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+<html lang="fr">
+<head>
+ <meta charset="UTF-8">
+ <title>Aphrodisiaque externe, ou traité du fouet | Project Gutenberg</title>
+ <link rel="icon" href="images/cover.jpg" type="image/x-cover">
+ <style>
+
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+<body>
+<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77249 ***</div>
+<div class="x-ebookmaker-drop c"><img src="images/cover.jpg" alt=""></div>
+<div class="x-ebookmaker-drop break"></div>
+<h1><span class="large">APHRODISIAQUE</span><br>
+<span class="i g">EXTERNE,</span><br>
+<span class="xsmall">OU</span><br>
+<span class="small">TRAITÉ DU FOUET,</span><br>
+<span class="xsmall">ET DE SES EFFETS SUR LE
+PHYSIQUE DE L’AMOUR.</span></h1>
+
+<p class="drap i narrow">Ouvrage médico-philosophique, suivi
+d’une dissertation sur tous les moyens
+capables d’exciter aux plaisirs de
+l’amour.</p>
+
+<p class="c large sc">Par D***** médecin.</p>
+
+<blockquote class="epi">
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Delicias pariunt veneri crudelia flagra ;</div>
+<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Dum nocet, illa juvat, dum juvat, ecce nocet.</div>
+<div class="verse i4" lang="la" xml:lang="la">Meibomius, <i>de flagrorum usu in re veneria</i>.</div>
+</div>
+
+</div>
+</blockquote>
+<p class="c large">1788.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak i" id="c0">DISCOURS PRÉLIMINAIRE.</h2>
+
+
+<p>J’ai longtems balancé avant que
+de me déterminer à publier cet
+ouvrage ; mais quelque singulier<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>
+qu’il paroisse à beaucoup de
+personnes, j’ai jugé qu’il feroit
+toujours plus de bien que de mal,
+&amp; qu’on me pardonneroit de m’y
+être quelquefois servi d’expressions
+un peu libres en faveur des vérités
+importantes que j’ose annoncer.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> <i>Singulier</i>… Mes censeurs ne se
+serviront pas de ce terme pour désigner
+mon livre ; les prudes diront, quelle
+horreur ! les dévots crieront à l’impiété…
+la populace de règ.. de pr. de mo. fera
+grand bacanal… enfin, que sais-je,
+chacun déraisonnera de son côté ; il n’y
+aura que quelques gens raisonnables qui
+diront que j’ai raison, encore n’oseront-ils
+pas le dire tout haut.</p>
+</div>
+<p>Quoique persuadé de l’utilité
+de mes réflexions, j’ai cependant
+cru devoir garder l’anonime. Je
+n’ignore pas qu’il y a des erreurs
+qu’il est très-dangereux de combattre,
+&amp; qu’il ne seroit pas toujours
+prudent d’attaquer tous ceux
+qui s’y livrent. Si mon ouvrage
+est condamné, je m’en consolerai
+d’autant plus facilement que je n’ai
+eu, en l’écrivant, que l’intention
+d’être utile : mais si je voyois une
+cabale injuste &amp; puissante, ne pas
+se contenter d’en faire griller les
+exemplaires, &amp; poursuivre quelque
+innocent écrivain ; j’atteste
+que je ne balancerois pas de me
+nommer. Je le répete, ce n’est
+pas à dessein qu’on persécute quelqu’un
+à ma place que je tais mon
+nom.</p>
+
+<p>La matiere que je traite n’est pas
+entierement neuve ; <i>J. Henri Meibomius</i><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>
+nous a laissé un traité intitulé
+<i lang="la" xml:lang="la">de flagrorum usu in re veneria</i> :
+mais ce traité est peu connu,
+&amp; l’auteur n’y est pas entré dans
+tous les détails qui ont rapport à
+cet objet ; il a seulement voulu
+rendre raison de l’effet que le fouet
+peut produire sur le physique de
+l’amour. J’ai consulté cet écrivain
+sans le suivre, &amp; j’ai joint de
+nouvelles réflexions à celles de
+ce savant médecin.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Il y a eu trois auteurs qui ont porté
+le nom de <i>Meibomius</i>. L’auteur de la dissertation
+que je viens de citer, fut professeur
+en médecine à <i>Helmstadt</i>, ensuite
+premier médecin de <i>Lubek</i> ; il a publié
+plusieurs autres ouvrages, &amp; vivoit dans
+le commencement du siecle dernier.</p>
+</div>
+<p>Pour mettre de l’ordre dans la
+variété des objets que je vais présenter,
+il est indispensable de diviser
+mon ouvrage en différens chapitres ;
+mais je préviens le lecteur
+qu’il ne devra me juger qu’après
+avoir parcouru tout le livre ; en
+ne lisant qu’un chapitre isolé, l’auteur
+ne seroit à ses yeux qu’un
+écrivain scandaleux. Que l’on parcoure
+le tout, on verra si j’ai eu
+tort d’avancer que je n’ai d’autre
+but que celui d’être utile.</p>
+
+<p>Je parlerai dans le premier chapitre,
+de l’effet des flagellations
+sur le physique de l’amour.</p>
+
+<p>On expliquera, dans le second,
+pourquoi &amp; comment le fouet produit
+cet effet.</p>
+
+<p>Le troisieme démontrera de
+singulieres erreurs.</p>
+
+<p>On trouvera dans le quatrieme
+chapitre, des raisons bien puissantes
+pour changer les peines
+qu’on inflige à l’enfance &amp; à la
+jeunesse.</p>
+
+<p>La conclusion sera enfin, le résumé
+de tout ce qu’on aura dit,
+pour en faire ensuite une juste
+application ; &amp; j’y prouverai comment
+des abus qui ne paroissent
+rien en eux-mêmes, influent sur
+la santé &amp; les bonnes-mœurs.</p>
+
+<p>Mais, dira-t-on, comment un
+médecin a-t-il pu s’occuper d’un
+ouvrage de cette nature ?… Eh !
+qui voudroit-on qui s’élevât contre
+des erreurs préjudiciables à la
+santé ! De qui le Public est-il en
+droit d’attendre des notions sur
+ce qui peut lui nuire, si ce n’est
+d’un médecin ?</p>
+
+<p>On me reprochera sans doute,
+d’avoir écrit mes réflexions en
+langue vulgaire… Y auroit-il,
+par hazard, des mots qui deviennent
+obscènes dès qu’on les prononce
+en françois ? Si cela étoit,
+il faudroit renoncer à ce langage,
+qui sera bientôt celui du monde
+entier, &amp; même le défendre, puisqu’il
+ne peut dire le nom de certaines
+choses sans allarmer la pudeur.
+Pauvres esprits que nous
+sommes ! où plaçons-nous la délicatesse ?
+&amp; pourquoi faut-il qu’un
+médecin soit forcé de faire tant
+de questions, pour demander à une
+prude si elle est bien ou mal <i>réglée</i> ?
+Quelques ecclésiastiques ne
+sont pas si scrupuleux, lorsqu’ils
+ont une jeune fille à leur confessionnal,
+ils parlent de tout…
+ils interrogent sur tout… on
+répond à tout… c’est presque
+le seul endroit où la langue ne
+soit jamais obscene.</p>
+
+<p>Je pense que chaque chose doit
+porter son nom, que l’on peut &amp;
+que l’on doit le proférer sans faire
+rougir personne. J’ai vu dans une
+de nos grandes villes, des imbécilles
+qui avoient sait une société
+de savantes<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> ; elles commencerent
+entre elles un cours d’anatomie ;
+lorsque le démonstrateur en
+vint aux parties de la génération,
+elles planterent là la leçon, &amp;
+s’enfuirent en se couvrant le visage ;
+ces dames trouverent très-indécent
+qu’il fût question de ces <i>bêtises</i>
+dans des démonstrations anatomiques.
+Je dispense les êtres de
+cette nature de porter leurs chastes
+regards sur mon ouvrage.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Il en est, par fois, des sciences
+comme des habits, elles sont aussi sujettes
+à <i>la mode</i>. Tantôt nos élégantes Parisiennes
+sont chimistes, tantôt botanistes ;
+l’invention des globes les avoit même
+rendues physiciennes, astrologues, mathématiciennes ;
+elles sont toujours tout,
+hormis ce qu’elles devroient être.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="c1">CHAPITRE PREMIER.<br>
+<span class="i">Du fouet &amp; de ses effets sur le
+physique de l’amour.</span></h2>
+
+
+<p>L’amour étant nécessaire pour la
+propagation de l’espece, il falloit
+que cette passion fût profondément
+enracinée dans le cœur de l’homme,
+que la nature nous en fît un besoin,
+&amp; qu’elle y attachât la plus
+grande jouissance. Les plaisirs que
+procure l’amour sont les plus vif
+que l’on puisse goûter, aussi leur
+donne-t-on le nom de volupté ; il
+est impossible de les avoir connus
+sans les rechercher de nouveau,
+&amp; l’on en jouit aujourd’hui sans
+préjudice pour les désirs du lendemain.
+Cependant, quelque nécessaire
+que soit le sentiment de l’amour,
+il ne peut &amp; ne doit faire
+notre bonheur qu’en s’y livrant avec
+modération ; car tout ce qu’on
+donne au corps au-delà de ses besoins
+l’affoiblit, &amp; l’on trouve toutes
+sortes de maux dans le sein même
+de la volupté.</p>
+
+<p>On est plus ou moins emporté
+par la violence de cette passion,
+suivant sa bonne ou mauvaise constitution ;
+ceux qui sont d’un tempérament
+sanguin ont les passions
+plus vives que les pituiteux. Le
+docteur <i>Venette</i> parle de la femme
+d’un Catalan, qui un jour fut obligée
+de s’aller jetter aux pieds du
+roi, pour implorer son secours sur
+l’excessive vigueur de son mari,
+qui, à ce qu’elle dit, <i>lui ôteroit
+bientôt la vie, si l’on n’y mettoit ordre</i>.
+Le roi fit venir ce mari pour savoir
+la vérité ; il avoua avec franchise,
+que chaque nuit étoit marquée
+par dix triomphes ; sur quoi
+le roi lui défendit par arrêt, <i>sur
+peine de la vie</i>, de s’abandonner
+plus de six fois à la violence de ses
+transports, de peur que par l’excès
+de ses embrassemens, il n’accablât
+son épouse. Cet arrêt est fort singulier,
+mais il faut avouer qu’il est
+bien rare que les souverains soient
+dans le cas d’en porter de semblables.</p>
+
+<p>Quel que soit le tempérament
+qu’on ait reçu de la nature, on ne
+sauroit être <i>homme</i> longtems, si l’on
+céde de bonne heure à l’empire de ses
+passions ; c’est par cette raison que
+nos débauchés de Paris sont vieux à
+trente ans &amp; décrépits à quarante.
+Lorsqu’on a abusé de son existence,
+si les désirs s’étoient anéantis comme
+les forces, ce ne seroit alors
+qu’un demi-mal ; mais les êtres exténués
+ne sont que plus avides de ces
+plaisirs qu’une femme peut leur permettre,
+sans qu’il soit pourtant en
+son pouvoir de les leur faire goûter ;
+l’impuissance irrite alors les désirs,
+&amp; l’on ne se lasse pas d’importuner
+la nature.</p>
+
+<p>L’acte vénérien, quoiqu’en lui-même
+salutaire<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, devient le principe
+de mille maux, par l’abus que
+quelques femmes en font ; ensorte
+que la source des plaisirs &amp; de la
+vie se change souvent en une source
+de douleurs. Loin d’attendre que
+le physique parle, on se hâte de
+l’exciter ; &amp; quels sont les moyens
+dont le libertinage ne se sert pas
+dans ce cas ! On a d’abord cherché
+dans les aliments ceux qui
+seroient les plus échauffants de
+leur nature ; on a ouvert les pharmacopées
+pour faire usage des cordiaux,
+des irritants &amp; des aphrodisiaques ;
+quelques médecins ont
+eu même assez peu de délicatesse,
+pour donner des conseils dans de
+semblables occasions<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Il n’y a que l’abus des plaisirs de
+l’amour qui puisse nuire ; car le célibat
+comporte souvent avec lui des inconvéniens
+qui ne le cédent en rien à ceux
+qui résultent d’avoir trop sacrifié à
+Vénus.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Un médecin ne doit pas toujours
+garder le silence sur cette matiere ; lorsqu’il
+arrive, par exemple, que la froideur
+conjugale cause des désordres dans
+le ménage, je pense qu’il peut employer
+quelques secours pour y maintenir l’union
+&amp; la paix.</p>
+</div>
+<p>Les femmes n’ont rien oublié
+de leur côté pour s’attirer des hommages ;
+elles ont embelli tout ce
+qui peut décemment se montrer,
+&amp; se sont vêtues de telle maniere,
+que ce qui se voit suffit pour donner
+une idée des charmes cachés.
+Cela suffiroit sans doute ; mais l’art
+de la volupté devoit pousser ses
+recherches plus loin.</p>
+
+<p>Vénus eut bientôt des prêtresses
+qui se dévouerent entierement à
+l’amour ; la délicatesse fut bannie
+des temples que vint élever le plaisir ;
+&amp; tout le culte s’y réduisoit à
+chercher des ressources pour faire
+renaître le moment de la jouissance.
+Nos <i>couvents de courtisannes</i> sont
+les restes de ces monumens antiques,
+mais ils n’en sont pas moins
+courus, ni moins élégants. Ce n’est
+que là que le vieux financier peut,
+à force d’or, se rappeller, par intervalle,
+de son antique existence :
+l’époux, que glace la décence &amp; la
+monotonie de sa femme, vient y
+chercher des plaisirs qu’il n’ose
+exiger que là : le célibataire, qui
+a des raisons pour qu’on le croie
+tel, se glisse en secret dans les
+temples de ce genre, il y trouve
+les moyens de se débarrasser de son
+superflu<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>, &amp; de se parer en Public
+de tous les dehors de la chasteté &amp;
+de l’abstinence.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Les plaisirs de l’amour sont un besoin
+pour les deux sexes. Cela étant,
+comment ose-t-on faire vœu de célibat,
+ou plutôt, comment permet-on à quelqu’un
+de le faire ? L’exemple journalier
+ne prouve-t-il pas que ces malheureux
+manqueront de parole ? quand ils sont
+pris sur le fait, ils croient s’excuser en
+disant qu’ils sont <i>hommes &amp; faits de
+chair &amp; d’os comme nous</i> ; cela ne prouve
+rien, sinon qu’ils ont tort de ne
+violer le vœu qu’en secret. Que ces célibataires
+élevent une voix commune contre
+un état qui n’est pas dans la nature !
