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J. (Jean Jules) Jusserand - -Release Date: February 2, 2017 [EBook #54089] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE NOMADE *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - - - LA VIE NOMADE - - ET LES ROUTES D'ANGLETERRE - - AU XIVe SIÈCLE - - - - -OUVRAGES DU MÊME AUTEUR - -=Le Théâtre en Angleterre depuis la conquête jusqu'aux prédécesseurs -immédiats de Shakespeare= (1066-1583). Deuxième édition, corrigée et -augmentée, Paris (Leroux); 1881, 1 vol. 8º; prix: 4 fr. - -=Chaucer's pardoner and the pope's pardoners=, London, Chaucer Society, -8º. - -=Observations sur la vision de Piers Plowman=, Paris (Leroux), 1879, 8º. - - -10091.--Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris. - - - - - LES ANGLAIS AU MOYEN ÂGE - - LA VIE NOMADE - - ET LES ROUTES D'ANGLETERRE - - AU XIVe SIÈCLE - - PAR - - J. J. JUSSERAND - - - PARIS - LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie - 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 - - 1884 - - Droits de propriété et de traduction réservées - - - - -_Cet ouvrage n'est qu'un chapitre d'une histoire qui reste à écrire, -celle des Anglais au moyen âge. L'histoire des guerres, des relations -diplomatiques, de l'agriculture, de la constitution politique de nos -voisins a été retracée bien des fois. Aucun livre ne nous a suffisamment -montré, par des aperçus d'ensemble, quel genre de vie matérielle, -intellectuelle et morale menaient au moyen âge les puissants et les -faibles, ce qu'il y avait dans leurs maisons, dans leurs cerveaux, dans -leurs cœurs, ce qu'était leur existence par rapport à la nôtre. Quand on -passait la Manche au quatorzième siècle, qui rencontrait-on sur les -routes, qui voyait-on dans les villes, comment étaient nourris, habillés -les Anglais, quelle part de vie publique était réservée à chaque citoyen, -quelles poésies, quels arts plaisaient à leur esprit, qu'apprenaient-ils -à l'école, comment se passait la journée de l'ouvrier dans son échoppe, -du paysan dans sa hutte, du bourgeois dans sa maison, du_ _noble dans -son château, du moine dans son cloître, comment voyageait-on et pourquoi? -Ces problèmes offrent en Angleterre un intérêt spécial, parce qu'en aucun -pays d'Europe les institutions, les mœurs, les croyances de l'heure -présente ne sont le produit aussi direct de l'état social d'il y a cinq -cents ans. C'est pourquoi ces études ne sont peut-être pas dépourvues de -cette utilité pratique si recherchée en notre temps: pour les peuples, -comme pour les individus, ce n'est souvent qu'en sachant d'où ils -viennent qu'on peut prévoir où ils vont._ - - 18 Février 1884. - - - - -LA - -VIE NOMADE - -ET LES - -ROUTES D'ANGLETERRE AU MOYEN AGE - -(XIVe SIÈCLE) - - «O, dist Spadassin, voici un bon resveux; mais allons nous cacher - au coin de la cheminée et là passons avec les dames nostre vie et - nostre temps à enfiler des perles ou à filer comme Sardanapalus. - Qui ne s'adventure n'a cheval ni mule, ce dist Salomon.» - - (_Vie de Gargantua._) - - -Il y a peu de nomades aujourd'hui; les petits métiers qui s'exerçaient le -long des routes, dans chaque village rencontré, disparaissent devant nos -procédés nouveaux de grande fabrication. De plus en plus rarement on voit -le colporteur déboucler sa balle à la porte des fermes, le cordonnier -ambulant réparer sur le bord des fossés les souliers qui, le dimanche, -remplaceront les sabots, le musicien venu on ne sait d'où chanter aux -fenêtres ses airs monotones interminables; les pèlerins de profession -n'existent plus; les charlatans même perdront bientôt leur crédit. Au -moyen âge, il en était tout autrement; beaucoup d'individus étaient voués -à une existence errante et commençaient au sortir de l'enfance le voyage -de leur vie entière. Les uns au grand soleil, sur la poussière des -chemins fréquentés, promenaient leurs industries bizarres; les autres -dans les sentiers détournés ou même à travers les taillis cachaient leur -tête aux gens du shériff, une tête soit de criminel, soit de fugitif, -«_tête de loup, que tout le monde pouvait abattre_,» selon la terrible -expression d'un juriste anglais du treizième siècle. Parmi ceux-ci, -beaucoup d'ouvriers en rupture de ban, malheureux et tyrannisés dans -leurs hameaux, qui se mettaient en quête de travail par tout le pays, -comme si la fuite pouvait les affranchir: «_Service est en le sank[1]!_» -leur répondait le magistrat; parmi ceux-là, des colporteurs chargés de -menues marchandises, des pèlerins qui de Saint-Thomas à Saint-Jacques -allaient quêtant sur les routes et vivant d'aumônes, des pardonneurs, -nomades étranges, qui vendaient au commun peuple les mérites des saints -du paradis, des frères mendiants et des prêcheurs de toute sorte qui, -suivant l'époque, faisaient entendre aux portes des églises des harangues -passionnées ou les discours égoïstes les plus méprisables. Toutes ces -vies avaient ce caractère commun que, dans les grands espaces de pays où -elles s'écoulaient, et où d'autres vies se consumaient immobiles, tous -les jours sous le même ciel et dans le même labeur, elles servaient comme -de lien entre ces groupes éloignés que les lois et les mœurs -rattachaient au sol. Poursuivant leur œuvre singulière, ces errants, qui -avaient tant vu et connu tant d'aventures, servaient à donner aux humbles -qu'ils rencontraient sur leur passage quelque idée du vaste monde à eux -inconnu. Avec beaucoup de croyances fausses et de fables, ils faisaient -entrer dans le cerveau des immobiles certaines notions d'étendue et de -vie active qu'ils n'auraient guère eues sans cela; surtout ils -fournissaient aux gens attachés au sol des nouvelles de leurs frères de -la province voisine, de leur état de souffrance ou de bonheur, et on les -enviait alors ou on les plaignait et on se répétait que c'étaient bien là -des frères, des amis à appeler au jour de la révolte. - - [1] _Yearbooks of Edward I_, édition Horwood, Londres, 1863, - etc., 8º (collection du _Master of the rolls_), années 30-31 - d'Édouard Ier. - -Dans un temps où pour la foule des hommes les idées se transmettaient -oralement et voyageaient avec ces errants par les chemins, les nomades -servaient réellement de trait d'union entre les masses humaines des -régions diverses. Il y aurait donc pour l'historien un intérêt très grand -à connaître exactement quels étaient ces canaux de la pensée populaire, -quelle vie menaient ceux qui en remplissaient la fonction, quelle -influence et quelles mœurs ils avaient. Nous étudierons les principaux -types de cette race et nous les choisirons en Angleterre au quatorzième -siècle, dans un pays et à une époque où leur importance sociale a été -considérable. L'intérêt qui s'attache à eux est naturellement multiple; -d'abord la personne même de ces pardonneurs, de ces pèlerins de -profession, de ces ménestrels, espèces éteintes, est curieuse à examiner -de près; ensuite et surtout l'état de leur esprit et la manière dont ils -exerçaient leurs pratiques se rattachent étroitement à l'état social tout -entier d'un grand peuple qui venait alors de se former et d'acquérir les -traits et le caractère qui le distinguent encore aujourd'hui. C'est en -effet l'époque où, à la faveur des guerres de France et des embarras -incessants de la royauté, les sujets d'Édouard III et de Richard II -gagnent un parlement semblable à celui que nous voyons fonctionner à -l'heure présente; c'est celle où, dans la vie religieuse, l'indépendance -de l'esprit anglais s'affirme par les réformes de Wyclif, les statuts du -clergé et les protestations du Bon Parlement; celle où, dans les lettres, -Chaucer inaugure la série des grands poètes d'Angleterre; celle enfin où, -du noble au vilain, un rapprochement se fait qui amènera sans révolution -excessive cette vraie liberté que nous avons si longtemps enviée à nos -voisins. Cette période est décisive dans l'histoire du pays. On verra que -dans toutes les grandes questions débattues au cloître, au château ou -sur la place publique, le rôle peu connu des nomades n'a pas été -insignifiant. - -Il faut examiner d'abord le lieu de la scène, ensuite les événements qui -s'y passent, savoir ce que sont les routes, puis ce que sont les êtres -qui les fréquentent. - - - - - PREMIÈRE PARTIE - - LES ROUTES - - - - -CHAPITRE I - -LES ROUTES ET LES PONTS - - Idée générale de leur entretien.--Tous les propriétaires sont - chargés de les réparer.--Caractère religieux de cette obligation. - - Les frères pontifes.--Indulgences pour encourager à la construction - des ponts.--Rôle des guilds.--Le pont de Stratford-at-Bow.--Le - pont de Londres.--Ressources affectées à la préservation des ponts: - les droits de péage.--Les offrandes à la chapelle.--Dotation des - ponts.--Enquêtes sur leur état. - - Les routes.--Leur entretien.--Leur état habituel.--Les députés au - parlement arrêtés dans leur voyage à Londres par le mauvais état - des chemins. - - -L'entretien des routes et des ponts d'Angleterre était au quatorzième -siècle une de ces charges générales qui pesaient, comme le service -militaire, sur l'ensemble de la nation. Tous les propriétaires fonciers -étaient obligés, en théorie, de veiller au bon état des chemins; leurs -tenanciers devaient exécuter pour eux les réparations. Les religieux, -propriétaires de biens donnés en _francalmoigne_, c'est-à-dire dans un -but de pure charité et à titre perpétuel, étaient dispensés de tout -service et de toute rente vis-à-vis de l'ancien propriétaire du sol, et -ils n'avaient en général d'autre charge que celle de dire des prières ou -de faire des aumônes pour le repos de l'âme du donateur. Mais il leur -restait cependant à satisfaire à la _trinoda necessitas_, ou triple -obligation qui consistait notamment à réparer les ponts et les routes. - -C'est que ces travaux n'étaient pas considérés comme mondains; c'étaient -plutôt des œuvres pies et méritoires devant Dieu, au même titre que la -visite des malades et le soulagement des pauvres[2]; on y voyait une -véritable aumône pour des malheureux, les voyageurs. C'est pourquoi le -clergé y demeurait soumis. Le caractère pieux de ce genre de travaux -suffirait à prouver que les routes n'étaient pas aussi sûres ni en aussi -bon état qu'on l'a soutenu quelquefois[3]. Le plus bel effet de l'idée -religieuse au moyen âge a été de produire ces enthousiasmes désintéressés -qui créaient sur-le-champ, dès qu'une misère de l'humanité devenait -flagrante, des sociétés de secours et rendaient populaire l'abnégation. -On vit, par exemple, une de ces misères dans la puissance des infidèles, -et les croisades se succédèrent. On s'aperçut au treizième siècle de -l'état de délaissement de la basse classe dans les villes, et saint -François envoya pour consolateurs aux abandonnés ces frères mendiants si -justement populaires d'abord, mais dont la renommée changea si vite. -C'est de la même façon que l'on considéra les voyageurs comme des -malheureux dignes de pitié et qu'on leur vint en aide pour plaire à Dieu. -Un ordre religieux avait été fondé dans ce but au douzième siècle, celui -des frères _pontifes_ ou faiseurs de ponts, qui se répandit dans -plusieurs pays du continent[4]. En France, ils construisirent sur le -Rhône le célèbre pont d'Avignon, qui garde aujourd'hui encore quatre des -arches élevées par eux, et celui de Pont-Saint-Esprit, qui n'a pas cessé -de servir. Pour rompre la force d'un courant tel que celui du Rhône, ils -bâtissaient des piles très rapprochées, d'une coupe oblongue, qui se -terminaient en angle aigu aux deux extrémités de leur axe; et leur -maçonnerie était si solide que dans plusieurs endroits, pendant sept -siècles déjà, les fleuves l'ont respectée. Ils avaient en outre des -établissements au bord des cours d'eau et aidaient à les passer en -bateau. Les laïques apprirent les secrets de leur art et commencèrent à -les remplacer dès le treizième siècle; les ponts se multiplièrent en -France, et beaucoup subsistent: tel, par exemple, que ce beau pont de -Cahors resté intact et qui a même conservé jusqu'à présent les tourelles -à mâchicoulis qui servaient autrefois à le défendre. - - [2] Lorsque Henri VIII donna à la cathédrale de Cantorbéry les - terres du monastère dissous de Christ-church, il déclara faire - cette donation «pour que les aumônes aux pauvres, la réparation - des routes et des ponts et _autres offices pieux de toute sorte_ - se multipliassent et se répandissent au loin». Et sa concession - était faite «in liberam, puram et perpetuam eleemosynam». (Elton, - _Tenures of Kent_, Londres, 1867, 8º) - - [3] Thorold Rogers, _History of agriculture and prices in - England_, Oxford (Clarendon press), 1866-1882, 4 vol. 8º, t. I. - - [4] Voy. _Recherches historiques sur les congrégations - hospitalières des frères pontifes_, par M. Grégoire, ancien - évêque de Blois. Paris, 1818, 8º. - -On ne trouve pas trace en Angleterre d'établissements fondés par les -frères pontifes; mais il est certain que là, comme ailleurs, les travaux -de construction de ponts et de chaussées avaient un caractère pieux. Pour -encourager les fidèles à y prendre part, Richard de Kellawe, évêque de -Durham (1311-1316), leur remet une partie des peines de leurs péchés. Le -registre de sa chancellerie épiscopale contient souvent des insertions de -cette sorte: «Memorandum... Monseigneur a accordé quarante jours -d'indulgence à tous ceux qui puiseront dans le trésor des biens que Dieu -leur a donnés, pour fournir à l'établissement et à l'entretien du pont de -Botyton, des secours précieux et charitables;» quarante jours, en une -autre circonstance, pour le pont et la chaussée entre Billingham et -Norton[5], et quarante jours pour la grand'route de Brotherton à -Ferrybridge. Le libellé de ce dernier décret est caractéristique. - - [5] _Registrum Palatinum Dunelmense_, édition Hardy, 1873, 8º; - t. I, pp. 615 et 641 (A. D. 1314), texte latin. - -«A tous ceux qui, etc... Persuadés que les esprits des fidèles sont -d'autant plus prompts à s'attacher _aux œuvres pies_ qu'ils ont reçu le -salutaire encouragement d'indulgences plus grandes, confiants dans la -miséricorde de Dieu tout-puissant et les mérites et les prières de la -glorieuse Vierge sa mère, de saint Pierre, de saint Paul et du très saint -confesseur Cuthbert, notre patron, nous remettons quarante jours de la -pénitence à eux imposée à tous nos paroissiens et autres...... -sincèrement contrits et confessés de leurs péchés, qui aideront -charitablement par leurs dons _ou leur travail corporel_ à -l'établissement et à l'entretien de la chaussée entre Brotherton et -Ferrybridge, _où il passe beaucoup de monde_[6].» - - [6] _Registrum Palatinum Dunelmense_, t. I, p. 507. - -Les guilds aussi, ces confréries laïques qu'animait l'esprit religieux, -réparaient les routes et les ponts. C'est ce que faisait la guild de la -Sainte-Croix de Birmingham, fondée sous Richard II, et son intervention -était fort utile, comme le remarquaient, deux siècles plus tard, les -commissaires d'Édouard VI. La guild entretenait «en bon état deux grands -ponts de pierre et plusieurs grands chemins qui auraient été sans cela -défoncés et dangereux: dépenses que la ville est dans l'impossibilité de -faire. Le défaut de cet entretien causera un grand dommage aux sujets de -Sa Majesté qui vont aux marches de Galles ou en viennent, et la ruine -complète de ladite ville, laquelle est une des plus belles et de celles -qui donnent à Sa Majesté les meilleurs revenus de toutes les villes du -comté[7].» - - [7] «Allso theare be mainteigned ..... and kept in good - reparaciouns two greate stone bridges, and diuers ffoule and - daungerous high wayes, the charge whereof the towne of hitsellfe - ys not hable to mainteign. So that the lacke thereof wilbe a - greate noysaunce to the kinges ma{ties} subiectes passing to and - ffrom the marches of wales and an vtter ruyne to the same towne, - being one of the fayrest and moste proffittable townes to the - kinges highnesse in all the shyre.» (_English Gilds; the original - ordinances... from mss. of the 14th and 15th cent._, ed. by - Toulmin Smith.--Early English text Society, Londres, 1870, 8º, - p. 249.) - -Que la reine Mathilde (XIIe siècle) se soit ou non mouillée, comme on -croit, en passant à gué la rivière à Stratford-at-Bow, ce village même où -l'on devait parler plus tard le français qui amuserait Chaucer, il est -certain qu'elle pensa faire œuvre méritoire en y construisant deux -ponts[8]. Plusieurs fois réparé, _Bow Bridge_ existait encore en 1839. -Elle dota sa fondation en cédant une terre et un moulin à eau à l'abbesse -de Barking, chargée à perpétuité d'entretenir le pont et la chaussée -voisine. La reine mourut; une abbaye d'hommes fut fondée à Stratford -même, tout près des ponts, et l'abbesse s'empressa de transmettre au -monastère nouveau la propriété du moulin et la charge des réparations. -L'abbé les fit d'abord, puis il s'en lassa et finit par en déléguer le -soin à un certain Godfrey Pratt. Il lui avait bâti une maison sur la -chaussée, à côté du pont, et lui fournissait une subvention annuelle. -Pendant longtemps, Pratt exécuta le contrat, «se faisant assister, dit -une enquête d'Édouard Ier, de quelques passants, mais sans avoir -souvent recours à leur aide». Il recevait aussi la charité des voyageurs -et ses affaires prospéraient. Elles prospérèrent si bien que l'abbé crut -pouvoir retirer sa pension; Pratt se dédommagea de son mieux. Il établit -des barres de fer en travers du pont et fit payer tous les passants, sauf -les riches; car il faisait prudemment exception «pour les gens de -noblesse; il avait peur et les laissait passer sans les inquiéter». La -contestation ne se termina que sous Édouard II; l'abbé reconnut ses -torts, reprit la charge du pont et supprima les barres de fer, le péage -et Godfrey Pratt lui-même. - - [8] _Archæologia_, t. XXVII, p. 77, et t. XXIX, p. 380. - -Ce pont, sur lequel Chaucer sans doute a passé, était en pierre; -ses arches étaient étroites et ses piles épaisses; de puissants -contreforts les soutenaient et divisaient la force du courant; ils -formaient à leur partie supérieure un triangle ou gare d'évitement -qui servait de refuge aux piétons, car le passage avait si peu de -largeur qu'une voiture suffisait à l'obstruer. Quand on le démolit -en 1839, on reconnut que les procédés de construction avaient été -très simples. Pour établir les piles dans le lit de la rivière, les -maçons avaient simplement jeté du mortier et des pierres jusqu'à ce -que le niveau de l'eau eût été atteint. On remarqua aussi que le -mauvais vouloir de Pratt, de l'abbé ou de leurs successeurs avait -dû rendre, à certains moments, le pont presque aussi dangereux que -le gué primitif. Les roues des voitures avaient creusé dans la -pierre des ornières si profondes et les fers des chevaux avaient -tellement usé le pavement, qu'une arche s'était trouvée percée. - -Le caractère pieux de ces constructions se révélait par la chapelle -qu'elles portaient. Bow Bridge était ainsi placé sous la protection de -sainte Catherine. Le pont de Londres avait aussi une chapelle, dédiée à -saint Thomas de Cantorbéry. C'était une volumineuse construction -gothique, de forme absidale, avec de hautes fenêtres et des clochetons -ouvragés, presque une église. Une miniature de manuscrit[9] la montre -attachée à la pile du milieu, tandis que, tout le long du parapet, des -maisons aux toits aigus projettent sur la Tamise leur deuxième étage, qui -surplombe. - - [9] Ms. _Reg._ 16, F. 2, au British Museum (Poésies de Charles - d'Orléans, époque de Henri VII). - -Aucun Anglais au moyen âge et même à la renaissance n'a jamais parlé sans -orgueil du pont de Londres; c'était la grande merveille nationale; il -demeura jusqu'au milieu du dix-huitième siècle le seul pont de la -capitale. Il avait été commencé en 1176, sur l'emplacement d'une vieille -passerelle en bois, par Pierre Colechurch, «prêtre et chapelain», qui -avait déjà réparé une fois la passerelle. Tout le peuple s'émut de cette -grande et utile entreprise; le roi, les citoyens de Londres, les -habitants des comtés dotèrent l'édifice de terres et envoyèrent de -l'argent pour hâter son achèvement. On voyait encore, au seizième siècle, -la liste des donateurs «gravée sur une belle tablette pour la postérité», -dans la chapelle du pont[10]. Peu avant sa mort (1205), Pierre -Colechurch, alors très vieux, avait été remplacé dans la direction des -travaux. Le roi Jean sans Terre, qui se trouvait en France, frappé de la -beauté des ponts de notre pays, en particulier de ce magnifique pont de -Saintes, qui a duré jusqu'au milieu de notre siècle et sur lequel un arc -de triomphe romain donnait accès, désigna, pour remplacer Pierre, un -Français, frère Isembert, «maître des écoles de Saintes (1201)». -Isembert, qui avait fait ses preuves en travaillant au pont de la -Rochelle et à celui de Saintes, partit avec ses aides, muni d'une patente -royale adressée au maire et aux habitants de Londres. Jean sans Terre y -vantait l'habileté du maître et déclarait consacrer pour jamais à -l'entretien de l'édifice le revenu des maisons que celui-ci élèverait sur -le parapet (Voy. appendice, 1) Le pont fut terminé en 1209. Il était en -effet garni de maisons, d'une chapelle et de tours de défense. Il devint -célèbre immédiatement et fit l'admiration de toute l'Angleterre. -L'Écossais sir David Lindesay, comte de Crawfurd, s'étant pris de -querelle avec lord Welles, ambassadeur à la cour d'Écosse, un duel fut -décidé, et ce fut le pont de Londres que Lindesay désigna pour lieu du -combat (1390). Il traversa tout le royaume, muni de sauf-conduits de -Richard II, et le duel s'engagea solennellement à l'endroit fixé, en -présence d'une foule immense. Le premier choc fut si violent que les -lances volèrent en éclats, mais l'Écossais demeura immobile sur sa selle. -Le peuple, inquiet du succès de l'Anglais, commença à crier que -l'étranger était attaché à sa monture, contrairement à toutes les règles. -Ce qu'entendant, Lindesay, pour toute réponse, sauta légèrement à terre, -se remit d'un bond en selle, et, chargeant de nouveau son adversaire, le -culbuta et le blessa grièvement[11]. - - [10] Stow, _The survey of London_, Londres, 1633, fol., pp. 27 et - suiv. Stow, qui examina les comptes des gardiens du pont pour une - année (22 Henri VII), trouva que les revenus de la construction - s'étaient élevés à 815 livres 17 shillings 2 pence. Le pont - actuel date de notre siècle; il a été ouvert en 1831 à la - circulation; la dépense occasionnée par sa construction a été de - 1 458 311 livres sterling (trente-six millions et demi de - francs). - - [11] Stow, _op. cit._, p. 29; _Chronicles of London Bridge_, by - an antiquary (James Thompson), Londres, 1827, 8º, p. 187. - -Les maisons bâties sur le pont étaient à plusieurs étages; elles avaient -leurs caves dans l'épaisseur des piles. Quand ils avaient besoin d'eau, -les habitants jetaient par la fenêtre leurs seaux attachés à des cordes -et les remplissaient dans la Tamise. Quelquefois par ce moyen ils -portaient secours aux malheureux dont la barque avait chaviré. Les arches -étaient étroites et il n'était pas rare que, l'obscurité venue, quelque -bateau heurtât les piles et fût mis en pièces. Le duc de Norfolk et -plusieurs autres furent sauvés de cette façon en 1428, mais beaucoup de -leurs compagnons se noyèrent. D'autres fois c'étaient les habitants -eux-mêmes qui avaient besoin de secours, car il arrivait parfois que -leurs maisons, mal réparées, penchaient en avant et tombaient tout d'une -pièce dans la rivière. Une catastrophe de ce genre se produisit en 1481. - -L'une des vingt arches du pont, la treizième à partir de la cité, formait -pont-levis pour laisser passer les bateaux[12] et pour fermer aussi -l'accès de la ville; ce fut cet obstacle qui, en 1553, empêcha les -insurgés conduits par sir Thomas Wyat de pénétrer dans Londres. A côté de -l'arche mobile s'élevait une tour sur le haut de laquelle le bourreau -planta longtemps les têtes des criminels décapités. Celle du grand -chancelier, sir Thomas More, saigna un temps au bout d'une pique sur -cette tour, avant d'être rachetée par Marguerite Roper, la fille du -supplicié. En 1576, cet édifice aux sombres souvenirs fut reconstruit -magnifiquement et l'on y fit des appartements très beaux. La nouvelle -tour était tout entière en bois sculpté et doré, dans ce style «de papier -découpé» en honneur sous Élisabeth et que blâmait le sage Harrison. Elle -s'appela la «Maison-non-pareille», _None-such-house_. Les têtes des -suppliciés ne pouvaient plus souiller une construction aussi gaie -d'aspect; on les reporta sur la tour suivante, du côté de Southwark. -Quatre ans après ce changement, Lyly l'euphuïste, cet élégant si attentif -à flatter la vanité de ses compatriotes, terminait un de ses livres par -un éloge pompeux de l'Angleterre, de ses produits, de ses universités, de -sa capitale; il ajoutait: «Parmi les merveilles les plus belles et les -plus extraordinaires, aucune, il me semble, n'est comparable au pont sur -la Tamise. On dirait une rue continue garnie des deux côtés de hautes et -imposantes maisons. Cette rue est supportée par vingt arches faites -d'excellentes pierres de taille; chaque arche a soixante pieds de haut et -vingt au moins d'ouverture (Ap. 2).» - - [12] Moyennant le payement d'une taxe, dont un acte de 1334, - inséré dans le _Liber albus_ (éd. Riley), avait fixé très - minutieusement le tarif. - -C'était là un pont exceptionnel; les autres avaient une apparence moins -grandiose. On était même très heureux d'en rencontrer de semblables à -celui de Stratford, malgré son peu de largeur et ses profondes ornières, -comme celui de la Teign entre Newton Abbot et Plymouth (reconstruit en -1815 sur des fondations romaines)[13], ou même comme le pont de bois sur -la Dyke, aux arches si basses et si étroites que tout trafic par eau -était interrompu pour peu que le niveau de la rivière montât. L'existence -de ce dernier pont, qui, en somme, était plutôt une entrave qu'une aide -pour le commerce, finit, il est vrai, par exciter l'indignation des -comtés avoisinants. Aussi, pendant le quinzième siècle, fut-il accordé -aux habitants, sur leur pressante requête, de reconstruire ce pont en -pierre, avec une arche mobile pour les bateaux (Ap. 3). - - [13] _Archæologia_, t. XIX, p. 308. On voit assez souvent des - représentations de ponts dans les manuscrits du quatorzième - siècle; voy. notamment au British Museum les manuscrits - _Addition_, 12 228, fol. 267, et 10 E. IV, fol. 192, etc. Ces - ponts ont des arches rondes fortement maçonnées, des piles - trapues et quelquefois d'assez jolies corniches. Il ne reste pas - aujourd'hui en Angleterre de ponts du moyen âge aussi bien - conservés que ceux que nous avons en France; nos voisins n'ont - rien qui puisse soutenir la comparaison, par exemple avec le - magnifique pont de la _Calendre_ à Cahors (XIIIe siècle), ni - avec les autres ponts mentionnés plus haut. Ils peuvent toutefois - montrer comme curiosité (car il n'a plus d'utilité pratique) le - vieux pont à trois branches de Crowland, qui paraît remonter, - dans son état actuel, au quatorzième siècle. - -On a déjà vu quelques exemples des moyens employés à cette époque pour -assurer le maintien de ces précieux monuments, lorsque ce maintien ne -constituait pas une des charges inhérentes à la propriété des terres -voisines (_trinoda necessitas_): on sait qu'on y arrivait quelquefois à -la faveur d'indulgences promises aux bienfaiteurs; d'autres fois, grâce -à l'intervention des guilds, ou aussi par les dotations dont un grand -seigneur enrichissait le pont qu'il avait fondé. Mais il y avait encore -plusieurs moyens employés avec succès et même avec profit; c'était la -perception régulière de ce droit de péage que Godfrey Pratt avait imposé -arbitrairement à ses concitoyens, ou bien la collecte des offrandes -pieuses faites à la chapelle du pont et à son gardien. Le droit de péage -s'appelait _pontagium_ ou _brudtholl_ (_bridgetoll_); le concessionnaire -de cette taxe s'engageait en compensation à faire toutes les réparations -utiles. Quelquefois le roi accordait ce droit comme une faveur, pour une -période déterminée; on en verra un exemple dans la pétition suivante, qui -est du temps d'Édouard Ier ou d'Édouard II: - -«A nostre seygnur le roy, prie le soen bacheler Williame de Latymer, -seygnur de Jarmi[14], qe il ly voylle grauntier pountage pur cync aunz al -pount de Jarmi, qe est debrusee, ou home soleyt passer as carettes e ove -chivals en le reale chymyn entre l'ewe de Tese vers la terre de Escoce. -Çoe, si ly plest, voille fere pur l'alme madame sa cumpaygne, qe est à -Dieu comaundez, e pur comun profit des gentz passauntz.» - - [14] Yarm sur la Tees, à 44 milles N.-N.-O. d'York. Le «reale - chymyn» dont il est question est la grand'route d'Écosse qui se - dirigeait vers le midi en passant par York et Londres. Le pont - fut reconstruit en 1400 par Skirlaw, évêque de Durham. - - -La réponse du roi est favorable: «Rex concessit pontagium per -terminum[15].» - - [15] _Rotuli parliamentorum_, t. I, p. 468. Le droit de - _pontagium_ est fréquemment mentionné dans le _Liber custumarum_, - publié par Riley (collect. du Maître des Rôles); voir aussi les - _Fœdera_ (1816-1830), t. V, p. 520. - -Une autre pétition très curieuse (1334) montrera l'application de l'autre -moyen, c'est-à-dire la collecte d'offrandes volontaires obtenues de la -charité des passants[16]; on y remarquera le rôle des clercs dans la -garde de ces monuments, l'âpreté avec laquelle on se disputait le droit -profitable de recueillir ces aumônes, et les détournements dont -quelquefois elles étaient l'objet: - -«A notre seigneur le roi et à son conseil remontre leur pauvre chapelain -Robert le Fenere, curé de l'église de Saint-Clément de Huntingdon, de -l'évêché de Lincoln, qu'il y a une petite chapelle nouvellement édifiée -en sa paroisse, sur le pont de Huntingdon, de laquelle chapelle notre -seigneur le roi a accordé et baillé la garde, tant qu'il lui plaira, à un -sire Adam, gardien de la maison de Saint-Jean de Huntingdon, qui prend et -emporte toutes manières d'offrandes et aumônes, et rien ne met en -amendement du pont et de la chapelle susdite, comme il y est tenu. -D'autre part, il semble préjudiciable à Dieu et à Sainte Église que les -offrandes soient appropriées à nul sinon au curé dans la paroisse duquel -la chapelle est fondée. Pour quoi ledit Robert prie, pour Dieu et Sainte -Église et pour les âmes du père de notre seigneur le roi et de ses -ancêtres, qu'il puisse avoir, annexée à son église, la garde de ladite -chapelle, ensemble avec la charge du pont, et il mettra de son œuvre -toute sa peine à les bien maintenir, de meilleure volonté que nul -étranger, pour le profit et l'honneur de Sainte Église, pour plaire à -Dieu et à toutes gens passant par là.» - - [16] Quelquefois, sans doute après avoir éprouvé lui-même ou par - quelqu'un des siens le danger du passage, le roi fait une - offrande assez considérable pour permettre à elle seule de - grosses réparations. Ainsi, la quarante-quatrième année de son - règne, Édouard III donne 15 livres sterling pour les réparations - du pont de Newcastle-on-Tyne. (_Issue Roll of Thomas de - Brantingham_, edited by F. Devon, 1835-1840, p. 392.) - -Ce mélange d'intérêts humains et divins est soumis à l'examen ordinaire, -et la demande est écartée par une fin de non-recevoir: «Non est peticio -parliamenti», cette pétition ne regarde pas le parlement (Ap. 4). - -D'autres fois, enfin, le pont était en même temps, lui-même, propriétaire -d'immeubles et bénéficiaire des offrandes faites à sa chapelle; il avait -des ressources civiles et des ressources religieuses. Tels étaient -notamment les ponts de Londres, de Bedford et beaucoup d'autres. Jean de -Bodenho, chapelain, expose au Parlement que les habitants de Bedford -tiennent du roi leur propre ville en ferme et se sont chargés -d'entretenir leur pont. Et pour cela ils ont «assigné certeyns tenementz -et rentes en ladite ville audit pount pur le meintenir, e de lour -aumoigne ount fait une oratorie novelement hors de l'eawe q'est au sire -de Moubray, par congé du seigneur, joignaunt audit pount.» Les bourgeois -ont donné au plaignant les revenus du tout, avec la charge des -réparations. Mais le clerc Jean de Derby a fait entendre au roi que -c'était chapelle royale, qu'il pouvait en disposer, et le roi la lui a -donnée, ce qui est fort injuste, puisque la chapelle n'est pas au roi et -que même ceux qui l'ont établie sont encore vivants; toutes ces raisons -furent trouvées bonnes: les juges reçurent l'ordre de faire droit au -plaignant et ils furent réprimandés pour ne l'avoir pas fait plus tôt, -comme on le leur avait déjà prescrit[17]. - - [17] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 100 (année 1338). - -Enrichis par tant d'offrandes, protégés par la _trinoda necessitas_ et -par l'intérêt commun des propriétaires du sol, ces ponts auraient pu être -perpétuellement réparés et demeurer intacts. Mais il n'en était rien, et -de la théorie légale à la pratique la distance était grande. Quand les -taxes étaient régulièrement perçues et honnêtement appliquées, elles -suffisaient au maintien de la construction, et même le droit de les -percevoir était, comme on l'a vu, fort disputé; mais on a pu observer -déjà, par l'exemple de Godfrey Pratt et de quelques autres, que tous les -gardiens n'étaient pas honnêtes. Beaucoup, et même des plus haut placés, -imitaient Godfrey. Le pont de Londres lui-même, si riche, si utile, si -admiré, avait constamment besoin de réparations, et on ne les faisait -jamais que lorsque le danger était imminent ou même la catastrophe -survenue. Henri III concédait à terme les revenus du pont «à sa femme -très chère», qui négligeait de l'entretenir et s'appropriait sans -scrupule les rentes de l'édifice; le roi n'en renouvelait pas moins sa -patente à l'expiration du terme, pour que la reine bénéficiât «d'une -grâce plus féconde». Le résultat de ces grâces ne se faisait pas -attendre: il se trouve bientôt que le pont est en ruines, et pour le -remettre en état, les ressources ordinaires ne suffisant plus, il faut -envoyer des quêteurs recueillir par tout le pays les offrandes des hommes -de bonne volonté. Édouard Ier supplie ses sujets de se hâter (janvier -1281): le pont va s'écrouler si on n'envoie de prompts secours. Il -recommande aux archevêques, aux évêques, à tout le clergé de permettre à -ses quêteurs d'adresser librement au peuple «de pieuses exhortations», -pour que les subsides soient donnés sans délai. Mais ces secours si -instamment réclamés arrivent trop tard; la catastrophe s'est déjà -produite; une «ruine subite» a atteint le pont, et pour parer à ce -malheur le roi établit une taxe exceptionnelle sur les passants, les -marchandises et les bateaux (4 février 1282). En quoi consistait cette -ruine subite, nous le savons par les annales de Stow: l'hiver avait été -fort rigoureux, la neige et la gelée avaient produit dans le tablier de -grandes crevasses, si bien que, vers la fête de la Purification (2 -février), cinq des arches s'étaient écroulées; beaucoup d'autres ponts, -dans les comtés, avaient été mis à mal, le pont de Rochester était même -tombé tout entier (Ap. 5). - -On imagine ce qu'il pouvait advenir de certains ponts de la province qui -avaient été construits sans qu'on eût songé à les doter; les aumônes -qu'on leur faisait se trouvaient insuffisantes; de sorte que peu à peu, -personne ne les réparant, leurs arches s'usaient, leurs parapets se -détachaient, une charrette ne passait plus sans que de nouveaux moellons -disparussent dans la rivière, et bientôt ce n'était pas sans de grands -dangers que les carrioles et les cavaliers s'aventuraient sur la -construction à demi démolie. Qu'avec cela une crue survînt, c'en était -fait du pont et des imprudents ou des gens pressés qui pouvaient s'y -engager sur le tard. C'est un accident de ce genre qu'allègue pour sa -défense un chambellan d'Édouard III à qui son maître réclame cent marcs. -Le chambellan assure les avoir envoyés exactement par son clerc Guillaume -de Markeley, hélas! «.... lequel William fut neyé en Savarne au Pount de -Moneford par crecyn (crue) de eawe, e ne poyt estre trové tant qe il fut -desvorré des bestes, issint qe lesditz cent marcs furent perdues par -fortune[18].» A cette époque, il y avait encore des loups en Angleterre, -et la disparition du corps, avec les cent marcs, par le fait des bêtes -féroces, put paraître moins invraisemblable qu'on ne la jugerait à -présent. - - [18] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 91 (9 Édouard III, 1335). - -Dans ce temps, la négligence et l'oubli allaient jusqu'à des degrés -aujourd'hui impossibles et qui nous sont inconnus. Les communes des -comtés de Nottingham, Derby et Lincoln et de la ville de Nottingham -exposent au Bon Parlement (1376) qu'il y a près de la ville de Nottingham -un grand pont sur la Trent, appelé Heybethebrigg, «as fesaunce ou -reparailler de quele nul y est chargé fors taunt soulment d'almoigne; par -ont touz les venantz et revenantz par entre les parties del south et -north deyvent avoir lour passage». Ce pont est «ruynouste» et «sovent -foith ount plusours gentz esté noiez auxi bien gentz à chivalx comme -charettz, homme et hernays». Les plaignants demandent de pouvoir désigner -deux gardiens du pont, qui administreront les biens qu'on donnera pour -son entretien, «pur Dieu et en eovre de charité». Mais le roi -n'accueillit pas leur requête[19]. - - [19] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 350. - -Ou bien encore il se trouvait que les propriétaires riverains laissaient -tomber en oubli leur obligation, même quand elle était au début -parfaitement formelle et certaine. Le législateur avait pris cependant -quelques précautions; il avait inscrit les ponts dans la liste des sujets -de ces enquêtes ouvertes périodiquement en Angleterre par les juges -errants, les shériffs et les baillis, ainsi qu'on le verra plus loin; -mais les intéressés trouvaient moyen de frauder la loi. On s'était -accoutumé de si longue date à voir l'édifice menacer ruine, que, le jour -où il s'écroulait, personne ne pouvait plus dire qui aurait dû le -réparer. Il fallait alors s'adresser au roi pour avoir une enquête -spéciale et faire rechercher à qui incombait la servitude. Le parlement -en décide ainsi en 1339, sur la demande du prieur de Saint-Néots: «Item, -soient bones gentz et loialx assignez de survéer le pount et la chaucé de -Seint Nee, s'ils soient debrusez et emportez par cretyn (crue) de eawe, -come le priour suppose, ou ne mye. Et, en cas q'ils soient debrusez et -emporté, d'enquere qi le doit et soleit faire reparailler et à ceo faire -est tenuz de droit, et de combien le pount et la chaucé purront estre -refaitz et reparaillez. Et ceo qu'ils averont trove, facent retourner en -la chauncellerie[20].» - - [20] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 111. - -A la suite d'enquêtes pareilles, les personnes chargées de l'entretien se -trouvant déterminées par les déclarations d'un jury convoqué sur les -lieux, une taxe est levée sur les individus désignés, pour l'exécution -des réparations. Mais très souvent les débiteurs protestent et refusent -de payer; on les poursuit, ils en réfèrent au roi; on saisit leur cheval -ou leur charrette, ce qui peut tomber sous la main, pour être vendu au -profit du pont; la discussion s'éternise et l'édifice croule en -attendant. Hamo de Morston, par exemple, se plaint, la onzième année -d'Édouard II, de ce qu'on lui a pris son cheval. Cités à se justifier, -Simon Porter et deux autres qui ont fait la capture, expliquent qu'il y a -un pont à Shoreham, appelé le grand pont (Longebregge), qui est à moitié -détruit; or il a été reconnu que la construction devait être rétablie aux -frais des tenanciers de l'archevêque de Cantorbéry. Hamo ayant refusé de -payer sa part de contribution, Simon et les autres lui ont pris son -cheval. Ils agissaient par ordre du bailli, et leur conduite se trouve -justifiée. A la suite d'une autre enquête de la même époque, l'abbé de -Coggeshale refuse d'exécuter aucune réparation à un pont voisin de ses -terres, sous prétexte que, de mémoire d'homme, il n'y a eu sur la rivière -d'autre pont «qu'une certaine planche», et que, de tout temps, on l'a -trouvée parfaitement suffisante pour les cavaliers et les piétons (1 Éd. -II). Les exemples d'enquêtes de ce genre et de difficultés pour -l'exécution des mesures décidées sont innombrables (Ap. 6). - -L'entretien des routes ressemblait fort à celui des ponts, c'est-à-dire -qu'il dépendait beaucoup de l'arbitraire, de l'occasion, de la bonne -volonté ou de la dévotion des riverains (Ap. 7). Où commençait la -négligence, les ornières commençaient, ou pour mieux dire les fondrières; -cette foule de petites arches souterraines que le piéton ne remarque même -pas aujourd'hui, et qui servent à l'écoulement de ruisseaux à sec une -partie de l'année, n'existaient pas alors et le ruisseau traversait le -chemin. Quand on voyage en Orient, à l'heure actuelle, on entend dans les -bazars des villes les caravaniers parler de routes et de chemins de -traverse, on en parle soi-même au retour, comme le prouvent les récits de -voyage. En Orient, cependant, une route n'est autre chose souvent qu'un -endroit par où l'on passe d'habitude; cela ne ressemble guère aux -chaussées irréprochables dont le mot route éveille l'idée dans les -esprits européens. Pendant la saison des pluies, d'immenses flaques d'eau -coupent en travers la piste accoutumée des cavaliers et des chameaux: -elles s'agrandissent peu à peu, débordent à la fin et forment de vraies -rivières. Le soir, le soleil se couche dans le ciel et en même temps dans -la route qui devient pourprée; les innombrables flaques du chemin et de -la campagne reflètent les nuages rougis ou violacés, les chevaux -mouillés, les cavaliers éclaboussés frissonnent au milieu de toutes ces -lueurs, pendant que sur leur tête et à leurs pieds les deux soleils se -rapprochent l'un de l'autre pour se rejoindre à l'horizon. Les routes du -moyen âge ressemblaient souvent à celles de l'Orient moderne; les -couchers de soleil y étaient magnifiques en hiver, mais, pour affronter -les voyages, il fallait être un cavalier robuste, dur à la fatigue, et -d'une santé inébranlable. L'éducation usuelle, il est vrai, vous -préparait à ces épreuves. - -Les chemins d'Angleterre auraient été entièrement impraticables, et le -zèle religieux, pas plus que les indulgences de l'évêque de Durham, -n'aurait suffi à les tenir en état si la noblesse et le clergé, -c'est-à-dire l'ensemble des propriétaires, n'avaient eu un intérêt -immédiat et journalier à jouir de routes passables. Les rois d'Angleterre -avaient eu la prudence de ne pas constituer de grands fiefs compacts -comme ceux qu'ils possédaient eux-mêmes en France et qui faisaient d'eux -des vassaux si dangereux. Leur propre exemple les avait instruits sans -doute, et nous les trouvons distribuant dès le début aux _actionnaires_ -de leur grande entreprise des domaines éparpillés à tous les coins de -l'île. Cette sorte de marqueterie foncière subsistait au quatorzième -siècle, et Froissart l'avait bien remarquée: «Et, pluisseurs fois, -dit-il, avint que quant je cevauchoie sus le pais avoecques lui, _car les -terres et revenues des barons d'Engleterre sont par places et moult -esparses_, il m'apeloit et me disoit: Froissart, veez vous celle grande -ville à ce haut clochier[21]?...» Le malheureux Despencer qui faisait -cette question n'était pas seul à avoir, semées au hasard dans tous les -comtés, les terres qu'il devait à la faveur du prince: tous les grands de -sa sorte étaient dans le même cas. Le roi lui-même, du reste, avec toute -sa cour, aussi bien que les seigneurs, allait sans cesse d'un manoir à -l'autre, par goût et plus encore par nécessité. En temps de paix, c'était -un semblant d'activité qui ne déplaisait point: mais c'était, avant tout, -un moyen de vivre. Tous, quelque riches qu'ils fussent, avaient besoin -d'économiser et, comme les propriétaires de tous les temps, de vivre sur -leurs terres des produits de leurs domaines. Ils allaient donc de place -en place, et il n'était pas sans intérêt pour eux d'avoir des chemins -praticables, où leurs chevaux ne s'abattraient pas et où leurs fourgons -à bagages, qui servaient à de véritables déménagements, auraient chance -de ne pas verser. De même, les moines, grands cultivateurs, avaient -intérêt au bon entretien des routes. Leurs exploitations agricoles -étaient très étendues; une abbaye comme celle de Meaux[22] avait, au -milieu du quatorzième siècle, 2638 moutons, 515 bœufs, 98 chevaux et des -terres à proportion. D'ailleurs, comme nous l'avons vu, le soin de -veiller au bon état des routes incombait au clergé plus qu'à toute autre -classe, parce que c'était une œuvre pie et méritoire, et pour cette -raison le caractère religieux de leur tenure ne les exemptait pas de la -_trinoda necessitas_, commune à tous les possesseurs de terres. - - [21] Édition Luce, t. I, p. 257. - - [22] Meaux près Beverley (_Chronica monasterii de Melsa_, édition - E. A. Bond; collection du _Maître des Rôles_, Londres, 1868, 3 - vol. 8º, t. I, p. XV). - -Tous ces motifs réunis étaient assez pour qu'il y eût des chemins -considérés comme suffisants, étant donnés les besoins d'alors, mais à -cette époque on se contentait de peu. Les carrioles et même les voitures -étaient de lourdes machines pesantes mais solides, qui pouvaient -supporter les plus durs cahots. Pour peu qu'on eût du bien, on voyageait -à cheval. Quant à ceux qui voyageaient à pied, ils étaient accoutumés à -toutes les misères. Peu de chose suffisait donc, et s'il fallait d'autres -preuves de l'état dans lequel les routes étaient sujettes à tomber, même -aux endroits les plus fréquentés, nous les trouverions dans un statut -d'Édouard III (20 novembre 1353) qui prescrit le pavage de la -grand'route, _alta via_, allant de Temple Bar (limite occidentale de -Londres à cette époque) à Westminster. Cette route, étant presque une -rue, avait été pavée, mais le roi explique qu'elle est «si remplie de -trous et de fondrières... et que le pavement en est tellement endommagé -et disjoint» que la circulation est devenue très dangereuse pour les -hommes et les voitures. Il ordonne en conséquence à chaque propriétaire -riverain de refaire, à ses frais, un trottoir de sept pieds, jusqu'au -fossé, _usque canellum_. Le milieu de la voie, «inter canellos», dont on -ne dit malheureusement pas la largeur, sera pavé, et les frais couverts -au moyen d'une taxe perçue sur toutes les marchandises allant à l'étape -de Westminster. - -Il y avait déjà une taxe générale sur toutes les charrettes et les -chevaux apportant des marchandises ou des matériaux quelconques à la -ville. L'arrêté[23] qui l'avait établie, la troisième année du règne -d'Édouard III, constate d'abord que toutes les routes des environs -immédiats de Londres sont en si mauvais état que les charretiers, -marchands, etc., «sont souvent en danger de perdre ce qu'ils apportent». -Désormais, pour subvenir aux réparations, un droit sera perçu sur tous -les véhicules et toutes les bêtes chargées venant à la ville; on -procédera par abonnement: ainsi, pour un tombereau rempli de sable, de -gravier ou de terre glaise, il faudra payer trois pence par semaine. On -fait exception, selon la coutume, pour les voitures et les chevaux -employés au transport de denrées et autres objets destinés aux grands -seigneurs (Ap. 8). - - [23] Voir les documents publiés par Riley, _Memorials of London_, - Londres, 1868, 8º, p. 291. - -Mais ce qui fait comprendre mieux encore que les édits la difficulté des -voyages par le mauvais temps, et permet de se représenter des chemins -tout aussi inondés que ceux d'Orient dans la période des pluies, c'est le -fait, constaté dans des pièces officielles, de l'impossibilité où l'on -était parfois, durant la mauvaise saison, de répondre aux convocations -royales les plus graves. C'est ainsi qu'on voit, par exemple, l'ensemble -des députés appelés au parlement de tous les points de l'Angleterre -manquer au jour désigné, sans que le retard fût attribuable à rien qu'à -l'état des routes. On lit ainsi dans les procès-verbaux des séances du -deuxième parlement de la treizième année d'Édouard III (1339) qu'il fut -nécessaire de venir déclarer aux quelques représentants des communes et -de la noblesse qui avaient pu gagner Westminster, «qe pour la reson que -les prélatz, countes, barouns et autres grauntz et chivalers des -countéez, citeyns et burgeys des citez et burghes furent destourbez par -la mauvays temps qu'il ne poaient venir audit jour, il lour covendrait -attendre lour venue[24]». - - [24] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 107. - -Pourtant ces députés n'étaient pas de pauvres gens: ils avaient de bons -chevaux, de bonnes tuniques, des manteaux épais couvrant la nuque et -remontant jusque sous le chapeau, avec de grandes manches pendantes -tombant sur les genoux; n'importe, la neige ou la pluie, les inondations -ou la gelée avaient été les plus forts. Tout en pestant, chacun de son -côté, contre la saison qui entravait leur voyage, prélats, barons ou -chevaliers avaient dû arrêter leurs montures dans quelque auberge isolée; -et écoutant le bruit du grésil sur les châssis de bois qui fermaient la -fenêtre, les jambes au feu dans la salle enfumée, en attendant le retrait -des eaux ils songeaient au mécontentement royal qui bientôt leur serait -sans doute manifesté dans la «chambre peinte» de Westminster. Si donc il -y avait des routes, si les propriétés étaient grevées de servitudes -obligeant à les entretenir, si des édits venaient de temps en temps -rappeler aux possesseurs du sol leurs obligations, si l'intérêt privé des -seigneurs et des moines s'ajoutant à l'intérêt public occasionnait de -temps en temps des réparations, le sort du voyageur, à la chute ou à la -fonte des neiges, était cependant précaire. On comprend que l'Église ait -eu pitié de lui et l'ait mentionné, en même temps que les malades et les -prisonniers, parmi les infortunés qu'elle recommandait aux prières -quotidiennes des âmes pieuses. - - - - -CHAPITRE II - -LE VOYAGEUR ORDINAIRE ET LE PASSANT - - Les voyages de la cour et des seigneurs.--Charrettes et fourgons - à bagages.--Les pourvoyeurs royaux et leurs abus de pouvoir.--Les - voitures princières.--Le cortège royal.--Les solliciteurs et les - plaideurs. - - Voyages des magistrats.--Voyages des moines.--Voyages des - évêques.--Voyages des messagers. - - Les gîtes pour la nuit.--La suite du roi logée par les - habitants.--Les monastères.--Les nobles abusent de l'hospitalité - monacale.--Les châteaux.--Les hôtelleries.--Le prix du coucher et - des provisions.--Un voyage en hiver d'Oxford à Newcastle. - - Les cabarets.--Les ermitages.--L'ermite et le voyageur. - - -Ainsi entretenues, les routes s'éloignaient des villes et s'enfonçaient -dans la campagne, coupées par les ruisseaux en hiver et semées de trous; -les charrettes pesantes suivaient lentement leurs détours, et le bruit du -bois qui grince accompagnait le véhicule. Ces carrioles étaient très -répandues. Les unes avaient la forme d'un tombereau carré, simples boîtes -massives, tout en planches, portées sur deux roues; d'autres, un peu plus -légères, étaient formées de lattes garnies d'un treillage d'osier; les -roues étaient protégées par de gros clous à têtes proéminentes[25]. Les -unes et les autres servaient aux travaux de la campagne; on en trouvait -partout et on les louait à très bon marché. Deux pence par mille et par -tonne était le prix habituel; pour des sacs de blé à transporter, -c'était, en général, un penny par mille et par tonne[26]. Tout cela ne -prouve pas que les routes fussent excellentes, mais bien plutôt que ces -charrettes, indispensables à l'agriculture, étaient nombreuses. Pour les -gens du village qui les fabriquaient eux-mêmes, elles ne représentaient -pas une forte somme; ils les faisaient solides et massives, parce -qu'elles étaient plus faciles à établir ainsi et résistaient mieux aux -cahots des chemins; une rémunération assez faible devait donc suffire aux -charretiers. Le roi avait toujours besoin de leurs services; quand il se -transportait d'un manoir à un autre, le brillant cortège des seigneurs -était suivi par une armée de chariots d'emprunt. - - [25] Voir des représentations de ces charrettes dans les - manuscrits du quatorzième siècle, et notamment dans le manuscrit - 10 E. IV au British Museum, fol. 63, 94, 110, etc. - - [26] Thorold Rogers, _History of agriculture and prices_, t. I, - pp. 650-661. - -Les _pourvoyeurs_ officiels trouvaient les charrettes sur place et se les -appropriaient librement; ils exerçaient leurs réquisitions jusqu'à dix -lieues à la ronde des points que traversait le convoi royal. Ils -prenaient même sans scrupule les chars de gens de passage, venant de -trente à quarante lieues de là, dont le voyage se trouvait ainsi -brusquement interrompu. Il y avait bien des statuts qui disaient qu'on ne -ferait pas d'emprunts forcés, et surtout qu'on payerait honnêtement, -c'est-à-dire «dix pence par jour pour une charrette à deux chevaux et -quatorze pence pour une charrette à trois chevaux». Mais souvent on ne -pensait pas à payer. La «poevre commune» recommençait ses protestations, -le parlement ses statuts et les pourvoyeurs leurs exactions. Outre les -charrettes, ils demandaient du blé, du foin, de l'avoine, de la bière, de -la viande; c'était une petite armée qu'il fallait nourrir, et les -réquisitions jetaient la terreur dans les villages. On faisait ce qu'on -pouvait pour s'en exempter; le moyen le plus simple était de corrompre le -pourvoyeur, mais les pauvres ne le pouvaient pas. Cependant, les -règlements étaient innombrables qui avaient tous successivement promis -qu'il n'y aurait plus d'abus jamais. Le roi était impuissant; sous un -gouvernement imparfait, les lois créées pour durer toujours perdent -rapidement leur vitalité, et celles qu'on faisait alors mouraient en un -jour. Les pourvoyeurs pullulaient; beaucoup se donnaient pour officiers -du roi qui ne l'étaient point, et ce n'étaient pas les moins avides. Tous -achetaient à des prix dérisoires et se bornaient à promettre le payement. -Le statut de 1330 montre comment ces payements ne venaient jamais, -comment aussi, quand on prenait vingt-cinq «quarters» de blé, on en -comptait vingt seulement, parce qu'on mesurait «chescun bussel à -coumble[27]». De même, pour le foin, la paille, etc., les pourvoyeurs -trouvaient moyen de se faire compter un demi-penny ce qui valait deux ou -trois pence, ils ordonnaient qu'on leur amenât des provisions de vin, -gardaient le meilleur afin de le revendre à leur compte, et se faisaient -payer pour en rendre une partie à ceux à qui ils l'avaient pris, ce qui -renversait singulièrement les rôles. Tout cela, le roi le reconnaît et il -réforme en conséquence. Il réforme de nouveau peu de temps après et avec -le même résultat. En 1362, il déclare que désormais les pourvoyeurs -payeront comptant, au prix courant du marché, et il ajoute cette règle -plaisante, que les pourvoyeurs perdront leur nom détesté et seront -appelés acheteurs: «que le heignous noun de purveour soit chaungé et nomé -achatour[28]». Les deux mots comportaient donc des idées très différentes -(Ap. 9). - - [27] _Statutes of the realm_, 4 Édouard III, ch. III. Un - _quarter_ égale huit _bushels_, soit plus de deux hectolitres. - - [28] _Statutes of the realm_, 36 Édouard III, ch. II et suiv. - -C'était à cheval que le roi et les seigneurs voyageaient la plupart du -temps; mais ils avaient aussi des voitures. Rien ne donne mieux l'idée du -luxe encombrant et gauche qui fait, pendant ce siècle, l'éclat de la vie -civile, que la structure de ces lourdes machines. Les plus belles avaient -quatre roues; trois ou quatre chevaux les tiraient, attelés à la file, et -sur l'un d'eux était monté le postillon, armé d'un fouet à manche court -et à plusieurs lanières; des poutres solides reposaient sur les essieux, -et au-dessus de ce cadre s'élevait une voûte arrondie comme un tunnel: on -voit quel ensemble disgracieux. Mais l'élégance des détails était -extrême; les roues étaient ouvragées et leurs rayons, en approchant du -cercle, s'épanouissaient en nervures formant ogive; les poutres étaient -peintes et dorées, l'intérieur était tendu de ces éblouissantes -tapisseries, la richesse du siècle; les bancs étaient garnis de coussins -brodés et l'on pouvait s'y étendre moitié assis et moitié couché; des -sortes d'oreillers étaient disposés dans les coins comme pour appeler le -sommeil; des fenêtres carrées étaient percées dans les parois, et des -rideaux de soie y pendaient[29]. Ainsi voyageaient de nobles dames à la -taille grêle, étroitement serrées dans des robes qui dessinaient tous les -plis du corps; leurs longues mains fluettes caressaient le chien ou -l'oiseau favori. Le chevalier, également serré dans sa _cotte-hardie_, -regardait d'un œil complaisant et, s'il savait les belles manières, -expliquait son cœur à sa nonchalante compagne en longues phrases comme -dans les romans. Le large front de la dame, qui peut-être s'est arraché -par coquetterie les sourcils et les cheveux follets, ce dont -s'indignaient les faiseurs de satires[30], s'illumine par instants, et -son sourire paraît comme un rayon de soleil. Cependant les essieux -crient, les fers des chevaux grincent sur le gravier, la machine avance -par soubresauts, descend dans les ornières, bondit tout entière au -passage des fossés et retombe brutalement avec un bruit sourd. Il faut -parler haut pour faire entendre les discours raffinés que pouvait -inspirer le souvenir de la Table-Ronde. Une nécessité si triviale a -toujours suffi à rompre le charme des pensées les plus délicates: trop de -secousses agitent la fleur, et quand le chevalier la présente elle a -perdu sa poudre parfumée. - - [29] Il suffira de rappeler que les représentations de voitures - de cette espèce sont fréquentes dans les manuscrits. On en - trouvera plusieurs, à deux roues et très ornées, dans le roman du - roi Meliadus (ms. du quatorzième siècle au British Museum, - _Addition_, 12 228, fol. 198 et 243). La célèbre voiture à quatre - roues du _Luttrell psalter_ (aussi du quatorzième siècle) a été - fréquemment reproduite, notamment par Turner et Parker dans leur - _Domestic architecture of England from Edward I to Richard II_, - Oxford, 1852, 4 vol. 8º, t. I, p. 141. On trouve aussi dans les - manuscrits de curieuses représentations de litières posées sur - des brancards et portées par deux chevaux, un par devant, un - autre par derrière (ms. 118 français, roman de Lancelot, à la - Bibliothèque nationale, fol. 285; deux personnes sont dans la - litière; une dame et un chevalier blessé; quatorzième siècle). - - [30] Histoire que raconte La Tour-Landry d'un saint ermite qui - vit en rêve la femme de son neveu en purgatoire. Les démons lui - enfonçaient des aiguilles ardentes dans les sourcils. Un ange lui - dit que «c'estoit pour ce qu'elle avoit affaitié ses sourciz et - ses temples, et son front creu, et arrachié son poil pour soy - cuidier embellir et pour plaire au monde». (_Le livre du - chevalier de La Tour-Landry_, édition Montaiglon, Paris, 1854, - 12º.) - -Posséder une voiture pareille était un luxe princier. On se les léguait -par testament, et c'était un don de valeur. Le 25 septembre 1355, -Elisabeth de Burgh, lady Clare[31], écrit ses dernières volontés et -attribue à sa fille aînée «son grant char ove les houces, tapets et -quissyns». La vingtième année de Richard II, Roger Rouland reçoit 400 -livres sterling pour une voiture destinée à la reine Isabelle; et maître -la Zouche, la sixième année d'Édouard III, 1000 livres pour le char de -lady Éléanor[32]. C'étaient des sommes énormes: au quatorzième siècle, le -prix moyen d'un bœuf était de treize shillings un penny un quart, d'un -mouton un shilling cinq pence, d'une vache neuf shillings cinq pence, et -d'un poulet un penny[33]. Le char de lady Éléanor représentait donc la -valeur d'un troupeau de seize cents bœufs. - - [31] Fille de Gilbert de Clare, comte de Gloucester et de - Hereford, et de Jeanne d'Acres, fille d'Édouard Ier. Elle - mourut le 4 novembre 1360. (_A collection of all the wills.... of - the kings and queens of England_, etc.; publiée par J. Nichols, - Londres, 1780, 4º, p. 22.) - - [32] Sœur du roi (_Issues of the exchequer_, édition Devon, - Londres, 1837, p. 142.) - - [33] Thorold Rogers, _History of agriculture and prices_, t. I. - p. 361. - -Entre ces voitures luxueuses et les charrettes paysannes, il n'y avait -rien qui remplaçât cette légion de voitures bourgeoises auxquelles nous -sommes accoutumés aujourd'hui. Il s'en trouvait certainement de moins -chères que celles des princesses de la cour d'Édouard, mais pas un grand -nombre. Tout le monde à cette époque savait monter à cheval et il était -beaucoup plus pratique de se servir de sa monture que des pesants -véhicules du temps. On allait plus vite et l'on était plus sûr d'arriver. -Les lettres de la famille Paston montrent que les choses n'avaient guère -changé au quinzième siècle. Jean Paston étant malade à Londres, sa femme -lui écrit pour le supplier de revenir dès qu'il pourra endurer le cheval; -l'idée d'un retour en voiture ne leur vient même pas à l'esprit. Il -s'agit cependant d'une «grande maladie, _a grete dysese_». - -Marguerite Paston écrit, le 28 septembre 1443: - -«Si j'avais pu avoir ma volonté, je vous aurais déjà dit bien plus tôt -combien je désirais que vous fussiez à la maison, s'il vous plaisait. -Votre maladie aurait été tout aussi bien soignée ici que là où vous êtes; -j'aimerais mieux cela que recevoir une robe neuve, fût-elle même -d'écarlate. Je vous en prie, si votre mal se guérit et si vous pouvez -supporter le cheval, quand mon père ira à Londres et qu'on renverra son -cheval chez nous, demandez-le-lui et servez-vous de la bête pour revenir. -Car j'espère que vous serez soigné ici aussi tendrement que vous avez pu -être à Londres[34].» - - [34] _The Paston Letters_ (1422-1509), a new édition... by James - Gairdner, Londres, 1872, 3 vol. 8º. - -Il y avait peu d'endroits en Angleterre où l'aspect du cortège royal ne -fût pas bien connu. Les voyages de la cour étaient incessants; on en a vu -plus haut les motifs. Les itinéraires royaux qui ont été publiés mettent -en lumière d'une façon frappante ce besoin continuel de mouvement. -L'itinéraire du roi Jean sans Terre montre qu'il passait rarement un mois -entier au même endroit, et le plus souvent il n'y demeurait même pas une -semaine. En quinze jours on le trouve fréquemment dans cinq ou six villes -ou châteaux différents[35]. De même au temps d'Édouard Ier: la -vingt-huitième année de son règne (1299-1300), ce prince, sans sortir de -son royaume, change soixante-quinze fois de place, c'est-à-dire en -moyenne près de trois fois par quinzaine[36]. - - [35] _Patent rolls and itinerary of King John_, edited by T. D. - Hardy, Londres, 1835. - - [36] _Liber quotidianus garderobæ_, Londres, 1787, p. LXVII. - -Et quand le roi se déplaçait, non seulement il était précédé de -vingt-quatre archers à sa solde, recevant trois pence par jour[37], mais -il était accompagné de tous ces officiers que l'auteur du _Fleta_ énumère -avec tant de complaisance. Le souverain emmène ses deux maréchaux, son -maréchal _forinsecus_, qui en temps de guerre dispose les armées pour la -bataille, fixe les étapes et en tout temps arrête les malfaiteurs trouvés -dans la _virgata regia_, c'est-à-dire à douze lieues à la ronde[38]; et -son maréchal _intrinsecus_, qui fait la police des palais et châteaux et -en écarte autant qu'il peut les courtisanes. Il perçoit de chaque -«meretrice communi» quatre pence à titre d'amende, la première fois qu'il -l'arrête; si elle revient, on l'amène devant le sénéchal, qui lui fait -une défense solennelle de se présenter jamais à la demeure du roi, de la -reine ou de leurs enfants; à la troisième fois, on l'emprisonne et on -coupe les tresses de ses cheveux; à la quatrième fois, on procède à un de -ces supplices hideux que dans sa barbarie le moyen âge tolérait: on -coupe à ces femmes la lèvre supérieure, «ne de cætero concupiscantur ad -libidinem[39]». Il y avait aussi le chambellan qui veillait à ce que -l'intérieur de la demeure fût confortable: «debet decenter disponere pro -lecto regis, et ut cameræ tapetis et banqueriis ornentur»; le trésorier -de la garde-robe, qui tenait les comptes; le maréchal de la salle, qui -avait pour mission de chasser les intrus, «indignos ejicere,» et les -chiens, «non enim permittat canes aulam ingredi,» et une foule d'autres -officiers. - - [37] «_Archers._--And xxiiij archers on foote for garde of the - kinges body, who shal goe before the kinge as he travaleth - thorough the cuntry.» _King Edward II's.. ordinances_, 1323, éd. - Furnivall, p. 46. - - [38] _Fleta seu commentarius juris anglicani_, editio secunda, - Londres, 1685, 4º, liv. II, chap. II. Ce traité fut composé sous - Édouard Ier, dans la prison de la _Flotte_, par un juriste - demeuré inconnu. Il est postérieur à 1292, car mention y est - faite de la soumission de l'Écosse. - - [39] Liv. II, chap. V. Une ordonnance d'Édouard II parle - seulement de la marque au fer rouge sur le front. (_King Edward - II's household and wardrobe ordinances_, A. D. 1323, Chaucer - society, édition Furnivall, 1876.) - -Au-dessus de tous il faut placer encore le sénéchal du roi, premier -officier de sa maison, et son grand justicier. Partout où se rendait le -roi, l'appareil de la justice se transportait avec lui; au moment où il -allait se mettre en route, le sénéchal en avertissait le shériff[40] du -lieu où la cour devait s'arrêter, pour que celui-ci amenât tous ses -prisonniers dans la ville où le prince stationnerait. Tous les cas soumis -à la décision des juges errants sont tranchés par le sénéchal, qui -prescrit, s'il y a lieu, le duel judiciaire, prononce les sentences de -mise hors la loi (_outlawry_) et juge au criminel et au civil[41]. Ce -droit de justice criminelle accompagne le roi même à l'étranger, mais il -l'exerce seulement lorsque le coupable a été arrêté dans son hôtel. C'est -ce qui arriva la quatorzième année d'Édouard Ier. Ce souverain étant à -Paris, Ingelram de Nogent vint voler dans sa demeure et fut pris sur le -fait. Après discussion, il fut reconnu qu'Édouard, par son privilège -royal, demeurait juge de l'affaire; il livra le voleur à Robert -Fitz-John, son sénéchal, qui fit pendre Ingelram au gibet de -Saint-Germain-des-Prés[42]. - - [40] Il lui envoyait à cet effet un _mandatum_, qu'il retirait - lorsque le roi changeait d'avis sur le lieu où il devait aller, - ce qui arrivait assez fréquemment. «Debet autem senescallus - nomine capitalis justitiarii cujus vices gerit mandare vicecomiti - loci ubi dominus rex fuerit declinaturus quod venire faciat ad - certum diem, ubicumque tunc rex fuerit in ballivia sua, omnes - assisas comitatus sui, et omnes prisones cum suis atachiamentis.» - (_Fleta._) - - [41] «Habet etiam ex virtute officii sui potestatem procedenti ad - utlagationes et duella jungendi et singula faciendi quæ ad - justitiarios itinerantes, prout supra dictum est pertinent - faciendi.» - - [42] _Fleta_, liv. II, chap. III. - -Longtemps même, le chancelier et ses clercs qui rédigeaient les brefs -suivirent le roi dans ses voyages, et Palgrave note qu'on requérait -souvent du couvent le plus proche un fort cheval pour porter les -rôles[43]; mais cet usage prit fin la quatrième année d'Édouard III, car -à ce moment la chancellerie fut installée d'une manière permanente à -Westminster. Le tribunal se déplaçant, une foule de plaideurs se -déplaçaient avec lui. Ils avaient beau n'être pas inscrits aux rôles, ils -suivaient sans perdre patience, comme le requin suit le navire, espérant -toujours happer à la fin quelque proie. Gens ayant procès, réclamants -divers, femmes «de fole vie», toute une tourbe d'individus sans maître -pour les avouer escortaient obstinément le prince et ses courtisans. Ils -se querellaient entre eux, volaient sur la route, assassinaient -quelquefois et ne contribuaient pas, on pense, à rendre populaire dans le -pays la nouvelle de la prochaine venue du roi. Édouard II dans les -ordonnances de sa maison (1323)[44] constate et déplore tous ces graves -abus; il prescrit de mettre dans les fers, pour quarante jours, au pain -et à l'eau, les hommes sans aveu qui suivraient la cour, et d'emprisonner -de même et de marquer au fer rouge les femmes de folle vie; il défend à -ses chevaliers, clercs, écuyers, valets, palefreniers, bref à tous ceux -qui l'accompagnent, d'emmener leurs femmes avec eux, à moins qu'elles -n'aient une charge ou un emploi à la cour, cette nuée d'êtres féminins ne -pouvant être qu'une cause de désordres. Il limite aussi le personnel qui -doit accompagner le maréchal et qui peu à peu s'était accru hors de toute -mesure. Ses ordonnances sont très minutieuses et très sages, mais on sait -combien rapidement au moyen âge les prescriptions pareilles tombaient en -oubli. - - [43] _Original authority of the King's council_, p. 115. - - [44] _King Edward II's household and wardrobe ordinances_, A. D. - 1323, édition Furnivall, 1876, § 94. - -Ce n'était pas seulement à la suite du roi que voyageait la justice. En -Angleterre, elle était nomade, et les magistrats venus de Londres qui -devaient l'apporter dans les comtés, comme les shériffs et baillis dans -les bourgs de leurs districts, parcouraient périodiquement le pays, -redressant les torts. Mais dans ces institutions aussi se glissaient de -graves abus, et, malgré ces précautions qui faisaient des administrés des -shériffs et baillis les propres juges de ceux-ci, de nombreux statuts -venaient l'un après l'autre constater des pratiques coupables et les -arrêter pour un temps. Devant les shériffs et les baillis (et devant -certains seigneurs[45]) avait lieu la _Vue de francpledge_, qui était un -examen minutieux, article par article, de la manière dont les lois de -police et de sûreté, les règlements sur la propriété, étaient exécutés; -on interrogeait les jurés convoqués pour cela sur les cas de vol, -d'assassinat, d'incendie, de rapt, de sorcellerie, d'apostasie, de -destruction de ponts et de chaussées (_de pontibus et calcetis fractis_), -de vagabondage, etc., qu'ils pouvaient connaître. Les tournées des -shériffs et baillis ne devaient, selon la grande charte, avoir lieu que -deux fois par an et non davantage, car leur venue occasionnait des pertes -de temps et d'argent aux jurés qu'on déplaçait et aux sujets du roi chez -lesquels ces officiers allaient loger (Ap. 10). - - [45] Ce droit seigneurial était attaché à certains manoirs et se - transmettait avec eux. Voir la pétition d'une abbesse de l'île de - Wight qui réclame (à cause des amendes dont elle devait - bénéficier) la Vue de francpledge attachée au manoir de - Shorwalle, qui lui a été donné. La dame Isabelle de Forte lui - dispute ce droit. (_Rotuli parliamentorum_, t. II. p. 182, année - 1347.) - -De leur côté, les juges errants passaient en revue, de la même façon, les -_Articles de la couronne_. La fréquence de leurs apparitions varia selon -les époques; la grande charte (art. 18) en avait fixé le nombre à quatre -par an. C'est en pleine cour de comté qu'ils siégeaient; ils en avaient -la présidence, et ils servaient ainsi de lien entre la justice royale et -la justice de ces anciennes cours populaires. A mesure que l'importance -des magistrats s'accrut, celle du shériff en tant que juge diminua. Ils -demandaient aux jurés, transformés ainsi en accusateurs publics, quels -crimes, quels délits, quelles infractions aux statuts étaient venus à -leur connaissance[46]. Et dans ces interrogatoires minutieux, à chaque -instant revenaient les noms du shériff, du coroner, du bailli, du -constable, de tous les fonctionnaires royaux, dont la conduite est placée -ainsi sous le contrôle populaire. L'un de ces fonctionnaires, dit le -juge, n'a-t-il pas relâché quelque voleur ou des faux-monnayeurs ou des -rogneurs de monnaie? N'a-t-il pas, pour une somme d'argent, négligé des -poursuites contre un vagabond ou un assassin? N'a-t-il pas perçu des -amendes injustement? Ne s'est-il pas fait payer par des gens qui -voulaient éviter une charge publique (d'être juré, par exemple)? Le -shériff n'a-t-il pas réclamé plus que de raison l'hospitalité de ses -administrés, dans des tournées trop nombreuses? S'est-il présenté avec -plus de cinq ou six chevaux? Et le juré doit dénoncer de même, sous la -foi de son serment, les grands seigneurs qui ont emprisonné -arbitrairement des voyageurs passant sur leurs terres, et tous les -individus qui ont négligé de prêter main-forte pour arrêter un voleur et -de courir avec les autres à la huée, ou clameur de haro; car dans cette -société chaque homme est tour à tour officier de paix, soldat et juge, et -l'humble paysan que tant d'exactions menacent a pourtant sa part dans -l'administration de la justice et le maintien de l'ordre public. On voit -de quelle importance, au point de vue social, étaient ces tournées -judiciaires qui venaient sans cesse rappeler au pauvre qu'il était -citoyen, et que la chose de l'État était sa chose. - - [46] Notamment, comme dans la _Vue de francpledge_, si les ponts - et les chaussées étaient bien tenus et à qui incombait le devoir - de les réparer (_Yearbooks of the reign of K. Edward I_, édition - Horwood, 1863, etc., t. I, p. 75). - -Lorsque les moines sortaient du cloître et voyageaient, ils modifiaient -volontiers leur costume et il devenait difficile de les distinguer des -seigneurs. Chaucer nous donne une amusante description des habits du -moine mondain; mais les conciles sont encore plus explicites et ils font -plus que justifier la satire du poète. Ainsi le concile de Londres, en -1342, reproche aux religieux de porter des vêtements «plus dignes de -chevaliers que de clercs, c'est-à-dire courts, très étroits, avec des -manches excessivement larges, n'atteignant pas les coudes, mais pendant -très bas par-dessous, à revers de fourrure ou de soie». Ils ont la barbe -longue, des anneaux aux doigts, des ceintures de prix, des bourses -brodées d'or à personnages et arabesques, des couteaux qui semblent des -épées, des bottines rouges ou quadrillées en couleur, des souliers -terminés en longues pointes et ornés de crevés, en un mot tout le luxe -des grands de la terre. Plus tard, en 1367, le concile d'York fait les -mêmes observations: les religieux ont des vêtements «ridiculement -courts»; ils osent porter en public ces habits «qui ne descendent pas au -milieu des jambes et ne couvrent même pas les genoux». Les défenses les -plus sévères sont faites pour l'avenir; on tolère cependant, en cas de -voyage, des tuniques plus courtes que la robe réglementaire (Ap. 11). - -Quand un évêque se mettait en route, ce n'était pas sans un grand -appareil, et les évêques, sans parler de leurs tournées épiscopales, -avaient à voyager, comme les seigneurs, pour visiter leurs terres et pour -y vivre. Dans tous les cas, ils se transportaient avec leurs serviteurs -de divers ordres et leurs familiers, comme le roi avec sa cour. Les -comptes de la dépense de Richard de Swinfield, évêque de Hereford, -donnent une idée de cette large vie que menaient les prélats. C'était un -évêque d'assez grande importance, très riche par conséquent; beaucoup de -manoirs appartenaient à son évêché; il pouvait bien tenir son rang comme -prélat et comme seigneur, être hospitalier, charitable aux pauvres et -dépenser beaucoup en requêtes et plaidoyers à la cour de Rome et -ailleurs. Il avait constamment à ses gages environ quarante personnes de -rangs divers, dont la plupart accompagnaient le maître dans ses nombreux -changements de résidence. Ses écuyers (_armigeri_) avaient par an de un -marc à une livre de gages; ses _valleti_, c'est-à-dire les clercs de sa -chapelle et au-dessous, ses charretiers, portiers, fauconniers, gens -d'écurie, messagers, etc., avaient de une couronne à huit shillings huit -pence. Au troisième degré venaient les gens de cuisine, le boulanger, -avec deux ou quatre shillings par an; au quatrième degré, les garçons ou -pages qui aidaient les autres domestiques et recevaient de un à six -shillings par an. Un des plus curieux employés de l'évêque était Thomas -de Bruges, son champion, qui recevait un salaire annuel pour se battre au -nom du prélat en cas de procès terminés par le duel judiciaire. Le rôle -des dépenses de Swinfield ne s'étend malheureusement qu'à une partie des -années 1289-1290, et nous ne pouvons pas savoir s'il était souvent -nécessaire de remplacer le champion[47]. - - [47] Les duels de Thomas de Bruges n'étaient pas ceux des cas de - félonie et de crime où il allait de la mort du vaincu; c'était - seulement le duel _cum fuste et scuto_, qui nécessitait beaucoup - moins souvent, comme on le pense, le remplacement du champion. La - vingt-neuvième année d'Édouard III, un duel eut lieu par - champions entre l'évêque de Salisbury et le comte de Salisbury. - Quand les juges en vinrent, conformément aux lois, à examiner les - vêtements des combattants, ils trouvèrent que le champion de - l'évêque avait plusieurs feuilles de prières et d'incantations - cousues à ses habits (_Yearbooks of Edward I_, années 32-33, p. - 16). La visite des vêtements se faisait toujours et avait - précisément pour but de découvrir ces fraudes, qui étaient - considérées comme les plus dangereuses et les plus déloyales. - -Au service des abbés, des évêques, des nobles, des shériffs et du roi se -trouvaient encore des personnages auxquels la grand'route et les chemins -de traverse étaient tout particulièrement familiers; c'étaient les -messagers. La poste n'existant pas encore, on y suppléait comme on -pouvait. Les pauvres attendaient l'occasion de quelque ami faisant le -voyage; les riches avaient des exprès chargés de faire leurs commissions -au loin et de porter leurs lettres, des lettres que la plupart du temps -un scribe écrivait sous leur dictée sur une feuille de parchemin et -scellait ensuite à la cire, aux emblèmes du maître[48]. Le roi -entretenait douze messagers à titre fixe; ils le suivaient partout, -constamment prêts à partir; ils recevaient trois pence par jour quand ils -étaient en voyage, et quatre shillings huit pence par an pour acheter des -souliers[49]. Le prince les chargeait de lettres pour les rois de France -et d'Écosse, les envoyait convoquer les représentants de la nation au -parlement, ordonner la publication de la sentence du pape contre Guy de -Montfort, appeler à Windsor les chevaliers de Saint-Georges, mander à -Londres les «archevêques, comtes, barons et autres seigneurs et dames -d'Angleterre et du pays de Galles», pour assister aux obsèques de la feue -reine (Philippa), prescrire la proclamation dans les provinces des -statuts rendus en parlement, recommander aux «archevêques, évêques, -abbés, prieurs, doyens et chapitres des églises cathédrales de tous les -comtés de prier pour l'âme d'Anne, feue reine d'Angleterre décédée[50]». -Parmi les missions que le roi donnait à ses serviteurs, il s'en trouvait -parfois qui paraîtraient aujourd'hui singulièrement répugnantes. Il -chargeait par exemple un de ses fidèles de porter dans les grandes villes -d'Angleterre des quartiers du cadavre de suppliciés condamnés pour -trahison. Dans ce cas, ce n'étaient pas de simples messagers qu'il -employait; c'étaient des personnages de confiance, qui se faisaient -suivre d'une escorte pour protéger la triste dépouille. C'est ainsi -qu'Édouard III, la cinquante et unième année de son règne, ne paye pas -moins de vingt livres à «sir William de Faryngton, chevalier, en raison -des frais et dépenses qu'il a encourus pour le transport des quatre -quartiers du corps de sir Jean de Mistreworth, chevalier, dans diverses -parties de l'Angleterre[51]». - - [48] Voir la représentation de seigneurs et de dames dictant - leurs lettres à des scribes, et de messagers les remettant aux - destinataires dans le manuscrit 10 E. IV, au British Museum - (commencement du XIVe siècle), fol. 305 et suiv., et dans le - manuscrit _Addit._ 12228, fol. 238 et suiv. - - [49] _King Edward II's household and wardrobe ordinances_, 1323, - édition Furnivall, Londres, 1876, p. 46. - - [50] _Issue roll of Thomas de Brantingham_, édition Fr. Devon, - Londres, 1835, 4º, pp. XXI, XXXII, XXXVII, XLIV, 408; _Issues of - the exchequer_, 1837, pp. 220, 255. Des pages entières du rôle de - Thomas de Brantingham (ex. pp. 154-155) sont remplies par des - payements reçus par des messagers, ce qui montre l'usage fréquent - qu'on devait faire de leurs services. - - [51] _Issues of the exchequer_, p. 202. - -De tous les voyageurs, les messagers étaient les plus rapides: d'abord, -voyager était leur métier; c'étaient de bons cavaliers, des gens -pratiques, habiles à se tirer d'embarras dans les auberges et sur les -chemins. De plus, ils avaient le privilège de passer à travers champs, -«parmi les blés,» si bon leur semblait, sans que le gardien des récoltes -(_hayward_) eût le droit de les arrêter, et de leur prendre, en guise -d'amende, comme aux délinquants ordinaires, «leur chapeau ou leur cape, -ou leurs gants, ou l'argent de leur bourse». Ils passaient «joyeux, la -bouche pleine de chansons[52]». Malheur à qui s'avisait de les arrêter; -il y allait d'amendes énormes pour peu que le maître fût puissant, à plus -forte raison si c'était le roi. Un messager de la reine emprisonné par un -constable n'hésitait pas à réclamer dix mille livres sterling pour mépris -de sa souveraine, et deux mille livres comme indemnité pour lui[53]. - - [52] Langland, _The vision of William concerning Piers the - Plowman_, édition Skeat, texte C, passus XIV, vers 44 et suiv. - - [53] _Rotuli parliamentorum_, t. I, p. 48, 18 Éd. I. - -Lorsque Jacques d'Euse, cardinal-évêque de Porto, fut élu pape à Lyon, -sous le nom de Jean XXII, le 7 août 1316, Édouard II étant à York apprit -dix jours après la nouvelle par Laurent d'Irlande, messager de la maison -des Bardi. On voit en effet, par les comptes de l'hôtel du roi, que ce -prince fit payer, le 17 août, vingt shillings à Laurent pour le -récompenser de sa peine. Le 27 septembre seulement, étant toujours à -York, le roi reçut par Durand Budet, messager du cardinal de Pelagrua, -les lettres officielles lui annonçant l'élection; il donna cinq livres au -messager. Enfin, le nonce du pape étant venu en personne peu après, -porteur de cette même nouvelle qui n'avait plus rien d'imprévu, le roi -lui fit cadeau de cent livres[54]. - - [54] _Wardrobe accounts of Edward II._--_Archæologia_, t. XXVI, - pp. 321, 336 et suiv. - -Tel était l'usage; on faisait des cadeaux aux porteurs de bonnes -nouvelles; les messagers royaux avaient ainsi chance de voir accroître -casuellement leur maigre paye de trois pence par jour. Les plus fortunés -étaient ceux qui apportaient au roi lui-même avis d'événements heureux. -Édouard III donne quarante marcs de rente, sa vie durant, au messager de -la reine qui était venu lui annoncer la naissance du prince de Galles, le -futur Prince Noir; il donne treize livres trois shillings et quatre pence -à Jean Cok de Cherbourg qui lui apprend la capture du roi Jean à -Poitiers; il assure cent shillings de rente à Thomas de Brynchesley qui -lui apporte la bonne nouvelle de la capture de Charles de Blois. - -Le soir venu, moines, seigneurs et voyageurs divers cherchaient un abri -pour la nuit. Quand le roi, précédé de ses vingt-quatre archers et -escorté de ses seigneurs et des officiers de sa maison, arrivait dans une -ville, le maréchal désignait un certain nombre des meilleures demeures, -qu'on marquait à la craie; le chambellan se présentait, invitait les -habitants à faire place, et la cour s'installait de son mieux dans leur -logis. La capitale même n'était pas exempte de cette charge vexatoire, -seulement le maréchal devait s'entendre pour la désignation des locaux -avec les maire, shériffs et officiers de la ville. Quelquefois l'agent -royal passait outre et grand tapage s'ensuivait. La dix-neuvième année -d'Édouard II, ce prince étant venu à la Tour, les gens de sa maison -s'allèrent loger chez les citoyens, sans que le maire et les aldermen -eussent été aucunement consultés; la maison du shériff même se trouva -marquée à la craie. Grande fut l'indignation de cet officier quand il -trouva établi chez lui Richard de Ayremynne, le propre secrétaire du roi, -les chevaux de l'étranger à l'écurie, ses domestiques à la cuisine. Sans -se soucier le moins du monde de la majesté royale, et comptant sur le -privilège de la ville, le shériff chassa immédiatement de vive force le -secrétaire et toute sa suite, effaça les marques à la craie et redevint -maître chez lui. Cité à comparaître devant le sénéchal de la cour et -accusé d'avoir méprisé les ordres du roi à proportion de mille livres au -moins, il se défendit énergiquement et appela en défense le maire et les -citoyens, qui produisirent les chartes de privilège de la capitale. Les -chartes étaient formelles, il fallut bien le reconnaître; la vivacité du -shériff fut excusée, Ayremynne se consola comme il put et ne reçut aucune -indemnité (Ap. 12). - -En province, quand le roi n'avait pas, à proximité, de château à lui ou à -l'un des siens, il allait souvent loger au monastère voisin, sûr d'y être -reçu en maître. Les grands seigneurs, dans leurs voyages, faisaient de -leur mieux pour imiter le prince sur ce point[55]. Dans les couvents, -l'hospitalité était un devoir religieux et même, pour l'ordre de -Saint-Jean de Jérusalem, le premier des devoirs. Cet ordre avait des -établissements par toute l'Angleterre, et c'était, pour le voyageur -pauvre, une bonne fortune que d'y arriver. On y était, sans doute, traité -selon son rang, mais c'était déjà beaucoup de ne pas trouver porte close. -Les comptes de l'année, en 1338[56], montrent que ces moines-chevaliers -ne cherchaient pas à se soustraire à la lourde charge de l'hospitalité; -on trouve toujours, dans leurs listes de dépenses, les frais occasionnés -par les «supervenientibus». Lorsqu'il s'agit du roi ou des princes, on se -ruine; ainsi le prieur de Clerkenwell mentionne «beaucoup de dépenses, -dont on ne peut donner le détail, causées par l'hospitalité offerte à des -gens de passage, à des membres de la famille royale et à d'autres grands -du royaume qui s'arrêtent à Clerkenwell et y demeurent aux frais de la -maison....». C'est pourquoi le compte se termine par ce résumé: «Ainsi -les dépenses sont supérieures aux recettes de vingt livres onze shillings -quatre pence.» Le voisinage même d'un grand était une source de frais; il -envoyait volontiers sa suite profiter de l'hospitalité du couvent. Ainsi -dans les comptes de Hampton, la liste des gens à qui on a fourni de la -bière et du pain finit par ces mots: «parce que le duc de Cornouailles -habite dans les environs[57].» Il faut noter que la plupart de ces -maisons avaient été dotées par les nobles, et chacun, reconnaissant sa -terre ou celle d'un parent ou d'un ami, se croyait chez lui dans le -monastère. Mais ces seigneurs turbulents, amis de la bonne chère, -abusaient de la gratitude monacale, et leurs excès causaient des plaintes -qui venaient aux oreilles du roi (Ap. 15). Édouard Ier défend que nul -ne se permette de manger ou de loger dans une maison religieuse, à moins -que le supérieur ne l'ait formellement invité ou qu'il ne soit le -fondateur de l'établissement, et même dans ce cas sa consommation doit -être modérée. Seuls les pauvres, qui perdaient plus que personne aux -fantaisies des grands, continueront à être logés gratuitement: «et per -hoc non intelligitur quod gratia hospitalitatis abstrahatur egenis[58].» -Édouard II, en 1309, confirme ces règlements, qui tombaient en oubli, -paraît-il, et promet de nouveau, six ans plus tard, que ni lui ni les -siens n'useront avec excès de l'hospitalité des religieux[59]. Peine -perdue; ces abus étaient déjà compris parmi ceux que l'institution des -_Articles de la couronne_ avait pour but de faire disparaître et était -impuissante à effacer. Périodiquement le magistrat venait interroger à ce -sujet les bonnes gens du pays. Il leur demandait «si quelques seigneurs -ou autres n'étaient pas allés loger dans les demeures des religieux sans -y être invités par les supérieurs; s'ils y étaient allés, fût-ce à leurs -frais, contre la volonté desdits religieux»; si quelque audacieux -«n'avait pas envoyé dans les maisons ou manoirs appartenant aux moines, -pour y séjourner aux frais d'autrui, des hommes, des chevaux ou des -chiens». Il paraît que ces règles étaient difficiles et même dangereuses -à appliquer, car le magistrat interroge encore le jury sur «ceux qui -auraient exercé des vengeances pour refus de nourriture ou de -logement[60]». - - [55] Il suffit de parcourir Froissart pour se rendre compte de - l'extrême fréquence de cet usage: Jean de Hainaut arrive à - Denain: «Là se hébergea en l'abbaye cette nuit» (liv. I, part. I, - chap. XIV); la reine débarque en Angleterre avec le même Jean de - Hainaut: «.... et puis trouvèrent une grand'abbaye de noirs - moines que on clame saint Aymon, et s'y herbergèrent et - rafraîchirent par trois jours» (chap. XVIII); «là s'arrêta le roi - et se logea en une abbaye» (chap. CCXCII); «le roi Philippe... - vint en la bonne ville d'Amiens, et là se logea en l'abbaye du - Gard» (chap. CCXCVI), etc. - - [56] Publiés par Larking et Kemble, _The Knights Hospitallers in - England_, Camden Society, 1857, 4º. C'est le texte d'un - manuscrit retrouvé à Malte et intitulé: «Extenta terrarum et - tenementorum Hospitalis Sancti Johannis Jerusalem in Anglia. A. - D. 1338». - - [57] «... Una cum supervenientibus, quia dux Cornubiæ juxta - moratur» (pages 99, 101 et suiv.). - - [58] _Statutes of the realm_, 3 Éd. I, chap. I. - - [59] _Statutes of the realm_, années 1309 et 1315-1316 (_Articuli - cleri_, 9 Éd. II, chap. XI). - - [60] _Fleta_, liv. I, chap. XX. - -Les communes du parlement préoccupées dans ce cas du sort des plus -pauvres, n'étaient pas moins jalouses que les grands du bénéfice de -l'hospitalité monacale, et veillaient à ce que cet usage ne tombât pas en -désuétude. La non-résidence du clergé, qui devait être, deux cents ans -plus tard, une des causes de la réforme, occasionne, dès le quatorzième -siècle, de violentes protestations. Les communes réclament notamment -parce qu'il résulte de cet abus un oubli des devoirs de l'hospitalité: -«Et que toutz autres persones avauncez as bénéfices de Seinte Esglise, -demandent-elles au roi, demurgent sur lour ditz bénéfices _pur y -hospitalité tenir_, sur mesme la peine, hors pris clercs du roi et clercs -des grauntz seignurs du roialme[61].» Le parlement proteste encore contre -l'attribution par le pape de riches prieurés à des étrangers qui restent -sur le continent. Ces étrangers «soeffrent les nobles édifices -auncienement faitz quant ils estoient occupiez par Engleis, de tout -cheoir à ruyne,» et négligent «de hospitalitée tenir[62]». - - [61] _Rotuli parliamentorum_, t. III, p. 501, année 1402. - - [62] _Rotuli parliamentorum_, t. III, p. 46, ann. 1378. Le - clergé, d'autre part, se plaint de ce que les shériffs viennent - quelquefois «ove lour femmes et autre excessif nombre de gentz» - s'installer dans les monastères sous prétexte de tournées pour le - compte du roi. (1 Rich. II, 1377.) - -Il est à peine besoin de rappeler que l'hospitalité s'exerçait aussi dans -les châteaux; les seigneurs qui n'étaient pas en querelle se recevaient -volontiers les uns les autres; il y avait entre eux des liens de -fraternité beaucoup plus étroits que ceux qui existent maintenant entre -gens de la même classe. On ne donne plus guère aujourd'hui le logement -aux inconnus qui frappent à votre porte; tout au plus et rarement -permet-on, à la campagne, aux pauvres de passage de coucher la nuit dans -les fenières. Au moyen âge, on accueillait ses égaux, non par simple -charité, mais par habitude de politesse et aussi par plaisir. Connu ou -non connu, le chevalier voyageur se voyait rarement refuser l'entrée d'un -manoir. Sa venue, en temps de paix, était une heureuse diversion à la -monotonie des jours. Il y avait alors, dans chaque demeure, le _hall_, la -grand'salle où l'on prenait ses repas en commun; le nouveau venu mangeait -avec le lord, à la table transversale placée au fond, à l'endroit appelé -le _dais_; sa suite était aux tables basses disposées dans l'autre sens, -le long des murs de la maison. Le souper fini, presque aussitôt on allait -dormir; on se couchait et l'on se levait de bonne heure alors. Le -voyageur se retirait tantôt dans une chambre spéciale pour les hôtes si -le manoir était grand, tantôt dans celle même du maître, le _solar_ -(chambre au premier étage) et y passait la nuit avec lui. Pendant ce -temps, on avait enlevé du hall les tables basses, car elles n'étaient pas -dormantes en général, mais mobiles[63]; on avait disposé des couchettes à -terre, sur la litière de joncs qui jour et nuit couvrait le pavé, et les -gens de la maison, les gens du voyageur, les étrangers de moindre -importance s'y étendaient jusqu'au matin. Par une fenêtre percée dans le -mur de séparation de sa chambre et du hall, du côté du dais, le seigneur -pouvait voir et même entendre tout ce qu'on faisait ou disait dans la -salle. On dormait ainsi dans le hall, même chez le roi; les ordonnances -d'Édouard IV le montrent[64]; à une époque plus rapprochée de nous -(1514), Barclay se plaint encore de ce qu'à la cour la même couchette -sert pour deux, de ce que le bruit des allants, des venants, des -tapageurs, des tousseurs, des parleurs empêche perpétuellement de -dormir[65]. - - [63] «Mensæ de medio remouentur.» Description d'un dîner en - Angleterre, par Barthélemy de Glanville (XIVe siècle), - _Bartholomi Anglici de rerum proprietatibus_, Francfort, 1601, - 8º, liv. VI, chap. XXXII. Smollett, au dix-huitième siècle, note - l'existence d'usages tout semblables en Ecosse: on dîne puis on - dort dans le hall, où l'on a étendu des couchettes à la place des - tables. (_Humphrey Clinker._) - - [64] Turner et Parker, _Domestic architecture in England from - Edward I to Richard II_, Oxford, 1853, 8º, p. 75. Voir aussi - dans l'_Archæologia_, VI, p. 36, la description avec dessins du - hall royal d'Eltham. - - [65] Eglogue III, dans l'édition publiée par la Percy society du - _Cytezen and Vplondyshman_, 1847, 8º, p. LI. - - -Les premiers rayons du jour passaient à travers les vitres blanches ou -colorées des hautes fenêtres, tachant de lumière la sombre charpente -ouvragée qui soutenait, très haut au-dessus du pavé, le toit même de la -maison; on se remuait sur les couchettes; bientôt on était dehors; les -chevaux étaient sellés, et sur la grand'route sonnaient de nouveau les -fers des montures. - -Les gens très pauvres et les gens très riches ou très puissants devaient -être les seuls pour qui le monastère était comme une hôtellerie. Les -moines recevaient les premiers par charité et les seconds par nécessité, -les auberges communes se trouvant à la fois trop misérables pour ceux-ci -et trop chères pour ceux-là. Elles étaient faites pour la classe moyenne, -les marchands, les petits propriétaires, les colporteurs errants. On y -trouvait des lits placés en certain nombre dans la même chambre, et l'on -achetait séparément ce qu'on voulait manger, du pain avant tout, un peu -de viande et de la bière. Nous pourrions suivre, par exemple, deux -_fellows_ et le _warden_ du collège de Merton, qui allèrent, en 1331, -avec quatre domestiques, d'Oxford à Durham et à Newcastle[66]. Ils -voyageaient à cheval; c'était en plein hiver. Leur nourriture était très -simple et leur logement peu coûteux; on voit revenir presque toujours les -mêmes articles de dépense, qui comprennent, à cause de la saison, de la -chandelle et du feu, quelquefois du feu de charbon. Une de leurs -journées peut donner une idée des autres; un certain dimanche ils -inscrivent: - - Pain 4d. (4 pence) - Bière 2d. - Vin 1d. 1/4. - Viande 5d. 1/2. - Potage 1/4. - Chandelle 1/4. - Combustible 2d. - Lits 2d. - Nourriture des chevaux 10d. - - [66] Le texte latin de leur compte de dépense a été publié par - Thorold Rogers dans son _History of agriculture and prices_, t. II, - p. 635. - -On voit que les lits ne sont pas chers; dans une autre occasion, les -domestiques sont seuls à l'auberge et leur coucher revient à un penny -pour deux nuits. En général, quand la troupe est au complet, leurs lits à -tous coûtent deux pence; à Londres, le prix était un peu plus élevé, -c'était un penny par tête[67]. Quelquefois ils prennent des œufs ou des -légumes pour un quart de penny, ou un poulet ou un chapon. Quand ils se -servent d'assaisonnements, ils les inscrivent à part; c'est, par exemple, -de la graisse 1/2 penny, du jus 1/2 penny, de la saumure pour le même -prix, du sucre 4 pence, du poivre, du safran, de la moutarde. Le poisson -revient régulièrement le vendredi. On s'attarde le soir, les chemins sont -obscurs; on perd sa route, on prend un guide, qu'on paye un penny. On -passe l'Humber et l'on paye huit pence, ce qui peut paraître beaucoup, -étant donnés les autres prix. Mais il faut se rappeler que la rivière -était large et d'une traversée difficile, surtout en hiver. Les annales -de l'abbaye de Meaux près Beverley mentionnent perpétuellement les -ravages causés par le débordement du fleuve, parlent de fermes, de -moulins détruits, de terres entières submergées et de cultures anéanties. -Les propriétaires du bac profitaient de ces accidents pour augmenter sans -cesse leurs prix, et il fallut que le roi lui-même intervînt pour -rétablir la taxe normale, qui était d'un penny pour un cavalier: c'est -celle que payent, ou peu s'en faut, les fellows et leur suite (Ap. 14). -Quelquefois nos voyageurs se munissent d'avance de provisions à emporter; -on achète un saumon, _pro itinere_, 18 pence, et l'on paye pour le faire -cuire, sans doute avec quelque sauce compliquée, 8 pence. - - [67] _Liber albus_, édition Riley, p. LVIII. - -On peut voir d'amusants spécimens de dialogues à l'arrivée entre le -voyageur et l'aubergiste, avec discussion sur le prix des victuailles, -dans le manuel de conversation française composé à la fin du quatorzième -siècle par un Anglais, sous le titre de: _La manière de language que -enseigne bien à droit parler et escrire doulcz françois_[68]. Le chapitre -III est particulièrement intéressant. Il montre «coment un homme -chivalchant ou cheminant se doit contenir et parler sur son chemin, qui -voult aler bien loins hors de son païs». Le domestique envoyé à l'avance -pour retenir la chambre déclare bien espérer «qu'il n'y a point des -puces ne des poils ne d'autre vermyn.--Nonil, sire, à Dieu le veou,» -répond l'hôtelier, «car je me fais fort que vous serez bien et aisément -loegiez ciens, savant qu'il en y a grant cop de rats et des soris». On -passe en revue les provisions, on allume le feu, on prépare le souper; le -voyageur arrive et il est curieux de noter avec quel sans façon galant il -s'assure, avant de descendre de cheval, qu'il trouvera à l'auberge «bon -souper, bon gîte et le reste». Plus loin (chap. XIII), il est question -d'une autre hôtellerie, et la conversation entre deux voyageurs qui vont -se coucher dans le même lit les montre fort incommodés par les puces: -«Guillam, deschausez vous tost et lavez voz jambes, et puis les ressuez -d'un drapelet et les frotez bien pour l'amour des puces, qu'ils ne se -saillent mye sur voz jambes, car il y a grand cop gisans en le poudre -soubz les juncs...--Hé! les puces me mordent fort et me font grant mal et -damage, car je m'ay gratée le dos si fort que le sang se coule.» - - [68] Ce manuel a été publié par M. Paul Meyer dans la _Revue - critique_, t. X, p. 373. - -Souvent on buvait de la bière en route, et ce n'était pas seulement à -l'auberge où l'on couchait le soir qu'on en trouvait. Sur les routes -fréquentées, aux carrefours, il y avait des maisons basses où l'on -donnait à boire. Une longue perche qui projetait au-dessus de la porte et -montrait au loin son bouquet de branches avertissait les voyageurs de la -présence de l'_ale house_. Les pèlerins que Chaucer fait chevaucher sur -la route de Cantorbéry descendent devant une maison de cette espèce. Le -pardonneur, qui a ses habitudes, ne veut pas commencer son récit avant -de s'être réconforté: «Laissez-moi d'abord m'arrêter à cette enseigne, -que je boive un coup de bière et mange un gâteau.» Une miniature du -quatorzième siècle, dans un manuscrit du British Museum[69], représente -l'_ale house_ avec sa longue perche horizontale étendant bien avant -au-dessus de la route sa touffe de feuillage. La maison ne se compose que -d'un rez-de-chaussée; une femme est debout devant la porte, avec un large -broc à bière, et un moine boit dans une grande tasse. La mode était -d'avoir des perches démesurées, ce qui n'offrait pas d'inconvénient à la -campagne; mais à la ville il avait fallu faire des règlements et fixer un -maximum de longueur. En effet, suivant les termes de l'arrêté, on se -servait de perches si lourdes «qu'elles tendaient à abattre les maisons -qui les supportaient», et, de plus, si longues et avec des enseignes qui -pendaient si bas que la tête des cavaliers venait s'y embarrasser. L'acte -de 1375 qui relate ces griefs prescrit qu'à l'avenir les perches ne -s'étendront plus qu'à sept pieds au-dessus de la voie publique, et -c'était laisser encore un caractère assez pittoresque à des rues qui -n'avaient pas la largeur des nôtres. - - [69] Ms. 10 E. IV, fol. 114. - -Certaines tavernes étaient mal famées, à la ville surtout. A Londres, -défense du roi de tenir maison ouverte après le couvre-feu, et pour des -raisons très bonnes: «pur ceo que tiels meffesours avauntditz alant -nutauntre, communalement ont lour recette lour covynes e font lour -mauveyses purparlances en taverne plus qe aillours e illockes querent -umbrage attendanz et geitant lor tens de mal fere[70]...» - - [70] Statut de 1285; 13 Éd. I (_Statutes of the realm_). - -C'est par crainte de dangers pareils que les shériffs et baillis -devaient, dans leurs _vues de francpledge_, demander, sous serment, à -leurs administrés de dire ce qu'ils savaient «de ceux qi assiduelment -hauntent les tavernes et homme ne soit (sait) dount ils viegnent;--de -ceux qi dorment les jours et veillent les nutz et mangent bien et beivent -bien et n'ount nul bien[71]». - - [71] _Statutes of the realm_, Londres, 1810, fol., t. I, p. 246. - -On connaît la belle peinture d'une taverne au quatorzième siècle que nous -a laissée Langland. Avec autant de verve que Rabelais, il nous fait -assister aux scènes tumultueuses qui se passent dans l'_ale house_, aux -discussions, aux querelles, aux larges rasades, à l'ivresse qui s'ensuit; -on voit chaque visage, on distingue le son des voix, on remarque les -tenues peu correctes, et il semble qu'on fasse partie soi-même de cette -assemblée étrange où l'ermite rencontre le savetier, et le «clerc de -l'église» une bande de «coupe-bourses et d'arracheurs de dents au crâne -chenu[72]». A la taverne, on trouve aussi des paysans; Christine de -Pisan, cette femme dont les écrits et le caractère rappellent si souvent -Gower, nous les montre buvant, se battant et perdant le soir plus qu'ils -n'ont gagné tout le jour; ils ont à comparaître devant le prévôt, et les -amendes viennent augmenter leurs pertes: - - Par ces tavernes chacun jour, - Vous en trouveriez à sejour, - Beuvans là toute la journée - Aussi tost que ont fait leur journée. - Maint y aconvient aler boire: - Là despendent, c'est chose voire, - Plus que toute jour n'ont gaigné. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Là ne convient il demander - S'ilz s'entrebatent quand sont yvres; - Le prevost en a plusieurs livres - D'amande tout au long de l'an. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Et y verriés de ces gallans - Oyseux qui tavernes poursuivent - Gays et jolis[73]... - - [72] «An haywarde and an heremyte, the hangeman of tyborne, - Dauwe the dykere with a dosen harlotes - Of portours and of pyke-porses, and pylede toth-drawers. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Ther was lauhyng and lakeryng, and 'let go the coppe!» - Bargeynes and beuereges by-gunne to aryse, - And setyn so til evesong rang.» - - _The vision of William concerning Piers the Plowman_, édition - Skeat, Londres (Early english text society), 1873, 8º; texte C, - _passus_ VII, vers 361 et suivants. - - [73] _Le Livre de la mutacion de fortune_, liv. III (ms. 603 à la - Bibliothèque nationale). - -Au moment de la Renaissance en Angleterre, le poète Skelton, précepteur -d'Henri VIII, s'amuse dans une de ses ballades les plus populaires à -décrire un cabaret de grand'route: la maison est toute pareille à celles -que Langland avait connues un siècle et demi plus tôt. La cabaretière, -qui brasse, Dieu sait comme, sa bière elle-même, est une vieille -détestable, au nez crochu, au dos voûté, aux cheveux gris, à la face -ridée, fort semblable aux «magots» peints depuis par Téniers. Elle tient -sa taverne près de Leatherhead, dans le comté de Surrey, en haut d'une -montée, sur le grand chemin, et elle vend sa marchandise «aux voyageurs, -aux chaudronniers, aux gens qui travaillent dur, à tous les vaillants -buveurs de bière». Passants et habitants du pays viennent en foule à sa -maison; «les uns y vont tout droit, par la boue ou par la gelée, suivant -la grand'route, sans s'inquiéter de ce qu'on dira: parle d'eux qui -voudra! Les autres, craignant de se faire voir, sautent par-dessus la -balustrade et la haie et entrent par la porte dérobée, tout cela par -amour de la bonne bière». On voit que la réputation des maisons aux longs -bouquets de branches ne s'était pas améliorée et que beaucoup de ceux qui -les fréquentaient n'avaient guère envie de s'en vanter. Quant à payer son -écot, c'est là le difficile; les passionnés de boisson qui n'ont pas -d'argent s'en tirent comme ils peuvent; ils payent en nature: «Au lieu de -monnaie, l'un apporte un lapin, l'autre un pot de miel, d'autres une -salière, une cuiller, d'autres leurs chausses ou leurs souliers.» Les -femmes donnent leur anneau de mariage, ou la cape de leur mari, «parce -que la bière est bonne» (Ap. 15). - -D'autres maisons isolées au bord des routes avaient encore des rapports -constants avec les voyageurs; c'étaient celles des ermites. Au -quatorzième siècle, les ermites ne cherchaient guère, la plupart du -temps, la solitude des déserts ni la profondeur des bois. Les Rolle de -Hampole, jeûnant, se mortifiant, ayant des extases, consumés par l'amour -divin, étaient de rares exceptions; les autres habitaient de préférence -des «cottages», construits aux endroits les plus fréquentés des grands -chemins ou au coin des ponts[74]. Ils vivaient là, comme Godfrey Pratt, -de la charité des passants; le pont avec sa chapelle était déjà un -édifice presque sacré; le voisinage de l'ermite achevait de le -sanctifier. Celui-ci réparait la construction ou passait pour le -faire[75], et on lui donnait volontiers un quart de penny. C'était une -race bizarre, qui, dans ce siècle de désorganisation et de réforme, où -tout semble mourir ou naître, croissait et se multipliait, toujours -malgré les règlements. Ils augmentaient le nombre des parasites de -l'édifice religieux, abritant sous un habit respectable une vie qui ne -l'était pas. Ces pousses importunes et malfaisantes s'accrochaient, comme -la mousse dans l'humidité de la cathédrale, aux fissures des pierres, et -par un travail lent et séculaire menaçaient de ruine le noble édifice. -Quel remède apporter? Rien ne sert de faucher ces herbes toujours -renaissantes; il faut qu'une main patiente, guidée par un œil vigilant, -les arrache une à une et comble un à un les interstices: c'est le travail -des saints et ils sont rares. Souvent les statuts épiscopaux pourront -faire en apparence grande besogne, mais à la surface seulement; les têtes -abattues, les racines restent et le parasite vivace plonge plus avant au -cœur du mur. - - [74] Voir un exemple d'ermite installé au coin d'un pont dans un - acte royal qui maintient formellement les privilèges de - l'«Heremyte of the brigge of Loyne _and his successours_» (4 Éd. - IV, _Rotuli parliamentorum_, t. V, p. 546). - - [75] Voir _supra_ le rôle des clercs dans la collecte des - offrandes, la garde et l'entretien des ponts (chap. I). - -Ce n'étaient pas les solennelles interdictions et les prescriptions -rigoureuses qui manquaient: celles-là abattent des têtes qui renaissent -toujours. Pour devenir ermite, il fallait être résolu à une vie -exemplaire de misères et de privations, et il fallait, pour que -l'imposture fût impossible, avoir la sanction épiscopale, c'est-à-dire -posséder des «lettres testimoniales des ordinairs». On violait ces -règlements sans scrupule. Au fond de sa demeure, l'être peu dévot vêtu en -ermite pouvait mener une vie assez douce, et ailleurs elle était si dure! -La charité des passants était suffisante pour le faire vivre, surtout -s'il avait peu de scrupules et savait demander; d'ailleurs aucun travail, -aucune obligation pesante; l'évêque était loin et la taverne proche. -Toutes ces raisons faisaient renaître sans cesse l'espèce malfaisante des -faux ermites, qui ne prenaient l'habit que pour en vivre, sans demander -permission à personne. Le roi dans ses statuts[76] les confondait avec -les mendiants, les cultivateurs errants et les vagabonds de toute espèce -qui sans distinction devaient être emprisonnés en attendant jugement. Il -n'y avait d'exception que pour les ermites _approuvés_, «forspris gentz -de religion et hermytes approvez eiantz lettres testimoniales des -ordinairs». Un statut comme celui-là prouve suffisamment que Langland, -dans ses éloquentes descriptions de la vie des ermites, n'a pas exagéré; -son vers n'est que le commentaire de la loi. L'auteur des _Visions_ est -du reste impartial et rend justice aux anachorètes sincères: c'est à eux -que les vrais chrétiens ressemblent[77]. Mais qu'est-ce que ces faux -dévots qui ont planté leur tente au bord des grands chemins ou dans les -villes même, à la porte des cabarets, qui mendient sous le porche des -églises[78], qui mangent et boivent largement et passent les soirées à se -chauffer? Qu'est-ce que l'homme qui se repose et se rôtit, «reste hym and -roste hym», près des charbons ardents, «by the hote coles[79]», et quand -il a bien bu, n'a plus qu'à se mettre au lit? Tous ceux-là sont indignes -de pitié et, ajoute Langland, avec ce sentiment aristocratique qu'on n'a -pas assez remarqué chez lui, tous ces ermites cependant sont de vulgaires -artisans, «workmen, webbes and taillours and carters knaues»; ils avaient -autrefois «long labour and lyte wynnynge» (grand labeur et petit gain), -mais ils remarquèrent un jour que ces frères trompeurs qu'on voyait de -tous côtés «avaient les joues pleines[80]»; ils abandonnèrent donc le -travail et ils prirent des vêtements qui en imposaient, comme s'ils -étaient clercs, «des vêtements de prophètes». On ne les voit guère à -l'église, ces faux ermites, mais on les trouve assis à la table des -grands, parce que leurs habits sont respectables; et les voilà qui -mangent et boivent excellemment, eux qui jadis étaient au dernier rang, -aux tables de côté, ne buvant jamais de vin, ne mangeant jamais de pain -blanc, sans couverture à leur lit[81]. - - [76] 12 Rich. II, chap. VII (_Statutes of the realm_). - - [77] _The vision of William concerning Piers the Plowman_, - édition Skeat, texte C, _passus_ I, vers 27, et _passus_ X, vers - 195. - - [78] Ac eremiten that en-habiten by the heye weyes, - And in borwes a-mong brewesters and beggen in churches. - - (_Ibidem_, _passus_ X, vers 189.) - - - [79] _Passus_ X, vers 140. Le matin il se lève quand bon lui - semble et il se demande tout de suite où il pourra aller prendre - son repas, ou bien qui lui donnera du lard, du pain, du fromage; - il rapporte tout cela en sa maison et vit dans la paresse: - - And when hym lyketh and lust hus leue ys to aryse; - When he ys rysen, rometh out and ryght wel aspieth - Whar he may rathest haue a repast other a ronnde of bacon, - Suluer other sode mete and som tyme bothe, - A loof other half a loof other a lompe of chese; - And carieth it hom to hus Cote and cast hym to lyue - In ydelnesse and in ese. - - [80] _Passus_ X, vers 208. - - [81] _Passus_ X, vers 251: - - Ac while he wrought in thys worlde and wan hus met - He sat atte sydbenche · and secounde table; [with treuthe,] - Cam no wyn in hus wombe · thorw the weke longe, - Nother blankett in hus bed · ne white bred by-fore hym. - The cause of al thys caitifte · cometh of meny bisshopes - That suffren suche sottes. - -Ces fripons échappent aux évêques, qui devraient avoir les yeux mieux -ouverts. Hélas! disait en charmant langage un de nos poètes du treizième -siècle, Rutebeuf: - - Li abis ne fet pas l'ermite; - S'uns hom en hermitage abite - Et s'il en a les dras vestus, - Je ne pris mie deus festus - Son abit ne sa vesteure - S'il ne maine vie aussi pure - Comme son abit nous démonstre; - Mes maintes genz font bele monstre - Et merveilleux sanblant qu'il vaillent: - Il sanblent les arbres qui faillent - Qui furent trop bel au florir[82]. - - [82] _Le Dit de frère Denise._ (_Œuvres complètes de Rutebeuf_, - édition Jubinal, Paris, 1874, 3 vol. 12º, t. II, p. 63.) - -Sous les yeux de l'ermite placide, confortablement établi au bord de la -route, sous le regard de cet homme calme qui se préparait par une vie -sans trouble, sans souci ni souffrance, à l'éternité bienheureuse, -coulait le flot aux couleurs changeantes des voyageurs, des vagabonds, -des nomades, des errants. Sa bénédiction récompensait le passant -généreux; le dur regard de l'homme austère ne suffisait pas à troubler -son indifférence béate. La vie des autres pouvait se consumer rapidement, -brûlée par le soleil, rongée par le souci; la sienne durait à l'ombre des -arbres, se prolongeait sans secousse, bercée par le bruissement des -passions humaines. - - - - -CHAPITRE III - -SÉCURITÉ DES ROUTES - - Le brigandage seigneurial.--Les nobles et leurs partisans.--Les - bandes organisées. - - Les voleurs.--Alliance des bandes de voleurs et des bandes - seigneuriales.--Le droit d'asile et l'abjuration du royaume.--Les - chartes de pardon. - - La répression.--Dangers qu'elle présente pour le voyageur - inoffensif. - - -Ces chemins, parcourus en tous sens par le roi et les seigneurs se -rendant d'un manoir à l'autre, par les marchands qui allaient à la foire, -au marché ou à l'étape, et où l'on entendait de loin en loin le -grincement des chariots de paysan, étaient-ils sûrs? L'examen théorique -des prescriptions légales et de la façon dont la police du comté et la -garde des villes étaient organisées pourrait faire conclure que les -précautions étaient bien prises pour empêcher les méfaits, et que les -voyages ne présentaient pas plus de danger qu'aujourd'hui. Si l'on -ajoutait, comme l'a montré M. Thorold Rogers, qu'il y avait des services -réguliers de carrioles entre Oxford et Londres, Winchester, Newcastle, -etc., et que le prix des transports était peu élevé, on pourrait se -persuader que les routes étaient absolument sûres, et l'on aurait tort. -Il ne faut pas plus les juger de la sorte qu'il ne faut voir, comme on -l'a fait aussi, sur la foi des romans, des brigands dans tous les -fourrés, des pendus à toutes les branches et des seigneurs pillards -établis au bord de tous les ruisseaux. Seulement, il faut faire la part -de l'_accident_. - -L'accident joue au quatorzième siècle un rôle plus grand qu'à n'importe -quelle autre époque. C'est le moment où la vie moderne commence et où -l'éclat superficiel d'une nouvelle civilisation vient modifier la société -du sommet à la base. La confiance est plus grande; on se fortifie moins -bien chez soi, le château crénelé se transforme en villa ou en hôtel, -pendant que la hutte se change en maison. On prend plus de mesures -qu'autrefois pour empêcher les méfaits; mais les accidents sont nombreux -qui viennent détruire ce commencement de sécurité. Au fond, la société -n'est ni calme ni bien assise, et beaucoup de ses membres sont encore à -moitié sauvages. On peut prendre à la lettre le terme «à moitié», -c'est-à-dire que, si on faisait une liste des qualités de tel individu, -on trouverait que la première partie appartient à un monde très civilisé, -et la deuxième à un monde très barbare. De là ces contrastes: d'un côté, -l'ordre, qu'il y aurait peut-être injustice à ne pas considérer comme -l'état normal; et, de l'autre, les fréquents soubresauts de l'élément -indompté. C'est ainsi, par exemple, qu'on peut voir un seigneur et les -siens attendant, au coin d'une route, une caravane de marchands. Le texte -même de la pétition des victimes donne tous les détails de la -rencontre[83]. - - [83] Ce texte a été publié dans l'_Archæological journal_, t. IV, - p. 69. - -La scène se passe en 1342. Des marchands de Lichfield exposent à «lur -seigneur le counte de Arundel» qu'un certain vendredi ils envoyèrent deux -domestiques et deux chevaux chargés «de especerie et mercerie», valant -quarante livres, à Stafford, pour le marché du lendemain. Quand leurs -gens «vinrent dessout le boys del Canoke», ils rencontrèrent «sire Robert -de Rideware, chivaler», qui les attendait en compagnie de deux valets de -sa suite et qui se saisit des domestiques, des chevaux et du butin pour -emmener le tout au prieuré de Lappeley. Malheureusement pour lui, pendant -le trajet, un des domestiques s'échappa. Au prieuré, la bande trouve -«sire Johan de Oddyngesles, Esmon de Oddyngesles et pluseurs autres, auxi -bien chivalers come autres gentz». On voit que c'était un coup monté et -soigneusement organisé; tout se passe suivant les règles: «entre eux tous -départirent les avantditz mercerie e especerie, chescun de sa porcion -solump son estat.» Cela fait, la compagnie quitte Lappeley et chevauche -jusqu'au prieuré de Blythebury, occupé par des nonnes. Le chevalier -Robert déclare à l'abbaye qu'ils sont gens du roi «moud travaillés» et -demande l'hospitalité comme cela se faisait couramment. Mais la troupe, -paraît-il, avait mauvaise apparence; l'abbesse refuse. Les chevaliers, -voyant ce fâcheux accueil, enfoncent la porte des fenières, donnent «feyn -et aveignes» à leurs chevaux et passent ainsi la nuit. - -Mais ils n'étaient pas seuls à bien occuper leur temps. Le domestique -échappé les avait suivis de loin et, quand il les vit installés au -prieuré, il revint en toute hâte à Lichfield avertir le bailli, qui ne -tarda pas à réunir sa troupe et à courir à la poursuite des voleurs. -Ceux-ci, gens d'épée, dès qu'ils furent rejoints, «se tournèrent à -défense», et un vrai combat s'engagea, dans lequel ils eurent d'abord le -dessus et «naffrèrent» plusieurs de leurs ennemis. A la fin cependant ils -perdent pied et s'enfuient; on leur prend toutes les épices et quatre de -leur compagnie, qui sont décapités sur place immédiatement. - -Robert de Rideware n'était pas au nombre des victimes et n'était pas -découragé. Il rencontre, pendant que le bailli regagnait Lichfield, son -parent Gautier de Rideware, seigneur de Helmstale-Rideware, avec des gens -de sa suite; tous ensemble tournent bride et se mettent à la poursuite du -bailli: nouvelle bataille; cette fois, l'officier du roi a le dessous et -s'enfuit, pendant que les seigneurs lui reprennent définitivement les -épices. - -Quelle ressource restait-il aux malheureux Guillaume et Richard, auteurs -de la pétition? S'adresser à la justice? C'est ce qu'ils voulurent faire. -Mais, comme ils se rendaient pour cela à Stafford, capitale du comté, ils -trouvèrent, aux portes de la ville, des «genz de la maintenance» de leurs -persécuteurs qui leur barrèrent le passage, les attaquèrent même et si -vivement qu'ils eurent grand'peine à échapper «saunz grevure». Ils -rentrent à Lichfield, surveillés par leurs ennemis, et mènent une -existence digne de pitié. «E sire, les avant ditz William e Richard e -plusours gentz de la ville de Lichfield sount menacé desditz larons e -lour meintenours, qu'ils n'osent null part aler hors de ladite ville.» - -Ce document juridique, dont l'original existe encore, est, on le voit, -passablement caractéristique, et l'on peut juger que ces seigneurs et -leurs aides n'étaient pas sans ressemblance avec ceux des _Promessi -sposi_ et leurs terribles _bravi_. Ici, presque tout est à noter: le -sang-froid et la détermination des chevaliers, que la mort de quatre -d'entre eux ne déconcerte pas; l'attaque à la faveur d'un bois; le choix -des victimes: des valets de riches marchands; la demande de l'hospitalité -dans un prieuré sous prétexte qu'on voyage pour le service du roi; la -justice expéditive du bailli et la surveillance obstinée à laquelle les -démarches des victimes sont soumises par leurs tyrans. - -Ces faits ne sont pas uniques, et Robert de Rideware n'était pas seul à -faire le guet dans les taillis au bord des routes. Beaucoup d'autres -seigneurs étaient entourés connue lui d'hommes dévoués et prêts pour -toutes les entreprises. On leur donnait des capes et des livrées aux -couleurs du maître, qui permettaient de les reconnaître aisément; un lord -bien entouré de ses partisans se considérait comme au-dessus du droit -commun, et la justice n'avait pas beau jeu à vouloir se faire respecter -de lui. La coutume d'avoir à soi quantité de serviteurs déterminés -portant vos couleurs devint universelle à la fin du règne d'Édouard III -et sous Richard II; elle subsista, malgré les statuts[84], pendant tout -le quinzième siècle, et contribua grandement à rendre les guerres -seigneuriales de cette époque acharnées et sanglantes. - - [84] Richard II eut plusieurs fois à les renouveler et confirmer, - mais sans effet. Dans son premier statut sur ce sujet, il - constate le luxe de partisans dans lequel se complaisaient des - gens assez pauvres: «pur ceo qe plusours gentz de petit garison - de terre, rent ou d'autres possessions font grantz retenuz des - gentz sibien d'esquiers come d'autres en plusours parties del - roialme...» (1 Rich. II, chap. VII). Le troisième statut de la - treizième année de Richard, celui de la seizième année (chap. - IV), celui de la vingtième année (chap. I et II), sont également - dirigés contre l'abus des livrées et le nombre des partisans des - «seigneurs espirituels et temporels». (_Statutes of the realm._) - Henri VI renouvela inutilement ces statuts. - -Mais, même en dehors des périodes de guerre civile, les méfaits commis -par certains barons et leurs fidèles ou même simplement par leurs fidèles -agissant pour leur propre compte sous couvert de la cape aux couleurs du -lord, étaient parfois si fréquents et si graves qu'on eût pu dans -beaucoup de comtés se croire en guerre. Les considérants d'un statut de -la deuxième année de Richard II[85] font de ces désordres un tableau un -peu exagéré peut-être pour mieux justifier les mesures de rigueur, mais -dont le fond doit être vrai: on y voit (et le roi l'a appris à la fois -par les pétitions formelles adressées au parlement et par la rumeur -publique) que certaines gens dans plusieurs parties du royaume prétendent -avoir droit à «diverses terres, tenementz et autres possessions, et -aucuns espiants dames et damoiselles nient mariez, et aucuns desirantz à -faire maintenance en lour marchees, se coillent ensemble à grant nombre -des gentz armez et archiers à fier de guerre, et soi entrelient par -serment, et par autre confederacie». Ces gens-là, n'ayant aucune -«consideration à Dieu, ne as loys de Seintz Eglise, ne de la terre ne à -droit, ne à justice, einz refusantz et entrelessants tout procès de ley, -chivachent en grantz routes en plusours parties d'Engleterre, et -preignent possession et se mettent einz en diverses manoirs, terres et -autres possessions, de lour propre auctoritée, et les tiegnent longement -à tiel force, y feisants mou des maners d'apparaillementz de guerre et en -aucuns lieux ravissent dames et damoiselles et les enmesnent en estraunge -paiis où lour plest; et en aucuns lieux en tieux routes gisent en agaite -et batent, mahaiment et mordrent et tuont les genz pur lour femmes et -biens avoir, et celles femmes et biens reteignont à lour propre oeps; et -à la foitz preignent à force les liges le roi en lour propre maisons et -les amesnent et detiegnent come prisoners, et au darrien les mettont à -fyn et à raunceone _come ceo fuis en terre de guerre_; et à la foitz -viegnent devant justices en lour sessions, a tielle guise ove grant -force, paront les justices sont moeltz esbaiez ou ne sont hardiz de faire -la ley; et plusours autres riotes et horribles malx faitz y font; paront -le roialme en diverses parties est mys en grant troboill à grant meschef -et anientissement de povre poeple[86]...» Au Bon Parlement, en 1376, les -communes avaient déjà fait des plaintes semblables: «Item supplie la -commune qe come ore de novel grande riote si comence par pluseurs gentz -en diverses parties d'Engleterre, qe chivachent ove grand nombre des -gentz armez,» etc.