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Mes censeurs ne se serviront pas de ce terme pour + désigner mon livre; les prudes diront, quelle horreur! les dévots + crieront à l’impiété... la populace de règ.. de pr. de mo. fera + grand bacanal... enfin, que sais-je, chacun déraisonnera de son + côté; il n’y aura que quelques gens raisonnables qui diront que j’ai + raison, encore n’oseront-ils pas le dire tout haut. + +Quoique persuadé de l’utilité de mes réflexions, j’ai cependant cru +devoir garder l’anonime. Je n’ignore pas qu’il y a des erreurs qu’il est +très-dangereux de combattre, & qu’il ne seroit pas toujours prudent +d’attaquer tous ceux qui s’y livrent. Si mon ouvrage est condamné, je +m’en consolerai d’autant plus facilement que je n’ai eu, en l’écrivant, +que l’intention d’être utile: mais si je voyois une cabale injuste & +puissante, ne pas se contenter d’en faire griller les exemplaires, & +poursuivre quelque innocent écrivain; j’atteste que je ne balancerois +pas de me nommer. Je le répete, ce n’est pas à dessein qu’on persécute +quelqu’un à ma place que je tais mon nom. + +La matiere que je traite n’est pas entierement neuve; _J. Henri +Meibomius_[2] nous a laissé un traité intitulé _de flagrorum usu in re +veneria_: mais ce traité est peu connu, & l’auteur n’y est pas entré +dans tous les détails qui ont rapport à cet objet; il a seulement voulu +rendre raison de l’effet que le fouet peut produire sur le physique de +l’amour. J’ai consulté cet écrivain sans le suivre, & j’ai joint de +nouvelles réflexions à celles de ce savant médecin. + + [2] Il y a eu trois auteurs qui ont porté le nom de _Meibomius_. + L’auteur de la dissertation que je viens de citer, fut professeur en + médecine à _Helmstadt_, ensuite premier médecin de _Lubek_; il a + publié plusieurs autres ouvrages, & vivoit dans le commencement du + siecle dernier. + +Pour mettre de l’ordre dans la variété des objets que je vais présenter, +il est indispensable de diviser mon ouvrage en différens chapitres; mais +je préviens le lecteur qu’il ne devra me juger qu’après avoir parcouru +tout le livre; en ne lisant qu’un chapitre isolé, l’auteur ne seroit à +ses yeux qu’un écrivain scandaleux. Que l’on parcoure le tout, on verra +si j’ai eu tort d’avancer que je n’ai d’autre but que celui d’être +utile. + +Je parlerai dans le premier chapitre, de l’effet des flagellations sur +le physique de l’amour. + +On expliquera, dans le second, pourquoi & comment le fouet produit cet +effet. + +Le troisieme démontrera de singulieres erreurs. + +On trouvera dans le quatrieme chapitre, des raisons bien puissantes pour +changer les peines qu’on inflige à l’enfance & à la jeunesse. + +La conclusion sera enfin, le résumé de tout ce qu’on aura dit, pour en +faire ensuite une juste application; & j’y prouverai comment des abus +qui ne paroissent rien en eux-mêmes, influent sur la santé & les +bonnes-mœurs. + +Mais, dira-t-on, comment un médecin a-t-il pu s’occuper d’un ouvrage de +cette nature?... Eh! qui voudroit-on qui s’élevât contre des erreurs +préjudiciables à la santé! De qui le Public est-il en droit d’attendre +des notions sur ce qui peut lui nuire, si ce n’est d’un médecin? + +On me reprochera sans doute, d’avoir écrit mes réflexions en langue +vulgaire... Y auroit-il, par hazard, des mots qui deviennent obscènes +dès qu’on les prononce en françois? Si cela étoit, il faudroit renoncer +à ce langage, qui sera bientôt celui du monde entier, & même le +défendre, puisqu’il ne peut dire le nom de certaines choses sans +allarmer la pudeur. Pauvres esprits que nous sommes! où plaçons-nous la +délicatesse? & pourquoi faut-il qu’un médecin soit forcé de faire tant +de questions, pour demander à une prude si elle est bien ou mal +_réglée_? Quelques ecclésiastiques ne sont pas si scrupuleux, lorsqu’ils +ont une jeune fille à leur confessionnal, ils parlent de tout... ils +interrogent sur tout... on répond à tout... c’est presque le seul +endroit où la langue ne soit jamais obscene. + +Je pense que chaque chose doit porter son nom, que l’on peut & que l’on +doit le proférer sans faire rougir personne. J’ai vu dans une de nos +grandes villes, des imbécilles qui avoient sait une société de +savantes[3]; elles commencerent entre elles un cours d’anatomie; lorsque +le démonstrateur en vint aux parties de la génération, elles planterent +là la leçon, & s’enfuirent en se couvrant le visage; ces dames +trouverent très-indécent qu’il fût question de ces _bêtises_ dans des +démonstrations anatomiques. Je dispense les êtres de cette nature de +porter leurs chastes regards sur mon ouvrage. + + [3] Il en est, par fois, des sciences comme des habits, elles sont + aussi sujettes à _la mode_. Tantôt nos élégantes Parisiennes sont + chimistes, tantôt botanistes; l’invention des globes les avoit même + rendues physiciennes, astrologues, mathématiciennes; elles sont + toujours tout, hormis ce qu’elles devroient être. + + + + +CHAPITRE PREMIER. + +Du fouet & de ses effets sur le physique de l’amour. + + +L’amour étant nécessaire pour la propagation de l’espece, il falloit que +cette passion fût profondément enracinée dans le cœur de l’homme, que la +nature nous en fît un besoin, & qu’elle y attachât la plus grande +jouissance. Les plaisirs que procure l’amour sont les plus vif que l’on +puisse goûter, aussi leur donne-t-on le nom de volupté; il est +impossible de les avoir connus sans les rechercher de nouveau, & l’on en +jouit aujourd’hui sans préjudice pour les désirs du lendemain. +Cependant, quelque nécessaire que soit le sentiment de l’amour, il ne +peut & ne doit faire notre bonheur qu’en s’y livrant avec modération; +car tout ce qu’on donne au corps au-delà de ses besoins l’affoiblit, & +l’on trouve toutes sortes de maux dans le sein même de la volupté. + +On est plus ou moins emporté par la violence de cette passion, suivant +sa bonne ou mauvaise constitution; ceux qui sont d’un tempérament +sanguin ont les passions plus vives que les pituiteux. Le docteur +_Venette_ parle de la femme d’un Catalan, qui un jour fut obligée de +s’aller jetter aux pieds du roi, pour implorer son secours sur +l’excessive vigueur de son mari, qui, à ce qu’elle dit, _lui ôteroit +bientôt la vie, si l’on n’y mettoit ordre_. Le roi fit venir ce mari +pour savoir la vérité; il avoua avec franchise, que chaque nuit étoit +marquée par dix triomphes; sur quoi le roi lui défendit par arrêt, _sur +peine de la vie_, de s’abandonner plus de six fois à la violence de ses +transports, de peur que par l’excès de ses embrassemens, il n’accablât +son épouse. Cet arrêt est fort singulier, mais il faut avouer qu’il est +bien rare que les souverains soient dans le cas d’en porter de +semblables. + +Quel que soit le tempérament qu’on ait reçu de la nature, on ne sauroit +être _homme_ longtems, si l’on céde de bonne heure à l’empire de ses +passions; c’est par cette raison que nos débauchés de Paris sont vieux à +trente ans & décrépits à quarante. Lorsqu’on a abusé de son existence, +si les désirs s’étoient anéantis comme les forces, ce ne seroit alors +qu’un demi-mal; mais les êtres exténués ne sont que plus avides de ces +plaisirs qu’une femme peut leur permettre, sans qu’il soit pourtant en +son pouvoir de les leur faire goûter; l’impuissance irrite alors les +désirs, & l’on ne se lasse pas d’importuner la nature. + +L’acte vénérien, quoiqu’en lui-même salutaire[4], devient le principe de +mille maux, par l’abus que quelques femmes en font; ensorte que la +source des plaisirs & de la vie se change souvent en une source de +douleurs. Loin d’attendre que le physique parle, on se hâte de +l’exciter; & quels sont les moyens dont le libertinage ne se sert pas +dans ce cas! On a d’abord cherché dans les aliments ceux qui seroient +les plus échauffants de leur nature; on a ouvert les pharmacopées pour +faire usage des cordiaux, des irritants & des aphrodisiaques; quelques +médecins ont eu même assez peu de délicatesse, pour donner des conseils +dans de semblables occasions[5]. + + [4] Il n’y a que l’abus des plaisirs de l’amour qui puisse nuire; car + le célibat comporte souvent avec lui des inconvéniens qui ne le + cédent en rien à ceux qui résultent d’avoir trop sacrifié à Vénus. + + [5] Un médecin ne doit pas toujours garder le silence sur cette + matiere; lorsqu’il arrive, par exemple, que la froideur conjugale + cause des désordres dans le ménage, je pense qu’il peut employer + quelques secours pour y maintenir l’union & la paix. + +Les femmes n’ont rien oublié de leur côté pour s’attirer des hommages; +elles ont embelli tout ce qui peut décemment se montrer, & se sont +vêtues de telle maniere, que ce qui se voit suffit pour donner une idée +des charmes cachés. Cela suffiroit sans doute; mais l’art de la volupté +devoit pousser ses recherches plus loin. + +Vénus eut bientôt des prêtresses qui se dévouerent entierement à +l’amour; la délicatesse fut bannie des temples que vint élever le +plaisir; & tout le culte s’y réduisoit à chercher des ressources pour +faire renaître le moment de la jouissance. Nos _couvents de +courtisannes_ sont les restes de ces monumens antiques, mais ils n’en +sont pas moins courus, ni moins élégants. Ce n’est que là que le vieux +financier peut, à force d’or, se rappeller, par intervalle, de son +antique existence: l’époux, que glace la décence & la monotonie de sa +femme, vient y chercher des plaisirs qu’il n’ose exiger que là: le +célibataire, qui a des raisons pour qu’on le croie tel, se glisse en +secret dans les temples de ce genre, il y trouve les moyens de se +débarrasser de son superflu[6], & de se parer en Public de tous les +dehors de la chasteté & de l’abstinence. + + [6] Les plaisirs de l’amour sont un besoin pour les deux sexes. Cela + étant, comment ose-t-on faire vœu de célibat, ou plutôt, comment + permet-on à quelqu’un de le faire? L’exemple journalier ne + prouve-t-il pas que ces malheureux manqueront de parole? quand ils + sont pris sur le fait, ils croient s’excuser en disant qu’ils sont + _hommes & faits de chair & d’os comme nous_; cela ne prouve rien, + sinon qu’ils ont tort de ne violer le vœu qu’en secret. Que ces + célibataires élevent une voix commune contre un état qui n’est pas + dans la nature! Qu’ils rompent d’accord entre eux & la raison, ce + lien qui les rend à charge à la société! alors il leur sera permis + de connoître tous les charmes attachés à l’existence de l’homme; & + les ménages de leurs voisins seront en même tems plus tranquilles. + +Les filles de joie sont-elles un mal nécessaire? doit-on le tolérer, ou +l’empêcher? Ce n’est pas ici le lieu d’agiter cette question, qu’il me +soit seulement permis de dire qu’il y a beaucoup d’hommes qui en ont +besoin. + +Comme les temples de _Vénus_ ne peuvent se soutenir que par les plaisirs +qu’on y trouve, il a fallu que les prêtresses de cette divinité +portassent toute leur attention de ce côté; il est enfin nécessaire que +la volupté soit leur unique étude... parures riches & légeres... +vêtemens dégagés & ambrés... sourire engageant... démarche +voluptueuse... appartemens élégans... tableaux lascifs... bibliotheque +choisie... &c. &c. rien de ce qui peut tenter n’est oublié; les +courtisannes ont mille manieres d’exciter l’_acte_ toujours désiré. +Cependant, à force d’user de ces moyens sans cesse répétés sur un même +individu, la nature refuse enfin de se prêter aux efforts ordinaires; on +est forcé d’en employer de nouveaux. L’aspect d’une belle gorge, d’une +jolie jambe, de quelque chose de plus encore, étant inutile; une main +gentille, adroite, & légere n’ayant plus aucun pouvoir sur... + + Ce surplus, ce reste de machine, + Bout de lacet aux hommes excédant; + _la Fontaine, contes_. + +on a tenté des épreuves extraordinaires; &, comme j’ai dit que la +délicatesse a été bannie de ces endroits, on n’a pas eu de violence à se +faire pour se déterminer à les proposer & à s’y soumettre. + +C’est dans les tourmens qu’on a cherché des ressorts pour procurer les +plaisirs de l’amour. On se sert des flagellations, afin d’opérer ce que +peut seul l’aspect d’une belle femme sur un homme bien constitué. Ce +moyen n’est point une invention moderne, & ne prouve pas (comme le +pensent quelques admirateurs de l’antiquité) que les mœurs sont plus +dépravées que dans les siecles passés. + +L’amour, qui fut de tout tems l’excitatif de tous les êtres, eut +toujours ses vertus & ses vices. Si cette passion[7] n’est pas aussi +ancienne que le monde, elle a au moins, quelques jours de plus que la +découverte du _péché originel_. Les brosses à frictions, les verges, les +martinets, dont se servoient jadis les prostituées de Babylone, de Tyr, +d’Athenes, & de l’ancienne Rome, n’étoient peut-être pas aussi élégantes +que le sont maintenant ceux de nos filles de Paris, de Londres, de +Naples, & de Venise. Mais on s’en servoit pour le même usage, & le +libertinage étoit alors au même point. + + [7] Il n’est pas possible qu’on ait, de tout tems, regardé l’amour + comme une passion criminelle en elle-même. Je suis même sûr que les + sauvages ne croient faire aucun mal en s’y livrant: hélas! ces + ignorans n’ont encore aucune notion d’une certaine théologie qui + existe. + +Nous lisons, dans des auteurs très-anciens, les histoires de plusieurs +hommes qui ne pouvoient se rendre propres au coït qu’après avoir été +battus de verges, & même jusqu’à effusion de sang. Voici ce qu’écrivit, +il y a plus de deux siecles, _Jean Pic_, prince de la Mirandole[8], au +sujet d’une personne qu’il connoissoit très-particulierement. «Il +existe, dit-il, un homme d’une paillardise tellement désordonnée, qu’il +ne peut se livrer à l’acte vénérien qu’après avoir été bien flagellé; ce +qu’il y a de singulier, c’est que le cruel préliminaire dont il ne +pourroit se passer, ne le rend pas moins avide des plaisirs de l’amour. +Lorsqu’il se rend chez une fille de joie, il lui remet un fouet qu’il a +tenu pendant vingt-quatre heures dans le vinaigre pour l’endurcir par le +moyen de cette infusion. La premiere faveur qu’il lui demande, est +qu’elle veuille bien ne pas le ménager. La femme frappe, le sang coule, +& la victime s’enflamme: ce misérable passe au même instant de la +douleur à la volupté. Se peut-il, ajoute le même écrivain, qu’un homme +recherche & trouve les plaisirs de l’amour dans les flagellations les +plus cruelles?» + + [8] _Jean Pic_ vivoit dans le quatorzieme siecle; ce prince renonça à + sa principauté pour se livrer entierement à l’étude. On prétend + qu’il savoit vingt-deux langues à l’âge de dix-huit ans; il proposa + à vingt-trois de soutenir des thèses sur tous les objets des + sciences, sans en excepter une seule. On a de lui plusieurs ouvrages + écrits avec élégance & facilité. Il mourut à Florence en 1494, âgé + de trente-deux ans. + +_Thomas Campanella_[9] nous a laissé dans un de ses écrits, des +observations de ce genre. _Cælius Rhodiginus_ fait aussi mention d’un +fait semblable: «il est mort, dit-il, depuis quelques années, un homme +qui avoit une singuliere passion: son physique étoit tellement détruit, +qu’il ne pouvoit y rappeller les feux de l’amour, qu’après avoir été +bien fustigé. Lorsqu’il étoit auprès d’une femme, on ne savoit s’il +désiroit le fouet ou le coït; car la premiere faveur qu’il demandoit, ou +plutôt la seule grace qu’il imploroit, étoit qu’elle voulût bien le +battre de verges; & ce n’est que dans le supplice que ses sens émus +pouvoient se livrer, & connoître les plaisirs de Vénus.» + + [9] Les infortunes de _Thomas Campanella_ prouvent que les gens + d’église sont ordinairement de cruels ennemis: lorsque ces _Basiles_ + en veulent à un homme de lettres, ils le persécutent, calomnient sur + son compte, l’accusent, le perdent ou le font assassiner. + _Campanella_ étoit dominicain; encore jeune, il osa dans une dispute + publique convaincre d’ignorance un vieux professeur de son ordre; ce + dernier ne tarda pas de l’en punir; il l’accusa d’avoir voulu livrer + la ville de Naples aux ennemis de l’Etat, &, ce qui n’est pas moins + grave, d’être un hérétique. La calomnie réussit à merveille, car + _Campanella_ fut traîné dans une prison où il resta vingt-sept ans: + on dit qu’il y essuya, jusqu’à sept fois, la question pendant + quarante heures de suite. Il fut enfin libre, & vint à Paris, où il + fut protégé par le cardinal de Richelieu. + +On lit de semblables histoires dans les plus anciens ouvrages de +médecine, de même que dans les livres de droit. _André Tiraqueau_[10] en +cite dans son _traité des loix du mariage_[11]. + + [10] _André Tiraqueau_ étoit conseiller au parlement de Paris; + _François_ premier & _Henri_ deux se servirent de lui dans plusieurs + affaires très-intéressantes. Ses occupations ne l’empêcherent point + de donner au Public un grand nombre de savans ouvrages. Il eut près + de trente enfans; l’on disoit de lui qu’il donnoit tous les ans à + l’état, un enfant & un livre. + + [11] Si je m’étends un peu dans mes citations, c’est pour prouver que + je ne suis pas le premier qui ait osé parler de l’effet que le fouet + produit sur le physique de l’amour: on voit par là qu’un écrivain + peut traiter cette matiere sans être ni grossier, ni scandaleux. + +Sans chercher de tels exemples chez les anciens, nous en trouvons +suffisamment parmi nous. Il y a quelques années qu’une femme fut accusée +d’adultere par son mari; les témoins déposerent; le fait fut prouvé[12]; +& la coupable alloit être condamnée, lorsqu’elle trouva les moyens de se +justifier, en disant qu’on devoit légalement lui pardonner ses +foiblesses, puisqu’elle avoit pour époux un malheureux qui ne pouvoit +payer les tributs de l’hymen, que lorsqu’elle avoit consenti à lui +_donner le fouet_ jusqu’au sang. Elle ajouta que, si cette manœuvre +odieuse échauffoit son mari, elle ne servoit de son côté qu’à lui faire +détester les embrassements qui en étoient la suite, & qu’il n’étoit pas +surprenant qu’elle eût succombé à la tentation. + + [12] L’adultere fut jadis un crime qu’on punissoit de la mort la plus + cruelle. Les loix sont toujours fortes dans ce cas: mais ces procès + ne vont pas si vite aujourd’hui; le mari accuse sa femme, qui se + défend en badinant sur la chose; les Scribes, les Clercs, les + Procureurs, les Greffiers, les Avocats, les Rapporteurs, les petits + Juges, les grands Juges, &c. tout le monde en rit. La fin de tout + cela est, qu’après l’arrêt la femme est souvent innocente, tandis + que le mari est toujours cocu. + +Promenons-nous un instant dans ces maisons où _se vend le plaisir_; +c’est là que nous serons convaincus qu’il y a beaucoup d’hommes qui ont +recours aux flagellations pour se disposer à livrer bataille à l’amour. +Entrons dans les temples de Vénus, nous verrons des lambeaux de verges +encore épars à l’entour de l’autel des sacrifices. Interrogez la déesse +à ce sujet, elle aura bientôt satisfait votre curiosité; elle vous +montrera d’abord une petite poignée de verges qui est toujours attachée +par un ruban des plus à la mode; elle passera ensuite au _martinet_ dont +le bout de chaque cordon est garni d’une pointe d’or ou d’argent, & dont +le manche qui est de bois de rose[13], est entouré d’une garniture +élégante & recherchée. Si vous lui demandez, comme le feroit un pauvre +Provincial, à quoi servent ces petites armes; elle prendra, pour vous +répondre, le ton le plus enfantin, & vous dira en minaudant avec la +verge, que c’est, si vous le voulez, pour vous _donner du plaisir_. Il +n’y a aucune prostituée qui ne propose au chasseur qui la poursuit, de +passer promptement à cette ressource, comme étant le préliminaire le +plus infaillible, même pour un petit colet de soixante & dix ans. J’ai +été Je témoin d’une scene bien singuliere, & qui ne prouve que trop que +l’amour l’emporte le plus souvent sur la plus forte raison. Etant à +Paris, je fus appellé dans un des serrails de la rue S. Honoré, pour +donner des soins[14] à une courtisanne à laquelle venoit d’échoir un +petit lot en courant les hazards de l’amour. J’étois dans la cellule de +la malade, lorsque j’entendis, dans la chambre voisine, la voix d’une +femme qui sembloit être fort en colere, & qui avoit le ton le plus +menaçant. La personne avec laquelle j’étois, ne me donna pas le tems de +l’interroger sur ce qui se passoit près de nous; me priant à voix basse +de garder le silence, elle souleva fort doucement un des coins de la +tapisserie, & me plaça vis-à-vis d’une petite ouverture, par le moyen de +laquelle j’assistai au spectacle le plus plaisant, & en même tems le +plus ridicule. Voici comme se passoit cette scene qui, me dit-on, se +jouoit deux fois par semaine. La principale actrice étoit une brune +assez jolie qui n’étoit vêtue qu’en partie, c’est-à-dire qu’elle +montroit la gorge, les cuisses & les fesses. Les autres rôles étoient +remplis par quatre vieillards à grande perruque, dont le costume, +l’attitude & les grimaces m’obligeoient à chaque instant à me mordre les +lèvres pour ne pas partir d’un éclat de rire. Ces libertins surannés +jouoient, comme font quelquefois les enfans entr’eux, au jeu du _maître +d’école_. La fille, sa poignée de verges à la main, leur administroit +tour-à-tour la petite correction; le plus châtié étoit celui qui avoit +l’organisation la plus tardive. Les patients baisoient les fesses de la +maîtresse, pendant que son beau bras se fatiguoit sur leur cuir +impudique; & la comédie ne finissoit que lorsqu’on étoit las de fatiguer +la nature la plus apauvrie. Après que chacun se fut retiré, je quittai +mon poste sans pouvoir me convaincre de la réalité des choses dont je +venois d’être le témoin. Ma malade me plaisanta beaucoup sur ma +surprise, & me raconta plusieurs faits encore plus ridicules qui se +passoient tous les jours dans leur couvent. Nous avons, me dit-elle, la +pratique des êtres les plus importants de Paris; elle ajouta qu’elles +avoient entre elles l’honneur de donner le fouët à tout ce qu’il y avoit +de mieux dans le clergé, la robe & la finance. + + [13] Telle est la manie du luxe... comment, dira-t-on, sont décorés + les _fouets_ dont se servent les filles de la derniere classe? Je + crois que ces instruments sont inconnus dans leurs atteliers. Le + charbonnier & le porteur de la hâle ne vont chez les belles du + port-au-bled, de la rue Jean S. Denis, &c., que lorsqu’ils meurent + de plénitude; ces rustres ne sont pas comme nos petits maîtres; ils + attendent bonnement le besoin, sans chercher à provoquer l’appétit. + + [14] Les _filles_ de Paris sont tolérées par le gouvernement; elles ne + sont donc pas indignes de l’attention publique; il arrive pourtant + que, lorsqu’elles sont malades, elles ne savent gueres à qui + s’adresser. Les docteurs de la faculté du fauxbourg S. Jacques ne + vont jamais chez ces malheureuses en qualité de médecins, parce que + ces messieurs à triple & triple perruque ne prennent pas moins d’un + louis par visite. Les savants de la société de médecine voudroient + bien y pénétrer en qualité de guérisseurs; mais chacun s’en méfie, + parce qu’on sait qu’ils ne vont chez le pauvre que pour essayer des + pilules qui leur sont proposées par des charlatans curieux d’acheter + un _brevet_. Quels secours reste-t-il donc à ces infortunées? + Lorsqu’elles ne trouvent pas quelques étrangers honnêtes, quelques + médecins qui ne sont à Paris que pour y manger de l’argent, (un + docteur