+Qu’ils rompent d’accord entre eux &amp; la
+raison, ce lien qui les rend à charge à la
+société ! alors il leur sera permis de connoître
+tous les charmes attachés à l’existence
+de l’homme ; &amp; les ménages de
+leurs voisins seront en même tems plus
+tranquilles.</p>
+</div>
+<p>Les filles de joie sont-elles un
+mal nécessaire ? doit-on le tolérer,
+ou l’empêcher ? Ce n’est pas ici le
+lieu d’agiter cette question, qu’il
+me soit seulement permis de dire
+qu’il y a beaucoup d’hommes qui
+en ont besoin.</p>
+
+<p>Comme les temples de <i>Vénus</i> ne
+peuvent se soutenir que par les plaisirs
+qu’on y trouve, il a fallu que
+les prêtresses de cette divinité portassent
+toute leur attention de ce
+côté ; il est enfin nécessaire que la
+volupté soit leur unique étude…
+parures riches &amp; légeres… vêtemens
+dégagés &amp; ambrés… sourire
+engageant… démarche voluptueuse…
+appartemens élégans…
+tableaux lascifs… bibliotheque
+choisie… &amp;c. &amp;c. rien
+de ce qui peut tenter n’est oublié ;
+les courtisannes ont mille manieres
+d’exciter l’<i>acte</i> toujours désiré. Cependant,
+à force d’user de ces moyens
+sans cesse répétés sur un même individu,
+la nature refuse enfin de se
+prêter aux efforts ordinaires ; on est
+forcé d’en employer de nouveaux.
+L’aspect d’une belle gorge, d’une
+jolie jambe, de quelque chose de
+plus encore, étant inutile ; une
+main gentille, adroite, &amp; légere
+n’ayant plus aucun pouvoir sur…</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Ce surplus, ce reste de machine,</div>
+<div class="verse">Bout de lacet aux hommes excédant ;</div>
+<div class="verse i4"><i>la Fontaine, contes</i>.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p class="noindent">on a tenté des épreuves extraordinaires ;
+&amp;, comme j’ai dit que la
+délicatesse a été bannie de ces endroits,
+on n’a pas eu de violence
+à se faire pour se déterminer à les
+proposer &amp; à s’y soumettre.</p>
+
+<p>C’est dans les tourmens qu’on a
+cherché des ressorts pour procurer
+les plaisirs de l’amour. On se sert
+des flagellations, afin d’opérer ce
+que peut seul l’aspect d’une belle
+femme sur un homme bien constitué.
+Ce moyen n’est point une invention
+moderne, &amp; ne prouve pas
+(comme le pensent quelques admirateurs
+de l’antiquité) que les
+mœurs sont plus dépravées que dans
+les siecles passés.</p>
+
+<p>L’amour, qui fut de tout tems
+l’excitatif de tous les êtres, eut toujours
+ses vertus &amp; ses vices. Si cette
+passion<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> n’est pas aussi ancienne
+que le monde, elle a au moins,
+quelques jours de plus que la découverte
+du <i>péché originel</i>. Les brosses
+à frictions, les verges, les martinets,
+dont se servoient jadis les
+prostituées de Babylone, de Tyr,
+d’Athenes, &amp; de l’ancienne Rome,
+n’étoient peut-être pas aussi élégantes
+que le sont maintenant ceux
+de nos filles de Paris, de Londres,
+de Naples, &amp; de Venise. Mais on
+s’en servoit pour le même usage,
+&amp; le libertinage étoit alors au même
+point.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Il n’est pas possible qu’on ait, de
+tout tems, regardé l’amour comme une
+passion criminelle en elle-même. Je suis
+même sûr que les sauvages ne croient
+faire aucun mal en s’y livrant : hélas !
+ces ignorans n’ont encore aucune notion
+d’une certaine théologie qui existe.</p>
+</div>
+<p>Nous lisons, dans des auteurs
+très-anciens, les histoires de plusieurs
+hommes qui ne pouvoient se
+rendre propres au coït qu’après
+avoir été battus de verges, &amp; même
+jusqu’à effusion de sang. Voici ce
+qu’écrivit, il y a plus de deux siecles,
+<i>Jean Pic</i>, prince de la Mirandole<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>,
+au sujet d’une personne qu’il
+connoissoit très-particulierement.
+« Il existe, dit-il, un homme d’une
+paillardise tellement désordonnée,
+qu’il ne peut se livrer à
+l’acte vénérien qu’après avoir été
+bien flagellé ; ce qu’il y a de singulier,
+c’est que le cruel préliminaire
+dont il ne pourroit se passer,
+ne le rend pas moins avide des
+plaisirs de l’amour. Lorsqu’il se
+rend chez une fille de joie, il lui
+remet un fouet qu’il a tenu pendant
+vingt-quatre heures dans le
+vinaigre pour l’endurcir par le
+moyen de cette infusion. La premiere
+faveur qu’il lui demande,
+est qu’elle veuille bien ne pas le
+ménager. La femme frappe, le
+sang coule, &amp; la victime s’enflamme :
+ce misérable passe au
+même instant de la douleur à la
+volupté. Se peut-il, ajoute le
+même écrivain, qu’un homme
+recherche &amp; trouve les plaisirs
+de l’amour dans les flagellations
+les plus cruelles ? »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Jean Pic</i> vivoit dans le quatorzieme
+siecle ; ce prince renonça à sa principauté
+pour se livrer entierement à l’étude.
+On prétend qu’il savoit vingt-deux
+langues à l’âge de dix-huit ans ; il proposa
+à vingt-trois de soutenir des thèses
+sur tous les objets des sciences, sans en
+excepter une seule. On a de lui plusieurs
+ouvrages écrits avec élégance &amp; facilité.
+Il mourut à Florence en 1494, âgé de
+trente-deux ans.</p>
+</div>
+<p><i>Thomas Campanella</i><a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a> nous a
+laissé dans un de ses écrits, des
+observations de ce genre. <i>Cælius
+Rhodiginus</i> fait aussi mention d’un
+fait semblable : « il est mort, dit-il,
+depuis quelques années, un
+homme qui avoit une singuliere
+passion : son physique étoit tellement
+détruit, qu’il ne pouvoit
+y rappeller les feux de l’amour,
+qu’après avoir été bien fustigé.
+Lorsqu’il étoit auprès d’une femme,
+on ne savoit s’il désiroit le
+fouet ou le coït ; car la premiere
+faveur qu’il demandoit, ou plutôt
+la seule grace qu’il imploroit,
+étoit qu’elle voulût bien
+le battre de verges ; &amp; ce n’est
+que dans le supplice que ses sens
+émus pouvoient se livrer, &amp; connoître
+les plaisirs de Vénus. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Les infortunes de <i>Thomas Campanella</i>
+prouvent que les gens d’église sont
+ordinairement de cruels ennemis : lorsque
+ces <i>Basiles</i> en veulent à un homme
+de lettres, ils le persécutent, calomnient
+sur son compte, l’accusent, le perdent
+ou le font assassiner. <i>Campanella</i> étoit
+dominicain ; encore jeune, il osa dans
+une dispute publique convaincre d’ignorance
+un vieux professeur de son ordre ;
+ce dernier ne tarda pas de l’en punir ; il
+l’accusa d’avoir voulu livrer la ville de
+Naples aux ennemis de l’Etat, &amp;, ce
+qui n’est pas moins grave, d’être un hérétique.
+La calomnie réussit à merveille,
+car <i>Campanella</i> fut traîné dans une prison
+où il resta vingt-sept ans : on dit qu’il
+y essuya, jusqu’à sept fois, la question
+pendant quarante heures de suite. Il fut
+enfin libre, &amp; vint à Paris, où il fut protégé
+par le cardinal de Richelieu.</p>
+</div>
+<p>On lit de semblables histoires
+dans les plus anciens ouvrages de
+médecine, de même que dans les livres
+de droit. <i>André Tiraqueau</i><a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> en
+cite dans son <i>traité des loix du
+mariage</i><a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>André Tiraqueau</i> étoit conseiller
+au parlement de Paris ; <i>François</i> premier
+&amp; <i>Henri</i> deux se servirent de lui dans
+plusieurs affaires très-intéressantes. Ses
+occupations ne l’empêcherent point de
+donner au Public un grand nombre de
+savans ouvrages. Il eut près de trente enfans ;
+l’on disoit de lui qu’il donnoit
+tous les ans à l’état, un enfant &amp; un
+livre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Si je m’étends un peu dans mes
+citations, c’est pour prouver que je ne
+suis pas le premier qui ait osé parler de
+l’effet que le fouet produit sur le physique
+de l’amour : on voit par là qu’un
+écrivain peut traiter cette matiere sans
+être ni grossier, ni scandaleux.</p>
+</div>
+<p>Sans chercher de tels exemples
+chez les anciens, nous en trouvons
+suffisamment parmi nous. Il
+y a quelques années qu’une femme
+fut accusée d’adultere par son mari ;
+les témoins déposerent ; le fait fut
+prouvé<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> ; &amp; la coupable alloit
+être condamnée, lorsqu’elle trouva
+les moyens de se justifier, en disant
+qu’on devoit légalement lui
+pardonner ses foiblesses, puisqu’elle
+avoit pour époux un malheureux
+qui ne pouvoit payer les tributs de
+l’hymen, que lorsqu’elle avoit consenti
+à lui <i>donner le fouet</i> jusqu’au
+sang. Elle ajouta que, si cette manœuvre
+odieuse échauffoit son mari,
+elle ne servoit de son côté qu’à lui
+faire détester les embrassements qui
+en étoient la suite, &amp; qu’il n’étoit
+pas surprenant qu’elle eût succombé
+à la tentation.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> L’adultere fut jadis un crime qu’on
+punissoit de la mort la plus cruelle. Les
+loix sont toujours fortes dans ce cas :
+mais ces procès ne vont pas si vite aujourd’hui ;
+le mari accuse sa femme, qui
+se défend en badinant sur la chose ; les
+Scribes, les Clercs, les Procureurs, les
+Greffiers, les Avocats, les Rapporteurs,
+les petits Juges, les grands Juges, &amp;c.
+tout le monde en rit. La fin de tout cela
+est, qu’après l’arrêt la femme est souvent
+innocente, tandis que le mari est toujours
+cocu.</p>
+</div>
+<p>Promenons-nous un instant dans
+ces maisons où <i>se vend le plaisir</i> ;
+c’est là que nous serons convaincus
+qu’il y a beaucoup d’hommes qui
+ont recours aux flagellations pour
+se disposer à livrer bataille à l’amour.
+Entrons dans les temples de
+Vénus, nous verrons des lambeaux
+de verges encore épars à l’entour
+de l’autel des sacrifices. Interrogez
+la déesse à ce sujet, elle aura
+bientôt satisfait votre curiosité ; elle
+vous montrera d’abord une petite
+poignée de verges qui est toujours
+attachée par un ruban des plus à la
+mode ; elle passera ensuite au <i>martinet</i>
+dont le bout de chaque cordon
+est garni d’une pointe d’or ou
+d’argent, &amp; dont le manche qui
+est de bois de rose<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>, est entouré
+d’une garniture élégante &amp; recherchée.
+Si vous lui demandez,
+comme le feroit un pauvre Provincial,
+à quoi servent ces petites
+armes ; elle prendra, pour vous répondre,
+le ton le plus enfantin, &amp;
+vous dira en minaudant avec la
+verge, que c’est, si vous le voulez,
+pour vous <i>donner du plaisir</i>. Il n’y
+a aucune prostituée qui ne propose
+au chasseur qui la poursuit, de passer
+promptement à cette ressource,
+comme étant le préliminaire le plus
+infaillible, même pour un petit
+colet de soixante &amp; dix ans.
+J’ai été Je témoin d’une scene bien
+singuliere, &amp; qui ne prouve que
+trop que l’amour l’emporte le plus
+souvent sur la plus forte raison.
+Etant à Paris, je fus appellé dans
+un des serrails de la rue S. Honoré,
+pour donner des soins<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> à une
+courtisanne à laquelle venoit d’échoir
+un petit lot en courant les
+hazards de l’amour. J’étois dans la
+cellule de la malade, lorsque j’entendis,
+dans la chambre voisine, la
+voix d’une femme qui sembloit être
+fort en colere, &amp; qui avoit le ton
+le plus menaçant. La personne avec
+laquelle j’étois, ne me donna pas
+le tems de l’interroger sur ce qui
+se passoit près de nous ; me priant
+à voix basse de garder le silence,
+elle souleva fort doucement un des
+coins de la tapisserie, &amp; me plaça
+vis-à-vis d’une petite ouverture,
+par le moyen de laquelle j’assistai
+au spectacle le plus plaisant, &amp; en
+même tems le plus ridicule. Voici
+comme se passoit cette scene qui,
+me dit-on, se jouoit deux fois par
+semaine. La principale actrice étoit
+une brune assez jolie qui n’étoit
+vêtue qu’en partie, c’est-à-dire
+qu’elle montroit la gorge, les cuisses
+&amp; les fesses. Les autres rôles
+étoient remplis par quatre vieillards
+à grande perruque, dont le costume,
+l’attitude &amp; les grimaces
+m’obligeoient à chaque instant à
+me mordre les lèvres pour ne pas
+partir d’un éclat de rire. Ces libertins
+surannés jouoient, comme font
+quelquefois les enfans entr’eux, au
+jeu du <i>maître d’école</i>. La fille, sa
+poignée de verges à la main, leur
+administroit tour-à-tour la petite
+correction ; le plus châtié étoit
+celui qui avoit l’organisation la plus
+tardive. Les patients baisoient les
+fesses de la maîtresse, pendant que
+son beau bras se fatiguoit sur leur
+cuir impudique ; &amp; la comédie ne
+finissoit que lorsqu’on étoit las de
+fatiguer la nature la plus apauvrie.
