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diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..d7b82bc --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,4 @@ +*.txt text eol=lf +*.htm text eol=lf +*.html text eol=lf +*.md text eol=lf diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Mémoires touchant la vie et les ecrits de Marie de Rabutin-Chantal, Volume 4 (of 6) - -Author: Charles Athanase Walckenaer - -Release Date: June 8, 2016 [EBook #52282] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES TOUCHANT LA VIE ET *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - - - - - - -Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et -n'a pas été harmonisée. - -La notation v{o} (verso), en exposant dans l'original a été mis en -accolade dans cette version électronique. - - - - - MÉMOIRES - - SUR MADAME - - DE SÉVIGNÉ - - QUATRIÈME PARTIE - - - - -TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT.--MESNIL (EURE). - - - - - MÉMOIRES - - TOUCHANT - - LA VIE ET LES ÉCRITS - - DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL - - DAME DE BOURBILLY - - MARQUISE DE SÉVIGNÉ - - DURANT LA GUERRE DE LOUIS XIV CONTRE LA HOLLANDE - - SUIVIS - - De Notes et d'Éclaircissements - - PAR - - M. LE BARON WALCKENAER - - QUATRIÈME ÉDITION - - REVUE ET CORRIGÉE - - PARIS - - LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT FRÈRES, FILS ET CIE - - IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56 - - 1875 - - - - -MÉMOIRES - -TOUCHANT LA VIE ET LES ÉCRITS - -DE - -MARIE DE RABUTIN-CHANTAL, - -DAME DE BOURBILLY, - -MARQUISE DE SÉVIGNÉ. - - - - -CHAPITRE PREMIER. - -1671. - - L'abbé de Livry fait donation de tout son bien à madame de - Sévigné.--Elle part pour la campagne.--Détails sur son voyage.--Elle - arrive aux Rochers.--Effet que produit sur elle ce séjour.--Elle - désirait ne pas le quitter, et y attirer sa fille.--Elle se - passionne pour la solitude et les occupations champêtres.--Elle fait - agrandir et embellir son parc.--Elle préfère Pilois, son jardinier, - à tous les beaux esprits de la cour.--Elle participe à ses - travaux.--Des causes qui ont produit le contraste de ses goûts et de - son caractère.--Du plaisir qu'elle avait à recevoir les visites de - Pomenars.--Détails sur celui-ci.--Madame de Sévigné n'aimait pas la - société de province.--Son existence était celle d'une femme de cour - ou d'une châtelaine.--Elle voit arriver avec peine l'époque des - états.--N'est pas décidée à y assister.--Elle craint la dépense; - donne à sa fille le détail de ses biens.--Elle se décide à assister - aux états.--Détails sur les députés des états que connaissait madame - de Grignan.--Tonquedec.--Le comte des Chapelles.--Mort de Montigny, - évêque de Saint-Pol de Léon.--Des personnages qui composaient les - états de Bretagne.--Soumission de ces états aux volontés du - roi.--Différents de ceux de Provence.--Réjouissances et - festins.--Supériorité des Bretons pour la danse.--Madame de - Sévigné à Vitré.--Elle reçoit toute la haute noblesse des états - aux Rochers.--Fin des états.--Bel aspect qu'offrait cette - assemblée.--Détails sur les biens que possédait la famille de - Sévigné.--Terre de Sévigné, aliénée depuis longtemps.--Terre des - Rochers.--Tour de Sévigné, à Vitré.--Madame de Sévigné fait réparer - son hôtel aux frais des états.--Terre de Buron.--Pourquoi madame de - Sévigné ne s'y rend pas.--État de dégradation de ce domaine.--Toute - sa vie madame de Sévigné s'occupe à embellir les Rochers.--Elle fait - de nouvelles allées.--Met partout des inscriptions.--Les - pavillons.--Le mail.--La chapelle.--Le labyrinthe et l'écho. - - -Près de deux mois s'étaient écoulés depuis la clôture des états de -Provence[1], lorsque, le 18 mai 1671, madame de Sévigné, dont le séjour à -Paris et la présence à la cour n'étaient plus utiles à sa fille, monta -dans sa calèche pour se rendre aux états de Bretagne. Son oncle, le bon -abbé de Livry, qui avant de partir venait de lui faire donation de tout -son bien[2], et son fils, qu'elle dérobait à un genre de vie aussi -nuisible à sa santé qu'à sa fortune, l'accompagnèrent. Le petit abbé de -la Mousse, dont elle ne se séparait pas plus que de Marphise, sa -chienne[3], était aussi du voyage. Ainsi entourée, ayant dans sa poche le -portrait de sa fille, et escortée de ses gens, elle alla coucher à -Bonnelles, sur la route de Chartres; c'est-à -dire qu'elle ne parcourut -ce premier jour que quarante kilomètres, ou dix lieues de poste. Son -équipage se composait de sept chevaux. - - [1] _Abrégé des délibérations faites dans l'assemblée générale - des communautés de Provence_, 1671, in-4º, p. 43. (Séance du 23 - mars 1671.) - - [2] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 et 23 mai 1671), t. II, p. 83, édit. - de Gault de Saint-Germain; t. II, p. 64-70, édit. de Monmerqué. - - [3] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 août 1671), t. II, p. 188; t. II, p. - 156. - -Cinq jours après, le 23 mai, elle arriva à Malicorne, dans le château du -marquis de Lavardin[4], où elle se délassa de ses fatigues, et fit bonne -chère. La route parcourue depuis Bonnelles, en passant par le Mans et la -Suze, était de 202 kilomètres, ou de 51 lieues de poste. Elle fit encore -cette fois dix à onze lieues par jour. - -Les 94 kilomètres ou 22 lieues de distance qui lui restaient à parcourir -furent franchis en deux jours, et madame de Sévigné arriva un jour plus -tard que ne l'avait annoncé par mégarde le bon abbé de Livry; ce qui fut -une contrariété pour Vaillant, son régisseur, qui avait mis plus de -quinze cents hommes sous les armes pour la recevoir. Ils étaient allés -l'attendre, la veille[5], à une lieue des Rochers; ils s'en retournèrent -à dix heures du soir, dans un grand désappointement. Partie le lundi, et -arrivée seulement le mercredi de la semaine suivante, madame de Sévigné -avait mis dix jours à faire un trajet de 336 kilomètres, ou 84 lieues[6]. - - [4] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mai 1671), t. II, p. 80, édit. de G.; - t. II, p. 67, édit. de M.--Conférez la deuxième partie de ces - _Mémoires_, chap. XIII, p. 187. - - [5] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1671), t. II, p. 85, édit. G.; t. - II, p. 71, édit. M. - - [6] Par la route actuelle, qui est différente, le trajet n'eût - été que de 318 kilomètres (18 kilom. ou 4 lieues et demie de - moins). - -Du reste, elle n'avait éprouvé aucun ennui durant ces dix jours. Son -fils, charmant pour elle, l'amusait par son esprit et sa gaieté; il lui -déclamait des tragédies de Corneille, et la Mousse lui lisait Nicole. -Elle regardait souvent le portrait de sa fille[7]; et lorsqu'en arrivant -à Malicorne elle trouva une lettre d'elle, son plaisir fut grand, moins -par la jouissance éprouvée à la lecture de cette lettre, que par -l'assurance qu'elle y trouvait qu'une correspondance qui était le soutien -de sa vie serait continuée avec régularité, et comme elle-même l'avait -prescrit[8]. - - [7] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mai 1671), t. II, p. 80, édit. G.; t. - II, p. 67, édit. M. - - [8] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mai 1671), t. II, p. 81, édit. G.; p. - 68, édit. M. - - [9] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8, 19, 22 juillet 1671), t. II, p. 131, - 146, 152, édit. G.; t. II, p. 109, 121, 126, édit. M. - -La vue des Rochers, à la fin de mai, produisit sur madame de Sévigné son -effet accoutumé: elle réveilla sa passion pour la campagne. A peine y -fut-elle installée, qu'elle résolut de faire à son château des -embellissements, d'y construire une chapelle, d'agrandir le parc[9] et -d'augmenter ses promenades. Ces travaux, qu'elle voulait diriger -elle-même, exigeaient qu'elle fît à sa terre un assez long séjour. Aussi, -dans la première lettre qu'elle écrivit à sa fille, datée des Rochers, -trois jours après son arrivée, à la suite d'une phrase pleine de -souvenirs mélancoliques, elle ajoute: «Si vous continuez de vous bien -porter, ma chère enfant, je ne vous irai voir que l'année qui vient. La -Bretagne et la Provence ne sont pas compatibles. C'est une chose étrange -que les grands voyages! Si l'on était toujours dans le sentiment qu'on a -quand on arrive, on ne sortirait jamais du lieu où l'on est; mais la -Providence fait qu'on oublie. C'est la même chose qui sert aux femmes qui -sont accouchées: Dieu permet cet oubli afin que le monde ne finisse pas, -et que l'on fasse des voyages en Provence. Celui que j'y ferai me donnera -la plus grande joie que je puisse recevoir de ma vie: mais quelles -pensées tristes de ne point voir de fin à votre séjour! J'admire et je -loue de plus en plus votre sagesse, quoique, à vous dire le vrai, je sois -fortement touchée de cette impossibilité; j'espère qu'en ce temps-là nous -verrons les choses d'une autre manière. Il faut bien l'espérer; car, sans -cette consolation, il n'y aurait plus qu'à mourir[10].» - - [10] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1671), t. II, p. 84, édit. G.; t. - II, p. 70, édit. M. - -Quelques jours après, elle ajoute encore: «Je ferais bien mieux de vous -dire combien je vous aime tendrement, combien vous êtes les délices de -mon cÅ“ur et de ma vie, et ce que je souffre tous les jours quand je fais -réflexion en quel endroit la Providence vous a placée. Voilà de quoi se -compose ma bile: je souhaite que vous n'en composiez pas la vôtre; vous -n'en avez pas besoin dans l'état où vous êtes [madame de Grignan était -enceinte]. Vous avez un mari qui vous adore: rien ne manque à votre -grandeur. Tâchez seulement de faire quelque miracle à vos affaires, afin -que le retour à Paris ne soit retardé que par le devoir de votre charge, -et point par nécessité[11].» - - [11] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin 1671), t. II, p. 97, édit. G.; - t. II, p. 82, édit. M. - -On voit par ces passages, et par tout le reste de la correspondance[12] -de madame de Sévigné, que si elle différa pendant plus d'un an encore son -voyage de Provence, ce n'est pas que le désir de se réunir à sa fille fût -en elle moins ardent; mais c'est qu'elle espérait toujours l'attirer près -d'elle, et être dispensée d'un déplacement qui lui pesait. Madame de -Grignan lui avait dit qu'il lui était impossible de quitter la Provence, -parce que son mari, obligé à une continuelle représentation, avait besoin -d'elle. En effet, il y avait cette différence entre les états de Bretagne -et ceux de Provence, que ces derniers avaient lieu tous les ans, et les -premiers tous les deux ans: ceux-ci d'ailleurs présentaient moins de -difficulté aux gouverneurs, qui obtenaient facilement le vote de l'impôt. -Ce sont ces considérations mêmes qui faisaient que madame de Sévigné -redoutait d'aller en Provence. C'était sa fille qu'elle voulait, c'était -sa présence, sa société, ses confidences, ses causeries, ses -épanchements, dont elle était avide, et non pas de devenir le témoin des -belles manières, de la dignité, de la prudence de la femme de M. le -lieutenant général gouverneur de Provence, présidant un cercle ou faisant -les honneurs d'un grand repas. C'est à Livry, c'est aux Rochers qu'elle -aurait voulu posséder madame de Grignan, la réunir à son aimable frère, -et jouir de tous les deux[13], sans distraction, dans les délices de la -solitude: c'était là son rêve chéri, sa plus vive espérance. Aussi -parvint-elle à rendre possible ce qui avait d'abord été trouvé -impossible; et elle eut raison de croire qu'un jour viendrait où l'on -verrait les choses d'une autre manière[14]. - - [12] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 avril 1672), t. II, p. 493, édit. - G.--(6 septembre 1671), t. II, p. 218, édit. G.; t. II, p. 182, - édit. M. - - [13] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 et 31 juin 1671), t. II, p. 93, 106, - édit. G.; t. II, p. 78, 87, édit. M. - - [14] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin 1671), t. II, p. 93, édit. G.; - t. II, p. 82, édit. M. - -Ce qui étonne le plus dans madame de Sévigné, c'est cette nature vive, -passionnée, flexible, variable, apte à recevoir les impressions les plus -opposées, à s'en laisser alternativement dominer. Femme du grand monde, -elle y plaît, elle s'y plaît; son tourbillon l'amuse, elle est occupée -de ce qui s'y passe; elle est attentive à ses travers, à ses ridicules, à -ses modes, à ses caprices; agréablement flattée de tout ce qui est de bon -goût, de bon ton; recherchant les beaux esprits, admirant les talents, -aimant la comédie, la danse, les vers, la musique; se laissant aller avec -une sorte d'entraînement à tout ce que peut donner de jouissance une -société opulente, élégante et polie; puis tout à coup, une fois -transportée dans son agreste domaine, devenue étrangère à tout cela, -dégoûtée de tout cela, obsédée et ennuyée des nouvelles de cour[15] qui -lui arrivent, et considérant comme une tâche pénible l'obligation de -paraître s'intéresser au mariage du premier prince du sang, et d'être -forcée de répondre et de lire les détails qu'on lui donne sur ce sujet; -ne songeant plus qu'au plaisir de vivre tous les jours avec les siens -sous un même toit, de lire les livres qu'elle aime, de broder, d'écrire à -sa fille, de supputer les produits de ses terres, de planter, de -cultiver, de braver pour cette besogne les intempéries de l'air et tous -les inconvénients attachés aux travaux champêtres; de se promener sur ses -coteaux sauvages et dans ses bois incultes, non sans la crainte d'être -dévorée par les loups, non sans s'astreindre à se faire protéger par les -fusils de quatre gardes-chasses, l'intrépide Beaulieu à leur tête[16]. - - [15] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 juillet 1671), t. II, p. 128, édit. - G.; t. II, p. 106, édit. M. (mercredi 21 octobre 1671), t. II, p. - 266, édit. G.; t. II, p. 225, édit. M. - - [16] _Ibid._, t. II, p. 267, édit. G.; t. II, p. 226; t. II, p. - 203, édit. de la Haye, 1726, in-12. Cette lettre est du mercredi - 4 novembre, dans cette édition; elle a été retranchée dans - l'édit. de 1734 de Perrin, rétablie dans l'édit. de 1754, mais - datée du mercredi 21 octobre. - -Elle écrit à sa fille: «La compagnie que j'ai ici me plaît fort; notre -abbé (l'abbé de Livry) est toujours admirable; mon fils et la Mousse -s'accommodent fort bien de moi, et moi d'eux; nous nous cherchons -toujours; et quand les affaires me séparent d'eux, ils sont au désespoir, -et me trouvent ridicule de préférer un compte[17] de fermier aux contes -de la Fontaine.» - - [17] Dans les livres imprimés du XVIe siècle, compte s'écrit - _conte_, et dans plusieurs ouvrages du XVIIe siècle cette - orthographe est conservée. Le dictionnaire de Richelet (1680), au - mot CONTER, renvoie à _compter_. - -Le bon abbé examine ses baux, s'instruit sur la manière d'augmenter les -revenus, soigne la construction de la chapelle; madame de Sévigné brode -un devant d'autel[18]. Le baron de Sévigné l'avait remise en train de -recommencer les lectures de sa jeunesse; il lui déclame de beaux vers; -elle compose avec lui de jolies chansons qui obtiennent les éloges de -madame de Grignan. Pour achever d'apprendre l'italien à la Mousse, madame -de Sévigné relit avec lui le Tasse[19]. Lui, fait le catéchisme aux -petits enfants[20]. Madame de Sévigné prétend qu'il n'aspire au salut que -par curiosité, et pour mieux connaître ce qu'il en est sur les -tourbillons de Descartes: enfin elle se rit de posséder chez elle trois -abbés qui font admirablement leurs personnages, mais dont pas un, -dit-elle, ne peut lui dire la messe, dont elle a besoin[21]. - - [18] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10, 21 et 28 juin 1671), t. II, p. 96, - 105 et 118, édit. G.; t. II, p. 79, 96 et 98, édit. M.--(8-12 - juillet), t. II, p. 131, 138, édit. G.; t. II, p. 109, 115, édit. - M.--(4 novembre 1671), t. II, p. 281, édit. G.; t. II, p. 238, - édit. M. - - [19] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juin 1671), t. II, p. 106, édit. G.; - t. II, p. 87, édit. M.--(5 juillet 1671), t. II, p. 125, édit. - G.; t. II, p. 104, édit. M. (9 août 1671), p. 178. - - [20] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 septembre 1671), t. II, p. 248, édit. - G.; t. II, p. 209, édit. M. - - [21] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juillet 1671), t. II, p. 133, édit. - G.; t. II, p. 114, édit. M. - -Tout cela est naturel: mais qu'après avoir reçu, la veille de son départ -pour la Bretagne, les adieux de tous ses amis, dans un grand repas qui -lui a été donné par Coulanges, la châtelaine des Rochers soit devenue -tellement campagnarde qu'en parlant à sa fille de ce dîner, elle ne lui -donne qu'une seule ligne[22]; que tant de personnes qui la chérissent, et -la redemandent comme l'âme de leur cercle, comme une compagne charmante, -comme une amie toujours sûre, ne lui inspirent jamais, pendant son séjour -aux Rochers, une seule fois le regret de les avoir quittées; qu'elle ne -soit sensible à une telle séparation que parce qu'elle lui ôte les moyens -de donner à sa fille des nouvelles de Paris et de la cour, et de la -priver pour sa correspondance de sujets qui peuvent l'intéresser et -l'amuser, voilà ce qui étonne. Pilois, son jardinier[23], est devenu pour -elle un être plus important que tous les beaux esprits et les grands -personnages de l'hôtel de la Rochefoucauld. Elle préfère son bon sens, -ses lumières, à tous les entretiens des courtisans, des académiciens et -des _alcôvistes_. Elle ne le dirige pas dans ses travaux, elle les dirige -avec lui. Elle marche dans les plus hautes herbes, et se mouille -jusqu'aux genoux, pour l'aider dans ses alignements[24]; et lorsqu'en -décembre le froid rigoureux a chassé d'auprès d'elle et ses hôtes et ses -gens, elle reste courageusement avec Pilois; elle tient entre ses mains -délicates, devenues robustes, l'arbre qu'il va planter, et qu'elle doit -avec lui enfoncer en terre[25]. Une si complète transformation, une si -grande métamorphose étonne et charme à la fois. - - [22] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mai 1671), t. II, p. 78, édit. G.; t. - II, p. 66, édit. M. - - [23] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1671), édit. G.; t. II, p. 86, - édit. M. - - [24] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 octobre 1671), t. II, p. 272, édit. - G.; t. II, p. 230, édit. M. - - [25] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4, 15 et 18 novembre 1671), t. II, p. - 282, 289, 292, édit. G.; t. II, p. 239, 246 et 248, édit. M. - -Elle se conçoit cependant quand on a bien compris madame de Sévigné; -quand on est initié, par l'étude de toute sa vie, aux sentiments, aux -inclinations dont elle subissait l'influence. Introduite par son jeune -mari dans le tourbillon du grand monde, elle y prit goût; elle fut -glorieuse des succès qu'elle y obtint. Elle se livra avec abandon aux -jouissances que lui facilitaient son âge, sa beauté, sa santé, sa -fortune, la gaieté de son caractère; mais, trompée et presque répudiée -par cet époux en qui elle avait placé ses plus tendres affections, elle -connut de bonne heure des peines dont le monde et ses plaisirs ne -pouvaient la distraire. L'éducation qu'elle avait reçue, et son excellent -naturel, lui firent chercher un soulagement dans la religion, la lecture, -et les occupations domestiques. Elle se trouva ainsi partagée entre le -besoin des distractions et de l'agitation mondaines, entre les plaisirs -et les tranquilles et uniformes jouissances de la retraite, entre Paris, -Livry, les Rochers. Mais dans sa brillante jeunesse, avec le goût qu'elle -avait pour la lecture des romans, pour ces sociétés aimables, joyeuses et -licencieuses de la Fronde, dans lesquelles elle se trouvait lancée, les -remèdes qu'elle employait n'étaient pour son mal que des palliatifs -momentanés[26]. Son cÅ“ur avide d'émotions n'eût pu échapper aux tortures -de la jalousie et de l'amour rebuté qu'en cédant aux ressentiments que -lui faisaient éprouver les infidélités de son mari, et l'injurieux -abandon dont il la rendait victime. Ce n'était qu'en triomphant de -l'amour conjugal par un autre amour, il est vrai, moins légitime, mais -peut-être plus digne d'elle, qu'elle pouvait, à l'exemple de tant -d'autres, en ce temps de débordement des mÅ“urs, se consoler de son -malheur, et ressaisir les avantages de sa jeunesse. Plusieurs espérèrent; -et Bussy n'aurait peut-être pas espéré en vain, si cette situation, -capable de dompter le plus indomptable courage, se fût longtemps -prolongée[27]. Mais elle cessa, par une horrible catastrophe qui porta le -désespoir dans le cÅ“ur de madame de Sévigné. Son mari, si jeune, si -beau, lui fut enlevé par une mort violente, qui semblait lui avoir été -infligée pour son inconduite, et comme une juste punition des torts qu'il -avait envers elle. Alors ces torts disparurent à ses yeux; elle ne se -souvint plus que de ce qu'il avait d'aimable; elle ne ressentit plus que -la douleur d'en être privée pour toujours, lorsqu'il l'avait rendue deux -fois mère. Et cette douleur dura longtemps: cette flamme allumée en elle -par l'amour conjugal tourna tout entière au profit de l'amour maternel; -comme celle de Vesta, elle brûla pure dans son cÅ“ur agité, sans faire -éclater aucun incendie ni produire aucun désordre dans ses sens. La -religion communiqua à sa vertu la force et la fierté dont elle avait -besoin pour se soustraire aux écueils et aux dangers de l'âge périlleux -qu'elle avait à traverser, et elle put se consacrer à l'éducation de ses -enfants d'une manière qui la rendit l'admiration du monde[28]. Mais dès -lors ce monde perdait chaque jour de l'attrait qu'il avait eu pour elle: -plus elle en appréciait le faux, le vide, les vices et les ridicules, -plus ses inclinations à la retraite, et le goût de la campagne, qu'elle -avait contracté dans sa jeunesse, prenaient sur elle de l'empire. Là elle -vivait plus pour ses enfants, pour le bon abbé, pour elle-même; et c'est -la vivacité de ces sentiments qui donne cette fois aux lettres qu'elle a -écrites des Rochers, dans le cours de l'année dont nous traitons, un -charme supérieur à celles qui sont datées de Paris. Ces lettres écrites -des Rochers sont sans doute plus dépourvues de tout ce qui peut les -rendre historiquement intéressantes. Elles abondent en détails futiles, -mais charmants par le tour qu'elle sait leur donner. Il y a plus -d'imagination, plus d'esprit même, plus de talent de style que dans les -autres; et ce sont sans doute celles-là qui, de son temps, ont fait sa -réputation. Les lettres qui renfermaient des détails sur de grands -personnages, et des nouvelles de cour, ne pouvaient être montrées ni par -madame de Grignan, ni par Coulanges, ni par les amis de cour auxquels -elle écrivait, tandis qu'on communiquait sans difficulté et sans -inconvénient celles du laquais Picard, renvoyé pour avoir refusé de -faner[29]; celles où elle s'amuse avec trop peu de charité aux dépens des -Bretons et de leurs familles[30], et de toutes les femmes de la Bretagne -que la tenue des états réunissait à Vitré[31]. - - [26] Conférez la 1re partie de cet ouvrage, chap. VII, p. 81. - - [27] Conférez la 1re partie de cet ouvrage, chap. XVII, XVIII, - XIX, p. 222-269. - - [28] Conférez la 1re partie de cet ouvrage, chap. XXII, XXIV, p. - 302 à 318, 342 à 358; et 2e partie, chap. VIII, p. 90 à 103; 3e - partie, chap. II, p. 31-47. - - [29] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1671), t. II, p. 153, édit. - G.; t. II, p. 127, édit. M. - - [30] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin 1671), t. II, p. 95, édit. G.; - t. II, p. 80, édit. M.--(17 juillet 1671), t. II, p. 147, édit. - G.; t. II, p. 125, édit. M.; t. II, p. 127, édit. de la Haye. (Il - y a un long passage de cette lettre retranché et omis dans toutes - les autres éditions.)--(12 août 1671), t. II, p. 184, édit. - G.--(18 octobre 1671), t. II, p. 260, édit. G., et t. II, p. 220, - édit. M. - - [31] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 et 19 août 1671), t. II, p. 185, - édit. G.; t. II, p. 154, édit. M.--(6 octobre 1675), t. IV; p. - 130, 133, édit. G.; t. IV, p. 19, 22, édit. M. - -On conçoit que madame de Grignan ne manquât pas de communiquer à ses amis -les lettres où sa mère se plaisait à lutter avec les beaux esprits ses -amis, par la composition de ses devises[32]; mais rien ne prouve mieux -que la licence et le relâchement des mÅ“urs des temps de la Fronde -subsistaient encore, que de trouver dans ces mêmes lettres l'aveu du -plaisir qu'avait madame de Sévigné à recevoir les visites du marquis de -Pomenars, du divin Pomenars, ainsi qu'elle l'appelle, parce que cet homme -l'amusait par la gaieté et les saillies de son esprit. Ce gentilhomme -breton, effrontément dépravé, passait sa vie sous le coup d'accusations -et même de condamnations capitales. Si le roi avait ordonné qu'on tînt en -Bretagne les _grands jours_, comme autrefois en Auvergne et en Poitou, -Pomenars n'aurait certainement pas échappé aux châtiments infligés par -les juges de ces redoutables assises. Il avait été accusé de fausse -monnaie; il fut absous, et paya les épices de son arrêt en fausses -espèces[33]. Il paraît qu'un nouveau procès s'était renouvelé contre lui, -peut-être pour ce dernier méfait; et de plus il se trouvait encore -poursuivi pour avoir enlevé la fille du comte de Créance. Tout cela ne -le rendait pas plus triste, tout cela ne l'empêchait pas de venir aux -états, et d'y montrer tant d'audace et d'impudence, que «journellement, -dit madame de Sévigné, il fait quitter la place au premier président, -dont il est ennemi, aussi bien que du procureur général[34].» Il allait -chez la duchesse de Chaulnes aux Rochers, partout où il pouvait -s'amuser[35]. Il sollicitait gaiement ses juges avec une longue barbe, -parce que, avant de se donner la peine de la raser, il fallait, -disait-il, savoir si sa tête, que le roi lui disputait, lui resterait. Il -est probable que quand il parlait ainsi, c'est de l'accusation de fausse -monnaie qu'il était question. L'autre accusation était d'une nature moins -grave. Il s'agissait de la demoiselle de Bouillé, fille de René de -Bouillé, comte de Créance, et cousine de la duchesse du Lude; cette -demoiselle qui, après avoir vécu quatorze ans avec Pomenars, s'avisa un -jour de le quitter, de se rendre à Paris, et de le faire poursuivre pour -crime de rapt[36]. «Pomenars, dit madame de Sévigné à sa fille, qui -s'intéressait beaucoup à ce gentilhomme qu'elle connaissait, ne fait que -de sortir de ma chambre. Nous avons parlé assez sérieusement de ses -affaires, qui ne sont jamais de moins que de la tête. Le comte de Créance -veut à toute force qu'il l'ait coupée, Pomenars ne veut pas: voilà le -procès[37].» - - [32] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 juin 1671), t. II, p. 92, édit. G.; t. - II, p. 77, édit. M.; t. I, p. 110, édit. 1726 de la Haye, et - l'édit. de 1754, t. I, p. 251.--(7 août 1635), t. II, p. 185; t. - II, p. 154. - - [33] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 novembre 1671), t. II, p. 285, édit. - G.; t. II, p. 242, 243, édit. M. Voyez la 2e partie de ces - _Mémoires_, p. 24. - - [34] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 et 19 août 1671), t. II, p. 193, édit. - G.; t. II, p. 161, édit. M. - - [35] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juillet 1671), t. II, p. 156, 158, - édit. G.; t. II, p. 130, 131, édit. M. - - [36] AMELOT DE LA HOUSSAIE, _Mémoires_, 1737, in-12, t. II, p. - 107. - - [37] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juillet 1671), t. II, p. 161, édit. - G.; t. II, p. 134, édit. M. - -Il fut jugé et condamné par contumace cinq mois après, et fit aux -Rochers une nouvelle visite à madame de Sévigné, qui raconte ainsi ce -fait à sa fille: «L'autre jour, Pomenars passa par ici; il venait de -Laval, où il trouva une grande assemblée de peuple; il demanda ce que -c'était: C'est, lui dit-on, que l'on pend un gentilhomme qui avait enlevé -la fille du comte de Créance. _Cet homme-là , sire, c'était lui-même[38]._ -Il approcha, il trouva que le peintre l'avait mal habillé; il s'en -plaignit; il alla souper et coucher chez les juges qui l'avaient -condamné. Le lendemain, il vint ici se pâmant de rire; il en partit -cependant de grand matin le jour d'après[39].» Il se rendit ensuite à -Paris, et nous le retrouvons assistant à une représentation de _Bajazet_, -où était madame de Sévigné. «Au-dessus de M. le duc, dit-elle, était -Pomenars avec les laquais, le nez dans son manteau, parce que le comte de -Créance le veut faire pendre, quelque résistance qu'il fasse[40].» - - [38] Allusion à l'épître de Marot au roi, _pour avoir été - dérobé_. - - [39] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 novembre 1671), t. II, p. 285, édit. - G.; t. II, p. 242, édit. M. - - [40] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 janvier 1672), t. II, p. 349, édit. - G.; t. II, p. 296, édit. M.--(29 septembre 1675), t. IV, p. 116, - édit. G. - -Pour qui ne connaît pas ces temps, tout paraît mystérieux dans la vie de -ce don Juan breton, et dans l'indulgence dont il était l'objet. Les -témoignages d'amitié que ne craignaient pas de lui donner des personnes -recommandables sont une chose si étrange, qu'ils ont besoin de quelques -explications. Nous apprenons que, huit jours après cette représentation -de _Bajazet_, Pomenars fut taillé de la pierre; qu'il reçut la visite de -la duchesse de Chaulnes et de madame de Sévigné. Elle écrit à sa fille: -«Madame de Chaulnes m'a donné l'exemple de l'aller voir. Sa pierre est -grosse comme un petit Å“uf: il caquette comme une accouchée; il a plus de -joie qu'il n'a eu de douleur; et, pour accomplir la prophétie de M. de -Maillé, qui dit à Pomenars qu'il ne mourrait jamais sans confession, il a -été, avant l'opération, à confesse au grand Bourdaloue. Ah! c'était une -belle confession que celle-là ! il y fut quatre heures. Je lui ai demandé -s'il avait tout dit; il m'a juré que oui, et qu'il ne _pesait pas un -grain_. Il n'a point langui du tout après l'absolution, et la chose s'est -fort bien passée. Il y avait huit ou dix ans qu'il ne s'était confessé, -et c'était le mieux. Il me parla de vous, et ne pouvait se taire, tant il -est gaillard[41].» - - [41] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 janvier 1680), t. VI, p. 298, édit. - G.; t. VI, p. 103, 104, édit. M. - -On ne peut douter que madame de Sévigné et la duchesse de Chaulnes ne -fussent parfaitement instruites de la vie scandaleuse de Pomenars. Madame -de Sévigné, quinze jours après la lettre que nous venons de citer, ayant -à mander à sa fille cet affreux procès de la Voisin l'empoisonneuse, dans -lequel tant de grands personnages se trouvèrent compromis, lui dit: -«Pomenars a été taillé; vous l'ai-je dit? Je l'ai vu; c'est un plaisir -que de l'entendre parler de tous ces poisons; on est tenté de lui dire: -Est-il possible que ce seul crime vous soit inconnu[42]?» - - [42] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 janvier 1680), t. VI, p. 331, édit. - G.; t. VI, p. 133, édit. M. - -Ceci nous apprend que Pomenars parlait avec chaleur contre la comtesse de -Soissons, dont la fuite prouvait la complicité avec la célèbre -empoisonneuse, et que cette ardeur contre de tels coupables étonnait -madame de Sévigné, sans que pourtant elle crût Pomenars capable d'un tel -crime. Ce qu'elle a dit de lui démontre qu'elle le connaissait depuis -longtemps[43]. Il était probablement, avec Tonquedec, au nombre de ces -gentilshommes bretons qui, an temps de la Fronde, fréquentaient sa maison -comme amis de son mari, devenus ensuite les siens. Il est évident qu'il -était protégé à la cour par des hommes puissants, contre les ennemis -qu'il s'était faits dans sa province et contre les juges qui l'avaient -condamné. Le procès qui lui fut intenté pour fausse monnaie était ancien, -et datait probablement de cette époque où, en haine de Mazarin, tout -paraissait permis contre le gouvernement, alors que les auteurs ou -complices de tels brigandages ne perdaient pas pour cela la qualification -d'honnêtes hommes[44]. Ce qui me confirme dans cette idée, c'est que -madame de Sévigné dit que Pomenars se mettait peu en peine de son affaire -de fausse monnaie[45]. - - [43] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 août 1671), t. II, p. 124, édit. G.; - t. II, p. 153, édit. M. - - [44] Conférez la 1re partie de cet ouvrage, chap. XXXV, p. 481. - - [45] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 juin 1671), t. II, p. 110, édit. G.; - t. II, p. 91, édit. M. - -Louis XIV, qui exilait le mari de madame de Montespan, ne pouvait -apprendre avec plaisir que mademoiselle de Bouillé, pour se venger d'un -amant dont l'amour était éteint, l'eût fait poursuivre comme ravisseur, -et que des juges de province eussent osé prononcer la peine capitale -contre un gentilhomme, pour un fait de galanterie avec une femme non -mariée. - -Lorsque la duchesse de Chaulnes et madame de Sévigné allèrent voir -Pomenars à Paris, on lui avait fait grâce ou il avait purgé sa contumace, -car madame de Sévigné n'en parle plus. A Vitré et aux Rochers, Pomenars, -par sa gaieté, ses manières, son langage, lui rappelait sa folle -jeunesse et les aimables factieux d'une époque de joyeux désordres. -Pomenars lui avait aidé à supporter les ennuis d'une ville de province et -de la tenue des états. Autant elle se plaisait dans ses domaines, dans -ses vastes campagnes, au milieu des siens, de ses vassaux, de ses -domestiques et de ses paysans, autant elle redoutait les sociétés -prétentieuses, les fatigantes formalités, l'insipidité des entretiens, et -les ridicules susceptibilités de la province. Femme de cour et -châtelaine, elle avait toutes les perfections et les imperfections -attachées à ces deux titres: les premières, elle les tenait de son -excellent naturel; les secondes, elle les devait à son éducation, au -temps où elle vivait, et aux habitudes de toute sa vie. De là ses -préférences pour la haute noblesse, pour tous ceux qui vivaient à la -cour; son indulgence pour leurs travers, sa sympathie pour leurs -vaniteuses prétentions; son dédain pour la petite noblesse, qui singeait -gauchement les manières et le langage des grands, qui s'empressait auprès -d'eux, qui les obsédait de ses attentions, qui les fatiguait par sa -déférence[46], mais qui, franche, généreuse, sensible, serviable, pleine -d'honneur, par le contraste de plusieurs vertus essentielles avec les -vices des gens de cour leur était, après tout, infiniment préférable. Si -tel était l'éloignement de madame de Sévigné pour une classe avec -laquelle elle se trouvait obligée de frayer occasionnellement, on pense -bien qu'elle éprouve encore moins de penchant pour les personnes placées -sur des degrés plus bas de l'échelle sociale, pour les classes -bourgeoises. Celles-là , elle les réunit toutes dans une même et -dédaigneuse indifférence; mais elle était bonne et indulgente pour la -classe la plus infime, parce que c'est elle qui peut lui servir à exercer -sa charité; c'est avec elle qu'elle est dispensée de toute réciprocité -pour tout ce qu'on appelle les devoirs de société. Ce défaut du caractère -de madame de Sévigné ne lui était pas particulier; il lui était au -contraire commun avec tous les gens de cour, et il était encore plus -prononcé chez quelques-uns. Dans le monde où elle vivait, de telles -pensées étaient plutôt un sujet d'éloge que de blâme. Mais il n'en -pouvait être de même de nos jours; et madame de Sévigné a dû déplaire par -là à une génération si opposée, dans la théorie, à de semblables -opinions, si fort disposée à se louer elle-même et à traiter rudement les -sentiments des générations qui l'ont précédée. C'est surtout durant cette -année 1671, et pendant la tenue des états de Bretagne[47], que se -manifestent le plus ces répulsions et ces dédains, qui ont valu à la -marquise de Sévigné un blâme mérité, et aussi de brutales injures, de la -part des critiques, qui ne se doutent nullement combien ils sont -eux-mêmes aveuglés par les vulgaires préjugés de leur siècle. - - [46] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 août 1671), t. II, p. 184, édit. G.; - t. II, p. 153, édit. M. - - [47] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 octobre 1671), t. II, p. 256, édit. - G.; t. II, p. 216, édit M. - -Ainsi donc, qu'on ne s'y méprenne pas: si madame de Sévigné se fit chérir -en Bretagne, tandis que madame de Grignan ne sut pas se concilier -l'affection des Provençaux, ce n'est pas que cette dernière fit moins -pour ceux-ci que sa mère pour les Bretons: au contraire, madame de -Grignan et son mari agissaient grandement, et faisaient avec profusion -les honneurs du rang qu'ils occupaient. Mais madame de Grignan, altière, -ambitieuse[48], avait acquis un grand ascendant sur son mari et sur toute -la famille des Grignan. Elle était devenue l'âme d'un parti opposé à -celui de l'évêque de Marseille; elle avait une réputation de haute -capacité; elle s'était fait beaucoup de partisans et beaucoup d'ennemis. -Madame de Sévigné, au contraire, n'avait point de partisans, mais elle -comptait beaucoup d'amis. Quand elle était aux Rochers, elle restreignait -ses dépenses; elle éludait ou refusait toutes les invitations, n'en -faisait point, et ne recevait dans son château que ses parents et ses -amis de cour ou de Paris. Mais elle était moins froide, moins dissimulée, -moins formaliste que sa fille. En sa présence, on se trouvait à l'aise; -vive et expansive, elle parlait beaucoup et sans prétention; et on -l'aimait, parce qu'elle se montrait toujours aimable. On lui pardonnait -de peu communiquer avec ses voisins, de se montrer rarement à Vitré, et -de se cantonner aux Rochers; mais elle faisait dans ce lieu de longs -séjours, et, de la manière dont elle l'embellissait, il était évident -qu'elle s'y plaisait, qu'elle aimait la Bretagne, et par conséquent ses -habitants: c'était, on le croyait, une bonne Bretonne, les délices et -l'honneur de la province. Sans doute telle est l'opinion qu'elle eût -laissée d'elle pour toujours dans ce pays, si ses lettres à sa fille -n'avaient pas détruit cette illusion. - - [48] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 septembre 1673), t. III, p. 271, - édit. G. - -Les confessions faites sous la forme de mémoires, quelque sincères qu'on -les suppose, ne sont jamais entières ni parfaitement vraies, parce que, -dans ces sortes d'écrits, on omet de raconter certaines actions ou -certaines manières de se conduire qui nous paraissent naturelles ou -dignes de louanges, ou bien on les représente sous cet aspect favorable -qui doit leur concilier l'approbation de tous les esprits: mais dans des -lettres confidentielles, écrites dans le but de faire connaître à -quelqu'un tous les mouvements de l'âme, toutes les agitations du cÅ“ur, -toutes les incertitudes de la pensée, toutes les variations de la -volonté, rien n'est dissimulé, rien n'est omis; on apprend tout, on sait -tout. Ainsi ces états de Bretagne, pour lesquels madame de Sévigné avait -quitté Paris et différé son voyage en Provence, sa correspondance nous -apprend qu'elle ne les vit approcher qu'avec peine[49], et qu'elle eut la -velléité de ne pas y assister et de retourner dans la capitale. «Je crois -que je m'enfuirai, dit-elle, de peur d'être ruinée. C'est une belle chose -que d'aller dépenser quatre ou cinq cents pistoles en fricassées et en -dîners, pour l'honneur d'être de la maison de plaisance de monsieur et de -madame de Chaulnes, de madame de Rohan, de M. de Lavardin et de toute la -Bretagne[50]!» - - [49] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin, 22 juillet), t. II, p. 98, 152, - édit. G.; t. II, p. 82, 126, édit. M. - - [50] _Ibid._ (10 juin 1671), t. II, p. 98, édit. G. - -Un des fils de Louis XIV, âgé de trois ans, était mort[51], et elle crut, -à tort, qu'on serait obligé de prendre le deuil, ce qui devait ajouter -encore à ses embarras et à sa dépense, si elle restait en Bretagne. Déjà -son fils[52] avait dépensé quatre cents livres en trois jours, pour aller -visiter à Rennes les personnes notables. Elle s'en effraye, et cependant -elle expose à sa fille, en ces termes, le montant de ses biens et des -successions qui lui étaient échues[53]: «Je méprise, dit-elle, tous les -petits événements; j'en voudrais qui pussent me causer de grands -étonnements. J'en ai eu un ce matin dans le cabinet de l'abbé: nous avons -trouvé, avec ces jetons qui sont si bons, que j'aurai eu _cinq cent -trente mille livres_ de biens, en comptant toutes mes petites -successions. Savez-vous bien que ce que m'a donné notre cher abbé [l'abbé -de Livry, son tuteur] ne sera pas moins de _quatre-vingt mille francs_ -(hélas! vous savez bien que je n'ai pas impatience de l'avoir), et _cent -mille francs de Bourgogne_ [par la succession du président Fremyot, son -cousin]. Voilà ce qui est venu depuis que vous êtes mariée; le reste, -c'est _cent mille écus_ en me mariant, _dix mille écus_ depuis de M. de -Châlons (de Jacques de Neuchèse, son grand-oncle, évêque de Châlons), et -_vingt mille francs_ de petits partages de certains oncles.» Mais ce qui -la tourmente plus encore que la dépense, c'est l'ennui des sociétés et du -monde qu'il lui faudra supporter. Elle pourrait éviter une partie de la -dépense en allant s'établir, pendant la tenue des états, dans sa maison -de Vitré; on ne viendrait pas l'assaillir là comme aux Rochers: mais elle -ne peut se résoudre à quitter les Rochers. «Quand je suis hors de Paris, -dit-elle, je ne veux que la campagne[54].» Enfin elle se décide à ne pas -paraître aux états. «Pour le bruit et le tracas de Vitré, il me sera bien -moins agréable que mes bois, ma tranquillité et mes lectures. Quand je -quitte Paris et mes amies, ce n'est pas pour paraître aux états: mon -pauvre mérite, tout médiocre qu'il est, n'est pas encore réduit à se -sauver en province, comme les mauvais comédiens[55].» Aussi ne veut-elle -rien faire _pour paraître_; ce n'est pas en Bretagne que sa fille tient -le premier rang. «Je me suis jetée, lui écrit-elle, dans le taffetas -blanc; ma dépense est petite. Je méprise la Bretagne, et n'en veux faire -que pour la Provence, afin de soutenir la dignité d'une merveille entre -deux âges, où vous m'avez élevée[56].» - - [51] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. III, p. 121. - - [52] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin 1671), p. 98, édit. G.; t. II, - p. 82, édit. M. - - [53] _Ibid._, t. II, p. 97, édit. G.; t. II, p. 81, édit. M. - Conférez la 1re partie de ces _Mémoires_, chap. III, p. 21; chap. - II, p. 151. Il faut presque doubler toutes ces sommes pour avoir - les valeurs en monnaie actuelle. Le marc d'argent monnayé - comptait alors pour 28 livres 13 sous 8 deniers; ainsi 1,000 - livres d'alors égalent 1,810 fr. d'aujourd'hui.--(10 juin 1671), - t. II, p. 98, édit. G.; t. II, p. 82, édit. M. - - [54] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 juillet 1671), t. II, p. 126, édit. - G.; t. II, p. 105, édit. M. - - [55] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1671), t. II, p. 152, édit. - G.; t. II, p. 126, édit. M. - - [56] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 juillet 1671), t. II, p. 126, édit. - G.; t. II, p. 105, édit. M. - -Mais une lettre de madame la duchesse de Chaulnes fera cesser tant -d'irrésolutions. Le duc de Chaulnes va faire le tour de la Provence; la -duchesse vient l'attendre à Vitré, et elle prie instamment madame de -Sévigné de ne point partir avant qu'elle l'ait vue. «Voilà , dit madame de -Sévigné à sa fille, ce qu'on ne peut éviter, à moins de se résoudre à -renoncer à eux pour jamais.» Et cependant telle est sa répugnance à -rester aux Rochers pendant la tenue des états, qu'elle ajoute -immédiatement: «Je vous jure que je ne suis encore résolue à rien.» - -Mais bientôt l'arrivée de la duchesse de Chaulnes[57], et des militaires -de la noblesse de Bretagne avec leur brillant cortége, mettait fin à -toutes ses hésitations; surtout la présence à Vitré de ses anciens amis -de cour et de Paris, avec lesquels elle pourra causer en liberté, et -donner carrière à son esprit railleur. Elle a bien soin de les nommer à -madame de Grignan[58]: «Il y a de votre connaissance Tonquedec, le comte -des Chapelles, Pomenars, l'abbé de Montigny, qui est évêque de Saint-Pol -de Léon, et mille autres; mais ceux-là me parlent de vous, et nous rions -un peu de notre prochain. Il est plaisant ici le prochain, -particulièrement quand on a dîné.» - - [57] Sur la duchesse de Chaulnes, conférez la 1re partie de ces - _Mémoires_, t. I, p. 426, seconde édition. - - [58] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 août 1671), t. II, p. 184, édit. G.; - t. II, p. 153, édit. M. - -Nous avons déjà parlé d'un Tonquedec (René du Quengo) dans la première -partie de ces _Mémoires_; de sa passion pour madame de Sévigné, et de sa -querelle avec le duc de Rohan-Chabot[59]: il est probable que -mademoiselle Sylvie de Tonquedec, dont le baron de Sévigné devint -amoureux neuf ans plus tard, était la fille de ce gentilhomme[60]. -Pomenars est connu des lecteurs. Le comte des Chapelles, frère du marquis -de Molac, un des commissaires du roi aux états, était un jeune militaire, -petit de taille, aimable et spirituel, de la société intime de madame de -Sévigné, qui lui écrivait lorsqu'il était à l'armée; elle l'emploie, -pendant cette tenue des états, à faire les honneurs de chez elle après le -départ de son fils. Nous avons une lettre du comte des Chapelles à madame -de Grignan[61]. Grand compositeur de devises, il avait fini par adopter -celle que madame de Sévigné lui avait donnée, et il fit graver sur son -cachet un aigle qui approche du soleil, avec ces mots du Tasse: _L'alte -non temo_. Quant au petit abbé de Montigny, il venait de prendre -possession de son évêché de Saint-Pol de Léon, et avait été reçu, l'année -précédente, à l'Académie française; il a été plusieurs fois mentionné -dans ces Mémoires[62]. Autant il avait autrefois charmé par son esprit et -ses vers madame de Sévigné, autant elle aimait à l'entendre disputer avec -la Mousse sur la philosophie de Descartes. Hélas! elle prévoyait peu -qu'elle le perdrait avant la fin des états. Elle le vit retourner à -Vitré, où il mourut, à la fleur de l'âge, dans les bras de son frère -l'avocat général, qui l'aimait tendrement. - - [59] _Mémoires sur Sévigné_, 1re partie, ch. XXIV, p. 352; ch. - XXXIII, p. 456-476. Conférez encore SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er - juillet 1671), t. II, p. 122, édit. G. - - [60] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 et 21 août 1680), t. VII, p. 168 et - 174, édit. G.; t. VI, p. 424 et 428, édit. M. - - [61] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 septembre 1671), t. II, p. 219-220, - édit. G.; t. II, p. 184 et 185, édit. M.--(4 octobre 1671), t. - II, p. 249, édit. G.; t. II, p. 211, édit. M.--(27 mai 1672), t. - III, p. 41.--(14 septembre 1675), t. IV, p. 101, édit. G.; t. - III, p. 469, édit. M.--_Registre des états de Bretagne_, Mss. - Bl., no 75, p. 339. - - [62] Voyez la 3e partie, chap. V, p. 89-96. Conférez D'OLIVET, - _Hist. de l'Académie française_; 1729, in-4º, p. 113.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (30 août 1671), t. II, p. 111, édit. G.; t. II, p. 176, - édit. M. - -«Je lui offris, écrit madame de Sévigné à madame de Grignan, en parlant -de ce dernier, de venir pleurer en liberté dans mes bois: il me dit qu'il -était trop affligé pour chercher cette consolation. Ce pauvre petit -évêque avait un des plus beaux esprits du monde pour les sciences, c'est -ce qui l'a tué; comme Pascal, il s'est épuisé. Vous n'avez pas trop -affaire de ce détail; mais c'est la nouvelle du pays, et puis il me -semble que la mort est l'affaire de tout le monde[63].» - - [63] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2, 23, 27 et 30 septembre 1671), t. II, - p. 213, 237, 245, édit. G.; t. II, p. 177, 196, 199, 206 et 207, - édit. M. Montigny mourut le 28 septembre, à trente-cinq ans. - -Aussitôt après l'arrivée du duc de Chaulnes à Vitré[64], cette petite -ville prit un aspect de grandeur et de luxe qui étonna madame de Sévigné -elle-même. On vit entrer un régiment de cavalerie avec ses beaux chevaux, -sa musique, et nombre d'officiers richement escortés. La variété des -costumes brodés d'or, les femmes parées, les brillants équipages, le -bruit des violons, des hautbois et des trompettes, produisirent dans -cette ville, peu de jours avant si calme, une agitation qui électrisa -madame de Sévigné, et lui fit trouver du plaisir à ce qu'elle avait -auparavant si fort redouté. «Je n'avais jamais vu les états, -dit-elle[65]; c'est une assez belle chose. Je ne crois pas qu'il y ait -une province rassemblée qui ait un aussi grand air que celle-ci; elle -doit être bien pleine: du moins il n'y en a pas un seul à la guerre ni à -la cour; il n'y a que le petit guidon [son fils, qui était guidon des -gendarmes], qui peut-être y reviendra un jour comme les autres.» - - [64] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 août 1671), t. II, p. 170 et 171, - édit. G.; t. II, p. 143, édit. M. - - [65] _Ibid._, t. II, p. 172, édit. G.; t. II, p. 143, édit. M. - -Les _assises des états de Bretagne_ se composaient de tous les -commissaires du roi, c'est-à -dire, du gouverneur, des lieutenants -généraux, du premier président du parlement, de l'intendant, des avocats -généraux, du grand maître des eaux et forêts, des receveurs généraux des -finances, etc., au nombre d'environ vingt-cinq personnes. Puis venaient -_nosseigneurs_ les députés de l'ordre de l'Église, au nombre de -vingt-deux; ceux de l'ordre de la noblesse, au nombre de cent -soixante-quatorze, le duc de Rohan, baron de Léon, à leur tête, et, en -dernier lieu, soixante-dix députés de l'ordre du tiers[66]. Dans sa -lettre en date du 5 août, madame de Sévigné dit: «Après ce petit bal, on -vit entrer tous ceux qui arrivaient en foule pour ouvrir les états. Le -lendemain, M. le premier président, MM. les procureurs et avocats -généraux du parlement, huit évêques, M. de Morlac, Lacoste et Coëtlogon -le père, M. Boucherat qui vient de Paris [c'est le même qui fut depuis -chancelier de France], cinquante bas Bretons dorés jusqu'aux yeux, cent -communautés. Le soir, devaient venir madame de Rohan d'un côté, et son -fils de l'autre, et M. de Lavardin, dont je suis étonnée[67].» Fort liée -avec le marquis de Lavardin, madame de Sévigné avait des raisons de -croire qu'il ne devait pas arriver si promptement. - - [66] _Recueil de la tenue des états de Bretagne_, de 1629 à 1723, - manuscrit de la bibliothèque du Roi, Bl.-Mant., no 75, in-fol., - p. 340, année 1671.--_Liste de nosseigneurs les états de - Bretagne, tenant à Morlaix_, 20 octobre 1772. A Morlaix, chez - Jacques Vatar, libraire. - - [67] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 août 1671), t. II, p. 172, édit. G.; - t. II, p. 143, édit. M. - -On a dit à tort que madame de Sévigné s'étonnait que M. de Lavardin fût -venu, parce que, lieutenant général et non gouverneur, il ne pouvait -paraître qu'au second rang, et que, dans ce cas, les lieutenants généraux -s'absentaient souvent. Ce ne peut être le motif de l'étonnement de madame -de Sévigné. - -Non-seulement le duc de Chaulnes avait été nommé par lettres patentes -commissaire du roi pour la tenue des états (le 6 mai), mais d'autres -lettres patentes, datées du 25 juin, le nommaient aussi gouverneur et -lieutenant général du duché de Bretagne; place vacante, disent ces -lettres, «depuis la mort de la feue reine, notre très-honorée dame et -mère.» Or, le marquis de Lavardin, nommé lieutenant général aux huit -évêchés, devait présenter les lettres patentes de la nomination du -gouverneur aux assises des états; ce qu'il fit dans la séance du 22 août, -après avoir fait l'éloge du duc de Chaulnes. «Celui-ci était, dit le -procès-verbal, placé sur une chaise à bras (un fauteuil) et sous le dais, -le marquis de Lavardin à sa droite, sur une chaise à bras et sur une -plate-forme plus basse.» Les motifs que le roi fait valoir pour demander -des secours extraordinaires à la province sont: «pour la construction -d'un grand nombre de vaisseaux, la fourniture de nos arsenaux, -l'achèvement du superbe bâtiment du Louvre, etc.[68].» On dépensa cette -année fort peu d'argent pour le Louvre, mais en récompense on en dépensa -beaucoup pour la marine; et on doit compter, comme dépenses -extraordinaires, l'hôtel des Invalides, qui fut commencé cette année; la -fondation d'une académie d'architecture; les leçons publiques de -chirurgie et de pharmacie, qui furent établies au Jardin royal (Jardin -des Plantes)[69]. - - [68] Cet _et cætera_ termine l'énumération des besoins. _Recueil - de la tenue des états de Bretagne_, Mss. de la Biblioth. royale, - cote Bl.-Mant., no 75, in-folio, p. 339-347. - - [69] FORBONNAIS, _Recherches et considérations sur les finances - de France_, édit. in-12, t. III, p. 95. - -Madame de Sévigné regrette beaucoup que son gendre n'ait point à traiter -avec les Bretons des intérêts du roi. Les états réunis à Vitré ne -ressemblaient guère, en effet, à ceux tenus à Lambesc. Autant ces -derniers s'étaient montrés parcimonieux et indociles envers le comte de -Grignan, autant les premiers furent libéraux et prodigues pour le duc de -Chaulnes[70]. «Les états, dit-elle, ne doivent pas être longs; il n'y a -qu'à demander ce que veut le roi; on ne dit pas un mot: voilà ce qui est -fait. Pour le gouverneur, il trouve, je ne sais comment, plus de quarante -mille écus qui lui reviennent. Une infinité de présents, de pensions, de -réparations de chemins et de villes, quinze ou vingt grandes tables, des -bals éternels, des comédies trois fois la semaine, une grande _braverie_, -voilà les états; j'oublie trois à quatre cents pipes de vin qu'on y -boit[71].» - - [70] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 octobre 1671), t. II, p. 274, édit. - G.; t. II, p. 232, édit. M. - - [71] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 août 1671), t. II, p. 173, édit., G.; - t. II, p. 144, édit. M. - -A ces dîners, à ces bals, à ces comédies, madame de Sévigné assiste -souvent, malgré le désir qu'elle aurait de se tenir toujours aux Rochers. -Elle dit: «La bonne chère est excessive; on remporte les plats de rôti -tout entiers; et pour les pyramides de fruits, il faut faire hausser les -portes[72].» Mais celui qui surpasse en luxe de table le gouverneur -lui-même, c'est d'Harouïs, le trésorier des états de Bretagne, qui avait -épousé une Coulanges, et était par conséquent allié à la famille de -madame de Sévigné. Elle dit à madame de Grignan: «M. d'Harouïs vous -écrira; sa maison va être le Louvre des états: c'est un jeu, une chère, -une liberté jour et nuit, qui attirent tout le monde[73].» D'Harouïs -s'était engagé à payer cent mille francs aux états de plus qu'il n'avait -de fonds, «et trouvait, dit madame de Sévigné, que cela ne valait pas la -peine de le dire: un de ses amis s'en aperçut. Il est vrai que ce ne fut -qu'un cri dans toute la Bretagne, jusqu'à ce qu'on lui ait fait justice: -il est adoré partout[74].» On doit peu s'étonner d'après cela que ce -comptable ait, par la suite, manqué pour une somme considérable, et se -soit fait mettre à la Bastille, où il mourut[75]. Les grands repas sont -ce qui fatiguait le plus madame de Sévigné, et, simple dans ses goûts, -elle n'avait point cet appétit désordonné pour les mets recherchés, qui -souvent aujourd'hui, dans le beau monde comme parmi les commis voyageurs, -alimente tout l'esprit des conversations. Elle écrit à sa fille: «Demain -je m'en vais aux Rochers, où je serai ravie de ne plus voir de festins, -et d'être un peu à moi. Je meurs de faim au milieu de toutes ces viandes; -et je proposais l'autre jour à Pomenars d'envoyer accommoder un gigot de -mouton à la _Tour de Sévigné_ pour minuit, en revenant de chez madame de -Chaulnes[76].» Mais dans ces festins on témoignait tant de plaisir à la -voir, on buvait si souvent à sa santé et à celle de madame de -Grignan[77], qu'elle ne pouvait s'empêcher de sympathiser avec la gaieté -générale. Ce qui lui agrée le plus, ce sont les bals, à cause de la -supériorité des Bretons pour la danse. «Après le dîner, dit-elle, MM. de -Locmaria[78] et Coëtlogon dansèrent avec deux Bretonnes des passe-pieds -merveilleux et des menuets, d'un air que les courtisans n'ont pas à -beaucoup près; ils y font des pas de Bohémiens et de bas Bretons avec une -délicatesse et une justesse qui charment. Les violons et les passe-pieds -de la cour font mal au cÅ“ur auprès de ceux-là . C'est quelque chose -d'extraordinaire que cette quantité de pas différents et cette cadence -courte et juste; je n'ai point vu d'homme comme Locmaria danser cette -sorte de danse[79].» Elle revient encore, dans une autre lettre, sur la -grâce de ce jeune Locmaria, «qui ressemble à tout ce qu'il y a de plus -joli, et sort de l'Académie; qui a soixante mille livres de rentes, et -voudrait bien épouser madame de Grignan.» La comédie, quoique jouée par -une troupe de campagne, l'amusait et l'intéressait; elle vit jouer -_Andromaque_, qui lui fit répandre plus de six larmes; _le Médecin malgré -lui_ l'a fait pâmer de rire, le _Tartuffe_ l'intéressa[80]. Et tout cela -ne l'empêche nullement de remplir exactement ses devoirs de religion, et -de demander à sa fille toutes les fois qu'elle communie[81]. - - [72] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (_ibid._), t. II, p. 170, édit. G.; t. - II, p. 142, édit. M. - - [73] _Ibid._, t. II, p. 172, édit. G.; t. II, p. 143, édit. - M.--(30 août 1671), t. II, p. 211, édit. G.; t. II, p. 176, édit. - M. - - [74] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 septembre 1671), t. II, p. 124, édit. - G.; t. II, p. 188, édit. M. - - [75] Voyez notre édition des _Caractères de_ LA BRUYÈRE, p. - 692.--_Lettre inédite de madame de Grignan au comte de Grignan, - son mari_, publiée par M. Monmerqué, p. 11.--LA FONTAINE, _Épître - au comte de Conti_ (nov. 1689), t. VI, p. 580, édit. 1827. - - [76] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 août 1671), t. II, p. 187 et 188, - édit. G.; t. II, p. 156, édit. M.--(30 août 1671), t. II, p. 216, - édit. G.; t. II, p. 210, édit. M. - - [77] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 août 1671), t. II, p. 183, édit. G.; - t. II, p. 182, édit. M. - - [78] Louis-François du Parc, marquis de Locmaria, qui fut - lieutenant général des armées du roi, et mourut en 1709. - -Les affaires, les divertissements et les festins ne faisaient pas oublier -les jeux d'esprit, passés en habitude dans la haute société de cette -époque. «Lavardin et des Chapelles ont rempli des bouts-rimés que je leur -ai donnés; ils sont jolis, je vous les enverrai[82].» - - [79] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 et 12 août 1671), t. II, p. 171 et - 183, édit. G.; t. II, p. 142 et 152, édit. M. - - [80] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 juillet, 12 août, 13 septembre 1671), - t. II, p. 127, 183, 223, édit. G.; t. II, p. 105, 152 et 187, - édit. M. - - [81] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 août 1671), t. II, p. 187, édit. G.; - t. II, p. 156, édit. M. - - [82] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 août 1671), t. II, p. 208, édit. G. - -Madame de Sévigné, entraînée elle-même par la nécessité de paraître aux -états d'une manière conforme à son rang et à la réception qu'on lui -faisait, se pare d'un luxe qu'elle ne pouvait avoir à la cour et à Paris, -mais qui dans sa province était convenable et de bon goût. Ainsi, quand -elle rendait des visites dans ses environs, ou quand elle allait à Vitré, -elle faisait atteler six chevaux à sa voiture; et elle témoigne naïvement -à sa fille que son bel attelage et la rapidité de ses chevaux lui -plaisent beaucoup[83]. - - [83] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er juillet 1671), t. II, p. 121, édit. - G.; t. II, p. 101, édit. M. - -Pendant le temps que durèrent les assises des états, elle se rendait à -Vitré le moins souvent qu'elle pouvait, et préférait se tenir à la -campagne; mais elle n'était pas toujours maîtresse de suivre en cela sa -volonté. D'ailleurs on ne la laissait jamais jouir en paix de ses champs -et de ses bois; et la dépense que lui occasionnaient les visiteurs était -pour elle un motif puissant pour céder aux instances qui lui étaient -faites de sortir des Rochers. - -Elle écrit de Vitré, le 12 août, à madame de Grignan[84]: - -«Enfin, ma chère fille, me voilà en pleins états; sans cela, les états -seraient en pleins Rochers. Dimanche dernier, aussitôt que j'eus cacheté -mes lettres, je vis entrer quatre carrosses à six chevaux dans ma cour, -avec cinquante gardes à cheval, plusieurs chevaux de main et plusieurs -pages à cheval: c'étaient M. de Chaulnes, M. de Lavardin[85], MM. de -Coëtlogon[86], de Locmaria, le baron de Guais, les évêques de Rennes, de -Saint-Malo, les messieurs d'Argouges[87], et huit ou dix autres que je ne -connais point; j'oublie M. d'Harouïs, qui ne vaut pas la peine d'être -nommé. Je reçois tout cela. On dit et on répondit beaucoup de choses. -Enfin, après une promenade dont ils furent fort contents, une collation, -très-bonne et très-galante, sortit d'un des bouts du mail, et surtout du -vin de Bourgogne, qui passa comme de l'eau de Forges: on fut persuadé que -cela s'était fait avec un coup de baguette. M. de Chaulnes me pria -instamment d'aller à Vitré. J'y vins donc lundi au soir.» - - [84] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 août 1671), t. II, p. 182, édit. G.; - t. II, p. 151, édit. M. - - [85] Il était lieutenant général aux huit évêchés et commissaire - du roi aux états, le second après le duc de Chaulnes, gouverneur. - (Conférez le _Registre des états de Bretagne_, de 1629 à 1723, - Mss. de la Bibliothèque royale, no 75, p. 309 recto.) - - [86] Le marquis de Coëtlogon était aussi un des commissaires du - roi aux états, et non député. (_Registre des états de Bretagne._) - - [87] Un des messieurs d'Argouges, président au parlement, était - commissaire du roi aux états, et non député. (Voyez _Recueil de - la tenue des états de Bretagne_, Mss. de la Bibliothèque du Roi, - Bl.