médecin de Paris ne donne que le titre d’écoliers aux + docteurs d’Edimbourg, de Vienne, de Turin, &c.): elles sont forcées + de se livrer à la pratique ignorante & meurtriere d’un _carabin_, ou + d’aller finir leurs misérables jours dans les tortures de _Bicêtre_. + +Il seroit inutile de rapporter d’autres faits pour prouver que plusieurs +personnes ont recours aux flagellations pour se rendre propres au coït. +On n’a, comme je l’ai dit, qu’à interroger toutes les filles de joie, +pour se convaincre de cette malheureuse vérité. Il me reste maintenant à +démontrer comment & pourquoi le fouët produit un tel effet sur le +physique; cet examen nous conduira à découvrir des abus qu’il est +important de détruire. + +Lecteurs honnêtes, & délicats! vous, dont les oreilles ne se permirent +jamais d’entendre aucun mot libre, ni aucune phrase licentieuse, ayez le +courage de m’écouter! je parle pour vous instruire, & non pour vous +corrompre. Je dévoile des erreurs qui subsisteront pendant qu’on aura la +foiblesse de les tenir secrettes. Les mœurs[15] exigent qu’un citoyen +zélé ne cache aucun crime à la loi, afin qu’elle puisse le punir: si le +délateur peut quelquefois paroître scandaleux dans l’accusation qu’il en +détaille, cette faute légere est bientôt effacée par la destruction du +crime & du coupable. + + [15] _Les mœurs_... Voilà, diront les gens comme il faut, un mot bien + vague; qu’entend-on par les bonnes mœurs?... Il y a bien des hommes + du bon ton à qui l’on pourroit répondre qu’on entend par bonnes + mœurs, les vertus dont ils n’ont jamais fait grand cas, & qu’ils + exigent toujours dans leurs valets. + + + + +CHAPITRE II + +Des causes par lesquelles les flagellations excitent à l’amour. + + +Puisqu’on ne peut révoquer en doute ce que j’ai avancé dans le chapitre +précédent, il me reste à chercher la cause de tels désordres. _J. Pic de +la Mirandole_ dit que les astrologues ne sont pas embarrassés pour +expliquer de pareils phénomenes; ils ne les attribuent qu’aux astres & à +leur influence secrette, «ils assurent que _Vénus_ donne telle ou telle +espece de passion au nouveau né, suivant la position où se trouve cette +planette au moment de la naissance». _Junctin_, qui a beaucoup écrit & +déraisonné sur l’astrologie[16] est de ce sentiment que _Jean Pic_ a +combattu avec raison. + + [16] _Junctin_ assuroit qu’il lisoit clairement l’avenir dans le + firmament: cet extravagant étoit moine, & conséquemment fort ignare. + Il fut accablé sous les ruines de sa bibliotheque, quoiqu’il eût vu + dans les astres qu’il mourroit d’un autre genre de mort. Ce n’est + pas le seul astrologue qui se soit trompé sur le même sujet. + +Le prince _de la Mirandole_ croit que la triste nécessité où sont +quelques personnes de recevoir le fouët pour les rendre propres au coït, +leur vient depuis l’enfance, c’est-à-dire que c’est un effet de +l’habitude; & voici sur quel fondement il appuye son opinion; +«connoissant, dit-il, un malheureux qui ne pouvoit se livrer aux +plaisirs de l’amour, sans avoir été préalablement bien fustigé, je +cherchai à en pénétrer la cause. Après différentes conversations que +j’eus avec lui, il m’apprit qu’il avoit été élevé dans une pension où +ses petits compagnons ne s’amusoient qu’à se fouetter alternativement; +que ce jeu étoit une jouissance pour eux, & que cette jouissance s’étoit +depuis lors changée en habitude». + +_Cælius Rhodiginus_, dont je vais rapporter les propres paroles, étoit +du même sentiment que _Pic_; «ayant entendu dire qu’une personne de ma +connoissance ne se livroit à l’acte vénérien qu’après avoir reçu le +fouët, je voulus étudier la cause de cette passion contre nature. +J’interrogeai cet homme singulier, qui m’assura qu’il avoit pris cette +habitude dans son enfance, qu’il connoissoit toute l’horreur de ses +procédés, mais qu’il ne pouvoit se montrer homme qu’en recourant à cette +vile ressource». + +Je suis loin de nier que l’habitude ne devienne souvent une seconde +nature[17]: _Aristote_ l’a prouvé trop éloquemment dans ses écrits. +_Galien_ & plusieurs autres grands médecins n’ont pas douté du pouvoir & +de la force de l’habitude. _Ennius_ l’a bien peint dans ces deux vers: + + Usus longus mos est, ac meditatio crebra; + Hunc tandem affero naturam mortalibus esse. + + [17] Cela n’arrive que trop: mais ceux qui veillent à l’éducation de + la jeunesse s’en occupent-ils sérieusement? C’est ce que + j’examinerai plus au long dans le IV. chapitre. + +Quelle que soit la force d’une habitude contractée depuis l’enfance, on +ne sauroit toujours trouver en elle la cause qui force certains +individus à se soumettre au fouët pour se livrer au coït. La cause +éloignée de ces désordres est quelquefois l’effet d’une éducation +vicieuse; mais il s’agit maintenant d’en rechercher la cause prochaine, +& c’est ce qu’on ne peut faire qu’à l’aide du flambeau de la physiologie +& de l’anatomie. + +Il faut d’abord observer que les flagellations réchauffent la partie +qu’on soumet à l’opération, & qu’elles y attirent le sang en quantité. +Quelques médecins faisoient battre de verges une partie, lorsque le +sentiment venoit de s’y éteindre. Cette pratique subsiste encore en +partie, car on fouette avec une poignée d’orties piquantes, la partie où +il est nécessaire de rappeller la chaleur. Les frictions avec les +brosses ou la flanelle, font à la longue ce que feroient les +flagellations qu’on n’ordonne plus, vu la délicatesse des malades[18]. + + [18] Il y a certainement quelques cas où les flagellations seroient + utiles; mais on y a substitué d’autres moyens non moins capables de + rappeller la chaleur, ou de _dériver_ les humeurs; on a les + frictions, les fomentations, les ventouses, les sinapismes, le moxa + & les vessicatoires. Les flagellations étoient jadis une opération + très-commune; c’est de cette pratique que venoit le sot usage où + l’on étoit de fustiger les foux. Comme on se figuroit que la démence + n’étoit causée que par une trop grande quantité de sang qui se + portoit au cerveau, on ne croyoit pouvoir guérir cette maladie qu’en + rappellant les humeurs vers les parties inférieures; aussi + frappoit-on tous les jours les foux, & les nourrissoit-on au pain & + à l’eau: cette pratique barbare étoit dictée par une théorie aveugle + plutôt que par la cruauté. C’est peut-être par la même raison qu’on + donnoit, il n’y a pas longtems, le fouët aux prisonniers, dans de + certaines maisons de correction, chez les Lazaristes, & aux + Repenties; (je ne sais si cet usage est entierement aboli de us + jours... Il y a encore tant de sottes gens.) On croyoit la tête + malade, & on s’imaginoit la guérir par cette humiliante & barbare + manœuvre. Mais, dira-t-on, qui osoit présider à des opérations de ce + genre? Des bouchers!... Non. C’étoit des prêtres! (Voyez le chap. + IV.) + +Puisque l’effet des flagellations est de rappeller la chaleur dans une +partie, il ne sera pas difficile de concevoir par quel mécanisme le +fouët irrite & éleve le membre viril: examinons la structure de cette +partie & de celles qui l’environnent. + +Ceux qui se font fustiger pour se rendre propres au coït, exigent qu’on +frappe toujours sur le dos; voyons maintenant comment la chaleur, +excitée dans cet endroit, passe aux parties de la génération. + +On remarquera que les lombes, qui composent la majeure partie du dos, +sont formés par les vertebres lombaires, sous lesquelles sont placés les +reins & différens vaisseaux qui communiquent avec les parties de la +génération. Il est donc constant qu’en échauffant les lombes, cette +chaleur doit se rendre à la verge dans l’homme, & au vagin dans l’autre +sexe. + +Quoique cela dût suffire pour rendre raison de l’effet du fouët sur le +physique de l’amour, quelques auteurs ont cherché d’autres preuves pour +l’expliquer. _Meibomius_, qui pensoit que c’est dans les reins que se +prépare la semence, n’attribuoit l’effet du fouët qu’à la chaleur qu’il +produit sur les reins. Ceux qui croyoient avec _Platon_ que la semence +s’écoule de la moëlle de l’épine, disoient, que les flagellations faites +sur les lombes devoient provoquer l’écoulement de la semence, & +conséquemment distendre la verge & l’amplifier. + +Les anciennes écritures, soit sacrées, soit profanes, plaçoient la +faculté de l’acte vénérien dans les lombes. On lit dans la Genèse: +_reges de lumbis suis egredientur_. On chante dans un pseaume, _lumbi +mei impleti sunt illusionibus_, ce qui signifie, j’ai été enclin à la +paillardise[19]. + + [19] Les bigots, dont la fausse pudeur s’allarme au moindre mot, me + pardonneront peut-être de me servir de tems à autre de phrases un + peu libres, puisque je prouve par mes citations que notre église + s’en sert aussi. Pour ce qui est des gens instruits, je suis sûr de + ne pas les effaroucher par mon stile, n’ont-ils pas lu le _Cantique + des Cantiques_? C’est dans ce petit poëme du grand _Sultan Salomon_ + qu’on trouve des expressions bien délicates: pour attirer nos + débauchés & nos élégantes dans les églises, il ne faudroit que le + chanter à vêpres, & l’y chanter en langue vulgaire. + +_Lumbos præcingere_, _se serrer les reins_, étoit un proverbe, parmi les +Hébreux, qui signifioit conserver la pudeur & renoncer à l’impureté. +C’est pourquoi _St. Jérôme_ dit, _conforta lumbos_, _fortifie tes +reins_. Quand _St. Matthieu_ dit de _St. Jean_, _habuit zonam pelliceam +circa lumbos_, il veut sans doute vanter sa chasteté. L’église, en +chantant ce verset, _ure igne flancti spiritus renes nostros, ut tibi +casto corpore serviamus_, entend bien que les reins sont le premier +instrument de la concupiscence. + +L’opinion où l’on fut toujours, que le bon ou le mauvais état des lombes +contribue à l’acte vénérien, donna lieu à l’usage de s’entourer les +reins avec une ceinture, pour marquer qu’on vivoit dans un état de +chasteté. Les vestales juroient, en plaçant la sainte ceinture, de ne +jamais la desserrer, c’est-à-dire, de tenir leurs lombes en captivité. +Nos abbés, nos religieux, nos moines, nos chanoinesses ont conservé la +mode de se ceindre les reins; mais on est loin de penser aujourd’hui, +que la ceinture oblige à l’abstinence; il faut qu’on en ait une idée +bien contraire, puisque toutes les dames ont une ceinture pour se parer. + +Les Romains crurent aussi qu’il falloit se serrer les lombes pour +conserver sa modestie & sa pudeur. N’étoit-on pas en usage de donner une +ceinture à des candidats, lorsqu’ils recevoient un grade? + +_Diane_ fut toujours représentée avec une ceinture. _Vénus_ détacha la +sienne pour fixer Pâris, & ses deux rivales perdirent le procès. + +Il est inutile d’appuyer, par des citations, des faits qui se prouvent +d’eux-mêmes. On observe qu’en se tenant les reins très-chaudement, on a +de fréquentes érections; aussi défend-on à ceux qui sont sujets à des +pollutions nocturnes, de se tenir couchés sur le dos, parce que cette +position échauffe la moëlle de l’épine, les lombes, les vaisseaux & les +nerfs qui se rendent aux parties naturelles. Persuadés de cette vérité, +les médecins faisoient appliquer des topiques très-froids, sur les +lombes, à ceux qui avoient besoin de rallentir en eux la fureur de +Vénus. _Pline_ ordonnoit de porter pendant quelque tems des lames de +plomb sur les reins, pour tempérer l’ardeur des amans. _Galien_ +conseilla aux athlétes d’y appliquer des onguens réfrigérans pour se +préserver des pollutions nocturnes; ce même docteur remédioit au +priapisme en faisant continuellement tenir de l’eau froide sur les +lombes du malade. Cette théorie engagea, dans, la suite, les +célibataires cloîtrés à jetter dans leur lit des branches d’_agnus +castus_, & de se coucher dessus pour se préserver des tentations de la +chair. + +La médecine moderne, qui ne voit de bons remedes que dans ce qu’on avale +en potions ou en pillules, n’est pas tout-à-fait de l’avis des anciens; +elle ne fait appliquer aucun topique sur les lombes pour rafraîchir ou +échauffer _Vénus_. Je pense cependant qu’il peut y en avoir d’utiles +dans l’un & l’autre cas, comme on le verra à la suite de ce petit +ouvrage, dans une dissertation sur tous les moyens qu’on peut employer +pour appaiser l’amour ou lui prêter des forces. + +En voilà, je pense, suffisamment pour expliquer comment les +flagellations, faites sur le dos, produisent l’érection du membre viril, +& rendent un libertin épuisé capable de soutenir les combats de l’amour. + + + + +CHAPITRE III + +De quelques erreurs qu’il seroit utile de détruire, principalement dans +les couvens. + + +L’amour est un besoin qui nous est commun, mais qui ne se fait sentir +qu’à un certain âge. C’est en vain qu’on voudroit éteindre ses feux, +lorsqu’on touche à la puberté, les plus grands efforts n’aboutissent +alors qu’à leur prêter de la force, & l’incendie s’accroît de plus en +plus. Ces réflexions nous font voir que ceux qui font vœu de celibat, +seront souvent parjures, ou toujours malheureux. Supposons, cependant +qu’il y ait quelques êtres privilégiés qui vivent exempts de ce qu’une +fausse dévotion appelle les foiblesses humaines; il faudroit au moins, +pour le bien de tous les _religieux_ & _religieuses_, que l’on eût soin +d’éloigner d’eux tout ce qui peut les ramener à la nature. Examinons si +l’on tient cette conduite dans les monasteres. + +Nous avons vû, dans les chapitres précédens, que les flagellations +peuvent & doivent produire une irritation sur toutes nos fibres, & que +cette irritation se fait principalement sentir aux parties de la +génération. Pourquoi donc la discipline est-elle ordonnée dans tous les +couvens, & dans de certains jours de pénitence? Doit-on rappeller la vie +dans une partie qu’on a voulu destiner à la mort? On ne devroit rien +permettre dans le cloître qui puisse blesser la décence, ou qui puisse, +comme disent les casuistes, réveiller la chair. L’usage, ou plutôt +l’abus de se discipliner, devroit conséquemment y être aboli, puisque +l’effet en est toujours pernicieux. Heureusement que ces cérémonies de +flagellations se pratiquent dans l’obscurité; car si l’on se présentoit +dans la dévote assemblée avec une lumiere à la main, on verroit que la +pénitence finit toujours par la masturbation, ou par des pollutions +involontaires. + +Quelle contradiction dans la conduite des célibataires de ce genre! Ils +avalent le matin deux ou trois verres d’une décoction faite avec les +plantes les plus froides, & le soir, ils se frappent avec des cordes ou +de petites chaînes pour rappeller une chaleur qui commençoit à +s’éteindre! + +C’est sur-tout parmi les religieuses qu’il ne faudroit jamais parler de +fouët ni de disciplines: les femmes étant plus faciles à émouvoir que +les hommes, elles sont aussi plus sujettes aux pollutions. + +Il semble que la manie de se fustiger ou de fustiger les autres, soit +particulierement celle des moines. S’ils s’en tenoient au moins à se +discipliner entr’eux, ce ne seroit qu’un petit mal; mais c’est qu’il y +en a quelques-uns qui ne rougissent pas d’ordonner le fouët à leurs +pénitentes, & qui se chargent sur-tout d’aller le leur donner eux-mêmes +au sortir du confessionnal. Combien y a-t-il de confesseurs qui ont +débauché de jeunes filles de cette maniere? Combien de scélérats ont +abusé d’un ministere respectable pour commettre les horreurs les plus +infâmes? On a souvent entendu les tribunaux[20] retentir des justes +plaintes de quelques infortunées qui avoient été victimes de leur +crédulité: on a vu, plus d’une fois, de justes loix faire traîner les +coupables au supplice. + + [20] On trouve dans les _causes célebres_, des procès fameux contre + les séducteurs de ce genre. De tels exemples sont bien faits pour + détourner les âmes honnêtes & timides d’un confessionnal quelconque; + elles ont à craindre d’être obligées de payer une absolution + beaucoup trop cher. Si les Italiens sont aussi jaloux qu’on le dit, + je suis étonné qu’ils ne se chargent pas eux-mêmes d’être les + directeurs de la conscience de leurs femmes. + +Tout le monde connoît les différentes aventures, qu’on raconte au sujet +de quelques cordeliers qui, seuls dans la chambre de leurs pénitentes, +les faisoient mettre à genoux, troussoient leurs juppons, leur +claquoient les fesses, ou les fustigeoient rudement, suivant la grandeur +des péchés qu’elles avoient commis; la correction finissoit par pousser +en avant la gentille pécheresse, & lui passer par derriere un _bout du +cordon de St. François_, qui avoit la vertu de faire pâmer la dévote, & +de lui donner une idée du paradis de Mahomet. + +Il est bien singulier, que de tout tems & chez toutes les nations, on +ait souvent mêlé l’impudicité & la plus vile corruption aux cérémonies +les plus sacrées. Des fêtes _netturales_ se célébroient dans les +temples[21]; la dévotion y attiroit toutes les dames Romaines; pendant +plusieurs années l’empereur Néron, ses prêtres, ses courtisans, +abuserent de la crédulité des unes, & partagerent le libertinage des +autres: comme cette fête se célébroit pendant la nuit, aucune n’avoit à +rougir; les soupirs qu’on y entendoit, le bruit singulier qui devoit s’y +faire, sembloient n’avoir pour cause que de saintes extases. Les +pélérinages de la Mecque, qui sont ce qu’il y a de plus saint & de plus +révéré chez les Turcs & les Persans, ne sont-ils pas le comble de la +dépravation des mœurs? J’ai vu, en Espagne & en Italie, des extravagans +courir les rues à la suite d’une sainte _banniere_, & se fustiger sous +les fenêtres de leurs maîtresses, en mémoire de la passion du +_Christ_[22]. + + [21] Néron institua ces fêtes pour se consoler de la mort de + _Netturius_, l’un de ses favoris, & qui s’étoit attiré la + bienveillance de ce prince, par son talent pour les intrigues + amoureuses. + + [22] Il y a, dans ces pays-là, différentes assemblées de dévôts, qu’on + nomme _pénitens_; l’uniforme de ces confréries est des plus + plaisant. Il y a des pénitens blancs, des noirs, des bleus, des + rouges, des verds, &c. Ils courent les rues, dans de certains jours + de pénitence, ils sont presque tous à pied nud, & se _disciplinent_ + pour divertir le peuple & sur-tout leurs maîtresses. + +Pour expliquer la cause de ces erreurs, il ne faut que connoître les +hommes; lorsqu’on est parvenu à se faire une juste idée de la valeur de +ceux qui en ont imposé & qui en imposent encore, on n’est plus étonné de +voir subsister les abus les plus ridicules. _La crainte a fait les +dieux_, dit un grand philosophe, mais il faut ajouter à cette sentence, +que c’est l’imposture qui soutient leur trône. Les différens cultes, +qu’on rend à ces divinités incompréhensibles, étant l’ouvrage de +quelques mortels ou foibles ou trompeurs, il n’est pas surprenant que +ces cultes se soient souvent ressentis de la sottise de l’inventeur, & +qu’on y ait associé des folies même dangereuses. + +Mais je m’écarte de mon plan; comme toutes ces discussions +m’entraîneroient trop loin, je reviens à mon sujet... Il seroit +nécessaire de supprimer l’usage des flagellations dans tous les couvens, +puisqu’elles peuvent contribuer à ranimer le physique de l’amour; on +ôteroit par là le ressort le plus excitatif. Je voudrois même défendre à +tous les moines & sous des peines très-rigoureuses, de se regarder le +corps à nud; car il faut peu de chose pour échauffer un jeune +célibataire. Une religieuse de dix-huit à vingt ans, qui s’amuse le soir +à chercher ses puces, finit rarement sa petite chasse sans faire un +sacrifice à l’amour; elle voudroit ne pas succomber, mais la liqueur +fermente, & le moindre attouchement suffit pour la faire répandre. + +Il est bien humiliant que nous trouvions encore parmi nous des restes +aussi ridicules du fanatisme de nos ancêtres. Devroit-on se rappeller du +nom de _moines_ dans un siecle aussi éclairé que le nôtre? Ces illustres +& riches fainéans font-ils quelque chose d’utile? Contribuent-ils à nous +rendre l’Eternel plus cher? Ministres inutiles, on leur entend bien +réciter par fois des couplets qu’ils ne conçoivent peut-être pas; mais +ces prieres vagues & stériles peuvent-elles effacer aux yeux du vrai +Dieu toutes les sottises qu’ils commettent au sortir du chœur? + +La réforme monacale seroit utile & nécessaire, les enfans de _St. Bruno_ +ne s’en trouveroient peut-être pas bien, mais les capucins seroient, en +général, très-contens. Quelques religieuses accourroient se jetter dans +les bras d’un amant que des parens injustes leur enleverent; elles +deviendroient épouses fideles, meres tendres; & leur amour enfin exaucé +donneroit des sujets à l’Etat. + +Ces tems de réforme sont encore bien éloignés, je le sais. En attendant +cette heureuse époque, invitons les religieux des deux sexes à ne plus +se fustiger pour nos péchés: qu’ils bannissent de leur regle un usage +qui ne peut que contrarier leur projet de célibat, & les avilir aux yeux +même de l’amour[23]. + + [23] _Les avilir aux yeux de l’amour_... Oui, & cela parce qu’à force + de se fustiger, la nature s’échauffe, les nerfs sont irrités, & cela + finit par la masturbation. Je demande s’il y a quelque chose de plus + avilissant pour l’amour? + +Il faut que ceux qui croient servir Dieu & lui plaire en se fustigeant, +se soient fait une idée bien étrange de la Divinité. Ils ne voient sans +doute dans le Pere de la nature, qu’un être terrible & vengeur, toujours +armé de la foudre pour punir indistinctement l’innocent & le coupable: +ils se figurent qu’on ne peut l’appaiser que par des cilices, des +jeûnes, & autres mortifications non moins ridicules. Ces erreurs sont +aussi extravagantes que dangereuses à la société; elles ôtent à l’homme +le désir de se rendre utile à ses semblables, & font qu’il préfere son +caprice bigot à la douceur de faire de bonnes œuvres. Un philosophe a +dit avec raison, qu’un sauvage errant dans les bois, contemplant le ciel +& la nature, sentant pour ainsi dire le seul maître qu’il reconnoît, est +plus près de la véritable religion, qu’un chartreux enfoncé dans sa loge +& vivant avec les fantômes d’une imagination échauffée. + +On doit un culte à l’Eternel; il faut une religion. Mais le culte que +demande l’Etre suprême doit s’allier aux devoirs de tout citoyen. Le +vrai Dieu ne crie pas aux mortels du haut de son trône: «Jeûnez, +fustigez-vous, n’écoutez pas les sens que je vous donnai pour votre +bonheur, & renoncez à la nature.» + +L’auteur de l’_an deux mille quatre cent quarante_[24] peint bien +éloquemment le ridicule de précipiter par dévotion la jeunesse dans nos +cloîtres que nous regardons comme sacrés[25]. Puissent les paroles de ce +philosophe arrêter de jeunes victimes prêtes à se plonger dans ces +tombeaux vivans! «Quelle cruelle superstition enchaîne dans une prison +sacrée tant de jeunes beautés qui recelent tous les feux permis à leur +sexe, que redouble encore une cloture éternelle, & jusqu’aux combats +qu’elles se livrent. Pour bien sentir tous les maux d’un cœur qui se +dévore lui-même, il faudroit être à sa place; timide, confiante, abusée, +étourdie par un enthousiasme pompeux; cette jeune fille a cru longtems +que la religion & son Dieu absorberoient toutes ses pensées: au milieu +des transports de son zele, la nature éveille dans son cœur ce pouvoir +invincible qu’elle ne connoît pas & qui la soumet à son joug impérieux. +Ces traits ignés portent le ravage dans ses sens, elle brûle dans le +calme de la retraite; elle combat, mais sa constance