouer, +& de suivre le penchant de leur âge. Les +maîtres de ces petites maisons de force +se font bien payer pour mal coucher, +mal nourrir les enfans, & pour les rendre +stupides, ou vicieux.</p> +</div> +<p>Je suis surpris que les ecclésiastiques +osent se charger d’élever les +enfans, puisqu’il est reçu parmi +nous qu’on ne peut en venir à bout +sans donner le fouët. J’aurois cru +que la décence de leur état ne leur +permettoit pas de regarder ni de +toucher des fesses. Mais, je l’ai déja +fait remarquer dans le troisieme +chap. les moines & les abbés ont la +fureur de fouetter ; les cris, les +pleurs d’un innocent ne les attendrissent +point ; la jouissance de voir +un beau <i>postérieur</i> l’emporte sur la +pitié. On a toujours vu que c’étoit +des moines qui dirigeoient les maisons +de correction, qui les avoient +même fondées ; ces bourreaux débauchés +voulurent contempler & +claquer des derrieres ; ils surent même +si bien s’arranger, que des peres +imbécilles eurent la bonhomie +de leur fournir de bonnes pensions +pour cela.</p> + +<p>Je pense que ces réflexions sont +plus que suffisantes pour engager le +gouvernement<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a> à forcer les pédans +de changer les peines usitées +pour l’enfance. Si cet objet lui paroît +de peu de conséquence, j’espere +que les parens y feront attention, +& qu’ils tâcheront de détourner des +regards d’un enfant tout ce qui peut +le conduire au mal.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> On peut dire que l’administration +publique néglige un peu trop dans tous +les pays l’éducation des enfans ; cependant +il y en a où je voudrois être né de +préférence. Ce n’est pas à coup sûr dans +les endroits où les régens sont célibataires, +& cela pour cause. Il viendra, sans +doute un tems, où l’on connoîtra mieux +le prix d’une bonne éducation ; alors on +ne choisira plus pour instituteur un malheureux +vaurien qui ne sait que cracher +deux ou trois mots de latin ; des honnêtes +gens s’honoreront du nom de précepteurs ; +& la vertu seule aura le droit +d’occuper les places de régens que le +gouvernement & le public estimeront & +payeront généreusement.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c5">CONCLUSION.</h2> + + +<p>L’expérience nous apprend que +quelques personnes ont recours aux +flagellations pour se disposer aux +combats amoureux. La physiologie +& l’anatomie démontrent comment +ces flagellations operent sur les parties +de la génération, quoiqu’elles +ayent été faites sur le dos. Les infortunés +qui se livrent à ces désordres +sont sans doute à plaindre<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>, +puisque ce n’est que par de cruelles +douleurs qu’ils esperent connoître +les plaisirs de l’amour ; puisqu’enfin +l’arc du petit Cupidon ne peut être +tendu qu’à l’aide de ce préliminaire +affligeant & peu délicat.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> Il est encore un être bien plus à +plaindre, c’est une jeune beauté que la +force, ou des conventions d’intérêts font +passer dans les bras d’un époux qui ne +pourra remplir les fonctions du mariage +sans la petite poignée de verges ; la nouvelle +mariée passera de cruelles nuits, +avant qu’on ose lui proposer de recourir +à cette honteuse ressource ; ensuite il +faudra qu’elle fasse de grands efforts pour +s’y résoudre ; & je doute que son bonheur +soit jamais parfait. Puisqu’on ne +consulte pas la force des tempéramens +avant que de les unir, faut-il être surpris +qu’il y ait tant de femmes infidelles, & +tant de maris ridiculisés ?</p> +</div> +<p>Quelques auteurs prétendent que +l’habitude de se faire fouëtter, se +contracte depuis l’enfance ; cela +peut être vrai par rapport à quelques +individus ; mais je pense qu’on +ne peut en général la faire naître +d’une cause si éloignée. Les amateurs +du sexe ont quelquefois des +goûts bien dépravés, ils cherchent +des jouissances extraordinaires : je +crois que cela ne se voit que chez +ceux qui sont d’une foible constitution, +ou qui se sont épuisés dans +leur jeunesse. Il y a beaucoup de +gens qui ne peuvent donner du ressort +au membre viril, qu’en jouissant +du spectacle de deux êtres vigoureux, +qui luttent & se pâment sur +le lit de Vénus. Toutes ces ressources +annoncent un grand épuisement +dans le physique de celui qui les +exige.