[87]... - - [85] 2 Rich. II, statut I, chap. VI. (_Statutes of the realm._) - - [86] Le tableau que présente ce statut est assez complet pour - qu'il ne soit pas nécessaire de citer d'autres textes. Dans les - pétitions adressées au parlement on trouvera de très nombreuses - plaintes de particuliers pour des actes de violence dont ils ont - été victimes, pour des emprisonnements du fait de leurs ennemis, - des vols, des cas d'incendie, de destruction du gibier ou du - poisson des parcs. Exemples: pétition d'Agnès d'Aldenby, qui est - rançonnée par des malfaiteurs (_Rotuli parliamentorum_, t. I, p. - 375); d'Agnès Atte Wode, battue ainsi que son fils et rançonnée - (I, p. 372); des habitants de plusieurs villes du comté - d'Hereford qui ont été emprisonnés et rançonnés par le chevalier - Jean de Patmer (I, p. 389); de Jean de Grey, qui est attaqué par - quinze malfaiteurs assez déterminés pour mettre le feu à une - ville et donner l'assaut à un château (I, p. 397); de Robert - Power, qui est rançonné et a son château saccagé, ses gens battus - par des hommes «tut armez come gent de guerre» (I, p. 410); de - Rauf le Botiller, qui a vu piller et brûler son château par 80 - hommes venus pour cela avec armes et bagages, amenant des cordes - et des haches sur des charrettes (II, p. 88), etc. En France, - bien entendu, les méfaits de ce genre étaient encore plus - nombreux, mais l'état de guerre y était alors continuel. - - [87] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 351. - -A côté de ces bandes organisées et quasi seigneuriales, il y avait les -voleurs ordinaires, contre lesquels Édouard Ier avait pris en 1285 des -mesures spéciales dans son statut de Winchester. Il est constaté dans cet -acte que les malfaiteurs ont coutume de se «tapir» dans les fossés, -taillis ou buissons du voisinage des routes, surtout de celles qui -relient deux villes marchandes. C'est qu'en effet c'était le lieu de -passage de victimes faciles et richement chargées. Aussi le roi -ordonne-t-il que le bord des grands chemins sera défriché à une distance -de deux cents pieds de chaque côté, de façon qu'il n'y reste ni taillis, -ni buisson, ni creux, ni fosse qui puisse servir à abriter des -malfaiteurs. On pourra seulement laisser subsister les gros arbres tels -que les chênes. C'est au propriétaire du sol à faire ces travaux; s'il -les néglige, il sera responsable des vols et des meurtres et payera -amende au roi. Si la route traverse un parc, même obligation pour le -seigneur, à moins qu'il ne consente à le clore par un mur ou par une haie -si épaisse ou par un fossé si large et si profond que les voleurs ne -puissent le franchir ou y trouver un abri avant ou après leurs attaques. - -Mais, à mesure qu'on avance dans le quatorzième siècle, on trouve que ces -larrons vulgaires ont découvert un meilleur emploi de leurs énergies sans -changer tout à fait d'état. Ils s'allient, tantôt secrétement et tantôt -ouvertement, aux bandes seigneuriales et ne sont plus désormais gens sans -aveu pour qui personne ne peut répondre. C'est ce dont se plaignent -encore les communes: «Item prie ladite commune qe come notoriment soit -conuz _par touz les countées d'Engleterre_ qe robeours, larons et autres -meffesours, à pée et à chival, vont et chivachent à grant route par tote -la terre en diverses lieus, et font larcines et roberies; qe plaise à -nostre seigneur le roi _charger les grantz de la terre que nul tiel soit -meyntenuz par eux_, en privé n'en apert; mes qu'ils soient en eaide de -arester et prendre tiels malveyses[88].» Au précédent parlement, les -mêmes plaintes avaient été faites, et le roi avait déjà promis qu'il -ordonnerait «tiel remedie qe [serrait] pleisaunt à Dieu et à homme[89].» - - [88] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 201 (22 Éd. III, 1348). - - [89] _Ibid._, t. II, p. 165. - -Tous ces malfaiteurs, sans compter l'appui des grands, avaient de beaux -privilèges. On en rencontrait quelquefois qui suivaient les routes, une -croix à la main: à ceux-là il était défendu de toucher de par le roi et -sainte Église; c'étaient des gens qui avaient _forjuré le royaume_. Quand -un voleur, un meurtrier, un félon quelconque se sentait serré de trop -près, il se jetait dans une église et se trouvait en sûreté. L'église -était un lieu sacré, et quiconque en avait franchi le seuil était couvert -par la protection de Dieu. En tirer les gens était un sacrilège qui -emportait excommunication. Nicolas le Porter avait aidé à arracher de -l'église des Carmes de Newcastle des laïques qui s'y étaient réfugiés -«pro vitæ suæ securitate», et qui, une fois livrés à l'autorité civile, -avaient été exécutés. Il lui fallut, pour obtenir son pardon, employer -l'intermédiaire du nonce du pape et se soumettre à une pénitence publique -bien contraire aux coutumes d'aujourd'hui: - -«Nous ordonnons, écrit l'évêque Richard au curé de Saint-Nicolas de -Durham, que les lundi, mardi et mercredi de la semaine de la Pentecôte -qui vient, il aille recevoir, en chemise, nu-tête et nu-pieds, devant le -portail de votre église, en présence de la foule du peuple, le fouet de -vos mains publiquement[90]. Il y proclamera lui-même, _en anglais_, le -motif de sa pénitence et avouera sa faute, et quand il aura reçu ainsi le -fouet, ledit Nicolas se rendra à l'église cathédrale de Durham, nu-tête, -nu-pieds et vêtu comme dessus; il marchera devant, vous le suivrez, et -vous le fustigerez de même devant la porte de la cathédrale, ces trois -mêmes jours, et il y recommencera les déclarations que j'ai dites» (Ap. -16). - - [90] Les pénitences de cette sorte n'étaient pas appliquées - seulement aux hommes. Les femmes de toutes les conditions - devaient s'y soumettre. On peut voir dans ce même registre - palatin de Durham le cas d'Isabelle de Murley, condamnée pour - adultère avec Jean d'Amundeville, mari de sa sœur, à recevoir - publiquement «sex fustigationes circa forum Dunelmense» (t. II, - p. 695). Autre exemple dans les _Constitutiones.... Walteri de - Cantilupo, Wigornensis episcopi_ A. D. 1240; Wilkins, _Concilia - Magnæ Britanniæ et Hiberniæ_, Londres, 1737, 4 vol. fol., t. I, - p. 668. - -Pour les voleurs, ce droit d'asile était précieux. Ils s'échappaient de -prison, couraient à l'église et avaient la vie sauve: «En cele an (18 Éd. -II), disent les _Croniques de London_[91], X personnes eschaperent hors -de Neugate, des queux V furent remenez e IIIJ eschaperent à l'esglise -Seint-Sépulcre et un à l'esglise Seint-Bride et après, touz forsjurerent -Engleterre.» Mais quand les malheureux étaient guettés dans l'église par -leurs ennemis personnels, leur situation devenait dangereuse. C'est ce -que montrent les statuts du royaume en 1315-1316. Les auteurs d'une -pétition[92] exposent au roi que des gens armés s'établissent dans le -cimetière et jusque dans le sanctuaire pour surveiller le fugitif, et le -gardent si étroitement qu'il ne peut même pas sortir pour satisfaire à -ses besoins naturels. On empêche la nourriture de lui arriver; si le -félon se décide à jurer qu'il quittera le royaume, ses ennemis le suivent -sur la route et, malgré la protection de la loi, l'en arrachent et le -décapitent sans jugement. Le roi réforme tous ces abus[93] et prescrit -l'application des règlements anciens sur l'abjuration, c'est-à-dire des -suivants: «Lorsqu'un voleur, un homicide ou un malfaiteur quelconque a -fui dans une église et qu'il a reconnu son crime, que le coroner fasse -faire l'abjuration ainsi: le félon sera conduit à la porte de l'église, -et un port rapproché ou non lui sera assigné et un terme fixé pour -quitter le royaume. Tant qu'il sera en route, il tiendra une croix à la -main et ne s'écartera du grand chemin ni à droite ni à gauche, mais le -suivra jusqu'à ce qu'il ait quitté le royaume, et il n'y reviendra pas -sans que le roi lui ait fait grâce[94].» - - [91] Edition Aungier, Camden society, 1844, 4º, p. 42 (écrites - par un contemporain des événements). - - [92] _Articuli cleri_, 9 Éd. II, chap. X (_Statutes of the - realm_). - - [93] Il défend que les gardiens se tiennent dans le cimetière, à - moins qu'il n'y ait un danger de fuite imminent. Le félon peut - avoir dans l'église «necessaria vite» et il peut en sortir - librement «pro obsceno pondere deponendo». - - [94] _Statutes of the realm_, t. I, p. 250, texte de date - incertaine, mais se rapportant probablement au règne d'Édouard - II. D'après le _Fleta_ (liv. I, ch. XXIX), au bout de 40 jours - d'asile, si les malfaiteurs n'ont pas forjuré le royaume, on doit - leur refuser la nourriture et il ne leur sera plus permis - d'émigrer. Pour gagner le port, d'après la même autorité, le - félon porte un costume qui le fait reconnaître; il est - «discinctus, discalceatus, capite discooperto, in pura tunica, - _tanquam in patibulo suspendendus_, accepta cruce in manibus». - - -Le félon jurait en ces termes: «Entends ceci, sire coroner, moi N. j'ai -volé des moutons ou tel autre animal, ou j'ai tué une ou plusieurs -personnes et je suis félon à notre seigneur le roi d'Angleterre. Et pour -avoir commis quantité de méfaits, larcins, etc., dans sa terre, j'abjure -la terre de notre seigneur E. roi d'Angleterre. Et je me hâterai d'aller -à tel port que tu m'as fixé; je ne quitterai pas la grand'route, et si je -le fais, je consens à être pris et traité en voleur et félon de notre -seigneur le roi. Dans tel port, je chercherai activement passage et n'y -resterai que l'espace d'une marée si je peux trouver passage; et si je ne -peux trouver passage pendant ce délai, j'irai tous les jours dans la mer -jusqu'aux genoux, essayant de traverser, et si je ne peux, au bout de -quarante jours, je rentrerai dans une église comme voleur et félon de -notre seigneur le roi. Et que Dieu m'aide!» - -A l'église, les voleurs se trouvaient en compagnie des débiteurs -insolvables. Ceux-ci, avant d'y venir, faisaient des donations générales -de tous leurs biens, et les créanciers qui les citaient en justice se -trouvaient n'avoir aucune prise sur eux. En 1379[95], Richard II remédie -à cet inconvénient. Pendant cinq semaines, une fois par semaine, le -débiteur sera sommé, par proclamation faite à la porte du sanctuaire, de -comparaître en personne ou par attorney devant les juges du roi. S'il -s'abstient jusqu'au bout, on passera outre; un jugement sera rendu, et -les biens qu'il avait donnés seront partagés entre ses créanciers. - - [95] _Statutes of the realm_, 2 Rich. II, chap. III. On s'était - déjà plaint de ces fraudes sous Édouard III. Une pétition des - communes au parlement de 1376-1377 (_Rotuli parliamentorum_, t. - II, p. 369) constate que certaines gens, après avoir reçu en prêt - de l'argent ou des marchandises et avoir fait une prétendue - donation de tous leurs biens à des amis, «s'enfuent à - Westmonster, Seint Martyn ou autres tils places privilegeez, et - illeoqs vivent long temps... tan qe lesdites creaunsours serront - moult leez de prendre une petit parcelle de lour dette, et - relesser le remenant». Alors les débiteurs rentrent chez eux et - leurs amis leur rendent tous leurs biens. - -Ce ne fut encore qu'un remède temporaire. Dans les premières années du -règne suivant, nous trouvons les communes présentant au roi leurs -doléances sur ces mêmes abus: des apprentis quittent leurs maîtres avec -les biens de ceux-ci, des marchands endettés, des voleurs s'enfuient à -Saint-Martin-le-Grand et y vivent tranquillement de l'argent qu'ils ont -dérobé. Ils emploient les loisirs que leur laisse cette existence -paisible à fabriquer patiemment des chartes, obligations et quittances -fausses, imitant les signatures et cachets des marchands honnêtes de la -cité. Quant aux brigands et meurtriers, ils sont là bien à leur aise pour -préparer de nouveaux crimes; ils sortent de nuit pour les exécuter et -rentrent au matin, en parfaite sécurité, dans leur inviolable repaire. -Le roi se borne à promettre vaguement que «raisonable remedie ent serra -fait». - -Un clerc qui fuyait dans une église n'était pas obligé de quitter -l'Angleterre; il jurait qu'il était clerc et «jouissait du privilège -ecclésiastique, suivant la louable coutume du royaume» (9 Éd. II, ch. -XV). Mais l'Église, qui accordait à tous venants le bénéfice de l'asile, -se réservait la faculté de l'enlever: «En cele an (14 Éd. II), une femme -qe avoit noun Isabele de Bury tua le clerk de l'esglise de Toutz Seintz -près del mur de Loundres et ele se tint en mesme l'esglise V jours, taunt -que l'esvesque de Loundres maunda sa lettre qe le esglise ne la voleit -saver, par quei ele fut mené hors de l'esglise à Neugate et le tierze -jour après ele fut pendu[96].» - - [96] _Croniques de London_, 1844, 4º, Camden society, p. 42. - -Dans ce temps où les émeutes et les révolutions n'étaient pas rares, le -droit d'asile pouvait servir à tous; aussi c'était bien en vain que -Wyclif protestait et en demandait la suppression. Un évêque, si sacrée -que fût sa personne, pouvait être exposé lui-même à presser son cheval de -l'éperon et à fuir vers une église pour sauver sa tête. Ce fut le cas -pour l'évêque d'Exeter, lorsque Isabelle et son fils vinrent renverser -Édouard II[97]: «Taunt tost, mesme le jour, vint un sire Wauter de -Stapulton, qe fu eveske de Exestre, et l'an devant le tresorer le roy, -chivachant vers son hostel en Eldedeaneslane, à son manger, et là fut il -escrié traitour; et il le voyaunt, chivacha à la fuite devers l'esglise -Seint-Poul et fut là encountré et tost deschivaché et mené en Chepe et là -fut il despouillé et sa teste coupé.» - - [97] _Ibidem_, p. 52. - -Sous Richard III, on put voir une reine et un fils de roi refuser de -quitter l'enceinte sacrée de Westminster et garder un temps la vie sauve -grâce à la sainteté du lieu. Sir Thomas More a laissé dans son histoire -de l'usurpateur, la première véritable histoire en langage national que -compte la littérature anglaise, un tableau saisissant du courage de la -veuve d'Édouard IV et de la grande querelle suscitée par Richard pour -arracher de l'abbaye le second enfant du feu roi. Aux demandes réitérées -qui lui étaient faites, la reine répondait: «Où donc croirais-je mon fils -en sûreté, si ce n'est dans ce sanctuaire qu'aucun tyran n'a été -jusqu'ici assez diabolique pour violer?... Certes il a trouvé un bon -subterfuge: ce lieu, qui peut sauvegarder un voleur, ne pourrait pas -protéger un innocent?...» Le subterfuge de Richard III consistait -simplement à faire abolir le droit de sanctuaire. Dans son discours en -faveur de la mesure, qui vise en particulier les asiles de Saint-Paul et -de Westminster, le duc de Buckingham fait une peinture très vive et, du -reste, exacte des désordres que ce droit de refuge entretenait: «Quel -ramassis de voleurs, dit-il, de meurtriers, de traîtres odieux et -perfides ne voit-on pas dans ces deux asiles en particulier!.. Des femmes -y courent avec l'argenterie de leurs maris et disent qu'elles n'osent pas -demeurer chez elles, de crainte d'être battues. Les larrons y apportent -le produit de leurs vols et vivent avec. Ils y trament de nouveaux -méfaits; ils sortent la nuit, volent, pillent, tuent et rentrent, comme -si ces lieux, non seulement les rendaient quittes pour le mal qu'ils ont -fait, mais leur donnaient licence d'en faire davantage.» Le clergé ne nie -aucun de ces abus; mais il trouve regrettable qu'une atteinte soit portée -à un droit aussi ancien et aussi sacré (Ap. 17). - -Pourtant ce privilège subsista et survécut même à l'introduction de la -réforme en Angleterre; il fut toutefois moins respecté à partir de ce -moment. Le chancelier Bacon cite le sanctuaire de Colnham, près Abingdon, -qui fut jugé «insuffisant» pour des traîtres; on y saisit sans façon, -sous Henri VII, plusieurs criminels politiques qui s'y étaient réfugiés -et l'un d'eux fut exécuté[98]. Divers sanctuaires furent supprimés en -1697; ceux qui restaient disparurent à leur tour sous Georges Ier, -époque à laquelle l'asile de Saint-Pierre à Westminster fut démoli. - - [98] _History of the reign of king Henry the seventh._ - -Avec toutes leurs sévérités pénales, la loi et l'usage donnaient encore -aux malfaiteurs d'autres encouragements. Ils recevaient fréquemment des -chartes de pardon; la chancellerie royale les accordait volontiers parce -qu'il fallait payer pour les avoir, et les communes renouvelaient sans se -lasser leurs plaintes contre ces criants abus. Il est certain que ces -chartes se vendaient. Le clerc Jean Crochille expose au roi en parlement -que, pendant qu'il était à la cour de Rome, il a été mis hors la loi et à -son retour emprisonné. Le chancelier lui a accordé une charte de pardon; -mais il est «taunt enpoveri q'i n'ad de qi pur l'avaunt dit chartre -paier[99]». - - [99] _Rotuli parliamentorum_, 21 Éd. III, t. II, p. 178. Voir - aussi la pétition des communes en 1330-1331, 25 Éd. III, t. II, - p. 229. - -Les chartes se donnaient ainsi aux innocents pour de l'argent et aux -«communes felonnes et murdrers» de même, ce qui avait deux résultats: -d'abord le nombre des brigands augmentait en raison de l'impunité; -ensuite on n'osait plus poursuivre en justice les criminels les plus -redoutables, de crainte de les voir revenir pardonnés et prêts à se -venger terriblement. Malheureusement, outre le bénéfice des taxes -perçues, il y avait pour le maintien de cet abus l'intérêt que les -seigneurs gardaient à sa continuation. Inséparables de leurs hommes, ils -savaient les défendre en justice comme ceux-ci les défendaient dans la -rue ou sur la route, et le meilleur moyen de sauver ces _bravi_ des -suites de quelque assassinat était de leur obtenir, de leur acheter une -charte de pardon. Les communes ne l'ignoraient pas et rappelaient au roi -que souvent les seigneurs, protecteurs de scélérats, obtenaient pour eux -des chartes en affirmant qu'ils étaient à l'étranger, occupés à se battre -pour le prince. La charte obtenue, les brigands revenaient et -recommençaient leurs méfaits[100], sans peur d'être inquiétés par -personne. Pour toutes ces causes, le voyageur n'aurait pas été prudent -s'il n'avait pas prévu au départ le cas d'une mauvaise rencontre et s'il -ne s'était pas armé en conséquence. C'était là une nécessité reconnue, et -c'est pour cela que le chancelier de l'université d'Oxford défendait -strictement aux étudiants de porter des armes, _sauf en cas de -voyage_[101]. - - [100] «Pur ceo qe nostre seigneur le roi, par suggestions meyns - véritables, ad plusours foitz granté sa charte de pardon as - larons notairs, et as communes murdrers, fesantz à lui entendre - q'ils sont demorantz en ses guerres de outre meer, là où ils sont - sodeinement retournez en lour pays à perseverer en lour - mesfaitz....» Le roi ordonne qu'on inscrira dans les chartes «le - noun de lui qi fist la suggestion au roi». Et les juges devant - qui cette charte sera présentée par les félons pour avoir leur - liberté auront le pouvoir de faire enquête, et s'ils trouvent que - la suggestion n'est pas fondée, ils tiendront la charte pour non - avenue (_Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 253, année 1353). - - [101] Règlement de 1313 (_Munimenta academica, or documents - illustrative of academical life and studies at Oxford_, éd. II. - Anstey, Londres, 1868, 2 vol. 8º. Collection du Maître des - Rôles, t. I, p. 91). La peine était la prison et la perte des - armes. - -On n'était donc guère en sûreté contre les voleurs, et on ne l'était même -pas toujours contre les gens du shériff. A cette époque de défiance où -les rôdeurs étaient si nombreux, il suffisait d'être étranger au pays, -surtout si c'était la nuit, pour que, sur un soupçon, on fût envoyé à la -geôle, comme on le voit par un statut d'Édouard III[102]. Rien de plus -général que les termes de cette loi; le pouvoir de faire arrêter est -presque sans limites: «Item come en l'estatut fait à Wincestre en temps -meisme le roi l'ael[103] soit contenuz qe si nul estraunge passe par pais -de nuyt de qi homme ait suspecion, soit maintenant arestu et livré au -visconte, et demoerge en gard tant q'il soit duement delivrés; et -diverses roberies, homicides et felonies ont esté faitz einz ces heures -par gentz qi sont appelez Roberdsesmen, Wastours, Draghlacches...» Que -quiconque soupçonne un passant d'appartenir à une de ces bandes, «soit il -de jour, soit il de nuyt,» le fasse arrêter sur-le-champ; on le mènera au -constable de la ville prochaine, qui le gardera en prison et fera enquête -en attendant que le _justice_ vienne. Or, supposez qu'un étranger passe -de nuit par la ville; la garde l'arrête, il se voit déjà en prison -«jusqu'à ce que le _justice_ vienne» et se met à courir au lieu de se -laisser prendre: le statut a prévu le cas[104]: «Si eus ne soeffrent pas -estre aresteuz, seit heu e cri levé sur eus, e ceus qi funt la veille les -siwent o tute la ville ove les visnées viles o heu e cri de vile en vile -jesqes taunt q'il serra pris et livrez au viscunte.» Singulier -tableau!... C'est au milieu de la nuit, l'étranger est un voleur -peut-être, peut-être un honnête homme qui a perdu sa route ne connaissant -pas la ville; sa faute est de n'être pas rentré au couvre-feu; il cherche -à tâtons son chemin dans les ruelles obscures; la garde l'aperçoit et -l'interpelle; il fait les réflexions qu'on imagine, et voilà la huée et -le cri qui commencent, la garde qui court, la ville qui s'éveille, les -lumières qui paraissent et, petit à petit, les plus zélés qui se mettent -à sa poursuite. Si la ville est fortifiée, les poternes sont fermées -depuis longtemps, et il sera sûrement pris. A peine peut-il espérer se -jeter dans quelque porte mal jointe à un tournant de rue et se tenir -blotti derrière, écoutant, la main tremblante, le cœur battant, la garde -qui passe lourdement, au pas de charge, entourée comme d'un nuage de -clameurs furieuses. Le nombre des pas diminue et les clameurs se font -moins entendre, puis vont s'éteignant, perdues dans les profondeurs de la -cité. - - [102] 5 Éd. III, ch. XIV. - - [103] L'aïeul du roi actuel, lequel aïeul était Édouard Ier. - - [104] Statut de Winchester; 13 Éd. I, ch. IV. _Statutes of the - realm._ - -Mais si la ville n'est qu'une bourgade non close de murs, le premier -mouvement du fugitif sera de gagner la campagne, et alors, qu'il ne -craigne pas les marais, les fossés, les haies; qu'il sache, à un pli de -terrain, quitter la grand'route et profiter d'un endroit où l'on aura mal -appliqué le statut de Winchester. Sans cela il est perdu; la garde le -suit, la ville le suit, la huée continue, et au prochain village la scène -du départ va recommencer. Les habitants, avertis par la clameur, allument -déjà leurs lanternes, et les voilà eux aussi en chasse. Avant le bout de -la grand'rue, quelque paysan plus alerte se trouvera prêt au passage pour -barrer la route. Tous y ont intérêt, tous ont été volés, ou leurs parents -ou leurs amis; quelqu'un des leurs a été blessé, assassiné sur la route -comme il revenait du marché. Tout le monde a entendu parler de -mésaventures pareilles et se sent menacé personnellement. De là ce zèle à -se mettre en chasse au bruit de la huée et la conviction que, pour courir -si fort et faire courir tant de monde, le fugitif doit être un brigand -redoutable qu'attend le gibet[105]. - - [105] Cette faculté de faire courir sus à la première personne - venue était, comme une foule de droits de ce temps, à la fois une - garantie pour la sécurité publique et une arme dangereuse aux - mains des félons. Des voleurs s'en servaient et il leur arrivait - de faire emprisonner par ce moyen leur propre victime. Alisot, - femme de Henri de Upatherle, expose au roi que son mari a été - fait prisonnier par les Écossais à la bataille de Sterling, est - resté plus d'un an leur captif, puis est revenu après avoir payé - quarante livres de rançon. En son absence, Thomas de Upatherle et - Robert de Prestbury s'emparèrent des terres qu'il possédait à - Upatherle, se les partagèrent, abattirent les maisons et en tout - agirent en propriétaires, emportant chez eux tout le bien qu'ils - purent. Le retour du prisonnier vint les surprendre; dès qu'ils - surent qu'il avait reparu sur ses terres, «le dit Thomas, par - faus compassement entre luy et le dit Robert s'en leva hiewe et - crie sur le dit Henry, et lui surmist qe il lui avoit robbé de - ses chateux à la value de CLI». Ils furent crus: «le dit Henri - fut pris et emprisoné en chastle de Glocestre longe temps,» en - attendant la venue des _justices_, exactement comme le disait le - statut. Henri finit par recouvrer sa liberté et obtint un bref - contre ses ennemis; mais ceux-ci, informés à temps, vinrent - trouver leur victime «et baterunt le dit Henri en la ville de - Gloucestre, c'est asaver debrescerunt ses deux braaz, ses deux - quises et ses deux jaunbes, et sa teste de chescun parte, et son - corps tut naufré et vilement treté, qe a graunt peine eschapa la - mort». La réponse du roi n'est guère satisfaisante: «Si le baron - (mari) seit en vie, la pleinte est seon (sienne), et s'il seit - mort, la pleinte de la femme est nulle» (_Rotuli parliamentorum_, - t. II, p. 35, année 1330). - - - - - DEUXIÈME PARTIE - - LA VIE NOMADE - - - - - «Qui ne s'adventure n'a cheval ni mule, ce dist Salomon.--Qui - trop s'adventure perd cheval et mule, respondit Malcon.» - - -L'aspect et l'état habituel des routes anglaises étant connus, il faut -prendre à part les principaux types de la classe errante et voir quel -genre de vie menait le nomade et quelle sorte d'importance il avait dans -la société ou dans l'État. - -Les nomades appartenant à la vie civile étaient, en premier lieu, les -marchands de drogues, les bouffons, les jongleurs, les musiciens et les -chanteurs ambulants, puis, dans un ordre plus important au point de vue -social, les _outlaws_, les larrons de toute sorte et les ouvriers -errants.--A la vie ecclésiastique appartenaient les prêcheurs, les frères -mendiants et ces étranges marchands d'indulgences qu'on appelait -pardonneurs.--Enfin il y avait les pèlerins, dans les rangs desquels, -comme dans le livre de Chaucer, clercs et laïques allaient confondus. - -Certains de ces individus, les frères notamment, avaient, il est vrai, un -point d'attache; mais leur existence s'écoulait en majeure partie sur les -routes; ils n'avaient pas de but fixe et quêtaient à l'aventure; ils -avaient pris à la longue les mœurs et le parler des véritables nomades -et, dans l'opinion commune, ils se confondaient le plus souvent avec -ceux-ci: c'est à cette famille d'êtres qu'ils se rattachent. - -Quant à la race étrange que nous voyons, aujourd'hui encore, errer de -pays en pays et qui, la dernière, représentera parmi nous la caste des -errants, elle n'avait pas encore fait son apparition dans le monde -britannique et nous n'avons pas à nous en occuper. Bohémiens ou _gipsies_ -demeurent jusqu'au quinzième siècle entièrement inconnus en Angleterre. - - - - -CHAPITRE I - -HERBIERS, CHARLATANS, MÉNESTRELS, CHANTEURS ET BOUFFONS - - Le guérisseur ambulant.--L'herbier de Rutebeuf.--Les charlatans - et les médecins en Angleterre.--Le saltimbanque de Ben - Jonson.--Le charlatan d'aujourd'hui. - - Les jongleurs et les ménestrels.--Leur popularité.--En quoi - consistent leurs chants.--Leur rôle dans les fêtes seigneuriales - et dans les festins.--Les troupes au service du roi.--Les troupes - au service des nobles.--Les instruments de musique. - - La concurrence.--La guild des ménestrels et son monopole.--Les - faux ménestrels.--Rôle des ménestrels dans les mouvements - populaires, leurs doctrines libérales.--Le noble tolère ces - doctrines; le peuple se les assimile. - - Causes de la disparition des ménestrels.--L'invention de - l'imprimerie.--Le perfectionnement de l'art théâtral. - - Les bouffons et les faiseurs de tours.--Grossièreté de leurs - jeux.--Ils s'associent aux ménestrels.--La réprobation publique - les atteint les uns et les autres à la Renaissance. - -Les plus populaires de tous les errants étaient naturellement les plus -gais ou ceux qui passaient pour les plus bienfaisants. Ceux-ci étaient -les gens à panacée universelle, très nombreux au moyen âge; ils couraient -le monde vendant la santé. Les jours de chômage ils s'établissaient sur -la place des villages, étendaient à terre un tapis ou un morceau -d'étoffe, étalaient leurs drogues et commençaient à haranguer le peuple. -On peut entendre encore aujourd'hui des discours pareils à ceux qu'ils -tenaient, au quatorzième siècle, en Angleterre, en France, en Italie; -leur profession est une de celles qui ont le moins changé. Au treizième -siècle, l'_herbier_ de Rutebeuf parlait comme le saltimbanque de Ben -Jonson au seizième siècle, comme le charlatan qui attirait hier, à cent -pas de nos portes, la foule à ses tréteaux. Grandes paroles, récits -merveilleux, éloge de leurs origines nobles, lointaines, énumération des -guérisons extraordinaires qu'ils ont faites, étalage d'un dévouement sans -bornes au bien public, d'un complet désintéressement pécuniaire, on -retrouve cela et on le retrouvera à jamais dans les discours de tous ces -nomades insinuants. - -«Belles gens, disait, il y a six cents ans, le marchand d'herbes -médicinales de Rutebeuf, je ne suis pas de ces pauvres prêcheurs ni de -ces pauvres herbiers qui vont par devant ces moutiers, avec leurs pauvres -chappes mal cousues, qui portent boites et sachets et étendent un -tapis.... Sachez que de ceux-là ne suis-je pas, mais suis à une dame, qui -a nom madame Trote de Salerne, qui fait couvre-chef de ses oreilles, et -les sourcils lui pendent à chaînes d'argent par-dessus les épaules; et -sachez que c'est la plus sage dame qui soit dans les quatre parties du -monde. Ma dame nous envoie en diverses terres et en divers pays, en -Pouille, en Calabre.... en Bourgogne, en la forêt des Ardennes pour -occire les bêtes sauvages et en traire les bons oignements, pour donner -médecines à ceux qui ont des maladies au corps.... Et pour ce qu'elle me -fit jurer sur les saints quand je me départis d'elle, je vous apprendrai -à guérir du mal des vers si vous voulez ouïr. Voulez-vous ouïr? - -«.... Ôtez vos chaperons, tendez les oreilles, regardez mes herbes que ma -dame envoie en ce pays et en cette terre; et pour ce qu'elle veut que les -pauvres y puissent aussi bien avenir comme les riches, elle me dit que -j'en fisse denrée (que je les vendisse par portions d'un denier), car tel -a un denier en sa bourse qui n'y a pas cinq livres; et elle me dit et me -commanda que je prisse un denier de la monnaie qui courrait dans le pays -et la contrée où je viendrais.... - -«Ces herbes, vous ne les mangerez pas; car il n'est si fort bœuf en ce -pays ni si fort destrier qui, s'il en avait aussi gros qu'un pois sur la -langue, ne mourût de male mort, tant sont fortes et amères.... Vous les -mettrez trois jours dormir en bon vin blanc; si vous n'avez blanc, prenez -vermeil; si vous n'avez vermeil, prenez de la belle eau claire, car tel a -un puits devant son huis qui n'a pas un tonneau de vin en son cellier. Si -vous en déjeûnez par treize matins.... vous serez guéris des diverses -maladies... Car si mon père et ma mère étaient en péril de mort et ils me -demandaient la meilleure herbe que je leur pusse donner, je leur -donnerais celle-là. - -«En telle manière vends-je mes herbes et mes oignements: qui voudra en -prenne; qui n'en voudra les laisse[106].» - - [106] _Diz de l'erberie._ _Œuvres_, édition Jubinal, 1839, t. I, - p. 250; l'orthographe de la citation est modernisée. - -Cet herbier était de ceux qu'en France et en Angleterre les ordonnances -royales poursuivaient pour exercice illégal de la médecine. Philippe le -Bel, en 1311, Jean le Bon, en 1352, avaient rendu contre eux des arrêts -sévères. Ils leur reprochaient «d'ignorer le tempérament des hommes, le -temps et la manière convenables pour opérer, les vertus des médecines, -surtout des médecines laxatives, en lesquelles gît péril de mort». Ces -gens-là, «venus souvent de l'étranger,» parcouraient la ville et les -faubourgs et se permettaient d'administrer aux malades trop confiants -«clisteria multum laxativa et alia eis illicita[107]», ce dont l'autorité -royale était justement indignée. - - [107] Recueil d'Isambert, t. III, p. 16, et t. IV, p. 676. - -En Angleterre, les vendeurs de drogues ambulants n'avaient pas meilleure -réputation; les chants et les satires populaires nous les montrent -toujours frayant dans les tavernes avec la pire société. Pour se faire -une idée de ce que pouvaient être leurs recettes, il faut se rappeler ce -qu'était la médecine protégée par les statuts du royaume. Il faut se dire -que Jean de Gaddesden, médecin de la cour sous Édouard II, faisait -disparaître les traces de la petite vérole en enveloppant le malade dans -des draps rouges; il avait traité ainsi l'héritier même du trône. Il -avait été longtemps embarrassé pour guérir la pierre: «A la fin, dit-il -dans sa _Rosa Anglica_, je pensai à faire recueillir une bonne quantité -de ces scarabées qu'on trouve en été dans la fiente des bœufs, et de ces -cigales qui chantent aux champs: je coupai les têtes et les ailes des -cigales et les mis avec les scarabées et de l'huile ordinaire dans un -pot; je le couvris et le laissai ensuite, pendant un jour et une nuit, -dans un four à pain. Je retirai le pot et le chauffai à un feu modéré; je -broyai le tout et frottai enfin les parties malades; en trois jours la -douleur avait disparu;» sous l'influence des scarabées et des cigales, la -pierre s'était brisée en morceaux. C'est presque toujours ainsi, par une -illumination subite, que ce médecin découvre ses remèdes les plus -efficaces; madame Trote de Salerne ne confiait pas à ses agents dans les -diverses parties du monde le secret de recettes plus merveilleuses et -plus inattendues (Ap. 18). - -N'importe, entre un médecin de cour et un charlatan de carrefour, la loi -distinguait fort nettement. Un Gaddesden avait, pour appliquer aux -patients ses médicaments étranges, l'appui d'une renommée établie et il -offrait la garantie de sa haute situation. Il avait étudié à Oxford et il -faisait autorité; un médecin sérieux comme le docteur de Chaucer, qui -s'était tant enrichi pendant la peste, ne négligeait pas de lire et de -méditer ses écrits. Sans avoir moins de science ni surtout d'ingéniosité, -l'herbier errant était moins avantageusement connu; il ne pouvait pas, -comme le médecin du roi, s'autoriser de sa bonne réputation pour faire -avaler des vers luisants à ses malades, les frotter de scarabées et de -cigales, leur donner en remède «sept têtes de chauves-souris -grasses[108]»; le législateur se précautionnait en conséquence. A la -campagne, de même que la plupart des autres nomades, le guérisseur sans -brevet trouvait moyen presque toujours d'échapper à la rigueur des -statuts; mais malheur à lui s'il se hasardait à tenter publiquement des -cures en ville! Pour avoir voulu guérir une femme en lui faisant porter -sur la poitrine un certain parchemin, le malheureux Roger Clerk se vit -poursuivre en 1381 pour pratique illégale de la médecine dans Londres. Il -fut mené au pilori, «par la ville au son des instruments», à cheval sur -un cheval sans selle, son parchemin au cou; de plus, aussi au cou, un -vase de nuit et une pierre à aiguiser, en signe qu'il avait menti; un -autre vase de nuit lui pendait dans le dos[109]. - - [108] Remède pour les maladies de la rate (_Rosa Anglica_). - - [109] _Memorials of London_, documents se rapportant aux - treizième, quatorzième et quinzième siècles, publiés par Riley, - Londres, 1868, 8º, p. 466. - -Inquiet de la recrudescence de ces abus, Henri V rendit, en 1421, une -_Ordinance encontre les entremettours de fisik et de surgerie_, «pur -ouster meschieves et perils qi longement ont continuez dedeinz le roialme -entre les gentz parmi ceux q'ont usez l'arte et le practik de fisik et -surgerie, pretendantz soi bien et sufficeaument apris de mesmes les arts, -où de vérité n'ont pas estez». Désormais il y aura des châtiments sévères -pour tous les médecins qui n'auront pas été _approuvés_ en leur art, -«c'est assavoir, ceux de fisik en les universitées, et les surgeons entre -les mestres de cell arte[110]». Les désordres se renouvellent comme -avant, ou peu s'en faut; pour donner plus d'autorité à la médecine -reconnue par l'État, Édouard IV, la première année de son règne, -constitue en corporation la société des barbiers de Londres. - - [110] _Rotuli parliamentorum,_ 9 II. V, t. IV, p. 130. - -La Renaissance arrive et trouve les barbiers, les charlatans, les -empiriques, les sorciers, continuant de prospérer sur le sol britannique. -Henri VIII le constate avec regret et promulgue de nouveaux règlements: -«La science et l'art de la médecine et de la chirurgie, dit le roi dans -son statut, à la parfaite connaissance desquels sont nécessaires à la -fois de profondes études et une mûre expérience, sont journellement -appliqués dans ce royaume par une multitude d'ignorants. Beaucoup d'entre -eux n'ont aucune notion de ces sciences, ni connaissances d'aucune sorte; -il en est même qui ne savent pas lire: si bien qu'on voit des artisans -ordinaires, des forgerons, des tisserands, des femmes, entreprendre avec -audace et constamment des cures importantes et des choses de grande -difficulté. A l'accomplissement de quoi ils usent, partie de sortilèges -et incantations, partie de remèdes si impropres que les maladies -augmentent: au grand déplaisir de Dieu....» En conséquence, toute -personne qui voudra pratiquer la médecine dans Londres ou à six milles à -la ronde devra auparavant subir un examen devant l'évêque de la capitale, -ou devant le doyen de Saint-Paul, assisté de quatre «doctours of phisyk». -En province l'examen aura lieu devant l'évêque du diocèse ou son vicaire -général. En 1540, le même prince fusionne la corporation des barbiers et -la société des chirurgiens, et accorde chaque année à la nouvelle -association les cadavres de quatre criminels pour étudier sur eux -l'anatomie. - -A peine tous ces privilèges étaient-ils concédés, qu'un revirement -complet se fait dans l'esprit des législateurs, et qui s'avise-t-on de -regretter? précisément ces anciens guérisseurs non brevetés, ces -possesseurs de secrets infaillibles, ces empiriques de village si -durement traités dans le statut de 1511. Une nouvelle ordonnance est -rendue, qui n'est qu'un long réquisitoire contre les médecins autorisés: -ces docteurs certifiés empoisonnent leurs clients tout aussi bien que les -anciens charlatans, seulement ils prennent plus cher. «Préoccupés de -leurs propres gains, et nullement du bien des malades, ils ont poursuivi, -troublé et harcelé diverses honnêtes personnes, hommes et femmes, à qui -Dieu avait accordé l'intuition de la nature et des effets de certaines -herbes, racines et eaux.... lesquelles personnes cependant ne prennent -rien en récompense de leur savoir et de leur habileté, mais administrent -les remèdes aux pauvres en bons voisins, pour l'amour de Dieu, par pitié -et charité. On sait de reste, au contraire, que les médecins certifiés ne -veulent guérir personne s'ils ne sont assurés d'une rémunération plus -élevée que la cure ne mérite; car s'ils consentaient à traiter pour rien -les malades, on ne verrait pas un si grand nombre de ceux-ci pourrir et -languir jusqu'à la mort, comme on voit chaque jour, faute des secours de -la médecine.» D'ailleurs, malgré les examens de l'évêque de Londres, «la -plupart des personnes de cette profession ont bien peu de savoir»; c'est -pourquoi tous les sujets du roi ayant, «par spéculation ou pratique», -connaissance des vertus des plantes, racines et eaux, pourront, comme -auparavant, nonobstant les édits contraires, guérir au moyen d'emplâtres, -cataplasmes et onguents toutes les maladies apparentes à la surface du -corps, cela «dans tout le royaume d'Angleterre ou dans toute autre des -possessions du roi[111]». - - [111] _Statutes of the realm_, 3 H. VIII, ch. XI, 32 H. VIII, ch. - XLII, et 34-35 H. VIII, ch. VIII. - -Le changement, comme on voit, était radical: les secrets des villageoises -n'étaient plus des secrets de sorcières, c'étaient des recettes -précieuses dont elles avaient reçu de Dieu l'intuition; les pauvres, -exposés à mourir sans médecin, se réjouirent; les charlatans respirèrent. -Ben Jonson, ce marcheur intrépide qui, parti de Londres, un bâton à la -main, alla à pied par plaisir jusqu'en Écosse, qui connaissait si bien -les habitués des fêtes anglaises, nous a laissé le vivant portrait d'un -charlatan, portrait qui est spécialement celui d'un Vénitien du -dix-septième siècle, mais qui demeure vrai encore aujourd'hui et le -sera, pour tous les pays, dans tous les temps. Les caractères de cette -sorte sont presque immuables; le héros de Jonson est le même individu que -celui dont Rutebeuf, trois siècles et demi plus tôt, avait relevé les -discours. Sûrement, dans ses visites à Smithfield en temps de foire, le -dramaturge avait entendu maint empirique s'écrier, la voix émue, les yeux -au ciel: «Ah! santé! santé! la bénédiction du riche! la richesse du -pauvre! qui peut t'acheter trop cher, puisqu'il n'est sans toi de plaisir -en ce monde?» Sur quoi l'orateur de Jonson raille ses collègues, vante sa -panacée incomparable, dans laquelle entre un peu de graisse humaine, qui -vaut mille couronnes, mais qu'il laissera pour huit couronnes, non, pour -six, enfin pour six pence. Mille couronnes, c'est ce que lui ont payé les -cardinaux Montalto et Farnèse et le grand-duc de Toscane son ami; mais il -méprise l'argent, et pour le peuple il fait des sacrifices. Il a -également un peu de la poudre qui a rendu Vénus belle et Hélène aussi; un -de ses amis, grand voyageur, lui en a envoyé, qu'il a trouvée dans les -ruines de Troie. Cet ami en a expédié encore un peu à la cour de France, -mais cette partie était mélangée, et les dames qui s'en servent n'en -obtiennent pas d'aussi bons effets[112]. - - [112] _The Fox_, acte II, scène I (1605). - -Trois ans plus tard, un Anglais qui ne connaissait pas la comédie de -Jonson, se trouvant à Venise, s'émerveillait des discours des -saltimbanques italiens et, croyant donner à ses compatriotes des détails -nouveaux sur cette race plus florissante dans la péninsule qu'en aucun -pays d'Europe, traçait d'après nature un portrait tout semblable à celui -qu'avait dessiné l'ami de Shakespeare. «Souvent, écrit Coryat, j'ai -vraiment admiré ces orateurs improvisés; ils débitent leurs contes avec -une si merveilleuse volubilité, une grâce si agréable, même quand ils -parlent _ex tempore_, avec un assaisonnement si varié de rares -plaisanteries et de traits piquants, qu'ils remplissent de surprise -l'étranger inaccoutumé à leurs harangues.» Ils vendent des «huiles, des -eaux souveraines, des ballades amoureuses imprimées, des drogues et un -monde d'autres menus objets.... J'en ai vu un tenir une vipère à la main -et jouer un quart d'heure de suite avec son aiguillon sans être piqué.... -Il nous donna à croire que cette même vipère descendait généalogiquement -de la famille du reptile qui sauta du feu sur la main de saint Paul, dans -l'île de Melita, aujourd'hui appelée Malte[113].» - - [113] _Coryat's crudities_, reprinted from the edition of 1611, - Londres, 1776, 3 vol. 8º, t. II, p. 50. Coryat était parti de - Douvres le 14 mai 1608. - -Sans doute la faconde, la volubilité, la conviction momentanée, la grâce, -le ton insinuant, la gaieté légère, ailée, du charlatan méridional ne se -retrouvaient pas aussi complets, aussi charmants dans les fêtes de la -vieille Angleterre. Ces fêtes étaient joyeuses pourtant, elles étaient -fort suivies, et l'on y rencontrait maint personnage rusé, railleur et -amusant comme Autolycus, ce type du colporteur, coureur de fêtes -paysannes, à qui Shakespeare a fait une place dans la galerie de ses -immortels. Les travailleurs de la campagne allaient en foule à ces -réunions essuyer des lazzi qui leur faisaient plaisir et acheter des -onguents qui leur feraient du bien: on peut les y voir encore. A l'heure -présente, chez nous, et en Angleterre aussi, la foule continue de -s'attrouper devant les marchands de remèdes qui guérissent -infailliblement les maux de dents et effacent quelques autres douleurs de -moindre importance. Les certificats abondent autour de la boutique; il -semble que tous les gens illustres qui soient au monde aient déjà -bénéficié de la découverte; au reste s'adresse maintenant le vendeur. Il -gesticule, il s'anime, se penche en avant, a le ton grave et la voix -forte. Les paysans se pressent autour, la bouche béante, l'œil inquiet, -incertains si l'on doit rire ou s'il faut avoir peur, et finissant par -prendre confiance. Ils tirent leur bourse d'un air gauche; leur large -main s'embarrasse dans leur habit neuf; ils tendent leur pièce et -reçoivent la médecine, et leur œil qui brille et leur physionomie -indécise disent assez que la malice et le sens pratique habituel font ici -défaut, que ces âmes fort rusées, invincibles dans leur domaine propre, -sont les victimes de tous, en pays inconnu. Le vendeur s'agite, et, -aujourd'hui comme autrefois, triomphe de l'indécision au moyen -d'interpellations directes. - -En Angleterre, c'est à l'incomparable _foire de_ _l'oie_, à Nottingham, -qu'il faut de préférence aller chercher ces spectacles. Ils brillent là -dans toute leur infinie variété: on y pourra constater que les charlatans -d'aujourd'hui n'ont pas perdu grand'chose de leur verve héréditaire; on y -reconnaîtra que le peuple anglais n'est pas toujours maussade et -soucieux; car dans ce jour de folie et d'inconcevable liberté on verra en -action, éclairée il est vrai d'une lumière bien différente, cette grande -kermesse de Rubens qui est au Louvre. - -Plus grande encore était, au moyen âge, la popularité des nomades qui -venaient non pas guérir, mais simplement égayer la foule, et qui -apportaient avec eux, sinon les remèdes aux maladies, du moins l'oubli -des maux: c'étaient les ménestrels, les faiseurs de tours, les jongleurs -et les chanteurs. Ménestrels et jongleurs, sous des noms différents, -exerçaient la même profession, c'est-à-dire qu'ils psalmodiaient des -romans et des chansons en s'accompagnant de leurs instruments (Ap. 19). -Dans un temps où les livres étaient rares et où le théâtre proprement dit -n'existait pas, la poésie et la musique voyageaient avec eux par les -grands chemins; de tels hôtes étaient toujours les bienvenus. On trouvait -ces nomades dans toutes les fêtes, dans tous les festins, partout où l'on -devait se réjouir; on leur demandait, comme on faisait au vin ou à la -bière, d'endormir les soucis et de donner la joie et l'oubli. Ils s'y -prenaient de plusieurs manières; la plus recommandable consistait à -chanter et à réciter, les uns en français, d'autres en anglais, les -exploits des anciens héros. - -Ce rôle était noble et tenu en grande révérence; les jongleurs ou -ménestrels qui se présentaient au château, la tête pleine d'histoires -belliqueuses ou de contes d'amour ou de prestes chansons où il n'y avait -qu'à rire, étaient reçus avec la dernière faveur. A leur arrivée ils -s'annonçaient du dehors par des airs gais qui s'entendaient du fond des -salles; bientôt venait l'ordre de les introduire; on les alignait dans le -fond du hall et l'on prêtait l'oreille (Ap. 20). Ils préludaient sur -leurs instruments et bientôt commençaient à psalmodier. Comme Taillefer à -la bataille d'Hastings, ils disaient les prouesses de Charlemagne et de -Roland, ou bien ils parlaient d'Arthur ou des héros de la guerre de -Troie, aïeux incontestés des Bretons d'Angleterre (Ap. 21). Au -quatorzième siècle, tous ces anciens romans héroïques, rudes, puissants -ou touchants, avaient été remaniés et rajeunis; on y avait ajouté des -descriptions fleuries, des aventures compliquées, des merveilles -extraordinaires; beaucoup avaient été mis en prose et, au lieu de les -chanter, on les lisait[114]. Le seigneur écoutait avec complaisance, et -son goût qui se blasait de plus en plus lui faisait trouver du charme aux -enchevêtrements bizarres dont chaque événement était désormais -enveloppé. Il vivait maintenant d'une vie plus complexe qu'autrefois; -étant plus civilisé, il avait plus de besoins, et les peintures simples -et tout d'une pièce de poèmes comme la chanson de Roland n'étaient plus -faites pour flatter son imagination. Les héros de romans se virent -imposer des tâches de plus en plus difficiles et durent triompher des -enchantements les plus merveilleux. En outre, comme la main devenait -moins lourde, on les peignit avec plus de raffinement, on se complut dans -leurs aventures amoureuses et on leur donna, autant qu'on put, ce charme -à la fois mystique et sensuel dont les images sculptées du quatorzième -siècle ont gardé une marque si prononcée. L'auteur de _Sir Gawayne_ met -une complaisance extrême à décrire les visites que son chevalier -reçoit[115], à peindre sa dame si douce, si jolie, aux mouvements -souples, au gai sourire; il y emploie tout son soin, toute son âme, il -trouve des mots qui semblent des caresses, et tels de ses vers brillent -d'une lueur dorée comme celle de parfums qui se consument. - - [114] On s'habituait à lire les vers à haute voix au lieu de les - chanter. Chaucer prévoit que son poème de _Troïlus_ pourra être - lu ou chanté indifféremment et il écrit, s'adressant à son livre: - - So preye I to God, that non myswrite the, - Ne the mys-metere, for defaute of tonge! - And red wher so thow be, or elles songe, - That thow be understonde, God I beseche! - - (Livre dernier, strophe CCLVIII.) - - - [115] _Sir Gawayne_, édition Morris, pp. 38 et suiv. - -Ces peintures déjà fréquentes au treizième siècle sont encore plus -goûtées au quatorzième; mais à la fin de ce dernier siècle elles se -déplacent et du roman passent dans le conte ou dans des poèmes moitié -contes, moitié romans, tels que le _Troïlus_ de Chaucer. Après maintes -transformations, le roman tendait en effet à s'effacer devant des genres -nouveaux qui convenaient mieux au génie du temps. Cent ans plus tôt, un -homme comme Chaucer eût sans doute repris à son tour les légendes -d'Arthur et eût écrit pour les ménestrels quelque magnifique roman; mais -il laissa des contes et des poèmes lyriques, parce qu'il comprit que le -goût avait changé, qu'on était encore curieux, mais non enthousiaste des -anciennes histoires, qu'on ne les suivait plus guère avec passion -jusqu'au bout et qu'on en faisait l'ornement des bibliothèques[116] plus -que le sujet des pensées quotidiennes. On aima mieux dès lors trouver -séparément dans des ballades et dans des contes le souffle lyrique et -l'esprit d'observation qui jadis étaient réunis dans les romans; ceux-ci, -abandonnés aux moins experts des rimeurs de grands chemins, devinrent de -si piètres copies des anciens originaux, qu'ils furent la risée des gens -de goût et de bon sens. - - [116] Les manuscrits brillamment enluminés se multiplient; on les - recherche et on les paye fort cher. Édouard III achète à Isabelle - de Lancastre, nonne d'Aumbresbury, un livre de romans qu'il lui - paye 66 livres 13 shillings et 4 pence, ce qui était une somme - énorme. Quand le roi eut ce livre, il le garda dans sa propre - chambre. (_Issues of the exchequer_, édition Devon, 1837, p. - 144.) Richard II (_ibidem_, p. 213) achète pour 28 livres une - bible en français, un Roman de la Rose et un Roman de Percival. - Pour se faire une idée de ces prix, il faut se rappeler, par - exemple, que, l'année avant qu'Édouard achetât son livre de - romans, les habitants de Londres inscrivaient dans les comptes de - la ville 7 livres 10 shillings pour dix bœufs qu'ils avaient - donnés au roi, 4 livres pour 20 porcs et 6 livres pour 24 cygnes. - (_Memorials of London and London life_, documents publiés par - Riley, 1868, p. 170.) - -On vit ainsi mettre en vers anglais sautillants et vides plusieurs des -grandes épopées françaises raccourcies. La belle époque était passée; -quand, dans la troupe de ses pèlerins, Chaucer vient à son tour conter -d'un air narquois les prouesses de sire Thopas, le bon sens populaire que -l'hôte représente se révolte, et le récit est brusquement interrompu. De -sire Thopas cependant à beaucoup des romans qui couraient les chemins et -que les chanteurs répétaient de place en place, la distance est petite, -et la parodie qui nous amuse n'était presque qu'une imitation. Robert -Thornton, dans la première moitié du quinzième siècle, copia sur des -textes plus anciens bon nombre de ces romans; à les parcourir on est -frappé de l'excellence de la plaisanterie de Chaucer et de la justesse de -sa parodie. Ces poèmes se déroulent tous d'une même allure, allègres et -pimpants, sans grande pensée ni grand sentiment; les strophes défilent -cadencées, claires, faciles et creuses; nulle contrainte, aucun effort; -on ouvre le livre, on le quitte, sans souci, sans regret, sans s'ennuyer -précisément, mais sans non plus s'émouvoir beaucoup. Et si par hasard -d'un roman on passe à l'autre, il semble que ce soit le même. Prenez -n'importe lequel, _Sir Isumbras_ par exemple; après une prière récitée -pour la forme, le rimeur vante la bravoure du héros, puis une précieuse -vertu qu'il avait: son amour pour les ménestrels et sa générosité à leur -égard[117]. Isumbras n'a que des qualités uniques, sa femme et ses fils -aussi; il est le plus vaillant de tous les chevaliers, sa femme la plus -belle des femmes. Cela n'empêche pas sire Degrevant d'être aussi le plus -vaillant, et sire Églamour d'Artois pareillement. Le ménestrel nous -vielle des airs un peu différents, mais sur le même instrument, et le son -maigre qui en sort donne un caractère de famille à toutes ses chansons -(Ap. 22). - - [117] He luffede glewmene well in haulle, - He gafe thame robis riche of palle - Bothe of golde and also fee; - Of curtasye was he kynge, - Of mete and drynke no nythynge - One lyfe was none so fre. - - (_The Thornton romances; Isumbras_, éd. Halliwell.) - -Mais le noble n'avait guère de distractions meilleures; le théâtre -n'existait pas encore; de loin en loin seulement, aux grandes fêtes de -l'année, le chevalier pouvait aller, avec la foule, voir sur les tréteaux -Pilate et Jésus; le reste du temps il était trop heureux de recevoir chez -lui des gens à la vaste mémoire qui savaient plus de vers et plus de -musique qu'on n'en pouvait entendre en un jour. Alors on n'imaginait pas -de réjouissances sans ménestrels; il y avait quatre cent vingt-six -musiciens ou chanteurs au mariage de la princesse Marguerite, fille -d'Édouard Ier[118]. Édouard III donna cent livres à ceux qui -assistaient au mariage de sa fille Isabelle[119]; il en faisait figurer -aussi dans ses tournois[120]. On amenait volontiers à un évêque en -tournée pastorale des ménestrels pour le réjouir; c'étaient alors -parfois des gens du lieu et de bien pauvres musiciens. L'évêque Swinfield -dans une de ses tournées donne un penny par tête à deux ménestrels qui -viennent jouer devant lui; mais dans une autre circonstance il distribue -douze pence par tête[121]. On n'a plus que deux amusements à table, -disait Langland dans sa grande satire: écouter les ménestrels, et quand -ils se sont tus parler religion et discuter les mystères[122]. Les repas -que sire Gauvain prend chez son hôte, le Chevalier Vert, sont assaisonnés -de chants et de musique; le deuxième jour, le divertissement se prolonge -après le souper: on entendit «pendant le souper et après, beaucoup de -nobles chants, tels que chants de Noël et chansons nouvelles, au milieu -de toute l'allégresse imaginable[123]». Dans le conte de l'écuyer de -Chaucer, le roi Cambynskan donne «une fête si belle que dans le monde -entier il n'y en eut aucune semblable», et nous voyons ce prince, «après -le troisième service, assis au milieu de ses nobles, écoutant les -ménestrels jouer leurs choses délicieuses, devant lui à la table[124]». -Durant tous ces repas, il est vrai, le son de la vielle, la voix des -chanteurs, les «choses délicieuses» des ménestrels étaient interrompus -par le craquement des os que les chiens rongeaient sous les tables ou par -le cri aigu de quelque faucon mal appris: car beaucoup de seigneurs -pendant leurs dîners gardaient sur une perche derrière eux ces oiseaux de -prédilection. Le maître, heureux de leur présence, était indulgent à -leurs libertés. - - [118] Th. Wright, _Domestic manners and sentiments_, etc., 1862, - 8º, p. 181. - - [119] Année 40 Éd. III, _Issue rolls of the exchequer_, p. 188. - - [120] Voir deux exemples de cas pareils dans l'introduction à - l'_Issue roll of Thomas de Brantingham_, p. XXXIX. - - [121] _A roll of the household expenses of Richard de Swinfield, - bishop of Hereford_, edited by J. Webb, Camden society, Londres, - 1854-1855, 2 vol. 4º, t. I, pp. 152 et 155. - - [122] Texte C, _passus XII_, vers 35. - - [123] Arthur, après un exploit de Gauvain, s'assied à son repas, - - Wythe alle maner of mete and mynstralcie bothe. - - Le deuxième jour que passe Gauvain chez le Chevalier Vert, - - Much glame and gle glent vp ther-inne, - Aboute the fyre vpon flet, and on fele wyse, - At the soper and after mony athel songeȝ - As condutes of kryst-masse, and caroleȝ newe, - With alle the manerly merthe that mon may of telle. - - Le troisième jour, - - With merthe and mynstralsye, with moteȝ at hor wylle - Thay maden as mery as any men moȝten. - - (_Sir Gawayne_, éd. Morris, 1864, pp. 16 et 53 et vers 1952.) - - [124] And so bifel that, after the thridde cours, - Whyl that this king sit thus in his nobleye, - Herkning his minstralles her thinges pleye - Biforn him at the bord deliciously..... - - (_Squieres tale._) - -Les ménestrels de Cambynskan nous sont représentés comme attachés à sa -personne; ceux du roi d'Angleterre avaient de même des fonctions -permanentes. Le souverain ne s'en séparait guère, et même quand il allait -à l'étranger, il s'en faisait accompagner. Henri V en engage dix-huit qui -devront le suivre en Guyenne et ailleurs[125]. Leur chef est appelé -_roi_ ou _maréchal_ des ménestrels; le 2 mai 1387, Richard II délivre un -passeport a Jean Caumz, (Camuz?), «rex ministrallorum nostrorum», qui -part pour un voyage outre mer[126]. Le 19 janvier 1464, Édouard IV -accorde une pension de dix marcs «dilecto nobis Waltero Haliday, -marescallo ministrallorum nostrorum[127]». Le rôle de Thomas de -Brantingham, trésorier d'Édouard III, porte de fréquentes mentions de -ménestrels royaux à qui on paye une pension fixe de sept pence et demi -par jour[128]. - - [125] Texte du contrat: - - «Ceste endenture, faite le V jour de juyn, l'an tierce nostre - sovereigne seigneur le roi Henri, puis le conquest quint, - tesmoigne que John Clyff ministral, et autres XVII ministralls, - ount resceuz de nostre dit seigneur le roy, par le mayns de Thomas - count d'Arundell et de Surrie, tresorer d'Engleterre, XL l. s. sur - lour gages a chescun de ceux XII d. le jour pur demy quarter de - l'an, pur servir nostre dit seigneur le roy es parties de Guyen, - ou aillours,» etc. Rymer, _Fœdera_, année 1415. - - [126] _Fœdera_, sub anno 1387. - - [127] _Ibidem_, sub anno 1464. - - [128] _Issue roll of Thomas de Brantingham_; édition Devon, 1835, - 4º, pp. 54 et suiv. et 296 et suiv. Ces pensions étaient - accordées pour la vie. - -Les nobles les plus riches imitaient naturellement le roi et avaient -leurs troupes à eux, troupes qui allaient jouer au dehors lorsque -l'occasion se présentait. Les comptes du collège de Winchester, sous -Édouard IV, montrent que ce collège eut à reconnaître les services de -ménestrels appartenant au roi, au comte d'Arundell, à lord de la Ware, au -duc de Gloucester, au duc de Northumberland, à l'évêque de Winchester; -ces derniers reviennent souvent. Dans les mêmes comptes, au temps de -Henri IV, on trouve mention des frais occasionnés par la visite de la -comtesse de Westmoreland, accompagnée de sa suite; ses ménestrels en font -partie et on leur donne une somme d'argent[129]. - - [129] Wharton, édition d'Hazlitt, t. II, p. 98. Langland note de - même le bon accueil que l'on faisait aux ménestrels du roi quand - ils étaient de passage, afin de plaire au maître, qu'on savait - sensible à ces marques de bon vouloir. (Voir la note suivante.) - - -Leurs services plaisaient fort et ils étaient bien payés; car leurs -poèmes remaniés, estropiés, méconnaissables, choquaient bien les gens de -goût, mais non pas la masse des batailleurs enrichis qui pouvaient payer -le ménestrel de passage et lui accorder de profitables faveurs. Les -chanteurs nomades ne se présentaient guère à un château sans qu'on leur -donnât des manteaux, des robes fourrées, de bons repas et de l'argent. -Langland revient souvent sur ces largesses, ce qui prouve qu'elles -étaient considérables, et il regrette qu'on ne distribue pas tout cet or -aux pauvres qui vont, comme ces errants, de porte en porte et sont les -«ménestrels de Dieu[130]». Mais on n'écoutait pas ses bons conseils; -aussi longtemps qu'il y eut dans les châteaux le _hall_ ancien, la -grand'salle où se prenaient en commun tous les repas, les ménestrels y -furent admis. En construisant ces salles, l'architecte tenait compte de -la nécessité de leur présence, et il ménageait au-dessus de la porte -d'entrée, en face du _dais_, c'est-à-dire de l'endroit où était placée la -table des maîtres, une galerie dans laquelle les musiciens -s'établissaient pour jouer de leurs instruments[131]. - - [130] Clerkus and knygtes welcometh kynges mynstrales, - And for loue of here lordes lithen hem at festes; - Much more me thenketh riche men auhte - Haue beggers by-fore hem whiche beth godes mynstrales. - - (Texte C, _passus_ VIII, vers 97.) - - [131] Voir un dessin de cette galerie dans une miniature - reproduite par Eccleston (_Introduction to english antiquities_, - Londres, 1847, 8º, p. 221). Aux sons de la musique des - ménestrels, quatre _hommes sauvages_ dansent en faisant des - contorsions, des bâtons sont par terre, sans doute pour leurs - exercices; un chien saute au milieu d'eux en aboyant. - -L'instrument classique du ménestrel était la vielle, sorte de violon avec -archet, assez semblable au nôtre, et dont on trouvera un bon dessin dans -l'album de Villard de Honecourt[132]. Il était délicat à manier et -demandait beaucoup d'art: aussi, à mesure que la profession alla -s'abaissant, le bon joueur de vielle devint-il plus rare; le vulgaire -tambourin, dont le premier venu pouvait apprendre en peu de temps à se -servir, remplaçait la vielle, et les vrais artistes se plaignaient de la -musique et du goût du jour. C'est un tambourin que portait au cou le -jongleur d'Ely quand il eut avec le roi d'Angleterre un dialogue si peu -satisfaisant pour celui-ci: - - Si vint de sà Loundres; en un prée - Encontra le roy e sa meisnée; - Entour son col porta soun tabour, - Depeynt de or e riche azour[133]. - - [132] Treizième siècle (_Album de Villard de Honecourt_, publié - par Lassus et Darcel, 1858, 4º, planche IV). - - [133] Francisque Michel, _La riote du monde_, etc., Paris, 1834, - 8º, p. 28. - -Les ménestrels jouaient encore d'autres instruments, de la harpe, du -luth, de la guitare, de la cornemuse, de la rote, sorte de petite harpe, -l'ancien instrument des peuples celtiques, etc.[134]. - - [134] On peut voir à la cathédrale d'Exeter les instruments de - musique dont on se servait au quatorzième siècle, sculptés dans - la _Minstrels' gallery_ (série d'anges jouant de la musique). - -Les cadeaux, la faveur des grands rendaient fort enviable le sort des -ménestrels; aussi se multipliaient-ils à l'envi et la concurrence -était-elle grande. Au quinzième siècle, les ménestrels du roi, gens -instruits et habiles, protestent auprès du maître contre l'audace -croissante des faux ménestrels, qui les privent du plus clair de leurs -revenus. «Des paysans sans culture,» dit le roi, qui adopte la querelle -des siens, «et des ouvriers de divers métiers dans notre royaume -d'Angleterre, se sont fait passer pour ménestrels; certains se sont mis à -porter notre livrée, et nous ne la leur avions pas accordée, et ils se -sont donnés pour nos propres ménestrels.» Grâce à ces pratiques -coupables, ils ont extorqué beaucoup d'argent aux sujets de Sa Majesté, -et quoiqu'ils n'aient aucune intelligence ni expérience de l'art, ils -vont de place en place, les jours de fête, et recueillent tous les -bénéfices qui devraient enrichir les vrais artistes, ceux qui se sont -donnés tout entiers à leur état et qui n'exercent aucun vil métier[135]. - - [135] «.... de loco tamen ad locum in diebus festivalibus - discurrunt et proficua illa totaliter percipiunt e quibus - ministralli nostri prædicti, et cæteri ministralli nostri pro - tempore existentes, in arte sive occupatione prædicta - sufficienter eruditi et instructi, nullisque aliis laboribus, - occupationibus sive misteris utentes, vivere deberent.» - -Le roi, pour mettre ses serviteurs hors de pair, les autorise à -reconstituer et consolider l'ancienne guild des ménestrels, et personne -ne pourra plus désormais exercer cette profession, quel que soit son -talent, s'il n'a été admis dans la guild[136]. Enfin un pouvoir -inquisitorial est accordé aux membres de l'association, et ils auront le -droit de faire mettre tous les faux ménestrels à l'amende[137]. - - [136] «Volumus ... quod nullus ministrallus regni nostri - prædicti, quamvis in hujusmodi arte sive occupatione sufficienter - eruditus existat, eadem arte... de cætero, nisi de fraternitate - sive gilda prædicta sit et ad eandem admissus fuerit et cum - fratribus ejusdem contribuerit, aliquo modo utatur.» - - [137] Rymer, _Fœdera_, 24 avril 1469. - -On reconnaît dans ce règlement ces décisions radicales par lesquelles -l'autorité souveraine croyait, au moyen âge, pouvoir arrêter tous les -courants contraires à ses propres tendances et détruire tous les abus. -C'est de la même façon, et sans plus de succès, qu'on abaissait par -décret le prix du pain et de la journée de travail. - -L'autorité avait du reste d'autres raisons de surveiller les chanteurs et -les musiciens ambulants; si elle se montrait indulgente pour les bandes -attachées à la personne des grands, elle craignait les rondes des autres -et se préoccupait quelquefois des doctrines qu'elles allaient semant sous -prétexte de chansons. Ces doctrines étaient fort libérales et poussaient -même parfois à la révolte. On en vit un exemple au commencement du -quinzième siècle lorsque, en pleine guerre contre les Gallois, les -ménestrels de cette race furent dénoncés au roi par les communes, comme -fomentateurs de troubles et causes même de la rébellion. Évidemment leurs -chants politiques encourageaient les insurgés à la résistance, et le -parlement, qui les confond avec les vagabonds ordinaires, sait bien -qu'en les faisant arrêter sur les routes, ce n'est pas de simples -coupe-bourses qu'il enverra en prison: «Item, que null westours et -rymours, mynstrales ou vocabunds ne soient sustenuz en Gales, pur faire -kymorthas ou quyllages sur le commune poeple, lesqueux par lour -divinationes, messonges et excitations sount concause de la insurrection -et rebellion q'or est en Gales.» - -Réponse: «Le roy le voet[138].» - - [138] _Rotuli parliamentorum_, t. III, p. 508. - -Les grands mouvements populaires étaient l'occasion de chansons -satiriques contre les seigneurs, chansons que les ménestrels composaient -et que la foule savait bientôt par cœur. Ce fut une chanson vulgaire, -qu'on avait sans doute bien souvent répétée dans les villages, qui -fournit à John Ball le texte de son grand discours de Blackheath, lors de -la révolte de 1381: «Quand Adam bêchait et qu'Ève filait, qui donc était -gentilhomme?» Ainsi encore, sous Henri VI, lorsque les paysans du Kent -s'insurgèrent et que les marins leurs alliés prirent en mer et -décapitèrent le duc de Suffolk, on en fit une chanson moqueuse, qui fut -très populaire et qui est venue jusqu'à nous. De même qu'avant de le tuer -on avait donné au favori du roi la comédie d'un procès, de même, dans la -chanson, on nous donne la comédie de ses funérailles; nobles et prélats -sont invités à y venir chanter leurs répons, et dans ce prétendu office -funèbre, qui est un hymne de joie et de triomphe, le chanteur appelle -les bénédictions célestes sur les meurtriers. Les communes, à la fin, -sont représentées, venant à leur tour chanter, à l'intention de tous les -traîtres d'Angleterre, un _Requiescant in pace_ (Ap. 23). - -La renommée du révolté populaire du douzième siècle, l'_outlaw_ Robin -Hood, va naturellement croissant. On chante ses vertus; on raconte -comment cet homme pieux, qui dans ses plus grands dangers attendait la -fin de la messe pour se mettre en sûreté, dépouillait courageusement les -grands seigneurs et les hauts prélats, mais était miséricordieux aux -pauvres[139]: ce qui était un avis indirect aux brigands d'alors d'avoir -à discerner dans leurs rondes entre l'ivraie et le bon grain. - - [139] Les ballades concernant Robin Hood ont été recueillies par - Ritson: _Robin Hood ballads_, 2 vol., Londres, 1832. La grande - majorité des chants qui nous sont parvenus sur ce héros n'est - malheureusement que du seizième siècle; mais il en est - quelques-uns d'antérieurs; sa popularité au quatorzième siècle - était très grande. - -La sympathie des ménestrels pour les idées d'émancipation, qui avaient -fait au quatorzième siècle de si grands progrès, ne s'affirmait pas -seulement dans les chansons; on retrouvait ces idées jusque dans les -romans remaniés qu'ils récitaient en présence des seigneurs, et qui sont -pleins désormais de déclarations pompeuses sur l'égalité des hommes. Mais -sur ce point l'auditeur ne prenait guère offense; les poètes d'un ordre -plus élevé, les favoris de la haute société, le roi lui-même dans ses -actes officiels s'étaient plu à proclamer des vérités libérales dont on -ne s'attendait guère à voir exiger la mise en pratique, et ils y avaient -accoutumé les esprits. C'est ainsi que Chaucer célèbre dans ses vers les -plus éloquents la noblesse seule vraie à ses yeux, celle qui vient du -cœur[140]. C'est ainsi encore que le roi Édouard Ier, en convoquant -le premier véritable parlement anglais, en 1295, déclare qu'il le fait -inspiré par la maxime ancienne qui veut que ce qui touche aux intérêts de -tout le monde soit approuvé par tout le monde[141], et proclame un -principe d'où sont sorties depuis les réformes les plus radicales de la -société. - - [140] _The wyf of Bathes tale_ (68 vers sur l'égalité des hommes - et sur la noblesse); de même dans le _Persones tale_: «Eeck for - to pride him of his gentrie is ful gret folye.... we ben alle of - oon fader and of oon moder; and alle we ben of oon nature roten - and corrupt, bothe riche and pore» (édition Morris, t. III, p. - 301). - - Cf. ces vers d'une pièce française du même siècle (cités dans le - Discours sur l'état des lettres au quatorzième siècle, _Histoire - littéraire de la France_, t. XXIV): - - Nus qui bien face n'est vilains, - Mès de vilonie est toz plains - Hauz hom qui laide vie maine: - Nus n'est vilains s'il ne vilaine. - - [141] «Sicut lex justissima, provida circumspectione sacrorum - principum stabilita, hortatur et statuit ut, quod omnes tangit ab - omnibus approbetur, sic,» etc., _Fœdera_, sub anno 1295. Les - appels directs d'Édouard Ier à son peuple contribuèrent à - développer de bonne heure chez les Anglais le sens des devoirs, - des droits et des responsabilités politiques. Dans une de ses - nécessités, alors que le parlement existe à peine, il en vient à - expliquer sa conduite au peuple et à se justifier: «...Lui rois, - sur ceo, et sur l'estat de lui, e de sun reaume, e coment les - busoignes du reaume sunt alées à une pies, fait asavoir e voet - que tutz en sachent la vérité, laquelle s'enseut...» _Fœdera_, - sub anno 1297. - - En France, les proclamations de principes très libéraux sont - fréquentes dans les édits royaux, mais ces grands mots ne sont - qu'un leurre, et on prend à peine le soin de le dissimuler. Dans - son ordonnance du 2 juillet 1315, Louis X déclare que, «comme - selon le droit de nature chacun doit naistre franc», il a résolu - d'affranchir les serfs de ses domaines, mais il ajoute qu'il le - fera pour de l'argent; et trois jours après, craignant que son - bienfait ne soit pas suffisamment prisé, il ajoute de nouvelles - considérations où la philosophie intervient encore d'une étrange - manière: «Pourroit estre que aucuns par mauvez conseil et par - deffaute de bons avis, charroient en desconnessance de si grant - benefice et de si grant grace, que il voudroit mieus demourer en - la chetivité de servitude que venir à estat de franchise, nous - vous mandons et commettons que vous de telles personnes, _pour - l'aide de nostre présente guerre_, considérée la quantité de leurs - biens, et les conditions de servitude de chascun, vous en leviez - si souffisamment et si grandement comme la condition et la - richesse des personnes pourront bonnement souffrir et _la - nécessité de nostre guerre le requiert_.» (Recueil d'Isambert, t. - III, p. 102.) - -On pouvait donc bien laisser les ménestrels répéter, après le roi -lui-même, des axiomes si connus et qu'il y avait si peu de chance, -croyait-on, de voir appliquer. Seulement les idées, comme les graines des -arbres, en tombant sur le sol, ne s'y perdent point, et le noble qui -s'était endormi au murmure des vers psalmodiés par le jongleur se -réveillait un jour au tumulte de la foule amassée devant Londres, au -refrain du prêtre John Ball (1381); et alors il fallait tirer l'épée et -faire comprendre par un massacre que le temps n'était pas venu -d'appliquer ces axiomes, et qu'il n'y avait là que chansons. - -Les poètes et chanteurs populaires eurent donc une influence sur le -mouvement social, moins par les maximes semées dans leurs grands ouvrages -que par ces petites pièces heurtées et violentes, que les moindres -d'entre eux composaient et chantaient pour le peuple, dans les carrefours -en temps de révolte, et dans les chaumières en temps ordinaire, en -reconnaissance de l'hospitalité. - -Cependant les ménestrels devaient disparaître. En premier lieu, un âge -allait commencer où, les livres et l'art de les lire se répandant jusque -parmi la foule, chacun y puiserait soi-même et cesserait de se les faire -réciter; en second lieu, les théâtres publics allaient offrir un -spectacle bien supérieur à celui des petites troupes de musiciens et de -chanteurs ambulants, et leur feraient une concurrence autrement -redoutable que celle des «rudes agricolæ et artifices diversorum -misterorum», contre l'impertinence desquels s'indignait Édouard IV. Enfin -le mépris public, qui grandissait, devait laisser les ménestrels pulluler -d'abord loin des regards de la haute classe, puis se perdre dans les -derniers rangs des amuseurs publics, et y disparaître. - -En somme, le temps des Taillefer qui savaient se faire tuer en chantant -Charlemagne fut court; le lustre qu'avaient donné à leur profession ceux -des jongleurs ou trouvères du douzième et du treizième siècle qui se -contentaient de réciter des poèmes s'effaça à mesure qu'ils s'associèrent -plus étroitement avec les bandes sans retenue des faiseurs de tours et -des ribauds de toute sorte. Ces bandes avaient toujours existé, mais les -chanteurs de romans ne s'y étaient pas toujours mêlés. De tout temps on -avait trouvé, dans les châteaux et dans les carrefours, des bouffons -dont la grossièreté émerveillait et enchantait les spectateurs. Les -détails précis que les contemporains sont unanimes à donner sur leurs -jeux montrent que non seulement leurs facéties ne seraient plus tolérées -chez les riches d'aujourd'hui, mais qu'il est même peu de bourgades -reculées où des paysans un jour de fête les accepteraient sans dégoût. -Quelque répugnante que soit cette pensée, il faut bien se dire que ces -passe-temps étaient usuels, que les grands y trouvaient plaisir, que dans -la troupe des mimes et des faiseurs de tours qui couraient partout où il -fallait de la joie, il y en avait qui excitaient le rire par les moyens -ignobles que décrit Jean de Salisbury[142]. Deux cents ans plus tard, -deux clercs sacrilèges, en haine de l'archevêque d'York, se livrent dans -sa cathédrale aux mêmes bouffonneries monstrueuses, et la lettre -épiscopale qui rapporte ces faits avec la précision d'un procès-verbal -ajoute qu'ils ont été commis _more ribaldorum_[143]. L'usage s'en était -perpétué à la faveur du succès et était demeuré populaire. Langland, à la -même époque, montre qu'un de ses personnages n'est pas un vrai ménestrel, -non seulement parce qu'il n'est pas musicien, mais aussi parce qu'il -n'est habile à aucun de ces exercices d'une si bizarre grossièreté[144]. - - [142] «.... Quorum adeo error invaluit, ut a præclaris domibus - non arceantur, etiam illi qui obscenis partibus corporis oculis - omnium eam ingerunt turpitudinem, quam erubescat videre vel - cynicus,» etc. (_Polycraticus_, liv. Ier, chap. VIII.) - - [143] _Historical papers from the northern registers_; édition - Raine (Collection du Maître des rôles). - - [144] Ich can nat tabre ne trompe ne telle faire gestes, - Farten ne fithelen at testes ne harpen, - Japen ne jogelen ne gentilliche pipe, - Nother sailen ne sautrien ne singe with the giterne. - - Édition Skeat, (texte C, _passus_, XVI, vers 200.) - -Enfin on peut voir encore par les représentations de la danse d'Hérodiade -qui se trouvent dans les vitraux ou les manuscrits[145] du moyen âge, -quelles sortes de jeux, dans l'opinion des artistes, pouvaient récréer -des gens à table. C'est en dansant sur les mains, et la tête en bas, que -la jeune femme enlève les suffrages d'Hérode. Or, comme l'idée d'une -danse pareille ne pouvait être tirée de la Bible, il faut bien croire -qu'elle provenait des usages du temps. A Clermont-Ferrand, dans les -vitraux de la cathédrale (XIIIe siècle), Hérodiade danse sur des -couteaux qu'elle tient de chaque main, et elle a aussi la tête en bas. A -Vérone, elle est représentée, sur la plus ancienne des portes de bronze -de Saint-Zénon (IXe siècle), se renversant en arrière et touchant ses -pieds de sa tête. Les assistants semblent remplis de surprise et -d'admiration; un d'eux porte la main à sa bouche, l'autre à sa joue, par -un geste involontaire d'ébahissement. Les comptes de l'échiquier royal -d'Angleterre mentionnent quelquefois des sommes payées à des danseurs de -passage, qui sans doute devaient faire aussi des prouesses surprenantes, -car les payements sont considérables. Ainsi, la troisième année de son -règne, Richard II paye à Jean Katerine, danseur de Venise, six livres -treize shillings et quatre pence pour avoir joué et dansé devant -lui[146]. - - [145] Wright donne dans ses _Domestic manners and sentiments_, - 1862, p. 167, la reproduction des miniatures de deux manuscrits - du British Museum, qui représentent la danse d'Hérodiade sur les - mains. - - [146] _Issue rolls of the exchequer_, édition Devon, p. 212. - -En Orient, où l'on a quelquefois dans ses voyages la surprise de -retrouver vivants des usages anciens que nous ne pouvons étudier chez -nous que dans les livres, la mode des bouffons et des mimes persiste et -demeure même la grande distraction de quelques princes. Le feu bey de -Tunis avait pour se récréer le soir des bouffons qui l'insultaient et -l'amusaient par le contraste de leurs insolences permises et de sa -puissance réelle. Chez les musulmanes riches de Tunis, dont aucune -presque ne sait lire, la monotonie des journées qui, durant leur vie -entière, se succèdent à l'ombre des mêmes murailles, à l'abri des mêmes -barreaux, est interrompue par les récits de la bouffonne, dont l'unique -rôle est d'égayer le harem par des propos de la plus étrange obscénité. -Les Européens du quatorzième siècle étaient capables de goûter des -plaisirs tout pareils. - -Il n'était donc guère surprenant qu'à la suite des moralistes l'esprit -public condamnât du même coup ménestrels et histrions et les confondît -avec ces vagabonds coureurs de grands chemins qui paraissaient si -redoutables au parlement. A mesure qu'on avance, leur rôle s'avilit -davantage. Au seizième siècle, Philippe Stubbes voit en eux la -personnification de tous les vices, et il justifie en termes violents son -mépris pour ces «ivrognes et ces parasites licencieux qui errent par le -pays, rimant et chantant des poésies impures, viles et obscènes, dans les -tavernes, les cabarets, les auberges et les lieux de réunion publique». -Leur vie est pareille aux chansons honteuses dont leur tête est pleine, -et ils sont le modèle de toutes les abominations. Ils sont, de plus, -innombrables: - -«Chaque ville, cité ou région est remplie de ces ménestrels qui -accompagnent de leurs airs la danse du diable; tandis qu'il y a si peu de -théologiens que c'est à peine si l'on en voit aucun. - -«Cependant quelques-uns nous disent: mais, monsieur, nous avons des -licences des juges de paix, pour jouer et exercer nos talents de -ménestrels au mieux de nos intérêts.--Maudites soient ces licences qui -permettent à un homme de gagner sa vie par la destruction de milliers de -ses semblables! Mais avez-vous une licence de l'archi-juge de paix, le -Christ Jésus? Si vous l'avez, soyez heureux; si vous ne l'avez pas, vous -serez arrêtés par Jésus, le grand juge, comme rôdeurs misérables et -vagabonds du pays céleste, et punis d'une mort éternelle, malgré vos -prétendues licences reçues en ce monde.» (Ap. 24). - -On voit à quel état de dégradation était tombée la noble profession des -anciens chanteurs et combien peu la nécessité d'obtenir un brevet de -l'autorité ou d'entrer dans une guild, comme le voulait Édouard IV, -arrêtait leurs extravagances. Avec les inventions et les mœurs -nouvelles, leur raison d'être disparaissait et la partie vraiment haute -de leur art s'effaçait; les anciens diseurs de poèmes, après s'être mêlés -aux bandes peu recommandables des amuseurs publics, voyaient ces bandes -leur survivre, et il ne restait plus, sur les routes, que ces bouffons -grossiers et ces musiciens vulgaires que les gens réfléchis traitaient en -réprouvés. - - - - -CHAPITRE II - -LES OUTLAWS ET LES OUVRIERS ERRANTS - - Les forêts d'Angleterre et leurs habitants.--Comment on était mis - hors la loi.--Sort des hommes et sort des femmes.--Leur existence - vagabonde. - - Les paysans vagabonds.--Le besoin d'émancipation.--État de la - classe ouvrière.--Le paysan qui se détache illégalement de la - glèbe devient tantôt ouvrier nomade, tantôt mendiant, tantôt - voleur de grand chemin. - - Les peines: la prison, les ceps, le fer rouge.--Les mesures - préventives: les passeports à l'intérieur.--Les étudiants même - obligés d'en avoir. - - L'œuvre révolutionnaire.--Les assemblées secrètes.--Le rôle des - errants.--La grande révolte de 1381.--Différences avec la France. - - -Les bouffons, les musiciens et leurs associés nous ont arrêtés dans les -carrefours et dans les cours des châteaux. Avec les _outlaws_, les -malheureux mis hors la loi, il nous faut quitter la grand'route pour les -sentiers à peine tracés et pénétrer dans les bois. L'Angleterre à cette -époque n'était pas l'immense prairie que sillonnent maintenant les -chemins de fer; il y restait encore beaucoup de ces forêts dont César -parle dans ses _Commentaires_ et où les ancêtres des rois Plantagenets -avaient si jalousement maintenu leurs droits de chasse. La police n'y -était point exacte, comme aujourd'hui dans les bois qui restent; elles -offraient aux bandits et aux condamnés en fuite de vastes asiles. -L'esprit populaire s'était accoutumé à mêler dans un même sentiment de -sympathie l'idée de la haute forêt bruissante et l'idée de la libre vie -qu'y menaient les proscrits. C'est pourquoi, à côté de l'épopée d'Arthur, -on trouve celle des arbres et des buissons, celle des vaillants qui -habitent le taillis et qu'on imagine avoir lutté pour les libertés -publiques, celle d'Hereward, de Foulke Fitz-Waurin, de Robin Hood. Sitôt -poursuivi, sitôt en route pour la forêt; il était plus facile de s'y -rendre, on y était moins éloigné des siens et tout aussi en sûreté que -sur le continent. - -Larrons, bandits, braconniers et chevaliers pouvaient ainsi se rencontrer -en camarades au fond des bois. C'est à la forêt que songe l'écuyer -proscrit, dans la célèbre ballade de la _Fille aux bruns cheveux_, le -chef-d'œuvre de la poésie anglaise au quinzième siècle, un duo d'amour -musical, tout plein du charme sauvage des grandes futaies, avec une -cadence bien accentuée, des rimes fréquentes qui chantent à l'oreille: on -dirait la mélodie un peu grêle mais pourtant sonore d'un vieil air -touchant et aimé. Sur le point d'être pris, le pauvre écuyer doit choisir -entre une mort honteuse et la retraite «dans la forêt verdoyante». Sa -fiancée, qui n'est rien moins qu'une fille de baron, veut le suivre, et -alors, à chaque couplet, pour l'éprouver, son amant lui représente les -terreurs et les dangers de cette vie de fugitifs: elle pourra le voir -pris et mourant de la mort des voleurs: «car, pour l'outlaw, telle est la -loi, on le saisit, on le lie et sans merci on le pend, et son corps se -balance au vent.» Avec cela une peinture, saisissante de l'existence sous -bois, des ronces, de la neige, de la gelée, de la pluie; pas de -nourriture délicate, pas de lit moelleux, les feuilles pour unique toit. - -Bien plus, et l'épreuve devient plus dure, il faudra que la jeune fille -coupe ses beaux cheveux; la vie en forêt ne permet pas de garder cet -ornement. Enfin, et c'est là le comble: j'ai déjà dans la forêt une autre -amie que je préfère et qui est plus belle. Mais, aussi résignée que -Griselidis, la fiancée répond: j'irai quand même à la forêt, je serai -bonne pour votre amie, je lui obéirai, «car dans l'humanité entière rien -ne m'est cher que vous». Alors la joie de l'amant peut éclater: je ne -suis pas banni, je ne m'enfuirai pas dans les bois; je ne suis pas un -écuyer obscur, je suis le fils du comte de Westmoreland, et pour nous -l'heure des fêtes nuptiales est venue[147]. - - [147] _The Nut-Brown Maid_, Skeat, _Specimens of English - Literature_, Clarendon Press, 1871. - -Tous les fugitifs que la forêt recevait dans ses profondeurs n'étaient -point d'amoureux chevaliers suivis de femmes patientes comme Griselidis -et courageuses comme Bradamante. C'étaient, la plupart du temps, pour -passer de la poésie à la réalité, des rôdeurs redoutables, ceux mêmes -contre lesquels Édouard Ier et Édouard III avaient rendu la rigoureuse -loi des suspects[148] mentionnée plus haut. Cette caste se composait -d'abord des bandes organisées de brigands que le statut appelle -Ravageurs, Gens-de-Robert, Traille-bâton, etc. (_Wastours_, _Roberdesmen -Drawlatches_), puis des voleurs d'occasion, des filous et malfaiteurs de -toute sorte et des outlaws divers qui étaient frappés par la loi de cette -véritable mort civile à laquelle fait allusion le fiancé de la _Fille aux -cheveux bruns_. La sentence d'outlawry, de mise hors la loi, était, la -plupart du temps, le point de départ d'une vie errante qui devenait -forcément une vie de brigandage. Pour être déclaré outlaw, il fallait -avoir commis un crime ou un délit; une demande en justice de -l'adversaire, d'un caractère purement civil, ne suffisait pas[149]; mais -pour se trouver dans le cas de mériter la potence, il n'était pas -nécessaire d'être coupable d'une faute énorme; de là le grand nombre des -outlaws. Dans un procès criminel du temps d'Édouard Ier[150], le juge -sur son siège explique que la loi est celle-ci: si le voleur a pris un -objet qui vaut plus de douze pence ou s'il a été condamné plusieurs fois -pour de petits vols et que le total vaille douze pence et au delà, il -doit être pendu: «Lex vult quod pendeatur per collum.» Encore, ainsi que -l'observe le juge, à propos d'une femme qui avait volé pour huit pence, -la loi est plus douce que sous Henri III, puisqu'alors il suffisait d'un -vol de quatre pence pour être pendu[151]. - - [148] Statut de Winchester, 13 Éd. I, chap. IV, confirmé par - Édouard III (_Statutes of the realm_). - - [149] «Item videtur nulla esse utlagarda si factum pro quo - interrogatus est civile sit et non criminale.» (Bracton, - Collection du Maître des rôles, t. II, p. 330.) - - [150] _Yearbooks of Edward I_, années 30-31, p. 533 (Collection - du Maître des rôles). - - [151] _Yearbooks of Edward I_, années 30-31, pp. 537-538. - -L'homme devenait outlaw, et la femme _weyve_, c'est-à-dire abandonnée à -la merci de tous, et ne pouvant pas réclamer la protection des lois. -Aussi l'auteur du _Fleta_ exprime-t-il avec une force terrible l'état des -gens ainsi châtiés: ils ont des têtes de loup que l'on peut couper -impunément: «Est enim weyvium quod nullus advocat, et utlagariæ -æquipollet quoad pœnam. Utlagatus et Weyviata capita gerunt lupina, quæ -ab omnibus impune poterunt amputari; merito enim sine lege perire debent -qui secundum legem vivere recusant[152].» L'outlaw perdait tous ses biens -et tous ses droits; tous les contrats dans lesquels il était partie -tombaient; il n'était plus obligé vis-à-vis de personne, et personne -n'était obligé vis-à-vis de lui. Ses biens étaient forfaits: «catalla -quidem utlagata erunt domini regis;» s'il avait des terres, le roi en -gardait l'usufruit pendant un an et un jour, au bout desquels il les -rendait au _capitalis dominus_[153]. Et même il y avait à ce sujet des -maximes légales très dures: un homme accusé de meurtre et acquitté -subissait cependant la confiscation, s'il avait fui d'abord, craignant le -jugement. C'est encore le magistrat qui parle: «Si home seit aquité de -mort de home et del assent et de eyde, sus ceo les justices demaunderont -de la jure si le prison ala defuant; si eus dient qe noun, aille quites, -si oyl, le roy avera ses chateuz[154].» On conçoit que la sévérité -draconienne de tels règlements n'était pas faite pour diminuer l'audace -de ceux qu'ils atteignaient, et que la rigueur excessive de ces peines -devait transformer souvent le fugitif d'un jour, qui avait douté de la -clairvoyance du juge, en brigand de profession et en voleur de grand -chemin. - - [152] Liv. I, chap. XXVII. - - [153] Bracton, t. II, pp. 340-342. - -A côté des gens de cette espèce, il y avait tous les vagabonds qui, sans -mériter une sentence d'outlawry, avaient fui le village ou la ferme -auxquels ils étaient attachés. Le vilain qui abandonnait, sans licence -spéciale, le domaine du maître ne rentrait dans la vie commune qu'après -s'être mis à sa merci ou, ce qui était moins dur, après avoir passé un an -et un jour dans une ville franche, sans la quitter et sans que le lord -eût songé à interrompre la prescription. Il devenait, dans ce dernier -cas, homme libre, et les liens qui l'attachaient au sol étaient rompus. -Mais s'il s'était borné à errer de place en place, il pouvait toujours -être repris le jour où il reparaîtrait à son foyer. On en voit un -exemple dans un curieux procès du temps d'Édouard Ier, dont le relevé -nous est parvenu: _A._ présente un bref (writ) d'emprisonnement contre -_B._--Heiham, avocat de _B._, dit: Nous n'avons pas à nous défendre, _A._ -est notre vilain, son bref ne peut avoir effet contre nous. On vérifie et -on trouve que _A._ est le fils d'un vilain de _B._, qu'il s'est enfui et -plusieurs années après est revenu à son foyer, «en son ny», où il a été -repris comme vilain. Le juge déclare que cette reprise est légale, et -qu'un vilain peut errer pendant six, sept ans ou plus; si au bout de ce -temps on le retrouve «en son ny demeyne e en son astre (foyer)», on peut -s'en emparer comme de sa chose; le fait du retour le met en l'état où il -était avant le départ. En entendant cette décision, l'avocat enchanté -cite avec à-propos l'Écriture sainte: «Cecidit in foveam quam -fecit[155]!» - - [154] _Yearbooks of Edward I_, années 30-31, p. 515. Quelquefois - on profitait de l'absence de son ennemi sur le continent pour - affirmer au magistrat qu'il était en fuite et le faire déclarer - outlaw: ainsi, le clerc Jean Crochille se plaint au parlement - d'avoir été mis injustement hors la loi pendant un voyage qu'il - avait fait en cour de Rome, 1347 (_Rotuli parliamentorum_, t. II, - p. 171); le clerc Robert de Thresk est de même déclaré outlaw - pendant son absence du royaume «par malice de ses accusours». - (_Ibidem_, même année, p. 183.) - - [155] _Yearbooks of Edward I_, années 21-22, p. 447. - -Les paysans en fuite donnaient à la caste errante ses recrues les plus -nombreuses. En Angleterre, une foule de causes, parmi lesquelles se -trouve en première ligne la grande peste de 1349[156], avaient -bouleversé, au quatorzième siècle, les rapports des classes ouvrières -avec les classes riches et la proportion entre la valeur des salaires et -celle des objets nécessaires à la vie. En face d'un besoin d'émancipation -qui se faisait jour de toute part, le parlement, la chambre des communes -aussi bien que le roi, rendaient de durs arrêts qui prescrivaient le -maintien du _statu quo ante pestem_. De là, chez les paysans, un immense -désir de changer de place et de voir ailleurs: chez eux, les gages -d'avant la peste étaient dérisoires; mais dans tel autre comté, se -disaient-ils, on paye mieux; du reste pourquoi ne pas se mêler à la -classe des ouvriers libres? elle était nombreuse et malgré les statuts -augmentait sans cesse. Tous ne réussissaient pas à dissimuler leur passé, -et quand le danger devenait grand d'être «mys en cepes» et renvoyés à -leurs maîtres, ils s'enfuyaient de nouveau, changeaient de comté, et -devenaient nomades. D'autres, mécontents, avec ou sans cause, ne -quittaient leur hameau que pour devenir immédiatement des vagabonds sans -feu ni lieu et de la plus dangereuse espèce. Aussi le palais Westminster, -la salle du chapitre de l'abbaye où siégeaient les communes -retentissent-ils de plaintes toujours renouvelées contre l'indiscipline -croissante. Les communes, qui représentent dans les campagnes, en -général, les propriétaires du sol, et dans les villes une bourgeoisie aux -tendances passablement aristocratiques, s'élèvent avec force contre les -goûts d'émancipation d'une classe d'ouvriers dont elles ne sont nullement -solidaires. Elles veulent le rétablissement de toutes les lois, de tous -les usages anciens et la répression énergique des désordres nouveaux. -Mais le courant était trop fort et il renversait les lois; on les voit -renouvelées sans cesse, inutilement. - - [156] D'après Seebohm (_The Black Death and its place in English - History_; deux articles dans la _Fortnightly Review_ en 1865), - plus de la moitié de la population mourut pendant l'année - 1348-1349. Voici le tableau frappant que trace Knyghton, un - contemporain, de la peste à Leicester: «Et moriebantur quasi tota - valitudo villæ....valde pauci erant qui de divitiis vel - quibuslibet rebus curam agerent.... Et oves et boves per campos - et inter segetes vagabant.... sed in sulcis deviis et sepibus - morte perierunt numero incomputabili.» A l'automne, la - main-d'œuvre est hors de prix et une partie de la récolte est - laissée sur pied (_Decem scriptores_ de Twysden; col. 2598). - -En 1350, tout de suite après la peste, un premier règlement est dirigé -contre la «malice des servantz[157]» qui avaient déjà une grande -indépendance et la voulaient plus grande encore. Il leur fallait d'autres -salaires qu'autrefois et aussi d'autres termes d'engagements, ils ne -voulaient plus travailler «sanz trop outraiouses louers prendre». Jadis -ils se louaient pour un an; maintenant ils désirent rester maîtres -d'eux-mêmes et se louer à la journée: défense leur est faite par le -statut de travailler dans ces conditions. Quatre ans après, nouvelles -plaintes[158]; le blé est à bas prix et les travailleurs refusent d'en -recevoir en guise de payement; ils persistent aussi à vouloir se louer à -la journée: toutes ces pratiques sont condamnées de nouveau. La querelle -continue et s'envenime. La trente-quatrième année de son règne, Édouard -III menace les coupables de les faire marquer au front d'un F «en signe -de fauxine[159]». En 1372, le parlement constate que les «laborers et -servantz sey fuent d'un countée en autre, dount les uns vont as grantz -villes et devignent artificers, les uns en estrange pays pur laborer, par -cause des excessives lowers, nient demurantz en certein en nul lieu, par -qi execution de l'estatut ne puist estre fait vers eux». Les communes du -Bon Parlement de 1376 obtiennent la ratification de tous les règlements -antérieurs[160]. On renouvelle les défenses à chacun de se transporter -hors de son «pays propre». Le paysan doit y rester et servir quiconque a -besoin de lui, non pas seulement s'il est serf ou «neif», mais encore -s'il appartient à la classe des «laborers et artificers et altres -servantz». - - [157] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 233. Cf. les ordonnances - françaises; celle de Jean, de cette même année (Recueil - d'Isambert, t. IV, p. 576), prescrit aux «gens oiseux» de Paris - de travailler ou de s'en aller, ce qui était moins radical et - encore moins utile que les règlements anglais. Une autre - ordonnance de Jean (nov. 1354) est dirigée contre les ouvriers - qui vont de ville en ville chercher de gros gages, partout «où - les ordonnances ne sont mie adroit gardées» (_Ibid._, p. 700). - Ils sont menacés de la prison, du pilori et du fer rouge. - - [158] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 261; parlement de 1354. - - [159] Statut, 34 Éd. III, chap. IX, année 1361-2. - - [160] _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 312 et 340. - -Mais les changements économiques survenus avaient rendu possible ce qui -ne l'était pas autrefois; on avait besoin de travailleurs, et les -propriétaires n'étaient pas rares qui donnaient de l'occupation aux -ouvriers malgré les lois, même à la journée et à d'autres salaires que -ceux du tarif. Les pétitions parlementaires le constatent: «Ils sont si -chèrement receues en estranges lieux en service sodeynement que celle -receptement donne essample et confort as touz servantz, _si tost come ils -sont de riens desplu_, de coure en estranges lieux de mestre en mestre, -come dit est devant.» Et cela ne se produirait pas, observaient justement -les communes, si, dès qu'ils offrent leurs services de la sorte, ils -étaient «prys et mys en cepes». C'était vrai; mais les propriétaires qui -manquaient de bras et dont la récolte attendait sur pied, étaient trop -heureux de rencontrer des «servauntz et laborers», quels qu'ils fussent, -et au lieu de les faire mener «al prochein gaole», ils les payaient et -leur donnaient du travail. Les ouvriers ne l'ignoraient pas, et leurs -maîtres traditionnels étaient forcés de tenir compte des circonstances et -de se montrer moins sévères. Car, pour une exigence trop dure ou une -réprimande trop forte, au lieu de se soumettre, comme autrefois, ou même -de protester, l'ouvrier ne disait rien, mais s'en allait: «Si tost come -lour mestres les chalengent de mal service ou les voillent paier pur lour -dite service solone la forme des ditz estatutz, ils fuont et descurront -sodeynement hors de lours services et hors de lours pays propre de -countée en countée, de hundred en hundred, de ville en ville, en -estranges lieux desconuz à lour dites mestres[161].» - - [161] _Rotuli parliamentorum_, p. 340; parlement de 1376. - -Ce qui est bien pire et devait arriver forcément, c'est que beaucoup -d'entre eux, ne pouvant ou ne voulant pas travailler, se faisaient -mendiants ou voleurs de profession. Ces «laborers corores devenont -mendinantz beggeres, pur mesner ocious vie, et soi trient hors de lours -pays, communément as citées, burghwes, et as autres bones villes pur -begger; et lesquels sont fort de corps et bien purroient eser la commune -si ils voudroient servir». Voilà pour les mendiants[162]; voici -maintenant pour les voleurs: «Et la greyndre partie des ditz servantz -corores devenent communement fortes larounes et encrecent de eux roberies -et felonies de jour en altre par touz partz.» Il faut prendre des mesures -énergiques: que défense soit faite de donner l'aumône à des gens de cette -espèce et que «lours corps soient mys en cepes ou mesnez al prochein -gaole», pour être renvoyés ensuite dans leur pays. Édouard III, en -1349[163], avait déjà condamné à la prison les personnes qui, sous -prétexte de charité, viendraient en aide aux mendiants; ces vagabonds -erraient par le pays, «s'adonnant à la paresse et au vice et quelquefois -commettant des vols et autres abominations». Mêmes plaintes au temps de -Richard II; à peine est-il sur le trône, qu'elles se répètent d'année en -année; on en trouve en 1377, en 1378, en 1379[164]. - - [162] Langland montre, de même, le mendiant éhonté qui va, sac - sur le dos, quêter de porte en porte, et qui pourrait fort bien, - s'il voulait, gagner son pain et sa bière en travaillant; il sait - un métier, mais il préfère ne pas l'exercer: - - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - And can som manere craft in cas he wolde hit vse, - Thorgh whiche crafte he couthe come to bred and to ale. - - (Texte C, _passus_ X, vers 151.) - - [163] _Statutes of the realm_, 23 Ed. III, chap. VII. - - [164] _Rotuli parliamentorum_, t. III. pp. 17, 46, 65. - -Les règlements ont beau se multiplier, le roi est obligé de reconnaître, -dans son ordonnance de 1385, que les «faitours et vagerantz» courent le -pays «pluis habundantement qe ne soloient avant ces heures[165]». En -1388, il renouvelle toutes les prescriptions de ses prédécesseurs et -rappelle aux maires, baillis, sénéchaux et constables, leurs devoirs, -celui notamment de réparer leurs ceps et d'en tenir qui soient toujours -prêts, pour y mettre les individus appartenant à la classe errante[166]. - - [165] _Statutes of the realm_, 7 Ric. II, chap. V. - - [166] _Statutes_, 12 Ric. II, chap. III. - -Ce n'étaient pas là de vaines menaces et il ne s'agissait pas de peines -médiocres. Les prisons d'alors ne ressemblaient guère à ces édifices -clairs et bien lavés qu'on voit aujourd'hui dans plusieurs villes -d'Angleterre, à York, par exemple, où la moyenne des condamnés trouve -certainement plus de propreté et de confort qu'ils n'en pouvaient avoir -chez eux. C'étaient souvent de fétides cachots, où l'humidité des -murailles et l'immobilité où vous obligeaient les ceps corrompaient le -sang et engendraient de hideuses maladies. Ces instruments de torture, -qui, d'après les lois de Richard II, devaient être toujours tenus en bon -état et prêts à servir, consistaient en deux poutres superposées. De -distance en distance, des trous ronds étaient percés à leur point de -jonction; on soulevait la poutre supérieure et on faisait passer dans les -trous les jambes des prisonniers; quelquefois, il y avait une troisième -poutre, dans les ouvertures de laquelle les mains des malheureux étaient -en outre engagées; leur corps reposait tantôt sur un escabeau, tantôt sur -le sol. Dans certaines prisons, les ceps étaient assez élevés; on y -introduisait seulement les jambes du patient et il demeurait ainsi, le -corps étendu à terre, dans l'humidité, la tête plus bas que les pieds; -mais ce raffinement n'était pas habituel[167]. - - [167] Voir au British Museum, dans un manuscrit des décrétales - (10 É. IV), la représentation d'un moine mis dans des ceps; un - autre moine lie l'extrémité des poutres avec des cordes (fol. - 222). Voir aussi ces instruments de torture dans Foxe, _Actes and - monuments_, Londres, 1562, fol., pp. 390, 1272, etc. - -Maint ouvrier errant accoutumé à une vie active, au grand air, venait -ainsi, grâce aux ordonnances incessantes du roi et du parlement, se -repentir dans les ténèbres de son audace et regretter, pendant des jours -et des nuits tout pareils, sa liberté, sa famille, son «ny». L'effet d'un -semblable traitement sur la constitution physique des victimes se devine; -les procès-verbaux de justice le montrent d'ailleurs fort clairement; on -lit, par exemple, ce qui suit dans les rôles _Coram rege_ du temps de -Henri III: - -«Assises de Ludinglond. - -«Le jury expose que Guillaume le Sauvage prit deux étrangers et une femme -et les emprisonna à Thorelstan, et les retint en prison jusqu'à ce que -l'un d'eux y mourût, et que l'autre perdît un pied, et que la femme -perdît les deux pieds, _parce qu'ils avaient pourri_. Guillaume amena -ultérieurement ces gens devant la cour de notre seigneur le roi à -Ludinglond pour les faire juger par ladite cour. Et quand la cour les -vit, elle se refusa à les juger parce qu'ils n'avaient été arrêtés pour -aucun vol ou délit pour lesquels ils pussent subir un jugement. C'est -pourquoi on leur permit de se retirer en liberté[168].» - - [168] _Gleanings from the public records_, par M. H. Hewlett, - dans l'_Antiquary_ de mars 1882. - -Comment, dans un tel état, les pauvres gens «se retirèrent» et ce qu'ils -devinrent, le procès-verbal des assises ne le dit pas. Ce qui est -certain, c'est qu'aucune sorte d'indemnité ne leur fut donnée pour les -aider à se tirer d'affaire dans leur horrible situation. La justice de -nos pères n'était pas minutieuse. - -Mais la menace de prisons si malsaines et de ceps si terribles ne -retenait et n'arrêtait pas les travailleurs las d'être attachés au sol. -Pour quitter leur pays, tous les prétextes leur étaient bons; ils osaient -même employer celui de voyages de dévotion. Ils partaient, le bâton à la -main, «par colour d'aler loyns en pillerinage,» et ne revenaient plus. -Mais un nouveau frein va être employé pour dompter cette humeur -turbulente, c'est l'obligation de se munir de véritables lettres de route -ou passeports pour passer d'un comté à l'autre. Nul ne pourra quitter son -village s'il ne porte «lettre patente contenant la cause de son aler e le -temps de son retournir s'il doit retournir». En d'autres termes, même -quand on avait le droit de s'établir définitivement ailleurs, il fallait -un permis de circulation pour s'en aller. Ces lettres seront scellées par -un «prodhomme» désigné, dans chaque cité, hundred, bourg, etc., par les -juges de paix, et des sceaux particuliers seront fabriqués exprès -portant, dit l'ordonnance, au milieu, les armes du roi, autour le nom du -comté et en travers celui du hundred, cité ou bourg. On prévoit même le -cas où des lettres fausses seraient fabriquées, ce qui montre quelle -ardente envie de quitter son pays on sentait chez les gens de cette -classe. Tout individu surpris sans papiers en règle est mis -provisoirement en prison. - -Les mendiants seront traités comme les «servants» qui n'auraient pas de -«lettre testimoigniale[169]». Ce à quoi on tient, c'est à retenir en -place le plus de monde possible et à empêcher par là les pérégrinations -inquiétantes de tous ces rôdeurs. Quant aux mendiants incapables de -travailler, ils devront, eux aussi, cesser de fréquenter les grands -chemins: ils finiront leur vie dans la cité où on les trouvera au moment -de la proclamation ou, tout au plus, dans quelque ville voisine ou dans -celle où ils sont nés; ils y seront conduits dans les quarante jours et y -resteront «continuelement pur lour vies». - - [169] 12 Rich. II, chap. VII. - -Ce qui est plus étrange et qui, à défaut d'autres preuves, montrerait à -quelle classe appartenaient alors les étudiants, c'est qu'ils sont -compris dans la même catégorie: ils avaient coutume, en rentrant dans -leur pays ou en faisant des pèlerinages ou en allant à l'université, de -tendre la main aux passants et de frapper aux portes. Ils seront -assimilés aux mendiants et mis aux fers s'ils n'ont pas la lettre -réglementaire; seulement cette pièce leur sera remise par le chancelier, -c'est la seule différence: «Et qe les clers des universitées qi vont ensy -mendinantz eient lettres de tesmoigne de lour chancelier sur mesme la -peyne[170].» - - [170] 12 Rich. II, chap. VII. - -Enfin, l'année suivante (1389), un nouveau statut réprouve la coutume des -«artificers, laborers, servantz», etc., qui entretiennent pour leur usage -des lévriers et autres chiens, et, «es jours de festes, qant bones -cristiens sont as esglises oiantz divine service[171],» pénètrent dans -les parcs et garennes des seigneurs et détruisent tout le gibier. Bien -plus, ils profitent de ces occasions où ils se trouvent réunis en armes, -sans crainte d'être inquiétés, pour tenir «lour assemblées, -entreparlances et conspiracies pur lever et désobeier a lour ligeance». -Certainement les fourrés épais des forêts seigneuriales avaient dû plus -d'une fois abriter, à l'heure des offices, des réunions de cette espèce -avant la grande révolte de 1381, et dans ce milieu naquirent sans doute -quelques-unes de ces idées remuantes et actives qui furent transportées -de pays en pays par les nomades et firent reconnaître au peuple de comtés -différents les liens de solidarité qui les unissaient entre eux. - - [171] _Statutes_, 13 Rich. II, chap. XIII. - -C'est dans une révolte pareille que le rôle de la classe errante est -considérable, et il y a tout intérêt pour l'historien à ne pas le -négliger. Il est impossible, si on ne tient pas compte de cet élément, -d'expliquer l'importance et l'étendue d'un mouvement qui faillit avoir -des suites pareilles à celles de la Révolution française. «J'avais perdu -mon héritage et le royaume d'Angleterre[172],» disait Richard II le soir -du jour où sa présence d'esprit le sauva, et il avait raison. Pourquoi, -en France, la Jacquerie fut-elle une vulgaire et impuissante émeute, -comparée à la révolte anglaise? Les causes en sont multiples, mais la -principale est l'absence d'une classe de nomades aussi nombreuse et forte -que celle d'Angleterre. Cette classe servit à unir tout le peuple; elle -dit à ceux du nord ce que pensaient ceux du midi, ce que souffraient et -désiraient les uns et les autres: les souffrances et les désirs n'étaient -pas identiques, mais il suffisait de savoir que tous avaient des réformes -à demander. Aussi, quand on apprit que la révolte avait commencé, on se -souleva de toute part, et il fut clair alors que chacun désirait un bien -différent et que les troupes associées poursuivaient des buts divers; -seulement, le fond de la querelle étant le même et tous voulant plus -d'indépendance, ils marchaient de concert, sans se connaître autrement -que par l'intermédiaire des errants. Les rois d'Angleterre s'étaient bien -aperçus du danger, et à diverses reprises ils avaient promulgué des -statuts visant spécialement les discours tenus par les nomades, dans -leurs voyages, sur le compte des nobles, des prélats, des juges, de tous -les dépositaires d'une force publique quelconque. Édouard Ier avait dit -dans une de ses lois: - - [172] Walsingham, _Historia anglicana_, sub anno 1381. - -«Pur ceo qe plusours ount sovent trové en counté controveures, dont -discorde ou manere de discord ad esté sovent entre le roi et son people, -ou ascuns hautes hommes de son roialme; est défendu, pur le damage qe ad -esté, et unqore en purreit avenir, que desore en avant nul ne soit si -hardy de dire ne de counter nul faux novel, ou controveure, dount nul -descorde ou manere de discord, ou d'esclandre, puisse surdre entre le roi -et son poeple, ou les hautes hommes de son roialme; et qi le fra, soit -pris et détenuz en prisone jesqes à taunt q'il eit trové en court celuy -dount le poeple serra mové.» - -Le danger de discours pareils qui touchent aux actes et même aux pensées -des grands du royaume devient menaçant de nouveau sous Richard II, et, -dans les premières années de son règne, le statut suivant est promulgué: - -«Item de controvours de faux novels et countours des horribles et fauxes -mensonges des prélates, ducs, countes, barons et autres nobles et grantz -de roialme et auxint del chanceller, trésorer, clerk del privé seal, -séneschal del hostel nostre seignur le roi, justices del un bank et de -l'autre et d'autres grantz officers du roialme des choses qe par les ditz -prélatz, seignurs et officers ne furent unqes parlez, touchez _ou -pensez_..... par ont débatz et descordes purroient sourdre parentre les -ditz seignurs ou parentre les seignurs et communes, qe Dieu ne veulle, et -dont grant péril et meschief purroit avenir à tout le roialme et -légèrement subversion et destruction del roialme avant dit, si due -remédie n'y fuisse mys, est défenduz estroitement et sur grief peine pur -eschuer les damages et périls avant ditz qe desore nul soit si hardi de -controver, dire ou counter ascune fauxe novelle, mesonge ou autre tiel -fauxe chose des prélats, seignurs et les autres desusditz dont descord ou -esclaundre aucune puisse sourdre deinz mesme le roialme et qi le fra eit -et encourge la paine autre foitz ent ordenez par estatut de Westm' -primer[173].» Mais ce statut est rendu en vain; deux ans plus tard éclate -la révolte des paysans. - - [173] _The statutes at large_, édition O. Ruffhead, Londres, - 1763, t. I, pp. 53 et 343, 3 Éd. I, ch. XXXIV, et 2 Rich. II, ch. - V. - -En France, pendant et après les guerres, la route appartient uniquement à -des brigands pillards qui étaient nés ouvriers ou chevaliers. Des -soldats, qui représentent la lie de la plus haute et de la plus basse -classe, s'acharnent au dépouillement du reste de la société; le chemin -retentit du bruit des armures et le paysan se cache; les troupes équipées -pour la défense du sol attaquent sans scrupule tout ce qui est moins fort -qu'elles et bon à piller; quand on est de ce monde, on «se tourne -français», comme dit Froissart, et on se tourne anglais selon l'intérêt -du moment. Les errants que la loi anglaise menace des ceps sont d'une -autre sorte et, quel que soit le nombre des brigands parmi eux, ils n'y -sont pas en majorité; le reste des paysans sympathise avec eux, au lieu -de les redouter. Aussi la révolte anglaise ne fut-elle pas une -entreprise désespérée; elle fut conduite avec un sang-froid et un bon -sens extraordinaires. Les insurgés montrent un sentiment calme de leur -force, qui nous saisit et qui saisissait bien plus encore les chevaliers -demeurés dans Londres; ce sont des gens qui marchent les yeux ouverts et -qui, s'ils détruisent beaucoup, voudraient aussi réformer. Avec eux on -peut s'entendre et traiter; on violera le traité sans doute, et la -révolte finira par les supplices: mais, quoi qu'en disent les communes et -les lords réunis à Westminster, les nouveaux fers n'auront pas la -ténacité des anciens, et un grand pas vers une émancipation réelle aura -été fait. En France, la bête de somme, mal nourrie, mal traitée, rongée -du harnais, s'en va branlant la tête, l'œil terne et le pas traînant; -ses ruades furieuses feront ajouter au fardeau qui l'écrase des poids -nouveaux, et ce sera tout; des siècles passeront avant qu'elle obtienne -autre chose. - - - - -CHAPITRE III - -LES PRÊCHEURS NOMADES ET LES FRÈRES MENDIANTS - - Les prêcheurs politiques.--Dans quelle classe ils se - recrutent.--Quelles théories ils vulgarisent.--Les simples - prêtres de Wyclif.--Rôle des prêcheurs.--Ton de leurs harangues. - - Les prêcheurs religieux; Rolle de Hampole. - - Les frères.--Ce qu'ils étaient au quatorzième siècle; ce qu'ils - avaient été d'abord.--Sainteté de leur mission initiale.--Leur - popularité en Angleterre.--Cette popularité trop grande est la - cause de leur décadence.--Richesse exagérée.--Superstitions.--Ils - deviennent un objet banal de satire. - - -Si le _sentiment_ de besoins et de désirs communs se répandait surtout -grâce à cette foule d'ouvriers que nous trouvons en Angleterre sans cesse -errants malgré les statuts, tout ce qui était _idée_ était vulgarisé par -une autre sorte de nomades, les prêcheurs. Gens du peuple eux aussi, ils -avaient étudié; il n'était pas nécessaire, ainsi que nous l'avons vu, -d'être riche pour suivre les cours à Oxford; les vilains même y -envoyaient leurs enfants, et les communes, peu libérales d'esprit, comme -on sait, protestaient contre cette émancipation d'un autre genre, cet -_avancement par clergie_; mais elles protestaient en vain, et le roi -répondait à leur requête qu'il «s'adviseroit» (1391). C'était, et c'est -encore aujourd'hui, la formule du refus royal[174]. Quel était l'état du -peuple, ces clercs le savaient; ils connaissaient les misères du pauvre, -c'étaient celles de leur père, de leur mère, d'eux-mêmes, et l'étude leur -permettait de transformer en idées précises les aspirations vagues des -travailleurs de la terre. Les premières ne sont pas moins nécessaires que -les secondes à tout mouvement social important; si toutes deux sont -indispensables à la formation de l'outil, ce sont les idées qui en -représenteraient la lame. - - [174] _Rotuli parliamentorum_, t. III, p. 294. - -Les prêcheurs nomades savaient l'affiler et ils étaient nombreux. Ceux -que Wyclif envoya vulgariser ses doctrines, ses «simples prêtres», firent -uniquement ce que d'autres faisaient avant eux; ils imitèrent leurs -devanciers et ne se bornèrent pas plus à exposer les théories peu -démocratiques de leur maître que les frères mendiants, amis de la -révolution, ne s'en tenaient aux préceptes de l'Évangile. Leurs -sympathies étaient avec le peuple et ils le montrèrent dans leurs -discours. Wyclif contribua à augmenter le corps de ces nomades; les siens -ne se distinguaient pas beaucoup des autres, et s'il rencontra facilement -des clercs pour remplir le rôle qu'il voulait, c'est que beaucoup dans le -royaume se trouvaient déjà préparés à une semblable mission et -n'attendaient que l'occasion. - -Tous, d'ailleurs, font une besogne pareille et courent le pays, -attroupant les pauvres et les attirant par des harangues où ils disent ce -que des malheureux peuvent aimer à entendre. On s'en aperçut bien lors de -la révolte, et les ordonnances rendues alors disent clairement quelle -redoutable influence était celle des prêcheurs errants. Leurs habitudes -et leurs discours même y sont rapportés: ces mécontents ont l'aspect -austère; ils vont «de countée en countée, de ville en ville, en certains -habitz souz dissimulacion de grant saintée[175]». Ils se passent -naturellement des papiers ecclésiastiques dont les prédicateurs réguliers -doivent être munis; ils sont «saunz licence de seint piere le pape ou des -ordinairs des lieux, ou autre auctorité suffisante». Ils ne prêchent pas -seulement dans les églises, ils recherchent les endroits publics, les -marchés, les carrefours où s'assemble la foule: «ne mye soulement es -esglises et cimitoirs, einz es marchés, feires et autres lieux publiques -où greindre congrégacion de poeple y est.» Et ce n'est pas de théologie -qu'ils parlent volontiers; c'est bien la question sociale qui, au fond, -les préoccupe; sur leurs lèvres le sermon religieux se fait harangue -politique: «lesqueles personnes,» dit toujours l'ordonnance, «prêchent -auxint de diverses matiers d'esclaundre pur discord et _discencion faire -entre diverses estatz du dit roialme_ sibien temporelx come espiritelx, -en commocion du poeple, à grand péril de tout le roialme.» On les cite à -comparaître devant l'autorité ecclésiastique, les ordinaires, mais ils -n'ont garde de faire soumission et refusent «d'obéire à lours somonce et -mandementz». Que les shériffs et autres officiers royaux surveillent -désormais avec soin ces prêcheurs errants et envoient en prison ceux qui -ne seront pas en règle. - - [175] 5 Rich. II, st. 2, chap. V. - -On peut se faire une idée de leurs discours en se rappelant la célèbre -harangue du prêtre John Ball[176], le type de ces orateurs ambulants. -Certainement, dans la phrase latine de la _Chronique d'Angleterre_, ses -pensées prennent une forme trop solennelle et trop correcte, mais tout ce -qu'on sait des sentiments de la multitude en confirme si bien la -substance que le fond du discours n'a pu différer de celui que le -chroniqueur nous a transmis. C'est un dicton populaire qui sert de texte -à John Ball, et il le développe de cette façon: - -«Au début, nous avons été créés tous pareils; c'est la tyrannie d'hommes -pervers qui a fait naître la servitude, en dépit de la loi de Dieu; si -Dieu avait voulu qu'il y eût des serfs il aurait dit, au commencement du -monde, qui serait serf et qui serait seigneur.» - - [176] On l'a souvent considéré comme un Wyclifite; mais, de même - que beaucoup de ses pareils, il ne partageait pas toutes les - idées du maître, et en avait d'autres, de son côté, qui lui - étaient propres; ainsi, suivant lui, les enfants naturels ne - pouvaient aller au ciel. - -Ce qui le rend fort, c'est qu'il puise ses meilleures armes dans la -Bible; il en appelle aux bons sentiments des hommes du peuple, à leur -vertu, à leur raison; il montre que la parole divine est d'accord avec -leur intérêt; ils seront «pareils au bon père de famille qui cultive son -champ et détruit les mauvaises herbes..». La multitude enthousiaste lui -promettait de le faire archevêque et chancelier de ce royaume où il -comptait voir pour tous «liberté égale, grandeur égale, puissance égale», -mais il fut pris, traîné, pendu, décapité et coupé en quartiers[177]. - - [177] _Chronicon Angliæ_, 1328-1388, édition Thompson, 1874, 8º. - -Cependant, politique à part, on pouvait encore trouver au quatorzième -siècle des élus de Dieu qui, effrayés par les crimes du monde et l'état -de péché où vivaient les hommes, quittaient leur cellule ou le toit -paternel pour suivre les villages et les villes et prêcher la conversion. -Il en restait, mais ils étaient rares. A l'inverse des autres, ceux-ci ne -parlaient pas des affaires publiques, mais des intérêts éternels; ils -n'avaient pas toujours reçu les ordres sacrés; ils se présentaient en -volontaires de l'armée céleste. Tel était en Angleterre ce Richard Rolle -de Hampole dont la vie fut moitié celle d'un ermite, moitié celle d'un -prêcheur errant. Il n'était ni moine, ni docteur, ni prêtre; tout jeune -il avait abandonné la maison de son père pour aller mener, dans la -solitude, à la campagne, une vie contemplative. Là, il médite, il prie, -il se mortifie; on vient en foule à sa cellule, on écoute ses -exhortations; il a des extases; ses amis lui enlèvent son manteau tout -déchiré, le raccommodent et le lui remettent sur les épaules sans qu'il -s'en aperçoive. Pour ajouter à ses peines, le diable le tente «sous la -forme», dit l'anachorète lui-même, «d'une très belle jeune femme qu'il -avait vue auparavant et qui avait eu pour lui un amour immodéré». Il -échappe à grand'peine à la tentation. Il abandonne sa retraite, et -pendant longtemps il parcourt l'Angleterre, «changeant de lieu -perpétuellement», prêchant pour ramener les hommes au bien. Il se fixe -enfin à Hampole, et c'est là qu'il termine sa vie, dans la retraite, -écrivant énormément et édifiant tout le voisinage par sa dévotion (1349). -A peine est-il mort que son tombeau devient un but de pèlerinage; les -gens pieux y apportent des offrandes; des miracles s'y accomplissent. -Dans le couvent de nonnes de Hampole, qui tirait grand honneur de la -proximité de la tombe, on se hâta de composer un «office de saint -Richard, ermite», destiné à être chanté «quand il serait canonisé»; mais -jusqu'à nos jours l'office du vieil ermite n'a pas été chanté[178]. - - [178] _English prose treatises of Richard Rolle de Hampole_, - édition Perry, Londres, 1866, 8º. - -Les prêcheurs errants qu'on rencontrait dans les villages n'étaient pas -toujours des lollards envoyés par Wyclif, ni des inspirés qui, comme -Rolle de Hampole, tenaient leur mission de Dieu; c'étaient souvent des -membres d'une immense et puissante caste subdivisée en plusieurs ordres, -celle des frères mendiants. Les deux ordres principaux étaient les -Dominicains, prêcheurs ou frères noirs, et les Franciscains, mineurs ou -frères gris, établis en Angleterre les uns et les autres dès le treizième -siècle. Il ne faut pas que les amusantes satires de Chaucer nous ferment -les yeux à ce que ces ordres pouvaient avoir de mérite et ne nous -laissent voir, dans les religieux mendiants, que d'impudents et lascifs -vagabonds, à la fois impies, superstitieux et rapaces. On connaît ce -portrait célèbre: - -«C'était le bien-aimé et le familier des franklins de tout le pays--et -aussi des femmes de qualité de la ville...--Ses façons à confesse étaient -pleines de douceur--et son absolution était remplie de charme.--On le -trouvait coulant sur le chapitre des pénitences,--partout où il savait -que la pitance serait bonne;--car les cadeaux à un ordre pauvre--sont la -marque de la contrition parfaite--..... Toutes les tavernes de toutes les -villes lui étaient familières--et tous les aubergistes et les gaies -servantes.» - -Au temps de Chaucer, beaucoup de frères étaient ainsi, mais il y avait -des exceptions. Je ne parle pas seulement de ceux, bien rares au -quatorzième siècle, qui continuaient les traditions de leur ordre, vivant -parmi les pauvres, pauvres comme eux, et, de plus, expérimentés, dévoués, -compatissants: celui de Chaucer, au contraire, craignait de fréquenter -«un lépreux ou un mendiant» et d'avoir affaire «avec telle canaille». -Mais même parmi ceux qui vivaient en dehors de la règle, il y en avait -dont les pensées, quelque dangereuses qu'elles fussent, étaient moins -basses. Je parle des frères qu'on pouvait confondre avec les simples -prêtres de leur ennemi Wyclif et qui étaient sûrement compris avec eux -dans le statut de 1382. Il est certain que beaucoup de frères, dans leur -carrière nomade, prêchèrent, comme le prêtre John Ball, dans les -carrefours et les marchés, les doctrines nouvelles d'émancipation. Aussi, -seuls de tout le clergé, ils gardent, au moment de la révolte, une -certaine popularité; et les chroniqueurs monastiques, leurs ennemis -naturels, étalent complaisamment dans leurs récits ce nouveau grief -contre les ordres détestés[179]. Langland, qui maudit la révolte, maudit -aussi les frères pour y avoir pris part. C'est Envie qui leur a dit à -l'oreille: étudie la logique, le droit et les rêves creux des -philosophes, et va de village en village prouver que tous les biens -doivent être en commun: - - ..... and prouen hit by Seneca - That alle thyng vnder heuene ouhte to beo in comune[180]. - - [179] Jack Straw, d'après la confession que rapporte de lui son - contemporain le moine, Thomas Walsingham, n'aurait voulu - conserver d'autres religieux sur la terre que les frères - mendiants: «Soli mendicantes vixissent super terram qui - suffecissent pro sacris celebrandis aut conferendis universæ - terræ.» (_Historia anglicana_, 1867-1869, t. II, p. 10.) - - [180] _The vision of William concerning Piers the Plowman_, - édition Skeat, texte C, _passus XXIII_, vers 274. - -Toujours armé de bon sens, Langland déclare net qu'il en a menti, -l'auteur de ces théories subversives: «Non concupisces rem proximi tui,» -dit la Bible. Jadis la vie des frères fut exemplaire; Charité habitait -parmi eux: c'était au temps de saint François[181]. - - [181] _The vision of William concerning Piers the Plowman_, texte - C, _passus XVII_, vers 352. - -Et en effet, quelle sainte mission leur avait donnée leur fondateur! -Grossièrement vêtus, nu-pieds et mal nourris, ils devaient aller dans les -villes chercher, au fond des faubourgs, les abandonnés. Toutes les -misères, toutes les laideurs hideuses de l'être humain devaient appeler -leur sympathie, et le bas peuple, en revanche, allait les aimer et les -vénérer comme des saints. Eccleston[182] raconte qu'un frère mineur mit -une fois, sans permission, ses sandales pour aller à matines. Il rêva -ensuite qu'il était arrêté par des voleurs qui criaient: «A mort! à -mort!--Mais je suis un frère mineur,» disait-il, sûr d'être -respecté.