est vaincue, elle +rougit & désire. Elle regarde autour d’elle, & se voit seule sous des +barreaux insurmontables, tandis que tout son être se porte avec violence +vers un objet fantastique que son imagination allumée pare de nouveaux +attraits. Dès ce moment plus de repos. Elle étoit née pour une heureuse +fécondité; un lien éternel la captive & la condamne à être malheureuse & +stérile. Elle découvre alors que la loi l’a trompée, que le joug qui +détruit la liberté n’est pas le joug d’un Dieu, que cette religion, qui +l’a engagée sans retour, est l’ennemie de la nature & de la raison. Mais +que servent ses regrets & ses plaintes! Ses pleurs, ses sanglots se +perdent dans la nuit du silence. Le poison brûlant, qui fermente dans +ses veines, détruit sa beauté, corrompt son sang, précipite ses pas vers +le tombeau. Heureuse d’y descendre, elle ouvre elle-même le cercueil où +elle doit goûter le sommeil de ses couleurs.» + + [24] Cet ouvrage contient de grandes vérités, aussi l’a-t-on défendu. + Celui qui l’a écrit ne sera jamais académicien, n’aura jamais de + pensions, & cela parce qu’il a eu le courage de dévoiler la honte de + ceux qui distribuent l’argent & les honneurs. Ecrivains,... + écrivains... faites de plates sottises, soumettez-vous à la censure + sans murmure, flattez les grands, sans instruire les petits, alors + vous serez prônés, payés, & _bien ou mal_ peints dans le sallon des + _illustres_! + + [25] Que les grandes choses s’operent lentement! Pourquoi n’imite-t-on + pas dans tous les Etats la sage administration de l’immortel _Joseph + second_, qui, dès qu’il eut dans les mains le sceptre de l’empire, + en frappa les puissances monacales, & renversa l’autel le plus + pernicieux qu’eût jamais élevé la superstition? Il a su, par cette + juste reforme, rendre des meres à la société & des hommes à l’Etat. + Il a ôté à tous ses sujets l’aspect de l’oisiveté & de la débauche + que présentent le plus souvent ces hommes cloîtrés, qui n’ont de + patrimoine que celui qu’ils déroberent à nos peres, & qui chaque + jour s’engraissent encore du travail & de la crédulité du peuple. + +En divisant les sexes, en élevant des barrieres éternelles entre l’homme +& la femme, les fondateurs des couvens, ne songerent pas aux coupables +abus qui devoient en résulter. Comme on ne peut jamais étouffer +l’effervescence des sens, il a fallu que les victimes qu’on avoit +enterrées dans le cloître, cherchassent des moyens pour appaiser ou +tromper l’amour. Poussés par un instinct très-innocent, ces robustes +captifs s’occuperent à trouver le plaisir dans leur sexe même. L’on +connut la masturbation, & des crimes plus atroces encore. + +Ce vice qu’on reprocha tant aux _Jésuites_, & qui faisoit, peut-être, +réellement leur honte, vient sans doute du barbare abus de cloîtrer de +jeunes gens. Les filles renfermées ne chercherent pas moins à se +procurer, entre elles, une idée des plaisirs de l’amour. + +Les horreurs de cette espece ne resteront point renfermées dans les +endroits où elles avoient pris naissance: les mondains s’occuperent de +ces viles & criminelles ressources. Les loix furent forcées de sévir +contre ces attentats de _lèse-amour_, & malgré leur juste rigueur, il +existe encore des crimes de ce genre. On voit plus d’un vieux financier +cajoler son valet ou son garçon perruquier; il y a plus d’une duchesse +qui ne soupire que pour sa femme de chambre[26]. O monstres! que +faites-vous? voulez-vous passer pour sages & tempérés? Craignez-vous +d’être victimes de l’autre sexe? En suivant les loix de la vraie +tendresse, vous ne pourriez commettre que des foiblesses; au lieu que +vous êtes des vicieux qui méritez l’indignation publique & qu’on doit +livrer à l’opprobre! + + [26] Il arrive souvent qu’on dit, dans de très bonnes sociétés, en + parlant d’un seigneur, ou d’une dame, _un tel est pour homme, la + Comtesse est pour femme_. Quelle horreur! on badine sur cela, & l’on + fréquente de pareilles gens!... Ce manque de délicatesse est bien + digne de ces plats & brillans étourdis qui, par gentillesse, + s’honorent entre eux du beau nom de _roués_. + + + + +CHAPITRE IV. + +De la necessité de changer les peines qu’on inflige à l’enfance & à la +jeunesse. + + +Nous avons vu dans les chapitres précédens, que les flagellations faites +sur le dos produisent des effets non équivoques sur le physique de +l’amour. La découverte de cette vérité nous a conduits à faire observer +que les célibataires _cloîtrés_ devroient bannir de leur regle le fouët +& la discipline; elle nous conduira à déduire, du même principe, des +conséquences qui ne seront pas moins justes. + +Pourquoi le fouët est-il toujours le châtiment qu’on inflige aux +enfans?... Cette peine peut-elle influer en mal sur leur éducation +physique & morale?... Voilà les points que je me propose d’éclaircir +dans cette partie de mon ouvrage. Cet examen est plus intéressant qu’on +ne pense. + +L’éducation physique & morale des enfans intéresse sans doute le +gouvernement: cependant voit-on qu’il s’en occupe! On en laisse tout le +soin à des parens qui, en général, s’en déchargent sur des nourrices, +des valets, des pédans, des sots, des crapuleux, &c. &c. + +Quand on ne devroit prêcher le bien aux enfans que par le bon exemple; +on ne le fait que par de grossieres paroles, des menaces, & la +correction. Qu’est-ce que cette correction? C’est le fouët. Les meres ne +connoissent que ce remede à un verre ou une bouteille cassés; les +précepteurs n’en employent point d’autre pour donner du goût pour le +latin, cette langue qui, grâces au ciel, sera bientôt oubliée, & qui +fait depuis tant de tems le désespoir des écoles. + +Que résulte-t-il de l’emploi du fouet? On y habitue de petits mauvais +sujets qui s’en font même un jeu entre eux dans leurs momens de +recréation; ainsi qu’on l’a vu dans les citations de _Jean Pic de la +Mirandole, & de Calius Rhodiginus_. (Chap. II de cet ouvrage.) + +Il ne manqueroit certainement pas d’autres manieres de punir des enfans +oisifs ou vicieux: car J. J. a écrit cinq ou six volumes sur +l’éducation, sans fouëtter son éleve une seule fois: aussi son ouvrage +n’a-t-il pas remporté le prix, & les éducations se font toujours aussi +mal que jadis. + +Je suppose qu’il fut nécessaire, dans certains cas, d’infliger aux +enfans des peines corporelles; devroit-on frapper le coupable sur le +dos? On nous apprend pendant les cinq ou six premieres années que nous +vivons à cacher notre derriere & les parties _honteuses_; au bout de ce +tems vient un régent qui nous force à déboutonner nos culottes, à les +abattre, à trousser la chemise, à tout montrer, pour recevoir les +étrivieres en pleine classe. Ces parties ne seroient-elles plus +_honteuses_, quand c’est un cuistre qui les regarde & qui les touche? + +S’il arrivoit au moins que ce châtiment fût distribué avec justice; mais +le célibataire qui punit, n’est-il pas souvent de la compagnie de la +_manchette_? Et ne choisit-il pas pour l’opération le derriere qui le +flattera le plus? J’ai observé pendant tout mon cours de collége, que +les écoliers maigres & laids n’étoient jamais fustigés. Au plaisir +qu’ont quelques pédans à entendre le bruit que font les coups de fouet +qu’on applique sur le dos du patient, on doit juger qu’il y a, dans +cette cérémonie, si souvent répétée, plus que la satisfaction de +corriger. Etres barbares & corrompus!... De qui tenez-vous le droit de +mutiler l’enfance & de faire servir l’innocence à vos plaisirs, ou +plutôt à vos saletés!... Je le répete, ces abus, quoique fort anciens, +méritent l’attention du gouvernement; ils exigent une réforme; car les +maîtres d’école, les précepteurs, les régens, sont en général si +méprisables, qu’il n’y a jamais un écolier qui ne méprise les siens, +lorsqu’il est homme. + +La mauvaise habitude que l’on a de frapper sur le derriere des enfans, +leur donne celle de porter souvent les mains à cette partie; elle leur +apprend, comme je viens de le dire, à se fustiger entre eux; de là +différens attouchemens qui les éclairent peu-à-peu, & qui font que la +débauche devance, en eux, le mouvement des sens. + +Plusieurs enfans élevés ensemble, & de la maniere accoutumée, deviennent +toujours polissons[27]. Ils se touchent les uns & les autres, ils en +viennent petit à petit à la masturbation, & ne finissent que trop +souvent par le péché des Jésuites. C’est dans ces assemblées de jeunes +écoliers que s’apprennent toutes ces sottises qu’on ne peut ensuite +cacher dans la société: on y apporte des plaisirs infâmes, des goûts +dépravés & peu délicats. + + [27] Ce qui prouve qu’il y a peu de bons parens, c’est qu’on voit + subsister une quantité de ces auberges, qu’on appelle _pensionnats_, + où l’on entasse les enfans dans de grandes salles, toujours + malsaines, & dans lesquelles il est défendu à ces jeunes êtres de + s’égayer, de jouer, & de suivre le penchant de leur âge. Les maîtres + de ces petites maisons de force se font bien payer pour mal coucher, + mal nourrir les enfans, & pour les rendre stupides, ou vicieux. + +Je suis surpris que les ecclésiastiques osent se charger d’élever les +enfans, puisqu’il est reçu parmi nous qu’on ne peut en venir à bout sans +donner le fouët. J’aurois cru que la décence de leur état ne leur +permettoit pas de regarder ni de toucher des fesses. Mais, je l’ai déja +fait remarquer dans le troisieme chap. les moines & les abbés ont la +fureur de fouetter; les cris, les pleurs d’un innocent ne les +attendrissent point; la jouissance de voir un beau _postérieur_ +l’emporte sur la pitié. On a toujours vu que c’étoit des moines qui +dirigeoient les maisons de correction, qui les avoient même fondées; ces +bourreaux débauchés voulurent contempler & claquer des derrieres; ils +surent même si bien s’arranger, que des peres imbécilles eurent la +bonhomie de leur fournir de bonnes pensions pour cela. + +Je pense que ces réflexions sont plus que suffisantes pour engager le +gouvernement[28] à forcer les pédans de changer les peines usitées pour +l’enfance. Si cet objet lui paroît de peu de conséquence, j’espere que +les parens y feront attention, & qu’ils tâcheront de détourner des +regards d’un enfant tout ce qui peut le conduire au mal. + + [28] On peut dire que l’administration publique néglige un peu trop + dans tous les pays l’éducation des enfans; cependant il y en a où je + voudrois être né de préférence. Ce n’est pas à coup sûr dans les + endroits où les régens sont célibataires, & cela pour cause. Il + viendra, sans doute un tems, où l’on connoîtra mieux le prix d’une + bonne éducation; alors on ne choisira plus pour instituteur un + malheureux vaurien qui ne sait que cracher deux ou trois mots de + latin; des honnêtes gens s’honoreront du nom de précepteurs; & la + vertu seule aura le droit d’occuper les places de régens que le + gouvernement & le public estimeront & payeront généreusement. + + + + +CONCLUSION. + + +L’expérience nous apprend que quelques personnes ont recours aux +flagellations pour se disposer aux combats amoureux. La physiologie & +l’anatomie démontrent comment ces flagellations operent sur les parties +de la génération, quoiqu’elles ayent été faites sur le dos. Les +infortunés qui se livrent à ces désordres sont sans doute à +plaindre[29], puisque ce n’est que par de cruelles douleurs qu’ils +esperent connoître les plaisirs de l’amour; puisqu’enfin l’arc du petit +Cupidon ne peut être tendu qu’à l’aide de ce préliminaire affligeant & +peu délicat. + + [29] Il est encore un être bien plus à plaindre, c’est une jeune + beauté que la force, ou des conventions d’intérêts font passer dans + les bras d’un époux qui ne pourra remplir les fonctions du mariage + sans la petite poignée de verges; la nouvelle mariée passera de + cruelles nuits, avant qu’on ose lui proposer de recourir à cette + honteuse ressource; ensuite il faudra qu’elle fasse de grands + efforts pour s’y résoudre; & je doute que son bonheur soit jamais + parfait. Puisqu’on ne consulte pas la force des tempéramens avant + que de les unir, faut-il être surpris qu’il y ait tant de femmes + infidelles, & tant de maris ridiculisés? + +Quelques auteurs prétendent que l’habitude de se faire fouëtter, se +contracte depuis l’enfance; cela peut être vrai par rapport à quelques +individus; mais je pense qu’on ne peut en général la faire naître d’une +cause si éloignée. Les amateurs du sexe ont quelquefois des goûts bien +dépravés, ils cherchent des jouissances extraordinaires: je crois que +cela ne se voit que chez ceux qui sont d’une foible constitution, ou qui +se sont épuisés dans leur jeunesse. Il y a beaucoup de gens qui ne +peuvent donner du ressort au membre viril, qu’en jouissant du spectacle +de deux êtres vigoureux, qui luttent & se pâment sur le lit de Vénus. +Toutes ces ressources annoncent un grand épuisement dans le physique de +celui qui les exige. + +De tous les moyens capables d’exciter à l’amour, le fouët est celui +qu’on doit le moins rechercher; outre qu’il est le plus nuisible, il ne +peut gueres se pratiquer que chez des femmes prostituées[30]. Il y a +pourtant des hommes qui ont besoin d’excitatifs; il est du devoir de la +médecine de les éclairer sur ceux qui ne peuvent pas déranger leur santé +ni les avilir. C’est ce qui m’engage à joindre à ce petit ouvrage une +dissertation sur la nature & l’effet des _aphrodisiaques_[31]. Qu’on ne +s’y trompe pas, mon but n’est point de favoriser le libertinage. Je ne +vais dévoiler les secrets de mon art que pour l’utilité de quelques +maris glacés, & de tant d’épouses qui gémissent sur le lit nuptial. + + [30] Les catins sont presque toujours plus fieres que les honnêtes + femmes, & ne se croyent pas du tout méprisables. Cela paroît un peu + choquant. Cependant je pense qu’elles ont raison. Placées comme des + barrieres entre l’hymen & le célibat, les filles de joie servent de + victimes pour sauver la vertu des autres femmes; elles consolent le + premier venu des rigueurs d’une personne délicate; elles se prêtent + docilement aux désirs de l’amateur le plus dépravé; le même lit sert + au militaire le plus étourdi, & au capucin le plus sérieux. Elles + n’ont point tort de se montrer en public avec cette ostentation qui + leur est si commune, car c’est une gloire pour elles de vouloir bien + se soumettre à exercer un état qui est si avilissant en lui-même. + + [31] C’est le nom qu’on donne à de certains remedes qui ont la + propriété d’exciter aux plaisirs de l’amour. + + + + +DISSERTATION + +SUR + +Les remedes capables d’exciter aux plaisirs de l’amour. + + +Les plaisirs que procure l’union des deux sexes, sont les plus vifs que +l’on puisse goûter; ce n’est qu’en amour que le riche & le pauvre +trouvent la volupté; & le simple berger n’est pas moins heureux sur le +sein de Colette qu’un souverain dans les bras de son amante. + +Mais l’amour est comme le dieu _Mars_, il lui faut des sujets vigoureux; +les grâces, l’esprit, les talens peuvent lui plaire, cependant la +vigueur seule à le droit de le fixer. Comme on ne peut pas douter de ces +vérités, il est intéressant pour le bien de la population & la +satisfaction de chaque individu, que la médecine s’applique à trouver +les moyens les plus propres à nous faire longtems jouir des charmes que +procure l’amour. C’est pour remplir les devoirs d’un médecin zélé que je +mets la main à la plume; c’est pour servir l’Etat & l’amour; mais, je le +répete, mon but n’est point de favoriser la débauche. + +Je ne sais pourquoi MM. mes confreres ont été si scrupuleux sur cet +article; ils se sont tous accordés à garder le silence à ce sujet, ou du +moins ce qu’ils en ont dit, est enseveli dans de pesans volumes de +matiere médicale. L’acte vénérien étant un besoin de nature comme ceux +de manger, de boire, d’uriner, d’aller à la selle, &c. il est surprenant +que la théorie & la pratique médicinale ne s’occupent que de ces +derniers. L’espoir d’être utile fait que je renonce à l’usage, ou plutôt +aux préjugés reçus dans nos _facultés_: j’entre en matiere. + +Les causes de la froideur conjugale, c’est-à-dire celles qui empêchent +un individu de se livrer au coït, sont, un tempérament trop foible, reçu +de la nature, un épuisement qui est la suite de quelques excès, & la +vieillesse. Ces trois différentes maladies exigeant des traitemens qui +doivent différer entre eux, il est important de ne pas se tromper dans +l’administration des aphrodisiaques qu’on employe dans l’un ou l’autre +cas. Afin de me rendre intelligible à tous les lecteurs, je vais diviser +ces maladies & la maniere d’y remédier, en trois paragraphes. + + +§. I. Chaque individu reçoit de la nature, de ses parens, de +l’éducation, une organisation & un tempérament bien différens. Quelques +êtres sont privilégiés, ils naissent, & se forment pour la gloire de +l’amour: tel fut cet empereur qui écrivoit à un de ses amis, qu’ayant +fait cent prisonnieres, la premiere nuit dix d’entr’elles goûterent dans +ses bras ce que l’amour offre de plus charmant, & qu’en quinze jours, +toutes avoient senti les mêmes douceurs: tel fut encore ce tambour de +royal Wallon qui parcouroit à pas lents un cercle de cent hommes, avec +un seau plein d’eau portant sur son... _&c_. Les hommes de cette espece +sont fort rares; on en trouve plus de ceux qui sont trop foibles que de +ceux qui sont extraordinairement vigoureux. + +Lorsqu’on a atteint l’âge de puberté, & qu’on s’apperçoit qu’on le +parcourt sans avoir les forces nécessaires pour profiter d’un bon à +propos; c’est un signe certain qu’on ne jouit pas d’une bonne santé. Il +faut observer si cette fonction est la seule qui se fasse avec peine, +c’est-à-dire, si cette maladie est, comme disent les médecins, +essentielle ou symptômatique: dans ce dernier cas on peut être assuré +que le froid de l’amour se dissipera aussi tôt que le vice principal +sera détruit. Mais si l’on ne s’apperçoit d’aucune autre incommodité, on +usera d’un régime & de médicamens capables de faire convenablement +opérer la sécrétion de la semence, & propres à donner aux fibres le ton +& l’élasticité dont elles ont besoin. + +Un jeune homme, quoique naturellement foible, viendra à bout de se +donner un bon tempérament, en ne faisant aucun excès de quelque espece +qu’il puisse être, en faisant usage de bons alimens, en se livrant à un +exercice modéré, en fuyant les boissons spiritueuses, les veilles & +sur-tout la masturbation: voilà ce qui concerne le régime. Passons aux +remedes. Il boira, le matin à jeun & le soir deux heures après le +souper, un verre d’une décoction de _sauge_, édulcorée avec un peu de +sirop d’_œillet_. Avant le dîner, il prendra gros comme une noix de +l’électuaire suivant; ce qu’il continuera jusqu’à ce qu’il ait acquis un +certain degré de vigueur. + + +Electuaire. + + Prenez, conserve de romarin, deux onces, + Racine d’éryngium confite, six gros, + Amandes douces, une once & demi, + Macis, un scrupule. + Confection alkermès, quantité suffisante pour donner à l’électuaire la + consistance requise[32]. + + [32] Comme cet électuaire pourroit ne pas être du goût de tous les + malades, on pourra y substituer d’autres aphrodisiaques: on + trouvera, dans le troisieme paragraphe, une liste de toutes les + substances qui sont de cette nature. + + +§. II. Quand la foiblesse des parties de la génération est une suite du +libertinage & l’effet d’un épuisement général, il faut d’abord que le +malade s’éloigne des plaisirs de la ville & de ses sociétés dangereuses, +pour aller respirer l’air de la campagne. Il se mettra à l’usage du +laitage, si son estomac peut le supporter; ses alimens seront les œufs +frais, des viandes légeres, du bon bouillon, &c. Il prendra chaque jour +le soir & le matin, une petite cuillerée de l’essence suivante. + + +Essence animale. + +Prenez une pinte de bonne eau de vie, versez-en la quatrieme partie dans +un grand vase de fayance, faites-y dégoûter le sang de sept jeunes coqs, +& ayez soin de battre l’eau-de-vie à mesure que le sang y dégoûte, +versez-y ensuite le reste de l’eau-de-vie, en remuant toujours. Ajoutez +à ce mélange deux dragmes de canelle concassée, & demi-livre de sucre +candi en poudre; mettez le tout dans une bouteille de grès bouchée avec +liége, mastic fondu, & de la vessie de cochon. Enterrez la bouteille +dans le fumier de cheval pendant quarante jours, ayant soin d’ôter celui +qui est dessus & froid, tous les trois jours, pour en mettre du chaud. + +Cette essence est un puissant remede pour la génération; elle est utile +dans toutes sortes d’occasions où la nature manque, & sur-tout dans les +épuisemens par débauches. + + +§. III. L’amour seme notre carriere de fleurs, mais la nature ne nous +donne qu’un tems pour les cueillir. L’homme trouve toujours une belle +femme de son goût, il ne peut cependant pas le lui prouver à tout âge. +Voyez _Mondor_, regardez son hôtel, ses valets, sa cuisine, son office, +sa table, tout annonce l’aisance; il n’est pourtant pas heureux: son or +lui donne bien de belles esclaves, mais en amour, posséder n’est pas +toujours jouir. + +Quoique l’âge de la vieillesse soit froid & presque impuissant, il est +prouvé que l’on peut encore le rendre agréable par les secours de l’art. +Tout Paris a vu un doyen des maréchaux de France, courtiser les femmes +pendant soixante ans & plus, & se marier dans l’âge que l’on regarde +communément comme celui de décrépitude. Ce seigneur a de grandes +obligations à la médecine, qui ne lui est pas moins redevable de son +côté, puisqu’il sert à prouver que les ordonnances hypocratiques ne sont +pas toujours des rêveries. + +Un homme d’un certain âge, qui veut connoître les plaisirs de l’amour, +doit faire usage de bons alimens, manger peu & souvent. Il faut qu’il +prenne tous les mois un bain de lait. Il se fera faire tous les soirs, +en se couchant, des embrocations sur les lombes avec de l’huile de +_castor_, ou de l’esprit de vin dans lequel on aura fait infuser du +saffran. Il se baignera chaque jour les parties génitales dans une +décottion de _surriette_, faite dans du vin rouge. Avec toutes ces +précautions, le remede qui perfectionnera la cure, est le suivant. + + +Liniment de virilité. + +Prenez du miel clarifié & de l’huile de noix muscade par expression, une +demi once de chaque sorte; de la pirethre, du poivre noir, & des +cubébes, une demi-once de chacun; du musc, un demi scrupule; de la +civette, un scrupule; du baume du Pérou, un gros; faites-en un liniment +suivant les regles de l’art. + +Ce liniment est destiné pour oindre la verge & le périnée, ce qu’on ne +fera que de trois jours en trois jours au plus, car il excite +singulierement aux plaisirs de l’amour[33]. + + [33] Il ne seroit pas moins utile aux jeunes gens qui sont impuissans, + qu’aux vieillards. C’est l’aphrodisiaque le plus prompt, & le plus + assuré. + +Comme il ne suffit pas que la chaleur animale soit momentanée, les +vieillards feront un usage constant de l’électuaire suivant; ils en +prendront, une heure avant le dîner, gros comme une noix muscade. + + +Electuaire aphrodisiaque. + + Rx. Conserve de racine d’éringium, de satyrion... _aa_ deux onces; + de gingembre confit, six gros; + d’amandes douces, une once; + de confection alkermès, un gros; + de poudre de semence de roquette & de moutarde, trois gros de chaque; + especes diatrion piperon, deux gros; + syrop de racine d’énula, une quantité suffisante. + Mêlez le tout pour former un électuaire. + +On sera peut-être surpris que je n’aye fait aucune mention de l’usage +des cantharides; mais les vrais médecins ne les ont jamais regardées +comme de vrais aphrodisiaques. Elles n’agissent qu’en irritant les voies +urinaires, & l’irritation qu’elles y produisent, est souvent mortelle. +Je conseille donc de n’y avoir jamais recours, il ne manque pas de +moyens plus sûrs & moins dangereux, ainsi qu’on le verra dans la liste +suivante. + +Je le répete, mon intention n’est pas de favoriser la débauche; il faut +toujours réfléchir qu’on ne doit pas sacrifier sa santé à des plaisirs +d’un moment. L’amour est la plus belle des passions; mais elle est aussi +celle qu’il importe le plus de diriger. _Qui diligit sapientiam; diligit +vitam._ + + + + +CATALOGUE + +DES SUBSTANCES + +aphrodisiaques. + + +La _camphrée_; cette plante ne se cultive que dans les jardins +botaniques. Elle fortifie les nerfs, & répare la perte des esprits. On +ne s’en sert pas dans la pharmacie. + +Le _cheiri_, ou la giroflée jaune; il vient sur les murailles, il +fleurit en Mai & Juin. Quelques apothicaires en préparent une huile. + +La _marjolaine_; cette plante est très-connue. + +La _roquette_; on la cultive dans les jardins; il y en a aussi une +sauvage qui n’est pas moins bonne. + +Les _feuilles d’inde_; c’est une feuille oblongue, pointue, compacte & +luisante, distinguée par trois nervures qui vont de la queue à la +pointe, son odeur approche un peu de celle du clou de girofle. C’est la +feuille d’un grand arbre commun dans les jardins des Indes orientales. +Elles entrent dans la composition de la thériaque de Venise. + +Le _marum vulgaire_; c’est une plante ou un arbrisseau chargé de +branches rondes, larges, avec deux feuilles à chaque articulation un peu +plus grandes que celles du thym, mais semblables du reste. Elle est +d’une odeur agréable, & a à-peu-près les propriétés de la marjolaine. + +Le _marum_ de Syrie; c’est une plante plus basse & plus tendre que la +précédente. Elle vient dans l’île de Candie & dans la Syrie. Son odeur +est fort piquante & fort agréable. On tire de cette plante un excellent +sel volatil. + +L’_origan_ vulgaire; c’est la marjolaine sauvage. Cet origan n’est pas +si fort que le suivant. + +L’_origan_ de Crète; cette plante naît dans l’île de Candie, & dans +d’autres parties de la Grece; elle a des feuilles plus longues & plus +blanches que la marjolaine. C’est une plante aromatique fort chaude, +mais elle n’est pas d’une odeur bien agréable. + +Le _ros solis_; il y en a deux especes; une à feuilles rondes, & l’autre +à feuilles oblongues. La premiere espece est la plus en usage. C’est une +petite plante basse, qui a une racine fibreuse; il sort de petites +feuilles un peu creuses autour des tiges longues d’un doigt; les +feuilles sont couvertes & frangées d’un velouté rouge qui donne une +teinte rouge à toute la feuille. Elle vient dans les terreins humides +dans une mousse d’un rouge pâle, & fleurit dans le mois de Mai. C’est un +grand restaurant, & un échauffant. On dit que l’application extérieure +de cette plante facilite l’accouchement. + +La _sauge_; il y en a de plusieurs especes, mais la grande sauge des +jardins est la meilleure. Cette plante a été en si grande estime, que +les anciens poëtes en ont dit: _cur moriatur homo cui salvia crescit in +horto?