</p> + +<p>De tous les moyens capables +d’exciter à l’amour, le fouët est celui +qu’on doit le moins rechercher ; +outre qu’il est le plus nuisible, il +ne peut gueres se pratiquer que +chez des femmes prostituées<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>. Il +y a pourtant des hommes qui ont +besoin d’excitatifs ; il est du devoir +de la médecine de les éclairer sur +ceux qui ne peuvent pas déranger +leur santé ni les avilir. C’est ce +qui m’engage à joindre à ce petit +ouvrage une dissertation sur la nature +& l’effet des <i>aphrodisiaques</i><a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>. +Qu’on ne s’y trompe pas, mon but +n’est point de favoriser le libertinage. +Je ne vais dévoiler les secrets +de mon art que pour l’utilité de +quelques maris glacés, & de tant +d’épouses qui gémissent sur le lit +nuptial.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Les catins sont presque toujours +plus fieres que les honnêtes femmes, & +ne se croyent pas du tout méprisables. +Cela paroît un peu choquant. Cependant +je pense qu’elles ont raison. Placées comme +des barrieres entre l’hymen & le célibat, +les filles de joie servent de victimes +pour sauver la vertu des autres femmes ; +elles consolent le premier venu des rigueurs +d’une personne délicate ; elles se +prêtent docilement aux désirs de l’amateur +le plus dépravé ; le même lit sert au +militaire le plus étourdi, & au capucin +le plus sérieux. Elles n’ont point tort de +se montrer en public avec cette ostentation +qui leur est si commune, car c’est +une gloire pour elles de vouloir bien se +soumettre à exercer un état qui est si +avilissant en lui-même.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> C’est le nom qu’on donne à de certains +remedes qui ont la propriété d’exciter +aux plaisirs de l’amour.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c6">DISSERTATION<br> +<span class="xsmall">SUR</span><br> +<span class="i">Les remedes capables d’exciter aux +plaisirs de l’amour.</span></h2> + + +<p>Les plaisirs que procure l’union +des deux sexes, sont les plus vifs +que l’on puisse goûter ; ce n’est qu’en +amour que le riche & le pauvre +trouvent la volupté ; & le simple +berger n’est pas moins heureux sur +le sein de Colette qu’un souverain +dans les bras de son amante.</p> + +<p>Mais l’amour est comme le dieu +<i>Mars</i>, il lui faut des sujets vigoureux ; +les grâces, l’esprit, les talens +peuvent lui plaire, cependant la vigueur +seule à le droit de le fixer. +Comme on ne peut pas douter de +ces vérités, il est intéressant pour +le bien de la population & la satisfaction +de chaque individu, que la +médecine s’applique à trouver les +moyens les plus propres à nous faire +longtems jouir des charmes que +procure l’amour. C’est pour remplir +les devoirs d’un médecin zélé que +je mets la main à la plume ; c’est +pour servir l’Etat & l’amour ; mais, +je le répete, mon but n’est point de +favoriser la débauche.</p> + +<p>Je ne sais pourquoi MM. mes +confreres ont été si scrupuleux sur +cet article ; ils se sont tous accordés +à garder le silence à ce sujet, +ou du moins ce qu’ils en ont dit, est +enseveli dans de pesans volumes de +matiere médicale. L’acte vénérien +étant un besoin de nature comme +ceux de manger, de boire, d’uriner, +d’aller à la selle, &c. il est +surprenant que la théorie & la pratique +médicinale ne s’occupent que +de ces derniers. L’espoir d’être utile +fait que je renonce à l’usage, ou +plutôt aux préjugés reçus dans nos +<i>facultés</i> : j’entre en matiere.</p> + +<p>Les causes de la froideur conjugale, +c’est-à-dire celles qui empêchent +un individu de se livrer au +coït, sont, un tempérament trop +foible, reçu de la nature, un épuisement +qui est la suite de quelques +excès, & la vieillesse. Ces trois différentes +maladies exigeant des traitemens +qui doivent différer entre +eux, il est important de ne pas se +tromper dans l’administration des +aphrodisiaques qu’on employe dans +l’un ou l’autre cas. Afin de me rendre +intelligible à tous les lecteurs, +je vais diviser ces maladies & la +maniere d’y remédier, en trois paragraphes.</p> + + +<p class="ugap">§. I. Chaque individu reçoit de +la nature, de ses parens, de l’éducation, +une organisation & un tempérament +bien différens. Quelques +êtres sont privilégiés, ils naissent, +& se forment pour la gloire de l’amour : +tel fut cet empereur qui +écrivoit à un de ses amis, qu’ayant +fait cent prisonnieres, la premiere +nuit dix d’entr’elles goûterent dans +ses bras ce que l’amour offre de +plus charmant, & qu’en quinze +jours, toutes avoient senti les mêmes +douceurs : tel fut encore ce +tambour de royal Wallon qui parcouroit +à pas lents un cercle de cent +hommes, avec un seau plein d’eau +portant sur son… <i>&c</i>. Les hommes +de cette espece sont fort rares ; +on en trouve plus de ceux qui sont +trop foibles que de ceux qui sont +extraordinairement vigoureux.