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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: Constantinople de Byzance à Stamboul. - -Author: Celâl Esad Arseven - -Translator: Celâl Esad Arseven - -Release Date: September 10, 2021 [eBook #66261] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -Produced by: Turgut Dincer, Hans Pieterse and the Online Distributed - Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This book was - produced from images made available by the HathiTrust Digital - Library.) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CONSTANTINOPLE DE BYZANCE À -STAMBOUL. *** - - - - - Au lecteur: - - L'orthographe d'origine a été conservée telle quelle en général, - mais les erreurs typographiques évidentes ont été corrigées. - La liste de ces corrections se trouve à la fin du texte. La - ponctuation a fait l'objet de quelques corrections mineures. - - Le texte en gras est représenté =en gras=, le texte en italiques - _en italiques_. - - Ce livre contient quelques citations en arabe et en grec. Pour les - afficher correctement votre appareil doit disposer des polices - nécessaires. Pour voir correctement les tableaux à la fin du livre - il convient d'utiliser une police monospace. - - - - - CONSTANTINOPLE - - DE BYZANCE A STAMBOUL - - - - -LES ÉTUDES D’ART A L’ÉTRANGER - -_Collection de Volumes in-8º raisin illustrés._ - - - _Déjà parus_: - - =Saint François d’Assise et les origines de l’Art de la - Renaissance en Italie=, par Henry THODE. Traduit de l’allemand - par Gaston LEFÈVRE. 2 volumes illustrés de 64 planches hors texte. - - =L’Art Chinois=, par S. W. BUSHELL. Traduit de l’anglais par - H. d’ARDENNE DE TIZAC, conservateur du Musée Cernuschi. 1 vol. - illustré de 208 planches hors texte. - - =Constantinople=, De Byzance à Stamboul, par DJELAL ESSAD. - Traduit du turc par l’auteur, 1 vol. illustré de 56 planches hors - texte. - - - - -[Illustration: CONSTANTINOPLE.] - - - - - DJELAL ESSAD - - - CONSTANTINOPLE - DE BYZANCE A STAMBOUL - - TRADUIT DU TURC PAR L’AUTEUR - - - _Préface de M. CHARLES DIEHL_ - Professeur à l’Université de Paris. - - - Ouvrage illustré de 56 planches hors texte. - - - PARIS - LIBRAIRIE RENOUARD, H. LAURENS, ÉDITEUR - 6, RUE DE TOURNON, 6 - - 1909 - - - - - A MON AMI - - SÉLAH DJIMDJOZ - - - - -PRÉFACE - - -_On a beaucoup écrit sur Constantinople: des livres brillants, exquis -parfois, le plus souvent un peu sommaires, et des ouvrages d’érudition -austère, peu accessibles, souvent rebutants pour les profanes. Le livre -de Djelal Essad bey tient le milieu entre ces deux sortes d’ouvrages. -C’est ce qui fait son intérêt, son utilité et, en une certaine manière, -sa nouveauté._ - -_Djelal Essad bey n’est point un savant de profession. Né d’une grande -famille musulmane, il a commencé sa carrière dans l’armée; mais -il avait dès ce moment le goût des études d’art, la curiosité des -monuments du passé. Dessinateur élégant, architecte habile, il fut -chargé, à ce titre, de préparer, pour l’Exposition de Saint-Louis, -les plans du pavillon ottoman. La révolution de 1908 lui permit de se -donner plus pleinement encore aux choses intellectuelles. Il dirige -aujourd’hui, à Constantinople, le journal_ le Kalem. - -_Mais si Djelal Essad bey ne prétend pas à être un érudit -professionnel, il est, du moins, fort exactement informé de l’érudition -d’autrui. Son livre est une mise au point tout à fait intelligente et -instructive des résultats essentiels auxquels, depuis cinquante ans, -la science est parvenue dans le domaine des choses de Byzance. Et, -sans doute, on pourra regretter que l’auteur, né musulman, n’ait point -mis davantage à profit, pour des recherches vraiment personnelles, -les facilités qu’il eût trouvées à étudier de près et à fond certains -monuments souvent malaisément accessibles à d’autres. C’eût été, par -exemple, une tâche singulièrement intéressante de relever, dans le -dédale des maisons turques qui avoisinent la mosquée d’Ahmed, ce qui -peut subsister encore des ruines du grand palais impérial, et il eût -valu la peine, ne fût-ce que par quelques sondages, d’entreprendre -quelques-unes des fouilles que Djelal Essad bey signale en passant à -notre attention. Mais ce n’était point là l’objet que se proposait -l’auteur._ - -_Résumer exactement, classer ingénieusement les informations -scientifiques relatives à l’antique Byzance,--dresser, plus -complètement que ne l’avait fait Mordtmann, la carte monumentale de -l’ancienne capitale des_ basileis,--_la faire revivre enfin à nos -yeux dans son pittoresque détail et son infinie variété, voilà ce que -Djelal Essad bey a voulu faire, et ce qu’il a fait non sans succès. -Assurément--et l’auteur le sait aussi bien que moi--il subsiste dans -ce livre certaines imperfections, certaines inexpériences, quelques -lacunes et quelques erreurs, et on sera tenté, en Occident, de sourire -de certaines préoccupations d’un nationalisme un peu bien ardent. Il -n’importe. En toute sincérité, on peut et on doit dire que Djelal -Essad bey a réussi dans la tâche qu’il s’était donnée. Sans doute, le -spécialiste retrouvera dans son livre bien des choses qu’il sait déjà; -mais les lecteurs moins initiés--et c’est la majorité, je pense--y -apprendront infiniment sur la topographie si difficile et sur les -monuments de l’antique Byzance._ - -_Ce n’est pas tout. Fort informé des choses musulmanes, très au courant -de l’architecture ottomane, Djelal Essad bey, après les édifices de -la capitale byzantine, a décrit attentivement ceux de la capitale -turque, et ici il a trouvé l’occasion de faire œuvre plus personnelle -et plus originale. Toute cette seconde partie de l’ouvrage est plus et -mieux qu’un résumé d’informations empruntées d’ailleurs. Et si l’on -songe qu’avant la révolution de 1908, de telles recherches n’étaient -ni fort bien vues ni fort encouragées, on appréciera tout ce qu’il a -fallu d’efforts, tout ce qu’il a coûté de difficultés pour faire ces -descriptions précises des édifices, pour rassembler ces informations -souvent inédites sur l’œuvre des grands architectes ottomans, pour -présenter le tableau exact et précis des monuments divers de Stamboul._ - - -_Jusqu’ici, les savants grecs de Constantinople et les savants -d’Occident, Français et Russes, Allemands et Anglais, semblaient s’être -réservé le monopole des recherches sur l’ancienne Constantinople. Il -est intéressant de voir un Ottoman faire à son tour une place à son -pays dans ces études, comme Hamdy-bey la lui a faite, voilà longtemps -déjà, dans le domaine de l’archéologie classique. Et il ne me déplaît -point, je l’avoue, que cette fois encore cet effort intellectuel -s’exprime en notre langue. L’auteur a lui-même traduit l’original -turc en français: le lecteur appréciera à leur valeur, je pense, les -sérieuses qualités de cette traduction. Il saura surtout gré, je -l’espère à Djelal Essad bey de nous avoir donné--ce qui nous manquait -sur Constantinople--un livre bien informé, clair, exact, suffisamment -lisible, qui est plus qu’un simple guide, mais que n’encombre point non -plus un inutile appareil d’érudition, et où revivent, dans leur double -et magnifique développement historique, les splendeurs de Byzance -chrétienne et les merveilles de la musulmane Stamboul._ - - _CH. DIEHL._ - - - - - Prinkipo, le 1er août 1907. - - - Cher Ami, - - C’est avec une véritable admiration que je viens de parcourir - votre travail monumental sur Constantinople, qui comble une - lacune trop longtemps ressentie. - - Depuis Hammer et Scarlatos Byzantios, depuis un siècle et demi, - personne n’avait osé entreprendre un travail aussi complet, - embrassant la période byzantine et les quatre siècles suivants. - Pendant les dernières années, la topographie byzantine et les - monuments encore debout ont été étudiés à fond par un grand - nombre de savants, qui ont changé complètement l’aspect de cette - branche. Mais l’étude des monuments si importants, élevés pendant - les cinq derniers siècles a enfin rempli les lacunes laissées par - Hammer et Scarlatos. Dans votre travail, vous résumez d’abord les - résultats des explorations sur l’époque antérieure du XVe siècle. - Vous donnez ensuite une description complète et compétente ainsi - que l’histoire exacte des monuments ottomans, objets d’une - admiration générale. Vous avez le mérite de nous présenter un - ensemble de renseignements précieux et correspondant à l’intérêt - toujours croissant pour l’art ottoman. - - Veuillez agréer mes remerciements chaleureux et mes félicitations - pour votre œuvre: _exegisti monumentum aere perennius_. - - Dr MORDTMANN. - - - - -[Illustration: Pl. 1. - - PANORAMA DE CONSTANTINOPLE (Entrée de la Corne d’Or).] - - -[Illustration: Pl. 2. - - PANORAMA DE CONSTANTINOPLE.--(Suite.)] - - - - -CONSTANTINOPLE - - - - -PREMIÈRE PARTIE - -A TRAVERS BYZANCE - - - - -CHAPITRE PREMIER - -PRÉCIS HISTORIQUE - - -I.--L’HISTOIRE DE LA VILLE JUSQU’A LA CONQUÊTE TURQUE - -Byzance[1], capitale célèbre dans l’histoire autant qu’Athènes et -Rome, s’élève sur les hauteurs qui s’étendent entre la Corne d’Or, la -Propontide et le Bosphore. - - [1] Byzance a porté successivement les noms de - Byzantion, Nova Roma, Constantinopolis, qui furent - adoptés par les Grecs. Les Arabes l’ont nommée - _Constantinié_ ou _Farouk_ et les Turcs l’ont appelée - _Islamboul Dersaadet_, _Deralié_, mais généralement - on la nomme _Stamboul_, d’après l’appellation grecque - _Stin Polin_, en ville. Le nom d’Islambol a figuré - assez longtemps sur les monnaies turques. - -Le mot Bosphore dérive des mots grecs (βοῦς, bœuf, πόρος, passage); -d’après la mythologie grecque, ce détroit aurait été traversé à la nage -par Jo, fille d’Inachus, premier roi d’Argos, que Jupiter avait changée -en génisse et qui avait été confiée à la garde d’Argos par Junon. Le -Bosphore réunit la mer Noire (Pont-Euxin)[2] à la mer de Marmara -(Propontide). Avec ses rives et ses collines pittoresques, il donne à -la ville un charme caractéristique, qui en fait une des plus belles -cités du monde. - - [2] Les Phéniciens l’appelaient _Achkenas_, qui - signifiait mer du Nord. Les Grecs ont changé cette - appellation en Euxinos, qui veut dire hospitalier, - quoique la mer Noire ait toujours été une mer - hostile aux navigateurs. Il faut donc prendre cette - appellation au sens euphémique du mot. La mer Noire - était considérée par les Phéniciens comme un abîme de - mort. Le petit village qui se trouve à l’embouchure de - cette mer était appelé par les Phéniciens Charybdis - (la porte de la mort). Son nom actuel de Garibtché - provient peut-être de ce mot phénicien. D’après - l’opinion des anciens, le détroit du Bosphore et celui - des Dardanelles auraient été ouverts par un cataclysme, - probablement au temps du déluge de Deucalion, roi de - Thessalie, fils de Prométhée et de Pandore. C’est le - Noë de la mythologie, comme on sait, qui, seul avec sa - femme Pyrrha, aurait échappé au déluge et repeuplé la - terre en jetant des pierres qui se transformèrent en - hommes et en femmes. - -Ses nombreux bassins, ses promontoires qui correspondent exactement à -ceux de la rive opposée, les couches de terrains des deux rives qui -coïncident parfaitement, sembleraient confirmer la tradition antique -d’après laquelle la mer Noire et l’Archipel n’auraient eu, dans les -temps préhistoriques, aucune communication entre eux. - -Les terrains et les rochers qui se trouvent dans le Haut-Bosphore, -tendent à prouver d’autre part que le Bosphore a été creusé par une -éruption volcanique. On rencontre, surtout à l’entrée de la mer Noire, -des colonnes basaltiques et des cavernes qui ressemblent aux ruines -d’un immense château. Dans le Bosphore, les courants sont très violents -et les eaux, rejetées d’une rive à l’autre, viennent se briser sur la -pointe du Seraï qui les partage en deux. La longueur du Bosphore est -d’environ 27 kilomètres. La partie la plus étroite a 550 mètres, et la -partie la plus large n’a que 3.000 mètres. - -Le nom ancien de Corne d’Or (Chrysos-or, Keras-corne) provient de sa -forme qui est celle d’une corne d’abondance. La Corne d’Or a environ -11 kilomètres de longueur, une largeur moyenne de 450 mètres, et une -profondeur maxima de 45 mètres. Ses rives ne sont pas aussi découpées -que celles du Bosphore. Elles forment un port immense, très favorable -au mouillage des plus grands navires et un asile absolument sûr pour -les petites embarcations. - -Ce sont les avantages de cette situation qui ont toujours attiré -l’attention des peuples sur la ville de Byzance. - -Byzance a été habitée dès les temps préhistoriques[3]. Les Thraces y -avaient une ville bien avant la fondation attribuée aux Mégariens; -les Phéniciens fondèrent un comptoir à _Moda_ près de Chalcédoine -(_Kadikeui_)[4], village situé en face de Byzance sur la côte -asiatique. Son nom de Chalcédoine provenait du mot phénicien -«Khalki-Don» (nouvelle ville); elle fut appelée ensuite «Prokeratis» -(avant la Corne d’Or). Elle était la capitale d’un petit État qui -comprenait toute la rive asiatique du Bosphore, et elle fut occupée par -l’armée de Darius. Cette capitale passa aux Romains en l’an 74 avant -J.-C., mais Mithridate la leur enleva bientôt. Elle fut prise plus tard -et occupée par Chosroès, roi de Perse (615 et 626 après J.-C.). - - [3] On a trouvé dans les environs de Constantinople, à - Maltépé, à Erenkeuy et à Yarim Bourgaz des cavernes, - des tumulus et des instruments en pierre remontant à - l’époque préhistorique. On découvrit autrefois, sur - l’acropole de la ville de Byzance, des constructions - cyclopéennes appartenant au IXe siècle avant J.-C. Tout - cela prouve que Byzance fut habité bien avant les Grecs. - - [4] Toutes les appellations données par les Turcs - seront indiquées au cours de l’ouvrage en italique. - -_Beïkos_, village situé sur la rive asiatique du Haut-Bosphore, était -déjà connu au temps des Argonautes qui allèrent conquérir la Toison -d’Or en Colchide. - -Quant à la fondation légendaire de Byzance par les Doriens, elle -remonte à l’an 658 avant J.-C. Les Mégariens, dit-on, avaient consulté -l’oracle de Delphes sur l’emplacement à choisir pour une nouvelle cité. -L’oracle leur avait répondu: «en face des aveugles». Alors, des colons -de Mégare, dirigés par leur chef Byzas, arrivèrent au Bosphore. Byzas, -en voyant Chalcédoine, leur dit que les aveugles désignés par l’oracle -ne pouvaient être que les fondateurs de cette ville, puisqu’ils -n’avaient pas compris les avantages de la Corne d’Or et lui avaient -préféré l’endroit où s’éleva Chalcédoine. L’emplacement indiqué par -l’oracle était donc la pointe du Seraï. Les colons y construisirent une -ville et, du nom de leur chef Byzas, ils l’appelèrent Byzance. Mais -ce récit qu’on rencontre partout ne doit être considéré que comme une -légende, car les Grecs habitaient déjà cette ville vers le VIIIe siècle -avant J.-C. - -La situation avantageuse de Byzance fut la cause d’un développement et -d’une prospérité très rapides, en sorte qu’elle se plaça bientôt au -même rang que les autres villes grecques. - -D’abord gouvernée par un roi, Byzance le fut plus tard par -l’aristocratie, puis par l’oligarchie. - -Située sur les confins de l’Asie et de l’Europe, elle eut beaucoup à -souffrir des guerres médiques, Darius, roi de Perse, au cours de son -expédition contre la Grèce, franchit le Bosphore près _Anatoli-Hissar_, -le point le plus rapproché entre les deux rives et où se trouvait alors -un temple de Jupiter. Son armée traversa le Bosphore sur un grand -pont de bateaux, et investit Byzance et ses environs. La ville fut -abandonnée par ses habitants et détruite de fond en comble. - -Byzance ne resta que peu d’années au pouvoir des Perses; après la -bataille de Platée, en 479, elle fut occupée par Pausanias, chef des -Spartiates. Vers l’an 390 avant J.-C., l’oligarchie de Byzance se -transforma en démocratie. A partir de cette époque, elle commença à -souffrir des luttes intestines et des combats que les principaux États -de la Grèce eurent à soutenir pour leur indépendance. Cimon l’Athénien -enleva la ville aux Lacédémoniens, mais les Athéniens en furent -bientôt chassés. Alcibiade s’en empara par la famine en 408. Mais -une nouvelle victoire, remportée par le Spartiate Lysandre, rendit de -nouveau Byzance aux Lacédémoniens. - - -[Illustration: Pl. 3. - - LES MURS THÉODOSIENS.--Vue du côté des Sept-Tours.] - - -Ainsi Byzance, colonie encore toute récente, aurait succombé pendant la -lutte entre Athènes et Sparte, si elle n’avait pas penché tantôt vers -l’une, tantôt vers l’autre de ces cités rivales. - -Philippe, roi de Macédoine, assiégea Byzance qui avait aidé les -Périnthiens. Ceci décida les Grecs à envoyer au secours des Byzantins -des troupes qui sauvèrent Byzance[5] (340). - - [5] Pendant le siège de Byzance par Philippe, au - milieu d’une nuit obscure, la lune, si on doit croire - la légende, apparut au ciel et révéla aux assiégés - l’approche de l’ennemi. C’est probablement depuis - lors que les Byzantins adoptèrent comme emblème le - croissant. Quant aux Turcs, ils l’avaient eux-mêmes sur - leurs drapeaux bien avant la conquête. - -A cette époque, toutes les villes de la Grèce, épuisées et ruinées -par les guerres intestines, tombaient en décadence, Byzance seule -conservait son antique splendeur, grâce à ses murailles et surtout à sa -politique qui consistait à se ranger toujours du côté du plus fort. - -Pendant les guerres d’Orient, les Romains avaient déclaré la ville -libre, en lui laissant ses lois et en lui assurant les territoires -qu’elle possédait sur les côtes de la mer Noire. Ils se bornèrent -à prélever le droit de péage que les Byzantins avaient l’habitude -d’exiger de tout navire qui traversait le Bosphore. - -Pendant plusieurs siècles, Byzance conserva son indépendance. Lorsque -l’empereur Vespasien, plaça sous sa domination les provinces d’Achaïe, -de Lycie, Rhodes et Samos, Byzance aussi fut transformée en province -romaine. C’est à cette époque que saint André vint à Byzance pour -la propagation du christianisme, et c’est à Galata qu’il trouva ses -premiers disciples. La ville garda un certain temps encore son antique -prospérité; mais bientôt un nouvel état de choses vint amener sa ruine. - -Septime-Sévère, dans sa lutte contre Pescennius Niger, mit le siège -devant Byzance. Ce siège qui resta mémorable dans l’histoire, dura -trois années. Les assiégés, réduits à la famine, se nourrissaient de -rats, de chats et même de la chair des morts. Les femmes coupèrent -leurs cheveux pour que l’on en fit des cordes à arc. Malgré ses -murailles imprenables, la ville céda pourtant aux horreurs de la famine -et se rendit. Septime fit mettre à mort les défenseurs et retira à -Byzance le droit de cité pour la punir d’avoir soutenu son rival; il -fit raser ses murailles, sans songer qu’il ruinait ainsi le plus fort -rempart de l’Empire contre les Barbares de l’Asie. - -Pourtant Septime se repentit bientôt d’avoir détruit Byzance, et sur -les prières de son fils Caracalla, se décida à la restaurer. On éleva -dans la ville des bains, des portiques, des palais. En ce temps-là, -Byzance s’appelait Antonion, nom qui lui venait d’Antonin, père adoptif -de Marc-Aurèle[6]. - - [6] Le musée de Constantinople possède des fragments de - briques portant l’inscription d’Antoninia. - -Entre tous les empereurs romains qui s’efforcèrent d’effacer les traces -des ravages dont Byzance avait souffert, et qui cherchèrent à relever -la ville de ses ruines, Constantin le Grand fut celui qui parvint à lui -donner la splendeur rêvée par ses prédécesseurs. Resté seul maître de -l’Orient et de l’Occident, Constantin accorda aux chrétiens la liberté -religieuse, tout en évitant de persécuter les païens. Il réunit le -premier concile de Nicée (_Isnik_) où l’hérésie d’Arius fut condamnée -et le repos du dimanche proclamé obligatoire. - -Mais avec le gouvernement de Constantin s’accentue le régime -monarchique et despotique, jadis contrebalancé par les anciennes -institutions de Rome, qui gênaient souvent l’action de l’empereur. - -Constantin, sur les accusations calomnieuses de sa seconde femme, -Fausta, fille de Maximien, avait ordonné la mort de son propre fils -Crispus, né d’une première femme, et celle de Licinius, jeune enfant -de douze ans, fils de sa sœur. Ses propres remords et la vive douleur -de sa mère Hélène l’éclairèrent sur la faute qu’il avait commise; il -découvrit alors les calomnies de Fausta, et la condamna à périr noyée -dans un bain d’eau bouillante. - -Beaucoup d’autres personnages de la cour subirent le même genre de -supplice. Une grande terreur régna dans le peuple, qui redoutait de -voir réapparaître l’ancienne tyrannie. Tous ces événements devaient -hâter l’exécution d’un projet que l’Empereur caressait depuis quelque -temps: la création d’une nouvelle capitale. Les tentatives continuelles -des Barbares sur les frontières, tentatives que l’on ne pouvait -facilement surveiller de Rome, rendaient nécessaire la création de -cette capitale. D’autre part, l’Église catholique ayant, malgré -tous les efforts des empereurs romains, établi son siège à Rome, il -n’y avait, pour ainsi dire, plus de place dans cette ville pour la -Majesté Impériale. C’est surtout cette dernière raison qui détermina -Constantin à fonder une nouvelle capitale; depuis le règne de Caracalla -d’ailleurs, les empereurs romains avaient la coutume d’établir leur -résidence où bon leur semblait. - -La nouvelle capitale devait répondre à de nombreuses exigences. Il -la fallait assez éloignée pour qu’elle fût à l’écart des événements -intérieurs de l’empire romain, et qu’elle fût cependant abritée contre -les invasions des Barbares. - -L’empereur, désireux de réaliser les vœux des Romains, choisit d’abord -l’emplacement de l’ancienne Ilion, patrie des premiers fondateurs -de Rome et que son peuple avait maintes fois essayé de réédifier. -Toutefois les Romains, opposés à ce que l’Empereur y fixât sa résidence -au détriment de Rome, témoignèrent leur mécontentement. C’est pourquoi -Constantin décida de ne pas reconstruire l’ancienne ville et choisit -Byzance qui, par sa situation privilégiée, son commerce, la fertilité -de son sol, ses pêcheries abondantes, répondait à toutes les exigences -d’une capitale. - -Byzance, avec ses sept collines, ressemblait beaucoup à Rome. -L’Empereur fit élever des murailles autour de cinq collines; puis, -à l’intérieur, il bâtit des palais, des églises, des thermes, des -aqueducs, des fontaines, un forum, un augustéon, deux grands édifices -pour le Sénat, deux palais pour le trésor, et une rue principale, ornée -de portiques, qu’on appela la Mésè. Toutes ces constructions coûtèrent -des sommes énormes à l’Empire, et comme elles avaient été faites à la -hâte, on eut beaucoup de peine par la suite à empêcher leur écroulement. - -Pour orner la nouvelle ville, il fallut dépouiller les plus précieux -monuments de la Grèce et de l’Asie, tels que les anciens temples de -Diane, de Vénus et d’Hécate. - -Constantin avait obligé les citoyens romains qui possédaient des -biens en Asie, à venir habiter Byzance, sous peine de ne plus pouvoir -disposer de leurs propriétés. De grands avantages furent promis à ceux -qui viendraient peupler la nouvelle capitale. - -Le jour de la dédicace de la nouvelle cité (330), un édit gravé sur -une colonne de marbre lui donna le nom de nouvelle Rome. Depuis -cette date mémorable, chaque année, le 11 mai, on célébra la fête -dite de _Nea Roma_. Toutefois le nom plus flatteur pour Constantin -de Constantinopolis (ville de Constantin) figura bientôt sur les -médailles. - - -[Illustration: Pl. 4. - - RUINES DU PALAIS DE JUSTINIEN. - - CHATEAU DES SEPT-TOURS.--Escalier conduisant aux remparts.] - - -Constantin gouverna son empire avec une grande largeur de vues, mais -sa gloire a été ternie par les cruautés qu’il a commises, et qui ont -inspiré des doutes sur la sincérité de sa conversion au christianisme. -Néanmoins, et en raison des services qu’il rendit à la religion -chrétienne, il fut surnommé le Grand. - -L’empire de Byzance ne prit sa physionomie propre qu’après la mort de -Théodose dit le Grand. Théodose en mourant, avait partagé l’Empire -entre ses deux fils, Honorius et Arcadius, qui devinrent l’un empereur -d’Occident, l’autre empereur d’Orient (395). Ainsi le monde romain -fut divisé en deux, bien qu’il continuât à ne former politiquement et -moralement qu’un seul empire. - -Byzance ne se trouvait pas sur la route des Barbares d’Occident, elle -possédait en outre des murailles puissantes. Son existence fut donc -plus facile et plus longue que celle de Rome, bien que son histoire -soit remplie par les querelles religieuses, les intrigues de cour, les -troubles de l’hippodrome, et les tristes souvenirs de la dépravation de -ses mœurs. - -Byzance fut le siège d’une civilisation qui remplit la moitié de -l’histoire du moyen âge et qui a répandu de vives lumières sur les -peuples voisins. - -Le règne de Justinien (527-565) fut pour la capitale une période -d’extraordinaire splendeur. Après les ruines causées par la sédition -Nika (532), l’empereur rebâtit la ville avec une prodigieuse -magnificence, et les grandes églises de Sainte-Sophie et des -Saints-Apôtres montrent, entre bien d’autres édifices, le développement -somptueux de l’art byzantin. - -A l’époque de la dynastie macédonienne, Constantinople n’était pas -moins prospère. Ses monuments, ses palais, et surtout ses cérémonies -grandioses en faisaient alors la première ville du monde. Un grand -mouvement littéraire et scientifique animait l’Université de la -capitale. De toutes parts, la jeunesse y accourait pour s’instruire. On -y trouvait tous les manuscrits de l’ancienne Grèce. Il est évident que, -sans Byzance, nous ne posséderions rien des manuscrits et des œuvres de -la Grèce antique. - -L’art byzantin rayonnait sur tout l’Orient et l’Occident. Autour de -l’empereur Constantin Porphyrogénète, qui était lui-même un artiste, -les peintres, les architectes, les sculpteurs, les hommes de lettres -se groupaient pour ajouter à la beauté de la ville et enrichir les -bibliothèques. - -La savante diplomatie des empereurs Comnènes fit plus tard de Byzance -le centre de la politique européenne et asiatique. Mais elle ne suffit -pas à enrayer la décadence qu’amenaient les troubles intérieurs, la -corruption des mœurs et la misère économique dont souffrait l’Empire -par suite de l’exploitation commerciale étrangère et des folles -dépenses de la cour. - -A tous ces malheurs, s’ajoutaient les discordes religieuses qui -séparaient les Grecs et les Latins et qui préparèrent la chute de -l’Empire. - -En France, un saint homme, appelé Foulque de Neuilly, avait avec -l’autorisation du pape Innocent III, prêché une quatrième croisade. -Plusieurs comtes et barons formèrent une armée de croisés et envoyèrent -des messagers à Venise pour prier cette république de leur prêter le -secours de ses vaisseaux. Un traité fut signé entre l’armée des croisés -et les Vénitiens. Le doge de Venise, Dandolo, âgé de quatre-vingt-dix -ans, entreprit lui-même la croisade. - -A cette époque, régnait à Byzance l’empereur Alexis, qui avait détrôné -son frère Isaac, lui avait fait crever les yeux et l’avait jeté en -prison avec son fils Alexis le Jeune. Ce dernier parvint à s’échapper, -alla trouver le roi des Romains, Philippe de Souabe, qui avait épousé -sa sœur et le décida à envoyer des messagers à Venise avec mission de -détourner les efforts des croisés sur Byzance. - -Les messagers dirent, raconte Geoffroy de Villehardouin[7]: «Puisque -vous marchez pour Dieu, pour le droit et pour la justice, à ceux -qui sont déshérités à tort vous devez rendre leur héritage si vous -pouvez... Tout premièrement, si Dieu accorde que vous le remettiez en -son héritage, il mettra tout l’empire de Romanie en l’obéissance de -Rome dont il est séparé depuis longtemps. Après, il sait que vous avez -dépensé tout avoir et que vous êtes pauvres, il vous donnera donc deux -cent mille marcs d’argent et des vivres à tous ceux de l’armée, petits -et grands.» - - [7] Poujoulat, _Histoire de la conquête de - Constantinople_. - -Venise, qui s’était acquis dans l’Empire byzantin une grande situation -commerciale, voulut augmenter son influence en détournant, à son -avantage, cette croisade sur Byzance. Le 23 juin 1203, la flotte des -croisés, forte de trois cents galères, mouillait devant Constantinople. -Grâce à un incendie qui se déclara aux environs du palais, les -assaillants pénétrèrent dans la ville. L’empereur Alexis prit la fuite -et les Byzantins mirent sur le trône Isaac, père d’Alexis le Jeune, qui -se trouvait parmi les croisés. Les Byzantins conclurent un traité avec -les Latins. Ceux-ci s’établirent à _Galata_. - -Le jeune Alexis, couronné à Constantinople, parcourut l’Empire avec -les croisés. Mais son attitude vis-à-vis de ces derniers mécontenta le -peuple, qui mit Murzufle sur le trône. Isaac mourut, et le jeune Alexis -ayant été étranglé, les croisés attaquèrent de nouveau la ville et s’en -emparèrent (13 avril 1204). - -Pendant le pillage, Sainte-Sophie fut dépouillée de ses trésors, les -soldats se partagèrent les pierres précieuses, et le grand rideau de -l’église, qui avait coûté des sommes énormes, fut déchiré et mis en -morceaux. Nicétas, un des témoins oculaires de ces événements, raconte -des scènes de sauvagerie inouïe. Les images des saints furent brisés -à coups de pied. Les restes de Justinien, qui reposaient depuis sept -cents ans dans les caveaux de l’église des Saints-Apôtres, furent -dépouillés des bijoux avec lesquels l’Empereur avait été inhumé. -Les grands sarcophages de porphyre rouge ou de brèche verte furent -brisés et les os des Porphyrogénètes jetés au vent. Les plus illustres -monuments de l’art ancien et moderne, qui faisaient la gloire de la -ville, ne trouvèrent pas grâce devant ces nouveaux Vandales. Le palais -des Blaquernes fut saccagé. On peut dire que c’est durant l’occupation -des Latins que l’art byzantin eut le plus à souffrir. Chaque nation -eut son quartier à exploiter. On forma de vastes dépôts des objets -pillés et on distribua le produit à toutes les troupes, au prorata du -grade. Quant aux statues en bronze et en métal des belles époques de -la Grèce et de Rome, qui avaient échappé aux tremblements de terre et -aux incendies, on en fit de gros sous, _de la monnaie noire_, comme on -disait alors. M. Dethier, ancien directeur du Musée impérial Ottoman à -Constantinople, parlant des monuments de Byzance, écrit ce qui suit: -«Les Latins, enlevèrent tous les bronzes, des statues tels que le -Tetradysion et les ornements de la colonne de Justinien Ier avec tant -d’autres, pour en faire frapper de la monnaie. Tout fut détruit, à -l’exception des chevaux de bronze de Lysippe transportés à Venise». - -Le nouvel Empire latin fut partagé, suivant le système féodal, en -royaumes, duchés et comtés. Venise qui avait triomphé dans cette -expédition, assura partout son influence et s’établit en maîtresse dans -tout un quartier de la ville. - -Les Grecs avaient tout de suite fondé de nouveaux États, en Morée, -à Trébizonde et surtout à Nicée, et ils n’oublièrent jamais leur -but principal, qui était de reconquérir leur empire. Les troubles -intérieurs qu’ils fomentaient et les attaques continuelles des Bulgares -épuisèrent vite l’Empire latin. Enfin Michel Paléologue VIII, qui -régnait à Nicée, eut la bonne fortune de renverser l’Empire latin, -de reconquérir Constantinople en 1261 et de faire revivre l’Empire -grec pendant deux siècles encore. Sous le règne des Paléologues et -des Cantacuzènes, malgré les efforts de quelques empereurs, l’Empire -byzantin ne parvint jamais pourtant à regagner son ancienne prospérité. -Une portion considérable du territoire fut perdue, car les Vénitiens -avaient pris une partie des îles, les seigneurs latins une partie -de la Grèce, les Bulgares une partie de la Thrace; l’Empire grec de -Trébizonde détenait enfin une partie de l’Asie Mineure. - -Les troubles intérieurs affaiblissaient l’Empire. L’armée, composée de -mercenaires étrangers, ravageait le pays; d’autre part, les colonies -italiennes troublaient l’État par leurs rivalités et leurs empiétements -continuels. Les controverses religieuses détournaient l’attention -publique des intérêts nationaux. En 1390, Bajazet fit bloquer la ville; -Byzance dut acheter la paix moyennant une redevance annuelle. C’est -alors que les Turcs obtinrent le privilège d’avoir leur mosquée et -leur tribunal dans la ville. En 1422, Murad II assiégea Byzance sans -succès; mais bientôt, et pendant que l’Empire byzantin se débattait au -milieu de ces tristes événements, les armées de Mehmet II envahirent -le territoire byzantin et parvinrent jusqu’aux portes de la capitale -(1453). - -Constantinople, depuis sa fondation jusqu’à cet événement d’une si -grande importance historique, avait été assiégé vingt-neuf fois par -différents ennemis: Grecs, Romains, Perses, Avares, Bulgares, Slaves, -Russes, Arabes, Varègues, Latins et Turcs. Sept fois seulement au cours -des siècles elle était tombée entre les mains des assiégeants. - - -II.--MEHMET II LE CONQUÉRANT - -Pendant son premier règne, le sultan Mehmet n’avait pas eu l’occasion -de montrer son énergie. L’opposition du peuple et de ses ministres en -fut la cause. A la mort de son père (1451) il arriva à Andrinople et -monta pour la deuxième fois sur le trône. - -Son premier soin fut de mettre à mort son jeune frère et de renvoyer -dans son pays sa belle-mère, fille du roi de Serbie Georges -Brancovitch. Tous les ministres qui avaient aidé Murad à monter pour -la deuxième fois sur le trône tremblaient devant le nouveau Sultan, -car ils craignaient son ressentiment. Mehmet ne leur ayant témoigné -aucune haine, ils n’en furent que plus effrayés. Les ambassadeurs et -les ministres étrangers venus pour le féliciter furent reçus très -froidement. Il renouvela le traité concernant la garde du petit-fils -du prince Suleiman interné chez les Byzantins et donna en paiement à -l’Empereur les revenus de quelques contrées. - -Mehmet II eut d’abord affaire aux Caramans qui inquiétaient le pays. -Il résolut donc de marcher tout de suite contre eux, et d’annexer leur -État à l’empire. Le Bey de Caramanie effrayé s’enfuit à Tach-Ili, -tandis que le Sultan faisait une entrée triomphale à Konia. Se voyant -perdu, le bey promit obéissance au sultan et lui donna sa fille. Mais -Mehmet ne laissait jamais une affaire sans qu’elle fût définitivement -réglée. Il voulut imposer au vaincu des conditions plus dures. -Pendant ce temps, l’empereur de Byzance avait fait demander par un -ambassadeur qu’on augmentât la pension d’Orkhan, qui était toujours à -Byzance. Le Sultan, indisposé par les exigences de l’Empereur, renvoya -l’ambassadeur en lui répondant évasivement et donna l’ordre à l’armée -de lever le camp. Lorsque l’armée fut arrivée près de Brousse, il -se produisit un petit incident qui fit une profonde impression sur -l’entourage du Sultan. Les janissaires arrêtèrent le Sultan, pour lui -demander le don de joyeux avènement. Les pachas se montraient inquiets, -mais Mehmet marcha courageusement, seul, vers les troupes, en poussant -son cheval contre les janissaires qui, pour ne pas être écrasés, durent -se retirer du chemin. Le Sultan manda les chefs de ce corps d’élite, et -leur fit donner cent coups de bâton sur la plante des pieds. Cet acte -de vigueur étonna beaucoup les pachas, qui jusqu’alors n’avaient pas eu -l’occasion d’apprécier le caractère énergique du Sultan. - -Mehmet quitta Brousse avec toute son armée et se rendit par Ismid -(Nicomédie), jusqu’au Bosphore. Là, il demanda à l’empereur Constantin -Dragasès de lui céder la place de Roumili-Hissar, située en face -d’Anatoli-Hissar. Cette dernière forteresse avait été élevée par le -sultan Bajazet, sur les ruines d’un temple de Jupiter. L’Empereur -répondit au Sultan que l’emplacement de Roumili-Hissar ne lui -appartenait pas, mais était possédé par les Génois (1452). Mehmet, -sans tenir compte de cette objection, fit commencer immédiatement les -travaux d’un fort à _Roumili-Hissar_ par les 2.000 maçons et les 4.000 -ouvriers qu’il avait amenés avec lui. En même temps, il donna l’ordre -de réparer la forteresse d’_Anatoli-Hissar_. - -Constantin XI, prévoyant le danger qui menaçait la ville, envoya à -Mehmet des ambassadeurs pour conclure un traité et lui offrir un tribut -annuel. Le Sultan leur répondit froidement que son intention n’était -que de barrer le Bosphore aux Génois et aux Vénitiens, qui entravaient -sans cesse le passage des troupes ottomanes. «Mon père, dit-il, empêché -par les Byzantins de franchir l’Hellespont pendant la campagne de -Varna, avait juré d’élever une forteresse à cet endroit du Bosphore; je -ne fais qu’exécuter sa volonté. Dites à l’Empereur que je ne ressemble -pas à mes ancêtres, qui étaient trop faibles et que mon pouvoir atteint -un degré auquel ils ne pouvaient aspirer.» - -Il est certain que la construction de ces forts était le pas fait pour -préparer le siège de Constantinople, mais le but immédiat n’était -réellement que d’assurer le libre passage des troupes ottomanes en -_Roumélie_. - -Pendant les travaux, les champs et les jardins des environs eurent -naturellement à souffrir des travaux et des pillages des soldats. Une -deuxième fois, Constantin envoya des courriers pour prier le Sultan -de faire cesser les ravages. Mehmet, loin de tenir compte de cette -réclamation, n’arrêta rien et donna même l’ordre de faire paître les -troupeaux sur les champs des Grecs. - -Constantin, devinant enfin les intentions du Sultan, sentit le besoin -de changer de langage. Il envoya de nouveaux ambassadeurs à Mehmet -en l’assurant de son amitié. En outre, l’Empereur, qui connaissait -bien le faible des hauts personnages ottomans, leur faisait parvenir -de nombreux cadeaux. Il gagna ainsi à sa cause Halil et Chahabuddin -pachas, qui conseillèrent au Sultan de ne pas mettre le siège devant -Byzance et de se contenter du tribut que lui offrait l’Empereur. Mais -Mehmet, loin de les écouter, les chargea de lui trouver des hommes au -courant de la topographie de la ville, de ses fortifications et de -ses portes. - - -[Illustration: Pl. 5. - - TOUR DE GALATA. - - MOSQUÉE DE TOPHANÉ.] - - -L’Empereur, de son côté, cherchait à gagner du temps. Il espérait -obtenir des secours de l’Europe, et voulait mettre la ville en état de -soutenir un siège qu’il redoutait prochain. - -Le fort de _Roumili-Hissar_ fut terminé en quatre mois. On y avait -travaillé jour et nuit. Ce fut une des forteresses les plus redoutables -de l’époque. On plaça de grosses pièces de canon sur la tour la plus -voisine de la mer, qu’on appela la tour de Halil Pacha. Firouz Agha -fut nommé commandant de la forteresse, qui reçut une garnison de 400 -janissaires. Tous les navires qui montaient ou descendaient le Bosphore -furent soumis à la visite et à un droit de passage. - -Sfendiar bey, gendre du Sultan, à la tête d’un convoi de chevaux et -de troupeaux, ravagea les champs des Grecs, près d’Epibatos, ce qui -occasionna une querelle sanglante. En l’apprenant, le Sultan envoya -des troupes pour châtier les Grecs. Alors les Byzantins fermèrent -toutes les portes de la ville, déclarant prisonniers les Ottomans qui -s’y trouvaient. L’Empereur, changeant d’attitude, alla jusqu’à menacer -le Sultan de rendre la liberté à Orkhan, petit-fils de Suleiman, ce -qui n’eût pas manqué de créer des troubles à l’intérieur de l’Empire -ottoman. Le Sultan se montra fort irrité et somma l’Empereur de lui -remettre la ville, ou sinon qu’il se préparât à la guerre pour le -printemps prochain. - -Les mesures de Constantin étaient déjà prises et, aussitôt toutes les -portes furent murées. - -Le fort de Roumili-Hissar (nommé fort de Bogaz Kessen) venait d’être -terminé (1452). Le sultan Mehmet, partit de là le 14 août 1452 pour se -rendre à Andrinople, et y terminer les préparatifs de la guerre. En -route, il s’arrêta quelques jours aux environs de Constantinople pour -relever lui-même le plan des fortifications. Le bey Ierbey Tourkhan -fut envoyé contre Démétrius et Thomas, frères de Constantin, qui -gouvernaient alors en Morée, pour les empêcher de venir au secours de -Byzance. - -Plusieurs causes morales et religieuses militaient auprès des troupes -en faveur de cette guerre. Tout d’abord, le Prophète avait prédit la -prise de Constantinople. De plus, le souvenir des cruautés exercées sur -les musulmans par les empereurs byzantins comme Nicéphore Phocas avait -excité vivement leur désir de vengeance. Enfin les Ottomans tenaient à -posséder Constantinople pour en faire la capitale du monde. - -A peine arrivé à Andrinople, Mehmet étudia les moyens de s’emparer -le plus facilement de Byzance. Il s’entoura d’ingénieurs et d’hommes -capables, se fit décrire la place, dessina lui-même le plan du siège -en indiquant les points d’attaque, l’emplacement des tours mobiles, -des béliers et des catapultes. Sur ces entrefaites, un Hongrois, nommé -Urbain, qui avait été au service de l’empereur de Byzance et qui, -mécontent de son traitement, avait quitté la ville, vint trouver le -Sultan et lui proposa de fondre des canons d’une dimension colossale. -Les deux premiers canons fondus par lui furent placés dans la tour -de Halil Pacha à Roumili-Hissar. A cette époque, les canons étaient -encore très primitifs, car il y avait à peine un siècle qu’on les avait -inventés. Les premiers coups de ces canons furent tirés sur un navire -vénitien qui voulait forcer le passage du Bosphore. Ce navire était -commandé par un capitaine nommé Ricci; il fut coulé immédiatement. -Encouragé par ce succès, le Sultan fit fondre des canons plus forts -qui lançaient des boulets de pierre de 600 kilogrammes à un mille de -distance. L’armée marcha sur Constantinople (février 1453) au son des -tambourins et des grosses caisses. Le grand canon était tiré par 50 -couples de bœufs; il fallait 700 hommes pour le diriger et pour établir -les routes sur lesquelles il devait passer. - -Tous les petits forts byzantins que l’armée rencontra se rendirent -sans résistance. Il fallut plus de deux mois pour arriver au pied des -murailles de Constantinople. - -Constantin, de son côté, avait remis les murs en état et accumulé des -vivres en quantité suffisante pour nourrir les assiégés pendant six -mois. Il avait demandé le secours d’Hunyade et d’Alphonse, roi de -Naples, en leur offrant plusieurs duchés. - -On tendit la grande chaîne[8] de l’une à l’autre rive de la Corne d’Or -pour empêcher le passage de la flotte ennemie. On arma les tours et -le sommet des murailles de canons, de balistes et autres machines de -guerre. - - [8] Cette chaîne, dont on voit encore aujourd’hui - une partie dans la cour de l’église de Sainte-Irène - (actuellement musée d’armes) était tendue entre Galata - et Stamboul en travers de la Corne d’Or. Ses deux - extrémités se fixaient à deux tours, et le poids de la - chaîne, qui empêchait le passage des navires, était - supporté par des flotteurs. - -L’état moral de la ville laissait bien à désirer et allait en -s’aggravant. L’Empereur, qui avait demandé le secours du pape, n’obtint -que des prêtres catholiques pour célébrer la messe selon le rite latin; -à leur tête, se trouvait le cardinal Isidore. Pendant une assemblée qui -se tint à Sainte-Sophie (12 novembre 1452) pour discuter de l’union -des deux Églises, le débat dégénéra en un tumulte terrible. Une partie -de l’assemblée, qui espérait sauver la ville, grâce au secours de -l’Europe, était favorable à l’union. Mais l’autre préférait mourir -plutôt que de changer de dogme et de se soumettre à Rome. Au cours -d’une séance, quelqu’un cria même: «Plutôt le turban que la tiare.» -Tout cela retardait l’arrivée des secours du pape. Les Vénitiens -offrirent cinq grands navires et les Génois, qui occupaient alors Chio, -envoyèrent deux navires avec 700 hommes. La démoralisation régnait dans -la ville. Les uns disaient qu’elle serait prise; d’autres, que les -Turcs arriveraient jusqu’à Sainte-Sophie, mais que là, ils seraient -repoussés. On mura soigneusement plusieurs portes, par lesquelles, -selon les oracles, l’ennemi devait pénétrer. - -L’armée ottomane au contraire, soutenue par une foi ardente, marchait -courageusement à l’assaut, dans l’espoir de conquérir la plus belle -ville du monde, et d’allumer prochainement les lampes d’huile sur -les tombeaux des saints musulmans qui étaient tombés au cours des -différents sièges. - -Un vendredi après Pâques (1er avril 1453, v.-s.), les Byzantins virent -avec stupeur les turbans des Turcs près des murailles; de la Propontide -à la Corne d’Or, les champs qui se trouvaient en face des murailles -étaient couverts de tentes. Les troupes arrivées de la Turquie -d’Europe avec le sultan Mehmet, furent installées en face de la porte -d’Andrinople et leur front formait une ligne se déployant jusqu’à la -Corne d’Or. Les troupes d’Asie Mineure, qui avaient passé l’Hellespont, -formèrent l’aile droite de l’armée du siège. - -Une partie de l’armée, sous les ordres de Saganos pacha, le beau-frère -du Sultan et de Karadja bey, était campée à _Ok Meidan_ (champ des -flèches), situé sur les hauteurs de Kassim Pacha et aux environs de -Péra, afin de surveiller les Génois qui, malgré leur engagement de -rester neutres, secouraient secrètement Byzance. De forts détachements -de cavalerie gardaient l’arrière de l’armée pour éviter toute surprise. - -Le Sultan avait établi son quartier général sur les petites collines -situées en face de la porte de Saint-Romain (_Top Kapou_, Porte du -Canon). Les lignes les plus rapprochées des murailles étaient à une -distance d’un mille environ. - - -[Illustration: Pl. 6. - - PORTE MELANDISIA. - - PORTE DE RHEGIUM.] - - -III.--LA PRISE DE CONSTANTINOPLE - -Ce siège mémorable commença le 6 avril 1453. Les Ottomans avaient pris -toutes les mesures pour atteindre leur but. Les lignes des assiégeants -entouraient les murailles depuis la porte des Sept-Tours jusqu’à la -Corne d’Or. La partie des murs qui se trouvait entre le palais du -Porphyrogénète et la porte Saint-Romain avait été choisie comme point -d’attaque, car c’était l’endroit le plus faible. Karadja bey commandait -l’aile gauche depuis la Xyloporta jusqu’à la porte de Charisios. Ishak -et Mammoud bey commandaient les troupes campées entre la partie des -murs appelée Myriandrion et la mer de Marmara. L’historien vénitien -Barbaro relate que les Ottomans avaient installé trois bombardes en -face du palais impérial des Blaquernes, deux en face de la porte de -Charisios, quatre en face de la porte Saint-Romain, avec trois autres -grands canons qu’on avait d’abord placés près de la porte Caligaria. -Un parc de siège faisait face à la porte de Pegae ou Pigi (porte de -Silivri). - -Les historiens turcs et étrangers ne sont pas d’accord sur les forces -des assiégeants et des défenseurs de la ville. D’après Hammer, l’armée -ottomane était composée de 250.000 hommes dont 100.000 cavaliers. La -marine comportait 18 galères, 48 birèmes et 300 petits voiliers. Le -comte de Ségur ne porte les forces ottomanes qu’à 150.000 hommes et 280 -voiliers. Mais, d’après les ouvrages turcs, il n’y avait réellement que -100.000 guerriers, 100.000 porteurs et cochers, y compris les curieux -et les pillards. Quant au nombre des défenseurs de la ville, Hammer -et d’autres prétendent qu’il ne dépassait pas 9.000 soldats dont 3.000 -Génois accourus au secours de la flotte byzantine. Celle-ci était -composée de 26 navires dont 3 galères, 3 voiliers génois, 1 espagnol, -1 français et de 6 navires envoyés de Crête. Les navires byzantins -étaient bien montés, bien armés et pourvus de bordages très hauts. - -Les murailles de la ville, d’une longueur de 16 kilomètres, exigeaient -au moins la présence de 160.000 hommes en comptant un homme par mètre. -Les portes demandaient à elles seules 20.000 hommes pour leur défense. -Par conséquent, on peut évaluer le chiffre des combattants à 150.000 -hommes, dont la plupart étaient armés et prêts à défendre la ville. - -La flotte ottomane, formée de nombreux petits voiliers construits ou -achetés à la hâte, ne pouvait franchir la Corne d’Or, que barrait la -fameuse chaîne. Le grand canon, posté d’abord en face de la porte -Caligaria, fut transporté plus tard près de la porte Saint-Romain, -qui en tira son nom actuel de _Top Kapou_. Deux autres canons lançant -des pierres de 75 kilogrammes y furent également placés, 14 batteries -de petit calibre étaient rangées depuis la Xyloporta jusqu’à la Porte -des Sept-Tours. Un fossé large et profond rempli d’eau protégeait les -murailles. Giustiniani, le chef des Génois, se tenait avec ses troupes -à la porte de Charisios. Près de lui, les murailles étaient défendues -par Théodore de Carystos et les frères Brochiardi. Les Vénitiens, sous -les ordres de Girolamo Minotto, tenaient garnison autour du palais -de Constantin. Les environs des Blaquernes et de la porte Caligaria -étaient surveillés par le cardinal Isidore, qui commandait les Romains -et les Chiotes. Théophile Paléologue, le Génois Maurice Cattaneo et le -Vénitien Fabrice Cornaro, gardaient les murailles situées entre le -château de l’Heptapyrgion (sept tours) et la porte Saint-Romain. On -trouvait, à la porte de Pigi, le Vénitien Dolfino; entre la porte des -Sept-Tours et la mer de Marmara, des Vénitiens et des prêtres byzantins -sous les ordres de Jacques Contarini; au palais de Boucoléon, des -soldats catalans commandés par Pedro Juliano; sur les murailles de la -Corne d’Or, des Crétois et des soldats grecs sous les ordres de Lucas -Notaras. Le phare de la Corne d’Or était gardé par les Vénitiens. Près -de l’église des Saints-Apôtres, on avait constitué une réserve composée -de plus de 700 prêtres armés, que commandaient Démétrius Cantacuzène et -Nicéphore Paléologue. - -Avant de commencer l’attaque, le Sultan avait envoyé Mahmoud Pacha -(devenu plus tard grand vizir après la prise de Constantinople), -auprès de l’Empereur pour le sommer de rendre la ville afin d’éviter -l’effusion du sang. L’Empereur refusa. A l’aube du 6 avril 1453 -retentit le premier coup de canon, suivi bientôt d’une canonnade -générale. Une grande terreur se répandit dans toute la ville. - -Pour charger le gros canon, il ne fallait pas moins de deux heures, -de sorte qu’on ne pouvait tirer que huit à dix coups par jour. Les -projectiles pesaient 600 kilogrammes. Quatre autres canons, coulés -par les ingénieurs turcs, Saroudja et Mousslihiddin, jetaient des -projectiles moins lourds. - -Tous ces canons dirigeaient leur feu sur les deux extrémités de la base -d’un triangle fictif prise sur la partie la plus faible des murs, afin -d’ouvrir des brèches, et de tirer ensuite sur le sommet de ce triangle. -Cette tactique n’était alors connue que des Byzantins, et ils pensèrent -qu’un traître l’avait enseignée à l’ennemi. Les brèches et les parties -démolies étaient d’ailleurs réparées avec une activité surprenante. -Pendant que les Ottomans faisaient pleuvoir une pluie de flèches sur la -muraille, d’autres soldats cherchaient à creuser des souterrains sous -les fossés des remparts. Les béliers battaient les portes avec fureur, -pendant que les quatre fameuses tours mobiles[9] s’approchaient des -murs. - - [9] Ces tours, fréquemment employées au moyen âge, - étaient construites en charpente solide, on les montait - sur des roues, et l’extérieur était capitonné à l’aide - de plusieurs couches de peaux qu’on mouillait pour - offrir plus de résistance au feu lancé par l’ennemi. - Elles contenaient intérieurement des soldats et des - matières explosibles, du bois, des buissons pour - combler les fossés. Elles étaient munies d’un pont qui - permettait de passer sur les murs. - -Une de ces tours placée près de la porte Saint-Romain avait occasionné -beaucoup de dégâts; l’ennemi réussit à l’incendier à l’aide du feu -grégeois. Le gros canon éclata un jour pendant le tir et tua Urbain, -son constructeur. Instruits par cet accident, les assiégeants -mouillèrent désormais les canons avec de l’huile après chaque coup et -les laissèrent se refroidir. - -Les ouvriers terrassiers perçaient des galeries souterraines qu’ils -consolidaient avec des madriers de bois; ils purent arriver ainsi -jusqu’aux fondations des murailles. Mais les Byzantins avaient entendu -le bruit des pioches; ils creusèrent des contre-mines et enfumèrent les -Turcs qui durent se retirer. On jetait sur les Ottomans qui tentaient -d’escalader les murailles, d’énormes blocs de pierre, des torches -enflammées et surtout du feu grégeois[10]. - - [10] Le feu grégeois avait plus d’une fois sauvé - Byzance; c’était un explosif qui prenait feu au contact - de l’eau. On l’obtenait en mélangeant de la poudre - à canon et du pétrole avec une matière résineuse. - Toutefois la fabrication de cette poudre était tenue - secrète. On y ajoutait probablement de la chaux vive - qui, au contact de l’eau dégageait de la chaleur en - quantité suffisante pour enflammer la poudre. Ce - feu, fort connu des Byzantins, était, selon quelques - historiens, d’origine arabe. - - -[Illustration: Pl. 7. - - SAINTE-SOPHIE.--Vue générale prise du côté de l’Hippodrome.] - - -Tout l’effort de l’ennemi se portait sur les murailles du côté de la -terre. Les assauts se multipliaient, mais sans résultat. Mehmet -estima nécessaire la coopération de la flotte, que la grande chaîne -empêchait de pénétrer dans la Corne d’Or. - -Le Sultan attachait une grande importance à sa flotte; elle devait -arrêter les secours que la ville pourrait recevoir du dehors. Pourtant, -d’après les historiens, cette flotte n’était pas considérable: -elle n’était composée que de petites embarcations, de voiliers, de -transports et de galères à une seule rangée de rames. Elle était -commandée par un Bulgare devenu musulman, qui s’appelait Balta-Oglou -Suleiman bey. - -La flotte ottomane était d’abord restée dans le petit port de -Balta-liman[11], au Bosphore. Au début du siège, postée d’abord près -de _Dolma Bagtché_, elle leva l’ancre pour attaquer les navires qui -étaient rangés derrière la chaîne, mais la défense énergique des -Byzantins et les effets désastreux du feu grégeois l’obligèrent à -reculer. Averti par les voiliers turcs venus à la hâte de l’Hellespont, -que de grands navires génois et vénitiens arrivaient au secours de la -place, le Sultan donna l’ordre à la flotte de se former en ligne pour -défendre l’entrée du port. - - [11] Ce nom vient de Balta Oglou, amiral turc. - -La bataille navale qui eut lieu se termina par la victoire de l’ennemi, -dont les vaisseaux purent pénétrer dans le port[12] avec 5.000 hommes -de renfort. Selon les historiens grecs, ces navires, au nombre de -cinq, avaient des bordages très élevés, ce qui leur permit d’écraser -les petites galères ottomanes et d’incendier au moyen du feu grégeois -une partie considérable de la flotte turque. - - [12] D’après quelques historiens turcs, qui semblent - avoir copié les auteurs étrangers, ce port serait celui - de la Corne d’Or, mais cela paraît bien improbable. En - effet, si l’on avait démonté la chaîne de ses flotteurs - pour laisser passer les vaisseaux grecs, on n’aurait pu - la remettre assez rapidement pour empêcher les galères - ottomanes de pénétrer à leur suite. Selon un manuscrit - turc trouvé dans la bibliothèque de Sainte-Sophie, les - navires grecs n’auraient été que deux, et le port dans - lequel ils purent entrer, serait celui de Théodose, - ou Julien, sur les bords de la Marmara. Cette version - paraît d’autant plus vraisemblable que ce port étant - protégé par des tours et des portes en fer, les navires - de secours pouvaient y entrer facilement sans être - obligés de courir le risque de livrer bataille au large - pour gagner la Corne d’Or. - -Ils parvinrent assez facilement à pénétrer dans le port. Le Sultan, -qui du rivage assistait au combat naval, était très excité. Il alla -jusqu’à pousser son cheval dans la mer, vers une galère qui luttait à -une courte distance du bord près de Makri Keuy. - -Cette victoire navale de l’ennemi, les réparations actives que les -assiégés apportaient aux murailles, la destruction des tours mobiles -avaient fortement abattu le courage des Ottomans. C’est à ce moment que -l’Empereur byzantin demanda à traiter, offrant un tribut annuel au cas -où le siège serait levé. - -Un divan se réunit. Le grand vizir, Halil pacha, que plusieurs chefs -accusaient de connivence avec les Grecs, conseilla au Sultan de faire -la paix. Il alléguait que l’Europe enverrait certainement des secours. -Mais Saganos pacha, beau-frère du Sultan, Molla-Mehmed-Gurani et le -vénérable cheïkh Ak-Chemsuddine voulaient qu’on continuât la guerre. -A leur avis, l’Europe se désintéressait de l’Orient et Constantinople -devait certainement tomber sous peu entre les mains des musulmans. -Ak-Chemsuddine, que les musulmans considèrent encore comme un Véli -(saint), avait prédit la date de la prise de Constantinople en prenant -dans un verset du Coran le mot بلدة طيّب (jolie ville), dont les -lettres, considérées comme chiffres à la manière arabe, donnaient la -date de l’Hégire 857, qui correspondait à l’année 1453. Il répétait -au Sultan les louanges du Prophète. «Constantinople sera absolument -conquise par les musulmans. Quel magnifique prince que le conquérant, -quelles excellentes troupes que son armée, le prince et ses soldats, -qui prendront cette jolie ville.» Les propositions de paix furent -rejetées. - -Le Sultan avait songé d’abord à briser la chaîne pour entrer dans le -port et forcer les murailles qui, de ce côté, étaient plus vulnérables -qu’ailleurs, mais il dut abandonner ce plan. Il décida ensuite de faire -traîner les galères par-dessus les collines qui entouraient Galata, -pour les amener dans la Corne d’Or. On construisit une route d’une -longueur de deux lieues allant de la vallée de Dolma Bagtché à la -vallée de Kassim pacha, et qui aboutissait à la Corne d’Or. On plaça -des madriers enduits de graisse et d’huile. En une nuit, plus de 70 -bâtiments de différentes grandeurs furent traînés sur cette route par -des hommes, des bœufs et des chevaux. Les voiles déployées et gonflées -par un vent favorable, facilitèrent beaucoup le travail. Ce dut être -un spectacle grandiose que celui de ces milliers d’hommes travaillant -dans la nuit tout le long de cette route, au son des tambours, sous la -clarté vacillante des torches. Au matin, les galères étaient rangées -dans la Corne d’Or, derrière la chaîne. - -Cet audacieux coup de main surprit douloureusement les Byzantins; il -leur fallut garnir d’une partie de leurs troupes les murailles de la -Corne d’Or qui, jusque-là, avaient pu rester sans défense. Giustiniani, -le fameux chef génois, résolut d’incendier la flotte ottomane, et s’en -approcha vers la nuit. Mais les Turcs, avertis par des Génois qui -servaient à tour de rôle dans les deux camps, étaient sur leurs gardes. -Le vaisseau que montait Giustiniani fut coulé par un énorme boulet de -pierre. La plus grande partie de l’équipage fut noyée; quant au chef -génois, vêtu d’une cotte de mailles, il put saisir une bouée et se -sauver dans une barque. - -Désireux d’occuper à lui seul la Corne d’Or, le Sultan décida de couler -sans distinction de nationalité tous les bateaux génois, vénitiens et -byzantins qui se trouvaient dans le port: à cet effet, il fit installer -sur les hauteurs de Kassim pacha et de Péra des mortiers de son -invention qui lançaient, par un tir indirect, des projectiles sur les -navires abrités derrière Galata. - -Malgré les protestations des Génois, plusieurs bateaux furent ainsi -coulés, et le Sultan devenu maître du port, établit sur la Corne -d’Or un large pont construit à l’aide de tonneaux attachés les uns -aux autres et recouverts de madriers. Une trentaine d’hommes pouvait -y marcher de front. Un des chefs vénitiens essaya de brûler ce -pont, mais la surveillance incessante des Ottomans fît échouer ce -projet. Enfin, après cinquante jours de siège, l’artillerie ouvrit -une large brèche près de la porte Saint-Romain. Plusieurs tours -furent abattues. Les pierres comblaient déjà en partie le fossé. Du -côté de la mer, les murailles étaient menacées par les galères qui -bombardaient continuellement la ville, mais sans grand résultat, car -les projectiles[13], qui étaient pour la plupart en marbre taillé, -n’occasionnaient pas de dégâts importants. - - [13] On voit encore aujourd’hui, sur les murs où on les - conserve comme souvenirs, des boulets de ce genre. - -Le Sultan envoya Sfendiar-Oglou, son gendre, auprès de Constantin; -il lui proposait une seconde fois de se rendre, et lui offrait une -principauté: «Il ne faut pas, disait-il, verser le sang inutilement». -Les hauts dignitaires, découragés, pressaient l’Empereur de capituler, -mais celui-ci répondit qu’il défendrait, jusqu’au dernier homme, -la ville que Dieu avait confiée à sa garde. Tout ce qu’il pouvait -faire était de payer une indemnité au Sultan, à condition qu’on lui -laisserait la ville. Mehmet ordonna alors pour le 24 mai 1453 un assaut -général par terre et par mer. Il promit à l’armée un grand butin et aux -soldats qui monteraient les premiers sur la muraille des récompenses -telles que _timars_ et _sandjaks_ (sortes de pension); les fuyards -seraient exécutés. Pour exciter le fanatisme des soldats, des derviches -parcouraient les camps en faisant des prières. On entendait partout ces -mots, cri de guerre insigne de l’islam: «Il n’y a d’autre divinité que -Dieu et Mahomet est son prophète.» - -La veille du jour fixé, le Sultan prescrivit une illumination générale, -(appelée _moum donanmasi_). Ce lundi soir, Constantinople se trouva -au milieu d’un cercle de flammes. Dans toutes les lignes, autour des -murailles, sur les galères près de la Corne d’Or et sur la Propontide, -sur les hauteurs de Péra, des torches imbibées d’huile, des bûchers de -bois résineux brûlaient continuellement. Les lances des soldats étaient -munies de flambeaux. Les soldats chantaient, dansaient, faisaient des -prières. Les cris des ottomans qui célébraient à l’avance la prise de -Constantinople arrivaient jusqu’au centre de la ville. - -Les assiégés, qui se croyaient en présence d’une armée fantastique, -étaient frappés de terreur. Ils se prosternaient en pleurant devant -l’image de la sainte Vierge. Constantin pourtant ne perdit pas son -sang-froid; il parcourut tous les postes, ranimant le courage des -soldats. Giustiniani fit réparer les fortifications, et creuser de -larges fossés derrière la porte Saint-Romain qui venait d’être détruite -par les projectiles ottomans. Il fit élever à la hâte de nouveaux -remparts, mais les sages dispositions de ce brave et noble étranger -étaient sans cesse contrariées par la jalousie des chefs grecs et -surtout par Lucas Notaras, premier ministre de l’Empereur. Notaras, -qui se trouvait à la tête des défenseurs des murs de la Corne d’Or, -avait même refusé de donner à Giustiniani les canons dont il avait -besoin. Ces deux chefs ne cessaient de s’insulter. L’Empereur, pour les -réconcilier, dut leur montrer le danger que courait la ville. En même -temps, les discussions religieuses continuaient de plus belle dans la -capitale. Tel était l’état des assiégés. - -Au moment de l’attaque, les Ottomans furent arrêtés par la nouvelle -qu’une armée composée de Hongrois et d’Italiens venait au secours de -Constantinople. Frappés d’inquiétude, ils restèrent deux jours dans -l’inaction, attendant les événements. On a attribué la paternité de -cette fausse nouvelle au grand vizir Halil pacha, qui l’aurait répandue -pour permettre aux Byzantins de gagner du temps, mais les historiens -turcs ne sont pas d’accord à ce sujet. Mehmet avait d’ailleurs prévu -cette éventualité d’une surprise par une armée de secours et avait -laissé une partie de ses cavaliers pour couvrir l’arrière-garde. Il -avait même prévu une guerre avec l’Europe à la suite de la prise de -Constantinople. Pendant deux ou trois jours néanmoins, l’armée se tint -sur le qui-vive. - -Tandis que les Ottomans priaient, un orage éclata sur la ville, -accompagné d’éclairs et de coups de tonnerre; la foudre tomba et le -ciel apparut tout rouge. Ce phénomène ranima l’espoir de l’armée -ottomane, cependant qu’il démoralisait l’armée byzantine. Un certain -nombre de Byzantins quitta même la ville, passa au camp ennemi et -embrassa l’islamisme. - -La veille du 29 mai 1453, jour de la prise de la ville, l’ordre d’une -attaque générale décisive fut donné pour la seconde fois par le Sultan. -Ce dernier parcourut les rangs des soldats, les encourageant par des -discours et leur citant des versets du Coran. L’Empereur, enflammé du -même zèle que son rival, visita les postes de défense, assista à une -grande cérémonie de communion générale à Sainte-Sophie et rentra dans -son palais d’où il surveillait les mouvements de l’ennemi. - -Le mardi matin 29 mai 1453, dès l’aube, les _sours_ (trompettes en -corne), les timbales, les _naccaras_ (petits tambours), donnèrent -le signal de l’assaut. Les Ottomans avaient choisi leurs points -d’attaque entre la porte Saint-Romain et la porte de Charisios. Les -canons tonnaient, une pluie de flèches tombait de part et d’autre. Les -Ottomans, après avoir comblé les fossés avec de la terre, des pierres -et des fascines, grimpèrent sur les murs au moyen de hautes échelles. -Les cris des blessés se mêlaient au bruit des _davouls_ (grosses -caisses) et des ourha (hurrah)[14] (frappe, va donc). Une lutte -terrible se livrait le long des murailles, du haut desquelles on jetait -sur les assiégeants de grosses pierres et de l’huile bouillante. Les -_sours_ des tchavouches (officiers d’ordonnance) faisaient entendre par -intermittence leurs sons lugubres. A l’intérieur de la ville, toutes -les cloches des églises sonnaient sans interruption. - - [14] Ce mot, qui a été changé en hourra, est le cri - de guerre des armées européennes, tandis que chez les - Turcs ce mot a disparu pour faire place au cri Allah! - Allah! (Dieu! Dieu!) - -Du côté de la Corne d’Or, le feu grégeois flottait sur l’eau en traçant -des sillons. On jetait des vases remplis d’explosifs sur les galères -ottomanes qui approchaient des murailles. Une épaisse fumée entourait -la ville. Du côté de la terre, le vent du nord s’était élevé, poussant -vers les assiégeants des tourbillons de fumée qui les aveuglaient. -Tous les soldats turcs étaient au pied des murailles. La lutte se -poursuivait avec acharnement. - -Un nommé Hassan Oulou-Abatli (de la ville d’Oulou Abad), portant -son bouclier et son pala (sabre à large lame recourbée) escalada la -muraille d’où il fut précipité à coups de pierres. Dix-huit soldats -qui l’avaient accompagné gisaient au bas du mur. Le blessé se releva -soudain et, pris d’une rage extraordinaire, escalada à nouveau la -muraille, mais une énorme pierre jetée du haut d’une tour voisine -le renversa et le tua[15]. Le combat continuait depuis plus de deux -heures. De larges brèches avaient été pratiquées entre la porte -Saint-Romain et la porte de Charisios. Les historiens européens -rapportent qu’à ce moment, Giustiniani blessé grièvement par une flèche -se décida à quitter la ville malgré les supplications de l’Empereur, et -qu’il se rendit sur une de ses galères à Galata, d’où ses compatriotes -suivaient tranquillement les phases du combat. La lâcheté du chef grec -aurait démoralisé les troupes et contribué à la chute de la ville. -D’après d’autres historiens, Giustiniani était déjà blessé au moment -où les Ottomans pénétrèrent dans la ville par une porte qu’on avait -négligé de fermer près de la porte de Charisios, et il se serait -sauvé à bord de son navire qui se trouvait dans le port du côté de la -Propontide. Cette version paraît plus vraisemblable, car la Corne d’Or -était gardée par les galères turques et le passage était impossible. - - [15] Hammer dit que ce soldat était un janissaire, - mais, comme son nom d’Oulou Abad l’indique, c’était un - Turc originaire d’un village de l’Asie Mineure. - -Cinquante soldats turcs entrèrent par la petite porte appelée -Kerkorporta, qu’on avait négligé de murer. Mettant à profit le -trouble qu’éprouva l’ennemi en les apercevant sur ses derrières, les -Ottomans montèrent sur les murs déserts et pénétrèrent dans la ville -par les différentes brèches restées sans défenseurs. Les fuyards se -précipitaient vers les rivages de la Corne d’Or et de la Propontide. -Les clefs des portes avaient été jetées à la mer avant la surprise de -l’ennemi. La plupart des Grecs se précipitèrent vers Sainte-Sophie, se -rappelant la légende d’après laquelle un ange devait descendre du ciel, -donner un sabre à un vieillard près de l’Hippodrome, à la suite de -quoi les Turcs seraient tous repoussés. Mais aucun miracle ne vint -sauver les Byzantins et bientôt, du côté de la Corne d’Or, les Ottomans -envahirent la ville par différentes portes. - - -[Illustration: Pl. 8. - - SAINTE-SOPHIE.