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-The Project Gutenberg eBook of Constantinople de Byzance à  Stamboul., by
-Celâl Esad Arseven
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
-of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-using this eBook.
-
-Title: Constantinople de Byzance à  Stamboul.
-
-Author: Celâl Esad Arseven
-
-Translator: Celâl Esad Arseven
-
-Release Date: September 10, 2021 [eBook #66261]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-Produced by: Turgut Dincer, Hans Pieterse and the Online Distributed
- Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This book was
- produced from images made available by the HathiTrust Digital
- Library.)
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CONSTANTINOPLE DE BYZANCE À 
-STAMBOUL. ***
-
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-
- Au lecteur:
-
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- CONSTANTINOPLE
-
- DE BYZANCE A STAMBOUL
-
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-
-LES ÉTUDES D’ART A L’ÉTRANGER
-
-_Collection de Volumes in-8º raisin illustrés._
-
-
- _Déjà parus_:
-
- =Saint François d’Assise et les origines de l’Art de la
- Renaissance en Italie=, par Henry THODE. Traduit de l’allemand
- par Gaston LEFÈVRE. 2 volumes illustrés de 64 planches hors texte.
-
- =L’Art Chinois=, par S. W. BUSHELL. Traduit de l’anglais par
- H. d’ARDENNE DE TIZAC, conservateur du Musée Cernuschi. 1 vol.
- illustré de 208 planches hors texte.
-
- =Constantinople=, De Byzance à Stamboul, par DJELAL ESSAD.
- Traduit du turc par l’auteur, 1 vol. illustré de 56 planches hors
- texte.
-
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-
-
-[Illustration: CONSTANTINOPLE.]
-
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-
- DJELAL ESSAD
-
-
- CONSTANTINOPLE
- DE BYZANCE A STAMBOUL
-
- TRADUIT DU TURC PAR L’AUTEUR
-
-
- _Préface de M. CHARLES DIEHL_
- Professeur à l’Université de Paris.
-
-
- Ouvrage illustré de 56 planches hors texte.
-
-
- PARIS
- LIBRAIRIE RENOUARD, H. LAURENS, ÉDITEUR
- 6, RUE DE TOURNON, 6
-
- 1909
-
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-
-
- A MON AMI
-
- SÉLAH DJIMDJOZ
-
-
-
-
-PRÉFACE
-
-
-_On a beaucoup écrit sur Constantinople: des livres brillants, exquis
-parfois, le plus souvent un peu sommaires, et des ouvrages d’érudition
-austère, peu accessibles, souvent rebutants pour les profanes. Le livre
-de Djelal Essad bey tient le milieu entre ces deux sortes d’ouvrages.
-C’est ce qui fait son intérêt, son utilité et, en une certaine manière,
-sa nouveauté._
-
-_Djelal Essad bey n’est point un savant de profession. Né d’une grande
-famille musulmane, il a commencé sa carrière dans l’armée; mais
-il avait dès ce moment le goût des études d’art, la curiosité des
-monuments du passé. Dessinateur élégant, architecte habile, il fut
-chargé, à ce titre, de préparer, pour l’Exposition de Saint-Louis,
-les plans du pavillon ottoman. La révolution de 1908 lui permit de se
-donner plus pleinement encore aux choses intellectuelles. Il dirige
-aujourd’hui, à Constantinople, le journal_ le Kalem.
-
-_Mais si Djelal Essad bey ne prétend pas à être un érudit
-professionnel, il est, du moins, fort exactement informé de l’érudition
-d’autrui. Son livre est une mise au point tout à fait intelligente et
-instructive des résultats essentiels auxquels, depuis cinquante ans,
-la science est parvenue dans le domaine des choses de Byzance. Et,
-sans doute, on pourra regretter que l’auteur, né musulman, n’ait point
-mis davantage à profit, pour des recherches vraiment personnelles,
-les facilités qu’il eût trouvées à étudier de près et à fond certains
-monuments souvent malaisément accessibles à d’autres. C’eût été, par
-exemple, une tâche singulièrement intéressante de relever, dans le
-dédale des maisons turques qui avoisinent la mosquée d’Ahmed, ce qui
-peut subsister encore des ruines du grand palais impérial, et il eût
-valu la peine, ne fût-ce que par quelques sondages, d’entreprendre
-quelques-unes des fouilles que Djelal Essad bey signale en passant à
-notre attention. Mais ce n’était point là l’objet que se proposait
-l’auteur._
-
-_Résumer exactement, classer ingénieusement les informations
-scientifiques relatives à l’antique Byzance,--dresser, plus
-complètement que ne l’avait fait Mordtmann, la carte monumentale de
-l’ancienne capitale des_ basileis,--_la faire revivre enfin à nos
-yeux dans son pittoresque détail et son infinie variété, voilà ce que
-Djelal Essad bey a voulu faire, et ce qu’il a fait non sans succès.
-Assurément--et l’auteur le sait aussi bien que moi--il subsiste dans
-ce livre certaines imperfections, certaines inexpériences, quelques
-lacunes et quelques erreurs, et on sera tenté, en Occident, de sourire
-de certaines préoccupations d’un nationalisme un peu bien ardent. Il
-n’importe. En toute sincérité, on peut et on doit dire que Djelal
-Essad bey a réussi dans la tâche qu’il s’était donnée. Sans doute, le
-spécialiste retrouvera dans son livre bien des choses qu’il sait déjà;
-mais les lecteurs moins initiés--et c’est la majorité, je pense--y
-apprendront infiniment sur la topographie si difficile et sur les
-monuments de l’antique Byzance._
-
-_Ce n’est pas tout. Fort informé des choses musulmanes, très au courant
-de l’architecture ottomane, Djelal Essad bey, après les édifices de
-la capitale byzantine, a décrit attentivement ceux de la capitale
-turque, et ici il a trouvé l’occasion de faire œuvre plus personnelle
-et plus originale. Toute cette seconde partie de l’ouvrage est plus et
-mieux qu’un résumé d’informations empruntées d’ailleurs. Et si l’on
-songe qu’avant la révolution de 1908, de telles recherches n’étaient
-ni fort bien vues ni fort encouragées, on appréciera tout ce qu’il a
-fallu d’efforts, tout ce qu’il a coûté de difficultés pour faire ces
-descriptions précises des édifices, pour rassembler ces informations
-souvent inédites sur l’œuvre des grands architectes ottomans, pour
-présenter le tableau exact et précis des monuments divers de Stamboul._
-
-
-_Jusqu’ici, les savants grecs de Constantinople et les savants
-d’Occident, Français et Russes, Allemands et Anglais, semblaient s’être
-réservé le monopole des recherches sur l’ancienne Constantinople. Il
-est intéressant de voir un Ottoman faire à son tour une place à son
-pays dans ces études, comme Hamdy-bey la lui a faite, voilà longtemps
-déjà, dans le domaine de l’archéologie classique. Et il ne me déplaît
-point, je l’avoue, que cette fois encore cet effort intellectuel
-s’exprime en notre langue. L’auteur a lui-même traduit l’original
-turc en français: le lecteur appréciera à leur valeur, je pense, les
-sérieuses qualités de cette traduction. Il saura surtout gré, je
-l’espère à Djelal Essad bey de nous avoir donné--ce qui nous manquait
-sur Constantinople--un livre bien informé, clair, exact, suffisamment
-lisible, qui est plus qu’un simple guide, mais que n’encombre point non
-plus un inutile appareil d’érudition, et où revivent, dans leur double
-et magnifique développement historique, les splendeurs de Byzance
-chrétienne et les merveilles de la musulmane Stamboul._
-
- _CH. DIEHL._
-
-
-
-
- Prinkipo, le 1er août 1907.
-
-
- Cher Ami,
-
- C’est avec une véritable admiration que je viens de parcourir
- votre travail monumental sur Constantinople, qui comble une
- lacune trop longtemps ressentie.
-
- Depuis Hammer et Scarlatos Byzantios, depuis un siècle et demi,
- personne n’avait osé entreprendre un travail aussi complet,
- embrassant la période byzantine et les quatre siècles suivants.
- Pendant les dernières années, la topographie byzantine et les
- monuments encore debout ont été étudiés à fond par un grand
- nombre de savants, qui ont changé complètement l’aspect de cette
- branche. Mais l’étude des monuments si importants, élevés pendant
- les cinq derniers siècles a enfin rempli les lacunes laissées par
- Hammer et Scarlatos. Dans votre travail, vous résumez d’abord les
- résultats des explorations sur l’époque antérieure du XVe siècle.
- Vous donnez ensuite une description complète et compétente ainsi
- que l’histoire exacte des monuments ottomans, objets d’une
- admiration générale. Vous avez le mérite de nous présenter un
- ensemble de renseignements précieux et correspondant à l’intérêt
- toujours croissant pour l’art ottoman.
-
- Veuillez agréer mes remerciements chaleureux et mes félicitations
- pour votre œuvre: _exegisti monumentum aere perennius_.
-
- Dr MORDTMANN.
-
-
-
-
-[Illustration: Pl. 1.
-
- PANORAMA DE CONSTANTINOPLE (Entrée de la Corne d’Or).]
-
-
-[Illustration: Pl. 2.
-
- PANORAMA DE CONSTANTINOPLE.--(Suite.)]
-
-
-
-
-CONSTANTINOPLE
-
-
-
-
-PREMIÈRE PARTIE
-
-A TRAVERS BYZANCE
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-PRÉCIS HISTORIQUE
-
-
-I.--L’HISTOIRE DE LA VILLE JUSQU’A LA CONQUÊTE TURQUE
-
-Byzance[1], capitale célèbre dans l’histoire autant qu’Athènes et
-Rome, s’élève sur les hauteurs qui s’étendent entre la Corne d’Or, la
-Propontide et le Bosphore.
-
- [1] Byzance a porté successivement les noms de
- Byzantion, Nova Roma, Constantinopolis, qui furent
- adoptés par les Grecs. Les Arabes l’ont nommée
- _Constantinié_ ou _Farouk_ et les Turcs l’ont appelée
- _Islamboul Dersaadet_, _Deralié_, mais généralement
- on la nomme _Stamboul_, d’après l’appellation grecque
- _Stin Polin_, en ville. Le nom d’Islambol a figuré
- assez longtemps sur les monnaies turques.
-
-Le mot Bosphore dérive des mots grecs (βοῦς, bœuf, πόρος, passage);
-d’après la mythologie grecque, ce détroit aurait été traversé à la nage
-par Jo, fille d’Inachus, premier roi d’Argos, que Jupiter avait changée
-en génisse et qui avait été confiée à la garde d’Argos par Junon. Le
-Bosphore réunit la mer Noire (Pont-Euxin)[2] à la mer de Marmara
-(Propontide). Avec ses rives et ses collines pittoresques, il donne à
-la ville un charme caractéristique, qui en fait une des plus belles
-cités du monde.
-
- [2] Les Phéniciens l’appelaient _Achkenas_, qui
- signifiait mer du Nord. Les Grecs ont changé cette
- appellation en Euxinos, qui veut dire hospitalier,
- quoique la mer Noire ait toujours été une mer
- hostile aux navigateurs. Il faut donc prendre cette
- appellation au sens euphémique du mot. La mer Noire
- était considérée par les Phéniciens comme un abîme de
- mort. Le petit village qui se trouve à l’embouchure de
- cette mer était appelé par les Phéniciens Charybdis
- (la porte de la mort). Son nom actuel de Garibtché
- provient peut-être de ce mot phénicien. D’après
- l’opinion des anciens, le détroit du Bosphore et celui
- des Dardanelles auraient été ouverts par un cataclysme,
- probablement au temps du déluge de Deucalion, roi de
- Thessalie, fils de Prométhée et de Pandore. C’est le
- Noë de la mythologie, comme on sait, qui, seul avec sa
- femme Pyrrha, aurait échappé au déluge et repeuplé la
- terre en jetant des pierres qui se transformèrent en
- hommes et en femmes.
-
-Ses nombreux bassins, ses promontoires qui correspondent exactement à
-ceux de la rive opposée, les couches de terrains des deux rives qui
-coïncident parfaitement, sembleraient confirmer la tradition antique
-d’après laquelle la mer Noire et l’Archipel n’auraient eu, dans les
-temps préhistoriques, aucune communication entre eux.
-
-Les terrains et les rochers qui se trouvent dans le Haut-Bosphore,
-tendent à prouver d’autre part que le Bosphore a été creusé par une
-éruption volcanique. On rencontre, surtout à l’entrée de la mer Noire,
-des colonnes basaltiques et des cavernes qui ressemblent aux ruines
-d’un immense château. Dans le Bosphore, les courants sont très violents
-et les eaux, rejetées d’une rive à l’autre, viennent se briser sur la
-pointe du Seraï qui les partage en deux. La longueur du Bosphore est
-d’environ 27 kilomètres. La partie la plus étroite a 550 mètres, et la
-partie la plus large n’a que 3.000 mètres.
-
-Le nom ancien de Corne d’Or (Chrysos-or, Keras-corne) provient de sa
-forme qui est celle d’une corne d’abondance. La Corne d’Or a environ
-11 kilomètres de longueur, une largeur moyenne de 450 mètres, et une
-profondeur maxima de 45 mètres. Ses rives ne sont pas aussi découpées
-que celles du Bosphore. Elles forment un port immense, très favorable
-au mouillage des plus grands navires et un asile absolument sûr pour
-les petites embarcations.
-
-Ce sont les avantages de cette situation qui ont toujours attiré
-l’attention des peuples sur la ville de Byzance.
-
-Byzance a été habitée dès les temps préhistoriques[3]. Les Thraces y
-avaient une ville bien avant la fondation attribuée aux Mégariens;
-les Phéniciens fondèrent un comptoir à _Moda_ près de Chalcédoine
-(_Kadikeui_)[4], village situé en face de Byzance sur la côte
-asiatique. Son nom de Chalcédoine provenait du mot phénicien
-«Khalki-Don» (nouvelle ville); elle fut appelée ensuite «Prokeratis»
-(avant la Corne d’Or). Elle était la capitale d’un petit État qui
-comprenait toute la rive asiatique du Bosphore, et elle fut occupée par
-l’armée de Darius. Cette capitale passa aux Romains en l’an 74 avant
-J.-C., mais Mithridate la leur enleva bientôt. Elle fut prise plus tard
-et occupée par Chosroès, roi de Perse (615 et 626 après J.-C.).
-
- [3] On a trouvé dans les environs de Constantinople, à
- Maltépé, à Erenkeuy et à Yarim Bourgaz des cavernes,
- des tumulus et des instruments en pierre remontant à
- l’époque préhistorique. On découvrit autrefois, sur
- l’acropole de la ville de Byzance, des constructions
- cyclopéennes appartenant au IXe siècle avant J.-C. Tout
- cela prouve que Byzance fut habité bien avant les Grecs.
-
- [4] Toutes les appellations données par les Turcs
- seront indiquées au cours de l’ouvrage en italique.
-
-_Beïkos_, village situé sur la rive asiatique du Haut-Bosphore, était
-déjà connu au temps des Argonautes qui allèrent conquérir la Toison
-d’Or en Colchide.
-
-Quant à la fondation légendaire de Byzance par les Doriens, elle
-remonte à l’an 658 avant J.-C. Les Mégariens, dit-on, avaient consulté
-l’oracle de Delphes sur l’emplacement à choisir pour une nouvelle cité.
-L’oracle leur avait répondu: «en face des aveugles». Alors, des colons
-de Mégare, dirigés par leur chef Byzas, arrivèrent au Bosphore. Byzas,
-en voyant Chalcédoine, leur dit que les aveugles désignés par l’oracle
-ne pouvaient être que les fondateurs de cette ville, puisqu’ils
-n’avaient pas compris les avantages de la Corne d’Or et lui avaient
-préféré l’endroit où s’éleva Chalcédoine. L’emplacement indiqué par
-l’oracle était donc la pointe du Seraï. Les colons y construisirent une
-ville et, du nom de leur chef Byzas, ils l’appelèrent Byzance. Mais
-ce récit qu’on rencontre partout ne doit être considéré que comme une
-légende, car les Grecs habitaient déjà cette ville vers le VIIIe siècle
-avant J.-C.
-
-La situation avantageuse de Byzance fut la cause d’un développement et
-d’une prospérité très rapides, en sorte qu’elle se plaça bientôt au
-même rang que les autres villes grecques.
-
-D’abord gouvernée par un roi, Byzance le fut plus tard par
-l’aristocratie, puis par l’oligarchie.
-
-Située sur les confins de l’Asie et de l’Europe, elle eut beaucoup à
-souffrir des guerres médiques, Darius, roi de Perse, au cours de son
-expédition contre la Grèce, franchit le Bosphore près _Anatoli-Hissar_,
-le point le plus rapproché entre les deux rives et où se trouvait alors
-un temple de Jupiter. Son armée traversa le Bosphore sur un grand
-pont de bateaux, et investit Byzance et ses environs. La ville fut
-abandonnée par ses habitants et détruite de fond en comble.
-
-Byzance ne resta que peu d’années au pouvoir des Perses; après la
-bataille de Platée, en 479, elle fut occupée par Pausanias, chef des
-Spartiates. Vers l’an 390 avant J.-C., l’oligarchie de Byzance se
-transforma en démocratie. A partir de cette époque, elle commença à
-souffrir des luttes intestines et des combats que les principaux États
-de la Grèce eurent à soutenir pour leur indépendance. Cimon l’Athénien
-enleva la ville aux Lacédémoniens, mais les Athéniens en furent
-bientôt chassés. Alcibiade s’en empara par la famine en 408. Mais
-une nouvelle victoire, remportée par le Spartiate Lysandre, rendit de
-nouveau Byzance aux Lacédémoniens.
-
-
-[Illustration: Pl. 3.
-
- LES MURS THÉODOSIENS.--Vue du côté des Sept-Tours.]
-
-
-Ainsi Byzance, colonie encore toute récente, aurait succombé pendant la
-lutte entre Athènes et Sparte, si elle n’avait pas penché tantôt vers
-l’une, tantôt vers l’autre de ces cités rivales.
-
-Philippe, roi de Macédoine, assiégea Byzance qui avait aidé les
-Périnthiens. Ceci décida les Grecs à envoyer au secours des Byzantins
-des troupes qui sauvèrent Byzance[5] (340).
-
- [5] Pendant le siège de Byzance par Philippe, au
- milieu d’une nuit obscure, la lune, si on doit croire
- la légende, apparut au ciel et révéla aux assiégés
- l’approche de l’ennemi. C’est probablement depuis
- lors que les Byzantins adoptèrent comme emblème le
- croissant. Quant aux Turcs, ils l’avaient eux-mêmes sur
- leurs drapeaux bien avant la conquête.
-
-A cette époque, toutes les villes de la Grèce, épuisées et ruinées
-par les guerres intestines, tombaient en décadence, Byzance seule
-conservait son antique splendeur, grâce à ses murailles et surtout à sa
-politique qui consistait à se ranger toujours du côté du plus fort.
-
-Pendant les guerres d’Orient, les Romains avaient déclaré la ville
-libre, en lui laissant ses lois et en lui assurant les territoires
-qu’elle possédait sur les côtes de la mer Noire. Ils se bornèrent
-à prélever le droit de péage que les Byzantins avaient l’habitude
-d’exiger de tout navire qui traversait le Bosphore.
-
-Pendant plusieurs siècles, Byzance conserva son indépendance. Lorsque
-l’empereur Vespasien, plaça sous sa domination les provinces d’Achaïe,
-de Lycie, Rhodes et Samos, Byzance aussi fut transformée en province
-romaine. C’est à cette époque que saint André vint à Byzance pour
-la propagation du christianisme, et c’est à Galata qu’il trouva ses
-premiers disciples. La ville garda un certain temps encore son antique
-prospérité; mais bientôt un nouvel état de choses vint amener sa ruine.
-
-Septime-Sévère, dans sa lutte contre Pescennius Niger, mit le siège
-devant Byzance. Ce siège qui resta mémorable dans l’histoire, dura
-trois années. Les assiégés, réduits à la famine, se nourrissaient de
-rats, de chats et même de la chair des morts. Les femmes coupèrent
-leurs cheveux pour que l’on en fit des cordes à arc. Malgré ses
-murailles imprenables, la ville céda pourtant aux horreurs de la famine
-et se rendit. Septime fit mettre à mort les défenseurs et retira à
-Byzance le droit de cité pour la punir d’avoir soutenu son rival; il
-fit raser ses murailles, sans songer qu’il ruinait ainsi le plus fort
-rempart de l’Empire contre les Barbares de l’Asie.
-
-Pourtant Septime se repentit bientôt d’avoir détruit Byzance, et sur
-les prières de son fils Caracalla, se décida à la restaurer. On éleva
-dans la ville des bains, des portiques, des palais. En ce temps-là,
-Byzance s’appelait Antonion, nom qui lui venait d’Antonin, père adoptif
-de Marc-Aurèle[6].
-
- [6] Le musée de Constantinople possède des fragments de
- briques portant l’inscription d’Antoninia.
-
-Entre tous les empereurs romains qui s’efforcèrent d’effacer les traces
-des ravages dont Byzance avait souffert, et qui cherchèrent à relever
-la ville de ses ruines, Constantin le Grand fut celui qui parvint à lui
-donner la splendeur rêvée par ses prédécesseurs. Resté seul maître de
-l’Orient et de l’Occident, Constantin accorda aux chrétiens la liberté
-religieuse, tout en évitant de persécuter les païens. Il réunit le
-premier concile de Nicée (_Isnik_) où l’hérésie d’Arius fut condamnée
-et le repos du dimanche proclamé obligatoire.
-
-Mais avec le gouvernement de Constantin s’accentue le régime
-monarchique et despotique, jadis contrebalancé par les anciennes
-institutions de Rome, qui gênaient souvent l’action de l’empereur.
-
-Constantin, sur les accusations calomnieuses de sa seconde femme,
-Fausta, fille de Maximien, avait ordonné la mort de son propre fils
-Crispus, né d’une première femme, et celle de Licinius, jeune enfant
-de douze ans, fils de sa sœur. Ses propres remords et la vive douleur
-de sa mère Hélène l’éclairèrent sur la faute qu’il avait commise; il
-découvrit alors les calomnies de Fausta, et la condamna à périr noyée
-dans un bain d’eau bouillante.
-
-Beaucoup d’autres personnages de la cour subirent le même genre de
-supplice. Une grande terreur régna dans le peuple, qui redoutait de
-voir réapparaître l’ancienne tyrannie. Tous ces événements devaient
-hâter l’exécution d’un projet que l’Empereur caressait depuis quelque
-temps: la création d’une nouvelle capitale. Les tentatives continuelles
-des Barbares sur les frontières, tentatives que l’on ne pouvait
-facilement surveiller de Rome, rendaient nécessaire la création de
-cette capitale. D’autre part, l’Église catholique ayant, malgré
-tous les efforts des empereurs romains, établi son siège à Rome, il
-n’y avait, pour ainsi dire, plus de place dans cette ville pour la
-Majesté Impériale. C’est surtout cette dernière raison qui détermina
-Constantin à fonder une nouvelle capitale; depuis le règne de Caracalla
-d’ailleurs, les empereurs romains avaient la coutume d’établir leur
-résidence où bon leur semblait.
-
-La nouvelle capitale devait répondre à de nombreuses exigences. Il
-la fallait assez éloignée pour qu’elle fût à l’écart des événements
-intérieurs de l’empire romain, et qu’elle fût cependant abritée contre
-les invasions des Barbares.
-
-L’empereur, désireux de réaliser les vœux des Romains, choisit d’abord
-l’emplacement de l’ancienne Ilion, patrie des premiers fondateurs
-de Rome et que son peuple avait maintes fois essayé de réédifier.
-Toutefois les Romains, opposés à ce que l’Empereur y fixât sa résidence
-au détriment de Rome, témoignèrent leur mécontentement. C’est pourquoi
-Constantin décida de ne pas reconstruire l’ancienne ville et choisit
-Byzance qui, par sa situation privilégiée, son commerce, la fertilité
-de son sol, ses pêcheries abondantes, répondait à toutes les exigences
-d’une capitale.
-
-Byzance, avec ses sept collines, ressemblait beaucoup à Rome.
-L’Empereur fit élever des murailles autour de cinq collines; puis,
-à l’intérieur, il bâtit des palais, des églises, des thermes, des
-aqueducs, des fontaines, un forum, un augustéon, deux grands édifices
-pour le Sénat, deux palais pour le trésor, et une rue principale, ornée
-de portiques, qu’on appela la Mésè. Toutes ces constructions coûtèrent
-des sommes énormes à l’Empire, et comme elles avaient été faites à la
-hâte, on eut beaucoup de peine par la suite à empêcher leur écroulement.
-
-Pour orner la nouvelle ville, il fallut dépouiller les plus précieux
-monuments de la Grèce et de l’Asie, tels que les anciens temples de
-Diane, de Vénus et d’Hécate.
-
-Constantin avait obligé les citoyens romains qui possédaient des
-biens en Asie, à venir habiter Byzance, sous peine de ne plus pouvoir
-disposer de leurs propriétés. De grands avantages furent promis à ceux
-qui viendraient peupler la nouvelle capitale.
-
-Le jour de la dédicace de la nouvelle cité (330), un édit gravé sur
-une colonne de marbre lui donna le nom de nouvelle Rome. Depuis
-cette date mémorable, chaque année, le 11 mai, on célébra la fête
-dite de _Nea Roma_. Toutefois le nom plus flatteur pour Constantin
-de Constantinopolis (ville de Constantin) figura bientôt sur les
-médailles.
-
-
-[Illustration: Pl. 4.
-
- RUINES DU PALAIS DE JUSTINIEN.
-
- CHATEAU DES SEPT-TOURS.--Escalier conduisant aux remparts.]
-
-
-Constantin gouverna son empire avec une grande largeur de vues, mais
-sa gloire a été ternie par les cruautés qu’il a commises, et qui ont
-inspiré des doutes sur la sincérité de sa conversion au christianisme.
-Néanmoins, et en raison des services qu’il rendit à la religion
-chrétienne, il fut surnommé le Grand.
-
-L’empire de Byzance ne prit sa physionomie propre qu’après la mort de
-Théodose dit le Grand. Théodose en mourant, avait partagé l’Empire
-entre ses deux fils, Honorius et Arcadius, qui devinrent l’un empereur
-d’Occident, l’autre empereur d’Orient (395). Ainsi le monde romain
-fut divisé en deux, bien qu’il continuât à ne former politiquement et
-moralement qu’un seul empire.
-
-Byzance ne se trouvait pas sur la route des Barbares d’Occident, elle
-possédait en outre des murailles puissantes. Son existence fut donc
-plus facile et plus longue que celle de Rome, bien que son histoire
-soit remplie par les querelles religieuses, les intrigues de cour, les
-troubles de l’hippodrome, et les tristes souvenirs de la dépravation de
-ses mœurs.
-
-Byzance fut le siège d’une civilisation qui remplit la moitié de
-l’histoire du moyen âge et qui a répandu de vives lumières sur les
-peuples voisins.
-
-Le règne de Justinien (527-565) fut pour la capitale une période
-d’extraordinaire splendeur. Après les ruines causées par la sédition
-Nika (532), l’empereur rebâtit la ville avec une prodigieuse
-magnificence, et les grandes églises de Sainte-Sophie et des
-Saints-Apôtres montrent, entre bien d’autres édifices, le développement
-somptueux de l’art byzantin.
-
-A l’époque de la dynastie macédonienne, Constantinople n’était pas
-moins prospère. Ses monuments, ses palais, et surtout ses cérémonies
-grandioses en faisaient alors la première ville du monde. Un grand
-mouvement littéraire et scientifique animait l’Université de la
-capitale. De toutes parts, la jeunesse y accourait pour s’instruire. On
-y trouvait tous les manuscrits de l’ancienne Grèce. Il est évident que,
-sans Byzance, nous ne posséderions rien des manuscrits et des œuvres de
-la Grèce antique.
-
-L’art byzantin rayonnait sur tout l’Orient et l’Occident. Autour de
-l’empereur Constantin Porphyrogénète, qui était lui-même un artiste,
-les peintres, les architectes, les sculpteurs, les hommes de lettres
-se groupaient pour ajouter à la beauté de la ville et enrichir les
-bibliothèques.
-
-La savante diplomatie des empereurs Comnènes fit plus tard de Byzance
-le centre de la politique européenne et asiatique. Mais elle ne suffit
-pas à enrayer la décadence qu’amenaient les troubles intérieurs, la
-corruption des mœurs et la misère économique dont souffrait l’Empire
-par suite de l’exploitation commerciale étrangère et des folles
-dépenses de la cour.
-
-A tous ces malheurs, s’ajoutaient les discordes religieuses qui
-séparaient les Grecs et les Latins et qui préparèrent la chute de
-l’Empire.
-
-En France, un saint homme, appelé Foulque de Neuilly, avait avec
-l’autorisation du pape Innocent III, prêché une quatrième croisade.
-Plusieurs comtes et barons formèrent une armée de croisés et envoyèrent
-des messagers à Venise pour prier cette république de leur prêter le
-secours de ses vaisseaux. Un traité fut signé entre l’armée des croisés
-et les Vénitiens. Le doge de Venise, Dandolo, âgé de quatre-vingt-dix
-ans, entreprit lui-même la croisade.
-
-A cette époque, régnait à Byzance l’empereur Alexis, qui avait détrôné
-son frère Isaac, lui avait fait crever les yeux et l’avait jeté en
-prison avec son fils Alexis le Jeune. Ce dernier parvint à s’échapper,
-alla trouver le roi des Romains, Philippe de Souabe, qui avait épousé
-sa sœur et le décida à envoyer des messagers à Venise avec mission de
-détourner les efforts des croisés sur Byzance.
-
-Les messagers dirent, raconte Geoffroy de Villehardouin[7]: «Puisque
-vous marchez pour Dieu, pour le droit et pour la justice, à ceux
-qui sont déshérités à tort vous devez rendre leur héritage si vous
-pouvez... Tout premièrement, si Dieu accorde que vous le remettiez en
-son héritage, il mettra tout l’empire de Romanie en l’obéissance de
-Rome dont il est séparé depuis longtemps. Après, il sait que vous avez
-dépensé tout avoir et que vous êtes pauvres, il vous donnera donc deux
-cent mille marcs d’argent et des vivres à tous ceux de l’armée, petits
-et grands.»
-
- [7] Poujoulat, _Histoire de la conquête de
- Constantinople_.
-
-Venise, qui s’était acquis dans l’Empire byzantin une grande situation
-commerciale, voulut augmenter son influence en détournant, à son
-avantage, cette croisade sur Byzance. Le 23 juin 1203, la flotte des
-croisés, forte de trois cents galères, mouillait devant Constantinople.
-Grâce à un incendie qui se déclara aux environs du palais, les
-assaillants pénétrèrent dans la ville. L’empereur Alexis prit la fuite
-et les Byzantins mirent sur le trône Isaac, père d’Alexis le Jeune, qui
-se trouvait parmi les croisés. Les Byzantins conclurent un traité avec
-les Latins. Ceux-ci s’établirent à _Galata_.
-
-Le jeune Alexis, couronné à Constantinople, parcourut l’Empire avec
-les croisés. Mais son attitude vis-à-vis de ces derniers mécontenta le
-peuple, qui mit Murzufle sur le trône. Isaac mourut, et le jeune Alexis
-ayant été étranglé, les croisés attaquèrent de nouveau la ville et s’en
-emparèrent (13 avril 1204).
-
-Pendant le pillage, Sainte-Sophie fut dépouillée de ses trésors, les
-soldats se partagèrent les pierres précieuses, et le grand rideau de
-l’église, qui avait coûté des sommes énormes, fut déchiré et mis en
-morceaux. Nicétas, un des témoins oculaires de ces événements, raconte
-des scènes de sauvagerie inouïe. Les images des saints furent brisés
-à coups de pied. Les restes de Justinien, qui reposaient depuis sept
-cents ans dans les caveaux de l’église des Saints-Apôtres, furent
-dépouillés des bijoux avec lesquels l’Empereur avait été inhumé.
-Les grands sarcophages de porphyre rouge ou de brèche verte furent
-brisés et les os des Porphyrogénètes jetés au vent. Les plus illustres
-monuments de l’art ancien et moderne, qui faisaient la gloire de la
-ville, ne trouvèrent pas grâce devant ces nouveaux Vandales. Le palais
-des Blaquernes fut saccagé. On peut dire que c’est durant l’occupation
-des Latins que l’art byzantin eut le plus à souffrir. Chaque nation
-eut son quartier à exploiter. On forma de vastes dépôts des objets
-pillés et on distribua le produit à toutes les troupes, au prorata du
-grade. Quant aux statues en bronze et en métal des belles époques de
-la Grèce et de Rome, qui avaient échappé aux tremblements de terre et
-aux incendies, on en fit de gros sous, _de la monnaie noire_, comme on
-disait alors. M. Dethier, ancien directeur du Musée impérial Ottoman à
-Constantinople, parlant des monuments de Byzance, écrit ce qui suit:
-«Les Latins, enlevèrent tous les bronzes, des statues tels que le
-Tetradysion et les ornements de la colonne de Justinien Ier avec tant
-d’autres, pour en faire frapper de la monnaie. Tout fut détruit, à
-l’exception des chevaux de bronze de Lysippe transportés à Venise».
-
-Le nouvel Empire latin fut partagé, suivant le système féodal, en
-royaumes, duchés et comtés. Venise qui avait triomphé dans cette
-expédition, assura partout son influence et s’établit en maîtresse dans
-tout un quartier de la ville.
-
-Les Grecs avaient tout de suite fondé de nouveaux États, en Morée,
-à Trébizonde et surtout à Nicée, et ils n’oublièrent jamais leur
-but principal, qui était de reconquérir leur empire. Les troubles
-intérieurs qu’ils fomentaient et les attaques continuelles des Bulgares
-épuisèrent vite l’Empire latin. Enfin Michel Paléologue VIII, qui
-régnait à Nicée, eut la bonne fortune de renverser l’Empire latin,
-de reconquérir Constantinople en 1261 et de faire revivre l’Empire
-grec pendant deux siècles encore. Sous le règne des Paléologues et
-des Cantacuzènes, malgré les efforts de quelques empereurs, l’Empire
-byzantin ne parvint jamais pourtant à regagner son ancienne prospérité.
-Une portion considérable du territoire fut perdue, car les Vénitiens
-avaient pris une partie des îles, les seigneurs latins une partie
-de la Grèce, les Bulgares une partie de la Thrace; l’Empire grec de
-Trébizonde détenait enfin une partie de l’Asie Mineure.
-
-Les troubles intérieurs affaiblissaient l’Empire. L’armée, composée de
-mercenaires étrangers, ravageait le pays; d’autre part, les colonies
-italiennes troublaient l’État par leurs rivalités et leurs empiétements
-continuels. Les controverses religieuses détournaient l’attention
-publique des intérêts nationaux. En 1390, Bajazet fit bloquer la ville;
-Byzance dut acheter la paix moyennant une redevance annuelle. C’est
-alors que les Turcs obtinrent le privilège d’avoir leur mosquée et
-leur tribunal dans la ville. En 1422, Murad II assiégea Byzance sans
-succès; mais bientôt, et pendant que l’Empire byzantin se débattait au
-milieu de ces tristes événements, les armées de Mehmet II envahirent
-le territoire byzantin et parvinrent jusqu’aux portes de la capitale
-(1453).
-
-Constantinople, depuis sa fondation jusqu’à cet événement d’une si
-grande importance historique, avait été assiégé vingt-neuf fois par
-différents ennemis: Grecs, Romains, Perses, Avares, Bulgares, Slaves,
-Russes, Arabes, Varègues, Latins et Turcs. Sept fois seulement au cours
-des siècles elle était tombée entre les mains des assiégeants.
-
-
-II.--MEHMET II LE CONQUÉRANT
-
-Pendant son premier règne, le sultan Mehmet n’avait pas eu l’occasion
-de montrer son énergie. L’opposition du peuple et de ses ministres en
-fut la cause. A la mort de son père (1451) il arriva à Andrinople et
-monta pour la deuxième fois sur le trône.
-
-Son premier soin fut de mettre à mort son jeune frère et de renvoyer
-dans son pays sa belle-mère, fille du roi de Serbie Georges
-Brancovitch. Tous les ministres qui avaient aidé Murad à monter pour
-la deuxième fois sur le trône tremblaient devant le nouveau Sultan,
-car ils craignaient son ressentiment. Mehmet ne leur ayant témoigné
-aucune haine, ils n’en furent que plus effrayés. Les ambassadeurs et
-les ministres étrangers venus pour le féliciter furent reçus très
-froidement. Il renouvela le traité concernant la garde du petit-fils
-du prince Suleiman interné chez les Byzantins et donna en paiement à
-l’Empereur les revenus de quelques contrées.
-
-Mehmet II eut d’abord affaire aux Caramans qui inquiétaient le pays.
-Il résolut donc de marcher tout de suite contre eux, et d’annexer leur
-État à l’empire. Le Bey de Caramanie effrayé s’enfuit à Tach-Ili,
-tandis que le Sultan faisait une entrée triomphale à Konia. Se voyant
-perdu, le bey promit obéissance au sultan et lui donna sa fille. Mais
-Mehmet ne laissait jamais une affaire sans qu’elle fût définitivement
-réglée. Il voulut imposer au vaincu des conditions plus dures.
-Pendant ce temps, l’empereur de Byzance avait fait demander par un
-ambassadeur qu’on augmentât la pension d’Orkhan, qui était toujours à
-Byzance. Le Sultan, indisposé par les exigences de l’Empereur, renvoya
-l’ambassadeur en lui répondant évasivement et donna l’ordre à l’armée
-de lever le camp. Lorsque l’armée fut arrivée près de Brousse, il
-se produisit un petit incident qui fit une profonde impression sur
-l’entourage du Sultan. Les janissaires arrêtèrent le Sultan, pour lui
-demander le don de joyeux avènement. Les pachas se montraient inquiets,
-mais Mehmet marcha courageusement, seul, vers les troupes, en poussant
-son cheval contre les janissaires qui, pour ne pas être écrasés, durent
-se retirer du chemin. Le Sultan manda les chefs de ce corps d’élite, et
-leur fit donner cent coups de bâton sur la plante des pieds. Cet acte
-de vigueur étonna beaucoup les pachas, qui jusqu’alors n’avaient pas eu
-l’occasion d’apprécier le caractère énergique du Sultan.
-
-Mehmet quitta Brousse avec toute son armée et se rendit par Ismid
-(Nicomédie), jusqu’au Bosphore. Là, il demanda à l’empereur Constantin
-Dragasès de lui céder la place de Roumili-Hissar, située en face
-d’Anatoli-Hissar. Cette dernière forteresse avait été élevée par le
-sultan Bajazet, sur les ruines d’un temple de Jupiter. L’Empereur
-répondit au Sultan que l’emplacement de Roumili-Hissar ne lui
-appartenait pas, mais était possédé par les Génois (1452). Mehmet,
-sans tenir compte de cette objection, fit commencer immédiatement les
-travaux d’un fort à _Roumili-Hissar_ par les 2.000 maçons et les 4.000
-ouvriers qu’il avait amenés avec lui. En même temps, il donna l’ordre
-de réparer la forteresse d’_Anatoli-Hissar_.
-
-Constantin XI, prévoyant le danger qui menaçait la ville, envoya à
-Mehmet des ambassadeurs pour conclure un traité et lui offrir un tribut
-annuel. Le Sultan leur répondit froidement que son intention n’était
-que de barrer le Bosphore aux Génois et aux Vénitiens, qui entravaient
-sans cesse le passage des troupes ottomanes. «Mon père, dit-il, empêché
-par les Byzantins de franchir l’Hellespont pendant la campagne de
-Varna, avait juré d’élever une forteresse à cet endroit du Bosphore; je
-ne fais qu’exécuter sa volonté. Dites à l’Empereur que je ne ressemble
-pas à mes ancêtres, qui étaient trop faibles et que mon pouvoir atteint
-un degré auquel ils ne pouvaient aspirer.»
-
-Il est certain que la construction de ces forts était le pas fait pour
-préparer le siège de Constantinople, mais le but immédiat n’était
-réellement que d’assurer le libre passage des troupes ottomanes en
-_Roumélie_.
-
-Pendant les travaux, les champs et les jardins des environs eurent
-naturellement à souffrir des travaux et des pillages des soldats. Une
-deuxième fois, Constantin envoya des courriers pour prier le Sultan
-de faire cesser les ravages. Mehmet, loin de tenir compte de cette
-réclamation, n’arrêta rien et donna même l’ordre de faire paître les
-troupeaux sur les champs des Grecs.
-
-Constantin, devinant enfin les intentions du Sultan, sentit le besoin
-de changer de langage. Il envoya de nouveaux ambassadeurs à Mehmet
-en l’assurant de son amitié. En outre, l’Empereur, qui connaissait
-bien le faible des hauts personnages ottomans, leur faisait parvenir
-de nombreux cadeaux. Il gagna ainsi à sa cause Halil et Chahabuddin
-pachas, qui conseillèrent au Sultan de ne pas mettre le siège devant
-Byzance et de se contenter du tribut que lui offrait l’Empereur. Mais
-Mehmet, loin de les écouter, les chargea de lui trouver des hommes au
-courant de la topographie de la ville, de ses fortifications et de
-ses portes.
-
-
-[Illustration: Pl. 5.
-
- TOUR DE GALATA.
-
- MOSQUÉE DE TOPHANÉ.]
-
-
-L’Empereur, de son côté, cherchait à gagner du temps. Il espérait
-obtenir des secours de l’Europe, et voulait mettre la ville en état de
-soutenir un siège qu’il redoutait prochain.
-
-Le fort de _Roumili-Hissar_ fut terminé en quatre mois. On y avait
-travaillé jour et nuit. Ce fut une des forteresses les plus redoutables
-de l’époque. On plaça de grosses pièces de canon sur la tour la plus
-voisine de la mer, qu’on appela la tour de Halil Pacha. Firouz Agha
-fut nommé commandant de la forteresse, qui reçut une garnison de 400
-janissaires. Tous les navires qui montaient ou descendaient le Bosphore
-furent soumis à la visite et à un droit de passage.
-
-Sfendiar bey, gendre du Sultan, à la tête d’un convoi de chevaux et
-de troupeaux, ravagea les champs des Grecs, près d’Epibatos, ce qui
-occasionna une querelle sanglante. En l’apprenant, le Sultan envoya
-des troupes pour châtier les Grecs. Alors les Byzantins fermèrent
-toutes les portes de la ville, déclarant prisonniers les Ottomans qui
-s’y trouvaient. L’Empereur, changeant d’attitude, alla jusqu’à menacer
-le Sultan de rendre la liberté à Orkhan, petit-fils de Suleiman, ce
-qui n’eût pas manqué de créer des troubles à l’intérieur de l’Empire
-ottoman. Le Sultan se montra fort irrité et somma l’Empereur de lui
-remettre la ville, ou sinon qu’il se préparât à la guerre pour le
-printemps prochain.
-
-Les mesures de Constantin étaient déjà prises et, aussitôt toutes les
-portes furent murées.
-
-Le fort de Roumili-Hissar (nommé fort de Bogaz Kessen) venait d’être
-terminé (1452). Le sultan Mehmet, partit de là le 14 août 1452 pour se
-rendre à Andrinople, et y terminer les préparatifs de la guerre. En
-route, il s’arrêta quelques jours aux environs de Constantinople pour
-relever lui-même le plan des fortifications. Le bey Ierbey Tourkhan
-fut envoyé contre Démétrius et Thomas, frères de Constantin, qui
-gouvernaient alors en Morée, pour les empêcher de venir au secours de
-Byzance.
-
-Plusieurs causes morales et religieuses militaient auprès des troupes
-en faveur de cette guerre. Tout d’abord, le Prophète avait prédit la
-prise de Constantinople. De plus, le souvenir des cruautés exercées sur
-les musulmans par les empereurs byzantins comme Nicéphore Phocas avait
-excité vivement leur désir de vengeance. Enfin les Ottomans tenaient à
-posséder Constantinople pour en faire la capitale du monde.
-
-A peine arrivé à Andrinople, Mehmet étudia les moyens de s’emparer
-le plus facilement de Byzance. Il s’entoura d’ingénieurs et d’hommes
-capables, se fit décrire la place, dessina lui-même le plan du siège
-en indiquant les points d’attaque, l’emplacement des tours mobiles,
-des béliers et des catapultes. Sur ces entrefaites, un Hongrois, nommé
-Urbain, qui avait été au service de l’empereur de Byzance et qui,
-mécontent de son traitement, avait quitté la ville, vint trouver le
-Sultan et lui proposa de fondre des canons d’une dimension colossale.
-Les deux premiers canons fondus par lui furent placés dans la tour
-de Halil Pacha à Roumili-Hissar. A cette époque, les canons étaient
-encore très primitifs, car il y avait à peine un siècle qu’on les avait
-inventés. Les premiers coups de ces canons furent tirés sur un navire
-vénitien qui voulait forcer le passage du Bosphore. Ce navire était
-commandé par un capitaine nommé Ricci; il fut coulé immédiatement.
-Encouragé par ce succès, le Sultan fit fondre des canons plus forts
-qui lançaient des boulets de pierre de 600 kilogrammes à un mille de
-distance. L’armée marcha sur Constantinople (février 1453) au son des
-tambourins et des grosses caisses. Le grand canon était tiré par 50
-couples de bœufs; il fallait 700 hommes pour le diriger et pour établir
-les routes sur lesquelles il devait passer.
-
-Tous les petits forts byzantins que l’armée rencontra se rendirent
-sans résistance. Il fallut plus de deux mois pour arriver au pied des
-murailles de Constantinople.
-
-Constantin, de son côté, avait remis les murs en état et accumulé des
-vivres en quantité suffisante pour nourrir les assiégés pendant six
-mois. Il avait demandé le secours d’Hunyade et d’Alphonse, roi de
-Naples, en leur offrant plusieurs duchés.
-
-On tendit la grande chaîne[8] de l’une à l’autre rive de la Corne d’Or
-pour empêcher le passage de la flotte ennemie. On arma les tours et
-le sommet des murailles de canons, de balistes et autres machines de
-guerre.
-
- [8] Cette chaîne, dont on voit encore aujourd’hui
- une partie dans la cour de l’église de Sainte-Irène
- (actuellement musée d’armes) était tendue entre Galata
- et Stamboul en travers de la Corne d’Or. Ses deux
- extrémités se fixaient à deux tours, et le poids de la
- chaîne, qui empêchait le passage des navires, était
- supporté par des flotteurs.
-
-L’état moral de la ville laissait bien à désirer et allait en
-s’aggravant. L’Empereur, qui avait demandé le secours du pape, n’obtint
-que des prêtres catholiques pour célébrer la messe selon le rite latin;
-à leur tête, se trouvait le cardinal Isidore. Pendant une assemblée qui
-se tint à Sainte-Sophie (12 novembre 1452) pour discuter de l’union
-des deux Églises, le débat dégénéra en un tumulte terrible. Une partie
-de l’assemblée, qui espérait sauver la ville, grâce au secours de
-l’Europe, était favorable à l’union. Mais l’autre préférait mourir
-plutôt que de changer de dogme et de se soumettre à Rome. Au cours
-d’une séance, quelqu’un cria même: «Plutôt le turban que la tiare.»
-Tout cela retardait l’arrivée des secours du pape. Les Vénitiens
-offrirent cinq grands navires et les Génois, qui occupaient alors Chio,
-envoyèrent deux navires avec 700 hommes. La démoralisation régnait dans
-la ville. Les uns disaient qu’elle serait prise; d’autres, que les
-Turcs arriveraient jusqu’à Sainte-Sophie, mais que là, ils seraient
-repoussés. On mura soigneusement plusieurs portes, par lesquelles,
-selon les oracles, l’ennemi devait pénétrer.
-
-L’armée ottomane au contraire, soutenue par une foi ardente, marchait
-courageusement à l’assaut, dans l’espoir de conquérir la plus belle
-ville du monde, et d’allumer prochainement les lampes d’huile sur
-les tombeaux des saints musulmans qui étaient tombés au cours des
-différents sièges.
-
-Un vendredi après Pâques (1er avril 1453, v.-s.), les Byzantins virent
-avec stupeur les turbans des Turcs près des murailles; de la Propontide
-à la Corne d’Or, les champs qui se trouvaient en face des murailles
-étaient couverts de tentes. Les troupes arrivées de la Turquie
-d’Europe avec le sultan Mehmet, furent installées en face de la porte
-d’Andrinople et leur front formait une ligne se déployant jusqu’à la
-Corne d’Or. Les troupes d’Asie Mineure, qui avaient passé l’Hellespont,
-formèrent l’aile droite de l’armée du siège.
-
-Une partie de l’armée, sous les ordres de Saganos pacha, le beau-frère
-du Sultan et de Karadja bey, était campée à _Ok Meidan_ (champ des
-flèches), situé sur les hauteurs de Kassim Pacha et aux environs de
-Péra, afin de surveiller les Génois qui, malgré leur engagement de
-rester neutres, secouraient secrètement Byzance. De forts détachements
-de cavalerie gardaient l’arrière de l’armée pour éviter toute surprise.
-
-Le Sultan avait établi son quartier général sur les petites collines
-situées en face de la porte de Saint-Romain (_Top Kapou_, Porte du
-Canon). Les lignes les plus rapprochées des murailles étaient à une
-distance d’un mille environ.
-
-
-[Illustration: Pl. 6.
-
- PORTE MELANDISIA.
-
- PORTE DE RHEGIUM.]
-
-
-III.--LA PRISE DE CONSTANTINOPLE
-
-Ce siège mémorable commença le 6 avril 1453. Les Ottomans avaient pris
-toutes les mesures pour atteindre leur but. Les lignes des assiégeants
-entouraient les murailles depuis la porte des Sept-Tours jusqu’à la
-Corne d’Or. La partie des murs qui se trouvait entre le palais du
-Porphyrogénète et la porte Saint-Romain avait été choisie comme point
-d’attaque, car c’était l’endroit le plus faible. Karadja bey commandait
-l’aile gauche depuis la Xyloporta jusqu’à la porte de Charisios. Ishak
-et Mammoud bey commandaient les troupes campées entre la partie des
-murs appelée Myriandrion et la mer de Marmara. L’historien vénitien
-Barbaro relate que les Ottomans avaient installé trois bombardes en
-face du palais impérial des Blaquernes, deux en face de la porte de
-Charisios, quatre en face de la porte Saint-Romain, avec trois autres
-grands canons qu’on avait d’abord placés près de la porte Caligaria.
-Un parc de siège faisait face à la porte de Pegae ou Pigi (porte de
-Silivri).
-
-Les historiens turcs et étrangers ne sont pas d’accord sur les forces
-des assiégeants et des défenseurs de la ville. D’après Hammer, l’armée
-ottomane était composée de 250.000 hommes dont 100.000 cavaliers. La
-marine comportait 18 galères, 48 birèmes et 300 petits voiliers. Le
-comte de Ségur ne porte les forces ottomanes qu’à 150.000 hommes et 280
-voiliers. Mais, d’après les ouvrages turcs, il n’y avait réellement que
-100.000 guerriers, 100.000 porteurs et cochers, y compris les curieux
-et les pillards. Quant au nombre des défenseurs de la ville, Hammer
-et d’autres prétendent qu’il ne dépassait pas 9.000 soldats dont 3.000
-Génois accourus au secours de la flotte byzantine. Celle-ci était
-composée de 26 navires dont 3 galères, 3 voiliers génois, 1 espagnol,
-1 français et de 6 navires envoyés de Crête. Les navires byzantins
-étaient bien montés, bien armés et pourvus de bordages très hauts.
-
-Les murailles de la ville, d’une longueur de 16 kilomètres, exigeaient
-au moins la présence de 160.000 hommes en comptant un homme par mètre.
-Les portes demandaient à elles seules 20.000 hommes pour leur défense.
-Par conséquent, on peut évaluer le chiffre des combattants à 150.000
-hommes, dont la plupart étaient armés et prêts à défendre la ville.
-
-La flotte ottomane, formée de nombreux petits voiliers construits ou
-achetés à la hâte, ne pouvait franchir la Corne d’Or, que barrait la
-fameuse chaîne. Le grand canon, posté d’abord en face de la porte
-Caligaria, fut transporté plus tard près de la porte Saint-Romain,
-qui en tira son nom actuel de _Top Kapou_. Deux autres canons lançant
-des pierres de 75 kilogrammes y furent également placés, 14 batteries
-de petit calibre étaient rangées depuis la Xyloporta jusqu’à la Porte
-des Sept-Tours. Un fossé large et profond rempli d’eau protégeait les
-murailles. Giustiniani, le chef des Génois, se tenait avec ses troupes
-à la porte de Charisios. Près de lui, les murailles étaient défendues
-par Théodore de Carystos et les frères Brochiardi. Les Vénitiens, sous
-les ordres de Girolamo Minotto, tenaient garnison autour du palais
-de Constantin. Les environs des Blaquernes et de la porte Caligaria
-étaient surveillés par le cardinal Isidore, qui commandait les Romains
-et les Chiotes. Théophile Paléologue, le Génois Maurice Cattaneo et le
-Vénitien Fabrice Cornaro, gardaient les murailles situées entre le
-château de l’Heptapyrgion (sept tours) et la porte Saint-Romain. On
-trouvait, à la porte de Pigi, le Vénitien Dolfino; entre la porte des
-Sept-Tours et la mer de Marmara, des Vénitiens et des prêtres byzantins
-sous les ordres de Jacques Contarini; au palais de Boucoléon, des
-soldats catalans commandés par Pedro Juliano; sur les murailles de la
-Corne d’Or, des Crétois et des soldats grecs sous les ordres de Lucas
-Notaras. Le phare de la Corne d’Or était gardé par les Vénitiens. Près
-de l’église des Saints-Apôtres, on avait constitué une réserve composée
-de plus de 700 prêtres armés, que commandaient Démétrius Cantacuzène et
-Nicéphore Paléologue.
-
-Avant de commencer l’attaque, le Sultan avait envoyé Mahmoud Pacha
-(devenu plus tard grand vizir après la prise de Constantinople),
-auprès de l’Empereur pour le sommer de rendre la ville afin d’éviter
-l’effusion du sang. L’Empereur refusa. A l’aube du 6 avril 1453
-retentit le premier coup de canon, suivi bientôt d’une canonnade
-générale. Une grande terreur se répandit dans toute la ville.
-
-Pour charger le gros canon, il ne fallait pas moins de deux heures,
-de sorte qu’on ne pouvait tirer que huit à dix coups par jour. Les
-projectiles pesaient 600 kilogrammes. Quatre autres canons, coulés
-par les ingénieurs turcs, Saroudja et Mousslihiddin, jetaient des
-projectiles moins lourds.
-
-Tous ces canons dirigeaient leur feu sur les deux extrémités de la base
-d’un triangle fictif prise sur la partie la plus faible des murs, afin
-d’ouvrir des brèches, et de tirer ensuite sur le sommet de ce triangle.
-Cette tactique n’était alors connue que des Byzantins, et ils pensèrent
-qu’un traître l’avait enseignée à l’ennemi. Les brèches et les parties
-démolies étaient d’ailleurs réparées avec une activité surprenante.
-Pendant que les Ottomans faisaient pleuvoir une pluie de flèches sur la
-muraille, d’autres soldats cherchaient à creuser des souterrains sous
-les fossés des remparts. Les béliers battaient les portes avec fureur,
-pendant que les quatre fameuses tours mobiles[9] s’approchaient des
-murs.
-
- [9] Ces tours, fréquemment employées au moyen âge,
- étaient construites en charpente solide, on les montait
- sur des roues, et l’extérieur était capitonné à l’aide
- de plusieurs couches de peaux qu’on mouillait pour
- offrir plus de résistance au feu lancé par l’ennemi.
- Elles contenaient intérieurement des soldats et des
- matières explosibles, du bois, des buissons pour
- combler les fossés. Elles étaient munies d’un pont qui
- permettait de passer sur les murs.
-
-Une de ces tours placée près de la porte Saint-Romain avait occasionné
-beaucoup de dégâts; l’ennemi réussit à l’incendier à l’aide du feu
-grégeois. Le gros canon éclata un jour pendant le tir et tua Urbain,
-son constructeur. Instruits par cet accident, les assiégeants
-mouillèrent désormais les canons avec de l’huile après chaque coup et
-les laissèrent se refroidir.
-
-Les ouvriers terrassiers perçaient des galeries souterraines qu’ils
-consolidaient avec des madriers de bois; ils purent arriver ainsi
-jusqu’aux fondations des murailles. Mais les Byzantins avaient entendu
-le bruit des pioches; ils creusèrent des contre-mines et enfumèrent les
-Turcs qui durent se retirer. On jetait sur les Ottomans qui tentaient
-d’escalader les murailles, d’énormes blocs de pierre, des torches
-enflammées et surtout du feu grégeois[10].
-
- [10] Le feu grégeois avait plus d’une fois sauvé
- Byzance; c’était un explosif qui prenait feu au contact
- de l’eau. On l’obtenait en mélangeant de la poudre
- à canon et du pétrole avec une matière résineuse.
- Toutefois la fabrication de cette poudre était tenue
- secrète. On y ajoutait probablement de la chaux vive
- qui, au contact de l’eau dégageait de la chaleur en
- quantité suffisante pour enflammer la poudre. Ce
- feu, fort connu des Byzantins, était, selon quelques
- historiens, d’origine arabe.
-
-
-[Illustration: Pl. 7.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Vue générale prise du côté de l’Hippodrome.]
-
-
-Tout l’effort de l’ennemi se portait sur les murailles du côté de la
-terre. Les assauts se multipliaient, mais sans résultat. Mehmet
-estima nécessaire la coopération de la flotte, que la grande chaîne
-empêchait de pénétrer dans la Corne d’Or.
-
-Le Sultan attachait une grande importance à sa flotte; elle devait
-arrêter les secours que la ville pourrait recevoir du dehors. Pourtant,
-d’après les historiens, cette flotte n’était pas considérable:
-elle n’était composée que de petites embarcations, de voiliers, de
-transports et de galères à une seule rangée de rames. Elle était
-commandée par un Bulgare devenu musulman, qui s’appelait Balta-Oglou
-Suleiman bey.
-
-La flotte ottomane était d’abord restée dans le petit port de
-Balta-liman[11], au Bosphore. Au début du siège, postée d’abord près
-de _Dolma Bagtché_, elle leva l’ancre pour attaquer les navires qui
-étaient rangés derrière la chaîne, mais la défense énergique des
-Byzantins et les effets désastreux du feu grégeois l’obligèrent à
-reculer. Averti par les voiliers turcs venus à la hâte de l’Hellespont,
-que de grands navires génois et vénitiens arrivaient au secours de la
-place, le Sultan donna l’ordre à la flotte de se former en ligne pour
-défendre l’entrée du port.
-
- [11] Ce nom vient de Balta Oglou, amiral turc.
-
-La bataille navale qui eut lieu se termina par la victoire de l’ennemi,
-dont les vaisseaux purent pénétrer dans le port[12] avec 5.000 hommes
-de renfort. Selon les historiens grecs, ces navires, au nombre de
-cinq, avaient des bordages très élevés, ce qui leur permit d’écraser
-les petites galères ottomanes et d’incendier au moyen du feu grégeois
-une partie considérable de la flotte turque.
-
- [12] D’après quelques historiens turcs, qui semblent
- avoir copié les auteurs étrangers, ce port serait celui
- de la Corne d’Or, mais cela paraît bien improbable. En
- effet, si l’on avait démonté la chaîne de ses flotteurs
- pour laisser passer les vaisseaux grecs, on n’aurait pu
- la remettre assez rapidement pour empêcher les galères
- ottomanes de pénétrer à leur suite. Selon un manuscrit
- turc trouvé dans la bibliothèque de Sainte-Sophie, les
- navires grecs n’auraient été que deux, et le port dans
- lequel ils purent entrer, serait celui de Théodose,
- ou Julien, sur les bords de la Marmara. Cette version
- paraît d’autant plus vraisemblable que ce port étant
- protégé par des tours et des portes en fer, les navires
- de secours pouvaient y entrer facilement sans être
- obligés de courir le risque de livrer bataille au large
- pour gagner la Corne d’Or.
-
-Ils parvinrent assez facilement à pénétrer dans le port. Le Sultan,
-qui du rivage assistait au combat naval, était très excité. Il alla
-jusqu’à pousser son cheval dans la mer, vers une galère qui luttait à
-une courte distance du bord près de Makri Keuy.
-
-Cette victoire navale de l’ennemi, les réparations actives que les
-assiégés apportaient aux murailles, la destruction des tours mobiles
-avaient fortement abattu le courage des Ottomans. C’est à ce moment que
-l’Empereur byzantin demanda à traiter, offrant un tribut annuel au cas
-où le siège serait levé.
-
-Un divan se réunit. Le grand vizir, Halil pacha, que plusieurs chefs
-accusaient de connivence avec les Grecs, conseilla au Sultan de faire
-la paix. Il alléguait que l’Europe enverrait certainement des secours.
-Mais Saganos pacha, beau-frère du Sultan, Molla-Mehmed-Gurani et le
-vénérable cheïkh Ak-Chemsuddine voulaient qu’on continuât la guerre.
-A leur avis, l’Europe se désintéressait de l’Orient et Constantinople
-devait certainement tomber sous peu entre les mains des musulmans.
-Ak-Chemsuddine, que les musulmans considèrent encore comme un Véli
-(saint), avait prédit la date de la prise de Constantinople en prenant
-dans un verset du Coran le mot بلدة طيّب (jolie ville), dont les
-lettres, considérées comme chiffres à la manière arabe, donnaient la
-date de l’Hégire 857, qui correspondait à l’année 1453. Il répétait
-au Sultan les louanges du Prophète. «Constantinople sera absolument
-conquise par les musulmans. Quel magnifique prince que le conquérant,
-quelles excellentes troupes que son armée, le prince et ses soldats,
-qui prendront cette jolie ville.» Les propositions de paix furent
-rejetées.
-
-Le Sultan avait songé d’abord à briser la chaîne pour entrer dans le
-port et forcer les murailles qui, de ce côté, étaient plus vulnérables
-qu’ailleurs, mais il dut abandonner ce plan. Il décida ensuite de faire
-traîner les galères par-dessus les collines qui entouraient Galata,
-pour les amener dans la Corne d’Or. On construisit une route d’une
-longueur de deux lieues allant de la vallée de Dolma Bagtché à la
-vallée de Kassim pacha, et qui aboutissait à la Corne d’Or. On plaça
-des madriers enduits de graisse et d’huile. En une nuit, plus de 70
-bâtiments de différentes grandeurs furent traînés sur cette route par
-des hommes, des bœufs et des chevaux. Les voiles déployées et gonflées
-par un vent favorable, facilitèrent beaucoup le travail. Ce dut être
-un spectacle grandiose que celui de ces milliers d’hommes travaillant
-dans la nuit tout le long de cette route, au son des tambours, sous la
-clarté vacillante des torches. Au matin, les galères étaient rangées
-dans la Corne d’Or, derrière la chaîne.
-
-Cet audacieux coup de main surprit douloureusement les Byzantins; il
-leur fallut garnir d’une partie de leurs troupes les murailles de la
-Corne d’Or qui, jusque-là, avaient pu rester sans défense. Giustiniani,
-le fameux chef génois, résolut d’incendier la flotte ottomane, et s’en
-approcha vers la nuit. Mais les Turcs, avertis par des Génois qui
-servaient à tour de rôle dans les deux camps, étaient sur leurs gardes.
-Le vaisseau que montait Giustiniani fut coulé par un énorme boulet de
-pierre. La plus grande partie de l’équipage fut noyée; quant au chef
-génois, vêtu d’une cotte de mailles, il put saisir une bouée et se
-sauver dans une barque.
-
-Désireux d’occuper à lui seul la Corne d’Or, le Sultan décida de couler
-sans distinction de nationalité tous les bateaux génois, vénitiens et
-byzantins qui se trouvaient dans le port: à cet effet, il fit installer
-sur les hauteurs de Kassim pacha et de Péra des mortiers de son
-invention qui lançaient, par un tir indirect, des projectiles sur les
-navires abrités derrière Galata.
-
-Malgré les protestations des Génois, plusieurs bateaux furent ainsi
-coulés, et le Sultan devenu maître du port, établit sur la Corne
-d’Or un large pont construit à l’aide de tonneaux attachés les uns
-aux autres et recouverts de madriers. Une trentaine d’hommes pouvait
-y marcher de front. Un des chefs vénitiens essaya de brûler ce
-pont, mais la surveillance incessante des Ottomans fît échouer ce
-projet. Enfin, après cinquante jours de siège, l’artillerie ouvrit
-une large brèche près de la porte Saint-Romain. Plusieurs tours
-furent abattues. Les pierres comblaient déjà en partie le fossé. Du
-côté de la mer, les murailles étaient menacées par les galères qui
-bombardaient continuellement la ville, mais sans grand résultat, car
-les projectiles[13], qui étaient pour la plupart en marbre taillé,
-n’occasionnaient pas de dégâts importants.
-
- [13] On voit encore aujourd’hui, sur les murs où on les
- conserve comme souvenirs, des boulets de ce genre.
-
-Le Sultan envoya Sfendiar-Oglou, son gendre, auprès de Constantin;
-il lui proposait une seconde fois de se rendre, et lui offrait une
-principauté: «Il ne faut pas, disait-il, verser le sang inutilement».
-Les hauts dignitaires, découragés, pressaient l’Empereur de capituler,
-mais celui-ci répondit qu’il défendrait, jusqu’au dernier homme,
-la ville que Dieu avait confiée à sa garde. Tout ce qu’il pouvait
-faire était de payer une indemnité au Sultan, à condition qu’on lui
-laisserait la ville. Mehmet ordonna alors pour le 24 mai 1453 un assaut
-général par terre et par mer. Il promit à l’armée un grand butin et aux
-soldats qui monteraient les premiers sur la muraille des récompenses
-telles que _timars_ et _sandjaks_ (sortes de pension); les fuyards
-seraient exécutés. Pour exciter le fanatisme des soldats, des derviches
-parcouraient les camps en faisant des prières. On entendait partout ces
-mots, cri de guerre insigne de l’islam: «Il n’y a d’autre divinité que
-Dieu et Mahomet est son prophète.»
-
-La veille du jour fixé, le Sultan prescrivit une illumination générale,
-(appelée _moum donanmasi_). Ce lundi soir, Constantinople se trouva
-au milieu d’un cercle de flammes. Dans toutes les lignes, autour des
-murailles, sur les galères près de la Corne d’Or et sur la Propontide,
-sur les hauteurs de Péra, des torches imbibées d’huile, des bûchers de
-bois résineux brûlaient continuellement. Les lances des soldats étaient
-munies de flambeaux. Les soldats chantaient, dansaient, faisaient des
-prières. Les cris des ottomans qui célébraient à l’avance la prise de
-Constantinople arrivaient jusqu’au centre de la ville.
-
-Les assiégés, qui se croyaient en présence d’une armée fantastique,
-étaient frappés de terreur. Ils se prosternaient en pleurant devant
-l’image de la sainte Vierge. Constantin pourtant ne perdit pas son
-sang-froid; il parcourut tous les postes, ranimant le courage des
-soldats. Giustiniani fit réparer les fortifications, et creuser de
-larges fossés derrière la porte Saint-Romain qui venait d’être détruite
-par les projectiles ottomans. Il fit élever à la hâte de nouveaux
-remparts, mais les sages dispositions de ce brave et noble étranger
-étaient sans cesse contrariées par la jalousie des chefs grecs et
-surtout par Lucas Notaras, premier ministre de l’Empereur. Notaras,
-qui se trouvait à la tête des défenseurs des murs de la Corne d’Or,
-avait même refusé de donner à Giustiniani les canons dont il avait
-besoin. Ces deux chefs ne cessaient de s’insulter. L’Empereur, pour les
-réconcilier, dut leur montrer le danger que courait la ville. En même
-temps, les discussions religieuses continuaient de plus belle dans la
-capitale. Tel était l’état des assiégés.
-
-Au moment de l’attaque, les Ottomans furent arrêtés par la nouvelle
-qu’une armée composée de Hongrois et d’Italiens venait au secours de
-Constantinople. Frappés d’inquiétude, ils restèrent deux jours dans
-l’inaction, attendant les événements. On a attribué la paternité de
-cette fausse nouvelle au grand vizir Halil pacha, qui l’aurait répandue
-pour permettre aux Byzantins de gagner du temps, mais les historiens
-turcs ne sont pas d’accord à ce sujet. Mehmet avait d’ailleurs prévu
-cette éventualité d’une surprise par une armée de secours et avait
-laissé une partie de ses cavaliers pour couvrir l’arrière-garde. Il
-avait même prévu une guerre avec l’Europe à la suite de la prise de
-Constantinople. Pendant deux ou trois jours néanmoins, l’armée se tint
-sur le qui-vive.