</p> + +<p>Lorsqu’on a atteint l’âge de puberté, +& qu’on s’apperçoit qu’on le +parcourt sans avoir les forces nécessaires +pour profiter d’un bon à +propos ; c’est un signe certain qu’on +ne jouit pas d’une bonne santé. Il +faut observer si cette fonction est la +seule qui se fasse avec peine, c’est-à-dire, +si cette maladie est, comme +disent les médecins, essentielle ou +symptômatique : dans ce dernier +cas on peut être assuré que le froid +de l’amour se dissipera aussi tôt que +le vice principal sera détruit. Mais +si l’on ne s’apperçoit d’aucune autre +incommodité, on usera d’un +régime & de médicamens capables +de faire convenablement opérer la +sécrétion de la semence, & propres +à donner aux fibres le ton & l’élasticité +dont elles ont besoin.</p> + +<p>Un jeune homme, quoique naturellement +foible, viendra à bout +de se donner un bon tempérament, +en ne faisant aucun excès de quelque +espece qu’il puisse être, en faisant +usage de bons alimens, en se +livrant à un exercice modéré, en +fuyant les boissons spiritueuses, les +veilles & sur-tout la masturbation : +voilà ce qui concerne le régime. +Passons aux remedes. Il boira, le +matin à jeun & le soir deux heures +après le souper, un verre d’une +décoction de <i>sauge</i>, édulcorée avec +un peu de sirop d’<i>œillet</i>. Avant le +dîner, il prendra gros comme une +noix de l’électuaire suivant ; ce qu’il +continuera jusqu’à ce qu’il ait acquis +un certain degré de vigueur.</p> + + +<p class="h3">Electuaire.</p> + +<ul><li>Prenez, conserve de romarin, +deux onces,</li> +<li>Racine d’éryngium confite, six +gros,</li> +<li>Amandes douces, une once & +demi,</li> +<li>Macis, un scrupule.</li> +<li>Confection alkermès, quantité +suffisante pour donner à +l’électuaire la consistance +requise<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</li></ul> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> Comme cet électuaire pourroit ne +pas être du goût de tous les malades, +on pourra y substituer d’autres aphrodisiaques : +on trouvera, dans le troisieme +paragraphe, une liste de toutes les substances +qui sont de cette nature.</p> +</div> + +<p class="ugap">§. II. Quand la foiblesse des parties +de la génération est une suite +du libertinage & l’effet d’un épuisement +général, il faut d’abord que +le malade s’éloigne des plaisirs de +la ville & de ses sociétés dangereuses, +pour aller respirer l’air de la +campagne. Il se mettra à l’usage du +laitage, si son estomac peut le supporter ; +ses alimens seront les œufs +frais, des viandes légeres, du bon +bouillon, &c. Il prendra chaque +jour le soir & le matin, une petite +cuillerée de l’essence suivante.</p> + + +<p class="h3">Essence animale.</p> + +<p>Prenez une pinte de bonne eau +de vie, versez-en la quatrieme partie +dans un grand vase de fayance, +faites-y dégoûter le sang de sept +jeunes coqs, & ayez soin de battre +l’eau-de-vie à mesure que le sang +y dégoûte, versez-y ensuite le reste +de l’eau-de-vie, en remuant toujours. +Ajoutez à ce mélange deux +dragmes de canelle concassée, & +demi-livre de sucre candi en poudre ; +mettez le tout dans une bouteille +de grès bouchée avec liége, +mastic fondu, & de la vessie de +cochon. Enterrez la bouteille dans +le fumier de cheval pendant quarante +jours, ayant soin d’ôter celui +qui est dessus & froid, tous les trois +jours, pour en mettre du chaud.</p> + +<p>Cette essence est un puissant remede +pour la génération ; elle est +utile dans toutes sortes d’occasions +où la nature manque, & sur-tout +dans les épuisemens par débauches.</p> + + +<p class="ugap">§. III. L’amour seme notre carriere +de fleurs, mais la nature ne +nous donne qu’un tems pour les +cueillir. L’homme trouve toujours +une belle femme de son goût, il +ne peut cependant pas le lui prouver +à tout âge. Voyez <i>Mondor</i>, regardez +son hôtel, ses valets, sa +cuisine, son office, sa table, tout +annonce l’aisance ; il n’est pourtant +pas heureux : son or lui donne bien +de belles esclaves, mais en amour, +posséder n’est pas toujours jouir.</p> + +<p>Quoique l’âge de la vieillesse soit +froid & presque impuissant, il est +prouvé que l’on peut encore le rendre +agréable par les secours de +l’art. Tout Paris a vu un doyen +des maréchaux de France, courtiser +les femmes pendant soixante +ans & plus, & se marier dans l’âge +que l’on regarde communément +comme celui de décrépitude. Ce seigneur +a de grandes obligations à la +médecine, qui ne lui est pas moins +redevable de son côté, puisqu’il +sert à prouver que les ordonnances +hypocratiques ne sont pas toujours +des rêveries.