--«Tu mens, car tu n'es pas nu-pieds!» Le premier de leurs -devoirs était de demeurer pauvres afin de pouvoir tenir sans crainte, -n'ayant rien à perdre, un ferme langage aux riches et aux puissants du -monde. C'est ce que leur rappelait à son lit de mort, en 1253, le savant -et courageux Robert Grosseteste, évêque de Lincoln, et il leur citait -avec à-propos ce vers de Juvénal: - - Cantabit vacuus coram latrone viator. - -Les frères devaient être comme le voyageur sans argent, dont la sérénité -d'esprit n'est jamais troublée par la rencontre des voleurs[183]. - - [182] Thomas d'Eccleston, auteur du _Liber de adventu minorum in - Angliam_ (publié par Brewer dans ses _Monumenta franciscana_), - vit la période la plus florissante des ordres moindres. Son livre - est d'une naïveté extrême et abonde en récits de visions et de - faits merveilleux. La vision dont il est question ici se trouve à - la page 28 des _Monumenta_. - - [183] Matthieu Paris, _Historia Anglorum_, Londres, 1866, 3 vol. - 8º, t. III, p. 145. - -Saint François n'aurait pas voulu que ses religieux fussent lettrés; on -le lui a injustement reproché. Il proscrivait avec sagesse ces subtiles -recherches théologiques et métaphysiques qui absorbaient sans utilité la -vie des grands clercs. Assez d'autres s'y livreraient toujours; ce qu'il -voulait, lui, c'était envoyer par le monde un peuple de missionnaires qui -se dévoueraient matériellement, physiquement, au bien des corps et des -âmes de tous les délaissés. Ainsi compris, le désintéressement était bien -plus absolu, la servitude plus volontaire et l'effet sur les masses plus -grand. Pour elles, la subtilité des docteurs n'était pas nécessaire, et -l'exemple frappant de la misère du consolateur inattentif à sa propre -peine était la meilleure des consolations. Avant tout, il fallait tuer -l'orgueil de l'apôtre, et que la grandeur de ses mérites ne fût apparente -qu'à Dieu seul. Quand le cœur s'est épuré à ce point, il sait -suffisamment ce qu'est la vie et ce qu'est le bien pour être éloquent; -l'étude des _Sommes_ les plus en réputation devenait inutile. Mais trop -de dangers entouraient cette fondation sublime, et le premier était -précisément la science: «Charles l'empereur, disait le saint, Roland et -Olivier et tous les paladins et tous les hommes forts dans les batailles -ont poursuivi à mort les infidèles et à grand'peine et grand labeur ont -remporté leurs mémorables victoires. Les saints martyrs sont morts en -luttant pour la foi du Christ. Mais il y a, de nos jours, des gens qui, -par le simple récit des exploits des héros, cherchent gloire et honneur -parmi les hommes. Ainsi en est-il parmi vous qui se plaisent davantage à -écrire et à prêcher sur les mérites des saints qu'à imiter leurs -travaux.» - -Saint François fit cette réponse à un novice qui voulait avoir un -psautier; il ajoutait d'un esprit assez mordant: «Quand tu auras un -psautier, tu voudras avoir un bréviaire, et quand tu auras un bréviaire, -tu t'assoiras dans une chaise, comme un grand prélat, et tu diras à ton -frère: Frère, apporte-moi mon bréviaire[184]!» - - [184] _Speculum vitæ B. Francisci et sociorum eius_; opera - fratris G. Spoelberch. Anvers, 1620, 1re partie, chap. IV. - -La popularité des frères fut immense et il se trouva bientôt qu'ils -avaient accaparé l'Angleterre[185]; ils étaient tout dans la -religion[186]. Par une contradiction singulière, leur pauvreté leur avait -attiré les richesses, et leur abnégation la puissance; les masures où -ils logeaient d'abord étaient devenues de somptueux monastères avec des -chapelles grandes comme des cathédrales; les riches s'y faisaient -ensevelir dans des tombeaux ciselés avec les derniers raffinements du -gothique fleuri. Leurs apologistes du quinzième siècle racontent avec -admiration que, dans leur belle bibliothèque de Londres, il y avait une -tombe ornée de quatre archanges[187]; que leur église, commencée en 1306, -avait trois cents pieds de long, quatre-vingt-quinze de large et -soixante-quatre de haut, que toutes les colonnes étaient de marbre et -tout le pavé aussi. Les rois et les princes avaient enrichi cet édifice; -les uns avaient donné les autels, d'autres les stalles; Édouard III -répare, «pour le repos de l'âme de la très illustre reine Isabelle -enterrée dans le chœur[188],» la grande verrière du milieu abattue par -le vent; Gilbert de Clare, comte de Gloucester, donne vingt troncs -d'arbres de sa forêt de Tunbridge. Les riches marchands, le maire, les -aldermen suivent l'exemple. On inscrit sur les vitraux les noms des -donateurs, et Langland de s'indigner et de rappeler le précepte -évangélique: que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. Nous -n'en apprenons pas moins que le troisième vitrail de l'ouest avait été -donné par Gautier Mordon, marchand de morue salée, _stokefyschmonger_, et -maire de Londres. La deuxième fenêtre du sud est due à Jean de Charlton, -chevalier, et à sa femme; leurs armes y figurent; la quatrième à Gautier -de Gorst, marchand pelletier de Londres; la quinzième au comte de -Lancastre; la quatrième à l'ouest provient «du produit de diverses -collectes, et c'est ainsi qu'elle ne porte pas de nom». Un des donateurs -est qualifié de père et ami tout spécial des frères mineurs. On pense -quel triomphe ce devait être pour les wyclifistes de reprocher aux frères -toutes ces splendeurs mondaines; Wyclif y revient sans cesse: - -«Les frères construisent beaucoup de grandes églises et de vastes et -coûteux monastères et des cloîtres comme des châteaux, et cela sans -nécessité.... Les grands monastères ne font pas les hommes saints, et -c'est par la sainteté seulement qu'on peut servir Dieu[189]. - - [185] Il y avait à peine trente ans que les frères avaient paru - en Angleterre et ils y possédaient déjà quarante-neuf couvents - (_Monumenta franciscana_, édition Brewer, Londres, 1858, 8º, p. - 10). On trouvera dans Matthieu Paris un très bon exposé du rôle - des frères mineurs en Angleterre à leur arrivée dans ce pays, de - la vie pauvre, humble et utile qu'ils menèrent d'abord. _Historia - Anglorum_, édition Madden, Londres, 1866, 3 vol. 8º, t. II, p. - 109. - - [186] Voir la _Defensionem curatorum contra eos qui privilegiatos - se dicunt_ (4º, sans date), discours prononcé en 1357 par - Richard Fitz-Ralph, archevêque d'Armagh, et où sont dénoncés les - empiètements successifs des frères mendiants au détriment des - curés et autres ecclésiastiques. - - [187] _Monumenta franciscana_ ut supra; pp. 514 et suivantes. - Cette bibliothèque avait été fondée par le célèbre Richard - Whittington maire de Londres en 1397, 1406 et 1419. - - [188] Il y avait dans la même église le cœur de la reine - Éléonore, mère d'Édouard Ier. En rapportant qu'il y fut - déposé, le moine Rishanger, un contemporain, fait la cruelle - remarque suivante, que Walsingham ne manque pas de reproduire - dans son _Historia anglicana_ (sub anno 1291-1292): «Sepultum est - itaque corpus ejus in monasterio Ambresburiæ, cor vero Londoniis, - in ecclesia fratrum minorum; qui sicut et cuncti fratres - reliquorum ordinum aliquid de corporibus quorumcumque potentium - morientium sibimet vendicabant, more canum cadaveribus - assistentium, ubi quisque suam particulam avide consumendam - expectat.» - - [189] «Freres bylden mony grete chirchis and costily waste - housis, and cloystris as hit were castels, and that withoute - nede... grete housis make not men holy, and onely by holynesse is - god wel served.» (_Select english works_, t. II, p. 380.) - -On dresse aussi d'interminables listes des cardinaux, des évêques et des -rois qui ont appartenu à l'ordre, sans oublier même «personæ quædam -valentes in sæculo», ce qui est d'une vanité bien mondaine. Enfin ils -signalent les morts qui, à l'instant suprême, ont revêtu l'habit des -frères: «Frère sire Roger Bourne, chevalier, enterré à Norwich en costume -de frère, 1334[190].» - - [190] _Monumenta franciscana_, p. 541. De là les reproches des - satiristes. - - Of thes frer mynours me thenkes moch wonder, - That waxen are thus hauteyn, that som tyme weren under. - - Th. Wright, _Political poems and songs_, Londres, 1859, 2 vol. - 8º, t. I, p. 268, chanson de la deuxième moitié du quatorzième - siècle. - -L'orgueil et la richesse des Dominicains sont tout aussi grands. L'auteur -de _Peres the Ploughman's crede_, vers la fin du quatorzième siècle, -décrit minutieusement mais sans exagération un de leurs couvents, les -splendides colonnes qu'on y voit, les sculptures, peintures et dorures -qui parent la chapelle, les magnifiques verrières ornées du blason des -nobles ou du chiffre des marchands qui les ont données, les tombes -imposantes de chevaliers et de belles dames étendues en brillante parure -rehaussée d'or. - -On voit que les proportions sont renversées; autant le saint avait exigé -de modestie, autant on va trouver d'orgueil; les défauts que leur -reproche Chaucer se glissent parmi eux; ils deviennent intéressés, -avides, rapaces; la mendicité est pour eux un métier que les uns -pratiquent bien et les autres mieux; on leur demandait des miracles -d'abnégation, et voilà au contraire en eux des prodiges d'égoïsme. Ce -n'est plus la religion, c'est leur ordre qu'il faut protéger; nous avons -vu que plusieurs se mêlent des questions de bonnes œuvres amassé par -leurs premiers apôtres et le dépensent follement. Le respect de la -multitude diminue; leur renom de sainteté s'affaiblit; ils jettent dans -l'autre plateau de la balance tant de fautes et de désordres qu'il -devient prépondérant. Et que reste-t-il désormais? La superstition -remplace les pratiques saintes; ils ont appris la métaphysique, et c'est -cependant un matérialisme grossier qui vient masquer l'idéal surhumain de -François d'Assise; l'attouchement de leur habit vaut une bonne action; on -s'en revêt à son lit de mort et les démons prennent la fuite; c'est une -cuirasse sans défaut; des visions sans nombre qu'ils ont eues leur ont -révélé tous ces articles d'une foi nouvelle. - -La sainteté de l'institution et l'indignité d'un grand nombre de -représentants font qu'on les vénère et qu'on les déteste à la fois; si -méprisable que soit l'homme, on n'est pas assuré qu'il n'ait pas les -clefs du ciel, et dans le sentiment qu'on a pour lui se mêlent le respect -et la crainte. Aussi les poètes rient des frères, les conteurs populaires -les bafouent, et les miniaturistes chargés d'enluminer un imposant volume -de décrétales ne craignent pas de les représenter oubliant dans la -cuisine du château leur goupillon et leur seau d'eau bénite; le frère -reprend son goupillon et va asperger les maîtres à table, puis retourne -près de la cuisinière[191]. Le peuple cependant voit dans les frères ses -protecteurs et ses alliés en cas de révolte, et à d'autres moments les -poursuit dans les rues à coups de pierres. Irrité du «port orgueilleux» -des frères prêcheurs, il leur donne la chasse, les maltraite et demande -leur extermination. Il n'agit pas mieux envers les mineurs, il arrache -leurs habits et saccage leurs maisons, «à l'instigation de l'esprit -malin,» et cela en divers lieux dans le royaume; il faut, en 1385, une -proclamation du roi pour les protéger[192]. - - [191] Ms. 10 E. IV. au British Museum, fol. 109 et suivants. - - [192] «En le mesme temps (20 Éd. II) les frères prechours se - mistrent à le fuite pur ceo qe ils se doterent estre maubailiz et - destrutz, pur ceo qe le comunalté les avoyent mult encountre - queor (cœur) pur lour orgelousse port, qu'ils ne se porteient - come frères duissent.» (_Croniques de London_, Camden society, p. - 54.) - - «Sciatis quod intelleximus qualiter aliquæ personæ de regno nostro - Angliæ, per instigationem maligni spiritus... faciunt et in dies - facere nituntur dampna et scandala dilectis nobis in Christo - religiosis viris fratribus de ordine minorum.... moventes populum - nostrum in aperto et in secretis contra eos, ad destruendum domos - dictorum fratrum, dilacerando habitus eorum super eos, et aliquos - verberando et male tractando, contra pacem nostram....» - (Proclamation de Richard II en 1385. Rymer, _Fœdera_, édition de - 1704, t. VII, p. 458.) - -Les communes s'indignent du nombre d'étrangers qu'on trouve parmi les -frères et qui sont un danger permanent pour l'État. Elles demandent «qe -touz les frères aliens, de quele habite qu'ils soient, voident le roialme -avant la feste de seinte Michel, et s'ils demoergent outre la dite feste, -soient tenuz hors de la commune ley[193]». - - [193] 20 Éd. III, 1346, _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 162. - -Les frères gardent leur assurance; on les bénissait au temps de leurs -bonnes actions; as follows maintenant ils parlent beaucoup et se font -craindre; ils parlent haut, c'est du pape seul qu'ils relèvent; ils -peuvent aller sans courber la tête; leur puissance est indépendante; ils -sont devenus une Église dans l'Église. A côté du curé qui prêche et -confesse dans sa paroisse, on trouve le frère errant qui prêche et -confesse partout; sa présence universelle est une source de conflits; le -curé se voit abandonné; le religieux nomade apporte l'inconnu, -l'extraordinaire, et c'est à lui que tout le monde court. Il dépose sa -besace et son bâton et commence à discourir: son langage est celui du -peuple; la paroisse entière est présente; il s'occupe des biens éternels -et aussi des biens de la terre, car la vie laïque lui est familière et il -peut donner des conseils appropriés. Mais ses doctrines sont parfois -suspectes: «Ces faux prophètes, dit, non pas Wyclif, mais le concile de -Saltzbourg (1386), par leurs sermons pleins de fables séduisent souvent -l'âme de leurs auditeurs; ils se jouent de l'autorité des curés.» Quelle -puissance pouvait résister? la marée montait et renversait les digues; -l'excellent devenait le pire, _corruptio optimi pessima_, et le vieil -adage se trouvait vérifié à la lettre. Toutes les classes de la société -ont des griefs contre eux, les seigneurs, les évêques, les moines, les -réformés de Wyclif et les gens du peuple; eux cependant gardent leur -place; on les retrouve partout à la fois, dans la cabane et dans le -château, quêtant chez le riche et frappant aussi à la porte du pauvre; -ils s'asseyent à la table du seigneur, qui les traite avec -considération; chez lui, ils jouent le rôle de religieux à la mode; ils -intéressent, ils plaisent. Wyclif les montre qui aiment à parler «devant -les lords et à s'asseoir à leur table... à être aussi les confesseurs des -lords et des ladies». Ils font songer aux abbés de cour d'une époque -moins reculée. D'un autre côté, on les voit exercer dans les villages où -ils font leurs tournées les métiers les plus divers, ils ajoutent à leur -besace de quêteurs des provisions de fil, d'aiguilles, d'onguents, dont -ils font commerce: on les chansonne, ils continuent et tout le monde rit: - -«Ils vagabondent d'ici de là--et vendent toute sorte de mercerie,--comme -s'ils étaient de vrais colporteurs;--ils vendent des bourses, des -épingles et des couteaux--et aussi des ceintures, des gants pour les -filles et pour les femmes.» - -L'auteur de cette pièce, un contemporain de Chaucer, ajoute: «J'ai été un -frère moi-même, pas mal de temps;--je sais donc bien la vérité.--Mais -quand je vis que leur existence--ne ressemblait en rien à leurs -discours,--je laissai là mon habit de frère.» - -Entre le scepticisme du siècle et la crédulité aveugle, la superstition -fleurit. Les frères ont imaginé de vendre au détail les mérites de leur -congrégation. Elle est si nombreuse et prie si dévotement qu'elle a un -surplus d'oraisons et croit bien faire d'en distribuer le bénéfice. Les -frères parcourent les villages, escomptant cette richesse invisible et -vendant aux âmes pieuses, sous le nom de _lettres de fraternité_, des -bons sur le ciel. A quoi servent ces parchemins? demandait-on aux -frères.--Ils donnent une part dans les mérites de tout l'ordre de saint -François.--A quoi sont-ils bons? demandait-on à Wyclif.--«Beaucoup de -gens pensent qu'on en peut bien couvrir les pots à moutarde[194].» - - [194] «... Bi siche resouns thinken many men that thes lettris - mai do good for to covere mostard pottis.» (_Select english - works_, t. III, p. 381.) Autre allusion à ces lettres dans les - _Political poems_ publiés par Wright, 1859, t. I, p. 257. - -Si déconsidérés qu'ils soient à la fin du siècle, les frères n'ont pas -cependant perdu toute action sur le peuple. Henri IV, de la maison de -Lancastre, usurpe le trône et il trouve bientôt qu'il doit compter avec -les frères mineurs. Bon nombre d'entre eux se sont indignés de son -entreprise, et prêchent dans le pays, pendant les premières années du -règne, que Richard II vit encore et qu'il est le véritable roi. Henri IV -les fait emprisonner; l'un d'eux amené en sa présence lui reproche -violemment la déposition de Richard: «Mais je n'ai pas usurpé la -couronne, j'ai été élu,» dit le roi.--«L'élection est nulle si le roi -légitime est vivant; s'il est mort, il est mort par toi; s'il est mort -par toi, tu ne peux avoir aucun titre au trône!»--«Par ma tête, cria le -prince, je ferai trancher la tienne!» - -On conseilla aux accusés de s'en remettre à la clémence du loi; ils -refusèrent et demandèrent à être jugés régulièrement par un jury. On ne -put trouver ni dans la cité, ni dans Holborn, personne qui consentît à -siéger comme juré; on dut aller chercher pour cet office des habitants de -Highgate et d'Islington. Ceux-ci déclarèrent les frères coupables; ces -malheureux furent traînés à Tyburn, pendus, puis décapités, et leurs -têtes furent placées sur le pont de Londres (1402). Le couvent reçut la -permission de recueillir les restes des suppliciés et de les enterrer en -lieu saint. Les jurés d'Islington et de Highgate vinrent en pleurant chez -les Franciscains implorer leur pardon pour un verdict dont ils se -repentaient. Pendant plusieurs années, malgré ces supplices, des frères -continuèrent à prêcher en province en faveur de Richard II et à soutenir -qu'il vivait encore, bien que Henri IV ait eu soin de faire faire dans -Londres une exhibition publique du cadavre de ce prince[195]. - - [195] _Eulogium historiarum_, édition Haydon, Collection du - Maître des rôles, Londres, 1858, 3 vol. 8º, t. III, p. 391, - année 1402. - -Au quinzième siècle cependant, la réputation des frères ne fit -qu'empirer. Les abus dont ils sont la vivante personnification comptent -parmi les plus graves de ceux qui vont donner tant d'adhérents à Luther. -S'il reste dans leurs rangs des gens qui savent mourir, comme cet -infortuné frère Forest qui fut suspendu vivant par des chaînes au-dessus -d'un feu de bois et rôti lentement pendant que l'évêque réformé Latimer -lui adressait «de pieuses exhortations[196]» pour le forcer à se repentir -(1538), la masse des représentants de leur ordre demeure l'objet du -mépris universel. C'est un des rares points sur lesquels il arrive, par -accident, aux catholiques et aux protestants de tomber d'accord. Sir -Thomas More, décapité pour la foi catholique, avait parlé des frères sur -le même ton que son adversaire Tyndal, étranglé pour la foi protestante. -Ils ne sont à ses yeux que de dangereux vagabonds. Il raconte, dans son -_Utopie_, la dispute d'un frère et d'un bouffon sur la question du -paupérisme. «Jamais, dit le frère, vous ne vous débarrasserez des -mendiants, à moins que vous ne fassiez encore quelque édit sur nous -autres frères.--Eh bien! dit le bouffon, c'est déjà fait; le cardinal a -rendu un très bon arrêt à votre sujet quand il a décrété que tous les -vagabonds seraient saisis et contraints à travailler: car vous êtes les -plus francs vagabonds qui soient au monde.» (Ap. 25.) La plaisanterie -n'est pas légère; Sir Thomas More, malgré sa réputation d'esprit, ne sut -pas souvent mieux faire. Le point à noter est cette renommée qui devient -de plus en plus mauvaise, grâce aux tournées intéressées, renouvelées -sans cesse dans les fermes et les villages, non plus pour secourir les -pauvres gens, mais pour leur demander au contraire une part de ce qu'ils -ont; il faut noter encore cette assimilation qui se fait dans l'esprit du -chancelier entre le frère mendiant et le vagabond vulgaire sans feu ni -lieu. - - [196] Holinshed, _Chronicles_, Londres, 1587, 5 vol. fol., t. - III, p. 945. Ce frère avait refusé le serment de suprématie. - - - - -CHAPITRE IV - -LES PARDONNEURS - - Les indulgences.--Portrait du pardonneur par un poète.--Portrait - par un pape.--Les faux et les vrais pardonneurs.--Les - associations illicites. - - Le trafic du mérite des saints.--Les reliques.--Impuissance de la - cour papale à réformer ces abus.--L'âme du pardonneur.--Par quels - moyens il en impose à la foule.--Le merveilleux et les croyances - populaires. - - -Indulgence, au début, signifiait simplement commutation de peine. Les -pénitences infligées pour les péchés commis étaient longues: il fallait -jeûner et se mortifier pendant des mois et des années. On permit aux -fidèles de transformer ces interminables châtiments en des expiations -plus courtes. Ainsi un clerc pouvait échanger un an de pénitence contre -trois mille coups de fouet, avec récitation d'un psaume à chaque -centaine[197]. Les laïques, qui en avaient le choix, préféraient -fréquemment un payement en argent, et ces sommes étaient en général bien -employées. Nous les avons vues servir à l'entretien des ponts et des -routes; on les utilisait aussi en reconstruisant les églises, en -secourant les malades d'un hôpital et en subvenant aux frais d'une foule -d'entreprises d'intérêt public. La totalité des peines était remise par -une indulgence plénière; ainsi Urbain II, au concile de Clermont, en -accorda une à tous ceux qui, par dévotion pure et non pour conquérir du -butin ou de la gloire, iraient à Jérusalem combattre les infidèles. Plus -tard, on les distribua avec moins de réserve, et les pardonneurs se -chargèrent de les colporter au loin. - - [197] D'après Hardy: _Registrum palatinum Dunelmense_, - Introduction. - - Théodore, archevêque de Cantorbéry, au neuvième siècle, dressa une - sorte de tarif de ces échanges: «Pro uno mense quem in pane et - aqua pœnitere debet psalmos mille ducentos flexis genibus - decantet.--Item, alio modo, duodecim triduanæ singulæ cum - psalteriis tribus impletis et cum palmatis trecentis per singula - psalteria excusant unius anni pœnitentiam.--Centum solidi dati in - eleemosynam annum excusant.» (_Theodori archiepiscopi - Cantuariensis pœnitentiale_, dans la _Patrologie_ de Migne, t. - XCIX, col. 938 et 940.) - - Halitgarius, aussi au neuvième siècle, s'occupa de même de dresser - des tables de pénitences: «Pro uno mense, quem in pane et aqua - jejunare debet, psalmos mille ducentos genibus flexis, vel sine - genuum flexione mille DLXXX psalmos decantet.» Il ajoute qu'on - continue de même, s'il y a lieu, pour toute la première année de - pénitence, soit 20 160 psaumes à chanter si on ne se met pas à - genoux. (_Halitgarii episcopi Cameracensis liber pœnitentialis_, - dans la _Patrologie_ de Migne, t. CV, col. 706). - -Le nom de ces êtres bizarres, dont le caractère est propre au moyen âge à -un plus haut degré encore que celui des frères, ne rappelle-t-il pas le -rire pétillant de Chaucer, et son amusante peinture ne revient-elle pas à -la mémoire? Son pardonneur se décrit lui-même: - -«Mes maîtres, dit-il, quand je prêche dans les églises,--je m'efforce de -faire des phrases majestueuses,--et je les lance à toute volée, sonores -comme un carillon,--car je sais par cœur tout ce que j'ai à dire;--mon -thème est toujours et a toujours été:--la racine de tous les maux, c'est -l'avarice...» - -En chaire, il se penche à droite, à gauche, il gesticule, il bavarde; ses -bras remuent autant que sa langue; c'est merveille de le voir, merveille -de l'ouïr. - -On ne s'est guère occupé de savoir si le type de personnages ainsi faits -n'était pas quelque peu imaginaire et si l'exercice de leur métier était -autorisé par l'Église et soumis à des règlements. La recherche des textes -de cette espèce montrera une fois de plus la merveilleuse exactitude des -peintures de Chaucer; si malicieuses, si piquantes qu'elles soient -lorsqu'il s'agit du pardonneur, elles ne renferment pas un trait qu'on ne -puisse justifier par des lettres émanées d'une chancellerie papale ou -épiscopale[198]. Ces _quæstores_ ou _quæstiarii_ étaient, et c'est -Boniface IX qui parle dans le temps même où le poète écrivait ses contes, -tantôt des clercs séculiers et tantôt des frères, mais d'une impudence -extrême. Ils se passaient de licence ecclésiastique et s'en allaient de -bourgade en bourgade, eux aussi, en véritables colporteurs, montrant -leurs reliques et vendant leurs pardons. C'était un métier lucratif et la -concurrence était grande; le succès des pardonneurs autorisés avait fait -sortir de l'école ou du prieuré une foule de pardonneurs intéressés, -avides, aux yeux brillants, comme dans les _Canterbury tales_[199], -véritables vagabonds, coureurs de grands chemins, qui, n'ayant rien à -ménager, faisaient hardiment leur métier d'imposteurs. Ils en imposaient, -parlaient fort et déliaient sans scrupule sur la terre tout ce qui -pouvait être lié dans le ciel. Cela n'allait pas sans de grands -bénéfices; le pardonneur de Chaucer gagne cent marcs par an, et c'est -naturel, puisque, n'ayant demandé d'autorisation à personne, il ne -rendait de comptes à personne et gardait tous les gains pour lui. Dans -son langage mesuré, le pape nous en apprend aussi long que le poète, et -il semble qu'il veuille recommencer, trait pour trait, la peinture du -vieux conteur. D'abord, nous dit la lettre pontificale, ces pardonneurs -jurent qu'ils sont envoyés par la cour de Rome: - -«Certains religieux, qui appartiennent même aux divers ordres mendiants, -et quelques clercs séculiers, parfois avancés en grade, affirment qu'ils -sont envoyés par nous ou par les légats ou les nonces du siège -apostolique, et qu'ils ont reçu mission de traiter certaines affaires... -de recevoir de l'argent pour nous et l'Église romaine, et courent le pays -sous ces prétextes.» C'est de Rome en effet que vient le personnage de -Chaucer, et c'est contre l'avarice qu'il parle toujours: - -«... Un gentil pardonneur--...venu tout droit de la cour de Rome...--son -sac devant lui, sur ses genoux,--plein jusqu'au bord de pardons apportés -de Rome tout chauds.--...Quoi donc! pendant que je peux discourir--et -gagner quelque argent pour mes sermons,--j'irais de plein gré vivre de -misère?--... Je prêche et mendie ainsi de pays en pays;--je ne veux pas -travailler de mes mains...--Je ne veux pas singer les apôtres;--il me -faut à moi de l'argent, de la laine, du fromage, du grain...» - - [198] Voir _Chaucer's pardoner and the pope's pardoners_, by Dr - J. J. Jusserand. London, Chaucer society, 8º. - - [199] Suche glaring eyghen hadde he as an hare. - -«C'est ainsi, continue le pape, qu'ils proclament, devant le peuple -fidèle qui n'est pas sur ses gardes, les autorisations réelles ou -imaginaires qu'ils ont reçues; et, abusant irrévérencieusement de celles -qui sont réelles, en vue d'un gain infâme et odieux, comblent impudemment -la mesure en s'attribuant des autorisations de cette espèce fausses et -imaginaires.» - -Que nous dit le poète? Que le charlatan a toujours de belles choses à -montrer, qu'il sait éblouir les simples, qu'il a des parchemins plein son -sac avec des sceaux respectables, vrais ou faux sans doute; que le peuple -regarde et admire, que le curé enrage et se tait: - -«Je déclare d'abord d'où je viens,--puis j'exhibe toutes mes bulles, -l'une après l'autre.--Le sceau de noire seigneur le pape, sur ma -patente,--je montre d'abord pour sauvegarder ma personne,--que nul homme, -prêtre ou clerc, n'ait la hardiesse--de me troubler dans ma sainte -mission chrétienne;--alors je raconte mes histoires...--Je dis aussi -quelques mots latins--pour donner de la saveur à mon prêche--et pour -éveiller la ferveur.» - -Et ce «turpem et infamem quæstum» dont le pontife fait mention n'est pas -oublié: - -«Maintenant, mes amis, que Dieu pardonne vos fautes--et vous garde du -péché d'avarice;--mes saintes indulgences vont vous purifier tous,--si -vous faites offrande de nobles ou d'esterlings--ou bien de cuillers -d'argent, de broches, ou d'anneaux.--Courbez la tête sous cette bulle -sacrée.» - -La lettre apostolique reprend: «Pour n'importe quelle petite somme -d'argent insignifiante, ils étendent, non pour les pénitents, mais pour -ceux d'une conscience endurcie qui persistent dans leur iniquité, le -voile d'une absolution menteuse, remettant, pour parler comme eux, des -délits horribles, sans qu'il y ait eu contrition, ni accomplissement -d'aucune des formes prescrites.» C'est aussi ce qu'avoue le pardonneur de -Chaucer: - -«Je vous absous de ma pleine autorité,--si vous faites offrande, et je -vous rends blancs et purs comme à votre naissance.--C'est notre hôte, je -pense, qui va commencer,--car il est plus que tous enfoncé dans le -crime.--Avance, sire hôte, et fais le premier ton offrande,--et tu -baiseras toutes les reliques,--oui, et pour un groat; allons, déboucle ta -bourse.» - -On conçoit que ces pardonneurs de circonstance avaient peu de scrupules -et savaient profiter de ceux des autres. Ils relevaient leurs clients de -tous les vœux possibles, remettaient toutes les peines, pour de -l'argent. Plus il y avait d'interdictions, d'empêchements, de pénitences -imposées, plus leurs affaires prospéraient: ils passaient leur vie à -défaire ce que le véritable clergé faisait, et cela sans profit pour -personne que pour eux-mêmes. C'est encore le pape qui nous le dit: -«Moyennant une faible compensation, ils vous relèvent des vœux de -chasteté, d'abstinence, de pèlerinage outre-mer, à Saint-Pierre et -Saint-Paul de Rome ou à Saint-Jacques de Compostelle et autres vœux -quelconques». Ils permettent aux hérétiques de rentrer dans le sein de -l'Église, aux enfants illégitimes de recevoir les ordres sacrés; ils -lèvent les excommunications, les interdits; bref, comme leur puissance -vient d'eux seuls, rien ne les force à la restreindre et ils se la -donnent complète et sans limites; ils ne reconnaissent pas de supérieurs -et remettent ainsi les peines petites et grandes. Enfin ils affirment que -«c'est au nom de la chambre apostolique qu'ils perçoivent tout cet -argent, et cependant on ne les voit jamais en rendre aucun compte à -personne: Horret et merito indignatur animus talia reminisci». (Ap. 26.) - -Ils allaient encore plus loin: ils avaient formé de véritables -associations pour exploiter régulièrement la confiance populaire; aussi -Boniface IX ordonne-t-il que les évêques fassent une enquête sur tout ce -qui regarde ces «religieux ou clercs séculiers, leurs gens, leurs -complices et leurs associations,» qu'ils les emprisonnent «sans autre -forme de procès, de plano ac sine strepitu et figura judicii», leur -fassent rendre compte, confisquent leurs recettes et, si leurs papiers -ne sont pas en règle, les tiennent sous bonne garde et en réfèrent au -souverain pontife. - -Il y avait en effet des pardonneurs autorisés qui versaient le produit de -leurs recettes dans le trésor de la cour romaine. Le savant Richard -d'Angerville ou de Bury, évêque de Durham, dans une circulaire du 8 -décembre 1340, parle de _lettres apostoliques_ ou _diocésaines_[200] -soumises à un visa rigoureux, dont les pardonneurs réguliers étaient -munis. Mais beaucoup s'en passaient, et l'évêque relève un à un les mêmes -abus que le pape: «Des plaintes très vives sont venues à nos oreilles de -ce que des quêteurs de cette sorte, non sans une grande et téméraire -audace, de leur propre autorité, au grand péril des âmes qui nous sont -confiées, et se jouant ouvertement de notre pouvoir, distribuent au -peuple des indulgences, dispensent de l'exécution des vœux, absolvent -les parjures, les homicides, les usuriers et autres pécheurs qui se -confessent à eux, et moyennant un peu d'argent accordent des remises pour -des crimes mal effacés et se livrent à une foule d'autres pratiques -abusives.» Que désormais tous curés et vicaires refusent d'admettre ces -pardonneurs à prêcher ou à donner des indulgences (ad prædicandum aut -indulgentias aliquas insinuandum clero aut populo) dans les églises et -n'importe où ailleurs, s'ils ne sont pourvus de lettres ou d'une licence -spéciale de l'évêque lui-même. C'est que, avec ces bulles venues de si -loin, garnies de sceaux inconnus «of popes and of cardynales, of -patriarkes and of bisshops[201],» il était trop facile de faire croire -qu'on était en règle. En attendant, qu'on dépouille tous ceux qui errent -actuellement par le pays et qu'on se saisisse de «l'argent et _autres -objets quelconques_ recueillis par eux _ou pour leur compte_.» Les gens -du peuple n'ayant pas toujours des pièces de monnaie, le pardonneur de -Chaucer se contentait en effet de «cuillers d'argent, de broches ou -d'anneaux»; de plus nous trouvons ici une nouvelle allusion à ces -associations de pardonneurs qui devaient être si malfaisantes. Ils -employaient des agents inférieurs; la crédulité générale et l'envie très -répandue de se débarrasser d'entraves religieuses qu'on s'était imposées -soi-même ou qu'on s'était vu imposer en raison de ses péchés étaient pour -la bande perverse comme une mine dont elle exploitait soigneusement les -filons. Au moyen de ces représentants en sous-ordre de leur puissance -imaginaire, ils étendaient aisément le champ de leurs expériences et les -fils compliqués de leurs toiles traversaient tout le royaume, tantôt trop -forts pour être brisés et tantôt trop subtils pour être aperçus. - - [200] «Cum sit statutum in canone, ne qui eleemosynarum quæstores - ad prædicandum aut indulgentias clero et populo insinuandum sine - literis dioecesanis aut apostolicis admittantur, literæque - apostolicæ quæstoribus hujusmodi concessæ ante admissionem eorum - per diœcesanos examinari debeant diligenter; ex gravi tamen - multorum querela ad nostrum pervenit auditum, quod nonnulli ex - hujusmodi quæstoribus, non sine multa temeritatis audacia, motu - suo proprio, in animarum subditorum nostrorum periculum et - jurisdictionis nostræ elusionem manifestam, indulgentias populo - concedunt, super votis dispensant, et perjuriis, homicidiis, - usuris et peccatis aliis, sibi confitentes absolvunt, et male - ablata, data sibi aliqua pecuniæ quantitate, remittunt ac alias - abusiones quamplurimas faciunt et exponunt....» (_Registrum - palatinum Dunelmense_, édition Hardy, t. III.) - - [201] _Prologe of the pardoner._ - -Parfois du reste le mauvais exemple venait de très haut; tous n'avaient -pas la vertu de l'évêque de Durham. Walsingham rapporte avec indignation -la conduite d'un cardinal qui faisait séjour en Angleterre pour négocier -un mariage entre Richard II et la sœur de l'empereur. Pour de l'argent, -ce prélat, comme les pardonneurs, levait les excommunications, dispensait -du pèlerinage à Saint-Pierre, à Saint-Jacques ou à Jérusalem, et se -faisait donner, après estimation, la somme qu'on aurait dépensée si on -avait fait le voyage[202]: et il est bien regrettable, à tous les points -de vue, que le curieux tarif des dépenses de voyage ainsi estimées ne -nous soit point parvenu. - - [202] «Excommunicatis gratiam absolutionis impendit. Vota - peregrinationis ad apostolorum limina, ad Terram Sanctam, ad - Sanctum Jacobum non prius remisit quam tantam pecuniam - recepisset, quantam, juxta veram æstimationem, in eisdem - peregrinationibus expendere debuissent, et ut cuncta concludam - brevibus, nihil omnino petendum erat, quod non censuit, - intercedente pecunia, concedendum» (_Historia anglicana_; - Collection du Maître des rôles, t. I, p. 452). - -En même temps qu'ils vendaient des indulgences, les pardonneurs -montraient des reliques. Ils étaient allés en pèlerinage et en avaient -rapporté des petits os et des fragments de toute espèce, d'origine -sainte, disaient-ils. Mais s'il y avait des crédules dans la foule, parmi -la classe instruite, les désabusés ne manquaient pas, qui bafouaient -sans pitié l'impertinence des imposteurs. Les pardonneurs de Chaucer et -de Boccace, et au seizième siècle d'Heywood et de Lyndsay[203], ont les -reliques les plus plaisantes. Celui de Chaucer, qui possédait un morceau -de la voile du bateau de saint Pierre, aurait été battu par Frate -Cipolla, qui avait recueilli à Jérusalem des reliques extraordinaires: -«Par grâce spéciale je vous montrerai, disait-il, une très sainte et -belle relique, laquelle j'ai moi-même rapportée de la Terre-Sainte -d'outre-mer, et qui consiste en une plume de l'ange Gabriel. Elle était -restée dans la chambre de la Vierge Marie quand il vint faire -l'annonciation à Nazareth[204]!» La plume, qui était _una penna di quelle -della coda d'un papagallo_, est remplacée, grâce à quelques mauvais -plaisants, par des charbons dans la cassette du saint homme; quand il -s'aperçoit de la métamorphose, il n'est point ému; il commence le récit -de ses grands voyages et explique comment, au lieu de la plume, on va -voir dans son coffret les charbons qui ont grillé saint Laurent. Il les a -reçus de «Messer Non-mi-blasmete-se-voi-piace,» le digne patriarche de -Jérusalem, lequel patriarche lui a montré encore «un doigt de l'Esprit -Saint, aussi complet et entier qu'il ait jamais été... et un ongle de -chérubin... et quelques rayons de l'étoile qui apparut aux trois mages -d'Orient et un flacon de la sueur de saint Michel lorsqu'il combattit le -démon,» et il lui a donné, «dans une petite bouteille, un peu du son des -cloches de Salomon[205].» - - [203] V. J. J. Jusserand, _Le Théâtre en Angleterre depuis la - conquête jusqu'aux prédécesseurs immédiats de Shakespeare_ - (1066-1583), 2e éd., Leroux, 1881, ch. IV. - - [204] «Perciocche divotissimi tutti vi conosco del baron messer - santo Antonio, di spezial grazia vi mosterrò una santissima e - bella reliquia, la quale io medesimo già recai dalle sante terre - d'oltremare; e questa è una delle penne dello agnolo Gabriello, - la quale nella camera della Virgine Maria rimase quando egli la - venne ad annunziare in Nazzaret.» - - [205] «Egli primieramente mi mostrò il dito dello Spirito Santo, - cosi intero e saldo come fu mai; ... e una dell'unghie de' - gherubini; ... e aliquanti de' raggi della stella che apparve à - tre magi in oriente, e una ampolla del sudore di San Michele - quando combattè col diavolo.» (_Décaméron_, journée VI, nouvelle - X.) - -Ce sont là plaisanteries de poètes, mais elles sont moins exagérées qu'on -ne pourrait croire. Ne montrait-on pas aux pèlerins, à Exeter, un morceau -«de la chandelle que l'ange du Seigneur alluma dans le tombeau du -Christ?» C'était une des reliques réunies dans la vénérable cathédrale -par Athelstane, «le roi très glorieux et très victorieux,» qui avait -envoyé à grands frais des émissaires sur le continent pour recueillir ces -précieuses dépouilles. La liste de leurs trouvailles, qui nous a été -conservée dans un missel du onzième siècle, comprend encore un peu du -«buisson dans lequel le Seigneur parla à Moïse» et une foule d'autres -curiosités[206]. - - [206] _The Leofric Missal_ (1050-1072) éd. F. E. Warren - (Clarendon press.) - -Matthieu Paris raconte que de son temps les frères prêcheurs donnèrent à -Henri III un morceau de marbre blanc sur lequel se trouvait la trace d'un -pied humain. D'après le témoignage des habitants de Terre-Sainte ce -n'était rien moins que la marque d'un des pieds du Sauveur, marque qu'il -laissa comme souvenir à ses apôtres, lors de son ascencion. «Notre -seigneur le roi fit placer ce marbre dans l'église de Westminster à -laquelle il avait déjà offert peu auparavant du sang de -Jésus-Christ[207].» - -Les rois continuent au quatorzième siècle à donner l'exemple au menu -peuple et à acheter des reliques d'une authenticité douteuse. On voit par -les comptes des dépenses d'Edouard III qu'il paya cent shillings, la -trente-sixième année de son règne, pour avoir un habit qui avait -appartenu à saint Pierre. Ce n'était pas très cher, et il faut bien que -le vendeur et l'acheteur aient eu eux-mêmes quelques doutes sur la -sainteté de la relique. On voit, en effet, le même roi payer dix fois -plus, c'est-à-dire cinquante livres, un cheval bai-brun appelé Bayard qui -avait les pieds de derrière blancs, et soixante-dix livres un cheval gris -pommelé, appelé Labryt[208]. - - [207] _Historia anglorum_, éd. Madden, Londres, 1866, 3 vol. 8º, - t. III p. 60. - - [208] _Issues of the exchequer_; éd. Devon, pp. 176 et 141. - -En France à la même époque, le sage roi Charles V eut un jour la -curiosité de visiter l'armoire de la Sainte-Chapelle où étaient les -reliques de la passion. Il y trouva une ampoule avec une inscription en -latin et en grec indiquant que le contenu était un peu du sang de -Jésus-Christ. «Adont, raconte Christine de Pisan, ycelluy sage roy, pour -cause que aucuns docteurs ont voulu dire que, au jour que Nostre Seigneur -ressuscita, ne laissa sur terre quelconques choses de son digne corps -que tout ne fust retourné en luy, volt sur ce scavoir et enquérir par -l'opinion de ses sages, philozophes natureuls et théologiens, se estre -pouoit vray que sur terre eust du propre pur sang de Jhesu-Crist. -Colacion fu faicte par les dicts sages assemblez sus ceste matière; la -dicte ampolle veue et visitée à grant révérance et solemnité de -luminaire, en laquelle, quant on la penchoit ou baissoit, on véoit -clerement la liqueur du sang vermeil couler au long aussi fraiz comme -s'il n'eust que trois ou quatre jours qu'il eust esté seignez: la quelle -chose n'est mie sanz grant merveille, considéré le long temps de la -passion.--Et ces choses scay-je certainement par la relacion de mon père, -qui, comme philozophe serviteur et conseillier dudit prince fu à celle -colacion.» - -Après cet examen fait à grande «solemnité de luminaire», les docteurs se -déclarèrent pour l'authenticité du miracle: lequel n'était en réalité pas -plus surprenant que celui de la cathédrale de Naples où l'on voit, -aujourd'hui encore, se liquéfier, plusieurs fois par an, le sang du -patron de la ville[209]. - - [209] _Le livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles_, - éd. Michaut, Paris, 1836, 2 vol. 8º, t. I, p. 633, ch. XXXIII. - -Les pardonneurs vivaient joyeusement; certes, après une journée bien -remplie, ils devaient être à l'auberge de gais compagnons. La pensée de -la multitude de péchés qu'ils avaient remis, d'excommunications qu'ils -avaient levées, de peines qu'ils avaient commuées, eux simples vagabonds -menacés de potence, la conscience de leur impunité, la singularité de -leur existence, la triomphante réussite de ces folles harangues qui leur -donnaient la clef du ciel, devaient faire monter à leur cœur des -bouffées incroyables de grosse joie brutale. Leur tête remplie -d'anecdotes leur fournissait la matière d'interminables bavardages où le -sacré et le profane, la grossièreté native et la dévotion d'emprunt, -l'homme réel et l'homme factice, se rencontraient brusquement au bruit -des brocs et des écuelles qui se heurtaient sur la table. Voyez à la -marge d'un vieux psautier[210] la sèche figure de maître Renard, crosse -entre les pattes, mitre en tête; il fait un sermon à la foule ébahie des -canards et des oies de la basse-cour. Le geste est plein d'onction, mais -l'œil abrité par le poil fauve a un éclat cruel qui devrait faire -prévoir la péroraison. Mais non, la basse cour glousse dévotement et ne -se doute de rien; malheur aux canards quand la mitre sera tombée: «et tu -Domine, deridebis eos», dit le psalmiste précisément à cet endroit. -Quelle connaissance singulière du cœur humain devaient avoir de tels -individus et quelles expériences curieuses ils devaient faire chaque -jour! jamais êtres plus indignes ne s'étaient parés de pouvoirs -surnaturels plus grands. Il rit, le monstre difforme, accroupi au chevet -de la cathédrale; il grimace hideusement sur son piédestal aérien. Et -dans l'espace, jusqu'aux nuages, montent les flèches à jour; les -aiguilles ciselées se détachent en dentelle sur le ciel, les saints font, -sous le porche, leur prière éternelle, les cloches envoient leurs volées -dans l'air et les âmes sont saisies, comme d'un frisson, de ce -tremblement mystérieux que le sublime fait éprouver. Il rit: les cœurs -se croyaient purifiés; mais il a vu leurs plaies hideuses, une main -puissante les élargira; la bordure des toits touche aux nuages; mais son -regard plonge dans la lucarne, il voit une poutre qui cède, les ais -vermoulus qui craquent et tout un peuple d'êtres obscurs qui poursuivent -lentement dans les combles leur travail séculaire de démolition: il rit -et grimace hideusement. - - [210] Psautier de la reine Marie (commencement du quatorzième - siècle), ms. 2. B VII, au British Museum. Cette allégorie était - un sujet favori parmi les miniaturistes et on la retrouve dans - beaucoup d'autres mss. - -Au fond de sa taverne le pardonneur est encore assis. C'est Chaucer qui -entre, c'est le chevalier, c'est l'écuyer, c'est le frère, c'est l'hôte, -vieilles connaissances. Nous sommes entre nous, on peut parler sans -crainte, la bière mousseuse rend les cœurs expansifs, et voilà les -replis secrets de cette âme tortueuse qui se déroulent à la vue: c'est le -résumé de toute une vie qu'il nous donne, la théorie de son existence, la -clef de tous ses secrets. Qu'importe sa franchise? il sait qu'elle ne -peut pas lui nuire; vingt fois l'évêque a mis à jour ses pratiques, et la -foule s'est toujours attroupée autour de lui. Et ses compagnons, qui -sait, ses compagnons plus éclairés, à qui il fait voir les ressorts -cachés de l'automate, qui sait si demain ils la croiront sans vie? leur -mémoire, leur raison le leur diront et leur cœur doutera encore. Si -l'habitude fait la moitié des croyances, la leur est enracinée, combien -plus celle de la foule! Et le pardonneur aussi, pensez-vous qu'il voie -toujours clairement ce qu'il est, croyez-vous que son scepticisme soit -absolu? lui pour qui rien n'est saint et dont l'existence même est une -dérision perpétuelle des choses sacrées, il a aussi ses heures de crainte -et de terreur, il tremble devant cette puissance formidable qu'il a dit -tenir entre ses mains et dont il a fait un ridicule jouet; lui ne l'a -pas, mais d'autres la possèdent, pense-t-il, et il hésite: le monstre se -regarde et il a peur. - -Elle était facile à diriger dans le sens du merveilleux, la croyance -populaire. Les règlements défendent de faire apparaître des larves ou des -revenants dans ces longues veillées qu'on passait autour des cadavres, et -on essaie de désobéir, on croit le faire. En présence de l'horrible il se -produisait dans les cœurs une réaction étrange, on sentait passer comme -un vent de folie qui prédisposait à tout voir et à tout croire, une -gaieté nerveuse et diabolique s'emparait des êtres, et les danses et les -jeux lascifs s'organisaient. On dansait dans les cimetières pendant ces -nuits de deuil qui précédaient les fêtes, et on dansait aussi pendant la -veillée des morts. Le concile d'York en 1367 défend «ces jeux coupables -et ces folies et toutes ces coutumes perverses... qui transforment une -maison de larmes et de prières en une maison de rire et d'excès». Le -concile de Londres en 1342 prohibait de même «les coutumes -superstitieuses qui font négliger la prière et tenir en pareil lieu des -réunions illicites et indécentes[211]». La guild des pèlerins de Ludlow -permet à ses membres d'aller aux veillées des morts, pourvu qu'ils -s'abstiennent de susciter des apparitions et de tous jeux -déshonnêtes[212]. Quant aux sorcières de profession, elles allaient au -bûcher, comme cela arriva, à cette époque, à Pétronille de Meath, -convaincue d'avoir fabriqué des poudres avec «des araignées et des vers -noirs, pareils à des scorpions, en y mêlant une certaine herbe appelée -mille-feuilles et d'autres herbes et vers détestables[213]». Elle avait -fait aussi de telles incantations que «le visage de certaines femmes -semblait cornu comme des têtes de chèvres»; aussi elle eut sa juste -punition: «on la brûla devant une multitude immense de peuple avec tout -le cérémonial usité.» Des faits pareils peuvent seuls expliquer -l'existence du pardonneur. - - [211] Labbe, _Sacrosancta concilia_, édition de Florence, t. XXV, - col. 1177, et t. XXVI, col. 462. En 1419, Henri Chicheley, - archevêque de Cantorbéry, prescrit des prières publiques, des - litanies et des processions pour protéger le roi d'Angleterre et - son armée contre les opérations néfastes des magiciens (Wilkins, - _Concilia Magnæ Britanniæ_, t. III, p. 393). - - [212] «Si masculus quisquam voluerit, ut est moris, ejusdem - defuncti vel defuncte nocturnis vigiliis interesse, hoc fieri - permittatur, dumtamen nec monstra larvarum inducere, nec corporis - vel fame sue ludibria, nec ludos alios inhonestos presumat - aliqualiter attemptare.» (Toulmin Smith, _English gilds, the - original ordinances_, etc., p. 194). - - [213] «.... Araneis et aliis vermibus nigris ad modum scorpionum, - cum quadam herba quæ dicitur millefolium et aliis herbis et - vermibus detestabilibus.» (_The proceedings against Dame Alice - Kyteler_, 1324; édition Wright, 1843, 4º, Camden Society.) - - -Ajoutez que la recherche de la pierre philosophale était l'occupation -constante de beaucoup de docteurs redoutés; tout le monde n'avait pas ce -clair bon sens, cette verve facile, cette souveraine bonne humeur et -aussi cet esprit pénétrant qui permettent à Chaucer de nous dévoiler en -riant les mystères de l'alchimiste. Il secoue tous les alambics et toutes -les cornues et dans ces appareils aux formes bizarres, qui effraient -l'imagination, il nous fait voir non pas le lingot de métal pur -nouvellement créé, mais le mélange préparé d'avance par l'imposteur[214]. -On attribuait aux plantes et aux pierres des vertus surnaturelles; les -contemporains renchérissaient sur les inventions antiques en les -rajeunissant. Gower croit bien faire en intercalant dans un poème d'amour -tout ce qu'il sait sur la constitution du monde et les vertus des -choses[215]; chez les véritables savants, la masse des indications -fabuleuses remplit des volumes. Barthélemi de Glanville, dont l'ouvrage -est une encyclopédie des connaissances scientifiques au quatorzième -siècle, rappelle que le diamant détruit l'effet du venin et des -incantations magiques et rend manifeste la peur de quiconque en porte; la -topaze empêche les morts subites, etc.[216]. - - [214] _The chanounes yemannes tale._ - - [215] Tout le livre VII de sa _Confessio amantis_ est consacré à - l'exposition d'un système du monde et à la description de la - nature intime des êtres et des substances qu'il est difficile de - connaître. Le _Roman de la rose_ n'est pas moins explicite sur - ces matières (confession de _Nature_ à _Genius_). - - [216] _De proprietatibus rerum_, liv. XVI. - - -Quand on songe à tant de vaines croyances qui embarrassaient les cerveaux -d'alors, il est difficile de ne pas se rappeler, et avec un grand -sentiment de plaisir, que dans un âge qui n'était nullement exempt de ces -faiblesses, personne ne les a condamnées avec plus d'éloquence que notre -Molière: «Sans parler du reste, jamais, dit-il, il n'a été en ma -puissance de concevoir comme on trouve écrit dans le ciel jusqu'aux plus -petites particularités de la fortune du moindre homme. Quel rapport, quel -commerce, quelle correspondance peut-il y avoir entre nous et des globes -éloignés de notre terre d'une distance si effroyable? et d'où cette belle -science enfin peut-elle être venue aux hommes? Quel dieu l'a révélée? ou -quelle expérience l'a pu former de l'observation de ce grand nombre -d'astres qu'on n'a pu voir encore deux fois dans la même disposition?» - -Peine et éloquence perdues, il y aura toujours des Timoclès pour -observer, d'un air sage: «Je suis assez incrédule pour quantité de -choses, mais pour ce qui est de l'astrologie, il n'y a rien de plus sûr -et de plus constant que le succès des horoscopes qu'elle tire[217].» - - [217] _Les amants magnifiques._ - -De même s'évanouissaient en fumée les tempêtes que Chaucer, Langland et -Wyclif suscitaient contre les pardonneurs hypocrites de leur temps. - - - - -CHAPITRE V - -LES PÈLERINAGES ET LES PÈLERINS - - Les pèlerinages pieux et les pèlerinages politiques.--Les corps - des rebelles suppliciés par ordre du roi font des miracles.--La - foule se presse à leurs tombeaux.--Indignation du roi. - - Lieux de pèlerinage en Angleterre.--Mélange des classes sociales - dans les bandes de pèlerins.--Les médailles, les bâtons.--Le - retour, les histoires édifiantes.--Le pèlerin de circonstance et - le pèlerin par profession.--Le faux pèlerin. - - Lieux de pèlerinage sur le continent (France, Espagne, - Italie).--Les passeports.--Indulgences attachées aux châsses des - saints.--Manuel des indulgences à l'usage des pèlerins.--Comment - les pèlerins vivaient en route.--Les pèlerinages par procuration. - - Les pèlerinages en Palestine.--La dévotion, la curiosité et le - goût des aventures.--Les troupes armées de pèlerins.--Les guides - du voyageur en Palestine.--Le guide attribué à Mandeville et le - guide de William Wey. - - -Malgré le talent des médecins, des devins même et des sorciers, il y -avait des maladies qui résistaient aux meilleurs remèdes, et alors on -promettait d'aller en pèlerinage ou on s'y faisait porter pour demander -sa guérison. Les pèlerinages étaient incessants; on s'y rendait pour -satisfaire à un vœu comme en cas de maladie, ou simplement en expiation -de ses péchés[218]. On allait prier saint Thomas de Cantorbéry ou -Notre-Dame de Walsingham. On allait aussi au tombeau de l'égoïste comte -de Lancastre[219] dont la passion populaire avait fait un saint. La foule -se pressait, par esprit de contradiction, à Pontefract où le rebelle -avait été décapité, et les pèlerins devenaient chaque jour plus nombreux, -au grand scandale de l'archevêque d'York. Une lettre de ce prélat montre -l'inutilité des prohibitions; la pensée du semblant de persécution des -croyants organisée par un archevêque excite le zèle et la dévotion; on -imagine plaire au martyr en se laissant martyriser un peu soi-même. -Aussi, en attendant la canonisation, il se forme près de la tombe des -assemblées si nombreuses et si tumultueuses qu'on y signale «des -homicides et des blessures mortelles... et que des dangers plus grands -encore et sans doute fort imminents sont à redouter[220].» Cela se -passait l'année même qui avait suivi l'exécution du comte; il est -enjoint à l'official d'empêcher à tout prix ces réunions et de les -disperser, en attendant que le pape prononce; mais les rassemblements -persistent et Henri de Lancastre écrit en 1327 à l'archevêque d'York pour -le prier d'en référer au souverain pontife et de «tesmoigner la fame des -miracles que Dieu ouvre por nostre tres chere seigneur et frère[221].» En -1338, un épicier de Londres vend un hanap de bois (mazer) orné d'une -«image de _saint Thomas de Lancastre_[222].» Humphrey de Bohun, comte de -Hereford et d'Essex, mort en 1361, lègue de l'argent à des gens pieux qui -feront divers pèlerinages pour son compte, et il recommande notamment -qu'on loue «un bon home et loial,» chargé d'aller à «Pountfreyt et offrir -illoeques à la toumbe Thomas, jadys counte de Lancastre, 40 s.[223]» -Faire du rebelle un saint était le moyen le plus énergique de protester -contre le roi, et le peuple ne manquait guère cette occasion lorsqu'il -était gouverné par certains rois. Henri III, en 1266, est obligé de -défendre que Simon de Montfort soit considéré comme saint; or Simon était -mort excommunié, ainsi que le représentaient au roi les évêques et barons -auteurs des pétitions comprises dans le _Dictum de Kenilworth_[224]; il -avait donc peu de chances d'être canonisé. Mais cela n'empêchait pas de -composer en son honneur des hymnes latines, en petits vers, comme pour un -saint[225]. - - [218] Les confesseurs donnaient fréquemment comme pénitence un - pèlerinage à faire, et prescrivaient parfois qu'on voyageat soit - nu-pieds soit en chemise, sinon même tout à fait nu: «Comune - penaunce,» dit, dans son grand sermon, le _parson_ de Chaucer, - «is that prestes enjoynen men comunly in certeyn caas, as for to - goon peradventure naked in pilgrimage or barfot,» (_Works_, éd. - Morris, t. III, p. 266.) - - [219] Cousin d'Édouard II, exécuté en 1322. Froissart, n'a aucun - doute sur l'authenticité de ses miracles: «.... le comte de - Lancastre qui moult étoit bon homme et saint, et fit depuis assez - de beaux miracles au lieu où il fut décolé.» (1re partie, liv. - I, chap. V.) Le corps de Charles de Blois fait aussi des miracles - et Froissart imagine qu'Urbain V le canonisa: «lequel corps de - lui sanctifia par la grâce de Dieu, et l'appelle-t-on saint - Charles; et l'approuva et canonisa le pape Urbain Ve, qui - régnait pour le temps; car il faisoit et fait encore au pays de - Bretagne plusieurs miracles tous les jours.» (Liv. I, part. 2, - chap. CXCI.) - - [220] «.... Non absque homicidiis aliisque lætalibus - verberibus.... et de majoribus periculis verisimiliter - imminentibus multipliciter formidatur....» (Année 1323. - _Historical papers from the northern registers_; édition Raine, - p. 340). - - [221] L'archevêque écrit en effet dans ce sens au pape (Jean - XXII), le 24 février 1327 (_Historical papers from the northern - registers_, p. 340.) - - [222] _Memorials of London_, Riley, 1868, 8º, p. 203. - L'influence miraculeuse du même Thomas de Lancastre est constatée - encore par l'auteur contemporain des _Croniques de London_ - (Camden Society, p. 46) et par beaucoup d'autres. - - [223] On avait construit une chapelle sur la «mountaigne» où le - comte avait été décapité. Les offrandes que les pèlerins y - apportaient furent, en 1334, le sujet d'un curieux démêlé entre - le prieur et le couvent de Pontefract, d'une part, et le seigneur - de Wake, d'autre part, lequel seigneur avait «occupé la dite - chapele et les offrandes illukes venauntz, et [avoit] pris les - clefs devers lui.» Le prieur et le couvent, dans une pétition au - parlement, réclament l'«administration de ces offrandes», comme - «choses espirituels deinz lour paroche et apendauntz à lour - église». (_Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 84.) - - [224] «Ne.... pro sancto vel justo reputetur, cum in - excommunicatione sit defunctus, sicut sancta tenet ecclesia.» - _Dictum de Kenilworth_; _Select charters_, publiées par Stubbs, - 1870, p. 410. - - [225] Salve Symon Montis Fortis, - Tocius flos milicie, - Duras penas passus mortis, - Protector gentis Anglie. - . . . . . . . . . . . . . . - - «Ora pro nobis, beate Symon, ut digni efficiamur promissionibus - Christi.» Hymne composée peu après la mort de Simon, et citée en - note de la p. 48, t. II de l'_History of English poetry_ de - Wharton, édition Hazlitt, 1871, 4 vol. 8º. - -Le rebelle était à peine mort que le sentiment populaire, souvent -défavorable au héros pendant sa vie, ne reconnaissait plus en lui qu'un -révolté contre l'ennemi commun, et par sympathie lui assignait sa place -au ciel. La révolte active brusquement interrompue par un supplice se -perpétuait ainsi à l'état latent et tout le monde venait voir Dieu -lui-même prendre le parti des opprimés et proclamer l'injustice du roi en -faisant des miracles sur le tombeau du condamné. Le souverain se -défendait comme il pouvait, il dispersait les attroupements et prohibait -les miracles. Ainsi Édouard II, en 1323, écrit «à ses fidèles Jean de -Stonore et Jean de Bousser[226]», prescrivant une enquête qui sera suivie -de mesures plus graves. Il leur rappelle que, «il y a peu de temps, Henri -de Montfort et Henri de Wylynton, ennemis du roi et rebelles, sur l'avis -de la cour royale, ont été écartelés et pendus à Bristol, et il avait été -décidé que leurs corps, aussi longtemps qu'il en resterait quelque chose, -demeureraient attachés au gibet, pour que d'autres s'abstinssent de -crimes et de méfaits pareils contre le roi.» De ces restes sanglants et -mutilés, par une protestation violente, le peuple a fait des reliques et -les entoure avec respect. Reginald de Montford, Guillaume de Clyf, -Guillaume Courtois et Jean son frère et quelques autres, pour rendre le -roi odieux au peuple, ont organisé sur les lieux où les corps de ces -ennemis et rebelles sont encore suspendus, de faux miracles. - - [226] Rymer, _Fœdera_, édition de 1704, t. IV, p. 20. - -Il fallait sévir de tous les côtés à la fois; pendant qu'on vénérait les -cadavres des suppliciés de Bristol, la seule image de Thomas de Lancastre -dans la cathédrale de Londres attirait une foule de pèlerins et faisait -aussi des miracles. Cette même année 1323, Edouard II écrit avec une -grande irritation à l'évêque: - -«Il est venu à nos oreilles (et cela nous est très désagréable) que -beaucoup de personnes appartenant au peuple de Dieu confié à votre -garde, victimes d'une duperie infernale, s'approchaient dans leur folie -d'un panneau placé dans votre église de Saint-Paul où se trouvent des -statues ou des images peintes et notamment celle de Thomas, jadis comte -de Lancastre, rebelle, notre ennemi. Sans aucune autorisation de l'Église -romaine, ces gens vénèrent et adorent cette image et affirment qu'il se -fait là des miracles: ce qui est un opprobre pour toute l'Église, une -honte pour nous et pour vous, un danger manifeste pour les âmes du peuple -susdit et un exemple dangereux[227].» - - [227] _Fœdera_, t. XIV, p. 1033. A peine Édouard III était-il - monté sur le trône que les communes demandèrent la canonisation - de Thomas de Lancastre (Pétition au parlement, 1 Ed. III, année - 1326-7; _Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 7). - -L'évêque le sait, continue le roi, et encourage en secret ces pratiques, -sans autre motif que de profiter des offrandes, «ce dont, ajoute Édouard -II, nous sommes affligés profondément.» Suivent les prohibitions -habituelles. - -C'étaient là des pèlerinages de circonstance. Il y en avait d'autres que -la réputation de sainteté d'un mort, et non son ancienne influence -politique, mettaient aussi en faveur pour quelque temps. Pendant des -années on vint en foule visiter la tombe de Richard Rolle, ermite -d'Hampole, mort en 1349, sans attendre bien entendu que ce solitaire eut -été canonisé, car il ne le fut jamais. Parfois les couvents qui n'avaient -ni reliques, ni corps de saints illustres pour attirer les pèlerins, ni -aubépine merveilleuse comme celle de Glastonbury, faisaient fabriquer par -un artiste pieux une image digne d'attention; elle était inaugurée avec -solennité et on cherchait ensuite à la mettre en renom par tous les -moyens permis. Thomas de Burton, abbé de Meaux, près Beverley, raconte -dans la chronique qu'il rédigea lui-même, à la fin du quatorzième siècle, -des événements intéressant son riche monastère, un fait de ce genre, des -plus remarquables. L'abbé Hugues de Leven, un de ses prédécesseurs, -avait, dans la première moitié du siècle, commandé pour le chœur de la -chapelle un nouveau crucifix. «Et l'artiste ne travaillait à aucune -partie belle et importante de son ouvrage, si ce n'est les vendredis, et -en jeûnant au pain et à l'eau. Et il avait sous les yeux pendant tout le -temps un homme nu, et il s'appliquait à donner à son crucifix la beauté -du modèle. Par le moyen de ce crucifix, le Tout-Puissant fit des miracles -manifestes, continuellement. On pensa alors que si l'accès jusqu'à ce -crucifix était permis aux femmes, la dévotion commune en serait augmentée -et de grands avantages en résulteraient pour notre monastère. Sur quoi -l'abbé de Cîteaux, à notre requête, nous accorda la licence de laisser -les hommes et les femmes honnêtes approcher dudit crucifix: pourvu -toutefois que les femmes n'entrassent pas dans le cloître, le dortoir et -les autres parties du monastère.... Mais, profitant de cette licence, -pour notre malheur, les femmes se sont mises à venir en nombre à ce -crucifix, bien qu'en elles la dévotion soit refroidie et qu'elles ne se -présentent que pour regarder l'église. Elles ne servent qu'à augmenter -notre dépense par l'obligation où nous sommes de les recevoir.» - -Cette plainte naïve est intéressante à bien des points de vue; elle -montre sans détours comment on s'y prenait pour mettre en faveur tel ou -tel sanctuaire auprès des pèlerins: dans le cas présent, l'effort tenté -ne réussit pas, les prodiges ne semblent pas avoir répondu à l'attente et -on ne vint plus que par curiosité visiter l'église du couvent. Au point -de vue artistique, le fait est plus important encore, car c'est là le -plus ancien exemple de sculpture d'après le modèle vivant, d'après le nu, -qu'on ait en Angleterre, exemple très digne de remarque. - -Un autre essai du même genre, pour populariser une chapelle, avait été -expérimenté dans l'église paroissiale de Foston (1313); mais l'archevêque -d'York, William Grenefeld, s'était scandalisé d'un tel abus et par une -belle lettre pleine de sens, il avait mis fin au «grand concours de gens -simples qui venaient visiter une certaine image de la Sainte Vierge -placée récemment dans l'église, comme si cette image avait quelque chose -de plus divin qu'aucune de ses pareilles....» (Ap. 27.) - -Pèlerinages de circonstance à part, en temps ordinaire, chez les Anglais, -on allait plutôt à Notre-Dame de Walsingham, ou bien on louait des -chevaux à Southwark, avec relai à Rochester et on partait pour -Saint-Thomas de Cantorbéry. Cette route étant la grand'route du -continent, un service régulier de chevaux de louage avait été établi sur -son parcours; on payait douze pence de Southwark (Londres) à Rochester, -douze pence de Rochester à Cantorbéry, six pence de Cantorbéry à Douvres. -Les chevaux étaient marqués au fer rouge d'une manière bien apparente -pour que des voyageurs peu scrupuleux ne fussent pas tentés de quitter la -route et de s'approprier leurs montures[228]. Le sanctuaire de Notre-Dame -de Walsingham et celui de Saint-Thomas avaient une réputation -européenne[229]; riches et pauvres s'y présentaient en foule; Chaucer, -qui nous montre tous les rangs de la société confondus pendant le cours -d'un voyage saint, ne doit pas être taxé d'invraisemblance. La grande -majorité de ces pèlerins étaient sincères et de bonne foi: ils avaient -fait un vœu et venaient l'accomplir. Dans ces dispositions, le -chevalier, qui trouvait sur sa route un pèlerin comme lui-même, devait -être moins disposé que jamais à le traiter avec hauteur; du reste, si -les distances étaient grandes de classe à classe à cette époque, la -familiarité l'était plus encore. La distance a bien diminué aujourd'hui -et la familiarité aussi, comme par compensation. Le seigneur se sentait -assez au-dessus des gens du peuple pour ne pas craindre d'user avec eux, -à l'occasion, d'une sorte d'intimité joviale; aujourd'hui que les -supériorités de rang ont moins d'importance, chacun se montre plus -attentif et prend garde de ne pas franchir une limite qu'on ne voit -presque plus. - - [228] Patente de Richard II, la dix-neuvième année de son règne, - en appendice dans l'essai de M. Karkeek, _Chaucer's schipman and - his barge «the Maudelayne»_, Chaucer society, Londres, 1884. - - [229] Les étrangers, comme les Anglais, avaient une grande - vénération pour saint Thomas de Cantorbéry et allaient faire - offrande à sa châsse quand ils pouvaient. Le 3 août 1402, un - décret du sénat vénitien autorisa Lorenzo Contarini, capitaine - des galères vénitiennes en partance pour les Flandres, à visiter - cette châsse conformément à son vœu. Il devait le faire quand - les galères seraient à Sandwich, et aller et revenir en un jour, - n'ayant pas le droit de dormir hors de son vaisseau. (_Calendar - of state papers and mss. relating to english affairs existing in - the archives and collections of Venice and in other libraries of - northern Italy_; edited by Rawdon Brown, Londres, 1864, 8º, t. - I, p. 42.) - -Arrivé au but du voyage, on priait; on priait avec ferveur, dans la -posture la plus humble. Un émoi religieux remplissait l'âme quand du fond -de la majestueuse allée des grands piliers de l'église, dans le demi-jour -coloré des nefs, on devinait du cœur, sans le bien voir encore des yeux, -le mystérieux objet qu'on était venu vénérer de si loin, au prix de tant -de fatigues. Si l'homme pratique, accouru au galop de son cheval pour -marchander avec le saint la faveur de Dieu, si l'émissaire envoyé pour -faire offrande au nom de son maître gardaient la paupière sèche et l'œil -brillant, des larmes jaillissaient sur les joues du pauvre et du simple -d'esprit; il goûtait pleinement l'émotion pieuse qu'il était venu -chercher, la paix du ciel descendait dans son cœur et il s'en allait -consolé. - -Les partisans de Wyclif, les non-croyants étaient le petit nombre; ils -étaient poursuivis sévèrement et dans l'abjuration solennelle de leurs -hérésies, à laquelle on les réduisait d'ordinaire, mention expresse -était faite des saints pèlerinages. C'est ce que montre le serment -d'abjuration du lollard William Dynet de Nottingham; il s'engage, le -1er décembre 1395, devant l'archevêque d'York, «de ce jour en avant, à -vénérer les images, à leur faire des prières et des offrandes en -l'honneur des saints qu'elles représentent, et à ne jamais plus mépriser -les pèlerinages.» A la réforme seulement, le doute deviendra général, et, -du paysan au baron, tout le peuple s'assimilera des raisonnements comme -ceux de Latimer: - -«Que pensez vous de ces images dont les unes ont meilleure renommée que -les autres, vers lesquelles on se rend au prix de tant de peines et de -fatigues corporelles, qu'on fréquente à si grands frais, qu'on recherche -et visite avec une telle confiance? que dites-vous de ces images si -fameuses, si nobles, si célèbres, dont il y a en Angleterre une variété -et un nombre si grands? Pensez-vous que cette préférence de telle -peinture à telle autre, d'une image à une autre image soit, non pas un -abus, mais la façon dont il convient d'user des images?» (Ap. 28.) - -En attendant, on prie dévotement. La prière achevée chacun fait, en -proportion de sa fortune, une offrande au saint. Quand le roi, dans ses -perpétuelles allées et venues, se détournait pour visiter une châsse -vénérée, il était d'usage qu'il donnât sept shillings. Les ordonnances -d'Édouard II sur la tenue de sa maison font mention expresse de la -somme[230]. Ensuite on achetait, comme aujourd'hui, des médailles en -souvenir du lieu. Seulement elles étaient en étain ou en plomb et à jour, -un peu comme celles de Sainte-Anne d'Auray en Bretagne, mais plus -grosses. A Cantorbéry, elles représentaient saint Thomas; à -Saint-Jacques, des coquilles; à Amiens, la tête de saint Jean-Baptiste; à -Rome, le saint suaire qu'on appelait _Vernicle_[231]. On portait ces -souvenirs, dont les collections d'antiquités renferment encore des -spécimens, bien apparents, cousus sur sa poitrine ou à son chapeau. Le -chapeau du roi Louis XI en était toujours garni; on sait jusqu'où ce -prince poussait la vénération pour les reliques, les médailles et les -images: «Et véritablement, écrit son contemporain, Claude de Seyssel, sa -dévotion sembloit plus supersticieuse que religieuse. Car en quelque -ymage ou église de Dieu et des sainctz et mesmement de nostre dame qu'il -entendist que le peuple eust dévotion ouquel se fist quelque miracle, il -y alloit faire ses offrandes ou y envoyoit homme exprès. Il avoit au -surplus son chapeau tout plain d'ymages la plus part de plomb ou -d'estain, lesquelles à tous propos quant il lui venoit quelques -nouvelles bonnes ou mauvaises ou que sa fantaisie lui prenoit, il -baisoit, se ruant à genoulx quelque part qu'il se trouvast si -soubdainement quelque fois qu'il sembloit plus blessé d'entendement que -sage homme[232].» - - [230] _Ordinance for the state of the wardrobe and the account - of_ _the household_, Juin 1323 (_King Edward II's household and - wardrobe ordinances_, Chaucer society, éd. Furnivall, 1876, p. - 62.) - - [231] L'auteur de la suite des _Canterbury Tales_ (commencement - du XVe siècle) montre les pèlerins, une fois arrivés à - Cantorbéry, achetant de ces sortes de médailles, _signys_ ou - _brochis_. C. Roach Smith en décrit plusieurs des treizième et - quatorzième siècles, et il en donne le dessin (_Journal of the - archæological association_, t. I, p. 200). Le pardonneur de - Chaucer avait un vernicle à son chapeau. - - [232] _Les louenges du roy Louys XII de ce noms_, nouvellement - composées.... par maistre Claude de Seyssel, docteur en tous - droits, Paris, 1508, 4º. - -De même que le roi Louis XI, les pèlerins de profession portaient en -grand nombre des images et des médailles sur leurs habits. Car, à côté du -pèlerin de circonstance qui venait faire offrande à telle ou telle châsse -en accomplissement d'un vœu et retournait ensuite reprendre le cours de -sa vie ordinaire, il y avait le pèlerin par état, le _palmer_ ou paumier, -dont l'existence entière se passait à voyager d'un sanctuaire à l'autre, -toujours en route et toujours mendiant. Le frère, le pardonneur et le -_palmer_ sont les trois types les plus curieux de la race religieuse -nomade, parce qu'ils n'ont guère d'équivalent de nos jours. Tous -n'avaient pas une vie également errante: le _palmer_, qui changeait -constamment de pays, dépassait les autres sur ce point. Comme le -pardonneur, il avait une grande expérience des choses et des hommes; il -avait beaucoup vu, mais à ce qu'il avait retenu se mêlait une foule -d'imaginations nées de son cerveau. Lui aussi avait à édifier la -multitude à qui il tendait la main, et les belles histoires dont il était -le héros ne devaient pas lui manquer, sous peine de mourir de faim; -c'était son gagne-pain; à force de répéter ses contes il finissait par y -croire à demi, puis tout à fait, et sa voix prenait dès lors cet accent -de vérité qui peut seul faire naître dans l'auditoire la conviction. Du -reste il venait de si loin qu'il avait pu voir bien des merveilles: -autour de nous, pensait-on, la vie coule sans prodiges et presque sans -accidents dans sa plate monotonie; mais on sait que dans les pays -lointains il en est tout différemment[233]. Et la meilleure preuve est -que nul de ceux qui ont entrepris le voyage ne déclare avoir été déçu, -bien au contraire; au surplus, le plaisir de les croire est assez -innocent et nous aurions tort de nous le refuser. - - [233] Ces histoires des pèlerins et des voyageurs revenant de - pays étrangers, Chaucer les avaient bien souvent entendues; loin - d'y croire, il en avait ri. Pèlerins, matelots, messagers - rivalisaient de son temps dans leurs récits de merveilles - lointaines: - - And, lord! this hous in alle tymes - Was ful of shipmen and pilgrimes, - With scrippes bret-ful of leseyngs, - Entremelled with tydynges, - And eke allone be hemselve, - O, many a thousand tymes twelve - Sangh I eke of these pardoners, - Currours and eke messangers, - With boystes crammed ful of lyes: - As ever vessel was with lyes. - - (_House of Fame_, vers 1031.) - - -Ainsi raisonnait machinalement la foule qui écoutait et riait -quelquefois, mais le plus souvent se recueillait et demeurait attentive. -Le pèlerin était assez respecté pour vivre, et il avait soin, par le -récit de ses misères, de se rendre plus vénérable encore; les médailles -de plomb cousues à ses habits en grand nombre parlaient haut en sa -faveur, et l'on recevait bien un homme qui avait passé par Rome et par -Jérusalem et pouvait donner des nouvelles des «adorateurs» de Mahomet. Il -avait un sac suspendu au côté pour les provisions, et un bâton à la main; -au sommet du bâton, une pièce de métal avec une inscription appropriée, -comme par exemple la devise d'un anneau de bronze trouvé à Hitchin, une -croix et ces mots: «Hæc in tute dirigat iter»; qu'elle te conduise et te -protège dans ta route.[234] - - [234] Voir le dessin de cet anneau dans le tome VIII du _Journal - of the archæological association_, p. 360. Le bâton ou bourdon et - le sac ou «écharpe» étaient les insignes notoires des pèlerins. - Dans le roman de _King Horn_, le héros rencontre sur sa route un - _palmer_, et, pour se déguiser, change d'habits avec lui; dans - cette transformation, l'auteur ne signale que les points - caractéristiques, c'est-à-dire le bâton et le sac: - - Horn tok burdon and scrippe. - - (_King Horn, with fragments of Floriz and Blauncheflur_, ed. by J. - R. Lumby, Early english text society, 1866, 8º.) - -Mais, comme nous l'avons remarqué, la race errante tout entière était mal -vue des officiers du roi; ces allées et ces venues inquiétaient le -shériff. Nous savons que les ouvriers las de leur maître le quittaient -sous prétexte de pèlerinages lointains et déposaient sans scrupule le -bâton voyageur à la porte d'un nouveau maître qui les payait mieux. Les -faux pèlerins n'étaient pas plus rares que les faux pardonneurs et les -faux ermites; aussi sont-ils condamnés au repos, sous peine de prison, -par les mêmes statuts que les mendiants et les ouvriers errants. Il leur -faudra désormais, comme à ceux-ci, ordonne Richard en 1388[235], des -lettres de passe avec le sceau spécial confié à certains prud'hommes. -Sans cela, qu'on les arrête, à moins qu'ils ne soient infirmes et -incapables de travail, car il est évident alors qu'ils ne vont pas à -Walsingham par amour du vagabondage et que leur voyage a un but sérieux: -«Et qe de toutz ceux q'aillent en pilrinage, come mendinantz et sont -puissant de travailler, soit fait come les ditz servantz et laborers -s'ils n'eient lettres testimoniales de lor pilrinage desouz les sealx -avantditz.» Même sévérité quand il s'agit de passer la mer; il faudra se -munir de passeports en règle, et la prescription comprend «toutes manères -des gentz, si bien clercs come autres,» sous peine de confiscation de -tous les biens. Les réserves faites par le roi montrent que c'est à la -race nomade seule qu'il en veut, car il y a dispense pour les «seignurs -et autres grants persones del roialme», pour les «verrois et notables -marchantz» et enfin pour les «soldeours le roi». - - [235] 12 Ric. II, chap. 7, _Statutes of the realm_. - -Ce passeport ou «licence», cet «especial congié le roi» ne se délivre -qu'à certains ports fixés, qui sont: Londres, Sandwich, Douvres, -Southampton, Plymouth, Dartmouth, Bristol, Yarmouth, Saint-Botolph, -Kingston-upon-Hull, Newcastle-upon-Tyne et les ports du rivage en face de -l'Irlande. Des peines très sévères sont prescrites pour tous gardiens de -ports, inspecteurs, capitaines de navires, etc., qui se montreraient -négligents ou, à plus forte raison, favorables aux nomades. L'année -suivante, 1389, le roi ne permet plus aux pèlerins qui vont sur le -continent de s'embarquer autre part qu'à Douvres et à Plymouth. Pour -prendre la mer ailleurs, il leur faudra avoir un «especial congié du roi -mesmes[236].» - - [236] _Rotuli parliamentorum_, 13 Rich. II, t. III, p. 275. - -Mais l'attrait des pèlerinages lointains était grand: avec ou sans -lettres on passait la Manche; on arrivait à Calais et on s'arrêtait -quelque temps dans une «maison-Dieu» qui y avait été construite et que -les âmes pieuses avaient dotée de revenus «pur sustentation des pilrines -et autres poverez gentz repairantz au dite ville, pur eux reposer et -refresher[237].» On repartait, on se rendait à Boulogne pour implorer une -vierge miraculeuse dont une main subsiste encore, enfermée dans un -reliquaire. La statue elle-même fut jetée dans un puits par les -protestants en 1567; replacée sur l'autel en 1630, elle en fut arrachée -de nouveau à la révolution et brûlée; mais un fidèle sauva la main que -l'église de Notre-Dame conserve aujourd'hui. La commère voyageuse de -Chaucer, entre autres pélerinages, avait fait celui de Boulogne[238]. On -allait encore à Amiens vénérer une tête de saint Jean-Baptiste[239]; à -Rocamadour, prier une madone célèbre; en Espagne, saint Jacques. -Quelquefois on se rendait directement par mer, de Sandwich, de Bristol où -d'un autre port, jusqu'en Espagne. A en juger par la complainte d'un -pélerin qui nous est parvenue, on ne pouvait pas s'attendre à un grand -confort sur les bateaux: «Il ne faut pas penser à rire,--quand on va par -mer à Saint Jacques» écrit ce pélerin; on a le mal de mer; on est -bousculé par les marins, sous prétexte qu'on gène la manœuvre; les -remarques railleuses des hommes de mer sont pénibles à entendre: -«Certains, je pense, vont tousser et geindre--avant minuit» observe le -capitaine, et s'adressant au cuisinier: «Cuisinier, sers notre -dîner;--quant aux pèlerins, ils n'ont pas envie de manger!» Les pauvres -passagers s'ennuyent beaucoup: ils essayent de lire un livre sur leurs -genoux, mais à la longue ils voient trouble, grâce aux mouvements du -bateau. Les malades réclament du malvoisie chaud pour se réconforter. -«Ah! ma tête se fend,» crie l'un d'eux, et voici justement un matelot -facétieux qui vient hurler à leurs oreilles: «Courage, dans un instant -nous serons en pleine tempête!» Bref, ils étaient bien malheureux et -comme le narrateur le disait au début, ils n'avaient guère envie de rire. -(Ap. 29). - - [237] Pétition des bourgeois de Calais, _ibidem_, t. III, page - 500, 4 Henri IV, 1402. - - [238] Lettre de M. J. W. Hales à l'_Academy_, Avril 1882. - - [239] L'auteur des voyages connus sous le nom de _Voyages de - Mandeville_ avait vu la tête d'Amiens et fut bien surpris d'en - rencontrer une autre à Constantinople. Quelle est la vraie? se - demande-t-il: «I wot nere, but God knowethe: but in what wyse - that men worschippen it, the blessed seynt John holt him a payd.» - (Édition Halliwell; p. 108.) - -Partout dans les sanctuaires vénérés, des ex-voto étaient suspendus; si, -en frappant avec des incantations appropriées une statuette de cire, on -pouvait vous faire grand mal, en plaçant votre image dans la chapelle -d'un saint, on pouvait vous faire gagner de grandes faveurs et -particulièrement vous guérir en cas de maladie[240]. A Rocamadour[241] -on voyait des tresses de cheveux de femmes: c'étaient, raconte le -chevalier de la Tour Landry, celles de «dames et de demoiselles qui -s'estoient lavées en vin et en autres choses que pures lessives, et pour -ce, elles ne peurent entrer en l'esglise jusques à tant que elles eurent -fait copper leurs tresses qui encore y sont[242].» Mais ce qui attirait -beaucoup aussi, c'étaient les indulgences. - - [240] _Paston letters._ Lettre de Marguerite Paston du 20 sept. - 1443. - - [241] Rocamadour était bien connu des Anglais; voir la _Vision - concerning the Piers Plowman_ (édition Skeat), texte B, _passus - XII_, vers 37. - - [242] _Le livre du chevalier de la Tour Landry pour - l'enseignement de ses filles_, éd. Montaiglon, 1854. - -Elles étaient considérables, et l'imagination populaire en augmentait -encore l'étendue. Le pèlerin qui revenait de Rome et regagnait son foyer -en exagérait le nombre aussi volontiers que celui des merveilles qu'il -avait vues ou cru voir. Un pèlerin de cette sorte a laissé dans un court -poème ses impressions de voyage; c'était un Anglais du quatorzième siècle -qui revenait d'Italie ébloui par ses souvenirs. Sa verve n'est pas très -poétique, mais il faut tenir compte de son intention qui est seulement de -réunir des chiffres exacts: aussi, sans s'attarder à des descriptions -pittoresques, il ne nous donne que des renseignements précis. Sa forte -dévotion étroite ne lui a fait voir autre chose que des corps de martyrs -par milliers et il les énumère avec persévérance. Par milliers aussi se -comptent les années d'indulgences qu'il fait miroiter comme un appât aux -yeux de ses compatriotes. Mais avant tout il faut qu'il donne un abrégé -de l'histoire de Rome: c'est une cité dans laquelle vint d'abord -s'établir la duchesse de Troie avec ses deux fils, Romulus et Romulon, -qui depuis fondèrent la ville. La duchesse semble donc avoir choisi pour -s'y fixer une ville qui n'existait pas encore, inadvertance qu'il faut -pardonner au narrateur. Les habitants étaient païens au début, mais -Pierre et Paul «les rachetèrent, non à prix d'or ou d'argent ou de biens -terrestres, mais par leur chair et par leur sang.» - -L'énumération des églises commence aussitôt et, pour chacune d'elles, -nous apprenons invariablement la quantité de reliques qu'elle renferme et -d'indulgences qui y sont attachées. Les bienfaits sont proportionnés aux -mérites: ainsi, quand on voit le _vernicle_, c'est-à-dire le saint suaire -qui a reçu l'image du Sauveur, on gagne trois mille ans d'indulgences si -on est de Rome, neuf mille si on vient du pays voisin; mais «à toi qui -viens de par delà la mer, douze mille années te sont réservées.» Quand on -entre à SS. Vitus et Modestus, le tiers de vos péchés vous sont remis. On -allume une chandelle et on descend dans les catacombes[243]: - -«Il faut que tu prennes une chandelle allumée,--sans quoi tu seras dans -les ténèbres comme si c'était nuit.--Car sous la terre il faut -descendre;--tu ne vois plus clair ni devant ni derrière.--C'est là que -maintes gens s'enfuirent,--en péril de mort, pour se sauver,--et ils ont -souffert des peines dures et cruelles--afin de demeurer à jamais aux -cieux.» - - [243] William Wey, au quinzième siècle, mentionne ainsi les - catacombes: «Item ibi est una spelunca nuncupata Sancti Kalixti - cimiterium, et qui eam pertransit cum devocione, illi indulgentur - omnia sua peccata. Et ibi multa corpora sanctorum sunt, que - nullus hominum numerare nequit nisi solus Deus.» (_The - itineraries of William Wey_, Roxburghe club, p. 147.) Wey, comme - l'auteur du poème, mentionne quelquefois des nombres prodigieux - de corps de martyrs; à l'église dite _Scala Celi_, «sunt ossa - sanctorum decem millia militum»; dans une seule partie de - Saint-Pierre de Rome, il y a «Petronella et xiij millia sanctorum - martirum». - -Les corps des martyrs sont innombrables; il y en a quatre mille à -Sainte-Prudence, treize cents à Sainte-Praxède, sept mille à SS. Vitus et -Modestus. De temps en temps un nom fameux fait donner un aperçu -historique, tel que le récit de la fondation de Rome ou la vie abrégée de -Constantin: - - In Mahoun was al his thouht. - -«Il n'avait que Mahomet en tête.» Païen et lépreux, Constantin est -converti et guéri par le pape Silvestre. L'église Sainte-Marie-la-Ronde -portait jadis un autre nom: «Agrippa la fit construire--en l'honneur de -Sybile et de Neptune--.... il l'appela Panthéon.» Il y plaça tout en haut -une idole magnifique, en or, d'une forme particulière: «Elle avait la -tournure d'un chat,--il l'appelait Neptune[244].» - - [244] Dans un autre texte du poème, publié par M. Furnivall en - 1866 (_Political, religious and love poems_), on trouve plus de - détails sur cette idole; elle avait un chapeau ou couvercle de - cuivre qui fut arraché par le vent et emporté à la basilique de - Saint-Pierre. - -Mais le pape Boniface pria l'empereur Julien de lui donner le Panthéon, à -quoi ce prince consentit, et le 1er novembre d'une certaine année, le -souverain pontife consacra l'édifice et le baptisa Sainte-Marie-la-Ronde. -Quant aux reliques, il n'y a pas un objet mentionné par l'Évangile qui -n'ait été retrouvé et qu'on ne puisse vénérer à Rome[245]. Ainsi on y -voit la table de la Cène, la verge d'Aaron, des fragments des pains et -des poissons multipliés, du foin de la crèche, un lange de l'Enfant Jésus -et plusieurs autres objets, dont l'un au moins est bien étrange. -Quelques-unes de ces reliques sont encore dans les mêmes églises, par -exemple le portrait de la Vierge par saint Luc, à Santa Maria -Maggiore[246], «Seinte Marie the Maiour»: ce n'est pas, au reste, d'après -le pèlerin, une peinture que saint Luc lui-même ait faite; il allait -l'exécuter et avait même préparé toutes ses couleurs, quand il trouva -subitement devant lui le portrait achevé de la main des anges. (Ap. 29.) - - [245] William Wey (XVe siècle) dit de l'église de la - Sainte-Croix: «Item ibi sunt duo ciphi, unus plenus sanguine - Jhesu Christi, et alter plenus lacte beate Marie Virginis.» - (_Itineraries_, p. 146.) Ceux qui boivent aux trois fontaines qui - jaillirent à la mort de saint Paul sont guéris de toutes les - maladies; ceux qui visitent l'église de Sainte-Marie de - l'Annonciation ne seront jamais frappés de la foudre; à l'église - Sainte-Viviane il y a «herba crescens quam ipsa plantavit et - valet contra caducum morbum». (_Ibidem_, pp. 145-147.) - - [246] Dans la chapelle Borghèse. - -C'est ainsi que le voyageur racontait ses souvenirs, et ce petit poème -est un raccourci des discours qu'il tenait à ses compatriotes. L'envie de -partir à leur tour leur venait aussi, et ceux qui restaient au village -s'associaient de cœur à l'œuvre du pèlerin, et aussi de fait en lui -donnant un secours. Sur sa route il était traité de même par les -personnes pieuses, et c'est grâce à ces coutumes que de pauvres gens -pouvaient accomplir des pèlerinages lointains. Les règlements de beaucoup -de guilds prévoyaient le cas où un membre de la confrérie partirait ainsi -pour remplir un vœu. Afin de prendre part à ses mérites, tous les -«frères et sœurs» l'accompagnaient hors de la ville et, lui faisant -leurs adieux, lui remettaient quelque argent; ils regardaient leur ami -s'éloigner de son pas mesuré, commençant un voyage qui devait se -prolonger pendant des mois à travers maint pays, quelquefois pendant des -années. On retournait vers la ville, et les plus âgés qui connaissaient -le monde disaient sans doute quelles étranges choses leur compagnon -verrait sur ces terres lointaines et quels sujets de continuelle -édification il rencontrerait sur sa route. - -La guild de la Résurrection de Lincoln, fondée en 1374, a pour règle: «Si -quelque frère ou sœur désire faire un pèlerinage à Rome, à Saint-Jacques -de Galice ou en Terre Sainte, il en avertira la guild, et tous les frères -et sœurs l'accompagneront aux portes de la ville et chacun lui donnera -un demi-penny au moins.» Même règlement dans la guild des foulons de -Lincoln, fondée en 1297; on accompagne le pèlerin qui va à Rome jusqu'à -Queen's Cross, hors de la ville, s'il part un dimanche ou un jour de -fête; et s'il peut annoncer d'avance son retour et qu'il ait lieu aussi -un jour où on ne travaille pas, on se rend à sa rencontre au même endroit -et on l'accompagne au monastère. De même aussi les tailleurs donnent un -demi-penny à celui d'entre eux qui va à Rome ou à Saint-Jacques, et un -penny à celui qui va en Terre Sainte. Les règlements de la guild de la -Vierge, fondée à Hull en 1357, portent: «Si quelque frère ou sœur de la -guild se propose par aventure de faire un pèlerinage en Terre Sainte, -alors, afin que la guild ait part au profit de son pèlerinage, il sera -dispensé de toute sa contribution annuelle jusqu'à son retour.»[247] - - [247] Toulmin Smith, _English gilds; the original ordinances_, - etc., pp. 157, 177, 180, 182, 231. - -Il y avait aussi des guilds qui tenaient maison ouverte pour recevoir les -pèlerins, toujours dans le même but de s'associer par une bonne œuvre à -celle du voyageur. Ainsi la guild marchande de Coventry, fondée en 1340, -entretient «un comune herbegerie de tresze lites», pour recevoir les -pauvres voyageurs qui traversent le pays allant en pèlerinage ou pour -tout autre motif pieux. Cette hôtellerie est dirigée par un homme, -assisté par une femme qui lave les pieds des voyageurs et prend soin -d'eux. La dépense annuelle pour cette fondation est de 10 livres -sterling. - -Quand un des serviteurs du roi avait un pèlerinage à faire, le prince, -tenant compte du motif, l'autorisait volontiers à partir, et même -l'aidait de quelque argent. Édouard III donne à Guillaume Clerk, un de -ses messagers, une livre six shillings et huit pence «pour l'aider dans -sa dépense durant le pèlerinage qu'il entreprend à Jérusalem et au mont -Sinaï[248]». - - [248] _Issues of the exchequer_, p. 159. - -Cependant, ainsi qu'on l'a pu voir, le quatorzième siècle n'est pas un -âge de dévotion sérieuse et réelle. Les papes habitent Avignon; leur -prestige décline et, en Angleterre en particulier, les prélats mêmes -montrent parfois bien peu de respect pour la cour romaine. On ne trouvera -nulle part, même chez Wyclif, des accusations plus violentes ni des -anecdotes plus scandaleuses que dans la chronique rédigée par l'abbé -Thomas de Burton[249]. Sa façon de parler des indulgences est aussi très -libre. Par faveur spéciale pour les fidèles qui mouraient pendant un -pèlerinage à Rome, Clément VI «ordonna aux anges du paradis, écrit -l'abbé, d'amener leurs âmes droit aux portes du ciel, sans les faire -passer par le purgatoire[250]». Le même pape accorda, ce que le pèlerin -de tout à l'heure semble avoir ignoré, à ceux qui verraient le saint -suaire de revenir à leur état d'avant le baptême. Enfin «il confirma -toutes les indulgences accordées par deux cents souverains pontifes ses -prédécesseurs, et elles sont innombrables». - - [249] _Chronica monasterii de Melsa_, édition de E. A. Bond, - Londres, 1868, 3 vol. 8º. L'abbé de Meaux prétend que Clément VI - répondait aux reproches de son confesseur sur ses mauvaises - mœurs: «Quod facimus modo facimus consilio medicorum» (t. II, p. - 189). - - [250] T. III, p. 88. - -A l'époque où les chroniqueurs monastiques inscrivaient sans scrupule -dans leurs livres des anecdotes sur la cour romaine semblables à celles -de Thomas de Burton, la dévotion générale n'était pas seulement -amoindrie, elle était désorganisée, affolée. Les chroniques montrent en -effet que les excès d'impiété se heurtaient aux excès de ferveur, et -c'est ainsi par exemple que le faux pardonneur, marchand au détail des -mérites des saints, rencontrait sur la grand'route le flagellant -ensanglanté[251]. La papauté a beau montrer un grand bon sens par les -condamnations qu'elle lance contre les uns et contre les autres[252], ses -arrêts ne suffisent pas à rétablir l'équilibre des esprits, et les -limites de la raison continuent à être perpétuellement dépassées; dans la -piété ardente, comme dans la révolte impie, on va jusqu'à la folie. On a -peine à lire le récit des sacrilèges obscènes commis dans la cathédrale -d'York par des partisans de l'évêque de Durham, et cependant les faits -sont réels et c'est l'archevêque lui-même qui les rapporte[253]. -La foi disparaît ou se transforme; on devient à la fois sceptique et -intolérant: il ne s'agit pas du scepticisme moderne d'une sérénité froide -et inébranlable; c'est un mouvement violent de tout l'être, qui se sent -pris d'envie de brûler ce qu'il adore; mais l'homme est incertain dans -son doute, et son éclat de rire l'étourdit; il a passé comme par une -orgie et, quand viendra la lumière blanche du matin, il y aura pour lui -des accès de désespoir, un déchirement profond avec des larmes et -peut-être un vœu de pèlerinage et une conversion éclatante. Walsingham -voit une des causes de la révolte des paysans dans l'incrédulité des -barons: «Quelques-uns d'entre eux croyaient, dit-on, qu'il n'y a pas de -Dieu, niaient le sacrement de l'autel et la résurrection après la mort, -et pensaient que telle la fin de la bête de somme, telle la fin de -l'homme lui-même[254].» - - [251] «Quo quidem anno (1350) venerunt in Angliam pœnitentes, - viri nobiles et alienigenæ, qui sua corpora nuda usque ad - effusionem sanguinis nunc flendo, nunc canendo, acerrime - flagellabant: tamen ut dicebatur, nimis hoc faciebant inconsulte, - quia sine licentia sedis apostolicæ.» (Walsingham, _Historia - anglicana_. Collection du Maître des Rôles, t. I, p. 275.) Cf. - Robert de Avesbury, _Historia Edvardi tertii_, Oxonii, 1720, 8º, - p. 179: les flagellants se fouettaient avec des cordes à nœuds - garnies de clous; ils se prosternaient à terre, les bras en croix - et en chantant. - - [252] Les flagellants furent condamnés par Clément VI en 1350; il - prescrivit aux archevêques, évêques, etc., de les faire - emprisonner (Labbe, _Sacrosancta concilia_, édition de Florence, - t. XXV, col, 1157). - - [253] Lettre de l'archevêque d'York à son official (_Historical - papers from the northern registers_, édition Raine, pp. 397-399). - Les coupables n'étaient pas des vagabonds sans importance: l'un a - le titre de _magister_; l'autre est professeur de droit civil. - - [254] «Nam quidam illorum credebant, ut asseritur, nullum Deum - esse, nihil esse sacramentum altaris, nullam post mortem - resurrectionem, sed ut jumentum moritur, ita et hominem finire.» - (_Historia anglicana_, t. II, p. 12.) Langland se plaint de même - du scepticisme des nobles qui mettent les mystères en question et - font de ces graves matières le sujet de conversations légères - après les repas. (texte C, _passus XII_, vers 35.) - -Mais cette incrédulité n'était pas définitive et n'empêchait pas les -pratiques superstitieuses. On ne savait pas aller _droite voie_: au lieu -de s'ouvrir la porte du ciel de ses propres mains, on imagine de se la -faire ouvrir de la main des autres; de même qu'on fait labourer ses -terres par ses tenanciers, on se fait gagner le paradis par le monastère -voisin; les biens éternels sont tombés dans le commerce avec les lettres -de fraternité des frères mendiants et les indulgences menteuses des -pardonneurs. On vit à son aise et on se tranquillise en inscrivant des -donations pieuses dans son testament, comme si on pouvait, selon les -paroles d'un de nos compatriotes du temps de la Renaissance, «corrumpre -et gaigner par dons Dieu et les sainctz, que nous devons placquer par -bonnes œuvres et par amendement de noz pechez[255]». C'est une lecture -très instructive que celle des actes de dernière volonté des riches -seigneurs du quatorzième siècle. Les legs pour des motifs de dévotion -remplissent des pages; on donne à toutes les châsses, à tous les -couvents, à toutes les chapelles, à tous les ermites; et on parvient, en -payant, à faire des pèlerinages après sa mort, par procuration. Ce même -Humphrey de Bohun, qui envoyait «un bon home et loial» à la tombe de -Thomas de Lancastre, ordonne aussi qu'après son décès on fasse partir un -prêtre pour Jérusalem, «principalement, dit-il, pur ma dame ma miere, et -pur mon seignour mon piere... et pur nous,» avec obligation de dire des -messes, pendant son voyage, à toutes les chapelles où il pourra[256]. - - [255] _Les louenges du roy Louys XII_, par Claude de Seyssel. - Paris, 1508, 4º. - - [256] _A collection of the wills.... of the kings and queens of - England_; édition Nichols, Londres, 1780, 4º. Testament - d'Humphrey de Bohun, comte d'Hereford et d'Essex, mort en 1361. - -Quant à la croisade, on en parlait toujours et même plus que jamais, -seulement on ne la faisait pas. Au milieu de leurs guerres, les rois se -reprochaient l'un à l'autre d'être le seul empêchement au départ des -chrétiens; toujours il y avait un incident utile qui les retenait. -Philippe de Valois et Édouard III protestent que sans leur adversaire ils -iraient combattre le Sarrasin. C'est par la faute de l'Anglais, écrit -Philippe, que «a esté empêché le saint voyage d'oultre mer[257]»; c'est -le fait du roi de France, déclare de son côté Édouard III dans -un manifeste solennel, qui l'a détourné du «sancto passagio -transmarino[258]». Sans doute le temps de saint Louis n'est pas si -éloigné qu'on ait pu déjà perdre le sens de ce grand devoir, la guerre -contre l'infidèle, et l'on pense toujours que, si c'est quelque chose de -se mettre en route pour Saint-Jacques ou Notre-Dame, le vrai chemin du -ciel est celui de Jérusalem. Et cependant, sur ce point encore, nous -voyons se faire jour quelques-unes de ces idées qui semblent inspirées -par les vues pratiques de l'âge moderne et qui, au quatorzième siècle, ne -sont pas rares. Nous écrasons l'infidèle; pourquoi ne pas le convertir? -N'est-ce pas plus sage, plus raisonnable et même plus conforme à la -religion du Christ? Les apôtres qu'il nous a envoyés, à nous Gentils, -étaient-ils couverts d'armures et pourvus d'épées? Des réflexions -pareilles n'étaient pas seulement faites par des réformateurs comme -Wyclif et Langland[259], mais par des gens d'un esprit habituellement -calme et d'une grande piété comme Gower: - -«Ils nous prêchent de combattre et de massacrer--ceux qu'ils devraient, -selon l'Évangile,--convertir à la foi du Christ.--Mais je m'émerveille -grandement--de ce qu'ils me prêchent le voyage:--si je tue un -Sarrasin,--je tue son âme avec son corps.--et ce n'est pas ce que le -Christ a jamais voulu[260].» - - [257] Robert de Avesbury, _Historia Edvardi tertii_, édition - Hearne, Oxford, 1720, 8º, p. 63. - - [258] _Ibidem_, p. 115. - - [259] Langland parle des Sarrasins sans les maudire: ils - pourraient être sauvés; c'est Mahomet qui les a trompés, par - colère de n'avoir pu être pape; on devrait les convertir; le pape - fait bien des évêques de Nazareth, de Ninive, etc., mais ils se - gardent d'aller visiter leurs ouailles indociles. (Texte C de - l'édition de Skeat, _passus XVIII_, pp. 314-318.) - - [260] To sleen and fighten they us bidde - Hem whom they shuld, as the boke saith, - Converten unto Cristes feith. - But herof have I great merveile, - How they wol bidde me traveile. - A Sarazin if I slee shall, - I slee the soule forth withale, - And that was never Cristes lore. - - (_Confessio amantis_, édition Pauli, t. II, p. 56.) - -Seulement on trouve convenable de parler croisades, et quelques-uns -comptent encore qu'on en fera. Ainsi Élisabeth de Burgh, lady Clare, -désire que cinq hommes d'armes se battent en son nom au cas où, dans les -sept ans qui suivront sa mort[261], il y aurait «comune viage». Le mérite -de leurs travaux lui sera appliqué et ils recevront cent marcs chacun. -Mais le commun voyage restait toujours en projet, et les seules -expéditions mises sur pied étaient des entreprises particulières. Dans ce -cas l'enthousiasme religieux n'était pas le seul mobile; les instincts -chevaleresques et remuants qui remplissent ce siècle de combats faisaient -la moitié de la dévotion qui poussait ces petites troupes à partir. Il en -venait bon nombre d'Angleterre; les Anglais, déjà à cette époque et même -auparavant, étaient comme aujourd'hui de grands voyageurs. On les -rencontrait partout et, comme aujourd'hui encore, leur connaissance du -français leur servait un peu dans tous les pays sur le continent. -C'était, comme nous le rappelle Mandeville, la langue de la haute -classe[262]; c'était aussi celle que parlait en Orient l'Européen, le -_Franc_. Trevisa, en constatant que les Anglais oublient cette langue, le -déplore[263]: comment feront-ils s'ils vont à l'étranger? «That is harme -for hem and they schulle passe the see and trauaille in straunge landes -and in many other places.» Cependant, si les Anglais ne savaient plus -couramment le français, ils se rendaient compte de l'utilité de notre -langue et ils tâchaient d'en acquérir quelques notions avant de se mettre -en route. Ils se faisaient composer, par des gens compétents, des -manuels de conversation, pour apprendre «à parler, bien soner, et à droit -escrire doulz françois, qu'est la plus bel et la plus gracious langage et -plus noble parler, après latin d'escole, qui soit ou monde, et de tous -gens mieulx prisée et amée que nul autre; quar Dieux le fist si doulce et -amiable principalement à l'oneur et loenge de luy-mesmes. Et pour ce il -peut bien comparer au parler des angels du ciel, pour la grant doulceur -et biaultée d'icel[264].» Les Anglais allaient beaucoup à l'étranger; -tous les auteurs qui font leur portrait constatent chez eux des goûts -remuants et un grand amour pour les voyages lointains; aussi leur -donnent-ils pour planète la lune. D'après Gower, c'est à cause d'elle -qu'ils visitent tant de pays éloignés[265]. Wyclif les place sous le -patronage du même astre, mais en tire des conséquences différentes[266], -et Ranulph Higden, le chroniqueur, s'exprime en ces termes, qui semblent -prophétiques, tant ils se sont trouvés exacts: «Cette race anglaise -sillonne tous les pays et réussit mieux encore dans les terres lointaines -que sur la sienne propre.... C'est pourquoi elle se répand au loin à -travers le monde, considérant comme sa patrie tout sol qu'elle habite. -C'est une race habile dans les industries de toute espèce.» Il dit aussi -que les Anglais de son temps aimaient la table plus qu'aucun autre peuple -et dépensaient beaucoup en nourriture et en habits[267]. Mais le point -important ici est ce goût des voyages qui était si marqué. Leurs petites -troupes à destination de la Terre Sainte allaient saluer au passage le -roi chrétien de Chypre et s'aventuraient ensuite dans l'Asie Mineure. - - [261] Elle mourut le 4 novembre 1360. (_A collection of the - wills_, etc., édition Nichols, 1780, 4º.) - - [262] «Et sachetz que ieo vsse mis ceste liverette en latyn pour - plus briefment deviser, mes pour ceo que plusours entendont - mieultz romanz que latin, ieo lai mys en romanz pour ceo que on - l'entende et que li seignours et li chiualers et lez autres - nobles hommes qui ne scevent point latin ou poi et qui ount esté - outre mer sachent et entendent si ieo dye voir ou noun.» Ms. - _Sloane_, 1464, fol. 3, au British Museum (ms. du commencement du - XVe siècle). V. _infra_, p. 239. - - [263] Dans sa traduction du _Polychronicon_ de Ralph Higden, - Collection du Maître des rôles. - - [264] _La manière de langage_ texte publié par M. Paul Meyer dans - la _Revue critique_, t. X, p. 373. Ce manuel est l'œuvre d'un - Anglais. La dédicace est datée du 29 mai 1396. - - [265] What man under his powere - Is bore, he shall his place chaunge - And seche many londes straunge - And as of this condicion - Upon the londe of Alemaigne - Is set and eke upon Britaigne - Which now is cleped Englonde - For they travaile in every londe. - - (_Confessio amantis_, t. III, p. 109.) - - [266] «Et hinc secundum astronomos lunam habent planetam - propriam, quæ in motu et lumine est magis instabilis.» - (_Fasciculi Zizaniorum_, édition Shirley, p. 270.) Caxton, au - moment de la Renaissance, considère également la lune comme étant - par excellence la planète des Anglais: «For we englysshe men ben - borne vnder the domynacyon of the mone, whiche is neuer stedfaste - but euer wauerynge. (Prologue de son _Boke of Eneydos compyled by - Vyrgyle_, 1490.) - - [267] _Polychronicon Ranulphi Higden_, edited by C. Babington, - Londres, 1865, 8º, t. II, p 166. - -On ne quittait pas l'Angleterre pour une si lointaine expédition sans -s'être muni de lettres de son souverain, qui pouvaient vous servir de -passeport et de recommandation au besoin. La teneur de ces pièces était à -peu près pareille à celle de la lettre suivante, accordée par Édouard III -en 1354: «.... Sachez tous que le noble Jean Meyngre, chevalier, dit -Bussigaud[268], notre prisonnier, doit se rendre avec douze chevaliers à -Saint-Jacques et de là marcher contre les ennemis du Christ en Terre -Sainte, et qu'il part avec notre agrément; que pour cela nous l'avons -pris, lui et ses douze compagnons, leurs domestiques, chevaux, etc., sous -notre protection et sauf-conduit[269].» On était bien reçu du roi de -Chypre et on l'aidait dans ses difficultés qui étaient nombreuses. Le roi -se montrait charmé de ces visites et exprimait quelquefois son plaisir -dans des lettres où perce une joie très vive. Il écrivait ainsi de -Nicosie, en 1393, à Richard II, et lui disait qu'un chevalier n'a pas -besoin de recommandation personnelle auprès de lui pour être le bienvenu -dans l'île: tous les sujets du roi d'Angleterre sont pour lui autant -d'amis; il est heureux de la présence d'Henri Percy, qui lui sera très -utile[270]. - - [268] Jean le Maingre, dit Boucicaut, plus tard maréchal de - France. - - [269] Rymer, _Fœdera_, t. V, p. 777. Ces lettres devaient être - délivrées assez fréquemment, car on trouve qu'elles sont rédigées - d'après une formule uniforme, comme nos passeports. Voir celle - que Rymer donne encore t. VII, p. 337, année 1381. En novembre - 1392, le comte de Derby (le futur Henri IV) se trouvait à Venise - et partait de là pour aller en Terre Sainte; il avait, pour la - république, des lettres d'Albert IV, duc d'Autriche, et le Grand - Conseil lui prêtait une galère pour faire son voyage. C'était - aussi de Venise qu'était parti pour la Palestine Thomas Mowbray, - duc de Norfolk, en février 1398-1399; il s'était présenté au - Sénat vénitien muni d'une lettre de Richard II. (_Calendar of - state papers relating to english affairs.... existing in - [various] libraries of Italy_, publié par Rawdon Brown, 1864, - etc., 8º, p. LXXXI.) - - [270] _Historical papers from the northern registers_, édition - Raine, p. 425. - -A l'idée du pèlerinage on associait pour une large part celle des -aventures qu'on allait avoir sur les lieux et tout du long de la route; -au besoin on les faisait naître, et le but religieux disparaissait alors -dans la foule des accidents profanes. Ainsi en 1402, de Werchin, -sénéchal de Hainaut, publie son projet de pèlerinage à Saint-Jacques -d'Espagne et son intention d'accepter le combat à armes courtoises contre -tout chevalier qui ne le détournera pas de sa route de plus de vingt -lieues. Il indique son itinéraire d'avance, afin qu'étant averti on se -prépare[271]. - - [271] _Chronique_ de Monstrelet, liv. I, chap. VIII. - -C'est un peu avec des idées semblables qu'était parti pour -l'Orient, dans la première moitié du quatorzième siècle, le fameux -Jean de Mandeville ou le voyageur, quel que soit son véritable nom -qui nous a laissé les récits attribués à ce chevalier[272]. Cet -amusant écrivain était allé en Palestine à moitié pour se -sanctifier, à moitié pour connaître le monde et ses étrangetés et -pouvoir en parler, car beaucoup de gens, dit-il, se plaisent fort à -entendre décrire les merveilles de pays divers. S'il publie ses -impressions, c'est d'abord parce que foule de personnes aiment les -récits de la Terre Sainte et y trouvent grande consolation et -confort, et c'est aussi pour faire un _guide_, afin que les -petites caravanes dans le genre de la sienne et de celle de -Boucicaut profitent de son expérience. Il n'apporte certes pas -dans son ouvrage la précision des livres modernes, mais il ne -faut pas croire que ses idées sur la route à suivre soient si -déraisonnables. Ainsi, «pour aler droite voie» d'Angleterre en -Palestine, il conseille l'itinéraire suivant: France, Bourgogne, -Lombardie, Venise, Famagouste en Chypre, Jaffa, Jérusalem. Outre le -récit d'un voyage en Palestine qu'il semble avoir réellement -accompli, il donne la description d'une foule de pays peuplés par -des monstres imaginaires. Cette partie fantastique de son ouvrage -n'en diminua pas le succès, bien au contraire, mais moins confiants -que nos pères nous n'acceptons plus de bonne grâce aujourd'hui le -récit de tant de prodiges et nous jugeons même insuffisante pour -garantie de la bonne foi de l'auteur l'excuse qu'il nous donne. -«Chose de longe temps passé par le vewe tournet en obli et memorie -de homme ne poet mie tout tenir et comprehendre[273]». - - [272] Les voyages appelés _Voyages de Mandeville_ ont été - sûrement écrits au quatorzième siècle, en français, puis ils ont - été traduits en latin et en anglais. La partie relative à - l'Egypte, à la Palestine et à la Syrie semble seule avoir pour - fondement un voyage véritable. L'article «Mandeville» par MM. E. - B. Nicholson et le colonel Yule dans la nouvelle édition de - l'_Encyclopædia Britannica_ (neuvième éd.) ainsi que la lettre de - M. E. B. Nicholson dans l'_Academy_ du 12 avril 1884 font - connaître le dernier état de la question. - - [273] Ms. _Sloane_ 1464 (British Museum.) - -Beaucoup de livres vinrent après le sien, plus détaillés encore et plus -pratiques. Tandis que le renouvellement des croisades paraissait de moins -en moins probable, le nombre des pèlerinages individuels allait -croissant. La parole du prêtre, qui ne pouvait plus arracher du sol des -nations entières, en détachait seulement par places de petits groupes -d'hommes pieux ou de coureurs d'aventures qui allaient visiter les lieux -saints à la faveur de l'esprit tolérant du Sarrasin. La plupart en effet -ne partaient plus pour combattre l'infidèle, mais pour lui demander -permission de voir Jérusalem. On trouve, au quinzième siècle, tout un -service de transports organisé à Venise à l'usage des pèlerins; il y a -des prix faits d'avance; on revend au retour sa couchette et ses -matelas[274]; bref, une foule d'usages se sont établis qui montrent la -fréquence de l'intercourse. Pour tous ces détails, l'Anglais en partance -n'avait qu'à consulter l'excellent manuel de son compatriote William -Wey[275], le meilleur qu'il y eût au quinzième siècle dans aucun pays, et -le plus pratique. - - [274] On achetait cela près de l'église Saint-Marc et on avait le - tout pour 3 ducats, y compris les draps et les couvertures. Le - voyage fait, le vendeur vous reprenait ces objets pour un ducat - et demi: «Also when ye com to Venyse ye schal by a bedde by seynt - Markys cherche; ye schal have a fedyr bedde, a matres, too - pylwys, to peyre schetis and a qwylt, and ye schal pay iij - dokettis; and when ye com ayen, bryng the same bedde to the man - that ye bowt hit of and ye schal haue a dokete and halfe ayen, - thow hyt be broke and worne.» (_Itineraries of William Wey_, ut - infra.) - - [275] _The Itineraries of William Wey, fellow of Eton College, to - Jerusalem, A. D. 1458 and A. D. 1462 and to Saint James of - Compostella A. D. 1456._ Londres, 1857, 4º, _Roxburghe Club_. - Dans son premier voyage, Wey partit de Venise avec une bande de - 197 pèlerins, qui furent embarqués sur deux galères. - -William Wey a déjà pour le voyageur toutes les attentions auxquelles nous -sommes aujourd'hui accoutumés; il compose des mnémotechnies de noms à -apprendre[276], un vocabulaire des mots grecs qu'il importe de savoir et -il donne à retenir les mêmes questions toutes faites que nos manuels -répètent encore dans une langue moins mélangée: - - «Good morrow. -- _Calomare._ - Welcome. -- _Calosertys._ - Tel me the way. -- _Dixiximo strata._ - Gyff me that. -- _Doys me tutt._ - Woman haue ye goyd wyne? -- _Geneca esse calocrasse?_ - Howe moche? -- _Posso?_» - -Il établit aussi un tableau du change des monnaies depuis l'Angleterre -jusqu'en Grèce et en Syrie, et un programme de l'emploi du temps, comme -aujourd'hui très parcimonieusement ménagé: il ne compte en effet que -treize jours pour tout voir et repartir. Enfin il donne une liste -complète des villes à traverser, avec la distance de l'une à l'autre, une -carte de la Terre Sainte avec l'indication de tous les endroits -remarquables[277] et un catalogue considérable des indulgences à gagner. - - [276] P. 19. - - [277] On peut voir actuellement cette carte exposée dans les - vitrines de la Bodléienne à Oxford. - -Wey prévoit tous les désagréments auxquels le mauvais vouloir du patron -de la galère peut vous soumettre; il recommande de retenir une place à la -partie la plus élevée du bateau: dans le bas on étouffe et l'odeur est -insupportable[278]; il ne faut pas payer plus de quarante ducats, de -Venise à Jaffa, nourriture comprise; il faut que le patron s'engage à -faire relâche dans certains ports pour prendre des vivres frais. Il est -tenu de vous donner de la viande chaude à dîner et à souper, du bon vin, -de l'eau pure et du biscuit; mais on fera bien, en outre, d'emporter des -provisions pour son usage particulier, car même «à la table du patron» on -a grand'chance d'avoir du pain et du vin gâtés[279]. Il faut avoir aussi -des remèdes, des «laxatyuys», des «restoratyuys», du safran, du poivre, -des épices. Quand on arrive à un port, il est bon de sauter à terre des -premiers pour être servi avant les autres et n'avoir pas les restes; ce -conseil d'égoïsme pratique revient souvent. A terre on devra prendre -garde aux fruits, «car ils ne sont pas faits pour votre tempérament et -ils donnent un flux de sang, et si un Anglais a cette maladie, c'est -merveille qu'il en échappe et n'en meure pas.» Une fois en Palestine, il -faut faire attention aux voleurs; si on n'y pense pas, les Sarrasins -viennent vous parler familièrement et, à la faveur de la conversation, -vous dérobent «vos couteaux et autres menus objets que vous avez sur -vous[280]». A Jaffa, il ne faut pas oublier de courir avant tout le -monde pour avoir le meilleur âne, «parce qu'on ne paye pas plus pour le -meilleur que pour le pire». La caravane se met en marche et alors il est -prudent de ne pas trop s'écarter de ses compagnons, crainte des -malfaiteurs. - - [278] «For in the lawyst [stage] vnder hyt is ryght smolderyng - hote and stynkynge» (_A good preuysyoun_, au début du livre.) - - [279] «For thow ye schal be at the tabyl wyth yowre patrone, - notwythstondynge ye schal oft tyme haue nede to yowre vytelys, - bred, chese, eggys, frute, and bakyn (bacon), wyne and other, to - make yowre collasyvn: for svm tyme ye schal haue febyl bred, wyne - and stynkyng water, meny tymes ye schal be ful fayne to ete of - yowre owne.» (_A good preuysyoun._) - - Il sera même prudent d'emporter une cage avec des poulets dedans: - «Also by yow a cage for half a dosen of hennys or chekyn to have - with yow in the galey.» Il ne faut pas oublier un demi-boisseau de - graines pour les nourrir. - - [280] «Also take goyd hede of yowre knyves and other smal thynges - that ye ber apon yow, for the sarsenes wyl go talkyng wyth yow - and make goyd chere, but the wyl stele fro yow that ye haue and - they may.» - -Malgré ce dernier conseil, ce qui résulte le plus clairement du livre est -l'esprit de tolérance dont le Sarrasin faisait preuve; il n'interdisait -pas l'entrée de la Palestine à tous ces pèlerins qui venaient souvent en -espions et en ennemis, et il laissait les troupes agir à leur guise; on -voit que les compagnons de William Wey vont en somme où ils veulent, -reviennent quand il leur convient et se tracent par avance des plans -d'excursions comme on pourrait faire aujourd'hui. Ils trouvent des -marchands européens établis et faisant un grand commerce dans les ports -des infidèles; ils n'ont à craindre sérieusement que les guerres locales -et les mauvaises rencontres en mer. On les voit apprendre avec beaucoup -d'inquiétude, au retour, qu'une flotte turque est prête à quitter -Constantinople, mais ils ne la rencontrent pas, heureusement. - -William Wey fit deux fois ce grand voyage et revint en Angleterre, où il -légua à une chapelle construite sur le modèle de l'église du -Saint-Sépulcre les souvenirs qu'il avait rapportés, c'est-à-dire une -pierre du calvaire, une autre du sépulcre, une du mont Thabor, une du -lieu où était la croix, et d'autres reliques. - - - - -CONCLUSION - - -Nous avons suivi la race nomade dans bien des endroits, sur la route, à -l'auberge, dans les tavernes, dans les églises; nous l'avons vue exercer -une foule de métiers divers et comprendre des spécimens très différents: -chanteurs, bouffons, charlatans, pèlerins, prêcheurs errants, mendiants, -frères, vagabonds de plusieurs sortes, ouvriers détachés de la glèbe, -pardonneurs, chevaliers amis des voyages lointains. Nous les avons -accompagnés çà et là sur les grands chemins d'Angleterre et nous les -avons suivis même jusqu'à Rome et en Terre Sainte: c'est là que nous les -laisserons. A la classe errante appartiennent encore les représentants de -beaucoup de professions, tels que les scribes, les colporteurs, les -montreurs d'animaux, comme ceux dans la ménagerie desquels entra un jour -Villard de Honnecourt pour y dessiner «al vif» un lion. Les seuls -vraiment importants sont ceux qui viennent d'être étudiés. - -Le courant de vie que représente l'existence de tous ces nomades est -puissant; nous avons vu quel grand rôle, peu apparent, ils avaient joué -dans l'État. L'ouvrier brise les liens qui depuis des siècles -l'attachaient au manoir et veut désormais être maître de sa personne et -de ses services, se louer à la journée si bon lui semble et pour un prix -qui corresponde au besoin qu'on a de lui. C'est une réforme nécessaire -qu'il demande et qui se fait peu à peu, malgré les lois, loin des -regards. Il n'en est pas de plus importante, et c'est sur les routes -qu'il convient de l'étudier plutôt qu'au château. Il faut en chercher -l'origine dans ces taillis où les bandes armées se réunissent pendant les -offices et sur ces chemins écartés où le faux pèlerin jette le bâton à -devise pour reprendre ses outils et quêter du travail loin de son ancien -maître. Ces gens-là prêchent d'exemple l'émancipation que les clercs -errants expliquent dans leurs discours, faisant d'elle un besoin immédiat -et populaire. - -C'est en partie sur la grand'route, en partie par l'influence des nomades -que marchent à leur solution les grandes questions du siècle, la question -sociale et la question religieuse. Les frères quêteurs vont de porte en -porte, les pardonneurs s'enrichissent, les pèlerins vivent d'aumônes et -du récit de leurs aventures, toujours en route et toujours à l'œuvre. -Quelle est cette œuvre? A force de s'adresser à la foule, ils finiront -par se faire connaître d'elle, par se faire juger, par la désabuser -eux-mêmes, et les réformes deviendront inévitables. Ainsi, de ce côté -encore, tombera la rouille du moyen âge, et un pas de plus sera fait -vers la civilisation moderne. - -Enfin, chacun de ces types si bizarres, pris à part, a l'utilité de -montrer, bien apparent en sa propre personne, un côté caractéristique des -goûts, de la croyance et des aspirations du temps. Chacune de leurs -classes correspond à un besoin, à un travers ou à un vice national; par -eux on peut examiner comme pièce à pièce les âmes du peuple et les -reconstituer tout entières, comme on peut deviner à la flore d'un pays la -nature du sol. - -L'impression générale est que le peuple d'Angleterre subit une de ces -transformations considérables qui se présentent au regard de l'historien -comme le tournant d'un grand chemin. Au sortir des gorges et des -montagnes, la route change subitement de direction, et c'est la plaine -riche, ensoleillée, fertile, qu'on aperçoit dans le lointain. Nous n'y -sommes pas arrivés, bien des peines nous sont encore réservées; elle -disparaîtra de nouveau à nos yeux par moments; mais nous l'avons -entrevue, et le résultat de nos efforts, c'est que nous savons du moins -dans quelle direction il faut marcher pour l'atteindre. Pendant l'âge qui -s'ouvre, le paysan émancipé va s'enrichir malgré les guerres que se -feront les seigneurs; et les communes auront entre les mains un -instrument de contrôle sur le pouvoir royal, dont elles pourront plus ou -moins bien se servir selon les temps, mais qui est le meilleur inventé -jusqu'à nos jours: le parlement qui siège à Westminster à l'heure -présente est dans ses parties essentielles identique au parlement qui -préparait les statuts du royaume sous les derniers princes Plantagenet. -Au quatorzième siècle, quoi qu'en aient dit quelques penseurs, trop -touchés de la gloire de Simon de Montfort et de saint Louis, l'homme -n'est donc pas revenu en arrière. Il n'en faut pas d'autre preuve que la -foule de ces idées vraiment modernes qui se répandent dans l'ensemble de -la société: parmi la haute classe, sous l'influence d'une éducation plus -grande et d'une civilisation plus avancée; parmi la classe inférieure, -par l'effet d'une longue expérience des abus communs; idées vulgarisées -et rendues pratiques par les nomades: ouvriers ignorants, clercs -convaincus. Tous ces écarts de la raison, toutes ces démences de l'esprit -religieux, ces révoltes incessantes et ces folies qu'on a pu remarquer -détourneront les intelligences de pensées et de sentiments faux et -dangereux qui avaient besoin d'être poussés à l'extrême pour devenir -insupportables et se faire rejeter[281]. - - [281] M. Stubbs, à qui on doit le meilleur livre qui existe sur - l'histoire constitutionnelle d'Angleterre (_The constitutional - history of England_, 1880, 3 vol. 8º), a beaucoup trop de mépris - pour le quatorzième siècle, auquel il oppose sans cesse le - treizième: - - «We pass from the age of heroism to the age of chivalry, from an - age ennobled by devotion and self sacrifice to one in which the - gloss of superficial refinement fails to hide the reality of - heartless selfishness and moral degradation, an age of luxury and - cruelty,» etc. (t. II, p. 679.) De pareilles vues, que beaucoup - ont adoptées à la suite de l'éminent historien, ne sauraient être - admises. Il faut du moins les considérer comme s'appliquant - seulement à une partie de la haute classe de la société. - -Sur quantité de points semblables, qu'il soit partisan ou objet des -réformes, comme ouvrier ou comme pardonneur, qu'il en soit ou non -l'instrument inconscient, le nomade aura toujours beaucoup à apprendre à -qui voudra l'interroger; il dira peut-être le secret de transformations -presque incompréhensibles qui semblaient nécessiter un bouleversement -total, comme celui qu'on a vu en France à la fin du dernier siècle, un -nouveau ou plutôt un premier _contrat social_. L'Angleterre, pour bien -des raisons, n'en a pas eu besoin: une de ces raisons est l'influence des -errants qui unirent tout le peuple et lui permirent d'arracher, grâce à -cette union qui le rendait fort, les concessions nécessaires en temps -utile. Et comme cependant les changements les plus calmes ne vont pas -sans un peu de trouble, comme chez nos voisins aussi il y eut, au cours -des siècles, plus d'une mêlée sanglante, le nomade finira peut-être en -répétant à son interlocuteur un proverbe vulgaire d'une sagesse certaine, -mais non banale, qui devrait empêcher bien des désespérances: «Le bois -tortu fait le feu droit.» - - - - -APPENDICE - - -(1) PATENTES DE 1201 CONFIANT A UN FRANÇAIS LE SOIN DE TERMINER LE PONT -DE LONDRES (_supra_, p. 19).--«Literæ patentes, etc., de edificatione et -sustentatione pontis London, Aº 3º Johannis. - -«Johannes, Dei gratia rex Angliæ etc., dilectis et fidelibus suis majori -et civibus London' salutem. Attendentes qualiter circa pontem Xanton' et -pontem de Rupella Deus sit operatus per sollicitudinem fidelis clerici -nostri Isenberti, magistri scolarum Xanton', viri utique literati et -honesti, ipsum de consilio venerabilis patris in Christo H. Archiepiscopi -Cantuar' et aliorum, rogavimus et monuimus et etiam coegimus ut pro -vestra et multorum utilitate, de ponte vestro faciendo, curam habeat -diligentem. Confidimus enim in Domino, quod idem pons tam necessarius -vobis et omnibus transeuntibus, ut scitis, per ejusdem industriam, -faciente Domino, poterit in proximo consummari. Et ideo volumus et -concedimus quod salvo jure nostro et conservata indempnitate civitatis -London', census edificiorum quæ super pontem prædictum idem magister -scolarum faciet fieri sint imperpetuum ad eundem pontem reficiendum et -operiendum et sustentandum. Quia igitur idem pons tam necessarius sine -vestro et aliorum auxilio perfici non poterit, mandamus vobis, -exhortantes quatinus memoratum Isenbertum et suos pro vestra utilitate -pariter et honore sicut decreverit benigne recipiatis et honoretis in -hiis quæ dicta sunt, consilium et auxilium vestrum eidem unanimiter -impendentes. Quidquid enim boni et honoris eidem Isenberto feceritis, -nobis factum reputare debetis. Si quis vero eidem Isenberto vel suis in -aliquo foris faciat, quod non credimus, vos illud eisdem faciatis, quam -citius ad vos pertinet, emendari. Teste me ipso, apud Molmell, XVIII die -Aprilis.» - -Hearne, _Liber niger scaccarii_, Londres, 1771, 2 vol. 8º, t. II, p. -470. - - -(2) OPINION DE LYLY SUR LE PONT DE LONDRES (p. 21).--«Among all the -straunge and beautifull showes, mee thinketh there is none so notable as -the bridge which crosseth the Theames, which is in manner of a continuall -streete, well replenyshed with large and stately houses on both sides, -and situate vpon twentie arches, where-of each one is made of excellent -free stone squared, euerye one of them being three score foote in height, -and full twentie in distaunce one from an other.» - -_Euphues and his England_, editio princeps, 1580, collated with early -subsequent editions (réimpression d'Arber, Londres, 1869, 4º, p. 434). - -Voir encore le grand dessin colorié se rapportant à l'année 1600 environ, -reproduit en fac-similé par M. Furnivall dans la troisième partie de son -édition de la description de l'Angleterre par Harrison, et les notes de -M. Wheatley _on Norden's map of London_ 1593, insérées dans cette même -édition, t. I, p. XCIX, New Shakspere Society, 1877. - - -(3) PÉTITION RELATIVE À UN VIEUX PONT DE BOIS DONT LES ARCHES ÉTAIENT -TROP BASSES ET TROP ÉTROITES POUR LAISSER PASSER LES BATEAUX -(p. 22).