+Après que chacun se fut retiré, je
+quittai mon poste sans pouvoir me
+convaincre de la réalité des choses
+dont je venois d’être le témoin.
+Ma malade me plaisanta beaucoup
+sur ma surprise, &amp; me raconta
+plusieurs faits encore plus ridicules
+qui se passoient tous les jours dans
+leur couvent. Nous avons, me dit-elle,
+la pratique des êtres les plus
+importants de Paris ; elle ajouta
+qu’elles avoient entre elles l’honneur
+de donner le fouët à tout ce
+qu’il y avoit de mieux dans le
+clergé, la robe &amp; la finance.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Telle est la manie du luxe…
+comment, dira-t-on, sont décorés les
+<i>fouets</i> dont se servent les filles de la
+derniere classe ? Je crois que ces instruments
+sont inconnus dans leurs atteliers.
+Le charbonnier &amp; le porteur de la hâle
+ne vont chez les belles du port-au-bled,
+de la rue Jean S. Denis, &amp;c., que lorsqu’ils
+meurent de plénitude ; ces rustres
+ne sont pas comme nos petits maîtres ;
+ils attendent bonnement le besoin, sans
+chercher à provoquer l’appétit.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Les <i>filles</i> de Paris sont tolérées
+par le gouvernement ; elles ne sont donc
+pas indignes de l’attention publique ; il
+arrive pourtant que, lorsqu’elles sont
+malades, elles ne savent gueres à qui
+s’adresser. Les docteurs de la faculté du
+fauxbourg S. Jacques ne vont jamais chez
+ces malheureuses en qualité de médecins,
+parce que ces messieurs à triple &amp;
+triple perruque ne prennent pas moins
+d’un louis par visite. Les savants de la
+société de médecine voudroient bien y
+pénétrer en qualité de guérisseurs ; mais
+chacun s’en méfie, parce qu’on sait qu’ils
+ne vont chez le pauvre que pour essayer
+des pilules qui leur sont proposées par
+des charlatans curieux d’acheter un <i>brevet</i>.
+Quels secours reste-t-il donc à ces
+infortunées ? Lorsqu’elles ne trouvent pas
+quelques étrangers honnêtes, quelques
+médecins qui ne sont à Paris que pour
+y manger de l’argent, (un docteur médecin
+de Paris ne donne que le titre d’écoliers
+aux docteurs d’Edimbourg, de
+Vienne, de Turin, &amp;c.) : elles sont
+forcées de se livrer à la pratique ignorante
+&amp; meurtriere d’un <i>carabin</i>, ou d’aller
+finir leurs misérables jours dans les
+tortures de <i>Bicêtre</i>.</p>
+</div>
+<p>Il seroit inutile de rapporter d’autres
+faits pour prouver que plusieurs
+personnes ont recours aux
+flagellations pour se rendre propres
+au coït. On n’a, comme je l’ai dit,
+qu’à interroger toutes les filles de
+joie, pour se convaincre de cette
+malheureuse vérité. Il me reste
+maintenant à démontrer comment
+&amp; pourquoi le fouët produit un
+tel effet sur le physique ; cet examen
+nous conduira à découvrir des
+abus qu’il est important de détruire.</p>
+
+<p>Lecteurs honnêtes, &amp; délicats !
+vous, dont les oreilles ne se permirent
+jamais d’entendre aucun
+mot libre, ni aucune phrase licentieuse,
+ayez le courage de m’écouter !
+je parle pour vous instruire,
+&amp; non pour vous corrompre. Je
+dévoile des erreurs qui subsisteront
+pendant qu’on aura la foiblesse de les
+tenir secrettes. Les mœurs<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a> exigent
+qu’un citoyen zélé ne cache
+aucun crime à la loi, afin qu’elle
+puisse le punir : si le délateur peut
+quelquefois paroître scandaleux
+dans l’accusation qu’il en détaille,
+cette faute légere est bientôt effacée
+par la destruction du crime &amp;
+du coupable.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> <i>Les mœurs</i>… Voilà, diront les
+gens comme il faut, un mot bien vague ;
+qu’entend-on par les bonnes mœurs ?…
+Il y a bien des hommes du bon ton à
+qui l’on pourroit répondre qu’on entend
+par bonnes mœurs, les vertus dont ils
+n’ont jamais fait grand cas, &amp; qu’ils exigent
+toujours dans leurs valets.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="c2">CHAPITRE II<br>
+<span class="i">Des causes par lesquelles les flagellations
+excitent à l’amour.</span></h2>
+
+
+<p>Puisqu’on ne peut révoquer en
+doute ce que j’ai avancé dans le
+chapitre précédent, il me reste à
+chercher la cause de tels désordres.
+<i>J. Pic de la Mirandole</i> dit que les
+astrologues ne sont pas embarrassés
+pour expliquer de pareils phénomenes ;
+ils ne les attribuent qu’aux
+astres &amp; à leur influence secrette,
+« ils assurent que <i>Vénus</i> donne telle
+ou telle espece de passion au nouveau
+né, suivant la position où se
+trouve cette planette au moment
+de la naissance ». <i>Junctin</i>, qui a
+beaucoup écrit &amp; déraisonné sur
+l’astrologie<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> est de ce sentiment
+que <i>Jean Pic</i> a combattu avec raison.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> <i>Junctin</i> assuroit qu’il lisoit clairement
+l’avenir dans le firmament : cet
+extravagant étoit moine, &amp; conséquemment
+fort ignare. Il fut accablé sous les
+ruines de sa bibliotheque, quoiqu’il eût
+vu dans les astres qu’il mourroit d’un autre
+genre de mort. Ce n’est pas le seul
+astrologue qui se soit trompé sur le même
+sujet.</p>
+</div>
+<p>Le prince <i>de la Mirandole</i> croit
+que la triste nécessité où sont quelques
+personnes de recevoir le fouët
+pour les rendre propres au coït,
+leur vient depuis l’enfance, c’est-à-dire
+que c’est un effet de l’habitude ;
+&amp; voici sur quel fondement
+il appuye son opinion ; « connoissant,
+dit-il, un malheureux qui ne
+pouvoit se livrer aux plaisirs de
+l’amour, sans avoir été préalablement
+bien fustigé, je cherchai
+à en pénétrer la cause. Après différentes
+conversations que j’eus
+avec lui, il m’apprit qu’il avoit
+été élevé dans une pension où
+ses petits compagnons ne s’amusoient
+qu’à se fouetter alternativement ;
+que ce jeu étoit une
+jouissance pour eux, &amp; que cette
+jouissance s’étoit depuis lors
+changée en habitude ».</p>
+
+<p><i>Cælius Rhodiginus</i>, dont je vais
+rapporter les propres paroles, étoit
+du même sentiment que <i>Pic</i> ; « ayant
+entendu dire qu’une personne
+de ma connoissance ne se livroit
+à l’acte vénérien qu’après avoir
+reçu le fouët, je voulus étudier
+la cause de cette passion contre
+nature. J’interrogeai cet homme
+singulier, qui m’assura qu’il avoit
+pris cette habitude dans son enfance,
+qu’il connoissoit toute
+l’horreur de ses procédés, mais
+qu’il ne pouvoit se montrer homme
+qu’en recourant à cette vile
+ressource ».</p>
+
+<p>Je suis loin de nier que l’habitude
+ne devienne souvent une seconde
+nature<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> : <i>Aristote</i> l’a prouvé
+trop éloquemment dans ses écrits.
+<i>Galien</i> &amp; plusieurs autres grands
+médecins n’ont pas douté du pouvoir
+&amp; de la force de l’habitude.
+<i>Ennius</i> l’a bien peint dans ces deux
+vers :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Usus longus mos est, ac meditatio crebra ;</div>
+<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Hunc tandem affero naturam mortalibus esse.</div>
+</div>
+
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Cela n’arrive que trop : mais ceux
+qui veillent à l’éducation de la jeunesse
+s’en occupent-ils sérieusement ? C’est ce
+que j’examinerai plus au long dans le IV.
+chapitre.</p>
+</div>
+<p>Quelle que soit la force d’une
+habitude contractée depuis l’enfance,
+on ne sauroit toujours trouver
+en elle la cause qui force certains
+individus à se soumettre au fouët
+pour se livrer au coït. La cause éloignée
+de ces désordres est quelquefois
+l’effet d’une éducation vicieuse ;
+mais il s’agit maintenant d’en rechercher
+la cause prochaine, &amp;
+c’est ce qu’on ne peut faire qu’à
+l’aide du flambeau de la physiologie
+&amp; de l’anatomie.</p>
+
+<p>Il faut d’abord observer que les
+flagellations réchauffent la partie
+qu’on soumet à l’opération, &amp; qu’elles
+y attirent le sang en quantité.
+Quelques médecins faisoient battre
+de verges une partie, lorsque le sentiment
+venoit de s’y éteindre. Cette
+pratique subsiste encore en partie,
+car on fouette avec une poignée
+d’orties piquantes, la partie où il
+est nécessaire de rappeller la chaleur.
+Les frictions avec les brosses ou la
+flanelle, font à la longue ce que feroient
+les flagellations qu’on n’ordonne
+plus, vu la délicatesse des
+malades<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Il y a certainement quelques cas
+où les flagellations seroient utiles ; mais
+on y a substitué d’autres moyens non
+moins capables de rappeller la chaleur,
+ou de <i>dériver</i> les humeurs ; on a les
+frictions, les fomentations, les ventouses,
+les sinapismes, le moxa &amp; les vessicatoires.
+Les flagellations étoient jadis
+une opération très-commune ; c’est de
+cette pratique que venoit le sot usage où
+l’on étoit de fustiger les foux. Comme
+on se figuroit que la démence n’étoit
+causée que par une trop grande quantité
+de sang qui se portoit au cerveau, on ne
+croyoit pouvoir guérir cette maladie qu’en
+rappellant les humeurs vers les parties
+inférieures ; aussi frappoit-on tous les
+jours les foux, &amp; les nourrissoit-on au
+pain &amp; à l’eau : cette pratique barbare
+étoit dictée par une théorie aveugle plutôt
+que par la cruauté. C’est peut-être
+par la même raison qu’on donnoit, il
+n’y a pas longtems, le fouët aux prisonniers,
+dans de certaines maisons de correction,
+chez les Lazaristes, &amp; aux Repenties ;
+(je ne sais si cet usage est entierement
+aboli de us jours… Il y a
+encore tant de sottes gens.) On croyoit
+la tête malade, &amp; on s’imaginoit la guérir
+par cette humiliante &amp; barbare manœuvre.
+Mais, dira-t-on, qui osoit présider
+à des opérations de ce genre ? Des
+bouchers !… Non. C’étoit des prêtres !
+(Voyez le chap. IV.)</p>
+</div>
+<p>Puisque l’effet des flagellations
+est de rappeller la chaleur dans une
+partie, il ne sera pas difficile de
+concevoir par quel mécanisme le
+fouët irrite &amp; éleve le membre viril :
+examinons la structure de cette
+partie &amp; de celles qui l’environnent.</p>
+
+<p>Ceux qui se font fustiger pour
+se rendre propres au coït, exigent
+qu’on frappe toujours sur le dos ;
+voyons maintenant comment la chaleur,
+excitée dans cet endroit, passe
+aux parties de la génération.</p>
+
+<p>On remarquera que les lombes,
+qui composent la majeure partie du
+dos, sont formés par les vertebres
+lombaires, sous lesquelles sont placés
+les reins &amp; différens vaisseaux
+qui communiquent avec les parties
+de la génération. Il est donc constant
+qu’en échauffant les lombes,
+cette chaleur doit se rendre à la verge
+dans l’homme, &amp; au vagin dans
+l’autre sexe.</p>
+
+<p>Quoique cela dût suffire pour
+rendre raison de l’effet du fouët sur
+le physique de l’amour, quelques
+auteurs ont cherché d’autres preuves
+pour l’expliquer. <i>Meibomius</i>,
+qui pensoit que c’est dans les reins
+que se prépare la semence, n’attribuoit
+l’effet du fouët qu’à la chaleur
+qu’il produit sur les reins. Ceux
+qui croyoient avec <i>Platon</i> que la
+semence s’écoule de la moëlle de
+l’épine, disoient, que les flagellations
+faites sur les lombes devoient provoquer
+l’écoulement de la semence,
+&amp; conséquemment distendre la verge
+&amp; l’amplifier.</p>
+
+<p>Les anciennes écritures, soit sacrées,
+soit profanes, plaçoient la
+faculté de l’acte vénérien dans les
+lombes. On lit dans la Genèse :
+<i lang="la" xml:lang="la">reges de lumbis suis egredientur</i>. On
+chante dans un pseaume, <i lang="la" xml:lang="la">lumbi mei
+impleti sunt illusionibus</i>, ce qui
+signifie, j’ai été enclin à la paillardise<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Les bigots, dont la fausse pudeur
+s’allarme au moindre mot, me pardonneront
+peut-être de me servir de tems à
+autre de phrases un peu libres, puisque
+je prouve par mes citations que notre
+église s’en sert aussi. Pour ce qui est des
+gens instruits, je suis sûr de ne pas les
+effaroucher par mon stile, n’ont-ils pas
+lu le <i>Cantique des Cantiques</i> ? C’est dans
+ce petit poëme du grand <i>Sultan Salomon</i>
+qu’on trouve des expressions bien délicates :
+pour attirer nos débauchés &amp; nos
+élégantes dans les églises, il ne faudroit
+que le chanter à vêpres, &amp; l’y chanter
+en langue vulgaire.</p>
+</div>
+<p><i lang="la" xml:lang="la">Lumbos præcingere</i>, <i>se serrer les
+reins</i>, étoit un proverbe, parmi les
+Hébreux, qui signifioit conserver
+la pudeur &amp; renoncer à l’impureté.
+C’est pourquoi <i>St. Jérôme</i> dit, <i lang="la" xml:lang="la">conforta
+lumbos</i>, <i>fortifie tes reins</i>. Quand
+<i>St. Matthieu</i> dit de <i>St. Jean</i>, <i lang="la" xml:lang="la">habuit
+zonam pelliceam circa lumbos</i>, il
+veut sans doute vanter sa chasteté.