</p> + +<p>Un homme d’un certain âge, qui +veut connoître les plaisirs de l’amour, +doit faire usage de bons alimens, +manger peu & souvent. Il +faut qu’il prenne tous les mois un +bain de lait. Il se fera faire tous +les soirs, en se couchant, des embrocations +sur les lombes avec de +l’huile de <i>castor</i>, ou de l’esprit de +vin dans lequel on aura fait infuser +du saffran. Il se baignera chaque +jour les parties génitales dans une +décottion de <i>surriette</i>, faite dans du +vin rouge. Avec toutes ces précautions, +le remede qui perfectionnera +la cure, est le suivant.</p> + + +<p class="h3">Liniment de virilité.</p> + +<p>Prenez du miel clarifié & de l’huile +de noix muscade par expression, +une demi once de chaque sorte ; +de la pirethre, du poivre noir, & +des cubébes, une demi-once de +chacun ; du musc, un demi scrupule ; +de la civette, un scrupule ; +du baume du Pérou, un gros ; faites-en +un liniment suivant les regles +de l’art.</p> + +<p>Ce liniment est destiné pour oindre +la verge & le périnée, ce qu’on +ne fera que de trois jours en trois +jours au plus, car il excite singulierement +aux plaisirs de l’amour<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Il ne seroit pas moins utile aux +jeunes gens qui sont impuissans, qu’aux +vieillards. C’est l’aphrodisiaque le plus +prompt, & le plus assuré.</p> +</div> +<p>Comme il ne suffit pas que la +chaleur animale soit momentanée, +les vieillards feront un usage constant +de l’électuaire suivant ; ils en prendront, +une heure avant le dîner, +gros comme une noix muscade.</p> + + +<p class="h3">Electuaire aphrodisiaque.</p> + +<ul><li>℞. Conserve de racine d’éringium, +de satyrion… <i>aa</i> deux onces ;</li> +<li>de gingembre confit, six gros ;</li> +<li>d’amandes douces, une once ;</li> +<li>de confection alkermès, un gros ;</li> +<li>de poudre de semence de roquette +& de moutarde, trois gros +de chaque ;</li> +<li>especes diatrion piperon, deux +gros ;</li> +<li>syrop de racine d’énula, une +quantité suffisante.</li> +<li>Mêlez le tout pour former un +électuaire.</li></ul> +<p>On sera peut-être surpris que je +n’aye fait aucune mention de l’usage +des cantharides ; mais les vrais +médecins ne les ont jamais regardées +comme de vrais aphrodisiaques. +Elles n’agissent qu’en irritant +les voies urinaires, & l’irritation +qu’elles y produisent, est souvent +mortelle. Je conseille donc de n’y +avoir jamais recours, il ne manque +pas de moyens plus sûrs & +moins dangereux, ainsi qu’on le +verra dans la liste suivante.</p> + +<p>Je le répete, mon intention n’est +pas de favoriser la débauche ; il faut +toujours réfléchir qu’on ne doit pas +sacrifier sa santé à des plaisirs d’un +moment. L’amour est la plus belle +des passions ; mais elle est aussi celle +qu’il importe le plus de diriger. +<i lang="la" xml:lang="la">Qui diligit sapientiam ; diligit vitam.</i></p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c7">CATALOGUE<br> +<span class="xsmall">DES SUBSTANCES</span><br> +<span class="i">aphrodisiaques.</span></h2> + + +<p>La <i>camphrée</i> ; cette plante ne se +cultive que dans les jardins botaniques. +Elle fortifie les nerfs, & répare +la perte des esprits. On ne s’en +sert pas dans la pharmacie.</p> + +<p>Le <i>cheiri</i>, ou la giroflée jaune ; +il vient sur les murailles, il fleurit +en Mai & Juin. Quelques apothicaires +en préparent une huile.</p> + +<p>La <i>marjolaine</i> ; cette plante est +très-connue.</p> + +<p>La <i>roquette</i> ; on la cultive dans +les jardins ; il y en a aussi une sauvage +qui n’est pas moins bonne.</p> + +<p>Les <i>feuilles d’inde</i> ; c’est une feuille +oblongue, pointue, compacte & +luisante, distinguée par trois nervures +qui vont de la queue à la +pointe, son odeur approche un peu +de celle du clou de girofle. C’est la +feuille d’un grand arbre commun +dans les jardins des Indes orientales. +Elles entrent dans la composition +de la thériaque de Venise.</p> + +<p>Le <i>marum vulgaire</i> ; c’est une +plante ou un arbrisseau chargé de +branches rondes, larges, avec deux +feuilles à chaque articulation un peu +plus grandes que celles du thym, +mais semblables du reste. Elle est +d’une odeur agréable, & a à-peu-près +les propriétés de la marjolaine.</p> + +<p>Le <i>marum</i> de Syrie ; c’est une +plante plus basse & plus tendre que +la précédente. Elle vient dans l’île +de Candie & dans la Syrie. Son +odeur est fort piquante & fort agréable. +On tire de cette plante un excellent +sel volatil.</p> + +<p>L’<i>origan</i> vulgaire ; c’est la marjolaine +sauvage. Cet origan n’est pas +si fort que le suivant.