--Nef centrale.] - - -Pendant qu’une partie des troupes occupait les murailles situées -entre la porte Saint-Romain et la porte de Charisios, les janissaires -couraient vers le palais impérial. Constantin Dragasès, averti par -ses gardes, voulut prendre la fuite, mais il fut surpris en route par -un détachement de soldats turcs qui luttaient avec les Grecs. Ivre de -fureur et de vengeance, l’Empereur se précipita sur un Turc déjà blessé -qui, faisant un dernier effort avant de mourir, renversa inanimé le -dernier empereur des Byzantins. - -Comme dans toutes les guerres de l’époque, la ville fut livrée au -pillage. Les églises voisines des murailles, comme Saint-Jean-Baptiste, -dans le quartier de Petra Palaea et l’église de Chora (actuellement -mosquée Kahrié) furent saccagées. Mais le dernier pillage de Byzance -par les Turcs est de beaucoup dépassé en horreur par le pillage des -croisés. - -Un certain nombre de fuyards byzantins s’échappèrent sur des -embarcations après avoir brisé les portes, et passèrent à Galata qui -était restée neutre pendant la guerre. D’autres parvinrent à se sauver -sur des bateaux et gagnèrent la Propontide. Environ 10.000 personnes -s’étaient réfugiées à Sainte-Sophie; les portes avaient été fermées, -mais ne purent résister à l’effort terrible des conquérants et bientôt -la foule se rendit en demandant grâce. - -Constantinople était conquise après un siège de cinquante-quatre jours, -le mardi 29 mai 1453 (vingtième jour de Djemaziel Akhir de l’Hégire -857). Une légende rapporte que des prêtres grecs étaient occupés à -frire des poissons dans le monastère de Balouclou, lorsqu’on vint -leur annoncer que la ville était tombée aux mains des Ottomans. Les -religieux répondirent qu’ils n’y croiraient que si les poissons à -moitié frits sautaient dans un bassin voisin. Les poissons sautèrent, -dit la légende, et l’on montre encore aujourd’hui, dans le bassin, des -poissons rouges d’un côté et noirs de l’autre. Ce récit, qu’on retrouve -partout, paraît bien invraisemblable, car ce monastère, situé hors des -murs, était certainement occupé par des soldats turcs. De plus, il -est peu probable que, dans un pareil tumulte, les prêtres se soient -tranquillement livrés aux soins de la cuisine. - -Lorsque les Ottomans eurent occupé tous les quartiers de la ville et -rétabli l’ordre en désarmant les dernières résistances, le sultan -Mehmet II fit une entrée triomphale dans la ville conquise. Il y -pénétra par la porte de Charisios avec son escorte et, par les grandes -rues et les places ornées de statues, se rendit à Sainte-Sophie. -Là, il descendit de cheval et entra dans le temple[16]. Après avoir -contemplé cette merveille du monde, il donna l’ordre de la transformer -en mosquée. Puis, il visita les palais impériaux qui étaient pour -la plupart depuis longtemps déserts. Ces ruines le remplirent d’une -profonde tristesse et on raconte qu’il récita ce distique persan: «Le -hibou chante le Nevbet[17] sur le tombeau d’Afrasiab, l’araignée fait -le service de «Perdedar»[18] dans le palais de l’empereur.» - - [16] On raconte dans plusieurs histoires et dans - les guides que le Sultan entra à cheval dans - l’église de Sainte-Sophie le jour même de la prise - de Constantinople, et qu’il foula des monceaux de - cadavres. Il aurait appuyé sa main tachée de sang - contre une colonne que l’on montre encore aujourd’hui. - Mais, en supposant mortes toutes les personnes que - l’église pouvait contenir, la hauteur de leurs cadavres - n’aurait pu être que de 50 centimètres; le Sultan étant - sur un cheval d’un mètre et demi de hauteur, n’aurait - jamais atteint la hauteur d’une dizaine de mètres à - laquelle se trouve cette prétendue tache de sang. - - [17] L’air de tambour que l’on joue tous les jours pour - célébrer l’indépendance. - - [18] Celui qui écarte les tentures des portes pour - laisser passer les visiteurs. - -Le Sultan fit rechercher le ministre byzantin, Lucas Notaras, qui parut -bientôt et lui offrit le trésor impérial. Aux reproches qui lui furent -adressés pour ne pas avoir consacré ces sommes au bien du pays, Notaras -répondit qu’il les avait gardées pour les remettre à sa Majesté. Le -Sultan, que cette hypocrisie irritait, lui dit: - ---Puisque vous vouliez m’offrir ce trésor, pourquoi l’avez-vous gardé -si longtemps? - ---Des lettres, envoyées par vos pachas, nous engageaient à résister. - -Le grand vizir Halil pacha[19], soupçonné depuis longtemps, fut alors -jeté dans la forteresse des Sept-Tours. Quant à Notaras, il eut sa -grâce et le Sultan lui demanda la liste des grands fonctionnaires -byzantins à qui il accorda des brevets. - - [19] Halil fut exécuté par ordre du Sultan qui, outre - sa trahison, n’avait pas oublié que ce même grand - vizir l’avait fait descendre du trône du vivant de son - père Mourad. Cet exemple de l’exécution des premiers - ministres fut souvent suivi par les souverains. - -Le corps de l’Empereur fut reconnu à ses brodequins pourpres portant -des aigles brodés d’or. Le pillage dura deux jours. Bientôt le calme se -rétablit dans la ville et le vendredi troisième jour de la conquête, -la prière du vendredi (_djouma namazi_) eut lieu dans l’église de -Sainte-Sophie, transformée à la hâte en mosquée. Le Sultan, cimeterre -en main, monta lui-même sur le Minber et dit la Kotba. On lit dans -quelques manuscrits que, ce jour-là, un prêtre grec sortit des -sous-sols de l’église où il était resté caché pendant trois jours, -embrassa l’islamisme et montra au Sultan le trésor de l’église. - -Ce jour même, le Sultan envoya des ambassadeurs aux Génois de Galata. -Un nouveau traité fut signé entre les Génois et les Ottomans, traité -par lequel les Génois s’engageaient à démolir la partie supérieure des -murs de Galata. - -Pour célébrer la conquête, le Sultan réunit l’armée en un grand banquet -sur les hauteurs de Kassim pacha[20]; son enthousiasme était tel qu’il -offrait de sa main les mets et les fruits à ses vizirs. Comme ces -derniers s’en défendaient, le Sultan leur répéta la parole du Prophète: -«Le Seigneur d’un peuple, c’est celui qui le sert.» Il récompensa par -des cadeaux les chefs de l’armée. - - [20] L’endroit où eut lieu cette fête s’appelle Ok - Meidan (champ des flèches). Ce nom lui vient des - exercices de tir à l’arc qu’on avait l’habitude d’y - faire depuis le banquet jusqu’à ces derniers temps. - -Les fêtes[21] durèrent plusieurs jours. Quelque temps après, le Sultan -envoya une lettre et des présents au sultan d’Égypte, pour lui annoncer -la conquête de Constantinople. - - [21] Quelques auteurs européens prétendent que les - musulmans, pendant cette fête, burent à l’excès, - chantèrent et se livrèrent à toutes sortes de - débauches. Ces historiens ne prennent pas en - considération que les musulmans, surtout au moyen âge, - ne touchaient jamais aux boissons alcooliques qui leur - étaient absolument interdites par leur religion. - -Mehmet laissa aux chrétiens le libre exercice de leur culte ainsi que -plusieurs églises; il nomma un patriarche. - -Il invita ensuite les Ottomans à venir habiter et peupler la ville. Les -différents quartiers furent attribués suivant les divers départements -dont les nouveaux habitants étaient originaires. - -Comme emblème officiel de l’État, le Sultan adopta le croissant, -insigne de l’antique Byzance, auquel il ajouta une étoile. - - -[Illustration: Pl. 9. - - SAINTE-SOPHIE.--Intérieur.] - - - - -CHAPITRE II - -TOPOGRAPHIE DE LA VILLE ANCIENNE - - -I.--LES RÉGIONS - -Constantinople ne comprenait d’abord que cinq collines. Mais, vu -l’extrême rapidité avec laquelle la population augmenta, Théodose -II jugea nécessaire d’entourer d’une seconde ceinture de murailles -les quartiers qui se trouvaient en dehors de la première enceinte, -construite par Constantin le Grand. Tous ces quartiers qui occupaient -l’espace compris entre les murs constantiniens et les murs théodosiens -furent appelés d’abord χώρα (la campagne) et aussi ἐξωκιόνιον. - -Voici quelle était l’origine de ce nom. Les gardes goths, ariens -comme leur empereur Constance, avaient voulu par la suite rester -fidèles à l’arianisme. Théodose Ier, protecteur de l’orthodoxie, ne -leur permit d’habiter qu’en dehors des murs. Comme à l’intérieur des -murs constantiniens se dressait une colonne (Kion) de Constantin, les -Goths furent appelés Exokionites, «ceux qui habitent en dehors de la -colonne», et leur camp, Exokionion. Cette partie de la ville, assignée -aux sept corps gothiques, fut divisée en sept quartiers appelés -(d’après M. Dethier) Deuteron, Triton, Pempton, Hebdomon, etc.[22] -Plus tard, quand l’émigration des peuples des Balkans, fuyant devant -Attila, vint augmenter la population de ces quartiers extérieurs. Le -préfet Anthémius, sous le règne de Théodose II, entoura cette partie -de la cité d’une nouvelle muraille. Après la construction des murs -théodosiens, la ville comprit sept collines; semblable à Rome, elle fut -divisée, dans sa partie ancienne construite par Constantin, en quatorze -régions, quartiers ou arrondissements. Chaque région était gouvernée -par un curator ou régionarchis, ayant sous ses ordres un diangeleas -(officier d’ordre), cinq deutereuontai ou topoteretai (gardiens de -nuit). - - [22] Cf. Dr Mordtmann, _Esquisse topographique - de Constantinople_.--Dethier, _Le Bosphore et - Constantinople_. - - -RÉGION I.--La première région commençait à la porte de -Sainte-Barbe et, passant au sud-est de l’Hippodrome, s’étendait jusqu’à -Saint-Serge et Bacchus. Le rocher de l’Acropole, qui portait jadis -un temple dédié à Jupiter, l’Augustéon et l’Hippodrome la séparaient -de la deuxième et de la troisième région. Elle contenait 29 rues, -118 maisons, 2 emboloi (rues à portiques), 4 bains publics, 2 bathra -(endroits où l’on distribuait du pain au peuple). - - -RÉGION II.--La deuxième région comprenait l’Acropole, le -Sénat, l’église de Sainte-Sophie, celle de Sainte-Irène et l’Augustéon; -elle comptait 34 rues, 98 maisons, 4 marchés couverts, 4 bathra. - - -RÉGION III.--La troisième région commençait aux thermes de -Zeuxippe, renfermait l’Hippodrome et la partie sud de la rue centrale -appelée Mésè (_Divan Yolou_), et descendait jusqu’à la mer. Le port -Sophien ou Portum Novum, appelé actuellement _Cadriga limani_, faisait -partie de cette région. Elle comprenait 7 rues, 98 maisons, 4 rues à -portiques et 4 bathra. - - -RÉGION IV.--La quatrième région était bordée sur un petit -parcours par la rue principale; elle descendait jusqu’à l’échelle de -Timasus, au bord de la Corne d’Or, en suivant les murs. Cette région -comprenait le Miliaire[23], l’église de Saint-Jean-l’Apôtre, le -Diippion, les Chalcopratia, 32 rues, 375 maisons, 4 marchés (rues à -portiques). - - [23] Le Miliaire, qui était une des portes terrestres - de l’ancienne petite ville de Byzas, a été indiqué - dans le plan de M. Labarte au milieu de l’Augustéon - (l’espace compris entre le sénat, l’hippodrome et - Sainte-Sophie). Mais le Dr Mordtmann prouve que la - place du Miliaire doit être cherchée à l’ouest de - Sainte-Sophie, au nord des Thermes de Zeuxippe et au - commencement de la rue centrale. - - -RÉGION V.--La cinquième région était limitée d’un côté par -la troisième et de l’autre par la quatrième. On y trouvait, au bord -de la Corne d’Or, le Portus Prosphorianus et l’échelle de Chalcédoine -(_Sirkedji-Iskelessi_) où se déchargeaient les denrées alimentaires; le -Stratégium, (emplacement de la Sublime Porte) était situé dans cette -région. - - -RÉGION VI.--La sixième région occupait tout l’espace -compris entre la deuxième et la troisième colline, depuis le forum -de Constantin jusqu’à la Corne d’Or. Le port et l’échelle de Neorium -se trouvaient dans cette région. Les quartiers de la cinquième et de -la sixième région furent assignés plus tard aux colonies génoise et -vénitienne. - - -RÉGION VII.--La septième région était limitée au nord par la -rue centrale et s’étendait depuis le forum de Constantin jusqu’au forum -Tauri. Au sud, elle descendait jusqu’à la Propontide et renfermait le -port de Contoscalion. - - -RÉGION VIII.--La huitième région occupait tout le plateau de -la troisième colline, depuis le forum de Constantin jusqu’aux hauteurs -de la Corne d’Or. Elle n’aboutissait pas à la mer. Du côté de la Corne -d’Or, les pentes raides de la troisième colline la séparaient de la -sixième région, qui comprenait les quartiers des Vénitiens. A l’est, -elle s’étendait jusqu’au Macros Embolos (_Ouzoun-tcharchi_). - - -RÉGION IX.--La neuvième région, qui se trouvait sur le versant -méridional de la troisième colline, était séparée de la septième région -par la rue portant actuellement le nom de _Tavchan-Tach Yocouchou_ -et bordée à l’ouest par la rue principale qui descendait du quartier -Philadelphium au forum Bovis et de là au port Théodosiaque, situé dans -la douzième région. - - -RÉGION X.--La dixième région comprenait tous les quartiers -situés sur le versant occidental de la troisième colline. C’était la -région extrême près des murs constantiniens. Elle touchait du côté de -l’occident à la rue principale et avait comme limite la colonne de -Marcien (_Kiz-Tachi_), le Nympheum Majus (probablement _Sou-Terazisi_) -et le plateau où s’élevait l’église des Saints-Apôtres et qui faisait -partie de la onzième région. - - -RÉGION XI.--La onzième région était située sur le versant -occidental de la quatrième colline et descendait jusqu’à la vallée -du Lycus. Elle s’étendait jusqu’au forum Bovis (_Ak-Seraï_) où la -douzième, onzième et neuvième régions se rencontraient. La vallée du -Lycus séparait la onzième région de la douzième. Comme la huitième, la -onzième ne touchait pas à la mer. - - -RÉGION XII.--La douzième région, qui était bordée par le -petit fleuve du Lycus, touchait du côté de l’ouest aux murs de -Constantinople. Elle comprenait tous les quartiers de la septième -colline qui s’étendaient jusqu’aux bords de la Propontide. Le grand -port de Théodose (_Vlanga_) et la colonne d’Arcadius faisaient -partie de cette région. - - -[Illustration: Pl. 10. - - SAINTE-SOPHIE.--Narthex.] - - -RÉGION XIII.--La treizième région se trouvait sur la pointe -séparée de la ville par la Corne d’Or et qu’on appelait Sycae -(figuiers), l’actuelle _Galata_. - - -RÉGION XIV.--La quatorzième région comprenait les quartiers -des Blaquernes et se trouvait hors des murs constantiniens. Cette -région était séparée de la dixième région par des terrains vagues qui -longeaient les rives de la Corne d’Or. - - -II.--LES RUES ET LES FORUMS - -Sur la première colline de la ville s’élevait l’ancienne Acropole -construite par Sévère. Dans l’antiquité, on y donnait les jeux publics. -Après la conquête de Constantinople, les Turcs y construisirent le -Serai actuel (_Top Kapou_ ou _Seraï Djedid_). - -Une grande rue principale, appelée Mésè, traversait la ville d’un -bout à l’autre. Cette rue commençait à l’Augustéon, grande place, -sorte d’atrium public, à côté de Sainte-Sophie, entouré de portiques à -doubles colonnades, où l’on vendait des livres et qui garantissaient -les passants contre le soleil et la pluie. Du côté oriental de -l’Augustéon se trouvaient les murs du palais avec la grande porte de -Chalké et la porte dite Monothyros. Les colonnades construites par -Constantin ayant été détruites avec le temps, Justinien les avait -reconstruites. Le sol était pavé de grands blocs de pierre. Cette rue -passait du côté nord par l’Hippodrome et, suivant la direction de la -rue actuellement nommée _Divan Yolou_, débouchait dans le forum de -Constantin, au milieu duquel se dressait la colonne de Constantin, -aujourd’hui _Tchemberli-Tach_ ou colonne cerclée, ou colonne brûlée; -ce dernier nom lui venait de ce qu’elle avait été la proie des flammes -dans un grand incendie. - -La rue principale, après avoir traversé ce forum, prenait la direction -de la grande place appelée forum Tauri, place de _Bayazid_ et -_Seraskiérat_. - -Ce forum contient actuellement la grande tour du feu, _Seraskiérat_, -qui remplace, d’après M. Dethier, la célèbre colonne de Théodose Ier, -conservée jusqu’à Selim Ier et renversée par la tempête, et le monument -nommé Tétradysion qui datait de Théodose II. M. Dethier, qui visita -les fouilles qu’on a faites pendant la construction du Seraskiérat, -a découvert un fragment qui lui a permis de restituer la statue de -Théodose II. Il écrit à ce propos: «Cette statue ne pourra plus être -que celle de Théodose II, car la statue de Théodose Ier, sur le forum -Tauri (comme celle sur l’Augustéon), était à pied et placée sur la -colonne spirale.» - -Une grande partie de la rue Mésè était garnie de colonnes et d’arcades -en plein cintre (selon le système de construction de l’époque), -dont l’abri permettait l’étalage des étoffes et des marchandises -précieuses[24]. - - [24] Ces portiques s’appelaient ἔμβολοι. On voit encore - de nos jours des colonnades semblables dans la grande - rue de _Chahzadé_ qu’on appelle _Direhler Arassi_ et - dans plusieurs villes de Syrie. - -Le forum Tauri qui était, et qui est encore aujourd’hui une des plus -grandes places de Constantinople, se trouvait au centre de la ville. -Deux grandes rues descendaient de cette place vers la Corne d’Or; -deux autres venaient du côté de Sainte-Sophie, l’une passant par le -forum de Constantin et l’autre traversant le petit forum de Théodose -et le forum Artopolion. Quelques parties couvertes de ces rues ont -sans doute été englobées dans le bazar actuel (_Tcharchi_); du côté -occidental du forum Tauri, une rue suivait la direction de l’aqueduc de -Valens (_Bosdogan-Kemeri_) et conduisait à l’église des Saints-Apôtres -(_Fatih_). - -La rue principale ou rue triomphale, qu’empruntait toujours le cortège -impérial, menait au quartier du Philadelphium (_Chahzade-Bachi_) et -aboutissait à un petit forum appelé forum Amastrianon; là, elle se -divisait en deux rues, dont l’une montait à l’église des Saints-Apôtres -et l’autre, passant près de la citerne de Phocas, descendait au forum -Bovis (_Ak-Seraï_). - -Les deux rues conduisant à l’église des Saints-Apôtres se réunissaient -après avoir traversé la place, et conduisaient à la porte de Charisios -(_Edirne-Kapoussou_). La rue qui descendait au forum Bovis en suivant -la route actuelle du tramway, rejoignait au forum Tauri celle qui -descendait du forum Amastrianon. Du forum Bovis, partaient plusieurs -rues qui aboutissaient aux nombreuses portes de la ville. L’une, -suivant la rue actuelle du tramway, conduisait à la porte Saint-Romain; -une autre, gravissant la septième colline, arrivait au forum d’Arcadius -(_Avrat Bazari_), au milieu duquel s’élevait la colonne de ce nom. -D’après le livre des Cérémonies, l’Empereur, en suivant la grande rue, -depuis le palais jusqu’au forum de Constantin, était tenu de faire les -stations suivantes: - - 1º Grilles de la porte de Chalké; - 2º Zeuxippe ou Achille (bain); - 3º L’Augustéon; - 4º Les voûtes du Milion; - 5º Saint-Jean Théologos; - 6º Portique près du palais de Lausus; - 7º Prétoire; - 8º Anti Forum. - -Du forum de Constantin au Philadelphium: - - 1º Macros Embolos de Maurien; - 2º Les boulangeries (Artopolia); - 3º Forum Tauri; - 4º Église de la Vierge Diaconissa; - 5º Modios; - 6º Philadelphium. - -Du Philadelphium jusqu’à l’église de la Zoodochos Pigi (source -vivifiante): - - 1º Philadelphium; - 2º Amastrianon; - 3º Forum Bovis; - 4º La rue centrale (mésè) du Xérolophos; - 5º Première voûte de Xérolophos; - 6º Église de Saint-Kallinique; - 7º La Monnaie; - 8º Exakionion; - 9º Carrefour des trois rues où se trouve l’église de Saint-Onésime; - -Il tourne ensuite à droite et passe par: - - 10º L’église de Saint-Jacques-le-Perse; - 11º L’église de Saint-Mocius; - 12º L’aqueduc; - 13º Le portique où est dressée la colonne (Sigma); - 14º L’église de la Zoodochos Pigi (_Balouklou_). - -La partie de la Mésè qui se trouvait entre le forum de Constantin et -le forum Tauri était appelée Artopolia (les boulangeries). A l’entrée, -s’élevaient deux statues colossales, dont l’une a été retrouvée en -1870, et transportée à Sainte-Irène. Le docteur Mordtmann pense, -d’après les auteurs anciens, comme la chronique pascale, Théophane -et Cédrenus, que les bazars byzantins se trouvaient entre le forum -de Constantin et la grande basilique, tandis qu’aujourd’hui ils se -trouvent vers le nord-ouest de ce forum. - -Du forum d’Arcadius, la rue principale conduisait de la première -enceinte de Constantinople à la Porte Dorée, actuellement -_Essé-Kapousou_. (Porte de Jésus.) - -Un embranchement de cette rue passait par l’église de Saint-André -(mosquée _Kodja Moustapha Pacha_); un deuxième, passant par l’église -de la Peribleptos (_Soulou Monastir_), conduisait à la Porte Dorée des -murs théodosiens (_Yedi Koulé Kapoussou_). Une autre rue parallèle -allait du forum Bovis à l’église Saint-Jacques-le-Perse (_Hekim-Oglou -Djamissi_) et traversait le quartier d’Exokionion. Le nom d’Exokionion -(hors de la colonne) se changea plus tard en _Exi Marmara_, que les -Turcs traduisirent par _Alti Mermer_ (six marbres). - -Ce quartier était sur le chemin de la porte de Pigi ou Pegana (_Silivri -Kapoussou_). D’autres rues faisaient communiquer entre elles les -principales artères. Une rue partant de la porte de Plateia ou porte -Mesa (_Oun Kapani_), se dirigeait vers le Philadelphium, réunissant -ainsi cette partie de la rue principale à la rive de la Corne d’Or. -Un autre embranchement montait vers l’église des Saints-Apôtres, -parallèlement à la première enceinte de la ville. Cette rue, passant à -l’ouest de l’église des Saints-Apôtres, descendait dans la vallée du -Lycus (_Yeni Bagtche_) et de là, par de petites ruelles tortueuses, -arrivait au forum d’Arcadius. D’autres rues longeaient les murailles de -la Propontide et de la Corne d’Or. - -Le quartier des Vénitiens était séparé de la ville par un mur dont on -voit encore quelques vestiges et qui amena plus tard les Ottomans à -appeler ce quartier _Tahta Kalé_ (sous les murs). Plusieurs topographes -ont traduit à tort «la tour en bois». A l’est du quartier des Vénitiens -se trouvait celui des Amalfitains et des Pisans. Celui des Amalfitains -ne dépassait pas la porte de Saint-Marc (_Yeni Djami_); celui des -Pisans s’étendait jusqu’à la porte du Neorium (_Bagtche Kapoussou_). -Là, commençait le quartier des Génois qui allait jusqu’à la porte -d’Eugène, tout près du couvent Apologotheton (_Turbé d’Abdul Hamid I_), -où s’élevaient les murs limites de la ville. - -Le long de la Corne d’Or, une large bande de terrains s’étendait entre -les murs et le port. - -Un grand nombre d’autres rues, très étroites et tortueuses, bordées -de maisons à encorbellement, donnaient à la ville un caractère fort -original. - -Outre la Corne d’Or, la ville possédait encore d’autres ports. - -On peut citer, sur la Propontide, le port de Julien ou Sophien -(_Kadriga Limani_) et le port de Théodose ou d’Eleuthère (_Vlanga -Bostani_[25]). - - [25] Le nom de Vlanga ou Blanca provient selon les uns - d’une princesse nommée Bianca, qui y avait son palais, - et selon les autres de Blaquos qui aurait transformé - l’ancien port en un jardin potager. - -Ces deux ports ont été comblés par les terres apportées par les eaux et -par les déblais des fondations nouvelles. Sur l’emplacement du dernier -se trouve aujourd’hui un jardin maraîcher qui produit une grande -quantité de légumes. - -Ce port se trouve à l’embouchure de la vallée du Lycus qui commence -sur les collines voisines des murailles. Il naît en dehors de la ville -et en est séparé par une poterne située près de la porte de Sainte -Cyriaque (_Soulou Koulé Kapoussou_) actuellement murée. Les eaux -continuent leurs cours entre la colline où se trouvait l’église des -Saints-Apôtres et celle de Xérolophos. Puis passant par le forum Bovis -(_Ak Serai_), le fleuve arrivait à Vlanga où il se jette à la mer. Les -terres apportées par les eaux avaient déjà, au temps des Byzantins, -comblé une partie du port de Théodose. L’entrée de ce port était -gardée par des grilles en fer fixées à deux tours. Une de ces tours, -nommée Contoscopium, servait à la surveillance du port. Il est probable -que, pendant le siège de Constantinople, les navires génois, venant au -secours des Byzantins, sont entrés dans un de ces ports. - - -III.--LES ENVIRONS DE BYZANCE - -Des champs, des jardins potagers, des prairies entouraient la ville. Le -peuple venait s’y promener. On y voyait de nombreux monastères souvent -désignés sous le nom d’_ayasma_ (lieu sacré). Le monastère appelé -actuellement _Baloukli_ renfermait lui aussi une source sacrée. Les -empereurs, qui habitaient le palais des Blaquernes, villégiaturaient en -été dans les jardins de ces monastères[26]. - - [26] Ce monastère contient une curieuse image de sainte - Irène. Quand on creusa les fondements de l’église - actuelle en 1833, on découvrit les fondements de - l’ancienne basilique. - -Hors de la porte de Xyloporta, un village nommé Cosmidion (_Eyoub_) -s’étendait jusqu’au fond de la Corne d’Or. D’après plusieurs -cartographes du moyen âge, ce village possédait une jolie église, -plusieurs châteaux et des fontaines. Un cirque en bois (xylokerkos) -s’élevait à côté du monastère des saints Cosme et Damien: c’est -probablement de là que vient le nom de Cosmidion. C’est un lieu -sacré pour les musulmans; ils y trouvèrent en effet le tombeau -d’Aba-Eyoub-Ansari, un des compagnons du Prophète, qui vint à Byzance -et y mourut pendant la première grande campagne arabe, en 672 après -J.-C. Tous les musulmans cherchent à faire déposer leur dépouille -mortelle dans les immenses cimetières qui entourent le tombeau du saint. - -L’autre rive de la Corne d’Or était peuplée également. Il y avait à -Galatiani (_Sutludje_), un ayasma réputé pour guérir la stérilité et -rendre abondant le lait des nourrices: de là son nom de Galatiani. - -Une partie de l’arsenal actuel (_Tersané_)[27], qui se trouve près -de Haskeuy, était appelée autrefois Paraskeuè et aussi Keramidia -(quartier de _Piri Pacha_), parce que l’on y fabriquait des briques et -des tuiles. Sur la hauteur s’élevait Sainte-Paras Kévi. Près de là se -trouvait _l’Ok Meidan_ (place aux flèches), une plaine où les anciens -Turcs s’exerçaient au tir à l’arc. - - [27] Les Turcs ont tiré ce nom du mot _Darcina_, dont - les Espagnols se servent pour désigner les chantiers. - L’origine de ce mot paraît être Dar-u-ssnaa, mot arabe - qui signifie atelier. - -Galata, jadis une des quatorze régions de Byzance, fut habité dans -la suite par les Génois. C’était une citadelle entourée de murailles -percées de douze portes et garnies de plusieurs tours. Ces portes -étaient appelées par les Turcs, 1, _Tophané Kapoussou_; 2, _Azeb -Kapoussou_; 3, _Kutchuk Koulé Kapoussou_; 4, _Buyuk Koulé Kapoussou_; -5, _Meit Kapoussou_; 6, _Kurkdji Kapoussou_; 7, _Yag Kapan Kapoussou_; -8, _Moumhané Kapoussou_; 9, _Kiredj Kapoussou_; 10, _Egri Kapoussou_. -Les portes des murs de séparation s’appelaient: 1, _Kutchuk Karakeuï -Kapoussou_; 2, _Mikhal Kapoussou_; 3, _Meïdanjik Kapoussou_; 4, _Klisee -Kapoussou_; 5, _Itch Azeb Kapoussou_; 6, _Sarik Kapoussou_. - -Le nom de Galata vient, d’après quelques auteurs, des vacheries qui y -existaient autrefois. On l’appelait aussi Sycae (figuiers), à cause des -figuiers qui y poussaient en grand nombre. Certains auteurs attribuent -l’origine du nom de Galata aux Gaulois qui y résidèrent et que les -Grecs appelaient Galates, mais cela ne semble pas très fondé, et -l’étymologie la plus vraisemblable paraît être celle qui s’explique par -les vacheries de Galata (lait). On l’appelait aussi Justinianopolis. -Quand il fut indépendant de Byzance, Galata devint une place forte. - - -[Illustration: Pl. 11. - - SAINTE-SOPHIE.--Galeries supérieures du Gynécée. - - SAINTE-SOPHIE.--Arcades supportant les galeries supérieures.] - - -Sur le point le plus élevé des murailles se dressait une tour nommée -Tour du Christ (_Galata Koulessi_). Quoique la partie supérieure en -ait été démolie, la tour a été conservée jusqu’à nos jours. Elle avait -été construite sous Zénon (474-491), puis surélevée à deux reprises en -1348 et en 1446. La tour possède aujourd’hui un escalier en pierre, de -146 marches prises dans l’épaisseur du mur et comprend intérieurement -cinq grands paliers en bois. Au sommet de la tour s’élevait une croix. -Un incendie détruisit le toit en 1794; le monument fut ensuite réparé -sous le règne du sultan Sélim. En 1824, devenu encore une fois la proie -des flammes, il fut réparé par le sultan Mahmoud. La tour n’a plus son -toit primitif. Elle est aujourd’hui occupée par des gardes chargés de -veiller aux incendies. - -Pour récompenser les Génois qui avaient aidé les Byzantins à secouer -le joug des Latins, l’empereur Michel Paléologue leur avait donné -Galata et le faubourg de Péra. Une fois établis (1267), les Génois -se placèrent sous l’autorité d’un podestat nommé par la république -de Gênes. C’est seulement en 1303, sous Andronic, qu’ils obtinrent -l’autorisation d’entourer leur ville d’un mur d’enceinte; et ce n’est -qu’en 1341, après bien des difficultés, qu’ils parvinrent à transformer -leur mur en une forteresse munie de tours. L’ancienne ville génoise est -aujourd’hui le centre du commerce de la capitale. - -Pendant le siège, les Génois avaient conclu avec le Sultan un traité -de neutralité et avaient ainsi pu sauver leur vie et leurs biens. -Mais Mehmet II, instruit de l’infidélité des Génois qui avaient aidé -secrètement les Byzantins, fit démolir leurs murs et leur imposa un -conseil municipal. - -Deux ponts en fer, construits par les Ottomans, relient aujourd’hui -Galata à la capitale. Au temps des Byzantins, il n’existait qu’un pont -en bois aux environs d’Eyoub. - -Galata garde encore plusieurs maisons byzantines. C’est le seul -quartier qui ait conservé un si grand nombre de types de l’architecture -civile du XIVe siècle. Entre autres monuments de cette époque, on -peut citer _Arab-Djami_, ancienne église transformée, après la -conquête arabe, en mosquée; l’église de Saint-Pierre, le couvent de -Saint-Benoît, occupé par les Lazaristes. En dehors des murs de Galata, -s’étendaient des vignes et des jardins. Plus tard, quand les habitants -de Galata se multiplièrent, la ville se développa, formant sur ses -hauteurs le faubourg de Péra, qui est actuellement le quartier européen. - -Le nom de Péra provient du mot grec πέρα (qui signifie au delà, d’où -περαία, le quartier de la rive opposée). Les Turcs l’appelaient _Bey -Oglou_, qui veut dire fils du Prince, parce qu’un des fils de Jean -Comnène habitait ce faubourg. Le nom de _Tarlabachi_ démontre encore -que ces parages ne contenaient au XVIe siècle que des champs et des -vignes. - -Le Bosphore depuis Galata était bordé de villages. Pour arriver au -village Argyropolis (_Foundouklou_) renfermant l’église de Saint-André, -il fallait traverser une forêt. Un peu plus loin, s’élevait le village -de Diplokionion ou Gunella, _Bechiktache_ (_bechik_, berceau, _tache_, -pierre.) Entre Argyropolis et Diplokionion se trouvait un port qui -fut comblé sous Ahmed Ier en 1023 de l’Hégire et qui fut nommé _Dolma -Bagtché_. Arnaoutkeuy, connu par ces forts courants que les Grecs -appelaient _Megarevma_, possédait l’église de l’archange Saint-Michel, -construite par Constantin et réparée par Justinien. Chelae (_Bebek_) -possédait un temple de Diane. Après le village de Bebek on trouve -_Roumili-Hissar_, château fort construit en quatre mois par Mahomet -II avant la conquête de Byzance. Sténia, autrefois Sosthénion, ou -Léosthénion, village du Haut-Bosphore, possédait un temple et la statue -que les Argonautes avaient élevée en l’honneur du Génie qui les avait -secourus. Constantin le Grand consacra ce temple à l’archange saint -Michel. Il fut détruit en 865 pendant l’invasion russe. - -Les habitants du Bosphore voyaient alors pour la première fois -l’invasion d’un peuple qui, jusqu’alors, leur était inconnu. C’étaient -les Russes idolâtres, qu’ils appelaient les «Rhos homicides». Sous la -conduite d’Ascold et de Dir, leurs chefs, les Russes avaient traversé -le Pont-Euxin sur des centaines de petits navires et occupé les rives -du Haut-Bosphore. «Ils décapitèrent les moines, dit M. Schlumberger, -les crucifiant, les tuant à coups de flèches et s’acharnant à leur -enfoncer des clous dans le crâne.» - -Thérapia, qui veut dire en grec «guérison», était un lieu de -convalescence pour les malades, désireux de changer d’air. Ancien -promontoire de Simas, cette ville possédait autrefois un temple de -Vénus Meretricia, vénéré par les navigateurs. - -Buyukdéré était appelé Bathycolpos, ou Megas Agros; on prétend que -Godefroy de Bouillon y avait campé. - -Après avoir passé _Roumili-Kavak_, où Jason avait élevé un autel à -Cybèle et les Byzantins le temple de Sérapis, on arrive aux châteaux -forts que les Génois avaient construits afin de s’assurer le commerce -du Bosphore. Les Génois avaient, dit-on, fermé le détroit par une -chaîne semblable à celle des Byzantins. - -Ensuite vient _Buyuk Liman_, ancien port des Ephésiens, protégé par le -cap _Garibtché_, la Charybdis des Phéniciens. - -La côte asiatique du Bosphore ne comptait pas moins de villages. -A l’entrée du Bosphore, près de la mer Noire, sur les hauteurs du -promontoire de Hiéron (_Anatoli-Kavak_), on voyait le grand château -génois, _Hiero Kalessi_, ancienne forteresse dont subsistent encore les -ruines, et le temple des douze dieux, consacré par l’Argien Phrygos et -doté par Jason à son retour de la Colchide. On peut encore rappeler, -tout près de là, le temple de Jupiter élevé par les Chalcédoniens. -Ce temple fut transformé en église par Justinien. Les anciens se -disputaient la possession de ce promontoire qui était la clef du -Bosphore. - -Au pied de ce promontoire, la douane byzantine était établie. Prusias, -roi de Bithynie, l’avait enlevée aux Byzantins en 192 avant J.-C. -Vers le XIVe siècle, les Génois l’occupèrent sous les Paléologues et -bâtirent, avec les fragments d’Hiéron, le château fort dont on retrouve -aujourd’hui les ruines. - -«C’est en ce lieu grandiose, raconte M. Schlumberger, que l’eunuque -pontife, Ignace, arraché à sa cellule d’Anderovithos, fut jeté par -ses gardes dans une étable à chèvres; on l’y laissa de longs mois en -plein hiver, demi nu, enchaîné, mourant de faim. Chaque jour, Lalacon -le frappait et le couvrait d’injures. On croit rêver en songeant que -ce prisonnier était le chef de l’église établie et que ceci se passait -à quelques heures de la ville la plus civilisée, rendez-vous des -philosophes et des lettrés de tout l’ancien monde». - -[Illustration: Pl. 12. - - SAINTE-SOPHIE.--Gynécée. - - SAINTE-SOPHIE.--Gynécée.] - -En suivant la rive asiatique du Bosphore, on arrive à la petite échelle -nommée _Sutludjé_, d’où un sentier conduit sur la plus haute montagne -du Haut-Bosphore. Au sommet de cette montagne (180 mètres au-dessus -de la mer) se trouve le tombeau de Josué (_Youcha_), le juge des -Hébreux, vénéré aussi par les musulmans. Les superstitions de tous les -temps se mêlent autour de cette tombe gigantesque qui a quatre mètres -de longueur et un demi-mètre de largeur. Selon les uns, c’était le -lit d’Hercule, selon les autres le tombeau d’Amycus, tué par Pollux. -Les musulmans la considèrent comme la tombe de Josué. Les malades -s’y rendent souvent et, pour se mettre sous la protection du saint, -attachent des bouts de chiffons aux grilles de cette tombe, espérant -ainsi obtenir la guérison de leurs maux. - -Cette montagne possède quelques ruines byzantines provenant peut-être -de Saint-Pantéléimon et un _ayasma_ (source sacrée) dont l’eau donne -aux femmes stériles, dit-on, l’espoir de connaître les joies de la -maternité. A l’époque byzantine, cet endroit portait le nom de Κλίνη -Ἡρακλέους, lit d’Hercule. - -L’histoire ne parle ni de la mort ni de l’enterrement d’Hercule qui, -pendant l’expédition des Argonautes, avait quitté ses compagnons avant -l’entrée du Bosphore. Mais, à ce propos, le docteur Mordtmann, dans ses -études sur le Bosphore, écrit justement: «En lisant chez Strabon que -les ossements de Melkart étaient conservés à Cadix dans un magnifique -tombeau en marbre, au milieu de son temple, nous pouvons bien admettre -qu’il s’agit aussi, sur le mont du géant, d’un tombeau ou lit de -Melkart, l’Héraclès Syrien, relique préhistorique de la navigation -phénicienne pour le Pont-Euxin. - -«La découverte d’un dieu phénicien dans les décombres d’Amathonte de -Chypre, statue en calcaire poreux de 4 m. 20 de hauteur, appartenant -au VIIIe siècle et conservée actuellement au Musée impérial ottoman -(pavillon Tchinili Kiosk), nous a fait connaître Baal Melkart, appelé -par les Hellènes Ἡρακλῆς ἄρχηγευς de Tyr. - -«On célébrait la fête du réveil de Melkart pendant la saison où les -eaux de source recommençaient à couler». - -On sait que, bien avant la prise de Troie, les Phéniciens naviguaient -dans la mer Noire, ouvrant ainsi un chemin au commerce de Tyr et de -Sidon. D’ailleurs, le nom phénicien Achkenas, donné à cette mer, -suffirait à l’établir. Les Grecs ont fait de ce nom, Achkenas, ἔυξενος -(Euxin), attribuant ainsi comme toujours aux mots traduits par eux la -signification qu’ils leur souhaitaient. Ils appelaient hospitalière -une mer qui ne l’était guère, souhaitant sans doute calmer, par ce -qualificatif flatteur, les tempêtes qui l’agitaient. - -Au pied de cette montagne se trouve le célèbre village de _Beïkos_, où -les vaisseaux des Argonautes se ravitaillèrent et où le roi Amycus fut -tué. - -C’est à _Tchoubouclou_ que s’élevait autrefois le cloître des -Akoimètes. Lembos (_Kanlidja_) possédait un petit port appelé Lycadien, -Nafzimakion (_Vani Keui_), un monastère construit par Justinien, où les -femmes de mauvaise vie se retiraient pour y passer leur vie en prières. - -Le long des rives asiatiques du Bosphore, nous pouvons citer encore -les villages d’_Anatoli-Hissar_ où Bayazid Ier construisit un château -fort pour assurer le passage de son armée sur le Bosphore, Botamonion -(_Geuk Sou_), où se trouvent les Eaux douces d’Asie, Protos Discos -(_Tchenguel Keui_), Deuteros Discos (_Beyler bey_), Chrysokeramos -(tuiles dorées) (_Kousgoundjouk_), le port du Bœuf, _Eukus Limani_, -et enfin Chrysopolis (ville d’or), aujourd’hui _Scudar_ ou _Scutari_ -situé en face de la pointe du Seraï. Son nom lui venait selon les uns -de Chrysès, fils d’Agamemnon, et selon les autres du mot _uscudar_ qui -veut dire en persan lieu de campement. Les Persans accumulaient les -richesses de l’Asie Mineure dans cette ville qui a joué dans l’histoire -un rôle important. A l’époque des Byzantins, ces parages étaient -désignés pour servir au campement des soldats nommés _scutarii_, qui y -avaient leur caserne appelée _scutarion_. Cette étymologie paraît la -plus vraisemblable. - -Entre cette ville et Byzance, à peu de distance du rivage asiatique, se -dresse en pleine mer un petit rocher surmonté d’une tour. Dans cette -tour qui a perdu sa forme primitive, les Byzantins avaient installé -un bureau de douanes, et elle est célèbre dans l’histoire sous le nom -de la tour de Damalis. Damalis, femme de Charès, général athénien qui -résidait à Chrysopolis, fut enterrée sur ce rocher même. Les Européens -l’appellent tour de Léandre et les Turcs, _Kis Koulessi_ (tour de la -fille). Après la conquête turque, cette tour ayant menacé ruine fut -démolie et rebâtie en bois. Quand elle fut plus tard la proie des -flammes, on la rebâtit en pierre (sous Ahmed III). - -Damalis, le promontoire situé vis-à-vis de la tour de Léandre, portait -une statue représentant une vache. Une autre statue semblable se -trouvait entre _Couroutchéchmé_ et _Ortakeui_, sur un point appelé -Vaka. Plusieurs promontoires du Bosphore portaient également des -colonnes que les Phéniciens avaient érigées sur le passage de leurs -navigateurs et qui remplissaient un rôle analogue au service actuel des -phares. - -Chalcédoine, _Kadi Keuï_[28], existait bien avant la fondation de -Byzance. C’est la ville que la fable a présentée comme le village -des aveugles; les raisons qui avaient fait choisir Kadi Keuï, de -préférence à la ville de Byzance, ne témoignaient pourtant pas d’un -tel aveuglement. Elles étaient inspirées par diverses considérations -pratiques, telles que la fertilité du sol, l’abondance de l’eau et -peut-être aussi par ce fait que la côte d’Europe était déjà occupée -par un peuple guerrier, comme l’attestent les murs cyclopéens mis à -jour par les travaux du chemin de fer de la Turquie d’Europe à la -pointe du Seraï. Le Dr Paspati prétend même qu’il a dû exister là -autrefois une acropole semblable à celle de Mycènes et de Troie. -Codinus dit qu’à la place de la colonne brûlée s’élevait un sanctuaire -du cavalier thrace. - - [28] Le nom actuel de _Kadi Keuï_ (village du juge) - date du moment où les revenus de ce village ont - été donnés comme appointements, _Arpalik_, par le - Sultan conquérant à Hidir bey, premier Kadi (juge) de - Constantinople. - -Ce village était fameux par son temple d’Apollon, que remplaça l’église -d’Euphémie rendue célèbre par le concile de 451. Valens en avait démoli -les murailles pour construire son aqueduc. Les Turcs l’appelèrent -d’abord _Kaldja Dunia_[29]. - - [29] D’après Melling, l’architecte du Sultan Selim III, - qui dessina en 1715 une vue de ce village, Kadi Keuï ne - possédait alors que 400 maisons environ; actuellement - on en compte plus de dix mille. - -Depuis Chalcédoine jusqu’à la ville de Nicomédie (_Ismid_), on -rencontrait de petits villages tout le long de la rive asiatique de la -Propontide. Après avoir doublé le promontoire de _Moda Bournou_[30], -occupé par une partie de Chalcédoine et qui était dans le temps le -comptoir phénicien, on se trouve en présence de _Kalamick Keurfezi_, -ancien port d’Eutrope, dont le nom rappelle le vieil eunuque -qui succéda à Rufin. La rive méridionale du port est limitée par -l’ancien cap Hiéron où s’élève actuellement un phare. C’est un des plus -beaux points de vue des environs de Constantinople. Justinien y avait -bâti un palais, des bains et des chapelles. Théodora y venait souvent -passer l’été, fuyant la vie agitée du cirque et la terreur des grandes -séditions. - - [30] Dans les couches inférieures de la falaise, on a - dernièrement découvert des ustensiles et des objets - appartenant aux époques préhistoriques; le Dr Mordtmann - les juge semblables aux antiquités découvertes à - Chypre. Voici ce que dit à ce sujet le savant docteur: - «Il est permis de formuler deux conclusions: d’abord - la présence d’une population indigène (Thrace) dans la - vallée de _Kourbali Dèré_ où furent récemment trouvés - par M. Milliopoulo des ustensiles préhistoriques de - l’âge de la pierre polie, et qui sont identiques à - ceux découverts par Schliemann à _Hissarlik_. Cette - population doit être contemporaine de celle de - Hissarlik; ensuite, l’existence d’un établissement sur - le plateau de _Moda Bournou_ à l’époque égéenne où se - faisaient les échanges commerciaux avec les étrangers - arrivant par mer.» - - Ce comptoir existait encore au IXe siècle, lorsque les - premiers colons mégariens apportèrent le culte dorien - d’Apollon. Une preuve de plus de l’existence d’une - peuplade préhistorique sur la côte asiatique résulte de - ce fait que nous-mêmes avons constaté récemment sur le - promontoire de _Maltépe_ des vestiges de cette époque, - rappelant un tumulus. Les fouilles que nous allons - incessamment y entreprendre en préciseront sans doute - l’origine. - - -[Illustration: Pl. 13. - - SAINTE-SOPHIE.--Galerie supérieure. - - ÉGLISE DE SAINTE-IRÈNE.] - - -Sur l’extrême hauteur du mont de _Kaïch Dag_, était bâti un monastère; -on y découvre aujourd’hui, quand on fouille le sol, des mosaïques qui -en proviennent. - -Là encore se trouvait la station de télégraphie optique. Cette station -communiquait jusqu’à la frontière par l’intermédiaire de postes situés -sur les points les plus élevés des montagnes. Dès que l’ennemi était en -vue, on allumait de grands feux sur le poste le plus voisin, et chacun -des autres, répétant à son tour le signal, transmettait la nouvelle -jusqu’à la station, établie dans le jardin du Palais impérial byzantin. - -Le Grand Palais correspondait ainsi, par des signaux et des feux, avec -toutes les provinces de l’empire. Les restes du phare employé à cet -effet, et qui portait le nom de Kontoscopium, ont été retrouvés par M. -Paspati dans l’enceinte du Grand Palais, au milieu d’une agglomération -de maisons turques. Un corps spécial, militairement organisé, montait -la garde dans ce monument dont l’importance était très grande pour -la sécurité de l’Empereur. Cela n’empêcha pas Michel III, surnommé -l’ivrogne, qui était passionné pour les jeux du cirque, de supprimer -tous les signaux, parce qu’un jour, pendant les jeux, un signal ayant -annoncé l’ennemi, l’esprit du peuple en avait été troublé et le plaisir -de l’Empereur compromis. - -Dans la Propontide, à une distance d’une dizaine de milles de la -capitale et à l’entrée du golfe de Nicomédie, en face de l’Olympe de -Thrace, vieille montagne sacrée du paganisme asiatique, se trouvent -plusieurs îles appelées dans le temps Demonisia (îles du peuple) ou -Papadonisia (îles des prêtres), à cause de leurs nombreux monastères et -couvents. On les a appelées aussi îles des Princes. Comme les intrigues -du palais ne cessaient jamais à Byzance, ces îles servirent en effet -pendant des siècles de lieu d’exil aux empereurs détrônés et aux plus -illustres personnages de l’histoire byzantine. - -Nul coin sur la terre n’a vu mourir plus de princes et de princesses, -souvent les yeux crevés, au fond des cellules. Nul endroit dans le -monde n’est rempli d’aussi tragiques souvenirs, contrastant avec la -beauté naturelle et le pittoresque de ces îles. - -Elles ne contenaient autrefois que les monastères fondés en majeure -partie par des princes et princesses. Quelques bâtiments sans intérêt -architectural, agglomération d’oratoires, d’églises, de logements -pour les prêtres, de cellules, quelques cabanes de pêcheurs et de -fournisseurs des monastères, formaient l’ensemble de ces constructions. -Les îles des Princes, au nombre de neuf, sont disposées en quelque -sorte sur une ligne parallèle à la côte asiatique, dans l’ordre -suivant: Proti, Antigoni, Pitys, Halki, Prinkipo, Andérovithos, ou -Terebinthos, Neandros et, un peu à l’ouest vers l’Hellespont, Plati et -Oxya. - -De ces neuf îles, quatre seulement sont habitées aujourd’hui, les -autres n’étant que des étendues de terre sans arbres et sans eau. -L’île la plus rapprochée de la capitale s’appelait Proti (première) -(_Tinaki_). Elle contenait trois monastères et une gigantesque citerne -dont on voit encore les restes. L’Empereur romain Lécapène fut relégué -par ses propres fils dans un de ces monastères que le Romain avait bâti -sur la partie la plus élevée de l’île. Là fut enterré le corps mutilé à -coups de hache de l’empereur Léon l’Arménien (820). Michel Rangabé et -plusieurs autres y furent exilés après avoir eu les yeux crevés. - -La deuxième île s’appelait Antigoni, en turc, _Bourgas_, «Antigoni -doit, semble-t-il, son nom, dit M. Schlumberger, au fameux Antigone, -l’ancien général d’Alexandre. Son fils, Démétrius Poliorcète, voulut -de la sorte immortaliser le nom de son père lorsqu’il vint dans la mer -de Marmara, en 298 avant J.-C., combattre pour la liberté des détroits -et l’empire du monde, contre Lysimaque de Thrace et Cassandre de -Macédoine.» Là se trouvait l’ancienne église de Saint-Jean-Baptiste -construite par l’impératrice Théodora (842), après la mort de son -époux, Théophile l’Iconoclaste. Basile le Macédonien y avait fait bâtir -un couvent. Constantin Porphyrogénète y avait fait enfermer Etienne, -fils de Lécapène (912-959). - -Tout près de cette île on voit l’île de Halki, appelée en turc, -_Heibeli Ada_, et qui tirait son nom de Halki, Chalcitis, d’une mine de -cuivre très probablement déjà exploitée dans les temps préhistoriques. -Des gâteaux de cuivre récemment découverts à Moda semblent provenir de -cette mine. - -Halki possédait le couvent de la Panagia bâti par Jean Paléologue -et sa femme Marie. Ce couvent brûla en 1672. Sur son emplacement -s’élève actuellement l’école grecque commerciale. On y trouvait aussi -le monastère de la Trinité, fondé par Photius, un des patriarches -les plus savants du IXe siècle, qui proclama en 857 le grand schisme -d’Orient. «On ne sait rien, dit M. Schlumberger, de l’histoire de cet -édifice à l’époque byzantine, ni de celle des moines qui y ont vécu -sous les empereurs grecs, comme sous les sultans ottomans.» Une école -théologique grecque, qui est actuellement le séminaire de l’Église -orthodoxe, fut en 1844 construite sur son emplacement. En 1828, pendant -le conflit turco-russe, le monastère de Halki devint le séjour des -prisonniers russes. A une faible distance du collège, non loin du -cimetière russe, on remarque la tombe de sir Edouard Barton, le second -ambassadeur anglais envoyé auprès de la Sublime Porte et mort (1598) à -Halki. - -Parmi les îles habitées, la plus éloignée de la ville s’appelait -Prinkipo, _Buyuk ada_. C’est la plus grande et la plus importante: elle -est formée de deux grands pics séparés l’un de l’autre par un col; elle -a à peu près 8 kilomètres de circonférence et forme un site des plus -pittoresques. Au nord-ouest de la ville, se trouvait le couvent appelé -Camaraïa (les voûtes) ou monastère d’Irène, construit d’abord par -Justin et reconstruit par l’impératrice Irène. Cette dernière, régente -pour son fils Constantin, le détrôna, et après lui avoir fait crever -les yeux, l’emprisonna dans ce couvent. Elle y avait aussi enfermé sa -petite-fille, Euphrosyne, que l’empereur Michel le Bègue (820-829) -enleva plus tard pour l’épouser. - -L’impératrice Irène, détrônée à son tour par Nicéphore le logothète, -fut reléguée d’abord dans ce monastère, puis transférée à Lesbos -(Mitylène), où elle mourut en 803. On ramena son corps à Prinkipo et on -l’inhuma dans ce même couvent. - -Actuellement, du grand couvent de femmes de Prinkipo, on ne voit que -des chambres demi voûtées, des restes de cellules, et les murs épais -d’un oratoire. - -L’impératrice Zoé, fille de Constantin VIII, fut aussi reléguée à -Prinkipo par ordre de Michel le Calfat, et la mère d’Alexis Comnène et -ses enfants y furent emprisonnés par ordre de Michel Ducas. - -Cette île compte encore plusieurs autres monastères, dont les -principaux sont reconstruits, tels que celui de Christos et de -Saint-Nicolas et celui de Saint-Georges. - -Les autres petites îles, quoique non habitées, ont été aussi le -théâtre d’événements historiques: Constantin, fils de l’empereur Romain -Lécapène, fut exilé en 945 par son père à Terebinthos, située en face -du couvent de Saint-Nicolas. Le patriarche Théodose y fut relégué par -ordre d’Andronic Comnène en 1183. - -Oxya (la pointue), située derrière les îles de Proti et d’Antigoni, vit -l’exil de Gébon qui prétendait être fils de l’impératrice Théodora, -ainsi que celui de Niképhoritzès, le cruel eunuque, à qui l’on avait -auparavant crevé les yeux. On y remarquait un petit oratoire, devenu -célèbre et qui avait été bâti par le patriarche Anastase. - -Plati (la plate) voisine d’Oxya, fut un lieu de supplices. On y -voit encore les ruines d’une ancienne église, élevée en 860 par le -patriarche Ignace Rangabé, ainsi que celles des horribles prisons -souterraines, véritables tombeaux vivants, dont l’origine remonte -à l’époque hellénique, et les vestiges d’un château construit en -ces temps derniers par un anglais, sir Henry Bulwer. Par ordre de -l’empereur Constantin VIII, le patrice Basile Bardas fut emprisonné -dans les oubliettes de Plati. - -Les îles des Princes durent à leur voisinage de la capitale d’être -souvent pillées par l’ennemi et ravagées par les pirates. Pendant la -conquête latine, Dandolo avait recommandé le pillage des îles des -Princes comme moyen d’approvisionnement. - -«Plusieurs fois encore, dit M. Schlumberger, sous le terrible Andronic -Comnène, puis sous Andronic Paléologue le vieux, des aventuriers -latins vinrent occuper les îles, après y avoir brûlé couvents et -maisons d’habitations. Les corsaires vénitiens de Candie, en arrivant -à Prinkipo, brûlèrent toutes les constructions et s’emparèrent de tous -les habitants, moines et laïques. Puis, ayant empilé sur leurs navires -les plus considérables de leurs captifs, ils allèrent jeter l’ancre -en vue de Constantinople. Là, ces infortunés, dépouillés de leurs -vêtements, furent pendus par les pieds aux vergues des mâts et déchirés -à grands coups de fouet: il fallut que le vieil Andronic vidât son -trésor presque épuisé déjà, pour payer à ces forbans les quatre mille -pièces d’or de rançon qu’ils réclamaient.» - - -IV.