-Mant., no 75, p. 339.) - -Quatre jours après, elle écrit de nouveau de Vitré[88]: «Je suis encore -ici; M. et madame de Chaulnes font de leur mieux pour m'y retenir; ce -sont sans cesse des distinctions peut-être peu sensibles pour nous, mais -qui me font admirer la bonté des dames de ce pays-ci; je ne m'en -accommoderais pas comme elles, avec toute ma civilité et ma douceur. Vous -croyez bien aussi que sans cela je ne demeurerais pas à Vitré, où je n'ai -que faire. Les comédiens nous ont amusés, les passe-pieds nous ont -divertis, la promenade nous a tenu lieu des Rochers. Nous fîmes hier de -grandes dévotions... Je meurs d'envie d'être dans mon mail. La Mousse et -_Marphise_ ont grand besoin de ma présence.» - - [88] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 août 1671), t. II, p. 187, édit. G.; - t. II, p. 155, édit. M. - -Les lettres que madame de Sévigné recevait de sa fille lui apprenaient -que la Provence ne se montrait pas aussi facile que la Bretagne. «Vous -me ferez aimer, lui dit-elle, l'amusement de nos Bretons plutôt que -l'indolence parfumée de vos Provençaux[89]»; et elle mande à sa fille que -M. d'Harouïs souhaite que les états de Provence donnent à madame de -Grignan autant que ceux de Bretagne ont donné à madame de Chaulnes[90]. -En effet, les états de Bretagne firent à la duchesse de Chaulnes présent -de deux mille louis d'or, qui lui furent envoyés par une députation -composée de dix-huit membres, à la tête desquels étaient les évêques de -Quimper et de Nantes, chargés de la complimenter[91]. - - [89] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 août 1671), t. II, p. 210, édit. G.; - t. II, p. 175, édit. M. - - [90] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 octobre 1671), t. II, p. 274, édit. - G.; t. II, p. 232, édit. M. - - [91] _Recueil de la tenue des états de Bretagne_, de 1629 à 1723, - Mss. Bl.-M., no 75 (Bibliothèque royale), p. 339. - -Madame de Sévigné parle de ces dons avec un ton ironique qui décèle sa -pensée: «On a donné cent mille écus de gratifications, deux mille -pistoles à M. de Lavardin, autant à M. de Molac, à M. Boucherat, au -premier président, au lieutenant du roi; deux mille écus au comte des -Chapelles, autant au petit Coëtlogon; enfin des magnificences. Voilà une -province[92]!» Oui; mais la Bretagne, mal défendue par ses députés contre -les exactions du pouvoir, se révolta quatre ans après; et la Provence, -sous la bénigne administration du comte de Grignan, qui se ruina en la -gouvernant, fut heureuse et tranquille. - - [92] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 et 29 septembre, 16, 20, 26 et 30 - octobre, 24 novembre 1675.) - -Madame de Sévigné est exacte pour les sommes données à Lavardin, premier -lieutenant général, pour des Chapelles et Coëtlogon; mais elle se trompe -pour M. de Molac, second lieutenant général, qui n'eut que 25,000 liv. Le -marquis de Lavardin eut, en outre des 25,000 liv., 16,000 liv. pour ses -gardes et officiers; le duc de Chaulnes, gouverneur, eut 100,000 liv., et -20,000 liv. pour ses gardes et officiers; le duc de Rohan eut 22,000 -liv.; l'évêque de Rennes eut la même somme, et le premier président -20,000 liv. De Colbert, intendant de Bretagne, reçut 9,000 liv.; le -marquis de Louvois, grand maître et surintendant des forêts, 8,000 liv., -et tous les autres à proportion[93]. - - [93] _Recueil de la tenue des états de Bretagne dans diverses - villes de cette province_, de 1629 à 1723, Mss. de la - Bibliothèque du Roi, Bl.-Mant., no 75. - -En accordant tout ce qui leur était demandé, les états firent des -remontrances tendant à faire révoquer plusieurs édits nuisibles à la -province; mais les réponses furent faites aux états tenus deux ans après, -en 1673: elles prouvent que ces remontrances furent illusoires. Cependant -quelques-unes sont des espèces de protestations contre certaines -dispositions des édits royaux, qu'on affirme être contraires aux coutumes -de la province. Pour toutes les demandes de cette nature, le roi promet -de se faire informer de ces coutumes: il semble ainsi reconnaître qu'il -veut les respecter[94]. - - [94] _Recueil de la tenue des états de Bretagne_, de 1629 à 1723, - Mss. Bl.-Mant. (Bibliothèque royale), p. 352-355. - -Les assises des états furent terminées le 5 septembre. Madame de Sévigné, -en annonçant à sa fille cette fin dans sa lettre datée de Vitré le -lendemain, s'exprime ainsi[95]: «Les états finirent à minuit; j'y fus -avec madame de Chaulnes et d'autres femmes. C'est une très-belle, -très-grande et très-magnifique assemblée. M. de Chaulnes a parlé à _tutti -quanti_ avec beaucoup de dignité, et en termes fort convenables à ce -qu'il avait à dire. Après dîner, chacun s'en va de son côté. Je serai -ravie de retrouver mes Rochers. J'ai fait plaisir à plusieurs personnes; -j'ai fait un député, un pensionnaire; j'ai parlé pour des misérables, _et -de Caron pas un mot_[96], c'est-à -dire, rien pour moi; car je ne sais -point demander sans raison.» - - [95] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 septembre 1671), t. II, p. 216, édit. - G.; t. II, p. 181, édit. M. - - [96] Allusion à un dialogue de Lucien, intitulé _Caron ou les - contemplateurs_, que madame de Sévigné avait lu dans la - traduction de Perrot d'Ablancourt, t. Ier, p. 191; Paris, 1660. - Conférez à ce sujet la note de M. Monmerqué, dans son édition des - _Lettres de Sévigné_, t. II, p. 181. Madame de Sévigné répète - encore ce même mot dans la lettre du 24 septembre 1675. - -On voit que madame de Sévigné désapprouvait les prodigalités des états; -mais son texte, pour ce qui la concerne, a besoin d'une explication, qui -n'a jamais été donnée. - -La terre de Sévigné[97] avait été démembrée, ou avait depuis longtemps -cessé d'être la principale possession de la famille de ce nom[98]. Cette -famille possédait la seigneurie des Rochers depuis le milieu du XVe -siècle, par le mariage d'Anne de Mathefelon, fille et héritière de -Guillaume de Mathefelon, seigneur des Rochers, avec Guillaume de Sévigné. -Mais il restait à la famille de Sévigné de ses anciennes possessions une -_terre de Sévigné_ près de Rennes, dans la commune de Gevezé, consistant -en deux métairies, en moulins et quelques fiefs, dont la valeur totale -est estimée par le fils de madame de Sévigné à 18,000 livres (36,000 -fr.), tandis qu'il porte le prix de la terre des Rochers à 120,000 liv. -(240,000 fr.)[99]. Parmi les fiefs restés à la famille de Sévigné, était, -dans la ville de Vitré, une maison avec cour et jardin, qu'on appelait la -_Tour de Sévigné_. Cette maison était un fief qui relevait du duc de la -Trémouille, baron de Vitré[100]. Par acte passé le 2 septembre 1671 -(trois jours avant la fin des états), madame de Sévigné fit une rente de -cent francs aux bénédictins de Vitré, et hypothéqua cette rente ou -pension sur la _Tour de Sévigné_[101]. - - [97] Dans la commune de Gevezé, près de Rennes. - - [98] _Madame de Sévigné et sa correspondance_; 1838, in-8º, p. - 58. - - [99] _Lettre inédite du marquis_ DE SÉVIGNÉ _à la marquise de - Grignan sa sÅ“ur, sur les affaires de leur maison_, publiée par - M. MONMERQUÉ, 1847, in-8º (24 pages), p. 21. - - [100] _Madame_ DE SÉVIGNÉ _et sa correspondance relative à Vitré - et aux Rochers_, par LOUIS DUBOIS, sous-préfet de Vitré, 1838. - Paris, in-8º, p. 70. - - [101] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 septembre 1671), t. II, p. 216, édit. - G.; t. II, p. 181, édit. M. - -Ce don fut sans doute fait en reconnaissance des réparations exécutées -aux frais de la province à la grosse tour qui donnait son nom à la maison -de Vitré. Voilà pourquoi elle dit, «J'ai fait un pensionnaire,» et qu'en -même temps elle avance qu'elle n'a rien demandé, parce que la demande -qu'elle avait formée ne pouvait souffrir aucune difficulté, puisque cette -grosse tour était engagée dans les fortifications de la ville, et en -faisait partie. M. le duc de Chaulnes, qui voulait faire venir à Vitré -madame de Sévigné, prit ce prétexte pour la forcer à quitter son château -des Rochers: il fit la plaisanterie de l'envoyer chercher par ses gardes, -en lui écrivant qu'elle était nécessaire à Vitré pour le service du roi, -attendu qu'il fallait qu'elle donnât des explications sur la demande -qu'elle faisait aux états; et qu'en conséquence madame de Chaulnes -l'attendait à souper[102]. - - [102] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 août 1671), t. II, p. 203, édit. G.; - t. II, p. 169, édit. M. - -C'est dans cet hôtel de la _Tour de Sévigné_ que demeurait la brillante -marquise lorsqu'elle restait à Vitré. Cette année, elle en laissa la -jouissance à son fils, qui y donnait à souper à ses amis[103]. C'est -aussi dans cette maison qu'allèrent loger, lorsqu'ils arrivèrent à Vitré -pour la tenue des états, de Chesières, l'oncle de madame de Sévigné, son -parent d'Harouïs, et un député nommé de Fourche[104]. Lorsqu'elle y -restait, elle était accablée de visites. «Hier, dit-elle, je reçus toute -la Bretagne à ma Tour de Sévigné[105].» Mais lorsque les états furent -terminés, que le duc de Chaulnes fut parti, elle n'alla plus à Vitré. Son -fils l'avait quittée depuis longtemps, et bien avant la fin des états, où -son âge ne lui permettait pas d'être admis. Quoique l'été fût constamment -froid et pluvieux[106], madame de Sévigné resta aux Rochers, pour que -l'abbé de Coulanges pût surveiller les travaux de la chapelle[107], et -pour avoir le temps de terminer les embellissements de son parc[108]. -Elle avait envie d'aller visiter une autre terre qu'elle possédait en -Bretagne, près de Nantes, nommée le Buron; mais, dit-elle, «notre abbé ne -peut quitter sa chapelle; le désert du Buron et l'ennui de Nantes ne -conviennent guère à son humeur agissante[109].» Madame de Sévigné se -soumet, et ne va pas au Buron. - - [103] _Ibid._ (10 juin 1671), t. II, p. 95, édit. G.; t. II, p. - 79, édit. M. - - [104] _Ibid._ (5 août 1671), t. II, p. 172, édit. G.; t. II, p. - 152, édit. M. - - [105] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 juillet 1671), t. II, p. 125, édit. - G.; t. II, p. 104, édit. M. - - [106] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 juin 1671). (Cette lettre est datée - du coin de son feu), t. II, p. 107, édit. G. - - [107] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8, 12, 19, 22 et 22 bis juillet 1671), - t. II, p. 131, 138, 146, 152, édit. G.; t. II, p. 109, 115, 126, - édit. M.--_Ibid._ (4 novembre 1671), t. II, p. 281, édit. G. - - [108] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8, 12, 19 et 22 juillet, et 4 novembre - 1671), t. II, p. 131, 138, 146, 152, 281, édit. G.--_Ibid._, t. - II, p. 109, 115, 126, édit. M. - - [109] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juillet 1671), t. II, p. 160, édit. - G. - -Cette terre, à quatre lieues de Nantes, avait un château ancien, mais -bien bâti[110]. Le marquis de Sévigné en fit abattre les arbres -séculaires qui en faisaient tout l'agrément[111], et ce beau domaine fut -ensuite dégradé et ruiné par un administrateur infidèle ou inintelligent, -et par un fermier de mauvaise foi[112]. - - [110] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février 1689), t. VIII, p. 321, - édit. M. - - [111] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 décembre 1679), t. II, p. 65, édit. - M.--(27 mai et 19 juin 1680), t. II, p. 289 et 325. - - [112] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 juillet, 18 et 23 novembre 1689), t. - IX, p. 25, 216 et 224, édit. M. Lettre inédite du marquis DE - SÉVIGNÉ (27 septembre 1696). - -Il n'en fut pas ainsi des Rochers, que madame de Sévigné ne cessa jamais -d'accroître et d'embellir, et qu'elle vint si souvent habiter[113]. La -construction de la chapelle, de forme octogone, surmontée d'une coupole, -située au bout du château et isolée, fut achevée en cette année 1671; -mais ce ne fut qu'après quatre ans que l'intérieur fut entièrement en -état, et qu'on put enfin y célébrer la messe, pour la première fois, le -15 décembre 1675. A cette époque si froide de l'année, madame de Sévigné -se promenait avec plaisir dans ses bois, plus verts que ceux de Livry, et -augmentés de six allées charmantes, que madame de Grignan ne connaissait -point[114]. Depuis, ce nombre d'allées fut presque doublé[115]. - - [113] L'histoire de sa vie et ses lettres nous signalent sa - présence aux Rochers en 1644, 1646, 1651, 1654, 1661, 1666, 1667, - 1671, 1675, 1676, 1680, 1684, 1685, 1689, 1690; et probablement - elle y alla encore dans plusieurs autres années, sur lesquelles - nous n'avons aucun renseignement. - - [114] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 décembre 1675), t. IV, p. 124, édit. - M.; t. IV, p. 248, édit. G.--(20 octobre 1675), t. IV, p. 164, - édit. G.; t. IV, p. 49, édit. M. - - [115] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 mai 1680), p. 8, édit. G,; t. VI, p. - 295, édit. M. - -Madame de Sévigné avait multiplié dans son parc les inscriptions morales, -religieuses et autres, presque toujours tirées de l'italien. Sur deux -arbres voisins elle avait inscrit deux maximes contraires: sur l'un, _La -lontananza ogni gran piaga salda_ (L'absence guérit les plus fortes -blessures); sur l'autre, _Piaga d'amor non si sana mai_ (Blessure d'amour -jamais ne se guérit). Une des plus heureuses inscriptions fut sans doute -ce vers du _Pastor fido_, qu'elle avait fait graver au-dessus d'une -petite fabrique placée au bout de l'_allée de l'Infini_, afin de se -garantir de la pluie: - - _Di nembi il cielo s'oscura indarno[116]._ - - [116] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 juillet 1680), t. VII, p. 142, édit. - G.; t. VI, p. 401, édit. M. - -Une autre allée, nommée _la Solitaire_, longue de douze cents pas, fut -plantée plus tard, et madame de Sévigné s'en enorgueillit comme de la -plus belle[117]. Elle avait fait construire dans différents endroits du -parc un assez grand nombre de petites cabanes qu'elle appelle des -_brandebourgs_[118], pour lire, causer et écrire à son aise, à l'abri du -soleil, du serein, et surtout de la pluie. Quant à son mail, dont elle -parle si souvent, c'est pour elle une belle et grande galerie, au bout de -laquelle on trouvait la _place Madame_, d'où, comme d'un grand belvéder, -la campagne s'étendait à trois lieues, vers une forêt de M. de la -Trémouille (la forêt du Pertre). Elle n'est pas moins engouée de son -labyrinthe, que son fils aimait par-dessus tout, et où nous apprenons -qu'il se retirait souvent avec sa mère pour lire ensemble l'_Histoire des -variations de l'Église protestante_, de Bossuet[119]. Mais ce fut -seulement vingt-sept ans après avoir été commencé, vers la fin de l'année -1695, que madame de Sévigné, alors à Grignan, apprit de son fils, qui -était aux Rochers, que Pilois avait enfin terminé le labyrinthe. Ainsi, -les Rochers furent pour madame de Sévigné, comme ses lettres, -l'occupation de toute sa vie[120]. - - [117] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 septembre 1680), t. VII, p. 409, - édit. G.; t. VI, p. 451, édit. M. - - [118] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 sept. 1680), t. VII, p. 236, édit. - G.; t. VII, p. 8, édit. M. Le nom était bien choisi pour exprimer - le peu d'importance et la grossièreté de ces fabriques. Voici - comme Furetière définit ce mot dans son _Dictionnaire des - Sciences et des Arts_, 1696, p. 79, in-folio: «BRANDEBOURG, s. - f., sorte de grosse casaque, dont on s'est servi en France dans - ces dernières années. Elle a des manches bien plus longues que - les bras, et va environ jusqu'à mi-jambe.» Richelet, dans son - _Dictionnaire_ (1680), fait de _brandebourg_ un substantif - masculin, et dit que c'est un vêtement qui tient de la casaque et - du manteau, qu'on porte en hiver et dans le mauvais temps. - - [119] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er juin 1689), t. IX, p. 318, édit. - G.; t. VIII, p. 480, édit. M.--(17 juin 1685), t. VIII, p. 64, - édit. G.; t. VII, p. 283, édit. M.--(25 mai 1689), t. IX, p. 313, - édit. G.; t. VIII, p. 476, édit. M. - - [120] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 septembre 1695), t. XI, p. 121, - édit. G. Conférez la 2e partie de ces _Mémoires_, p. 127, t. X, - p. 135, édit. M.--(20 mai 1667), t. I, p. 158, édit. G.; t. I, p. - 113, édit. M. - -De son antique manoir, des constructions qu'elle avait ajoutées, des -ombrages qu'elle avait formés, il ne reste plus rien que la -chapelle[121], où le Christ est toujours invoqué, et l'écho de la _place -de Coulanges_, qui répète encore le nom de madame _de Sévigné_[122]. - - [121] LOUIS DUBOIS (sous-préfet de Vitré), _Madame de Sévigné et - sa correspondance relative à Vitré et aux Rochers_; 1838, in-8º, - p. 15, 40 et 55. - - [122] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 octobre 1689), t. X, p. 58, édit. - G.; t. IX, p. 183, édit. M.--LOUIS DUBOIS, _Madame de Sévigné et - sa correspondance_, p. 55; aux pages 5 et 86 de son écrit, M. - Louis Dubois dit avoir calculé que sur le nombre de 1,074 lettres - que nous possédons de madame de Sévigné, 267 ont été écrites des - Rochers. - - - - -CHAPITRE II. - -1671. - - Bohémienne qui ressemble à madame de Grignan.--Ce que madame de - Sévigné fait pour elle.--Portrait de madame de Grignan en - bohémienne.--Madame de Grignan accouche d'un fils.--Il est tenu sur - les fonts de baptême par la Provence.--M. et madame de Grignan vont - habiter le château de Grignan.--Description de ce château.--Des - personnes, parents et amis de M. et de madame de Grignan, qui - fréquentaient ce château.--De la comtesse d'Harcourt.--_Seigneur - Corbeau._--L'archevêque d'Arles.--L'évêque d'Uzès.--Le _bel - abbé_.--Le chevalier Adhémar.--Le _grand chevalier_.--Claire - d'Angennes, fille aînée de madame de Grignan, se retire au couvent, - et fait don de son bien à son père.--Mademoiselle d'Alérac, sa fille - cadette, se marie.--Des sÅ“urs de M. de Grignan.--La religieuse - d'Aubenas.--La marquise de Saint-Andiol.--La comtesse de - Rochebonne.--Du chevalier comte de la Garde, parent de M. de - Grignan.--Madame de Sévigné prête au comte de la Garde le portrait - de sa fille.--De madame du Puy du Fou.--Du personnel de la - maison de madame de Grignan.--Mademoiselle Deville, la femme - de chambre.--Mademoiselle de Montgobert, demoiselle de - compagnie.--Ripert, intendant.--Madame de Grignan faisait la mode en - Provence.--Ses nombreuses réunions et son luxe à Aix.--Se retirait - quelquefois au couvent des Filles de Sainte-Marie.--N'avait pas le - même goût que sa mère pour la solitude et la campagne.--Aime à - primer.--Le maréchal de Bellefonds veut céder sa place de premier - maître d'hôtel du roi.--Le comte de Grignan se dispose à - l'acheter.--Madame de Grignan s'y oppose.--Plaintes de madame de - Sévigné à ce sujet. - - -Les constructions, les plantations dont s'occupait madame de Sévigné, ne -pouvaient calmer les inquiétudes toujours croissantes que lui faisaient -éprouver les approches du terme de la grossesse de sa fille, encore -moins diminuer la peine quelle ressentait de s'en être séparée. Le -tumulte des états, les grandes réunions, les visites reçues et rendues, -les festins, les spectacles, la musique, les danses, avaient encore moins -de pouvoir[123]. Le plus souvent ces moyens de distraction produisaient -un effet contraire. Dans une des fêtes données à Vitré pour l'amusement -de la société qui s'y trouvait rassemblée, on fit danser une troupe de -bohémiens. Ils dégoûtèrent d'abord madame de Sévigné par leur -saleté[124]. Mais dans le nombre des femmes qui faisaient partie de cette -troupe, elle en vit une plus proprement et plus élégamment vêtue. Cette -fille la frappa par sa ressemblance avec madame de Grignan. Les beaux -yeux, les belles dents, l'élégance de la taille de la bayadère, et -surtout la grâce avec laquelle elle dansait, rappelaient mademoiselle de -Sévigné dans les ballets du roi. La pauvre mère en fut émue; elle fit -approcher la jeune fille, la traita avec amitié; et celle-ci, encouragée -par cet accueil, pria sa nouvelle protectrice de vouloir bien écrire en -Provence pour son grand-père.--«Et où est votre grand-père?» lui demanda -madame de Sévigné.--«Il est à Marseille, madame», répondit d'un ton doux -et triste la bohémienne.--Madame de Sévigné devina; elle promit d'écrire, -et écrivit en effet à M. de Vivonne, général des galères, en faveur du -galérien grand-père de la bohémienne.--Ah! madame de Grignan! cette -lettre si touchante, si joviale, vous fut envoyée; elle fut soumise à -votre censure; c'est vous qui fûtes chargée de la remettre au _gros -crevé_: pourquoi n'en avez-vous pas conservé de copie? Pourquoi ne -pouvons-nous la lire comme toutes celles qui vous furent écrites, et -connaître les résultats de votre ressemblance avec la petite-fille du -forçat, «capitaine bohème d'un mérite singulier[125]?»--Ces résultats -furent heureux: non-seulement madame de Grignan remit la lettre, mais -elle intercéda pour le vieux forçat, mais elle parvint à briser ses fers, -mais elle fit un sort à cette bohémienne, assez belle danseuse pour -qu'elle fût elle-même glorieuse de lui ressembler.--Aucune tradition ne -nous apprend cela; cela n'a pas été dit, cela n'est écrit nulle part: -mais pouvons-nous en douter, lorsque nous apprenons, d'après un ancien -inventaire du château de Grignan, «que l'appartement qu'occupait madame -de Sévigné, quand elle était dans ce château, se composait de deux -pièces; que l'une se nommait _chambre de la Tour_, et l'autre _chambre de -la Bohémienne_, parce qu'au-dessus du chambranle de la cheminée était un -portrait de madame de Grignan, _costumée en bohémienne_[126]?» - - [123] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. XVIII, p. 363. - - [124] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 juin 1671), t. II, p. 109, édit. G.; - t. II, p. 90, édit. M. - - [125] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 119, 120, - édit. G.; t. II, p. 99 et 100, édit. M. Voyez 3e partie de ces - _Mémoires_, chap. XVII, p. 330 et 331. - - [126] _Inventaire du château de Grignan, dressé à la mort du - maréchal du Muy, acquéreur de ce château, dans la Notice - historique sur la maison de Grignan_, par M. AUBENAS, à la suite - de l'_Histoire de madame de Sévigné_; 1842, in-8º, p. 580 et 581. - -Madame de Grignan avait offert à sa mère des consolations un peu subtiles -aux tourments de l'absence; comme de se promener en imagination dans son -cÅ“ur, où elle trouverait mille tendresses. Madame de Sévigné répond: «Je -fais quelquefois cette promenade; je la trouve belle et agréable pour -moi.... Mais, mon Dieu, cela ne fait point le bonheur de la vie; il y a -de certaines _grossièretés solides_ dont on ne peut se passer[127].» - - [127] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 août 1671), t. II, p. 167, édit. G.; - t. II, p. 109, édit. M. - -Cependant le motif de ses craintes et de ses inquiétudes disparut; elle -fut enfin délivrée du _gros caillou_ qu'elle avait sur le cÅ“ur[128]. -Elle se préparait à quitter les Rochers et à retourner à Paris, quand -elle apprit l'heureuse nouvelle que madame de Grignan était accouchée -d'un fils, blond comme sa mère, et qu'elle avait donné à M. de Grignan, -qui n'avait eu jusqu'ici que des filles de toutes ses femmes, un -héritier. Madame de Sévigné avait prédit à madame de Grignan que cette -fois elle aurait un fils; et l'on peut juger de ce qu'elle ressentit en -apprenant que ses prédictions et ses espérances s'étaient réalisées[129], -que tous ses conseils maternels avaient eu un plein succès[130]. «Que -pensez-vous, dit-elle, qu'on fasse dans ces excès de joie? Le cÅ“ur se -serre, et l'on pleure sans pouvoir s'en empêcher. C'est ce que j'ai fait, -ma très-belle, avec beaucoup de plaisir: ce sont des larmes d'une douceur -qu'on ne peut comparer à rien, pas même aux joies les plus -brillantes[131].» Elle fut pourtant très-flattée d'apprendre que son -petit-fils avait été baptisé par la Provence. En effet, les états étaient -encore assemblés à Lambesc lorsque madame de Grignan y accoucha le 17 -novembre. Le lendemain, le comte de Grignan se rendit dans l'assemblée, -et «vint offrir, dit le procès-verbal de cette séance, le fils qu'il a -plu à Dieu de lui donner dès le jour d'hier, et de vouloir bien lui faire -la faveur de le tenir au nom de toute la province sur les fonts du -baptême, et de lui donner tel nom qu'il lui plaira.... Sur quoi -l'assemblée a délibéré que messieurs les procureurs généraux du pays -témoigneront à monseigneur le comte de Grignan et à madame sa femme la -joie de toute la province, et particulièrement de l'assemblée, sur la -naissance de ce premier mâle dans sa famille, et lui feront de -très-humbles remercîments de l'honneur qu'il avait fait à la province, de -le faire tenir de sa part pour recevoir les saintes eaux du baptême, avec -tous les sentiments d'amour et de reconnaissance possibles. Et -l'assemblée a délibéré que les frais en seront supportés par le pays, -suivant le rôle qui en sera tenu par le sieur Pontèves, trésorier des -états[132].» - - [128] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 novembre et 2 décembre 1671), t. II, - p. 297 et 299, édit. G.; t. II, p. 253 et 254, édit. M. - - [129] SÉVIGNÉ, _Lettres à madame de Grignan, le 21 juin 1671, - rétablies pour la première fois sur l'autographe_, par M. - Monmerqué, 1826, in-8º, p. 9.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 novembre et - 2 décembre 1671), t. II, p. 297 et 298, édit. G.; t. II, p. 252 - et 254, édit. M. - - [130] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5, 8 et 12 juillet 1671), t. II, p. 129 - et 130, édit. G.; t. II, p. 108 et 113, édit. M.--_Ibid._ (6 - septembre, 21 octobre, 15 et 25 novembre 1671), t. II, p. 214, - 265, 289, 295, édit. G.; t. II, p. 179, 224, 244, 253, édit. M. - - [131] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 novembre 1661), t. II, p. 297, 298, - édit. G.; t. II, p. 252 et 254, édit. M. - - [132] _Abrégé des délibérations prises en l'assemblée générale du - pays de Provence, tenue à Lambesc les mois de septembre, octobre, - novembre, décembre 1671, et janvier 1672_, p. 21-23. - -Ainsi naquit et fut nommé Louis de Provence, marquis de Grignan, dont -Saint-Simon, son ami de collége, déplore la perte prématurée, loue la -brillante valeur et l'excellent caractère[133]. - - [133] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. IV, p. 271. - -Madame de Grignan accoucha facilement, et aussitôt après la fin des états -elle alla avec son mari habiter le château de Grignan, qu'elle avait -quitté pour se rendre à Lambesc. Ce séjour lui était favorable pour le -rétablissement de sa santé. La petite ville de Grignan, aujourd'hui -chef-lieu de canton, à quatorze kilomètres de Montélimar, se penche sur -le revers méridional d'un coteau escarpé: ornement assez beau d'un bassin -arrosé par les petites rivières de Berre et de Lez, couvert cependant, -sur plusieurs points, de rochers stériles. Les maisons de la ville sont -mal bâties; mais l'église se fait remarquer par un air de magnificence et -par ses arceaux gothiques, témoignages de l'antiquité de sa -construction[134]. Au-dessus de cette église, et de niveau avec son -faîte, est un plateau qui domine toute la ville, et dont la vue s'étend -sur le pays d'alentour. C'est sur ce plateau que s'élevait le château de -Grignan. Isolé de toutes parts, ce noble et grand édifice semblait -suspendu dans l'air, comme le palais magique construit par l'enchanteur -Appollidon[135], auquel madame de Sévigné le compare: sa position, ses -murs élevés, ses tourelles, le faisaient ressembler à un ancien château -fort; car, à l'époque dont nous nous occupons, la façade moderne, -construite et jamais achevée[136] aux frais d'un des beaux-frères de -madame de Grignan, l'évêque de Carcassonne, n'existait pas encore. Ce -château, le plus beau de toute la province, manquait d'ombrage; le -territoire qui l'entoure est en général maigre et sablonneux. Les vents -du nord y sont impétueux et fréquents, et y détruisent presque -annuellement la majeure partie des récoltes[137]; et jusque dans ces -derniers temps, à cause du mauvais état des routes, il était d'un accès -difficile. - - [134] DE LA CROIX, _Essai sur la statistique et les antiquités de - la Drôme_; 1817, in-8º, p. 305. - - [135] Dans l'_Amadis des Gaules_. Voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 - juin et 7 octobre 1671), t. II, p. 106, 254, édit. G.; t. II, p. - 88, 214, édit. M.--(20 septembre 1671), t. II, p. 195, édit. M. - - [136] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 février 1689), t. IX, p. 149, édit. - G.--(15 janvier 1672), t. II, p. 351, édit. G. - - [137] Pour ce qui concerne Grignan et son château, conférez - EXPILLY, _Dictionnaire de la France et des Gaules_, t. III, p. - 372.--PIGANIOL DE LA FORCE, _Nouvelle description de la France_, - t. V, p. 447 et 450.--DE LA CROIX, _Essai sur la statistique et - les antiquités du département de la Drôme_, t. I, p. 103.--Édit. - des _Lettres de_ SÉVIGNÉ, 1820, in-8º, aux t. IV, V et - IX.--AUBENAS, _Hist. de Sévigné_, p. 577, 588.--Le recueil - intitulé FRANCE, t. LXIX, département de la Drôme (Biblioth. - royale). - -Cependant, ce séjour convenait mieux à l'indolence naturelle et aux -susceptibilités de madame de Grignan que celui d'Aix ou de Lambesc. La -nécessité d'ouvrir son salon à toutes les notabilités, les visites à -rendre et à souffrir, les exigences cérémonieuses des dames de Provence, -lui étaient insupportables[138]. Elle était moins exposée à ce genre -d'ennui dans son château; mais elle ne pouvait s'y dérober entièrement. -Dans sa position surtout, il ne lui était pas facile de rompre ces -amitiés du monde, dont «la dissimulation est le lien, et l'intérêt le -fondement[139].» Encore moins pouvait-elle se soustraire aux devoirs de -parenté. Ainsi, il lui fallait recevoir fréquemment, et avec toutes les -démonstrations d'une satisfaction sincère, cette comtesse d'Harcourt, née -Ornano, tante du comte de Grignan, mère du prince d'Harcourt et de cette -demoiselle d'Harcourt qui fut mariée au prince de Cadaval au -commencement de l'année 1671, et dont les noces, honorées de la présence -du roi et de la reine, donnèrent lieu à cette belle fête à laquelle -assista madame de Sévigné[140]. Il faut se garder de confondre cette -comtesse d'Harcourt avec la princesse d'Harcourt, fille de Brancas le -distrait, liée aussi avec madame de Grignan, qui lui trouvait peu -d'esprit. Cette princesse d'Harcourt, dont nous avons déjà parlé[141], -fut nommée dame du palais, et chargée avec son mari, Henri de Lorraine, -prince d'Harcourt, de conduire, en 1679, la reine d'Espagne à son époux. -Le prince d'Harcourt était cousin germain de M. de Grignan[142]. La -comtesse d'Harcourt, sa tante, habitait le Pont-Saint-Esprit, et se -trouvait ainsi peu éloignée du château de Grignan, où elle allait -fréquemment rendre visite. Madame de Sévigné plaint souvent sa fille -d'être obligée de supporter un tel fardeau; elle souhaite d'être à -Grignan, pour la débarrasser de cette vieille tante. «Après cette marque -d'amitié, ajoute-t-elle, ne m'en demandez pas davantage, car je hais -l'ennui à la mort: vous seule au monde seriez capable de me faire avaler -ce poison, et j'aimerais fort à rire avec vous, Vardes, et le seigneur -Corbeau[143].» C'est par ce dernier nom que, à cause de son teint -basané, madame de Grignan appelait son beau-frère l'évêque de -Claudiopolis, coadjuteur de l'archevêque d'Arles son oncle[144]. Il était -alors à Grignan, où il avait passé l'été, tout le temps de la tenue des -états: homme du monde, aimable auprès des femmes, souvent à Paris et à la -cour[145], prudent, spirituel, fort attaché à son frère, et zélé pour la -gloire de la maison de Grignan, il fut très-goûté de madame de Sévigné et -de sa fille. Il ne pouvait souffrir qu'elles lui donnassent du -_monseigneur_: «Appelez-moi plutôt Pierrot ou seigneur Corbeau,» -disait-il. Il parlait et écrivait avec facilité, mais il n'aimait pas à -écrire; et madame de Sévigné lui défendait toujours de répondre à ses -lettres, par la crainte que, s'il se croyait obligé de le faire, il ne la -prit en déplaisance: elle voulait qu'il réservât sa main droite pour -jouer au brelan. Elle le raillait aussi sur son penchant pour la bonne -chère, et elle attribuait à cela les attaques de goutte qu'il commençait -déjà à ressentir: il n'avait alors que trente-trois ans[146]. Par la -suite il excita l'indignation de madame de Sévigné, à cause de son -ingratitude envers son oncle l'archevêque d'Arles, auquel il devait -succéder[147]. - - [138] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 6, édit. G. - - [139] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 9, édit. G.; - t. II, p. 8, édit. M. - - [140] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 janvier et 9 février 1671), t. I, p. - 299 et 313, édit. G.; t. I, p. 225 et 237, édit. M. Voyez la 3e - partie de ces _Mémoires_, t. III, p. 314. - - [141] Conférez, ci-dessus, la 3e partie de ces _Mémoires_, t. - III, p. 26 et 128. - - [142] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 janvier, 4 mai, 26 décembre 1672), t. - I, p. 116, édit. G.; t. II, p. 285 et 420, édit. M.--(1er et 19 - janv. 1674), t. III, p. 68, 194, 218, édit. M.--(28 juillet - 1679), t. VI, p. 98, édit. G. - - [143] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juillet 1671), t. II, p. 159, édit. - G.; t. II, p. 132, édit. M.--_Ibid._ (9 août 1671), t. II, p. - 192, édit. G.; t. II, p. 159, édit. M. Voyez la 3e partie de ces - _Mémoires_, chap. VIII, p. 135 et la note 4, et p. 454. - - [144] _Gallia christiana_, 1715, in-folio, t. I, p. 594. SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (9 février, 17 avril, 12, 19 et 26 juillet, 2 et 19 - août 1671), t. II, p. 27, 28, 134, 144, 159, 169, 192 et 196, - édit. G.; t. II, p. 112, 119, 132, 240, édit. M.--_Ibid._ (31 - mai, 5 juin 1675), t. III, p. 401 et 407, édit G.; t. III, p. 281 - et 286, édit. M. - - [145] Des lettres de madame de Sévigné il résulte que, le 12 - juillet, le coadjuteur d'Arles était à Paris, et que, le 19 du - même mois, il était en Provence (t. II, p. 134 et 144, édit. G.; - t. II, p. 112 et 119, édit. M.). - - [146] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août 1671), t. II, p. 191, édit. G. - - [147] SÉVIGNÉ, _Lettres inédites_, 1827, in-8º (mai 1690), p. 33. - Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 127 et la - note 1, et p. 135, note 3. - -Des deux oncles paternels du comte de Grignan, le plus élevé en dignité, -l'archevêque d'Arles, était un homme excellent, et aimé de toute la -Provence[148]. Il avait, pendant les troubles de la Fronde, apaisé les -émeutes populaires à Arles et à Marseille, et empêché que ces deux villes -ne se révoltassent contre le gouvernement. En 1660, lors du voyage de la -cour en Provence, Louis XIV logea chez lui; et ce fut alors qu'il le -nomma commandeur de ses ordres[149]. Bienfaiteur de sa famille, -l'archevêque d'Arles en était tendrement chéri; mais cependant il -augmentait les embarras du gouverneur, parce qu'il était toujours opposé -à l'évêque de Marseille pour les affaires ecclésiastiques, comme le comte -de Grignan l'était pour les affaires civiles[150]; ce qui contribuait à -accroître l'animosité de ce prélat hautain, mais habile, qui avait acquis -un grand ascendant sur l'assemblée des états, une place élevée dans -l'estime des ministres. Madame de Sévigné parvint à l'adoucir et à le -rendre moins hostile, et elle neutralisa les effets de son influence -contre les Grignan par le moyen de ses amis, de Pomponne et de le Camus, -premier président de la cour des aides[151]. Pour toutes ces négociations -elle se servait utilement de l'autre oncle de M. de Grignan, évêque et -comte d'Uzès[152], homme sage et prudent; plus souvent à la cour et dans -son abbaye d'Angers que dans son diocèse; plein d'affection pour madame -de Grignan, et très-zélé pour les intérêts de son frère; toujours -empressé à faire auprès des ministres les démarches que lui demandait -madame de Sévigné. Comme elle, il agissait aussi directement sur l'évêque -de Marseille; et s'il ne parvenait pas à lui inspirer des sentiments de -concorde et d'amitié, il l'empêchait au moins de se montrer adversaire -violent[153]. - - [148] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 octobre 1675), t. IV, p. 48, édit. - M.--(18 mars 1689), t. VIII, p. 400, édit. M.--_Gallia - christiana_, t. II p. 593.--AUBENAS, _Notice historique sur la - maison de Grignan_, p. 572-574.--François-Adhémar fut d'abord - évêque de Saint-Paul, Trois-Châteaux, puis coadjuteur de - l'archevêque d'Arles, auquel il succéda. - - [149] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. - 128, et la note 5. - - [150] _Lettres de la marquise_ DE SÉVIGNÉ, édit. de la Haye, - 1726.--(7 juin 1671), t. I, p. 111 (il y a des omissions dans les - éditions modernes). Conférez t. II, p. 93, édit. G.; t. II, p. - 78, édit. M.; in-8º.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril, 20 et 27 - septembre, 6 décembre 1671), t. II, p. 9, 234, 243, 304, édit. - G.; t. II, p. 8, 78, 196, 214, 258, édit. M. - - [151] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er et 3 avril, 4 octobre, 23 et 25 - déc. 1671), t. 1, p. 56 de l'édit. de la Haye; t. I, p. 437, 408; - t. II, p. 220, 249 et 316, édit. G.; t. I, p. 315, 317; t. II, p. - 267 et 273, édit. M.--_Ibid._ (27 janvier 1672), t. II, p. 321, - édit. G. - - [152] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 127, - note 1. - - [153] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 mars, 11 octobre 1671), t. I, p. - 392; t. II, p. 257, édit. G.; t. I, p. 304; t. II, p. 217, édit. - M.--_Lettres de madame la marquise_ DE SÉVIGNÉ, édit. de la Haye, - 1726, t. I, p. 116. (Lettre altérée dans les éditions modernes.) - Conférez t. II, p. 98, édit. G.; t. II, p. 82 et 83, édit. - M.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er et 12 janvier, 3 et 10 février 1672), - t. II, p. 329, 340, 369, 379, édit. G.; t. II, p. 278, 280, 312 - et 321, édit. M. - -M. de Grignan avait un autre frère dans l'état ecclésiastique, -très-différent de _seigneur Corbeau_ par sa figure, car il était d'une -beauté remarquable[154]: on l'avait surnommé _le bel abbé_. A l'époque -dont nous traitons, âgé seulement de vingt-huit ans, il n'avait pas -encore soutenu sa thèse en Sorbonne. Doué de capacité et ambitieux, il -fut successivement agent général du clergé, abbé de Saint-Hilaire, nommé -évêque d'Évreux, mais non confirmé comme tel[155]. Il fut sacré évêque de -Carcassonne dans l'église de Grignan. Son faste et sa prodigalité -contrariaient madame de Sévigné, qui aurait voulu qu'une partie de ses -riches revenus ecclésiastiques fussent employés à faire du bien à ses -frères[156], et particulièrement au moins riche de tous, le chevalier de -Grignan, Adhémar. - - [154] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 127, - note 3. - - [155] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 janvier 1689), t. VIII, p. 303 (27 - août 1689), t. IX, p. 401, édit. M. - - [156] Voyez _Lettres inédites et restituées de madame_ DE GRIGNAN - (22 décembre 1677). Lettre de madame de Grignan à M. de Grignan, - p. 5 d'un tirage à part. (Extrait des archives de l'École des - chartes.) Louis, abbé de Grignan, fut nommé à l'évêché d'Évreux - en février 1680; mais les bulles ne furent pas confirmées: au - mois de mai 1681 il fut nommé évêque de Carcassonne, et sacré le - 21 décembre dans l'église de Grignan.--Voyez _Gallia christiana_, - t. VI, p. 927.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars 1672), t. II, p. 374, - édit. M.--(21 février 1680), t. VI, p. 169, édit. M.--(21 août - 1681), t. VI, p. 425, édit. M.--(1er septembre 1680), t. VI, p. - 442, édit. M.--(20 novembre 1682), t. VII, p. 104, édit. M.--(9 - janvier 1682), t. VII, p. 116, édit. M.--(9 septembre 1675), t. - IV, p. 90, édit. G.; t. III, p. 460, édit. M.--_Ibid._ (22 - septembre 1688), t. VIII, p. 366, édit. G.; t. VIII, p. 91, édit. - M.--_Ibid._ (24 janvier 1689), t. IX, p. 118, édit. G.; t. VIII, - p. 303, édit. M.--(7 février 1682), t. VII, p. 104, édit. M.--(9 - janvier 1683), t. VII, p. 116, édit M. - -Plein de courage et animé d'une noble ambition, Adhémar[157] parvint, par -de beaux faits d'armes, au grade de maréchal de camp, lorsque son frère -aîné épousa mademoiselle de Sévigné. Quoique bien jeune encore, il obtint -le commandement du régiment qui portait le nom de Grignan[158]; et, à -cette occasion, madame de Sévigné prit le soin de lui donner une devise: -c'était une fusée poussée à une grande élévation, avec ces mots italiens: -_Che peri, purchè s'innalzi_[159], «Qu'elle périsse, pourvu qu'elle -s'élève.» Le plus jeune de tous les Grignan, il n'avait point cette -morgue de famille qui faisait dire à M. de Guilleragues que tous les -Grignan étaient des glorieux. Lorsqu'on lui opposait l'exemple du -chevalier Adhémar[160], «Celui-là , disait-il pour ne pas se rétracter, -n'est que _glorioset_.» Ce singulier sobriquet de petit Glorieux resta au -chevalier Adhémar[161]. De tous ses frères, il était le plus attentif et -le plus complaisant pour madame de Grignan; il lui servait de secrétaire -lorsque quelque indisposition l'empêchait de tenir la plume[162]. Ce fut -là sans doute ce qui valut à madame de Grignan les malins vaudevilles et -les épigrammes que l'on composa sur elle[163], moins cependant à propos -d'Adhémar qu'au sujet du frère de celui-ci, nommé, à cause de sa taille, -le _grand chevalier_. Il se trouvait alors au château de Grignan, et -mourut l'année suivante à Paris, de la petite vérole, chez son oncle -l'évêque d'Uzès[164]. C'est à ce chevalier de Grignan que madame de -Sévigné défendait de monter à cheval en présence de sa fille[165], tant -le souvenir de la fausse couche qu'il avait occasionnée par sa chute -faisait d'impression sur elle. Tels étaient dans la famille de Grignan -les hommes qui se réunissaient au château de Grignan, et en composaient -la société. Les filles que le comte de Grignan avait eues de son premier -mariage avec Angélique-Claire d'Angennes étaient encore trop jeunes pour -y figurer[166]. L'aînée n'avait que dix ans, et la cadette seulement sept -ans, lorsque leur père se remaria avec mademoiselle de Sévigné[167]. Le -duc de Montausier, leur oncle par alliance, puisqu'il avait épousé Julie -d'Angennes, s'opposait à ce qu'elles allassent demeurer chez leur -belle-mère, craignant que celle-ci ne se prévalût de l'innocence de leur -jeune âge, et ne leur inspirât prématurément de l'inclination pour la vie -religieuse: cependant il finit par céder aux instances de madame de -Grignan, et s'aperçut bientôt qu'il ne s'était pas trompé dans ses -prévisions[168]. Louise-Catherine-Adhémar, l'aînée des deux filles de M. -de Grignan et de Claire d'Angennes, excitée par sa belle-mère, ses oncles -et toute sa famille, dans son penchant à la dévotion, voulut entrer aux -Carmélites; mais la délicatesse de sa santé ne lui permit pas de soutenir -les austérités de l'ordre: elle ne put achever son noviciat; elle se -retira comme pensionnaire dans un couvent, et y vécut avec autant de -régularité et de piété que la religieuse cloîtrée la plus attachée à ses -devoirs. Sur le bien de sa mère, il lui revenait quarante mille écus; -elle en fit don à son père; et madame de Grignan ne déguise pas qu'elle -se servit de l'influence qu'elle avait acquise sur cette jeune fille, -pour la déterminer à prendre cette résolution. Bussy profite de cette -occasion pour lancer un sarcasme piquant, mais juste[169], contre madame -de Grignan; et madame de Sévigné, au contraire, chez qui la tendresse -pour sa fille, et sa continuelle préoccupation pour tout ce qui -concernait ses intérêts et sa grandeur, étouffaient tout autre sentiment, -la félicite d'avoir «fait merveille», et exprime, par les termes les plus -énergiques, son admiration pour Catherine-Adhémar, qu'elle appelle une -_fille céleste_, par opposition à sa sÅ“ur cadette, qui est pour elle la -_fille terrestre_[170]. En effet, celle-ci, Françoise-Julie, qu'on -nommait ordinairement mademoiselle d'Alérac[171], quoique soumise à la -même éducation et aux mêmes influences que sa sÅ“ur, eut des goûts -très-différents: elle aimait le monde, et elle se plaisait beaucoup dans -la société de madame de Sévigné, qui la trouvait aimable[172]. Jolie et -faite pour plaire[173], elle fut recherchée en mariage par le chevalier -de Polignac et M. de Belesbat. Ces deux mariages se rompirent, non par le -fait de madame de Grignan. Pourtant le défaut d'accord entre la -belle-mère et la belle-fille fut tel, que celle-ci abandonna brusquement -la maison paternelle, et se retira chez son oncle par alliance, le duc de -Montausier, et ensuite au couvent des Feuillantines[174]. Elle se maria -enfin avec le marquis de Vibraye, sans la participation et aussi sans -l'opposition de sa famille[175]. - - [157] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, 2e édit., chap. VIII, - p. 128. - - [158] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er novembre 1671), t. II, p. 236, - édit. M. - - [159] _Ibid._ (11 novembre 1671), t. II, p. 242, édit. M.--(2 - décembre 1671), t. II, p. 300, édit. G. Cette devise est celle de - Porchère d'Augier, dans la description du carrousel. Voyez - TALLEMANT, _Historiettes_, t. III, p. 318. - - [160] _Ibid._ (15 novembre 1671.) - - [161] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 et 30 août 1671), t. II, p. 201, - 211, édit. G.; t. II, p. 168, édit. M. - - [162] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 septembre 1671). - - [163] Conférez la parodie de la fable de la Cigale et de la - Fourmi, dans le _Recueil de pièces curieuses et nouvelles tant en - prose qu'en vers_; la Haye, 1695, in-12, t. II, seconde partie, - p. 230.--_Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine_, 1re - édit., 1820, in 8º, p. 392.--Voyez ci-dessus, 3e partie de ces - _Mémoires_, chap. VIII, p. 127. - - [164] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22, 27, 29 janvier, 3 et 10 février - 1671), t. II, p. 300, 307, 309, 313, 319, édit. M.--(4 novembre - 1671), t. II, p. 203, édit. G. - - [165] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août 1671), t. II, p. 196, édit. G. - Voyez ci-dessus, 3e partie de ces _Mémoires_, chap. XV, p. 84. - - [166] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. VIII, p. 136. - - [167] DANGEAU, _Journal mss._ en date du 24 janvier 1684, cité - dans les _Lettres de_ SÉVIGNÉ, t. VII, p. 398, édit. M. - - [168] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 août 1677), t. V, p. 172, et la note - 1, édit. M.--(25 janvier 1687), t. VII, p. 411, édit. M. - - [169] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 janvier 1687), t. VII, p. 414, édit. - M. - - [170] _Ibid._ (18 août, 11, 18 et 25 septembre 1680), t. VI, p. - 420, 455, 458, 459, 465, 473, édit. M.--_Ibid._ (2 et 16 octobre - 1680, 1er octobre et 24 décembre 1684, 8 mai et 25 octobre 1686), - t. VII, p. 10, 24, 93, 176, 382, 398 et 400, édit. M. - - [171] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 136. - - [172] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 septembre 1684), t. VII, p. 165, - édit. M. - - [173] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 décembre 1684), t. VII, p. 213, - édit. M. - - [174] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er mars, 20 et 24 septembre, 13 - décembre 1684, 15 août 1685, 1er mai 1686), t. VII, p. 141, 165, - 168, 176, 212, 335, 382, édit. M.--_Ibid._ (27 septembre 1687, 9 - mars et 30 avril 1689), t. VIII, p. 17, 373, et la note. - - [175] Elle fut mariée le 7 mai 1689. Conférez le _Journal mss. de - Dangeau_ à cette date, cité par M. Monmerqué dans SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (30 avril 1689), t. VIII, p. 455, édit. M. - -Des trois sÅ“urs qu'avait le comte de Grignan, une seule doit nous -occuper, puisque celle qui se fit religieuse à Aubenas[176], et celle qui -se maria au marquis de Saint-Andiol (en 1661)[177], ne sont mentionnées -que deux ou trois fois dans la correspondance de madame de Sévigné. Il -n'en est pas de même de Thérèse-Adhémar de Monteil; celle-ci épousa le -comte de Rochebonne[178], qui commanda longtemps à Lyon pour le roi. La -comtesse de Rochebonne ressemblait beaucoup à son frère, le comte de -Grignan: c'est dire assez qu'elle n'était pas belle; aussi est-ce par -antiphrase et en plaisantant que madame de Sévigné la qualifie de jolie -femme[179]. Sa laideur, et la surdité dont elle était affligée, étaient -rachetées par le plus heureux caractère. Elle s'était liée d'amitié avec -madame de Grignan, et l'affection que celle-ci avait pour elle s'étendait -jusqu'à ses enfants. Elle en avait un grand nombre; presque tous étaient -remarquables par leur esprit précoce, leurs jolies figures, la fraîcheur -de leur teint et leurs grâces enfantines[180]. - - [176] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, t. III, p. - 136.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 octobre 1673), t. III, p. 106, édit. - M.--(15 juin 1680), t. VI, p. 323, édit. M. - - [177] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 juillet 1685), t. VIII, p. 73, édit. - G. - - [178] Il était de plus chanoine, comte et chamarier de l'église - Saint-Jean de Lyon. Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, 2e - édit., chap. VIII, p. 138, note 4. - - [179] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juillet 1672), t. III, p. 41, édit. - M.--(19 juillet, 16 et 19 août, 27 septembre, 4 octobre 1671.) - - [180] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 octobre 1673, 6 novembre 1675, 28 - août 1676, 23 juin 1677, 15 et 20 mai 1689), t. II, p. 190, 196, - 242, 249; t. III, p. 107; t. IV, p. 75 et 146; t. V, p. 113; t. - VIII, p. 470; t. IX, p. 42, édit. G. - -Un des parents du comte de Grignan, que madame de Sévigné aimait le -mieux, était le chevalier comte de la Garde, qui avait été gouverneur de -la ville de Furnes et lieutenant des gardes du corps de la reine -mère[181]. Sa baronnie de la Garde était voisine du comté de Grignan, et -il allait fréquemment au château. Lorsqu'il échoua dans le projet de -mariage qu'il avait conçu, on était presque certain qu'il resterait -célibataire[182]; et comme la forte pension dont il jouissait le rendait -riche, on croyait qu'il avantagerait le comte de Grignan. Dans cet -espoir, madame de Sévigné avait pour lui de grands égards; il fut la -seule personne à laquelle elle permit de faire copier le portrait de sa -fille, peint par Mignard[183]: elle avait refusé _rabutinement_, comme -elle le dit, cette faveur à ses plus intimes amis, au _bel abbé_, -l'évêque de Carcassonne, à l'abbesse de Fontevrault, sÅ“ur de madame de -Montespan, enfin même à MADEMOISELLE[184]. Le chevalier de la Garde ne -put rien faire pour son cousin, le comte de Grignan; la riche pension de -18,000 livres dont il jouissait (36,000 fr.) fut supprimée, et il fut -presque entièrement ruiné[185]. - - [181] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, 2e édit., p. 129, - note 3. - - [182] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 mai, 24 juin, 8 juillet 1676), t. - IV, p. 299, 308, 378, édit. M.--_Ibid._ (4 décembre 1689), t. IX, - p. 238, édit. M. - - [183] Ce portrait, ou plutôt une copie de ce portrait, est dans - le Musée de Versailles; mais celui qui est à côté, entouré de - même d'une guirlande de fleurs, n'est pas le portrait de la - marquise de Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal), quoique indiqué - comme tel dans les catalogues. Voyez la note à la fin de notre 2e - partie. - - [184] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 août, 9 septembre 1675), t. IV, p. - 35, 89, édit. G.; t. III, p. 460, édit. M.--_Ibid._ (16 juillet - et 15 août 1677), t. V, p. 286, 287, 349, édit. G.--_Ibid._, t. - V, p. 133 et 188, édit. M. - - [185] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 et 28 décembre 1689), t. IX, p. 267, - 274.--(8 janvier 1690), t. IX, p. 297, édit. M. - -A toutes ces personnes que le mariage de mademoiselle de Sévigné avec le -comte de Grignan avait placées dans des rapports de famille et d'intimité -tant avec elle qu'avec madame de Sévigné, il faut joindre la marquise du -Puy du Fou, mère de la seconde femme du comte de Grignan[186]. Elle avait -peu d'esprit, mais sa bonté la faisait chérir. Comme elle demeurait à -Paris, madame de Sévigné la voyait souvent, et même la recherchait, à -cause de l'attachement qu'elle avait conservé pour celui qui avait été -son gendre, et de l'amitié qu'elle avait pour madame de Grignan. Madame -de Sévigné passait des heures entières avec madame du Puy du Fou, et lui -confiait sa petite-fille Marie-Blanche, et madame du Puy du Fou en avait -soin comme de son propre enfant[187]. - - [186] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, t. III, p. 128, note - 5, et p. 140. - - [187] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars, 8 et 13 mai 1671), t. I, p. - 373; t. II, p. 63 et 72, édit. G.--_Ibid._ (14 mars 1696), t. XI, - p. 284, édit. G. - -Les Simiane étaient aussi cousins des Grignan[188]; et, parmi les -nouvelles connaissances que son séjour en Provence procura à madame de -Grignan, on remarque la marquise de Simiane, dont le fils épousa celle à -qui nous devons la publication des _Lettres_. Madame de Sévigné avait eu -occasion de rencontrer dans le monde madame de Simiane, et elle félicite -sa fille d'avoir en elle une compagnie agréable[189]. Elle fait l'éloge -de son amabilité, mais elle ne lui reconnaît pas une excellente tête; -elle la blâme de vouloir se séparer de son mari, à cause des fréquentes -infidélités qu'il lui faisait, ajoutant assez lestement: «Quelle folie! -Je lui aurais conseillé de faire quitte à quitte avec lui[190].» - - [188] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, 2e édit., p. 130, - note 4, p. 129, note 2. - - [189] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juin 1671), t. II, p. 115, édit. G.; - t. II, p. 96, édit. M. - - [190] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 mai, 12 août 1676), t. IV, p. 430; t. - V, p. 70, édit. G.; t. IV, p. 289 et 419, édit. M.--(18 novembre - 1695), t. IX, p. 237. - -La maison de madame de Grignan se composait d'un nombreux personnel, -conforme au rang qu'elle tenait en Provence; et ceux qui en faisaient -partie paraissent avoir été bien choisis pour la soulager dans les -devoirs qu'elle avait à remplir, et la distraire de ce qu'ils pouvaient -avoir de pénible. Deux femmes de chambre étaient attachées à son service; -et l'une d'elles, nommée Deville, fille de son maître d'hôtel[191], en -savait assez pour l'aider, et, au besoin, pour la suppléer dans ses -correspondances. Une demoiselle de Montgobert, pieuse mais enjouée, d'un -esprit original, plaisait beaucoup à madame de Sévigné[192]; elle était -demoiselle de compagnie; et Ripert[193], l'intendant des Grignan, était -un homme d'esprit et d'une société agréable: il avait sa chambre au -château de Grignan, à côté de celle des deux pages[194]. - - [191] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mai, 21 juin 1671), t. II, p. 62, - édit. G., et p. 15 de la lettre du 21 juin, rétablie, 1826, - in-8º.--_Ibid._ (5 juin et 8 juillet 1671), t. II, p. 126, 131, - édit. G. L'autre femme de chambre se nommait Cateau. M. de - Grignan, en la mariant, en fit une nourrice. - - [192] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars, 4 avril 1671), t. I, p. 382; - t. II, p. 5, édit. G.--(6 octobre 1675), t. IV, p. 20, édit. M.; - t. IV, p. 31, édit. G.--(23 février 1676), t. IV, p. 348, édit. - G.--(14 juin 1677), t. V, p. 91, édit. M.--(11 octobre 1679), t. - V, p. 459, édit. M.--(14 février 1680), t. VI, p. 160.--(10 - juillet 1680), t. VI, p. 370.--(17 juillet 1680), t. VI, p. - 376.--(18 août 1680), t. VI, p. 422.--(8 septembre 1680), t. VI, - p. 450.