</p> + +<p>L’<i>origan</i> de Crète ; cette plante +naît dans l’île de Candie, & dans +d’autres parties de la Grece ; elle a +des feuilles plus longues & plus +blanches que la marjolaine. C’est +une plante aromatique fort chaude, +mais elle n’est pas d’une odeur bien +agréable.</p> + +<p>Le <i>ros solis</i> ; il y en a deux especes ; +une à feuilles rondes, & l’autre +à feuilles oblongues. La premiere +espece est la plus en usage. C’est +une petite plante basse, qui a une +racine fibreuse ; il sort de petites +feuilles un peu creuses autour des +tiges longues d’un doigt ; les feuilles +sont couvertes & frangées d’un +velouté rouge qui donne une teinte +rouge à toute la feuille. Elle vient +dans les terreins humides dans une +mousse d’un rouge pâle, & fleurit +dans le mois de Mai. C’est un grand +restaurant, & un échauffant. On +dit que l’application extérieure de +cette plante facilite l’accouchement.</p> + +<p>La <i>sauge</i> ; il y en a de plusieurs +especes, mais la grande sauge des +jardins est la meilleure. Cette plante +a été en si grande estime, que +les anciens poëtes en ont dit : <i lang="la" xml:lang="la">cur +moriatur homo cui salvia crescit in +horto ?</i></p> + +<p>Le <i>jonc odorant</i> ; il est commun +dans l’Inde, & dans quelque partie +de l’Arabie. C’est un aromatique +fort agréable. Il entre dans la thériaque +& autres compositions.</p> + +<p>Le <i>serpolet</i> ; cette plante est très-commune.</p> + +<p>Le <i>thim</i> ; celle-ci n’est pas moins +commune, ainsi on n’en fera aucune +description.</p> + +<p>La <i>fauve-vie</i> ; elle vient dans les +rochers ; c’est une plante petite & +basse ; ses feuilles sont en petit nombre, +ressemblantes à celles de la +rue. Elle n’a que deux ou trois pouces +de hauteur. On la fait entrer +dans les compositions pectorales.</p> + +<p>Le <i>romarin</i> ; les fleurs de cette +plante sont le principal aromatique +qui vienne dans nos pays. C’est +avec ces fleurs qu’on fait l’eau de +la reine d’Hongrie.</p> + +<p>Les <i>fleurs d’orange</i> ; ces fleurs sont +fort connues.</p> + +<p>Les <i>clous de girofle</i> ; c’est le fruit +cueilli avant sa maturité, d’un grand +arbre qui a les feuilles semblables +au laurier, qui croît dans les Indes +orientales.</p> + +<p>Les <i>œillets de jardin</i> ; c’est un bon +aromatique. On en fait un syrop, +& une conserve qu’on trouve chez +tous les apothicaires.</p> + +<p>Le <i>jasmin</i> ; ses fleurs sont de la +même nature que celles d’oranges.</p> + +<p>La <i>lavande</i> ; ses fleurs ont les propriétés +de celles du romarin.</p> + +<p>Le <i>muguet</i> ; les fleurs sont d’une +odeur fort agréable, mais elles la +perdent en les faisant sécher.</p> + +<p>Le <i>stæchas d’Arabie</i> ; c’est un grand +cordial & qui fortifie les nerfs. Les +apothicaires en font un syrop.</p> + +<p>Le <i>tilleul</i> ; ses fleurs sont bonnes +pour fortifier les nerfs.</p> + +<p>La <i>moutarde</i> ; sa graine est tres-échauffante.</p> + +<p>L’<i>anacarde</i>, ou la <i>féve de Malaga</i> ; +c’est une graine qui vient au sommet +d’un fruit de figure conique, +des Indes orientales. Il a la couleur +& la figure du cœur d’un petit +oiseau. Il est couvert d’une pellicule +forte, qui renferme une substance +spongieuse ; au bas est enfermé +dans une autre pellicule le +noyau qui a le goût d’une amande. +Ce fruit est fort chaud, & excite +singulierement au plaisir de l’amour.</p> + +<p>L’<i>acajou</i>, ou l’<i>anacarde occidental</i> ; +il est commun à la Jamaïque ; il +ressemble à un rein de lievre pour +la grosseur & pour la figure. Ce +fruit a les mêmes vertus que le précédent.</p> + +<p>La <i>graine d’écarlate</i>, ou <i>alkermès</i> ; +c’est une baie d’une espece de chêne. +Il fait le principal ingrédient +d’une confection qu’on trouve dans +les pharmacies sous le nom de confection +<i>alkermès</i> ; ce médicament +est propre pour fortifier le cœur ; +l’estomac, le cerveau, & pour exciter +la semence. La dose est depuis +un scrupule jusqu’à un gros.</p> + +<p>La <i>vanille</i> ; elle vient de la nouvelle +Espagne. On la mêle au chocolat +pour l’aromatiser & le rendre +plus échauffant.</p> + +<p>Les <i>cubebes</i> ; ce sont de petits +grains ressemblans au poivre. Ils +sont fort aromatiques & fort chauds. +On en trouve chez les droguistes +& les apothicaires.</p> + +<p>La <i>noix muscade</i> ; c’est le fruit +d’un arbre qui vient principalement +dans l’île de Banda aux Indes orientales. +Sa dose en substance est depuis +un scrupule jusqu’à un gros. +C’est un aromate délicat, & un +grand confortatif.</p> + +<p>Le <i>poivre</i> ; il a beaucoup des propriétés +des cubebes, mais il est encore +plus chaud.