-
-Tandis que les Ottomans priaient, un orage éclata sur la ville,
-accompagné d’éclairs et de coups de tonnerre; la foudre tomba et le
-ciel apparut tout rouge. Ce phénomène ranima l’espoir de l’armée
-ottomane, cependant qu’il démoralisait l’armée byzantine. Un certain
-nombre de Byzantins quitta même la ville, passa au camp ennemi et
-embrassa l’islamisme.
-
-La veille du 29 mai 1453, jour de la prise de la ville, l’ordre d’une
-attaque générale décisive fut donné pour la seconde fois par le Sultan.
-Ce dernier parcourut les rangs des soldats, les encourageant par des
-discours et leur citant des versets du Coran. L’Empereur, enflammé du
-même zèle que son rival, visita les postes de défense, assista à une
-grande cérémonie de communion générale à Sainte-Sophie et rentra dans
-son palais d’où il surveillait les mouvements de l’ennemi.
-
-Le mardi matin 29 mai 1453, dès l’aube, les _sours_ (trompettes en
-corne), les timbales, les _naccaras_ (petits tambours), donnèrent
-le signal de l’assaut. Les Ottomans avaient choisi leurs points
-d’attaque entre la porte Saint-Romain et la porte de Charisios. Les
-canons tonnaient, une pluie de flèches tombait de part et d’autre. Les
-Ottomans, après avoir comblé les fossés avec de la terre, des pierres
-et des fascines, grimpèrent sur les murs au moyen de hautes échelles.
-Les cris des blessés se mêlaient au bruit des _davouls_ (grosses
-caisses) et des ourha (hurrah)[14] (frappe, va donc). Une lutte
-terrible se livrait le long des murailles, du haut desquelles on jetait
-sur les assiégeants de grosses pierres et de l’huile bouillante. Les
-_sours_ des tchavouches (officiers d’ordonnance) faisaient entendre par
-intermittence leurs sons lugubres. A l’intérieur de la ville, toutes
-les cloches des églises sonnaient sans interruption.
-
- [14] Ce mot, qui a été changé en hourra, est le cri
- de guerre des armées européennes, tandis que chez les
- Turcs ce mot a disparu pour faire place au cri Allah!
- Allah! (Dieu! Dieu!)
-
-Du côté de la Corne d’Or, le feu grégeois flottait sur l’eau en traçant
-des sillons. On jetait des vases remplis d’explosifs sur les galères
-ottomanes qui approchaient des murailles. Une épaisse fumée entourait
-la ville. Du côté de la terre, le vent du nord s’était élevé, poussant
-vers les assiégeants des tourbillons de fumée qui les aveuglaient.
-Tous les soldats turcs étaient au pied des murailles. La lutte se
-poursuivait avec acharnement.
-
-Un nommé Hassan Oulou-Abatli (de la ville d’Oulou Abad), portant
-son bouclier et son pala (sabre à large lame recourbée) escalada la
-muraille d’où il fut précipité à coups de pierres. Dix-huit soldats
-qui l’avaient accompagné gisaient au bas du mur. Le blessé se releva
-soudain et, pris d’une rage extraordinaire, escalada à nouveau la
-muraille, mais une énorme pierre jetée du haut d’une tour voisine
-le renversa et le tua[15]. Le combat continuait depuis plus de deux
-heures. De larges brèches avaient été pratiquées entre la porte
-Saint-Romain et la porte de Charisios. Les historiens européens
-rapportent qu’à ce moment, Giustiniani blessé grièvement par une flèche
-se décida à quitter la ville malgré les supplications de l’Empereur, et
-qu’il se rendit sur une de ses galères à Galata, d’où ses compatriotes
-suivaient tranquillement les phases du combat. La lâcheté du chef grec
-aurait démoralisé les troupes et contribué à la chute de la ville.
-D’après d’autres historiens, Giustiniani était déjà blessé au moment
-où les Ottomans pénétrèrent dans la ville par une porte qu’on avait
-négligé de fermer près de la porte de Charisios, et il se serait
-sauvé à bord de son navire qui se trouvait dans le port du côté de la
-Propontide. Cette version paraît plus vraisemblable, car la Corne d’Or
-était gardée par les galères turques et le passage était impossible.
-
- [15] Hammer dit que ce soldat était un janissaire,
- mais, comme son nom d’Oulou Abad l’indique, c’était un
- Turc originaire d’un village de l’Asie Mineure.
-
-Cinquante soldats turcs entrèrent par la petite porte appelée
-Kerkorporta, qu’on avait négligé de murer. Mettant à profit le
-trouble qu’éprouva l’ennemi en les apercevant sur ses derrières, les
-Ottomans montèrent sur les murs déserts et pénétrèrent dans la ville
-par les différentes brèches restées sans défenseurs. Les fuyards se
-précipitaient vers les rivages de la Corne d’Or et de la Propontide.
-Les clefs des portes avaient été jetées à la mer avant la surprise de
-l’ennemi. La plupart des Grecs se précipitèrent vers Sainte-Sophie, se
-rappelant la légende d’après laquelle un ange devait descendre du ciel,
-donner un sabre à un vieillard près de l’Hippodrome, à la suite de
-quoi les Turcs seraient tous repoussés. Mais aucun miracle ne vint
-sauver les Byzantins et bientôt, du côté de la Corne d’Or, les Ottomans
-envahirent la ville par différentes portes.
-
-
-[Illustration: Pl. 8.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Nef centrale.]
-
-
-Pendant qu’une partie des troupes occupait les murailles situées
-entre la porte Saint-Romain et la porte de Charisios, les janissaires
-couraient vers le palais impérial. Constantin Dragasès, averti par
-ses gardes, voulut prendre la fuite, mais il fut surpris en route par
-un détachement de soldats turcs qui luttaient avec les Grecs. Ivre de
-fureur et de vengeance, l’Empereur se précipita sur un Turc déjà blessé
-qui, faisant un dernier effort avant de mourir, renversa inanimé le
-dernier empereur des Byzantins.
-
-Comme dans toutes les guerres de l’époque, la ville fut livrée au
-pillage. Les églises voisines des murailles, comme Saint-Jean-Baptiste,
-dans le quartier de Petra Palaea et l’église de Chora (actuellement
-mosquée Kahrié) furent saccagées. Mais le dernier pillage de Byzance
-par les Turcs est de beaucoup dépassé en horreur par le pillage des
-croisés.
-
-Un certain nombre de fuyards byzantins s’échappèrent sur des
-embarcations après avoir brisé les portes, et passèrent à Galata qui
-était restée neutre pendant la guerre. D’autres parvinrent à se sauver
-sur des bateaux et gagnèrent la Propontide. Environ 10.000 personnes
-s’étaient réfugiées à Sainte-Sophie; les portes avaient été fermées,
-mais ne purent résister à l’effort terrible des conquérants et bientôt
-la foule se rendit en demandant grâce.
-
-Constantinople était conquise après un siège de cinquante-quatre jours,
-le mardi 29 mai 1453 (vingtième jour de Djemaziel Akhir de l’Hégire
-857). Une légende rapporte que des prêtres grecs étaient occupés à
-frire des poissons dans le monastère de Balouclou, lorsqu’on vint
-leur annoncer que la ville était tombée aux mains des Ottomans. Les
-religieux répondirent qu’ils n’y croiraient que si les poissons à
-moitié frits sautaient dans un bassin voisin. Les poissons sautèrent,
-dit la légende, et l’on montre encore aujourd’hui, dans le bassin, des
-poissons rouges d’un côté et noirs de l’autre. Ce récit, qu’on retrouve
-partout, paraît bien invraisemblable, car ce monastère, situé hors des
-murs, était certainement occupé par des soldats turcs. De plus, il
-est peu probable que, dans un pareil tumulte, les prêtres se soient
-tranquillement livrés aux soins de la cuisine.
-
-Lorsque les Ottomans eurent occupé tous les quartiers de la ville et
-rétabli l’ordre en désarmant les dernières résistances, le sultan
-Mehmet II fit une entrée triomphale dans la ville conquise. Il y
-pénétra par la porte de Charisios avec son escorte et, par les grandes
-rues et les places ornées de statues, se rendit à Sainte-Sophie.
-Là, il descendit de cheval et entra dans le temple[16]. Après avoir
-contemplé cette merveille du monde, il donna l’ordre de la transformer
-en mosquée. Puis, il visita les palais impériaux qui étaient pour
-la plupart depuis longtemps déserts. Ces ruines le remplirent d’une
-profonde tristesse et on raconte qu’il récita ce distique persan: «Le
-hibou chante le Nevbet[17] sur le tombeau d’Afrasiab, l’araignée fait
-le service de «Perdedar»[18] dans le palais de l’empereur.»
-
- [16] On raconte dans plusieurs histoires et dans
- les guides que le Sultan entra à cheval dans
- l’église de Sainte-Sophie le jour même de la prise
- de Constantinople, et qu’il foula des monceaux de
- cadavres. Il aurait appuyé sa main tachée de sang
- contre une colonne que l’on montre encore aujourd’hui.
- Mais, en supposant mortes toutes les personnes que
- l’église pouvait contenir, la hauteur de leurs cadavres
- n’aurait pu être que de 50 centimètres; le Sultan étant
- sur un cheval d’un mètre et demi de hauteur, n’aurait
- jamais atteint la hauteur d’une dizaine de mètres à
- laquelle se trouve cette prétendue tache de sang.
-
- [17] L’air de tambour que l’on joue tous les jours pour
- célébrer l’indépendance.
-
- [18] Celui qui écarte les tentures des portes pour
- laisser passer les visiteurs.
-
-Le Sultan fit rechercher le ministre byzantin, Lucas Notaras, qui parut
-bientôt et lui offrit le trésor impérial. Aux reproches qui lui furent
-adressés pour ne pas avoir consacré ces sommes au bien du pays, Notaras
-répondit qu’il les avait gardées pour les remettre à sa Majesté. Le
-Sultan, que cette hypocrisie irritait, lui dit:
-
---Puisque vous vouliez m’offrir ce trésor, pourquoi l’avez-vous gardé
-si longtemps?
-
---Des lettres, envoyées par vos pachas, nous engageaient à résister.
-
-Le grand vizir Halil pacha[19], soupçonné depuis longtemps, fut alors
-jeté dans la forteresse des Sept-Tours. Quant à Notaras, il eut sa
-grâce et le Sultan lui demanda la liste des grands fonctionnaires
-byzantins à qui il accorda des brevets.
-
- [19] Halil fut exécuté par ordre du Sultan qui, outre
- sa trahison, n’avait pas oublié que ce même grand
- vizir l’avait fait descendre du trône du vivant de son
- père Mourad. Cet exemple de l’exécution des premiers
- ministres fut souvent suivi par les souverains.
-
-Le corps de l’Empereur fut reconnu à ses brodequins pourpres portant
-des aigles brodés d’or. Le pillage dura deux jours. Bientôt le calme se
-rétablit dans la ville et le vendredi troisième jour de la conquête,
-la prière du vendredi (_djouma namazi_) eut lieu dans l’église de
-Sainte-Sophie, transformée à la hâte en mosquée. Le Sultan, cimeterre
-en main, monta lui-même sur le Minber et dit la Kotba. On lit dans
-quelques manuscrits que, ce jour-là, un prêtre grec sortit des
-sous-sols de l’église où il était resté caché pendant trois jours,
-embrassa l’islamisme et montra au Sultan le trésor de l’église.
-
-Ce jour même, le Sultan envoya des ambassadeurs aux Génois de Galata.
-Un nouveau traité fut signé entre les Génois et les Ottomans, traité
-par lequel les Génois s’engageaient à démolir la partie supérieure des
-murs de Galata.
-
-Pour célébrer la conquête, le Sultan réunit l’armée en un grand banquet
-sur les hauteurs de Kassim pacha[20]; son enthousiasme était tel qu’il
-offrait de sa main les mets et les fruits à ses vizirs. Comme ces
-derniers s’en défendaient, le Sultan leur répéta la parole du Prophète:
-«Le Seigneur d’un peuple, c’est celui qui le sert.» Il récompensa par
-des cadeaux les chefs de l’armée.
-
- [20] L’endroit où eut lieu cette fête s’appelle Ok
- Meidan (champ des flèches). Ce nom lui vient des
- exercices de tir à l’arc qu’on avait l’habitude d’y
- faire depuis le banquet jusqu’à ces derniers temps.
-
-Les fêtes[21] durèrent plusieurs jours. Quelque temps après, le Sultan
-envoya une lettre et des présents au sultan d’Égypte, pour lui annoncer
-la conquête de Constantinople.
-
- [21] Quelques auteurs européens prétendent que les
- musulmans, pendant cette fête, burent à l’excès,
- chantèrent et se livrèrent à toutes sortes de
- débauches. Ces historiens ne prennent pas en
- considération que les musulmans, surtout au moyen âge,
- ne touchaient jamais aux boissons alcooliques qui leur
- étaient absolument interdites par leur religion.
-
-Mehmet laissa aux chrétiens le libre exercice de leur culte ainsi que
-plusieurs églises; il nomma un patriarche.
-
-Il invita ensuite les Ottomans à venir habiter et peupler la ville. Les
-différents quartiers furent attribués suivant les divers départements
-dont les nouveaux habitants étaient originaires.
-
-Comme emblème officiel de l’État, le Sultan adopta le croissant,
-insigne de l’antique Byzance, auquel il ajouta une étoile.
-
-
-[Illustration: Pl. 9.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Intérieur.]
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-TOPOGRAPHIE DE LA VILLE ANCIENNE
-
-
-I.--LES RÉGIONS
-
-Constantinople ne comprenait d’abord que cinq collines. Mais, vu
-l’extrême rapidité avec laquelle la population augmenta, Théodose
-II jugea nécessaire d’entourer d’une seconde ceinture de murailles
-les quartiers qui se trouvaient en dehors de la première enceinte,
-construite par Constantin le Grand. Tous ces quartiers qui occupaient
-l’espace compris entre les murs constantiniens et les murs théodosiens
-furent appelés d’abord χώρα (la campagne) et aussi ἐξωκιόνιον.
-
-Voici quelle était l’origine de ce nom. Les gardes goths, ariens
-comme leur empereur Constance, avaient voulu par la suite rester
-fidèles à l’arianisme. Théodose Ier, protecteur de l’orthodoxie, ne
-leur permit d’habiter qu’en dehors des murs. Comme à l’intérieur des
-murs constantiniens se dressait une colonne (Kion) de Constantin, les
-Goths furent appelés Exokionites, «ceux qui habitent en dehors de la
-colonne», et leur camp, Exokionion. Cette partie de la ville, assignée
-aux sept corps gothiques, fut divisée en sept quartiers appelés
-(d’après M. Dethier) Deuteron, Triton, Pempton, Hebdomon, etc.[22]
-Plus tard, quand l’émigration des peuples des Balkans, fuyant devant
-Attila, vint augmenter la population de ces quartiers extérieurs. Le
-préfet Anthémius, sous le règne de Théodose II, entoura cette partie
-de la cité d’une nouvelle muraille. Après la construction des murs
-théodosiens, la ville comprit sept collines; semblable à Rome, elle fut
-divisée, dans sa partie ancienne construite par Constantin, en quatorze
-régions, quartiers ou arrondissements. Chaque région était gouvernée
-par un curator ou régionarchis, ayant sous ses ordres un diangeleas
-(officier d’ordre), cinq deutereuontai ou topoteretai (gardiens de
-nuit).
-
- [22] Cf. Dr Mordtmann, _Esquisse topographique
- de Constantinople_.--Dethier, _Le Bosphore et
- Constantinople_.
-
-
-RÉGION I.--La première région commençait à la porte de
-Sainte-Barbe et, passant au sud-est de l’Hippodrome, s’étendait jusqu’à
-Saint-Serge et Bacchus. Le rocher de l’Acropole, qui portait jadis
-un temple dédié à Jupiter, l’Augustéon et l’Hippodrome la séparaient
-de la deuxième et de la troisième région. Elle contenait 29 rues,
-118 maisons, 2 emboloi (rues à portiques), 4 bains publics, 2 bathra
-(endroits où l’on distribuait du pain au peuple).
-
-
-RÉGION II.--La deuxième région comprenait l’Acropole, le
-Sénat, l’église de Sainte-Sophie, celle de Sainte-Irène et l’Augustéon;
-elle comptait 34 rues, 98 maisons, 4 marchés couverts, 4 bathra.
-
-
-RÉGION III.--La troisième région commençait aux thermes de
-Zeuxippe, renfermait l’Hippodrome et la partie sud de la rue centrale
-appelée Mésè (_Divan Yolou_), et descendait jusqu’à la mer. Le port
-Sophien ou Portum Novum, appelé actuellement _Cadriga limani_, faisait
-partie de cette région. Elle comprenait 7 rues, 98 maisons, 4 rues à
-portiques et 4 bathra.
-
-
-RÉGION IV.--La quatrième région était bordée sur un petit
-parcours par la rue principale; elle descendait jusqu’à l’échelle de
-Timasus, au bord de la Corne d’Or, en suivant les murs. Cette région
-comprenait le Miliaire[23], l’église de Saint-Jean-l’Apôtre, le
-Diippion, les Chalcopratia, 32 rues, 375 maisons, 4 marchés (rues à
-portiques).
-
- [23] Le Miliaire, qui était une des portes terrestres
- de l’ancienne petite ville de Byzas, a été indiqué
- dans le plan de M. Labarte au milieu de l’Augustéon
- (l’espace compris entre le sénat, l’hippodrome et
- Sainte-Sophie). Mais le Dr Mordtmann prouve que la
- place du Miliaire doit être cherchée à l’ouest de
- Sainte-Sophie, au nord des Thermes de Zeuxippe et au
- commencement de la rue centrale.
-
-
-RÉGION V.--La cinquième région était limitée d’un côté par
-la troisième et de l’autre par la quatrième. On y trouvait, au bord
-de la Corne d’Or, le Portus Prosphorianus et l’échelle de Chalcédoine
-(_Sirkedji-Iskelessi_) où se déchargeaient les denrées alimentaires; le
-Stratégium, (emplacement de la Sublime Porte) était situé dans cette
-région.
-
-
-RÉGION VI.--La sixième région occupait tout l’espace
-compris entre la deuxième et la troisième colline, depuis le forum
-de Constantin jusqu’à la Corne d’Or. Le port et l’échelle de Neorium
-se trouvaient dans cette région. Les quartiers de la cinquième et de
-la sixième région furent assignés plus tard aux colonies génoise et
-vénitienne.
-
-
-RÉGION VII.--La septième région était limitée au nord par la
-rue centrale et s’étendait depuis le forum de Constantin jusqu’au forum
-Tauri. Au sud, elle descendait jusqu’à la Propontide et renfermait le
-port de Contoscalion.
-
-
-RÉGION VIII.--La huitième région occupait tout le plateau de
-la troisième colline, depuis le forum de Constantin jusqu’aux hauteurs
-de la Corne d’Or. Elle n’aboutissait pas à la mer. Du côté de la Corne
-d’Or, les pentes raides de la troisième colline la séparaient de la
-sixième région, qui comprenait les quartiers des Vénitiens. A l’est,
-elle s’étendait jusqu’au Macros Embolos (_Ouzoun-tcharchi_).
-
-
-RÉGION IX.--La neuvième région, qui se trouvait sur le versant
-méridional de la troisième colline, était séparée de la septième région
-par la rue portant actuellement le nom de _Tavchan-Tach Yocouchou_
-et bordée à l’ouest par la rue principale qui descendait du quartier
-Philadelphium au forum Bovis et de là au port Théodosiaque, situé dans
-la douzième région.
-
-
-RÉGION X.--La dixième région comprenait tous les quartiers
-situés sur le versant occidental de la troisième colline. C’était la
-région extrême près des murs constantiniens. Elle touchait du côté de
-l’occident à la rue principale et avait comme limite la colonne de
-Marcien (_Kiz-Tachi_), le Nympheum Majus (probablement _Sou-Terazisi_)
-et le plateau où s’élevait l’église des Saints-Apôtres et qui faisait
-partie de la onzième région.
-
-
-RÉGION XI.--La onzième région était située sur le versant
-occidental de la quatrième colline et descendait jusqu’à la vallée
-du Lycus. Elle s’étendait jusqu’au forum Bovis (_Ak-Seraï_) où la
-douzième, onzième et neuvième régions se rencontraient. La vallée du
-Lycus séparait la onzième région de la douzième. Comme la huitième, la
-onzième ne touchait pas à la mer.
-
-
-RÉGION XII.--La douzième région, qui était bordée par le
-petit fleuve du Lycus, touchait du côté de l’ouest aux murs de
-Constantinople. Elle comprenait tous les quartiers de la septième
-colline qui s’étendaient jusqu’aux bords de la Propontide. Le grand
-port de Théodose (_Vlanga_) et la colonne d’Arcadius faisaient
-partie de cette région.
-
-
-[Illustration: Pl. 10.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Narthex.]
-
-
-RÉGION XIII.--La treizième région se trouvait sur la pointe
-séparée de la ville par la Corne d’Or et qu’on appelait Sycae
-(figuiers), l’actuelle _Galata_.
-
-
-RÉGION XIV.--La quatorzième région comprenait les quartiers
-des Blaquernes et se trouvait hors des murs constantiniens. Cette
-région était séparée de la dixième région par des terrains vagues qui
-longeaient les rives de la Corne d’Or.
-
-
-II.--LES RUES ET LES FORUMS
-
-Sur la première colline de la ville s’élevait l’ancienne Acropole
-construite par Sévère. Dans l’antiquité, on y donnait les jeux publics.
-Après la conquête de Constantinople, les Turcs y construisirent le
-Serai actuel (_Top Kapou_ ou _Seraï Djedid_).
-
-Une grande rue principale, appelée Mésè, traversait la ville d’un
-bout à l’autre. Cette rue commençait à l’Augustéon, grande place,
-sorte d’atrium public, à côté de Sainte-Sophie, entouré de portiques à
-doubles colonnades, où l’on vendait des livres et qui garantissaient
-les passants contre le soleil et la pluie. Du côté oriental de
-l’Augustéon se trouvaient les murs du palais avec la grande porte de
-Chalké et la porte dite Monothyros. Les colonnades construites par
-Constantin ayant été détruites avec le temps, Justinien les avait
-reconstruites. Le sol était pavé de grands blocs de pierre. Cette rue
-passait du côté nord par l’Hippodrome et, suivant la direction de la
-rue actuellement nommée _Divan Yolou_, débouchait dans le forum de
-Constantin, au milieu duquel se dressait la colonne de Constantin,
-aujourd’hui _Tchemberli-Tach_ ou colonne cerclée, ou colonne brûlée;
-ce dernier nom lui venait de ce qu’elle avait été la proie des flammes
-dans un grand incendie.
-
-La rue principale, après avoir traversé ce forum, prenait la direction
-de la grande place appelée forum Tauri, place de _Bayazid_ et
-_Seraskiérat_.
-
-Ce forum contient actuellement la grande tour du feu, _Seraskiérat_,
-qui remplace, d’après M. Dethier, la célèbre colonne de Théodose Ier,
-conservée jusqu’à Selim Ier et renversée par la tempête, et le monument
-nommé Tétradysion qui datait de Théodose II. M. Dethier, qui visita
-les fouilles qu’on a faites pendant la construction du Seraskiérat,
-a découvert un fragment qui lui a permis de restituer la statue de
-Théodose II. Il écrit à ce propos: «Cette statue ne pourra plus être
-que celle de Théodose II, car la statue de Théodose Ier, sur le forum
-Tauri (comme celle sur l’Augustéon), était à pied et placée sur la
-colonne spirale.»
-
-Une grande partie de la rue Mésè était garnie de colonnes et d’arcades
-en plein cintre (selon le système de construction de l’époque),
-dont l’abri permettait l’étalage des étoffes et des marchandises
-précieuses[24].
-
- [24] Ces portiques s’appelaient ἔμβολοι. On voit encore
- de nos jours des colonnades semblables dans la grande
- rue de _Chahzadé_ qu’on appelle _Direhler Arassi_ et
- dans plusieurs villes de Syrie.
-
-Le forum Tauri qui était, et qui est encore aujourd’hui une des plus
-grandes places de Constantinople, se trouvait au centre de la ville.
-Deux grandes rues descendaient de cette place vers la Corne d’Or;
-deux autres venaient du côté de Sainte-Sophie, l’une passant par le
-forum de Constantin et l’autre traversant le petit forum de Théodose
-et le forum Artopolion. Quelques parties couvertes de ces rues ont
-sans doute été englobées dans le bazar actuel (_Tcharchi_); du côté
-occidental du forum Tauri, une rue suivait la direction de l’aqueduc de
-Valens (_Bosdogan-Kemeri_) et conduisait à l’église des Saints-Apôtres
-(_Fatih_).
-
-La rue principale ou rue triomphale, qu’empruntait toujours le cortège
-impérial, menait au quartier du Philadelphium (_Chahzade-Bachi_) et
-aboutissait à un petit forum appelé forum Amastrianon; là, elle se
-divisait en deux rues, dont l’une montait à l’église des Saints-Apôtres
-et l’autre, passant près de la citerne de Phocas, descendait au forum
-Bovis (_Ak-Seraï_).
-
-Les deux rues conduisant à l’église des Saints-Apôtres se réunissaient
-après avoir traversé la place, et conduisaient à la porte de Charisios
-(_Edirne-Kapoussou_). La rue qui descendait au forum Bovis en suivant
-la route actuelle du tramway, rejoignait au forum Tauri celle qui
-descendait du forum Amastrianon. Du forum Bovis, partaient plusieurs
-rues qui aboutissaient aux nombreuses portes de la ville. L’une,
-suivant la rue actuelle du tramway, conduisait à la porte Saint-Romain;
-une autre, gravissant la septième colline, arrivait au forum d’Arcadius
-(_Avrat Bazari_), au milieu duquel s’élevait la colonne de ce nom.
-D’après le livre des Cérémonies, l’Empereur, en suivant la grande rue,
-depuis le palais jusqu’au forum de Constantin, était tenu de faire les
-stations suivantes:
-
- 1º Grilles de la porte de Chalké;
- 2º Zeuxippe ou Achille (bain);
- 3º L’Augustéon;
- 4º Les voûtes du Milion;
- 5º Saint-Jean Théologos;
- 6º Portique près du palais de Lausus;
- 7º Prétoire;
- 8º Anti Forum.
-
-Du forum de Constantin au Philadelphium:
-
- 1º Macros Embolos de Maurien;
- 2º Les boulangeries (Artopolia);
- 3º Forum Tauri;
- 4º Église de la Vierge Diaconissa;
- 5º Modios;
- 6º Philadelphium.
-
-Du Philadelphium jusqu’à l’église de la Zoodochos Pigi (source
-vivifiante):
-
- 1º Philadelphium;
- 2º Amastrianon;
- 3º Forum Bovis;
- 4º La rue centrale (mésè) du Xérolophos;
- 5º Première voûte de Xérolophos;
- 6º Église de Saint-Kallinique;
- 7º La Monnaie;
- 8º Exakionion;
- 9º Carrefour des trois rues où se trouve l’église de Saint-Onésime;
-
-Il tourne ensuite à droite et passe par:
-
- 10º L’église de Saint-Jacques-le-Perse;
- 11º L’église de Saint-Mocius;
- 12º L’aqueduc;
- 13º Le portique où est dressée la colonne (Sigma);
- 14º L’église de la Zoodochos Pigi (_Balouklou_).
-
-La partie de la Mésè qui se trouvait entre le forum de Constantin et
-le forum Tauri était appelée Artopolia (les boulangeries). A l’entrée,
-s’élevaient deux statues colossales, dont l’une a été retrouvée en
-1870, et transportée à Sainte-Irène. Le docteur Mordtmann pense,
-d’après les auteurs anciens, comme la chronique pascale, Théophane
-et Cédrenus, que les bazars byzantins se trouvaient entre le forum
-de Constantin et la grande basilique, tandis qu’aujourd’hui ils se
-trouvent vers le nord-ouest de ce forum.
-
-Du forum d’Arcadius, la rue principale conduisait de la première
-enceinte de Constantinople à la Porte Dorée, actuellement
-_Essé-Kapousou_. (Porte de Jésus.)
-
-Un embranchement de cette rue passait par l’église de Saint-André
-(mosquée _Kodja Moustapha Pacha_); un deuxième, passant par l’église
-de la Peribleptos (_Soulou Monastir_), conduisait à la Porte Dorée des
-murs théodosiens (_Yedi Koulé Kapoussou_). Une autre rue parallèle
-allait du forum Bovis à l’église Saint-Jacques-le-Perse (_Hekim-Oglou
-Djamissi_) et traversait le quartier d’Exokionion. Le nom d’Exokionion
-(hors de la colonne) se changea plus tard en _Exi Marmara_, que les
-Turcs traduisirent par _Alti Mermer_ (six marbres).
-
-Ce quartier était sur le chemin de la porte de Pigi ou Pegana (_Silivri
-Kapoussou_). D’autres rues faisaient communiquer entre elles les
-principales artères. Une rue partant de la porte de Plateia ou porte
-Mesa (_Oun Kapani_), se dirigeait vers le Philadelphium, réunissant
-ainsi cette partie de la rue principale à la rive de la Corne d’Or.
-Un autre embranchement montait vers l’église des Saints-Apôtres,
-parallèlement à la première enceinte de la ville. Cette rue, passant à
-l’ouest de l’église des Saints-Apôtres, descendait dans la vallée du
-Lycus (_Yeni Bagtche_) et de là, par de petites ruelles tortueuses,
-arrivait au forum d’Arcadius. D’autres rues longeaient les murailles de
-la Propontide et de la Corne d’Or.
-
-Le quartier des Vénitiens était séparé de la ville par un mur dont on
-voit encore quelques vestiges et qui amena plus tard les Ottomans à
-appeler ce quartier _Tahta Kalé_ (sous les murs). Plusieurs topographes
-ont traduit à tort «la tour en bois». A l’est du quartier des Vénitiens
-se trouvait celui des Amalfitains et des Pisans. Celui des Amalfitains
-ne dépassait pas la porte de Saint-Marc (_Yeni Djami_); celui des
-Pisans s’étendait jusqu’à la porte du Neorium (_Bagtche Kapoussou_).
-Là, commençait le quartier des Génois qui allait jusqu’à la porte
-d’Eugène, tout près du couvent Apologotheton (_Turbé d’Abdul Hamid I_),
-où s’élevaient les murs limites de la ville.
-
-Le long de la Corne d’Or, une large bande de terrains s’étendait entre
-les murs et le port.
-
-Un grand nombre d’autres rues, très étroites et tortueuses, bordées
-de maisons à encorbellement, donnaient à la ville un caractère fort
-original.
-
-Outre la Corne d’Or, la ville possédait encore d’autres ports.
-
-On peut citer, sur la Propontide, le port de Julien ou Sophien
-(_Kadriga Limani_) et le port de Théodose ou d’Eleuthère (_Vlanga
-Bostani_[25]).
-
- [25] Le nom de Vlanga ou Blanca provient selon les uns
- d’une princesse nommée Bianca, qui y avait son palais,
- et selon les autres de Blaquos qui aurait transformé
- l’ancien port en un jardin potager.
-
-Ces deux ports ont été comblés par les terres apportées par les eaux et
-par les déblais des fondations nouvelles. Sur l’emplacement du dernier
-se trouve aujourd’hui un jardin maraîcher qui produit une grande
-quantité de légumes.
-
-Ce port se trouve à l’embouchure de la vallée du Lycus qui commence
-sur les collines voisines des murailles. Il naît en dehors de la ville
-et en est séparé par une poterne située près de la porte de Sainte
-Cyriaque (_Soulou Koulé Kapoussou_) actuellement murée. Les eaux
-continuent leurs cours entre la colline où se trouvait l’église des
-Saints-Apôtres et celle de Xérolophos. Puis passant par le forum Bovis
-(_Ak Serai_), le fleuve arrivait à Vlanga où il se jette à la mer. Les
-terres apportées par les eaux avaient déjà, au temps des Byzantins,
-comblé une partie du port de Théodose. L’entrée de ce port était
-gardée par des grilles en fer fixées à deux tours. Une de ces tours,
-nommée Contoscopium, servait à la surveillance du port. Il est probable
-que, pendant le siège de Constantinople, les navires génois, venant au
-secours des Byzantins, sont entrés dans un de ces ports.
-
-
-III.--LES ENVIRONS DE BYZANCE
-
-Des champs, des jardins potagers, des prairies entouraient la ville. Le
-peuple venait s’y promener. On y voyait de nombreux monastères souvent
-désignés sous le nom d’_ayasma_ (lieu sacré). Le monastère appelé
-actuellement _Baloukli_ renfermait lui aussi une source sacrée. Les
-empereurs, qui habitaient le palais des Blaquernes, villégiaturaient en
-été dans les jardins de ces monastères[26].
-
- [26] Ce monastère contient une curieuse image de sainte
- Irène. Quand on creusa les fondements de l’église
- actuelle en 1833, on découvrit les fondements de
- l’ancienne basilique.
-
-Hors de la porte de Xyloporta, un village nommé Cosmidion (_Eyoub_)
-s’étendait jusqu’au fond de la Corne d’Or. D’après plusieurs
-cartographes du moyen âge, ce village possédait une jolie église,
-plusieurs châteaux et des fontaines. Un cirque en bois (xylokerkos)
-s’élevait à côté du monastère des saints Cosme et Damien: c’est
-probablement de là que vient le nom de Cosmidion. C’est un lieu
-sacré pour les musulmans; ils y trouvèrent en effet le tombeau
-d’Aba-Eyoub-Ansari, un des compagnons du Prophète, qui vint à Byzance
-et y mourut pendant la première grande campagne arabe, en 672 après
-J.-C. Tous les musulmans cherchent à faire déposer leur dépouille
-mortelle dans les immenses cimetières qui entourent le tombeau du saint.
-
-L’autre rive de la Corne d’Or était peuplée également. Il y avait à
-Galatiani (_Sutludje_), un ayasma réputé pour guérir la stérilité et
-rendre abondant le lait des nourrices: de là son nom de Galatiani.
-
-Une partie de l’arsenal actuel (_Tersané_)[27], qui se trouve près
-de Haskeuy, était appelée autrefois Paraskeuè et aussi Keramidia
-(quartier de _Piri Pacha_), parce que l’on y fabriquait des briques et
-des tuiles. Sur la hauteur s’élevait Sainte-Paras Kévi. Près de là se
-trouvait _l’Ok Meidan_ (place aux flèches), une plaine où les anciens
-Turcs s’exerçaient au tir à l’arc.
-
- [27] Les Turcs ont tiré ce nom du mot _Darcina_, dont
- les Espagnols se servent pour désigner les chantiers.
- L’origine de ce mot paraît être Dar-u-ssnaa, mot arabe
- qui signifie atelier.
-
-Galata, jadis une des quatorze régions de Byzance, fut habité dans
-la suite par les Génois. C’était une citadelle entourée de murailles
-percées de douze portes et garnies de plusieurs tours. Ces portes
-étaient appelées par les Turcs, 1, _Tophané Kapoussou_; 2, _Azeb
-Kapoussou_; 3, _Kutchuk Koulé Kapoussou_; 4, _Buyuk Koulé Kapoussou_;
-5, _Meit Kapoussou_; 6, _Kurkdji Kapoussou_; 7, _Yag Kapan Kapoussou_;
-8, _Moumhané Kapoussou_; 9, _Kiredj Kapoussou_; 10, _Egri Kapoussou_.
-Les portes des murs de séparation s’appelaient: 1, _Kutchuk Karakeuï
-Kapoussou_; 2, _Mikhal Kapoussou_; 3, _Meïdanjik Kapoussou_; 4, _Klisee
-Kapoussou_; 5, _Itch Azeb Kapoussou_; 6, _Sarik Kapoussou_.
-
-Le nom de Galata vient, d’après quelques auteurs, des vacheries qui y
-existaient autrefois. On l’appelait aussi Sycae (figuiers), à cause des
-figuiers qui y poussaient en grand nombre. Certains auteurs attribuent
-l’origine du nom de Galata aux Gaulois qui y résidèrent et que les
-Grecs appelaient Galates, mais cela ne semble pas très fondé, et
-l’étymologie la plus vraisemblable paraît être celle qui s’explique par
-les vacheries de Galata (lait). On l’appelait aussi Justinianopolis.
-Quand il fut indépendant de Byzance, Galata devint une place forte.
-
-
-[Illustration: Pl. 11.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Galeries supérieures du Gynécée.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Arcades supportant les galeries supérieures.]
-
-
-Sur le point le plus élevé des murailles se dressait une tour nommée
-Tour du Christ (_Galata Koulessi_). Quoique la partie supérieure en
-ait été démolie, la tour a été conservée jusqu’à nos jours. Elle avait
-été construite sous Zénon (474-491), puis surélevée à deux reprises en
-1348 et en 1446. La tour possède aujourd’hui un escalier en pierre, de
-146 marches prises dans l’épaisseur du mur et comprend intérieurement
-cinq grands paliers en bois. Au sommet de la tour s’élevait une croix.
-Un incendie détruisit le toit en 1794; le monument fut ensuite réparé
-sous le règne du sultan Sélim. En 1824, devenu encore une fois la proie
-des flammes, il fut réparé par le sultan Mahmoud. La tour n’a plus son
-toit primitif. Elle est aujourd’hui occupée par des gardes chargés de
-veiller aux incendies.
-
-Pour récompenser les Génois qui avaient aidé les Byzantins à secouer
-le joug des Latins, l’empereur Michel Paléologue leur avait donné
-Galata et le faubourg de Péra. Une fois établis (1267), les Génois
-se placèrent sous l’autorité d’un podestat nommé par la république
-de Gênes. C’est seulement en 1303, sous Andronic, qu’ils obtinrent
-l’autorisation d’entourer leur ville d’un mur d’enceinte; et ce n’est
-qu’en 1341, après bien des difficultés, qu’ils parvinrent à transformer
-leur mur en une forteresse munie de tours. L’ancienne ville génoise est
-aujourd’hui le centre du commerce de la capitale.
-
-Pendant le siège, les Génois avaient conclu avec le Sultan un traité
-de neutralité et avaient ainsi pu sauver leur vie et leurs biens.
-Mais Mehmet II, instruit de l’infidélité des Génois qui avaient aidé
-secrètement les Byzantins, fit démolir leurs murs et leur imposa un
-conseil municipal.
-
-Deux ponts en fer, construits par les Ottomans, relient aujourd’hui
-Galata à la capitale. Au temps des Byzantins, il n’existait qu’un pont
-en bois aux environs d’Eyoub.
-
-Galata garde encore plusieurs maisons byzantines. C’est le seul
-quartier qui ait conservé un si grand nombre de types de l’architecture
-civile du XIVe siècle. Entre autres monuments de cette époque, on
-peut citer _Arab-Djami_, ancienne église transformée, après la
-conquête arabe, en mosquée; l’église de Saint-Pierre, le couvent de
-Saint-Benoît, occupé par les Lazaristes. En dehors des murs de Galata,
-s’étendaient des vignes et des jardins. Plus tard, quand les habitants
-de Galata se multiplièrent, la ville se développa, formant sur ses
-hauteurs le faubourg de Péra, qui est actuellement le quartier européen.
-
-Le nom de Péra provient du mot grec πέρα (qui signifie au delà, d’où
-περαία, le quartier de la rive opposée). Les Turcs l’appelaient _Bey
-Oglou_, qui veut dire fils du Prince, parce qu’un des fils de Jean
-Comnène habitait ce faubourg. Le nom de _Tarlabachi_ démontre encore
-que ces parages ne contenaient au XVIe siècle que des champs et des
-vignes.
-
-Le Bosphore depuis Galata était bordé de villages. Pour arriver au
-village Argyropolis (_Foundouklou_) renfermant l’église de Saint-André,
-il fallait traverser une forêt. Un peu plus loin, s’élevait le village
-de Diplokionion ou Gunella, _Bechiktache_ (_bechik_, berceau, _tache_,
-pierre.) Entre Argyropolis et Diplokionion se trouvait un port qui
-fut comblé sous Ahmed Ier en 1023 de l’Hégire et qui fut nommé _Dolma
-Bagtché_. Arnaoutkeuy, connu par ces forts courants que les Grecs
-appelaient _Megarevma_, possédait l’église de l’archange Saint-Michel,
-construite par Constantin et réparée par Justinien. Chelae (_Bebek_)
-possédait un temple de Diane. Après le village de Bebek on trouve
-_Roumili-Hissar_, château fort construit en quatre mois par Mahomet
-II avant la conquête de Byzance. Sténia, autrefois Sosthénion, ou
-Léosthénion, village du Haut-Bosphore, possédait un temple et la statue
-que les Argonautes avaient élevée en l’honneur du Génie qui les avait
-secourus. Constantin le Grand consacra ce temple à l’archange saint
-Michel. Il fut détruit en 865 pendant l’invasion russe.
-
-Les habitants du Bosphore voyaient alors pour la première fois
-l’invasion d’un peuple qui, jusqu’alors, leur était inconnu. C’étaient
-les Russes idolâtres, qu’ils appelaient les «Rhos homicides». Sous la
-conduite d’Ascold et de Dir, leurs chefs, les Russes avaient traversé
-le Pont-Euxin sur des centaines de petits navires et occupé les rives
-du Haut-Bosphore. «Ils décapitèrent les moines, dit M. Schlumberger,
-les crucifiant, les tuant à coups de flèches et s’acharnant à leur
-enfoncer des clous dans le crâne.»
-
-Thérapia, qui veut dire en grec «guérison», était un lieu de
-convalescence pour les malades, désireux de changer d’air. Ancien
-promontoire de Simas, cette ville possédait autrefois un temple de
-Vénus Meretricia, vénéré par les navigateurs.
-
-Buyukdéré était appelé Bathycolpos, ou Megas Agros; on prétend que
-Godefroy de Bouillon y avait campé.
-
-Après avoir passé _Roumili-Kavak_, où Jason avait élevé un autel à
-Cybèle et les Byzantins le temple de Sérapis, on arrive aux châteaux
-forts que les Génois avaient construits afin de s’assurer le commerce
-du Bosphore. Les Génois avaient, dit-on, fermé le détroit par une
-chaîne semblable à celle des Byzantins.
-
-Ensuite vient _Buyuk Liman_, ancien port des Ephésiens, protégé par le
-cap _Garibtché_, la Charybdis des Phéniciens.
-
-La côte asiatique du Bosphore ne comptait pas moins de villages.
-A l’entrée du Bosphore, près de la mer Noire, sur les hauteurs du
-promontoire de Hiéron (_Anatoli-Kavak_), on voyait le grand château
-génois, _Hiero Kalessi_, ancienne forteresse dont subsistent encore les
-ruines, et le temple des douze dieux, consacré par l’Argien Phrygos et
-doté par Jason à son retour de la Colchide. On peut encore rappeler,
-tout près de là, le temple de Jupiter élevé par les Chalcédoniens.
-Ce temple fut transformé en église par Justinien. Les anciens se
-disputaient la possession de ce promontoire qui était la clef du
-Bosphore.
-
-Au pied de ce promontoire, la douane byzantine était établie. Prusias,
-roi de Bithynie, l’avait enlevée aux Byzantins en 192 avant J.-C.
-Vers le XIVe siècle, les Génois l’occupèrent sous les Paléologues et
-bâtirent, avec les fragments d’Hiéron, le château fort dont on retrouve
-aujourd’hui les ruines.
-
-«C’est en ce lieu grandiose, raconte M. Schlumberger, que l’eunuque
-pontife, Ignace, arraché à sa cellule d’Anderovithos, fut jeté par
-ses gardes dans une étable à chèvres; on l’y laissa de longs mois en
-plein hiver, demi nu, enchaîné, mourant de faim. Chaque jour, Lalacon
-le frappait et le couvrait d’injures. On croit rêver en songeant que
-ce prisonnier était le chef de l’église établie et que ceci se passait
-à quelques heures de la ville la plus civilisée, rendez-vous des
-philosophes et des lettrés de tout l’ancien monde».
-
-[Illustration: Pl. 12.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Gynécée.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Gynécée.]
-
-En suivant la rive asiatique du Bosphore, on arrive à la petite échelle
-nommée _Sutludjé_, d’où un sentier conduit sur la plus haute montagne
-du Haut-Bosphore. Au sommet de cette montagne (180 mètres au-dessus
-de la mer) se trouve le tombeau de Josué (_Youcha_), le juge des
-Hébreux, vénéré aussi par les musulmans. Les superstitions de tous les
-temps se mêlent autour de cette tombe gigantesque qui a quatre mètres
-de longueur et un demi-mètre de largeur. Selon les uns, c’était le
-lit d’Hercule, selon les autres le tombeau d’Amycus, tué par Pollux.
-Les musulmans la considèrent comme la tombe de Josué. Les malades
-s’y rendent souvent et, pour se mettre sous la protection du saint,
-attachent des bouts de chiffons aux grilles de cette tombe, espérant
-ainsi obtenir la guérison de leurs maux.
-
-Cette montagne possède quelques ruines byzantines provenant peut-être
-de Saint-Pantéléimon et un _ayasma_ (source sacrée) dont l’eau donne
-aux femmes stériles, dit-on, l’espoir de connaître les joies de la
-maternité. A l’époque byzantine, cet endroit portait le nom de Κλίνη
-Ἡρακλέους, lit d’Hercule.
-
-L’histoire ne parle ni de la mort ni de l’enterrement d’Hercule qui,
-pendant l’expédition des Argonautes, avait quitté ses compagnons avant
-l’entrée du Bosphore. Mais, à ce propos, le docteur Mordtmann, dans ses
-études sur le Bosphore, écrit justement: «En lisant chez Strabon que
-les ossements de Melkart étaient conservés à Cadix dans un magnifique
-tombeau en marbre, au milieu de son temple, nous pouvons bien admettre
-qu’il s’agit aussi, sur le mont du géant, d’un tombeau ou lit de
-Melkart, l’Héraclès Syrien, relique préhistorique de la navigation
-phénicienne pour le Pont-Euxin.
-
-«La découverte d’un dieu phénicien dans les décombres d’Amathonte de
-Chypre, statue en calcaire poreux de 4 m. 20 de hauteur, appartenant
-au VIIIe siècle et conservée actuellement au Musée impérial ottoman
-(pavillon Tchinili Kiosk), nous a fait connaître Baal Melkart, appelé
-par les Hellènes Ἡρακλῆς ἄρχηγευς de Tyr.
-
-«On célébrait la fête du réveil de Melkart pendant la saison où les
-eaux de source recommençaient à couler».
-
-On sait que, bien avant la prise de Troie, les Phéniciens naviguaient
-dans la mer Noire, ouvrant ainsi un chemin au commerce de Tyr et de
-Sidon. D’ailleurs, le nom phénicien Achkenas, donné à cette mer,
-suffirait à l’établir. Les Grecs ont fait de ce nom, Achkenas, ἔυξενος
-(Euxin), attribuant ainsi comme toujours aux mots traduits par eux la
-signification qu’ils leur souhaitaient. Ils appelaient hospitalière
-une mer qui ne l’était guère, souhaitant sans doute calmer, par ce
-qualificatif flatteur, les tempêtes qui l’agitaient.
-
-Au pied de cette montagne se trouve le célèbre village de _Beïkos_, où
-les vaisseaux des Argonautes se ravitaillèrent et où le roi Amycus fut
-tué.
-
-C’est à _Tchoubouclou_ que s’élevait autrefois le cloître des
-Akoimètes. Lembos (_Kanlidja_) possédait un petit port appelé Lycadien,
-Nafzimakion (_Vani Keui_), un monastère construit par Justinien, où les
-femmes de mauvaise vie se retiraient pour y passer leur vie en prières.
-
-Le long des rives asiatiques du Bosphore, nous pouvons citer encore
-les villages d’_Anatoli-Hissar_ où Bayazid Ier construisit un château
-fort pour assurer le passage de son armée sur le Bosphore, Botamonion
-(_Geuk Sou_), où se trouvent les Eaux douces d’Asie, Protos Discos
-(_Tchenguel Keui_), Deuteros Discos (_Beyler bey_), Chrysokeramos
-(tuiles dorées) (_Kousgoundjouk_), le port du Bœuf, _Eukus Limani_,
-et enfin Chrysopolis (ville d’or), aujourd’hui _Scudar_ ou _Scutari_
-situé en face de la pointe du Seraï. Son nom lui venait selon les uns
-de Chrysès, fils d’Agamemnon, et selon les autres du mot _uscudar_ qui
-veut dire en persan lieu de campement. Les Persans accumulaient les
-richesses de l’Asie Mineure dans cette ville qui a joué dans l’histoire
-un rôle important. A l’époque des Byzantins, ces parages étaient
-désignés pour servir au campement des soldats nommés _scutarii_, qui y
-avaient leur caserne appelée _scutarion_. Cette étymologie paraît la
-plus vraisemblable.
-
-Entre cette ville et Byzance, à peu de distance du rivage asiatique, se
-dresse en pleine mer un petit rocher surmonté d’une tour. Dans cette
-tour qui a perdu sa forme primitive, les Byzantins avaient installé
-un bureau de douanes, et elle est célèbre dans l’histoire sous le nom
-de la tour de Damalis. Damalis, femme de Charès, général athénien qui
-résidait à Chrysopolis, fut enterrée sur ce rocher même. Les Européens
-l’appellent tour de Léandre et les Turcs, _Kis Koulessi_ (tour de la
-fille). Après la conquête turque, cette tour ayant menacé ruine fut
-démolie et rebâtie en bois. Quand elle fut plus tard la proie des
-flammes, on la rebâtit en pierre (sous Ahmed III).
-
-Damalis, le promontoire situé vis-à-vis de la tour de Léandre, portait
-une statue représentant une vache. Une autre statue semblable se
-trouvait entre _Couroutchéchmé_ et _Ortakeui_, sur un point appelé
-Vaka. Plusieurs promontoires du Bosphore portaient également des
-colonnes que les Phéniciens avaient érigées sur le passage de leurs
-navigateurs et qui remplissaient un rôle analogue au service actuel des
-phares.
-
-Chalcédoine, _Kadi Keuï_[28], existait bien avant la fondation de
-Byzance. C’est la ville que la fable a présentée comme le village
-des aveugles; les raisons qui avaient fait choisir Kadi Keuï, de
-préférence à la ville de Byzance, ne témoignaient pourtant pas d’un
-tel aveuglement. Elles étaient inspirées par diverses considérations
-pratiques, telles que la fertilité du sol, l’abondance de l’eau et
-peut-être aussi par ce fait que la côte d’Europe était déjà occupée
-par un peuple guerrier, comme l’attestent les murs cyclopéens mis à
-jour par les travaux du chemin de fer de la Turquie d’Europe à la
-pointe du Seraï. Le Dr Paspati prétend même qu’il a dû exister là
-autrefois une acropole semblable à celle de Mycènes et de Troie.
-Codinus dit qu’à la place de la colonne brûlée s’élevait un sanctuaire
-du cavalier thrace.
-
- [28] Le nom actuel de _Kadi Keuï_ (village du juge)
- date du moment où les revenus de ce village ont
- été donnés comme appointements, _Arpalik_, par le
- Sultan conquérant à Hidir bey, premier Kadi (juge) de
- Constantinople.
-
-Ce village était fameux par son temple d’Apollon, que remplaça l’église
-d’Euphémie rendue célèbre par le concile de 451. Valens en avait démoli
-les murailles pour construire son aqueduc. Les Turcs l’appelèrent
-d’abord _Kaldja Dunia_[29].
-
- [29] D’après Melling, l’architecte du Sultan Selim III,
- qui dessina en 1715 une vue de ce village, Kadi Keuï ne
- possédait alors que 400 maisons environ; actuellement
- on en compte plus de dix mille.
-
-Depuis Chalcédoine jusqu’à la ville de Nicomédie (_Ismid_), on
-rencontrait de petits villages tout le long de la rive asiatique de la
-Propontide. Après avoir doublé le promontoire de _Moda Bournou_[30],
-occupé par une partie de Chalcédoine et qui était dans le temps le
-comptoir phénicien, on se trouve en présence de _Kalamick Keurfezi_,
-ancien port d’Eutrope, dont le nom rappelle le vieil eunuque
-qui succéda à Rufin. La rive méridionale du port est limitée par
-l’ancien cap Hiéron où s’élève actuellement un phare. C’est un des plus
-beaux points de vue des environs de Constantinople. Justinien y avait
-bâti un palais, des bains et des chapelles. Théodora y venait souvent
-passer l’été, fuyant la vie agitée du cirque et la terreur des grandes
-séditions.
-
- [30] Dans les couches inférieures de la falaise, on a
- dernièrement découvert des ustensiles et des objets
- appartenant aux époques préhistoriques; le Dr Mordtmann
- les juge semblables aux antiquités découvertes à
- Chypre. Voici ce que dit à ce sujet le savant docteur:
- «Il est permis de formuler deux conclusions: d’abord
- la présence d’une population indigène (Thrace) dans la
- vallée de _Kourbali Dèré_ où furent récemment trouvés
- par M. Milliopoulo des ustensiles préhistoriques de
- l’âge de la pierre polie, et qui sont identiques à
- ceux découverts par Schliemann à _Hissarlik_. Cette
- population doit être contemporaine de celle de
- Hissarlik; ensuite, l’existence d’un établissement sur
- le plateau de _Moda Bournou_ à l’époque égéenne où se
- faisaient les échanges commerciaux avec les étrangers
- arrivant par mer.»
-
- Ce comptoir existait encore au IXe siècle, lorsque les
- premiers colons mégariens apportèrent le culte dorien
- d’Apollon. Une preuve de plus de l’existence d’une
- peuplade préhistorique sur la côte asiatique résulte de
- ce fait que nous-mêmes avons constaté récemment sur le
- promontoire de _Maltépe_ des vestiges de cette époque,
- rappelant un tumulus. Les fouilles que nous allons
- incessamment y entreprendre en préciseront sans doute
- l’origine.
-
-
-[Illustration: Pl. 13.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Galerie supérieure.
-
- ÉGLISE DE SAINTE-IRÈNE.]
-
-
-Sur l’extrême hauteur du mont de _Kaïch Dag_, était bâti un monastère;
-on y découvre aujourd’hui, quand on fouille le sol, des mosaïques qui
-en proviennent.
-
-Là encore se trouvait la station de télégraphie optique. Cette station
-communiquait jusqu’à la frontière par l’intermédiaire de postes situés
-sur les points les plus élevés des montagnes. Dès que l’ennemi était en
-vue, on allumait de grands feux sur le poste le plus voisin, et chacun
-des autres, répétant à son tour le signal, transmettait la nouvelle
-jusqu’à la station, établie dans le jardin du Palais impérial byzantin.
-
-Le Grand Palais correspondait ainsi, par des signaux et des feux, avec
-toutes les provinces de l’empire. Les restes du phare employé à cet
-effet, et qui portait le nom de Kontoscopium, ont été retrouvés par M.
-Paspati dans l’enceinte du Grand Palais, au milieu d’une agglomération
-de maisons turques. Un corps spécial, militairement organisé, montait
-la garde dans ce monument dont l’importance était très grande pour
-la sécurité de l’Empereur. Cela n’empêcha pas Michel III, surnommé
-l’ivrogne, qui était passionné pour les jeux du cirque, de supprimer
-tous les signaux, parce qu’un jour, pendant les jeux, un signal ayant
-annoncé l’ennemi, l’esprit du peuple en avait été troublé et le plaisir
-de l’Empereur compromis.
-
-Dans la Propontide, à une distance d’une dizaine de milles de la
-capitale et à l’entrée du golfe de Nicomédie, en face de l’Olympe de
-Thrace, vieille montagne sacrée du paganisme asiatique, se trouvent
-plusieurs îles appelées dans le temps Demonisia (îles du peuple) ou
-Papadonisia (îles des prêtres), à cause de leurs nombreux monastères et
-couvents. On les a appelées aussi îles des Princes. Comme les intrigues
-du palais ne cessaient jamais à Byzance, ces îles servirent en effet
-pendant des siècles de lieu d’exil aux empereurs détrônés et aux plus
-illustres personnages de l’histoire byzantine.
-
-Nul coin sur la terre n’a vu mourir plus de princes et de princesses,
-souvent les yeux crevés, au fond des cellules. Nul endroit dans le
-monde n’est rempli d’aussi tragiques souvenirs, contrastant avec la
-beauté naturelle et le pittoresque de ces îles.
-
-Elles ne contenaient autrefois que les monastères fondés en majeure
-partie par des princes et princesses. Quelques bâtiments sans intérêt
-architectural, agglomération d’oratoires, d’églises, de logements
-pour les prêtres, de cellules, quelques cabanes de pêcheurs et de
-fournisseurs des monastères, formaient l’ensemble de ces constructions.
-Les îles des Princes, au nombre de neuf, sont disposées en quelque
-sorte sur une ligne parallèle à la côte asiatique, dans l’ordre
-suivant: Proti, Antigoni, Pitys, Halki, Prinkipo, Andérovithos, ou
-Terebinthos, Neandros et, un peu à l’ouest vers l’Hellespont, Plati et
-Oxya.
-
-De ces neuf îles, quatre seulement sont habitées aujourd’hui, les
-autres n’étant que des étendues de terre sans arbres et sans eau.
-L’île la plus rapprochée de la capitale s’appelait Proti (première)
-(_Tinaki_). Elle contenait trois monastères et une gigantesque citerne
-dont on voit encore les restes. L’Empereur romain Lécapène fut relégué
-par ses propres fils dans un de ces monastères que le Romain avait bâti
-sur la partie la plus élevée de l’île. Là fut enterré le corps mutilé à
-coups de hache de l’empereur Léon l’Arménien (820). Michel Rangabé et
-plusieurs autres y furent exilés après avoir eu les yeux crevés.
-
-La deuxième île s’appelait Antigoni, en turc, _Bourgas_, «Antigoni
-doit, semble-t-il, son nom, dit M. Schlumberger, au fameux Antigone,
-l’ancien général d’Alexandre. Son fils, Démétrius Poliorcète, voulut
-de la sorte immortaliser le nom de son père lorsqu’il vint dans la mer
-de Marmara, en 298 avant J.-C., combattre pour la liberté des détroits
-et l’empire du monde, contre Lysimaque de Thrace et Cassandre de
-Macédoine.» Là se trouvait l’ancienne église de Saint-Jean-Baptiste
-construite par l’impératrice Théodora (842), après la mort de son
-époux, Théophile l’Iconoclaste. Basile le Macédonien y avait fait bâtir
-un couvent. Constantin Porphyrogénète y avait fait enfermer Etienne,
-fils de Lécapène (912-959).
-
-Tout près de cette île on voit l’île de Halki, appelée en turc,
-_Heibeli Ada_, et qui tirait son nom de Halki, Chalcitis, d’une mine de
-cuivre très probablement déjà exploitée dans les temps préhistoriques.
-Des gâteaux de cuivre récemment découverts à Moda semblent provenir de
-cette mine.
-
-Halki possédait le couvent de la Panagia bâti par Jean Paléologue
-et sa femme Marie. Ce couvent brûla en 1672. Sur son emplacement
-s’élève actuellement l’école grecque commerciale. On y trouvait aussi
-le monastère de la Trinité, fondé par Photius, un des patriarches
-les plus savants du IXe siècle, qui proclama en 857 le grand schisme
-d’Orient. «On ne sait rien, dit M. Schlumberger, de l’histoire de cet
-édifice à l’époque byzantine, ni de celle des moines qui y ont vécu
-sous les empereurs grecs, comme sous les sultans ottomans.» Une école
-théologique grecque, qui est actuellement le séminaire de l’Église
-orthodoxe, fut en 1844 construite sur son emplacement. En 1828, pendant
-le conflit turco-russe, le monastère de Halki devint le séjour des
-prisonniers russes. A une faible distance du collège, non loin du
-cimetière russe, on remarque la tombe de sir Edouard Barton, le second
-ambassadeur anglais envoyé auprès de la Sublime Porte et mort (1598) à
-Halki.
-
-Parmi les îles habitées, la plus éloignée de la ville s’appelait
-Prinkipo, _Buyuk ada_. C’est la plus grande et la plus importante: elle
-est formée de deux grands pics séparés l’un de l’autre par un col; elle
-a à peu près 8 kilomètres de circonférence et forme un site des plus
-pittoresques. Au nord-ouest de la ville, se trouvait le couvent appelé
-Camaraïa (les voûtes) ou monastère d’Irène, construit d’abord par
-Justin et reconstruit par l’impératrice Irène. Cette dernière, régente
-pour son fils Constantin, le détrôna, et après lui avoir fait crever
-les yeux, l’emprisonna dans ce couvent. Elle y avait aussi enfermé sa
-petite-fille, Euphrosyne, que l’empereur Michel le Bègue (820-829)
-enleva plus tard pour l’épouser.
-
-L’impératrice Irène, détrônée à son tour par Nicéphore le logothète,
-fut reléguée d’abord dans ce monastère, puis transférée à Lesbos
-(Mitylène), où elle mourut en 803. On ramena son corps à Prinkipo et on
-l’inhuma dans ce même couvent.
-
-Actuellement, du grand couvent de femmes de Prinkipo, on ne voit que
-des chambres demi voûtées, des restes de cellules, et les murs épais
-d’un oratoire.
-
-L’impératrice Zoé, fille de Constantin VIII, fut aussi reléguée à
-Prinkipo par ordre de Michel le Calfat, et la mère d’Alexis Comnène et
-ses enfants y furent emprisonnés par ordre de Michel Ducas.
-
-Cette île compte encore plusieurs autres monastères, dont les
-principaux sont reconstruits, tels que celui de Christos et de
-Saint-Nicolas et celui de Saint-Georges.
-
-Les autres petites îles, quoique non habitées, ont été aussi le
-théâtre d’événements historiques: Constantin, fils de l’empereur Romain
-Lécapène, fut exilé en 945 par son père à Terebinthos, située en face
-du couvent de Saint-Nicolas. Le patriarche Théodose y fut relégué par
-ordre d’Andronic Comnène en 1183.
-
-Oxya (la pointue), située derrière les îles de Proti et d’Antigoni, vit
-l’exil de Gébon qui prétendait être fils de l’impératrice Théodora,
-ainsi que celui de Niképhoritzès, le cruel eunuque, à qui l’on avait
-auparavant crevé les yeux. On y remarquait un petit oratoire, devenu
-célèbre et qui avait été bâti par le patriarche Anastase.
-
-Plati (la plate) voisine d’Oxya, fut un lieu de supplices. On y
-voit encore les ruines d’une ancienne église, élevée en 860 par le
-patriarche Ignace Rangabé, ainsi que celles des horribles prisons
-souterraines, véritables tombeaux vivants, dont l’origine remonte
-à l’époque hellénique, et les vestiges d’un château construit en
-ces temps derniers par un anglais, sir Henry Bulwer. Par ordre de
-l’empereur Constantin VIII, le patrice Basile Bardas fut emprisonné
-dans les oubliettes de Plati.
-
-Les îles des Princes durent à leur voisinage de la capitale d’être
-souvent pillées par l’ennemi et ravagées par les pirates. Pendant la
-conquête latine, Dandolo avait recommandé le pillage des îles des
-Princes comme moyen d’approvisionnement.
-
-«Plusieurs fois encore, dit M. Schlumberger, sous le terrible Andronic
-Comnène, puis sous Andronic Paléologue le vieux, des aventuriers
-latins vinrent occuper les îles, après y avoir brûlé couvents et
-maisons d’habitations. Les corsaires vénitiens de Candie, en arrivant
-à Prinkipo, brûlèrent toutes les constructions et s’emparèrent de tous
-les habitants, moines et laïques. Puis, ayant empilé sur leurs navires
-les plus considérables de leurs captifs, ils allèrent jeter l’ancre
-en vue de Constantinople. Là, ces infortunés, dépouillés de leurs
-vêtements, furent pendus par les pieds aux vergues des mâts et déchirés
-à grands coups de fouet: il fallut que le vieil Andronic vidât son
-trésor presque épuisé déjà, pour payer à ces forbans les quatre mille
-pièces d’or de rançon qu’ils réclamaient.»
-
-
-IV.--LES MURS ET LES TOURS
-
-Constantin avait entouré Constantinople d’une enceinte qui enfermait
-seulement les cinq collines de la ville. Ces murs commençaient à
-proximité de Psamatia et arrivaient à l’ancienne porte Dorée, près
-de la mosquée _Essé-Kapoussou_, dont le nom fut plus tard donné à la
-porte Dorée de la ville. Ils passaient près du monastère de Dius,
-traversaient la vallée du Lycus et, après avoir gravi la colline qui
-partait de l’église des Saints-Apôtres, descendaient à la porte de
-Platea Mesa (_Oun Kapani_).
-
-Aujourd’hui, on ne rencontre que quelques fondations en ruines de cette
-muraille. La construction et la garde de ces murs avaient été confiés à
-40.000 Goths.
-
-Plus tard, sous Théodose II, il fallut élargir cette enceinte, et
-protéger les nouveaux quartiers qui s’étaient formés en dehors des murs
-constantiniens. Le préfet Anthémius bâtit d’abord en 412 un premier
-mur intérieur, puis en 447, Cyrus Constantin, un autre préfet, doubla
-la nouvelle muraille qui avait souffert d’un tremblement de terre,
-et porta le fossé plus loin. Ce sont ces murs que l’on voit encore
-aujourd’hui. «Ce rempart, dit M. Schlumberger, est bien plus grandiose
-que celui de Rome, plus poétique et plus sauvage que celui d’Avignon,
-infiniment plus étendu et plus important que ceux de Carcassonne ou
-d’Aigues-Mortes.»
-
-L’ensemble de tous les murs qui défendaient la ville formait un
-triangle. Les murs maritimes ne comportaient qu’une rangée de murs
-consolidés par des tours, tandis que ceux du côté de la terre étaient
-les plus importants. Ils consistaient en trois lignes de défense,
-protégées par des tours octogonales, carrées et hexagonales et par un
-vaste fossé rempli d’eau.
-
-Les eaux de la Propontide pénétraient dans le fossé jusqu’à la porte
-de Pigi, et celles de la Corne d’Or jusqu’à un certain point près des
-Blaquernes. A partir de ces deux points, le terrain était en effet plus
-élevé que le niveau de la mer, et le fossé n’était plus rempli que par
-les eaux de pluie. Des diataphrismata (murs, digues) arrêtaient l’eau
-aux points inclinés, en sorte que la ville se trouvait entourée de tous
-côtés par les eaux. Des ponts en bois reliaient les rives entre elles.
-On les détruisait en temps de guerre. Les portes militaires n’avaient
-pas de ponts. Les ponts en pierre qu’on voit actuellement sont d’une
-construction postérieure à la conquête de Constantinople.
-
-Les murs théodosiens s’étendaient depuis la côte de la Propontide
-jusqu’au palais de Blaquernes. La partie située entre Tekfour-Séraï
-et la Corne d’Or était plus fortifiée que les autres. Le palais
-des Blaquernes était entouré par quatre rangées de murs. Le mur de
-l’intérieur avait été construit par Anastase, lors de la reconstruction
-du palais ou plus probablement par Héraclius, quand il arma la ville
-en prévision de l’agression des Avares. La quatrième ligne de défense
-était formée par des murs solidement construits qui touchaient d’un
-côté au fossé du tribunal et de l’autre à la tour d’Isaac l’Ange.
-
-La colline des Blaquernes était divisée en deux parties par un mur:
-l’une, avec le palais et le quartier des Caligaria et l’autre, la
-partie basse de la colline, qui touchait à la Corne d’Or. Cette
-dernière, comprenant les églises de Notre-Dame des Blaquernes, des
-Saints-Nicolas et Priscus et de Saint-Pierre et Saint-Marc, n’était
-défendue que par deux rangées de murs construits sous Héraclius.
-
-Léon V l’Arménien y avait ajouté un second mur destiné à protéger
-l’église des Saints-Nicolas et Priscus restée hors des murs
-d’Héraclius. Ce petit quadrilatère, qui contient aujourd’hui un ayasma,
-est appelé d’après les topographes modernes Pentapyrgion, tandis que
-d’après les historiens byzantins, le bâtiment de ce nom faisait partie
-du grand palais bâti sur la Propontide. Les murs avaient 16 kilomètres
-de longueur et étaient renforcés par plus de 400 grandes tours de
-formes différentes. La plupart de ces tours sont carrées; quelques-unes
-sont de forme hexagonale, octogonale ou ronde. Elles avaient à
-l’intérieur plusieurs étages, auxquels on accédait par des escaliers
-en pierre, pris dans l’épaisseur des murs. Chaque tour était munie de
-canons, de grosses pierres et d’autres engins de guerre.