--«Unto the ryght wise and discrete comons of this present -parlement; Besecheth mekely the comons off the countees of York, Lincoln, -Notyngham and Derby; That where as ther is, and of longe tyme hath been, -an usuall and a commune passage fro dyvers and many parties of the seid -countees unto the citees of York, Hull, Hedon, Holdernes, Beverley, -Barton and Grymesby, and so forth by the hie see, by the costes, unto -London and elles where, with all maner of shippes charged with wolle, -leed, stone, timbre, vitaille, fewaille, and many other marchandises, by -a streme called the Dike, in the counte of York that daiely ebbith and -floweth; over which streem ys made a brigge of tymbre called Turnbrigg, -in the parisshe of Snayth in the same counte, so lowe, so ner the streem, -so narrowe and so strayte in the archees, that ther is, and of long tyme -hath been a right perilous passage, and ofte tymes perishinge of dyvers -shippes; and at every tyme of creteyne and abundaunce of water, ther may -no shippees under the seid brigge, by the space of half a yere or more, -and also a grete partie of the countees to the seid ryver ajonyng, is -yerely by the space of XXth myles and more surrownded, by cause of the -lowenes and straitenes of the said brigge, to the grete hurt and damage -as well to the kyng in his customes and subsidys, that shuld growe to him -of the seid marchaundises, chargeable with suche diverse, as to the seid -shires, countres, cites and burghes and the inhabitants of theim.... - -«Please hit unto your right wise discretions, consideryng the premisses -to pray and beseche the kyng our soverayn lord to graunte.... that hit -shall be lefulle to what sum ever person or persons of the seid shires, -that will atte theire owne costages take away the seid brigge, and ther -with and profites therof, and in othir wise, newe edifie and bilde -anothir brigge there, lengere in lengthe by the quantite of v yerdes -called the kynges standard, and in hieght a yerd and a half by the same -yerd hiegher then the seid brigge that stondes ther nowe, aswell for -passage of all maner shippes comyng therto, and voindaunce of water under -the seid brigg as for passage of man, best and cariage, over the seid -newe brigge so to be made, with a draght lefe contenyng the space of IIII -fete called Paules fete in brede, for the voidyng thorugh of the mastes -of the schippes passinge under the seid new brigg; and that every shipmen -that wol passe under the seid brigge with their shippes, may laufully -lifte up and close the seid lef att their pleser; and that the mayster -of every shippe paie for every liftyng of the seid lef 1d to the lord of -the soille for the tyme beyng.... For the lofe of Godd and in waye of -charite.» - -. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -«_Responsio._ Le Roy de l'advys et assent de lez seignurs espirituelx et -temporalx et les communes esteantz en cest present parlement, ad graunté -tout le contenue en icell petition en toutz pointz.» - -_Rotuli parliamentorum_, t. V, p. 43, 20 Henri VI, année 1442. - - -(4) PÉTITION CONCERNANT LES OFFRANDES FAITES À LA CHAPELLE D'UN PONT -(p. 25).--«A nostre seigneur le roi et à soun conseyl, monstre -lour povre chapeleyn Robert le Fenere, parsone de l'esglise de Seint -Clément de Huntendon de l'évesché de Nichole (Lincoln) q'il i a une -petite chapele de novel édefié en sa paroche suz le pount de Huntendon, -de quele chapele nostre seigneur le roi ad granté et bayllé la garde tan -ke ly plest à un sir Adam, gardeyn de la meson Seint Johan de Huntendon, -qy prente et enporte totes manere offrendres et aumoignes, et rien ne met -en amendement del pont ne de la chapele avant dite, come il est tenu. -D'autre parte, il semble prejudiciall à Dieu et Seynt Église qe offrendre -soit approprié à nuly sinon à la parsone deynz qy paroche la chapele est -fundu. Par quey le dite Robert prie, pur Dieu et Seint Église et pur les -almes le père à nostre seigneur le roy et ces auncestres, k'yl puisse -aver la garde de la dite chapele annexe à son église, ensemblement ove la -charge de pount, et yl mettra de soen ove tote sa payne de bien -meyntener les, à meylour volunté qe nul estraunge, à profit et honour de -Seinte Église, pur Dieu plere et totez gentz illoks passauntz. - -«_Resp._ Non est peticio parliamenti.» - -_Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 88, année 1334. - - -(5) LE PONT DE LONDRES ET SON ENTRETIEN (p. 28).--Voir dans le _Liber -niger scaccarii_, édition Hearne, Londres, 1771, 2 vol. 8º, t. I, p. -470* et s., une série de curieuses patentes se rapportant au pont de -Londres: p. 471, patente de Jean consacrant à l'entretien du pont l'impôt -que payent les marchands étrangers établis à Londres;--patente d'Henri -III adressée «aux frères et chapelains de la chapelle de Saint-Thomas sur -le pont de Londres et aux autres personnes _habitant sur le même pont_», -pour leur faire connaître que le couvent de l'hôpital Sainte-Catherine -près la Tour percevra les revenus et se chargera des réparations du -pont;--p. 472, concession des mêmes charges et revenus à la -reine;--patente d'Édouard Ier (janvier 1281) prescrivant une quête -générale par tout le royaume pour parer au mauvais état de -l'édifice;--patente du même roi (4 février 1282) ordonnant la perception -d'une taxe extraordinaire à cause de la catastrophe qui est survenue: -«Rex majori suo London' salutem. Propter subitam ruinam pontis London' -vobis mandamus quod associatis vobis duobus vel tribus de discretioribus -et legalioribus civibus civitatis prædictæ, capiatis usque ad -parliamentum nostrum post Pasch' prox' futur', in subsidium reparationis -pontis predicti, consuetudinem subscriptam, videlicet, de quolibet homine -transeunte aquam Thamisiæ ex transverso ex utraque parte pontis London' -occasione defectus reparationis pontis predicti unum quadrantem, de -quolibet equo sic transeunte ibidem unum denarium, de quolibet summagio -sic ibidem transeunte unum obolum. Set volumus quod aliquid ibidem hac -occasione interim capiatur nisi in subsidium reparationis pontis supra -dicti. In cujus, etc. Teste rege apud Cirencestr', iiijº die Februarij.» - -La même année le roi prolonge pour trois ans le terme pendant lequel -cette taxe exceptionnelle sera levée. Enfin, la trente-quatrième année de -son règne, Édouard Ier établit un tarif très détaillé des droits que -payeront à l'avenir toutes les marchandises, les voyageurs, les bestiaux, -etc., passant sur ou sous le pont (p. 478). Quant à la «ruine subite» qui -avait été la cause de l'établissement de toutes ces taxes, Stow la -raconte ainsi: - -«King Edward kept his feast of christmas (1281) at Worcester. From this -christmas till the purification of Our Lady, there was such a frost and -snow, as no man liuing could remember the like, wherethrough, fiue arches -of London bridge, and all Rochester bridge were borne downe, and carried -away with the streame, and the like hapned to many bridges in England.» - -_Annales or a generall chronicle of England_, Londres, 1631, fol., p. -201. - - -(6) ENQUÊTES RELATIVES A L'ENTRETIEN DES PONTS (p. 31).--On trouve en -grand nombre des exemples de ces enquêtes dans le recueil publié par la -«Record commission», _Placitorum in domo capitulari Westmonasteriensi -asservatorum abbreviatio_ (Londres, 1811 fol.): - -Cas d'un abbé obligé explicitement, en raison des conditions de sa -tenure, de réparer un pont, p. 205 (11-12 Éd. I). - -Convention entre deux abbés pour la construction de plusieurs ponts, p. -205 (12 Éd. I). - -Discussion relative à la construction d'un pont à Chester, p. 207(13 Éd. -I). - -Refus par l'abbé de Coggeshale de réparer un pont: «Per juratores, Abbas -de Coggeshale non tenetur reparare pontem de Stratford inter Branketre et -Coggeshale, eo quod de tempore memorie, non fuit ibidem alius pons quam -quedam planchea de borde super quam omnes transeuntes salvo et secure -transire potuerunt,» p. 303 (1 Éd. II). - -«Distringantur villate de Aswardeby et Skredington ad reparandum pontes -in pupplica strata inter Lafford et ecclesiam de Stowe, juxta -inquisicionem inde captam anno LVI Henrici iij coram Gilberto de Preston -et sociis suis in comitatu Lincolniensi itinerantibus, per breve ejusdem -regis,» p. 305 (2 Éd. II). - -Détermination de la personne qui doit réparer le pont de Chesford, p. 314 -(6 Éd. II). - -Refus de l'abbé «de Fontibus» de réparer le pont de Bradeley, p. 318 (7 -Éd. II). - -Affaire de Hamo de Morston, p. 328 (11 Éd. II). - -Réparation des ponts de Exhorne, Hedecrone et Hekinby dans le comté de -Kent, p. 339 (15 Éd. II). - -Enquête sur le pont de Claypole. Il est reconnu que les habitants de -Claypole sont tenus de le réparer: «Ideo preceptum est vicecomiti -Lincolniensi quod distringat homines predicte ville de Claypole ad -reparandum et sustentandum pontem predictum in forma predicta,» p. 350(18 -Éd. II), etc. - - -(7) L'ENTRETIEN DES ROUTES (p. 31).--Pour les routes comme pour les -ponts, on trouve assez fréquemment des requêtes de particuliers qui -demandent à percevoir une taxe sur les passants, à charge de réparer le -chemin. Ex.: «Walter Godelak de Walinford pet' aliquam consuetudinem dari -de qualibet carecta de marcandisis transeun' per viam inter Jowemersh et -Newenham, propter profunditatem et emendationem ejusdem vie.» - -«_Resp._ Rex nil inde faciet.» - -_Rotuli parliamentorum_, t. I, p. 18 (18 Éd. I). - -Une dame s'arroge le droit de lever une taxe sur les passants: «A nostre -seigneur le roi.... montre la communalté des gentz du countée de -Notyngham passauntz entre Kelm et Newur, qe par la où le haut chimyn -ledit nostre seignur le roi soleit estre entre lesdites deuz villes, à -touz gentz fraunchement à passer, à chival, à charettes, et à pée, de -temps dont il n'ad memore, la dame de Egrum ad accroché à lui ledit -chimyn en severalté, pernauntz des gentz illoeqes passauntz grevous -raunçouns et exacciouns; en desheritaunce du roy et de sa corone et à -graunt damage du poeple.» - -Le roi ordonne une enquête (18 Éd. II). _Rotuli_, t. I, p. 424. - -Quelquefois les shériffs, dans leurs tournées, décidaient la levée de -taxes sur ceux qui ne réparaient pas les routes; la loi, comme on a vu, -le leur permettait; mais les gens mis à l'amende protestaient devant le -parlement sous prétexte que les chemins et les ponts étaient _assez -suffisants_: «Item supliont humblement les communes de vostre roiaume, si -bien espirituelx come temporelx et soy compleynont qe plusours visconts -de vostre dit roialme feynont et procuront présentements en lour turnes -qe diverses chimyns, pontes et caucés sont defectives pur non-reparation, -au purpos et entent d'amercier abbés, priours et séculers, aucun foitz à -dys liveres, aucun foitz à pluis, aucun foitz au meyns; et les ditz -amerciaments levont par lour ministres appelez Outryders, saunz délaye ou -ascun responce des parties, là où les dites chimyns, pontes et caucées -sont assetz sufficiantz, ou par aventure nient en charge des ditz -amerciez.... - -«_Resp._ Soit la commune leye tenuz et les amerciamentz resonables en ce -cas.» - -_Rotuli_, 7-8 II. IV, t. III, p. 598. - - -(8) LES ROUTES ET LES PONTS DES ENVIRONS DES GRANDES VILLES (p. 36).--Les -environs de Paris vers le même temps présentaient des routes et des ponts -tout aussi mal entretenus que ceux du voisinage de Londres. Charles VI, -dans une de ses ordonnances, constate que les haies et les ronces ont -envahi beaucoup de chemins, qu'il en est même au milieu desquels des -arbres ont poussé: - -«.... Dehors ladicte ville de Paris, en plusieurs lieux de la banlieue, -prévosté et vicomté d'icelle, a plusieurs chauciées, pons, passages et -chemins notables et anciens, lesquelz sont moult empiriez, dommagiez ou -affondrez et autrement empeschiez, par ravines d'eaues, par grosses -pierres, par haies, ronces et autres plusieurs arbres qui y sont creuz et -par plusieurs autres empeschemens qui y sont advenuz, parce qu'il n'ont -point esté soustenuz et que l'en n'y a point pourveu ou temps passé, et -sont en si mauvais estat que l'en n'y peut passer seurement à pié, à -cheval ne à charroy sans grans périlz ou inconvéniens; et les aucuns -d'iceulx sont délessiez de tous poins parce que l'en n'y peut -converser....» Ordre au prévot de Paris de faire faire les réparations -par tous ceux à qui il appartient, et au besoin d'y contraindre par force -«tous» les habitants des villes du voisinage des ponts ou chaussées. -(Ordonnance du 1er mars 1388. Recueil d'Isambert, t. VI, p. 665.) - - -(9) VOYAGES DU ROI.--PÉTITIONS ET STATUTS CONCERNANT LES POURVOYEURS -ROYAUX (p. 42).--«Nullus vicecomes vel ballivus noster vel aliquis alius -capiat equos vel carettas alicujus pro carriagio faciendo, nisi reddat -liberacionem antiquitus statutam; scilicet pro una caretta ad duos equos -decem denarios per diem, et pro caretta ad tres equos quatuordecim -denarios per diem.» Grande charte d'Édouard Ier, 1297; _Statutes of -the realm_, Londres, 1810, fol.; 25 Éd. II, ch. XXI. - -«Item pur ceo qe le poeple ad esté moult grevé de ceo qe les bledz, -feyns, bestaill, et autre manere de vitailles et biens des gentz de mesme -le poeple, ont esté pris, einz ces houres... dont nul paiement ad esté -fait...,» etc. (Considérants du statut 4 Éd. III, ch. III.--_Statutes of -the realm_, année 1330.) Voir encore le statut 36 Éd. III, ch. II. - -Pétition des communes, 25 Éd. III, 1351-52 (_Rotuli parliamentorum_, t. -II, p. 242): «Item prie la commune qe là où avant ces heures les -botillers nostre seigneur le roi et lour deputez soleient prendre moult -plus de vyns à l'oeps le roi qe mestier ne fust; desqueux ils mettont les -plus febles à l'oeps le roi et les meliours à lour celers demesnes à -vendre, et le remenant relessont à eux desqueux ils les pristrent, pur -grantz fyns à eux faire pur chescun tonel, à grant damage et -empoverissement des marchantz....» - -Les habitants des comtés de Dorset et de Somerset se plaignaient de même -de ce que le shériff de ces comtés leur avait pris «cynk centz quarters -de furment et trois centz bacouns, à l'oeps le roi, come il dist, et il -ne voillast pur sa graunt meistrie et seigneurie allower pur vintz -quarters fors qe dis deniers, là où il vendist après pur XV deniers. Par -quey vos liges gentz sount grauntement endamagé et vous, chier seigneur, -n'estes servy des blées et des bacounes avauntditz....» (4 Éd. III, -_Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 40.) - -Pétition des communes au Bon Parlement de 1376: «Item prie la commune qe -come le roi de temps passé et ses progenitours, nobles princes, soleient -avoir lour cariage, c'est assaver chivalx, charietz et charettes pur -servir leur hostiel: et ore les purveours de l'hostel nostre dit seigneur -le roi pur défaut de sa propre cariage et de bone governance prenont -chivalx, charietz et charettes des povres communes, la environ par X -leukes où le roi tient son hostel, si bien des gentz de loigne pays par -XXIIII leukes ou LX passantz par la chymyne come des gentz demurrantz en -mesme le pays, en grande arrerissement et poverisement des dites -communes....» (_Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 351). - -Plainte du clergé d'être soumis lui-même aux exactions des pourvoyeurs -(1376): «Item provisores et ministri regis pro provisionibus regiis -faciendis feodum et loca ecclesiastica, invitis viris ecclesiasticis seu -eorum custodibus non intrent, nec animalia aliaque res et bona inde -auferant, prout fecerint et faciunt nunc indies, contra ecclesiasticam -libertatem et constitutiones sanctorum patrum et statuta regni edita in -hac parte. Nec in via extra feoda et loca predicta predictorum virorum -cariagium carectave capiant vel arrestent.» - -«_Resp._ Le roi le voet.» (_Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 358). - -Les mêmes abus existaient en France et on peut lire dans le recueil -d'Isambert de nombreuses ordonnances conçues exactement dans le même -esprit et répondant aux mêmes plaintes: ordonnances de Philippe le Bel en -1308, de Louis X en 1342, de Philippe VI qui veut que «preneurs pour -nous» ne puissent prendre que s'ils ont «lettres nouvelles de nous», ce -qui suppose l'existence de faux pourvoyeurs comme en Angleterre. Jean -renouvelle toutes les restrictions de ses prédécesseurs, 25 décembre -1355. - - -(10) LES TOURNÉES DES MAGISTRATS ET FONCTIONNAIRES ROYAUX -(p. 51).--.... «Nec liceat alicui vicecomiti vel ballivo tenere -turnum suum per hundred' nisi bis per annum.» (_Fleta_, liv. II, ch. -LII.) Le peuple redoutait beaucoup les abus qui pouvaient se produire sur -ce point: Pétition des communes au Bon Parlement de 1376: «Item où de -ancien temps ad esté custume qe les presentours dussent présenter les -articles du lete et de vewe de frank plegg tan soulement deux foitz par -an, les baillifs avaunt ditz fount les povres gentz et les husbandes de -pais, qeux dussent travailer en leur labours et leur husbandriez et pur -le commune profit, venir de trois semaignes en trois à lour wapentachez -et hundredez, par colour de presentement avoir, et rettent leur labours -et leur husbanderiez au terre, sinoun q'ils leur veullent doner tiels -ransons et fyns q'ils ne purront sustener ne endurer.... - -«_Resp._ Il y ad estatutz suffisamment.» - -D'autres fois, les communes font observer que les visites du juge errant -sont, pour les habitants, une cause de trouble et de dépense tout à fait -insupportable en temps de guerre; le roi supprime pour la durée de la -guerre les tournées des magistrats, sauf dans le cas où il se produirait -quelque incident «horrible»: - -«Item, priont les comunes au roi leur seigneur q'il ne grante en nulle -partie du roialme eire ne trailbaston durante la guerre, par queux les -communes purront estre troblez ne empoverés, fors qe en horrible cas. - -«_Resp._ Le roi le voet.» - -_Rotuli parliamentorum_, t. II, p. 305, 45 Éd. III, 1371. - - -(11) LES VÊTEMENTS DU MOINE MONDAIN (p. 54).--D'après Chaucer: - - I saugh his sleves purfiled atte hond - With grys, and that the fynest of a lond - And for to festne his hood undur his chyn - He hadde of gold y-wrought a curious pyn: - A love-knotte in the gretter ende ther was. - - (Prologue des _Canterbury tales_.) - -D'après le concile de Londres (1342): - -«....Militari potius quam clericali habitu induti superiori, scilicet -brevi seu stricto, notabiliter tamen et excessive latis, vel longis -manicis, cubitos non tegentibus (tangentibus dans Labbe) sed pendulis, -_crinibus cum_ (2 mots qui ne figurent pas dans L.) furrura vel sendalo -revolutis, et ut vulgariter dicitur, reversatis, ac caputiis cum tipettis -miræ longitudinis, barbisque prolixis incedere, et suis digitis annulos -indifferenter portare publice, ac zonis stipatis pretiosis miræ -magnitudinis supercingi, et bursis cum imaginibus variis sculptis, -amellatis (annelatis, L.) et deauratis, et ad ipsas patenter cum -cultellis, ad modum gladiorum pendentibus, caligis etiam rubeis, -scaccatis et viridibus, sotularibusque rostratis et incisis multimode, ac -croperiis (propriis, L.) ad sellas, cornibus ad colla pendentibus, -epitogiis _ac clochis_ (2 mots supprimés, L.) furratis, uti patenter ad -oram, contra sanctiones canonicas temere non verentur, adeo quod a laicis -vix aut nulla patet distinctio clericorum...» Wilkins, _Concilia Magnæ -Britanniæ_, Londres, 1737, 2 vol, fol. t. II, p. 703 (Labbe, _Sacrosancta -concilia_, année 1342). - -D'après le concile d'York (1367): - -«Nonnulli... vestes publice deferre præsumpserunt deformiter decurtatas, -medium tibiarum suarum seu genua, nullatenus attingentes... ad jactantiam -et suorum corporum ostentationem...» (Labbe, _ibid._, t. XXVI, col. -467-8.) - - -(12) REFUS PAR UN SHÉRIFF DE LONDRES DE LOGER CHEZ LUI DES GENS DE LA -MAISON DU ROI (p. 60).--«Placita aulæ domini regis apud Turrim -Londiniarum, coram T. le Blunt, senescallo et marescallo hospitii domini -regis.... anno regis Edwardi, filii regis Edwardi, decimo nono.--Johannes -de Caustone, unus vicecomitum Londoniarum, attachiatus fuit ad -respondendum domino regi de contemptu infra virgam, etc., sicut Alanus -de Lek, serviens hospitator hospitii ejusdem domini regis, qui pro eo -sequitur, dicit. - -«Et unde idem Alanus, qui sequitur, etc., dicit quod cum idem dominus -rex, cum familia sua, apud Turrim Londoniarum, die lunæ proxima post -festum translationis Sancti Thomæ martyris, anno regni ejusdem regis nunc -decimo nono, ibidem pro voluntate sua perhendinare venisset, ac idem -Alanus eisdem die et anno quemdam Ricardum de Ayremynne, secretarium -ejusdem domini regis, ad domum prædicti Iohannis de Caustone, in civitate -Londoniarum apud Billyngesgate situatam, prout officio suo incubuit -hospitasset, et, ad cognitionem liberationis ejusmodi signum consuetum -cum calce super portas domus predictæ, prout moris est, fecisset, nec non -homines et servientes cum equis et, hernesiis ipsius Ricardi infra -liberationem prædictam posuisset; præfatus vicecomes, die et anno supra -dictis, in præsentia domini regis et infra virgam etc., ipsam Alani -liberationem hujusmodi fieri non permisit, signum quia prædictum -malitiose deposuit, necnon homines et servientes prædictos omnino inde -fugavit, in contemptum domini regis M. librarum; et hoc paratus est -verificare pro domino regi. - -«Et Johannes de Caustone venit et defendit vim et injuriam quando, -etc..., et dicit quod in nullo est inde culpabilis et de hoc ponit se -super patriam. - -«Et super hoc major et cives Londonarium veniunt et dicunt quod in charta -domini Henrici regis avi domini regis nunc, nuper civibus Londoniarum de -diversis libertatibus facta, continetur quod infra muros civitatis, -necque in la Portsokne, nemo capiat hospitium per vim vel per -liberationem marescalli; quam quidem chartam dominus rex nunc... -confirmavit.... - -«Et proferunt breve domini regis senescallo et marescallo hic directum, -per quod dominus rex eis mandavit quod cives prædictos libertatibus suis -prædictis et earum qualibet, coram eis absque impedimento uti et gaudere -permittant, juxta tenorem chartæ confirmationis.... Et dicunt quod -virtute concessionis prædictæ, hujusmodi liberationes hospitorum ad -quemlibet adventum domini regis in civitate prædicta, fieri solebant per -majorem, vicecomites et ministros civitatis prædictæ, in præsentia -marescalli hospitii prædicti, et non per alios, sicut antiquitus fieri -consuevit, et quod libertate illa usque jam uno anno elapso quod dictus -Alanus de Leek impedivit eos, semper a tempore concessionis chartæ -prædictæ, usi fuerunt; unde petunt libertatem suam prædictam eis -allocari, etc. - -«Dies datus est eis de audiendo judicio suo ad præfatum diem, etc.. Et -interim loquendum est cum rege, etc. Ad quem diem tam prædictus Alanus -qui sequitur, etc., quam prædictus Johannes in nullo est culpabilis de -contemptu prædicto, sicut ei imponitur... Et quia testificatum est coram -domino regi et ejus consilio per Johannem de Westone, nuper marescallum -hospitii prædicti, etc., et non per alios; consideratum est quod prædicti -major et cives hujusmodi libertate liberationis hospitorum infra -civitatem prædictam faciendæ de cætero utantur.... Salvo jure regis, -etc.» - -_Liber albus_, éd. Riley, p. 303. - - -(13) EXACTIONS DE CERTAINS GRANDS SEIGNEURS EN VOYAGE (p. 62).--Pétition -des communes au parlement (_Rotuli_, t. I, p. 290, 8 Éd. II, A. D. 1314): - -«Item par là où asquns grantz seignurs de la terre passent parmi le pays, -ils entrent en maners et lieus de Seint Eglise et des autres, et pernent -saunz congé le seignur et les baillifs gardeyns de meisme les leus, et -encontre lour volunté, ceo q'il voillent saunz rien paer, encontre la lei -et les ordenaunces, non pas eaunz regard à l'escomenge (excommunication) -doné encontre tutz tels. Et si homme les devi rien, debrisent les eus par -force, et pernent et enportent ceo qe beal lour est, et batent les -ministres et destruent les biens, plus qe il ne covendreit, et autres -grevouses depiz ultrages fount. - -«Item il prenent charettes et chivaux de fair lour cariages à lour -voluntez saunz rien paer et des queux nientefoitz james n'est faite -restoraunce à ceux qi les devient; ne il n'osent suire ne pleindre pur le -poair de diz seignur qar s'il le facent ils sont honiz ou en corps ou en -chateux; par quoi ladite comuneauté prie qe remedie soit fait en tels -ultrages.» - - -(14) PASSAGE DE L'HUMBER EN BAC (p. 68).--Pétition des habitants d'East -Riding: «.... Ad petitionem hominum de Estriding petenc' remedium super -nimia solucione exacta ad passagium de Humbr' ultra solitum modum,» le -roi prescrit l'ouverture d'une enquête avec pouvoir aux commissaires de -rétablir les choses dans l'état primitif (_Rotuli parliamentorum_, 35 -Éd. I, année 1306, t. I, p. 202). - -Nouvelle pétition sous Édouard II (8 Éd. II, 1314-5, t. I, p. 291): «A -nostre seigneur le roi et à son consail se pleint la comunauté de sa -terre qe par là où homme soleit passer Humbre entre Hesel et Barton, -homme à chival pour dener, homme à pée pur une maele, qe ore sunt il, par -extorsion, mis à duble; et de ceo priunt remedi pur Dieu.» Le roi en -réponse ordonne que les maîtres du passage ne prennent pas plus -qu'autrefois, «vel quod significent causam quare id facere noluerint». - - -(15) LES AUBERGES ET LES CABARETS DE GRANDS CHEMINS (pp. 66 et -73).--Édouard III eut plusieurs fois occasion dans ses statuts -d'enjoindre aux «hostelers et herbergers», c'est-à-dire aux aubergistes, -de vendre leurs provisions à des prix raisonnables. Ex. statuts 23 Éd. -III, ch. VI, et 27 Éd. III, st. I, ch. III. Dans ce dernier statut, le -roi prend des mesures pour parer aux «grantz et ontraieouses chiertées -des vitailles qe les hostelers des herbergeries et autres regratours de -vitailles fount par tout le roialme, à grant damage du poeple qi passe -parmie le roialme». _Statutes of the realm_, t. I, p. 330, année 1353. - -Portrait de la tavernière par Skelton: - - Her nose somdele hoked - And camously croked - Neuer stoppynge, - But euer droppynge, - Her skynne lose and slacke - Grained like a sacke; - With a croked backe. - . . . . . . . . . . . . . . . - - She breweth noppy ale, - And maketh therof port sale - To trauellars, to tynkers, - To sweters, to swynkers, - And all good ale drinkers. - -Comment on vient la trouver: - - Some go streyght thyder, - Be it salty or slyder - They holde the hye waye, - They care no what men say, - Be that as be may; - Some lothe to be espyde, - Start in at the backe syde, - Ouer the hedge and pale, - And all for the good ale. - -Comment on la paye: - - Instede of coyne and monny, - Some brynge her a conny, - And some a pot with honny, - Some a salt, and some a spone. - Some their hose, some theyr shone. - -Quant aux femmes, l'une apporte: - - . . . . . . her weddynge rynge, - To pay for her scot - As cometh to her lot. - Som bryngeth her husbandes hood, - Because the ale is good. - -_Elynour Rummynge._--_The poetical works of John_ _Skelton_, édition -Dyce, Londres, 1843, 2 vol. 8º, t. I, p. 95. - - -(16) LE DROIT D'ASILE (p. 89).--L'Église maintient ce droit. Châtiment -d'un Anglais pour avoir violé l'asile de l'église des carmes de -Newcastle: «.... videlicet quod diebus Lunæ, Martis et Mercurii in -hebdomada festi Pentecostes proxime futuri, ad valvas dictæ ecclesiæ -Beati Nicolai, discalceatus, nudato capite, et roba linea solum indutus, -astante ibidem populi multitudine, fustigationes a vobis publice -recipiat, causam suæ pœnitentiæ exprimens in vulgari, suum pariter in -hac parte confitendo reatum; et quod hujusmodi fustigationibus sic -receptis ibidem, ad ecclesiam cathedralem Dunelmensem, discalceatus, -nudato capite, et vestitus ut præmittitur idem Nicholaus vos, eum -subsequentes, antecedat, ad fores dictæ ecclesiæ cathedralis, dictis -tribus diebus consimiles fustigationes a vobis recepturus, cum -expressione culpæ supradicta.» _Rigistrum palatinum Dunelmense_, éd. de -Sir Th. D. Hardy, Londres, 1873, 4 vol. 8º, t. I, p. 315, année 1313. - -Sur cette question les conciles étaient formels: «Firmiter inhibemus ne -quis fugientes ad ecclesiam, quos ecclesia debet tueri inde violenter -abstrahat, aut ipsos circa ecclesiam obsideat, vel abstrahat victualia.» -_Concilium provinciale scoticanum_, A. D. 1225, dans Wilkins, _Concilia -Magnæ Britanniæ et Hiberniæ_, Londres 1737, 4 vol. fol., t. I, p. 616. - -Il fallait avoir bien soin de se réfugier dans une véritable église, -dûment consacrée; c'est ce que montrent les procès-verbaux consignés -dans les _Year-Books_. Voici un cas du temps d'Édouard Ier (éd. -Horwood, p. 541, Collection du Maître des rôles): «Quidam captus fuit pro -latrocinio et ductus coram justiciariis et inculpatus dixit: Domine, ego -fui in ecclesia de N. et dehinc vi abstractus, unde imprimis peto juris -beneficium quod mittar retro ibi unde fui abstractus.--JUSTICIARIUS. Nos -dicius quod ecclesia nunquam fuit dedicata per episcopum.--PRISO. Sic, -domine.--JUSTICIARIUS. Inquiratur per duodecim:--Qui dixerunt quod illa -ecclesia nunquam fuit dedicata per episcopum.--JUSTICIARIUS. Modo oportet -te respondere.--PRISO. Sum bonus et fidelis: ideo de bono et malo pono, -etc. (formule de soumission à la décision du jury: _patriam_).--Duodecim -nominati exiverunt ad deliberandos (_sic_).» Le résultat final n'est pas -donné. Les _Year-Books_ font assez souvent mention de cas où le droit -d'asile est invoqué, ce qui montre que les voleurs ne négligeaient pas -cet avantage. - -Le félon réfugié dans un sanctuaire et qui se décidait à «forjurer le -royaume», prêtait serment en ces termes: «Hoc audis, domine coronator, -quod ego N. sum latro bidentium vel alicujus alterius animalis vel -homicida unius vel plurium et felonus domini regis Anglie. Et quia multa -mala vel latrocinia hujusmodi, in terra sua feci, abjuro terram domini E. -regis Anglie; et quod debeo festinare me versus portum de tali loco quem -mihi dedisti; et quod non debeo abire de alta via, et si faciam, volo -quod sim captus sicut latro et felonus domini regis; et quod ad talem -locum diligenter queram transitum; et quod expectabo illic nisi fluxum et -refluxum, si transitum habere potero, et nisi tanto spatio transitum -habere potero, ibo quolibet die in mare usque ad genua («usque ad -collum,» selon le _Fleta_, liv. I, ch. XXIX) tentans transire; et nisi -hoc potero infra quadraginta dies continuos mittam me iterum ad -ecclesiam, sicut latro et felonus domini regis. Et sic Deus me adjuvet!» -(_Statutes of the realm_, t. I, p. 250.) - - -(17) ABUS RÉSULTANT DU DROIT D'ASILE (p. 95).--Pétition des communes -(_Rotuli parliamentorum_, t. III, p. 503, année 1402): «Item prient les -communes, coment diverses persones des divers estatz, et auxi apprentices -et servantz des plusours gentz, si bien demurrants en la citée de -Loundres et en les suburbes d'icell, come autres gents du roialme al dite -citée repairantz, ascuns en absence de lour meistres, de jour en autre -s'enfuyent ove les biens et chatelx de lour ditz mestres à le college de -Seint Martyn le Grant en Loundres, à l'entent de et sur mesmes les biens -et chateux, illeoqes vivre à lour voluntée saunz duresse ou exécution du -ley temporale sur eux illeoqes ent estre faite, et là sont ils resceux et -herbergéez, et mesmes les biens et chateux par les ministres du dit -college al foitz seiséez et pris come forffaitz à le dit college. Et auxi -diverses dettours as plusours marchantz, si bien du dite citée, come -d'autres vaillantz du roialme, s'enfuyent de jour en autre al dit college -ove lour avoir à y demurrer à l'entent avaunt dit. Et ensement plusours -persones au dit college fuéez et là demurrantz, pur lour faux lucre, -forgent, fount et escrivent obligations, endentures, acquitances, et -autres munimentz fauxes, et illeoqes les enseallent es nouns si bien de -plusours marchantz et gentz en en la dite citée demurantz, come d'autres -du dit roialme à lour disheriteson et final destruction.... Et en quelle -college de temps en temps sount receptz murdres, traitours, larouns, -robbours et autres diverses felouns, malfaisours et destourbours de la -pées nostre seignur le roy, par jour tapisantz et de noet issantz pur -faire lour murdres, tresons, larcines, robbories et félonies faitz, al -dit college repairent.» - -Le roi se borne à promettre vaguement que «raisonable remédie ent serra -fait»: - -Discours de Buckingham pour la suppression du droit d'asile (sous Richard -III): - -«What a rabble of theues, murtherers, and malicious heyghnous traitours, -and that in twoo places specyallye.... Mens wyues runne thither with -theyr housebandes plate, and saye, thei dare not abyde with theyr -housbandes for beatinge. Theues bryng thyther theyr stolen goodes, and -there lyue thereon. There deuise they newe roberies; nightlye they steale -out, they robbe and reue, and kyll, and come in again as though those -places gaue them not onely a safe garde for the harme they haue done, but -a license also to doo more.» - -Paroles de la reine: - -«In what place coulde I recken him sure, if he be not sure in this -sentuarye whereof was there neuer tiraunt so deuelish, that durste -presume to breake... For sothe he hath founden a goodly glose, by whiche -that place that may defend a thefe, may not saue an innocent....» - -_The history of king Richard the thirde (unfinished) writen by master -Thomas More, than one of the under Sherriffs of London: aboute the yeare -of our Lorde 1513_, Londres, 1557; réimprimé par S. W. Singer, Chiswick, -1821, 8º. - - -(18) LES EMPIRIQUES DU QUATORZIÈME SIÈCLE (p. 109).--Recette de Gaddesden -contre la petite vérole: «Capiatur scarletum rubrum et qui patitur -variolas involvatur in illo totaliter, vel in alio panno rubro; sicut ego -feci quando inclyti regis Angliæ filius variolas patiebatur; curavi ut -omnia circa lectum essent rubra, et curatio illa mihi optime successit.» - -Recette contre la pierre: «Habui calculosum quem per longum tempus non -potui sanare; tandem curavi mihi colligi scarabæos multos qui inveniuntur -in stercoribus boum in æstate et cicadas quæ cantant in campis: et -ablatis capitibus ac alis de cicadis, posui illas cum scarabæis in oleo -communi in olla: qua obturata, collocavi postea in furnum in quo panis -iacuit, et reliqui illam illic per diem et noctem, extractaque olla, ad -ignem calefeci modicum, et totum simul contrivi, tandem renes et pectinem -inunxi: et intra triduum cessavit dolor, lapisque comminutus et fractus -est, atque exivit.» - -_Joannis Anglici praxis medica rosa anglica dicta_, Augsbourg, 1595, 2 -vol. 4º, t. II, p. 1050, et t. I, p. 496. - - -(19) LES MÉNESTRELS, JONGLEURS ET CHANTEURS AMBULANTS; LES SUJETS DE -LEURS CHANSONS (p. 117). - - Men lykyn Iestis for to here - And romans rede in diuers manere - Of Alexandre the conqueroure, - Of Iulius Cesar the emperoure, - Of Grece and Troy the strong stryf, - There many a man lost his lyf, - Of Brute that baron bold of hond - The first conqueroure of Englond, - Of kyng Artour that was so riche: - Was non in his tyme him liche - . . . . . . . . . . . . . . . . . . - How kyng Charlis and Rowlond fawght - With sarzyns nold they be cawght, - Of Trystrem and of Ysoude the swete - How they with love first gan mete, - Of kyng Iohn and of Isombras, - Of Idoyne and of Amadas, - Stories of diuerce thynggis, - Of pryncis, prelatis and of kynggis, - Many songgis of diuers ryme - As english frensh and latyne. - -_Cursor mundi, the cursur o the world_, a northumbrian poem of the -XIVth century, ed. R. Morris, 1874, etc., 6 vol. 8º, t. V, p. 1651. - - «Do come,» he seyde, «my minstrales, - And gestours for to tellen tales - Anon in my arminge; - Of romances that been roiales - Of popes and of cardinales, - And eek of loue lykinge.» - - _Canterbury tales._--_Rime of Sir Thopas._ - . . . . . . . . . . . . . . . - Of alle manner of minstrales, - And jestours, that tellen tales - Both of weeping and of game. - -_House of fame_, liv. III. - -_Activa vita_ dans Langland montre qu'elle n'est pas un ménestrel en -déclarant qu'elle ne sait pas jouer du tambourin ni réciter de belles -gestes héroïques: - - Ich can nat tabre ne trompe · ne telle faire gestes. - -_The Vision of William_, etc., texte C, _passus_ XVI, vers 206. - -Dans le manuel de conversation appelé _La manière de langage_, composé au -quatorzième siècle par un Anglais (publié par M. Paul Meyer, _Revue -critique_, t. X, p. 373), on voit que le voyageur de distinction écoutait -à l'auberge des musiciens et mêlait au besoin sa voix à leur musique: -«Doncques viennent avant ou présence du signeur les corneours et -clariouers ov leur fretielles et clarions, et se comencent à corner et -clariouer très [fort], et puis le signeur ou ses escuiers se croulent, -banlent, dancent, houvent et chantent de biaux karoles sanz cesser -jusques à mynuyt.» - - -(20) RÉCEPTION DES MÉNESTRELS DANS LES CHATEAUX (p. 118).--Horn et ses -compagnons, dans le roman de _King Horn_ se déguisent en ménestrels et se -présentent à la porte du château de Rymenhild: - - Hi ȝeden bi the grauel - Toward the castel, - Hi gunne murie singe - And makede here gleowinge. - Rymenhild hit gan ihere - And axede what hi were: - Hi sede, hi weren harpurs, - And sume were gigours. - He dude Horn inn late - Riȝt at halle gate, - He sette him on a benche - His harpe for to clenche. - -_King Horn_, éd. J. Rawson Lumby, Early english text society, Londres, -1866, 8º, vers 1465. - - -(21) LES ROMANS EN ANGLETERRE: LES ORIGINES FABULEUSES DE LA NATION -(p. 118).--Les premiers romans récités en Angleterre le furent -nécessairement en français; puis on se mit à les traduire. L'ensemble des -romans anglais est traduit ou imité du français. Les modèles français -avaient grande réputation: le traducteur du roman de Guillaume de -Palerne, malgré sa liberté d'allures, affirme qu'il suit exactement le -texte français et s'en fait une gloire. - - In this wise hat William al his werke ended, - As fully as the frensche fully wold aske, - And as his witte him wold serve though it were febul. - - (_The romance of William of Palerne_.... translated.... - about A. D. 1350, éd. Skeat, 1867, 8º, v. 5521.) - -Ce même traducteur ajoute qu'il a fait son travail à la demande de -Humphrey de Bohun, comte de Hereford. Le comte lui commanda ce poème en -vue des personnes ignorant le français et qui, comme on voit, comptaient -alors (1350) parmi celles que la littérature peut intéresser: - - He let make this mater in this maner speche - For han that knowe no frensche ne neuer vnderston. - - (_Ibid._, vers 5532.) - -Layamon, au commencement du treizième siècle, inséra pour l'édification -de ses compatriotes, dans son grand poème anglais de _Brut_, les légendes -qui faisaient descendre d'Énée la race des souverains bretons. Ces -origines fabuleuses n'avaient été exposées jusque-là qu'en latin et en -français. Le _Brut_ de Layamon est en grande partie emprunté à Wace, mais -le poète indigène ajouta beaucoup à son modèle (_Layamon's Brut_, éd. -Madden, 1847, 3 vol. 8º). Quantité de romans anglais postérieurs se -réfèrent à ces origines qui ne sont plus discutées. Ainsi l'auteur de -_Sir Gawayne_ débute en rappelant qu'après le siège de Troie, Romulus -fonda Rome, «Ticius» peupla le pays Toscan, «Langaberde» la Lombardie, et -Brutus s'établit dans la Grande-Bretagne (_Sir Gawayne and the Green -Knight_, éd. Morris, 1864, 8º). Il assure à la fin son lecteur que tous -ses récits sont tirés des «Brutus bokees», ce qui était une garantie -suffisante d'authenticité. On sait que les chroniqueurs ne furent pas -moins crédules sur ce point que les faiseurs de romans; les protestations -de Giraud le Cambrien et de Guillaume de Newbury (dans le _proœmium_ de -son histoire) furent écartées, et Robert de Gloucester, Pierre de -Langtoft, Ranulph Higden («a Bruto eam acquirente dicta est Britannia,» -_Polychronicon_, éd. Babington, t. II, p. 4), l'auteur anonyme de -l'_Eulogium historiarum_ et foule d'autres chroniqueurs autorisés -accueillirent dans leurs écrits ces vaines légendes. - - -(22) LES ROMANS DU QUATORZIÈME SIÈCLE RIDICULISÉS PAR CHAUCER -(p. 122).--On trouvera des spécimens de ces romans dans le -recueil: _The Thornton romances_, éd. Halliwell, Camden society, 4º, -1844. Les romans publiés dans ce volume sont: _Perceval_, _Isumbras_, -_Eglamour_ et _Degrevant_. Le plus long n'a pas 3000 vers; _Isumbras_ -n'en a pas 1000. Le manuscrit, qui est à la cathédrale de Lincoln, -contient beaucoup d'autres romans, notamment une _Vie d'Alexandre_, une -_Mort d'Arthur_, un _Octavien_, un _Dioclétien_, sans parler d'une foule -de prières en vers, de recettes pour guérir les maux de dents, de -prédictions sur le temps, etc. - -Après une prière, ces romans débutent ainsi: - - I wille yow telle of a knyghte, - That bothe was stalworthe and wyghte, - And worthily undir wede; - His name was hattene syr Ysambrace. - - (_Isumbras._) - - Y shalle telle yow of a knyght - That was bothe hardy and wyght - And stronge in eche a stowre. - - (_Sir Eglamour._) - - And y schalle karppe off a knyght - That was both hardy and wyght - Sire Degrevaunt that hend hyght, - That dowghty was of dede. - - (_Degrevant._) - -Chaucer psalmodie sur le même ton, dans sa parodie des romans de cette -sorte: - - .... I wol telle verrayment - Of myrthe and of solas. - Al of a knyght was fair and gent - In batail and in tornament, - His name was Sir Thopas. - - (_The tale of Sir Thopas._) - -Et l'hôte l'interrompt d'un ton bourru: - - «No mor of this, for Goddes dignité!» - Quod owr Hoste, «for thou makest me - So wery of thy verry lewednesse, - That, al-so wisly God my soule blesse, - Myn eeres aken for thy drasty speche.» - - (Discours de l'hôte, après le conte - de sire Thopas, _Prologe to Melibeus_.) - - -(23) CHANSONS POPULAIRES ANGLAISES DU MOYEN AGE (p. 131).--Recueils à -consulter: - -_Ancient songs and ballads from the reign of Henry II to the Revolution_, -collected by John Ritson (édition revue par Hazlitt), Londres, 1877, -12º. - -_Political songs of England_, edited by Thomas Wright, Londres, 1839, -4º. - -_Songs and carols now first printed from a ms. of the XVth century_, -edited by Thomas Wright, Percy society, Londres, 1847, 8º. - -_Political poems and songs, from Edward III to_ _Richard III_, edited by -Thomas Wright (Collection du Maître des rôles), Londres, 1859, 2 vol. -8º. - -_Political, religious and love poems_, edited by F. J. Furnivall, -Londres, Early english text society, 1866, 8º. - -On trouvera dans ces recueils beaucoup de chansons satiriques sur les -vices du temps, sur les exagérations de la mode, le mauvais gouvernement -du roi, sur les lollards, sur les frères; des plaisanteries sur les -femmes, avec quelques chants plus relevés excitant le roi à défendre -l'honneur national et à faire la guerre: ex. dans le livre de M. -Furnivall, p. 4. Noter dans le même ouvrage le chant sur la mort du duc -de Suffolk: - -_Here folowythe a Dyrge made by the comons of Kent in the tyme of ther -rysynge, when Jake Cade was theyr cappitayn_: - - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Who shall execute ye fest of solempnite? - Bysshoppis and lords, as gret reson is. - Monkes, chanons, and prestis, withall ye clergy, - Prayeth for hym that he may com to blys, - - And that nevar such anothar come aftar this! - His intersectures, blessid mot they be, - And graunt them to reygne with aungellis! - For Jake Napys sowle, placebo and dirige. - - «Placebo,» begyneth the bishop of Hereforthe; - «Dilexi,» quod ye bisshop of Chester.... - - -(24) LES MÉNESTRELS ET LES ROMANS A LA RENAISSANCE (p. 138).--Jugement de -Philippe Stubbes sur les ménestrels: «Suche drunken sockets and bawdye -parasits as range the cuntreyes, ryming and singing of vncleane, corrupt -and filthie songs in tauernes, alehouses, innes and other publique -assemblies.... - -«Euery toune, citey and countrey is full of these minstrelles to pype vp -a dance to the deuill; but of dyuines, so few there be as they maye -hardly be seene. - -«But some of them will reply, and say, what, sir! we haue lycences from -iustices of peace to pype and vse our minstralsie to our best commoditie. -Cursed be those licences which lycense any man to get his lyuing with the -destruction of many thousands! - -«But haue you a lycence from the arch-iustice of peace, Christe Iesus? If -you haue not.... then may you as rogues, extrauagantes, and straglers -from the heauenly country, be arrested of the high iustice of peace, -Christ Iesus, and be punished with eternall death, notwithstanding your -pretensed licences of earthly men.» _Phillip Stubbes's Anatomy of -abuses_, éd. F. J. Furnivall, Londres, 1877-78, 8º, pp. 171, 172. - -L'opinion de Stubbes est partagée au seizième siècle par tous les -écrivains qui se piquent de religion ou d'austérité de mœurs. Les vieux -romans sont condamnés en même temps que les ménestrels; on voit dans ces -poèmes des œuvres de papistes, et c'est tout dire. Tyndal, dans son -_Obedience of a christian man_, reproche aux poètes catholiques de -laisser leurs ouailles lire ces romans de préférence à la Bible: - -«They permitte and soffre you te reade Robyn Hode and Bevise of Hampton, -Hercules, Hector and Troylus with a thousande histories and fables of -love, wantones and of rybaudry.» - -Ascham écrit dans son _Scholemaster_ (1570): - -«In our forefathers tyme, whan papistrie as a standyng poole, couered and -ouerflowed all England, fewe bookes were read in our tong, sauyng -certaine bookes of cheualrie, as they sayd, for pastime and pleasure, -which as some say, were made in monasteries, by idle monkes or wanton -chanons: as one for example, _Morte Arthure_: the whole pleasure of -whiche booke standeth in two speciall poyntes, in open mans slaughter and -bold bawdrye: in which booke those be counted the noblest knightes, that -do kill most men without any quarell, and commit fowlest aduoulteres by -sutlest shiftes.» - - -(25) LES FRÈRES MENDIANTS JUGÉS PAR LES POÈTES, PAR WYCLIF, PAR LES -CONCILES, PAR SIR THOMAS MORE, ETC. (p. 183).--Portrait du frère par -Chaucer: - - Ful wel biloved and familiar was he - With frankeleyns overal his cuntre - And eeke with worthi wommen of the toun. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Ful sweetly herde he confessioun - And plesaunt was his absolucioun; - He was an esy man to yeve penance - Ther as he wiste to han good pitance: - For unto a povre ordre for to geve - Is signe that a man is wel i-schreve. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - He knew wel the tavernes in every toun - And every ostiller or gay tapstere. - - _Prologue of the Canterbury tales_, éd. Morris, t. II, p. 8. - -Portrait par le moine Thomas Walsingham: - -«Qui [ordines] suæ professionis immemores, obliti sunt etiam ad quid -ipsorum ordines instituti sunt; quia pauperes et omnino expeditos a rerum -temporalium possessionibus, eorum legislatores, viri sanctissimi, eos -esse ideo voluerunt, ut pro dicenda veritate non haberent quod amittere -formidarent. Sed jam possessionatis invidentes, procerum crimina -approbantes, commune vulgus in errore foventes, et utrorumque peccata -commendantes, pro possessionibus acquirendis, qui possessionibus -renunciaverant, pro pecuniis congregandis, qui in paupertate perseverare -juraverant, dicunt bonum malum et malum bonum, seducentes principes -adulationibus, plebem mendaciis et utrosque secum in devium -pertrahentes.» Walsingham ajoute qu'un proverbe familier de son temps -était celui-ci: «Hic est frater, ergo mendax.» _Historia anglicana_, -1867-9, 3 vol. 8º, t. II, pp. 10-13. - -Chanson populaire du XIVe siècle sur les frères: - - Preste ne monke ne yit chanoun - Ne no man of religioun - Gyfen hem so to devocioun - As done thes holy frers. - For summe gyven ham chyvalry, - Somme to riote and ribaudery; - Bot ffrers gyven ham to grete study - And to grete prayers. - -Après ces strophes ironiques vient un réquisitoire formel trop détaillé -pour être cité (_Political poems and songs_, éd Wright, t. I, p. 263). - -Emploi de l'habit des frères par des laïques au moment de l'agonie: - - Isti fratres prædicant per villas et forum - Quod si mortem gustet quis in habitu minorum - Non intrabit postea locum tormentorum, - Sed statim perducitur ad regna cœlorum. - -Si c'est un pauvre qui demande la sépulture dans leurs églises -privilégiées: - - Gardianus absens est, statim respondetur, - Et sic satis breviter pauper excludetur. - -(Satire du quatorzième siècle, publiée par Th. Wright: _Political poems -and songs_, t. I, pp. 256-7.) - -Wyclif dit de même: «Thei techen lordis and namely ladies that if they -dyen in Fraunceys habite, thei schulle nevere cum in helle for vertu -therof.» _Select english works_, éd. T. Arnold, Oxford, 1869, 3 vol. 8º, -t. III, p. 382. - -Objets divers vendus ou donnés en cadeaux par les frères dans leurs -tournées: - - Thai wandren here and there - And dele with dyvers marcerye, - Right as thai pedlers were. - Thai dele with purses, pynnes and knyves - With gyrdles, gloves, for wenches and wyves. - - _Political poems and songs_, éd. Wright, t. I, p. 263. - -De même dans Chaucer: - - His typet was ay farsud ful of knyfes - And pynnes, for to yive faire wyfes. - -Et mieux encore dans un des traités publiés par M. F. D. Matthew, _The -english works of Wyclif hitherto unprinted_, Londres, Early english text -society, 1880, 8º; (la plupart des pièces composant ce recueil sont -seulement attribuées à Wyclif): - -«Thei becomen pedderis, berynge knyues, pursis, pynnys and girdlis and -spices and sylk and precious pellure and forrouris for wymmen, and therto -smale gentil hondis, to get love of hem.» - -Les frères se glissent dans la familiarité des grands; ils aiment, selon -Wyclif, «to speke bifore lordis and sitte at tho mete with hom... also to -be confessoures of lordis and ladyes.» (_Select english works of John -Wyclif_, éd. T. Arnold, t. III, p. 396.) Langland, dans sa _Vision de -Piers Plowman_, leur fait les mêmes reproches. On lit encore dans un -autre traité: «Thei geten hem worldly offis in lordis courtis, and also -to ben conseilours and reuleris of werris summe to ben chamberleyns to -lordes and ladies.» F. D. Matthew: _The english works of Wyclif, hitherto -unprinted_. - -Gower fait aussi aux frères ces mêmes reproches: - - Nec rex nec princeps nec magnas talis in orbe est - Qui sua secreta non fateatur eis: - Et sic mendici dominos superant, et ab orbe - Usurpant tacite quod negat ordo palam. - - _Poema quod dicitur Vox Clamantis_, éd. Coxe, - Roxburghe club, 1850, 4º, p. 228. - -Les frères, d'après le concile de Saltzbourg (1386), empiètent sur le -rôle des curés; le concile condamne leurs sermons: - -«Quia religiosos, præcipue fratres mendicantes, decet puritatem omnimodam -in suis actibus observare: quoniam tamen... tamquam pseudo-prophetæ -fabulosis prædicationibus audientium animos plerumque seducunt; et -quamquam invitis ipsarum ecclesiarum rectoribus, ipsi fratres, nisi per -eosdem rectores vocati sed invitati ad hoc fuerint, de jure non audeant -nec debeant prædicare: volumus tamen quod dicti rectores ipsos invitent -vel admittant, nisi de proponendo verbum Dei a suis superioribus -licentiam habeant, et de illa sæpe dictis rectoribus faciant plenam -fidem.» (Labbe, _Sacrosancta concilia_, éd, de Florence, t. XXVI, col. -730.) - -La querelle du frère et du fou sur l'extinction du paupérisme, d'après -Sir Thomas More: - -«At ne sic quidem, inquit [frater], extricaberis a mendicis nisi nobis -quoque prospexeris fratribus. Atqui, inquit parasitus, hoc jam curatum -est. Nam cardinalis egregie prospexit vobis, cum statueret de coercendis -atque opere exercendis erronibus. Nam vos estis errones maximi. Hoc -quoque dictum, quum conjectis in cardinalem oculis eum viderent non -abnuere, cœperunt omnes non illibenter arridere, excepto fratre.» - -_Thomæ Mori...._ _Vtopiæ libri II...._ Basileæ, 1563, liv. I, p. 31. - - -(26) LES PARDONNEURS (p. 191).--Le pardonneur de Chaucer: - - . . . . . . . a gentil pardoner, - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - That streyt was comen from the court of Rome; - . . . . . . . . . - His walet lay byforn him in his lappe, - Bret-ful of pardoun come from Rome al hoot. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Lordyngs, quod he, in chirches whan I preche, - I peyne me to have an hauteyne speche, - And ryng it out as lowd as doth a belle, - For I can al by rote whiche that I telle. - My teeme is alway oon, and ever was - Radix omnium malorum est cupiditas. - First I pronounce whennes that I come - And thanne my bulles schewe I alle and some; - Oure liege lordes seal upon my patent - That schewe I first my body to warent, - That no man be so hardy, prest ne clerk, - Me to destourbe of cristes holy werk. - And after that than tel I forth my tales. - Bulles of popes and of cardynales, - Of patriarkes, and of bisshops, I schewe, - And of latyn speke I wordes fewe - To savore with my predicacioun, - And for to stere men to devocioun. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - I stonde lik a clerk in my pulpit, - And whan the lewed poeple is doun i-set, - I preche so as ye have herd before, - And telle hem an hondred japes more. - Than peyne I me to strecche forth my necke, - As doth a dowfe syttyng on a berne; - Myn hondes and my tonge goon so yerne - That it is joye to se my businesse. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - I preche no thyng but for coveityse. - Therfor my teem is yit, and ever was, - _Radix omnium malorum est cupiditas_ - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - For I wol preche and begge in sondry londes; - I wil not do no labour with myn hondes. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - I wol noon of thapostles counterfete; - I wol have money, wolle, chese, and whete. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Now good men, God foryeve yow your trespas - And ware yow fro the synne of avarice. - Myn holy pardoun may yon alle warice - So that ye offren noblis or starlinges, - Or elles silver spones, broches or rynges, - Bowith your hedes under this holy bulle. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - I yow assoile by myn heyh power, - If ye woln offre, as clene and eek as cler. - As ye were born. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - I rede that oure hoste schal bygynne, - For he is most envoliped in synne. - Com forth, sire ost, and offer first anoon, - And thou schalt kisse the reliquis everichoon, - Ye for a grote, unbocle anone thi purse. - -_The poetical works of Chaucer_, éd. R. Morris, prologue des _Canterbury -tales_ (t. II), et prologue du pardonneur (t. III). - -Le pardonneur de Boccace ressemble beaucoup a celui de Chaucer; son Frate -Cipolla était aussi fort éloquent: «Era questo frate Cipolla di persona -piccolo, di pelo rosso, e lieto nel viso, e il miglior brigante del -mondo: e oltre a questo, niuna scienza avendo, si ottimo parlatore e -pronto era, che chi conosciuto non l'avesse, non solamente un gran -rettorico l'avrebbe stimato, ma avrebbe detto esser Tullio medesimo, o -forse Quintiliano; e quasi di tutti quegli della contrada era compare o -amico o benivogliente.» (_Décaméron_, journée VI, nouvelle X.) - -Les pardonneurs jugés par le pape: - -«Ad audientiam nostram, non sine magna mentis displicentia fide dignorum -quam plurium relatio perduxit quod quidam religiosi diversorum etiam -mendicantium ordinum et nonnulli clerici sæculares etiam in dignitatibus -constituti, asserentes se a nobis aut a diversis legatis seu nuntiis -sedis apostolicæ missos, et ad plura peragenda negotia diversas -facilitates habere per partes in quibus es pro nobis et Ecclesia Romana -thesaurarius deputatus, discurrunt, et veras vel prætensas quas se habere -dicunt, facultates fideli et simplici populo nunciant et irreverenter -veris hujusmodi facultatibus abutentes, suas fimbrias, ut vel sic turpem -et infamem quæstum faciant, impudenter dilatant, et non veras et -prætensas facultates hujusmodi mendaciter simulant, cum etiam pro -qualibet parva pecuniarum summula, non pœnitentes, sed mala conscientia -satagentes iniquitati suæ, quoddam mentitæ absolutionis velamen -prætendere, ab atrocibus delictis, nulla vera contritione, nullaque -debita præcedenti forma (ut verbis illorum utamur) absolvant; male -ablata, certa et incerta, nulla satisfactione prævia (quod omnibus -sæculis absurdissimum est) remittant; castitatis, abstinentiæ, -peregrinationis ultramarinæ seu beatorum Petri et Pauli de urbe aut -Jacobi de Compostella apostolorum et alia quævis vota, levi compensatione -commutent; de hæresi vel schismate nominatim aut incidenter condemnatos, -absque eo, quod in debita forma abjurent et quantum possunt debite -satisfaciant non tantum absolvant, sed in integrum restituant; cum -illegitime genitis, ut ad ordines et beneficia promoveri possint, et -intra gradus probibitos copulatis aut copulandis dispensent, et eis qui -ad partes infidelium absque sedis prædictæ licentia transfretarunt, vel -merces prohibitas detulerunt, et etiam qui Romanæ aut aliarum ecclesiarum -possessiones, jura, et bona occuparunt, excommunicationis et alias -sententias et pœnas et quævis interdicta relaxent, et indulgentiam quam -felicis recordationis Urbanus Papa VI prædecessor noster, -christifidelibus certas basilicas et ecclesias dictæ urbis instanti anno -visitantibus concessit, et quæ in subsidium Teræ Sanctæ accedentibus -conceduntur, quibusvis elargiri pro nihilo ducant, et quæstum, quem -exinde percipiunt, nomine cameræ apostolicæ se percipere asserant, et -nullam de illo nihilominus rationem velle reddere videantur: Horret et -merito indignatur animus talia reminisci.... - -«Attendentes igitur quod nostra interest super tot tantisque malis de -opportunis remediis salubriter providere, fraternitati tuæ de qua in iis -et aliis specialem in domino fiduciam obtinemus, per apostolica scripta -committimus et mandamus quatenus religiosis et clericis sæcularibus -hujusmodi, ac earum familiaribus, complicibus et collegiis, et aliis, -vocatis qui fuerint evocandi, summarie, simpliciter et de plano ac sine -strepitu et figura judicii, etiam ex officio super præmissis, auctoritate -nostra, inquiras diligentius veritatem, et eos ad reddendum tibi computum -de receptis et reliqua consignandum, remota appellatione, compellas, et -quos per inquisitionem hujusmodi excessisse, vel non verum aut non -sufficiens seu ad id non habuisse mandatum inveneris, capias et tandius -sub fida custodia teneas carceribus mancipatos, donec id nobis -intimaveris.» (Lettre adressée, en 1390, par Boniface IX à divers -évêques, _Annales ecclesiastici_, t. VII, p. 525 de la suite de -Raynaldus.) - - -(27) INSTALLATION DE STATUES POUR ATTIRER LES PÈLERINS (p. 212).--Récit -de Thomas de Burton, abbé de Meaux près Beverley: - -«Dictus autem Hugo abbas XVus crucifixum novum in choro conversorum -fecit fabricari. Cujus quidem operarius nullam ejus formosam et notabilem -proprietatem sculpebat nisi in feria sexta, in qua pane et aqua tantum -jejunavit. Et hominem nudum coram se stantem prospexit, secundum cujus -formosam imaginem crucifixum ipsum aptius decoraret. Per quem etiam -crucifixum Omnipotens manifesta miracula fecerat incessanter. Unde tunc -etiam putabatur quod si mulieres ad dictum crucifixum accessum haberent -augmentaretur communis devotio, et in quam plurimum commodum nostri -monasterii, redundaret. Super quos abbas Cistercii a nobis requisitus, -suam licentiam nobis impertivit ut homines et mulieres honestæ accedere -possint ad dictum crucifixum, dum tamen mulieres per claustrum et -dormitorium seu alia officina intrare non permittantur.... Cujus quidem -licentiæ prætextu, malo nostro, feminæ sæpius aggrediuntur dictum -crucifixum, præcipue cum in eis frigescat devotio, dum illuc, ut -ecclesiam tantum introspiciant accesserint, et sumptus nostros augeant in -hospitatione earundem.» - -_Chronica monasterii de Melsa_, éd. A. Bond, 1868, t. III, p. 35. - -La lettre de William Grenefeld, archevêque d'York, relativement à -l'installation d'une statue de la Vierge, débute ainsi: «Sane nuper ad -aures nostras pervenit quod ad quandam imaginem beatæ Virginis in -ecclesia parochiali de Foston noviter collocatam magnus simplicium est -concursus, acsi in eadem plus quam in aliis similibus imaginibus aliquid -numinis appareret....» Année 1313; Wilkins, _Concilia_, t. II, p. 423. - - -(28) LES PÈLERINAGES; ATTITUDE DES WYCLIFITES ET DES PROTESTANTS -(p. 215).--Abjuration du lollard William Dynet, 1er décembre -1395: - -«.... Fro this day forthwarde, I shall worshipe ymages, with praying and -offering vn-to hem in the worschepe of the seintes that they be made -after; and also I shal neuermore despyse pylgremage....» - -_Academy_ du 17 novembre 1883; le texte de ce serment sera inséré dans la -collection d'_Early english documents_ que prépare en ce moment M. -Furnivall. - -Opinion de Latimer sur les pèlerinages: - -«What thinke ye of these images that are had more then their felowes in -reputation? that are gone vnto with such labour and werines of the body, -frequented with such our cost, sought out and visited with such -confidence? what say ye by these images, that are so famous, so noble, so -noted, beyng of them so many and so diuers in England. Do you thinke that -this preferryng of picture to picture, image to image is the right vse -and not rather the abuse of images?» _A sermon... made.. to the -conuocation of the clergy_ (28 Henry VIII).--_Frutefvll sermons preached -by the right reuerend father and constant martyr of Iesus Christ, M. Hugh -Latymer_, Londres, 1571, 4º. - - -(29) NOTES DE VOYAGE DE PÈLERINS ANGLAIS DES QUATORZIÈME ET -QUINZIÈME SIÈCLES (p. 226).--Voyage à Saint-Jacques (quinzième siècle): - - Men may leue alle gamys, - That saylen to seynt Jamys! - Ffor many a man hit gramys, - When they begyn to sayle. - Ffor when they haue take the see - At Sandwich or at Wynchylsee - At Bristow or where that hit bee, - Theyr hertes begyn to fayle. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - . . . «Som are lyke to cowgh and grone - Or hit be full mydnygtht, - Hale the bowelyne! now were the shete! - Cooke, make redy anoon our mete, - Our pylgryms haue no lust to ete.» - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Then comethe oone and seyth, «Be mery; - Ye shall haue a storme or a pery.» - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Thys mene whyle the pylgryms ly - And haue theyr bowlys fast theym by - And cry after hote maluesy. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Som layde theyr bookys on theyr kne, - And rad so long that they myght nat se; - «Allas! myne hede wolle cleue on thre!» - Thus seyth another certayne. - -Poème du temps d'Henri VI publié par M. Furnivall, _The stacions of Rome -and the pilgrim's sea voyage_, Early english text society, Londres, 1867. - -Voyage à Rome (quatorzième siècle); la fondation de Rome: - - The Duchesse of troye that sum tyme was. - To Rome com with gret pres. - Of hire com Romilous and Romilon. - Of whom Rome furst bi-gon. - Hethene hit was and cristened nouȝt. - Til petur and poul hit hedde I-bouȝt. - With gold ne seluer ne with no goode. - Bot with heore flesch and with heore blode. - -Les catacombes: - - But thou most take candel liht. - Elles thou gost merk as niht. - For vnder the eorthe most thou wende. - Thow maiȝt not seo bi-fore ne bi-hynde. - For thider fledde mony men. - For drede of deth to sauen hem. - And suffrede peynes harde and sore. - In heuene to dwelle for euer more. - -Le portrait de la Vierge: - - Seint Luik while he liued in londe. - Wolde haue peynted hit with his honde. - And whon he hedde ordeyned so. - Alle colours that schulde ther to. - He fond an ymage al a-pert. - Non such ther was middelert. - Mad with angel hond and not with his. - As men in Rome witnesseth this. - -Le Panthéon: - - A-grippa dude hit make. - For Sibyl and Neptanes sake. - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - He zaf hit name panteon. - -L'idole du Panthéon: - - Hit loked forth as a cat; - He called hit Neptan. - -_The stacions of Rome, in verse, from the Vernon ms., ab. 1370_, éd. F. -J. Furnivall; Early english text society, 1867, 8º. On trouvera un texte -du même ouvrage, avec beaucoup de variantes, dans les _Political, -religious and love poems_, publiés par M. Furnivall (1866, 8º, p. 113). -Voir au commencement de cette dernière publication les notes de M. W. M. -Rossetti sur les _Stacions_. Il compare les renseignements fournis par -l'auteur du poème à ceux que donne l'Italien Francino dans le livre -composé par celui-ci en 1600 sur le même sujet. M. Rossetti indique aussi -ce qu'on montre encore aujourd'hui à Rome des reliques vantées dans les -_Stacions_. - - -FIN - - - - -TABLE - - Pages - - INTRODUCTION 3 - - - PREMIÈRE PARTIE - - Les routes - - CHAPITRE I.--LES ROUTES ET LES PONTS. - - Idée générale de leur entretien.--Tous les propriétaires sont - chargés de les réparer--Caractère religieux de cette obligation. 11 - - Les frères pontifes.--Indulgences pour encourager à la construction - des ponts.--Rôle des guilds.--Le pont de Stratford-at-Bow.--Le - pont de Londres.--Ressources affectées - à la préservation des ponts.--Les droits de péage.--Les - offrandes à la chapelle.--Dotation des ponts.--Enquêtes - sur leur état. 13 - - Les routes.--Leur entretien.--Leur état habituel.--Les - députés au parlement arrêtés dans leur voyage à Londres - par le mauvais état des chemins. 31 - - - CHAPITRE II.--LE VOYAGEUR ORDINAIRE ET LE PASSANT. - - Les voyages de la cour et des seigneurs.--Charrettes et fourgons - à bagages.--Les pourvoyeurs royaux et leurs abus - de pouvoir.--Les voitures princières.--Le cortège royal.--Les - solliciteurs et les plaideurs. 39 - - Voyages des magistrats.--Voyages des moines.--Voyages - des évêques.--Voyages des messagers. 50 - - Les gîtes pour la nuit.--La suite du roi logée par les - habitants.--Les monastères.--Les nobles abusent de l'hospitalité - monacale.--Les châteaux.--Les hôtelleries.--Le - prix du coucher et des provisions.--Un voyage en - hiver d'Oxford à Newcastle. 59 - - Les cabarets,--Les ermitages.--L'ermite et le voyageur. 69 - - - CHAPITRE III.--SÉCURITÉ DES ROUTES. - - Le brigandage seigneurial.--Les nobles et leurs partisans.--Les - bandes organisées. 79 - - Les voleurs.--Alliance des bandes de voleurs et des bandes - seigneuriales.--Le droit d'asile et l'abjuration du royaume.--Les - chartes de pardon. 86 - - La répression.--Dangers qu'elle présente pour le voyageur - inoffensif. 97 - - - DEUXIÈME PARTIE - - La vie nomade. - - DIVISION 103 - - - CHAPITRE I.--BERBIERS, CHARLATANS, MÉNESTELS, CHANTEURS - ET BOUFFONS - - Le guérisseur ambulant.--L'herbier de Rutebeuf.--Le législateur - et les empiriques.--Le saltimbanque de Ben Jonson.--Le - charlatan d'aujourd'hui. 105 - - Les jongleurs et les ménestrels.--Leur popularité.--En quoi - consistent leurs chants.--Leur rôle dans les fêtes seigneuriales - et dans les festins.--Les troupes au service - du roi.--Les troupes au service des nobles.--Les instruments - de musique. 117 - - La concurrence.--La guild des ménestrels et son monopole.--Les - faux ménestrels.--Rôle des ménestrels dans les - mouvements populaires.--Leurs doctrines libérales.--Le - noble tolère ces doctrines; le peuple se les assimile. 127 - - Causes de la disparition des ménestrels.--L'invention de - l'imprimerie.--Le perfectionnement de l'art théâtral. 134 - - Les bouffons et les faiseurs de tours.--Grossièreté de leurs - jeux.--Ils s'associent aux ménestrels.--La réprobation - publique atteint les uns et les autres à la Renaissance. 135 - - - CHAPITRE II.--LES OUTLAWS ET LES OUVRIERS ERRANTS. - - Les forêts d'Angleterre et leurs habitants.--Comment on était - mis hors la loi.--Sort des hommes et sort des femmes.--Leur - existence vagabonde. 142 - - Les paysans vagabonds.--Le besoin d'émancipation.--Le - paysan qui se détache illégalement de la glèbe devient - tantôt ouvrier nomade, tantôt mendiant, tantôt voleur de - grand chemin. 146 - - Les peines: la prison, les ceps, le fer rouge.--Les - mesures préventives: les passeports à l'intérieur.--Les - étudiants même obligés d'en avoir. 153 - - L'œuvre révolutionnaire.--Les assemblées secrètes.--Le - rôle des errants.--La grande révolte de 1381.--Différences - avec la France. 157 - - - CHAPITRE III.--LES PRÊCHEURS NOMADES ET LES FRÈRES MENDIANTS - - Les prêcheurs politiques.--Dans quelle classe ils se - recrutent.--Quelles théories ils vulgarisent.--Les simples - prêtres de Wyclif.--Rôle des prêcheurs.--Ton de leurs harangues. 164 - - Les prêcheurs religieux, Rolle de Hampole. 167 - - Les frères.--Ce qu'ils étaient au quatorzième siècle; ce - qu'ils avaient été d'abord.--Sainteté de leur mission - initiale.--Leur popularité en Angleterre.--Cette popularité - trop grande est la cause de leur décadence.--Richesse - exagérée.--Superstitions.--Ils deviennent un - objet banal de satire. 168 - - - CHAPITRE IV.--LES PARDONNEURS. - - Les indulgences.--Portrait du pardonneur par un poète.--Portrait - par un pape.--Les faux et les vrais pardonneurs.--Les - associations illicites de pardonneurs. 186 - - Le trafic des mérites des saints.--Les reliques.--Impuissance - de la cour papale à réformer ces abus.--L'âme - du pardonneur.--Par quels moyens il en impose à la - foule.--Le merveilleux et les croyances populaires. 194 - - - CHAPITRE V.--LES PÈLERINAGES ET LES PÈLERINS. - - Les pèlerinages pieux et les pèlerinages politiques.--Les - corps des rebelles suppliciés par ordre du roi font - des miracles.--La foule se presse à leurs tombeaux.--Indignation - du roi. 206 - - Lieux de pèlerinage en Angleterre.--Mélange des classes - dans les bandes de pèlerins.--Les images, les médailles, les - bâtons.--Le retour, les histoires édifiantes.--Le pèlerin - de circonstance et le pèlerin par profession.--Le faux - pèlerin. 210 - - Lieux de pèlerinage sur le continent (France, Espagne, - Italie).--Les passeports.--Indulgences attachées aux - châsses des saints.--Manuel des indulgences à l'usage - des pèlerins.--Comment les pèlerins vivaient en route.--Les - pèlerinages par procuration. 219 - - Les pèlerinages en Palestine.--La dévotion, la curiosité et - le goût des aventures.--Les troupes armées de pèlerins.--Les - guides du voyageur en Palestine.--Le guide attribué - à Mandeville, le guide de William Wey. 232 - - CONCLUSION. 245 - - - APPENDICE - - (1) Patentes de 1201 confiant à un Français le soin de terminer - le pont de Londres. 251 - - (2) Opinion de Lyly sur le pont de Londres. 252 - - (3) Pétition relative à un vieux pont de bois dont les arches - étaient trop basses et trop étroites pour laisser passer - les bateaux. 253 - - (4) Pétition concernant les offrandes faites à la chapelle d'un - pont. 255 - - (5) Le pont de Londres et son entretien. 256 - - (6) Enquête relative à l'entretien des ponts. 258 - - (7) L'entretien des routes. 259 - - (8) Les routes et ponts des environs des grandes villes. 260 - - (9) Voyages du roi. Pétitions et statuts relatifs aux pourvoyeurs - royaux. 261 - - (10) Les tournées des magistrats et fonctionnaires royaux. 264 - - (11) Les vêtements du moine mondain. 265 - - (12) Refus par un shériff de Londres de loger chez lui des - gens de la maison du roi. 268 - - (13) Exactions de certains grands seigneurs en voyage. 269 - - (14) Passage de l'Humber en bac. 269 - - (15) Les auberges et les cabarets de grands chemins. 270 - - (16) Le droit d'asile. 272 - - (17) Abus résultant du droit d'asile. 274 - - (18) Les empiriques du quatorzième siècle. 276 - - (19) Les ménestrels, jongleurs et chanteurs ambulants; sujets - de leurs chansons. 277 - - (20) Réception des ménestrels dans les châteaux. 278 - - (21) Les romans en Angleterre; origines fabuleuses de la - nation. 279 - - (22) Les romans du quatorzième siècle ridiculisés par Chaucer. 281 - - (23) Chants populaires anglais du moyen âge. 282 - - (24) Les ménestrels et les romans à la Renaissance. 283 - - (25) Les frères mendiants jugés par les poètes, par Wyclif, par - les conciles, par Sir Thomas More etc. 285 - - (26) Les pardonneurs. 290 - - (27) Installation de statues pour attirer les pèlerins. 294 - - (28) Les pèlerinages; attitude des wyclifistes et des - protestants. 295 - - (29) Notes de voyage de pèlerins anglais des quatorzième et - quinzième siècles. 296 - - TABLE. 301 - - - - -LIBRAIRIE HACHETTE & Cie - -BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79, PARIS - -EXTRAIT DU CATALOGUE - -GÉOGRAPHIE & VOYAGES - -FORMAT IN-16, AVEC GRAVURES ET CARTES - -Chaque volume: broché, 4 fr.--Relié en percaline, tranches rouges, 5 fr. -50 - - -=About= (Ed.): _La Grèce contemporaine_; 8e édition. 1 vol. avec 24 -gravures. - -=Albertis= (d'): _Nouvelle-Guinée_, traduit de l'anglais par Mme -Trigant. 1 vol. avec 64 gravures et 2 cartes. - -=Amicis= (de): _Constantinople_, traduit de l'italien par Mme J. -Colomb; 2e édition. 1 vol. avec 24 gravures. - ---_L'Espagne_, traduit par la même; 2e édition. 1 vol. avec 24 -gravures. - ---_La Hollande_, traduit par Frédéric Bernard. 1 vol. avec 24 gravures. - -=Belle= (H.): _Trois années en Grèce_. 1 vol. avec 32 gravures et 1 -carte. - -=Cotteau= (E.): _De Paris au Japon à travers la Sibérie_. Voyage exécuté -du 6 mai au 7 août 1881. 1 vol. avec 28 gravures et 3 cartes. - -=Cameron= (Vernet-Lowett): _Notre future route de l'Inde_. 1 vol. avec 29 -gravures. - -=Daireaux= (E.): _Buenos-Ayres, la Pampa et la Patagonie_. 1 vol. avec 24 -gravures et 1 carte. - -=David= (l'abbé): _Journal de mon troisième voyage d'exploration dans -l'Empire chinois_. 2 vol. avec 32 gravures et 3 cartes. - -=Garnier= (F.): _De Paris au Tibet_. 1 vol. avec 30 gravures et 1 carte. - -=Hübner= (baron de): _Promenade autour du monde_; 6e édition. 2 vol. -avec 48 gravures. - -=Lamothe= (de): _Cinq mois chez les Français d'Amérique_. Voyage au -Canada et à la Rivière Rouge du Nord. 1 vol. avec 24 gravures et 1 carte. - -=Largeau= (V.): _Le pays de Rirha.--Ouargla_. Voyage à Rhadamès. 1 vol. -avec 12 gravures et 1 carte. - ---_Le Sahara algérien_; _les déserts de l'Erg_; 2e édition. 1 vol. avec -17 gravures et 3 cartes. - -=La Selve= (E.): _Le pays des nègres_. Voyage à Haïti. 1 vol. avec 24 -gravures et 1 carte. - -=Marche= (A.): _Trois voyages dans l'Afrique occidentale_. 2e édition, -Sénégal, Gambie, Casamance Gabon, Ogooué. 1 vol. avec 24 gravures et 1 -carte. - -=Markham= (A.): _La mer glacée du pôle_; souvenirs d'un voyage sur -l'Alerte (1875-1876), traduit de l'anglais par Frédéric Bernard. 1 vol. -avec 32 gravures et 2 cartes. - -=Montégut= (E.): _En Bourbonnais et en Forez_; 2e édition. 1 vol. avec -24 gravures. - ---_Souvenirs de Bourgogne_; 2e édition. 1 vol. avec 24 gravures. - -=Pfeiffer (Mme)=: _Voyage d'une femme autour du monde_; 5e édition. 1 -vol. avec 42 gravures et 1 carte. - ---_Mon second voyage autour du monde_; 4e édition. 1 vol. avec 32 -gravures et 1 carte. - ---_Voyage à Madagascar._ 1 vol. avec 24 gravures et 1 carte. - -=Reclus= (A.): _Panama et Darien_. Voyages d'exploration (1876-1878). 1 -vol. avec 60 gravures et 4 cartes. - -=Reclus= (Elisée): _Voyage à la Sierra-Nevada de Sainte-Marthe_. Paysages -de la nature tropicale; 2e édition. 1 vol. avec 21 gravures et 1 carte. - -=Simonin= (L.): _Le monde américain_; 3e édition. 1 vol. avec 24 -gravures. - -=Taine= (H.), de l'Académie française: _Voyage en Italie_; 4e édition. 2 -vol. avec 48 gravures. - ---_Voyage aux Pyrénées_; 8e édition. 1 vol. avec 24 gravures. - ---_Notes sur l'Angleterre_; 5e édition. 1 vol. avec 24 gravures. - -=Weber= (de): _Quatre ans au pays des Boërs_. 1 vol. avec 25 gravures et -1 carte. - -=Wey= (Fr.): _Dick Moon en France_; 2e édition. 1 vol. avec 24 gravures. - - -FORMATS GRAND IN-8º ET IN-4º - - =Amicis= (E. de): _Constantinople_. Ouvrage traduit de l'italien - par Mme J. Colomb. 1 vol. in-8º, avec 183 reproductions de - dessins pris sur nature par Biséo. 15 fr. - - =Baker= (S. W.): _Découverte de L'Albert N'yanza_. (Épuisé, sera - réimprimé.) - - --_Ismaïlia._ Récit d'une expédition dans l'Afrique centrale. - Ouvrage traduit de l'anglais par H. Vattemare. 1 vol. in-8º, - avec 56 gravures et 2 cartes. 10 fr. - - =Blunt= (Lady): _Voyage en Arabie_. Pèlerinage au Nedged. Ouvrage - traduit de l'anglais par Derôme. 1 vol. in-8º, avec 60 gravures - dessinées d'après les aquarelles de l'auteur et 1 carte. 10 fr. - - =Burton= (le capitaine):_ Voyage aux grands lacs de l'Afrique - orientale_. (Épuisé, sera réimprimé.) - - =Cameron= (le commandant): _A travers l'Afrique_, voyage de - Zanzibar à Benguela. Ouvrage traduit de l'anglais par Mme H. - Loreau; 2e édit. 1 vol. in-8º, avec 139 gravures, 1 carte et 4 - facsimilés. 10 fr. - - =Crevaux= (Dr): _Voyages dans l'Amérique du Sud_. 1 vol. in-4, - illustré de 253 gravures dessinées sur bois, etc., et contenant 5 - cartes. Broché. 50 fr. - - =Dixon= (Hepworth): _La Russie libre_. Ouvrage traduit de - l'anglais par E. Jonveaux. 1 vol. avec 75 gravures et 1 carte. 10 fr. - - --_La conquête blanche_, voyage aux États-Unis d'Amérique. - Ouvrage traduit par H. Vattemare. 1 vol. in-8º, avec 118 - gravures et 2 cartes. 10 fr. - - =Enault= (L.): _Londres_. 1 vol. in-4, avec 150 gravures, d'après - G. Doré. 50 fr. - - =Garnier= (F.): _Voyage d'exploration en Indo-Chine_. 2 vol. in-4 - illustrés, avec atlas. 200 fr. - - =Gourdault= (J.): _Voyage au pôle Nord des navires la Hansa et la - Germania_, rédigé d'après les relations officielles. 1 vol. - in-8º, avec 80 gravures et 3 cartes. 10 fr. - - --_L'Italie._ 1 vol. in-4, avec 450 gravures. 50 fr. - - --_La Suisse._ 2 vol. in-4, avec 825 gravures. 100 fr. - - Ouvrage couronné par l'Académie française. - - =Grandidier= (A.): Histoire _physique, naturelle et politique de - Madagascar_. Environ 28 vol. grand in-4, avec 500 planches - en couleurs et 700 en noir. En cours de publication, par livraisons. - - Demander le prospectus. - - =Hayes= (Dr): _La mer libre du pôle_, voyage de découvertes dans les - mers arctiques, 1860-1861. (Épuisé, sera réimprimé.) - - --_La terre de désolation_, excursion d'été au Groenland. Ouvrage - traduit de l'anglais par J.-M.-L. Reclus. 1 vol. in-8º, avec 40 - gravures et 1 carte. 10 fr. - - =Hübner= (baron de): _Promenade autour du monde_ (1871). 1 vol. in-4, - avec 316 gravures. 50 fr. - - Kanitz=: _La Bulgarie danubienne et le Balkan_ (1860-1880). Édition - publiée sous la direction de l'auteur. 1 volume in-8, avec 100 - gravures et 1 carte. 25 fr. - - =Livingstone= (D.): _Explorations dans l'intérieur de l'Afrique - australe_, de 1840 à 1856. Ouvrage traduit de l'anglais par - Mme H. Loreau; 3e édition. 1 vol. in-8º, avec 45 gravures - et 2 cartes. 10 fr. - - --_Dernier journal_, relatant ses explorations et découvertes de - 1866 à 1873, suivi du récit de ses derniers moments et du - transport de ses restes, d'après le rapport de ses serviteurs. - Ouvrage traduit par Mme H. Loreau. 2 vol. in-8º, avec 60 gravures - et 4 cartes. 20 fr. - - =Livingstone= (D. et C.): _Explorations du Zambèze et de ses - affluents_ (1858-1864). Ouvrage traduit de l'anglais par Mme - H. Loreau; 2e édition. 1 vol. in-8º, avec 47 gravures et - 4 cartes. 10 fr. - - =Lortet= (Dr): _La Syrie d'aujourd'hui_. 1 vol. in-4, illustré - de 350 gravures dessinées sur bois et contenant 5 cartes. - Broché. 50 fr. - - =Milton= et =Cheadle=: _Voyage de l'Atlantique au Pacifique_, - à travers le Canada, les montagnes Rocheuses et la Colombie - anglaise. Ouvrage traduit de l'anglais par M. J. Belin de Launay. - 1 vol. in-8º, avec 22 gravures et 2 cartes. 10 fr. - - =Nachtigal= (Dr): _Sahara et Soudan_. Ouvrage traduit de l'allemand - par M. J. Gourdault. - - Tome Ier: _Tripolitaine, Fezzan, Tibesti, Kanem, Borkou et - Bornou_. 1 vol. in-8º, avec 99 gravures et 1 carte. 10 fr. - - =Nares= (le capitaine): _Un voyage à la mer polaire_ (1875-1876). - Ouvrage traduit de l'anglais par F. Bernard. 1 vol. in-8º, avec - 62 gravures et 2 cartes. 10 fr. - - =Nordenskiöld=: _Voyage de la Vega autour de l'Asie et de - l'Europe_. Ouvrage trad. du suédois, avec l'autorisation de - l'auteur, par MM. Ch. Rabot et Ch. Lallemand. Tome Ier. 1 vol. - in-8º avec 293 gravures sur bois, 3 gravures sur acier et 18 - cartes. 15 fr. - - L'ouvrage complet formera 2 volumes. - - =Palgrave= (W.): _Une année de voyage dans l'Arabie centrale_ - (1862-1863). Ouvrage traduit de l'anglais par E. Jonveaux. 2 vol. - in-8º, avec 1 carte et 4 plans. 10 fr. - - =Payer= (le lieutenant): _L'expédition du Tegetthoff_, voyage de - découvertes aux 80e-83e degrés de latitude nord. Ouvrage traduit - de l'allemand par J. Gourdault. 1 vol. in-8º, avec 68 gravures et - 2 cartes. 10 fr. - - =Piassetsky= (P.): _Voyage à travers la Mongolie et la Chine_. - Ouvrage traduit du russe par Kuscinski. 1 vol. in-8º, contenant - 90 gravures et 1 carte. 15 fr. - - =Prjévalski=(N.): _Mongolie et pays des Tangoutes_. Voyage de trois - années dans l'Asie centrale. Ouvrage traduit du russe par G. du - Laurens. 1 vol. in-8º, avec 42 gravures et 4 cartes. 10 fr. - - =Raynal= (F.): _Les naufrages, ou vingt mois sur un récif des iles - Auckland_; 5e édition. 1 vol. in-8º, avec 40 gravures, d'après - A. de Neuville, et 1 carte. 10 fr. - - Ouvrage couronné par l'Académie française. - - =Rousselet= (L.): _L'Inde des Rajahs_. Voyage dans l'Inde centrale - et dans les présidences de Bombay et du Bengale. 1 v. in-4, - contenant 517 gravures sur bois et 5 cartes. Broché. 50 fr. - - =Schweinfurth= (Dº): _Au cœur de l'Afrique_ (1866-1871). - Ouvrage traduit, sur les éditions anglaise et allemande, par Mme - H. Loreau. 2 vol. in-8º, avec 139 gravures et 2 cartes. 20 fr. - - =Serpa Pinto= (le major): _Comment j'ai traversé l'Afrique_. - Ouvrage traduit sur l'édition anglaise et collationné avec le - texte portugais, par M. J. Belin de Launay. 2 vol. in-8o, avec - 160 gravures et 15 cartes. 20 fr. - - =Speke= (le capitaine): _Journal de la découverte des sources - du Nil_. Ouvrage traduit de l'anglais par E. Forgues; 3e édit. - 1 vol. in-8º, avec 3 cartes et 78 gravures, d'après les dessins - du capitaine Grant. 10 fr. - - =Stanley= (H.): _Comment j'ai retrouvé Livingstone_. Ouvrage - trad. de l'anglais par Mme H. Loreau; 3e édit. 1 vol. in-8º, - avec 60 gravures et 6 cartes. 10 fr. - - --_A travers le continent mystérieux_, ou les sources du Nil, - les grands lacs de l'Afrique équatoriale, le fleuve Livingstone - ou Congo jusqu'à l'Atlantique. Ouvrage traduit par Mme H. - Loreau. 2 vol. in-8º, avec 150 gravures et 9 cartes. 20 fr. - - =Taine= (H.): _Voyage aux Pyrénées_; 8e édition. 1 vol. in-8º, - tiré sur papier teinté, avec 350 gravures, d'après Gustave - Doré. 10 fr. - - =Thomson= (C): _Les abîmes de la mer_. Récits des croisières du - _Porc-Epic_ et de l'_Eclair_. Ouvrage traduit de l'anglais par le - Dr Lortet. 1 vol. avec 94 gravures. 15 fr. - - =Thomson= (J.): _Dix ans de voyages dans la Chine et - l'Indo-Chine_. Ouvrage traduit de l'anglais par MM. A. Talandier - et H. Vattemare. 1 vol. in-8º, avec 128 gravures. 10 fr. - - =Vambéry=: _Voyages d'un faux derviche dans l'Asie centrale_, de - Téhéran à Khiva, Bokhara et Samarkand, par le grand désert - turcoman. Ouvrage traduit de l'anglais par E. Forgues; 2e - édition. 1 vol. in-8º, avec 34 gravures et 1 carte. 10 fr. - - =Vivien de Saint-Martin=: _Histoire de la géographie et des - découvertes géographiques_, depuis les temps les plus anciens - jusqu'à nos jours. 1 vol. in-8º, et 1 atlas de 12 cartes. 20 fr. - - =Wey= (F.): _Rome, descriptions et souvenirs_; 5e édit. 1 vol. - in-4, avec 370 gravures. 50 fr. - - =Whymper= (E.): _Escalades dans les Alpes_; 2e édition. Ouvrage - traduit de l'anglais par Ad. Joanne. 1 vol. in-8º, avec 75 - gravures d'après les croquis de l'auteur. 10 fr. - - =Whymper= (F.): _Voyages et aventures dans l'Alaska_. Ouvrage - traduit de l'anglais par M. E. Jonveaux. 1 vol. in-8º, avec 37 - gravures et 1 carte. 10 fr. - - =Wiener= (C.): _Pérou et Bolivie_. Récit de voyage, suivi - d'études archéologiques et ethnographiques. 1 vol. in-8º, avec - plus de 1100 gravures, 27 cartes et 18 plans. 25 fr. - - =Yriarte= (C.): _Les bords de l'Adriatique_. 1 vol. in-4, avec - 257 gravures. 50 fr. - - - - - EN COURS DE PUBLICATION - NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE - LA TERRE ET LES HOMMES - - Par ÉLISÉE RECLUS - - EN VENTE: 9 VOLUMES IN-8º JÉSUS - CHAQUE VOLUME, BROCHÉ: 30 FR. - Relié richement, avec fers spéciaux, dos en maroquin, plats en toile, - tranches dorées: 37 francs. - - En vente: Tome Ier. =L'Europe méridionale= (_Grèce_, _Turquie_, - _Roumanie_, _Serbie_, _Italie_, _Espagne et Portugal_), contenant 4 - cartes en couleurs, 174 cartes insérées dans le texte et 75 gravures - sur bois. - - Tome II. =La France=, contenant une grande carte de la France, 10 - cartes en couleurs, 234 cartes insérées dans le texte et 69 gravures - sur bois. - - Tome III. =L'Europe centrale= (_Suisse_, _Autriche-Hongrie_, _empire - d'Allemagne_), contenant 10 cartes en couleurs, 210 cartes dans le - texte et 70 gravures sur bois. - - Tome IV. =L'Europe septentrionale=, Nord-Ouest (_Belgique_, _Hollande_, -_ Iles Britanniques_), contenant 8 cartes en couleurs, 205 cartes - insérées dans le texte et 81 gravures sur bois. - - Tome V. =L'Europe scandinave et russe=, contenant 9 cartes en couleurs, - 200 cartes insérées dans le texte et 76 gravures sur bois. - - Ce volume complète la GÉOGRAPHIE DE L'EUROPE - - Tome VI. =L'Asie russe=, contenant 8 cartes en couleurs, 182 cartes - dans le texte et 90 gravures sur bois. - - Tome VII. =L'Asie orientale= (_empire Chinois_, _Corée_, _Japon_), - contenant 7 cartes tirées en couleurs, 162 cartes dans le texte et 90 - gravures sur bois. - - Tome VIII. =L'Inde et l'Indo-Chine=, contenant 3 cartes en couleurs, - 203 cartes insérées dans le texte et 90 gravures sur bois. - - Tome IX. =L'Asie antérieure=, contenant 1 carte d'ensemble, 5 planches - tirées à part et en couleurs, 200 cartes insérées dans le texte et 90 - gravures sur bois. - - Ce volume complète la GÉOGRAPHIE DE L'ASIE - - -CONDITIONS ET MODE DE PUBLICATION - -La _Nouvelle Géographie universelle_ se composera d'environ 900 -livraisons, soit 15 beaux volumes grand in-8. Chaque volume, comprenant -la description d'une ou de plusieurs contrées, formera pour ainsi dire un -ensemble complet et se vendra séparément. - -Chaque livraison, composée de 16 pages et d'une couverture, et contenant -au moins une gravure ou une carte tirée en couleurs, et plusieurs cartes -insérées dans le texte, se vend 50 centimes. Il paraît une livraison par -semaine depuis le 8 mai 1875. - - - - - ATLAS MANUEL - DE GÉOGRAPHIE MODERNE - Contenant cinquante-quatre cartes - - IMPRIMÉES EN COULEURS - OUVRAGE COMPLÈTEMENT TERMINÉ - - Un volume in-folio, relié =32= francs. - - LISTE DES CARTES COMPOSANT L'ATLAS MANUEL - (_Les cartes doubles sont précédées du signe*._) - - 1. Système planétaire.--Lune. - *2. Terre en deux hémisphères. - 3. Volcans et coraux. - 4. Pôle antarctique.--Archipels de Polynésie. - *5. Pôle arctique. - 6. Océan Atlantique. - 7. Grand Océan. - *8. Europe politique. - 9. Europe physique hypsométrique.--Massif du Mont-Blanc. - 10. Côtes méditerranéennes de la France.--Bassins de Paris. - *11. France physique hypsométrique. - 12. France. (Partie Nord-Ouest.) - 13. France. (Partie Nord-Est.) - *14. France politique. - 15. France. (Partie Sud-Ouest.) - 16. France. (Partie Sud-Est.) - *17. Grande-Bretagne et Irlande. - 18. Pays-Bas. - 19. Belgique et Luxembourg. - *20. Allemagne politique. - 21. Danemark. - 22. Suède et Norvège. - *23. Suisse. - 24. Italie du Nord. - 25. Italie du Sud. - *26. Espagne et Portugal. - 27. Méditerranée occidentale. - 28. Méditerranée orientale. - *29. Presqu'île des Balkans. - 30. Grèce. - 31. Hongrie. - *32. Monarchie Austro-Hongroise. - 33. Alpes Franco-Italiennes. - 34. Caucasie. - *35. Russie d'Europe. - 36. Pologne. - 37. Asie Mineure et Perse. - *38. Asie physique et politique. - 39. Chine et Japon. - 40. Indo-Chine et Malaisie. - *41. Asie centrale et Inde. - 42. Palestine. - 43. Région du Nil. - *44. Afrique physique et politique. - 45. Algérie. - 46. Sénégambie.--Côte de Guinée.--Afrique du Sud. - *47. Amérique du Nord. - 48. Amérique du Sud. (Feuille septentrionale.) - 49. Amérique du Sud. (Feuille méridionale.) - 50. États-Unis d'Amérique. - *51. États-Unis. (Partie occidentale.) - 52. États-Unis. (Partie orientale.) - 53. Australie et Nouvelle-Zélande. - 54. Amérique centrale et Antilles.--Isthme de Panama. - - -Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris. - - - - - 10091.--IMPRIMERIE GÉNÉRALE A. LAHURE - rue de Fleurus, 9, à Paris. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La vie nomade et les routes -d'Angleterre au 14e siècle, by J. J. (Jean Jules) Jusserand - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE NOMADE *** - -***** This file should be named 54089-0.txt or 54089-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/4/0/8/54089/ - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To -SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any -particular state visit http://pglaf.org - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. 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Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - http://www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/54089-0.zip b/old/54089-0.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 8e34115..0000000 --- a/old/54089-0.zip +++ /dev/null diff --git a/old/54089-h.zip b/old/54089-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index c17f8e7..0000000 --- a/old/54089-h.zip +++ /dev/null diff --git a/old/54089-h/54089-h.htm b/old/54089-h/54089-h.htm deleted file mode 100644 index ce029ad..0000000 --- a/old/54089-h/54089-h.htm +++ /dev/null @@ -1,11687 +0,0 @@ - <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" - "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> - <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> - <head> - <meta http-equiv="Content-Type" - content="text/html;charset=iso-8859-1" /> - <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> - <title> - The Project Gutenberg's eBook of La vie nomade et les routes d'Angleterre au 14e sicle, by J. 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J. (Jean Jules) Jusserand - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: La vie nomade et les routes d'Angleterre au 14e sicle - -Author: J. J. (Jean Jules) Jusserand - -Release Date: February 2, 2017 [EBook #54089] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE NOMADE *** - - - - -Produced by Clarity, Hlne de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - - - - - -</pre> - - -<div class="tnote"> -<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges. -L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. -Les numros des pages blanches n'ont pas t repris.</p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span></p> - -<h1><span class="xxlarge">LA VIE NOMADE</span><br /> -<span class="medium">ET LES ROUTES D'ANGLETERRE</span><br /> -<span class="small">AU XIV<sup>e</sup> SICLE</span></h1> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span></p> - -<p class="space ad"><span class="large">OUVRAGES DU MME AUTEUR</span></p> - -<div class="hanging indent"> -<p><b>Le Thtre en Angleterre depuis la conqute jusqu'aux prdcesseurs -immdiats de Shakespeare</b> (1066-1583). Deuxime -dition, corrige et augmente, Paris (Leroux); 1881, 1 vol. 8<sup>o</sup>; -prix: 4 fr.</p> - -<p><b>Chaucer's pardoner and the pope's pardoners</b>, London, Chaucer -Society, 8<sup>o</sup>.</p> - -<p><b>Observations sur la vision de Piers Plowman</b>, Paris (Leroux), -1879, 8<sup>o</sup>.</p> -</div> - -<hr class="deco" /> - -<p class="frontmatter">10091.—Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, Paris.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span></p> - -<div class="topspace titlepage"> -<p class="large">LES ANGLAIS AU MOYEN GE</p> -<hr class="deco" /> - -<p><span class="xlarge">LA VIE NOMADE</span><br /> -<span class="large">ET LES ROUTES D'ANGLETERRE</span><br /> -<span class="medium">AU XIV<sup>e</sup> SICLE</span><br /> -<span class="xs">PAR</span><br /> -<span class="medium"><b>J. J. JUSSERAN</b>D</span></p> - -<p><span class="large">PARIS</span><br /> -<span class="medium">LIBRAIRIE HACHETTE ET C<sup>ie</sup></span><br /> -<span class="small">79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79</span></p> -<hr class="deco" /> -<p><span class="medium">1884</span><br /> -<span class="xxs">Droits de proprit et de traduction rserves</span></p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_IV"> IV</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p> -<p class="space"><i>Cet ouvrage n'est qu'un chapitre d'une histoire -qui reste crire, celle des Anglais au moyen ge. -L'histoire des guerres, des relations diplomatiques, -de l'agriculture, de la constitution politique de nos -voisins a t retrace bien des fois. Aucun livre ne -nous a suffisamment montr, par des aperus d'ensemble, -quel genre de vie matrielle, intellectuelle -et morale menaient au moyen ge les puissants -et les faibles, ce qu'il y avait dans leurs maisons, -dans leurs cerveaux, dans leurs cœurs, ce qu'tait -leur existence par rapport la ntre. Quand on -passait la Manche au quatorzime sicle, qui rencontrait-on -sur les routes, qui voyait-on dans les villes, -comment taient nourris, habills les Anglais, quelle -part de vie publique tait rserve chaque citoyen, -quelles posies, quels arts plaisaient leur esprit, -qu'apprenaient-ils l'cole, comment se passait la -journe de l'ouvrier dans son choppe, du paysan -dans sa hutte, du bourgeois dans sa maison, du</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span> -<i>noble dans son chteau, du moine dans son clotre, -comment voyageait-on et pourquoi? Ces problmes -offrent en Angleterre un intrt spcial, parce qu'en -aucun pays d'Europe les institutions, les mœurs, les -croyances de l'heure prsente ne sont le produit -aussi direct de l'tat social d'il y a cinq cents ans. -C'est pourquoi ces tudes ne sont peut-tre pas -dpourvues de cette utilit pratique si recherche -en notre temps: pour les peuples, comme pour les -individus, ce n'est souvent qu'en sachant d'o ils -viennent qu'on peut prvoir o ils vont.</i></p> - -<p class="date">18 Fvrier 1884.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span></p> - -<h2 class="normal"><span class="medium">LA</span><br /> -<span class="xlarge">VIE NOMADE</span><br /> -<span class="xs">ET LES</span><br /> -<span class="large">ROUTES D'ANGLETERRE AU MOYEN AGE</span><br /> -<span class="small">(XIV<sup>e</sup> SICLE)</span></h2> - -<p class="signature2">O, dist Spadassin, voici un bon resveux; mais<br /> -allons nous cacher au coin de la chemine et l<br /> -passons avec les dames nostre vie et nostre temps<br /> - enfiler des perles ou filer comme Sardanapalus.<br /> -Qui ne s'adventure n'a cheval ni mule, ce<br /> -dist Salomon.<br /> -<span class="i9">(<i>Vie de Gargantua.</i>)</span></p> - -<p class="space">Il y a peu de nomades aujourd'hui; les petits mtiers -qui s'exeraient le long des routes, dans chaque -village rencontr, disparaissent devant nos procds -nouveaux de grande fabrication. De plus en plus rarement -on voit le colporteur dboucler sa balle la -porte des fermes, le cordonnier ambulant rparer sur -le bord des fosss les souliers qui, le dimanche, remplaceront -les sabots, le musicien venu on ne sait d'o -<span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span> -chanter aux fentres ses airs monotones interminables; -les plerins de profession n'existent plus; -les charlatans mme perdront bientt leur crdit. Au -moyen ge, il en tait tout autrement; beaucoup d'individus -taient vous une existence errante et commenaient -au sortir de l'enfance le voyage de leur vie -entire. Les uns au grand soleil, sur la poussire des -chemins frquents, promenaient leurs industries -bizarres; les autres dans les sentiers dtourns ou -mme travers les taillis cachaient leur tte aux gens -du shriff, une tte soit de criminel, soit de fugitif, -<i>tte de loup, que tout le monde pouvait abattre</i>, -selon la terrible expression d'un juriste anglais du -treizime sicle. Parmi ceux-ci, beaucoup d'ouvriers -en rupture de ban, malheureux et tyranniss dans -leurs hameaux, qui se mettaient en qute de travail par -tout le pays, comme si la fuite pouvait les affranchir: -<i>Service est en le sank<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor"> [1]</a>!</i> leur rpondait le magistrat; -parmi ceux-l, des colporteurs chargs de menues -marchandises, des plerins qui de Saint-Thomas - Saint-Jacques allaient qutant sur les routes et vivant -d'aumnes, des pardonneurs, nomades tranges, -qui vendaient au commun peuple les mrites des -saints du paradis, des frres mendiants et des prcheurs -de toute sorte qui, suivant l'poque, faisaient -entendre aux portes des glises des harangues passionnes -<span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span> -ou les discours gostes les plus mprisables. -Toutes ces vies avaient ce caractre commun -que, dans les grands espaces de pays o elles s'coulaient, -et o d'autres vies se consumaient immobiles, -tous les jours sous le mme ciel et dans le mme -labeur, elles servaient comme de lien entre ces -groupes loigns que les lois et les mœurs rattachaient -au sol. Poursuivant leur œuvre singulire, -ces errants, qui avaient tant vu et connu tant d'aventures, -servaient donner aux humbles qu'ils rencontraient -sur leur passage quelque ide du vaste monde - eux inconnu. Avec beaucoup de croyances fausses -et de fables, ils faisaient entrer dans le cerveau des -immobiles certaines notions d'tendue et de vie active -qu'ils n'auraient gure eues sans cela; surtout -ils fournissaient aux gens attachs au sol des nouvelles -de leurs frres de la province voisine, de leur tat de -souffrance ou de bonheur, et on les enviait alors ou -on les plaignait et on se rptait que c'taient bien l -des frres, des amis appeler au jour de la rvolte.</p> - -<p>Dans un temps o pour la foule des hommes les -ides se transmettaient oralement et voyageaient avec -ces errants par les chemins, les nomades servaient -rellement de trait d'union entre les masses humaines -des rgions diverses. Il y aurait donc pour l'historien -un intrt trs grand connatre exactement quels -taient ces canaux de la pense populaire, quelle vie -menaient ceux qui en remplissaient la fonction, -<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span> -quelle influence et quelles mœurs ils avaient. Nous -tudierons les principaux types de cette race et nous -les choisirons en Angleterre au quatorzime sicle, -dans un pays et une poque o leur importance sociale -a t considrable. L'intrt qui s'attache eux -est naturellement multiple; d'abord la personne mme -de ces pardonneurs, de ces plerins de profession, de -ces mnestrels, espces teintes, est curieuse examiner -de prs; ensuite et surtout l'tat de leur esprit -et la manire dont ils exeraient leurs pratiques se rattachent -troitement l'tat social tout entier d'un -grand peuple qui venait alors de se former et d'acqurir -les traits et le caractre qui le distinguent -encore aujourd'hui. C'est en effet l'poque o, la -faveur des guerres de France et des embarras incessants -de la royaut, les sujets d'douard III et de -Richard II gagnent un parlement semblable celui -que nous voyons fonctionner l'heure prsente; c'est -celle o, dans la vie religieuse, l'indpendance de -l'esprit anglais s'affirme par les rformes de Wyclif, -les statuts du clerg et les protestations du Bon Parlement; -celle o, dans les lettres, Chaucer inaugure -la srie des grands potes d'Angleterre; celle enfin o, -du noble au vilain, un rapprochement se fait qui amnera -sans rvolution excessive cette vraie libert que -nous avons si longtemps envie nos voisins. Cette -priode est dcisive dans l'histoire du pays. On verra -que dans toutes les grandes questions dbattues au -<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span> -clotre, au chteau ou sur la place publique, le rle -peu connu des nomades n'a pas t insignifiant.</p> - -<p>Il faut examiner d'abord le lieu de la scne, ensuite -les vnements qui s'y passent, savoir ce que sont -les routes, puis ce que sont les tres qui les frquentent.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_8"> 8</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_9"> 9</a></span></p> - -<p class="extra"><span class="large">PREMIRE PARTIE</span><br /> -<span class="medium"><b>LES ROUTES</b></span></p> - - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_10"> 10</a></span></p> -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span></p> -<h2 class="normal"><span class="large">CHAPITRE I</span><br /> -<span class="small">LES ROUTES ET LES PONTS</span></h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Ide gnrale de leur entretien.—Tous les propritaires sont chargs -de les rparer.—Caractre religieux de cette obligation.</p> - -<p>Les frres pontifes.—Indulgences pour encourager la construction -des ponts.—Rle des guilds.—Le pont de Stratford-at-Bow.—Le -pont de Londres.—Ressources affectes la prservation -des ponts: les droits de page.—Les offrandes la chapelle.—Dotation -des ponts.—Enqutes sur leur tat.</p> - -<p>Les routes.—Leur entretien.—Leur tat habituel.—Les dputs -au parlement arrts dans leur voyage Londres par le mauvais tat -des chemins.</p> -</div> -</div> - - -<p>L'entretien des routes et des ponts d'Angleterre -tait au quatorzime sicle une de ces charges gnrales -qui pesaient, comme le service militaire, sur -l'ensemble de la nation. Tous les propritaires fonciers -taient obligs, en thorie, de veiller au bon -tat des chemins; leurs tenanciers devaient excuter -pour eux les rparations. Les religieux, propritaires -de biens donns en <i>francalmoigne</i>, c'est--dire -dans un but de pure charit et titre perptuel, -taient dispenss de tout service et de toute rente -vis--vis de l'ancien propritaire du sol, et ils n'avaient -en gnral d'autre charge que celle de dire -<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span> -des prires ou de faire des aumnes pour le repos -de l'me du donateur. Mais il leur restait cependant - satisfaire la <i>trinoda necessitas</i>, ou triple -obligation qui consistait notamment rparer les -ponts et les routes.</p> - -<p>C'est que ces travaux n'taient pas considrs -comme mondains; c'taient plutt des œuvres pies -et mritoires devant Dieu, au mme titre que la visite -des malades et le soulagement des pauvres<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor"> [2]</a>; on y -voyait une vritable aumne pour des malheureux, -les voyageurs. C'est pourquoi le clerg y demeurait -soumis. Le caractre pieux de ce genre de travaux -suffirait prouver que les routes n'taient pas aussi -sres ni en aussi bon tat qu'on l'a soutenu quelquefois<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor"> [3]</a>. -Le plus bel effet de l'ide religieuse au -moyen ge a t de produire ces enthousiasmes -dsintresss qui craient sur-le-champ, ds qu'une -misre de l'humanit devenait flagrante, des socits -de secours et rendaient populaire l'abngation. On -vit, par exemple, une de ces misres dans la puissance -des infidles, et les croisades se succdrent. -On s'aperut au treizime sicle de l'tat de -dlaissement de la basse classe dans les villes, et -<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span> -saint Franois envoya pour consolateurs aux abandonns -ces frres mendiants si justement populaires -d'abord, mais dont la renomme changea si vite. -C'est de la mme faon que l'on considra les voyageurs -comme des malheureux dignes de piti et qu'on -leur vint en aide pour plaire Dieu. Un ordre religieux -avait t fond dans ce but au douzime sicle, celui -des frres <i>pontifes</i> ou faiseurs de ponts, qui se rpandit -dans plusieurs pays du continent<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor"> [4]</a>. En France, -ils construisirent sur le Rhne le clbre pont d'Avignon, -qui garde aujourd'hui encore quatre des arches -leves par eux, et celui de Pont-Saint-Esprit, qui n'a -pas cess de servir. Pour rompre la force d'un courant -tel que celui du Rhne, ils btissaient des piles -trs rapproches, d'une coupe oblongue, qui se terminaient -en angle aigu aux deux extrmits de leur -axe; et leur maonnerie tait si solide que dans plusieurs -endroits, pendant sept sicles dj, les fleuves -l'ont respecte. Ils avaient en outre des tablissements -au bord des cours d'eau et aidaient les -passer en bateau. Les laques apprirent les secrets de -leur art et commencrent les remplacer ds le treizime -sicle; les ponts se multiplirent en France, et -beaucoup subsistent: tel, par exemple, que ce beau -pont de Cahors rest intact et qui a mme conserv -jusqu' prsent les tourelles mchicoulis qui servaient -autrefois le dfendre.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span> -On ne trouve pas trace en Angleterre d'tablissements -fonds par les frres pontifes; mais il est certain -que l, comme ailleurs, les travaux de construction -de ponts et de chausses avaient un caractre -pieux. Pour encourager les fidles y prendre part, -Richard de Kellawe, vque de Durham (1311-1316), -leur remet une partie des peines de leurs pchs. Le -registre de sa chancellerie piscopale contient souvent -des insertions de cette sorte: Memorandum... -Monseigneur a accord quarante jours d'indulgence - tous ceux qui puiseront dans le trsor des biens -que Dieu leur a donns, pour fournir l'tablissement -et l'entretien du pont de Botyton, des secours -prcieux et charitables; quarante jours, en une -autre circonstance, pour le pont et la chausse entre -Billingham et Norton<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor"> [5]</a>, et quarante jours pour la -grand'route de Brotherton Ferrybridge. Le libell -de ce dernier dcret est caractristique.</p> - -<p>A tous ceux qui, etc... Persuads que les esprits -des fidles sont d'autant plus prompts s'attacher -<i>aux œuvres pies</i> qu'ils ont reu le salutaire encouragement -d'indulgences plus grandes, confiants dans -la misricorde de Dieu tout-puissant et les mrites -et les prires de la glorieuse Vierge sa mre, de saint -Pierre, de saint Paul et du trs saint confesseur -Cuthbert, notre patron, nous remettons quarante -jours de la pnitence eux impose tous nos -paroissiens et autres...... sincrement contrits et -<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span> -confesss de leurs pchs, qui aideront charitablement -par leurs dons <i>ou leur travail corporel</i> l'tablissement -et l'entretien de la chausse entre -Brotherton et Ferrybridge, <i>o il passe beaucoup de -monde</i><a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor"> [6]</a>.</p> - -<p>Les guilds aussi, ces confrries laques qu'animait -l'esprit religieux, rparaient les routes et les ponts. -C'est ce que faisait la guild de la Sainte-Croix de -Birmingham, fonde sous Richard II, et son intervention -tait fort utile, comme le remarquaient, deux -sicles plus tard, les commissaires d'douard VI. -La guild entretenait en bon tat deux grands ponts -de pierre et plusieurs grands chemins qui auraient -t sans cela dfoncs et dangereux: dpenses que -la ville est dans l'impossibilit de faire. Le dfaut de -cet entretien causera un grand dommage aux sujets -de Sa Majest qui vont aux marches de Galles ou -en viennent, et la ruine complte de ladite ville, -laquelle est une des plus belles et de celles qui donnent - Sa Majest les meilleurs revenus de toutes -les villes du comt<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor"> [7]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span> -Que la reine Mathilde (<span class="smallc">XII</span><sup>e</sup> sicle) se soit ou non -mouille, comme on croit, en passant gu la -rivire Stratford-at-Bow, ce village mme o l'on -devait parler plus tard le franais qui amuserait -Chaucer, il est certain qu'elle pensa faire œuvre mritoire -en y construisant deux ponts<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor"> [8]</a>. Plusieurs fois -rpar, <i>Bow Bridge</i> existait encore en 1839. Elle -dota sa fondation en cdant une terre et un moulin - eau l'abbesse de Barking, charge perptuit -d'entretenir le pont et la chausse voisine. La reine -mourut; une abbaye d'hommes fut fonde Stratford -mme, tout prs des ponts, et l'abbesse s'empressa -de transmettre au monastre nouveau la proprit -du moulin et la charge des rparations. L'abb les -fit d'abord, puis il s'en lassa et finit par en dlguer -le soin un certain Godfrey Pratt. Il lui avait bti -une maison sur la chausse, ct du pont, et lui -fournissait une subvention annuelle. Pendant longtemps, -Pratt excuta le contrat, se faisant assister, -dit une enqute d'douard I<sup>er</sup>, de quelques passants, -mais sans avoir souvent recours leur aide. Il -recevait aussi la charit des voyageurs et ses affaires -prospraient. Elles prosprrent si bien que l'abb -crut pouvoir retirer sa pension; Pratt se ddommagea -de son mieux. Il tablit des barres de fer en -travers du pont et fit payer tous les passants, sauf -les riches; car il faisait prudemment exception -pour les gens de noblesse; il avait peur et les laissait -<span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span> -passer sans les inquiter. La contestation ne se -termina que sous douard II; l'abb reconnut ses -torts, reprit la charge du pont et supprima les barres -de fer, le page et Godfrey Pratt lui-mme.</p> - -<p>Ce pont, sur lequel Chaucer sans doute a pass, -tait en pierre; ses arches taient troites et ses piles -paisses; de puissants contreforts les soutenaient et -divisaient la force du courant; ils formaient leur -partie suprieure un triangle ou gare d'vitement -qui servait de refuge aux pitons, car le passage -avait si peu de largeur qu'une voiture suffisait -l'obstruer. Quand on le dmolit en 1839, on reconnut -que les procds de construction avaient t -trs simples. Pour tablir les piles dans le lit de -la rivire, les maons avaient simplement jet du -mortier et des pierres jusqu' ce que le niveau de -l'eau et t atteint. On remarqua aussi que le mauvais -vouloir de Pratt, de l'abb ou de leurs successeurs -avait d rendre, certains moments, le -pont presque aussi dangereux que le gu primitif. -Les roues des voitures avaient creus dans la pierre -des ornires si profondes et les fers des chevaux -avaient tellement us le pavement, qu'une arche -s'tait trouve perce.</p> - -<p>Le caractre pieux de ces constructions se rvlait -par la chapelle qu'elles portaient. Bow Bridge tait -ainsi plac sous la protection de sainte Catherine. Le -pont de Londres avait aussi une chapelle, ddie -saint Thomas de Cantorbry. C'tait une volumineuse -construction gothique, de forme absidale, avec de -<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span> -hautes fentres et des clochetons ouvrags, presque -une glise. Une miniature de manuscrit<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor"> [9]</a> la montre -attache la pile du milieu, tandis que, tout le long -du parapet, des maisons aux toits aigus projettent -sur la Tamise leur deuxime tage, qui surplombe.</p> - -<p>Aucun Anglais au moyen ge et mme la renaissance -n'a jamais parl sans orgueil du pont de Londres; -c'tait la grande merveille nationale; il demeura -jusqu'au milieu du dix-huitime sicle le seul -pont de la capitale. Il avait t commenc en 1176, -sur l'emplacement d'une vieille passerelle en bois, -par Pierre Colechurch, prtre et chapelain, qui -avait dj rpar une fois la passerelle. Tout le -peuple s'mut de cette grande et utile entreprise; -le roi, les citoyens de Londres, les habitants des -comts dotrent l'difice de terres et envoyrent -de l'argent pour hter son achvement. On voyait -encore, au seizime sicle, la liste des donateurs -grave sur une belle tablette pour la postrit, -dans la chapelle du pont<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor"> [10]</a>. Peu avant sa mort (1205), -Pierre Colechurch, alors trs vieux, avait t remplac -dans la direction des travaux. Le roi Jean sans Terre, -qui se trouvait en France, frapp de la beaut des -<span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span> -ponts de notre pays, en particulier de ce magnifique -pont de Saintes, qui a dur jusqu'au milieu de notre -sicle et sur lequel un arc de triomphe romain donnait -accs, dsigna, pour remplacer Pierre, un Franais, -frre Isembert, matre des coles de Saintes (1201). -Isembert, qui avait fait ses preuves en travaillant au -pont de la Rochelle et celui de Saintes, partit avec ses -aides, muni d'une patente royale adresse au maire -et aux habitants de Londres. Jean sans Terre y vantait -l'habilet du matre et dclarait consacrer pour -jamais l'entretien de l'difice le revenu des maisons -que celui-ci lverait sur le parapet (Voy. appendice, -1) Le pont fut termin en 1209. Il tait en -effet garni de maisons, d'une chapelle et de tours de -dfense. Il devint clbre immdiatement et fit l'admiration -de toute l'Angleterre. L'cossais sir David -Lindesay, comte de Crawfurd, s'tant pris de querelle -avec lord Welles, ambassadeur la cour d'cosse, -un duel fut dcid, et ce fut le pont de Londres -que Lindesay dsigna pour lieu du combat (1390). -Il traversa tout le royaume, muni de sauf-conduits -de Richard II, et le duel s'engagea solennellement -l'endroit fix, en prsence d'une foule immense. Le -premier choc fut si violent que les lances volrent en -clats, mais l'cossais demeura immobile sur sa -selle. Le peuple, inquiet du succs de l'Anglais, commena - crier que l'tranger tait attach sa monture, -contrairement toutes les rgles. Ce qu'entendant, -Lindesay, pour toute rponse, sauta lgrement - terre, se remit d'un bond en selle, et, chargeant -<span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span> -de nouveau son adversaire, le culbuta et le blessa -grivement<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor"> [11]</a>.</p> - -<p>Les maisons bties sur le pont taient plusieurs -tages; elles avaient leurs caves dans l'paisseur des -piles. Quand ils avaient besoin d'eau, les habitants -jetaient par la fentre leurs seaux attachs des -cordes et les remplissaient dans la Tamise. Quelquefois -par ce moyen ils portaient secours aux malheureux -dont la barque avait chavir. Les arches -taient troites et il n'tait pas rare que, l'obscurit -venue, quelque bateau heurtt les piles et ft -mis en pices. Le duc de Norfolk et plusieurs autres -furent sauvs de cette faon en 1428, mais beaucoup -de leurs compagnons se noyrent. D'autres fois c'taient -les habitants eux-mmes qui avaient besoin -de secours, car il arrivait parfois que leurs maisons, -mal rpares, penchaient en avant et tombaient tout -d'une pice dans la rivire. Une catastrophe de ce -genre se produisit en 1481.</p> - -<p>L'une des vingt arches du pont, la treizime -partir de la cit, formait pont-levis pour laisser -passer les bateaux<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor"> [12]</a> et pour fermer aussi l'accs -de la ville; ce fut cet obstacle qui, en 1553, empcha -les insurgs conduits par sir Thomas Wyat -de pntrer dans Londres. A ct de l'arche mobile -s'levait une tour sur le haut de laquelle le bourreau -<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span> -planta longtemps les ttes des criminels dcapits. -Celle du grand chancelier, sir Thomas More, -saigna un temps au bout d'une pique sur cette -tour, avant d'tre rachete par Marguerite Roper, -la fille du supplici. En 1576, cet difice aux sombres -souvenirs fut reconstruit magnifiquement et -l'on y fit des appartements trs beaux. La nouvelle -tour tait tout entire en bois sculpt et dor, -dans ce style de papier dcoup en honneur -sous lisabeth et que blmait le sage Harrison. -Elle s'appela la Maison-non-pareille, <i>None-such-house</i>. -Les ttes des supplicis ne pouvaient plus -souiller une construction aussi gaie d'aspect; on -les reporta sur la tour suivante, du ct de Southwark. -Quatre ans aprs ce changement, Lyly l'euphuste, -cet lgant si attentif flatter la vanit -de ses compatriotes, terminait un de ses livres par -un loge pompeux de l'Angleterre, de ses produits, -de ses universits, de sa capitale; il ajoutait: Parmi -les merveilles les plus belles et les plus extraordinaires, -aucune, il me semble, n'est comparable -au pont sur la Tamise. On dirait une rue -continue garnie des deux cts de hautes et imposantes -maisons. Cette rue est supporte par vingt -arches faites d'excellentes pierres de taille; chaque -arche a soixante pieds de haut et vingt au moins -d'ouverture (Ap. 2).</p> - -<p>C'tait l un pont exceptionnel; les autres avaient -une apparence moins grandiose. On tait mme trs -heureux d'en rencontrer de semblables celui de -<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span> -Stratford, malgr son peu de largeur et ses profondes -ornires, comme celui de la Teign entre Newton -Abbot et Plymouth (reconstruit en 1815 sur des fondations -romaines)<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor"> [13]</a>, ou mme comme le pont de bois -sur la Dyke, aux arches si basses et si troites que -tout trafic par eau tait interrompu pour peu que le -niveau de la rivire montt. L'existence de ce dernier -pont, qui, en somme, tait plutt une entrave -qu'une aide pour le commerce, finit, il est vrai, par -exciter l'indignation des comts avoisinants. Aussi, -pendant le quinzime sicle, fut-il accord aux habitants, -sur leur pressante requte, de reconstruire ce -pont en pierre, avec une arche mobile pour les bateaux -(Ap. 3).</p> - -<p>On a dj vu quelques exemples des moyens employs - cette poque pour assurer le maintien de -ces prcieux monuments, lorsque ce maintien ne -constituait pas une des charges inhrentes la -proprit des terres voisines (<i>trinoda necessitas</i>): -on sait qu'on y arrivait quelquefois la faveur -<span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span> -d'indulgences promises aux bienfaiteurs; d'autres -fois, grce l'intervention des guilds, ou aussi -par les dotations dont un grand seigneur enrichissait -le pont qu'il avait fond. Mais il y avait encore -plusieurs moyens employs avec succs et -mme avec profit; c'tait la perception rgulire de -ce droit de page que Godfrey Pratt avait impos -arbitrairement ses concitoyens, ou bien la collecte -des offrandes pieuses faites la chapelle du pont -et son gardien. Le droit de page s'appelait <i>pontagium</i> -ou <i>brudtholl</i> (<i>bridgetoll</i>); le concessionnaire -de cette taxe s'engageait en compensation faire -toutes les rparations utiles. Quelquefois le roi accordait -ce droit comme une faveur, pour une priode -dtermine; on en verra un exemple dans la -ptition suivante, qui est du temps d'douard I<sup>er</sup> ou -d'douard II:</p> - -<p>A nostre seygnur le roy, prie le soen bacheler -Williame de Latymer, seygnur de Jarmi<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor"> [14]</a>, qe il ly -voylle grauntier pountage pur cync aunz al pount de -Jarmi, qe est debrusee, ou home soleyt passer as -carettes e ove chivals en le reale chymyn entre -l'ewe de Tese vers la terre de Escoce. oe, si ly plest, -voille fere pur l'alme madame sa cumpaygne, qe est - Dieu comaundez, e pur comun profit des gentz -passauntz.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span> -La rponse du roi est favorable: Rex concessit -pontagium per terminum<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor"> [15]</a>.</p> - -<p>Une autre ptition trs curieuse (1334) montrera -l'application de l'autre moyen, c'est--dire la collecte -d'offrandes volontaires obtenues de la charit des -passants<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor"> [16]</a>; on y remarquera le rle des clercs dans -la garde de ces monuments, l'pret avec laquelle on -se disputait le droit profitable de recueillir ces aumnes, -et les dtournements dont quelquefois elles -taient l'objet:</p> - -<p>A notre seigneur le roi et son conseil remontre -leur pauvre chapelain Robert le Fenere, cur -de l'glise de Saint-Clment de Huntingdon, de -l'vch de Lincoln, qu'il y a une petite chapelle -nouvellement difie en sa paroisse, sur le pont de -Huntingdon, de laquelle chapelle notre seigneur le -roi a accord et baill la garde, tant qu'il lui plaira, - un sire Adam, gardien de la maison de Saint-Jean -de Huntingdon, qui prend et emporte toutes manires -d'offrandes et aumnes, et rien ne met en -amendement du pont et de la chapelle susdite, -<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span> -comme il y est tenu. D'autre part, il semble prjudiciable - Dieu et Sainte glise que les offrandes -soient appropries nul sinon au cur dans la paroisse -duquel la chapelle est fonde. Pour quoi ledit -Robert prie, pour Dieu et Sainte glise et pour -les mes du pre de notre seigneur le roi et de -ses anctres, qu'il puisse avoir, annexe son -glise, la garde de ladite chapelle, ensemble avec la -charge du pont, et il mettra de son œuvre toute sa -peine les bien maintenir, de meilleure volont que -nul tranger, pour le profit et l'honneur de Sainte -glise, pour plaire Dieu et toutes gens passant -par l.</p> - -<p>Ce mlange d'intrts humains et divins est soumis - l'examen ordinaire, et la demande est carte -par une fin de non-recevoir: Non est peticio -parliamenti, cette ptition ne regarde pas le parlement -(Ap. 4).</p> - -<p>D'autres fois, enfin, le pont tait en mme temps, -lui-mme, propritaire d'immeubles et bnficiaire -des offrandes faites sa chapelle; il avait des ressources -civiles et des ressources religieuses. Tels -taient notamment les ponts de Londres, de Bedford -et beaucoup d'autres. Jean de Bodenho, chapelain, -expose au Parlement que les habitants de Bedford -tiennent du roi leur propre ville en ferme et se sont -chargs d'entretenir leur pont. Et pour cela ils ont -assign certeyns tenementz et rentes en ladite -ville audit pount pur le meintenir, e de lour aumoigne -ount fait une oratorie novelement hors de -<span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span> -l'eawe q'est au sire de Moubray, par cong du seigneur, -joignaunt audit pount. Les bourgeois ont -donn au plaignant les revenus du tout, avec la -charge des rparations. Mais le clerc Jean de Derby -a fait entendre au roi que c'tait chapelle royale, -qu'il pouvait en disposer, et le roi la lui a donne, -ce qui est fort injuste, puisque la chapelle n'est -pas au roi et que mme ceux qui l'ont tablie sont -encore vivants; toutes ces raisons furent trouves -bonnes: les juges reurent l'ordre de faire droit -au plaignant et ils furent rprimands pour ne -l'avoir pas fait plus tt, comme on le leur avait -dj prescrit<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor"> [17]</a>.</p> - -<p>Enrichis par tant d'offrandes, protgs par la -<i>trinoda necessitas</i> et par l'intrt commun des propritaires -du sol, ces ponts auraient pu tre perptuellement -rpars et demeurer intacts. Mais il n'en -tait rien, et de la thorie lgale la pratique la -distance tait grande. Quand les taxes taient rgulirement -perues et honntement appliques, elles -suffisaient au maintien de la construction, et mme -le droit de les percevoir tait, comme on l'a vu, fort -disput; mais on a pu observer dj, par l'exemple -de Godfrey Pratt et de quelques autres, que tous les -gardiens n'taient pas honntes. Beaucoup, et mme -des plus haut placs, imitaient Godfrey. Le pont de -Londres lui-mme, si riche, si utile, si admir, avait -constamment besoin de rparations, et on ne les -<span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span> -faisait jamais que lorsque le danger tait imminent -ou mme la catastrophe survenue. Henri III concdait - terme les revenus du pont sa femme trs -chre, qui ngligeait de l'entretenir et s'appropriait -sans scrupule les rentes de l'difice; le roi n'en renouvelait -pas moins sa patente l'expiration du -terme, pour que la reine bnficit d'une grce -plus fconde. Le rsultat de ces grces ne se faisait -pas attendre: il se trouve bientt que le pont -est en ruines, et pour le remettre en tat, les ressources -ordinaires ne suffisant plus, il faut envoyer -des quteurs recueillir par tout le pays les offrandes -des hommes de bonne volont. douard I<sup>er</sup> supplie ses -sujets de se hter (janvier 1281): le pont va s'crouler -si on n'envoie de prompts secours. Il recommande -aux archevques, aux vques, tout le clerg de -permettre ses quteurs d'adresser librement au -peuple de pieuses exhortations, pour que les subsides -soient donns sans dlai. Mais ces secours si -instamment rclams arrivent trop tard; la catastrophe -s'est dj produite; une ruine subite a atteint -le pont, et pour parer ce malheur le roi tablit -une taxe exceptionnelle sur les passants, les marchandises -et les bateaux (4 fvrier 1282). En quoi consistait -cette ruine subite, nous le savons par les -annales de Stow: l'hiver avait t fort rigoureux, la -neige et la gele avaient produit dans le tablier de -grandes crevasses, si bien que, vers la fte de la Purification -(2 fvrier), cinq des arches s'taient croules; -beaucoup d'autres ponts, dans les comts, -<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span> -avaient t mis mal, le pont de Rochester tait -mme tomb tout entier (Ap. 5).</p> - -<p>On imagine ce qu'il pouvait advenir de certains -ponts de la province qui avaient t construits sans -qu'on et song les doter; les aumnes qu'on leur -faisait se trouvaient insuffisantes; de sorte que peu - peu, personne ne les rparant, leurs arches s'usaient, -leurs parapets se dtachaient, une charrette -ne passait plus sans que de nouveaux moellons disparussent -dans la rivire, et bientt ce n'tait pas sans -de grands dangers que les carrioles et les cavaliers -s'aventuraient sur la construction demi dmolie. -Qu'avec cela une crue survnt, c'en tait fait du pont -et des imprudents ou des gens presss qui pouvaient -s'y engager sur le tard. C'est un accident de ce -genre qu'allgue pour sa dfense un chambellan -d'douard III qui son matre rclame cent marcs. -Le chambellan assure les avoir envoys exactement -par son clerc Guillaume de Markeley, hlas! .... lequel -William fut ney en Savarne au Pount de Moneford -par crecyn (crue) de eawe, e ne poyt estre trov -tant qe il fut desvorr des bestes, issint qe lesditz -cent marcs furent perdues par fortune<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor"> [18]</a>. A cette -poque, il y avait encore des loups en Angleterre, et -la disparition du corps, avec les cent marcs, par le -fait des btes froces, put paratre moins invraisemblable -qu'on ne la jugerait prsent.</p> - -<p>Dans ce temps, la ngligence et l'oubli allaient -<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span> -jusqu' des degrs aujourd'hui impossibles et qui -nous sont inconnus. Les communes des comts de -Nottingham, Derby et Lincoln et de la ville de Nottingham -exposent au Bon Parlement (1376) qu'il y -a prs de la ville de Nottingham un grand pont sur -la Trent, appel Heybethebrigg, as fesaunce ou -reparailler de quele nul y est charg fors taunt soulment -d'almoigne; par ont touz les venantz et revenantz -par entre les parties del south et north deyvent -avoir lour passage. Ce pont est ruynouste et -sovent foith ount plusours gentz est noiez auxi -bien gentz chivalx comme charettz, homme et -hernays. Les plaignants demandent de pouvoir dsigner -deux gardiens du pont, qui administreront -les biens qu'on donnera pour son entretien, pur -Dieu et en eovre de charit. Mais le roi n'accueillit -pas leur requte<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor"> [19]</a>.