</p> + +<p>Le <i>cacao</i> ; il est très-connu comme +un bon aliment ; c’est le principal +ingrédient du chocolat. C’est +une amande de la grosseur d’une +olive, qu’on cultive principalement +dans les îles de Cuba & de la Jamaïque.</p> + +<p>Les <i>pistaches</i> ; ce sont des fruits +oblongs de la grosseur d’une aveline, +anguleux, plus élevés d’un +côté, aplatis de l’autre ; sous une +écorce mince est contenu un noyau +d’un blanc verdâtre, d’un goût huileux, +un peu doux. Elles sont chaudes +& restaurantes.</p> + +<p>L’<i>écorce de Winter</i> ; c’est une +écorce aromatique, chaude, qui +prend son nom de celui qui la fit +le premier connoître en Europe. +Elle passe pour une espece de canelle. +Elle a une odeur qui ne differe +pas beaucoup de celle de l’écorce +du citron ; elle est subtile & pénétrante. +La dose est un demi gros +en substance.</p> + +<p>La <i>canelle</i> ; cette écorce est très-connue.</p> + +<p>Le <i>roseau aromatique</i>, ou <i lang="la" xml:lang="la">acorus +verus</i> ; c’est une racine aromatique +qui a un peu d’amertume, qui a +une odeur qui approche du porreau +& de l’ail.</p> + +<p>Le <i>galanga</i> ; c’est une petite racine +pleine de nœuds ; on croit que +c’est une espece d’iris. Son goût +âcre, aromatique & un peu amer, +pique & brûle le gosier comme le +poivre.</p> + +<p>Le <i>ginseng</i> ; c’est une racine apportée +du Japon ; la feuille du ginseng +est d’un pouce ou deux de +long, de la grosseur du petit doigt, +un peu raboteuse, brillante & comme +transparente, ayant le plus souvent +deux branches, quelquefois +plus, garnies de fibres menues vers +le bas ; sa couleur est roussâtre en +dehors, & jaunâtre en dedans ; son +goût est légerement âcre, un peu +amer & aromatique ; son odeur n’est +pas désagréable. C’est un puissant +aphrodisiaque.</p> + +<p>Le <i>salep</i> ; c’est une racine oblongue +& quelquefois transparente, d’une +couleur blanche-jaunâtre, de +peu d’odeur & d’un goût visqueux. +On la met en poudre, & on en +fait une décoction qui restaure & +fortifie.</p> + +<p>Le <i>satyrion</i> ; il y en a de deux +sortes, le satyrion mâle, & le satyrion +femelle. Le mâle, qui est celui +qu’on tient dans les boutiques, à +deux racines de figure ovale, aussi +grosses qu’une petite olive, d’une +couleur blanchâtre & pleines d’un +suc visqueux. On ne se sert que +de ses racines. Le satyrion femelle, +est une plante un peu plus petite +que l’autre ; elle a à-peu-près les +mêmes vertus, mais il faut la prendre +en plus grande quantité. C’est +un grand cordial & un grand restaurant. +Elle à un grand pouvoir +pour exciter aux plaisirs de Vénus. +C’est certainement pour cela qu’on +regarde comme un grand corroboratif +l’électuaire <i>diasatyrion</i>, qui +prend son nom de cette racine. Cet +électuaire réchauffe & produit des +sensations agréables dans tout le +genre nerveux. Quelques médecins +ne croient pas aux vertus de cette +plante, mais qu’on essaie d’en faire +usage, & l’on verra que l’opinion +de ces docteurs & l’expérience ne +sont pas d’accord à ce sujet. <i>Dioscorides</i>, +<i>Pline</i>, & autres ont parlé +du satyrion comme d’un puissant +aphrodisiaque ; ces autorités valent +bien celles de quelques modernes, +qui déprisent les anciens, & qui +cependant n’ont d’autre mérite que +celui de débiter des aphorismes à +côté du lit des malades, leur ordonner +vingt sortes de remedes dans +un jour, & les expédier pour les +antipodes.</p> + +<p>Le <i>gingembre</i> ; c’est une racine +des Indes, qu’on transporte ordinairement +séchée, & quelquefois en +conserve. C’est une racine tubéreuse, +noueuse, branchue, un peu +applatie. Sa substance est un peu +fibreuse, pâle ou jaunâtre ; son odeur +est très-agréable, son goût est âcre, +brûlant, aromatique ; sa chaleur ne +se fait pas sentir si promptement +que celle du poivre, mais elle dure +plus longtems.</p> + +<p>La racine du <i>chardon raland</i> ; +c’est l’<i lang="la" xml:lang="la">eringium</i> des boutiques. C’est +un grand restaurant.</p> + +<p>Le <i>panais</i> ; on s’en sert dans les +alimens, & il est bien connu de +tout le monde. On reconnoîtra qu’il +excite aux plaisirs de l’amour, si l’on +en fait un grand usage.</p> + +<p>Le <i>baume du Pérou</i> ; c’est le produit +d’un arbre des Indes occidentales. +Le meilleur est d’une couleur +rouge, noirâtre, & d’une odeur +suave. La dose est de douze où +quinze gouttes.</p> + +<p>Le <i>musc</i> ; le bon est d’une couleur +de fer, noirâtre, onctueux, +d’un goût agréable, amer, & d’une +bonne odeur. On le trouve dans +le corps d’un animal des Indes qui +ressemble au bouc.