--LES MURS ET LES TOURS - -Constantin avait entouré Constantinople d’une enceinte qui enfermait -seulement les cinq collines de la ville. Ces murs commençaient à -proximité de Psamatia et arrivaient à l’ancienne porte Dorée, près -de la mosquée _Essé-Kapoussou_, dont le nom fut plus tard donné à la -porte Dorée de la ville. Ils passaient près du monastère de Dius, -traversaient la vallée du Lycus et, après avoir gravi la colline qui -partait de l’église des Saints-Apôtres, descendaient à la porte de -Platea Mesa (_Oun Kapani_). - -Aujourd’hui, on ne rencontre que quelques fondations en ruines de cette -muraille. La construction et la garde de ces murs avaient été confiés à -40.000 Goths. - -Plus tard, sous Théodose II, il fallut élargir cette enceinte, et -protéger les nouveaux quartiers qui s’étaient formés en dehors des murs -constantiniens. Le préfet Anthémius bâtit d’abord en 412 un premier -mur intérieur, puis en 447, Cyrus Constantin, un autre préfet, doubla -la nouvelle muraille qui avait souffert d’un tremblement de terre, -et porta le fossé plus loin. Ce sont ces murs que l’on voit encore -aujourd’hui. «Ce rempart, dit M. Schlumberger, est bien plus grandiose -que celui de Rome, plus poétique et plus sauvage que celui d’Avignon, -infiniment plus étendu et plus important que ceux de Carcassonne ou -d’Aigues-Mortes.» - -L’ensemble de tous les murs qui défendaient la ville formait un -triangle. Les murs maritimes ne comportaient qu’une rangée de murs -consolidés par des tours, tandis que ceux du côté de la terre étaient -les plus importants. Ils consistaient en trois lignes de défense, -protégées par des tours octogonales, carrées et hexagonales et par un -vaste fossé rempli d’eau. - -Les eaux de la Propontide pénétraient dans le fossé jusqu’à la porte -de Pigi, et celles de la Corne d’Or jusqu’à un certain point près des -Blaquernes. A partir de ces deux points, le terrain était en effet plus -élevé que le niveau de la mer, et le fossé n’était plus rempli que par -les eaux de pluie. Des diataphrismata (murs, digues) arrêtaient l’eau -aux points inclinés, en sorte que la ville se trouvait entourée de tous -côtés par les eaux. Des ponts en bois reliaient les rives entre elles. -On les détruisait en temps de guerre. Les portes militaires n’avaient -pas de ponts. Les ponts en pierre qu’on voit actuellement sont d’une -construction postérieure à la conquête de Constantinople. - -Les murs théodosiens s’étendaient depuis la côte de la Propontide -jusqu’au palais de Blaquernes. La partie située entre Tekfour-Séraï -et la Corne d’Or était plus fortifiée que les autres. Le palais -des Blaquernes était entouré par quatre rangées de murs. Le mur de -l’intérieur avait été construit par Anastase, lors de la reconstruction -du palais ou plus probablement par Héraclius, quand il arma la ville -en prévision de l’agression des Avares. La quatrième ligne de défense -était formée par des murs solidement construits qui touchaient d’un -côté au fossé du tribunal et de l’autre à la tour d’Isaac l’Ange. - -La colline des Blaquernes était divisée en deux parties par un mur: -l’une, avec le palais et le quartier des Caligaria et l’autre, la -partie basse de la colline, qui touchait à la Corne d’Or. Cette -dernière, comprenant les églises de Notre-Dame des Blaquernes, des -Saints-Nicolas et Priscus et de Saint-Pierre et Saint-Marc, n’était -défendue que par deux rangées de murs construits sous Héraclius. - -Léon V l’Arménien y avait ajouté un second mur destiné à protéger -l’église des Saints-Nicolas et Priscus restée hors des murs -d’Héraclius. Ce petit quadrilatère, qui contient aujourd’hui un ayasma, -est appelé d’après les topographes modernes Pentapyrgion, tandis que -d’après les historiens byzantins, le bâtiment de ce nom faisait partie -du grand palais bâti sur la Propontide. Les murs avaient 16 kilomètres -de longueur et étaient renforcés par plus de 400 grandes tours de -formes différentes. La plupart de ces tours sont carrées; quelques-unes -sont de forme hexagonale, octogonale ou ronde. Elles avaient à -l’intérieur plusieurs étages, auxquels on accédait par des escaliers -en pierre, pris dans l’épaisseur des murs. Chaque tour était munie de -canons, de grosses pierres et d’autres engins de guerre. - -Ces murs, souvent ébranlés par les tremblements de terre et par les -assauts des armées ennemies, tombèrent plus d’une fois en ruine et -furent réparés au cours des siècles par les différents empereurs -byzantins, et principalement par Théophile, qui les reconstruisit de -fond en comble, ainsi que l’indiquent plusieurs inscriptions gravées -sur les tours. Les murs et les tours ont été à différentes reprises -consolidés par les Turcs après la prise de Constantinople. Ce serait -donc une erreur de voir dans ces ruines les effets de la guerre. En -les observant avec soin, on constate qu’elles proviennent surtout des -ravages du temps et des tremblements de terre. - - -[Illustration: Pl. 14. - - ÉGLISE SAINTS SERGE ET BACCHUS.--Chapiteaux et frise. - - MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Intérieur de la chapelle latérale. - (Parekklesion.)] - - -Parmi les tours les plus remarquables, plusieurs sont célèbres par -le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire. Les tours du Cyclobion, -_Yedi-Koulé_ (les sept tours), appelées aussi par les Grecs -Pentapyrgion, car le château n’avait alors que cinq tours, furent -réparées et reconstruites successivement par les sultans turcs, et -servirent longtemps de prison aux ambassadeurs étrangers. Deux de ces -tours furent ajoutées en 1470 par Mehmet II. Les deux tours carrées qui -protègent la porte Dorée consistent simplement en des blocs de marbre -posés les uns sur les autres. - -Les prisonniers des légations européennes étaient jusqu’en 1768 -enfermés dans les cachots de ces tours. A cette date, M. Obreskow, -chargé d’affaires de Russie, qui était en prison, tomba malade et les -autres ambassadeurs obtinrent du Sultan que les prisonniers pussent -habiter une des maisons qui se trouvaient dans l’enceinte du château -fort. Il y avait une dizaine de maisons et une mosquée destinées aux -troupes de la garnison, qui comportait l’agha (commandant), le kahia -(lieutenant), 6 beuluks bachi (officiers) et environ 50 soldats. -Dans la suite, le général Sébastiani, alors ambassadeur de France à -Constantinople, amena le Sultan à autoriser M. Obreskow à retourner -dans son pays. - -Le plan de ce château fort qui figure dans l’ouvrage de Melling, a -été dessiné d’après les renseignements fournis par M. Pouqueville -aîné, consul général de Janina, qui a été longtemps enfermé dans cette -prison. Il nous donne une idée exacte de la disposition des maisons qui -existaient alors dans son enceinte. - -Près de la porte de Selymbria, on trouve la tour dite de Constantin; on -y voit six colonnes de marbre rouge encastrées dans les murs. Un peu -plus loin, la tour de Saint-Romain. - -A l’endroit où les eaux de la vallée du Lycus pénètrent dans la -ville, s’élève une tour appelée par les Ottomans _Soulou Koulé_ (tour -mouillée); vient ensuite la tour d’Andronic et la tour de Basile. -Puis, sur les murs de Manuel, se trouvent la tour d’Isaac l’Ange et la -tour d’Anémas. Cette dernière servait de prison. Son nom provenait, -dit-on, de Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut enfermé -sous Alexis Comnène. - -La tour d’Isaac l’Ange avait trois fenêtres sur la façade extérieure -et un balcon. Les trois autres façades n’avaient qu’une seule fenêtre -chacune. De ces fenêtres, celle du sud faisait communiquer l’intérieur -de la tour avec la plate-forme des murs, celle du nord servait de -communication avec le chemin de ronde de la tour d’Anémas. Tout près de -cette tour on voit aujourd’hui les substructions d’un mur qui séparait -jadis le palais du quartier des Blanquernes. La tour a servi au dernier -empereur de Byzance d’observatoire pour étudier les mouvements de -l’ennemi pendant le siège. - -A côté des murs maritimes de la Propontide, une des tours les plus -célèbres était celle de _Marmara Koulé_, la tour de marbre, dont -le pied est baigné par les eaux de la Propontide. Elle servait de -prison aux Byzantins. Son origine remonte au temps de la dynastie -macédonienne. Dans cette tour, on peut voir la prison des Byzantins -mentionnée par Nicétas Acominate. On y voit encore l’ouverture par -laquelle on jetait les corps des suppliciés dans la mer. Près de cette -tour, il en existait une autre appelée par les Turcs _Arab Koulessi_ -et qui servait jadis d’hôtel des monnaies. A l’ouest de cette porte, -une échelle nommée _tach iskellessi_ était autrefois utilisée pour le -débarquement des empereurs quand ils se rendaient du Grand Palais à -Pigi par voie de mer. - -La tour des Manganes est souvent citée également par les historiens. -Il est assez difficile aujourd’hui d’indiquer d’une façon exacte son -emplacement, qui était voisin de l’Acropole. - -Parmi les tours qui garnissaient l’enceinte de Galata, il faut citer -la tour du Christ qu’on voit encore aujourd’hui, _Galata Koulessi_, et -qui avait probablement été construite par Anastase Ier ou par Zénon au -Ve siècle. Cette tour, qui est actuellement la plus élevée, avait 40 -mètres de hauteur et atteignait une altitude de 150 mètres au-dessus -du niveau de la mer. Elle était recouverte d’un toit conique très -original. On y montait par un escalier de 140 marches adossées contre -le mur de la tour, et divisé en huit paliers. On l’appelait aussi tour -des Génois. D’après Melling, elle servait encore en 1751 de corps de -garde pour les officiers préposés au maintien de l’ordre public. Au -premier signe d’incendie, ou dès qu’un événement extraordinaire se -produisait, l’alarme était donnée de la tour, au moyen d’un énorme -tambour et, s’il faisait nuit, au moyen de feux allumés au sommet de la -tour. La tour exhaussée et réparée plusieurs fois par les Turcs a perdu -sa forme primitive. A l’époque où Melling l’a décrite (1703-1730) elle -possédait encore son toit conique qui lui donnait un aspect moyenâgeux. -Ce toit ayant été brûlé en 1794 fut remplacé par un toit d’une autre -forme. - - -V.--LES PORTES - -Parmi les nombreuses portes, on distinguait les portes civiles et les -portes militaires. Les premières servaient de passage aux habitants -et facilitaient la communication avec les quartiers situés hors de la -ville. C’est à elles qu’aboutissaient les routes venant des environs et -celles partant des portes de la première muraille constantinienne, qui -n’avait pas été rasée, comme on l’a prétendu à tort. Les portes civiles -étaient reliées avec l’extérieur par de larges ponts jetés sur le -fossé. En temps de guerre, on détruisait ces ponts et on murait la baie -des portes. - -Les portes militaires, protégées stratégiquement par des tours et -d’autres dispositifs, restaient toujours fermées par de lourdes et -doubles portes en fer et ne s’ouvraient que pour les contre-attaques -ou pour permettre l’entrée des secours. Plusieurs de ces portes -militaires, ouvertes pendant la guerre, étaient murées ensuite. Les -portes civiles de la muraille théodosienne eurent les mêmes noms que -celles de Constantin. On les distinguait seulement entre elles par -l’attribut de Vieille et de Nouvelle. Cette appellation a subsisté -jusqu’à nos jours et plusieurs portes sont qualifiées de «Nouvelles» -(_Yeni_), bien qu’elles soient couvertes d’inscriptions très anciennes. -Il est facile aujourd’hui de retrouver l’emplacement de ces portes, -qui sont encore fort bien conservées. Mais il est plus malaisé de les -désigner exactement par leur nom, car les plans et ouvrages, édités au -cours des siècles, ne s’accordent pas sur les noms. Cette confusion a -induit en erreur plusieurs auteurs, pour ce qui touche, entre autres, -les portes de Charisios et de Caligaria, qui ont été le théâtre de -grands événements historiques et qui ont par la suite fait l’objet -de longues discussions. Les portes murées, en effet, désorientèrent -beaucoup les topographes, qui ne savaient pas au juste quel emplacement -assigner à chacune des portes citées par séries dans les ouvrages -historiques. - - -[Illustration: Pl. 15. - - SAINTE-SOPHIE.--Porte en bronze. - - MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Chapiteau avec croix de l’église Khora.] - - -Du côté de la terre ferme les portes avaient les situations suivantes: - - -1º _Aurea Porta_ (Porte Dorée), (_Yaldizli Kapou_): - -Cette porte, percée dans le mur de Théodose, avait autrefois la forme -d’un arc de triomphe à trois arcades; celle du centre, destinée au -passage du cortège triomphal de l’Empereur, était monumentale. -L’entrée de cette porte était ornée de statues parmi lesquelles -on remarquait la statue d’Hercule, le supplice de Prométhée et un -bas-relief représentant une victoire sur Maxime. La grande rue -triomphale qui traversait la ville pour conduire à l’Augustéon, partait -de cette porte. - -A leur retour de campagne, les empereurs y passaient en triomphe pour -pénétrer dans la ville. Exclusivement réservée aux entrées solennelles -des empereurs, elle n’était point accessible au peuple, qui traversait -le passage ouvert à quelques pas au nord, et qu’on nommait la Petite -Porte, tandis que pour l’en distinguer, on appelait Grande Porte la -porte comprise dans le château des Sept-Tours. - -«D’après les topographes modernes, dit le Dr Mordtmann, la petite porte -dorée aurait été ouverte après la conquête ottomane. Mais l’insertion -de l’arc construit en briques, au niveau des briques des murs -anthémiens, est un témoignage irrécusable de son origine byzantine. - -De plus, au-dessous de la voûte se trouve l’aigle byzantine en marbre, -emblème que les Turcs n’auraient certainement pas fait figurer là, mais -qu’ils ont laissé subsister, de même qu’ils ont respecté les images -dans les églises converties en mosquées.» - - -2º _Porta Pentapyrgii_ (Porte des Cinq-Tours), (_Yedi Koulé Kapoussou_): - -Cette porte était la porte civile du château du Pentapyrgion; elle -fut appelée plus tard Heptapyrgion (Sept-Tours), après qu’un des -Cantacuzène eut ajouté deux autres tours en 1350. Le château des -Sept-Tours répond à peu près au style de l’époque byzantine; il était -connu alors sous le nom de Cyclobion. La forme actuelle remonte à -l’époque du Sultan conquérant. - -Au-dessus de la porte, à l’intérieur, on aperçoit une aigle byzantine -sculptée sur une plaque et enclavée dans le mur. - - -3º _Porta Pegana_ (porte de Pigi), (_Silivri Kapoussou_): - -Sur la façade Est de la tour méridionale anthémienne de cette porte, on -voit l’inscription suivante: - -«Cette porte de la fontaine vivifiante, protégée par Dieu, fut -réparée avec le concours et aux frais de Manuel Bryenne Leontaris, le -loyal serviteur de l’empire des très pieux empereurs, Jean et Marie -Paléologue, au mois de mai 6946 = 1438.» - - -4º _Porta Melandisia_ (_Mevlevi Hané Kapoussou_): - -Les nombreuses inscriptions qui la garnissent l’identifient avec -l’ancienne porte de _Rhegium_; on l’a aussi nommée porte de la Faction -Rouge ou _Porta Roussii_. A l’intérieur de la porte, on voit quelques -inscriptions, desquelles le nom de la faction a été enlevé au moyen du -ciseau. - -«Victoire à la fortune de Constantin, notre seigneur protégé par Dieu -et par la [faction rouge].» - -C’est la même porte, dit M. Dethier, à laquelle Igor fixa son bouclier -en 912, comme signe que les Rhos (Moscovites) reçus hospitalièrement à -Eyoub comme mécréants, auraient le droit d’entrer dans la cité. - - -5º _Porta Ayos Romanos_ (Porte Saint-Romain), (_Top Kapou_): - -Cette porte, surtout, est célèbre dans l’histoire; elle a été appelée -_Top Kapou_ par les Turcs, parce que le Conquérant avait installé son -grand canon en face d’elle. - - -6º _Porta Aya Kiriaky_ (Porte des Avares), (_Soulou Koulé Kapoussou_): - -Cette porte actuellement murée était ainsi appelée du fait que les -Avares s’en étaient servis pour entrer dans la ville. - - -7º _Porta Charisii_ ou _Porta Myriandrii_ ou _Polyandrii_ (porte -d’Andrinople), (_Edirné Kapoussou_): - -L’emplacement de cette porte a toujours fait l’objet des plus vives -controverses. Quelques-uns ont cru qu’elle devait se trouver à la place -de la porte d’_Egri Kapou_. Mais plusieurs topographes nous démontrent -que cet emplacement est loin d’être correct. Le Dr Mordtmann ayant -étudié les différentes inscriptions qui ornent cette porte, la situe au -lieu dit aujourd’hui, _Edirne Kapoussou_. - - -8º _Porte de Constantin_: - -Actuellement murée. Elle se trouve à environ quarante pas vers le sud -du point où les murs prennent la perpendiculaire, après avoir formé un -angle près du palais de Constantin. - -_Cerca Porta_ (porte du cirque). Selon quelques chroniqueurs, les -Ottomans seraient entrés pour la première fois dans la ville par cette -porte, négligée pendant le siège. «Les savants, dit M. Dethier, qui -prennent pour paroles d’évangile tout ce que les auteurs contemporains -racontent, se sont évertués à trouver cette porte, l’un par-ci, l’autre -par-là, sans réfléchir que chaque tour offrait de petites portes de -sortie, sans parler d’une quantité de _pylidia_ dans les murailles. Ce -n’est pas là le seul récit que de tous temps, même de nos jours, on -raconte pour se placer comme invincibles et pour ne pas convenir que -l’ennemi a été le vainqueur en règle.» Mais si, selon les topographes -modernes, il existait deux portes de Constantin, l’une appelée porte A -et l’autre porte B, il faut chercher la porte du cirque ailleurs qu’à -l’endroit indiqué sur la carte. - - -9º _Porta Caligaria_ ou _Ayos Yannis_ (porte de Saint-Jean), (_Egri -Kapou_): - -Cette porte donnait accès au quartier de Caligaria. - - -10º _Xylina Porta_ (_Aïvan Seraï Kapoussou_): - -Cette porte, qui est la dernière sur les murs terrestres, ne conduisait -pas directement dans la ville. Elle ne servait qu’aux communications de -la partie littorale de la ville avec la route arrivant du Cosmidion. -Elle fut détruite dernièrement, en même temps qu’une tour et une partie -des murs qui reliaient le mur héracléen à la mer. Le quartier qui -était situé dans la partie du littoral de la ville, entre la mer et -les murailles, était appelé τὸ μέροσ τοῦ Κυνηγοῦ, mais il faut bien -distinguer cette appellation de celle du théâtre des combats de bêtes -fauves situé sur la pointe du Seraï. - - -11º _Poterne de Saint-Callinique_: - -Était célèbre du temps des Byzantins comme lieu d’exécution des -condamnés. - -A côté de la _Xylo Porta_, il y a une porte qui mène directement à -l’Ayasma des Blaquernes. Cette porte n’a été ouverte que lorsque la -porte des Blaquernes eut été définitivement close. - - -[Illustration: Pl. 16. - - MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--(Ancienne église de Khora.)] - - -VI.--LES PORTES DES MURS MARITIMES DE LA CORNE D’OR - -Les murs de la Corne d’Or ne se trouvaient pas tout à fait au bord de -la mer. Un assez large espace les séparait du rivage. - -En partant de Xylo Porta, les portes de la Corne d’Or étaient situées -comme suit: - - -12º _Porta Palati_ ou _Cynegii_ (porte du palais des Blaquernes), -(_Balat Kapoussou_): - -Cette porte était appelée jadis _Basilica Porta_ ou Porte impériale. -Pendant la conquête, c’était Lucas Notaras qui la défendait. Hamza, -amiral Turc, passa par cette porte pour entrer dans la ville. - - -13º _Porta phari_ (_Fener Kapoussou_): - -Sur le promontoire où se trouvait cette porte, s’élevait jadis le phare -de la Corne d’Or. C’est à cet endroit seulement que les murs maritimes -étaient doublés. - - -14º _Porta Petrii_ ou _Sidero Porta_ (_Petri Kapoussou_): - -Cette porte est mentionnée pour la première fois par l’Alexiade sous -le nom de porte de Fer. Les croisés, ainsi qu’une partie des Turcs, -pénétrèrent dans la ville par cette porte. De là jusqu’à la porte -du Phare, un second mur s’étendait, formant une enceinte intérieure -appelée le château de _Petrion_. - -Cette enceinte renfermait de nombreux couvents et églises. Il faut -bien distinguer le Petrion ou Petria, qui doit son nom à l’église -de Saint-Pierre, du quartier de Palea Petra (ancien Petra) siège de -nombreuses églises et qui se trouve près de _Balat_ dans le quartier de -_Kesmé Kaya_ (rocher argileux). - - -15º _Porta Aya Teodosi_ (ancienne porte de Sainte-Théodosie), (_Eski -Aya Kapoussou_): - -Le nom de cette porte vient d’une église qui s’appelait _Aya Theodosia_ -(actuellement Gul Djami). Là reposent les restes du seïd Mehmed, -Segban-Bachi du Conquérant. - - -16º _Yeni Aya Kapoussou_: - -Cette porte fut ouverte par les Turcs après la prise de Constantinople. -On voit encore non loin d’elle les ruines d’une ancienne église -byzantine. - - -17º _Porta Puteae_ (_Djubali Kapoussou_): - -Appelée ainsi par les Turcs, du nom d’un chef de l’armée arabe nommé -Ali, qui fut fait prisonnier pendant l’invasion arabe. - - -18º _Porta Platea Mesa_ ou _Farina_ (_Oun Kapan Kapoussou_): - -Ainsi appelée à cause de la disposition du terrain des quartiers qui se -trouvaient derrière elle, Plateia (plaine). Quant à l’appellation de -_Mesa_ (milieu) elle vient de ce que cette porte se trouvait à égale -distance des extrémités des murailles de la Corne d’Or. - - -19º _Porta Drungarii_ (_Odoun Kapoussou_): - -D’après M. Diehl, la Porta Drungarii correspondait à _Zindan -Kapoussou_, mais c’est à la place d’Odoun Kapoussou qu’il faut la -chercher. Derrière cette porte se trouvait le quartier des Vénitiens, -renfermant les églises de Saint-Marc et de Sainte-Marie. - - -20º _Porta juxta quam est ecclesia Precursoris_ (_Zindan -Kapoussou_). - - -21º _Porta Peramatis_ (_Balik Bazar Kapoussou_). - - -22º _Porta Ebraiki_ (porte des Juifs), (_Tchifut Kapoussou_ ou _Yeni -Djami Kapoussou_): - -La partie du littoral qui se trouvait derrière cette porte était -appelée Zeugma (trajet), parce que le trajet de Galata s’accomplissait -par là. Ce nom a été remplacé plus tard par celui de Pérama. - - -23º _Porta Neorii_ ou _Porta Eugenii_ (Eugène), (_Bagtché Kapoussou_): - -Cette porte séparait le quartier des Vénitiens de celui des Pisans. -Son nom provenait, dit-on, d’Eugénius, un des sénateurs qui y avait -son palais. C’est par elle que toutes les marchandises entraient dans -la ville et elle était une des plus importantes de la Corne d’Or. Une -des extrémités de la grande chaîne qui barrait la Corne d’Or était -attachée[31] à une des tours, voisine de cette porte. Là se trouvait -aussi le quartier des Arabes, qui correspond actuellement aux environs -de la station de chemin de fer de Sirkedji. - - -24º _Porta Aya Barbara_, (porte de Sainte-Barbe), (_Top Kapoussou_): - -Cette porte se trouvait sur la pointe du Séraï près de Saint-Démétrius. - - [31] L’autre extrémité de la chaîne était attachée - en face, sur les rives de Galata, à une autre tour - située près d’un castel que l’on surnomme actuellement - _Kourchounlou Mahzen_. - - -VII.--LES PORTES DES MURS MARITIMES DE LA PROPONTIDE - - -25º Après la porte d’Aya Barbara venait une autre porte appelée par les -Turcs _Deïrmen Kapoussou_, qui conduisait au couvent de Saint-Georges. -La tour des Manganes se trouvait au nord de cette porte. Cette tour -était le point d’attache de la chaîne qui barrait jadis le Bosphore. -Elle était située en face du rocher de Damalis. D’après Nicétas, Manuel -Comnène avait fait construire sur ce rocher une tour appelée alors -_Arcla_. - - -26º _Porta Ayos Lazaros_: - -Cette porte était appelée aussi porte de l’Hodigitria. C’est par là -qu’on montait vers Sainte-Irène. - - -27º _Porta Palatii Imperialis_. - - -28º _Porta marina_ (_Tchadladi Kapou_): - -Cette porte, qui se trouve près du port de Julien, est appelée par les -Turcs _Tchadladi-Kapou_ (porte fendue); elle fut en effet fendue par un -tremblement de terre en 1532. A quelques pas sur la mer, subsistent des -ruines qu’on suppose être celles de l’ancienne maison de Justinien. On -y rencontre des substructions de voûtes et un large mur qui formait la -limite occidentale du grand palais. - -Tout près de cette porte, à l’entrée d’un égout, on voit actuellement -deux colonnes. Les inscriptions qui y sont gravées permettent de -rattacher ces piliers au piédestal qui portait jadis la statue de -Justinien à l’Augustéon. - - -29º _Porta Contoscali._ Ici le mur tourne vers l’intérieur et, après -avoir formé un rectangle, arrive de nouveau à la mer. - - -30º _Porta Vlanga_ (_Vlanga Kapoussou_). - - -31º _Porta Ayos Emilianos._ - - -32º _Porta Psamathia_ (_Samathia Kapoussou_): - -Ainsi appelée à cause du rivage sablonneux. - - -33º _Porta Ayos Yannis_ (_Narli Kapou_): - -Son nom provenait du couvent de Saint-Jean-Baptiste du Stoudion -(_Imrahor djamissi_); on l’appelle actuellement Porte aux grenades, à -cause des grenadiers qui y poussaient en abondance. - -L’inscription qu’on peut lire sur la tour octogonale de cette porte -témoigne qu’elle a été construite par Manuel Comnène Porphyrogénète. - - - - -CHAPITRE III - -L’ART ET LES ÉDIFICES BYZANTINS - - -I.--L’ART BYZANTIN - -Lorsque la capitale de l’Empire romain eut été transférée à Byzance, -les artistes byzantins, inspirés par l’art gréco-romain et par les -styles locaux, créèrent un art possédant son originalité propre et -qui s’appelle l’art byzantin. Cet art, que l’on fait remonter à la -construction de Sainte-Sophie, est plus ancien encore. Sainte-Sophie ne -contribua qu’à fixer le type classique de l’architecture byzantine[32]. - - [32] Choisy. _L’art de bâtir chez les Byzantins_, - page 152. - -Bien avant l’époque de Justinien, Byzance avait créé un art propre, qui -peut être considéré comme un mélange des arts mésopotamien, sassanide -et gréco-romain. Toutefois jusqu’au VIe siècle, c’est-à-dire jusqu’à -la construction de Sainte-Sophie, cet art présente surtout l’aspect -d’un art gréco-romain d’Orient. En effet, les artistes byzantins, imbus -des idées de l’époque classique, guidés par les modèles païens de -l’ancien art grec, traitaient tous les sujets d’après l’antique. Toutes -les œuvres qui nous ont été conservées attestent cette influence. -D’ailleurs, les chefs-d’œuvre apportés par Constantin le Grand et ses -successeurs pouvaient alors offrir aux artistes byzantins les plus -parfaits modèles de l’art grec. Ces chefs-d’œuvre furent, jusqu’à la -conquête des Latins, la source d’une inspiration féconde[33]. Les -Latins eurent tôt fait de les détruire. - - [33] Bayet. _L’art byzantin._ - -Dès le temps de Septime-Sévère, les Romains avaient renoncé aux -plates-bandes d’origine grecque pour adopter l’emploi de l’arcade et -des coupoles assyriennes, qui étaient en usage en Perse depuis plus -de trente siècles. Jusqu’à Dioclétien, l’arcade sur colonne n’était -employée que dans un but purement décoratif. On appliqua, pour la -première fois, l’arcade sur colonnes à la construction monumentale dans -le palais bâti à Spalato par Dioclétien. Plus tard, à Byzance, les -lignes droites des basiliques romaines furent remplacées par des lignes -courbes et l’on commença à construire des églises circulaires avec -quelques naïfs essais de coupoles à pendentifs. La forme circulaire -répondait mieux à l’emploi de la coupole, mais elle ne permettait pas -aux édifices de recevoir les fidèles en assez grand nombre. - -Pour remédier à cet inconvénient, les architectes byzantins, -s’inspirant des basiliques romaines, firent porter la coupole sur un -plan carré à pendentifs sphériques et donnèrent ainsi à la coupe de -l’ensemble la forme d’une croix à branches égales (croix grecque). -L’usage des briques avait beaucoup facilité la construction des -coupoles. Le désir de propager le christianisme poussa les empereurs -byzantins à construire des églises en grand nombre. Tous les efforts -artistiques se portèrent alors vers l’architecture, ce qui contribua -beaucoup au développement de l’art byzantin. - -Vers le VIe siècle, Justinien qui disait: _Non multum inter se -differunt sacerdotium et imperium_, et qui n’avait en effet d’autre -but que celui d’unir l’Église et l’État, désireux de réaliser son rêve, -fit bâtir par Anthémius de Tralles et ensuite par Isidore de Milet, -l’église de Sainte-Sophie. Cette œuvre géniale consacre d’une façon -définitive le type classique de l’art byzantin, qui recevait ainsi, -après deux siècles de tâtonnements, sa forme caractérisée: - -1º Par le plan en forme de croix grecque; - -2º Par l’usage de la coupole sur pendentifs; - -3º Par des chapiteaux cubiques à dosseret; - -4º Par un large emploi des mosaïques. Les murs intérieurs des églises -étaient tapissés en outre de plaques de marbre, dont les veines -multicolores fournissaient des motifs décoratifs. - -D’autres types furent créés dans l’église des Saints-Apôtres à -Constantinople, et dans celle de Saint-Vital à Ravenne, où la coupole -centrale reposait sur un plan octogonal. On peut voir aujourd’hui -plusieurs de ces églises byzantines à Constantinople, à Salonique et en -Grèce. Elles offrent des modèles classiques de l’architecture byzantine. - -Mais cette architecture n’a jamais atteint son apogée, quoi qu’en -disent certains auteurs qui, exagérant son importance, n’hésitent pas à -considérer les moindres chapelles comme équivalentes à Sainte-Sophie. - -D’après tous ces modèles, il est permis d’affirmer que l’art byzantin -n’atteignit jamais au même degré de perfection que l’art grec ancien; -la faute en est à ce que les artistes byzantins se laissaient guider -par l’amour et la recherche du luxe, plus que par l’amour du beau. - -Ce serait une autre erreur de penser comme Lamartine qui dit, parlant -de Sainte-Sophie: «On sent à la barbarie qui a présidé à cette masse de -pierre, qu’elle fut l’œuvre d’un temps de corruption et de décadence. -C’est le souvenir confus et grossier d’un goût qui n’est plus, c’est -l’ébauche informe d’un art qui s’essaie.» Toutefois l’art byzantin -contenait en son principe même le germe de sa décadence: les artistes, -en cherchant toujours de nouvelles formes et en donnant une trop grande -importance au luxe dans ses détails, tombèrent rapidement dans le -maniérisme. - -Comme toutes les autres branches de l’art, l’architecture a subi cette -décadence, pour ne se relever que vers le Xe siècle. Grâce aux efforts -très louables des empereurs macédoniens, une école s’était formée -en vue de sauver cet art en péril. On y étudia les modèles antiques -et l’on parvint ainsi à donner un nouvel éclat à l’art byzantin. -Pendant cette renaissance, les architectes portèrent leur attention -sur l’extérieur des églises qui était jusqu’alors loin d’égaler en -beauté et en luxe l’intérieur des édifices. Toutefois, leurs œuvres -gardèrent toujours cette naïve physionomie propre à l’art byzantin. La -sculpture ayant été de bonne heure délaissée par l’église, les artistes -se livrèrent plutôt à l’art ornemental et aux travaux de l’ivoire. -C’est pourquoi il n’y a pu avoir à Byzance de belles œuvres plastiques; -toutes les œuvres gardaient la gaucherie des temps primitifs. - -Les peintres exerçant leur talent dans les images des mosaïques et -dans les miniatures des manuscrits, et reproduisant toujours des -scènes religieuses ou des victoires impériales, avaient négligé le -culte du beau et l’amour de la nature. Ils donnaient à toute figure -une forme fantastique et préféraient souvent à la beauté le luxe et -la richesse. Cet amour du luxe les avait même amenés à représenter le -Christ sous les traits d’un monarque oriental, revêtu de riches habits -et de la pourpre impériale. Au temps des iconoclastes, les peintres -durent renoncer aux sujets religieux et s’adonnèrent à des travaux -plus courants, comme les émaux, les étoffes historiées, que portait -alors la classe riche. Mais quand cette hérésie eut cédé, la nécessité -de refaire les mosaïques abîmées ou détruites par les iconoclastes -donna un nouvel essor à la peinture religieuse. On se trouve alors en -présence de deux écoles: l’une qui retourne à l’étude des traditions -artistiques antiques et l’autre qui se soumet à l’influence monastique -et à celle de l’Église. Vers le XIe siècle, l’influence monastique -l’emporte sur la première, et dès lors c’est l’église qui guide la -main de l’artiste en lui offrant des sujets religieux. Peu à peu -l’iconographie occupe la plus grande place dans l’art, et l’empreinte -de l’idée religieuse apparaît dans tous les travaux de l’époque. -Les dessins des mosaïques deviennent plus corrects, les plis des -habits plus gracieusement disposés, les couleurs des miniatures plus -délicates, mais les principes de perspective et d’anatomie restent -toujours ignorés. - - -[Illustration: Pl. 17. - - MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Narthex.] - - -L’importance donnée par les artistes byzantins à la richesse et au -luxe des détails les fait encore une fois tomber dans un maniérisme -qui prépare une nouvelle décadence de l’art. La fondation de l’empire -latin à Byzance fut la cause presque immédiate de cette décadence, les -Latins y ayant presque anéanti toute œuvre d’art, ainsi que le dit la -chronique. Les quatre chevaux de Lysippe furent expédiés à Venise; la -colonne de Constantin Porphyrogénète fut dépouillée de ses plaques de -bronze, qui servirent à la frappe de la monnaie noire. C’est donc aux -Latins, s’accordent à affirmer les auteurs, qu’il faut attribuer la -destruction de la ville, destruction qui, de l’aveu même des Européens, -ne peut être considérée comme l’œuvre des Turcs. - -Au temps des Comnènes et des Paléologues apparaît une dernière -renaissance, qui n’a jamais pu perdre son caractère naïf. C’est une -vaine tentative de rajeunissement. Les artistes commencèrent alors à -s’inspirer, dans les œuvres d’art, de l’école italienne qui prenait son -essor. Mais pendant que l’Empire, bien avant la conquête des Turcs, -s’écroulait, politiquement, économiquement et socialement, l’art, lui -aussi, agonisait d’une façon générale. - -Après la prise de Constantinople par les Turcs, grâce aux privilèges et -aux avantages accordés par le conquérant aux habitants, les ouvriers -qui n’avaient pas quitté la ville contribuèrent, en travaillant à la -construction des édifices turcs, à accentuer l’influence de l’art -byzantin sur l’art ottoman, qui depuis longtemps déjà en avait subi le -contact. - -Constantinople, ville située aux portes de l’Asie, recevait de la -Perse une civilisation formée de toutes les civilisations asiatiques. -Byzance fut ainsi, au moyen âge, une capitale dont la culture faisait -affluer de partout les curieux, les élèves et les admirateurs, et d’où -se répandait à travers le monde, l’influence bienfaisante du progrès -et du christianisme. Les Slaves, Russes, Bulgares et Serbes, tirant -leur religion de l’Église d’Orient, ont subi davantage cette influence, -qui se manifeste dans toutes les branches de l’art et surtout dans -l’architecture, et qui témoigne d’une forte empreinte byzantine. -En Russie, Sainte-Sophie de Kiew n’est qu’une église byzantine. -L’Arménie et la Géorgie renferment de nombreux édifices de style -byzantin. Au mont Athos, l’art byzantin conserve encore de nos jours sa -physionomie propre. Il avait été introduit à Ravenne dès le Ve siècle -et n’y disparut qu’avec la domination byzantine. On voit par là que -l’influence de cet art sur tout l’Occident est indéniable. Elle cessa -au XIIe siècle, laissant pourtant sa marque sur les différents styles -propres à chaque pays. Cette question artistique a été longuement -discutée de nos jours par maints savants et archéologues, sous le nom -de question byzantine. - -«L’Italie du Sud, dit M. Diehl, dont Byzance a fait une nouvelle -Grande Grèce, a gardé jusqu’au XIVe et au XVe siècle la langue, la -religion, les mœurs et les traditions artistiques de Byzance, et le -rayonnement que de là, comme de Venise, l’art byzantin exerça par toute -la péninsule, permet de croire que les plus anciens maîtres de la -Toscane, un Cimabué, un Duccio, ont dû bien des enseignements à cette -influence. Sans doute, de notre temps, des amours-propres susceptibles -ont tenté de nier cette influence.» Pourtant, il ressort des faits que -l’influence de l’art byzantin sur l’art occidental est parfaitement -justifiée et démontrée: Saint-Marc de Venise, les mosaïques de la -basilique de Torcello et de Cefalù, celles de la chapelle palatine et -de Monreale (XIe et XIIe siècle) manifestent clairement cette influence -en Italie. L’art byzantin donna naissance en Italie à la renaissance -italienne; on le reconnaît également dans l’ornementation de certains -édifices du sud de la France et de l’Allemagne. - -L’art byzantin fleurit également en Asie Mineure, où les églises de -Sardes, d’Ephèse, de Philadelphie (Ve siècle) et bien d’autres, gardent -encore le précieux souvenir de ses enseignements. Il y eut un art -byzantin de Syrie, où les architectes de Justinien appliquèrent dans -leur plénitude les méthodes nouvelles. Il y eut aussi un art byzantin -d’Égypte. Les Arabes, qui avaient leur art propre, ne sont pas restés à -l’abri de l’influence byzantine. Procope cite[34] les monuments élevés -dans le nord de l’Afrique sous Justinien, lesquels introduisirent plus -tard chez les Arabes du Magreb la connaissance et l’influence de l’art -byzantin. Quand les Arabes eurent assiégé Byzance au VIIe siècle, ils -y construisirent une première mosquée et, ainsi en contact perpétuel -avec les Byzantins, ils empruntèrent à ceux-ci certains caractères de -leur art. Les Byzantins de leur côté influencèrent forcément les Arabes -et leur apportèrent certains éléments de leur conception artistique -propre. Cette influence se manifesta surtout en Syrie. Ainsi de -fécondes combinaisons naquirent. L’art arabe s’introduisit dans l’art -byzantin par le sud de l’Italie, par Venise et par la Syrie. Il se mêla -en Sicile aux éléments romano-byzantins. Et ainsi cet art composite fut -un intermédiaire entre la renaissance de l’Italie et l’art gréco-romain. - - [34] De Aedificiis Justiniani. - - -[Illustration: Pl. 18. - - MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Partie latérale. - - MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Coupole du Narthex (mosaïques). Les - patriarches et les représentants des tribus d’Israël autour de - la Sainte Vierge.] - - -II.--LES ÉGLISES BYZANTINES - - -SAINTE-SOPHIE - -Sainte-Sophie offre, au point de vue artistique, le type classique -de l’architecture byzantine. La première construction remonte au IVe -siècle. Elle a été bâtie d’abord par Constantin le Grand en même -temps que les murs et les premiers palais de la seconde Rome. Cette -église dédiée à sainte Sophie--à la Sagesse Divine--(en grec, Hagia -Sophia) avait alors la forme d’une longue basilique couverte en bois. -Constantin, qui tolérait le paganisme, avait construit trois églises: -l’une à la Paix Divine (Irène), l’autre à la Sagesse Divine (Hagia -Sophia) et la troisième à la Divine Résurrection (Anastasis). - -Sous Arcadius (404) Sainte-Sophie fut la proie des flammes; Théodose le -jeune la fit reconstruire en 415, mais elle fut de nouveau incendiée -en 532 pendant les troubles de l’Hippodrome, qui sont restés célèbres -sous le nom de sédition Nika. Immédiatement après, Justinien conçut -l’idée de la réédification grandiose de ce monument, et quarante jours -après l’incendie, on en posait la première pierre. Anthémius de Tralles -et Isidore de Milet, architectes originaires de l’Asie, et les plus -habiles techniciens de l’époque, guidèrent les travaux d’après les -méthodes persanes. Justinien voulut que cet édifice fût le plus beau et -le plus imposant des monuments du monde. Dans ce but, il épuisa presque -toutes les ressources de son empire. - -Le terrain de l’ancienne église étant insuffisant pour la nouvelle -construction, on dut exproprier, à grands frais, tout un quartier -environnant. Les travaux absorbèrent une somme immense. D’après -Codinus, cet édifice aurait coûté la somme énorme de 361 millions. - -Le temple de Diane à Ephèse dut fournir ses huit colonnes de porphyre, -enlevées jadis par Aurélien au temple du Soleil d’Héliopolis (Égypte), -ou, au dire de quelques chroniqueurs, à Baalbek. Athènes, Délos, -Cyzique, l’Égypte et toutes les grandes villes de l’antiquité fameuses -par leurs monuments, furent dépouillées de tout ce qu’elles avaient -de plus riche en métaux, marbres, etc.; l’or, l’argent, l’ivoire, -les pierres les plus précieuses furent employés à profusion pour -l’embellissement de l’intérieur. - -Après cinq ans de travaux exécutés avec la plus grande activité -et présidés par Justinien lui-même, l’église put être inaugurée. -L’Empereur, traîné par un équipage de quatorze chevaux et entouré des -dignitaires de l’État et de la Cour, accomplit le trajet solennel du -Palais jusqu’à la porte de Sainte-Sophie où, reçu par le Patriarche -Ménas, il fit son entrée officielle dans l’église. Puis, courant depuis -la grande porte d’entrée jusqu’à l’ambon, il étendit ses bras vers le -ciel et s’écria d’une voix émue: «Béni soit Dieu qui m’a choisi pour -exécuter une telle œuvre; Salomon, je t’ai vaincu.» - -L’église est bâtie sur un plan carré de 75 mètres de côté, orienté -vers Jérusalem. L’édifice étant placé sur un terrain d’une résistance -inégale, les fondations durent être jetées sur un réseau de voûtes -recouvert d’une couche de béton homogène de 25 pieds d’épaisseur. Les -dessous des fondations n’ont pas encore été explorés. - -[Illustration: Plan de Sainte-Sophie. - - Constructions ajoutées de 563 jusqu’à 1453. - Contreforts. - Constructions appartenant à l’époque de Justinien.] - -Comme l’indiquent les ouvertures pratiquées dans les dallages de la -nef et du bas côté méridional, ce sous-sol est formé d’une grande -citerne centrale et de voûtes immenses. Les piliers furent bâtis -avec d’énormes pierres calcaires; la brique fut employée pour -les murs. On dit que, pour la construction de la coupole on fit -spécialement fabriquer à Rhodes des briques très légères portant -chacune l’inscription suivante: «C’est Dieu qui l’a fondée, Dieu lui -portera secours». Mais toutes les briques qui se sont détachées jusqu’à -présent, dit M. Dethier, n’offraient rien de pareil. Toutes ces briques -ont été disposées par assises régulières. De douze en douze assises, -on enfermait, dit-on, dans la maçonnerie des reliques sacrées, pendant -que les prêtres récitaient des prières. - -[Illustration: Sainte-Sophie: coupe longitudinale.] - -[Illustration: Sainte-Sophie: coupe transversale.] - -La coupole, au centre du plan, s’élève à une hauteur de 65 mètres -au-dessus du sol. Elle a un diamètre de 31 mètres au niveau du tambour -et de 32 mètres jusqu’au point de voûte extrême. - -La coupole possède seulement quarante fenêtres cintrées, tout autour -de sa base. Elle est supportée par quatre pendentifs formés par quatre -grands arcs qui reposent sur quatre grands piliers. La coupole est -flanquée de deux autres demi-coupoles, qui se continuent elles-mêmes -par d’autres petites coupoles, donnant au spectateur l’illusion d’un -ciel suspendu sous le dôme. La colombe représentant le Saint-Esprit -y était suspendue; dans son corps étaient conservées les hosties. De -même, en représentant à l’intérieur de cette coupole les figures des -saints, on avait voulu donner l’impression d’un ciel d’une sublime -beauté vers lequel devait s’élever la prière. - -Les architectes byzantins portaient toute leur attention sur les -parties intérieures de l’église où le peuple était réuni pour la -prière. Ils agissaient ainsi contrairement à l’habitude des architectes -grecs, qui donnaient la plus grande importance à l’extérieur des -temples, en négligeant complètement l’intérieur où le peuple n’était -pas reçu. C’est pourquoi l’extérieur de Sainte-Sophie est très simple, -quelque peu lourd et, dans tous les cas, loin d’égaler la richesse et -la beauté de l’intérieur. Les visiteurs qui n’auraient vu l’église que -du dehors ne pourraient jamais se figurer la féérique impression que -l’on ressent à l’intérieur. - - -[Illustration: Pl. 19. - - MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Mosaïque. - Métochite, premier ministre de l’Empereur, présente au Christ - Pantocrator le modèle de l’église. - - MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Mosaïque. - Distribution aux jeunes filles de la laine pour filer le voile - du Temple, le sort attribue à Marie la pourpre.] - - -Les parois des murs intérieurs furent revêtus de marbres précieux de -toutes sortes de couleurs. Les chapiteaux et les corniches furent dorés -et la coupole décorée d’une mosaïque intérieure à fond d’or. - -L’église compte 108 colonnes dont 40 à l’étage inférieur, 60 aux -galeries du gynécée, et 8 soutenant les quatre petits segments de -coupoles qui se trouvent aux quatre angles de la grande nef. Ces -colonnes, toutes surmontées de chapiteaux, sont en porphyre, en granit, -en brèche verte et autres espèces de marbres colorés. - -L’ambon était une grande tribune circulaire, surmontée d’un dôme, -supporté par 8 colonnes en marbre et surmonté d’une croix en or d’un -poids de cent livres. «Cette magnifique construction fut écrasée, dit -M. Labarte, sous les décombres de la grande coupole, dont la partie -orientale s’écroula à la suite d’un tremblement de terre dans la -trente-deuxième année du règne de Justinien. Elle fut réédifiée, mais -d’une façon moins splendide.» - -Le sanctuaire était séparé du reste de l’église par une cloison en -argent munie de 12 colonnes; sur les parties qui séparaient ces -colonnes se détachaient des images en médaillons. - -L’autel était en or serti de pierres précieuses. Au-dessus, et en forme -de ciborium, il y avait un dôme supporté par 4 colonnes en argent doré -et surmonté d’une croix en or. - -Durant les fêtes de nuit, l’intérieur de l’église était un véritable -éblouissement. Six mille candélabres dorés brillaient à la fois, -éclairant les immenses panneaux décoratifs en mosaïque qui tapissaient -les parois. - -Patènes, clefs, vases, bassins, tout était en or, orné de pierres -précieuses. Les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament pesaient, -avec leurs montures d’or, deux quintaux chacun. Selon Procope, il y -avait dans le sanctuaire 40.000 livres pesant d’argent. Les portes -étaient en bois de cèdre orné d’ambre et d’ivoire, et le portail en -argent doré. - -La nef communique avec le narthex par trois grandes arches reposant -chacune sur une colonne double et dont l’ensemble supporte la grande -fenêtre demi-circulaire qui clôt l’arcade ouest du milieu. - -L’Empereur entrait dans l’église par une galerie qui communiquait avec -le palais. C’est seulement aux grandes cérémonies qu’il entrait par le -vestibule du narthex. - -Le narthex (galerie voûtée), avait 60 mètres de longueur sur 10 de -large. Les parois en étaient ornées, comme l’intérieur de la nef, de -marbres multicolores couverts de taches symétriquement disposées. -Cela donnait l’idée qu’ils étaient extraits d’un même bloc et formait -un dessin décoratif d’une réelle beauté[35]. Deux portes latérales -s’ouvraient sur un porche aboutissant à l’escalier de la galerie -et neuf portes en airain s’ouvraient du narthex sur l’église. -L’encadrement des trois portes du milieu, qui communiquent encore -maintenant avec la nef, est en bronze tandis que les autres sont en -marbre. - - [35] M. Antoniatis, dans l’intéressant ouvrage qu’il - vient de publier sur Sainte-Sophie, nous montre qu’on - pouvait, aidé d’un peu de mysticisme, y découvrir des - figures et des images de saints. - -Dans l’épaisseur des contreforts massifs, sont ménagées des pentes -inclinées par lesquelles les femmes nobles montaient dans des chaises à -porteurs jusqu’au gynécée. Là, chacune avait sa place fixe (à en juger -par les inscriptions où on lit: «place d’une telle»). - -L’exo-narthex de l’église était précédé d’un atrium à portiques, -formé par des voûtes en berceau, supporté par des colonnes en marbre -alternant de deux en deux avec des piliers carrés. Les murs en briques -de cet atrium étaient percés de plusieurs entrées s’ouvrant sur la -place de l’Augustéon. - -Au milieu de ce parvis existait un bassin de jaspe avec des lions -lançant de l’eau. Ce bassin servait aux ablutions qu’on avait coutume -de faire avant d’entrer dans les lieux sacrés; les musulmans ont -de nos jours conservé la même coutume. Un vaisseau de marbre placé -dans l’église, était affecté au même usage. Il portait l’inscription -suivante: «νίψον ἀνομήματα μὴ μόναν ὄψιν», qui pouvait être lue de la -même façon du commencement à la fin et de la fin au commencement et -qui signifiait: «lavez-vous de vos péchés et non pas seulement de la -figure». - -Cette immense église s’est conservée jusqu’à nos jours, mais elle -a eu beaucoup à souffrir de la précipitation avec laquelle elle -fut construite. Elle a subi une destruction partielle pendant le -tremblement de terre qui eut lieu vingt ans après son érection par -Justinien. Toute une partie du dôme se détacha et fut précipitée sur -la table sacrée du ciborium et sur l’ambon qu’elle détruisit. Les -musulmans virent dans ce tremblement de terre un véritable prodige, -car il se produisit à la date anniversaire de la naissance du prophète -Mahomet. - -Justinien fit réédifier la coupole par Isidore le Jeune qui renforça -les aboutissements, les arcs et les contreforts, et rehaussa la -nouvelle coupole de 25 pieds. - -Cette fois, les échafaudages furent laissés en place pendant une année -entière. La deuxième consécration de l’église eut lieu en 558. - -Plus tard, au IXe siècle, Basile le Macédonien fit réparer une des -grandes archivoltes de la coupole qui avait été endommagée, et, en même -temps, y fit placer des mosaïques. - -En 987, cette même arcade fut de nouveau réparée par Basile II le -Bulgaroctone. Jusqu’au XIVe siècle, on se soucia peu de remédier aux -dégâts causés par le temps ou par des accidents divers. L’un des -derniers restaurateurs fut Andronic II Paléologue l’Aîné, qui, vers le -XIVe siècle, fit élever des contreforts du côté est. - -Sous le sultan Abdul Medjid, on confia à Fossati une restauration -générale de la mosquée; il consolida la coupole à l’aide d’un cercle -en fer et redressa plusieurs colonnes qui avaient perdu leur position -verticale primitive. - -Autour de l’édifice se trouvaient des annexes, telles que le puits -sacré, l’horologion, le Metatorion et le Triclinium de Thomaïtès; -ce dernier qui était une dépendance des appartements du Patriarche, -renfermait une bibliothèque et un baptistère construit par Justinien et -existant encore aujourd’hui. - -Ce baptistère (actuellement turbé du sultan Moustafa Ier et d’Ibrahim -I) fut d’abord transformé en magasin pour les huiles servant à -l’éclairage de la mosquée. Il s’ouvrait au nord par une porte qui -donnait sur une petite cour à portique; de là, on gagnait un escalier -menant à une petite chapelle installée à la hauteur du gynécée. Cette -chapelle communiquait, à son tour, avec le gynécée par une porte qui, -murée probablement par les Turcs lors de la conquête, n’a été ouverte -que beaucoup plus tard par l’architecte Fossati au moment où il -réparait la mosquée. - - -_État actuel de Sainte-Sophie._--Après la prise de Constantinople par -les Turcs, le sultan Mehmed II convertit l’église en mosquée et y -ajouta un _minaret_ ainsi que les deux contreforts du sud-est. Bayazid -II fit construire un autre _minaret_ au coin de la porte du palais. -Selim II éleva, en 1569 deux autres _minarets_ et plusieurs murs de -soutènement. Murad III fit placer à l’intérieur de Sainte-Sophie les -tribunes en marbre et les deux grandes urnes d’albâtre provenant de -Pergame et qui peuvent contenir chacune 1.200 litres d’eau. L’Alem, -croissant en bronze doré, est venu surmonter le dôme par les soins de -Mehmed pacha, grand vizir. Les mosaïques qui représentaient les images -des saints ont été recouvertes, soit par des inscriptions, soit par -une forte toile sur laquelle on passa le badigeon, car la religion -musulmane ne permet pas d’avoir des icônes dans les mosquées. Seuls, -les quatre anges aux six ailes déployées qui ornaient les quatre -pendentifs de la coupole sont encore visibles aujourd’hui, mais sur -les visages on a peint de grandes étoiles dorées. Les mosaïques des -bas côtés et de la galerie supérieure n’ont subi aucune altération; la -nuit, quand l’intérieur de la mosquée est illuminé par des milliers de -candélabres, on aperçoit par un effet de lumière les croix encastrées -dans ces mosaïques. - -L’autel fut remplacé par le _Mihrab_, tourné un peu plus au sud vers -la _Kaaba_[36] (la Mecque). Les tapis qui recouvrent les dallages sont -également disposés de façon à ce que ceux qui prient aient le visage -tourné vers la Kaaba[37], ce qui leur donne une direction légèrement -oblique par rapport aux lignes architecturales de l’ancienne église. -Les deux grands candélabres du _Mihrab_ ont été offerts par Suleiman le -magnifique en 981 de l’hégire. - - [36] Les musulmans donnent à cette direction le nom de - Kiblé. - - [37] Cette disposition oblique permet de reconnaître - les mosquées qui furent primitivement des églises. - Les mosquées dont le mihrab est droit ne peuvent - donc être considérées comme d’anciennes églises. - Pourtant quelques petites mosquées où la disposition - du terrain obligea l’architecte à donner aux lignes - architecturales une direction différente de celle de - Kibla, font certainement exception. - -A droite du _Mihrab_ se trouve le _Mimber_ (chaire), où tous les -vendredis on fait la prière solennelle et le _Khotba_[38]. Le _Mimber_ -consiste en une chaire, surmontée d’un dôme pointu, où l’on accède par -un escalier très raide, et orné d’une magnifique balustrade. En face -du _Mimber_ et à gauche du _Mihrab_ se trouve une tribune supportée -par des colonnes et munie d’un grillage doré. Cette tribune, qui est -réservée au Sultan, s’appelle _Hunkian Mahfili_. Elle a été construite -par Ahmed III. Avant cette époque, la tribune était adossée au mur. - - [38] Discours adressé au peuple. - -On voit aussi dans la mosquée plusieurs plates-formes à grandes -estrades, dites _muezzine mahfili_, uniquement réservées aux -_muezzines_ (chantres). A la hauteur du gynécée sont suspendus, le long -de la Mosquée, d’immenses disques portant les noms des _Sahabés_ (les -compagnons du prophète). Ils sont l’œuvre du calligraphe Teknédji Zadé -Ibrahim effendi[39] (1060). - - [39] Hadikatu-I-djevami. - -Les anciens lustres-candélabres en argent sont remplacés aujourd’hui -par des lustres en fer, supportés très probablement par les chaînes -mêmes qui étaient déjà en usage au temps des Byzantins. A l’extrémité -de tous ces lustres pendent des œufs d’autruche et des houppes de soie -qui en complètent la décoration; le candélabre qui descend du centre -du dôme et qui s’appelle _Top Kandili_ a été placé par Ahmed III; une -grande boule en or y était suspendue[40]. - - [40] La place occupée par le Top Kandili (candélabre du - milieu), est considérée par les dévots comme un lieu - saint où on peut rencontrer Hidir, un saint très vénéré - qui apparaît quelquefois pour aider les infortunés. - -Parmi les curiosités de cet édifice, on montre aux visiteurs la fenêtre -froide où souffle toujours un vent glacé. Cette fenêtre est située -à l’entrée, près de la porte réservée aux sultans. Sur la galerie -supérieure du côté sud se trouvent également deux portes sculptées; -l’une est appelée porte de l’enfer et l’autre porte du paradis. Du côté -de l’ouest se trouve la pierre luisante, qui restitue pendant la nuit -la lumière absorbée pendant le jour. En entrant dans la mosquée par -la porte nord du narthex, on aperçoit une colonne revêtue de bronze, -qui suinte continuellement. Les visiteurs souffrant de quelque maladie -introduisent leur doigt par un trou pratiqué dans le revêtement de -bronze et touchent avec ce doigt leurs deux yeux. Le peuple attribue à -cette colonne des cures merveilleuses. - -Tout près d’une fenêtre de la mosquée, sur le sol de la galerie, on lit -sur une pierre _Henricus Dandolo_. C’est le nom du doge qui mourut le -1er juin 1205 et qui fut inhumé à cet endroit. La cuirasse et les armes -d’Henri Dandolo, trouvées dans le sarcophage, ont été offertes par le -sultan conquérant au peintre Gentile Bellini, qu’il avait appelé à -Constantinople[41]. - - [41] Hist. de Bello Const. p. 214. - -Suivant la coutume qu’ont les Musulmans de construire près des mosquées -des _turbés_ (sépultures) pour y déposer les corps des _Evlia_ (saints) -et des grands personnages, on voit, dans la cour de Sainte-Sophie, -des chapelles mortuaires situées à côté du _mimber_. Elles renferment -les corps de plusieurs sultans, des membres de leur famille, et sont -enfouies dans le sol, au-dessus duquel une caisse vide en forme de -cercueil (_Sandouka_) est disposée, recouverte de châles extrêmement -précieux et d’étoffes brodées d’écritures. A l’extrémité qui correspond -à la tête se trouve la coiffure que portait le défunt. - -Dans les quatre turbés de Sainte-Sophie reposent les dépouilles -mortelles de Selim II, de ses épouses et de ses enfants, le corps -de Murad III (1595), de ses femmes et de ses fils qui moururent -étranglés; enfin, les restes de Mehmed III, d’Ibrahim, de Moustafa -I, de sa mère et de sa femme, de Mehmed IV, de Moustafa II, et d’une -centaine de princes et de princesses. - - -ÉGLISE DE SAINTE-IRÈNE - -Un peu au nord de Sainte-Sophie, dans l’enceinte du Sérail, sur les -hauteurs où se trouvait jadis l’ancienne petite ville de Byzas, se -dresse l’église de Sainte-Irène. Cette église, transformée par les -Turcs en un musée d’armes, est encore fort bien conservée. - -Construite d’abord par Constantin le Grand au IVe siècle, elle fut la -proie des flammes en même temps que Sainte-Sophie pendant la sédition -Nika. Rebâtie par Justinien, puis détruite au VIIIe siècle par un -tremblement de terre, elle fut restaurée par Léon l’Isaurien. Elle est -construite sur un rectangle terminé par une abside dont le centre est -surmonté d’une coupole qui repose sur un haut tambour percé de vingt -fenêtres. L’église a trois nefs: la nef centrale est soutenue par des -points d’appui qui sont unis et recouverts par de grands arcs en plein -cintre. Chacun de ces arcs est orné de trois rangées de fenêtres. Un -gynécée est disposé à l’intérieur; la voûte de l’abside est revêtue de -mosaïques; les colonnes et les corniches sont en marbre blanc. - -Parmi les armes antiques que renferme ce musée[42], il faut citer -l’épée du sultan Mehmed II le conquérant, celle de Skender bey, le -héros albanais, un brassard de Tamerlan, des casques, les clefs des -villes conquises, les marmites des Janissaires, des lances, des -arcs, de vieux canons datant des Croisés et une partie de la chaîne -historique qui servait aux Byzantins pour barrer la Corne d’Or. - - [42] L’entrée de ce Musée n’est accordée que sur - autorisation spéciale. - -A l’intérieur de l’église on voit plusieurs tombeaux byzantins en -marbre; ce sont les tombeaux des empereurs provenant de l’église des -Saints-Apôtres. - - -[Illustration: Pl. 20. - - PALAIS DE L’HEBDOMON.--Vue de l’intérieur. - - PALAIS DE L’HEBDOMON.