</p> - -<p>Ou bien encore il se trouvait que les propritaires -riverains laissaient tomber en oubli leur obligation, -mme quand elle tait au dbut parfaitement formelle -et certaine. Le lgislateur avait pris cependant -quelques prcautions; il avait inscrit les ponts dans -la liste des sujets de ces enqutes ouvertes priodiquement -en Angleterre par les juges errants, les shriffs -et les baillis, ainsi qu'on le verra plus loin; mais -les intresss trouvaient moyen de frauder la loi. On -s'tait accoutum de si longue date voir l'difice -menacer ruine, que, le jour o il s'croulait, personne -<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span> -ne pouvait plus dire qui aurait d le rparer. Il -fallait alors s'adresser au roi pour avoir une enqute -spciale et faire rechercher qui incombait la servitude. -Le parlement en dcide ainsi en 1339, sur la -demande du prieur de Saint-Nots: Item, soient -bones gentz et loialx assignez de surver le pount et -la chauc de Seint Nee, s'ils soient debrusez et emportez -par cretyn (crue) de eawe, come le priour -suppose, ou ne mye. Et, en cas q'ils soient debrusez -et emport, d'enquere qi le doit et soleit faire reparailler -et ceo faire est tenuz de droit, et de combien -le pount et la chauc purront estre refaitz et -reparaillez. Et ceo qu'ils averont trove, facent retourner -en la chauncellerie<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor"> [20]</a>.</p> - -<p>A la suite d'enqutes pareilles, les personnes -charges de l'entretien se trouvant dtermines par -les dclarations d'un jury convoqu sur les lieux, -une taxe est leve sur les individus dsigns, pour -l'excution des rparations. Mais trs souvent les dbiteurs -protestent et refusent de payer; on les poursuit, -ils en rfrent au roi; on saisit leur cheval ou -leur charrette, ce qui peut tomber sous la main, -pour tre vendu au profit du pont; la discussion s'ternise -et l'difice croule en attendant. Hamo de Morston, -par exemple, se plaint, la onzime anne -d'douard II, de ce qu'on lui a pris son cheval. Cits - se justifier, Simon Porter et deux autres qui ont -fait la capture, expliquent qu'il y a un pont Shoreham, -<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span> -appel le grand pont (Longebregge), qui est -moiti dtruit; or il a t reconnu que la construction -devait tre rtablie aux frais des tenanciers de -l'archevque de Cantorbry. Hamo ayant refus de -payer sa part de contribution, Simon et les autres -lui ont pris son cheval. Ils agissaient par ordre du -bailli, et leur conduite se trouve justifie. A la suite -d'une autre enqute de la mme poque, l'abb de -Coggeshale refuse d'excuter aucune rparation un -pont voisin de ses terres, sous prtexte que, de mmoire -d'homme, il n'y a eu sur la rivire d'autre -pont qu'une certaine planche, et que, de tout -temps, on l'a trouve parfaitement suffisante pour les -cavaliers et les pitons (1 d. II). Les exemples d'enqutes -de ce genre et de difficults pour l'excution -des mesures dcides sont innombrables (Ap. 6).</p> - -<p>L'entretien des routes ressemblait fort celui des -ponts, c'est--dire qu'il dpendait beaucoup de l'arbitraire, -de l'occasion, de la bonne volont ou de -la dvotion des riverains (Ap. 7). O commenait -la ngligence, les ornires commenaient, ou pour -mieux dire les fondrires; cette foule de petites arches -souterraines que le piton ne remarque mme pas -aujourd'hui, et qui servent l'coulement de ruisseaux - sec une partie de l'anne, n'existaient pas -alors et le ruisseau traversait le chemin. Quand on -voyage en Orient, l'heure actuelle, on entend dans -les bazars des villes les caravaniers parler de routes -et de chemins de traverse, on en parle soi-mme au -retour, comme le prouvent les rcits de voyage. En -<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span> -Orient, cependant, une route n'est autre chose souvent -qu'un endroit par o l'on passe d'habitude; cela -ne ressemble gure aux chausses irrprochables -dont le mot route veille l'ide dans les esprits europens. -Pendant la saison des pluies, d'immenses -flaques d'eau coupent en travers la piste accoutume -des cavaliers et des chameaux: elles s'agrandissent -peu peu, dbordent la fin et forment de -vraies rivires. Le soir, le soleil se couche dans le -ciel et en mme temps dans la route qui devient -pourpre; les innombrables flaques du chemin et de -la campagne refltent les nuages rougis ou violacs, -les chevaux mouills, les cavaliers clabousss frissonnent -au milieu de toutes ces lueurs, pendant que -sur leur tte et leurs pieds les deux soleils se rapprochent -l'un de l'autre pour se rejoindre l'horizon. -Les routes du moyen ge ressemblaient souvent -celles de l'Orient moderne; les couchers de soleil -y taient magnifiques en hiver, mais, pour affronter -les voyages, il fallait tre un cavalier robuste, dur -la fatigue, et d'une sant inbranlable. L'ducation -usuelle, il est vrai, vous prparait ces preuves.</p> - -<p>Les chemins d'Angleterre auraient t entirement -impraticables, et le zle religieux, pas plus que les -indulgences de l'vque de Durham, n'aurait suffi - les tenir en tat si la noblesse et le clerg, c'est--dire -l'ensemble des propritaires, n'avaient eu un -intrt immdiat et journalier jouir de routes passables. -Les rois d'Angleterre avaient eu la prudence -de ne pas constituer de grands fiefs compacts comme -<span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span> -ceux qu'ils possdaient eux-mmes en France et qui -faisaient d'eux des vassaux si dangereux. Leur propre -exemple les avait instruits sans doute, et nous les -trouvons distribuant ds le dbut aux <i>actionnaires</i> -de leur grande entreprise des domaines parpills -tous les coins de l'le. Cette sorte de marqueterie -foncire subsistait au quatorzime sicle, et Froissart -l'avait bien remarque: Et, pluisseurs fois, -dit-il, avint que quant je cevauchoie sus le pais -avoecques lui, <i>car les terres et revenues des barons -d'Engleterre sont par places et moult esparses</i>, il -m'apeloit et me disoit: Froissart, veez vous celle -grande ville ce haut clochier<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor"> [21]</a>?... Le malheureux -Despencer qui faisait cette question n'tait pas seul - avoir, semes au hasard dans tous les comts, les -terres qu'il devait la faveur du prince: tous les -grands de sa sorte taient dans le mme cas. Le roi -lui-mme, du reste, avec toute sa cour, aussi bien -que les seigneurs, allait sans cesse d'un manoir -l'autre, par got et plus encore par ncessit. En -temps de paix, c'tait un semblant d'activit qui ne -dplaisait point: mais c'tait, avant tout, un moyen -de vivre. Tous, quelque riches qu'ils fussent, avaient -besoin d'conomiser et, comme les propritaires de -tous les temps, de vivre sur leurs terres des produits -de leurs domaines. Ils allaient donc de place -en place, et il n'tait pas sans intrt pour eux -d'avoir des chemins praticables, o leurs chevaux -<span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span> -ne s'abattraient pas et o leurs fourgons bagages, -qui servaient de vritables dmnagements, auraient -chance de ne pas verser. De mme, les moines, -grands cultivateurs, avaient intrt au bon entretien -des routes. Leurs exploitations agricoles taient trs -tendues; une abbaye comme celle de Meaux<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor"> [22]</a> avait, -au milieu du quatorzime sicle, 2638 moutons, -515 bœufs, 98 chevaux et des terres proportion. -D'ailleurs, comme nous l'avons vu, le soin de veiller -au bon tat des routes incombait au clerg plus qu' -toute autre classe, parce que c'tait une œuvre pie -et mritoire, et pour cette raison le caractre religieux -de leur tenure ne les exemptait pas de la <i>trinoda -necessitas</i>, commune tous les possesseurs de -terres.</p> - -<p>Tous ces motifs runis taient assez pour qu'il y -et des chemins considrs comme suffisants, tant -donns les besoins d'alors, mais cette poque on -se contentait de peu. Les carrioles et mme les voitures -taient de lourdes machines pesantes mais solides, -qui pouvaient supporter les plus durs cahots. -Pour peu qu'on et du bien, on voyageait cheval. -Quant ceux qui voyageaient pied, ils taient accoutums - toutes les misres. Peu de chose suffisait -donc, et s'il fallait d'autres preuves de l'tat dans -lequel les routes taient sujettes tomber, mme -aux endroits les plus frquents, nous les trouverions -<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span> -dans un statut d'douard III (20 novembre 1353) -qui prescrit le pavage de la grand'route, <i>alta via</i>, -allant de Temple Bar (limite occidentale de Londres - cette poque) Westminster. Cette route, tant -presque une rue, avait t pave, mais le roi explique -qu'elle est si remplie de trous et de fondrires... -et que le pavement en est tellement endommag et -disjoint que la circulation est devenue trs dangereuse -pour les hommes et les voitures. Il ordonne en -consquence chaque propritaire riverain de refaire, - ses frais, un trottoir de sept pieds, jusqu'au -foss, <i>usque canellum</i>. Le milieu de la voie, inter -canellos, dont on ne dit malheureusement pas la -largeur, sera pav, et les frais couverts au moyen -d'une taxe perue sur toutes les marchandises allant - l'tape de Westminster.</p> - -<p>Il y avait dj une taxe gnrale sur toutes les -charrettes et les chevaux apportant des marchandises -ou des matriaux quelconques la ville. -L'arrt<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor"> [23]</a> qui l'avait tablie, la troisime anne du -rgne d'douard III, constate d'abord que toutes les -routes des environs immdiats de Londres sont en -si mauvais tat que les charretiers, marchands, etc., -sont souvent en danger de perdre ce qu'ils apportent. -Dsormais, pour subvenir aux rparations, -un droit sera peru sur tous les vhicules et toutes -les btes charges venant la ville; on procdera -par abonnement: ainsi, pour un tombereau rempli -<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span> -de sable, de gravier ou de terre glaise, il faudra -payer trois pence par semaine. On fait exception, -selon la coutume, pour les voitures et les chevaux -employs au transport de denres et autres objets -destins aux grands seigneurs (Ap. 8).</p> - -<p>Mais ce qui fait comprendre mieux encore que -les dits la difficult des voyages par le mauvais -temps, et permet de se reprsenter des chemins tout -aussi inonds que ceux d'Orient dans la priode des -pluies, c'est le fait, constat dans des pices officielles, -de l'impossibilit o l'on tait parfois, durant -la mauvaise saison, de rpondre aux convocations -royales les plus graves. C'est ainsi qu'on voit, par -exemple, l'ensemble des dputs appels au parlement -de tous les points de l'Angleterre manquer au -jour dsign, sans que le retard ft attribuable -rien qu' l'tat des routes. On lit ainsi dans les -procs-verbaux des sances du deuxime parlement -de la treizime anne d'douard III (1339) qu'il fut -ncessaire de venir dclarer aux quelques reprsentants -des communes et de la noblesse qui avaient pu -gagner Westminster, qe pour la reson que les -prlatz, countes, barouns et autres grauntz et chivalers -des countez, citeyns et burgeys des citez et -burghes furent destourbez par la mauvays temps -qu'il ne poaient venir audit jour, il lour covendrait -attendre lour venue<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor"> [24]</a>.</p> - -<p>Pourtant ces dputs n'taient pas de pauvres -<span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span> -gens: ils avaient de bons chevaux, de bonnes tuniques, -des manteaux pais couvrant la nuque et remontant -jusque sous le chapeau, avec de grandes -manches pendantes tombant sur les genoux; n'importe, -la neige ou la pluie, les inondations ou la -gele avaient t les plus forts. Tout en pestant, -chacun de son ct, contre la saison qui entravait -leur voyage, prlats, barons ou chevaliers avaient d -arrter leurs montures dans quelque auberge isole; -et coutant le bruit du grsil sur les chssis de bois -qui fermaient la fentre, les jambes au feu dans -la salle enfume, en attendant le retrait des eaux -ils songeaient au mcontentement royal qui bientt -leur serait sans doute manifest dans la chambre -peinte de Westminster. Si donc il y avait des routes, -si les proprits taient greves de servitudes obligeant - les entretenir, si des dits venaient de temps -en temps rappeler aux possesseurs du sol leurs obligations, -si l'intrt priv des seigneurs et des moines -s'ajoutant l'intrt public occasionnait de temps -en temps des rparations, le sort du voyageur, la -chute ou la fonte des neiges, tait cependant prcaire. -On comprend que l'glise ait eu piti de lui -et l'ait mentionn, en mme temps que les malades -et les prisonniers, parmi les infortuns qu'elle recommandait -aux prires quotidiennes des mes -pieuses.</p> -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_38"> 38</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE II<br /> -<span class="small"><b>LE VOYAGEUR ORDINAIRE ET LE PASSANT</b></span></h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Les voyages de la cour et des seigneurs.—Charrettes et fourgons -bagages.—Les pourvoyeurs royaux et leurs abus de pouvoir.—Les -voitures princires.—Le cortge royal.—Les solliciteurs et -les plaideurs.</p> - -<p>Voyages des magistrats.—Voyages des moines.—Voyages des -vques.—Voyages des messagers.</p> - -<p>Les gtes pour la nuit.—La suite du roi loge par les habitants.—Les -monastres.—Les nobles abusent de l'hospitalit -monacale.—Les chteaux.—Les htelleries.—Le prix du -coucher et des provisions.—Un voyage en hiver d'Oxford -Newcastle.</p> - -<p>Les cabarets.—Les ermitages.—L'ermite et le voyageur.</p> -</div> -</div> - - -<p>Ainsi entretenues, les routes s'loignaient des -villes et s'enfonaient dans la campagne, coupes -par les ruisseaux en hiver et semes de trous; les -charrettes pesantes suivaient lentement leurs dtours, -et le bruit du bois qui grince accompagnait le vhicule. -Ces carrioles taient trs rpandues. Les unes -avaient la forme d'un tombereau carr, simples -botes massives, tout en planches, portes sur deux -roues; d'autres, un peu plus lgres, taient formes -de lattes garnies d'un treillage d'osier; les -roues taient protges par de gros clous ttes -<span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span> -prominentes<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor"> [25]</a>. Les unes et les autres servaient aux -travaux de la campagne; on en trouvait partout -et on les louait trs bon march. Deux pence par -mille et par tonne tait le prix habituel; pour des -sacs de bl transporter, c'tait, en gnral, un -penny par mille et par tonne<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor"> [26]</a>. Tout cela ne prouve -pas que les routes fussent excellentes, mais bien -plutt que ces charrettes, indispensables l'agriculture, -taient nombreuses. Pour les gens du village -qui les fabriquaient eux-mmes, elles ne reprsentaient -pas une forte somme; ils les faisaient -solides et massives, parce qu'elles taient plus faciles - tablir ainsi et rsistaient mieux aux cahots -des chemins; une rmunration assez faible devait -donc suffire aux charretiers. Le roi avait toujours -besoin de leurs services; quand il se transportait -d'un manoir un autre, le brillant cortge des -seigneurs tait suivi par une arme de chariots -d'emprunt.</p> - -<p>Les <i>pourvoyeurs</i> officiels trouvaient les charrettes -sur place et se les appropriaient librement; ils exeraient -leurs rquisitions jusqu' dix lieues la ronde -des points que traversait le convoi royal. Ils prenaient -mme sans scrupule les chars de gens de -passage, venant de trente quarante lieues de l, -<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span> -dont le voyage se trouvait ainsi brusquement interrompu. -Il y avait bien des statuts qui disaient qu'on -ne ferait pas d'emprunts forcs, et surtout qu'on -payerait honntement, c'est--dire dix pence par -jour pour une charrette deux chevaux et quatorze -pence pour une charrette trois chevaux. Mais -souvent on ne pensait pas payer. La poevre commune -recommenait ses protestations, le parlement -ses statuts et les pourvoyeurs leurs exactions. -Outre les charrettes, ils demandaient du bl, du -foin, de l'avoine, de la bire, de la viande; c'tait -une petite arme qu'il fallait nourrir, et les rquisitions -jetaient la terreur dans les villages. On faisait -ce qu'on pouvait pour s'en exempter; le moyen le -plus simple tait de corrompre le pourvoyeur, mais -les pauvres ne le pouvaient pas. Cependant, les -rglements taient innombrables qui avaient tous -successivement promis qu'il n'y aurait plus d'abus -jamais. Le roi tait impuissant; sous un gouvernement -imparfait, les lois cres pour durer toujours -perdent rapidement leur vitalit, et celles qu'on -faisait alors mouraient en un jour. Les pourvoyeurs -pullulaient; beaucoup se donnaient pour -officiers du roi qui ne l'taient point, et ce n'taient -pas les moins avides. Tous achetaient des prix drisoires -et se bornaient promettre le payement. Le -statut de 1330 montre comment ces payements ne -venaient jamais, comment aussi, quand on prenait -vingt-cinq quarters de bl, on en comptait vingt -seulement, parce qu'on mesurait chescun bussel -<span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span> -coumble<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor"> [27]</a>. De mme, pour le foin, la paille, etc., -les pourvoyeurs trouvaient moyen de se faire -compter un demi-penny ce qui valait deux ou trois -pence, ils ordonnaient qu'on leur ament des provisions -de vin, gardaient le meilleur afin de le revendre - leur compte, et se faisaient payer pour en -rendre une partie ceux qui ils l'avaient pris, ce -qui renversait singulirement les rles. Tout cela, -le roi le reconnat et il rforme en consquence. Il -rforme de nouveau peu de temps aprs et avec le -mme rsultat. En 1362, il dclare que dsormais -les pourvoyeurs payeront comptant, au prix courant -du march, et il ajoute cette rgle plaisante, que les -pourvoyeurs perdront leur nom dtest et seront -appels acheteurs: que le heignous noun de purveour -soit chaung et nom achatour<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor"> [28]</a>. Les deux -mots comportaient donc des ides trs diffrentes -(Ap. 9).</p> - -<p>C'tait cheval que le roi et les seigneurs voyageaient -la plupart du temps; mais ils avaient aussi -des voitures. Rien ne donne mieux l'ide du luxe -encombrant et gauche qui fait, pendant ce sicle, -l'clat de la vie civile, que la structure de ces lourdes -machines. Les plus belles avaient quatre roues; trois -ou quatre chevaux les tiraient, attels la file, et -sur l'un d'eux tait mont le postillon, arm d'un -fouet manche court et plusieurs lanires; des -<span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span> -poutres solides reposaient sur les essieux, et au-dessus -de ce cadre s'levait une vote arrondie comme -un tunnel: on voit quel ensemble disgracieux. Mais -l'lgance des dtails tait extrme; les roues taient -ouvrages et leurs rayons, en approchant du cercle, -s'panouissaient en nervures formant ogive; les poutres -taient peintes et dores, l'intrieur tait tendu -de ces blouissantes tapisseries, la richesse du sicle; -les bancs taient garnis de coussins brods et l'on pouvait -s'y tendre moiti assis et moiti couch; des -sortes d'oreillers taient disposs dans les coins -comme pour appeler le sommeil; des fentres -carres taient perces dans les parois, et des rideaux -de soie y pendaient<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor"> [29]</a>. Ainsi voyageaient de -nobles dames la taille grle, troitement serres -dans des robes qui dessinaient tous les plis du corps; -leurs longues mains fluettes caressaient le chien ou -l'oiseau favori. Le chevalier, galement serr dans sa -<i>cotte-hardie</i>, regardait d'un œil complaisant et, s'il -savait les belles manires, expliquait son cœur sa -<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span> -nonchalante compagne en longues phrases comme -dans les romans. Le large front de la dame, qui -peut-tre s'est arrach par coquetterie les sourcils -et les cheveux follets, ce dont s'indignaient les faiseurs -de satires<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor"> [30]</a>, s'illumine par instants, et son sourire -parat comme un rayon de soleil. Cependant -les essieux crient, les fers des chevaux grincent -sur le gravier, la machine avance par soubresauts, -descend dans les ornires, bondit tout entire au -passage des fosss et retombe brutalement avec un -bruit sourd. Il faut parler haut pour faire entendre -les discours raffins que pouvait inspirer le souvenir -de la Table-Ronde. Une ncessit si triviale a -toujours suffi rompre le charme des penses les -plus dlicates: trop de secousses agitent la fleur, -et quand le chevalier la prsente elle a perdu sa -poudre parfume.</p> - -<p>Possder une voiture pareille tait un luxe princier. -On se les lguait par testament, et c'tait un -don de valeur. Le 25 septembre 1355, Elisabeth de -Burgh, lady Clare<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor"> [31]</a>, crit ses dernires volonts et -<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span> -attribue sa fille ane son grant char ove les -houces, tapets et quissyns. La vingtime anne de -Richard II, Roger Rouland reoit 400 livres sterling -pour une voiture destine la reine Isabelle; et -matre la Zouche, la sixime anne d'douard III, -1000 livres pour le char de lady lanor<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor"> [32]</a>. C'taient -des sommes normes: au quatorzime sicle, le prix -moyen d'un bœuf tait de treize shillings un penny -un quart, d'un mouton un shilling cinq pence, d'une -vache neuf shillings cinq pence, et d'un poulet un -penny<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor"> [33]</a>. Le char de lady lanor reprsentait donc -la valeur d'un troupeau de seize cents bœufs.</p> - -<p>Entre ces voitures luxueuses et les charrettes -paysannes, il n'y avait rien qui remplat cette lgion -de voitures bourgeoises auxquelles nous sommes -accoutums aujourd'hui. Il s'en trouvait certainement -de moins chres que celles des princesses -de la cour d'douard, mais pas un grand nombre. -Tout le monde cette poque savait monter cheval -et il tait beaucoup plus pratique de se servir de sa -monture que des pesants vhicules du temps. On allait -plus vite et l'on tait plus sr d'arriver. Les lettres de -la famille Paston montrent que les choses n'avaient -gure chang au quinzime sicle. Jean Paston -tant malade Londres, sa femme lui crit pour -le supplier de revenir ds qu'il pourra endurer le -cheval; l'ide d'un retour en voiture ne leur vient -<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span> -mme pas l'esprit. Il s'agit cependant d'une -grande maladie, <i>a grete dysese</i>.</p> - -<p>Marguerite Paston crit, le 28 septembre 1443:</p> - -<p>Si j'avais pu avoir ma volont, je vous aurais -dj dit bien plus tt combien je dsirais que vous -fussiez la maison, s'il vous plaisait. Votre maladie -aurait t tout aussi bien soigne ici que l o vous -tes; j'aimerais mieux cela que recevoir une robe -neuve, ft-elle mme d'carlate. Je vous en prie, si -votre mal se gurit et si vous pouvez supporter le -cheval, quand mon pre ira Londres et qu'on renverra -son cheval chez nous, demandez-le-lui et servez-vous -de la bte pour revenir. Car j'espre que -vous serez soign ici aussi tendrement que vous -avez pu tre Londres<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor"> [34]</a>.</p> - -<p>Il y avait peu d'endroits en Angleterre o l'aspect -du cortge royal ne ft pas bien connu. Les voyages -de la cour taient incessants; on en a vu plus haut -les motifs. Les itinraires royaux qui ont t publis -mettent en lumire d'une faon frappante ce besoin -continuel de mouvement. L'itinraire du roi Jean -sans Terre montre qu'il passait rarement un mois -entier au mme endroit, et le plus souvent il n'y -demeurait mme pas une semaine. En quinze jours on -le trouve frquemment dans cinq ou six villes ou chteaux -diffrents<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor"> [35]</a>. De mme au temps d'douard I<sup>er</sup>: -<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span> -la vingt-huitime anne de son rgne (1299-1300), -ce prince, sans sortir de son royaume, change -soixante-quinze fois de place, c'est--dire en moyenne -prs de trois fois par quinzaine<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor"> [36]</a>.</p> - -<p>Et quand le roi se dplaait, non seulement il -tait prcd de vingt-quatre archers sa solde, recevant -trois pence par jour<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor"> [37]</a>, mais il tait accompagn -de tous ces officiers que l'auteur du <i>Fleta</i> numre -avec tant de complaisance. Le souverain emmne ses -deux marchaux, son marchal <i>forinsecus</i>, qui en -temps de guerre dispose les armes pour la bataille, -fixe les tapes et en tout temps arrte les malfaiteurs -trouvs dans la <i>virgata regia</i>, c'est--dire douze -lieues la ronde<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor"> [38]</a>; et son marchal <i>intrinsecus</i>, qui -fait la police des palais et chteaux et en carte autant -qu'il peut les courtisanes. Il peroit de chaque -meretrice communi quatre pence titre d'amende, -la premire fois qu'il l'arrte; si elle revient, -on l'amne devant le snchal, qui lui fait une -dfense solennelle de se prsenter jamais la demeure -du roi, de la reine ou de leurs enfants; la troisime -fois, on l'emprisonne et on coupe les tresses de -ses cheveux; la quatrime fois, on procde un de -<span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span> -ces supplices hideux que dans sa barbarie le moyen -ge tolrait: on coupe ces femmes la lvre suprieure, -ne de ctero concupiscantur ad libidinem<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor"> [39]</a>. -Il y avait aussi le chambellan qui veillait ce que l'intrieur -de la demeure ft confortable: debet decenter -disponere pro lecto regis, et ut camer tapetis -et banqueriis ornentur; le trsorier de la garde-robe, -qui tenait les comptes; le marchal de la salle, -qui avait pour mission de chasser les intrus, indignos -ejicere, et les chiens, non enim permittat -canes aulam ingredi, et une foule d'autres officiers.</p> - -<p>Au-dessus de tous il faut placer encore le snchal -du roi, premier officier de sa maison, et son grand -justicier. Partout o se rendait le roi, l'appareil de -la justice se transportait avec lui; au moment o il -allait se mettre en route, le snchal en avertissait le -shriff<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor"> [40]</a> du lieu o la cour devait s'arrter, pour que -celui-ci ament tous ses prisonniers dans la ville -o le prince stationnerait. Tous les cas soumis la -dcision des juges errants sont tranchs par le snchal, -qui prescrit, s'il y a lieu, le duel judiciaire, -<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span> -prononce les sentences de mise hors la loi (<i>outlawry</i>) -et juge au criminel et au civil<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor"> [41]</a>. Ce droit de justice criminelle -accompagne le roi mme l'tranger, mais -il l'exerce seulement lorsque le coupable a t arrt -dans son htel. C'est ce qui arriva la quatorzime -anne d'douard I<sup>er</sup>. Ce souverain tant Paris, Ingelram -de Nogent vint voler dans sa demeure et fut -pris sur le fait. Aprs discussion, il fut reconnu -qu'douard, par son privilge royal, demeurait juge -de l'affaire; il livra le voleur Robert Fitz-John, son -snchal, qui fit pendre Ingelram au gibet de Saint-Germain-des-Prs<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor"> [42]</a>.</p> - -<p>Longtemps mme, le chancelier et ses clercs qui -rdigeaient les brefs suivirent le roi dans ses voyages, -et Palgrave note qu'on requrait souvent du couvent -le plus proche un fort cheval pour porter les -rles<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor"> [43]</a>; mais cet usage prit fin la quatrime anne -d'douard III, car ce moment la chancellerie fut -installe d'une manire permanente Westminster. -Le tribunal se dplaant, une foule de plaideurs se -dplaaient avec lui. Ils avaient beau n'tre pas -inscrits aux rles, ils suivaient sans perdre patience, -comme le requin suit le navire, esprant toujours -happer la fin quelque proie. Gens ayant procs, -rclamants divers, femmes de fole vie, toute une -tourbe d'individus sans matre pour les avouer escortaient -<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span> -obstinment le prince et ses courtisans. -Ils se querellaient entre eux, volaient sur la route, -assassinaient quelquefois et ne contribuaient pas, -on pense, rendre populaire dans le pays la nouvelle -de la prochaine venue du roi. douard II dans -les ordonnances de sa maison (1323)<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor"> [44]</a> constate et -dplore tous ces graves abus; il prescrit de mettre -dans les fers, pour quarante jours, au pain et -l'eau, les hommes sans aveu qui suivraient la cour, -et d'emprisonner de mme et de marquer au fer -rouge les femmes de folle vie; il dfend ses chevaliers, -clercs, cuyers, valets, palefreniers, bref - tous ceux qui l'accompagnent, d'emmener leurs -femmes avec eux, moins qu'elles n'aient une charge -ou un emploi la cour, cette nue d'tres fminins -ne pouvant tre qu'une cause de dsordres. Il limite -aussi le personnel qui doit accompagner le marchal -et qui peu peu s'tait accru hors de toute -mesure. Ses ordonnances sont trs minutieuses et -trs sages, mais on sait combien rapidement au -moyen ge les prescriptions pareilles tombaient en -oubli.</p> - -<p>Ce n'tait pas seulement la suite du roi que voyageait -la justice. En Angleterre, elle tait nomade, et -les magistrats venus de Londres qui devaient l'apporter -dans les comts, comme les shriffs et baillis dans -les bourgs de leurs districts, parcouraient priodiquement -le pays, redressant les torts. Mais dans ces -<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span> -institutions aussi se glissaient de graves abus, et, -malgr ces prcautions qui faisaient des administrs -des shriffs et baillis les propres juges de ceux-ci, -de nombreux statuts venaient l'un aprs l'autre -constater des pratiques coupables et les arrter pour -un temps. Devant les shriffs et les baillis (et devant -certains seigneurs<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor"> [45]</a>) avait lieu la <i>Vue de francpledge</i>, -qui tait un examen minutieux, article par article, -de la manire dont les lois de police et de sret, -les rglements sur la proprit, taient excuts; on -interrogeait les jurs convoqus pour cela sur les -cas de vol, d'assassinat, d'incendie, de rapt, de sorcellerie, -d'apostasie, de destruction de ponts et de -chausses (<i>de pontibus et calcetis fractis</i>), de vagabondage, -etc., qu'ils pouvaient connatre. Les tournes -des shriffs et baillis ne devaient, selon la -grande charte, avoir lieu que deux fois par an et -non davantage, car leur venue occasionnait des pertes -de temps et d'argent aux jurs qu'on dplaait et -aux sujets du roi chez lesquels ces officiers allaient -loger (Ap. 10).</p> - -<p>De leur ct, les juges errants passaient en revue, -de la mme faon, les <i>Articles de la couronne</i>. La frquence -de leurs apparitions varia selon les poques; -la grande charte (art. 18) en avait fix le nombre -<span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span> -quatre par an. C'est en pleine cour de comt qu'ils -sigeaient; ils en avaient la prsidence, et ils servaient -ainsi de lien entre la justice royale et la justice -de ces anciennes cours populaires. A mesure -que l'importance des magistrats s'accrut, celle du -shriff en tant que juge diminua. Ils demandaient -aux jurs, transforms ainsi en accusateurs publics, -quels crimes, quels dlits, quelles infractions aux -statuts taient venus leur connaissance<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor"> [46]</a>. Et dans -ces interrogatoires minutieux, chaque instant revenaient -les noms du shriff, du coroner, du bailli, du -constable, de tous les fonctionnaires royaux, dont la -conduite est place ainsi sous le contrle populaire. -L'un de ces fonctionnaires, dit le juge, n'a-t-il pas -relch quelque voleur ou des faux-monnayeurs ou -des rogneurs de monnaie? N'a-t-il pas, pour une -somme d'argent, nglig des poursuites contre un -vagabond ou un assassin? N'a-t-il pas peru des amendes -injustement? Ne s'est-il pas fait payer par des -gens qui voulaient viter une charge publique (d'tre -jur, par exemple)? Le shriff n'a-t-il pas rclam -plus que de raison l'hospitalit de ses administrs, -dans des tournes trop nombreuses? S'est-il prsent -avec plus de cinq ou six chevaux? Et le jur doit -dnoncer de mme, sous la foi de son serment, les -grands seigneurs qui ont emprisonn arbitrairement -<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span> -des voyageurs passant sur leurs terres, et tous les -individus qui ont nglig de prter main-forte pour -arrter un voleur et de courir avec les autres la -hue, ou clameur de haro; car dans cette socit -chaque homme est tour tour officier de paix, soldat -et juge, et l'humble paysan que tant d'exactions menacent -a pourtant sa part dans l'administration de -la justice et le maintien de l'ordre public. On -voit de quelle importance, au point de vue social, -taient ces tournes judiciaires qui venaient sans -cesse rappeler au pauvre qu'il tait citoyen, et que -la chose de l'tat tait sa chose.</p> - -<p>Lorsque les moines sortaient du clotre et voyageaient, -ils modifiaient volontiers leur costume et il -devenait difficile de les distinguer des seigneurs. -Chaucer nous donne une amusante description des -habits du moine mondain; mais les conciles sont -encore plus explicites et ils font plus que justifier la -satire du pote. Ainsi le concile de Londres, en 1342, -reproche aux religieux de porter des vtements plus -dignes de chevaliers que de clercs, c'est--dire courts, -trs troits, avec des manches excessivement larges, -n'atteignant pas les coudes, mais pendant trs bas -par-dessous, revers de fourrure ou de soie. Ils -ont la barbe longue, des anneaux aux doigts, des -ceintures de prix, des bourses brodes d'or personnages -et arabesques, des couteaux qui semblent -des pes, des bottines rouges ou quadrilles en -couleur, des souliers termins en longues pointes -et orns de crevs, en un mot tout le luxe des -<span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span> -grands de la terre. Plus tard, en 1367, le concile -d'York fait les mmes observations: les religieux -ont des vtements ridiculement courts; ils osent -porter en public ces habits qui ne descendent pas -au milieu des jambes et ne couvrent mme pas les -genoux. Les dfenses les plus svres sont faites -pour l'avenir; on tolre cependant, en cas de voyage, -des tuniques plus courtes que la robe rglementaire -(Ap. 11).</p> - -<p>Quand un vque se mettait en route, ce n'tait -pas sans un grand appareil, et les vques, sans -parler de leurs tournes piscopales, avaient -voyager, comme les seigneurs, pour visiter leurs -terres et pour y vivre. Dans tous les cas, ils se transportaient -avec leurs serviteurs de divers ordres et -leurs familiers, comme le roi avec sa cour. Les -comptes de la dpense de Richard de Swinfield, -vque de Hereford, donnent une ide de cette -large vie que menaient les prlats. C'tait un vque -d'assez grande importance, trs riche par consquent; -beaucoup de manoirs appartenaient son -vch; il pouvait bien tenir son rang comme prlat -et comme seigneur, tre hospitalier, charitable aux -pauvres et dpenser beaucoup en requtes et plaidoyers - la cour de Rome et ailleurs. Il avait constamment - ses gages environ quarante personnes -de rangs divers, dont la plupart accompagnaient le -matre dans ses nombreux changements de rsidence. -Ses cuyers (<i>armigeri</i>) avaient par an de un -marc une livre de gages; ses <i>valleti</i>, c'est--dire -<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span> -les clercs de sa chapelle et au-dessous, ses charretiers, -portiers, fauconniers, gens d'curie, messagers, -etc., avaient de une couronne huit shillings -huit pence. Au troisime degr venaient les gens de -cuisine, le boulanger, avec deux ou quatre shillings -par an; au quatrime degr, les garons ou pages qui -aidaient les autres domestiques et recevaient de un - six shillings par an. Un des plus curieux employs -de l'vque tait Thomas de Bruges, son champion, -qui recevait un salaire annuel pour se battre au nom -du prlat en cas de procs termins par le duel -judiciaire. Le rle des dpenses de Swinfield ne -s'tend malheureusement qu' une partie des annes -1289-1290, et nous ne pouvons pas savoir s'il tait -souvent ncessaire de remplacer le champion<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor"> [47]</a>.</p> - -<p>Au service des abbs, des vques, des nobles, des -shriffs et du roi se trouvaient encore des personnages -auxquels la grand'route et les chemins de traverse -taient tout particulirement familiers; c'taient les -messagers. La poste n'existant pas encore, on y supplait -<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span> -comme on pouvait. Les pauvres attendaient -l'occasion de quelque ami faisant le voyage; les -riches avaient des exprs chargs de faire leurs commissions -au loin et de porter leurs lettres, des lettres -que la plupart du temps un scribe crivait sous leur -dicte sur une feuille de parchemin et scellait ensuite - la cire, aux emblmes du matre<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor"> [48]</a>. Le roi entretenait -douze messagers titre fixe; ils le suivaient partout, -constamment prts partir; ils recevaient trois pence -par jour quand ils taient en voyage, et quatre shillings -huit pence par an pour acheter des souliers<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor"> [49]</a>. -Le prince les chargeait de lettres pour les rois de -France et d'cosse, les envoyait convoquer les -reprsentants de la nation au parlement, ordonner -la publication de la sentence du pape contre Guy de -Montfort, appeler Windsor les chevaliers de Saint-Georges, -mander Londres les archevques, comtes, -barons et autres seigneurs et dames d'Angleterre et -du pays de Galles, pour assister aux obsques de -la feue reine (Philippa), prescrire la proclamation -dans les provinces des statuts rendus en parlement, -recommander aux archevques, vques, abbs, -prieurs, doyens et chapitres des glises cathdrales -de tous les comts de prier pour l'me d'Anne, -<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span> -feue reine d'Angleterre dcde<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor"> [50]</a>. Parmi les missions -que le roi donnait ses serviteurs, il s'en trouvait -parfois qui paratraient aujourd'hui singulirement -rpugnantes. Il chargeait par exemple un de ses fidles -de porter dans les grandes villes d'Angleterre des -quartiers du cadavre de supplicis condamns pour -trahison. Dans ce cas, ce n'taient pas de simples -messagers qu'il employait; c'taient des personnages -de confiance, qui se faisaient suivre d'une escorte pour -protger la triste dpouille. C'est ainsi qu'douard III, -la cinquante et unime anne de son rgne, ne paye -pas moins de vingt livres sir William de Faryngton, -chevalier, en raison des frais et dpenses qu'il -a encourus pour le transport des quatre quartiers -du corps de sir Jean de Mistreworth, chevalier, dans -diverses parties de l'Angleterre<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor"> [51]</a>.</p> - -<p>De tous les voyageurs, les messagers taient les -plus rapides: d'abord, voyager tait leur mtier; -c'taient de bons cavaliers, des gens pratiques, habiles - se tirer d'embarras dans les auberges et sur -les chemins. De plus, ils avaient le privilge de passer - travers champs, parmi les bls, si bon leur -semblait, sans que le gardien des rcoltes (<i>hayward</i>) -et le droit de les arrter, et de leur prendre, en -<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span> -guise d'amende, comme aux dlinquants ordinaires, -leur chapeau ou leur cape, ou leurs gants, ou l'argent -de leur bourse. Ils passaient joyeux, la -bouche pleine de chansons<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor"> [52]</a>. Malheur qui s'avisait -de les arrter; il y allait d'amendes normes pour -peu que le matre ft puissant, plus forte raison -si c'tait le roi. Un messager de la reine emprisonn -par un constable n'hsitait pas rclamer dix mille -livres sterling pour mpris de sa souveraine, et deux -mille livres comme indemnit pour lui<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor"> [53]</a>.</p> - -<p>Lorsque Jacques d'Euse, cardinal-vque de Porto, -fut lu pape Lyon, sous le nom de Jean XXII, le -7 aot 1316, douard II tant York apprit dix jours -aprs la nouvelle par Laurent d'Irlande, messager de -la maison des Bardi. On voit en effet, par les comptes -de l'htel du roi, que ce prince fit payer, le 17 aot, -vingt shillings Laurent pour le rcompenser de -sa peine. Le 27 septembre seulement, tant toujours - York, le roi reut par Durand Budet, messager du -cardinal de Pelagrua, les lettres officielles lui annonant -l'lection; il donna cinq livres au messager. Enfin, -le nonce du pape tant venu en personne peu -aprs, porteur de cette mme nouvelle qui n'avait plus -rien d'imprvu, le roi lui fit cadeau de cent livres<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor"> [54]</a>.</p> - -<p>Tel tait l'usage; on faisait des cadeaux aux porteurs -<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span> -de bonnes nouvelles; les messagers royaux -avaient ainsi chance de voir accrotre casuellement -leur maigre paye de trois pence par jour. Les -plus fortuns taient ceux qui apportaient au roi lui-mme -avis d'vnements heureux. douard III donne -quarante marcs de rente, sa vie durant, au messager -de la reine qui tait venu lui annoncer la naissance -du prince de Galles, le futur Prince Noir; il donne -treize livres trois shillings et quatre pence Jean -Cok de Cherbourg qui lui apprend la capture du roi -Jean Poitiers; il assure cent shillings de rente -Thomas de Brynchesley qui lui apporte la bonne nouvelle -de la capture de Charles de Blois.</p> - -<p>Le soir venu, moines, seigneurs et voyageurs divers -cherchaient un abri pour la nuit. Quand le roi, prcd -de ses vingt-quatre archers et escort de ses -seigneurs et des officiers de sa maison, arrivait dans -une ville, le marchal dsignait un certain nombre -des meilleures demeures, qu'on marquait la craie; -le chambellan se prsentait, invitait les habitants -faire place, et la cour s'installait de son mieux dans -leur logis. La capitale mme n'tait pas exempte de -cette charge vexatoire, seulement le marchal devait -s'entendre pour la dsignation des locaux avec les -maire, shriffs et officiers de la ville. Quelquefois l'agent -royal passait outre et grand tapage s'ensuivait. -La dix-neuvime anne d'douard II, ce prince tant -venu la Tour, les gens de sa maison s'allrent loger -chez les citoyens, sans que le maire et les aldermen -eussent t aucunement consults; la maison du -<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span> -shriff mme se trouva marque la craie. Grande -fut l'indignation de cet officier quand il trouva tabli -chez lui Richard de Ayremynne, le propre secrtaire -du roi, les chevaux de l'tranger l'curie, ses domestiques - la cuisine. Sans se soucier le moins du -monde de la majest royale, et comptant sur le privilge -de la ville, le shriff chassa immdiatement de -vive force le secrtaire et toute sa suite, effaa les -marques la craie et redevint matre chez lui. Cit -comparatre devant le snchal de la cour et accus -d'avoir mpris les ordres du roi proportion de mille -livres au moins, il se dfendit nergiquement et appela -en dfense le maire et les citoyens, qui produisirent les -chartes de privilge de la capitale. Les chartes taient -formelles, il fallut bien le reconnatre; la vivacit du -shriff fut excuse, Ayremynne se consola comme il -put et ne reut aucune indemnit (Ap. 12).</p> - -<p>En province, quand le roi n'avait pas, proximit, -de chteau lui ou l'un des siens, il allait souvent -loger au monastre voisin, sr d'y tre reu en matre. -Les grands seigneurs, dans leurs voyages, faisaient -de leur mieux pour imiter le prince sur ce point<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor"> [55]</a>. -Dans les couvents, l'hospitalit tait un devoir religieux -<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span> -et mme, pour l'ordre de Saint-Jean de Jrusalem, -le premier des devoirs. Cet ordre avait des -tablissements par toute l'Angleterre, et c'tait, pour -le voyageur pauvre, une bonne fortune que d'y arriver. -On y tait, sans doute, trait selon son rang, mais -c'tait dj beaucoup de ne pas trouver porte close. -Les comptes de l'anne, en 1338<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor"> [56]</a>, montrent que -ces moines-chevaliers ne cherchaient pas se soustraire - la lourde charge de l'hospitalit; on trouve -toujours, dans leurs listes de dpenses, les frais occasionns -par les supervenientibus. Lorsqu'il s'agit -du roi ou des princes, on se ruine; ainsi le prieur de -Clerkenwell mentionne beaucoup de dpenses, dont -on ne peut donner le dtail, causes par l'hospitalit -offerte des gens de passage, des membres de la -famille royale et d'autres grands du royaume qui -s'arrtent Clerkenwell et y demeurent aux frais de -la maison..... C'est pourquoi le compte se termine -par ce rsum: Ainsi les dpenses sont suprieures -aux recettes de vingt livres onze shillings quatre -pence. Le voisinage mme d'un grand tait une -source de frais; il envoyait volontiers sa suite -profiter de l'hospitalit du couvent. Ainsi dans les -comptes de Hampton, la liste des gens qui on a -fourni de la bire et du pain finit par ces mots: -parce que le duc de Cornouailles habite dans les -<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span> -environs<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor"> [57]</a>. Il faut noter que la plupart de ces maisons -avaient t dotes par les nobles, et chacun, -reconnaissant sa terre ou celle d'un parent ou d'un -ami, se croyait chez lui dans le monastre. Mais ces -seigneurs turbulents, amis de la bonne chre, abusaient -de la gratitude monacale, et leurs excs causaient -des plaintes qui venaient aux oreilles du roi -(Ap. 15). douard I<sup>er</sup> dfend que nul ne se permette -de manger ou de loger dans une maison religieuse, -moins que le suprieur ne l'ait formellement invit ou -qu'il ne soit le fondateur de l'tablissement, et mme -dans ce cas sa consommation doit tre modre. Seuls -les pauvres, qui perdaient plus que personne aux fantaisies -des grands, continueront tre logs gratuitement: -et per hoc non intelligitur quod gratia hospitalitatis -abstrahatur egenis<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor"> [58]</a>. douard II, en 1309, -confirme ces rglements, qui tombaient en oubli, parat-il, -et promet de nouveau, six ans plus tard, que -ni lui ni les siens n'useront avec excs de l'hospitalit -des religieux<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor"> [59]</a>. Peine perdue; ces abus taient dj -compris parmi ceux que l'institution des <i>Articles de la -couronne</i> avait pour but de faire disparatre et tait -impuissante effacer. Priodiquement le magistrat -venait interroger ce sujet les bonnes gens du pays. -Il leur demandait si quelques seigneurs ou autres -<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span> -n'taient pas alls loger dans les demeures des religieux -sans y tre invits par les suprieurs; s'ils y -taient alls, ft-ce leurs frais, contre la volont desdits -religieux; si quelque audacieux n'avait pas -envoy dans les maisons ou manoirs appartenant aux -moines, pour y sjourner aux frais d'autrui, des hommes, -des chevaux ou des chiens. Il parat que ces -rgles taient difficiles et mme dangereuses appliquer, -car le magistrat interroge encore le jury sur -ceux qui auraient exerc des vengeances pour refus -de nourriture ou de logement<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor"> [60]</a>.</p> - -<p>Les communes du parlement proccupes dans ce -cas du sort des plus pauvres, n'taient pas moins -jalouses que les grands du bnfice de l'hospitalit -monacale, et veillaient ce que cet usage ne tombt -pas en dsutude. La non-rsidence du clerg, qui -devait tre, deux cents ans plus tard, une des causes -de la rforme, occasionne, ds le quatorzime sicle, -de violentes protestations. Les communes rclament -notamment parce qu'il rsulte de cet abus un oubli -des devoirs de l'hospitalit: Et que toutz autres -persones avauncez as bnfices de Seinte Esglise, -demandent-elles au roi, demurgent sur lour ditz bnfices -<i>pur y hospitalit tenir</i>, sur mesme la peine, -hors pris clercs du roi et clercs des grauntz seignurs -du roialme<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor"> [61]</a>. Le parlement proteste encore contre -l'attribution par le pape de riches prieurs des -trangers qui restent sur le continent. Ces trangers -<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span> -soeffrent les nobles difices auncienement faitz -quant ils estoient occupiez par Engleis, de tout cheoir - ruyne, et ngligent de hospitalite tenir<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor"> [62]</a>.</p> - -<p>Il est peine besoin de rappeler que l'hospitalit -s'exerait aussi dans les chteaux; les seigneurs qui -n'taient pas en querelle se recevaient volontiers les -uns les autres; il y avait entre eux des liens de fraternit -beaucoup plus troits que ceux qui existent -maintenant entre gens de la mme classe. On ne -donne plus gure aujourd'hui le logement aux inconnus -qui frappent votre porte; tout au plus et -rarement permet-on, la campagne, aux pauvres de -passage de coucher la nuit dans les fenires. Au -moyen ge, on accueillait ses gaux, non par simple -charit, mais par habitude de politesse et aussi par -plaisir. Connu ou non connu, le chevalier voyageur -se voyait rarement refuser l'entre d'un manoir. Sa -venue, en temps de paix, tait une heureuse diversion - la monotonie des jours. Il y avait alors, dans -chaque demeure, le <i>hall</i>, la grand'salle o l'on prenait -ses repas en commun; le nouveau venu mangeait -avec le lord, la table transversale place au -fond, l'endroit appel le <i>dais</i>; sa suite tait aux -tables basses disposes dans l'autre sens, le long des -murs de la maison. Le souper fini, presque aussitt -on allait dormir; on se couchait et l'on se levait de -<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span> -bonne heure alors. Le voyageur se retirait tantt dans -une chambre spciale pour les htes si le manoir -tait grand, tantt dans celle mme du matre, le <i>solar</i> -(chambre au premier tage) et y passait la nuit -avec lui. Pendant ce temps, on avait enlev du hall -les tables basses, car elles n'taient pas dormantes -en gnral, mais mobiles<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor"> [63]</a>; on avait dispos des couchettes - terre, sur la litire de joncs qui jour et nuit -couvrait le pav, et les gens de la maison, les gens -du voyageur, les trangers de moindre importance -s'y tendaient jusqu'au matin. Par une fentre perce -dans le mur de sparation de sa chambre et du -hall, du ct du dais, le seigneur pouvait voir et -mme entendre tout ce qu'on faisait ou disait dans -la salle. On dormait ainsi dans le hall, mme chez -le roi; les ordonnances d'douard IV le montrent<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor"> [64]</a>; - une poque plus rapproche de nous (1514), Barclay -se plaint encore de ce qu' la cour la mme -couchette sert pour deux, de ce que le bruit des allants, -des venants, des tapageurs, des tousseurs, des -parleurs empche perptuellement de dormir<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor"> [65]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span> -Les premiers rayons du jour passaient travers les -vitres blanches ou colores des hautes fentres, tachant -de lumire la sombre charpente ouvrage qui soutenait, -trs haut au-dessus du pav, le toit mme de la -maison; on se remuait sur les couchettes; bientt -on tait dehors; les chevaux taient sells, et sur la -grand'route sonnaient de nouveau les fers des montures.</p> - -<p>Les gens trs pauvres et les gens trs riches ou -trs puissants devaient tre les seuls pour qui le monastre -tait comme une htellerie. Les moines recevaient -les premiers par charit et les seconds par -ncessit, les auberges communes se trouvant la -fois trop misrables pour ceux-ci et trop chres pour -ceux-l. Elles taient faites pour la classe moyenne, -les marchands, les petits propritaires, les colporteurs -errants. On y trouvait des lits placs en certain -nombre dans la mme chambre, et l'on achetait sparment -ce qu'on voulait manger, du pain avant tout, -un peu de viande et de la bire. Nous pourrions suivre, -par exemple, deux <i>fellows</i> et le <i>warden</i> du collge -de Merton, qui allrent, en 1331, avec quatre -domestiques, d'Oxford Durham et Newcastle<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor"> [66]</a>. Ils -voyageaient cheval; c'tait en plein hiver. Leur -nourriture tait trs simple et leur logement peu -coteux; on voit revenir presque toujours les mmes -articles de dpense, qui comprennent, cause de la -saison, de la chandelle et du feu, quelquefois du feu -<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span> -de charbon. Une de leurs journes peut donner une -ide des autres; un certain dimanche ils inscrivent:</p> - -<table id="inn" summary="list"> -<tr> -<td class="tdl">Pain</td> -<td class="tdr">4d. (4 pence)</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Bire</td> -<td class="tdr">2d.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Vin</td> -<td class="tdr">1d. 1/4.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Viande</td> -<td class="tdr">5d. 1/2</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Potage</td> -<td class="tdr">1/4.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Chandelle</td> -<td class="tdr">1/4.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Combustible</td> -<td class="tdr">2d.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Lits</td> -<td class="tdr">2d.</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Nourriture des chevaux</td> -<td class="tdr">10d.</td> -</tr> -</table> - -<p>On voit que les lits ne sont pas chers; dans une -autre occasion, les domestiques sont seuls l'auberge -et leur coucher revient un penny pour deux nuits. -En gnral, quand la troupe est au complet, leurs -lits tous cotent deux pence; Londres, le prix -tait un peu plus lev, c'tait un penny par tte<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor"> [67]</a>. -Quelquefois ils prennent des œufs ou des lgumes -pour un quart de penny, ou un poulet ou un chapon. -Quand ils se servent d'assaisonnements, ils les -inscrivent part; c'est, par exemple, de la graisse -1/2 penny, du jus 1/2 penny, de la saumure pour le -mme prix, du sucre 4 pence, du poivre, du safran, -de la moutarde. Le poisson revient rgulirement -le vendredi. On s'attarde le soir, les chemins sont -obscurs; on perd sa route, on prend un guide, qu'on -paye un penny. On passe l'Humber et l'on paye huit -pence, ce qui peut paratre beaucoup, tant donns -<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span> -les autres prix. Mais il faut se rappeler que la rivire -tait large et d'une traverse difficile, surtout en -hiver. Les annales de l'abbaye de Meaux prs Beverley -mentionnent perptuellement les ravages causs -par le dbordement du fleuve, parlent de fermes, de -moulins dtruits, de terres entires submerges et -de cultures ananties. Les propritaires du bac profitaient -de ces accidents pour augmenter sans cesse -leurs prix, et il fallut que le roi lui-mme intervnt -pour rtablir la taxe normale, qui tait d'un -penny pour un cavalier: c'est celle que payent, ou -peu s'en faut, les fellows et leur suite (Ap. 14). -Quelquefois nos voyageurs se munissent d'avance de -provisions emporter; on achte un saumon, <i>pro -itinere</i>, 18 pence, et l'on paye pour le faire cuire, -sans doute avec quelque sauce complique, 8 pence.</p> - -<p>On peut voir d'amusants spcimens de dialogues - l'arrive entre le voyageur et l'aubergiste, avec -discussion sur le prix des victuailles, dans le manuel -de conversation franaise compos la fin du quatorzime -sicle par un Anglais, sous le titre de: <i>La -manire de language que enseigne bien droit parler -et escrire doulcz franois</i><a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor"> [68]</a>. Le chapitre <span class="smallc">III</span> est particulirement -intressant. Il montre coment un homme -chivalchant ou cheminant se doit contenir et parler -sur son chemin, qui voult aler bien loins hors de son -pas. Le domestique envoy l'avance pour retenir -la chambre dclare bien esprer qu'il n'y a point -<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span> -des puces ne des poils ne d'autre vermyn.—Nonil, -sire, Dieu le veou, rpond l'htelier, car je me -fais fort que vous serez bien et aisment loegiez -ciens, savant qu'il en y a grant cop de rats et des -soris. On passe en revue les provisions, on allume -le feu, on prpare le souper; le voyageur arrive et il -est curieux de noter avec quel sans faon galant il -s'assure, avant de descendre de cheval, qu'il trouvera - l'auberge bon souper, bon gte et le reste. -Plus loin (chap. <span class="smallc">XIII</span>), il est question d'une autre htellerie, -et la conversation entre deux voyageurs qui -vont se coucher dans le mme lit les montre fort incommods -par les puces: Guillam, deschausez -vous tost et lavez voz jambes, et puis les ressuez -d'un drapelet et les frotez bien pour l'amour des -puces, qu'ils ne se saillent mye sur voz jambes, car -il y a grand cop gisans en le poudre soubz les juncs...—H! -les puces me mordent fort et me font grant -mal et damage, car je m'ay grate le dos si fort que -le sang se coule.</p> - -<p>Souvent on buvait de la bire en route, et ce n'tait -pas seulement l'auberge o l'on couchait le soir -qu'on en trouvait. Sur les routes frquentes, aux carrefours, -il y avait des maisons basses o l'on donnait - boire. Une longue perche qui projetait au-dessus de -la porte et montrait au loin son bouquet de branches -avertissait les voyageurs de la prsence de l'<i>ale house</i>. -Les plerins que Chaucer fait chevaucher sur la route -de Cantorbry descendent devant une maison de cette -espce. Le pardonneur, qui a ses habitudes, ne veut -<span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span> -pas commencer son rcit avant de s'tre rconfort: -Laissez-moi d'abord m'arrter cette enseigne, que -je boive un coup de bire et mange un gteau. -Une miniature du quatorzime sicle, dans un manuscrit -du British Museum<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor"> [69]</a>, reprsente l'<i>ale house</i> -avec sa longue perche horizontale tendant bien avant -au-dessus de la route sa touffe de feuillage. La maison -ne se compose que d'un rez-de-chausse; une -femme est debout devant la porte, avec un large broc - bire, et un moine boit dans une grande tasse. La -mode tait d'avoir des perches dmesures, ce qui -n'offrait pas d'inconvnient la campagne; mais la -ville il avait fallu faire des rglements et fixer un maximum -de longueur. En effet, suivant les termes de -l'arrt, on se servait de perches si lourdes qu'elles -tendaient abattre les maisons qui les supportaient, -et, de plus, si longues et avec des enseignes qui pendaient -si bas que la tte des cavaliers venait s'y embarrasser. -L'acte de 1375 qui relate ces griefs prescrit -qu' l'avenir les perches ne s'tendront plus qu' -sept pieds au-dessus de la voie publique, et c'tait -laisser encore un caractre assez pittoresque des -rues qui n'avaient pas la largeur des ntres.</p> - -<p>Certaines tavernes taient mal fames, la ville -surtout. A Londres, dfense du roi de tenir maison -ouverte aprs le couvre-feu, et pour des raisons trs -bonnes: pur ceo que tiels meffesours avauntditz -alant nutauntre, communalement ont lour recette -<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span> -lour covynes e font lour mauveyses purparlances en -taverne plus qe aillours e illockes querent umbrage -attendanz et geitant lor tens de mal fere<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor"> [70]</a>...</p> - -<p>C'est par crainte de dangers pareils que les shriffs -et baillis devaient, dans leurs <i>vues de francpledge</i>, -demander, sous serment, leurs administrs de dire -ce qu'ils savaient de ceux qi assiduelment hauntent -les tavernes et homme ne soit (sait) dount ils viegnent;—de -ceux qi dorment les jours et veillent les nutz et -mangent bien et beivent bien et n'ount nul bien<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor"> [71]</a>.</p> - -<p>On connat la belle peinture d'une taverne au quatorzime -sicle que nous a laisse Langland. Avec -autant de verve que Rabelais, il nous fait assister aux -scnes tumultueuses qui se passent dans l'<i>ale house</i>, -aux discussions, aux querelles, aux larges rasades, - l'ivresse qui s'ensuit; on voit chaque visage, on -distingue le son des voix, on remarque les tenues peu -correctes, et il semble qu'on fasse partie soi-mme -de cette assemble trange o l'ermite rencontre le -savetier, et le clerc de l'glise une bande de -coupe-bourses et d'arracheurs de dents au crne -chenu<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor"> [72]</a>. A la taverne, on trouve aussi des paysans; -<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span> -Christine de Pisan, cette femme dont les crits et le -caractre rappellent si souvent Gower, nous les -montre buvant, se battant et perdant le soir plus -qu'ils n'ont gagn tout le jour; ils ont comparatre -devant le prvt, et les amendes viennent -augmenter leurs pertes:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Par ces tavernes chacun jour,</p> -<p>Vous en trouveriez sejour,</p> -<p>Beuvans l toute la journe</p> -<p>Aussi tost que ont fait leur journe.</p> -<p>Maint y aconvient aler boire:</p> -<p>L despendent, c'est chose voire,</p> -<p>Plus que toute jour n'ont gaign.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b> </p> -<p>L ne convient il demander</p> -<p>S'ilz s'entrebatent quand sont yvres;</p> -<p>Le prevost en a plusieurs livres</p> -<p>D'amande tout au long de l'an.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Et y verris de ces gallans</p> -<p>Oyseux qui tavernes poursuivent</p> -<p>Gays et jolis<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor"> [73]</a>...</p> -</div></div> - -<p>Au moment de la Renaissance en Angleterre, le -pote Skelton, prcepteur d'Henri VIII, s'amuse dans -une de ses ballades les plus populaires dcrire un -cabaret de grand'route: la maison est toute pareille - celles que Langland avait connues un sicle et -<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span> -demi plus tt. La cabaretire, qui brasse, Dieu sait -comme, sa bire elle-mme, est une vieille dtestable, -au nez crochu, au dos vot, aux cheveux -gris, la face ride, fort semblable aux magots -peints depuis par Tniers. Elle tient sa taverne prs -de Leatherhead, dans le comt de Surrey, en haut -d'une monte, sur le grand chemin, et elle vend sa -marchandise aux voyageurs, aux chaudronniers, -aux gens qui travaillent dur, tous les vaillants -buveurs de bire. Passants et habitants du pays -viennent en foule sa maison; les uns y vont tout -droit, par la boue ou par la gele, suivant la grand'route, -sans s'inquiter de ce qu'on dira: parle d'eux -qui voudra! Les autres, craignant de se faire voir, -sautent par-dessus la balustrade et la haie et entrent -par la porte drobe, tout cela par amour de la -bonne bire. On voit que la rputation des maisons -aux longs bouquets de branches ne s'tait pas amliore -et que beaucoup de ceux qui les frquentaient -n'avaient gure envie de s'en vanter. Quant payer -son cot, c'est l le difficile; les passionns de boisson -qui n'ont pas d'argent s'en tirent comme ils -peuvent; ils payent en nature: Au lieu de monnaie, -l'un apporte un lapin, l'autre un pot de miel, -d'autres une salire, une cuiller, d'autres leurs -chausses ou leurs souliers. Les femmes donnent -leur anneau de mariage, ou la cape de leur mari, -parce que la bire est bonne (Ap. 15).</p> - -<p>D'autres maisons isoles au bord des routes avaient -encore des rapports constants avec les voyageurs; -<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span> -c'taient celles des ermites. Au quatorzime sicle, les -ermites ne cherchaient gure, la plupart du temps, -la solitude des dserts ni la profondeur des bois. Les -Rolle de Hampole, jenant, se mortifiant, ayant des -extases, consums par l'amour divin, taient de rares -exceptions; les autres habitaient de prfrence des -cottages, construits aux endroits les plus frquents -des grands chemins ou au coin des ponts<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor"> [74]</a>. Ils -vivaient l, comme Godfrey Pratt, de la charit des -passants; le pont avec sa chapelle tait dj un difice -presque sacr; le voisinage de l'ermite achevait -de le sanctifier. Celui-ci rparait la construction ou -passait pour le faire<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor"> [75]</a>, et on lui donnait volontiers un -quart de penny. C'tait une race bizarre, qui, dans -ce sicle de dsorganisation et de rforme, o tout -semble mourir ou natre, croissait et se multipliait, -toujours malgr les rglements. Ils augmentaient le -nombre des parasites de l'difice religieux, abritant -sous un habit respectable une vie qui ne l'tait pas. -Ces pousses importunes et malfaisantes s'accrochaient, -comme la mousse dans l'humidit de la cathdrale, -aux fissures des pierres, et par un travail -lent et sculaire menaaient de ruine le noble difice. -Quel remde apporter? Rien ne sert de faucher ces -herbes toujours renaissantes; il faut qu'une main -<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span> -patiente, guide par un œil vigilant, les arrache une - une et comble un un les interstices: c'est le travail -des saints et ils sont rares. Souvent les statuts piscopaux -pourront faire en apparence grande besogne, -mais la surface seulement; les ttes abattues, les -racines restent et le parasite vivace plonge plus avant -au cœur du mur.</p> - -<p>Ce n'taient pas les solennelles interdictions et les -prescriptions rigoureuses qui manquaient: celles-l -abattent des ttes qui renaissent toujours. Pour devenir -ermite, il fallait tre rsolu une vie exemplaire -de misres et de privations, et il fallait, pour que -l'imposture ft impossible, avoir la sanction piscopale, -c'est--dire possder des lettres testimoniales -des ordinairs. On violait ces rglements sans -scrupule. Au fond de sa demeure, l'tre peu dvot -vtu en ermite pouvait mener une vie assez douce, -et ailleurs elle tait si dure! La charit des passants -tait suffisante pour le faire vivre, surtout s'il avait -peu de scrupules et savait demander; d'ailleurs -aucun travail, aucune obligation pesante; l'vque -tait loin et la taverne proche. Toutes ces raisons -faisaient renatre sans cesse l'espce malfaisante des -faux ermites, qui ne prenaient l'habit que pour en -vivre, sans demander permission personne. Le roi -dans ses statuts<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor"> [76]</a> les confondait avec les mendiants, -les cultivateurs errants et les vagabonds de toute -espce qui sans distinction devaient tre emprisonns -<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span> -en attendant jugement. Il n'y avait d'exception -que pour les ermites <i>approuvs</i>, forspris gentz de -religion et hermytes approvez eiantz lettres testimoniales -des ordinairs. Un statut comme celui-l -prouve suffisamment que Langland, dans ses loquentes -descriptions de la vie des ermites, n'a pas -exagr; son vers n'est que le commentaire de la loi. -L'auteur des <i>Visions</i> est du reste impartial et rend -justice aux anachortes sincres: c'est eux que les -vrais chrtiens ressemblent<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor"> [77]</a>. Mais qu'est-ce que ces -faux dvots qui ont plant leur tente au bord des -grands chemins ou dans les villes mme, la porte -des cabarets, qui mendient sous le porche des glises<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor"> [78]</a>, -qui mangent et boivent largement et passent les -soires se chauffer? Qu'est-ce que l'homme qui se -repose et se rtit, reste hym and roste hym, prs -des charbons ardents, by the hote coles<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor"> [79]</a>, et -quand il a bien bu, n'a plus qu' se mettre au lit? -<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span> -Tous ceux-l sont indignes de piti et, ajoute Langland, -avec ce sentiment aristocratique qu'on n'a pas -assez remarqu chez lui, tous ces ermites cependant -sont de vulgaires artisans, workmen, webbes and -taillours and carters knaues; ils avaient autrefois -long labour and lyte wynnynge (grand labeur -et petit gain), mais ils remarqurent un jour que ces -frres trompeurs qu'on voyait de tous cts avaient -les joues pleines<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor"> [80]</a>; ils abandonnrent donc le travail -et ils prirent des vtements qui en imposaient, -comme s'ils taient clercs, des vtements de prophtes. -On ne les voit gure l'glise, ces faux -ermites, mais on les trouve assis la table des grands, -parce que leurs habits sont respectables; et les voil -qui mangent et boivent excellemment, eux qui jadis -taient au dernier rang, aux tables de ct, ne buvant -jamais de vin, ne mangeant jamais de pain blanc, -sans couverture leur lit<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor"> [81]</a>.</p> - -<p>Ces fripons chappent aux vques, qui devraient -avoir les yeux mieux ouverts. Hlas! disait en charmant -langage un de nos potes du treizime sicle, -Rutebeuf:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Li abis ne fet pas l'ermite;</p> -<p>S'uns hom en hermitage abite</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span></div> -<p>Et s'il en a les dras vestus,</p> -<p>Je ne pris mie deus festus</p> -<p>Son abit ne sa vesteure</p> -<p>S'il ne maine vie aussi pure</p> -<p>Comme son abit nous dmonstre;</p> -<p>Mes maintes genz font bele monstre</p> -<p>Et merveilleux sanblant qu'il vaillent:</p> -<p>Il sanblent les arbres qui faillent</p> -<p>Qui furent trop bel au florir<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor"> [82]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Sous les yeux de l'ermite placide, confortablement -tabli au bord de la route, sous le regard de cet -homme calme qui se prparait par une vie sans trouble, -sans souci ni souffrance, l'ternit bienheureuse, -coulait le flot aux couleurs changeantes des -voyageurs, des vagabonds, des nomades, des errants. -Sa bndiction rcompensait le passant gnreux; -le dur regard de l'homme austre ne suffisait pas - troubler son indiffrence bate. La vie des autres -pouvait se consumer rapidement, brle par le soleil, -ronge par le souci; la sienne durait l'ombre -des arbres, se prolongeait sans secousse, berce -par le bruissement des passions humaines.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE III<br /> -<span class="small"><b>SCURIT DES ROUTES</b></span></h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Le brigandage seigneurial.—Les nobles et leurs partisans.—Les -bandes organises.</p> - -<p>Les voleurs.—Alliance des bandes de voleurs et des bandes seigneuriales.—Le -droit d'asile et l'abjuration du royaume.—Les -chartes de pardon.</p> - -<p>La rpression.—Dangers qu'elle prsente pour le voyageur inoffensif.</p> -</div> -</div> - -<p>Ces chemins, parcourus en tous sens par le roi et -les seigneurs se rendant d'un manoir l'autre, par -les marchands qui allaient la foire, au march ou - l'tape, et o l'on entendait de loin en loin le grincement -des chariots de paysan, taient-ils srs? L'examen -thorique des prescriptions lgales et de la -faon dont la police du comt et la garde des villes -taient organises pourrait faire conclure que les -prcautions taient bien prises pour empcher les -mfaits, et que les voyages ne prsentaient pas plus -de danger qu'aujourd'hui. Si l'on ajoutait, comme l'a -montr M. Thorold Rogers, qu'il y avait des services -rguliers de carrioles entre Oxford et Londres, Winchester, -Newcastle, etc., et que le prix des transports -<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span> -tait peu lev, on pourrait se persuader que les -routes taient absolument sres, et l'on aurait tort. -Il ne faut pas plus les juger de la sorte qu'il ne faut -voir, comme on l'a fait aussi, sur la foi des romans, -des brigands dans tous les fourrs, des pendus -toutes les branches et des seigneurs pillards tablis -au bord de tous les ruisseaux. Seulement, il faut faire -la part de l'<i>accident</i>.</p> - -<p>L'accident joue au quatorzime sicle un rle plus -grand qu' n'importe quelle autre poque. C'est le -moment o la vie moderne commence et o l'clat -superficiel d'une nouvelle civilisation vient modifier -la socit du sommet la base. La confiance est plus -grande; on se fortifie moins bien chez soi, le chteau -crnel se transforme en villa ou en htel, pendant -que la hutte se change en maison. On prend plus de -mesures qu'autrefois pour empcher les mfaits; -mais les accidents sont nombreux qui viennent dtruire -ce commencement de scurit. Au fond, la -socit n'est ni calme ni bien assise, et beaucoup de -ses membres sont encore moiti sauvages. On peut -prendre la lettre le terme moiti, c'est--dire -que, si on faisait une liste des qualits de tel individu, -on trouverait que la premire partie appartient - un monde trs civilis, et la deuxime un -monde trs barbare. De l ces contrastes: d'un ct, -l'ordre, qu'il y aurait peut-tre injustice ne pas -considrer comme l'tat normal; et, de l'autre, les -frquents soubresauts de l'lment indompt. C'est -ainsi, par exemple, qu'on peut voir un seigneur et -<span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span> -les siens attendant, au coin d'une route, une caravane -de marchands. Le texte mme de la ptition -des victimes donne tous les dtails de la rencontre<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor"> [83]</a>.</p> - -<p>La scne se passe en 1342. Des marchands de Lichfield -exposent lur seigneur le counte de Arundel -qu'un certain vendredi ils envoyrent deux domestiques -et deux chevaux chargs de especerie et mercerie, -valant quarante livres, Stafford, pour le -march du lendemain. Quand leurs gens vinrent -dessout le boys del Canoke, ils rencontrrent sire -Robert de Rideware, chivaler, qui les attendait en -compagnie de deux valets de sa suite et qui se saisit -des domestiques, des chevaux et du butin pour -emmener le tout au prieur de Lappeley. Malheureusement -pour lui, pendant le trajet, un des domestiques -s'chappa. Au prieur, la bande trouve sire Johan -de Oddyngesles, Esmon de Oddyngesles et pluseurs -autres, auxi bien chivalers come autres gentz. -On voit que c'tait un coup mont et soigneusement -organis; tout se passe suivant les rgles: entre -eux tous dpartirent les avantditz mercerie e especerie, -chescun de sa porcion solump son estat. -Cela fait, la compagnie quitte Lappeley et chevauche -jusqu'au prieur de Blythebury, occup par des -nonnes. Le chevalier Robert dclare l'abbaye qu'ils -sont gens du roi moud travaills et demande -l'hospitalit comme cela se faisait couramment. Mais -la troupe, parat-il, avait mauvaise apparence; l'abbesse -<span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span> -refuse. Les chevaliers, voyant ce fcheux accueil, -enfoncent la porte des fenires, donnent feyn et aveignes - leurs chevaux et passent ainsi la nuit.</p> - -<p>Mais ils n'taient pas seuls bien occuper leur -temps. Le domestique chapp les avait suivis de loin -et, quand il les vit installs au prieur, il revint en -toute hte Lichfield avertir le bailli, qui ne tarda -pas runir sa troupe et courir la poursuite -des voleurs. Ceux-ci, gens d'pe, ds qu'ils furent -rejoints, se tournrent dfense, et un vrai combat -s'engagea, dans lequel ils eurent d'abord le -dessus et naffrrent plusieurs de leurs ennemis. -A la fin cependant ils perdent pied et s'enfuient; on -leur prend toutes les pices et quatre de leur compagnie, -qui sont dcapits sur place immdiatement.</p> - -<p>Robert de Rideware n'tait pas au nombre des victimes -et n'tait pas dcourag. Il rencontre, pendant -que le bailli regagnait Lichfield, son parent Gautier -de Rideware, seigneur de Helmstale-Rideware, avec -des gens de sa suite; tous ensemble tournent bride -et se mettent la poursuite du bailli: nouvelle -bataille; cette fois, l'officier du roi a le dessous et -s'enfuit, pendant que les seigneurs lui reprennent -dfinitivement les pices.</p> - -<p>Quelle ressource restait-il aux malheureux Guillaume -et Richard, auteurs de la ptition? S'adresser - la justice? C'est ce qu'ils voulurent faire. Mais, -comme ils se rendaient pour cela Stafford, capitale -du comt, ils trouvrent, aux portes de la ville, des -genz de la maintenance de leurs perscuteurs qui -<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span> -leur barrrent le passage, les attaqurent mme et -si vivement qu'ils eurent grand'peine chapper -saunz grevure. Ils rentrent Lichfield, surveills -par leurs ennemis, et mnent une existence digne de -piti. E sire, les avant ditz William e Richard e -plusours gentz de la ville de Lichfield sount menac -desditz larons e lour meintenours, qu'ils n'osent null -part aler hors de ladite ville.</p> - -<p>Ce document juridique, dont l'original existe encore, -est, on le voit, passablement caractristique, -et l'on peut juger que ces seigneurs et leurs aides -n'taient pas sans ressemblance avec ceux des <i>Promessi -sposi</i> et leurs terribles <i>bravi</i>. Ici, presque tout -est noter: le sang-froid et la dtermination des -chevaliers, que la mort de quatre d'entre eux ne -dconcerte pas; l'attaque la faveur d'un bois; le -choix des victimes: des valets de riches marchands; -la demande de l'hospitalit dans un prieur sous prtexte -qu'on voyage pour le service du roi; la justice -expditive du bailli et la surveillance obstine -laquelle les dmarches des victimes sont soumises -par leurs tyrans.</p> - -<p>Ces faits ne sont pas uniques, et Robert de Rideware -n'tait pas seul faire le guet dans les taillis au bord -des routes. Beaucoup d'autres seigneurs taient entours -connue lui d'hommes dvous et prts pour -toutes les entreprises. On leur donnait des capes et -des livres aux couleurs du matre, qui permettaient -de les reconnatre aisment; un lord bien entour de -ses partisans se considrait comme au-dessus du -<span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span> -droit commun, et la justice n'avait pas beau jeu -vouloir se faire respecter de lui. La coutume d'avoir - soi quantit de serviteurs dtermins portant vos -couleurs devint universelle la fin du rgne d'douard -III et sous Richard II; elle subsista, malgr -les statuts<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor"> [84]</a>, pendant tout le quinzime sicle, et -contribua grandement rendre les guerres seigneuriales -de cette poque acharnes et sanglantes.</p> - -<p>Mais, mme en dehors des priodes de guerre civile, -les mfaits commis par certains barons et leurs -fidles ou mme simplement par leurs fidles agissant -pour leur propre compte sous couvert de la -cape aux couleurs du lord, taient parfois si frquents -et si graves qu'on et pu dans beaucoup de -comts se croire en guerre. Les considrants d'un -statut de la deuxime anne de Richard II<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor"> [85]</a> font de -ces dsordres un tableau un peu exagr peut-tre -pour mieux justifier les mesures de rigueur, mais -dont le fond doit tre vrai: on y voit (et le roi l'a -appris la fois par les ptitions formelles adresses -<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span> -au parlement et par la rumeur publique) que certaines -gens dans plusieurs parties du royaume prtendent -avoir droit diverses terres, tenementz et -autres possessions, et aucuns espiants dames et damoiselles -nient mariez, et aucuns desirantz faire -maintenance en lour marchees, se coillent ensemble - grant nombre des gentz armez et archiers fier de -guerre, et soi entrelient par serment, et par autre -confederacie. Ces gens-l, n'ayant aucune consideration - Dieu, ne as loys de Seintz Eglise, ne de -la terre ne droit, ne justice, einz refusantz et -entrelessants tout procs de ley, chivachent en grantz -routes en plusours parties d'Engleterre, et preignent -possession et se mettent einz en diverses manoirs, -terres et autres possessions, de lour propre auctorite, -et les tiegnent longement tiel force, y feisants -mou des maners d'apparaillementz de guerre et en -aucuns lieux ravissent dames et damoiselles et les -enmesnent en estraunge paiis o lour plest; et en -aucuns lieux en tieux routes gisent en agaite et batent, -mahaiment et mordrent et tuont les genz pur -lour femmes et biens avoir, et celles femmes et biens -reteignont lour propre oeps; et la foitz preignent - force les liges le roi en lour propre maisons et les -amesnent et detiegnent come prisoners, et au darrien -les mettont fyn et raunceone <i>come ceo fuis -en terre de guerre</i>; et la foitz viegnent devant justices -en lour sessions, a tielle guise ove grant force, -paront les justices sont moeltz esbaiez ou ne sont -hardiz de faire la ley; et plusours autres riotes et -<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span> -horribles malx faitz y font; paront le roialme en diverses -parties est mys en grant troboill grant meschef -et anientissement de povre poeple<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor"> [86]</a>... Au Bon -Parlement, en 1376, les communes avaient dj -fait des plaintes semblables: Item supplie la commune -qe come ore de novel grande riote si comence -par pluseurs gentz en diverses parties d'Engleterre, -qe chivachent ove grand nombre des gentz -armez, etc.<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor"> [87]</a>...</p> - -<p>A ct de ces bandes organises et quasi seigneuriales, -il y avait les voleurs ordinaires, contre -lesquels douard I<sup>er</sup> avait pris en 1285 des mesures -spciales dans son statut de Winchester. Il est constat -dans cet acte que les malfaiteurs ont coutume -<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span> -de se tapir dans les fosss, taillis ou buissons -du voisinage des routes, surtout de celles qui relient -deux villes marchandes. C'est qu'en effet c'tait le -lieu de passage de victimes faciles et richement -charges. Aussi le roi ordonne-t-il que le bord des -grands chemins sera dfrich une distance de deux -cents pieds de chaque ct, de faon qu'il n'y reste -ni taillis, ni buisson, ni creux, ni fosse qui puisse -servir abriter des malfaiteurs. On pourra seulement -laisser subsister les gros arbres tels que les -chnes. C'est au propritaire du sol faire ces travaux; -s'il les nglige, il sera responsable des vols et -des meurtres et payera amende au roi. Si la route -traverse un parc, mme obligation pour le seigneur, - moins qu'il ne consente le clore par un mur ou -par une haie si paisse ou par un foss si large et -si profond que les voleurs ne puissent le franchir ou -y trouver un abri avant ou aprs leurs attaques.</p> - -<p>Mais, mesure qu'on avance dans le quatorzime -sicle, on trouve que ces larrons vulgaires ont dcouvert -un meilleur emploi de leurs nergies sans -changer tout fait d'tat. Ils s'allient, tantt secrtement -et tantt ouvertement, aux bandes seigneuriales -et ne sont plus dsormais gens sans aveu pour -qui personne ne peut rpondre. C'est ce dont se plaignent -encore les communes: Item prie ladite -commune qe come notoriment soit conuz <i>par touz -les countes d'Engleterre</i> qe robeours, larons et autres -meffesours, pe et chival, vont et chivachent -grant route par tote la terre en diverses lieus, et -<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span> -font larcines et roberies; qe plaise nostre seigneur -le roi <i>charger les grantz de la terre que nul tiel soit -meyntenuz par eux</i>, en priv n'en apert; mes qu'ils -soient en eaide de arester et prendre tiels malveyses<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor"> [88]</a>. -Au prcdent parlement, les mmes plaintes -avaient t faites, et le roi avait dj promis qu'il -ordonnerait tiel remedie qe [serrait] pleisaunt -Dieu et homme<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor"> [89]</a>.</p> - -<p>Tous ces malfaiteurs, sans compter l'appui des -grands, avaient de beaux privilges. On en rencontrait -quelquefois qui suivaient les routes, une croix - la main: ceux-l il tait dfendu de toucher -de par le roi et sainte glise; c'taient des gens -qui avaient <i>forjur le royaume</i>. Quand un voleur, -un meurtrier, un flon quelconque se sentait -serr de trop prs, il se jetait dans une glise et se -trouvait en sret. L'glise tait un lieu sacr, et quiconque -en avait franchi le seuil tait couvert par la -protection de Dieu. En tirer les gens tait un sacrilge -qui emportait excommunication. Nicolas le -Porter avait aid arracher de l'glise des Carmes -de Newcastle des laques qui s'y taient rfugis -pro vit su securitate, et qui, une fois livrs - l'autorit civile, avaient t excuts. Il lui fallut, -pour obtenir son pardon, employer l'intermdiaire -du nonce du pape et se soumettre une pnitence -publique bien contraire aux coutumes d'aujourd'hui:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span> -Nous ordonnons, crit l'vque Richard au cur -de Saint-Nicolas de Durham, que les lundi, mardi et -mercredi de la semaine de la Pentecte qui vient, il -aille recevoir, en chemise, nu-tte et nu-pieds, devant -le portail de votre glise, en prsence de la foule du -peuple, le fouet de vos mains publiquement<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor"> [90]</a>. Il y -proclamera lui-mme, <i>en anglais</i>, le motif de sa pnitence -et avouera sa faute, et quand il aura reu ainsi -le fouet, ledit Nicolas se rendra l'glise cathdrale -de Durham, nu-tte, nu-pieds et vtu comme dessus; -il marchera devant, vous le suivrez, et vous le fustigerez -de mme devant la porte de la cathdrale, ces -trois mmes jours, et il y recommencera les dclarations -que j'ai dites (Ap. 16).</p> - -<p>Pour les voleurs, ce droit d'asile tait prcieux. Ils -s'chappaient de prison, couraient l'glise et avaient -la vie sauve: En cele an (18 d. II), disent les <i>Croniques -de London</i><a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor"> [91]</a>, <span class="smallc">x</span> personnes eschaperent hors de Neugate, -des queux <span class="smallc">v</span> furent remenez e <span class="smallc">iiij</span> eschaperent -l'esglise Seint-Spulcre et un l'esglise Seint-Bride et -aprs, touz forsjurerent Engleterre. Mais quand les -<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span> -malheureux taient guetts dans l'glise par leurs -ennemis personnels, leur situation devenait dangereuse. -C'est ce que montrent les statuts du royaume -en 1315-1316. Les auteurs d'une ptition<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor"> [92]</a> exposent au -roi que des gens arms s'tablissent dans le cimetire -et jusque dans le sanctuaire pour surveiller le -fugitif, et le gardent si troitement qu'il ne peut -mme pas sortir pour satisfaire ses besoins naturels. -On empche la nourriture de lui arriver; si le flon -se dcide jurer qu'il quittera le royaume, ses ennemis -le suivent sur la route et, malgr la protection -de la loi, l'en arrachent et le dcapitent sans jugement. -Le roi rforme tous ces abus<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor"> [93]</a> et prescrit l'application -des rglements anciens sur l'abjuration, -c'est--dire des suivants: Lorsqu'un voleur, un -homicide ou un malfaiteur quelconque a fui dans une -glise et qu'il a reconnu son crime, que le coroner -fasse faire l'abjuration ainsi: le flon sera conduit - la porte de l'glise, et un port rapproch ou non lui -sera assign et un terme fix pour quitter le royaume. -Tant qu'il sera en route, il tiendra une croix la -main et ne s'cartera du grand chemin ni droite ni - gauche, mais le suivra jusqu' ce qu'il ait quitt le -royaume, et il n'y reviendra pas sans que le roi lui -ait fait grce<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor"> [94]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span> -Le flon jurait en ces termes: Entends ceci, -sire coroner, moi N. j'ai vol des moutons ou tel -autre animal, ou j'ai tu une ou plusieurs personnes -et je suis flon notre seigneur le roi d'Angleterre. -Et pour avoir commis quantit de mfaits, larcins, -etc., dans sa terre, j'abjure la terre de notre seigneur -E. roi d'Angleterre. Et je me hterai d'aller -tel port que tu m'as fix; je ne quitterai pas la -grand'route, et si je le fais, je consens tre pris et -trait en voleur et flon de notre seigneur le roi. -Dans tel port, je chercherai activement passage et -n'y resterai que l'espace d'une mare si je peux -trouver passage; et si je ne peux trouver passage -pendant ce dlai, j'irai tous les jours dans la mer -jusqu'aux genoux, essayant de traverser, et si je ne -peux, au bout de quarante jours, je rentrerai dans -une glise comme voleur et flon de notre seigneur -le roi. Et que Dieu m'aide!</p> - -<p>A l'glise, les voleurs se trouvaient en compagnie -des dbiteurs insolvables. Ceux-ci, avant d'y venir, -faisaient des donations gnrales de tous leurs biens, -et les cranciers qui les citaient en justice se -trouvaient n'avoir aucune prise sur eux. En 1379<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor"> [95]</a>, -<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span> -Richard II remdie cet inconvnient. Pendant cinq -semaines, une fois par semaine, le dbiteur sera -somm, par proclamation faite la porte du sanctuaire, -de comparatre en personne ou par attorney -devant les juges du roi. S'il s'abstient jusqu'au bout, -on passera outre; un jugement sera rendu, et les -biens qu'il avait donns seront partags entre ses -cranciers.</p> - -<p>Ce ne fut encore qu'un remde temporaire. Dans -les premires annes du rgne suivant, nous trouvons -les communes prsentant au roi leurs dolances sur -ces mmes abus: des apprentis quittent leurs matres -avec les biens de ceux-ci, des marchands endetts, -des voleurs s'enfuient Saint-Martin-le-Grand et y -vivent tranquillement de l'argent qu'ils ont drob. -Ils emploient les loisirs que leur laisse cette existence -paisible fabriquer patiemment des chartes, -obligations et quittances fausses, imitant les signatures -et cachets des marchands honntes de la cit. -Quant aux brigands et meurtriers, ils sont l bien - leur aise pour prparer de nouveaux crimes; ils -sortent de nuit pour les excuter et rentrent au -<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span> -matin, en parfaite scurit, dans leur inviolable repaire. -Le roi se borne promettre vaguement que -raisonable remedie ent serra fait.</p> - -<p>Un clerc qui fuyait dans une glise n'tait pas -oblig de quitter l'Angleterre; il jurait qu'il tait clerc -et jouissait du privilge ecclsiastique, suivant la -louable coutume du royaume (9 d. II, ch. <span class="smallc">XV</span>). -Mais l'glise, qui accordait tous venants le bnfice -de l'asile, se rservait la facult de l'enlever: En -cele an (14 d. II), une femme qe avoit noun Isabele -de Bury tua le clerk de l'esglise de Toutz Seintz prs -del mur de Loundres et ele se tint en mesme l'esglise -V jours, taunt que l'esvesque de Loundres maunda sa -lettre qe le esglise ne la voleit saver, par quei ele fut -men hors de l'esglise Neugate et le tierze jour -aprs ele fut pendu<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor"> [96]</a>.</p> - -<p>Dans ce temps o les meutes et les rvolutions -n'taient pas rares, le droit d'asile pouvait servir -tous; aussi c'tait bien en vain que Wyclif protestait -et en demandait la suppression. Un vque, si sacre -que ft sa personne, pouvait tre expos lui-mme - presser son cheval de l'peron et fuir vers -une glise pour sauver sa tte. Ce fut le cas pour -l'vque d'Exeter, lorsque Isabelle et son fils vinrent -renverser douard II<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor"> [97]</a>: Taunt tost, mesme le -jour, vint un sire Wauter de Stapulton, qe fu eveske -de Exestre, et l'an devant le tresorer le roy, chivachant -vers son hostel en Eldedeaneslane, son manger, -<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span> -et l fut il escri traitour; et il le voyaunt, chivacha - la fuite devers l'esglise Seint-Poul et fut l -encountr et tost deschivach et men en Chepe et l -fut il despouill et sa teste coup.</p> - -<p>Sous Richard III, on put voir une reine et un fils -de roi refuser de quitter l'enceinte sacre de Westminster -et garder un temps la vie sauve grce la -saintet du lieu. Sir Thomas More a laiss dans son -histoire de l'usurpateur, la premire vritable histoire -en langage national que compte la littrature -anglaise, un tableau saisissant du courage de la veuve -d'douard IV et de la grande querelle suscite par -Richard pour arracher de l'abbaye le second enfant -du feu roi. Aux demandes ritres qui lui taient -faites, la reine rpondait: O donc croirais-je mon -fils en sret, si ce n'est dans ce sanctuaire qu'aucun -tyran n'a t jusqu'ici assez diabolique pour violer?... -Certes il a trouv un bon subterfuge: ce lieu, qui peut -sauvegarder un voleur, ne pourrait pas protger un -innocent?... Le subterfuge de Richard III consistait -simplement faire abolir le droit de sanctuaire. -Dans son discours en faveur de la mesure, qui vise en -particulier les asiles de Saint-Paul et de Westminster, -le duc de Buckingham fait une peinture trs vive et, -du reste, exacte des dsordres que ce droit de refuge -entretenait: Quel ramassis de voleurs, dit-il, de -meurtriers, de tratres odieux et perfides ne voit-on -pas dans ces deux asiles en particulier!.. Des femmes -y courent avec l'argenterie de leurs maris et disent -qu'elles n'osent pas demeurer chez elles, de crainte -<span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span> -d'tre battues. Les larrons y apportent le produit de -leurs vols et vivent avec. Ils y trament de nouveaux -mfaits; ils sortent la nuit, volent, pillent, tuent et -rentrent, comme si ces lieux, non seulement les rendaient -quittes pour le mal qu'ils ont fait, mais leur -donnaient licence d'en faire davantage. Le clerg -ne nie aucun de ces abus; mais il trouve regrettable -qu'une atteinte soit porte un droit aussi ancien -et aussi sacr (Ap. 17).</p> - -<p>Pourtant ce privilge subsista et survcut mme - l'introduction de la rforme en Angleterre; il fut -toutefois moins respect partir de ce moment. -Le chancelier Bacon cite le sanctuaire de Colnham, -prs Abingdon, qui fut jug insuffisant pour -des tratres; on y saisit sans faon, sous Henri VII, -plusieurs criminels politiques qui s'y taient rfugis -et l'un d'eux fut excut<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor"> [98]</a>. Divers sanctuaires -furent supprims en 1697; ceux qui restaient disparurent - leur tour sous Georges I<sup>er</sup>, poque laquelle -l'asile de Saint-Pierre Westminster fut dmoli.</p> - -<p>Avec toutes leurs svrits pnales, la loi et l'usage -donnaient encore aux malfaiteurs d'autres encouragements. -Ils recevaient frquemment des chartes de -pardon; la chancellerie royale les accordait volontiers -parce qu'il fallait payer pour les avoir, et les -communes renouvelaient sans se lasser leurs plaintes -contre ces criants abus. Il est certain que ces chartes -<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span> -se vendaient. Le clerc Jean Crochille expose au roi en -parlement que, pendant qu'il tait la cour de Rome, -il a t mis hors la loi et son retour emprisonn. -Le chancelier lui a accord une charte de pardon; -mais il est taunt enpoveri q'i n'ad de qi pur l'avaunt -dit chartre paier<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor"> [99]</a>.</p> - -<p>Les chartes se donnaient ainsi aux innocents pour -de l'argent et aux communes felonnes et murdrers -de mme, ce qui avait deux rsultats: d'abord le -nombre des brigands augmentait en raison de l'impunit; -ensuite on n'osait plus poursuivre en justice les -criminels les plus redoutables, de crainte de les voir -revenir pardonns et prts se venger terriblement. -Malheureusement, outre le bnfice des taxes perues, -il y avait pour le maintien de cet abus l'intrt que -les seigneurs gardaient sa continuation. Insparables -de leurs hommes, ils savaient les dfendre en -justice comme ceux-ci les dfendaient dans la rue -ou sur la route, et le meilleur moyen de sauver ces -<i>bravi</i> des suites de quelque assassinat tait de leur -obtenir, de leur acheter une charte de pardon. Les -communes ne l'ignoraient pas et rappelaient au roi que -souvent les seigneurs, protecteurs de sclrats, obtenaient -pour eux des chartes en affirmant qu'ils taient - l'tranger, occups se battre pour le prince. La -charte obtenue, les brigands revenaient et recommenaient -leurs mfaits<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor"> [100]</a>, sans peur d'tre inquits par -<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span> -personne. Pour toutes ces causes, le voyageur n'aurait -pas t prudent s'il n'avait pas prvu au dpart -le cas d'une mauvaise rencontre et s'il ne s'tait -pas arm en consquence. C'tait l une ncessit -reconnue, et c'est pour cela que le chancelier de -l'universit d'Oxford dfendait strictement aux tudiants -de porter des armes, <i>sauf en cas de voyage</i><a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor"> [101]</a>.</p> - -<p>On n'tait donc gure en sret contre les voleurs, -et on ne l'tait mme pas toujours contre les gens -du shriff. A cette poque de dfiance o les rdeurs -taient si nombreux, il suffisait d'tre tranger au -pays, surtout si c'tait la nuit, pour que, sur un -soupon, on ft envoy la gele, comme on le voit -par un statut d'douard III<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor"> [102]</a>. Rien de plus gnral -que les termes de cette loi; le pouvoir de faire -arrter est presque sans limites: Item come en l'estatut -fait Wincestre en temps meisme le roi l'ael<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor"> [103]</a> -soit contenuz qe si nul estraunge passe par pais de -<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span> -nuyt de qi homme ait suspecion, soit maintenant -arestu et livr au visconte, et demoerge en gard tant -q'il soit duement delivrs; et diverses roberies, -homicides et felonies ont est faitz einz ces heures -par gentz qi sont appelez Roberdsesmen, Wastours, -Draghlacches... Que quiconque souponne un passant -d'appartenir une de ces bandes, soit il de -jour, soit il de nuyt, le fasse arrter sur-le-champ; -on le mnera au constable de la ville prochaine, qui -le gardera en prison et fera enqute en attendant -que le <i>justice</i> vienne. Or, supposez qu'un tranger -passe de nuit par la ville; la garde l'arrte, il se voit -dj en prison jusqu' ce que le <i>justice</i> vienne et -se met courir au lieu de se laisser prendre: le statut -a prvu le cas<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor"> [104]</a>: Si eus ne soeffrent pas estre -aresteuz, seit heu e cri lev sur eus, e ceus qi funt -la veille les siwent o tute la ville ove les visnes -viles o heu e cri de vile en vile jesqes taunt q'il serra -pris et livrez au viscunte. Singulier tableau!... C'est -au milieu de la nuit, l'tranger est un voleur peut-tre, -peut-tre un honnte homme qui a perdu sa route ne -connaissant pas la ville; sa faute est de n'tre pas -rentr au couvre-feu; il cherche ttons son chemin -dans les ruelles obscures; la garde l'aperoit et l'interpelle; -il fait les rflexions qu'on imagine, et voil la -hue et le cri qui commencent, la garde qui court, -la ville qui s'veille, les lumires qui paraissent et, -petit petit, les plus zls qui se mettent sa poursuite. -<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span> -Si la ville est fortifie, les poternes sont fermes -depuis longtemps, et il sera srement pris. A -peine peut-il esprer se jeter dans quelque porte mal -jointe un tournant de rue et se tenir blotti derrire, -coutant, la main tremblante, le cœur battant, la -garde qui passe lourdement, au pas de charge, -entoure comme d'un nuage de clameurs furieuses. -Le nombre des pas diminue et les clameurs se font -moins entendre, puis vont s'teignant, perdues dans -les profondeurs de la cit.</p> - -<p>Mais si la ville n'est qu'une bourgade non close de -murs, le premier mouvement du fugitif sera de -gagner la campagne, et alors, qu'il ne craigne pas les -marais, les fosss, les haies; qu'il sache, un pli -de terrain, quitter la grand'route et profiter d'un -endroit o l'on aura mal appliqu le statut de Winchester. -Sans cela il est perdu; la garde le suit, la -ville le suit, la hue continue, et au prochain village -la scne du dpart va recommencer. Les habitants, -avertis par la clameur, allument dj leurs lanternes, -et les voil eux aussi en chasse. Avant le -bout de la grand'rue, quelque paysan plus alerte se -trouvera prt au passage pour barrer la route. Tous -y ont intrt, tous ont t vols, ou leurs parents -ou leurs amis; quelqu'un des leurs a t bless, -assassin sur la route comme il revenait du march. -Tout le monde a entendu parler de msaventures -pareilles et se sent menac personnellement. De l -ce zle se mettre en chasse au bruit de la hue et -la conviction que, pour courir si fort et faire courir -<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span> -tant de monde, le fugitif doit tre un brigand redoutable -qu'attend le gibet<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor"> [105]</a>.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_101"> 101</a></span></p> - -<p class="extra">DEUXIME PARTIE<br /> -<span class="small"><b>LA VIE NOMADE</b></span></p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_102"> 102</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span></p> -<p class="signature2">Qui ne s'adventure n'a cheval ni mule, ce<br /> -dist Salomon.—Qui trop s'adventure perd cheval<br /> -et mule, respondit Malcon.</p> - -<p>L'aspect et l'tat habituel des routes anglaises -tant connus, il faut prendre part les principaux -types de la classe errante et voir quel genre de vie -menait le nomade et quelle sorte d'importance il -avait dans la socit ou dans l'tat.</p> - -<p>Les nomades appartenant la vie civile taient, -en premier lieu, les marchands de drogues, les bouffons, -les jongleurs, les musiciens et les chanteurs -ambulants, puis, dans un ordre plus important au -point de vue social, les <i>outlaws</i>, les larrons de toute -sorte et les ouvriers errants.—A la vie ecclsiastique -appartenaient les prcheurs, les frres mendiants -et ces tranges marchands d'indulgences qu'on -appelait pardonneurs.—Enfin il y avait les plerins, -<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span> -dans les rangs desquels, comme dans le livre de -Chaucer, clercs et laques allaient confondus.</p> - -<p>Certains de ces individus, les frres notamment, -avaient, il est vrai, un point d'attache; mais leur -existence s'coulait en majeure partie sur les routes; -ils n'avaient pas de but fixe et qutaient l'aventure; -ils avaient pris la longue les mœurs et le -parler des vritables nomades et, dans l'opinion -commune, ils se confondaient le plus souvent avec -ceux-ci: c'est cette famille d'tres qu'ils se rattachent.</p> - -<p>Quant la race trange que nous voyons, aujourd'hui -encore, errer de pays en pays et qui, la dernire, -reprsentera parmi nous la caste des errants, elle -n'avait pas encore fait son apparition dans le monde -britannique et nous n'avons pas nous en occuper. -Bohmiens ou <i>gipsies</i> demeurent jusqu'au quinzime -sicle entirement inconnus en Angleterre.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE I<br /> -<span class="small"><b>HERBIERS, CHARLATANS, MNESTRELS</b></span>,<br /> -<span class="small"><b>CHANTEURS ET BOUFFONS</b></span></h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Le gurisseur ambulant.—L'herbier de Rutebeuf.—Les charlatans -et les mdecins en Angleterre.—Le saltimbanque de Ben Jonson.—Le -charlatan d'aujourd'hui.</p> - -<p>Les jongleurs et les mnestrels.—Leur popularit.—En quoi consistent -leurs chants.—Leur rle dans les ftes seigneuriales et dans -les festins.—Les troupes au service du roi.—Les troupes au -service des nobles.—Les instruments de musique.</p> - -<p>La concurrence.—La guild des mnestrels et son monopole.—Les -faux mnestrels.—Rle des mnestrels dans les mouvements populaires, -leurs doctrines librales.—Le noble tolre ces doctrines; -le peuple se les assimile.</p> - -<p>Causes de la disparition des mnestrels.—L'invention de l'imprimerie.—Le -perfectionnement de l'art thtral.</p> - -<p>Les bouffons et les faiseurs de tours.—Grossiret de leurs jeux.—Ils -s'associent aux mnestrels.—La rprobation publique les -atteint les uns et les autres la Renaissance.</p> -</div> -</div> - -<p>Les plus populaires de tous les errants taient naturellement -les plus gais ou ceux qui passaient pour -les plus bienfaisants. Ceux-ci taient les gens panace -universelle, trs nombreux au moyen ge; ils -couraient le monde vendant la sant. Les jours de -chmage ils s'tablissaient sur la place des villages, -tendaient terre un tapis ou un morceau d'toffe, -<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span> -talaient leurs drogues et commenaient haranguer -le peuple. On peut entendre encore aujourd'hui -des discours pareils ceux qu'ils tenaient, au quatorzime -sicle, en Angleterre, en France, en Italie; -leur profession est une de celles qui ont le moins -chang. Au treizime sicle, l'<i>herbier</i> de Rutebeuf -parlait comme le saltimbanque de Ben Jonson au seizime -sicle, comme le charlatan qui attirait hier, -cent pas de nos portes, la foule ses trteaux. -Grandes paroles, rcits merveilleux, loge de leurs -origines nobles, lointaines, numration des gurisons -extraordinaires qu'ils ont faites, talage d'un -dvouement sans bornes au bien public, d'un complet -dsintressement pcuniaire, on retrouve cela et on -le retrouvera jamais dans les discours de tous ces -nomades insinuants.</p> - -<p>Belles gens, disait, il y a six cents ans, le -marchand d'herbes mdicinales de Rutebeuf, je ne -suis pas de ces pauvres prcheurs ni de ces pauvres -herbiers qui vont par devant ces moutiers, avec leurs -pauvres chappes mal cousues, qui portent boites et -sachets et tendent un tapis.... Sachez que de ceux-l -ne suis-je pas, mais suis une dame, qui a nom -madame Trote de Salerne, qui fait couvre-chef -de ses oreilles, et les sourcils lui pendent chanes -d'argent par-dessus les paules; et sachez que -c'est la plus sage dame qui soit dans les quatre parties -du monde. Ma dame nous envoie en diverses -terres et en divers pays, en Pouille, en Calabre.... -en Bourgogne, en la fort des Ardennes pour occire -<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span> -les btes sauvages et en traire les bons oignements, -pour donner mdecines ceux qui ont des maladies -au corps.... Et pour ce qu'elle me fit jurer sur les -saints quand je me dpartis d'elle, je vous apprendrai - gurir du mal des vers si vous voulez our. -Voulez-vous our?</p> - -<p>.... tez vos chaperons, tendez les oreilles, regardez -mes herbes que ma dame envoie en ce pays -et en cette terre; et pour ce qu'elle veut que les -pauvres y puissent aussi bien avenir comme les -riches, elle me dit que j'en fisse denre (que je les -vendisse par portions d'un denier), car tel a un denier -en sa bourse qui n'y a pas cinq livres; et elle -me dit et me commanda que je prisse un denier de -la monnaie qui courrait dans le pays et la contre o -je viendrais....</p> - -<p>Ces herbes, vous ne les mangerez pas; car il -n'est si fort bœuf en ce pays ni si fort destrier qui, -s'il en avait aussi gros qu'un pois sur la langue, ne -mourt de male mort, tant sont fortes et amres.... -Vous les mettrez trois jours dormir en bon vin -blanc; si vous n'avez blanc, prenez vermeil; si vous -n'avez vermeil, prenez de la belle eau claire, car tel -a un puits devant son huis qui n'a pas un tonneau -de vin en son cellier. Si vous en djenez par treize -matins.... vous serez guris des diverses maladies... -Car si mon pre et ma mre taient en pril de mort -et ils me demandaient la meilleure herbe que je leur -pusse donner, je leur donnerais celle-l.</p> - -<p>En telle manire vends-je mes herbes et mes -<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span> -oignements: qui voudra en prenne; qui n'en voudra -les laisse<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor"> [106]</a>.</p> - -<p>Cet herbier tait de ceux qu'en France et en Angleterre -les ordonnances royales poursuivaient pour -exercice illgal de la mdecine. Philippe le Bel, en -1311, Jean le Bon, en 1352, avaient rendu contre eux -des arrts svres. Ils leur reprochaient d'ignorer le -temprament des hommes, le temps et la manire -convenables pour oprer, les vertus des mdecines, -surtout des mdecines laxatives, en lesquelles gt -pril de mort. Ces gens-l, venus souvent de -l'tranger, parcouraient la ville et les faubourgs et -se permettaient d'administrer aux malades trop confiants -clisteria multum laxativa et alia eis illicita<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor"> [107]</a>, -ce dont l'autorit royale tait justement indigne.</p> - -<p>En Angleterre, les vendeurs de drogues ambulants -n'avaient pas meilleure rputation; les chants et les -satires populaires nous les montrent toujours frayant -dans les tavernes avec la pire socit. Pour se faire -une ide de ce que pouvaient tre leurs recettes, il -faut se rappeler ce qu'tait la mdecine protge par -les statuts du royaume. Il faut se dire que Jean de -Gaddesden, mdecin de la cour sous douard II, faisait -disparatre les traces de la petite vrole en enveloppant -le malade dans des draps rouges; il avait -trait ainsi l'hritier mme du trne. Il avait t -longtemps embarrass pour gurir la pierre: A la -<span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span> -fin, dit-il dans sa <i>Rosa Anglica</i>, je pensai faire -recueillir une bonne quantit de ces scarabes qu'on -trouve en t dans la fiente des bœufs, et de ces cigales -qui chantent aux champs: je coupai les ttes et les -ailes des cigales et les mis avec les scarabes et de -l'huile ordinaire dans un pot; je le couvris et le -laissai ensuite, pendant un jour et une nuit, dans un -four pain. Je retirai le pot et le chauffai un feu -modr; je broyai le tout et frottai enfin les parties -malades; en trois jours la douleur avait disparu; -sous l'influence des scarabes et des cigales, la pierre -s'tait brise en morceaux. C'est presque toujours -ainsi, par une illumination subite, que ce mdecin dcouvre -ses remdes les plus efficaces; madame Trote -de Salerne ne confiait pas ses agents dans les -diverses parties du monde le secret de recettes plus -merveilleuses et plus inattendues (Ap. 18).</p> - -<p>N'importe, entre un mdecin de cour et un charlatan -de carrefour, la loi distinguait fort nettement. -Un Gaddesden avait, pour appliquer aux patients ses -mdicaments tranges, l'appui d'une renomme tablie -et il offrait la garantie de sa haute situation. Il -avait tudi Oxford et il faisait autorit; un mdecin -srieux comme le docteur de Chaucer, qui -s'tait tant enrichi pendant la peste, ne ngligeait -pas de lire et de mditer ses crits. Sans avoir moins -de science ni surtout d'ingniosit, l'herbier errant -tait moins avantageusement connu; il ne pouvait -pas, comme le mdecin du roi, s'autoriser de sa bonne -rputation pour faire avaler des vers luisants ses -<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span> -malades, les frotter de scarabes et de cigales, leur -donner en remde sept ttes de chauves-souris -grasses<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor"> [108]</a>; le lgislateur se prcautionnait en consquence. -A la campagne, de mme que la plupart des -autres nomades, le gurisseur sans brevet trouvait -moyen presque toujours d'chapper la rigueur -des statuts; mais malheur lui s'il se hasardait -tenter publiquement des cures en ville! Pour avoir -voulu gurir une femme en lui faisant porter sur -la poitrine un certain parchemin, le malheureux -Roger Clerk se vit poursuivre en 1381 pour pratique -illgale de la mdecine dans Londres. Il fut men au -pilori, par la ville au son des instruments, -cheval sur un cheval sans selle, son parchemin au -cou; de plus, aussi au cou, un vase de nuit et une -pierre aiguiser, en signe qu'il avait menti; un -autre vase de nuit lui pendait dans le dos<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor"> [109]</a>.</p> - -<p>Inquiet de la recrudescence de ces abus, Henri V -rendit, en 1421, une <i>Ordinance encontre les entremettours -de fisik et de surgerie</i>, pur ouster meschieves -et perils qi longement ont continuez dedeinz -le roialme entre les gentz parmi ceux q'ont usez -l'arte et le practik de fisik et surgerie, pretendantz -soi bien et sufficeaument apris de mesmes les arts, o -de vrit n'ont pas estez. Dsormais il y aura des -chtiments svres pour tous les mdecins qui n'auront -<span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span> -pas t <i>approuvs</i> en leur art, c'est assavoir, -ceux de fisik en les universites, et les surgeons entre -les mestres de cell arte<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor"> [110]</a>. Les dsordres se renouvellent -comme avant, ou peu s'en faut; pour donner -plus d'autorit la mdecine reconnue par l'tat, -douard IV, la premire anne de son rgne, constitue -en corporation la socit des barbiers de Londres.</p> - -<p>La Renaissance arrive et trouve les barbiers, les -charlatans, les empiriques, les sorciers, continuant -de prosprer sur le sol britannique. Henri VIII le -constate avec regret et promulgue de nouveaux rglements: -La science et l'art de la mdecine et de -la chirurgie, dit le roi dans son statut, la parfaite -connaissance desquels sont ncessaires la fois de -profondes tudes et une mre exprience, sont journellement -appliqus dans ce royaume par une multitude -d'ignorants. Beaucoup d'entre eux n'ont aucune -notion de ces sciences, ni connaissances -d'aucune sorte; il en est mme qui ne savent pas -lire: si bien qu'on voit des artisans ordinaires, des -forgerons, des tisserands, des femmes, entreprendre -avec audace et constamment des cures importantes -et des choses de grande difficult. A l'accomplissement -de quoi ils usent, partie de sortilges et incantations, -partie de remdes si impropres que -les maladies augmentent: au grand dplaisir de -Dieu.... En consquence, toute personne qui -voudra pratiquer la mdecine dans Londres ou -<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span> -six milles la ronde devra auparavant subir un -examen devant l'vque de la capitale, ou devant -le doyen de Saint-Paul, assist de quatre doctours -of phisyk. En province l'examen aura lieu devant -l'vque du diocse ou son vicaire gnral. En 1540, -le mme prince fusionne la corporation des barbiers -et la socit des chirurgiens, et accorde chaque -anne la nouvelle association les cadavres de -quatre criminels pour tudier sur eux l'anatomie.</p> - -<p>A peine tous ces privilges taient-ils concds, -qu'un revirement complet se fait dans l'esprit des -lgislateurs, et qui s'avise-t-on de regretter? prcisment -ces anciens gurisseurs non brevets, ces possesseurs -de secrets infaillibles, ces empiriques de -village si durement traits dans le statut de 1511. -Une nouvelle ordonnance est rendue, qui n'est qu'un -long rquisitoire contre les mdecins autoriss: -ces docteurs certifis empoisonnent leurs clients -tout aussi bien que les anciens charlatans, seulement -ils prennent plus cher. Proccups de -leurs propres gains, et nullement du bien des malades, -ils ont poursuivi, troubl et harcel diverses -honntes personnes, hommes et femmes, qui Dieu -avait accord l'intuition de la nature et des effets -de certaines herbes, racines et eaux.... lesquelles -personnes cependant ne prennent rien en rcompense -de leur savoir et de leur habilet, mais administrent -les remdes aux pauvres en bons voisins, pour -l'amour de Dieu, par piti et charit. On sait de -reste, au contraire, que les mdecins certifis ne -<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span> -veulent gurir personne s'ils ne sont assurs d'une -rmunration plus leve que la cure ne mrite; car -s'ils consentaient traiter pour rien les malades, -on ne verrait pas un si grand nombre de ceux-ci -pourrir et languir jusqu' la mort, comme on voit -chaque jour, faute des secours de la mdecine. -D'ailleurs, malgr les examens de l'vque de -Londres, la plupart des personnes de cette profession -ont bien peu de savoir; c'est pourquoi tous -les sujets du roi ayant, par spculation ou pratique, -connaissance des vertus des plantes, racines -et eaux, pourront, comme auparavant, nonobstant -les dits contraires, gurir au moyen d'empltres, -cataplasmes et onguents toutes les maladies apparentes - la surface du corps, cela dans tout le -royaume d'Angleterre ou dans toute autre des possessions -du roi<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor"> [111]</a>.</p> - -<p>Le changement, comme on voit, tait radical: les -secrets des villageoises n'taient plus des secrets de -sorcires, c'taient des recettes prcieuses dont elles -avaient reu de Dieu l'intuition; les pauvres, exposs - mourir sans mdecin, se rjouirent; les charlatans -respirrent. Ben Jonson, ce marcheur intrpide qui, -parti de Londres, un bton la main, alla pied -par plaisir jusqu'en cosse, qui connaissait si bien -les habitus des ftes anglaises, nous a laiss le -vivant portrait d'un charlatan, portrait qui est spcialement -celui d'un Vnitien du dix-septime sicle, -<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span> -mais qui demeure vrai encore aujourd'hui et le sera, -pour tous les pays, dans tous les temps. Les caractres -de cette sorte sont presque immuables; le hros -de Jonson est le mme individu que celui dont Rutebeuf, -trois sicles et demi plus tt, avait relev les -discours. Srement, dans ses visites Smithfield en -temps de foire, le dramaturge avait entendu maint -empirique s'crier, la voix mue, les yeux au ciel: -Ah! sant! sant! la bndiction du riche! la richesse -du pauvre! qui peut t'acheter trop cher, puisqu'il -n'est sans toi de plaisir en ce monde? Sur -quoi l'orateur de Jonson raille ses collgues, vante -sa panace incomparable, dans laquelle entre un peu -de graisse humaine, qui vaut mille couronnes, mais -qu'il laissera pour huit couronnes, non, pour six, -enfin pour six pence. Mille couronnes, c'est ce que -lui ont pay les cardinaux Montalto et Farnse et le -grand-duc de Toscane son ami; mais il mprise -l'argent, et pour le peuple il fait des sacrifices. Il a -galement un peu de la poudre qui a rendu Vnus -belle et Hlne aussi; un de ses amis, grand voyageur, -lui en a envoy, qu'il a trouve dans les ruines -de Troie. Cet ami en a expdi encore un peu la -cour de France, mais cette partie tait mlange, -et les dames qui s'en servent n'en obtiennent pas -d'aussi bons effets<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor"> [112]</a>.</p> - -<p>Trois ans plus tard, un Anglais qui ne connaissait -pas la comdie de Jonson, se trouvant Venise, -<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span> -s'merveillait des discours des saltimbanques italiens -et, croyant donner ses compatriotes des dtails -nouveaux sur cette race plus florissante dans -la pninsule qu'en aucun pays d'Europe, traait -d'aprs nature un portrait tout semblable celui -qu'avait dessin l'ami de Shakespeare. Souvent, -crit Coryat, j'ai vraiment admir ces orateurs improviss; -ils dbitent leurs contes avec une si merveilleuse -volubilit, une grce si agrable, mme -quand ils parlent <i>ex tempore</i>, avec un assaisonnement -si vari de rares plaisanteries et de traits piquants, -qu'ils remplissent de surprise l'tranger -inaccoutum leurs harangues. Ils vendent des -huiles, des eaux souveraines, des ballades amoureuses -imprimes, des drogues et un monde d'autres -menus objets.... J'en ai vu un tenir une vipre la -main et jouer un quart d'heure de suite avec son aiguillon -sans tre piqu.... Il nous donna croire -que cette mme vipre descendait gnalogiquement -de la famille du reptile qui sauta du feu sur la main -de saint Paul, dans l'le de Melita, aujourd'hui appele -Malte<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor"> [113]</a>.</p> - -<p>Sans doute la faconde, la volubilit, la conviction -momentane, la grce, le ton insinuant, la gaiet -lgre, aile, du charlatan mridional ne se retrouvaient -pas aussi complets, aussi charmants dans les -ftes de la vieille Angleterre. Ces ftes taient joyeuses -pourtant, elles taient fort suivies, et l'on y rencontrait -<span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span> -maint personnage rus, railleur et amusant -comme Autolycus, ce type du colporteur, coureur -de ftes paysannes, qui Shakespeare a fait une -place dans la galerie de ses immortels. Les travailleurs -de la campagne allaient en foule ces runions -essuyer des lazzi qui leur faisaient plaisir et acheter -des onguents qui leur feraient du bien: on peut les y -voir encore. A l'heure prsente, chez nous, et en Angleterre -aussi, la foule continue de s'attrouper devant -les marchands de remdes qui gurissent infailliblement -les maux de dents et effacent quelques autres -douleurs de moindre importance. Les certificats abondent -autour de la boutique; il semble que tous les -gens illustres qui soient au monde aient dj bnfici -de la dcouverte; au reste s'adresse maintenant -le vendeur. Il gesticule, il s'anime, se penche en -avant, a le ton grave et la voix forte. Les paysans se -pressent autour, la bouche bante, l'œil inquiet, incertains -si l'on doit rire ou s'il faut avoir peur, et -finissant par prendre confiance. Ils tirent leur bourse -d'un air gauche; leur large main s'embarrasse dans -leur habit neuf; ils tendent leur pice et reoivent -la mdecine, et leur œil qui brille et leur physionomie -indcise disent assez que la malice et le sens pratique -habituel font ici dfaut, que ces mes fort -ruses, invincibles dans leur domaine propre, sont -les victimes de tous, en pays inconnu. Le vendeur -s'agite, et, aujourd'hui comme autrefois, triomphe -de l'indcision au moyen d'interpellations directes.</p> - -<p>En Angleterre, c'est l'incomparable <i>foire de</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span> -<i>l'oie</i>, Nottingham, qu'il faut de prfrence aller -chercher ces spectacles. Ils brillent l dans toute -leur infinie varit: on y pourra constater que les -charlatans d'aujourd'hui n'ont pas perdu grand'chose -de leur verve hrditaire; on y reconnatra que le -peuple anglais n'est pas toujours maussade et soucieux; -car dans ce jour de folie et d'inconcevable -libert on verra en action, claire il est vrai d'une -lumire bien diffrente, cette grande kermesse de -Rubens qui est au Louvre.</p> - -<p>Plus grande encore tait, au moyen ge, la popularit -des nomades qui venaient non pas gurir, mais -simplement gayer la foule, et qui apportaient avec -eux, sinon les remdes aux maladies, du moins l'oubli -des maux: c'taient les mnestrels, les faiseurs -de tours, les jongleurs et les chanteurs. Mnestrels -et jongleurs, sous des noms diffrents, exeraient la -mme profession, c'est--dire qu'ils psalmodiaient -des romans et des chansons en s'accompagnant -de leurs instruments (Ap. 19). Dans un temps o -les livres taient rares et o le thtre proprement -dit n'existait pas, la posie et la musique voyageaient -avec eux par les grands chemins; de tels -htes taient toujours les bienvenus. On trouvait ces -nomades dans toutes les ftes, dans tous les festins, -partout o l'on devait se rjouir; on leur demandait, -comme on faisait au vin ou la bire, d'endormir -les soucis et de donner la joie et l'oubli. Ils s'y prenaient -de plusieurs manires; la plus recommandable -consistait chanter et rciter, les uns en franais, -<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span> -d'autres en anglais, les exploits des anciens hros.</p> - -<p>Ce rle tait noble et tenu en grande rvrence; -les jongleurs ou mnestrels qui se prsentaient au -chteau, la tte pleine d'histoires belliqueuses ou de -contes d'amour ou de prestes chansons o il n'y avait -qu' rire, taient reus avec la dernire faveur. A -leur arrive ils s'annonaient du dehors par des airs -gais qui s'entendaient du fond des salles; bientt venait -l'ordre de les introduire; on les alignait dans le fond -du hall et l'on prtait l'oreille (Ap. 20). Ils prludaient -sur leurs instruments et bientt commenaient psalmodier. -Comme Taillefer la bataille d'Hastings, ils -disaient les prouesses de Charlemagne et de Roland, -ou bien ils parlaient d'Arthur ou des hros de la guerre -de Troie, aeux incontests des Bretons d'Angleterre -(Ap. 21). Au quatorzime sicle, tous ces anciens romans -hroques, rudes, puissants ou touchants, -avaient t remanis et rajeunis; on y avait ajout des -descriptions fleuries, des aventures compliques, des -merveilles extraordinaires; beaucoup avaient t mis -en prose et, au lieu de les chanter, on les lisait<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor"> [114]</a>. Le -seigneur coutait avec complaisance, et son got qui -se blasait de plus en plus lui faisait trouver du -charme aux enchevtrements bizarres dont chaque -<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span> -vnement tait dsormais envelopp. Il vivait maintenant -d'une vie plus complexe qu'autrefois; tant -plus civilis, il avait plus de besoins, et les peintures -simples et tout d'une pice de pomes comme la -chanson de Roland n'taient plus faites pour flatter -son imagination. Les hros de romans se virent imposer -des tches de plus en plus difficiles et durent -triompher des enchantements les plus merveilleux. -En outre, comme la main devenait moins lourde, on -les peignit avec plus de raffinement, on se complut -dans leurs aventures amoureuses et on leur donna, -autant qu'on put, ce charme la fois mystique et -sensuel dont les images sculptes du quatorzime -sicle ont gard une marque si prononce. L'auteur -de <i>Sir Gawayne</i> met une complaisance extrme dcrire -les visites que son chevalier reoit<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor"> [115]</a>, peindre -sa dame si douce, si jolie, aux mouvements souples, -au gai sourire; il y emploie tout son soin, toute son -me, il trouve des mots qui semblent des caresses, -et tels de ses vers brillent d'une lueur dore comme -celle de parfums qui se consument.</p> - -<p>Ces peintures dj frquentes au treizime sicle -sont encore plus gotes au quatorzime; mais la -fin de ce dernier sicle elles se dplacent et du roman -passent dans le conte ou dans des pomes moiti -contes, moiti romans, tels que le <i>Trolus</i> de Chaucer. -Aprs maintes transformations, le roman tendait -en effet s'effacer devant des genres nouveaux -<span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span> -qui convenaient mieux au gnie du temps. Cent -ans plus tt, un homme comme Chaucer et sans -doute repris son tour les lgendes d'Arthur et -et crit pour les mnestrels quelque magnifique -roman; mais il laissa des contes et des pomes lyriques, -parce qu'il comprit que le got avait chang, -qu'on tait encore curieux, mais non enthousiaste -des anciennes histoires, qu'on ne les suivait plus -gure avec passion jusqu'au bout et qu'on en faisait -l'ornement des bibliothques<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor"> [116]</a> plus que le sujet -des penses quotidiennes. On aima mieux ds lors -trouver sparment dans des ballades et dans des contes -le souffle lyrique et l'esprit d'observation qui jadis -taient runis dans les romans; ceux-ci, abandonns -aux moins experts des rimeurs de grands chemins, -devinrent de si pitres copies des anciens originaux, -qu'ils furent la rise des gens de got et de bon sens.