--(30 octobre 1680), t. VII, p. 20, 23, 33. - - [193] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 326 et 465, et - SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mars 1671, 26 juillet 1675), t. I, p. 38 - et 39 de l'édit. de la Haye, p. 379 et 380, édit. G. - - [194] _Inventaire des papiers Simiane_, Mss. de la Bibliothèque - royale. _Inventaire des meubles de la maison de Grignan, dressé - le 27 novembre 1672._--La chambre de M. d'Uzès était près de - celle de mademoiselle de Montgoubert (_sic_). - -Madame de Sévigné instruisait avec grand soin madame de Grignan des -variations de la mode. Elle savait que sa fille, par sa beauté et par son -rang, avait en Provence le privilége d'être le patron sur lequel les -femmes se réglaient[195]; et c'est à la cour de Louis XIV qu'alors la -mode avait, pour toute l'Europe, établi le siége de son empire. Les -lettres de madame de Sévigné fourniraient d'exacts et nombreux détails à -celui qui voudrait nous retracer les lois absolues et les bizarres -volontés de cette capricieuse reine du monde élégant. C'est surtout -lorsqu'elle était à Aix[196], que madame de Grignan avait ses plus -fréquentes réunions et étalait le plus de luxe. Madame de Sévigné faisait -fréquemment à sa fille des cadeaux de modes nouvelles, et lui envoyait -des cravates, des éventails, et autres petits objets; mais madame de -Grignan ayant écrit à sa mère qu'elle se proposait de se faire peindre et -de lui faire présent de son portrait, madame de Sévigné lui envoya un -tour de perles de douze mille écus, acheté à la vente de l'ambassadeur de -Venise. Elle lui écrivait en même temps: «On l'a admiré ici: si vous -l'approuvez, qu'il ne vous tienne point au cou; il sera suivi de quelques -autres[197].» - - [195] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 juin 1671), p. 10 et 11 de la lettre - rétablie, 1826, in-8º. - - [196] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mars, 4 avril, 19 et 30 août), t. I, - p. 382; t. II, p. 2, 5, 192, 211, édit. G. - - [197] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 414, édit. G.; - t. II, p. 352, édit. M. - -Cependant, même à Aix, madame de Grignan pouvait se soustraire au monde -et à la dissipation; et elle n'y manquait pas aux époques où la religion -lui en faisait un devoir. Elle se retirait alors dans le couvent des -sÅ“urs de Sainte-Marie, où par un privilége spécial, et à cause de son -aïeule la bienheureuse Chantal, elle était admise temporairement sur le -pied de religieuse, et avait sa cellule particulière[198]. - - [198] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 avril 1671), t. II, p. 6, édit. G.; - t. II, p. 5, édit. M. - -Le séjour de madame de Grignan chez les sÅ“urs de Sainte-Marie n'était -jamais bien long, et n'avait lieu qu'à de grands intervalles. Cette -existence calme et reposée pouvait lui plaire pendant quelques jours, par -son contraste avec l'agitation de sa vie habituelle; mais elle n'avait -pas, comme sa mère, le goût de la retraite et de la campagne, les -rêveries d'une âme profondément émue, les palpitations d'un cÅ“ur avide -de tendresse et d'amour. Ces troubles intérieurs, qui étaient à la fois -pour madame de Sévigné une source intarissable de jouissances et de -tourments, lui étaient inconnus. Elle savait que sa réputation de beauté, -de savoir, de raison, de prudence, s'était accrue à la cour depuis son -départ, et par son année de séjour en Provence[199]. Le rang qu'elle -tenait dans ce pays flattait son orgueil: là , peut-être, elle se -félicitait de n'être pas éclipsée par sa mère comme à Versailles, comme à -Paris. C'eût été pour elle déchoir que de cesser d'être la première, que -de se retrouver sur un degré d'infériorité ou même d'égalité. M. de -Grignan ne pensait pas ainsi: il aurait mieux aimé être auprès du -monarque, que d'avoir l'honneur de le représenter dans une province -lointaine; les peines et les soins du gouvernement lui étaient à charge. -Ayant appris que le maréchal de Bellefonds voulait quitter sa place de -premier maître d'hôtel du roi, il était disposé à acquérir cette charge; -mais madame de Grignan s'y opposa, et le fit rester en Provence. On peut -juger combien cette résolution affligea sa mère, qui n'osa s'en plaindre -que bien doucement. «Ma chère enfant, lui dit-elle, cette grande paresse -de ne vouloir pas seulement sortir un moment d'où vous êtes, me blesse le -cÅ“ur. Je trouve les pensées de M. de Grignan bien plus raisonnables. -Celle qu'il avait pour la charge du maréchal de Bellefonds, en cas qu'il -l'eût quittée, était tout à fait de mon goût; vous aurez vu comme la -chose a tourné: mais j'aimerais assez que le désir de vous rapprocher ne -vous quittât point quand il arrive des occasions; et M. d'Uzès aurait -fort bonne grâce à témoigner au roi qu'il est impossible de le servir si -loin de sa personne sans beaucoup de chagrin, surtout quand on a passé la -plus grande partie de sa vie auprès de lui[200].» - - [199] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 janvier 1672), t. II, p. 366. - - [200] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 janvier 1672), t. II, p. 362. - Conférez _id._ (13 janvier 1672), t. II, p. 341, 343, édit. G.; - t. II, p. 282, édit. M. - - - - -CHAPITRE III. - -1671-1672. - - Madame de Sévigné quitte les Rochers, et retourne à Paris.--Elle y - prend un nouveau logement.--Elle désirait revenir à Paris pour être - utile à son gendre.--Ce qu'était l'administration des provinces sous - Louis XIV.--L'évêque de Marseille, Janson, cherche à desservir M. de - Grignan. Le marquis de Charost le défend.--Les affaires des états de - Provence se terminent bien.--Louis XIV se prépare à la guerre contre - les Hollandais, et ne semble occupé que des choses de la paix.--Dans - cette persuasion, Boileau écrit son _Discours au roi_.--Négociations - de Louis XIV.--Il accorde sa confiance à Condé.--Fête donnée, à - Chantilly, au roi et à toute sa cour.--Création de l'Académie - d'architecture.--Le roi propose un prix pour l'invention d'un - nouvel ordre d'architecture, qui serait nommé l'_ordre - français_.--Nouvelles constructions à Versailles, à Compiègne, à - Fontainebleau.--On joue _la Comtesse d'Escarbagnas_ et _Psyché_.--La - Fontaine publie un nouveau Recueil de fables et un nouveau Recueil - de contes et de poésies diverses.--Ouverture du jubilé.--Le roi - touche 1,200 malades.--Publication de _Poésies chrétiennes et - diverses_.--Belle ode de Pomponne qui s'y trouve insérée.--Molière - fait jouer _les Femmes savantes_.--Effet produit par cette - pièce.--Elle anéantit la réputation de Cotin et le règne des - _précieuses_.--De leur heureuse influence sur les mÅ“urs et sur la - littérature.--Julie d'Angennes n'existait plus lors de la première - représentation des _Femmes savantes_.--Son admirable conduite et son - courage.--Elle devient dame d'honneur de la reine.--Ses remords, ses - chagrins à la cour.--Un fantôme lui apparaît.--Elle tombe malade, - et meurt.--Madame de Richelieu est nommée à sa place dame - d'honneur.--Ce que dit madame de Sévigné de cette nomination, - attribuée à l'influence de madame Scarron sur madame de - Montespan.--Madame de Sévigné soupe souvent avec madame - Scarron.--Conduite de celle-ci.--Ses entretiens avec madame de - Montespan déplaisent au roi.--Ses sentiments, et conduite de madame - de Montespan en matière de religion.--Madame Scarron, d'après - l'ordre du roi, se charge d'élever les enfants qu'il aura avec - madame de Montespan.--Conduite admirable de madame Scarron.--Les - enfants que le roi a eus de madame de Montespan lui inspirent une - grande tendresse.--Le roi augmente sa pension.--Il lui donne un - carrosse et des gens, et l'appelle à la cour pour rester auprès des - enfants de madame de Montespan. - - -Décembre commençait; le froid était piquant; mais le ciel était bleu, et -la lumière du soleil éclatait sur les bois dépouillés de verdure de la -vaste campagne des Rochers, lorsque madame de Sévigné quitta sa solitude -avec un regret dont elle était, disait-elle, épouvantée[201]. Elle se mit -en route avec deux calèches attelées chacune de quatre chevaux, pour elle -et sa suite; et afin d'éviter le mauvais pavé de Laval, elle prit d'abord -la route de Cossé, alla coucher chez une parente de madame de Grignan, à -Loresse, château situé dans la commune de Montjean. Le second jour de son -voyage, elle coucha à Meslay; le troisième, à Malicorne, chez la marquise -de Lavardin. En faisant ainsi environ dix lieues par jour, elle se trouva -le dixième jour transportée à Paris, satisfaite de s'être rapprochée de -sa fille, et ayant pris la résolution d'aller la rejoindre aussitôt que -les frimas de l'hiver auraient disparu, et que le retour de la belle -saison lui permettrait d'entreprendre ce long voyage. - - [201] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9, 13, 18 décembre 1671), t. II, p. - 307, 309, 313, édit. G.; t. II, p. 260, 261, 264, édit. M. - -Elle avait quitté, après le mariage de sa fille, le logement qu'elle -occupait à Paris rue du Temple, et transporté son domicile rue de -Thorigny, où elle ne devait pas rester longtemps; car, tandis qu'elle -était encore aux Rochers, des ordres avaient été donnés par elle de -louer, rue Sainte-Anastase, une autre maison près de celle du comte et de -la comtesse de Guitaut[202]. - - [202] Conférez t. I, p. 2, de la 1re partie de ces _Mémoires_. - -On sait que le château d'Époisses en Bourgogne, qui appartenait au comte -de Guitaut, n'était pas éloigné de Bourbilly, terre de madame de Sévigné. -Aussi dit-elle, en écrivant alors au comte de Guitaut, qu'il est de sa -destinée d'être partout sa voisine[203]. Madame de Sévigné, aidée de son -oncle Saint-Aubin, employa une partie de l'hiver à faire arranger sa -nouvelle demeure, fort rapprochée de celle qu'elle habitait, et elle y -coucha pour la première fois le 7 mai 1672[204]. Elle y avait fait -préparer un appartement pour sa fille et pour son gendre, et, quoique -petite, cette maison lui suffisait; elle s'y trouvait commodément et -agréablement[205]. Nous dirons comment depuis elle changea encore de -logement, et occupa le bel hôtel Carnavalet[206]. Mais il est remarquable -que, malgré son intime liaison avec madame de la Fayette et le duc de la -Rochefoucauld, qui l'appelait si souvent à l'autre extrémité de la ville, -elle ne quitta jamais le Marais ou le quartier du Temple et le quartier -Saint-Antoine; et, dans ses divers changements, elle se rapprocha de plus -en plus de la place Royale, où elle était née. Elle y trouvait -l'avantage d'être près de toutes les connaissances de sa jeunesse, qui -furent aussi les mêmes que celles de son âge avancé. Elle pouvait -fréquenter toujours les mêmes églises, les Minimes, l'église Saint-Paul, -celle des Jésuites, le couvent des Filles de Sainte-Marie du faubourg -Saint-Antoine, dont les religieuses étaient ses bonnes amies, et qui -avaient parmi elles sa nièce Diane-Charlotte, la fille aînée du comte de -Bussy, dont l'esprit la charmait, dont la piété lui faisait envie[207]. - - [203] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (décembre 1671, au comte de Guitaut), t. - II, p. 307, édit. G. - - [204] _Ibid._ (4 et 6 mai 1672), t. III, p. 5 et 12, édit. G.; t. - II, p. 420 et 425, édit. M. - - [205] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mai 1672), t. III, p. 16, édit. G.; - t. II, p. 429, édit. M. - - [206] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16, 19, 21 et 29 septembre 1677; 7, 15, - 20, 27 octobre 1677). - - [207] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 et 24 mai 1671), t. II, p. 73 et 75, - édit. G.; t. II, p. 61 et 63, édit. M.--Sur Diane-Charlotte, - conférez une lettre de mademoiselle Dupré à Bussy, en date du 1er - juillet 1670, et la réponse de Bussy du 10 juillet, dans BUSSY, - _Lettres_, t. V, p. 163 et 166. - -Un motif plus puissant que celui de se rapprocher de sa fille avait -engagé madame de Sévigné à quitter les Rochers: c'était les services -qu'elle pouvait rendre à son gendre depuis que Pomponne avait été nommé -ministre. Lorsqu'elle revint à Paris, les états de Bretagne étaient -depuis longtemps terminés; mais il n'en était pas de même de ceux de -Provence: ouverts à Lambesc au mois de septembre, ils se prolongèrent -jusqu'en janvier 1672[208]. Ainsi que nous l'avons dit, madame de Sévigné -aida puissamment à ce que le lieutenant général gouverneur ne fût pas -contraint de s'aliéner la population de la Provence en déployant contre -ses représentants les rigueurs du pouvoir; aussi M. de Grignan -appelait-il sa belle-mère son _petit ministre_[209]. Louis XIV -travaillait alors à régulariser l'administration de son royaume; et -comme les efforts des provinces, des villes et des départements pour -conserver ce que la hache de Richelieu n'avait pu abattre de leurs -priviléges et de leurs libertés, faisaient obstacle aux ordonnances du -monarque absolu, il mettait tous ses soins à les anéantir ou à les -comprimer. Ce fut surtout durant le cours des années 1671 et 1672 qu'il -obtint les plus grands résultats[210]. Ce que le comte de Grignan faisait -en Provence, le duc de Chaulnes l'exécutait en Bretagne, le prince de -Condé en Bourgogne[211], le duc de Verneuil[212] en Languedoc. Les -députés des états de cette dernière province avaient décidé qu'à l'avenir -on commencerait les délibérations dans un ordre inverse de celui qui -avait été en usage jusqu'alors; c'est-à -dire qu'on voterait d'abord les -subsides, ou les dons gratuits à offrir au roi, avant de s'occuper des -affaires particulières de la province[213]. Une telle résolution enlevait -nécessairement à l'assemblée des états tout moyen de résister aux -exigences de l'autorité. Aussi cette mesure fut-elle bien accueillie par -Louis XIV, et on s'en entretenait beaucoup à la cour. Sur quoi madame de -Sévigné raconte à sa fille l'anecdote suivante: «L'autre jour, on -parlait, devant le roi, de Languedoc et puis de Provence, et puis enfin -de M. de Grignan, et on en disait beaucoup de bien: M. de Janson -[l'évêque de Marseille] en dit aussi; et puis il parla de sa paresse -naturelle: là -dessus le marquis de Charost[214] le releva de sentinelle -d'un très-bon ton, et lui dit: «Monsieur, M. de Grignan n'est point -paresseux quand il est question du service du roi, et personne ne peut -mieux faire qu'il a fait dans cette dernière assemblée: j'en suis fort -bien instruit.» Voilà de ces gens que je trouve toujours qu'il faut aimer -et instruire[215].» - - [208] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 440 et 441. - - [209] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 février 1672), t. II, p. 392, édit. - G.; t. II, p. 333, édit. M.--Voyez l'_Abrégé des délibérations de - l'assemblée générale des états de Provence_; Aix, chez Charles - David, 1672, in-4º, p. 29 et 36. Le roi demandait 600,000 fr. de - dons gratuits, on n'en voulait offrir que 400,000; on composa, et - l'on vota 500,000 fr. - - [210] ALEXANDRE THOMAS, _Une province sous Louis XIV_; 1844, - in-8º, p. 40, 61, 63, 66, 70, 376, 387. - - [211] _Ibid._, p. 399 et 405. - - [212] Il était prince du sang, oncle du roi. Le marquis de - Castries était lieutenant général. - - [213] Baron TROUVÉ, _Essais historiques sur les états généraux du - Languedoc_, 1818, in-4º, p. 183 et 184. - - [214] Charost était gendre de Fouquet. - - [215] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 février 1672), t. II, p. 390, édit. - G.; t. II, p. 331, édit. M. - -Madame de Sévigné était d'autant plus heureuse de l'issue favorable des -affaires de Provence, qu'elle avait longtemps craint des résultats tout -différents. Elle était naturellement enchantée de Louis XIV et de ses -ministres, qui se montraient satisfaits des services de son gendre. Elle -écrivait à sa fille: «J'ai tremblé depuis les pieds jusqu'à la tête; je -croyais que tout fût perdu: il se trouve que vous avez attendu votre -courrier, et que vous avez bu à la santé du roi votre maître. J'ai -respiré, et approuvé votre zèle. En vérité, on ne saurait trop louer le -roi: il s'est perfectionné depuis un an. Les poëtes ont commencé à la -cour; mais j'aime bien autant la prose, depuis que tout le monde en sait -faire pour conter et chanter ses louanges[216].» - - [216] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 janvier 1672), t. II, p. 363. - -En effet, depuis la paix d'Aix-la-Chapelle[217], Louis XIV semblait avoir -renoncé aux projets ambitieux qu'il avait manifestés dans les -commencements de son règne; et c'est alors qu'il négociait pour rompre -l'alliance qu'avaient contractée entre elles la Hollande, l'Angleterre et -la Suède[218], qu'il s'apprêtait à punir l'ingratitude et l'orgueil des -Hollandais, tandis qu'on le croyait uniquement occupé des soins du -gouvernement, de la prospérité de son royaume, des embellissements de -Versailles et des plaisirs de sa cour[219]. - - [217] _Recueil des principaux traités de paix faits et conclus - pendant ce siècle_; Luxembourg, 1698, in-12. _Préliminaires des - traités faits entre les rois de France et toutes les provinces de - l'Europe_; 1692, in-12, p. 296. - - [218] MIGNET, _Négociations relatives à la succession d'Espagne - sous Louis XIV_, t. IV, p. 5. - - [219] BERRIAT SAINT-PRIX, édition des _OEuvres de Boileau_, 1830, - in-8º, t. I, p. CXXXIV, no 24, et CXLI, no 28; et t. II, p. 9 et - 23. - -Ce fut sous l'inspiration de cette croyance générale que Boileau écrivit -son _Épître au roi_, à laquelle madame de Sévigné fait principalement -allusion, parce que cette épître, d'abord publiée séparément en 1670, le -fut de nouveau au commencement de 1672, peu de temps avant que la guerre -fût déclarée; et quoique le poëte eût opposé la sagesse pacifique du roi -de France à la folie des monarques conquérants, les éloges donnés dans -ses vers pleins de force, de grâce et de finesse, furent d'autant mieux -accueillis, que Louis XIV craignait de voir toute l'Europe se soulever -pour s'opposer à ses envahissements, et qu'il désirait persuader aux -peuples et aux gouvernements qu'il n'armait que parce qu'il y était -contraint pour sa sûreté et celle des autres États monarchiques, menacés -par une république insolente; que tous ses vÅ“ux tendaient à conclure une -paix durable. - -Pomponne et Courtin en Suède, le chevalier de Gémonville à Vienne, le -marquis de Ruvigny et Colbert de Croisy à Londres, le marquis de Villars -et Bonzy, archevêque de Toulouse, à Madrid, conduisirent les négociations -qui précédèrent cette guerre avec une activité et une habileté -admirables. Ce ne fut que lorsque Louis XIV, par des traités -secrets[220], eut détaché de la Hollande tous les États qui avaient -intérêt à la soutenir, qu'il eut obtenu le concours des uns et la -neutralité des autres, qu'il fit connaître ses desseins[221]. Les -préparatifs des armements faits par lui, par son ministre Louvois, par -Turenne, par Condé furent dissimulés avec le même soin, enveloppés du -même mystère. Avant d'arrêter son plan de campagne, il ordonna à Louvois -de le soumettre par écrit au prince de Condé, et voulut avoir l'avis de -ce grand capitaine. Pour qu'il ne fût pas distrait de l'important travail -qu'il lui confiait, le roi avait permis au duc d'Enghien de suppléer son -père comme gouverneur de la Bourgogne[222], ce qui était une manière de -lui assurer la survivance de cette place importante. Pour mieux divulguer -la faveur que Condé avait acquise auprès de lui, Louis XIV accepta des -fêtes que ce prince lui offrit à Chantilly. Le roi se rendit en ce lieu -le 23 avril 1671; il était accompagné de la reine et de MONSIEUR. La fête -dura deux jours, et, comme presque toutes les fêtes de Chantilly, -celle-ci consista en divertissements de chasse, de pêche, en -illuminations et en repas dans la forêt[223]. Cette forêt, mieux que -celles de Fontainebleau et de Compiègne, mieux que les bois de -Versailles, se prêtait à une heureuse alliance des gracieuses beautés de -la nature avec les surprises et les magnificences de l'art. Le duc -d'Enghien fut le principal ordonnateur des féeries de ces deux journées. -C'est à lui que ce magnifique domaine devait ses derniers -embellissements[224], et il montra dès lors ce goût, cette activité, -cette prévoyance, cet esprit ingénieux dont il donna depuis tant de -preuves dans de semblables circonstances[225]. - - [220] MIGNET, _Négociations_, in-4º, t. III, p. 258 (Traité - secret entre Charles II et Louis XIV, 21 octobre et 31 décembre - 1670); t. III, p. 291 (Traité entre le duc de Brunswick, 10 - juillet 1671); t. III, p. 365 et 374 (Traité avec la Suède, le 14 - avril 1671). Courtin appelle les Suédois les Gascons du Nord. - - [221] MIGNET, _Négociations_, t. III, p. 666. - - [222] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 478 (Lettres du roi au duc - d'Enghien, 24 mai 1671). - - [223] _Recueil de gazettes nouvelles, ordinaires et - extraordinaires_; Paris, 1672, in-4º, p. 437, no 54. Gazette du 8 - mai 1671.--_Histoire de la monarchie françoise sous le règne de - Louis le Grand_, quatrième édition; Paris, 1697, t. II, p. 71. - - [224] Il avait créé le petit parc. Voyez _Recueil des gazettes_ - (8 mai 1671), p. 458, et GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 436. - - [225] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, et une note dans - notre édition de la Bruyère, p. 658. - -Cette fête, qui coûta 360,000 livres, fut assombrie par le suicide de -Vatel, qui se crut déshonoré parce que le rôti manqua à quelques tables -et que le poisson n'arrivait pas en assez grande quantité[226]. Quant à -Louis XIV, il ne donna point de fêtes dans l'année qui précéda l'invasion -de la Hollande: d'autres pensées l'occupaient, et les besoins de la -guerre prescrivaient de l'économie dans les dépenses. Cependant il -faisait travailler les artistes, et surtout les sculpteurs, pour -l'embellissement de Versailles; il allait les visiter dans leurs -ateliers[227]. Il voulut loger plus grandement les soldats infirmes, dont -les guerres avaient augmenté le nombre. Il commença donc à faire -construire l'édifice qu'on voulait appeler l'hôtel de Mars, et qui fut -depuis l'hôtel des Invalides, quand il eut été terminé et richement -doté[228]. Louis XIV créa, vers la fin de l'année 1671, une académie -d'architecture; et, par une pensée qui manifestait plus son patriotisme -qu'un goût éclairé de l'art, il promit de donner en prix son portrait, -enrichi de diamants, à l'inventeur d'un nouvel ordre d'architecture qui -serait nommé l'_ordre français_; et il fit insérer le programme de ce -prix dans la _Gazette_[229]. - - [226] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 et 26 avril 1671), t. II, p. 40 à - 44, édit. G.; t. II, p. 33 à 36, édit. M.--GOURVILLE, _Mémoires_, - t. LII, p. 436. - - [227] _Recueil des gazettes nouvelles et extraordinaires_; Paris, - 1672, in-4º, p. 71. (11 janvier. Le roi va aux Gobelins voir les - dessins de le Brun et les statues que Regnauldin exécutait pour - Versailles.) - - [228] _Histoire de l'hôtel royal des Invalides_; 1736, in-folio, - p. 6 et 7. - - [229] _Recueil des gazettes nouvelles_, p. 1100 (14 novembre - 1671). - -Il avait fait achever le palais des Tuileries; et la salle de spectacle -qu'il avait ordonné d'y construire servit, cette année, aux -représentations de _Psyché_. Il est remarquable que, pendant tout le -cours de ce règne, on ne joua dans cette salle que ce seul opéra, et -seulement cette année[230]. Soit que Louis XIV, pour la pompe et la -magnificence de sa cour, se trouvât trop peu séparé de la foule, et gêné -dans la populeuse ville de Paris; soit qu'il y fût désagréablement -poursuivi par le souvenir de la Fronde, presque tous les actes émanés de -lui sont, à l'époque où nous sommes parvenus, datés de Saint-Germain en -Laye, de Versailles et de Fontainebleau. C'est à Saint-Germain en Laye -qu'à la fin de l'année on joua _la Comtesse d'Escarbagnas_. En même temps -que Molière, dans cette pièce, amusait la cour par les ridicules de la -province, il faisait rire Paris par la farce bouffonne et spirituelle des -_Fourberies de Scapin_. Quoique _Psyché_ eût été imprimée sous le nom -seul de Molière, et même vendue à son profit[231], on était averti qu'il -n'avait eu qu'une très-faible part à cette pièce, mise en musique par -Lulli, et presque entièrement versifiée en quinze jours[232] par Quinault -et par le grand Corneille, qui dans cette circonstance, à l'âge de -soixante-cinq ans, écrivit les vers les plus gracieux et les plus -passionnés qui soient sortis de sa plume[233]. - - [230] Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre françois_, t. XI, - p. 121-125, et p. 174 et 178. - - [231] _Psiché_ (sic), _tragédie-ballet_, par L.-B.-P. MOLIÈRE; et - se vend chez l'auteur à Paris, 1671. - - [232] _Psiché_; Paris, 1671, p. 1 de l'avis au libraire. - - [233] _Psiché, tragédie-ballet_; Paris, 1671, acte III, scène - III, p. 45 et 51. - -Cette fable de Psyché, la plus ingénieuse de toutes celles que -l'antiquité nous a transmises, avait surtout été mise en vogue par le -roman de la Fontaine. On admirait moins alors la prose élégante et facile -de ce roman que les vers trop dédaignés depuis qu'il y a insérés pour -décrire les prestiges de Versailles, et qui lui valurent l'honneur de -présenter au roi sa nouvelle production[234]. Cette Å“uvre singulière, -originale par la conception et l'exécution, contenait sur la littérature -des dialogues pleins de goût et de sagacité: digressions qui tenaient -d'ailleurs aussi peu au sujet principal du roman que les descriptions en -vers des jardins de Versailles, où toute la cour se transportait -souvent[235]. Mais ce qui, dans cette même année 1671, recommandait, plus -encore que les représentations de _Psyché_, le nom de la Fontaine à la -jeune génération et à celle qui l'avait précédée, c'est qu'il venait de -publier deux recueils, tous deux avec privilége du roi, que les plus -obséquieux courtisans comme les dames les mieux famées ne se faisaient -pas scrupule de lire et de louer. L'un était un recueil de _fables -nouvelles_, avec des poésies amoureuses et autres en faveur de Fouquet et -des personnes qu'il recevait à Vaux[236]. Ce volume contenait aussi la -description de Vaux, plus gracieuse, plus poétique encore que celle de -Versailles. L'autre recueil était une troisième partie de _contes_ au -moins égaux, peut-être supérieurs en agréments poétiques aux deux -premières, qui avaient valu tant de célébrité à l'auteur. Madame de -Sévigné envoya ces volumes à sa fille[237]; elle-même les lut avec -délices. Ce n'étaient pas les seules productions où les poëtes et les -beaux esprits se jouaient de ce qu'une certaine portion de la société de -ce temps considérait comme trop respectable pour être en butte à de -telles licences: alors que Boileau donnait tant de louanges au roi, il -prenait pour sujet d'un poëme qui est l'Å“uvre la plus achevée de sa muse -la satire des chanoines de la Sainte-Chapelle de Paris; et, par les -lectures qu'il en faisait alors chez M. de Lamoignon, ses vers, retenus -dans la mémoire de ceux qui y avaient assisté, étaient connus avant -d'être publiés[238]. - - [234] _Les Amours de Psiché_ (sic) _et de Cupidon_, par M. DE LA - FONTAINE; Paris, 1669, in-8º et in-12.--_Histoire de la vie et - des ouvrages de la Fontaine_, troisième édition, 1824, in-8º, p. - 200. - - [235] Le 12 septembre 1671, le roi donne à Versailles un - divertissement, et on y joue la comédie. Voyez _Recueil des - gazettes_, p. 904. - - [236] _Fables nouvelles et autres poésies de M._ DE LA FONTAINE; - Paris, 1671.--_Contes et Nouvelles_ en vers, par M. DE LA - FONTAINE; Paris, 1671. Le privilége du roi dit: «Achevé - d'imprimer le 27e jour de janvier 1671.» - - [237] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars, 27 avril 1671; 9 mars 1672), - t. I, p. 190; t. II, p. 140, 349 et 352, édit. M. - - [238] Voyez Berriat Saint-Prix, _OEuvres de Boileau_, t. I, p. - CXLI des Notices bibliographiques. - -Cependant, cette même année 1671, l'ouverture d'un jubilé eut lieu dans -la cathédrale de Paris le 23 mars, et, le 28 du même mois, le roi -communia publiquement à l'église des Récollets, où il fit une station. -Là , ayant à ses côtés le Dauphin et Bossuet, il toucha plus de douze -cents malades qui se présentèrent avec l'espoir d'être guéris des humeurs -froides par l'influence surnaturelle du descendant de saint Louis[239]. - - [239] Gazettes des 23 et 28 mars 1671, p. 315 et 339. Le jubilé - fut terminé le 11 avril, p. 304. - -La préférence donnée en cette occasion par Louis XIV à l'église du -couvent des Récollets, une des moindres de Paris, pour un acte aussi -solennel, était due à ce que ces religieux étaient en possession de lui -fournir de zélés aumôniers pour ses armées[240]. - - [240] JAILLOT, _Recherches critiques, historiques et - topographiques sur la ville de Paris_, 1773, in-8º, t. II, - _quartier Saint-Martin des Champs_, p. 33 et 34. - -La littérature est toujours le reflet de l'époque qui la produit; et si -nous rappelons ces faits, c'est qu'ils nous font parfaitement connaître -les contrastes qu'offrait alors cette société française, joviale et -sérieuse, licencieuse et dévote, qui appréciait vivement la beauté des -chefs-d'Å“uvre des auteurs récents, sans avoir renoncé entièrement à ses -anciennes admirations pour ceux qui les avaient précédés. C'est ce que -démontre le succès qu'eut alors un _Recueil de poésies chrétiennes et -diverses_[241], en trois volumes, recueil formé par Loménie de Brienne et -quelques-uns des solitaires de Port-Royal, qui eurent la singulière idée, -pour en hâter le débit, de le publier sous le nom célèbre et populaire -de l'auteur des _Contes_ et des _Fables_. Il est vrai que, pour que le -titre de ce recueil ne fût pas tout à fait une fable, on fit composer par -le complaisant la Fontaine une nouvelle paraphrase en vers du psaume -XVII, _Diligam te, Domine_[242], et l'épître dédicatoire au prince de -Conti. Ce recueil renfermait un choix des poésies de tous les auteurs -depuis Henri IV jusqu'aux plus récents, et semblait surtout calculé pour -remettre en honneur les poëtes qui avaient fréquenté l'hôtel de -Rambouillet, ou acquis, durant la fin du règne de Louis XIII et la -minorité de Louis XIV, une grande célébrité. - - [241] _Recueil de poésies chrétiennes et diverses_, par M. DE LA - FONTAINE; 1671, in-12, 3 vol. in-8º. Le premier volume seul porte - le titre de _Recueil de poésies chrétiennes et diverses_. Les - deux autres ont pour titre: _Recueil de poésies diverses_. Le - privilége du roi est accordé à l'imprimeur Pierre le Petit, qui y - déclare que le livre lui a été remis entre les mains par Lucie - Hélie de Brèves. Conférez, sur l'auteur ou les auteurs de ce - recueil, _Histoire de la vie et des ouvrages de_ LA FONTAINE, 3e - édit., p. 212.--BERRIAT SAINT-PRIX, édition Boileau, t. I, p. - CXXXIX.--MORERI, _Grand dictionnaire_, édit. 1759, p. 219. - - [242] _Recueil_, etc., t. I, p. 413 à 418. - -Ce n'était pas une des moindres singularités de ce recueil, d'y trouver, -au nombre des meilleures pièces, une _Ode à la Sagesse_[243], par M. de -Pomponne, nouvellement nommé ministre, et composée de strophes -harmonieuses sur l'ambition et la capricieuse instabilité de la fortune. -On lisait dans ces volumes des vers sur des sujets saints, par -mademoiselle de Scudéry et la Fontaine; puis après des vers sur des -sujets profanes, par le jeune Fléchier; enfin d'admirables morceaux de -Boileau, de Racine et de Corneille, placés entre ceux de Cassagne et de -l'abbé Cotin. C'est que le goût du public était encore partagé et -vacillant; c'est que la recherche dans les pensées, la fausse délicatesse -dans le langage, les subtilités du cÅ“ur, l'affectation du savoir -prévalaient dans les cercles et dans les réunions qui s'étaient formées à -l'imitation de celle de l'hôtel de Rambouillet, et que la lutte engagée -entre les auteurs, dans le commencement de ce règne, était toujours fort -animée. Dans les recueils de vers qu'on publiait en Hollande, on avait -soin, pour plaire aux diverses sortes de lecteurs, de mêler avec les -satires de Boileau des satires composées contre lui et contre -Molière[244]. - - [243] _Recueil de poésies diverses_, par M. DE LA FONTAINE; 1671, - in-12, t. II, p. 114 à 119. - - [244] _Recueil des contes du sieur de la Fontaine, les satires de - Boileau, et autres pièces curieuses_; Amsterdam, chez Jean - VenhÅ“ven, 1668, in-18, p. 226-240. Discours IX, X, XI et XII. - -C'est parce qu'il était fortement choqué de ce défaut de discernement en -matière littéraire que Boileau avait composé son _Art poétique_, de tous -ses ouvrages celui qui a le plus contribué à sa gloire et à celle de la -littérature française. Il en faisait à cette époque des lectures chez M. -de Lamoignon, le duc de la Rochefoucauld, le cardinal de Retz[245]. Il -gravait ainsi dans la mémoire de ses auditeurs, avant qu'elles fussent -publiées, les règles du goût et de l'_art d'écrire_; et comme il -corrigeait beaucoup ses vers, c'est de lui surtout qu'on a pu dire, -lorsqu'il vivait: «On récite déjà les vers qu'il fait encore.» - - [245] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 404, édit. G.; - t. II, p. 353, édit. M. L'_Art poétique_ ne fut publié que deux - ans après ces lectures, en 1674. - -Presque toutes les satires composées contre Boileau et contre Molière, -quoique paraissant sous le voile de l'anonyme, étaient attribuées à -l'abbé Cotin[246], conseiller et aumônier du roi. Cotin était admis dans -la société intime des duchesses de Rohan, de Nemours, de Longueville, -des ducs de Montausier et de St-Agnan. MADEMOISELLE l'honorait du nom de -son ancien, et elle avait amusé Louis XIV par la lecture de quelques-unes -de ses énigmes en sonnet. Il avait publié un grand nombre d'ouvrages en -vers[247] et en prose, dont plusieurs étaient à la louange du roi[248]; -pendant seize ans il avait, avec quelque succès, prêché le carême dans -différentes chaires de la capitale. Depuis seize ans il était de -l'Académie française, où Bossuet venait de se faire admettre, dont -Boileau n'était pas encore, lorsque Molière, qui n'en fut jamais, avec -une vérité qui ne laissait aucune prise au doute, avec une licence dont -on n'avait nul exemple, immola sur le théâtre, à la risée du public, cet -auteur si chéri des grandes princesses et des précieuses de la cour et de -la ville. Depuis lors, Cotin n'osa plus une seule fois monter dans la -chaire évangélique, ni faire imprimer une seule ligne; et le roi ayant -approuvé la nouvelle comédie, les belles dames, les courtisans et tous -ceux qui avaient coutume d'accueillir avec faveur le malheureux Cotin lui -tournèrent le dos. Il avait brillé; il fut rejeté dans la solitude et -l'obscurité la plus complète. Il méritait son sort: non qu'il fût -dépourvu de talent et de savoir, et que tous ses vers ressemblassent au -sonnet et au madrigal tant ridiculisés par le grand comique[249]; mais il -était tellement infatué de sa personne et de ses ouvrages, qu'il s'était -rendu insupportable, et qu'on vit avec plaisir humilier son sot et -insolent orgueil. Ménage, contre lequel Cotin avait écrit[250], était -joué aussi dans la nouvelle comédie, quoique avec moins d'évidence. Il -eut le bon esprit de se contenter du désaveu de Molière[251], et -applaudit, avec tout le public, la fameuse scène de _Trissotin_ et de -_Vadius_[252]. Madame de Sévigné avait, on se le rappelle, assisté à la -lecture que Molière fit de sa pièce des _Femmes savantes_ chez le duc de -la Rochefoucauld, avant la première représentation, et elle la trouva -fort plaisante[253]. Cependant, quoique dans cette pièce Molière eût eu -la précaution de placer ses personnages dans la classe bourgeoise, -c'était bien aux femmes et aux gens de lettres de la haute société et des -ruelles à la mode et à ceux qu'elles protégeaient que s'attaquait le -poëte. Ce n'était plus cette fois la burlesque imitation de modèles que -dans une humble préface, l'auteur faisait profession de respecter: il -exposait les modèles eux-mêmes à la risée de tous; il les bafouait sans -dissimulation et sans détours, sans chercher à excuser son impardonnable -témérité; non pas comme précédemment dans une farce en prose extravagante -et bouffonne, mais dans une comédie en vers, admirable par la conduite -des scènes, l'invention des caractères, la force et le comique du -dialogue. Le succès fut d'abord douteux, et cela devait être, puisque -l'auteur n'aspirait à rien moins qu'à rectifier les idées de cette partie -même du public dont dépendait ce succès; mais la raison et le bon goût -trouvèrent un appui dans l'approbation du monarque, flatté avec art dans -cette pièce. La révolution dans la société et dans les lettres, que _les -Précieuses ridicules_ avaient commencée, fut achevée par _les Femmes -savantes_, et fit cesser le règne des coteries qui s'étaient formées à -l'exemple des réunions de l'hôtel de Rambouillet. - - [246] Conférez Berriat Saint-Prix dans son édition de Boileau, t. - I, p. CCXIII et CCXIV. D'autres satires furent publiées par - Coras; puis vint la comédie de Boursault, par la suite les - satires de Perrault et d'autres. La critique désintéressée des - satires du temps, 1666, in-8º de 64 pages, est seule de COTIN. On - a eu tort de lui attribuer celle qui est intitulée: _Despréaux, - ou la satire des satires de Boileau_; 1660, petit in-12. - - [247] _OEuvres meslées de_ M. COTIN, _de l'Académie françoise, - contenant énigmes, odes, sonnets et épigrammes_, dédiées à - MADEMOISELLE, p. 1 de l'épître dédicatoire. - - [248] COTIN, dans la _Biographie universelle_, t. X, p. 69, ne - fait point mention de cet ouvrage. - - [249] MOLIÈRE, _Femmes savantes_, acte III, scène II, dans les - _OEuvres_, édit. 1682, t. VI, p. 141 à 147.--L'abbé COTIN, - _OEuvres galantes_; Paris, 1665, t. II, p. 512. - - [250] COTIN, _la Ménagerie_; 1666, in-12. - - [251] Les frères PARFAICT, t. XI, p. 208 à 224. Ces consciencieux - écrivains ont bien réuni tous les faits et tous les passages des - auteurs qui nous ont instruits des circonstances relatives à la - fameuse scène de Molière; mais ils ont eu tort de rapporter, - comme étant de Charpentier, une anecdote évidemment fausse, où - figure madame de Rambouillet, qui depuis six ans avait cessé de - vivre. Le _Carpenteriana_ est l'ouvrage d'un nommé Boscheron, et - ne mérite aucune confiance. - - [252] _Ménagiana_, 3e édition, 1715, in-12, t. III, p. 23. Ce - paragraphe ne se trouve que dans la 3e édition du _Ménagiana_, - qui contient beaucoup d'additions suspectes faites par la - Monnoye. La première édition (1692, in-8º) est la seule bonne, - parce qu'au moyen des signes qui accompagnent chaque paragraphe, - et de la liste des noms qui est à la suite de l'avertissement, - tous les paragraphes des auteurs qui ont contribué à ce curieux - recueil sont signés. Les passages relatifs à la première - représentation des _Précieuses ridicules_, et ceux où madame de - Sévigné est mentionnée, sont dans cette première édition, p. 278 - et p. 35 et 338. - - [253] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 370 et 470, - chap. XVIII. - -Il est bien vrai pourtant qu'avec raison madame de Rambouillet s'était -vantée d'avoir _débrutalisé_[254] la société française, et que cette -secte des _précieuses_, si discréditée depuis par celles qui s'y -affilièrent, était parvenue à ennoblir en France le rôle de la femme; à -l'entourer de cette respectueuse déférence qui faisait autrefois partie -du caractère national; à faire considérer en elle la pureté de l'âme, les -lumières de l'esprit, la délicatesse des sentiments, l'élégance des -manières et du langage comme les conditions nécessaires de l'attachement -qu'elles pouvaient inspirer. Ce sont les _précieuses_ qui, par le tact -exquis des convenances, par les promptes sympathies du cÅ“ur et de -l'esprit, ont assuré à leur sexe la prééminence dans ces cercles dont -l'attrait, bien mieux que les jouissances du luxe, avait fait de Paris, -pendant un siècle et demi, la capitale de l'Europe. La dictature des -femmes dans la société française avait passé dans les mÅ“urs, et y -subsistait longtemps après que le souvenir des _précieuses_, qui l'avait -fondée, eut été anéanti. Le titre dont elles se paraient ne rappela plus -que les travers auxquels l'exagération et le côté faux de leur doctrine -avaient donné naissance et dont notre grand comique a rendu le souvenir -impérissable. - - [254] _Débrutaliser_ est un verbe forgé par madame de - Rambouillet. Accueilli par Vaugelas, approuvé par Ménage, reçu - par Richelet dans son dictionnaire, il n'obtint jamais le - suffrage de l'Académie. Voyez MÉNAGE, _Observations sur la langue - françoise_; 1672, in-12, p. 328.--RICHELET, _Dictionnaire_, édit. - 1680, t. I, p. 212. - -La principale fondatrice de cette secte, la femme forte, la femme -vertueuse, la femme gracieuse qui avait le plus contribué à en assurer la -prééminence, ne connut point ce dernier chef-d'Å“uvre de Molière. Julie -d'Angennes, duchesse de Montausier, mourut, âgée de soixante-quatre ans, -le 15 novembre 1671, trois mois avant la première représentation des -_Femmes savantes_[255]. Julie d'Angennes, dont madame de Motteville a dit -qu'il était impossible de la connaître sans désirer de lui plaire[256], -n'avait pas en vain redouté de subir le joug du mariage, puisque après -avoir résisté pendant quatorze ans aux instances prolongées d'un homme -réputé pour sa vertu, elle eut à subir comme épouse l'humiliation d'une -tendresse partagée; puis les retours et les écarts successifs d'un cÅ“ur -trop scrupuleux pour ne pas se débattre dans ses chaînes et trop faible -pour les rompre[257]. Elle se fit adorer, dans la province, par ceux que -repoussaient l'humeur grondeuse et les formes sévères de son mari. -Lorsque, pendant la guerre civile de la Fronde, celui-ci eut été blessé, -et qu'une fièvre ardente mettait ses jours en danger, elle qui, dans ces -temps de trouble et de trahison, ne pouvait se fier à personne, prit en -main, sans hésiter, le gouvernement de la Saintonge et de l'Angoumois, -dont la défense avait été confiée au duc de Montausier[258]. Déjà -envahies par des troupes rebelles, les populations commençaient à se -révolter. Madame de Montausier, de la ruelle maritale qu'elle ne quittait -ni jour ni nuit, envoya des ordres et des instructions, qui furent si -bien donnés, si bien exécutés, qu'en peu de temps les soulèvements -cessèrent, et que les troupes hostiles à la cause royale furent -repoussées hors des limites de la province[259]. - - [255] _Recueil de gazettes_, 1672, in-4º, p. 1120 (Gazette du 21 - novembre 1671).--_Mémoires de M. le duc de Montausier_; - Amsterdam, 1731, t. II, p. 31.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 novembre - 1671), t. II, p. 292, édit. G.; t. II, p. 248, édit. M. - - [256] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XL, p. 156.--SEGRAIS, _OEuvres_, - 1765, t. I, p. 75 et 157. - - [257] _Mémoires de Montausier_, t. I, p. 46, 84, 136.--TALLEMANT - DES RÉAUX, 2e édit., 1840, in-12, t. III, p. 254; t. II, p. 252 - de l'édition in-8º. - - [258] Conférez la 1re partie de ces _Mémoires_, p. 447, seconde - édition, chap. XXXII. - - [259] _Mémoires de M. le duc de Montausier_, p. 135, 143 et 148. - -Lorsque madame de Montausier eut été nommée gouvernante des enfants de -France et dame d'honneur de la reine, tous ses moments furent absorbés -par les devoirs de ses places; et c'est alors que madame de Motteville -lui reproche d'être plus dévouée à l'estime publique qu'à l'estime -particulière[260]. Hélas! c'est qu'à cette cour dont elle faisait -partie, et où l'intérêt de son mari et de sa fille la forçait de rester, -sa vertu souffrait cruellement: elle y remplissait des fonctions qui la -rendaient journellement spectatrice de la vie intime du monarque; et, -dans une telle situation, elle sentait le besoin d'être protégée par -l'estime publique contre la crainte de perdre la sienne[261]. Elle avait -succédé, comme dame d'honneur de la reine, à la duchesse de Navailles, si -glorieusement chassée pour n'avoir pu tolérer les entrées nocturnes du -roi dans la chambre des filles, et avoir fait murer la porte par où il -venait. - - [260] MOTTEVILLE, t. XL, p. 156.--TALLEMANT DES RÉAUX, 2e - édition, in-12, t. III, p. 249. - - [261] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 116 et 117. - -Lorsque le roi s'éprit de madame de Montespan, madame de Montausier fut -en butte à d'odieux soupçons. La reine fut avertie de cette nouvelle -passion par une lettre anonyme, qui accusait madame de Montausier d'avoir -conduit cette intrigue[262]. On sut bientôt que l'auteur de cette lettre -était M. de Montespan. Il renouvela à madame de Montausier, chez laquelle -il s'était introduit sans être annoncé, l'accusation écrite, et il -l'accabla d'injures. Le noble cÅ“ur de Julie fut brisé par cet outrage. -Elle n'était pas encore remise de la douleur qu'il lui avait causée, -lorsqu'en se rendant dans la chambre de la reine, et par un couloir -obscur où en plein jour était allumé un flambeau, elle vit une grande -femme qui venait droit à elle: quand elle fut proche, le fantôme -disparut[263]. Proféra-t-il, comme on l'a depuis prétendu, des plaintes -ou des reproches? Il ne paraît pas qu'il en fut ainsi, puisque la frayeur -qu'avait causée à madame de Montausier cette mystérieuse apparition fut -telle, qu'elle ne put calmer son imagination et s'empêcher d'en parler à -tout le monde; et la vive impression qu'elle en ressentit subsistant -toujours, elle tomba malade. On fut obligé de la transporter à son hôtel -(l'hôtel de Rambouillet); là elle fut visitée par la reine et par toute -la cour, surtout par madame de Sévigné, qui, dans ses fréquentes -assiduités auprès du lit de madame de Montausier[264], observa avec -douleur les progrès du mal auquel elle devait succomber[265]. La gazette -officielle, en faisant connaître le jour du décès de cette femme tant -célébrée par les beaux esprits, dit qu'elle sera regrettée de toute la -France, comme elle l'est de la cour et de sa famille. Cette même gazette -ajoutait qu'un courrier avait été envoyé à Richelieu, afin d'annoncer à -la duchesse de Richelieu le choix que le roi avait fait d'elle pour -occuper la place de dame d'honneur de la reine, qu'avait madame de -Montausier[266]. Madame de Sévigné, par une seule phrase, nous apprend -l'activité qu'exigeait cette place de la part de celle qui l'exerçait; et -en même temps ce qu'avait été l'hôtel de Rambouillet, et l'opinion qu'on -avait de la nouvelle dame d'honneur, comparée à celle qui l'avait -précédée[267]. «Nous parlâmes fort de madame de Richelieu, qui -renouvelle de jambes, et qui, n'ayant pas le temps de dormir ni de -manger, doit craindre enfin la destinée d'une personne qui avait plus -d'esprit qu'elle et plus accoutumée au bruit; car, avant que madame de -Montausier fût au Louvre, l'hôtel de Rambouillet était le Louvre: ainsi -elle ne faisait que changer d'habitation.» - - [262] MONTPENSIER, _Mémoires_, ibid. - - [263] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLIII, p. 196 (année 1670). - - [264] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 372, édit. G.; - t. I, p. 287, édit. M. - - [265] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 mai 1672), t. I, p. 71, édit. - G.--MONTAUSIER, _Mémoires_, t. II, p. 28, 31, 33. - - [266] _Recueil des gazettes nouvelles, ordinaires et - extraordinaires_, 1672, in-4º, p. 1120 (21 novembre 1671).--LOUIS - XIV, _OEuvres_, t. V, p. 489 (Lettre du roi à la duchesse de - Richelieu, datée de Versailles le 16 novembre 1671). Ainsi cette - lettre de nomination est du lendemain même de la mort de la - duchesse de Montausier. - - [267] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 janvier 1680), t. VI, p. 297, édit. - G.; t. VI, p. 103, édit. M. - -Il paraît que c'est à madame Scarron, dont elle avait été une des -protectrices, que la duchesse de Richelieu dut d'avoir été nommée dame -d'honneur; c'est du moins ce que croyait madame de Sévigné, qui ajoute: -«Si cela est ainsi, madame Scarron est digne d'envie; et sa joie est la -plus solide qu'on puisse avoir en ce monde[268].» Réflexion juste: la -plus grande jouissance serait de faire du bien à ceux qui nous en ont -fait, si l'on n'en goûtait pas une plus parfaite encore en faisant du -bien à ceux qui nous ont fait du mal. - - [268] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 décembre 1671), t. II, p. 305, édit. - G.; t. II, p. 259, édit. M. - -Ce passage de la lettre de madame de Sévigné est le premier indice du -crédit que madame Scarron obtenait à la cour, où cependant elle ne -paraissait pas publiquement. Elle avait acquis un grand ascendant sur -madame de Montespan, avec laquelle elle s'était liée depuis longtemps. -Son esprit, sa prudence, sa discrétion, sa haute raison, son dévouement, -et même le redoublement de piété qu'on remarquait en elle depuis quelque -temps[269], contribuaient à accroître l'estime et l'amitié de madame de -Montespan, et affermissaient la confiance qu'elle avait en elle. Malgré -le désordre où elle vivait, madame de Montespan, élevée par une mère -pieuse, avait, aussi bien que le roi, une foi sincère dans la religion. -Selon l'esprit de ce temps, elle croyait atténuer ses torts envers Dieu -en se soumettant aux pratiques et aux privations ordonnées par l'Église. -Madame de Caylus affirme que madame de Montespan jeûnait austèrement tous -les carêmes[270]. - - [269] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 94 et 95, chap. - V.--CAYLUS, _Souvenirs_, t. LXVI, p. 382.--LA BEAUMELLE, - _Mémoires de madame de Maintenon_, chap. I et _II_, p. 1-18. - - [270] CAYLUS, _Souvenirs_, t. LXVI, p. 388. - -Avec l'ardeur et les lumières d'une nouvelle convertie, madame Scarron -comprit tout ce que sa vertu lui donnait d'ascendant sur des consciences -qui avaient besoin d'être rassurées, sur des âmes qui ne pouvaient se -purifier que par le sacrifice de leurs honteuses passions. Les humbles -fonctions d'institutrice mettaient au nombre de ses devoirs de chercher à -ramener à l'obéissance des lois de l'Église et aux principes de la morale -le père et la mère des enfants de race royale[271] à l'éducation -desquels, avec une tendresse toute maternelle, elle sacrifiait ses plus -belles années. - - [271] Le premier mourut à l'âge de trois ans; le second, Auguste - de Bourbon, depuis duc du Maine, était né le 31 mars 1670. - Conférez CAYLUS, _Souvenirs_, t. LXVI, p. 384, et la 3e partie de - ces _Mémoires_, chap. XII, p. 208 à 213. - -A cette époque, madame de Montespan avait déjà eu deux enfants du -roi[272], et cependant sa liaison avec lui semblait encore voilée par la -présence de la Vallière. Celle-ci paraissait être la seule maîtresse -déclarée. Le roi l'avait titrée[273], ses enfants avaient été reconnus et -légitimés; ceux de madame de Montespan ne paraissaient pas; leur -existence était encore un secret. Dans ses chasses à Fontainebleau ou à -Saint-Germain en Laye, lorsque Louis XIV montait en voiture, accompagné -de ses deux maîtresses, la place d'honneur était réservée à la -Vallière[274]; de sorte que, depuis qu'elle avait été enlevée du couvent -de Chaillot[275], on doutait si la tendresse que le monarque avait -conservée pour elle ne l'emporterait pas sur sa nouvelle passion. Mais la -fierté de Montespan s'irritait de cet humiliant partage, et se vengeait, -dans l'intimité, de la contrainte qu'elle éprouvait en public. La -Vallière supportait les capricieuses hauteurs et les insultants sarcasmes -d'une rivale sans pitié, dans l'espérance que sa soumission, ses humbles -complaisances et le spectacle de sa douleur toucheraient un cÅ“ur qu'elle -était habituée à posséder tout entier, auquel elle se sacrifiait et -voulait jusqu'à la fin se sacrifier[276]. - - [272] Anne-Marie de Bourbon, dite mademoiselle de Blois, naquit à - Vincennes le 2 octobre 1666, et Louis de Bourbon, comte de - Vermandois, naquit un an après, le 2 octobre 1667. - - [273] La terre de Vaujour et la baronnie de Saint-Christophe - furent érigées en duché-pairie par lettres patentes données à - Saint-Germain en Laye au mois de mai 1667. - - [274] _Mémoires de François_ DE MAUCROIX; 1842, in-12, p. 32 et - 33 chap. XX. - - [275] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 209, chap. XII. - - [276] CAYLUS, _Souvenirs_, t. LXVI, p. 379.--_Lettres de madame_ - DE MAINTENON, édit. de Sautereau de Marsy, t. I, p. 50 (Lettre à - mademoiselle d'Heudicourt, 24 mars 1669).--LA BEAUMELLE, édit. de - 1756, t. I, p. 48.--BOSSUET, _OEuvres_, édit. de Versailles, t. - XXXVII, p. 57, 59, 65 (Lettre au maréchal de Bellefonds, 25 - décembre 1673).--DE BAUSSET, _Hist. de Bossuet_, liv. VI, t. II, - p. 30-35. - -Au milieu de ce conflit de rivalités, apparaissait de temps à autre celle -qui s'était chargée d'élever pour Dieu et pour le roi les innocents -fruits d'un coupable amour. Lorsque madame Scarron allait voir la -favorite, par son esprit, son enjouement, elle faisait sur elle diversion -aux tristesses et aux ennuis de la cour. Belle et gracieuse, la modeste -gouvernante ne semblait vouloir plaire que pour apaiser les orages du -cÅ“ur et calmer les troubles de l'âme. Son maintien, cet air de -satisfaction intérieure, témoignages d'une conscience pure et d'une vie -bien réglée, donnaient à toutes ses paroles, à ses conseils salutaires, à -ses pieuses réflexions une puissance presque irrésistible. Le roi était -contrarié et jaloux des longs entretiens de madame de Montespan avec -madame Scarron; il voulut y mettre obstacle, ce qui accrut encore chez la -favorite le désir de jouir de la société de madame Scarron[277]. On sut -bientôt l'étroite intimité qui existait entre elles deux. Les personnes -qui ne voulaient pas ou ne pouvaient pas s'approcher de madame de -Montespan recherchèrent madame Scarron. Elle qui, de son propre aveu, -était dévorée du désir de s'attirer des louanges et avide de -considération et d'estime[278], se répandit dans le monde, et fréquenta -les personnes les plus estimées, les plus considérées, les plus capables -d'apprécier sa vertu et ses qualités personnelles. C'est alors que madame -de Sévigné se lia plus particulièrement avec elle; c'est aussi par les -lettres de madame de Sévigné que nous pouvons suivre les premiers progrès -de l'élévation de cette femme, qui se doutait peu qu'elle deviendrait la -compagne d'un roi qui lui adressait si rarement quelques brèves paroles. -Mais cependant madame Scarron pouvait déjà prévoir que les enfants que, -d'après le désir de madame de Montespan, le roi lui avait confiés, mais -dont elle n'avait voulu se charger que par son ordre, seraient un jour -pour elle un moyen d'influence[279]. - - [277] LA BEAUMELLE, _Mémoires de Maintenon_, t. VI, p. 210 (1er - entretien). - - [278] LA BEAUMELLE, _Mémoires pour servir à l'histoire_, t. I, p. - 151. - - [279] MAINTENON, _Lettres_, t. I, p. 50 (Lettre du 24 mars 1669), - édition 1806, in-12; t. I, p. 48, édit. 1756, in-8º. Conférez la - 1re partie de ces _Mémoires_, p. 467, 2e édition, et 2e partie, - p. 451 de la 1re édition. - -Dans les lettres de madame de Sévigné, nous apprenons que madame Scarron -allait souvent chez madame de Coulanges, avec Segrais, Barillon, l'abbé -Testu, Guilleragues, les comtes de Brancas et de Caderousse, et madame de -la Fayette. Dans ces réunions, l'éloge de madame de Grignan, lorsque sa -mère était présente, trouvait souvent sa place[280]. - - [280] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 janvier 1672), t. II, p. 338, édit. - G; t. II, p. 286, édit. M. - -Madame Scarron, pendant quelque temps, soupa presque tous les jours chez -madame de Sévigné. «C'est un plaisir, dit celle-ci, de l'entendre -raisonner sur les horribles agitations d'un certain pays qu'elle connaît -bien; sur les tristes ennuis des dames de Saint-Germain, dont la plus -enviée de toutes (madame de Montespan) n'est pas toujours exempte[281].» -Jamais madame Scarron, quand elle était avec madame de Sévigné, ne -laissait échapper l'occasion de louer madame de Grignan[282], et de -répéter tout ce que madame de Richelieu, la maréchale d'Albret et les -autres personnes de la cour avaient dit de flatteur sur le lieutenant -général gouverneur de Provence, et sur sa belle épouse. Madame Scarron -faisait jouer la petite Blanche lorsqu'elle la rencontrait chez madame -de Sévigné, et poussait la complaisance jusqu'à la trouver jolie[283]. - - [281] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 décembre 1671), t. II, p. 325, édit. - G.; t. II, p. 275, édit. M.--(13 janvier 1672), t. II, p. 342, - édit. G.; t. II, p. 290, édit. M. - - [282] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 421, édit. G.; - t. II, p. 358, édit. M. - - [283] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 février 1672), t. II, p. 400, édit. - G.; t. II, p. 339, édit. M. - -Mais bientôt arrive le moment où les enfants que madame Scarron élève -dans le plus profond mystère quittent le sein des nourrices, et éprouvent -ces alternatives de santé qui menacent sans cesse l'existence du premier -âge. Madame Scarron n'hésite pas; elle a compris son rôle et les -sacrifices pénibles qu'il exige d'elle. On ne la voit plus ni à l'hôtel -d'Albret, ni à l'hôtel de Richelieu, ni chez madame de Coulanges, ni chez -madame de Sévigné[284]. Elle est dans Paris, et on l'ignore. Le petit -nombre de personnes avec lesquelles elle communique par lettres ne -répondent à aucune des questions qu'une légitime curiosité suggère à tous -ceux qui la connaissent; elle ne sort que rarement de la retraite qu'elle -s'est choisie, et seulement pour de pieux devoirs. Hors de chez elle, -elle n'ôte jamais son masque. Les enfants dont elle a soin sont souvent -conduits au château, et reçoivent les caresses paternelles. Un jour elle -les amena, les fit entrer avec une nourrice dans la chambre où étaient le -roi et madame de Montespan, et elle resta dans l'antichambre. Le roi -trouva plaisant de demander à cette nourrice de qui étaient ces enfants, -et si l'on connaissait leur père. La nourrice répondit qu'elle présumait -que la dame sa maîtresse en était la mère: ses soins assidus, ses -agitations et sa douleur, lorsqu'ils étaient malades, l'indiquent assez; -mais quant au père, elle l'ignore: elle pense que ce sont les enfants -naturels de quelque duc ou de quelque président au parlement[285]. - - [284] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 décembre 1672, Lettre de madame de - Coulanges), t. III, p. 64. - - [285] LA BEAUMELLE, _Mémoires pour servir à l'histoire de madame - de Maintenon_, t. II, p. 11, et t. VI, p. 213 (XIe - entretien).--Madame SCARRON (Lettre à mademoiselle d'Heudicourt, - du 24 décembre 1672), t. I, p. 52 de l'édit. de Sautereau de - Marsy; 1806, in-12. - -Ce propos fit rire le roi et madame de Montespan; mais le roi admira une -si généreuse affection, un cÅ“ur capable d'un si fort attachement, un -secret si bien gardé, tant de constance et de prudence. Cette femme qu'il -n'aimait pas, qui fut la protégée de Fouquet, qui porte le nom odieux de -l'auteur de la _Mazarinade_; cette femme qui lui déplaît encore comme une -précieuse bel esprit, comme une prude dévote[286], il ne peut s'empêcher -de lui accorder son estime; et Louis XIV était un de ces hommes chez -lesquels l'estime triomphe de toutes les répulsions. Lorsqu'il fut revenu -de la campagne de Hollande, non-seulement il ne mit plus aucun obstacle -aux entretiens de madame Scarron avec madame de Montespan, mais il aimait -à la rencontrer chez elle, parce que, par sa douce gaieté et son esprit, -elle faisait distraction aux langueurs qui souvent attiédissent les -tête-à -tête de l'amour satisfait. Son âge, un peu au-dessus de celui du -roi, et sa dévotion ôtaient alors toute idée de jalousie à madame de -Montespan; et peut-être fut-elle la dernière à s'apercevoir qu'alors le -roi, lorsqu'il la venait voir, «souffrait impatiemment l'absence de cette -gouvernante de ses enfants, qu'il trouvait aimable et de bonne -compagnie.» Aussi, lorsque peu après on lui présenta l'état des pensions, -et qu'il remarqua le nom de la veuve Scarron porté pour une somme de -2,000 francs, d'après une concession que les importunités des personnes -les plus recommandables de la cour avaient eu tant de peine à lui -arracher, il raya ce chiffre trop modique, et y substitua, de sa main, -celui de 6,000 francs[287]. Il eut même plus d'une fois occasion de -causer avec elle, et, revenu de ses préventions, il finit par désirer sa -société[288]. Il pourvut aux dépenses nécessaires pour qu'elle eût un -plus grand nombre de domestiques, un carrosse et un train conforme à -celui de gouvernante des enfants d'un roi. C'est en cet état que madame -de Sévigné nous la dépeint, lorsque, dans sa lettre du 4 décembre 1673, -elle écrit à sa fille: «Nous soupâmes encore hier, avec madame Scarron et -l'abbé Têtu, chez madame de Coulanges: nous causâmes fort; vous n'êtes -jamais oubliée. Nous trouvâmes plaisant d'aller ramener madame Scarron, à -minuit, au fond du faubourg Saint-Germain, fort au delà de madame de la -Fayette, quasi auprès de Vaugirard, dans la campagne; une belle et grande -maison, où l'on n'entre point; il y a un grand jardin, de beaux et grands -appartements: elle a un carrosse, des gens et des chevaux; elle est -habillée modestement et magnifiquement, comme une femme qui passe sa vie -avec des personnes de qualité; elle est aimable, belle, bonne, et -négligée; on cause fort bien avec elle. Nous revînmes gaiement à la -faveur des lanternes, et dans la sûreté des voleurs[289].» - - [286] CHOISY, _Mémoires_, dans Petitot, t. LXVI, p. 393-395. - - [287] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars 1673, Lettre de _madame de - Coulanges_), t. III, p. 146, édit. G.; t. III, p. 75 et 76, édit. M. - - [288] MADAME DE COULANGES, _Lettres_ (20 mars 1673). - - [289] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 décembre 1673), t. III, p. 248, édit. - G.; t. III, p. 158, édit. M. - -Louis XIV, en voyant plus souvent les enfants qu'il avait confiés à -madame Scarron, conçut pour eux une vive tendresse, et il voulut les -avoir près de lui. Ce fut ainsi qu'à la grande satisfaction de madame de -Montespan madame Scarron fut appelée à la cour pour y demeurer près -d'elle, et, par elle, introduite dans la société intime du roi. - - - - -CHAPITRE IV. - -1671-1677. - - Madame de Sévigné s'inquiète sur son fils.--Elle ne fréquentait - que des sociétés de cour.--Son fils recherchait des sociétés de - ville, indépendantes de la cour.--Détails sur madame Dufresnoy - et sur Louvois.