--Façade.] - - -ÉGLISE DES GRANDS MARTYRS SERGE ET BACCHUS - -Cette église, transformée en mosquée par Hussein aga à l’époque -de Bayazid et appelée _Kutchuk aya Sophia_, c’est-à-dire petite -Sainte-Sophie, fut bâtie, d’après l’inscription grecque finement -sculptée sur la frise, par Théodora, femme de Justinien, près du palais -d’Hormisdas. Elle a été appelée petite Sainte-Sophie à cause des -similitudes que présente son plan avec celui de la grande basilique de -Sainte-Sophie. - -La coupole de cette église est soutenue par huit piliers placés aux -points angulaires d’un octogone renfermé dans un carré: huit pendentifs -soutiennent la base circulaire de la coupole. Les côtés communiquent -avec la nef par des rangées de colonnes ioniques qui relient les -arceaux. Plusieurs de ces colonnes sont tachetées de vert et de blanc -et surmontées de chapiteaux à corbeilles. Sur la corniche qui fait le -tour de l’édifice on remarque une guirlande ornée de grappes de raisins -et de feuilles de vigne. Une longue inscription, gravée sur la même -corniche, fait l’éloge de l’empereur Justinien et de l’impératrice -Théodora. Cette église était attenante à une autre appelée église -des apôtres Pierre et Paul et qui a disparu sans laisser de traces. -Salzenberg reconnut, en examinant les murs de clôture, que l’église -de Saint-Pierre et Saint-Paul s’appuyait à celle des saints Serge et -Bacchus du côté du sud. La hauteur de la coupole dépasse 19 mètres et -les côtés du plan sont respectivement de 34 mètres et 30 mètres. - - -ÉGLISE DE SAINT-JEAN DU STOUDION - -Cette église fut construite sous Léon le Grand pour l’ordre des -Acémètes (sans-sommeil). De nombreux moines se relayaient pour y -chanter jour et nuit. Elle fut endommagée sous la domination latine -et restaurée plus tard, vers la fin du XIIIe siècle, par l’empereur -Andronic Paléologue. - -Le trésor du monastère contenait de précieuses reliques que Bayazid -II envoya au pape Innocent et parmi lesquelles se trouvait la sainte -lance. Actuellement convertie en mosquée (_Emir Akhor Djamissi_), elle -possède encore d’élégantes colonnes et des chapiteaux. - - -ÉGLISE DE CHORA - -Tout près de la porte d’Andrinople s’élève la mosquée de Kahrié. -C’est l’ancienne église de Chora, édifice à nef centrale et à deux -narthex. Le dôme central est supporté par un tambour cylindrique percé -de fenêtres. De petites coupoles, également posées sur des tambours -cylindriques et percés de fenêtres, éclairent le narthex. - -L’origine de la fondation de l’église de Chora n’est pas clairement -établie. D’abord sanctuaire assez modeste, Justinien l’agrandit et -l’embellit après le tremblement de terre de 557, et il devint un des -plus beaux monuments de la ville. - -L’église formait le centre d’un vaste monastère qui se trouvait hors -de la première enceinte de la nouvelle Rome. C’est pour cela qu’on -l’appelait τῆς χώρας (de la campagne). Plus tard quand Théodose II, -pour agrandir la ville, jugea nécessaire de faire construire une -deuxième enceinte dont on voit aujourd’hui les ruines, son nom lui -resta. Mais les byzantins du XIVe siècle, poussés par leur amour de -la rhétorique et des étymologies mystiques, trouvèrent un rapport -ingénieux entre le nom du Christ, source de vie et protecteur des -vivants (χώρα τῶν ξώντων) et celui de la basilique de Chora; et le mot -fut en conséquence inscrit à côté des images en mosaïque du Christ et -de la Vierge. - -L’édifice qu’on voit aujourd’hui n’est pas le même que celui du VIe -siècle. Déjà au XIIe siècle, l’église menaçait ruine. Marie Ducas, -la belle-mère de l’empereur Alexis Comnène, la fit rebâtir en la -transformant selon les plans des églises de ce temps. L’intérieur en -fut décoré de marbres en couleur et de belles mosaïques. - -Depuis Manuel Comnène, les empereurs avaient abandonné le grand palais -pour venir habiter le château des Blaquernes. C’est pourquoi l’église -de Chora, qui en était voisine et qui sous les Latins était tombée -dans un grand délabrement, devint l’objet de la sollicitude impériale. -Sous le règne des Paléologues, Théodore Métochite, ministre favori -d’Andronic II, la fit restaurer complètement et ordonna d’ajouter une -galerie latérale, destinée peut-être à servir de lieu de sépulture. Il -fit renouveler également la décoration intérieure, excepté celle de la -partie centrale qui est demeurée la même. - -Malgré les ravages subis par la Chora, les mosaïques se sont conservées -jusqu’à nos jours dans un parfait état: elles sont les œuvres les plus -remarquables de la dernière renaissance de l’art byzantin et occupent -aujourd’hui une place très estimée dans l’histoire de l’art[43]. - - [43] Pulgher, _Les anciennes églises de - Constantinople_, 1880. Diehl, _Etudes byzantines_, - 1905, p. 392-431. - -Les mosaïques qui se trouvent sur les deux côtés de la porte centrale -sont recouvertes de volets en bois, que demande la religion musulmane, -mais qu’on peut ouvrir à volonté pour voir les images; les murs sont -tapissés jusqu’aux bases des voûtes par de grandes plaques de marbre -gris encadrées par des bandes vertes. De fines bordures sont sculptées -au pourtour des marbres. - -[Illustration: Plan de la mosquée Kahrié.] - -A l’intérieur du second narthex, sur la porte du milieu qui donne -accès dans l’église, une mosaïque représente le Christ assis sur un -trône, à qui Métochite, agenouillé, présente un modèle en réduction de -l’église. Métochite est coiffé d’un haut bonnet blanc garni de bandes -rouges et vêtu d’une tunique dorée recouverte d’un manteau vert brodé -de fleurettes rouges. - -Métochite, né à Nicée, arriva à l’âge de vingt ans à Constantinople -où, par son talent d’orateur et son érudition en littérature et en -philosophie, il attira l’attention d’Andronic II. Il commença sa -carrière dans les ambassades, devint ensuite logothète de la liste -civile, ministre du trésor, puis premier ministre de l’Empereur pendant -vingt ans. Il fut en même temps philosophe, diplomate et administrateur. - -Il avait toute la confiance de l’Empereur son maître, qui ne lui -cachait aucun secret, et fit épouser à son propre neveu Irène, la fille -de Métochite, très intelligente et très instruite. Toutefois Métochite, -malgré les hautes satisfactions qui lui étaient accordées, pensait -toujours aux dangers dont les querelles philosophiques et religieuses -menaçaient le pays. Il attirait à chaque instant l’attention de -l’Empereur sur le péril turc, qui lui paraissait devoir causer un jour -la ruine complète de l’État. Il prévoyait la décadence et la chute -inévitable de l’empire. - - -[Illustration: Pl. 21. - - HIPPODROME, PALAIS IMPÉRIAL ET SAINTE-SOPHIE AU Xe SIÈCLE - (Restitution de l’auteur d’après le plan de Labarte.)] - - -Les troubles à l’intérieur augmentaient de jour en jour. L’Empereur et -son favori se trouvaient dans une situation très difficile. Pendant les -guerres civiles qui durèrent de 1321 à 1328, Métochite fut un habile -négociateur entre Andronic II et son ambitieux petit-fils, Andronic le -Jeune, qui prétendait au trône. - -Métochite, pour ne pas s’attirer la haine des deux factions, s’entremit -d’abord impartialement entre les deux princes ennemis. Mais, quand la -rupture entre les deux adversaires éclata, il se rangea du côté de -son ancien maître et refusa toutes les avances d’Andronic le Jeune. -Sentant gronder l’émeute dans la ville, il se retira dans le palais. -Lorsque pendant la nuit du 22 mai 1328, le prétendant pénétra dans -la ville, grâce à la trahison des gardes de l’Empereur, le ministre -fut la première victime. Sa maison fut livrée au pillage et démolie -complètement. Il fut jeté d’abord en prison et ensuite exilé. Cependant -il put obtenir son rappel et vint terminer ses jours au monastère de -Chora, où il vécut jusqu’au 13 mars 1332, portant en religion le nom de -Théoleptos. - -Toute une série de tableaux en mosaïques, retraçant des scènes -religieuses variées, décorent les murs et les voûtes du narthex. - -De nombreux médaillons garnissent le sommet des arcades. Au-dessus de -la porte d’entrée se trouve le buste du Christ. En face, entre deux -grandes arcades, c’est la Vierge tenant contre sa poitrine un médaillon -qui renferme l’Enfant Jésus, puis des saints en costume de cour, saint -Pierre et saint Paul aux deux côtés de la porte royale. - -Parmi les séries de mosaïques qui décorent les coupoles et les voûtes -du narthex intérieur, les deux plus intéressantes sont celles qui -retracent les épisodes de la vie de Jésus et ceux de la vie de la -sainte Vierge tirés des Évangiles apocryphes[44]. - - [44] Pour compléter les récits de l’Évangile, dès le - IIe siècle on voulut détailler les épisodes de la vie - du Sauveur, et pour donner à ces récits une apparence - plus authentique, on les attribua à tel ou tel apôtre. - On a donné à ces récits le nom d’Évangiles apocryphes. - Dès le IVe siècle l’Église grecque les admit au nombre - des textes sacrés, mais ce n’est qu’à partir du XIe que - les compositions tirées de ces évangiles apparaissent - sur les murs des églises. - -[Illustration: Plan explicatif des mosaïques de Kahrié-Djami. - - MOSAIQUES DU NARTHEX - - PANNEAUX - - A. Anne faisant la prière. - - B. Nativité de la sainte Vierge, la jeune fille berçant l’enfant. - - C. On distribue aux jeunes filles de la laine pour filer le voile - du temple, le sort attribue à Marie la pourpre. - - D. Le grand prêtre donne Marie à Joseph dont le bâton a fleuri. - - E. A gauche, Joseph part pour le travail; à droite, il s’aperçoit - que Marie est enceinte et lui fait des reproches. - - F. Disparu. - - 1. Le grand prêtre repousse les offrandes de Joachim et d’Anne. - - 2. (Disparu.) Probablement Joachim et Anne. - - 3. Joachim au milieu des bergers. - - 4. (Arc.) Joachim et Anne se rencontrent devant la porte dorée et - s’embrassent. - - 5. La Vierge caressée par son père et sa mère. - - 6. Sainte Vierge bénie par les prêtres. - - 7. (Arc.) Sainte Vierge faisant les sept premiers pas. - - 8. (Travée.) Présentation de la Vierge au temple. - - 9. (Arc.) La Vierge demeurant dans le temple, et nourrie par un - ange. - - 10. (Arc.) La Vierge y est instruite (disparu en grande partie). - - 11. (Arc.) Le grand prêtre prie devant l’autel où sont déposés - les bâtons des prétendants à la main de Marie. - - 12. Joseph emmène Marie. - - 13. (Pendentif.) Annonciation au puits. - - EXONARTHEX - - PANNEAUX - - G. A gauche, Joseph averti par un ange; Marie se rend chez - Elisabeth; à droite, Joseph conduit la Vierge à Bethléem. - - H. Le recensement à Bethléem. - - I. Nativité du Christ. - - J. Hérode recevant les trois Mages. - - K. Hérode convoque les grands prêtres et les scribes (détruit en - grande partie). - - L. (Détruit.) Probablement adoration des Mages. - - M. Les Mages retournant chez eux. - - N. Fuite en Égypte. - - O. Hérode ordonne le massacre des innocents. - - P. Massacre des innocents. - - Q. Lamentation des mères. - - R. Elisabeth poursuivie par un soldat se réfugie dans une grotte. - - S. Retour à Nazareth. - - T. Voyage à Jérusalem. - - 14. Jésus au milieu des docteurs. - - 15. Saint-Jean-Baptiste baptisant. - - 16. Jésus vient se faire baptiser. - - 17. Jésus tenté par Satan. - - 18. Noces de Cana. - - 19. Multiplication des pains. - - 20. Jésus et la Samaritaine. - - 21. Guérison du paralytique. - - 22. Guérison de l’hydropique. - - 23. Rinceau, autre guérison de paralytique.] - -Le Christ est figuré au centre sur l’une des coupoles du second -narthex; tout autour, dans les segments concaves qui forment la coupole -sont rangées les images des patriarches et des représentants des tribus -d’Israël. Dans le centre de l’autre coupole, autour de la Vierge, sont -groupés les prophètes et les rois d’Israël. - -On voit dans ces mosaïques toute une série des miracles de -Jésus-Christ. Dans le narthex intérieur: guérison du lépreux, de -l’homme à la main desséchée, la guérison des aveugles. Enfin des -malades, des boiteux, des bossus et des enfants sont rangés autour du -Christ, attendant leur guérison. - -Métochite cite parmi les ouvrages qui décoraient son église les -représentations de la Crucifixion, de la Descente de croix, de -l’Ascension et une quantité d’autres. Mais on ne rencontre plus ces -images, qui devaient orner les places d’honneur de l’église et qui ont -été complètement détruites; il est probable qu’on en -trouvera un jour quelques restes sous l’enduit qui recouvre les murs -et la coupole du sanctuaire même. - -La chapelle latérale est décorée tout entière de fresques représentant -la sainte Vierge, les saints et des scènes empruntées à l’Ancien -Testament. - -On y voit deux grandes arcades sculptées, dont l’une porte une longue -inscription, indiquant que les arcades proviennent du monument -funéraire de Tornikès, haut personnage de l’État, parent par sa mère -de l’empereur Andronic II et de Métochite. Lui aussi s’était retiré -dans ce monastère pour y finir ses jours. Il y fut enseveli. Quand, -avant 1453, une restauration fut entreprise dans le monastère, on -démolit probablement le monument de Tornikès et l’on plaça les arcades -au-dessus des passages s’ouvrant entre l’église et la chapelle latérale -(Parekklesion). - -Les mosaïques de _Kahrié-Djami_ font l’objet de longues discussions -entre les byzantinologues. Plusieurs d’entre eux ont voulu démontrer -que la plus grande partie de ces mosaïques appartenait au XIIe siècle. -D’après M. Kondakof, qui a une grande autorité en la matière, ce sont -seulement les fresques du Parekklesion et les mosaïques représentant -les saints Pierre et Paul, le Christ fondateur, la décoration du second -narthex, qui appartiennent au temps de Métochite, c’est-à-dire au XIVe -siècle. Tout le reste daterait du XIIe siècle. «Mais si haute que soit -l’autorité du savant qui a proposé cette thèse, dit M. Diehl, il ne -paraît point que ses arguments suffisent à l’établir. La différence de -coloris, sur laquelle il s’appuie pour distinguer deux époques, tient -tout simplement à l’insuffisant nettoyage qui a laissé subsister un ton -grisâtre sur certaines mosaïques.» - - -[Illustration: Pl. 22. - - OBÉLISQUE DE THÉODOSE.] - - -Il est vrai que l’ordre dans lequel se succèdent les épisodes, -le système de l’ornementation, la manière de représenter les -personnages et la tonalité des couleurs prouvent que ces compositions -sont l’œuvre d’un même art appartenant à une même époque. D’un autre -côté, il n’y a aucune ressemblance entre les mêmes sujets représentés -par les œuvres authentiques du XIIe siècle et les mosaïques de Chora. -Donc il est plus juste de les attribuer au XIVe siècle. - -Une des causes de la discussion soulevée sur l’origine de ces -mosaïques, est que l’Occident, voulant s’approprier l’honneur de ces -travaux, véritables chefs-d’œuvre, les attribua d’abord aux primitifs -italiens et surtout à Giotto, qui vivait justement à l’époque où ces -mosaïques furent exécutées. Mais au XIVe siècle, il y avait déjà à -Byzance des œuvres authentiques qui témoignent suffisamment de la -capacité des artistes byzantins de ce temps. - -«S’il y a eu contact entre les deux civilisations, continue M. Diehl, -ce n’est point la renaissance de l’époque des Paléologues qui ne doit -rien à l’Occident; c’est plutôt l’Italie qui devrait quelque chose à -l’évolution qui s’accomplit alors dans l’art byzantin.» - -Les mosaïques de Chora sont certainement des œuvres de la dernière -renaissance de l’art byzantin. - - -ÉGLISE DES BLAQUERNES - -Après la grande église de Sainte-Sophie, aucun édifice religieux ne -tient une si grande place dans l’histoire byzantine que celui de la -Vierge des Blaquernes. Cette église était la chapelle de l’Empereur. -C’est là qu’était conservée la sainte image protectrice de Byzance, qui -avait miraculeusement repoussé, à maintes reprises, les ennemis de la -capitale. Les Latins transformèrent cette église en une église latine, -et en enlevèrent plusieurs reliques qui, aujourd’hui encore, font -partie du trésor de Venise. - -Avant la conquête turque, sous le règne de Jean V Paléologue, un -immense incendie la détruisit, ce qui, dit l’historien Phrantzès, fut -considéré comme un sinistre présage. Quatre-vingts ans après la chute -de la ville, Gyllius vit les ruines de l’église encore debout. Il n’en -reste rien aujourd’hui que la source sainte, l’ayasma, abritée sous -un misérable toit. C’est là que trois fois par an le Basileus allait, -après les cérémonies d’usage, se plonger dans la piscine. - -Sous la voûte, existait une image de la sainte Vierge des mains de -laquelle coulait l’eau bénite. Les détails suivants, extraits du livre -des Cérémonies écrit par l’empereur Constantin Porphyrogénète et cités -dans les _Esquisses byzantines_ publiées par M. A. Marrast, sont très -intéressants. - -«Après diverses cérémonies, après avoir adoré la robe de la Vierge, -baisé l’autel, fait maintes stations, l’Empereur gagnait une chambre -haute où les baigneurs officiels lui enlevaient ses vêtements et -lui mettaient le lentium, en présence des seuls eunuques; les gens -à barbe n’étaient pas admis à cette partie de la cérémonie. Alors -l’Empereur était conduit dans la salle même du bain sacré, il y adorait -les Icones, puis entrait dans le natatorium dont le protembataire, -ou chef des baigneurs, avait préalablement béni l’eau; après trois -immersions, le prince sortait du bain et, rhabillé par les chambellans -ou cubiculaires, quittait l’église.» - -[Illustration: Plan de Constantinople, en 1422, par Buondelmonte. - - 1. Porte du palais des Blaquernes. - - 2. Porte de Messi. - - 3. Porte de Pescaria. - - 4. Saint-Georges in Manganis. - - 5. Saint-Démétrius. - - 6. Colonne supportant la statue équestre de Justinien. - - 7. Hippodrome. - - 8. Église du Pantocrator. - - 9. Statue de l’empereur Michel VIII Paléologue à genoux devant la - statue de l’archange Michel. - - 10. Saint Johannis de Petra. - - 11. Palais impérial. - - 12. Saint Marc. - - 13. Porte de Saint Johannis. - - 14. Porte de Lamidi. - - 15. Porte Dorée. - - 16. Saint Johannes studio. - - 17. Saint-Andréas. - - 18. Périblepte. - - 19. Port. - - 20. Condoscale. - - 21. Domus Justiniani «Palais de Justinien». - - 22. Palais Hormisdas. - - 23. Port du Bucoléon. - - 24. Chantier naval. - - 25. Tour de Léandre. - - 26. Tour du Christ.] - -La table suivante indique par ordre alphabétique, les noms des églises -byzantines citées souvent dans l’histoire. Si la plupart de ces églises -ont été transformées en mosquées, au lendemain de la conquête, il ne -faut point voir là un effet de la persécution religieuse; mais les -Byzantins s’étaient retirés dans le faubourg et avaient abandonné ces -monuments; il est donc tout naturel que les Turcs les aient utilisés -comme édifices sacrés, puisque leur religion admet la prière dans tous -les lieux saints. - -L’église de Sainte-Anastasie. Mosquée de _Mehmed-pacha_, à Kadirga, -construite, d’après M. Paspati, au VIIIe siècle, transformée en mosquée -en 1571. - -L’église de Saint-André. Mosquée _Hodja Moustapha pacha_. - -L’église de Sainte-Anne. L’emplacement de cette église, qui se trouvait -près de la porte de Selymbria, n’est pas exactement connu. - -L’église de l’Archange Michel. Bâtie par Justinien II, se trouvait à -Kadirga. - -L’église des Saints-Apôtres. Sur l’emplacement de cette église se -trouve, actuellement, la mosquée du sultan Mehmed II le Conquérant. - -L’église des Blaquernes. - -L’église de Constantin Lips. Mosquée de _Demirdjilar-mesdjidi_. - -L’église de Gastria. _Sandjakdar Mesdjidi_. - -L’église des Saintes Chrysanthe et Euphémie. Sur son emplacement se -trouve aujourd’hui l’église arménienne à _Koum-Kapou_. - -L’église Saint-Démétrius. Sur l’emplacement de l’École de médecine. - -L’église de Saint-Diomède. Cette église doit se trouver, d’après le -Dr Mordtmann, dans un jardin tout près de l’usine à gaz d’éclairage -de _Yedi Koulé_, là où on trouva, il y a une dizaine d’années, deux -colonnes de marbre. - -Monastère de Dius. Près de l’ancienne porte de Jésus, au quartier -actuel _d’Et-Yemez_, consacré comme mosquée par _Mirza Baba_, un des -soldats du conquérant. - -La chapelle de Saint-Emilien. Il faut la chercher près de la porte -actuelle de _Daoud-pacha_. - -L’église de Saint-Eutychius-Christo-Camera, à Psamatia. Elle joua un -rôle important dans les troubles ecclésiastiques pendant le règne -d’Andronic II Paléologue, et était située à l’est du couvent de -Myréléon. - -L’église de Gorgopikoos. C’est encore une petite église grecque du -quartier _Alti Mermer_ (Exokionon). - -L’église de Saint-Jean du Stoudion. Mosquée _d’Emir-Akhor_. - -L’église de Saint-Jean-Baptiste à Petra Paléa. _Kesmé Kaya._ - -L’église de Saint-Jean-Baptiste in Trullo. _Ahmed pacha mesdjidi._ - -L’église de Saint-Jean le Perse. Mosquée de _Hekim oglou Ali pacha_. - -L’église de Saint-Julien. Sur les collines du port Sophien. - -L’église de Kyra Martha. Bâtie par Marie Ducas, sœur de Michel -Paléologue. D’après le Dr Mordtmann, sur l’emplacement de cette église -se trouve actuellement la mosquée de _Chaaban Aga_. Marie Cléopé et -Saint-Jean le Guerrier reposent ici. - -L’église de Kodjouma ou Pantepopte. Mosquée _Eski Imaret_. Elle a servi -d’abord comme _Imaret_ (cantine) aux élèves qui étudiaient dans la -mosquée du Conquérant. - -L’église de Saint-Pierre et Saint-Marc. Mosquée _d’Atik Moustapha -pacha_. Elle possède une petite piscine baptismale, datant de 458. - -Monastère d’Emmanuel. Mosquée _Kéfeli_. - -Monastère de la Pammacaristos. Mosquée _Féthié_, dépendance de -l’ancien monastère de femmes fondé à la fin du XIIIe siècle par -Michel Tarchaniote et Marie Comnène, son épouse. Après la prise de -Constantinople par les Turcs, l’église fut pour quelque temps le -siège du Patriarcat orthodoxe; elle possède encore quelques images en -mosaïque représentant les prophètes et le Christ. - -L’église de la Panachrantos. _Fenari Isa Djamissi_ (inscription -découverte par le Dr Paspati). - -L’église de Saint Pantéleïmon. Cette église, qui se trouvait dans la -IXe région, contenait les reliques de deux saints, Pantéleïmon et -Marius. Elle a été bâtie par Constantin le Grand sous le nom de Homona. - -L’église du Pantepopte. Fondée par la mère d’Alexis Ier Comnène, vers -le commencement du XIIe siècle, transformée en hospice et puis en -mosquée, _Eski Imaret Djami_. - -L’église de la Peribleptos. Église arménienne à Soulou Monastir dans -l’ancien quartier appelé Heleniana. - -L’église du Pantocrator. Cette église, _Zeïrek-Klissé Djamissi_, -fut bâtie en 1125 par Irène, épouse de Jean Comnène. Le tombeau de -l’empereur se trouve dans une crypte à côté des sépultures d’autres -Comnènes. C’est dans cette église que fut aussi inhumée Berthe, qui -avait pris le nom d’Irène et qui était épouse de Manuel, fille du comte -allemand de Sulzbach et belle-sœur de l’empereur Conrad. Cette église -ayant été endommagée par les tremblements de terre, fut reconstruite et -transformée en mosquée (_Zeïrek-Djami_). L’édifice se compose de trois -églises contiguës. - -L’église Saint-Philippe. _Denis Abdal_ près de _Top-Kapou_. - -L’église des Quarante Martyrs. Près de _Saradjhané-Bachi_ (ancien -Philadelphium). - -L’église de Saint-Romain. Il est probable que sur son emplacement -se trouve aujourd’hui le _Monastir Mesdjidi_ auprès de la porte -Saint-Romain, _Top-Kapou_. - -L’église des Saints-Serge et Bacchus. Mosquée _Kutchuk Aya Sophia_ -(petite Sainte-Sophie). - -L’église de Saint-Théodore Tiron. _Klissé Djamissi._ Construite vers le -XIe siècle. - -L’église de Sainte-Théodosie. _Gul Djami._ Elle a servi d’abord de -dépôt pour les matériaux de l’arsenal. Ce n’est que sous Selim III -qu’elle fut transformée en mosquée. - -L’église Théotocos au quartier de Sigma. - -L’église de tous les Saints. Près des Saints-Apôtres. - -L’église de la Sainte-Vierge. Mosquée de _Kalender_. - -L’église de Saint-Thomas apôtre. Se trouvait à l’extrémité occidentale -du port Sophien. - -[Illustration: L’église de Saint-Théodore de Tyron. _Klissé Djamissi._] - -L’église du Christ Miséricordieux. Construite par Alexis Comnène, près -du couvent Saint-Georges des Manganes. - -L’église de Saint-Georges des Manganes. Couvent qui se trouvait sur -la pente méridionale du rocher de l’Acropole où était le Cynegion, -construit par Irène, et qui servait jadis de lieu de spectacle. - -L’église de Saint-Lazare (Topoïs). Sanctuaire de la Sainte-Vierge -Hodigitria. Elle se trouvait dans la plaine qui s’étendait depuis le -Cynégion jusqu’au Tzycanisterion. - - -III.--LES PALAIS BYZANTINS - - -PALAIS IMPÉRIAL - -Il ne nous reste plus que quelques ruines de ces palais byzantins dans -lesquels étaient accumulées des richesses considérables et qui furent -le théâtre des faits les plus fantastiques et les plus extraordinaires -que l’histoire ait peut-être jamais mentionnés. - -Parmi ces palais, il faut citer d’abord le grand palais impérial qui -s’étendait, d’après M. Labarte, sur un immense emplacement occupant une -surface de 400.000 mètres carrés à côté de Sainte-Sophie. Construit -d’abord par Constantin, probablement sur le modèle du palais de -Spalato, il a été embelli et agrandi par les empereurs Justinien, -Théophile, Basile le Macédonien. Dans ce palais, au IXe et au Xe -siècle, la splendeur de la décoration byzantine brillait de tout son -éclat. - -M. Labarte, en s’aidant des auteurs anciens, est parvenu à reconstituer -ce palais dont les ruines mêmes ont disparu. Dans son ouvrage -classique, M. Labarte nous en donne la description détaillée. «Le -Kremlin, dit-il, peut seul en donner une faible idée. Il se composait -de sept péristyles ou vestibules, huit cours intérieures, quatre -églises, neuf chapelles, neuf oratoires ou baptistères, quatre salles -des gardes, trois grandes galeries, cinq salles d’audience et de -réception, trois salles pour les repas, dix appartements réservés à -l’habitation particulière des princes, sept galeries secondaires, trois -allées destinées à relier entre elles les diverses parties du palais, -une bibliothèque, une salle d’armes, des terrasses à ciel ouvert, un -manège, deux bains, huit palais particuliers au milieu des jardins et -un port.» - - -[Illustration: Pl. 23. - - COLONNE DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE.] - - -[Illustration: - - GRAND PALAIS - DE CONSTANTINOPLE, - au Xe Siècle. - - _d’après J. Labarte_] - -Toutes les pièces étaient disposées de façon que l’Empereur, sans -sortir de chez lui, pût assister aux offices, aux réceptions des -grands personnages dans les salles d’apparat, et même aux jeux de -l’hippodrome, dans le Kathisma, qui se trouvait en communication avec -le palais. La salle d’audience, le trône, le triclinium, toutes ces -pièces étaient décorées de sujets profanes ou de scènes religieuses -et légendaires. Comme dans toutes les cérémonies officielles, on -attachait une grande importance à la richesse et aux attributs de -l’ornementation, chaque pièce avait reçu une décoration spéciale -répondant à sa destination particulière. Au lieu d’avoir, comme les -palais modernes, une façade monumentale, le palais impérial était -composé d’une multitude de petits bâtiments portant les noms suivants: -triclinium (salle à trois lits ou salle à manger, pouvant aussi -comprendre plusieurs pièces); Coubouclion (cubiculum) corps de logis -formant un appartement de grande importance; Coiton (chambre à coucher -appelée aussi Métatorion); Diabatica (galerie servant de communication -entre les différentes parties du palais); Phiale (emplacement à ciel -ouvert, dallé de marbre et ayant souvent en son milieu un bassin ou une -fontaine); Péripatos (galeries ouvertes), etc... - -Le palais se divisait en trois parties principales: la Chalcé, Daphné -et le palais sacré. - -La Chalcé comprenait toute une série de pièces. On accédait au palais -du côté de l’Augustéon par la porte en fer qui ouvrait sur un des -vestibules de la Chalcé. Ce vestibule, couvert de tuiles en bronze -doré, se composait d’une cour en forme d’hémicycle surmontée d’une -voûte en cul-de-four faisant face à l’entrée d’un bâtiment carré à -coupole tout orné de mosaïques. - -On comptait dans la Chalcé trois salles des gardes, les noumera, -les courtines, les tricliniums des scolaires, des excubiteurs, des -candidats, en enfilade. Venaient ensuite une salle de justice, -(tribunal de Lychnos), une salle de réception, une salle à manger -d’apparat, le grand consistorium et plusieurs édifices religieux -(l’oratoire du Sauveur et la chapelle des Saints-Apôtres). Le grand -consistoire était convoqué dans la salle de réception. Trois portes -en ivoire y donnaient accès. Au fond de la salle, un des trônes de -l’Empereur était dressé sur une estrade. - -Entre la Chalcé et Daphné se trouvait le triclinium (salle à manger à -dix-neufs lits), où se donnaient les banquets officiels. Cette salle -était précédée d’une cour ou atrium, puis d’un portique formant porche. -Elle était divisée en deux; une partie était réservée aux invités, et -l’autre à l’Empereur. Toutes deux étaient éclairées par le haut. La -première pouvait contenir trois cents convives. Aux grands jours de -fête, par exemple à Noël, on y mangeait, couché à la mode antique. -D’après le récit de Luitprand, évêque de Crémone, qui assista en 943 -à un des festins donné dans ce palais, on y mangeait, à demi couché, -le service étant fait uniquement dans de la vaisselle d’or; les -fruits étaient servis dans de grands vases en or qui, à cause de leur -poids, étaient transportés sur des chariots couverts de pourpre. On -les enlevait au moyen d’une poulie établie au plafond, sur laquelle -roulaient trois cordes enveloppées de peau dorée. Les bouts des cordes -étaient munis d’anneaux en or engagés dans les anses des vases; -plusieurs serviteurs placés en bas étaient chargés de faire fonctionner -ces appareils pour le service de la table. - -La partie du palais appelée Daphné commençait par une grande galerie -couverte, précédée d’un porche à arcades qui conduisait à une salle -octogone. Cette partie du palais comprenait plusieurs édifices -religieux et des salles pour les réunions officielles. Une galerie -courant sur les étages supérieurs menait à un petit palais occupant la -place d’honneur de l’hippodrome. Cet édifice contenait plusieurs pièces -et l’Empereur y revêtait son costume officiel avant d’entrer dans sa -loge pour assister aux jeux. Les fonctionnaires qui se rendaient au -palais laissaient leurs chaises à porteurs et leurs chevaux dans un -manège spécialement disposé à cet effet dans les dépendances. - -Le palais sacré comprenait le palais impérial proprement dit, contenant -dans son enceinte le péristyle du Sigma, le Triconque, et différents -appartements privés de l’Empereur. - -A l’entrée du palais sacré, se trouvait un vaste atrium ou Sigma qui -avait la forme de la lettre grecque appelée Sigma. C’est là que les -courtisans et les hauts fonctionnaires attendaient l’Empereur. Au -centre de cet atrium, était placé un bassin aux bords d’argent, au -milieu duquel se trouvait un vase d’or en forme de coquille. Ce vase -était rempli des fruits les plus rares où puisaient les invités. - -Après l’atrium, on entrait dans un péristyle formé de quinze colonnes -en marbre de Phrygie. Au centre, s’élevait un dôme soutenu par quatre -colonnes en marbre vert dominant le trône où l’Empereur s’asseyait -pendant les fêtes. - -On y trouvait aussi un palais à deux étages, construit par Théophile au -IXe siècle sur le modèle du palais du khalife de Bagdad. - -Une des parties les plus intéressantes du palais sacré était le -Chrysotriclinium (triclinium d’or), bâti par l’empereur Justin II le -Curopalate, embelli ensuite par Tibère son successeur. C’était une -salle octogonale couverte d’une coupole à seize fenêtres; sur les -huit côtés se trouvaient huit absides qui communiquaient entre elles. -Celle qui était en face de l’entrée était fermée par deux portes -argentées, sur lesquelles étaient figurées les images de Jésus-Christ -et de la sainte Vierge. Pendant les réceptions, ces portes restaient -d’abord closes, tandis que la foule entrait dans la salle. Une fois le -calme rétabli, elles s’ouvraient, et on voyait, au fond de l’abside, -l’Empereur vêtu d’un manteau de pourpre orné de pierres précieuses, -ayant à hauteur de sa tête l’image du Sauveur et entouré de toutes -sortes d’objets précieux. La foule se prosternait de suite devant -l’Empereur pour lui rendre hommage. Tout était calculé pour donner à -ces réceptions un aspect féérique. Toutes les grandes cérémonies telles -que le couronnement, le mariage impérial et les réceptions officielles -se faisaient dans cette splendide salle de fête. Ces cérémonies avaient -beaucoup de ressemblance avec celles des Persans: «La salle du trône, -dit M. Gayet, ouvrait directement sur la cour du palais, sans qu’aucune -barrière en interceptât l’entrée: un rideau immense dérobait seul le -monarque aux regards de ses sujets. Lorsqu’il daignait se montrer à eux -et prenait place sur l’estrade, entouré des princes du sang, des -ministres, des courtisans et de la garde, le voile se levait soudain à -un signal donné. Le Roi des rois surgissait alors dans le cadre d’un -luxe inoubliable.» - - -[Illustration: Pl. 24. - - COLONNE DE THÉODOSE.--Bas-reliefs du piédestal.] - - -Derrière cette salle, s’étendaient les nombreux appartements privés de -l’Empereur, orientés de façon à être aussi confortables en été qu’en -hiver. - -Constantin Porphyrogénète, décrivant une de ces salles du palais nommé -Cenourgion, bâti par Basile le Macédonien, raconte qu’elle était -soutenue par 16 colonnes dont 8 en marbre vert et 6 en onychite, ornées -de rameaux de vignes qui s’entrelaçaient au fût et de différentes -figures d’animaux. Deux autres colonnes, également en onychite, -portaient des cannelures en spirales. La partie supérieure au-dessus -des colonnes jusqu’à la voûte était ornée de mosaïques sur fond d’or. -On y voyait Basile entouré de guerriers qui lui présentaient les clefs -des villes conquises. A la naissance de la coupole, une large corniche -formait une galerie à balustrade qui faisait le tour de la salle. Un -lustre était suspendu au centre. - -L’appartement d’été de l’empereur Théophile se composait d’un -rez-de-chaussée et d’un premier étage comprenant une chambre à coucher -et un salon. Un chroniqueur de l’époque nous donne d’assez nombreux -détails sur la décoration d’une chambre à coucher impériale: «Le pavage -est en mosaïque, au centre s’étale un paon enfermé dans un cercle de -marbre. De ce cercle partent des rayons qui vont aboutir à un autre -cercle, plus grand, en dehors duquel sont des marbres verts imitant -des fleuves. Dans chaque coin se trouvent appliqués des aigles en -mosaïque faits de petits cubes de différentes couleurs. Les parois de -la pièce sont ornées de plaques de verre polychrome. Une bande d’or -sépare les mosaïques qui ornent la partie supérieure des parois, sur -lesquelles se détachent sur fond d’or les figures de Basile et de -sa femme Eudoxie. Tous deux sont assis sur des trônes et portent les -couronnes et les costumes impériaux. Sur les autres murs de la pièce -sont représentés leurs enfants vêtus du même costume, et tenant entre -les mains des livres de piété. Le plafond resplendissant d’or porte au -milieu le signe victorieux de la croix en verres de couleur; tout près, -se trouvent encore les images de l’Empereur, de l’Impératrice et de -leurs enfants, levant tous la main vers la croix.» - -Cet immense palais, habité si longtemps par les empereurs byzantins, -fut abandonné vers le XIIe siècle, quand leurs successeurs allèrent -résider au palais des Blaquernes. - -Bien avant la prise de Constantinople par les Turcs, ce palais -menaçait déjà ruine et ses débris étaient utilisés pour de nouvelles -constructions. Buondelmonte, qui visita la capitale trente ans avant la -conquête, n’avait plus rien trouvé sur l’emplacement de ce grand palais -que quelques pierres provenant des ruines. Et quand Pierre Gylles -visita Constantinople, il ne vit sur son emplacement que quelques -traces de ruines[45]. - - [45] Banduri. _Topogr. Constantin._ - - -PALAIS DE BOUCOLÉON - -Ce palais se trouve sur les bords de la Propontide, dans l’enceinte du -grand palais byzantin. Il a été appelé d’abord château de Hormisdas, -du nom d’un prince sassanide qui s’était réfugié à Constantinople et -avait habité ce palais au temps de Constantin. Il fut reconstruit -par Justinien et, plus tard, agrandi et embelli par Constantin -Porphyrogénète[46] qui y ajouta des statues et un groupe d’animaux -sculptés en pierre, un lion luttant avec un bœuf. - - [46] Constantin Porphyrogénète--_Vie de Basile._ - -Il paraît que de là vient son nom de Boucoléon[47]. Tout près de ce -palais se trouvait un port appelé du même nom. Nicéphore Phocas qui -habitait presque toujours ce palais où il fut tué par Jean Tzimizès son -rival, l’avait fortifié en l’entourant de murs. - - [47] Bous (Bœuf), Léon (lion). Il nous paraît plus - vraisemblable de croire que l’étymologie du mot de - boucoléon vient de _bucca leonis_, entrée des lions, - parce que ce port avait à son entrée des statues de - lions. - - -PALAIS DE LA MAGNAURE - -Le triclinium de la Magnaure ou Magna-aula (magna, grande, aula, -cour) se trouvait au nord du palais impérial entre la Chalcé et -Sainte-Sophie; les Empereurs y donnaient audience aux ambassadeurs. -Ce triclinium, bâti par Constantin, n’était qu’une basilique à nef -centrale et à bas côtés. Au fond, sur une estrade qui occupait toute -la largeur de l’édifice et qui recouvrait un hémicycle, se trouvait le -trône impérial. De chaque côté de l’abside, deux colonnes soutenaient -des draperies et des rideaux. Au-dessus du bas côté s’élevaient les -galeries réservées aux dames de la cour. Au pied de l’estrade, on -apercevait deux lions artificiels dressés sur leurs pattes et qui -poussaient des rugissements comme des lions vivants. Sur des arbres -d’or, des oiseaux de toutes sortes, artistement imités et perchés sur -les branches, faisaient retentir la salle de leurs chants joyeux. - -Pour donner plus de vie à cette scène du passé, il faut écouter -Luitprand, envoyé extraordinaire du roi d’Italie à la cour de Byzance, -au Xe siècle. «L’Empereur, dit-il, étant assis sur son trône, des lions -automatiques commencent à rugir, les oiseaux chantent. Je me prosterne -devant lui, et, après être resté quelque temps dans cette position, -selon le cérémonial, je lève les yeux et aperçois l’Empereur enlevé par -une machine à une hauteur considérable.» - - -Sur l’emplacement du palais de la Magnaure, se trouve actuellement le -ministère de la Justice, qui dernièrement devint le siège du Parlement, -et devait primitivement servir d’université, mais il ne fut jamais -affecté à cette destination. En creusant les fondations de cet édifice -en 1847, on trouva, à une profondeur de trois mètres, l’ancien pavé et -la base de la célèbre statue argentée d’Eudoxie la Gauloise, objet de -la haine de Chrysostome. Elle portait l’inscription suivante en langue -grecque: «Voici la statue argentée où les souverains président aux -tribunaux de la capitale[48].» A côté de ce palais se trouvait le Sénat -ou basilique. Un portique orné de six grandes colonnes de marbre blanc -s’ouvrait, d’après M. Labarte, sur le forum Augustéon. - - [48] Cette base est conservée au Musée. - - -PALAIS DES BLAQUERNES - -Lorsque Théodose II avait construit la grande muraille pour agrandir -la ville, le quartier des Blaquernes, qui était situé à l’extrémité -nord-ouest de la ville, près de la Corne d’Or, et qui renfermait alors -l’église de ce nom ainsi qu’une résidence impériale, ne fut pas compris -dans l’enceinte des murs. Ce n’est que deux siècles plus tard que -l’empereur Héraclius fit construire de nouveaux remparts devant les -Blaquernes, qui, devenus très peuplés, avaient besoin d’être protégés -contre les attaques ennemies. D’après M. Schlumberger, la partie des -murs théodosiens restés en arrière des nouveaux murs et qui étaient -devenus inutiles furent détruits. Le palais qui se trouvait dans ce -quartier avait été bâti d’abord par Anastase (491-518). Il servit -pendant plusieurs siècles de maison de plaisance aux Empereurs. Puis -il s’étendit et couvrit de ses nombreux bâtiments un espace de 300.000 -mètres carrés (l’espace compris entre _Egri-Kapou_ et l’Ayasma des -Blaquernes). - -C’est Manuel Comnène Ier qui, négligeant complètement le grand palais, -élut pour résidence le palais des Blaquernes (1143). - - -[Illustration: Pl. 25. - - COLONNE DE CONSTANTIN ET MESÈ. - - ANCIENNE RUE DE «MESÈ» ET COLONNE DE CONSTANTIN AU Xe SIÈCLE. - (D’après la restitution de l’auteur.)] - - -L’enceinte fortifiée du palais comprenait de vastes jardins, des cours -à portiques, différentes habitations pour le Basileus, sa famille, ses -grands officiers et ses gardes, des églises, des chapelles et d’autres -édifices religieux. Le Portique carien, érigé par l’empereur Maurice -en 586 et dont on retrouve actuellement les substructions à l’est de -la porte d’_Eïvan Seraï_, consistait en une cour entourée de portiques -et qui conduisait au palais. L’ensemble de ces monuments formait un -quartier que les historiens grecs appelaient palais au toit doré. -Actuellement on ne voit plus que la portion de l’enceinte commune à la -grande muraille de la ville, et quelques pans de murs ensevelis sous -terre. - -Le terrain étant disposé suivant des pentes très abruptes, d’immenses -voûtes et des murailles épaisses durent être construites pour supporter -les nombreuses terrasses dont on reconnaît parfaitement aujourd’hui -les ruines. Ces terrassements dominaient une vallée assez profonde qui -existe encore. - -Une partie du palais était adossée à la grande muraille sur laquelle -s’ouvraient des fenêtres et des balcons dominant la campagne. C’est -dans ce palais qu’Isaac l’Ange, en 1204, reçut les croisés. Ces -derniers furent émerveillés de la splendeur des jardins, de l’ampleur -des voûtes, et de la magnificence des parois toutes tapissées de -mosaïques à fond d’or, des cours pavées de marbre précieux, des -ruisseaux d’eau courante coulant dans des canaux d’albâtre. Les -seigneurs Francs, quand ils furent reçus dans ce palais par Alexis, -furent éblouis par les richesses prodigieuses étalées non sans -intention: la vaisselle d’or, les innombrables vêtements de cérémonies, -les étoffes brodées de soie. - -[Illustration: - - Palais des Blachernes - d’après A. van Milligen.] - -Les empereurs latins de Constantinople habitèrent aussi ce palais et -y tinrent leur cour. Nicéphore Grégoras et Pachymère racontent que -Michel Paléologue, après avoir reconquis Byzance, dut aller demeurer au -grand palais, les Blaquernes étant dans le plus affreux délabrement, -toutes noircies de fumée et pleines d’immondices et d’ordures. Après -sa réparation, le palais des Blaquernes redevint et resta l’unique -résidence des Paléologues jusqu’à la chute de Constantinople. - -Ce qui subsiste aujourd’hui des fondations montre suffisamment -l’étendue occupée par ce palais, dont les proportions et la -magnificence ont toujours fait l’admiration des historiens. - -Pulchérie, épouse de Marcien, y avait fait construire la célèbre église -des Blaquernes. Cette église touchait au mur du palais même et sa porte -ouvrait dans l’enceinte du palais. - -«La porte de l’enceinte de l’église des Blaquernes, dit M. -Schlumberger, vaudrait bien comme intérêt l’escalier de Versailles! -Aujourd’hui, c’est l’Empereur en litière, entouré, tantôt de ses -fameux Vaerings, tantôt d’un cortège d’eunuques ou d’une longue chaîne -de prêtres et de caloyers, jetant un regard inquiet sur la foule des -dignitaires où il cherche à tout instant le meurtrier de l’heure qui -vient et le successeur heureux qui fera jeter au cirque son cadavre -mutilé; demain c’est le patriarche à la longue barbe blanche, qui -accourt tremblant sous ses vêtements d’or; il sait qu’un basileus tout -enfiévré d’un sombre esprit théologique l’a fait mander au palais pour -lui donner le choix entre l’option d’une hérésie qui damnera son âme -ou l’exil mortel sur quelque affreux rocher de Marmara. Aujourd’hui -ce sont des princesses, mères, femmes ou filles de quelque empereur -assassiné ou déposé, qu’on entraîne à la hâte vers l’église pour raser -leur chevelure, arracher leur tunique de pourpre brodée de perles et -les jeter ensuite, sous la robe brune des religieuses, dans quelque -couvent devenu leur demeure pour le reste de leurs jours.» - -Près du palais on avait construit un cirque qui servait à l’amusement -des Empereurs. Non loin de là, on voit encore aujourd’hui deux grandes -tours, la tour d’Isaac l’Ange et la tour d’Anémas. La tour d’Isaac -l’Ange fut construite en 1188 pour servir de défense au palais des -Blaquernes qui se trouve derrière elle. On y pénétrait par la cour du -palais impérial. Un des murs de la tour d’Isaac l’Ange était percé -de trois fenêtres cintrées. Au-dessus de ces fenêtres, une rangée de -pierres saillantes semble avoir dû porter un balcon disparu. Les trois -autres murs n’ont chacun qu’une fenêtre; celle du côté sud sert de -communication entre la plate-forme des murs et l’intérieur de la tour. -Celle du côté du port conduit sur le toit de la tour basse d’Anémas, -ainsi nommée d’après Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut -enfermé sous Alexis Comnène. Ces tours furent plus tard reliées entre -elles intérieurement. - -[Illustration: - - PRISONS D’ANÉMAS - (D’après Van Millingen: _Byzantine Constantinople_.)] - -Sous la tour d’Anémas se trouvent les fameuses prisons d’Anémas -découvertes dernièrement par le Dr Paspati. Ces prisons, très -curieuses, sont dans un meilleur état de conservation que d’autres -cachots similaires; mais la visite en est rendue très dangereuse par -les cavités dans lesquelles on risque de se précipiter. Outre ce danger -réel, les ordures jetées par les habitants des quartiers voisins -rendent l’abord de la place des plus désagréables. - -On y accède par une petite ouverture cintrée percée dans un pan de mur -au pied de la tour d’Anémas. Un passage de dix mètres de long, très -bas et très étroit, conduit à une petite salle voûtée, humide et qui -ne reçoit par cette même entrée qu’une faible lumière. En passant à -droite par une petite ouverture, on arrive à une autre salle faiblement -éclairée par un trou pratiqué dans la voûte. Sur le passage s’ouvre -un puits béant qui coupe le cachot dans toute sa largeur. En face de -l’entrée, un autre passage menant à droite communique avec une autre -galerie. - -On monte par un escalier à l’étage supérieur de la tour, où se trouve -une salle mesurant 7 mètres de haut sur 12 mètres de long et 10 mètres -de large. Elle ne prend jour que par un mince filet de lumière passant -par un trou pratiqué dans une fenêtre cintrée. On peut alors voir le -trou rond qui éclaire l’étage inférieur. L’escalier continue jusqu’au -sommet de la tour. Dans la petite salle d’entrée, une ouverture à -gauche conduisait aux cellules des prisonniers. Aujourd’hui, on -n’aperçoit qu’un grand bâtiment d’une soixantaine de mètres de -longueur, plein de décombres. Jadis cette grande salle était divisée -en deux étages, contenant chacun une enfilade de petites chambres -séparées les unes des autres par des murs de 1m, 50, percés de grandes -ouvertures cintrées. Un corridor de 1m, 75 de large courait tout le -long des chambres. - - -PALAIS DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE - -Ce palais, appelé aussi palais de Bélisaire[49], ou palais de -l’Hebdomon et nommé _Tekfour Serail_ par les Turcs, se trouve enclavé -dans les murs de Théodose. D’après Gyllius, il faisait partie du palais -de Constantin à l’Hebdomon hors des murs. Le nom d’«Hebdomon» lui -venait du septième quartier des auxiliaires Goths qui, en leur qualité -d’ariens, campaient hors des murs sur l’emplacement qu’on appelait -Hebdomon. Ce palais, restauré par Justinien, a été appelé aussi -_Palatium Justiniani_. - - [49] Dans le plan de Melling, dessiné en 1815, nous - voyons les ruines d’un autre palais de Bélisaire à côté - du forum de Constantin, là où se trouve actuellement - l’imprimerie Osman bey. - -Le Dr Mordtmann et M. Van Millingen[50], dans leurs travaux sur -l’archéologie byzantine, cherchent à démontrer que le palais -appelé aujourd’hui _Tekfour Serail_ n’est qu’une partie du palais -des Blaquernes. Le Dr Mordtmann veut prouver, en se basant sur la -manière dont cet édifice est construit, qu’il existait déjà au temps -de Théodose et qu’il formait la partie supérieure du palais des -Blaquernes. Il est certain en tout cas que de fausses suppositions -l’ont fait prendre pour le palais de l’Hebdomon. - - [50] Van Millingen, _Byzantine Constantinople_. - -C’est un bâtiment rectangulaire où les briques alternent avec des blocs -de marbre blanc et jaune. Les murs indiquent clairement qu’il était -composé de trois étages et que l’étage supérieur dépassait la hauteur -des murailles. Le rez-de-chaussée comprenait une salle voûtée de 17 -mètres de longueur, soutenue par deux rangées de colonnes. La façade -nord des bâtiments repose sur quatre arceaux séparés par un pilier -carré. - -Le premier étage consistait en une grande salle rectangulaire dont -il est assez difficile aujourd’hui de reconstituer exactement les -divisions intérieures. Des six fenêtres cintrées qui éclairent cet -étage, quatre correspondent aux arcades de l’étage inférieur. Au second -étage, se trouve une grande salle semblable, éclairée sur toutes ses -faces par des fenêtres cintrées. - -A l’est, au-dessous des trois fenêtres en plein cintre, un balcon -supporté par deux arceaux formait saillie. - -Le palais continuait le long des murs vers le nord. Il était précédé -d’une cour formant atrium, orné de propylées soutenus par dix grandes -colonnes. Le toit reposait sur une corniche en marbre sculpté. - -Outre le grand palais sacré, le palais des Blaquernes et ceux sur -lesquels nous venons de donner quelques détails, on peut citer une -série de palais appartenant aux différents siècles, tels que le palais -de l’impératrice Sophie, le palais d’Eleuthère, le palais Valentinien, -le palais de Bonus, le palais de Jucundiana, le palais de Justinien, -le palais de Kalaman, le palais de Pighi, le Philopation, le palais -Placidien, Saint-Mamas, le palais d’Arcadius, le palais de Toxaros, etc. - -Le palais de l’impératrice Sophie qui se trouvait près du port Sophien -fut remplacé par le palais d’_Esma Sultane_. Le palais de Valentinien a -été construit par l’empereur Valentinien pour ses filles. L’emplacement -de ce palais est aujourd’hui occupé par les bâtiments de _Mechichat_ -(Cheïhuslamat). Le palais de Bonus, construit par Romain II Lécapène, -se trouvait sur la colline où est située actuellement la mosquée de -_Sultan Selim_. L’Empereur venait y passer la nuit pour assister le -lendemain à la messe des Saints Apôtres. Le palais Kalaman se trouvait -dans le quartier des Génois. - - -HIPPODROME - -L’hippodrome, où se déroulèrent tant d’événements historiques, où -30.000 hommes périrent pendant la révolte de Nika, occupait la grande -place appelée aujourd’hui _At Meïdan_, c’est-à-dire place aux chevaux. -Il s’étendait en outre sur une partie de l’emplacement de la mosquée -d’Ahmed, et sur le terrain où s’élèvent actuellement l’école des Arts -et Métiers et les nouveaux bâtiments du ministère des Mines et Forêts. -Son axe est indiqué par l’obélisque, la colonne serpentine et la -colonne murée qui existent encore. - -L’hippodrome a été construit d’abord par Septime-Sévère, sur le modèle -du Circus Maximus de Rome. Constantin y ajouta les degrés, la sphendonè -et les tribunes, et orna les portiques de statues. Cet édifice fut -modifié plusieurs fois au cours des siècles. - -L’hippodrome qui avait 370 mètres de long sur 180 de large pouvait -contenir 100.000 personnes[51]. Outre les petites portes, qui -conduisaient aux gradins, quatre portes monumentales s’ouvraient aux -extrémités des côtés latéraux. - - [51] Selon Gylles la longueur de l’hippodrome était de - deux stades (370 mètres). - -Du côté sud, le terrain s’inclinait vers la mer; cette partie de la -piste de l’hippodrome fut exhaussée par des soubassements composés de -hauts murs voûtés. Elle formait la partie hémisphérique de l’hippodrome -qui s’appelait sphendonè. - - -[Illustration: Pl. 26. - - COLONNE SERPENTINE. - - AQUEDUC DE VALENS.] - - -Du côté de Sainte-Sophie, s’élevait un bâtiment rectangulaire -comprenant la tribune impériale et les loges des grands dignitaires -et des sénateurs, et qu’on appelait _Kathisma_[52]; il n’avait aucune -communication avec l’arène ni avec les gradins du cirque. L’Empereur -y arrivait directement du palais. Au-dessous de la loge impériale, -se trouvait, sur une terrasse en forme de balcon garni de colonnes, -une autre tribune, réservée aux gardes de l’Empereur; elle était -appelée le Pi, à cause de sa forme qui rappelait la lettre grecque π. -Deux escaliers faisaient communiquer cette terrasse avec la tribune -impériale. - - [52] Aujourd’hui, sur l’emplacement de l’ancien - Kathisma, se trouve la fontaine érigée par Guillaume - II, empereur d’Allemagne. - -Aux grandes fêtes, les musiciens jouaient sur cette plate-forme. -Au-dessous du Pi, à droite et à gauche, étaient les portiques par où -les chars entraient dans le cirque. Ces loges, qui avaient à Rome le -nom de Carceres, étaient appelées à Constantinople Manganon. - -Au-dessus de la loge impériale s’élevait une tour ornée de quatre -chevaux de bronze, œuvre de Lysippe de Chio, et que, d’après une -légende, Théodose avait enlevés à l’île de Chio; une autre légende -voulait qu’on les eût apportés de Corinthe à Rome et de Rome à -Byzance[53]. - - [53] Pendant la quatrième croisade on expédia les - chevaux à Venise; Bonaparte les fit placer sur l’arc - de triomphe du Carrousel à Paris. Mais en 1814 ils - furent de nouveau transportés à Venise où ils ornent - maintenant le portail de Saint-Marc. - -Le Kathisma comprenait une salle à manger, une salle de réception et -plusieurs pièces où l’Empereur recevait les hauts fonctionnaires avant -les fêtes et donnait des repas, car les jeux de l’hippodrome formaient -une partie intégrante de la vie publique. L’Empereur devait avoir dans -le cirque des appartements privés pour revêtir les habits officiels -avant d’entrer dans sa loge et enfin pour se reposer pendant les jeux, -qui duraient parfois toute une journée. - -Le Kathisma communiquait avec l’église Saint-Etienne, dont plusieurs -fenêtres s’ouvraient sur l’hippodrome. D’après Labarte, les dames de -la cour, qui ne siégeaient pas avec les hommes pendant les cérémonies -publiques, pouvaient assister aux jeux du haut de ces fenêtres. C’est -dans cette église que Léon l’Arménien fut assassiné et transporté -ensuite à l’hippodrome. M. Millet et plusieurs archéologues russes, se -basant sur les événements qui se déroulèrent au temps de Théodose II, -veulent montrer que la tribune impériale ne se trouvait pas au centre -du Kathisma, mais à son extrémité orientale, c’est-à-dire à la partie -contiguë au palais. Peut-être les Empereurs avaient-ils choisi cette -place pour avoir une meilleure vue sur la piste de l’hippodrome. Mais -il n’en est pas moins vrai qu’une tribune officielle existait au centre -du palais de Kathisma. - -Les spectateurs étaient assis sur les gradins qui se continuaient -en forme d’amphithéâtre. Sur le sommet de ces gradins existait un -promenoir à colonnades, orné de statues. - -Pour protéger les spectateurs contre les bêtes fauves et pour empêcher -les discussions souvent violentes des partis adverses, l’arène était -séparée des gradins par un fossé. Les jeux des bêtes fauves ayant été -remplacés un peu plus tard par des courses de chars, par des luttes et -des combats, ce fossé fut supprimé, mais on construisit un mur pour -empêcher les bleus de se jeter sur les verts et réciproquement. - -Dans l’axe longitudinal du cirque s’élevait une terrasse longue et -étroite appelée «Spina» et sur laquelle on avait disposé divers -monuments et statues, la colonne de Théodose (obélisque), la colonne -murée, la colonne serpentine, qui portait autrefois le célèbre -trépied de Delphes; toutes ces colonnes étaient alignées dans la même -direction. Parmi les statues en bronze ou en marbre, on remarquait -un homme luttant avec un lion, un taureau mourant, l’Hercule colossal -de Lysippe, un loup combattant une hyène, un cheval indompté, un -aigle enlevant un serpent, Adam et Ève, Hélène inspirant l’amour aux -guerriers, les statues des empereurs Gratien, Valentinien, Théodose, -celles des conducteurs de chars couronnés, et la fameuse statue à trois -têtes, dont Jean (Yanis) l’Iconoclaste fit abattre les têtes. - -Au centre d’un bassin se dressait, au haut d’une colonne, la statue -de l’impératrice Irène. «Les statues de Gratien, de Valentinien, de -Théodose, dit M. Dethier, étaient à cheval, à pied; c’est au choix -d’un interprète hardi. Je m’étonne que même M. Labarte ait eu la bonne -volonté d’y trouver une statue équestre d’un Théodose (p. 53), mais -toujours se garde-t-il d’affirmer que c’est Théodose Ier. D’ailleurs -ces statues étaient très petites et ornaient les gradins des bancs de -l’hippodrome.» - -Sur toute l’étendue de l’hippodrome une grande tente (velum) doublée de -pourpre était tendue pour protéger les spectateurs contre les ardeurs -du soleil. Tout Byzance affluait sous cette tente, et sur les gradins -se pressaient des hommes de toutes races, aux costumes les plus divers, -bigarrés de toutes les couleurs. - -Dans la suite, les jeux de l’hippodrome se firent plus rares et l’on ne -donnait plus de représentations qu’aux jours de grande fête. - -Après la conquête latine, l’hippodrome fut complètement abandonné. Tous -les objets précieux qui l’ornaient furent détruits; plusieurs statues, -entre autres celles de l’Hercule en bronze, envoyées à la fonte et -l’on en fit de la monnaie. Comme on peut le voir d’après les anciens -plans de la ville, antérieurs à la conquête ottomane, il n’existait -plus rien alors de la splendeur de l’ancien hippodrome: seules les -trois colonnes qu’on peut voir de nos jours et qui indiquent l’axe -de l’hippodrome, seuls quelques marbres ayant appartenu aux gradins -subsistaient encore. L’hippodrome était rempli de monticules de terre -provenant de la démolition des gradins. A une certaine époque, on -construisit même des maisons sur cet emplacement. Une partie des ruines -a servi à Ibrahim Pacha, vizir du sultan Suleïman, pour la construction -du _Mehterhané_ (prison actuelle). - -Près de l’Augustéon, en face des thermes de Zeuxippe, se trouvait -l’Octogone ou Tetradision, où était établie une sorte d’«Université». -C’était un grand édifice en forme d’octogone à huit pièces voûtées. -Il renfermait tous les ouvrages des grands maîtres de la littérature, -de la science et de la philosophie. D’après la chronique Pascale, ce -sont les Goths qui incendièrent l’Octogone pendant la sédition de Nika. -D’après Codin, c’est Léon l’Isaurien qui l’a fait brûler avec ses -académiciens parce qu’ils refusaient de s’associer aux illégalités de -l’Empereur. - - -IV.--LES BAINS BYZANTINS - -Nul pays, au moyen âge, n’a possédé autant d’institutions d’utilité -publique que faisait Byzance, avec ses forums, ses fontaines, ses -aqueducs, ses citernes, ses canalisations et surtout ses bains qui -contribuaient à l’entretien de la santé publique. Chaque quartier -en possédait un. Ces établissements ne diffèrent que fort peu des -bains grecs et romains. On n’en trouve plus dans la ville un seul qui -appartienne à l’époque byzantine. Mais les Turcs ayant construit leurs -bains à peu près sur les mêmes plans que les Byzantins et les ayant -divisés en deux parties, l’une réservée aux dames et l’autre aux -hommes, il est facile aujourd’hui d’avoir une idée des modèles dont ils -s’inspirèrent. Voici, au sujet d’un bain grec construit par Hippias, -la description qu’en fait Lucien et que Mavroyéni Pacha cite dans ses -articles sur les bains orientaux: «La partie d’entrée est haute, on -y monte par un escalier large; la porte franchie, on entre dans une -salle commune réservée aux domestiques; après cette première pièce, on -entre dans une autre salle fort élevée, abondamment éclairée, ayant de -chaque côté des séparations pour ceux qui veulent se déshabiller. Au -milieu de la salle se trouvent trois piscines; on y voit deux statues -en pierre blanche, l’une représentant Hygie et l’autre Esculape, puis -on pénètre dans une salle légèrement tiède, afin d’éviter une chaleur -incommode. Après cette salle, il y en a une autre qui les dépasse -toutes en beauté, où l’on peut s’asseoir et se faire masser. Les murs -sont revêtus jusqu’au plafond de plaques de marbre de Phrygie. En -avançant par un passage, on entre dans la salle la plus reculée. Cette -salle offre trois baignoires d’eau chaude, toutes les parties en sont -de proportions harmonieuses.» - - -[Illustration: Pl. 27. - - CITERNE DE BIN BIR DIREK.] - - -Comme les Grecs, les Byzantins attachaient beaucoup d’importance à la -beauté architecturale des bains, où le peuple trouvait un plaisir plus -qu’une nécessité hygiénique et où il allait même se divertir en hiver. - -On sait que les Néron et les Caracalla, les Titus et les Dioclétien -se rendirent populaires en construisant de magnifiques thermes où -trois mille personnes pouvaient trouver place en même temps. De même -le peuple byzantin, chez lequel le bain était devenu indispensable au -point de vue religieux autant que laïque, construisit des bains aussi -somptueux que les Romains. Parmi les plus beaux on peut citer celui -de Zeuxippe qui se trouvait tout près du Kathisma de l’hippodrome, -et touchait, d’après M. Labarte, aux Nouméra, un des derniers -bâtiments du palais, du côté du forum Augustéon. Il a été construit -par Septime-Sévère et remanié par Constantin. Il était orné de très -belles statues en marbre et en bronze. Si des fouilles adroites étaient -entreprises près de la fontaine construite par l’empereur d’Allemagne, -elles mettraient peut-être ces statues au jour. - -Le bain de Zeuxippe fut détruit pendant la sédition Nika. Les bains -d’Arcadius, qui occupaient l’emplacement de l’école actuelle des -Beaux-Arts, étaient également célèbres chez les Byzantins. Vis-à-vis -de Sainte-Anastasie, vers le nord, on rencontre les substructions d’un -grand bain public du nom de Diagisthée[54]. Le bain de Constantin -subsista après la conquête et fut nommé _Tchoukour Hamam_. Citons -encore les bains d’Eudoxie qui se trouvent près de la Sublime Porte. - - [54] Voir, _Les bains turcs_, page 224. - - -V.--LES MONUMENTS - - -OBÉLISQUE DE THÉODOSE LE GRAND - -Les œuvres plastiques et les monuments qui ornaient jadis la ville de -Constantinople ont été peu à peu détruits pour la majeure partie, et -un très petit nombre seulement ont échappé à la ruine et sont parvenus -jusqu’à nous. Parmi les monuments de l’ancien hippodrome, nous citerons -d’abord l’obélisque de Théodose le Grand. - -C’est un monolithe de granit syénitique rose, haut de 30 mètres et -large de 2 mètres à la base. Les inscriptions hiéroglyphiques, gravées -sur chaque côté du monolithe et qui sont fort bien conservées, montrent -qu’autrefois l’obélisque était beaucoup plus élevé. Il fut érigé à -Héliopolis, 1700 ans avant J.