_ + +Le _jonc odorant_; il est commun dans l’Inde, & dans quelque partie de +l’Arabie. C’est un aromatique fort agréable. Il entre dans la thériaque +& autres compositions. + +Le _serpolet_; cette plante est très-commune. + +Le _thim_; celle-ci n’est pas moins commune, ainsi on n’en fera aucune +description. + +La _fauve-vie_; elle vient dans les rochers; c’est une plante petite & +basse; ses feuilles sont en petit nombre, ressemblantes à celles de la +rue. Elle n’a que deux ou trois pouces de hauteur. On la fait entrer +dans les compositions pectorales. + +Le _romarin_; les fleurs de cette plante sont le principal aromatique +qui vienne dans nos pays. C’est avec ces fleurs qu’on fait l’eau de la +reine d’Hongrie. + +Les _fleurs d’orange_; ces fleurs sont fort connues. + +Les _clous de girofle_; c’est le fruit cueilli avant sa maturité, d’un +grand arbre qui a les feuilles semblables au laurier, qui croît dans les +Indes orientales. + +Les _œillets de jardin_; c’est un bon aromatique. On en fait un syrop, & +une conserve qu’on trouve chez tous les apothicaires. + +Le _jasmin_; ses fleurs sont de la même nature que celles d’oranges. + +La _lavande_; ses fleurs ont les propriétés de celles du romarin. + +Le _muguet_; les fleurs sont d’une odeur fort agréable, mais elles la +perdent en les faisant sécher. + +Le _stæchas d’Arabie_; c’est un grand cordial & qui fortifie les nerfs. +Les apothicaires en font un syrop. + +Le _tilleul_; ses fleurs sont bonnes pour fortifier les nerfs. + +La _moutarde_; sa graine est tres-échauffante. + +L’_anacarde_, ou la _féve de Malaga_; c’est une graine qui vient au +sommet d’un fruit de figure conique, des Indes orientales. Il a la +couleur & la figure du cœur d’un petit oiseau. Il est couvert d’une +pellicule forte, qui renferme une substance spongieuse; au bas est +enfermé dans une autre pellicule le noyau qui a le goût d’une amande. Ce +fruit est fort chaud, & excite singulierement au plaisir de l’amour. + +L’_acajou_, ou l’_anacarde occidental_; il est commun à la Jamaïque; il +ressemble à un rein de lievre pour la grosseur & pour la figure. Ce +fruit a les mêmes vertus que le précédent. + +La _graine d’écarlate_, ou _alkermès_; c’est une baie d’une espece de +chêne. Il fait le principal ingrédient d’une confection qu’on trouve +dans les pharmacies sous le nom de confection _alkermès_; ce médicament +est propre pour fortifier le cœur; l’estomac, le cerveau, & pour exciter +la semence. La dose est depuis un scrupule jusqu’à un gros. + +La _vanille_; elle vient de la nouvelle Espagne. On la mêle au chocolat +pour l’aromatiser & le rendre plus échauffant. + +Les _cubebes_; ce sont de petits grains ressemblans au poivre. Ils sont +fort aromatiques & fort chauds. On en trouve chez les droguistes & les +apothicaires. + +La _noix muscade_; c’est le fruit d’un arbre qui vient principalement +dans l’île de Banda aux Indes orientales. Sa dose en substance est +depuis un scrupule jusqu’à un gros. C’est un aromate délicat, & un grand +confortatif. + +Le _poivre_; il a beaucoup des propriétés des cubebes, mais il est +encore plus chaud. + +Le _cacao_; il est très-connu comme un bon aliment; c’est le principal +ingrédient du chocolat. C’est une amande de la grosseur d’une olive, +qu’on cultive principalement dans les îles de Cuba & de la Jamaïque. + +Les _pistaches_; ce sont des fruits oblongs de la grosseur d’une +aveline, anguleux, plus élevés d’un côté, aplatis de l’autre; sous une +écorce mince est contenu un noyau d’un blanc verdâtre, d’un goût +huileux, un peu doux. Elles sont chaudes & restaurantes. + +L’_écorce de Winter_; c’est une écorce aromatique, chaude, qui prend son +nom de celui qui la fit le premier connoître en Europe. Elle passe pour +une espece de canelle. Elle a une odeur qui ne differe pas beaucoup de +celle de l’écorce du citron; elle est subtile & pénétrante. La dose est +un demi gros en substance. + +La _canelle_; cette écorce est très-connue. + +Le _roseau aromatique_, ou _acorus verus_; c’est une racine aromatique +qui a un peu d’amertume, qui a une odeur qui approche du porreau & de +l’ail. + +Le _galanga_; c’est une petite racine pleine de nœuds; on croit que +c’est une espece d’iris. Son goût âcre, aromatique & un peu amer, pique +& brûle le gosier comme le poivre. + +Le _ginseng_; c’est une racine apportée du Japon; la feuille du ginseng +est d’un pouce ou deux de long, de la grosseur du petit doigt, un peu +raboteuse, brillante & comme transparente, ayant le plus souvent deux +branches, quelquefois plus, garnies de fibres menues vers le bas; sa +couleur est roussâtre en dehors, & jaunâtre en dedans; son goût est +légerement âcre, un peu amer & aromatique; son odeur n’est pas +désagréable. C’est un puissant aphrodisiaque. + +Le _salep_; c’est une racine oblongue & quelquefois transparente, d’une +couleur blanche-jaunâtre, de peu d’odeur & d’un goût visqueux. On la met +en poudre, & on en fait une décoction qui restaure & fortifie. + +Le _satyrion_; il y en a de deux sortes, le satyrion mâle, & le satyrion +femelle. Le mâle, qui est celui qu’on tient dans les boutiques, à deux +racines de figure ovale, aussi grosses qu’une petite olive, d’une +couleur blanchâtre & pleines d’un suc visqueux. On ne se sert que de ses +racines. Le satyrion femelle, est une plante un peu plus petite que +l’autre; elle a à-peu-près les mêmes vertus, mais il faut la prendre en +plus grande quantité. C’est un grand cordial & un grand restaurant. Elle +à un grand pouvoir pour exciter aux plaisirs de Vénus. C’est +certainement pour cela qu’on regarde comme un grand corroboratif +l’électuaire _diasatyrion_, qui prend son nom de cette racine. Cet +électuaire réchauffe & produit des sensations agréables dans tout le +genre nerveux. Quelques médecins ne croient pas aux vertus de cette +plante, mais qu’on essaie d’en faire usage, & l’on verra que l’opinion +de ces docteurs & l’expérience ne sont pas d’accord à ce sujet. +_Dioscorides_, _Pline_, & autres ont parlé du satyrion comme d’un +puissant aphrodisiaque; ces autorités valent bien celles de quelques +modernes, qui déprisent les anciens, & qui cependant n’ont d’autre +mérite que celui de débiter des aphorismes à côté du lit des malades, +leur ordonner vingt sortes de remedes dans un jour, & les expédier pour +les antipodes. + +Le _gingembre_; c’est une racine des Indes, qu’on transporte +ordinairement séchée, & quelquefois en conserve. C’est une racine +tubéreuse, noueuse, branchue, un peu applatie. Sa substance est un peu +fibreuse, pâle ou jaunâtre; son odeur est très-agréable, son goût est +âcre, brûlant, aromatique; sa chaleur ne se fait pas sentir si +promptement que celle du poivre, mais elle dure plus longtems. + +La racine du _chardon raland_; c’est l’_eringium_ des boutiques. C’est +un grand restaurant. + +Le _panais_; on s’en sert dans les alimens, & il est bien connu de tout +le monde. On reconnoîtra qu’il excite aux plaisirs de l’amour, si l’on +en fait un grand usage. + +Le _baume du Pérou_; c’est le produit d’un arbre des Indes occidentales. +Le meilleur est d’une couleur rouge, noirâtre, & d’une odeur suave. La +dose est de douze où quinze gouttes. + +Le _musc_; le bon est d’une couleur de fer, noirâtre, onctueux, d’un +goût agréable, amer, & d’une bonne odeur. On le trouve dans le corps +d’un animal des Indes qui ressemble au bouc. + +Le _castoreum_; il est d’un goût âcre, amer, dégoûtant, & d’une odeur +forte. On le tire du castor, qui est un animal amphibie. On nous +l’apporte de la baie de Hudson, de la nouvelle Angleterre & de Russie. +On le prend en substance jusqu’à un demi-gros. Il est d’un usage fort +étendu en médecine. + +L’_ambre gris_; c’est une sorte de bitume qui se forme dans les rochers, +& qui est lavé par les eaux de la mer, & jetté sur le rivage par les +vagues. C’est une substance grasse, solide, légere, de couleur de +cendres, semée de petites taches blanches. + +Le _succin_; il est dur, aride, fragile, transparent, tantôt jaune ou +citrin, tantôt blanchâtre, tantôt roux; d’un goût de bitume un peu âcre +& un peu astringent. Il a une odeur agréable de bitume, lorsqu’on +l’échauffe. S’il est échauffé par le frottement, il attire la paille. + +Outre les substances que je viens de nommer, il y en a beaucoup d’autres +qui sont échauffantes de leur nature, & dont on se sert comme aliment: +mais elles sont fort connues & je les passe sous silence. Pour ne rien +laisser à désirer sur cette matiere, je vais donner la recette de +différentes compositions qui sont très-utiles à tous ceux qui sont d’une +constitution froide. + + +TEINTURE + +Aphrodisiaque. + +Prenez du _ros solis_, quatre poignées; de la canelle, de la noix +muscade, du macis, des clous de girofle, du gingembre, une once de +chacun; du musc, quatre grains; de l’esprit de vin, huit livres. Mettez +le tout ensemble en digestion pendant vingt jours; après quoi coulez la +teinture, dissolvez-y une livre de sucre, & mettez-la dans un vaisseau +fermé pour l’usage. La dose est d’une petite cuillerée à café. + + +Conserve Aphrodisiaque. + +Prenez des racines de satyrion; faites-les cuire dans de l’eau jusqu’à +ce qu’elles soient en bouillie, & passez-les. Prenez une livre de cette +pulpe, & une livre de sucre cuit dans la décoction de la racine jusqu’à +la consistance du miel. Mêlez-les, & faites une conserve suivant les +regles de l’art. La dose est d’un gros. + + +Poudre aphrodisiaque. + +Prenez de la canelle, de la racine d’angélique, des clous de girofle, du +macis, de la noix muscade, des feuilles d’inde & du galanga, trois gros +de chacun; du nard des Indes, des grands & des petits cardamomes, un +gros de chaque; du gingembre, un gros & demi; du bois d’aloës, du santal +jaune, du poivre long, deux gros de chaque; réduisez-les en poudre. La +dose est d’un demi gros, dans du bouillon ou du bon vin. + + +Electuaire aphrodisiaque. + +Prenez du chocolat en poudre & des amandes douces blanchies, une once de +chaque; du sucre fin & de la conserve de roses rouges, une once & demie +de chaque. Battez le tout dans un mortier avec une suffisante quantité +de suc de kermès; ajoutez-y deux scrupules de baume de la Mecque, une +once de syrop de baume, & faites-en un électuaire. On peut en user trois +ou quatre fois par jour de la grosseur d’une noix muscade. + +Il seroit inutile de multiplier davantage les recettes de cette espece; +en voilà, je pense, assez pour satisfaire différens goûts. Je n’ai pas +voulu m’en tenir à une seule composition, parce qu’il y a de certaines +substances qui déplaisent ou qui répugnent à de certaines personnes. + +Après avoir traité des moyens capables d’exciter aux plaisirs de Vénus, +je dois encore, pour satisfaire tous les lecteurs, parler des secours +propres à rallentir la passion de l’amour. Il y a plus d’un célibataire +qui ne peut éteindre les feux qui le dévorent, sans s’exposer à être la +victime de quelques prostituées; cela étant, n’est-il pas nécessaire de +les instruire de la nature des remedes qui leur sont propres pour +tempérer en eux l’ardeur de la déesse de Paphos? Ce n’est pas, il est +vrai, bien nécessaire qu’il y ait des célibataires; cet état afflige & +répugne à la nature; mais ne pouvant changer nos mœurs, nos préjugés, +nos sottises, cherchons au moins à adoucir le sort de nos semblables. + +Les remedes froids & tempérans sont non-seulement utiles aux +célibataires, mais encore à de certains mariés. Lorsque, par exemple, +l’homme est si vigoureux, que ses caresses alterent la santé de sa +femme, il doit avoir recours aux médicamens rafraîchissans plutôt qu’aux +_catins_: si la femme est de même la plus emportée sur l’article, il +faut qu’elle tempere ses humeurs plutôt que de prêter l’oreille aux +fleurettes de ses voisins. + +Pour ralentir la passion amoureuse, on doit se mettre à un régime +rafraîchissant, se priver des liqueurs spiritueuses, des alimens trop +nourrissans & aromatisés, prendre des bains de riviere si la saison le +permet. Avant que de se mettre au lit, on prendra de deux jours en deux +jours, une émulsion faite de la maniere suivante. + + +Emulsion tempérante. + +Prenez de semence de melon, de courge, un gros & demi de chaque. Vous +les pilez dans un mortier, & en triturant vous versez par-dessus un +demi-septier d’eau commune. Passez & clarifiez le tout. Ajoutez à la +colature une once de syrop de nénuphar. On prendra toute cette dose à la +fois, deux heures après le souper. + +Le sel de nitre posséde au suprême degré toutes les vertus qu’on +attribue à quelques plantes dont on fait un grand usage dans les +couvents. Celui qui prendroit pendant quatre ou cinq jours deux gros de +sel de nitre par jour, ne seroit certainement pas importuné par des +érections ni des pollutions. + +La laitue, la scariole, le pourpié, le melon, sont des substances +très-rafraîchissantes, & dont l’usage continu éteint à coup sûr le +flambeau de l’amour. Aussi remarque-t-on que les femmes voluptueuses +préparent rarement les alimens de cette espece, & ne les servent presque +jamais sur la table de leurs époux: elles trouvent mieux leur compte en +leur présentant l’artichaud, le céleri, &c. + +Ceux qu’un trop fort tempérament importune, useront de l’aposême +suivant, dont je conseille cependant de ne pas faire un long usage, car +il rendroit absolument impuissant. Une forte dose de ce remede noueroit +certainement l’aiguillette au nouveau marié le plus intrépide. + + +Aposême tempérant. + +Prenez de la graine de chanvre broyée, trois onces; de la laitue, du +pourpié, du plantin, une poignée & demi de chacune; des quatre semences +froides deux onces; faites bouillir le tout dans six livres d’eau, +jusqu’à ce qu’elles soient réduites à quatre; coulez la décoction; +adoucissez-la avec du sucre fin; ajoutez-y encore trois gros de sel de +nitre. + +Tous les acides conviennent aux personnes qui ne veulent pas connoître +les plaisirs de l’amour, ainsi les célibataires, qui sont jaloux de +conserver leur chasteté, ajouteront à leur boisson (qui sera toujours de +l’eau) du syrop de limon, ou de celui de vinaigre jusqu’à agréable +acidité. + +Il m’en coûte, sans doute, de me voir forcé de fournir des armes contre +l’amour; mais, comme je l’ai dit, il est de certains préjugés qu’il faut +respecter; & ces pauvres êtres, qui ont fait vœu de n’être plus hommes, +seroient bien à plaindre si l’art médical ne pénétroit dans leur +solitude pour les mettre à même de triompher des piéges de satan, & de +résister aux tentations de la chair. + + +FIN. + + + + +TABLE DES MATIERES. + + + Discours préliminaire. Pag. 5 + + CHAPITRE PREMIER. + Du fouet & de ses effets sur le physique de l’amour. 15 + + CHAPITRE II. + Des causes par lesquelles les flagellations excitent à l’amour. 47 + + CHAPITRE III. + De quelques erreurs qu’il seroit utile de détruire, + principalement dans les couvens. 65 + + CHAPITRE IV. + De la nécessité de changer les peines qu’on inflige à l’enfance + & à la jeunesse. 90 + + Conclusion. 101 + + Dissertation sur les remedes capables d’exciter aux plaisirs de + Vénus. 107 + + + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77249 *** diff --git a/77249-h/77249-h.htm b/77249-h/77249-h.htm new file mode 100644 index 0000000..858006a --- /dev/null +++ b/77249-h/77249-h.htm @@ -0,0 +1,2964 @@ +<!DOCTYPE html> +<html lang="fr"> +<head> + <meta charset="UTF-8"> + <title>Aphrodisiaque externe, ou traité du fouet | Project Gutenberg</title> + <link rel="icon" href="images/cover.jpg" type="image/x-cover"> + <style> + +p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; + margin: .3em 0;} +p.noindent { text-indent: 0; 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mais quelque singulier<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> +qu’il paroisse à beaucoup de +personnes, j’ai jugé qu’il feroit +toujours plus de bien que de mal, +& qu’on me pardonneroit de m’y +être quelquefois servi d’expressions +un peu libres en faveur des vérités +importantes que j’ose annoncer.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> <i>Singulier</i>… Mes censeurs ne se +serviront pas de ce terme pour désigner +mon livre ; les prudes diront, quelle +horreur ! les dévots crieront à l’impiété… +la populace de règ.. de pr. de mo. fera +grand bacanal… enfin, que sais-je, +chacun déraisonnera de son côté ; il n’y +aura que quelques gens raisonnables qui +diront que j’ai raison, encore n’oseront-ils +pas le dire tout haut.</p> +</div> +<p>Quoique persuadé de l’utilité +de mes réflexions, j’ai cependant +cru devoir garder l’anonime. Je +n’ignore pas qu’il y a des erreurs +qu’il est très-dangereux de combattre, +& qu’il ne seroit pas toujours +prudent d’attaquer tous ceux +qui s’y livrent. Si mon ouvrage +est condamné, je m’en consolerai +d’autant plus facilement que je n’ai +eu, en l’écrivant, que l’intention +d’être utile : mais si je voyois une +cabale injuste & puissante, ne pas +se contenter d’en faire griller les +exemplaires, & poursuivre quelque +innocent écrivain ; j’atteste +que je ne balancerois pas de me +nommer. Je le répete, ce n’est +pas à dessein qu’on persécute quelqu’un +à ma place que je tais mon +nom.</p> + +<p>La matiere que je traite n’est pas +entierement neuve ; <i>J. Henri Meibomius</i><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> +nous a laissé un traité intitulé +<i lang="la" xml:lang="la">de flagrorum usu in re veneria</i> : +mais ce traité est peu connu, +& l’auteur n’y est pas entré dans +tous les détails qui ont rapport à +cet objet ; il a seulement voulu +rendre raison de l’effet que le fouet +peut produire sur le physique de +l’amour. J’ai consulté cet écrivain +sans le suivre, & j’ai joint de +nouvelles réflexions à celles de +ce savant médecin.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Il y a eu trois auteurs qui ont porté +le nom de <i>Meibomius</i>. L’auteur de la dissertation +que je viens de citer, fut professeur +en médecine à <i>Helmstadt</i>, ensuite +premier médecin de <i>Lubek</i> ; il a publié +plusieurs autres ouvrages, & vivoit dans +le commencement du siecle dernier.</p> +</div> +<p>Pour mettre de l’ordre dans la +variété des objets que je vais présenter, +il est indispensable de diviser +mon ouvrage en différens chapitres ; +mais je préviens le lecteur +qu’il ne devra me juger qu’après +avoir parcouru tout le livre ; en +ne lisant qu’un chapitre isolé, l’auteur +ne seroit à ses yeux qu’un +écrivain scandaleux. Que l’on parcoure +le tout, on verra si j’ai eu +tort d’avancer que je n’ai d’autre +but que celui d’être utile.</p> + +<p>Je parlerai dans le premier chapitre, +de l’effet des flagellations +sur le physique de l’amour.</p> + +<p>On expliquera, dans le second, +pourquoi & comment le fouet produit +cet effet.</p> + +<p>Le troisieme démontrera de +singulieres erreurs.</p> + +<p>On trouvera dans le quatrieme +chapitre, des raisons bien puissantes +pour changer les peines +qu’on inflige à l’enfance & à la +jeunesse.</p> + +<p>La conclusion sera enfin, le résumé +de tout ce qu’on aura dit, +pour en faire ensuite une juste +application ; & j’y prouverai comment +des abus qui ne paroissent +rien en eux-mêmes, influent sur +la santé & les bonnes-mœurs.</p> + +<p>Mais, dira-t-on, comment un +médecin a-t-il pu s’occuper d’un +ouvrage de cette nature ?… Eh ! +qui voudroit-on qui s’élevât contre +des erreurs préjudiciables à la +santé ! De qui le Public est-il en +droit d’attendre des notions sur +ce qui peut lui nuire, si ce n’est +d’un médecin ?</p> + +<p>On me reprochera sans doute, +d’avoir écrit mes réflexions en +langue vulgaire… Y auroit-il, +par hazard, des mots qui deviennent +obscènes dès qu’on les prononce +en françois ? Si cela étoit, +il faudroit renoncer à ce langage, +qui sera bientôt celui du monde +entier, & même le défendre, puisqu’il +ne peut dire le nom de certaines +choses sans allarmer la pudeur. +Pauvres esprits que nous +sommes ! où plaçons-nous la délicatesse ? +& pourquoi faut-il qu’un +médecin soit forcé de faire tant +de questions, pour demander à une +prude si elle est bien ou mal <i>réglée</i> ? +Quelques ecclésiastiques ne +sont pas si scrupuleux, lorsqu’ils +ont une jeune fille à leur confessionnal, +ils parlent de tout… +ils interrogent sur tout… on +répond à tout… c’est presque +le seul endroit où la langue ne +soit jamais obscene.