</p> - -<p>On vit ainsi mettre en vers anglais sautillants et -vides plusieurs des grandes popes franaises raccourcies. -<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span> -La belle poque tait passe; quand, dans -la troupe de ses plerins, Chaucer vient son tour -conter d'un air narquois les prouesses de sire Thopas, -le bon sens populaire que l'hte reprsente -se rvolte, et le rcit est brusquement interrompu. -De sire Thopas cependant beaucoup des romans -qui couraient les chemins et que les chanteurs rptaient -de place en place, la distance est petite, et -la parodie qui nous amuse n'tait presque qu'une -imitation. Robert Thornton, dans la premire moiti -du quinzime sicle, copia sur des textes plus anciens -bon nombre de ces romans; les parcourir on -est frapp de l'excellence de la plaisanterie de Chaucer -et de la justesse de sa parodie. Ces pomes se droulent -tous d'une mme allure, allgres et pimpants, -sans grande pense ni grand sentiment; les strophes -dfilent cadences, claires, faciles et creuses; nulle -contrainte, aucun effort; on ouvre le livre, on le -quitte, sans souci, sans regret, sans s'ennuyer prcisment, -mais sans non plus s'mouvoir beaucoup. -Et si par hasard d'un roman on passe l'autre, il -semble que ce soit le mme. Prenez n'importe lequel, -<i>Sir Isumbras</i> par exemple; aprs une prire rcite -pour la forme, le rimeur vante la bravoure du -hros, puis une prcieuse vertu qu'il avait: son -amour pour les mnestrels et sa gnrosit leur -gard<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor"> [117]</a>. Isumbras n'a que des qualits uniques, sa -<span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span> -femme et ses fils aussi; il est le plus vaillant de tous -les chevaliers, sa femme la plus belle des femmes. -Cela n'empche pas sire Degrevant d'tre aussi le -plus vaillant, et sire glamour d'Artois pareillement. -Le mnestrel nous vielle des airs un peu diffrents, -mais sur le mme instrument, et le son maigre qui -en sort donne un caractre de famille toutes ses -chansons (Ap. 22).</p> - -<p>Mais le noble n'avait gure de distractions meilleures; -le thtre n'existait pas encore; de loin en -loin seulement, aux grandes ftes de l'anne, le chevalier -pouvait aller, avec la foule, voir sur les trteaux -Pilate et Jsus; le reste du temps il tait trop -heureux de recevoir chez lui des gens la vaste -mmoire qui savaient plus de vers et plus de musique -qu'on n'en pouvait entendre en un jour. Alors on -n'imaginait pas de rjouissances sans mnestrels; -il y avait quatre cent vingt-six musiciens ou chanteurs -au mariage de la princesse Marguerite, fille -d'douard I<sup>er</sup><a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor"> [118]</a>. douard III donna cent livres ceux -qui assistaient au mariage de sa fille Isabelle<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor"> [119]</a>; il en -faisait figurer aussi dans ses tournois<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor"> [120]</a>. On amenait -volontiers un vque en tourne pastorale des mnestrels -<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span> -pour le rjouir; c'taient alors parfois des -gens du lieu et de bien pauvres musiciens. L'vque -Swinfield dans une de ses tournes donne un penny -par tte deux mnestrels qui viennent jouer devant -lui; mais dans une autre circonstance il distribue -douze pence par tte<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor"> [121]</a>. On n'a plus que deux amusements - table, disait Langland dans sa grande satire: -couter les mnestrels, et quand ils se sont tus parler -religion et discuter les mystres<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor"> [122]</a>. Les repas que sire -Gauvain prend chez son hte, le Chevalier Vert, sont -assaisonns de chants et de musique; le deuxime -jour, le divertissement se prolonge aprs le souper: -on entendit pendant le souper et aprs, beaucoup -de nobles chants, tels que chants de Nol et chansons -nouvelles, au milieu de toute l'allgresse imaginable<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor"> [123]</a>. -Dans le conte de l'cuyer de Chaucer, le roi -Cambynskan donne une fte si belle que dans le -monde entier il n'y en eut aucune semblable, et -<span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span> -nous voyons ce prince, aprs le troisime service, -assis au milieu de ses nobles, coutant les mnestrels -jouer leurs choses dlicieuses, devant lui la table<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor"> [124]</a>. -Durant tous ces repas, il est vrai, le son de la vielle, -la voix des chanteurs, les choses dlicieuses des -mnestrels taient interrompus par le craquement -des os que les chiens rongeaient sous les tables ou -par le cri aigu de quelque faucon mal appris: car -beaucoup de seigneurs pendant leurs dners gardaient -sur une perche derrire eux ces oiseaux de -prdilection. Le matre, heureux de leur prsence, -tait indulgent leurs liberts.</p> - -<p>Les mnestrels de Cambynskan nous sont reprsents -comme attachs sa personne; ceux du roi -d'Angleterre avaient de mme des fonctions permanentes. -Le souverain ne s'en sparait gure, et mme -quand il allait l'tranger, il s'en faisait accompagner. -Henri V en engage dix-huit qui devront le -suivre en Guyenne et ailleurs<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor"> [125]</a>. Leur chef est appel -<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span> -<i>roi</i> ou <i>marchal</i> des mnestrels; le 2 mai 1387, -Richard II dlivre un passeport a Jean Caumz, (Camuz?), -rex ministrallorum nostrorum, qui part -pour un voyage outre mer<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor"> [126]</a>. Le 19 janvier 1464, -douard IV accorde une pension de dix marcs dilecto -nobis Waltero Haliday, marescallo ministrallorum -nostrorum<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor"> [127]</a>. Le rle de Thomas de Brantingham, -trsorier d'douard III, porte de frquentes -mentions de mnestrels royaux qui on paye une -pension fixe de sept pence et demi par jour<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor"> [128]</a>.</p> - -<p>Les nobles les plus riches imitaient naturellement -le roi et avaient leurs troupes eux, troupes qui allaient -jouer au dehors lorsque l'occasion se prsentait. -Les comptes du collge de Winchester, sous -douard IV, montrent que ce collge eut reconnatre -les services de mnestrels appartenant au roi, -au comte d'Arundell, lord de la Ware, au duc de -Gloucester, au duc de Northumberland, l'vque -de Winchester; ces derniers reviennent souvent. -Dans les mmes comptes, au temps de Henri IV, on -trouve mention des frais occasionns par la visite -de la comtesse de Westmoreland, accompagne de -sa suite; ses mnestrels en font partie et on leur -donne une somme d'argent<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor"> [129]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span> -Leurs services plaisaient fort et ils taient bien -pays; car leurs pomes remanis, estropis, mconnaissables, -choquaient bien les gens de got, mais -non pas la masse des batailleurs enrichis qui pouvaient -payer le mnestrel de passage et lui accorder -de profitables faveurs. Les chanteurs nomades ne se -prsentaient gure un chteau sans qu'on leur donnt -des manteaux, des robes fourres, de bons repas -et de l'argent. Langland revient souvent sur ces largesses, -ce qui prouve qu'elles taient considrables, -et il regrette qu'on ne distribue pas tout cet or aux -pauvres qui vont, comme ces errants, de porte en -porte et sont les mnestrels de Dieu<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor"> [130]</a>. Mais on -n'coutait pas ses bons conseils; aussi longtemps -qu'il y eut dans les chteaux le <i>hall</i> ancien, la -grand'salle o se prenaient en commun tous les repas, -les mnestrels y furent admis. En construisant -ces salles, l'architecte tenait compte de la ncessit -de leur prsence, et il mnageait au-dessus de la -porte d'entre, en face du <i>dais</i>, c'est--dire de l'endroit -o tait place la table des matres, une galerie -dans laquelle les musiciens s'tablissaient pour -jouer de leurs instruments<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor"> [131]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span> -L'instrument classique du mnestrel tait la vielle, -sorte de violon avec archet, assez semblable au ntre, -et dont on trouvera un bon dessin dans l'album -de Villard de Honecourt<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor"> [132]</a>. Il tait dlicat manier et -demandait beaucoup d'art: aussi, mesure que la -profession alla s'abaissant, le bon joueur de vielle -devint-il plus rare; le vulgaire tambourin, dont le -premier venu pouvait apprendre en peu de temps -se servir, remplaait la vielle, et les vrais artistes -se plaignaient de la musique et du got du jour. -C'est un tambourin que portait au cou le jongleur -d'Ely quand il eut avec le roi d'Angleterre un dialogue -si peu satisfaisant pour celui-ci:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Si vint de s Loundres; en un pre</p> -<p>Encontra le roy e sa meisne;</p> -<p>Entour son col porta soun tabour,</p> -<p>Depeynt de or e riche azour<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor"> [133]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Les mnestrels jouaient encore d'autres instruments, -de la harpe, du luth, de la guitare, de la cornemuse, -de la rote, sorte de petite harpe, l'ancien -instrument des peuples celtiques, etc.<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor"> [134]</a>.</p> - -<p>Les cadeaux, la faveur des grands rendaient fort -<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span> -enviable le sort des mnestrels; aussi se multipliaient-ils - l'envi et la concurrence tait-elle grande. -Au quinzime sicle, les mnestrels du roi, gens -instruits et habiles, protestent auprs du matre -contre l'audace croissante des faux mnestrels, qui -les privent du plus clair de leurs revenus. Des -paysans sans culture, dit le roi, qui adopte la -querelle des siens, et des ouvriers de divers mtiers -dans notre royaume d'Angleterre, se sont fait -passer pour mnestrels; certains se sont mis -porter notre livre, et nous ne la leur avions pas -accorde, et ils se sont donns pour nos propres -mnestrels. Grce ces pratiques coupables, ils -ont extorqu beaucoup d'argent aux sujets de Sa Majest, -et quoiqu'ils n'aient aucune intelligence ni -exprience de l'art, ils vont de place en place, les -jours de fte, et recueillent tous les bnfices qui -devraient enrichir les vrais artistes, ceux qui se sont -donns tout entiers leur tat et qui n'exercent -aucun vil mtier<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor"> [135]</a>.</p> - -<p>Le roi, pour mettre ses serviteurs hors de pair, -les autorise reconstituer et consolider l'ancienne -guild des mnestrels, et personne ne pourra plus -dsormais exercer cette profession, quel que soit -son talent, s'il n'a t admis dans la guild<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor"> [136]</a>. Enfin -<span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span> -un pouvoir inquisitorial est accord aux membres -de l'association, et ils auront le droit de faire mettre -tous les faux mnestrels l'amende<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor"> [137]</a>.</p> - -<p>On reconnat dans ce rglement ces dcisions radicales -par lesquelles l'autorit souveraine croyait, au -moyen ge, pouvoir arrter tous les courants contraires - ses propres tendances et dtruire tous les -abus. C'est de la mme faon, et sans plus de succs, -qu'on abaissait par dcret le prix du pain et de la -journe de travail.</p> - -<p>L'autorit avait du reste d'autres raisons de surveiller -les chanteurs et les musiciens ambulants; si -elle se montrait indulgente pour les bandes attaches - la personne des grands, elle craignait les -rondes des autres et se proccupait quelquefois des -doctrines qu'elles allaient semant sous prtexte de -chansons. Ces doctrines taient fort librales et -poussaient mme parfois la rvolte. On en vit -un exemple au commencement du quinzime sicle -lorsque, en pleine guerre contre les Gallois, les mnestrels -de cette race furent dnoncs au roi par les -communes, comme fomentateurs de troubles et -causes mme de la rbellion. videmment leurs -chants politiques encourageaient les insurgs la -rsistance, et le parlement, qui les confond avec les -<span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span> -vagabonds ordinaires, sait bien qu'en les faisant arrter -sur les routes, ce n'est pas de simples coupe-bourses -qu'il enverra en prison: Item, que null -westours et rymours, mynstrales ou vocabunds ne -soient sustenuz en Gales, pur faire kymorthas ou -quyllages sur le commune poeple, lesqueux par lour -divinationes, messonges et excitations sount concause -de la insurrection et rebellion q'or est en -Gales.</p> - -<p>Rponse: Le roy le voet<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor"> [138]</a>.</p> - -<p>Les grands mouvements populaires taient l'occasion -de chansons satiriques contre les seigneurs, -chansons que les mnestrels composaient et que la -foule savait bientt par cœur. Ce fut une chanson -vulgaire, qu'on avait sans doute bien souvent rpte -dans les villages, qui fournit John Ball le texte de -son grand discours de Blackheath, lors de la rvolte -de 1381: Quand Adam bchait et qu've filait, -qui donc tait gentilhomme? Ainsi encore, sous -Henri VI, lorsque les paysans du Kent s'insurgrent -et que les marins leurs allis prirent en mer et dcapitrent -le duc de Suffolk, on en fit une chanson -moqueuse, qui fut trs populaire et qui est venue -jusqu' nous. De mme qu'avant de le tuer on avait -donn au favori du roi la comdie d'un procs, de -mme, dans la chanson, on nous donne la comdie -de ses funrailles; nobles et prlats sont invits y -venir chanter leurs rpons, et dans ce prtendu office -<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span> -funbre, qui est un hymne de joie et de triomphe, -le chanteur appelle les bndictions clestes sur les -meurtriers. Les communes, la fin, sont reprsentes, -venant leur tour chanter, l'intention de -tous les tratres d'Angleterre, un <i>Requiescant in -pace</i> (Ap. 23).</p> - -<p>La renomme du rvolt populaire du douzime -sicle, l'<i>outlaw</i> Robin Hood, va naturellement croissant. -On chante ses vertus; on raconte comment -cet homme pieux, qui dans ses plus grands dangers -attendait la fin de la messe pour se mettre en sret, -dpouillait courageusement les grands seigneurs et -les hauts prlats, mais tait misricordieux aux pauvres<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor"> [139]</a>: -ce qui tait un avis indirect aux brigands -d'alors d'avoir discerner dans leurs rondes entre -l'ivraie et le bon grain.</p> - -<p>La sympathie des mnestrels pour les ides d'mancipation, -qui avaient fait au quatorzime sicle de si -grands progrs, ne s'affirmait pas seulement dans -les chansons; on retrouvait ces ides jusque dans les -romans remanis qu'ils rcitaient en prsence des -seigneurs, et qui sont pleins dsormais de dclarations -pompeuses sur l'galit des hommes. Mais -sur ce point l'auditeur ne prenait gure offense; -les potes d'un ordre plus lev, les favoris de la -<span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span> -haute socit, le roi lui-mme dans ses actes officiels -s'taient plu proclamer des vrits librales dont -on ne s'attendait gure voir exiger la mise en pratique, -et ils y avaient accoutum les esprits. C'est -ainsi que Chaucer clbre dans ses vers les plus -loquents la noblesse seule vraie ses yeux, celle -qui vient du cœur<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor"> [140]</a>. C'est ainsi encore que le roi -douard I<sup>er</sup>, en convoquant le premier vritable parlement -anglais, en 1295, dclare qu'il le fait inspir -par la maxime ancienne qui veut que ce qui touche -aux intrts de tout le monde soit approuv par tout -le monde<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor"> [141]</a>, et proclame un principe d'o sont sorties -depuis les rformes les plus radicales de la socit.</p> - -<p>On pouvait donc bien laisser les mnestrels rpter, -<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span> -aprs le roi lui-mme, des axiomes si connus -et qu'il y avait si peu de chance, croyait-on, de voir -appliquer. Seulement les ides, comme les graines -des arbres, en tombant sur le sol, ne s'y perdent -point, et le noble qui s'tait endormi au murmure -des vers psalmodis par le jongleur se rveillait un -jour au tumulte de la foule amasse devant Londres, -au refrain du prtre John Ball (1381); et alors il fallait -tirer l'pe et faire comprendre par un massacre -que le temps n'tait pas venu d'appliquer ces axiomes, -et qu'il n'y avait l que chansons.</p> - -<p>Les potes et chanteurs populaires eurent donc -une influence sur le mouvement social, moins par -les maximes semes dans leurs grands ouvrages que -<span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span> -par ces petites pices heurtes et violentes, que les -moindres d'entre eux composaient et chantaient pour -le peuple, dans les carrefours en temps de rvolte, -et dans les chaumires en temps ordinaire, en reconnaissance -de l'hospitalit.</p> - -<p>Cependant les mnestrels devaient disparatre. En -premier lieu, un ge allait commencer o, les livres -et l'art de les lire se rpandant jusque parmi la foule, -chacun y puiserait soi-mme et cesserait de se les -faire rciter; en second lieu, les thtres publics -allaient offrir un spectacle bien suprieur celui des -petites troupes de musiciens et de chanteurs ambulants, -et leur feraient une concurrence autrement -redoutable que celle des rudes agricol et artifices -diversorum misterorum, contre l'impertinence -desquels s'indignait douard IV. Enfin le mpris -public, qui grandissait, devait laisser les mnestrels -pulluler d'abord loin des regards de la haute -classe, puis se perdre dans les derniers rangs des -amuseurs publics, et y disparatre.</p> - -<p>En somme, le temps des Taillefer qui savaient se -faire tuer en chantant Charlemagne fut court; le lustre -qu'avaient donn leur profession ceux des jongleurs -ou trouvres du douzime et du treizime sicle -qui se contentaient de rciter des pomes s'effaa - mesure qu'ils s'associrent plus troitement avec -les bandes sans retenue des faiseurs de tours et des -ribauds de toute sorte. Ces bandes avaient toujours -exist, mais les chanteurs de romans ne s'y taient -pas toujours mls. De tout temps on avait trouv, -<span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span> -dans les chteaux et dans les carrefours, des bouffons -dont la grossiret merveillait et enchantait -les spectateurs. Les dtails prcis que les contemporains -sont unanimes donner sur leurs jeux montrent -que non seulement leurs facties ne seraient -plus tolres chez les riches d'aujourd'hui, mais -qu'il est mme peu de bourgades recules o des -paysans un jour de fte les accepteraient sans dgot. -Quelque rpugnante que soit cette pense, il -faut bien se dire que ces passe-temps taient usuels, -que les grands y trouvaient plaisir, que dans la -troupe des mimes et des faiseurs de tours qui couraient -partout o il fallait de la joie, il y en avait -qui excitaient le rire par les moyens ignobles que -dcrit Jean de Salisbury<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor"> [142]</a>. Deux cents ans plus tard, -deux clercs sacrilges, en haine de l'archevque -d'York, se livrent dans sa cathdrale aux mmes -bouffonneries monstrueuses, et la lettre piscopale -qui rapporte ces faits avec la prcision d'un procs-verbal -ajoute qu'ils ont t commis <i>more ribaldorum</i><a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor"> [143]</a>. -L'usage s'en tait perptu la faveur du -succs et tait demeur populaire. Langland, la -mme poque, montre qu'un de ses personnages -n'est pas un vrai mnestrel, non seulement parce -qu'il n'est pas musicien, mais aussi parce qu'il -<span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span> -n'est habile aucun de ces exercices d'une si bizarre -grossiret<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor"> [144]</a>.</p> - -<p>Enfin on peut voir encore par les reprsentations -de la danse d'Hrodiade qui se trouvent dans les vitraux -ou les manuscrits<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor"> [145]</a> du moyen ge, quelles -sortes de jeux, dans l'opinion des artistes, pouvaient -rcrer des gens table. C'est en dansant sur les -mains, et la tte en bas, que la jeune femme enlve -les suffrages d'Hrode. Or, comme l'ide d'une danse -pareille ne pouvait tre tire de la Bible, il faut bien -croire qu'elle provenait des usages du temps. A -Clermont-Ferrand, dans les vitraux de la cathdrale -(<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> sicle), Hrodiade danse sur des couteaux -qu'elle tient de chaque main, et elle a aussi la tte -en bas. A Vrone, elle est reprsente, sur la plus -ancienne des portes de bronze de Saint-Znon -(<span class="smallc">IX</span><sup>e</sup> sicle), se renversant en arrire et touchant ses -pieds de sa tte. Les assistants semblent remplis -de surprise et d'admiration; un d'eux porte la -main sa bouche, l'autre sa joue, par un geste -involontaire d'bahissement. Les comptes de l'chiquier -royal d'Angleterre mentionnent quelquefois -des sommes payes des danseurs de passage, qui -sans doute devaient faire aussi des prouesses surprenantes, -<span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span> -car les payements sont considrables. -Ainsi, la troisime anne de son rgne, Richard II -paye Jean Katerine, danseur de Venise, six livres -treize shillings et quatre pence pour avoir jou et -dans devant lui<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor"> [146]</a>.</p> - -<p>En Orient, o l'on a quelquefois dans ses voyages -la surprise de retrouver vivants des usages anciens -que nous ne pouvons tudier chez nous que -dans les livres, la mode des bouffons et des mimes -persiste et demeure mme la grande distraction de -quelques princes. Le feu bey de Tunis avait pour se -rcrer le soir des bouffons qui l'insultaient et -l'amusaient par le contraste de leurs insolences permises -et de sa puissance relle. Chez les musulmanes -riches de Tunis, dont aucune presque ne sait lire, la -monotonie des journes qui, durant leur vie entire, -se succdent l'ombre des mmes murailles, l'abri -des mmes barreaux, est interrompue par les rcits -de la bouffonne, dont l'unique rle est d'gayer le -harem par des propos de la plus trange obscnit. -Les Europens du quatorzime sicle taient capables -de goter des plaisirs tout pareils.</p> - -<p>Il n'tait donc gure surprenant qu' la suite des -moralistes l'esprit public condamnt du mme coup -mnestrels et histrions et les confondt avec ces vagabonds -coureurs de grands chemins qui paraissaient -si redoutables au parlement. A mesure qu'on -avance, leur rle s'avilit davantage. Au seizime -<span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span> -sicle, Philippe Stubbes voit en eux la personnification -de tous les vices, et il justifie en termes violents -son mpris pour ces ivrognes et ces parasites licencieux -qui errent par le pays, rimant et chantant -des posies impures, viles et obscnes, dans les tavernes, -les cabarets, les auberges et les lieux de runion -publique. Leur vie est pareille aux chansons -honteuses dont leur tte est pleine, et ils sont le -modle de toutes les abominations. Ils sont, de plus, -innombrables:</p> - -<p>Chaque ville, cit ou rgion est remplie de ces -mnestrels qui accompagnent de leurs airs la danse -du diable; tandis qu'il y a si peu de thologiens que -c'est peine si l'on en voit aucun.</p> - -<p>Cependant quelques-uns nous disent: mais, -monsieur, nous avons des licences des juges de paix, -pour jouer et exercer nos talents de mnestrels au -mieux de nos intrts.—Maudites soient ces licences -qui permettent un homme de gagner sa vie par la -destruction de milliers de ses semblables! Mais avez-vous -une licence de l'archi-juge de paix, le Christ -Jsus? Si vous l'avez, soyez heureux; si vous ne -l'avez pas, vous serez arrts par Jsus, le grand -juge, comme rdeurs misrables et vagabonds du -pays cleste, et punis d'une mort ternelle, malgr -vos prtendues licences reues en ce monde. (Ap. 24).</p> - -<p>On voit quel tat de dgradation tait tombe la -noble profession des anciens chanteurs et combien -peu la ncessit d'obtenir un brevet de l'autorit ou -d'entrer dans une guild, comme le voulait douard IV, -<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span> -arrtait leurs extravagances. Avec les inventions et -les mœurs nouvelles, leur raison d'tre disparaissait -et la partie vraiment haute de leur art s'effaait; les -anciens diseurs de pomes, aprs s'tre mls aux -bandes peu recommandables des amuseurs publics, -voyaient ces bandes leur survivre, et il ne restait -plus, sur les routes, que ces bouffons grossiers et -ces musiciens vulgaires que les gens rflchis traitaient -en rprouvs.</p> -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_140"> 140</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE II<br /> -<span class="small"><b>LES OUTLAWS ET LES OUVRIERS ERRANTS</b></span></h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Les forts d'Angleterre et leurs habitants.—Comment on tait mis -hors la loi.—Sort des hommes et sort des femmes.—Leur -existence vagabonde.</p> - -<p>Les paysans vagabonds.—Le besoin d'mancipation.—tat de la -classe ouvrire.—Le paysan qui se dtache illgalement de la glbe -devient tantt ouvrier nomade, tantt mendiant, tantt voleur de -grand chemin.</p> - -<p>Les peines: la prison, les ceps, le fer rouge.—Les mesures prventives: -les passeports l'intrieur.—Les tudiants mme obligs -d'en avoir.</p> - -<p>L'œuvre rvolutionnaire.—Les assembles secrtes.—Le rle des -errants.—La grande rvolte de 1381.—Diffrences avec la France.</p> -</div> -</div> - -<p>Les bouffons, les musiciens et leurs associs nous -ont arrts dans les carrefours et dans les cours des -chteaux. Avec les <i>outlaws</i>, les malheureux mis hors -la loi, il nous faut quitter la grand'route pour les -sentiers peine tracs et pntrer dans les bois. -L'Angleterre cette poque n'tait pas l'immense -prairie que sillonnent maintenant les chemins de -fer; il y restait encore beaucoup de ces forts dont -Csar parle dans ses <i>Commentaires</i> et o les anctres -des rois Plantagenets avaient si jalousement maintenu -leurs droits de chasse. La police n'y tait point -<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span> -exacte, comme aujourd'hui dans les bois qui restent; -elles offraient aux bandits et aux condamns en -fuite de vastes asiles. L'esprit populaire s'tait accoutum - mler dans un mme sentiment de sympathie -l'ide de la haute fort bruissante et l'ide de la libre -vie qu'y menaient les proscrits. C'est pourquoi, ct -de l'pope d'Arthur, on trouve celle des arbres et -des buissons, celle des vaillants qui habitent le taillis -et qu'on imagine avoir lutt pour les liberts publiques, -celle d'Hereward, de Foulke Fitz-Waurin, de -Robin Hood. Sitt poursuivi, sitt en route pour la -fort; il tait plus facile de s'y rendre, on y tait -moins loign des siens et tout aussi en sret que -sur le continent.</p> - -<p>Larrons, bandits, braconniers et chevaliers pouvaient -ainsi se rencontrer en camarades au fond des -bois. C'est la fort que songe l'cuyer proscrit, dans -la clbre ballade de la <i>Fille aux bruns cheveux</i>, le -chef-d'œuvre de la posie anglaise au quinzime -sicle, un duo d'amour musical, tout plein du charme -sauvage des grandes futaies, avec une cadence bien -accentue, des rimes frquentes qui chantent -l'oreille: on dirait la mlodie un peu grle mais pourtant -sonore d'un vieil air touchant et aim. Sur le -point d'tre pris, le pauvre cuyer doit choisir entre -une mort honteuse et la retraite dans la fort verdoyante. -Sa fiance, qui n'est rien moins qu'une -fille de baron, veut le suivre, et alors, chaque couplet, -pour l'prouver, son amant lui reprsente les -terreurs et les dangers de cette vie de fugitifs: elle -<span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span> -pourra le voir pris et mourant de la mort des voleurs: -car, pour l'outlaw, telle est la loi, on le -saisit, on le lie et sans merci on le pend, et son -corps se balance au vent. Avec cela une peinture, -saisissante de l'existence sous bois, des ronces, de la -neige, de la gele, de la pluie; pas de nourriture dlicate, -pas de lit moelleux, les feuilles pour unique -toit.</p> - -<p>Bien plus, et l'preuve devient plus dure, il faudra -que la jeune fille coupe ses beaux cheveux; la vie en -fort ne permet pas de garder cet ornement. Enfin, -et c'est l le comble: j'ai dj dans la fort une -autre amie que je prfre et qui est plus belle. Mais, -aussi rsigne que Griselidis, la fiance rpond: j'irai -quand mme la fort, je serai bonne pour votre -amie, je lui obirai, car dans l'humanit entire -rien ne m'est cher que vous. Alors la joie de l'amant -peut clater: je ne suis pas banni, je ne m'enfuirai -pas dans les bois; je ne suis pas un cuyer obscur, je -suis le fils du comte de Westmoreland, et pour nous -l'heure des ftes nuptiales est venue<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor"> [147]</a>.</p> - -<p>Tous les fugitifs que la fort recevait dans ses -profondeurs n'taient point d'amoureux chevaliers -suivis de femmes patientes comme Griselidis et courageuses -comme Bradamante. C'taient, la plupart -du temps, pour passer de la posie la ralit, des -rdeurs redoutables, ceux mmes contre lesquels -douard I<sup>er</sup> et douard III avaient rendu la rigoureuse -<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span> -loi des suspects<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor"> [148]</a> mentionne plus haut. Cette caste -se composait d'abord des bandes organises de brigands -que le statut appelle Ravageurs, Gens-de-Robert, -Traille-bton, etc. (<i>Wastours</i>, <i>Roberdesmen -Drawlatches</i>), puis des voleurs d'occasion, des filous -et malfaiteurs de toute sorte et des outlaws divers -qui taient frapps par la loi de cette vritable mort -civile laquelle fait allusion le fianc de la <i>Fille aux -cheveux bruns</i>. La sentence d'outlawry, de mise hors -la loi, tait, la plupart du temps, le point de dpart -d'une vie errante qui devenait forcment une vie de -brigandage. Pour tre dclar outlaw, il fallait avoir -commis un crime ou un dlit; une demande en justice -de l'adversaire, d'un caractre purement civil, -ne suffisait pas<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor"> [149]</a>; mais pour se trouver dans le cas de -mriter la potence, il n'tait pas ncessaire d'tre -coupable d'une faute norme; de l le grand nombre -des outlaws. Dans un procs criminel du temps -d'douard I<sup>er</sup><a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor"> [150]</a>, le juge sur son sige explique que la -loi est celle-ci: si le voleur a pris un objet qui vaut -plus de douze pence ou s'il a t condamn plusieurs -fois pour de petits vols et que le total vaille douze -pence et au del, il doit tre pendu: Lex vult quod -pendeatur per collum. Encore, ainsi que l'observe -<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span> -le juge, propos d'une femme qui avait vol pour -huit pence, la loi est plus douce que sous Henri III, -puisqu'alors il suffisait d'un vol de quatre pence -pour tre pendu<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor"> [151]</a>.</p> - -<p>L'homme devenait outlaw, et la femme <i>weyve</i>, -c'est--dire abandonne la merci de tous, et ne -pouvant pas rclamer la protection des lois. Aussi -l'auteur du <i>Fleta</i> exprime-t-il avec une force terrible -l'tat des gens ainsi chtis: ils ont des ttes de loup -que l'on peut couper impunment: Est enim weyvium -quod nullus advocat, et utlagari quipollet -quoad pœnam. Utlagatus et Weyviata capita gerunt -lupina, qu ab omnibus impune poterunt amputari; -merito enim sine lege perire debent qui secundum -legem vivere recusant<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor"> [152]</a>. L'outlaw perdait tous ses -biens et tous ses droits; tous les contrats dans lesquels -il tait partie tombaient; il n'tait plus oblig -vis--vis de personne, et personne n'tait oblig vis--vis -de lui. Ses biens taient forfaits: catalla -quidem utlagata erunt domini regis; s'il avait des -terres, le roi en gardait l'usufruit pendant un an et -un jour, au bout desquels il les rendait au <i>capitalis -dominus</i><a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor"> [153]</a>. Et mme il y avait ce sujet des maximes -lgales trs dures: un homme accus de meurtre -et acquitt subissait cependant la confiscation, s'il -avait fui d'abord, craignant le jugement. C'est encore -le magistrat qui parle: Si home seit aquit -<span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span> -de mort de home et del assent et de eyde, sus ceo -les justices demaunderont de la jure si le prison ala -defuant; si eus dient qe noun, aille quites, si oyl, le -roy avera ses chateuz<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor"> [154]</a>. On conoit que la svrit -draconienne de tels rglements n'tait pas faite pour -diminuer l'audace de ceux qu'ils atteignaient, et que -la rigueur excessive de ces peines devait transformer -souvent le fugitif d'un jour, qui avait dout de la -clairvoyance du juge, en brigand de profession et en -voleur de grand chemin.</p> - -<p>A ct des gens de cette espce, il y avait tous les -vagabonds qui, sans mriter une sentence d'outlawry, -avaient fui le village ou la ferme auxquels ils taient -attachs. Le vilain qui abandonnait, sans licence spciale, -le domaine du matre ne rentrait dans la vie -commune qu'aprs s'tre mis sa merci ou, ce qui -tait moins dur, aprs avoir pass un an et un jour -dans une ville franche, sans la quitter et sans que le -lord et song interrompre la prescription. Il devenait, -dans ce dernier cas, homme libre, et les liens -qui l'attachaient au sol taient rompus. Mais s'il -s'tait born errer de place en place, il pouvait -toujours tre repris le jour o il reparatrait son -<span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span> -foyer. On en voit un exemple dans un curieux procs -du temps d'douard I<sup>er</sup>, dont le relev nous est -parvenu: <i>A.</i> prsente un bref (writ) d'emprisonnement -contre <i>B.</i>—Heiham, avocat de <i>B.</i>, dit: Nous -n'avons pas nous dfendre, <i>A.</i> est notre vilain, son -bref ne peut avoir effet contre nous. On vrifie et on -trouve que <i>A.</i> est le fils d'un vilain de <i>B.</i>, qu'il s'est -enfui et plusieurs annes aprs est revenu son foyer, -en son ny, o il a t repris comme vilain. Le -juge dclare que cette reprise est lgale, et qu'un -vilain peut errer pendant six, sept ans ou plus; -si au bout de ce temps on le retrouve en son ny -demeyne e en son astre (foyer), on peut s'en emparer -comme de sa chose; le fait du retour le met en -l'tat o il tait avant le dpart. En entendant cette -dcision, l'avocat enchant cite avec -propos l'criture -sainte: Cecidit in foveam quam fecit<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor"> [155]</a>!</p> - -<p>Les paysans en fuite donnaient la caste errante ses -recrues les plus nombreuses. En Angleterre, une foule -de causes, parmi lesquelles se trouve en premire -ligne la grande peste de 1349<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor"> [156]</a>, avaient boulevers, -<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span> -au quatorzime sicle, les rapports des classes ouvrires -avec les classes riches et la proportion entre la -valeur des salaires et celle des objets ncessaires la -vie. En face d'un besoin d'mancipation qui se faisait -jour de toute part, le parlement, la chambre des communes -aussi bien que le roi, rendaient de durs arrts -qui prescrivaient le maintien du <i>statu quo ante pestem</i>. -De l, chez les paysans, un immense dsir de -changer de place et de voir ailleurs: chez eux, les gages -d'avant la peste taient drisoires; mais dans tel autre -comt, se disaient-ils, on paye mieux; du reste pourquoi -ne pas se mler la classe des ouvriers libres? -elle tait nombreuse et malgr les statuts augmentait -sans cesse. Tous ne russissaient pas dissimuler -leur pass, et quand le danger devenait grand -d'tre mys en cepes et renvoys leurs matres, -ils s'enfuyaient de nouveau, changeaient de comt, -et devenaient nomades. D'autres, mcontents, avec -ou sans cause, ne quittaient leur hameau que -pour devenir immdiatement des vagabonds sans feu -ni lieu et de la plus dangereuse espce. Aussi le -palais Westminster, la salle du chapitre de l'abbaye -o sigeaient les communes retentissent-ils de plaintes -toujours renouveles contre l'indiscipline croissante. -Les communes, qui reprsentent dans les campagnes, -en gnral, les propritaires du sol, et dans -les villes une bourgeoisie aux tendances passablement -aristocratiques, s'lvent avec force contre les -gots d'mancipation d'une classe d'ouvriers dont -elles ne sont nullement solidaires. Elles veulent le -<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span> -rtablissement de toutes les lois, de tous les usages -anciens et la rpression nergique des dsordres -nouveaux. Mais le courant tait trop fort et il renversait -les lois; on les voit renouveles sans cesse, -inutilement.</p> - -<p>En 1350, tout de suite aprs la peste, un premier -rglement est dirig contre la malice des servantz<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor"> [157]</a> -qui avaient dj une grande indpendance et la voulaient -plus grande encore. Il leur fallait d'autres -salaires qu'autrefois et aussi d'autres termes d'engagements, -ils ne voulaient plus travailler sanz trop -outraiouses louers prendre. Jadis ils se louaient -pour un an; maintenant ils dsirent rester matres -d'eux-mmes et se louer la journe: dfense leur -est faite par le statut de travailler dans ces conditions. -Quatre ans aprs, nouvelles plaintes<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor"> [158]</a>; le bl est -bas prix et les travailleurs refusent d'en recevoir en -guise de payement; ils persistent aussi vouloir se -louer la journe: toutes ces pratiques sont condamnes -de nouveau. La querelle continue et s'envenime. -La trente-quatrime anne de son rgne, -douard III menace les coupables de les faire marquer -<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span> -au front d'un F en signe de fauxine<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor"> [159]</a>. En -1372, le parlement constate que les laborers et -servantz sey fuent d'un counte en autre, dount les -uns vont as grantz villes et devignent artificers, les -uns en estrange pays pur laborer, par cause des -excessives lowers, nient demurantz en certein en nul -lieu, par qi execution de l'estatut ne puist estre fait -vers eux. Les communes du Bon Parlement de 1376 -obtiennent la ratification de tous les rglements antrieurs<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor"> [160]</a>. -On renouvelle les dfenses chacun de se -transporter hors de son pays propre. Le paysan -doit y rester et servir quiconque a besoin de lui, -non pas seulement s'il est serf ou neif, mais -encore s'il appartient la classe des laborers et -artificers et altres servantz.</p> - -<p>Mais les changements conomiques survenus -avaient rendu possible ce qui ne l'tait pas autrefois; -on avait besoin de travailleurs, et les propritaires -n'taient pas rares qui donnaient de l'occupation -aux ouvriers malgr les lois, mme la journe et - d'autres salaires que ceux du tarif. Les ptitions -parlementaires le constatent: Ils sont si chrement -receues en estranges lieux en service sodeynement -que celle receptement donne essample et confort as -touz servantz, <i>si tost come ils sont de riens desplu</i>, de -coure en estranges lieux de mestre en mestre, come -dit est devant. Et cela ne se produirait pas, observaient -justement les communes, si, ds qu'ils offrent -<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span> -leurs services de la sorte, ils taient prys et mys -en cepes. C'tait vrai; mais les propritaires qui -manquaient de bras et dont la rcolte attendait sur -pied, taient trop heureux de rencontrer des servauntz -et laborers, quels qu'ils fussent, et au lieu -de les faire mener al prochein gaole, ils les -payaient et leur donnaient du travail. Les ouvriers ne -l'ignoraient pas, et leurs matres traditionnels taient -forcs de tenir compte des circonstances et de se -montrer moins svres. Car, pour une exigence trop -dure ou une rprimande trop forte, au lieu de se -soumettre, comme autrefois, ou mme de protester, -l'ouvrier ne disait rien, mais s'en allait: Si tost -come lour mestres les chalengent de mal service ou -les voillent paier pur lour dite service solone la -forme des ditz estatutz, ils fuont et descurront sodeynement -hors de lours services et hors de lours pays -propre de counte en counte, de hundred en hundred, -de ville en ville, en estranges lieux desconuz - lour dites mestres<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor"> [161]</a>.</p> - -<p>Ce qui est bien pire et devait arriver forcment, -c'est que beaucoup d'entre eux, ne pouvant ou ne -voulant pas travailler, se faisaient mendiants ou -voleurs de profession. Ces laborers corores devenont -mendinantz beggeres, pur mesner ocious vie, -et soi trient hors de lours pays, communment as -cites, burghwes, et as autres bones villes pur -begger; et lesquels sont fort de corps et bien purroient -<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span> -eser la commune si ils voudroient servir. Voil -pour les mendiants<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor"> [162]</a>; voici maintenant pour les -voleurs: Et la greyndre partie des ditz servantz -corores devenent communement fortes larounes et -encrecent de eux roberies et felonies de jour en -altre par touz partz. Il faut prendre des mesures -nergiques: que dfense soit faite de donner l'aumne - des gens de cette espce et que lours corps -soient mys en cepes ou mesnez al prochein gaole, -pour tre renvoys ensuite dans leur pays. douard III, -en 1349<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor"> [163]</a>, avait dj condamn la prison les personnes -qui, sous prtexte de charit, viendraient -en aide aux mendiants; ces vagabonds erraient par -le pays, s'adonnant la paresse et au vice et quelquefois -commettant des vols et autres abominations. -Mmes plaintes au temps de Richard II; -peine est-il sur le trne, qu'elles se rptent d'anne en -anne; on en trouve en 1377, en 1378, en 1379<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor"> [164]</a>.</p> - -<p>Les rglements ont beau se multiplier, le roi est -oblig de reconnatre, dans son ordonnance de -1385, que les faitours et vagerantz courent le -pays pluis habundantement qe ne soloient avant -<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span> -ces heures<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor"> [165]</a>. En 1388, il renouvelle toutes les prescriptions -de ses prdcesseurs et rappelle aux maires, -baillis, snchaux et constables, leurs devoirs, celui -notamment de rparer leurs ceps et d'en tenir qui -soient toujours prts, pour y mettre les individus -appartenant la classe errante<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor"> [166]</a>.</p> - -<p>Ce n'taient pas l de vaines menaces et il ne -s'agissait pas de peines mdiocres. Les prisons d'alors -ne ressemblaient gure ces difices clairs et bien -lavs qu'on voit aujourd'hui dans plusieurs villes -d'Angleterre, York, par exemple, o la moyenne -des condamns trouve certainement plus de propret -et de confort qu'ils n'en pouvaient avoir chez -eux. C'taient souvent de ftides cachots, o l'humidit -des murailles et l'immobilit o vous obligeaient -les ceps corrompaient le sang et engendraient de -hideuses maladies. Ces instruments de torture, qui, -d'aprs les lois de Richard II, devaient tre toujours -tenus en bon tat et prts servir, consistaient en -deux poutres superposes. De distance en distance, -des trous ronds taient percs leur point de jonction; -on soulevait la poutre suprieure et on faisait -passer dans les trous les jambes des prisonniers; quelquefois, -il y avait une troisime poutre, dans les -ouvertures de laquelle les mains des malheureux -taient en outre engages; leur corps reposait tantt -sur un escabeau, tantt sur le sol. Dans certaines -prisons, les ceps taient assez levs; on y introduisait -<span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span> -seulement les jambes du patient et il demeurait -ainsi, le corps tendu terre, dans l'humidit, -la tte plus bas que les pieds; mais ce raffinement -n'tait pas habituel<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor"> [167]</a>.</p> - -<p>Maint ouvrier errant accoutum une vie active, -au grand air, venait ainsi, grce aux ordonnances -incessantes du roi et du parlement, se repentir dans -les tnbres de son audace et regretter, pendant des -jours et des nuits tout pareils, sa libert, sa famille, -son ny. L'effet d'un semblable traitement sur la -constitution physique des victimes se devine; les -procs-verbaux de justice le montrent d'ailleurs fort -clairement; on lit, par exemple, ce qui suit dans les -rles <i>Coram rege</i> du temps de Henri III:</p> - -<p>Assises de Ludinglond.</p> - -<p>Le jury expose que Guillaume le Sauvage prit -deux trangers et une femme et les emprisonna -Thorelstan, et les retint en prison jusqu' ce que -l'un d'eux y mourt, et que l'autre perdt un pied, -et que la femme perdt les deux pieds, <i>parce qu'ils -avaient pourri</i>. Guillaume amena ultrieurement ces -gens devant la cour de notre seigneur le roi Ludinglond -pour les faire juger par ladite cour. Et -quand la cour les vit, elle se refusa les juger parce -<span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span> -qu'ils n'avaient t arrts pour aucun vol ou dlit -pour lesquels ils pussent subir un jugement. C'est -pourquoi on leur permit de se retirer en libert<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor"> [168]</a>.</p> - -<p>Comment, dans un tel tat, les pauvres gens se -retirrent et ce qu'ils devinrent, le procs-verbal -des assises ne le dit pas. Ce qui est certain, c'est -qu'aucune sorte d'indemnit ne leur fut donne pour -les aider se tirer d'affaire dans leur horrible situation. -La justice de nos pres n'tait pas minutieuse.</p> - -<p>Mais la menace de prisons si malsaines et de ceps -si terribles ne retenait et n'arrtait pas les travailleurs -las d'tre attachs au sol. Pour quitter leur -pays, tous les prtextes leur taient bons; ils -osaient mme employer celui de voyages de dvotion. -Ils partaient, le bton la main, par colour d'aler -loyns en pillerinage, et ne revenaient plus. Mais un -nouveau frein va tre employ pour dompter cette -humeur turbulente, c'est l'obligation de se munir de -vritables lettres de route ou passeports pour passer -d'un comt l'autre. Nul ne pourra quitter son village -s'il ne porte lettre patente contenant la cause -de son aler e le temps de son retournir s'il doit retournir. -En d'autres termes, mme quand on avait -le droit de s'tablir dfinitivement ailleurs, il fallait -un permis de circulation pour s'en aller. Ces lettres -seront scelles par un prodhomme dsign, dans -chaque cit, hundred, bourg, etc., par les juges de -paix, et des sceaux particuliers seront fabriqus -<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span> -exprs portant, dit l'ordonnance, au milieu, les armes -du roi, autour le nom du comt et en travers celui -du hundred, cit ou bourg. On prvoit mme le cas -o des lettres fausses seraient fabriques, ce qui -montre quelle ardente envie de quitter son pays on -sentait chez les gens de cette classe. Tout individu -surpris sans papiers en rgle est mis provisoirement -en prison.</p> - -<p>Les mendiants seront traits comme les servants -qui n'auraient pas de lettre testimoigniale<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor"> [169]</a>. Ce - quoi on tient, c'est retenir en place le plus de -monde possible et empcher par l les prgrinations -inquitantes de tous ces rdeurs. Quant aux -mendiants incapables de travailler, ils devront, eux -aussi, cesser de frquenter les grands chemins: ils -finiront leur vie dans la cit o on les trouvera au -moment de la proclamation ou, tout au plus, dans -quelque ville voisine ou dans celle o ils sont ns; ils -y seront conduits dans les quarante jours et y resteront -continuelement pur lour vies.</p> - -<p>Ce qui est plus trange et qui, dfaut d'autres -preuves, montrerait quelle classe appartenaient -alors les tudiants, c'est qu'ils sont compris dans la -mme catgorie: ils avaient coutume, en rentrant -dans leur pays ou en faisant des plerinages ou en -allant l'universit, de tendre la main aux passants -et de frapper aux portes. Ils seront assimils aux -mendiants et mis aux fers s'ils n'ont pas la lettre -<span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span> -rglementaire; seulement cette pice leur sera remise -par le chancelier, c'est la seule diffrence: Et qe -les clers des universites qi vont ensy mendinantz -eient lettres de tesmoigne de lour chancelier sur -mesme la peyne<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor"> [170]</a>.</p> - -<p>Enfin, l'anne suivante (1389), un nouveau statut -rprouve la coutume des artificers, laborers, servantz, -etc., qui entretiennent pour leur usage des -lvriers et autres chiens, et, es jours de festes, qant -bones cristiens sont as esglises oiantz divine service<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor"> [171]</a>, -pntrent dans les parcs et garennes des -seigneurs et dtruisent tout le gibier. Bien plus, ils -profitent de ces occasions o ils se trouvent runis -en armes, sans crainte d'tre inquits, pour tenir -lour assembles, entreparlances et conspiracies -pur lever et dsobeier a lour ligeance. Certainement -les fourrs pais des forts seigneuriales avaient -d plus d'une fois abriter, l'heure des offices, -des runions de cette espce avant la grande rvolte -de 1381, et dans ce milieu naquirent sans doute -quelques-unes de ces ides remuantes et actives qui -furent transportes de pays en pays par les nomades -et firent reconnatre au peuple de comts diffrents -les liens de solidarit qui les unissaient entre eux.</p> - -<p>C'est dans une rvolte pareille que le rle de la -classe errante est considrable, et il y a tout intrt -pour l'historien ne pas le ngliger. Il est impossible, -si on ne tient pas compte de cet lment, d'expliquer -<span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span> -l'importance et l'tendue d'un mouvement qui faillit -avoir des suites pareilles celles de la Rvolution -franaise. J'avais perdu mon hritage et le -royaume d'Angleterre<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor"> [172]</a>, disait Richard II le soir du -jour o sa prsence d'esprit le sauva, et il avait -raison. Pourquoi, en France, la Jacquerie fut-elle -une vulgaire et impuissante meute, compare la -rvolte anglaise? Les causes en sont multiples, mais -la principale est l'absence d'une classe de nomades -aussi nombreuse et forte que celle d'Angleterre. -Cette classe servit unir tout le peuple; elle dit -ceux du nord ce que pensaient ceux du midi, ce -que souffraient et dsiraient les uns et les autres: -les souffrances et les dsirs n'taient pas identiques, -mais il suffisait de savoir que tous avaient des rformes - demander. Aussi, quand on apprit que la -rvolte avait commenc, on se souleva de toute part, -et il fut clair alors que chacun dsirait un bien diffrent -et que les troupes associes poursuivaient des -buts divers; seulement, le fond de la querelle tant -le mme et tous voulant plus d'indpendance, ils marchaient -de concert, sans se connatre autrement que -par l'intermdiaire des errants. Les rois d'Angleterre -s'taient bien aperus du danger, et diverses reprises -ils avaient promulgu des statuts visant spcialement -les discours tenus par les nomades, dans leurs -voyages, sur le compte des nobles, des prlats, des juges, -de tous les dpositaires d'une force publique quelconque. -<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span> -douard I<sup>er</sup> avait dit dans une de ses lois:</p> - -<p>Pur ceo qe plusours ount sovent trov en count -controveures, dont discorde ou manere de discord -ad est sovent entre le roi et son people, ou ascuns -hautes hommes de son roialme; est dfendu, pur le -damage qe ad est, et unqore en purreit avenir, que -desore en avant nul ne soit si hardy de dire ne de -counter nul faux novel, ou controveure, dount nul -descorde ou manere de discord, ou d'esclandre, -puisse surdre entre le roi et son poeple, ou les hautes -hommes de son roialme; et qi le fra, soit pris et dtenuz -en prisone jesqes taunt q'il eit trov en court -celuy dount le poeple serra mov.</p> - -<p>Le danger de discours pareils qui touchent aux -actes et mme aux penses des grands du royaume -devient menaant de nouveau sous Richard II, et, -dans les premires annes de son rgne, le statut -suivant est promulgu:</p> - -<p>Item de controvours de faux novels et countours -des horribles et fauxes mensonges des prlates, ducs, -countes, barons et autres nobles et grantz de roialme -et auxint del chanceller, trsorer, clerk del priv -seal, sneschal del hostel nostre seignur le roi, justices -del un bank et de l'autre et d'autres grantz officers -du roialme des choses qe par les ditz prlatz, -seignurs et officers ne furent unqes parlez, touchez -<i>ou pensez</i>..... par ont dbatz et descordes purroient -sourdre parentre les ditz seignurs ou parentre les seignurs -et communes, qe Dieu ne veulle, et dont grant -pril et meschief purroit avenir tout le roialme et -<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span> -lgrement subversion et destruction del roialme -avant dit, si due remdie n'y fuisse mys, est dfenduz -estroitement et sur grief peine pur eschuer les damages -et prils avant ditz qe desore nul soit si hardi -de controver, dire ou counter ascune fauxe novelle, -mesonge ou autre tiel fauxe chose des prlats, seignurs -et les autres desusditz dont descord ou esclaundre -aucune puisse sourdre deinz mesme le -roialme et qi le fra eit et encourge la paine autre foitz -ent ordenez par estatut de Westm' primer<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor"> [173]</a>. Mais ce -statut est rendu en vain; deux ans plus tard clate -la rvolte des paysans.</p> - -<p>En France, pendant et aprs les guerres, la route -appartient uniquement des brigands pillards qui -taient ns ouvriers ou chevaliers. Des soldats, qui -reprsentent la lie de la plus haute et de la plus basse -classe, s'acharnent au dpouillement du reste de la -socit; le chemin retentit du bruit des armures et -le paysan se cache; les troupes quipes pour la dfense -du sol attaquent sans scrupule tout ce qui est -moins fort qu'elles et bon piller; quand on est de -ce monde, on se tourne franais, comme dit -Froissart, et on se tourne anglais selon l'intrt du -moment. Les errants que la loi anglaise menace des -ceps sont d'une autre sorte et, quel que soit le -nombre des brigands parmi eux, ils n'y sont pas en -majorit; le reste des paysans sympathise avec eux, -au lieu de les redouter. Aussi la rvolte anglaise ne -<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span> -fut-elle pas une entreprise dsespre; elle fut conduite -avec un sang-froid et un bon sens extraordinaires. -Les insurgs montrent un sentiment calme -de leur force, qui nous saisit et qui saisissait bien -plus encore les chevaliers demeurs dans Londres; -ce sont des gens qui marchent les yeux ouverts et -qui, s'ils dtruisent beaucoup, voudraient aussi -rformer. Avec eux on peut s'entendre et traiter; -on violera le trait sans doute, et la rvolte finira -par les supplices: mais, quoi qu'en disent les communes -et les lords runis Westminster, les nouveaux -fers n'auront pas la tnacit des anciens, et un grand -pas vers une mancipation relle aura t fait. En -France, la bte de somme, mal nourrie, mal traite, -ronge du harnais, s'en va branlant la tte, l'œil -terne et le pas tranant; ses ruades furieuses feront -ajouter au fardeau qui l'crase des poids nouveaux, -et ce sera tout; des sicles passeront avant qu'elle -obtienne autre chose.</p> -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_162"> 162</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE III<br /> -<span class="small">LES PRCHEURS NOMADES ET LES FRRES MENDIANTS</span></h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Les prcheurs politiques.—Dans quelle classe ils se recrutent.—Quelles -thories ils vulgarisent.—Les simples prtres de Wyclif.—Rle -des prcheurs.—Ton de leurs harangues.</p> - -<p>Les prcheurs religieux; Rolle de Hampole.</p> - -<p>Les frres.—Ce qu'ils taient au quatorzime sicle; ce qu'ils -avaient t d'abord.—Saintet de leur mission initiale.—Leur -popularit en Angleterre.—Cette popularit trop grande est la -cause de leur dcadence.—Richesse exagre.—Superstitions.—Ils -deviennent un objet banal de satire.</p> -</div> -</div> - -<p>Si le <i>sentiment</i> de besoins et de dsirs communs -se rpandait surtout grce cette foule d'ouvriers -que nous trouvons en Angleterre sans cesse errants -malgr les statuts, tout ce qui tait <i>ide</i> tait vulgaris -par une autre sorte de nomades, les prcheurs. -Gens du peuple eux aussi, ils avaient tudi; il -n'tait pas ncessaire, ainsi que nous l'avons vu, -d'tre riche pour suivre les cours Oxford; les vilains -mme y envoyaient leurs enfants, et les communes, -peu librales d'esprit, comme on sait, protestaient -contre cette mancipation d'un autre genre, -cet <i>avancement par clergie</i>; mais elles protestaient -<span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span> -en vain, et le roi rpondait leur requte -qu'il s'adviseroit (1391). C'tait, et c'est encore -aujourd'hui, la formule du refus royal<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor"> [174]</a>. Quel tait -l'tat du peuple, ces clercs le savaient; ils connaissaient -les misres du pauvre, c'taient celles de leur -pre, de leur mre, d'eux-mmes, et l'tude leur -permettait de transformer en ides prcises les aspirations -vagues des travailleurs de la terre. Les premires -ne sont pas moins ncessaires que les secondes - tout mouvement social important; si toutes -deux sont indispensables la formation de l'outil, -ce sont les ides qui en reprsenteraient la lame.</p> - -<p>Les prcheurs nomades savaient l'affiler et ils -taient nombreux. Ceux que Wyclif envoya vulgariser -ses doctrines, ses simples prtres, firent -uniquement ce que d'autres faisaient avant eux; ils -imitrent leurs devanciers et ne se bornrent pas -plus exposer les thories peu dmocratiques de -leur matre que les frres mendiants, amis de la rvolution, -ne s'en tenaient aux prceptes de l'vangile. -Leurs sympathies taient avec le peuple et ils le -montrrent dans leurs discours. Wyclif contribua -augmenter le corps de ces nomades; les siens ne se -distinguaient pas beaucoup des autres, et s'il rencontra -facilement des clercs pour remplir le rle -qu'il voulait, c'est que beaucoup dans le royaume se -trouvaient dj prpars une semblable mission et -n'attendaient que l'occasion.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span> -Tous, d'ailleurs, font une besogne pareille et -courent le pays, attroupant les pauvres et les attirant -par des harangues o ils disent ce que des malheureux -peuvent aimer entendre. On s'en aperut -bien lors de la rvolte, et les ordonnances rendues -alors disent clairement quelle redoutable influence -tait celle des prcheurs errants. Leurs habitudes et -leurs discours mme y sont rapports: ces mcontents -ont l'aspect austre; ils vont de counte en -counte, de ville en ville, en certains habitz souz -dissimulacion de grant sainte<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor"> [175]</a>. Ils se passent naturellement -des papiers ecclsiastiques dont les prdicateurs -rguliers doivent tre munis; ils sont -saunz licence de seint piere le pape ou des ordinairs -des lieux, ou autre auctorit suffisante. Ils ne -prchent pas seulement dans les glises, ils recherchent -les endroits publics, les marchs, les carrefours -o s'assemble la foule: ne mye soulement es -esglises et cimitoirs, einz es marchs, feires et autres -lieux publiques o greindre congrgacion de poeple -y est. Et ce n'est pas de thologie qu'ils parlent -volontiers; c'est bien la question sociale qui, au fond, -les proccupe; sur leurs lvres le sermon religieux -se fait harangue politique: lesqueles personnes, -dit toujours l'ordonnance, prchent auxint de diverses -matiers d'esclaundre pur discord et <i>discencion -faire entre diverses estatz du dit roialme</i> sibien temporelx -come espiritelx, en commocion du poeple, -<span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span> -grand pril de tout le roialme. On les cite comparatre -devant l'autorit ecclsiastique, les ordinaires, -mais ils n'ont garde de faire soumission et -refusent d'obire lours somonce et mandementz. -Que les shriffs et autres officiers royaux surveillent -dsormais avec soin ces prcheurs errants et envoient -en prison ceux qui ne seront pas en rgle.</p> - -<p>On peut se faire une ide de leurs discours en se -rappelant la clbre harangue du prtre John Ball<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor"> [176]</a>, -le type de ces orateurs ambulants. Certainement, -dans la phrase latine de la <i>Chronique d'Angleterre</i>, -ses penses prennent une forme trop solennelle et -trop correcte, mais tout ce qu'on sait des sentiments -de la multitude en confirme si bien la substance que -le fond du discours n'a pu diffrer de celui que le -chroniqueur nous a transmis. C'est un dicton populaire -qui sert de texte John Ball, et il le dveloppe -de cette faon:</p> - -<p>Au dbut, nous avons t crs tous pareils; -c'est la tyrannie d'hommes pervers qui a fait natre -la servitude, en dpit de la loi de Dieu; si Dieu avait -voulu qu'il y et des serfs il aurait dit, au commencement -du monde, qui serait serf et qui serait -seigneur.</p> - -<p>Ce qui le rend fort, c'est qu'il puise ses meilleures -armes dans la Bible; il en appelle aux bons sentiments -<span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span> -des hommes du peuple, leur vertu, leur -raison; il montre que la parole divine est d'accord -avec leur intrt; ils seront pareils au bon pre -de famille qui cultive son champ et dtruit les mauvaises -herbes... La multitude enthousiaste lui promettait -de le faire archevque et chancelier de ce -royaume o il comptait voir pour tous libert -gale, grandeur gale, puissance gale, mais il fut -pris, tran, pendu, dcapit et coup en quartiers<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor"> [177]</a>.</p> - -<p>Cependant, politique part, on pouvait encore -trouver au quatorzime sicle des lus de Dieu qui, -effrays par les crimes du monde et l'tat de pch -o vivaient les hommes, quittaient leur cellule ou le -toit paternel pour suivre les villages et les villes et -prcher la conversion. Il en restait, mais ils taient -rares. A l'inverse des autres, ceux-ci ne parlaient pas -des affaires publiques, mais des intrts ternels; -ils n'avaient pas toujours reu les ordres sacrs; -ils se prsentaient en volontaires de l'arme cleste. -Tel tait en Angleterre ce Richard Rolle de Hampole -dont la vie fut moiti celle d'un ermite, moiti celle -d'un prcheur errant. Il n'tait ni moine, ni docteur, -ni prtre; tout jeune il avait abandonn la -maison de son pre pour aller mener, dans la solitude, - la campagne, une vie contemplative. L, il -mdite, il prie, il se mortifie; on vient en foule sa -cellule, on coute ses exhortations; il a des extases; -ses amis lui enlvent son manteau tout dchir, le -<span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span> -raccommodent et le lui remettent sur les paules sans -qu'il s'en aperoive. Pour ajouter ses peines, le -diable le tente sous la forme, dit l'anachorte lui-mme, -d'une trs belle jeune femme qu'il avait vue -auparavant et qui avait eu pour lui un amour immodr. -Il chappe grand'peine la tentation. -Il abandonne sa retraite, et pendant longtemps il parcourt -l'Angleterre, changeant de lieu perptuellement, -prchant pour ramener les hommes au bien. -Il se fixe enfin Hampole, et c'est l qu'il termine sa -vie, dans la retraite, crivant normment et difiant -tout le voisinage par sa dvotion (1349). A peine est-il -mort que son tombeau devient un but de plerinage; -les gens pieux y apportent des offrandes; -des miracles s'y accomplissent. Dans le couvent de -nonnes de Hampole, qui tirait grand honneur de la -proximit de la tombe, on se hta de composer un -office de saint Richard, ermite, destin tre -chant quand il serait canonis; mais jusqu' -nos jours l'office du vieil ermite n'a pas t chant<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor"> [178]</a>.</p> - -<p>Les prcheurs errants qu'on rencontrait dans les -villages n'taient pas toujours des lollards envoys -par Wyclif, ni des inspirs qui, comme Rolle de -Hampole, tenaient leur mission de Dieu; c'taient souvent -des membres d'une immense et puissante caste -subdivise en plusieurs ordres, celle des frres -mendiants. Les deux ordres principaux taient les -Dominicains, prcheurs ou frres noirs, et les Franciscains, -<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span> -mineurs ou frres gris, tablis en Angleterre -les uns et les autres ds le treizime sicle. -Il ne faut pas que les amusantes satires de Chaucer -nous ferment les yeux ce que ces ordres pouvaient -avoir de mrite et ne nous laissent voir, dans les -religieux mendiants, que d'impudents et lascifs vagabonds, - la fois impies, superstitieux et rapaces. -On connat ce portrait clbre:</p> - -<p>C'tait le bien-aim et le familier des franklins -de tout le pays—et aussi des femmes de qualit de -la ville...—Ses faons confesse taient pleines de -douceur—et son absolution tait remplie de -charme.—On le trouvait coulant sur le chapitre -des pnitences,—partout o il savait que la pitance -serait bonne;—car les cadeaux un ordre pauvre—sont -la marque de la contrition parfaite—..... -Toutes les tavernes de toutes les villes lui taient familires—et -tous les aubergistes et les gaies servantes.</p> - -<p>Au temps de Chaucer, beaucoup de frres taient -ainsi, mais il y avait des exceptions. Je ne parle pas -seulement de ceux, bien rares au quatorzime sicle, -qui continuaient les traditions de leur ordre, vivant -parmi les pauvres, pauvres comme eux, et, de plus, -expriments, dvous, compatissants: celui de -Chaucer, au contraire, craignait de frquenter un -lpreux ou un mendiant et d'avoir affaire avec -telle canaille. Mais mme parmi ceux qui vivaient -en dehors de la rgle, il y en avait dont les penses, -quelque dangereuses qu'elles fussent, taient moins -<span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span> -basses. Je parle des frres qu'on pouvait confondre -avec les simples prtres de leur ennemi Wyclif et qui -taient srement compris avec eux dans le statut -de 1382. Il est certain que beaucoup de frres, dans -leur carrire nomade, prchrent, comme le prtre -John Ball, dans les carrefours et les marchs, les -doctrines nouvelles d'mancipation. Aussi, seuls de -tout le clerg, ils gardent, au moment de la rvolte, -une certaine popularit; et les chroniqueurs monastiques, -leurs ennemis naturels, talent complaisamment -dans leurs rcits ce nouveau grief contre les -ordres dtests<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor"> [179]</a>. Langland, qui maudit la rvolte, -maudit aussi les frres pour y avoir pris part. C'est -Envie qui leur a dit l'oreille: tudie la logique, -le droit et les rves creux des philosophes, et va de -village en village prouver que tous les biens doivent -tre en commun:</p> - -<p class="quote"><b>.....</b> and prouen hit by Seneca<br /> -That alle thyng vnder heuene ouhte to beo in comune<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor"> [180]</a>.</p> - -<p>Toujours arm de bon sens, Langland dclare net -qu'il en a menti, l'auteur de ces thories subversives: -Non concupisces rem proximi tui, dit la Bible. -<span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span> -Jadis la vie des frres fut exemplaire; Charit habitait -parmi eux: c'tait au temps de saint Franois<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor"> [181]</a>.</p> - -<p>Et en effet, quelle sainte mission leur avait donne -leur fondateur! Grossirement vtus, nu-pieds et mal -nourris, ils devaient aller dans les villes chercher, -au fond des faubourgs, les abandonns. Toutes les -misres, toutes les laideurs hideuses de l'tre humain -devaient appeler leur sympathie, et le bas -peuple, en revanche, allait les aimer et les vnrer -comme des saints. Eccleston<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor"> [182]</a> raconte qu'un frre -mineur mit une fois, sans permission, ses sandales -pour aller matines. Il rva ensuite qu'il tait arrt -par des voleurs qui criaient: A mort! mort!—Mais -je suis un frre mineur, disait-il, sr d'tre -respect.—Tu mens, car tu n'es pas nu-pieds! -Le premier de leurs devoirs tait de demeurer -pauvres afin de pouvoir tenir sans crainte, n'ayant -rien perdre, un ferme langage aux riches et aux -puissants du monde. C'est ce que leur rappelait -son lit de mort, en 1253, le savant et courageux -Robert Grosseteste, vque de Lincoln, et il leur -citait avec -propos ce vers de Juvnal:</p> - -<p class="quote">Cantabit vacuus coram latrone viator.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span> -Les frres devaient tre comme le voyageur sans argent, -dont la srnit d'esprit n'est jamais trouble -par la rencontre des voleurs<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor"> [183]</a>.</p> - -<p>Saint Franois n'aurait pas voulu que ses religieux -fussent lettrs; on le lui a injustement reproch. Il -proscrivait avec sagesse ces subtiles recherches thologiques -et mtaphysiques qui absorbaient sans -utilit la vie des grands clercs. Assez d'autres s'y livreraient -toujours; ce qu'il voulait, lui, c'tait envoyer -par le monde un peuple de missionnaires qui -se dvoueraient matriellement, physiquement, au -bien des corps et des mes de tous les dlaisss. Ainsi -compris, le dsintressement tait bien plus absolu, -la servitude plus volontaire et l'effet sur les masses -plus grand. Pour elles, la subtilit des docteurs -n'tait pas ncessaire, et l'exemple frappant de la -misre du consolateur inattentif sa propre peine -tait la meilleure des consolations. Avant tout, il -fallait tuer l'orgueil de l'aptre, et que la grandeur -de ses mrites ne ft apparente qu' Dieu seul. -Quand le cœur s'est pur ce point, il sait suffisamment -ce qu'est la vie et ce qu'est le bien pour -tre loquent; l'tude des <i>Sommes</i> les plus en rputation -devenait inutile. Mais trop de dangers entouraient -cette fondation sublime, et le premier tait -prcisment la science: Charles l'empereur, disait -le saint, Roland et Olivier et tous les paladins et tous -les hommes forts dans les batailles ont poursuivi -<span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span> -mort les infidles et grand'peine et grand labeur -ont remport leurs mmorables victoires. Les saints -martyrs sont morts en luttant pour la foi du Christ. -Mais il y a, de nos jours, des gens qui, par le simple -rcit des exploits des hros, cherchent gloire et honneur -parmi les hommes. Ainsi en est-il parmi vous -qui se plaisent davantage crire et prcher sur les -mrites des saints qu' imiter leurs travaux.</p> - -<p>Saint Franois fit cette rponse un novice qui -voulait avoir un psautier; il ajoutait d'un esprit assez -mordant: Quand tu auras un psautier, tu voudras -avoir un brviaire, et quand tu auras un brviaire, -tu t'assoiras dans une chaise, comme un grand -prlat, et tu diras ton frre: Frre, apporte-moi -mon brviaire<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor"> [184]</a>!</p> - -<p>La popularit des frres fut immense et il se trouva -bientt qu'ils avaient accapar l'Angleterre<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor"> [185]</a>; ils -taient tout dans la religion<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor"> [186]</a>. Par une contradiction -singulire, leur pauvret leur avait attir les richesses, -<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span> -et leur abngation la puissance; les masures -o ils logeaient d'abord taient devenues de -somptueux monastres avec des chapelles grandes -comme des cathdrales; les riches s'y faisaient ensevelir -dans des tombeaux cisels avec les derniers -raffinements du gothique fleuri. Leurs apologistes du -quinzime sicle racontent avec admiration que, dans -leur belle bibliothque de Londres, il y avait une -tombe orne de quatre archanges<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor"> [187]</a>; que leur glise, -commence en 1306, avait trois cents pieds de long, -quatre-vingt-quinze de large et soixante-quatre de -haut, que toutes les colonnes taient de marbre et tout -le pav aussi. Les rois et les princes avaient enrichi -cet difice; les uns avaient donn les autels, d'autres les -stalles; douard III rpare, pour le repos de l'me -de la trs illustre reine Isabelle enterre dans le -chœur<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor"> [188]</a>, la grande verrire du milieu abattue par -le vent; Gilbert de Clare, comte de Gloucester, donne -vingt troncs d'arbres de sa fort de Tunbridge. Les -riches marchands, le maire, les aldermen suivent -<span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span> -l'exemple. On inscrit sur les vitraux les noms des donateurs, -et Langland de s'indigner et de rappeler le -prcepte vanglique: que ta main gauche ignore ce -que fait ta main droite. Nous n'en apprenons pas moins -que le troisime vitrail de l'ouest avait t donn -par Gautier Mordon, marchand de morue sale, -<i>stokefyschmonger</i>, et maire de Londres. La deuxime -fentre du sud est due Jean de Charlton, chevalier, -et sa femme; leurs armes y figurent; la quatrime - Gautier de Gorst, marchand pelletier de -Londres; la quinzime au comte de Lancastre; la -quatrime l'ouest provient du produit de diverses -collectes, et c'est ainsi qu'elle ne porte pas de -nom. Un des donateurs est qualifi de pre et ami -tout spcial des frres mineurs. On pense quel triomphe -ce devait tre pour les wyclifistes de reprocher -aux frres toutes ces splendeurs mondaines; Wyclif -y revient sans cesse:</p> - -<p>Les frres construisent beaucoup de grandes -glises et de vastes et coteux monastres et des clotres -comme des chteaux, et cela sans ncessit.... -Les grands monastres ne font pas les hommes saints, -et c'est par la saintet seulement qu'on peut servir -Dieu<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor"> [189]</a>.</p> - -<p>On dresse aussi d'interminables listes des cardinaux, -des vques et des rois qui ont appartenu -<span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span> -l'ordre, sans oublier mme person qudam -valentes in sculo, ce qui est d'une vanit bien -mondaine. Enfin ils signalent les morts qui, l'instant -suprme, ont revtu l'habit des frres: Frre -sire Roger Bourne, chevalier, enterr Norwich en -costume de frre, 1334<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor"> [190]</a>.</p> - -<p>L'orgueil et la richesse des Dominicains sont tout -aussi grands. L'auteur de <i>Peres the Ploughman's -crede</i>, vers la fin du quatorzime sicle, dcrit minutieusement -mais sans exagration un de leurs couvents, -les splendides colonnes qu'on y voit, les sculptures, -peintures et dorures qui parent la chapelle, les -magnifiques verrires ornes du blason des nobles -ou du chiffre des marchands qui les ont donnes, -les tombes imposantes de chevaliers et de belles dames -tendues en brillante parure rehausse d'or.</p> - -<p>On voit que les proportions sont renverses; autant -le saint avait exig de modestie, autant on va trouver -d'orgueil; les dfauts que leur reproche Chaucer se -glissent parmi eux; ils deviennent intresss, avides, -rapaces; la mendicit est pour eux un mtier que -les uns pratiquent bien et les autres mieux; on leur -demandait des miracles d'abngation, et voil au -contraire en eux des prodiges d'gosme. Ce n'est -plus la religion, c'est leur ordre qu'il faut protger; -<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span> -nous avons vu que plusieurs se mlent des questions -sociales; les autres ne prchent plus en faveur du -Christ, ils prchent en leur faveur; le revirement est -complet; tous puisent pleines mains dans le trsor -de bonnes œuvres amass par leurs premiers aptres -et le dpensent follement. Le respect de la multitude -diminue; leur renom de saintet s'affaiblit; ils -jettent dans l'autre plateau de la balance tant de -fautes et de dsordres qu'il devient prpondrant. Et -que reste-t-il dsormais? La superstition remplace -les pratiques saintes; ils ont appris la mtaphysique, -et c'est cependant un matrialisme grossier qui vient -masquer l'idal surhumain de Franois d'Assise; -l'attouchement de leur habit vaut une bonne action; -on s'en revt son lit de mort et les dmons -prennent la fuite; c'est une cuirasse sans dfaut; -des visions sans nombre qu'ils ont eues leur ont -rvl tous ces articles d'une foi nouvelle.</p> - -<p>La saintet de l'institution et l'indignit d'un grand -nombre de reprsentants font qu'on les vnre et -qu'on les dteste la fois; si mprisable que soit -l'homme, on n'est pas assur qu'il n'ait pas les clefs -du ciel, et dans le sentiment qu'on a pour lui se mlent -le respect et la crainte. Aussi les potes rient des -frres, les conteurs populaires les bafouent, et les miniaturistes -chargs d'enluminer un imposant volume -de dcrtales ne craignent pas de les reprsenter -oubliant dans la cuisine du chteau leur goupillon et -leur seau d'eau bnite; le frre reprend son goupillon -et va asperger les matres table, puis retourne prs -<span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span> -de la cuisinire<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor"> [191]</a>. Le peuple cependant voit dans les -frres ses protecteurs et ses allis en cas de rvolte, -et d'autres moments les poursuit dans les rues -coups de pierres. Irrit du port orgueilleux des frres -prcheurs, il leur donne la chasse, les maltraite -et demande leur extermination. Il n'agit pas mieux -envers les mineurs, il arrache leurs habits et saccage -leurs maisons, l'instigation de l'esprit malin, et -cela en divers lieux dans le royaume; il faut, en 1385, -une proclamation du roi pour les protger<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor"> [192]</a>.</p> - -<p>Les communes s'indignent du nombre d'trangers -qu'on trouve parmi les frres et qui sont un danger -permanent pour l'tat. Elles demandent qe touz les -frres aliens, de quele habite qu'ils soient, voident le -roialme avant la feste de seinte Michel, et s'ils demoergent -outre la dite feste, soient tenuz hors de la -commune ley<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor"> [193]</a>.</p> - -<p>Les frres gardent leur assurance; on les bnissait -<span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span> -au temps de leurs bonnes actions; as follows maintenant ils -parlent beaucoup et se font craindre; ils parlent haut, -c'est du pape seul qu'ils relvent; ils peuvent aller -sans courber la tte; leur puissance est indpendante; -ils sont devenus une glise dans l'glise. A ct du -cur qui prche et confesse dans sa paroisse, on -trouve le frre errant qui prche et confesse partout; -sa prsence universelle est une source de conflits; le -cur se voit abandonn; le religieux nomade apporte -l'inconnu, l'extraordinaire, et c'est lui que tout le -monde court. Il dpose sa besace et son bton et -commence discourir: son langage est celui du -peuple; la paroisse entire est prsente; il s'occupe -des biens ternels et aussi des biens de la terre, car -la vie laque lui est familire et il peut donner des -conseils appropris. Mais ses doctrines sont parfois -suspectes: Ces faux prophtes, dit, non pas Wyclif, -mais le concile de Saltzbourg (1386), par leurs sermons -pleins de fables sduisent souvent l'me de leurs -auditeurs; ils se jouent de l'autorit des curs. -Quelle puissance pouvait rsister? la mare montait -et renversait les digues; l'excellent devenait le pire, -<i>corruptio optimi pessima</i>, et le vieil adage se trouvait -vrifi la lettre. Toutes les classes de la -socit ont des griefs contre eux, les seigneurs, les -vques, les moines, les rforms de Wyclif et les gens -du peuple; eux cependant gardent leur place; on -les retrouve partout la fois, dans la cabane et dans -le chteau, qutant chez le riche et frappant aussi -la porte du pauvre; ils s'asseyent la table du seigneur, -<span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span> -qui les traite avec considration; chez lui, ils -jouent le rle de religieux la mode; ils intressent, -ils plaisent. Wyclif les montre qui aiment parler -devant les lords et s'asseoir leur table... tre -aussi les confesseurs des lords et des ladies. Ils -font songer aux abbs de cour d'une poque moins -recule. D'un autre ct, on les voit exercer dans les -villages o ils font leurs tournes les mtiers les -plus divers, ils ajoutent leur besace de quteurs -des provisions de fil, d'aiguilles, d'onguents, dont ils -font commerce: on les chansonne, ils continuent et -tout le monde rit:</p> - -<p>Ils vagabondent d'ici de l—et vendent toute -sorte de mercerie,—comme s'ils taient de vrais -colporteurs;—ils vendent des bourses, des pingles -et des couteaux—et aussi des ceintures, des gants -pour les filles et pour les femmes.</p> - -<p>L'auteur de cette pice, un contemporain de -Chaucer, ajoute: J'ai t un frre moi-mme, pas -mal de temps;—je sais donc bien la vrit.—Mais -quand je vis que leur existence—ne ressemblait en -rien leurs discours,—je laissai l mon habit de -frre.</p> - -<p>Entre le scepticisme du sicle et la crdulit -aveugle, la superstition fleurit. Les frres ont imagin -de vendre au dtail les mrites de leur congrgation. -Elle est si nombreuse et prie si dvotement qu'elle a -un surplus d'oraisons et croit bien faire d'en distribuer -le bnfice. Les frres parcourent les villages, -escomptant cette richesse invisible et vendant aux -<span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span> -mes pieuses, sous le nom de <i>lettres de fraternit</i>, -des bons sur le ciel. A quoi servent ces parchemins? -demandait-on aux frres.—Ils donnent une part dans -les mrites de tout l'ordre de saint Franois.—A -quoi sont-ils bons? demandait-on Wyclif.—Beaucoup -de gens pensent qu'on en peut bien couvrir -les pots moutarde<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor"> [194]</a>.</p> - -<p>Si dconsidrs qu'ils soient la fin du sicle, les -frres n'ont pas cependant perdu toute action sur le -peuple. Henri IV, de la maison de Lancastre, usurpe -le trne et il trouve bientt qu'il doit compter avec -les frres mineurs. Bon nombre d'entre eux se sont -indigns de son entreprise, et prchent dans le pays, -pendant les premires annes du rgne, que Richard II -vit encore et qu'il est le vritable roi. Henri IV -les fait emprisonner; l'un d'eux amen en sa prsence -lui reproche violemment la dposition de Richard: -Mais je n'ai pas usurp la couronne, j'ai -t lu, dit le roi.—L'lection est nulle si le -roi lgitime est vivant; s'il est mort, il est mort par -toi; s'il est mort par toi, tu ne peux avoir aucun -titre au trne!—Par ma tte, cria le prince, je -ferai trancher la tienne!</p> - -<p>On conseilla aux accuss de s'en remettre la clmence -du loi; ils refusrent et demandrent tre -jugs rgulirement par un jury. On ne put trouver -<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span> -ni dans la cit, ni dans Holborn, personne qui consentt - siger comme jur; on dut aller chercher -pour cet office des habitants de Highgate et d'Islington. -Ceux-ci dclarrent les frres coupables; ces -malheureux furent trans Tyburn, pendus, puis -dcapits, et leurs ttes furent places sur le pont -de Londres (1402). Le couvent reut la permission de -recueillir les restes des supplicis et de les enterrer -en lieu saint. Les jurs d'Islington et de Highgate -vinrent en pleurant chez les Franciscains implorer -leur pardon pour un verdict dont ils se repentaient. -Pendant plusieurs annes, malgr ces supplices, des -frres continurent prcher en province en faveur -de Richard II et soutenir qu'il vivait encore, bien -que Henri IV ait eu soin de faire faire dans Londres -une exhibition publique du cadavre de ce prince<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor"> [195]</a>.</p> - -<p>Au quinzime sicle cependant, la rputation des -frres ne fit qu'empirer. Les abus dont ils sont la -vivante personnification comptent parmi les plus -graves de ceux qui vont donner tant d'adhrents -Luther. S'il reste dans leurs rangs des gens qui savent -mourir, comme cet infortun frre Forest qui fut -suspendu vivant par des chanes au-dessus d'un feu -de bois et rti lentement pendant que l'vque rform -Latimer lui adressait de pieuses exhortations<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor"> [196]</a> -pour le forcer se repentir (1538), la masse -<span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span> -des reprsentants de leur ordre demeure l'objet du -mpris universel. C'est un des rares points sur lesquels -il arrive, par accident, aux catholiques et aux -protestants de tomber d'accord. Sir Thomas More, -dcapit pour la foi catholique, avait parl des frres -sur le mme ton que son adversaire Tyndal, trangl -pour la foi protestante. Ils ne sont ses yeux que de -dangereux vagabonds. Il raconte, dans son <i>Utopie</i>, -la dispute d'un frre et d'un bouffon sur la question -du pauprisme. Jamais, dit le frre, vous ne vous -dbarrasserez des mendiants, moins que vous ne -fassiez encore quelque dit sur nous autres frres.—Eh -bien! dit le bouffon, c'est dj fait; le cardinal a -rendu un trs bon arrt votre sujet quand il a -dcrt que tous les vagabonds seraient saisis et contraints - travailler: car vous tes les plus francs vagabonds -qui soient au monde. (Ap. 25.) La plaisanterie -n'est pas lgre; Sir Thomas More, malgr sa rputation -d'esprit, ne sut pas souvent mieux faire. Le point - noter est cette renomme qui devient de plus en plus -mauvaise, grce aux tournes intresses, renouveles -sans cesse dans les fermes et les villages, non -plus pour secourir les pauvres gens, mais pour leur -demander au contraire une part de ce qu'ils ont; il -faut noter encore cette assimilation qui se fait dans -l'esprit du chancelier entre le frre mendiant et le -vagabond vulgaire sans feu ni lieu.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_184"> 184</a></span></p> -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE IV<br /> -<span class="small"><b>LES PARDONNEURS</b></span></h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Les indulgences.—Portrait du pardonneur par un pote.—Portrait -par un pape.—Les faux et les vrais pardonneurs.—Les associations -illicites.</p> - -<p>Le trafic du mrite des saints.—Les reliques.—Impuissance de la -cour papale rformer ces abus.—L'me du pardonneur.—Par -quels moyens il en impose la foule.—Le merveilleux et les -croyances populaires.</p> -</div> -</div> - -<p>Indulgence, au dbut, signifiait simplement commutation -de peine. Les pnitences infliges pour les -pchs commis taient longues: il fallait jener et -se mortifier pendant des mois et des annes. On permit -aux fidles de transformer ces interminables -chtiments en des expiations plus courtes. Ainsi un -clerc pouvait changer un an de pnitence contre -trois mille coups de fouet, avec rcitation d'un psaume - chaque centaine<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor"> [197]</a>. Les laques, qui en avaient le -<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span> -choix, prfraient frquemment un payement en -argent, et ces sommes taient en gnral bien employes. -Nous les avons vues servir l'entretien des -ponts et des routes; on les utilisait aussi en reconstruisant -les glises, en secourant les malades d'un -hpital et en subvenant aux frais d'une foule d'entreprises -d'intrt public. La totalit des peines tait -remise par une indulgence plnire; ainsi Urbain II, -au concile de Clermont, en accorda une tous ceux -qui, par dvotion pure et non pour conqurir du -butin ou de la gloire, iraient Jrusalem combattre -les infidles. Plus tard, on les distribua avec moins -de rserve, et les pardonneurs se chargrent de les -colporter au loin.</p> - -<p>Le nom de ces tres bizarres, dont le caractre -est propre au moyen ge un plus haut degr encore -que celui des frres, ne rappelle-t-il pas le rire -ptillant de Chaucer, et son amusante peinture ne -revient-elle pas la mmoire? Son pardonneur se -dcrit lui-mme:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span> -Mes matres, dit-il, quand je prche dans les -glises,—je m'efforce de faire des phrases majestueuses,—et -je les lance toute vole, sonores -comme un carillon,—car je sais par cœur tout ce -que j'ai dire;—mon thme est toujours et a toujours -t:—la racine de tous les maux, c'est l'avarice...</p> - -<p>En chaire, il se penche droite, gauche, il gesticule, -il bavarde; ses bras remuent autant que sa -langue; c'est merveille de le voir, merveille de l'our.</p> - -<p>On ne s'est gure occup de savoir si le type de -personnages ainsi faits n'tait pas quelque peu imaginaire -et si l'exercice de leur mtier tait autoris -par l'glise et soumis des rglements. La recherche -des textes de cette espce montrera une fois de plus -la merveilleuse exactitude des peintures de Chaucer; -si malicieuses, si piquantes qu'elles soient lorsqu'il -s'agit du pardonneur, elles ne renferment pas un -trait qu'on ne puisse justifier par des lettres manes -d'une chancellerie papale ou piscopale<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor"> [198]</a>. Ces <i>qustores</i> -ou <i>qustiarii</i> taient, et c'est Boniface IX qui -parle dans le temps mme o le pote crivait ses -contes, tantt des clercs sculiers et tantt des frres, -mais d'une impudence extrme. Ils se passaient de -licence ecclsiastique et s'en allaient de bourgade en -bourgade, eux aussi, en vritables colporteurs, montrant -leurs reliques et vendant leurs pardons. C'tait -un mtier lucratif et la concurrence tait grande; le -succs des pardonneurs autoriss avait fait sortir de -<span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span> -l'cole ou du prieur une foule de pardonneurs -intresss, avides, aux yeux brillants, comme dans les -<i>Canterbury tales</i><a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor"> [199]</a>, vritables vagabonds, coureurs de -grands chemins, qui, n'ayant rien mnager, faisaient -hardiment leur mtier d'imposteurs. Ils en imposaient, -parlaient fort et dliaient sans scrupule sur -la terre tout ce qui pouvait tre li dans le ciel. Cela -n'allait pas sans de grands bnfices; le pardonneur -de Chaucer gagne cent marcs par an, et c'est naturel, -puisque, n'ayant demand d'autorisation personne, -il ne rendait de comptes personne et gardait tous -les gains pour lui. Dans son langage mesur, le pape -nous en apprend aussi long que le pote, et il semble -qu'il veuille recommencer, trait pour trait, la peinture -du vieux conteur. D'abord, nous dit la lettre -pontificale, ces pardonneurs jurent qu'ils sont envoys -par la cour de Rome:</p> - -<p>Certains religieux, qui appartiennent mme aux -divers ordres mendiants, et quelques clercs sculiers, -parfois avancs en grade, affirment qu'ils sont -envoys par nous ou par les lgats ou les nonces du -sige apostolique, et qu'ils ont reu mission de -traiter certaines affaires... de recevoir de l'argent -pour nous et l'glise romaine, et courent le pays -sous ces prtextes. C'est de Rome en effet que -vient le personnage de Chaucer, et c'est contre l'avarice -qu'il parle toujours:</p> - -<p>... Un gentil pardonneur—...venu tout droit -<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span> -de la cour de Rome...—son sac devant lui, sur ses -genoux,—plein jusqu'au bord de pardons apports -de Rome tout chauds.—...Quoi donc! pendant que -je peux discourir—et gagner quelque argent pour mes -sermons,—j'irais de plein gr vivre de misre?—... -Je prche et mendie ainsi de pays en pays;—je ne -veux pas travailler de mes mains...—Je ne veux -pas singer les aptres;—il me faut moi de l'argent, -de la laine, du fromage, du grain...</p> - -<p>C'est ainsi, continue le pape, qu'ils proclament, -devant le peuple fidle qui n'est pas sur ses gardes, -les autorisations relles ou imaginaires qu'ils ont -reues; et, abusant irrvrencieusement de celles qui -sont relles, en vue d'un gain infme et odieux, -comblent impudemment la mesure en s'attribuant -des autorisations de cette espce fausses et imaginaires.</p> - -<p>Que nous dit le pote? Que le charlatan a toujours -de belles choses montrer, qu'il sait blouir les -simples, qu'il a des parchemins plein son sac avec -des sceaux respectables, vrais ou faux sans doute; -que le peuple regarde et admire, que le cur enrage -et se tait:</p> - -<p>Je dclare d'abord d'o je viens,—puis j'exhibe -toutes mes bulles, l'une aprs l'autre.—Le sceau de -noire seigneur le pape, sur ma patente,—je montre -d'abord pour sauvegarder ma personne,—que nul -homme, prtre ou clerc, n'ait la hardiesse—de me -troubler dans ma sainte mission chrtienne;—alors -je raconte mes histoires...—Je dis aussi -<span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span> -quelques mots latins—pour donner de la saveur -mon prche—et pour veiller la ferveur.</p> - -<p>Et ce turpem et infamem qustum dont le -pontife fait mention n'est pas oubli:</p> - -<p>Maintenant, mes amis, que Dieu pardonne vos -fautes—et vous garde du pch d'avarice;—mes -saintes indulgences vont vous purifier tous,—si -vous faites offrande de nobles ou d'esterlings—ou -bien de cuillers d'argent, de broches, ou d'anneaux.—Courbez -la tte sous cette bulle sacre.</p> - -<p>La lettre apostolique reprend: Pour n'importe -quelle petite somme d'argent insignifiante, ils tendent, -non pour les pnitents, mais pour ceux d'une -conscience endurcie qui persistent dans leur iniquit, -le voile d'une absolution menteuse, remettant, pour -parler comme eux, des dlits horribles, sans qu'il y -ait eu contrition, ni accomplissement d'aucune des -formes prescrites. C'est aussi ce qu'avoue le pardonneur -de Chaucer:</p> - -<p>Je vous absous de ma pleine autorit,—si vous -faites offrande, et je vous rends blancs et purs comme - votre naissance.—C'est notre hte, je pense, qui -va commencer,—car il est plus que tous enfonc -dans le crime.—Avance, sire hte, et fais le premier -ton offrande,—et tu baiseras toutes les reliques,—oui, -et pour un groat; allons, dboucle ta bourse.</p> - -<p>On conoit que ces pardonneurs de circonstance -avaient peu de scrupules et savaient profiter de ceux -des autres. Ils relevaient leurs clients de tous les -vœux possibles, remettaient toutes les peines, pour -<span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span> -de l'argent. Plus il y avait d'interdictions, d'empchements, -de pnitences imposes, plus leurs affaires -prospraient: ils passaient leur vie dfaire ce que -le vritable clerg faisait, et cela sans profit pour -personne que pour eux-mmes. C'est encore le pape -qui nous le dit: Moyennant une faible compensation, -ils vous relvent des vœux de chastet, d'abstinence, -de plerinage outre-mer, Saint-Pierre et -Saint-Paul de Rome ou Saint-Jacques de Compostelle -et autres vœux quelconques. Ils permettent -aux hrtiques de rentrer dans le sein de l'glise, -aux enfants illgitimes de recevoir les ordres sacrs; -ils lvent les excommunications, les interdits; bref, -comme leur puissance vient d'eux seuls, rien ne les -force la restreindre et ils se la donnent complte et -sans limites; ils ne reconnaissent pas de suprieurs -et remettent ainsi les peines petites et grandes. Enfin -ils affirment que c'est au nom de la chambre apostolique -qu'ils peroivent tout cet argent, et cependant -on ne les voit jamais en rendre aucun compte personne: -Horret et merito indignatur animus talia reminisci. -(Ap. 26.)</p> - -<p>Ils allaient encore plus loin: ils avaient form de -vritables associations pour exploiter rgulirement -la confiance populaire; aussi Boniface IX ordonne-t-il -que les vques fassent une enqute sur tout ce qui -regarde ces religieux ou clercs sculiers, leurs gens, -leurs complices et leurs associations, qu'ils les -emprisonnent sans autre forme de procs, de plano -ac sine strepitu et figura judicii, leur fassent -<span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span> -rendre compte, confisquent leurs recettes et, si leurs -papiers ne sont pas en rgle, les tiennent sous bonne -garde et en rfrent au souverain pontife.</p> - -<p>Il y avait en effet des pardonneurs autoriss qui -versaient le produit de leurs recettes dans le trsor -de la cour romaine. Le savant Richard d'Angerville -ou de Bury, vque de Durham, dans une circulaire -du 8 dcembre 1340, parle de <i>lettres apostoliques</i> -ou <i>diocsaines</i><a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor"> [200]</a> soumises un visa rigoureux, dont -les pardonneurs rguliers taient munis. Mais beaucoup -s'en passaient, et l'vque relve un un les -mmes abus que le pape: Des plaintes trs vives -sont venues nos oreilles de ce que des quteurs de -cette sorte, non sans une grande et tmraire audace, -de leur propre autorit, au grand pril des mes qui -nous sont confies, et se jouant ouvertement de notre -pouvoir, distribuent au peuple des indulgences, dispensent -de l'excution des vœux, absolvent les parjures, -les homicides, les usuriers et autres pcheurs -<span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span> -qui se confessent eux, et moyennant un peu d'argent -accordent des remises pour des crimes mal effacs -et se livrent une foule d'autres pratiques -abusives. Que dsormais tous curs et vicaires -refusent d'admettre ces pardonneurs prcher ou -donner des indulgences (ad prdicandum aut indulgentias -aliquas insinuandum clero aut populo) dans -les glises et n'importe o ailleurs, s'ils ne sont -pourvus de lettres ou d'une licence spciale de l'vque -lui-mme. C'est que, avec ces bulles venues de -si loin, garnies de sceaux inconnus of popes and -of cardynales, of patriarkes and of bisshops<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor"> [201]</a>, il -tait trop facile de faire croire qu'on tait en rgle. -En attendant, qu'on dpouille tous ceux qui errent -actuellement par le pays et qu'on se saisisse de l'argent -et <i>autres objets quelconques</i> recueillis par eux -<i>ou pour leur compte</i>. Les gens du peuple n'ayant -pas toujours des pices de monnaie, le pardonneur de -Chaucer se contentait en effet de cuillers d'argent, -de broches ou d'anneaux; de plus nous trouvons -ici une nouvelle allusion ces associations de pardonneurs -qui devaient tre si malfaisantes. Ils employaient -des agents infrieurs; la crdulit gnrale -et l'envie trs rpandue de se dbarrasser d'entraves -religieuses qu'on s'tait imposes soi-mme ou qu'on -s'tait vu imposer en raison de ses pchs taient pour -la bande perverse comme une mine dont elle exploitait -soigneusement les filons. Au moyen de ces reprsentants -<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span> -en sous-ordre de leur puissance imaginaire, ils -tendaient aisment le champ de leurs expriences -et les fils compliqus de leurs toiles traversaient tout -le royaume, tantt trop forts pour tre briss et tantt -trop subtils pour tre aperus.</p> - -<p>Parfois du reste le mauvais exemple venait de trs -haut; tous n'avaient pas la vertu de l'vque de -Durham. Walsingham rapporte avec indignation la -conduite d'un cardinal qui faisait sjour en Angleterre -pour ngocier un mariage entre Richard II et la -sœur de l'empereur. Pour de l'argent, ce prlat, -comme les pardonneurs, levait les excommunications, -dispensait du plerinage Saint-Pierre, Saint-Jacques -ou Jrusalem, et se faisait donner, aprs -estimation, la somme qu'on aurait dpense si on -avait fait le voyage<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor"> [202]</a>: et il est bien regrettable, tous -les points de vue, que le curieux tarif des dpenses -de voyage ainsi estimes ne nous soit point parvenu.</p> - -<p>En mme temps qu'ils vendaient des indulgences, -les pardonneurs montraient des reliques. Ils taient -alls en plerinage et en avaient rapport des petits -os et des fragments de toute espce, d'origine sainte, -disaient-ils. Mais s'il y avait des crdules dans la -foule, parmi la classe instruite, les dsabuss ne -<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span> -manquaient pas, qui bafouaient sans piti l'impertinence -des imposteurs. Les pardonneurs de Chaucer -et de Boccace, et au seizime sicle d'Heywood et de -Lyndsay<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor"> [203]</a>, ont les reliques les plus plaisantes. Celui -de Chaucer, qui possdait un morceau de la voile -du bateau de saint Pierre, aurait t battu par Frate -Cipolla, qui avait recueilli Jrusalem des reliques -extraordinaires: Par grce spciale je vous montrerai, -disait-il, une trs sainte et belle relique, -laquelle j'ai moi-mme rapporte de la Terre-Sainte -d'outre-mer, et qui consiste en une plume de l'ange -Gabriel. Elle tait reste dans la chambre de la -Vierge Marie quand il vint faire l'annonciation -Nazareth<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor"> [204]</a>! La plume, qui tait <i>una penna di -quelle della coda d'un papagallo</i>, est remplace, -grce quelques mauvais plaisants, par des charbons -dans la cassette du saint homme; quand il s'aperoit -de la mtamorphose, il n'est point mu; il commence -le rcit de ses grands voyages et explique comment, -au lieu de la plume, on va voir dans son -coffret les charbons qui ont grill saint Laurent. Il -les a reus de Messer Non-mi-blasmete-se-voi-piace, -le digne patriarche de Jrusalem, lequel patriarche -<span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span> -lui a montr encore un doigt de l'Esprit Saint, -aussi complet et entier qu'il ait jamais t... et un -ongle de chrubin... et quelques rayons de l'toile -qui apparut aux trois mages d'Orient et un flacon de -la sueur de saint Michel lorsqu'il combattit le dmon, -et il lui a donn, dans une petite bouteille, -un peu du son des cloches de Salomon<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor"> [205]</a>.</p> - -<p>Ce sont l plaisanteries de potes, mais elles sont -moins exagres qu'on ne pourrait croire. Ne montrait-on -pas aux plerins, Exeter, un morceau de -la chandelle que l'ange du Seigneur alluma dans le -tombeau du Christ? C'tait une des reliques runies -dans la vnrable cathdrale par Athelstane, le roi -trs glorieux et trs victorieux, qui avait envoy -grands frais des missaires sur le continent pour -recueillir ces prcieuses dpouilles. La liste de leurs -trouvailles, qui nous a t conserve dans un missel -du onzime sicle, comprend encore un peu du buisson -dans lequel le Seigneur parla Mose et une -foule d'autres curiosits<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor"> [206]</a>.</p> - -<p>Matthieu Paris raconte que de son temps les frres -prcheurs donnrent Henri III un morceau de -marbre blanc sur lequel se trouvait la trace d'un -pied humain. D'aprs le tmoignage des habitants de -<span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span> -Terre-Sainte ce n'tait rien moins que la marque -d'un des pieds du Sauveur, marque qu'il laissa -comme souvenir ses aptres, lors de son ascencion. -Notre seigneur le roi fit placer ce marbre dans -l'glise de Westminster laquelle il avait dj offert -peu auparavant du sang de Jsus-Christ<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor"> [207]</a>.</p> - -<p>Les rois continuent au quatorzime sicle donner -l'exemple au menu peuple et acheter des reliques -d'une authenticit douteuse. On voit par les comptes -des dpenses d'Edouard III qu'il paya cent shillings, -la trente-sixime anne de son rgne, pour avoir un -habit qui avait appartenu saint Pierre. Ce n'tait -pas trs cher, et il faut bien que le vendeur et l'acheteur -aient eu eux-mmes quelques doutes sur la -saintet de la relique. On voit, en effet, le mme roi -payer dix fois plus, c'est--dire cinquante livres, un -cheval bai-brun appel Bayard qui avait les pieds de -derrire blancs, et soixante-dix livres un cheval gris -pommel, appel Labryt<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor"> [208]</a>.</p> - -<p>En France la mme poque, le sage roi Charles V -eut un jour la curiosit de visiter l'armoire de la -Sainte-Chapelle o taient les reliques de la passion. -Il y trouva une ampoule avec une inscription en latin -et en grec indiquant que le contenu tait un peu du -sang de Jsus-Christ. Adont, raconte Christine de Pisan, -ycelluy sage roy, pour cause que aucuns docteurs -ont voulu dire que, au jour que Nostre Seigneur ressuscita, -<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span> -ne laissa sur terre quelconques choses de son -digne corps que tout ne fust retourn en luy, volt sur -ce scavoir et enqurir par l'opinion de ses sages, philozophes -natureuls et thologiens, se estre pouoit -vray que sur terre eust du propre pur sang de Jhesu-Crist. -Colacion fu faicte par les dicts sages assemblez -sus ceste matire; la dicte ampolle veue et visite -grant rvrance et solemnit de luminaire, en laquelle, -quant on la penchoit ou baissoit, on voit -clerement la liqueur du sang vermeil couler au long -aussi fraiz comme s'il n'eust que trois ou quatre -jours qu'il eust est seignez: la quelle chose n'est -mie sanz grant merveille, considr le long temps de -la passion.—Et ces choses scay-je certainement par -la relacion de mon pre, qui, comme philozophe serviteur -et conseillier dudit prince fu celle colacion.</p> - -<p>Aprs cet examen fait grande solemnit de luminaire, -les docteurs se dclarrent pour l'authenticit -du miracle: lequel n'tait en ralit pas plus -surprenant que celui de la cathdrale de Naples o -l'on voit, aujourd'hui encore, se liqufier, plusieurs -fois par an, le sang du patron de la ville<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor"> [209]</a>.</p> - -<p>Les pardonneurs vivaient joyeusement; certes, -aprs une journe bien remplie, ils devaient tre -l'auberge de gais compagnons. La pense de la multitude -de pchs qu'ils avaient remis, d'excommunications -qu'ils avaient leves, de peines qu'ils avaient -<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span> -commues, eux simples vagabonds menacs de potence, -la conscience de leur impunit, la singularit -de leur existence, la triomphante russite de ces -folles harangues qui leur donnaient la clef du ciel, -devaient faire monter leur cœur des bouffes incroyables -de grosse joie brutale. Leur tte remplie -d'anecdotes leur fournissait la matire d'interminables -bavardages o le sacr et le profane, la grossiret -native et la dvotion d'emprunt, l'homme rel -et l'homme factice, se rencontraient brusquement -au bruit des brocs et des cuelles qui se heurtaient -sur la table. Voyez la marge d'un vieux psautier<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor"> [210]</a> -la sche figure de matre Renard, crosse entre les -pattes, mitre en tte; il fait un sermon la foule -bahie des canards et des oies de la basse-cour. Le -geste est plein d'onction, mais l'œil abrit par le poil -fauve a un clat cruel qui devrait faire prvoir la -proraison. Mais non, la basse cour glousse dvotement -et ne se doute de rien; malheur aux canards -quand la mitre sera tombe: et tu Domine, deridebis -eos, dit le psalmiste prcisment cet endroit. -Quelle connaissance singulire du cœur humain devaient -avoir de tels individus et quelles expriences -curieuses ils devaient faire chaque jour! jamais tres -plus indignes ne s'taient pars de pouvoirs surnaturels -plus grands. Il rit, le monstre difforme, accroupi -<span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span> -au chevet de la cathdrale; il grimace hideusement -sur son pidestal arien. Et dans l'espace, -jusqu'aux nuages, montent les flches jour; les -aiguilles ciseles se dtachent en dentelle sur le ciel, -les saints font, sous le porche, leur prire ternelle, -les cloches envoient leurs voles dans l'air et les -mes sont saisies, comme d'un frisson, de ce tremblement -mystrieux que le sublime fait prouver. Il -rit: les cœurs se croyaient purifis; mais il a vu -leurs plaies hideuses, une main puissante les largira; -la bordure des toits touche aux nuages; mais -son regard plonge dans la lucarne, il voit une poutre -qui cde, les ais vermoulus qui craquent et tout un -peuple d'tres obscurs qui poursuivent lentement -dans les combles leur travail sculaire de dmolition: -il rit et grimace hideusement.</p> - -<p>Au fond de sa taverne le pardonneur est encore -assis. C'est Chaucer qui entre, c'est le chevalier, c'est -l'cuyer, c'est le frre, c'est l'hte, vieilles connaissances. -Nous sommes entre nous, on peut parler sans -crainte, la bire mousseuse rend les cœurs expansifs, -et voil les replis secrets de cette me tortueuse qui -se droulent la vue: c'est le rsum de toute une -vie qu'il nous donne, la thorie de son existence, la -clef de tous ses secrets. Qu'importe sa franchise? il -sait qu'elle ne peut pas lui nuire; vingt fois l'vque -a mis jour ses pratiques, et la foule s'est toujours -attroupe autour de lui. Et ses compagnons, qui -sait, ses compagnons plus clairs, qui il fait voir -les ressorts cachs de l'automate, qui sait si demain -<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span> -ils la croiront sans vie? leur mmoire, leur raison -le leur diront et leur cœur doutera encore. Si l'habitude -fait la moiti des croyances, la leur est enracine, -combien plus celle de la foule! Et le pardonneur -aussi, pensez-vous qu'il voie toujours clairement -ce qu'il est, croyez-vous que son scepticisme soit absolu? -lui pour qui rien n'est saint et dont l'existence -mme est une drision perptuelle des choses sacres, -il a aussi ses heures de crainte et de terreur, il -tremble devant cette puissance formidable qu'il a dit -tenir entre ses mains et dont il a fait un ridicule jouet; -lui ne l'a pas, mais d'autres la possdent, pense-t-il, -et il hsite: le monstre se regarde et il a peur.</p> - -<p>Elle tait facile diriger dans le sens du merveilleux, -la croyance populaire. Les rglements dfendent -de faire apparatre des larves ou des revenants dans -ces longues veilles qu'on passait autour des cadavres, -et on essaie de dsobir, on croit le faire. En prsence -de l'horrible il se produisait dans les cœurs une raction -trange, on sentait passer comme un vent de folie -qui prdisposait tout voir et tout croire, une -gaiet nerveuse et diabolique s'emparait des tres, et -les danses et les jeux lascifs s'organisaient. On dansait -dans les cimetires pendant ces nuits de deuil -qui prcdaient les ftes, et on dansait aussi pendant -la veille des morts. Le concile d'York en 1367 dfend -ces jeux coupables et ces folies et toutes ces coutumes -perverses... qui transforment une maison de -larmes et de prires en une maison de rire et -d'excs. Le concile de Londres en 1342 prohibait -<span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span> -de mme les coutumes superstitieuses qui font -ngliger la prire et tenir en pareil lieu des runions -illicites et indcentes<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor"> [211]</a>. La guild des plerins de -Ludlow permet ses membres d'aller aux veilles des -morts, pourvu qu'ils s'abstiennent de susciter des -apparitions et de tous jeux dshonntes<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor"> [212]</a>. Quant aux -sorcires de profession, elles allaient au bcher, -comme cela arriva, cette poque, Ptronille de -Meath, convaincue d'avoir fabriqu des poudres avec -des araignes et des vers noirs, pareils des scorpions, -en y mlant une certaine herbe appele mille-feuilles -et d'autres herbes et vers dtestables<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor"> [213]</a>. Elle -avait fait aussi de telles incantations que le visage -de certaines femmes semblait cornu comme des ttes -de chvres; aussi elle eut sa juste punition: on -la brla devant une multitude immense de peuple -avec tout le crmonial usit. Des faits pareils -peuvent seuls expliquer l'existence du pardonneur.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span> -Ajoutez que la recherche de la pierre philosophale -tait l'occupation constante de beaucoup de docteurs -redouts; tout le monde n'avait pas ce clair bon sens, -cette verve facile, cette souveraine bonne humeur -et aussi cet esprit pntrant qui permettent Chaucer -de nous dvoiler en riant les mystres de l'alchimiste. -Il secoue tous les alambics et toutes les cornues et -dans ces appareils aux formes bizarres, qui effraient -l'imagination, il nous fait voir non pas le lingot de -mtal pur nouvellement cr, mais le mlange prpar -d'avance par l'imposteur<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor"> [214]</a>. On attribuait aux -plantes et aux pierres des vertus surnaturelles; les -contemporains renchrissaient sur les inventions -antiques en les rajeunissant. Gower croit bien faire -en intercalant dans un pome d'amour tout ce qu'il -sait sur la constitution du monde et les vertus des -choses<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor"> [215]</a>; chez les vritables savants, la masse des -indications fabuleuses remplit des volumes. Barthlemi -de Glanville, dont l'ouvrage est une encyclopdie -des connaissances scientifiques au quatorzime -sicle, rappelle que le diamant dtruit l'effet du -venin et des incantations magiques et rend manifeste -la peur de quiconque en porte; la topaze empche -les morts subites, etc.<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor"> [216]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span> -Quand on songe tant de vaines croyances qui -embarrassaient les cerveaux d'alors, il est difficile de -ne pas se rappeler, et avec un grand sentiment de -plaisir, que dans un ge qui n'tait nullement exempt -de ces faiblesses, personne ne les a condamnes -avec plus d'loquence que notre Molire: Sans -parler du reste, jamais, dit-il, il n'a t en ma puissance -de concevoir comme on trouve crit dans le -ciel jusqu'aux plus petites particularits de la fortune -du moindre homme. Quel rapport, quel commerce, -quelle correspondance peut-il y avoir entre -nous et des globes loigns de notre terre d'une -distance si effroyable? et d'o cette belle science -enfin peut-elle tre venue aux hommes? Quel dieu -l'a rvle? ou quelle exprience l'a pu former de -l'observation de ce grand nombre d'astres qu'on n'a -pu voir encore deux fois dans la mme disposition?</p> - -<p>Peine et loquence perdues, il y aura toujours des -Timocls pour observer, d'un air sage: Je suis assez -incrdule pour quantit de choses, mais pour ce qui -est de l'astrologie, il n'y a rien de plus sr et de plus -constant que le succs des horoscopes qu'elle tire<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor"> [217]</a>.</p> - -<p>De mme s'vanouissaient en fume les temptes -que Chaucer, Langland et Wyclif suscitaient contre -les pardonneurs hypocrites de leur temps.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE V<br /> -<span class="small"><b>LES PLERINAGES ET LES PLERINS</b></span></h2> - -<div class="hanging indent"> -<p>Les plerinages pieux et les plerinages politiques.—Les corps des -rebelles supplicis par ordre du roi font des miracles.—La foule -se presse leurs tombeaux.—Indignation du roi.</p> - -<p>Lieux de plerinage en Angleterre.—Mlange des classes sociales -dans les bandes de plerins.—Les mdailles, les btons.—Le -retour, les histoires difiantes.—Le plerin de circonstance et -le plerin par profession.—Le faux plerin.</p> - -<p>Lieux de plerinage sur le continent (France, Espagne, Italie).—Les -passeports.—Indulgences attaches aux chsses des saints.—Manuel -des indulgences l'usage des plerins.—Comment les -plerins vivaient en route.—Les plerinages par procuration.</p> - -<p>Les plerinages en Palestine.—La dvotion, la curiosit et le got -des aventures.—Les troupes armes de plerins.—Les guides -du voyageur en Palestine.—Le guide attribu Mandeville et le -guide de William Wey.</p> -</div> -</div> - -<p>Malgr le talent des mdecins, des devins mme -et des sorciers, il y avait des maladies qui rsistaient -aux meilleurs remdes, et alors on promettait -d'aller en plerinage ou on s'y faisait porter -pour demander sa gurison. Les plerinages taient -incessants; on s'y rendait pour satisfaire un vœu -comme en cas de maladie, ou simplement en expiation -de ses pchs<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor"> [218]</a>. On allait prier saint Thomas de -<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span> -Cantorbry ou Notre-Dame de Walsingham. On allait -aussi au tombeau de l'goste comte de Lancastre<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor"> [219]</a> -dont la passion populaire avait fait un saint. La foule -se pressait, par esprit de contradiction, Pontefract -o le rebelle avait t dcapit, et les plerins devenaient -chaque jour plus nombreux, au grand scandale -de l'archevque d'York. Une lettre de ce prlat -montre l'inutilit des prohibitions; la pense du semblant -de perscution des croyants organise par un -archevque excite le zle et la dvotion; on imagine -plaire au martyr en se laissant martyriser un peu -soi-mme. Aussi, en attendant la canonisation, il se -forme prs de la tombe des assembles si nombreuses -et si tumultueuses qu'on y signale des homicides et -des blessures mortelles... et que des dangers plus -grands encore et sans doute fort imminents sont redouter<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor"> [220]</a>. -Cela se passait l'anne mme qui avait suivi -<span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span> -l'excution du comte; il est enjoint l'official d'empcher - tout prix ces runions et de les disperser, en -attendant que le pape prononce; mais les rassemblements -persistent et Henri de Lancastre crit en 1327 - l'archevque d'York pour le prier d'en rfrer au -souverain pontife et de tesmoigner la fame des miracles -que Dieu ouvre por nostre tres chere seigneur -et frre<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor"> [221]</a>. En 1338, un picier de Londres vend un -hanap de bois (mazer) orn d'une image de <i>saint -Thomas de Lancastre</i><a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor"> [222]</a>. Humphrey de Bohun, comte -de Hereford et d'Essex, mort en 1361, lgue de l'argent - des gens pieux qui feront divers plerinages pour son -compte, et il recommande notamment qu'on loue -un bon home et loial, charg d'aller Pountfreyt -et offrir illoeques la toumbe Thomas, jadys -counte de Lancastre, 40 s.<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor"> [223]</a> Faire du rebelle un -<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span> -saint tait le moyen le plus nergique de protester -contre le roi, et le peuple ne manquait gure cette -occasion lorsqu'il tait gouvern par certains rois. -Henri III, en 1266, est oblig de dfendre que Simon -de Montfort soit considr comme saint; or Simon -tait mort excommuni, ainsi que le reprsentaient -au roi les vques et barons auteurs des ptitions -comprises dans le <i>Dictum de Kenilworth</i><a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor"> [224]</a>; il avait -donc peu de chances d'tre canonis. Mais cela n'empchait -pas de composer en son honneur des hymnes -latines, en petits vers, comme pour un saint<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor"> [225]</a>.</p> - -<p>Le rebelle tait peine mort que le sentiment -populaire, souvent dfavorable au hros pendant sa -vie, ne reconnaissait plus en lui qu'un rvolt contre -l'ennemi commun, et par sympathie lui assignait sa -place au ciel. La rvolte active brusquement interrompue -par un supplice se perptuait ainsi l'tat -latent et tout le monde venait voir Dieu lui-mme -prendre le parti des opprims et proclamer l'injustice -du roi en faisant des miracles sur le tombeau du -condamn. Le souverain se dfendait comme il pouvait, -<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span> -il dispersait les attroupements et prohibait les -miracles. Ainsi douard II, en 1323, crit ses fidles -Jean de Stonore et Jean de Bousser<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor"> [226]</a>, prescrivant -une enqute qui sera suivie de mesures plus -graves. Il leur rappelle que, il y a peu de temps, -Henri de Montfort et Henri de Wylynton, ennemis du -roi et rebelles, sur l'avis de la cour royale, ont t -cartels et pendus Bristol, et il avait t dcid -que leurs corps, aussi longtemps qu'il en resterait -quelque chose, demeureraient attachs au gibet, -pour que d'autres s'abstinssent de crimes et de mfaits -pareils contre le roi. De ces restes sanglants et -mutils, par une protestation violente, le peuple a -fait des reliques et les entoure avec respect. Reginald -de Montford, Guillaume de Clyf, Guillaume Courtois -et Jean son frre et quelques autres, pour rendre le -roi odieux au peuple, ont organis sur les lieux o les -corps de ces ennemis et rebelles sont encore suspendus, -de faux miracles.</p> - -<p>Il fallait svir de tous les cts la fois; pendant -qu'on vnrait les cadavres des supplicis de Bristol, -la seule image de Thomas de Lancastre dans la cathdrale -de Londres attirait une foule de plerins et -faisait aussi des miracles. Cette mme anne 1323, -Edouard II crit avec une grande irritation l'vque:</p> - -<p>Il est venu nos oreilles (et cela nous est trs -dsagrable) que beaucoup de personnes appartenant -<span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span> -au peuple de Dieu confi votre garde, victimes -d'une duperie infernale, s'approchaient dans leur -folie d'un panneau plac dans votre glise de Saint-Paul -o se trouvent des statues ou des images peintes -et notamment celle de Thomas, jadis comte de -Lancastre, rebelle, notre ennemi. Sans aucune autorisation -de l'glise romaine, ces gens vnrent et -adorent cette image et affirment qu'il se fait l des -miracles: ce qui est un opprobre pour toute l'glise, -une honte pour nous et pour vous, un danger manifeste -pour les mes du peuple susdit et un exemple -dangereux<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor"> [227]</a>.</p> - -<p>L'vque le sait, continue le roi, et encourage en -secret ces pratiques, sans autre motif que de profiter -des offrandes, ce dont, ajoute douard II, nous -sommes affligs profondment. Suivent les prohibitions -habituelles.</p> - -<p>C'taient l des plerinages de circonstance. Il y en -avait d'autres que la rputation de saintet d'un mort, -et non son ancienne influence politique, mettaient -aussi en faveur pour quelque temps. Pendant des annes -on vint en foule visiter la tombe de Richard Rolle, -ermite d'Hampole, mort en 1349, sans attendre bien -entendu que ce solitaire eut t canonis, car il ne le -fut jamais. Parfois les couvents qui n'avaient ni reliques, -ni corps de saints illustres pour attirer les -<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span> -plerins, ni aubpine merveilleuse comme celle de -Glastonbury, faisaient fabriquer par un artiste pieux -une image digne d'attention; elle tait inaugure avec -solennit et on cherchait ensuite la mettre en renom -par tous les moyens permis. Thomas de Burton, -abb de Meaux, prs Beverley, raconte dans la chronique -qu'il rdigea lui-mme, la fin du quatorzime -sicle, des vnements intressant son riche monastre, -un fait de ce genre, des plus remarquables. -L'abb Hugues de Leven, un de ses prdcesseurs, -avait, dans la premire moiti du sicle, command -pour le chœur de la chapelle un nouveau crucifix. -Et l'artiste ne travaillait aucune partie belle et -importante de son ouvrage, si ce n'est les vendredis, -et en jenant au pain et l'eau. Et il avait sous les -yeux pendant tout le temps un homme nu, et il s'appliquait - donner son crucifix la beaut du modle. -Par le moyen de ce crucifix, le Tout-Puissant fit des -miracles manifestes, continuellement. On pensa alors -que si l'accs jusqu' ce crucifix tait permis aux -femmes, la dvotion commune en serait augmente -et de grands avantages en rsulteraient pour notre -monastre. Sur quoi l'abb de Cteaux, notre requte, -nous accorda la licence de laisser les hommes -et les femmes honntes approcher dudit crucifix: -pourvu toutefois que les femmes n'entrassent pas dans -le clotre, le dortoir et les autres parties du monastre.... -Mais, profitant de cette licence, pour notre -malheur, les femmes se sont mises venir en nombre - ce crucifix, bien qu'en elles la dvotion soit refroidie -<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span> -et qu'elles ne se prsentent que pour regarder l'glise. -Elles ne servent qu' augmenter notre dpense par -l'obligation o nous sommes de les recevoir.</p> - -<p>Cette plainte nave est intressante bien des points -de vue; elle montre sans dtours comment on s'y prenait -pour mettre en faveur tel ou tel sanctuaire auprs -des plerins: dans le cas prsent, l'effort tent -ne russit pas, les prodiges ne semblent pas avoir rpondu - l'attente et on ne vint plus que par curiosit -visiter l'glise du couvent. Au point de vue artistique, -le fait est plus important encore, car c'est l le plus -ancien exemple de sculpture d'aprs le modle vivant, -d'aprs le nu, qu'on ait en Angleterre, exemple -trs digne de remarque.</p> - -<p>Un autre essai du mme genre, pour populariser -une chapelle, avait t expriment dans l'glise paroissiale -de Foston (1313); mais l'archevque d'York, -William Grenefeld, s'tait scandalis d'un tel abus et -par une belle lettre pleine de sens, il avait mis fin -au grand concours de gens simples qui venaient -visiter une certaine image de la Sainte Vierge place -rcemment dans l'glise, comme si cette image avait -quelque chose de plus divin qu'aucune de ses pareilles.... -(Ap. 27.)</p> - -<p>Plerinages de circonstance part, en temps ordinaire, -chez les Anglais, on allait plutt Notre-Dame -de Walsingham, ou bien on louait des chevaux - Southwark, avec relai Rochester et on partait -pour Saint-Thomas de Cantorbry. Cette route -tant la grand'route du continent, un service rgulier -<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span> -de chevaux de louage avait t tabli sur son -parcours; on payait douze pence de Southwark -(Londres) Rochester, douze pence de Rochester -Cantorbry, six pence de Cantorbry Douvres. Les -chevaux taient marqus au fer rouge d'une manire -bien apparente pour que des voyageurs peu -scrupuleux ne fussent pas tents de quitter la route -et de s'approprier leurs montures<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor"> [228]</a>. Le sanctuaire de -Notre-Dame de Walsingham et celui de Saint-Thomas -avaient une rputation europenne<a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor"> [229]</a>; riches et -pauvres s'y prsentaient en foule; Chaucer, qui -nous montre tous les rangs de la socit confondus -pendant le cours d'un voyage saint, ne doit pas tre -tax d'invraisemblance. La grande majorit de ces -plerins taient sincres et de bonne foi: ils avaient -fait un vœu et venaient l'accomplir. Dans ces dispositions, -le chevalier, qui trouvait sur sa route un -plerin comme lui-mme, devait tre moins dispos -que jamais le traiter avec hauteur; du reste, si -<span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span> -les distances taient grandes de classe classe -cette poque, la familiarit l'tait plus encore. La -distance a bien diminu aujourd'hui et la familiarit -aussi, comme par compensation. Le seigneur se sentait -assez au-dessus des gens du peuple pour ne pas -craindre d'user avec eux, l'occasion, d'une sorte -d'intimit joviale; aujourd'hui que les supriorits -de rang ont moins d'importance, chacun se montre -plus attentif et prend garde de ne pas franchir une -limite qu'on ne voit presque plus.