-
-Ces murs, souvent ébranlés par les tremblements de terre et par les
-assauts des armées ennemies, tombèrent plus d’une fois en ruine et
-furent réparés au cours des siècles par les différents empereurs
-byzantins, et principalement par Théophile, qui les reconstruisit de
-fond en comble, ainsi que l’indiquent plusieurs inscriptions gravées
-sur les tours. Les murs et les tours ont été à différentes reprises
-consolidés par les Turcs après la prise de Constantinople. Ce serait
-donc une erreur de voir dans ces ruines les effets de la guerre. En
-les observant avec soin, on constate qu’elles proviennent surtout des
-ravages du temps et des tremblements de terre.
-
-
-[Illustration: Pl. 14.
-
- ÉGLISE SAINTS SERGE ET BACCHUS.--Chapiteaux et frise.
-
- MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Intérieur de la chapelle latérale.
- (Parekklesion.)]
-
-
-Parmi les tours les plus remarquables, plusieurs sont célèbres par
-le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire. Les tours du Cyclobion,
-_Yedi-Koulé_ (les sept tours), appelées aussi par les Grecs
-Pentapyrgion, car le château n’avait alors que cinq tours, furent
-réparées et reconstruites successivement par les sultans turcs, et
-servirent longtemps de prison aux ambassadeurs étrangers. Deux de ces
-tours furent ajoutées en 1470 par Mehmet II. Les deux tours carrées qui
-protègent la porte Dorée consistent simplement en des blocs de marbre
-posés les uns sur les autres.
-
-Les prisonniers des légations européennes étaient jusqu’en 1768
-enfermés dans les cachots de ces tours. A cette date, M. Obreskow,
-chargé d’affaires de Russie, qui était en prison, tomba malade et les
-autres ambassadeurs obtinrent du Sultan que les prisonniers pussent
-habiter une des maisons qui se trouvaient dans l’enceinte du château
-fort. Il y avait une dizaine de maisons et une mosquée destinées aux
-troupes de la garnison, qui comportait l’agha (commandant), le kahia
-(lieutenant), 6 beuluks bachi (officiers) et environ 50 soldats.
-Dans la suite, le général Sébastiani, alors ambassadeur de France à
-Constantinople, amena le Sultan à autoriser M. Obreskow à retourner
-dans son pays.
-
-Le plan de ce château fort qui figure dans l’ouvrage de Melling, a
-été dessiné d’après les renseignements fournis par M. Pouqueville
-aîné, consul général de Janina, qui a été longtemps enfermé dans cette
-prison. Il nous donne une idée exacte de la disposition des maisons qui
-existaient alors dans son enceinte.
-
-Près de la porte de Selymbria, on trouve la tour dite de Constantin; on
-y voit six colonnes de marbre rouge encastrées dans les murs. Un peu
-plus loin, la tour de Saint-Romain.
-
-A l’endroit où les eaux de la vallée du Lycus pénètrent dans la
-ville, s’élève une tour appelée par les Ottomans _Soulou Koulé_ (tour
-mouillée); vient ensuite la tour d’Andronic et la tour de Basile.
-Puis, sur les murs de Manuel, se trouvent la tour d’Isaac l’Ange et la
-tour d’Anémas. Cette dernière servait de prison. Son nom provenait,
-dit-on, de Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut enfermé
-sous Alexis Comnène.
-
-La tour d’Isaac l’Ange avait trois fenêtres sur la façade extérieure
-et un balcon. Les trois autres façades n’avaient qu’une seule fenêtre
-chacune. De ces fenêtres, celle du sud faisait communiquer l’intérieur
-de la tour avec la plate-forme des murs, celle du nord servait de
-communication avec le chemin de ronde de la tour d’Anémas. Tout près de
-cette tour on voit aujourd’hui les substructions d’un mur qui séparait
-jadis le palais du quartier des Blanquernes. La tour a servi au dernier
-empereur de Byzance d’observatoire pour étudier les mouvements de
-l’ennemi pendant le siège.
-
-A côté des murs maritimes de la Propontide, une des tours les plus
-célèbres était celle de _Marmara Koulé_, la tour de marbre, dont
-le pied est baigné par les eaux de la Propontide. Elle servait de
-prison aux Byzantins. Son origine remonte au temps de la dynastie
-macédonienne. Dans cette tour, on peut voir la prison des Byzantins
-mentionnée par Nicétas Acominate. On y voit encore l’ouverture par
-laquelle on jetait les corps des suppliciés dans la mer. Près de cette
-tour, il en existait une autre appelée par les Turcs _Arab Koulessi_
-et qui servait jadis d’hôtel des monnaies. A l’ouest de cette porte,
-une échelle nommée _tach iskellessi_ était autrefois utilisée pour le
-débarquement des empereurs quand ils se rendaient du Grand Palais à
-Pigi par voie de mer.
-
-La tour des Manganes est souvent citée également par les historiens.
-Il est assez difficile aujourd’hui d’indiquer d’une façon exacte son
-emplacement, qui était voisin de l’Acropole.
-
-Parmi les tours qui garnissaient l’enceinte de Galata, il faut citer
-la tour du Christ qu’on voit encore aujourd’hui, _Galata Koulessi_, et
-qui avait probablement été construite par Anastase Ier ou par Zénon au
-Ve siècle. Cette tour, qui est actuellement la plus élevée, avait 40
-mètres de hauteur et atteignait une altitude de 150 mètres au-dessus
-du niveau de la mer. Elle était recouverte d’un toit conique très
-original. On y montait par un escalier de 140 marches adossées contre
-le mur de la tour, et divisé en huit paliers. On l’appelait aussi tour
-des Génois. D’après Melling, elle servait encore en 1751 de corps de
-garde pour les officiers préposés au maintien de l’ordre public. Au
-premier signe d’incendie, ou dès qu’un événement extraordinaire se
-produisait, l’alarme était donnée de la tour, au moyen d’un énorme
-tambour et, s’il faisait nuit, au moyen de feux allumés au sommet de la
-tour. La tour exhaussée et réparée plusieurs fois par les Turcs a perdu
-sa forme primitive. A l’époque où Melling l’a décrite (1703-1730) elle
-possédait encore son toit conique qui lui donnait un aspect moyenâgeux.
-Ce toit ayant été brûlé en 1794 fut remplacé par un toit d’une autre
-forme.
-
-
-V.--LES PORTES
-
-Parmi les nombreuses portes, on distinguait les portes civiles et les
-portes militaires. Les premières servaient de passage aux habitants
-et facilitaient la communication avec les quartiers situés hors de la
-ville. C’est à elles qu’aboutissaient les routes venant des environs et
-celles partant des portes de la première muraille constantinienne, qui
-n’avait pas été rasée, comme on l’a prétendu à tort. Les portes civiles
-étaient reliées avec l’extérieur par de larges ponts jetés sur le
-fossé. En temps de guerre, on détruisait ces ponts et on murait la baie
-des portes.
-
-Les portes militaires, protégées stratégiquement par des tours et
-d’autres dispositifs, restaient toujours fermées par de lourdes et
-doubles portes en fer et ne s’ouvraient que pour les contre-attaques
-ou pour permettre l’entrée des secours. Plusieurs de ces portes
-militaires, ouvertes pendant la guerre, étaient murées ensuite. Les
-portes civiles de la muraille théodosienne eurent les mêmes noms que
-celles de Constantin. On les distinguait seulement entre elles par
-l’attribut de Vieille et de Nouvelle. Cette appellation a subsisté
-jusqu’à nos jours et plusieurs portes sont qualifiées de «Nouvelles»
-(_Yeni_), bien qu’elles soient couvertes d’inscriptions très anciennes.
-Il est facile aujourd’hui de retrouver l’emplacement de ces portes,
-qui sont encore fort bien conservées. Mais il est plus malaisé de les
-désigner exactement par leur nom, car les plans et ouvrages, édités au
-cours des siècles, ne s’accordent pas sur les noms. Cette confusion a
-induit en erreur plusieurs auteurs, pour ce qui touche, entre autres,
-les portes de Charisios et de Caligaria, qui ont été le théâtre de
-grands événements historiques et qui ont par la suite fait l’objet
-de longues discussions. Les portes murées, en effet, désorientèrent
-beaucoup les topographes, qui ne savaient pas au juste quel emplacement
-assigner à chacune des portes citées par séries dans les ouvrages
-historiques.
-
-
-[Illustration: Pl. 15.
-
- SAINTE-SOPHIE.--Porte en bronze.
-
- MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Chapiteau avec croix de l’église Khora.]
-
-
-Du côté de la terre ferme les portes avaient les situations suivantes:
-
-
-1º _Aurea Porta_ (Porte Dorée), (_Yaldizli Kapou_):
-
-Cette porte, percée dans le mur de Théodose, avait autrefois la forme
-d’un arc de triomphe à trois arcades; celle du centre, destinée au
-passage du cortège triomphal de l’Empereur, était monumentale.
-L’entrée de cette porte était ornée de statues parmi lesquelles
-on remarquait la statue d’Hercule, le supplice de Prométhée et un
-bas-relief représentant une victoire sur Maxime. La grande rue
-triomphale qui traversait la ville pour conduire à l’Augustéon, partait
-de cette porte.
-
-A leur retour de campagne, les empereurs y passaient en triomphe pour
-pénétrer dans la ville. Exclusivement réservée aux entrées solennelles
-des empereurs, elle n’était point accessible au peuple, qui traversait
-le passage ouvert à quelques pas au nord, et qu’on nommait la Petite
-Porte, tandis que pour l’en distinguer, on appelait Grande Porte la
-porte comprise dans le château des Sept-Tours.
-
-«D’après les topographes modernes, dit le Dr Mordtmann, la petite porte
-dorée aurait été ouverte après la conquête ottomane. Mais l’insertion
-de l’arc construit en briques, au niveau des briques des murs
-anthémiens, est un témoignage irrécusable de son origine byzantine.
-
-De plus, au-dessous de la voûte se trouve l’aigle byzantine en marbre,
-emblème que les Turcs n’auraient certainement pas fait figurer là, mais
-qu’ils ont laissé subsister, de même qu’ils ont respecté les images
-dans les églises converties en mosquées.»
-
-
-2º _Porta Pentapyrgii_ (Porte des Cinq-Tours), (_Yedi Koulé Kapoussou_):
-
-Cette porte était la porte civile du château du Pentapyrgion; elle
-fut appelée plus tard Heptapyrgion (Sept-Tours), après qu’un des
-Cantacuzène eut ajouté deux autres tours en 1350. Le château des
-Sept-Tours répond à peu près au style de l’époque byzantine; il était
-connu alors sous le nom de Cyclobion. La forme actuelle remonte à
-l’époque du Sultan conquérant.
-
-Au-dessus de la porte, à l’intérieur, on aperçoit une aigle byzantine
-sculptée sur une plaque et enclavée dans le mur.
-
-
-3º _Porta Pegana_ (porte de Pigi), (_Silivri Kapoussou_):
-
-Sur la façade Est de la tour méridionale anthémienne de cette porte, on
-voit l’inscription suivante:
-
-«Cette porte de la fontaine vivifiante, protégée par Dieu, fut
-réparée avec le concours et aux frais de Manuel Bryenne Leontaris, le
-loyal serviteur de l’empire des très pieux empereurs, Jean et Marie
-Paléologue, au mois de mai 6946 = 1438.»
-
-
-4º _Porta Melandisia_ (_Mevlevi Hané Kapoussou_):
-
-Les nombreuses inscriptions qui la garnissent l’identifient avec
-l’ancienne porte de _Rhegium_; on l’a aussi nommée porte de la Faction
-Rouge ou _Porta Roussii_. A l’intérieur de la porte, on voit quelques
-inscriptions, desquelles le nom de la faction a été enlevé au moyen du
-ciseau.
-
-«Victoire à la fortune de Constantin, notre seigneur protégé par Dieu
-et par la [faction rouge].»
-
-C’est la même porte, dit M. Dethier, à laquelle Igor fixa son bouclier
-en 912, comme signe que les Rhos (Moscovites) reçus hospitalièrement à
-Eyoub comme mécréants, auraient le droit d’entrer dans la cité.
-
-
-5º _Porta Ayos Romanos_ (Porte Saint-Romain), (_Top Kapou_):
-
-Cette porte, surtout, est célèbre dans l’histoire; elle a été appelée
-_Top Kapou_ par les Turcs, parce que le Conquérant avait installé son
-grand canon en face d’elle.
-
-
-6º _Porta Aya Kiriaky_ (Porte des Avares), (_Soulou Koulé Kapoussou_):
-
-Cette porte actuellement murée était ainsi appelée du fait que les
-Avares s’en étaient servis pour entrer dans la ville.
-
-
-7º _Porta Charisii_ ou _Porta Myriandrii_ ou _Polyandrii_ (porte
-d’Andrinople), (_Edirné Kapoussou_):
-
-L’emplacement de cette porte a toujours fait l’objet des plus vives
-controverses. Quelques-uns ont cru qu’elle devait se trouver à la place
-de la porte d’_Egri Kapou_. Mais plusieurs topographes nous démontrent
-que cet emplacement est loin d’être correct. Le Dr Mordtmann ayant
-étudié les différentes inscriptions qui ornent cette porte, la situe au
-lieu dit aujourd’hui, _Edirne Kapoussou_.
-
-
-8º _Porte de Constantin_:
-
-Actuellement murée. Elle se trouve à environ quarante pas vers le sud
-du point où les murs prennent la perpendiculaire, après avoir formé un
-angle près du palais de Constantin.
-
-_Cerca Porta_ (porte du cirque). Selon quelques chroniqueurs, les
-Ottomans seraient entrés pour la première fois dans la ville par cette
-porte, négligée pendant le siège. «Les savants, dit M. Dethier, qui
-prennent pour paroles d’évangile tout ce que les auteurs contemporains
-racontent, se sont évertués à trouver cette porte, l’un par-ci, l’autre
-par-là, sans réfléchir que chaque tour offrait de petites portes de
-sortie, sans parler d’une quantité de _pylidia_ dans les murailles. Ce
-n’est pas là le seul récit que de tous temps, même de nos jours, on
-raconte pour se placer comme invincibles et pour ne pas convenir que
-l’ennemi a été le vainqueur en règle.» Mais si, selon les topographes
-modernes, il existait deux portes de Constantin, l’une appelée porte A
-et l’autre porte B, il faut chercher la porte du cirque ailleurs qu’à
-l’endroit indiqué sur la carte.
-
-
-9º _Porta Caligaria_ ou _Ayos Yannis_ (porte de Saint-Jean), (_Egri
-Kapou_):
-
-Cette porte donnait accès au quartier de Caligaria.
-
-
-10º _Xylina Porta_ (_Aïvan Seraï Kapoussou_):
-
-Cette porte, qui est la dernière sur les murs terrestres, ne conduisait
-pas directement dans la ville. Elle ne servait qu’aux communications de
-la partie littorale de la ville avec la route arrivant du Cosmidion.
-Elle fut détruite dernièrement, en même temps qu’une tour et une partie
-des murs qui reliaient le mur héracléen à la mer. Le quartier qui
-était situé dans la partie du littoral de la ville, entre la mer et
-les murailles, était appelé τὸ μέροσ τοῦ Κυνηγοῦ, mais il faut bien
-distinguer cette appellation de celle du théâtre des combats de bêtes
-fauves situé sur la pointe du Seraï.
-
-
-11º _Poterne de Saint-Callinique_:
-
-Était célèbre du temps des Byzantins comme lieu d’exécution des
-condamnés.
-
-A côté de la _Xylo Porta_, il y a une porte qui mène directement à
-l’Ayasma des Blaquernes. Cette porte n’a été ouverte que lorsque la
-porte des Blaquernes eut été définitivement close.
-
-
-[Illustration: Pl. 16.
-
- MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--(Ancienne église de Khora.)]
-
-
-VI.--LES PORTES DES MURS MARITIMES DE LA CORNE D’OR
-
-Les murs de la Corne d’Or ne se trouvaient pas tout à fait au bord de
-la mer. Un assez large espace les séparait du rivage.
-
-En partant de Xylo Porta, les portes de la Corne d’Or étaient situées
-comme suit:
-
-
-12º _Porta Palati_ ou _Cynegii_ (porte du palais des Blaquernes),
-(_Balat Kapoussou_):
-
-Cette porte était appelée jadis _Basilica Porta_ ou Porte impériale.
-Pendant la conquête, c’était Lucas Notaras qui la défendait. Hamza,
-amiral Turc, passa par cette porte pour entrer dans la ville.
-
-
-13º _Porta phari_ (_Fener Kapoussou_):
-
-Sur le promontoire où se trouvait cette porte, s’élevait jadis le phare
-de la Corne d’Or. C’est à cet endroit seulement que les murs maritimes
-étaient doublés.
-
-
-14º _Porta Petrii_ ou _Sidero Porta_ (_Petri Kapoussou_):
-
-Cette porte est mentionnée pour la première fois par l’Alexiade sous
-le nom de porte de Fer. Les croisés, ainsi qu’une partie des Turcs,
-pénétrèrent dans la ville par cette porte. De là jusqu’à la porte
-du Phare, un second mur s’étendait, formant une enceinte intérieure
-appelée le château de _Petrion_.
-
-Cette enceinte renfermait de nombreux couvents et églises. Il faut
-bien distinguer le Petrion ou Petria, qui doit son nom à l’église
-de Saint-Pierre, du quartier de Palea Petra (ancien Petra) siège de
-nombreuses églises et qui se trouve près de _Balat_ dans le quartier de
-_Kesmé Kaya_ (rocher argileux).
-
-
-15º _Porta Aya Teodosi_ (ancienne porte de Sainte-Théodosie), (_Eski
-Aya Kapoussou_):
-
-Le nom de cette porte vient d’une église qui s’appelait _Aya Theodosia_
-(actuellement Gul Djami). Là reposent les restes du seïd Mehmed,
-Segban-Bachi du Conquérant.
-
-
-16º _Yeni Aya Kapoussou_:
-
-Cette porte fut ouverte par les Turcs après la prise de Constantinople.
-On voit encore non loin d’elle les ruines d’une ancienne église
-byzantine.
-
-
-17º _Porta Puteae_ (_Djubali Kapoussou_):
-
-Appelée ainsi par les Turcs, du nom d’un chef de l’armée arabe nommé
-Ali, qui fut fait prisonnier pendant l’invasion arabe.
-
-
-18º _Porta Platea Mesa_ ou _Farina_ (_Oun Kapan Kapoussou_):
-
-Ainsi appelée à cause de la disposition du terrain des quartiers qui se
-trouvaient derrière elle, Plateia (plaine). Quant à l’appellation de
-_Mesa_ (milieu) elle vient de ce que cette porte se trouvait à égale
-distance des extrémités des murailles de la Corne d’Or.
-
-
-19º _Porta Drungarii_ (_Odoun Kapoussou_):
-
-D’après M. Diehl, la Porta Drungarii correspondait à _Zindan
-Kapoussou_, mais c’est à la place d’Odoun Kapoussou qu’il faut la
-chercher. Derrière cette porte se trouvait le quartier des Vénitiens,
-renfermant les églises de Saint-Marc et de Sainte-Marie.
-
-
-20º _Porta juxta quam est ecclesia Precursoris_ (_Zindan
-Kapoussou_).
-
-
-21º _Porta Peramatis_ (_Balik Bazar Kapoussou_).
-
-
-22º _Porta Ebraiki_ (porte des Juifs), (_Tchifut Kapoussou_ ou _Yeni
-Djami Kapoussou_):
-
-La partie du littoral qui se trouvait derrière cette porte était
-appelée Zeugma (trajet), parce que le trajet de Galata s’accomplissait
-par là. Ce nom a été remplacé plus tard par celui de Pérama.
-
-
-23º _Porta Neorii_ ou _Porta Eugenii_ (Eugène), (_Bagtché Kapoussou_):
-
-Cette porte séparait le quartier des Vénitiens de celui des Pisans.
-Son nom provenait, dit-on, d’Eugénius, un des sénateurs qui y avait
-son palais. C’est par elle que toutes les marchandises entraient dans
-la ville et elle était une des plus importantes de la Corne d’Or. Une
-des extrémités de la grande chaîne qui barrait la Corne d’Or était
-attachée[31] à une des tours, voisine de cette porte. Là se trouvait
-aussi le quartier des Arabes, qui correspond actuellement aux environs
-de la station de chemin de fer de Sirkedji.
-
-
-24º _Porta Aya Barbara_, (porte de Sainte-Barbe), (_Top Kapoussou_):
-
-Cette porte se trouvait sur la pointe du Séraï près de Saint-Démétrius.
-
- [31] L’autre extrémité de la chaîne était attachée
- en face, sur les rives de Galata, à une autre tour
- située près d’un castel que l’on surnomme actuellement
- _Kourchounlou Mahzen_.
-
-
-VII.--LES PORTES DES MURS MARITIMES DE LA PROPONTIDE
-
-
-25º Après la porte d’Aya Barbara venait une autre porte appelée par les
-Turcs _Deïrmen Kapoussou_, qui conduisait au couvent de Saint-Georges.
-La tour des Manganes se trouvait au nord de cette porte. Cette tour
-était le point d’attache de la chaîne qui barrait jadis le Bosphore.
-Elle était située en face du rocher de Damalis. D’après Nicétas, Manuel
-Comnène avait fait construire sur ce rocher une tour appelée alors
-_Arcla_.
-
-
-26º _Porta Ayos Lazaros_:
-
-Cette porte était appelée aussi porte de l’Hodigitria. C’est par là
-qu’on montait vers Sainte-Irène.
-
-
-27º _Porta Palatii Imperialis_.
-
-
-28º _Porta marina_ (_Tchadladi Kapou_):
-
-Cette porte, qui se trouve près du port de Julien, est appelée par les
-Turcs _Tchadladi-Kapou_ (porte fendue); elle fut en effet fendue par un
-tremblement de terre en 1532. A quelques pas sur la mer, subsistent des
-ruines qu’on suppose être celles de l’ancienne maison de Justinien. On
-y rencontre des substructions de voûtes et un large mur qui formait la
-limite occidentale du grand palais.
-
-Tout près de cette porte, à l’entrée d’un égout, on voit actuellement
-deux colonnes. Les inscriptions qui y sont gravées permettent de
-rattacher ces piliers au piédestal qui portait jadis la statue de
-Justinien à l’Augustéon.
-
-
-29º _Porta Contoscali._ Ici le mur tourne vers l’intérieur et, après
-avoir formé un rectangle, arrive de nouveau à la mer.
-
-
-30º _Porta Vlanga_ (_Vlanga Kapoussou_).
-
-
-31º _Porta Ayos Emilianos._
-
-
-32º _Porta Psamathia_ (_Samathia Kapoussou_):
-
-Ainsi appelée à cause du rivage sablonneux.
-
-
-33º _Porta Ayos Yannis_ (_Narli Kapou_):
-
-Son nom provenait du couvent de Saint-Jean-Baptiste du Stoudion
-(_Imrahor djamissi_); on l’appelle actuellement Porte aux grenades, à
-cause des grenadiers qui y poussaient en abondance.
-
-L’inscription qu’on peut lire sur la tour octogonale de cette porte
-témoigne qu’elle a été construite par Manuel Comnène Porphyrogénète.
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-L’ART ET LES ÉDIFICES BYZANTINS
-
-
-I.--L’ART BYZANTIN
-
-Lorsque la capitale de l’Empire romain eut été transférée à Byzance,
-les artistes byzantins, inspirés par l’art gréco-romain et par les
-styles locaux, créèrent un art possédant son originalité propre et
-qui s’appelle l’art byzantin. Cet art, que l’on fait remonter à la
-construction de Sainte-Sophie, est plus ancien encore. Sainte-Sophie ne
-contribua qu’à fixer le type classique de l’architecture byzantine[32].
-
- [32] Choisy. _L’art de bâtir chez les Byzantins_,
- page 152.
-
-Bien avant l’époque de Justinien, Byzance avait créé un art propre, qui
-peut être considéré comme un mélange des arts mésopotamien, sassanide
-et gréco-romain. Toutefois jusqu’au VIe siècle, c’est-à-dire jusqu’à
-la construction de Sainte-Sophie, cet art présente surtout l’aspect
-d’un art gréco-romain d’Orient. En effet, les artistes byzantins, imbus
-des idées de l’époque classique, guidés par les modèles païens de
-l’ancien art grec, traitaient tous les sujets d’après l’antique. Toutes
-les œuvres qui nous ont été conservées attestent cette influence.
-D’ailleurs, les chefs-d’œuvre apportés par Constantin le Grand et ses
-successeurs pouvaient alors offrir aux artistes byzantins les plus
-parfaits modèles de l’art grec. Ces chefs-d’œuvre furent, jusqu’à la
-conquête des Latins, la source d’une inspiration féconde[33]. Les
-Latins eurent tôt fait de les détruire.
-
- [33] Bayet. _L’art byzantin._
-
-Dès le temps de Septime-Sévère, les Romains avaient renoncé aux
-plates-bandes d’origine grecque pour adopter l’emploi de l’arcade et
-des coupoles assyriennes, qui étaient en usage en Perse depuis plus
-de trente siècles. Jusqu’à Dioclétien, l’arcade sur colonne n’était
-employée que dans un but purement décoratif. On appliqua, pour la
-première fois, l’arcade sur colonnes à la construction monumentale dans
-le palais bâti à Spalato par Dioclétien. Plus tard, à Byzance, les
-lignes droites des basiliques romaines furent remplacées par des lignes
-courbes et l’on commença à construire des églises circulaires avec
-quelques naïfs essais de coupoles à pendentifs. La forme circulaire
-répondait mieux à l’emploi de la coupole, mais elle ne permettait pas
-aux édifices de recevoir les fidèles en assez grand nombre.
-
-Pour remédier à cet inconvénient, les architectes byzantins,
-s’inspirant des basiliques romaines, firent porter la coupole sur un
-plan carré à pendentifs sphériques et donnèrent ainsi à la coupe de
-l’ensemble la forme d’une croix à branches égales (croix grecque).
-L’usage des briques avait beaucoup facilité la construction des
-coupoles. Le désir de propager le christianisme poussa les empereurs
-byzantins à construire des églises en grand nombre. Tous les efforts
-artistiques se portèrent alors vers l’architecture, ce qui contribua
-beaucoup au développement de l’art byzantin.
-
-Vers le VIe siècle, Justinien qui disait: _Non multum inter se
-differunt sacerdotium et imperium_, et qui n’avait en effet d’autre
-but que celui d’unir l’Église et l’État, désireux de réaliser son rêve,
-fit bâtir par Anthémius de Tralles et ensuite par Isidore de Milet,
-l’église de Sainte-Sophie. Cette œuvre géniale consacre d’une façon
-définitive le type classique de l’art byzantin, qui recevait ainsi,
-après deux siècles de tâtonnements, sa forme caractérisée:
-
-1º Par le plan en forme de croix grecque;
-
-2º Par l’usage de la coupole sur pendentifs;
-
-3º Par des chapiteaux cubiques à dosseret;
-
-4º Par un large emploi des mosaïques. Les murs intérieurs des églises
-étaient tapissés en outre de plaques de marbre, dont les veines
-multicolores fournissaient des motifs décoratifs.
-
-D’autres types furent créés dans l’église des Saints-Apôtres à
-Constantinople, et dans celle de Saint-Vital à Ravenne, où la coupole
-centrale reposait sur un plan octogonal. On peut voir aujourd’hui
-plusieurs de ces églises byzantines à Constantinople, à Salonique et en
-Grèce. Elles offrent des modèles classiques de l’architecture byzantine.
-
-Mais cette architecture n’a jamais atteint son apogée, quoi qu’en
-disent certains auteurs qui, exagérant son importance, n’hésitent pas à
-considérer les moindres chapelles comme équivalentes à Sainte-Sophie.
-
-D’après tous ces modèles, il est permis d’affirmer que l’art byzantin
-n’atteignit jamais au même degré de perfection que l’art grec ancien;
-la faute en est à ce que les artistes byzantins se laissaient guider
-par l’amour et la recherche du luxe, plus que par l’amour du beau.
-
-Ce serait une autre erreur de penser comme Lamartine qui dit, parlant
-de Sainte-Sophie: «On sent à la barbarie qui a présidé à cette masse de
-pierre, qu’elle fut l’œuvre d’un temps de corruption et de décadence.
-C’est le souvenir confus et grossier d’un goût qui n’est plus, c’est
-l’ébauche informe d’un art qui s’essaie.» Toutefois l’art byzantin
-contenait en son principe même le germe de sa décadence: les artistes,
-en cherchant toujours de nouvelles formes et en donnant une trop grande
-importance au luxe dans ses détails, tombèrent rapidement dans le
-maniérisme.
-
-Comme toutes les autres branches de l’art, l’architecture a subi cette
-décadence, pour ne se relever que vers le Xe siècle. Grâce aux efforts
-très louables des empereurs macédoniens, une école s’était formée
-en vue de sauver cet art en péril. On y étudia les modèles antiques
-et l’on parvint ainsi à donner un nouvel éclat à l’art byzantin.
-Pendant cette renaissance, les architectes portèrent leur attention
-sur l’extérieur des églises qui était jusqu’alors loin d’égaler en
-beauté et en luxe l’intérieur des édifices. Toutefois, leurs œuvres
-gardèrent toujours cette naïve physionomie propre à l’art byzantin. La
-sculpture ayant été de bonne heure délaissée par l’église, les artistes
-se livrèrent plutôt à l’art ornemental et aux travaux de l’ivoire.
-C’est pourquoi il n’y a pu avoir à Byzance de belles œuvres plastiques;
-toutes les œuvres gardaient la gaucherie des temps primitifs.
-
-Les peintres exerçant leur talent dans les images des mosaïques et
-dans les miniatures des manuscrits, et reproduisant toujours des
-scènes religieuses ou des victoires impériales, avaient négligé le
-culte du beau et l’amour de la nature. Ils donnaient à toute figure
-une forme fantastique et préféraient souvent à la beauté le luxe et
-la richesse. Cet amour du luxe les avait même amenés à représenter le
-Christ sous les traits d’un monarque oriental, revêtu de riches habits
-et de la pourpre impériale. Au temps des iconoclastes, les peintres
-durent renoncer aux sujets religieux et s’adonnèrent à des travaux
-plus courants, comme les émaux, les étoffes historiées, que portait
-alors la classe riche. Mais quand cette hérésie eut cédé, la nécessité
-de refaire les mosaïques abîmées ou détruites par les iconoclastes
-donna un nouvel essor à la peinture religieuse. On se trouve alors en
-présence de deux écoles: l’une qui retourne à l’étude des traditions
-artistiques antiques et l’autre qui se soumet à l’influence monastique
-et à celle de l’Église. Vers le XIe siècle, l’influence monastique
-l’emporte sur la première, et dès lors c’est l’église qui guide la
-main de l’artiste en lui offrant des sujets religieux. Peu à peu
-l’iconographie occupe la plus grande place dans l’art, et l’empreinte
-de l’idée religieuse apparaît dans tous les travaux de l’époque.
-Les dessins des mosaïques deviennent plus corrects, les plis des
-habits plus gracieusement disposés, les couleurs des miniatures plus
-délicates, mais les principes de perspective et d’anatomie restent
-toujours ignorés.
-
-
-[Illustration: Pl. 17.
-
- MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Narthex.]
-
-
-L’importance donnée par les artistes byzantins à la richesse et au
-luxe des détails les fait encore une fois tomber dans un maniérisme
-qui prépare une nouvelle décadence de l’art. La fondation de l’empire
-latin à Byzance fut la cause presque immédiate de cette décadence, les
-Latins y ayant presque anéanti toute œuvre d’art, ainsi que le dit la
-chronique. Les quatre chevaux de Lysippe furent expédiés à Venise; la
-colonne de Constantin Porphyrogénète fut dépouillée de ses plaques de
-bronze, qui servirent à la frappe de la monnaie noire. C’est donc aux
-Latins, s’accordent à affirmer les auteurs, qu’il faut attribuer la
-destruction de la ville, destruction qui, de l’aveu même des Européens,
-ne peut être considérée comme l’œuvre des Turcs.
-
-Au temps des Comnènes et des Paléologues apparaît une dernière
-renaissance, qui n’a jamais pu perdre son caractère naïf. C’est une
-vaine tentative de rajeunissement. Les artistes commencèrent alors à
-s’inspirer, dans les œuvres d’art, de l’école italienne qui prenait son
-essor. Mais pendant que l’Empire, bien avant la conquête des Turcs,
-s’écroulait, politiquement, économiquement et socialement, l’art, lui
-aussi, agonisait d’une façon générale.
-
-Après la prise de Constantinople par les Turcs, grâce aux privilèges et
-aux avantages accordés par le conquérant aux habitants, les ouvriers
-qui n’avaient pas quitté la ville contribuèrent, en travaillant à la
-construction des édifices turcs, à accentuer l’influence de l’art
-byzantin sur l’art ottoman, qui depuis longtemps déjà en avait subi le
-contact.
-
-Constantinople, ville située aux portes de l’Asie, recevait de la
-Perse une civilisation formée de toutes les civilisations asiatiques.
-Byzance fut ainsi, au moyen âge, une capitale dont la culture faisait
-affluer de partout les curieux, les élèves et les admirateurs, et d’où
-se répandait à travers le monde, l’influence bienfaisante du progrès
-et du christianisme. Les Slaves, Russes, Bulgares et Serbes, tirant
-leur religion de l’Église d’Orient, ont subi davantage cette influence,
-qui se manifeste dans toutes les branches de l’art et surtout dans
-l’architecture, et qui témoigne d’une forte empreinte byzantine.
-En Russie, Sainte-Sophie de Kiew n’est qu’une église byzantine.
-L’Arménie et la Géorgie renferment de nombreux édifices de style
-byzantin. Au mont Athos, l’art byzantin conserve encore de nos jours sa
-physionomie propre. Il avait été introduit à Ravenne dès le Ve siècle
-et n’y disparut qu’avec la domination byzantine. On voit par là que
-l’influence de cet art sur tout l’Occident est indéniable. Elle cessa
-au XIIe siècle, laissant pourtant sa marque sur les différents styles
-propres à chaque pays. Cette question artistique a été longuement
-discutée de nos jours par maints savants et archéologues, sous le nom
-de question byzantine.
-
-«L’Italie du Sud, dit M. Diehl, dont Byzance a fait une nouvelle
-Grande Grèce, a gardé jusqu’au XIVe et au XVe siècle la langue, la
-religion, les mœurs et les traditions artistiques de Byzance, et le
-rayonnement que de là, comme de Venise, l’art byzantin exerça par toute
-la péninsule, permet de croire que les plus anciens maîtres de la
-Toscane, un Cimabué, un Duccio, ont dû bien des enseignements à cette
-influence. Sans doute, de notre temps, des amours-propres susceptibles
-ont tenté de nier cette influence.» Pourtant, il ressort des faits que
-l’influence de l’art byzantin sur l’art occidental est parfaitement
-justifiée et démontrée: Saint-Marc de Venise, les mosaïques de la
-basilique de Torcello et de Cefalù, celles de la chapelle palatine et
-de Monreale (XIe et XIIe siècle) manifestent clairement cette influence
-en Italie. L’art byzantin donna naissance en Italie à la renaissance
-italienne; on le reconnaît également dans l’ornementation de certains
-édifices du sud de la France et de l’Allemagne.
-
-L’art byzantin fleurit également en Asie Mineure, où les églises de
-Sardes, d’Ephèse, de Philadelphie (Ve siècle) et bien d’autres, gardent
-encore le précieux souvenir de ses enseignements. Il y eut un art
-byzantin de Syrie, où les architectes de Justinien appliquèrent dans
-leur plénitude les méthodes nouvelles. Il y eut aussi un art byzantin
-d’Égypte. Les Arabes, qui avaient leur art propre, ne sont pas restés à
-l’abri de l’influence byzantine. Procope cite[34] les monuments élevés
-dans le nord de l’Afrique sous Justinien, lesquels introduisirent plus
-tard chez les Arabes du Magreb la connaissance et l’influence de l’art
-byzantin. Quand les Arabes eurent assiégé Byzance au VIIe siècle, ils
-y construisirent une première mosquée et, ainsi en contact perpétuel
-avec les Byzantins, ils empruntèrent à ceux-ci certains caractères de
-leur art. Les Byzantins de leur côté influencèrent forcément les Arabes
-et leur apportèrent certains éléments de leur conception artistique
-propre. Cette influence se manifesta surtout en Syrie. Ainsi de
-fécondes combinaisons naquirent. L’art arabe s’introduisit dans l’art
-byzantin par le sud de l’Italie, par Venise et par la Syrie. Il se mêla
-en Sicile aux éléments romano-byzantins. Et ainsi cet art composite fut
-un intermédiaire entre la renaissance de l’Italie et l’art gréco-romain.
-
- [34] De Aedificiis Justiniani.
-
-
-[Illustration: Pl. 18.
-
- MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Partie latérale.
-
- MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Coupole du Narthex (mosaïques). Les
- patriarches et les représentants des tribus d’Israël autour de
- la Sainte Vierge.]
-
-
-II.--LES ÉGLISES BYZANTINES
-
-
-SAINTE-SOPHIE
-
-Sainte-Sophie offre, au point de vue artistique, le type classique
-de l’architecture byzantine. La première construction remonte au IVe
-siècle. Elle a été bâtie d’abord par Constantin le Grand en même
-temps que les murs et les premiers palais de la seconde Rome. Cette
-église dédiée à sainte Sophie--à la Sagesse Divine--(en grec, Hagia
-Sophia) avait alors la forme d’une longue basilique couverte en bois.
-Constantin, qui tolérait le paganisme, avait construit trois églises:
-l’une à la Paix Divine (Irène), l’autre à la Sagesse Divine (Hagia
-Sophia) et la troisième à la Divine Résurrection (Anastasis).
-
-Sous Arcadius (404) Sainte-Sophie fut la proie des flammes; Théodose le
-jeune la fit reconstruire en 415, mais elle fut de nouveau incendiée
-en 532 pendant les troubles de l’Hippodrome, qui sont restés célèbres
-sous le nom de sédition Nika. Immédiatement après, Justinien conçut
-l’idée de la réédification grandiose de ce monument, et quarante jours
-après l’incendie, on en posait la première pierre. Anthémius de Tralles
-et Isidore de Milet, architectes originaires de l’Asie, et les plus
-habiles techniciens de l’époque, guidèrent les travaux d’après les
-méthodes persanes. Justinien voulut que cet édifice fût le plus beau et
-le plus imposant des monuments du monde. Dans ce but, il épuisa presque
-toutes les ressources de son empire.
-
-Le terrain de l’ancienne église étant insuffisant pour la nouvelle
-construction, on dut exproprier, à grands frais, tout un quartier
-environnant. Les travaux absorbèrent une somme immense. D’après
-Codinus, cet édifice aurait coûté la somme énorme de 361 millions.
-
-Le temple de Diane à Ephèse dut fournir ses huit colonnes de porphyre,
-enlevées jadis par Aurélien au temple du Soleil d’Héliopolis (Égypte),
-ou, au dire de quelques chroniqueurs, à Baalbek. Athènes, Délos,
-Cyzique, l’Égypte et toutes les grandes villes de l’antiquité fameuses
-par leurs monuments, furent dépouillées de tout ce qu’elles avaient
-de plus riche en métaux, marbres, etc.; l’or, l’argent, l’ivoire,
-les pierres les plus précieuses furent employés à profusion pour
-l’embellissement de l’intérieur.
-
-Après cinq ans de travaux exécutés avec la plus grande activité
-et présidés par Justinien lui-même, l’église put être inaugurée.
-L’Empereur, traîné par un équipage de quatorze chevaux et entouré des
-dignitaires de l’État et de la Cour, accomplit le trajet solennel du
-Palais jusqu’à la porte de Sainte-Sophie où, reçu par le Patriarche
-Ménas, il fit son entrée officielle dans l’église. Puis, courant depuis
-la grande porte d’entrée jusqu’à l’ambon, il étendit ses bras vers le
-ciel et s’écria d’une voix émue: «Béni soit Dieu qui m’a choisi pour
-exécuter une telle œuvre; Salomon, je t’ai vaincu.»
-
-L’église est bâtie sur un plan carré de 75 mètres de côté, orienté
-vers Jérusalem. L’édifice étant placé sur un terrain d’une résistance
-inégale, les fondations durent être jetées sur un réseau de voûtes
-recouvert d’une couche de béton homogène de 25 pieds d’épaisseur. Les
-dessous des fondations n’ont pas encore été explorés.
-
-[Illustration: Plan de Sainte-Sophie.
-
- Constructions ajoutées de 563 jusqu’à 1453.
- Contreforts.
- Constructions appartenant à l’époque de Justinien.]
-
-Comme l’indiquent les ouvertures pratiquées dans les dallages de la
-nef et du bas côté méridional, ce sous-sol est formé d’une grande
-citerne centrale et de voûtes immenses. Les piliers furent bâtis
-avec d’énormes pierres calcaires; la brique fut employée pour
-les murs. On dit que, pour la construction de la coupole on fit
-spécialement fabriquer à Rhodes des briques très légères portant
-chacune l’inscription suivante: «C’est Dieu qui l’a fondée, Dieu lui
-portera secours». Mais toutes les briques qui se sont détachées jusqu’à
-présent, dit M. Dethier, n’offraient rien de pareil. Toutes ces briques
-ont été disposées par assises régulières. De douze en douze assises,
-on enfermait, dit-on, dans la maçonnerie des reliques sacrées, pendant
-que les prêtres récitaient des prières.
-
-[Illustration: Sainte-Sophie: coupe longitudinale.]
-
-[Illustration: Sainte-Sophie: coupe transversale.]
-
-La coupole, au centre du plan, s’élève à une hauteur de 65 mètres
-au-dessus du sol. Elle a un diamètre de 31 mètres au niveau du tambour
-et de 32 mètres jusqu’au point de voûte extrême.
-
-La coupole possède seulement quarante fenêtres cintrées, tout autour
-de sa base. Elle est supportée par quatre pendentifs formés par quatre
-grands arcs qui reposent sur quatre grands piliers. La coupole est
-flanquée de deux autres demi-coupoles, qui se continuent elles-mêmes
-par d’autres petites coupoles, donnant au spectateur l’illusion d’un
-ciel suspendu sous le dôme. La colombe représentant le Saint-Esprit
-y était suspendue; dans son corps étaient conservées les hosties. De
-même, en représentant à l’intérieur de cette coupole les figures des
-saints, on avait voulu donner l’impression d’un ciel d’une sublime
-beauté vers lequel devait s’élever la prière.
-
-Les architectes byzantins portaient toute leur attention sur les
-parties intérieures de l’église où le peuple était réuni pour la
-prière. Ils agissaient ainsi contrairement à l’habitude des architectes
-grecs, qui donnaient la plus grande importance à l’extérieur des
-temples, en négligeant complètement l’intérieur où le peuple n’était
-pas reçu. C’est pourquoi l’extérieur de Sainte-Sophie est très simple,
-quelque peu lourd et, dans tous les cas, loin d’égaler la richesse et
-la beauté de l’intérieur. Les visiteurs qui n’auraient vu l’église que
-du dehors ne pourraient jamais se figurer la féérique impression que
-l’on ressent à l’intérieur.
-
-
-[Illustration: Pl. 19.
-
- MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Mosaïque.
- Métochite, premier ministre de l’Empereur, présente au Christ
- Pantocrator le modèle de l’église.
-
- MOSQUÉE DE KAHRIÉ.--Mosaïque.
- Distribution aux jeunes filles de la laine pour filer le voile
- du Temple, le sort attribue à Marie la pourpre.]
-
-
-Les parois des murs intérieurs furent revêtus de marbres précieux de
-toutes sortes de couleurs. Les chapiteaux et les corniches furent dorés
-et la coupole décorée d’une mosaïque intérieure à fond d’or.
-
-L’église compte 108 colonnes dont 40 à l’étage inférieur, 60 aux
-galeries du gynécée, et 8 soutenant les quatre petits segments de
-coupoles qui se trouvent aux quatre angles de la grande nef. Ces
-colonnes, toutes surmontées de chapiteaux, sont en porphyre, en granit,
-en brèche verte et autres espèces de marbres colorés.
-
-L’ambon était une grande tribune circulaire, surmontée d’un dôme,
-supporté par 8 colonnes en marbre et surmonté d’une croix en or d’un
-poids de cent livres. «Cette magnifique construction fut écrasée, dit
-M. Labarte, sous les décombres de la grande coupole, dont la partie
-orientale s’écroula à la suite d’un tremblement de terre dans la
-trente-deuxième année du règne de Justinien. Elle fut réédifiée, mais
-d’une façon moins splendide.»
-
-Le sanctuaire était séparé du reste de l’église par une cloison en
-argent munie de 12 colonnes; sur les parties qui séparaient ces
-colonnes se détachaient des images en médaillons.
-
-L’autel était en or serti de pierres précieuses. Au-dessus, et en forme
-de ciborium, il y avait un dôme supporté par 4 colonnes en argent doré
-et surmonté d’une croix en or.
-
-Durant les fêtes de nuit, l’intérieur de l’église était un véritable
-éblouissement. Six mille candélabres dorés brillaient à la fois,
-éclairant les immenses panneaux décoratifs en mosaïque qui tapissaient
-les parois.
-
-Patènes, clefs, vases, bassins, tout était en or, orné de pierres
-précieuses. Les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament pesaient,
-avec leurs montures d’or, deux quintaux chacun. Selon Procope, il y
-avait dans le sanctuaire 40.000 livres pesant d’argent. Les portes
-étaient en bois de cèdre orné d’ambre et d’ivoire, et le portail en
-argent doré.
-
-La nef communique avec le narthex par trois grandes arches reposant
-chacune sur une colonne double et dont l’ensemble supporte la grande
-fenêtre demi-circulaire qui clôt l’arcade ouest du milieu.
-
-L’Empereur entrait dans l’église par une galerie qui communiquait avec
-le palais. C’est seulement aux grandes cérémonies qu’il entrait par le
-vestibule du narthex.
-
-Le narthex (galerie voûtée), avait 60 mètres de longueur sur 10 de
-large. Les parois en étaient ornées, comme l’intérieur de la nef, de
-marbres multicolores couverts de taches symétriquement disposées.
-Cela donnait l’idée qu’ils étaient extraits d’un même bloc et formait
-un dessin décoratif d’une réelle beauté[35]. Deux portes latérales
-s’ouvraient sur un porche aboutissant à l’escalier de la galerie
-et neuf portes en airain s’ouvraient du narthex sur l’église.
-L’encadrement des trois portes du milieu, qui communiquent encore
-maintenant avec la nef, est en bronze tandis que les autres sont en
-marbre.
-
- [35] M. Antoniatis, dans l’intéressant ouvrage qu’il
- vient de publier sur Sainte-Sophie, nous montre qu’on
- pouvait, aidé d’un peu de mysticisme, y découvrir des
- figures et des images de saints.
-
-Dans l’épaisseur des contreforts massifs, sont ménagées des pentes
-inclinées par lesquelles les femmes nobles montaient dans des chaises à
-porteurs jusqu’au gynécée. Là, chacune avait sa place fixe (à en juger
-par les inscriptions où on lit: «place d’une telle»).
-
-L’exo-narthex de l’église était précédé d’un atrium à portiques,
-formé par des voûtes en berceau, supporté par des colonnes en marbre
-alternant de deux en deux avec des piliers carrés. Les murs en briques
-de cet atrium étaient percés de plusieurs entrées s’ouvrant sur la
-place de l’Augustéon.
-
-Au milieu de ce parvis existait un bassin de jaspe avec des lions
-lançant de l’eau. Ce bassin servait aux ablutions qu’on avait coutume
-de faire avant d’entrer dans les lieux sacrés; les musulmans ont
-de nos jours conservé la même coutume. Un vaisseau de marbre placé
-dans l’église, était affecté au même usage. Il portait l’inscription
-suivante: «νίψον ἀνομήματα μὴ μόναν ὄψιν», qui pouvait être lue de la
-même façon du commencement à la fin et de la fin au commencement et
-qui signifiait: «lavez-vous de vos péchés et non pas seulement de la
-figure».
-
-Cette immense église s’est conservée jusqu’à nos jours, mais elle
-a eu beaucoup à souffrir de la précipitation avec laquelle elle
-fut construite. Elle a subi une destruction partielle pendant le
-tremblement de terre qui eut lieu vingt ans après son érection par
-Justinien. Toute une partie du dôme se détacha et fut précipitée sur
-la table sacrée du ciborium et sur l’ambon qu’elle détruisit. Les
-musulmans virent dans ce tremblement de terre un véritable prodige,
-car il se produisit à la date anniversaire de la naissance du prophète
-Mahomet.
-
-Justinien fit réédifier la coupole par Isidore le Jeune qui renforça
-les aboutissements, les arcs et les contreforts, et rehaussa la
-nouvelle coupole de 25 pieds.
-
-Cette fois, les échafaudages furent laissés en place pendant une année
-entière. La deuxième consécration de l’église eut lieu en 558.
-
-Plus tard, au IXe siècle, Basile le Macédonien fit réparer une des
-grandes archivoltes de la coupole qui avait été endommagée, et, en même
-temps, y fit placer des mosaïques.
-
-En 987, cette même arcade fut de nouveau réparée par Basile II le
-Bulgaroctone. Jusqu’au XIVe siècle, on se soucia peu de remédier aux
-dégâts causés par le temps ou par des accidents divers. L’un des
-derniers restaurateurs fut Andronic II Paléologue l’Aîné, qui, vers le
-XIVe siècle, fit élever des contreforts du côté est.
-
-Sous le sultan Abdul Medjid, on confia à Fossati une restauration
-générale de la mosquée; il consolida la coupole à l’aide d’un cercle
-en fer et redressa plusieurs colonnes qui avaient perdu leur position
-verticale primitive.
-
-Autour de l’édifice se trouvaient des annexes, telles que le puits
-sacré, l’horologion, le Metatorion et le Triclinium de Thomaïtès;
-ce dernier qui était une dépendance des appartements du Patriarche,
-renfermait une bibliothèque et un baptistère construit par Justinien et
-existant encore aujourd’hui.
-
-Ce baptistère (actuellement turbé du sultan Moustafa Ier et d’Ibrahim
-I) fut d’abord transformé en magasin pour les huiles servant à
-l’éclairage de la mosquée. Il s’ouvrait au nord par une porte qui
-donnait sur une petite cour à portique; de là, on gagnait un escalier
-menant à une petite chapelle installée à la hauteur du gynécée. Cette
-chapelle communiquait, à son tour, avec le gynécée par une porte qui,
-murée probablement par les Turcs lors de la conquête, n’a été ouverte
-que beaucoup plus tard par l’architecte Fossati au moment où il
-réparait la mosquée.
-
-
-_État actuel de Sainte-Sophie._--Après la prise de Constantinople par
-les Turcs, le sultan Mehmed II convertit l’église en mosquée et y
-ajouta un _minaret_ ainsi que les deux contreforts du sud-est. Bayazid
-II fit construire un autre _minaret_ au coin de la porte du palais.
-Selim II éleva, en 1569 deux autres _minarets_ et plusieurs murs de
-soutènement. Murad III fit placer à l’intérieur de Sainte-Sophie les
-tribunes en marbre et les deux grandes urnes d’albâtre provenant de
-Pergame et qui peuvent contenir chacune 1.200 litres d’eau. L’Alem,
-croissant en bronze doré, est venu surmonter le dôme par les soins de
-Mehmed pacha, grand vizir. Les mosaïques qui représentaient les images
-des saints ont été recouvertes, soit par des inscriptions, soit par
-une forte toile sur laquelle on passa le badigeon, car la religion
-musulmane ne permet pas d’avoir des icônes dans les mosquées. Seuls,
-les quatre anges aux six ailes déployées qui ornaient les quatre
-pendentifs de la coupole sont encore visibles aujourd’hui, mais sur
-les visages on a peint de grandes étoiles dorées. Les mosaïques des
-bas côtés et de la galerie supérieure n’ont subi aucune altération; la
-nuit, quand l’intérieur de la mosquée est illuminé par des milliers de
-candélabres, on aperçoit par un effet de lumière les croix encastrées
-dans ces mosaïques.
-
-L’autel fut remplacé par le _Mihrab_, tourné un peu plus au sud vers
-la _Kaaba_[36] (la Mecque). Les tapis qui recouvrent les dallages sont
-également disposés de façon à ce que ceux qui prient aient le visage
-tourné vers la Kaaba[37], ce qui leur donne une direction légèrement
-oblique par rapport aux lignes architecturales de l’ancienne église.
-Les deux grands candélabres du _Mihrab_ ont été offerts par Suleiman le
-magnifique en 981 de l’hégire.
-
- [36] Les musulmans donnent à cette direction le nom de
- Kiblé.
-
- [37] Cette disposition oblique permet de reconnaître
- les mosquées qui furent primitivement des églises.
- Les mosquées dont le mihrab est droit ne peuvent
- donc être considérées comme d’anciennes églises.
- Pourtant quelques petites mosquées où la disposition
- du terrain obligea l’architecte à donner aux lignes
- architecturales une direction différente de celle de
- Kibla, font certainement exception.
-
-A droite du _Mihrab_ se trouve le _Mimber_ (chaire), où tous les
-vendredis on fait la prière solennelle et le _Khotba_[38]. Le _Mimber_
-consiste en une chaire, surmontée d’un dôme pointu, où l’on accède par
-un escalier très raide, et orné d’une magnifique balustrade. En face
-du _Mimber_ et à gauche du _Mihrab_ se trouve une tribune supportée
-par des colonnes et munie d’un grillage doré. Cette tribune, qui est
-réservée au Sultan, s’appelle _Hunkian Mahfili_. Elle a été construite
-par Ahmed III. Avant cette époque, la tribune était adossée au mur.
-
- [38] Discours adressé au peuple.
-
-On voit aussi dans la mosquée plusieurs plates-formes à grandes
-estrades, dites _muezzine mahfili_, uniquement réservées aux
-_muezzines_ (chantres). A la hauteur du gynécée sont suspendus, le long
-de la Mosquée, d’immenses disques portant les noms des _Sahabés_ (les
-compagnons du prophète). Ils sont l’œuvre du calligraphe Teknédji Zadé
-Ibrahim effendi[39] (1060).
-
- [39] Hadikatu-I-djevami.
-
-Les anciens lustres-candélabres en argent sont remplacés aujourd’hui
-par des lustres en fer, supportés très probablement par les chaînes
-mêmes qui étaient déjà en usage au temps des Byzantins. A l’extrémité
-de tous ces lustres pendent des œufs d’autruche et des houppes de soie
-qui en complètent la décoration; le candélabre qui descend du centre
-du dôme et qui s’appelle _Top Kandili_ a été placé par Ahmed III; une
-grande boule en or y était suspendue[40].
-
- [40] La place occupée par le Top Kandili (candélabre du
- milieu), est considérée par les dévots comme un lieu
- saint où on peut rencontrer Hidir, un saint très vénéré
- qui apparaît quelquefois pour aider les infortunés.
-
-Parmi les curiosités de cet édifice, on montre aux visiteurs la fenêtre
-froide où souffle toujours un vent glacé. Cette fenêtre est située
-à l’entrée, près de la porte réservée aux sultans. Sur la galerie
-supérieure du côté sud se trouvent également deux portes sculptées;
-l’une est appelée porte de l’enfer et l’autre porte du paradis. Du côté
-de l’ouest se trouve la pierre luisante, qui restitue pendant la nuit
-la lumière absorbée pendant le jour. En entrant dans la mosquée par
-la porte nord du narthex, on aperçoit une colonne revêtue de bronze,
-qui suinte continuellement. Les visiteurs souffrant de quelque maladie
-introduisent leur doigt par un trou pratiqué dans le revêtement de
-bronze et touchent avec ce doigt leurs deux yeux. Le peuple attribue à
-cette colonne des cures merveilleuses.
-
-Tout près d’une fenêtre de la mosquée, sur le sol de la galerie, on lit
-sur une pierre _Henricus Dandolo_. C’est le nom du doge qui mourut le
-1er juin 1205 et qui fut inhumé à cet endroit. La cuirasse et les armes
-d’Henri Dandolo, trouvées dans le sarcophage, ont été offertes par le
-sultan conquérant au peintre Gentile Bellini, qu’il avait appelé à
-Constantinople[41].
-
- [41] Hist. de Bello Const. p. 214.
-
-Suivant la coutume qu’ont les Musulmans de construire près des mosquées
-des _turbés_ (sépultures) pour y déposer les corps des _Evlia_ (saints)
-et des grands personnages, on voit, dans la cour de Sainte-Sophie,
-des chapelles mortuaires situées à côté du _mimber_. Elles renferment
-les corps de plusieurs sultans, des membres de leur famille, et sont
-enfouies dans le sol, au-dessus duquel une caisse vide en forme de
-cercueil (_Sandouka_) est disposée, recouverte de châles extrêmement
-précieux et d’étoffes brodées d’écritures. A l’extrémité qui correspond
-à la tête se trouve la coiffure que portait le défunt.
-
-Dans les quatre turbés de Sainte-Sophie reposent les dépouilles
-mortelles de Selim II, de ses épouses et de ses enfants, le corps
-de Murad III (1595), de ses femmes et de ses fils qui moururent
-étranglés; enfin, les restes de Mehmed III, d’Ibrahim, de Moustafa
-I, de sa mère et de sa femme, de Mehmed IV, de Moustafa II, et d’une
-centaine de princes et de princesses.
-
-
-ÉGLISE DE SAINTE-IRÈNE
-
-Un peu au nord de Sainte-Sophie, dans l’enceinte du Sérail, sur les
-hauteurs où se trouvait jadis l’ancienne petite ville de Byzas, se
-dresse l’église de Sainte-Irène. Cette église, transformée par les
-Turcs en un musée d’armes, est encore fort bien conservée.
-
-Construite d’abord par Constantin le Grand au IVe siècle, elle fut la
-proie des flammes en même temps que Sainte-Sophie pendant la sédition
-Nika. Rebâtie par Justinien, puis détruite au VIIIe siècle par un
-tremblement de terre, elle fut restaurée par Léon l’Isaurien. Elle est
-construite sur un rectangle terminé par une abside dont le centre est
-surmonté d’une coupole qui repose sur un haut tambour percé de vingt
-fenêtres. L’église a trois nefs: la nef centrale est soutenue par des
-points d’appui qui sont unis et recouverts par de grands arcs en plein
-cintre. Chacun de ces arcs est orné de trois rangées de fenêtres. Un
-gynécée est disposé à l’intérieur; la voûte de l’abside est revêtue de
-mosaïques; les colonnes et les corniches sont en marbre blanc.
-
-Parmi les armes antiques que renferme ce musée[42], il faut citer
-l’épée du sultan Mehmed II le conquérant, celle de Skender bey, le
-héros albanais, un brassard de Tamerlan, des casques, les clefs des
-villes conquises, les marmites des Janissaires, des lances, des
-arcs, de vieux canons datant des Croisés et une partie de la chaîne
-historique qui servait aux Byzantins pour barrer la Corne d’Or.
-
- [42] L’entrée de ce Musée n’est accordée que sur
- autorisation spéciale.
-
-A l’intérieur de l’église on voit plusieurs tombeaux byzantins en
-marbre; ce sont les tombeaux des empereurs provenant de l’église des
-Saints-Apôtres.
-
-
-[Illustration: Pl. 20.
-
- PALAIS DE L’HEBDOMON.--Vue de l’intérieur.
-
- PALAIS DE L’HEBDOMON.--Façade.]
-
-
-ÉGLISE DES GRANDS MARTYRS SERGE ET BACCHUS
-
-Cette église, transformée en mosquée par Hussein aga à l’époque
-de Bayazid et appelée _Kutchuk aya Sophia_, c’est-à-dire petite
-Sainte-Sophie, fut bâtie, d’après l’inscription grecque finement
-sculptée sur la frise, par Théodora, femme de Justinien, près du palais
-d’Hormisdas. Elle a été appelée petite Sainte-Sophie à cause des
-similitudes que présente son plan avec celui de la grande basilique de
-Sainte-Sophie.
-
-La coupole de cette église est soutenue par huit piliers placés aux
-points angulaires d’un octogone renfermé dans un carré: huit pendentifs
-soutiennent la base circulaire de la coupole. Les côtés communiquent
-avec la nef par des rangées de colonnes ioniques qui relient les
-arceaux. Plusieurs de ces colonnes sont tachetées de vert et de blanc
-et surmontées de chapiteaux à corbeilles. Sur la corniche qui fait le
-tour de l’édifice on remarque une guirlande ornée de grappes de raisins
-et de feuilles de vigne. Une longue inscription, gravée sur la même
-corniche, fait l’éloge de l’empereur Justinien et de l’impératrice
-Théodora. Cette église était attenante à une autre appelée église
-des apôtres Pierre et Paul et qui a disparu sans laisser de traces.
-Salzenberg reconnut, en examinant les murs de clôture, que l’église
-de Saint-Pierre et Saint-Paul s’appuyait à celle des saints Serge et
-Bacchus du côté du sud. La hauteur de la coupole dépasse 19 mètres et
-les côtés du plan sont respectivement de 34 mètres et 30 mètres.
-
-
-ÉGLISE DE SAINT-JEAN DU STOUDION
-
-Cette église fut construite sous Léon le Grand pour l’ordre des
-Acémètes (sans-sommeil). De nombreux moines se relayaient pour y
-chanter jour et nuit. Elle fut endommagée sous la domination latine
-et restaurée plus tard, vers la fin du XIIIe siècle, par l’empereur
-Andronic Paléologue.
-
-Le trésor du monastère contenait de précieuses reliques que Bayazid
-II envoya au pape Innocent et parmi lesquelles se trouvait la sainte
-lance. Actuellement convertie en mosquée (_Emir Akhor Djamissi_), elle
-possède encore d’élégantes colonnes et des chapiteaux.
-
-
-ÉGLISE DE CHORA
-
-Tout près de la porte d’Andrinople s’élève la mosquée de Kahrié.
-C’est l’ancienne église de Chora, édifice à nef centrale et à deux
-narthex. Le dôme central est supporté par un tambour cylindrique percé
-de fenêtres. De petites coupoles, également posées sur des tambours
-cylindriques et percés de fenêtres, éclairent le narthex.
-
-L’origine de la fondation de l’église de Chora n’est pas clairement
-établie. D’abord sanctuaire assez modeste, Justinien l’agrandit et
-l’embellit après le tremblement de terre de 557, et il devint un des
-plus beaux monuments de la ville.
-
-L’église formait le centre d’un vaste monastère qui se trouvait hors
-de la première enceinte de la nouvelle Rome. C’est pour cela qu’on
-l’appelait τῆς χώρας (de la campagne). Plus tard quand Théodose II,
-pour agrandir la ville, jugea nécessaire de faire construire une
-deuxième enceinte dont on voit aujourd’hui les ruines, son nom lui
-resta. Mais les byzantins du XIVe siècle, poussés par leur amour de
-la rhétorique et des étymologies mystiques, trouvèrent un rapport
-ingénieux entre le nom du Christ, source de vie et protecteur des
-vivants (χώρα τῶν ξώντων) et celui de la basilique de Chora; et le mot
-fut en conséquence inscrit à côté des images en mosaïque du Christ et
-de la Vierge.
-
-L’édifice qu’on voit aujourd’hui n’est pas le même que celui du VIe
-siècle. Déjà au XIIe siècle, l’église menaçait ruine. Marie Ducas,
-la belle-mère de l’empereur Alexis Comnène, la fit rebâtir en la
-transformant selon les plans des églises de ce temps. L’intérieur en
-fut décoré de marbres en couleur et de belles mosaïques.
-
-Depuis Manuel Comnène, les empereurs avaient abandonné le grand palais
-pour venir habiter le château des Blaquernes. C’est pourquoi l’église
-de Chora, qui en était voisine et qui sous les Latins était tombée
-dans un grand délabrement, devint l’objet de la sollicitude impériale.
-Sous le règne des Paléologues, Théodore Métochite, ministre favori
-d’Andronic II, la fit restaurer complètement et ordonna d’ajouter une
-galerie latérale, destinée peut-être à servir de lieu de sépulture. Il
-fit renouveler également la décoration intérieure, excepté celle de la
-partie centrale qui est demeurée la même.
-
-Malgré les ravages subis par la Chora, les mosaïques se sont conservées
-jusqu’à nos jours dans un parfait état: elles sont les œuvres les plus
-remarquables de la dernière renaissance de l’art byzantin et occupent
-aujourd’hui une place très estimée dans l’histoire de l’art[43].
-
- [43] Pulgher, _Les anciennes églises de
- Constantinople_, 1880. Diehl, _Etudes byzantines_,
- 1905, p. 392-431.
-
-Les mosaïques qui se trouvent sur les deux côtés de la porte centrale
-sont recouvertes de volets en bois, que demande la religion musulmane,
-mais qu’on peut ouvrir à volonté pour voir les images; les murs sont
-tapissés jusqu’aux bases des voûtes par de grandes plaques de marbre
-gris encadrées par des bandes vertes. De fines bordures sont sculptées
-au pourtour des marbres.
-
-[Illustration: Plan de la mosquée Kahrié.]
-
-A l’intérieur du second narthex, sur la porte du milieu qui donne
-accès dans l’église, une mosaïque représente le Christ assis sur un
-trône, à qui Métochite, agenouillé, présente un modèle en réduction de
-l’église. Métochite est coiffé d’un haut bonnet blanc garni de bandes
-rouges et vêtu d’une tunique dorée recouverte d’un manteau vert brodé
-de fleurettes rouges.
-
-Métochite, né à Nicée, arriva à l’âge de vingt ans à Constantinople
-où, par son talent d’orateur et son érudition en littérature et en
-philosophie, il attira l’attention d’Andronic II. Il commença sa
-carrière dans les ambassades, devint ensuite logothète de la liste
-civile, ministre du trésor, puis premier ministre de l’Empereur pendant
-vingt ans. Il fut en même temps philosophe, diplomate et administrateur.
-
-Il avait toute la confiance de l’Empereur son maître, qui ne lui
-cachait aucun secret, et fit épouser à son propre neveu Irène, la fille
-de Métochite, très intelligente et très instruite. Toutefois Métochite,
-malgré les hautes satisfactions qui lui étaient accordées, pensait
-toujours aux dangers dont les querelles philosophiques et religieuses
-menaçaient le pays. Il attirait à chaque instant l’attention de
-l’Empereur sur le péril turc, qui lui paraissait devoir causer un jour
-la ruine complète de l’État. Il prévoyait la décadence et la chute
-inévitable de l’empire.
-
-
-[Illustration: Pl. 21.
-
- HIPPODROME, PALAIS IMPÉRIAL ET SAINTE-SOPHIE AU Xe SIÈCLE
- (Restitution de l’auteur d’après le plan de Labarte.)]
-
-
-Les troubles à l’intérieur augmentaient de jour en jour. L’Empereur et
-son favori se trouvaient dans une situation très difficile. Pendant les
-guerres civiles qui durèrent de 1321 à 1328, Métochite fut un habile
-négociateur entre Andronic II et son ambitieux petit-fils, Andronic le
-Jeune, qui prétendait au trône.
-
-Métochite, pour ne pas s’attirer la haine des deux factions, s’entremit
-d’abord impartialement entre les deux princes ennemis. Mais, quand la
-rupture entre les deux adversaires éclata, il se rangea du côté de
-son ancien maître et refusa toutes les avances d’Andronic le Jeune.
-Sentant gronder l’émeute dans la ville, il se retira dans le palais.
-Lorsque pendant la nuit du 22 mai 1328, le prétendant pénétra dans
-la ville, grâce à la trahison des gardes de l’Empereur, le ministre
-fut la première victime. Sa maison fut livrée au pillage et démolie
-complètement. Il fut jeté d’abord en prison et ensuite exilé. Cependant
-il put obtenir son rappel et vint terminer ses jours au monastère de
-Chora, où il vécut jusqu’au 13 mars 1332, portant en religion le nom de
-Théoleptos.
-
-Toute une série de tableaux en mosaïques, retraçant des scènes
-religieuses variées, décorent les murs et les voûtes du narthex.
-
-De nombreux médaillons garnissent le sommet des arcades. Au-dessus de
-la porte d’entrée se trouve le buste du Christ. En face, entre deux
-grandes arcades, c’est la Vierge tenant contre sa poitrine un médaillon
-qui renferme l’Enfant Jésus, puis des saints en costume de cour, saint
-Pierre et saint Paul aux deux côtés de la porte royale.
-
-Parmi les séries de mosaïques qui décorent les coupoles et les voûtes
-du narthex intérieur, les deux plus intéressantes sont celles qui
-retracent les épisodes de la vie de Jésus et ceux de la vie de la
-sainte Vierge tirés des Évangiles apocryphes[44].