</p> + +<p>Je pense que chaque chose doit +porter son nom, que l’on peut & +que l’on doit le proférer sans faire +rougir personne. J’ai vu dans une +de nos grandes villes, des imbécilles +qui avoient sait une société +de savantes<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> ; elles commencerent +entre elles un cours d’anatomie ; +lorsque le démonstrateur en +vint aux parties de la génération, +elles planterent là la leçon, & +s’enfuirent en se couvrant le visage ; +ces dames trouverent très-indécent +qu’il fût question de ces <i>bêtises</i> +dans des démonstrations anatomiques. +Je dispense les êtres de +cette nature de porter leurs chastes +regards sur mon ouvrage.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Il en est, par fois, des sciences +comme des habits, elles sont aussi sujettes +à <i>la mode</i>. Tantôt nos élégantes Parisiennes +sont chimistes, tantôt botanistes ; +l’invention des globes les avoit même +rendues physiciennes, astrologues, mathématiciennes ; +elles sont toujours tout, +hormis ce qu’elles devroient être.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c1">CHAPITRE PREMIER.<br> +<span class="i">Du fouet & de ses effets sur le +physique de l’amour.</span></h2> + + +<p>L’amour étant nécessaire pour la +propagation de l’espece, il falloit +que cette passion fût profondément +enracinée dans le cœur de l’homme, +que la nature nous en fît un besoin, +& qu’elle y attachât la plus +grande jouissance. Les plaisirs que +procure l’amour sont les plus vif +que l’on puisse goûter, aussi leur +donne-t-on le nom de volupté ; il +est impossible de les avoir connus +sans les rechercher de nouveau, +& l’on en jouit aujourd’hui sans +préjudice pour les désirs du lendemain. +Cependant, quelque nécessaire +que soit le sentiment de l’amour, +il ne peut & ne doit faire +notre bonheur qu’en s’y livrant avec +modération ; car tout ce qu’on +donne au corps au-delà de ses besoins +l’affoiblit, & l’on trouve toutes +sortes de maux dans le sein même +de la volupté.</p> + +<p>On est plus ou moins emporté +par la violence de cette passion, +suivant sa bonne ou mauvaise constitution ; +ceux qui sont d’un tempérament +sanguin ont les passions +plus vives que les pituiteux. Le +docteur <i>Venette</i> parle de la femme +d’un Catalan, qui un jour fut obligée +de s’aller jetter aux pieds du +roi, pour implorer son secours sur +l’excessive vigueur de son mari, +qui, à ce qu’elle dit, <i>lui ôteroit +bientôt la vie, si l’on n’y mettoit ordre</i>. +Le roi fit venir ce mari pour savoir +la vérité ; il avoua avec franchise, +que chaque nuit étoit marquée +par dix triomphes ; sur quoi +le roi lui défendit par arrêt, <i>sur +peine de la vie</i>, de s’abandonner +plus de six fois à la violence de ses +transports, de peur que par l’excès +de ses embrassemens, il n’accablât +son épouse. Cet arrêt est fort singulier, +mais il faut avouer qu’il est +bien rare que les souverains soient +dans le cas d’en porter de semblables.</p> + +<p>Quel que soit le tempérament +qu’on ait reçu de la nature, on ne +sauroit être <i>homme</i> longtems, si l’on +céde de bonne heure à l’empire de ses +passions ; c’est par cette raison que +nos débauchés de Paris sont vieux à +trente ans & décrépits à quarante. +Lorsqu’on a abusé de son existence, +si les désirs s’étoient anéantis comme +les forces, ce ne seroit alors +qu’un demi-mal ; mais les êtres exténués +ne sont que plus avides de ces +plaisirs qu’une femme peut leur permettre, +sans qu’il soit pourtant en +son pouvoir de les leur faire goûter ; +l’impuissance irrite alors les désirs, +& l’on ne se lasse pas d’importuner +la nature.</p> + +<p>L’acte vénérien, quoiqu’en lui-même +salutaire<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, devient le principe +de mille maux, par l’abus que +quelques femmes en font ; ensorte +que la source des plaisirs & de la +vie se change souvent en une source +de douleurs. Loin d’attendre que +le physique parle, on se hâte de +l’exciter ; & quels sont les moyens +dont le libertinage ne se sert pas +dans ce cas ! On a d’abord cherché +dans les aliments ceux qui +seroient les plus échauffants de +leur nature ; on a ouvert les pharmacopées +pour faire usage des cordiaux, +des irritants & des aphrodisiaques ; +quelques médecins ont +eu même assez peu de délicatesse, +pour donner des conseils dans de +semblables occasions<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Il n’y a que l’abus des plaisirs de +l’amour qui puisse nuire ; car le célibat +comporte souvent avec lui des inconvéniens +qui ne le cédent en rien à ceux +qui résultent d’avoir trop sacrifié à +Vénus.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Un médecin ne doit pas toujours +garder le silence sur cette matiere ; lorsqu’il +arrive, par exemple, que la froideur +conjugale cause des désordres dans +le ménage, je pense qu’il peut employer +quelques secours pour y maintenir l’union +& la paix.</p> +</div> +<p>Les femmes n’ont rien oublié +de leur côté pour s’attirer des hommages ; +elles ont embelli tout ce +qui peut décemment se montrer, +& se sont vêtues de telle maniere, +que ce qui se voit suffit pour donner +une idée des charmes cachés. +Cela suffiroit sans doute ; mais l’art +de la volupté devoit pousser ses +recherches plus loin.</p> + +<p>Vénus eut bientôt des prêtresses +qui se dévouerent entierement à +l’amour ; la délicatesse fut bannie +des temples que vint élever le plaisir ; +& tout le culte s’y réduisoit à +chercher des ressources pour faire +renaître le moment de la jouissance. +Nos <i>couvents de courtisannes</i> sont +les restes de ces monumens antiques, +mais ils n’en sont pas moins +courus, ni moins élégants. Ce n’est +que là que le vieux financier peut, +à force d’or, se rappeller, par intervalle, +de son antique existence : +l’époux, que glace la décence & la +monotonie de sa femme, vient y +chercher des plaisirs qu’il n’ose +exiger que là : le célibataire, qui +a des raisons pour qu’on le croie +tel, se glisse en secret dans les +temples de ce genre, il y trouve +les moyens de se débarrasser de son +superflu<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>, & de se parer en Public +de tous les dehors de la chasteté & +de l’abstinence.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Les plaisirs de l’amour sont un besoin +pour les deux sexes. Cela étant, +comment ose-t-on faire vœu de célibat, +ou plutôt, comment permet-on à quelqu’un +de le faire ? L’exemple journalier +ne prouve-t-il pas que ces malheureux +manqueront de parole ? quand ils sont +pris sur le fait, ils croient s’excuser en +disant qu’ils sont <i>hommes & faits de +chair & d’os comme nous</i> ; cela ne prouve +rien, sinon qu’ils ont tort de ne +violer le vœu qu’en secret. Que ces célibataires +élevent une voix commune contre +un état qui n’est pas dans la nature ! +Qu’ils rompent d’accord entre eux & la +raison, ce lien qui les rend à charge à la +société ! alors il leur sera permis de connoître +tous les charmes attachés à l’existence +de l’homme ; & les ménages de +leurs voisins seront en même tems plus +tranquilles.</p> +</div> +<p>Les filles de joie sont-elles un +mal nécessaire ? doit-on le tolérer, +ou l’empêcher ? Ce n’est pas ici le +lieu d’agiter cette question, qu’il +me soit seulement permis de dire +qu’il y a beaucoup d’hommes qui +en ont besoin.</p> + +<p>Comme les temples de <i>Vénus</i> ne +peuvent se soutenir que par les plaisirs +qu’on y trouve, il a fallu que +les prêtresses de cette divinité portassent +toute leur attention de ce +côté ; il est enfin nécessaire que la +volupté soit leur unique étude… +parures riches & légeres… vêtemens +dégagés & ambrés… sourire +engageant… démarche voluptueuse… +appartemens élégans… +tableaux lascifs… bibliotheque +choisie… &c. &c. rien +de ce qui peut tenter n’est oublié ; +les courtisannes ont mille manieres +d’exciter l’<i>acte</i> toujours désiré. Cependant, +à force d’user de ces moyens +sans cesse répétés sur un même individu, +la nature refuse enfin de se +prêter aux efforts ordinaires ; on est +forcé d’en employer de nouveaux. +L’aspect d’une belle gorge, d’une +jolie jambe, de quelque chose de +plus encore, étant inutile ; une +main gentille, adroite, & légere +n’ayant plus aucun pouvoir sur…</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Ce surplus, ce reste de machine,</div> +<div class="verse">Bout de lacet aux hommes excédant ;</div> +<div class="verse i4"><i>la Fontaine, contes</i>.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent">on a tenté des épreuves extraordinaires ; +&, comme j’ai dit que la +délicatesse a été bannie de ces endroits, +on n’a pas eu de violence +à se faire pour se déterminer à les +proposer & à s’y soumettre.</p> + +<p>C’est dans les tourmens qu’on a +cherché des ressorts pour procurer +les plaisirs de l’amour. On se sert +des flagellations, afin d’opérer ce +que peut seul l’aspect d’une belle +femme sur un homme bien constitué. +Ce moyen n’est point une invention +moderne, & ne prouve pas +(comme le pensent quelques admirateurs +de l’antiquité) que les +mœurs sont plus dépravées que dans +les siecles passés.</p> + +<p>L’amour, qui fut de tout tems +l’excitatif de tous les êtres, eut toujours +ses vertus & ses vices. Si cette +passion<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> n’est pas aussi ancienne +que le monde, elle a au moins, +quelques jours de plus que la découverte +du <i>péché originel</i>. Les brosses +à frictions, les verges, les martinets, +dont se servoient jadis les +prostituées de Babylone, de Tyr, +d’Athenes, & de l’ancienne Rome, +n’étoient peut-être pas aussi élégantes +que le sont maintenant ceux +de nos filles de Paris, de Londres, +de Naples, & de Venise. Mais on +s’en servoit pour le même usage, +& le libertinage étoit alors au même +point.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Il n’est pas possible qu’on ait, de +tout tems, regardé l’amour comme une +passion criminelle en elle-même. Je suis +même sûr que les sauvages ne croient +faire aucun mal en s’y livrant : hélas ! +ces ignorans n’ont encore aucune notion +d’une certaine théologie qui existe.</p> +</div> +<p>Nous lisons, dans des auteurs +très-anciens, les histoires de plusieurs +hommes qui ne pouvoient se +rendre propres au coït qu’après +avoir été battus de verges, & même +jusqu’à effusion de sang. Voici ce +qu’écrivit, il y a plus de deux siecles, +<i>Jean Pic</i>, prince de la Mirandole<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>, +au sujet d’une personne qu’il +connoissoit très-particulierement. +« Il existe, dit-il, un homme d’une +paillardise tellement désordonnée, +qu’il ne peut se livrer à +l’acte vénérien qu’après avoir été +bien flagellé ; ce qu’il y a de singulier, +c’est que le cruel préliminaire +dont il ne pourroit se passer, +ne le rend pas moins avide des +plaisirs de l’amour. Lorsqu’il se +rend chez une fille de joie, il lui +remet un fouet qu’il a tenu pendant +vingt-quatre heures dans le +vinaigre pour l’endurcir par le +moyen de cette infusion. La premiere +faveur qu’il lui demande, +est qu’elle veuille bien ne pas le +ménager. La femme frappe, le +sang coule, & la victime s’enflamme : +ce misérable passe au +même instant de la douleur à la +volupté. Se peut-il, ajoute le +même écrivain, qu’un homme +recherche & trouve les plaisirs +de l’amour dans les flagellations +les plus cruelles ? »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Jean Pic</i> vivoit dans le quatorzieme +siecle ; ce prince renonça à sa principauté +pour se livrer entierement à l’étude. +On prétend qu’il savoit vingt-deux +langues à l’âge de dix-huit ans ; il proposa +à vingt-trois de soutenir des thèses +sur tous les objets des sciences, sans en +excepter une seule. On a de lui plusieurs +ouvrages écrits avec élégance & facilité. +Il mourut à Florence en 1494, âgé de +trente-deux ans.</p> +</div> +<p><i>Thomas Campanella</i><a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a> nous a +laissé dans un de ses écrits, des +observations de ce genre. <i>Cælius +Rhodiginus</i> fait aussi mention d’un +fait semblable : « il est mort, dit-il, +depuis quelques années, un +homme qui avoit une singuliere +passion : son physique étoit tellement +détruit, qu’il ne pouvoit +y rappeller les feux de l’amour, +qu’après avoir été bien fustigé. +Lorsqu’il étoit auprès d’une femme, +on ne savoit s’il désiroit le +fouet ou le coït ; car la premiere +faveur qu’il demandoit, ou plutôt +la seule grace qu’il imploroit, +étoit qu’elle voulût bien +le battre de verges ; & ce n’est +que dans le supplice que ses sens +émus pouvoient se livrer, & connoître +les plaisirs de Vénus. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Les infortunes de <i>Thomas Campanella</i> +prouvent que les gens d’église sont +ordinairement de cruels ennemis : lorsque +ces <i>Basiles</i> en veulent à un homme +de lettres, ils le persécutent, calomnient +sur son compte, l’accusent, le perdent +ou le font assassiner. <i>Campanella</i> étoit +dominicain ; encore jeune, il osa dans +une dispute publique convaincre d’ignorance +un vieux professeur de son ordre ; +ce dernier ne tarda pas de l’en punir ; il +l’accusa d’avoir voulu livrer la ville de +Naples aux ennemis de l’Etat, &, ce +qui n’est pas moins grave, d’être un hérétique. +La calomnie réussit à merveille, +car <i>Campanella</i> fut traîné dans une prison +où il resta vingt-sept ans : on dit qu’il +y essuya, jusqu’à sept fois, la question +pendant quarante heures de suite. Il fut +enfin libre, & vint à Paris, où il fut protégé +par le cardinal de Richelieu.</p> +</div> +<p>On lit de semblables histoires +dans les plus anciens ouvrages de +médecine, de même que dans les livres +de droit. <i>André Tiraqueau</i><a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> en +cite dans son <i>traité des loix du +mariage</i><a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>André Tiraqueau</i> étoit conseiller +au parlement de Paris ; <i>François</i> premier +& <i>Henri</i> deux se servirent de lui dans +plusieurs affaires très-intéressantes. Ses +occupations ne l’empêcherent point de +donner au Public un grand nombre de +savans ouvrages. Il eut près de trente enfans ; +l’on disoit de lui qu’il donnoit +tous les ans à l’état, un enfant & un +livre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Si je m’étends un peu dans mes +citations, c’est pour prouver que je ne +suis pas le premier qui ait osé parler de +l’effet que le fouet produit sur le physique +de l’amour : on voit par là qu’un +écrivain peut traiter cette matiere sans +être ni grossier, ni scandaleux.</p> +</div> +<p>Sans chercher de tels exemples +chez les anciens, nous en trouvons +suffisamment parmi nous. Il +y a quelques années qu’une femme +fut accusée d’adultere par son mari ; +les témoins déposerent ; le fait fut +prouvé<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> ; & la coupable alloit +être condamnée, lorsqu’elle trouva +les moyens de se justifier, en disant +qu’on devoit légalement lui +pardonner ses foiblesses, puisqu’elle +avoit pour époux un malheureux +qui ne pouvoit payer les tributs de +l’hymen, que lorsqu’elle avoit consenti +à lui <i>donner le fouet</i> jusqu’au +sang. Elle ajouta que, si cette manœuvre +odieuse échauffoit son mari, +elle ne servoit de son côté qu’à lui +faire détester les embrassements qui +en étoient la suite, & qu’il n’étoit +pas surprenant qu’elle eût succombé +à la tentation.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> L’adultere fut jadis un crime qu’on +punissoit de la mort la plus cruelle. Les +loix sont toujours fortes dans ce cas : +mais ces procès ne vont pas si vite aujourd’hui ; +le mari accuse sa femme, qui +se défend en badinant sur la chose ; les +Scribes, les Clercs, les Procureurs, les +Greffiers, les Avocats, les Rapporteurs, +les petits Juges, les grands Juges, &c. +tout le monde en rit. La fin de tout cela +est, qu’après l’arrêt la femme est souvent +innocente, tandis que le mari est toujours +cocu.</p> +</div> +<p>Promenons-nous un instant dans +ces maisons où <i>se vend le plaisir</i> ; +c’est là que nous serons convaincus +qu’il y a beaucoup d’hommes qui +ont recours aux flagellations pour +se disposer à livrer bataille à l’amour. +Entrons dans les temples de +Vénus, nous verrons des lambeaux +de verges encore épars à l’entour +de l’autel des sacrifices. Interrogez +la déesse à ce sujet, elle aura +bientôt satisfait votre curiosité ; elle +vous montrera d’abord une petite +poignée de verges qui est toujours +attachée par un ruban des plus à la +mode ; elle passera ensuite au <i>martinet</i> +dont le bout de chaque cordon +est garni d’une pointe d’or ou +d’argent, & dont le manche qui +est de bois de rose<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>, est entouré +d’une garniture élégante & recherchée. +Si vous lui demandez, +comme le feroit un pauvre Provincial, +à quoi servent ces petites +armes ; elle prendra, pour vous répondre, +le ton le plus enfantin, & +vous dira en minaudant avec la +verge, que c’est, si vous le voulez, +pour vous <i>donner du plaisir</i>. Il n’y +a aucune prostituée qui ne propose +au chasseur qui la poursuit, de passer +promptement à cette ressource, +comme étant le préliminaire le plus +infaillible, même pour un petit +colet de soixante & dix ans. +J’ai été Je témoin d’une scene bien +singuliere, & qui ne prouve que +trop que l’amour l’emporte le plus +souvent sur la plus forte raison. +Etant à Paris, je fus appellé dans +un des serrails de la rue S. Honoré, +pour donner des soins<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> à une +courtisanne à laquelle venoit d’échoir +un petit lot en courant les +hazards de l’amour. J’étois dans la +cellule de la malade, lorsque j’entendis, +dans la chambre voisine, la +voix d’une femme qui sembloit être +fort en colere, & qui avoit le ton +le plus menaçant. La personne avec +laquelle j’étois, ne me donna pas +le tems de l’interroger sur ce qui +se passoit près de nous ; me priant +à voix basse de garder le silence, +elle souleva fort doucement un des +coins de la tapisserie, & me plaça +vis-à-vis d’une petite ouverture, +par le moyen de laquelle j’assistai +au spectacle le plus plaisant, & en +même tems le plus ridicule. Voici +comme se passoit cette scene qui, +me dit-on, se jouoit deux fois par +semaine. La principale actrice étoit +une brune assez jolie qui n’étoit +vêtue qu’en partie, c’est-à-dire +qu’elle montroit la gorge, les cuisses +& les fesses. Les autres rôles +étoient remplis par quatre vieillards +à grande perruque, dont le costume, +l’attitude & les grimaces +m’obligeoient à chaque instant à +me mordre les lèvres pour ne pas +partir d’un éclat de rire. Ces libertins +surannés jouoient, comme font +quelquefois les enfans entr’eux, au +jeu du <i>maître d’école</i>. La fille, sa +poignée de verges à la main, leur +administroit tour-à-tour la petite +correction ; le plus châtié étoit +celui qui avoit l’organisation la plus +tardive. Les patients baisoient les +fesses de la maîtresse, pendant que +son beau bras se fatiguoit sur leur +cuir impudique ; & la comédie ne +finissoit que lorsqu’on étoit las de +fatiguer la nature la plus apauvrie. +Après que chacun se fut retiré, je +quittai mon poste sans pouvoir me +convaincre de la réalité des choses +dont je venois d’être le témoin. +Ma malade me plaisanta beaucoup +sur ma surprise, & me raconta +plusieurs faits encore plus ridicules +qui se passoient tous les jours dans +leur couvent. Nous avons, me dit-elle, +la pratique des êtres les plus +importants de Paris ; elle ajouta +qu’elles avoient entre elles l’honneur +de donner le fouët à tout ce +qu’il y avoit de mieux dans le +clergé, la robe & la finance.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Telle est la manie du luxe… +comment, dira-t-on, sont décorés les +<i>fouets</i> dont se servent les filles de la +derniere classe ? Je crois que ces instruments +sont inconnus dans leurs atteliers. +Le charbonnier & le porteur de la hâle +ne vont chez les belles du port-au-bled, +de la rue Jean S. Denis, &c., que lorsqu’ils +meurent de plénitude ; ces rustres +ne sont pas comme nos petits maîtres ; +ils attendent bonnement le besoin, sans +chercher à provoquer l’appétit.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Les <i>filles</i> de Paris sont tolérées +par le gouvernement ; elles ne sont donc +pas indignes de l’attention publique ; il +arrive pourtant que, lorsqu’elles sont +malades, elles ne savent gueres à qui +s’adresser. Les docteurs de la faculté du +fauxbourg S. Jacques ne vont jamais chez +ces malheureuses en qualité de médecins, +parce que ces messieurs à triple & +triple perruque ne prennent pas moins +d’un louis par visite. Les savants de la +société de médecine voudroient bien y +pénétrer en qualité de guérisseurs ; mais +chacun s’en méfie, parce qu’on sait qu’ils +ne vont chez le pauvre que pour essayer +des pilules qui leur sont proposées par +des charlatans curieux d’acheter un <i>brevet</i>. +Quels secours reste-t-il donc à ces +infortunées ? Lorsqu’elles ne trouvent pas +quelques étrangers honnêtes, quelques +médecins qui ne sont à Paris que pour +y manger de l’argent, (un docteur médecin +de Paris ne donne que le titre d’écoliers +aux docteurs d’Edimbourg, de +Vienne, de Turin, &c.) : elles sont +forcées de se livrer à la pratique ignorante +& meurtriere d’un <i>carabin</i>, ou d’aller +finir leurs misérables jours dans les +tortures de <i>Bicêtre</i>.</p> +</div> +<p>Il seroit inutile de rapporter d’autres +faits pour prouver que plusieurs +personnes ont recours aux +flagellations pour se rendre propres +au coït. On n’a, comme je l’ai dit, +qu’à interroger toutes les filles de +joie, pour se convaincre de cette +malheureuse vérité. Il me reste +maintenant à démontrer comment +& pourquoi le fouët produit un +tel effet sur le physique ; cet examen +nous conduira à découvrir des +abus qu’il est important de détruire.</p> + +<p>Lecteurs honnêtes, & délicats ! +vous, dont les oreilles ne se permirent +jamais d’entendre aucun +mot libre, ni aucune phrase licentieuse, +ayez le courage de m’écouter ! +je parle pour vous instruire, +& non pour vous corrompre. Je +dévoile des erreurs qui subsisteront +pendant qu’on aura la foiblesse de les +tenir secrettes. Les mœurs<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a> exigent +qu’un citoyen zélé ne cache +aucun crime à la loi, afin qu’elle +puisse le punir : si le délateur peut +quelquefois paroître scandaleux +dans l’accusation qu’il en détaille, +cette faute légere est bientôt effacée +par la destruction du crime & +du coupable.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> <i>Les mœurs</i>… Voilà, diront les +gens comme il faut, un mot bien vague ; +qu’entend-on par les bonnes mœurs ?… +Il y a bien des hommes du bon ton à +qui l’on pourroit répondre qu’on entend +par bonnes mœurs, les vertus dont ils +n’ont jamais fait grand cas, & qu’ils exigent +toujours dans leurs valets.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c2">CHAPITRE II<br> +<span class="i">Des causes par lesquelles les flagellations +excitent à l’amour.