</p> - -<p>Arriv au but du voyage, on priait; on priait avec -ferveur, dans la posture la plus humble. Un moi -religieux remplissait l'me quand du fond de la majestueuse -alle des grands piliers de l'glise, dans le -demi-jour color des nefs, on devinait du cœur, sans -le bien voir encore des yeux, le mystrieux objet -qu'on tait venu vnrer de si loin, au prix de tant -de fatigues. Si l'homme pratique, accouru au galop -de son cheval pour marchander avec le saint la faveur -de Dieu, si l'missaire envoy pour faire offrande -au nom de son matre gardaient la paupire -sche et l'œil brillant, des larmes jaillissaient sur les -joues du pauvre et du simple d'esprit; il gotait pleinement -l'motion pieuse qu'il tait venu chercher, -la paix du ciel descendait dans son cœur et il s'en -allait consol.</p> - -<p>Les partisans de Wyclif, les non-croyants taient -le petit nombre; ils taient poursuivis svrement et -dans l'abjuration solennelle de leurs hrsies, laquelle -on les rduisait d'ordinaire, mention expresse -<span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span> -tait faite des saints plerinages. C'est ce que montre -le serment d'abjuration du lollard William Dynet de -Nottingham; il s'engage, le 1<sup>er</sup> dcembre 1395, devant -l'archevque d'York, de ce jour en avant, -vnrer les images, leur faire des prires et des -offrandes en l'honneur des saints qu'elles reprsentent, -et ne jamais plus mpriser les plerinages. -A la rforme seulement, le doute deviendra -gnral, et, du paysan au baron, tout le peuple s'assimilera -des raisonnements comme ceux de Latimer:</p> - -<p>Que pensez vous de ces images dont les unes ont -meilleure renomme que les autres, vers lesquelles -on se rend au prix de tant de peines et de fatigues -corporelles, qu'on frquente si grands frais, qu'on -recherche et visite avec une telle confiance? que -dites-vous de ces images si fameuses, si nobles, si -clbres, dont il y a en Angleterre une varit et un -nombre si grands? Pensez-vous que cette prfrence -de telle peinture telle autre, d'une image une -autre image soit, non pas un abus, mais la faon -dont il convient d'user des images? (Ap. 28.)</p> - -<p>En attendant, on prie dvotement. La prire acheve -chacun fait, en proportion de sa fortune, une offrande -au saint. Quand le roi, dans ses perptuelles -alles et venues, se dtournait pour visiter une chsse -vnre, il tait d'usage qu'il donnt sept shillings. -Les ordonnances d'douard II sur la tenue de sa -maison font mention expresse de la somme<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor"> [230]</a>. Ensuite -<span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span> -on achetait, comme aujourd'hui, des mdailles -en souvenir du lieu. Seulement elles taient en tain -ou en plomb et jour, un peu comme celles de -Sainte-Anne d'Auray en Bretagne, mais plus grosses. -A Cantorbry, elles reprsentaient saint Thomas; -Saint-Jacques, des coquilles; Amiens, la tte de -saint Jean-Baptiste; Rome, le saint suaire qu'on -appelait <i>Vernicle</i><a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor"> [231]</a>. On portait ces souvenirs, dont -les collections d'antiquits renferment encore des -spcimens, bien apparents, cousus sur sa poitrine -ou son chapeau. Le chapeau du roi Louis XI en -tait toujours garni; on sait jusqu'o ce prince -poussait la vnration pour les reliques, les mdailles -et les images: Et vritablement, crit son -contemporain, Claude de Seyssel, sa dvotion sembloit -plus supersticieuse que religieuse. Car en -quelque ymage ou glise de Dieu et des sainctz et -mesmement de nostre dame qu'il entendist que le -peuple eust dvotion ouquel se fist quelque miracle, -il y alloit faire ses offrandes ou y envoyoit -homme exprs. Il avoit au surplus son chapeau tout -plain d'ymages la plus part de plomb ou d'estain, lesquelles - tous propos quant il lui venoit quelques -<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span> -nouvelles bonnes ou mauvaises ou que sa fantaisie -lui prenoit, il baisoit, se ruant genoulx quelque -part qu'il se trouvast si soubdainement quelque fois -qu'il sembloit plus bless d'entendement que sage -homme<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor"> [232]</a>.</p> - -<p>De mme que le roi Louis XI, les plerins de profession -portaient en grand nombre des images et des -mdailles sur leurs habits. Car, ct du plerin de -circonstance qui venait faire offrande telle ou telle -chsse en accomplissement d'un vœu et retournait -ensuite reprendre le cours de sa vie ordinaire, il y -avait le plerin par tat, le <i>palmer</i> ou paumier, dont -l'existence entire se passait voyager d'un sanctuaire - l'autre, toujours en route et toujours mendiant. -Le frre, le pardonneur et le <i>palmer</i> sont les -trois types les plus curieux de la race religieuse nomade, -parce qu'ils n'ont gure d'quivalent de nos -jours. Tous n'avaient pas une vie galement errante: -le <i>palmer</i>, qui changeait constamment de pays, -dpassait les autres sur ce point. Comme le pardonneur, -il avait une grande exprience des choses et des -hommes; il avait beaucoup vu, mais ce qu'il avait -retenu se mlait une foule d'imaginations nes de -son cerveau. Lui aussi avait difier la multitude -qui il tendait la main, et les belles histoires dont il -tait le hros ne devaient pas lui manquer, sous -peine de mourir de faim; c'tait son gagne-pain; -<span class="pagenum"><a id="Page_218"> 218</a></span> -force de rpter ses contes il finissait par y croire -demi, puis tout fait, et sa voix prenait ds lors cet -accent de vrit qui peut seul faire natre dans l'auditoire -la conviction. Du reste il venait de si loin qu'il -avait pu voir bien des merveilles: autour de nous, -pensait-on, la vie coule sans prodiges et presque -sans accidents dans sa plate monotonie; mais on sait -que dans les pays lointains il en est tout diffremment<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor"> [233]</a>. -Et la meilleure preuve est que nul de ceux -qui ont entrepris le voyage ne dclare avoir t du, -bien au contraire; au surplus, le plaisir de les croire -est assez innocent et nous aurions tort de nous le -refuser.</p> - -<p>Ainsi raisonnait machinalement la foule qui coutait -et riait quelquefois, mais le plus souvent se recueillait -et demeurait attentive. Le plerin tait assez -respect pour vivre, et il avait soin, par le rcit de -ses misres, de se rendre plus vnrable encore; les -mdailles de plomb cousues ses habits en grand -<span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span> -nombre parlaient haut en sa faveur, et l'on recevait -bien un homme qui avait pass par Rome et par -Jrusalem et pouvait donner des nouvelles des adorateurs -de Mahomet. Il avait un sac suspendu -au ct pour les provisions, et un bton la main; -au sommet du bton, une pice de mtal avec une -inscription approprie, comme par exemple la -devise d'un anneau de bronze trouv Hitchin, une -croix et ces mots: Hc in tute dirigat iter; -qu'elle te conduise et te protge dans ta route.<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor"> [234]</a></p> - -<p>Mais, comme nous l'avons remarqu, la race errante -tout entire tait mal vue des officiers du roi; -ces alles et ces venues inquitaient le shriff. Nous -savons que les ouvriers las de leur matre le quittaient -sous prtexte de plerinages lointains et dposaient -sans scrupule le bton voyageur la porte d'un -nouveau matre qui les payait mieux. Les faux plerins -n'taient pas plus rares que les faux pardonneurs -et les faux ermites; aussi sont-ils condamns -au repos, sous peine de prison, par les mmes statuts -que les mendiants et les ouvriers errants. Il leur -faudra dsormais, comme ceux-ci, ordonne Richard -<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span> -en 1388<a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor"> [235]</a>, des lettres de passe avec le sceau spcial -confi certains prud'hommes. Sans cela, qu'on les -arrte, moins qu'ils ne soient infirmes et incapables -de travail, car il est vident alors qu'ils ne -vont pas Walsingham par amour du vagabondage -et que leur voyage a un but srieux: Et qe de toutz -ceux q'aillent en pilrinage, come mendinantz et sont -puissant de travailler, soit fait come les ditz servantz -et laborers s'ils n'eient lettres testimoniales de lor pilrinage -desouz les sealx avantditz. Mme svrit -quand il s'agit de passer la mer; il faudra se munir -de passeports en rgle, et la prescription comprend -toutes manres des gentz, si bien clercs come -autres, sous peine de confiscation de tous les biens. -Les rserves faites par le roi montrent que c'est la -race nomade seule qu'il en veut, car il y a dispense -pour les seignurs et autres grants persones del -roialme, pour les verrois et notables marchantz -et enfin pour les soldeours le roi.</p> - -<p>Ce passeport ou licence, cet especial congi -le roi ne se dlivre qu' certains ports fixs, qui -sont: Londres, Sandwich, Douvres, Southampton, -Plymouth, Dartmouth, Bristol, Yarmouth, Saint-Botolph, -Kingston-upon-Hull, Newcastle-upon-Tyne et -les ports du rivage en face de l'Irlande. Des peines -trs svres sont prescrites pour tous gardiens de -ports, inspecteurs, capitaines de navires, etc., qui se -montreraient ngligents ou, plus forte raison, favorables -<span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span> -aux nomades. L'anne suivante, 1389, le roi -ne permet plus aux plerins qui vont sur le continent -de s'embarquer autre part qu' Douvres et -Plymouth. Pour prendre la mer ailleurs, il leur faudra -avoir un especial congi du roi mesmes<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor"> [236]</a>.</p> - -<p>Mais l'attrait des plerinages lointains tait grand: -avec ou sans lettres on passait la Manche; on arrivait - Calais et on s'arrtait quelque temps dans une -maison-Dieu qui y avait t construite et que les -mes pieuses avaient dote de revenus pur sustentation -des pilrines et autres poverez gentz repairantz -au dite ville, pur eux reposer et refresher<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor"> [237]</a>. On repartait, -on se rendait Boulogne pour implorer une -vierge miraculeuse dont une main subsiste encore, -enferme dans un reliquaire. La statue elle-mme fut -jete dans un puits par les protestants en 1567; replace -sur l'autel en 1630, elle en fut arrache de -nouveau la rvolution et brle; mais un fidle -sauva la main que l'glise de Notre-Dame conserve -aujourd'hui. La commre voyageuse de Chaucer, entre -autres plerinages, avait fait celui de Boulogne<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor"> [238]</a>. On -allait encore Amiens vnrer une tte de saint Jean-Baptiste<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor"> [239]</a>; - Rocamadour, prier une madone clbre; -<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span> -en Espagne, saint Jacques. Quelquefois on se rendait -directement par mer, de Sandwich, de Bristol o -d'un autre port, jusqu'en Espagne. A en juger par la -complainte d'un plerin qui nous est parvenue, on -ne pouvait pas s'attendre un grand confort sur les -bateaux: Il ne faut pas penser rire,—quand on -va par mer Saint Jacques crit ce plerin; on a le -mal de mer; on est bouscul par les marins, sous -prtexte qu'on gne la manœuvre; les remarques -railleuses des hommes de mer sont pnibles entendre: -Certains, je pense, vont tousser et geindre—avant -minuit observe le capitaine, et s'adressant -au cuisinier: Cuisinier, sers notre dner;—quant -aux plerins, ils n'ont pas envie de manger! Les -pauvres passagers s'ennuyent beaucoup: ils essayent -de lire un livre sur leurs genoux, mais la longue -ils voient trouble, grce aux mouvements du bateau. -Les malades rclament du malvoisie chaud pour se -rconforter. Ah! ma tte se fend, crie l'un d'eux, -et voici justement un matelot factieux qui vient -hurler leurs oreilles: Courage, dans un instant -nous serons en pleine tempte! Bref, ils taient -bien malheureux et comme le narrateur le disait -au dbut, ils n'avaient gure envie de rire. (Ap. 29).</p> - -<p>Partout dans les sanctuaires vnrs, des ex-voto -taient suspendus; si, en frappant avec des incantations -appropries une statuette de cire, on pouvait -vous faire grand mal, en plaant votre image dans -la chapelle d'un saint, on pouvait vous faire gagner -de grandes faveurs et particulirement vous gurir -<span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span> -en cas de maladie<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor"> [240]</a>. A Rocamadour<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor"> [241]</a> on voyait des -tresses de cheveux de femmes: c'taient, raconte le -chevalier de la Tour Landry, celles de dames et de -demoiselles qui s'estoient laves en vin et en autres -choses que pures lessives, et pour ce, elles ne peurent -entrer en l'esglise jusques tant que elles eurent -fait copper leurs tresses qui encore y sont<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor"> [242]</a>. Mais ce -qui attirait beaucoup aussi, c'taient les indulgences.</p> - -<p>Elles taient considrables, et l'imagination populaire -en augmentait encore l'tendue. Le plerin qui -revenait de Rome et regagnait son foyer en exagrait -le nombre aussi volontiers que celui des merveilles -qu'il avait vues ou cru voir. Un plerin de cette sorte -a laiss dans un court pome ses impressions de -voyage; c'tait un Anglais du quatorzime sicle qui -revenait d'Italie bloui par ses souvenirs. Sa verve -n'est pas trs potique, mais il faut tenir compte de -son intention qui est seulement de runir des chiffres -exacts: aussi, sans s'attarder des descriptions pittoresques, -il ne nous donne que des renseignements -prcis. Sa forte dvotion troite ne lui a fait voir -autre chose que des corps de martyrs par milliers et -il les numre avec persvrance. Par milliers aussi -se comptent les annes d'indulgences qu'il fait miroiter -comme un appt aux yeux de ses compatriotes. -<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span> -Mais avant tout il faut qu'il donne un abrg -de l'histoire de Rome: c'est une cit dans laquelle -vint d'abord s'tablir la duchesse de Troie avec ses -deux fils, Romulus et Romulon, qui depuis fondrent -la ville. La duchesse semble donc avoir choisi pour -s'y fixer une ville qui n'existait pas encore, inadvertance -qu'il faut pardonner au narrateur. Les -habitants taient paens au dbut, mais Pierre et -Paul les rachetrent, non prix d'or ou d'argent -ou de biens terrestres, mais par leur chair et par -leur sang.</p> - -<p>L'numration des glises commence aussitt et, -pour chacune d'elles, nous apprenons invariablement -la quantit de reliques qu'elle renferme et d'indulgences -qui y sont attaches. Les bienfaits sont proportionns -aux mrites: ainsi, quand on voit le <i>vernicle</i>, -c'est--dire le saint suaire qui a reu l'image -du Sauveur, on gagne trois mille ans d'indulgences -si on est de Rome, neuf mille si on vient du pays -voisin; mais toi qui viens de par del la mer, -douze mille annes te sont rserves. Quand on -entre SS. Vitus et Modestus, le tiers de vos pchs -vous sont remis. On allume une chandelle et on descend -dans les catacombes<a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor"> [243]</a>:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_225"> 225</a></span> -Il faut que tu prennes une chandelle allume,—sans -quoi tu seras dans les tnbres comme si c'tait -nuit.—Car sous la terre il faut descendre;—tu ne -vois plus clair ni devant ni derrire.—C'est l -que maintes gens s'enfuirent,—en pril de mort, -pour se sauver,—et ils ont souffert des peines dures -et cruelles—afin de demeurer jamais aux cieux.</p> - -<p>Les corps des martyrs sont innombrables; il y en -a quatre mille Sainte-Prudence, treize cents -Sainte-Praxde, sept mille SS. Vitus et Modestus. De -temps en temps un nom fameux fait donner un aperu -historique, tel que le rcit de la fondation de Rome -ou la vie abrge de Constantin:</p> - -<p class="quote">In Mahoun was al his thouht.</p> - -<p>Il n'avait que Mahomet en tte. Paen et -lpreux, Constantin est converti et guri par le -pape Silvestre. L'glise Sainte-Marie-la-Ronde portait -jadis un autre nom: Agrippa la fit construire—en -l'honneur de Sybile et de Neptune—.... il -l'appela Panthon. Il y plaa tout en haut une -idole magnifique, en or, d'une forme particulire: -Elle avait la tournure d'un chat,—il l'appelait -Neptune<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor"> [244]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span> -Mais le pape Boniface pria l'empereur Julien de lui -donner le Panthon, quoi ce prince consentit, et -le 1<sup>er</sup> novembre d'une certaine anne, le souverain -pontife consacra l'difice et le baptisa Sainte-Marie-la-Ronde. -Quant aux reliques, il n'y a pas un objet -mentionn par l'vangile qui n'ait t retrouv et -qu'on ne puisse vnrer Rome<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor"> [245]</a>. Ainsi on y voit -la table de la Cne, la verge d'Aaron, des fragments -des pains et des poissons multiplis, du foin de la -crche, un lange de l'Enfant Jsus et plusieurs autres -objets, dont l'un au moins est bien trange. Quelques-unes -de ces reliques sont encore dans les mmes -glises, par exemple le portrait de la Vierge par saint -Luc, Santa Maria Maggiore<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor"> [246]</a>, Seinte Marie the -Maiour: ce n'est pas, au reste, d'aprs le plerin, -une peinture que saint Luc lui-mme ait faite; il -allait l'excuter et avait mme prpar toutes ses -couleurs, quand il trouva subitement devant lui le -portrait achev de la main des anges. (Ap. 29.)</p> - -<p>C'est ainsi que le voyageur racontait ses souvenirs, -et ce petit pome est un raccourci des discours qu'il -tenait ses compatriotes. L'envie de partir leur -tour leur venait aussi, et ceux qui restaient au village -<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span> -s'associaient de cœur l'œuvre du plerin, et -aussi de fait en lui donnant un secours. Sur sa -route il tait trait de mme par les personnes -pieuses, et c'est grce ces coutumes que de pauvres -gens pouvaient accomplir des plerinages lointains. -Les rglements de beaucoup de guilds prvoyaient le -cas o un membre de la confrrie partirait ainsi -pour remplir un vœu. Afin de prendre part ses mrites, -tous les frres et sœurs l'accompagnaient -hors de la ville et, lui faisant leurs adieux, lui remettaient -quelque argent; ils regardaient leur ami -s'loigner de son pas mesur, commenant un voyage -qui devait se prolonger pendant des mois travers -maint pays, quelquefois pendant des annes. On retournait -vers la ville, et les plus gs qui connaissaient -le monde disaient sans doute quelles tranges -choses leur compagnon verrait sur ces terres lointaines -et quels sujets de continuelle dification il -rencontrerait sur sa route.</p> - -<p>La guild de la Rsurrection de Lincoln, fonde -en 1374, a pour rgle: Si quelque frre ou sœur -dsire faire un plerinage Rome, Saint-Jacques -de Galice ou en Terre Sainte, il en avertira la guild, -et tous les frres et sœurs l'accompagneront aux -portes de la ville et chacun lui donnera un demi-penny -au moins. Mme rglement dans la guild -des foulons de Lincoln, fonde en 1297; on accompagne -le plerin qui va Rome jusqu' Queen's Cross, -hors de la ville, s'il part un dimanche ou un jour de -fte; et s'il peut annoncer d'avance son retour et -<span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span> -qu'il ait lieu aussi un jour o on ne travaille pas, on -se rend sa rencontre au mme endroit et on l'accompagne -au monastre. De mme aussi les tailleurs -donnent un demi-penny celui d'entre eux qui va -Rome ou Saint-Jacques, et un penny celui qui va -en Terre Sainte. Les rglements de la guild de la -Vierge, fonde Hull en 1357, portent: Si quelque -frre ou sœur de la guild se propose par aventure -de faire un plerinage en Terre Sainte, alors, afin -que la guild ait part au profit de son plerinage, il -sera dispens de toute sa contribution annuelle jusqu' -son retour.<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor"> [247]</a></p> - -<p>Il y avait aussi des guilds qui tenaient maison -ouverte pour recevoir les plerins, toujours dans le -mme but de s'associer par une bonne œuvre celle -du voyageur. Ainsi la guild marchande de Coventry, -fonde en 1340, entretient un comune herbegerie -de tresze lites, pour recevoir les pauvres voyageurs -qui traversent le pays allant en plerinage ou pour -tout autre motif pieux. Cette htellerie est dirige par -un homme, assist par une femme qui lave les pieds -des voyageurs et prend soin d'eux. La dpense annuelle -pour cette fondation est de 10 livres sterling.</p> - -<p>Quand un des serviteurs du roi avait un plerinage - faire, le prince, tenant compte du motif, l'autorisait -volontiers partir, et mme l'aidait de quelque -argent. douard III donne Guillaume Clerk, un de -ses messagers, une livre six shillings et huit pence -<span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span> -pour l'aider dans sa dpense durant le plerinage -qu'il entreprend Jrusalem et au mont Sina<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor"> [248]</a>.</p> - -<p>Cependant, ainsi qu'on l'a pu voir, le quatorzime -sicle n'est pas un ge de dvotion srieuse et -relle. Les papes habitent Avignon; leur prestige dcline -et, en Angleterre en particulier, les prlats -mmes montrent parfois bien peu de respect pour la -cour romaine. On ne trouvera nulle part, mme chez -Wyclif, des accusations plus violentes ni des anecdotes -plus scandaleuses que dans la chronique rdige -par l'abb Thomas de Burton<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor"> [249]</a>. Sa faon de -parler des indulgences est aussi trs libre. Par faveur -spciale pour les fidles qui mouraient pendant un -plerinage Rome, Clment VI ordonna aux anges -du paradis, crit l'abb, d'amener leurs mes droit -aux portes du ciel, sans les faire passer par le purgatoire<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor"> [250]</a>. -Le mme pape accorda, ce que le plerin -de tout l'heure semble avoir ignor, ceux qui -verraient le saint suaire de revenir leur tat -d'avant le baptme. Enfin il confirma toutes les -indulgences accordes par deux cents souverains -pontifes ses prdcesseurs, et elles sont innombrables.</p> - -<p>A l'poque o les chroniqueurs monastiques inscrivaient -sans scrupule dans leurs livres des anecdotes -<span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span> -sur la cour romaine semblables celles de Thomas -de Burton, la dvotion gnrale n'tait pas seulement -amoindrie, elle tait dsorganise, affole. Les chroniques -montrent en effet que les excs d'impit se -heurtaient aux excs de ferveur, et c'est ainsi par -exemple que le faux pardonneur, marchand au dtail -des mrites des saints, rencontrait sur la grand'route -le flagellant ensanglant<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor"> [251]</a>. La papaut a beau -montrer un grand bon sens par les condamnations -qu'elle lance contre les uns et contre les autres<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor"> [252]</a>, ses -arrts ne suffisent pas rtablir l'quilibre des esprits, -et les limites de la raison continuent tre -perptuellement dpasses; dans la pit ardente, -comme dans la rvolte impie, on va jusqu' la folie. -On a peine lire le rcit des sacrilges obscnes -commis dans la cathdrale d'York par des partisans -de l'vque de Durham, et cependant les faits sont -rels et c'est l'archevque lui-mme qui les rapporte<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor"> [253]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span> -La foi disparat ou se transforme; on devient la -fois sceptique et intolrant: il ne s'agit pas du scepticisme -moderne d'une srnit froide et inbranlable; -c'est un mouvement violent de tout l'tre, qui -se sent pris d'envie de brler ce qu'il adore; mais -l'homme est incertain dans son doute, et son clat -de rire l'tourdit; il a pass comme par une orgie -et, quand viendra la lumire blanche du matin, il y -aura pour lui des accs de dsespoir, un dchirement -profond avec des larmes et peut-tre un vœu -de plerinage et une conversion clatante. Walsingham -voit une des causes de la rvolte des paysans -dans l'incrdulit des barons: Quelques-uns -d'entre eux croyaient, dit-on, qu'il n'y a pas de Dieu, -niaient le sacrement de l'autel et la rsurrection -aprs la mort, et pensaient que telle la fin de la bte -de somme, telle la fin de l'homme lui-mme<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor"> [254]</a>.</p> - -<p>Mais cette incrdulit n'tait pas dfinitive et -n'empchait pas les pratiques superstitieuses. On ne -savait pas aller <i>droite voie</i>: au lieu de s'ouvrir la -porte du ciel de ses propres mains, on imagine de -se la faire ouvrir de la main des autres; de mme -qu'on fait labourer ses terres par ses tenanciers, on -se fait gagner le paradis par le monastre voisin; les -<span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span> -biens ternels sont tombs dans le commerce avec -les lettres de fraternit des frres mendiants et les -indulgences menteuses des pardonneurs. On vit son -aise et on se tranquillise en inscrivant des donations -pieuses dans son testament, comme si on pouvait, -selon les paroles d'un de nos compatriotes du temps -de la Renaissance, corrumpre et gaigner par dons -Dieu et les sainctz, que nous devons placquer par -bonnes œuvres et par amendement de noz pechez<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor"> [255]</a>. -C'est une lecture trs instructive que celle des actes -de dernire volont des riches seigneurs du quatorzime -sicle. Les legs pour des motifs de dvotion -remplissent des pages; on donne toutes les chsses, - tous les couvents, toutes les chapelles, tous les -ermites; et on parvient, en payant, faire des plerinages -aprs sa mort, par procuration. Ce mme -Humphrey de Bohun, qui envoyait un bon home et -loial la tombe de Thomas de Lancastre, ordonne -aussi qu'aprs son dcs on fasse partir un prtre -pour Jrusalem, principalement, dit-il, pur ma -dame ma miere, et pur mon seignour mon piere... -et pur nous, avec obligation de dire des messes, -pendant son voyage, toutes les chapelles o il -pourra<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor"> [256]</a>.</p> - -<p>Quant la croisade, on en parlait toujours et -<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span> -mme plus que jamais, seulement on ne la faisait -pas. Au milieu de leurs guerres, les rois se reprochaient -l'un l'autre d'tre le seul empchement au -dpart des chrtiens; toujours il y avait un incident -utile qui les retenait. Philippe de Valois et douard III -protestent que sans leur adversaire ils iraient combattre -le Sarrasin. C'est par la faute de l'Anglais, -crit Philippe, que a est empch le saint voyage -d'oultre mer<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor"> [257]</a>; c'est le fait du roi de France, -dclare de son ct douard III dans un manifeste -solennel, qui l'a dtourn du sancto passagio transmarino<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor"> [258]</a>. -Sans doute le temps de saint Louis n'est -pas si loign qu'on ait pu dj perdre le sens de ce -grand devoir, la guerre contre l'infidle, et l'on pense -toujours que, si c'est quelque chose de se mettre -en route pour Saint-Jacques ou Notre-Dame, le vrai -chemin du ciel est celui de Jrusalem. Et cependant, -sur ce point encore, nous voyons se faire jour quelques-unes -de ces ides qui semblent inspires par les -vues pratiques de l'ge moderne et qui, au quatorzime -sicle, ne sont pas rares. Nous crasons l'infidle; -pourquoi ne pas le convertir? N'est-ce pas plus -sage, plus raisonnable et mme plus conforme la -religion du Christ? Les aptres qu'il nous a envoys, - nous Gentils, taient-ils couverts d'armures et -pourvus d'pes? Des rflexions pareilles n'taient -pas seulement faites par des rformateurs comme -<span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span> -Wyclif et Langland<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor"> [259]</a>, mais par des gens d'un esprit -habituellement calme et d'une grande pit comme -Gower:</p> - -<p>Ils nous prchent de combattre et de massacrer—ceux -qu'ils devraient, selon l'vangile,—convertir - la foi du Christ.—Mais je m'merveille grandement—de -ce qu'ils me prchent le voyage:—si -je tue un Sarrasin,—je tue son me avec son -corps.—et ce n'est pas ce que le Christ a jamais -voulu<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor"> [260]</a>.</p> - -<p>Seulement on trouve convenable de parler croisades, -et quelques-uns comptent encore qu'on en fera. -Ainsi lisabeth de Burgh, lady Clare, dsire que cinq -hommes d'armes se battent en son nom au cas o, -dans les sept ans qui suivront sa mort<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor"> [261]</a>, il y aurait -comune viage. Le mrite de leurs travaux lui -sera appliqu et ils recevront cent marcs chacun. -Mais le commun voyage restait toujours en projet, et -<span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span> -les seules expditions mises sur pied taient des -entreprises particulires. Dans ce cas l'enthousiasme -religieux n'tait pas le seul mobile; les instincts -chevaleresques et remuants qui remplissent ce sicle -de combats faisaient la moiti de la dvotion qui -poussait ces petites troupes partir. Il en venait -bon nombre d'Angleterre; les Anglais, dj cette -poque et mme auparavant, taient comme aujourd'hui -de grands voyageurs. On les rencontrait partout -et, comme aujourd'hui encore, leur connaissance -du franais leur servait un peu dans tous les -pays sur le continent. C'tait, comme nous le rappelle -Mandeville, la langue de la haute classe<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor"> [262]</a>; c'tait aussi -celle que parlait en Orient l'Europen, le <i>Franc</i>. Trevisa, -en constatant que les Anglais oublient cette -langue, le dplore<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor"> [263]</a>: comment feront-ils s'ils vont - l'tranger? That is harme for hem and they -schulle passe the see and trauaille in straunge landes -and in many other places. Cependant, si les -Anglais ne savaient plus couramment le franais, -ils se rendaient compte de l'utilit de notre langue -et ils tchaient d'en acqurir quelques notions avant -de se mettre en route. Ils se faisaient composer, par des -<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span> -gens comptents, des manuels de conversation, pour -apprendre parler, bien soner, et droit escrire -doulz franois, qu'est la plus bel et la plus -gracious langage et plus noble parler, aprs latin -d'escole, qui soit ou monde, et de tous gens mieulx -prise et ame que nul autre; quar Dieux le fist si -doulce et amiable principalement l'oneur et loenge -de luy-mesmes. Et pour ce il peut bien comparer au -parler des angels du ciel, pour la grant doulceur -et biaulte d'icel<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor"> [264]</a>. Les Anglais allaient beaucoup -l'tranger; tous les auteurs qui font leur portrait -constatent chez eux des gots remuants et un -grand amour pour les voyages lointains; aussi leur -donnent-ils pour plante la lune. D'aprs Gower, c'est - cause d'elle qu'ils visitent tant de pays loigns<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor"> [265]</a>. -Wyclif les place sous le patronage du mme astre, -mais en tire des consquences diffrentes<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor"> [266]</a>, et -<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span> -Ranulph Higden, le chroniqueur, s'exprime en ces -termes, qui semblent prophtiques, tant ils se sont -trouvs exacts: Cette race anglaise sillonne tous -les pays et russit mieux encore dans les terres -lointaines que sur la sienne propre.... C'est pourquoi -elle se rpand au loin travers le monde, -considrant comme sa patrie tout sol qu'elle -habite. C'est une race habile dans les industries de -toute espce. Il dit aussi que les Anglais de son -temps aimaient la table plus qu'aucun autre peuple -et dpensaient beaucoup en nourriture et en habits<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor"> [267]</a>. -Mais le point important ici est ce got des voyages -qui tait si marqu. Leurs petites troupes destination -de la Terre Sainte allaient saluer au passage -le roi chrtien de Chypre et s'aventuraient ensuite -dans l'Asie Mineure.</p> - -<p>On ne quittait pas l'Angleterre pour une si lointaine -expdition sans s'tre muni de lettres de son -souverain, qui pouvaient vous servir de passeport et -de recommandation au besoin. La teneur de ces -pices tait peu prs pareille celle de la lettre -suivante, accorde par douard III en 1354: .... Sachez -tous que le noble Jean Meyngre, chevalier, dit -Bussigaud<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor"> [268]</a>, notre prisonnier, doit se rendre avec -douze chevaliers Saint-Jacques et de l marcher -<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span> -contre les ennemis du Christ en Terre Sainte, et qu'il -part avec notre agrment; que pour cela nous l'avons -pris, lui et ses douze compagnons, leurs domestiques, -chevaux, etc., sous notre protection et sauf-conduit<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor"> [269]</a>. -On tait bien reu du roi de Chypre et on -l'aidait dans ses difficults qui taient nombreuses. -Le roi se montrait charm de ces visites et exprimait -quelquefois son plaisir dans des lettres o -perce une joie trs vive. Il crivait ainsi de Nicosie, -en 1393, Richard II, et lui disait qu'un chevalier -n'a pas besoin de recommandation personnelle auprs -de lui pour tre le bienvenu dans l'le: tous -les sujets du roi d'Angleterre sont pour lui autant -d'amis; il est heureux de la prsence d'Henri Percy, -qui lui sera trs utile<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor"> [270]</a>.</p> - -<p>A l'ide du plerinage on associait pour une large -part celle des aventures qu'on allait avoir sur les lieux -et tout du long de la route; au besoin on les faisait -natre, et le but religieux disparaissait alors dans la -<span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span> -foule des accidents profanes. Ainsi en 1402, de Werchin, -snchal de Hainaut, publie son projet de plerinage - Saint-Jacques d'Espagne et son intention -d'accepter le combat armes courtoises contre tout -chevalier qui ne le dtournera pas de sa route de plus -de vingt lieues. Il indique son itinraire d'avance, afin -qu'tant averti on se prpare<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor"> [271]</a>.</p> - -<p>C'est un peu avec des ides semblables qu'tait -parti pour l'Orient, dans la premire moiti du quatorzime -sicle, le fameux Jean de Mandeville ou -le voyageur, quel que soit son vritable nom qui nous -a laiss les rcits attribus ce chevalier<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor"> [272]</a>. Cet amusant -crivain tait all en Palestine moiti pour se -sanctifier, moiti pour connatre le monde et ses -trangets et pouvoir en parler, car beaucoup de gens, -dit-il, se plaisent fort entendre dcrire les merveilles -de pays divers. S'il publie ses impressions, c'est d'abord -parce que foule de personnes aiment les rcits de la -Terre Sainte et y trouvent grande consolation et confort, -et c'est aussi pour faire un <i>guide</i>, afin que -les petites caravanes dans le genre de la sienne et -de celle de Boucicaut profitent de son exprience. -<span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span> -Il n'apporte certes pas dans son ouvrage la prcision -des livres modernes, mais il ne faut pas croire -que ses ides sur la route suivre soient si draisonnables. -Ainsi, pour aler droite voie d'Angleterre -en Palestine, il conseille l'itinraire suivant: -France, Bourgogne, Lombardie, Venise, Famagouste -en Chypre, Jaffa, Jrusalem. Outre le rcit d'un voyage -en Palestine qu'il semble avoir rellement accompli, -il donne la description d'une foule de pays peupls -par des monstres imaginaires. Cette partie fantastique -de son ouvrage n'en diminua pas le succs, -bien au contraire, mais moins confiants que nos -pres nous n'acceptons plus de bonne grce aujourd'hui -le rcit de tant de prodiges et nous jugeons -mme insuffisante pour garantie de la bonne foi -de l'auteur l'excuse qu'il nous donne. Chose de -longe temps pass par le vewe tournet en obli et -memorie de homme ne poet mie tout tenir et comprehendre<a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor"> [273]</a>.</p> - -<p>Beaucoup de livres vinrent aprs le sien, plus dtaills -encore et plus pratiques. Tandis que le renouvellement -des croisades paraissait de moins en moins -probable, le nombre des plerinages individuels allait -croissant. La parole du prtre, qui ne pouvait plus arracher -du sol des nations entires, en dtachait seulement -par places de petits groupes d'hommes pieux -ou de coureurs d'aventures qui allaient visiter les lieux -saints la faveur de l'esprit tolrant du Sarrasin. La -<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span> -plupart en effet ne partaient plus pour combattre -l'infidle, mais pour lui demander permission de voir -Jrusalem. On trouve, au quinzime sicle, tout un -service de transports organis Venise l'usage des -plerins; il y a des prix faits d'avance; on revend au -retour sa couchette et ses matelas<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor"> [274]</a>; bref, une foule -d'usages se sont tablis qui montrent la frquence -de l'intercourse. Pour tous ces dtails, l'Anglais en -partance n'avait qu' consulter l'excellent manuel -de son compatriote William Wey<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor"> [275]</a>, le meilleur qu'il -y et au quinzime sicle dans aucun pays, et le plus -pratique.</p> - -<p>William Wey a dj pour le voyageur toutes les -attentions auxquelles nous sommes aujourd'hui -accoutums; il compose des mnmotechnies de -noms apprendre<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor"> [276]</a>, un vocabulaire des mots grecs -qu'il importe de savoir et il donne retenir les -mmes questions toutes faites que nos manuels -<span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span> -rptent encore dans une langue moins mlange:</p> - -<table id="voca" summary="contents"> -<tr> -<td>Good morrow.</td> -<td>— <i>Calomare.</i></td> -</tr> -<tr> -<td>Welcome.</td> -<td>— <i>Calosertys.</i></td> -</tr> -<tr> -<td>Tel me the way.</td> -<td>— <i>Dixiximo strata.</i></td> -</tr> -<tr> -<td>Gyff me that.</td> -<td>— <i>Doys me tutt.</i></td> -</tr> -<tr> -<td>Woman haue ye goyd wyne?</td> -<td>— <i>Geneca esse calocrasse?</i></td> -</tr> -<tr> -<td>Howe moche?</td> -<td>— <i>Posso?</i></td> -</tr> -</table> - -<p>Il tablit aussi un tableau du change des monnaies -depuis l'Angleterre jusqu'en Grce et en Syrie, et un -programme de l'emploi du temps, comme aujourd'hui -trs parcimonieusement mnag: il ne compte -en effet que treize jours pour tout voir et repartir. -Enfin il donne une liste complte des villes traverser, -avec la distance de l'une l'autre, une carte de la -Terre Sainte avec l'indication de tous les endroits -remarquables<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor"> [277]</a> et un catalogue considrable des indulgences - gagner.</p> - -<p>Wey prvoit tous les dsagrments auxquels le -mauvais vouloir du patron de la galre peut vous soumettre; -il recommande de retenir une place la partie -la plus leve du bateau: dans le bas on touffe et -l'odeur est insupportable<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor"> [278]</a>; il ne faut pas payer plus -de quarante ducats, de Venise Jaffa, nourriture -comprise; il faut que le patron s'engage faire relche -dans certains ports pour prendre des vivres frais. -<span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span> -Il est tenu de vous donner de la viande chaude dner -et souper, du bon vin, de l'eau pure et du biscuit; -mais on fera bien, en outre, d'emporter des provisions -pour son usage particulier, car mme la table du -patron on a grand'chance d'avoir du pain et du vin -gts<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor"> [279]</a>. Il faut avoir aussi des remdes, des laxatyuys, -des restoratyuys, du safran, du poivre, -des pices. Quand on arrive un port, il est bon de -sauter terre des premiers pour tre servi avant les -autres et n'avoir pas les restes; ce conseil d'gosme -pratique revient souvent. A terre on devra prendre -garde aux fruits, car ils ne sont pas faits pour votre -temprament et ils donnent un flux de sang, et si un -Anglais a cette maladie, c'est merveille qu'il en -chappe et n'en meure pas. Une fois en Palestine, -il faut faire attention aux voleurs; si on n'y pense pas, -les Sarrasins viennent vous parler familirement et, - la faveur de la conversation, vous drobent vos -couteaux et autres menus objets que vous avez sur -vous<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor"> [280]</a>. A Jaffa, il ne faut pas oublier de courir -<span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span> -avant tout le monde pour avoir le meilleur ne, -parce qu'on ne paye pas plus pour le meilleur que -pour le pire. La caravane se met en marche et alors -il est prudent de ne pas trop s'carter de ses compagnons, -crainte des malfaiteurs.</p> - -<p>Malgr ce dernier conseil, ce qui rsulte le plus -clairement du livre est l'esprit de tolrance dont le -Sarrasin faisait preuve; il n'interdisait pas l'entre -de la Palestine tous ces plerins qui venaient souvent -en espions et en ennemis, et il laissait les troupes -agir leur guise; on voit que les compagnons de -William Wey vont en somme o ils veulent, reviennent -quand il leur convient et se tracent par avance -des plans d'excursions comme on pourrait faire aujourd'hui. -Ils trouvent des marchands europens tablis -et faisant un grand commerce dans les ports des -infidles; ils n'ont craindre srieusement que les -guerres locales et les mauvaises rencontres en mer. -On les voit apprendre avec beaucoup d'inquitude, -au retour, qu'une flotte turque est prte quitter -Constantinople, mais ils ne la rencontrent pas, heureusement.</p> - -<p>William Wey fit deux fois ce grand voyage et revint -en Angleterre, o il lgua une chapelle construite -sur le modle de l'glise du Saint-Spulcre les souvenirs -qu'il avait rapports, c'est--dire une pierre du -calvaire, une autre du spulcre, une du mont -Thabor, une du lieu o tait la croix, et d'autres -reliques.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span></p> -<h2 class="normal">CONCLUSION</h2> -</div> - -<p>Nous avons suivi la race nomade dans bien des -endroits, sur la route, l'auberge, dans les tavernes, -dans les glises; nous l'avons vue exercer une foule -de mtiers divers et comprendre des spcimens trs -diffrents: chanteurs, bouffons, charlatans, plerins, -prcheurs errants, mendiants, frres, vagabonds de -plusieurs sortes, ouvriers dtachs de la glbe, pardonneurs, -chevaliers amis des voyages lointains. Nous -les avons accompagns et l sur les grands chemins -d'Angleterre et nous les avons suivis mme -jusqu' Rome et en Terre Sainte: c'est l que nous -les laisserons. A la classe errante appartiennent -encore les reprsentants de beaucoup de professions, -tels que les scribes, les colporteurs, les montreurs -d'animaux, comme ceux dans la mnagerie desquels -entra un jour Villard de Honnecourt pour y dessiner -al vif un lion. Les seuls vraiment importants sont -ceux qui viennent d'tre tudis.</p> - -<p>Le courant de vie que reprsente l'existence de -tous ces nomades est puissant; nous avons vu quel -<span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span> -grand rle, peu apparent, ils avaient jou dans l'tat. -L'ouvrier brise les liens qui depuis des sicles l'attachaient -au manoir et veut dsormais tre matre de -sa personne et de ses services, se louer la journe -si bon lui semble et pour un prix qui corresponde au -besoin qu'on a de lui. C'est une rforme ncessaire -qu'il demande et qui se fait peu peu, malgr les -lois, loin des regards. Il n'en est pas de plus importante, -et c'est sur les routes qu'il convient de l'tudier -plutt qu'au chteau. Il faut en chercher l'origine -dans ces taillis o les bandes armes se -runissent pendant les offices et sur ces chemins -carts o le faux plerin jette le bton devise -pour reprendre ses outils et quter du travail loin -de son ancien matre. Ces gens-l prchent d'exemple -l'mancipation que les clercs errants expliquent -dans leurs discours, faisant d'elle un besoin immdiat -et populaire.</p> - -<p>C'est en partie sur la grand'route, en partie par -l'influence des nomades que marchent leur solution -les grandes questions du sicle, la question sociale -et la question religieuse. Les frres quteurs -vont de porte en porte, les pardonneurs s'enrichissent, -les plerins vivent d'aumnes et du rcit de -leurs aventures, toujours en route et toujours -l'œuvre. Quelle est cette œuvre? A force de s'adresser - la foule, ils finiront par se faire connatre -d'elle, par se faire juger, par la dsabuser eux-mmes, -et les rformes deviendront invitables. -Ainsi, de ce ct encore, tombera la rouille du -<span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span> -moyen ge, et un pas de plus sera fait vers la -civilisation moderne.</p> - -<p>Enfin, chacun de ces types si bizarres, pris part, -a l'utilit de montrer, bien apparent en sa propre personne, -un ct caractristique des gots, de la croyance -et des aspirations du temps. Chacune de leurs classes -correspond un besoin, un travers ou un vice -national; par eux on peut examiner comme pice -pice les mes du peuple et les reconstituer tout -entires, comme on peut deviner la flore d'un -pays la nature du sol.</p> - -<p>L'impression gnrale est que le peuple d'Angleterre -subit une de ces transformations considrables -qui se prsentent au regard de l'historien comme le -tournant d'un grand chemin. Au sortir des gorges et -des montagnes, la route change subitement de direction, -et c'est la plaine riche, ensoleille, fertile, -qu'on aperoit dans le lointain. Nous n'y sommes -pas arrivs, bien des peines nous sont encore rserves; -elle disparatra de nouveau nos yeux par -moments; mais nous l'avons entrevue, et le rsultat -de nos efforts, c'est que nous savons du moins dans -quelle direction il faut marcher pour l'atteindre. -Pendant l'ge qui s'ouvre, le paysan mancip va -s'enrichir malgr les guerres que se feront les seigneurs; -et les communes auront entre les mains un -instrument de contrle sur le pouvoir royal, dont elles -pourront plus ou moins bien se servir selon les temps, -mais qui est le meilleur invent jusqu' nos jours: -le parlement qui sige Westminster l'heure prsente -<span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span> -est dans ses parties essentielles identique au -parlement qui prparait les statuts du royaume sous -les derniers princes Plantagenet. Au quatorzime -sicle, quoi qu'en aient dit quelques penseurs, trop -touchs de la gloire de Simon de Montfort et de saint -Louis, l'homme n'est donc pas revenu en arrire. Il -n'en faut pas d'autre preuve que la foule de ces ides -vraiment modernes qui se rpandent dans l'ensemble -de la socit: parmi la haute classe, sous l'influence -d'une ducation plus grande et d'une civilisation plus -avance; parmi la classe infrieure, par l'effet d'une -longue exprience des abus communs; ides vulgarises -et rendues pratiques par les nomades: ouvriers -ignorants, clercs convaincus. Tous ces carts -de la raison, toutes ces dmences de l'esprit religieux, -ces rvoltes incessantes et ces folies qu'on a pu -remarquer dtourneront les intelligences de penses -et de sentiments faux et dangereux qui avaient besoin -d'tre pousss l'extrme pour devenir insupportables -et se faire rejeter<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor"> [281]</a>.</p> - -<p>Sur quantit de points semblables, qu'il soit partisan -<span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span> -ou objet des rformes, comme ouvrier ou comme -pardonneur, qu'il en soit ou non l'instrument inconscient, -le nomade aura toujours beaucoup apprendre - qui voudra l'interroger; il dira peut-tre le -secret de transformations presque incomprhensibles -qui semblaient ncessiter un bouleversement total, -comme celui qu'on a vu en France la fin du dernier -sicle, un nouveau ou plutt un premier <i>contrat -social</i>. L'Angleterre, pour bien des raisons, n'en a -pas eu besoin: une de ces raisons est l'influence des -errants qui unirent tout le peuple et lui permirent -d'arracher, grce cette union qui le rendait fort, -les concessions ncessaires en temps utile. Et comme -cependant les changements les plus calmes ne vont -pas sans un peu de trouble, comme chez nos voisins -aussi il y eut, au cours des sicles, plus d'une mle -sanglante, le nomade finira peut-tre en rptant -son interlocuteur un proverbe vulgaire d'une sagesse -certaine, mais non banale, qui devrait empcher -bien des dsesprances: Le bois tortu fait le feu -droit.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_250"> 250</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span></p> -<h2 class="normal">APPENDICE</h2> -</div> - -<p>(1) <span class="cap">P</span><span class="smallc">ATENTES DE 1201 CONFIANT A UN</span> <span class="cap">F</span><span class="smallc">RANAIS LE SOIN -DE TERMINER LE PONT DE</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">ONDRES</span> (<i>supra</i>, p. <a href="#Page_19">19</a>).—Liter -patentes, etc., de edificatione et sustentatione -pontis London, A<sup>o</sup> 3<sup>o</sup> Johannis.</p> - -<p>Johannes, Dei gratia rex Angli etc., dilectis et -fidelibus suis majori et civibus London' salutem. -Attendentes qualiter circa pontem Xanton' et pontem -de Rupella Deus sit operatus per sollicitudinem fidelis -clerici nostri Isenberti, magistri scolarum Xanton', -viri utique literati et honesti, ipsum de consilio venerabilis -patris in Christo H. Archiepiscopi Cantuar' et -aliorum, rogavimus et monuimus et etiam coegimus -ut pro vestra et multorum utilitate, de ponte vestro -faciendo, curam habeat diligentem. Confidimus enim -in Domino, quod idem pons tam necessarius vobis -et omnibus transeuntibus, ut scitis, per ejusdem industriam, -faciente Domino, poterit in proximo consummari. -Et ideo volumus et concedimus quod salvo -jure nostro et conservata indempnitate civitatis London', -census edificiorum qu super pontem prdictum -<span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span> -idem magister scolarum faciet fieri sint imperpetuum -ad eundem pontem reficiendum et operiendum -et sustentandum. Quia igitur idem pons tam necessarius -sine vestro et aliorum auxilio perfici non -poterit, mandamus vobis, exhortantes quatinus memoratum -Isenbertum et suos pro vestra utilitate -pariter et honore sicut decreverit benigne recipiatis -et honoretis in hiis qu dicta sunt, consilium et auxilium -vestrum eidem unanimiter impendentes. Quidquid -enim boni et honoris eidem Isenberto feceritis, -nobis factum reputare debetis. Si quis vero eidem -Isenberto vel suis in aliquo foris faciat, quod non -credimus, vos illud eisdem faciatis, quam citius ad -vos pertinet, emendari. Teste me ipso, apud Molmell, -<span class="smallc">XVIII</span> die Aprilis.</p> - -<p>Hearne, <i>Liber niger scaccarii</i>, Londres, 1771, -2 vol. 8<sup>o</sup>, t. II, p. 470.</p> - -<p>(2) <span class="cap">O</span><span class="smallc">PINION DE</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">YLY SUR LE PONT DE</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">ONDRES</span> (p. <a href="#Page_21">21</a>).—Among -all the straunge and beautifull showes, -mee thinketh there is none so notable as the bridge -which crosseth the Theames, which is in manner of -a continuall streete, well replenyshed with large and -stately houses on both sides, and situate vpon twentie -arches, where-of each one is made of excellent -free stone squared, euerye one of them being three -score foote in height, and full twentie in distaunce -one from an other.</p> - -<p><i>Euphues and his England</i>, editio princeps, 1580, -collated with early subsequent editions (rimpression -d'Arber, Londres, 1869, 4<sup>o</sup>, p. 434).</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span> -Voir encore le grand dessin colori se rapportant - l'anne 1600 environ, reproduit en fac-simil par -M. Furnivall dans la troisime partie de son dition -de la description de l'Angleterre par Harrison, et les -notes de M. Wheatley <i>on Norden's map of London</i> -1593, insres dans cette mme dition, t. I, p. <span class="smallc">XCIX</span>, -New Shakspere Society, 1877.</p> - -<p>(3) <span class="cap">P</span><span class="smallc">TITION RELATIVE UN VIEUX PONT DE BOIS DONT -LES ARCHES TAIENT TROP BASSES ET TROP TROITES POUR -LAISSER PASSER LES BATEAUX</span> (p. <a href="#Page_22">22</a>).—Unto the -ryght wise and discrete comons of this present parlement; -Besecheth mekely the comons off the countees -of York, Lincoln, Notyngham and Derby; That -where as ther is, and of longe tyme hath been, an -usuall and a commune passage fro dyvers and many -parties of the seid countees unto the citees of York, -Hull, Hedon, Holdernes, Beverley, Barton and Grymesby, -and so forth by the hie see, by the costes, -unto London and elles where, with all maner of -shippes charged with wolle, leed, stone, timbre, vitaille, -fewaille, and many other marchandises, by a -streme called the Dike, in the counte of York that -daiely ebbith and floweth; over which streem ys -made a brigge of tymbre called Turnbrigg, in the -parisshe of Snayth in the same counte, so lowe, so -ner the streem, so narrowe and so strayte in the -archees, that ther is, and of long tyme hath been a -right perilous passage, and ofte tymes perishinge of -dyvers shippes; and at every tyme of creteyne and -abundaunce of water, ther may no shippees under -<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span> -the seid brigge, by the space of half a yere or more, -and also a grete partie of the countees to the seid -ryver ajonyng, is yerely by the space of <span class="smallc">xx</span><sup>th</sup> myles -and more surrownded, by cause of the lowenes and -straitenes of the said brigge, to the grete hurt and -damage as well to the kyng in his customes and subsidys, -that shuld growe to him of the seid marchaundises, -chargeable with suche diverse, as to the seid -shires, countres, cites and burghes and the inhabitants -of theim....</p> - -<p>Please hit unto your right wise discretions, consideryng -the premisses to pray and beseche the kyng our -soverayn lord to graunte.... that hit shall be lefulle -to what sum ever person or persons of the seid shires, -that will atte theire owne costages take away -the seid brigge, and ther with and profites therof, -and in othir wise, newe edifie and bilde anothir -brigge there, lengere in lengthe by the quantite of -v yerdes called the kynges standard, and in hieght a -yerd and a half by the same yerd hiegher then the -seid brigge that stondes ther nowe, aswell for passage -of all maner shippes comyng therto, and voindaunce -of water under the seid brigg as for passage of man, -best and cariage, over the seid newe brigge so to be -made, with a draght lefe contenyng the space of <span class="smallc">IIII</span> fete -called Paules fete in brede, for the voidyng thorugh -of the mastes of the schippes passinge under the seid -new brigg; and that every shipmen that wol passe -under the seid brigge with their shippes, may laufully -lifte up and close the seid lef att their pleser; and -<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span> -that the mayster of every shippe paie for every liftyng -of the seid lef 1<sup>d</sup> to the lord of the soille for the -tyme beyng.... For the lofe of Godd and in waye of -charite.</p> - -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> - -<p><i>Responsio.</i> Le Roy de l'advys et assent de lez seignurs -espirituelx et temporalx et les communes esteantz -en cest present parlement, ad graunt tout le -contenue en icell petition en toutz pointz.</p> - -<p><i>Rotuli parliamentorum</i>, t. V, p. 43, 20 Henri VI, -anne 1442.</p> - -<p>(4) <span class="cap">P</span><span class="smallc">TITION CONCERNANT LES OFFRANDES FAITES LA -CHAPELLE D'UN PONT</span> (p. <a href="#Page_25">25</a>).—A nostre seigneur -le roi et soun conseyl, monstre lour povre chapeleyn -Robert le Fenere, parsone de l'esglise de Seint Clment -de Huntendon de l'vesch de Nichole (Lincoln) q'il i -a une petite chapele de novel defi en sa paroche suz -le pount de Huntendon, de quele chapele nostre seigneur -le roi ad grant et bayll la garde tan ke ly -plest un sir Adam, gardeyn de la meson Seint Johan -de Huntendon, qy prente et enporte totes manere offrendres -et aumoignes, et rien ne met en amendement -del pont ne de la chapele avant dite, come il est tenu. -D'autre parte, il semble prejudiciall Dieu et Seynt -glise qe offrendre soit appropri nuly sinon la -parsone deynz qy paroche la chapele est fundu. Par -quey le dite Robert prie, pur Dieu et Seint glise et -pur les almes le pre nostre seigneur le roy et ces -auncestres, k'yl puisse aver la garde de la dite chapele -annexe son glise, ensemblement ove la -<span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span> -charge de pount, et yl mettra de soen ove tote sa payne -de bien meyntener les, meylour volunt qe nul estraunge, - profit et honour de Seinte glise, pur Dieu -plere et totez gentz illoks passauntz.</p> - -<p><i>Resp.</i> Non est peticio parliamenti.</p> - -<p><i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 88, anne 1334.</p> - -<p>(5) <span class="cap">L</span><span class="smallc">E PONT DE LONDRES ET SON ENTRETIEN</span> (p. <a href="#Page_28">28</a>).—Voir -dans le <i>Liber niger scaccarii</i>, dition Hearne, -Londres, 1771, 2 vol. 8<sup>o</sup>, t. I, p. 470* et s., une srie -de curieuses patentes se rapportant au pont de Londres: -p. 471, patente de Jean consacrant l'entretien -du pont l'impt que payent les marchands -trangers tablis Londres;—patente d'Henri III -adresse aux frres et chapelains de la chapelle de -Saint-Thomas sur le pont de Londres et aux autres -personnes <i>habitant sur le mme pont</i>, pour leur -faire connatre que le couvent de l'hpital Sainte-Catherine -prs la Tour percevra les revenus et se -chargera des rparations du pont;—p. 472, concession -des mmes charges et revenus la reine;—patente -d'douard I<sup>er</sup> (janvier 1281) prescrivant une -qute gnrale par tout le royaume pour parer au -mauvais tat de l'difice;—patente du mme roi -(4 fvrier 1282) ordonnant la perception d'une taxe -extraordinaire cause de la catastrophe qui est survenue: -Rex majori suo London' salutem. Propter -subitam ruinam pontis London' vobis mandamus -quod associatis vobis duobus vel tribus de discretioribus -et legalioribus civibus civitatis prdict, -capiatis usque ad parliamentum nostrum post Pasch' -<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span> -prox' futur', in subsidium reparationis pontis predicti, -consuetudinem subscriptam, videlicet, de -quolibet homine transeunte aquam Thamisi ex -transverso ex utraque parte pontis London' occasione -defectus reparationis pontis predicti unum quadrantem, -de quolibet equo sic transeunte ibidem -unum denarium, de quolibet summagio sic ibidem -transeunte unum obolum. Set volumus quod aliquid -ibidem hac occasione interim capiatur nisi in subsidium -reparationis pontis supra dicti. In cujus, etc. -Teste rege apud Cirencestr', iiij<sup>o</sup> die Februarij.</p> - -<p>La mme anne le roi prolonge pour trois ans le -terme pendant lequel cette taxe exceptionnelle sera -leve. Enfin, la trente-quatrime anne de son rgne, -douard I<sup>er</sup> tablit un tarif trs dtaill des droits -que payeront l'avenir toutes les marchandises, les -voyageurs, les bestiaux, etc., passant sur ou sous le -pont (p. 478). Quant la ruine subite qui avait t -la cause de l'tablissement de toutes ces taxes, Stow -la raconte ainsi:</p> - -<p>King Edward kept his feast of christmas (1281) -at Worcester. From this christmas till the purification -of Our Lady, there was such a frost and snow, as no -man liuing could remember the like, wherethrough, -fiue arches of London bridge, and all Rochester -bridge were borne downe, and carried away with the -streame, and the like hapned to many bridges in -England.</p> - -<p><i>Annales or a generall chronicle of England</i>, Londres, -1631, fol., p. 201.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_258"> 258</a></span> -(6) <span class="cap">E</span><span class="smallc">NQUTES RELATIVES A L'ENTRETIEN DES PONTS</span> -(p. <a href="#Page_31">31</a>).—On trouve en grand nombre des exemples -de ces enqutes dans le recueil publi par la Record -commission, <i>Placitorum in domo capitulari -Westmonasteriensi asservatorum abbreviatio</i> -(Londres, 1811 fol.):</p> - -<p>Cas d'un abb oblig explicitement, en raison des -conditions de sa tenure, de rparer un pont, p. 205 -(11-12 d. I).</p> - -<p>Convention entre deux abbs pour la construction -de plusieurs ponts, p. 205 (12 d. I).</p> - -<p>Discussion relative la construction d'un pont -Chester, p. 207(13 d. I).</p> - -<p>Refus par l'abb de Coggeshale de rparer un -pont: Per juratores, Abbas de Coggeshale non tenetur -reparare pontem de Stratford inter Branketre -et Coggeshale, eo quod de tempore memorie, non fuit -ibidem alius pons quam quedam planchea de borde -super quam omnes transeuntes salvo et secure transire -potuerunt, p. 303 (1 d. II).</p> - -<p>Distringantur villate de Aswardeby et Skredington -ad reparandum pontes in pupplica strata inter -Lafford et ecclesiam de Stowe, juxta inquisicionem -inde captam anno LVI Henrici iij coram Gilberto de -Preston et sociis suis in comitatu Lincolniensi itinerantibus, -per breve ejusdem regis, p. 305 (2 d. II).</p> - -<p>Dtermination de la personne qui doit rparer le -pont de Chesford, p. 314 (6 d. II).</p> - -<p>Refus de l'abb de Fontibus de rparer le pont -de Bradeley, p. 318 (7 d. II).</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span> -Affaire de Hamo de Morston, p. 328 (11 d. II).</p> - -<p>Rparation des ponts de Exhorne, Hedecrone et -Hekinby dans le comt de Kent, p. 339 (15 d. II).</p> - -<p>Enqute sur le pont de Claypole. Il est reconnu -que les habitants de Claypole sont tenus de le rparer: -Ideo preceptum est vicecomiti Lincolniensi -quod distringat homines predicte ville de Claypole ad -reparandum et sustentandum pontem predictum in -forma predicta, p. 350(18 d. II), etc.</p> - -<p>(7) <span class="cap">L</span><span class="smallc">'ENTRETIEN DES ROUTES</span> (p. <a href="#Page_31">31</a>).—Pour les routes -comme pour les ponts, on trouve assez frquemment -des requtes de particuliers qui demandent percevoir -une taxe sur les passants, charge de rparer le -chemin. Ex.: Walter Godelak de Walinford pet' aliquam -consuetudinem dari de qualibet carecta de -marcandisis transeun' per viam inter Jowemersh et -Newenham, propter profunditatem et emendationem -ejusdem vie.</p> - -<p><i>Resp.</i> Rex nil inde faciet.</p> - -<p><i>Rotuli parliamentorum</i>, t. I, p. 18 (18 d. I).</p> - -<p>Une dame s'arroge le droit de lever une taxe sur -les passants: A nostre seigneur le roi.... montre -la communalt des gentz du counte de Notyngham -passauntz entre Kelm et Newur, qe par la o le haut -chimyn ledit nostre seignur le roi soleit estre entre -lesdites deuz villes, touz gentz fraunchement -passer, chival, charettes, et pe, de temps dont -il n'ad memore, la dame de Egrum ad accroch -lui ledit chimyn en severalt, pernauntz des gentz -illoeqes passauntz grevous raunouns et exacciouns; -<span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span> -en desheritaunce du roy et de sa corone et graunt -damage du poeple.</p> - -<p>Le roi ordonne une enqute (18 d. II). <i>Rotuli</i>, t. I, -p. 424.</p> - -<p>Quelquefois les shriffs, dans leurs tournes, dcidaient -la leve de taxes sur ceux qui ne rparaient -pas les routes; la loi, comme on a vu, le leur permettait; -mais les gens mis l'amende protestaient devant -le parlement sous prtexte que les chemins et les -ponts taient <i>assez suffisants</i>: Item supliont humblement -les communes de vostre roiaume, si bien espirituelx -come temporelx et soy compleynont qe plusours -visconts de vostre dit roialme feynont et procuront -prsentements en lour turnes qe diverses chimyns, -pontes et caucs sont defectives pur non-reparation, -au purpos et entent d'amercier abbs, -priours et sculers, aucun foitz dys liveres, aucun -foitz pluis, aucun foitz au meyns; et les -ditz amerciaments levont par lour ministres appelez -Outryders, saunz dlaye ou ascun responce des -parties, l o les dites chimyns, pontes et cauces -sont assetz sufficiantz, ou par aventure nient en -charge des ditz amerciez....</p> - -<p><i>Resp.</i> Soit la commune leye tenuz et les amerciamentz -resonables en ce cas.</p> - -<p><i>Rotuli</i>, 7-8 II. IV, t. III, p. 598.</p> - -<p>(8) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES ROUTES ET LES PONTS DES ENVIRONS DES GRANDES -VILLES</span> (p. <a href="#Page_36">36</a>).—Les environs de Paris vers le mme -temps prsentaient des routes et des ponts tout aussi -mal entretenus que ceux du voisinage de Londres. -<span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span> -Charles VI, dans une de ses ordonnances, constate -que les haies et les ronces ont envahi beaucoup de -chemins, qu'il en est mme au milieu desquels des -arbres ont pouss:</p> - -<p>.... Dehors ladicte ville de Paris, en plusieurs -lieux de la banlieue, prvost et vicomt d'icelle, a -plusieurs chaucies, pons, passages et chemins notables -et anciens, lesquelz sont moult empiriez, dommagiez -ou affondrez et autrement empeschiez, par -ravines d'eaues, par grosses pierres, par haies, -ronces et autres plusieurs arbres qui y sont creuz -et par plusieurs autres empeschemens qui y sont advenuz, -parce qu'il n'ont point est soustenuz et que -l'en n'y a point pourveu ou temps pass, et sont en -si mauvais estat que l'en n'y peut passer seurement - pi, cheval ne charroy sans grans prilz ou inconvniens; -et les aucuns d'iceulx sont dlessiez de -tous poins parce que l'en n'y peut converser.... -Ordre au prvot de Paris de faire faire les rparations -par tous ceux qui il appartient, et au besoin -d'y contraindre par force tous les habitants des -villes du voisinage des ponts ou chausses. (Ordonnance -du 1<sup>er</sup> mars 1388. Recueil d'Isambert, t. -VI, p. 665.)</p> - -<p>(9) <span class="cap">V</span><span class="smallc">OYAGES DU ROI.—PTITIONS ET STATUTS CONCERNANT -LES POURVOYEURS ROYAUX</span> (p. <a href="#Page_42">42</a>).—Nullus vicecomes -vel ballivus noster vel aliquis alius capiat -equos vel carettas alicujus pro carriagio faciendo, -nisi reddat liberacionem antiquitus statutam; scilicet -pro una caretta ad duos equos decem denarios per -<span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span> -diem, et pro caretta ad tres equos quatuordecim -denarios per diem. Grande charte d'douard I<sup>er</sup>, -1297; <i>Statutes of the realm</i>, Londres, 1810, fol.; 25 -d. II, ch. <span class="smallc">XXI</span>.</p> - -<p>Item pur ceo qe le poeple ad est moult grev de -ceo qe les bledz, feyns, bestaill, et autre manere de -vitailles et biens des gentz de mesme le poeple, ont -est pris, einz ces houres... dont nul paiement ad -est fait..., etc. (Considrants du statut 4 d. III, -ch. <span class="smallc">III</span>.—<i>Statutes of the realm</i>, anne 1330.) -Voir encore le statut 36 d. III, ch. <span class="smallc">II</span>.</p> - -<p>Ptition des communes, 25 d. III, 1351-52 (<i>Rotuli -parliamentorum</i>, t. II, p. 242): Item prie la commune -qe l o avant ces heures les botillers nostre -seigneur le roi et lour deputez soleient prendre -moult plus de vyns l'oeps le roi qe mestier ne fust; -desqueux ils mettont les plus febles l'oeps le roi -et les meliours lour celers demesnes vendre, et -le remenant relessont eux desqueux ils les pristrent, -pur grantz fyns eux faire pur chescun tonel, -grant damage et empoverissement des marchantz....</p> - -<p>Les habitants des comts de Dorset et de Somerset -se plaignaient de mme de ce que le shriff de ces -comts leur avait pris cynk centz quarters de furment -et trois centz bacouns, l'oeps le roi, come -il dist, et il ne voillast pur sa graunt meistrie et seigneurie -allower pur vintz quarters fors qe dis deniers, -l o il vendist aprs pur <span class="smallc">XV</span> deniers. Par quey -vos liges gentz sount grauntement endamag et vous, -chier seigneur, n'estes servy des bles et des bacounes -<span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span> -avauntditz.... (4 d. III, <i>Rotuli parliamentorum</i>, -t. II, p. 40.)</p> - -<p>Ptition des communes au Bon Parlement de 1376: -Item prie la commune qe come le roi de temps pass -et ses progenitours, nobles princes, soleient avoir -lour cariage, c'est assaver chivalx, charietz et charettes -pur servir leur hostiel: et ore les purveours -de l'hostel nostre dit seigneur le roi pur dfaut de -sa propre cariage et de bone governance prenont -chivalx, charietz et charettes des povres communes, -la environ par <span class="smallc">X</span> leukes o le roi tient son hostel, si -bien des gentz de loigne pays par <span class="smallc">XXIIII</span> leukes ou -<span class="smallc">LX</span> passantz par la chymyne come des gentz demurrantz -en mesme le pays, en grande arrerissement et -poverisement des dites communes.... (<i>Rotuli parliamentorum</i>, -t. II, p. 351).</p> - -<p>Plainte du clerg d'tre soumis lui-mme aux -exactions des pourvoyeurs (1376): Item provisores -et ministri regis pro provisionibus regiis faciendis -feodum et loca ecclesiastica, invitis viris ecclesiasticis -seu eorum custodibus non intrent, nec -animalia aliaque res et bona inde auferant, prout -fecerint et faciunt nunc indies, contra ecclesiasticam -libertatem et constitutiones sanctorum patrum -et statuta regni edita in hac parte. Nec in via extra -feoda et loca predicta predictorum virorum cariagium -carectave capiant vel arrestent.</p> - -<p><i>Resp.</i> Le roi le voet. (<i>Rotuli parliamentorum</i>, -t. II, p. 358).</p> - -<p>Les mmes abus existaient en France et on peut -<span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span> -lire dans le recueil d'Isambert de nombreuses ordonnances -conues exactement dans le mme esprit et -rpondant aux mmes plaintes: ordonnances de -Philippe le Bel en 1308, de Louis X en 1342, de Philippe -VI qui veut que preneurs pour nous ne -puissent prendre que s'ils ont lettres nouvelles de -nous, ce qui suppose l'existence de faux pourvoyeurs -comme en Angleterre. Jean renouvelle -toutes les restrictions de ses prdcesseurs, 25 dcembre -1355.</p> - -<p>(10) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES TOURNES DES MAGISTRATS ET FONCTIONNAIRES -ROYAUX</span> (p. <a href="#Page_51">51</a>).—.... Nec liceat alicui vicecomiti -vel ballivo tenere turnum suum per hundred' nisi -bis per annum. (<i>Fleta</i>, liv. II, ch. <span class="smallc">LII</span>.) Le peuple -redoutait beaucoup les abus qui pouvaient se produire -sur ce point: Ptition des communes au Bon -Parlement de 1376: Item o de ancien temps ad -est custume qe les presentours dussent prsenter -les articles du lete et de vewe de frank plegg tan -soulement deux foitz par an, les baillifs avaunt ditz -fount les povres gentz et les husbandes de pais, qeux -dussent travailer en leur labours et leur husbandriez -et pur le commune profit, venir de trois semaignes -en trois lour wapentachez et hundredez, par colour -de presentement avoir, et rettent leur labours et leur -husbanderiez au terre, sinoun q'ils leur veullent doner -tiels ransons et fyns q'ils ne purront sustener ne endurer....</p> - -<p><i>Resp.</i> Il y ad estatutz suffisamment.</p> - -<p>D'autres fois, les communes font observer que les -<span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span> -visites du juge errant sont, pour les habitants, une -cause de trouble et de dpense tout fait insupportable -en temps de guerre; le roi supprime pour la -dure de la guerre les tournes des magistrats, sauf -dans le cas o il se produirait quelque incident horrible:</p> - -<p>Item, priont les comunes au roi leur seigneur -q'il ne grante en nulle partie du roialme eire ne -trailbaston durante la guerre, par queux les communes -purront estre troblez ne empovers, fors qe -en horrible cas.</p> - -<p><i>Resp.</i> Le roi le voet.</p> - -<p><i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 305, 45 d. III, 1371.</p> - -<p>(11) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES VTEMENTS DU MOINE MONDAIN</span> (p. <a href="#Page_54">54</a>).—D'aprs -Chaucer:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>I saugh his sleves purfiled atte hond</p> -<p>With grys, and that the fynest of a lond</p> -<p>And for to festne his hood undur his chyn</p> -<p>He hadde of gold y-wrought a curious pyn:</p> -<p>A love-knotte in the gretter ende ther was.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(Prologue des <i>Canterbury tales</i>.)</p> -</div></div> - -<p>D'aprs le concile de Londres (1342):</p> - -<p>....Militari potius quam clericali habitu induti -superiori, scilicet brevi seu stricto, notabiliter tamen -et excessive latis, vel longis manicis, cubitos non tegentibus -(tangentibus dans Labbe) sed pendulis, <i>crinibus -cum</i> (2 mots qui ne figurent pas dans L.) furrura -vel sendalo revolutis, et ut vulgariter dicitur, -reversatis, ac caputiis cum tipettis mir longitudinis, -barbisque prolixis incedere, et suis digitis annulos -<span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span> -indifferenter portare publice, ac zonis stipatis pretiosis -mir magnitudinis supercingi, et bursis cum -imaginibus variis sculptis, amellatis (annelatis, L.) -et deauratis, et ad ipsas patenter cum cultellis, ad -modum gladiorum pendentibus, caligis etiam rubeis, -scaccatis et viridibus, sotularibusque rostratis et incisis -multimode, ac croperiis (propriis, L.) ad sellas, -cornibus ad colla pendentibus, epitogiis <i>ac clochis</i> -(2 mots supprims, L.) furratis, uti patenter ad oram, -contra sanctiones canonicas temere non verentur, -adeo quod a laicis vix aut nulla patet distinctio clericorum... -Wilkins, <i>Concilia Magn Britanni</i>, -Londres, 1737, 2 vol, fol. t. II, p. 703 (Labbe, <i>Sacrosancta -concilia</i>, anne 1342).</p> - -<p>D'aprs le concile d'York (1367):</p> - -<p>Nonnulli... vestes publice deferre prsumpserunt -deformiter decurtatas, medium tibiarum suarum -seu genua, nullatenus attingentes... ad jactantiam -et suorum corporum ostentationem... (Labbe, -<i>ibid.</i>, t. XXVI, col. 467-8.)</p> - -<p>(12) <span class="cap">R</span><span class="smallc">EFUS PAR UN SHRIFF DE</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">ONDRES DE LOGER CHEZ LUI -DES GENS DE LA MAISON DU ROI</span> (p. <a href="#Page_60">60</a>).—Placita aul -domini regis apud Turrim Londiniarum, coram -T. le Blunt, senescallo et marescallo hospitii domini -regis.... anno regis Edwardi, filii regis Edwardi, decimo -nono.—Johannes de Caustone, unus vicecomitum -Londoniarum, attachiatus fuit ad respondendum domino -regi de contemptu infra virgam, etc., sicut Alanus -de Lek, serviens hospitator hospitii ejusdem -domini regis, qui pro eo sequitur, dicit.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_267"> 267</a></span> -Et unde idem Alanus, qui sequitur, etc., dicit -quod cum idem dominus rex, cum familia sua, apud -Turrim Londoniarum, die lun proxima post festum -translationis Sancti Thom martyris, anno regni -ejusdem regis nunc decimo nono, ibidem pro voluntate -sua perhendinare venisset, ac idem Alanus eisdem -die et anno quemdam Ricardum de Ayremynne, -secretarium ejusdem domini regis, ad domum prdicti -Iohannis de Caustone, in civitate Londoniarum -apud Billyngesgate situatam, prout officio suo incubuit -hospitasset, et, ad cognitionem liberationis ejusmodi -signum consuetum cum calce super portas -domus predict, prout moris est, fecisset, nec non -homines et servientes cum equis et, hernesiis ipsius -Ricardi infra liberationem prdictam posuisset; -prfatus vicecomes, die et anno supra dictis, in prsentia -domini regis et infra virgam etc., ipsam Alani -liberationem hujusmodi fieri non permisit, signum -quia prdictum malitiose deposuit, necnon homines -et servientes prdictos omnino inde fugavit, in contemptum -domini regis M. librarum; et hoc paratus -est verificare pro domino regi.</p> - -<p>Et Johannes de Caustone venit et defendit vim et -injuriam quando, etc..., et dicit quod in nullo est -inde culpabilis et de hoc ponit se super patriam.</p> - -<p>Et super hoc major et cives Londonarium veniunt -et dicunt quod in charta domini Henrici regis avi -domini regis nunc, nuper civibus Londoniarum de -diversis libertatibus facta, continetur quod infra -muros civitatis, necque in la Portsokne, nemo capiat -<span class="pagenum"><a id="Page_268"> 268</a></span> -hospitium per vim vel per liberationem marescalli; -quam quidem chartam dominus rex nunc... confirmavit....</p> - -<p>Et proferunt breve domini regis senescallo et marescallo -hic directum, per quod dominus rex eis mandavit -quod cives prdictos libertatibus suis prdictis -et earum qualibet, coram eis absque impedimento uti -et gaudere permittant, juxta tenorem chart confirmationis.... -Et dicunt quod virtute concessionis prdict, -hujusmodi liberationes hospitorum ad quemlibet -adventum domini regis in civitate prdicta, fieri -solebant per majorem, vicecomites et ministros civitatis -prdict, in prsentia marescalli hospitii prdicti, -et non per alios, sicut antiquitus fieri consuevit, -et quod libertate illa usque jam uno anno elapso quod -dictus Alanus de Leek impedivit eos, semper a tempore -concessionis chart prdict, usi fuerunt; unde -petunt libertatem suam prdictam eis allocari, etc.</p> - -<p>Dies datus est eis de audiendo judicio suo ad -prfatum diem, etc.. Et interim loquendum est cum -rege, etc. Ad quem diem tam prdictus Alanus qui -sequitur, etc., quam prdictus Johannes in nullo est -culpabilis de contemptu prdicto, sicut ei imponitur... -Et quia testificatum est coram domino regi et -ejus consilio per Johannem de Westone, nuper marescallum -hospitii prdicti, etc., et non per alios; -consideratum est quod prdicti major et cives hujusmodi -libertate liberationis hospitorum infra civitatem -prdictam faciend de ctero utantur.... Salvo -jure regis, etc.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span> -<i>Liber albus</i>, d. Riley, p. 303.</p> - -<p>(13) <span class="cap">E</span><span class="smallc">XACTIONS DE CERTAINS GRANDS SEIGNEURS EN -VOYAGE</span> (p. <a href="#Page_62">62</a>).—Ptition des communes au parlement -(<i>Rotuli</i>, t. I, p. 290, 8 d. II, A. D. 1314):</p> - -<p>Item par l o asquns grantz seignurs de la -terre passent parmi le pays, ils entrent en maners et -lieus de Seint Eglise et des autres, et pernent saunz -cong le seignur et les baillifs gardeyns de meisme -les leus, et encontre lour volunt, ceo q'il voillent -saunz rien paer, encontre la lei et les ordenaunces, -non pas eaunz regard l'escomenge (excommunication) -don encontre tutz tels. Et si homme les devi -rien, debrisent les eus par force, et pernent et enportent -ceo qe beal lour est, et batent les ministres -et destruent les biens, plus qe il ne covendreit, et -autres grevouses depiz ultrages fount.</p> - -<p>Item il prenent charettes et chivaux de fair lour -cariages lour voluntez saunz rien paer et des queux -nientefoitz james n'est faite restoraunce ceux qi -les devient; ne il n'osent suire ne pleindre pur le -poair de diz seignur qar s'il le facent ils sont honiz -ou en corps ou en chateux; par quoi ladite comuneaut -prie qe remedie soit fait en tels ultrages.</p> - -<p>(14) <span class="cap">P</span><span class="smallc">ASSAGE DE L'</span><span class="cap">H</span><span class="smallc">UMBER -EN BAC</span> (p. <a href="#Page_68">68</a>).—Ptition -des habitants d'East Riding: .... Ad petitionem -hominum de Estriding petenc' remedium -super nimia solucione exacta ad passagium de Humbr' -ultra solitum modum, le roi prescrit l'ouverture -d'une enqute avec pouvoir aux commissaires de -rtablir les choses dans l'tat primitif (<i>Rotuli parliamentorum</i>, -<span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span> -35 d. I, anne 1306, t. I, p. 202).</p> - -<p>Nouvelle ptition sous douard II (8 d. II, 1314-5, -t. I, p. 291): A nostre seigneur le roi et son consail -se pleint la comunaut de sa terre qe par l o -homme soleit passer Humbre entre Hesel et Barton, -homme chival pour dener, homme pe pur une -maele, qe ore sunt il, par extorsion, mis duble; et -de ceo priunt remedi pur Dieu. Le roi en rponse -ordonne que les matres du passage ne prennent pas -plus qu'autrefois, vel quod significent causam quare -id facere noluerint.</p> - -<p>(15) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES AUBERGES ET LES CABARETS DE GRANDS CHEMINS</span> -(pp. <a href="#Page_66">66</a> et <a href="#Page_73">73</a>).—douard III eut plusieurs -fois occasion dans ses statuts d'enjoindre aux hostelers -et herbergers, c'est--dire aux aubergistes, -de vendre leurs provisions des prix raisonnables. -Ex. statuts 23 d. III, ch. <span class="smallc">VI</span>, et 27 d. III, st. I, ch. <span class="smallc">III</span>. -Dans ce dernier statut, le roi prend des mesures -pour parer aux grantz et ontraieouses chiertes -des vitailles qe les hostelers des herbergeries et -autres regratours de vitailles fount par tout le -roialme, grant damage du poeple qi passe parmie -le roialme. <i>Statutes of the realm</i>, t. I, p. 330, -anne 1353.</p> - -<p>Portrait de la tavernire par Skelton:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Her nose somdele hoked</p> -<p>And camously croked</p> -<p>Neuer stoppynge,</p> -<p>But euer droppynge,</p> -<p>Her skynne lose and slacke</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span></div> -<p>Grained like a sacke;</p> -<p>With a croked backe.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>She breweth noppy ale,</p> -<p>And maketh therof port sale</p> -<p>To trauellars, to tynkers,</p> -<p>To sweters, to swynkers,</p> -<p>And all good ale drinkers.</p> -</div></div> - -<p>Comment on vient la trouver:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Some go streyght thyder,</p> -<p>Be it salty or slyder</p> -<p>They holde the hye waye,</p> -<p>They care no what men say,</p> -<p>Be that as be may;</p> -<p>Some lothe to be espyde,</p> -<p>Start in at the backe syde,</p> -<p>Ouer the hedge and pale,</p> -<p>And all for the good ale.</p> -</div></div> - -<p>Comment on la paye:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Instede of coyne and monny,</p> -<p>Some brynge her a conny,</p> -<p>And some a pot with honny,</p> -<p>Some a salt, and some a spone.</p> -<p>Some their hose, some theyr shone.</p> -</div></div> - -<p>Quant aux femmes, l'une apporte:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>......her weddynge rynge,</p> -<p>To pay for her scot</p> -<p>As cometh to her lot.</p> -<p>Som bryngeth her husbandes hood,</p> -<p>Because the ale is good.</p> -</div></div> - -<p><i>Elynour Rummynge.</i>—<i>The poetical works of John</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span> -<i>Skelton</i>, dition Dyce, Londres, 1843, 2 vol. 8<sup>o</sup>, t. I, -p. 95.</p> - -<p>(16) <span class="cap">L</span><span class="smallc">E DROIT D'ASILE</span> (p. <a href="#Page_89">89</a>).—L'glise maintient -ce droit. Chtiment d'un Anglais pour avoir viol -l'asile de l'glise des carmes de Newcastle: .... videlicet -quod diebus Lun, Martis et Mercurii in hebdomada -festi Pentecostes proxime futuri, ad valvas dict -ecclesi Beati Nicolai, discalceatus, nudato capite, et -roba linea solum indutus, astante ibidem populi multitudine, -fustigationes a vobis publice recipiat, causam -su pœnitenti exprimens in vulgari, suum pariter -in hac parte confitendo reatum; et quod hujusmodi -fustigationibus sic receptis ibidem, ad ecclesiam -cathedralem Dunelmensem, discalceatus, nudato capite, -et vestitus ut prmittitur idem Nicholaus vos, -eum subsequentes, antecedat, ad fores dict ecclesi -cathedralis, dictis tribus diebus consimiles fustigationes -a vobis recepturus, cum expressione culp -supradicta. <i>Rigistrum palatinum Dunelmense</i>, d. -de Sir Th. D. Hardy, Londres, 1873, 4 vol. 8<sup>o</sup>, t. I, -p. 315, anne 1313.</p> - -<p>Sur cette question les conciles taient formels: -Firmiter inhibemus ne quis fugientes ad ecclesiam, -quos ecclesia debet tueri inde violenter abstrahat, -aut ipsos circa ecclesiam obsideat, vel abstrahat victualia. -<i>Concilium provinciale scoticanum</i>, A. D. 1225, -dans Wilkins, <i>Concilia Magn Britanni et Hiberni</i>, -Londres 1737, 4 vol. fol., t. I, p. 616.</p> - -<p>Il fallait avoir bien soin de se rfugier dans une -vritable glise, dment consacre; c'est ce que -<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span> -montrent les procs-verbaux consigns dans les <i>Year-Books</i>. -Voici un cas du temps d'douard I<sup>er</sup> (d. -Horwood, p. 541, Collection du Matre des rles): -Quidam captus fuit pro latrocinio et ductus coram -justiciariis et inculpatus dixit: Domine, ego fui in -ecclesia de N. et dehinc vi abstractus, unde imprimis -peto juris beneficium quod mittar retro ibi unde fui -abstractus.—<span class="smallc">Justiciarius.</span> Nos dicius quod ecclesia -nunquam fuit dedicata per episcopum.—<span class="smallc">Priso.</span> Sic, -domine.—<span class="smallc">Justiciarius.</span> Inquiratur per duodecim:—Qui -dixerunt quod illa ecclesia nunquam fuit dedicata -per episcopum.—<span class="smallc">Justiciarius.</span> Modo oportet te respondere.—<span class="smallc">Priso.</span> -Sum bonus et fidelis: ideo de bono et -malo pono, etc. (formule de soumission la dcision -du jury: <i>patriam</i>).—Duodecim nominati exiverunt -ad deliberandos (<i>sic</i>). Le rsultat final n'est pas -donn. Les <i>Year-Books</i> font assez souvent mention -de cas o le droit d'asile est invoqu, ce qui montre -que les voleurs ne ngligeaient pas cet avantage.</p> - -<p>Le flon rfugi dans un sanctuaire et qui se -dcidait forjurer le royaume, prtait serment -en ces termes: Hoc audis, domine coronator, -quod ego N. sum latro bidentium vel alicujus -alterius animalis vel homicida unius vel plurium -et felonus domini regis Anglie. Et quia multa mala -vel latrocinia hujusmodi, in terra sua feci, abjuro -terram domini E. regis Anglie; et quod debeo -festinare me versus portum de tali loco quem mihi -dedisti; et quod non debeo abire de alta via, et si -faciam, volo quod sim captus sicut latro et felonus -<span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span> -domini regis; et quod ad talem locum diligenter -queram transitum; et quod expectabo illic nisi fluxum -et refluxum, si transitum habere potero, et nisi -tanto spatio transitum habere potero, ibo quolibet -die in mare usque ad genua (usque ad collum, -selon le <i>Fleta</i>, liv. I, ch. <span class="smallc">XXIX</span>) tentans transire; et nisi -hoc potero infra quadraginta dies continuos mittam -me iterum ad ecclesiam, sicut latro et felonus domini -regis. Et sic Deus me adjuvet! (<i>Statutes of the realm</i>, -t. I, p. 250.)</p> - -<p>(17) <span class="cap">A</span><span class="smallc">BUS RSULTANT DU DROIT D'ASILE</span> (p. <a href="#Page_95">95</a>).—Ptition -des communes (<i>Rotuli parliamentorum</i>, t. III, -p. 503, anne 1402): Item prient les communes, -coment diverses persones des divers estatz, et auxi -apprentices et servantz des plusours gentz, si bien -demurrants en la cite de Loundres et en les suburbes -d'icell, come autres gents du roialme al dite cite -repairantz, ascuns en absence de lour meistres, de -jour en autre s'enfuyent ove les biens et chatelx de -lour ditz mestres le college de Seint Martyn le Grant -en Loundres, l'entent de et sur mesmes les biens et -chateux, illeoqes vivre lour volunte saunz duresse -ou excution du ley temporale sur eux illeoqes -ent estre faite, et l sont ils resceux et herbergez, et -mesmes les biens et chateux par les ministres du dit -college al foitz seisez et pris come forffaitz le dit -college. Et auxi diverses dettours as plusours marchantz, -si bien du dite cite, come d'autres vaillantz -du roialme, s'enfuyent de jour en autre al dit college -ove lour avoir y demurrer l'entent avaunt dit.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span> -Et ensement plusours persones au dit college fuez et -l demurrantz, pur lour faux lucre, forgent, fount -et escrivent obligations, endentures, acquitances, et -autres munimentz fauxes, et illeoqes les enseallent -es nouns si bien de plusours marchantz et gentz en -en la dite cite demurantz, come d'autres du dit -roialme lour disheriteson et final destruction.... -Et en quelle college de temps en temps sount receptz -murdres, traitours, larouns, robbours et autres diverses -felouns, malfaisours et destourbours de la pes -nostre seignur le roy, par jour tapisantz et de noet -issantz pur faire lour murdres, tresons, larcines, -robbories et flonies faitz, al dit college repairent.</p> - -<p>Le roi se borne promettre vaguement que raisonable -remdie ent serra fait:</p> - -<p>Discours de Buckingham pour la suppression du -droit d'asile (sous Richard III):</p> - -<p>What a rabble of theues, murtherers, and malicious -heyghnous traitours, and that in twoo places -specyallye.... Mens wyues runne thither with theyr -housebandes plate, and saye, thei dare not abyde -with theyr housbandes for beatinge. Theues bryng -thyther theyr stolen goodes, and there lyue thereon. -There deuise they newe roberies; nightlye they steale -out, they robbe and reue, and kyll, and come in -again as though those places gaue them not onely -a safe garde for the harme they haue done, but a -license also to doo more.</p> - -<p>Paroles de la reine:</p> - -<p>In what place coulde I recken him sure, if he be -<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span> -not sure in this sentuarye whereof was there neuer -tiraunt so deuelish, that durste presume to breake... -For sothe he hath founden a goodly glose, by whiche -that place that may defend a thefe, may not saue an -innocent....</p> - -<p><i>The history of king Richard the thirde (unfinished) -writen by master Thomas More, than one of the under -Sherriffs of London: aboute the yeare of our Lorde 1513</i>, -Londres, 1557; rimprim par S. W. Singer, -Chiswick, 1821, 8<sup>o</sup>.</p> - -<p>(18) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES EMPIRIQUES DU QUATORZIME SICLE</span> (p. <a href="#Page_109">109</a>).—Recette -de Gaddesden contre la petite vrole: -Capiatur scarletum rubrum et qui patitur variolas -involvatur in illo totaliter, vel in alio panno rubro; -sicut ego feci quando inclyti regis Angli filius variolas -patiebatur; curavi ut omnia circa lectum essent -rubra, et curatio illa mihi optime successit.</p> - -<p>Recette contre la pierre: Habui calculosum quem -per longum tempus non potui sanare; tandem curavi -mihi colligi scarabos multos qui inveniuntur in -stercoribus boum in state et cicadas qu cantant in -campis: et ablatis capitibus ac alis de cicadis, posui -illas cum scarabis in oleo communi in olla: qua -obturata, collocavi postea in furnum in quo panis -iacuit, et reliqui illam illic per diem et noctem, extractaque -olla, ad ignem calefeci modicum, et totum -simul contrivi, tandem renes et pectinem inunxi: et -intra triduum cessavit dolor, lapisque comminutus et -fractus est, atque exivit.</p> - -<p><i>Joannis Anglici praxis medica rosa anglica dicta</i>, -<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span> -Augsbourg, 1595, 2 vol. 4<sup>o</sup>, t. II, p. 1050, et t. I, -p. 496.</p> - -<p>(19) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES MNESTRELS, JONGLEURS ET CHANTEURS AMBULANTS; -LES SUJETS DE LEURS CHANSONS</span> (p. <a href="#Page_117">117</a>).</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Men lykyn Iestis for to here</p> -<p>And romans rede in diuers manere</p> -<p>Of Alexandre the conqueroure,</p> -<p>Of Iulius Cesar the emperoure,</p> -<p>Of Grece and Troy the strong stryf,</p> -<p>There many a man lost his lyf,</p> -<p>Of Brute that baron bold of hond</p> -<p>The first conqueroure of Englond,</p> -<p>Of kyng Artour that was so riche:</p> -<p>Was non in his tyme him liche</p> -<p>. . . . . . . . . . . . . . . . . .</p> -<p>How kyng Charlis and Rowlond fawght</p> -<p>With sarzyns nold they be cawght,</p> -<p>Of Trystrem and of Ysoude the swete</p> -<p>How they with love first gan mete,</p> -<p>Of kyng Iohn and of Isombras,</p> -<p>Of Idoyne and of Amadas,</p> -<p>Stories of diuerce thynggis,</p> -<p>Of pryncis, prelatis and of kynggis,</p> -<p>Many songgis of diuers ryme</p> -<p>As english frensh and latyne.</p> -</div></div> - -<p><i>Cursor mundi, the cursur o the world</i>, a northumbrian -poem of the XIV<sup>th</sup> century, ed. R. Morris, -1874, etc., 6 vol. 8<sup>o</sup>, t. V, p. 1651.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Do come, he seyde, my minstrales,</p> -<p>And gestours for to tellen tales</p> -<p class="i2"> Anon in my arminge;</p> -<p>Of romances that been roiales</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span></div> -<p>Of popes and of cardinales,</p> -<p class="i2"> And eek of loue lykinge.</p> -</div></div> - -<p><i>Canterbury tales.</i>—<i>Rime of Sir Thopas.</i></p> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . </b></p> -<p>Of alle manner of minstrales,</p> -<p>And jestours, that tellen tales</p> -<p>Both of weeping and of game.</p> -</div></div> - -<p><i>House of fame</i>, liv. III.</p> - -<p><i>Activa vita</i> dans Langland montre qu'elle n'est pas -un mnestrel en dclarant qu'elle ne sait pas jouer du -tambourin ni rciter de belles gestes hroques:</p> - -<p class="quote">Ich can nat tabre ne trompe ne telle faire gestes.</p> - -<p><i>The Vision of William</i>, etc., texte C, <i>passus</i> XVI, vers 206.</p> - -<p>Dans le manuel de conversation appel <i>La manire -de langage</i>, compos au quatorzime sicle par un -Anglais (publi par M. Paul Meyer, <i>Revue critique</i>, -t. X, p. 373), on voit que le voyageur de distinction -coutait l'auberge des musiciens et mlait au besoin -sa voix leur musique: Doncques viennent avant -ou prsence du signeur les corneours et clariouers ov -leur fretielles et clarions, et se comencent corner -et clariouer trs [fort], et puis le signeur ou ses escuiers -se croulent, banlent, dancent, houvent et chantent -de biaux karoles sanz cesser jusques mynuyt.</p> - -<p>(20) <span class="cap">R</span><span class="smallc">CEPTION DES MNESTRELS DANS LES CHATEAUX</span> -(p. <a href="#Page_118">118</a>).—Horn et ses compagnons, dans le roman -de <i>King Horn</i> se dguisent en mnestrels et se prsentent - la porte du chteau de Rymenhild:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Hi ȝeden bi the grauel</p> -<p>Toward the castel,</p> -<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span> -<p>Hi gunne murie singe</p> -<p>And makede here gleowinge.</p> -<p>Rymenhild hit gan ihere</p> -<p>And axede what hi were:</p> -<p>Hi sede, hi weren harpurs,</p> -<p>And sume were gigours.</p> -<p>He dude Horn inn late</p> -<p>Riȝt at halle gate,</p> -<p>He sette him on a benche</p> -<p>His harpe for to clenche.</p> -</div></div> - -<p><i>King Horn</i>, d. J. Rawson Lumby, Early english -text society, Londres, 1866, 8<sup>o</sup>, vers 1465.</p> - -<p>(21) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES ROMANS EN ANGLETERRE: LES ORIGINES FABULEUSES -DE LA NATION</span> (p. <a href="#Page_118">118</a>).—Les premiers romans -rcits en Angleterre le furent ncessairement en -franais; puis on se mit les traduire. L'ensemble -des romans anglais est traduit ou imit du franais. -Les modles franais avaient grande rputation: le -traducteur du roman de Guillaume de Palerne, malgr -sa libert d'allures, affirme qu'il suit exactement -le texte franais et s'en fait une gloire.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>In this wise hat William al his werke ended,</p> -<p>As fully as the frensche fully wold aske,</p> -<p>And as his witte him wold serve though it were febul.</p> -</div></div> - -<p class="signature2">(<i>The romance of William of Palerne</i>.... translated....<br /> -about A. D. 1350, d. Skeat, 1867, 8<sup>o</sup>, v. 5521.)</p> - -<p>Ce mme traducteur ajoute qu'il a fait son travail - la demande de Humphrey de Bohun, comte de -Hereford. Le comte lui commanda ce pome en vue -des personnes ignorant le franais et qui, comme on -<span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span> -voit, comptaient alors (1350) parmi celles que la -littrature peut intresser:</p> - -<p class="quote">He let make this mater in this maner speche<br /> -For han that knowe no frensche ne neuer vnderston.</p> - -<p class="signature2">(<i>Ibid.</i>, vers 5532.)</p> - -<p>Layamon, au commencement du treizime sicle, -insra pour l'dification de ses compatriotes, dans -son grand pome anglais de <i>Brut</i>, les lgendes qui -faisaient descendre d'ne la race des souverains -bretons. Ces origines fabuleuses n'avaient t exposes -jusque-l qu'en latin et en franais. Le <i>Brut</i> -de Layamon est en grande partie emprunt Wace, -mais le pote indigne ajouta beaucoup son modle -(<i>Layamon's Brut</i>, d. Madden, 1847, 3 vol. 8<sup>o</sup>). -Quantit de romans anglais postrieurs se rfrent -ces origines qui ne sont plus discutes. Ainsi l'auteur -de <i>Sir Gawayne</i> dbute en rappelant qu'aprs le sige -de Troie, Romulus fonda Rome, Ticius peupla le -pays Toscan, Langaberde la Lombardie, et Brutus -s'tablit dans la Grande-Bretagne (<i>Sir Gawayne and -the Green Knight</i>, d. Morris, 1864, 8<sup>o</sup>). Il assure -la fin son lecteur que tous ses rcits sont tirs des -Brutus bokees, ce qui tait une garantie suffisante -d'authenticit. On sait que les chroniqueurs -ne furent pas moins crdules sur ce point que les -faiseurs de romans; les protestations de Giraud le -Cambrien et de Guillaume de Newbury (dans le -<i>proœmium</i> de son histoire) furent cartes, et Robert -de Gloucester, Pierre de Langtoft, Ranulph Higden -<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span> -(a Bruto eam acquirente dicta est Britannia, -<i>Polychronicon</i>, d. Babington, t. II, p. 4), l'auteur -anonyme de l'<i>Eulogium historiarum</i> et foule d'autres -chroniqueurs autoriss accueillirent dans leurs crits -ces vaines lgendes.</p> - -<p>(22) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES ROMANS DU QUATORZIME SICLE RIDICULISS PAR</span> -<span class="cap">C</span><span class="smallc">HAUCER</span> (p. <a href="#Page_122">122</a>).—On trouvera des spcimens de -ces romans dans le recueil: <i>The Thornton romances</i>, -d. Halliwell, Camden society, 4<sup>o</sup>, 1844. Les -romans publis dans ce volume sont: <i>Perceval</i>, -<i>Isumbras</i>, <i>Eglamour</i> et <i>Degrevant</i>. Le plus long n'a -pas 3000 vers; <i>Isumbras</i> n'en a pas 1000. Le manuscrit, -qui est la cathdrale de Lincoln, contient -beaucoup d'autres romans, notamment une <i>Vie -d'Alexandre</i>, une <i>Mort d'Arthur</i>, un <i>Octavien</i>, un <i>Diocltien</i>, -sans parler d'une foule de prires en vers, de -recettes pour gurir les maux de dents, de prdictions -sur le temps, etc.</p> - -<p>Aprs une prire, ces romans dbutent ainsi:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>I wille yow telle of a knyghte,</p> -<p>That bothe was stalworthe and wyghte,</p> -<p class="i2"> And worthily undir wede;</p> -<p>His name was hattene syr Ysambrace.</p> -</div></div> - -<p class="signature3">(<i>Isumbras.</i>)</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Y shalle telle yow of a knyght</p> -<p>That was bothe hardy and wyght</p> -<p class="i2"> And stronge in eche a stowre.</p> -</div></div> - -<p class="signature3">(<i>Sir Eglamour.</i>)</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>And y schalle karppe off a knyght</p> -<p>That was both hardy and wyght</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span></div> -<p>Sire Degrevaunt that hend hyght,</p> -<p class="i2"> That dowghty was of dede.</p> -</div></div> - -<p class="signature3">(<i>Degrevant.</i>)</p> - -<p>Chaucer psalmodie sur le mme ton, dans sa parodie -des romans de cette sorte:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p><b>....</b> I wol telle verrayment</p> -<p class="i4"> Of myrthe and of solas.</p> -<p>Al of a knyght was fair and gent</p> -<p>In batail and in tornament,</p> -<p class="i4"> His name was Sir Thopas.</p> -</div></div> - -<p class="signature3">(<i>The tale of Sir Thopas.</i>)</p> - -<p>Et l'hte l'interrompt d'un ton bourru:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>No mor of this, for Goddes dignit!</p> -<p>Quod owr Hoste, for thou makest me</p> -<p>So wery of thy verry lewednesse,</p> -<p>That, al-so wisly God my soule blesse,</p> -<p>Myn eeres aken for thy drasty speche.</p> -</div></div> - -<p class="signature3">(Discours de l'hte, aprs le conte<br /> -de sire Thopas, <i>Prologe to Melibeus</i>.)</p> - -<p>(23) <span class="cap">C</span><span class="smallc">HANSONS POPULAIRES ANGLAISES DU MOYEN AGE</span> -(p. <a href="#Page_131">131</a>).—Recueils consulter:</p> - -<p><i>Ancient songs and ballads from the reign of -Henry II to the Revolution</i>, collected by John Ritson -(dition revue par Hazlitt), Londres, 1877, 12<sup>o</sup>.</p> - -<p><i>Political songs of England</i>, edited by Thomas -Wright, Londres, 1839, 4<sup>o</sup>.</p> - -<p><i>Songs and carols now first printed from a ms. of -the XVth century</i>, edited by Thomas Wright, Percy -society, Londres, 1847, 8<sup>o</sup>.</p> - -<p><i>Political poems and songs, from Edward III to</i> -<span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span> -<i>Richard III</i>, edited by Thomas Wright (Collection du -Matre des rles), Londres, 1859, 2 vol. 8<sup>o</sup>.</p> - -<p><i>Political, religious and love poems</i>, edited by -F. J. Furnivall, Londres, Early english text society, -1866, 8<sup>o</sup>.</p> - -<p>On trouvera dans ces recueils beaucoup de chansons -satiriques sur les vices du temps, sur les exagrations -de la mode, le mauvais gouvernement du roi, -sur les lollards, sur les frres; des plaisanteries sur -les femmes, avec quelques chants plus relevs excitant -le roi dfendre l'honneur national et faire la -guerre: ex. dans le livre de M. Furnivall, p. 4. Noter -dans le mme ouvrage le chant sur la mort du duc -de Suffolk:</p> - -<p><i>Here folowythe a Dyrge made by the comons of Kent -in the tyme of ther rysynge, when Jake Cade was -theyr cappitayn</i>:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Who shall execute y<sup>e</sup> fest of solempnite?</p> -<p>Bysshoppis and lords, as gret reson is.</p> -<p>Monkes, chanons, and prestis, withall y<sup>e</sup> clergy,</p> -<p>Prayeth for hym that he may com to blys,</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>And that nevar such anothar come aftar this!</p> -<p>His intersectures, blessid mot they be,</p> -<p>And graunt them to reygne with aungellis!</p> -<p>For Jake Napys sowle, placebo and dirige.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Placebo, begyneth the bishop of Hereforthe;</p> -<p>Dilexi, quod y<sup>e</sup> bisshop of Chester....</p> -</div></div> - -<p>(24) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES MNESTRELS ET LES ROMANS A LA</span> -<span class="cap">R</span><span class="smallc">ENAISSANCE</span> -(p. <a href="#Page_138">138</a>).—Jugement de Philippe Stubbes sur les -<span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span> -mnestrels: Suche drunken sockets and bawdye -parasits as range the cuntreyes, ryming and singing -of vncleane, corrupt and filthie songs in tauernes, -alehouses, innes and other publique assemblies....</p> - -<p>Euery toune, citey and countrey is full of these -minstrelles to pype vp a dance to the deuill; but of -dyuines, so few there be as they maye hardly be -seene.</p> - -<p>But some of them will reply, and say, what, sir! -we haue lycences from iustices of peace to pype and -vse our minstralsie to our best commoditie. Cursed -be those licences which lycense any man to get his -lyuing with the destruction of many thousands!</p> - -<p>But haue you a lycence from the arch-iustice of -peace, Christe Iesus? If you haue not.... then may -you as rogues, extrauagantes, and straglers from the -heauenly country, be arrested of the high iustice of -peace, Christ Iesus, and be punished with eternall -death, notwithstanding your pretensed licences of -earthly men. <i>Phillip Stubbes's Anatomy of abuses</i>, -d. F. J. Furnivall, Londres, 1877-78, 8<sup>o</sup>, -pp. 171, 172.</p> - -<p>L'opinion de Stubbes est partage au seizime sicle -par tous les crivains qui se piquent de religion ou -d'austrit de mœurs. Les vieux romans sont condamns -en mme temps que les mnestrels; on voit -dans ces pomes des œuvres de papistes, et c'est tout -dire. Tyndal, dans son <i>Obedience of a christian man</i>, -reproche aux potes catholiques de laisser leurs -ouailles lire ces romans de prfrence la Bible:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span> -They permitte and soffre you te reade Robyn Hode -and Bevise of Hampton, Hercules, Hector and Troylus -with a thousande histories and fables of love, wantones -and of rybaudry.</p> - -<p>Ascham crit dans son <i>Scholemaster</i> (1570):</p> - -<p>In our forefathers tyme, whan papistrie as a -standyng poole, couered and ouerflowed all England, -fewe bookes were read in our tong, sauyng certaine -bookes of cheualrie, as they sayd, for pastime and -pleasure, which as some say, were made in monasteries, -by idle monkes or wanton chanons: as one -for example, <i>Morte Arthure</i>: the whole pleasure of -whiche booke standeth in two speciall poyntes, in -open mans slaughter and bold bawdrye: in which -booke those be counted the noblest knightes, that do -kill most men without any quarell, and commit fowlest -aduoulteres by sutlest shiftes.</p> - -<p>(25) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES FRRES MENDIANTS JUGS PAR LES POTES, PAR</span> -<span class="cap">W</span><span class="smallc">YCLIF, PAR LES CONCILES, PAR</span> <span class="cap">S</span><span class="smallc">IR</span> -<span class="cap">T</span><span class="smallc">HOMAS</span> <span class="cap">M</span><span class="smallc">ORE, ETC.</span> -(p. <a href="#Page_183">183</a>).—Portrait du frre par Chaucer:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Ful wel biloved and familiar was he</p> -<p>With frankeleyns overal his cuntre</p> -<p>And eeke with worthi wommen of the toun.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Ful sweetly herde he confessioun</p> -<p>And plesaunt was his absolucioun;</p> -<p>He was an esy man to yeve penance</p> -<p>Ther as he wiste to han good pitance:</p> -<p>For unto a povre ordre for to geve</p> -<p>Is signe that a man is wel i-schreve.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span></div> -<p>He knew wel the tavernes in every toun</p> -<p>And every ostiller or gay tapstere.</p> -</div></div> - -<p><i>Prologue of the Canterbury tales</i>, d. Morris, t. II, p. 8.</p> - -<p>Portrait par le moine Thomas Walsingham:</p> - -<p>Qui [ordines] su professionis immemores, -obliti sunt etiam ad quid ipsorum ordines instituti -sunt; quia pauperes et omnino expeditos a rerum -temporalium possessionibus, eorum legislatores, -viri sanctissimi, eos esse ideo voluerunt, ut pro dicenda -veritate non haberent quod amittere formidarent. -Sed jam possessionatis invidentes, procerum -crimina approbantes, commune vulgus in -errore foventes, et utrorumque peccata commendantes, -pro possessionibus acquirendis, qui possessionibus -renunciaverant, pro pecuniis congregandis, -qui in paupertate perseverare juraverant, dicunt -bonum malum et malum bonum, seducentes principes -adulationibus, plebem mendaciis et utrosque -secum in devium pertrahentes. Walsingham ajoute -qu'un proverbe familier de son temps tait celui-ci: -Hic est frater, ergo mendax. <i>Historia anglicana</i>, -1867-9, 3 vol. 8<sup>o</sup>, t. II, pp. 10-13.</p> - -<p>Chanson populaire du XIV<sup>e</sup> sicle sur les frres:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Preste ne monke ne yit chanoun</p> -<p>Ne no man of religioun</p> -<p>Gyfen hem so to devocioun</p> -<p class="i2"> As done thes holy frers.</p> -<p>For summe gyven ham chyvalry,</p> -<p>Somme to riote and ribaudery;</p> -<p>Bot ffrers gyven ham to grete study</p> -<p class="i2"> And to grete prayers.</p> -</div></div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span> -Aprs ces strophes ironiques vient un rquisitoire -formel trop dtaill pour tre cit (<i>Political poems -and songs</i>, d Wright, t. I, p. 263).</p> - -<p>Emploi de l'habit des frres par des laques au -moment de l'agonie:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Isti fratres prdicant per villas et forum</p> -<p>Quod si mortem gustet quis in habitu minorum</p> -<p>Non intrabit postea locum tormentorum,</p> -<p>Sed statim perducitur ad regna cœlorum.</p> -</div></div> - -<p>Si c'est un pauvre qui demande la spulture dans -leurs glises privilgies:</p> - -<p class="quote">Gardianus absens est, statim respondetur,<br /> -Et sic satis breviter pauper excludetur.</p> - -<p>(Satire du quatorzime sicle, publie par -Th. Wright: <i>Political poems and songs</i>, t. I, -pp. 256-7.)</p> - -<p>Wyclif dit de mme: Thei techen lordis and -namely ladies that if they dyen in Fraunceys habite, -thei schulle nevere cum in helle for vertu therof. -<i>Select english works</i>, d. T. Arnold, Oxford, 1869, -3 vol. 8<sup>o</sup>, t. III, p. 382.</p> - -<p>Objets divers vendus ou donns en cadeaux par -les frres dans leurs tournes:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i1"> Thai wandren here and there</p> -<p>And dele with dyvers marcerye,</p> -<p class="i1"> Right as thai pedlers were.</p> -<p>Thai dele with purses, pynnes and knyves</p> -<p>With gyrdles, gloves, for wenches and wyves.</p> -</div></div> - -<p><i>Political poems and songs</i>, d. Wright, t. I, p. 263.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span> -De mme dans Chaucer:</p> - -<p class="quote">His typet was ay farsud ful of knyfes<br /> -And pynnes, for to yive faire wyfes.</p> - -<p>Et mieux encore dans un des traits publis par -M. F. D. Matthew, <i>The english works of Wyclif hitherto -unprinted</i>, Londres, Early english text society, -1880, 8<sup>o</sup>; (la plupart des pices composant ce recueil -sont seulement attribues Wyclif):</p> - -<p>Thei becomen pedderis, berynge knyues, pursis, -pynnys and girdlis and spices and sylk and precious -pellure and forrouris for wymmen, and therto smale -gentil hondis, to get love of hem.</p> - -<p>Les frres se glissent dans la familiarit des -grands; ils aiment, selon Wyclif, to speke bifore -lordis and sitte at tho mete with hom... also to be -confessoures of lordis and ladyes. (<i>Select english -works of John Wyclif</i>, d. T. Arnold, t. III, p. 396.) -Langland, dans sa <i>Vision de Piers Plowman</i>, leur -fait les mmes reproches. On lit encore dans un autre -trait: Thei geten hem worldly offis in lordis courtis, -and also to ben conseilours and reuleris of werris -summe to ben chamberleyns to lordes and ladies. -F. D. Matthew: <i>The english works of Wyclif, hitherto -unprinted</i>.</p> - -<p>Gower fait aussi aux frres ces mmes reproches:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Nec rex nec princeps nec magnas talis in orbe est</p> -<p class="i3"> Qui sua secreta non fateatur eis:</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span></div> -<p>Et sic mendici dominos superant, et ab orbe</p> -<p>Usurpant tacite quod negat ordo palam.</p> -</div></div> - -<p class="quote"><span class="i3"><i>Poema quod dicitur Vox Clamantis</i></span>, d. Coxe,<br /> -<span class="i4">Roxburghe club, 1850, 4<sup>o</sup>, p. 228.</span></p> - -<p>Les frres, d'aprs le concile de Saltzbourg (1386), -empitent sur le rle des curs; le concile condamne -leurs sermons:</p> - -<p>Quia religiosos, prcipue fratres mendicantes, -decet puritatem omnimodam in suis actibus observare: -quoniam tamen... tamquam pseudo-prophet fabulosis -prdicationibus audientium animos plerumque -seducunt; et quamquam invitis ipsarum ecclesiarum -rectoribus, ipsi fratres, nisi per eosdem rectores vocati -sed invitati ad hoc fuerint, de jure non audeant nec -debeant prdicare: volumus tamen quod dicti rectores -ipsos invitent vel admittant, nisi de proponendo -verbum Dei a suis superioribus licentiam habeant, et -de illa spe dictis rectoribus faciant plenam fidem. -(Labbe, <i>Sacrosancta concilia</i>, d, de Florence, t. XXVI, -col. 730.)</p> - -<p>La querelle du frre et du fou sur l'extinction du -pauprisme, d'aprs Sir Thomas More:</p> - -<p>At ne sic quidem, inquit [frater], extricaberis a -mendicis nisi nobis quoque prospexeris fratribus. Atqui, -inquit parasitus, hoc jam curatum est. Nam cardinalis -egregie prospexit vobis, cum statueret de coercendis -atque opere exercendis erronibus. Nam vos estis -errones maximi. Hoc quoque dictum, quum conjectis in -cardinalem oculis eum viderent non abnuere, cœperunt -omnes non illibenter arridere, excepto fratre.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span> -<i>Thom Mori....</i> <i>Vtopi libri II....</i> Basile, 1563, -liv. I, p. 31.</p> - -<p>(26) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES PARDONNEURS</span> (p. <a href="#Page_191">191</a>).—Le pardonneur de -Chaucer:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p><b>. . . . . . .</b> a gentil pardoner,</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>That streyt was comen from the court of Rome;</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>His walet lay byforn him in his lappe,</p> -<p>Bret-ful of pardoun come from Rome al hoot.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Lordyngs, quod he, in chirches whan I preche,</p> -<p>I peyne me to have an hauteyne speche,</p> -<p>And ryng it out as lowd as doth a belle,</p> -<p>For I can al by rote whiche that I telle.</p> -<p>My teeme is alway oon, and ever was</p> -<p>Radix omnium malorum est cupiditas.</p> -<p>First I pronounce whennes that I come</p> -<p>And thanne my bulles schewe I alle and some;</p> -<p>Oure liege lordes seal upon my patent</p> -<p>That schewe I first my body to warent,</p> -<p>That no man be so hardy, prest ne clerk,</p> -<p>Me to destourbe of cristes holy werk.</p> -<p>And after that than tel I forth my tales.</p> -<p>Bulles of popes and of cardynales,</p> -<p>Of patriarkes, and of bisshops, I schewe,</p> -<p>And of latyn speke I wordes fewe</p> -<p>To savore with my predicacioun,</p> -<p>And for to stere men to devocioun.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>I stonde lik a clerk in my pulpit,</p> -<p>And whan the lewed poeple is doun i-set,</p> -<p>I preche so as ye have herd before,</p> -<p>And telle hem an hondred japes more.</p> -<p>Than peyne I me to strecche forth my necke,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span></div> -<p>As doth a dowfe syttyng on a berne;</p> -<p>Myn hondes and my tonge goon so yerne</p> -<p>That it is joye to se my businesse.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>I preche no thyng but for coveityse.</p> -<p>Therfor my teem is yit, and ever was,</p> -<p><i>Radix omnium malorum est cupiditas</i></p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>For I wol preche and begge in sondry londes;</p> -<p>I wil not do no labour with myn hondes.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>I wol noon of thapostles counterfete;</p> -<p>I wol have money, wolle, chese, and whete.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Now good men, God foryeve yow your trespas</p> -<p>And ware yow fro the synne of avarice.</p> -<p>Myn holy pardoun may yon alle warice</p> -<p>So that ye offren noblis or starlinges,</p> -<p>Or elles silver spones, broches or rynges,</p> -<p>Bowith your hedes under this holy bulle.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>I yow assoile by myn heyh power,</p> -<p>If ye woln offre, as clene and eek as cler.</p> -<p>As ye were born.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>I rede that oure hoste schal bygynne,</p> -<p>For he is most envoliped in synne.</p> -<p>Com forth, sire ost, and offer first anoon,</p> -<p>And thou schalt kisse the reliquis everichoon,</p> -<p>Ye for a grote, unbocle anone thi purse.</p> -</div></div> - -<p><i>The poetical works of Chaucer</i>, d. R. Morris, prologue -des <i>Canterbury tales</i> (t. II), et prologue du pardonneur -(t. III).</p> - -<p>Le pardonneur de Boccace ressemble beaucoup a -celui de Chaucer; son Frate Cipolla tait aussi fort -<span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span> -loquent: Era questo frate Cipolla di persona piccolo, -di pelo rosso, e lieto nel viso, e il miglior brigante -del mondo: e oltre a questo, niuna scienza avendo, -si ottimo parlatore e pronto era, che chi conosciuto -non l'avesse, non solamente un gran rettorico l'avrebbe -stimato, ma avrebbe detto esser Tullio medesimo, -o forse Quintiliano; e quasi di tutti quegli della -contrada era compare o amico o benivogliente. (<i>Dcamron</i>, -journe VI, nouvelle X.)</p> - -<p>Les pardonneurs jugs par le pape:</p> - -<p>Ad audientiam nostram, non sine magna mentis -displicentia fide dignorum quam plurium relatio perduxit -quod quidam religiosi diversorum etiam mendicantium -ordinum et nonnulli clerici sculares etiam -in dignitatibus constituti, asserentes se a nobis aut -a diversis legatis seu nuntiis sedis apostolic missos, -et ad plura peragenda negotia diversas facilitates -habere per partes in quibus es pro nobis et Ecclesia -Romana thesaurarius deputatus, discurrunt, et veras -vel prtensas quas se habere dicunt, facultates fideli -et simplici populo nunciant et irreverenter veris -hujusmodi facultatibus abutentes, suas fimbrias, ut -vel sic turpem et infamem qustum faciant, impudenter -dilatant, et non veras et prtensas facultates -hujusmodi mendaciter simulant, cum etiam pro -qualibet parva pecuniarum summula, non pœnitentes, -sed mala conscientia satagentes iniquitati -su, quoddam mentit absolutionis velamen prtendere, -ab atrocibus delictis, nulla vera contritione, -nullaque debita prcedenti forma (ut verbis illorum -<span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span> -utamur) absolvant; male ablata, certa et incerta, nulla -satisfactione prvia (quod omnibus sculis absurdissimum -est) remittant; castitatis, abstinenti, peregrinationis -ultramarin seu beatorum Petri et Pauli -de urbe aut Jacobi de Compostella apostolorum et -alia quvis vota, levi compensatione commutent; de -hresi vel schismate nominatim aut incidenter -condemnatos, absque eo, quod in debita forma -abjurent et quantum possunt debite satisfaciant non -tantum absolvant, sed in integrum restituant; cum -illegitime genitis, ut ad ordines et beneficia promoveri -possint, et intra gradus probibitos copulatis aut -copulandis dispensent, et eis qui ad partes infidelium -absque sedis prdict licentia transfretarunt, vel -merces prohibitas detulerunt, et etiam qui Roman -aut aliarum ecclesiarum possessiones, jura, et bona -occuparunt, excommunicationis et alias sententias -et pœnas et quvis interdicta relaxent, et indulgentiam -quam felicis recordationis Urbanus Papa VI -prdecessor noster, christifidelibus certas basilicas -et ecclesias dict urbis instanti anno visitantibus -concessit, et qu in subsidium Ter Sanct accedentibus -conceduntur, quibusvis elargiri pro nihilo -ducant, et qustum, quem exinde percipiunt, nomine -camer apostolic se percipere asserant, et nullam -de illo nihilominus rationem velle reddere videantur: -Horret et merito indignatur animus talia reminisci....</p> - -<p>Attendentes igitur quod nostra interest super tot -tantisque malis de opportunis remediis salubriter -<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span> -providere, fraternitati tu de qua in iis et aliis specialem -in domino fiduciam obtinemus, per apostolica -scripta committimus et mandamus quatenus religiosis -et clericis scularibus hujusmodi, ac earum familiaribus, -complicibus et collegiis, et aliis, vocatis -qui fuerint evocandi, summarie, simpliciter et de -plano ac sine strepitu et figura judicii, etiam ex -officio super prmissis, auctoritate nostra, inquiras -diligentius veritatem, et eos ad reddendum tibi computum -de receptis et reliqua consignandum, remota -appellatione, compellas, et quos per inquisitionem hujusmodi -excessisse, vel non verum aut non sufficiens -seu ad id non habuisse mandatum inveneris, capias -et tandius sub fida custodia teneas carceribus -mancipatos, donec id nobis intimaveris. (Lettre -adresse, en 1390, par Boniface IX divers vques, -<i>Annales ecclesiastici</i>, t. VII, p. 525 de la suite de -Raynaldus.)</p> - -<p>(27) <span class="cap">I</span><span class="smallc">NSTALLATION DE STATUES POUR ATTIRER LES PLERINS</span> -(p. <a href="#Page_212">212</a>).—Rcit de Thomas de Burton, -abb de Meaux prs Beverley:</p> - -<p>Dictus autem Hugo abbas XV<sup>us</sup> crucifixum novum -in choro conversorum fecit fabricari. Cujus -quidem operarius nullam ejus formosam et notabilem -proprietatem sculpebat nisi in feria sexta, in -qua pane et aqua tantum jejunavit. Et hominem nudum -coram se stantem prospexit, secundum cujus -formosam imaginem crucifixum ipsum aptius decoraret. -Per quem etiam crucifixum Omnipotens manifesta -miracula fecerat incessanter. Unde tunc etiam -<span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span> -putabatur quod si mulieres ad dictum crucifixum -accessum haberent augmentaretur communis devotio, -et in quam plurimum commodum nostri monasterii, -redundaret. Super quos abbas Cistercii a nobis -requisitus, suam licentiam nobis impertivit ut homines -et mulieres honest accedere possint ad dictum -crucifixum, dum tamen mulieres per claustrum et -dormitorium seu alia officina intrare non permittantur.... -Cujus quidem licenti prtextu, malo -nostro, femin spius aggrediuntur dictum crucifixum, -prcipue cum in eis frigescat devotio, dum -illuc, ut ecclesiam tantum introspiciant accesserint, -et sumptus nostros augeant in hospitatione earundem.</p> - -<p><i>Chronica monasterii de Melsa</i>, d. A. Bond, 1868, -t. III, p. 35.</p> - -<p>La lettre de William Grenefeld, archevque d'York, -relativement l'installation d'une statue de la Vierge, -dbute ainsi: Sane nuper ad aures nostras pervenit -quod ad quandam imaginem beat Virginis in ecclesia -parochiali de Foston noviter collocatam magnus simplicium -est concursus, acsi in eadem plus quam in -aliis similibus imaginibus aliquid numinis appareret.... -Anne 1313; Wilkins, <i>Concilia</i>, t. II, -p. 423.</p> - -<p>(28) <span class="cap">L</span><span class="smallc">ES PLERINAGES; ATTITUDE DES WYCLIFITES ET DES -PROTESTANTS</span> (p. <a href="#Page_215">215</a>).—Abjuration du lollard William -Dynet, 1<sup>er</sup> dcembre 1395:</p> - -<p>.... Fro this day forthwarde, I shall worshipe -ymages, with praying and offering vn-to hem in the -<span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span> -worschepe of the seintes that they be made after; -and also I shal neuermore despyse pylgremage....</p> - -<p><i>Academy</i> du 17 novembre 1883; le texte de ce -serment sera insr dans la collection d'<i>Early english -documents</i> que prpare en ce moment M. Furnivall.</p> - -<p>Opinion de Latimer sur les plerinages:</p> - -<p>What thinke ye of these images that are had -more then their felowes in reputation? that are gone -vnto with such labour and werines of the body, frequented -with such our cost, sought out and visited -with such confidence? what say ye by these images, -that are so famous, so noble, so noted, beyng of -them so many and so diuers in England. Do you -thinke that this preferryng of picture to picture, -image to image is the right vse and not rather the -abuse of images? <i>A sermon... made.. to the conuocation -of the clergy</i> (28 Henry VIII).—<i>Frutefvll sermons -preached by the right reuerend father and constant -martyr of Iesus Christ, M. Hugh Latymer</i>, -Londres, 1571, 4<sup>o</sup>.</p> - -<p>(29) <span class="cap">N</span><span class="smallc">OTES DE VOYAGE DE PLERINS ANGLAIS DES QUATORZIME -ET QUINZIME SICLES</span> (p. <a href="#Page_226">226</a>).—Voyage -Saint-Jacques (quinzime sicle):</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Men may leue alle gamys,</p> -<p>That saylen to seynt Jamys!</p> -<p>Ffor many a man hit gramys,</p> -<p class="i2"> When they begyn to sayle.</p> -<p>Ffor when they haue take the see</p> -<p>At Sandwich or at Wynchylsee</p> -<span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span> -<p>At Bristow or where that hit bee,</p> -<p class="i2"> Theyr hertes begyn to fayle.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>. . Som are lyke to cowgh and grone</p> -<p class="i2"> Or hit be full mydnygtht,</p> -<p>Hale the bowelyne! now were the shete!</p> -<p>Cooke, make redy anoon our mete,</p> -<p>Our pylgryms haue no lust to ete.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Then comethe oone and seyth, Be mery;</p> -<p>Ye shall haue a storme or a pery.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Thys mene whyle the pylgryms ly</p> -<p>And haue theyr bowlys fast theym by</p> -<p>And cry after hote maluesy.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Som layde theyr bookys on theyr kne,</p> -<p>And rad so long that they myght nat se;</p> -<p>Allas! myne hede wolle cleue on thre!</p> -<p class="i2"> Thus seyth another certayne.</p> -</div></div> - -<p>Pome du temps d'Henri VI publi par M. Furnivall, -<i>The stacions of Rome and the pilgrim's sea -voyage</i>, Early english text society, Londres, 1867.</p> - -<p>Voyage Rome (quatorzime sicle); la fondation -de Rome:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>The Duchesse of troye that sum tyme was.</p> -<p>To Rome com with gret pres.</p> -<p>Of hire com Romilous and Romilon.</p> -<p>Of whom Rome furst bi-gon.</p> -<p>Hethene hit was and cristened noutȝt.</p> -<p>Til petur and poul hit hedde I-bouȝt.</p> -<p>With gold ne seluer ne with no goode.</p> -<p>Bot with heore flesch and with heore blode.</p> -</div></div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span> -Les catacombes:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>But thou most take candel liht.</p> -<p>Elles thou gost merk as niht.</p> -<p>For vnder the eorthe most thou wende.</p> -<p>Thow maiȝt not seo bi-fore ne bi-hynde.</p> -<p>For thider fledde mony men.</p> -<p>For drede of deth to sauen hem.