</p> + +<p>Le <i>castoreum</i> ; il est d’un goût +âcre, amer, dégoûtant, & d’une +odeur forte. On le tire du castor, +qui est un animal amphibie. On +nous l’apporte de la baie de Hudson, +de la nouvelle Angleterre & +de Russie. On le prend en substance +jusqu’à un demi-gros. Il est +d’un usage fort étendu en médecine.</p> + +<p>L’<i>ambre gris</i> ; c’est une sorte de +bitume qui se forme dans les rochers, +& qui est lavé par les eaux +de la mer, & jetté sur le rivage +par les vagues. C’est une substance +grasse, solide, légere, de couleur +de cendres, semée de petites taches +blanches.</p> + +<p>Le <i>succin</i> ; il est dur, aride, fragile, +transparent, tantôt jaune ou +citrin, tantôt blanchâtre, tantôt +roux ; d’un goût de bitume un peu +âcre & un peu astringent. Il a une +odeur agréable de bitume, lorsqu’on +l’échauffe. S’il est échauffé par le +frottement, il attire la paille.</p> + +<p>Outre les substances que je viens +de nommer, il y en a beaucoup +d’autres qui sont échauffantes de +leur nature, & dont on se sert comme +aliment : mais elles sont fort +connues & je les passe sous silence. +Pour ne rien laisser à désirer sur +cette matiere, je vais donner la +recette de différentes compositions +qui sont très-utiles à tous ceux qui +sont d’une constitution froide.</p> + + +<p class="h3"><span class="rm">TEINTURE</span><br> +Aphrodisiaque.</p> + +<p>Prenez du <i>ros solis</i>, quatre poignées ; +de la canelle, de la noix +muscade, du macis, des clous de +girofle, du gingembre, une once +de chacun ; du musc, quatre grains ; +de l’esprit de vin, huit livres. Mettez +le tout ensemble en digestion +pendant vingt jours ; après quoi +coulez la teinture, dissolvez-y une +livre de sucre, & mettez-la dans +un vaisseau fermé pour l’usage. La +dose est d’une petite cuillerée à +café.</p> + + +<p class="h3">Conserve Aphrodisiaque.</p> + +<p>Prenez des racines de satyrion ; +faites-les cuire dans de l’eau jusqu’à +ce qu’elles soient en bouillie, & +passez-les. Prenez une livre de cette +pulpe, & une livre de sucre cuit +dans la décoction de la racine jusqu’à +la consistance du miel. Mêlez-les, +& faites une conserve suivant +les regles de l’art. La dose est d’un +gros.</p> + + +<p class="h3">Poudre aphrodisiaque.</p> + +<p>Prenez de la canelle, de la racine +d’angélique, des clous de girofle, +du macis, de la noix muscade, des +feuilles d’inde & du galanga, trois +gros de chacun ; du nard des Indes, +des grands & des petits cardamomes, +un gros de chaque ; du +gingembre, un gros & demi ; du +bois d’aloës, du santal jaune, du +poivre long, deux gros de chaque ; +réduisez-les en poudre. La dose est +d’un demi gros, dans du bouillon +ou du bon vin.</p> + + +<p class="h3">Electuaire aphrodisiaque.</p> + +<p>Prenez du chocolat en poudre & +des amandes douces blanchies, une +once de chaque ; du sucre fin & de +la conserve de roses rouges, une +once & demie de chaque. Battez le +tout dans un mortier avec une suffisante +quantité de suc de kermès ; +ajoutez-y deux scrupules de baume +de la Mecque, une once de syrop +de baume, & faites-en un électuaire. +On peut en user trois ou quatre +fois par jour de la grosseur d’une +noix muscade.</p> + +<p>Il seroit inutile de multiplier davantage +les recettes de cette espece ; +en voilà, je pense, assez pour satisfaire +différens goûts. Je n’ai pas +voulu m’en tenir à une seule composition, +parce qu’il y a de certaines +substances qui déplaisent ou +qui répugnent à de certaines personnes.</p> + +<p>Après avoir traité des moyens +capables d’exciter aux plaisirs de +Vénus, je dois encore, pour satisfaire +tous les lecteurs, parler des +secours propres à rallentir la passion +de l’amour. Il y a plus d’un célibataire +qui ne peut éteindre les +feux qui le dévorent, sans s’exposer +à être la victime de quelques +prostituées ; cela étant, n’est-il pas +nécessaire de les instruire de la nature +des remedes qui leur sont propres +pour tempérer en eux l’ardeur +de la déesse de Paphos ? Ce n’est +pas, il est vrai, bien nécessaire qu’il +y ait des célibataires ; cet état afflige +& répugne à la nature ; mais +ne pouvant changer nos mœurs, +nos préjugés, nos sottises, cherchons +au moins à adoucir le sort +de nos semblables.</p> + +<p>Les remedes froids & tempérans +sont non-seulement utiles aux célibataires, +mais encore à de certains +mariés. Lorsque, par exemple, +l’homme est si vigoureux, que ses +caresses alterent la santé de sa femme, +il doit avoir recours aux médicamens +rafraîchissans plutôt qu’aux +<i>catins</i> : si la femme est de même la +plus emportée sur l’article, il faut +qu’elle tempere ses humeurs plutôt +que de prêter l’oreille aux fleurettes +de ses voisins.