-
- [44] Pour compléter les récits de l’Évangile, dès le
- IIe siècle on voulut détailler les épisodes de la vie
- du Sauveur, et pour donner à ces récits une apparence
- plus authentique, on les attribua à tel ou tel apôtre.
- On a donné à ces récits le nom d’Évangiles apocryphes.
- Dès le IVe siècle l’Église grecque les admit au nombre
- des textes sacrés, mais ce n’est qu’à partir du XIe que
- les compositions tirées de ces évangiles apparaissent
- sur les murs des églises.
-
-[Illustration: Plan explicatif des mosaïques de Kahrié-Djami.
-
- MOSAIQUES DU NARTHEX
-
- PANNEAUX
-
- A. Anne faisant la prière.
-
- B. Nativité de la sainte Vierge, la jeune fille berçant l’enfant.
-
- C. On distribue aux jeunes filles de la laine pour filer le voile
- du temple, le sort attribue à Marie la pourpre.
-
- D. Le grand prêtre donne Marie à Joseph dont le bâton a fleuri.
-
- E. A gauche, Joseph part pour le travail; à droite, il s’aperçoit
- que Marie est enceinte et lui fait des reproches.
-
- F. Disparu.
-
- 1. Le grand prêtre repousse les offrandes de Joachim et d’Anne.
-
- 2. (Disparu.) Probablement Joachim et Anne.
-
- 3. Joachim au milieu des bergers.
-
- 4. (Arc.) Joachim et Anne se rencontrent devant la porte dorée et
- s’embrassent.
-
- 5. La Vierge caressée par son père et sa mère.
-
- 6. Sainte Vierge bénie par les prêtres.
-
- 7. (Arc.) Sainte Vierge faisant les sept premiers pas.
-
- 8. (Travée.) Présentation de la Vierge au temple.
-
- 9. (Arc.) La Vierge demeurant dans le temple, et nourrie par un
- ange.
-
- 10. (Arc.) La Vierge y est instruite (disparu en grande partie).
-
- 11. (Arc.) Le grand prêtre prie devant l’autel où sont déposés
- les bâtons des prétendants à la main de Marie.
-
- 12. Joseph emmène Marie.
-
- 13. (Pendentif.) Annonciation au puits.
-
- EXONARTHEX
-
- PANNEAUX
-
- G. A gauche, Joseph averti par un ange; Marie se rend chez
- Elisabeth; à droite, Joseph conduit la Vierge à Bethléem.
-
- H. Le recensement à Bethléem.
-
- I. Nativité du Christ.
-
- J. Hérode recevant les trois Mages.
-
- K. Hérode convoque les grands prêtres et les scribes (détruit en
- grande partie).
-
- L. (Détruit.) Probablement adoration des Mages.
-
- M. Les Mages retournant chez eux.
-
- N. Fuite en Égypte.
-
- O. Hérode ordonne le massacre des innocents.
-
- P. Massacre des innocents.
-
- Q. Lamentation des mères.
-
- R. Elisabeth poursuivie par un soldat se réfugie dans une grotte.
-
- S. Retour à Nazareth.
-
- T. Voyage à Jérusalem.
-
- 14. Jésus au milieu des docteurs.
-
- 15. Saint-Jean-Baptiste baptisant.
-
- 16. Jésus vient se faire baptiser.
-
- 17. Jésus tenté par Satan.
-
- 18. Noces de Cana.
-
- 19. Multiplication des pains.
-
- 20. Jésus et la Samaritaine.
-
- 21. Guérison du paralytique.
-
- 22. Guérison de l’hydropique.
-
- 23. Rinceau, autre guérison de paralytique.]
-
-Le Christ est figuré au centre sur l’une des coupoles du second
-narthex; tout autour, dans les segments concaves qui forment la coupole
-sont rangées les images des patriarches et des représentants des tribus
-d’Israël. Dans le centre de l’autre coupole, autour de la Vierge, sont
-groupés les prophètes et les rois d’Israël.
-
-On voit dans ces mosaïques toute une série des miracles de
-Jésus-Christ. Dans le narthex intérieur: guérison du lépreux, de
-l’homme à la main desséchée, la guérison des aveugles. Enfin des
-malades, des boiteux, des bossus et des enfants sont rangés autour du
-Christ, attendant leur guérison.
-
-Métochite cite parmi les ouvrages qui décoraient son église les
-représentations de la Crucifixion, de la Descente de croix, de
-l’Ascension et une quantité d’autres. Mais on ne rencontre plus ces
-images, qui devaient orner les places d’honneur de l’église et qui ont
-été complètement détruites; il est probable qu’on en
-trouvera un jour quelques restes sous l’enduit qui recouvre les murs
-et la coupole du sanctuaire même.
-
-La chapelle latérale est décorée tout entière de fresques représentant
-la sainte Vierge, les saints et des scènes empruntées à l’Ancien
-Testament.
-
-On y voit deux grandes arcades sculptées, dont l’une porte une longue
-inscription, indiquant que les arcades proviennent du monument
-funéraire de Tornikès, haut personnage de l’État, parent par sa mère
-de l’empereur Andronic II et de Métochite. Lui aussi s’était retiré
-dans ce monastère pour y finir ses jours. Il y fut enseveli. Quand,
-avant 1453, une restauration fut entreprise dans le monastère, on
-démolit probablement le monument de Tornikès et l’on plaça les arcades
-au-dessus des passages s’ouvrant entre l’église et la chapelle latérale
-(Parekklesion).
-
-Les mosaïques de _Kahrié-Djami_ font l’objet de longues discussions
-entre les byzantinologues. Plusieurs d’entre eux ont voulu démontrer
-que la plus grande partie de ces mosaïques appartenait au XIIe siècle.
-D’après M. Kondakof, qui a une grande autorité en la matière, ce sont
-seulement les fresques du Parekklesion et les mosaïques représentant
-les saints Pierre et Paul, le Christ fondateur, la décoration du second
-narthex, qui appartiennent au temps de Métochite, c’est-à-dire au XIVe
-siècle. Tout le reste daterait du XIIe siècle. «Mais si haute que soit
-l’autorité du savant qui a proposé cette thèse, dit M. Diehl, il ne
-paraît point que ses arguments suffisent à l’établir. La différence de
-coloris, sur laquelle il s’appuie pour distinguer deux époques, tient
-tout simplement à l’insuffisant nettoyage qui a laissé subsister un ton
-grisâtre sur certaines mosaïques.»
-
-
-[Illustration: Pl. 22.
-
- OBÉLISQUE DE THÉODOSE.]
-
-
-Il est vrai que l’ordre dans lequel se succèdent les épisodes,
-le système de l’ornementation, la manière de représenter les
-personnages et la tonalité des couleurs prouvent que ces compositions
-sont l’œuvre d’un même art appartenant à une même époque. D’un autre
-côté, il n’y a aucune ressemblance entre les mêmes sujets représentés
-par les œuvres authentiques du XIIe siècle et les mosaïques de Chora.
-Donc il est plus juste de les attribuer au XIVe siècle.
-
-Une des causes de la discussion soulevée sur l’origine de ces
-mosaïques, est que l’Occident, voulant s’approprier l’honneur de ces
-travaux, véritables chefs-d’œuvre, les attribua d’abord aux primitifs
-italiens et surtout à Giotto, qui vivait justement à l’époque où ces
-mosaïques furent exécutées. Mais au XIVe siècle, il y avait déjà à
-Byzance des œuvres authentiques qui témoignent suffisamment de la
-capacité des artistes byzantins de ce temps.
-
-«S’il y a eu contact entre les deux civilisations, continue M. Diehl,
-ce n’est point la renaissance de l’époque des Paléologues qui ne doit
-rien à l’Occident; c’est plutôt l’Italie qui devrait quelque chose à
-l’évolution qui s’accomplit alors dans l’art byzantin.»
-
-Les mosaïques de Chora sont certainement des œuvres de la dernière
-renaissance de l’art byzantin.
-
-
-ÉGLISE DES BLAQUERNES
-
-Après la grande église de Sainte-Sophie, aucun édifice religieux ne
-tient une si grande place dans l’histoire byzantine que celui de la
-Vierge des Blaquernes. Cette église était la chapelle de l’Empereur.
-C’est là qu’était conservée la sainte image protectrice de Byzance, qui
-avait miraculeusement repoussé, à maintes reprises, les ennemis de la
-capitale. Les Latins transformèrent cette église en une église latine,
-et en enlevèrent plusieurs reliques qui, aujourd’hui encore, font
-partie du trésor de Venise.
-
-Avant la conquête turque, sous le règne de Jean V Paléologue, un
-immense incendie la détruisit, ce qui, dit l’historien Phrantzès, fut
-considéré comme un sinistre présage. Quatre-vingts ans après la chute
-de la ville, Gyllius vit les ruines de l’église encore debout. Il n’en
-reste rien aujourd’hui que la source sainte, l’ayasma, abritée sous
-un misérable toit. C’est là que trois fois par an le Basileus allait,
-après les cérémonies d’usage, se plonger dans la piscine.
-
-Sous la voûte, existait une image de la sainte Vierge des mains de
-laquelle coulait l’eau bénite. Les détails suivants, extraits du livre
-des Cérémonies écrit par l’empereur Constantin Porphyrogénète et cités
-dans les _Esquisses byzantines_ publiées par M. A. Marrast, sont très
-intéressants.
-
-«Après diverses cérémonies, après avoir adoré la robe de la Vierge,
-baisé l’autel, fait maintes stations, l’Empereur gagnait une chambre
-haute où les baigneurs officiels lui enlevaient ses vêtements et
-lui mettaient le lentium, en présence des seuls eunuques; les gens
-à barbe n’étaient pas admis à cette partie de la cérémonie. Alors
-l’Empereur était conduit dans la salle même du bain sacré, il y adorait
-les Icones, puis entrait dans le natatorium dont le protembataire,
-ou chef des baigneurs, avait préalablement béni l’eau; après trois
-immersions, le prince sortait du bain et, rhabillé par les chambellans
-ou cubiculaires, quittait l’église.»
-
-[Illustration: Plan de Constantinople, en 1422, par Buondelmonte.
-
- 1. Porte du palais des Blaquernes.
-
- 2. Porte de Messi.
-
- 3. Porte de Pescaria.
-
- 4. Saint-Georges in Manganis.
-
- 5. Saint-Démétrius.
-
- 6. Colonne supportant la statue équestre de Justinien.
-
- 7. Hippodrome.
-
- 8. Église du Pantocrator.
-
- 9. Statue de l’empereur Michel VIII Paléologue à genoux devant la
- statue de l’archange Michel.
-
- 10. Saint Johannis de Petra.
-
- 11. Palais impérial.
-
- 12. Saint Marc.
-
- 13. Porte de Saint Johannis.
-
- 14. Porte de Lamidi.
-
- 15. Porte Dorée.
-
- 16. Saint Johannes studio.
-
- 17. Saint-Andréas.
-
- 18. Périblepte.
-
- 19. Port.
-
- 20. Condoscale.
-
- 21. Domus Justiniani «Palais de Justinien».
-
- 22. Palais Hormisdas.
-
- 23. Port du Bucoléon.
-
- 24. Chantier naval.
-
- 25. Tour de Léandre.
-
- 26. Tour du Christ.]
-
-La table suivante indique par ordre alphabétique, les noms des églises
-byzantines citées souvent dans l’histoire. Si la plupart de ces églises
-ont été transformées en mosquées, au lendemain de la conquête, il ne
-faut point voir là un effet de la persécution religieuse; mais les
-Byzantins s’étaient retirés dans le faubourg et avaient abandonné ces
-monuments; il est donc tout naturel que les Turcs les aient utilisés
-comme édifices sacrés, puisque leur religion admet la prière dans tous
-les lieux saints.
-
-L’église de Sainte-Anastasie. Mosquée de _Mehmed-pacha_, à Kadirga,
-construite, d’après M. Paspati, au VIIIe siècle, transformée en mosquée
-en 1571.
-
-L’église de Saint-André. Mosquée _Hodja Moustapha pacha_.
-
-L’église de Sainte-Anne. L’emplacement de cette église, qui se trouvait
-près de la porte de Selymbria, n’est pas exactement connu.
-
-L’église de l’Archange Michel. Bâtie par Justinien II, se trouvait à
-Kadirga.
-
-L’église des Saints-Apôtres. Sur l’emplacement de cette église se
-trouve, actuellement, la mosquée du sultan Mehmed II le Conquérant.
-
-L’église des Blaquernes.
-
-L’église de Constantin Lips. Mosquée de _Demirdjilar-mesdjidi_.
-
-L’église de Gastria. _Sandjakdar Mesdjidi_.
-
-L’église des Saintes Chrysanthe et Euphémie. Sur son emplacement se
-trouve aujourd’hui l’église arménienne à _Koum-Kapou_.
-
-L’église Saint-Démétrius. Sur l’emplacement de l’École de médecine.
-
-L’église de Saint-Diomède. Cette église doit se trouver, d’après le
-Dr Mordtmann, dans un jardin tout près de l’usine à gaz d’éclairage
-de _Yedi Koulé_, là où on trouva, il y a une dizaine d’années, deux
-colonnes de marbre.
-
-Monastère de Dius. Près de l’ancienne porte de Jésus, au quartier
-actuel _d’Et-Yemez_, consacré comme mosquée par _Mirza Baba_, un des
-soldats du conquérant.
-
-La chapelle de Saint-Emilien. Il faut la chercher près de la porte
-actuelle de _Daoud-pacha_.
-
-L’église de Saint-Eutychius-Christo-Camera, à Psamatia. Elle joua un
-rôle important dans les troubles ecclésiastiques pendant le règne
-d’Andronic II Paléologue, et était située à l’est du couvent de
-Myréléon.
-
-L’église de Gorgopikoos. C’est encore une petite église grecque du
-quartier _Alti Mermer_ (Exokionon).
-
-L’église de Saint-Jean du Stoudion. Mosquée _d’Emir-Akhor_.
-
-L’église de Saint-Jean-Baptiste à Petra Paléa. _Kesmé Kaya._
-
-L’église de Saint-Jean-Baptiste in Trullo. _Ahmed pacha mesdjidi._
-
-L’église de Saint-Jean le Perse. Mosquée de _Hekim oglou Ali pacha_.
-
-L’église de Saint-Julien. Sur les collines du port Sophien.
-
-L’église de Kyra Martha. Bâtie par Marie Ducas, sœur de Michel
-Paléologue. D’après le Dr Mordtmann, sur l’emplacement de cette église
-se trouve actuellement la mosquée de _Chaaban Aga_. Marie Cléopé et
-Saint-Jean le Guerrier reposent ici.
-
-L’église de Kodjouma ou Pantepopte. Mosquée _Eski Imaret_. Elle a servi
-d’abord comme _Imaret_ (cantine) aux élèves qui étudiaient dans la
-mosquée du Conquérant.
-
-L’église de Saint-Pierre et Saint-Marc. Mosquée _d’Atik Moustapha
-pacha_. Elle possède une petite piscine baptismale, datant de 458.
-
-Monastère d’Emmanuel. Mosquée _Kéfeli_.
-
-Monastère de la Pammacaristos. Mosquée _Féthié_, dépendance de
-l’ancien monastère de femmes fondé à la fin du XIIIe siècle par
-Michel Tarchaniote et Marie Comnène, son épouse. Après la prise de
-Constantinople par les Turcs, l’église fut pour quelque temps le
-siège du Patriarcat orthodoxe; elle possède encore quelques images en
-mosaïque représentant les prophètes et le Christ.
-
-L’église de la Panachrantos. _Fenari Isa Djamissi_ (inscription
-découverte par le Dr Paspati).
-
-L’église de Saint Pantéleïmon. Cette église, qui se trouvait dans la
-IXe région, contenait les reliques de deux saints, Pantéleïmon et
-Marius. Elle a été bâtie par Constantin le Grand sous le nom de Homona.
-
-L’église du Pantepopte. Fondée par la mère d’Alexis Ier Comnène, vers
-le commencement du XIIe siècle, transformée en hospice et puis en
-mosquée, _Eski Imaret Djami_.
-
-L’église de la Peribleptos. Église arménienne à Soulou Monastir dans
-l’ancien quartier appelé Heleniana.
-
-L’église du Pantocrator. Cette église, _Zeïrek-Klissé Djamissi_,
-fut bâtie en 1125 par Irène, épouse de Jean Comnène. Le tombeau de
-l’empereur se trouve dans une crypte à côté des sépultures d’autres
-Comnènes. C’est dans cette église que fut aussi inhumée Berthe, qui
-avait pris le nom d’Irène et qui était épouse de Manuel, fille du comte
-allemand de Sulzbach et belle-sœur de l’empereur Conrad. Cette église
-ayant été endommagée par les tremblements de terre, fut reconstruite et
-transformée en mosquée (_Zeïrek-Djami_). L’édifice se compose de trois
-églises contiguës.
-
-L’église Saint-Philippe. _Denis Abdal_ près de _Top-Kapou_.
-
-L’église des Quarante Martyrs. Près de _Saradjhané-Bachi_ (ancien
-Philadelphium).
-
-L’église de Saint-Romain. Il est probable que sur son emplacement
-se trouve aujourd’hui le _Monastir Mesdjidi_ auprès de la porte
-Saint-Romain, _Top-Kapou_.
-
-L’église des Saints-Serge et Bacchus. Mosquée _Kutchuk Aya Sophia_
-(petite Sainte-Sophie).
-
-L’église de Saint-Théodore Tiron. _Klissé Djamissi._ Construite vers le
-XIe siècle.
-
-L’église de Sainte-Théodosie. _Gul Djami._ Elle a servi d’abord de
-dépôt pour les matériaux de l’arsenal. Ce n’est que sous Selim III
-qu’elle fut transformée en mosquée.
-
-L’église Théotocos au quartier de Sigma.
-
-L’église de tous les Saints. Près des Saints-Apôtres.
-
-L’église de la Sainte-Vierge. Mosquée de _Kalender_.
-
-L’église de Saint-Thomas apôtre. Se trouvait à l’extrémité occidentale
-du port Sophien.
-
-[Illustration: L’église de Saint-Théodore de Tyron. _Klissé Djamissi._]
-
-L’église du Christ Miséricordieux. Construite par Alexis Comnène, près
-du couvent Saint-Georges des Manganes.
-
-L’église de Saint-Georges des Manganes. Couvent qui se trouvait sur
-la pente méridionale du rocher de l’Acropole où était le Cynegion,
-construit par Irène, et qui servait jadis de lieu de spectacle.
-
-L’église de Saint-Lazare (Topoïs). Sanctuaire de la Sainte-Vierge
-Hodigitria. Elle se trouvait dans la plaine qui s’étendait depuis le
-Cynégion jusqu’au Tzycanisterion.
-
-
-III.--LES PALAIS BYZANTINS
-
-
-PALAIS IMPÉRIAL
-
-Il ne nous reste plus que quelques ruines de ces palais byzantins dans
-lesquels étaient accumulées des richesses considérables et qui furent
-le théâtre des faits les plus fantastiques et les plus extraordinaires
-que l’histoire ait peut-être jamais mentionnés.
-
-Parmi ces palais, il faut citer d’abord le grand palais impérial qui
-s’étendait, d’après M. Labarte, sur un immense emplacement occupant une
-surface de 400.000 mètres carrés à côté de Sainte-Sophie. Construit
-d’abord par Constantin, probablement sur le modèle du palais de
-Spalato, il a été embelli et agrandi par les empereurs Justinien,
-Théophile, Basile le Macédonien. Dans ce palais, au IXe et au Xe
-siècle, la splendeur de la décoration byzantine brillait de tout son
-éclat.
-
-M. Labarte, en s’aidant des auteurs anciens, est parvenu à reconstituer
-ce palais dont les ruines mêmes ont disparu. Dans son ouvrage
-classique, M. Labarte nous en donne la description détaillée. «Le
-Kremlin, dit-il, peut seul en donner une faible idée. Il se composait
-de sept péristyles ou vestibules, huit cours intérieures, quatre
-églises, neuf chapelles, neuf oratoires ou baptistères, quatre salles
-des gardes, trois grandes galeries, cinq salles d’audience et de
-réception, trois salles pour les repas, dix appartements réservés à
-l’habitation particulière des princes, sept galeries secondaires, trois
-allées destinées à relier entre elles les diverses parties du palais,
-une bibliothèque, une salle d’armes, des terrasses à ciel ouvert, un
-manège, deux bains, huit palais particuliers au milieu des jardins et
-un port.»
-
-
-[Illustration: Pl. 23.
-
- COLONNE DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE.]
-
-
-[Illustration:
-
- GRAND PALAIS
- DE CONSTANTINOPLE,
- au Xe Siècle.
-
- _d’après J. Labarte_]
-
-Toutes les pièces étaient disposées de façon que l’Empereur, sans
-sortir de chez lui, pût assister aux offices, aux réceptions des
-grands personnages dans les salles d’apparat, et même aux jeux de
-l’hippodrome, dans le Kathisma, qui se trouvait en communication avec
-le palais. La salle d’audience, le trône, le triclinium, toutes ces
-pièces étaient décorées de sujets profanes ou de scènes religieuses
-et légendaires. Comme dans toutes les cérémonies officielles, on
-attachait une grande importance à la richesse et aux attributs de
-l’ornementation, chaque pièce avait reçu une décoration spéciale
-répondant à sa destination particulière. Au lieu d’avoir, comme les
-palais modernes, une façade monumentale, le palais impérial était
-composé d’une multitude de petits bâtiments portant les noms suivants:
-triclinium (salle à trois lits ou salle à manger, pouvant aussi
-comprendre plusieurs pièces); Coubouclion (cubiculum) corps de logis
-formant un appartement de grande importance; Coiton (chambre à coucher
-appelée aussi Métatorion); Diabatica (galerie servant de communication
-entre les différentes parties du palais); Phiale (emplacement à ciel
-ouvert, dallé de marbre et ayant souvent en son milieu un bassin ou une
-fontaine); Péripatos (galeries ouvertes), etc...
-
-Le palais se divisait en trois parties principales: la Chalcé, Daphné
-et le palais sacré.
-
-La Chalcé comprenait toute une série de pièces. On accédait au palais
-du côté de l’Augustéon par la porte en fer qui ouvrait sur un des
-vestibules de la Chalcé. Ce vestibule, couvert de tuiles en bronze
-doré, se composait d’une cour en forme d’hémicycle surmontée d’une
-voûte en cul-de-four faisant face à l’entrée d’un bâtiment carré à
-coupole tout orné de mosaïques.
-
-On comptait dans la Chalcé trois salles des gardes, les noumera,
-les courtines, les tricliniums des scolaires, des excubiteurs, des
-candidats, en enfilade. Venaient ensuite une salle de justice,
-(tribunal de Lychnos), une salle de réception, une salle à manger
-d’apparat, le grand consistorium et plusieurs édifices religieux
-(l’oratoire du Sauveur et la chapelle des Saints-Apôtres). Le grand
-consistoire était convoqué dans la salle de réception. Trois portes
-en ivoire y donnaient accès. Au fond de la salle, un des trônes de
-l’Empereur était dressé sur une estrade.
-
-Entre la Chalcé et Daphné se trouvait le triclinium (salle à manger à
-dix-neufs lits), où se donnaient les banquets officiels. Cette salle
-était précédée d’une cour ou atrium, puis d’un portique formant porche.
-Elle était divisée en deux; une partie était réservée aux invités, et
-l’autre à l’Empereur. Toutes deux étaient éclairées par le haut. La
-première pouvait contenir trois cents convives. Aux grands jours de
-fête, par exemple à Noël, on y mangeait, couché à la mode antique.
-D’après le récit de Luitprand, évêque de Crémone, qui assista en 943
-à un des festins donné dans ce palais, on y mangeait, à demi couché,
-le service étant fait uniquement dans de la vaisselle d’or; les
-fruits étaient servis dans de grands vases en or qui, à cause de leur
-poids, étaient transportés sur des chariots couverts de pourpre. On
-les enlevait au moyen d’une poulie établie au plafond, sur laquelle
-roulaient trois cordes enveloppées de peau dorée. Les bouts des cordes
-étaient munis d’anneaux en or engagés dans les anses des vases;
-plusieurs serviteurs placés en bas étaient chargés de faire fonctionner
-ces appareils pour le service de la table.
-
-La partie du palais appelée Daphné commençait par une grande galerie
-couverte, précédée d’un porche à arcades qui conduisait à une salle
-octogone. Cette partie du palais comprenait plusieurs édifices
-religieux et des salles pour les réunions officielles. Une galerie
-courant sur les étages supérieurs menait à un petit palais occupant la
-place d’honneur de l’hippodrome. Cet édifice contenait plusieurs pièces
-et l’Empereur y revêtait son costume officiel avant d’entrer dans sa
-loge pour assister aux jeux. Les fonctionnaires qui se rendaient au
-palais laissaient leurs chaises à porteurs et leurs chevaux dans un
-manège spécialement disposé à cet effet dans les dépendances.
-
-Le palais sacré comprenait le palais impérial proprement dit, contenant
-dans son enceinte le péristyle du Sigma, le Triconque, et différents
-appartements privés de l’Empereur.
-
-A l’entrée du palais sacré, se trouvait un vaste atrium ou Sigma qui
-avait la forme de la lettre grecque appelée Sigma. C’est là que les
-courtisans et les hauts fonctionnaires attendaient l’Empereur. Au
-centre de cet atrium, était placé un bassin aux bords d’argent, au
-milieu duquel se trouvait un vase d’or en forme de coquille. Ce vase
-était rempli des fruits les plus rares où puisaient les invités.
-
-Après l’atrium, on entrait dans un péristyle formé de quinze colonnes
-en marbre de Phrygie. Au centre, s’élevait un dôme soutenu par quatre
-colonnes en marbre vert dominant le trône où l’Empereur s’asseyait
-pendant les fêtes.
-
-On y trouvait aussi un palais à deux étages, construit par Théophile au
-IXe siècle sur le modèle du palais du khalife de Bagdad.
-
-Une des parties les plus intéressantes du palais sacré était le
-Chrysotriclinium (triclinium d’or), bâti par l’empereur Justin II le
-Curopalate, embelli ensuite par Tibère son successeur. C’était une
-salle octogonale couverte d’une coupole à seize fenêtres; sur les
-huit côtés se trouvaient huit absides qui communiquaient entre elles.
-Celle qui était en face de l’entrée était fermée par deux portes
-argentées, sur lesquelles étaient figurées les images de Jésus-Christ
-et de la sainte Vierge. Pendant les réceptions, ces portes restaient
-d’abord closes, tandis que la foule entrait dans la salle. Une fois le
-calme rétabli, elles s’ouvraient, et on voyait, au fond de l’abside,
-l’Empereur vêtu d’un manteau de pourpre orné de pierres précieuses,
-ayant à hauteur de sa tête l’image du Sauveur et entouré de toutes
-sortes d’objets précieux. La foule se prosternait de suite devant
-l’Empereur pour lui rendre hommage. Tout était calculé pour donner à
-ces réceptions un aspect féérique. Toutes les grandes cérémonies telles
-que le couronnement, le mariage impérial et les réceptions officielles
-se faisaient dans cette splendide salle de fête. Ces cérémonies avaient
-beaucoup de ressemblance avec celles des Persans: «La salle du trône,
-dit M. Gayet, ouvrait directement sur la cour du palais, sans qu’aucune
-barrière en interceptât l’entrée: un rideau immense dérobait seul le
-monarque aux regards de ses sujets. Lorsqu’il daignait se montrer à eux
-et prenait place sur l’estrade, entouré des princes du sang, des
-ministres, des courtisans et de la garde, le voile se levait soudain à
-un signal donné. Le Roi des rois surgissait alors dans le cadre d’un
-luxe inoubliable.»
-
-
-[Illustration: Pl. 24.
-
- COLONNE DE THÉODOSE.--Bas-reliefs du piédestal.]
-
-
-Derrière cette salle, s’étendaient les nombreux appartements privés de
-l’Empereur, orientés de façon à être aussi confortables en été qu’en
-hiver.
-
-Constantin Porphyrogénète, décrivant une de ces salles du palais nommé
-Cenourgion, bâti par Basile le Macédonien, raconte qu’elle était
-soutenue par 16 colonnes dont 8 en marbre vert et 6 en onychite, ornées
-de rameaux de vignes qui s’entrelaçaient au fût et de différentes
-figures d’animaux. Deux autres colonnes, également en onychite,
-portaient des cannelures en spirales. La partie supérieure au-dessus
-des colonnes jusqu’à la voûte était ornée de mosaïques sur fond d’or.
-On y voyait Basile entouré de guerriers qui lui présentaient les clefs
-des villes conquises. A la naissance de la coupole, une large corniche
-formait une galerie à balustrade qui faisait le tour de la salle. Un
-lustre était suspendu au centre.
-
-L’appartement d’été de l’empereur Théophile se composait d’un
-rez-de-chaussée et d’un premier étage comprenant une chambre à coucher
-et un salon. Un chroniqueur de l’époque nous donne d’assez nombreux
-détails sur la décoration d’une chambre à coucher impériale: «Le pavage
-est en mosaïque, au centre s’étale un paon enfermé dans un cercle de
-marbre. De ce cercle partent des rayons qui vont aboutir à un autre
-cercle, plus grand, en dehors duquel sont des marbres verts imitant
-des fleuves. Dans chaque coin se trouvent appliqués des aigles en
-mosaïque faits de petits cubes de différentes couleurs. Les parois de
-la pièce sont ornées de plaques de verre polychrome. Une bande d’or
-sépare les mosaïques qui ornent la partie supérieure des parois, sur
-lesquelles se détachent sur fond d’or les figures de Basile et de
-sa femme Eudoxie. Tous deux sont assis sur des trônes et portent les
-couronnes et les costumes impériaux. Sur les autres murs de la pièce
-sont représentés leurs enfants vêtus du même costume, et tenant entre
-les mains des livres de piété. Le plafond resplendissant d’or porte au
-milieu le signe victorieux de la croix en verres de couleur; tout près,
-se trouvent encore les images de l’Empereur, de l’Impératrice et de
-leurs enfants, levant tous la main vers la croix.»
-
-Cet immense palais, habité si longtemps par les empereurs byzantins,
-fut abandonné vers le XIIe siècle, quand leurs successeurs allèrent
-résider au palais des Blaquernes.
-
-Bien avant la prise de Constantinople par les Turcs, ce palais
-menaçait déjà ruine et ses débris étaient utilisés pour de nouvelles
-constructions. Buondelmonte, qui visita la capitale trente ans avant la
-conquête, n’avait plus rien trouvé sur l’emplacement de ce grand palais
-que quelques pierres provenant des ruines. Et quand Pierre Gylles
-visita Constantinople, il ne vit sur son emplacement que quelques
-traces de ruines[45].
-
- [45] Banduri. _Topogr. Constantin._
-
-
-PALAIS DE BOUCOLÉON
-
-Ce palais se trouve sur les bords de la Propontide, dans l’enceinte du
-grand palais byzantin. Il a été appelé d’abord château de Hormisdas,
-du nom d’un prince sassanide qui s’était réfugié à Constantinople et
-avait habité ce palais au temps de Constantin. Il fut reconstruit
-par Justinien et, plus tard, agrandi et embelli par Constantin
-Porphyrogénète[46] qui y ajouta des statues et un groupe d’animaux
-sculptés en pierre, un lion luttant avec un bœuf.
-
- [46] Constantin Porphyrogénète--_Vie de Basile._
-
-Il paraît que de là vient son nom de Boucoléon[47]. Tout près de ce
-palais se trouvait un port appelé du même nom. Nicéphore Phocas qui
-habitait presque toujours ce palais où il fut tué par Jean Tzimizès son
-rival, l’avait fortifié en l’entourant de murs.
-
- [47] Bous (Bœuf), Léon (lion). Il nous paraît plus
- vraisemblable de croire que l’étymologie du mot de
- boucoléon vient de _bucca leonis_, entrée des lions,
- parce que ce port avait à son entrée des statues de
- lions.
-
-
-PALAIS DE LA MAGNAURE
-
-Le triclinium de la Magnaure ou Magna-aula (magna, grande, aula,
-cour) se trouvait au nord du palais impérial entre la Chalcé et
-Sainte-Sophie; les Empereurs y donnaient audience aux ambassadeurs.
-Ce triclinium, bâti par Constantin, n’était qu’une basilique à nef
-centrale et à bas côtés. Au fond, sur une estrade qui occupait toute
-la largeur de l’édifice et qui recouvrait un hémicycle, se trouvait le
-trône impérial. De chaque côté de l’abside, deux colonnes soutenaient
-des draperies et des rideaux. Au-dessus du bas côté s’élevaient les
-galeries réservées aux dames de la cour. Au pied de l’estrade, on
-apercevait deux lions artificiels dressés sur leurs pattes et qui
-poussaient des rugissements comme des lions vivants. Sur des arbres
-d’or, des oiseaux de toutes sortes, artistement imités et perchés sur
-les branches, faisaient retentir la salle de leurs chants joyeux.
-
-Pour donner plus de vie à cette scène du passé, il faut écouter
-Luitprand, envoyé extraordinaire du roi d’Italie à la cour de Byzance,
-au Xe siècle. «L’Empereur, dit-il, étant assis sur son trône, des lions
-automatiques commencent à rugir, les oiseaux chantent. Je me prosterne
-devant lui, et, après être resté quelque temps dans cette position,
-selon le cérémonial, je lève les yeux et aperçois l’Empereur enlevé par
-une machine à une hauteur considérable.»
-
-
-Sur l’emplacement du palais de la Magnaure, se trouve actuellement le
-ministère de la Justice, qui dernièrement devint le siège du Parlement,
-et devait primitivement servir d’université, mais il ne fut jamais
-affecté à cette destination. En creusant les fondations de cet édifice
-en 1847, on trouva, à une profondeur de trois mètres, l’ancien pavé et
-la base de la célèbre statue argentée d’Eudoxie la Gauloise, objet de
-la haine de Chrysostome. Elle portait l’inscription suivante en langue
-grecque: «Voici la statue argentée où les souverains président aux
-tribunaux de la capitale[48].» A côté de ce palais se trouvait le Sénat
-ou basilique. Un portique orné de six grandes colonnes de marbre blanc
-s’ouvrait, d’après M. Labarte, sur le forum Augustéon.
-
- [48] Cette base est conservée au Musée.
-
-
-PALAIS DES BLAQUERNES
-
-Lorsque Théodose II avait construit la grande muraille pour agrandir
-la ville, le quartier des Blaquernes, qui était situé à l’extrémité
-nord-ouest de la ville, près de la Corne d’Or, et qui renfermait alors
-l’église de ce nom ainsi qu’une résidence impériale, ne fut pas compris
-dans l’enceinte des murs. Ce n’est que deux siècles plus tard que
-l’empereur Héraclius fit construire de nouveaux remparts devant les
-Blaquernes, qui, devenus très peuplés, avaient besoin d’être protégés
-contre les attaques ennemies. D’après M. Schlumberger, la partie des
-murs théodosiens restés en arrière des nouveaux murs et qui étaient
-devenus inutiles furent détruits. Le palais qui se trouvait dans ce
-quartier avait été bâti d’abord par Anastase (491-518). Il servit
-pendant plusieurs siècles de maison de plaisance aux Empereurs. Puis
-il s’étendit et couvrit de ses nombreux bâtiments un espace de 300.000
-mètres carrés (l’espace compris entre _Egri-Kapou_ et l’Ayasma des
-Blaquernes).
-
-C’est Manuel Comnène Ier qui, négligeant complètement le grand palais,
-élut pour résidence le palais des Blaquernes (1143).
-
-
-[Illustration: Pl. 25.
-
- COLONNE DE CONSTANTIN ET MESÈ.
-
- ANCIENNE RUE DE «MESÈ» ET COLONNE DE CONSTANTIN AU Xe SIÈCLE.
- (D’après la restitution de l’auteur.)]
-
-
-L’enceinte fortifiée du palais comprenait de vastes jardins, des cours
-à portiques, différentes habitations pour le Basileus, sa famille, ses
-grands officiers et ses gardes, des églises, des chapelles et d’autres
-édifices religieux. Le Portique carien, érigé par l’empereur Maurice
-en 586 et dont on retrouve actuellement les substructions à l’est de
-la porte d’_Eïvan Seraï_, consistait en une cour entourée de portiques
-et qui conduisait au palais. L’ensemble de ces monuments formait un
-quartier que les historiens grecs appelaient palais au toit doré.
-Actuellement on ne voit plus que la portion de l’enceinte commune à la
-grande muraille de la ville, et quelques pans de murs ensevelis sous
-terre.
-
-Le terrain étant disposé suivant des pentes très abruptes, d’immenses
-voûtes et des murailles épaisses durent être construites pour supporter
-les nombreuses terrasses dont on reconnaît parfaitement aujourd’hui
-les ruines. Ces terrassements dominaient une vallée assez profonde qui
-existe encore.
-
-Une partie du palais était adossée à la grande muraille sur laquelle
-s’ouvraient des fenêtres et des balcons dominant la campagne. C’est
-dans ce palais qu’Isaac l’Ange, en 1204, reçut les croisés. Ces
-derniers furent émerveillés de la splendeur des jardins, de l’ampleur
-des voûtes, et de la magnificence des parois toutes tapissées de
-mosaïques à fond d’or, des cours pavées de marbre précieux, des
-ruisseaux d’eau courante coulant dans des canaux d’albâtre. Les
-seigneurs Francs, quand ils furent reçus dans ce palais par Alexis,
-furent éblouis par les richesses prodigieuses étalées non sans
-intention: la vaisselle d’or, les innombrables vêtements de cérémonies,
-les étoffes brodées de soie.
-
-[Illustration:
-
- Palais des Blachernes
- d’après A. van Milligen.]
-
-Les empereurs latins de Constantinople habitèrent aussi ce palais et
-y tinrent leur cour. Nicéphore Grégoras et Pachymère racontent que
-Michel Paléologue, après avoir reconquis Byzance, dut aller demeurer au
-grand palais, les Blaquernes étant dans le plus affreux délabrement,
-toutes noircies de fumée et pleines d’immondices et d’ordures. Après
-sa réparation, le palais des Blaquernes redevint et resta l’unique
-résidence des Paléologues jusqu’à la chute de Constantinople.
-
-Ce qui subsiste aujourd’hui des fondations montre suffisamment
-l’étendue occupée par ce palais, dont les proportions et la
-magnificence ont toujours fait l’admiration des historiens.
-
-Pulchérie, épouse de Marcien, y avait fait construire la célèbre église
-des Blaquernes. Cette église touchait au mur du palais même et sa porte
-ouvrait dans l’enceinte du palais.
-
-«La porte de l’enceinte de l’église des Blaquernes, dit M.
-Schlumberger, vaudrait bien comme intérêt l’escalier de Versailles!
-Aujourd’hui, c’est l’Empereur en litière, entouré, tantôt de ses
-fameux Vaerings, tantôt d’un cortège d’eunuques ou d’une longue chaîne
-de prêtres et de caloyers, jetant un regard inquiet sur la foule des
-dignitaires où il cherche à tout instant le meurtrier de l’heure qui
-vient et le successeur heureux qui fera jeter au cirque son cadavre
-mutilé; demain c’est le patriarche à la longue barbe blanche, qui
-accourt tremblant sous ses vêtements d’or; il sait qu’un basileus tout
-enfiévré d’un sombre esprit théologique l’a fait mander au palais pour
-lui donner le choix entre l’option d’une hérésie qui damnera son âme
-ou l’exil mortel sur quelque affreux rocher de Marmara. Aujourd’hui
-ce sont des princesses, mères, femmes ou filles de quelque empereur
-assassiné ou déposé, qu’on entraîne à la hâte vers l’église pour raser
-leur chevelure, arracher leur tunique de pourpre brodée de perles et
-les jeter ensuite, sous la robe brune des religieuses, dans quelque
-couvent devenu leur demeure pour le reste de leurs jours.»
-
-Près du palais on avait construit un cirque qui servait à l’amusement
-des Empereurs. Non loin de là, on voit encore aujourd’hui deux grandes
-tours, la tour d’Isaac l’Ange et la tour d’Anémas. La tour d’Isaac
-l’Ange fut construite en 1188 pour servir de défense au palais des
-Blaquernes qui se trouve derrière elle. On y pénétrait par la cour du
-palais impérial. Un des murs de la tour d’Isaac l’Ange était percé
-de trois fenêtres cintrées. Au-dessus de ces fenêtres, une rangée de
-pierres saillantes semble avoir dû porter un balcon disparu. Les trois
-autres murs n’ont chacun qu’une fenêtre; celle du côté sud sert de
-communication entre la plate-forme des murs et l’intérieur de la tour.
-Celle du côté du port conduit sur le toit de la tour basse d’Anémas,
-ainsi nommée d’après Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut
-enfermé sous Alexis Comnène. Ces tours furent plus tard reliées entre
-elles intérieurement.
-
-[Illustration:
-
- PRISONS D’ANÉMAS
- (D’après Van Millingen: _Byzantine Constantinople_.)]
-
-Sous la tour d’Anémas se trouvent les fameuses prisons d’Anémas
-découvertes dernièrement par le Dr Paspati. Ces prisons, très
-curieuses, sont dans un meilleur état de conservation que d’autres
-cachots similaires; mais la visite en est rendue très dangereuse par
-les cavités dans lesquelles on risque de se précipiter. Outre ce danger
-réel, les ordures jetées par les habitants des quartiers voisins
-rendent l’abord de la place des plus désagréables.
-
-On y accède par une petite ouverture cintrée percée dans un pan de mur
-au pied de la tour d’Anémas. Un passage de dix mètres de long, très
-bas et très étroit, conduit à une petite salle voûtée, humide et qui
-ne reçoit par cette même entrée qu’une faible lumière. En passant à
-droite par une petite ouverture, on arrive à une autre salle faiblement
-éclairée par un trou pratiqué dans la voûte. Sur le passage s’ouvre
-un puits béant qui coupe le cachot dans toute sa largeur. En face de
-l’entrée, un autre passage menant à droite communique avec une autre
-galerie.
-
-On monte par un escalier à l’étage supérieur de la tour, où se trouve
-une salle mesurant 7 mètres de haut sur 12 mètres de long et 10 mètres
-de large. Elle ne prend jour que par un mince filet de lumière passant
-par un trou pratiqué dans une fenêtre cintrée. On peut alors voir le
-trou rond qui éclaire l’étage inférieur. L’escalier continue jusqu’au
-sommet de la tour. Dans la petite salle d’entrée, une ouverture à
-gauche conduisait aux cellules des prisonniers. Aujourd’hui, on
-n’aperçoit qu’un grand bâtiment d’une soixantaine de mètres de
-longueur, plein de décombres. Jadis cette grande salle était divisée
-en deux étages, contenant chacun une enfilade de petites chambres
-séparées les unes des autres par des murs de 1m, 50, percés de grandes
-ouvertures cintrées. Un corridor de 1m, 75 de large courait tout le
-long des chambres.
-
-
-PALAIS DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE
-
-Ce palais, appelé aussi palais de Bélisaire[49], ou palais de
-l’Hebdomon et nommé _Tekfour Serail_ par les Turcs, se trouve enclavé
-dans les murs de Théodose. D’après Gyllius, il faisait partie du palais
-de Constantin à l’Hebdomon hors des murs. Le nom d’«Hebdomon» lui
-venait du septième quartier des auxiliaires Goths qui, en leur qualité
-d’ariens, campaient hors des murs sur l’emplacement qu’on appelait
-Hebdomon. Ce palais, restauré par Justinien, a été appelé aussi
-_Palatium Justiniani_.
-
- [49] Dans le plan de Melling, dessiné en 1815, nous
- voyons les ruines d’un autre palais de Bélisaire à côté
- du forum de Constantin, là où se trouve actuellement
- l’imprimerie Osman bey.
-
-Le Dr Mordtmann et M. Van Millingen[50], dans leurs travaux sur
-l’archéologie byzantine, cherchent à démontrer que le palais
-appelé aujourd’hui _Tekfour Serail_ n’est qu’une partie du palais
-des Blaquernes. Le Dr Mordtmann veut prouver, en se basant sur la
-manière dont cet édifice est construit, qu’il existait déjà au temps
-de Théodose et qu’il formait la partie supérieure du palais des
-Blaquernes. Il est certain en tout cas que de fausses suppositions
-l’ont fait prendre pour le palais de l’Hebdomon.
-
- [50] Van Millingen, _Byzantine Constantinople_.
-
-C’est un bâtiment rectangulaire où les briques alternent avec des blocs
-de marbre blanc et jaune. Les murs indiquent clairement qu’il était
-composé de trois étages et que l’étage supérieur dépassait la hauteur
-des murailles. Le rez-de-chaussée comprenait une salle voûtée de 17
-mètres de longueur, soutenue par deux rangées de colonnes. La façade
-nord des bâtiments repose sur quatre arceaux séparés par un pilier
-carré.
-
-Le premier étage consistait en une grande salle rectangulaire dont
-il est assez difficile aujourd’hui de reconstituer exactement les
-divisions intérieures. Des six fenêtres cintrées qui éclairent cet
-étage, quatre correspondent aux arcades de l’étage inférieur. Au second
-étage, se trouve une grande salle semblable, éclairée sur toutes ses
-faces par des fenêtres cintrées.
-
-A l’est, au-dessous des trois fenêtres en plein cintre, un balcon
-supporté par deux arceaux formait saillie.
-
-Le palais continuait le long des murs vers le nord. Il était précédé
-d’une cour formant atrium, orné de propylées soutenus par dix grandes
-colonnes. Le toit reposait sur une corniche en marbre sculpté.
-
-Outre le grand palais sacré, le palais des Blaquernes et ceux sur
-lesquels nous venons de donner quelques détails, on peut citer une
-série de palais appartenant aux différents siècles, tels que le palais
-de l’impératrice Sophie, le palais d’Eleuthère, le palais Valentinien,
-le palais de Bonus, le palais de Jucundiana, le palais de Justinien,
-le palais de Kalaman, le palais de Pighi, le Philopation, le palais
-Placidien, Saint-Mamas, le palais d’Arcadius, le palais de Toxaros, etc.
-
-Le palais de l’impératrice Sophie qui se trouvait près du port Sophien
-fut remplacé par le palais d’_Esma Sultane_. Le palais de Valentinien a
-été construit par l’empereur Valentinien pour ses filles. L’emplacement
-de ce palais est aujourd’hui occupé par les bâtiments de _Mechichat_
-(Cheïhuslamat). Le palais de Bonus, construit par Romain II Lécapène,
-se trouvait sur la colline où est située actuellement la mosquée de
-_Sultan Selim_. L’Empereur venait y passer la nuit pour assister le
-lendemain à la messe des Saints Apôtres. Le palais Kalaman se trouvait
-dans le quartier des Génois.
-
-
-HIPPODROME
-
-L’hippodrome, où se déroulèrent tant d’événements historiques, où
-30.000 hommes périrent pendant la révolte de Nika, occupait la grande
-place appelée aujourd’hui _At Meïdan_, c’est-à-dire place aux chevaux.
-Il s’étendait en outre sur une partie de l’emplacement de la mosquée
-d’Ahmed, et sur le terrain où s’élèvent actuellement l’école des Arts
-et Métiers et les nouveaux bâtiments du ministère des Mines et Forêts.
-Son axe est indiqué par l’obélisque, la colonne serpentine et la
-colonne murée qui existent encore.
-
-L’hippodrome a été construit d’abord par Septime-Sévère, sur le modèle
-du Circus Maximus de Rome. Constantin y ajouta les degrés, la sphendonè
-et les tribunes, et orna les portiques de statues. Cet édifice fut
-modifié plusieurs fois au cours des siècles.
-
-L’hippodrome qui avait 370 mètres de long sur 180 de large pouvait
-contenir 100.000 personnes[51]. Outre les petites portes, qui
-conduisaient aux gradins, quatre portes monumentales s’ouvraient aux
-extrémités des côtés latéraux.
-
- [51] Selon Gylles la longueur de l’hippodrome était de
- deux stades (370 mètres).
-
-Du côté sud, le terrain s’inclinait vers la mer; cette partie de la
-piste de l’hippodrome fut exhaussée par des soubassements composés de
-hauts murs voûtés. Elle formait la partie hémisphérique de l’hippodrome
-qui s’appelait sphendonè.
-
-
-[Illustration: Pl. 26.
-
- COLONNE SERPENTINE.
-
- AQUEDUC DE VALENS.]
-
-
-Du côté de Sainte-Sophie, s’élevait un bâtiment rectangulaire
-comprenant la tribune impériale et les loges des grands dignitaires
-et des sénateurs, et qu’on appelait _Kathisma_[52]; il n’avait aucune
-communication avec l’arène ni avec les gradins du cirque. L’Empereur
-y arrivait directement du palais. Au-dessous de la loge impériale,
-se trouvait, sur une terrasse en forme de balcon garni de colonnes,
-une autre tribune, réservée aux gardes de l’Empereur; elle était
-appelée le Pi, à cause de sa forme qui rappelait la lettre grecque π.
-Deux escaliers faisaient communiquer cette terrasse avec la tribune
-impériale.
-
- [52] Aujourd’hui, sur l’emplacement de l’ancien
- Kathisma, se trouve la fontaine érigée par Guillaume
- II, empereur d’Allemagne.
-
-Aux grandes fêtes, les musiciens jouaient sur cette plate-forme.
-Au-dessous du Pi, à droite et à gauche, étaient les portiques par où
-les chars entraient dans le cirque. Ces loges, qui avaient à Rome le
-nom de Carceres, étaient appelées à Constantinople Manganon.
-
-Au-dessus de la loge impériale s’élevait une tour ornée de quatre
-chevaux de bronze, œuvre de Lysippe de Chio, et que, d’après une
-légende, Théodose avait enlevés à l’île de Chio; une autre légende
-voulait qu’on les eût apportés de Corinthe à Rome et de Rome à
-Byzance[53].
-
- [53] Pendant la quatrième croisade on expédia les
- chevaux à Venise; Bonaparte les fit placer sur l’arc
- de triomphe du Carrousel à Paris. Mais en 1814 ils
- furent de nouveau transportés à Venise où ils ornent
- maintenant le portail de Saint-Marc.
-
-Le Kathisma comprenait une salle à manger, une salle de réception et
-plusieurs pièces où l’Empereur recevait les hauts fonctionnaires avant
-les fêtes et donnait des repas, car les jeux de l’hippodrome formaient
-une partie intégrante de la vie publique. L’Empereur devait avoir dans
-le cirque des appartements privés pour revêtir les habits officiels
-avant d’entrer dans sa loge et enfin pour se reposer pendant les jeux,
-qui duraient parfois toute une journée.
-
-Le Kathisma communiquait avec l’église Saint-Etienne, dont plusieurs
-fenêtres s’ouvraient sur l’hippodrome. D’après Labarte, les dames de
-la cour, qui ne siégeaient pas avec les hommes pendant les cérémonies
-publiques, pouvaient assister aux jeux du haut de ces fenêtres. C’est
-dans cette église que Léon l’Arménien fut assassiné et transporté
-ensuite à l’hippodrome. M. Millet et plusieurs archéologues russes, se
-basant sur les événements qui se déroulèrent au temps de Théodose II,
-veulent montrer que la tribune impériale ne se trouvait pas au centre
-du Kathisma, mais à son extrémité orientale, c’est-à-dire à la partie
-contiguë au palais. Peut-être les Empereurs avaient-ils choisi cette
-place pour avoir une meilleure vue sur la piste de l’hippodrome. Mais
-il n’en est pas moins vrai qu’une tribune officielle existait au centre
-du palais de Kathisma.
-
-Les spectateurs étaient assis sur les gradins qui se continuaient
-en forme d’amphithéâtre. Sur le sommet de ces gradins existait un
-promenoir à colonnades, orné de statues.
-
-Pour protéger les spectateurs contre les bêtes fauves et pour empêcher
-les discussions souvent violentes des partis adverses, l’arène était
-séparée des gradins par un fossé. Les jeux des bêtes fauves ayant été
-remplacés un peu plus tard par des courses de chars, par des luttes et
-des combats, ce fossé fut supprimé, mais on construisit un mur pour
-empêcher les bleus de se jeter sur les verts et réciproquement.
-
-Dans l’axe longitudinal du cirque s’élevait une terrasse longue et
-étroite appelée «Spina» et sur laquelle on avait disposé divers
-monuments et statues, la colonne de Théodose (obélisque), la colonne
-murée, la colonne serpentine, qui portait autrefois le célèbre
-trépied de Delphes; toutes ces colonnes étaient alignées dans la même
-direction. Parmi les statues en bronze ou en marbre, on remarquait
-un homme luttant avec un lion, un taureau mourant, l’Hercule colossal
-de Lysippe, un loup combattant une hyène, un cheval indompté, un
-aigle enlevant un serpent, Adam et Ève, Hélène inspirant l’amour aux
-guerriers, les statues des empereurs Gratien, Valentinien, Théodose,
-celles des conducteurs de chars couronnés, et la fameuse statue à trois
-têtes, dont Jean (Yanis) l’Iconoclaste fit abattre les têtes.
-
-Au centre d’un bassin se dressait, au haut d’une colonne, la statue
-de l’impératrice Irène. «Les statues de Gratien, de Valentinien, de
-Théodose, dit M. Dethier, étaient à cheval, à pied; c’est au choix
-d’un interprète hardi. Je m’étonne que même M. Labarte ait eu la bonne
-volonté d’y trouver une statue équestre d’un Théodose (p. 53), mais
-toujours se garde-t-il d’affirmer que c’est Théodose Ier. D’ailleurs
-ces statues étaient très petites et ornaient les gradins des bancs de
-l’hippodrome.»
-
-Sur toute l’étendue de l’hippodrome une grande tente (velum) doublée de
-pourpre était tendue pour protéger les spectateurs contre les ardeurs
-du soleil. Tout Byzance affluait sous cette tente, et sur les gradins
-se pressaient des hommes de toutes races, aux costumes les plus divers,
-bigarrés de toutes les couleurs.
-
-Dans la suite, les jeux de l’hippodrome se firent plus rares et l’on ne
-donnait plus de représentations qu’aux jours de grande fête.
-
-Après la conquête latine, l’hippodrome fut complètement abandonné. Tous
-les objets précieux qui l’ornaient furent détruits; plusieurs statues,
-entre autres celles de l’Hercule en bronze, envoyées à la fonte et
-l’on en fit de la monnaie. Comme on peut le voir d’après les anciens
-plans de la ville, antérieurs à la conquête ottomane, il n’existait
-plus rien alors de la splendeur de l’ancien hippodrome: seules les
-trois colonnes qu’on peut voir de nos jours et qui indiquent l’axe
-de l’hippodrome, seuls quelques marbres ayant appartenu aux gradins
-subsistaient encore. L’hippodrome était rempli de monticules de terre
-provenant de la démolition des gradins. A une certaine époque, on
-construisit même des maisons sur cet emplacement. Une partie des ruines
-a servi à Ibrahim Pacha, vizir du sultan Suleïman, pour la construction
-du _Mehterhané_ (prison actuelle).
-
-Près de l’Augustéon, en face des thermes de Zeuxippe, se trouvait
-l’Octogone ou Tetradision, où était établie une sorte d’«Université».
-C’était un grand édifice en forme d’octogone à huit pièces voûtées.
-Il renfermait tous les ouvrages des grands maîtres de la littérature,
-de la science et de la philosophie. D’après la chronique Pascale, ce
-sont les Goths qui incendièrent l’Octogone pendant la sédition de Nika.
-D’après Codin, c’est Léon l’Isaurien qui l’a fait brûler avec ses
-académiciens parce qu’ils refusaient de s’associer aux illégalités de
-l’Empereur.
-
-
-IV.--LES BAINS BYZANTINS
-
-Nul pays, au moyen âge, n’a possédé autant d’institutions d’utilité
-publique que faisait Byzance, avec ses forums, ses fontaines, ses
-aqueducs, ses citernes, ses canalisations et surtout ses bains qui
-contribuaient à l’entretien de la santé publique. Chaque quartier
-en possédait un. Ces établissements ne diffèrent que fort peu des
-bains grecs et romains. On n’en trouve plus dans la ville un seul qui
-appartienne à l’époque byzantine. Mais les Turcs ayant construit leurs
-bains à peu près sur les mêmes plans que les Byzantins et les ayant
-divisés en deux parties, l’une réservée aux dames et l’autre aux
-hommes, il est facile aujourd’hui d’avoir une idée des modèles dont ils
-s’inspirèrent. Voici, au sujet d’un bain grec construit par Hippias,
-la description qu’en fait Lucien et que Mavroyéni Pacha cite dans ses
-articles sur les bains orientaux: «La partie d’entrée est haute, on
-y monte par un escalier large; la porte franchie, on entre dans une
-salle commune réservée aux domestiques; après cette première pièce, on
-entre dans une autre salle fort élevée, abondamment éclairée, ayant de
-chaque côté des séparations pour ceux qui veulent se déshabiller. Au
-milieu de la salle se trouvent trois piscines; on y voit deux statues
-en pierre blanche, l’une représentant Hygie et l’autre Esculape, puis
-on pénètre dans une salle légèrement tiède, afin d’éviter une chaleur
-incommode. Après cette salle, il y en a une autre qui les dépasse
-toutes en beauté, où l’on peut s’asseoir et se faire masser. Les murs
-sont revêtus jusqu’au plafond de plaques de marbre de Phrygie. En
-avançant par un passage, on entre dans la salle la plus reculée. Cette
-salle offre trois baignoires d’eau chaude, toutes les parties en sont
-de proportions harmonieuses.»
-
-
-[Illustration: Pl. 27.
-
- CITERNE DE BIN BIR DIREK.]
-
-
-Comme les Grecs, les Byzantins attachaient beaucoup d’importance à la
-beauté architecturale des bains, où le peuple trouvait un plaisir plus
-qu’une nécessité hygiénique et où il allait même se divertir en hiver.
-
-On sait que les Néron et les Caracalla, les Titus et les Dioclétien
-se rendirent populaires en construisant de magnifiques thermes où
-trois mille personnes pouvaient trouver place en même temps. De même
-le peuple byzantin, chez lequel le bain était devenu indispensable au
-point de vue religieux autant que laïque, construisit des bains aussi
-somptueux que les Romains. Parmi les plus beaux on peut citer celui
-de Zeuxippe qui se trouvait tout près du Kathisma de l’hippodrome,
-et touchait, d’après M. Labarte, aux Nouméra, un des derniers
-bâtiments du palais, du côté du forum Augustéon. Il a été construit
-par Septime-Sévère et remanié par Constantin. Il était orné de très
-belles statues en marbre et en bronze. Si des fouilles adroites étaient
-entreprises près de la fontaine construite par l’empereur d’Allemagne,
-elles mettraient peut-être ces statues au jour.
-
-Le bain de Zeuxippe fut détruit pendant la sédition Nika. Les bains
-d’Arcadius, qui occupaient l’emplacement de l’école actuelle des
-Beaux-Arts, étaient également célèbres chez les Byzantins. Vis-à-vis
-de Sainte-Anastasie, vers le nord, on rencontre les substructions d’un
-grand bain public du nom de Diagisthée[54]. Le bain de Constantin
-subsista après la conquête et fut nommé _Tchoukour Hamam_. Citons
-encore les bains d’Eudoxie qui se trouvent près de la Sublime Porte.
-
- [54] Voir, _Les bains turcs_, page 224.
-
-
-V.--LES MONUMENTS
-
-
-OBÉLISQUE DE THÉODOSE LE GRAND
-
-Les œuvres plastiques et les monuments qui ornaient jadis la ville de
-Constantinople ont été peu à peu détruits pour la majeure partie, et
-un très petit nombre seulement ont échappé à la ruine et sont parvenus
-jusqu’à nous. Parmi les monuments de l’ancien hippodrome, nous citerons
-d’abord l’obélisque de Théodose le Grand.
-
-C’est un monolithe de granit syénitique rose, haut de 30 mètres et
-large de 2 mètres à la base. Les inscriptions hiéroglyphiques, gravées
-sur chaque côté du monolithe et qui sont fort bien conservées, montrent
-qu’autrefois l’obélisque était beaucoup plus élevé. Il fut érigé à
-Héliopolis, 1700 ans avant J.-C., par le Pharaon Thoutmosis III.
-Constance II et Julien (361-362) formèrent le projet de le transférer à
-Byzance; les premiers travaux furent même commencés à cet effet, mais
-l’Empereur mourut et l’obélisque resta environ trente années couché
-sur le sol. En l’an 390, Théodose Ier le fit transporter à Byzance.
-On construisit tout exprès une voie ferrée allant de la porte de
-Fer, sur les bords de la Propontide, au plateau de l’hippodrome. On
-plaça l’obélisque sur un piédestal en marbre orné de sculptures qui
-représentent la vie et les hauts faits de Théodose.
-
-L’inscription suivante est gravée en grec et en latin sur ce piédestal:
-«Théodose Ier a dressé, avec l’aide du préfet du prétoire Proclus,
-cette colonne quadrangulaire qui gisait sur le sol.» La colonne fut
-érigée en trente-deux jours. «En fait la colonne ne s’éleva, dit M.
-Dethier, qu’en l’an 400 pendant le règne d’Arcadius, sous les auspices
-de Gaïnas, qui réussit à faire rendre justice à ses compatriotes, les
-Ariens Goths, mais comme un météore, tomba sous la réaction orthodoxe;
-sa tête fut portée dans les rues, 5.000 Goths brûlés dans une de leurs
-églises et le nom de Gaïnas effacé sur les inscriptions de l’obélisque
-pour être remplacé par celui de l’orthodoxe Proclus.» Sur le bas-relief
-nord, on voit Arcadius et sa femme Eudoxie (la Gauloise) dans le
-Kathisma et, à côté d’eux, un homme de la cour, Gaïnas, le puissant
-chef des Goths.
-
-L’obélisque repose sur quatre cubes en bronze posés à chaque coin de
-sa base quadrangulaire. Les bas-reliefs du piédestal représentent,
-sur le côté ouest, l’empereur Théodose le Grand assis sur le trône,
-ayant à sa gauche sa femme (sœur de Valentinien II), et à droite ses
-deux fils, Honorius et Arcadius; les ennemis vaincus viennent rendre
-hommage à l’Empereur. Du côté de l’est, Théodose veuf et ses deux fils
-semblent assister à une distribution de solde aux troupes ou plutôt à
-une danse. L’Empereur tient en main une couronne destinée au vainqueur.
-On y remarque les musiciens jouant de l’ancienne lyre, d’une espèce de
-hautbois, de la double flûte lydienne et de la flûte mythologique à
-sept trous, dite flûte de Pan. Du côté sud, Théodose ayant à sa droite
-ses deux fils et à sa gauche Valentinien II, contemple une course de
-chars. Du côté nord, c’est l’empereur Arcadius, sa femme Eudoxie, ses
-enfants et le fameux Gaïnas assistant dans le Kathisma à l’érection de
-l’obélisque.
-
-Les sculptures de la partie inférieure du piédestal représentent les
-travaux nécessités par l’érection de l’obélisque.
-
-
-COLONNE SERPENTINE
-
-Parmi les colonnes qui figuraient sur l’axe longitudinal de
-l’hippodrome, on voit encore de nos jours la colonne serpentine, qui
-est érigée un peu au sud de l’obélisque. Cette colonne représente trois
-serpents en bronze fondu, provenant du butin enlevé aux Perses après la
-victoire remportée sur Xerxès.
-
-On a discuté assez longtemps sur l’origine de cette colonne, mais en
-1856, quand on creusa le sol pour en trouver la base on découvrit des
-inscriptions qui fixèrent son origine d’une manière exacte.
-
-Elle reposait sur une pierre en forme de cube qui est aujourd’hui
-enfouie dans le sol. Sur les anneaux tordus des serpents, on voit
-des inscriptions en grec, indiquant les noms des villes, citées
-par Plutarque, qui ont combattu contre les Perses. Ces serpents
-supportaient autrefois le fameux trépied en or donné au temple
-d’Apollon de Delphes par les vainqueurs de Salamine et de Platées en
-souvenir des victoires gagnées sur les Perses par Thémistocle et
-Pausanias. La colonne, haute jadis de 8 mètres, n’a plus aujourd’hui
-que 5 mètres de hauteur. Le vase d’or que supportaient autrefois les
-trois têtes de serpents avait 3 mètres de diamètre.
-
-
-[Illustration: Pl. 28.
-
- MOSQUÉE DE BAYAZID]
-
-
-Cette œuvre de l’art grec, une des plus célèbres qui existe, a été
-apportée à Byzance par Constantin le Grand pour embellir la nouvelle
-capitale. En se basant sur l’existence du tuyau en plomb et des
-conduites d’eau qui allaient de l’aqueduc de Valens jusqu’à cette
-colonne, plusieurs auteurs supposent que ce monument servait de
-fontaine.
-
-Il est facile aujourd’hui de se rendre compte, par l’excavation
-qui entoure la base de cette colonne, du niveau du sol de l’ancien
-hippodrome. Les terres rapportées et les débris de constructions l’ont
-considérablement exhaussé.
-
-
-COLONNE MURÉE OU COLONNE DORÉE (COLOSSE)
-
-Cette colonne se trouve au sud de la colonne serpentine, sur le même
-axe longitudinal de l’hippodrome. C’est un obélisque carré, de 25
-mètres de hauteur, formé de petits blocs de pierre de taille. Érigée
-par Constantin VII Porphyrogénète (911-959), elle était couverte de
-plaques de bronze doré portant des bas-reliefs, qui représentaient les
-hauts faits de son grand-père Basile le Macédonien. Les inscriptions
-gravées à la base de la colonne indique qu’elle était appelée
-«merveille rivale du Colosse de Rhodes». «Les croisés, dit M. Dethier,
-dépouillèrent la colonne de sa couverture de bronze pour en faire de la
-monnaie.»
-
-On voit encore les trous des fers qui fixaient les plaques; le sommet
-de la colonne portait une sphère de bronze.
-
-
-COLONNE DE CONSTANTIN
-
-Au centre du forum de Constantin, s’élevait la colonne supportant la
-statue de l’empereur Constantin. Cette colonne est appelée par les
-Turcs _Tchemberli-Tach_ (pierre au cercle) à cause des cercles de fer à
-l’aide desquels on l’a consolidée. Les grands incendies qui en avaient
-fendu les blocs avaient rendu cette mesure nécessaire.
-
-Cette colonne était autrefois composée de neuf blocs cylindriques en
-porphyre placés les uns sur les autres. A la jointure des cylindres et
-à la partie supérieure de chaque bloc on avait sculpté une couronne
-de laurier, ce qui donnait à l’ensemble l’aspect d’un monolithe dans
-lequel on aurait taillé des colonnes transversales.
-
-L’ensemble de la colonne atteignait une hauteur de 50 mètres. C’est
-Constantin qui la fit venir de Rome, où elle portait la statue
-d’Apollon. L’Empereur voulant symboliser la victoire du christianisme,
-fit mettre sa tête à la place de celle d’Apollon. Dans la suite,
-la statue de Julien, puis celle de Théodose remplacèrent celle de
-Constantin.
-
-Vers la fin du XIe siècle (1081), la statue et les tambours supérieurs
-furent renversés par la foudre. Alexis Comnène répara le monument et
-l’orna d’un nouveau chapiteau corinthien portant des inscriptions en
-grec et une croix d’or.
-
-Plusieurs historiens prétendent que le nom de colonne brûlée, donné
-par les étrangers, vient de ce que cette colonne a été endommagée par
-l’incendie qui éclata pendant l’émeute de Nika, mais cela ne paraît pas
-exact, car la colonne, qui se trouvait alors au centre du forum, ne
-pouvait être atteinte par les flammes. C’est d’un incendie qui éclata
-au cours du XVIe siècle qu’elle eut à souffrir; à cette époque, en
-effet, le forum était couvert de constructions qui arrivaient jusqu’à
-la base de la colonne.
-
-Après l’incendie, le sultan Moustafa fit entourer, en 1701, le
-piédestal calciné par un massif de maçonnerie montant jusqu’au deuxième
-tambour.
-
-
-COLONNE D’ARCADIUS
-
-Au centre du forum d’Arcadius, _Avret-Bazari_, s’élevait la colonne
-d’Arcadius érigée en 401 par Arcadius en l’honneur de Théodose Ier.
-Cette colonne ressemblait à la colonne de Trajan à Rome. Sans avoir
-changé de place, elle se trouve enclavée aujourd’hui dans le jardin
-d’une maison particulière. Il n’en reste actuellement que la base;
-d’après cette base, qui a un diamètre de 4 mètres, on peut évaluer la
-hauteur à 40 mètres.