-C., par le Pharaon Thoutmosis III. -Constance II et Julien (361-362) formèrent le projet de le transférer à -Byzance; les premiers travaux furent même commencés à cet effet, mais -l’Empereur mourut et l’obélisque resta environ trente années couché -sur le sol. En l’an 390, Théodose Ier le fit transporter à Byzance. -On construisit tout exprès une voie ferrée allant de la porte de -Fer, sur les bords de la Propontide, au plateau de l’hippodrome. On -plaça l’obélisque sur un piédestal en marbre orné de sculptures qui -représentent la vie et les hauts faits de Théodose. - -L’inscription suivante est gravée en grec et en latin sur ce piédestal: -«Théodose Ier a dressé, avec l’aide du préfet du prétoire Proclus, -cette colonne quadrangulaire qui gisait sur le sol.» La colonne fut -érigée en trente-deux jours. «En fait la colonne ne s’éleva, dit M. -Dethier, qu’en l’an 400 pendant le règne d’Arcadius, sous les auspices -de Gaïnas, qui réussit à faire rendre justice à ses compatriotes, les -Ariens Goths, mais comme un météore, tomba sous la réaction orthodoxe; -sa tête fut portée dans les rues, 5.000 Goths brûlés dans une de leurs -églises et le nom de Gaïnas effacé sur les inscriptions de l’obélisque -pour être remplacé par celui de l’orthodoxe Proclus.» Sur le bas-relief -nord, on voit Arcadius et sa femme Eudoxie (la Gauloise) dans le -Kathisma et, à côté d’eux, un homme de la cour, Gaïnas, le puissant -chef des Goths. - -L’obélisque repose sur quatre cubes en bronze posés à chaque coin de -sa base quadrangulaire. Les bas-reliefs du piédestal représentent, -sur le côté ouest, l’empereur Théodose le Grand assis sur le trône, -ayant à sa gauche sa femme (sœur de Valentinien II), et à droite ses -deux fils, Honorius et Arcadius; les ennemis vaincus viennent rendre -hommage à l’Empereur. Du côté de l’est, Théodose veuf et ses deux fils -semblent assister à une distribution de solde aux troupes ou plutôt à -une danse. L’Empereur tient en main une couronne destinée au vainqueur. -On y remarque les musiciens jouant de l’ancienne lyre, d’une espèce de -hautbois, de la double flûte lydienne et de la flûte mythologique à -sept trous, dite flûte de Pan. Du côté sud, Théodose ayant à sa droite -ses deux fils et à sa gauche Valentinien II, contemple une course de -chars. Du côté nord, c’est l’empereur Arcadius, sa femme Eudoxie, ses -enfants et le fameux Gaïnas assistant dans le Kathisma à l’érection de -l’obélisque. - -Les sculptures de la partie inférieure du piédestal représentent les -travaux nécessités par l’érection de l’obélisque. - - -COLONNE SERPENTINE - -Parmi les colonnes qui figuraient sur l’axe longitudinal de -l’hippodrome, on voit encore de nos jours la colonne serpentine, qui -est érigée un peu au sud de l’obélisque. Cette colonne représente trois -serpents en bronze fondu, provenant du butin enlevé aux Perses après la -victoire remportée sur Xerxès. - -On a discuté assez longtemps sur l’origine de cette colonne, mais en -1856, quand on creusa le sol pour en trouver la base on découvrit des -inscriptions qui fixèrent son origine d’une manière exacte. - -Elle reposait sur une pierre en forme de cube qui est aujourd’hui -enfouie dans le sol. Sur les anneaux tordus des serpents, on voit -des inscriptions en grec, indiquant les noms des villes, citées -par Plutarque, qui ont combattu contre les Perses. Ces serpents -supportaient autrefois le fameux trépied en or donné au temple -d’Apollon de Delphes par les vainqueurs de Salamine et de Platées en -souvenir des victoires gagnées sur les Perses par Thémistocle et -Pausanias. La colonne, haute jadis de 8 mètres, n’a plus aujourd’hui -que 5 mètres de hauteur. Le vase d’or que supportaient autrefois les -trois têtes de serpents avait 3 mètres de diamètre. - - -[Illustration: Pl. 28. - - MOSQUÉE DE BAYAZID] - - -Cette œuvre de l’art grec, une des plus célèbres qui existe, a été -apportée à Byzance par Constantin le Grand pour embellir la nouvelle -capitale. En se basant sur l’existence du tuyau en plomb et des -conduites d’eau qui allaient de l’aqueduc de Valens jusqu’à cette -colonne, plusieurs auteurs supposent que ce monument servait de -fontaine. - -Il est facile aujourd’hui de se rendre compte, par l’excavation -qui entoure la base de cette colonne, du niveau du sol de l’ancien -hippodrome. Les terres rapportées et les débris de constructions l’ont -considérablement exhaussé. - - -COLONNE MURÉE OU COLONNE DORÉE (COLOSSE) - -Cette colonne se trouve au sud de la colonne serpentine, sur le même -axe longitudinal de l’hippodrome. C’est un obélisque carré, de 25 -mètres de hauteur, formé de petits blocs de pierre de taille. Érigée -par Constantin VII Porphyrogénète (911-959), elle était couverte de -plaques de bronze doré portant des bas-reliefs, qui représentaient les -hauts faits de son grand-père Basile le Macédonien. Les inscriptions -gravées à la base de la colonne indique qu’elle était appelée -«merveille rivale du Colosse de Rhodes». «Les croisés, dit M. Dethier, -dépouillèrent la colonne de sa couverture de bronze pour en faire de la -monnaie.» - -On voit encore les trous des fers qui fixaient les plaques; le sommet -de la colonne portait une sphère de bronze. - - -COLONNE DE CONSTANTIN - -Au centre du forum de Constantin, s’élevait la colonne supportant la -statue de l’empereur Constantin. Cette colonne est appelée par les -Turcs _Tchemberli-Tach_ (pierre au cercle) à cause des cercles de fer à -l’aide desquels on l’a consolidée. Les grands incendies qui en avaient -fendu les blocs avaient rendu cette mesure nécessaire. - -Cette colonne était autrefois composée de neuf blocs cylindriques en -porphyre placés les uns sur les autres. A la jointure des cylindres et -à la partie supérieure de chaque bloc on avait sculpté une couronne -de laurier, ce qui donnait à l’ensemble l’aspect d’un monolithe dans -lequel on aurait taillé des colonnes transversales. - -L’ensemble de la colonne atteignait une hauteur de 50 mètres. C’est -Constantin qui la fit venir de Rome, où elle portait la statue -d’Apollon. L’Empereur voulant symboliser la victoire du christianisme, -fit mettre sa tête à la place de celle d’Apollon. Dans la suite, -la statue de Julien, puis celle de Théodose remplacèrent celle de -Constantin. - -Vers la fin du XIe siècle (1081), la statue et les tambours supérieurs -furent renversés par la foudre. Alexis Comnène répara le monument et -l’orna d’un nouveau chapiteau corinthien portant des inscriptions en -grec et une croix d’or. - -Plusieurs historiens prétendent que le nom de colonne brûlée, donné -par les étrangers, vient de ce que cette colonne a été endommagée par -l’incendie qui éclata pendant l’émeute de Nika, mais cela ne paraît pas -exact, car la colonne, qui se trouvait alors au centre du forum, ne -pouvait être atteinte par les flammes. C’est d’un incendie qui éclata -au cours du XVIe siècle qu’elle eut à souffrir; à cette époque, en -effet, le forum était couvert de constructions qui arrivaient jusqu’à -la base de la colonne. - -Après l’incendie, le sultan Moustafa fit entourer, en 1701, le -piédestal calciné par un massif de maçonnerie montant jusqu’au deuxième -tambour. - - -COLONNE D’ARCADIUS - -Au centre du forum d’Arcadius, _Avret-Bazari_, s’élevait la colonne -d’Arcadius érigée en 401 par Arcadius en l’honneur de Théodose Ier. -Cette colonne ressemblait à la colonne de Trajan à Rome. Sans avoir -changé de place, elle se trouve enclavée aujourd’hui dans le jardin -d’une maison particulière. Il n’en reste actuellement que la base; -d’après cette base, qui a un diamètre de 4 mètres, on peut évaluer la -hauteur à 40 mètres. - -Un escalier intérieur conduisait au sommet de la colonne. Elle était -couverte de bas-reliefs représentant les hauts faits de Théodose et -d’Arcadius. Aujourd’hui, en dehors du piédestal, haut de 6 mètres, il -ne reste plus que quelques inscriptions à moitié calcinées et quelques -marches de l’escalier. L’ouvrage de Banduri sur Constantinople contient -le dessin de cette colonne fait par un peintre vénitien. La colonne -existait encore en 1685, mais, ayant menacé ruine à cette époque, elle -fut démolie. - - -COLONNE DE MARCIEN - -La colonne qui portait la statue assise de l’empereur Marcien, époux -de Pulchérie, au Ve siècle, est aujourd’hui située dans un jardin -privé. Elle a une dizaine de mètres de hauteur et repose sur trois -marches recouvertes de terre. Sur les côtés du piédestal on voit des -bas-reliefs. Deux génies ailés lèvent un panneau orné de myrtes avec -la croix. Au-dessous, les trous des clous qui fixaient autrefois des -lettres en métal permettent de lire une inscription latine. - -Actuellement, le public appelle cette colonne «la colonne de la -Virginité», _Kiz-Tachi_. Cette appellation est erronée, car la vraie -colonne de la Virginité supportait la statue d’Aphrodite; elle avait -la remarquable vertu de désigner au milieu des passants la jeune fille -qui avait perdu sa virginité. La belle-sœur de Justin (565-578), -ayant été désignée de cette sorte dans la foule par cette statue, fut -mise en pièces, sur l’ordre de l’Empereur. La colonne en porphyre -qui supportait la statue de la déesse fut déplacée par Soliman le -Législateur et servit à la construction de sa mosquée, où elle figure -encore. - - -COLONNE DES GOTHS - -A la pointe du sérail, sur une terrasse du jardin du Palais impérial, -s’élève une colonne d’ordre corinthien, taillée dans un seul bloc de -granit, et ayant 15 mètres de haut. Sur le côté du piédestal tourné -vers le Bosphore, on lit les inscriptions suivantes: _Fortunæ -reduci ob dévictos Gothos_. Cette colonne qui portait jadis, d’après -Nicéphore Grégoras, la statue de Byzas, est un des plus antiques -monuments de Byzance. Elle fut érigée en souvenir des victoires -remportées sur les Goths, sous l’empereur Claude II le Gothique. - - -STATUE DE JUSTINIEN - -Cette statue, appelée dans le livre des Cérémonies «Achilleus», est -indiquée sur le plan de Banduri et par Buondelmonte au nord-est -de l’hippodrome; elle existait encore à l’époque où Christophe -Buondelmonte visita Constantinople, trente années avant la conquête -turque. - -Elle devait être située près de l’endroit où une plaque en fer couvre -l’entrée d’une citerne sur la place de Sainte-Sophie. La position de -cette statue équestre, qui n’existe plus, est aussi indiquée par les -auteurs. Elle était tournée vers l’Occident. Selon le récit de Zonaras, -elle s’élevait à l’endroit où se dressait auparavant la statue argentée -de Théodose le Grand. - -Un dessin de cette statue, datant de 1340, se trouve dans la -bibliothèque du sérail; il correspond assez exactement à la description -donnée par les auteurs byzantins. L’Empereur y est représenté sous -la figure d’un chevalier, portant sur la tête une plume énorme qui -ressemble à la queue d’un paon. - -Parmi les monuments disparus, citons enfin la statue de Théodose Ier, -érigée au forum Tauri, et une autre statue de Théodose, élevée par son -eunuque Christoforus, près de la porte de Selimbria. - - -VI.--LES AQUEDUCS ET LES CITERNES - -Comme Byzance était toujours exposée au danger d’un siège, on avait -eu soin d’aménager plusieurs grandes citernes pouvant contenir une -quantité d’eau suffisante pour alimenter la ville durant plusieurs -années. Ces citernes ont été construites sous le règne de différents -empereurs, et dans divers endroits de la ville. - -Byzance avait d’abord, au IVe siècle, des citernes ouvertes, -c’est-à-dire d’immenses bassins entourés d’arbres, à la manière des -citernes ouvertes de Syrie. Les citernes de Bonus, actuellement -_Tchoukour Bostan_, et celles de Pulchérie et de Mocius appartiennent à -ce genre. - -D’après la chronique Pascale, la citerne de Mocius ou d’Aspar, fut -construite par Aspar, chef de la milice gothique sous Léon Ier, pour -alimenter les Goths cantonnés dans l’Exokionion. Plusieurs de ces -citernes ont été remplies de terre et transformées en jardins potagers -au temps de l’empereur Héraclius. On les appelle aujourd’hui _Tchoukour -Bostan_ (Potager bas). - -Parmi les citernes couvertes, les plus importantes sont la citerne de -Philoxenus, de Théodose, la grande citerne Basilique, la citerne de -Phocas, etc. Quand les petites citernes particulières vinrent remplacer -les anciennes et que l’on commença à avoir chez soi l’eau amenée par -les aqueducs, ces grandes citernes furent mises hors d’usage. - -La citerne de Philoxenus a été construite sous le règne de Justinien, -vers le commencement du VIe siècle. Elle fut appelée du nom du sénateur -Philoxenus, qui la fit bâtir. Cette citerne se trouve vers le sud-ouest -de l’hippodrome. Elle mesure 60 mètres de long sur 50 mètres de large. -Elle est couverte de voûtes montées sur des arcs soutenus à leur -tour par 224 colonnes composées chacune de trois fûts reliés par des -linteaux, et munis de chapiteaux en marbre sculpté. On y compte quinze -rangées parallèles de colonnes, espacées l’une de l’autre de 4 mètres -en chaque sens. - -La terre apportée par les eaux et les décombres ayant rempli la base de -la citerne, les colonnes ne semblent avoir aujourd’hui qu’une hauteur -de 10 mètres environ, tandis que jadis elles avaient 18 mètres. Les -Turcs l’appellent _Bin Bir Direk_[55] (mille et une colonnes) par -allusion au grand nombre de colonnes qu’elle renferme. - - [55] Sur cette citerne Fazli pacha avait son palais. - -Cette citerne, abandonnée au cours des siècles, est depuis longtemps -desséchée. On l’utilisa comme atelier de tissage pour la fabrication -de cordes en soie; un escalier en pierre permettait d’atteindre -facilement l’intérieur qui est situé à 15 mètres au-dessous du niveau -du sol. Des ouvertures grillées pratiquées dans les voûtes et qui -servaient autrefois à aérer les eaux, éclairent faiblement l’intérieur. - -La citerne contenait une quantité d’eau suffisante pour alimenter -pendant un mois 100.000 personnes. - -Tout à côté de cette citerne existe la citerne de Théodose. -Celle-ci contient 33 colonnes ornées de chapiteaux corinthiens en -marbre sculpté. On y pénètre par un puits pratiqué dans une maison -particulière. - -La grande citerne Basilique qui est appelée par les Turcs _Yéré batan -seraï_ (palais enfoncé) a été bâtie par Justinien, sous la cour du -palais de Justice. Cette immense citerne a 112 mètres de longueur sur -61 de largeur; 336 colonnes, ayant chacune 13m,50 de haut, supportent -les voûtes. La distance qui sépare les colonnes entre elles est de 4 -mètres. On peut y pénétrer par une maison particulière, mais comme la -citerne contient encore de l’eau, il faut une petite embarcation pour -visiter l’intérieur. - -Toutes ces citernes étaient alimentées par les aqueducs qui amenaient -les eaux des grands réservoirs construits entre les deux vallées, dans -les forêts environnant Belgrade. Parmi ces aqueducs, celui de Justinien -s’est conservé intact pendant quinze siècles. Quatre grandes arches -en deux étages ayant une hauteur de 36 mètres conduisent l’eau d’une -colline à l’autre. - -La conduite d’eau de Valens relie par deux rangées d’arcades à plein -cintre les différentes hauteurs de la ville. Il est facile d’en faire -l’ascension; arrivé là-haut, on a un magnifique panorama de la cité. - -Cet aqueduc a été bâti avec des pierres, fournies par les ruines des -murailles de Chalcédoine. Commencé au IIe siècle, il fut continué par -Constantin (306-337) et terminé enfin par Valens (366-378). - -A l’époque de Justinien, cet aqueduc tombait déjà en ruines. Il fut -restauré sous les Turcs pendant le règne du sultan Suleïman. La hauteur -de l’aqueduc est de 23 mètres au-dessus du sol. Il a une longueur de -625 mètres. Les eaux qu’il amenait se déversaient dans une citerne -appelée _Nymphæum Maximum_ et qui était située sous le champ d’exercice -du Séraskérat. - - -VII.--L’HABITATION CIVILE BYZANTINE - -Dès que Byzance eut été transformée en capitale romaine, les patrices -et les citoyens arrivés de Rome se hâtèrent de construire des -habitations. - -C’est Rome qui fournit les premiers modèles, et au début on ne vit -partout que le type de maisons romaines. - -Les riches patriciens avaient leurs maisons ornées de portiques et de -cours à colonnades. On déployait un grand luxe dans la décoration de -l’intérieur; les mosaïques et les incrustations étaient surtout en -faveur. Les riches avaient leurs bains privés et même leurs citernes. -Les murs et le sol de leurs habitations étaient décorés de marbres de -couleur et de mosaïques. - - -[Illustration: Pl. 29. - - MOSQUÉE DE BAYAZID.--Cour.] - - -Mais ces habitations construites hâtivement ne purent résister très -longtemps, et presque toutes furent détruites par les tremblements de -terre et par les incendies. Déjà, vers la fin du Ve siècle, les grandes -fortunes particulières ayant disparu, on avait construit beaucoup -de maisons en bois. Vers le VIe siècle, au moment où l’art byzantin -devait prendre sa forme définitive, les goûts et les conditions de -vie des habitants différaient sensiblement de celles de Rome, -et l’intérieur des habitations commença à se modifier. Le goût des -maisons syriennes s’était manifesté dans les maisons romaines, ce -qui fut la cause du mélange des deux styles et donna naissance à une -nouvelle forme typique. Ainsi les habitations, romaines à l’origine, -commencèrent à prendre une autre forme et ne restèrent même pas à -l’abri de l’influence de l’art religieux byzantin. D’un autre côté, -comme l’espace déterminé par l’enceinte de la ville obligeait les -propriétaires à économiser le terrain, on commença à faire des balcons -à encorbellement pour gagner sur la rue, déjà fort peu large. Ce mode -de construction existait déjà à Pompéi au IIe siècle. M. de Vogüe, nous -montre que ces balcons existaient aussi en Syrie au IVe siècle[56]. - - [56] De même qu’à Rome, les gens de la classe moyenne - à Constantinople tenaient à avoir un logement leur - appartenant; un certain mépris s’attachait à l’état de - locataire. Pour cette raison, une maison appartenait - quelquefois à plusieurs propriétaires, qui s’en - partageaient les étages. Aujourd’hui encore il existe - à Constantinople des propriétés dont les étages - inférieurs et supérieurs appartiennent à différents - propriétaires. - -La curiosité, qui, jadis comme aujourd’hui, régna toujours en maîtresse -à Byzance, se trouva fort bien de ces balcons. Ils procuraient, surtout -aux dames, une grande distraction. Pareilles à celles de Rome, les -fenêtres étaient souvent ornées de caisses et de vases de fleurs, qui -leur donnaient un aspect pittoresque. - -L’éloignement des carrières obligea en outre les architectes à couvrir -de grands espaces avec des matériaux de petit volume. On voyait partout -des arcades et des coupoles de construction persane. - -Le temps et les incendies ayant détruit à peu près toutes les maisons -appartenant à l’époque byzantine, on ne rencontre aucune de ces -maisons à Constantinople. On ne peut qu’en opérer la reconstitution en -s’aidant de miniatures de l’époque. Parmi les maisons de style byzantin -qu’on peut encore voir dans la ville, il y en a une ou deux qui sont -considérées comme antérieures à la conquête des Turcs. Mais celles -qui ont été bâties après la conquête ne différaient que très peu des -maisons byzantines du XIIIe siècle. - -[Illustration: Type de maisons byzantines.] - -Les architectes grecs continuèrent en effet à bâtir dans la ville -de la même manière[57] qu’auparavant. On reconnaît ces maisons à -leurs balcons à encorbellement, à leur ogive en accolade et à leurs -corniches en briques posées diagonalement, de manière à produire une -ornementation caractéristique et, en même temps, à supporter le toit. - - [57] La plupart des maçons et des architectes sont - encore aujourd’hui des Grecs. - -La plupart des maisons du XIVe siècle étaient construites en pierres -séparées par plusieurs rangées de briques. Toutes les jointures sont -cimentées en relief, ce qui forme parfois des motifs de décoration -géométrique. - -Les fenêtres sont ogivales ou de plein cintre. Les fenêtres ogivales -appartiennent à un style dégénéré. Dans le véritable style byzantin, -les fenêtres sont en plein cintre et munies de gros grillages formés -de tiges de fer se coupant l’une l’autre à angle droit, avec de gros -anneaux reliant les points de jointure. Dans toutes ces constructions, -on voit clairement l’influence de l’art byzantin. Il fut employé -plus tard par les Turcs et forme une architecture spéciale nommée -l’architecture ottomane. - -Voici les caractères particuliers de l’architecture civile à Byzance -depuis le IXe siècle: - -1º Les maisons ont rarement plus de deux ou trois étages; 2º les étages -sont en crémaillère[58]; 3º des corniches saillantes, souvent ornées -de dessins de feuilles d’acanthe, séparent les étages; 4º la façade -est ornée par des rangées alternées de pierres blanches et de bandes -de briques rouges très minces, disposées géométriquement et auxquelles -venaient parfois s’ajouter des morceaux de marbre coloré[59]; 5º -les fenêtres sont en forme de plein cintre ou rectangulaires. Les -tympans des fenêtres portent souvent des dates ou des inscriptions. -L’éclairage des intérieurs se fait par des fenêtres vitrées de petits -carreaux enclavés dans des châssis en plâtre; 6º les toits en terrasse -ou à batière, couverts de tuiles, s’appuient sur des corniches à -trois rangées de briques posées diagonalement en forme de scie; 7º -à l’intérieur, les pièces sont disposées autour d’une grande salle, -souvent précédée d’un narthex; 8º les volets et les portes sont en fer -ornés de grands clous à grosse tête. A l’intérieur les portes sont en -bois sculpté ou incrusté. Quelquefois elles sont remplacées par des -portières en étoffe; 9º des jarres vides sont souvent posées entre les -voûtes et le toit pour diminuer le poids du toit[60]; 10º les dallages -sont souvent en marbre blanc ou en brique rouge; 11º les escaliers -sont en bois ou en pierre à plusieurs paliers appliqués quelquefois à -l’extérieur du bâtiment jusqu’au premier étage. - - [58] Le balcon à crémaillère ne servait pas seulement - à gagner de la place et à satisfaire la curiosité de - ses habitants, mais il était aussi un moyen de défense - contre l’ennemi; l’on pouvait en effet, du balcon, - apercevoir les portes et empêcher les assaillants de - les briser. - - [59] Comme dans le palais de Tekfour Séraï. - - [60] On mettait de ces jarres dans les voûtes des - églises pour renforcer l’écho. - -[Illustration: Maison byzantine au Phanar.] - -Du côté ouest de la station de Koum Kapou, à environ mille pas, on -peut voir une maison qui date des derniers temps byzantins. Son balcon -ressemble à celui du Tekfour Séraï. Chaque étage comprend une salle -voûtée d’une dimension de 4m,50 sur 6 mètres. Des fenêtres en plein -cintre s’ouvrent sur les façades surmontées d’un pignon. - - -[Illustration: Pl. 30. - - MOSQUÉE DE SÉLIM Ier.] - - -Le quartier du Phanar, qui a servi de refuge aux dernières familles -byzantines après la conquête des Turcs, contient plusieurs maisons -byzantines. Il y en a même quelques-unes qui datent probablement d’une -époque antérieure à la conquête. Parmi ces maisons, on peut citer -d’abord la légation de Venise, occupée anciennement par le Baile de -Venise et dont le premier étage contient deux salles voûtées. L’autre -comprend une seule salle également voûtée. Elle occupe toute la largeur -de la maison. A l’intérieur, l’escalier qui se trouve au centre de la -maison conduit à un corridor à trois colonnes en marbre surmontées de -chapiteaux en forme de stalactites. - -Les deux maisons communiquent entre elles. Les dallages sont en briques -octogonales. - -Galata, qui a été habité jadis par les Génois, renferme beaucoup de -bâtisses datant du XIIIe et XIVe siècle. Dans les étroites ruelles -qui sont situées entre les deux ponts actuels, existent (du côté de -Galata) d’anciennes maisons qui servent aujourd’hui de magasins ou de -dépôts. Parmi ces habitations le palais du Podestat attirait surtout -l’attention[61]. - - [61] Il a été démoli cette année. - - - - -DEUXIÈME PARTIE - -A TRAVERS ISLAMBOL - - - - -CHAPITRE PREMIER - -L’ART OTTOMAN - -[Illustration] - - -I.--L’ART TURC - -Bien que l’art turc soit parfois encore considéré en Europe comme une -servile imitation des arts persan, arabe et byzantin, cette opinion -est contraire à toutes les réalités. On prétend généralement que l’art -musulman s’est inspiré de l’art arabe qui, lui-même, aurait imité -l’art byzantin de Syrie et l’art copte, propagé en Égypte avant l’ère -musulmane. L’art copte à son tour ayant subi l’influence byzantine, -toutes les diverses manifestations de l’art musulman, et surtout de -l’art turc, découleraient, par ricochet, de l’art byzantin et auraient -de multiples affinités avec ce dernier. Rien n’est plus contestable. Il -est évident que les arts de tous les peuples, comme les langues, ont -réciproquement exercé, les uns sur les autres, d’occultes, profondes et -continuelles influences. - -Existe-t-il un art qui ne présente aucune parenté avec les autres arts? - -L’archéologue qui se consacre spécialement à l’étude de l’art d’un -peuple a toujours des tendances à faire prévaloir la suprématie de -celui-là sur tous les autres. De tous temps les détracteurs de l’art -byzantin furent nombreux, qui refusèrent de reconnaître l’influence -qu’il exerça, pendant une certaine époque, sur les arts de l’Occident. -Ce fut la cause de controverses que l’on connaît sous le nom de -«question byzantine». - -L’art turc a eu, lui aussi, et a encore aujourd’hui de nombreux -détracteurs, qui nient sa personnalité nationale et ne veulent y voir -qu’un mélange des arts arabe, persan et byzantin. Nous ne prétendons -nullement nier l’influence éducatrice de ces arts sur l’art turc; -mais il est juste de reconnaître que, grâce à de fortes traditions, -il n’a pas tardé à acquérir une individualité si précieuse et si -caractéristique qu’on ne saurait la méconnaître, sans faire preuve -d’un évident parti pris. Depuis, cette individualité s’est nettement -affirmée. De nombreux monuments permettent de suivre les diverses -étapes de l’art turc dans une voie personnelle et originale; chacune de -ces étapes prouve que l’art arabe, loin de ne compter chez les Turcs -que des copistes, a trouvé chez eux des disciples d’une originalité -aussi puissante que celle des plus grands artistes arabes. - -Il n’est pas un art qui se soit développé par lui-même, à l’abri -de toute influence étrangère, si faible soit-elle. Et l’on ne peut -nier l’influence de l’art égyptien sur l’art grec, de l’art grec sur -l’art romain, de l’art assyrien et chaldéen sur l’art persan, et de -ce dernier enfin sur l’art byzantin. On constate aussi une parenté -plus ou moins étroite entre les manifestations des arts de tous les -pays. Les musées, les ruines et les vieux monuments qui perpétuent le -souvenir des époques abolies et des étapes parcourues par l’humanité, -nous fournissent un nombre suffisant d’exemples à ce sujet. Chaque -nation, chaque période, subit l’action réflexe de celles qui les -précèdent ou les entourent. - - -[Illustration: Pl. 31. - - MOSQUÉE DE CHAHZADÉ.] - - -Jusqu’à une époque récente, l’antinomie et l’irréductibilité des -principes qui séparent les Églises d’Orient et d’Occident avaient -empêché les archéologues européens de s’intéresser aux choses -byzantines avec la même ferveur savante que de nos jours. Aussi -sommes-nous persuadés que l’individualité de l’art turc, jusqu’ici -dédaignée et négligée, se révélera aussitôt que cet art aura été -l’objet d’une étude approfondie, impartiale, et exempte de préjugés. - -«Existe-t-il un art turc? se demande Viollet-le-Duc, dans sa préface -à «_L’Architecture turque au XVe siècle_». Que les Turcs aient adopté -l’art ou les arts qui s’accommodaient le mieux à leurs habitudes et à -leur religion, rien de plus naturel, mais qu’ils aient été les pères -d’un art local, cela me paraît difficile à démontrer. En effet, dans -tous les exemples fournis par M. Parvillé, je trouve de l’arabe, du -persan, peut-être quelques influences hindoues, mais du Turc? Quoi -qu’il en soit et sans insister sur le point de savoir exactement la -part qui revient aux Turcs en cette affaire, on reconnaîtra facilement -qu’il y a dans ces compositions, soit comme tracé, soit comme -coloration, un art très développé et savant.» - -Il nous faut donc reconnaître que la faute de l’ignorance en laquelle -l’opinion a été tenue si longtemps au sujet de l’art turc et des œuvres -géniales de nos artistes est imputable, jusqu’à un certain point, à nos -auteurs qui ont négligé de s’en faire les initiateurs. - -Que d’œuvres exclusivement turques ont été injustement considérées -comme appartenant aux Arabes et aux Persans! On prétendait souvent -qu’un peuple nomade comme les Turcs ne pouvait avoir un art, et on -ajoutait que l’islamisme formait d’ailleurs le plus grand obstacle -à l’éclosion des choses d’art. Mais la religion musulmane, loin -d’empêcher, ainsi que certains auteurs ont voulu le prétendre, -l’éclosion des œuvres d’art, la provoqua et la favorisa, suivant en -ceci l’influence de toutes les religions sur l’art en général. L’islam -d’ailleurs ne dit-il pas: innallahé djemilun youhibbul djémal (Dieu, -parce que beau, aime le beau). Au point de vue de la littérature arabe, -le Koran même, par ses rythmes et son harmonie inimitables, constitue -un véritable miracle littéraire. - -L’interdiction même de représenter la figure humaine amena les -artistes à varier à l’infini la décoration empruntée aux plantes et à -la géométrie. Ils réalisèrent de parfaites œuvres d’art dans toutes -les branches et découvrirent des proportions nouvelles, des harmonies -de couleurs et de formes entièrement originales, qui provoquent -aujourd’hui l’admiration du monde artistique, et l’on s’étonne à bon -droit que ces artistes aient produit de telles merveilles de forme, -sans avoir, comme les Grecs, une étude préalable des proportions du -corps humain. - -Il suffit de l’examen consciencieux de ces œuvres pour se convaincre -qu’un art turc existe réellement, un art devenu ottoman par l’effet -de la race et qui s’est transformé au gré des évolutions successives -de la nation. Mais cet art n’est pas un simple dérivé occupant une -situation intermédiaire. Sa personnalité se détache et se manifeste -avec un relief remarquable dans l’architecture, la littérature, les -arts décoratifs, aussi bien que dans la musique. Il serait difficile -d’esquisser aujourd’hui une histoire de l’art turc, faute de sources -suffisantes. Cette lacune est malaisée à combler. On rencontre très -rarement dans nos bibliothèques des documents qui facilitent la mise au -point de cette histoire. La section particulière du Musée impérial, -affectée aux œuvres d’art national, n’est malheureusement pas encore -assez complète pour servir de base à une étude de ce genre. - - -II.--LES ORIGINES DE L’ART OTTOMAN - -LES ARTS ARABE, PERSAN, ET TURC - -Parmi les auteurs qui se sont adonnés spécialement à l’étude de l’art -arabe, il y en a qui, se refusant à considérer les Arabes comme des -artistes, n’emploient qu’à regret cette appellation d’_art arabe_, à -laquelle pourtant les oblige le droit de cité conquis par celui-ci -dans l’histoire de l’art. Mais on se demande par quelle étrange -contradiction ces auteurs, ayant commencé par dénier toute originalité -aux Arabes, sont amenés dans le cours de leur ouvrage même à les citer -souvent comme de «puissants artistes». Parmi les auteurs, il en est -plusieurs, qui, comme Gustave le Bon, disent: «Fort inférieurs aux -Romains en ce qui concerne les institutions politiques et sociales, -ils leur furent supérieurs par l’étendue de leurs connaissances -scientifiques et artistiques[62]». D’autres au contraire, tout en -s’obstinant à méconnaître leur influence dans la puissante civilisation -européenne, ne sont pas éloignés de leur accorder du génie lorsqu’ils -étudient leurs œuvres. Mais, à leur avis, les Arabes n’étaient guère -en possession d’un art propre, et ce qu’on appelle l’art arabe -n’était qu’un emprunt fait à l’art byzantin de Syrie et à l’art copte -d’Égypte. Ceci est une erreur. Il ne faudrait pas croire que les Arabes -ignoraient totalement toute notion artistique avant l’islamisme, -quoique l’art arabe ne se soit manifesté qu’avec l’apparition de -l’islam. Bien auparavant, le Yémen, l’Hedjaz possédaient des villes -prospères, qui avaient leur littérature, leur architecture et leurs -arts décoratifs. Maçoudi, historien arabe, par la description qu’il -fait des idoles, nous révèle chez les Arabes l’existence d’une -sculpture. L’Islamisme, qui est devenu en vingt ans la religion de -l’Arabie tout entière et a étendu ses conquêtes jusqu’en Perse, en -Égypte et aux Indes, a trouvé chez tous ces peuples des artistes -dont l’art arabe profita et qui contribuèrent à son développement, -en y apportant chacun sa personnalité. Mais cet art n’est pas une -copie servile de l’art chrétien de Syrie et de l’art copte d’Égypte: -c’est bien un art spécial créé par les Arabes, qui ont mis à profit -les divers éléments artistiques des pays où l’islamisme étendit ses -conquêtes. L’art arabe eut une physionomie particulière suivant qu’il -triompha en Égypte, en Syrie, à Bagdad ou en Espagne: il présenta -dans chacun de ces pays, des différences de détail par lesquelles on -reconnaissait un genre spécial. - - [62] _Civilisation des Arabes_, p. 669. - -Les premiers modèles de l’architecture arabe furent la kaaba de la -Mecque et la mosquée de Médine. - -On sait que la kaaba a été construite par le prophète Abraham. Puis -étant tombée en ruines, elle fut reconstruite par la tribu de Koreïch -à laquelle appartenait le prophète de l’islam. A l’époque du prophète -Mahomet et de son khalife Aboubeker, la kaaba n’était pas entourée de -murs; du temps du khalife Omar, le nombre des pèlerins ayant augmenté, -on dut acheter les quelques maisons avoisinantes afin d’élargir la cour -de la kaaba. Et on l’entoura d’un mur dont la hauteur ne dépassait pas -celle d’un homme. Ce n’est qu’à l’époque du khalife Vélid Bin Abdul -Melik bin Mervan que cette kaaba, ayant subi une nouvelle restauration, -fut dotée d’un mur plus haut. Celui-ci a d’ailleurs subi, par la suite, -bien des remaniements et des réparations, sous le règne du khalife -abbasside Osman, de sorte qu’il est impossible aujourd’hui de juger de -son état primitif. - -L’an XXe de l’Hégire, Amrou[63], un des généraux du khalife Omar, -construisit en Égypte la mosquée qui porte son nom, sur les plans d’un -architecte converti à l’islamisme et qui prit ses ouvriers dans le -pays où l’art copte dominait entièrement à cette époque. Mais, malgré -l’influence copte prévalant chez tous les artistes qui travaillèrent à -ce monument, l’œuvre est marquée d’une originalité où un esprit nouveau -se fait jour. Le toit de la mosquée se composait d’arcades, supportées -par des centaines de colonnes. On y accédait par une grande cour qui -s’appelait _Sahan_. Soixante ans après la date de l’érection de cet -édifice, on dut rehausser les arcades. - - [63] Ce mot n’est que l’orthographe altérée du mot Amr. - Les noms d’Omer et Amr étant écrits de la même façon, - les Arabes ajoutent la lettre _vav_ (ou) à ce dernier - pour les distinguer l’un de l’autre. C’est à ce _vav_ - traduit par les Français en ou, qu’il faut attribuer - son orthographe: Amrou. - -La partie de la mosquée située du côté de la Mecque était formée de six -rangées de chacune 20 colonnes, en tout 120. Cette partie renfermait le -_mihrab_ (autel), le _mimber_ et le _mahfil_ (tribune des chantres). -Parmi ces colonnes, on rencontre quelques chapiteaux byzantins, qui -provenaient probablement de certains monuments coptes. Les arcades, qui -n’ont à première vue qu’un aspect de plein cintre, révèlent l’ignorance -que les Arabes avaient de l’emploi de l’ogive et de l’arc brisé, -emploi que, d’après M. Gayet, les Coptes connaissaient et pratiquaient -deux siècles avant la conquête arabe. Mais on trouve encore chez les -Assyriens et chez les anciens Persans, un genre d’arc brisé et comme -l’essai d’une coupole ovoïde. Le manque de bois pour le cintrage qui -avait obligé les Coptes à adopter cette forme d’arc, qui offre un -rapport assez lointain avec celui des Arabes, avait également conduit -ceux-ci à construire leurs arcs de la même façon. - -Pendant les premières années de la conquête musulmane, on se soucia -fort peu des édifices du culte; l’exercice de la religion n’en exigeait -pas, puisqu’elle permettait de prier en quelque lieu que ce soit. Ce -n’est que plus tard, quand l’islam étendit ses ramifications dans -l’Asie et l’Afrique, qu’il jugea à propos de marquer son triomphe par -des édifices spéciaux, tels que des temples qui attestaient la victoire -de la religion, mais il repoussa toutefois avec horreur la conception -artistique des chrétiens et des païens. Il doit à cette philosophie de -l’art toute son originalité. - -C’est en Égypte que l’architecture arabe prospéra le plus et c’est ce -pays qui conserva le plus longtemps ses monuments. La mosquée d’Amrou -a servi pendant deux siècles de modèle à l’architecture de l’islam. -Elle n’était recouverte que d’un toit en plate-bande, supporté par des -arcades en forme d’arc brisé. Aucune décoration sur les murs, et, au -début, elle n’avait pas non plus de minaret. L’appel à la prière se -faisait dans la mosquée même. C’est seulement en l’an 218 de l’Hégire, -après qu’il eut été décidé qu’il fallait chanter _l’Ezan_ au point le -plus élevé de la mosquée pour qu’on l’entendît de tous les points de la -ville, qu’une tourelle carrée fut ajoutée à l’édifice. Cette tourelle, -suivant les évolutions subies par le monument, est devenue avec le -temps partie intégrante de la mosquée et a pris la forme décisive qu’on -lui connaît aujourd’hui sous le nom de minaret. Toutes les autres -parties de la mosquée subirent également leur évolution. Il en fut -ainsi pour le _maksoura_, sorte de grille qui permettait aux fidèles -de voir le khalife pendant le _khotba_, sans toutefois être en contact -avec lui et qui, imaginée pour la première fois par le khalife Othman, -fut l’origine des tribunes impériales dans les mosquées actuelles. -L’estrade, où prêchait le prophète, inspira la forme du _mimber_. - -Dès que la capitale des Perses eut été conquise par les Arabes, -l’influence de l’art sassanide commença à s’accentuer dans l’art -arabe, qui d’ailleurs, avait déjà subi l’influence de l’art chaldéen. -Quant à l’influence byzantine, elle alla en s’accentuant depuis la -construction de la mosquée d’Omar ou _Koubbé-es-Sakhra_, construite sur -l’emplacement du temple de Salomon (687 ap. J.-C.), par Abdul Melik bin -Mervan et avec celle de la grande mosquée _Emevié_, érigée par Velid -bin Abdul Melik à Damas, qui avait été conquis par les Musulmans en 633 -après J.-C. - -La mosquée d’Omar fut bâtie sur un plan octogonal, forme qu’on -rencontre souvent en Syrie. Une autre mosquée, appelée Aksa, fut -construite à côté de la mosquée d’Omar. La Syrie se remplit de -monuments musulmans. C’est ainsi que l’art byzantin de Syrie, de -concert avec l’art arabe dont il avait déjà subi l’influence, a produit -l’école arabe de Syrie. - -Les armées ommiades entrèrent en Espagne et Mouavié avait déjà étendu -son pouvoir jusqu’à Kairouan (Tunisie). L’Espagne vit s’élever partout -des monuments magnifiques, caractérisés par une délicatesse de formes -et de décorations vraiment admirable. A l’époque des Abbassides, les -architectes d’Elmamoun et Haroun-al-Réchid érigeaient à Bagdad les plus -beaux monuments, parmi lesquels nous pouvons citer le palais de Rakka, -construit par Haroun-al-Réchid sur l’Euphrate. Les arcades en trèfle -de ce palais peuvent être considérées comme le prototype des arcades à -dent et à trèfle qui constituent un des éléments caractéristiques de -l’École du Moghreb (ouest); on les rencontre souvent dans les monuments -de Syrie. - -L’origine de ce genre d’arcades à trèfle est probablement indienne. -Bagdad pouvait être considérée à cette époque comme un véritable musée -artistique. Les ravages du temps et des invasions ont malheureusement -détruit tous ces monuments entre le VIIIe et le XIIIe siècle. - -Après une longue période de troubles, une garde composée de tribus -turcomanes par le khalife El-Moutassam-Billah s’empara du pouvoir. -Avec elle commence en Égypte le règne des Toulounides. La mosquée de -Touloun, qui accentua dans la décoration l’importance des rinceaux -et des inscriptions avec entrelacs, reste comme un souvenir de cette -période où l’art fut particulièrement en progrès. Jusqu’à l’époque des -Fatimites, les Arabes, suivant en ceci les Coptes, avaient rejeté le -dôme et étaient attachés au toit en plate-bande. C’est alors qu’une -ère nouvelle s’ouvrit pour l’architecture, qui adopta la coupole et -la voûte en berceau, employées déjà par la Perse. La nouvelle coupole -des Arabes ne ressemblait guère à la coupole byzantine, l’arabe étant -relevée, alors que la byzantine était surbaissée. On ignore les raisons -exactes qui firent adopter par les Arabes ce mode de construction. Mais -il est permis d’en trouver au moins une dans leur désir d’éviter une -ressemblance avec les églises chrétiennes. Une autre raison, qui nous -paraît plus décisive encore, peut être cherchée dans la manière de -construire et dans les matériaux de construction. Si les architectes -arabes n’ont jamais eu la hardiesse de surbaisser leurs coupoles -comme les Byzantins, c’est peut-être pour éviter les grands murs de -soutènement et de contrefort exigés par ce genre de coupole; mais -c’est peut-être aussi parce qu’ils manquaient du bois indispensable -au cintrage. D’autre part, les coupoles surélevées ont l’avantage, -croyons-nous, d’être moins que les autres exposées au soleil. Elles -ont été particulièrement en usage chez les Assyriens. L’originalité -de l’art arabe fut surtout caractérisé par l’emploi de l’arc brisé, -de l’arc en fer à cheval et de la coupole. Au lieu d’orner les -pendentifs à l’aide de mosaïques, comme faisaient les Byzantins, les -Arabes adoptèrent un mode de décoration composé de prismes en forme -de stalactites. Ces stalactites avaient l’avantage de masquer les -angles brusques de l’édifice et permettaient de passer du plan carré du -bâtiment à la base octogonale de la coupole. L’usage des stalactites, -que les Arabes ont été les premiers à imaginer, pourrait avoir son -origine dans la façon dont les Assyriens assemblaient les briques, -à l’aide desquelles, ils formaient, comme motifs de décoration, des -sortes de prismes. - - -[Illustration: Pl. 32. - - MOSQUÉE NOURI OSMANIÉ.--Porte principale. - - TOMBEAU DE CHAHZADÉ.] - - -Jusqu’à l’époque des Fatimites et Eyoubites, la mosquée arabe avait -gardé en Égypte la disposition de la première mosquée à portique -(mosquées d’Amrou et de Touloun). Mais, à partir de cette époque, et -surtout sous Saladin, un polygone de 16 côtés fut ajouté à la forme -octogonale primitive et le passage du plan carré à la coupole se trouva -ainsi facilité. C’est aussi à cette époque que le plan des monuments -mésopotamiens commence à être mis en usage. Autour d’une cour carrée, -prirent place quatre medressés, réservés aux quatre rites de l’Islam, -Hanefi, Maliki, Chafii et Hanbeli. - -Dans les premiers temps, les Arabes négligeaient l’extérieur de leurs -monuments. C’est seulement plus tard que la façade attira leurs -soins. L’usage de la faïence dans la décoration des monuments ne -s’était répandu que vers les dernières années des Baharites. Sous les -Baharites et Bordjites l’art atteint son apogée. L’emploi de la voûte -se généralise avec la mosquée sépulcrale et la décoration polygonale -s’applique à toute surface. Les monuments même deviennent des -polygones, ce qui a fourni d’ailleurs l’élément principal à tous les -arts musulmans. - -Les Mamelouks ont rempli le Caire de monuments magnifiques, comme le -tombeau-mosquée de Kalaoun, dans lequel on distingue l’influence de -l’art de Tartarie. - -La mosquée du sultan Hassan, où se manifeste l’influence de l’art turc -seldjoucide, est un des plus purs joyaux de l’art décoratif arabe. Ses -frises de bois sculpté, ses portes incrustées d’or et d’argent sont des -merveilles de l’art arabe. La mosquée d’El Gouri peut être considérée -comme le dernier des monuments arabes au Caire. C’est sous le règne du -fils d’El Gouri, Tomanbaï, que les Ottomans ont conquis l’Égypte. A -partir de cette époque, l’art turc commença à se mélanger à l’art arabe -d’Égypte, tout à fait différent des autres arts et même des autres -branches de l’art arabe. Avec la domination turque, apparaît au Caire -le type de la mosquée ottomane à coupole byzantine. Mais l’architecture -civile, conservant toujours, grâce aux architectes indigènes, les -caractères traditionnels de l’art local, reste à l’abri de cette -influence. - -Fort heureusement le Caire garde encore de nombreux monuments qui nous -permettent de contempler les œuvres des artistes arabes, tandis que -ceux de Bagdad et de Syrie ont été dévastés. L’Espagne conserve aussi -quelques monuments appartenant à l’époque de la domination arabe, -tels que la mosquée de Cordoue, l’Alcazar de Séville et l’Alhambra de -Grenade (1248 après J.-C.). - -L’Occident, qui se trouvait en communication avec l’Italie, où l’art -arabe a survécu même à la conquête normande, ne tarda pas à subir -l’influence de l’architecture arabe, qui a contribué au développement -de plusieurs autres arts occidentaux[64]. - - [64] M. Emile Bertaux, dans ses études sur les - monuments de l’Italie méridionale, démontre clairement - cette influence. - -Les décorateurs arabes, artistes puissants, réalisèrent des prodiges -de décoration en réseaux, en polygones et en stalactites. Usant de -toutes les combinaisons fournies par l’art géométrique, ils groupèrent -à l’aide de la plus brillante et de la plus ingénieuse des imaginations -tous les dessins, toutes les lignes, toutes les figures en un ensemble -qui éblouit l’œil et déroute la raison. - -L’islamisme ne tolérant pas les idoles et les icônes, l’art arabe resta -indifférent à la peinture et à la sculpture, et c’est dans les formes -abstraites qu’il chercha le symbole de l’éternel. Il trouva, dans la -philosophie des lignes, l’image et l’impression de l’invisible. - - -L’art persan est celui dont l’influence a été le plus considérable sur -l’art turc. Il nous paraît donc utile d’esquisser un court aperçu de -l’histoire de cet art depuis l’époque musulmane qui succéda à celle des -Sassanides, dont les monuments, par leur luxe et leur grandeur étaient -légendaires chez les Romains et les Byzantins. Parmi ces monuments -on peut citer les palais de Machita, Ctésiphon, de Rabbath-Amman et -Eïvane; ce dernier avait déjà une coupole à pendentifs. Le grand arc -du palais de Ctésiphon, connu sous le nom de Tahti Kesra (Trône de -Chosroës) semble avoir servi de premier modèle aux grandes voussures de -l’art perso-arabe. - -Quand la capitale romaine fut transférée à Byzance, la Perse, alors -très puissante, exerçait une grande influence sur les Byzantins. Les -armées de Khosroës II avaient pénétré jusqu’à Chalcédoine et conquis -Jérusalem et l’Égypte. Repoussées par l’armée d’Héraclius, ces -troupes regagnèrent la Perse, où Khosroës mourut quelque temps avant -l’invasion arabe. La Perse, alors ralliée en partie à la doctrine de -Nestorius, fut conquise par les armées d’Omar (XVe année de l’Hégire) -et devint une province arabe comme l’Égypte. Elle subit de profondes -transformations ainsi qu’en témoigne son architecture. Les premières -mosquées persanes furent semblables à celles des Arabes. Elles étaient -construites sur un plan carré, comprenant le _Sahan_ entouré de -portiques à colonnades (liwans). Celui qui renfermait le _Mihrab_, -était plus somptueux que les autres et surmonté d’un dôme. Elles ne -différaient des premières mosquées arabes que par cette dernière -disposition. - -La mosquée de Djouma de Kasvin, bâtie selon l’historien Yakout par -Mohammed ibn Hadjadj, est une des premières mosquées arabes. Ayant -menacé ruine, elle fut rebâtie sur le même plan par Haroun al Réchid, -et agrandie par Melek chah, prince seldjoucide. Parmi ces mosquées -primitives, on peut citer la mosquée de Chiraz construite en 875 après -J.-C. par Amr ibn Leïs, et la mosquée de Djouma d’Ispahan, construite -par Elmamoun. Mais de ces mosquées il ne reste actuellement que des -ruines. Les mosquées de l’époque khalifale avaient, comme les monuments -de Damas et de Bagdad, une décoration semblable à celles des Arabes. -Cette décoration était composée d’inscriptions coufiques, d’entrelacs -et, mais très rarement, d’arabesques et de polygones. Les revêtements -des murs et des plafonds étaient en stuc colorié, dentelé, et moulé en -rosaces. Les Persans employaient des colonnes en marbre veiné, avec -des chapiteaux plaqués d’or ou d’argent. A l’époque des Fatimites, -IIe siècle de l’Hégire, on appliquait déjà la coupole à de nombreux -monuments (le tombeau de Reï, etc.). - - -[Illustration: Pl. 33. - - MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA. - - MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA.--Cour.] - - -Sous les différentes dynasties, telles que les Saffarides (870-964), -Samanides (964-1004), Daïlamites (946-1000), qui se partagèrent la -Perse après l’époque khalifale, l’architecture resta à peu près la -même, et ne subit que quelques légères transformations. L’époque des -Gaznévides, marquée par la marche en avant des Perses vers les -Indes, ouvrit une ère nouvelle. Les Turcs, les Mongols et les Afghans, -peuples nomades et continuellement en guerre, influencèrent l’art -persan en y apportant tous les éléments qu’ils avaient tirés de la -Perse antique, des Indes, de la Chine et de toutes les civilisations -asiatiques. Sous le brillant règne de Togroul baï, d’Alp Arslan, et de -Melek chah, princes Seldjoucides, dont le pouvoir s’étendait jusqu’à -l’Irak, Mossoul et Bagdad, l’art s’affina au contact d’une inspiration -nouvelle. - -La décoration céramique se généralisa, ainsi que l’application des -briques de différentes couleurs, obtenues par une cuisson plus ou moins -prolongée. C’est encore à l’époque des Turcs que la coupole, déjà en -usage, subit une évolution et que l’on sut tourner les difficultés que -présentait le passage du plan carré à la base circulaire de la coupole. -Les dômes et les minarets furent ornés de minces plaques métalliques, -ondulées et martelées. - -Pendant le règne des Attabeks Solgour, les Mongols, ayant à leur tête -leur chef Djenguiz Khan, ravagèrent la Perse. C’est seulement avec -Helakou, petit-fils de Djenguiz, que l’art semble reprendre son essor, -essor où se manifeste l’influence de l’art chinois, due aux ouvriers -et artistes qu’Helakou avait ramenés de Chine. On peut remarquer cette -influence sur les faïences et autres œuvres appartenant à cette époque. - -Sous l’influence des Mongols, l’ogive devient la forme générale de la -coupole et la faïence l’élément essentiel de la décoration, rappelant -en cela l’art Sassanide. - -Le tombeau de Mehmed Oldjaïtou, prince Gaznévide, construit en 1320 à -Sultaniéh, est un des plus remarquables monuments de cette époque, où -l’on commençait à remplacer par des carreaux de faïence, appliqués à -l’aide d’un mortier, les briques vernissées que l’on avait jusqu’alors -intercalées dans l’épaisseur du mur. - -Après les Djenguizkhanites et à l’époque des Timourites (XVIe siècle), -l’art traversa une période qui continua pendant les querelles des -princes turcomans Ak-Koyoun (mouton blanc) et Kora-Koyoun (mouton -noir). Avec Djehan chah, prince turcoman de la tribu du mouton noir, -apparaît le type spécial de la mosquée bleue de Tebriz. La cour (sahan) -se couvre d’un dôme central et la partie renfermant le _mihrab_ est -surmontée d’une coupole moins élevée que celle du _sahan_. Les _liwans_ -sont formés de nefs. - -Sous les Safévis, une renaissance se manifeste dans tous les arts. -Abbas Chah Ier, cinquième chah des Safévis, ayant fait appel à des -artistes de différents pays, orne la ville d’Ispahan de monuments -magnifiques, tels que le Meïdan, (grande cour entourée de portiques à -deux étages), la mosquée royale (XVIe siècle), et de plusieurs palais. -La peinture prospéra alors: Djéhanguir, Boukhari, Behzad et Mani furent -les plus célèbres artistes de cette école. Mais la décadence ne tarda -pas à se faire jour. Elle s’accentua à la mort du chah Ismaïl, avec les -Afghans et les Zends, pour aboutir à la décadence finale de l’époque -contemporaine, où les œuvres d’art ne sont que de pâles copies, -dépourvues de goût et de tout élément artistique. On peut donc diviser -l’art de la Perse musulmane en quatre périodes. - - 1º Période arabe. - 2º -- turque-seldjoucide. - 3º -- mongole. - 4º -- de renaissance sous les Safévis. - -Dans ces trois dernières périodes, l’art est sensiblement différent de -celui de la période arabe. Deux raisons expliquent cette différence: en -premier lieu, l’indépendance de la province d’Iran, et d’autre part, -l’influence des Mongols, des Turcs, des Chinois et des Hindous,--qui -est de beaucoup plus importante. - -Les différentes dynasties qui régnèrent en Perse n’ont pas introduit -dans l’art local un changement aussi grand qu’on l’a souvent prétendu. -Leur influence se fit plutôt sentir dans le domaine politique que -dans le domaine architectural. L’art persan a donc toujours gardé -les caractères de son art local qui résident dans: 1º l’usage de la -plate-bande et des arcades sans colonnes; 2º dans la coupole en forme -bulbeuse[65] qui couvre le sanctuaire; 3º dans le portail monumental -en ogive entouré d’un cadre rectangulaire dépassant souvent en hauteur -la base de la coupole; 4º dans les minarets circulaires, flanqués des -deux côtés de la façade, qui suit l’horizontalité des plates-bandes; 5º -dans l’abondance des faïences, à décoration florale, qu’enrichissent -tous les trésors de l’imagination. Cette décoration, qui répond mieux -aux sentiments des Persans, est préférée par eux aux ornementations -géométriques chères aux Arabes; les stalactites persanes sont -rectilignes et diffèrent des arabes. - - [65] Ce genre de dôme se rencontre surtout dans les - monuments du Turkestan et de l’Afghanistan (Tombeau de - Tamerlan à Samarkande) et semble, d’après M. Choisy, - avoir une origine hindoue. L’avantage que les Persans - y ont trouvé vient très probablement de ce que cette - forme diminue la poussée de voûte. - -Les Persans aiment la gaieté des bosquets et des jardins. Aussi leurs -mosquées, avec leurs bassins de marbre où l’eau retombe en cascades, -donnent-elles plutôt la joyeuse impression d’un palais que celle d’un -temple invitant au recueillement mystique. - -La coupole, surtout, diffère de celle des Arabes. Ils attachaient en -effet plus d’importance que ces derniers à l’aspect extérieur de leurs -édifices, et dans un but d’embellissement ils ajoutèrent une deuxième -coupole extérieure à la première. - -Leur imagination, enrichie de tous les trésors légendaires et épiques -de la littérature persane, souvenirs ou vestiges d’une civilisation -lointaine, se donnait libre cours dans le domaine des arts. Les dessins -variés dont s’ornent leurs tapis et la finesse de leurs miniatures -attestent ce goût décoratif, si prisé à juste titre et de tous temps -par les amateurs de l’art oriental. Il faut pourtant remarquer que -les Turcs et les Chinois n’ont pas peu contribué à donner à cette -production artistique son cachet de délicatesse. Les véritables -conservateurs de cet art furent réellement les Turcs et les Tartares -qui, durant l’occupation grecque, en gardèrent et en développèrent les -traditions. - -L’influence de l’art persan sur l’art ottoman est considérable. Les -relations qui existèrent d’ailleurs entre l’art persan et l’art turc -des Seldjoucides, qui peut être considéré comme l’origine de l’art -ottoman, ont suffi pour les rapprocher. - - -Avant d’aborder l’étude de l’art ottoman, il est indispensable de -connaître l’art des Seldjouks, l’État turc fondé à Konia[66] (Iconium) -par Suleïman chah, fils de Koutoulmouch, qui était cousin de Mélik -chah, prince Seldjoucide régnant alors en Perse. Cet État comprenait la -plus grande partie de l’Asie Mineure. Les Seldjoucides y régnèrent du -XIe au XIIIe siècle, mais affaiblis par les luttes qu’ils avaient dû -soutenir contre les premiers croisés, ils tombèrent, au XIVe siècle, -sous la domination mongole. Vaincus et démembrés, ils se divisèrent en -dix petits États indépendants. - - [66] Konia fut en même temps le centre d’une - philosophie religieuse fondé par Djelaleddin Roumi, - élève de Chemseddin Tebrizi (de Tauris) (secte des - derviches tourneurs). - - -[Illustration: Pl. 34. - - MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA.--Mihrab et Mimber.] - - -Les Seldjoucides ont produit des œuvres d’art vraiment dignes -d’études et qui forment un trait d’union entre les arts persan, arabe -et ottoman. Mais il ne faut pas en conclure que l’art des Seldjoucides -soit une branche de l’art arabe de Syrie, ainsi d’ailleurs qu’on a -l’habitude de désigner toutes les manifestations de l’art musulman. -Il est vrai que l’art arabe a été la source où puisa l’art turc, mais -ce dernier eut vite fait de donner sa note personnelle. Et c’est -avec juste raison que nous avons affirmé plus haut que l’art arabe -avait trouvé en lui des disciples et non pas des copistes. L’art -des Seldjoucides, inspiré de l’art arabe, et influencé par les arts -byzantin et persan, a donc acquis une esthétique personnelle. Déjà à -cette époque, l’art arabe de Syrie avait subi l’influence byzantine; -les ouvriers et artistes syriens, auxquels les Seldjoucides furent -redevables de la plupart de leurs constructions, devinrent donc, -en quelque sorte, les intermédiaires entre l’art byzantin et les -Seldjoucides. Leur rôle ne s’arrêta pas là; et c’est grâce à eux que -l’on peut voir les derniers monuments arabes d’Égypte présenter un -caractère tout à fait seldjoucide. Les anciens monuments de Konia, qui -sont encore debout, nous offrent des merveilles de décorations. On y -remarque surtout la faïence, abondamment employée pour la décoration -intérieure et extérieure. L’étude de ces monuments permet de découvrir, -à travers un mélange d’art arabe, persan et byzantin, une tendance -réelle vers l’art chaldéen. - -Cet art avait beaucoup d’analogie avec l’art mésopotamien, dont -il existait encore des types en Arménie et au Kurdistan; cette -architecture, que les Seldjoucides ont trouvée en Arménie, présentait -un caractère sassanide plutôt que syrien et n’était qu’un art -byzantino-persan, art avec lequel ils étaient d’ailleurs déjà familiers. - -Parmi les monuments seldjoucides de Konia, on peut citer la grande -mosquée construite par un Syrien musulman (617 H. 1220 J.-C.), la -mosquée de Sahib Ata (1260 J.-C.), Sirtchali Médressé (640 H. 1242 -J.-C.), et le médressé de Karataï, les hans et les karavansérails, tels -que Sultan Han (626 H. 1229 J.-C.), les citernes, etc... - -D’autres villes de l’Asie Mineure, comme _Ak seraï_, _Ak chéhir_, -_Sivas_, _Karaman_, _Divrigue Ishakli_, etc... possèdent encore les -restes de plusieurs monuments seldjoucides, malheureusement à l’état de -ruines. - -Ces monuments, dans lesquels l’influence de l’art syrien et -mésopotamien est apparente, sont d’une grande utilité pour l’étude de -l’art turc et musulman. On y remarque en effet l’embryon des éléments -caractéristiques de l’art ottoman, tels que les portails et les -colonnettes. - - -III.