+L’église, en chantant ce verset, <i lang="la" xml:lang="la">ure
+igne flancti spiritus renes nostros, ut
+tibi casto corpore serviamus</i>, entend
+bien que les reins sont le premier
+instrument de la concupiscence.</p>
+
+<p>L’opinion où l’on fut toujours,
+que le bon ou le mauvais état des
+lombes contribue à l’acte vénérien,
+donna lieu à l’usage de s’entourer
+les reins avec une ceinture, pour
+marquer qu’on vivoit dans un état
+de chasteté. Les vestales juroient,
+en plaçant la sainte ceinture, de
+ne jamais la desserrer, c’est-à-dire,
+de tenir leurs lombes en captivité.
+Nos abbés, nos religieux, nos moines,
+nos chanoinesses ont conservé
+la mode de se ceindre les reins ;
+mais on est loin de penser aujourd’hui,
+que la ceinture oblige à l’abstinence ;
+il faut qu’on en ait une
+idée bien contraire, puisque toutes
+les dames ont une ceinture pour se
+parer.</p>
+
+<p>Les Romains crurent aussi qu’il
+falloit se serrer les lombes pour conserver
+sa modestie &amp; sa pudeur.
+N’étoit-on pas en usage de donner
+une ceinture à des candidats, lorsqu’ils
+recevoient un grade ?</p>
+
+<p><i>Diane</i> fut toujours représentée
+avec une ceinture. <i>Vénus</i> détacha
+la sienne pour fixer Pâris, &amp; ses deux
+rivales perdirent le procès.</p>
+
+<p>Il est inutile d’appuyer, par des
+citations, des faits qui se prouvent
+d’eux-mêmes. On observe qu’en se
+tenant les reins très-chaudement,
+on a de fréquentes érections ; aussi
+défend-on à ceux qui sont sujets à
+des pollutions nocturnes, de se tenir
+couchés sur le dos, parce que
+cette position échauffe la moëlle de
+l’épine, les lombes, les vaisseaux
+&amp; les nerfs qui se rendent aux parties
+naturelles. Persuadés de cette
+vérité, les médecins faisoient appliquer
+des topiques très-froids, sur
+les lombes, à ceux qui avoient besoin
+de rallentir en eux la fureur
+de Vénus. <i>Pline</i> ordonnoit de porter
+pendant quelque tems des lames
+de plomb sur les reins, pour tempérer
+l’ardeur des amans. <i>Galien</i>
+conseilla aux athlétes d’y appliquer
+des onguens réfrigérans pour se préserver
+des pollutions nocturnes ; ce
+même docteur remédioit au priapisme
+en faisant continuellement tenir
+de l’eau froide sur les lombes du
+malade. Cette théorie engagea, dans,
+la suite, les célibataires cloîtrés à
+jetter dans leur lit des branches
+d’<i lang="la" xml:lang="la">agnus castus</i>, &amp; de se coucher dessus
+pour se préserver des tentations
+de la chair.</p>
+
+<p>La médecine moderne, qui ne
+voit de bons remedes que dans ce
+qu’on avale en potions ou en pillules,
+n’est pas tout-à-fait de l’avis des
+anciens ; elle ne fait appliquer aucun
+topique sur les lombes pour
+rafraîchir ou échauffer <i>Vénus</i>. Je
+pense cependant qu’il peut y en
+avoir d’utiles dans l’un &amp; l’autre
+cas, comme on le verra à la suite
+de ce petit ouvrage, dans une dissertation
+sur tous les moyens qu’on
+peut employer pour appaiser l’amour
+ou lui prêter des forces.</p>
+
+<p>En voilà, je pense, suffisamment
+pour expliquer comment les flagellations,
+faites sur le dos, produisent
+l’érection du membre viril, &amp;
+rendent un libertin épuisé capable
+de soutenir les combats de l’amour.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="c3">CHAPITRE III<br>
+<span class="i">De quelques erreurs qu’il seroit
+utile de détruire, principalement
+dans les couvens.</span></h2>
+
+
+<p>L’amour est un besoin qui nous
+est commun, mais qui ne se fait
+sentir qu’à un certain âge. C’est en
+vain qu’on voudroit éteindre ses
+feux, lorsqu’on touche à la puberté,
+les plus grands efforts n’aboutissent
+alors qu’à leur prêter de la
+force, &amp; l’incendie s’accroît de plus
+en plus. Ces réflexions nous font
+voir que ceux qui font vœu de celibat,
+seront souvent parjures, ou
+toujours malheureux. Supposons,
+cependant qu’il y ait quelques êtres
+privilégiés qui vivent exempts de
+ce qu’une fausse dévotion appelle
+les foiblesses humaines ; il faudroit
+au moins, pour le bien de tous les
+<i>religieux</i> &amp; <i>religieuses</i>, que l’on eût
+soin d’éloigner d’eux tout ce qui
+peut les ramener à la nature. Examinons
+si l’on tient cette conduite
+dans les monasteres.</p>
+
+<p>Nous avons vû, dans les chapitres
+précédens, que les flagellations
+peuvent &amp; doivent produire
+une irritation sur toutes nos fibres,
+&amp; que cette irritation se fait principalement
+sentir aux parties de la
+génération. Pourquoi donc la discipline
+est-elle ordonnée dans tous
+les couvens, &amp; dans de certains
+jours de pénitence ? Doit-on rappeller
+la vie dans une partie qu’on
+a voulu destiner à la mort ? On ne
+devroit rien permettre dans le cloître
+qui puisse blesser la décence,
+ou qui puisse, comme disent les
+casuistes, réveiller la chair. L’usage,
+ou plutôt l’abus de se discipliner,
+devroit conséquemment y être
+aboli, puisque l’effet en est toujours
+pernicieux. Heureusement que ces
+cérémonies de flagellations se pratiquent
+dans l’obscurité ; car si l’on
+se présentoit dans la dévote assemblée
+avec une lumiere à la main,
+on verroit que la pénitence finit
+toujours par la masturbation, ou
+par des pollutions involontaires.</p>
+
+<p>Quelle contradiction dans la conduite
+des célibataires de ce genre !
+Ils avalent le matin deux ou trois
+verres d’une décoction faite avec
+les plantes les plus froides, &amp; le
+soir, ils se frappent avec des cordes
+ou de petites chaînes pour
+rappeller une chaleur qui commençoit
+à s’éteindre !</p>
+
+<p>C’est sur-tout parmi les religieuses
+qu’il ne faudroit jamais parler
+de fouët ni de disciplines : les femmes
+étant plus faciles à émouvoir
+que les hommes, elles sont aussi
+plus sujettes aux pollutions.</p>
+
+<p>Il semble que la manie de se
+fustiger ou de fustiger les autres, soit
+particulierement celle des moines.
+S’ils s’en tenoient au moins à se
+discipliner entr’eux, ce ne seroit
+qu’un petit mal ; mais c’est qu’il y en a
+quelques-uns qui ne rougissent pas
+d’ordonner le fouët à leurs pénitentes,
+&amp; qui se chargent sur-tout
+d’aller le leur donner eux-mêmes
+au sortir du confessionnal. Combien
+y a-t-il de confesseurs qui ont débauché
+de jeunes filles de cette
+maniere ? Combien de scélérats ont
+abusé d’un ministere respectable
+pour commettre les horreurs les
+plus infâmes ? On a souvent entendu
+les tribunaux<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a> retentir des
+justes plaintes de quelques infortunées
+qui avoient été victimes de
+leur crédulité : on a vu, plus d’une
+fois, de justes loix faire traîner les
+coupables au supplice.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> On trouve dans les <i>causes célebres</i>,
+des procès fameux contre les séducteurs
+de ce genre. De tels exemples
+sont bien faits pour détourner les âmes
+honnêtes &amp; timides d’un confessionnal
+quelconque ; elles ont à craindre d’être
+obligées de payer une absolution beaucoup
+trop cher. Si les Italiens sont aussi
+jaloux qu’on le dit, je suis étonné qu’ils
+ne se chargent pas eux-mêmes d’être les
+directeurs de la conscience de leurs femmes.</p>
+</div>
+<p>Tout le monde connoît les différentes
+aventures, qu’on raconte au
+sujet de quelques cordeliers qui,
+seuls dans la chambre de leurs pénitentes,
+les faisoient mettre à genoux,
+troussoient leurs juppons,
+leur claquoient les fesses, ou les
+fustigeoient rudement, suivant la
+grandeur des péchés qu’elles avoient
+commis ; la correction finissoit par
+pousser en avant la gentille pécheresse,
+&amp; lui passer par derriere un
+<i>bout du cordon de St. François</i>, qui
+avoit la vertu de faire pâmer la dévote,
+&amp; de lui donner une idée du
+paradis de Mahomet.</p>
+
+<p>Il est bien singulier, que de tout
+tems &amp; chez toutes les nations, on
+ait souvent mêlé l’impudicité &amp; la
+plus vile corruption aux cérémonies
+les plus sacrées. Des fêtes <i>netturales</i>
+se célébroient dans les temples<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> ;
+la dévotion y attiroit toutes
+les dames Romaines ; pendant
+plusieurs années l’empereur Néron,
+ses prêtres, ses courtisans, abuserent
+de la crédulité des unes, &amp;
+partagerent le libertinage des autres :
+comme cette fête se célébroit
+pendant la nuit, aucune n’avoit à
+rougir ; les soupirs qu’on y entendoit,
+le bruit singulier qui devoit
+s’y faire, sembloient n’avoir pour
+cause que de saintes extases. Les
+pélérinages de la Mecque, qui sont
+ce qu’il y a de plus saint &amp; de plus
+révéré chez les Turcs &amp; les Persans,
+ne sont-ils pas le comble de
+la dépravation des mœurs ? J’ai vu,
+en Espagne &amp; en Italie, des extravagans
+courir les rues à la suite
+d’une sainte <i>banniere</i>, &amp; se fustiger
+sous les fenêtres de leurs maîtresses,
+en mémoire de la passion du
+<i>Christ</i><a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Néron institua ces fêtes pour se
+consoler de la mort de <i>Netturius</i>, l’un
+de ses favoris, &amp; qui s’étoit attiré la
+bienveillance de ce prince, par son talent
+pour les intrigues amoureuses.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Il y a, dans ces pays-là, différentes
+assemblées de dévôts, qu’on nomme
+<i>pénitens</i> ; l’uniforme de ces confréries
+est des plus plaisant. Il y a des pénitens
+blancs, des noirs, des bleus, des rouges,
+des verds, &amp;c. Ils courent les rues,
+dans de certains jours de pénitence, ils
+sont presque tous à pied nud, &amp; se <i>disciplinent</i>
+pour divertir le peuple &amp; sur-tout
+leurs maîtresses.</p>
+</div>
+<p>Pour expliquer la cause de ces
+erreurs, il ne faut que connoître
+les hommes ; lorsqu’on est parvenu
+à se faire une juste idée de la valeur
+de ceux qui en ont imposé &amp; qui
+en imposent encore, on n’est plus
+étonné de voir subsister les abus
+les plus ridicules. <i>La crainte a fait
+les dieux</i>, dit un grand philosophe,
+mais il faut ajouter à cette sentence,
+que c’est l’imposture qui soutient
+leur trône. Les différens cultes,
+qu’on rend à ces divinités incompréhensibles,
+étant l’ouvrage de
+quelques mortels ou foibles ou trompeurs,
+il n’est pas surprenant que
+ces cultes se soient souvent ressentis
+de la sottise de l’inventeur, &amp; qu’on
+y ait associé des folies même dangereuses.</p>
+
+<p>Mais je m’écarte de mon plan ;
+comme toutes ces discussions m’entraîneroient
+trop loin, je reviens à
+mon sujet… Il seroit nécessaire
+de supprimer l’usage des flagellations
+dans tous les couvens, puisqu’elles
+peuvent contribuer à ranimer
+le physique de l’amour ; on
+ôteroit par là le ressort le plus excitatif.
+Je voudrois même défendre
+à tous les moines &amp; sous des peines
+très-rigoureuses, de se regarder
+le corps à nud ; car il faut peu de
+chose pour échauffer un jeune célibataire.
+Une religieuse de dix-huit
+à vingt ans, qui s’amuse le soir à
+chercher ses puces, finit rarement
+sa petite chasse sans faire un sacrifice
+à l’amour ; elle voudroit ne pas
+succomber, mais la liqueur fermente,
+&amp; le moindre attouchement suffit
+pour la faire répandre.</p>
+
+<p>Il est bien humiliant que nous
+trouvions encore parmi nous des
+restes aussi ridicules du fanatisme
+de nos ancêtres. Devroit-on se rappeller
+du nom de <i>moines</i> dans un
+siecle aussi éclairé que le nôtre ?
+Ces illustres &amp; riches fainéans font-ils
+quelque chose d’utile ? Contribuent-ils
+à nous rendre l’Eternel
+plus cher ? Ministres inutiles, on
+leur entend bien réciter par fois des
+couplets qu’ils ne conçoivent peut-être
+pas ; mais ces prieres vagues
+&amp; stériles peuvent-elles effacer aux
+yeux du vrai Dieu toutes les sottises
+qu’ils commettent au sortir
+du chœur ?</p>
+
+<p>La réforme monacale seroit utile
+&amp; nécessaire, les enfans de <i>St. Bruno</i>
+ne s’en trouveroient peut-être
+pas bien, mais les capucins seroient,
+en général, très-contens. Quelques
+religieuses accourroient se jetter
+dans les bras d’un amant que des
+parens injustes leur enleverent ;
+elles deviendroient épouses fideles,
+meres tendres ; &amp; leur amour enfin
+exaucé donneroit des sujets à
+l’Etat.</p>
+
+<p>Ces tems de réforme sont encore
+bien éloignés, je le sais. En attendant
+cette heureuse époque, invitons
+les religieux des deux sexes à
+ne plus se fustiger pour nos péchés :
+qu’ils bannissent de leur regle un
+usage qui ne peut que contrarier
+leur projet de célibat, &amp; les avilir
+aux yeux même de l’amour<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> <i>Les avilir aux yeux de l’amour</i>…
+Oui, &amp; cela parce qu’à force de se fustiger,
+la nature s’échauffe, les nerfs sont
+irrités, &amp; cela finit par la masturbation.