-
-Un escalier intérieur conduisait au sommet de la colonne. Elle était
-couverte de bas-reliefs représentant les hauts faits de Théodose et
-d’Arcadius. Aujourd’hui, en dehors du piédestal, haut de 6 mètres, il
-ne reste plus que quelques inscriptions à moitié calcinées et quelques
-marches de l’escalier. L’ouvrage de Banduri sur Constantinople contient
-le dessin de cette colonne fait par un peintre vénitien. La colonne
-existait encore en 1685, mais, ayant menacé ruine à cette époque, elle
-fut démolie.
-
-
-COLONNE DE MARCIEN
-
-La colonne qui portait la statue assise de l’empereur Marcien, époux
-de Pulchérie, au Ve siècle, est aujourd’hui située dans un jardin
-privé. Elle a une dizaine de mètres de hauteur et repose sur trois
-marches recouvertes de terre. Sur les côtés du piédestal on voit des
-bas-reliefs. Deux génies ailés lèvent un panneau orné de myrtes avec
-la croix. Au-dessous, les trous des clous qui fixaient autrefois des
-lettres en métal permettent de lire une inscription latine.
-
-Actuellement, le public appelle cette colonne «la colonne de la
-Virginité», _Kiz-Tachi_. Cette appellation est erronée, car la vraie
-colonne de la Virginité supportait la statue d’Aphrodite; elle avait
-la remarquable vertu de désigner au milieu des passants la jeune fille
-qui avait perdu sa virginité. La belle-sœur de Justin (565-578),
-ayant été désignée de cette sorte dans la foule par cette statue, fut
-mise en pièces, sur l’ordre de l’Empereur. La colonne en porphyre
-qui supportait la statue de la déesse fut déplacée par Soliman le
-Législateur et servit à la construction de sa mosquée, où elle figure
-encore.
-
-
-COLONNE DES GOTHS
-
-A la pointe du sérail, sur une terrasse du jardin du Palais impérial,
-s’élève une colonne d’ordre corinthien, taillée dans un seul bloc de
-granit, et ayant 15 mètres de haut. Sur le côté du piédestal tourné
-vers le Bosphore, on lit les inscriptions suivantes: _Fortunæ
-reduci ob dévictos Gothos_. Cette colonne qui portait jadis, d’après
-Nicéphore Grégoras, la statue de Byzas, est un des plus antiques
-monuments de Byzance. Elle fut érigée en souvenir des victoires
-remportées sur les Goths, sous l’empereur Claude II le Gothique.
-
-
-STATUE DE JUSTINIEN
-
-Cette statue, appelée dans le livre des Cérémonies «Achilleus», est
-indiquée sur le plan de Banduri et par Buondelmonte au nord-est
-de l’hippodrome; elle existait encore à l’époque où Christophe
-Buondelmonte visita Constantinople, trente années avant la conquête
-turque.
-
-Elle devait être située près de l’endroit où une plaque en fer couvre
-l’entrée d’une citerne sur la place de Sainte-Sophie. La position de
-cette statue équestre, qui n’existe plus, est aussi indiquée par les
-auteurs. Elle était tournée vers l’Occident. Selon le récit de Zonaras,
-elle s’élevait à l’endroit où se dressait auparavant la statue argentée
-de Théodose le Grand.
-
-Un dessin de cette statue, datant de 1340, se trouve dans la
-bibliothèque du sérail; il correspond assez exactement à la description
-donnée par les auteurs byzantins. L’Empereur y est représenté sous
-la figure d’un chevalier, portant sur la tête une plume énorme qui
-ressemble à la queue d’un paon.
-
-Parmi les monuments disparus, citons enfin la statue de Théodose Ier,
-érigée au forum Tauri, et une autre statue de Théodose, élevée par son
-eunuque Christoforus, près de la porte de Selimbria.
-
-
-VI.--LES AQUEDUCS ET LES CITERNES
-
-Comme Byzance était toujours exposée au danger d’un siège, on avait
-eu soin d’aménager plusieurs grandes citernes pouvant contenir une
-quantité d’eau suffisante pour alimenter la ville durant plusieurs
-années. Ces citernes ont été construites sous le règne de différents
-empereurs, et dans divers endroits de la ville.
-
-Byzance avait d’abord, au IVe siècle, des citernes ouvertes,
-c’est-à-dire d’immenses bassins entourés d’arbres, à la manière des
-citernes ouvertes de Syrie. Les citernes de Bonus, actuellement
-_Tchoukour Bostan_, et celles de Pulchérie et de Mocius appartiennent à
-ce genre.
-
-D’après la chronique Pascale, la citerne de Mocius ou d’Aspar, fut
-construite par Aspar, chef de la milice gothique sous Léon Ier, pour
-alimenter les Goths cantonnés dans l’Exokionion. Plusieurs de ces
-citernes ont été remplies de terre et transformées en jardins potagers
-au temps de l’empereur Héraclius. On les appelle aujourd’hui _Tchoukour
-Bostan_ (Potager bas).
-
-Parmi les citernes couvertes, les plus importantes sont la citerne de
-Philoxenus, de Théodose, la grande citerne Basilique, la citerne de
-Phocas, etc. Quand les petites citernes particulières vinrent remplacer
-les anciennes et que l’on commença à avoir chez soi l’eau amenée par
-les aqueducs, ces grandes citernes furent mises hors d’usage.
-
-La citerne de Philoxenus a été construite sous le règne de Justinien,
-vers le commencement du VIe siècle. Elle fut appelée du nom du sénateur
-Philoxenus, qui la fit bâtir. Cette citerne se trouve vers le sud-ouest
-de l’hippodrome. Elle mesure 60 mètres de long sur 50 mètres de large.
-Elle est couverte de voûtes montées sur des arcs soutenus à leur
-tour par 224 colonnes composées chacune de trois fûts reliés par des
-linteaux, et munis de chapiteaux en marbre sculpté. On y compte quinze
-rangées parallèles de colonnes, espacées l’une de l’autre de 4 mètres
-en chaque sens.
-
-La terre apportée par les eaux et les décombres ayant rempli la base de
-la citerne, les colonnes ne semblent avoir aujourd’hui qu’une hauteur
-de 10 mètres environ, tandis que jadis elles avaient 18 mètres. Les
-Turcs l’appellent _Bin Bir Direk_[55] (mille et une colonnes) par
-allusion au grand nombre de colonnes qu’elle renferme.
-
- [55] Sur cette citerne Fazli pacha avait son palais.
-
-Cette citerne, abandonnée au cours des siècles, est depuis longtemps
-desséchée. On l’utilisa comme atelier de tissage pour la fabrication
-de cordes en soie; un escalier en pierre permettait d’atteindre
-facilement l’intérieur qui est situé à 15 mètres au-dessous du niveau
-du sol. Des ouvertures grillées pratiquées dans les voûtes et qui
-servaient autrefois à aérer les eaux, éclairent faiblement l’intérieur.
-
-La citerne contenait une quantité d’eau suffisante pour alimenter
-pendant un mois 100.000 personnes.
-
-Tout à côté de cette citerne existe la citerne de Théodose.
-Celle-ci contient 33 colonnes ornées de chapiteaux corinthiens en
-marbre sculpté. On y pénètre par un puits pratiqué dans une maison
-particulière.
-
-La grande citerne Basilique qui est appelée par les Turcs _Yéré batan
-seraï_ (palais enfoncé) a été bâtie par Justinien, sous la cour du
-palais de Justice. Cette immense citerne a 112 mètres de longueur sur
-61 de largeur; 336 colonnes, ayant chacune 13m,50 de haut, supportent
-les voûtes. La distance qui sépare les colonnes entre elles est de 4
-mètres. On peut y pénétrer par une maison particulière, mais comme la
-citerne contient encore de l’eau, il faut une petite embarcation pour
-visiter l’intérieur.
-
-Toutes ces citernes étaient alimentées par les aqueducs qui amenaient
-les eaux des grands réservoirs construits entre les deux vallées, dans
-les forêts environnant Belgrade. Parmi ces aqueducs, celui de Justinien
-s’est conservé intact pendant quinze siècles. Quatre grandes arches
-en deux étages ayant une hauteur de 36 mètres conduisent l’eau d’une
-colline à l’autre.
-
-La conduite d’eau de Valens relie par deux rangées d’arcades à plein
-cintre les différentes hauteurs de la ville. Il est facile d’en faire
-l’ascension; arrivé là-haut, on a un magnifique panorama de la cité.
-
-Cet aqueduc a été bâti avec des pierres, fournies par les ruines des
-murailles de Chalcédoine. Commencé au IIe siècle, il fut continué par
-Constantin (306-337) et terminé enfin par Valens (366-378).
-
-A l’époque de Justinien, cet aqueduc tombait déjà en ruines. Il fut
-restauré sous les Turcs pendant le règne du sultan Suleïman. La hauteur
-de l’aqueduc est de 23 mètres au-dessus du sol. Il a une longueur de
-625 mètres. Les eaux qu’il amenait se déversaient dans une citerne
-appelée _Nymphæum Maximum_ et qui était située sous le champ d’exercice
-du Séraskérat.
-
-
-VII.--L’HABITATION CIVILE BYZANTINE
-
-Dès que Byzance eut été transformée en capitale romaine, les patrices
-et les citoyens arrivés de Rome se hâtèrent de construire des
-habitations.
-
-C’est Rome qui fournit les premiers modèles, et au début on ne vit
-partout que le type de maisons romaines.
-
-Les riches patriciens avaient leurs maisons ornées de portiques et de
-cours à colonnades. On déployait un grand luxe dans la décoration de
-l’intérieur; les mosaïques et les incrustations étaient surtout en
-faveur. Les riches avaient leurs bains privés et même leurs citernes.
-Les murs et le sol de leurs habitations étaient décorés de marbres de
-couleur et de mosaïques.
-
-
-[Illustration: Pl. 29.
-
- MOSQUÉE DE BAYAZID.--Cour.]
-
-
-Mais ces habitations construites hâtivement ne purent résister très
-longtemps, et presque toutes furent détruites par les tremblements de
-terre et par les incendies. Déjà, vers la fin du Ve siècle, les grandes
-fortunes particulières ayant disparu, on avait construit beaucoup
-de maisons en bois. Vers le VIe siècle, au moment où l’art byzantin
-devait prendre sa forme définitive, les goûts et les conditions de
-vie des habitants différaient sensiblement de celles de Rome,
-et l’intérieur des habitations commença à se modifier. Le goût des
-maisons syriennes s’était manifesté dans les maisons romaines, ce
-qui fut la cause du mélange des deux styles et donna naissance à une
-nouvelle forme typique. Ainsi les habitations, romaines à l’origine,
-commencèrent à prendre une autre forme et ne restèrent même pas à
-l’abri de l’influence de l’art religieux byzantin. D’un autre côté,
-comme l’espace déterminé par l’enceinte de la ville obligeait les
-propriétaires à économiser le terrain, on commença à faire des balcons
-à encorbellement pour gagner sur la rue, déjà fort peu large. Ce mode
-de construction existait déjà à Pompéi au IIe siècle. M. de Vogüe, nous
-montre que ces balcons existaient aussi en Syrie au IVe siècle[56].
-
- [56] De même qu’à Rome, les gens de la classe moyenne
- à Constantinople tenaient à avoir un logement leur
- appartenant; un certain mépris s’attachait à l’état de
- locataire. Pour cette raison, une maison appartenait
- quelquefois à plusieurs propriétaires, qui s’en
- partageaient les étages. Aujourd’hui encore il existe
- à Constantinople des propriétés dont les étages
- inférieurs et supérieurs appartiennent à différents
- propriétaires.
-
-La curiosité, qui, jadis comme aujourd’hui, régna toujours en maîtresse
-à Byzance, se trouva fort bien de ces balcons. Ils procuraient, surtout
-aux dames, une grande distraction. Pareilles à celles de Rome, les
-fenêtres étaient souvent ornées de caisses et de vases de fleurs, qui
-leur donnaient un aspect pittoresque.
-
-L’éloignement des carrières obligea en outre les architectes à couvrir
-de grands espaces avec des matériaux de petit volume. On voyait partout
-des arcades et des coupoles de construction persane.
-
-Le temps et les incendies ayant détruit à peu près toutes les maisons
-appartenant à l’époque byzantine, on ne rencontre aucune de ces
-maisons à Constantinople. On ne peut qu’en opérer la reconstitution en
-s’aidant de miniatures de l’époque. Parmi les maisons de style byzantin
-qu’on peut encore voir dans la ville, il y en a une ou deux qui sont
-considérées comme antérieures à la conquête des Turcs. Mais celles
-qui ont été bâties après la conquête ne différaient que très peu des
-maisons byzantines du XIIIe siècle.
-
-[Illustration: Type de maisons byzantines.]
-
-Les architectes grecs continuèrent en effet à bâtir dans la ville
-de la même manière[57] qu’auparavant. On reconnaît ces maisons à
-leurs balcons à encorbellement, à leur ogive en accolade et à leurs
-corniches en briques posées diagonalement, de manière à produire une
-ornementation caractéristique et, en même temps, à supporter le toit.
-
- [57] La plupart des maçons et des architectes sont
- encore aujourd’hui des Grecs.
-
-La plupart des maisons du XIVe siècle étaient construites en pierres
-séparées par plusieurs rangées de briques. Toutes les jointures sont
-cimentées en relief, ce qui forme parfois des motifs de décoration
-géométrique.
-
-Les fenêtres sont ogivales ou de plein cintre. Les fenêtres ogivales
-appartiennent à un style dégénéré. Dans le véritable style byzantin,
-les fenêtres sont en plein cintre et munies de gros grillages formés
-de tiges de fer se coupant l’une l’autre à angle droit, avec de gros
-anneaux reliant les points de jointure. Dans toutes ces constructions,
-on voit clairement l’influence de l’art byzantin. Il fut employé
-plus tard par les Turcs et forme une architecture spéciale nommée
-l’architecture ottomane.
-
-Voici les caractères particuliers de l’architecture civile à Byzance
-depuis le IXe siècle:
-
-1º Les maisons ont rarement plus de deux ou trois étages; 2º les étages
-sont en crémaillère[58]; 3º des corniches saillantes, souvent ornées
-de dessins de feuilles d’acanthe, séparent les étages; 4º la façade
-est ornée par des rangées alternées de pierres blanches et de bandes
-de briques rouges très minces, disposées géométriquement et auxquelles
-venaient parfois s’ajouter des morceaux de marbre coloré[59]; 5º
-les fenêtres sont en forme de plein cintre ou rectangulaires. Les
-tympans des fenêtres portent souvent des dates ou des inscriptions.
-L’éclairage des intérieurs se fait par des fenêtres vitrées de petits
-carreaux enclavés dans des châssis en plâtre; 6º les toits en terrasse
-ou à batière, couverts de tuiles, s’appuient sur des corniches à
-trois rangées de briques posées diagonalement en forme de scie; 7º
-à l’intérieur, les pièces sont disposées autour d’une grande salle,
-souvent précédée d’un narthex; 8º les volets et les portes sont en fer
-ornés de grands clous à grosse tête. A l’intérieur les portes sont en
-bois sculpté ou incrusté. Quelquefois elles sont remplacées par des
-portières en étoffe; 9º des jarres vides sont souvent posées entre les
-voûtes et le toit pour diminuer le poids du toit[60]; 10º les dallages
-sont souvent en marbre blanc ou en brique rouge; 11º les escaliers
-sont en bois ou en pierre à plusieurs paliers appliqués quelquefois à
-l’extérieur du bâtiment jusqu’au premier étage.
-
- [58] Le balcon à crémaillère ne servait pas seulement
- à gagner de la place et à satisfaire la curiosité de
- ses habitants, mais il était aussi un moyen de défense
- contre l’ennemi; l’on pouvait en effet, du balcon,
- apercevoir les portes et empêcher les assaillants de
- les briser.
-
- [59] Comme dans le palais de Tekfour Séraï.
-
- [60] On mettait de ces jarres dans les voûtes des
- églises pour renforcer l’écho.
-
-[Illustration: Maison byzantine au Phanar.]
-
-Du côté ouest de la station de Koum Kapou, à environ mille pas, on
-peut voir une maison qui date des derniers temps byzantins. Son balcon
-ressemble à celui du Tekfour Séraï. Chaque étage comprend une salle
-voûtée d’une dimension de 4m,50 sur 6 mètres. Des fenêtres en plein
-cintre s’ouvrent sur les façades surmontées d’un pignon.
-
-
-[Illustration: Pl. 30.
-
- MOSQUÉE DE SÉLIM Ier.]
-
-
-Le quartier du Phanar, qui a servi de refuge aux dernières familles
-byzantines après la conquête des Turcs, contient plusieurs maisons
-byzantines. Il y en a même quelques-unes qui datent probablement d’une
-époque antérieure à la conquête. Parmi ces maisons, on peut citer
-d’abord la légation de Venise, occupée anciennement par le Baile de
-Venise et dont le premier étage contient deux salles voûtées. L’autre
-comprend une seule salle également voûtée. Elle occupe toute la largeur
-de la maison. A l’intérieur, l’escalier qui se trouve au centre de la
-maison conduit à un corridor à trois colonnes en marbre surmontées de
-chapiteaux en forme de stalactites.
-
-Les deux maisons communiquent entre elles. Les dallages sont en briques
-octogonales.
-
-Galata, qui a été habité jadis par les Génois, renferme beaucoup de
-bâtisses datant du XIIIe et XIVe siècle. Dans les étroites ruelles
-qui sont situées entre les deux ponts actuels, existent (du côté de
-Galata) d’anciennes maisons qui servent aujourd’hui de magasins ou de
-dépôts. Parmi ces habitations le palais du Podestat attirait surtout
-l’attention[61].
-
- [61] Il a été démoli cette année.
-
-
-
-
-DEUXIÈME PARTIE
-
-A TRAVERS ISLAMBOL
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-L’ART OTTOMAN
-
-[Illustration]
-
-
-I.--L’ART TURC
-
-Bien que l’art turc soit parfois encore considéré en Europe comme une
-servile imitation des arts persan, arabe et byzantin, cette opinion
-est contraire à toutes les réalités. On prétend généralement que l’art
-musulman s’est inspiré de l’art arabe qui, lui-même, aurait imité
-l’art byzantin de Syrie et l’art copte, propagé en Égypte avant l’ère
-musulmane. L’art copte à son tour ayant subi l’influence byzantine,
-toutes les diverses manifestations de l’art musulman, et surtout de
-l’art turc, découleraient, par ricochet, de l’art byzantin et auraient
-de multiples affinités avec ce dernier. Rien n’est plus contestable. Il
-est évident que les arts de tous les peuples, comme les langues, ont
-réciproquement exercé, les uns sur les autres, d’occultes, profondes et
-continuelles influences.
-
-Existe-t-il un art qui ne présente aucune parenté avec les autres arts?
-
-L’archéologue qui se consacre spécialement à l’étude de l’art d’un
-peuple a toujours des tendances à faire prévaloir la suprématie de
-celui-là sur tous les autres. De tous temps les détracteurs de l’art
-byzantin furent nombreux, qui refusèrent de reconnaître l’influence
-qu’il exerça, pendant une certaine époque, sur les arts de l’Occident.
-Ce fut la cause de controverses que l’on connaît sous le nom de
-«question byzantine».
-
-L’art turc a eu, lui aussi, et a encore aujourd’hui de nombreux
-détracteurs, qui nient sa personnalité nationale et ne veulent y voir
-qu’un mélange des arts arabe, persan et byzantin. Nous ne prétendons
-nullement nier l’influence éducatrice de ces arts sur l’art turc;
-mais il est juste de reconnaître que, grâce à de fortes traditions,
-il n’a pas tardé à acquérir une individualité si précieuse et si
-caractéristique qu’on ne saurait la méconnaître, sans faire preuve
-d’un évident parti pris. Depuis, cette individualité s’est nettement
-affirmée. De nombreux monuments permettent de suivre les diverses
-étapes de l’art turc dans une voie personnelle et originale; chacune de
-ces étapes prouve que l’art arabe, loin de ne compter chez les Turcs
-que des copistes, a trouvé chez eux des disciples d’une originalité
-aussi puissante que celle des plus grands artistes arabes.
-
-Il n’est pas un art qui se soit développé par lui-même, à l’abri
-de toute influence étrangère, si faible soit-elle. Et l’on ne peut
-nier l’influence de l’art égyptien sur l’art grec, de l’art grec sur
-l’art romain, de l’art assyrien et chaldéen sur l’art persan, et de
-ce dernier enfin sur l’art byzantin. On constate aussi une parenté
-plus ou moins étroite entre les manifestations des arts de tous les
-pays. Les musées, les ruines et les vieux monuments qui perpétuent le
-souvenir des époques abolies et des étapes parcourues par l’humanité,
-nous fournissent un nombre suffisant d’exemples à ce sujet. Chaque
-nation, chaque période, subit l’action réflexe de celles qui les
-précèdent ou les entourent.
-
-
-[Illustration: Pl. 31.
-
- MOSQUÉE DE CHAHZADÉ.]
-
-
-Jusqu’à une époque récente, l’antinomie et l’irréductibilité des
-principes qui séparent les Églises d’Orient et d’Occident avaient
-empêché les archéologues européens de s’intéresser aux choses
-byzantines avec la même ferveur savante que de nos jours. Aussi
-sommes-nous persuadés que l’individualité de l’art turc, jusqu’ici
-dédaignée et négligée, se révélera aussitôt que cet art aura été
-l’objet d’une étude approfondie, impartiale, et exempte de préjugés.
-
-«Existe-t-il un art turc? se demande Viollet-le-Duc, dans sa préface
-à «_L’Architecture turque au XVe siècle_». Que les Turcs aient adopté
-l’art ou les arts qui s’accommodaient le mieux à leurs habitudes et à
-leur religion, rien de plus naturel, mais qu’ils aient été les pères
-d’un art local, cela me paraît difficile à démontrer. En effet, dans
-tous les exemples fournis par M. Parvillé, je trouve de l’arabe, du
-persan, peut-être quelques influences hindoues, mais du Turc? Quoi
-qu’il en soit et sans insister sur le point de savoir exactement la
-part qui revient aux Turcs en cette affaire, on reconnaîtra facilement
-qu’il y a dans ces compositions, soit comme tracé, soit comme
-coloration, un art très développé et savant.»
-
-Il nous faut donc reconnaître que la faute de l’ignorance en laquelle
-l’opinion a été tenue si longtemps au sujet de l’art turc et des œuvres
-géniales de nos artistes est imputable, jusqu’à un certain point, à nos
-auteurs qui ont négligé de s’en faire les initiateurs.
-
-Que d’œuvres exclusivement turques ont été injustement considérées
-comme appartenant aux Arabes et aux Persans! On prétendait souvent
-qu’un peuple nomade comme les Turcs ne pouvait avoir un art, et on
-ajoutait que l’islamisme formait d’ailleurs le plus grand obstacle
-à l’éclosion des choses d’art. Mais la religion musulmane, loin
-d’empêcher, ainsi que certains auteurs ont voulu le prétendre,
-l’éclosion des œuvres d’art, la provoqua et la favorisa, suivant en
-ceci l’influence de toutes les religions sur l’art en général. L’islam
-d’ailleurs ne dit-il pas: innallahé djemilun youhibbul djémal (Dieu,
-parce que beau, aime le beau). Au point de vue de la littérature arabe,
-le Koran même, par ses rythmes et son harmonie inimitables, constitue
-un véritable miracle littéraire.
-
-L’interdiction même de représenter la figure humaine amena les
-artistes à varier à l’infini la décoration empruntée aux plantes et à
-la géométrie. Ils réalisèrent de parfaites œuvres d’art dans toutes
-les branches et découvrirent des proportions nouvelles, des harmonies
-de couleurs et de formes entièrement originales, qui provoquent
-aujourd’hui l’admiration du monde artistique, et l’on s’étonne à bon
-droit que ces artistes aient produit de telles merveilles de forme,
-sans avoir, comme les Grecs, une étude préalable des proportions du
-corps humain.
-
-Il suffit de l’examen consciencieux de ces œuvres pour se convaincre
-qu’un art turc existe réellement, un art devenu ottoman par l’effet
-de la race et qui s’est transformé au gré des évolutions successives
-de la nation. Mais cet art n’est pas un simple dérivé occupant une
-situation intermédiaire. Sa personnalité se détache et se manifeste
-avec un relief remarquable dans l’architecture, la littérature, les
-arts décoratifs, aussi bien que dans la musique. Il serait difficile
-d’esquisser aujourd’hui une histoire de l’art turc, faute de sources
-suffisantes. Cette lacune est malaisée à combler. On rencontre très
-rarement dans nos bibliothèques des documents qui facilitent la mise au
-point de cette histoire. La section particulière du Musée impérial,
-affectée aux œuvres d’art national, n’est malheureusement pas encore
-assez complète pour servir de base à une étude de ce genre.
-
-
-II.--LES ORIGINES DE L’ART OTTOMAN
-
-LES ARTS ARABE, PERSAN, ET TURC
-
-Parmi les auteurs qui se sont adonnés spécialement à l’étude de l’art
-arabe, il y en a qui, se refusant à considérer les Arabes comme des
-artistes, n’emploient qu’à regret cette appellation d’_art arabe_, à
-laquelle pourtant les oblige le droit de cité conquis par celui-ci
-dans l’histoire de l’art. Mais on se demande par quelle étrange
-contradiction ces auteurs, ayant commencé par dénier toute originalité
-aux Arabes, sont amenés dans le cours de leur ouvrage même à les citer
-souvent comme de «puissants artistes». Parmi les auteurs, il en est
-plusieurs, qui, comme Gustave le Bon, disent: «Fort inférieurs aux
-Romains en ce qui concerne les institutions politiques et sociales,
-ils leur furent supérieurs par l’étendue de leurs connaissances
-scientifiques et artistiques[62]». D’autres au contraire, tout en
-s’obstinant à méconnaître leur influence dans la puissante civilisation
-européenne, ne sont pas éloignés de leur accorder du génie lorsqu’ils
-étudient leurs œuvres. Mais, à leur avis, les Arabes n’étaient guère
-en possession d’un art propre, et ce qu’on appelle l’art arabe
-n’était qu’un emprunt fait à l’art byzantin de Syrie et à l’art copte
-d’Égypte. Ceci est une erreur. Il ne faudrait pas croire que les Arabes
-ignoraient totalement toute notion artistique avant l’islamisme,
-quoique l’art arabe ne se soit manifesté qu’avec l’apparition de
-l’islam. Bien auparavant, le Yémen, l’Hedjaz possédaient des villes
-prospères, qui avaient leur littérature, leur architecture et leurs
-arts décoratifs. Maçoudi, historien arabe, par la description qu’il
-fait des idoles, nous révèle chez les Arabes l’existence d’une
-sculpture. L’Islamisme, qui est devenu en vingt ans la religion de
-l’Arabie tout entière et a étendu ses conquêtes jusqu’en Perse, en
-Égypte et aux Indes, a trouvé chez tous ces peuples des artistes
-dont l’art arabe profita et qui contribuèrent à son développement,
-en y apportant chacun sa personnalité. Mais cet art n’est pas une
-copie servile de l’art chrétien de Syrie et de l’art copte d’Égypte:
-c’est bien un art spécial créé par les Arabes, qui ont mis à profit
-les divers éléments artistiques des pays où l’islamisme étendit ses
-conquêtes. L’art arabe eut une physionomie particulière suivant qu’il
-triompha en Égypte, en Syrie, à Bagdad ou en Espagne: il présenta
-dans chacun de ces pays, des différences de détail par lesquelles on
-reconnaissait un genre spécial.
-
- [62] _Civilisation des Arabes_, p. 669.
-
-Les premiers modèles de l’architecture arabe furent la kaaba de la
-Mecque et la mosquée de Médine.
-
-On sait que la kaaba a été construite par le prophète Abraham. Puis
-étant tombée en ruines, elle fut reconstruite par la tribu de Koreïch
-à laquelle appartenait le prophète de l’islam. A l’époque du prophète
-Mahomet et de son khalife Aboubeker, la kaaba n’était pas entourée de
-murs; du temps du khalife Omar, le nombre des pèlerins ayant augmenté,
-on dut acheter les quelques maisons avoisinantes afin d’élargir la cour
-de la kaaba. Et on l’entoura d’un mur dont la hauteur ne dépassait pas
-celle d’un homme. Ce n’est qu’à l’époque du khalife Vélid Bin Abdul
-Melik bin Mervan que cette kaaba, ayant subi une nouvelle restauration,
-fut dotée d’un mur plus haut. Celui-ci a d’ailleurs subi, par la suite,
-bien des remaniements et des réparations, sous le règne du khalife
-abbasside Osman, de sorte qu’il est impossible aujourd’hui de juger de
-son état primitif.
-
-L’an XXe de l’Hégire, Amrou[63], un des généraux du khalife Omar,
-construisit en Égypte la mosquée qui porte son nom, sur les plans d’un
-architecte converti à l’islamisme et qui prit ses ouvriers dans le
-pays où l’art copte dominait entièrement à cette époque. Mais, malgré
-l’influence copte prévalant chez tous les artistes qui travaillèrent à
-ce monument, l’œuvre est marquée d’une originalité où un esprit nouveau
-se fait jour. Le toit de la mosquée se composait d’arcades, supportées
-par des centaines de colonnes. On y accédait par une grande cour qui
-s’appelait _Sahan_. Soixante ans après la date de l’érection de cet
-édifice, on dut rehausser les arcades.
-
- [63] Ce mot n’est que l’orthographe altérée du mot Amr.
- Les noms d’Omer et Amr étant écrits de la même façon,
- les Arabes ajoutent la lettre _vav_ (ou) à ce dernier
- pour les distinguer l’un de l’autre. C’est à ce _vav_
- traduit par les Français en ou, qu’il faut attribuer
- son orthographe: Amrou.
-
-La partie de la mosquée située du côté de la Mecque était formée de six
-rangées de chacune 20 colonnes, en tout 120. Cette partie renfermait le
-_mihrab_ (autel), le _mimber_ et le _mahfil_ (tribune des chantres).
-Parmi ces colonnes, on rencontre quelques chapiteaux byzantins, qui
-provenaient probablement de certains monuments coptes. Les arcades, qui
-n’ont à première vue qu’un aspect de plein cintre, révèlent l’ignorance
-que les Arabes avaient de l’emploi de l’ogive et de l’arc brisé,
-emploi que, d’après M. Gayet, les Coptes connaissaient et pratiquaient
-deux siècles avant la conquête arabe. Mais on trouve encore chez les
-Assyriens et chez les anciens Persans, un genre d’arc brisé et comme
-l’essai d’une coupole ovoïde. Le manque de bois pour le cintrage qui
-avait obligé les Coptes à adopter cette forme d’arc, qui offre un
-rapport assez lointain avec celui des Arabes, avait également conduit
-ceux-ci à construire leurs arcs de la même façon.
-
-Pendant les premières années de la conquête musulmane, on se soucia
-fort peu des édifices du culte; l’exercice de la religion n’en exigeait
-pas, puisqu’elle permettait de prier en quelque lieu que ce soit. Ce
-n’est que plus tard, quand l’islam étendit ses ramifications dans
-l’Asie et l’Afrique, qu’il jugea à propos de marquer son triomphe par
-des édifices spéciaux, tels que des temples qui attestaient la victoire
-de la religion, mais il repoussa toutefois avec horreur la conception
-artistique des chrétiens et des païens. Il doit à cette philosophie de
-l’art toute son originalité.
-
-C’est en Égypte que l’architecture arabe prospéra le plus et c’est ce
-pays qui conserva le plus longtemps ses monuments. La mosquée d’Amrou
-a servi pendant deux siècles de modèle à l’architecture de l’islam.
-Elle n’était recouverte que d’un toit en plate-bande, supporté par des
-arcades en forme d’arc brisé. Aucune décoration sur les murs, et, au
-début, elle n’avait pas non plus de minaret. L’appel à la prière se
-faisait dans la mosquée même. C’est seulement en l’an 218 de l’Hégire,
-après qu’il eut été décidé qu’il fallait chanter _l’Ezan_ au point le
-plus élevé de la mosquée pour qu’on l’entendît de tous les points de la
-ville, qu’une tourelle carrée fut ajoutée à l’édifice. Cette tourelle,
-suivant les évolutions subies par le monument, est devenue avec le
-temps partie intégrante de la mosquée et a pris la forme décisive qu’on
-lui connaît aujourd’hui sous le nom de minaret. Toutes les autres
-parties de la mosquée subirent également leur évolution. Il en fut
-ainsi pour le _maksoura_, sorte de grille qui permettait aux fidèles
-de voir le khalife pendant le _khotba_, sans toutefois être en contact
-avec lui et qui, imaginée pour la première fois par le khalife Othman,
-fut l’origine des tribunes impériales dans les mosquées actuelles.
-L’estrade, où prêchait le prophète, inspira la forme du _mimber_.
-
-Dès que la capitale des Perses eut été conquise par les Arabes,
-l’influence de l’art sassanide commença à s’accentuer dans l’art
-arabe, qui d’ailleurs, avait déjà subi l’influence de l’art chaldéen.
-Quant à l’influence byzantine, elle alla en s’accentuant depuis la
-construction de la mosquée d’Omar ou _Koubbé-es-Sakhra_, construite sur
-l’emplacement du temple de Salomon (687 ap. J.-C.), par Abdul Melik bin
-Mervan et avec celle de la grande mosquée _Emevié_, érigée par Velid
-bin Abdul Melik à Damas, qui avait été conquis par les Musulmans en 633
-après J.-C.
-
-La mosquée d’Omar fut bâtie sur un plan octogonal, forme qu’on
-rencontre souvent en Syrie. Une autre mosquée, appelée Aksa, fut
-construite à côté de la mosquée d’Omar. La Syrie se remplit de
-monuments musulmans. C’est ainsi que l’art byzantin de Syrie, de
-concert avec l’art arabe dont il avait déjà subi l’influence, a produit
-l’école arabe de Syrie.
-
-Les armées ommiades entrèrent en Espagne et Mouavié avait déjà étendu
-son pouvoir jusqu’à Kairouan (Tunisie). L’Espagne vit s’élever partout
-des monuments magnifiques, caractérisés par une délicatesse de formes
-et de décorations vraiment admirable. A l’époque des Abbassides, les
-architectes d’Elmamoun et Haroun-al-Réchid érigeaient à Bagdad les plus
-beaux monuments, parmi lesquels nous pouvons citer le palais de Rakka,
-construit par Haroun-al-Réchid sur l’Euphrate. Les arcades en trèfle
-de ce palais peuvent être considérées comme le prototype des arcades à
-dent et à trèfle qui constituent un des éléments caractéristiques de
-l’École du Moghreb (ouest); on les rencontre souvent dans les monuments
-de Syrie.
-
-L’origine de ce genre d’arcades à trèfle est probablement indienne.
-Bagdad pouvait être considérée à cette époque comme un véritable musée
-artistique. Les ravages du temps et des invasions ont malheureusement
-détruit tous ces monuments entre le VIIIe et le XIIIe siècle.
-
-Après une longue période de troubles, une garde composée de tribus
-turcomanes par le khalife El-Moutassam-Billah s’empara du pouvoir.
-Avec elle commence en Égypte le règne des Toulounides. La mosquée de
-Touloun, qui accentua dans la décoration l’importance des rinceaux
-et des inscriptions avec entrelacs, reste comme un souvenir de cette
-période où l’art fut particulièrement en progrès. Jusqu’à l’époque des
-Fatimites, les Arabes, suivant en ceci les Coptes, avaient rejeté le
-dôme et étaient attachés au toit en plate-bande. C’est alors qu’une
-ère nouvelle s’ouvrit pour l’architecture, qui adopta la coupole et
-la voûte en berceau, employées déjà par la Perse. La nouvelle coupole
-des Arabes ne ressemblait guère à la coupole byzantine, l’arabe étant
-relevée, alors que la byzantine était surbaissée. On ignore les raisons
-exactes qui firent adopter par les Arabes ce mode de construction. Mais
-il est permis d’en trouver au moins une dans leur désir d’éviter une
-ressemblance avec les églises chrétiennes. Une autre raison, qui nous
-paraît plus décisive encore, peut être cherchée dans la manière de
-construire et dans les matériaux de construction. Si les architectes
-arabes n’ont jamais eu la hardiesse de surbaisser leurs coupoles
-comme les Byzantins, c’est peut-être pour éviter les grands murs de
-soutènement et de contrefort exigés par ce genre de coupole; mais
-c’est peut-être aussi parce qu’ils manquaient du bois indispensable
-au cintrage. D’autre part, les coupoles surélevées ont l’avantage,
-croyons-nous, d’être moins que les autres exposées au soleil. Elles
-ont été particulièrement en usage chez les Assyriens. L’originalité
-de l’art arabe fut surtout caractérisé par l’emploi de l’arc brisé,
-de l’arc en fer à cheval et de la coupole. Au lieu d’orner les
-pendentifs à l’aide de mosaïques, comme faisaient les Byzantins, les
-Arabes adoptèrent un mode de décoration composé de prismes en forme
-de stalactites. Ces stalactites avaient l’avantage de masquer les
-angles brusques de l’édifice et permettaient de passer du plan carré du
-bâtiment à la base octogonale de la coupole. L’usage des stalactites,
-que les Arabes ont été les premiers à imaginer, pourrait avoir son
-origine dans la façon dont les Assyriens assemblaient les briques,
-à l’aide desquelles, ils formaient, comme motifs de décoration, des
-sortes de prismes.
-
-
-[Illustration: Pl. 32.
-
- MOSQUÉE NOURI OSMANIÉ.--Porte principale.
-
- TOMBEAU DE CHAHZADÉ.]
-
-
-Jusqu’à l’époque des Fatimites et Eyoubites, la mosquée arabe avait
-gardé en Égypte la disposition de la première mosquée à portique
-(mosquées d’Amrou et de Touloun). Mais, à partir de cette époque, et
-surtout sous Saladin, un polygone de 16 côtés fut ajouté à la forme
-octogonale primitive et le passage du plan carré à la coupole se trouva
-ainsi facilité. C’est aussi à cette époque que le plan des monuments
-mésopotamiens commence à être mis en usage. Autour d’une cour carrée,
-prirent place quatre medressés, réservés aux quatre rites de l’Islam,
-Hanefi, Maliki, Chafii et Hanbeli.
-
-Dans les premiers temps, les Arabes négligeaient l’extérieur de leurs
-monuments. C’est seulement plus tard que la façade attira leurs
-soins. L’usage de la faïence dans la décoration des monuments ne
-s’était répandu que vers les dernières années des Baharites. Sous les
-Baharites et Bordjites l’art atteint son apogée. L’emploi de la voûte
-se généralise avec la mosquée sépulcrale et la décoration polygonale
-s’applique à toute surface. Les monuments même deviennent des
-polygones, ce qui a fourni d’ailleurs l’élément principal à tous les
-arts musulmans.
-
-Les Mamelouks ont rempli le Caire de monuments magnifiques, comme le
-tombeau-mosquée de Kalaoun, dans lequel on distingue l’influence de
-l’art de Tartarie.
-
-La mosquée du sultan Hassan, où se manifeste l’influence de l’art turc
-seldjoucide, est un des plus purs joyaux de l’art décoratif arabe. Ses
-frises de bois sculpté, ses portes incrustées d’or et d’argent sont des
-merveilles de l’art arabe. La mosquée d’El Gouri peut être considérée
-comme le dernier des monuments arabes au Caire. C’est sous le règne du
-fils d’El Gouri, Tomanbaï, que les Ottomans ont conquis l’Égypte. A
-partir de cette époque, l’art turc commença à se mélanger à l’art arabe
-d’Égypte, tout à fait différent des autres arts et même des autres
-branches de l’art arabe. Avec la domination turque, apparaît au Caire
-le type de la mosquée ottomane à coupole byzantine. Mais l’architecture
-civile, conservant toujours, grâce aux architectes indigènes, les
-caractères traditionnels de l’art local, reste à l’abri de cette
-influence.
-
-Fort heureusement le Caire garde encore de nombreux monuments qui nous
-permettent de contempler les œuvres des artistes arabes, tandis que
-ceux de Bagdad et de Syrie ont été dévastés. L’Espagne conserve aussi
-quelques monuments appartenant à l’époque de la domination arabe,
-tels que la mosquée de Cordoue, l’Alcazar de Séville et l’Alhambra de
-Grenade (1248 après J.-C.).
-
-L’Occident, qui se trouvait en communication avec l’Italie, où l’art
-arabe a survécu même à la conquête normande, ne tarda pas à subir
-l’influence de l’architecture arabe, qui a contribué au développement
-de plusieurs autres arts occidentaux[64].
-
- [64] M. Emile Bertaux, dans ses études sur les
- monuments de l’Italie méridionale, démontre clairement
- cette influence.
-
-Les décorateurs arabes, artistes puissants, réalisèrent des prodiges
-de décoration en réseaux, en polygones et en stalactites. Usant de
-toutes les combinaisons fournies par l’art géométrique, ils groupèrent
-à l’aide de la plus brillante et de la plus ingénieuse des imaginations
-tous les dessins, toutes les lignes, toutes les figures en un ensemble
-qui éblouit l’œil et déroute la raison.
-
-L’islamisme ne tolérant pas les idoles et les icônes, l’art arabe resta
-indifférent à la peinture et à la sculpture, et c’est dans les formes
-abstraites qu’il chercha le symbole de l’éternel. Il trouva, dans la
-philosophie des lignes, l’image et l’impression de l’invisible.
-
-
-L’art persan est celui dont l’influence a été le plus considérable sur
-l’art turc. Il nous paraît donc utile d’esquisser un court aperçu de
-l’histoire de cet art depuis l’époque musulmane qui succéda à celle des
-Sassanides, dont les monuments, par leur luxe et leur grandeur étaient
-légendaires chez les Romains et les Byzantins. Parmi ces monuments
-on peut citer les palais de Machita, Ctésiphon, de Rabbath-Amman et
-Eïvane; ce dernier avait déjà une coupole à pendentifs. Le grand arc
-du palais de Ctésiphon, connu sous le nom de Tahti Kesra (Trône de
-Chosroës) semble avoir servi de premier modèle aux grandes voussures de
-l’art perso-arabe.
-
-Quand la capitale romaine fut transférée à Byzance, la Perse, alors
-très puissante, exerçait une grande influence sur les Byzantins. Les
-armées de Khosroës II avaient pénétré jusqu’à Chalcédoine et conquis
-Jérusalem et l’Égypte. Repoussées par l’armée d’Héraclius, ces
-troupes regagnèrent la Perse, où Khosroës mourut quelque temps avant
-l’invasion arabe. La Perse, alors ralliée en partie à la doctrine de
-Nestorius, fut conquise par les armées d’Omar (XVe année de l’Hégire)
-et devint une province arabe comme l’Égypte. Elle subit de profondes
-transformations ainsi qu’en témoigne son architecture. Les premières
-mosquées persanes furent semblables à celles des Arabes. Elles étaient
-construites sur un plan carré, comprenant le _Sahan_ entouré de
-portiques à colonnades (liwans). Celui qui renfermait le _Mihrab_,
-était plus somptueux que les autres et surmonté d’un dôme. Elles ne
-différaient des premières mosquées arabes que par cette dernière
-disposition.
-
-La mosquée de Djouma de Kasvin, bâtie selon l’historien Yakout par
-Mohammed ibn Hadjadj, est une des premières mosquées arabes. Ayant
-menacé ruine, elle fut rebâtie sur le même plan par Haroun al Réchid,
-et agrandie par Melek chah, prince seldjoucide. Parmi ces mosquées
-primitives, on peut citer la mosquée de Chiraz construite en 875 après
-J.-C. par Amr ibn Leïs, et la mosquée de Djouma d’Ispahan, construite
-par Elmamoun. Mais de ces mosquées il ne reste actuellement que des
-ruines. Les mosquées de l’époque khalifale avaient, comme les monuments
-de Damas et de Bagdad, une décoration semblable à celles des Arabes.
-Cette décoration était composée d’inscriptions coufiques, d’entrelacs
-et, mais très rarement, d’arabesques et de polygones. Les revêtements
-des murs et des plafonds étaient en stuc colorié, dentelé, et moulé en
-rosaces. Les Persans employaient des colonnes en marbre veiné, avec
-des chapiteaux plaqués d’or ou d’argent. A l’époque des Fatimites,
-IIe siècle de l’Hégire, on appliquait déjà la coupole à de nombreux
-monuments (le tombeau de Reï, etc.).
-
-
-[Illustration: Pl. 33.
-
- MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA.
-
- MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA.--Cour.]
-
-
-Sous les différentes dynasties, telles que les Saffarides (870-964),
-Samanides (964-1004), Daïlamites (946-1000), qui se partagèrent la
-Perse après l’époque khalifale, l’architecture resta à peu près la
-même, et ne subit que quelques légères transformations. L’époque des
-Gaznévides, marquée par la marche en avant des Perses vers les
-Indes, ouvrit une ère nouvelle. Les Turcs, les Mongols et les Afghans,
-peuples nomades et continuellement en guerre, influencèrent l’art
-persan en y apportant tous les éléments qu’ils avaient tirés de la
-Perse antique, des Indes, de la Chine et de toutes les civilisations
-asiatiques. Sous le brillant règne de Togroul baï, d’Alp Arslan, et de
-Melek chah, princes Seldjoucides, dont le pouvoir s’étendait jusqu’à
-l’Irak, Mossoul et Bagdad, l’art s’affina au contact d’une inspiration
-nouvelle.
-
-La décoration céramique se généralisa, ainsi que l’application des
-briques de différentes couleurs, obtenues par une cuisson plus ou moins
-prolongée. C’est encore à l’époque des Turcs que la coupole, déjà en
-usage, subit une évolution et que l’on sut tourner les difficultés que
-présentait le passage du plan carré à la base circulaire de la coupole.
-Les dômes et les minarets furent ornés de minces plaques métalliques,
-ondulées et martelées.
-
-Pendant le règne des Attabeks Solgour, les Mongols, ayant à leur tête
-leur chef Djenguiz Khan, ravagèrent la Perse. C’est seulement avec
-Helakou, petit-fils de Djenguiz, que l’art semble reprendre son essor,
-essor où se manifeste l’influence de l’art chinois, due aux ouvriers
-et artistes qu’Helakou avait ramenés de Chine. On peut remarquer cette
-influence sur les faïences et autres œuvres appartenant à cette époque.
-
-Sous l’influence des Mongols, l’ogive devient la forme générale de la
-coupole et la faïence l’élément essentiel de la décoration, rappelant
-en cela l’art Sassanide.
-
-Le tombeau de Mehmed Oldjaïtou, prince Gaznévide, construit en 1320 à
-Sultaniéh, est un des plus remarquables monuments de cette époque, où
-l’on commençait à remplacer par des carreaux de faïence, appliqués à
-l’aide d’un mortier, les briques vernissées que l’on avait jusqu’alors
-intercalées dans l’épaisseur du mur.
-
-Après les Djenguizkhanites et à l’époque des Timourites (XVIe siècle),
-l’art traversa une période qui continua pendant les querelles des
-princes turcomans Ak-Koyoun (mouton blanc) et Kora-Koyoun (mouton
-noir). Avec Djehan chah, prince turcoman de la tribu du mouton noir,
-apparaît le type spécial de la mosquée bleue de Tebriz. La cour (sahan)
-se couvre d’un dôme central et la partie renfermant le _mihrab_ est
-surmontée d’une coupole moins élevée que celle du _sahan_. Les _liwans_
-sont formés de nefs.
-
-Sous les Safévis, une renaissance se manifeste dans tous les arts.
-Abbas Chah Ier, cinquième chah des Safévis, ayant fait appel à des
-artistes de différents pays, orne la ville d’Ispahan de monuments
-magnifiques, tels que le Meïdan, (grande cour entourée de portiques à
-deux étages), la mosquée royale (XVIe siècle), et de plusieurs palais.
-La peinture prospéra alors: Djéhanguir, Boukhari, Behzad et Mani furent
-les plus célèbres artistes de cette école. Mais la décadence ne tarda
-pas à se faire jour. Elle s’accentua à la mort du chah Ismaïl, avec les
-Afghans et les Zends, pour aboutir à la décadence finale de l’époque
-contemporaine, où les œuvres d’art ne sont que de pâles copies,
-dépourvues de goût et de tout élément artistique. On peut donc diviser
-l’art de la Perse musulmane en quatre périodes.
-
- 1º Période arabe.
- 2º -- turque-seldjoucide.
- 3º -- mongole.
- 4º -- de renaissance sous les Safévis.
-
-Dans ces trois dernières périodes, l’art est sensiblement différent de
-celui de la période arabe. Deux raisons expliquent cette différence: en
-premier lieu, l’indépendance de la province d’Iran, et d’autre part,
-l’influence des Mongols, des Turcs, des Chinois et des Hindous,--qui
-est de beaucoup plus importante.
-
-Les différentes dynasties qui régnèrent en Perse n’ont pas introduit
-dans l’art local un changement aussi grand qu’on l’a souvent prétendu.
-Leur influence se fit plutôt sentir dans le domaine politique que
-dans le domaine architectural. L’art persan a donc toujours gardé
-les caractères de son art local qui résident dans: 1º l’usage de la
-plate-bande et des arcades sans colonnes; 2º dans la coupole en forme
-bulbeuse[65] qui couvre le sanctuaire; 3º dans le portail monumental
-en ogive entouré d’un cadre rectangulaire dépassant souvent en hauteur
-la base de la coupole; 4º dans les minarets circulaires, flanqués des
-deux côtés de la façade, qui suit l’horizontalité des plates-bandes; 5º
-dans l’abondance des faïences, à décoration florale, qu’enrichissent
-tous les trésors de l’imagination. Cette décoration, qui répond mieux
-aux sentiments des Persans, est préférée par eux aux ornementations
-géométriques chères aux Arabes; les stalactites persanes sont
-rectilignes et diffèrent des arabes.
-
- [65] Ce genre de dôme se rencontre surtout dans les
- monuments du Turkestan et de l’Afghanistan (Tombeau de
- Tamerlan à Samarkande) et semble, d’après M. Choisy,
- avoir une origine hindoue. L’avantage que les Persans
- y ont trouvé vient très probablement de ce que cette
- forme diminue la poussée de voûte.
-
-Les Persans aiment la gaieté des bosquets et des jardins. Aussi leurs
-mosquées, avec leurs bassins de marbre où l’eau retombe en cascades,
-donnent-elles plutôt la joyeuse impression d’un palais que celle d’un
-temple invitant au recueillement mystique.
-
-La coupole, surtout, diffère de celle des Arabes. Ils attachaient en
-effet plus d’importance que ces derniers à l’aspect extérieur de leurs
-édifices, et dans un but d’embellissement ils ajoutèrent une deuxième
-coupole extérieure à la première.
-
-Leur imagination, enrichie de tous les trésors légendaires et épiques
-de la littérature persane, souvenirs ou vestiges d’une civilisation
-lointaine, se donnait libre cours dans le domaine des arts. Les dessins
-variés dont s’ornent leurs tapis et la finesse de leurs miniatures
-attestent ce goût décoratif, si prisé à juste titre et de tous temps
-par les amateurs de l’art oriental. Il faut pourtant remarquer que
-les Turcs et les Chinois n’ont pas peu contribué à donner à cette
-production artistique son cachet de délicatesse. Les véritables
-conservateurs de cet art furent réellement les Turcs et les Tartares
-qui, durant l’occupation grecque, en gardèrent et en développèrent les
-traditions.
-
-L’influence de l’art persan sur l’art ottoman est considérable. Les
-relations qui existèrent d’ailleurs entre l’art persan et l’art turc
-des Seldjoucides, qui peut être considéré comme l’origine de l’art
-ottoman, ont suffi pour les rapprocher.
-
-
-Avant d’aborder l’étude de l’art ottoman, il est indispensable de
-connaître l’art des Seldjouks, l’État turc fondé à Konia[66] (Iconium)
-par Suleïman chah, fils de Koutoulmouch, qui était cousin de Mélik
-chah, prince Seldjoucide régnant alors en Perse. Cet État comprenait la
-plus grande partie de l’Asie Mineure. Les Seldjoucides y régnèrent du
-XIe au XIIIe siècle, mais affaiblis par les luttes qu’ils avaient dû
-soutenir contre les premiers croisés, ils tombèrent, au XIVe siècle,
-sous la domination mongole. Vaincus et démembrés, ils se divisèrent en
-dix petits États indépendants.
-
- [66] Konia fut en même temps le centre d’une
- philosophie religieuse fondé par Djelaleddin Roumi,
- élève de Chemseddin Tebrizi (de Tauris) (secte des
- derviches tourneurs).
-
-
-[Illustration: Pl. 34.
-
- MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA.--Mihrab et Mimber.]
-
-
-Les Seldjoucides ont produit des œuvres d’art vraiment dignes
-d’études et qui forment un trait d’union entre les arts persan, arabe
-et ottoman. Mais il ne faut pas en conclure que l’art des Seldjoucides
-soit une branche de l’art arabe de Syrie, ainsi d’ailleurs qu’on a
-l’habitude de désigner toutes les manifestations de l’art musulman.
-Il est vrai que l’art arabe a été la source où puisa l’art turc, mais
-ce dernier eut vite fait de donner sa note personnelle. Et c’est
-avec juste raison que nous avons affirmé plus haut que l’art arabe
-avait trouvé en lui des disciples et non pas des copistes. L’art
-des Seldjoucides, inspiré de l’art arabe, et influencé par les arts
-byzantin et persan, a donc acquis une esthétique personnelle. Déjà à
-cette époque, l’art arabe de Syrie avait subi l’influence byzantine;
-les ouvriers et artistes syriens, auxquels les Seldjoucides furent
-redevables de la plupart de leurs constructions, devinrent donc,
-en quelque sorte, les intermédiaires entre l’art byzantin et les
-Seldjoucides. Leur rôle ne s’arrêta pas là; et c’est grâce à eux que
-l’on peut voir les derniers monuments arabes d’Égypte présenter un
-caractère tout à fait seldjoucide. Les anciens monuments de Konia, qui
-sont encore debout, nous offrent des merveilles de décorations. On y
-remarque surtout la faïence, abondamment employée pour la décoration
-intérieure et extérieure. L’étude de ces monuments permet de découvrir,
-à travers un mélange d’art arabe, persan et byzantin, une tendance
-réelle vers l’art chaldéen.
-
-Cet art avait beaucoup d’analogie avec l’art mésopotamien, dont
-il existait encore des types en Arménie et au Kurdistan; cette
-architecture, que les Seldjoucides ont trouvée en Arménie, présentait
-un caractère sassanide plutôt que syrien et n’était qu’un art
-byzantino-persan, art avec lequel ils étaient d’ailleurs déjà familiers.
-
-Parmi les monuments seldjoucides de Konia, on peut citer la grande
-mosquée construite par un Syrien musulman (617 H. 1220 J.-C.), la
-mosquée de Sahib Ata (1260 J.-C.), Sirtchali Médressé (640 H. 1242
-J.-C.), et le médressé de Karataï, les hans et les karavansérails, tels
-que Sultan Han (626 H. 1229 J.-C.), les citernes, etc...
-
-D’autres villes de l’Asie Mineure, comme _Ak seraï_, _Ak chéhir_,
-_Sivas_, _Karaman_, _Divrigue Ishakli_, etc... possèdent encore les
-restes de plusieurs monuments seldjoucides, malheureusement à l’état de
-ruines.
-
-Ces monuments, dans lesquels l’influence de l’art syrien et
-mésopotamien est apparente, sont d’une grande utilité pour l’étude de
-l’art turc et musulman. On y remarque en effet l’embryon des éléments
-caractéristiques de l’art ottoman, tels que les portails et les
-colonnettes.
-
-
-III.--L’ARCHITECTURE OTTOMANE
-
-A l’époque d’Osman Ier, quand les Ottomans commencèrent à construire
-des mosquées, des médressés et des écoles, c’est l’art de l’époque des
-Seldjoucides qui leur servit de modèle. Dans leurs constructions encore
-lourdes et massives, l’influence byzantine, résultant du voisinage
-de Byzance, se révélait à côté de l’influence seldjoucide. Mais ces
-essais rudimentaires étaient loin de présenter les caractères d’un art
-national, qui cependant devait bientôt naître. Niloufer Hatoun, fiancée
-de Tekfour de Biledjik, que le sultan Osman enleva aux Byzantins
-pour en faire l’épouse de son fils Orhan, avait donné naissance au
-prince Murad. Ce dernier qui devint ensuite le troisième Sultan des
-Ottomans, sous le nom de Khudavendiguiar, tenait de sa mère une
-éducation raffinée et des goûts artistiques. Cette culture le poussa à
-encourager les artistes et les architectes qu’il avait fait venir de
-tous les pays.
-
-Dans les différentes parties de l’État, s’élevèrent des édifices
-remarquables, tels que le tombeau et la mosquée du prince Ghazi
-Suleïman, frère du sultan, à Boulayer, un grand bain, une mosquée, un
-minaret construits en mémoire de sa mère à Nicée, les monuments de
-Brousse qui datent de cette époque et ceux que l’on construisit pour
-embellir Andrinople, après la conquête.
-
-Dans tous ces édifices, on distingue les traces de l’influence
-byzantine avec l’empreinte de l’art seldjoucide. Au fur et à mesure que
-le trésor de l’État s’enrichit, la façade des monuments, jusqu’alors
-négligée, tend à prendre un caractère esthétique. L’application
-de la faïence sur les façades, en vogue chez les Seldjoucides, se
-généralise. On s’explique d’autant mieux ce goût des Ottomans pour
-l’art seldjoucide qu’il leur rappelait à la fois leur nationalité
-et leur religion. Vivant en contact perpétuel avec les petits États
-d’Asie Mineure fondés sur les ruines des Seldjoucides, les Ottomans
-avaient l’occasion de se familiariser avec l’art local de tous ces
-pays, et en tiraient des éléments servant au développement de leur art
-propre. Mais cet essor fut fâcheusement arrêté pendant quelque temps
-par les invasions de Tamerlan, par les luttes ouvertes contre l’empire
-ottoman par ces petits pays profitant de l’embarras où l’invasion de
-Tamerlan jetait l’État, et finalement par l’interrègne qui suivit ces
-événements. Plus tard, Tchelébi sultan Mehmed, fils de Bayazid, redonne
-à l’architecture un nouvel éclat. L’effort immense et si original
-qu’il y a déployé permet de dire que l’architecture ottomane commence
-réellement avec lui. Le sultan Mehmed, suivant l’exemple de son frère
-et de son aïeul, Yildirin Bayazid et Murad Khoudavendiguiar, prodigue
-les monuments dans les villes de Brousse et d’Andrinople, répare ceux
-qui avaient été ruinés par les États Caraman et Guermian dans les
-différentes villes et termine les édifices entrepris à Andrinople et
-ailleurs par ses aïeux, tels que la mosquée _Oulou Djami_, commencée
-à Brousse sous le règne de Murad Ier (781-818 H.). Il fait enfin
-construire à Brousse le _Yéchil Djami_ (la mosquée verte), célèbre
-dans le monde entier et qui est, par sa forme et sa magnificence, la
-première grande œuvre de l’architecture ottomane.
-
-Les monuments de cette époque diffèrent sensiblement de ceux qui ont
-été construits plus tard à Constantinople et à Andrinople.
-
-Les mosquées de Brousse possèdent au sommet de leur coupole une
-ouverture formant souvent tambour, qui éclaire l’intérieur et
-favorise la ventilation. Un fin grillage métallique empêchait les
-oiseaux d’entrer par cette ouverture. Les Byzantins, et surtout les
-Seldjoucides, pratiquaient déjà ces ouvertures à leurs coupoles. Dans
-l’intérieur de la mosquée, au centre et juste au-dessous de l’ouverture
-de la coupole, des jets d’eau jaillissaient dans un grand bassin de
-marbre.
-
-Si l’on compare la Mosquée Verte construite en 1420 de l’ère chrétienne
-aux monuments byzantins et seldjoucides existant encore, on constate
-que la Mosquée Verte se rapproche davantage de l’art seldjoucide. Elle
-est couverte d’un grand dôme central et de trois petites coupoles dont
-l’une s’élève au-dessus de l’abside. Des plaques de plomb recouvrent
-ces coupoles. Les Byzantins avaient déjà emprunté ce mode de couverture
-aux Sassanides[67].
-
- [67] Ce sont les Parthes qui, les premiers
- s’appliquèrent à fixer le bronze et le cuivre sur
- l’extérieur des dômes de leurs derniers édifices
- (Gayet).
-
-La Mosquée Verte a été plusieurs fois détruite par des tremblements de
-terre. Les minarets, ornés de faïences vertes, ont subi de nombreuses
-restaurations et n’ont pas conservé leurs formes primitives. Le nom
-de _Mosquée Verte_ venait des faïences bleu-verdâtre dont elle était
-ornée. La porte[68] située en face du _Mihrab_ possède deux niches
-latérales, semblables à celles des portails des médressés seldjoucides;
-elle conduit à une sorte de narthex richement décoré de faïences. Des
-deux côtés du narthex, deux escaliers conduisent à la tribune impériale
-et aux tribunes réservées. Dans cette partie de la mosquée on remarque
-quelques chapiteaux provenant de ruines byzantines. L’architecte a su
-toutefois les placer de façon à ce qu’ils ne contrarient pas l’ensemble.
-
- [68] Ce portail fut défiguré par deux grotesques
- consoles qu’on a ajoutées pendant la restauration de la
- mosquée.
-
-Le plan de la partie centrale de la mosquée est un carré; quand à la
-partie qui contient le _Mihrab_ et le _Mimber_, elle est surélevée de
-quelques degrés et rappelle les mosquées arabes[69]. Intérieurement,
-les murs sont ornés de faïences vertes de forme hexagonale, où sur un
-fond bleu foncé se détache une superbe décoration florale. Au-dessus de
-celles-ci, et sur le même fond, court une frise reproduisant en lettres
-blanches des versets du Koran. A l’intérieur, l’intersection de la
-coupole et des murs est recouverte par une large application de prismes
-et de cristaux se rattachant les uns aux autres et rappelant le système
-décoratif polygonal des Arabes, qui servit plus tard à l’architecte
-Sinan pour composer ses chapiteaux. Au milieu de la mosquée, sous
-la coupole centrale, se trouve un bassin en marbre, artistiquement
-travaillé.
-
- [69] Le plan de la mosquée sunnite de Tebriz (mosquée
- bleue de Tauris) présente une très grande ressemblance
- avec celui de la mosquée Yéchil Djami, à Brousse.
-
-Au centre de ce bassin, dans une vasque élégante, un jet d’eau lance la
-pluie fine de ses gouttes où viennent se jouer en reflets multicolores
-la lumière du jour et les couleurs des faïences. Tout concourt à créer
-un décor où la perfection divine, révélée dans le silence même des
-choses, invite à la prière l’âme étonnée et ravie.
-
-La partie qui contient le mihrab est séparée de la partie centrale par
-des piliers carrés. Aux deux coins de chaque pilier sont posées des
-colonnettes en marbre, mobiles et tournant facilement sur leur axe.
-Cette disposition permet de constater que, jusqu’à ce jour, l’édifice
-n’a pas subi de tassements.
-
-Le mihrab, composé tout entier de faïences, constitue un des
-chefs-d’œuvre les plus remarquables de la première époque de la
-faïencerie ottomane. Le nom de l’architecte se trouve inscrit sur la
-tribune impériale, en ces termes:
-
-
- قدتم هذه نقش العمارة الشريفة بيد افقر الياس على فى اواخر
- رمضان المبارك سنهُ سبع و عشرين و ثمانمائه
-
-
-c’est-à-dire:
-
-«l’ornementation de ce saint édifice a été terminée par la main du très
-humble Elias Ali vers le dernier jour du Ramazan de l’an 827 (1423).»
-On considère Elias Ali comme l’architecte de ce monument. Mais si l’on
-se rapporte au mot _ornementation_ de l’inscription citée plus haut,
-il semble en résulter qu’Elias Ali a été plutôt l’artiste décorateur
-que l’architecte. Cependant, si l’on songe à l’importance de l’œuvre
-décorative dans cette somptueuse mosquée, Elias Ali peut en être
-considéré comme l’auteur. Toutes les parties de ce magnifique monument,
-ainsi que le _Tombeau Vert_ du sultan Mehmed, fondateur de la mosquée,
-le travail artistique de ses plafonds, de ses boiseries, les sculptures
-de ses portes, ses grillages incrustés et l’harmonie de ses faïences,
-les verres coloriés qui ornent ses fenêtres, ses panneaux et ses
-frises, tout, jusque dans les moindres détails, contribue à en faire
-un modèle parfait et dont les artistes ottomans s’inspirèrent à juste
-titre dans la suite. Il y a cinquante ans, la mosquée menaçait ruine.
-Sur les instances de Ahmed Véfik effendi, alors gouverneur de Brousse
-(1863), on fit venir pour la restaurer un architecte français, M.
-Parvillée, qui profita de son séjour pour consolider quelques minarets
-délabrés de Brousse. Ce travail lui fournit l’occasion d’étudier la
-mosquée et le tombeau vert dans tous leurs détails et il s’attacha
-à en découvrir les proportions architectoniques et à analyser les
-lois qui avaient présidé à leur édification. C’est là qu’il puisa les
-matériaux de son intéressant ouvrage _L’architecture et la décoration
-turques au XVe siècle_, précédé d’une préface de Viollet-le-Duc. C’est
-une œuvre de forte érudition, consultée avec profit par tous ceux qui
-s’intéressent à ces questions. Les livres de ce genre sont rares.
-Le seul qui, malgré les négligences de son texte, présente, par ses
-illustrations, quelque intérêt fut édité par les soins du ministère
-des Travaux publics pour être envoyé à l’Exposition de Vienne en 1867.
-Mais plusieurs erreurs, dues à la hâte avec laquelle il a été composé,
-ne permettent pas de le considérer comme un guide absolument sûr. Il
-serait du plus haut intérêt qu’une commission compétente étudiât nos
-divers monuments d’une manière approfondie. Il en pourrait sortir un
-livre de documentation exacte.
-
-Le vilayet de Khudavendiguiar, par le nombre de ses monuments, qui
-remontent à l’époque de la première école architecturale, peut être
-considéré comme un véritable musée de l’art ottoman. Entre autres
-édifices, il convient de citer la mosquée de Muradié, et la mosquée de
-Bayazid, terminée sous le règne de Mehmed.
-
-Cette mosquée, construite sur un plan carré de 100 mètres de côté,
-est surmontée d’une grande coupole et de vingt-quatre petites. Rien
-ne subsiste de sa décoration et de ses faïences, qui furent autrefois
-magnifiques.
-
-Dans les constructions de cette époque, à Brousse, on constate l’emploi
-des piliers prismatiques, en usage chez les Seldjoucides. Les édifices
-les plus remarquables appartenant à ce genre sont la Tchinili-Djami
-(mosquée aux faïences), commencée à Nicée et élevée par Tchendereli
-Ibrahim pacha, grand vizir, à la mémoire de son père Haïreddin pacha,
-le tombeau inachevé de Bayazid pacha à Brousse, du style seldjoucide,
-le tombeau de Devlet Schah Hatoun, le pont de Niloufer et le bain connu
-sous le nom de Cayagan à Brousse.
-
-Depuis Tchelebi Sultan Mehmed jusqu’au Conquérant, l’architecture
-adopta à peu de choses près le style de la Mosquée Verte. Après la
-conquête, on s’inspira sans doute de l’art local, dont le prototype
-était Sainte-Sophie, pour la construction de la première mosquée
-élevée par le conquérant sur les ruines de l’église des Saints-Apôtres
-à Byzance. Mais il est difficile de rien préciser à cet égard, car
-cette mosquée, construite probablement par l’architecte byzantin
-Christodoulos, a eu sa coupole et ses murs endommagés et détruits par
-le tremblement de terre de l’année 1179 de l’Hégire, troisième jour du
-Baïram. _Hadikat-ul-Djévami_, précieux ouvrage turc, parlant de cette
-destruction, dit: «Les deux pieds d’éléphant et les deux colonnes
-en porphyre ayant été démolis, on a construit la coupole sur quatre
-piliers.» On peut donc inférer de cette description qu’elle rappelait
-les mosquées de Brousse, bien que sa reconstruction, effectuée en 1181,
-en diffère énormément et ressemble au contraire à la mosquée Laléli.
-En tout cas, c’est à tort qu’on représente parfois la mosquée Fatih
-actuelle comme étant celle du conquérant.
-
-
-[Illustration: Pl. 35.
-
- MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.--Galeries de la façade et fontaines
- d’ablutions.]