</span></h2> + + +<p>Puisqu’on ne peut révoquer en +doute ce que j’ai avancé dans le +chapitre précédent, il me reste à +chercher la cause de tels désordres. +<i>J. Pic de la Mirandole</i> dit que les +astrologues ne sont pas embarrassés +pour expliquer de pareils phénomenes ; +ils ne les attribuent qu’aux +astres & à leur influence secrette, +« ils assurent que <i>Vénus</i> donne telle +ou telle espece de passion au nouveau +né, suivant la position où se +trouve cette planette au moment +de la naissance ». <i>Junctin</i>, qui a +beaucoup écrit & déraisonné sur +l’astrologie<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> est de ce sentiment +que <i>Jean Pic</i> a combattu avec raison.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> <i>Junctin</i> assuroit qu’il lisoit clairement +l’avenir dans le firmament : cet +extravagant étoit moine, & conséquemment +fort ignare. Il fut accablé sous les +ruines de sa bibliotheque, quoiqu’il eût +vu dans les astres qu’il mourroit d’un autre +genre de mort. Ce n’est pas le seul +astrologue qui se soit trompé sur le même +sujet.</p> +</div> +<p>Le prince <i>de la Mirandole</i> croit +que la triste nécessité où sont quelques +personnes de recevoir le fouët +pour les rendre propres au coït, +leur vient depuis l’enfance, c’est-à-dire +que c’est un effet de l’habitude ; +& voici sur quel fondement +il appuye son opinion ; « connoissant, +dit-il, un malheureux qui ne +pouvoit se livrer aux plaisirs de +l’amour, sans avoir été préalablement +bien fustigé, je cherchai +à en pénétrer la cause. Après différentes +conversations que j’eus +avec lui, il m’apprit qu’il avoit +été élevé dans une pension où +ses petits compagnons ne s’amusoient +qu’à se fouetter alternativement ; +que ce jeu étoit une +jouissance pour eux, & que cette +jouissance s’étoit depuis lors +changée en habitude ».</p> + +<p><i>Cælius Rhodiginus</i>, dont je vais +rapporter les propres paroles, étoit +du même sentiment que <i>Pic</i> ; « ayant +entendu dire qu’une personne +de ma connoissance ne se livroit +à l’acte vénérien qu’après avoir +reçu le fouët, je voulus étudier +la cause de cette passion contre +nature. J’interrogeai cet homme +singulier, qui m’assura qu’il avoit +pris cette habitude dans son enfance, +qu’il connoissoit toute +l’horreur de ses procédés, mais +qu’il ne pouvoit se montrer homme +qu’en recourant à cette vile +ressource ».</p> + +<p>Je suis loin de nier que l’habitude +ne devienne souvent une seconde +nature<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> : <i>Aristote</i> l’a prouvé +trop éloquemment dans ses écrits. +<i>Galien</i> & plusieurs autres grands +médecins n’ont pas douté du pouvoir +& de la force de l’habitude. +<i>Ennius</i> l’a bien peint dans ces deux +vers :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Usus longus mos est, ac meditatio crebra ;</div> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Hunc tandem affero naturam mortalibus esse.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Cela n’arrive que trop : mais ceux +qui veillent à l’éducation de la jeunesse +s’en occupent-ils sérieusement ? C’est ce +que j’examinerai plus au long dans le IV. +chapitre.</p> +</div> +<p>Quelle que soit la force d’une +habitude contractée depuis l’enfance, +on ne sauroit toujours trouver +en elle la cause qui force certains +individus à se soumettre au fouët +pour se livrer au coït. La cause éloignée +de ces désordres est quelquefois +l’effet d’une éducation vicieuse ; +mais il s’agit maintenant d’en rechercher +la cause prochaine, & +c’est ce qu’on ne peut faire qu’à +l’aide du flambeau de la physiologie +& de l’anatomie.</p> + +<p>Il faut d’abord observer que les +flagellations réchauffent la partie +qu’on soumet à l’opération, & qu’elles +y attirent le sang en quantité. +Quelques médecins faisoient battre +de verges une partie, lorsque le sentiment +venoit de s’y éteindre. Cette +pratique subsiste encore en partie, +car on fouette avec une poignée +d’orties piquantes, la partie où il +est nécessaire de rappeller la chaleur. +Les frictions avec les brosses ou la +flanelle, font à la longue ce que feroient +les flagellations qu’on n’ordonne +plus, vu la délicatesse des +malades<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Il y a certainement quelques cas +où les flagellations seroient utiles ; mais +on y a substitué d’autres moyens non +moins capables de rappeller la chaleur, +ou de <i>dériver</i> les humeurs ; on a les +frictions, les fomentations, les ventouses, +les sinapismes, le moxa & les vessicatoires. +Les flagellations étoient jadis +une opération très-commune ; c’est de +cette pratique que venoit le sot usage où +l’on étoit de fustiger les foux. Comme +on se figuroit que la démence n’étoit +causée que par une trop grande quantité +de sang qui se portoit au cerveau, on ne +croyoit pouvoir guérir cette maladie qu’en +rappellant les humeurs vers les parties +inférieures ; aussi frappoit-on tous les +jours les foux, & les nourrissoit-on au +pain & à l’eau : cette pratique barbare +étoit dictée par une théorie aveugle plutôt +que par la cruauté. C’est peut-être +par la même raison qu’on donnoit, il +n’y a pas longtems, le fouët aux prisonniers, +dans de certaines maisons de correction, +chez les Lazaristes, & aux Repenties ; +(je ne sais si cet usage est entierement +aboli de us jours… Il y a +encore tant de sottes gens.) On croyoit +la tête malade, & on s’imaginoit la guérir +par cette humiliante & barbare manœuvre. +Mais, dira-t-on, qui osoit présider +à des opérations de ce genre ? Des +bouchers !… Non. C’étoit des prêtres ! +(Voyez le chap. IV.)</p> +</div> +<p>Puisque l’effet des flagellations +est de rappeller la chaleur dans une +partie, il ne sera pas difficile de +concevoir par quel mécanisme le +fouët irrite & éleve le membre viril : +examinons la structure de cette +partie & de celles qui l’environnent.</p> + +<p>Ceux qui se font fustiger pour +se rendre propres au coït, exigent +qu’on frappe toujours sur le dos ; +voyons maintenant comment la chaleur, +excitée dans cet endroit, passe +aux parties de la génération.</p> + +<p>On remarquera que les lombes, +qui composent la majeure partie du +dos, sont formés par les vertebres +lombaires, sous lesquelles sont placés +les reins & différens vaisseaux +qui communiquent avec les parties +de la génération. Il est donc constant +qu’en échauffant les lombes, +cette chaleur doit se rendre à la verge +dans l’homme, & au vagin dans +l’autre sexe.</p> + +<p>Quoique cela dût suffire pour +rendre raison de l’effet du fouët sur +le physique de l’amour, quelques +auteurs ont cherché d’autres preuves +pour l’expliquer. <i>Meibomius</i>, +qui pensoit que c’est dans les reins +que se prépare la semence, n’attribuoit +l’effet du fouët qu’à la chaleur +qu’il produit sur les reins. Ceux +qui croyoient avec <i>Platon</i> que la +semence s’écoule de la moëlle de +l’épine, disoient, que les flagellations +faites sur les lombes devoient provoquer +l’écoulement de la semence, +& conséquemment distendre la verge +& l’amplifier.</p> + +<p>Les anciennes écritures, soit sacrées, +soit profanes, plaçoient la +faculté de l’acte vénérien dans les +lombes. On lit dans la Genèse : +<i lang="la" xml:lang="la">reges de lumbis suis egredientur</i>. On +chante dans un pseaume, <i lang="la" xml:lang="la">lumbi mei +impleti sunt illusionibus</i>, ce qui +signifie, j’ai été enclin à la paillardise<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Les bigots, dont la fausse pudeur +s’allarme au moindre mot, me pardonneront +peut-être de me servir de tems à +autre de phrases un peu libres, puisque +je prouve par mes citations que notre +église s’en sert aussi. Pour ce qui est des +gens instruits, je suis sûr de ne pas les +effaroucher par mon stile, n’ont-ils pas +lu le <i>Cantique des Cantiques</i> ? C’est dans +ce petit poëme du grand <i>Sultan Salomon</i> +qu’on trouve des expressions bien délicates : +pour attirer nos débauchés & nos +élégantes dans les églises, il ne faudroit +que le chanter à vêpres, & l’y chanter +en langue vulgaire.</p> +</div> +<p><i lang="la" xml:lang="la">Lumbos præcingere</i>, <i>se serrer les +reins</i>, étoit un proverbe, parmi les +Hébreux, qui signifioit conserver +la pudeur & renoncer à l’impureté. +C’est pourquoi <i>St. Jérôme</i> dit, <i lang="la" xml:lang="la">conforta +lumbos</i>, <i>fortifie tes reins</i>. Quand +<i>St. Matthieu</i> dit de <i>St. Jean</i>, <i lang="la" xml:lang="la">habuit +zonam pelliceam circa lumbos</i>, il +veut sans doute vanter sa chasteté. +L’église, en chantant ce verset, <i lang="la" xml:lang="la">ure +igne flancti spiritus renes nostros, ut +tibi casto corpore serviamus</i>, entend +bien que les reins sont le premier +instrument de la concupiscence.</p> + +<p>L’opinion où l’on fut toujours, +que le bon ou le mauvais état des +lombes contribue à l’acte vénérien, +donna lieu à l’usage de s’entourer +les reins avec une ceinture, pour +marquer qu’on vivoit dans un état +de chasteté. Les vestales juroient, +en plaçant la sainte ceinture, de +ne jamais la desserrer, c’est-à-dire, +de tenir leurs lombes en captivité. +Nos abbés, nos religieux, nos moines, +nos chanoinesses ont conservé +la mode de se ceindre les reins ; +mais on est loin de penser aujourd’hui, +que la ceinture oblige à l’abstinence ; +il faut qu’on en ait une +idée bien contraire, puisque toutes +les dames ont une ceinture pour se +parer.</p> + +<p>Les Romains crurent aussi qu’il +falloit se serrer les lombes pour conserver +sa modestie & sa pudeur. +N’étoit-on pas en usage de donner +une ceinture à des candidats, lorsqu’ils +recevoient un grade ?</p> + +<p><i>Diane</i> fut toujours représentée +avec une ceinture. <i>Vénus</i> détacha +la sienne pour fixer Pâris, & ses deux +rivales perdirent le procès.</p> + +<p>Il est inutile d’appuyer, par des +citations, des faits qui se prouvent +d’eux-mêmes. On observe qu’en se +tenant les reins très-chaudement, +on a de fréquentes érections ; aussi +défend-on à ceux qui sont sujets à +des pollutions nocturnes, de se tenir +couchés sur le dos, parce que +cette position échauffe la moëlle de +l’épine, les lombes, les vaisseaux +& les nerfs qui se rendent aux parties +naturelles. Persuadés de cette +vérité, les médecins faisoient appliquer +des topiques très-froids, sur +les lombes, à ceux qui avoient besoin +de rallentir en eux la fureur +de Vénus. <i>Pline</i> ordonnoit de porter +pendant quelque tems des lames +de plomb sur les reins, pour tempérer +l’ardeur des amans. <i>Galien</i> +conseilla aux athlétes d’y appliquer +des onguens réfrigérans pour se préserver +des pollutions nocturnes ; ce +même docteur remédioit au priapisme +en faisant continuellement tenir +de l’eau froide sur les lombes du +malade. Cette théorie engagea, dans, +la suite, les célibataires cloîtrés à +jetter dans leur lit des branches +d’<i lang="la" xml:lang="la">agnus castus</i>, & de se coucher dessus +pour se préserver des tentations +de la chair.</p> + +<p>La médecine moderne, qui ne +voit de bons remedes que dans ce +qu’on avale en potions ou en pillules, +n’est pas tout-à-fait de l’avis des +anciens ; elle ne fait appliquer aucun +topique sur les lombes pour +rafraîchir ou échauffer <i>Vénus</i>. Je +pense cependant qu’il peut y en +avoir d’utiles dans l’un & l’autre +cas, comme on le verra à la suite +de ce petit ouvrage, dans une dissertation +sur tous les moyens qu’on +peut employer pour appaiser l’amour +ou lui prêter des forces.</p> + +<p>En voilà, je pense, suffisamment +pour expliquer comment les flagellations, +faites sur le dos, produisent +l’érection du membre viril, & +rendent un libertin épuisé capable +de soutenir les combats de l’amour.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c3">CHAPITRE III<br> +<span class="i">De quelques erreurs qu’il seroit +utile de détruire, principalement +dans les couvens.</span></h2> + + +<p>L’amour est un besoin qui nous +est commun, mais qui ne se fait +sentir qu’à un certain âge. C’est en +vain qu’on voudroit éteindre ses +feux, lorsqu’on touche à la puberté, +les plus grands efforts n’aboutissent +alors qu’à leur prêter de la +force, & l’incendie s’accroît de plus +en plus. Ces réflexions nous font +voir que ceux qui font vœu de celibat, +seront souvent parjures, ou +toujours malheureux. Supposons, +cependant qu’il y ait quelques êtres +privilégiés qui vivent exempts de +ce qu’une fausse dévotion appelle +les foiblesses humaines ; il faudroit +au moins, pour le bien de tous les +<i>religieux</i> & <i>religieuses</i>, que l’on eût +soin d’éloigner d’eux tout ce qui +peut les ramener à la nature. Examinons +si l’on tient cette conduite +dans les monasteres.</p> + +<p>Nous avons vû, dans les chapitres +précédens, que les flagellations +peuvent & doivent produire +une irritation sur toutes nos fibres, +& que cette irritation se fait principalement +sentir aux parties de la +génération. Pourquoi donc la discipline +est-elle ordonnée dans tous +les couvens, & dans de certains +jours de pénitence ? Doit-on rappeller +la vie dans une partie qu’on +a voulu destiner à la mort ? On ne +devroit rien permettre dans le cloître +qui puisse blesser la décence, +ou qui puisse, comme disent les +casuistes, réveiller la chair. L’usage, +ou plutôt l’abus de se discipliner, +devroit conséquemment y être +aboli, puisque l’effet en est toujours +pernicieux. Heureusement que ces +cérémonies de flagellations se pratiquent +dans l’obscurité ; car si l’on +se présentoit dans la dévote assemblée +avec une lumiere à la main, +on verroit que la pénitence finit +toujours par la masturbation, ou +par des pollutions involontaires.</p> + +<p>Quelle contradiction dans la conduite +des célibataires de ce genre ! +Ils avalent le matin deux ou trois +verres d’une décoction faite avec +les plantes les plus froides, & le +soir, ils se frappent avec des cordes +ou de petites chaînes pour +rappeller une chaleur qui commençoit +à s’éteindre !</p> + +<p>C’est sur-tout parmi les religieuses +qu’il ne faudroit jamais parler +de fouët ni de disciplines : les femmes +étant plus faciles à émouvoir +que les hommes, elles sont aussi +plus sujettes aux pollutions.</p> + +<p>Il semble que la manie de se +fustiger ou de fustiger les autres, soit +particulierement celle des moines. +S’ils s’en tenoient au moins à se +discipliner entr’eux, ce ne seroit +qu’un petit mal ; mais c’est qu’il y en a +quelques-uns qui ne rougissent pas +d’ordonner le fouët à leurs pénitentes, +& qui se chargent sur-tout +d’aller le leur donner eux-mêmes +au sortir du confessionnal. Combien +y a-t-il de confesseurs qui ont débauché +de jeunes filles de cette +maniere ? Combien de scélérats ont +abusé d’un ministere respectable +pour commettre les horreurs les +plus infâmes ? On a souvent entendu +les tribunaux<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a> retentir des +justes plaintes de quelques infortunées +qui avoient été victimes de +leur crédulité : on a vu, plus d’une +fois, de justes loix faire traîner les +coupables au supplice.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> On trouve dans les <i>causes célebres</i>, +des procès fameux contre les séducteurs +de ce genre. De tels exemples +sont bien faits pour détourner les âmes +honnêtes & timides d’un confessionnal +quelconque ; elles ont à craindre d’être +obligées de payer une absolution beaucoup +trop cher. Si les Italiens sont aussi +jaloux qu’on le dit, je suis étonné qu’ils +ne se chargent pas eux-mêmes d’être les +directeurs de la conscience de leurs femmes.</p> +</div> +<p>Tout le monde connoît les différentes +aventures, qu’on raconte au +sujet de quelques cordeliers qui, +seuls dans la chambre de leurs pénitentes, +les faisoient mettre à genoux, +troussoient leurs juppons, +leur claquoient les fesses, ou les +fustigeoient rudement, suivant la +grandeur des péchés qu’elles avoient +commis ; la correction finissoit par +pousser en avant la gentille pécheresse, +& lui passer par derriere un +<i>bout du cordon de St. François</i>, qui +avoit la vertu de faire pâmer la dévote, +& de lui donner une idée du +paradis de Mahomet.</p> + +<p>Il est bien singulier, que de tout +tems & chez toutes les nations, on +ait souvent mêlé l’impudicité & la +plus vile corruption aux cérémonies +les plus sacrées. Des fêtes <i>netturales</i> +se célébroient dans les temples<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> ; +la dévotion y attiroit toutes +les dames Romaines ; pendant +plusieurs années l’empereur Néron, +ses prêtres, ses courtisans, abuserent +de la crédulité des unes, & +partagerent le libertinage des autres : +comme cette fête se célébroit +pendant la nuit, aucune n’avoit à +rougir ; les soupirs qu’on y entendoit, +le bruit singulier qui devoit +s’y faire, sembloient n’avoir pour +cause que de saintes extases. Les +pélérinages de la Mecque, qui sont +ce qu’il y a de plus saint & de plus +révéré chez les Turcs & les Persans, +ne sont-ils pas le comble de +la dépravation des mœurs ? J’ai vu, +en Espagne & en Italie, des extravagans +courir les rues à la suite +d’une sainte <i>banniere</i>, & se fustiger +sous les fenêtres de leurs maîtresses, +en mémoire de la passion du +<i>Christ</i><a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Néron institua ces fêtes pour se +consoler de la mort de <i>Netturius</i>, l’un +de ses favoris, & qui s’étoit attiré la +bienveillance de ce prince, par son talent +pour les intrigues amoureuses.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Il y a, dans ces pays-là, différentes +assemblées de dévôts, qu’on nomme +<i>pénitens</i> ; l’uniforme de ces confréries +est des plus plaisant. Il y a des pénitens +blancs, des noirs, des bleus, des rouges, +des verds, &c. Ils courent les rues, +dans de certains jours de pénitence, ils +sont presque tous à pied nud, & se <i>disciplinent</i> +pour divertir le peuple & sur-tout +leurs maîtresses.</p> +</div> +<p>Pour expliquer la cause de ces +erreurs, il ne faut que connoître +les hommes ; lorsqu’on est parvenu +à se faire une juste idée de la valeur +de ceux qui en ont imposé & qui +en imposent encore, on n’est plus +étonné de voir subsister les abus +les plus ridicules. <i>La crainte a fait +les dieux</i>, dit un grand philosophe, +mais il faut ajouter à cette sentence, +que c’est l’imposture qui soutient +leur trône. Les différens cultes, +qu’on rend à ces divinités incompréhensibles, +étant l’ouvrage de +quelques mortels ou foibles ou trompeurs, +il n’est pas surprenant que +ces cultes se soient souvent ressentis +de la sottise de l’inventeur, & qu’on +y ait associé des folies même dangereuses.</p> + +<p>Mais je m’écarte de mon plan ; +comme toutes ces discussions m’entraîneroient +trop loin, je reviens à +mon sujet… Il seroit nécessaire +de supprimer l’usage des flagellations +dans tous les couvens, puisqu’elles +peuvent contribuer à ranimer +le physique de l’amour ; on +ôteroit par là le ressort le plus excitatif. +Je voudrois même défendre +à tous les moines & sous des peines +très-rigoureuses, de se regarder +le corps à nud ; car il faut peu de +chose pour échauffer un jeune célibataire. +Une religieuse de dix-huit +à vingt ans, qui s’amuse le soir à +chercher ses puces, finit rarement +sa petite chasse sans faire un sacrifice +à l’amour ; elle voudroit ne pas +succomber, mais la liqueur fermente, +& le moindre attouchement suffit +pour la faire répandre.</p> + +<p>Il est bien humiliant que nous +trouvions encore parmi nous des +restes aussi ridicules du fanatisme +de nos ancêtres. Devroit-on se rappeller +du nom de <i>moines</i> dans un +siecle aussi éclairé que le nôtre ? +Ces illustres & riches fainéans font-ils +quelque chose d’utile ? Contribuent-ils +à nous rendre l’Eternel +plus cher ? Ministres inutiles, on +leur entend bien réciter par fois des +couplets qu’ils ne conçoivent peut-être +pas ; mais ces prieres vagues +& stériles peuvent-elles effacer aux +yeux du vrai Dieu toutes les sottises +qu’ils commettent au sortir +du chœur ?</p> + +<p>La réforme monacale seroit utile +& nécessaire, les enfans de <i>St. Bruno</i> +ne s’en trouveroient peut-être +pas bien, mais les capucins seroient, +en général, très-contens. Quelques +religieuses accourroient se jetter +dans les bras d’un amant que des +parens injustes leur enleverent ; +elles deviendroient épouses fideles, +meres tendres ; & leur amour enfin +exaucé donneroit des sujets à +l’Etat.</p> + +<p>Ces tems de réforme sont encore +bien éloignés, je le sais. En attendant +cette heureuse époque, invitons +les religieux des deux sexes à +ne plus se fustiger pour nos péchés : +qu’ils bannissent de leur regle un +usage qui ne peut que contrarier +leur projet de célibat, & les avilir +aux yeux même de l’amour<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> <i>Les avilir aux yeux de l’amour</i>… +Oui, & cela parce qu’à force de se fustiger, +la nature s’échauffe, les nerfs sont +irrités, & cela finit par la masturbation. +Je demande s’il y a quelque chose de +plus avilissant pour l’amour ?</p> +</div> +<p>Il faut que ceux qui croient servir +Dieu & lui plaire en se fustigeant, +se soient fait une idée bien +étrange de la Divinité. Ils ne voient +sans doute dans le Pere de la nature, +qu’un être terrible & vengeur, +toujours armé de la foudre pour +punir indistinctement l’innocent & le +coupable : ils se figurent qu’on ne +peut l’appaiser que par des cilices, +des jeûnes, & autres mortifications +non moins ridicules. Ces erreurs +sont aussi extravagantes que dangereuses +à la société ; elles ôtent à +l’homme le désir de se rendre utile +à ses semblables, & font qu’il préfere +son caprice bigot à la douceur +de faire de bonnes œuvres. Un philosophe +a dit avec raison, qu’un +sauvage errant dans les bois, contemplant +le ciel & la nature, sentant +pour ainsi dire le seul maître +qu’il reconnoît, est plus près de la +véritable religion, qu’un chartreux +enfoncé dans sa loge & vivant avec +les fantômes d’une imagination +échauffée.</p> + +<p>On doit un culte à l’Eternel ; il +faut une religion. Mais le culte que +demande l’Etre suprême doit s’allier +aux devoirs de tout citoyen. Le +vrai Dieu ne crie pas aux mortels +du haut de son trône : « Jeûnez, +fustigez-vous, n’écoutez pas les +sens que je vous donnai pour +votre bonheur, & renoncez à la +nature. »</p> + +<p>L’auteur de l’<i>an deux mille quatre +cent quarante</i><a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> peint bien éloquemment +le ridicule de précipiter +par dévotion la jeunesse dans nos +cloîtres que nous regardons comme +sacrés<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>. Puissent les paroles de +ce philosophe arrêter de jeunes victimes +prêtes à se plonger dans ces +tombeaux vivans ! « Quelle cruelle +superstition enchaîne dans une +prison sacrée tant de jeunes beautés +qui recelent tous les feux +permis à leur sexe, que redouble +encore une cloture éternelle, & +jusqu’aux combats qu’elles se livrent. +Pour bien sentir tous les +maux d’un cœur qui se dévore +lui-même, il faudroit être à sa +place ; timide, confiante, abusée, +étourdie par un enthousiasme +pompeux ; cette jeune fille a cru +longtems que la religion & son +Dieu absorberoient toutes ses +pensées : au milieu des transports +de son zele, la nature éveille +dans son cœur ce pouvoir invincible +qu’elle ne connoît pas & qui +la soumet à son joug impérieux. +Ces traits ignés portent le ravage +dans ses sens, elle brûle dans +le calme de la retraite ; elle combat, +mais sa constance est vaincue, +elle rougit & désire. Elle +regarde autour d’elle, & se voit +seule sous des barreaux insurmontables, +tandis que tout son +être se porte avec violence vers +un objet fantastique que son imagination +allumée pare de nouveaux +attraits. Dès ce moment +plus de repos. Elle étoit née pour +une heureuse fécondité ; un lien +éternel la captive & la condamne +à être malheureuse & stérile. +Elle découvre alors que la loi l’a +trompée, que le joug qui détruit +la liberté n’est pas le joug d’un +Dieu, que cette religion, qui l’a +engagée sans retour, est l’ennemie +de la nature & de la raison. +Mais que servent ses regrets & +ses plaintes ! Ses pleurs, ses sanglots +se perdent dans la nuit du +silence. Le poison brûlant, qui +fermente dans ses veines, détruit +sa beauté, corrompt son sang, +précipite ses pas vers le tombeau. +Heureuse d’y descendre, elle ouvre +elle-même le cercueil où elle +doit goûter le sommeil de ses +couleurs. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Cet ouvrage contient de grandes +vérités, aussi l’a-t-on défendu. Celui qui +l’a écrit ne sera jamais académicien, n’aura +jamais de pensions, & cela parce qu’il +a eu le courage de dévoiler la honte de +ceux qui distribuent l’argent & les honneurs. +Ecrivains,… écrivains… +faites de plates sottises, soumettez-vous +à la censure sans murmure, flattez les +grands, sans instruire les petits, alors +vous serez prônés, payés, & <i>bien ou mal</i> +peints dans le sallon des <i>illustres</i> !</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Que les grandes choses s’operent +lentement ! Pourquoi n’imite-t-on pas +dans tous les Etats la sage administration +de l’immortel <i>Joseph second</i>, qui, dès +qu’il eut dans les mains le sceptre de +l’empire, en frappa les puissances monacales, +& renversa l’autel le plus pernicieux +qu’eût jamais élevé la superstition ? +Il a su, par cette juste reforme, rendre +des meres à la société & des hommes à +l’Etat. Il a ôté à tous ses sujets l’aspect +de l’oisiveté & de la débauche que présentent +le plus souvent ces hommes cloîtrés, +qui n’ont de patrimoine que celui +qu’ils déroberent à nos peres, & qui chaque +jour s’engraissent encore du travail +& de la crédulité du peuple.</p> +</div> +<p>En divisant les sexes, en élevant +des barrieres éternelles entre l’homme +& la femme, les fondateurs des +couvens, ne songerent pas aux coupables +abus qui devoient en résulter. +Comme on ne peut jamais +étouffer l’effervescence des sens, il +a fallu que les victimes qu’on avoit +enterrées dans le cloître, cherchassent +des moyens pour appaiser ou +tromper l’amour. Poussés par un +instinct très-innocent, ces robustes +captifs s’occuperent à trouver le +plaisir dans leur sexe même. L’on +connut la masturbation, & des crimes +plus atroces encore.</p> + +<p>Ce vice qu’on reprocha tant aux +<i>Jésuites</i>, & qui faisoit, peut-être, +réellement leur honte, vient sans +doute du barbare abus de cloîtrer +de jeunes gens. Les filles renfermées +ne chercherent pas moins à se +procurer, entre elles, une idée des +plaisirs de l’amour.</p> + +<p>Les horreurs de cette espece ne +resteront point renfermées dans les +endroits où elles avoient pris naissance : +les mondains s’occuperent +de ces viles & criminelles ressources. +Les loix furent forcées de sévir +contre ces attentats de <i>lèse-amour</i>, +& malgré leur juste rigueur, il +existe encore des crimes de ce genre. +On voit plus d’un vieux financier +cajoler son valet ou son garçon +perruquier ; il y a plus d’une duchesse +qui ne soupire que pour sa +femme de chambre<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>. O monstres ! +que faites-vous ? voulez-vous +passer pour sages & tempérés ? Craignez-vous +d’être victimes de l’autre +sexe ? En suivant les loix de la +vraie tendresse, vous ne pourriez +commettre que des foiblesses ; au +lieu que vous êtes des vicieux qui +méritez l’indignation publique & +qu’on doit livrer à l’opprobre !</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Il arrive souvent qu’on dit, dans +de très bonnes sociétés, en parlant d’un +seigneur, ou d’une dame, <i>un tel est +pour homme, la Comtesse est pour femme</i>. +Quelle horreur ! on badine sur cela, +& l’on fréquente de pareilles gens !… +Ce manque de délicatesse est bien digne +de ces plats & brillans étourdis qui, par +gentillesse, s’honorent entre eux du beau +nom de <i>roués</i>.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c4">CHAPITRE IV.<br> +<span class="i">De la necessité de changer les peines +qu’on inflige à l’enfance & +à la jeunesse.</span></h2> + + +<p>Nous avons vu dans les chapitres +précédens, que les flagellations faites +sur le dos produisent des effets +non équivoques sur le physique de +l’amour. La découverte de cette +vérité nous a conduits à faire observer +que les célibataires <i>cloîtrés</i> devroient +bannir de leur regle le fouët +& la discipline ; elle nous conduira +à déduire, du même principe, des +conséquences qui ne seront pas +moins justes.</p> + +<p>Pourquoi le fouët est-il toujours +le châtiment qu’on inflige aux enfans ?… +Cette peine peut-elle +influer en mal sur leur éducation +physique & morale ?… Voilà les +points que je me propose d’éclaircir +dans cette partie de mon ouvrage. +Cet examen est plus intéressant qu’on +ne pense.</p> + +<p>L’éducation physique & morale +des enfans intéresse sans doute le +gouvernement : cependant voit-on +qu’il s’en occupe ! On en laisse tout +le soin à des parens qui, en général, +s’en déchargent sur des nourrices, +des valets, des pédans, des +sots, des crapuleux, &c. &c.</p> + +<p>Quand on ne devroit prêcher le +bien aux enfans que par le bon +exemple ; on ne le fait que par de +grossieres paroles, des menaces, & +la correction. Qu’est-ce que cette +correction ? C’est le fouët. Les meres +ne connoissent que ce remede +à un verre ou une bouteille cassés ; +les précepteurs n’en employent +point d’autre pour donner du goût +pour le latin, cette langue qui, +grâces au ciel, sera bientôt oubliée, +& qui fait depuis tant de tems le +désespoir des écoles.</p> + +<p>Que résulte-t-il de l’emploi du +fouet ? On y habitue de petits +mauvais sujets qui s’en font même +un jeu entre eux dans leurs momens +de recréation ; ainsi qu’on l’a +vu dans les citations de <i>Jean Pic +de la Mirandole, & de Calius Rhodiginus</i>. +(Chap. II de cet ouvrage.)</p> + +<p>Il ne manqueroit certainement +pas d’autres manieres de punir des +enfans oisifs ou vicieux : car J. J. +a écrit cinq ou six volumes sur l’éducation, +sans fouëtter son éleve +une seule fois : aussi son ouvrage +n’a-t-il pas remporté le prix, & les +éducations se font toujours aussi +mal que jadis.</p> + +<p>Je suppose qu’il fut nécessaire, +dans certains cas, d’infliger aux +enfans des peines corporelles ; devroit-on +frapper le coupable sur le +dos ? On nous apprend pendant les +cinq ou six premieres années que +nous vivons à cacher notre derriere +& les parties <i>honteuses</i> ; au bout +de ce tems vient un régent qui nous +force à déboutonner nos culottes, +à les abattre, à trousser la chemise, +à tout montrer, pour recevoir les +étrivieres en pleine classe. Ces parties +ne seroient-elles plus <i>honteuses</i>, +quand c’est un cuistre qui les regarde +& qui les touche ?</p> + +<p>S’il arrivoit au moins que ce châtiment +fût distribué avec justice ; +mais le célibataire qui punit, n’est-il +pas souvent de la compagnie de la +<i>manchette</i> ? Et ne choisit-il pas pour +l’opération le derriere qui le flattera +le plus ? J’ai observé pendant +tout mon cours de collége, que les +écoliers maigres & laids n’étoient +jamais fustigés. Au plaisir qu’ont +quelques pédans à entendre le bruit +que font les coups de fouet qu’on +applique sur le dos du patient, on +doit juger qu’il y a, dans cette cérémonie, +si souvent répétée, plus +que la satisfaction de corriger. Etres +barbares & corrompus !… De +qui tenez-vous le droit de mutiler +l’enfance & de faire servir l’innocence +à vos plaisirs, ou plutôt +à vos saletés !… Je le répete, +ces abus, quoique fort anciens, méritent +l’attention du gouvernement ; +ils exigent une réforme ; car les +maîtres d’école, les précepteurs, +les régens, sont en général si méprisables, +qu’il n’y a jamais un écolier +qui ne méprise les siens, lorsqu’il +est homme.</p> + +<p>La mauvaise habitude que l’on +a de frapper sur le derriere des +enfans, leur donne celle de porter +souvent les mains à cette partie ; +elle leur apprend, comme je viens +de le dire, à se fustiger entre eux ; +de là différens attouchemens qui +les éclairent peu-à-peu, & qui font +que la débauche devance, en eux, +le mouvement des sens.</p> + +<p>Plusieurs enfans élevés ensemble, +& de la maniere accoutumée, deviennent +toujours polissons<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>. Ils +se touchent les uns & les autres, +ils en viennent petit à petit à la +masturbation, & ne finissent que +trop souvent par le péché des Jésuites. +C’est dans ces assemblées de +jeunes écoliers que s’apprennent +toutes ces sottises qu’on ne peut +ensuite cacher dans la société : on +y apporte des plaisirs infâmes, des +goûts dépravés & peu délicats.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Ce qui prouve qu’il y a peu de +bons parens, c’est qu’on voit subsister +une quantité de ces auberges, qu’on appelle +<i>pensionnats</i>, où l’on entasse les enfans +dans de grandes salles, toujours malsaines, +& dans lesquelles il est défendu +à ces jeunes êtres de s’égayer, de jouer, +& de suivre le penchant de leur âge. Les +maîtres de ces petites maisons de force +se font bien payer pour mal coucher, +mal nourrir les enfans, & pour les rendre +stupides, ou vicieux.</p> +</div> +<p>Je suis surpris que les ecclésiastiques +osent se charger d’élever les +enfans, puisqu’il est reçu parmi +nous qu’on ne peut en venir à bout +sans donner le fouët. J’aurois cru +que la décence de leur état ne leur +permettoit pas de regarder ni de +toucher des fesses. Mais, je l’ai déja +fait remarquer dans le troisieme +chap. les moines & les abbés ont la +fureur de fouetter ; les cris, les +pleurs d’un innocent ne les attendrissent +point ; la jouissance de voir +un beau <i>postérieur</i> l’emporte sur la +pitié. On a toujours vu que c’étoit +des moines qui dirigeoient les maisons +de correction, qui les avoient +même fondées ; ces bourreaux débauchés +voulurent contempler & +claquer des derrieres ; ils surent même +si bien s’arranger, que des peres +imbécilles eurent la bonhomie +de leur fournir de bonnes pensions +pour cela.</p> + +<p>Je pense que ces réflexions sont +plus que suffisantes pour engager le +gouvernement<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a> à forcer les pédans +de changer les peines usitées +pour l’enfance. Si cet objet lui paroît +de peu de conséquence, j’espere +que les parens y feront attention, +& qu’ils tâcheront de détourner des +regards d’un enfant tout ce qui peut +le conduire au mal.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> On peut dire que l’administration +publique néglige un peu trop dans tous +les pays l’éducation des enfans ; cependant +il y en a où je voudrois être né de +préférence. Ce n’est pas à coup sûr dans +les endroits où les régens sont célibataires, +& cela pour cause. Il viendra, sans +doute un tems, où l’on connoîtra mieux +le prix d’une bonne éducation ; alors on +ne choisira plus pour instituteur un malheureux +vaurien qui ne sait que cracher +deux ou trois mots de latin ; des honnêtes +gens s’honoreront du nom de précepteurs ; +& la vertu seule aura le droit +d’occuper les places de régens que le +gouvernement & le public estimeront & +payeront généreusement.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c5">CONCLUSION.</h2> + + +<p>L’expérience nous apprend que +quelques personnes ont recours aux +flagellations pour se disposer aux +combats amoureux. La physiologie +& l’anatomie démontrent comment +ces flagellations operent sur les parties +de la génération, quoiqu’elles +ayent été faites sur le dos. Les infortunés +qui se livrent à ces désordres +sont sans doute à plaindre<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>, +puisque ce n’est que par de cruelles +douleurs qu’ils esperent connoître +les plaisirs de l’amour ; puisqu’enfin +l’arc du petit Cupidon ne peut être +tendu qu’à l’aide de ce préliminaire +affligeant & peu délicat.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> Il est encore un être bien plus à +plaindre, c’est une jeune beauté que la +force, ou des conventions d’intérêts font +passer dans les bras d’un époux qui ne +pourra remplir les fonctions du mariage +sans la petite poignée de verges ; la nouvelle +mariée passera de cruelles nuits, +avant qu’on ose lui proposer de recourir +à cette honteuse ressource ; ensuite il +faudra qu’elle fasse de grands efforts pour +s’y résoudre ; & je doute que son bonheur +soit jamais parfait. Puisqu’on ne +consulte pas la force des tempéramens +avant que de les unir, faut-il être surpris +qu’il y ait tant de femmes infidelles, & +tant de maris ridiculisés ?</p> +</div> +<p>Quelques auteurs prétendent que +l’habitude de se faire fouëtter, se +contracte depuis l’enfance ; cela +peut être vrai par rapport à quelques +individus ; mais je pense qu’on +ne peut en général la faire naître +d’une cause si éloignée. Les amateurs +du sexe ont quelquefois des +goûts bien dépravés, ils cherchent +des jouissances extraordinaires : je +crois que cela ne se voit que chez +ceux qui sont d’une foible constitution, +ou qui se sont épuisés dans +leur jeunesse. Il y a beaucoup de +gens qui ne peuvent donner du ressort +au membre viril, qu’en jouissant +du spectacle de deux êtres vigoureux, +qui luttent & se pâment sur +le lit de Vénus. Toutes ces ressources +annoncent un grand épuisement +dans le physique de celui qui les +exige.</p> + +<p>De tous les moyens capables +d’exciter à l’amour, le fouët est celui +qu’on doit le moins rechercher ; +outre qu’il est le plus nuisible, il +ne peut gueres se pratiquer que +chez des femmes prostituées<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>. Il +y a pourtant des hommes qui ont +besoin d’excitatifs ; il est du devoir +de la médecine de les éclairer sur +ceux qui ne peuvent pas déranger +leur santé ni les avilir. C’est ce +qui m’engage à joindre à ce petit +ouvrage une dissertation sur la nature +& l’effet des <i>aphrodisiaques</i><a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>. +Qu’on ne s’y trompe pas, mon but +n’est point de favoriser le libertinage. +Je ne vais dévoiler les secrets +de mon art que pour l’utilité de +quelques maris glacés, & de tant +d’épouses qui gémissent sur le lit +nuptial.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Les catins sont presque toujours +plus fieres que les honnêtes femmes, & +ne se croyent pas du tout méprisables. +Cela paroît un peu choquant. Cependant +je pense qu’elles ont raison. Placées comme +des barrieres entre l’hymen & le célibat, +les filles de joie servent de victimes +pour sauver la vertu des autres femmes ; +elles consolent le premier venu des rigueurs +d’une personne délicate ; elles se +prêtent docilement aux désirs de l’amateur +le plus dépravé ; le même lit sert au +militaire le plus étourdi, & au capucin +le plus sérieux. Elles n’ont point tort de +se montrer en public avec cette ostentation +qui leur est si commune, car c’est +une gloire pour elles de vouloir bien se +soumettre à exercer un état qui est si +avilissant en lui-même.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> C’est le nom qu’on donne à de certains +remedes qui ont la propriété d’exciter +aux plaisirs de l’amour.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c6">DISSERTATION<br> +<span class="xsmall">SUR</span><br> +<span class="i">Les remedes capables d’exciter aux +plaisirs de l’amour.</span></h2> + + +<p>Les plaisirs que procure l’union +des deux sexes, sont les plus vifs +que l’on puisse goûter ; ce n’est qu’en +amour que le riche & le pauvre +trouvent la volupté ; & le simple +berger n’est pas moins heureux sur +le sein de Colette qu’un souverain +dans les bras de son amante.</p> + +<p>Mais l’amour est comme le dieu +<i>Mars</i>, il lui faut des sujets vigoureux ; +les grâces, l’esprit, les talens +peuvent lui plaire, cependant la vigueur +seule à le droit de le fixer. +Comme on ne peut pas douter de +ces vérités, il est intéressant pour +le bien de la population & la satisfaction +de chaque individu, que la +médecine s’applique à trouver les +moyens les plus propres à nous faire +longtems jouir des charmes que +procure l’amour. C’est pour remplir +les devoirs d’un médecin zélé que +je mets la main à la plume ; c’est +pour servir l’Etat & l’amour ; mais, +je le répete, mon but n’est point de +favoriser la débauche.</p> + +<p>Je ne sais pourquoi MM. mes +confreres ont été si scrupuleux sur +cet article ; ils se sont tous accordés +à garder le silence à ce sujet, +ou du moins ce qu’ils en ont dit, est +enseveli dans de pesans volumes de +matiere médicale. L’acte vénérien +étant un besoin de nature comme +ceux de manger, de boire, d’uriner, +d’aller à la selle, &c. il est +surprenant que la théorie & la pratique +médicinale ne s’occupent que +de ces derniers. L’espoir d’être utile +fait que je renonce à l’usage, ou +plutôt aux préjugés reçus dans nos +<i>facultés</i> : j’entre en matiere.</p> + +<p>Les causes de la froideur conjugale, +c’est-à-dire celles qui empêchent +un individu de se livrer au +coït, sont, un tempérament trop +foible, reçu de la nature, un épuisement +qui est la suite de quelques +excès, & la vieillesse. Ces trois différentes +maladies exigeant des traitemens +qui doivent différer entre +eux, il est important de ne pas se +tromper dans l’administration des +aphrodisiaques qu’on employe dans +l’un ou l’autre cas. Afin de me rendre +intelligible à tous les lecteurs, +je vais diviser ces maladies & la +maniere d’y remédier, en trois paragraphes.</p> + + +<p class="ugap">§. I. Chaque individu reçoit de +la nature, de ses parens, de l’éducation, +une organisation & un tempérament +bien différens. Quelques +êtres sont privilégiés, ils naissent, +& se forment pour la gloire de l’amour : +tel fut cet empereur qui +écrivoit à un de ses amis, qu’ayant +fait cent prisonnieres, la premiere +nuit dix d’entr’elles goûterent dans +ses bras ce que l’amour offre de +plus charmant, & qu’en quinze +jours, toutes avoient senti les mêmes +douceurs : tel fut encore ce +tambour de royal Wallon qui parcouroit +à pas lents un cercle de cent +hommes, avec un seau plein d’eau +portant sur son… <i>&c</i>. Les hommes +de cette espece sont fort rares ; +on en trouve plus de ceux qui sont +trop foibles que de ceux qui sont +extraordinairement vigoureux.</p> + +<p>Lorsqu’on a atteint l’âge de puberté, +& qu’on s’apperçoit qu’on le +parcourt sans avoir les forces nécessaires +pour profiter d’un bon à +propos ; c’est un signe certain qu’on +ne jouit pas d’une bonne santé. Il +faut observer si cette fonction est la +seule qui se fasse avec peine, c’est-à-dire, +si cette maladie est, comme +disent les médecins, essentielle ou +symptômatique : dans ce dernier +cas on peut être assuré que le froid +de l’amour se dissipera aussi tôt que +le vice principal sera détruit. Mais +si l’on ne s’apperçoit d’aucune autre +incommodité, on usera d’un +régime & de médicamens capables +de faire convenablement opérer la +sécrétion de la semence, & propres +à donner aux fibres le ton & l’élasticité +dont elles ont besoin.</p> + +<p>Un jeune homme, quoique naturellement +foible, viendra à bout +de se donner un bon tempérament, +en ne faisant aucun excès de quelque +espece qu’il puisse être, en faisant +usage de bons alimens, en se +livrant à un exercice modéré, en +fuyant les boissons spiritueuses, les +veilles & sur-tout la masturbation : +voilà ce qui concerne le régime. +Passons aux remedes. Il boira, le +matin à jeun & le soir deux heures +après le souper, un verre d’une +décoction de <i>sauge</i>, édulcorée avec +un peu de sirop d’<i>œillet</i>. Avant le +dîner, il prendra gros comme une +noix de l’électuaire suivant ; ce qu’il +continuera jusqu’à ce qu’il ait acquis +un certain degré de vigueur.</p> + + +<p class="h3">Electuaire.</p> + +<ul><li>Prenez, conserve de romarin, +deux onces,</li> +<li>Racine d’éryngium confite, six +gros,</li> +<li>Amandes douces, une once & +demi,</li> +<li>Macis, un scrupule.</li> +<li>Confection alkermès, quantité +suffisante pour donner à +l’électuaire la consistance +requise<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</li></ul> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> Comme cet électuaire pourroit ne +pas être du goût de tous les malades, +on pourra y substituer d’autres aphrodisiaques : +on trouvera, dans le troisieme +paragraphe, une liste de toutes les substances +qui sont de cette nature.</p> +</div> + +<p class="ugap">§. II. Quand la foiblesse des parties +de la génération est une suite +du libertinage & l’effet d’un épuisement +général, il faut d’abord que +le malade s’éloigne des plaisirs de +la ville & de ses sociétés dangereuses, +pour aller respirer l’air de la +campagne. Il se mettra à l’usage du +laitage, si son estomac peut le supporter ; +ses alimens seront les œufs +frais, des viandes légeres, du bon +bouillon, &c. Il prendra chaque +jour le soir & le matin, une petite +cuillerée de l’essence suivante.</p> + + +<p class="h3">Essence animale.</p> + +<p>Prenez une pinte de bonne eau +de vie, versez-en la quatrieme partie +dans un grand vase de fayance, +faites-y dégoûter le sang de sept +jeunes coqs, & ayez soin de battre +l’eau-de-vie à mesure que le sang +y dégoûte, versez-y ensuite le reste +de l’eau-de-vie, en remuant toujours. +Ajoutez à ce mélange deux +dragmes de canelle concassée, & +demi-livre de sucre candi en poudre ; +mettez le tout dans une bouteille +de grès bouchée avec liége, +mastic fondu, & de la vessie de +cochon. Enterrez la bouteille dans +le fumier de cheval pendant quarante +jours, ayant soin d’ôter celui +qui est dessus & froid, tous les trois +jours, pour en mettre du chaud.</p> + +<p>Cette essence est un puissant remede +pour la génération ; elle est +utile dans toutes sortes d’occasions +où la nature manque, & sur-tout +dans les épuisemens par débauches.</p> + + +<p class="ugap">§. III. L’amour seme notre carriere +de fleurs, mais la nature ne +nous donne qu’un tems pour les +cueillir. L’homme trouve toujours +une belle femme de son goût, il +ne peut cependant pas le lui prouver +à tout âge. Voyez <i>Mondor</i>, regardez +son hôtel, ses valets, sa +cuisine, son office, sa table, tout +annonce l’aisance ; il n’est pourtant +pas heureux : son or lui donne bien +de belles esclaves, mais en amour, +posséder n’est pas toujours jouir.</p> + +<p>Quoique l’âge de la vieillesse soit +froid & presque impuissant, il est +prouvé que l’on peut encore le rendre +agréable par les secours de +l’art. Tout Paris a vu un doyen +des maréchaux de France, courtiser +les femmes pendant soixante +ans & plus, & se marier dans l’âge +que l’on regarde communément +comme celui de décrépitude. Ce seigneur +a de grandes obligations à la +médecine, qui ne lui est pas moins +redevable de son côté, puisqu’il +sert à prouver que les ordonnances +hypocratiques ne sont pas toujours +des rêveries.