+Je demande s’il y a quelque chose de
+plus avilissant pour l’amour ?</p>
+</div>
+<p>Il faut que ceux qui croient servir
+Dieu &amp; lui plaire en se fustigeant,
+se soient fait une idée bien
+étrange de la Divinité. Ils ne voient
+sans doute dans le Pere de la nature,
+qu’un être terrible &amp; vengeur,
+toujours armé de la foudre pour
+punir indistinctement l’innocent &amp; le
+coupable : ils se figurent qu’on ne
+peut l’appaiser que par des cilices,
+des jeûnes, &amp; autres mortifications
+non moins ridicules. Ces erreurs
+sont aussi extravagantes que dangereuses
+à la société ; elles ôtent à
+l’homme le désir de se rendre utile
+à ses semblables, &amp; font qu’il préfere
+son caprice bigot à la douceur
+de faire de bonnes œuvres. Un philosophe
+a dit avec raison, qu’un
+sauvage errant dans les bois, contemplant
+le ciel &amp; la nature, sentant
+pour ainsi dire le seul maître
+qu’il reconnoît, est plus près de la
+véritable religion, qu’un chartreux
+enfoncé dans sa loge &amp; vivant avec
+les fantômes d’une imagination
+échauffée.</p>
+
+<p>On doit un culte à l’Eternel ; il
+faut une religion. Mais le culte que
+demande l’Etre suprême doit s’allier
+aux devoirs de tout citoyen. Le
+vrai Dieu ne crie pas aux mortels
+du haut de son trône : « Jeûnez,
+fustigez-vous, n’écoutez pas les
+sens que je vous donnai pour
+votre bonheur, &amp; renoncez à la
+nature. »</p>
+
+<p>L’auteur de l’<i>an deux mille quatre
+cent quarante</i><a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> peint bien éloquemment
+le ridicule de précipiter
+par dévotion la jeunesse dans nos
+cloîtres que nous regardons comme
+sacrés<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>. Puissent les paroles de
+ce philosophe arrêter de jeunes victimes
+prêtes à se plonger dans ces
+tombeaux vivans ! « Quelle cruelle
+superstition enchaîne dans une
+prison sacrée tant de jeunes beautés
+qui recelent tous les feux
+permis à leur sexe, que redouble
+encore une cloture éternelle, &amp;
+jusqu’aux combats qu’elles se livrent.
+Pour bien sentir tous les
+maux d’un cœur qui se dévore
+lui-même, il faudroit être à sa
+place ; timide, confiante, abusée,
+étourdie par un enthousiasme
+pompeux ; cette jeune fille a cru
+longtems que la religion &amp; son
+Dieu absorberoient toutes ses
+pensées : au milieu des transports
+de son zele, la nature éveille
+dans son cœur ce pouvoir invincible
+qu’elle ne connoît pas &amp; qui
+la soumet à son joug impérieux.
+Ces traits ignés portent le ravage
+dans ses sens, elle brûle dans
+le calme de la retraite ; elle combat,
+mais sa constance est vaincue,
+elle rougit &amp; désire. Elle
+regarde autour d’elle, &amp; se voit
+seule sous des barreaux insurmontables,
+tandis que tout son
+être se porte avec violence vers
+un objet fantastique que son imagination
+allumée pare de nouveaux
+attraits. Dès ce moment
+plus de repos. Elle étoit née pour
+une heureuse fécondité ; un lien
+éternel la captive &amp; la condamne
+à être malheureuse &amp; stérile.
+Elle découvre alors que la loi l’a
+trompée, que le joug qui détruit
+la liberté n’est pas le joug d’un
+Dieu, que cette religion, qui l’a
+engagée sans retour, est l’ennemie
+de la nature &amp; de la raison.
+Mais que servent ses regrets &amp;
+ses plaintes ! Ses pleurs, ses sanglots
+se perdent dans la nuit du
+silence. Le poison brûlant, qui
+fermente dans ses veines, détruit
+sa beauté, corrompt son sang,
+précipite ses pas vers le tombeau.
+Heureuse d’y descendre, elle ouvre
+elle-même le cercueil où elle
+doit goûter le sommeil de ses
+couleurs. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Cet ouvrage contient de grandes
+vérités, aussi l’a-t-on défendu. Celui qui
+l’a écrit ne sera jamais académicien, n’aura
+jamais de pensions, &amp; cela parce qu’il
+a eu le courage de dévoiler la honte de
+ceux qui distribuent l’argent &amp; les honneurs.
+Ecrivains,… écrivains…
+faites de plates sottises, soumettez-vous
+à la censure sans murmure, flattez les
+grands, sans instruire les petits, alors
+vous serez prônés, payés, &amp; <i>bien ou mal</i>
+peints dans le sallon des <i>illustres</i> !</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Que les grandes choses s’operent
+lentement ! Pourquoi n’imite-t-on pas
+dans tous les Etats la sage administration
+de l’immortel <i>Joseph second</i>, qui, dès
+qu’il eut dans les mains le sceptre de
+l’empire, en frappa les puissances monacales,
+&amp; renversa l’autel le plus pernicieux
+qu’eût jamais élevé la superstition ?
+Il a su, par cette juste reforme, rendre
+des meres à la société &amp; des hommes à
+l’Etat. Il a ôté à tous ses sujets l’aspect
+de l’oisiveté &amp; de la débauche que présentent
+le plus souvent ces hommes cloîtrés,
+qui n’ont de patrimoine que celui
+qu’ils déroberent à nos peres, &amp; qui chaque
+jour s’engraissent encore du travail
+&amp; de la crédulité du peuple.</p>
+</div>
+<p>En divisant les sexes, en élevant
+des barrieres éternelles entre l’homme
+&amp; la femme, les fondateurs des
+couvens, ne songerent pas aux coupables
+abus qui devoient en résulter.
+Comme on ne peut jamais
+étouffer l’effervescence des sens, il
+a fallu que les victimes qu’on avoit
+enterrées dans le cloître, cherchassent
+des moyens pour appaiser ou
+tromper l’amour. Poussés par un
+instinct très-innocent, ces robustes
+captifs s’occuperent à trouver le
+plaisir dans leur sexe même. L’on
+connut la masturbation, &amp; des crimes
+plus atroces encore.</p>
+
+<p>Ce vice qu’on reprocha tant aux
+<i>Jésuites</i>, &amp; qui faisoit, peut-être,
+réellement leur honte, vient sans
+doute du barbare abus de cloîtrer
+de jeunes gens. Les filles renfermées
+ne chercherent pas moins à se
+procurer, entre elles, une idée des
+plaisirs de l’amour.</p>
+
+<p>Les horreurs de cette espece ne
+resteront point renfermées dans les
+endroits où elles avoient pris naissance :
+les mondains s’occuperent
+de ces viles &amp; criminelles ressources.
+Les loix furent forcées de sévir
+contre ces attentats de <i>lèse-amour</i>,
+&amp; malgré leur juste rigueur, il
+existe encore des crimes de ce genre.
+On voit plus d’un vieux financier
+cajoler son valet ou son garçon
+perruquier ; il y a plus d’une duchesse
+qui ne soupire que pour sa
+femme de chambre<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>. O monstres !
+que faites-vous ? voulez-vous
+passer pour sages &amp; tempérés ? Craignez-vous
+d’être victimes de l’autre
+sexe ? En suivant les loix de la
+vraie tendresse, vous ne pourriez
+commettre que des foiblesses ; au
+lieu que vous êtes des vicieux qui
+méritez l’indignation publique &amp;
+qu’on doit livrer à l’opprobre !</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Il arrive souvent qu’on dit, dans
+de très bonnes sociétés, en parlant d’un
+seigneur, ou d’une dame, <i>un tel est
+pour homme, la Comtesse est pour femme</i>.
+Quelle horreur ! on badine sur cela,
+&amp; l’on fréquente de pareilles gens !…
+Ce manque de délicatesse est bien digne
+de ces plats &amp; brillans étourdis qui, par
+gentillesse, s’honorent entre eux du beau
+nom de <i>roués</i>.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="c4">CHAPITRE IV.<br>
+<span class="i">De la necessité de changer les peines
+qu’on inflige à l’enfance &amp;
+à la jeunesse.</span></h2>
+
+
+<p>Nous avons vu dans les chapitres
+précédens, que les flagellations faites
+sur le dos produisent des effets
+non équivoques sur le physique de
+l’amour. La découverte de cette
+vérité nous a conduits à faire observer
+que les célibataires <i>cloîtrés</i> devroient
+bannir de leur regle le fouët
+&amp; la discipline ; elle nous conduira
+à déduire, du même principe, des
+conséquences qui ne seront pas
+moins justes.</p>
+
+<p>Pourquoi le fouët est-il toujours
+le châtiment qu’on inflige aux enfans ?…
+Cette peine peut-elle
+influer en mal sur leur éducation
+physique &amp; morale ?… Voilà les
+points que je me propose d’éclaircir
+dans cette partie de mon ouvrage.
+Cet examen est plus intéressant qu’on
+ne pense.</p>
+
+<p>L’éducation physique &amp; morale
+des enfans intéresse sans doute le
+gouvernement : cependant voit-on
+qu’il s’en occupe ! On en laisse tout
+le soin à des parens qui, en général,
+s’en déchargent sur des nourrices,
+des valets, des pédans, des
+sots, des crapuleux, &amp;c. &amp;c.</p>
+
+<p>Quand on ne devroit prêcher le
+bien aux enfans que par le bon
+exemple ; on ne le fait que par de
+grossieres paroles, des menaces, &amp;
+la correction. Qu’est-ce que cette
+correction ? C’est le fouët. Les meres
+ne connoissent que ce remede
+à un verre ou une bouteille cassés ;
+les précepteurs n’en employent
+point d’autre pour donner du goût
+pour le latin, cette langue qui,
+grâces au ciel, sera bientôt oubliée,
+&amp; qui fait depuis tant de tems le
+désespoir des écoles.</p>
+
+<p>Que résulte-t-il de l’emploi du
+fouet ? On y habitue de petits
+mauvais sujets qui s’en font même
+un jeu entre eux dans leurs momens
+de recréation ; ainsi qu’on l’a
+vu dans les citations de <i>Jean Pic
+de la Mirandole, &amp; de Calius Rhodiginus</i>.
+(Chap. II de cet ouvrage.)</p>
+
+<p>Il ne manqueroit certainement
+pas d’autres manieres de punir des
+enfans oisifs ou vicieux : car J. J.
+a écrit cinq ou six volumes sur l’éducation,
+sans fouëtter son éleve
+une seule fois : aussi son ouvrage
+n’a-t-il pas remporté le prix, &amp; les
+éducations se font toujours aussi
+mal que jadis.</p>
+
+<p>Je suppose qu’il fut nécessaire,
+dans certains cas, d’infliger aux
+enfans des peines corporelles ; devroit-on
+frapper le coupable sur le
+dos ? On nous apprend pendant les
+cinq ou six premieres années que
+nous vivons à cacher notre derriere
+&amp; les parties <i>honteuses</i> ; au bout
+de ce tems vient un régent qui nous
+force à déboutonner nos culottes,
+à les abattre, à trousser la chemise,
+à tout montrer, pour recevoir les
+étrivieres en pleine classe. Ces parties
+ne seroient-elles plus <i>honteuses</i>,
+quand c’est un cuistre qui les regarde
+&amp; qui les touche ?</p>
+
+<p>S’il arrivoit au moins que ce châtiment
+fût distribué avec justice ;
+mais le célibataire qui punit, n’est-il
+pas souvent de la compagnie de la
+<i>manchette</i> ? Et ne choisit-il pas pour
+l’opération le derriere qui le flattera
+le plus ? J’ai observé pendant
+tout mon cours de collége, que les
+écoliers maigres &amp; laids n’étoient
+jamais fustigés. Au plaisir qu’ont
+quelques pédans à entendre le bruit
+que font les coups de fouet qu’on
+applique sur le dos du patient, on
+doit juger qu’il y a, dans cette cérémonie,
+si souvent répétée, plus
+que la satisfaction de corriger. Etres
+barbares &amp; corrompus !… De
+qui tenez-vous le droit de mutiler
+l’enfance &amp; de faire servir l’innocence
+à vos plaisirs, ou plutôt
+à vos saletés !… Je le répete,
+ces abus, quoique fort anciens, méritent
+l’attention du gouvernement ;
+ils exigent une réforme ; car les
+maîtres d’école, les précepteurs,
+les régens, sont en général si méprisables,
+qu’il n’y a jamais un écolier
+qui ne méprise les siens, lorsqu’il
+est homme.</p>
+
+<p>La mauvaise habitude que l’on
+a de frapper sur le derriere des
+enfans, leur donne celle de porter
+souvent les mains à cette partie ;
+elle leur apprend, comme je viens
+de le dire, à se fustiger entre eux ;
+de là différens attouchemens qui
+les éclairent peu-à-peu, &amp; qui font
+que la débauche devance, en eux,
+le mouvement des sens.</p>
+
+<p>Plusieurs enfans élevés ensemble,
+&amp; de la maniere accoutumée, deviennent
+toujours polissons<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>. Ils
+se touchent les uns &amp; les autres,
+ils en viennent petit à petit à la
+masturbation, &amp; ne finissent que
+trop souvent par le péché des Jésuites.