--Réflexions sur ce qui procure le plus de - jouissances dans les réunions et dans les fêtes.--Des femmes - que Sévigné voyait.--Détails sur chacune d'elles.--Détails sur - mademoiselle Raymond, sur les dames de Salins, de Montsoreau, - de la Sablière et sur Ninon de Lenclos.--Sévigné devient - amoureux d'elle, et lui sacrifie la Champmeslé.--Ninon n'est - point satisfaite du baron de Sévigné, et lui donne son congé - comme amant; mais elle le garde comme ami.--Madame de Sévigné - emmène son fils en Bretagne.--Il retourne à Paris.--Il s'y - serait dérangé de nouveau; mais la campagne contre la Hollande - va s'ouvrir, et Sévigné part pour l'armée. - - -Madame de Grignan et les affaires qui la concernaient, les états de -Provence et ceux de Bretagne, n'étaient pas alors ce qui occupait le plus -les pensées de madame de Sévigné. Son fils avait tout ce qui rend -aimable, tout ce qui peut mériter l'estime: une figure agréable, une -gaieté charmante, un bon cÅ“ur, de l'esprit et de l'instruction; mais, -depuis son retour de Candie, son penchant pour les femmes, son oubli de -tout devoir religieux[290] inquiétaient sa mère: non qu'il fût né avec -des passions très-vives; mais le pouvoir de l'exemple, la facilité de son -caractère lui avaient inspiré un goût prononcé pour les plaisirs. Il -était parvenu à un âge où le fils le plus respectueux et le plus -reconnaissant éprouve le besoin de s'affranchir de la tutelle d'une mère. -Madame de Sévigné comprit cela; et, pour conserver sur son fils un peu de -l'ascendant qu'elle avait eu jusqu'alors, elle changea de rôle. Au lieu -d'une mère, Sévigné trouva en elle une sÅ“ur, une confidente; au lieu de -lui montrer un visage sévère, elle parut se plaire avec lui plus qu'elle -n'avait fait jusqu'alors; au lieu de lui adresser des réprimandes, elle -lui donna des conseils. Ce fut ainsi qu'elle obtint toute sa confiance, -et qu'il s'accoutuma à lui tout dire. Sans doute elle eut à supporter -d'étranges confidences, de nature à lui donner des scrupules, et à lui -faire douter si elle ne poussait pas trop loin la condescendance -maternelle. Mais cette violence qu'elle se fit lui réussit; elle parvint -à accroître encore l'amour et la vénération que son fils avait pour elle. -Ce sentiment devint un heureux contre-poids à d'autres sentiments moins -purs. Elle ne put, il est vrai, garantir Sévigné de dangereuses -séductions; mais elle parvint du moins à les rendre passagères, à -empêcher qu'elles n'eussent des résultats désastreux pour sa santé et sa -fortune. - - [290] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 avril 1671), t. II, p. 23, édit. G.; - t. II, p. 19, édit. M. - -Sévigné, avant le départ de sa mère pour les Rochers, avait quitté son -régiment à Nancy, parce qu'une dame[291], qui lui plaisait, n'était plus -dans cette ville. Il se rendit à Saint-Germain en Laye, où était la cour, -revint ensuite à Paris, prit pour maîtresse une jeune et célèbre actrice; -et, ce qui effraya le plus madame de Sévigné, il se laissa séduire par -Ninon de Lenclos. Ce fut pour le soustraire à l'influence de cette -enchanteresse que madame de Sévigné, comme nous l'avons dit, entraîna son -fils aux Rochers, lors de la tenue des états de Bretagne; mais, comme il -n'avait pas encore atteint l'âge où il devait en faire partie, les -visites à faire[292], les grands repas, les assemblées lui firent -regretter Paris et les liaisons qu'il y avait formées[293]. Il quitta -donc sa mère avant la fin des états. «Mon fils partit hier, écrit madame -de Sévigné à sa fille. Il n'y a rien de bon, ni de droit, ni de noble que -je ne tâche de lui inspirer ni de lui confirmer: il entre avec douceur et -approbation dans tout ce qu'on lui dit; mais vous connaissez la faiblesse -humaine. Ainsi je mets tout entre les mains de la Providence, et me -réserve seulement de n'avoir rien à me reprocher sur son sujet[294].» - - [291] Madame de Sévigné nomme cette dame _Madruche_; mais elle - souligne ce nom, qui en cache évidemment un autre qu'elle n'a pas - voulu mettre. SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 février 1671), t. I, p. 344. - - [292] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 juin 1671), t. I, p. 95, édit. G. - - [293] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 et 28 juin 1671), t. II, p. 109 et - 113, édit. G. - - [294] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 juillet 1671), t. II, p. 125, édit. - G.; t. II, p. 104, édit M. - -Ce n'est pas que le baron de Sévigné ne vît, du reste, aussi bonne -société que celle que fréquentait sa mère; mais cette société était -différente. Toutes les personnes que voyait madame de Sévigné, tant ses -anciennes que ses nouvelles connaissances, tenaient plus ou moins à la -cour. La gloire du monarque, qui rejaillissait sur cette cour, et -l'ambition du grand nombre de ceux qui aspiraient à s'élever jusqu'à elle -par les hauts grades ou les honneurs, en avaient fait un monde à part, et -absolvaient tacitement, dans l'opinion publique, les travers et même les -vices de ceux qui en faisaient partie. - -Le duc de la Rochefoucauld ne paraissait plus à cette cour, à cause de -son âge et de ses infirmités: cependant, par son fils le prince de -Marsillac, favori du roi, il y tenait encore, et la société qui se -réunissait chez lui était une société de cour. Comme lui et madame de la -Fayette, son amie, s'étaient fait un nom dans les lettres, beaucoup -d'auteurs avaient cherché à se faire admettre dans leur cercle; et -Molière n'osait pas hasarder une de ses grandes pièces sur le théâtre -sans en avoir fait une lecture à l'hôtel de Liancourt, sans s'être -concilié l'approbation de ce petit aréopage littéraire[295]. - - [295] HUET, _Commentarius de rebus ad eum pertinentibus_, lib. - V.--SEGRAIS, _OEuvres_; 1755, t. II, p. 118-119.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (1er mars 1672). - -Ainsi, madame de Sévigné ne s'écartait pas de la société de la cour -lorsqu'elle allait si souvent au _faubourg_. Tous ceux qu'elle avait -connus dans sa jeunesse, et qui avaient fait partie de la Fronde, les -Condé, les Conti et tous leurs adhérents, étaient, comme les la -Rochefoucauld, comblés de faveurs par Louis XIV. C'était donc -exclusivement dans cette haute région du grand monde que madame de -Sévigné pouvait faire de nouvelles liaisons. Elle n'avait pas la liberté -de les choisir: par intérêt pour sa famille, comme par égard pour ses -amis, elle était obligée de ne pas repousser les personnes de la cour qui -la recherchaient, lors même que, par la faveur du monarque ou de ses -ministres, elles étaient peu dignes du rang où on les avait placées. - -Quoique madame de Sévigné eût autrefois rencontré madame Scarron chez -Fouquet, et plus tard chez madame de Richelieu et chez la maréchale -d'Albret, elle ne l'avait pas admise au nombre de celles dont elle -devait rechercher l'amitié: ce ne fut que lorsque madame de Montespan -eut, par son intimité, attiré sur madame Scarron l'attention de toute la -cour que madame de Sévigné[296] s'aperçut combien cette veuve du poëte -burlesque était aimable et spirituelle. Madame Scarron[297], madame -Dufresnoy même furent alors fréquemment invitées à souper chez madame de -Sévigné. Il y avait cependant une grande différence entre madame Scarron -et madame Dufresnoy: celle-ci, belle et de peu d'esprit, femme d'un -commis de la guerre, était fille d'un apothicaire et maîtresse de -Louvois. Pour elle il avait eu le crédit de faire créer une charge -nouvelle, celle de dame du lit de la reine[298]. Louis XIV croyait devoir -tolérer dans ses ministres les faiblesses dont il n'était pas lui-même -exempt. Louvois déployait alors de grands talents administratifs et une -activité infatigable. Louis XIV avait besoin de lui pour l'organisation -des armées destinées à conquérir la Hollande. Tous ceux qui pouvaient -espérer quelque chose de Louvois (et le nombre en était grand) se -montraient donc empressés de plaire à madame Dufresnoy[299]. Madame de -Sévigné avait plusieurs raisons pour la bien accueillir. Madame de -Coulanges, son amie et sa parente, était la cousine de Louvois; et c'est -à ce titre qu'elle était comprise dans toutes les invitations de la -cour. Or, une femme dont madame de Coulanges faisait sa compagnie -habituelle ne pouvait être repoussée par madame de Sévigné. On doit -remarquer qu'elle n'emploie contre madame Dufresnoy aucun de ces traits -acérés qu'elle aime à lancer contre les femmes dont la conduite donnait -prise à la censure; et celle-ci y prêtait plus qu'une autre par son -impertinence et sa hauteur. En elle, madame de Sévigné trouve seulement à -reprendre qu'on a grand tort de comparer sa beauté à l'incomparable -beauté de madame de Grignan[300]. - - [296] Voyez la 1re partie de ces _Mémoires_, p. 476, 2e édition. - - [297] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 janvier 1672), t. II, p. 366, édit. - G.; t. II, p. 310, édit. M. - - [298] LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 224. - - [299] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 décembre 1671), t. II, p. 285, édit. - G.; t. II, p. 242, édit. M. Sa fille épousa le marquis d'Aligre - en 1680, et elle eut pour gendre le fameux comte de - Boulainvilliers, ce grand champion de la noblesse et de la - féodalité. - - [300] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 janvier 1672), t. II, p. - 367.--_Ibid._ (26 décembre 1672), t. III, p. 134. - -On conçoit facilement, d'après ces détails, que madame de Sévigné ne -pouvait pas trop reprocher à son fils la conduite au moins légère des -femmes qu'il fréquentait et le peu d'empressement qu'il avait pour les -sociétés et les amis de sa mère. Sans doute chez le roi, les princes et -les princesses du sang, chez les grands dignitaires, les ministres et les -personnages puissants, les réunions étaient nombreuses et brillantes, les -repas somptueux, les divertissements fréquents; on y donnait des bals -magnifiques, on y faisait jouer la comédie, on y entendait des concerts; -il y avait profusion de parures, beaucoup de belles femmes, et même de -personnes aimables et spirituelles. Mais l'ambition et l'intrigue -n'étaient pas un seul instant bannies de ces réunions; l'intérêt -personnel y était la pensée prédominante; et l'étiquette, cette ennemie -de la gaieté, ne permettait à personne de déposer en entrant son rang -dans la hiérarchie sociale, ni d'oublier celui des autres. - -Ce n'était donc pas dans les sociétés de gens de cour qu'on pouvait -rencontrer cette déférence mutuelle, cette affectueuse familiarité qui -forment tout le charme des réunions. Ce charme disparaît pour faire place -à des plaisirs où l'esprit et le cÅ“ur ne sont pour rien, quand on est -convenu de s'assembler uniquement pour les délices des yeux ou des -oreilles, ou pour les jouissances de la bouche. Avec de bons cuisiniers, -on a des parasites assidus et des gourmets; mais on n'a pas de clients -fidèles ni d'amis dévoués. Les mets les plus exquis, les vins les plus -vantés ne font pas naître, parmi ceux qui s'asseyent à une même table, ce -besoin réciproque d'intimité sans lequel il n'y a point de société. Ce -n'est ni l'or, ni les diamants, ni les chefs-d'Å“uvre des modes, ni les -danses les plus gracieuses, ni les sons les plus harmonieux qui plaisent -le plus dans une fête: c'est l'aspect de ceux que nous connaissons et -dont nous sommes connus, ou de ceux dont une renommée favorable nous a -entretenus; de ceux qui réveillent en nous de touchants souvenirs, des -pensées élevées, de solides attachements, de tendres sympathies, et dont -la présence et l'entretien nous inspirent ce doux contentement, cette -hilarité expansive qui nous font confondre tous nos sentiments dans la -joie commune qui nous rassemble. - -La société que fréquentait le baron de Sévigné était de cette sorte. -C'était cette société parisienne qui s'était formée par les inspirations -de l'hôtel de Rambouillet, et qui, sans s'en douter, mit sa gloire et son -bonheur, pendant un siècle et demi, à obéir à l'impulsion qui lui avait -été donnée. De cette société, où régnaient l'égalité, l'abandon, une -douce et sage liberté, les gens de cour n'étaient point exclus. Ceux qui -voulaient se délasser de la contrainte de Versailles ou de Saint-Germain -en Laye la recherchaient; mais ils s'y trouvaient en petit nombre, et -n'y étaient admis qu'en se soumettant à l'unique condition, subie par -tous, de toujours se montrer sous des dehors aimables, et de s'efforcer -de plaire. La primauté du cercle appartenait à quiconque y réussissait le -mieux: beauté, grâce, politesse, talent, esprit, sentiments généreux, -sincérité du cÅ“ur, élégance des manières et du langage, tout ce que les -deux sexes peuvent rechercher l'un dans l'autre était mis en usage pour -conquérir les suffrages, pour obtenir cette souveraineté du salon qu'on -se disputait au grand contentement de tous. - -L'amitié et tous les sentiments des cÅ“urs généreux étaient restés en -honneur dans les cercles de cette nouvelle société, comme à l'hôtel de -Rambouillet. Le culte du beau sexe fut maintenu, mais non avec les mêmes -dogmes. Les nouvelles _Arthénices_, jeunes, belles, spirituelles, qui -aspiraient à se faire une cour nombreuse et assidue, ne pouvaient plus -séduire qu'en se montrant elles-mêmes accessibles à la séduction. L'amour -platonique avait perdu le pouvoir de dominer les imaginations et de faire -naître les passions sans les satisfaire: on n'y avait plus foi. Pour -remplir le vide que causait son absence, on le remplaça par un sentiment -moins exalté, mais plus ardent. La poésie et la littérature y gagnèrent, -mais non les mÅ“urs. Les sociétés les plus aimables à cette époque se -réunissaient chez des femmes connues par leurs intrigues galantes. Ce fut -dans ces sociétés que chercha à se répandre le jeune baron de Sévigné: -elles convenaient à son âge et à ses inclinations. - -Lui-même, dans une lettre à sa sÅ“ur, nous désigne, par une seule phrase, -les femmes qu'il fréquentait alors: «Je vous dirai que je sors d'une -symphonie charmante, composée des deux Camus et d'Ytier... Mais -savez-vous en quelle compagnie j'étais? C'était mademoiselle de Lenclos, -madame de la Sablière, madame de Salins, mademoiselle de Fiennes, madame -de Montsoreau; et le tout chez mademoiselle Raymond[301].» - -De toutes les femmes que nomme ici le baron de Sévigné, la plus humble -par sa position dans le monde, c'était mademoiselle Raymond[302]; elle -était pourtant la plus digne de considération et d'estime. Cette célèbre -cantatrice, par sa beauté, sa belle voix, l'admirable talent qu'elle -avait de s'accompagner du téorbe, avait fait naître bien des passions; -mais sa piété l'avait garantie de toutes les séductions; elle comptait -des amies parmi les femmes du plus haut rang. Madame de Sévigné avait -pour cette musicienne une estime et une affection toute particulière: -elle manque rarement de faire à sa fille mention des occasions qu'elle a -eues de la voir[303]. C'est par les lettres de madame de Sévigné que nous -savons que mademoiselle Raymond devint l'objet de l'admiration générale, -lorsqu'en cessant l'exercice de sa profession, et presque retirée du -monde, elle se fit la bienfaitrice du couvent de la Visitation du -faubourg Saint-Germain, et fixa son séjour dans ce pieux asile[304]. On -sait peu de chose sur la comtesse de Montsoreau[305], qui montra de -l'habileté à rétablir les affaires d'un mari incapable. Quant à -mademoiselle de Fiennes, elle suivait l'exemple de sa mère, que ses -intrigues amoureuses avaient fait chasser de la cour d'Anne -d'Autriche[306]. Une union parfaite régnait entre la mère et la fille, -alors courtisée par le cavalier le plus accompli de la cour, le beau -jeune duc de Longueville, autrefois comte de Saint-Paul. Par la suite, -mademoiselle de Fiennes fut rayée du nombre des filles d'honneur de la -reine, pour s'être laissé enlever par le chevalier de Lorraine, dont elle -eut un fils, qui fut élevé sous son nom[307]. Sa mère était loin de -s'opposer à cette union. Madame de Fiennes exerçait une grande influence -sur MONSIEUR, dont le chevalier de Lorraine était le favori. Spirituelle, -caustique, arrogante, ambitieuse et avare, elle était liée avec madame de -Sévigné, et assez souvent invitée par elle à ses dîners[308]. - - [301] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 mars 1671), t. I, p. 362, édit. G.; - t. I, p. 378, édit. M. - - [302] LORET, _Muse historique_ (17 août 1658), liv. IX, p. 23 et - 27.--GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 399.--LA FONTAINE, - _OEuvres_, épît. XII, t. VI, p. 113. Conférez la 2e partie de ces - _Mémoires_ chap. XII, p. 146, note 3, et p. 479. - - [303] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 février 1671), t. I, p. 364, édit. - G. - - [304] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 octobre et 6 novembre 1676), t. V, - p. 176 et 194. Ce couvent était dans la rue du Bac, entre la rue - Saint-Dominique et la rue de Grenelle; il a été démoli. Voyez le - plan de Paris de Buillet, 1676 ou 1710. - - [305] Sur la famille Montsoreau, conférez TALLEMANT DES RÉAUX, t. - V, p. 192 et 195, édit. in-8º; t. IX, p. 60 à 63, édit. - in-12.--_Journal de Henri III_; Cologne, 1720, t. I, p. 32 (année - 1579).--EXPILLY, _Grand dictionnaire de la France_, au mot - _Montsoreau_. - - [306] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XLI, p. 252; t. XLII, p. - 328.--MONGLAT, _Mémoires_, t. XLI, p. 157.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ - (25 novembre 1655), t. I, p. 56, édit. G.--_Mémoires et fragments - historiques de_ MADAME, édit. de Busoni, 1834. - - [307] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars et 1er avril 1672), t. II, p. - 442 et 447, édit. G. - - [308] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 décembre 1672, 26 juin 1676, 6 - décembre 1679), t. III, p. 138; t. IV, p. 503; t. VI, p. 238. - -Dans madame de Fiennes, madame de Sévigné ménageait une de ses anciennes -amies du temps de la Fronde; et on comprend le plaisir qu'avait Sévigné -de se trouver avec mademoiselle de Fiennes, si jolie, si aimable et -d'une humeur si facile. - -Il en était de même de madame de Salins, qui, comme belle-sÅ“ur de la -comtesse de Brancas, devait aussi faire partie de la société de madame de -Sévigné. Madame de Brancas avait été une des femmes les plus compromises -par les papiers de Fouquet[309]; mais elle rentra en grâce auprès du roi, -qui la voyait avec plaisir, et elle eut du crédit à la cour. L'on crut -(et Louis XIV ne donnait que trop souvent prise à de tels soupçons) que -la beauté de mademoiselle de Brancas, qui fut mariée au prince -d'Harcourt, avait été la cause de ce retour de faveur[310]. Madame de -Salins n'était pas plus scrupuleuse que madame de Brancas sur la fidélité -conjugale; mais elle avait un mari moins distrait et moins facile à -tromper. Cependant l'indiscrétion ou la maladresse d'un portier révéla le -secret de ses amours, six semaines après que Sévigné l'eut rencontrée -chez mademoiselle Raymond[311]. - - [309] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. XL, p. 209 et 210.--Recueil - manuscrit de _Chansons historiques_ (Bibliot. royale), t. III, p. - 195-217 (année 1668). - - [310] _Les fausses Prudes_, ou _les amours de madame de Brancas_; - 1680, in-12, p. 339 et 347 à 350. - - [311] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 avril 1671). Elle était la femme de - Garnier de Salins, trésorier des parties casuelles et beau-frère - du comte de Brancas, qui avait épousé sa sÅ“ur. - -C'est avec intention que Sévigné, dans cette liste des femmes que les -jeunes gens du grand monde faisaient gloire de fréquenter, nomme en -première ligne mademoiselle de Lenclos et madame de la Sablière. C'était -en effet alors les deux femmes les plus célèbres de Paris, par les -agréments de la société choisie qu'elles réunissaient chez elles. Comme -à l'hôtel de Rambouillet, la poésie, les beaux-arts, les entretiens -galants défrayaient en grande partie les plaisirs qu'on y goûtait. -Cependant les progrès du cartésianisme, les discussions que la secte des -jansénistes avait excitées, les nouvelles découvertes en physique, la -création d'une académie des sciences introduisaient alors dans la société -française le goût des connaissances positives. Les femmes les plus douées -de capacité avaient suivi ce mouvement des esprits. Leur instinct de -domination, le désir de plaire et de se faire admirer par l'autre sexe -entraient sans doute pour beaucoup dans les efforts qu'elles faisaient -pour s'arracher à la frivolité de leurs penchants. En leur présence, on -se livrait moins à l'analyse subtile des mouvements du cÅ“ur, mais on les -exprimait. On cherchait à plaire aux femmes non-seulement en les amusant, -mais en les instruisant; on ne craignait pas de se livrer avec elles à -des entretiens sérieux sur la nature, la religion, la philosophie. - -Madame de la Sablière, riche, jeune et belle, se rendit surtout célèbre -par ses étonnants progrès dans ces études ardues. Sauveur et Roberval lui -avaient montré les mathématiques; pour elle Bernier avait composé -l'abrégé des ouvrages de Gassendi. Elle donna asile à ce philosophe, -ainsi qu'à la Fontaine et à d'Herbelot l'orientaliste. Mais l'amitié ne -put seule satisfaire son cÅ“ur; elle éprouva toute la puissance de -l'amour. La philosophie, qui, selon la nature des esprits, éteint ou fait -briller à nos yeux les lumières de la religion, la rendit tout entière à -celle-ci, et l'arracha à un monde dont elle faisait les délices[312]. - - [312] Conférez, sur madame de la Sablière _Poésies diverses - d'Antoine Rambouillet_ DE LA SABLIÈRE _et de François_ DE - MAUCROIX, 1825, in-8º, p. VII-XXVI.--_Histoire de la vie et des - ouvrages de_ LA FONTAINE, 1820, in-8º, p. 428, et 1824, 3e édit., - p. 220, 290, 338, 349, 380, 382, 389, 413, 458 et - 557.--_Biographie universelle_, t. XXXIX, p. 442. - -Il n'en fut pas de même de mademoiselle de Lenclos, qui garda jusqu'à la -fin son épicurisme effronté, et resta fidèle au principe de sa -philosophie toute profane. Celle qui disait «qu'elle rendait grâces à -Dieu tous les soirs de son esprit, et le priait tous les matins de la -préserver des sottises de son cÅ“ur,» ne pouvait trouver dans le pur -sentiment d'amour un remède contre les aberrations des sens[313]. Jamais -aussi elle ne se laissa dominer par eux dans le choix de ses relations, -et elle fut toujours entourée d'un nombreux cortége d'amis. Quoique ne -possédant qu'une fortune médiocre, mademoiselle de Lenclos réunissait -dans sa maison de la rue des Tournelles[314] (tout près de la rue où -madame de Sévigné venait de se fixer) la société la plus nombreuse, la -mieux choisie, la plus renommée par la politesse, les grâces, la -réputation de savoir et d'esprit de ceux qui la composaient. On voit que -mademoiselle de Lenclos avait quitté le faubourg Saint-Germain pour -revenir au Marais, premier théâtre de ses succès[315]; et c'est là -qu'elle devait finir ses jours. La Fare, que Chaulieu proclame «l'homme -le plus aimable que les siècles aient pu former[316];» la Fare, adonné au -jeu, et que les cercles de madame de la Sablière devaient rendre -difficile, déclarait que la maison de mademoiselle de Lenclos était la -seule où il pouvait passer une journée entière sans jeu et sans -ennui[317]; et Charleval, ce poëte aimable, pressé par les instances d'un -ami, refusait d'aller jouir avec lui des plaisirs de la campagne, parce -qu'il lui aurait fallu interrompre l'habitude qu'il avait prise de se -rendre chaque jour, rue des Tournelles, chez mademoiselle de Lenclos; il -disait: - - Je ne suis plus oiseau des champs, - Mais de ces oiseaux des _Tournelles_ - Qui parlent d'amour en tout temps - Et qui plaignent les tourterelles - De ne se baiser qu'au printemps. - - [313] SAINT-ÉVREMOND, _OEuvres_, 1753, in-12, t. IV, p. 161. - (Discours sur l'amitié, adressé à la duchesse de Mazarin.) - - [314] DOUXMÉNIL, _Mémoires et lettres pour servir à l'histoire de - mademoiselle de Lenclos_, 1751, p. 26 et 28. Cette maison était - située derrière la place. Douxménil en a donné la description. - - [315] Voyez la 1re partie de ces _Mémoires_, p. 261. - - [316] CHAULIEU, _OEuvres_, t. II, p. 46, dans la note. - - [317] DOUXMÉNIL, _Mémoires et lettres pour servir à l'histoire de - mademoiselle de Lenclos_, p. 141 et 142. - -Mademoiselle de Lenclos avait conservé et perfectionné son merveilleux -talent à jouer du luth. Comme dans sa première jeunesse, ce talent seul -la faisait rechercher des personnes du plus haut rang[318]; mais elle ne -cédait que bien rarement aux invitations, et ne trouvait une entière -satisfaction que chez elle, lorsqu'elle était entourée de cette société -choisie dont elle faisait le bonheur. Selon elle, la joie de l'esprit en -marque la force[319]; et sa gaieté était si vive et si entraînante qu'à -table, où elle ne buvait que de l'eau, on disait d'elle qu'elle était -ivre dès la soupe[320]. Cependant, ainsi que madame de la Sablière, -mademoiselle de Lenclos recevait des savants, des érudits, et chez elle -les entretiens sérieux et instructifs avaient leurs heures; elle les -aimait, elle se plaisait à varier la conversation et à passer des sujets -les plus superficiels aux plus profonds. C'est ce qui fit dire à -Saint-Évremond, son ami de tous les temps: - - L'indulgente et sage nature - A formé l'âme de Ninon - De la volupté d'Épicure - Et de la vertu de Caton[321]. - - [318] Madame DE MAINTENON, _Lettres_ (18 juillet 1666), t. I, p. - 45. - - [319] SAINT-ÉVREMOND, _OEuvres_, t. II, p. 72. - - [320] DOUXMÉNIL, _Mémoires et lettres_, etc.; 1751, in-12, p. - 30.--BRET, _Mémoires sur la vie de mademoiselle de Lenclos_, p. - 112. - - [321] SAINT-ÉVREMOND, _OEuvres_, t. II, p. 87 et 116.--DOUXMÉNIL, - _Mémoires et lettres_, p. 172. - -Elle s'était fait une telle réputation de probité, de fidélité en amitié, -et en avait donné de telles preuves qu'elle avait conservé tous ses amis -du temps de la Fronde et de la guerre civile. Gourville, qui avait été -son amant, obligé de s'exiler après qu'elle l'eut remplacé par un autre, -osa lui confier une somme considérable et égale à toute la fortune -qu'elle possédait: lorsque Gourville rentra en France, mademoiselle de -Lenclos lui rendit la somme entière; et le secret de ce dépôt n'eût été -connu de qui que ce soit si Gourville ne s'était plu à le divulguer dès -qu'il n'eut plus rien à redouter des recherches de Colbert[322]. Ainsi -madame Scarron[323], madame de Choisy, madame de la Fayette, beaucoup -d'autres personnes de la cour et des intimes connaissances de madame de -Sévigné n'avaient cessé de voir mademoiselle de Lenclos, ou de -correspondre avec elle. Il était comme convenu, dans le monde, qu'elle -formait une exception parmi celles de son sexe. Elle avait acquis seule -le privilége d'une entière indépendance; et c'était moins encore parce -qu'elle s'était rendue nécessaire et chère à la société par son penchant -à obliger que par la politesse et le bon ton dont elle savait si bien -chez elle faire respecter les lois[324]. Quoiqu'elle ne fût pas de la -cour, et par la raison même qu'elle n'en était pas, elle avait fini par -prendre la place que la marquise de Sablé avait occupée autrefois dans la -société parisienne. Les jeunes gens aspiraient à l'honneur d'être -présentés chez elle, et lui rendaient de grands devoirs. C'était un titre -pour faire sous de favorables auspices son entrée dans le monde que -d'être reçu et façonné par cet arbitre du bon ton et du bon goût. Madame -de la Fayette, qui présumait beaucoup de son esprit, avait voulu -s'imposer cette mission; «mais elle ne réussit pas, parce qu'elle ne -voulut pas, dit Gourville, donner son temps à une chose si peu -utile[325].» On sut d'autant plus gré à mademoiselle de Lenclos d'en -prendre la peine que les inclinations des jeunes seigneurs de la cour -pour le jeu et le vin, qui allaient toujours croissant, commençaient à -introduire parmi les femmes des manières choquantes pour celles qui -tenaient à conserver le bon ton de l'hôtel de Rambouillet. Ce fut là le -motif pour lequel mademoiselle de Lenclos se brouilla avec un de ses plus -anciens amis, un de ses plus gais et de ses plus spirituels convives, -avec Chapelle, qui avait fait pour elle de si jolis vers[326]. Elle -essaya en vain de le corriger de l'habitude de s'enivrer: et, ne pouvant -y parvenir, elle le bannit de sa société. Chapelle, à qui le plaisir que -trouvait mademoiselle de Lenclos à entendre disserter quelques hommes -savants dans les lettres grecques et latines[327] paraissait peu conforme -à ses habitudes de galanterie, fit contre elle cette épigramme: - - Il ne faut pas qu'on s'étonne - Si toujours elle raisonne - De la sublime vertu - Dont Platon fut revêtu; - Car, à calculer son âge, - Elle doit avoir _vécu_ - Avec ce grand personnage[328]. - - [322] VOLTAIRE, _Mélanges_, t. XLIII, p. 467, édit. de Renouard. - (Sur Ninon de Lenclos.) - - [323] Madame DE MAINTENON, _Lettres_ (8 mars et 18 juillet 1666), - p. 33 et 45, édit. de Sautereau de Marsy, 1806, in-12. - - [324] Voyez la 1re partie de ces _Mémoires_, p. 239. - - [325] GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 459 de la collection de - Petitot.--_Chansons historiques_, Mss. (vol. III, p. 551, année - 1672). - - [326] OEuvres de CHAPELLE et de BACHAUMONT, 1755, in-12, p. 133, - 136, 139. (Ballades et sonnets à Ninon de Lenclos.) - - [327] Rémond, l'introducteur des ambassadeurs, qu'on appelait - Rémond le Grec, l'abbé Fraguier, l'abbé Gédéon, de l'Académie des - inscriptions et belles-lettres, l'abbé Tallemant, l'abbé de - Châteauneuf étaient les amis de Ninon. Voyez DOUXMÉNIL, - _Mémoires_, 1651, in-12, p. 138 et 139. - - [328] CHAPELLE, _OEuvres_, édit. 1755, p. 140; BRET, p. 137. - -A cette époque, mademoiselle de Lenclos était âgée de cinquante-cinq ans: -c'est alors que Sévigné, qui n'en avait que vingt-quatre, devint ou crut -devenir amoureux d'elle. Il est vrai que la Fare atteste qu'à -cinquante-cinq ans, et même bien au delà de ce terme, mademoiselle de -Lenclos «eut des amants qui l'ont adorée[329].» Ce qui est certain, c'est -que, depuis ses liaisons avec Villarceaux, le marquis de Gersey et le -mari de madame de Sévigné, elle n'avait cessé de faire passer un bon -nombre de ses amis au rang de ses _favoris_[330]. Le jeune comte de -Saint-Paul avait été sa dernière conquête. On sait que ce bel héritier -du nom des Longueville, chéri, fêté de toute la haute aristocratie de la -cour, passait pour être le fils du duc de la Rochefoucauld[331]; et les -historiens de mademoiselle de Lenclos mettent aussi le duc de la -Rochefoucauld au nombre de ceux qu'elle avait eus pour amants[332]. Le -même motif qui l'avait portée à ne rien négliger pour attirer à elle le -comte de Saint-Paul l'engageait aussi à employer tous les moyens de -séduction pour s'attacher le baron de Sévigné: son père revivait en lui, -avec plus d'esprit, plus d'instruction et de talents; et ce jeune homme -rappelait à Ninon le temps de sa jeunesse[333]. Dès qu'elle s'en crut -aimée, elle voulut l'endoctriner et en faire un partisan de ses -principes. Pour bannir tous les scrupules de ceux qu'elle mettait au -nombre de ses favoris, pour les conserver ensuite comme amis, il lui -importait de fasciner leur raison plus encore que leurs sens. Elle crut -que cela lui serait facile avec Sévigné; mais elle se trompait. Dans sa -vie licencieuse, Sévigné ne faisait que suivre le torrent des jeunes gens -de la cour, des jeunes officiers, qui se modelaient sur le roi, et qui -transgressaient les lois de l'Église sans méconnaître la pureté de leur -origine. Sévigné respectait et aimait tendrement sa mère; il chérissait -aussi sa sÅ“ur, et avait d'elle la plus haute opinion. Par elle, il se -trouvait allié à la puissante maison de Grignan; et le caractère aimable -de son beau-frère contribuait encore à faire prévaloir dans son cÅ“ur les -affections de famille, et à les placer en première ligne. Madame de -Sévigné[334] et Bossuet, que Sévigné fréquentait beaucoup alors, furent -de puissants antagonistes pour combattre mademoiselle de Lenclos quand -elle entreprit d'infiltrer dans l'esprit de son nouveau favori les -principes irréligieux de sa philosophie épicurienne. Elle parut d'abord -avoir plus de succès lorsqu'elle réclama les droits d'une amante, et -qu'elle exigea que Sévigné lui sacrifiât la maîtresse qu'il avait avant -de se donner à elle. Cette maîtresse était la Champmeslé, alors âgée de -trente ans. Quoique ses traits fussent agréables, elle n'était point -jolie; sa peau était brune, ses yeux petits et ronds; mais sa taille -était bien prise, sa démarche et ses gestes gracieux et nobles, et le son -de sa voix naturellement harmonieux[335]. Elle enchantait alors tout -Paris par son talent. Madame de Sévigné n'en parle à sa fille qu'avec -admiration, et ne pouvait se lasser de lui voir jouer le rôle de Roxane -dans _Bajazet_. Jamais actrice, avant elle, n'émut si profondément les -spectateurs, et ne leur fit répandre plus de larmes. Racine en devint -amoureux la première fois qu'il la vit jouer dans une de ses pièces. Le -poëte était jeune et beau; elle ne se montra pas cruelle, cela n'était -pas dans ses habitudes; et un bon mot de Racine, mis en vers par lui ou -par Boileau[336], puis raconté par Sévigné à sa mère, et par celle-ci à -sa fille[337], prouve qu'elle n'en vivait pas moins bien avec son mari. -Elle avait peu d'esprit, mais un grand usage du monde, de la douceur et -une certaine naïveté aimable dans la conversation. Sévigné se crut aimé -d'elle, et peut-être l'était-il; du moins il est certain qu'elle lui -écrivait des lettres qui surprirent madame de Sévigné par cette -chaleureuse et naturelle éloquence que la passion inspire aux plumes les -plus inhabiles. Mademoiselle de Lenclos demanda ces lettres à Sévigné, -qui les lui remit. Cependant il ne cessa point de voir celle qui les -avait écrites et de lui donner de délicieux soupers, en compagnie de -Racine et de Boileau. Le goût vif qu'il avait pour la littérature lui -faisait rechercher l'amitié de ces deux grands poëtes. Boileau a dit de -lui qu'il avait une mémoire surprenante, et qu'il retint presque en -entier le dialogue sur les héros de roman. On l'imprima d'après Sévigné, -longtemps avant que Boileau en eût livré le manuscrit à Brossette[338]. -Sévigné voulut garder ses deux maîtresses; mais il n'était pas un -Soyecourt: par l'effet de ce partage, mademoiselle de Lenclos ne trouva -pas en lui tout ce qu'elle espérait, et un grand refroidissement fut la -conséquence de leur illusion détruite. Madame de Sévigné, qui s'était -faite la confidente de son fils, trouvant mademoiselle de Lenclos bien -plus dangereuse pour lui que la Champmeslé, profita des dispositions où -elle le vit pour s'efforcer de le rejeter dans les bras de cette actrice. -Elle y parvint, mais sans pouvoir l'arracher, comme elle l'avait espéré, -à mademoiselle de Lenclos. Celle-ci, après avoir donné à Sévigné son -congé comme favori, et exhalé son dépit de n'avoir pu le rendre plus -amoureux, se calma, et le trouva assez aimable, assez spirituel pour -désirer de le conserver au nombre de ses amis. Il ne refusa point cet -honneur, et continua de fréquenter sa maison, de se plaire dans sa -société[339]. Cela inquiétait madame de Sévigné: il semblait que sa -destinée était de rencontrer, à toutes les époques de sa vie, Ninon, -comme une fée malfaisante toujours occupée à mettre le trouble dans sa -famille, toujours habile à lui enlever la confiance et la tendresse des -hommes les plus chers à son cÅ“ur. Madame de Sévigné savait ce qui se -passait chez mademoiselle de Lenclos par son fils et par les amis qui lui -étaient communs avec elle; et voici ce qu'elle écrivait à madame de -Grignan, après lui avoir raconté un bon mot de Ninon sur la comtesse de -Choiseul[340]: - -«Mais qu'elle est dangereuse cette Ninon! Si vous saviez comme elle -dogmatise sur la religion, cela vous ferait horreur. Son zèle pour -pervertir les jeunes gens est pareil à celui d'un certain M. de -Saint-Germain[341], que nous avons vu quelquefois à Livry. Elle trouve -que votre frère a la simplicité d'une colombe; il ressemble à sa mère; -c'est madame de Grignan qui a tout le sel de la maison et qui n'est pas -si sotte que d'être dans cette docilité. Quelqu'un pensa prendre votre -parti, et voulut lui ôter l'estime qu'elle a pour vous: elle le fit -taire, et dit qu'elle en savait plus que lui. Quelle corruption! Quoi! -parce qu'elle vous trouve belle et spirituelle, elle veut joindre à cela -cette bonne qualité sans laquelle, selon ses maximes, on ne peut être -parfaite! Je suis vivement touchée du mal qu'elle fait à mon fils sur ce -chapitre. Ne lui en mandez rien; nous faisons nos efforts, madame de la -Fayette et moi, pour le dépêtrer d'un engagement si dangereux.» - - [329] DOUXMÉNIL, _Mémoires et lettres pour servir à l'histoire de - mademoiselle de Lenclos_. - - [330] Conférez la 1re partie de ces _Mémoires_, p. 242-243. Elle - eut un fils du marquis de Villarceaux et un aussi du marquis de - Jarzé. Le comte de Coligny, que nous n'avons point nommé en cet - endroit, paraît avoir précédé Jarzé comme amant de Ninon. - DOUXMÉNIL, _Mémoires et lettres de Ninon de Lenclos_, p. 69. - - [331] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 juin 1672), t. III, p. 71, édit. G.; - t. III, p. 7, édit. M. - - [332] DOUXMÉNIL, _Mémoires et lettres_, p. 70. - - [333] Conférez la 1re partie de ces _Mémoires_, p. 233 à 270, ch. - XVII, XVIII et XIX.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 et 18 mars 1671), t. - 1, p. 374 et 382, édit. G.; t. I, p. 288 et 295, édit. M. - - [334] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 288, édit. M. - Conférez surtout l'admirable lettre du _marquis de Sévigné à la - comtesse de Grignan_ (27 septembre 1696), que M. Monmerqué vient - de publier, Paris, 1847, chez Dondey-Dupré (24 pages). - - [335] Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre françois_, t. - XIV, p. 523.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 janvier 1672), t. II, p. - 347, édit. G. - - [336] Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre françois_, t. - XIV, p. 517. _Lettre de_ ROUSSEAU à Brossette, t. IV, p. 150 des - _OEuvres de J.-B. Rousseau_. - - [337] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 avril 1671), t. II, p. 8, édit. G.; - t. II, p. 7, édit. M.; t. I, p. 60, édit. de la Haye, 1726, - in-12. - - [338] BOILEAU, _Discours sur le dialogue des héros de roman_, - dans les _OEuvres_, t. V, p. 12, édit, de Saint-Marc. - - [339] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13, 15 et 18 mars, 8, 17, 15 et 22 - avril 1671), t. I, p. 374, 382, 404; t. II, p. 6, 22, 23, 28, 30, - 33, édit. G.--_Ibid._, t. I, p. 288, 295, 313; t. II, p. 6, 18, - 19, 25 et 27, édit. M. - - [340] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er avril 1671), t. I, p. 104, édit. - G.; t. I, p. 313, édit. M.; t. I, p. 55, édit. de la Haye. - - [341] Un ami de Saint-Pavin. Voyez l'édition de ce poëte, 1759, - p. 35, et la note de M. Monmerqué à l'endroit cité. - -Ces efforts, ainsi que nous l'avons dit, ne furent ni entièrement -inutiles ni complétement victorieux; et madame de Sévigné, après avoir -révélé[342] les confidences les plus intimes de son fils à celle à qui -elle ne cachait rien, termine ainsi cette curieuse partie de sa -correspondance avec madame de Grignan: - -«Je crois que le chapitre de votre frère vous a fort divertie. Il est -présentement en quelque repos: il voit pourtant Ninon tous les jours, -mais c'est en ami. Il entra l'autre jour avec elle dans un lieu où il y -avait cinq ou six hommes: ils firent tous une mine qui la persuada qu'ils -le croyaient possesseur. Elle connut leurs pensées, et leur dit: -«Messieurs, vous vous damnez si vous croyez qu'il y ait du mal entre -nous; je vous assure que nous sommes comme frère et sÅ“ur.» Il est vrai -qu'il est comme fricassé; je l'emmène en Bretagne, où j'espère que je lui -ferai retrouver la santé de son corps et de son âme. Nous ménageons, la -Mousse et moi, de lui faire faire une bonne confession[343].» - - [342] Conférez surtout la lettre du 8 avril 1671. Cette lettre se - trouve dans les deux premières éditions de 1726, et le chevalier - Perrin fut ainsi forcé de la reproduire dans la sienne. - - [343] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 avril 1671), t. II, p. 45. - -Effectivement, Sévigné se trouva heureux du séjour des Rochers. Là , sous -l'influence d'une mère aussi gaie, aussi aimable, aussi spirituelle que -Ninon, et de dix ans plus jeune qu'elle, il goûta des joies tranquilles, -et passa dans une sérénité parfaite des jours exempts d'inquiétude et de -remords. Sa santé, que son double amour avait altérée, se rétablit. Mais, -né avec un caractère faible, il est probable qu'après son retour à Paris -il eût cédé à de nouvelles séductions, ou que, à l'exemple de plusieurs -de ses compagnons d'armes, il se fût laissé entraîner dans de vulgaires -débauches[344] si la guerre que Louis XIV préparait ne l'eût forcé de se -rendre à l'armée[345]. - - [344] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 avril 1671), t. II, p. 31, édit. G.; - t. II, p. 25, édit. M. - - [345] _Ibid._ (1er janvier 1672); t. II, p. 329, édit. G.; t. II, - p. 279, édit. M. - - - - -CHAPITRE V. - -1672. - - Des causes qui ont amené Louis XIV à faire la guerre aux - Hollandais.--Commencements de cette guerre, qui produit une - coalition et se termine par la paix de Nimègue.--Des diverses - sociétés que fréquentait alors madame de Sévigné.--Personnages de la - cour, de la robe.--Beaux esprits.--Lettres de madame de Sévigné - pendant les six premiers mois de cette année, pour les nouvelles de - guerre.--Des matériaux historiques.--Le désir d'aller voir sa fille - la tourmente, parce qu'elle est retenue par la prolongation imprévue - de la maladie de sa tante la Trousse.--Elle s'attriste d'être - obligée de rester à Paris, lorsqu'elle avait résolu de partir.--Ce - qu'elle répond à sa fille, qui lui avait demandé si elle aimait la - vie.--Le comte de Grignan reconnaît tout ce qu'il lui doit pour le - succès de ses démarches à la cour.--Elle faisait encore de la - musique.--Elle se partage entre la société du _Faubourg_ et celle de - l'_Arsenal_.--Quelles étaient les personnes qui composaient cette - dernière société.--L'Arsenal était sous la surintendance de - Louvois.--Faveur de ce dernier.--Il est fait ministre et admis au - conseil.--Louis XIV règle les préséances dans le commandement - de l'armée.--Il donne à Turenne la suprématie sur quatre - maréchaux.--Résistance de ceux-ci.--Plusieurs sont exilés.--Ils se - soumettent, et sont rappelés.--Résumé de cette campagne par - Louis XIV.--Passage du Rhin.--Épître de Boileau.--Résultats - glorieux.--Inconvénients de cette guerre.--On aliène des domaines de - l'État, on mécontente les protestants, on ruine et on décime la - noblesse.--Rareté de l'argent.--Équipages à faire.--On partait comme - volontaire.--Sévigné part en qualité de guidon des gendarmes du - Dauphin.--Paris désert.--Douleur de toutes les dames lorsqu'elles - apprennent la mort du comte de Saint-Paul.--Louis XIV nomme un - conseil de régence, et fait la reine régente.--Madame de la Vallière - reste à Saint-Germain en Laye.--Madame de Montespan se retire au - lieu nommé le Genitoy, où Louis XIV va la voir.--Il voit aussi ses - enfants.--Madame Scarron était à ce rendez-vous.--Conduite qu'elle - se trace.--Quelle est la cause principale de l'influence qu'elle - commence à acquérir.--Effets fâcheux du scandale donné par le - roi.--Pour excuser ses faiblesses, il les protége dans les - autres.--Il soustrait la duchesse de Mazarin à la puissance - maritale.--Dangers auxquels étaient exposées les femmes jeunes et - jolies à la cour de Louis XIV.--Nécessité de faire connaître les - aventures de la marquise de Courcelles. - - -On était loin sans doute de ce fanatisme cruel qu'avaient développé chez -tous les peuples de l'Europe les progrès de la réforme. La belliqueuse -Allemagne ne se divisait plus pour assurer, sur les champs de bataille, -le triomphe d'une opinion religieuse. L'Angleterre, quoique mécontente de -son roi, ne se rappelait pourtant qu'avec effroi les maux causés par le -puritanisme et la tyrannie de Cromwell. La France abhorrait les souvenirs -de la Ligue; et les déchirements de la Fronde n'avaient servi qu'à lui -faire mieux goûter la tranquillité dont on jouissait. Mais le désir de -l'indépendance avait été à la fois la cause et l'effet du protestantisme; -il avait germé dans tous les cÅ“urs, il était devenu un besoin pour cette -classe toujours croissante de la population, qui s'élevait par le -commerce et l'industrie. Lorsque cette inquiète agitation des esprits eut -cessé de se diriger vers les questions religieuses, elle envahit les -théories politiques: on vit naître alors cette sourde haine contre -l'autorité, ce penchant au républicanisme, dont les souverains de -l'Europe ressentirent d'autant plus promptement les effets qu'il avait -trouvé un organe puissant par tout l'univers dans la Hollande. - -Ces provinces néerlandaises, que les rois de l'Europe aidèrent à -s'affranchir de la dépendance de l'Espagne, avaient, lors du traité -d'Aix-la-Chapelle, protégé l'Espagne contre l'ambition de Louis XIV. En -moins d'un siècle, cette réunion de petites républiques était devenue la -première puissance maritime du monde: orgueilleuse de ses colonies, de -ses richesses et de son influence en Europe, elle donnait refuge à tous -ceux que blessait l'autorité despotique des monarques; elle réimprimait -les libelles publiés contre eux, et surtout ceux contre le roi de France, -contre sa politique et son gouvernement; elle faisait frapper des -médailles où se manifestait l'arrogance républicaine; et, usant du droit -d'un État libre, elle faisait des lois de douanes utiles à son commerce, -mais nuisibles au commerce de la France. Louis XIV, qu'elle blessait par -tant de côtés, sut la priver de tous ses alliés[346] en leur persuadant -qu'en déclarant la guerre à la Hollande il n'avait pour but que de -mortifier l'orgueil de marchands assez audacieux pour s'ériger en -arbitres des potentats. La Hollande fut envahie par une armée de 176,000 -hommes, conduite et dirigée par Turenne et Condé[347], le roi présent -avec l'élite de la noblesse de France[348]. Il n'en fallait pas tant -pour accabler la malheureuse république, aussi habile à combattre sur mer -qu'elle était incapable de se défendre sur terre, autrement que par son -or. Cependant le patriotisme et le courage du désespoir l'empêchèrent de -succomber sous les premiers et terribles coups qui lui furent portés. -Fille de l'Océan, sur lequel elle avait conquis son territoire, elle -appela l'Océan à son secours, et lui livra ses vertes campagnes. Les -flots qui les couvrirent protégèrent contre l'ennemi vainqueur les -remparts qui renfermaient les principales richesses et les derniers -défenseurs de la république. Tous les souverains s'émurent à la nouvelle -de cette terrible et menaçante invasion; ils armèrent: Louis XIV, qui eut -à combattre seul contre tous, fut obligé de diviser sa redoutable armée -pour faire face à tous ses ennemis, et la Hollande fut sauvée. Alors on -ouvrit à Cologne des conférences, qui, prolongées depuis à Nimègue, se -terminèrent, après cinq ans, par une paix générale[349]. La guerre n'en -continua pas moins pendant le cours de ces négociations. La -correspondance de madame de Sévigné jette quelquefois une vive lumière -sur les événements de cette glorieuse période de notre histoire -nationale. - - [346] MIGNET, _Négociations relatives à la succession d'Espagne - sous Louis XIV_, t. III, p. 258 (21 et 31 décembre, traité entre - Charles II et Louis XIV), p, 291; (10 juillet 1671, traité avec - le duc de Brunswick), p. 348; (avec l'empereur, 21 novembre et 18 - décembre 1671), p. 548 et 553. (La Suède est aux enchères. - Courtin appelle les Suédois les Gascons du Nord. Le 14 avril - 1672, le traité de confédération de la Suède et de la France - contre la Hollande est signé).--_Ibid._, t. III, p. 558, 638. - (Bonsy, archevêque de Toulouse, et le marquis de Villars - négocient à Madrid.) - - [347] MIGNET, _Négociations, etc._, t. III, p. 666; t. IV, p. 1. - - [348] Voyez la longue liste des beaux noms que donne du Londel - dans ses _Fastes_, p. 207. - - [349] MIGNET, _Négociations relatives à la succession d'Espagne - sous Louis XIV_, t. III, p. 610. (Manifeste de guerre contre la - Hollande), t. III, p. 160; t. IV, p. 269. (Paix entre - l'Angleterre et la Hollande), t. IV, p. 277. (Rupture des - conférences, l'électeur de Cologne enlevé), t. IV, p. 289. - (Seconde conquête de la Franche-Comté), t. IV, p. 299. (Belle - campagne de Turenne en Alsace), t. IV, p. 299, 364, 366, 521. - (Charles II devient hostile à la France), t. IV, p. 678 et 706. - La paix se conclut. - -Les cercles dans lesquels madame de Sévigné se trouvait mêlée par la -nécessité des affaires, par les convenances de société ou les besoins de -l'amitié comprenaient tout ce qu'il y avait alors dans Paris de -personnages illustres ou considérables. Déjà nos lecteurs en connaissent -une grande partie; mais la suite de la correspondance de madame de -Sévigné nous introduit auprès de beaucoup d'autres, sur lesquels les -mémoires du temps nous donnent des détails curieux. Nous nous -contenterons de rappeler ici les noms des principaux: MADEMOISELLE[350], -les Condé et Gourville; avec eux, les duchesses de Rohan, d'Arpajon, de -Verneuil, de Gesvres; les Lavardin[351], surtout la femme du duc de -Chaulnes; les d'Albret, les Beringhen, les Richelieu, les Duras, les -Charost, les Villeroi, les Sully, les Castelnau, les Louvigny. C'est dans -ces sociétés que brillaient l'abbé Têtu et Barillon, qui fut ambassadeur -en Angleterre: celui-ci était alors, ainsi que le marquis de Beuvron, -éperdument amoureux de madame Scarron; mais elle sut contenir toute cette -passion dans les limites de l'amitié la plus dévouée[352]. Dans -l'épée, nous citerons Dangeau, le comte de Sault, qui fut duc de -Lesdiguières[353], illustré par les vers de Boileau; le comte de Guiche, -frère de madame de Monaco, et l'amant de la duchesse de Brissac[354]. -Dans les femmes d'un rang plus ou moins élevé, nous devons nommer: la -maréchale d'Humières, dont le mari était parent de madame de Sévigné et -de Bussy; madame du Puy du Fou[355], madame Duplessis-Bellière, les -Créqui, les Guiche, les Sully; l'abbesse de Fontevrault, madame de -Thianges, la comtesse de Fiesque, sa sÅ“ur, et sa voisine, cette belle -madame de Vauvineux, que madame de Sévigné appelait Vauvinette; les -Verneuil, les d'Entragues, la comtesse d'Olonne, la marquise de -Courcelles, la marquise d'Huxelles, madame de Puisieux, et avec eux toute -la société de la cour[356]. Dans la robe, les d'Ormesson[357], le -président et la présidente Amelot[358], les de Mesmes, les d'Avaux, que -l'abbé de Coulanges recevait à Livry[359]; les Colbert, les Pomponne, les -Louvois. A cette nombreuse liste il faut ajouter encore, comme étant de -la société intime de madame de Sévigné, toutes les personnes d'Aix qui -avaient vu sa fille, tous ses amis et ses parents; Turpin de Crissé, -comte de Sansei, et sa femme; Anne-Marie de Coulanges, le marquis et la -marquise de la Trousse, ses cousins; enfin Retz, que madame de Sévigné -appelait _son cardinal_. N'omettons par les beaux esprits du temps, -Molière, Racine, Despréaux, qui lisait alors dans ces sociétés _le -Lutrin_ et l'_Art poétique_, et la Fontaine le conteur; puis après, -Guilleragues, Benserade, Corbinelli, Langlade[360], l'abbé de la -Victoire; et encore d'autres alliés, d'autres parents, le duc de Brancas, -la bonne madame de Troche (_Trochanire_), bien établie à la cour, qui eut -le talent de s'y faire beaucoup d'amis, et si jalouse de l'attachement -que madame de Sévigné portait à madame de la Fayette[361]. On peut -remarquer que madame de Sévigné prend part à tout ce qui passe autour -d'elle dans la haute société, et que cependant elle est très-exacte à se -rendre à la messe des Minimes de la place Royale, qui était celle de la -noblesse et du grand monde; qu'elle ne manquait pas un sermon de -Bourdaloue et de Mascaron, ce qui ne l'empêchait pas d'aller aussi -admirer la Champmeslé dans _Bajazet_, de se rendre à la belle fête donnée -à l'hôtel de Guise pour le mariage de mademoiselle d'Harcourt et du duc -de Cadaval[362], et d'assister à la magnifique pompe funèbre du -chancelier Séguier. Sa plume trace le récit de la mort de la princesse de -Conti, cette nièce de Mazarin, la mère des pauvres, tant regrettée; celle -de MADAME douairière, qui laissait MADEMOISELLE maîtresse du Luxembourg: -elle nous fait assister à l'incendie de l'hôtel du comte de Guitaud et -aux noces du mariage de la belle la Mothe-Houdancourt avec le hideux duc -de Ventadour[363]. - - [350] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 189, édit. M. - - [351] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1671 et 1672 _passim_).--L'abbé - ARNAULD, _Mémoires_, t. XXXIV, p. 302-306.--SAINT-SIMON, - _Mémoires authentiques_, t. III, p. 207. - - [352] CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 415-420.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (13 juin 1684), t. I, p. 428. - - [353] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 avril, 23 décembre 1671), t. II, p. - 317, édit. G.; t. II, p. 37, 69, 159, 162. - - [354] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 avril 1672), t. II, p. 486. - - [355] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 avril 1672), t. II, p. 490. - - [356] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 273.--CAYLUS, - _Mém._, t. LXVI, p. 415.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 avril, 23 - décembre, 13 mai, 14 octobre 1671).--_Ibid._ (6 avril 1672), t. - II, p. 451.--_Ibid._ (11 mars 1671), t. I, p. 369, édit. G. - - [357] TALON, _Mémoires_, t. LXII, p. 130 et 193.--SAINT-SIMON, - _Mémoires_, t. X, p. 151-153.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (23 décembre - 1671), t. II, p. 319 et 320.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. III, p. - 76, 133; t. IV, p. 36 et 253. - - [358] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 et 18 février), t. II, p. 322 et - 330.--CONRART, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 33.--RETZ, _Mémoires_, - t. XLVI, p. 87; t. XLVII, p. 217.--TALLEMANT DES RÉAUX, - _Historiettes_, t. IV, p. 340 et 342. Cette historiette de - Tallemant, sur le président Amelot, est démentie par Conrart et - les Mémoires contemporains les mieux informés. - - [359] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 août 1672), t. II, p. 492.--_Ibid._, - années 1671 et 1672, _passim_.--_Ibid._ (13 mai 1671), t. II, p. - 68, édit. G.--BUSSY-RABUTIN, _Lettres_, t. V, p. - 91.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. III, p. 47. - - [360] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars 1671), t. I, p. 373, et 13 - octobre 1673. - - [361] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1671, 3 février 1672, 26 mars - 1680, 2 mai 1689), t. I, p. 311; t. II, p. 372; t. VI, p. - 416.--(2 mai 1689), édit. G.--_Ibid._, t. I, p. 236; t. II, p. - 315; t. VI, p. 210; t. IX, p. 295.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. - IV, p. 311.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. III, p. 311.--_Lettres - de_ SÉVIGNÉ, années 1671-1672 _passim_.--SAINT-SIMON, _Mémoires - authentiques_, t. I, p. 196; t. II, p. 207.--SOMAIZE, _le Grand - Dictionnaire des Précieuses_, 1661; in-12, t. I, p. 79.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (20 et 27 avril 1671), t. II, p. 48 et 465, édit. - G.--(22 août 1676), t. IV, p. 407, édit. G.--(11 décembre 1675), - t. IV, p. 240.--(13 février, 1er mai 1672, 28 décembre 1673, 24 - novembre 1679, 28 septembre 1680), t. I, p. 324; t. II, p. 54; t. - III, p. 282; t. VI, p. 216, 217.--GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, - p. 305 à 308. - - [362] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 janvier, 9 février 1671), t. 1, p. - 229-315, édit. G.; t. I, p. 225 et 238, édit. M.--_Ibid._ (6 mai - 1672), t. III, p. 7-11, édit. G.; t. II, p. 422, édit. - M.--_Ibid._ (27 février et 13 mars 1671), t. I, p. 347, 373, - édit. M.--(27 juin, 13 mars), t. I, p. 265 et 288, édit. M.--LA - FAYETTE, _Mémoires_, t. LXIV, p. 422.--CONRART, _Mémoires_, t. - XLVIII, p. 282. - - [363] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (5 février 1672), t. II, p. 374, édit. - G.--_Ibid._ (6 avril 1672), t. II, p. 450, édit. M.--L'abbé - Guiton ou Guéton, mentionné dans la lettre sur l'incendie de - l'hôtel du comte de Guitaud, était un ami du poëte Santeul. Voyez - SANTOLII _opera poetica_, 1696, p. 361.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 - août 1672), t. II, p. 450, édit. G.--_Recueil de gazettes_ (30 - avril 1672), p. 1072.