--L’ARCHITECTURE OTTOMANE - -A l’époque d’Osman Ier, quand les Ottomans commencèrent à construire -des mosquées, des médressés et des écoles, c’est l’art de l’époque des -Seldjoucides qui leur servit de modèle. Dans leurs constructions encore -lourdes et massives, l’influence byzantine, résultant du voisinage -de Byzance, se révélait à côté de l’influence seldjoucide. Mais ces -essais rudimentaires étaient loin de présenter les caractères d’un art -national, qui cependant devait bientôt naître. Niloufer Hatoun, fiancée -de Tekfour de Biledjik, que le sultan Osman enleva aux Byzantins -pour en faire l’épouse de son fils Orhan, avait donné naissance au -prince Murad. Ce dernier qui devint ensuite le troisième Sultan des -Ottomans, sous le nom de Khudavendiguiar, tenait de sa mère une -éducation raffinée et des goûts artistiques. Cette culture le poussa à -encourager les artistes et les architectes qu’il avait fait venir de -tous les pays. - -Dans les différentes parties de l’État, s’élevèrent des édifices -remarquables, tels que le tombeau et la mosquée du prince Ghazi -Suleïman, frère du sultan, à Boulayer, un grand bain, une mosquée, un -minaret construits en mémoire de sa mère à Nicée, les monuments de -Brousse qui datent de cette époque et ceux que l’on construisit pour -embellir Andrinople, après la conquête. - -Dans tous ces édifices, on distingue les traces de l’influence -byzantine avec l’empreinte de l’art seldjoucide. Au fur et à mesure que -le trésor de l’État s’enrichit, la façade des monuments, jusqu’alors -négligée, tend à prendre un caractère esthétique. L’application -de la faïence sur les façades, en vogue chez les Seldjoucides, se -généralise. On s’explique d’autant mieux ce goût des Ottomans pour -l’art seldjoucide qu’il leur rappelait à la fois leur nationalité -et leur religion. Vivant en contact perpétuel avec les petits États -d’Asie Mineure fondés sur les ruines des Seldjoucides, les Ottomans -avaient l’occasion de se familiariser avec l’art local de tous ces -pays, et en tiraient des éléments servant au développement de leur art -propre. Mais cet essor fut fâcheusement arrêté pendant quelque temps -par les invasions de Tamerlan, par les luttes ouvertes contre l’empire -ottoman par ces petits pays profitant de l’embarras où l’invasion de -Tamerlan jetait l’État, et finalement par l’interrègne qui suivit ces -événements. Plus tard, Tchelébi sultan Mehmed, fils de Bayazid, redonne -à l’architecture un nouvel éclat. L’effort immense et si original -qu’il y a déployé permet de dire que l’architecture ottomane commence -réellement avec lui. Le sultan Mehmed, suivant l’exemple de son frère -et de son aïeul, Yildirin Bayazid et Murad Khoudavendiguiar, prodigue -les monuments dans les villes de Brousse et d’Andrinople, répare ceux -qui avaient été ruinés par les États Caraman et Guermian dans les -différentes villes et termine les édifices entrepris à Andrinople et -ailleurs par ses aïeux, tels que la mosquée _Oulou Djami_, commencée -à Brousse sous le règne de Murad Ier (781-818 H.). Il fait enfin -construire à Brousse le _Yéchil Djami_ (la mosquée verte), célèbre -dans le monde entier et qui est, par sa forme et sa magnificence, la -première grande œuvre de l’architecture ottomane. - -Les monuments de cette époque diffèrent sensiblement de ceux qui ont -été construits plus tard à Constantinople et à Andrinople. - -Les mosquées de Brousse possèdent au sommet de leur coupole une -ouverture formant souvent tambour, qui éclaire l’intérieur et -favorise la ventilation. Un fin grillage métallique empêchait les -oiseaux d’entrer par cette ouverture. Les Byzantins, et surtout les -Seldjoucides, pratiquaient déjà ces ouvertures à leurs coupoles. Dans -l’intérieur de la mosquée, au centre et juste au-dessous de l’ouverture -de la coupole, des jets d’eau jaillissaient dans un grand bassin de -marbre. - -Si l’on compare la Mosquée Verte construite en 1420 de l’ère chrétienne -aux monuments byzantins et seldjoucides existant encore, on constate -que la Mosquée Verte se rapproche davantage de l’art seldjoucide. Elle -est couverte d’un grand dôme central et de trois petites coupoles dont -l’une s’élève au-dessus de l’abside. Des plaques de plomb recouvrent -ces coupoles. Les Byzantins avaient déjà emprunté ce mode de couverture -aux Sassanides[67]. - - [67] Ce sont les Parthes qui, les premiers - s’appliquèrent à fixer le bronze et le cuivre sur - l’extérieur des dômes de leurs derniers édifices - (Gayet). - -La Mosquée Verte a été plusieurs fois détruite par des tremblements de -terre. Les minarets, ornés de faïences vertes, ont subi de nombreuses -restaurations et n’ont pas conservé leurs formes primitives. Le nom -de _Mosquée Verte_ venait des faïences bleu-verdâtre dont elle était -ornée. La porte[68] située en face du _Mihrab_ possède deux niches -latérales, semblables à celles des portails des médressés seldjoucides; -elle conduit à une sorte de narthex richement décoré de faïences. Des -deux côtés du narthex, deux escaliers conduisent à la tribune impériale -et aux tribunes réservées. Dans cette partie de la mosquée on remarque -quelques chapiteaux provenant de ruines byzantines. L’architecte a su -toutefois les placer de façon à ce qu’ils ne contrarient pas l’ensemble. - - [68] Ce portail fut défiguré par deux grotesques - consoles qu’on a ajoutées pendant la restauration de la - mosquée. - -Le plan de la partie centrale de la mosquée est un carré; quand à la -partie qui contient le _Mihrab_ et le _Mimber_, elle est surélevée de -quelques degrés et rappelle les mosquées arabes[69]. Intérieurement, -les murs sont ornés de faïences vertes de forme hexagonale, où sur un -fond bleu foncé se détache une superbe décoration florale. Au-dessus de -celles-ci, et sur le même fond, court une frise reproduisant en lettres -blanches des versets du Koran. A l’intérieur, l’intersection de la -coupole et des murs est recouverte par une large application de prismes -et de cristaux se rattachant les uns aux autres et rappelant le système -décoratif polygonal des Arabes, qui servit plus tard à l’architecte -Sinan pour composer ses chapiteaux. Au milieu de la mosquée, sous -la coupole centrale, se trouve un bassin en marbre, artistiquement -travaillé. - - [69] Le plan de la mosquée sunnite de Tebriz (mosquée - bleue de Tauris) présente une très grande ressemblance - avec celui de la mosquée Yéchil Djami, à Brousse. - -Au centre de ce bassin, dans une vasque élégante, un jet d’eau lance la -pluie fine de ses gouttes où viennent se jouer en reflets multicolores -la lumière du jour et les couleurs des faïences. Tout concourt à créer -un décor où la perfection divine, révélée dans le silence même des -choses, invite à la prière l’âme étonnée et ravie. - -La partie qui contient le mihrab est séparée de la partie centrale par -des piliers carrés. Aux deux coins de chaque pilier sont posées des -colonnettes en marbre, mobiles et tournant facilement sur leur axe. -Cette disposition permet de constater que, jusqu’à ce jour, l’édifice -n’a pas subi de tassements. - -Le mihrab, composé tout entier de faïences, constitue un des -chefs-d’œuvre les plus remarquables de la première époque de la -faïencerie ottomane. Le nom de l’architecte se trouve inscrit sur la -tribune impériale, en ces termes: - - - قدتم هذه نقش العمارة الشريفة بيد افقر الياس على فى اواخر - رمضان المبارك سنهُ سبع و عشرين و ثمانمائه - - -c’est-à-dire: - -«l’ornementation de ce saint édifice a été terminée par la main du très -humble Elias Ali vers le dernier jour du Ramazan de l’an 827 (1423).» -On considère Elias Ali comme l’architecte de ce monument. Mais si l’on -se rapporte au mot _ornementation_ de l’inscription citée plus haut, -il semble en résulter qu’Elias Ali a été plutôt l’artiste décorateur -que l’architecte. Cependant, si l’on songe à l’importance de l’œuvre -décorative dans cette somptueuse mosquée, Elias Ali peut en être -considéré comme l’auteur. Toutes les parties de ce magnifique monument, -ainsi que le _Tombeau Vert_ du sultan Mehmed, fondateur de la mosquée, -le travail artistique de ses plafonds, de ses boiseries, les sculptures -de ses portes, ses grillages incrustés et l’harmonie de ses faïences, -les verres coloriés qui ornent ses fenêtres, ses panneaux et ses -frises, tout, jusque dans les moindres détails, contribue à en faire -un modèle parfait et dont les artistes ottomans s’inspirèrent à juste -titre dans la suite. Il y a cinquante ans, la mosquée menaçait ruine. -Sur les instances de Ahmed Véfik effendi, alors gouverneur de Brousse -(1863), on fit venir pour la restaurer un architecte français, M. -Parvillée, qui profita de son séjour pour consolider quelques minarets -délabrés de Brousse. Ce travail lui fournit l’occasion d’étudier la -mosquée et le tombeau vert dans tous leurs détails et il s’attacha -à en découvrir les proportions architectoniques et à analyser les -lois qui avaient présidé à leur édification. C’est là qu’il puisa les -matériaux de son intéressant ouvrage _L’architecture et la décoration -turques au XVe siècle_, précédé d’une préface de Viollet-le-Duc. C’est -une œuvre de forte érudition, consultée avec profit par tous ceux qui -s’intéressent à ces questions. Les livres de ce genre sont rares. -Le seul qui, malgré les négligences de son texte, présente, par ses -illustrations, quelque intérêt fut édité par les soins du ministère -des Travaux publics pour être envoyé à l’Exposition de Vienne en 1867. -Mais plusieurs erreurs, dues à la hâte avec laquelle il a été composé, -ne permettent pas de le considérer comme un guide absolument sûr. Il -serait du plus haut intérêt qu’une commission compétente étudiât nos -divers monuments d’une manière approfondie. Il en pourrait sortir un -livre de documentation exacte. - -Le vilayet de Khudavendiguiar, par le nombre de ses monuments, qui -remontent à l’époque de la première école architecturale, peut être -considéré comme un véritable musée de l’art ottoman. Entre autres -édifices, il convient de citer la mosquée de Muradié, et la mosquée de -Bayazid, terminée sous le règne de Mehmed. - -Cette mosquée, construite sur un plan carré de 100 mètres de côté, -est surmontée d’une grande coupole et de vingt-quatre petites. Rien -ne subsiste de sa décoration et de ses faïences, qui furent autrefois -magnifiques. - -Dans les constructions de cette époque, à Brousse, on constate l’emploi -des piliers prismatiques, en usage chez les Seldjoucides. Les édifices -les plus remarquables appartenant à ce genre sont la Tchinili-Djami -(mosquée aux faïences), commencée à Nicée et élevée par Tchendereli -Ibrahim pacha, grand vizir, à la mémoire de son père Haïreddin pacha, -le tombeau inachevé de Bayazid pacha à Brousse, du style seldjoucide, -le tombeau de Devlet Schah Hatoun, le pont de Niloufer et le bain connu -sous le nom de Cayagan à Brousse. - -Depuis Tchelebi Sultan Mehmed jusqu’au Conquérant, l’architecture -adopta à peu de choses près le style de la Mosquée Verte. Après la -conquête, on s’inspira sans doute de l’art local, dont le prototype -était Sainte-Sophie, pour la construction de la première mosquée -élevée par le conquérant sur les ruines de l’église des Saints-Apôtres -à Byzance. Mais il est difficile de rien préciser à cet égard, car -cette mosquée, construite probablement par l’architecte byzantin -Christodoulos, a eu sa coupole et ses murs endommagés et détruits par -le tremblement de terre de l’année 1179 de l’Hégire, troisième jour du -Baïram. _Hadikat-ul-Djévami_, précieux ouvrage turc, parlant de cette -destruction, dit: «Les deux pieds d’éléphant et les deux colonnes -en porphyre ayant été démolis, on a construit la coupole sur quatre -piliers.» On peut donc inférer de cette description qu’elle rappelait -les mosquées de Brousse, bien que sa reconstruction, effectuée en 1181, -en diffère énormément et ressemble au contraire à la mosquée Laléli. -En tout cas, c’est à tort qu’on représente parfois la mosquée Fatih -actuelle comme étant celle du conquérant. - - -[Illustration: Pl. 35. - - MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.--Galeries de la façade et fontaines - d’ablutions.] - - -A l’époque de Bayazid II, fils du Conquérant, l’architecte -Haïreddin[70], chargé d’élever la mosquée qui porte le nom de -ce souverain, réunit tous les documents et tous les préceptes -d’architecture, en tira d’heureux effets dans les proportions et les -formes nouvelles qu’il appliqua aux colonnes et aux chapiteaux. La -mosquée Bayazid, par la pureté de ses lignes et l’harmonie de ses -éléments, est une des plus jolies mosquées de Constantinople. Elle est -la seule qui rappelle un peu le style des mosquées de Brousse. Un œil -exercé ne tarde pas à reconnaître que, dans cet édifice, une nouvelle -étape artistique avait été franchie. Haïreddin eut l’ingénieuse -idée d’appliquer aux chapiteaux les stalactites en usage chez les -Arabes pour orner les pendentifs et les encorbellements. Il établit -de nouvelles proportions et atteignit ainsi une _simplicité_ pleine -de grandeur et de beauté. C’est un réformateur de l’architecture, à -laquelle il ouvrit de nouveaux horizons. Nous ne savons pas exactement -quels avaient été ses maîtres. Parmi les architectes venus avant lui, -on rencontre seulement le nom de l’architecte Elias, qui construisit -le Mesdjid de Deniz Abdal et mourut en 958 de l’Hégire. Il était -contemporain du Conquérant et de son fils Bayazid et est enterré -dans le cimetière de la mosquée qu’il édifia. Après Haïreddin, nous -trouvons les noms de Mimar Ayas, mort en 892, de Mimar Kemaleddin, -Mimar Chedjaa, Adjem Ali[71] et Sinan[72]. Ce dernier, qui est le plus -célèbre, est réputé comme réformateur de l’architecture ottomane. -En suivant le chemin tracé par Haïreddin, il fixa les règles de cet -art. Les innombrables édifices[73] dus à Sinan constituent de purs -chefs-d’œuvre, où l’art turc atteint son apogée. Sinan eut plusieurs -élèves dont les plus connus sont Davoud Aga, Ahmed Aga Kemaleddin, -Youssouf, Tournadji bachi, Yetim Baba Ali effendi, et le petit Sinan. - - [70] Il a son Mesdjid près du tombeau de Sinan pacha. - Quant à lui, il repose dans le jardin de ce tombeau. - - [71] Ainsi que son nom Adjem (Persan) l’indique, - c’était probablement un des ouvriers amenés par Selim - lors de la conquête de Tauris. - - [72] Voir la liste de ses ouvrages à la fin du volume - (page 256). - - [73] Il existe une mosquée à Yeni Mevlevihané Kapoussou - qui porte son nom. - -Les empereurs mongols et hindous firent venir aux Indes quelques-uns de -ces derniers pour y exercer leur art. Le plus célèbre d’entre eux est -l’architecte Youssouf qui éleva le palais des grands Mongols. Les forts -merveilleux et un certain nombre de monuments de Delhi, de Lahore et -d’Agra, qui sont encore l’objet de l’admiration universelle, sont dus à -des élèves de Sinan. - -Un autre de ces élèves, Yetim Baba Ali effendi, fut nommé par le -sultan, à l’emploi de _Bina Emini_ (intendant), lors de la construction -de la mosquée Suleïmanié[74]. A la mort de Sinan (986 de l’Hégire) -Davoud Aga devint premier architecte de l’Empire. Il fut décapité sur -la place publique de Véfa, pour crime d’irreligion. - - [74] Mort en 960, il repose dans le cimetière de la - mosquée Suléïmanié. - -Ce fut Dalguitch Ahmed Aga qui lui succéda et occupa ce poste, alors -très recherché, jusqu’en 1010, époque à laquelle Sedefkiar (travailleur -de nacre) y fut promu. Tous deux étaient, pour le travail de la nacre, -les élèves d’un même maître à Hass Bagtché[75]. - - [75] Jardin privé du palais possédant plusieurs - ateliers, où les janissaires apprenaient différents - métiers. - -Mehmed Aga[76], poussé par un souci, peut-être excessif, d’originalité, -négligea les principes établis par les maîtres de l’art, comme -Haïreddin et Sinan, et essaya de marquer de son empreinte personnelle -la construction de la mosquée Ahmédié. Ce monument est conçu en dépit -des règles et des lois artistiques respectées jusqu’alors. - - [76] Voir sa biographie page 265. - -Son architecture diffère de celle des mosquées Bayazid, Selimié et -Suleïmanié. Les grands piliers carrés qui supportent la coupole de la -mosquée Suleïmanié sont remplacés par de gigantesques colonnes de 5 -mètres de diamètre, sans aucune proportion; il en est de même de celles -qui supportent les galeries de l’intérieur. On suppose que Mehmed Aga, -qui avait beaucoup voyagé, voulut appliquer quelques souvenirs des pays -où il avait séjourné. - -L’art turc est encore actif pendant un certain temps après l’époque du -sultan Ahmed, ainsi que l’attestent quelques monuments, parmi lesquels -la mosquée de Tchinili, construite à Scutari sous Ibrahim, et celle de -Yeni-Djani, élevée sous Mehmed IV (1074). Mais les luttes intestines -qui déchirèrent l’Empire, pendant le règne de cinq padichahs, firent -tomber l’architecture dans une décadence qui dura jusqu’à Ahmed III. - -A l’avènement de ce souverain, des tentatives sont faites pour relever -l’art. On construit plusieurs fontaines (_tchechmés_) somptueuses -telles que la fontaine d’Ahmed, près de Sainte-Sophie, celle d’Azap -Kapou, etc. De magnifiques palais s’élevèrent dans la capitale parmi -lesquels les historiens de l’époque citent _Nichad Abad_, _Humayoun -Abad_, _Saad Abad_, _Cheref Abad_, situés sur les rives du Bosphore et -de la Corne d’Or. Il ne reste presque rien de la plupart de ces palais, -construits en bois et qui n’ont guère laissé de ruines aujourd’hui. - -Les ingénieurs français, appelés en Turquie par Mahmoud Ier pour -les travaux hydrographiques, amenèrent avec eux des sculpteurs, des -décorateurs et des dessinateurs qui, en introduisant les styles Louis -XV et baroque, préparèrent la dégénérescence du style ottoman. - -Avec le temps les artistes ottomans se rapprochèrent de plus en plus -des types de l’ornementation européenne qui devint à la mode, et fut -appelée alors vulgairement «à la franka». Ils eurent tôt fait d’oublier -les principes de l’art ottoman. - -Ignorant les notions mêmes de cet art, les constructeurs mélangèrent -tous les styles, ne mettant ainsi au jour que des œuvres laides et -disparates. Telle est la mosquée Nouri Osmanié, commencée par Mahmoud -Ier et achevée par Osman; telle est aussi la mosquée Laléli: toutes -deux appartiennent à cette période de décadence. La première, d’un -aspect lourd et disgracieux, a été construite, dit-on, sur le plan du -sultan Mahmoud lui-même. - -Malgré tous les efforts tentés sous le règne suivant, à partir du règne -de Sélim III, les pompons et les rocailles du style Louis XV, déjà -répandus dans toute l’Europe, envahissent l’art ottoman et finissent -par l’étouffer sous une forme de rococo-italien. M. Kaufer, architecte, -que Choiseul Gouffier avait amené avec lui à Constantinople, et M. -Melling, architecte du sultan Selim III, ont, en dépit de tout leur -talent, contribué à cette décadence, en élevant des palais de style -étranger, qui servirent de modèles aux architectes turcs. La plupart -des monuments et la décoration des fontaines datant de cette époque en -témoignent abondamment. - -Cette décadence a continué jusqu’à nos jours, et les architectes n’ont -guère abouti à des résultats satisfaisants, leurs efforts n’étant point -basés sur une étude sérieuse des anciens monuments et des règles et -des formules qui présidèrent à l’établissement de leurs plans. Les -efforts tentés à l’époque du sultan Abdul Aziz pour construire quelques -mosquées et palais dans un style pseudo-renaissance, ne donnèrent pas -de meilleurs résultats. - - -[Illustration: Pl. 36. - - MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.--Intérieur.] - - -L’ouvrage connu sous le titre d’_Architecture ottomane_ et qui fut -édité par le ministère de l’Instruction publique rapporte en détails -les tentatives faites à l’époque, en vue de relever l’architecture. Les -planches qu’il contient donnent à cet ouvrage un intérêt indéniable, -mais une certaine imprécision, une certaine négligence qui y règnent -risqueraient d’inculquer au lecteur une fausse notion de l’art ottoman. - -L’architecture ottomane se divise donc en quatre périodes: - -1º Depuis le sultan Mehmed Tchélébi jusqu’à Bayazid (816-886), -c’est-à-dire depuis la construction de la Mosquée Verte à Brousse -jusqu’à celle de la mosquée Bayazid à Constantinople. - -2º Depuis Bayazid jusqu’au sultan Ahmed Ier (886-1012), c’est-à-dire -depuis la construction de la mosquée Bayazid jusqu’à la construction de -la mosquée d’Ahmed Ier. - -3º Depuis la construction de la mosquée d’Ahmed Ier jusqu’au règne du -sultan Ahmed III (1012-1015). - -4º Depuis Ahmed III jusqu’à l’époque contemporaine, période marquée -par une décadence générale due à l’abandon des principes essentiels -qui, loin d’empêcher la manifestation de la personnalité, conservent -les caractères particuliers d’un style national, de même que les lois -naturelles gardent et perpétuent la ressemblance de deux plantes de la -même famille et la physionomie des hommes de la même race. - -Les anciens maîtres avaient sans doute des règles et des formules -architectoniques qu’il conviendrait de retrouver. M. Parvillée rapporte -dans son ouvrage qu’on utilisa dans l’architecture de la Mosquée Verte -un triangle semblable à celui employé par les Égyptiens et ayant entre -sa base et sa hauteur le rapport de 8:5; la place des fenêtres, la -forme de la coupole et le niveau des corniches étaient donc déterminés -par des lois immuables qu’il est impossible de négliger, si l’on -veut produire des œuvres purement ottomanes. Si l’on se contente de -recueillir, au hasard, les divers éléments décoratifs et de les grouper -sans tenir compte des règles auxquelles est soumis le style ottoman, -il est clair qu’il n’en saurait résulter une œuvre conforme à ce -style, malgré les ressemblances de détail que cet art pseudo-ottoman -pourrait renfermer. Faut-il ajouter maintenant qu’il est nécessaire, -pour bien comprendre une œuvre d’art, de pénétrer l’esprit et l’état -d’âme du peuple qui l’a conçue et qu’on ne saurait faire œuvre d’art -dans un domaine dont l’inspiration vous est étrangère? C’est ainsi que -l’écriture d’un calligraphe turc ne pourra jamais être reproduite par -un dessinateur étranger de façon à tromper un œil exercé. Il manquera -à l’étranger non seulement la manière, mais le caractère, l’esprit et -pour tout dire le sentiment de l’œuvre. - - -_Le caractère et la décoration de l’architecture ottomane._--Il suffit -de visiter les édifices turcs pour se convaincre de la différence qui -existe entre l’architecture ottomane et celle des Arabes. Outre le -caractère spécial des colonnes, des arcades et des chapiteaux ainsi que -de la coupole, l’ensemble du monument est conçu dans une note tout à -fait distincte. - -On ne rencontre jamais chez les Turcs la coupole en ogive étranglée à -sa base, le chapiteau décoré de fleurs ornementales, l’arc surélevé -en fer à cheval et la surabondance de décorations en usage chez les -Arabes. Les Turcs, ayant apporté tous leurs soins à la technique de -la construction, imitèrent, en fait de coupoles, celles des Byzantins -qu’ils reproduisirent avec autant de courage que de hardiesse. Leurs -chapiteaux sont ornés de stalactites et de losanges dans le genre de -ceux qui servaient aux Arabes pour atténuer les brusques saillies de -leurs encorbellements. Quant à la décoration, elle était plus sobre -chez les Turcs, qui en faisaient pourtant usage avec un rare bon -goût dans les parties des monuments où ils l’estimaient nécessaire. -Ils n’appliquèrent pas non plus de mosaïques à leurs coupoles, ni -de marbres veinés aux parois intérieures de l’édifice comme les -Byzantins. Ils ornaient leurs coupoles de fresques avec inscriptions -en or et tapissaient les murs avec des carreaux de faïence où les plus -éclatantes couleurs se mariaient harmonieusement. Malgré quelques -détails décoratifs, rappelant l’art persan par endroit, l’art -turc ne peut en aucune façon lui être assimilé. Il ne présente ni -l’horizontalité de la façade, ni ce grand portail qu’atteint la base de -la coupole, ni la forme des minarets et de la coupole qui caractérisent -l’art persan. - -La caractéristique de l’architecture ottomane réside dans la simplicité -sévère de ses formes et la verticalité accusée de ses lignes, où -l’esprit de l’homme semble suivre une route qui l’élève vers les cieux. - - -L’_Architecture ottomane_, l’ouvrage dont nous avons déjà parlé, -constate trois ordres distincts dans les édifices turcs qu’il désigne -ainsi: _ordre échanfriné_, _bréchiforme_, _cristallisé_, selon la -décoration plus ou moins riche des colonnes, chapiteaux, panneaux, -archivoltes et corniches. Mais ce que l’on remarque davantage, c’est -l’emploi combiné de ces ordres, appliqués indistinctement, suivant ce -que chaque partie du monument paraissait exiger. Tout en gardant leur -antipathie pour la décoration byzantine, les Ottomans paraissent avoir -adopté, en fait de plan et de construction, les méthodes des Byzantins. - -La forme de la coupole est presque semblable à celle des Byzantins -avec un large emploi des bases octogonales. Dans la construction -des mosquées, le plan carré fut adopté; les grandes mosquées furent -couvertes d’une grande coupole et de plusieurs autres demi-coupoles -tout à fait semblables à celles de Sainte-Sophie. Les petites mosquées -n’ont qu’une coupole sur base octogonale. Dans les arcades, on utilise -souvent un genre d’ogive formé de deux arcs à centres différents. La -ligne qui réunit les centres passe au-dessus des chapiteaux et ces -centres coïncident avec les points qui divisent cette ligne en parties -égales. Une des arcades les plus usitées est un cintre formé d’un -cercle terminé à son sommet par deux tangentes à la circonférence. -On ne voit jamais le plein cintre représentant les deux tiers de sa -circonférence (comme chez les Arabes) et qui a la forme d’un fer à -cheval. Mais, en revanche, on rencontre abondamment des arcades formées -de claveaux alternés en marbre coloré. On rencontre souvent aussi -l’alternance de différents genres d’arcades sur une même rangée, ce qui -rompt la monotonie de la perspective. - -On remarque quelquefois sur ces arcades de gros cabochons en pierre -taillée qui se placent entre les arcades sur la direction des colonnes -et qui semblent avoir leur origine dans les clous des boucliers. - -Ainsi cette architecture permet d’employer et d’arranger comme on veut -les différentes parties constituantes; ainsi, en respectant l’ordre et -la forme convenables pour chaque partie, on obtient un effet des plus -variés. - - -[Illustration: Pl. 37. - - MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.--Mihrab et Mimber.] - - -_La décoration._--C’est des formes décoratives apportées du Turkestan, -que les Turcs s’inspirèrent pour la décoration de leurs tapis et de -leurs ustensiles, avant d’être mis en possession d’un art ottoman. Ils -puisèrent également chez les Turcs seldjoucides et les Persans. D’autre -part, les motifs arabes ne cessèrent pas d’intéresser fortement -l’esprit des artistes ottomans, qui mirent particulièrement à profit -leurs arabesques et leurs polygones. C’est l’art seldjoucide et -syro-égyptien qui semble avoir fourni à l’art ottoman une grande partie -de sa décoration. - -[Illustration] - -La figure humaine et la représentation des animaux étant complètement -exclues de l’architecture ottomane, celle-ci resta loin de la -décoration byzantine. Les plantes, les fruits et les minéraux lui -fournirent ses motifs de décoration. Mais, comme la forme de ces -plantes et de ces fruits a subi, entre les mains des décorateurs turcs, -des métamorphoses variées, les parties constituantes de l’ornementation -prirent une forme tout à fait caractéristique et rationnelle, adaptée à -la nature des matériaux sur lesquels furent appliqués ces ornements. - -[Illustration] - -Les ornementations dérivées des feuillages s’inspiraient de l’état -de pétrification des plantes, tel qu’on le voit dans les empreintes -des végétations antédiluviennes sur les pierres. La décoration d’un -grillage, d’une serrure, d’une porte, était empruntée à des motifs -applicables et en harmonie avec la matière et la destination de l’objet -qu’ils ornaient. - -Les Byzantins ornaient leurs chapiteaux de feuilles dentelées, taillées -et ciselées qui semblaient devoir être écrasées sous le poids qu’elles -supportaient. Les Ottomans, pour leurs chapiteaux, avaient employé des -combinaisons de prismes rappelant les stalactites[77] des grottes et -qui offraient à l’œil l’aspect logique de la pierre solide, capable de -porter son fardeau. Ils surent éviter avec un goût savant la monotonie -et la régularité excessive des lignes. Le motif principal de la -décoration ottomane est fourni par les feuilles de pois. Cette plante -à tiges flexibles qui tendent à s’enrouler sur elles-mêmes convenait -merveilleusement à la décoration. Sa forme naturelle, après une série -d’interprétations originales, a fini par atteindre un type purement -ornemental. - - [77] La construction de la stalactite ottomane diffère - beaucoup de celle des Persans et des Arabes. - -[Illustration] - -D’autres plantes furent aussi prises comme modèles, suivant l’époque et -selon l’ordre dont on se servait. - -Dans l’ornementation, on distingue deux parties principales: le -buisson, qui constitue le support, et la plante, qui forme l’ornement -même. La plante ornementale s’enroule sur le buisson qui forme déjà à -lui seul un ornement. Pour mouvementer la décoration, on ajoute sur -la plante et le buisson des petits ronds gracieux imitant l’escargot, -une petite feuille enroulée. Dans les décorations riches, on voit -souvent plusieurs plantes s’enrouler sur le même buisson; chacune de -ces plantes constitue un sujet à part qui, s’entrelaçant avec d’autres -motifs, présente l’aspect d’ornements séparés et mariés entre eux avec -une parfaite harmonie. - -C’est l’architecte Ilias Ali qui a appliqué pour la première fois ce -genre de décoration. Il employa différents fruits: des coings, des -grenades, etc. La grenade, qui est considérée par les Turcs comme un -fruit du paradis, occupait le premier rang. Ce fruit subit, comme le -pois, des transformations successives, et finit par prendre la forme -d’une fleur complexe. - -[Illustration] - -Peu à peu, toutes ces formes décoratives se mélangèrent et donnèrent -naissance, en se combinant, à des formes nouvelles, et en particulier -à une ornementation hybride, où l’on voyait des feuilles sous l’aspect -d’oiseau. - -Parmi les fleurs, les plus employées étaient la renoncule, l’œillet, le -carthame, la rose, la tulipe, l’althea; presque toujours en bouquets, -surtout dans l’architecture civile. - -L’usage de la renoncule avait pris une particulière extension vers -l’époque d’Ahmed III. - -Les conceptions décoratives des Arabes, Chinois, Hindous, Persans -et Byzantins contribuèrent en partie aux progrès de l’art décoratif -ottoman, avec lequel ils avaient de grands liens de parenté. Mais, dans -toutes les évolutions de ces forces ornementales, se fait jour une -tendance vers la calligraphie ottomane qui constituait chez les Turcs -l’art graphique le plus estimé. La même tendance peut être remarquée -dans l’art de l’écriture des Japonais. - -Les décorateurs et les enlumineurs ottomans reproduisirent, dans les -écritures, les caractères et les formes ornementales dont ils se -servaient pour la décoration des livres sacrés. - -[Illustration] - -La calligraphie chez les Turcs remplace l’iconographie des Byzantins. -Ils ont pour l’écriture un respect sans bornes, qu’ils poussent -même jusqu’à ramasser et à cacher dans un trou de mur les papiers -qui traînent dans la rue, afin d’éviter qu’ils soient piétinés par -les passants. Les Turcs ont plusieurs genres d’écriture: _Koufi_, -_Djéli_, _Sulus_, _Rik-a_, _Taalik_, _Nesih et Divani_, dans lesquels -les spécialistes ont réalisé de vraies merveilles par l’harmonie des -courbes et l’attrait des entrecroisements, si enchevêtrés que les -dessinateurs étrangers les plus experts ne sauraient en obtenir des -copies. Ces écritures, qui entrent dans la décoration des édifices, -sont pour les Turcs d’un prix inestimable. Elles remplacent chez eux -les tableaux. Mais c’est un art qui semble décroître de jour en jour. - -[Illustration] - - -_Faïence._--L’art de la faïence, un des éléments les plus en vogue -dans la décoration, est originairement oriental: il doit remonter à -l’émaillage des poteries pratiqué chez les anciens peuples d’Orient. -L’histoire nous apprend que les Assyriens ornèrent, les premiers, les -murs de leurs édifices de briques émaillées. Bien que la Mésopotamie -et le Turkestan aient vu prospérer particulièrement cet art, c’est la -Perse que l’on considère comme la patrie de la faïence. Les fouilles -opérées jusqu’à ce jour n’ont pas encore donné de résultats qui -permettent de se prononcer à cet égard. Il est permis de supposer que -la mode d’émailler les briques et les vases en terre, déjà connue des -Chinois, a été introduite en Perse par les Chaldéens. La conquête des -Grecs fit disparaître cet art qui refleurit avec les Turcs et les -Mongols. - -Chez les Seldjoucides, la mosaïque en faïence occupait une place très -importante dans la décoration des édifices. Les Ottomans devinrent -ensuite des maîtres dans ce métier, qui différait dans tous les pays, -suivant la qualité des terres employées, la cuisson particulière à la -contrée, et les secrets de coloration, jalousement gardés par chaque -fabricant. A l’époque du sultan Mehmed Tchelebi, les fabriques fondées -à Kutahié, à Nicée et à Brousse réalisèrent des œuvres magnifiques, -qui, par la transparence inégalée des couleurs et la résistance de -l’émail, ne sauraient être comparées aux faïences d’aujourd’hui. Les -plus célèbres d’entre elles proviennent de Rhodes et de Nicée et ornent -les mosquées de Constantinople. - - -_Kalem._--La méthode du Kalem (fresque) était réservée à la décoration -des parties les moins importantes des édifices. Elle remplaçait dans -les habitations les carreaux de faïence dont on se servait pour les -mosquées et les monuments religieux. Elle ornait les plafonds et les -niches de paysages variés. - -La sculpture sur bois, l’incrustation de nacre, le damasquinage, à -en juger par ce qu’on peut voir sur les _Mimber_, _Kursi_, _Rahlé_, -étaient également arrivés à un degré de perfection qui s’affirmait -aussi dans la menuiserie et l’ébénisterie. Cette dernière nous a laissé -des portes composées de petits morceaux de bois si habilement ajustés -les uns aux autres que les siècles écoulés ont été impuissants à les -disjoindre. - -Les fenêtres étaient garnies de vitraux semblables à ceux des Arabes et -des Byzantins, en verre coloré de différentes dimensions; ils étaient -enchâssés dans des cadres de plâtre, et constituaient un motif de -décoration plus ou moins luxueux, suivant les édifices auxquels ils -étaient destinés. Ils étaient souvent ornés d’écritures saintes. - -Avant la conquête de Constantinople par les Turcs, la ville possédait -déjà quelques mosquées dont la plus ancienne était celle d’Arab-Djami -à Galata. Elle avait été construite en l’an 97 de l’Hégire par -Muslimé-bin-Abdul Mélik après l’installation des Arabes. Quand ceux-ci -l’abandonnèrent, elle devint une église latine. Elle eut à souffrir de -la guerre, de l’incendie et des tremblements de terre. Après la prise -de Constantinople, elle fut réparée et affectée de nouveau au culte, -par les soins de la mère du sultan Mahmoud en 1222 de l’Hégire. - -Yer Alti Djami (mosquée souterraine) appartient aussi à une époque -antérieure à la conquête turque. - -Les Arabes avaient leur mosquée, aujourd’hui disparue, dans la ville -même, à Stamboul, près du quartier des Génois. Les deux autres, qui -subsistent encore, ne présentent aucun rapport avec les édifices turcs. - - - - -CHAPITRE II - -LES ÉDIFICES OTTOMANS - - -I.--LES MOSQUÉES - -MOSQUÉE DE BAYAZID - -Elle a été construite de 906 à 911 par Bajazet II, le successeur et le -fils du Conquérant, sur l’ancien forum Tauri. Son architecte Haïreddin -fixa d’une façon précise la forme des chapiteaux et ouvrit ainsi une -nouvelle voie à l’architecture ottomane. - -La mosquée est précédée d’un parvis ou cour à colonnades, que -recouvrent des coupoles supportées par des arcades en ogive où -alternent le marbre rose et le marbre blanc. Chaque colonne est -surmontée de chapiteaux ornés de stalactites. Au centre de la cour une -fontaine sert aux ablutions (_chadrivan_). On entre dans la cour par -trois portes, l’une s’ouvrant sur la façade et les deux autres sur les -deux côtés; les quelques cyprès qu’on y a laissés lui donnent un aspect -très pittoresque; lors de la fondation, des pigeons y élurent domicile -et, depuis cette époque, les magnifiques galeries sont traversées par -le vol des pigeons gris, bleus et argentés. - -La légende rapporte «qu’un couple de pigeons avait été acheté par le -Sultan fondateur à une pauvre veuve et que depuis, ils se seraient -multipliés.» Mais la présence des oiseaux n’a réellement pas besoin -d’être expliquée; dans la cour de chaque mosquée, on les trouve en -grand nombre; les fidèles les nourrissent de grains achetés chez un -vendeur _ad hoc_ et qu’ils jettent eux-mêmes aux pigeons, poussés par -un sentiment de piété ou dans l’espoir d’obtenir soit la guérison d’un -malade, soit la réussite d’une affaire. - - -[Illustration: Pl. 38. - - MOSQUÉE DU SULTAN AHMED Ier ET HIPPODROME.] - - -L’intérieur de la mosquée est splendide. Il présente un ensemble -harmonieux et simple dont l’architecture, bien qu’elle en soit encore -différente, rappelle, plus que toute autre mosquée de Constantinople, -celle des mosquées de Brousse. La coupole, d’une forme gracieuse, -repose sur quatre grands piliers. Le côté dirigé vers la Mecque -renferme le Mihrab merveilleusement travaillé, au-dessus duquel -s’ouvrent des fenêtres dont la disposition est semblable à celle -qui caractérise les fenêtres de Yéchil-Djami à Brousse. Cinq portes -permettent l’accès dans la mosquée. La porte principale de la mosquée, -qui seule communique avec la cour, (_Harim_ ou _Avlou_) se trouve -située en face du Mihrab. Deux autres s’ouvrant en dehors de la cour, -à une égale distance de la porte principale, communiquent avec les -deux autres attenant à l’édifice. Les deux autres enfin, placées sur -les côtés de la nef centrale, se font face, à proximité des piliers -inférieurs. Chacune des deux arcades latérales qui supportent la -coupole est divisée en deux arcades plus petites soutenues par deux -immenses colonnes en porphyre rouge d’un mètre de diamètre, ornées d’un -gigantesque chapiteau en marbre, artistement sculpté de stalactites. -Peut-être ces colonnes sont-elles les mêmes que celles qui existaient -au forum Tauri, où la mosquée fut bâtie. Au-dessus des deux arcades -qui reposent sur la colonne et relient les deux piliers, des fenêtres -ogivales et rondes s’ouvrent sur deux rangées. La disposition du plan -est très intéressante. En entrant par la porte principale, deux ailes -s’ouvrent à droite et à gauche, débordant les parties latérales -de la nef et possédant chacune une entrée spéciale. Ces ailes n’ont -aucun rapport avec la nef centrale. Elle forment une sorte de narthex, -recouvert d’arcades en ogive. Si l’on se place à une extrémité -quelconque de ces ailes, on a le spectacle grandiose d’une sorte de -longue galerie à voûte, rappelant les réfectoires du moyen âge. Cette -disposition a permis à l’architecte de créer dans la perspective -intérieure du monument une variété de points de vue qui rompt la -monotonie résultant ordinairement d’un plan carré; on ne la rencontre -que dans cette mosquée. - -[Illustration: Plan de la mosquée de Bayazid.] - -La tribune impériale, en marbre ciselé, se trouve à l’angle droit du -mihrab, sur des colonnes. La tribune des muezzins, également en marbre -et supportée par des colonnes, est adossée au pilier droit à l’entrée -de la porte principale, qui est surmontée d’une galerie assise sur -une rangée de consoles de marbre. Sur la porte principale, du côté de -la cour, une plaque indique en lettres dorées, calligraphiées par le -célèbre Hamdoullah, la date de la construction de cette mosquée. - - و قد و قع الابتداء بالبناء فى لواخر ذى الحجة لسنة ست و تسعمائه ٩٠٦ - واتفق الاتمام فى سنه احدى عشر و تسعمائه ٩١١ - -«La construction a été commencée vers les derniers jours du mois de -Zilhidjé de l’an 906 et terminée en l’an 911 de l’Hégire.» - -Hadikatul Djevami cite les noms d’Emin bey et de Hassan halifé comme -étant deux des intendants de la mosquée désignés par le Sultan. Cette -fonction était alors particulièrement recherchée. L’excédent des -matériaux, ajoute le même livre, servit à Mehmed saïd effendi, moutemet -(intendant) de la construction, pour élever une petite mosquée à -Dizdarié. - -La coupole de la mosquée est couverte en plomb et est ornée à son -sommet d’un alem d’or en forme de croissant. - -L’alem qui orne généralement le faîte de chaque coupole a plutôt la -forme d’une corne double que d’un croissant. Son origine doit remonter -aux Égyptiens, chez qui la corne était le symbole de la force. Les -Turcs la fixaient aussi à l’extrémité de la hampe de leurs étendards. - -De même que les autres grandes mosquées, celle-ci compte plusieurs -dépendances, telles que l’imaret et la bibliothèque. La bibliothèque, -restaurée dernièrement, est la plus grande de la ville. Plusieurs -manuscrits de grande valeur y sont conservés. Elle fut fondée par -Veliuddin effendi, Cheih-ul-islam. Tous les livres parus en turc -jusqu’à nos jours y sont à la disposition du public. - -L’aspect intérieur n’est plus le même qu’au temps passé. On y voyait -jadis des pupitres très bas disposés sur le plancher couvert de nattes. -Le public se mettait à genoux devant ces pupitres à la mode ancienne. -Les costumes qu’on porte aujourd’hui exigèrent une installation -moderne et ces pupitres (_rahlés_) furent remplacés par des tables, -des fauteuils et des chaises. Dans le jardin, derrière la mosquée, se -trouve la sépulture (_turbé_) de Bajazet II, mort en 1512. Ce tombeau -fut construit sous Sélim. - - -MOSQUÉE DE SÉLIM Ier - -Une des plus grandes mosquées bâties à Constantinople, après celles de -Bayazid, est la mosquée de Sélim Ier, construite par l’architecte Sinan -en 929, sur la cinquième colline qui domine la Corne d’Or; elle fut -élevée en mémoire de Sélim Ier, père du sultan Suleïman, qui régnait -alors. Elle se trouve tout près de la citerne ouverte de Bonus et -peut être vue de tous les points de la ville. Elle a deux minarets. -Un _Avlou_, dallé de marbre, pareil à celui de la mosquée de Bayazid, -et entouré d’une galerie à colonnades surmontée de petites coupoles, -mène à l’entrée du monument. On pénètre dans la cour par trois portes, -une principale et deux autres latérales, toutes les trois en forme de -niches ornées de stalactites. A côté des portes latérales, il en existe -une petite, de forme ogivale, qui conduit aux escaliers des minarets. -Dix-huit colonnes, rangées sur une estrade de marbre surélevée de 0m,50 -au-dessus du sol, entourent la cour et supportent des arcades en ogive -surbaissée. Sur le mur, de deux en deux colonnes, sont disposées des -fenêtres également en ogive et dont les tympans sont ornés de faïences -magnifiques. - -Un _chadrivan_ destiné aux ablutions est placé au milieu de la cour: -c’est un bassin à bords relevés, rempli d’eau et entouré d’un grillage -en fil de fer pour empêcher les oiseaux d’y pénétrer. Au bord du bassin -s’ouvrent sur une même ligne de nombreux robinets. Le chadrivan est -abrité par un toit en bois, reposant sur des colonnes de marbre, à -chapiteaux taillés en losange. Des cyprès et des arbres plantés tout -autour donnent à cette cour un aspect caractéristique. - -La porte principale, remarquable par la beauté et l’harmonie des -lignes, suffirait à témoigner de la valeur de son architecte. Elle -offre une grande ressemblance avec celle de Bayazid construite par -Haïreddin, maître de Sinan. Cette analogie peut être constatée jusque -dans la décoration des petites colonnes en marbre engagées dans les -angles du mur. Le portail, orné de très belles stalactites, porte en -lettres dorées et sculptées l’inscription suivante: - -يأمى النشاء هذ الجامع الشريف سلطان الاكرم سلاطين العرب -و العجم مالك البرين و البحرين خادم الحرمين الشريفين السلطان -ابن السلطان السلطان سلطان سليم خان ابن السلطان سلطان -بايزيد خان ابن السلطان ابو الفتح سلطان محمد خان خلداللّه ملكه -و سلطانه و بذلك المباركة عنى فى شهر محرم الحرام لسبنة تسع -و عشرين و تسعمائه - -En voici la traduction: - -«Cette mosquée vénérable fut érigée par ordre du magnanime Sultan -des sultans arabes et adjems[78], maître des terres et des mers, -serviteur des Haremeïn-u-Cherifeïn (la Mecque et Médine), Sultan, fils -de sultans, sultan Sélim Khan, fils du sultan Méhmed le Conquérant. Que -Dieu protège son pays et son trône ainsi que ce saint édifice érigé au -mois de Mouharrem 929 de l’Hégire.» - - [78] Ce mot que les Turcs emploient pour désigner les - Persans indiquait, chez les Arabes, tous les peuples - non-Arabes. - - -[Illustration: Pl. 39. - - MOSQUÉE D’AHMED Ier.--Intérieur.] - - -Sous la porte principale de la mosquée, conduisant à l’intérieur, le -dallage est fait d’un bloc de porphyre, moins sujet que le marbre à -l’usure. - -L’intérieur de la mosquée est des plus simples: il ne possède ni -arcades ni colonnes. Le plan est carré. La coupole, de proportions -assez imposantes, repose sur quatre arcs formés par les murs latéraux. -Il est facile de voir que cette œuvre est une des premières du maître -Sinan. Sur chaque côté s’ouvrent des fenêtres avec tympan en ogive, -décoré de jolies faïences. La tribune impériale et la tribune des -Muezzins, supportées par des colonnes, sont quadrangulaires. - -Le Mihrab, le Mimber, ainsi que les portes, sont travaillés avec une -magnificence incomparable. Les deux grands candélabres en bronze -du Mihrab, entre autres, sont de pures merveilles. Outre la porte -principale, deux autres portes latérales conduisent à l’intérieur. -Ces portes sont précédées d’un long vestibule, recouvert d’un dôme et -entouré de plusieurs pièces réservées aux personnages de la mosquée -et de la cour. Cette curieuse disposition est unique et peut, pour -l’originalité, être comparée aux deux ailes de la mosquée de Bayazid. -Les dômes des deux vestibules, avec leurs petits tambours à fenêtres et -leurs décorations en losange, rappellent la coupole de Yéchil Djami à -Brousse. - -Hors de la mosquée, du côté du Mihrab, on remarque plusieurs turbés -(tombes) dont l’une renferme le corps du sultan Sélim, le conquérant -de l’Égypte. Tous ces turbés sont d’une forme octogonale et garnis -d’un dôme dont la couverture est faite de plaques de plomb en forme -d’écailles aux coins arrondis, comme celle du turbé de Chahzadé. -Une colonnade surmontée d’un toit précède la porte de chaque turbé. -Celle qui mène au turbé de Sélim est recouverte d’un vitrage qui en -fait comme un vestibule, pouvant en même temps servir de chambre pour -la garde du tombeau. Les deux côtés de la porte sont ornés de deux -panneaux de faïence d’une décoration pleine de goût: le travail des -portes est également merveilleux. - -Le cercueil est protégé par une balustrade en noyer incrusté de nacre. -Le turbé renferme aussi de très beaux exemplaires du Coran, ouverts sur -de somptueux pupitres et des coffres où l’on conserve les reliques. - -Un autre turbé, voisin de celui de Sélim Ier, renferme un tombeau -portant une inscription sculptée sur la pierre, et orné de panneaux en -faïence qui constituent de réels chefs-d’œuvre. - - -MOSQUÉE DE CHAHZADÉ - -Cette mosquée fut bâtie par le fameux architecte Sinan, sur l’ordre du -sultan Suleïman, en mémoire de ses deux fils, les princes Mehmed et -Moustafa Djihanguir, morts à la suite des intrigues de leur belle-mère -Roxelane[79], _Haceki Khourrêm Sultane_. Le sultan Suleïman, ayant plus -tard reconnu son injustice, voulut la réparer en quelque sorte en -faisant construire cette mosquée qui fut nommée _Chahzadé sultan Mehmed -Djamissi_. La date de l’achèvement de la mosquée est indiquée par un -vers placé sur le frontispice du turbé. - - [79] Roxelane, née en Galicie, fut d’abord une esclave. - Devenue ensuite l’épouse préférée de Suleïman, elle - acquit sur lui une très grande influence. - - Désireuse d’assurer l’avenir de son fils, Sélim II, - elle gagna à sa cause Rustem pacha, le mari de sa - fille, princesse Mihrimah sultane, qui accusa le prince - Moustafa, né, ainsi que son frère Djihan, de la sultane - Masseki, d’avoir des intentions de révolte contre son - père. Suleïman, convaincu de la trahison de son fils - Moustafa, partit avec l’armée à Erégli, où il invita - Moustafa à venir dans sa tente, où il le fit étrangler. - Le prince Djihanguir lié par une profonde amitié à - son frère Moustafa en conçut une douleur telle qu’il - mourut peu après. Son père pour apaiser ses remords - construisit, sur les hauteurs de Foundoukli, une - mosquée qu’il appela mosquée de Djihanguir. Ce prince, - surnommé Chahzadé, fut enterré avec les restes de son - frère dans un turbé situé près de cette mosquée. - -Cette mosquée, d’un style très gracieux, marque le commencement -de l’âge d’or de l’architecture ottomane. C’est un édifice carré -surmonté d’une grande coupole. On y entre par trois portes. Quatre -demi-coupoles s’appuient sur les bas côtés. Ces demi-coupoles sont -supportées à l’intérieur par quatre grands arcs posant sur des piliers -octogonaux dont la partie cylindrique supérieure est cannelée. Les -petites colonnettes qui sont adossées aux coins du portail ne sont pas -aussi richement décorées que celles de la mosquée de Sélim. L’aspect -de l’intérieur est splendide. Les vitraux sont d’une décoration très -artistique; malheureusement l’ensemble est gâté par d’horribles -peintures à la chaux qui ne permettent guère de reconnaître le -caractère de l’art ottoman. - -Aux quatre points de jonction des demi-coupoles, sont posées de petites -tourelles cylindriques massives qui servent de contreforts. - -Le parvis est formé d’une galerie à arcades, ornée de marbre blanc -alternant avec du marbre rouge. Ces arcades sont soutenues par des -colonnes de granit et de marbre. De chaque côté du parvis se dressent -deux élégants minarets de forme polygonale, ornés de nervures et -d’ornements en relief, différant un peu de ceux qu’on voit d’ordinaire. -Chacun d’eux est surmonté d’un balcon (_cherifé_) avec encorbellements -sculptés. - -La construction de cette mosquée dura cinq ans et coûta 151 _Yuks -d’Akhtché_, soit à peu près 13 millions de francs. - -Le turbé qui contient les restes des princes, fils de Suleïman, est -situé à l’est de la mosquée; il a une forme octogonale. Les huit -façades extérieures sont en marbre sculpté et se terminent par une -galerie ornée de larges trèfles, découpés à jour. Deux rangées de -fenêtres entourent le monument. Celles du bas sont quadrangulaires, -celles du haut sont ogivales. - -A partir du sol jusqu’au-dessus de la deuxième rangée de fenêtres, les -angles de l’octogone sont limités par des cordons d’ordre cristallisé. -Au-dessus des galeries de trèfles, le turbé se transforme et devient -circulaire, près du tambour qui sert de base à la coupole. La toiture -en plomb est faite d’écailles aux côtes arrondies qui vont en se -rapetissant jusqu’au point le plus élevé de la coupole où est fixé -l’alem. - -On accède au turbé par un péristyle, formé de quatre colonnes dont deux -sont en marbre rouge et deux autres en marbre vert antique. Sur la -porte on lit une inscription en lettres dorées. - -Ce péristyle est couvert d’une petite coupole ronde. De chaque côté de -la porte d’entrée se trouvent des panneaux en faïence, représentant des -rinceaux d’un beau dessin. La porte et les boiseries de ce péristyle -sont dignes d’attirer tout spécialement l’attention des artistes -décorateurs. Les battants de la porte de chêne sont ornés d’ivoire et -d’ébène. - -L’intérieur du turbé présente un aspect des plus pittoresques. -La lumière y pénètre par deux rangées de fenêtres, au nombre de -trente-deux (quatre sur chaque face de l’octogone) et garnies de -vitraux aux couleurs variées. - -Depuis le sol jusqu’à la frise ornant la base de la coupole, les murs -sont revêtus de panneaux peints sur émail, décorés comme ceux du -péristyle. Au-dessus de chaque fenêtre, sur un panneau également en -faïence, des fleurs entrelacées et brodées d’or encadrent des versets -inscrits en lettres blanches sur un fond bleu foncé. La coupole est -ornée de fleurs et de feuillages verts formant médaillons sur fond -blanc. Le sol en marbre est couvert de tapis. La dépouille du prince se -trouve au milieu de l’édifice entre le tombeau de son frère et celui -de sa femme. Au-dessus se dresse une sorte de dais impérial, haut de -quatre mètres, en bois de noyer orné de rosaces géométriques découpées -à jour avec inscrustations de nacre. - - -[Illustration: Pl. 40. - - MOSQUÉE D’AHMED IER.--Mimber.] - - -MOSQUÉE SULEÏMANIÉ - -Parmi les grands édifices et les mosquées que le sultan Suleïman le -législateur a fait construire, la mosquée qui porte son nom est la plus -imposante. - -Cette mosquée, construite également par l’architecte Sinan de 1556 à -1566, est le véritable chef-d’œuvre de l’art ottoman. Elle s’élève -majestueusement sur le sommet d’une colline qui domine la Corne d’Or. -Son emplacement est merveilleusement choisi et son immense enceinte -plantée de cyprès et de platanes lui fait un cadre d’un charme -extraordinaire. - -La pureté de son style et l’harmonie de ses contours se dessinent sur -un site féérique. Sinan disait, dans un ouvrage écrit de sa main, -que la mosquée de Chahzadé était son œuvre d’apprenti, la mosquée de -Suleïmanié, son œuvre de bon ouvrier et celle de Sélim à Andrinople, -son œuvre de maître. - -A chaque coin du parvis se trouve un minaret à trois et deux galeries -ornées de magnifiques stalactites. Les deux minarets qui sont le plus -rapprochés de la coupole sont plus grands que les deux autres. Chaque -_cherifé_ a son escalier exclusivement réservé; trois personnes peuvent -monter à la galerie ou en descendre en même temps sans se rencontrer. -Tout l’édifice est conçu selon la forme d’un immense triangle et -l’inégalité de grandeur qui existe entre les minarets produit un effet -de perspective des plus heureux. - -[Illustration: Plan de la mosquée Suléïmanié.] - -Par le nombre de ces galeries, l’architecte a voulu symboliser l’ordre -qui caractérisa le règne de son fondateur, en même temps qu’imposer par -ce chiffre 4 le souvenir de ce fondateur, IVme Sultan depuis la prise -de Constantinople. Ses _chérifés_, au nombre de dix, indiquaient qu’il -était également le dixième empereur depuis la fondation de l’Empire -ottoman. - -Trois belles portes font communiquer la porte extérieure avec le -parvis; l’une se trouve sur la façade principale et les deux autres sur -les côtés. - -Sur la grande porte de la façade on lit en grosses lettres la formule -de l’islam: - - لا اله الا اللّه محمد رسول اللّه - -«Il n’y a qu’un seul Dieu, Mouhammed est son prophète», au-dessus d’une -autre formule concernant la prière: - - ان الصلوة على المؤمنين كتاباً موقوناً - -Le parvis est entouré d’un cloître de vingt-quatre arcades soutenues -par un même nombre de colonnes, dont douze sont en granit rose, dix -en marbre blanc et les deux autres qui se trouvent près de la porte -principale, en porphyre. Toutes ces colonnes sont surmontées de -chapiteaux de marbre sculptés en forme de stalactites et dont les -arêtes étaient dorées. Chacune de ces arcades est surmontée d’une -petite coupole. La coupole qui se trouve devant la porte d’entrée de la -nef est la plus grande; elle est ornée de pendentifs en stalactites. - -Le dallage du parvis est en marbre blanc. Au centre se trouve un -_chadrivan_ (fontaine) de forme carrée, couvert d’un toit en plomb. Les -quatre façades de cette fontaine sont munies d’un grillage en bronze -percé à jour d’intéressants motifs de décoration. Au-dessus de ce -grillage courent des frises en marbre blanc. - -Des colonnes à chapiteaux de différents ordres supportent sur les -façades extérieures des côtés latéraux de la mosquée des galeries à -deux étages. Ces galeries ne semblent guère avoir été mises là que pour -concourir à la beauté de l’ensemble. La galerie du premier étage est à -arcades ogivales alternant avec d’autres arcades plus petites. Celles -d’en haut sont plus étroites et plus petites. Sous les galeries, au -niveau du sol, des robinets sont disposés tout le long du mur pour les -ablutions. Du côté du parvis, on entre dans la mosquée par une grande -porte en marbre, ayant la forme d’une mitre en stalactite aux arêtes -dorées. - -[Illustration: Mosquée Suléïmanié; coupe.] - -Chaque fenêtre est surmontée d’un tympan en ogive orné de faïences sur -laquelle se dessinent les belles écritures saintes en langue arabe. -L’intérieur de la mosquée mesure 69 mètres de long sur 63 de large. -Quatre gigantesques piliers massifs carrés supportent la coupole de la -nef centrale. - -Entre ces piliers se dressent, de chaque côté, des galeries latérales -réservées aux grands personnages pendant la cérémonie du Sélamlik. Ces -tribunes sont supportées par deux colonnes de marbre; quatre énormes -colonnes de porphyre soutiennent les arcades latérales qui supportent -la coupole. - -D’après le livre de Sa-ï sur l’œuvre de Sinan, une de ces colonnes est -celle qui portait jadis la colonne de la virginité aux environs des -Saints-Apôtres. Son «Tezkeretulbunyan» raconte même les difficultés -qu’on eut pour la transporter. Elle était plus haute que les autres et -on dut la raccourcir. Une autre de ces colonnes, probablement celle -qui portait la statue de l’Empereur, a été amenée du palais. Les deux -autres colonnes viennent d’Iskenderoun (Alexandrette). - -[Illustration: Mosquée Suléïmanié; coupe.] - -Deux escaliers pratiqués près de la porte d’entrée conduisent à la -première galerie. Les deux galeries supérieures ne sont accessibles -qu’au moyen d’échelles en bois appliquées aux fenêtres s’ouvrant sur la -toiture. - -Au centre s’élève la grande coupole de 71 mètres de hauteur (de 6 -mètres plus haute que la coupole de Sainte-Sophie). Des candélabres -en fer ciselé qui portent des luminaires à l’huile y sont suspendus -par de longues chaînes. On les allume pendant les prières de nuit et -surtout pendant le _Ramazan_. - -Une des galeries supérieures, formant la rotonde autour du tambour et -où l’on ne peut monter que par des échelles appliquées sur la toiture, -présente un très intéressant phénomène d’acoustique. - -Le _Mihrab_ est en marbre sculpté de magnifiques stalactites rehaussées -d’or. Le _Mimber_, qui est placé à la droite du _Mihrab_, est composé -de grandes pièces de marbre merveilleusement sculpté. La tribune -impériale, également en marbre blanc, est supportée par des colonnes en -porphyre ornées de chapiteaux en marbre d’ordre cristallisé. - -La porte de cette tribune, ainsi que plusieurs autres portes de la -mosquée, est en noyer orné de rosaces géométriques. - -Le _Kursi_ (chaire) qui se trouve placé près de la tribune impériale, -est un des chefs-d’œuvre de la sculpture en bois; le noyer en est très -artistiquement découpé et travaillé. - -Près du pied droit de la coupole s’appuie la tribune des muezzines -construite en marbre orné de sculptures en stalactites. - -La décoration est des plus soignées, jusque dans les moindres coins et -dans les moindres détails. - -De grandes rosaces de faïence portant des écritures en blanc sur fond -bleu décorent les deux côtés du Mihrab. Elles sont d’une très grande -valeur artistique. - -Les écritures du célèbre calligraphe Hassan Karahissai ornent -l’intérieur. Les fenêtres sont garnies de beaux vitraux en couleur -à encadrement de plâtre, fabriqués, d’après de Hammer, par Serhoch -Ibrahim (Ibrahim l’ivrogne). Sous le porche, à l’intérieur du Djami, -devant la porte principale est placée une dalle ronde en porphyre -d’une seule pièce et d’un diamètre d’environ deux mètres. Une légende -raconte qu’un des ouvriers grecs, qui travaillaient à la construction, -poussé par le sentiment religieux, aurait gravé secrètement une petite -croix sur cette pierre qui était destinée à orner la place près du -Mihrab. Cet ouvrier fut exécuté en présence du Sultan, qui était entré -dans une violente colère. Quant au porphyre, qui était ainsi devenu -impropre à servir dans la mosquée, il aurait été mis devant l’entrée -principale de la nef, le côté portant la croix tourné contre terre. -Mais, si on observe les dallages des autres mosquées, à l’endroit des -portes où le public passe très souvent, on remarque qu’ils sont tous -de forme ronde et en porphyre, afin d’offrir plus de résistance. Cette -pierre ne pouvait donc être destinée qu’à la place qu’elle occupe -actuellement. Quant à la croix, il est étrange qu’un ouvrier grec ait -pu avoir l’audace de la graver devant un millier d’ouvriers musulmans -qui travaillaient avec lui: et si l’on va même jusqu’à admettre que -la croix ait été réellement gravée, il eût été facile de la faire -disparaître et de rendre à la pierre sa destination primitive. - -Cette légende n’a jamais été qu’une calomnie. - -La cour extérieure de la mosquée est entourée de nombreuses -dépendances, parmi lesquelles des _imarets_ (sortes de cantines) pour -les étudiants et les pauvres; quatre _médressés_ (écoles supérieures) -et une école primaire; une école de médecine, un hôpital pour les -pauvres et un hospice. - -D’après un architecte, la mosquée aurait coûté 597 _Yuk_ et 60.180 -_aktché_, soit 59 millions _aktché_; 60 _aktché_ équivalaient à un -_sikké_; le _sikké_ ou _gourouche_ du temps du sultan Suleïman, est -évalué par M. Belin, en monnaie medjadié, à 50 piastres et 27 paras. -Cette somme représentait alors à peu près 54 millions de piastres, soit -10 millions de francs. - - -LE TURBÉ DU SULTAN SULEÏMAN LE LÉGISLATEUR - -Le turbé de Suleïman est situé à l’est de la mosquée, dans un cimetière -qui contient les restes des hauts personnages. C’est un monument -de forme octogonale surmonté d’une coupole. Une galerie l’entoure -extérieurement, recouverte d’un toit supporté par 29 colonnes, dont -27 ont des chapiteaux en losanges, et les deux autres sur la façade -sont ornées de stalactites. Quatre colonnes vert antique à chapiteaux -cristallisés forment une sorte de péristyle qui sert de vestibule à -l’entrée. - -A chaque angle extérieur du monument est appliqué un cordon en porphyre. - -Deux riches panneaux en faïence revêtent les murs des deux côtés de la -porte d’entrée. - -Au-dessus de la porte, une plaque verte porte en lettres dorées la date -de la mort du Sultan, 674 de l’Hégire (1566). - -A l’intérieur, la coupole est ornée de morceaux de cristal de roche, -taillés en rose et dont des émeraudes forment le cœur. De magnifiques -lustres descendent de la coupole. Huit arcades ogivales, reposant sur -huit colonnes de marbre et de porphyre, soutiennent cette coupole. Ces -colonnes se trouvent à 1m,50 des parois de l’édifice, qui sont ornées -de faïences, et, au-dessus, d’une large frise en faïence bleue portant -des versets du Coran en lettres blanches. Cette galerie est éclairée -par des niches en arcade munies chacune de six fenêtres accouplées deux -à deux et dont les vitraux sont maintenus par des bandes de plâtre -ajouré. - - -[Illustration: Pl. 41. - - MOSQUÉE DE YENI DJAMI.] - - -Une balustrade en noyer sculpté et incrusté de nacre entoure les -cercueils du sultan et de ses enfants, Suleïman II et Ahmed II. Des -châles, des étoffes brodées d’une grande valeur, recouvrent les -cercueils. Sur le côté correspondant à la tête sont déposées les -coiffures des défunts, turbans blancs avec aigrette impériale formée de -plumes. - -Deux grands candélabres se dressent de chaque côté du cercueil. Un -magnifique pupitre sculpté porte des Corans manuscrits. Une carte en -relief de La Mecque orne le mur. - -Près de ce monument se trouve le turbé de Roxelane, épouse de Suleïman. -Cette construction a également une forme octogonale et est ornée de -faïences peintes et de magnifiques sculptures. - - -MOSQUÉE D’AHMED Ier - -Sur l’emplacement de l’ancien palais byzantin, à l’est de l’hippodrome, -le sultan Ahmed Ier a fait bâtir, en 1610, une mosquée qui fut nommée -_Ahmedié_. Elle remplaça un ancien _tekké_ de l’ordre des _Kadiriyah_. -L’édifice est précédé, comme les autres mosquées, d’une cour très -spacieuse à galeries couvertes par quarante petites coupoles que -supportent des colonnes en granit. Au centre de la cour se trouve un -_chadrivan_, entouré de six colonnes à arcades ogivales. Une rampe, -partant de la cour extérieure à gauche, conduit à la tribune impériale, -d’où le Sultan peut se rendre à cheval jusqu’à ses appartements privés, -à l’intérieur de la mosquée. - -La grande coupole de la mosquée est posée sur un tambour sur lequel -s’appuient quatre demi-coupoles hémisphériques. Aux quatre angles -formés par l’intersection des demi-coupoles, s’élèvent de petites -tourelles octogonales couvertes chacune par une coupole surbaissée, -formée d’écailles aux côtés arrondis qui s’abaissent du faîte à la base -et s’unissent au sommet de la coupole. La mosquée possède six minarets -dont deux à deux galeries et les quatre autres à trois galeries. Sur -les deux côtés latéraux du parvis s’aligne une rangée de fontaines, -surmontées d’une galerie à arcades qui se composent alternativement -d’une grande et d’une petite ogive et qui semblent être copiées sur les -arcades latérales de la mosquée. Derrière les galeries, des fenêtres -s’ouvrent sur le parvis. - -L’intérieur de la mosquée a un aspect très imposant; il se dégage de -cet intérieur une impression de grandeur et de gaieté qu’on ne trouve -dans aucune autre mosquée. Son architecte Mehmed aga, voulant se -distinguer de ses maîtres, réussit, grâce à une puissante originalité, -à créer une perspective remarquable. - -L’édifice couvre un rectangle de 72 mètres sur 64. Le dôme qui mesure -33m,60 de diamètre est soutenu par quatre piliers circulaires en marbre -de 5 mètres de diamètre. - -Du côté de la porte, deux fontaines sont adossées aux deux piliers. -Ces piliers sont ornés en partie de cannelures que surmontent des -inscriptions en frise; d’autres colonnes en marbre, surmontées d’arcs -en ogive, supportent les galeries qui entourent les murs latéraux. Tous -les murs, depuis le sol jusqu’aux fenêtres supérieures, sont revêtus de -faïences coloriées et fleuries bleues, vertes et blanches. De grandes -inscriptions en arabe, dues au célèbre calligraphe _Cassim Goubari_ et -indiquant les noms des _sahabés_, sont suspendues aux murs. Le Mihrab, -qui est en marbre sculpté, est un chef-d’œuvre. Parmi les faïences -du Mihrab, on distingue un morceau de la pierre noire sacrée de La -Mecque; de chaque côté du Mihrab on voit d’énormes candélabres en -bronze portant des cierges gigantesques. Tout à côté sont posés sur des -pupitres en noyer incrustés de nacre des Corans manuscrits. Le Mimber -est des plus remarquables au point de vue décoratif. - -Malheureusement, les lignes étroites et sans proportion des châssis des -fenêtres nuisent beaucoup à l’effet. En outre, la mosquée a perdu ses -anciens vitraux que l’ouvrage de D’Ohsson nous présente tels qu’ils -étaient en 1787; les vitres ordinaires qui les ont remplacés laissent -pénétrer à l’intérieur une lumière trop crue, qui empêche de bien -goûter le coloris si richement nuancé des faïences tapissant les murs. - -Pour ces raisons, au lieu de présenter l’atmosphère mystique et -discrète qui caractérise l’intérieur de la Suléïmanié, la mosquée -d’Ahmed, où la lumière pénètre à flots, évoque plutôt la magnificence -d’un palais. C’est dans cette mosquée que fut proclamé en 1826 le -décret de Mahmoud II abolissant le corps des janissaires. - -L’enceinte très vaste de la mosquée est entourée de grands murs à -fenêtres. Dans la cour plusieurs grands arbres, s’harmonisant avec -les lignes de l’édifice, ajoutent une note pittoresque à l’aspect de -l’ensemble. - -Près de la mosquée s’élève le turbé d’Ahmed Ier. Ce turbé est précédé -d’un parvis et d’une seconde pièce. A l’intérieur, huit colonnes -supportent une coupole recouverte de faïences. Au milieu de cette -coupole se trouve le cercueil du fondateur de la mosquée, entouré de -ceux de ses enfants et de son épouse Mahpeïker. - - -MOSQUÉE DE YENI DJAMI - -Yeni Djami (nouvelle mosquée) est située en face du pont qui relie -Galata à Stamboul. Elle a été construite par l’architecte _Kodja -Kassim_ en mémoire de la Validé Sultane, au centre très animé de -Stamboul. Sa construction fut commencée en 1614 sous les auspices de la -sultane _Keusem-Mahpeïker_, épouse d’Ahmed Ier et grand-mère du sultan -Mehmed IV. Cette sultane mère, devenue trop puissante dans l’Empire, -fut étranglée par des eunuques à la porte du _Kouchané_, sous le règne -de son petit-fils Murad IV. - -Par suite de troubles politiques, la construction de la mosquée était -restée inachevée. _Tarhan Hadidjé_, sultane mère du sultan Mehmed IV, -et qui était la rivale de Keusem sultane, ordonna de reprendre les -travaux qui furent terminés en l’an 1074 de l’Hégire. - -La mosquée est précédée comme les autres d’un parvis à trois portes -monumentales, surmontées chacune d’un fronton, sous lequel on lit une -inscription arabe sacrée concernant la prière. - -L’ensemble de la porte forme un cadre rectangulaire renfermant une -arcade en ogive. La porte en plein cintre surbaissé et formée par des -linteaux en marbre blanc et rouge se trouve enclavée sous cette ogive. - -Les murs élevés du parvis sont ajourés de fenêtres rectangulaires -munies de lourdes grilles à dessins carrés. Au-dessus de chaque fenêtre -se trouve une rangée de niches en ogive. - -Au milieu de la cour on voit le _chadrivan_. D’autres galeries à deux -étages se trouvent appliquées aux côtés latéraux de la mosquée. Sous -ces galeries, le long des murs, il y a des fontaines pour les ablutions. - - -[Illustration: Pl. 42. - - MOSQUÉE DE YENI DJAMI.