+C’est dans ces assemblées de
+jeunes écoliers que s’apprennent
+toutes ces sottises qu’on ne peut
+ensuite cacher dans la société : on
+y apporte des plaisirs infâmes, des
+goûts dépravés &amp; peu délicats.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Ce qui prouve qu’il y a peu de
+bons parens, c’est qu’on voit subsister
+une quantité de ces auberges, qu’on appelle
+<i>pensionnats</i>, où l’on entasse les enfans
+dans de grandes salles, toujours malsaines,
+&amp; dans lesquelles il est défendu
+à ces jeunes êtres de s’égayer, de jouer,
+&amp; de suivre le penchant de leur âge. Les
+maîtres de ces petites maisons de force
+se font bien payer pour mal coucher,
+mal nourrir les enfans, &amp; pour les rendre
+stupides, ou vicieux.</p>
+</div>
+<p>Je suis surpris que les ecclésiastiques
+osent se charger d’élever les
+enfans, puisqu’il est reçu parmi
+nous qu’on ne peut en venir à bout
+sans donner le fouët. J’aurois cru
+que la décence de leur état ne leur
+permettoit pas de regarder ni de
+toucher des fesses. Mais, je l’ai déja
+fait remarquer dans le troisieme
+chap. les moines &amp; les abbés ont la
+fureur de fouetter ; les cris, les
+pleurs d’un innocent ne les attendrissent
+point ; la jouissance de voir
+un beau <i>postérieur</i> l’emporte sur la
+pitié. On a toujours vu que c’étoit
+des moines qui dirigeoient les maisons
+de correction, qui les avoient
+même fondées ; ces bourreaux débauchés
+voulurent contempler &amp;
+claquer des derrieres ; ils surent même
+si bien s’arranger, que des peres
+imbécilles eurent la bonhomie
+de leur fournir de bonnes pensions
+pour cela.</p>
+
+<p>Je pense que ces réflexions sont
+plus que suffisantes pour engager le
+gouvernement<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a> à forcer les pédans
+de changer les peines usitées
+pour l’enfance. Si cet objet lui paroît
+de peu de conséquence, j’espere
+que les parens y feront attention,
+&amp; qu’ils tâcheront de détourner des
+regards d’un enfant tout ce qui peut
+le conduire au mal.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> On peut dire que l’administration
+publique néglige un peu trop dans tous
+les pays l’éducation des enfans ; cependant
+il y en a où je voudrois être né de
+préférence. Ce n’est pas à coup sûr dans
+les endroits où les régens sont célibataires,
+&amp; cela pour cause. Il viendra, sans
+doute un tems, où l’on connoîtra mieux
+le prix d’une bonne éducation ; alors on
+ne choisira plus pour instituteur un malheureux
+vaurien qui ne sait que cracher
+deux ou trois mots de latin ; des honnêtes
+gens s’honoreront du nom de précepteurs ;
+&amp; la vertu seule aura le droit
+d’occuper les places de régens que le
+gouvernement &amp; le public estimeront &amp;
+payeront généreusement.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="c5">CONCLUSION.</h2>
+
+
+<p>L’expérience nous apprend que
+quelques personnes ont recours aux
+flagellations pour se disposer aux
+combats amoureux. La physiologie
+&amp; l’anatomie démontrent comment
+ces flagellations operent sur les parties
+de la génération, quoiqu’elles
+ayent été faites sur le dos. Les infortunés
+qui se livrent à ces désordres
+sont sans doute à plaindre<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>,
+puisque ce n’est que par de cruelles
+douleurs qu’ils esperent connoître
+les plaisirs de l’amour ; puisqu’enfin
+l’arc du petit Cupidon ne peut être
+tendu qu’à l’aide de ce préliminaire
+affligeant &amp; peu délicat.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> Il est encore un être bien plus à
+plaindre, c’est une jeune beauté que la
+force, ou des conventions d’intérêts font
+passer dans les bras d’un époux qui ne
+pourra remplir les fonctions du mariage
+sans la petite poignée de verges ; la nouvelle
+mariée passera de cruelles nuits,
+avant qu’on ose lui proposer de recourir
+à cette honteuse ressource ; ensuite il
+faudra qu’elle fasse de grands efforts pour
+s’y résoudre ; &amp; je doute que son bonheur
+soit jamais parfait. Puisqu’on ne
+consulte pas la force des tempéramens
+avant que de les unir, faut-il être surpris
+qu’il y ait tant de femmes infidelles, &amp;
+tant de maris ridiculisés ?</p>
+</div>
+<p>Quelques auteurs prétendent que
+l’habitude de se faire fouëtter, se
+contracte depuis l’enfance ; cela
+peut être vrai par rapport à quelques
+individus ; mais je pense qu’on
+ne peut en général la faire naître
+d’une cause si éloignée. Les amateurs
+du sexe ont quelquefois des
+goûts bien dépravés, ils cherchent
+des jouissances extraordinaires : je
+crois que cela ne se voit que chez
+ceux qui sont d’une foible constitution,
+ou qui se sont épuisés dans
+leur jeunesse. Il y a beaucoup de
+gens qui ne peuvent donner du ressort
+au membre viril, qu’en jouissant
+du spectacle de deux êtres vigoureux,
+qui luttent &amp; se pâment sur
+le lit de Vénus. Toutes ces ressources
+annoncent un grand épuisement
+dans le physique de celui qui les
+exige.</p>
+
+<p>De tous les moyens capables
+d’exciter à l’amour, le fouët est celui
+qu’on doit le moins rechercher ;
+outre qu’il est le plus nuisible, il
+ne peut gueres se pratiquer que
+chez des femmes prostituées<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>. Il
+y a pourtant des hommes qui ont
+besoin d’excitatifs ; il est du devoir
+de la médecine de les éclairer sur
+ceux qui ne peuvent pas déranger
+leur santé ni les avilir. C’est ce
+qui m’engage à joindre à ce petit
+ouvrage une dissertation sur la nature
+&amp; l’effet des <i>aphrodisiaques</i><a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>.
+Qu’on ne s’y trompe pas, mon but
+n’est point de favoriser le libertinage.
+Je ne vais dévoiler les secrets
+de mon art que pour l’utilité de
+quelques maris glacés, &amp; de tant
+d’épouses qui gémissent sur le lit
+nuptial.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Les catins sont presque toujours
+plus fieres que les honnêtes femmes, &amp;
+ne se croyent pas du tout méprisables.
+Cela paroît un peu choquant. Cependant
+je pense qu’elles ont raison. Placées comme
+des barrieres entre l’hymen &amp; le célibat,
+les filles de joie servent de victimes
+pour sauver la vertu des autres femmes ;
+elles consolent le premier venu des rigueurs
+d’une personne délicate ; elles se
+prêtent docilement aux désirs de l’amateur
+le plus dépravé ; le même lit sert au
+militaire le plus étourdi, &amp; au capucin
+le plus sérieux. Elles n’ont point tort de
+se montrer en public avec cette ostentation
+qui leur est si commune, car c’est
+une gloire pour elles de vouloir bien se
+soumettre à exercer un état qui est si
+avilissant en lui-même.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> C’est le nom qu’on donne à de certains
+remedes qui ont la propriété d’exciter
+aux plaisirs de l’amour.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="c6">DISSERTATION<br>
+<span class="xsmall">SUR</span><br>
+<span class="i">Les remedes capables d’exciter aux
+plaisirs de l’amour.</span></h2>
+
+
+<p>Les plaisirs que procure l’union
+des deux sexes, sont les plus vifs
+que l’on puisse goûter ; ce n’est qu’en
+amour que le riche &amp; le pauvre
+trouvent la volupté ; &amp; le simple
+berger n’est pas moins heureux sur
+le sein de Colette qu’un souverain
+dans les bras de son amante.</p>
+
+<p>Mais l’amour est comme le dieu
+<i>Mars</i>, il lui faut des sujets vigoureux ;
+les grâces, l’esprit, les talens
+peuvent lui plaire, cependant la vigueur
+seule à le droit de le fixer.
+Comme on ne peut pas douter de
+ces vérités, il est intéressant pour
+le bien de la population &amp; la satisfaction
+de chaque individu, que la
+médecine s’applique à trouver les
+moyens les plus propres à nous faire
+longtems jouir des charmes que
+procure l’amour. C’est pour remplir
+les devoirs d’un médecin zélé que
+je mets la main à la plume ; c’est
+pour servir l’Etat &amp; l’amour ; mais,
+je le répete, mon but n’est point de
+favoriser la débauche.</p>
+
+<p>Je ne sais pourquoi MM. mes
+confreres ont été si scrupuleux sur
+cet article ; ils se sont tous accordés
+à garder le silence à ce sujet,
+ou du moins ce qu’ils en ont dit, est
+enseveli dans de pesans volumes de
+matiere médicale. L’acte vénérien
+étant un besoin de nature comme
+ceux de manger, de boire, d’uriner,
+d’aller à la selle, &amp;c. il est
+surprenant que la théorie &amp; la pratique
+médicinale ne s’occupent que
+de ces derniers. L’espoir d’être utile
+fait que je renonce à l’usage, ou
+plutôt aux préjugés reçus dans nos
+<i>facultés</i> : j’entre en matiere.</p>
+
+<p>Les causes de la froideur conjugale,
+c’est-à-dire celles qui empêchent
+un individu de se livrer au
+coït, sont, un tempérament trop
+foible, reçu de la nature, un épuisement
+qui est la suite de quelques
+excès, &amp; la vieillesse. Ces trois différentes
+maladies exigeant des traitemens
+qui doivent différer entre
+eux, il est important de ne pas se
+tromper dans l’administration des
+aphrodisiaques qu’on employe dans
+l’un ou l’autre cas. Afin de me rendre
+intelligible à tous les lecteurs,
+je vais diviser ces maladies &amp; la
+maniere d’y remédier, en trois paragraphes.</p>
+
+
+<p class="ugap">§. I. Chaque individu reçoit de
+la nature, de ses parens, de l’éducation,
+une organisation &amp; un tempérament
+bien différens. Quelques
+êtres sont privilégiés, ils naissent,
+&amp; se forment pour la gloire de l’amour :
+tel fut cet empereur qui
+écrivoit à un de ses amis, qu’ayant
+fait cent prisonnieres, la premiere
+nuit dix d’entr’elles goûterent dans
+ses bras ce que l’amour offre de
+plus charmant, &amp; qu’en quinze
+jours, toutes avoient senti les mêmes
+douceurs : tel fut encore ce
+tambour de royal Wallon qui parcouroit
+à pas lents un cercle de cent
+hommes, avec un seau plein d’eau
+portant sur son… <i>&amp;c</i>. Les hommes
+de cette espece sont fort rares ;
+on en trouve plus de ceux qui sont
+trop foibles que de ceux qui sont
+extraordinairement vigoureux.</p>
+
+<p>Lorsqu’on a atteint l’âge de puberté,
+&amp; qu’on s’apperçoit qu’on le
+parcourt sans avoir les forces nécessaires
+pour profiter d’un bon à
+propos ; c’est un signe certain qu’on
+ne jouit pas d’une bonne santé. Il
+faut observer si cette fonction est la
+seule qui se fasse avec peine, c’est-à-dire,
+si cette maladie est, comme
+disent les médecins, essentielle ou
+symptômatique : dans ce dernier
+cas on peut être assuré que le froid
+de l’amour se dissipera aussi tôt que
+le vice principal sera détruit. Mais
+si l’on ne s’apperçoit d’aucune autre
+incommodité, on usera d’un
+régime &amp; de médicamens capables
+de faire convenablement opérer la
+sécrétion de la semence, &amp; propres
+à donner aux fibres le ton &amp; l’élasticité
+dont elles ont besoin.</p>
+
+<p>Un jeune homme, quoique naturellement
+foible, viendra à bout
+de se donner un bon tempérament,
+en ne faisant aucun excès de quelque
+espece qu’il puisse être, en faisant
+usage de bons alimens, en se
+livrant à un exercice modéré, en
+fuyant les boissons spiritueuses, les
+veilles &amp; sur-tout la masturbation :
+voilà ce qui concerne le régime.
+Passons aux remedes. Il boira, le
+matin à jeun &amp; le soir deux heures
+après le souper, un verre d’une
+décoction de <i>sauge</i>, édulcorée avec
+un peu de sirop d’<i>œillet</i>. Avant le
+dîner, il prendra gros comme une
+noix de l’électuaire suivant ; ce qu’il
+continuera jusqu’à ce qu’il ait acquis
+un certain degré de vigueur.</p>
+
+
+<p class="h3">Electuaire.</p>
+
+<ul><li>Prenez, conserve de romarin,
+deux onces,</li>
+<li>Racine d’éryngium confite, six
+gros,</li>
+<li>Amandes douces, une once &amp;
+demi,</li>
+<li>Macis, un scrupule.</li>
+<li>Confection alkermès, quantité
+suffisante pour donner à
+l’électuaire la consistance
+requise<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</li></ul>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> Comme cet électuaire pourroit ne
+pas être du goût de tous les malades,
+on pourra y substituer d’autres aphrodisiaques :
+on trouvera, dans le troisieme
+paragraphe, une liste de toutes les substances
+qui sont de cette nature.</p>
+</div>
+
+<p class="ugap">§. II. Quand la foiblesse des parties
+de la génération est une suite
+du libertinage &amp; l’effet d’un épuisement
+général, il faut d’abord que
+le malade s’éloigne des plaisirs de
+la ville &amp; de ses sociétés dangereuses,
+pour aller respirer l’air de la
+campagne. Il se mettra à l’usage du
+laitage, si son estomac peut le supporter ;
+ses alimens seront les œufs
+frais, des viandes légeres, du bon
+bouillon, &amp;c. Il prendra chaque
+jour le soir &amp; le matin, une petite
+cuillerée de l’essence suivante.</p>
+
+
+<p class="h3">Essence animale.</p>
+
+<p>Prenez une pinte de bonne eau
+de vie, versez-en la quatrieme partie
+dans un grand vase de fayance,
+faites-y dégoûter le sang de sept
+jeunes coqs, &amp; ayez soin de battre
+l’eau-de-vie à mesure que le sang
+y dégoûte, versez-y ensuite le reste
+de l’eau-de-vie, en remuant toujours.