</p> + +<p>Pour ralentir la passion amoureuse, +on doit se mettre à un régime +rafraîchissant, se priver des +liqueurs spiritueuses, des alimens +trop nourrissans & aromatisés, prendre +des bains de riviere si la saison +le permet. Avant que de se mettre au +lit, on prendra de deux jours en +deux jours, une émulsion faite de +la maniere suivante.</p> + + +<p class="h3">Emulsion tempérante.</p> + +<p>Prenez de semence de melon, +de courge, un gros & demi de chaque. +Vous les pilez dans un mortier, +& en triturant vous versez +par-dessus un demi-septier d’eau +commune. Passez & clarifiez le tout. +Ajoutez à la colature une once de +syrop de nénuphar. On prendra +toute cette dose à la fois, deux heures +après le souper.</p> + +<p>Le sel de nitre posséde au suprême +degré toutes les vertus qu’on +attribue à quelques plantes dont on +fait un grand usage dans les couvents. +Celui qui prendroit pendant +quatre ou cinq jours deux gros de +sel de nitre par jour, ne seroit certainement +pas importuné par des +érections ni des pollutions.</p> + +<p>La laitue, la scariole, le pourpié, +le melon, sont des substances +très-rafraîchissantes, & dont l’usage +continu éteint à coup sûr le flambeau +de l’amour. Aussi remarque-t-on +que les femmes voluptueuses +préparent rarement les alimens de +cette espece, & ne les servent presque +jamais sur la table de leurs +époux : elles trouvent mieux leur +compte en leur présentant l’artichaud, +le céleri, &c.</p> + +<p>Ceux qu’un trop fort tempérament +importune, useront de l’aposême +suivant, dont je conseille cependant +de ne pas faire un long +usage, car il rendroit absolument +impuissant. Une forte dose de ce +remede noueroit certainement l’aiguillette +au nouveau marié le plus +intrépide.</p> + + +<p class="h3">Aposême tempérant.</p> + +<p>Prenez de la graine de chanvre +broyée, trois onces ; de la laitue, +du pourpié, du plantin, une poignée +& demi de chacune ; des quatre +semences froides deux onces ; +faites bouillir le tout dans six livres +d’eau, jusqu’à ce qu’elles soient réduites +à quatre ; coulez la décoction ; +adoucissez-la avec du sucre +fin ; ajoutez-y encore trois gros de +sel de nitre.</p> + +<p>Tous les acides conviennent aux +personnes qui ne veulent pas connoître +les plaisirs de l’amour, ainsi +les célibataires, qui sont jaloux de +conserver leur chasteté, ajouteront +à leur boisson (qui sera toujours +de l’eau) du syrop de limon, ou +de celui de vinaigre jusqu’à agréable +acidité.</p> + +<p>Il m’en coûte, sans doute, de me +voir forcé de fournir des armes contre +l’amour ; mais, comme je l’ai +dit, il est de certains préjugés qu’il +faut respecter ; & ces pauvres êtres, +qui ont fait vœu de n’être plus hommes, +seroient bien à plaindre si +l’art médical ne pénétroit dans leur +solitude pour les mettre à même de +triompher des piéges de satan, & +de résister aux tentations de la +chair.</p> + + +<p class="c gap i">FIN.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">TABLE DES MATIERES.</h2> + + +<div class="flex"> +<table> +<tr><td class="drap i">Discours préliminaire.</td> +<td class="bot r w3"><div><a href="#c0">Pag. 5</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE PREMIER.</div></td></tr> +<tr><td class="drap i">Du fouet & de ses effets sur le +physique de l’amour.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c1">15</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE II.</div></td></tr> +<tr><td class="drap i">Des causes par lesquelles les flagellations +excitent à l’amour.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c2">47</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE III.</div></td></tr> +<tr><td class="drap i">De quelques erreurs qu’il seroit +utile de détruire, principalement +dans les couvens.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c3">65</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE IV.</div></td></tr> +<tr><td class="drap i">De la nécessité de changer les peines +qu’on inflige à l’enfance & +à la jeunesse.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c4">90</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap i">Conclusion.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c5">101</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap i">Dissertation sur les remedes capables +d’exciter aux plaisirs de +Vénus.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c6">107</a></div></td></tr> +</table> +</div> + + +<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77249 ***</div> +</body> +</html> diff --git a/77249-h/images/cover.jpg b/77249-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..034789f --- /dev/null +++ b/77249-h/images/cover.jpg |