--Faïences de l’entrée des appartements - du Sultan.] - - -Du côté de la mer, près d’une sorte de tunnel passant sous les -appartements privés des Sultans, on peut admirer la magnifique porte -réservée aux souverains et qui sert seulement à conduire à la tribune -impériale. Cette porte, une des plus belles œuvres de l’art ottoman, -est en marbre sculpté et ajouré d’ornementations géométriques. Les -portes du perron et de la galerie portent la lettre «vave» deux fois -répétée et entrelacée. Cette lettre est le symbole du mot de هو un -des noms mystiques de Dieu. A l’extérieur, quatre énormes contreforts -ingénieusement dissimulés supportent l’immense coupole. - -[Illustration: La grande coupole de Yeni Djami.] - -Sur chacun de ces contreforts s’élèvent trois petites tourelles -élégantes qui, s’étageant l’une sur l’autre, allègent l’aspect de cette -masse. - -Les contreforts sont masqués par quatre lanternes de grandes dimensions. - -La grande coupole et les quatre demi-coupoles portent à leur base -des rangées de fenêtres en ogives surbaissées pareilles à celles qui -s’ouvrent sur les quatre faces de la mosquée. - -L’aspect général de l’intérieur est des plus imposants. Les murs sont -par endroits ornés de faïences. - -La couleur bleue domine dans l’ensemble des tonalités. La tribune -impériale, en face de laquelle se trouve la tribune des muezzines, est -supportée par des colonnes en porphyre. La décoration des appartements -privés, situés derrière cette tribune, constitue un véritable musée de -l’art décoratif ottoman. Les faïences des cheminées et des murs sont -ornées de dessins magnifiques, les vitraux des fenêtres sont superbes -et les portes sont des merveilles de sculpture sur bois. - -La niche qui forme le Mihrab est ornée de magnifiques stalactites -recouvertes d’or. Le Mimber est fait de morceaux de marbre, artistement -sculptés, où s’entrelacent ingénieusement des rosaces géométriques. Le -monument a coûté environ huit millions de francs. - -La mosquée possède comme dépendances une école primaire, une -bibliothèque fondée par Ahmed III, un sébil (fontaine où l’on distribue -l’eau aux passants), un grand turbé où sont enterrés le sultan Mehmed -IV, fils de la seconde fondatrice, le sultan Moustafa II (1703) et -son fils Ahmed III (1739), Mahmoud Ier (1754), Osman III (1757) et un -grand nombre de princes et princesses, parmi lesquels les dix-huit -enfants fils du sultan Ahmed III. L’aspect extérieur du turbé est très -original. A l’intérieur, parmi d’autres petits cercueils, on remarque -celui de la sultane Validé. - - -MOSQUÉE DU SULTAN MEHMED LE CONQUÉRANT (FATIH) - -Cette mosquée fut élevée d’abord en 1471 par ordre du sultan Mehmed -le Conquérant. Elle est située un peu plus loin vers le nord que -l’emplacement où s’élevait jadis la fameuse église des Saints-Apôtres. -La construction de la mosquée fut commencée en l’an 867 de l’Hégire et -terminée en 875, c’est-à-dire huit ans après, ainsi que l’indique une -inscription sur la porte. Un tremblement de terre survenu en l’an 1179, -le troisième jour du _Kourban Baïram_ (fêtes des sacrifices), une heure -après le lever du soleil, l’avait horriblement endommagée. La coupole, -totalement démolie, a été reconstruite à nouveau en 1181-1185. - -Nous manquons malheureusement de détails sur la forme première de -cette construction, qui a marqué le début d’une nouvelle période -architecturale. Dans la description que nous en donne _Hadi katul -Djevami_, nous ne rencontrons que le passage suivant: «les deux grands -pieds d’éléphants et les deux colonnes en porphyre, ayant été démolis -et renversés, la coupole fut élevée sur quatre piliers: ces colonnes -furent enterrées[80].» - - [80] Probablement par respect pour le matériel qui - avait servi à la construction d’une mosquée. - -La mosquée est actuellement précédée d’un parvis avec des galeries, des -arcades en ogive qui supportent de petites coupoles couvertes par des -plaques de plomb. A l’extérieur, sur la façade principale du parvis, -aux deux côtés de la porte, s’ouvrent des fenêtres rectangulaires -surmontées d’un tympan en ogive orné d’inscriptions en mosaïque, qui -proviennent probablement de la première construction de la mosquée. - -Au milieu du parvis (_avlou_) se dresse une fontaine de forme -octogonale destinée aux ablutions. - -Les cyprès donnent à ce parvis un aspect très pittoresque. La grande -coupole de la mosquée est soutenue par quatre demi-coupoles posées -sur de grands piliers aux coins arrondis. Au dehors, quatre petites -tourelles se dressent sur chaque contrefort pour en augmenter le poids -et rehausser l’aspect de l’ensemble. - -Des deux côtés de la mosquée se trouvent deux minarets, entourés de -deux galeries (_cherefé_) réservés aux muezzines qui y montent pour -chanter l’_Ezan_ (l’appel aux prières). - -A l’intérieur et à la droite du portail, on voit une petite plaque en -marbre qui porte en lettres d’or sur un fond vert foncé les paroles du -prophète relatives à la conquête de Constantinople. - - لتفتحن القسطنطينية فلنعم الامير لتفتحن - و فلنعم الجيش ذلك الجيش - -Voici la traduction: - -«On va conquérir Constantinople: quel honneur pour l’armée qui fera -cette conquête et quelle gloire pour son chef.» - -Des deux côtés de la porte principale, sur des fenêtres, deux balcons -permettent aux muezzines d’entendre la prière et de la répéter aux -fidèles qui prient dehors. - -Le tombeau du sultan Mehmed le Conquérant se trouve devant la mosquée, -qui possède comme autre dépendance des _médressés_, des _imarets_ et un -hôpital. La porte qui conduit au _Mousalla_ date d’Ahmed III. - -Les grands personnages de l’État ont leur sépulture tout à côté de ce -grand turbé. - - -[Illustration: Pl. 43. - - MOSQUÉE DE YENI DJAMI.--Appartement du Sultan.] - - -MOSQUÉE DE LALÉLI - -Cette mosquée, construite à la même époque que celle de Fatih, présente -extérieurement de très grandes ressemblances avec elle. Elle est bâtie -sur de profonds souterrains formant citerne. Elle est, comme les autres -mosquées, précédée d’une cour à portiques, où l’on accède par un -escalier en marbre. Les colonnes qui supportent les arcades sont d’une -forme bizarre et inesthétique. On ne voit plus sur les chapiteaux les -stalactites, si fréquemment employées dans l’art ottoman. Tout y est -pauvre. Les chapiteaux sont formés d’un simple abaque en marbre orné -d’une petite feuille aux quatre coins. Des deux côtés de la porte -principale qui conduit à l’intérieur et à une certaine hauteur, on voit -deux balcons, d’où l’on répétait la prière aux fidèles. - -L’intérieur est disposé d’une façon nouvelle. - -La base octogonale de la coupole est supportée par des colonnes -engagées dans l’épaisseur du mur. La partie qui renferme le Mihrab est -située hors de l’octogone formé par les colonnes. Les tribunes sont -au-dessus de la porte. - - -II.--LES FONTAINES - - و من الماء كل شى حى - -Ainsi que l’indique un verset du Coran qu’on rencontre à peu près sur -toutes les fontaines, les musulmans considèrent l’eau comme la source -de la vie. Ils sont en cela d’accord avec le chimiste qui attribuait -l’origine des molécules à l’hydrogène. - -Tout personnage musulman, désireux de faire une œuvre, construisait -pour le repos de son âme et celle de ses parents morts une fontaine -où coulait une eau pure ou potable. A chaque pas, dans la ville, on -rencontre des _tchechmés_ (fontaines) ou des _sébils_. Les _tchechmés_ -sont de simples fontaines destinées à fournir l’eau potable que les -porteurs d’eau, appelés _Sakha_, portent dans les maisons des quartiers -avoisinants. Le _tchechmé_ consiste généralement en une construction -de marbre appliquée au mur et terminée à son extrémité inférieure par -un petit bassin. - -Souvent ces _tchechmés_ possèdent à leur partie supérieure un grand -_satchak_ (toit avancé) pour abriter du soleil et de la pluie les gens -qui prennent de l’eau. - -Les eaux amenées par des aqueducs alimentent de grands réservoirs en -pierre qui se trouvent derrière chaque fontaine. Sur chacun de ces -tchechmés se trouve enclavée dans le mur une plaque de marbre sculptée -et dorée, qui porte le nom des fondateurs de la fontaine et la date de -sa fondation (chronogramme). - -Sur tous les monuments élevés par les musulmans la date est indiquée, -en général, par la somme des valeurs correspondant aux lettres du -dernier vers. Chaque lettre, selon la classification des Arabes, -correspond à un numéro d’ordre. Le total des chiffres qui composent -ainsi le dernier vers de l’inscription indique la date. Les poètes -s’efforçaient de réunir dans le dernier hémistiche leur nom, celui du -fondateur et la date de la fondation. - -Les vers sculptés sur la pierre en caractères dorés contribuent -beaucoup à l’ornementation, grâce à la forme décorative des lettres -orientales. - -Quant aux _sébils_, ils sont d’ordinaire situés dans les endroits -publics près des mosquées, et un homme est chargé de remplir les -gobelets en bronze vidés par les buveurs et qui restent attachés par -des chaînes aux grillages des _sébils_. Ces grillages, qui sont souvent -en bronze ajouré et ciselé de magnifiques ornementations, produisent -généralement un grand effet décoratif. - -Les gobelets mis à la disposition des passants portent souvent, à -l’intérieur, des versets du Coran qui rendent sacrée l’eau qu’on boit. - -Les sébils se composent de plusieurs pièces surveillées par le gardien. - -La fontaine du sultan Ahmed III, près du vieux sérail, possède ces -deux genres de _tchechmés_ et de _sébils_. Elle est située à côté de -Sainte-Sophie, près de la porte du vieux sérail dite _Bab-i-Humayoun_, -probablement sur l’emplacement de l’ancienne fontaine byzantine qui -s’appelait Géranion. On dit que le croquis de cette fontaine a été -établi par le sultan Ahmed III lui-même. - -Des vers de sa composition, sculptés en lettres d’or sur les plaques de -marbre, décorent richement la fontaine. Quelques-uns de ces vers sont -empruntés aux plus fameux poètes de l’époque et célèbrent les louanges -de Dieu et du souverain. - -Comme nous venons de le dire, cette fontaine réunit les deux principaux -genres en usage à Constantinople: _sébil_ et _tchechmé_, qu’on -rencontre ailleurs séparément. La fontaine est comprise dans un carré -ayant à chaque angle des parties semi-circulaires où sont installés -quatre sébils. - -Quatre fontaines sont placées dans les espaces libres entre les sébils; -à la droite et à la gauche de chaque fontaine sont creusées deux niches -ornées de stalactites. - -Des fleurs ornementales finement sculptées sur des plaques de marbre -précieux, encadrent des inscriptions rehaussées d’or, au milieu des -frises en faïence qui décorent les quatre façades. - -Les sébils sont garnis de grilles en bronze magnifiquement ciselées. -La fontaine est couverte d’une toiture très exhaussée, surmontée d’un -grand clocheton central et de quatre autres clochetons plus petits -placés au-dessus de chaque sébil, et qui portent à leur sommet des -_alems_ dorés, auxquels l’édifice emprunte son caractère religieux. La -toiture et les clochetons sont recouverts de plaques de plomb. Cette -fontaine fut achevée en 1141 H. (1728 J.-C.) Le sultan Ahmed avait fait -construire un grand nombre d’autres tchechmés, richement travaillés, -tels que la fontaine de Tophané, reconstruite par Mahmoud Ier en 1145, -et qui se trouve actuellement à l’angle du grillage de l’arsenal, sur -le coin de la rue qui va aux quais. - -Les ornementations de cette fontaine sont d’un style bâtard. Une large -bande de fines inscriptions en vers décore la partie supérieure du -monument. Aujourd’hui, on ne voit plus rien de son ancienne toiture, -qui a été détruite et remplacée par une balustrade, ce qui lui enleva -toute son originalité. Le plafond du toit de cette fontaine était -richement orné de fleurs et de fruits sculptés sur bois. Ce toit -formait sur chaque façade une saillie de 15 pieds, 6 pouces, qui était -surmontée d’une grande coupole couverte de plomb, au sommet de laquelle -s’élevait une flèche (alem) dorée, pareille à celle de la fontaine de -l’Aya Sophia; seize autres petites coupoles entouraient la base de la -grande. La fontaine de Scutari, qui, reconstruite plusieurs fois, vient -de s’écrouler, a elle aussi beaucoup perdu de sa forme primitive et par -suite de son originalité. - -Une autre fontaine fut construite par le sultan Ahmed au quartier -des _Arabes_[81] à Galata, presque en même temps que celle de -_Bab-i-Humayoun_. Comme Galata formait alors une petite ville entourée -d’une enceinte, et que les terrains étaient occupés par des maisons de -commerce, on n’avait pu trouver à cette fontaine un emplacement assez -vaste et dont les abords fussent suffisamment dégagés: on fut donc -obligé de lui donner la forme d’un biseau à angles et, pour obtenir -plus de développement de façade, on adopta une sorte de tourelle à six -pans. - - [81] Nom donné d’abord à l’infanterie légère et plus - tard aux pontonniers et aux rameurs. - -Elle est à la fois tchéchmé et sébil, comme celle du sérail à qui elle -ressemble, bien qu’elle soit d’une disposition un peu différente. La -fontaine d’_Arab Kapou_ n’a en effet qu’un seul sébil qui est formé par -une petite rotonde hexagonale; une colonnette se dresse à chaque angle, -supportant un chapiteau d’ordre cristallisé, sur lequel sont appliqués -des grillages en bronze ciselé et doré et de gracieuses rosaces. - -Sur les façades qui se trouvent à droite et à gauche du sébil -sont installés deux tchéchmés, ornés de magnifiques sculptures et -inscriptions dorées en relief. - - -III.--LES CIMETIÈRES - -Les musulmans souhaitent, pour la félicité de leur âme, reposer après -leur mort près d’un édifice religieux. - -Les Sultans, les grands dignitaires de l’État, les grands personnages, -les riches, les gens aisés se font enterrer près d’une mosquée où la -prière est continue. - -Les Sultans et les pachas ont toujours leurs tombeaux près de la -mosquée qu’ils ont fondée. - -En général, à chaque mosquée est attenant un petit jardin qui sert de -cimetière; on y trouve le tombeau du fondateur, entouré des tombeaux de -ses parents et des grands personnages. - -Les sépultures couvertes qu’on appelle turbés sont réservées aux -saints, aux Sultans et aux personnages considérables. - -On ne peut faire un plus grand honneur à un défunt que de lui élever un -turbé. - -Les turbés sont généralement construits en forme octogonale ou carrée, -surmontés d’une coupole et précédés d’un vestibule. - -Dans les turbés des très grands personnages, des gardes (_turbedars_) -veillent sans cesse en lisant le Coran. Les turbés des Sultans -diffèrent de ceux des saints, en ce qu’ils sont plus richement décorés; -ceux des saints ont un aspect plus mystique et plus religieux. - -On y voit un cercueil (_sandouka_), en forme de caisse à base -rectangulaire, recouvert d’un couvercle prismatique. Ce cercueil est -couvert de draps noirs ou verts et d’étoffes de valeur portant des -versets du Coran brodés en or et en argent. Du côté de la tête est -placé un turban rappelant la coiffure que portait le défunt. De chaque -côté du cercueil près de la tête sont posés deux grands candélabres -garnis de cierges; les candélabres sont en bronze ou en argent, selon -l’importance du défunt. - -Des Corans manuscrits, ouverts sur des pupitres en forme d’X, sont à la -disposition des visiteurs qui voudraient prier pour le repos de l’âme -du défunt. On voit souvent, attachés aux grillages des fenêtres des -turbés ou à la balustrade qui entoure le cercueil, de petits chiffons -que les malades viennent fixer là avec l’espoir que cette pratique -religieuse les guérira. Le _turbedar_ fait passer les malades entre de -grands chapelets qui y sont gardés et leur fait boire de l’eau du puits -avoisinant le turbé. Suivant les prescriptions, cette eau doit être -puisée à l’aide de tasses portant des inscriptions sacrées. - -Les turbés des Sultans sont plus richement décorés; le cercueil, plus -haut et plus grand, est excessivement luxueux. Il est recouvert de -châles précieux en velours brodé d’argent. Les pupitres en noyer ou -en ébène sont incrustés de nacre et de rosaces magnifiques. Un haut -grillage en bronze ou en argent entoure le cercueil. - -Les cimetières publics sont situés à proximité de la ville. Outre -les petits cimetières qu’on rencontre dans chaque quartier, près des -mosquées, la ville possède trois cimetières principaux[82], qui peuvent -vraiment être considérés comme des villes des morts. Ils ont à peu près -le même aspect; on y voit d’immenses cyprès très vieux, des pierres -tombales souvent brisées disséminées un peu partout sans ordre, et -qui font ressembler ces cimetières, généralement entourés de murs en -ruines, à de véritables forêts de pierres. - - [82] Celui d’Eyoub, ceux qui bordent les murs, et le - cimetière de Karadja Ahmed à Scutari. - -Le corps du défunt est enseveli dans la terre, le côté droit tourné -vers La Mecque. Tous les morts sont placés dans la même position. Une -grande plaque de marbre couvre horizontalement le tombeau. Deux pierres -posées verticalement indiquent l’une le côté de la tête, l’autre le -côté des pieds. Dans la plaque de pierre horizontale sont creusés deux -trous assez larges qui communiquent avec la terre; on y plante des -fleurs ou des rosiers. Au milieu de la pierre, une cavité ronde remplie -d’eau de pluie sert aux petits oiseaux et aux colombes. Du côté de la -tête s’élève une pierre commémorative, rappelant par une sculpture -la coiffure du défunt, avec son nom et la date de sa mort souvent -écrits en vers et sculptés en reliefs rehaussés d’or. La grandeur et -l’ornementation de cette pierre varient selon l’importance du défunt. -Les pierres sépulcrales des femmes ont une forme différente de celle -des hommes. Elles ne portent qu’une ornementation ou une fleur. - -Du côté des pieds, la pierre a une ornementation, mais sans écriture. -Toutes les pierres tombales des personnes riches ou pauvres ont des -vers commémoratifs qui commencent par la formule: - - هو الباقى - - (Dieu seul est éternel.) - -ou - - كل نفس ذائقة الموت - - (Chaque âme doit goûter la mort.) - -Les souffrances du défunt, son emploi, son âge sont rappelés en -quelques lignes. Toutes ces inscriptions se terminent en demandant aux -visiteurs la prière de _Fatiha_, premier chapitre du Coran, pour la -tranquillité de l’âme du défunt. - - -IV.--LES BAINS TURCS (HAMAM) - -Le bain étant aussi indispensable au musulman que la mosquée, la ville -possède plus de trois cents bains publics, sans compter les bains -particuliers. - -Les bains turcs ne diffèrent en général que fort peu de ceux des -Byzantins. Les Turcs, qui utilisèrent après la conquête les bains -abandonnés par les Byzantins, construisirent les leurs à peu près -dans le même genre et souvent sur le même emplacement. D’ailleurs la -disposition des bains byzantins était celle déjà adoptée par les Turcs -pour les bains de Brousse, de Salonique et de Damas. - -L’eau et le feu, auxquels les bains étaient exposés continuellement, -n’ont laissé subsister jusqu’à nos jours aucun bain datant de -l’époque byzantine, et qui n’ait subi soit des réparations, soit des -transformations. - - -[Illustration: Pl. 44. - - MOSQUÉE DU SULTAN MEHMED II LE CONQUÉRANT.] - - -Gyllius, qui visita Constantinople soixante-douze ans après l’entrée -des Turcs dans cette ville, nous donne la description d’un bain turc. -Cette description permet de se faire une idée de ce qu’étaient les -bains à cette époque où ils rappelaient encore de très près les thermes -byzantins, s’ils ne leur étaient tout à fait semblables. Elle montre -qu’ils avaient les mêmes dispositions que les bains turcs actuels. - -«Ces thermes sont doubles ou jumeaux, dit-il, composés de deux parties -exactement semblables, adossées l’une contre l’autre et réservées l’une -aux hommes, l’autre aux femmes[83]. On entre d’abord dans l’apodyterium -d’où l’on passe par une porte au tepidarium et par une autre du -tepidarium au caldarium. Ces trois compartiments réunis par des portes -de communication constituent les thermes. Chacune de ces parties de -l’édifice a sa toiture et ses murailles.» - - [83] Les bains qui n’ont qu’une seule division sont - ouverts jusqu’à midi aux hommes, qui l’abandonnent - ensuite pour laisser la place aux femmes. - -«L’apodyterium est un édifice carré sur lequel s’appuie la rotonde en -briques de la voûte. Son intérieur a 240 pieds 8 pouces de pourtour. -Une estrade en pierre, ayant plus de six pieds de largeur et haute de -trois pieds, règne tout autour. La muraille de l’apodyterium, depuis -sa base jusqu’au sommet sur lequel la coupole prend naissance, a -trente-sept pieds de hauteur; le pavé est formé de dalles en marbre. En -son centre se trouve une vasque également en marbre.» - -«Deux portes d’entrée conduisent de l’apodyterium au tepidarium dont -l’intérieur a cent pieds de circonférence. La voûte hémisphérique est -soutenue par quatre arcades, qui forment huit alcôves; une de ces -alcôves qui est plus petite de moitié que les autres est réservée aux -latrines. Six d’entre elles possèdent chacune une vasque munie d’une -fontaine à robinet, mais elles sont construites de manière qu’entre -chaque seconde arcade il en est une qui forme une chambre d’où l’on -passe à droite et à gauche dans une autre. Au centre du tepidarium est -une fontaine d’où jaillit un filet d’eau qui tombe dans un bassin de -marbre. Une seule porte sert de passage du tepidarium au caldarium. -Cette partie du bain présente huit arcades qui servent de soutien à -une coupole. Chacune des huit arcades ouvre sur une chambre. Au milieu -du pavé, qui est formé pareillement de dalles en marbre, s’élève -une estrade octogonale haute de deux pieds quatre pouces et ayant -cinquante-sept pieds un quart de circonférence. Elle est entourée par -une ruelle qui la sépare du pavé dont le niveau est le même que celui -de l’octogone.» - -Dans ce passage de Gyllius, nous voyons que la disposition des premiers -bains turcs de Constantinople, provenant probablement des Byzantins, ne -différait presque pas des bains construits par les Turcs de l’époque -postérieure. Les bains turcs sont généralement construits sur un plan -rectangulaire. Chaque partie du bain est couverte d’un dôme, criblé de -petites ouvertures rondes garnies de clochetons en verre qui laissent -pénétrer la lumière à l’intérieur. Les murs latéraux sont dépourvus de -fenêtres. L’apodyterium est dallé de marbre, et possède au centre un -bassin sur lequel s’étagent de grandes cuvettes en marbre, à bordure -cannelée, de dimensions variables, se rapetissant de l’une à l’autre. -L’eau jaillissant de la cuvette placée au sommet le plus élevé fait -cascade sur les autres. Les mêmes eaux servent parfois à arroser des -fruits. Des canaris chantent continuellement dans des cages ornées de -perles bleues[84] (bondjouk). - - [84] Les perles bleues sont considérées comme un - fétiche contre le mauvais œil. - -Une colonnade en bois entoure la salle. De larges bancs en forme de -sofas y sont placés. C’est là que les gens de la classe pauvre se -déshabillent. Des morceaux de bois ronds, fixés entre les colonnes, -servent de portemanteaux. Au-dessus de cette première galerie, on en -voit une deuxième et souvent une troisième. Là aussi sont disposés de -larges sofas. Les galeries inférieures et supérieures sont séparées aux -angles par une cloison en bois. Ces pièces sont réservées aux riches et -aux grands personnages. - -Sur une petite estrade près de la porte se tient le propriétaire, assis -sur un coussin (_minder_), devant une cassette en bois (_tchekmédjé_) -tout incrustée de nacre. Un miroir à main, d’une forme ogivale, reste -suspendu au mur près de cette cassette destinée à recevoir l’argent que -les baigneurs posent en quittant le bain. - -A hauteur des galeries supérieures sont rangées des tiges en bois où -l’on étend les _pechtemal_ (essuie-corps) de couleurs éclatantes. - -Une petite cheminée adossée au mur près de la porte intérieure sert -à préparer le café. Près de cette cheminée se trouvent des armoires -contenant des narguillés, des tasses à café, des savons parfumés de -musc, des vases en bronze doré, des fleurs artificielles. - -Une porte étroite passe de l’apodyterium dans la pièce appelée -_soouklouk_ (tepidarium ou alipterium) dont la température est plus -élevée que dans la grande pièce, mais moins que dans la deuxième -appelée caldarium. Elle est surmontée d’une coupole percée de petites -ouvertures que recouvrent des cloches en verre. Une faible lumière -éclaire l’intérieur. Là, sur des bancs en bois, sont préparés des lits -à la disposition des baigneurs. - -De petites portes ouvertes dans cette salle conduisent par des -galeries voûtées et obscures aux lieux d’aisance et à un cabinet -particulier, réservé aux toilettes intimes auxquelles chaque musulman -est religieusement astreint. Le baigneur pénètre dans cette dernière -pièce où un robinet d’eau chaude et un _kourna_ (récipient en marbre) -sont à sa disposition. Il couvre l’ouverture formée par la porte -d’un pechtemal et procède à ses ablutions. Une porte conduit du -tepidarium au caldarium où règne une très forte chaleur. Cette salle -est pareillement dallée de marbre et surmontée d’une coupole à petites -fenêtres rondes. A chaque coin de la salle, il y a de petites cabines -séparées par un mur bas, qui sont réservées à la classe riche. Toutes -ces cabines possèdent un ou deux _kournas_ avec deux robinets en bronze -dont l’un est à eau chaude et l’autre à eau froide. - -La salle est également munie de _kournas_, au-dessus desquels sont -enfoncés dans le mur de grands et longs clous noirs qui servent à -suspendre les _pechtemals_. - -Au milieu de la salle commune du caldarium, existe une estrade en forme -ronde ou octogonale et qui s’appelle _Gueubek-tachi_ (pierre-nombril) -où le baigneur s’allonge pour être massé. - -Les bains turcs n’ont pas, comme on l’a dit à tort, un grand bassin où -le public va se baigner, car l’eau déjà touchée par un autre corps et -par le corps du baigneur même est considérée par les musulmans comme -rituellement impure. Toutefois le cas peut être exceptionnel dans les -bains thermaux où l’eau se renouvelle en coulant de source, comme à -Brousse par exemple. A Constantinople, il n’y a que les israélites qui, -fidèles aux prescriptions de la loi de Moïse, aient gardé la coutume de -se replonger dans une piscine d’eau froide après s’être lavé le corps. - -Chaque bain possède un _kulhan_ (hypocauste). On y brûle -continuellement du bois. La chaleur et la fumée circulent sous le -dallage en marbre du bain, traversent les nombreuses conduites -maçonnées dans l’intérieur des murs, chauffent l’eau et l’air du bain -et ressortent par de petites cheminées en forme de tubes circulaires, -appliqués tout autour de la bâtisse au haut des coupoles couvertes de -plomb. Faut-il ajouter que ces bains sont constamment chauffés? Les -musulmans sont en effet astreints par leur religion à se laver le corps -en certaines circonstances. - - -[Illustration: Pl. 45. - - TOMBEAU DE MEHMED II LE CONQUÉRANT. - Dans le Turbé devant sa mosquée.] - - -Le bain des dames diffère un peu de celui des hommes. D’abord les -accessoires comme essuie-corps, savon, sont apportés par les femmes -elles-mêmes dans de grands _bohdja_ (sortes de sacs en drap brodé). -Elles prennent même avec elles des vivres, car c’est pour elles un -grand plaisir que de passer toute la journée dans le bain en mangeant -sur le _gueubek-tachi_, en chantant et en s’amusant. - -Au cours d’un ouvrage écrit sur les études de van Millingen, le Dr -Mavroyeni donne des détails très circonstanciés sur la façon compliquée -et pittoresque dont on prend le bain chez les Orientaux. Nous nous -permettrons de résumer cet intéressant travail. - -«Dès l’entrée, on aperçoit les étuvistes, drapés à la romaine dans -des linges bleus rayés de rouge. Dans l’apodyterium, des baigneurs se -déshabillent, tandis que d’autres sortent du bain et viennent s’étendre -sur les lits de repos pour y goûter le _kieff_, mot intraduisible, -béatitude absolue que donnent à l’esprit et au corps des Orientaux le -tabac et le café unis au _dolce farniente_. - -«Après s’être déshabillé, le baigneur s’enveloppe d’une sorte de -pagne, et, coiffé d’un large turban, les pieds dans des sandales de -bois qui rendent sa marche incertaine, il entre dans le tepidarium. -La température y est de 25° et c’est sur des couchettes garnies de -coussins que la pipe et le café sont présentés au baigneur. Dès qu’une -moiteur apparaît sur son corps, l’étuviste le fait passer au caldarium -où, sur une estrade située au centre, commence l’opération du massage -à laquelle une grande importance est attachée et qui est pratiquée par -des malaxeurs et des strigillaires modernes en qui se sont conservées -les traditions du passé. - -«Après un massage complet de toutes les articulations, le masseur -mène son client près d’une des vasques qui entourent la rotonde et, -armé d’un gantelet en poils de chèvre, s’attaque au système cutané. -Les rinçages s’opèrent à l’eau tiède. Mais le baigneur est à bout -de forces: un verre d’eau froide lui redonne l’énergie nécessaire; -quelques écuellées d’eau froide versées sur la tête le remettent -complètement et le masseur en prend de nouveau possession, transformé -cette fois en alipte. Cataracte d’eau brûlante et vif savonnage, puis -rinçage de tout le corps: cette opération est répétée trois fois. Le -masseur fouette son savon à l’aide de longues fibres de palmier dans un -bassin de cuivre et ne l’applique que lorsqu’il est réduit à l’état de -mousse nuageuse et impalpable. - -«C’est après une douche que le baigneur est aussitôt emmailloté de -serviettes chaudes, ses cheveux sont essuyés, et il vient goûter le -_kieff_ sur un lit de repos dans l’apodyterium. - -«Nous avons vu le baigneur passer par trois salles: l’apodyterium, le -tepidarium et le caldarium; il n’y a en effet qu’un seul bain public -à Constantinople qui possède un frigidarium. C’est le bain de Djerrah -pacha, situé près d’Ak-Sérail.» - - -V.--LE GRAND BAZAR - -Comme aux temps des Byzantins, la ville possède des bazars couverts. Le -plus grand de ces bazars est celui de Stamboul, dont une partie date -des Byzantins, véritable ville avec des rues couvertes d’arcades et -de coupoles. Des magasins étroits et souvent voûtés bordent ces rues. -Ses ruelles étroites, ses carrefours, ses bancs et dépendances, ses -passages sombres, font de ce bazar une sorte de labyrinthe compliqué à -tel point que les habitants de la ville eux-mêmes s’y perdent souvent -et sont obligés de demander leur chemin aux marchands. - -Une lumière faible et blafarde, arrivant par de petites fenêtres -cintrées ouvertes au plafond des magasins, éclaire l’intérieur et les -marchandises sous un jour favorable aux boutiquiers. Le bazar est -divisé en quartiers dont chacun, réservé à un commerce spécial, porte -le nom du commerce qui y est pratiqué. C’est ainsi que _Kouyoumdji -Tcharchissi_ signifie bazar des bijoutiers. Il en est de même pour -les orfèvres, les fourreurs, les marchands d’étoffe, etc. La plupart -des magasins ne sont que de petites échoppes étroites. Devant chaque -magasin, un banc peu élevé sert de comptoir; le vendeur y est assis, -les jambes croisées. C’est là qu’il étale ses articles devant -l’acheteur qui prend souvent place à côté de lui. - -Malheureusement, le bazar commence à perdre son caractère -d’originalité, les articles orientaux cédant peu à peu la place à ceux -provenant des manufactures européennes. - -Le quartier du grand bazar qui a conservé son ancienne originalité -est le _Bedestén_ (le marché de ventes aux enchères). C’est une -grande bâtisse carrée, couverte de plusieurs coupoles, soutenues -par d’immenses piliers d’une très grande hauteur. Le _Bedestén_ est -situé au centre du bazar. Quatre portes de fer, ouvrant sur les côtés -communiquent avec l’intérieur du bazar. Quelques petites fenêtres à -volets de fer, percées à la hauteur des coupoles, éclairent faiblement -l’intérieur. Une lumière pâle tombe sur les objets anciens, suspendus -aux murs et noircis par la poussière des siècles. - -Une balustrade en bois irrégulièrement construite et située à la -hauteur des fenêtres permet au gardien de nuit de circuler autour du -bâtiment et de fermer les volets de fer. - -Le _Bedestén_ n’est pas ouvert à toute heure du jour. On l’ouvre plus -tard et on le ferme plus tôt que le reste du bazar. Il ne reste ainsi -accessible au public que pendant quelques heures. Les magasins ne -sont formés que d’estrades et de bancs en bois. Chaque marchand a son -_dolab_ (armoire) et une ou plusieurs vitrines plates où il expose ses -marchandises et devant lesquelles il est assis à la turque, les jambes -croisées, en attendant les clients. - -Des _dellals_ ou courtiers privilégiés du _Bedestén_ font voir aux -marchands et aux amateurs les objets rares, et font la mise à prix. -C’est de ce célèbre bazar que sont sortis des objets antiques de la -plus haute valeur pour passer en Europe. Le Bazar égyptien, qui est -aussi un des plus grands de la ville, est formé d’une grande ruelle -voûtée en forme de berceau ayant au bas des voûtes des fenêtres -latérales qui éclairent faiblement l’intérieur. Les marchandises sont -exposées dans des sacs ouverts. Chaque magasin porte une arme ou un -objet particulier qui lui sert d’enseigne. On y vend des épices et -toutes sortes de drogues. - - -[Illustration: Pl. 46. - - FONTAINE D’AHMED III OU D’AYA SOPHIA.] - - -VI.--LES PALAIS IMPÉRIAUX OTTOMANS - - -PALAIS DE TOP KAPOU - -Le premier palais ottoman a été bâti par Mahomet II le Conquérant sur -la place de l’ancien forum Tauri (place de Bayazid). Ce palais, habité -d’abord par le Sultan, reçut plus tard, après la construction du -palais de Top Kapou serail, le nom d’_Eski-serail_ (vieux palais). Il -était gardé par 500 _baltadji_. Sur cet emplacement s’élève aujourd’hui -le ministère de la Guerre appelé aussi _Eski-serail_. - -Le sultan Mahomet II fit construire plus tard un autre palais sur -l’acropole de l’ancienne Byzance, où s’élevait autrefois le palais de -l’impératrice Placidie. Ce palais, dit de _Top Kapou_, fut habité par -les successeurs du Conquérant jusqu’au sultan Mahmoud II, le grand -réformateur, qui l’abandonna. Depuis, et jusqu’à nos jours, il a été -affecté à la résidence des _Sérailis_ (femmes du palais et de la cour -impériale). - -Le palais se compose de plusieurs bâtiments et de _kiosques_ qui -communiquent entre eux par des _mabeïns_, sortes de couloirs. - -L’enceinte du palais est entourée d’une muraille flanquée de deux -tours; c’est à peu près la même enceinte qui entourait l’ancienne -acropole[85] de Byzance. La partie principale du palais est -magnifiquement située sur la pointe la plus élevée de la colline, d’où -l’on jouit d’une vue admirable sur le Bosphore, les Iles des Princes, -la Corne d’Or, la Propontide et sur les montagnes de la Bithynie et -de l’Olympe. On ne rencontre nulle part ailleurs un panorama aussi -grandiose et aussi majestueux. L’ensemble de ces monuments offre un -aspect très pittoresque. Une multitude de bâtiments, de coupoles -surgissent par endroits du milieu d’immenses cyprès. - - [85] Il ne faut pas confondre l’emplacement du Top - Kapou serail avec celui du grand palais byzantin qui se - trouvait à l’est de l’hippodrome. - -Outre l’enceinte principale, le palais en possède plusieurs autres à -l’extérieur. L’une des portes de l’enceinte principale se trouve près -de la mosquée Sainte-Sophie; elle s’appelle _Bab-i-Humayoun_ ou porte -impériale; on trouve ensuite la porte de _Soouk-Tchechmé_, une autre -près de l’École de médecine et une autre près de _Yali-Kiosque_. - -La porte située près de Sainte-Sophie, en face de la fameuse fontaine -construite par le sultan Ahmed III, conduit à une grande esplanade -plantée de cyprès et de platanes. Cette cour rappelle la Chalké antique -des palais byzantins. En laissant à gauche l’église de Sainte-Irène -(actuellement le musée d’armes) et en suivant la grande allée, on -arrive devant la porte de l’enceinte intérieure du palais. La porte -est flanquée de deux tours aux toits coniques. Elle conduit à une cour -plantée de cyprès. A droite, sont les cuisines impériales, à gauche -le mur du harem et l’ancienne salle du _Divan_ où se tenait autrefois -le Conseil des ministres. Une tour carrée surmonte la salle. Mais -cette tour ne présente plus l’ancienne forme que nous lui voyons dans -l’ouvrage de Melling. De grandes fenêtres grillées éclairaient la salle -du _Divan_. En face, une galerie soutenue par une colonnade donne accès -et aboutit à une autre porte monumentale qui conduit à une troisième -cour réservée au Sultan et aux gens du palais. - -Après avoir franchi cette porte, on se trouve en présence d’un pavillon -qui contient le _Divan_ ou salle du Trône, dans laquelle les Sultans -recevaient les ambassadeurs et les vizirs. Ce pavillon, d’un style -très original, est orné intérieurement de magnifiques faïences et de -vitraux. La cheminée est tout à fait remarquable. - -Dans la même cour, tout près de la salle du Trône, se trouve la -bibliothèque du Sultan, qui contient de très beaux et très rares -manuscrits turcs et byzantins jusqu’ici inédits. Cette cour est -entourée d’une galerie à colonnades; à droite, une porte protégée par -un grillage donne accès au trésor impérial. - -C’est un bâtiment formé de plusieurs pièces surmontées d’un grand toit -couvert de plaques en plomb. De petites fenêtres pratiquées aux murs -à une très grande hauteur du sol éclairent faiblement l’intérieur. Ce -trésor contient des objets extrêmement précieux ayant appartenu aux -Sultans; il forme le musée privé du palais. On y voit de nos jours tous -les costumes portés par les Sultans, leurs sabres, leurs coiffures, -etc. Dans des vitrines sont exposés des vases remplis de pierres -précieuses et de vieilles monnaies en or et en argent. Parmi les objets -de grande valeur, on peut citer le trône du chah Ismaël de Perse, -enlevé par Sélim en 1514. C’est un trône en or massif sculpté, garni -d’émeraudes et de brillants. Puis, le trône de Selim III, en ébène -sculpté et incrusté de nacre, d’argent et d’or, garni de rubis et de -pierres précieuses. Au centre du dais qui surmonte le trône et qui est -supporté par quatre colonnes est suspendue par une chaîne en or une des -plus grosses émeraudes du monde: elle a la grosseur du poignet. - -[Illustration: Bibliothèque du Sultan au vieux Sérail.] - -A gauche de la cour s’élève le pavillon sacré où toutes les reliques du -Prophète sont soigneusement conservées. L’intérieur de l’édifice est -des plus imposants. C’est un véritable chef-d’œuvre de l’art national. -Quelques fenêtres percées aux bases des coupoles laissent l’intérieur -dans un clair-obscur mystique. Les murs sont complètement recouverts -des plus belles faïences. Des versets du Coran écrits sur des tuiles -émaillées forment frise autour des salles. Les plus rares inscriptions, -en grandes lettres écrites de la main même des Sultans, sont suspendues -aux murs. - -On rencontre au milieu de la première salle une petite fontaine en -marbre sculpté garnie de gobelets en or. - -L’entrée de cette partie est absolument interdite au public, même -aux gens du palais. Une fois par an seulement, les hauts personnages -de l’Empire y sont reçus par le Sultan pour baiser, à travers une -couverture, la cassette qui renferme le manteau sacré du Prophète. Des -gardiens y veillent constamment en lisant des versets du Coran. - -Par une porte ouvrant au nord-ouest de cette cour on descend à un -jardin en terrasses où sont construits des kiosques et des pavillons. -On y jouit d’une vue splendide. - -Un ancien kiosque en bois, bâti par Mahomet II s’élevait sur une -terrasse à droite; sur cet emplacement, le sultan Medjid avait fait -construire Mermer kiosque. - -A gauche, sur la colline, c’est le fameux Bagdad kiosque, si célèbre -par la magnificence de son architecture, par la beauté de ses faïences, -de ses cheminées, le dessin original de ses meubles, de ses divans et -de ses armoires incrustées de nacre. - -Tout près de ce kiosque, on voit une autre terrasse dallée de -marbre avec, au milieu, un joli bassin. C’est un des coins les plus -pittoresques du palais. Dans l’enceinte du palais se trouvaient encore -d’autres kiosques actuellement disparus, tels que Indjili kiosque, Yali -kiosque, Harem kiosque, etc... Voici ce que nous lisons dans l’ouvrage -de Melling sur le kiosque appelé Indjili (aux perles); on voit encore -de nos jours les arcades de ses fondations. «Le Sultan s’y rendait -chaque année pour jouir du spectacle de l’ayasma (fontaine sacrée), -dont la source est dans l’enceinte du Seraï et qui jaillit, ce jour-là -seulement, sous l’arcade du pavillon où des tuyaux la conduisent. -Les Grecs attribuent à ses eaux une vertu miraculeuse... Le grand -seigneur prend plaisir à contempler leur empressement, leur extase, et -leurs ablutions; il leur jette quelques pièces de monnaie pour payer -l’amusement qu’ils lui donnent et jouit des combats qu’ils se livrent -dans leur activité à s’en saisir.» - -Sur une des terrasses de l’enceinte moyenne du palais de _Top-Kapou_, -du côté de la ville se trouve _Tchinili kiosque_ (kiosque aux -faïences), ainsi nommé à cause des faïences qui décoraient jadis ses -murs anciens et dont une grande partie n’existe plus aujourd’hui. - -Il fut d’abord bâti par l’architecte Kémaluddin sur l’ordre du sultan -Mehmed II le Conquérant (870 H.). Il fut reconstruit plus tard en 999 -H., par Murad III, mais il a perdu sa forme primitive. Actuellement, il -fait partie du musée d’antiquités. Deux escaliers en marbre conduisent -sur une galerie à longues colonnades ornée de magnifiques mosaïques -en faïence. Un petit vestibule mène dans une grande salle cruciforme -voûtée à laquelle sont attenantes d’autres pièces plus petites; le plan -de la construction est conçu dans un carré avec des ailes latérales. - - -PALAIS DE TCHÉRAGAN - -Le palais de Tchéragan, situé sur les bords du Bosphore, entre -_Bechiktache_ et _Ortakeuy_, fut construit par le sultan Abd ul Aziz -dans le style renaissance ottoman. Il a servi, pendant vingt-sept -années, de prison au sultan Mourad V. Son emplacement était jadis -occupé par un palais en bois nommé Tchéragan et habité autrefois par le -sultan Mahmoud, après qu’il eut enlevé sa cour du palais de Top-Kapou. - -On peut considérer l’architecture de ce palais comme un essai de -renaissance de l’art ottoman. La façade a été bâtie sans respect des -proportions de l’art, et les ornementations surchargées n’offrent pas -l’originalité intéressante de l’ancien art ottoman. A l’intérieur, la -décoration est plus artistiquement comprise. Ce palais communique avec -le parc de Yildiz par un pont sous lequel passe le tramway. - -Il possède comme dépendances d’autres bâtiments, telles que des -cuisines, des écuries, des casernes, des corps de garde, etc... - - -PALAIS DE DOLMA BAGTCHÉ - -Le palais de Dolma Bagtché, construit par le sultan Abdul Medjid vers -1854, est composé de quatre grands bâtiments unis l’un à l’autre -par des galeries couvertes, sortes de passerelles. Au point de vue -architectural, ce palais n’a aucune valeur, car ses constructeurs ont -surchargé les façades de colonnes et d’ornementations sans style et -sans goût. - -L’ensemble du portail ne représente qu’une agglomération de fragments -de fleurs ornementales. L’intérieur, malgré la grande richesse des -matériaux employés, n’offre rien d’artistique. On y rencontre des -balustrades en cristal, des colonnes en porphyre et de grands lustres -suspendus aux plafonds. Une salle de bains, construite en albâtre, -attire particulièrement l’attention. - -Ce palais possède une immense salle du Trône. Du côté de la terre, le -palais est entouré de murs d’une grande hauteur; on y pénètre par le -portail. Son emplacement était occupé autrefois par un autre palais, -appelé _Bechiktache Saraï_, séjour favori du sultan Selim III. Nous -voyons, dans l’ouvrage de Melling, l’ensemble de ce palais ainsi que -le kiosque persan qui était bâti en pierre et revêtu extérieurement -de faïences dans toutes les parties se trouvant au-dessus du -rez-de-chaussée. Au milieu de ce pavillon existait un bassin avec -jets d’eau. Les plafonds et les panneaux étaient ornés d’arabesques -admirables. Une partie de l’ancien palais de Bechiktache fut construit -par Melling pour le sultan Selim III. L’architecture de ce kiosque -différait énormément de celle des autres par ses galeries et ses -colonnes d’ordre corinthien. - - -PALAIS DE YILDIZ - -Il se compose de nombreux pavillons et de kiosques disséminés dans un -immense parc renfermant des forêts, des jardins et un grand lac. Ce -site ravissant ne le cède en rien pour la beauté à celui de l’acropole -de Byzance. - - -LES ANCIENS PALAIS - -Parmi les palais les plus anciens, le seul qui soit encore debout -est celui de _Top Kapou_. La plupart des anciens palais ayant été -construits en bois tombèrent vite en ruines. Il ne reste plus rien des -magnifiques édifices construits par le sultan Ahmed III sur les rives -de la Corne d’Or et du Bosphore, du palais de Sultanié, construit par -Suleïman à Beïkos, du Kavak seraï appelé aussi Cheref Abad[86]. - - [86] Les dessins de M. Laurens, qui représentent - plusieurs vues du palais de Tirebolou, peuvent nous - donner une idée de l’architecture de ces palais en bois. - -Ce dernier se trouvait à côté de la grande caserne de cavalerie située -entre Haïdar pacha et Scutari, et qui s’appelle Selimié. L’emplacement -de ce palais disparu fut occupé, dit Melling, par un kiosque où le -sultan Selim III assistait aux manœuvres de cavalerie exécutées sur le -terrain qui le séparait de la caserne. _Aïnali kavak Seraï_ (palais des -Miroirs de Kavak) ainsi appelé parce qu’il était intérieurement orné -de glaces, envoyées comme cadeau par les Vénitiens au sultan Ahmet III -lors de la conclusion de la paix de 1718, était situé près de Hasskeui, -sur les bords de la Corne d’Or. Le sultan Selim III, après l’avoir -habité seulement un printemps, l’avait abandonné, peut-être à cause des -quartiers voisins de Hasskeui qui, pendant les épidémies, offraient un -véritable danger. Le Sultan, depuis lors, préféra habiter pendant l’été -le palais de Béchiktache. - -On peut encore citer: le palais de _Nichad Abad_, situé entre Ortakeuy -et Kouroutchechmé, reconstruit sous Selim III. Le palais de _Fener -Bagtché_ (qui subsista jusqu’à Mahmoud I). Le palais de _Tersané_, -habité par Selim III. Le palais de _Cara agatch_ (sur la rive de la -Corne d’Or). Le palais de _Kiathané_. Le palais de Humayou Abad (à -Bebek). Le palais de _Beyler beï_, construit sous Abdul Hamid Ier, -appelé aussi palais d’Istavros. - -Le palais de _Cheref Abad_, construit par Murad IV à Scutari près de -la caserne Selimié a été démoli en 1794. Le palais de _Nichad Abad_ -subsistait encore jusqu’à une époque très rapprochée; à sa place deux -nouveaux palais ont été construits. - - -[Illustration: Pl. 47. - - INTÉRIEUR DU GRAND BAZAR.] - - -Le palais de _Cara agatch_ fut habité jusqu’à Selim III par les Sultans -qui y transféraient leur cour pendant l’été. Le sultan Mahmoud II l’a -fait démolir. Sur une des portes de ce palais on lisait le vers -suivant inscrit par Ahmed III. - - قد دلبر كبى دل اكلنجه سى. غمكسارم قره آغاچ باغچه سى - -«Ce jardin, où je me console, offre autant d’attraits que la taille -élancée d’une belle.» Les débris de ce palais ont servi à la -reconstruction des palais de Kiathané. - -Mehmed effendi, à son retour de Paris où il était ambassadeur à -l’époque d’Ahmed III, apporta en Turquie, en même temps que plusieurs -inventions, comme l’imprimerie, le dessin des palais de Versailles et -de Fontainebleau. Sur les encouragements de Damad Ibrahim pacha, gendre -du souverain, le Sultan, mettant à profit les nouveautés introduites -par Mehmed effendi, fit construire à Kiathané des kiosques et des -fontaines qu’il entoura de lacs et de cascades, tâchant d’imiter les -magnificences entrevues dans les dessins français. Ce palais portait -alors le nom de Saad-Abad. Il y avait, aux alentours, de nombreux -kiosques destinés aux fonctionnaires. La révolte de 1143 ayant détruit -ces kiosques, Selim les fit reconstruire en 1206 et plus tard en -1224. Sultan Mahmoud reconstruisit de nouveau le palais en y ajoutant -une mosquée et plusieurs chalets. Le kiosque de Bebek (disparu) fut -construit sous Abdul Hamid Ier par Hassan pacha, ministre de la Marine -et offert par lui au Sultan. Ce joli kiosque, que nous pouvons admirer -dans l’ouvrage de Melling, servait de lieu de rendez-vous au Reïss -Efindi (ministre des Affaires étrangères) et aux ambassadeurs des cours -étrangères. «Il est formé de trois pavillons contigus, dit Melling, -celui du milieu s’avançait en saillie sur les deux autres: leur front -était soutenu par des colonnes de marbre; on remarquait les contrevents -des fenêtres composés de deux parties mobiles, l’une supérieure et -l’autre inférieure; l’une de ces parties se levait tandis que l’autre -tombait à peu près comme le sabord d’un navire. Quelques-unes de ces -fenêtres se prolongeaient jusqu’à l’entablement, le dessus des croisées -était décoré de guirlandes artistiquement peintes. Les toits couverts -de tuiles sont d’une forme très aplatie. Une balustrade occupait le -principal corps de logis et on y entrait par de petites barrières qui -s’ouvraient sur le quai. Deux escaliers conduisaient extérieurement aux -salons de conférence.» - - -VII.--L’HABITATION - -Dans l’architecture ottomane, on distingue deux genres différents, -le genre religieux et le genre civil. Si les édifices appartenant au -premier nous permettent d’en suivre la chronologie et les étapes, il -n’en est malheureusement pas ainsi des constructions civiles, qui ont -subi les atteintes du temps. Cependant, quelques vieilles maisons -de Brousse et des villes d’Asie Mineure, dans lesquelles subsistent -encore les vestiges des antiques constructions, peuvent donner une -idée, bien faible d’ailleurs, des premières habitations ottomanes. Sous -l’influence de l’architecture locale, ces constructions différaient -entre elles, suivant les pays où elles étaient élevées. Les premières -habitations ottomanes à Constantinople furent certainement celles -qu’avaient abandonnées les Byzantins. Mais, comme les coutumes et les -mœurs musulmanes exigeaient un changement radical, des maisons neuves -s’élevèrent bientôt partout, dans la nouvelle capitale de l’Empire -ottoman. - -Après les légères modifications apportées dès le début aux anciens -logis, les grands personnages construisirent des _konaks_ plus -appropriés à leurs coutumes. Les gens du peuple bâtirent de petites -maisonnettes appelées _éves_[87]. Les habitations musulmanes et les -konaks sont composés de deux bâtiments séparés, appelés _selamlik_ et -_harem_; quelquefois, ces deux parties, bien que toujours séparées, -sont réunies sous le même toit. - - [87] Ce mot doit dériver de iv ou yiv, lequel a une - analogie avec le mot youva qui signifie _nid_. - -Le _selamlik_ est réservé aux hommes, et le _harem_ aux femmes. Dans -les konaks à deux bâtisses séparées, la communication du selamlik et -du harem est établie par un corridor suspendu entre le premier et le -deuxième étage de ces deux bâtiments. Les mœurs musulmanes défendent -aux hommes de vivre avec d’autres femmes que leurs parentes et leurs -épouses. Le maître de la maison reste souvent au selamlik où il reçoit -les visites des hommes. - -Dans ces konaks, l’étage supérieur est le plus important, tandis que -le rez-de-chaussée ne contient que les chambres des domestiques et des -gens de service. - -Les femmes, et en général les Turcs, qui aiment à rester à la maison, -préfèrent les maisons de bois percées de beaucoup de fenêtres. Ces -maisons n’ont que très rarement trois étages. - -L’aspect extérieur est tout oriental. Au-dessus du rez-de-chaussée, des -balcons à larges saillies sont supportés par de grandes consoles en -bois et rappellent les balcons à encorbellement des Byzantins. - -Chaque étage fait saillie sur l’étage inférieur. Le toit, très -saillant, donne un caractère tout spécial à ce genre de construction et -paraît avoir son origine dans le toit chinois, recourbé aux extrémités. -Ce dernier serait un souvenir de la tente nomade. La maison est souvent -couleur de terre-cuite. - -Les cheminées, qui ont une forme particulière, portent des nids -construits par les cigognes. On entre dans le konak par deux portes, -dont l’une est réservée au harem et l’autre au selamlik. - -La porte du selamlik donne accès à une grande cour pavée de moellons. -Les voitures peuvent aisément franchir cette porte et arriver jusqu’à -la cour située sous la grande salle du premier étage. Les escaliers -partent d’une sorte de petite estrade en marbre qui porte le nom de -_Binek-Tachi_ et d’où le maître de la maison peut facilement sauter à -cheval. - -Autour de cette cour, se trouvent les chambres destinées aux _Ouchaks_ -(domestiques), aux _Aïvazes_ (porteurs de mets), aux _Achtchi_ -(cuisiniers), etc. Une chambre est réservée à l’intendant et une autre -aux eunuques. La cuisine est généralement dans le jardin; les écuries, -le bain, le réservoir d’eau forment autant de dépendances autour du -konak. Le bain est adossé aux murs du harem. De larges escaliers en -bois conduisent au premier étage. Là est la chambre où se tient le -maître de la maison. - -Toutes les chambres sont pareilles et meublées de la même façon. Il -n’y a nulle différence entre les chambres à coucher et les salles à -manger. Un long sofa est installé le long des fenêtres près du mur -et quelquefois sur les deux côtés de la chambre. On y voit aussi une -niche destinée au miroir et, à côté, d’autres petites niches qui -sont réservées aux cruches d’eau et aux vases en porcelaine. Des -porte-pipes, appliqués aux murs, sont garnis de longues pipes en -bois de jasmin, en bois de rose et autres bois précieux; toutes sont -munies de bouts d’ambre. Des calligraphies en lettres harmonieusement -dessinées sont suspendues aux murs dans des cadres. Des étagères pour -le _Kavouk_ (coiffure), une pendule, des tapis, un brasier, voilà -ce qui constitue le mobilier d’une chambre. Chaque chambre possède -plusieurs grandes armoires fixes où l’on serre pendant la journée -les lits, les matelas et les couvertures. - - -[Illustration: Pl. 48. - - MARCHANDS DE CHAUSSURES.] - - -Quand on veut se coucher, on sort ces matelas et on les étale sur le -plancher. De même, pour les repas, on apporte de petits tabourets sur -lesquels on installe de grands plateaux ronds en cuivre étamé ou en -bronze, et l’on dispose des coussins tout autour, formant ainsi une -sorte de table improvisée. - -Les pièces sont chauffées pendant l’hiver à l’aide de cheminées où on -brûle du bois, ou à l’aide de _mangals_ (brasiers en bronze). Dans les -konaks, les chambres donnent accès à une très grande salle dont les -dimensions dépassent l’étendue totale des chambres. Le harem diffère -peu du selamlik. Il est souvent plus grand. Les fenêtres y sont -soigneusement fermées par des _cafesses_ (jalousies) pour empêcher les -regards indiscrets des passants d’y pénétrer. - -Ces _cafesses_ sont formées de petites baguettes en bois, clouées -perpendiculairement ou quelquefois diagonalement dans les rainures d’un -cadre ayant la moitié de la hauteur de la fenêtre. Les femmes, qui -restent derrière ces _cafesses_, peuvent très bien voir les passants à -travers les trous sans être aperçues du dehors. - -Une autre rangée de fenêtres est située au-dessus des fenêtres portant -les _cafesses_ pour éclairer davantage l’intérieur des chambres. Ces -fenêtres sont souvent garnies de vitraux qui ajoutent à la décoration -de l’intérieur un luxe de couleurs et d’images du plus joli effet. - -L’abondance des fenêtres est une chose très recherchée dans les -habitations. Les Turcs ont toujours reconnu l’action bienfaisante du -soleil et de l’air sur la santé et ils ont doté leurs habitations -d’autant de fenêtres que l’étendue de la façade le leur permettait. Le -grand nombre des fenêtres vient aussi de la nécessité où se trouvaient -les femmes d’occuper leurs loisirs pendant les longues heures où elles -étaient retenues à la maison. Nous voyons que le côté hygiénique -de cette disposition la fait appliquer aujourd’hui dans toutes -les maisons modernes en Europe. Les façades des maisons anglaises -modernes présentent, par l’abondance de leurs fenêtres, une certaine -ressemblance avec les maisons turques. Si cette disposition paraît -présenter l’inconvénient d’exposer l’intérieur aux changements brusques -de l’atmosphère et aux ardents rayons du soleil, les doubles châssis et -les volets viennent remédier au froid, de même que les toits avancés et -les saillies des étages préservent de la chaleur. - -Les portes du harem restent toujours fermées et c’est le Harem -Kiahyassi (intendant du harem) qui en garde les clefs. Une armoire -ronde et pivotant sur son axe facilite le service, tout en empêchant -que les serviteurs et les servantes puissent se voir. Les objets une -fois placés du côté des servantes, on fait tourner l’armoire sur -son axe pour les mettre à la disposition des serviteurs. Le service -de _Dolap_ était permis seulement aux _aïvazes_: ceux-ci étant des -Arméniens, le maître de la maison leur laissait ce service, à cause de -la différence de religion peu favorable à l’éclosion de sentiments trop -intimes. - -La plupart des konaks possèdent dans leurs jardins un grand _havouse_ -(bassin). Les bains particuliers ne diffèrent presque pas des bains -publics; ils ont leur apodyterium, leur tepidarium et leur caldarium, -mais sur une échelle plus réduite. - -Les cuisines ne ressemblent pas du tout aux cuisines occidentales. Une -grande cheminée cintrée est divisée à l’intérieur en compartiments de -différentes grandeurs, destinés aux marmites grandes et petites. On n’y -brûle que du bois et du charbon de bois. - -Les petites maisons (éve) ont à peu près la même distribution -intérieure que les konaks. Au lieu d’être séparées en deux parties -différentes comme les konaks, ces maisons n’ont qu’une ou deux -chambres, destinées l’une au selamlik et l’autre au harem. Deux -escaliers séparés conduisent à chacune de ces parties. - -Les salles sont également vastes. Les cuisines sont en dehors et, au -lieu de bains, il y a un _goussoulhané_ ou lieu d’ablutions. En guise -de réservoir, de nombreuses jarres enfoncées dans la terre du vestibule -conservent l’eau nécessaire au ménage. Le porteur d’eau, sans ouvrir -la porte, verse le contenu de son _kirba_ (sac en cuir) dans le creux -d’une pierre taillée en forme de cassette carrée, fermée par un cadenas -dont le porteur d’eau possède la clef; l’eau s’écoule ensuite dans les -jarres au moyen de tuyaux. - -Malheureusement, toutes ces anciennes maisons ont disparu aujourd’hui, -cédant la place à des constructions laides et difformes, peintes de -couleurs criardes et d’un goût banal. Dans tout Constantinople, on ne -trouve plus qu’une vingtaine de ces vieilles maisons, dont la plus -ancienne ne remonte qu’à l’époque du sultan Mahmoud II; des réparations -successives lui ont d’ailleurs fait perdre beaucoup de son aspect -primitif. - - -[Illustration: Pl. 49. - - VIEUX SÉRAIL (Palais de Top Kapou).