-
-
-A l’époque de Bayazid II, fils du Conquérant, l’architecte
-Haïreddin[70], chargé d’élever la mosquée qui porte le nom de
-ce souverain, réunit tous les documents et tous les préceptes
-d’architecture, en tira d’heureux effets dans les proportions et les
-formes nouvelles qu’il appliqua aux colonnes et aux chapiteaux. La
-mosquée Bayazid, par la pureté de ses lignes et l’harmonie de ses
-éléments, est une des plus jolies mosquées de Constantinople. Elle est
-la seule qui rappelle un peu le style des mosquées de Brousse. Un œil
-exercé ne tarde pas à reconnaître que, dans cet édifice, une nouvelle
-étape artistique avait été franchie. Haïreddin eut l’ingénieuse
-idée d’appliquer aux chapiteaux les stalactites en usage chez les
-Arabes pour orner les pendentifs et les encorbellements. Il établit
-de nouvelles proportions et atteignit ainsi une _simplicité_ pleine
-de grandeur et de beauté. C’est un réformateur de l’architecture, à
-laquelle il ouvrit de nouveaux horizons. Nous ne savons pas exactement
-quels avaient été ses maîtres. Parmi les architectes venus avant lui,
-on rencontre seulement le nom de l’architecte Elias, qui construisit
-le Mesdjid de Deniz Abdal et mourut en 958 de l’Hégire. Il était
-contemporain du Conquérant et de son fils Bayazid et est enterré
-dans le cimetière de la mosquée qu’il édifia. Après Haïreddin, nous
-trouvons les noms de Mimar Ayas, mort en 892, de Mimar Kemaleddin,
-Mimar Chedjaa, Adjem Ali[71] et Sinan[72]. Ce dernier, qui est le plus
-célèbre, est réputé comme réformateur de l’architecture ottomane.
-En suivant le chemin tracé par Haïreddin, il fixa les règles de cet
-art. Les innombrables édifices[73] dus à Sinan constituent de purs
-chefs-d’œuvre, où l’art turc atteint son apogée. Sinan eut plusieurs
-élèves dont les plus connus sont Davoud Aga, Ahmed Aga Kemaleddin,
-Youssouf, Tournadji bachi, Yetim Baba Ali effendi, et le petit Sinan.
-
- [70] Il a son Mesdjid près du tombeau de Sinan pacha.
- Quant à lui, il repose dans le jardin de ce tombeau.
-
- [71] Ainsi que son nom Adjem (Persan) l’indique,
- c’était probablement un des ouvriers amenés par Selim
- lors de la conquête de Tauris.
-
- [72] Voir la liste de ses ouvrages à la fin du volume
- (page 256).
-
- [73] Il existe une mosquée à Yeni Mevlevihané Kapoussou
- qui porte son nom.
-
-Les empereurs mongols et hindous firent venir aux Indes quelques-uns de
-ces derniers pour y exercer leur art. Le plus célèbre d’entre eux est
-l’architecte Youssouf qui éleva le palais des grands Mongols. Les forts
-merveilleux et un certain nombre de monuments de Delhi, de Lahore et
-d’Agra, qui sont encore l’objet de l’admiration universelle, sont dus à
-des élèves de Sinan.
-
-Un autre de ces élèves, Yetim Baba Ali effendi, fut nommé par le
-sultan, à l’emploi de _Bina Emini_ (intendant), lors de la construction
-de la mosquée Suleïmanié[74]. A la mort de Sinan (986 de l’Hégire)
-Davoud Aga devint premier architecte de l’Empire. Il fut décapité sur
-la place publique de Véfa, pour crime d’irreligion.
-
- [74] Mort en 960, il repose dans le cimetière de la
- mosquée Suléïmanié.
-
-Ce fut Dalguitch Ahmed Aga qui lui succéda et occupa ce poste, alors
-très recherché, jusqu’en 1010, époque à laquelle Sedefkiar (travailleur
-de nacre) y fut promu. Tous deux étaient, pour le travail de la nacre,
-les élèves d’un même maître à Hass Bagtché[75].
-
- [75] Jardin privé du palais possédant plusieurs
- ateliers, où les janissaires apprenaient différents
- métiers.
-
-Mehmed Aga[76], poussé par un souci, peut-être excessif, d’originalité,
-négligea les principes établis par les maîtres de l’art, comme
-Haïreddin et Sinan, et essaya de marquer de son empreinte personnelle
-la construction de la mosquée Ahmédié. Ce monument est conçu en dépit
-des règles et des lois artistiques respectées jusqu’alors.
-
- [76] Voir sa biographie page 265.
-
-Son architecture diffère de celle des mosquées Bayazid, Selimié et
-Suleïmanié. Les grands piliers carrés qui supportent la coupole de la
-mosquée Suleïmanié sont remplacés par de gigantesques colonnes de 5
-mètres de diamètre, sans aucune proportion; il en est de même de celles
-qui supportent les galeries de l’intérieur. On suppose que Mehmed Aga,
-qui avait beaucoup voyagé, voulut appliquer quelques souvenirs des pays
-où il avait séjourné.
-
-L’art turc est encore actif pendant un certain temps après l’époque du
-sultan Ahmed, ainsi que l’attestent quelques monuments, parmi lesquels
-la mosquée de Tchinili, construite à Scutari sous Ibrahim, et celle de
-Yeni-Djani, élevée sous Mehmed IV (1074). Mais les luttes intestines
-qui déchirèrent l’Empire, pendant le règne de cinq padichahs, firent
-tomber l’architecture dans une décadence qui dura jusqu’à Ahmed III.
-
-A l’avènement de ce souverain, des tentatives sont faites pour relever
-l’art. On construit plusieurs fontaines (_tchechmés_) somptueuses
-telles que la fontaine d’Ahmed, près de Sainte-Sophie, celle d’Azap
-Kapou, etc. De magnifiques palais s’élevèrent dans la capitale parmi
-lesquels les historiens de l’époque citent _Nichad Abad_, _Humayoun
-Abad_, _Saad Abad_, _Cheref Abad_, situés sur les rives du Bosphore et
-de la Corne d’Or. Il ne reste presque rien de la plupart de ces palais,
-construits en bois et qui n’ont guère laissé de ruines aujourd’hui.
-
-Les ingénieurs français, appelés en Turquie par Mahmoud Ier pour
-les travaux hydrographiques, amenèrent avec eux des sculpteurs, des
-décorateurs et des dessinateurs qui, en introduisant les styles Louis
-XV et baroque, préparèrent la dégénérescence du style ottoman.
-
-Avec le temps les artistes ottomans se rapprochèrent de plus en plus
-des types de l’ornementation européenne qui devint à la mode, et fut
-appelée alors vulgairement «à la franka». Ils eurent tôt fait d’oublier
-les principes de l’art ottoman.
-
-Ignorant les notions mêmes de cet art, les constructeurs mélangèrent
-tous les styles, ne mettant ainsi au jour que des œuvres laides et
-disparates. Telle est la mosquée Nouri Osmanié, commencée par Mahmoud
-Ier et achevée par Osman; telle est aussi la mosquée Laléli: toutes
-deux appartiennent à cette période de décadence. La première, d’un
-aspect lourd et disgracieux, a été construite, dit-on, sur le plan du
-sultan Mahmoud lui-même.
-
-Malgré tous les efforts tentés sous le règne suivant, à partir du règne
-de Sélim III, les pompons et les rocailles du style Louis XV, déjà
-répandus dans toute l’Europe, envahissent l’art ottoman et finissent
-par l’étouffer sous une forme de rococo-italien. M. Kaufer, architecte,
-que Choiseul Gouffier avait amené avec lui à Constantinople, et M.
-Melling, architecte du sultan Selim III, ont, en dépit de tout leur
-talent, contribué à cette décadence, en élevant des palais de style
-étranger, qui servirent de modèles aux architectes turcs. La plupart
-des monuments et la décoration des fontaines datant de cette époque en
-témoignent abondamment.
-
-Cette décadence a continué jusqu’à nos jours, et les architectes n’ont
-guère abouti à des résultats satisfaisants, leurs efforts n’étant point
-basés sur une étude sérieuse des anciens monuments et des règles et
-des formules qui présidèrent à l’établissement de leurs plans. Les
-efforts tentés à l’époque du sultan Abdul Aziz pour construire quelques
-mosquées et palais dans un style pseudo-renaissance, ne donnèrent pas
-de meilleurs résultats.
-
-
-[Illustration: Pl. 36.
-
- MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.--Intérieur.]
-
-
-L’ouvrage connu sous le titre d’_Architecture ottomane_ et qui fut
-édité par le ministère de l’Instruction publique rapporte en détails
-les tentatives faites à l’époque, en vue de relever l’architecture. Les
-planches qu’il contient donnent à cet ouvrage un intérêt indéniable,
-mais une certaine imprécision, une certaine négligence qui y règnent
-risqueraient d’inculquer au lecteur une fausse notion de l’art ottoman.
-
-L’architecture ottomane se divise donc en quatre périodes:
-
-1º Depuis le sultan Mehmed Tchélébi jusqu’à Bayazid (816-886),
-c’est-à-dire depuis la construction de la Mosquée Verte à Brousse
-jusqu’à celle de la mosquée Bayazid à Constantinople.
-
-2º Depuis Bayazid jusqu’au sultan Ahmed Ier (886-1012), c’est-à-dire
-depuis la construction de la mosquée Bayazid jusqu’à la construction de
-la mosquée d’Ahmed Ier.
-
-3º Depuis la construction de la mosquée d’Ahmed Ier jusqu’au règne du
-sultan Ahmed III (1012-1015).
-
-4º Depuis Ahmed III jusqu’à l’époque contemporaine, période marquée
-par une décadence générale due à l’abandon des principes essentiels
-qui, loin d’empêcher la manifestation de la personnalité, conservent
-les caractères particuliers d’un style national, de même que les lois
-naturelles gardent et perpétuent la ressemblance de deux plantes de la
-même famille et la physionomie des hommes de la même race.
-
-Les anciens maîtres avaient sans doute des règles et des formules
-architectoniques qu’il conviendrait de retrouver. M. Parvillée rapporte
-dans son ouvrage qu’on utilisa dans l’architecture de la Mosquée Verte
-un triangle semblable à celui employé par les Égyptiens et ayant entre
-sa base et sa hauteur le rapport de 8:5; la place des fenêtres, la
-forme de la coupole et le niveau des corniches étaient donc déterminés
-par des lois immuables qu’il est impossible de négliger, si l’on
-veut produire des œuvres purement ottomanes. Si l’on se contente de
-recueillir, au hasard, les divers éléments décoratifs et de les grouper
-sans tenir compte des règles auxquelles est soumis le style ottoman,
-il est clair qu’il n’en saurait résulter une œuvre conforme à ce
-style, malgré les ressemblances de détail que cet art pseudo-ottoman
-pourrait renfermer. Faut-il ajouter maintenant qu’il est nécessaire,
-pour bien comprendre une œuvre d’art, de pénétrer l’esprit et l’état
-d’âme du peuple qui l’a conçue et qu’on ne saurait faire œuvre d’art
-dans un domaine dont l’inspiration vous est étrangère? C’est ainsi que
-l’écriture d’un calligraphe turc ne pourra jamais être reproduite par
-un dessinateur étranger de façon à tromper un œil exercé. Il manquera
-à l’étranger non seulement la manière, mais le caractère, l’esprit et
-pour tout dire le sentiment de l’œuvre.
-
-
-_Le caractère et la décoration de l’architecture ottomane._--Il suffit
-de visiter les édifices turcs pour se convaincre de la différence qui
-existe entre l’architecture ottomane et celle des Arabes. Outre le
-caractère spécial des colonnes, des arcades et des chapiteaux ainsi que
-de la coupole, l’ensemble du monument est conçu dans une note tout à
-fait distincte.
-
-On ne rencontre jamais chez les Turcs la coupole en ogive étranglée à
-sa base, le chapiteau décoré de fleurs ornementales, l’arc surélevé
-en fer à cheval et la surabondance de décorations en usage chez les
-Arabes. Les Turcs, ayant apporté tous leurs soins à la technique de
-la construction, imitèrent, en fait de coupoles, celles des Byzantins
-qu’ils reproduisirent avec autant de courage que de hardiesse. Leurs
-chapiteaux sont ornés de stalactites et de losanges dans le genre de
-ceux qui servaient aux Arabes pour atténuer les brusques saillies de
-leurs encorbellements. Quant à la décoration, elle était plus sobre
-chez les Turcs, qui en faisaient pourtant usage avec un rare bon
-goût dans les parties des monuments où ils l’estimaient nécessaire.
-Ils n’appliquèrent pas non plus de mosaïques à leurs coupoles, ni
-de marbres veinés aux parois intérieures de l’édifice comme les
-Byzantins. Ils ornaient leurs coupoles de fresques avec inscriptions
-en or et tapissaient les murs avec des carreaux de faïence où les plus
-éclatantes couleurs se mariaient harmonieusement. Malgré quelques
-détails décoratifs, rappelant l’art persan par endroit, l’art
-turc ne peut en aucune façon lui être assimilé. Il ne présente ni
-l’horizontalité de la façade, ni ce grand portail qu’atteint la base de
-la coupole, ni la forme des minarets et de la coupole qui caractérisent
-l’art persan.
-
-La caractéristique de l’architecture ottomane réside dans la simplicité
-sévère de ses formes et la verticalité accusée de ses lignes, où
-l’esprit de l’homme semble suivre une route qui l’élève vers les cieux.
-
-
-L’_Architecture ottomane_, l’ouvrage dont nous avons déjà parlé,
-constate trois ordres distincts dans les édifices turcs qu’il désigne
-ainsi: _ordre échanfriné_, _bréchiforme_, _cristallisé_, selon la
-décoration plus ou moins riche des colonnes, chapiteaux, panneaux,
-archivoltes et corniches. Mais ce que l’on remarque davantage, c’est
-l’emploi combiné de ces ordres, appliqués indistinctement, suivant ce
-que chaque partie du monument paraissait exiger. Tout en gardant leur
-antipathie pour la décoration byzantine, les Ottomans paraissent avoir
-adopté, en fait de plan et de construction, les méthodes des Byzantins.
-
-La forme de la coupole est presque semblable à celle des Byzantins
-avec un large emploi des bases octogonales. Dans la construction
-des mosquées, le plan carré fut adopté; les grandes mosquées furent
-couvertes d’une grande coupole et de plusieurs autres demi-coupoles
-tout à fait semblables à celles de Sainte-Sophie. Les petites mosquées
-n’ont qu’une coupole sur base octogonale. Dans les arcades, on utilise
-souvent un genre d’ogive formé de deux arcs à centres différents. La
-ligne qui réunit les centres passe au-dessus des chapiteaux et ces
-centres coïncident avec les points qui divisent cette ligne en parties
-égales. Une des arcades les plus usitées est un cintre formé d’un
-cercle terminé à son sommet par deux tangentes à la circonférence.
-On ne voit jamais le plein cintre représentant les deux tiers de sa
-circonférence (comme chez les Arabes) et qui a la forme d’un fer à
-cheval. Mais, en revanche, on rencontre abondamment des arcades formées
-de claveaux alternés en marbre coloré. On rencontre souvent aussi
-l’alternance de différents genres d’arcades sur une même rangée, ce qui
-rompt la monotonie de la perspective.
-
-On remarque quelquefois sur ces arcades de gros cabochons en pierre
-taillée qui se placent entre les arcades sur la direction des colonnes
-et qui semblent avoir leur origine dans les clous des boucliers.
-
-Ainsi cette architecture permet d’employer et d’arranger comme on veut
-les différentes parties constituantes; ainsi, en respectant l’ordre et
-la forme convenables pour chaque partie, on obtient un effet des plus
-variés.
-
-
-[Illustration: Pl. 37.
-
- MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.--Mihrab et Mimber.]
-
-
-_La décoration._--C’est des formes décoratives apportées du Turkestan,
-que les Turcs s’inspirèrent pour la décoration de leurs tapis et de
-leurs ustensiles, avant d’être mis en possession d’un art ottoman. Ils
-puisèrent également chez les Turcs seldjoucides et les Persans. D’autre
-part, les motifs arabes ne cessèrent pas d’intéresser fortement
-l’esprit des artistes ottomans, qui mirent particulièrement à profit
-leurs arabesques et leurs polygones. C’est l’art seldjoucide et
-syro-égyptien qui semble avoir fourni à l’art ottoman une grande partie
-de sa décoration.
-
-[Illustration]
-
-La figure humaine et la représentation des animaux étant complètement
-exclues de l’architecture ottomane, celle-ci resta loin de la
-décoration byzantine. Les plantes, les fruits et les minéraux lui
-fournirent ses motifs de décoration. Mais, comme la forme de ces
-plantes et de ces fruits a subi, entre les mains des décorateurs turcs,
-des métamorphoses variées, les parties constituantes de l’ornementation
-prirent une forme tout à fait caractéristique et rationnelle, adaptée à
-la nature des matériaux sur lesquels furent appliqués ces ornements.
-
-[Illustration]
-
-Les ornementations dérivées des feuillages s’inspiraient de l’état
-de pétrification des plantes, tel qu’on le voit dans les empreintes
-des végétations antédiluviennes sur les pierres. La décoration d’un
-grillage, d’une serrure, d’une porte, était empruntée à des motifs
-applicables et en harmonie avec la matière et la destination de l’objet
-qu’ils ornaient.
-
-Les Byzantins ornaient leurs chapiteaux de feuilles dentelées, taillées
-et ciselées qui semblaient devoir être écrasées sous le poids qu’elles
-supportaient. Les Ottomans, pour leurs chapiteaux, avaient employé des
-combinaisons de prismes rappelant les stalactites[77] des grottes et
-qui offraient à l’œil l’aspect logique de la pierre solide, capable de
-porter son fardeau. Ils surent éviter avec un goût savant la monotonie
-et la régularité excessive des lignes. Le motif principal de la
-décoration ottomane est fourni par les feuilles de pois. Cette plante
-à tiges flexibles qui tendent à s’enrouler sur elles-mêmes convenait
-merveilleusement à la décoration. Sa forme naturelle, après une série
-d’interprétations originales, a fini par atteindre un type purement
-ornemental.
-
- [77] La construction de la stalactite ottomane diffère
- beaucoup de celle des Persans et des Arabes.
-
-[Illustration]
-
-D’autres plantes furent aussi prises comme modèles, suivant l’époque et
-selon l’ordre dont on se servait.
-
-Dans l’ornementation, on distingue deux parties principales: le
-buisson, qui constitue le support, et la plante, qui forme l’ornement
-même. La plante ornementale s’enroule sur le buisson qui forme déjà à
-lui seul un ornement. Pour mouvementer la décoration, on ajoute sur
-la plante et le buisson des petits ronds gracieux imitant l’escargot,
-une petite feuille enroulée. Dans les décorations riches, on voit
-souvent plusieurs plantes s’enrouler sur le même buisson; chacune de
-ces plantes constitue un sujet à part qui, s’entrelaçant avec d’autres
-motifs, présente l’aspect d’ornements séparés et mariés entre eux avec
-une parfaite harmonie.
-
-C’est l’architecte Ilias Ali qui a appliqué pour la première fois ce
-genre de décoration. Il employa différents fruits: des coings, des
-grenades, etc. La grenade, qui est considérée par les Turcs comme un
-fruit du paradis, occupait le premier rang. Ce fruit subit, comme le
-pois, des transformations successives, et finit par prendre la forme
-d’une fleur complexe.
-
-[Illustration]
-
-Peu à peu, toutes ces formes décoratives se mélangèrent et donnèrent
-naissance, en se combinant, à des formes nouvelles, et en particulier
-à une ornementation hybride, où l’on voyait des feuilles sous l’aspect
-d’oiseau.
-
-Parmi les fleurs, les plus employées étaient la renoncule, l’œillet, le
-carthame, la rose, la tulipe, l’althea; presque toujours en bouquets,
-surtout dans l’architecture civile.
-
-L’usage de la renoncule avait pris une particulière extension vers
-l’époque d’Ahmed III.
-
-Les conceptions décoratives des Arabes, Chinois, Hindous, Persans
-et Byzantins contribuèrent en partie aux progrès de l’art décoratif
-ottoman, avec lequel ils avaient de grands liens de parenté. Mais, dans
-toutes les évolutions de ces forces ornementales, se fait jour une
-tendance vers la calligraphie ottomane qui constituait chez les Turcs
-l’art graphique le plus estimé. La même tendance peut être remarquée
-dans l’art de l’écriture des Japonais.
-
-Les décorateurs et les enlumineurs ottomans reproduisirent, dans les
-écritures, les caractères et les formes ornementales dont ils se
-servaient pour la décoration des livres sacrés.
-
-[Illustration]
-
-La calligraphie chez les Turcs remplace l’iconographie des Byzantins.
-Ils ont pour l’écriture un respect sans bornes, qu’ils poussent
-même jusqu’à ramasser et à cacher dans un trou de mur les papiers
-qui traînent dans la rue, afin d’éviter qu’ils soient piétinés par
-les passants. Les Turcs ont plusieurs genres d’écriture: _Koufi_,
-_Djéli_, _Sulus_, _Rik-a_, _Taalik_, _Nesih et Divani_, dans lesquels
-les spécialistes ont réalisé de vraies merveilles par l’harmonie des
-courbes et l’attrait des entrecroisements, si enchevêtrés que les
-dessinateurs étrangers les plus experts ne sauraient en obtenir des
-copies. Ces écritures, qui entrent dans la décoration des édifices,
-sont pour les Turcs d’un prix inestimable. Elles remplacent chez eux
-les tableaux. Mais c’est un art qui semble décroître de jour en jour.
-
-[Illustration]
-
-
-_Faïence._--L’art de la faïence, un des éléments les plus en vogue
-dans la décoration, est originairement oriental: il doit remonter à
-l’émaillage des poteries pratiqué chez les anciens peuples d’Orient.
-L’histoire nous apprend que les Assyriens ornèrent, les premiers, les
-murs de leurs édifices de briques émaillées. Bien que la Mésopotamie
-et le Turkestan aient vu prospérer particulièrement cet art, c’est la
-Perse que l’on considère comme la patrie de la faïence. Les fouilles
-opérées jusqu’à ce jour n’ont pas encore donné de résultats qui
-permettent de se prononcer à cet égard. Il est permis de supposer que
-la mode d’émailler les briques et les vases en terre, déjà connue des
-Chinois, a été introduite en Perse par les Chaldéens. La conquête des
-Grecs fit disparaître cet art qui refleurit avec les Turcs et les
-Mongols.
-
-Chez les Seldjoucides, la mosaïque en faïence occupait une place très
-importante dans la décoration des édifices. Les Ottomans devinrent
-ensuite des maîtres dans ce métier, qui différait dans tous les pays,
-suivant la qualité des terres employées, la cuisson particulière à la
-contrée, et les secrets de coloration, jalousement gardés par chaque
-fabricant. A l’époque du sultan Mehmed Tchelebi, les fabriques fondées
-à Kutahié, à Nicée et à Brousse réalisèrent des œuvres magnifiques,
-qui, par la transparence inégalée des couleurs et la résistance de
-l’émail, ne sauraient être comparées aux faïences d’aujourd’hui. Les
-plus célèbres d’entre elles proviennent de Rhodes et de Nicée et ornent
-les mosquées de Constantinople.
-
-
-_Kalem._--La méthode du Kalem (fresque) était réservée à la décoration
-des parties les moins importantes des édifices. Elle remplaçait dans
-les habitations les carreaux de faïence dont on se servait pour les
-mosquées et les monuments religieux. Elle ornait les plafonds et les
-niches de paysages variés.
-
-La sculpture sur bois, l’incrustation de nacre, le damasquinage, à
-en juger par ce qu’on peut voir sur les _Mimber_, _Kursi_, _Rahlé_,
-étaient également arrivés à un degré de perfection qui s’affirmait
-aussi dans la menuiserie et l’ébénisterie. Cette dernière nous a laissé
-des portes composées de petits morceaux de bois si habilement ajustés
-les uns aux autres que les siècles écoulés ont été impuissants à les
-disjoindre.
-
-Les fenêtres étaient garnies de vitraux semblables à ceux des Arabes et
-des Byzantins, en verre coloré de différentes dimensions; ils étaient
-enchâssés dans des cadres de plâtre, et constituaient un motif de
-décoration plus ou moins luxueux, suivant les édifices auxquels ils
-étaient destinés. Ils étaient souvent ornés d’écritures saintes.
-
-Avant la conquête de Constantinople par les Turcs, la ville possédait
-déjà quelques mosquées dont la plus ancienne était celle d’Arab-Djami
-à Galata. Elle avait été construite en l’an 97 de l’Hégire par
-Muslimé-bin-Abdul Mélik après l’installation des Arabes. Quand ceux-ci
-l’abandonnèrent, elle devint une église latine. Elle eut à souffrir de
-la guerre, de l’incendie et des tremblements de terre. Après la prise
-de Constantinople, elle fut réparée et affectée de nouveau au culte,
-par les soins de la mère du sultan Mahmoud en 1222 de l’Hégire.
-
-Yer Alti Djami (mosquée souterraine) appartient aussi à une époque
-antérieure à la conquête turque.
-
-Les Arabes avaient leur mosquée, aujourd’hui disparue, dans la ville
-même, à Stamboul, près du quartier des Génois. Les deux autres, qui
-subsistent encore, ne présentent aucun rapport avec les édifices turcs.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-LES ÉDIFICES OTTOMANS
-
-
-I.--LES MOSQUÉES
-
-MOSQUÉE DE BAYAZID
-
-Elle a été construite de 906 à 911 par Bajazet II, le successeur et le
-fils du Conquérant, sur l’ancien forum Tauri. Son architecte Haïreddin
-fixa d’une façon précise la forme des chapiteaux et ouvrit ainsi une
-nouvelle voie à l’architecture ottomane.
-
-La mosquée est précédée d’un parvis ou cour à colonnades, que
-recouvrent des coupoles supportées par des arcades en ogive où
-alternent le marbre rose et le marbre blanc. Chaque colonne est
-surmontée de chapiteaux ornés de stalactites. Au centre de la cour une
-fontaine sert aux ablutions (_chadrivan_). On entre dans la cour par
-trois portes, l’une s’ouvrant sur la façade et les deux autres sur les
-deux côtés; les quelques cyprès qu’on y a laissés lui donnent un aspect
-très pittoresque; lors de la fondation, des pigeons y élurent domicile
-et, depuis cette époque, les magnifiques galeries sont traversées par
-le vol des pigeons gris, bleus et argentés.
-
-La légende rapporte «qu’un couple de pigeons avait été acheté par le
-Sultan fondateur à une pauvre veuve et que depuis, ils se seraient
-multipliés.» Mais la présence des oiseaux n’a réellement pas besoin
-d’être expliquée; dans la cour de chaque mosquée, on les trouve en
-grand nombre; les fidèles les nourrissent de grains achetés chez un
-vendeur _ad hoc_ et qu’ils jettent eux-mêmes aux pigeons, poussés par
-un sentiment de piété ou dans l’espoir d’obtenir soit la guérison d’un
-malade, soit la réussite d’une affaire.
-
-
-[Illustration: Pl. 38.
-
- MOSQUÉE DU SULTAN AHMED Ier ET HIPPODROME.]
-
-
-L’intérieur de la mosquée est splendide. Il présente un ensemble
-harmonieux et simple dont l’architecture, bien qu’elle en soit encore
-différente, rappelle, plus que toute autre mosquée de Constantinople,
-celle des mosquées de Brousse. La coupole, d’une forme gracieuse,
-repose sur quatre grands piliers. Le côté dirigé vers la Mecque
-renferme le Mihrab merveilleusement travaillé, au-dessus duquel
-s’ouvrent des fenêtres dont la disposition est semblable à celle
-qui caractérise les fenêtres de Yéchil-Djami à Brousse. Cinq portes
-permettent l’accès dans la mosquée. La porte principale de la mosquée,
-qui seule communique avec la cour, (_Harim_ ou _Avlou_) se trouve
-située en face du Mihrab. Deux autres s’ouvrant en dehors de la cour,
-à une égale distance de la porte principale, communiquent avec les
-deux autres attenant à l’édifice. Les deux autres enfin, placées sur
-les côtés de la nef centrale, se font face, à proximité des piliers
-inférieurs. Chacune des deux arcades latérales qui supportent la
-coupole est divisée en deux arcades plus petites soutenues par deux
-immenses colonnes en porphyre rouge d’un mètre de diamètre, ornées d’un
-gigantesque chapiteau en marbre, artistement sculpté de stalactites.
-Peut-être ces colonnes sont-elles les mêmes que celles qui existaient
-au forum Tauri, où la mosquée fut bâtie. Au-dessus des deux arcades
-qui reposent sur la colonne et relient les deux piliers, des fenêtres
-ogivales et rondes s’ouvrent sur deux rangées. La disposition du plan
-est très intéressante. En entrant par la porte principale, deux ailes
-s’ouvrent à droite et à gauche, débordant les parties latérales
-de la nef et possédant chacune une entrée spéciale. Ces ailes n’ont
-aucun rapport avec la nef centrale. Elle forment une sorte de narthex,
-recouvert d’arcades en ogive. Si l’on se place à une extrémité
-quelconque de ces ailes, on a le spectacle grandiose d’une sorte de
-longue galerie à voûte, rappelant les réfectoires du moyen âge. Cette
-disposition a permis à l’architecte de créer dans la perspective
-intérieure du monument une variété de points de vue qui rompt la
-monotonie résultant ordinairement d’un plan carré; on ne la rencontre
-que dans cette mosquée.
-
-[Illustration: Plan de la mosquée de Bayazid.]
-
-La tribune impériale, en marbre ciselé, se trouve à l’angle droit du
-mihrab, sur des colonnes. La tribune des muezzins, également en marbre
-et supportée par des colonnes, est adossée au pilier droit à l’entrée
-de la porte principale, qui est surmontée d’une galerie assise sur
-une rangée de consoles de marbre. Sur la porte principale, du côté de
-la cour, une plaque indique en lettres dorées, calligraphiées par le
-célèbre Hamdoullah, la date de la construction de cette mosquée.
-
- و قد و قع الابتداء بالبناء فى لواخر ذى الحجة لسنة ست و تسعمائه ٩٠٦
- واتفق الاتمام فى سنه احدى عشر و تسعمائه ٩١١
-
-«La construction a été commencée vers les derniers jours du mois de
-Zilhidjé de l’an 906 et terminée en l’an 911 de l’Hégire.»
-
-Hadikatul Djevami cite les noms d’Emin bey et de Hassan halifé comme
-étant deux des intendants de la mosquée désignés par le Sultan. Cette
-fonction était alors particulièrement recherchée. L’excédent des
-matériaux, ajoute le même livre, servit à Mehmed saïd effendi, moutemet
-(intendant) de la construction, pour élever une petite mosquée à
-Dizdarié.
-
-La coupole de la mosquée est couverte en plomb et est ornée à son
-sommet d’un alem d’or en forme de croissant.
-
-L’alem qui orne généralement le faîte de chaque coupole a plutôt la
-forme d’une corne double que d’un croissant. Son origine doit remonter
-aux Égyptiens, chez qui la corne était le symbole de la force. Les
-Turcs la fixaient aussi à l’extrémité de la hampe de leurs étendards.
-
-De même que les autres grandes mosquées, celle-ci compte plusieurs
-dépendances, telles que l’imaret et la bibliothèque. La bibliothèque,
-restaurée dernièrement, est la plus grande de la ville. Plusieurs
-manuscrits de grande valeur y sont conservés. Elle fut fondée par
-Veliuddin effendi, Cheih-ul-islam. Tous les livres parus en turc
-jusqu’à nos jours y sont à la disposition du public.
-
-L’aspect intérieur n’est plus le même qu’au temps passé. On y voyait
-jadis des pupitres très bas disposés sur le plancher couvert de nattes.
-Le public se mettait à genoux devant ces pupitres à la mode ancienne.
-Les costumes qu’on porte aujourd’hui exigèrent une installation
-moderne et ces pupitres (_rahlés_) furent remplacés par des tables,
-des fauteuils et des chaises. Dans le jardin, derrière la mosquée, se
-trouve la sépulture (_turbé_) de Bajazet II, mort en 1512. Ce tombeau
-fut construit sous Sélim.
-
-
-MOSQUÉE DE SÉLIM Ier
-
-Une des plus grandes mosquées bâties à Constantinople, après celles de
-Bayazid, est la mosquée de Sélim Ier, construite par l’architecte Sinan
-en 929, sur la cinquième colline qui domine la Corne d’Or; elle fut
-élevée en mémoire de Sélim Ier, père du sultan Suleïman, qui régnait
-alors. Elle se trouve tout près de la citerne ouverte de Bonus et
-peut être vue de tous les points de la ville. Elle a deux minarets.
-Un _Avlou_, dallé de marbre, pareil à celui de la mosquée de Bayazid,
-et entouré d’une galerie à colonnades surmontée de petites coupoles,
-mène à l’entrée du monument. On pénètre dans la cour par trois portes,
-une principale et deux autres latérales, toutes les trois en forme de
-niches ornées de stalactites. A côté des portes latérales, il en existe
-une petite, de forme ogivale, qui conduit aux escaliers des minarets.
-Dix-huit colonnes, rangées sur une estrade de marbre surélevée de 0m,50
-au-dessus du sol, entourent la cour et supportent des arcades en ogive
-surbaissée. Sur le mur, de deux en deux colonnes, sont disposées des
-fenêtres également en ogive et dont les tympans sont ornés de faïences
-magnifiques.
-
-Un _chadrivan_ destiné aux ablutions est placé au milieu de la cour:
-c’est un bassin à bords relevés, rempli d’eau et entouré d’un grillage
-en fil de fer pour empêcher les oiseaux d’y pénétrer. Au bord du bassin
-s’ouvrent sur une même ligne de nombreux robinets. Le chadrivan est
-abrité par un toit en bois, reposant sur des colonnes de marbre, à
-chapiteaux taillés en losange. Des cyprès et des arbres plantés tout
-autour donnent à cette cour un aspect caractéristique.
-
-La porte principale, remarquable par la beauté et l’harmonie des
-lignes, suffirait à témoigner de la valeur de son architecte. Elle
-offre une grande ressemblance avec celle de Bayazid construite par
-Haïreddin, maître de Sinan. Cette analogie peut être constatée jusque
-dans la décoration des petites colonnes en marbre engagées dans les
-angles du mur. Le portail, orné de très belles stalactites, porte en
-lettres dorées et sculptées l’inscription suivante:
-‏
-‏يأمى النشاء هذ الجامع الشريف سلطان الاكرم سلاطين العرب
-و العجم مالك البرين و البحرين خادم الحرمين الشريفين السلطان
-ابن السلطان السلطان سلطان سليم خان ابن السلطان سلطان
-بايزيد خان ابن السلطان ابو الفتح سلطان محمد خان خلداللّه ملكه
-و سلطانه و بذلك المباركة عنى فى شهر محرم الحرام لسبنة تسع
-و عشرين و تسعمائه
-‎
-En voici la traduction:
-
-«Cette mosquée vénérable fut érigée par ordre du magnanime Sultan
-des sultans arabes et adjems[78], maître des terres et des mers,
-serviteur des Haremeïn-u-Cherifeïn (la Mecque et Médine), Sultan, fils
-de sultans, sultan Sélim Khan, fils du sultan Méhmed le Conquérant. Que
-Dieu protège son pays et son trône ainsi que ce saint édifice érigé au
-mois de Mouharrem 929 de l’Hégire.»
-
- [78] Ce mot que les Turcs emploient pour désigner les
- Persans indiquait, chez les Arabes, tous les peuples
- non-Arabes.
-
-
-[Illustration: Pl. 39.
-
- MOSQUÉE D’AHMED Ier.--Intérieur.]
-
-
-Sous la porte principale de la mosquée, conduisant à l’intérieur, le
-dallage est fait d’un bloc de porphyre, moins sujet que le marbre à
-l’usure.
-
-L’intérieur de la mosquée est des plus simples: il ne possède ni
-arcades ni colonnes. Le plan est carré. La coupole, de proportions
-assez imposantes, repose sur quatre arcs formés par les murs latéraux.
-Il est facile de voir que cette œuvre est une des premières du maître
-Sinan. Sur chaque côté s’ouvrent des fenêtres avec tympan en ogive,
-décoré de jolies faïences. La tribune impériale et la tribune des
-Muezzins, supportées par des colonnes, sont quadrangulaires.
-
-Le Mihrab, le Mimber, ainsi que les portes, sont travaillés avec une
-magnificence incomparable. Les deux grands candélabres en bronze
-du Mihrab, entre autres, sont de pures merveilles. Outre la porte
-principale, deux autres portes latérales conduisent à l’intérieur.
-Ces portes sont précédées d’un long vestibule, recouvert d’un dôme et
-entouré de plusieurs pièces réservées aux personnages de la mosquée
-et de la cour. Cette curieuse disposition est unique et peut, pour
-l’originalité, être comparée aux deux ailes de la mosquée de Bayazid.
-Les dômes des deux vestibules, avec leurs petits tambours à fenêtres et
-leurs décorations en losange, rappellent la coupole de Yéchil Djami à
-Brousse.
-
-Hors de la mosquée, du côté du Mihrab, on remarque plusieurs turbés
-(tombes) dont l’une renferme le corps du sultan Sélim, le conquérant
-de l’Égypte. Tous ces turbés sont d’une forme octogonale et garnis
-d’un dôme dont la couverture est faite de plaques de plomb en forme
-d’écailles aux coins arrondis, comme celle du turbé de Chahzadé.
-Une colonnade surmontée d’un toit précède la porte de chaque turbé.
-Celle qui mène au turbé de Sélim est recouverte d’un vitrage qui en
-fait comme un vestibule, pouvant en même temps servir de chambre pour
-la garde du tombeau. Les deux côtés de la porte sont ornés de deux
-panneaux de faïence d’une décoration pleine de goût: le travail des
-portes est également merveilleux.
-
-Le cercueil est protégé par une balustrade en noyer incrusté de nacre.
-Le turbé renferme aussi de très beaux exemplaires du Coran, ouverts sur
-de somptueux pupitres et des coffres où l’on conserve les reliques.
-
-Un autre turbé, voisin de celui de Sélim Ier, renferme un tombeau
-portant une inscription sculptée sur la pierre, et orné de panneaux en
-faïence qui constituent de réels chefs-d’œuvre.
-
-
-MOSQUÉE DE CHAHZADÉ
-
-Cette mosquée fut bâtie par le fameux architecte Sinan, sur l’ordre du
-sultan Suleïman, en mémoire de ses deux fils, les princes Mehmed et
-Moustafa Djihanguir, morts à la suite des intrigues de leur belle-mère
-Roxelane[79], _Haceki Khourrêm Sultane_. Le sultan Suleïman, ayant plus
-tard reconnu son injustice, voulut la réparer en quelque sorte en
-faisant construire cette mosquée qui fut nommée _Chahzadé sultan Mehmed
-Djamissi_. La date de l’achèvement de la mosquée est indiquée par un
-vers placé sur le frontispice du turbé.
-
- [79] Roxelane, née en Galicie, fut d’abord une esclave.
- Devenue ensuite l’épouse préférée de Suleïman, elle
- acquit sur lui une très grande influence.
-
- Désireuse d’assurer l’avenir de son fils, Sélim II,
- elle gagna à sa cause Rustem pacha, le mari de sa
- fille, princesse Mihrimah sultane, qui accusa le prince
- Moustafa, né, ainsi que son frère Djihan, de la sultane
- Masseki, d’avoir des intentions de révolte contre son
- père. Suleïman, convaincu de la trahison de son fils
- Moustafa, partit avec l’armée à Erégli, où il invita
- Moustafa à venir dans sa tente, où il le fit étrangler.
- Le prince Djihanguir lié par une profonde amitié à
- son frère Moustafa en conçut une douleur telle qu’il
- mourut peu après. Son père pour apaiser ses remords
- construisit, sur les hauteurs de Foundoukli, une
- mosquée qu’il appela mosquée de Djihanguir. Ce prince,
- surnommé Chahzadé, fut enterré avec les restes de son
- frère dans un turbé situé près de cette mosquée.
-
-Cette mosquée, d’un style très gracieux, marque le commencement
-de l’âge d’or de l’architecture ottomane. C’est un édifice carré
-surmonté d’une grande coupole. On y entre par trois portes. Quatre
-demi-coupoles s’appuient sur les bas côtés. Ces demi-coupoles sont
-supportées à l’intérieur par quatre grands arcs posant sur des piliers
-octogonaux dont la partie cylindrique supérieure est cannelée. Les
-petites colonnettes qui sont adossées aux coins du portail ne sont pas
-aussi richement décorées que celles de la mosquée de Sélim. L’aspect
-de l’intérieur est splendide. Les vitraux sont d’une décoration très
-artistique; malheureusement l’ensemble est gâté par d’horribles
-peintures à la chaux qui ne permettent guère de reconnaître le
-caractère de l’art ottoman.
-
-Aux quatre points de jonction des demi-coupoles, sont posées de petites
-tourelles cylindriques massives qui servent de contreforts.
-
-Le parvis est formé d’une galerie à arcades, ornée de marbre blanc
-alternant avec du marbre rouge. Ces arcades sont soutenues par des
-colonnes de granit et de marbre. De chaque côté du parvis se dressent
-deux élégants minarets de forme polygonale, ornés de nervures et
-d’ornements en relief, différant un peu de ceux qu’on voit d’ordinaire.
-Chacun d’eux est surmonté d’un balcon (_cherifé_) avec encorbellements
-sculptés.
-
-La construction de cette mosquée dura cinq ans et coûta 151 _Yuks
-d’Akhtché_, soit à peu près 13 millions de francs.
-
-Le turbé qui contient les restes des princes, fils de Suleïman, est
-situé à l’est de la mosquée; il a une forme octogonale. Les huit
-façades extérieures sont en marbre sculpté et se terminent par une
-galerie ornée de larges trèfles, découpés à jour. Deux rangées de
-fenêtres entourent le monument. Celles du bas sont quadrangulaires,
-celles du haut sont ogivales.
-
-A partir du sol jusqu’au-dessus de la deuxième rangée de fenêtres, les
-angles de l’octogone sont limités par des cordons d’ordre cristallisé.
-Au-dessus des galeries de trèfles, le turbé se transforme et devient
-circulaire, près du tambour qui sert de base à la coupole. La toiture
-en plomb est faite d’écailles aux côtes arrondies qui vont en se
-rapetissant jusqu’au point le plus élevé de la coupole où est fixé
-l’alem.
-
-On accède au turbé par un péristyle, formé de quatre colonnes dont deux
-sont en marbre rouge et deux autres en marbre vert antique. Sur la
-porte on lit une inscription en lettres dorées.
-
-Ce péristyle est couvert d’une petite coupole ronde. De chaque côté de
-la porte d’entrée se trouvent des panneaux en faïence, représentant des
-rinceaux d’un beau dessin. La porte et les boiseries de ce péristyle
-sont dignes d’attirer tout spécialement l’attention des artistes
-décorateurs. Les battants de la porte de chêne sont ornés d’ivoire et
-d’ébène.
-
-L’intérieur du turbé présente un aspect des plus pittoresques.
-La lumière y pénètre par deux rangées de fenêtres, au nombre de
-trente-deux (quatre sur chaque face de l’octogone) et garnies de
-vitraux aux couleurs variées.
-
-Depuis le sol jusqu’à la frise ornant la base de la coupole, les murs
-sont revêtus de panneaux peints sur émail, décorés comme ceux du
-péristyle. Au-dessus de chaque fenêtre, sur un panneau également en
-faïence, des fleurs entrelacées et brodées d’or encadrent des versets
-inscrits en lettres blanches sur un fond bleu foncé. La coupole est
-ornée de fleurs et de feuillages verts formant médaillons sur fond
-blanc. Le sol en marbre est couvert de tapis. La dépouille du prince se
-trouve au milieu de l’édifice entre le tombeau de son frère et celui
-de sa femme. Au-dessus se dresse une sorte de dais impérial, haut de
-quatre mètres, en bois de noyer orné de rosaces géométriques découpées
-à jour avec inscrustations de nacre.
-
-
-[Illustration: Pl. 40.
-
- MOSQUÉE D’AHMED IER.--Mimber.]
-
-
-MOSQUÉE SULEÏMANIÉ
-
-Parmi les grands édifices et les mosquées que le sultan Suleïman le
-législateur a fait construire, la mosquée qui porte son nom est la plus
-imposante.
-
-Cette mosquée, construite également par l’architecte Sinan de 1556 à
-1566, est le véritable chef-d’œuvre de l’art ottoman. Elle s’élève
-majestueusement sur le sommet d’une colline qui domine la Corne d’Or.
-Son emplacement est merveilleusement choisi et son immense enceinte
-plantée de cyprès et de platanes lui fait un cadre d’un charme
-extraordinaire.
-
-La pureté de son style et l’harmonie de ses contours se dessinent sur
-un site féérique. Sinan disait, dans un ouvrage écrit de sa main,
-que la mosquée de Chahzadé était son œuvre d’apprenti, la mosquée de
-Suleïmanié, son œuvre de bon ouvrier et celle de Sélim à Andrinople,
-son œuvre de maître.
-
-A chaque coin du parvis se trouve un minaret à trois et deux galeries
-ornées de magnifiques stalactites. Les deux minarets qui sont le plus
-rapprochés de la coupole sont plus grands que les deux autres. Chaque
-_cherifé_ a son escalier exclusivement réservé; trois personnes peuvent
-monter à la galerie ou en descendre en même temps sans se rencontrer.
-Tout l’édifice est conçu selon la forme d’un immense triangle et
-l’inégalité de grandeur qui existe entre les minarets produit un effet
-de perspective des plus heureux.
-
-[Illustration: Plan de la mosquée Suléïmanié.]
-
-Par le nombre de ces galeries, l’architecte a voulu symboliser l’ordre
-qui caractérisa le règne de son fondateur, en même temps qu’imposer par
-ce chiffre 4 le souvenir de ce fondateur, IVme Sultan depuis la prise
-de Constantinople. Ses _chérifés_, au nombre de dix, indiquaient qu’il
-était également le dixième empereur depuis la fondation de l’Empire
-ottoman.
-
-Trois belles portes font communiquer la porte extérieure avec le
-parvis; l’une se trouve sur la façade principale et les deux autres sur
-les côtés.
-
-Sur la grande porte de la façade on lit en grosses lettres la formule
-de l’islam:
-
- لا اله الا اللّه محمد رسول اللّه
-
-«Il n’y a qu’un seul Dieu, Mouhammed est son prophète», au-dessus d’une
-autre formule concernant la prière:
-
- ان الصلوة على المؤمنين كتاباً موقوناً
-
-Le parvis est entouré d’un cloître de vingt-quatre arcades soutenues
-par un même nombre de colonnes, dont douze sont en granit rose, dix
-en marbre blanc et les deux autres qui se trouvent près de la porte
-principale, en porphyre. Toutes ces colonnes sont surmontées de
-chapiteaux de marbre sculptés en forme de stalactites et dont les
-arêtes étaient dorées. Chacune de ces arcades est surmontée d’une
-petite coupole. La coupole qui se trouve devant la porte d’entrée de la
-nef est la plus grande; elle est ornée de pendentifs en stalactites.
-
-Le dallage du parvis est en marbre blanc. Au centre se trouve un
-_chadrivan_ (fontaine) de forme carrée, couvert d’un toit en plomb. Les
-quatre façades de cette fontaine sont munies d’un grillage en bronze
-percé à jour d’intéressants motifs de décoration. Au-dessus de ce
-grillage courent des frises en marbre blanc.
-
-Des colonnes à chapiteaux de différents ordres supportent sur les
-façades extérieures des côtés latéraux de la mosquée des galeries à
-deux étages. Ces galeries ne semblent guère avoir été mises là que pour
-concourir à la beauté de l’ensemble. La galerie du premier étage est à
-arcades ogivales alternant avec d’autres arcades plus petites. Celles
-d’en haut sont plus étroites et plus petites. Sous les galeries, au
-niveau du sol, des robinets sont disposés tout le long du mur pour les
-ablutions. Du côté du parvis, on entre dans la mosquée par une grande
-porte en marbre, ayant la forme d’une mitre en stalactite aux arêtes
-dorées.
-
-[Illustration: Mosquée Suléïmanié; coupe.]
-
-Chaque fenêtre est surmontée d’un tympan en ogive orné de faïences sur
-laquelle se dessinent les belles écritures saintes en langue arabe.
-L’intérieur de la mosquée mesure 69 mètres de long sur 63 de large.
-Quatre gigantesques piliers massifs carrés supportent la coupole de la
-nef centrale.
-
-Entre ces piliers se dressent, de chaque côté, des galeries latérales
-réservées aux grands personnages pendant la cérémonie du Sélamlik. Ces
-tribunes sont supportées par deux colonnes de marbre; quatre énormes
-colonnes de porphyre soutiennent les arcades latérales qui supportent
-la coupole.
-
-D’après le livre de Sa-ï sur l’œuvre de Sinan, une de ces colonnes est
-celle qui portait jadis la colonne de la virginité aux environs des
-Saints-Apôtres. Son «Tezkeretulbunyan» raconte même les difficultés
-qu’on eut pour la transporter. Elle était plus haute que les autres et
-on dut la raccourcir. Une autre de ces colonnes, probablement celle
-qui portait la statue de l’Empereur, a été amenée du palais. Les deux
-autres colonnes viennent d’Iskenderoun (Alexandrette).
-
-[Illustration: Mosquée Suléïmanié; coupe.]
-
-Deux escaliers pratiqués près de la porte d’entrée conduisent à la
-première galerie. Les deux galeries supérieures ne sont accessibles
-qu’au moyen d’échelles en bois appliquées aux fenêtres s’ouvrant sur la
-toiture.
-
-Au centre s’élève la grande coupole de 71 mètres de hauteur (de 6
-mètres plus haute que la coupole de Sainte-Sophie). Des candélabres
-en fer ciselé qui portent des luminaires à l’huile y sont suspendus
-par de longues chaînes. On les allume pendant les prières de nuit et
-surtout pendant le _Ramazan_.
-
-Une des galeries supérieures, formant la rotonde autour du tambour et
-où l’on ne peut monter que par des échelles appliquées sur la toiture,
-présente un très intéressant phénomène d’acoustique.
-
-Le _Mihrab_ est en marbre sculpté de magnifiques stalactites rehaussées
-d’or. Le _Mimber_, qui est placé à la droite du _Mihrab_, est composé
-de grandes pièces de marbre merveilleusement sculpté. La tribune
-impériale, également en marbre blanc, est supportée par des colonnes en
-porphyre ornées de chapiteaux en marbre d’ordre cristallisé.
-
-La porte de cette tribune, ainsi que plusieurs autres portes de la
-mosquée, est en noyer orné de rosaces géométriques.
-
-Le _Kursi_ (chaire) qui se trouve placé près de la tribune impériale,
-est un des chefs-d’œuvre de la sculpture en bois; le noyer en est très
-artistiquement découpé et travaillé.
-
-Près du pied droit de la coupole s’appuie la tribune des muezzines
-construite en marbre orné de sculptures en stalactites.
-
-La décoration est des plus soignées, jusque dans les moindres coins et
-dans les moindres détails.
-
-De grandes rosaces de faïence portant des écritures en blanc sur fond
-bleu décorent les deux côtés du Mihrab. Elles sont d’une très grande
-valeur artistique.
-
-Les écritures du célèbre calligraphe Hassan Karahissai ornent
-l’intérieur. Les fenêtres sont garnies de beaux vitraux en couleur
-à encadrement de plâtre, fabriqués, d’après de Hammer, par Serhoch
-Ibrahim (Ibrahim l’ivrogne). Sous le porche, à l’intérieur du Djami,
-devant la porte principale est placée une dalle ronde en porphyre
-d’une seule pièce et d’un diamètre d’environ deux mètres. Une légende
-raconte qu’un des ouvriers grecs, qui travaillaient à la construction,
-poussé par le sentiment religieux, aurait gravé secrètement une petite
-croix sur cette pierre qui était destinée à orner la place près du
-Mihrab. Cet ouvrier fut exécuté en présence du Sultan, qui était entré
-dans une violente colère. Quant au porphyre, qui était ainsi devenu
-impropre à servir dans la mosquée, il aurait été mis devant l’entrée
-principale de la nef, le côté portant la croix tourné contre terre.
-Mais, si on observe les dallages des autres mosquées, à l’endroit des
-portes où le public passe très souvent, on remarque qu’ils sont tous
-de forme ronde et en porphyre, afin d’offrir plus de résistance. Cette
-pierre ne pouvait donc être destinée qu’à la place qu’elle occupe
-actuellement. Quant à la croix, il est étrange qu’un ouvrier grec ait
-pu avoir l’audace de la graver devant un millier d’ouvriers musulmans
-qui travaillaient avec lui: et si l’on va même jusqu’à admettre que
-la croix ait été réellement gravée, il eût été facile de la faire
-disparaître et de rendre à la pierre sa destination primitive.
-
-Cette légende n’a jamais été qu’une calomnie.
-
-La cour extérieure de la mosquée est entourée de nombreuses
-dépendances, parmi lesquelles des _imarets_ (sortes de cantines) pour
-les étudiants et les pauvres; quatre _médressés_ (écoles supérieures)
-et une école primaire; une école de médecine, un hôpital pour les
-pauvres et un hospice.
-
-D’après un architecte, la mosquée aurait coûté 597 _Yuk_ et 60.180
-_aktché_, soit 59 millions _aktché_; 60 _aktché_ équivalaient à un
-_sikké_; le _sikké_ ou _gourouche_ du temps du sultan Suleïman, est
-évalué par M. Belin, en monnaie medjadié, à 50 piastres et 27 paras.
-Cette somme représentait alors à peu près 54 millions de piastres, soit
-10 millions de francs.
-
-
-LE TURBÉ DU SULTAN SULEÏMAN LE LÉGISLATEUR
-
-Le turbé de Suleïman est situé à l’est de la mosquée, dans un cimetière
-qui contient les restes des hauts personnages. C’est un monument
-de forme octogonale surmonté d’une coupole. Une galerie l’entoure
-extérieurement, recouverte d’un toit supporté par 29 colonnes, dont
-27 ont des chapiteaux en losanges, et les deux autres sur la façade
-sont ornées de stalactites. Quatre colonnes vert antique à chapiteaux
-cristallisés forment une sorte de péristyle qui sert de vestibule à
-l’entrée.
-
-A chaque angle extérieur du monument est appliqué un cordon en porphyre.
-
-Deux riches panneaux en faïence revêtent les murs des deux côtés de la
-porte d’entrée.
-
-Au-dessus de la porte, une plaque verte porte en lettres dorées la date
-de la mort du Sultan, 674 de l’Hégire (1566).
-
-A l’intérieur, la coupole est ornée de morceaux de cristal de roche,
-taillés en rose et dont des émeraudes forment le cœur. De magnifiques
-lustres descendent de la coupole. Huit arcades ogivales, reposant sur
-huit colonnes de marbre et de porphyre, soutiennent cette coupole. Ces
-colonnes se trouvent à 1m,50 des parois de l’édifice, qui sont ornées
-de faïences, et, au-dessus, d’une large frise en faïence bleue portant
-des versets du Coran en lettres blanches. Cette galerie est éclairée
-par des niches en arcade munies chacune de six fenêtres accouplées deux
-à deux et dont les vitraux sont maintenus par des bandes de plâtre
-ajouré.
-
-
-[Illustration: Pl. 41.
-
- MOSQUÉE DE YENI DJAMI.]
-
-
-Une balustrade en noyer sculpté et incrusté de nacre entoure les
-cercueils du sultan et de ses enfants, Suleïman II et Ahmed II. Des
-châles, des étoffes brodées d’une grande valeur, recouvrent les
-cercueils. Sur le côté correspondant à la tête sont déposées les
-coiffures des défunts, turbans blancs avec aigrette impériale formée de
-plumes.
-
-Deux grands candélabres se dressent de chaque côté du cercueil. Un
-magnifique pupitre sculpté porte des Corans manuscrits. Une carte en
-relief de La Mecque orne le mur.
-
-Près de ce monument se trouve le turbé de Roxelane, épouse de Suleïman.
-Cette construction a également une forme octogonale et est ornée de
-faïences peintes et de magnifiques sculptures.
-
-
-MOSQUÉE D’AHMED Ier
-
-Sur l’emplacement de l’ancien palais byzantin, à l’est de l’hippodrome,
-le sultan Ahmed Ier a fait bâtir, en 1610, une mosquée qui fut nommée
-_Ahmedié_. Elle remplaça un ancien _tekké_ de l’ordre des _Kadiriyah_.
-L’édifice est précédé, comme les autres mosquées, d’une cour très
-spacieuse à galeries couvertes par quarante petites coupoles que
-supportent des colonnes en granit. Au centre de la cour se trouve un
-_chadrivan_, entouré de six colonnes à arcades ogivales. Une rampe,
-partant de la cour extérieure à gauche, conduit à la tribune impériale,
-d’où le Sultan peut se rendre à cheval jusqu’à ses appartements privés,
-à l’intérieur de la mosquée.
-
-La grande coupole de la mosquée est posée sur un tambour sur lequel
-s’appuient quatre demi-coupoles hémisphériques. Aux quatre angles
-formés par l’intersection des demi-coupoles, s’élèvent de petites
-tourelles octogonales couvertes chacune par une coupole surbaissée,
-formée d’écailles aux côtés arrondis qui s’abaissent du faîte à la base
-et s’unissent au sommet de la coupole. La mosquée possède six minarets
-dont deux à deux galeries et les quatre autres à trois galeries. Sur
-les deux côtés latéraux du parvis s’aligne une rangée de fontaines,
-surmontées d’une galerie à arcades qui se composent alternativement
-d’une grande et d’une petite ogive et qui semblent être copiées sur les
-arcades latérales de la mosquée. Derrière les galeries, des fenêtres
-s’ouvrent sur le parvis.
-
-L’intérieur de la mosquée a un aspect très imposant; il se dégage de
-cet intérieur une impression de grandeur et de gaieté qu’on ne trouve
-dans aucune autre mosquée. Son architecte Mehmed aga, voulant se
-distinguer de ses maîtres, réussit, grâce à une puissante originalité,
-à créer une perspective remarquable.
-
-L’édifice couvre un rectangle de 72 mètres sur 64. Le dôme qui mesure
-33m,60 de diamètre est soutenu par quatre piliers circulaires en marbre
-de 5 mètres de diamètre.
-
-Du côté de la porte, deux fontaines sont adossées aux deux piliers.
-Ces piliers sont ornés en partie de cannelures que surmontent des
-inscriptions en frise; d’autres colonnes en marbre, surmontées d’arcs
-en ogive, supportent les galeries qui entourent les murs latéraux. Tous
-les murs, depuis le sol jusqu’aux fenêtres supérieures, sont revêtus de
-faïences coloriées et fleuries bleues, vertes et blanches. De grandes
-inscriptions en arabe, dues au célèbre calligraphe _Cassim Goubari_ et
-indiquant les noms des _sahabés_, sont suspendues aux murs. Le Mihrab,
-qui est en marbre sculpté, est un chef-d’œuvre. Parmi les faïences
-du Mihrab, on distingue un morceau de la pierre noire sacrée de La
-Mecque; de chaque côté du Mihrab on voit d’énormes candélabres en
-bronze portant des cierges gigantesques. Tout à côté sont posés sur des
-pupitres en noyer incrustés de nacre des Corans manuscrits. Le Mimber
-est des plus remarquables au point de vue décoratif.
-
-Malheureusement, les lignes étroites et sans proportion des châssis des
-fenêtres nuisent beaucoup à l’effet. En outre, la mosquée a perdu ses
-anciens vitraux que l’ouvrage de D’Ohsson nous présente tels qu’ils
-étaient en 1787; les vitres ordinaires qui les ont remplacés laissent
-pénétrer à l’intérieur une lumière trop crue, qui empêche de bien
-goûter le coloris si richement nuancé des faïences tapissant les murs.
-
-Pour ces raisons, au lieu de présenter l’atmosphère mystique et
-discrète qui caractérise l’intérieur de la Suléïmanié, la mosquée
-d’Ahmed, où la lumière pénètre à flots, évoque plutôt la magnificence
-d’un palais. C’est dans cette mosquée que fut proclamé en 1826 le
-décret de Mahmoud II abolissant le corps des janissaires.
-
-L’enceinte très vaste de la mosquée est entourée de grands murs à
-fenêtres. Dans la cour plusieurs grands arbres, s’harmonisant avec
-les lignes de l’édifice, ajoutent une note pittoresque à l’aspect de
-l’ensemble.
-
-Près de la mosquée s’élève le turbé d’Ahmed Ier. Ce turbé est précédé
-d’un parvis et d’une seconde pièce. A l’intérieur, huit colonnes
-supportent une coupole recouverte de faïences. Au milieu de cette
-coupole se trouve le cercueil du fondateur de la mosquée, entouré de
-ceux de ses enfants et de son épouse Mahpeïker.
-
-
-MOSQUÉE DE YENI DJAMI
-
-Yeni Djami (nouvelle mosquée) est située en face du pont qui relie
-Galata à Stamboul. Elle a été construite par l’architecte _Kodja
-Kassim_ en mémoire de la Validé Sultane, au centre très animé de
-Stamboul. Sa construction fut commencée en 1614 sous les auspices de la
-sultane _Keusem-Mahpeïker_, épouse d’Ahmed Ier et grand-mère du sultan
-Mehmed IV. Cette sultane mère, devenue trop puissante dans l’Empire,
-fut étranglée par des eunuques à la porte du _Kouchané_, sous le règne
-de son petit-fils Murad IV.
-
-Par suite de troubles politiques, la construction de la mosquée était
-restée inachevée. _Tarhan Hadidjé_, sultane mère du sultan Mehmed IV,
-et qui était la rivale de Keusem sultane, ordonna de reprendre les
-travaux qui furent terminés en l’an 1074 de l’Hégire.
-
-La mosquée est précédée comme les autres d’un parvis à trois portes
-monumentales, surmontées chacune d’un fronton, sous lequel on lit une
-inscription arabe sacrée concernant la prière.
-
-L’ensemble de la porte forme un cadre rectangulaire renfermant une
-arcade en ogive. La porte en plein cintre surbaissé et formée par des
-linteaux en marbre blanc et rouge se trouve enclavée sous cette ogive.
-
-Les murs élevés du parvis sont ajourés de fenêtres rectangulaires
-munies de lourdes grilles à dessins carrés. Au-dessus de chaque fenêtre
-se trouve une rangée de niches en ogive.
-
-Au milieu de la cour on voit le _chadrivan_. D’autres galeries à deux
-étages se trouvent appliquées aux côtés latéraux de la mosquée. Sous
-ces galeries, le long des murs, il y a des fontaines pour les ablutions.
-
-
-[Illustration: Pl. 42.
-
- MOSQUÉE DE YENI DJAMI.--Faïences de l’entrée des appartements
- du Sultan.]
-
-
-Du côté de la mer, près d’une sorte de tunnel passant sous les
-appartements privés des Sultans, on peut admirer la magnifique porte
-réservée aux souverains et qui sert seulement à conduire à la tribune
-impériale. Cette porte, une des plus belles œuvres de l’art ottoman,
-est en marbre sculpté et ajouré d’ornementations géométriques. Les
-portes du perron et de la galerie portent la lettre «vave» deux fois
-répétée et entrelacée. Cette lettre est le symbole du mot de هو un
-des noms mystiques de Dieu. A l’extérieur, quatre énormes contreforts
-ingénieusement dissimulés supportent l’immense coupole.
-
-[Illustration: La grande coupole de Yeni Djami.]
-
-Sur chacun de ces contreforts s’élèvent trois petites tourelles
-élégantes qui, s’étageant l’une sur l’autre, allègent l’aspect de cette
-masse.
-
-Les contreforts sont masqués par quatre lanternes de grandes dimensions.
-
-La grande coupole et les quatre demi-coupoles portent à leur base
-des rangées de fenêtres en ogives surbaissées pareilles à celles qui
-s’ouvrent sur les quatre faces de la mosquée.
-
-L’aspect général de l’intérieur est des plus imposants. Les murs sont
-par endroits ornés de faïences.
-
-La couleur bleue domine dans l’ensemble des tonalités. La tribune
-impériale, en face de laquelle se trouve la tribune des muezzines, est
-supportée par des colonnes en porphyre. La décoration des appartements
-privés, situés derrière cette tribune, constitue un véritable musée de
-l’art décoratif ottoman. Les faïences des cheminées et des murs sont
-ornées de dessins magnifiques, les vitraux des fenêtres sont superbes
-et les portes sont des merveilles de sculpture sur bois.
-
-La niche qui forme le Mihrab est ornée de magnifiques stalactites
-recouvertes d’or. Le Mimber est fait de morceaux de marbre, artistement
-sculptés, où s’entrelacent ingénieusement des rosaces géométriques. Le
-monument a coûté environ huit millions de francs.
-
-La mosquée possède comme dépendances une école primaire, une
-bibliothèque fondée par Ahmed III, un sébil (fontaine où l’on distribue
-l’eau aux passants), un grand turbé où sont enterrés le sultan Mehmed
-IV, fils de la seconde fondatrice, le sultan Moustafa II (1703) et
-son fils Ahmed III (1739), Mahmoud Ier (1754), Osman III (1757) et un
-grand nombre de princes et princesses, parmi lesquels les dix-huit
-enfants fils du sultan Ahmed III. L’aspect extérieur du turbé est très
-original. A l’intérieur, parmi d’autres petits cercueils, on remarque
-celui de la sultane Validé.
-
-
-MOSQUÉE DU SULTAN MEHMED LE CONQUÉRANT (FATIH)
-
-Cette mosquée fut élevée d’abord en 1471 par ordre du sultan Mehmed
-le Conquérant. Elle est située un peu plus loin vers le nord que
-l’emplacement où s’élevait jadis la fameuse église des Saints-Apôtres.
-La construction de la mosquée fut commencée en l’an 867 de l’Hégire et
-terminée en 875, c’est-à-dire huit ans après, ainsi que l’indique une
-inscription sur la porte. Un tremblement de terre survenu en l’an 1179,
-le troisième jour du _Kourban Baïram_ (fêtes des sacrifices), une heure
-après le lever du soleil, l’avait horriblement endommagée. La coupole,
-totalement démolie, a été reconstruite à nouveau en 1181-1185.
-
-Nous manquons malheureusement de détails sur la forme première de
-cette construction, qui a marqué le début d’une nouvelle période
-architecturale. Dans la description que nous en donne _Hadi katul
-Djevami_, nous ne rencontrons que le passage suivant: «les deux grands
-pieds d’éléphants et les deux colonnes en porphyre, ayant été démolis
-et renversés, la coupole fut élevée sur quatre piliers: ces colonnes
-furent enterrées[80].»
-
- [80] Probablement par respect pour le matériel qui
- avait servi à la construction d’une mosquée.
-
-La mosquée est actuellement précédée d’un parvis avec des galeries, des
-arcades en ogive qui supportent de petites coupoles couvertes par des
-plaques de plomb. A l’extérieur, sur la façade principale du parvis,
-aux deux côtés de la porte, s’ouvrent des fenêtres rectangulaires
-surmontées d’un tympan en ogive orné d’inscriptions en mosaïque, qui
-proviennent probablement de la première construction de la mosquée.
-
-Au milieu du parvis (_avlou_) se dresse une fontaine de forme
-octogonale destinée aux ablutions.
-
-Les cyprès donnent à ce parvis un aspect très pittoresque. La grande
-coupole de la mosquée est soutenue par quatre demi-coupoles posées
-sur de grands piliers aux coins arrondis. Au dehors, quatre petites
-tourelles se dressent sur chaque contrefort pour en augmenter le poids
-et rehausser l’aspect de l’ensemble.
-
-Des deux côtés de la mosquée se trouvent deux minarets, entourés de
-deux galeries (_cherefé_) réservés aux muezzines qui y montent pour
-chanter l’_Ezan_ (l’appel aux prières).
-
-A l’intérieur et à la droite du portail, on voit une petite plaque en
-marbre qui porte en lettres d’or sur un fond vert foncé les paroles du
-prophète relatives à la conquête de Constantinople.
-
- لتفتحن القسطنطينية فلنعم الامير لتفتحن
- و فلنعم الجيش ذلك الجيش
-
-Voici la traduction:
-
-«On va conquérir Constantinople: quel honneur pour l’armée qui fera
-cette conquête et quelle gloire pour son chef.»
-
-Des deux côtés de la porte principale, sur des fenêtres, deux balcons
-permettent aux muezzines d’entendre la prière et de la répéter aux
-fidèles qui prient dehors.
-
-Le tombeau du sultan Mehmed le Conquérant se trouve devant la mosquée,
-qui possède comme autre dépendance des _médressés_, des _imarets_ et un
-hôpital. La porte qui conduit au _Mousalla_ date d’Ahmed III.
-
-Les grands personnages de l’État ont leur sépulture tout à côté de ce
-grand turbé.
-
-
-[Illustration: Pl. 43.
-
- MOSQUÉE DE YENI DJAMI.--Appartement du Sultan.]