+Ajoutez à ce mélange deux
+dragmes de canelle concassée, &amp;
+demi-livre de sucre candi en poudre ;
+mettez le tout dans une bouteille
+de grès bouchée avec liége,
+mastic fondu, &amp; de la vessie de
+cochon. Enterrez la bouteille dans
+le fumier de cheval pendant quarante
+jours, ayant soin d’ôter celui
+qui est dessus &amp; froid, tous les trois
+jours, pour en mettre du chaud.</p>
+
+<p>Cette essence est un puissant remede
+pour la génération ; elle est
+utile dans toutes sortes d’occasions
+où la nature manque, &amp; sur-tout
+dans les épuisemens par débauches.</p>
+
+
+<p class="ugap">§. III. L’amour seme notre carriere
+de fleurs, mais la nature ne
+nous donne qu’un tems pour les
+cueillir. L’homme trouve toujours
+une belle femme de son goût, il
+ne peut cependant pas le lui prouver
+à tout âge. Voyez <i>Mondor</i>, regardez
+son hôtel, ses valets, sa
+cuisine, son office, sa table, tout
+annonce l’aisance ; il n’est pourtant
+pas heureux : son or lui donne bien
+de belles esclaves, mais en amour,
+posséder n’est pas toujours jouir.</p>
+
+<p>Quoique l’âge de la vieillesse soit
+froid &amp; presque impuissant, il est
+prouvé que l’on peut encore le rendre
+agréable par les secours de
+l’art. Tout Paris a vu un doyen
+des maréchaux de France, courtiser
+les femmes pendant soixante
+ans &amp; plus, &amp; se marier dans l’âge
+que l’on regarde communément
+comme celui de décrépitude. Ce seigneur
+a de grandes obligations à la
+médecine, qui ne lui est pas moins
+redevable de son côté, puisqu’il
+sert à prouver que les ordonnances
+hypocratiques ne sont pas toujours
+des rêveries.</p>
+
+<p>Un homme d’un certain âge, qui
+veut connoître les plaisirs de l’amour,
+doit faire usage de bons alimens,
+manger peu &amp; souvent. Il
+faut qu’il prenne tous les mois un
+bain de lait. Il se fera faire tous
+les soirs, en se couchant, des embrocations
+sur les lombes avec de
+l’huile de <i>castor</i>, ou de l’esprit de
+vin dans lequel on aura fait infuser
+du saffran. Il se baignera chaque
+jour les parties génitales dans une
+décottion de <i>surriette</i>, faite dans du
+vin rouge. Avec toutes ces précautions,
+le remede qui perfectionnera
+la cure, est le suivant.</p>
+
+
+<p class="h3">Liniment de virilité.</p>
+
+<p>Prenez du miel clarifié &amp; de l’huile
+de noix muscade par expression,
+une demi once de chaque sorte ;
+de la pirethre, du poivre noir, &amp;
+des cubébes, une demi-once de
+chacun ; du musc, un demi scrupule ;
+de la civette, un scrupule ;
+du baume du Pérou, un gros ; faites-en
+un liniment suivant les regles
+de l’art.</p>
+
+<p>Ce liniment est destiné pour oindre
+la verge &amp; le périnée, ce qu’on
+ne fera que de trois jours en trois
+jours au plus, car il excite singulierement
+aux plaisirs de l’amour<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Il ne seroit pas moins utile aux
+jeunes gens qui sont impuissans, qu’aux
+vieillards. C’est l’aphrodisiaque le plus
+prompt, &amp; le plus assuré.</p>
+</div>
+<p>Comme il ne suffit pas que la
+chaleur animale soit momentanée,
+les vieillards feront un usage constant
+de l’électuaire suivant ; ils en prendront,
+une heure avant le dîner,
+gros comme une noix muscade.</p>
+
+
+<p class="h3">Electuaire aphrodisiaque.</p>
+
+<ul><li>℞. Conserve de racine d’éringium,
+de satyrion… <i>aa</i> deux onces ;</li>
+<li>de gingembre confit, six gros ;</li>
+<li>d’amandes douces, une once ;</li>
+<li>de confection alkermès, un gros ;</li>
+<li>de poudre de semence de roquette
+&amp; de moutarde, trois gros
+de chaque ;</li>
+<li>especes diatrion piperon, deux
+gros ;</li>
+<li>syrop de racine d’énula, une
+quantité suffisante.</li>
+<li>Mêlez le tout pour former un
+électuaire.</li></ul>
+<p>On sera peut-être surpris que je
+n’aye fait aucune mention de l’usage
+des cantharides ; mais les vrais
+médecins ne les ont jamais regardées
+comme de vrais aphrodisiaques.
+Elles n’agissent qu’en irritant
+les voies urinaires, &amp; l’irritation
+qu’elles y produisent, est souvent
+mortelle. Je conseille donc de n’y
+avoir jamais recours, il ne manque
+pas de moyens plus sûrs &amp;
+moins dangereux, ainsi qu’on le
+verra dans la liste suivante.</p>
+
+<p>Je le répete, mon intention n’est
+pas de favoriser la débauche ; il faut
+toujours réfléchir qu’on ne doit pas
+sacrifier sa santé à des plaisirs d’un
+moment. L’amour est la plus belle
+des passions ; mais elle est aussi celle
+qu’il importe le plus de diriger.
+<i lang="la" xml:lang="la">Qui diligit sapientiam ; diligit vitam.</i></p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="c7">CATALOGUE<br>
+<span class="xsmall">DES SUBSTANCES</span><br>
+<span class="i">aphrodisiaques.</span></h2>
+
+
+<p>La <i>camphrée</i> ; cette plante ne se
+cultive que dans les jardins botaniques.
+Elle fortifie les nerfs, &amp; répare
+la perte des esprits. On ne s’en
+sert pas dans la pharmacie.</p>
+
+<p>Le <i>cheiri</i>, ou la giroflée jaune ;
+il vient sur les murailles, il fleurit
+en Mai &amp; Juin. Quelques apothicaires
+en préparent une huile.</p>
+
+<p>La <i>marjolaine</i> ; cette plante est
+très-connue.</p>
+
+<p>La <i>roquette</i> ; on la cultive dans
+les jardins ; il y en a aussi une sauvage
+qui n’est pas moins bonne.</p>
+
+<p>Les <i>feuilles d’inde</i> ; c’est une feuille
+oblongue, pointue, compacte &amp;
+luisante, distinguée par trois nervures
+qui vont de la queue à la
+pointe, son odeur approche un peu
+de celle du clou de girofle. C’est la
+feuille d’un grand arbre commun
+dans les jardins des Indes orientales.
+Elles entrent dans la composition
+de la thériaque de Venise.</p>
+
+<p>Le <i>marum vulgaire</i> ; c’est une
+plante ou un arbrisseau chargé de
+branches rondes, larges, avec deux
+feuilles à chaque articulation un peu
+plus grandes que celles du thym,
+mais semblables du reste. Elle est
+d’une odeur agréable, &amp; a à-peu-près
+les propriétés de la marjolaine.</p>
+
+<p>Le <i>marum</i> de Syrie ; c’est une
+plante plus basse &amp; plus tendre que
+la précédente. Elle vient dans l’île
+de Candie &amp; dans la Syrie. Son
+odeur est fort piquante &amp; fort agréable.
+On tire de cette plante un excellent
+sel volatil.</p>
+
+<p>L’<i>origan</i> vulgaire ; c’est la marjolaine
+sauvage. Cet origan n’est pas
+si fort que le suivant.</p>
+
+<p>L’<i>origan</i> de Crète ; cette plante
+naît dans l’île de Candie, &amp; dans
+d’autres parties de la Grece ; elle a
+des feuilles plus longues &amp; plus
+blanches que la marjolaine. C’est
+une plante aromatique fort chaude,
+mais elle n’est pas d’une odeur bien
+agréable.</p>
+
+<p>Le <i>ros solis</i> ; il y en a deux especes ;
+une à feuilles rondes, &amp; l’autre
+à feuilles oblongues. La premiere
+espece est la plus en usage. C’est
+une petite plante basse, qui a une
+racine fibreuse ; il sort de petites
+feuilles un peu creuses autour des
+tiges longues d’un doigt ; les feuilles
+sont couvertes &amp; frangées d’un
+velouté rouge qui donne une teinte
+rouge à toute la feuille. Elle vient
+dans les terreins humides dans une
+mousse d’un rouge pâle, &amp; fleurit
+dans le mois de Mai. C’est un grand
+restaurant, &amp; un échauffant. On
+dit que l’application extérieure de
+cette plante facilite l’accouchement.</p>
+
+<p>La <i>sauge</i> ; il y en a de plusieurs
+especes, mais la grande sauge des
+jardins est la meilleure. Cette plante
+a été en si grande estime, que
+les anciens poëtes en ont dit : <i lang="la" xml:lang="la">cur
+moriatur homo cui salvia crescit in
+horto ?</i></p>
+
+<p>Le <i>jonc odorant</i> ; il est commun
+dans l’Inde, &amp; dans quelque partie
+de l’Arabie. C’est un aromatique
+fort agréable. Il entre dans la thériaque
+&amp; autres compositions.</p>
+
+<p>Le <i>serpolet</i> ; cette plante est très-commune.</p>
+
+<p>Le <i>thim</i> ; celle-ci n’est pas moins
+commune, ainsi on n’en fera aucune
+description.</p>
+
+<p>La <i>fauve-vie</i> ; elle vient dans les
+rochers ; c’est une plante petite &amp;
+basse ; ses feuilles sont en petit nombre,
+ressemblantes à celles de la
+rue. Elle n’a que deux ou trois pouces
+de hauteur. On la fait entrer
+dans les compositions pectorales.</p>
+
+<p>Le <i>romarin</i> ; les fleurs de cette
+plante sont le principal aromatique
+qui vienne dans nos pays. C’est
+avec ces fleurs qu’on fait l’eau de
+la reine d’Hongrie.</p>
+
+<p>Les <i>fleurs d’orange</i> ; ces fleurs sont
+fort connues.</p>
+
+<p>Les <i>clous de girofle</i> ; c’est le fruit
+cueilli avant sa maturité, d’un grand
+arbre qui a les feuilles semblables
+au laurier, qui croît dans les Indes
+orientales.</p>
+
+<p>Les <i>œillets de jardin</i> ; c’est un bon
+aromatique. On en fait un syrop,
+&amp; une conserve qu’on trouve chez
+tous les apothicaires.</p>
+
+<p>Le <i>jasmin</i> ; ses fleurs sont de la
+même nature que celles d’oranges.</p>
+
+<p>La <i>lavande</i> ; ses fleurs ont les propriétés
+de celles du romarin.</p>
+
+<p>Le <i>muguet</i> ; les fleurs sont d’une
+odeur fort agréable, mais elles la
+perdent en les faisant sécher.</p>
+
+<p>Le <i>stæchas d’Arabie</i> ; c’est un grand
+cordial &amp; qui fortifie les nerfs. Les
+apothicaires en font un syrop.</p>
+
+<p>Le <i>tilleul</i> ; ses fleurs sont bonnes
+pour fortifier les nerfs.</p>
+
+<p>La <i>moutarde</i> ; sa graine est tres-échauffante.</p>
+
+<p>L’<i>anacarde</i>, ou la <i>féve de Malaga</i> ;
+c’est une graine qui vient au sommet
+d’un fruit de figure conique,
+des Indes orientales. Il a la couleur
+&amp; la figure du cœur d’un petit
+oiseau. Il est couvert d’une pellicule
+forte, qui renferme une substance
+spongieuse ; au bas est enfermé
+dans une autre pellicule le
+noyau qui a le goût d’une amande.
+Ce fruit est fort chaud, &amp; excite
+singulierement au plaisir de l’amour.</p>
+
+<p>L’<i>acajou</i>, ou l’<i>anacarde occidental</i> ;
+il est commun à la Jamaïque ; il
+ressemble à un rein de lievre pour
+la grosseur &amp; pour la figure. Ce
+fruit a les mêmes vertus que le précédent.</p>
+
+<p>La <i>graine d’écarlate</i>, ou <i>alkermès</i> ;
+c’est une baie d’une espece de chêne.
+Il fait le principal ingrédient
+d’une confection qu’on trouve dans
+les pharmacies sous le nom de confection
+<i>alkermès</i> ; ce médicament
+est propre pour fortifier le cœur ;
+l’estomac, le cerveau, &amp; pour exciter
+la semence. La dose est depuis
+un scrupule jusqu’à un gros.</p>
+
+<p>La <i>vanille</i> ; elle vient de la nouvelle
+Espagne. On la mêle au chocolat
+pour l’aromatiser &amp; le rendre
+plus échauffant.</p>
+
+<p>Les <i>cubebes</i> ; ce sont de petits
+grains ressemblans au poivre. Ils
+sont fort aromatiques &amp; fort chauds.
+On en trouve chez les droguistes
+&amp; les apothicaires.</p>
+
+<p>La <i>noix muscade</i> ; c’est le fruit
+d’un arbre qui vient principalement
+dans l’île de Banda aux Indes orientales.
+Sa dose en substance est depuis
+un scrupule jusqu’à un gros.
+C’est un aromate délicat, &amp; un
+grand confortatif.</p>
+
+<p>Le <i>poivre</i> ; il a beaucoup des propriétés
+des cubebes, mais il est encore
+plus chaud.</p>
+
+<p>Le <i>cacao</i> ; il est très-connu comme
+un bon aliment ; c’est le principal
+ingrédient du chocolat. C’est
+une amande de la grosseur d’une
+olive, qu’on cultive principalement
+dans les îles de Cuba &amp; de la Jamaïque.</p>
+
+<p>Les <i>pistaches</i> ; ce sont des fruits
+oblongs de la grosseur d’une aveline,
+anguleux, plus élevés d’un
+côté, aplatis de l’autre ; sous une
+écorce mince est contenu un noyau
+d’un blanc verdâtre, d’un goût huileux,
+un peu doux. Elles sont chaudes
+&amp; restaurantes.</p>
+
+<p>L’<i>écorce de Winter</i> ; c’est une
+écorce aromatique, chaude, qui
+prend son nom de celui qui la fit
+le premier connoître en Europe.
+Elle passe pour une espece de canelle.
+Elle a une odeur qui ne differe
+pas beaucoup de celle de l’écorce
+du citron ; elle est subtile &amp; pénétrante.
+La dose est un demi gros
+en substance.</p>
+
+<p>La <i>canelle</i> ; cette écorce est très-connue.</p>
+
+<p>Le <i>roseau aromatique</i>, ou <i lang="la" xml:lang="la">acorus
+verus</i> ; c’est une racine aromatique
+qui a un peu d’amertume, qui a
+une odeur qui approche du porreau
+&amp; de l’ail.</p>
+
+<p>Le <i>galanga</i> ; c’est une petite racine
+pleine de nœuds ; on croit que
+c’est une espece d’iris. Son goût
+âcre, aromatique &amp; un peu amer,
+pique &amp; brûle le gosier comme le
+poivre.</p>
+
+<p>Le <i>ginseng</i> ; c’est une racine apportée
+du Japon ; la feuille du ginseng
+est d’un pouce ou deux de
+long, de la grosseur du petit doigt,
+un peu raboteuse, brillante &amp; comme
+transparente, ayant le plus souvent
+deux branches, quelquefois
+plus, garnies de fibres menues vers
+le bas ; sa couleur est roussâtre en
+dehors, &amp; jaunâtre en dedans ; son
+goût est légerement âcre, un peu
+amer &amp; aromatique ; son odeur n’est
+pas désagréable. C’est un puissant
+aphrodisiaque.</p>
+
+<p>Le <i>salep</i> ; c’est une racine oblongue
+&amp; quelquefois transparente, d’une
+couleur blanche-jaunâtre, de
+peu d’odeur &amp; d’un goût visqueux.