--Marguerite, duchesse douairière d'Orléans, - mourut à cinquante-sept ans. - -Toutes ces occupations, tout ce monde ne faisaient pas oublier à madame -de Sévigné Blanche, sa petite-fille, ni le fils de Bussy, étudiant au -collége de Clermont[364]. C'est surtout dans les six premiers mois de -l'année 1672, si fertiles en grands événements militaires, que la -correspondance de madame de Sévigné avec sa fille est très-active, et -offre plus d'instruction pour l'histoire. Jamais elle ne mena une vie -plus agitée et plus tourmentée. Le bruit courait que la guerre allait -avoir lieu; son fils était parti pour l'armée; non-seulement elle était -privée de sa société, mais ses craintes maternelles étaient grandes[365]. -Elle avait promis à sa fille de l'aller voir en Provence, et elle était -dévorée du désir de remplir sa promesse; mais la maladie de sa tante la -retenait à Paris. Chaque jour madame de la Trousse était près de sa fin, -et cependant des semaines, des mois s'écoulaient dans des crises qui, -sans donner aucun espoir de salut, ne permettaient pas de fixer l'époque -du terme fatal. Tantôt madame de Sévigné espérait que la maladie -traînerait en longueur; alors elle se décidait à se mettre en route; mais -à peine sa résolution était-elle prise que des symptômes alarmants se -manifestaient et que la crainte d'abandonner dans ses derniers moments -cette tante qu'elle aimait la forçait à différer son départ. Cette -alternative cruelle, ces anxiétés constantes, ce combat entre les pieux -devoirs qu'elle remplissait près de sa parente et la privation de cette -joie du cÅ“ur, qu'elle se promettait depuis si longtemps, d'aller -rejoindre sa fille; ce projet de voyage, caressé par sa vive imagination, -toujours près d'être exécuté et toujours différé, lui donnaient des -mouvements d'impatience, et lui faisaient former des vÅ“ux que -réprimaient aussitôt de poignants remords. Cette torture de l'âme fut -portée à son plus haut degré par la douleur que lui causa la mort du -chevalier de Grignan, le plus aimable de tous ceux de son nom: il -plaisait à sa fille, jusqu'à donner matière à la malignité des -chansonniers; il était aussi le compagnon de son fils, et fut pleuré par -les deux familles[366]. Madame de Sévigné, dans cet état de profonde -tristesse et de découragement[367] qui nous fait souvent regretter -d'avoir reçu une existence qui doit finir, exprime à sa fille ses plus -intimes pensées, où tant de personnes sensibles et pieuses se -reconnaîtront[368]. «Vous me demandez, ma chère enfant, si j'aime -toujours bien la vie. Je vous avoue que j'y trouve des chagrins cuisants; -mais je suis encore plus dégoûtée de la mort: je me trouve si malheureuse -d'avoir à finir tout ceci par elle que, si je pouvais retourner en -arrière, je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans un engagement qui -m'embarrasse: je suis embarquée dans la vie sans mon consentement; il -faut que j'en sorte, cela m'assomme. Et comment en sortirai-je? par où, -par quelle porte? quand sera-ce? en quelle disposition? souffrirai-je -mille et mille douleurs qui me feront mourir désespérée? aurai-je un -transport au cerveau? mourrai-je d'un accident? comment serai-je avec -Dieu? qu'aurai-je à lui présenter? n'aurai-je aucun autre sentiment que -celui de la peur? que puis-je espérer? suis-je digne du paradis? suis-je -digne de l'enfer? Quelle alternative! quel embarras! Rien n'est si fou -que de mettre son salut dans l'incertitude, mais rien n'est si naturel; -et la sotte vie que je mène est la chose du monde la plus aisée à -comprendre. Je m'abîme dans ces pensées, et je trouve la mort si -terrible que je hais plus la vie parce qu'elle m'y mène que par les -épines dont elle est semée. Vous me direz que je veux donc vivre -éternellement? Point du tout; mais si on m'avait demandé mon avis, -j'aurais bien aimé mourir entre les bras de ma nourrice: cela m'aurait -ôté bien des ennuis, et m'aurait donné le ciel bien sûrement et bien -aisément.» Ainsi parlait une femme riche, honorée, aimée, brillante de -santé; qui enfin, par les bienfaits privilégiés de la Providence, se -trouvait en possession de tous les éléments de bonheur! - - [364] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 avril 1672), t. II, p. 475, édit. - G.; t. II, p. 400, édit. M. - - [365] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er janvier, 17 février, 9 mars 1672), - t. II, p. 329, 331, 418, 420, édit. G.; t. II, p. 279, 332, 355. - - [366] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10, 12, 24 février 1672). Voyez, - ci-dessus, 2e partie des _Mémoires_, p. 286. - - [367] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 avril 1672), t. II, p. 469, édit. - G.; t. II, p. 395, édit. M. - - [368] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (16 mars 1672), t. II, p. 424, édit. G.; - t. II, p. 361, édit. M. - -Pourtant madame de Sévigné ne se laissait point abattre par la -mélancolie. Elle mettait à profit le retard qu'éprouvait son voyage pour -se rendre utile à son gendre. Sans cesse elle allait à la quête des -nouvelles les plus récentes et les plus sûres, pour les écrire -sur-le-champ à sa fille. Il faut que le comte de Grignan ait exprimé -vivement, dans une des lettres qu'il lui écrivit, sa reconnaissance du -service qu'elle lui avait rendu, puisqu'elle juge à propos de repousser -comme des flatteries ce qu'il avait dit à cet égard. - -«Vous me flattez, mon cher comte: je ne prends qu'une partie de vos -douceurs, qui est le remercîment que vous me faites de vous avoir donné -une femme qui fait tout l'agrément de votre vie. Oh! pour cela, je crois -que j'y ai un peu contribué; mais pour votre autorité dans la province, -vous l'avez par vous-même, par votre mérite, votre naissance, votre -conduite: tout cela ne vient pas de moi.» Puis elle ajoute aussitôt, en -s'adressant à sa fille, un détail qui prouve que, malgré son âge et les -tourments qui l'assiégeaient, elle s'occupait encore de musique[369]. -«Ah! que vous perdez que je n'aie pas le cÅ“ur content! Le Camus m'a -prise en amitié; il dit que je chante bien ses airs, il en fait de -divins: mais je suis triste, et je n'apprends rien; vous les chanteriez -comme un ange. Le Camus estime fort votre voix et votre science. J'ai -regret à ces sortes de petits agréments que nous négligeons: pourquoi les -perdre? Je dis toujours qu'il ne faut pas s'en défaire, et que ce n'est -pas trop de tout. Mais que faire quand on a un nÅ“ud à la gorge?» - - [369] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 juin 1672), t. III, p. 52, édit. G.; - t. II, p. 460, édit. M.; t. II, p. 169, édit. 1734. - -C'était principalement entre les sociétés du _Faubourg_ et de l'_Arsenal_ -que madame de Sévigné se partageait: dans la première, celle de la -Rochefoucauld, du prince de Marsillac, de madame de la Fayette, elle -apprenait les nouvelles de cour; dans la seconde, tout ce qui concernait -la guerre. La tête en quelque sorte de cette seconde société était celle -du comte de Lude, grand maître de l'artillerie. Cette société se -composait de personnes demeurant dans le quartier, liées avec madame de -Sévigné depuis sa jeunesse; qui, comme elle, avaient brillé au temps de -la Fronde, et conservé, accru même leur influence dans le beau monde. -C'étaient surtout la marquise et le marquis de Villars, qu'on avait -surnommé _le bel Orondate_[370]; il fut une des brillantes conquêtes de -la marquise de Gourville[371]. Chez la marquise de Villars se -réunissaient madame de Fontenac et mademoiselle d'Outrelaise, deux femmes -inséparables, dites les _divines_ dans le temps de leur jeunesse et qui -conservaient encore ce surnom. La première, femme d'esprit et d'empire, -dit Saint-Simon[372], refusa de suivre son mari lorsqu'il fut nommé, en -cette année 1672, gouverneur du Canada[373]: c'est celle que madame de -Maintenon a choisie pour conseil dans le moment le plus critique de sa -vie[374]. La liaison de madame de Sévigné avec le comte de Guitaud[375] -se resserra encore lorsque celui-ci obtint le gouvernement des îles -Sainte-Marguerite, parce qu'alors il eut des rapports de service avec le -comte de Grignan. Sa femme, beaucoup plus jeune que lui, devint grosse, -et accoucha en même temps que madame de Grignan[376]. Madame de Guitaud, -avec beaucoup d'esprit, était recherchée du grand monde, d'où l'écartait -son penchant à la dévotion. Il n'en était pas ainsi de la comtesse de -Saint-Géran[377], qui faisait partie de cette société de l'Arsenal, et -qui attirait si souvent dans ce quartier madame de Sévigné. La comtesse -de Saint-Géran, charmante d'esprit et de corps, poussant à un point -extrême la recherche, la délicatesse, la propreté dans les plaisirs de la -table, était fort recherchée à la cour, où sa charge de dame du palais de -la reine lui donnait du crédit: réservée dans sa conduite, elle -remplissait avec exactitude tous ses devoirs pieux; mais elle ne put -résister aux séductions du brillant Seignelay, le fils aîné de Colbert. -Il l'aima, et en fut aimé. Madame de Saint-Géran était l'amie intime de -la marquise de Villars, et ces deux jeunes femmes se rendaient agréables -à madame de Sévigné à cause de l'amitié qu'elles avaient pour madame de -Grignan[378]. La duchesse de Brissac, coquette et légère, plaisait à -madame de Sévigné par ses qualités aimables. Les mÅ“urs dépravées du duc -de Brissac[379] disposèrent tout le monde à l'indulgence pour les -faiblesses et les intrigues galantes de sa femme[380] avec le jeune duc -de Longueville (le comte de Saint-Paul), le comte de Guiche[381] et le -marquis Henri d'Harcourt. - - [370] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 29, 30; t. - II, p. 215.--_Lettre de madame_ DE VILLARS, édit. 1762 ou édit, - 1805.--TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. XLVIII, p. 396 et - 397.--Madame DE CAYLUS, _Mémoires_, t. LXVI, p. 415.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (27 août 1671), t. II, p. 48.--MONTAUSIER, _Mémoires_, - t. XLI, p. 382.--LORET, _Muse historique_, liv. IV, p. - 18.--SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. 29, 30; t. - II, p. 115. - - [371] TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. IV, p. 296, édit. - in-8º. - - [372] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. II, p. 114, 115 et - 299.--TALLEMANT DES RÉAUX, _Mémoires_, t. IV, p. 417.--LORET, - _Muse historique_, liv. IV, p. 10.--_Ménagiana_, t. IV, p. - 7.--_Recueil de chansons historiques et choisies_, t. II, p. 193. - - [373] Voyez le _Recueil de gazettes_, 1673, in-4º.--SAINT-SIMON, - _Mémoires authentiques_, t. II, p. 114, 115, 299; t. VII, p. - 174.--_Recueil de chansons choisies_, t. II, p. 193.--SEGRAIS, - _Mémoires_, dans ses _OEuvres_, t. II, p. 147 et 229.--TALLEMANT - DES RÉAUX, t. IV, p. 236, 296, 417.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 - avril, 23 décembre 1671), t. II, p. 45 et 306, édit. G.--SEGRAIS, - _OEuvres_, 1758, in-12, p. 76.--BUSSY, _Nouvelles lettres_, t. V, - p. 154.--_Lettres de madame de la Fayette à la marquise de - Sablé_, dans l'ouvrage de DELORT, intitulé _Mes voyages aux - environs de Paris_, t. I, p. 219.--GOURVILLE, _Mémoires_, t. - LXIV, p. 457, 459 462. - - [374] MAINTENON, _Lettres_, édit. de Sautereau de Marsy, chez - Léopold Collin, t. II, p. 202. L'éditeur doute que ce soit la - même que la _divine_, mais à tort. - - [375] Guillaume Pechpeirou Comenge, comte de Guitaud, marquis - d'Époisses. - - [376] DELORT, _Histoire de l'homme au masque de fer_, p. 52. - - [377] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 février et 20 mars 1671, 16 et 25 - octobre 1673), t. I, p. 343, 388; t. III, p. 191 et 196. - - [378] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. I, p. - 350.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 avril 1671, 8 janvier 1676, 25 - décembre 1679, 22 décembre 1688, 19 mars 1696), t. II, p. 45; t. - IV, p. 302; t. VI, p. 284; t. IX, p. 47, édit. G.--Le nom de - madame de Saint-Géran était Françoise-Madeleine-Claude de - Warignies. Sur le comte de Saint-Géran, voyez TALLEMANT DES - RÉAUX, t. V, p. 162; 1666, in-8º. - - [379] _Recueil de chansons_, t. IV, p. 37. - - [380] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 mars et 22 avril 1671), t. I, p. - 372; t. II, p. 30; édit. G.--SAINT-SIMON, _Mémoires - authentiques_, t. II, p. 254.--_OEuvres_, t. IX, p. 64. - - [381] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 janvier 1672), t. II, p. 345.--(19 - mai 1676).--_Recueil de chansons historiques_, Mss. Biblioth. - royale, t. V, p. 43. - -Tout ce quartier de l'Arsenal était placé sous la surintendance de -Louvois, qui jouissait alors d'une grande faveur. Louis XIV le fit -ministre, et lui donna, comme tel, entrée au conseil[382]. Les détails -qui nous ont été transmis sur les préparatifs de cette guerre nous -apprennent avec quelle habileté Louis XIV avait su organiser sa vaste -administration. Un ordre émané de lui régla que, lors de la jonction de -plusieurs corps d'armée, le droit de commander en chef serait dévolu, -après le roi, à MONSIEUR, ensuite au prince de Condé, puis à M. de -Turenne, et que dans ce dernier cas tous les maréchaux de France seraient -tenus d'obéir à celui-ci[383]. Cet ordre déplut aux maréchaux. Madame de -Sévigné nous initie aux moyens de persuasion et de douceur que Louis XIV -tenta auprès des plus renommés avant de forcer l'obéissance par des -mesures de rigueur. Bellefonds, de Créqui et d'Humières firent des -remontrances, et résistèrent aux volontés du monarque: ils furent exilés, -et il ne leur fut permis de rentrer au service qu'après avoir promis une -entière soumission. Louvois fomentait secrètement cette résistance des -maréchaux en haine de Turenne, qu'il n'aimait pas; mais Louis XIV ne se -confiait pas uniquement à son ministre, et concertait lui-même ses plans -de campagne avec Turenne et avec le prince de Condé. Ces deux grands -capitaines correspondaient, pour les principales résolutions -stratégiques, avec le monarque directement, et avec Louvois pour les -besoins de leur armée et le détail des opérations militaires[384]. Louis -XIV écrivait de sa main des instructions pour Louvois; celui-ci faisait -des rapports détaillés de tous les ordres donnés par lui au nom du roi. -Le roi les renvoyait à Louvois après les avoir lus et avoir mis en marge -ce qu'il approuvait ou désapprouvait, supprimant, modifiant, ajoutant au -travail de son ministre, et dirigeant ainsi réellement par lui-même, -jusque dans les moindres détails, toutes les opérations de la guerre, -comme aussi les négociations qu'elle nécessitait. - - [382] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (vendredi 5 février 1672), t. II, p. - 376, édit. G.; t. II, p. 316, édit. M. - - [383] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 124 et 125.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (24 et 29 avril. BUSSY, 1er mai 1672), t. II, p. - 476-478-483, édit. G.; t. II, p. 402 à 415, édit. M.--_Recueil de - gazettes_, p. 441 (5 mai 1672). - - [384] LOUIS XIV, _OEuvres_, _Mémoires militaires_. Guerre de - 1672, t. III, p. 115-193.--GRIFFET, _Recueil de lettres pour - servir d'éclaircissements à l'histoire militaire du règne de - Louis XIV_, t. I, p. 1-268. - -Aussi se ressouvenait-il toujours avec un juste orgueil des succès de -cette campagne, que Boileau immortalisa par un poëme[385], l'année même -qu'elle se termina. Voici comme Louis XIV, dans les mémoires militaires -qu'il a écrits longtemps après, résume lui-même d'une manière très-noble -cette belle époque de sa vie[386]: - -«Après avoir pris toutes les précautions de toutes les manières, tant par -des alliances que par des levées de troupes, des magasins, des vaisseaux -et des sommes considérables d'argent, j'ai fait des traités avec -l'Angleterre, l'électeur de Cologne et l'évêque de Munster, pour attaquer -les Hollandais; avec la Suède, pour tenir l'Allemagne en bride; avec les -ducs d'Hannover et de Neubourg, et avec l'empereur, pour qu'ils ne -prissent aucune part dans les démêlés qui allaient se mouvoir. Comme j'ai -été obligé de faire des dépenses immenses de tous côtés pour cette -guerre, tant devant que dans le fort de mes travaux, je me suis trouvé -bien heureux de m'être préparé, comme j'ai fait depuis longtemps; car -rien n'a manqué dans mes entreprises; et, dans le cours de cette guerre, -je peux me vanter d'avoir fait ce que la France peut faire seule. Il en -est sorti dix millions pour mes alliés; j'ai répandu des trésors, et je -me trouve en état de me faire craindre de mes ennemis, de donner de -l'étonnement à mes voisins et du désespoir à mes envieux. Tous mes sujets -ont secondé mes intentions de tout leur pouvoir: dans les armées par leur -valeur, dans mon royaume par leur zèle, dans les pays étrangers par leur -industrie et leur capacité. Pour tout dire, la France a fait voir la -différence qu'il y a des autres nations à celle qu'elle produit[387].» - - [385] _Épistre au roi, du sieur D***_; in-4º de 10 pages. Paris, - Léonard, 1672. (Le permis d'imprimer, signé _la Reynie_, est daté - du 17 août 1672.) - - [386] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 199. - - [387] LOUIS XIV, _OEuvres_, t, III, p. 130. - -Mais c'est à la promptitude de ses succès, c'est à la facilité avec -laquelle il se contentait des résultats qui satisfaisaient son orgueil -que sont dus les revers que Louis XIV subit à la fin de son règne. Ils le -forcèrent enfin de convenir, à son lit de mort, qu'il avait trop aimé la -guerre: non, s'il ne l'avait aimée que pour la grandeur de la France; car -s'il eût alors consolidé, par une paix durable et d'utiles alliances, -une partie de ses conquêtes, et s'il eût appliqué à la prospérité de -l'agriculture et du commerce son aptitude aux grandes choses, il eût -évité les reproches de sa conscience, et rien n'eût terni l'éclat d'un -nom resté glorieux malgré tant de fautes. - -Pour subvenir aux dépenses énormes de cette guerre, Colbert se vit forcé -d'user de ressources ruineuses et d'aliéner les domaines de l'État: comme -ils étaient inaliénables selon les lois, on viola les lois par un édit. -Ce qui était un mal plus grave, pour faire enregistrer cet édit on -corrompit les magistrats[388]; on augmenta les impôts, que Colbert -faisait principalement peser sur l'agriculture, afin de protéger le -commerce et l'industrie. Enfin, la Hollande était un pays éminemment -protestant; et ce fut un effet désastreux de la guerre contre cette -république, qui s'était affranchie du joug d'un despote catholique et -persécuteur, d'exciter, pour les souffrances qui lui étaient infligées -par le monarque français, les sympathies des protestants de France; de -faire naître la défiance du monarque contre ceux de cette communion qui -le servaient avec zèle et avec talent. De là des mesures de précaution et -de sûreté qui lui aliénaient cette portion de ses sujets, presque tous -hommes dévoués, magistrats pleins d'honneur, militaires éprouvés, riches -commerçants, habiles manufacturiers. Sous ce rapport, on peut dire avec -vérité que cette guerre contre la Hollande, qui paraît être la campagne -la plus glorieuse du règne de Louis XIV, a au contraire été l'événement -dont les conséquences devaient être les plus funestes aux intérêts de la -France et de son monarque. - - [388] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. V, p. 495. Lettre de Colbert au - roi, en date du 5 mai 1672.--CLÉMENT, _Histoire de Colbert_, p. - 354. - -Ce que les lettres de madame de Sévigné font bien ressortir sur les -inconvénients de la guerre, c'est que chaque campagne était une cause de -ruine pour la noblesse, principal soutien du trône. Tous ceux qui -composaient la cour du roi et qui briguaient des commandements étaient -endettés par le luxe de la cour, par les habitudes de jeu et de -dissipation qui y régnaient; et comme il leur fallait acheter des -chevaux, des armes, des équipages de guerre, pour pouvoir se rendre à -l'armée, ils étaient obligés d'avoir recours aux usuriers, et -s'endettaient encore: souvent ils n'avaient plus d'autre ressource que -les libéralités du roi, toujours prodiguées au détriment des finances du -royaume. Cette noblesse, qui par sa valeur se faisait en temps de guerre -décimer sur les champs de bataille, était en temps de paix ou dans les -intervalles des campagnes obséquieuse et mendiante auprès du -pouvoir[389]. Madame de Sévigné fut contrainte à de grandes dépenses pour -son fils; elle donna de l'argent à Barillon, pour le lui remettre pendant -la campagne. Pour consoler son cousin Bussy de n'avoir pu obtenir du roi -un commandement, elle lui dit que l'argent est si rare, et les emprunts -qu'on est obligé de faire pour aller à la guerre si considérables et si -difficiles qu'il peut se vanter d'être le seul homme de sa qualité qui -ait conservé du pain[390]. Sans doute elle exagère; mais cette -exagération prouve quelle était alors la détresse des courtisans et des -hommes d'épée. - - [389] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 avril 1672), t. II, p. 471, édit. G. - - [390] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 avril 1672), t. II, p. 471 et 475, - édit. G.; t. II, p. 400, édit. M. - -Madame de Sévigné se plaint du vide qui s'est fait dans Paris après le -départ du roi pour l'armée; elle exagère probablement le nombre des -personnes qui en sont sorties, qu'elle porte à cent mille[391]. «Notre -cardinal (de Retz), dit-elle, est parti hier; il n'y a pas un homme de -qualité à Paris; tout est avec le roi, ou dans ses gouvernements, ou chez -soi[392].» Ceux qui n'étaient pas commandés pour cette expédition -obtenaient de partir comme volontaires; et madame de Sévigné flétrit par -ses railleries le duc de Sully, qui, jeune, riche et en santé, «a soutenu -de voir partir tout le monde, sans avoir été non plus ébranlé de suivre -les autres que s'il avait vu faire une partie d'aller ramasser des -coquilles[393].» Cette espèce de désertion honteuse était due à sa jeune -et jolie femme, qui se montrait plus jalouse de la conservation de son -mari que de sa gloire. Ce duc se retira à Sully, où il vécut presque -toujours en disgrâce et loin de la cour[394]. Sévigné n'était point -commandé pour cette expédition; et l'on voit que, malgré sa tendresse -maternelle, madame de Sévigné eût plutôt engagé son fils à partir comme -volontaire que de le voir rester oisif. Mais il n'en fut pas réduit à -cette extrémité, et il put partir sous les ordres de son parent la -Trousse, comme guidon des gendarmes du Dauphin[395], dont la Trousse -était capitaine; ce qui convenait beaucoup à sa mère, parce qu'ainsi il -se trouvait moins exposé. Cependant les alarmes de cette mère furent -vives. Pour les calmer, Bussy lui écrivit une lettre toute militaire, où -il apprécie à sa juste valeur le fameux passage du Rhin, si -prodigieusement vanté, et décrit les dangers que courent à la guerre les -officiers, selon la nature des armes et des grades. Il raconte aussi un -propos fort graveleux du prince d'Orange, au sujet de l'opinion des -jeunes filles sur les hommes, et des moines sur les guerriers. Cette -plaisanterie fut bien accueillie par madame de Sévigné, et elle y répond -avec beaucoup de gaieté. Son esprit était tranquille[396]; elle était -rassurée par les lettres qu'elle avait reçues de son fils, qui lui -annonçait la prise des villes, la Hollande presque entièrement conquise, -la guerre terminée sans qu'il eût reçu aucune blessure. - - [391] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 et 29 avril 1672), t. II, p. - 482-489, édit. G.; t. II, p. 406, 413, édit. M. - - [392] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 avril 1672), t. II, p. 489, édit. G. - - [393] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 août et 16 mai 1672), t. II, p. 489, - et t. III, p. 29, édit. G.; t. II, p. 411 et 440, édit. M. - - [394] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1672), t. III, p. 107, édit. - G.; t. III, p. 39, édit. M. Au chap. XII, p. 213 de ces - _Mémoires_ (3e partie, 2e édit.), au lieu de la duchesse de - Sully, qui n'eut jamais de liaison amoureuse avec Louis XIV, il - faut lire la princesse de Soubise. - - [395] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juillet 1672), t. V, p. 153, édit. - M. - - [396] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (Lettre de Bussy, du 23 juin 1694), - édit. M. - -Mais quelle douleur dans la famille des Longueville, des Condé, des la -Rochefoucauld et parmi toutes les femmes de la cour, lorsqu'on sut qu'au -fameux passage avait succombé, par sa faute et son imprudente audace, ce -beau comte de Saint-Paul, cet unique et orgueilleux héritier d'une noble -maison, cher aux dames, cher aux guerriers, et à l'existence duquel se -rattachaient tant de souvenirs, tant d'espérance et tant d'amour! Il faut -lire dans madame de Sévigné le récit touchant et pathétique des scènes -occasionnées par cette mort illustre. Elle-même, gagnée par la sympathie -de la douleur, n'hésite pas à déclarer que la Hollande est achetée trop -cher par la perte du précieux rejeton du duc de Condé, pour lequel le duc -de la Rochefoucauld avait une tendresse de père[397]. Cependant, au -milieu de ces tristesses, madame de Sévigné n'oublie pas d'égayer sa -fille sur les femmes de la cour qui avaient eu des liaisons amoureuses -avec ce beau jeune homme et qui toutes voulaient avoir des conversations -avec M. de la Rochefoucauld. Dans ce nombre de pleureuses, qui, dit-elle, -décréditent le métier, sont: la comtesse de Marans, à laquelle madame de -Sévigné prête un discours de consolation ridicule adressé à mademoiselle -de Montalais, sa sÅ“ur; madame de Castelnau, qui est consolée parce qu'on -lui a rapporté que M. de Longueville disait à Ninon: «Mademoiselle, -délivrez-moi donc de cette grosse marquise de Castelnau.» «Là -dessus elle -danse. Pour la marquise d'Uxelles, elle est affligée comme une honnête et -véritable amie[398].» - - [397] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juin, 22 juillet 1672), t. III, p. - 65 et 106, édit. G.; t. II, p. 472, et t. III, p. 38, édit. M. - - [398] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 juillet 1672), t. III, p. 98 et 99, - édit. G.; t. III, p. 31, édit. M. - -Ce fut à la reine que Louis XIV adressa la relation officielle du grand -fait d'armes de cette campagne, le passage du Rhin; ce fut à elle qu'il -rendit compte de la prise des villes et des prodigieux succès de ses -armes. Cette excellente princesse, incapable d'aucune intrigue, d'aucune -brigue, n'occupait personne; et personne ne s'occupait d'elle, même à la -cour. La _Gazette officielle_ rappelait seulement son rang et son -existence toutes les fois qu'elle remplissait à sa paroisse ses devoirs -de dévotion, ou qu'elle allait rendre visite et passer la journée aux -Carmélites de la rue du Bouloir[399]. Louis XIV l'avait cependant fait -déclarer régente pour gouverner le royaume en son absence, conjointement -avec un conseil de régence dont faisaient partie le garde des sceaux, le -Tellier et Colbert[400]: c'est pourquoi il lui adressait directement ses -dépêches. Cela était digne et bien; mais ce qui n'était pas en harmonie -avec une telle conduite, c'était l'éclat que Louis XIV donnait à ses -amours; c'était l'exemple de ses offenses publiques envers la religion et -les mÅ“urs. La Vallière fut condamnée à rester à Saint-Germain en Laye -pendant l'absence du roi. Il semble que Louis XIV croyait nécessaire à sa -dignité d'avoir une maîtresse en titre, car alors le règne de la Vallière -était passé: Montespan l'avait remplacée. Celle-ci l'emportait sur sa -rivale par sa beauté et par la supériorité de son esprit. Déjà elle avait -eu de Louis XIV plusieurs enfants, et se trouvait enceinte et presque à -terme lorsqu'il partit pour l'armée[401]. Cependant, comme elle était -mariée, on dissimulait ses grossesses et ses accouchements; mais madame -de Sévigné était toujours bien instruite de ces choses, et avait soin -d'en informer sa fille. Elle apprit d'abord vaguement qu'il y avait eu, -au moment du départ, une entrevue pleine de tendresse et de touchants -adieux[402]; mais ensuite, lorsqu'elle eut plus de détails, elle écrit à -madame de Grignan: - -«L'amant de celle que vous avez nommée _l'incomparable_ ne la trouva -point à la première couchée, mais sur le chemin, dans une maison de -Sanguin, au delà de celle que vous connaissez. Il y fut deux heures; on -croit qu'il y vit ses enfants pour la première fois. La belle y est -demeurée avec des gardes et une de ses amies; elle y sera trois à quatre -mois sans en partir. Madame de la Vallière est à Saint-Germain; madame de -Thianges est ici chez son père. Je vis l'autre jour sa fille; elle est -au-dessus de tout ce qu'il y a de plus beau. Il y a des gens qui disent -que le roi fut droit à Nanteuil; mais ce qui est de fait, c'est que la -belle est à cette maison qu'on appelle _le Genitoy_. Je ne vous mande -rien que de vrai; je hais et méprise les fausses nouvelles.» - - [399] _Recueil de gazettes nouvelles_, 1673, in-4º, p. 48 et 71 - (6 et 15 janvier 1672), p. 395 (17 avril 1672). A Saint-Germain - en Laye la reine communie; le roi assiste à la grand'messe; - Bourdaloue prêche, no 113, p. 967 (23 septembre 1672).--_Ibid._, - p. 203, no 139 (29 novembre 1672), p. 1256, no 148 (12 décembre - 1672). - - [400] _Gazette officielle_; LOUIS XIV, _Mémoires militaires_, - _Lettres à la reine_ (12 juin 1672), t. III, p. 195 des - _OEuvres_. (La régence de la reine fut déclarée en avril 1672.) - - [401] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 août 1672), t. II, p. 482, édit. G.; - t. II, p. 410, édit. M.--_Ibid._ (29 avril 1672), t. II, p. 488, - édit. G.; t. II, p. 413, édit. M. - - [402] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (4 mai 1672), t. II, p. 4, édit. G.; t. - II, p. 419, édit. M.; t. II, p. 217 de l'édit. 1754, la première - où cette lettre a été publiée. - -Le _Genitoy_ est un château isolé, entre Jossigny et Bussy Saint-George, -près de Lagny, dont l'origine est antérieure au XIIe siècle. Ce château -appartenait, lorsque madame de Montespan alla s'y établir, à Louis -Sanguin, seigneur de Livry, premier maître d'hôtel du roi[403]; ce qui -explique pourquoi madame de Sévigné était si bien informée. C'est là que -madame de Montespan accoucha du comte de Vexin[404], le 20 juin, -c'est-à -dire sept semaines après son entrevue. Louis XIV était parti à -l'improviste, la veille du jour qu'il avait fixé, à dix heures du matin, -suivi seulement de douze personnes, pour se trouver à ce rendez-vous; et -il rejoignit après toute sa suite, qui s'était dirigée sur la route de -Nanteuil-le-Haudoin[405]. Si le roi vit là pour la première fois, au -château de _Genitoy_, les enfants qu'il avait eus de madame de Montespan, -madame Scarron, qui ne les quittait pas, devait être présente à cette -entrevue: c'était donc l'amie de madame de Montespan que désignait madame -de Sévigné: comme elle savait que sa fille la devinerait, elle s'abstient -de la nommer. - - [403] L'abbé LE BOEUF, _Histoire du diocèse de Paris_, t. VI, p. - 202, p. 95 à 97. - - [404] Cet enfant mourut en 1683. - - [405] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 avril 1672), t. II, p. 482 et suiv., - édit. G.; t. II, p. 406 et 410, édit. M. - -De toutes les femmes que connaissait madame de Montespan, madame Scarron -était celle qui pouvait le moins faire naître sa jalousie. La rigueur des -principes religieux de la gouvernante de ses enfants, sa conduite si -sage, si réservée écartaient d'elle tout soupçon. Le roi était encore -dans le feu de la jeunesse et des passions, et, pour faire excuser ses -propres faiblesses, il était plus disposé à les tolérer dans les autres -qu'à y résister lui-même. Ainsi il usait de sa toute-puissance pour -protéger contre de justes ressentiments la duchesse de Mazarin, qui -voyageait incognito en aventurière en Italie et en France, afin de fuir -le domicile marital[406], et qui allait partout répétant plaisamment ce -cri général au temps de la Fronde: «Point de Mazarin!» Le scandale donné -par le roi, si nuisible aux bonnes mÅ“urs, était encore plus fatal au -bonheur des femmes de la cour. Paraissait-il une jeune femme pourvue de -quelque attrait, appelée dans cette cour galante par sa naissance, le -rang et les dignités de sa famille, elle était aussitôt assiégée par une -foule de séducteurs aimables, puissants, adroits, qui avaient le plus -souvent pour complices celles qui, par leur âge, leurs fonctions, leur -haute position, auraient dû être les protectrices de son innocence, les -guides de son inexpérience. - - [406] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 février 1671), t. I, p. 309, édit. G. - (15 avril 1676 et 27 février 1671).--SAINT-SIMON, _Mémoires - authentiques_, t. X, p. 390 et 392.--SAINT-ÉVREMOND, _OEuvres_, - 1753, in-12, t. VIII, p. 64, 74, 76.--LA FAYETTE, _Mémoires_, t. - LXIV, p. 386. - -Madame de Sévigné nous parle, dans ses lettres, de la marquise de -Courcelles, qui était en prison et dont le procès attirait fortement -l'attention publique; madame de Sévigné disait, en plaisantant, que «ce -procès allait faire renchérir les charges de juges.» Il est donc -nécessaire de raconter les aventures singulières de cette victime de la -corruption des cours[407]. - - [407] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 et 26 février 1671), t. I, p. 340, - édit. G.; t. I, p. 260, édit. M.--(9 et 26 mars 1672), t. II, p. - 339 et 357, édit. M.--(16 mars 1672), t. II, p. 362, édit. - M.--(25 décembre 1675), t. IV, p. 147, édit. M.; t. IV, p. 274, - édit. G.--(18 septembre 1678), t. V, p. 363, édit. M.--(27 - septembre 1678), t. VI, p. 37, édit. G. - -La rivalité des ministres de Louis XIV, leurs intrigues pour l'élévation -de leurs familles, l'abus qu'ils faisaient de leur pouvoir, les maux -causés par l'ambition, la soif des richesses, l'emportement des passions -et tout ce qui caractérise le mauvais côté d'une époque glorieuse se -reflètent dans la vie de cette femme, dont les infortunes, malgré ses -écarts, sont de nature à intéresser les cÅ“urs les plus insensibles et -les esprits les plus indifférents. D'ailleurs la vie de la marquise de -Courcelles explique tant de choses dans l'histoire de ce temps, les noms -de tous les personnages qu'elle met en scène reviennent tant de fois sous -la plume de madame de Sévigné que ce serait mal remplir les promesses du -titre de cet ouvrage si l'on ne faisait pas connaître une destinée aussi -singulière. - - - - -CHAPITRE VI. - -1672. - -HISTOIRE DE LA MARQUISE DE COURCELLES (1651-1685). - - Naissance de Sidonia de Lenoncourt.--Elle entre au couvent de - Saint-Loup, à Orléans.--Devient, par la mort de son père et de ses - frères, une riche héritière.--Colbert veut la marier à un de ses - frères.--Sa tante, l'abbesse de Saint-Loup, veut la retenir au - couvent.--Le roi donne l'ordre de l'amener à la cour.--Elle est - placée sous la direction de la princesse de Carignan.--Détails sur - cette princesse, sur la comtesse du Soissons, sa belle-fille, - et sur sa société habituelle.--Sidonia refuse Colbert de - Maulevrier.--Menars, beau-frère de Colbert, en devient - amoureux.--Louvois forme le projet de la séduire.--Il lui fait - épouser le marquis de Courcelles.--Elle ne peut vivre avec son - mari.--Louvois lui fait la cour.--Sa belle-mère, la duchesse - de Bade et la marquise de la Baume sont les complices de - Louvois.--Persécution qu'elle éprouve.--Elle devient amoureuse du - marquis de Villeroi.--Elle s'entend avec lui pour tromper son - mari.--Intrigues de Louvois et de la princesse de Monaco.--Langlée - soupçonne ces mystérieuses intrigues.--L'abbé d'Effiat servait à les - couvrir.--Comment il s'en récompensait.--Comment ce secret se - dévoile à Saint-Cloud chez la duchesse d'Orléans.--Sidonia est - abandonnée de Villeroi, et livrée aux persécutions de sa - famille.--Elle fait une maladie grave.--Elle se retire au couvent de - Saint-Loup.--Rétablit sa santé, et reparaît belle dans le - monde.--Louvois revient à elle.--Elle a plusieurs amants, et mène - une vie dissipée.--Louvois la fait enfermer au couvent des Filles - Sainte-Marie, et ensuite à l'abbaye de Chelles.--Elle trouve, dans - ces deux couvents, la duchesse de Mazarin.--Elle a des liaisons avec - Cavoye.--Duel entre Cavoye et le marquis de Courcelles.--Sidonia est - transportée au château de Courcelles, et gardée à vue.--Sa liaison - avec Rostaing de la Ferrière.--Son mari lui intente un procès en - adultère.--Elle est mise en prison à Château-du-Loir.--Condamnée à - être cloîtrée et à être privée de sa dot.--Par le secours de M. de - Rohan, elle s'échappe de prison, et va à Luxembourg.--Revient à - Paris, se constitue prisonnière, et en appelle.--Ce que dit madame - de Sévigné au sujet de ce procès.--S'évade encore de prison.--Va en - Angleterre.--Y retrouve la duchesse de Mazarin.--Revient en - France.--Du Boulay devient amoureux de Sidonia.--Il est son appui, - et il la conduit à Genève.--Elle y est admirée et chérie.--Ce - que disent d'elle Bayle et Gregorio Leti.--Détails sur ce - dernier.--Madame de Sévigné parle de la fuite de Sidonia à - Genève.--Ses sentiments pour du Boulay.--Jalousies de du Boulay.--Il - la surprend avec un rival d'une condition inférieure.--Du Boulay - dénonce sa conduite aux amis qu'elle avait à Genève.--Lettre - touchante qu'elle lui écrit.--Se réfugie en Savoie.--Premier arrêt - rendu sur son procès.--Mort du marquis de Courcelles.--Sidonia - veuve revient à Paris.--Elle est arrêtée et conduite à la - Conciergerie.--Elle y reçoit Gregorio Leti.--Dernier arrêt qui la - condamne comme adultère.--Elle devient libre.--Elle épouse Tilleuf, - capitaine de dragons, et meurt. - - -Marie-Sidonia de Lenoncourt était la fille de Joachim de Lenoncourt, -marquis de Marolles, qui fut lieutenant général des armées du roi et -gouverneur de Thionville[408]. Sa mère, Isabelle-Claire-Eugène de -Cromberg, appartenait à l'une des plus illustres maisons d'Allemagne. -Lenoncourt fut tué par un coup de canon[409]. Il eut quatre fils, qui -périrent jeunes; deux avaient embrassé l'état ecclésiastique, les deux -autres furent tués à la guerre. Aussitôt après la mort de son père, -Sidonia fut enlevée à sa mère, dont l'inconduite notoire et ensuite un -second mariage contracté avec un homme sans naissance l'empêchèrent -toujours de faire valoir les droits qu'elle avait sur sa fille. Agée -alors de quatre ans, Sidonia fut confiée à sa tante Marie de Lenoncourt, -abbesse de Saint-Loup, à Orléans. Celle-ci n'épargna rien pour -l'éducation de sa nièce; et les plus excellents maîtres, secondés par des -dispositions naturelles, développèrent en elle des grâces, un esprit et -des talents dont la renommée franchit bientôt l'enceinte du couvent qui -la dérobait aux regards des gens du monde. - - [408] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite en partie par - elle-même_; PARIS, 1808, in-12, p. VI. - - [409] Conférez notre Vie de Maucroix, dans les _Nouvelles Å“uvres - diverses de J. de la Fontaine_, et _Poésies de Maucroix_, 1820, - in-8º, p. 173, 174, 215, note 4; la Chesnaye des Bois, note 1, - _Dict. de la noblesse_, t. VIII, p. 607, no 12. - -Sidonia n'avait pas encore quatorze ans lorsque la mort du seul frère qui -lui restait et d'une sÅ“ur la laissa unique héritière de tous les biens -de sa famille et en possession de trois choses que les jeunes filles, -dans leurs rêves les plus exaltés, considèrent comme les premiers -éléments d'une félicité suprême: la liberté de se choisir un époux, une -grande fortune et une éclatante beauté. - -Sidonia a tracé d'elle-même un minutieux portrait[410]; et il est loin -d'être flatté, si on le compare à celui qu'en a donné Gregorio Leti[411] -dans sa lettre au duc de Giovanazzo, l'ambassadeur de Turin. Ce n'était -pas cependant sa taille grande et élancée, les flots abondants de sa -chevelure brune, qui encadrait si heureusement l'ovale de son visage aux -couleurs fraîches et vives, ses traits fins et réguliers, sa physionomie -mobile et spirituelle; ce n'était pas ses mains charmantes, ses jambes -fines et ses petits pieds, les gracieux contours de son cou, de ses -épaules, de ses seins; ce n'était pas dans ces attraits rarement réunis, -mais qui pouvaient lui être communs avec d'autres beautés, que -consistaient ses plus puissants moyens de séduction: ils résidaient -entièrement dans l'effet irrésistible de son regard et de sa parole. Ses -yeux n'étaient ni bleus ni bruns, mais d'une couleur qui tenait de ces -deux nuances: presque toujours et naturellement à moitié ouverts, ils -lançaient à son gré des flammes d'un éclat si doux et si mystérieux -qu'elles attendrissaient les natures les plus insensibles. Quand elle -parlait, le son harmonieux et touchant de sa voix, ses discours si -faciles et si pleins de charme, versaient son âme dans la vôtre, et la -transformaient à son gré[412]. - - [410] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite en partie par - elle-même_, p. 3. - - [411] GREGORIO LETI, _Lettere sopra differenti materie_; 1701, 2 - vol. in-8º, lett. 37, t. I, p. 193; et dans la _Vie de madame_ DE - COURCELLES, p. 166, 195, il célèbre «i lumi della più bella dama - che orni forse il nostro secolo in bellezza.» - - [412] GREGORIO LETI, _Lettere_ dans la _Vie de la marquise_ DE - COURCELLES, p. 194. «Da ogni sua sillaba si forma una nuova anima - di chi l'ascolta.» - -Lorsqu'à la cour il fut connu que la jeune héritière des Lenoncourt était -nubile, on s'occupa de la marier, et un grand nombre de partis -s'offrirent. Colbert, qui ne négligeait aucune occasion de grandir sa -famille, forma le projet de donner pour époux à Sidonia son frère -Maulevrier[413]; et il obtint pour ce projet le consentement du roi. Dès -lors il s'inquiéta peu de celui de la jeune fille, ne doutant pas qu'il -ne pût la contraindre, si elle refusait à le donner. - - [413] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, p. 6. - -Par sa gaieté, son esprit, ses grâces, l'égalité de son humeur, son -caractère facile, quoique résolu et entier, Sidonia s'était fait chérir -de ses compagnes et des religieuses; mais sa tante l'aimait avec une -tendresse comparable à celle de madame de Sévigné pour sa fille. Marie -de Lenoncourt ne pouvait même supporter l'idée d'être obligée de se -séparer de sa nièce. Permettre que dans un âge si tendre elle vécût à la -cour, c'était lui ravir le fruit de l'éducation religieuse qu'elle lui -avait donnée; la marier sans qu'elle eût aucune connaissance du monde, -c'était risquer et détruire son bonheur dans l'avenir.--N'importe: Louis -XIV ne pouvait souffrir qu'une simple abbesse mît obstacle à ses -volontés; et, sur son refus, il envoya, dans une de ses voitures, des -femmes chargées d'enlever Sidonia à celle qui lui avait servi de mère. -Douze gardes et un exempt chargé de signifier l'ordre du roi les -accompagnaient. Marie de Lenoncourt résista en pleurant à cet ordre -inhumain; il fallut arracher Sidonia de ses bras; et lorsque celle-ci -partit, l'abbesse la suivit dans son carrosse, et ne se décida à -retourner à son couvent qu'après que les ravisseurs lui eurent refusé de -la conduire elle-même au roi. Sidonia avait appris que récemment -plusieurs jeunes seigneurs s'étaient proposés pour l'épouser; elle avait -entendu parler de la cour comme d'un séjour de délices et de féerie: -jouir des plaisirs qu'on y goûtait était depuis quelque temps l'objet de -ses rêves les plus délicieux. Elle savait que, par sa fortune et la perte -de tous les siens, elle ne devait dépendre que de sa propre volonté; et -Marie de Lenoncourt, en lui inculquant l'idée des droits que lui donnait -sa noblesse au respect et aux égards, avait encouragé son orgueil à -considérer comme un privilége de naissance la conservation de son -indépendance et la faculté de suivre en tout ses penchants et ses -caprices. Sa vanité de jeune fille fut singulièrement flattée que le roi -eût pensé à elle pour la faire sortir du cloître; et toutes les passions -de l'adolescence, qui fermentaient en elle, acquirent plus d'intensité -par cet événement inattendu. Cependant, comme elle se sentait coupable -d'ingratitude en se séparant avec joie de sa respectable parente, elle -dissimula, et opposa de la résistance à celles qui voulaient l'emmener. -Au moment du départ, par une inspiration enfantine, elle se déroba -pendant quelques instants à celles qui la gardaient, et elle alla se -cacher dans le feuillage qui entourait la margelle d'un puits, où elle -faillit tomber et se noyer; mais, comme elle l'avait bien prévu, on sut -promptement la reprendre. Le carrosse qui la transportait rompit deux -fois avant de sortir de la ville: elle parut s'en réjouir, sachant bien -que ces petits accidents retardaient son départ, mais ne l'empêcheraient -pas[414]. - - [414] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite par elle-même_, - p. 7. - -Aussitôt après son arrivée à Paris, elle fut présentée au roi en habit de -pensionnaire du couvent. Louis XIV lui dit qu'il récompenserait en elle -les services que sa famille lui avait rendus, et qu'elle pouvait compter -sur sa protection. Il lui laissa le choix de demeurer auprès de la reine -ou auprès d'une princesse du sang. La jeune fille, à laquelle de perfides -conseils avaient déjà été donnés, choisit la princesse de Carignan. - -Marie de Bourbon, princesse de Carignan, était la veuve de -Thomas-François de Carignan, dont le fils, comte de Soissons, avait -épousé Olympe Mancini, qui demeurait avec elle. Olympe Mancini, la plus -dangereuse, la plus perverse des nièces du cardinal Mazarin, aimée du roi -dans sa première jeunesse[415], conservait encore alors, par ses -intrigues, de l'influence sur lui. Dans l'hôtel de Soissons, que -fréquentait la duchesse de Chevreuse, amie intime de la princesse de -Carignan, vivait aussi la princesse de Bade, ayant les mêmes -inclinations, la même réputation que les trois autres[416]. - - [415] Madame DE LA FAYETTE, _Hist. de Henriette d'Angleterre_, t. - LXIV, p. 406. - - [416] LA FAYETTE, _Histoire de madame Henriette_, t. LXIV, p. 406. - -C'est à ces femmes, initiées à toutes les intrigues et à tous les vices -de la cour, que fut confiée, à peine âgée de quatorze ans, la nièce de la -respectable abbesse de Saint-Loup, la riche héritière des Lenoncourt. - -En peu de mois on parvint facilement à étouffer les principes religieux -que les instructions du couvent avaient inculqués dans Sidonia, mais -n'avaient pu faire prévaloir sur ses inclinations pour le monde. - -Huit jours après son arrivée, on lui parla de son mariage, projeté et -comme arrêté, avec le frère du ministre Colbert. Intimidée, elle n'eut -pas la force de refuser ouvertement; mais cette proposition lui déplut. -L'alliance des Colbert, sortis récemment de la roture, lui paraissait peu -digne d'elle; et elle fut outrée du soin que prit le ministre de monter -sa maison, de choisir ses femmes, ses gens sans la consulter. Il était -évident qu'on avait formé le projet de lui ravir cette indépendance -qu'elle s'était promis de garder et de défendre avec résolution. -Heureusement Maulevrier était en Espagne; et, quoiqu'on lui eût écrit de -revenir, il ne pouvait être de retour avant trois semaines. - -Dans cet intervalle, Menars, frère de madame Colbert, qui fut depuis -premier président, alors fort jeune, était devenu éperdument amoureux de -Sidonia. Il s'introduisit subitement dans sa chambre[417], et lui fit une -telle frayeur qu'elle s'évanouit et se fit une blessure à la tête. Cette -aventure lui servit de prétexte pour rompre avec la famille Colbert, et -refuser Maulevrier, qu'elle n'avait jamais vu. - - [417] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, p. 12. - -La jeune Sidonia ne pouvait deviner qu'en agissant ainsi elle n'était que -l'instrument des femmes perfides qui la dirigeaient. La princesse de -Carignan, la duchesse de Bade et la comtesse de Soissons semblaient -favoriser les Colbert, et invitaient sans cesse chez elles tous ceux de -cette famille; mais elles étaient au contraire secrètement liguées avec -Louvois, l'ennemi de Colbert. Louvois aimait les femmes; il savait s'en -faire aimer et employer, pour s'en assurer la conquête, tous les moyens -de séduction. Les charmes de Sidonia l'avaient vivement frappé. Si elle -se mariait à un Colbert, la crainte de s'attirer le courroux du roi son -maître l'eût empêché de penser à elle. Louvois était aussi envieux de -l'élévation de la famille de Colbert que Colbert l'était de la sienne. -Louvois ne voulait pas que Colbert s'appropriât la fortune d'une si riche -héritière. Pour la satisfaction de sa haine et de son amour, il fallait -donc faire rompre le mariage projeté; mais comme le roi et Colbert -étaient d'accord, il ne pouvait parvenir à son but que par Sidonia -elle-même. - -Afin de faire réussir un tel dessein, il était nécessaire que Sidonia se -mariât. Louvois n'avait pas alors entrée au conseil; il n'avait pas le -rang de ministre, mais il en avait toute la puissance. Il ne pouvait -cependant entretenir de coupables liaisons avec une jeune fille d'une si -haute naissance, dont le roi était le protecteur et en quelque sorte le -tuteur. Il résolut donc de la faire épouser à un militaire qui aurait -besoin de lui pour son avancement; et il jeta les yeux sur Charles de -Champlais, lieutenant général d'artillerie, marquis de Courcelles, neveu -du maréchal de Villeroi. Louvois savait que cet homme était, quoique -assez bien de sa personne, rude et grossier, et peu propre à plaire à une -jeune femme. Courcelles était perdu de dettes et de débauches, et Louvois -pouvait le maintenir facilement dans sa dépendance. Par sa naissance, -Courcelles n'était nullement un parti sortable pour Sidonia de -Lenoncourt: cependant, fort de l'appui de toutes les femmes ses complices -qui entouraient la jeune héritière, il se présenta; et, à peine âgée de -seize ans[418], obsédée par les conseils intéressés de la famille des -Villeroi, de la princesse de Carignan, des duchesses de Mazarin et de -Bade et de tous leurs amis, en haine des Colbert, qui voulaient disposer -d'elle par ordre du roi, Sidonia admit Courcelles au nombre de ceux qui -prétendaient à sa main. Cependant elle avait pour ce mariage plus de -répulsion que d'inclination; mais on lui donna l'assurance que jamais son -mari ne la forcerait à quitter Paris et la cour, et qu'on insérerait même -cette promesse dans son contrat. Courcelles n'était ni frère ni fils de -ministre, et il ne pouvait se prévaloir de sa réputation d'homme de -guerre ni de son rang pour gêner Sidonia dans son indépendance; et comme -c'était pour en jouir pleinement qu'elle désirait surtout prendre un -époux, elle finit par préférer Courcelles à tous ceux qu'on lui avait -présentés, et donna son consentement. - - [418] COURCELLES, _Vie_, p. 6, 14, 19.--GREGORIO LETI, _Lettere_, - t. I, p. 37, et la suite de la _Vie de madame_ DE COURCELLES, p. 169. - -Ce mariage se fit avec une pompe extraordinaire. Le roi signa le contrat; -la reine vint souper à l'hôtel de Soissons, et, selon une pratique -d'étiquette dont nous trouvons quelques rares exemples dans ce siècle, la -reine fit à Sidonia l'honneur de lui donner la chemise[419]. - - [419] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite par elle-même_, - p. 16, 19, 22.--SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. V, p. 103; - t. X, p. 449. - -Mais combien fut cruel, dès le soir même de ce jour si brillant, le -désenchantement de la mariée! A peine la porte de la chambre nuptiale se -fut-elle refermée sur elle que, dès les premiers mots que prononça -Courcelles, Sidonia apprit qu'il l'avait indignement trompée, et qu'au -lieu d'un amant complaisant elle avait un mari soupçonneux, dont -l'intention était de la dominer par la crainte et de la maintenir dans un -dur esclavage. Sa colère ne connut plus de bornes, et, avec tout -l'imprudent emportement de son âge, elle le repoussa avec fureur; elle -répondit à ses insolentes menaces par les expressions les plus fortes de -la haine et du mépris. Le mariage ne put être consommé. Elle a dit depuis -en justice qu'il ne le fut jamais, mais elle avait ses motifs pour parler -ainsi; on sait par elle-même que cette assertion était fausse[420]. -Courcelles, ne pouvant l'intimider, essaya d'autres moyens pour la -dominer, et l'apaisa en lui donnant des pages, de beaux chevaux, de -belles voitures, enfin un somptueux état de maison. Elle en fut ravie, et -vécut alors en bonne intelligence avec lui; mais ce commerce, qui ne dura -que quelques semaines, contribua encore à accroître l'aversion qu'il lui -avait inspirée dès le premier moment. Elle-même saisit toutes les -occasions de déclarer qu'elle ne pouvait ni ne voulait lui accorder sur -elle tous les droits d'un mari, et que leur désunion était complète et -définitive: c'était annoncer qu'elle allait se choisir un amant. Malgré -la surveillance que Courcelles exerçait sur elle, en peu de temps elle -reçut un grand nombre de déclarations. Tous les prétendants s'écartèrent -quand Louvois fut revenu de la guerre de Flandre, à la fin de 1666. -Courcelles demeurait dans l'enceinte de l'Arsenal, et ses fonctions -l'attachaient à cet établissement militaire. Par ses fréquentes visites -au parc d'artillerie et chez Courcelles, on s'aperçut bientôt que Louvois -était amoureux de Sidonia. Louvois avait alors trente-six ans, et était -depuis quatre années marié à Amédée de Souvré, marquise de Courtenvaux, -riche héritière et d'une des premières maisons de France. Ce mariage -d'ambition n'avait pas réformé ses mÅ“urs: il avait toute la confiance du -roi, et le pouvoir dont il jouissait lui donnait des moyens faciles pour -se procurer des complices de ses projets sur Sidonia. Elle ne fut plus -entourée que de personnes qui conspiraient contre elle en faveur d'un -amant puissant. Elle vit avec surprise que son mari était à la tête de -cette ligue infâme, et que lui, sa belle-mère, la duchesse de Bade, la -marquise de la Baume[421], cette maîtresse de Bussy si odieuse à madame -de Sévigné, s'employaient tous pour servir la passion de Louvois. Ce qui -parut le plus méprisable à Sidonia, c'est que ces princesses, ces femmes -titrées, ces grands seigneurs se desservaient, se calomniaient -mutuellement, intriguaient les uns contre les autres auprès de Louvois, -afin d'être exclusivement employés, et se faire à ses yeux le mérite -d'avoir seuls contribué à lui fournir les moyens de triompher -d'elle[422]. Louvois, s'apercevant du dégoût que tant de bassesse -inspirait à Sidonia, résolut d'agir près d'elle sans intermédiaire. Quand -il était absent et ne pouvait l'entretenir, il lui écrivait des lettres -passionnées, qui flattaient l'orgueil de cette jeune femme, mais qui ne -pouvaient vaincre sa répugnance, quoiqu'elle fût disposée à le trouver -aimable[423]. Mais ce que Louvois croyait être le plus utile au succès et -donner plus de prix à ses poursuites lui nuisait. Il pouvait faire -intervenir la volonté du roi, bien qu'il ne fût pas encore ministre en -titre. Par la confiance que Louis XIV avait en lui, il était plus -puissant qu'un ministre; ce qui déplaisait à Sidonia. Elle ne voyait en -Louvois qu'un second Colbert qui voulait l'assujettir, et lui enlever -pour jamais son indépendance. Un jour Louvois, profitant du libre accès -que lui donnaient auprès d'elle ses intelligences avec tous ceux qui -l'entouraient, vint la voir à onze heures du soir, lorsqu'elle était -prête à se mettre au lit et que ses lumières étaient éteintes[424]. Cette -audace l'offensa, et elle lui répondit de manière à l'empêcher de -prolonger sa visite. La princesse de Bade, trois jours après, au lever de -la reine, raconta ce fait de manière à faire croire que Sidonia avait -cédé aux désirs de Louvois. - - [420] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite par elle-même_, - p. 17 et 171.--GREGORIO LETI, _Lettere_, t. I, no 137, ou p. 171. - - [421] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, p. 22.--CONRART, - _Mémoires_, t. XLVIII, p. 258.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, - p. 400.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 juillet 1668), t. I, p. 184 et - 187.--(16 septembre 1673), t. III, p. 195.--BARRIÈRE, _la Cour et - la Ville_, p. 45. - - [422] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite par elle-même_, - p. 22 et 23. - - [423] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite par elle-même_, - p. 24 et 25. - - [424] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite par elle-même_, - p. 19.--_Recueil de chansons historiques_, Mss. de la Bibl. - royale, vol. III, p. 67. - -Sidonia, donnant un libre cours à la calomnie, laissa s'établir cette -croyance. L'aversion qu'elle témoignait hautement pour son mari la -rendait très-indifférente sur le soin de sa réputation: cette erreur, en -outre, lui servait à tromper tout le monde et à envelopper d'un profond -mystère le secret d'un amour qui fut peut-être le seul qu'elle ait -jamais éprouvé et qui, comme tout premier amour, remplissait son cÅ“ur de -tendresse et de volupté. - -Elle avait fait son choix, elle avait un amant: c'était un cousin germain -de son mari; elle pouvait le voir chez elle fréquemment sans choquer les -convenances, sans faire naître aucun soupçon. Ce cousin, c'était le beau, -le brillant, le célèbre (célèbre à la cour, mais nullement encore à -l'armée), c'était, dis-je, le marquis de Villeroi[425], ami du roi, -compagnon de son enfance, type des grands seigneurs de la jeune noblesse, -aimable, héros de toutes les fêtes, donnant les modes; enfin, celui que -madame de Coulanges ne nomme jamais que _le charmant_[426]. - -Quand Sidonia s'éprit du marquis de Villeroi, il était aimé de la -princesse de Monaco, qui lui avait sacrifié le duc de Lauzun. Mais, pure -encore de toute intrigue galante, plus jeune, plus belle, Sidonia était -pour le marquis de Villeroi une conquête plus désirable, plus glorieuse, -plus honorable (qu'on m'excuse de profaner ce mot, pour m'assujettir au -langage immoral de cette époque). Il fut donc facile à Sidonia d'obtenir -de Villeroi le sacrifice de la princesse de Monaco. Elle se fit livrer -toutes les lettres qu'il avait reçues de celle-ci et même celles de -Lauzun[427], que madame de Monaco avait eu l'imprudence de remettre à son -nouvel amant. Comme Villeroi avait des ménagements à garder avec -Louvois, et que Sidonia, de son côté, devait soigneusement dérober le -secret de ses sentiments à son mari, à tout ce qui l'entourait et la -surveillait, il fut convenu, entre elle et Villeroi, que lui ne romprait -pas avec la princesse de Monaco, et qu'elle, de son côté, dissimulerait -avec Louvois, et entretiendrait ses espérances. - - [425] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite par elle-même_, - p. 35. Elle dit _le duc de Villeroi_, parce qu'elle a écrit après - la mort de son père. - - [426] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 février et 10 septembre 1672), t. - II, p. 321.--Lettres de madame de Coulanges, dans SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (24 février 1673, 20 mars 1673), édit. G.; t. III, p. - 50-73, édit. M. - - [427] Voyez la 2e partie de ces _Mémoires_, chap. II, t. II, p. - 46. - -Mais Sidonia était bien jeune, bien inexpérimentée et surtout trop -fortement dominée par ses passions pour jouer avec succès une si -difficile partie: elle n'en pouvait prévoir les dangers. Langlée fut le -premier qui soupçonna l'amour de Sidonia pour Villeroi. Né de la -domesticité du château, familier avec tous, même avec le roi, Langlée, -dès sa plus tendre enfance, n'avait en quelque sorte respiré d'autre air -que celui de la cour, et il en connaissait les plus obscurs réduits et -les plus honteux mystères. Par ses richesses, son faste et son jeu, il -avait acquis l'importance d'un grand seigneur. Louvois avait eu recours à -lui pour être l'entremetteur de ses amours avec Sidonia. Langlée, trop -expérimenté pour faire part de ses soupçons à Louvois, en parla à -Courcelles. Celui-ci, pour forcer Louvois à des concessions et à des -faveurs, voulait qu'il ne dût qu'à lui seul la possession de sa femme. Il -fit donc à Sidonia de violents reproches de son inclination pour -Villeroi; il interdit à celui-ci l'entrée de sa maison. Comme il ne -pouvait ou ne voulait pas en agir ainsi à l'égard de Louvois, il emmena -pendant quelque temps Sidonia à Marolles, puis il la ramena à Paris. -Aussitôt qu'elle n'eut plus la liberté de recevoir chez elle son amant, -Sidonia chercha les moyens de le voir ailleurs. Elle accepta la -proposition que lui fit Villeroi de se donner rendez-vous chez un ami. -L'abbé d'Effiat occupait à l'Arsenal, près de l'hôtel de Courcelles, un -très-bel appartement qui lui avait été donné par le duc de la Meilleraye, -son beau-frère. Fils du maréchal d'Effiat, l'abbé (qui n'était point dans -les ordres, puisque madame de Sévigné nous parle de son mariage projeté) -était un des plus jolis hommes de son temps[428]: formé à l'école de -Ninon, qui l'avait pendant quelque temps placé au nombre de ses amants, -il était tellement dangereux pour les femmes que, par ce seul motif, -Louis XIV crut devoir l'exiler de sa cour. Madame de Sévigné, qui -trouvait le jeune abbé aimable, l'appelait par plaisanterie _son -mari_[429]. Il avait été un des premiers à tenter la conquête de Sidonia. -Villeroi l'ignorait, et Sidonia se garda bien de l'en instruire. D'un -autre côté, Louvois savait que Louis XIV avait eu les yeux assez éblouis -par la beauté de la princesse de Monaco pour en faire l'objet d'une -infidélité passagère, et que le jeune Villeroi, croyant n'avoir à la -disputer qu'à Lauzun, avait été quelque temps rival du monarque sans s'en -douter. - -Ainsi, par le dévouement de l'abbé d'Effiat, par le silence de Langlée, -Louvois était dans une complète illusion, et ne soupçonnait pas que -Villeroi eût seulement une pensée, un désir pour la marquise de -Courcelles. La princesse de Monaco, de son côté, était bien loin de se -douter que les lettres qu'elle écrivait à Villeroi étaient toutes -décachetées par Sidonia, et que les réponses de Villeroi à ces lettres, -quand il était à l'armée, n'étaient faites que sur des extraits que -Sidonia envoyait à son amant. - - [428] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 septembre 1675), t. III, p. 469.--(9 - et 29 octobre 1675), t. IV, p. 30 et 33.--(4 août 1677), t. V, p. - 170, édit. M.--SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. II, p. - 245.--MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLI, p. 268. - - [429] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 octobre et 1er novembre 1671). - -De la position où le manége d'une jeune femme de dix-sept ans plaçait -tant de personnages sans conscience en amour résulta une complication -d'événements imprévus et d'intrigues, telle qu'aucun auteur dramatique -n'oserait en risquer une semblable sur la scène. D'après le récit confus -et plein de réticences que la marquise de Courcelles en a fait elle-même, -il est difficile de bien comprendre les circonstances des actions qu'elle -fait connaître et de se rendre compte des motifs qu'elle leur assigne. - -Ce qui est certain, c'est qu'elle était en proie aux deux passions qui -anéantissent le plus complétement en nous l'empire que, par la raison, -nous exerçons sur nous-même. Sa haine pour son mari égalait son amour -pour Villeroi. La nécessité où elle s'était trouvée d'avoir à se -défendre, dès son entrée dans le monde, contre les piéges et les embûches -de ceux qui voulaient par la violence s'emparer de sa fortune, et la -rendre victime de leur ambition ou se venger de ses refus, lui avait -appris de bonne heure à connaître la puissance de ses moyens de -séduction. Le besoin qu'elle eut de les employer sans cesse, les exemples -que lui donnait le monde au milieu duquel elle vivait contribuèrent, -encore plus que sa fougueuse nature, à étouffer en elle le sentiment de -la pudeur. Elle ne trouvait pas que les passagères surprises des sens -portassent aucune atteinte à la sincérité du cÅ“ur; et elle se persuada -qu'on pouvait, sans scrupule, être à la fois constante et infidèle. -Ainsi, pour pouvoir continuer sa liaison avec Villeroi et mieux s'assurer -de la discrétion de l'abbé d'Effiat[430], elle fut forcée de souffrir -que celui-ci mît à profit pour l'amour les services qu'il rendait à -l'amitié. Louvois avait confié à la princesse de Monaco ses desseins sur -Sidonia; il désirait qu'elle engageât Villeroi à agir pour lui auprès de -sa jeune cousine. Villeroi y consentit: pour ne pas éveiller les -soupçons, il écrivit à son amante les motifs qu'il avait pour qu'elle se -montrât aimable envers Louvois. Elle était d'autant plus portée à se -prêter à ce qu'on lui demandait qu'elle voulait se servir de ce dernier -pour se soustraire aux persécutions de son mari et de sa belle-mère. De -la part de l'un et de l'autre, ces persécutions avaient pour but de se -montrer auprès de Louvois les seuls qui pussent disposer d'elle. Pour -prix de ses complaisances, Sidonia exigea de Louvois de n'être plus gênée -dans sa liberté, et de n'accueillir aucune des demandes qui lui seraient -faites par son mari et par la famille de son mari. - - [430] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite en partie par - elle-même_; Paris, 1808, in-12, p. 35. - -L'amour-propre de Louvois fut flatté de ne devoir qu'à lui-même les -progrès qu'il croyait avoir faits dans le cÅ“ur de Sidonia, et de n'avoir -pas à acheter un succès peu flatteur par des grâces imméritées. -Courcelles était entièrement dans sa dépendance pour son avancement et sa -fortune; et il suffit à Louvois de montrer un visage sévère et d'exprimer -son mécontentement pour que Sidonia se vît entièrement libre. Elle devint -l'objet des attentions et des flatteries d'une famille qui n'avait eu -pour elle que des rigueurs et qui la détestait. Mais, pour obtenir un tel -résultat, elle fut forcée d'engager son indépendance, et de faire cesser -la longue résistance qu'elle avait opposée à Louvois. Celui-ci fut -glorieux et ravi de faire rejaillir sur elle tout le crédit et la -considération que pouvait lui donner la réputation d'avoir soumis au -pouvoir de ses charmes un homme si puissant, en si grande faveur auprès -du monarque. Louis XIV venait de le nommer ministre, et de lui donner -entrée au conseil. C'est alors qu'on vit Sidonia paraître à la cour. Par -sa folâtre gaieté, son esprit vif et brillant, ses manières gracieuses et -enfantines, elle plut singulièrement à Henriette, duchesse d'Orléans, et, -toujours désirée, elle fut un ornement de toutes les fêtes et de tous les -divertissements que donnait cette princesse. Ainsi tout réussissait à -Sidonia; son orgueil, son amour, sa haine, ses penchants aux déréglements -de la coquetterie, tout se trouvait satisfait. Mais un bonheur ourdi par -tant de perfidies ne devait pas durer longtemps; et le secret de ses -ruses libertines fut enfin révélé par ses imprudences et par celles de -son amant. - -Ce fut en 1667: la guerre commençait; le roi, sa cour et les ministres -allèrent rejoindre l'armée. Louvois et Villeroi étaient du nombre. -Sidonia était restée à Saint-Cloud avec la duchesse d'Orléans[431]. -Celle-ci recevait souvent les visites de madame de Monaco, qu'elle -aimait. La vue de cette rivale réveilla la jalousie de Sidonia. C'était -Sidonia qui, à l'insu de madame de Monaco, faisait passer à celle-ci les -lettres que Villeroi n'avait cessé de lui écrire: Sidonia les recevait -avec les siennes, sous une même enveloppe, par des courriers dont Louvois -signait lui-même les passe-ports. Mais, fatiguée d'être ainsi -l'instrument de la joie que ces lettres causaient à madame de Monaco, -Sidonia obtint de Villeroi qu'il lui écrirait plus rarement, et qu'il lui -enverrait des courriers sans autres dépêches que les lettres qui lui -étaient destinées. On avait pris Oudenarde (31 juillet), et le duc de -Gramont avait été chargé d'en apporter la nouvelle à la reine. Aussitôt -après cet événement, le marquis de Villeroi avait envoyé secrètement -Charleville, son valet de chambre, pour porter ses dépêches à la marquise -de Courcelles[432]. Charleville arriva avant le duc de Gramont; et -l'envie de répandre la première une nouvelle agréable fit que Sidonia -parla de la prise d'Oudenarde, sans dire par quel moyen elle en avait été -instruite. Lorsque Gramont en toute hâte arriva à Paris, la cour -connaissait déjà la nouvelle qu'il apportait. On se demanda par qui cette -nouvelle avait été dite en premier, et on ne put le savoir. Charleville, -selon les instructions qu'il avait reçues, s'était caché aussitôt après -avoir remis à Sidonia ses dépêches, et n'avait point paru à l'hôtel de -Villeroi. Mais, s'ennuyant dans sa retraite, il crut concilier les ordres -de son maître et son envie de voir le jour en se déguisant en Polonais. -Ainsi accoutré, il parut dans la cour du château de Saint-Germain en -Laye. C'était justement l'heure où la reine sortait pour aller au salut. -Comme toutes les femmes qui l'entouraient, la reine fut frappée de -l'habillement du faux Polonais; on lui ordonna d'approcher, et il fut -contraint d'obéir. Parmi les femmes qui composaient en ce moment le -cortége de la reine se trouvaient la princesse de Monaco, la marquise de -Courcelles et sa belle-mère. Celle-ci reconnut aussitôt Charleville, et -l'appela par son nom. Pour la princesse de Monaco, dont les craintes -jalouses avaient été éveillées par l'interruption de sa correspondance -avec Villeroi, ce fut un trait de lumière soudain et terrible, comme -l'éclair qui précède la foudre. Tous ses soupçons furent confirmés, et -tous les mystères devinés par un seul regard jeté sur Sidonia, qui ne -sut ni composer son visage ni déguiser le trouble de son âme. La -princesse de Monaco trouva la belle-mère de Sidonia, sa belle-sÅ“ur, la -marquise de la Baume et son mari empressés à s'associer à sa vengeance: -elle fut cruelle. L'appartement qu'occupait Sidonia fut fouillé; ses -cassettes furent ouvertes, et on y trouva non-seulement les lettres que -Villeroi lui avait écrites, mais encore toutes celles qu'il lui avait -remises particulièrement, et les lettres que madame de Monaco avait -adressées à Puyguilhem, depuis duc de Lauzun. - - [431] LA FAYETTE, _Histoire de madame Henriette, Mém._, t. LXIV, - p. 446. - - [432] Marquise DE COURCELLES, _Vie écrite par elle-même_, p. 39. - -La princesse de Monaco intéressa toute la cour à sa douleur, et l'on fut -révolté de la perfidie de Villeroi. Sa complice devint un objet de colère -et de réprobation pour tous ceux qui l'avaient accueillie et protégée; -MADAME surtout ressentit vivement l'insulte faite à une princesse qu'elle -aimait et qui était la surintendante de sa maison[433]. Sidonia retomba -sous le joug oppresseur et insultant de son mari, de sa belle-mère, de sa -belle-sÅ“ur, qui la séquestrèrent et l'empêchèrent de faire un pas sans -être suivie et surveillée. Elle se consolait de toutes ses disgrâces par -la certitude qu'elle croyait avoir d'être aimée de Villeroi. Les lettres -qu'elle lui écrivait furent interceptées, et elle ne reçut point de -réponse. Les inquiétudes et les serrements de cÅ“ur que ce silence lui -fit éprouver lui faisaient répandre des larmes durant le jour et passer -les nuits sans sommeil; mais quand elle apprit que, par la crainte -d'encourir la disgrâce de Louvois, de MONSIEUR et du roi lui-même, -Villeroi avait promis de l'abandonner, de ne plus lui écrire, de ne plus -la revoir, elle qui n'avait foi qu'en l'amour, qui alors pour Villeroi -aurait sacrifié l'univers entier, s'abandonna à un tel désespoir qu'elle -eut une fièvre maligne qui dura quarante jours et qui la mit aux portes -du tombeau. Elle reçut l'extrême-onction; sa mort fut annoncée dans la -_Gazette_, qui eut à se rétracter et qui devait par la suite faire plus -d'une fois mention de ses étranges aventures. Elle fut soignée avec -beaucoup de sollicitude par ceux dont elle était haïe, parce qu'ils -craignaient, si elle mourait sans faire de testament, d'être privés de la -jouissance de ses grands biens. Durant sa convalescence, on n'osa pas la -gêner dans sa liberté. - - [433] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, édit. 1829, in-8º, t. - VI, p. 394. Comme la comtesse de Soissons l'était de la maison de - la reine, et la princesse de Conti (Martinozzi) de celle de la - reine mère. - -Sa maladie lui avait fait perdre sa belle chevelure; et lorsque la fièvre -l'eut quittée, ses yeux caves, son visage pâle, amaigri la faisaient -ressembler à un spectre sorti de la tombe[434]. Un jour elle alla se -promener, contre son ordinaire, sans son carrosse, sans les gens de sa -livrée, mais dans la voiture de la comtesse de Castelnau, qui la -conduisit à la porte Saint-Bernard: elle y rencontra plusieurs personnes -avec lesquelles elle était liée, et n'en fut point reconnue. Son chagrin -fut si grand que dès le lendemain elle partit pour Orléans, et qu'elle -alla se renfermer dans le couvent où elle avait été élevée. Heureuse si, -docile aux sages remontrances d'une tante qui avait pour elle un amour -maternel, elle avait été satisfaite de trouver là , enfin, un asile assuré -contre les persécutions de son mari et de sa famille[435]! - - [434] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, p. 51. - - [435] Conférez LORET, liv. VII, p. 3; liv. XII, p. - 105.--TALLEMANT DES RÉAUX, t. IV, p. 321, 322.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (octobre 1677), t. V, p. 267, édit. M. - -La vie réglée du cloître, les chants pieux, les prières, les exhortations -de l'abbesse de Saint-Loup opérèrent un heureux changement chez Sidonia: -le calme se rétablit dans son âme agitée. Sa convalescence fit de rapides -progrès; sa santé devint plus florissante qu'elle n'avait jamais été; sa -beauté brilla d'un éclat plus grand qu'avant sa maladie. Alors elle -quitta le couvent, reparut dans le monde; et son penchant à la -coquetterie la domina plus impérieusement qu'à l'époque où elle se -croyait obligée de le déguiser. Le scandale de ses aventures augmenta le -nombre de ses adorateurs: elle avait acquis cette malheureuse célébrité -qui, sous l'influence de la corruption des mÅ“urs, environne la beauté -d'un scandaleux prestige et en accroît l'éclat et la puissance. Louvois, -qui, malgré les preuves qu'il avait eues de la perfidie de Sidonia, en -était toujours épris, revint la voir. De tous ceux qui alors la -courtisaient, c'était celui qui lui plaisait le moins; et cependant, -comme Louvois pouvait la protéger contre sa belle-mère et contre son -mari, elle n'osait pas se soustraire aux droits qu'elle lui avait donnés -précédemment sur sa personne[436]. - - [436] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _écrite par elle-même_; - 1808, in-12, p. 53. - -«Après un mois de solitude et de retraite, dit-elle dans ses Mémoires, je -revins à Paris. M. de Louvois me rendit ses soins ordinaires; mais -j'avais pris tant de plaisir à le tromper que je ne pouvais plus m'en -passer. L'hiver vint, et me fournit mille occasions pour me satisfaire -là -dessus. Je me masquais toutes les nuits avec MM. d'Elbeuf, de Bouillon -et le comte d'Auvergne, avec M. de Mazarin et M. de Rohan, mais jamais -avec M. de Louvois; et, quelque prière qu'il m'en fît, je lui faisais -naître des impossibilités journalières pour cela. Un jour que, pour le -consoler, j'avais promis de me trouver dans une assemblée et de me faire -connaître à lui sous un habit que je lui avais marqué, j'en pris un tout -différent; et après avoir joui longtemps du plaisir de le voir, inquiet, -me chercher inutilement, j'eus la folie d'en faire confidence à M. de -Marsan, qui se trouva près de moi; et, parlant avec chaleur, je déguisai -si peu mon ton de voix qu'il fut reconnu de tout le monde, et de Louvois -plus tôt que de personne. Ce fut une nouvelle querelle; elle aurait été -la dernière si une madame de la Brosse n'avait trouvé l'invention de nous -raccommoder[437].» - - [437] _Ibid._, p. 53 et 54. - -Le jeu que s'était permis Sidonia avec Louvois lui réussit mal. Pour se -venger d'elle, ce ministre la fit enfermer (en 1669), par ordre du roi, -dans le couvent des Filles Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine, celui-là -même où madame de Sévigné aimait à faire ses retraites. La marquise de -Courcelles se lia avec la duchesse de Mazarin, qui se trouvait ainsi -qu'elle, pour cause d'inconduite, renfermée dans ce couvent. Les Mémoires -de cette duchesse nous apprennent que le crédit des amis que la marquise -de Courcelles avait à la cour lui fut fort utile pour obtenir du roi la -permission de plaider contre son mari. Jamais le sort ne réunit deux -femmes dont l'âge, les penchants, les caractères, la destinée fussent -mieux assortis. Toutes deux jeunes, belles, spirituelles, coquettes et -folâtres[438], elles avaient fait toutes deux la fortune de leurs maris; -toutes deux les détestaient, et voulaient s'en séparer; toutes deux -bravaient l'autorité des lois. Elles désolèrent tellement les religieuses -de Sainte-Marie[439] par leurs folies extravagantes que celles-ci -obtinrent enfin d'en être délivrées. On les fit entrer à l'abbaye de -Chelles, d'où le duc de Mazarin voulut, à la tête de soixante cavaliers, -enlever sa femme, sans pouvoir y réussir. La duchesse eut la permission -de rester séparée de son mari tant que durerait le procès qu'il lui avait -intenté. Sortie de l'abbaye de Chelles, la marquise de Courcelles alla -demeurer au palais Mazarin, chez la duchesse son amie[440]. Elles avaient -obtenu la permission de ne pas se séparer. Dans le couvent, leur amitié -paraissait indissoluble; dans le monde, elles devinrent rivales. Elles se -disputèrent la conquête du marquis de Cavoye, un des plus beaux hommes de -la cour. La marquise de Courcelles, qui l'emporta sur la duchesse, ne -voulut point rester au palais Mazarin, et aima mieux aller rejoindre son -mari[441] que de devoir l'hospitalité à sa rivale. Courcelles fut -instruit, par la duchesse de Mazarin, de la liaison de sa femme avec -Cavoye. Un duel eut lieu; et, après s'être battus en braves, les deux -champions eurent une explication, s'embrassèrent, et devinrent amis. Mais -Louis XIV fut irrité de ce qu'on enfreignît ses ordonnances sur le duel: -il permit à la justice d'informer; et les deux coupables furent mis en -prison[442]. On fut indigné contre Sidonia: son mari, soutenu par -l'opinion publique, n'éprouva plus aucun obstacle pour exercer sur elle, -dans toute sa rigueur, son autorité maritale. Obligé de partir pour -l'armée, il l'envoya à son château de Courcelles, dans le Maine, où elle -se trouva placée sous la dure surveillance de sa belle-mère. Elle sut la -mettre en défaut, ou plutôt, peut-être, elle tomba dans le piége qu'on -lui tendait. Un beau jeune homme, nommé Jacques Rostaing de la Ferrière, -qui avait été page de l'évêque de Chartres, oncle du marquis de -Courcelles, et qui par cette raison avait un libre accès au château, plut -à Sidonia, et la rendit enceinte. Dès que Courcelles en fut instruit, il -envoya un officier et quelques-uns des soldats qui étaient sous ses -ordres pour garder sa femme à vue[443]. Il lui intenta un procès en -adultère, ainsi qu'à Rostaing. Le juge de Château-du-Loir informa, et -lança (le 6 juin 1669), contre la marquise, un décret de prise de corps, -ainsi que contre Rostaing. Celui-ci disparut. Gardée par ceux que son -mari avait envoyés, Sidonia fut transférée au château de la Sanssorière, -appartenant à Henri de Sancelles, seigneur d'Oiray, parent du marquis de -Courcelles; et là elle accoucha, le 9 juillet 1669, d'une fille. Après -ses couches, elle fut conduite dans les prisons de Château-du-Loir. Sans -conseil, sans connaissance des lois, lorsqu'elle fut pour la première -fois interrogée, croyant se venger de son mari et dans l'espoir d'en être -séparée, elle déclara qu'elle était enceinte d'un autre que de lui; mais -elle refusa de nommer l'auteur de sa grossesse. C'est en vain qu'elle -voulut depuis rétracter cet imprudent aveu: une sentence du 7 septembre -1669 la déclara convaincue d'adultère; elle fut condamnée à être -cloîtrée, et sa dot fut confisquée au profit de son époux. C'était le -résultat que celui-ci avait voulu atteindre; mais dès qu'il l'eut obtenu, -l'opinion l'abandonna, et se tourna vers sa femme. On s'intéressait à ses -malheurs; et, parmi la jeunesse de la cour, plusieurs des plus riches et -des plus puissants aspiraient à se mettre au rang de ses protecteurs. Par -le secours de M. de Rohan, Sidonia s'échappa de sa prison. Des chevaux de -relais, disposés sur la route, la conduisirent rapidement jusqu'à -Luxembourg; puis, peu de temps après, selon le conseil de ses nombreux -amis, elle revint à Paris, et se constitua prisonnière à la Conciergerie. - - [438] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 et 27 novembre, 11 décembre 1675), - t. IV, p. 97, 223, édit. M.--_Ibid._, p. 246, édit. G. - - [439] _Recueil de chansons historiques_ (Mss. de la Bibl. - royale), t. III, p. 191. - - [440] _Mém. de M. L. D. M._ (de madame la duchesse de Mazarin); - Cologne, 1676, p. 53, 60, dans les _OEuvres de Saint-Évremond_, - t. VIII, p. 37.--BUSSY _à madame de Montmorency_ (1er mars 1669), - t. III, p. 119. - - [441] _Mémoires de la duchesse_ DE MAZARIN, dans SAINT-ÉVREMOND, - t. VIII, p. 44.--_Vie de madame_ DE COURCELLES, p. - 64.--SAINT-SIMON, _Mém._, t. I, p. 342-345. - - [442] _Vie de madame_ DE COURCELLES, p. 62.--BUSSY, _Lettres_, t. - III, p. 124. - - [443] _Ibid._, p. 63. - -Son système de défense était de soutenir qu'elle n'était point coupable, -et que sa fille était bien du fait de son mari, dont Rostaing, -disait-elle, était le complice. Elle dévoila les moyens odieux employés -pour lui ravir sa fortune. Ce qui donnait du poids à ses assertions, -c'est que Rostaing fut arrêté dans l'intérieur même de l'Arsenal, où il -ne pouvait résider sans une permission de Courcelles, qui y commandait. -Elle produisit un testament qu'on l'avait forcée de signer en faveur de -ce parent du marquis de Courcelles, de ce Henri de Sancelles, seigneur -d'Oiray, qui avait osé consentir à être son geôlier. Alors le procès de -la marquise de Courcelles devint la grande affaire du jour. Madame de -Sévigné y revient souvent dans ses lettres à sa fille. Dans celle qui est -en date du 26 février 1672, elle dit: «L'affaire de madame de Courcelles -réjouit fort le parterre. Les charges de la Tournelle sont enchéries -depuis qu'elle doit être sur la sellette. Elle est plus belle que jamais. -Elle boit, et mange, et rit, et ne se plaint que de n'avoir pas encore -trouvé d'amant à la Conciergerie[444].» Et madame de Montmorency écrivait -à Bussy: «On croit que l'affaire de madame de Courcelles ira bien pour -elle; je crains que ce ne soit son mari qui ne soit rasé et mis dans un -couvent. Madame de Cornuel l'a averti d'y prendre garde, et l'a assuré -que le parlement de Paris ne croyait non plus aux c.... qu'aux sorciers.» -Madame de Cornuel se trompait. Madame de Sévigné, mieux informée, -écrivait à sa fille: «Madame de Courcelles sera bientôt sur la sellette; -je ne sais si elle touchera _il petto adamantino_ de M. d'Avaux; mais -jusqu'ici il a été aussi rude à la Tournelle que dans sa réponse[445].» -Le procès, en se prolongeant, ne soutint pas madame de Courcelles dans -ses espérances. Elle disait bien, avec quelque vérité: «Je ne crains -rien, puisque ce sont des hommes qui sont mes juges;» mais l'ennui la -gagna, et elle s'évada de la Conciergerie à l'aide des habits d'une femme -de chambre dévouée. Elle alla rejoindre en Angleterre la duchesse de -Mazarin, avec laquelle elle s'était réconciliée. Ces deux femmes avaient -trop besoin de se justifier l'une par l'autre et de se rendre de mutuels -services pour qu'elles pussent rester toujours divisées[446]. - - [444] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 février 1672), t. II, p. 399, édit. - G.; t. II, p. 339, édit. M. - - [445] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 et 16 mars 1672), t. II, p. 421, 428, - édit. G.; t. II, p. 357, 363, édit. M.--Madame DE MONTMORENCY, - _Lettre à _ BUSSY, _et Lettres de Bussy-Rabutin_, t. I, p. 1 et 2. - - [446] _Supplém. aux Mémoires et lettres du comte_ DE BUSSY, t. I, - p. 1 et 2. - -Cependant Sidonia retourna promptement en France; un motif puissant la -contraignait d'y revenir: elle avait formé un nouvel attachement. Elle -avait enfin rencontré dans François Brulart du Boulay, capitaine au -régiment d'Orléans, un amant _honnête homme_; non dans le sens que les -libertins de la cour et le monde d'alors attachaient à cette expression, -mais dans le sens le plus vrai et le seul admis aujourd'hui. Ce n'était -ni par le grade élevé qu'il occupait dans l'armée ni par l'ancienneté de -sa noblesse que du Boulay pouvait être distingué, mais par la franchise -de son caractère, par la droiture et l'élévation de ses sentiments, par -la sensibilité de son cÅ“ur, toujours porté aux actions généreuses. -Recherché dans le grand monde par son esprit et son amabilité; lié même -avec des jeunes gens de son âge, qui à la course faisaient remarquer par -leur conduite peu réglée, lui, qui ne partageait pas leur dépravation, -n'avait pu voir Sidonia sans compatir à ses peines. Les basses intrigues -dont elle avait été la victime excusaient à ses yeux tous ses torts. Il -la crut capable d'un attachement durable, et, se flattant d'avoir réussi -à le lui inspirer, il se dévoua tout entier à elle, et savourait avec -délices le plaisir de posséder une femme si charmante. Mais plus son -amour était violent, sincère, plus il voulait être aimé sans partage: la -seule idée d'une infidélité faisait palpiter son cÅ“ur. Malheureusement -le souvenir des aventures de Sidonia, dont une partie lui était connue, -tendait sans cesse à combattre cette aveugle confiance que l'amour -inspire; la plus légère circonstance éveillait ses soupçons, et, dès le -commencement de sa liaison, les noirs fantômes de la jalousie troublèrent -son bonheur. - -Sidonia ne paraissait pas s'être corrigée de cette légèreté et de cette -coquetterie dont elle avait donné tant de preuves. Absente, il la -jugeait d'après sa vie passée, et toutes ses défiances renaissaient; -présente, il sentait aussitôt toutes ses craintes se dissiper. Elle était -si gaie, si folâtre, si indiscrète, même dans les aveux qui lui étaient -contraires; le son de sa voix était si doux, les mouvements de sa -tendresse si vifs et si spontanés, ses beaux yeux si éclatants, si -expressifs, qu'alors il se reprochait ses défiances comme un sacrilége -contre l'amour, comme une injure faite à une amante excellente et -dévouée. Lors même qu'il n'était plus auprès d'elle, les indices -accusateurs de ses écarts se trouvaient combattus par les lettres si -spirituelles, si aimables, si pleines de tendresse qu'elle lui écrivait: -le plaisir qu'il éprouvait à les lire et à les relire entretenait sa -passion et lui faisait repousser tout ce qui pouvait y être contraire. -C'est là -dessus qu'il insiste dans l'avertissement du recueil de ses -lettres, qu'il avait formé pour ses amis: «Les personnes, dit-il, de l'un -et de l'autre sexe qui ont trouvé mauvais que je l'aie tant aimée, après -ce que la renommée m'en avait appris, se trouveront un peu embarrassées -elles-mêmes quand elles auront lu ses lettres, et que je leur aurai dit, -en passant, que cet esprit était accompagné d'une figure très-aimable, -avec toutes les proportions et toutes les grâces que la nature sait -mettre dans un ouvrage quand elle prend bien du plaisir à le faire[447].» - - [447] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, _en partie écrite par - elle-même_; Paris, 1808, in-12, p. XIV de l'avant-propos. - -Cependant, lorsque, à son retour d'Angleterre, elle vint à Paris -incognito, elle paraît avoir, à l'insu de du Boulay, qui n'en fut informé -que longtemps après, renouvelé ses liaisons avec le duc de Rohan, avec -Crillon et surtout avec le marquis de Villars, qui devint son protecteur -avoué, son conseil, l'agent principal de ses affaires. - -Trop exposée à Paris à être reprise, Sidonia alla d'abord s'enfermer dans -le château d'Athée, près d'Auxonne[448], qui appartenait à un de ses -parents, nommé Lusigny. Du Boulay vint l'y rejoindre, et la conduisit à -Genève[449]: là , hors du territoire français, et déguisée sous le nom de -madame de Beaulieu, elle se crut en sûreté. Mais sa beauté la fit -remarquer; et la duchesse de Mazarin, qui était en route pour Augsbourg, -étant venue la voir en passant, accrut encore la curiosité publique sur -celle qu'on n'appelait plus à Genève que la _belle étrangère_. On -interrogeait ses domestiques, on se groupait dans les rues pour la voir -passer[450]. Mais la manière dont elle sut, par son maintien sage et -réservé, par son esprit, par la variété de ses moyens de plaire, se -concilier la confiance des premiers magistrats de la république et s'en -faire un appui; les ressources qu'elle trouva dans les attraits de son -commerce pour gagner l'amitié des femmes les plus sévères et les plus -considérées sont des faits attestés par deux écrivains contemporains, -Bayle et Gregorio Leti. - - [448] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, p. XIV et 84. - - [449] GREGORIO LETI, _Hist. Genevrina_, t. V, p. 131. _Lettres de - la marquise_ DE COURCELLES (22 novembre, 24 décembre 1675, 10 et - 28 janvier, 7 février 1676), p. 219 et suiv. - - [450] GREGORIO LETI, _Hist. Genevrina_, t. V, p. 131.--_Vie de la - marquise_ DE COURCELLES, p. X. - -Bayle, alors âgé de vingt-sept ans et précepteur des enfants de M. le -comte de Dhona, la vit à Copet: il parle avec admiration de «cette -enjouée aventurière qui a fait tant de fracas et tant charmé la maison de -M. le comte[451].» - - [451] BAYLE, _Lettres_; Rotterdam, 1714, in-12, t. I, p. 94 (19 - juillet 1676), p. 1, 30, 46.--(31 janvier, 27 février, 2 mai - 1673, 8 mars, 31 mars, 2 avril, 7 et 14 mai 1674.) - -Elle fit sur Gregorio Leti une bien plus forte impression que sur le -jeune philosophe de Carlat. Gregorio Leti est le père du style -romantique: nul n'a égalé sa fécondité et ses succès; il a écrit en -langue italienne, dans un style toujours extravagamment figuré, plus de -cent volumes, dont quelques-uns forment d'épais in-quarto. Si on excepte -la Vie de Sixte-Quint, pas un seul de ces volumes n'est lu aujourd'hui. -Telle était cependant la haute réputation dont jouissait de son temps -Gregorio Leti que Louis XIV voulut, s'il consentait à se faire -catholique, se l'attacher en qualité d'historiographe; que l'Angleterre -le disputa au roi de France; que la Hollande négocia pour l'enlever à -l'Angleterre; que la duchesse de Savoie, alors régente, voulut le fixer -dans ses États; et que la république de Genève lui concéda gratuitement, -et sans aucuns frais, le droit de bourgeoisie, faveur qui n'avait été -accordée à personne avant lui. Sidonia avait été munie d'une lettre de -recommandation pour cet illustre auteur, alors retiré à Genève, où il -jouissait d'une considération qui lui donnait un grand ascendant sur les -esprits. - -Lorsque Sidonia vint lui présenter sa lettre, il fut tellement surpris et -charmé à la vue d'une si belle personne qu'il ne put jamais se guérir de -l'amour qu'elle lui avait inspiré; et, à Genève comme à Paris, elle put -toujours disposer de lui pour les divers services qu'elle eut à lui -demander. Dans les lettres qu'il a écrites au duc de Giovanazzo, -ambassadeur d'Espagne à Turin[452], il a tracé d'elle un portrait qui, -pour l'exagération du style figuré, n'a de pareil que quelques-unes des -pages de plusieurs romanciers modernes. Il s'exprime avec plus d'esprit -et de naturel quand il fait au duc le récit de sa première entrevue avec -elle: «J'avoue à votre excellence, dit-il, qu'en voyant une si grande -beauté je restai tout ébloui, d'autant plus qu'avec une politesse pleine -de grâce elle s'approcha de moi, et me donna un baiser à la française, en -me disant: «Ne croyez pas, monsieur Leti, que je sois ici pour quelque -mauvaise affaire; ce qui m'amène, c'est que mon mari me veut, et que je -ne le veux pas.» Alors je répondis en plaisantant: «Certes, madame, il y -a bien d'autres personnes qui vous voudraient, parce que vos beautés sont -trop grandes pour être le partage d'un seul.» - - [452] GREGORIO LETI, _Lettres_, dans la _Vie de la marquise_ DE - COURCELLES, _écrite par elle-même_, p. 187-189. - -Le commerce que Sidonia entretenait avec du Boulay était un secret -soigneusement gardé par tous deux; mais il finit par être connu à Paris à -la fin de l'année 1675. Madame de Sévigné écrivit alors à sa fille: -«Connaissez-vous du Boulay? oui. Il a rencontré par hasard madame de -Courcelles: la voir, l'adorer n'a été qu'une même chose. La fantaisie -leur a pris d'aller à Genève. Ils y sont; c'est de ce lieu qu'il a écrit -à Manicamp la plus plaisante lettre du monde[453].» Madame de la -Fayette[454], qui connaissait du Boulay et la violence de sa passion pour -Sidonia, avait prédit son voyage. - - [453] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (25 décembre 1675), t. IV, p. 147, édit. - M.; t. IV, p. 274, édit. G. - -Cependant la position où se trouvait madame de Courcelles, accusée -d'adultère, la forçait, ainsi que du Boulay, à prendre des précautions -infinies pour ne pas donner de nouvelles armes à l'accusation: de sorte -que, lorsqu'il quittait Paris pour se rendre auprès d'elle, il lui -fallait, pour dérouter les soupçons, ne pas paraître à Genève, se cacher -dans une campagne des environs, vivre solitaire; tandis que Sidonia, -connue et aimée de toute la ville, se livrait sans contrainte à sa gaieté -naturelle, était de toutes les fêtes, faisait entendre sa belle voix dans -tous les concerts, et jouissait du plaisir suprême, pour une coquette -accomplie, d'être admirée et entourée. Sidonia participait même aux -divertissements les plus virils, montant à cheval avec hardiesse, et, -comme la duchesse de Bouillon, aimant la chasse et maniant un fusil avec -une dextérité remarquable. Elle était surtout bien accueillie du comte et -de la comtesse Dhona[455]. Le comte Dhona était de la religion -protestante[456] et alors retiré à Genève, où il se faisait aimer des -habitants par son esprit, son caractère, sa magnificence. Sa société -était la plus brillante de la ville, et Sidonia y trouvait tous les -agréments dont elle était habituée à jouir. Son genre de vie ne pouvait -plaire à du Boulay, non plus que celui auquel il était contraint de -s'assujettir. Les services qu'il rendait à Sidonia, son généreux -dévouement à tous ses intérêts avaient produit en elle une vive -reconnaissance et une amitié tendre qui ressemblait à l'amour; mais cet -amour était loin d'égaler la passion ardente que du Boulay ressentait -pour elle et qu'elle-même avait éprouvée pour Villeroi. L'habitude -qu'elle avait contractée dans l'intérêt de ce premier attachement, avec -l'approbation d'un amant peu délicat, de former deux parts de son -existence, celle des sens et celle du cÅ“ur, faisait qu'en l'absence -prolongée de celui auquel elle s'était donnée elle n'était plus maîtresse -d'elle-même, et qu'elle se pardonnait tout. Sa conscience était en repos -lorsqu'elle se sentait pour son amant la même préférence, la même -tendresse exclusive. Du Boulay aurait pu la retenir dans les doux liens -d'un mutuel amour s'il ne l'avait pas quittée; s'il avait pu, en les -partageant, se livrer avec elle aux joies et aux distractions du monde; -si aux prévenances et aux complaisances de l'amant il avait joint les -facilités et les droits de l'époux. Mais il était obligé, par ses devoirs -de militaire, de résider longtemps loin de celle qu'il aimait; et pendant -ses absences Sidonia eut plusieurs intrigues galantes, qu'elle s'efforça -d'envelopper d'un profond mystère. - - [454] COURCELLES, lettre IV, p. 90; lettre II de LETI, p. 187. - (Le nom de la Fayette se trouve en toutes lettres dans le - manuscrit de cette vie, collationné par M. Monmerqué.) - - [455] COURCELLES, _Vie_, p. 2. - - [456] J. CONVENENT, _Histoire abrégée des dernières révolutions - arrivées dans la principauté d'Orange_; Londres, rue - Robert-Roger, 1704, in-12, p. 8.--_Sur le rasement de la ville - d'Orange_, p. 451, mss. - -Il lui fut impossible d'échapper sans cesse à la surveillance de du -Boulay; et alors les fureurs jalouses, les reproches amers convertirent -les délices de leur union en un supplice continuel. Du Boulay l'aimait -encore avec passion, malgré ses déréglements; et elle lui était toujours -de plus en plus attachée par l'estime, par la reconnaissance, par les -preuves qu'il lui donnait tour à tour de son désintéressement, de sa -loyauté, de la bonté de son cÅ“ur. Il n'est pas même jusqu'à ses fureurs -jalouses qui ne fussent pour elle un lien de plus; car elles étaient une -preuve de l'amour violent et délicat qu'elle lui inspirait et dont sa vie -de cour ne lui avait fourni aucun exemple. Ainsi ces deux êtres, -fortement attirés l'un vers l'autre et violemment tourmentés l'un par -l'autre, ne pouvaient ni se séparer ni rester unis. - -Du Boulay avait une sÅ“ur d'une raison supérieure, qu'il chérissait, à -laquelle il ne cachait rien et dont il suivait presque toujours les -conseils. Elle avait en vain combattu sa passion pour Sidonia; mais quand -elle vit que cette passion était devenue pour lui un sujet continuel de -tourments sans aucune compensation, elle chercha à profiter des preuves -qu'elle avait acquises de l'inconstance de Sidonia pour arracher son -frère aux séductions de cette femme. Elle l'exhortait continuellement à -avoir le courage de rompre tout à fait une liaison si fatale à son repos. -N'avait-il pas, toujours occupé des affaires de cette perfide maîtresse, -négligé les siennes, sacrifié son temps, sa fortune, son état, ses -projets d'ambition? N'avait-il pas, pour la rejoindre, quitté amis, -parents, résisté aux conseils, aux instances d'une sÅ“ur? N'avait-il pas -renoncé à toute autre liaison, renoncé à l'espoir d'épouser une riche -héritière? Ne s'était-il pas privé des plaisirs de Paris et des sociétés -brillantes où on aimait à le voir? Jusqu'où voulait-il pousser le pardon -des ruses, des mensonges, des infidélités répétées d'une femme à laquelle -il se sacrifiait? Jusqu'à quand enfin cesserait-il de supporter la honte -et le ridicule d'un tel attachement? Du Boulay reconnaissait la vérité de -ces reproches, et était convaincu de l'excellence de ces conseils; mais -l'empire qu'exerçaient sur lui les caresses de Sidonia, ses tendres -protestations l'empêchaient de prendre la résolution de l'abandonner et -de l'oublier pour toujours[457]. - - [457] _Lettres de la marquise_ DE COURCELLES, p. 100 et 104, - lettre IX, p. 108, 124, 128, 149, 152, 153. - -Enfin Sidonia se livra aux caprices de ses penchants jusqu'à perdre le -sentiment de sa dignité; et, suivant ce que dit Gregorio Leti[458], du -Boulay l'aurait surprise entre les bras d'un homme trop inférieur par sa -condition pour qu'il pût supporter sans honte un tel rival. Il écrivit au -comte Dhona et à toutes les personnes de Genève qui protégeaient la -marquise de Courcelles des lettres diffamantes. Ces lettres produisirent -leur effet. Gregorio Leti, qui en eut des copies, exprime son étonnement -que, dans un siècle où la galanterie était de mode, un chevalier français -prudent et homme d'esprit, tel qu'était du Boulay, se soit laissé -emporter par la colère au point de dire tout ce qu'il était possible -d'imaginer de plus piquant et de plus outrageant contre l'honneur d'une -femme qu'il avait aimée[459]. - - [458] Note manuscrite de Gregorio Leti sur le billet de la - marquise de Courcelles, qui est à la page 153. - - [459] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, p. XVI de - l'avant-propos.--GREGORIO LETI, _Storia Ginevrina_, t. V, p. 133. - -C'était l'excès de l'amour et de la jalousie qui avait porté du Boulay à -se venger d'une manière si cruelle et si opposée à son caractère. Il en -eut un profond regret; et la lettre touchante et noble que Sidonia lui -écrivit en quittant l'asile que, par lui, elle était forcée de fuir, -malheureuse et abandonnée, accrut encore le douloureux repentir de celui -qui, malgré ses torts, l'aimait encore. «Toutes vos injures et tous vos -emportements, lui dit-elle, ne me peuvent faire oublier que vous êtes -l'homme du monde à qui j'ai le plus d'obligations; et tout le mal que -vous m'avez fait, à l'avenir, n'empêchera pas que vous ne m'ayez rendu -les derniers services. Ne vous laissez donc point surprendre, en lisant -ce billet, à cette horreur qu'on sent pour les caractères de ses ennemis: -songez seulement que ce sont les marques de la reconnaissance d'une -personne que vous avez aimée et qui vous regardera éternellement comme le -plus honnête homme du monde, si vous ne voulez pas que ce soit comme le -meilleur de ses amis. Si la passion que vous avez eue pour moi ne vous -avait coûté que des soins et des soupirs, je ne vous laisserais point -rompre avec moi présentement, ma justification étant la chose du monde la -plus facile; mais puisque vous la pourriez soupçonner de quelque sorte -d'intérêt, je la remets à un temps où vous m'en saurez plus de gré par le -peu de besoin que j'aurai de vous. Cependant, monsieur, soyez très-assuré -que je vous estimerai toute ma vie. Adieu. Je pars demain pour Annecy, où -j'attendrai les réponses de Chambéry, et que j'aie mis ordre à mes -affaires. Adieu encore une fois. Je n'ai point d'autre crime auprès de -vous que celui de ne vous avoir pas aimé autant que le méritait votre -attachement[460].» - - [460] COURCELLES, _Lettres_, p. 156 et 157, mais avec quelques - corrections faites d'après le manuscrit de Millin, collationné - par M. Monmerqué. - -La marquise de Courcelles se retira en Savoie et y resta cachée, tandis -que son procès en appel se poursuivait à Paris. Par les démarches de du -Boulay et de ses autres amis de Paris, elle obtint, quoique contumace, -que le parlement réformât la sentence du juge de Château-du-Loir. Par -l'arrêt rendu le 17 juin 1673, elle ne fut plus privée de ses biens; on -adjugea seulement à son mari, à titre de dommages et intérêts, une somme -de cent mille livres qu'elle avait mise dans la communauté par son -contrat de mariage; mais le même arrêt ordonnait qu'elle serait enfermée -dans un couvent. C'est pour obtenir la réforme de cette disposition et sa -séparation de corps d'avec son mari qu'elle en appelait. Pour avoir -droit à un jugement favorable il eût fallu qu'elle fît purger la -contumace et qu'elle se remît en prison; mais elle redoutait d'être -condamnée à rentrer sous la puissance maritale, ou à être renfermée dans -un couvent. Heureusement pour elle, son mari mourut; et c'est encore -madame de Sévigné qui nous apprend la date de sa mort. Dans sa lettre du -18 septembre 1678, elle parle du procès intenté à Lameth au sujet du -meurtre du marquis d'Albret, et des témoins qui ont déposé dans cette -affaire; puis elle ajoute: «On y attendait encore M. de Courcelles; mais -il n'y vint pas, parce qu'il mourut ce jour-là d'une maladie dont sa -femme se porte bien[461].» - - [461] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 septembre 1678), t. VI, p. 33, édit. - G.; t. V, p. 363, édit. M. - -En effet, aussitôt que la marquise de Courcelles eut appris qu'elle était -veuve, elle se crut libre, et se hâta de revenir à Paris, pour y vivre en -femme uniquement occupée de ses plaisirs. Mais son beau-frère Camille de -Champlais, connu dans le monde sous le nom de chevalier de -Courcelles[462], unique héritier de son mari, la fit arrêter et conduire -à la Conciergerie. Lors des premiers jours de sa réclusion, un de ses -pages, qui l'avait servie à Genève et qui y avait vu Gregorio Leti, le -reconnut dans Paris, où il était arrivé depuis huit jours, et le dit à sa -maîtresse, qui écrivit de sa prison à l'illustre auteur, pour l'inviter à -venir la voir. Les visites de Gregorio Leti, les lettres qu'elle lui -écrivit en italien, les réponses qu'elle recevait de lui, et que Gregorio -Leti à fait imprimer, contribuèrent à dissiper l'ennui de sa prison. -Chardon de la Rochette remarque que les lettres de l'illustre auteur de -la Vie de Sixte-Quint, adressées à la marquise de Courcelles, sont les -meilleures qu'il ait écrites et les plus naturelles. Sur quoi il fait -cette réflexion judicieuse: «Les lettres de la marquise, auxquelles les -siennes servent de réponses, sont pleines d'esprit et de grâce; et on -prend ordinairement le ton de son correspondant, comme on prend celui de -son interlocuteur[463].» - - [462] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. V, p. 103. - - [463] _Vie de madame_ DE COURCELLES, p. XIX, p. 210 à - 239.--GREGORIO LETI, _Lettere sopra differenti materie_; - Amsterdam, 1701, 2 vol. in-8º, lettre XLIII du recueil. - -Ces lettres nous prouvent que la marquise avait répudié son nom de -Courcelles, et qu'elle se regardait comme n'ayant plus rien de commun -avec son mari, car elle signe toujours _Sidonia de Lenoncourt_. Son -procès ne se termina pas aussi heureusement qu'elle le supposait. Devant -ses juges, elle prétendait qu'en se représentant l'arrêt rendu contre -elle par contumace avait été anéanti, et qu'on ne pouvait plus la -poursuivre comme adultère, parce que cette action était éteinte par la -mort de son mari, d'où elle concluait que les jugements intervenus dans -ce procès ne pouvaient lui être opposés. - -Le chevalier de Courcelles répondait que l'accusée n'était plus recevable -à purger la contumace, parce que, depuis le 17 juin 1673 jusqu'au jour où -elle s'était représentée à la justice, il s'était écoulé plus de cinq -ans, ce qui donnait à ce jugement la même force que s'il avait été rendu -contradictoirement. Elle opposait à cela quelques défauts de formalité -dans la signification de l'arrêt; mais ses moyens les plus puissants -étaient l'intérêt qu'on prenait à sa personne et la séduction dont on ne -pouvait se garantir quand on la voyait. On connaissait ses malheurs et -les persécutions qu'elle avait éprouvées, mais l'on ne savait qu'une -partie de ses désordres. Il courut alors des pièces de vers en sa faveur, -où l'on suppliait messieurs du parlement d'en user avec elle comme -Jésus-Christ en usa envers Madeleine: - - Il savait qu'en amour la faute est si commune - Qu'il faudrait assommer et la blonde et la brune: - Or, il était venu pour sauver les pécheurs[464]. - - [464] _Requeste à messieurs du parlement, présentée par_ madame - de C***, à la suite du _Voyage de messieurs_ DE BACHAUMONT et LA - CHAPELLE; 1698, in-12, p. 137.--BUSSY, _Lettres_ du 2 mars 1673 - (t. IV, p. 37), édit. 1737. - -Mais ces messieurs du parlement comprirent très-bien qu'à eux appartenait -de juger les coupables, et non de les sauver et de leur pardonner. Un -arrêt définitif du 5 janvier 1680 condamna Sidonia de Lenoncourt, -marquise de Courcelles, pour adultère commis avec le sieur de Rostaing, à -soixante mille francs de dommages et intérêts, à deux mille livres -d'aumône, à cinq cents livres d'amende et aux dépens. Le même arrêt la -déclara déchue de ses conventions matrimoniales, douaires, préciput; mais -elle ne subit point la peine de la réclusion, à laquelle les héritiers -n'avaient pas le droit de conclure[465]. - - [465] CHARDON DE LA ROCHETTE, dans la _Vie de la marquise de - Courcelles_, p. 77; il cite le _Traité des adultères_, par - Fournel; 1783, in-12, p. 41. - -Sidonia se trouva donc enfin en possession de cette liberté qu'elle avait -tant désirée et maîtresse d'une fortune qui, malgré les dépenses faites -par son mari et la perte de son procès, était encore considérable. - -Nonobstant ses richesses, après l'arrêt qui la condamnait et la conduite -qu'elle avait tenue, elle se trouvait bannie de la société des femmes de -son rang les moins scrupuleuses. La fille aînée du comte de Bussy, la -marquise de Coligny, dont nous aurons à faire connaître plus tard la -conduite imprudente et le scandaleux procès, ne voulait pas (elle veuve) -admettre que madame de Courcelles pût être considérée comme faisant -partie du corps respectable des veuves; et elle désapprouve madame de -Sévigné, qui lui donne ce titre[466]. Entrer au couvent au sortir de -prison et aller passer une année ou deux à Orléans chez l'abbesse de -Lenoncourt eût été pour Sidonia le seul moyen de se réhabiliter dans le -monde; mais il paraît qu'elle ne le voulut pas; car celui qui a terminé, -d'après les notes du président Bouhier, les mémoires qu'elle a écrits et -laissés incomplets nous dit en finissant: «On ne connaît pas les autres -circonstances de sa vie, on sait seulement qu'étant sortie de prison, et -après avoir eu plusieurs aventures, elle devint amoureuse d'un officier, -qu'elle épousa par belle passion et avec qui elle vécut peu -heureuse[467].» C'était une mésalliance et une faute qui, dans l'esprit -de ce temps, la rendait plus coupable que tous les déréglements de ses -années antérieures. - - [466] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 septembre 1678), t. VI, p. 35, édit. - G. (C'est une lettre de Bussy à Corbinelli, où il y a quelques - lignes de madame de Coligny adressées à madame de Sévigné.) - - [467] _Vie de la marquise_ DE COURCELLES, p. 78. - -L'officier qu'elle épousa était capitaine de dragons, et se nommait le -Tilleuf[468]; elle lui avait fait une donation de cent cinquante mille -écus. Elle vécut peu de temps dans ces nouveaux liens. Cinq ans après -être sortie de prison, en décembre 1685, elle mourut à l'âge de -trente-quatre ans, laissant cette preuve, ajoutée à tant d'autres, que le -seul fondement certain du bonheur est en nous-même; et que la naissance, -la richesse, la beauté, les grâces, l'esprit, tout ce qu'on ambitionne, -tout ce qu'on désire sont non-seulement des dons impuissants pour nous -rendre heureux, mais peuvent être les plus fortes et quelquefois les -seules causes de notre malheur. Otez à Sidonia un seul des avantages dont -elle avait été dotée par la nature, par la fortune, par la famille, et -aussitôt vous verrez disparaître une partie des dangers qui -l'assaillirent à peine au sortir de l'enfance. Ses destinées alors -eussent été tout autres, soit que ses jours se fussent écoulés dans la -tranquille obscurité du cloître ou dans l'heureuse activité du toit -domestique, soit qu'elle eût passé sa vie dans la brillante sphère de la -cour, au milieu des luttes et des agitations du monde. - - [468] DANGEAU, _Journal manuscrit_ (25 décembre), cité par M. - Monmerqué dans son édition des _Lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ, V, - 263.--Conférez encore, dans le même, I, 260; II, 263, 339, 357, - 363; IV, 147. - - - - -CHAPITRE VII. - -1672. - - Mort de la tante de madame de Sévigné.--Préparatifs de départ pour - la Provence.--Madame de Sévigné fait ses adieux à ses amies.--Ramène - sa petite-fille Blanche de Livry à Paris.--Part ensuite pour se - rendre à Grignan.--Détails sur sa manière de voyager.--Elle couche à - Melun, arrive à Auxerre, s'arrête à Montjeu trois jours.--Détails - sur ce lieu et sur Jeannin de Castille.--Souvenirs que le séjour à - Montjeu rappelle à madame de Sévigné.--Elle y avait été en - 1656.--Madame de Toulongeon sa tante, madame de Toulongeon la - jeune, madame de Senneterre viennent voir madame de Sévigné à - Montjeu.--Détails sur ces personnes.--Réconciliation de Jeannin - de Castille et de Bussy.--Correspondance entre Bussy et la - jeune comtesse de Toulongeon.--Madame de Sévigné va coucher à - Châlon.--Arrive à Lyon.--Soins et attentions dont elle est l'objet - de la part de l'intendant et de madame de Coulanges.--Pourquoi - madame de Coulanges et son mari s'étaient rendus à Lyon.--Date du - mariage du fils de M. du Gué-Bagnols avec mademoiselle de Bagnols, - sa cousine.--Madame de Sévigné loge chez un beau-frère de M. - de Grignan.--Elle fait connaissance avec la comtesse de - Rochebonne.--Voit madame de Senneterre.--Détails sur le deuil - de celle-ci et sur la fin tragique de son mari.--Madame de - Sévigné part de Lyon, et va coucher à Valence.--Elle arrive à - Montélimart.--Madame de Grignan vient la chercher dans ce lieu, et - la conduit à Grignan.--Calculs sur la durée du voyage de madame de - Sévigné et sur le temps de sa séparation d'avec madame de Grignan. - - -Qu'on ne s'y trompe pas, toute cette jeune noblesse, qui paraissait si -fort occupée de ses plaisirs, de ses intrigues amoureuses, était prodigue -de ses veilles et de son sang quand il s'agissait des intérêts et de la -gloire du monarque et de celle de la France. En cela comme en toutes -choses, dans ce qui était digne de louange comme dans ce que réprouvait -une morale sévère, elle suivait l'exemple de son roi. A l'époque où l'on -jugeait à la Tournelle le procès de Sidonia de Lenoncourt, le marquis de -Courcelles son mari, Colbert de Maulevrier qu'on avait voulu lui faire -épouser, Louvois et Villeroi, Cavoye son amant, Castelnau, Lavardin, -d'Uxelles, la Rochefoucauld, prince de Marsillac, Choiseul-Pradelle, du -Plessis-Praslin, du Lude et tant d'autres connus de madame de Sévigné -donnaient des preuves de leur valeur, et secondaient Louis XIV dans la -conquête de la Hollande[469]. Madame de Sévigné, tranquille sur son fils, -qui lui avait écrit que la campagne était terminée, que toute la Hollande -se rendait sans résistance, annonçait à madame de Grignan[470] qu'elle -faisait ses préparatifs pour ce voyage de Provence projeté depuis si -longtemps, depuis si longtemps différé, et dont elle n'osait plus parler: -«car, dit-elle, les longues espérances usent la joie, comme les longues -maladies usent la douleur[471].» - - [469] DU LONDEL, _Fastes des rois de la maison d'Orléans et de - celle des Bourbons_, 1697, in-8º, p. 207-209. - - [470] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juin 1672), t. III, p. 82, édit. G.; - p. 17, édit. M. - - [471] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 juillet 1672), t. III, p. 101, édit. - G.; t. III, p. 34, édit. M. - -Rien ne la retenait. Sa tante la Trousse, qu'elle n'avait pas quittée -durant sa maladie, était morte le 30 juin. Après avoir donné à -mademoiselle de la Trousse et à toute la famille les consolations -d'usage; après avoir écrit à la comtesse de Bussy pour s'excuser de ne -pas céder à son invitation d'aller la voir, madame de Sévigné fixa enfin -le jour de son départ, et fit ses adieux à d'Andilly, à madame de la -Fayette et à M. de la Rochefoucauld, alors au château de Saint-Maur, dont -Gourville[472] avait acheté l'usufruit au prince de Condé. Madame de -Sévigné y fut retenue à souper, et y coucha. Elle avait ramené de Livry -ses _petites entrailles_[473], Blanche sa petite-fille, parce qu'elle -craignait que la nourrice ne s'ennuyât à la campagne. Madame du Puy du -Fou, madame de Sanzei[474], madame de Coulanges et le petit Pecquet, son -médecin, devaient donner des soins à l'enfant, et lui en répondre[475]. - - [472] GOURVILLE, _Mémoires_, t. LII, p. 454 et 455. - - [473] Voyez ci-dessus, 3e partie, chap. XVI, p. 311. - - [474] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 juillet 1672). - - [475] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 16 juillet 1672), t. III, p. - 84-86, édit. G.; t. III, p. 19, édit. M. - -Tous ses préparatifs achevés le mercredi 13 juillet, elle se mit en route -dans un carrosse de campagne acheté pour ce voyage et attelé de six -chevaux[476]. Elle avait avec elle deux femmes de chambre, l'abbé de -Coulanges, qui malgré son âge ne voulait pas la quitter, et l'abbé de la -Mousse, qui hésita à se mettre en route parce qu'il redoutait les -fatigues d'un si long voyage, et craignait les scorpions, les puces et -les punaises[477]. Cependant, si l'on en croit les révélateurs indiscrets -des secrètes généalogies de ces temps, l'abbé de la Mousse avait un -intérêt tout particulier pour désirer faire ce voyage, puisqu'il devait -retrouver à Lyon, dans M. du Gué l'intendant et dans madame de Coulanges, -un père et une sÅ“ur[478]. - - [476] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 et 8 juillet 1672), t. III, p. 93-95, - édit. G.; t. III, p. 27-29, édit. M. - - [477] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (13 avril 1672), t. II, p. 456, édit. - G.; t. II, p. 385, édit. M. - - [478] _Recueil de chansons historiques_, mss de la Biblioth. - royale, in-folio, t. IV, p. 61. - - -Madame de Sévigné avait emporté pour tout livre un Virgile: «non pas -_travesti_, dit-elle, mais dans toute la majesté du latin et de -l'italien.» Elle dut coucher le premier jour à Essonne ou à Melun. Le -samedi 16, elle arriva à Auxerre[479]. Elle parcourut donc en quatre -jours 166 kilomètres (41 lieues et demie), ou 11 à 12 lieues de poste par -jour. Le voyage fut sérieux; elle regretta la compagnie de son cousin de -Coulanges: «Pour avoir de la joie, écrit-elle, il faut être avec des gens -réjouis. Vous savez que je suis comme on veut; mais je n'invente rien.» - - [479] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 et 27 juillet 1672), p. 101 et - 111-113, édit. G.; p. 34 et 42, édit. M.--(16 juillet 1672), t. - III, p. 104, édit. G.; t. III, p. 37, édit. M. - -Six jours après, nous la trouvons, non pas à Autun, mais à deux lieues au -delà , hors de la route qui conduit à Lyon, où elle tendait, dans le beau -château de Montjeu, sur le sommet de ce _mons Jovis_ qui domine la ville -moderne d'Autun et les ruines de l'antique Bibracte. De là elle écrit à -Bussy une lettre datée du 22 juillet, c'est-à -dire six jours après son -départ d'Auxerre; mais comme sa lettre nous prouve qu'elle était déjà -depuis cinq jours installée dans ce château[480], il en résulte qu'elle a -mis trois jours à faire ce trajet, qui est de 128 kilomètres (32 lieues). -Ainsi, quoique cette route soit même encore aujourd'hui montueuse et -difficile en approchant d'Autun, madame de Sévigné fit par jour dix à -onze lieues, comme dans son voyage en Bretagne. Mais quel motif, -dira-t-on, madame de Sévigné, désireuse d'arriver à Grignan et de revoir -sa fille, avait-elle pour se détourner de sa route et s'arrêter quatre -jours à Montjeu? Nous allons l'expliquer. - - [480] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1672), t. III, p. 108, édit. - G.; t. III, p. 40, édit. M. - -Elle dit à Bussy: «M. Jeannin m'a priée si instamment de venir ici que je -n'ai pu lui refuser. Il me fait gagner le jour que je lui donne par un -relais qui me mènera demain coucher à Châlon, comme je l'avais résolu.» - -D'après le calcul que nous venons de faire, on s'aperçoit que ce qu'elle -dit n'était pas tout à fait exact, et qu'elle perdait plus d'un jour; -mais il fallait qu'elle s'excusât auprès de son cousin, alors à Dijon -pour affaires et non encore réconcilié avec le seigneur de Montjeu[481]. -Si elle avait dirigé sa route par la capitale de la Bourgogne, elle eût -pu voir en passant son cousin, avec lequel sa correspondance était -redevenue fort active et fort aimable[482]. Si Bussy avait été à Chaseu -lors de son passage par Autun, nul doute qu'elle ne se fût arrêtée chez -lui; mais comme il était absent, il en résulta que dans cette Bourgogne, -dans cette patrie de ses aïeux, où elle avait ses biens, ses parents, ses -alliés, elle céda plutôt aux prières d'un étranger qu'aux instances de -famille qui lui étaient faites de toutes parts. C'est que cet étranger -était un ami, un ami de sa jeunesse, un ami que l'adversité avait frappé; -et nul n'avait plus qu'elle la mémoire du cÅ“ur, nul n'avait un sentiment -plus vif des preuves de tendresse et d'attachement qu'a droit de réclamer -la constance en amitié. Le seigneur de Montjeu était ce Jeannin de -Castille, trésorier des ordres du roi et un des trésoriers de l'épargne -sous l'administration de Fouquet. Jeannin, ainsi que Duplessis Guénégaud, -cet autre ami de madame de Sévigné, avait été une de ces grandes -existences financières que Colbert avait brisées en parvenant au pouvoir. -Entraîné dans la disgrâce et le procès du surintendant[483], Jeannin -paya, par la perte de ses places et d'une partie de sa fortune, son trop -complaisant concours aux immenses opérations financières de Fouquet. -Comme celui-ci, dans son temps de prospérité il avait profité du crédit -et de la puissance dont il jouissait pour obtenir les faveurs de belles -femmes de la cour, connues par la facilité de leurs mÅ“urs; mais il avait -sur Fouquet l'avantage d'une très-belle figure. Il ne fut pas épargné par -l'esprit satirique de Bussy-Rabutin, qui, dans ses _Amours des Gaules_, -en parle comme d'un des rivaux heureux du duc de Candale auprès de la -comtesse d'Olonne[484]. Il avait aussi, par ses fêtes, ses magnificences, -contribué aux plaisirs des belles années de madame de Sévigné, alors que, -jeune veuve et n'ayant pas encore à s'occuper de l'éducation de ses -enfants, elle s'abandonnait à la gaieté de son caractère, lorsqu'elle -aimait à s'entourer de courtisans et d'admirateurs, et qu'elle présentait -ce singulier contraste d'une piété sincère, d'une invincible vertu unies -à un grand penchant à la coquetterie, à une extrême indulgence pour les -faiblesses où l'amour précipite les personnes de son sexe, et au libre -langage d'une imagination peu chaste et peu scrupuleuse. - - [481] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 juillet 1672), t. III, p. 101, édit. - G.; t. III, p. 34, édit. M. - - [482] BUSSY, _Lettres_ t. I, p. 94-116. - - [483] FOUQUET, _Défenses_, t. X (t. V de la suite), p. 24 et 25; - t. I, p. 144 et 141.--_Ibid._, _Conclusions des défenses_, p. 69 - et 70, édit. in-18.--GUY-PATIN, _Lettres_, t. II, p. 471; t. III, - p. 415, édit. 1846, in-8º. - - [484] BUSSY, _Histoire ancienne des Gaules_, p. 18, 20 et 22, - édit. in-18, 1666, avec frontispice gravé.--_Histoire amoureuse - de France_, dans le _Recueil des histoires galantes_; Cologne, - chez Jean le Blanc, p. 18.--_Histoire amoureuse de France_; 1710, - in-12, p. 26. - -Si le nom de Jeannin de Castille n'a pas encore paru dans ces Mémoires, -c'est que nous n'avons pu faire mention d'un voyage que madame de Sévigné -fit en Bourgogne, parce que nous en ignorions l'époque. La lettre que -madame de Sévigné écrit de Montjeu à son cousin nous donne la date de ce -voyage. Ce fut en 1656, année où Bussy quitta l'armée pour se rendre -aussi en Bourgogne[485], la même année où Jeannin de Castille eut assez -de crédit pour faire ériger en marquisat la baronnie de Montjeu, qu'il -avait héritée de son père[486]. Madame de Sévigné s'y rendit alors. Ce ne -fut donc pas pour la première fois qu'en allant en Provence elle admira -ce château, ces eaux limpides jaillissant de terre à une grande hauteur, -alimentant toutes les fontaines et les usines de la ville d'Autun; -qu'elle parcourut ces belles allées, ces bosquets, ces vergers, ces -parterres de fleurs placés au milieu d'un parc de quatre à cinq lieues de -tour, fermé de murailles et peuplé de cerfs, de daims, de biches et de -toutes sortes de gibier[487]. Jeannin, qui faisait de ce lieu sa -principale résidence, y avait ajouté de nouveaux embellissements. «J'ai -trouvé, dit madame de Sévigné en écrivant à Bussy, cette maison embellie -de la moitié depuis seize ans que j'y étais venue; mais je ne suis pas de -même, et le temps, qui a donné de grandes beautés à ces jardins, m'a ôté -un air de jeunesse que je ne pense pas que je recouvre jamais [elle avait -quarante-six ans]. Vous m'en eussiez rendu plus que personne par la joie -que j'aurais eue de vous voir, et par les épanouissements de la rate, à -quoi nous sommes fort sujets quand nous sommes ensemble. Mais Dieu ne l'a -pas voulu, ou le grand Jupiter, qui s'est contenté de me mettre sur sa -montagne, sans vouloir me faire voir ma famille entière[488].» - - [485] Voyez ci-dessus, 2e partie, chap. VII, p. 73. - - [486] EXPILLY, _Dictionnaire des Gaules et de la France_, t. IV, - p. 855, au mot _Montjeu_. - - [487] GARREAU, _Description du gouvernement de Bourgogne_, p. - 541, 2e édit., 1734, in-8º.