-
-
-MOSQUÉE DE LALÉLI
-
-Cette mosquée, construite à la même époque que celle de Fatih, présente
-extérieurement de très grandes ressemblances avec elle. Elle est bâtie
-sur de profonds souterrains formant citerne. Elle est, comme les autres
-mosquées, précédée d’une cour à portiques, où l’on accède par un
-escalier en marbre. Les colonnes qui supportent les arcades sont d’une
-forme bizarre et inesthétique. On ne voit plus sur les chapiteaux les
-stalactites, si fréquemment employées dans l’art ottoman. Tout y est
-pauvre. Les chapiteaux sont formés d’un simple abaque en marbre orné
-d’une petite feuille aux quatre coins. Des deux côtés de la porte
-principale qui conduit à l’intérieur et à une certaine hauteur, on voit
-deux balcons, d’où l’on répétait la prière aux fidèles.
-
-L’intérieur est disposé d’une façon nouvelle.
-
-La base octogonale de la coupole est supportée par des colonnes
-engagées dans l’épaisseur du mur. La partie qui renferme le Mihrab est
-située hors de l’octogone formé par les colonnes. Les tribunes sont
-au-dessus de la porte.
-
-
-II.--LES FONTAINES
-
- و من الماء كل شى حى
-
-Ainsi que l’indique un verset du Coran qu’on rencontre à peu près sur
-toutes les fontaines, les musulmans considèrent l’eau comme la source
-de la vie. Ils sont en cela d’accord avec le chimiste qui attribuait
-l’origine des molécules à l’hydrogène.
-
-Tout personnage musulman, désireux de faire une œuvre, construisait
-pour le repos de son âme et celle de ses parents morts une fontaine
-où coulait une eau pure ou potable. A chaque pas, dans la ville, on
-rencontre des _tchechmés_ (fontaines) ou des _sébils_. Les _tchechmés_
-sont de simples fontaines destinées à fournir l’eau potable que les
-porteurs d’eau, appelés _Sakha_, portent dans les maisons des quartiers
-avoisinants. Le _tchechmé_ consiste généralement en une construction
-de marbre appliquée au mur et terminée à son extrémité inférieure par
-un petit bassin.
-
-Souvent ces _tchechmés_ possèdent à leur partie supérieure un grand
-_satchak_ (toit avancé) pour abriter du soleil et de la pluie les gens
-qui prennent de l’eau.
-
-Les eaux amenées par des aqueducs alimentent de grands réservoirs en
-pierre qui se trouvent derrière chaque fontaine. Sur chacun de ces
-tchechmés se trouve enclavée dans le mur une plaque de marbre sculptée
-et dorée, qui porte le nom des fondateurs de la fontaine et la date de
-sa fondation (chronogramme).
-
-Sur tous les monuments élevés par les musulmans la date est indiquée,
-en général, par la somme des valeurs correspondant aux lettres du
-dernier vers. Chaque lettre, selon la classification des Arabes,
-correspond à un numéro d’ordre. Le total des chiffres qui composent
-ainsi le dernier vers de l’inscription indique la date. Les poètes
-s’efforçaient de réunir dans le dernier hémistiche leur nom, celui du
-fondateur et la date de la fondation.
-
-Les vers sculptés sur la pierre en caractères dorés contribuent
-beaucoup à l’ornementation, grâce à la forme décorative des lettres
-orientales.
-
-Quant aux _sébils_, ils sont d’ordinaire situés dans les endroits
-publics près des mosquées, et un homme est chargé de remplir les
-gobelets en bronze vidés par les buveurs et qui restent attachés par
-des chaînes aux grillages des _sébils_. Ces grillages, qui sont souvent
-en bronze ajouré et ciselé de magnifiques ornementations, produisent
-généralement un grand effet décoratif.
-
-Les gobelets mis à la disposition des passants portent souvent, à
-l’intérieur, des versets du Coran qui rendent sacrée l’eau qu’on boit.
-
-Les sébils se composent de plusieurs pièces surveillées par le gardien.
-
-La fontaine du sultan Ahmed III, près du vieux sérail, possède ces
-deux genres de _tchechmés_ et de _sébils_. Elle est située à côté de
-Sainte-Sophie, près de la porte du vieux sérail dite _Bab-i-Humayoun_,
-probablement sur l’emplacement de l’ancienne fontaine byzantine qui
-s’appelait Géranion. On dit que le croquis de cette fontaine a été
-établi par le sultan Ahmed III lui-même.
-
-Des vers de sa composition, sculptés en lettres d’or sur les plaques de
-marbre, décorent richement la fontaine. Quelques-uns de ces vers sont
-empruntés aux plus fameux poètes de l’époque et célèbrent les louanges
-de Dieu et du souverain.
-
-Comme nous venons de le dire, cette fontaine réunit les deux principaux
-genres en usage à Constantinople: _sébil_ et _tchechmé_, qu’on
-rencontre ailleurs séparément. La fontaine est comprise dans un carré
-ayant à chaque angle des parties semi-circulaires où sont installés
-quatre sébils.
-
-Quatre fontaines sont placées dans les espaces libres entre les sébils;
-à la droite et à la gauche de chaque fontaine sont creusées deux niches
-ornées de stalactites.
-
-Des fleurs ornementales finement sculptées sur des plaques de marbre
-précieux, encadrent des inscriptions rehaussées d’or, au milieu des
-frises en faïence qui décorent les quatre façades.
-
-Les sébils sont garnis de grilles en bronze magnifiquement ciselées.
-La fontaine est couverte d’une toiture très exhaussée, surmontée d’un
-grand clocheton central et de quatre autres clochetons plus petits
-placés au-dessus de chaque sébil, et qui portent à leur sommet des
-_alems_ dorés, auxquels l’édifice emprunte son caractère religieux. La
-toiture et les clochetons sont recouverts de plaques de plomb. Cette
-fontaine fut achevée en 1141 H. (1728 J.-C.) Le sultan Ahmed avait fait
-construire un grand nombre d’autres tchechmés, richement travaillés,
-tels que la fontaine de Tophané, reconstruite par Mahmoud Ier en 1145,
-et qui se trouve actuellement à l’angle du grillage de l’arsenal, sur
-le coin de la rue qui va aux quais.
-
-Les ornementations de cette fontaine sont d’un style bâtard. Une large
-bande de fines inscriptions en vers décore la partie supérieure du
-monument. Aujourd’hui, on ne voit plus rien de son ancienne toiture,
-qui a été détruite et remplacée par une balustrade, ce qui lui enleva
-toute son originalité. Le plafond du toit de cette fontaine était
-richement orné de fleurs et de fruits sculptés sur bois. Ce toit
-formait sur chaque façade une saillie de 15 pieds, 6 pouces, qui était
-surmontée d’une grande coupole couverte de plomb, au sommet de laquelle
-s’élevait une flèche (alem) dorée, pareille à celle de la fontaine de
-l’Aya Sophia; seize autres petites coupoles entouraient la base de la
-grande. La fontaine de Scutari, qui, reconstruite plusieurs fois, vient
-de s’écrouler, a elle aussi beaucoup perdu de sa forme primitive et par
-suite de son originalité.
-
-Une autre fontaine fut construite par le sultan Ahmed au quartier
-des _Arabes_[81] à Galata, presque en même temps que celle de
-_Bab-i-Humayoun_. Comme Galata formait alors une petite ville entourée
-d’une enceinte, et que les terrains étaient occupés par des maisons de
-commerce, on n’avait pu trouver à cette fontaine un emplacement assez
-vaste et dont les abords fussent suffisamment dégagés: on fut donc
-obligé de lui donner la forme d’un biseau à angles et, pour obtenir
-plus de développement de façade, on adopta une sorte de tourelle à six
-pans.
-
- [81] Nom donné d’abord à l’infanterie légère et plus
- tard aux pontonniers et aux rameurs.
-
-Elle est à la fois tchéchmé et sébil, comme celle du sérail à qui elle
-ressemble, bien qu’elle soit d’une disposition un peu différente. La
-fontaine d’_Arab Kapou_ n’a en effet qu’un seul sébil qui est formé par
-une petite rotonde hexagonale; une colonnette se dresse à chaque angle,
-supportant un chapiteau d’ordre cristallisé, sur lequel sont appliqués
-des grillages en bronze ciselé et doré et de gracieuses rosaces.
-
-Sur les façades qui se trouvent à droite et à gauche du sébil
-sont installés deux tchéchmés, ornés de magnifiques sculptures et
-inscriptions dorées en relief.
-
-
-III.--LES CIMETIÈRES
-
-Les musulmans souhaitent, pour la félicité de leur âme, reposer après
-leur mort près d’un édifice religieux.
-
-Les Sultans, les grands dignitaires de l’État, les grands personnages,
-les riches, les gens aisés se font enterrer près d’une mosquée où la
-prière est continue.
-
-Les Sultans et les pachas ont toujours leurs tombeaux près de la
-mosquée qu’ils ont fondée.
-
-En général, à chaque mosquée est attenant un petit jardin qui sert de
-cimetière; on y trouve le tombeau du fondateur, entouré des tombeaux de
-ses parents et des grands personnages.
-
-Les sépultures couvertes qu’on appelle turbés sont réservées aux
-saints, aux Sultans et aux personnages considérables.
-
-On ne peut faire un plus grand honneur à un défunt que de lui élever un
-turbé.
-
-Les turbés sont généralement construits en forme octogonale ou carrée,
-surmontés d’une coupole et précédés d’un vestibule.
-
-Dans les turbés des très grands personnages, des gardes (_turbedars_)
-veillent sans cesse en lisant le Coran. Les turbés des Sultans
-diffèrent de ceux des saints, en ce qu’ils sont plus richement décorés;
-ceux des saints ont un aspect plus mystique et plus religieux.
-
-On y voit un cercueil (_sandouka_), en forme de caisse à base
-rectangulaire, recouvert d’un couvercle prismatique. Ce cercueil est
-couvert de draps noirs ou verts et d’étoffes de valeur portant des
-versets du Coran brodés en or et en argent. Du côté de la tête est
-placé un turban rappelant la coiffure que portait le défunt. De chaque
-côté du cercueil près de la tête sont posés deux grands candélabres
-garnis de cierges; les candélabres sont en bronze ou en argent, selon
-l’importance du défunt.
-
-Des Corans manuscrits, ouverts sur des pupitres en forme d’X, sont à la
-disposition des visiteurs qui voudraient prier pour le repos de l’âme
-du défunt. On voit souvent, attachés aux grillages des fenêtres des
-turbés ou à la balustrade qui entoure le cercueil, de petits chiffons
-que les malades viennent fixer là avec l’espoir que cette pratique
-religieuse les guérira. Le _turbedar_ fait passer les malades entre de
-grands chapelets qui y sont gardés et leur fait boire de l’eau du puits
-avoisinant le turbé. Suivant les prescriptions, cette eau doit être
-puisée à l’aide de tasses portant des inscriptions sacrées.
-
-Les turbés des Sultans sont plus richement décorés; le cercueil, plus
-haut et plus grand, est excessivement luxueux. Il est recouvert de
-châles précieux en velours brodé d’argent. Les pupitres en noyer ou
-en ébène sont incrustés de nacre et de rosaces magnifiques. Un haut
-grillage en bronze ou en argent entoure le cercueil.
-
-Les cimetières publics sont situés à proximité de la ville. Outre
-les petits cimetières qu’on rencontre dans chaque quartier, près des
-mosquées, la ville possède trois cimetières principaux[82], qui peuvent
-vraiment être considérés comme des villes des morts. Ils ont à peu près
-le même aspect; on y voit d’immenses cyprès très vieux, des pierres
-tombales souvent brisées disséminées un peu partout sans ordre, et
-qui font ressembler ces cimetières, généralement entourés de murs en
-ruines, à de véritables forêts de pierres.
-
- [82] Celui d’Eyoub, ceux qui bordent les murs, et le
- cimetière de Karadja Ahmed à Scutari.
-
-Le corps du défunt est enseveli dans la terre, le côté droit tourné
-vers La Mecque. Tous les morts sont placés dans la même position. Une
-grande plaque de marbre couvre horizontalement le tombeau. Deux pierres
-posées verticalement indiquent l’une le côté de la tête, l’autre le
-côté des pieds. Dans la plaque de pierre horizontale sont creusés deux
-trous assez larges qui communiquent avec la terre; on y plante des
-fleurs ou des rosiers. Au milieu de la pierre, une cavité ronde remplie
-d’eau de pluie sert aux petits oiseaux et aux colombes. Du côté de la
-tête s’élève une pierre commémorative, rappelant par une sculpture
-la coiffure du défunt, avec son nom et la date de sa mort souvent
-écrits en vers et sculptés en reliefs rehaussés d’or. La grandeur et
-l’ornementation de cette pierre varient selon l’importance du défunt.
-Les pierres sépulcrales des femmes ont une forme différente de celle
-des hommes. Elles ne portent qu’une ornementation ou une fleur.
-
-Du côté des pieds, la pierre a une ornementation, mais sans écriture.
-Toutes les pierres tombales des personnes riches ou pauvres ont des
-vers commémoratifs qui commencent par la formule:
-
- هو الباقى
-
- (Dieu seul est éternel.)
-
-ou
-
- كل نفس ذائقة الموت
-
- (Chaque âme doit goûter la mort.)
-
-Les souffrances du défunt, son emploi, son âge sont rappelés en
-quelques lignes. Toutes ces inscriptions se terminent en demandant aux
-visiteurs la prière de _Fatiha_, premier chapitre du Coran, pour la
-tranquillité de l’âme du défunt.
-
-
-IV.--LES BAINS TURCS (HAMAM)
-
-Le bain étant aussi indispensable au musulman que la mosquée, la ville
-possède plus de trois cents bains publics, sans compter les bains
-particuliers.
-
-Les bains turcs ne diffèrent en général que fort peu de ceux des
-Byzantins. Les Turcs, qui utilisèrent après la conquête les bains
-abandonnés par les Byzantins, construisirent les leurs à peu près
-dans le même genre et souvent sur le même emplacement. D’ailleurs la
-disposition des bains byzantins était celle déjà adoptée par les Turcs
-pour les bains de Brousse, de Salonique et de Damas.
-
-L’eau et le feu, auxquels les bains étaient exposés continuellement,
-n’ont laissé subsister jusqu’à nos jours aucun bain datant de
-l’époque byzantine, et qui n’ait subi soit des réparations, soit des
-transformations.
-
-
-[Illustration: Pl. 44.
-
- MOSQUÉE DU SULTAN MEHMED II LE CONQUÉRANT.]
-
-
-Gyllius, qui visita Constantinople soixante-douze ans après l’entrée
-des Turcs dans cette ville, nous donne la description d’un bain turc.
-Cette description permet de se faire une idée de ce qu’étaient les
-bains à cette époque où ils rappelaient encore de très près les thermes
-byzantins, s’ils ne leur étaient tout à fait semblables. Elle montre
-qu’ils avaient les mêmes dispositions que les bains turcs actuels.
-
-«Ces thermes sont doubles ou jumeaux, dit-il, composés de deux parties
-exactement semblables, adossées l’une contre l’autre et réservées l’une
-aux hommes, l’autre aux femmes[83]. On entre d’abord dans l’apodyterium
-d’où l’on passe par une porte au tepidarium et par une autre du
-tepidarium au caldarium. Ces trois compartiments réunis par des portes
-de communication constituent les thermes. Chacune de ces parties de
-l’édifice a sa toiture et ses murailles.»
-
- [83] Les bains qui n’ont qu’une seule division sont
- ouverts jusqu’à midi aux hommes, qui l’abandonnent
- ensuite pour laisser la place aux femmes.
-
-«L’apodyterium est un édifice carré sur lequel s’appuie la rotonde en
-briques de la voûte. Son intérieur a 240 pieds 8 pouces de pourtour.
-Une estrade en pierre, ayant plus de six pieds de largeur et haute de
-trois pieds, règne tout autour. La muraille de l’apodyterium, depuis
-sa base jusqu’au sommet sur lequel la coupole prend naissance, a
-trente-sept pieds de hauteur; le pavé est formé de dalles en marbre. En
-son centre se trouve une vasque également en marbre.»
-
-«Deux portes d’entrée conduisent de l’apodyterium au tepidarium dont
-l’intérieur a cent pieds de circonférence. La voûte hémisphérique est
-soutenue par quatre arcades, qui forment huit alcôves; une de ces
-alcôves qui est plus petite de moitié que les autres est réservée aux
-latrines. Six d’entre elles possèdent chacune une vasque munie d’une
-fontaine à robinet, mais elles sont construites de manière qu’entre
-chaque seconde arcade il en est une qui forme une chambre d’où l’on
-passe à droite et à gauche dans une autre. Au centre du tepidarium est
-une fontaine d’où jaillit un filet d’eau qui tombe dans un bassin de
-marbre. Une seule porte sert de passage du tepidarium au caldarium.
-Cette partie du bain présente huit arcades qui servent de soutien à
-une coupole. Chacune des huit arcades ouvre sur une chambre. Au milieu
-du pavé, qui est formé pareillement de dalles en marbre, s’élève
-une estrade octogonale haute de deux pieds quatre pouces et ayant
-cinquante-sept pieds un quart de circonférence. Elle est entourée par
-une ruelle qui la sépare du pavé dont le niveau est le même que celui
-de l’octogone.»
-
-Dans ce passage de Gyllius, nous voyons que la disposition des premiers
-bains turcs de Constantinople, provenant probablement des Byzantins, ne
-différait presque pas des bains construits par les Turcs de l’époque
-postérieure. Les bains turcs sont généralement construits sur un plan
-rectangulaire. Chaque partie du bain est couverte d’un dôme, criblé de
-petites ouvertures rondes garnies de clochetons en verre qui laissent
-pénétrer la lumière à l’intérieur. Les murs latéraux sont dépourvus de
-fenêtres. L’apodyterium est dallé de marbre, et possède au centre un
-bassin sur lequel s’étagent de grandes cuvettes en marbre, à bordure
-cannelée, de dimensions variables, se rapetissant de l’une à l’autre.
-L’eau jaillissant de la cuvette placée au sommet le plus élevé fait
-cascade sur les autres. Les mêmes eaux servent parfois à arroser des
-fruits. Des canaris chantent continuellement dans des cages ornées de
-perles bleues[84] (bondjouk).
-
- [84] Les perles bleues sont considérées comme un
- fétiche contre le mauvais œil.
-
-Une colonnade en bois entoure la salle. De larges bancs en forme de
-sofas y sont placés. C’est là que les gens de la classe pauvre se
-déshabillent. Des morceaux de bois ronds, fixés entre les colonnes,
-servent de portemanteaux. Au-dessus de cette première galerie, on en
-voit une deuxième et souvent une troisième. Là aussi sont disposés de
-larges sofas. Les galeries inférieures et supérieures sont séparées aux
-angles par une cloison en bois. Ces pièces sont réservées aux riches et
-aux grands personnages.
-
-Sur une petite estrade près de la porte se tient le propriétaire, assis
-sur un coussin (_minder_), devant une cassette en bois (_tchekmédjé_)
-tout incrustée de nacre. Un miroir à main, d’une forme ogivale, reste
-suspendu au mur près de cette cassette destinée à recevoir l’argent que
-les baigneurs posent en quittant le bain.
-
-A hauteur des galeries supérieures sont rangées des tiges en bois où
-l’on étend les _pechtemal_ (essuie-corps) de couleurs éclatantes.
-
-Une petite cheminée adossée au mur près de la porte intérieure sert
-à préparer le café. Près de cette cheminée se trouvent des armoires
-contenant des narguillés, des tasses à café, des savons parfumés de
-musc, des vases en bronze doré, des fleurs artificielles.
-
-Une porte étroite passe de l’apodyterium dans la pièce appelée
-_soouklouk_ (tepidarium ou alipterium) dont la température est plus
-élevée que dans la grande pièce, mais moins que dans la deuxième
-appelée caldarium. Elle est surmontée d’une coupole percée de petites
-ouvertures que recouvrent des cloches en verre. Une faible lumière
-éclaire l’intérieur. Là, sur des bancs en bois, sont préparés des lits
-à la disposition des baigneurs.
-
-De petites portes ouvertes dans cette salle conduisent par des
-galeries voûtées et obscures aux lieux d’aisance et à un cabinet
-particulier, réservé aux toilettes intimes auxquelles chaque musulman
-est religieusement astreint. Le baigneur pénètre dans cette dernière
-pièce où un robinet d’eau chaude et un _kourna_ (récipient en marbre)
-sont à sa disposition. Il couvre l’ouverture formée par la porte
-d’un pechtemal et procède à ses ablutions. Une porte conduit du
-tepidarium au caldarium où règne une très forte chaleur. Cette salle
-est pareillement dallée de marbre et surmontée d’une coupole à petites
-fenêtres rondes. A chaque coin de la salle, il y a de petites cabines
-séparées par un mur bas, qui sont réservées à la classe riche. Toutes
-ces cabines possèdent un ou deux _kournas_ avec deux robinets en bronze
-dont l’un est à eau chaude et l’autre à eau froide.
-
-La salle est également munie de _kournas_, au-dessus desquels sont
-enfoncés dans le mur de grands et longs clous noirs qui servent à
-suspendre les _pechtemals_.
-
-Au milieu de la salle commune du caldarium, existe une estrade en forme
-ronde ou octogonale et qui s’appelle _Gueubek-tachi_ (pierre-nombril)
-où le baigneur s’allonge pour être massé.
-
-Les bains turcs n’ont pas, comme on l’a dit à tort, un grand bassin où
-le public va se baigner, car l’eau déjà touchée par un autre corps et
-par le corps du baigneur même est considérée par les musulmans comme
-rituellement impure. Toutefois le cas peut être exceptionnel dans les
-bains thermaux où l’eau se renouvelle en coulant de source, comme à
-Brousse par exemple. A Constantinople, il n’y a que les israélites qui,
-fidèles aux prescriptions de la loi de Moïse, aient gardé la coutume de
-se replonger dans une piscine d’eau froide après s’être lavé le corps.
-
-Chaque bain possède un _kulhan_ (hypocauste). On y brûle
-continuellement du bois. La chaleur et la fumée circulent sous le
-dallage en marbre du bain, traversent les nombreuses conduites
-maçonnées dans l’intérieur des murs, chauffent l’eau et l’air du bain
-et ressortent par de petites cheminées en forme de tubes circulaires,
-appliqués tout autour de la bâtisse au haut des coupoles couvertes de
-plomb. Faut-il ajouter que ces bains sont constamment chauffés? Les
-musulmans sont en effet astreints par leur religion à se laver le corps
-en certaines circonstances.
-
-
-[Illustration: Pl. 45.
-
- TOMBEAU DE MEHMED II LE CONQUÉRANT.
- Dans le Turbé devant sa mosquée.]
-
-
-Le bain des dames diffère un peu de celui des hommes. D’abord les
-accessoires comme essuie-corps, savon, sont apportés par les femmes
-elles-mêmes dans de grands _bohdja_ (sortes de sacs en drap brodé).
-Elles prennent même avec elles des vivres, car c’est pour elles un
-grand plaisir que de passer toute la journée dans le bain en mangeant
-sur le _gueubek-tachi_, en chantant et en s’amusant.
-
-Au cours d’un ouvrage écrit sur les études de van Millingen, le Dr
-Mavroyeni donne des détails très circonstanciés sur la façon compliquée
-et pittoresque dont on prend le bain chez les Orientaux. Nous nous
-permettrons de résumer cet intéressant travail.
-
-«Dès l’entrée, on aperçoit les étuvistes, drapés à la romaine dans
-des linges bleus rayés de rouge. Dans l’apodyterium, des baigneurs se
-déshabillent, tandis que d’autres sortent du bain et viennent s’étendre
-sur les lits de repos pour y goûter le _kieff_, mot intraduisible,
-béatitude absolue que donnent à l’esprit et au corps des Orientaux le
-tabac et le café unis au _dolce farniente_.
-
-«Après s’être déshabillé, le baigneur s’enveloppe d’une sorte de
-pagne, et, coiffé d’un large turban, les pieds dans des sandales de
-bois qui rendent sa marche incertaine, il entre dans le tepidarium.
-La température y est de 25° et c’est sur des couchettes garnies de
-coussins que la pipe et le café sont présentés au baigneur. Dès qu’une
-moiteur apparaît sur son corps, l’étuviste le fait passer au caldarium
-où, sur une estrade située au centre, commence l’opération du massage
-à laquelle une grande importance est attachée et qui est pratiquée par
-des malaxeurs et des strigillaires modernes en qui se sont conservées
-les traditions du passé.
-
-«Après un massage complet de toutes les articulations, le masseur
-mène son client près d’une des vasques qui entourent la rotonde et,
-armé d’un gantelet en poils de chèvre, s’attaque au système cutané.
-Les rinçages s’opèrent à l’eau tiède. Mais le baigneur est à bout
-de forces: un verre d’eau froide lui redonne l’énergie nécessaire;
-quelques écuellées d’eau froide versées sur la tête le remettent
-complètement et le masseur en prend de nouveau possession, transformé
-cette fois en alipte. Cataracte d’eau brûlante et vif savonnage, puis
-rinçage de tout le corps: cette opération est répétée trois fois. Le
-masseur fouette son savon à l’aide de longues fibres de palmier dans un
-bassin de cuivre et ne l’applique que lorsqu’il est réduit à l’état de
-mousse nuageuse et impalpable.
-
-«C’est après une douche que le baigneur est aussitôt emmailloté de
-serviettes chaudes, ses cheveux sont essuyés, et il vient goûter le
-_kieff_ sur un lit de repos dans l’apodyterium.
-
-«Nous avons vu le baigneur passer par trois salles: l’apodyterium, le
-tepidarium et le caldarium; il n’y a en effet qu’un seul bain public
-à Constantinople qui possède un frigidarium. C’est le bain de Djerrah
-pacha, situé près d’Ak-Sérail.»
-
-
-V.--LE GRAND BAZAR
-
-Comme aux temps des Byzantins, la ville possède des bazars couverts. Le
-plus grand de ces bazars est celui de Stamboul, dont une partie date
-des Byzantins, véritable ville avec des rues couvertes d’arcades et
-de coupoles. Des magasins étroits et souvent voûtés bordent ces rues.
-Ses ruelles étroites, ses carrefours, ses bancs et dépendances, ses
-passages sombres, font de ce bazar une sorte de labyrinthe compliqué à
-tel point que les habitants de la ville eux-mêmes s’y perdent souvent
-et sont obligés de demander leur chemin aux marchands.
-
-Une lumière faible et blafarde, arrivant par de petites fenêtres
-cintrées ouvertes au plafond des magasins, éclaire l’intérieur et les
-marchandises sous un jour favorable aux boutiquiers. Le bazar est
-divisé en quartiers dont chacun, réservé à un commerce spécial, porte
-le nom du commerce qui y est pratiqué. C’est ainsi que _Kouyoumdji
-Tcharchissi_ signifie bazar des bijoutiers. Il en est de même pour
-les orfèvres, les fourreurs, les marchands d’étoffe, etc. La plupart
-des magasins ne sont que de petites échoppes étroites. Devant chaque
-magasin, un banc peu élevé sert de comptoir; le vendeur y est assis,
-les jambes croisées. C’est là qu’il étale ses articles devant
-l’acheteur qui prend souvent place à côté de lui.
-
-Malheureusement, le bazar commence à perdre son caractère
-d’originalité, les articles orientaux cédant peu à peu la place à ceux
-provenant des manufactures européennes.
-
-Le quartier du grand bazar qui a conservé son ancienne originalité
-est le _Bedestén_ (le marché de ventes aux enchères). C’est une
-grande bâtisse carrée, couverte de plusieurs coupoles, soutenues
-par d’immenses piliers d’une très grande hauteur. Le _Bedestén_ est
-situé au centre du bazar. Quatre portes de fer, ouvrant sur les côtés
-communiquent avec l’intérieur du bazar. Quelques petites fenêtres à
-volets de fer, percées à la hauteur des coupoles, éclairent faiblement
-l’intérieur. Une lumière pâle tombe sur les objets anciens, suspendus
-aux murs et noircis par la poussière des siècles.
-
-Une balustrade en bois irrégulièrement construite et située à la
-hauteur des fenêtres permet au gardien de nuit de circuler autour du
-bâtiment et de fermer les volets de fer.
-
-Le _Bedestén_ n’est pas ouvert à toute heure du jour. On l’ouvre plus
-tard et on le ferme plus tôt que le reste du bazar. Il ne reste ainsi
-accessible au public que pendant quelques heures. Les magasins ne
-sont formés que d’estrades et de bancs en bois. Chaque marchand a son
-_dolab_ (armoire) et une ou plusieurs vitrines plates où il expose ses
-marchandises et devant lesquelles il est assis à la turque, les jambes
-croisées, en attendant les clients.
-
-Des _dellals_ ou courtiers privilégiés du _Bedestén_ font voir aux
-marchands et aux amateurs les objets rares, et font la mise à prix.
-C’est de ce célèbre bazar que sont sortis des objets antiques de la
-plus haute valeur pour passer en Europe. Le Bazar égyptien, qui est
-aussi un des plus grands de la ville, est formé d’une grande ruelle
-voûtée en forme de berceau ayant au bas des voûtes des fenêtres
-latérales qui éclairent faiblement l’intérieur. Les marchandises sont
-exposées dans des sacs ouverts. Chaque magasin porte une arme ou un
-objet particulier qui lui sert d’enseigne. On y vend des épices et
-toutes sortes de drogues.
-
-
-[Illustration: Pl. 46.
-
- FONTAINE D’AHMED III OU D’AYA SOPHIA.]
-
-
-VI.--LES PALAIS IMPÉRIAUX OTTOMANS
-
-
-PALAIS DE TOP KAPOU
-
-Le premier palais ottoman a été bâti par Mahomet II le Conquérant sur
-la place de l’ancien forum Tauri (place de Bayazid). Ce palais, habité
-d’abord par le Sultan, reçut plus tard, après la construction du
-palais de Top Kapou serail, le nom d’_Eski-serail_ (vieux palais). Il
-était gardé par 500 _baltadji_. Sur cet emplacement s’élève aujourd’hui
-le ministère de la Guerre appelé aussi _Eski-serail_.
-
-Le sultan Mahomet II fit construire plus tard un autre palais sur
-l’acropole de l’ancienne Byzance, où s’élevait autrefois le palais de
-l’impératrice Placidie. Ce palais, dit de _Top Kapou_, fut habité par
-les successeurs du Conquérant jusqu’au sultan Mahmoud II, le grand
-réformateur, qui l’abandonna. Depuis, et jusqu’à nos jours, il a été
-affecté à la résidence des _Sérailis_ (femmes du palais et de la cour
-impériale).
-
-Le palais se compose de plusieurs bâtiments et de _kiosques_ qui
-communiquent entre eux par des _mabeïns_, sortes de couloirs.
-
-L’enceinte du palais est entourée d’une muraille flanquée de deux
-tours; c’est à peu près la même enceinte qui entourait l’ancienne
-acropole[85] de Byzance. La partie principale du palais est
-magnifiquement située sur la pointe la plus élevée de la colline, d’où
-l’on jouit d’une vue admirable sur le Bosphore, les Iles des Princes,
-la Corne d’Or, la Propontide et sur les montagnes de la Bithynie et
-de l’Olympe. On ne rencontre nulle part ailleurs un panorama aussi
-grandiose et aussi majestueux. L’ensemble de ces monuments offre un
-aspect très pittoresque. Une multitude de bâtiments, de coupoles
-surgissent par endroits du milieu d’immenses cyprès.
-
- [85] Il ne faut pas confondre l’emplacement du Top
- Kapou serail avec celui du grand palais byzantin qui se
- trouvait à l’est de l’hippodrome.
-
-Outre l’enceinte principale, le palais en possède plusieurs autres à
-l’extérieur. L’une des portes de l’enceinte principale se trouve près
-de la mosquée Sainte-Sophie; elle s’appelle _Bab-i-Humayoun_ ou porte
-impériale; on trouve ensuite la porte de _Soouk-Tchechmé_, une autre
-près de l’École de médecine et une autre près de _Yali-Kiosque_.
-
-La porte située près de Sainte-Sophie, en face de la fameuse fontaine
-construite par le sultan Ahmed III, conduit à une grande esplanade
-plantée de cyprès et de platanes. Cette cour rappelle la Chalké antique
-des palais byzantins. En laissant à gauche l’église de Sainte-Irène
-(actuellement le musée d’armes) et en suivant la grande allée, on
-arrive devant la porte de l’enceinte intérieure du palais. La porte
-est flanquée de deux tours aux toits coniques. Elle conduit à une cour
-plantée de cyprès. A droite, sont les cuisines impériales, à gauche
-le mur du harem et l’ancienne salle du _Divan_ où se tenait autrefois
-le Conseil des ministres. Une tour carrée surmonte la salle. Mais
-cette tour ne présente plus l’ancienne forme que nous lui voyons dans
-l’ouvrage de Melling. De grandes fenêtres grillées éclairaient la salle
-du _Divan_. En face, une galerie soutenue par une colonnade donne accès
-et aboutit à une autre porte monumentale qui conduit à une troisième
-cour réservée au Sultan et aux gens du palais.
-
-Après avoir franchi cette porte, on se trouve en présence d’un pavillon
-qui contient le _Divan_ ou salle du Trône, dans laquelle les Sultans
-recevaient les ambassadeurs et les vizirs. Ce pavillon, d’un style
-très original, est orné intérieurement de magnifiques faïences et de
-vitraux. La cheminée est tout à fait remarquable.
-
-Dans la même cour, tout près de la salle du Trône, se trouve la
-bibliothèque du Sultan, qui contient de très beaux et très rares
-manuscrits turcs et byzantins jusqu’ici inédits. Cette cour est
-entourée d’une galerie à colonnades; à droite, une porte protégée par
-un grillage donne accès au trésor impérial.
-
-C’est un bâtiment formé de plusieurs pièces surmontées d’un grand toit
-couvert de plaques en plomb. De petites fenêtres pratiquées aux murs
-à une très grande hauteur du sol éclairent faiblement l’intérieur. Ce
-trésor contient des objets extrêmement précieux ayant appartenu aux
-Sultans; il forme le musée privé du palais. On y voit de nos jours tous
-les costumes portés par les Sultans, leurs sabres, leurs coiffures,
-etc. Dans des vitrines sont exposés des vases remplis de pierres
-précieuses et de vieilles monnaies en or et en argent. Parmi les objets
-de grande valeur, on peut citer le trône du chah Ismaël de Perse,
-enlevé par Sélim en 1514. C’est un trône en or massif sculpté, garni
-d’émeraudes et de brillants. Puis, le trône de Selim III, en ébène
-sculpté et incrusté de nacre, d’argent et d’or, garni de rubis et de
-pierres précieuses. Au centre du dais qui surmonte le trône et qui est
-supporté par quatre colonnes est suspendue par une chaîne en or une des
-plus grosses émeraudes du monde: elle a la grosseur du poignet.
-
-[Illustration: Bibliothèque du Sultan au vieux Sérail.]
-
-A gauche de la cour s’élève le pavillon sacré où toutes les reliques du
-Prophète sont soigneusement conservées. L’intérieur de l’édifice est
-des plus imposants. C’est un véritable chef-d’œuvre de l’art national.
-Quelques fenêtres percées aux bases des coupoles laissent l’intérieur
-dans un clair-obscur mystique. Les murs sont complètement recouverts
-des plus belles faïences. Des versets du Coran écrits sur des tuiles
-émaillées forment frise autour des salles. Les plus rares inscriptions,
-en grandes lettres écrites de la main même des Sultans, sont suspendues
-aux murs.
-
-On rencontre au milieu de la première salle une petite fontaine en
-marbre sculpté garnie de gobelets en or.
-
-L’entrée de cette partie est absolument interdite au public, même
-aux gens du palais. Une fois par an seulement, les hauts personnages
-de l’Empire y sont reçus par le Sultan pour baiser, à travers une
-couverture, la cassette qui renferme le manteau sacré du Prophète. Des
-gardiens y veillent constamment en lisant des versets du Coran.
-
-Par une porte ouvrant au nord-ouest de cette cour on descend à un
-jardin en terrasses où sont construits des kiosques et des pavillons.
-On y jouit d’une vue splendide.
-
-Un ancien kiosque en bois, bâti par Mahomet II s’élevait sur une
-terrasse à droite; sur cet emplacement, le sultan Medjid avait fait
-construire Mermer kiosque.
-
-A gauche, sur la colline, c’est le fameux Bagdad kiosque, si célèbre
-par la magnificence de son architecture, par la beauté de ses faïences,
-de ses cheminées, le dessin original de ses meubles, de ses divans et
-de ses armoires incrustées de nacre.
-
-Tout près de ce kiosque, on voit une autre terrasse dallée de
-marbre avec, au milieu, un joli bassin. C’est un des coins les plus
-pittoresques du palais. Dans l’enceinte du palais se trouvaient encore
-d’autres kiosques actuellement disparus, tels que Indjili kiosque, Yali
-kiosque, Harem kiosque, etc... Voici ce que nous lisons dans l’ouvrage
-de Melling sur le kiosque appelé Indjili (aux perles); on voit encore
-de nos jours les arcades de ses fondations. «Le Sultan s’y rendait
-chaque année pour jouir du spectacle de l’ayasma (fontaine sacrée),
-dont la source est dans l’enceinte du Seraï et qui jaillit, ce jour-là
-seulement, sous l’arcade du pavillon où des tuyaux la conduisent.
-Les Grecs attribuent à ses eaux une vertu miraculeuse... Le grand
-seigneur prend plaisir à contempler leur empressement, leur extase, et
-leurs ablutions; il leur jette quelques pièces de monnaie pour payer
-l’amusement qu’ils lui donnent et jouit des combats qu’ils se livrent
-dans leur activité à s’en saisir.»
-
-Sur une des terrasses de l’enceinte moyenne du palais de _Top-Kapou_,
-du côté de la ville se trouve _Tchinili kiosque_ (kiosque aux
-faïences), ainsi nommé à cause des faïences qui décoraient jadis ses
-murs anciens et dont une grande partie n’existe plus aujourd’hui.
-
-Il fut d’abord bâti par l’architecte Kémaluddin sur l’ordre du sultan
-Mehmed II le Conquérant (870 H.). Il fut reconstruit plus tard en 999
-H., par Murad III, mais il a perdu sa forme primitive. Actuellement, il
-fait partie du musée d’antiquités. Deux escaliers en marbre conduisent
-sur une galerie à longues colonnades ornée de magnifiques mosaïques
-en faïence. Un petit vestibule mène dans une grande salle cruciforme
-voûtée à laquelle sont attenantes d’autres pièces plus petites; le plan
-de la construction est conçu dans un carré avec des ailes latérales.
-
-
-PALAIS DE TCHÉRAGAN
-
-Le palais de Tchéragan, situé sur les bords du Bosphore, entre
-_Bechiktache_ et _Ortakeuy_, fut construit par le sultan Abd ul Aziz
-dans le style renaissance ottoman. Il a servi, pendant vingt-sept
-années, de prison au sultan Mourad V. Son emplacement était jadis
-occupé par un palais en bois nommé Tchéragan et habité autrefois par le
-sultan Mahmoud, après qu’il eut enlevé sa cour du palais de Top-Kapou.
-
-On peut considérer l’architecture de ce palais comme un essai de
-renaissance de l’art ottoman. La façade a été bâtie sans respect des
-proportions de l’art, et les ornementations surchargées n’offrent pas
-l’originalité intéressante de l’ancien art ottoman. A l’intérieur, la
-décoration est plus artistiquement comprise. Ce palais communique avec
-le parc de Yildiz par un pont sous lequel passe le tramway.
-
-Il possède comme dépendances d’autres bâtiments, telles que des
-cuisines, des écuries, des casernes, des corps de garde, etc...
-
-
-PALAIS DE DOLMA BAGTCHÉ
-
-Le palais de Dolma Bagtché, construit par le sultan Abdul Medjid vers
-1854, est composé de quatre grands bâtiments unis l’un à l’autre
-par des galeries couvertes, sortes de passerelles. Au point de vue
-architectural, ce palais n’a aucune valeur, car ses constructeurs ont
-surchargé les façades de colonnes et d’ornementations sans style et
-sans goût.
-
-L’ensemble du portail ne représente qu’une agglomération de fragments
-de fleurs ornementales. L’intérieur, malgré la grande richesse des
-matériaux employés, n’offre rien d’artistique. On y rencontre des
-balustrades en cristal, des colonnes en porphyre et de grands lustres
-suspendus aux plafonds. Une salle de bains, construite en albâtre,
-attire particulièrement l’attention.
-
-Ce palais possède une immense salle du Trône. Du côté de la terre, le
-palais est entouré de murs d’une grande hauteur; on y pénètre par le
-portail. Son emplacement était occupé autrefois par un autre palais,
-appelé _Bechiktache Saraï_, séjour favori du sultan Selim III. Nous
-voyons, dans l’ouvrage de Melling, l’ensemble de ce palais ainsi que
-le kiosque persan qui était bâti en pierre et revêtu extérieurement
-de faïences dans toutes les parties se trouvant au-dessus du
-rez-de-chaussée. Au milieu de ce pavillon existait un bassin avec
-jets d’eau. Les plafonds et les panneaux étaient ornés d’arabesques
-admirables. Une partie de l’ancien palais de Bechiktache fut construit
-par Melling pour le sultan Selim III. L’architecture de ce kiosque
-différait énormément de celle des autres par ses galeries et ses
-colonnes d’ordre corinthien.
-
-
-PALAIS DE YILDIZ
-
-Il se compose de nombreux pavillons et de kiosques disséminés dans un
-immense parc renfermant des forêts, des jardins et un grand lac. Ce
-site ravissant ne le cède en rien pour la beauté à celui de l’acropole
-de Byzance.
-
-
-LES ANCIENS PALAIS
-
-Parmi les palais les plus anciens, le seul qui soit encore debout
-est celui de _Top Kapou_. La plupart des anciens palais ayant été
-construits en bois tombèrent vite en ruines. Il ne reste plus rien des
-magnifiques édifices construits par le sultan Ahmed III sur les rives
-de la Corne d’Or et du Bosphore, du palais de Sultanié, construit par
-Suleïman à Beïkos, du Kavak seraï appelé aussi Cheref Abad[86].
-
- [86] Les dessins de M. Laurens, qui représentent
- plusieurs vues du palais de Tirebolou, peuvent nous
- donner une idée de l’architecture de ces palais en bois.
-
-Ce dernier se trouvait à côté de la grande caserne de cavalerie située
-entre Haïdar pacha et Scutari, et qui s’appelle Selimié. L’emplacement
-de ce palais disparu fut occupé, dit Melling, par un kiosque où le
-sultan Selim III assistait aux manœuvres de cavalerie exécutées sur le
-terrain qui le séparait de la caserne. _Aïnali kavak Seraï_ (palais des
-Miroirs de Kavak) ainsi appelé parce qu’il était intérieurement orné
-de glaces, envoyées comme cadeau par les Vénitiens au sultan Ahmet III
-lors de la conclusion de la paix de 1718, était situé près de Hasskeui,
-sur les bords de la Corne d’Or. Le sultan Selim III, après l’avoir
-habité seulement un printemps, l’avait abandonné, peut-être à cause des
-quartiers voisins de Hasskeui qui, pendant les épidémies, offraient un
-véritable danger. Le Sultan, depuis lors, préféra habiter pendant l’été
-le palais de Béchiktache.
-
-On peut encore citer: le palais de _Nichad Abad_, situé entre Ortakeuy
-et Kouroutchechmé, reconstruit sous Selim III. Le palais de _Fener
-Bagtché_ (qui subsista jusqu’à Mahmoud I). Le palais de _Tersané_,
-habité par Selim III. Le palais de _Cara agatch_ (sur la rive de la
-Corne d’Or). Le palais de _Kiathané_. Le palais de Humayou Abad (à
-Bebek). Le palais de _Beyler beï_, construit sous Abdul Hamid Ier,
-appelé aussi palais d’Istavros.
-
-Le palais de _Cheref Abad_, construit par Murad IV à Scutari près de
-la caserne Selimié a été démoli en 1794. Le palais de _Nichad Abad_
-subsistait encore jusqu’à une époque très rapprochée; à sa place deux
-nouveaux palais ont été construits.
-
-
-[Illustration: Pl. 47.
-
- INTÉRIEUR DU GRAND BAZAR.]
-
-
-Le palais de _Cara agatch_ fut habité jusqu’à Selim III par les Sultans
-qui y transféraient leur cour pendant l’été. Le sultan Mahmoud II l’a
-fait démolir. Sur une des portes de ce palais on lisait le vers
-suivant inscrit par Ahmed III.
-
- قد دلبر كبى دل اكلنجه سى. غمكسارم قره آغاچ باغچه سى
-
-«Ce jardin, où je me console, offre autant d’attraits que la taille
-élancée d’une belle.» Les débris de ce palais ont servi à la
-reconstruction des palais de Kiathané.
-
-Mehmed effendi, à son retour de Paris où il était ambassadeur à
-l’époque d’Ahmed III, apporta en Turquie, en même temps que plusieurs
-inventions, comme l’imprimerie, le dessin des palais de Versailles et
-de Fontainebleau. Sur les encouragements de Damad Ibrahim pacha, gendre
-du souverain, le Sultan, mettant à profit les nouveautés introduites
-par Mehmed effendi, fit construire à Kiathané des kiosques et des
-fontaines qu’il entoura de lacs et de cascades, tâchant d’imiter les
-magnificences entrevues dans les dessins français. Ce palais portait
-alors le nom de Saad-Abad. Il y avait, aux alentours, de nombreux
-kiosques destinés aux fonctionnaires. La révolte de 1143 ayant détruit
-ces kiosques, Selim les fit reconstruire en 1206 et plus tard en
-1224. Sultan Mahmoud reconstruisit de nouveau le palais en y ajoutant
-une mosquée et plusieurs chalets. Le kiosque de Bebek (disparu) fut
-construit sous Abdul Hamid Ier par Hassan pacha, ministre de la Marine
-et offert par lui au Sultan. Ce joli kiosque, que nous pouvons admirer
-dans l’ouvrage de Melling, servait de lieu de rendez-vous au Reïss
-Efindi (ministre des Affaires étrangères) et aux ambassadeurs des cours
-étrangères. «Il est formé de trois pavillons contigus, dit Melling,
-celui du milieu s’avançait en saillie sur les deux autres: leur front
-était soutenu par des colonnes de marbre; on remarquait les contrevents
-des fenêtres composés de deux parties mobiles, l’une supérieure et
-l’autre inférieure; l’une de ces parties se levait tandis que l’autre
-tombait à peu près comme le sabord d’un navire. Quelques-unes de ces
-fenêtres se prolongeaient jusqu’à l’entablement, le dessus des croisées
-était décoré de guirlandes artistiquement peintes. Les toits couverts
-de tuiles sont d’une forme très aplatie. Une balustrade occupait le
-principal corps de logis et on y entrait par de petites barrières qui
-s’ouvraient sur le quai. Deux escaliers conduisaient extérieurement aux
-salons de conférence.»
-
-
-VII.--L’HABITATION
-
-Dans l’architecture ottomane, on distingue deux genres différents,
-le genre religieux et le genre civil. Si les édifices appartenant au
-premier nous permettent d’en suivre la chronologie et les étapes, il
-n’en est malheureusement pas ainsi des constructions civiles, qui ont
-subi les atteintes du temps. Cependant, quelques vieilles maisons
-de Brousse et des villes d’Asie Mineure, dans lesquelles subsistent
-encore les vestiges des antiques constructions, peuvent donner une
-idée, bien faible d’ailleurs, des premières habitations ottomanes. Sous
-l’influence de l’architecture locale, ces constructions différaient
-entre elles, suivant les pays où elles étaient élevées. Les premières
-habitations ottomanes à Constantinople furent certainement celles
-qu’avaient abandonnées les Byzantins. Mais, comme les coutumes et les
-mœurs musulmanes exigeaient un changement radical, des maisons neuves
-s’élevèrent bientôt partout, dans la nouvelle capitale de l’Empire
-ottoman.
-
-Après les légères modifications apportées dès le début aux anciens
-logis, les grands personnages construisirent des _konaks_ plus
-appropriés à leurs coutumes. Les gens du peuple bâtirent de petites
-maisonnettes appelées _éves_[87]. Les habitations musulmanes et les
-konaks sont composés de deux bâtiments séparés, appelés _selamlik_ et
-_harem_; quelquefois, ces deux parties, bien que toujours séparées,
-sont réunies sous le même toit.
-
- [87] Ce mot doit dériver de iv ou yiv, lequel a une
- analogie avec le mot youva qui signifie _nid_.
-
-Le _selamlik_ est réservé aux hommes, et le _harem_ aux femmes. Dans
-les konaks à deux bâtisses séparées, la communication du selamlik et
-du harem est établie par un corridor suspendu entre le premier et le
-deuxième étage de ces deux bâtiments. Les mœurs musulmanes défendent
-aux hommes de vivre avec d’autres femmes que leurs parentes et leurs
-épouses. Le maître de la maison reste souvent au selamlik où il reçoit
-les visites des hommes.
-
-Dans ces konaks, l’étage supérieur est le plus important, tandis que
-le rez-de-chaussée ne contient que les chambres des domestiques et des
-gens de service.
-
-Les femmes, et en général les Turcs, qui aiment à rester à la maison,
-préfèrent les maisons de bois percées de beaucoup de fenêtres. Ces
-maisons n’ont que très rarement trois étages.
-
-L’aspect extérieur est tout oriental. Au-dessus du rez-de-chaussée, des
-balcons à larges saillies sont supportés par de grandes consoles en
-bois et rappellent les balcons à encorbellement des Byzantins.
-
-Chaque étage fait saillie sur l’étage inférieur. Le toit, très
-saillant, donne un caractère tout spécial à ce genre de construction et
-paraît avoir son origine dans le toit chinois, recourbé aux extrémités.
-Ce dernier serait un souvenir de la tente nomade. La maison est souvent
-couleur de terre-cuite.
-
-Les cheminées, qui ont une forme particulière, portent des nids
-construits par les cigognes. On entre dans le konak par deux portes,
-dont l’une est réservée au harem et l’autre au selamlik.
-
-La porte du selamlik donne accès à une grande cour pavée de moellons.
-Les voitures peuvent aisément franchir cette porte et arriver jusqu’à
-la cour située sous la grande salle du premier étage. Les escaliers
-partent d’une sorte de petite estrade en marbre qui porte le nom de
-_Binek-Tachi_ et d’où le maître de la maison peut facilement sauter à
-cheval.
-
-Autour de cette cour, se trouvent les chambres destinées aux _Ouchaks_
-(domestiques), aux _Aïvazes_ (porteurs de mets), aux _Achtchi_
-(cuisiniers), etc. Une chambre est réservée à l’intendant et une autre
-aux eunuques. La cuisine est généralement dans le jardin; les écuries,
-le bain, le réservoir d’eau forment autant de dépendances autour du
-konak. Le bain est adossé aux murs du harem. De larges escaliers en
-bois conduisent au premier étage. Là est la chambre où se tient le
-maître de la maison.
-
-Toutes les chambres sont pareilles et meublées de la même façon. Il
-n’y a nulle différence entre les chambres à coucher et les salles à
-manger. Un long sofa est installé le long des fenêtres près du mur
-et quelquefois sur les deux côtés de la chambre. On y voit aussi une
-niche destinée au miroir et, à côté, d’autres petites niches qui
-sont réservées aux cruches d’eau et aux vases en porcelaine. Des
-porte-pipes, appliqués aux murs, sont garnis de longues pipes en
-bois de jasmin, en bois de rose et autres bois précieux; toutes sont
-munies de bouts d’ambre. Des calligraphies en lettres harmonieusement
-dessinées sont suspendues aux murs dans des cadres. Des étagères pour
-le _Kavouk_ (coiffure), une pendule, des tapis, un brasier, voilà
-ce qui constitue le mobilier d’une chambre. Chaque chambre possède
-plusieurs grandes armoires fixes où l’on serre pendant la journée
-les lits, les matelas et les couvertures.
-
-
-[Illustration: Pl. 48.
-
- MARCHANDS DE CHAUSSURES.]
-
-
-Quand on veut se coucher, on sort ces matelas et on les étale sur le
-plancher. De même, pour les repas, on apporte de petits tabourets sur
-lesquels on installe de grands plateaux ronds en cuivre étamé ou en
-bronze, et l’on dispose des coussins tout autour, formant ainsi une
-sorte de table improvisée.
-
-Les pièces sont chauffées pendant l’hiver à l’aide de cheminées où on
-brûle du bois, ou à l’aide de _mangals_ (brasiers en bronze). Dans les
-konaks, les chambres donnent accès à une très grande salle dont les
-dimensions dépassent l’étendue totale des chambres. Le harem diffère
-peu du selamlik. Il est souvent plus grand. Les fenêtres y sont
-soigneusement fermées par des _cafesses_ (jalousies) pour empêcher les
-regards indiscrets des passants d’y pénétrer.
-
-Ces _cafesses_ sont formées de petites baguettes en bois, clouées
-perpendiculairement ou quelquefois diagonalement dans les rainures d’un
-cadre ayant la moitié de la hauteur de la fenêtre. Les femmes, qui
-restent derrière ces _cafesses_, peuvent très bien voir les passants à
-travers les trous sans être aperçues du dehors.
-
-Une autre rangée de fenêtres est située au-dessus des fenêtres portant
-les _cafesses_ pour éclairer davantage l’intérieur des chambres. Ces
-fenêtres sont souvent garnies de vitraux qui ajoutent à la décoration
-de l’intérieur un luxe de couleurs et d’images du plus joli effet.
-
-L’abondance des fenêtres est une chose très recherchée dans les
-habitations. Les Turcs ont toujours reconnu l’action bienfaisante du
-soleil et de l’air sur la santé et ils ont doté leurs habitations
-d’autant de fenêtres que l’étendue de la façade le leur permettait. Le
-grand nombre des fenêtres vient aussi de la nécessité où se trouvaient
-les femmes d’occuper leurs loisirs pendant les longues heures où elles
-étaient retenues à la maison. Nous voyons que le côté hygiénique
-de cette disposition la fait appliquer aujourd’hui dans toutes
-les maisons modernes en Europe. Les façades des maisons anglaises
-modernes présentent, par l’abondance de leurs fenêtres, une certaine
-ressemblance avec les maisons turques. Si cette disposition paraît
-présenter l’inconvénient d’exposer l’intérieur aux changements brusques
-de l’atmosphère et aux ardents rayons du soleil, les doubles châssis et
-les volets viennent remédier au froid, de même que les toits avancés et
-les saillies des étages préservent de la chaleur.
-
-Les portes du harem restent toujours fermées et c’est le Harem
-Kiahyassi (intendant du harem) qui en garde les clefs. Une armoire
-ronde et pivotant sur son axe facilite le service, tout en empêchant
-que les serviteurs et les servantes puissent se voir. Les objets une
-fois placés du côté des servantes, on fait tourner l’armoire sur
-son axe pour les mettre à la disposition des serviteurs. Le service
-de _Dolap_ était permis seulement aux _aïvazes_: ceux-ci étant des
-Arméniens, le maître de la maison leur laissait ce service, à cause de
-la différence de religion peu favorable à l’éclosion de sentiments trop
-intimes.
-
-La plupart des konaks possèdent dans leurs jardins un grand _havouse_
-(bassin). Les bains particuliers ne diffèrent presque pas des bains
-publics; ils ont leur apodyterium, leur tepidarium et leur caldarium,
-mais sur une échelle plus réduite.
-
-Les cuisines ne ressemblent pas du tout aux cuisines occidentales. Une
-grande cheminée cintrée est divisée à l’intérieur en compartiments de
-différentes grandeurs, destinés aux marmites grandes et petites. On n’y
-brûle que du bois et du charbon de bois.
-
-Les petites maisons (éve) ont à peu près la même distribution
-intérieure que les konaks. Au lieu d’être séparées en deux parties
-différentes comme les konaks, ces maisons n’ont qu’une ou deux
-chambres, destinées l’une au selamlik et l’autre au harem. Deux
-escaliers séparés conduisent à chacune de ces parties.
-
-Les salles sont également vastes. Les cuisines sont en dehors et, au
-lieu de bains, il y a un _goussoulhané_ ou lieu d’ablutions. En guise
-de réservoir, de nombreuses jarres enfoncées dans la terre du vestibule
-conservent l’eau nécessaire au ménage. Le porteur d’eau, sans ouvrir
-la porte, verse le contenu de son _kirba_ (sac en cuir) dans le creux
-d’une pierre taillée en forme de cassette carrée, fermée par un cadenas
-dont le porteur d’eau possède la clef; l’eau s’écoule ensuite dans les
-jarres au moyen de tuyaux.
-
-Malheureusement, toutes ces anciennes maisons ont disparu aujourd’hui,
-cédant la place à des constructions laides et difformes, peintes de
-couleurs criardes et d’un goût banal. Dans tout Constantinople, on ne
-trouve plus qu’une vingtaine de ces vieilles maisons, dont la plus
-ancienne ne remonte qu’à l’époque du sultan Mahmoud II; des réparations
-successives lui ont d’ailleurs fait perdre beaucoup de son aspect
-primitif.
-
-
-[Illustration: Pl. 49.
-
- VIEUX SÉRAIL (Palais de Top Kapou).--Salle du Trône.]
-
-
-C’est dans les quartiers de _Yuksek Kaldirim_, _Ak-Seraï_ et _d’Eyoub_
-qu’on a le plus de chance de découvrir quelques-unes de ces anciennes
-maisons. Parmi les faubourgs qui semblent conserver davantage de leurs
-anciennes habitations, on peut citer les villages d’_Anatoli-Hissar_,
-_Arnaout-Keuy_, _Yeni-Keuy_, _Tchenguelkeuy_, _Kousgoundjouk_ et
-surtout _Scutari_, qui possèdent encore quelques types d’anciennes
-maisons condamnées malheureusement à disparaître d’ici une dizaine
-d’années. Comme habitations anciennes, nous pouvons citer l’Ambassade
-de France à Therapia qui appartenait autrefois au prince Ypsilanty,
-et qui fut confisquée par le Sultan pour être donnée au général
-Sébastiani, alors ambassadeur de France à Constantinople. Les Français,
-qui savent si bien apprécier les choses d’art et les restes de
-l’antiquité, conservent son caractère à cet intéressant édifice.
-
-[Illustration: Maison turque; XVIIIe siècle.]
-
-Pour se familiariser avec le type de l’ancienne maison turque, il faut
-prendre en considération les traits caractéristiques suivants de cette
-architecture.
-
-1º La bâtisse, souvent en bois, ne dépasse pas trois étages;
-
-2º Chaque étage fait saillie sur l’étage immédiatement inférieur; la
-partie surplombante est supportée par de grosses consoles en bois
-recourbé;
-
-3º Les toits sont avancés et couverts d’un genre de tuiles recourbées
-dites Kerémid, pareil à celui en usage chez les Byzantins;
-
-4º La partie avancée du toit (auvent) qui s’appelle _Satchak_ est ornée
-en dessous d’ornements géométriques formés par de minces baguettes en
-bois;
-
-[Illustration: Maison turque; XVIIIe siècle.]
-
-5º Sous ces auvents sont suspendus des cadres portant des inscriptions
-sacrées qui préservent la maison du mauvais œil; sur ces inscriptions
-on lit:
-
- Ce que Dieu veut, est, fut. ماشا اللّه كان
- O propriétaire de la propriété. يا مالك الملك
- O protecteur, etc. يا خافظ
-
-derrière ces cadres inclinés, les hirondelles font souvent leurs
-nids;
-
-6º Les tuyaux des cheminées, assez hauts, ont une forme prismatique
-quadrangulaire et sont munis à leur sommet de fentes verticales; ils
-sont couverts de tuiles et les cigognes (surtout dans les quartiers
-reculés de la Corne d’Or) ne manquent pas d’y venir faire leur nid.
-
-Les cheminées elles-mêmes font souvent saillie sur les murs de la
-bâtisse et forment alors des encorbellements d’un aspect original;
-
-7º Les portes en bois sont ornées de moulures et de cordons formant des
-décorations géométriques. Chacun des deux battants est muni d’un gros
-anneau en métal appliqué sur des plaques en bronze ciselé et servant de
-marteau ou heurtoir;
-
-8º Au-dessus de chaque porte s’ouvre une fenêtre garnie de barres de
-fer en carreau et souvent ornée extérieurement d’un grillage en bois
-reproduisant la forme décorative d’un soleil;
-
-9º Les fenêtres sont munies de _cafesses_ (espèces de grillages en
-petits carreaux formés par de minces baguettes de bois qui empêchent
-d’être vu de l’extérieur); plusieurs de ces fenêtres possèdent des
-cafesses en forme de corbeilles proéminentes dans lesquelles les femmes
-peuvent se pencher pour apercevoir les deux extrémités de la rue sans
-être aperçues de dehors;
-
-10º Des plantes grimpent parfois sur les balcons et les terrasses
-munies de _cafesses_;
-
-11º Souvent, sous les toits saillants des maisons ainsi que sur les
-façades des édifices publics en pierre, sont disposées de minuscules
-maisonnettes avec des colonnes, des portes et des fenêtres. Ces
-habitations qui servent de nids en miniature sont, par un joli
-sentiment, destinées aux petits oiseaux qui y viennent faire leurs nids
-avec le plus grand plaisir.
-
-[Illustration: Magasin du XVIIIe siècle.]
-
-
-
-
-BIOGRAPHIE DE KODJA SINAN
-
-
-Sinan n’était pas Autrichien, comme le prétendent plusieurs auteurs
-européens. Dans un manuscrit écrit par Sa-ï, un poète du temps, qui
-porte le nom de «Tezqueret-ul-bunyani-Mimar-Sinan» et qui renferme la
-liste des édifices construits par l’architecte Sinan, on apprend qu’il
-est né à Césarée, ancienne ville de la Cappadoce, fils d’un Grec nommé
-Christo, en l’année 895 de l’Hégire.
-
-Sous le règne de Sélim, on prenait des enfants grecs pour le service
-de l’armée, sous le nom de _devchirmé_. Ceux-ci, après avoir reçu une
-éducation primaire, entraient dans le fameux corps des janissaires.
-Sinan était entré dans ce corps à vingt-trois ans comme _adjemi-oglani_
-(apprenti).
-
-Comme les adjemis devaient étudier un métier, Sinan avait choisi
-l’architecture. Après quelques années, il devint janissaire. Excellent
-soldat, il montra beaucoup de bravoure pendant les guerres de Rhodes et
-de Belgrade. Pour récompenser ses services, le Sultan le promut au rang
-de _Zenberekdji Bachi_. Sinan, sans qu’il devinât que l’architecture
-lui devait assurer un avenir si brillant, attendait sa gloire du
-militarisme. Mais pendant la campagne de Van, les troupes ayant besoin
-de bateaux pour traverser le lac, Sinan construisit plusieurs galères
-qui furent d’une grande utilité.
-
-Le grand vizir, enchanté des services de Sinan, le nomma chef des
-troupes qui étaient à bord de ses bateaux. Sinan, après avoir armé son
-équipage, passa pendant la nuit à la rive de l’ennemi et fit plusieurs
-prisonniers. Ce service fut la cause de sa promotion au grade de _Sou
-bachi_.
-
-Pendant la campagne de Bogdan, le sultan Sélim lui avait confié la
-construction d’un pont que les ingénieurs ne pouvaient pas faire
-à cause du terrain marécageux. Sinan parvint à faire ce pont que
-franchirent les armées. Depuis lors, Sinan fut nommé le premier
-architecte. Il débuta par la grande mosquée de Sélim. Sous les règnes
-des quatre autres Sultans, il construisit 81 mosquées, 51 mesdjid
-(chapelles), 26 darulkoura (bibliothèques), 17 imarets, 2 salpêtrières,
-7 aqueducs, 8 grands ponts, 18 karavansérails, 6 citernes, 33 palais,
-35 bains, 17 sépultures, des fontaines et d’autres constructions
-civiles et religieuses.
-
-Il a vécu plus de cent dix ans. Sous les règnes de Sélim Ier, de
-Suléiman le Législateur, de Sélim II et de Mourad III, il fut appelé
-Kodja Sinan pour être distingué d’un autre Sinan, un de ses élèves.
-Pendant toute sa vie, il a reçu à titre de pension la solde de
-_Hasseki_ du corps des janissaires. On peut voir aujourd’hui le turban
-de _Hasseki_ sur le cippe en marbre blanc de son tombeau, lequel est
-surmonté d’une coupole composée de quatre grands blocs de pierre
-reposant sur quatre colonnes. Il repose près de son chef-d’œuvre, la
-mosquée Suléïmanié, en face du _Cheihuslamat_, au coin de deux rues.
-Sur sa pierre tombale on lit ces lignes:
-
-«O celui qui séjourne quelques jours dans ce palais d’ici-bas. Pour
-l’homme, ce domaine terrestre n’est pas un lieu de paix. Cet homme
-d’élite que fut l’architecte de Suléiman Khan et qui a construit une
-mosquée à l’image du paradis, par ordre du Sultan travailla pour
-les conduits d’eau. Il fut Hizir[88] et fit couler sur le monde
-l’_Abi-Hayat_. L’arc qu’il a construit au pont de _Tchek-médjé_ fut
-l’image de la voie lactée.
-
- [88] Nom donné au prophète Ilias, qui ayant bu de la
- source _Abi-Hayat_ (Nectar de l’immortalité) est devenu
- immortel.
-
-«Il bâtit plus de quatre cents _mesdjid_ toutes de splendides
-constructions. Cet habile architecte érigea sur quatre-vingts places
-des mosquées et mourut après avoir vécu plus de cent ans.
-
-«Que Dieu Tout-Puissant transforme sa demeure éternelle en un jardin
-élyséen. Son prieur (Sa-ï) a dit la date de sa mort. Il partit du
-monde, le vieil architecte Sinan. Que jeunes et vieux prient pour son
-âme.
-
- «La Fatiha (premier chapitre du Coran).»
-
-
-
-
-TABLE DES MONUMENTS CONSTRUITS PAR KODJA SINAN[89]
-
- [89] Extrait de l’ouvrage de Sa-ï _sur l’œuvre de
- Sinan_.
-
-
- 1. Mosquée du Sultan Suléïman.
- 2. Mosquée du Chahzadé (prince) Mehmed.
- 3. Mosquée de la sultane Haseki, à Avrat Bazar.
- 4. Mosquée de la sultane Mihrumah, à la porte d’Andrinople.
- 5. Mosquée de la mère d’Osman Chah, près d’Ak-Séraï.
- 6. Mosquée de la princesse, fille du sultan Bayazid, près de
- Yéni-Baghtché.
- 7. Mosquée d’Ahmed Pacha, à Top-Kapou.
- 8. Mosquée de Rustem Pacha, à Taht-Ulkala.
- 9. Mosquée de Mehmed Pacha, à Cadirga Liman.
- 10. Mosquée d’Ibrahim Pacha, à Silivri Capoussou.
- 11. Mosquée de Bali Pacha, à Houssrev Pacha.
- 12. Mosquée d’Abdurahman Tchélébi, à Molla Gurani.
- 13. Mosquée de Mahmoud Agha, à Akhour Capou.
- 14. Mosquée d’Oda Bachi, à Yéni Capou.
- 15. Mosquée de Hodja Khosrev, à Kodja Moustafa Pacha.
- 16. Mosquée de Hamami Hatoun, à Soulou Monastir.
- 17. Mosquée de Suleiman Tchélébi, à Uskublu Tchechmé.
- 18. Mosquée de Férah Kahia, à Balata.
- 19. Mosquée de Diragman Younous bey, à Balata.
- 20. Mosquée de Hourem Tchaouche, à Yéni Baghtché.
- 21. Mosquée de Sinan Agha, à Kadi Tchechméssi.
- 22. Mosquée d’Akhi Tchélébi, à Ismir Iskelessi.
- 23. Mosquée de Suléiman sou bachi, à Oun Kapan.
- 24. Mosquée de Zal Pacha, à Eyoub.
- 25. Mosquée de Chah Sultan, à Eyoub.
- 26. Mosquée de Nichandji Pacha, à Eyoub.
- 27. Mosquée d’Emir Bouhari, à Edirné Capou.
- 28. Mosquée de Merkez Effendi, à Yéni Capou.
- 29. Mosquée de Tchaouch Bachi, à Sutludjé.
- 30. Mosquée de Husséin Tchélébi, à Kirémidlik.
- 31. Mosquée de Kassim Pacha, à Tersané.
- 32. Mosquée de Mehmed Pacha, à Azablar.
- 33. Mosquée de Kilidj Ali Pacha, à Tophané.
- 34. Mosquée de Mouhiddine Tchélébi, à Tophané.
- 35. Mosquée de Mollah Tchélébi, à Tophané.