+On la met en poudre, &amp; on en
+fait une décoction qui restaure &amp;
+fortifie.</p>
+
+<p>Le <i>satyrion</i> ; il y en a de deux
+sortes, le satyrion mâle, &amp; le satyrion
+femelle. Le mâle, qui est celui
+qu’on tient dans les boutiques, à
+deux racines de figure ovale, aussi
+grosses qu’une petite olive, d’une
+couleur blanchâtre &amp; pleines d’un
+suc visqueux. On ne se sert que
+de ses racines. Le satyrion femelle,
+est une plante un peu plus petite
+que l’autre ; elle a à-peu-près les
+mêmes vertus, mais il faut la prendre
+en plus grande quantité. C’est
+un grand cordial &amp; un grand restaurant.
+Elle à un grand pouvoir
+pour exciter aux plaisirs de Vénus.
+C’est certainement pour cela qu’on
+regarde comme un grand corroboratif
+l’électuaire <i>diasatyrion</i>, qui
+prend son nom de cette racine. Cet
+électuaire réchauffe &amp; produit des
+sensations agréables dans tout le
+genre nerveux. Quelques médecins
+ne croient pas aux vertus de cette
+plante, mais qu’on essaie d’en faire
+usage, &amp; l’on verra que l’opinion
+de ces docteurs &amp; l’expérience ne
+sont pas d’accord à ce sujet. <i>Dioscorides</i>,
+<i>Pline</i>, &amp; autres ont parlé
+du satyrion comme d’un puissant
+aphrodisiaque ; ces autorités valent
+bien celles de quelques modernes,
+qui déprisent les anciens, &amp; qui
+cependant n’ont d’autre mérite que
+celui de débiter des aphorismes à
+côté du lit des malades, leur ordonner
+vingt sortes de remedes dans
+un jour, &amp; les expédier pour les
+antipodes.</p>
+
+<p>Le <i>gingembre</i> ; c’est une racine
+des Indes, qu’on transporte ordinairement
+séchée, &amp; quelquefois en
+conserve. C’est une racine tubéreuse,
+noueuse, branchue, un peu
+applatie. Sa substance est un peu
+fibreuse, pâle ou jaunâtre ; son odeur
+est très-agréable, son goût est âcre,
+brûlant, aromatique ; sa chaleur ne
+se fait pas sentir si promptement
+que celle du poivre, mais elle dure
+plus longtems.</p>
+
+<p>La racine du <i>chardon raland</i> ;
+c’est l’<i lang="la" xml:lang="la">eringium</i> des boutiques. C’est
+un grand restaurant.</p>
+
+<p>Le <i>panais</i> ; on s’en sert dans les
+alimens, &amp; il est bien connu de
+tout le monde. On reconnoîtra qu’il
+excite aux plaisirs de l’amour, si l’on
+en fait un grand usage.</p>
+
+<p>Le <i>baume du Pérou</i> ; c’est le produit
+d’un arbre des Indes occidentales.
+Le meilleur est d’une couleur
+rouge, noirâtre, &amp; d’une odeur
+suave. La dose est de douze où
+quinze gouttes.</p>
+
+<p>Le <i>musc</i> ; le bon est d’une couleur
+de fer, noirâtre, onctueux,
+d’un goût agréable, amer, &amp; d’une
+bonne odeur. On le trouve dans
+le corps d’un animal des Indes qui
+ressemble au bouc.</p>
+
+<p>Le <i>castoreum</i> ; il est d’un goût
+âcre, amer, dégoûtant, &amp; d’une
+odeur forte. On le tire du castor,
+qui est un animal amphibie. On
+nous l’apporte de la baie de Hudson,
+de la nouvelle Angleterre &amp;
+de Russie. On le prend en substance
+jusqu’à un demi-gros. Il est
+d’un usage fort étendu en médecine.</p>
+
+<p>L’<i>ambre gris</i> ; c’est une sorte de
+bitume qui se forme dans les rochers,
+&amp; qui est lavé par les eaux
+de la mer, &amp; jetté sur le rivage
+par les vagues. C’est une substance
+grasse, solide, légere, de couleur
+de cendres, semée de petites taches
+blanches.</p>
+
+<p>Le <i>succin</i> ; il est dur, aride, fragile,
+transparent, tantôt jaune ou
+citrin, tantôt blanchâtre, tantôt
+roux ; d’un goût de bitume un peu
+âcre &amp; un peu astringent. Il a une
+odeur agréable de bitume, lorsqu’on
+l’échauffe. S’il est échauffé par le
+frottement, il attire la paille.</p>
+
+<p>Outre les substances que je viens
+de nommer, il y en a beaucoup
+d’autres qui sont échauffantes de
+leur nature, &amp; dont on se sert comme
+aliment : mais elles sont fort
+connues &amp; je les passe sous silence.
+Pour ne rien laisser à désirer sur
+cette matiere, je vais donner la
+recette de différentes compositions
+qui sont très-utiles à tous ceux qui
+sont d’une constitution froide.</p>
+
+
+<p class="h3"><span class="rm">TEINTURE</span><br>
+Aphrodisiaque.</p>
+
+<p>Prenez du <i>ros solis</i>, quatre poignées ;
+de la canelle, de la noix
+muscade, du macis, des clous de
+girofle, du gingembre, une once
+de chacun ; du musc, quatre grains ;
+de l’esprit de vin, huit livres. Mettez
+le tout ensemble en digestion
+pendant vingt jours ; après quoi
+coulez la teinture, dissolvez-y une
+livre de sucre, &amp; mettez-la dans
+un vaisseau fermé pour l’usage. La
+dose est d’une petite cuillerée à
+café.</p>
+
+
+<p class="h3">Conserve Aphrodisiaque.</p>
+
+<p>Prenez des racines de satyrion ;
+faites-les cuire dans de l’eau jusqu’à
+ce qu’elles soient en bouillie, &amp;
+passez-les. Prenez une livre de cette
+pulpe, &amp; une livre de sucre cuit
+dans la décoction de la racine jusqu’à
+la consistance du miel. Mêlez-les,
+&amp; faites une conserve suivant
+les regles de l’art. La dose est d’un
+gros.</p>
+
+
+<p class="h3">Poudre aphrodisiaque.</p>
+
+<p>Prenez de la canelle, de la racine
+d’angélique, des clous de girofle,
+du macis, de la noix muscade, des
+feuilles d’inde &amp; du galanga, trois
+gros de chacun ; du nard des Indes,
+des grands &amp; des petits cardamomes,
+un gros de chaque ; du
+gingembre, un gros &amp; demi ; du
+bois d’aloës, du santal jaune, du
+poivre long, deux gros de chaque ;
+réduisez-les en poudre. La dose est
+d’un demi gros, dans du bouillon
+ou du bon vin.</p>
+
+
+<p class="h3">Electuaire aphrodisiaque.</p>
+
+<p>Prenez du chocolat en poudre &amp;
+des amandes douces blanchies, une
+once de chaque ; du sucre fin &amp; de
+la conserve de roses rouges, une
+once &amp; demie de chaque. Battez le
+tout dans un mortier avec une suffisante
+quantité de suc de kermès ;
+ajoutez-y deux scrupules de baume
+de la Mecque, une once de syrop
+de baume, &amp; faites-en un électuaire.
+On peut en user trois ou quatre
+fois par jour de la grosseur d’une
+noix muscade.</p>
+
+<p>Il seroit inutile de multiplier davantage
+les recettes de cette espece ;
+en voilà, je pense, assez pour satisfaire
+différens goûts. Je n’ai pas
+voulu m’en tenir à une seule composition,
+parce qu’il y a de certaines
+substances qui déplaisent ou
+qui répugnent à de certaines personnes.</p>
+
+<p>Après avoir traité des moyens
+capables d’exciter aux plaisirs de
+Vénus, je dois encore, pour satisfaire
+tous les lecteurs, parler des
+secours propres à rallentir la passion
+de l’amour. Il y a plus d’un célibataire
+qui ne peut éteindre les
+feux qui le dévorent, sans s’exposer
+à être la victime de quelques
+prostituées ; cela étant, n’est-il pas
+nécessaire de les instruire de la nature
+des remedes qui leur sont propres
+pour tempérer en eux l’ardeur
+de la déesse de Paphos ? Ce n’est
+pas, il est vrai, bien nécessaire qu’il
+y ait des célibataires ; cet état afflige
+&amp; répugne à la nature ; mais
+ne pouvant changer nos mœurs,
+nos préjugés, nos sottises, cherchons
+au moins à adoucir le sort
+de nos semblables.</p>
+
+<p>Les remedes froids &amp; tempérans
+sont non-seulement utiles aux célibataires,
+mais encore à de certains
+mariés. Lorsque, par exemple,
+l’homme est si vigoureux, que ses
+caresses alterent la santé de sa femme,
+il doit avoir recours aux médicamens
+rafraîchissans plutôt qu’aux
+<i>catins</i> : si la femme est de même la
+plus emportée sur l’article, il faut
+qu’elle tempere ses humeurs plutôt
+que de prêter l’oreille aux fleurettes
+de ses voisins.</p>
+
+<p>Pour ralentir la passion amoureuse,
+on doit se mettre à un régime
+rafraîchissant, se priver des
+liqueurs spiritueuses, des alimens
+trop nourrissans &amp; aromatisés, prendre
+des bains de riviere si la saison
+le permet. Avant que de se mettre au
+lit, on prendra de deux jours en
+deux jours, une émulsion faite de
+la maniere suivante.</p>
+
+
+<p class="h3">Emulsion tempérante.</p>
+
+<p>Prenez de semence de melon,
+de courge, un gros &amp; demi de chaque.
+Vous les pilez dans un mortier,
+&amp; en triturant vous versez
+par-dessus un demi-septier d’eau
+commune. Passez &amp; clarifiez le tout.
+Ajoutez à la colature une once de
+syrop de nénuphar. On prendra
+toute cette dose à la fois, deux heures
+après le souper.</p>
+
+<p>Le sel de nitre posséde au suprême
+degré toutes les vertus qu’on
+attribue à quelques plantes dont on
+fait un grand usage dans les couvents.
+Celui qui prendroit pendant
+quatre ou cinq jours deux gros de
+sel de nitre par jour, ne seroit certainement
+pas importuné par des
+érections ni des pollutions.</p>
+
+<p>La laitue, la scariole, le pourpié,
+le melon, sont des substances
+très-rafraîchissantes, &amp; dont l’usage
+continu éteint à coup sûr le flambeau
+de l’amour. Aussi remarque-t-on
+que les femmes voluptueuses
+préparent rarement les alimens de
+cette espece, &amp; ne les servent presque
+jamais sur la table de leurs
+époux : elles trouvent mieux leur
+compte en leur présentant l’artichaud,
+le céleri, &amp;c.</p>
+
+<p>Ceux qu’un trop fort tempérament
+importune, useront de l’aposême
+suivant, dont je conseille cependant
+de ne pas faire un long
+usage, car il rendroit absolument
+impuissant. Une forte dose de ce
+remede noueroit certainement l’aiguillette
+au nouveau marié le plus
+intrépide.</p>
+
+
+<p class="h3">Aposême tempérant.</p>
+
+<p>Prenez de la graine de chanvre
+broyée, trois onces ; de la laitue,
+du pourpié, du plantin, une poignée
+&amp; demi de chacune ; des quatre
+semences froides deux onces ;
+faites bouillir le tout dans six livres
+d’eau, jusqu’à ce qu’elles soient réduites
+à quatre ; coulez la décoction ;
+adoucissez-la avec du sucre
+fin ; ajoutez-y encore trois gros de
+sel de nitre.</p>
+
+<p>Tous les acides conviennent aux
+personnes qui ne veulent pas connoître
+les plaisirs de l’amour, ainsi
+les célibataires, qui sont jaloux de
+conserver leur chasteté, ajouteront
+à leur boisson (qui sera toujours
+de l’eau) du syrop de limon, ou
+de celui de vinaigre jusqu’à agréable
+acidité.</p>
+
+<p>Il m’en coûte, sans doute, de me
+voir forcé de fournir des armes contre
+l’amour ; mais, comme je l’ai
+dit, il est de certains préjugés qu’il
+faut respecter ; &amp; ces pauvres êtres,
+qui ont fait vœu de n’être plus hommes,
+seroient bien à plaindre si
+l’art médical ne pénétroit dans leur
+solitude pour les mettre à même de
+triompher des piéges de satan, &amp;
+de résister aux tentations de la
+chair.</p>
+
+
+<p class="c gap i">FIN.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak">TABLE DES MATIERES.</h2>
+
+
+<div class="flex">
+<table>
+<tr><td class="drap i">Discours préliminaire.</td>
+<td class="bot r w3"><div><a href="#c0">Pag. 5</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE PREMIER.</div></td></tr>
+<tr><td class="drap i">Du fouet &amp; de ses effets sur le
+physique de l’amour.</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c1">15</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE II.</div></td></tr>
+<tr><td class="drap i">Des causes par lesquelles les flagellations
+excitent à l’amour.</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c2">47</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE III.</div></td></tr>
+<tr><td class="drap i">De quelques erreurs qu’il seroit
+utile de détruire, principalement
+dans les couvens.</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c3">65</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c"><div>CHAPITRE IV.</div></td></tr>
+<tr><td class="drap i">De la nécessité de changer les peines
+qu’on inflige à l’enfance &amp;
+à la jeunesse.</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c4">90</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap i">Conclusion.</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c5">101</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap i">Dissertation sur les remedes capables
+d’exciter aux plaisirs de
+Vénus.</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c6">107</a></div></td></tr>
+</table>
+</div>
+
+
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 77249 ***</div>
+</body>
+</html>
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