--_Ibid._, 1re édit., 1717, p. 291. - - [488] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1672).--(11 juillet 1672), - t. III, p. 34, édit. M.--(13 octobre 1677), t. V, p. 432.--BUSSY, - _Mémoires_, édit. d'Amst., 1721, t. I, p. 93 et 125.--Voyez - ci-dessus, t. I, p. 119 de ces _Mémoires_. - -Cependant une grande partie de cette famille, prévenue de son arrivée, -s'empressa de lui rendre visite à Montjeu. La première qui y vint fut -Françoise de Rabutin, veuve du comte Antoine de Toulongeon, sÅ“ur du -baron de Chantal, père de madame de Sévigné, et belle-mère de Bussy par -sa fille Gabrielle, qu'elle avait perdue en 1646. Quoique alliée à leur -famille par tant de titres, cette comtesse de Toulongeon n'était point -aimée de madame de Sévigné ni de Bussy. Elle était fort avare, mais -cependant charitable envers les pauvres[489]. Madame de Sévigné avait -considéré comme un devoir indispensable de s'arrêter chez elle quelques -jours[490]. Pour éviter la dépense que lui aurait occasionnée une telle -réception, elle se hâta de prévenir madame de Sévigné. Cette tante de -Toulongeon résidait à Autun. Son fils possédait la terre d'Alonne, du -bailliage de Montcenis; il la fit par la suite ériger en comté de son -nom, et, par ordre du roi, _Alonne_ se nomma _Toulongeon_. Ce lieu, -voisin d'Autun, devint, par les embellissements qu'y fit le comte de -Toulongeon, un des plus agréables séjours de la Bourgogne[491]. Chazeu, -dont madame de Sévigné admirait tant la pureté de l'air, la belle -situation et la vue riante, était aussi du bailliage d'Autun, dans la -paroisse de Laizy, et très-rapproché de Toulongeon, de Montjeu, aussi -bien que d'Autun; de sorte que lorsque Bussy allait se fixer dans cette -demeure favorite, il ne manquait pas de société[492]. - - [489] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1672, 4 juin 1687, 5 mars - 1690), t. III, p. 41; t. VII, p. 449; t. VIII, p. 435; t. IX, p. - 338.--BUSSY, _Lettres_, t. I, p. 306. - - [490] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (31 décembre 1684), t. VII, p. 505, - édit. G.[**;] t. VII, p. 222, édit. M.--(30 mai 1687), t. VII, p. 446, - édit. M. - - [491] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1685), t. VIII, p. 90, édit. - G.--(18 janvier 1687), t. VII, p. 414, édit. M.; t. VIII, p. 208, - édit. G.--GARREAU, _Description du gouvernement de Bourgogne_, 2e - édit., 1734, in-8º, p. 641; 1re édit., p. 320. - - [492] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 septembre 1677), t. V, p. 215, édit. - M., t. V, p. 379, édit. G.--GARREAU, _Description de la - Bourgogne_, p. 416; il écrit _Chaseul_. - -Madame de Toulongeon s'empressa d'aller à Montjeu rendre visite à sa -cousine; madame de Sévigné, qui la voyait pour la première fois, fut -charmée de la trouver si jolie et si aimable. Bussy, dont elle était la -belle-sÅ“ur, regrettait auprès d'elle tout ce que l'âge lui avait fait -perdre[493]. Il disait qu'il lui avait donné de l'esprit, mais qu'elle le -lui avait rendu avec usure: et, en effet, les vers les plus agréables -qu'il ait faits sont ceux qu'elle lui a inspirés[494]. Elle était un des -ornements de la société qui se réunissait à Montjeu, et il est probable -qu'elle contribua beaucoup, ainsi que madame de Sévigné, à la -réconciliation de Bussy avec Jeannin de Castille, qui eut lieu l'année -suivante[495]. Cette réconciliation fut sincère; et le nom du seigneur de -Montjeu revient assez fréquemment dans les lettres de madame de Sévigné -et dans celles de Bussy[496]. Jeannin de Castille, plus heureux que -Bussy, obtint plus tôt que lui la permission de se présenter devant Louis -XIV, et termina heureusement ses affaires[497]. Si son fils, qui mourut -avant lui, ne répondit pas à ses espérances, il eut la consolation de -voir sa petite-fille épouser un prince d'Harcourt. Cette princesse -d'Harcourt donna le jour à deux filles, qui furent la duchesse de -Bouillon et la duchesse de Richelieu. - - [493] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 juillet 1672), t. III, édit. G.; t. - III, p. 40, édit. M.--XAVIER GIRAULT, _Détails historiques sur - les ancêtres, les possessions et les descendants de madame de - Sévigné_, dans les _Lettres inédites de madame de Sévigné_, 1819, - in-12, p. XLIV; dans les _Lettres de Sévigné_, édit. G., t. I, p. - XCIII. - - [494] BUSSY DE RABUTIN, _Lettres_ (10 et 21 juillet 1686 et 27 - août 1687), t. VI, p. 180, 251, 254, édit. 1727, in-12.--(19 et - 28 mars 1688), t. VI, p. 275 et 277.--(18 janvier, 3 mai 1690), - t. VII, p. 119.--(5 septembre 1690), t. VII, p. 148. - - [495] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 octobre 1673), t. III, p. 115, édit. - M.; t. III, p. 195, édit. G. - - [496] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 septembre, 13 octobre 1677, 27 juin - 1678), t. V, p. 257, 261, 341.--_Ibid._ (9 décembre 1638), t. - VIII, p. 201, édit. M.--_Ibid._ (14 août 1691), t. IX, p. - 471.--BUSSY, _Lettres_ (20 février 1687), t. VI, p. 218. - - [497] BUSSY, _Lettres_ (9 mars et 11 juillet 1687), t. VI, p. 224 - et 250.--(28 avril 1690), t. VII, p. 114 à 119. - -Madame de Sévigné s'arrêta cinq jours à Autun, et n'en partit que le -samedi 23 juillet. Après un trajet de 51 kilomètres ou 12 lieues depuis -Autun, madame de Sévigné arriva à Châlon-sur-Saône, où elle coucha. Elle -s'embarqua le lendemain, dimanche 24, pour Lyon; et quoiqu'elle n'eût que -125 kilomètres ou 32 lieues à parcourir, elle n'arriva le jour suivant -qu'à six heures du soir[498]. «M. l'intendant de Lyon (du Gué-Bagnols), -sa femme et madame de Coulanges vinrent me prendre au sortir du bateau -de midi (25 juillet). Je soupai chez eux; j'y dînai hier.» - - [498] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juillet 1672), t. III, p. 109, édit. - G.; t. III, p. 42, édit. M.--RICHARD, _Guide classique du - voyageur en France_, p. 15, édit. 1833, in-12, p. 241. - -Madame de Coulanges s'était rendue avec son mari à Lyon, immédiatement -après Pâques[499], pour le mariage de sa sÅ“ur, mademoiselle du Gué, avec -Bagnols, cousin issu de germain[500], riche de 45,000 livres de rente. -Bagnols devint depuis intendant de Flandre; et le jeune baron de Sévigné -nous forcera bientôt d'occuper nos lecteurs de sa femme. Elle ne plut -guère à madame de Sévigné, qui fut bien aise que les nouveaux mariés se -proposassent d'aller à Paris, plutôt que de céder aux invitations plus -polies que sincères qu'elle était obligée de leur faire. Madame de -Coulanges, bien autrement engagée aussi à faire ce voyage, promit de -l'accompagner à Grignan, à condition que madame de Sévigné ne se hâterait -pas trop de quitter Lyon. Le plaisir que toute cette famille de Bagnols -eut à jouir pendant quelques jours de la société de madame de Sévigné fit -qu'on ne crut jamais lui prodiguer assez de soins, assez d'attentions. -«On me promène, on me montre, je reçois mille civilités. J'en suis -honteuse; je ne sais ce qu'on a à me tant estimer[501].» - - [499] Pâques, en l'année 1672, était le 17 avril. - - [500] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (17 février 1672), t. II, p. 391, édit. - G.; t. II, p. 332, édit. M. - - [501] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juillet 1672), t. III, p. 109, édit. - G.; t. III, p. 43, édit. M. - -Elle alla dans une des deux bastilles de Lyon, celle de Pierre-Encise, -rendre visite à un ami prisonnier, dont il est difficile de deviner le -nom par la seule lettre initiale F. Il n'en est pas de même d'un monsieur -M., chez lequel elle dit qu'on doit la mener pour voir «son cabinet et -ses antiquailles.» Nul doute qu'il ne soit ici question de M. Mey, riche -amateur des beaux-arts, Italien d'origine, dont les étrangers qui -passaient à Lyon allaient visiter la maison, située à la montée des -Capucins, célèbre par sa belle vue, la magnifique collection de tableaux -et les beaux objets d'antiquité qu'elle renfermait. On y admirait surtout -alors ce beau disque antique en argent connu sous le nom de _bouclier de -Scipion_, qui fut acheté par Louis XIV après la mort de M. Mey et qui est -aujourd'hui un des ornements du cabinet des médailles de la Bibliothèque -nationale[502]. - - [502] SPON, _Recherches des antiquités et curiosités de la ville - de Lyon_; 1675, in-8º, p. 196, pl.--MARION DUMERSAN, _Histoire du - Cabinet des médailles_; 1838, in-8º, p. 12. - -Cependant ce ne fut pas chez l'intendant que logea madame de Sévigné, -mais chez un beau-frère de M. de Grignan, Charles de Châteauneuf, -chanoine-comte et chamarier de l'église de Saint-Jean de Lyon: «C'est, -dit-elle, un homme qui emporte le cÅ“ur, une facilité et une liberté -d'esprit qui me convient et qui me charme.» Elle fut aussi -très-satisfaite de faire connaissance avec la sÅ“ur de M. de Grignan, la -comtesse de Rochebonne, qui ressemblait à son frère d'une manière -étonnante. Elle était veuve du comte de Rochebonne, commandant du -Lyonnais. Madame de Sévigné reçut la visite d'une autre veuve parente de -Bussy-Rabutin, Anne de Longueval, veuve de Henri de Senneterre, marquis -de Châteauneuf, que sa mère fut accusée d'avoir fait assassiner[503]. La -marquise de Senneterre porta longtemps le deuil, et sembla regretter son -mari, mais elle trouvait peu de personnes disposées à sympathiser aux -marques de sa douleur, et même à croire à leur sincérité[504]. - - [503] _Lettres de madame_ DE RABUTIN-CHANTAL, édit. de La Haye, - 1726, in-12, t. I, p. 260. Le nom du marquis de Senneterre est en - toutes lettres dans cette édition. - - [504] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 mai, 28 octobre, 26 décembre 1671), - t. II, p. 78, 273 et 290, édit. G.--(19 août 1676), t. V, p. - 83.--(17 janvier 1680.) - -Après les trois jours donnés à madame de Coulanges, madame de Sévigné -partit de Lyon, s'embarqua le vendredi 29 juillet au matin, et alla -coucher à Valence. Puis elle fut confiée aux soins des patrons de barque -choisis par l'intendant. «J'ai de bons patrons, dit-elle dans sa lettre à -madame de Grignan; surtout j'ai prié qu'on ne me donnât pas les vôtres, -qui sont de francs coquins: on me recommande comme une princesse.» Le -trajet qu'elle avait parcouru dans cette journée était de 99 kilomètres, -ou 24 lieues trois quarts. Le lendemain, samedi 30 juillet, elle était, à -une heure après midi, à Robinet sur le Robion, lieu où l'on débarque pour -se rendre à Montélimart. Madame de Grignan vint la prendre dans sa -voiture; et, après avoir franchi les quatre lieues qui séparent le -château de Grignan de Montélimart, la mère et la fille se trouvèrent -enfin réunies sous le même toit. Leur séparation avait duré un an et sept -mois[505]. La distance parcourue par madame de Sévigné depuis Paris était -de 620 kilomètres ou 150 lieues de poste. Dix-sept jours avaient été -employés pour faire ce trajet; mais on doit en retrancher huit pour les -séjours à Montjeu et à Lyon; il en résulte que la journée moyenne était -de 67 kilomètres ou de 16 lieues par jour. La durée de ce trajet eût été -plus longue si une partie n'en avait pas été faite par eau. Rendue à -Grignan sans autre accident que la perte d'un de ses chevaux qui se noya, -madame de Sévigné, ainsi que son oncle, ses femmes de chambre et son abbé -de la Mousse, arrivèrent en parfaite santé, quoiqu'elle annonce -malignement que ce dernier, dès son entrée à Lyon, était tout étonné de -se trouver encore en vie après un si grand et si périlleux voyage. - - [505] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 février 1671), t. I, p. 305, édit. - G.; t. I, p. 231, édit. M.--_Ibid._ (27 juillet 1672), t. III, p. - 110, édit. G.; t. III, p. 42, édit. M. Conférez ci-dessus la 3e - partie de ces _Mémoires_, p. 320. - - - - -CHAPITRE VIII. - -1672. - - Le court séjour de madame de Sévigné à Lyon accroît son intimité - avec madame de Coulanges.--Dans les lettres que celle-ci lui écrit à - Grignan, elle lui annonce l'arrivée de Villeroi à Lyon.--Cet exil - est la cause du rappel du chevalier de Lorraine.--Fâcheux effets de - ce rappel.--Débauche chez M. le duc d'Enghien.--Le chevalier de - Lorraine habile à séduire les femmes.--Le marquis de Villeroi plus - séduisant encore.--Il est nommé le _charmant_.--Aveu singulier de - madame de Sévigné.--Son explication.--Conjectures sur la cause de - l'exil de Villeroi.--Il se rend à l'armée de l'électeur de - Cologne.--Le roi le force de retourner à Lyon.--Ses intrigues - d'amour à Lyon.--Il se retire à sa terre de Neufville, désespéré de - l'infidélité d'une maîtresse de la cour, désignée dans les lettres - sous le nom d'_Alcine_.--Les indiscrétions de Villeroi sur cette - liaison ont été la cause de son exil.--Alcine n'est point la - comtesse de Soissons.--Détails sur cette comtesse et sur sa liaison - avec Villeroi.--Le _gros cousin_ de madame de Coulanges n'est point - Louvois, mais son frère l'archevêque de Reims.--Portrait de cet - archevêque et détails sur ses liaisons avec la duchesse - d'Aumont.--Il suit le roi à l'armée, et inaugure, dans la cathédrale - de Reims, des drapeaux pris sur les Hollandais.--_Alcine_ est la - duchesse d'Aumont.--Détails sur cette duchesse.--Son caractère, sa - vie décente.--Ses liaisons amoureuses.--Dévote dans l'âge - avancé.--Son genre de dévotion.--Contraste entre certaines - dévotes.--Liaisons amoureuses de la duchesse d'Aumont, avant sa - conversion, avec Caderousse, le marquis de Biran et le marquis de - Villeroi.--Le mystère de sa liaison avec l'archevêque de Reims est - dévoilé par le beau-fils de la duchesse d'Aumont, le marquis de - Villequier.--On n'ajoute pas foi à ses révélations.--La comtesse de - Soissons reprend son ascendant sur le marquis de Villeroi.--On - s'intéressait aux intrigues amoureuses des hommes renommés par - leurs séductions.--Cause de l'indulgence générale pour les fautes - que l'amour fait commettre.--Vardes séduit mademoiselle de - Toiras.--Scène de désespoir entre ces deux amants, jouée par madame - de Coulanges et par Barillon.--Madame de Sévigné redoute la visite - de Villeroi à Grignan.--Bruit qui court à Paris sur Vardes et - Villeroi.--Madame de Coulanges part pour Lyon, et se rend à Paris. - - -Le court séjour de madame de Sévigné à Lyon et le peu de temps passé dans -la société de madame de Coulanges accrurent encore leur attachement -mutuel. Ces deux amies ne pouvaient se passer l'une de l'autre; toutes -deux, connaissant parfaitement le monde et la cour, s'intéressaient plus -vivement à tout ce qui s'y passait; toutes deux aimaient à railler et à -médire[506], non par haine, non par malice, non par envie, mais pour -exercer leur esprit, pour s'amuser et s'instruire mutuellement de ce qui -se passait autour d'elles. Quand elles ne pouvaient converser ensemble, -elles s'écrivaient. Madame de Sévigné, le jour même de son départ de -Lyon, écrivit à madame de Coulanges, et puis encore le lendemain en -arrivant à Grignan[507]. - - [506] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 397-400. - - [507] COULANGES, dans SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er août 1672), t. III, - p. 112, édit. G.; t. III, p. 44, édit. M. - -Une des réponses de madame de Coulanges roule presque en entier sur le -marquis de Villeroi, gouverneur de Lyon, et qui venait d'y arriver; il -regrettait beaucoup de n'y plus retrouver madame de Sévigné. Celle-ci, -avant son départ de Paris, avait su que le marquis de Villeroi était -exilé à Lyon, et elle avait mandé cette nouvelle à sa fille. Le motif de -cette sévérité de Louis XIV envers un de ses courtisans qu'il aimait le -mieux, et qui avait été le compagnon de son enfance, était inconnu. On -savait seulement qu'il était le résultat d'une indiscrétion et de paroles -imprudentes prononcées chez la comtesse de Soissons[508]. C'est cet exil -qui donna occasion à MONSIEUR de demander au roi le rappel du chevalier -de Lorraine. Ce rappel ne surprit pas moins que la défense faite à -Villeroi d'accompagner Louis XIV à l'armée et l'ordre qu'il reçut de se -rendre à Lyon. Au milieu des grands événements de la guerre, on s'en -préoccupa à la cour. Les détails de l'entretien des deux frères au sujet -de ce rappel nous prouvent combien était grand l'effet du despotisme de -Louis XIV sur sa famille, la crainte qu'il inspirait à tout ce qui -l'entourait et la profonde humiliation de MONSIEUR. Il faut que les -singulières particularités de cet entretien aient été racontées par le -roi lui-même ou par Monsieur, pour que madame de Sévigné, en les -transmettant à sa fille, puisse lui écrire: «Vous pouvez vous assurer que -tout ceci est vrai: c'est mon aversion que les faux détails, mais j'aime -les vrais. Si vous n'êtes de mon goût, vous êtes perdue, car en voici -d'infinis[509].» Il est difficile d'admettre qu'il y ait eu un seul -témoin de cette étrange scène. - - [508] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 avril 1671), t. II, p. 451, édit. - G.--(24 juin 1672), t. III, p. 79, édit. G.; t. III, p. 15, édit. - M.--(10 février 1672), t. II, p. 378, 380, édit. G.; t. II, p. - 321, édit. M. - - [509] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 février 1672), t. II, p. 379. - -Ce retour du chevalier de Lorraine produisit, parmi les courtisans de -MONSIEUR, un redoublement de débauche qui scandalisait cette cour galante -et si peu scrupuleuse. C'est alors que les lettres de madame de Sévigné -et les libelles du temps nous signalent un honteux libertinage, des -fêtes, des parties de chasse et des repas splendides faits à Saint-Maur -au milieu de la nuit, sans aucun égard pour les prescriptions du carême -ou plutôt avec la coupable intention d'assaisonner la débauche par -l'impiété. Le duc d'Enghien, fils du prince de Condé, était un des grands -promoteurs de ces orgies; et madame de Sévigné figura dans une de ces -parties, où se trouvaient les deux filles de la maréchale de Grancey, -qu'on appelait les _anges_ (l'une, mademoiselle de Grancey, avait le -titre de madame, parce qu'elle était chanoinesse; l'autre était madame de -Marey), et avec elles mesdames de Coëtquen et de Bordeaux, et la comtesse -de Soissons[510]. La présence à la cour du chevalier de Lorraine, qui -était l'indispensable acteur dans toutes ces parties, fournit aussi à -madame de Sévigné[511] l'occasion d'entretenir madame de Grignan d'une -des filles d'honneur de la reine, mademoiselle de Fiennes. Elle avait été -enlevée par le chevalier de Lorraine avant qu'il fût exilé; il la -délaissa, quoiqu'il en eût eu un fils qui fut élevé avec les enfants de -la comtesse d'Armagnac, à la vue du public, dit madame de Sévigné. Après -son retour, il reconnut cet enfant. - - [510] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 avril 1672), t. II, p. 449, édit. G.; - t. II, p. 379, édit. M.--_La France galante, ou Histoire - amoureuse de la cour_, nouv. édit., à Cologne, chez Pierre - Marteau, 1695, in-18, p. 287, 355, 356, 357.--_Ibid._, p. 304, - 385. - - [511] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars, 1er et 20 avril 1672), t. II, - p. 442, 446 et 447, édit. G.; t. II. p. 377, édit. M. Conférez - ci-dessus la 3e partie de ces _Mémoires_, chap. XII, p. 221. - -Le chevalier de Lorraine, profondément dissimulé, avait cependant une -physionomie ouverte et enjouée, qui convenait à madame de Sévigné; il -déplaisait à sa fille, probablement meilleure physionomiste. Lui, Vardes -et Villeroi étaient considérés comme les plus dangereux séducteurs; mais -Villeroi l'emportait alors sur ses deux rivaux par sa jeunesse, par les -agréments de sa personne, par la magnificence et le goût de sa parure, la -grâce de ses belles manières, son habileté et son adresse dans tous les -exercices du corps, sa force et sa belle santé, qui le rendaient en tout -infatigable[512]. - - [512] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (7 et 28 juillet 1680), t. IV, p. 362 et - 392, édit. M.; t. VII, p. 92 et 131, édit. G.--SAINT-SIMON, - _Mémoires authentiques_, t. XII, p. 235, 238, édit. 1829, - in-8º.--_OEuvres complètes de Louis de Saint-Simon_, t. XII, p. - 155, édit. 1791, in-8º. - -Madame de Coulanges ne tarit pas dans ses lettres sur les louanges -qu'elle donne au _charmant_. Madame de Sévigné témoigne pour son amie, -sur l'effet de cet engouement, des craintes qui paraissent sérieuses; et, -à ce sujet, elle fait un aveu trop important pour que son biographe le -laisse passer inaperçu. - -Elle était à Livry, où son cousin Coulanges vint la voir; et elle écrivit -à sa fille le 2 juin, alors qu'elle se disposait à se rendre à Lyon et en -Provence: «M. de Coulanges, dit-elle, est charmé du marquis de Villeroi. -Il (Coulanges) arriva hier au soir. Sa femme, comme vous dites, a donné -tout au travers des louanges et des approbations de ce marquis. Cela est -naturel; il faut avoir trop d'application pour s'en garantir. Je me suis -mirée dans sa lettre, mais je l'excuse mieux qu'on ne m'excusait[513].» -Le marquis de Villeroi n'était alors âgé que de vingt-neuf ans, et madame -de Sévigné en avait quarante-six. Dans ce retour qu'elle fait sur -elle-même, elle ne pouvait penser au temps présent; elle fait allusion à -l'époque de sa jeunesse, alors que, compromise par la publication du -perfide ouvrage de Bussy, elle ne trouva personne qui voulût l'excuser de -s'être trop complue aux louanges que lui donnait son cousin, et de ne -s'être pas assez refusée au plaisir que lui faisaient éprouver ses -spirituelles saillies et sa réjouissante conversation[514]. - - [513] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (2 juin 1672), t. III, p. 50, édit. G.; - t. II, p. 458, édit. M. - - [514] Conférez la 2e partie de ces _Mémoires_, chap. XXV, p. 360. - -Le marquis de Villeroi alla d'abord à Lyon, pour obéir aux ordres du roi; -mais il s'en écarta presque aussitôt, et partit pour se rendre près de -l'électeur de Cologne, voulant servir Louis XIV au moins dans l'armée de -ses alliés[515]. Ce zèle ne réussit pas, et le roi lui ordonna de -retourner à Lyon[516]. - - [515] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 juin 1672), t. II, p. 463, édit. M.; - t. III, p. 56, édit. G. - - [516] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 juin 1672), t. III, p. 15, édit. M.; - t. III, p. 79, édit. G. - -A cette époque, le marquis de Villeroi était réellement amoureux d'une -femme de la cour. Il avait retrouvé à Lyon une madame Salus, femme d'un -financier, qu'il avait séduite. Quand il la revit après un assez long -intervalle, il trouva chez elle une madame Carles, qui lui parut plus -belle, et les attentions qu'il eut pour celle-ci divisèrent les deux -amies[517]; mais ni l'une ni l'autre ne purent le distraire d'une passion -où, contre son ordinaire, son cÅ“ur était engagé. Nous avons vu, par -l'exemple de Sidonia, que, bien différent de Vardes, le marquis de -Villeroi, quand il était véritablement épris d'une femme, ne gardait plus -ni discrétion ni mesure. Il est probable que les paroles qu'il prononça -chez la comtesse de Soissons et qui furent la cause de son exil avaient -trait à cette passion. L'inconduite fut le seul motif qu'allégua Louis -XIV pour justifier sa rigueur envers le jeune Villeroi; et le vieux -maréchal duc, son père, reçut de la bouche royale l'assurance que la -pénitence ne serait pas de longue durée[518]. Mais Villeroi, à la fois -dévoré par l'amour et par l'ambition, était désespéré de se voir condamné -à un honteux repos quand il aurait pu se distinguer à la conquête de la -Hollande par des actions d'éclat, et gagner des grades à l'armée. Il -était désolé surtout que son exil à Lyon l'éloignât d'une maîtresse -adorée. Très-peu disposé à se prévaloir des liaisons qu'il avait formées -ou à en chercher de nouvelles, il se retira dans sa terre de Neufville, à -quatre lieues de Lyon, n'y recevant personne. Madame de Coulanges écrit à -madame de Sévigné: «Écoutez, madame, le procédé du _charmant_. Il y a un -mois que je ne l'ai vu; il est à Neufville, outré de tristesse; et quand -on prend la liberté de lui en parler, il dit que son exil est long; et -voilà les seules paroles qu'il ait proférées depuis l'infidélité de son -_Alcine_[519]. Il hait mortellement la chasse, et il ne fait que chasser; -il ne lit plus, ou du moins il ne sait ce qu'il lit; plus de Salus, plus -d'amusement: il a un mépris pour les femmes qui empêche de croire qu'il -méprise celle qui outrage son amour et sa gloire..... Je suis de votre -avis, madame, je ne comprends pas qu'un amant ait tort, parce qu'il est -absent; mais qu'il ait tort étant présent, je le comprends mieux. Il me -paraît plus aisé de conserver son idée sans défauts pendant l'absence; -Alcine n'est pas de ce goût; le _charmant_ l'aime de bien bonne foi: -c'est la seule personne qui m'ait fait croire à l'inclination naturelle; -j'ai été surprise de ce que je lui ai entendu dire là -dessus..... Le -bruit de la reconnaissance que l'on a pour l'amour de mon gros cousin se -confirme. Je ne crois que médiocrement aux méchantes langues; mais mon -cousin, tout gros qu'il est, a été préféré à des tailles plus fines; et -puis, après un petit un grand. Pourquoi ne voulez-vous pas qu'un gros -trouve sa place[520]?» - - [517] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er août 1672), t. III, p. 112, 114. - - [518] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (12 février 1672), t. II, p. 384 et 386, - édit. G.; t. II, p. 325, édit. M. - - [519] Allusion au septième chant de l'_Orlando furioso_, qui - contient l'histoire de _Ruggiero_ et d'_Alcina_. - - [520] MADAME DE COULANGES, dans SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 octobre - 1672), t. III, p. 122, édit. G.; t. III, p. 52. édit. M. - -Et quatre mois après, de retour à Paris ainsi que Villeroi[521], madame -de Coulanges écrit encore à son amie: «Le marquis de Villeroi est si -amoureux qu'on lui fait voir ce que l'on veut. Jamais aveuglement ne fut -pareil au sien; tout le monde le trouve digne de pitié, et il me paraît -digne d'envie: il est plus charmé qu'il n'est _charmant_; il ne compte -pour rien sa fortune, mais la belle compte Caderousse pour quelque chose, -et puis un autre pour quelque chose encore: un, deux, trois, c'est la -pure vérité! Fi! je hais les médisances.» - - [521] MADAME DE COULANGES, dans SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février - 1673), t. III, p. 143 et 144, édit. G.; t. III, p. 73, édit. M. - -Madame de Coulanges, toujours préoccupée et en quelque sorte tourmentée -de l'illusion de Villeroi et de la ruse dont il est la dupe, dit encore: -«L'histoire du _charmant_ est pitoyable; je la sais..... Orondate était -peu amoureux auprès de lui: c'est le plus joli homme, et son _Alcine_ la -plus indigne femme[522].» - - [522] MADAME DE COULANGES, dans SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars - 1673), t. III, p. 149, édit. G.; t. III, p. 53, édit. M. - -Ni ces dernières paroles ni celles qui les précèdent ne peuvent, sous la -plume de madame de Coulanges, s'appliquer, ainsi qu'on l'a prétendu[523], -à madame Dufresnoy. C'est dans cette même lettre, où madame de Coulanges -parle de l'_indigne femme_, qu'elle apprend à madame de Sévigné -l'admiration qu'excita madame Dufresnoy, dont la beauté, dit-elle, -«efface sans miséricorde celle de mademoiselle S****[524], réputée si -belle.» Madame de Coulanges ne tarda pas à se lier intimement avec madame -Dufresnoy[525]. Elle ne parle jamais que favorablement de l'_amie intime_ -de son cousin ministre. _Alcine_ n'est pas plus la comtesse de Soissons -que le gros cousin n'est Louvois. Il est bien vrai que le marquis de -Villeroi était alors (avec plusieurs autres) engagé dans les liens de la -comtesse[526], et qu'il eut du regret de les voir rompre, lorsque des -soupçons trop fondés forcèrent cette femme criminelle à s'exiler[527]. De -toutes les nièces du cardinal Mazarin dont Louis XIV adolescent fut -entouré, Olympe Mancini fut celle qu'il parut d'abord préférer; et comme -les effets de la première effervescence de l'âge sur lui étaient un -secret maternel soigneusement gardé[528], son inclination naissante pour -Olympe Mancini, qui le révéla à toute la cour, devint l'objet de -l'attention générale. Fouquet obtint alors de son poëte favori un joli -madrigal pour célébrer cette première victoire de l'amour, remportée par -les yeux d'Olympe sur le cÅ“ur du jeune monarque[529]. Ambitieuse, -sensuelle, Olympe Mancini comprit les obstacles que pourrait mettre à son -établissement la préférence que lui donnait le roi; et elle chercha à -diriger sur sa sÅ“ur Marie, plus sensible, plus capable d'un attachement -sincère, les mouvements de ce cÅ“ur que tourmentait le besoin d'aimer et -d'être aimé. - - [523] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 octobre 1672), t. III, p. 198, édit. - 1811, de Grouvelle. Cet éditeur est le premier auteur des notes - de cette lettre; ces notes ne se trouvent pas dans les deux - éditions du chevalier Perrin: c'est à tort que M. G. de - Saint-Germain les lui attribue. Voyez t. III, p. 123; et dans - l'édit. de M. t. III, p. 53. - - [524] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars 1673), t. III, p. 148. - L'initiale S désigne peut-être mademoiselle d'Usa de Salusse, - inscrite la première dans la liste des filles d'honneur de la - reine. Voyez _État de la France_, 1669, in-12, p. 361. - - [525] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février 1673), t. III, p. - 142.--L'_État de la France_, 1678, p. 376.--La charge de dame du - lit fut créée le 2 avril 1673. - - [526] SAINT-SIMON, _Mémoires complets et authentiques_, t. I, p. - 205. - - [527] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 janvier 1680), t. VI, p. 331, édit. - G.; t. VI, p. 133, édit. M. - - [528] Voyez ci-dessus, 3e partie de ces _Mémoires_, chap. IX, p. - 104 et suiv. - - [529] LA FONTAINE, _OEuvres_, t. VI, p. 187 de l'édit. 1826, - in-8º; p. 264 de l'édit. 1827; 580 de l'édit. 1835, in-8º, 1 - vol., _Sixain pour le roi_. - -Olympe Mancini obtint plus d'ascendant sur Louis XIV en servant sa -passion qu'en la partageant: en facilitant ses rendez-vous, en -l'entourant de tous les agréments de sa jeune société, qu'elle animait -par son esprit, elle sut se rendre indispensable. Elle voulait que la -faveur dont elle jouissait servît à lui assurer un établissement -proportionné à ses ambitieux désirs. Sa sÅ“ur Louise-Victoire avait -épousé le duc de MercÅ“ur[530]. Lorsque le prince de Conti se décida à -prendre pour femme une des nièces de Mazarin, il choisit la belle et -vertueuse Martinozzi. Olympe ne dissimula point le dépit qu'elle -ressentait de n'avoir pas été préférée à sa cousine germaine[531]. -Offerte au grand maître, fils du maréchal de la Meilleraye, Olympe fut -refusée; mais ce fut un bonheur pour son orgueil et son ambition, -puisqu'elle épousa le prince Eugène de Savoie, comte de Soissons[532]; et -la charge de surintendante de la maison de la reine, que Mazarin fit -alors créer pour elle, la plaçait dans un rang élevé, ajoutait à sa -fortune et lui donnait de grandes prérogatives. - - [530] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 20. - - [531] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. IV, p. 368. - - [532] MOTTEVILLE, _Mémoires_, t. IV, p. 398. - -«Rien n'est pareil, dit Saint-Simon, à la splendeur de la comtesse de -Soissons, de chez qui le roi ne bougeait avant et après son mariage, et -qui était la maîtresse de la cour et des grâces, jusqu'à ce que la -crainte d'en partager l'empire avec les maîtresses la jeta dans une folie -qui la fit chasser avec Vardes et le comte de Guiche. La comtesse de -Soissons fit la paix, et obtint son retour par la démission de sa charge, -qui fut donnée à madame de Montespan[533].» - - [533] SAINT-SIMON, _Mémoires complets et authentiques_, t. IV, p. - 394 et 395. - -Cette folie dont parle Saint-Simon est, on le sait, l'intrigue ourdie par -la comtesse de Soissons, Vardes et mademoiselle de Montalais, pour faire -chasser la Vallière[534]. Après son retour, la comtesse de Soissons -perpétua son pouvoir par ses liaisons, ses intrigues et ce charme magique -que donne à la femme sans pudeur l'expérience de la faiblesse de l'homme. -L'ambition et la volupté étaient les enchantements qu'employait cette -Circé de la cour pour inspirer à ses amants le désir de ne pas se séparer -d'elle; mais, avec ses appas surannés et ses habitudes volages, il ne -pouvait subsister entre elle et eux de sentiments passionnés ni une -constance qu'elle ne s'imposait pas à elle-même. Aussi Villeroi, qui -avait succédé à Vardes dans ses bonnes grâces, avait pu céder aux charmes -attrayants de madame de Monaco et à la passion que lui inspira ensuite la -marquise de Courcelles, sans exciter le ressentiment de la comtesse de -Soissons, sans faire cesser les habitudes d'une liaison que renouaient -par intervalle les calculs de l'intérêt et les caprices des sens. La -comtesse de Soissons ne pouvait s'empêcher d'accorder à Villeroi cette -large part d'indulgence qu'elle réclamait pour elle-même. - - [534] Conférez partie II, chap. XX de ces _Mémoires_, p. 299 à - 301. - -Tel n'est point le caractère de la passion qui subjuguait alors le -marquis de Villeroi, telle n'est point l'idée que nous en donne l'amie de -madame de Sévigné et madame de Sévigné elle-même. C'est un amour récent, -dont la violence et l'aveuglement étonnent surtout madame de Coulanges. -C'est donc une jeune femme, dont les déréglements, s'ils étaient réels, -sont encore enveloppés de mystère, puisque Villeroi se refuse à y croire. -Mais il y avait peu de mystères de ce genre pour madame de Coulanges: sa -vie dissipée et toute mondaine, sa parenté avec un ministre, sa -familiarité avec les plus hauts personnages de la cour lui donnaient les -moyens, dont elle usait amplement, de surprendre les secrets des -intrigues les plus cachées, même celles des femmes qui, succombant aux -séductions qui les assiégeaient, tenaient assez à leur réputation pour -conserver les apparences d'une conduite régulière. Telle était celle qui -avait fasciné le marquis de Villeroi. En tout temps soumise aux pratiques -extérieures de la religion, il lui était facile de dissimuler l'intimité -d'une liaison coupable avec un ecclésiastique. Cet ecclésiastique, ce -rival heureux de Villeroi, était ce gros abbé auquel, lorsque, par -l'effet d'une faveur inouïe, il fut nommé à l'un des premiers siéges -épiscopaux de France[535], madame de Coulanges disait: «Quelle folie -d'aller à Reims! Et qu'allez-vous faire là ? vous vous ennuierez comme un -chien. Demeurez ici, nous nous promènerons[536].» - - [535] CHOISY, _Mémoires_, t. LXIII, p. 458 et suiv. Reçu alors - seulement comme coadjuteur; mais cela lui assurait le siége à - vingt-sept ans.--SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. II, p. - 279. - - [536] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars 1671), t. II, p. 386, édit. G.; - t. I, p. 298, édit. M. - -Oui! l'amant d'_Alcine_ ne peut être que cet abbé le Tellier, que cet -autre cousin de madame de Coulanges, avec lequel madame de Grignan -n'avait cessé, depuis sa jeunesse[537], d'être en correspondance, à qui -elle négligeait de répondre, même après qu'il lui avait écrit deux -lettres consécutives; cet abbé que ni sa mère, ni elle, ni madame de -Coulanges, toutes les fois qu'elles en parlaient[538], ne pouvaient se -résoudre à prendre au sérieux, quoiqu'il fût l'un des princes de l'Église -de France; spirituel, instruit, habile administrateur; cachant sous des -manières brusques l'adresse du courtisan; mais présomptueux, arrogant, -aimant le luxe, la magnificence et la bonne chère, et, par ses allures -décidées et tranchantes, ressemblant plus à un colonel de dragons qu'à un -prélat[539]. - - [537] Voyez, ci-dessus, la 3e partie de ces _Mémoires_, t. I, p. - 80, 386 et 407. - - [538] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (8 décembre 1673), t. III, p. 164, édit. - M.; t. III, p. 254, édit. G.--_Ibid._ (19 janvier 1674), t. III, - p. 220, édit. M.; t. III, p. 319, édit. G.--_Ibid._ (5 février - 1674), t. III, p. 324, édit. M.; t. III, p. 336, édit. G. (Récit - de l'homme renversé.)--(12 août 1675), t. III, p. 394, édit. M.; - t. IV, p. 16, édit. G.--(22 février 1695), t. X, p. 60, édit. M.; - t. XI, p. 135, édit. G.; et ci-dessus, 3e partie de ces - _Mémoires_, p. 78. - - [539] SAINT-SIMON, _Mémoires_, chap. VIII, t. II, p. 85. - -Il y a lieu de croire que quelques paroles prononcées chez la comtesse de -Soissons par Villeroi, et qui occasionnèrent son exil, étaient de nature -à blesser la réputation de cet archevêque de Reims, alors en grande -faveur à la cour. Ce qui est certain, c'est que pour cette campagne, qui -fut la plus glorieuse de toutes celles de son règne, Louis XIV écarta de -l'armée et condamna à un honteux repos un jeune guerrier compagnon de sa -jeunesse, dont il devait faire un jour un maréchal de France[540], et -qu'il permit à un archevêque, qui n'était point alors son grand -aumônier[541] et que le devoir obligeait à résider dans son diocèse, de -l'accompagner. Tandis que Villeroi, retiré à Neufville, s'indignait de -son oisiveté, le Tellier, de retour de sa guerrière excursion, le samedi -15 octobre (1672), arborait triomphalement, dans la nef de l'église de -Notre-Dame de Reims, dix-neuf enseignes d'infanterie prises sur les -Hollandais[542]. - - [540] BUSSY, _Lettres_ (avril 1672), t. I, p. 110 (supplément). - - [541] C'était alors le cardinal de Bouillon, depuis le 10 - décembre 1671. Voyez l'_État de la France_, p. 12. - - [542] _Mémoires de M._ FR. DE MAUCROIX, _chanoine et sénéchal de - l'église de Reims_; 1842, in-12, 2e partie, p. 41. - -La femme que madame de Coulanges et madame de Sévigné désignent sous le -nom d'_Alcine_ est la duchesse d'Aumont. Des trois filles de la maréchale -de la Mothe, toutes trois belles, toutes trois mariées fort jeunes à des -hommes d'une haute naissance qu'elles ne purent aimer, la duchesse -d'Aumont était l'aînée et la plus belle: ce fut aussi celle qui mit le -plus de discrétion dans le nombre et le choix de ses amants. Le duc -d'Aumont, beaucoup plus âgé qu'elle, avait, lorsqu'il l'épousa, deux fils -et deux filles de sa première femme, Madeleine le Tellier, sÅ“ur de -Louvois et de l'archevêque de Reims; de sorte que la duchesse d'Aumont -se trouvait apparentée avec le Tellier et par conséquent aussi avec -madame de Coulanges[543]. - - [543] L'_État de la France_; 1677, in-12, p. 78.--SAINT-SIMON, - _Mémoires authentiques_, t. VI, p. 4-6; t. VII, p. 127, et t. IX, - p. 142. - -La duchesse d'Aumont, dans son âge avancé, compta parmi les femmes qui, -après avoir été célèbres par leurs aventures galantes, se faisaient -remarquer par leur grande dévotion; mais c'était de cette dévotion -fastueuse qui s'annonçait à tous par l'absence de rouge, par de grandes -manches et une mise particulière, par une affectation de pratiques -rigoureuses, par un grand renfort de directeurs et de confesseurs. Madame -de Sévigné, dans les lettres toutes confidentielles qu'elle écrit à sa -fille, exerce souvent sur ces femmes sa spirituelle malice; et ses éloges -railleurs font présumer qu'elle croyait peu à la sincérité de leur foi. -Nous pensons qu'elle se trompait: la vanité est un défaut tellement -inhérent à notre nature que le plus grand triomphe du christianisme est -d'empêcher que ce méprisable sentiment ne se glisse involontairement -jusque dans l'exercice des actions les plus vertueuses. La foi la plus -sincère ne nous garantit pas toujours de ce danger. Ce qui faisait naître -la défiance de madame de Sévigné sur les femmes qui restaient dans le -monde après leur conversion, et qui semblaient aspirer à la gloire de lui -servir d'exemple et de modèle, c'est la comparaison qu'elle faisait -d'elles avec ces grandes pécheresses dont la subite transformation, -opérée par une grâce toute divine, excitait à la fois sa surprise et son -admiration. Si humbles, si douces, si bonnes, si retirées, si entièrement -dévouées aux bonnes Å“uvres, à la pénitence, au repentir, si complétement -absorbées par le saint amour de Dieu, et en même temps si calmes, si -contentes, si réjouies de leur état, elles étaient les premières à -condamner et à flétrir la folie de leur vie passée; elles en parlaient -sans exagération et sans vains détours, avec une joyeuse pitié, comme -d'un désir maladif dont on est heureusement guéri[544]; et tout cela sans -avoir besoin de conseils, d'exhortations, d'éloquents sermons; n'aimant -le prêtre qu'à l'autel et au confessionnal, n'implorant de lui que le -pain céleste, l'absolution et la prière. Telle alors se montra, après le -brisement de cÅ“ur causé par la mort du chevalier de Longueville, la -comtesse de Marans, cette _Mélusine_ envers laquelle madame de Sévigné -s'était longtemps montrée si cruelle et dont, par une sorte d'amende -honorable, elle trace à sa fille une admirable peinture, bien propre à -faire envier à celle-ci, au milieu des grandeurs du monde, de ses -agitations et de ses tourments, l'oubli de toutes les peines, de toutes -les passions et le calme bonheur de cette nouvelle convertie. - - [544] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 décembre 1672, 14 juillet 1673). - (Lettre de madame de la Fayette: «La Marans est une sainte; il - n'y a point de raillerie, cela me paraît un miracle.»)--(1er, 5 - et 15 janvier 1674), t. III, p. 67, 70, 100, 195, 197, 211, édit. - M.; t. III, p. 72, 137, 309, édit. G. Voyez aussi sur madame de - la Sablière, _ibid._, _Lettres_ (8 novembre 1679, 21 juin et 14 - juillet, 4 août 1680), t. VI, p. 335, 373, 405, édit. - M.--SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. XV, p. 434, trace un portrait - semblable de la marquise de Créquy. - -Il n'est pas impossible que la religion, qui domina la duchesse d'Aumont -dans son âge mûr, ne lui ait inspiré dans sa jeunesse assez de crainte et -de respect pour qu'elle se soumît à ses prescriptions, mais sans lui -donner la force suffisante pour résister à la violence des penchants qui -l'entraînaient. Dans ce siècle, les exemples de ce genre sont fréquents, -sans compter celui de Louis XIV. Alors s'explique comment une certaine -exactitude à remplir ses devoirs religieux aurait donné à la duchesse -d'Aumont plus de retenue[545], et comment ses liaisons amoureuses furent -plus cachées et causèrent moins de scandale que celles de ses deux -sÅ“urs, la duchesse de la Ferté et la duchesse de Ventadour. - - [545] _La France galante_; Cologne, 1695, in-12, p. 345, 380 et - 385.--_Histoire amoureuse des Gaules_, 1754, in-12, t. V, p. 106 - et 175. - -Cependant le secret des amours de la duchesse d'Aumont fut assez connu -pour fournir, quand elle vivait, le sujet d'un de ces romans où l'auteur, -comme Bussy dans son libelle, montre une trop grande connaissance des -noms, des qualités, des caractères et de l'âge des personnages qu'il met -en scène pour que les faits principaux qu'il leur attribue ne soient pas -le résultat de ce qui se disait, à tort ou à raison, à la cour et dans le -grand monde. Nous avons encore une autre preuve de la vérité des -assertions du romancier: c'est que lorsque parurent les Caractères de la -Bruyère, toutes les clefs écrites et mises en marge de ce livre par les -personnes du temps portaient le nom de la duchesse d'Aumont auprès des -caractères qui peignent les femmes à la fois galantes et dévotes[546]. - - [546] LA BRUYÈRE, _Des femmes_, nos 35, 43, 46; t. I, p. 204, - 207, 209; t. II, p. 672, 673, 674, 689, édit. 1845, in-8º. - -Les faits énoncés sous la forme d'un roman acquièrent une valeur -historique lorsqu'ils ont été sérieusement avancés par des personnes -placées de manière à en être bien informées. Or, dans les libelles -diffamatoires du genre des _Amours des Gaules_, publiés en Hollande du -vivant de la duchesse d'Aumont, dans les chansons du temps et dans les -notes historiques de ces chansons, les deux derniers amants qu'on lui -prête sont précisément ceux que nomme madame de Coulanges: Caderousse et -l'archevêque de Reims[547]; et ils dépeignent ce dernier comme ayant un -embonpoint remarquable. Cet archevêque, dans tous ces libelles, ne se -trouve mêlé à aucune autre intrigue de ce genre: la séduction de la -duchesse d'Aumont est le seul méfait qu'on lui attribue; ce qui prouve -que ces auteurs ont écrit avant les préférences marquées qu'il eut pour -la marquise de Créquy, sa nièce, fille de Madeleine le Tellier et du duc -d'Aumont[548]. Par la même raison, ils n'ont pu ajouter la belle-fille à -la belle-mère dans la scandaleuse histoire du _gros cousin_ de madame de -Coulanges. Ce surnom de _gros cousin_ était au moins aussi applicable à -l'archevêque de Reims qu'à son frère le ministre Louvois. Si dans les -répertoires des intrigues de l'époque il n'est pas fait mention de -Villeroi, c'est que, relativement à lui, le secret de cette liaison, par -suite de la sévérité du roi, aura été mieux gardé. - - [547] _Chansons historiques_, t. VII, p. 87, Mss. de la Biblioth. - royale, collection Maurepas. - - [548] _La France galante, ou Histoire amoureuse de la cour_, - nouvelle édition, augmentée de pièces curieuses; Cologne, chez - Pierre Marteau, p. 295 à 385, 394, 414 et 415. Voir le recueil - intitulé _Histoire amoureuse des Gaules, par_ BUSSY-RABUTIN; - 1754, in-12, t. V, p. 79, 172, 174, 216. - -La duchesse d'Aumont fut mariée à l'âge de dix-neuf ans. Villeroi en -avait vingt-neuf et elle vingt-deux[549] lorsqu'il en fut épris; mais ils -se connaissaient dès leur première jeunesse. Sous le nom de mademoiselle -de Toucy, qu'elle portait alors, la duchesse d'Aumont, à l'âge de treize -ans, avait, ainsi que le duc de Villeroi, et en compagnie de mademoiselle -de Sévigné, figuré dans les _ballets_ dansés par le roi. Lorsque -mademoiselle de Toucy parut sur ce dangereux théâtre en 1666, âgée de -seize ans, dans le _ballet_ des _Muses_ (Molière y figura, personnifiant -la Comédie), elle représentait avec Villeroi une scène de bergère avec -son berger[550]. Ces souvenirs de jeunesse ont pu contribuer, quelques -années après, à l'attrait qui les unit. Il est probable que la duchesse -d'Aumont sacrifia Caderousse à Villeroi[551]; peut-être le marquis de -Biran (depuis duc de Roquelaure) succéda-t-il à Caderousse, comme le -disent les libellistes. Villeroi ne crut pas qu'elle le trahissait pour -l'archevêque de Reims. Mais madame de Coulanges, qui connaissait bien son -_gros cousin_ et de quoi il était capable, pensait tout différemment; et, -comme de fréquents et solitaires entretiens avec un archevêque qui -affectait de prendre parti pour les jansénistes contre les jésuites[552] -n'avaient rien qui pût porter ombrage, madame de Coulanges ne connaissait -aucun moyen de dessiller les yeux de Villeroi. Son amour paraissait -devoir durer longtemps, et madame de Sévigné s'en étonne. Elle n'y voit -de remède que par la comtesse de Soissons, habile, quand la fantaisie lui -en prenait, à ressaisir ses jeunes amants trop longtemps écartés d'elle -et à semer la division entre eux et ses rivales. - - [549] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. IX, p. 142 et - 143.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 124 et 129. - - [550] BENSERADE, _OEuvres_, 1697, in-12, t. II., p. 364.--_État - de la France_, 1677, p. 78.--SAINT-SIMON, _Mémoires_. Conférez - BUSSY, LETTRES, t. V, p. 124 et 129. Voyez MONMERQUÉ, _Lettres de - Sévigné_, t. IV, p. 151, note.--_La France galante_, édit. 1695, - in-12, p. 287, 290.--BUSSY, _Lettres_, t. V, p. 125 et 129. - - [551] _La France galante_, 1695, in-12, p. 348, 414, - 415.--_Histoire amoureuse des Gaules_, 1654, in-12, t. V, p. 79, - 166, 173, 174, 218, et _madame_ DE COULANGES, dans SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (20 mars 1673), t. III, p. 149, édit. G.; t. III, p. - 53, édit. M. - - [552] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, chap. VII, t. II, p. - 84. - -Comme la duchesse d'Aumont avait beaucoup d'embonpoint[553] et peu -d'esprit, madame de Sévigné écrivait à sa fille: «Je ne puis comprendre -la nouvelle passion du _charmant_; je ne me représente pas qu'on puisse -parler de deux choses avec cette matérielle Chimène. On dit que son mari -lui défend toute autre société que celle de madame d'Armagnac. Je suis -comme vous, mon enfant; je crois toujours voir la vieille _Médée_, avec -sa baguette, faire fuir, quand elle voudra, tous ces vains fantômes -matériels[554].» - - [553] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. IX, p. 142: «La - duchesse douairière d'Aumont mourut; c'était une grande et grosse - femme.» - - [554] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (29 décembre 1675), t. IV, p. 281, édit. - G.; t. IV, p. 154, édit. M. - -La défense faite à _Alcine_ prouve que le duc d'Aumont avait des soupçons -sur sa femme. La duchesse d'Armagnac, amie de M. et de madame de -Coulanges, était une précieuse sévère et d'une réputation intacte. Cette -défense prouve encore que la liaison de Villeroi et de la duchesse -d'Aumont fut tenue secrète, et que le duc d'Aumont était loin de la -soupçonner. La duchesse d'Armagnac, sÅ“ur du maréchal de Villeroi, était -la tante du marquis de Villeroi, qui avait, par cette parenté, de faciles -occasions de voir plus souvent son _Alcine_[555]. - - [555] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. VI, p. - 75.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 janvier 1695), t. XI, p. 124, édit. - G.; t. X, p. 50, édit. M. - -Ce qui peut avoir servi à donner le change à l'opinion, c'est qu'il -paraît qu'à cette époque le marquis de Villequier, fils unique du duc -d'Aumont, revenu des voyages entrepris pour achever son éducation, -aurait, par le moyen d'une femme de chambre, acquis la preuve du commerce -de son oncle l'archevêque avec la duchesse d'Aumont: mais l'inconduite de -Villequier et la haine[556] qu'on lui connaissait pour sa belle-mère la -défendirent contre les imprudentes révélations de ce jeune étourdi. Elles -ne firent tort qu'à lui-même, et lui attirèrent le blâme de Louis XIV. -Villeroi refusa d'y croire. C'est ce qui fit dire à madame de Coulanges -que «rien ne pouvait lui dessiller les yeux.» - - [556] _La France galante, ou Histoire amoureuse de la cour_; - Cologne, chez Pierre Marteau, 1695, in-12, p. 416 et - 417.--_Histoire amoureuse des Gaules_, édit. 1754, t. V, p. 213 - et suiv. - -Madame de Sévigné et madame de Grignan ne se trompaient pas dans leurs -prévisions sur la comtesse de Soissons. La baguette de la vieille _Médée_ -(c'est ainsi qu'elles la désignaient) exerça sa magique et salutaire -influence sur l'amant abusé de la trompeuse _Alcine_. Au lieu de -s'absorber tout entier dans un seul amour, Villeroi redevint aimable pour -toutes les femmes qui, par leur esprit, les agréments de leurs personnes, -lui semblaient dignes de ses soins; et, en cherchant à plaire à toutes, -il mérita de nouveau pour toutes le surnom de _charmant_, que lui avait -donné madame de Coulanges. Vardes, qui avait été le rival de Villeroi -auprès de la comtesse de Soissons et de beaucoup d'autres; Vardes, son -maître dans la carrière de la galanterie, au lieu de s'abandonner dans -son exil à la tristesse et au découragement, cherchait à se distraire par -ses triomphes en province sur des beautés qui valaient bien celles de la -cour. A cette époque, les femmes du grand monde les moins capables de -faiblesse s'intéressaient aux aventures de ces séducteurs célèbres, comme -elles s'intéressent aujourd'hui à la lecture d'un roman. - -La destinée que l'état social imposait en France aux filles de grande -naissance explique l'indulgence générale pour les fautes que l'amour leur -faisait commettre. Comme tout était sacrifié à la perpétuité des familles -et à leur élévation, les filles n'étaient considérées que comme des -moyens d'alliance entre ceux que l'intérêt rapprochait. Le devoir le plus -impérieux de ces jeunes innocentes était de se soumettre aux volontés de -leurs parents pour le choix d'un époux; ou, si on ne les mariait pas, de -se laisser mettre en religion, c'est-à -dire de se condamner à la -réclusion du cloître. Celles qui étaient malheureuses avec leurs maris -protestaient parfois ouvertement contre la tyrannie sociale par le -scandale de leur conduite, et rendaient presque respectables les femmes -qui, dans le vice, conservaient les apparences de la vertu. On attribuait -leurs égarements passagers à la violence d'un sentiment avec lequel on se -savait gré de sympathiser. - -Ainsi on sut à Paris que Vardes avait séduit mademoiselle de Toiras, la -fille du gouverneur de Montpellier; et, d'après le récit de cet amour et -de sa fin, on en forma une espèce de drame attendrissant, que l'on se -plaisait à jouer en société. Madame de Sévigné écrivit alors à sa -fille[557]: «Madame de Coulanges et M. de Barillon jouèrent hier la scène -de Vardes et de mademoiselle de Toiras. Nous avions tous envie de -pleurer: ils se surpassèrent eux-mêmes.» L'éloge de la grande actrice, -la Champmêlé, suit immédiatement l'éloge de Barillon comme acteur; et -cependant Barillon était un personnage important, qui devait partir trois -semaines après pour l'Angleterre, où il fut nommé ambassadeur[558]. -Peut-être parut-il propre à cet emploi parce qu'il jouait bien la comédie -et qu'il réussissait auprès des femmes. - - [557] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 mars et 1er avril 1672), t. II, p. - 443 et 446, édit. G.--_Ibid._, t. II, p. 374, 376, édit. - M.--_Ibid._ (28 juin 1671), t. II, p. 93, édit. M.; et t. II, p. - 113, édit. G. - - [558] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 avril 1672), t. II, p. 467, édit. - G.--_Ibid._, t. II, p. 394, édit M. - -Madame de Coulanges termine sa première lettre de Lyon à madame de -Sévigné en lui apprenant que l'on dit à Paris que Vardes et Villeroi se -sont rencontrés; puis elle termine par ces mots: «Devinez où?» Madame de -Sévigné n'avait pas de peine à deviner que c'était chez madame de -Coulanges. Cette nouvelle était fausse; mais elle était vraisemblable et -pouvait avoir acquis quelque crédit, parce qu'on savait que Vardes et -Villeroi avaient toujours recherché la société de madame de Coulanges. -Elle se montrait alors très-occupée de ce dernier. Elle annonce à madame -de Sévigné que Villeroi se propose de l'aller voir à Grignan avec le -comte de Rochebonne; mais en même temps elle ne souhaite pas qu'il -l'accompagne, et elle indique le motif de cette répulsion: «J'ai peur, -lui écrit-elle, que vous ne traitiez mal notre gouverneur; vos manières -m'ont toujours paru différentes de celles de madame de Salus[559].» - - [559] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (1er août 1672), t. III, p. 112 et 114, - édit. G.; t. III, p. 46, édit. M. - -Madame de Sévigné avait une raison grave pour ne pas désirer la visite de -Villeroi. Ce séducteur de femmes avait, par ses assiduités auprès de sa -fille, avant qu'elle fût madame de Grignan, donné occasion à la calomnie -de s'exercer par de malins vaudevilles[560]. - - [560] Conférez le _Recueil de chansons, vaudevilles, épigrammes, - épitaphes et autres pièces satiriques, historiques, avec des - remarques curieuses_, Mss. de la Biblot. royale, t. III, depuis - 1666 jusqu'à 1672. - -Ni Villeroi ni même madame de Coulanges ne vinrent à Grignan. Madame de -Coulanges quitta Lyon le 1er novembre, pour s'en retourner à Paris, -exprimant à madame de Sévigné le regret de s'éloigner d'elle, et disant à -Corbinelli, qui de Grignan lui avait écrit qu'il voulait être _son -confident_: «Venez vous faire refuser à Paris[561].» - - [561] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 octobre 1672), t. III, p. 123, édit. - G.--_Ibid._, t. III, p. 53. - - - - -CHAPITRE IX. - -1673. - - Séjour de madame de Sévigné et de sa fille à Grignan.--La présence - de madame de Sévigné en Provence a un intérêt politique.--Pourquoi - la Provence était difficile à administrer.--Révolte de cette - province sous Louis XIV.--Puissance des états, des parlements, des - magistrats municipaux restreinte par la création des intendants.--En - 1639, on substitue l'assemblée des communautés à l'assemblée des - états.--Le parlement de Provence s'unit à celui de Paris pendant la - Fronde.--Le comte d'Alais est gouverneur, ensuite le duc de - MercÅ“ur.--Mazarin conduit le roi à Aix en 1660.--Mesures de - rigueur.--Mesures plus douces.--Influence de Forbin-Janson dans - l'assemblée des communautés, dans la ville d'Aix sur le clergé, le - parlement.--Il s'établit une rivalité entre les deux familles les - plus notables de la province, celle de Forbin-Janson, évêque de - Marseille, celle de Grignan, lieutenant général gouverneur.--Quels - étaient à la cour les appuis de l'une et de l'autre.--Madame de - Grignan se met en hostilité avec Forbin-Janson malgré les conseils - de sa mère.--Pourquoi le premier président Forbin d'Oppède ne - lui était pas contraire.--Elle reste à Grignan à cause de sa - grossesse; madame de Sévigné se rend à Aix et ensuite à Lambesc - avec M. de Grignan.--Ouverture de l'assemblée des communautés.--Leur - composition.--Discours de l'assesseur.--Vigueur des remontrances.--Le - don gratuit est accordé.--On refuse au lieutenant général gouverneur - l'entretien de ses gardes.--Cinq mille francs lui sont donnés - à titre de gratification.--On lui refuse de l'indemniser pour les - frais du courrier qui doit porter les cahiers de l'assemblée.--De - la Barben offre de les porter en cour à ses frais.--On - accepte.--L'évêque de Marseille, l'année précédente, avait porté - gratuitement ces cahiers, et discuté avec Colbert.--L'assemblée - ne tenait que trois jours pour les affaires générales.--Madame - de Grignan et madame de Sévigné quittent Lambesc pour aller visiter - Marseille.--Madame de Sévigné est désirée à Marseille.--Elle - est mécontente de Forbin-Janson.--Ce prélat, évêque de Marseille, - justifié.--Madame de Sévigné écrit à Arnauld d'Andilly, avec - l'intention de le déprécier dans l'esprit de Pomponne.--Comparaison - de l'évêque de Marseille et de M. de Grignan.--Talents et - capacités de l'évêque de Marseille.--Il devient successivement - évêque de Beauvais, cardinal, grand aumônier.--Son portrait et - son beau caractère.--Comment il reçoit madame de Sévigné - à Marseille.--Il l'accompagne partout, lui donne des dîners et des - fêtes.--Elle lui fait de vive voix d'injustes reproches.--Elle est - ingrate à son égard.--Elle est enchantée de Marseille.--Après trois - jours de voyage, elle retourne à Grignan.--Couches malheureuses de - madame de Grignan.--Madame de Sévigné et sa fille reviennent à Aix, - et y séjournent. - - -Le besoin de faire cesser le déchirement de cÅ“ur qu'elle éprouvait -lorsqu'elle était séparée de sa fille chérie, le désir de jouir de sa -société, de lui épargner des fatigues pendant sa grossesse, de l'assister -dans ses couches avaient été les seuls motifs du long voyage que madame -de Sévigné venait d'achever[562]. Mais l'état des affaires, la division -qui régnait entre deux familles rivales donnaient à son arrivée en -Provence et au séjour qu'elle devait y faire une assez grande importance -politique. Sa présence dans ce pays semblait être le signal d'un accord -que, dans l'intérêt public, les uns désiraient, et que les autres -redoutaient. - - [562] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 et 27 juillet 1673), t. III, p. 164 - et 168, édit. G.; t. III, p. 80 et 94, édit. M.