</p> -<p>And suffrede peynes harde and sore.</p> -<p>In heuene to dwelle for euer more.</p> -</div></div> - -<p>Le portrait de la Vierge:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Seint Luik while he liued in londe.</p> -<p>Wolde haue peynted hit with his honde.</p> -<p>And whon he hedde ordeyned so.</p> -<p>Alle colours that schulde ther to.</p> -<p>He fond an ymage al a-pert.</p> -<p>Non such ther was middelert.</p> -<p>Mad with angel hond and not with his.</p> -<p>As men in Rome witnesseth this.</p> -</div></div> - -<p>Le Panthon:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>A-grippa dude hit make.</p> -<p>For Sibyl and Neptanes sake.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>He zaf hit name panteon.</p> -</div></div> - -<p>L'idole du Panthon:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Hit loked forth as a cat;</p> -<p>He called hit Neptan.</p> -</div></div> - -<p><i>The stacions of Rome, in verse, from the Vernon -ms., ab. 1370</i>, d. F. J. Furnivall; Early english -text society, 1867, 8<sup>o</sup>. On trouvera un texte du mme -ouvrage, avec beaucoup de variantes, dans les -<span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a></span> -<i>Political, religious and love poems</i>, publis par -M. Furnivall (1866, 8<sup>o</sup>, p. 113). Voir au commencement -de cette dernire publication les notes de -M. W. M. Rossetti sur les <i>Stacions</i>. Il compare les -renseignements fournis par l'auteur du pome -ceux que donne l'Italien Francino dans le livre compos -par celui-ci en 1600 sur le mme sujet. M. Rossetti -indique aussi ce qu'on montre encore aujourd'hui - Rome des reliques vantes dans les <i>Stacions</i>.</p> - -<p class="end">FIN</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_300"> 300</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span></p> -<h2 class="normal"><span class="large">TABLE</span></h2> -<table id="ToC" summary="contents"> -<tr> -<td> </td> -<td class="tdr">Pages</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smallc">Introduction</span></td> -<td class="tdr"><a href="#Page_3"> 3</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc"><span class="large">PREMIRE PARTIE</span><br /> -<span class="small">Les routes</span></th> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE I.—<span class="smallc">Les routes et les ponts.</span></th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Ide gnrale de leur entretien.—Tous les propritaires sont -chargs de les rparer—Caractre religieux de cette obligation.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_11"> 11</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les frres pontifes.—Indulgences pour encourager la construction -des ponts.—Rle des guilds.—Le pont de Stratford-at-Bow.—Le -pont de Londres.—Ressources affectes - la prservation des ponts.—Les droits de page.—Les -offrandes la chapelle.—Dotation des ponts.—Enqutes -sur leur tat.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_13"> 13</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les routes.—Leur entretien.—Leur tat habituel.—Les -dputs au parlement arrts dans leur voyage Londres -par le mauvais tat des chemins.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_31"> 31</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE II.—<span class="smallc">Le voyageur ordinaire et le passant.</span></th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les voyages de la cour et des seigneurs.—Charrettes et fourgons - bagages.—Les pourvoyeurs royaux et leurs abus -de pouvoir.—Les voitures princires.—Le cortge royal.—Les -solliciteurs et les plaideurs.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_39"> 39</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Voyages des magistrats.—Voyages des moines.—Voyages -des vques.—Voyages des messagers.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_50"> 50</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les gtes pour la nuit.—La suite du roi loge par les habitants.—Les -monastres.—Les nobles abusent de l'hospitalit -monacale.—Les chteaux.—Les htelleries.—Le -prix du coucher et des provisions.—Un voyage en -hiver d'Oxford Newcastle.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_59"> 59</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les cabarets,—Les ermitages.—L'ermite et le voyageur.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_69"> 69</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE III.—<span class="smallc">Scurit des routes.</span></th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Le brigandage seigneurial.—Les nobles et leurs partisans.—Les -bandes organises.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_79"> 79</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les voleurs.—Alliance des bandes de voleurs et des bandes -seigneuriales.—Le droit d'asile et l'abjuration du royaume.—Les -chartes de pardon.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_86"> 86</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">La rpression.—Dangers qu'elle prsente pour le voyageur -inoffensif.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_97"> 97</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">DEUXIME PARTIE<br /> -<span class="small"><b>La vie nomade.</b></span></th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smallc">Division</span></td> -<td class="tdr"><a href="#Page_103"> 103</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE I.—<span class="smallc">Herbiers, charlatans, mnestrels,<br /> -chanteurs et bouffons.</span></th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Le gurisseur ambulant.—L'herbier de Rutebeuf.—Le lgislateur -et les empiriques.—Le saltimbanque de Ben Jonson.—Le -charlatan d'aujourd'hui.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_105"> 105</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les jongleurs et les mnestrels.—Leur popularit.—En quoi -consistent leurs chants.—Leur rle dans les ftes seigneuriales -et dans les festins.—Les troupes au service -du roi.—Les troupes au service des nobles.—Les instruments -de musique.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_117"> 117</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">La concurrence.—La guild des mnestrels et son monopole.—Les -faux mnestrels.—Rle des mnestrels dans les -mouvements populaires.—Leurs doctrines librales.—Le -noble tolre ces doctrines; le peuple se les assimile.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_127"> 127</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Causes de la disparition des mnestrels.—L'invention de -l'imprimerie.—Le perfectionnement de l'art thtral.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_134"> 134</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les bouffons et les faiseurs de tours.—Grossiret de leurs -jeux.—Ils s'associent aux mnestrels.—La rprobation -publique atteint les uns et les autres la Renaissance.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_135"> 135</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE II.—<span class="smallc">Les outlaws et les ouvriers errants.</span></th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les forts d'Angleterre et leurs habitants.—Comment on tait -mis hors la loi.—Sort des hommes et sort des femmes.—Leur -existence vagabonde.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_142"> 142</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les paysans vagabonds.—Le besoin d'mancipation.—Le -paysan qui se dtache illgalement de la glbe devient -tantt ouvrier nomade, tantt mendiant, tantt voleur de -grand chemin.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_146"> 146</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les peines: la prison, les ceps, le fer rouge.—Les -mesures prventives: les passeports l'intrieur.—Les -tudiants mme obligs d'en avoir.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_153"> 153</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">L'œuvre rvolutionnaire.—Les assembles secrtes.—Le -rle des errants.—La grande rvolte de 1381.—Diffrences -avec la France.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_157"> 157</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE III.—<span class="smallc">Les prcheurs nomades<br /> -et les frres mendiants.</span></th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les prcheurs politiques.—Dans quelle classe ils se recrutent.—Quelles -thories ils vulgarisent.—Les simples -prtres de Wyclif.—Rle des prcheurs.—Ton de -leurs harangues.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_164"> 164</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les prcheurs religieux, Rolle de Hampole.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_167"> 167</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les frres.—Ce qu'ils taient au quatorzime sicle; ce -qu'ils avaient t d'abord.—Saintet de leur mission -initiale.—Leur popularit en Angleterre.—Cette popularit -trop grande est la cause de leur dcadence.—Richesse -exagre.—Superstitions.—Ils deviennent un -objet banal de satire.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_168"> 168</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE IV.—<span class="smallc">Les Pardonneurs.</span></th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les indulgences.—Portrait du pardonneur par un pote.—Portrait -par un pape.—Les faux et les vrais pardonneurs.—Les -associations illicites de pardonneurs.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_186"> 186</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Le trafic des mrites des saints.—Les reliques.—Impuissance -de la cour papale rformer ces abus.—L'me -du pardonneur.—Par quels moyens il en impose la -foule.—Le merveilleux et les croyances populaires.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_194"> 194</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE V.—<span class="smallc">Les plerinages et les plerins.</span></th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les plerinages pieux et les plerinages politiques.—Les -corps des rebelles supplicis par ordre du roi font -des miracles.—La foule se presse leurs tombeaux.—Indignation -du roi.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_206"> 206</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Lieux de plerinage en Angleterre.—Mlange des classes -dans les bandes de plerins.—Les images, les mdailles, les -btons.—Le retour, les histoires difiantes.—Le plerin -de circonstance et le plerin par profession.—Le faux -plerin.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_210"> 210</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Lieux de plerinage sur le continent (France, Espagne, -Italie).—Les passeports.—Indulgences attaches aux -chsses des saints.—Manuel des indulgences l'usage -des plerins.—Comment les plerins vivaient en route.—Les -plerinages par procuration.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_219"> 219</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Les plerinages en Palestine.—La dvotion, la curiosit et -le got des aventures.—Les troupes armes de plerins.—Les -guides du voyageur en Palestine.—Le guide attribu - Mandeville, le guide de William Wey.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_232"> 232</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smallc">Conclusion.</span></td> -<td class="tdr"><a href="#Page_245"> 245</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">APPENDICE</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(1) Patentes de 1201 confiant un Franais le soin de terminer -le pont de Londres.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_251"> 251</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(2) Opinion de Lyly sur le pont de Londres.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_252"> 252</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(3) Ptition relative un vieux pont de bois dont les arches -taient trop basses et trop troites pour laisser passer -les bateaux.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_253"> 253</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(4) Ptition concernant les offrandes faites la chapelle d'un -pont.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_255"> 255</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(5) Le pont de Londres et son entretien.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_256"> 256</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(6) Enqute relative l'entretien des ponts.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_258"> 258</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(7) L'entretien des routes.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_259"> 259</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(8) Les routes et ponts des environs des grandes villes.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_260"> 260</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(9) Voyages du roi. Ptitions et statuts relatifs aux pourvoyeurs -royaux.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_261"> 261</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(10) Les tournes des magistrats et fonctionnaires royaux.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_264"> 264</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(11) Les vtements du moine mondain.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_265"> 265</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(12) Refus par un shriff de Londres de loger chez lui des -gens de la maison du roi.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_268"> 268</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(13) Exactions de certains grands seigneurs en voyage.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_269"> 269</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(14) Passage de l'Humber en bac.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_269"> 269</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(15) Les auberges et les cabarets de grands chemins.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_270"> 270</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(16) Le droit d'asile.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_272"> 272</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(17) Abus rsultant du droit d'asile.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_274"> 274</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(18) Les empiriques du quatorzime sicle.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_276"> 276</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(19) Les mnestrels, jongleurs et chanteurs ambulants; sujets -de leurs chansons.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_277"> 277</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(20) Rception des mnestrels dans les chteaux.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_278"> 278</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(21) Les romans en Angleterre; origines fabuleuses de la -nation.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_279"> 279</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(22) Les romans du quatorzime sicle ridiculiss par Chaucer.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_281"> 281</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(23) Chants populaires anglais du moyen ge.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_282"> 282</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(24) Les mnestrels et les romans la Renaissance.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_283"> 283</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(25) Les frres mendiants jugs par les potes, par Wyclif, par -les conciles, par Sir Thomas More etc.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_285"> 285</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(26) Les pardonneurs.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_290"> 290</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(27) Installation de statues pour attirer les plerins.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_294"> 294</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(28) Les plerinages; attitude des wyclifistes et des protestants.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_295"> 295</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">(29) Notes de voyage de plerins anglais des quatorzime et -quinzime sicles.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_296"> 296</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smallc">Table.</span></td> -<td class="tdr"><a href="#Page_301"> 301</a></td> -</tr> -</table> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span></p> -<p class="ad sper">LIBRAIRIE HACHETTE & C<sup>ie</sup><br /> -<span class="xs">BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79, PARIS</span></p> -</div> - -<p class="ad"><span class="large">EXTRAIT DU CATALOGUE</span></p> -<hr class="deco" /> - -<p class="ad"><span class="xxlarge">GOGRAPHIE & VOYAGES</span><br /> -<span class="medium">FORMAT IN-16, AVEC GRAVURES ET CARTES</span><br /> -<span class="xs">Chaque volume: broch, 4 fr.—Reli en percaline, tranches rouges, 5 fr. 50</span></p> - -<div class="hanging indent"> -<p><b>About</b> (Ed.): <i>La Grce contemporaine</i>; -8<sup>e</sup> dition. 1 vol. -avec 24 gravures.</p> - -<p><b>Albertis</b> (d'): <i>Nouvelle-Guine</i>, -traduit de l'anglais par -M<sup>me</sup> Trigant. 1 vol. avec 64 gravures -et 2 cartes.</p> - -<p><b>Amicis</b> (de): <i>Constantinople</i>, -traduit de l'italien par M<sup>me</sup> J. -Colomb; 2<sup>e</sup> dition. 1 vol. -avec 24 gravures.</p> - -<p class="i3">—<i>L'Espagne</i>, traduit par la -mme; 2<sup>e</sup> dition. 1 vol. avec -24 gravures.</p> - -<p class="i3">—<i>La Hollande</i>, traduit par -Frdric Bernard. 1 vol. avec -24 gravures.</p> - -<p><b>Belle</b> (H.): <i>Trois annes en -Grce</i>. 1 vol. avec 32 gravures -et 1 carte.</p> - -<p><b>Cotteau</b> (E.): <i>De Paris au -Japon travers la Sibrie</i>. -Voyage excut du 6 mai au -7 aot 1881. 1 vol. avec 28 -gravures et 3 cartes.</p> - -<p><b>Cameron</b> (Vernet-Lowett): <i>Notre -future route de l'Inde</i>. -1 vol. avec 29 gravures.</p> - -<p><b>Daireaux</b> (E.): <i>Buenos-Ayres, -la Pampa et la Patagonie</i>. -1 vol. avec 24 gravures et -1 carte.</p> - -<p><b>David</b> (l'abb): <i>Journal de mon -troisime voyage d'exploration -dans l'Empire chinois</i>. 2 vol. -avec 32 gravures et 3 cartes.</p> - -<p><b>Garnier</b> (F.): <i>De Paris au Tibet</i>. -1 vol. avec 30 gravures et -1 carte.</p> - -<p><b>Hbner</b> (baron de): <i>Promenade -autour du monde</i>; -6<sup>e</sup> dition. 2 vol. avec 48 gravures.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span> -<b>Lamothe</b> (de): <i>Cinq mois chez les -Franais d'Amrique</i>. Voyage -au Canada et la Rivire -Rouge du Nord. 1 vol. avec -24 gravures et 1 carte.</p> - -<p><b>Largeau</b> (V.): <i>Le pays de Rirha.—Ouargla</i>. -Voyage -Rhadams. 1 vol. avec 12 gravures -et 1 carte.</p> - -<p class="i3">—<i>Le Sahara algrien</i>; <i>les dserts -de l'Erg</i>; 2<sup>e</sup> dition. 1 vol. -avec 17 gravures et 3 cartes.</p> - -<p><b>La Selve</b> (E.): <i>Le pays des ngres</i>. -Voyage Hati. 1 vol. -avec 24 gravures et 1 carte.</p> - -<p><b>Marche</b> (A.): <i>Trois voyages dans -l'Afrique occidentale</i>. 2<sup>e</sup> dition, -Sngal, Gambie, Casamance -Gabon, Ogoou. 1 vol. -avec 24 gravures et 1 carte.</p> - -<p><b>Markham</b> (A.): <i>La mer glace -du ple</i>; souvenirs d'un voyage -sur l'Alerte (1875-1876), traduit -de l'anglais par Frdric -Bernard. 1 vol. avec 32 gravures -et 2 cartes.</p> - -<p><b>Montgut</b> (E.): <i>En Bourbonnais -et en Forez</i>; 2<sup>e</sup> dition. 1 vol. -avec 24 gravures.</p> - -<p class="i3">—<i>Souvenirs de Bourgogne</i>;<br /> -2<sup>e</sup> dition. 1 vol. avec 24 gravures.</p> - -<p><b>Pfeiffer (M<sup>me</sup>)</b>: <i>Voyage d'une -femme autour du monde</i>; 5<sup>e</sup> -dition. 1 vol. avec 42 gravures -et 1 carte.</p> - -<p class="i3">—<i>Mon second voyage autour -du monde</i>; 4<sup>e</sup> dition. 1 vol. -avec 32 gravures et 1 carte.</p> - -<p class="i3">—<i>Voyage Madagascar.</i> 1 vol. -avec 24 gravures et 1 carte.</p> - -<p><b>Reclus</b> (A.): <i>Panama et Darien</i>. -Voyages d'exploration (1876-1878). -1 vol. avec 60 gravures -et 4 cartes.</p> - -<p><b>Reclus</b> (Elise): <i>Voyage la -Sierra-Nevada de Sainte-Marthe</i>. -Paysages de la nature -tropicale; 2<sup>e</sup> dition. 1 vol. -avec 21 gravures et 1 carte.</p> - -<p><b>Simonin</b> (L.): <i>Le monde amricain</i>; -3<sup>e</sup> dition. 1 vol. avec -24 gravures.</p> - -<p><b>Taine</b> (H.), de l'Acadmie franaise: -<i>Voyage en Italie</i>; 4<sup>e</sup> -dition. 2 vol. avec 48 gravures.</p> - -<p class="i3">—<i>Voyage aux Pyrnes</i>; 8<sup>e</sup> dition. -1 vol. avec 24 gravures.</p> - -<p class="i3">—<i>Notes sur l'Angleterre</i>; 5<sup>e</sup> -dition. 1 vol. avec 24 gravures.</p> - -<p><b>Weber</b> (de): <i>Quatre ans au -pays des Bors</i>. 1 vol. avec 25 -gravures et 1 carte.</p> - -<p><b>Wey</b> (Fr.): <i>Dick Moon en -France</i>; 2<sup>e</sup> dition. 1 vol. avec -24 gravures. -<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span></p> -</div> - -<h3>FORMATS GRAND IN-8<sup>o</sup> ET IN-4<sup>o</sup></h3> - -<div class="hanging indent"> -<p><b>Amicis</b> (E. de): <i>Constantinople</i>. -Ouvrage traduit de l'italien par -M<sup>me</sup> J. Colomb. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -183 reproductions de dessins -pris sur nature par Biso. 15 fr.</p> - -<p><b>Baker</b> (S. W.): <i>Dcouverte de -L'Albert N'yanza</i>. (puis, sera -rimprim.)</p> - -<p class="i3">—<i>Ismalia.</i> Rcit d'une expdition -dans l'Afrique centrale. Ouvrage -traduit de l'anglais par -H. Vattemare. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -56 gravures et 2 cartes. 10 fr.</p> - -<p><b>Blunt</b> (Lady): <i>Voyage en Arabie</i>. -Plerinage au Nedged. Ouvrage -traduit de l'anglais par Derme. -1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec 60 gravures -dessines d'aprs les aquarelles -de l'auteur et 1 carte. 10 fr.</p> - -<p><b>Burton</b> (le capitaine):<i> Voyage -aux grands lacs de l'Afrique -orientale</i>. (puis, sera rimprim.)</p> - -<p><b>Cameron</b> (le commandant): <i>A -travers l'Afrique</i>, voyage de -Zanzibar Benguela. Ouvrage -traduit de l'anglais par -M<sup>me</sup> H. Loreau; 2<sup>e</sup> dit. 1 vol. -in-8<sup>o</sup>, avec 139 gravures, -1 carte et 4 facsimils. 10 fr.</p> - -<p><b>Crevaux</b> (D<sup>r</sup>): <i>Voyages dans -l'Amrique du Sud</i>. 1 vol. in-4, -illustr de 253 gravures dessines -sur bois, etc., et contenant -5 cartes. Broch. 50 fr.</p> - -<p><b>Dixon</b> (Hepworth): <i>La Russie -libre</i>. Ouvrage traduit de l'anglais -par E. Jonveaux. 1 vol. -avec 75 gravures et 1 carte. 10 fr.</p> - -<p class="i3">— <i>La conqute blanche</i>, voyage -aux tats-Unis d'Amrique. -Ouvrage traduit par H. Vattemare. -1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec 118 gravures -et 2 cartes. 10 fr.</p> - -<p><b>Enault</b> (L.): <i>Londres</i>. 1 vol. -in-4, avec 150 gravures, -d'aprs G. Dor. 50 fr.</p> - -<p><b>Garnier</b> (F.): <i>Voyage d'exploration -en Indo-Chine</i>. 2 vol. in-4 -illustrs, avec atlas. 200 fr.</p> - -<p><b>Gourdault</b> (J.): <i>Voyage au -ple Nord des navires la -Hansa et la Germania</i>, rdig -d'aprs les relations officielles. -1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec 80 gravures et -3 cartes. 10 fr.</p> - -<p class="i3">—<i>L'Italie.</i> 1 vol. in-4, avec 450 -gravures. 50 fr.</p> - -<p class="i3">—<i>La Suisse.</i> 2 vol. in-4, avec -825 gravures. 100 fr.</p> - -<p class="small i3">Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.</p> - -<p><b>Grandidier</b> (A.): Histoire <i>physique, -naturelle et politique de -Madagascar</i>. Environ 28 vol. -grand in-4, avec 500 planches -<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span> -en couleurs et 700 en noir. -En cours de publication, par -livraisons.</p> - -<p class="i3 small">Demander le prospectus.</p> - -<p><b>Hayes</b> (Dr): <i>La mer libre du -ple</i>, voyage de dcouvertes -dans les mers arctiques, 1860-1861. -(puis, sera rimprim.)</p> - -<p class="i1">—<i>La terre de dsolation</i>, excursion -d't au Groenland. Ouvrage -traduit de l'anglais par -J.-M.-L. Reclus. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -40 gravures et 1 carte. 10 fr.</p> - -<p><b>Hbner</b> (baron de): <i>Promenade -autour du monde</i> (1871). 1 vol. -in-4, avec 316 gravures. 50 fr.</p> - -<p><b>Kanitz</b>: <i>La Bulgarie danubienne -et le Balkan</i> (1860-1880). dition -publie sous la direction de -l'auteur. 1 volume in-8, avec -100 gravures et 1 carte. 25 fr.</p> - -<p><b>Livingstone</b> (D.): <i>Explorations -dans l'intrieur de l'Afrique -australe</i>, de 1840 1856. Ouvrage -traduit de l'anglais par -M<sup>me</sup> H. Loreau; 3<sup>e</sup> dition. -1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec 45 gravures et -2 cartes. 10 fr.</p> - -<p class="i1">—<i>Dernier journal</i>, relatant ses -explorations et dcouvertes de -1866 1873, suivi du rcit de -ses derniers moments et du -transport de ses restes, d'aprs -le rapport de ses serviteurs. -Ouvrage traduit par M<sup>me</sup> H. -Loreau. 2 vol. in-8<sup>o</sup>, avec 60 gravures -et 4 cartes. 20 fr.</p> - -<p><b>Livingstone</b> (D. et C.): <i>Explorations -du Zambze et de -ses affluents</i> (1858-1864). Ouvrage -traduit de l'anglais par -M<sup>me</sup> H. Loreau; 2<sup>e</sup> dition. -1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec 47 gravures -et 4 cartes. 10 fr.</p> - -<p><b>Lortet</b> (D<sup>r</sup>): <i>La Syrie d'aujourd'hui</i>. -1 vol. in-4, illustr de -350 gravures dessines sur -bois et contenant 5 cartes. -Broch. 50 fr.</p> - -<p><b>Milton</b> et <b>Cheadle</b>: <i>Voyage de -l'Atlantique au Pacifique</i>, -travers le Canada, les montagnes -Rocheuses et la Colombie -anglaise. Ouvrage traduit -de l'anglais par M. J. Belin -de Launay. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -22 gravures et 2 cartes. 10 fr.</p> - -<p><b>Nachtigal</b> (D<sup>r</sup>): <i>Sahara et Soudan</i>. -Ouvrage traduit de l'allemand -par M. J. Gourdault.</p> - -<p class="small i3">Tome I<sup>er</sup>: <i>Tripolitaine, Fezzan, -Tibesti, Kanem, Borkou et -Bornou</i>. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -99 gravures et 1 carte. 10 fr.</p> - -<p><b>Nares</b> (le capitaine): <i>Un voyage - la mer polaire</i> (1875-1876). -Ouvrage traduit de l'anglais par -F. Bernard. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -62 gravures et 2 cartes. 10 fr.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span> -<b>Nordenskild</b>: <i>Voyage de la -Vega autour de l'Asie et de -l'Europe</i>. Ouvrage trad. du sudois, -avec l'autorisation de l'auteur, -par MM. Ch. Rabot et Ch. -Lallemand. Tome I<sup>er</sup>. 1 vol. -in-8<sup>o</sup> avec 293 gravures sur -bois, 3 gravures sur acier et -18 cartes. 15 fr.</p> - -<p class="i3 small">L'ouvrage complet formera 2 volumes.</p> - -<p><b>Palgrave</b> (W.): <i>Une anne de -voyage dans l'Arabie centrale</i> -(1862-1863). Ouvrage traduit -de l'anglais par E. Jonveaux. -2 vol. in-8<sup>o</sup>, avec 1 carte et 4 -plans. 10 fr.</p> - -<p><b>Payer</b> (le lieutenant): <i>L'expdition -du Tegetthoff</i>, voyage -de dcouvertes aux 80<sup>e</sup>-83<sup>e</sup> degrs -de latitude nord. Ouvrage -traduit de l'allemand par J. -Gourdault. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -68 gravures et 2 cartes. 10 fr.</p> - -<p><b>Piassetsky</b> (P.): <i>Voyage travers -la Mongolie et la Chine</i>. -Ouvrage traduit du russe par -Kuscinski. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, contenant -90 gravures et 1 carte. 15 fr.</p> - -<p><b>Prjvalski</b>(N.): <i>Mongolie et pays -des Tangoutes</i>. Voyage de trois -annes dans l'Asie centrale. -Ouvrage traduit du russe par -G. du Laurens. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -42 gravures et 4 cartes. 10 fr.</p> - -<p><b>Raynal</b> (F.): <i>Les naufrages, -ou vingt mois sur un rcif des -iles Auckland</i>; 5<sup>e</sup> dition. 1 vol. -in-8<sup>o</sup>, avec 40 gravures, d'aprs -A. de Neuville, et 1 carte. 10 fr.</p> - -<p class="i3 small">Ouvrage couronn par l'Acadmie franaise.</p> - -<p><b>Rousselet</b> (L.): <i>L'Inde des Rajahs</i>. -Voyage dans l'Inde centrale -et dans les prsidences de -Bombay et du Bengale. 1 v. in-4, -contenant 517 gravures sur bois -et 5 cartes. Broch. 50 fr.</p> - -<p><b>Schweinfurth</b> (D<sup>r</sup>): <i>Au cœur -de l'Afrique</i> (1866-1871). Ouvrage -traduit, sur les ditions -anglaise et allemande, -par M<sup>me</sup> H. Loreau. 2 vol. in-8<sup>o</sup>, -avec 139 gravures et 2 cartes. 20 fr.</p> - -<p><b>Serpa Pinto</b> (le major): <i>Comment -j'ai travers l'Afrique</i>. -Ouvrage traduit sur l'dition -anglaise et collationn avec le -texte portugais, par M. J. Belin -de Launay. 2 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -160 gravures et 15 cartes. 20 fr.</p> - -<p><b>Speke</b> (le capitaine): <i>Journal -de la dcouverte des sources -du Nil</i>. Ouvrage traduit de -l'anglais par E. Forgues; 3<sup>e</sup> -dit. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec 3 cartes et -78 gravures, d'aprs les dessins -du capitaine Grant. 10 fr.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span> -<b>Stanley</b> (H.): <i>Comment j'ai -retrouv Livingstone</i>. Ouvrage -trad. de l'anglais par M<sup>me</sup> H. -Loreau; 3<sup>e</sup> dit. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -60 gravures et 6 cartes. 10 fr.</p> - -<p class="i1"> —<i>A travers le continent mystrieux</i>, -ou les sources du Nil, -les grands lacs de l'Afrique -quatoriale, le fleuve Livingstone -ou Congo jusqu' l'Atlantique. -Ouvrage traduit par -M<sup>me</sup> H. Loreau. 2 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -150 gravures et 9 cartes. 20 fr.</p> - -<p><b>Taine</b> (H.): <i>Voyage aux Pyrnes</i>; -8<sup>e</sup> dition. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, -tir sur papier teint, avec -350 gravures, d'aprs Gustave -Dor. 10 fr.</p> - -<p><b>Thomson</b> (C): <i>Les abmes de -la mer</i>. Rcits des croisires -du <i>Porc-Epic</i> et de l'<i>Eclair</i>. -Ouvrage traduit de l'anglais -par le D<sup>r</sup> Lortet. 1 vol. avec -94 gravures. 15 fr.</p> - -<p><b>Thomson</b> (J.): <i>Dix ans de voyages -dans la Chine et l'Indo-Chine</i>. -Ouvrage traduit de l'anglais -par MM. A. Talandier -et H. Vattemare. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, -avec 128 gravures. 10 fr.</p> - -<p><b>Vambry</b>: <i>Voyages d'un faux -derviche dans l'Asie centrale</i>, -de Thran Khiva, Bokhara -et Samarkand, par le grand -dsert turcoman. Ouvrage traduit -de l'anglais par E. Forgues; -2<sup>e</sup> dition. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -34 gravures et 1 carte. 10 fr.</p> - -<p><b>Vivien de Saint-Martin</b>: <i>Histoire -de la gographie et des -dcouvertes gographiques</i>, depuis -les temps les plus anciens -jusqu' nos jours. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, -et 1 atlas de 12 cartes. 20 fr.</p> - -<p><b>Wey</b> (F.): <i>Rome, descriptions -et souvenirs</i>; 5<sup>e</sup> dit. 1 vol. -in-4, avec 370 gravures. 50 fr.</p> - -<p><b>Whymper</b> (E.): <i>Escalades dans -les Alpes</i>; 2<sup>e</sup> dition. Ouvrage -traduit de l'anglais par Ad. -Joanne. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec 75 -gravures d'aprs les croquis -de l'auteur. 10 fr.</p> - -<p><b>Whymper</b> (F.): <i>Voyages et -aventures dans l'Alaska</i>. Ouvrage -traduit de l'anglais par -M. E. Jonveaux. 1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec -37 gravures et 1 carte. 10 fr.</p> - -<p><b>Wiener</b> (C.): <i>Prou et Bolivie</i>. -Rcit de voyage, suivi d'tudes -archologiques et ethnographiques. -1 vol. in-8<sup>o</sup>, avec plus -de 1100 gravures, 27 cartes -et 18 plans. 25 fr.</p> - -<p><b>Yriarte</b> (C.): <i>Les bords de l'Adriatique</i>. -1 vol. in-4, avec -257 gravures. 50 fr.</p> -</div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span></p> -<p class="space ad"><span class="small">EN COURS DE PUBLICATION</span><br /> -<span class="xlarge">NOUVELLE GOGRAPHIE UNIVERSELLE</span><br /> -<span class="medium sper">LA TERRE ET LES HOMMES</span><br /> -<span class="small"><b>Par LISE RECLUS</b></span><br /> -<span class="medium sper">EN VENTE: 9 VOLUMES IN-8<sup>o</sup> JSUS</span><br /> -<span class="small">CHAQUE VOLUME, BROCH: 30 FR.</span><br /> -<span class="xs">Reli richement, avec fers spciaux, dos en maroquin, plats en toile, tranches dores: 37 francs.</span></p> - -<div class="hanging indent"> -<p>En vente: Tome I<sup>er</sup>. <b>L'Europe mridionale</b> (<i>Grce</i>, <i>Turquie</i>, <i>Roumanie</i>, -<i>Serbie</i>, <i>Italie</i>, <i>Espagne et Portugal</i>), contenant 4 cartes en couleurs, -174 cartes insres dans le texte et 75 gravures sur bois.</p> - -<p>Tome II. <b>La France</b>, contenant une grande carte de la France, 10 cartes -en couleurs, 234 cartes insres dans le texte et 69 gravures sur bois.</p> - -<p>Tome III. <b>L'Europe centrale</b> (<i>Suisse</i>, <i>Autriche-Hongrie</i>, <i>empire -d'Allemagne</i>), contenant 10 cartes en couleurs, 210 cartes dans le texte et -70 gravures sur bois.</p> - -<p>Tome IV. <b>L'Europe septentrionale</b>, Nord-Ouest (<i>Belgique</i>, <i>Hollande</i>, -<i>Iles Britanniques</i>), contenant 8 cartes en couleurs, 205 cartes insres dans -le texte et 81 gravures sur bois.</p> - -<p>Tome V. <b>L'Europe scandinave et russe</b>, contenant 9 cartes en -couleurs, 200 cartes insres dans le texte et 76 gravures sur bois.</p> - -<p class="i3"><b>Ce volume complte la GOGRAPHIE DE L'EUROPE</b></p> - -<p>Tome VI. <b>L'Asie russe</b>, contenant 8 cartes en couleurs, 182 cartes dans -le texte et 90 gravures sur bois.</p> - -<p>Tome VII. <b>L'Asie orientale</b> (<i>empire Chinois</i>, <i>Core</i>, <i>Japon</i>), contenant -7 cartes tires en couleurs, 162 cartes dans le texte et 90 gravures sur bois.</p> - -<p>Tome VIII. <b>L'Inde et l'Indo-Chine</b>, contenant 3 cartes en couleurs, -203 cartes insres dans le texte et 90 gravures sur bois.</p> - -<p>Tome IX. <b>L'Asie antrieure</b>, contenant 1 carte d'ensemble, 5 planches -tires part et en couleurs, 200 cartes insres dans le texte et 90 gravures -sur bois.</p> - -<p class="i3"><b>Ce volume complte la GOGRAPHIE DE L'ASIE</b></p> -</div> - -<p class="ad">CONDITIONS ET MODE DE PUBLICATION</p> - -<p class="small">La <i>Nouvelle Gographie universelle</i> se composera d'environ 900 livraisons, -soit 15 beaux volumes grand in-8. Chaque volume, comprenant la -description d'une ou de plusieurs contres, formera pour ainsi dire un -ensemble complet et se vendra sparment.</p> - -<p class="small">Chaque livraison, compose de 16 pages et d'une couverture, et contenant -au moins une gravure ou une carte tire en couleurs, et plusieurs cartes -insres dans le texte, se vend 50 centimes. Il parat une livraison par -semaine depuis le 8 mai 1875.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span></p> -<p class="space ad"> -<span class="xlarge">ATLAS MANUEL</span><br /> -<span class="large">DE GOGRAPHIE MODERNE</span><br /> -<span class="sper small"><b>Contenant cinquante-quatre cartes</b></span><br /> -<span class="sper small">IMPRIMES EN COULEURS</span><br /> -<span class="xs">OUVRAGE COMPLTEMENT TERMIN</span><br /> -<span class="xs">Un volume in-folio,<b>. . . . . . . .</b>reli <b>32</b> francs.</span></p> - -<p class="ad"><span class="xlarge">LISTE DES CARTES COMPOSANT L'ATLAS MANUEL</span><br /> -<span class="xs">(<i>Les cartes doubles sont prcdes du signe*.</i>)</span></p> - -<p class="i18 small">1. Systme plantaire.—Lune.<br /> -*2. Terre en deux hmisphres.<br /> -3. Volcans et coraux.<br /> -4. Ple antarctique.—Archipels de Polynsie.<br /> -*5. Ple arctique.<br /> -6. Ocan Atlantique.<br /> -7. Grand Ocan.<br /> -*8. Europe politique.<br /> -9. Europe physique hypsomtrique.—Massif du Mont-Blanc.<br /> -10. Ctes mditerranennes de la France.—Bassins de Paris.<br /> -*11. France physique hypsomtrique.<br /> -12. France. (Partie Nord-Ouest.)<br /> -13. France. (Partie Nord-Est.)<br /> -*14. France politique.<br /> -15. France. (Partie Sud-Ouest.)<br /> -16. France. (Partie Sud-Est.)<br /> -*17. Grande-Bretagne et Irlande.<br /> -18. Pays-Bas.<br /> -19. Belgique et Luxembourg.<br /> -*20. Allemagne politique.<br /> -21. Danemark.<br /> -22. Sude et Norvge.<br /> -*23. Suisse.<br /> -24. Italie du Nord.<br /> -25. Italie du Sud.<br /> -*26. Espagne et Portugal.<br /> -27. Mditerrane occidentale.<br /> -28. Mditerrane orientale.<br /> -*29. Presqu'le des Balkans.<br /> -30. Grce.<br /> -31. Hongrie.<br /> -*32. Monarchie Austro-Hongroise.<br /> -33. Alpes Franco-Italiennes.<br /> -34. Caucasie.<br /> -*35. Russie d'Europe.<br /> -36. Pologne.<br /> -37. Asie Mineure et Perse.<br /> -*38. Asie physique et politique.<br /> -39. Chine et Japon.<br /> -40. Indo-Chine et Malaisie.<br /> -*41. Asie centrale et Inde.<br /> -42. Palestine.<br /> -43. Rgion du Nil.<br /> -*44. Afrique physique et politique.<br /> -45. Algrie.<br /> -46. Sngambie.—Cte de Guine.—Afrique du Sud.<br /> -*47. Amrique du Nord.<br /> -48. Amrique du Sud. (Feuille septentrionale.)<br /> -49. Amrique du Sud. (Feuille mridionale.)<br /> -50. tats-Unis d'Amrique.<br /> -*51. tats-Unis. (Partie occidentale.)<br /> -52. tats-Unis. (Partie orientale.)<br /> -53. Australie et Nouvelle-Zlande.<br /> -54. Amrique centrale et Antilles.—Isthme de Panama.</p> - -<p class="end">Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, Paris.</p> - -<div class="chapter"><span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span> -<p class="end">10091.—IMPRIMERIE GNRALE A. LAHURE<br /> -<span class="xs">rue de Fleurus, 9, Paris.</span></p> -</div> - - -<div class="chapter"> -<div class="footnotes"> -<h2 class="normal">NOTES:</h2> -<div class="footnote"> - -<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> <i>Yearbooks of Edward I</i>, dition Horwood, Londres, 1863, etc., -8<sup>o</sup> (collection du <i>Master of the rolls</i>), annes 30-31 d'douard I<sup>er</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> Lorsque Henri VIII donna la cathdrale de Cantorbry les terres -du monastre dissous de Christ-church, il dclara faire cette donation -pour que les aumnes aux pauvres, la rparation des routes -et des ponts et <i>autres offices pieux de toute sorte</i> se multipliassent -et se rpandissent au loin. Et sa concession tait faite in liberam, -puram et perpetuam eleemosynam. (Elton, <i>Tenures of Kent</i>, Londres, -1867, 8<sup>o</sup>)</p> - -<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> Thorold Rogers, <i>History of agriculture and prices in England</i>, -Oxford (Clarendon press), 1866-1882, 4 vol. 8<sup>o</sup>, t. I.</p> - -<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> Voy. <i>Recherches historiques sur les congrgations hospitalires -des frres pontifes</i>, par M. Grgoire, ancien vque de Blois. Paris, -1818, 8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> <i>Registrum Palatinum Dunelmense</i>, dition Hardy, 1873, 8<sup>o</sup>; -t. I, pp. 615 et 641 (A. D. 1314), texte latin.</p> -</div> -<div class="footnote"> -<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> <i>Registrum Palatinum Dunelmense</i>, t. I, p. 507.</p> - -<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> Allso theare be mainteigned ..... and kept in good reparaciouns -two greate stone bridges, and diuers ffoule and daungerous -high wayes, the charge whereof the towne of hitsellfe ys not hable -to mainteign. So that the lacke thereof wilbe a greate noysaunce to -the kinges ma<sup>ties</sup> subiectes passing to and ffrom the marches of wales -and an vtter ruyne to the same towne, being one of the fayrest and -moste proffittable townes to the kinges highnesse in all the shyre. -(<i>English Gilds; the original ordinances... from mss. of the 14<sup>th</sup> and -15<sup>th</sup> cent.</i>, ed. by Toulmin Smith.—Early English text Society, -Londres, 1870, 8<sup>o</sup>, p. 249.)</p> - -<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> <i>Archologia</i>, t. XXVII, p. 77, et t. XXIX, p. 380.</p> - -<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> Ms. <i>Reg.</i> 16, F. 2, au British Museum (Posies de Charles d'Orlans, -poque de Henri VII).</p> - -<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> Stow, <i>The survey of London</i>, Londres, 1633, fol., pp. 27 et suiv. -Stow, qui examina les comptes des gardiens du pont pour une anne -(22 Henri VII), trouva que les revenus de la construction s'taient -levs 815 livres 17 shillings 2 pence. Le pont actuel date de -notre sicle; il a t ouvert en 1831 la circulation; la dpense -occasionne par sa construction a t de 1 458 311 livres sterling -(trente-six millions et demi de francs).</p> - -<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> Stow, <i>op. cit.</i>, p. 29; <i>Chronicles of London Bridge</i>, by an antiquary -(James Thompson), Londres, 1827, 8<sup>o</sup>, p. 187.</p> - -<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> Moyennant le payement d'une taxe, dont un acte de 1334, insr -dans le <i>Liber albus</i> (d. Riley), avait fix trs minutieusement le tarif.]</p> - -<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> <i>Archologia</i>, t. XIX, p. 308. On voit assez souvent des reprsentations -de ponts dans les manuscrits du quatorzime sicle; voy. -notamment au British Museum les manuscrits <i>Addition</i>, 12 228, -fol. 267, et 10 E. IV, fol. 192, etc. Ces ponts ont des arches rondes fortement -maonnes, des piles trapues et quelquefois d'assez jolies corniches. -Il ne reste pas aujourd'hui en Angleterre de ponts du moyen -ge aussi bien conservs que ceux que nous avons en France; nos -voisins n'ont rien qui puisse soutenir la comparaison, par exemple -avec le magnifique pont de la <i>Calendre</i> Cahors (<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> sicle), ni avec -les autres ponts mentionns plus haut. Ils peuvent toutefois montrer -comme curiosit (car il n'a plus d'utilit pratique) le vieux pont -trois branches de Crowland, qui parat remonter, dans son tat actuel, -au quatorzime sicle.</p> - -<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> Yarm sur la Tees, 44 milles N.-N.-O. d'York. Le reale chymyn -dont il est question est la grand'route d'cosse qui se dirigeait -vers le midi en passant par York et Londres. Le pont fut reconstruit -en 1400 par Skirlaw, vque de Durham.</p> - -<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. I, p. 468. Le droit de <i>pontagium</i> est -frquemment mentionn dans le <i>Liber custumarum</i>, publi par Riley -(collect. du Matre des Rles); voir aussi les <i>Fœdera</i> (1816-1830), -t. V, p. 520.</p> - -<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Quelquefois, sans doute aprs avoir prouv lui-mme ou par -quelqu'un des siens le danger du passage, le roi fait une offrande -assez considrable pour permettre elle seule de grosses rparations. -Ainsi, la quarante-quatrime anne de son rgne, douard III donne -15 livres sterling pour les rparations du pont de Newcastle-on-Tyne. -(<i>Issue Roll of Thomas de Brantingham</i>, edited by F. Devon, 1835-1840, -p. 392.)</p> - -<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 100 (anne 1338).</p> - -<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 91 (9 douard III, 1335).</p> - -<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 350.</p> - -<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 111.</p> - -<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> dition Luce, t. I, p. 257.</p> - -<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> Meaux prs Beverley (<i>Chronica monasterii de Melsa</i>, dition -E. A. Bond; collection du <i>Matre des Rles</i>, Londres, 1868, 3 vol. 8<sup>o</sup>, -t. I, p. <span class="smallc">XV</span>).</p> - -<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> Voir les documents publis par Riley, <i>Memorials of London</i>, -Londres, 1868, 8<sup>o</sup>, p. 291.</p> - -<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 107.</p> - -<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Voir des reprsentations de ces charrettes dans les manuscrits -du quatorzime sicle, et notamment dans le manuscrit 10 E. IV au -British Museum, fol. 63, 94, 110, etc.</p> - -<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> Thorold Rogers, <i>History of agriculture and prices</i>, t. I, -pp. 650-661.</p> - -<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> <i>Statutes of the realm</i>, 4 douard III, ch. <span class="smallc">III</span>. Un <i>quarter</i> gale -huit <i>bushels</i>, soit plus de deux hectolitres.</p> - -<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> <i>Statutes of the realm</i>, 36 douard III, ch. <span class="smallc">II</span> et suiv.</p> - -<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> Il suffira de rappeler que les reprsentations de voitures de cette -espce sont frquentes dans les manuscrits. On en trouvera plusieurs, - deux roues et trs ornes, dans le roman du roi Meliadus (ms. -du quatorzime sicle au British Museum, <i>Addition</i>, 12 228, fol. 198 -et 243). La clbre voiture quatre roues du <i>Luttrell psalter</i> (aussi -du quatorzime sicle) a t frquemment reproduite, notamment par -Turner et Parker dans leur <i>Domestic architecture of England from -Edward I to Richard II</i>, Oxford, 1852, 4 vol. 8<sup>o</sup>, t. I, p. 141. On -trouve aussi dans les manuscrits de curieuses reprsentations de -litires poses sur des brancards et portes par deux chevaux, un -par devant, un autre par derrire (ms. 118 franais, roman de -Lancelot, la Bibliothque nationale, fol. 285; deux personnes sont -dans la litire; une dame et un chevalier bless; quatorzime sicle).</p> - -<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> Histoire que raconte La Tour-Landry d'un saint ermite qui vit en -rve la femme de son neveu en purgatoire. Les dmons lui enfonaient -des aiguilles ardentes dans les sourcils. Un ange lui dit que c'estoit -pour ce qu'elle avoit affaiti ses sourciz et ses temples, et son front -creu, et arrachi son poil pour soy cuidier embellir et pour plaire au -monde. (<i>Le livre du chevalier de La Tour-Landry</i>, dition Montaiglon, -Paris, 1854, 12<sup>o</sup>.)</p> - -<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> Fille de Gilbert de Clare, comte de Gloucester et de Hereford, et -de Jeanne d'Acres, fille d'douard I<sup>er</sup>. Elle mourut le 4 novembre 1360. -(<i>A collection of all the wills.... of the kings and queens of England</i>, -etc.; publie par J. Nichols, Londres, 1780, 4<sup>o</sup>, p. 22.)</p> - -<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> Sœur du roi (<i>Issues of the exchequer</i>, dition Devon, Londres, -1837, p. 142.)</p> - -<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> Thorold Rogers, <i>History of agriculture and prices</i>, t. I. p. 361.</p> - -<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> <i>The Paston Letters</i> (1422-1509), a new dition... by James Gairdner, -Londres, 1872, 3 vol. 8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> <i>Patent rolls and itinerary of King John</i>, edited by T. D. Hardy, -Londres, 1835.</p> - -<p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> <i>Liber quotidianus garderob</i>, Londres, 1787, p. <span class="smallc">LXVII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> <i>Archers.</i>—And xxiiij archers on foote for garde of the kinges -body, who shal goe before the kinge as he travaleth thorough the -cuntry. <i>King Edward II's.. ordinances</i>, 1323, d. Furnivall, p. 46.</p> - -<p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> <i>Fleta seu commentarius juris anglicani</i>, editio secunda, Londres, -1685, 4<sup>o</sup>, liv. II, chap. <span class="smallc">II</span>. Ce trait fut compos sous douard I<sup>er</sup>, -dans la prison de la <i>Flotte</i>, par un juriste demeur inconnu. Il est -postrieur 1292, car mention y est faite de la soumission de l'cosse.</p> - -<p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> Liv. II, chap. <span class="smallc">V</span>. Une ordonnance d'douard II parle seulement -de la marque au fer rouge sur le front. (<i>King Edward II's household -and wardrobe ordinances</i>, A. D. 1323, Chaucer society, dition -Furnivall, 1876.)</p> - -<p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> Il lui envoyait cet effet un <i>mandatum</i>, qu'il retirait lorsque le -roi changeait d'avis sur le lieu o il devait aller, ce qui arrivait -assez frquemment. Debet autem senescallus nomine capitalis justitiarii -cujus vices gerit mandare vicecomiti loci ubi dominus rex -fuerit declinaturus quod venire faciat ad certum diem, ubicumque -tunc rex fuerit in ballivia sua, omnes assisas comitatus sui, et -omnes prisones cum suis atachiamentis. (<i>Fleta.</i>)</p> - -<p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> Habet etiam ex virtute officii sui potestatem procedenti ad -utlagationes et duella jungendi et singula faciendi qu ad justitiarios -itinerantes, prout supra dictum est pertinent faciendi.</p> - -<p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> <i>Fleta</i>, liv. II, chap. <span class="smallc">III</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> <i>Original authority of the King's council</i>, p. 115.</p> - -<p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> <i>King Edward II's household and wardrobe ordinances</i>, A. D. -1323, dition Furnivall, 1876, 94.</p> - -<p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> Ce droit seigneurial tait attach certains manoirs et se transmettait -avec eux. Voir la ptition d'une abbesse de l'le de Wight -qui rclame ( cause des amendes dont elle devait bnficier) la -Vue de francpledge attache au manoir de Shorwalle, qui lui a t -donn. La dame Isabelle de Forte lui dispute ce droit. (<i>Rotuli parliamentorum</i>, -t. II. p. 182, anne 1347.)</p> - -<p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> Notamment, comme dans la <i>Vue de francpledge</i>, si les ponts et -les chausses taient bien tenus et qui incombait le devoir de les -rparer (<i>Yearbooks of the reign of K. Edward I</i>, dition Horwood, -1863, etc., t. I, p. 75).</p> - -<p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> Les duels de Thomas de Bruges n'taient pas ceux des cas de -flonie et de crime o il allait de la mort du vaincu; c'tait seulement -le duel <i>cum fuste et scuto</i>, qui ncessitait beaucoup moins -souvent, comme on le pense, le remplacement du champion. La -vingt-neuvime anne d'douard III, un duel eut lieu par champions -entre l'vque de Salisbury et le comte de Salisbury. Quand les juges -en vinrent, conformment aux lois, examiner les vtements des -combattants, ils trouvrent que le champion de l'vque avait plusieurs -feuilles de prires et d'incantations cousues ses habits (<i>Yearbooks -of Edward I</i>, annes 32-33, p. 16). La visite des vtements se -faisait toujours et avait prcisment pour but de dcouvrir ces -fraudes, qui taient considres comme les plus dangereuses et les -plus dloyales.</p> - -<p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> Voir la reprsentation de seigneurs et de dames dictant leurs -lettres des scribes, et de messagers les remettant aux destinataires -dans le manuscrit 10 E. IV, au British Museum (commencement -du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> sicle), fol. 305 et suiv., et dans le manuscrit <i>Addit.</i> 12228, -fol. 238 et suiv.</p> - -<p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> <i>King Edward II's household and wardrobe ordinances</i>, 1323, -dition Furnivall, Londres, 1876, p. 46.</p> - -<p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> <i>Issue roll of Thomas de Brantingham</i>, dition Fr. Devon, Londres, -1835, 4<sup>o</sup>, pp. <span class="smallc">XXI</span>, <span class="smallc">XXXII</span>, <span class="smallc">XXXVII</span>, <span class="smallc">XLIV</span>, 408; <i>Issues of the exchequer</i>, -1837, pp. 220, 255. Des pages entires du rle de Thomas de Brantingham -(ex. pp. 154-155) sont remplies par des payements reus par -des messagers, ce qui montre l'usage frquent qu'on devait faire de -leurs services.</p> - -<p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> <i>Issues of the exchequer</i>, p. 202.</p> - -<p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> Langland, <i>The vision of William concerning Piers the Plowman</i>, -dition Skeat, texte C, passus XIV, vers 44 et suiv.</p> - -<p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. I, p. 48, 18 d. I.</p> - -<p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> <i>Wardrobe accounts of Edward II.</i>—<i>Archologia</i>, t. XXVI, -pp. 321, 336 et suiv.</p> - -<p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> Il suffit de parcourir Froissart pour se rendre compte de l'extrme -frquence de cet usage: Jean de Hainaut arrive Denain: -L se hbergea en l'abbaye cette nuit (liv. I, part. I, chap. <span class="smallc">XIV</span>); -la reine dbarque en Angleterre avec le mme Jean de Hainaut: -.... et puis trouvrent une grand'abbaye de noirs moines que on -clame saint Aymon, et s'y herbergrent et rafrachirent par trois -jours (chap. <span class="smallc">XVIII</span>); l s'arrta le roi et se logea en une abbaye -(chap. <span class="smallc">CCXCII</span>); le roi Philippe... vint en la bonne ville d'Amiens, et -l se logea en l'abbaye du Gard (chap. <span class="smallc">CCXCVI</span>), etc.</p> - -<p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> Publis par Larking et Kemble, <i>The Knights Hospitallers in -England</i>, Camden Society, 1857, 4<sup>o</sup>. C'est le texte d'un manuscrit -retrouv Malte et intitul: Extenta terrarum et tenementorum -Hospitalis Sancti Johannis Jerusalem in Anglia. A. D. 1338.</p> - -<p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> ... Una cum supervenientibus, quia dux Cornubi juxta moratur -(pages 99, 101 et suiv.).</p> - -<p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> <i>Statutes of the realm</i>, 3 d. I, chap. <span class="smallc">I</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> <i>Statutes of the realm</i>, annes 1309 et 1315-1316 (<i>Articuli cleri</i>, -9 d. II, chap. <span class="smallc">XI</span>).</p> - -<p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> <i>Fleta</i>, liv. I, chap. <span class="smallc">XX</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. III, p. 501, anne 1402.</p> - -<p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. III, p. 46, ann. 1378. Le clerg, d'autre -part, se plaint de ce que les shriffs viennent quelquefois ove lour -femmes et autre excessif nombre de gentz s'installer dans les monastres -sous prtexte de tournes pour le compte du roi. (1 Rich. II, 1377.)</p> - -<p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> Mens de medio remouentur. Description d'un dner en Angleterre, -par Barthlemy de Glanville (<span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> sicle), <i>Bartholomi Anglici -de rerum proprietatibus</i>, Francfort, 1601, 8<sup>o</sup>, liv. VI, chap. <span class="smallc">XXXII</span>. -Smollett, au dix-huitime sicle, note l'existence d'usages tout semblables -en Ecosse: on dne puis on dort dans le hall, o l'on a tendu -des couchettes la place des tables. (<i>Humphrey Clinker.</i>)</p> - -<p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> Turner et Parker, <i>Domestic architecture in England from Edward -I to Richard II</i>, Oxford, 1853, 8<sup>o</sup>, p. 75. Voir aussi dans l'<i>Archologia</i>, -VI, p. 36, la description avec dessins du hall royal d'Eltham.</p> - -<p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> Eglogue III, dans l'dition publie par la Percy society du <i>Cytezen -and Vplondyshman</i>, 1847, 8<sup>o</sup>, p. <span class="smallc">LI</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> Le texte latin de leur compte de dpense a t publi par Thorold -Rogers dans son <i>History of agriculture and prices</i>, t. II, p. 635.</p> - -<p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> <i>Liber albus</i>, dition Riley, p. <span class="smallc">LVIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> Ce manuel a t publi par M. Paul Meyer dans la <i>Revue critique</i>, -t. X, p. 373.</p> - -<p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> Ms. 10 E. IV, fol. 114.</p> - -<p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> Statut de 1285; 13 d. I (<i>Statutes of the realm</i>).</p> - -<p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> <i>Statutes of the realm</i>, Londres, 1810, fol., t. I, p. 246.</p> - -<p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>An haywarde and an heremyte, the hangeman of tyborne,</p> -<p>Dauwe the dykere with a dosen harlotes</p> -<p>Of portours and of pyke-porses, and pylede toth-drawers.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Ther was lauhyng and lakeryng, and 'let go the coppe!</p> -<p>Bargeynes and beuereges by-gunne to aryse,</p> -<p>And setyn so til evesong rang.</p> -</div></div> - -<p><i>The vision of William concerning Piers the Plowman</i>, dition -Skeat, Londres (Early english text society), 1873, 8<sup>o</sup>; texte C, -<i>passus</i> VII, vers 361 et suivants.</p> - -<p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> <i>Le Livre de la mutacion de fortune</i>, liv. III (ms. 603 la Bibliothque -nationale).</p> - -<p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> Voir un exemple d'ermite install au coin d'un pont dans un acte -royal qui maintient formellement les privilges de l'Heremyte of -the brigge of Loyne <i>and his successours</i> (4 d. IV, <i>Rotuli parliamentorum</i>, -t. V, p. 546).</p> - -<p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> Voir <i>supra</i> le rle des clercs dans la collecte des offrandes, la -garde et l'entretien des ponts (chap. <span class="smallc">I</span>).</p> - -<p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> 12 Rich. II, chap. <span class="smallc">VII</span> (<i>Statutes of the realm</i>).</p> - -<p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> <i>The vision of William concerning Piers the Plowman</i>, dition -Skeat, texte C, <i>passus</i> I, vers 27, et <i>passus</i> X, vers 195.</p> - -<p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Ac eremiten that en-habiten by the heye weyes,</p> -<p>And in borwes a-mong brewesters and beggen in churches.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6"><i>Ibidem</i>, <i>passus</i> X, vers 189.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> <i>Passus</i> X, vers 140. Le matin il se lve quand bon lui semble et -il se demande tout de suite o il pourra aller prendre son repas, ou -bien qui lui donnera du lard, du pain, du fromage; il rapporte tout -cela en sa maison et vit dans la paresse:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>And when hym lyketh and lust hus leue ys to aryse;</p> -<p>When he ys rysen, rometh out and ryght wel aspieth</p> -<p>Whar he may rathest haue a repast other a ronnde of bacon,</p> -<p>Suluer other sode mete and som tyme bothe,</p> -<p>A loof other half a loof other a lompe of chese;</p> -<p>And carieth it hom to hus Cote and cast hym to lyue</p> -<p>In ydelnesse and in ese.</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> <i>Passus</i> X, vers 208.</p> - -<p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> <i>Passus</i> X, vers 251:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Ac while he wrought in thys worlde and wan hus met</p> -<p>He sat atte sydbenche and secounde table; [with treuthe,]</p> -<p>Cam no wyn in hus wombe thorw the weke longe,</p> -<p>Nother blankett in hus bed ne white bred by-fore hym.</p> -<p>The cause of al thys caitifte cometh of meny bisshopes</p> -<p>That suffren suche sottes.</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> <i>Le Dit de frre Denise.</i> (<i>Œuvres compltes de Rutebeuf</i>, dition -Jubinal, Paris, 1874, 3 vol. 12<sup>o</sup>, t. II, p. 63.)</p> - -<p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> Ce texte a t publi dans l'<i>Archological journal</i>, t. IV, p. 69.</p> - -<p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a> Richard II eut plusieurs fois les renouveler et confirmer, mais -sans effet. Dans son premier statut sur ce sujet, il constate le luxe -de partisans dans lequel se complaisaient des gens assez pauvres: -pur ceo qe plusours gentz de petit garison de terre, rent ou d'autres -possessions font grantz retenuz des gentz sibien d'esquiers come -d'autres en plusours parties del roialme... (1 Rich. II, chap. <span class="smallc">VII</span>). Le -troisime statut de la treizime anne de Richard, celui de la seizime -anne (chap. <span class="smallc">IV</span>), celui de la vingtime anne (chap. <span class="smallc">I</span> et <span class="smallc">II</span>), sont -galement dirigs contre l'abus des livres et le nombre des partisans -des seigneurs espirituels et temporels. (<i>Statutes of the -realm.</i>) Henri VI renouvela inutilement ces statuts.</p> - -<p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85" class="label">[85]</a> 2 Rich. II, statut I, chap. <span class="smallc">VI</span>. (<i>Statutes of the realm.</i>)</p> - -<p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> Le tableau que prsente ce statut est assez complet pour qu'il ne -soit pas ncessaire de citer d'autres textes. Dans les ptitions adresses -au parlement on trouvera de trs nombreuses plaintes de particuliers -pour des actes de violence dont ils ont t victimes, pour -des emprisonnements du fait de leurs ennemis, des vols, des cas -d'incendie, de destruction du gibier ou du poisson des parcs. -Exemples: ptition d'Agns d'Aldenby, qui est ranonne par des -malfaiteurs (<i>Rotuli parliamentorum</i>, t. I, p. 375); d'Agns Atte Wode, -battue ainsi que son fils et ranonne (I, p. 372); des habitants de -plusieurs villes du comt d'Hereford qui ont t emprisonns et -ranonns par le chevalier Jean de Patmer (I, p. 389); de Jean de -Grey, qui est attaqu par quinze malfaiteurs assez dtermins pour -mettre le feu une ville et donner l'assaut un chteau (I, p. 397); -de Robert Power, qui est ranonn et a son chteau saccag, ses -gens battus par des hommes tut armez come gent de guerre (I, -p. 410); de Rauf le Botiller, qui a vu piller et brler son chteau par -80 hommes venus pour cela avec armes et bagages, amenant des -cordes et des haches sur des charrettes (II, p. 88), etc. En France, -bien entendu, les mfaits de ce genre taient encore plus nombreux, -mais l'tat de guerre y tait alors continuel.</p> - -<p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 351.</p> - -<p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 201 (22 d. III, 1348).</p> - -<p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> <i>Ibid.</i>, t. II, p. 165.</p> - -<p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> Les pnitences de cette sorte n'taient pas appliques seulement -aux hommes. Les femmes de toutes les conditions devaient s'y soumettre. -On peut voir dans ce mme registre palatin de Durham le -cas d'Isabelle de Murley, condamne pour adultre avec Jean d'Amundeville, -mari de sa sœur, recevoir publiquement sex fustigationes -circa forum Dunelmense (t. II, p. 695). Autre exemple dans les -<i>Constitutiones.... Walteri de Cantilupo, Wigornensis episcopi</i> A. D. -1240; Wilkins, <i>Concilia Magn Britanni et Hiberni</i>, Londres, -1737, 4 vol. fol., t. I, p. 668.</p> - -<p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> Edition Aungier, Camden society, 1844, 4<sup>o</sup>, p. 42 (crites par -un contemporain des vnements).</p> - -<p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> <i>Articuli cleri</i>, 9 d. II, chap. <span class="smallc">X</span> (<i>Statutes of the realm</i>).</p> - -<p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> Il dfend que les gardiens se tiennent dans le cimetire, moins -qu'il n'y ait un danger de fuite imminent. Le flon peut avoir dans -l'glise necessaria vite et il peut en sortir librement pro obsceno -pondere deponendo.</p> - -<p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> <i>Statutes of the realm</i>, t. I, p. 250, texte de date incertaine, -mais se rapportant probablement au rgne d'douard II. D'aprs -le <i>Fleta</i> (liv. I, ch. <span class="smallc">XXIX</span>), au bout de 40 jours d'asile, si les malfaiteurs -n'ont pas forjur le royaume, on doit leur refuser la nourriture -et il ne leur sera plus permis d'migrer. Pour gagner le -port, d'aprs la mme autorit, le flon porte un costume qui le fait -reconnatre; il est discinctus, discalceatus, capite discooperto, in -pura tunica, <i>tanquam in patibulo suspendendus</i>, accepta cruce in -manibus.</p> - -<p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> <i>Statutes of the realm</i>, 2 Rich. II, chap. <span class="smallc">III</span>. On s'tait dj -plaint de ces fraudes sous douard III. Une ptition des communes -au parlement de 1376-1377 (<i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 369) -constate que certaines gens, aprs avoir reu en prt de l'argent -ou des marchandises et avoir fait une prtendue donation de tous -leurs biens des amis, s'enfuent Westmonster, Seint Martyn -ou autres tils places privilegeez, et illeoqs vivent long temps... -tan qe lesdites creaunsours serront moult leez de prendre une -petit parcelle de lour dette, et relesser le remenant. Alors les dbiteurs -rentrent chez eux et leurs amis leur rendent tous leurs -biens.</p> - -<p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> <i>Croniques de London</i>, 1844, 4<sup>o</sup>, Camden society, p. 42.</p> - -<p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> <i>Ibidem</i>, p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> <i>History of the reign of king Henry the seventh.</i></p> - -<p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, 21 d. III, t. II, p. 178. Voir aussi -la ptition des communes en 1330-1331, 25 d. III, t. II, p. 229.</p> - -<p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> Pur ceo qe nostre seigneur le roi, par suggestions meyns vritables, -ad plusours foitz grant sa charte de pardon as larons notairs, -et as communes murdrers, fesantz lui entendre q'ils sont demorantz -en ses guerres de outre meer, l o ils sont sodeinement retournez -en lour pays perseverer en lour mesfaitz.... Le roi ordonne qu'on -inscrira dans les chartes le noun de lui qi fist la suggestion au -roi. Et les juges devant qui cette charte sera prsente par les -flons pour avoir leur libert auront le pouvoir de faire enqute, et -s'ils trouvent que la suggestion n'est pas fonde, ils tiendront la -charte pour non avenue (<i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 253, anne -1353).</p> - -<p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> Rglement de 1313 (<i>Munimenta academica, or documents illustrative -of academical life and studies at Oxford</i>, d. II. Anstey, -Londres, 1868, 2 vol. 8<sup>o</sup>. Collection du Matre des Rles, t. I, p. 91). -La peine tait la prison et la perte des armes.</p> - -<p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> 5 d. III, ch. <span class="smallc">XIV</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> L'aeul du roi actuel, lequel aeul tait douard I<sup>er</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> Statut de Winchester; 13 d. I, ch. <span class="smallc">IV</span>. <i>Statutes of the realm.</i></p> - -<p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105" class="label">[105]</a> Cette facult de faire courir sus la premire personne venue -tait, comme une foule de droits de ce temps, la fois une garantie -pour la scurit publique et une arme dangereuse aux mains des flons. -Des voleurs s'en servaient et il leur arrivait de faire emprisonner -par ce moyen leur propre victime. Alisot, femme de Henri de Upatherle, -expose au roi que son mari a t fait prisonnier par les cossais - la bataille de Sterling, est rest plus d'un an leur captif, puis -est revenu aprs avoir pay quarante livres de ranon. En son absence, -Thomas de Upatherle et Robert de Prestbury s'emparrent des terres -qu'il possdait Upatherle, se les partagrent, abattirent les maisons -et en tout agirent en propritaires, emportant chez eux tout le bien -qu'ils purent. Le retour du prisonnier vint les surprendre; ds qu'ils -surent qu'il avait reparu sur ses terres, le dit Thomas, par faus -compassement entre luy et le dit Robert s'en leva hiewe et crie sur -le dit Henry, et lui surmist qe il lui avoit robb de ses chateux la -value de <span class="smallc">cli</span>. Ils furent crus: le dit Henri fut pris et emprison -en chastle de Glocestre longe temps, en attendant la venue des -<i>justices</i>, exactement comme le disait le statut. Henri finit par recouvrer -sa libert et obtint un bref contre ses ennemis; mais ceux-ci, -informs temps, vinrent trouver leur victime et baterunt le dit -Henri en la ville de Gloucestre, c'est asaver debrescerunt ses deux -braaz, ses deux quises et ses deux jaunbes, et sa teste de chescun -parte, et son corps tut naufr et vilement tret, qe a graunt -peine eschapa la mort. La rponse du roi n'est gure satisfaisante: -Si le baron (mari) seit en vie, la pleinte est seon (sienne), et s'il -seit mort, la pleinte de la femme est nulle (<i>Rotuli parliamentorum</i>, -t. II, p. 35, anne 1330).</p> - -<p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> <i>Diz de l'erberie.</i> <i>Œuvres</i>, dition Jubinal, 1839, t. I, p. 250; -l'orthographe de la citation est modernise.</p> - -<p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> Recueil d'Isambert, t. III, p. 16, et t. IV, p. 676.</p> - -<p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> Remde pour les maladies de la rate (<i>Rosa Anglica</i>).</p> - -<p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> <i>Memorials of London</i>, documents se rapportant aux treizime, -quatorzime et quinzime sicles, publis par Riley, Londres, 1868, -8<sup>o</sup>, p. 466.</p> - -<p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> <i>Rotuli parliamentorum,</i> 9 II. V, t. IV, p. 130.</p> - -<p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> <i>Statutes of the realm</i>, 3 H. VIII, ch. XI, 32 H. VIII, ch. <span class="smallc">XLII</span>, et -34-35 H. VIII, ch. <span class="smallc">VIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> <i>The Fox</i>, acte II, scne <span class="smallc">I</span> (1605).</p> - -<p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> <i>Coryat's crudities</i>, reprinted from the edition of 1611, Londres, -1776, 3 vol. 8<sup>o</sup>, t. II, p. 50. Coryat tait parti de Douvres le 14 mai 1608.</p> - -<p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114" class="label">[114]</a> On s'habituait lire les vers haute voix au lieu de les -chanter. Chaucer prvoit que son pome de <i>Trolus</i> pourra tre lu -ou chant indiffremment et il crit, s'adressant son livre:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>So preye I to God, that non myswrite the,</p> -<p>Ne the mys-metere, for defaute of tonge!</p> -<p>And red wher so thow be, or elles songe,</p> -<p>That thow be understonde, God I beseche!</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(Livre dernier, strophe CCLVIII.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> <i>Sir Gawayne</i>, dition Morris, pp. 38 et suiv.</p> - -<p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> Les manuscrits brillamment enlumins se multiplient; on les recherche -et on les paye fort cher. douard III achte Isabelle de -Lancastre, nonne d'Aumbresbury, un livre de romans qu'il lui paye -66 livres 13 shillings et 4 pence, ce qui tait une somme norme. -Quand le roi eut ce livre, il le garda dans sa propre chambre. (<i>Issues -of the exchequer</i>, dition Devon, 1837, p. 144.) Richard II (<i>ibidem</i>, -p. 213) achte pour 28 livres une bible en franais, un Roman de la -Rose et un Roman de Percival. Pour se faire une ide de ces prix, il -faut se rappeler, par exemple, que, l'anne avant qu'douard achett -son livre de romans, les habitants de Londres inscrivaient dans les -comptes de la ville 7 livres 10 shillings pour dix bœufs qu'ils avaient -donns au roi, 4 livres pour 20 porcs et 6 livres pour 24 cygnes. -(<i>Memorials of London and London life</i>, documents publis par Riley, -1868, p. 170.)</p> - -<p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>He luffede glewmene well in haulle,</p> -<p>He gafe thame robis riche of palle</p> -<p class="i2"> Bothe of golde and also fee;</p> -<p>Of curtasye was he kynge,</p> -<p>Of mete and drynke no nythynge</p> -<p class="i2"> One lyfe was none so fre.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(<i>The Thornton romances; Isumbras</i>, d. Halliwell.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> Th. Wright, <i>Domestic manners and sentiments</i>, etc., 1862, 8<sup>o</sup>, -p. 181.</p> - -<p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> Anne 40 d. III, <i>Issue rolls of the exchequer</i>, p. 188.</p> - -<p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> Voir deux exemples de cas pareils dans l'introduction l'<i>Issue -roll of Thomas de Brantingham</i>, p. <span class="smallc">XXXIX</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121" class="label">[121]</a> <i>A roll of the household expenses of Richard de Swinfield, -bishop of Hereford</i>, edited by J. Webb, Camden society, Londres, -1854-1855, 2 vol. 4<sup>o</sup>, t. I, pp. 152 et 155.</p> - -<p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> Texte C, <i>passus XII</i>, vers 35.</p> - -<p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> Arthur, aprs un exploit de Gauvain, s'assied son repas,</p> - -<p class="quote">Wythe alle maner of mete and mynstralcie bothe.</p> - -<p>Le deuxime jour que passe Gauvain chez le Chevalier Vert,</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Much glame and gle glent vp ther-inne,</p> -<p>Aboute the fyre vpon flet, and on fele wyse,</p> -<p>At the soper and after mony athel songe[gh]</p> -<p>As condutes of kryst-masse, and carole[gh] newe,</p> -<p>With alle the manerly merthe that mon may of telle.</p> -</div></div> - -<p>Le troisime jour,</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>With merthe and mynstralsye, with mote[gh] at hor wylle</p> -<p>Thay maden as mery as any men mo[gh]ten.</p> -</div> -<div class="stanza"> - -<p class="i6">(<i>Sir Gawayne</i>, d. Morris, 1864, pp. 16 et 53 et vers 1952.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>And so bifel that, after the thridde cours,</p> -<p>Whyl that this king sit thus in his nobleye,</p> -<p>Herkning his minstralles her thinges pleye</p> -<p>Biforn him at the bord deliciously.....</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(<i>Squieres tale.</i>)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> Texte du contrat:</p> - -<p>Ceste endenture, faite le <span class="smallc">V</span> jour de juyn, l'an tierce nostre sovereigne -seigneur le roi Henri, puis le conquest quint, tesmoigne que -John Clyff ministral, et autres <span class="smallc">XVII</span> ministralls, ount resceuz de nostre -dit seigneur le roy, par le mayns de Thomas count d'Arundell et de -Surrie, tresorer d'Engleterre, <span class="smallc">XL</span> l. s. sur lour gages a chescun de -ceux <span class="smallc">XII</span> d. le jour pur demy quarter de l'an, pur servir nostre dit seigneur -le roy es parties de Guyen, ou aillours, etc. Rymer, <i>Fœdera</i>, -anne 1415.</p> - -<p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> <i>Fœdera</i>, sub anno 1387.</p> - -<p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> <i>Ibidem</i>, sub anno 1464.</p> - -<p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> <i>Issue roll of Thomas de Brantingham</i>; dition Devon, 1835, 4<sup>o</sup>, -pp. 54 et suiv. et 296 et suiv. Ces pensions taient accordes pour la -vie.</p> - -<p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129" class="label">[129]</a> Wharton, dition d'Hazlitt, t. II, p. 98. Langland note de mme -le bon accueil que l'on faisait aux mnestrels du roi quand ils taient -de passage, afin de plaire au matre, qu'on savait sensible ces marques -de bon vouloir. (Voir la note suivante.)</p> - -<p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Clerkus and knygtes welcometh kynges mynstrales,</p> -<p>And for loue of here lordes lithen hem at festes;</p> -<p>Much more me thenketh riche men auhte</p> -<p>Haue beggers by-fore hem whiche beth godes mynstrales.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(Texte C, <i>passus</i> VIII, vers 97.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> Voir un dessin de cette galerie dans une miniature reproduite -par Eccleston (<i>Introduction to english antiquities</i>, Londres, 1847, -8<sup>o</sup>, p. 221). Aux sons de la musique des mnestrels, quatre <i>hommes -sauvages</i> dansent en faisant des contorsions, des btons sont par terre, -sans doute pour leurs exercices; un chien saute au milieu d'eux en -aboyant.</p> - -<p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132" class="label">[132]</a> Treizime sicle (<i>Album de Villard de Honecourt</i>, publi par -Lassus et Darcel, 1858, 4<sup>o</sup>, planche IV).</p> - -<p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> Francisque Michel, <i>La riote du monde</i>, etc., Paris, 1834, 8<sup>o</sup>, p. 28.</p> - -<p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134" class="label">[134]</a> On peut voir la cathdrale d'Exeter les instruments de musique -dont on se servait au quatorzime sicle, sculpts dans la <i>Minstrels' -gallery</i> (srie d'anges jouant de la musique).</p> - -<p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> .... de loco tamen ad locum in diebus festivalibus discurrunt et -proficua illa totaliter percipiunt e quibus ministralli nostri prdicti, -et cteri ministralli nostri pro tempore existentes, in arte sive occupatione -prdicta sufficienter eruditi et instructi, nullisque aliis -laboribus, occupationibus sive misteris utentes, vivere deberent.</p> - -<p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> Volumus ... quod nullus ministrallus regni nostri prdicti, -quamvis in hujusmodi arte sive occupatione sufficienter eruditus -existat, eadem arte... de ctero, nisi de fraternitate sive gilda prdicta -sit et ad eandem admissus fuerit et cum fratribus ejusdem -contribuerit, aliquo modo utatur.</p> - -<p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> Rymer, <i>Fœdera</i>, 24 avril 1469.</p> - -<p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. III, p. 508.</p> - -<p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> Les ballades concernant Robin Hood ont t recueillies par Ritson: -<i>Robin Hood ballads</i>, 2 vol., Londres, 1832. La grande majorit -des chants qui nous sont parvenus sur ce hros n'est malheureusement -que du seizime sicle; mais il en est quelques-uns -d'antrieurs; sa popularit au quatorzime sicle tait trs grande.</p> - -<p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> <i>The wyf of Bathes tale</i> (68 vers sur l'galit des hommes et -sur la noblesse); de mme dans le <i>Persones tale</i>: Eeck for to -pride him of his gentrie is ful gret folye.... we ben alle of oon fader -and of oon moder; and alle we ben of oon nature roten and corrupt, -bothe riche and pore (dition Morris, t. III, p. 301).</p> - -<p>Cf. ces vers d'une pice franaise du mme sicle (cits dans le -Discours sur l'tat des lettres au quatorzime sicle, <i>Histoire littraire -de la France</i>, t. <span class="smallc">XXIV</span>):</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Nus qui bien face n'est vilains,</p> -<p>Ms de vilonie est toz plains</p> -<p>Hauz hom qui laide vie maine:</p> -<p>Nus n'est vilains s'il ne vilaine.</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> Sicut lex justissima, provida circumspectione sacrorum principum -stabilita, hortatur et statuit ut, quod omnes tangit ab omnibus -approbetur, sic, etc., <i>Fœdera</i>, sub anno 1295. Les appels directs -d'douard I<sup>er</sup> son peuple contriburent dvelopper de bonne -heure chez les Anglais le sens des devoirs, des droits et des responsabilits -politiques. Dans une de ses ncessits, alors que le parlement -existe peine, il en vient expliquer sa conduite au peuple et - se justifier: ...Lui rois, sur ceo, et sur l'estat de lui, e de sun -reaume, e coment les busoignes du reaume sunt ales une pies, -fait asavoir e voet que tutz en sachent la vrit, laquelle s'enseut... -<i>Fœdera</i>, sub anno 1297.</p> - -<p>En France, les proclamations de principes trs libraux sont frquentes -dans les dits royaux, mais ces grands mots ne sont qu'un -leurre, et on prend peine le soin de le dissimuler. Dans son ordonnance -du 2 juillet 1315, Louis X dclare que, comme selon le -droit de nature chacun doit naistre franc, il a rsolu d'affranchir -les serfs de ses domaines, mais il ajoute qu'il le fera pour de l'argent; -et trois jours aprs, craignant que son bienfait ne soit pas -suffisamment pris, il ajoute de nouvelles considrations o la philosophie -intervient encore d'une trange manire: Pourroit estre -que aucuns par mauvez conseil et par deffaute de bons avis, charroient -en desconnessance de si grant benefice et de si grant grace, -que il voudroit mieus demourer en la chetivit de servitude que venir - estat de franchise, nous vous mandons et commettons que vous -de telles personnes, <i>pour l'aide de nostre prsente guerre</i>, considre -la quantit de leurs biens, et les conditions de servitude de chascun, -vous en leviez si souffisamment et si grandement comme la condition -et la richesse des personnes pourront bonnement souffrir et <i>la ncessit -de nostre guerre le requiert</i>. (Recueil d'Isambert, t. III, -p. 102.)</p> - -<p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> .... Quorum adeo error invaluit, ut a prclaris domibus non -arceantur, etiam illi qui obscenis partibus corporis oculis omnium -eam ingerunt turpitudinem, quam erubescat videre vel cynicus, etc. -(<i>Polycraticus</i>, liv. I<sup>er</sup>, chap. <span class="smallc">VIII</span>.)</p> - -<p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> <i>Historical papers from the northern registers</i>; dition Raine -(Collection du Matre des rles).</p> - -<p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Ich can nat tabre ne trompe ne telle faire gestes,</p> -<p>Farten ne fithelen at testes ne harpen,</p> -<p>Japen ne jogelen ne gentilliche pipe,</p> -<p>Nother sailen ne sautrien ne singe with the giterne.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">dition Skeat, (texte C, <i>passus</i>, XVI, vers 200.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> Wright donne dans ses <i>Domestic manners and sentiments</i>, 1862, -p. 167, la reproduction des miniatures de deux manuscrits du British -Museum, qui reprsentent la danse d'Hrodiade sur les mains.</p> - -<p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> <i>Issue rolls of the exchequer</i>, dition Devon, p. 212.</p> - -<p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> <i>The Nut-Brown Maid</i>, Skeat, <i>Specimens of English Literature</i>, -Clarendon Press, 1871.</p> - -<p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> Statut de Winchester, 13 d. I, chap. <span class="smallc">IV</span>, confirm par douard III -(<i>Statutes of the realm</i>).</p> - -<p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> Item videtur nulla esse utlagarda si factum pro quo interrogatus -est civile sit et non criminale. (Bracton, Collection du Matre -des rles, t. II, p. 330.)</p> - -<p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> <i>Yearbooks of Edward I</i>, annes 30-31, p. 533 (Collection du -Matre des rles).</p> - -<p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> <i>Yearbooks of Edward I</i>, annes 30-31, pp. 537-538.</p> - -<p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> Liv. I, chap. <span class="smallc">XXVII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> Bracton, t. II, pp. 340-342.</p> - -<p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> <i>Yearbooks of Edward I</i>, annes 30-31, p. 515. Quelquefois on -profitait de l'absence de son ennemi sur le continent pour affirmer -au magistrat qu'il tait en fuite et le faire dclarer outlaw: ainsi, -le clerc Jean Crochille se plaint au parlement d'avoir t mis injustement -hors la loi pendant un voyage qu'il avait fait en cour de Rome, -1347 (<i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 171); le clerc Robert de -Thresk est de mme dclar outlaw pendant son absence du royaume -par malice de ses accusours. (<i>Ibidem</i>, mme anne, p. 183.)</p> - -<p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> <i>Yearbooks of Edward I</i>, annes 21-22, p. 447.</p> - -<p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> D'aprs Seebohm (<i>The Black Death and its place in English -History</i>; deux articles dans la <i>Fortnightly Review</i> en 1865), plus de -la moiti de la population mourut pendant l'anne 1348-1349. Voici le -tableau frappant que trace Knyghton, un contemporain, de la peste - Leicester: Et moriebantur quasi tota valitudo vill....valde -pauci erant qui de divitiis vel quibuslibet rebus curam agerent.... -Et oves et boves per campos et inter segetes vagabant.... sed in sulcis -deviis et sepibus morte perierunt numero incomputabili. A l'automne, -la main-d'œuvre est hors de prix et une partie de la rcolte -est laisse sur pied (<i>Decem scriptores</i> de Twysden; col. 2598).</p> - -<p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 233. Cf. les ordonnances franaises; -celle de Jean, de cette mme anne (Recueil d'Isambert, -t. IV, p. 576), prescrit aux gens oiseux de Paris de travailler ou -de s'en aller, ce qui tait moins radical et encore moins utile que -les rglements anglais. Une autre ordonnance de Jean (nov. 1354) -est dirige contre les ouvriers qui vont de ville en ville chercher -de gros gages, partout o les ordonnances ne sont mie adroit -gardes (<i>Ibid.</i>, p. 700). Ils sont menacs de la prison, du pilori -et du fer rouge.</p> - -<p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 261; parlement de 1354.</p> - -<p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159" class="label">[159]</a> Statut, 34 d. III, chap. <span class="smallc">IX</span>, anne 1361-2.</p> - -<p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160" class="label">[160]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 312 et 340.</p> - -<p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161" class="label">[161]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, p. 340; parlement de 1376.</p> - -<p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> Langland montre, de mme, le mendiant hont qui va, sac -sur le dos, quter de porte en porte, et qui pourrait fort bien, s'il -voulait, gagner son pain et sa bire en travaillant; il sait un mtier, -mais il prfre ne pas l'exercer:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>And can som manere craft in cas he wolde hit vse,</p> -<p>Thorgh whiche crafte he couthe come to bred and to ale.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(Texte C, <i>passus</i> X, vers 151.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> <i>Statutes of the realm</i>, 23 Ed. III, chap. <span class="smallc">VII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. III. pp. 17, 46, 65.</p> - -<p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> <i>Statutes of the realm</i>, 7 Ric. II, chap. <span class="smallc">V</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> <i>Statutes</i>, 12 Ric. II, chap. <span class="smallc">III</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> Voir au British Museum, dans un manuscrit des dcrtales -(10 . IV), la reprsentation d'un moine mis dans des ceps; un autre -moine lie l'extrmit des poutres avec des cordes (fol. 222). Voir -aussi ces instruments de torture dans Foxe, <i>Actes and monuments</i>, -Londres, 1562, fol., pp. 390, 1272, etc.</p> - -<p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> <i>Gleanings from the public records</i>, par M. H. Hewlett, dans -l'<i>Antiquary</i> de mars 1882.</p> - -<p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169" class="label">[169]</a> 12 Rich. II, chap. <span class="smallc">VII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> 12 Rich. II, chap. <span class="smallc">VII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> <i>Statutes</i>, 13 Rich. II, chap. <span class="smallc">XIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172" class="label">[172]</a> Walsingham, <i>Historia anglicana</i>, sub anno 1381.</p> - -<p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173" class="label">[173]</a> <i>The statutes at large</i>, dition O. Ruffhead, Londres, 1763, t. I, -pp. 53 et 343, 3 d. I, ch. <span class="smallc">XXXIV</span>, et 2 Rich. II, ch. <span class="smallc">V</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174" class="label">[174]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. III, p. 294.</p> - -<p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175" class="label">[175]</a> 5 Rich. II, st. 2, chap. <span class="smallc">V</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> On l'a souvent considr comme un Wyclifite; mais, de mme -que beaucoup de ses pareils, il ne partageait pas toutes les ides du -matre, et en avait d'autres, de son ct, qui lui taient propres; -ainsi, suivant lui, les enfants naturels ne pouvaient aller au ciel.</p> - -<p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> <i>Chronicon Angli</i>, 1328-1388, dition Thompson, 1874, 8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> <i>English prose treatises of Richard Rolle de Hampole</i>, dition -Perry, Londres, 1866, 8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> Jack Straw, d'aprs la confession que rapporte de lui son contemporain -le moine, Thomas Walsingham, n'aurait voulu conserver d'autres -religieux sur la terre que les frres mendiants: Soli mendicantes -vixissent super terram qui suffecissent pro sacris celebrandis aut -conferendis univers terr. (<i>Historia anglicana</i>, 1867-1869, t. II, -p. 10.)</p> - -<p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> <i>The vision of William concerning Piers the Plowman</i>, dition -Skeat, texte C, <i>passus XXIII</i>, vers 274.</p> - -<p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181" class="label">[181]</a> <i>The vision of William concerning Piers the Plowman</i>, texte C, -<i>passus XVII</i>, vers 352.</p> - -<p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> Thomas d'Eccleston, auteur du <i>Liber de adventu minorum in -Angliam</i> (publi par Brewer dans ses <i>Monumenta franciscana</i>), vit -la priode la plus florissante des ordres moindres. Son livre est -d'une navet extrme et abonde en rcits de visions et de faits merveilleux. -La vision dont il est question ici se trouve la page 28 des -<i>Monumenta</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183" class="label">[183]</a> Matthieu Paris, <i>Historia Anglorum</i>, Londres, 1866, 3 vol. 8<sup>o</sup>, -t. III, p. 145.</p> - -<p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> <i>Speculum vit B. Francisci et sociorum eius</i>; opera fratris -G. Spoelberch. Anvers, 1620, 1<sup>re</sup> partie, chap. <span class="smallc">IV</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> Il y avait peine trente ans que les frres avaient paru en Angleterre -et ils y possdaient dj quarante-neuf couvents (<i>Monumenta -franciscana</i>, dition Brewer, Londres, 1858, 8<sup>o</sup>, p. 10). On trouvera dans -Matthieu Paris un trs bon expos du rle des frres mineurs en Angleterre - leur arrive dans ce pays, de la vie pauvre, humble et -utile qu'ils menrent d'abord. <i>Historia Anglorum</i>, dition Madden, -Londres, 1866, 3 vol. 8<sup>o</sup>, t. II, p. 109.</p> - -<p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> Voir la <i>Defensionem curatorum contra eos qui privilegiatos se -dicunt</i> (4<sup>o</sup>, sans date), discours prononc en 1357 par Richard Fitz-Ralph, -archevque d'Armagh, et o sont dnoncs les empitements -successifs des frres mendiants au dtriment des curs et autres -ecclsiastiques.</p> - -<p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187" class="label">[187]</a> <i>Monumenta franciscana</i> ut supra; pp. 514 et suivantes. Cette -bibliothque avait t fonde par le clbre Richard Whittington maire -de Londres en 1397, 1406 et 1419.</p> - -<p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> Il y avait dans la mme glise le cœur de la reine lonore, -mre d'douard I<sup>er</sup>. En rapportant qu'il y fut dpos, le moine -Rishanger, un contemporain, fait la cruelle remarque suivante, que -Walsingham ne manque pas de reproduire dans son <i>Historia anglicana</i> -(sub anno 1291-1292): Sepultum est itaque corpus ejus in monasterio -Ambresburi, cor vero Londoniis, in ecclesia fratrum -minorum; qui sicut et cuncti fratres reliquorum ordinum aliquid de -corporibus quorumcumque potentium morientium sibimet vendicabant, -more canum cadaveribus assistentium, ubi quisque suam particulam -avide consumendam expectat.</p> - -<p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> Freres bylden mony grete chirchis and costily waste housis, -and cloystris as hit were castels, and that withoute nede... grete -housis make not men holy, and onely by holynesse is god wel served. -(<i>Select english works</i>, t. II, p. 380.)</p> - -<p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190" class="label">[190]</a> <i>Monumenta franciscana</i>, p. 541. De l les reproches des satiristes.</p> - -<p class="quote">Of thes frer mynours me thenkes moch wonder,<br /> -That waxen are thus hauteyn, that som tyme weren under.</p> - -<p class="i6">Th. Wright, <i>Political poems and songs</i>, Londres, 1859, 2 vol. 8<sup>o</sup>, t. I,<br /> -p. 268, chanson de la deuxime moiti du quatorzime sicle.</p> - -<p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191" class="label">[191]</a> Ms. 10 E. IV. au British Museum, fol. 109 et suivants.</p> - -<p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> En le mesme temps (20 d. II) les frres prechours se mistrent - le fuite pur ceo qe ils se doterent estre maubailiz et destrutz, -pur ceo qe le comunalt les avoyent mult encountre queor (cœur) -pur lour orgelousse port, qu'ils ne se porteient come frres duissent. -(<i>Croniques de London</i>, Camden society, p. 54.)</p> - -<p>Sciatis quod intelleximus qualiter aliqu person de regno -nostro Angli, per instigationem maligni spiritus... faciunt et in -dies facere nituntur dampna et scandala dilectis nobis in Christo -religiosis viris fratribus de ordine minorum.... moventes populum -nostrum in aperto et in secretis contra eos, ad destruendum domos -dictorum fratrum, dilacerando habitus eorum super eos, et aliquos -verberando et male tractando, contra pacem nostram.... (Proclamation -de Richard II en 1385. Rymer, <i>Fœdera</i>, dition de 1704, t. -VII, p. 458.)</p> - -<p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> 20 d. III, 1346, <i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, p. 162.</p> - -<p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194" class="label">[194]</a> ... Bi siche resouns thinken many men that thes lettris mai -do good for to covere mostard pottis. (<i>Select english works</i>, t. III, -p. 381.) Autre allusion ces lettres dans les <i>Political poems</i> publis -par Wright, 1859, t. I, p. 257.</p> - -<p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> <i>Eulogium historiarum</i>, dition Haydon, Collection du Matre des -rles, Londres, 1858, 3 vol. 8<sup>o</sup>, t. III, p. 391, anne 1402.</p> - -<p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> Holinshed, <i>Chronicles</i>, Londres, 1587, 5 vol. fol., t. III, p. 945. -Ce frre avait refus le serment de suprmatie.</p> - -<p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> D'aprs Hardy: <i>Registrum palatinum Dunelmense</i>, Introduction.</p> - -<p>Thodore, archevque de Cantorbry, au neuvime sicle, dressa -une sorte de tarif de ces changes: Pro uno mense quem in pane -et aqua pœnitere debet psalmos mille ducentos flexis genibus decantet.—Item, -alio modo, duodecim triduan singul cum psalteriis -tribus impletis et cum palmatis trecentis per singula psalteria -excusant unius anni pœnitentiam.—Centum solidi dati in eleemosynam -annum excusant. (<i>Theodori archiepiscopi Cantuariensis -pœnitentiale</i>, dans la <i>Patrologie</i> de Migne, t. XCIX, col. 938 et 940.)</p> - -<p>Halitgarius, aussi au neuvime sicle, s'occupa de mme de dresser -des tables de pnitences: Pro uno mense, quem in pane et -aqua jejunare debet, psalmos mille ducentos genibus flexis, vel sine -genuum flexione mille DLXXX psalmos decantet. Il ajoute qu'on -continue de mme, s'il y a lieu, pour toute la premire anne de -pnitence, soit 20 160 psaumes chanter si on ne se met pas genoux. -(<i>Halitgarii episcopi Cameracensis liber pœnitentialis</i>, dans la -<i>Patrologie</i> de Migne, t. CV, col. 706).</p> - -<p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> Voir <i>Chaucer's pardoner and the pope's pardoners</i>, by D<sup>r</sup> J. J. -Jusserand. London, Chaucer society, 8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a></p> - -<p class="quote">Suche glaring eyghen hadde he as an hare.</p> - -<p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> Cum sit statutum in canone, ne qui eleemosynarum qustores -ad prdicandum aut indulgentias clero et populo insinuandum sine -literis dioecesanis aut apostolicis admittantur, literque apostolic -qustoribus hujusmodi concess ante admissionem eorum per dioecesanos -examinari debeant diligenter; ex gravi tamen multorum querela -ad nostrum pervenit auditum, quod nonnulli ex hujusmodi -qustoribus, non sine multa temeritatis audacia, motu suo proprio, -in animarum subditorum nostrorum periculum et jurisdictionis -nostr elusionem manifestam, indulgentias populo concedunt, -super votis dispensant, et perjuriis, homicidiis, usuris et peccatis -aliis, sibi confitentes absolvunt, et male ablata, data sibi aliqua -pecuni quantitate, remittunt ac alias abusiones quamplurimas faciunt -et exponunt.... (<i>Registrum palatinum Dunelmense</i>, dition -Hardy, t. III.)</p> - -<p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> <i>Prologe of the pardoner.</i></p> - -<p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> Excommunicatis gratiam absolutionis impendit. Vota peregrinationis -ad apostolorum limina, ad Terram Sanctam, ad Sanctum Jacobum -non prius remisit quam tantam pecuniam recepisset, quantam, -juxta veram stimationem, in eisdem peregrinationibus expendere -debuissent, et ut cuncta concludam brevibus, nihil omnino petendum -erat, quod non censuit, intercedente pecunia, concedendum -(<i>Historia anglicana</i>; Collection du Matre des rles, t. I, p. 452).</p> - -<p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> V. J. J. Jusserand, <i>Le Thtre en Angleterre depuis la conqute -jusqu'aux prdcesseurs immdiats de Shakespeare</i> (1066-1583), -2<sup>e</sup> d., Leroux, 1881, ch. <span class="smallc">IV</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> Perciocche divotissimi tutti vi conosco del baron messer santo -Antonio, di spezial grazia vi mosterr una santissima e bella reliquia, -la quale io medesimo gi recai dalle sante terre d'oltremare; e -questa una delle penne dello agnolo Gabriello, la quale nella camera -della Virgine Maria rimase quando egli la venne ad annunziare in -Nazzaret.</p> - -<p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> Egli primieramente mi mostr il dito dello Spirito Santo, -cosi intero e saldo come fu mai; ... e una dell'unghie de' gherubini; -... e aliquanti de' raggi della stella che apparve tre magi in -oriente, e una ampolla del sudore di San Michele quando combatt -col diavolo. (<i>Dcamron</i>, journe VI, nouvelle X.)</p> - -<p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> <i>The Leofric Missal</i> (1050-1072) d. F. E. Warren (Clarendon -press.)</p> - -<p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> <i>Historia anglorum</i>, d. Madden, Londres, 1866, 3 vol. 8<sup>o</sup>, t. III -p. 60.</p> - -<p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> <i>Issues of the exchequer</i>; d. Devon, pp. 176 et 141.</p> - -<p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> <i>Le livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles</i>, d. Michaut, -Paris, 1836, 2 vol. 8<sup>o</sup>, t. I, p. 633, ch. <span class="smallc">XXXIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> Psautier de la reine Marie (commencement du quatorzime -sicle), ms. 2. B VII, au British Museum. Cette allgorie tait un -sujet favori parmi les miniaturistes et on la retrouve dans beaucoup -d'autres mss.</p> - -<p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> Labbe, <i>Sacrosancta concilia</i>, dition de Florence, t. XXV, -col. 1177, et t. XXVI, col. 462. En 1419, Henri Chicheley, archevque -de Cantorbry, prescrit des prires publiques, des litanies et des -processions pour protger le roi d'Angleterre et son arme contre les -oprations nfastes des magiciens (Wilkins, <i>Concilia Magn Britanni</i>, -t. III, p. 393).</p> - -<p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> Si masculus quisquam voluerit, ut est moris, ejusdem defuncti -vel defuncte nocturnis vigiliis interesse, hoc fieri permittatur, dumtamen -nec monstra larvarum inducere, nec corporis vel fame sue -ludibria, nec ludos alios inhonestos presumat aliqualiter attemptare. -(Toulmin Smith, <i>English gilds, the original ordinances</i>, etc., p. 194).</p> - -<p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> .... Araneis et aliis vermibus nigris ad modum scorpionum, -cum quadam herba qu dicitur millefolium et aliis herbis et vermibus -detestabilibus. (<i>The proceedings against Dame Alice Kyteler</i>, -1324; dition Wright, 1843, 4<sup>o</sup>, Camden Society.)</p> - -<p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> <i>The chanounes yemannes tale.</i></p> - -<p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215" class="label">[215]</a> Tout le livre VII de sa <i>Confessio amantis</i> est consacr l'exposition -d'un systme du monde et la description de la nature intime -des tres et des substances qu'il est difficile de connatre. Le <i>Roman -de la rose</i> n'est pas moins explicite sur ces matires (confession de -<i>Nature</i> <i>Genius</i>).</p> - -<p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216" class="label">[216]</a> <i>De proprietatibus rerum</i>, liv. XVI.</p> - -<p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217" class="label">[217]</a> <i>Les amants magnifiques.</i></p> - -<p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218" class="label">[218]</a> Les confesseurs donnaient frquemment comme pnitence un plerinage - faire, et prescrivaient parfois qu'on voyageat soit nu-pieds -soit en chemise, sinon mme tout fait nu: Comune penaunce, -dit, dans son grand sermon, le <i>parson</i> de Chaucer, is that prestes -enjoynen men comunly in certeyn caas, as for to goon peradventure -naked in pilgrimage or barfot, (<i>Works</i>, d. Morris, t. III, p. 266.)</p> - -<p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219" class="label">[219]</a> Cousin d'douard II, excut en 1322. Froissart, n'a aucun doute -sur l'authenticit de ses miracles: .... le comte de Lancastre qui -moult toit bon homme et saint, et fit depuis assez de beaux miracles -au lieu o il fut dcol. (1<sup>re</sup> partie, liv. I, chap. V.) Le corps de Charles -de Blois fait aussi des miracles et Froissart imagine qu'Urbain V -le canonisa: lequel corps de lui sanctifia par la grce de Dieu, et -l'appelle-t-on saint Charles; et l'approuva et canonisa le pape Urbain -V<sup>e</sup>, qui rgnait pour le temps; car il faisoit et fait encore au -pays de Bretagne plusieurs miracles tous les jours. (Liv. I, part. 2, -chap. CXCI.)</p> - -<p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220" class="label">[220]</a> .... Non absque homicidiis aliisque ltalibus verberibus.... et -de majoribus periculis verisimiliter imminentibus multipliciter formidatur.... -(Anne 1323. <i>Historical papers from the northern registers</i>; -dition Raine, p. 340).</p> - -<p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221" class="label">[221]</a> L'archevque crit en effet dans ce sens au pape (Jean XXII), -le 24 fvrier 1327 (<i>Historical papers from the northern registers</i>, -p. 340.)</p> - -<p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222" class="label">[222]</a> <i>Memorials of London</i>, Riley, 1868, 8<sup>o</sup>, p. 203. L'influence miraculeuse -du mme Thomas de Lancastre est constate encore par l'auteur -contemporain des <i>Croniques de London</i> (Camden Society, p. 46) -et par beaucoup d'autres.</p> - -<p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223" class="label">[223]</a> On avait construit une chapelle sur la mountaigne o le -comte avait t dcapit. Les offrandes que les plerins y apportaient -furent, en 1334, le sujet d'un curieux dml entre le prieur et le -couvent de Pontefract, d'une part, et le seigneur de Wake, d'autre -part, lequel seigneur avait occup la dite chapele et les offrandes -illukes venauntz, et [avoit] pris les clefs devers lui. Le prieur et le -couvent, dans une ptition au parlement, rclament l'administration -de ces offrandes, comme choses espirituels deinz lour paroche -et apendauntz lour glise. (<i>Rotuli parliamentorum</i>, t. II, -p. 84.)</p> - -<p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224" class="label">[224]</a> Ne.... pro sancto vel justo reputetur, cum in excommunicatione -sit defunctus, sicut sancta tenet ecclesia. <i>Dictum de Kenilworth</i>; -<i>Select charters</i>, publies par Stubbs, 1870, p. 410.</p> - -<p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225" class="label">[225]</a></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Salve Symon Montis Fortis,</p> -<p class="i1"> Tocius flos milicie,</p> -<p>Duras penas passus mortis,</p> -<p> Protector gentis Anglie.</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . .</b></p> -</div></div> - -<p>Ora pro nobis, beate Symon, ut digni efficiamur promissionibus -Christi. Hymne compose peu aprs la mort de Simon, et cite en -note de la p. 48, t. II de l'<i>History of English poetry</i> de Wharton, -dition Hazlitt, 1871, 4 vol. 8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226" class="label">[226]</a> Rymer, <i>Fœdera</i>, dition de 1704, t. IV, p. 20.</p> - -<p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227" class="label">[227]</a> <i>Fœdera</i>, t. XIV, p. 1033. A peine douard III tait-il mont sur -le trne que les communes demandrent la canonisation de Thomas -de Lancastre (Ptition au parlement, 1 Ed. III, anne 1326-7; <i>Rotuli -parliamentorum</i>, t. II, p. 7).</p> - -<p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228" class="label">[228]</a> Patente de Richard II, la dix-neuvime anne de son rgne, en -appendice dans l'essai de M. Karkeek, <i>Chaucer's schipman and his -barge the Maudelayne</i>, Chaucer society, Londres, 1884.</p> - -<p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229" class="label">[229]</a> Les trangers, comme les Anglais, avaient une grande vnration -pour saint Thomas de Cantorbry et allaient faire offrande sa -chsse quand ils pouvaient. Le 3 aot 1402, un dcret du snat -vnitien autorisa Lorenzo Contarini, capitaine des galres vnitiennes -en partance pour les Flandres, visiter cette chsse conformment - son vœu. Il devait le faire quand les galres seraient Sandwich, et -aller et revenir en un jour, n'ayant pas le droit de dormir hors de -son vaisseau. (<i>Calendar of state papers and mss. relating to english -affairs existing in the archives and collections of Venice and in -other libraries of northern Italy</i>; edited by Rawdon Brown, Londres, -1864, 8<sup>o</sup>, t. I, p. 42.)</p> - -<p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230" class="label">[230]</a> <i>Ordinance for the state of the wardrobe and the account of</i> -<i>the household</i>, Juin 1323 (<i>King Edward II's household and wardrobe -ordinances</i>, Chaucer society, d. Furnivall, 1876, p. 62.)</p> - -<p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231" class="label">[231]</a> L'auteur de la suite des <i>Canterbury Tales</i> (commencement du -<span class="smallc">XV</span><sup>e</sup> sicle) montre les plerins, une fois arrivs Cantorbry, achetant -de ces sortes de mdailles, <i>signys</i> ou <i>brochis</i>. C. Roach Smith -en dcrit plusieurs des treizime et quatorzime sicles, et il en -donne le dessin (<i>Journal of the archological association</i>, t. I, p. -200). Le pardonneur de Chaucer avait un vernicle son chapeau.</p> - -<p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232" class="label">[232]</a> <i>Les louenges du roy Louys XII de ce noms</i>, nouvellement composes.... -par maistre Claude de Seyssel, docteur en tous droits, -Paris, 1508, 4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233" class="label">[233]</a> Ces histoires des plerins et des voyageurs revenant de pays -trangers, Chaucer les avaient bien souvent entendues; loin d'y -croire, il en avait ri. Plerins, matelots, messagers rivalisaient de son -temps dans leurs rcits de merveilles lointaines:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>And, lord! this hous in alle tymes</p> -<p>Was ful of shipmen and pilgrimes,</p> -<p>With scrippes bret-ful of leseyngs,</p> -<p>Entremelled with tydynges,</p> -<p>And eke allone be hemselve,</p> -<p>O, many a thousand tymes twelve</p> -<p>Sangh I eke of these pardoners,</p> -<p>Currours and eke messangers,</p> -<p>With boystes crammed ful of lyes:</p> -<p>As ever vessel was with lyes.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(<i>House of Fame</i>, vers 1031.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234" class="label">[234]</a> Voir le dessin de cet anneau dans le tome VIII du <i>Journal of -the archological association</i>, p. 360. Le bton ou bourdon et le -sac ou charpe taient les insignes notoires des plerins. Dans le -roman de <i>King Horn</i>, le hros rencontre sur sa route un <i>palmer</i>, et, -pour se dguiser, change d'habits avec lui; dans cette transformation, -l'auteur ne signale que les points caractristiques, c'est--dire le -bton et le sac:</p> - -<p class="quote">Horn tok burdon and scrippe.</p> - -<p class="i6">(<i>King Horn, with fragments of Floriz and Blauncheflur</i>, ed. by<br /> -J. R. Lumby, Early english text society, 1866, 8<sup>o</sup>.)</p> - -<p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235" class="label">[235]</a> 12 Ric. II, chap. 7, <i>Statutes of the realm</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236" class="label">[236]</a> <i>Rotuli parliamentorum</i>, 13 Rich. II, t. III, p. 275.</p> - -<p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237" class="label">[237]</a> Ptition des bourgeois de Calais, <i>ibidem</i>, t. III, page 500, -4 Henri IV, 1402.</p> - -<p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238" class="label">[238]</a> Lettre de M. J. W. Hales l'<i>Academy</i>, Avril 1882.</p> - -<p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239" class="label">[239]</a> L'auteur des voyages connus sous le nom de <i>Voyages de Mandeville</i> -avait vu la tte d'Amiens et fut bien surpris d'en rencontrer une -autre Constantinople. Quelle est la vraie? se demande-t-il: I wot -nere, but God knowethe: but in what wyse that men worschippen -it, the blessed seynt John holt him a payd. (dition Halliwell; p. 108.)</p> - -<p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240" class="label">[240]</a> <i>Paston letters.</i> Lettre de Marguerite Paston du 20 sept. 1443.</p> - -<p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241" class="label">[241]</a> Rocamadour tait bien connu des Anglais; voir la <i>Vision concerning -the Piers Plowman</i> (dition Skeat), texte B, <i>passus XII</i>, -vers 37.</p> - -<p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242" class="label">[242]</a> <i>Le livre du chevalier de la Tour Landry pour l'enseignement -de ses filles</i>, d. Montaiglon, 1854.</p> - -<p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243" class="label">[243]</a> William Wey, au quinzime sicle, mentionne ainsi les catacombes: -Item ibi est una spelunca nuncupata Sancti Kalixti cimiterium, -et qui eam pertransit cum devocione, illi indulgentur omnia -sua peccata. Et ibi multa corpora sanctorum sunt, que nullus hominum -numerare nequit nisi solus Deus. (<i>The itineraries of William -Wey</i>, Roxburghe club, p. 147.) Wey, comme l'auteur du pome, -mentionne quelquefois des nombres prodigieux de corps de martyrs; - l'glise dite <i>Scala Celi</i>, sunt ossa sanctorum decem millia militum; -dans une seule partie de Saint-Pierre de Rome, il y a Petronella -et xiij millia sanctorum martirum.</p> - -<p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244" class="label">[244]</a> Dans un autre texte du pome, publi par M. Furnivall en 1866 -(<i>Political, religious and love poems</i>), on trouve plus de dtails sur -cette idole; elle avait un chapeau ou couvercle de cuivre qui fut -arrach par le vent et emport la basilique de Saint-Pierre.</p> - -<p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245" class="label">[245]</a> William Wey (<span class="smallc">XV</span><sup>e</sup> sicle) dit de l'glise de la Sainte-Croix: Item -ibi sunt duo ciphi, unus plenus sanguine Jhesu Christi, et alter plenus -lacte beate Marie Virginis. (<i>Itineraries</i>, p. 146.) Ceux qui boivent -aux trois fontaines qui jaillirent la mort de saint Paul sont guris -de toutes les maladies; ceux qui visitent l'glise de Sainte-Marie de -l'Annonciation ne seront jamais frapps de la foudre; l'glise -Sainte-Viviane il y a herba crescens quam ipsa plantavit et valet -contra caducum morbum. (<i>Ibidem</i>, pp. 145-147.)</p> - -<p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246" class="label">[246]</a> Dans la chapelle Borghse.</p> - -<p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247" class="label">[247]</a> Toulmin Smith, <i>English gilds; the original ordinances</i>, etc., -pp. 157, 177, 180, 182, 231.</p> - -<p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248" class="label">[248]</a> <i>Issues of the exchequer</i>, p. 159.</p> - -<p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249" class="label">[249]</a> <i>Chronica monasterii de Melsa</i>, dition de E. A. Bond, Londres, -1868, 3 vol. 8<sup>o</sup>. L'abb de Meaux prtend que Clment VI rpondait -aux reproches de son confesseur sur ses mauvaises mœurs: Quod -facimus modo facimus consilio medicorum (t. II, p. 189).</p> - -<p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250" class="label">[250]</a> T. III, p. 88.</p> - -<p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251" class="label">[251]</a> Quo quidem anno (1350) venerunt in Angliam poenitentes, -viri nobiles et alienigen, qui sua corpora nuda usque ad -effusionem sanguinis nunc flendo, nunc canendo, acerrime -flagellabant: tamen ut dicebatur, nimis hoc faciebant inconsulte, -quia sine licentia sedis apostolic. (Walsingham, _Historia -anglicana_. Collection du Matre des Rles, t. I, p. 275.) Cf. -Robert de Avesbury, _Historia Edvardi tertii_, Oxonii, 1720, 8<sup>o</sup>, -p. 179: les flagellants se fouettaient avec des cordes noeuds -garnies de clous; ils se prosternaient terre, les bras en croix -et en chantant.</p> - -<p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252" class="label">[252]</a> Les flagellants furent condamns par Clment VI en 1350; il -prescrivit aux archevques, vques, etc., de les faire -emprisonner (Labbe, _Sacrosancta concilia_, dition de Florence, -t. XXV, col, 1157).</p> - -<p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253" class="label">[253]</a> Lettre de l'archevque d'York son official (_Historical -papers from the northern registers_, dition Raine, pp. 397-399). -Les coupables n'taient pas des vagabonds sans importance: l'un a -le titre de _magister_; l'autre est professeur de droit civil.</p> - -<p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254" class="label">[254]</a> Nam quidam illorum credebant, ut asseritur, nullum Deum -esse, nihil esse sacramentum altaris, nullam post mortem resurrectionem, -sed ut jumentum moritur, ita et hominem finire. (<i>Historia -anglicana</i>, t. II, p. 12.) Langland se plaint de mme du scepticisme -des nobles qui mettent les mystres en question et font de ces graves -matires le sujet de conversations lgres aprs les repas. (texte C, -<i>passus XII</i>, vers 35.)</p> - -<p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255" class="label">[255]</a> <i>Les louenges du roy Louys XII</i>, par Claude de Seyssel. Paris, -1508, 4<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256" class="label">[256]</a> <i>A collection of the wills.... of the kings and queens of England</i>; -dition Nichols, Londres, 1780, 4<sup>o</sup>. Testament d'Humphrey -de Bohun, comte d'Hereford et d'Essex, mort en 1361.</p> - -<p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257" class="label">[257]</a> Robert de Avesbury, <i>Historia Edvardi tertii</i>, dition Hearne, -Oxford, 1720, 8<sup>o</sup>, p. 63.</p> - -<p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258" class="label">[258]</a> <i>Ibidem</i>, p. 115.</p> - -<p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259" class="label">[259]</a> Langland parle des Sarrasins sans les maudire: ils pourraient -tre sauvs; c'est Mahomet qui les a tromps, par colre de n'avoir -pu tre pape; on devrait les convertir; le pape fait bien des vques -de Nazareth, de Ninive, etc., mais ils se gardent d'aller visiter leurs -ouailles indociles. (Texte C de l'dition de Skeat, <i>passus XVIII</i>, -pp. 314-318.)</p> - -<p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260" class="label">[260]</a></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>To sleen and fighten they us bidde</p> -<p>Hem whom they shuld, as the boke saith,</p> -<p>Converten unto Cristes feith.</p> -<p>But herof have I great merveile,</p> -<p>How they wol bidde me traveile.</p> -<p>A Sarazin if I slee shall,</p> -<p>I slee the soule forth withale,</p> -<p>And that was never Cristes lore.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(<i>Confessio amantis</i>, dition Pauli, t. II, p. 56.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261" class="label">[261]</a> Elle mourut le 4 novembre 1360. (<i>A collection of the wills</i>, etc., -dition Nichols, 1780, 4<sup>o</sup>.)</p> - -<p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262" class="label">[262]</a> Et sachetz que ieo vsse mis ceste liverette en latyn pour plus -briefment deviser, mes pour ceo que plusours entendont mieultz -romanz que latin, ieo lai mys en romanz pour ceo que on l'entende et -que li seignours et li chiualers et lez autres nobles hommes qui ne -scevent point latin ou poi et qui ount est outre mer sachent et entendent -si ieo dye voir ou noun. Ms. <i>Sloane</i>, 1464, fol. 3, au British -Museum (ms. du commencement du <span class="smallc">XV</span><sup>e</sup> sicle). V. <i>infra</i>, p. 239.</p> - -<p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263" class="label">[263]</a> Dans sa traduction du <i>Polychronicon</i> de Ralph Higden, Collection -du Matre des rles.</p> - -<p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264" class="label">[264]</a> <i>La manire de langage</i> texte publi par M. Paul Meyer dans la -<i>Revue critique</i>, t. X, p. 373. Ce manuel est l'œuvre d'un Anglais. La -ddicace est date du 29 mai 1396.</p> - -<p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265" class="label">[265]</a></p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>What man under his powere</p> -<p>Is bore, he shall his place chaunge</p> -<p>And seche many londes straunge</p> -<p>And as of this condicion</p> -<p>Upon the londe of Alemaigne</p> -<p>Is set and eke upon Britaigne</p> -<p>Which now is cleped Englonde</p> -<p>For they travaile in every londe.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(<i>Confessio amantis</i>, t. III, p. 109.)</p> -</div></div> - -<p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266" class="label">[266]</a> Et hinc secundum astronomos lunam habent planetam propriam, -qu in motu et lumine est magis instabilis. (<i>Fasciculi -Zizaniorum</i>, dition Shirley, p. 270.) Caxton, au moment de la Renaissance, -considre galement la lune comme tant par excellence -la plante des Anglais: For we englysshe men ben borne vnder -the domynacyon of the mone, whiche is neuer stedfaste but euer -wauerynge. (Prologue de son <i>Boke of Eneydos compyled by Vyrgyle</i>, -1490.)</p> - -<p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267" class="label">[267]</a> <i>Polychronicon Ranulphi Higden</i>, edited by C. Babington, Londres, -1865, 8<sup>o</sup>, t. II, p 166.</p> - -<p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268" class="label">[268]</a> Jean le Maingre, dit Boucicaut, plus tard marchal de France.</p> - -<p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269" class="label">[269]</a> Rymer, <i>Fœdera</i>, t. V, p. 777. Ces lettres devaient tre dlivres -assez frquemment, car on trouve qu'elles sont rdiges d'aprs une -formule uniforme, comme nos passeports. Voir celle que Rymer -donne encore t. VII, p. 337, anne 1381. En novembre 1392, le comte -de Derby (le futur Henri IV) se trouvait Venise et partait de l pour -aller en Terre Sainte; il avait, pour la rpublique, des lettres d'Albert -IV, duc d'Autriche, et le Grand Conseil lui prtait une galre pour -faire son voyage. C'tait aussi de Venise qu'tait parti pour la Palestine -Thomas Mowbray, duc de Norfolk, en fvrier 1398-1399; il s'tait prsent -au Snat vnitien muni d'une lettre de Richard II. (<i>Calendar -of state papers relating to english affairs.... existing in [various] -libraries of Italy</i>, publi par Rawdon Brown, 1864, etc., 8<sup>o</sup>, p. <span class="smallc">LXXXI</span>.)</p> - -<p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270" class="label">[270]</a> <i>Historical papers from the northern registers</i>, dition Raine, -p. 425.</p> - -<p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271" class="label">[271]</a> <i>Chronique</i> de Monstrelet, liv. I, chap. <span class="smallc">VIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272" class="label">[272]</a> Les voyages appels <i>Voyages de Mandeville</i> ont t srement -crits au quatorzime sicle, en franais, puis ils ont t traduits en -latin et en anglais. La partie relative l'Egypte, la Palestine et -la Syrie semble seule avoir pour fondement un voyage vritable. -L'article Mandeville par MM. E. B. Nicholson et le colonel Yule -dans la nouvelle dition de l'<i>Encyclopdia Britannica</i> (neuvime d.) -ainsi que la lettre de M. E. B. Nicholson dans l'<i>Academy</i> du 12 avril -1884 font connatre le dernier tat de la question.</p> - -<p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273" class="label">[273]</a> Ms. <i>Sloane</i> 1464 (British Museum.)</p> - -<p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274" class="label">[274]</a> On achetait cela prs de l'glise Saint-Marc et on avait le tout -pour 3 ducats, y compris les draps et les couvertures. Le voyage fait, -le vendeur vous reprenait ces objets pour un ducat et demi: Also -when ye com to Venyse ye schal by a bedde by seynt Markys cherche; -ye schal have a fedyr bedde, a matres, too pylwys, to peyre schetis -and a qwylt, and ye schal pay iij dokettis; and when ye com ayen, -bryng the same bedde to the man that ye bowt hit of and ye schal -haue a dokete and halfe ayen, thow hyt be broke and worne. (<i>Itineraries -of William Wey</i>, ut infra.)</p> - -<p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275" class="label">[275]</a> <i>The Itineraries of William Wey, fellow of Eton College, to -Jerusalem, A. D. 1458 and A. D. 1462 and to Saint James of Compostella -A. D. 1456.</i> Londres, 1857, 4<sup>o</sup>, <i>Roxburghe Club</i>. Dans son -premier voyage, Wey partit de Venise avec une bande de 197 plerins, -qui furent embarqus sur deux galres.</p> - -<p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276" class="label">[276]</a> P. 19.</p> - -<p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277" class="label">[277]</a> On peut voir actuellement cette carte expose dans les vitrines -de la Bodlienne Oxford]</p> - -<p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278" class="label">[278]</a> For in the lawyst [stage] vnder hyt is ryght smolderyng hote -and stynkynge (<i>A good preuysyoun</i>, au dbut du livre.)</p> - -<p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279" class="label">[279]</a> For thow ye schal be at the tabyl wyth yowre patrone, notwythstondynge -ye schal oft tyme haue nede to yowre vytelys, bred, -chese, eggys, frute, and bakyn (bacon), wyne and other, to make yowre -collasyvn: for svm tyme ye schal haue febyl bred, wyne and stynkyng -water, meny tymes ye schal be ful fayne to ete of yowre owne. (<i>A -good preuysyoun.</i>)</p> - -<p>Il sera mme prudent d'emporter une cage avec des poulets dedans: -Also by yow a cage for half a dosen of hennys or chekyn to have -with yow in the galey. Il ne faut pas oublier un demi-boisseau de -graines pour les nourrir.</p> - -<p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280" class="label">[280]</a> Also take goyd hede of yowre knyves and other smal thynges that -ye ber apon yow, for the sarsenes wyl go talkyng wyth yow and make -goyd chere, but the wyl stele fro yow that ye haue and they may.</p> - -<p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281" class="label">[281]</a> M. Stubbs, qui on doit le meilleur livre qui existe sur l'histoire -constitutionnelle d'Angleterre (<i>The constitutional history of England</i>, -1880, 3 vol. 8<sup>o</sup>), a beaucoup trop de mpris pour le quatorzime sicle, -auquel il oppose sans cesse le treizime:</p> - -<p>We pass from the age of heroism to the age of chivalry, from an age -ennobled by devotion and self sacrifice to one in which the gloss of -superficial refinement fails to hide the reality of heartless selfishness -and moral degradation, an age of luxury and cruelty, etc. (t. II, p. -679.) De pareilles vues, que beaucoup ont adoptes la suite de -l'minent historien, ne sauraient tre admises. Il faut du moins les -considrer comme s'appliquant seulement une partie de la haute -classe de la socit.</p> - </div> - </div> -</div> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La vie nomade et les routes -d'Angleterre au 14e sicle, by J. J. (Jean Jules) Jusserand - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE NOMADE *** - -***** This file should be named 54089-h.htm or 54089-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/4/0/8/54089/ - -Produced by Clarity, Hlne de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by The Internet Archive/Canadian Libraries) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License (available with this file or online at -http://gutenberg.org/license). - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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