--Salle du Trône.] - - -C’est dans les quartiers de _Yuksek Kaldirim_, _Ak-Seraï_ et _d’Eyoub_ -qu’on a le plus de chance de découvrir quelques-unes de ces anciennes -maisons. Parmi les faubourgs qui semblent conserver davantage de leurs -anciennes habitations, on peut citer les villages d’_Anatoli-Hissar_, -_Arnaout-Keuy_, _Yeni-Keuy_, _Tchenguelkeuy_, _Kousgoundjouk_ et -surtout _Scutari_, qui possèdent encore quelques types d’anciennes -maisons condamnées malheureusement à disparaître d’ici une dizaine -d’années. Comme habitations anciennes, nous pouvons citer l’Ambassade -de France à Therapia qui appartenait autrefois au prince Ypsilanty, -et qui fut confisquée par le Sultan pour être donnée au général -Sébastiani, alors ambassadeur de France à Constantinople. Les Français, -qui savent si bien apprécier les choses d’art et les restes de -l’antiquité, conservent son caractère à cet intéressant édifice. - -[Illustration: Maison turque; XVIIIe siècle.] - -Pour se familiariser avec le type de l’ancienne maison turque, il faut -prendre en considération les traits caractéristiques suivants de cette -architecture. - -1º La bâtisse, souvent en bois, ne dépasse pas trois étages; - -2º Chaque étage fait saillie sur l’étage immédiatement inférieur; la -partie surplombante est supportée par de grosses consoles en bois -recourbé; - -3º Les toits sont avancés et couverts d’un genre de tuiles recourbées -dites Kerémid, pareil à celui en usage chez les Byzantins; - -4º La partie avancée du toit (auvent) qui s’appelle _Satchak_ est ornée -en dessous d’ornements géométriques formés par de minces baguettes en -bois; - -[Illustration: Maison turque; XVIIIe siècle.] - -5º Sous ces auvents sont suspendus des cadres portant des inscriptions -sacrées qui préservent la maison du mauvais œil; sur ces inscriptions -on lit: - - Ce que Dieu veut, est, fut. ماشا اللّه كان - O propriétaire de la propriété. يا مالك الملك - O protecteur, etc. يا خافظ - -derrière ces cadres inclinés, les hirondelles font souvent leurs -nids; - -6º Les tuyaux des cheminées, assez hauts, ont une forme prismatique -quadrangulaire et sont munis à leur sommet de fentes verticales; ils -sont couverts de tuiles et les cigognes (surtout dans les quartiers -reculés de la Corne d’Or) ne manquent pas d’y venir faire leur nid. - -Les cheminées elles-mêmes font souvent saillie sur les murs de la -bâtisse et forment alors des encorbellements d’un aspect original; - -7º Les portes en bois sont ornées de moulures et de cordons formant des -décorations géométriques. Chacun des deux battants est muni d’un gros -anneau en métal appliqué sur des plaques en bronze ciselé et servant de -marteau ou heurtoir; - -8º Au-dessus de chaque porte s’ouvre une fenêtre garnie de barres de -fer en carreau et souvent ornée extérieurement d’un grillage en bois -reproduisant la forme décorative d’un soleil; - -9º Les fenêtres sont munies de _cafesses_ (espèces de grillages en -petits carreaux formés par de minces baguettes de bois qui empêchent -d’être vu de l’extérieur); plusieurs de ces fenêtres possèdent des -cafesses en forme de corbeilles proéminentes dans lesquelles les femmes -peuvent se pencher pour apercevoir les deux extrémités de la rue sans -être aperçues de dehors; - -10º Des plantes grimpent parfois sur les balcons et les terrasses -munies de _cafesses_; - -11º Souvent, sous les toits saillants des maisons ainsi que sur les -façades des édifices publics en pierre, sont disposées de minuscules -maisonnettes avec des colonnes, des portes et des fenêtres. Ces -habitations qui servent de nids en miniature sont, par un joli -sentiment, destinées aux petits oiseaux qui y viennent faire leurs nids -avec le plus grand plaisir. - -[Illustration: Magasin du XVIIIe siècle.] - - - - -BIOGRAPHIE DE KODJA SINAN - - -Sinan n’était pas Autrichien, comme le prétendent plusieurs auteurs -européens. Dans un manuscrit écrit par Sa-ï, un poète du temps, qui -porte le nom de «Tezqueret-ul-bunyani-Mimar-Sinan» et qui renferme la -liste des édifices construits par l’architecte Sinan, on apprend qu’il -est né à Césarée, ancienne ville de la Cappadoce, fils d’un Grec nommé -Christo, en l’année 895 de l’Hégire. - -Sous le règne de Sélim, on prenait des enfants grecs pour le service -de l’armée, sous le nom de _devchirmé_. Ceux-ci, après avoir reçu une -éducation primaire, entraient dans le fameux corps des janissaires. -Sinan était entré dans ce corps à vingt-trois ans comme _adjemi-oglani_ -(apprenti). - -Comme les adjemis devaient étudier un métier, Sinan avait choisi -l’architecture. Après quelques années, il devint janissaire. Excellent -soldat, il montra beaucoup de bravoure pendant les guerres de Rhodes et -de Belgrade. Pour récompenser ses services, le Sultan le promut au rang -de _Zenberekdji Bachi_. Sinan, sans qu’il devinât que l’architecture -lui devait assurer un avenir si brillant, attendait sa gloire du -militarisme. Mais pendant la campagne de Van, les troupes ayant besoin -de bateaux pour traverser le lac, Sinan construisit plusieurs galères -qui furent d’une grande utilité. - -Le grand vizir, enchanté des services de Sinan, le nomma chef des -troupes qui étaient à bord de ses bateaux. Sinan, après avoir armé son -équipage, passa pendant la nuit à la rive de l’ennemi et fit plusieurs -prisonniers. Ce service fut la cause de sa promotion au grade de _Sou -bachi_. - -Pendant la campagne de Bogdan, le sultan Sélim lui avait confié la -construction d’un pont que les ingénieurs ne pouvaient pas faire -à cause du terrain marécageux. Sinan parvint à faire ce pont que -franchirent les armées. Depuis lors, Sinan fut nommé le premier -architecte. Il débuta par la grande mosquée de Sélim. Sous les règnes -des quatre autres Sultans, il construisit 81 mosquées, 51 mesdjid -(chapelles), 26 darulkoura (bibliothèques), 17 imarets, 2 salpêtrières, -7 aqueducs, 8 grands ponts, 18 karavansérails, 6 citernes, 33 palais, -35 bains, 17 sépultures, des fontaines et d’autres constructions -civiles et religieuses. - -Il a vécu plus de cent dix ans. Sous les règnes de Sélim Ier, de -Suléiman le Législateur, de Sélim II et de Mourad III, il fut appelé -Kodja Sinan pour être distingué d’un autre Sinan, un de ses élèves. -Pendant toute sa vie, il a reçu à titre de pension la solde de -_Hasseki_ du corps des janissaires. On peut voir aujourd’hui le turban -de _Hasseki_ sur le cippe en marbre blanc de son tombeau, lequel est -surmonté d’une coupole composée de quatre grands blocs de pierre -reposant sur quatre colonnes. Il repose près de son chef-d’œuvre, la -mosquée Suléïmanié, en face du _Cheihuslamat_, au coin de deux rues. -Sur sa pierre tombale on lit ces lignes: - -«O celui qui séjourne quelques jours dans ce palais d’ici-bas. Pour -l’homme, ce domaine terrestre n’est pas un lieu de paix. Cet homme -d’élite que fut l’architecte de Suléiman Khan et qui a construit une -mosquée à l’image du paradis, par ordre du Sultan travailla pour -les conduits d’eau. Il fut Hizir[88] et fit couler sur le monde -l’_Abi-Hayat_. L’arc qu’il a construit au pont de _Tchek-médjé_ fut -l’image de la voie lactée. - - [88] Nom donné au prophète Ilias, qui ayant bu de la - source _Abi-Hayat_ (Nectar de l’immortalité) est devenu - immortel. - -«Il bâtit plus de quatre cents _mesdjid_ toutes de splendides -constructions. Cet habile architecte érigea sur quatre-vingts places -des mosquées et mourut après avoir vécu plus de cent ans. - -«Que Dieu Tout-Puissant transforme sa demeure éternelle en un jardin -élyséen. Son prieur (Sa-ï) a dit la date de sa mort. Il partit du -monde, le vieil architecte Sinan. Que jeunes et vieux prient pour son -âme. - - «La Fatiha (premier chapitre du Coran).» - - - - -TABLE DES MONUMENTS CONSTRUITS PAR KODJA SINAN[89] - - [89] Extrait de l’ouvrage de Sa-ï _sur l’œuvre de - Sinan_. - - - 1. Mosquée du Sultan Suléïman. - 2. Mosquée du Chahzadé (prince) Mehmed. - 3. Mosquée de la sultane Haseki, à Avrat Bazar. - 4. Mosquée de la sultane Mihrumah, à la porte d’Andrinople. - 5. Mosquée de la mère d’Osman Chah, près d’Ak-Séraï. - 6. Mosquée de la princesse, fille du sultan Bayazid, près de - Yéni-Baghtché. - 7. Mosquée d’Ahmed Pacha, à Top-Kapou. - 8. Mosquée de Rustem Pacha, à Taht-Ulkala. - 9. Mosquée de Mehmed Pacha, à Cadirga Liman. - 10. Mosquée d’Ibrahim Pacha, à Silivri Capoussou. - 11. Mosquée de Bali Pacha, à Houssrev Pacha. - 12. Mosquée d’Abdurahman Tchélébi, à Molla Gurani. - 13. Mosquée de Mahmoud Agha, à Akhour Capou. - 14. Mosquée d’Oda Bachi, à Yéni Capou. - 15. Mosquée de Hodja Khosrev, à Kodja Moustafa Pacha. - 16. Mosquée de Hamami Hatoun, à Soulou Monastir. - 17. Mosquée de Suleiman Tchélébi, à Uskublu Tchechmé. - 18. Mosquée de Férah Kahia, à Balata. - 19. Mosquée de Diragman Younous bey, à Balata. - 20. Mosquée de Hourem Tchaouche, à Yéni Baghtché. - 21. Mosquée de Sinan Agha, à Kadi Tchechméssi. - 22. Mosquée d’Akhi Tchélébi, à Ismir Iskelessi. - 23. Mosquée de Suléiman sou bachi, à Oun Kapan. - 24. Mosquée de Zal Pacha, à Eyoub. - 25. Mosquée de Chah Sultan, à Eyoub. - 26. Mosquée de Nichandji Pacha, à Eyoub. - 27. Mosquée d’Emir Bouhari, à Edirné Capou. - 28. Mosquée de Merkez Effendi, à Yéni Capou. - 29. Mosquée de Tchaouch Bachi, à Sutludjé. - 30. Mosquée de Husséin Tchélébi, à Kirémidlik. - 31. Mosquée de Kassim Pacha, à Tersané. - 32. Mosquée de Mehmed Pacha, à Azablar. - 33. Mosquée de Kilidj Ali Pacha, à Tophané. - 34. Mosquée de Mouhiddine Tchélébi, à Tophané. - 35. Mosquée de Mollah Tchélébi, à Tophané. - 36. Mosquée d’Ebulfadl, à Tophané. - 37. Mosquée de Chahzadé Djihanghir, à Tophané. - 38. Mosquée de Sinan Pacha, à Bechiktache. - 39. Mosquée de Sultan Djamissi, à Scutari. - 40. Mosquée de Chemsi Pacha, à Scutari. - 41. Mosquée de Skender Pacha, à Kanlidja. - 42. Mosquée de Moustapha Pacha, à Guebzé. - 43. Mosquée de Pertev Pacha, à Ismidt. - 44. Mosquée de Rustem Pacha, à Sapandja. - 45. Mosquée de Rustem Pacha, à Samanli. - 46. Mosquée de Moustapha Pacha, à Bolou. - 47. Mosquée de Ferhad Pacha, à Bolou. - 48. Mosquée de Mehmed bey, à Ismidt. - 49. Mosquée d’Osman Pacha, à Caïsseri. - 50. Mosquée de Hadji Pacha, à Caïsseri. - 51. Mosquée de Djenabi Ahmed Pacha, à Angora. - 52. Mosquée de Moustapha Pacha, à Erzéroum. - 53. Mosquée du Sultan Alla-ud-dine, à Tchoroum. - 54. Mosquée d’Abdusselam, à Ismidt. - 55. Mosquée du Sultan Suleiman, à Isnik (ancienne église - byzantine brûlée). - 56. Mosquée de Khosrev Pacha, à Alep. - 57. Les coupoles de Harem chérif, à La Mecque. - 58. Mosquée du Sultan Murad, à Magnésie. - 59. Mosquée d’Orkhan Gazi, à Kutahia. - 60. Mosquée Rustem Pacha, à Bolvadine. - 61. Mosquée Husséin Pacha, à Kutahia. - 62. Mosquée Sélim, à Karapinar. - 63. Mosquée Sultan Suléiman, à Damas. - 64. Mosquée Sultan Selim, à Andrinople. - 65. Mosquée Mahmoud Pacha, à Tachlik (Andrinople). - 66. Mosquée Defterdar Moustapha Pacha, à Andrinople. - 67. Mosquée Ali Pacha, à Baba Eski. - 68. Mosquée Mehmed Pacha, à Hofasa. - 69. Mosquée Mehmed Pacha, à Bourgas. - 70. Mosquée d’Ali Pacha, à Erégli (Héraclé). - 71. Mosquée Bosnali Mehmed Pacha, à Sophia. - 72. Mosquée Sofi Mehmed Pacha, à Hersek. - 73. Mosquée Ferhad Pacha, à Tchataldja. - 74. Mosquée Maktoul (tué) Moustapha Pacha Djamii, à Boudine. - 75. Mosquée Firdevs Bey, à Astaria. - 76. Mosquée Mémi Kiahya Oulachlou. - 77. Mosquée Tatar Han, à Geuzleuvé. - 78. Mosquée Rustem Pacha, à Roustchouk. - 79. Mosquée Vézir Osman Pacha, à Trikala. - 80. Mosquée Haseki Sultane, à Andrinople. - 81. Mosquée Sultane Validé, à Scutari. - - -[Illustration: Pl. 50. - - VIEUX SÉRAIL.--Cheminée, porte, fontaine d’ablutions et faïences.] - - -MESDJIDS (Chapelles). - - 1. Mesdjid de Rustem Pacha, à Yéni Baghtché. - 2. Mesdjid d’Ibrahim Pacha, à la porte d’Isa. - 3. Mesdjid du Tchivizadé, à Top Capou. - 4. Mesdjid d’Emir Ali, à Gumrukhané. - 5. Mesdjid construit à son nom, à Yéni Baghtché. - 6. Mesdjid d’Avdji Bachi, à Gumrukhané. - 7. Mesdjid de Chérif Zadé Effendi. - 8. Mesdjid de Defterdar Mehmed Tchélébi. - 9. Mesdjid de Hafiz Moustapha, à Yéni Baghtché. - 10. Mesdjid de Simkech Bachi, à Bazar de Lutfi Pacha. - 11. Mesdjid de Hodjegui Zadé. - 12. Mesdjid de Tchaouch, à la porte de Silivri. - 13. Mesdjid de la fille du Tchivi Zadé, à Davoud Pacha. - 14. Mesdjid de Takiédji Ahmed, à Silivri Capou. - 15. Mesdjid de Sari Hadji Nassouh. - 16. Mesdjid d’Elhadj Awz. - 17. Mesdjid d’Elhadj Hamza. - 18. Mesdjid de Tok Hadji Hassan. - 19. Mesdjid d’Ibrahim Pacha, à Koum Capou. - 20. Mesdjid de Baïram Tchélébi, à Vlanga. - 21. Mesdjid de Cheïk Ferhad. - 22. Mesdjid de Kurkdji Bachi, hors du Koum Capou. - 23. Mesdjid de Kemhadjilar. - 24. Mesdjid de Kouyoumdjilar. - 25. Mesdjid de Hersek bodroumou (près d’Aya Sofia). - 26. Mesdjid de Yaya Bachi, Fener Capou. - 27. Mesdjid d’Abdi Soubachi, à Sultan Sélim. - 28. Mesdjid de Hadji Iliasse, à Ali Pacha Hamam. - 29. Mesdjid de Husséin Tchélébi, à Sultan Sélim. - 30. Mesdjid de Douhani Zadé, à Kodja Moustapha Pacha. - 31. Mesdjid de Kadi Zadé, à Tchoukour Hamam. - 32. Mesdjid de Mufti Hamid Effendi, à Azablar. - 33. Mesdjid de Tufek Hané, à Hissar. - 34. Mesdjid de Saraï Aghassi, à Edirné Capou. - 35. Mesdjid de Deukmedji Bachi, à Eyoub. - 36. Mesdjid d’Arpadji Bachi, à Eyoub. - 37. Mesdjid de Hekim Kaïssouni Zadé, à Sutlidjé. - 38. Mesdjid de Kardji Suleïman, à Eyoub. - 39. Mesdjid de Kardji Suleïman, à Stamboul. - 40. Mesdjid d’Ahmed Tchélébi, à Kiremitlik. - 41. Mesdjid de Yaya Raya, à Kassim Pacha. - 42. Mesdjid de Chéhr-Emini Hassan Tchélébi, à Kassim Pacha. - 43. Mesdjid de Séhil Bey, à Tophané. - 44. Mesdjid de Iliasse Zadé, à Top Kapou. - 45. Mesdjid de Pazar Bachi Mémi Kahya, à Rassim Pacha. - 46. Mesdjid de Mehmed Pacha, à Buyuk Tchekmédjé. - 47. Mesdjid de Hadji Pacha, à Scutari. - 48. Mesdjid de Saradj Hané, à Hasskeuy. - 49. Mesdjid de Sarraf, hors de Top Kapou. - 50. Mesdjid de Rouznamédji Abdi Tchélébi, à Soulou Monastir. - - -MEDRÉSSÉS (Écoles). - - 1. Sultan Suléiman, à La Mecque. - 2. Sultan Suléiman, à Stamboul. - 3. Sultan Sélim Ier, à Halidjilar. - 4. Sultan Sélim II, à Andrinople. - 5. Sultan Sélim Han, à Tchorlou. - 6. Chehzadé Sultan Mehmed, à Stamboul. - 7. Hasséki Sultan Mehmed, à Avret-Bazar. - 8. Hasséki Sultan Kaarié, à Sultan Sélim. - 9. Validé Sultan, à Scutari. - 10. Mihr i Mah Sultane, à Scutari. - 11. Mihr i Mah Sultane, à Edirné Kapou. - 12. Mehmed Pacha, à Kadirga Liman. - 13. Mehmed Pacha, à Eyoub. - 14. Osman Chah Validéssi, à Ak-Séraï. - 15. Rustem Pacha, à Stamboul. - 16. Ali Pacha, à Stamboul. - 17. Maktoul Mehmed Pacha, à Top Kapou. - 18. Sofou Mehmed Pacha, à Stamboul. - 19. Ibrahim Pacha, à Stamboul. - 20. Sinan Pacha, à Stamboul. - 21. Iskender Pacha, à Stamboul. - 22. Ali Pacha, à Baba Eski. - 23. Missirli Moustapha Pacha, à Guebzé. - 24. Ahmed Pacha, à Ismidt. - 25. Kassim Pacha. - 26. Ibrahim Pacha, à Stamboul près d’Issa Capou. - 27. Chemssi Pacha, à Scutari. - 28. Djafer Agha, à Stamboul. - 29. Capou aghassi Mahmoud agha, à Stamboul. - 30. Maaloul Emir Effendi, à Stamboul. - 31. Umm-ul-Veled, à Stamboul. - 32. Avdji Bachi, à Stamboul. - 33. Mufti Hamid Effendi, à Stamboul. - 34. Firouz agha, à Stamboul. - 35. Hadjéki Zadé, à Sultan Mehmed. - 36. Agha Zadé, à Sultan Mehmed. - 37. Yahya Effendi, à Sultan Mehmed. - 38. Abdusselam, à Sultan Mehmed. - 39. Toudi Kadi, à Sultan Mehmed. - 40. Hekim Mehmed Tchélébi, à Sultan Mehmed. - 41. Husséin Tchélébi, à Sultan Mehmed. - 42. Emin Sinan Effendi, à Sultan Mehmed. - 43. Chah Koulou, à Sultan Mehmed. - 44. Younouss Bey, à Diragman. - 45. Kardji Suléiman Bey, à Stamboul. - 46. Hadji khatoun, à Stamboul. - 47. Cherif Zadé, à Stamboul. - 48. Kadi Hekim Tchélébi, à Karaman. - 49. Baba Tchélébi, à Stamboul. - 50. Kermassi. - 51. Sekban Ali bey, à Kumruk Hané. - 52. Nichandji Mehmed Bey, à Alti Mermer. - 53. Bedestan Kahyassi Husséin Tchélébi, à Stamboul. - 54. Gulfem Hatoum, à Scutari. - 55. Houssrev Kahya, à Angora. - - -DARULKOURA (Bibliothèques). - - 1. Sultan Suléïman, à Stamboul. - 2. Validé Sultan, à Scutari. - 3. Houssrev Kahya, à Stamboul. - 4 Mehmed Pacha, à Eyoub. - 5. Mufti Saïd Tchélébi, à Kutchuk Karaman. - 6. Bossnali Mehmed Pacha, à Stamboul. - 7. Kadi Zadé, à Stamboul. - - -TURBÉ (Tombeaux). - - 1. Sultan Suléïman Han. - 2. Sultan Sélim Han. - 3. Chehzadé Mehmed Han. - 4. Chehzadéler, à Sultan Sélim. - 5. Rustem Pacha, à Chehzadé Bachi. - 6. Houssrev Pacha. - 7. Ahmed Pacha, à Top Capou. - 8. Mehmed Pacha, à Eyoub. - 9. Des fils de Siavèche Pacha, à Eyoub. - 10. Zal Pacha. - 11. Haïreddin Barbarosse, à Bechiktache. - 12. Yahya Effendi, à Bechiktache. - 13. Arab Ahmed Bey, à Bechiktache. - 14. Kilidj Ali Pacha, à Tophané. - 15. Pertev Pacha, à Eyoub. - 16. Chah Houban Kadine, à Yéni Baghtché. - 17. Ahmed Pacha, à Edirné Kapou. - 18. Hadji Pacha, à Scutari. - 19. Chemsi Pacha, à Scutari. - - -IMARETS (Cantines). - - 1. Sultan Suléïman, à Stamboul. - 2. Hasséki, à La Mecque. - 3. Chéhzadé Sultan Suléiman, à Stamboul. - 4. Sultan Sélim, à Karapinar. - 5. Sultan Suléiman, à Tchorlou. - 6. Mihr i Mah Sultane, à Scutari. - 7. Validé Sultane, à Scutari. - 8. Sultan Mourad, à Manissa. - 9. Rustem Pacha, à Roustchouk. - 10. Rustem Pacha, à Sabandja. - 11. Mehmed Pacha, à Bourgas. - 12. Mehmed Pacha, à Hafssa. - 13. Moustapha Pacha, à Ghebzé. - 14. Mehmed Pacha, à Bossna. - - -[Illustration: Pl. 51. - - VIEUX SÉRAIL.--Tchinili Kiosque.] - - VIEUX SÉRAIL.--Terrasse et pavillon aux faïences.] - - -HOPITAUX - - 1. Sultan Suléiman. - 2. Hasséki Sultane. - 3. Validé Sultane, à Scutari. - - -AQUEDUCS - - 1. Dérbend Kéméri. - 2. Ouzoun Kemer. - 3. Mouallak Kemer. - 4. Keurundjé Kemeri. - 5. Muderiss Keuy Kemeri. - - -PONTS - - 1. Le pont de Buyuk Tchekmédjé. - 2. Le pont de Silivri. - 3. Le pont de Moustapha Pacha sur Méritch. - 4. Le pont de Mehmed Pacha, à Marmara. - 5. Le pont de Oda Bachi, à Halkali. - 6. Le pont de Kapou aghassi, à Harami déré. - 7. Le pont de Mehmed Pacha, à Sinanli. - 8. Le pont de Grand Vizir Mehmed Pacha, à Vichgrad (Bosnie). - - -KARVAN-SÉRAÏ (Hôtelleries). - - 1. Karvan Séraï de Sultan Suléïman. - 2. Karvan Séraï de Sultan, à Tchékmédjé. - 3. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Tekvourdaghi. - 4. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Bat Pazari. - 5. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Galata. - 6. Karvan Séraï de Ali Pacha, à Bat Pazari. - 7. Karvan Séraï de Pertev Pacha, à Vefa. - 8. Karvan Séraï de Moustapha Pacha, à Alghin. - 9. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Ak Biik. - 10. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Samanli. - 11. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Sabandja. - 12. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Karaman. - 13. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Karichdiran. - 14. Karvan Séraï de Houssrev Kahia, à Ipssalé. - 15. Karvan Séraï de Mehmed Pacha, à Bourgas. - 16. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Andrinople. - 17. Karvan Séraï de Ali Pacha, à Andrinople. - - -PALAIS - - 1. Palais de Vieux Sérail. - 2. Palais de Nouveau Sérail. - 3. Palais de Usskudar. - 4. Palais de Galata. - 5. Palais de At Méïdani. - 6. Palais de Yéni Capou. - 7. Palais de Kandilli. - 8. Palais de Fener Baghtché. - 9. Palais de Iskender Tchélébi Bahdjéssi. - 10. Palais de Halkali. - 11. Palais de Rustem Pacha, à Kadirga. - 12. Palais de Mehmed Pacha, à Sainte-Sophie. - 13. Palais de Mehmed Pacha, à Scutari. - 14. Palais de Rustem Pacha, à Scutari. - 15. Palais de Siavèche Pacha, à Scutari. - 16. Palais de Siavèche Pacha, à Scutari. - 17. Palais de Siavèche Pacha, à Stamboul. - 18. Palais de Ali Pacha, à Stamboul. - 19. Palais de Ahmed Pacha, à At Méidani. - 20. Palais de Ferhad Pacha, à Sultan Bayazid. - 21. Palais de Pertev Pacha, à Véfa. - 22. Palais de Sinan Pacha, à At Méidani. - 23. Palais de Sofou Mehmed Pacha, à Hodja Pacha. - 24. Palais de Mahmoud Agha, à Yéni Baghtché. - 25. Palais de Mehmed Pacha, à Halkali. - 26. Palais du Chah Houban Kadine, à Kassim Pacha. - 27. Palais du Pertev Pacha, à Tachra. - 28. Palais de Ahmed Pacha, à Tachra. - 29. Palais de Ali Pacha, à Eyoub. - 30. Palais de Ali Pacha, à Eyoub. - 31. Palais de Mehmed Pacha, à Rustem Pacha tchiflik. - 32. Palais de Mehmed Pacha, à Bosnie. - 33. Palais de Rustem Pacha, à Isskender tchiflick. - - -DÉPOTS - - 1. Dépôts à Galata. - 2. Dépôts à Terssané-i-Amiré (arsenal). - 3. Dépôts à Saraï. - 4. Dépôts à Hass Baghtché. - 5. Dépôts à Saraï. - 6. Dépôts à Oun Kapani. - - -BAINS - - 1, 2, 3. Bains du Palais Impérial par ordre du Sultan Suléiman. - 4. Bains de Sultan Suléiman, à Stamboul. - 5. Bains de Sultan Suléiman, à Kéfé. - 6. Bains du Palais d’Usskudar. - 7. Bains de Hasseki Sultane, à Sainte-Sophie. - 8. Bains de Hasseki Sultane, à Yahoudiler. - 9. Bains de Validé Sultan, à Usskudar. - 10. Bains de Sultan, à Karapinar. - 11. Bains de Validé Sultane, à Djibali. - 12. Bains de Mihr-i-Mah Sultanne, à Edirné-Capou. - 13. Bains de Loutfi Pacha, à Edirné-Capou. - 14. Bains de Mehmed Pacha, à Galata. - 15. Bains de Mehmed Pacha, à Andrinople. - 16. Bains de Kodja Moustapha Pacha, à Yéni Baghtché. - 17. Bains de Ibrahim Pacha, à Silivri Capou. - 18. Bains de Capou aghassi, à Soulou Monastir. - 19. Bains de Sinan Pacha, à Bechiktache. - 20. Bains de Molla Tchélébi, à Findikli. - 21. Bains de Kapoudan Ali Pacha, à Tophané. - 22. Bains de Kapoudan Ali Pacha, à Fener Capou. - 23. Bains de Mufti Ali Pacha, à Madjoundji Tcharchissi. - 24. Bains de Mehmed Pacha, à Hafssa. - 25. Bains de Merkez Effendi, à Yéni Capou. - 26. Bains de Nichandji Pacha, à Eyoub. - 27. Bains de Houssrev Kahia, à Ortakeuy. - 28. Bains de Ismidt, à Ortakeuy. - 29. Bains de Tchataldja, à Ortakeuy. - 30. Bains de Rustem Pacha, à Sabandja. - 31. Bains de Husséin Bey, à Kaïsseri. - 32. Bains de Sari Kuzel, à Stamboul. - 33. Bains de Haïreddin Pacha, à Zéirek. - 34. Bains de Haïreddin Pacha, à Kumruk Hané. - 35. Bains de Yacoub Agha, à Tophané. - - -[Illustration: Pl. 52. - - VIEUX SÉRAIL.--(Au fond la porte de la salle du Trône.) - - VIEUX SÉRAIL.--Cour du Harem.] - - - - -BIOGRAPHIE DE MEHMED AGHA - - -Mehmed agha, fils d’Abdul Mouïn et architecte du sultan Ahmed Ier, qui -a construit quantités de mosquées et d’autres monuments, des chapelles, -des ponts, des turbés, et plus de cent fontaines, jouissait d’une -grande réputation. Un de ses amis, Djaffer effendi, lui a consacré, -ainsi qu’il était d’usage alors, une biographie intéressante comprenant -aussi un aperçu de ses œuvres (Ménakibnamé). Nous empruntons à ce -travail, dont nous avons eu le manuscrit sous les yeux, les détails -suivants. - -Mehmed agha, originaire de Roumélie (Turquie d’Europe), arriva à -Constantinople en l’an 970, vers la fin du règne de Suléïman et fut -enrôlé dans le corps des janissaires comme _adjemi-oglan_ (apprenti). -Cinq ans plus tard, il était nommé gardien dans le jardin du tombeau -de Suléïman. Sa destinée le portait plutôt, semblait-il, vers la -musique que vers l’architecture où il devait s’illustrer. Mais un rêve -qu’il fit un soir le détourna de sa vocation. Il en avait demandé -l’explication à un vieux et vénérable chéikh, qui lui recommanda -d’abandonner la musique comme un péché. C’est alors qu’il brisa tous -ses instruments, résigné à chercher ailleurs l’application de ses -facultés intellectuelles et de ses goûts artistiques. Il se tourna vers -l’architecture, après avoir consulté le même vieillard qu’autrefois, -lequel, cette fois, lui représenta cette carrière comme vraiment digne -de lui, puisqu’il s’agissait de contribuer à une œuvre publique et -saine, telle que l’édification de forts, fontaines et mosquées. Mehmed -agha entra alors dans les ateliers du palais où il s’adonna à l’étude -de l’architecture et du travail sur nacre (977). - -A cette époque, Kodja Sinan vivait encore. Il visitait fréquemment -ces ateliers et eut l’occasion d’admirer le talent de Mehmed agha. Il -l’encouragea et l’engagea à préparer une œuvre pour être présentée -au sultan Murad III. Mehmed agha se mit au travail et fit un pupitre -finement ouvragé, que Ahmed pacha, porte-armes de Sa Majesté, se -chargea de présenter au Souverain. Celui-ci en récompense lui décerna -le titre de _Bévab_ (portier du Palais) (998). - -De retour à Constantinople, après un voyage qu’il fit en Égypte et -en Roumélie pour inspecter les frontières, il fabriqua un carquois -qu’il présenta à Sa Majesté. Ce nouveau travail lui valut une nouvelle -distinction. Le Sultan le nomma _Mouhsir-bachi_ (chef-procureur) -près du juge de Stamboul; lorsque Hussrev pacha fut nommé beylerbey -de Diarbékir, Mehmed agha fut envoyé en qualité de _Mussellim_ -(transmetteur de pouvoirs). A son retour, il occupa les fonctions de -_Capou-Kéhia_ de ce pacha, jusqu’à l’époque où Hussrev pacha fut nommé -au gouvernement de Damas; Mehmed agha l’y accompagna et fut chargé de -l’administration du Hauran. Des bandes de brigands infestaient alors -le pays et attaquaient la caravane sacrée. Mehmed agha réussit à les -anéantir. Ce succès indisposa à son égard Hussrev pacha, dont la -jalousie croissante obligea Mehmed agha à retourner à Constantinople. -Il y rentra et fut en 1006 nommé administrateur des eaux, poste qu’il -conserva pendant huit ans. - -A la mort de Mimar Sinan, Davoud agha devint architecte du sultan; -Ahmed agha surnommé Dalguitch, camarade de Mehmed agha, succéda à -celui-ci. Et à la mort d’Ahmed agha, ce fut Mehmed agha qui fut élevé -au poste d’architecte en chef du Sultan, en l’an 1015 de l’Hégire, -mercredi VIIIe jour de Djemazi-el-akir. - -Outre les nombreux édifices et mosquées qui attestent sa puissance de -travail, Mehmed agha a eu l’honneur d’être envoyé à La Mecque afin d’y -réparer la Kaaba. - -Cet artiste fut un homme pieux, fidèle à tous les préceptes de la -religion, et charitable à ce point qu’il destinait aux pauvres tous les -bénéfices qu’il retirait de ses travaux. - - -D’après _Hadikatul-Djevami_, sa maison se trouvait en face de la -mosquée construite par lui-même sur l’emplacement du Mesdjid de Zeïni -effendi, Mesdjid qui fut brûlé pendant l’incendie de Djibali. - - -[Illustration: Pl. 53. - - VIEUX SÉRAIL.--Balcons à encorbellement. - - VIEUX SÉRAIL.--Intérieur de Bagdad Kiosque.] - - - - -MONUMENTS DE L’ÉPOQUE BYZANTINE[90] - - [90] Les astérisques renvoient au tableau suivant, où - sont indiqués les monuments musulmans contemporains de - la même époque. - - - +-------------------------+------------------------------------------+ - | DATES ET NOMS | CHRONOLOGIE DES MONUMENTS | - +-------------------------+------------------------------------------+ - |658 av. J.-C. Byzas. |Les murs de l’ancienne petite ville de | - | | Byzance. Statue de Byzas. Acropole. | - | | L’arène. Le milium (portes triomphales).| - | | | - |490 av. J.-C. Darius. | | - | | | - |479 av. J.-C. Pausanias. | | - | | | - | | | - |330 ap. J.-C. Constantin |L’Augustéon. Colonne de Constantin. Homona| - |le Grand (306-337 J.-C.).| (monastère de Pantéleïmon). Les premiers| - | | murs de la ville, la basilique de | - | | Sainte-Sophie, l’église de Sainte-Irène | - | | (qui fut ensuite brûlée pendant la | - | | révolution de Nika), le Sénat, | - | | l’hippodrome. | - | | | - |361-63. Julien l’Apostat.| | - | | | - |363-64. Jovien. | | - | | | - |364-78. Valentinien Ier |Aqueduc de Valens. | - | et Valens. | | - | | | - |394-95. Théodose le |L’Obélisque de Théodose. Destruction des | - | Grand. | temples païens. Forum Tauri. | - | | Pentapyrgion (5 tours). Église de | - | | Saint-Théodore Tyron. | - | | | - |_Maison de Thrace_ | | - | (395-518): | | - | | | - |395-408. Arcadius. |Thermes d’Arcadius. Forum d’Arcadius. | - | | Colonne d’Arcadius surmontée de sa | - | | statue. | - | | | - |408-50. Théodose II. |Agrandissement de la ville. Les murs | - | | théodosiens ou d’Anthémius (appelés | - | | ainsi du nom du ministre qui les a | - | | construits) (413). On a rebâti les murs | - | | détruits par un tremblement de terre | - | | (447). | - | | | - |450-57. Marcien. |Colonne Marcienne. Église de la | - | | Sainte-Vierge des Blaquernes, bâtie par | - | | Pulchérie, épouse de l’Empereur. | - | | | - |457-74. Léon Ier. |Le patricien Stoudios fit construire | - | | l’église du couvent Saint-Jean de | - | | Stoudios. Citerne de Mocius ou d’Aspar, | - | | construite par Aspar, chef de la milice | - | | gothique, pour alimenter les Goths | - | | cantonnés hors les murs. Saint-Pierre | - | | et Saint-Marc. | - | | | - |474. Léon II le Jeune. | | - | | | - |474-91. Zénon. |La tour du Christ (tour de Galata). | - | | | - |491-518. Anastase Ier. |Palais des Blaquernes. | - | | | - |_Maison Justinienne_ | | - | (518-610): | | - | | | - |518-27. Justin Ier. | | - | | | - |527-65. Justinien Ier. |Sainte-Sophie (532-537). Saints-Serge et | - | | Bacchus (Kutschuk aya Sofia). L’église | - | | des Douze-Apôtres. La «Chora» (Kahrié | - | | Djami). L’église de Sainte-Thecla. | - | | Sainte-Irène. Cisterna Basilica | - | | (Yerebatan serai). Cisterna Philoxeni | - | | (Bin. bir. direk). | - | | | - |565-78. Justin II. |Construction du Chrysotriclinium dans le | - | | grand palais. | - |578-82. Tibère | | - | Constantin. | | - | | | - |582-602. Maurice. |Église de la Diaconissa. (Kalender-Djami.)| - | | | - |*602-10. Phocas. | | - | | | - |610-41. Héraclius. |Murs d’Héraclius qui relièrent le château | - | | des Blaquernes avec les murs | - | | théodosiens. | - | | | - |641. Héraclius II ou | | - | Constantin III. | | - | | | - |641. Héracleonas | | - | Constantin IV. | | - | | | - |*641-68. Constant II. | | - | | | - |*668-85. Constantin III |Construction de la première mosquée par | - | (ou V[91]) (Pogonat ou | les Arabes (Arab Djamissi) à Galata. | - | Barbu). | | - | | - | [91] Le cinquième de ce nom si l’on compte Héraclius et | - | Heracleonas parmi les Constantin, compté par d’autres | - | comme le troisième de ce nom. | - | | | - |685-94. Justinien II. |Construction de l’église de l’Archange | - | | Michel, près du port Julien. | - |*694-705. Tibère III. | | - | | | - |705-11. Justinien II. | | - | | | - |711-13. Philippicus. | | - | | | - |713-15. Anastase II. | | - | | | - |715-17. Théodose III. |L’église actuelle des dominicains, à | - | | Galata. | - | | | - |_Dynastie Isaurienne_ | | - | (717-867): | | - | | | - |717-41. Léon III |Pentapyrgion Aïvan Séraï (740). Un | - | l’Isaurien. | tremblement de terre renversa la statue | - | | d’Arcadius, qui se trouvait sur la | - | | colonne portant le même nom. | - | | | - |*741-75. Constantin IV ou| | - | VI Copronyme. | | - | | | - |775-80. Léon IV le | | - | Khazar. | | - | | | - |*780-97. Constantin V ou | | - | VII. | | - | | | - |780-802. Irène. | | - | | | - |802-11. Nicéphore Ier | | - | (dit le Logothète). | | - | | | - |811-13. Michel Ier. | | - | Rangabé dit Curopalate.| | - | | | - |813-20. Léon V | | - | l’Arménien. | | - | | | - |820-29. Michel II | | - | le Bègue. | | - | | | - |829-42. Théophile. |Réparation des murailles de | - | | Constantinople. Constructions au palais.| - | | | - |842-67. Michel III |Fondation de l’Académie dans la Magnaura. | - | l’Ivrogne. | | - | | | - |_Dynastie Macédonienne_ | | - | (867-1057): | | - | | | - |867-86. Basile Ier. |La Nouvelle église. Le Cenourgion. | - | | | - |*868-78. Constantin VI | | - | ou VIII. | | - | | | - |886-912. Léon VI le Sage |L’église de la Théotokos. | - | ou le Philosophe. | | - | | | - |912-59. Constantin VII |Palais de Constantin ou Tekfour séraï. | - | Porphyrogénète. | Colonne murée. | - | | | - |920-944. Romain Ier | | - | Lécapène. | | - | | | - |920-45. Constantin VIII | | - | ou X. | | - | | | - |959-63. Romain II. | | - | | | - |963-69. Nicéphore II |Port et palais du Boucoléon. | - | Phocas. | | - | | | - |*969-75. Jean Zimiscès. | | - | | | - |975-1025. Basile II | | - | Bulgaroctone. | | - | | | - |*975-1028. Constantin IX | | - | ou XI. | | - | | | - |1028-34. Romain III dit |Rénovation de l’église de Sainte-Marie des| - | Argyre. | Blaquernes et de Sainte-Sophie. Église | - | | de la Peribleptos. | - | | | - |1034-41. Michel IX. | | - | | | - |1041-42. Michel V | | - | Calafate. | | - | | | - |1042-54. Constantin X ou |Le couvent Saint-Georges de Manganes. | - | XII. | | - | | | - |1054-56. Théodora. | | - | | | - |1056-57. Michel | | - | Stratiotique. | | - | | | - |1057-59. Isaac Comnène. | | - | | | - |1059-67. Constantin XI | | - | ou XIII Ducas. | | - | | | - |1067-68 } Michel VII le |Église Pammakaristos. | - |1071-78 } Parapinace. | | - | | | - |1068-71. Romain IV. | | - | | | - |1078-81. Nicéphore III | | - | Botoniate. | | - | | | - |_Dynastie des Comnènes_: | | - | | | - |1081-1118. Alexis Ier. |La foudre ayant renversé la statue qui se | - | | trouvait sur la colonne de Constantin, | - | | avec les tambours supérieurs, l’Empereur| - | | la répara et fit mettre un nouveau | - | | chapiteau corinthien avec des | - | | inscriptions et une croix en or. | - | | Reconstruction de l’église de Chora, par| - | | Marie Ducas, la belle-mère de | - | | l’Empereur. | - | | | - |*1118-43. Jean II |L’église du Pantokrator (1125), bâtie par | - | Comnène. | Irène, épouse de l’Empereur. | - | | | - |*1143-80. Manuel. |Agrandissement du palais des Blaquernes | - | | qui fut adopté comme résidence | - | | impériale. | - | | | - |1180-83. Alexis II | | - | Comnène. | | - | | | - |1183-85. Andronic | | - | Comnène. | | - | | | - |*1185-95 } | | - | 1203-04 } Isaac L’Ange. | | - | | | - |*1195-203. Alexis III. | | - | | | - |1203-04. Alexis le Jeune.| | - | | | - |1204. Alexis Ducas. | | - | | | - |_L’Empire latin de | | - | Constantinople_ | | - | (1204-1261): | | - | | | - |1204-06. Baudouin Ier. | | - | | | - |*1206-16. Henri de | | - | Hainaut. | | - | | | - |*1216-18. Pierre de | | - | Courtenay. | | - | | | - |*1218-28. Robert. | | - | | | - |*1228-31, 1231-37. Jean | | - | de Brienne. | | - | | | - |*1237-61. Baudouin II. | | - | | | - |_Empereurs grecs à | | - | Nicée_: | | - | | | - |1204-222. Théodore | | - | Lascaris. | | - | | | - |1222-254. Jean III | | - | Vatazès. | | - | | | - |1254-259. Théodore II | | - | Lascaris. | | - | | | - |_Dynastie des | | - | Paléologues et des | | - | Cantacuzènes_ | | - | (1261-1453): | | - | | | - |*1261-82. Michel |Les nouveaux murs des Blaquernes. Église | - | Paléologue. | de Kyra Martha bâtie par l’impératrice | - | | Maria Ducas, sœur de l’Empereur. | - | | | - |*1282-1328. Andronic II |Restauration de l’église de Chora et | - | Paléologue. | renouvellement de ses mosaïques, par | - | | Théodore Métochite, ministre | - | | d’Andronic II. Restauration de | - | | Christo-Camera. | - | | | - |*1328-41. Andronic III | | - | Paléologue. | | - | | | - |*1341-91. Jean V[92]. |Église des Blaquernes détruite par le feu.| - | | - | [92] Jean III et Jean IV avaient régné à Nicée. | - | | | - |*1341-55. Jean VI | | - | Cantacuzène. | | - | | | - |*1355-56. Mathieu | | - | Cantacuzène. | | - | | | - |*1376-79. Andronic IV P. | | - | | | - |*1391-1425. Manuel II P. | | - | | | - |1399-1402. Jean VII | | - | Paléologue. | | - | | | - |*1425-48. Jean VIII | | - | Paléologue. | | - | | | - |*1448-53. Constantin XII | | - | ou XIV Dracosès. | | - +-------------------------+------------------------------------------+ - - -[Illustration: Pl. 54. - - VIEUX SÉRAIL.--Intérieur. - - INTÉRIEUR D’UNE MAISON TURQUE DU XVIIE SIÈCLE - (D’après un dessin de l’auteur.)] - - - - -MONUMENTS MUSULMANS CONTEMPORAINS DE L’ÉPOQUE BYZANTINE - - - +------+----------+--------------------------------------------------+ - | | ÈRE | | - |HÉGIRE|CHRÉTIENNE| | - +------+----------+--------------------------------------------------+ - | » | 608 |Reconstruction de la Kaaba (Arabie). | - | | | | - | 21 | 642 |Fondation de la mosquée d’Amrou (Caire). | - | | | | - | 23 | 643 |Mosquée d’Omar, à Jérusalem. | - | | | | - | 49 | 669 |Mosquée El Aksa, à Jérusalem. | - | | | | - | 84 | 703 |Reconstruction de la mosquée Kairouan (Tunisie). | - | | | | - | 132 | 750 |Califat de Cordoue (Espagne). | - | | | | - | 137 | 755 |Tombes, à Reï (Perse). | - | | | | - | 142 | 760 |Fondation de la Mesdjid Djouma, à Ispahan (Perse).| - | | | | - | 174 | 790 |Palais de Rakka (Mésopotamie). | - | | | | - | 261 | 875 |Mosquée Djouma de Chiraz (Perse). | - | | | | - | 264 | 878 |Mosquée Touloun (Caire). | - | | | | - | 361 | 971 |Mosquée El-Azhar (Caire). | - | | | | - | 408 | 1017 |Fondation de la grande mosquée d’Ardebil. | - | | | | - | 471 | 1079 |Agrandissement de la grande mosquée d’Ispahan, par| - | | | Malik Chah. | - | | | | - | 525 | 1132 |Chapelle palatine, à Palerme. | - | | | | - | 555 | 1160 |Palais des Seldjoucides, à Konia (Asie M.). | - | | | | - | 567 | 1171 |Tombeau de l’imam Chafiï (Caire). | - | | | | - | 587 | 1191 |Grande mosquée de Mossoul (Mésopotamie). | - | | | | - | 596 | 1199 |L’Alcazar de Séville (Espagne). | - | | | | - | 607 | 1160 |Tombeaux de Kilidj-Arslan et de Kaï-Khosrou Ier | - | | | (Asie M.). | - | | | | - | 613 | 1216 |Tach-Medressé, à Ak-Chehir (Asie M.). | - | | | | - | 617 | 1220 |Mosquée d’Ala-ed-din, à Konia (Asie M.). | - | | | | - | 627 | 1229 |Caravansérail de sultan Khan, près de Konia | - | | | (Asie M.). | - | | | | - | 628 | 1230 |Fondation de l’Alhambra (Espagne). | - | | | | - | 640 | 1242 |Sirtchéli-medressé, à Konia (Asie M.). | - | | | | - | 648 | 1250 |Achèvement de Tach-medressé, à Ak-Chéhir | - | | | (Asie M.). | - | | | | - | 649 | 1251 |Karataï-medressé et Indjé-minareli medressé, à | - | | | Konia (Asie M.). | - | | | | - | 659 | 1261 |Turbé de Sahib-Ata, à Konia (Asie M.). | - | | | | - | 669 | 1270 |Tchifté-minaré, Gueuk-medressé, à Sivas (Asie M.).| - | | | | - | 672 | 1273 |Mosquée de Djelal-ed-din à Konia (Asie M.). | - | | | | - | 693 | 1294 |Mosquée de Ghazan Khan, à Tauris (Perse). | - | | | | - | 704 | 1304 |Mosquée d’Oldjaïtou, à Sultanieh (Perse). | - | | | | - | 725 | 1325 |Conquête de Brousse, par les Ottomans. | - | | | | - | 755 | 1354 |Tombeau d’Orkhan, à Brousse (Ottom.). (Asie M.). | - | | | | - | 755 | 1354 |La cour des Lions, la salle des Ambassadeurs de | - | | | l’Alhambra, à Grenade (Espagne). | - | | | | - | 757 | 1356 |Mosquée du sultan Hassan (Caire). | - | | | | - | 758 | 1357 |Fondation d’Oulou-Djami, par Murad Ier, à | - | | | Brousse. | - | | | | - | 768 | 1366 | Mosquée d’In-Eunu (Asie Mineure) (Ottom.). | - | | | | - | 780 | 1378 |Mosquée Verte construite par Murad Ier à Nicée | - | | | (Ottom.) (Asie M.). | - | | | | - | 780 | 1378 |Construction de la première mosquée turque à | - | | | Constantinople. | - | | | | - | 786 | 1384 |Mosquée de Barkouk (Caire). | - | | | | - | 791 | 1389 |Bains de la sultane Niloufer, à Nicée (Ottom.) | - | | | (Asie M.). | - | | | | - | 818 | 1415 |Achèvement d’Oulou-Djami, par Mahomet Ier | - | | | (Ottom.), Brousse. Yéchil Djami, à Brousse | - | | | (terminée en 1424) (Ottom.). | - | | | | - | 818 | 1417 |Mosquée El-Moyed (Caire). | - | | | | - | 823 | 1420 |Tombeau de (Mehmed Ier). Turbé vert, à Brousse | - | | | (Ottom.). | - | | | | - | 840 | 1436 |Mosquée Kaït Bey (Caire). | - | | | | - | 855 | 1451 |Construction du Château fort de Rouméli Hissar, | - | | | par Mehmed II, sur la rive européenne du | - | | | Bosphore. | - +------+----------+--------------------------------------------------+ - - -[Illustration: Pl. 55. - - PALAIS DE DOLMA BAGTCHÉ. - - VUE PANORAMIQUE DE LA MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.] - - - - -MONUMENTS DE L’ÉPOQUE OTTOMANE - - - +---------+----------------+-----------------------------------------+ - | | NOMS | | - | DATES | DES SULTANS | MONUMENTS CÉLÈBRES | - +---------+----------------+-----------------------------------------+ - |1440-1445|Mehmed II le |Bezesten (Bazar). | - | | Conquérant. |Mosquée de Fatih (867 H.), reconstruite | - |1451-1481| -- | sous Moustafa III. | - | | |Mosquée d’Ibrahim Pacha. | - | | |Mosquée de Mahmoud Pacha (868 H.). | - | | |Mosquée de Mourad Pacha (870 H.). | - | | |Mosquée de Nichandji Pacha (ancienne). | - | | |Mosquée de Roum Mehmed Pacha (875 H.). | - | | |Tchinili Kiosque (870 H.) restauré sous | - | | | Murad III en (990 H.). | - | | |Le palais de Top Kapou (vieux sérail). | - | | | | - |1481-1512|Bayazid II. |Mosquée d’Atik Ali Pacha (902 H.). | - | | |Mosquée de Vefa (881 H.). | - | | |Mosquée de Bayazid. | - | | | | - |1512-1520|Sélim Ier. |Mosquée de Sélim. | - | | | | - |1520-1566|Suleïman Ier le |Mosquée de Chahzadé (955 H.). | - | | Législateur. |Mosquée de Djihanguir (reconstruite en | - | | | 1238 H.). | - | | |Mosquée de Mihri Mah à Edirné Kapou. | - | | |Mosquée de Rustem Pacha. | - | | |Mosquée de Suleïmanié (964 H.). | - | | | | - |1566-1573|Sélim II. |Mosquée de Foundouklou (réparée en | - | | | 1238 H.). | - | | |Mosquée de Pialé Pacha (981 H.). | - | | | | - |1573-1595|Murad III. |Mosquée d’Azeb Kapou (985 H.). | - | | |Mosquée de Nichandji Pacha (Djedid) | - | | | (992 H.). | - | | | | - |1595-1603|Mehmed III. | | - | | | | - |1603-1617|Ahmed Ier. |Mosquée du sultan Ahmed. | - | | | | - |1617-1618|Moustafa Ier. | | - | | | | - |1618-1622|Osman II. | | - | | | | - |1622-1640|Murad IV. | | - | | | | - |1640-1648| Ibrahim. | | - | | | | - |1648-1687|Mehmed IV. |Mosquée de Djerrah Pacha (1082 H.). | - | | |Mosquée de Yeni Djami (1074 H.). | - | | | | - |1687-1691|Suleïman II. | | - | | | | - |1691-1695|Ahmed II. | | - | | | | - |1695-1702|Moustafa II. |Mosquée de Yeni Djami de Galata. | - | | | | - |1702-1730|Ahmed III. |Fontaine d’Azeb Kapou. | - | | |Fontaine d’Ahmed (ou d’Aya Sofia). | - | | |Fontaine de Tophané reconstruite sous | - | | | Mahmoud Ier. | - | | |Mosquée de Kassim Pacha. Sa première | - | | | construction est de l’époque de | - | | | Suleïman II. | - | | | | - |1730-1754|Mahmoud Ier. |Mosquée de Nouri Osmanié (1169 H.). | - | | | | - |1754-1757|Osman III. | | - | | | | - |1757-1773|Moustafa III. |Mosquée de Laléli. | - | | |Reconstruction de la mosquée de Fatih. | - | | | | - |1773-1789|Abdul-Hamid Ier.|Tombeau et Imarets. | - | | | | - |1789-1807|Sélim III. |Mosquée de Sélimié, à Scutari. | - | | | | - |1807-1808|Moustafa IV. | | - | | | | - |1808-1839|Mahmoud II. |Mosquée de Tophané ou Noussratié | - | | | (1241 H.). | - | | | | - |1839-1861|Abdul-Medjid. |Tombeau de Mahmoud II. (1225 H.). | - | | |Caserne de Medjidié. | - | | |École militaire. | - | | | | - |1861-1876|Abdul Aziz. |Ministère de la Guerre. | - | | |Mosquée de Validé, à Akséraï. | - | | |Palais de Tchéragan. | - | | | | - |1876-1876|Murad V. | | - | | | | - |1876-1909|Abdul-Hamid II. |Defterhané. | - | | |Dette publique. | - | | |Reconstruction de la fontaine de Yeni | - | | | Djami. | - | | |Mosquée de Yildiz. | - | | |École de Médecine de Haïdar Pacha. | - | | |Réparation du grand Bazar. | - | | | | - |1909 |Ahmed V. |Ministère des Postes et Télégraphes. | - +---------+----------------+-----------------------------------------+ - - - - -BIBLIOGRAPHIE - - -ART ARABE - - ABD-AL-LATIF. Relation de l’Égypte, traduit par Silvestre de Sacy. - Paris, 1810, in-4º. - - ABOULFÉDA. Géographie traduite de l’arabe par Reinaud et Stanislas - Guyard. P. 1837-1883, 3 vol. in-4º. - - AMARI. La Storia dei musulmani di Sicilia, 4 vol. Florence, - 1854-1869. - - BOURGOIN. Les arts arabes. 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Intérieur. 37 - - 10. SAINTE-SOPHIE. Narthex. 41 - - 11. SAINTE-SOPHIE. Galeries supérieures du Gynécée. - SAINTE-SOPHIE. Arcades supportant les galeries supérieures. 49 - - 12. SAINTE-SOPHIE. Gynécée. 53 - - 13. SAINTE-SOPHIE. Galerie supérieure. ÉGLISE DE SAINTE-IRÈNE. 57 - - 14. ÉGLISE SAINTS SERGE ET BACCHUS. Chapiteaux et frise.--MOSQUÉE - DE KAHRIÉ. Intérieur de la chapelle latérale. (Parekklesion.) 65 - - 15. SAINTE-SOPHIE. Porte en bronze.--MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Chapiteau - avec croix de l’église Khora. 69 - - 16. MOSQUÉE DE KAHRIÉ. (Ancienne église de Khora). 73 - - 17. MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Narthex. 81 - - 18. MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Partie latérale.--MOSQUÉE DE KAHRIÉ. - Coupole du Narthex (mosaïques). Les patriarches et les - représentants des tribus d’Israël autour de la Sainte Vierge. 85 - - 19. MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Mosaïque. Métochite, premier ministre de - l’Empereur, présente au Christ Pantocrator, le modèle de - l’église. - MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Mosaïque. Distribution aux jeunes filles - de la laine pour filer le voile du Temple, le sort attribue - à Marie la pourpre. 89 - - 20. PALAIS DE L’HEBDOMON. Vue de l’Intérieur. - PALAIS DE L’HEBDOMON. Façade. 97 - - 21. HIPPODROME, PALAIS IMPÉRIAL ET SAINTE-SOPHIE AU XE SIÈCLE. - (Restitution de l’auteur d’après le plan de Labarte). 101 - - 22. OBÉLISQUE DE THÉODOSE. 105 - - 23. COLONNE DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE. 113 - - 24. COLONNE DE THÉODOSE. Bas-reliefs du piédestal. 117 - - 25. COLONNE DE CONSTANTIN ET MESÈ.--ANCIENNE RUE DE «MESÈ» ET - COLONNE DE CONSTANTIN AU Xe SIÈCLE. (D’après la restitution - de l’auteur). 121 - - 26. COLONNE SERPENTINE.--AQUEDUC DE VALENS. 129 - - 27. CITERNE DE BIN BIR DIREK. 133 - - 28. MOSQUÉE DE BAYAZID. 137 - - 29. MOSQUÉE DE BAYAZID. Cour. 145 - - 30. MOSQUÉE DE SÉLIM Ier. 149 - - 31. MOSQUÉE DE CHAHZADÉ. 153 - - 32. MOSQUÉE NOURI OSMANIÉ. Porte principale. - TOMBEAU DE CHAHZADÉ. 161 - - 33. MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA.--MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA. Cour. 165 - - 34. MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA. Mihrab et Mimber. 169 - - 35. MOSQUÉE DE SULEÏMANIÉ. Galeries de la façade et fontaines - d’ablutions. 177 - - 36. MOSQUÉE SULEÏMANIÉ. Intérieur. 181 - - 37. MOSQUÉE SULEÏMANIÉ. Mihrab et Mimber. 185 - - 38. MOSQUÉE DU SULTAN AHMED IER ET HIPPODROME. 193 - - 39. MOSQUÉE D’AHMED IER. Intérieur. 197 - - 40. MOSQUÉE D’AHMED IER. Mimber. 201 - - 41. MOSQUÉE DE YENI DJAMI. 209 - - 42. MOSQUÉE DE YENI DJAMI. Faïences de l’entrée des appartements - du Sultan. 213 - - 43. MOSQUÉE DE YENI DJAMI. Appartement du Sultan. 217 - - 44. MOSQUÉE DU SULTAN MEHMED II LE CONQUÉRANT. 225 - - 45. TOMBEAU DE MEHMED II LE CONQUÉRANT (Dans le Turbé devant - sa mosquée). 229 - - 46. FONTAINE D’AHMED III OU D’AYA SOPHIA. 233 - - 47. INTÉRIEUR DU GRAND BAZAR. 241 - - 48. MARCHANDS DE CHAUSSURES. 245 - - 49. VIEUX SÉRAIL. (Palais de Top Kapou). Salle du Trône. 249 - - 50. VIEUX SÉRAIL. Cheminée, porte, fontaine d’ablutions et - faïences. 257 - - 51. VIEUX SÉRAIL. Tchinili Kiosque.--VIEUX SÉRAIL. Terrasse et - pavillon aux faïences. 261 - - 52. VIEUX SÉRAIL. (Au fond la porte de la salle du Trône). - VIEUX SÉRAIL. Cour du Harem. 265 - - 53. VIEUX SÉRAIL. Balcons à encorbellement.--VIEUX SÉRAIL. - Intérieur de Bagdad Kiosque. 269 - - 54. VIEUX SÉRAIL. Intérieur.--INTÉRIEUR D’UNE MAISON TURQUE AU - XVIIe SIÈCLE. (D’après un dessin de l’auteur.) 273 - - 55. PALAIS DE DOLMA BAGTCHÉ.--VUE PANORAMIQUE DE LA MOSQUÉE - SULEÏMANIÉ. 277 - - 56. INTÉRIEUR TURC A L’ÉPOQUE DES JANISSAIRES. Réception des - étrangers. (Gravure de A.-J. Duclos d’après les dessins de - Moreau le Jeune.) 281 - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - PREMIÈRE PARTIE - =A TRAVERS BYZANCE= - - CHAPITRE PREMIER - PRÉCIS HISTORIQUE - - I. L’histoire de la ville jusqu’à la conquête turque 1 - II. Mehmet II le Conquérant 14 - III. La prise de Constantinople 21 - - CHAPITRE II - TOPOGRAPHIE DE LA VILLE ANCIENNE - - I. Les régions 37 - II. Les rues et les forums 41 - III. Les environs de Byzance 47 - IV. Les murs et les tours 62 - V. Les portes 67 - VI. Les portes des murs maritimes de la Corne d’Or 72 - VII. Les portes des murs maritimes de la Propontide 75 - - CHAPITRE III - L’ART ET LES ÉDIFICES BYZANTINS - - I. L’art byzantin 77 - II. Les églises byzantines 84 - Sainte-Sophie 84 - Église de Sainte-Irène 96 - Église des grands martyrs Serge et Bacchus 97 - Église de Saint-Jean du Stoudion 98 - Église de Chora 98 - Église des Blaquernes 105 - Autres églises 107 - III. Les palais byzantins 112 - Palais impérial 112 - Palais de Boucoléon 118 - Palais de la Magnaure 119 - Palais des Blaquernes 120 - Palais de Constantin Porphyrogénète 126 - Hippodrome 128 - IV. Les bains byzantins 132 - V. Les monuments 134 - Obélisque de Théodose le Grand 134 - Colonne serpentine 136 - Colonne murée ou colonne dorée (colosse) 137 - Colonne de Constantin 138 - Colonne d’Arcadius 139 - Colonne de Marcien 139 - Colonne des Goths 140 - Statue de Justinien 140 - VI. Les aqueducs et les citernes 141 - VII. L’habitation civile byzantine 144 - - DEUXIÈME PARTIE - =A TRAVERS ISLAMBOL= - - CHAPITRE PREMIER - L’ART OTTOMAN - - I. L’art turc 151 - II. Les origines de l’art ottoman 155 - III. L’architecture ottomane 170 - - CHAPITRE II - LES ÉDIFICES OTTOMANS - - I. Les mosquées 191 - Mosquée de Bayazid 191 - Mosquée de Selim Ier 195 - Mosquée de Chahzadé 198 - Mosquée Suléïmanié 201 - Mosquée d’Ahmed Ier 209 - Mosquée de Yeni Djami 211 - Mosquée du sultan Mehmed le Conquérant (Fatih) 214 - Mosquée de Laléli 216 - II. Les fontaines 217 - III. Les cimetières 221 - IV. Les bains turcs (Hamam) 224 - V. Le grand bazar 230 - VI. Les palais impériaux ottomans 232 - Palais de Top Kapou 232 - Palais de Tcheragan 237 - Palais de Dolma Bagtché 238 - Palais de Yildiz 239 - Les anciens palais 239 - VII. L’habitation 242 - - Biographie de Kodja Sinan 253 - Table des monuments construits par Kodja Sinan 256 - Biographie de Mehmed Agha 265 - Monuments de l’époque byzantine 269 - Monuments musulmans contemporains de l’époque byzantine 275 - Monuments de l’époque ottomane 277 - Bibliographie 279 - Table des planches 285 - - - * * * * * - - - Corrections: - - Page 5: «Mécédoine» remplacé par «Macédoine» (Philippe, roi de - Macédoine). - - Page 21: «100.0000» remplacé par «100.000» (il n’y avait réellement - que 100.000 guerriers). - - Page 22: «qu’ils» remplacé par «qu’il» (d’autres prétendent qu’il - ne dépassait pas 9.000 soldats). - - Page 27: «spectale» remplacé par «spectacle» (Ce dut être un - spectacle grandiose). - - Note 15: «Hammet» remplacé par «Hammer» (Hammer dit que ce soldat - était un janissaire). - - Page 35: «embassadeurs» remplacé par «ambassadeurs» (le Sultan - envoya des ambassadeurs aux Génois). - - Page 59: «probablemeut» remplacé par «probablement» (d’une mine de - cuivre très probablement déjà exploitée). - - Page 63: «aggression» remplacé par «agression» (en prévision de - l’agression des Avares). - - Page 81: «considéré» remplacé par «considérée» (ne peut être - considérée comme l’œuvre des Turcs). - - Page 85: «et et» remplacé par «et» (des dignitaires de l’État et de - la Cour). - - Page 92: «puit» remplacé par «puits» (telles que le puits sacré). - - Page 107: «d’Orée» remplacé par «Dorée» (15. Porte Dorée). - - Page 123 (Illustration): «Anéma» remplacé par «Anémas» (Prisons - d’Anémas). - - Page 144: «Nymphœum» remplacé par «Nymphæum» (une citerne appelée - Nymphæum Maximum). - - Page 151: «arc turc» remplacé par «art turc» (de l’art musulman, et - surtout de l’art turc). - - Page 154: «conscienceux» remplacé par «consciencieux» (Il suffit de - l’examen consciencieux de ces œuvres). - - Page 155: «leur» remplacé par «leurs» (par l’étendue de leurs - connaissances scientifiques). - - Page 166: «s’acccentua» remplacé par «s’accentua» (Elle s’accentua - à la mort du chah Ismaïl). - - Page 167: «chers» remplacé par «chères» (aux ornementations - géométriques chères aux Arabes). - - Page 172: «couvertures» remplacé par «couverture» (avaient déjà - emprunté ce mode de couverture aux Sassanides). - - Page 174: «mobile» remplacé par «mobiles» (des colonnettes en - marbre, mobiles et tournant facilement). - - Page 176: «subsite» remplacé par «subsiste» (Rien ne subsiste de sa - décoration). - - Note 70: «Medjid» remplacé par «Mesdjid» (Il a son Mesdjid près du - tombeau de Sinan pacha). - - Page 107: «15. Porte d’Orée» remplacé par «15. Porte Dorée». - - Page 107: «26. Tour de Christe» remplacé par «26. Tour du Christ». - - Page 182: «nécesaire» remplacé par «nécessaire» (Faut-il ajouter - maintenant qu’il est nécessaire). - - Page 197: «icomparable» remplacé par «incomparable» (avec une - magnificence incomparable). - - Note 79: «Mousstafa» remplacé par «Moustafa» (où il invita Moustafa - à venir dans sa tente). - - Page 207: «aktcké» remplacé par «aktché» (soit 59 millions aktché). - - Page 209: «cerceuils» remplacé par «cercueils» (entoure les - cercueils du sultan et de ses enfants). - - Page 213: «un» remplacé par «une» (s’étageant l’une sur l’autre). - - Page 218: «grillage» remplacé par «grillages» (aux grillages des - _sébils_). - - Page 219: «sébile» remplacé par «sébil» (placés au-dessus de chaque - sébil). - - Page 221: «personnage» remplacé par «personnages» (les grands - personnages, les riches). - - Page 225: «communications» remplacé par «communication» (réunis par - des portes de communication). - - Page 231: «échopes» remplacé par «échoppes» (de petites échoppes - étroites). - - Page 235: «toute» remplacé par «toutes» (où toutes les reliques du - Prophète). - - Page 240: «situé» remplacé par «située» (située entre Haïdar pacha - et Scutari). - - Page 244: «portes-pipes» remplacé par «porte-pipes» (Des - porte-pipes, appliqués aux murs). - - Page 254: «darulkraa» remplacé par «darulkoura» (51 mesdjid - (chapelles), 26 darulkoura (bibliothèques)). - - Page 255: «le» remplacé par «la» (La Fatiha). - - Page 257: inséré «à» (52. Mosquée de Moustapha Pacha, à Erzéroum.). - - Page 258: «sultanne» remplacé par «Sultane» (80. Mosquée Haseki - Sultane, à Andrinople). - - Page 260: «Séléïman» remplacé par «Suléïman» (1. Sultan Suléïman, à - Stamboul). - - Page 262: La répétition de «30. Palais de Ali Pacha, à Eyoub.» est - probablement une erreur. - - Page 262: «Bahtché» remplacé par «Baghtché» (4. Dépôts à Hass - Baghtché). - - Page 262: «de» remplacé par «du» (1, 2, 3. Bains du Palais - Impérial). - - Page 262: «de» remplacé par «du» (6. Bains du Palais d’Usskudar.). - - Page 263: «Sultanne» remplacé par «Sultane» (Bains de Validé - Sultane, à Djibali). - - Note 90: «astériques» remplacé par «astérisques» (Les astérisques - renvoient au tableau suivant). - - Page 272: «George» remplacé par «Georges» (1042-54. Constantin X ou - XII: Le couvent Saint-Georges de Manganes). - - Page 278: «du Suleïman II» remplacé par «de Suleïman II» (1702-1730 - --Ahmed III--Sa première construction est de l’époque de Suleïman - II). - - Page 280: «d’arabe» remplacé par «de l’arabe» (IBN-BATOUTAH. - Voyages, traduit de l’arabe). - - Page 280: «Tarikr» remplacé par «Tarikh» (IBN-IYAS. Kitab Tarikh - Misr. Le Caire, 1893.). - - Page 280: inséré «2» (MAKRIZI. Histoire des sultans Mamelouks de - l’Égypte, traduite par Quatremère. P. 1837-45, 2 vol. in-4º.). - - Page 281 BERNIER (Franc): lire (François). - - Page 281: «Vordersasiatsche» remplacé par «Vorderasiatische» (BODE - (Dr). Vorderasiatische Knüpfteppiche). - - Page 282: «Forcheimer» remplacé par «Forchheimer» (STRZYGOWSKI et - FORCHHEIMER D. Wasserbehälter v. Constantinopel). - - Page 283: «cerimoniis» remplacé par «ceremoniis» (CONSTANTIN - PORPHYROGÉNÈTE. De ceremoniis aulæ Byzantinæ). - - Page 284: «letzen» remplacé par «letzten» (MORDTMANN (Dr). Die - letzten Tage von Byzanz) - - Page 284: «Altchristche» remplacé par «Altchristliche» (SALZENBERG. - Altchristliche Baudenkmäler von Constantinopel). - - Page 287 Chapitre III: «Saint-Irène» remplacé par «Sainte-Irène» - (Église de Sainte-Irène). - - Page 287 Chapitre III: «Stoudiou» remplacé par «Stoudion» (Église - de Saint-Jean du Stoudion). - - - - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CONSTANTINOPLE DE BYZANCE À -STAMBOUL. *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. 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Redistribution is subject to the trademark -license, especially commercial redistribution. - -START: FULL LICENSE - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full -Project Gutenberg-tm License available with this file or online at -www.gutenberg.org/license. - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project -Gutenberg-tm electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without -widespread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine-readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. 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Hart was the originator of the Project -Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be -freely shared with anyone. For forty years, he produced and -distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of -volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in -the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not -necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper -edition. - -Most people start at our website which has the main PG search -facility: www.gutenberg.org - -This website includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. |