</p> + +<p>Un homme d’un certain âge, qui +veut connoître les plaisirs de l’amour, +doit faire usage de bons alimens, +manger peu & souvent. Il +faut qu’il prenne tous les mois un +bain de lait. Il se fera faire tous +les soirs, en se couchant, des embrocations +sur les lombes avec de +l’huile de <i>castor</i>, ou de l’esprit de +vin dans lequel on aura fait infuser +du saffran. Il se baignera chaque +jour les parties génitales dans une +décottion de <i>surriette</i>, faite dans du +vin rouge. Avec toutes ces précautions, +le remede qui perfectionnera +la cure, est le suivant.</p> + + +<p class="h3">Liniment de virilité.</p> + +<p>Prenez du miel clarifié & de l’huile +de noix muscade par expression, +une demi once de chaque sorte ; +de la pirethre, du poivre noir, & +des cubébes, une demi-once de +chacun ; du musc, un demi scrupule ; +de la civette, un scrupule ; +du baume du Pérou, un gros ; faites-en +un liniment suivant les regles +de l’art.</p> + +<p>Ce liniment est destiné pour oindre +la verge & le périnée, ce qu’on +ne fera que de trois jours en trois +jours au plus, car il excite singulierement +aux plaisirs de l’amour<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Il ne seroit pas moins utile aux +jeunes gens qui sont impuissans, qu’aux +vieillards. C’est l’aphrodisiaque le plus +prompt, & le plus assuré.</p> +</div> +<p>Comme il ne suffit pas que la +chaleur animale soit momentanée, +les vieillards feront un usage constant +de l’électuaire suivant ; ils en prendront, +une heure avant le dîner, +gros comme une noix muscade.</p> + + +<p class="h3">Electuaire aphrodisiaque.</p> + +<ul><li>℞. Conserve de racine d’éringium, +de satyrion… <i>aa</i> deux onces ;</li> +<li>de gingembre confit, six gros ;</li> +<li>d’amandes douces, une once ;</li> +<li>de confection alkermès, un gros ;</li> +<li>de poudre de semence de roquette +& de moutarde, trois gros +de chaque ;</li> +<li>especes diatrion piperon, deux +gros ;</li> +<li>syrop de racine d’énula, une +quantité suffisante.</li> +<li>Mêlez le tout pour former un +électuaire.</li></ul> +<p>On sera peut-être surpris que je +n’aye fait aucune mention de l’usage +des cantharides ; mais les vrais +médecins ne les ont jamais regardées +comme de vrais aphrodisiaques. +Elles n’agissent qu’en irritant +les voies urinaires, & l’irritation +qu’elles y produisent, est souvent +mortelle. Je conseille donc de n’y +avoir jamais recours, il ne manque +pas de moyens plus sûrs & +moins dangereux, ainsi qu’on le +verra dans la liste suivante.</p> + +<p>Je le répete, mon intention n’est +pas de favoriser la débauche ; il faut +toujours réfléchir qu’on ne doit pas +sacrifier sa santé à des plaisirs d’un +moment. L’amour est la plus belle +des passions ; mais elle est aussi celle +qu’il importe le plus de diriger. +<i lang="la" xml:lang="la">Qui diligit sapientiam ; diligit vitam.</i></p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak" id="c7">CATALOGUE<br> +<span class="xsmall">DES SUBSTANCES</span><br> +<span class="i">aphrodisiaques.</span></h2> + + +<p>La <i>camphrée</i> ; cette plante ne se +cultive que dans les jardins botaniques. +Elle fortifie les nerfs, & répare +la perte des esprits. On ne s’en +sert pas dans la pharmacie.</p> + +<p>Le <i>cheiri</i>, ou la giroflée jaune ; +il vient sur les murailles, il fleurit +en Mai & Juin. Quelques apothicaires +en préparent une huile.</p> + +<p>La <i>marjolaine</i> ; cette plante est +très-connue.</p> + +<p>La <i>roquette</i> ; on la cultive dans +les jardins ; il y en a aussi une sauvage +qui n’est pas moins bonne.</p> + +<p>Les <i>feuilles d’inde</i> ; c’est une feuille +oblongue, pointue, compacte & +luisante, distinguée par trois nervures +qui vont de la queue à la +pointe, son odeur approche un peu +de celle du clou de girofle. C’est la +feuille d’un grand arbre commun +dans les jardins des Indes orientales. +Elles entrent dans la composition +de la thériaque de Venise.</p> + +<p>Le <i>marum vulgaire</i> ; c’est une +plante ou un arbrisseau chargé de +branches rondes, larges, avec deux +feuilles à chaque articulation un peu +plus grandes que celles du thym, +mais semblables du reste. Elle est +d’une odeur agréable, & a à-peu-près +les propriétés de la marjolaine.</p> + +<p>Le <i>marum</i> de Syrie ; c’est une +plante plus basse & plus tendre que +la précédente. Elle vient dans l’île +de Candie & dans la Syrie. Son +odeur est fort piquante & fort agréable. +On tire de cette plante un excellent +sel volatil.</p> + +<p>L’<i>origan</i> vulgaire ; c’est la marjolaine +sauvage. Cet origan n’est pas +si fort que le suivant.</p> + +<p>L’<i>origan</i> de Crète ; cette plante +naît dans l’île de Candie, & dans +d’autres parties de la Grece ; elle a +des feuilles plus longues & plus +blanches que la marjolaine. C’est +une plante aromatique fort chaude, +mais elle n’est pas d’une odeur bien +agréable.</p> + +<p>Le <i>ros solis</i> ; il y en a deux especes ; +une à feuilles rondes, & l’autre +à feuilles oblongues. La premiere +espece est la plus en usage. C’est +une petite plante basse, qui a une +racine fibreuse ; il sort de petites +feuilles un peu creuses autour des +tiges longues d’un doigt ; les feuilles +sont couvertes & frangées d’un +velouté rouge qui donne une teinte +rouge à toute la feuille. Elle vient +dans les terreins humides dans une +mousse d’un rouge pâle, & fleurit +dans le mois de Mai. C’est un grand +restaurant, & un échauffant. On +dit que l’application extérieure de +cette plante facilite l’accouchement.</p> + +<p>La <i>sauge</i> ; il y en a de plusieurs +especes, mais la grande sauge des +jardins est la meilleure. Cette plante +a été en si grande estime, que +les anciens poëtes en ont dit : <i lang="la" xml:lang="la">cur +moriatur homo cui salvia crescit in +horto ?</i></p> + +<p>Le <i>jonc odorant</i> ; il est commun +dans l’Inde, & dans quelque partie +de l’Arabie. C’est un aromatique +fort agréable. Il entre dans la thériaque +& autres compositions.</p> + +<p>Le <i>serpolet</i> ; cette plante est très-commune.</p> + +<p>Le <i>thim</i> ; celle-ci n’est pas moins +commune, ainsi on n’en fera aucune +description.</p> + +<p>La <i>fauve-vie</i> ; elle vient dans les +rochers ; c’est une plante petite & +basse ; ses feuilles sont en petit nombre, +ressemblantes à celles de la +rue. Elle n’a que deux ou trois pouces +de hauteur. On la fait entrer +dans les compositions pectorales.</p> + +<p>Le <i>romarin</i> ; les fleurs de cette +plante sont le principal aromatique +qui vienne dans nos pays. C’est +avec ces fleurs qu’on fait l’eau de +la reine d’Hongrie.</p> + +<p>Les <i>fleurs d’orange</i> ; ces fleurs sont +fort connues.</p> + +<p>Les <i>clous de girofle</i> ; c’est le fruit +cueilli avant sa maturité, d’un grand +arbre qui a les feuilles semblables +au laurier, qui croît dans les Indes +orientales.</p> + +<p>Les <i>œillets de jardin</i> ; c’est un bon +aromatique. On en fait un syrop, +& une conserve qu’on trouve chez +tous les apothicaires.</p> + +<p>Le <i>jasmin</i> ; ses fleurs sont de la +même nature que celles d’oranges.</p> + +<p>La <i>lavande</i> ; ses fleurs ont les propriétés +de celles du romarin.</p> + +<p>Le <i>muguet</i> ; les fleurs sont d’une +odeur fort agréable, mais elles la +perdent en les faisant sécher.</p> + +<p>Le <i>stæchas d’Arabie</i> ; c’est un grand +cordial & qui fortifie les nerfs. Les +apothicaires en font un syrop.</p> + +<p>Le <i>tilleul</i> ; ses fleurs sont bonnes +pour fortifier les nerfs.</p> + +<p>La <i>moutarde</i> ; sa graine est tres-échauffante.</p> + +<p>L’<i>anacarde</i>, ou la <i>féve de Malaga</i> ; +c’est une graine qui vient au sommet +d’un fruit de figure conique, +des Indes orientales. Il a la couleur +& la figure du cœur d’un petit +oiseau. Il est couvert d’une pellicule +forte, qui renferme une substance +spongieuse ; au bas est enfermé +dans une autre pellicule le +noyau qui a le goût d’une amande. +Ce fruit est fort chaud, & excite +singulierement au plaisir de l’amour.</p> + +<p>L’<i>acajou</i>, ou l’<i>anacarde occidental</i> ; +il est commun à la Jamaïque ; il +ressemble à un rein de lievre pour +la grosseur & pour la figure. Ce +fruit a les mêmes vertus que le précédent.</p> + +<p>La <i>graine d’écarlate</i>, ou <i>alkermès</i> ; +c’est une baie d’une espece de chêne. +Il fait le principal ingrédient +d’une confection qu’on trouve dans +les pharmacies sous le nom de confection +<i>alkermès</i> ; ce médicament +est propre pour fortifier le cœur ; +l’estomac, le cerveau, & pour exciter +la semence. La dose est depuis +un scrupule jusqu’à un gros.</p> + +<p>La <i>vanille</i> ; elle vient de la nouvelle +Espagne. On la mêle au chocolat +pour l’aromatiser & le rendre +plus échauffant.</p> + +<p>Les <i>cubebes</i> ; ce sont de petits +grains ressemblans au poivre. Ils +sont fort aromatiques & fort chauds. +On en trouve chez les droguistes +& les apothicaires.</p> + +<p>La <i>noix muscade</i> ; c’est le fruit +d’un arbre qui vient principalement +dans l’île de Banda aux Indes orientales. +Sa dose en substance est depuis +un scrupule jusqu’à un gros. +C’est un aromate délicat, & un +grand confortatif.</p> + +<p>Le <i>poivre</i> ; il a beaucoup des propriétés +des cubebes, mais il est encore +plus chaud.</p> + +<p>Le <i>cacao</i> ; il est très-connu comme +un bon aliment ; c’est le principal +ingrédient du chocolat. C’est +une amande de la grosseur d’une +olive, qu’on cultive principalement +dans les îles de Cuba & de la Jamaïque.</p> + +<p>Les <i>pistaches</i> ; ce sont des fruits +oblongs de la grosseur d’une aveline, +anguleux, plus élevés d’un +côté, aplatis de l’autre ; sous une +écorce mince est contenu un noyau +d’un blanc verdâtre, d’un goût huileux, +un peu doux. Elles sont chaudes +& restaurantes.</p> + +<p>L’<i>écorce de Winter</i> ; c’est une +écorce aromatique, chaude, qui +prend son nom de celui qui la fit +le premier connoître en Europe. +Elle passe pour une espece de canelle. +Elle a une odeur qui ne differe +pas beaucoup de celle de l’écorce +du citron ; elle est subtile & pénétrante. +La dose est un demi gros +en substance.</p> + +<p>La <i>canelle</i> ; cette écorce est très-connue.</p> + +<p>Le <i>roseau aromatique</i>, ou <i lang="la" xml:lang="la">acorus +verus</i> ; c’est une racine aromatique +qui a un peu d’amertume, qui a +une odeur qui approche du porreau +& de l’ail.</p> + +<p>Le <i>galanga</i> ; c’est une petite racine +pleine de nœuds ; on croit que +c’est une espece d’iris. Son goût +âcre, aromatique & un peu amer, +pique & brûle le gosier comme le +poivre.</p> + +<p>Le <i>ginseng</i> ; c’est une racine apportée +du Japon ; la feuille du ginseng +est d’un pouce ou deux de +long, de la grosseur du petit doigt, +un peu raboteuse, brillante & comme +transparente, ayant le plus souvent +deux branches, quelquefois +plus, garnies de fibres menues vers +le bas ; sa couleur est roussâtre en +dehors, & jaunâtre en dedans ; son +goût est légerement âcre, un peu +amer & aromatique ; son odeur n’est +pas désagréable. C’est un puissant +aphrodisiaque.</p> + +<p>Le <i>salep</i> ; c’est une racine oblongue +& quelquefois transparente, d’une +couleur blanche-jaunâtre, de +peu d’odeur & d’un goût visqueux. +On la met en poudre, & on en +fait une décoction qui restaure & +fortifie.</p> + +<p>Le <i>satyrion</i> ; il y en a de deux +sortes, le satyrion mâle, & le satyrion +femelle. Le mâle, qui est celui +qu’on tient dans les boutiques, à +deux racines de figure ovale, aussi +grosses qu’une petite olive, d’une +couleur blanchâtre & pleines d’un +suc visqueux. On ne se sert que +de ses racines. Le satyrion femelle, +est une plante un peu plus petite +que l’autre ; elle a à-peu-près les +mêmes vertus, mais il faut la prendre +en plus grande quantité. C’est +un grand cordial & un grand restaurant. +Elle à un grand pouvoir +pour exciter aux plaisirs de Vénus. +C’est certainement pour cela qu’on +regarde comme un grand corroboratif +l’électuaire <i>diasatyrion</i>, qui +prend son nom de cette racine. Cet +électuaire réchauffe & produit des +sensations agréables dans tout le +genre nerveux. Quelques médecins +ne croient pas aux vertus de cette +plante, mais qu’on essaie d’en faire +usage, & l’on verra que l’opinion +de ces docteurs & l’expérience ne +sont pas d’accord à ce sujet. <i>Dioscorides</i>, +<i>Pline</i>, & autres ont parlé +du satyrion comme d’un puissant +aphrodisiaque ; ces autorités valent +bien celles de quelques modernes, +qui déprisent les anciens, & qui +cependant n’ont d’autre mérite que +celui de débiter des aphorismes à +côté du lit des malades, leur ordonner +vingt sortes de remedes dans +un jour, & les expédier pour les +antipodes.</p> + +<p>Le <i>gingembre</i> ; c’est une racine +des Indes, qu’on transporte ordinairement +séchée, & quelquefois en +conserve. C’est une racine tubéreuse, +noueuse, branchue, un peu +applatie. Sa substance est un peu +fibreuse, pâle ou jaunâtre ; son odeur +est très-agréable, son goût est âcre, +brûlant, aromatique ; sa chaleur ne +se fait pas sentir si promptement +que celle du poivre, mais elle dure +plus longtems.</p> + +<p>La racine du <i>chardon raland</i> ; +c’est l’<i lang="la" xml:lang="la">eringium</i> des boutiques. C’est +un grand restaurant.</p> + +<p>Le <i>panais</i> ; on s’en sert dans les +alimens, & il est bien connu de +tout le monde. On reconnoîtra qu’il +excite aux plaisirs de l’amour, si l’on +en fait un grand usage.</p> + +<p>Le <i>baume du Pérou</i> ; c’est le produit +d’un arbre des Indes occidentales. +Le meilleur est d’une couleur +rouge, noirâtre, & d’une odeur +suave. La dose est de douze où +quinze gouttes.</p> + +<p>Le <i>musc</i> ; le bon est d’une couleur +de fer, noirâtre, onctueux, +d’un goût agréable, amer, & d’une +bonne odeur. On le trouve dans +le corps d’un animal des Indes qui +ressemble au bouc.</p> + +<p>Le <i>castoreum</i> ; il est d’un goût +âcre, amer, dégoûtant, & d’une +odeur forte. On le tire du castor, +qui est un animal amphibie. On +nous l’apporte de la baie de Hudson, +de la nouvelle Angleterre & +de Russie. On le prend en substance +jusqu’à un demi-gros. Il est +d’un usage fort étendu en médecine.</p> + +<p>L’<i>ambre gris</i> ; c’est une sorte de +bitume qui se forme dans les rochers, +& qui est lavé par les eaux +de la mer, & jetté sur le rivage +par les vagues. C’est une substance +grasse, solide, légere, de couleur +de cendres, semée de petites taches +blanches.</p> + +<p>Le <i>succin</i> ; il est dur, aride, fragile, +transparent, tantôt jaune ou +citrin, tantôt blanchâtre, tantôt +roux ; d’un goût de bitume un peu +âcre & un peu astringent. Il a une +odeur agréable de bitume, lorsqu’on +l’échauffe. S’il est échauffé par le +frottement, il attire la paille.</p> + +<p>Outre les substances que je viens +de nommer, il y en a beaucoup +d’autres qui sont échauffantes de +leur nature, & dont on se sert comme +aliment : mais elles sont fort +connues & je les passe sous silence. +Pour ne rien laisser à désirer sur +cette matiere, je vais donner la +recette de différentes compositions +qui sont très-utiles à tous ceux qui +sont d’une constitution froide.</p> + + +<p class="h3"><span class="rm">TEINTURE</span><br> +Aphrodisiaque.</p> + +<p>Prenez du <i>ros solis</i>, quatre poignées ; +de la canelle, de la noix +muscade, du macis, des clous de +girofle, du gingembre, une once +de chacun ; du musc, quatre grains ; +de l’esprit de vin, huit livres. Mettez +le tout ensemble en digestion +pendant vingt jours ; après quoi +coulez la teinture, dissolvez-y une +livre de sucre, & mettez-la dans +un vaisseau fermé pour l’usage. La +dose est d’une petite cuillerée à +café.</p> + + +<p class="h3">Conserve Aphrodisiaque.</p> + +<p>Prenez des racines de satyrion ; +faites-les cuire dans de l’eau jusqu’à +ce qu’elles soient en bouillie, & +passez-les. Prenez une livre de cette +pulpe, & une livre de sucre cuit +dans la décoction de la racine jusqu’à +la consistance du miel. Mêlez-les, +& faites une conserve suivant +les regles de l’art. La dose est d’un +gros.</p> + + +<p class="h3">Poudre aphrodisiaque.</p> + +<p>Prenez de la canelle, de la racine +d’angélique, des clous de girofle, +du macis, de la noix muscade, des +feuilles d’inde & du galanga, trois +gros de chacun ; du nard des Indes, +des grands & des petits cardamomes, +un gros de chaque ; du +gingembre, un gros & demi ; du +bois d’aloës, du santal jaune, du +poivre long, deux gros de chaque ; +réduisez-les en poudre. La dose est +d’un demi gros, dans du bouillon +ou du bon vin.</p> + + +<p class="h3">Electuaire aphrodisiaque.</p> + +<p>Prenez du chocolat en poudre & +des amandes douces blanchies, une +once de chaque ; du sucre fin & de +la conserve de roses rouges, une +once & demie de chaque. Battez le +tout dans un mortier avec une suffisante +quantité de suc de kermès ; +ajoutez-y deux scrupules de baume +de la Mecque, une once de syrop +de baume, & faites-en un électuaire. +On peut en user trois ou quatre +fois par jour de la grosseur d’une +noix muscade.</p> + +<p>Il seroit inutile de multiplier davantage +les recettes de cette espece ; +en voilà, je pense, assez pour satisfaire +différens goûts. Je n’ai pas +voulu m’en tenir à une seule composition, +parce qu’il y a de certaines +substances qui déplaisent ou +qui répugnent à de certaines personnes.</p> + +<p>Après avoir traité des moyens +capables d’exciter aux plaisirs de +Vénus, je dois encore, pour satisfaire +tous les lecteurs, parler des +secours propres à rallentir la passion +de l’amour. Il y a plus d’un célibataire +qui ne peut éteindre les +feux qui le dévorent, sans s’exposer +à être la victime de quelques +prostituées ; cela étant, n’est-il pas +nécessaire de les instruire de la nature +des remedes qui leur sont propres +pour tempérer en eux l’ardeur +de la déesse de Paphos ? Ce n’est +pas, il est vrai, bien nécessaire qu’il +y ait des célibataires ; cet état afflige +& répugne à la nature ; mais +ne pouvant changer nos mœurs, +nos préjugés, nos sottises, cherchons +au moins à adoucir le sort +de nos semblables.</p> + +<p>Les remedes froids & tempérans +sont non-seulement utiles aux célibataires, +mais encore à de certains +mariés. Lorsque, par exemple, +l’homme est si vigoureux, que ses +caresses alterent la santé de sa femme, +il doit avoir recours aux médicamens +rafraîchissans plutôt qu’aux +<i>catins</i> : si la femme est de même la +plus emportée sur l’article, il faut +qu’elle tempere ses humeurs plutôt +que de prêter l’oreille aux fleurettes +de ses voisins.</p> + +<p>Pour ralentir la passion amoureuse, +on doit se mettre à un régime +rafraîchissant, se priver des +liqueurs spiritueuses, des alimens +trop nourrissans & aromatisés, prendre +des bains de riviere si la saison +le permet. Avant que de se mettre au +lit, on prendra de deux jours en +deux jours, une émulsion faite de +la maniere suivante.</p> + + +<p class="h3">Emulsion tempérante.</p> + +<p>Prenez de semence de melon, +de courge, un gros & demi de chaque. +Vous les pilez dans un mortier, +& en triturant vous versez +par-dessus un demi-septier d’eau +commune. Passez & clarifiez le tout. +Ajoutez à la colature une once de +syrop de nénuphar. On prendra +toute cette dose à la fois, deux heures +après le souper.</p> + +<p>Le sel de nitre posséde au suprême +degré toutes les vertus qu’on +attribue à quelques plantes dont on +fait un grand usage dans les couvents. +Celui qui prendroit pendant +quatre ou cinq jours deux gros de +sel de nitre par jour, ne seroit certainement +pas importuné par des +érections ni des pollutions.</p> + +<p>La laitue, la scariole, le pourpié, +le melon, sont des substances +très-rafraîchissantes, & dont l’usage +continu éteint à coup sûr le flambeau +de l’amour. Aussi remarque-t-on +que les femmes voluptueuses +préparent rarement les alimens de +cette espece, & ne les servent presque +jamais sur la table de leurs +époux : elles trouvent mieux leur +compte en leur présentant l’artichaud, +le céleri, &c.</p> + +<p>Ceux qu’un trop fort tempérament +importune, useront de l’aposême +suivant, dont je conseille cependant +de ne pas faire un long +usage, car il rendroit absolument +impuissant. Une forte dose de ce +remede noueroit certainement l’aiguillette +au nouveau marié le plus +intrépide.</p> + + +<p class="h3">Aposême tempérant.</p> + +<p>Prenez de la graine de chanvre +broyée, trois onces ; de la laitue, +du pourpié, du plantin, une poignée +& demi de chacune ; des quatre +semences froides deux onces ; +faites bouillir le tout dans six livres +d’eau, jusqu’à ce qu’elles soient réduites +à quatre ; coulez la décoction ; +adoucissez-la avec du sucre +fin ; ajoutez-y encore trois gros de +sel de nitre.</p> + +<p>Tous les acides conviennent aux +personnes qui ne veulent pas connoître +les plaisirs de l’amour, ainsi +les célibataires, qui sont jaloux de +conserver leur chasteté, ajouteront +à leur boisson (qui sera toujours +de l’eau) du syrop de limon, ou +de celui de vinaigre jusqu’à agréable +acidité.</p> + +<p>Il m’en coûte, sans doute, de me +voir forcé de fournir des armes contre +l’amour ; mais, comme je l’ai +dit, il est de certains préjugés qu’il +faut respecter ; & ces pauvres êtres, +qui ont fait vœu de n’être plus hommes, +seroient bien à plaindre si +l’art médical ne pénétroit dans leur +solitude pour les mettre à même de +triompher des piéges de satan, & +de résister aux tentations de la +chair.</p> + + +<p class="c gap i">FIN.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">TABLE DES MATIERES.</h2> + + +<div class="flex"> +<table> +<tr><td class="drap i">Discours préliminaire.</td> +<td class="bot r w3"><div><a href="#c0">Pag. 5</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE PREMIER.</div></td></tr> +<tr><td class="drap i">Du fouet & de ses effets sur le +physique de l’amour.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c1">15</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE II.</div></td></tr> +<tr><td class="drap i">Des causes par lesquelles les flagellations +excitent à l’amour.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c2">47</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE III.</div></td></tr> +<tr><td class="drap i">De quelques erreurs qu’il seroit +utile de détruire, principalement +dans les couvens.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c3">65</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE IV.</div></td></tr> +<tr><td class="drap i">De la nécessité de changer les peines +qu’on inflige à l’enfance & +à la jeunesse.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c4">90</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap i">Conclusion.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c5">101</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap i">Dissertation sur les remedes capables +d’exciter aux plaisirs de +Vénus.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c6">107</a></div></td></tr> +</table> +</div> + + +<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77249 ***</div> +</body> +</html> diff --git a/77249-h/images/cover.jpg b/77249-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..034789f --- /dev/null +++ b/77249-h/images/cover.jpg diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6c72794 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This book, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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