- 36. Mosquée d’Ebulfadl, à Tophané.
- 37. Mosquée de Chahzadé Djihanghir, à Tophané.
- 38. Mosquée de Sinan Pacha, à Bechiktache.
- 39. Mosquée de Sultan Djamissi, à Scutari.
- 40. Mosquée de Chemsi Pacha, à Scutari.
- 41. Mosquée de Skender Pacha, à Kanlidja.
- 42. Mosquée de Moustapha Pacha, à Guebzé.
- 43. Mosquée de Pertev Pacha, à Ismidt.
- 44. Mosquée de Rustem Pacha, à Sapandja.
- 45. Mosquée de Rustem Pacha, à Samanli.
- 46. Mosquée de Moustapha Pacha, à Bolou.
- 47. Mosquée de Ferhad Pacha, à Bolou.
- 48. Mosquée de Mehmed bey, à Ismidt.
- 49. Mosquée d’Osman Pacha, à Caïsseri.
- 50. Mosquée de Hadji Pacha, à Caïsseri.
- 51. Mosquée de Djenabi Ahmed Pacha, à Angora.
- 52. Mosquée de Moustapha Pacha, à Erzéroum.
- 53. Mosquée du Sultan Alla-ud-dine, à Tchoroum.
- 54. Mosquée d’Abdusselam, à Ismidt.
- 55. Mosquée du Sultan Suleiman, à Isnik (ancienne église
- byzantine brûlée).
- 56. Mosquée de Khosrev Pacha, à Alep.
- 57. Les coupoles de Harem chérif, à La Mecque.
- 58. Mosquée du Sultan Murad, à Magnésie.
- 59. Mosquée d’Orkhan Gazi, à Kutahia.
- 60. Mosquée Rustem Pacha, à Bolvadine.
- 61. Mosquée Husséin Pacha, à Kutahia.
- 62. Mosquée Sélim, à Karapinar.
- 63. Mosquée Sultan Suléiman, à Damas.
- 64. Mosquée Sultan Selim, à Andrinople.
- 65. Mosquée Mahmoud Pacha, à Tachlik (Andrinople).
- 66. Mosquée Defterdar Moustapha Pacha, à Andrinople.
- 67. Mosquée Ali Pacha, à Baba Eski.
- 68. Mosquée Mehmed Pacha, à Hofasa.
- 69. Mosquée Mehmed Pacha, à Bourgas.
- 70. Mosquée d’Ali Pacha, à Erégli (Héraclé).
- 71. Mosquée Bosnali Mehmed Pacha, à Sophia.
- 72. Mosquée Sofi Mehmed Pacha, à Hersek.
- 73. Mosquée Ferhad Pacha, à Tchataldja.
- 74. Mosquée Maktoul (tué) Moustapha Pacha Djamii, à Boudine.
- 75. Mosquée Firdevs Bey, à Astaria.
- 76. Mosquée Mémi Kiahya Oulachlou.
- 77. Mosquée Tatar Han, à Geuzleuvé.
- 78. Mosquée Rustem Pacha, à Roustchouk.
- 79. Mosquée Vézir Osman Pacha, à Trikala.
- 80. Mosquée Haseki Sultane, à Andrinople.
- 81. Mosquée Sultane Validé, à Scutari.
-
-
-[Illustration: Pl. 50.
-
- VIEUX SÉRAIL.--Cheminée, porte, fontaine d’ablutions et faïences.]
-
-
-MESDJIDS (Chapelles).
-
- 1. Mesdjid de Rustem Pacha, à Yéni Baghtché.
- 2. Mesdjid d’Ibrahim Pacha, à la porte d’Isa.
- 3. Mesdjid du Tchivizadé, à Top Capou.
- 4. Mesdjid d’Emir Ali, à Gumrukhané.
- 5. Mesdjid construit à son nom, à Yéni Baghtché.
- 6. Mesdjid d’Avdji Bachi, à Gumrukhané.
- 7. Mesdjid de Chérif Zadé Effendi.
- 8. Mesdjid de Defterdar Mehmed Tchélébi.
- 9. Mesdjid de Hafiz Moustapha, à Yéni Baghtché.
- 10. Mesdjid de Simkech Bachi, à Bazar de Lutfi Pacha.
- 11. Mesdjid de Hodjegui Zadé.
- 12. Mesdjid de Tchaouch, à la porte de Silivri.
- 13. Mesdjid de la fille du Tchivi Zadé, à Davoud Pacha.
- 14. Mesdjid de Takiédji Ahmed, à Silivri Capou.
- 15. Mesdjid de Sari Hadji Nassouh.
- 16. Mesdjid d’Elhadj Awz.
- 17. Mesdjid d’Elhadj Hamza.
- 18. Mesdjid de Tok Hadji Hassan.
- 19. Mesdjid d’Ibrahim Pacha, à Koum Capou.
- 20. Mesdjid de Baïram Tchélébi, à Vlanga.
- 21. Mesdjid de Cheïk Ferhad.
- 22. Mesdjid de Kurkdji Bachi, hors du Koum Capou.
- 23. Mesdjid de Kemhadjilar.
- 24. Mesdjid de Kouyoumdjilar.
- 25. Mesdjid de Hersek bodroumou (près d’Aya Sofia).
- 26. Mesdjid de Yaya Bachi, Fener Capou.
- 27. Mesdjid d’Abdi Soubachi, à Sultan Sélim.
- 28. Mesdjid de Hadji Iliasse, à Ali Pacha Hamam.
- 29. Mesdjid de Husséin Tchélébi, à Sultan Sélim.
- 30. Mesdjid de Douhani Zadé, à Kodja Moustapha Pacha.
- 31. Mesdjid de Kadi Zadé, à Tchoukour Hamam.
- 32. Mesdjid de Mufti Hamid Effendi, à Azablar.
- 33. Mesdjid de Tufek Hané, à Hissar.
- 34. Mesdjid de Saraï Aghassi, à Edirné Capou.
- 35. Mesdjid de Deukmedji Bachi, à Eyoub.
- 36. Mesdjid d’Arpadji Bachi, à Eyoub.
- 37. Mesdjid de Hekim Kaïssouni Zadé, à Sutlidjé.
- 38. Mesdjid de Kardji Suleïman, à Eyoub.
- 39. Mesdjid de Kardji Suleïman, à Stamboul.
- 40. Mesdjid d’Ahmed Tchélébi, à Kiremitlik.
- 41. Mesdjid de Yaya Raya, à Kassim Pacha.
- 42. Mesdjid de Chéhr-Emini Hassan Tchélébi, à Kassim Pacha.
- 43. Mesdjid de Séhil Bey, à Tophané.
- 44. Mesdjid de Iliasse Zadé, à Top Kapou.
- 45. Mesdjid de Pazar Bachi Mémi Kahya, à Rassim Pacha.
- 46. Mesdjid de Mehmed Pacha, à Buyuk Tchekmédjé.
- 47. Mesdjid de Hadji Pacha, à Scutari.
- 48. Mesdjid de Saradj Hané, à Hasskeuy.
- 49. Mesdjid de Sarraf, hors de Top Kapou.
- 50. Mesdjid de Rouznamédji Abdi Tchélébi, à Soulou Monastir.
-
-
-MEDRÉSSÉS (Écoles).
-
- 1. Sultan Suléiman, à La Mecque.
- 2. Sultan Suléiman, à Stamboul.
- 3. Sultan Sélim Ier, à Halidjilar.
- 4. Sultan Sélim II, à Andrinople.
- 5. Sultan Sélim Han, à Tchorlou.
- 6. Chehzadé Sultan Mehmed, à Stamboul.
- 7. Hasséki Sultan Mehmed, à Avret-Bazar.
- 8. Hasséki Sultan Kaarié, à Sultan Sélim.
- 9. Validé Sultan, à Scutari.
- 10. Mihr i Mah Sultane, à Scutari.
- 11. Mihr i Mah Sultane, à Edirné Kapou.
- 12. Mehmed Pacha, à Kadirga Liman.
- 13. Mehmed Pacha, à Eyoub.
- 14. Osman Chah Validéssi, à Ak-Séraï.
- 15. Rustem Pacha, à Stamboul.
- 16. Ali Pacha, à Stamboul.
- 17. Maktoul Mehmed Pacha, à Top Kapou.
- 18. Sofou Mehmed Pacha, à Stamboul.
- 19. Ibrahim Pacha, à Stamboul.
- 20. Sinan Pacha, à Stamboul.
- 21. Iskender Pacha, à Stamboul.
- 22. Ali Pacha, à Baba Eski.
- 23. Missirli Moustapha Pacha, à Guebzé.
- 24. Ahmed Pacha, à Ismidt.
- 25. Kassim Pacha.
- 26. Ibrahim Pacha, à Stamboul près d’Issa Capou.
- 27. Chemssi Pacha, à Scutari.
- 28. Djafer Agha, à Stamboul.
- 29. Capou aghassi Mahmoud agha, à Stamboul.
- 30. Maaloul Emir Effendi, à Stamboul.
- 31. Umm-ul-Veled, à Stamboul.
- 32. Avdji Bachi, à Stamboul.
- 33. Mufti Hamid Effendi, à Stamboul.
- 34. Firouz agha, à Stamboul.
- 35. Hadjéki Zadé, à Sultan Mehmed.
- 36. Agha Zadé, à Sultan Mehmed.
- 37. Yahya Effendi, à Sultan Mehmed.
- 38. Abdusselam, à Sultan Mehmed.
- 39. Toudi Kadi, à Sultan Mehmed.
- 40. Hekim Mehmed Tchélébi, à Sultan Mehmed.
- 41. Husséin Tchélébi, à Sultan Mehmed.
- 42. Emin Sinan Effendi, à Sultan Mehmed.
- 43. Chah Koulou, à Sultan Mehmed.
- 44. Younouss Bey, à Diragman.
- 45. Kardji Suléiman Bey, à Stamboul.
- 46. Hadji khatoun, à Stamboul.
- 47. Cherif Zadé, à Stamboul.
- 48. Kadi Hekim Tchélébi, à Karaman.
- 49. Baba Tchélébi, à Stamboul.
- 50. Kermassi.
- 51. Sekban Ali bey, à Kumruk Hané.
- 52. Nichandji Mehmed Bey, à Alti Mermer.
- 53. Bedestan Kahyassi Husséin Tchélébi, à Stamboul.
- 54. Gulfem Hatoum, à Scutari.
- 55. Houssrev Kahya, à Angora.
-
-
-DARULKOURA (Bibliothèques).
-
- 1. Sultan Suléïman, à Stamboul.
- 2. Validé Sultan, à Scutari.
- 3. Houssrev Kahya, à Stamboul.
- 4 Mehmed Pacha, à Eyoub.
- 5. Mufti Saïd Tchélébi, à Kutchuk Karaman.
- 6. Bossnali Mehmed Pacha, à Stamboul.
- 7. Kadi Zadé, à Stamboul.
-
-
-TURBÉ (Tombeaux).
-
- 1. Sultan Suléïman Han.
- 2. Sultan Sélim Han.
- 3. Chehzadé Mehmed Han.
- 4. Chehzadéler, à Sultan Sélim.
- 5. Rustem Pacha, à Chehzadé Bachi.
- 6. Houssrev Pacha.
- 7. Ahmed Pacha, à Top Capou.
- 8. Mehmed Pacha, à Eyoub.
- 9. Des fils de Siavèche Pacha, à Eyoub.
- 10. Zal Pacha.
- 11. Haïreddin Barbarosse, à Bechiktache.
- 12. Yahya Effendi, à Bechiktache.
- 13. Arab Ahmed Bey, à Bechiktache.
- 14. Kilidj Ali Pacha, à Tophané.
- 15. Pertev Pacha, à Eyoub.
- 16. Chah Houban Kadine, à Yéni Baghtché.
- 17. Ahmed Pacha, à Edirné Kapou.
- 18. Hadji Pacha, à Scutari.
- 19. Chemsi Pacha, à Scutari.
-
-
-IMARETS (Cantines).
-
- 1. Sultan Suléïman, à Stamboul.
- 2. Hasséki, à La Mecque.
- 3. Chéhzadé Sultan Suléiman, à Stamboul.
- 4. Sultan Sélim, à Karapinar.
- 5. Sultan Suléiman, à Tchorlou.
- 6. Mihr i Mah Sultane, à Scutari.
- 7. Validé Sultane, à Scutari.
- 8. Sultan Mourad, à Manissa.
- 9. Rustem Pacha, à Roustchouk.
- 10. Rustem Pacha, à Sabandja.
- 11. Mehmed Pacha, à Bourgas.
- 12. Mehmed Pacha, à Hafssa.
- 13. Moustapha Pacha, à Ghebzé.
- 14. Mehmed Pacha, à Bossna.
-
-
-[Illustration: Pl. 51.
-
- VIEUX SÉRAIL.--Tchinili Kiosque.]
-
- VIEUX SÉRAIL.--Terrasse et pavillon aux faïences.]
-
-
-HOPITAUX
-
- 1. Sultan Suléiman.
- 2. Hasséki Sultane.
- 3. Validé Sultane, à Scutari.
-
-
-AQUEDUCS
-
- 1. Dérbend Kéméri.
- 2. Ouzoun Kemer.
- 3. Mouallak Kemer.
- 4. Keurundjé Kemeri.
- 5. Muderiss Keuy Kemeri.
-
-
-PONTS
-
- 1. Le pont de Buyuk Tchekmédjé.
- 2. Le pont de Silivri.
- 3. Le pont de Moustapha Pacha sur Méritch.
- 4. Le pont de Mehmed Pacha, à Marmara.
- 5. Le pont de Oda Bachi, à Halkali.
- 6. Le pont de Kapou aghassi, à Harami déré.
- 7. Le pont de Mehmed Pacha, à Sinanli.
- 8. Le pont de Grand Vizir Mehmed Pacha, à Vichgrad (Bosnie).
-
-
-KARVAN-SÉRAÏ (Hôtelleries).
-
- 1. Karvan Séraï de Sultan Suléïman.
- 2. Karvan Séraï de Sultan, à Tchékmédjé.
- 3. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Tekvourdaghi.
- 4. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Bat Pazari.
- 5. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Galata.
- 6. Karvan Séraï de Ali Pacha, à Bat Pazari.
- 7. Karvan Séraï de Pertev Pacha, à Vefa.
- 8. Karvan Séraï de Moustapha Pacha, à Alghin.
- 9. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Ak Biik.
- 10. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Samanli.
- 11. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Sabandja.
- 12. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Karaman.
- 13. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Karichdiran.
- 14. Karvan Séraï de Houssrev Kahia, à Ipssalé.
- 15. Karvan Séraï de Mehmed Pacha, à Bourgas.
- 16. Karvan Séraï de Rustem Pacha, à Andrinople.
- 17. Karvan Séraï de Ali Pacha, à Andrinople.
-
-
-PALAIS
-
- 1. Palais de Vieux Sérail.
- 2. Palais de Nouveau Sérail.
- 3. Palais de Usskudar.
- 4. Palais de Galata.
- 5. Palais de At Méïdani.
- 6. Palais de Yéni Capou.
- 7. Palais de Kandilli.
- 8. Palais de Fener Baghtché.
- 9. Palais de Iskender Tchélébi Bahdjéssi.
- 10. Palais de Halkali.
- 11. Palais de Rustem Pacha, à Kadirga.
- 12. Palais de Mehmed Pacha, à Sainte-Sophie.
- 13. Palais de Mehmed Pacha, à Scutari.
- 14. Palais de Rustem Pacha, à Scutari.
- 15. Palais de Siavèche Pacha, à Scutari.
- 16. Palais de Siavèche Pacha, à Scutari.
- 17. Palais de Siavèche Pacha, à Stamboul.
- 18. Palais de Ali Pacha, à Stamboul.
- 19. Palais de Ahmed Pacha, à At Méidani.
- 20. Palais de Ferhad Pacha, à Sultan Bayazid.
- 21. Palais de Pertev Pacha, à Véfa.
- 22. Palais de Sinan Pacha, à At Méidani.
- 23. Palais de Sofou Mehmed Pacha, à Hodja Pacha.
- 24. Palais de Mahmoud Agha, à Yéni Baghtché.
- 25. Palais de Mehmed Pacha, à Halkali.
- 26. Palais du Chah Houban Kadine, à Kassim Pacha.
- 27. Palais du Pertev Pacha, à Tachra.
- 28. Palais de Ahmed Pacha, à Tachra.
- 29. Palais de Ali Pacha, à Eyoub.
- 30. Palais de Ali Pacha, à Eyoub.
- 31. Palais de Mehmed Pacha, à Rustem Pacha tchiflik.
- 32. Palais de Mehmed Pacha, à Bosnie.
- 33. Palais de Rustem Pacha, à Isskender tchiflick.
-
-
-DÉPOTS
-
- 1. Dépôts à Galata.
- 2. Dépôts à Terssané-i-Amiré (arsenal).
- 3. Dépôts à Saraï.
- 4. Dépôts à Hass Baghtché.
- 5. Dépôts à Saraï.
- 6. Dépôts à Oun Kapani.
-
-
-BAINS
-
- 1, 2, 3. Bains du Palais Impérial par ordre du Sultan Suléiman.
- 4. Bains de Sultan Suléiman, à Stamboul.
- 5. Bains de Sultan Suléiman, à Kéfé.
- 6. Bains du Palais d’Usskudar.
- 7. Bains de Hasseki Sultane, à Sainte-Sophie.
- 8. Bains de Hasseki Sultane, à Yahoudiler.
- 9. Bains de Validé Sultan, à Usskudar.
- 10. Bains de Sultan, à Karapinar.
- 11. Bains de Validé Sultane, à Djibali.
- 12. Bains de Mihr-i-Mah Sultanne, à Edirné-Capou.
- 13. Bains de Loutfi Pacha, à Edirné-Capou.
- 14. Bains de Mehmed Pacha, à Galata.
- 15. Bains de Mehmed Pacha, à Andrinople.
- 16. Bains de Kodja Moustapha Pacha, à Yéni Baghtché.
- 17. Bains de Ibrahim Pacha, à Silivri Capou.
- 18. Bains de Capou aghassi, à Soulou Monastir.
- 19. Bains de Sinan Pacha, à Bechiktache.
- 20. Bains de Molla Tchélébi, à Findikli.
- 21. Bains de Kapoudan Ali Pacha, à Tophané.
- 22. Bains de Kapoudan Ali Pacha, à Fener Capou.
- 23. Bains de Mufti Ali Pacha, à Madjoundji Tcharchissi.
- 24. Bains de Mehmed Pacha, à Hafssa.
- 25. Bains de Merkez Effendi, à Yéni Capou.
- 26. Bains de Nichandji Pacha, à Eyoub.
- 27. Bains de Houssrev Kahia, à Ortakeuy.
- 28. Bains de Ismidt, à Ortakeuy.
- 29. Bains de Tchataldja, à Ortakeuy.
- 30. Bains de Rustem Pacha, à Sabandja.
- 31. Bains de Husséin Bey, à Kaïsseri.
- 32. Bains de Sari Kuzel, à Stamboul.
- 33. Bains de Haïreddin Pacha, à Zéirek.
- 34. Bains de Haïreddin Pacha, à Kumruk Hané.
- 35. Bains de Yacoub Agha, à Tophané.
-
-
-[Illustration: Pl. 52.
-
- VIEUX SÉRAIL.--(Au fond la porte de la salle du Trône.)
-
- VIEUX SÉRAIL.--Cour du Harem.]
-
-
-
-
-BIOGRAPHIE DE MEHMED AGHA
-
-
-Mehmed agha, fils d’Abdul Mouïn et architecte du sultan Ahmed Ier, qui
-a construit quantités de mosquées et d’autres monuments, des chapelles,
-des ponts, des turbés, et plus de cent fontaines, jouissait d’une
-grande réputation. Un de ses amis, Djaffer effendi, lui a consacré,
-ainsi qu’il était d’usage alors, une biographie intéressante comprenant
-aussi un aperçu de ses œuvres (Ménakibnamé). Nous empruntons à ce
-travail, dont nous avons eu le manuscrit sous les yeux, les détails
-suivants.
-
-Mehmed agha, originaire de Roumélie (Turquie d’Europe), arriva à
-Constantinople en l’an 970, vers la fin du règne de Suléïman et fut
-enrôlé dans le corps des janissaires comme _adjemi-oglan_ (apprenti).
-Cinq ans plus tard, il était nommé gardien dans le jardin du tombeau
-de Suléïman. Sa destinée le portait plutôt, semblait-il, vers la
-musique que vers l’architecture où il devait s’illustrer. Mais un rêve
-qu’il fit un soir le détourna de sa vocation. Il en avait demandé
-l’explication à un vieux et vénérable chéikh, qui lui recommanda
-d’abandonner la musique comme un péché. C’est alors qu’il brisa tous
-ses instruments, résigné à chercher ailleurs l’application de ses
-facultés intellectuelles et de ses goûts artistiques. Il se tourna vers
-l’architecture, après avoir consulté le même vieillard qu’autrefois,
-lequel, cette fois, lui représenta cette carrière comme vraiment digne
-de lui, puisqu’il s’agissait de contribuer à une œuvre publique et
-saine, telle que l’édification de forts, fontaines et mosquées. Mehmed
-agha entra alors dans les ateliers du palais où il s’adonna à l’étude
-de l’architecture et du travail sur nacre (977).
-
-A cette époque, Kodja Sinan vivait encore. Il visitait fréquemment
-ces ateliers et eut l’occasion d’admirer le talent de Mehmed agha. Il
-l’encouragea et l’engagea à préparer une œuvre pour être présentée
-au sultan Murad III. Mehmed agha se mit au travail et fit un pupitre
-finement ouvragé, que Ahmed pacha, porte-armes de Sa Majesté, se
-chargea de présenter au Souverain. Celui-ci en récompense lui décerna
-le titre de _Bévab_ (portier du Palais) (998).
-
-De retour à Constantinople, après un voyage qu’il fit en Égypte et
-en Roumélie pour inspecter les frontières, il fabriqua un carquois
-qu’il présenta à Sa Majesté. Ce nouveau travail lui valut une nouvelle
-distinction. Le Sultan le nomma _Mouhsir-bachi_ (chef-procureur)
-près du juge de Stamboul; lorsque Hussrev pacha fut nommé beylerbey
-de Diarbékir, Mehmed agha fut envoyé en qualité de _Mussellim_
-(transmetteur de pouvoirs). A son retour, il occupa les fonctions de
-_Capou-Kéhia_ de ce pacha, jusqu’à l’époque où Hussrev pacha fut nommé
-au gouvernement de Damas; Mehmed agha l’y accompagna et fut chargé de
-l’administration du Hauran. Des bandes de brigands infestaient alors
-le pays et attaquaient la caravane sacrée. Mehmed agha réussit à les
-anéantir. Ce succès indisposa à son égard Hussrev pacha, dont la
-jalousie croissante obligea Mehmed agha à retourner à Constantinople.
-Il y rentra et fut en 1006 nommé administrateur des eaux, poste qu’il
-conserva pendant huit ans.
-
-A la mort de Mimar Sinan, Davoud agha devint architecte du sultan;
-Ahmed agha surnommé Dalguitch, camarade de Mehmed agha, succéda à
-celui-ci. Et à la mort d’Ahmed agha, ce fut Mehmed agha qui fut élevé
-au poste d’architecte en chef du Sultan, en l’an 1015 de l’Hégire,
-mercredi VIIIe jour de Djemazi-el-akir.
-
-Outre les nombreux édifices et mosquées qui attestent sa puissance de
-travail, Mehmed agha a eu l’honneur d’être envoyé à La Mecque afin d’y
-réparer la Kaaba.
-
-Cet artiste fut un homme pieux, fidèle à tous les préceptes de la
-religion, et charitable à ce point qu’il destinait aux pauvres tous les
-bénéfices qu’il retirait de ses travaux.
-
-
-D’après _Hadikatul-Djevami_, sa maison se trouvait en face de la
-mosquée construite par lui-même sur l’emplacement du Mesdjid de Zeïni
-effendi, Mesdjid qui fut brûlé pendant l’incendie de Djibali.
-
-
-[Illustration: Pl. 53.
-
- VIEUX SÉRAIL.--Balcons à encorbellement.
-
- VIEUX SÉRAIL.--Intérieur de Bagdad Kiosque.]
-
-
-
-
-MONUMENTS DE L’ÉPOQUE BYZANTINE[90]
-
- [90] Les astérisques renvoient au tableau suivant, où
- sont indiqués les monuments musulmans contemporains de
- la même époque.
-
-
- +-------------------------+------------------------------------------+
- | DATES ET NOMS | CHRONOLOGIE DES MONUMENTS |
- +-------------------------+------------------------------------------+
- |658 av. J.-C. Byzas. |Les murs de l’ancienne petite ville de |
- | | Byzance. Statue de Byzas. Acropole. |
- | | L’arène. Le milium (portes triomphales).|
- | | |
- |490 av. J.-C. Darius. | |
- | | |
- |479 av. J.-C. Pausanias. | |
- | | |
- | | |
- |330 ap. J.-C. Constantin |L’Augustéon. Colonne de Constantin. Homona|
- |le Grand (306-337 J.-C.).| (monastère de Pantéleïmon). Les premiers|
- | | murs de la ville, la basilique de |
- | | Sainte-Sophie, l’église de Sainte-Irène |
- | | (qui fut ensuite brûlée pendant la |
- | | révolution de Nika), le Sénat, |
- | | l’hippodrome. |
- | | |
- |361-63. Julien l’Apostat.| |
- | | |
- |363-64. Jovien. | |
- | | |
- |364-78. Valentinien Ier |Aqueduc de Valens. |
- | et Valens. | |
- | | |
- |394-95. Théodose le |L’Obélisque de Théodose. Destruction des |
- | Grand. | temples païens. Forum Tauri. |
- | | Pentapyrgion (5 tours). Église de |
- | | Saint-Théodore Tyron. |
- | | |
- |_Maison de Thrace_ | |
- | (395-518): | |
- | | |
- |395-408. Arcadius. |Thermes d’Arcadius. Forum d’Arcadius. |
- | | Colonne d’Arcadius surmontée de sa |
- | | statue. |
- | | |
- |408-50. Théodose II. |Agrandissement de la ville. Les murs |
- | | théodosiens ou d’Anthémius (appelés |
- | | ainsi du nom du ministre qui les a |
- | | construits) (413). On a rebâti les murs |
- | | détruits par un tremblement de terre |
- | | (447). |
- | | |
- |450-57. Marcien. |Colonne Marcienne. Église de la |
- | | Sainte-Vierge des Blaquernes, bâtie par |
- | | Pulchérie, épouse de l’Empereur. |
- | | |
- |457-74. Léon Ier. |Le patricien Stoudios fit construire |
- | | l’église du couvent Saint-Jean de |
- | | Stoudios. Citerne de Mocius ou d’Aspar, |
- | | construite par Aspar, chef de la milice |
- | | gothique, pour alimenter les Goths |
- | | cantonnés hors les murs. Saint-Pierre |
- | | et Saint-Marc. |
- | | |
- |474. Léon II le Jeune. | |
- | | |
- |474-91. Zénon. |La tour du Christ (tour de Galata). |
- | | |
- |491-518. Anastase Ier. |Palais des Blaquernes. |
- | | |
- |_Maison Justinienne_ | |
- | (518-610): | |
- | | |
- |518-27. Justin Ier. | |
- | | |
- |527-65. Justinien Ier. |Sainte-Sophie (532-537). Saints-Serge et |
- | | Bacchus (Kutschuk aya Sofia). L’église |
- | | des Douze-Apôtres. La «Chora» (Kahrié |
- | | Djami). L’église de Sainte-Thecla. |
- | | Sainte-Irène. Cisterna Basilica |
- | | (Yerebatan serai). Cisterna Philoxeni |
- | | (Bin. bir. direk). |
- | | |
- |565-78. Justin II. |Construction du Chrysotriclinium dans le |
- | | grand palais. |
- |578-82. Tibère | |
- | Constantin. | |
- | | |
- |582-602. Maurice. |Église de la Diaconissa. (Kalender-Djami.)|
- | | |
- |*602-10. Phocas. | |
- | | |
- |610-41. Héraclius. |Murs d’Héraclius qui relièrent le château |
- | | des Blaquernes avec les murs |
- | | théodosiens. |
- | | |
- |641. Héraclius II ou | |
- | Constantin III. | |
- | | |
- |641. Héracleonas | |
- | Constantin IV. | |
- | | |
- |*641-68. Constant II. | |
- | | |
- |*668-85. Constantin III |Construction de la première mosquée par |
- | (ou V[91]) (Pogonat ou | les Arabes (Arab Djamissi) à Galata. |
- | Barbu). | |
- | |
- | [91] Le cinquième de ce nom si l’on compte Héraclius et |
- | Heracleonas parmi les Constantin, compté par d’autres |
- | comme le troisième de ce nom. |
- | | |
- |685-94. Justinien II. |Construction de l’église de l’Archange |
- | | Michel, près du port Julien. |
- |*694-705. Tibère III. | |
- | | |
- |705-11. Justinien II. | |
- | | |
- |711-13. Philippicus. | |
- | | |
- |713-15. Anastase II. | |
- | | |
- |715-17. Théodose III. |L’église actuelle des dominicains, à |
- | | Galata. |
- | | |
- |_Dynastie Isaurienne_ | |
- | (717-867): | |
- | | |
- |717-41. Léon III |Pentapyrgion Aïvan Séraï (740). Un |
- | l’Isaurien. | tremblement de terre renversa la statue |
- | | d’Arcadius, qui se trouvait sur la |
- | | colonne portant le même nom. |
- | | |
- |*741-75. Constantin IV ou| |
- | VI Copronyme. | |
- | | |
- |775-80. Léon IV le | |
- | Khazar. | |
- | | |
- |*780-97. Constantin V ou | |
- | VII. | |
- | | |
- |780-802. Irène. | |
- | | |
- |802-11. Nicéphore Ier | |
- | (dit le Logothète). | |
- | | |
- |811-13. Michel Ier. | |
- | Rangabé dit Curopalate.| |
- | | |
- |813-20. Léon V | |
- | l’Arménien. | |
- | | |
- |820-29. Michel II | |
- | le Bègue. | |
- | | |
- |829-42. Théophile. |Réparation des murailles de |
- | | Constantinople. Constructions au palais.|
- | | |
- |842-67. Michel III |Fondation de l’Académie dans la Magnaura. |
- | l’Ivrogne. | |
- | | |
- |_Dynastie Macédonienne_ | |
- | (867-1057): | |
- | | |
- |867-86. Basile Ier. |La Nouvelle église. Le Cenourgion. |
- | | |
- |*868-78. Constantin VI | |
- | ou VIII. | |
- | | |
- |886-912. Léon VI le Sage |L’église de la Théotokos. |
- | ou le Philosophe. | |
- | | |
- |912-59. Constantin VII |Palais de Constantin ou Tekfour séraï. |
- | Porphyrogénète. | Colonne murée. |
- | | |
- |920-944. Romain Ier | |
- | Lécapène. | |
- | | |
- |920-45. Constantin VIII | |
- | ou X. | |
- | | |
- |959-63. Romain II. | |
- | | |
- |963-69. Nicéphore II |Port et palais du Boucoléon. |
- | Phocas. | |
- | | |
- |*969-75. Jean Zimiscès. | |
- | | |
- |975-1025. Basile II | |
- | Bulgaroctone. | |
- | | |
- |*975-1028. Constantin IX | |
- | ou XI. | |
- | | |
- |1028-34. Romain III dit |Rénovation de l’église de Sainte-Marie des|
- | Argyre. | Blaquernes et de Sainte-Sophie. Église |
- | | de la Peribleptos. |
- | | |
- |1034-41. Michel IX. | |
- | | |
- |1041-42. Michel V | |
- | Calafate. | |
- | | |
- |1042-54. Constantin X ou |Le couvent Saint-Georges de Manganes. |
- | XII. | |
- | | |
- |1054-56. Théodora. | |
- | | |
- |1056-57. Michel | |
- | Stratiotique. | |
- | | |
- |1057-59. Isaac Comnène. | |
- | | |
- |1059-67. Constantin XI | |
- | ou XIII Ducas. | |
- | | |
- |1067-68 } Michel VII le |Église Pammakaristos. |
- |1071-78 } Parapinace. | |
- | | |
- |1068-71. Romain IV. | |
- | | |
- |1078-81. Nicéphore III | |
- | Botoniate. | |
- | | |
- |_Dynastie des Comnènes_: | |
- | | |
- |1081-1118. Alexis Ier. |La foudre ayant renversé la statue qui se |
- | | trouvait sur la colonne de Constantin, |
- | | avec les tambours supérieurs, l’Empereur|
- | | la répara et fit mettre un nouveau |
- | | chapiteau corinthien avec des |
- | | inscriptions et une croix en or. |
- | | Reconstruction de l’église de Chora, par|
- | | Marie Ducas, la belle-mère de |
- | | l’Empereur. |
- | | |
- |*1118-43. Jean II |L’église du Pantokrator (1125), bâtie par |
- | Comnène. | Irène, épouse de l’Empereur. |
- | | |
- |*1143-80. Manuel. |Agrandissement du palais des Blaquernes |
- | | qui fut adopté comme résidence |
- | | impériale. |
- | | |
- |1180-83. Alexis II | |
- | Comnène. | |
- | | |
- |1183-85. Andronic | |
- | Comnène. | |
- | | |
- |*1185-95 } | |
- | 1203-04 } Isaac L’Ange. | |
- | | |
- |*1195-203. Alexis III. | |
- | | |
- |1203-04. Alexis le Jeune.| |
- | | |
- |1204. Alexis Ducas. | |
- | | |
- |_L’Empire latin de | |
- | Constantinople_ | |
- | (1204-1261): | |
- | | |
- |1204-06. Baudouin Ier. | |
- | | |
- |*1206-16. Henri de | |
- | Hainaut. | |
- | | |
- |*1216-18. Pierre de | |
- | Courtenay. | |
- | | |
- |*1218-28. Robert. | |
- | | |
- |*1228-31, 1231-37. Jean | |
- | de Brienne. | |
- | | |
- |*1237-61. Baudouin II. | |
- | | |
- |_Empereurs grecs à | |
- | Nicée_: | |
- | | |
- |1204-222. Théodore | |
- | Lascaris. | |
- | | |
- |1222-254. Jean III | |
- | Vatazès. | |
- | | |
- |1254-259. Théodore II | |
- | Lascaris. | |
- | | |
- |_Dynastie des | |
- | Paléologues et des | |
- | Cantacuzènes_ | |
- | (1261-1453): | |
- | | |
- |*1261-82. Michel |Les nouveaux murs des Blaquernes. Église |
- | Paléologue. | de Kyra Martha bâtie par l’impératrice |
- | | Maria Ducas, sœur de l’Empereur. |
- | | |
- |*1282-1328. Andronic II |Restauration de l’église de Chora et |
- | Paléologue. | renouvellement de ses mosaïques, par |
- | | Théodore Métochite, ministre |
- | | d’Andronic II. Restauration de |
- | | Christo-Camera. |
- | | |
- |*1328-41. Andronic III | |
- | Paléologue. | |
- | | |
- |*1341-91. Jean V[92]. |Église des Blaquernes détruite par le feu.|
- | |
- | [92] Jean III et Jean IV avaient régné à Nicée. |
- | | |
- |*1341-55. Jean VI | |
- | Cantacuzène. | |
- | | |
- |*1355-56. Mathieu | |
- | Cantacuzène. | |
- | | |
- |*1376-79. Andronic IV P. | |
- | | |
- |*1391-1425. Manuel II P. | |
- | | |
- |1399-1402. Jean VII | |
- | Paléologue. | |
- | | |
- |*1425-48. Jean VIII | |
- | Paléologue. | |
- | | |
- |*1448-53. Constantin XII | |
- | ou XIV Dracosès. | |
- +-------------------------+------------------------------------------+
-
-
-[Illustration: Pl. 54.
-
- VIEUX SÉRAIL.--Intérieur.
-
- INTÉRIEUR D’UNE MAISON TURQUE DU XVIIE SIÈCLE
- (D’après un dessin de l’auteur.)]
-
-
-
-
-MONUMENTS MUSULMANS CONTEMPORAINS DE L’ÉPOQUE BYZANTINE
-
-
- +------+----------+--------------------------------------------------+
- | | ÈRE | |
- |HÉGIRE|CHRÉTIENNE| |
- +------+----------+--------------------------------------------------+
- | » | 608 |Reconstruction de la Kaaba (Arabie). |
- | | | |
- | 21 | 642 |Fondation de la mosquée d’Amrou (Caire). |
- | | | |
- | 23 | 643 |Mosquée d’Omar, à Jérusalem. |
- | | | |
- | 49 | 669 |Mosquée El Aksa, à Jérusalem. |
- | | | |
- | 84 | 703 |Reconstruction de la mosquée Kairouan (Tunisie). |
- | | | |
- | 132 | 750 |Califat de Cordoue (Espagne). |
- | | | |
- | 137 | 755 |Tombes, à Reï (Perse). |
- | | | |
- | 142 | 760 |Fondation de la Mesdjid Djouma, à Ispahan (Perse).|
- | | | |
- | 174 | 790 |Palais de Rakka (Mésopotamie). |
- | | | |
- | 261 | 875 |Mosquée Djouma de Chiraz (Perse). |
- | | | |
- | 264 | 878 |Mosquée Touloun (Caire). |
- | | | |
- | 361 | 971 |Mosquée El-Azhar (Caire). |
- | | | |
- | 408 | 1017 |Fondation de la grande mosquée d’Ardebil. |
- | | | |
- | 471 | 1079 |Agrandissement de la grande mosquée d’Ispahan, par|
- | | | Malik Chah. |
- | | | |
- | 525 | 1132 |Chapelle palatine, à Palerme. |
- | | | |
- | 555 | 1160 |Palais des Seldjoucides, à Konia (Asie M.). |
- | | | |
- | 567 | 1171 |Tombeau de l’imam Chafiï (Caire). |
- | | | |
- | 587 | 1191 |Grande mosquée de Mossoul (Mésopotamie). |
- | | | |
- | 596 | 1199 |L’Alcazar de Séville (Espagne). |
- | | | |
- | 607 | 1160 |Tombeaux de Kilidj-Arslan et de Kaï-Khosrou Ier |
- | | | (Asie M.). |
- | | | |
- | 613 | 1216 |Tach-Medressé, à Ak-Chehir (Asie M.). |
- | | | |
- | 617 | 1220 |Mosquée d’Ala-ed-din, à Konia (Asie M.). |
- | | | |
- | 627 | 1229 |Caravansérail de sultan Khan, près de Konia |
- | | | (Asie M.). |
- | | | |
- | 628 | 1230 |Fondation de l’Alhambra (Espagne). |
- | | | |
- | 640 | 1242 |Sirtchéli-medressé, à Konia (Asie M.). |
- | | | |
- | 648 | 1250 |Achèvement de Tach-medressé, à Ak-Chéhir |
- | | | (Asie M.). |
- | | | |
- | 649 | 1251 |Karataï-medressé et Indjé-minareli medressé, à |
- | | | Konia (Asie M.). |
- | | | |
- | 659 | 1261 |Turbé de Sahib-Ata, à Konia (Asie M.). |
- | | | |
- | 669 | 1270 |Tchifté-minaré, Gueuk-medressé, à Sivas (Asie M.).|
- | | | |
- | 672 | 1273 |Mosquée de Djelal-ed-din à Konia (Asie M.). |
- | | | |
- | 693 | 1294 |Mosquée de Ghazan Khan, à Tauris (Perse). |
- | | | |
- | 704 | 1304 |Mosquée d’Oldjaïtou, à Sultanieh (Perse). |
- | | | |
- | 725 | 1325 |Conquête de Brousse, par les Ottomans. |
- | | | |
- | 755 | 1354 |Tombeau d’Orkhan, à Brousse (Ottom.). (Asie M.). |
- | | | |
- | 755 | 1354 |La cour des Lions, la salle des Ambassadeurs de |
- | | | l’Alhambra, à Grenade (Espagne). |
- | | | |
- | 757 | 1356 |Mosquée du sultan Hassan (Caire). |
- | | | |
- | 758 | 1357 |Fondation d’Oulou-Djami, par Murad Ier, à |
- | | | Brousse. |
- | | | |
- | 768 | 1366 | Mosquée d’In-Eunu (Asie Mineure) (Ottom.). |
- | | | |
- | 780 | 1378 |Mosquée Verte construite par Murad Ier à Nicée |
- | | | (Ottom.) (Asie M.). |
- | | | |
- | 780 | 1378 |Construction de la première mosquée turque à |
- | | | Constantinople. |
- | | | |
- | 786 | 1384 |Mosquée de Barkouk (Caire). |
- | | | |
- | 791 | 1389 |Bains de la sultane Niloufer, à Nicée (Ottom.) |
- | | | (Asie M.). |
- | | | |
- | 818 | 1415 |Achèvement d’Oulou-Djami, par Mahomet Ier |
- | | | (Ottom.), Brousse. Yéchil Djami, à Brousse |
- | | | (terminée en 1424) (Ottom.). |
- | | | |
- | 818 | 1417 |Mosquée El-Moyed (Caire). |
- | | | |
- | 823 | 1420 |Tombeau de (Mehmed Ier). Turbé vert, à Brousse |
- | | | (Ottom.). |
- | | | |
- | 840 | 1436 |Mosquée Kaït Bey (Caire). |
- | | | |
- | 855 | 1451 |Construction du Château fort de Rouméli Hissar, |
- | | | par Mehmed II, sur la rive européenne du |
- | | | Bosphore. |
- +------+----------+--------------------------------------------------+
-
-
-[Illustration: Pl. 55.
-
- PALAIS DE DOLMA BAGTCHÉ.
-
- VUE PANORAMIQUE DE LA MOSQUÉE SULEÏMANIÉ.]
-
-
-
-
-MONUMENTS DE L’ÉPOQUE OTTOMANE
-
-
- +---------+----------------+-----------------------------------------+
- | | NOMS | |
- | DATES | DES SULTANS | MONUMENTS CÉLÈBRES |
- +---------+----------------+-----------------------------------------+
- |1440-1445|Mehmed II le |Bezesten (Bazar). |
- | | Conquérant. |Mosquée de Fatih (867 H.), reconstruite |
- |1451-1481| -- | sous Moustafa III. |
- | | |Mosquée d’Ibrahim Pacha. |
- | | |Mosquée de Mahmoud Pacha (868 H.). |
- | | |Mosquée de Mourad Pacha (870 H.). |
- | | |Mosquée de Nichandji Pacha (ancienne). |
- | | |Mosquée de Roum Mehmed Pacha (875 H.). |
- | | |Tchinili Kiosque (870 H.) restauré sous |
- | | | Murad III en (990 H.). |
- | | |Le palais de Top Kapou (vieux sérail). |
- | | | |
- |1481-1512|Bayazid II. |Mosquée d’Atik Ali Pacha (902 H.). |
- | | |Mosquée de Vefa (881 H.). |
- | | |Mosquée de Bayazid. |
- | | | |
- |1512-1520|Sélim Ier. |Mosquée de Sélim. |
- | | | |
- |1520-1566|Suleïman Ier le |Mosquée de Chahzadé (955 H.). |
- | | Législateur. |Mosquée de Djihanguir (reconstruite en |
- | | | 1238 H.). |
- | | |Mosquée de Mihri Mah à Edirné Kapou. |
- | | |Mosquée de Rustem Pacha. |
- | | |Mosquée de Suleïmanié (964 H.). |
- | | | |
- |1566-1573|Sélim II. |Mosquée de Foundouklou (réparée en |
- | | | 1238 H.). |
- | | |Mosquée de Pialé Pacha (981 H.). |
- | | | |
- |1573-1595|Murad III. |Mosquée d’Azeb Kapou (985 H.). |
- | | |Mosquée de Nichandji Pacha (Djedid) |
- | | | (992 H.). |
- | | | |
- |1595-1603|Mehmed III. | |
- | | | |
- |1603-1617|Ahmed Ier. |Mosquée du sultan Ahmed. |
- | | | |
- |1617-1618|Moustafa Ier. | |
- | | | |
- |1618-1622|Osman II. | |
- | | | |
- |1622-1640|Murad IV. | |
- | | | |
- |1640-1648| Ibrahim. | |
- | | | |
- |1648-1687|Mehmed IV. |Mosquée de Djerrah Pacha (1082 H.). |
- | | |Mosquée de Yeni Djami (1074 H.). |
- | | | |
- |1687-1691|Suleïman II. | |
- | | | |
- |1691-1695|Ahmed II. | |
- | | | |
- |1695-1702|Moustafa II. |Mosquée de Yeni Djami de Galata. |
- | | | |
- |1702-1730|Ahmed III. |Fontaine d’Azeb Kapou. |
- | | |Fontaine d’Ahmed (ou d’Aya Sofia). |
- | | |Fontaine de Tophané reconstruite sous |
- | | | Mahmoud Ier. |
- | | |Mosquée de Kassim Pacha. Sa première |
- | | | construction est de l’époque de |
- | | | Suleïman II. |
- | | | |
- |1730-1754|Mahmoud Ier. |Mosquée de Nouri Osmanié (1169 H.). |
- | | | |
- |1754-1757|Osman III. | |
- | | | |
- |1757-1773|Moustafa III. |Mosquée de Laléli. |
- | | |Reconstruction de la mosquée de Fatih. |
- | | | |
- |1773-1789|Abdul-Hamid Ier.|Tombeau et Imarets. |
- | | | |
- |1789-1807|Sélim III. |Mosquée de Sélimié, à Scutari. |
- | | | |
- |1807-1808|Moustafa IV. | |
- | | | |
- |1808-1839|Mahmoud II. |Mosquée de Tophané ou Noussratié |
- | | | (1241 H.). |
- | | | |
- |1839-1861|Abdul-Medjid. |Tombeau de Mahmoud II. (1225 H.). |
- | | |Caserne de Medjidié. |
- | | |École militaire. |
- | | | |
- |1861-1876|Abdul Aziz. |Ministère de la Guerre. |
- | | |Mosquée de Validé, à Akséraï. |
- | | |Palais de Tchéragan. |
- | | | |
- |1876-1876|Murad V. | |
- | | | |
- |1876-1909|Abdul-Hamid II. |Defterhané. |
- | | |Dette publique. |
- | | |Reconstruction de la fontaine de Yeni |
- | | | Djami. |
- | | |Mosquée de Yildiz. |
- | | |École de Médecine de Haïdar Pacha. |
- | | |Réparation du grand Bazar. |
- | | | |
- |1909 |Ahmed V. |Ministère des Postes et Télégraphes. |
- +---------+----------------+-----------------------------------------+
-
-
-
-
-BIBLIOGRAPHIE
-
-
-ART ARABE
-
- ABD-AL-LATIF. Relation de l’Égypte, traduit par Silvestre de Sacy.
- Paris, 1810, in-4º.
-
- ABOULFÉDA. Géographie traduite de l’arabe par Reinaud et Stanislas
- Guyard. P. 1837-1883, 3 vol. in-4º.
-
- AMARI. La Storia dei musulmani di Sicilia, 4 vol. Florence,
- 1854-1869.
-
- BOURGOIN. Les arts arabes. P. 1873, in-fº.
-
- BOURGOIN. Précis de l’art arabe. P. 1889, in-4º.
-
- BURCKHARDT (J.-L.). Voyages en Arabie, traduit de l’anglais par
- J.-B.-B. Eyriès. P. 1835, 3 vol. in-8º.
-
- CARDONNE. Histoire de l’Afrique et de l’Espagne sous les Mores,
- d’après des manuscrits arabes, 3 vol. Paris, 1765.
-
- CASANOVA. La citadelle du Caire, d’après Makrizi. P. 1894-1897, 2
- vol. in-4º.
-
- CAUSSIN DE PERCEVAL. Essai sur l’histoire des Arabes avant
- l’islamisme, 3 vol. Paris, 1847.
-
- CHOISY (A.). Histoire de l’architecture. Paris, 1899, 2 vol. in-8º.
-
- Comité de conservation des monuments de l’art arabe. Le Caire, 1883.
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-[Illustration: Pl. 56.
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- INTÉRIEUR TURC À L’ÉPOQUE DES JANISSAIRES.--Réception des étrangers.
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-L’ART TURC ET OTTOMAN
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- BEYLIÉ (DE). L’habitation byzantine. Paris, 1902.
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- BREHIER. Le schisme oriental au XIe siècle, 1 vol. in-8º. Paris,
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- GIBBON. History of the decline and fall of the Roman empire.
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- GEOFFROI DE VILLEHARDOUIN. De la conquête de Constantinople. Paris,
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- LALOUX (V.). L’architecture grecque. Paris. (Bibliothèque de
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- MORDTMANN. Esquisse topogr. de Constantinople. Lille, 1892.
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- NICÉPHORE GRÉGORAS. Historia.
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- NICÉTAS CHONIATE. Vie d’Alexis Ducas Murzufle; la prise de la
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- PAPARRIGOPOULO. Histoire de la civilisation hellénique.
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- PARGOIRE (Le R. P. J.). L’église byzantine de 527 à 847. Paris,
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- PARGOIRE (Le R. P. J.). Autour de Chalcédoine. Paris.
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- PASPATI. Βυζαντινὰι μελέται. Constantinople, 1877.
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- PASPATI. Τὰ Βυζατι υἀ ἀνάκτορα. Constantinople, 1885.
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- PEARS. The destruction of the Greek empire. Londres, 1903.
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- PETRI GYLLII. De topographia Constantinopolis et de illius
- antiquitatibus libri quatuor, Parisiis, 1711.
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- PROCOPE. De Ædificiis.
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- PULGHER. Anciennes églises de Constantinople. Vienne, 1880.
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- RAMBAUD. Empereurs et impératrices d’Orient. (Revue des deux
- mondes, 1891.)
-
- RAMBAUD. Constantin Porphyrogénète.
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- REY. Etude sur les monuments de l’architecture des croisés. (Paris,
- 1871.)
-
- RICHTER. Die Mosaïken von Ravenna, 1878.
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- ROSEN. L’empereur Basile Bulgaroktone. Pétersbourg, 1883.
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- SALZENBERG. Altchristliche Baudenkmäler von Constantinopel. Berlin,
- 1854.
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- SCHLUMBERGER (G.). Nicéphore Phocas. Paris, 1890.
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- SCHLUMBERGER. L’épopée byzantine, 3 vol., 1896-1905.
-
- SCHLUMBERGER. Le tombeau d’une impératrice byzantine en Espagne.
-
- SCHLUMBERGER. Les îles des Princes, le palais et l’église des
- Blachernes. La grande muraille de Byzance. Paris, 1884.
-
- SCHMITT. Kahrié-Djami (Bull. de l’Institut russe, t. XI). Sofia,
- 1906.
-
- TEXIER. Asie Mineure.
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- UNGER. Quellen der Byzantinischen Kunstgeschichte. Vienne, 1878.
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- VAN MILLINGEN (A). Byzantine Constantinople. Londres, 1899.
-
- VAN MILLINGEN (A.). Constantinople, painted by Warwick-Goble.
- London, 1906.
-
- VAST. Le siège et la prise de Constantinople par les Turcs (Rev.
- hist., 1880).
-
-
-
-
-TABLE DES PLANCHES
-
-
- Planches. Pages.
-
- PLAN DE CONSTANTINOPLE. au titre
-
- 1. PANORAMA DE CONSTANTINOPLE (entrée de la Corne d’Or). 1
-
- 2. PANORAMA DE CONSTANTINOPLE (suite). 1
-
- 3. LES MURS THÉODOSIENS. Vue du côté des Sept Tours. 5
-
- 4. RUINES DU PALAIS JUSTINIEN.--CHATEAU DES SEPT TOURS. Escalier
- conduisant aux remparts. 9
-
- 5. TOUR DE GALATA.--MOSQUÉE DE TOPHANÉ. 17
-
- 6. PORTE MELANDISIA.--PORTE DE RHÉGIUM. 21
-
- 7. SAINTE-SOPHIE. Vue générale prise du côté de l’Hippodrome. 25
-
- 8. SAINTE-SOPHIE. Nef centrale. 33
-
- 9. SAINTE-SOPHIE. Intérieur. 37
-
- 10. SAINTE-SOPHIE. Narthex. 41
-
- 11. SAINTE-SOPHIE. Galeries supérieures du Gynécée.
- SAINTE-SOPHIE. Arcades supportant les galeries supérieures. 49
-
- 12. SAINTE-SOPHIE. Gynécée. 53
-
- 13. SAINTE-SOPHIE. Galerie supérieure. ÉGLISE DE SAINTE-IRÈNE. 57
-
- 14. ÉGLISE SAINTS SERGE ET BACCHUS. Chapiteaux et frise.--MOSQUÉE
- DE KAHRIÉ. Intérieur de la chapelle latérale. (Parekklesion.) 65
-
- 15. SAINTE-SOPHIE. Porte en bronze.--MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Chapiteau
- avec croix de l’église Khora. 69
-
- 16. MOSQUÉE DE KAHRIÉ. (Ancienne église de Khora). 73
-
- 17. MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Narthex. 81
-
- 18. MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Partie latérale.--MOSQUÉE DE KAHRIÉ.
- Coupole du Narthex (mosaïques). Les patriarches et les
- représentants des tribus d’Israël autour de la Sainte Vierge. 85
-
- 19. MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Mosaïque. Métochite, premier ministre de
- l’Empereur, présente au Christ Pantocrator, le modèle de
- l’église.
- MOSQUÉE DE KAHRIÉ. Mosaïque. Distribution aux jeunes filles
- de la laine pour filer le voile du Temple, le sort attribue
- à Marie la pourpre. 89
-
- 20. PALAIS DE L’HEBDOMON. Vue de l’Intérieur.
- PALAIS DE L’HEBDOMON. Façade. 97
-
- 21. HIPPODROME, PALAIS IMPÉRIAL ET SAINTE-SOPHIE AU XE SIÈCLE.
- (Restitution de l’auteur d’après le plan de Labarte). 101
-
- 22. OBÉLISQUE DE THÉODOSE. 105
-
- 23. COLONNE DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE. 113
-
- 24. COLONNE DE THÉODOSE. Bas-reliefs du piédestal. 117
-
- 25. COLONNE DE CONSTANTIN ET MESÈ.--ANCIENNE RUE DE «MESÈ» ET
- COLONNE DE CONSTANTIN AU Xe SIÈCLE. (D’après la restitution
- de l’auteur). 121
-
- 26. COLONNE SERPENTINE.--AQUEDUC DE VALENS. 129
-
- 27. CITERNE DE BIN BIR DIREK. 133
-
- 28. MOSQUÉE DE BAYAZID. 137
-
- 29. MOSQUÉE DE BAYAZID. Cour. 145
-
- 30. MOSQUÉE DE SÉLIM Ier. 149
-
- 31. MOSQUÉE DE CHAHZADÉ. 153
-
- 32. MOSQUÉE NOURI OSMANIÉ. Porte principale.
- TOMBEAU DE CHAHZADÉ. 161
-
- 33. MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA.--MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA. Cour. 165
-
- 34. MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA. Mihrab et Mimber. 169
-
- 35. MOSQUÉE DE SULEÏMANIÉ. Galeries de la façade et fontaines
- d’ablutions. 177
-
- 36. MOSQUÉE SULEÏMANIÉ. Intérieur. 181
-
- 37. MOSQUÉE SULEÏMANIÉ. Mihrab et Mimber. 185
-
- 38. MOSQUÉE DU SULTAN AHMED IER ET HIPPODROME. 193
-
- 39. MOSQUÉE D’AHMED IER. Intérieur. 197
-
- 40. MOSQUÉE D’AHMED IER. Mimber. 201
-
- 41. MOSQUÉE DE YENI DJAMI. 209
-
- 42. MOSQUÉE DE YENI DJAMI. Faïences de l’entrée des appartements
- du Sultan. 213
-
- 43. MOSQUÉE DE YENI DJAMI. Appartement du Sultan. 217
-
- 44. MOSQUÉE DU SULTAN MEHMED II LE CONQUÉRANT. 225
-
- 45. TOMBEAU DE MEHMED II LE CONQUÉRANT (Dans le Turbé devant
- sa mosquée). 229
-
- 46. FONTAINE D’AHMED III OU D’AYA SOPHIA. 233
-
- 47. INTÉRIEUR DU GRAND BAZAR. 241
-
- 48. MARCHANDS DE CHAUSSURES. 245
-
- 49. VIEUX SÉRAIL. (Palais de Top Kapou). Salle du Trône. 249
-
- 50. VIEUX SÉRAIL. Cheminée, porte, fontaine d’ablutions et
- faïences. 257
-
- 51. VIEUX SÉRAIL. Tchinili Kiosque.--VIEUX SÉRAIL. Terrasse et
- pavillon aux faïences. 261
-
- 52. VIEUX SÉRAIL. (Au fond la porte de la salle du Trône).
- VIEUX SÉRAIL. Cour du Harem. 265
-
- 53. VIEUX SÉRAIL. Balcons à encorbellement.--VIEUX SÉRAIL.
- Intérieur de Bagdad Kiosque. 269
-
- 54. VIEUX SÉRAIL. Intérieur.--INTÉRIEUR D’UNE MAISON TURQUE AU
- XVIIe SIÈCLE. (D’après un dessin de l’auteur.) 273
-
- 55. PALAIS DE DOLMA BAGTCHÉ.--VUE PANORAMIQUE DE LA MOSQUÉE
- SULEÏMANIÉ. 277
-
- 56. INTÉRIEUR TURC A L’ÉPOQUE DES JANISSAIRES. Réception des
- étrangers. (Gravure de A.-J. Duclos d’après les dessins de
- Moreau le Jeune.) 281
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- PREMIÈRE PARTIE
- =A TRAVERS BYZANCE=
-
- CHAPITRE PREMIER
- PRÉCIS HISTORIQUE
-
- I. L’histoire de la ville jusqu’à la conquête turque 1
- II. Mehmet II le Conquérant 14
- III. La prise de Constantinople 21
-
- CHAPITRE II
- TOPOGRAPHIE DE LA VILLE ANCIENNE
-
- I. Les régions 37
- II. Les rues et les forums 41
- III. Les environs de Byzance 47
- IV. Les murs et les tours 62
- V. Les portes 67
- VI. Les portes des murs maritimes de la Corne d’Or 72
- VII. Les portes des murs maritimes de la Propontide 75
-
- CHAPITRE III
- L’ART ET LES ÉDIFICES BYZANTINS
-
- I. L’art byzantin 77
- II. Les églises byzantines 84
- Sainte-Sophie 84
- Église de Sainte-Irène 96
- Église des grands martyrs Serge et Bacchus 97
- Église de Saint-Jean du Stoudion 98
- Église de Chora 98
- Église des Blaquernes 105
- Autres églises 107
- III. Les palais byzantins 112
- Palais impérial 112
- Palais de Boucoléon 118
- Palais de la Magnaure 119
- Palais des Blaquernes 120
- Palais de Constantin Porphyrogénète 126
- Hippodrome 128
- IV. Les bains byzantins 132
- V. Les monuments 134
- Obélisque de Théodose le Grand 134
- Colonne serpentine 136
- Colonne murée ou colonne dorée (colosse) 137
- Colonne de Constantin 138
- Colonne d’Arcadius 139
- Colonne de Marcien 139
- Colonne des Goths 140
- Statue de Justinien 140
- VI. Les aqueducs et les citernes 141
- VII. L’habitation civile byzantine 144
-
- DEUXIÈME PARTIE
- =A TRAVERS ISLAMBOL=
-
- CHAPITRE PREMIER
- L’ART OTTOMAN
-
- I. L’art turc 151
- II. Les origines de l’art ottoman 155
- III. L’architecture ottomane 170
-
- CHAPITRE II
- LES ÉDIFICES OTTOMANS
-
- I. Les mosquées 191
- Mosquée de Bayazid 191
- Mosquée de Selim Ier 195
- Mosquée de Chahzadé 198
- Mosquée Suléïmanié 201
- Mosquée d’Ahmed Ier 209
- Mosquée de Yeni Djami 211
- Mosquée du sultan Mehmed le Conquérant (Fatih) 214
- Mosquée de Laléli 216
- II. Les fontaines 217
- III. Les cimetières 221
- IV. Les bains turcs (Hamam) 224
- V. Le grand bazar 230
- VI. Les palais impériaux ottomans 232
- Palais de Top Kapou 232
- Palais de Tcheragan 237
- Palais de Dolma Bagtché 238
- Palais de Yildiz 239
- Les anciens palais 239
- VII. L’habitation 242
-
- Biographie de Kodja Sinan 253
- Table des monuments construits par Kodja Sinan 256
- Biographie de Mehmed Agha 265
- Monuments de l’époque byzantine 269
- Monuments musulmans contemporains de l’époque byzantine 275
- Monuments de l’époque ottomane 277
- Bibliographie 279
- Table des planches 285
-
-
- * * * * *
-
-
- Corrections:
-
- Page 5: «Mécédoine» remplacé par «Macédoine» (Philippe, roi de
- Macédoine).
-
- Page 21: «100.0000» remplacé par «100.000» (il n’y avait réellement
- que 100.000 guerriers).
-
- Page 22: «qu’ils» remplacé par «qu’il» (d’autres prétendent qu’il
- ne dépassait pas 9.000 soldats).
-
- Page 27: «spectale» remplacé par «spectacle» (Ce dut être un
- spectacle grandiose).
-
- Note 15: «Hammet» remplacé par «Hammer» (Hammer dit que ce soldat
- était un janissaire).
-
- Page 35: «embassadeurs» remplacé par «ambassadeurs» (le Sultan
- envoya des ambassadeurs aux Génois).
-
- Page 59: «probablemeut» remplacé par «probablement» (d’une mine de
- cuivre très probablement déjà exploitée).
-
- Page 63: «aggression» remplacé par «agression» (en prévision de
- l’agression des Avares).
-
- Page 81: «considéré» remplacé par «considérée» (ne peut être
- considérée comme l’œuvre des Turcs).
-
- Page 85: «et et» remplacé par «et» (des dignitaires de l’État et de
- la Cour).
-
- Page 92: «puit» remplacé par «puits» (telles que le puits sacré).
-
- Page 107: «d’Orée» remplacé par «Dorée» (15. Porte Dorée).
-
- Page 123 (Illustration): «Anéma» remplacé par «Anémas» (Prisons
- d’Anémas).
-
- Page 144: «Nymphœum» remplacé par «Nymphæum» (une citerne appelée
- Nymphæum Maximum).
-
- Page 151: «arc turc» remplacé par «art turc» (de l’art musulman, et
- surtout de l’art turc).
-
- Page 154: «conscienceux» remplacé par «consciencieux» (Il suffit de
- l’examen consciencieux de ces œuvres).
-
- Page 155: «leur» remplacé par «leurs» (par l’étendue de leurs
- connaissances scientifiques).
-
- Page 166: «s’acccentua» remplacé par «s’accentua» (Elle s’accentua
- à la mort du chah Ismaïl).
-
- Page 167: «chers» remplacé par «chères» (aux ornementations
- géométriques chères aux Arabes).
-
- Page 172: «couvertures» remplacé par «couverture» (avaient déjà
- emprunté ce mode de couverture aux Sassanides).
-
- Page 174: «mobile» remplacé par «mobiles» (des colonnettes en
- marbre, mobiles et tournant facilement).
-
- Page 176: «subsite» remplacé par «subsiste» (Rien ne subsiste de sa
- décoration).
-
- Note 70: «Medjid» remplacé par «Mesdjid» (Il a son Mesdjid près du
- tombeau de Sinan pacha).
-
- Page 107: «15. Porte d’Orée» remplacé par «15. Porte Dorée».
-
- Page 107: «26. Tour de Christe» remplacé par «26. Tour du Christ».
-
- Page 182: «nécesaire» remplacé par «nécessaire» (Faut-il ajouter
- maintenant qu’il est nécessaire).
-
- Page 197: «icomparable» remplacé par «incomparable» (avec une
- magnificence incomparable).
-
- Note 79: «Mousstafa» remplacé par «Moustafa» (où il invita Moustafa
- à venir dans sa tente).
-
- Page 207: «aktcké» remplacé par «aktché» (soit 59 millions aktché).
-
- Page 209: «cerceuils» remplacé par «cercueils» (entoure les
- cercueils du sultan et de ses enfants).
-
- Page 213: «un» remplacé par «une» (s’étageant l’une sur l’autre).
-
- Page 218: «grillage» remplacé par «grillages» (aux grillages des
- _sébils_).
-
- Page 219: «sébile» remplacé par «sébil» (placés au-dessus de chaque
- sébil).
-
- Page 221: «personnage» remplacé par «personnages» (les grands
- personnages, les riches).
-
- Page 225: «communications» remplacé par «communication» (réunis par
- des portes de communication).
-
- Page 231: «échopes» remplacé par «échoppes» (de petites échoppes
- étroites).
-
- Page 235: «toute» remplacé par «toutes» (où toutes les reliques du
- Prophète).
-
- Page 240: «situé» remplacé par «située» (située entre Haïdar pacha
- et Scutari).
-
- Page 244: «portes-pipes» remplacé par «porte-pipes» (Des
- porte-pipes, appliqués aux murs).
-
- Page 254: «darulkraa» remplacé par «darulkoura» (51 mesdjid
- (chapelles), 26 darulkoura (bibliothèques)).
-
- Page 255: «le» remplacé par «la» (La Fatiha).
-
- Page 257: inséré «à» (52. Mosquée de Moustapha Pacha, à Erzéroum.).
-
- Page 258: «sultanne» remplacé par «Sultane» (80. Mosquée Haseki
- Sultane, à Andrinople).
-
- Page 260: «Séléïman» remplacé par «Suléïman» (1. Sultan Suléïman, à
- Stamboul).
-
- Page 262: La répétition de «30. Palais de Ali Pacha, à Eyoub.» est
- probablement une erreur.
-
- Page 262: «Bahtché» remplacé par «Baghtché» (4. Dépôts à Hass
- Baghtché).
-
- Page 262: «de» remplacé par «du» (1, 2, 3. Bains du Palais
- Impérial).
-
- Page 262: «de» remplacé par «du» (6. Bains du Palais d’Usskudar.).
-
- Page 263: «Sultanne» remplacé par «Sultane» (Bains de Validé
- Sultane, à Djibali).
-
- Note 90: «astériques» remplacé par «astérisques» (Les astérisques
- renvoient au tableau suivant).
-
- Page 272: «George» remplacé par «Georges» (1042-54. Constantin X ou
- XII: Le couvent Saint-Georges de Manganes).
-
- Page 278: «du Suleïman II» remplacé par «de Suleïman II» (1702-1730
- --Ahmed III--Sa première construction est de l’époque de Suleïman
- II).
-
- Page 280: «d’arabe» remplacé par «de l’arabe» (IBN-BATOUTAH.
- Voyages, traduit de l’arabe).
-
- Page 280: «Tarikr» remplacé par «Tarikh» (IBN-IYAS. Kitab Tarikh
- Misr. Le Caire, 1893.).
-
- Page 280: inséré «2» (MAKRIZI. Histoire des sultans Mamelouks de
- l’Égypte, traduite par Quatremère. P. 1837-45, 2 vol. in-4º.).
-
- Page 281 BERNIER (Franc): lire (François).
-
- Page 281: «Vordersasiatsche» remplacé par «Vorderasiatische» (BODE
- (Dr). Vorderasiatische Knüpfteppiche).
-
- Page 282: «Forcheimer» remplacé par «Forchheimer» (STRZYGOWSKI et
- FORCHHEIMER D. Wasserbehälter v. Constantinopel).
-
- Page 283: «cerimoniis» remplacé par «ceremoniis» (CONSTANTIN
- PORPHYROGÉNÈTE. De ceremoniis aulæ Byzantinæ).
-
- Page 284: «letzen» remplacé par «letzten» (MORDTMANN (Dr). Die
- letzten Tage von Byzanz)
-
- Page 284: «Altchristche» remplacé par «Altchristliche» (SALZENBERG.
- Altchristliche Baudenkmäler von Constantinopel).
-
- Page 287 Chapitre III: «Saint-Irène» remplacé par «Sainte-Irène»
- (Église de Sainte-Irène).
-
- Page 287 Chapitre III: «Stoudiou» remplacé par «Stoudion» (Église
- de Saint-Jean du Stoudion).
-
-
-
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CONSTANTINOPLE DE BYZANCE À 
-STAMBOUL. ***
-
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-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of
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-exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
-from people in all walks of life.
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-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
-generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
-Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
-www.gutenberg.org
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation
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-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
-U.S. federal laws and your state's laws.
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-The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West,
-Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
-to date contact information can be found at the Foundation's website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without
-widespread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
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-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
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-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations. To
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-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
-Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
-freely shared with anyone. For forty years, he produced and
-distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
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-Most people start at our website which has the main PG search
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