--(11 septembre - 1672), t. III, p. 120, édit. G.; t. III, p. 51, édit. M. Lettre - de madame de Coulanges: «Le bruit court que vous ne travaillez - pas à patrons, etc.» - -De tous les pays qui, par des traités, des alliances, la ruine des grands -feudataires, avaient été annexés plutôt qu'incorporés à la France, la -Provence était celui qui avait été le plus difficile à réduire sous le -niveau du sceptre royal, et il était encore celui qui exigeait le plus -d'habileté et de discernement dans le maniement des affaires et dans le -choix des hommes. - -Il y avait à cela plusieurs causes. La Provence avait été, dès les -siècles les plus reculés, séparée du reste de la Gaule sauvage. Par la -civilisation grecque et romaine, elle était restée le pays le plus -prospère, le plus éclairé et le plus riche. La féodalité n'y avait pas, -autant que dans le reste de la France, appesanti son joug asservissant. -Dans les grandes villes, les franchises municipales dataient, pour -plusieurs, du temps des Romains; elles avaient formé dans le moyen âge -des espèces de républiques presque indépendantes. Alors que toute la -navigation des peuples de l'Europe se concentrait dans la Méditerranée, -Marseille, enrichie par le génie actif de ses habitants, était devenue -une des premières villes du monde. Comme ce pays avait été chrétien bien -avant l'invasion des barbares, et qu'Arles était, dans les derniers temps -de l'empire romain en Occident, la capitale de toute la Gaule, la -Provence renfermait deux archevêchés, et elle comptait un plus grand -nombre d'évêchés qu'aucune autre portion de territoire français aussi -circonscrite. Enfin, c'est par cette contrée qu'après la nuit des siècles -d'invasion avaient commencé à reparaître les sciences, la poésie, la -littérature et les arts. Il résultait de toutes ces causes, pour la -Provence, une forte nationalité, qui avait d'autant plus de peine à se -fondre dans la nationalité française que le peuple parlait une langue -riche, harmonieuse, pittoresque et plus propre à exprimer les doux -sentiments du cÅ“ur que les dialectes franco-germaniques du nord de la -Loire. - -La langue provençale, la langue des _troubadours_, n'était pas celle que -parlaient, dans le nord de la France, les _trouvères_, le roi et sa cour: -ainsi les origines, la législation, les mÅ“urs tendaient à faire de la -Provence un pays distinct et séparé de la France. Il en était de même du -gouvernement et de l'administration. La Provence possédait ce qui n'avait -pu s'établir chez nous, des assemblées régulières d'états généraux, -c'est-à -dire une assemblée législative qui se réunissait tous les ans et -où les trois ordres, celui des ecclésiastiques, ceux de la noblesse et du -tiers état, étaient parfaitement représentés par les grandes notabilités, -qui délibéraient en commun sur les affaires communes. Pour les affaires -particulières de chaque partie du territoire, il y avait encore des -assemblées de communautés, qui se réunissaient toutes les fois que le -besoin le requérait. Arles et Marseille, terres adjacentes, villes -impériales, n'étaient point comprises dans cette organisation; elles -avaient leurs priviléges, leur constitution municipale, leur législation -à part, et étaient plus démocratiquement organisées. Un parlement, cour -suprême de justice, toujours composé d'hommes habiles et éclairés, chargé -de l'exécution des lois faites par le pays et pour le pays, maintenait -sous sa puissante juridiction les villes, les communautés, les -seigneuries. - -De l'assemblage de ces classes, de ces corporations, de ces associations -diverses résultaient sans doute des dissidences que des intérêts -différents ou opposés faisaient naître; l'harmonie ne régnait pas -toujours entre le parlement, les états et les villes; mais quand il -s'agissait de défendre contre l'autorité les priviléges et les droits de -la Provence, ils se réunissaient et agissaient en commun. Ainsi la -Provence était habituée à se considérer comme un petit État à part, ayant -des intérêts distincts de ceux de la France. Sous Henri IV, il fallut -employer beaucoup d'habileté et d'énergie pour empêcher ce pays de se -donner à l'Espagne; et Sully déclare que la réduction de Marseille par le -duc de Guise est une des plus belles actions militaires et politiques qui -se soient passées de son temps[563]. - - [563] SULLY, _OEconomies royales_ (1594), t. II, p. 253 de la - collection des _Mémoires relatifs à l'histoire de France_, édit. - de Petitot, 1820, in-8º. - -Pour pouvoir gouverner ce pays, il fallait donc, sinon anéantir, au moins -affaiblir l'autorité du parlement, celle des états et celle des -magistrats des villes. C'est ce que fit Richelieu, non-seulement en -Provence, mais dans toute la France. Il créa les intendants de lois et de -finances, et, par cette despotique institution, il ôta aux parlements -toute action sur la levée des impôts et sur les mesures d'ordre public. -Il rendit ainsi ces grands corps complétement étrangers à -l'administration financière et à la police du royaume. Il fut le premier -auteur de la séparation salutaire du pouvoir judiciaire et du pouvoir -civil. - -Richelieu fit plus encore contre la Provence. En 1639, pour faire voter -le don gratuit et la répartition des impôts et pour le règlement des -affaires du pays, il assembla les _communautés_, mais non les _états_, -malgré l'usage constamment suivi jusqu'alors. Comme l'assemblée des -communautés était composée à peu près des mêmes personnes que celles qui -siégeaient aux états, ce changement était peu de chose au fond; mais les -nouvelles attributions qu'il fallut donner à l'assemblée des communautés -anéantissaient de fait les priviléges de l'une et l'autre assemblée, -puisqu'elles ne semblaient plus qu'une concession royale, qui pouvait -être supprimée à volonté. - -De plus en plus mécontents des mesures illégales prises pour les -soumettre au sceptre royal, les Provençaux se révoltèrent au temps de la -Fronde, en 1649[564], et ils firent prisonniers le comte d'Alais, leur -gouverneur, et le duc de Richelieu, général des galères. Le parlement -d'Aix, présidé par le baron d'Oppède, s'unit au parlement de Paris, -auquel il envoya une députation pour lui offrir une armée de quinze mille -hommes prête à marcher et tout l'argent nécessaire à sa subsistance[565]. - - [564] Le 20 janvier 1649. Conférez l'opuscule intitulé _Les - emplois de M. le président Gaufredi_ (sans titre, sans nom - d'imprimeur, ni date, ni frontispice, de 100 pages), p. 86. - - [565] PAPON, _Histoire de Provence_, t. IV, p. 501 et 601. En - 1543, un Adhémar de Grignan figure dans les affaires de ce temps, - p. 110 et 117. - -Des concessions faites au parlement de Paris comme au parlement de -Provence produisirent un calme momentané. Le comte d'Alais fut mis en -liberté, et ressaisit le pouvoir; mais, de même que le prince de Condé, -par son orgueil et ses prétentions il ralluma la guerre civile. Le comte -d'Alais, devenu duc d'Angoulême par la mort de son père, voulut se venger -du parlement d'Aix, et traiter les Provençaux comme des rebelles[566]. Le -parlement (en 1652) leva des troupes pour lui résister, et en donna le -commandement au comte de Carces, lieutenant général. Ces nouvelles -recrues auraient infailliblement succombé contre les soldats exercés du -comte d'Alais si la cour n'était pas intervenue, et n'avait pas envoyé -le comte de Saint-Aignan avec un traité de paix, qu'il fit signer aux -deux partis[567]. - - [566] REBOULET, _Histoire du règne de Louis XIV_; Avignon, 1744, - in-4º, t. I, p. 189.--MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 153-154. - - [567] MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 243 et 391.--REBOULET, - _Histoire du siècle de Louis XIV_, t. I, p. 202. - -Mais Marseille et plusieurs autres villes n'avaient pas pris part à -l'insurrection contre le duc d'Angoulême, parce que celui-ci avait -respecté leurs priviléges, en même temps qu'il attentait à ceux du -parlement et de la ville d'Aix. Il résulta de cette division qu'il y eut -deux partis en Provence, le parti du parlement de Provence et le parti de -la ville de Marseille; le parti de ceux qui s'étaient joints à la révolte -et le parti de ceux qui étaient pour la paix et avaient aidé Mazarin à la -rétablir. Ces derniers étaient en faveur auprès de la cour; les autres, -et surtout le comte de Carces et le premier président Forbin d'Oppède, -étaient en disgrâce. Mais l'ambition et l'orgueil du prince de Condé -donna une tout autre face aux affaires de la Provence, comme à celles de -toute la France. Lorsque Mazarin se décida à faire emprisonner ce prince, -il fut forcé de changer le gouverneur de la Provence, le duc d'Angoulême, -qui, comme cousin germain de Condé, tenait pour lui et était contre le -ministre. Mazarin envoya pour commander à sa place le duc de MercÅ“ur, -qui avait épousé la nièce aînée des Mancini. Le duc d'Angoulême voulut se -maintenir par la force dans son gouvernement[568]. Il y eut conflit entre -le gouverneur destitué et le gouverneur nouvellement nommé. Le président -d'Oppède et le comte de Carces, et avec eux la ville d'Aix, ennemis du -duc d'Angoulême, se déclarèrent pour le duc de MercÅ“ur. La guerre se -fit. MercÅ“ur assiégea et prit Tarascon, Saint-Tropez, et bloqua Toulon. -Les villes de Marseille et d'Arles intervinrent pour pacifier le pays; -mais le duc d'Angoulême, ayant appris que le prince de Condé s'était -retiré en Flandre, profita de l'amnistie, et laissa le champ libre au duc -de MercÅ“ur[569]. - - [568] MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 391. - - [569] MONGLAT, _Mémoires_, t. L, p. 391. - -Les partis cèdent à la nécessité, mais ils subsistent. En Provence, ils -s'étaient aigris par de longues dissensions. Le duc de MercÅ“ur s'appuya -sur le parlement, qui l'avait soutenu, et accorda toute sa confiance au -premier président d'Oppède, qui, de chef du parti des rebelles, était -devenu, par un revirement commun dans les temps de dissensions civiles, -un des soutiens de la cause royale. - -Le joug du gouverneur s'appesantit sur la noblesse, qui s'était déclarée -du parti de Condé ou du duc d'Angoulême. Mais le plus désastreux fut que -d'Oppède, pour se venger des Marseillais, détermina le duc de MercÅ“ur à -restreindre les libertés municipales et à s'arroger le droit de nommer -les magistrats de cette ville. Le mécontentement fut extrême, -non-seulement dans Marseille, mais dans toute la Provence; il n'y eut -point de révolte ouverte, mais des oppositions, des désobéissances -continuelles aux ordres de l'autorité. - -Ce fut dans le dessein de faire cesser cette espèce d'anarchie et -d'établir en Provence l'autorité souveraine qu'en 1660 Mazarin conduisit -à Aix le jeune roi, dont l'arrivée avait été précédée par six mille -hommes de troupes. Mazarin, comme le duc de MercÅ“ur, s'abandonna aux -conseils du président d'Oppède, et sévit avec violence contre ceux qui -s'étaient montrés les plus rebelles aux ordres de Louis XIV. «Pendant que -l'on fut à Aix, dit MADEMOISELLE dans ses Mémoires, l'on en châtia, l'on -en fit pendre, l'on en envoya aux galères, l'on en exila quelques-uns des -principaux du parlement dans des pays fort éloignés.» Après tous ces -châtiments, l'on chanta le _Te Deum_ pour la paix[570]. - - [570] MONTPENSIER, _Mémoires_, t. XLII, p. 449 et 450.--REBOULET, - _Histoire du règne de Louis XIV_, t. I, p. 524.--HENRI MARTIN, - _Histoire de France_, t. XIV, p. 480. - -Marseille fut traitée avec encore plus de rigueur: le roi y entra par une -brèche faite à ses remparts, comme dans une ville conquise. Une des -portes sur laquelle était une image de Henri IV fut abattue, parce que -sur le cadre de ce bas-relief on avait gravé cette inscription, qu'on -trouva séditieuse[571]: - - SUB CUJUS IMPERIO SUMMA LIBERTAS. - - [571] MONGLAT, _Mémoires_, t. LI, p. 97 et 98. - -On fit dresser le plan d'une citadelle à l'entrée du port, pour dominer -la ville. - -C'est à Aix que le prince de Condé, après sa rentrée en France, vint se -présenter au roi et faire sa soumission. Il ne resta donc plus de traces -du parti qu'il avait en Provence. Mais ce pays, quoique soumis, n'en -regrettait pas moins ses libertés perdues; et ce fut pour adoucir les -esprits et dissiper autant que possible la haine contre le gouvernement -qu'on fit succéder aux mesures de rigueur une administration bienfaisante -et les formes légales aux décisions arbitraires. On s'abstint, à -l'exemple de Richelieu, de réunir les états; mais les assemblées des -communautés furent exactement convoquées tous les ans. Toutefois, ces -assemblées, lorsqu'on les forçait d'accomplir des actes qui n'étaient pas -de leur compétence, mais de celle des états, avaient bien soin de -rappeler les droits et les prérogatives de ceux-ci. Lorsqu'on leur -demanda de nommer un procureur du pays-joint, elles ne s'y refusèrent -pas; mais dans le procès-verbal de nomination elles insérèrent ces mots: -«Le tout sous le bon plaisir des prochains états[572].» Prochains états -dont la convocation ne se fit jamais. - - [572] _Abrégé des délibérations de l'assemblée générale des - communautés du pays de Provence, convoquée à Lambesc_ le 25 août - 1668, p. 2. - -Cependant le président du parlement, Forbin d'Oppède, qui n'avait plus de -vengeance à exercer et qui rendait justice à tous avec conscience et -impartialité, assurait le maintien de l'autorité par son influence sur le -parlement et sur la ville d'Aix; mais il s'était fait trop d'ennemis à -Marseille, et durant les troubles, pour pouvoir administrer la province. -Forbin-Janson, évêque de Digne, et ensuite évêque de Marseille en 1668, -homme d'une capacité supérieure, se faisait chérir des Marseillais, et -avait dans l'assemblée des communautés, où il était procureur-joint, une -prépondérance qui déterminait les décisions[573]. - - [573] Voyez ci-dessus la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 303-304. - -Lorsqu'on nomma un lieutenant général gouverneur, les ministres de Louis -XIV durent se féliciter de voir placer à la tête du gouvernement de cette -province les deux familles les plus notables par l'antiquité de leur -noblesse, par leurs grands domaines, par le nombre des places éminentes -dont elles étaient en possession dans l'Église, dans l'armée, dans la -magistrature. Les familles des Grignan et des Forbin-Janson, si elles -avaient été unies, auraient donné au gouvernement du roi des moyens -puissants pour administrer ce pays et pour effacer tous les souvenirs -fâcheux des révolutions et des crimes des partis. Mais les chefs de ces -deux familles, par la nature de leurs fonctions et des devoirs qu'elles -leur imposaient, par l'origine de leur pouvoir et les causes de leur -influence, ne pouvaient marcher d'accord. Comme hommes privés, ils -pouvaient s'estimer, s'aimer même; mais, comme hommes publics, ils se -trouvaient divisés. En effet, M. de Grignan, obligé d'assurer l'autorité -du roi, de maintenir les usurpations faites sur la liberté du pays et de -le forcer à supporter le poids accablant des impôts, ne pouvait avoir ni -le même ascendant sur les esprits ni la même popularité que -Forbin-Janson, l'évêque de Marseille, qui défendait contre les -prétentions des états les intérêts de cette ville, et cependant appuyait -de son autorité épiscopale et de son crédit les réclamations que les -états renouvelaient en vain chaque année. En apparence opposé à -l'autorité royale, mais dans le fait son partisan et son plus utile -appui; bruyant et hardi quand il fallait faire connaître au roi les abus -de l'administration, les besoins et la détresse de la province; concluant -toujours à l'adoption des demandes du monarque lorsque celui-ci, pour -répondre aux représentations de l'assemblée des communes, exprimait ses -volontés directement et itérativement, mais résistant lorsque ces -demandes étaient transmises de prime abord à cette assemblée par l'organe -du lieutenant général gouverneur, c'est ainsi que l'évêque de Marseille -parvenait à substituer son influence et son autorité à celle du -lieutenant général gouverneur, et se rendait puissant dans le pays et -nécessaire au pouvoir. Par les places qu'occupaient ses parents, le -bailli de Forbin, Forbin-Moquier, marquis d'Oppède, Forbin-Soliers[574], -et aussi par les amis personnels qu'il s'était faits, Forbin-Janson avait -de puissants appuis auprès des ministres; il était bien en cour, où -d'ailleurs il se montrait souvent. M. de Grignan y était appuyé par sa -famille et par madame de Sévigné. Les ministres n'étaient contraires à -aucune des deux familles; mais le conflit continuel que cet antagonisme -occasionnait dans les affaires de Provence produisait une division dans -les conseils du roi; chacun des ministres suivait ses inclinations -personnelles, et subissait les influences de M. de Forbin-Janson ou de M. -de Grignan, ainsi que celles de leurs amis. - - [574] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 novembre 1673), t. III, p. 227. - -Pomponne, alors à l'apogée de la faveur, était dévoué à madame de -Sévigné. Par madame de Coulanges et les amis et parents des Adhémar, -madame de Sévigné agissait sur Louvois et par conséquent sur le Tellier, -qui inclinait pour Grignan. Cette raison seule eût pu amener Colbert à se -tourner aussi contre ce dernier; mais un puissant motif, et plus digne de -lui, le portait à être favorable à Forbin-Janson. Pour Colbert, qui avait -toujours les yeux ouverts sur la prospérité du commerce de la France, -Marseille était toute la Provence, et ce qui intéressait cette ville -attirait au plus haut point son attention. Il trouvait chez l'évêque de -Marseille tant de lumières, une si grande habileté à manier les esprits -qu'il avait avec raison bien plus de confiance dans cet homme d'Église -que dans un brave et honnête militaire, dissipateur, aimant le jeu, la -musique, ennemi de toute grande contention d'esprit, et qui dans toutes -les affaires se laissait guider par sa femme. - -Aussi madame de Sévigné trouve-t-elle toujours Colbert insensible à ses -moyens de persuasion. Son abord la glaçait comme le _vent du nord_, -qu'elle lui donnait pour surnom. D'ailleurs, celle qui était restée -l'amie de Fouquet et de tous ceux de sa famille, dans le malheur qui les -accablait, inspirait nécessairement de la défiance à Colbert, et ne -pouvait lui agréer. Les dispositions de ce ministre envers madame de -Sévigné la contrariaient d'autant plus que c'était principalement de lui -que ressortait la tenue des états et tout ce qu'il y avait de plus -important dans le gouvernement de la Provence. Il n'en était pas de même -pour madame de Sévigné de l'évêque de Marseille, du président d'Oppède, -du bailli de Forbin et de tous les Forbin. Avec ce tact fin dont elle -était douée, elle avait très-bien vu que le succès de son gendre et de sa -fille en Provence tenait à faire cesser la rivalité qui existait entre la -famille des Grignan et celle des Forbin et à l'accord entre M. de Grignan -et l'évêque de Marseille. Elle eut envers celui-ci, lorsqu'il était à -Paris, les plus aimables procédés, et parvint à lui plaire, ainsi qu'à -Forbin d'Oppède et à tous ceux de cette famille. Elle aurait bien voulu -faire entrer madame de Grignan dans cette voie, mais elle ne put y -parvenir. Madame de Grignan, jeune, belle et flattée, qui ne connaissait -ni le pays ni les hommes lorsqu'elle arriva en Provence, fut très-choquée -de voir que l'autorité de l'évêque de Marseille balançait celle d'un -Adhémar gouverneur, dont l'oncle était archevêque d'Arles. Par ses -hauteurs et par ses intrigues, contraires à tout ce que désirait -Forbin-Janson, par son obstination à se refuser à toute concession, elle -se fit un adversaire redoutable d'un homme qui n'aurait pas demandé mieux -que de se servir de son influence pour arriver à ses fins, et se rendre -encore plus utile à la ville de Marseille, dont il était le pasteur. En -vain madame de Sévigné écrivait à sa fille qu'elle était injuste envers -l'évêque; «que rien n'est plus capable d'ôter tous les bons sentiments -que de marquer de la défiance; qu'il suffit souvent d'être soupçonné -comme ennemi pour le devenir[575];» en vain elle l'exhortait «à desserrer -son cÅ“ur;» en vain elle lui disait: «_Point d'ennemis_, ma chère enfant! -faites-vous une maxime de cette pensée, qui est aussi chrétienne que -politique; je dis non-seulement _point d'ennemis_, mais _beaucoup -d'amis_[576]:» ce précepte, si bien pratiqué par madame de Sévigné, ne -fut jamais à l'usage de madame de Grignan. Elle mettait si peu de -discernement et tant d'empressement dans ses haines qu'en arrivant en -Provence elle se persuada que le premier président d'Oppède faisait cause -commune avec l'évêque de Marseille, parce qu'il était un Forbin et parce -que la nomination de M. de Grignan lui enlevait l'autorité de gouverneur -de la province, qu'il exerçait au nom du parlement. Mais le président -d'Oppède était depuis longtemps acquis aux volontés du pouvoir. Avant que -son parent Forbin-Janson eût été nommé évêque de Marseille, il avait fait -trop de mal à cette ville pour ne pas se ranger du parti du lieutenant -général; et madame de Grignan, qui d'abord avait résisté à ce sujet aux -assurances de sa mère, fut obligée de reconnaître que d'Oppède, bien loin -de lui être opposé, lui était favorable. Il devint un de ses plus fidèles -amis; et, lorsqu'il mourut (le 14 novembre 1671), elle le regretta -d'autant plus vivement que son influence dans le parlement était -très-utile à M. de Grignan[577]. - - [575] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 novembre 1671), t. I, p, 276, édit. - G.; t. I, p. 206, édit. M. - - [576] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 février 1690), t. X, p. 273, édit. - G.; t. IX, p. 317. - - [577] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 novembre 1670, 18, 22 et 25 novembre - 1671), t. I, p. 277, édit. G.; t. I, p. 206, édit. M.; t. II, p. - 277 et 295, édit. G.; t. II, p. 240 et 251, édit. M. - -Depuis la mort du président d'Oppède, madame de Grignan eut plus souvent -à se plaindre de l'évêque de Marseille;[578] et jamais leur mutuelle -aversion n'avait été plus forte qu'à l'époque de l'arrivée de madame de -Sévigné en Provence. Cette inimitié était d'autant plus redoutable que, -de la part de Forbin-Janson, elle se voilait sous les dehors d'une -bienveillance simulée et d'une exquise politesse. - - [578] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (Aix, 11 décembre 1672), t. III, p. 59, - édit. M.; t. III, p. 129, édit. G.--_Ibid._ (30 décembre 1672), - t. III. p. 66, édit. M. - -Madame de Sévigné, qui n'avait cessé d'entretenir avec l'évêque de -Marseille des relations amicales, espérait profiter de son séjour en -Provence pour faire cesser des divisions dont, à Versailles et à -Saint-Germain, elle avait tant de peine à prévenir les suites. - -Une occasion allait se présenter de mettre à l'épreuve l'évêque de -Marseille, et de lui demander la réalisation des promesses et des -protestations d'attachement qu'il n'avait cessé de faire à madame de -Sévigné. - -Après trois mois de séjour à Grignan, où elle avait joui délicieusement -de la vue de sa fille, en compagnie de son gendre, de son ami Corbinelli -et de presque toute la famille des Grignan, l'époque de la tenue de -l'assemblée des communautés arriva; et madame de Grignan ne pouvant -suivre son mari d'abord à Aix, et ensuite à Lambesc, ce fut madame de -Sévigné qui dut accompagner M. de Grignan. Les affaires de la Provence -étaient dans un état de crise qui devait donner beaucoup d'inquiétude au -lieutenant général gouverneur. L'année précédente, il avait été obligé -d'écrire à Colbert pour solliciter des lettres de cachet contre les plus -récalcitrants des députés de l'assemblée des communautés, qui -refusaient[579] de voter le don gratuit; et, non-seulement Colbert lui en -avait envoyé dix, mais il lui avait écrit qu'après avoir exilé ces -députés à Grandville, à Saint-Malo, à Cherbourg et à Concarneau il -fallait dissoudre l'assemblée, et se passer d'elle pour la levée de -l'impôt. Nous avons déjà dit comment, par le vote de l'assemblée d'une -somme un peu moindre que celle qui avait été demandée, et par les bons -offices, les démarches et les excellents conseils de madame de Sévigné, -on avait évité de faire usage des lettres de cachet, et d'exaspérer le -parlement et tout le pays[580]. Colbert, en annonçant à M. de Grignan que -le roi acceptait l'offre de 450,000 fr. pour le don gratuit, persistait -pour les mesures de rigueur et l'exil des dix députés; il terminait sa -lettre en disant: «Quant à réunir encore cette assemblée, il n'est pas -probable que le roi s'y décide de longtemps[581].» - - [579] _Lettre de M._ DE GRIGNAN _à Colbert_, du 22 décembre 1671, - Biblioth. nationale, Mss., donnée dans l'ouvrage de M. CLÉMENT, - _Histoire de la vie et de l'administration de Colbert_, 1846, - in-8º, p. 382. - - [580] Conférez ci-dessus la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 443. - - [581] _Lettre de_ COLBERT _à M. de Grignan_, du 31 décembre 1671, - citée par M. CLÉMENT, _Histoire de la vie et de l'administration - de Colbert_, 1846, in-8º, p. 352. - -M. de Grignan se serait rendu odieux à toute la Provence s'il eût laissé -anéantir les restes de sa liberté; et il est probable que les troubles -qui avaient eu lieu sous le gouvernement du duc d'Angoulême se seraient -renouvelés si on l'avait forcé à lever l'impôt du don gratuit sans qu'il -eût été voté par l'assemblée des communautés. - -Il obtint donc que l'avis de Colbert ne serait point suivi, et que les -états communaux seraient rassemblés cette année comme de coutume. Les -lettres de commissions du roi, datées du 10 septembre, lui furent -envoyées pour autoriser la convocation de l'assemblée, qui fut fixée au -mois de décembre. - -Lambesc, petite ville, n'est qu'à cinq lieues d'Aix, où résidait le -lieutenant général gouverneur. Madame de Grignan se trouvait trop avancée -dans sa grossesse pour pouvoir se déplacer; elle resta donc à Grignan; et -madame de Sévigné, avec son gendre, se transportèrent à Aix dans le -commencement de décembre. M. de Grignan s'occupa des préparatifs de la -tenue de l'assemblée des communautés, qui devait s'ouvrir le 17 du mois. - -Le séjour de madame de Sévigné à Aix et ensuite à Lambesc, pendant la -tenue de l'assemblée des communautés, nous autorise à entrer dans -quelques détails sur ce qui se passa dans cette assemblée, lors même que -ces détails n'auraient pas une grande importance historique, pour -éclairer d'un jour très-vif le mode d'administration des provinces -privilégiées sous le règne de Louis XIV. - -On commença par la lecture des règlements contenant des défenses de -faire des dons et gratifications, ordonnant qu'il sera dit une messe tous -les jours au nom du Saint-Esprit, en laquelle tous les députés -assisteront; qu'ils prêteront ès mains de messieurs les commissaires des -états le serment de tenir les propositions secrètes, et de ne pas révéler -ce qui se passerait dans l'assemblée ni les opinions émises; de plus, ils -promettaient de se trouver aux séances aux heures assignées, sous les -peines déterminées par les règlements. - -Ceux qui étaient présents comme ayant droit de siéger, d'opiner et de -voter dans cette assemblée étaient, pour le clergé, l'archevêque d'Aix, -les deux évêques nommés procureurs-joints du clergé, et l'évêque de -Marseille: celui-ci était toujours nommé. Pour la noblesse, deux -gentilshommes nommés procureurs-joints de la noblesse, les consuls d'Aix, -procureurs-nés du pays, les députés des trente-sept principales -communautés et leurs syndics, et ceux des vingt vigueries. Arles et -Marseille n'étaient appelées aux assemblées générales de la province que -par honneur et alternativement, et n'y avaient point voix délibérative; -ce qui était juste, puisque ces villes ne contribuaient en rien aux -impositions ordinaires votées par les états, par la raison que leur -territoire appartenait autrefois à des seigneurs particuliers qui ne -reconnaissaient que l'Empire. L'agent et le trésorier général du pays, -les deux greffiers faisaient aussi, de droit, partie de l'assemblée. Le -lieutenant général gouverneur pouvait faire le discours d'ouverture; mais -après il n'entrait plus dans l'assemblée, afin de ne pas gêner les -votes[582]. Ces votes étaient donnés à haute voix. - - [582] PIGANIOL DE LA FORCE, _Nouvelle description de la France_, - 3e édit., t. V, p. 99; et EXPILLY, le _Dictionnaire des Gaules et - de la France_, au mot _Provence_. - -Le roi nommait un commissaire pour présider l'assemblée, et son choix -tombait toujours sur l'intendant de la province. Selon l'usage constant -qui subsista jusqu'à la révolution de 1789, l'assemblée générale des -communautés de Provence, agissant comme les états pour voter le don -gratuit et rédiger ses réclamations ou remontrances, ne devait durer que -trois jours: les affaires qui, pour être traitées dans ces trois jours, -exigeaient de plus longues discussions étaient examinées dans des -assemblées particulières d'un petit nombre de membres, qui n'étaient que -les représentants de l'assemblée générale, les exécuteurs de sa volonté, -et qui ne statuaient que sous son bon plaisir et sauf rectification. Les -jours de la réunion de ces assemblées particulières, qui peuvent être -considérées comme la continuation de l'assemblée générale, étaient -déterminés par le président. Ce président était alors, de droit, -l'archevêque d'Aix, ou son vicaire; mais les fréquentes absences du -cardinal de Grimaldi, alors archevêque d'Aix, avaient forcé de lui donner -un remplaçant, qui était l'évêque de Marseille. - -Le crédit dont jouissait Forbin-Janson, comme procureur-adjoint du pays, -lui assurait la principale influence sur l'assemblée des communautés. -D'après les règlements, les députés ne pouvaient rien soumettre à la -délibération sans l'avoir prévenu: il opinait le premier, proposait -toutes les grâces; il présentait à la nomination de l'assemblée ceux qui -devaient remplir les places vacantes dans les offices du pays, et avait -encore beaucoup d'autres prérogatives[583]. - - [583] PAPON, _Voyage littéraire de Provence_, 1780, - in-12.--PIGANIOL DE LA FORCE, _Nouvelle description de la - France_, 3e édit., 1783, t. V, p. 92-180.--EXPILLY, _Diction. des - Gaules et de la France_, aux mots _Provence_, _Aix_ et - _Marseille_. - -L'assemblée s'était ouverte cette année, le 16 décembre 1672, par les -préliminaires d'usage. Dans la séance du 17, de Rouillé, comte de Melay, -intendant de la province, nommé commissaire du roi, demanda aux députés -des trois états qu'une somme de cinq cent mille livres de don gratuit fût -imposée sur tous les contribuables de la province, sans y comprendre les -villes de Marseille et d'Arles, terres adjacentes, cotisées séparément. -Cette somme devait être employée aux armements de mer pendant la présente -année. - -L'évêque de Marseille prononça ensuite un discours au nom du pays pour -appuyer la demande du don gratuit; puis un sieur Barral prit la parole en -sa qualité d'_assesseur_, De même que l'intendant était l'homme du roi, -l'assesseur était l'homme de l'assemblée, celui qui devait proposer -toutes les matières en délibération, et diriger les débats; c'était -toujours un des procureurs du pays. Barral exposa que la guerre contre -les Hollandais motivait suffisamment la demande du roi; que cette guerre -était entreprise dans les intérêts de la religion, et que la Provence, -toujours fidèle aux décisions de l'Église et dépositaire d'un si grand -nombre de reliques saintes, était plus intéressée à cette guerre -qu'aucune autre province du royaume. «Il est de l'honneur de la France, -dit-il, de conserver le nombre surprenant de ses conquêtes, ce qui ne -peut se faire qu'à grands frais. Une partie de ce don gratuit doit être -employée à l'entretien des vaisseaux et galères qui défendent nos côtes, -et à purger les mers des pirates et des ennemis du commerce. Par ses -conquêtes le roi a donné le moyen à tous ses sujets de s'enrichir par le -commerce, que les peuples des Pays-Bas ont de tout temps cherché à -accaparer au détriment de cette province.» - -Après l'éloge du roi et de son gouvernement et l'exposé assez exact des -considérations qui sont favorables au vote de l'impôt, Barral passa aux -développements des motifs que l'assemblée pouvait faire valoir pour le -refuser, et ce fut dans un langage bien autrement énergique. Sauf les -conclusions, l'assesseur montre, par cette partie de son discours, la -sincérité, la rudesse (sinon l'éloquence) du paysan du Danube. - -Le roi a oublié «les tendresses et les avantages» dont sa libéralité -avait voulu gratifier le pays. Lorsqu'en août 1661 l'assemblée accorda le -don gratuit, Sa Majesté déclara que, tant qu'elle jouirait de -l'augmentation de l'impôt du sel, la province serait affranchie de -l'entretien des troupes en quartier d'hiver et soulagée d'une partie des -charges qui résultaient de leur passage; et cependant jamais depuis lors -un plus grand nombre de troupes n'a prolongé son séjour dans la province; -jamais les lieux placés sur les routes où elles passent n'ont été plus -accablés par la nécessité de les loger et de les nourrir. Les populations -en ont été écrasées, et n'ont éprouvé ni soulagement ni repos. La cherté -du sel a détruit les bergeries et le ménage. Les cultivateurs, ne pouvant -acheter du sel pour engraisser les bestiaux, n'en élèvent plus; privées -d'engrais, les terres, sèches et arides, ne produisent presque rien. Le -commerce des suifs, des cuirs est anéanti; les oliviers ont été détruits -par les gelées, et la récolte d'huile a manqué. La profonde misère des -propriétaires leur ôte les moyens de réparer les fermes, d'entretenir -les digues qui s'opposent au ravage des eaux; de sorte que les familles, -et le sol même qui les alimentait, se détruisent de jour en jour. Les -impôts qui ont été mis sur la farine, la viande, le vin, le poisson font -que la plus grande partie des taillables ne peuvent pas suffire au -payement des tailles, tellement que les fermiers des taxes sont -contraints d'abandonner leurs prétentions sur les débiteurs insolvables; -et, forçant les termes des édits, ils dépouillent injustement ceux à qui -il reste encore un peu de bien, et qui craignent de le perdre en frais de -justice, s'ils résistent à leurs injustes concussions. «Enfin il semble -encore qu'on veuille ôter aux particuliers de cette province toutes les -occasions qu'ils avaient de gagner leur vie, les muletiers étant troublés -en la conduite des litières et au louage de leurs mulets pour les porter, -à cause que M. le comte d'Armagnac, grand écuyer de France (madame de -Sévigné en parle souvent sous le nom de M. le Grand[584]), a obtenu le -droit de louer des litières et de les faire porter, à l'exclusion de tous -les habitants de la province. Ceux qui louaient des chevaux sont -interdits, à moins de donner chaque année une somme considérable qui -emporte les profits. Les maîtres de poste et courriers empêchent les -habitants de porter d'un lieu à un autre les lettres, hardes et papiers; -de cette façon, le commerce qui s'entretenait par les amis est détruit. -Les mesures même prises par Sa Majesté pour l'encouragement du commerce, -en affranchissant le port de Marseille, tournent contre le commerce de la -province, qu'elles contribuent encore à appauvrir. Les huiles, les -savons et toutes les denrées que l'on veut exporter à l'étranger de -Toulon et de tous les ports du pays doivent payer un droit forain, dont -Marseille est exempt. Ce qui est expédié de Toulon et des autres ports, -et de l'intérieur pour Marseille, paye le même droit, tandis que les -marchandises peuvent entrer et sortir de Marseille, et ne sont -assujetties à aucun droit; de sorte que tout le commerce se concentre -dans cette ville, et que les étrangers sont favorisés aux dépens des -nationaux.» Telles furent ces remontrances. - - [584] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 novembre 1670), t. I, p. 275, édit. - G.--(13 janvier 1672), t. II, p. 346.--MONTPENSIER, _Mémoires_, - t. XLIII, p. 60.--LA FAYETTE, _Mém._, t. LXIV, p. 381.--LOUIS - XIV, _OEuvres_, t. V, p. 131-138 (_Lettres_).--BUSSY, _Lettres_, - t. VI, p. 46. - -L'assemblée vota le don gratuit des 500,000 livres, mais à la condition -que Sa Majesté serait suppliée de remédier à tous les abus, et de faire -droit à toutes les réclamations dont l'assesseur avait parlé dans son -discours, plus longuement énumérées et mieux précisées dans le -procès-verbal de la délibération et dans les cahiers. Le lieutenant -général et l'intendant acceptèrent cette délibération, et promirent -d'appuyer de tout leur pouvoir «les très-humbles remontrances de -l'assemblée[585].» - - [585] _Abrégé des délibérations prises dans l'assemblée générale - des communautés du pays de Provence_, tenue à Lambesc les mois de - décembre 1672 et janvier 1673, p. 1 à 12, Mss. Dans le recueil de - ces délibérations, que je possède, celles de cette année sont - manuscrites, tandis que celles qui suivent et qui précèdent sont - imprimées. Il est probable que la vigueur des remontrances en - empêcha cette fois l'impression. - -Toutes les affaires générales ayant été délibérées dans les trois jours -et dans la journée du 18 décembre, Forbin-Janson, qui voulait se rendre à -Marseille pour y recevoir madame de Sévigné, ajourna l'assemblée jusqu'à -son retour, qui eut lieu le 23 décembre. Ce fut dans la séance de ce jour -que l'assesseur, au nom de M. le comte de Grignan, renouvela la demande -qu'il avait faite l'année dernière pour que des gardes lui fussent -donnés, comme on en donnait au gouverneur. M. le duc de Vendôme, -gouverneur, n'était jamais venu dans la province; il ne le pouvait pas, -puisqu'il servait dans l'armée du roi. Le comte de Grignan en faisait les -fonctions; il était donc juste qu'on lui donnât les moyens de subvenir à -cette dépense. Mais l'assesseur observait que les édits de 1560, de 1635 -et de 1639, qui avaient réglé les appointements du gouverneur et du -lieutenant général, s'opposaient à ce que l'assemblée cédât à cette -demande du lieutenant général. «L'édit du 7 juin 1639 fixe définitivement -à 18,000 livres la somme que la province paye tous les ans à monseigneur -le lieutenant du roi. Il n'est donc pas juste de lui accorder aucune -autre somme, encore moins sous le prétexte des gardes, attendu que la -province compte annuellement 15,000 livres pour une compagnie de gardes, -sans qu'elle en retire aucun avantage[586].» - - [586] _Abrégé des délibérations, etc._, Mss., p. 14. - -Oui; mais il eût été juste d'ôter ces 15,000 livres au duc de Vendôme et -de les donner au comte de Grignan, dont les gardes auraient pu faire un -service utile. C'était au comte de Grignan à proposer cette mesure au -roi, et même à demander que la province fût soulagée du payement annuel -de 36,000 livres qu'elle donnait pour les appointements d'un gouverneur -qui ne se montrait jamais, et ne rendait à la province aucun service; -mais le comte de Grignan eût été mal reçu à la cour s'il en avait agi -ainsi. Ce qui se supprime le moins, ce sont les dépenses inutiles. On -permettait bien au comte de Grignan d'imposer, s'il pouvait y parvenir, -une double taxe sur la province, pour le payement des gardes du -gouverneur, mais non de faire cesser l'abus d'une sinécure dont profitait -un prince du sang. On voulait bien que le comte de Grignan, lieutenant -général, eût toute la puissance et tous les honneurs d'un gouverneur, -afin qu'il pût en remplir les fonctions, pourvu que le prince qui en -était titulaire en pût toucher le salaire; et telle fut la cause des -grandes dépenses du comte de Grignan, que madame de Sévigné déplore si -souvent[587]. Cette haute dignité, dans laquelle l'orgueilleuse madame de -Grignan se complaisait, au lieu de porter à une plus grande élévation -l'illustre maison des Adhémar de Grignan, amena sa décadence et sa ruine. - - [587] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (21 août 1680), t. VII, p. 171 et 172, - édit. G.--(26 octobre et 13 novembre 1689, 26 février 1690), t. - X, p. 56, 87, 245, 274. - -Cependant l'assesseur ajouta «que toutes les lois avaient leurs -exceptions, et les règlements leurs limites; et que l'équité voulait -qu'en raison des bons services rendus par M. le comte de Grignan il lui -fût accordé une somme de 5,000 livres, comme témoignage de gratitude, -mais non pour le payement d'une seconde compagnie de gardes.» Ces 5,000 -livres furent accordées; et l'assemblée s'occupa ensuite, dans la séance -du 31 janvier 1673, à régler tout ce qui concernait les autres affaires -particulières de la province, qui étaient nombreuses et compliquées. - -Lorsque ce travail eut été terminé, l'assesseur exposa une nouvelle -demande du comte de Grignan: c'était de réformer la délibération du 23 -décembre en ce qui concernait le payement des gardes et les dépenses du -lieutenant général gouverneur. Le comte de Grignan insistait surtout pour -qu'il lui fût alloué une somme pour les frais du courrier qui portait au -roi les délibérations de l'assemblée. Les frais de ce courrier étaient -assez considérables, parce que celui qu'on envoyait en cette qualité -était un personnage notable, un avocat ou un autre homme de robe, capable -de plaider les intérêts de la province auprès des ministres. Madame de -Sévigné s'était surtout flattée que l'évêque de Marseille ferait accorder -à son gendre une somme plus que suffisante pour cette dépense. Mais, -avant de partir de Lambesc, elle avait su que Forbin-Janson s'opposerait -à cette demande: l'assesseur, qui agissait par ses inspirations, invoqua -les règlements, qui ne permettaient pas de mettre deux fois la même -affaire en délibération, et proposa de passer outre. L'évêque de -Marseille prit la parole, et ôta tout prétexte à la demande du comte de -Grignan en proposant d'envoyer M. de la Barben, premier consul de la -ville d'Aix et procureur du pays, porter le cahier des remontrances de la -province à la cour, où il avait à se rendre pour ses propres affaires. M. -de la Barben offrit non-seulement de faire le voyage à ses dépens, mais, -pendant son séjour à la cour, de prendre soin des affaires de la -province, et de poursuivre les réponses aux remontrances, sans prétendre -jamais à aucun subside ni à aucun frais de vacation. L'offre fut -acceptée; «et monseigneur le comte de Grignan et le seigneur intendant -furent suppliés de donner leurs lettres de faveur, et d'appuyer de leur -protection les poursuites dudit sieur de la Barben; et l'évêque de -Marseille, au nom de l'assemblée, remercia celui-ci du zèle désintéressé -qu'il montrait pour la province.» - -L'année précédente, c'était l'évêque de Marseille lui-même, procureur du -clergé, le marquis de Maillane, procureur du pays pour la noblesse, et le -marquis de Soliers, premier consul d'Aix et procureur du pays, qui -s'étaient chargés de porter à la cour le cahier des remontrances de -l'assemblée, et qui en avaient délibéré avec Colbert. L'évêque de -Marseille à son retour, en rendant compte de sa mission, avait déclaré -«qu'il renonçait au payement des vacations ordinaires de 18 livres par -jour, que la province accordait aux personnes de son rang[588].» - - [588] _Abrégé des délibérations faites en l'assemblée générale - des communautés du pays de Provence_, p. 6, tenue à Lambesc en - décembre 1670, janvier, février et mars 1671; Aix, chez Charles - David, 1671, in-8º. - -Cette fois, dans la séance du 12 janvier, de Rouillé, intendant, lut une -lettre de M. de Pomponne, qui annonçait que Sa Majesté avait approuvé les -délibérations de l'assemblée, et qu'elle donnerait à la province des -marques de la satisfaction qu'elle en avait reçue. - -Le roi, en effet, avait lieu d'être satisfait. Il y avait eu quatre -séances solennelles, pour débattre en assemblée générale ce qui avait été -déterminé dans les assemblées particulières des ordres. Ces séances -avaient eu lieu les 17 et 23 décembre, les 3 et 12 janvier[589]; et dès -la première séance, malgré l'amertume des plaintes et la sévérité des -remontrances, l'assemblée avait voté la totalité du don gratuit, -non-seulement sans que personne eût proposé le moindre retranchement, -mais en décidant «que monseigneur comte de Grignan, et le seigneur de -Rouillé, comte de Melay, intendant, seraient suppliés d'écrire au roi la -manière soumise et respectueuse avec laquelle l'assemblée s'est portée -d'accorder à Sa Majesté la somme de 500,000 livres qui lui a été demandée -de sa part, pour lui donner des preuves du zèle et de la fidélité qu'elle -a pour son service, au temps même de sa plus grande nécessité[590].» - - [589] _Abrégé des délibérations_, Mss., pour 1672-1673, p. 1, 12, - 15, 39. - - [590] _Abrégé des délibérations de l'assemblée des communautés du - pays de Provence, tenue à Lambesc dans les mois de décembre 1672 - et janvier 1673._ Mss., p. 11. - -Ainsi fut terminée définitivement l'assemblée des états et communautés de -Provence. Tout était fini pour M. de Grignan après les trois premiers -jours. Ce qu'il y avait d'important pour lui était l'obtention du don -gratuit et ce qui concernait les finances: le reste regardait -particulièrement l'évêque de Marseille, l'assesseur et les hommes -d'affaires du pays. Il connaissait quel serait le sort des demandes qu'il -renouvelait chaque année, pour prescrire contre l'usage; et il savait que -sa demande pour les frais de courrier, qu'il avait fallu communiquer -d'avance à l'évêque de Marseille, serait rejetée. Il était donc de sa -dignité de ne pas rester plus longtemps à Lambesc. Mais entre la journée -du 19 décembre, où se trouvait terminée la régulière assemblée des -communautés, et celle du 23, où cette assemblée devait tenir ses séances -particulières, viennent se placer le voyage de madame de Sévigné à -Marseille et la réception que lui fit Forbin-Janson. Cet incident est, -pour notre objet, la partie la plus intéressante de la narration du -voyage de madame de Sévigné, parce que c'est celle qui jette le plus de -lumière sur une grande partie de sa correspondance. - -Les mêmes motifs qui déterminaient M. de Grignan à quitter Lambesc -agissaient encore plus fortement sur l'esprit de madame de Sévigné, qui -ne s'était déterminée à se rendre dans cette petite ville que pour y -accompagner son gendre. Madame de Sévigné était très-connue et très-aimée -en Provence, où presque tous ceux qui y occupaient de hauts emplois -étaient au nombre de ses amis ou de ses connaissances. Tous les -Provençaux qui avaient eu l'occasion de s'entretenir avec elle à Paris -faisaient, à leur retour en Provence, l'éloge de son esprit, de son -amabilité; on désirait donc vivement la voir. Comme sa passion pour sa -fille était connue, l'on comprit son séjour à Grignan pendant quatre mois -de suite. Mais quand on sut qu'elle était à Aix pour la tenue des états, -elle fut fortement invitée à accompagner à Marseille M. de Grignan, qui -devait, pour les affaires de son gouvernement, se rendre dans cette -ville. Aux instances du comte de Grignan et de toutes les autorités de -Marseille se joignaient les pressantes invitations de Forbin-Janson; mais -madame de Sévigné était mécontente de ce que cet évêque s'était montré -contraire aux intérêts de son gendre, et elle ne voulait pas céder à ses -invitations. Le lendemain du jour de la clôture des délibérations de -l'assemblée (lundi 19 décembre), elle annonça qu'elle retournerait à -Grignan, et fit ses préparatifs de départ. Le jour suivant (mardi 20 -décembre)[591], elle était prête à se mettre en route à huit heures du -matin, quand une pluie diluvienne vint fondre sur Lambesc. M. de Grignan -lui représenta le danger qu'elle courait à se hasarder dans de mauvaises -routes; il lui montra combien il était plus facile, même après une -pareille pluie, de faire leur retraite de Lambesc sur Aix et Marseille, -et que cette excursion retarderait seulement de trois ou quatre jours son -retour à Grignan. Madame de Sévigné céda, et écrivit à sa fille sa -lettre datée de Lambesc[592] le mardi matin, 20 décembre: «M. de Grignan, -en robe de chambre d'omelette, m'a parlé sérieusement de la témérité de -mon entreprise... J'ai changé d'avis; j'ai cédé entièrement à ses sages -remontrances... Ainsi, ma fille, coffres qu'on rapporte, mulets qu'on -dételle, filles et laquais qui se sèchent pour avoir seulement traversé -la cour, et messager que l'on vous envoie... Il arrivera à Grignan jeudi -au soir; et moi je partirai bien véritablement quand il plaira au ciel et -à M. de Grignan, qui me gouverne de bonne foi, et comprend toutes les -raisons qui me font désirer passionnément d'être à Grignan.» On voit, par -la suite de cette lettre, qu'elle hésitait encore et qu'elle fait espérer -à sa fille, comme elle l'espérait elle-même, qu'elle retournerait à -Grignan. Cependant elle dit: «Ne m'attendez plus.» Mais une lettre écrite -après l'envoi du messager dut instruire madame de Grignan que sa mère -allait à Marseille; elle y arriva le jour même de son départ (mardi 20 -décembre[593]); et le soir, aussitôt son arrivée, l'évêque vint la voir. -Il l'invita à dîner pour le lendemain. Elle accepta; mais comme pendant -son séjour à Aix elle n'avait pu réussir à le faire changer de -détermination, et qu'elle était animée par les plaintes que madame de -Grignan faisait de lui, elle avait écrit une lettre à d'Hacqueville[594], -pour qu'il fît agir madame de la Fayette, Langlade et tous ses amis -contre ce prélat. Elle écrivit aussi à Arnauld d'Andilly pour le -desservir dans l'esprit de Pomponne, à qui elle savait que la lettre -serait communiquée. Cette lettre, où il n'est question que de dévotion, -de prière et de charité (datée du dimanche)[595], contient ces -insinuations peu charitables: «Tout ce que vous saurez entre ci et là , -c'est que, si le prélat qui a le don de gouverner les provinces avait la -conscience aussi délicate que M. de Grignan, il serait un très-bon -évêque; _ma basta_.» Madame de Sévigné n'ignorait pas que M. de Pomponne -avait une haute idée de la capacité de Forbin-Janson; et elle cherchait à -lui nuire dans l'esprit du ministre en insinuant qu'il était sans -conscience et dépourvu des vertus ecclésiastiques, ce qui était -parfaitement faux. Les éditeurs de madame de Sévigné ont cru l'excuser en -disant que l'évêque de Marseille empiétait sur les fonctions de M. de -Grignan comme gouverneur. Ils se trompent: l'évêque de Marseille, comme -un des procureurs du pays, usait de son droit et remplissait un devoir en -s'immisçant dans les affaires de l'administration de la Provence, en -s'opposant aux actes de l'autorité usurpatrice du gouverneur ou de celui -qui le remplaçait; en réclamant, chaque année, contre l'illégalité des -délibérations de l'assemblée des communautés, qui, pour être valides, -auraient dû être confirmées par l'assemblée des états, qu'on ne -réunissait jamais. Il montrait ainsi le courage d'un bon citoyen; et, -lorsqu'il usait de son esprit et de l'influence que lui donnaient son -savoir et ses talents pour se concilier la faveur du roi et de ses -ministres, afin d'être utile à son diocèse et à sa province, il agissait -en politique éclairé et en bon évêque. - - [591] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (A Lambesc, 20 décembre 1672, à dix - heures du matin), t. III, p. 131, édit. G.; t. III, p. 61, édit. - M.; t. III, p. 205, édit. Grouvelle, in-12, stéréotype d'Herhan. - - [592] _Recueil des lettres de madame_ DE SÉVIGNÉ _à madame de - Grignan, sa fille_; 1734, in-12, t. II, p. 222 (la date y est - entière), édit. 1754, t. II, p. 325.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, - p. 51, édit., M.; t. III, p. 131, édit. G. (20 décembre 1672). - - [593] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (mercredi 21 décembre 1672), t. III, p. - 54, édit. M.; t. III, p. 124, édit. G. - - [594] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 décembre 1672), t. III, p. 66, édit. - M.; t. III, p. 136, édit. M. Conférez la 3e partie de ces - _Mémoires_, 2e édit., p. 369, chap. XVIII. - - [595] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (Aix, 11 décembre 1672), t. III, p. 59, - édit. M.; t. III, p. 130, édit. G. - -M. de Grignan était un brave et honnête gentilhomme, qui, durant le cours -de sa longue administration, se fit aimer des Provençaux. La noblesse -surtout lui était dévouée, puisque deux fois elle répondit à son appel, -et s'arma pour la gloire du roi et la défense du pays; mais toute sa vie -il fut joueur et dissipateur, et ne se fit aucun scrupule de ne pas payer -ses dettes[596]. On ne devine pas par quel côté Forbin-Janson, qui a -fourni une si longue, si honorable et si brillante carrière, pourrait -mériter le reproche grave que lui fait madame de Sévigné, de ne pas avoir -une conscience au moins aussi délicate que celle de M. de Grignan. Mais -si Marie de Rabutin-Chantal n'eût point eu toutes les susceptibilités, -tous les travers, toutes les préventions, tous les entraînements de -l'amour maternel, elle n'eût point été madame de Sévigné. - - [596] SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, t. XII, p. - 59-60.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 octobre 1689), t. X, p. 53, édit. - M. (24 novembre et 8 décembre 1673), t. III, p. 226 et 246, édit. - G. - -Forbin-Janson fut un des plus habiles négociateurs, un des plus vertueux -prélats que la France ait possédés. Né pauvre et étant cadet de famille, -il s'éleva successivement du petit prieuré de Laigle à l'évêché de -Marseille. Les preuves qu'il donna alors de sa capacité le firent envoyer -comme ambassadeur en Pologne, et ensuite à Rome. Il fut évêque de -Beauvais, comte et pair de France, puis cardinal et grand aumônier: tout -cela par la seule confiance qu'il inspirait au clergé, aux ministres et -au roi, auquel il résista pourtant avec fermeté quand le monarque, mal -conseillé, voulut s'immiscer dans les affaires ecclésiastiques de son -diocèse. Il y était adoré, surtout des pauvres; il s'y plaisait plus -qu'à la cour, où cependant il se montrait avec la magnificence et les -manières d'un grand seigneur; désintéressé, mais avec mesure; poli avec -bonté, mais avec choix et dignité; naturellement obligeant et d'une -fidélité inébranlable. Quand il mourut dans un âge avancé, il fut -regretté universellement[597]. Son nom, honoré de tous, ne se trouve dans -aucun libelle du temps, et fut respecté par la calomnie. Tel a été -l'homme qui déplaisait tant à madame de Grignan, avec lequel elle eut la -maladresse de se mettre en hostilité malgré les conseils de sa mère[598]. - - [597] SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. V, p. 22, 110; t. VIII, p. 364; - t. IX, p. 3 et 4; t. X, p. 484, 485-487. - - [598] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 303, chap. XVI. - -Cette mère était bien connue à Paris comme à la cour, en Bretagne comme -en Bourgogne, comme en Provence. Personne n'ignorait jusqu'à quel degré -de faiblesse elle s'abandonnait à l'amour maternel. Elle ne s'en cachait -pas; au contraire, elle en fatiguait ses amis; mais, comme elle était -véritablement aimée, et que pour sa fille on n'éprouvait pas le même -sentiment, cette extravagante passion soulevait plutôt la jalousie que la -sympathie, et nuisait à ses sollicitations pour madame de Grignan, au -lieu de lui être utile. Les amis de madame de Sévigné, pour ne pas la -frapper au cÅ“ur dans l'endroit le plus sensible, n'avaient donc d'autre -ressource que de dissimuler leurs pensées, lorsqu'ils ne voulaient pas -céder à l'influence que sa fille faisait peser sur eux. Il manquait à -madame de Sévigné, pour ses négociations sur les affaires de Provence, ce -qu'il y a de plus essentiel à tout négociateur: c'est de bien pénétrer, -sous des apparences souvent contraires, les intentions et les -inclinations réelles de ceux avec qui l'on traite; et madame de Sévigné -aurait plus habilement, et avec plus de succès peut-être, atteint le but -de ses sollicitations si elle s'était défiée de ses amis, et si elle -avait eu confiance en ceux qu'elle considérait comme ses ennemis, qui -n'étaient pas les siens, mais ceux de madame de Grignan. Elle admirait -tant sa fille qu'il ne pouvait pas lui entrer dans la pensée qu'elle pût -avoir des ennemis; et en effet on peut dire qu'elle avait plutôt des -adversaires. Tout ce que madame de Sévigné écrivit en cette circonstance -contre l'évêque de Marseille ne nuisit point à ce prélat, et n'altéra -nullement la bonne opinion qu'on avait de lui. On n'ignorait pas que -madame de Sévigné était complétement abusée, et que ses paroles n'étaient -en quelque sorte que les échos de celles de M. de Grignan. C'est ce que -son amie madame de la Fayette cherche à lui insinuer avec autant de -ménagement que de finesse dans sa lettre datée de Paris du 30 décembre, -qu'elle commence ainsi: - -«J'ai vu votre grande lettre à d'Hacqueville; je comprends fort bien tout -ce que vous lui mandez sur l'évêque: il faut que le prélat ait tort, -puisque vous vous en plaignez. Je montrerai votre lettre à Langlade, et -j'ai bien envie de la faire voir à madame du Plessis, car elle est -très-prévenue en faveur de l'évêque. Les Provençaux sont des gens d'un -caractère tout particulier[599].» - - [599] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 décembre 1672), t. III, p. 66, édit. - M.; t. III, p. 136, édit. G.--(19 mai 1673), t. III, p. 152, - édit. G. (Lettres de madame de la Fayette.) - -Madame du Plessis avait un fils en Provence, et par lui pouvait éclairer -les amis de madame de Sévigné sur ce qu'on devait penser de l'évêque de -Marseille. Lorsque madame de Sévigné était à Paris, elle voyait tout -différemment. Ces haines et ces rivalités de province lui paraissaient -bien mesquines, et elle écrivait à sa fille: «Adhémar m'aime assez, mais -il hait trop l'évêque et vous le haïssez trop aussi: l'oisiveté vous -jette dans cet amusement; vous n'auriez pas tant de loisir si vous étiez -ici[600].» Mais à l'époque dont nous nous occupons, madame de Sévigné -était fort animée contre Forbin-Janson, et ne pouvait lui pardonner une -conduite qu'elle eût trouvée fort légitime si elle n'avait nui qu'à ses -seuls intérêts. Cette fois, son amour pour sa fille la rendit -non-seulement injuste, mais ingrate. Ce fut lui, ce fut Forbin-Janson -qui, dans les trois jours de son voyage à Marseille, lui fit les honneurs -de la Provence avec un éclat, une grâce, une complaisance qu'elle ne peut -s'empêcher de reconnaître dans ses lettres, et qui prouvent qu'il avait -pour elle autant d'amitié que d'estime. Peut-être aussi le désir de se -rendre agréable à l'amie de M. de Pomponne, qui, sans aucun doute, la lui -avait recommandée, contribua-t-il à la conduite qu'il tint en cette -circonstance. Elle fut flattée, mais non satisfaite, des prévenances dont -elle était l'objet; elle y voyait de la duplicité; elle eut le tort de ne -rien déguiser de ce qu'elle pensait. L'aigreur de ses paroles ne changea -en rien les manières de l'évêque, et ne parut pas avoir altéré ses bons -sentiments pour elle. Elle était femme, elle était mère; il la plaignit, -et lui pardonna ses reproches. Du reste, elle peint vivement les plaisirs -qu'elle éprouva pendant ce petit voyage. Elle fut enchantée de voir -Marseille par un beau temps, mais qui ne dura guère. Avant d'y arriver, -du haut de cette colline qu'on nomme _la Vista_, elle contemple avec -admiration la ville, le port, la multitude des _bastides_ qui -l'environnent, et la mer. «Je suis ravie, dit-elle, de la beauté -singulière de cette ville. Je demande pardon à Aix, mais Marseille est -bien plus joli, et plus peuplé que Paris à proportion; il y a cent mille -âmes au moins: et de vous dire combien il y en a de belles, c'est ce que -je n'ai pas le loisir de compter[601].» - - [600] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 353, édit. M.; - t. II, p. 416, édit. G.--Sur Adhémar, le beau-frère de madame de - Grignan, qui prit le nom de chevalier de Grignan, voyez la lettre - du jeudi 22 décembre à midi, t. III, p. 127, édit. G. - - [601] _Lettres de madame_ RABUTIN-CHANTAL, _marquise_ DE SÉVIGNÉ, - _à madame la comtesse de Grignan_, édit. de la Haye, 1726, t. I, - p. 311. La date est: A Marseille, mercredi 1672; ajoutez 21 - décembre; t. III, p. 124, édit. G.; édit. 1734, t. II, p. - 216.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, p. 124, édit. G.; t. III, p. - 54, édit. M. (Dans toutes ces éditions il faut compléter la date, - et mettre Mercredi 21 décembre 1672, et transposer la lettre.) - -Elle paraît surtout charmée de ce mélange de costumes et de populations -qui, pour une Parisienne et une femme de la cour, était en effet neuf et -surprenant. «La foule des chevaliers qui vinrent hier voir M. de Grignan -à son arrivée fut grande; des noms connus, des Saint-Herem, etc., des -aventuriers, des épées, des chapeaux du bel air, une idée de guerre, de -romans, d'embarquement, d'aventures, de chaînes, de fers, d'esclaves, de -servitude, de captivité: moi qui aime les romans, je suis transportée. M. -de Marseille vint hier au soir; nous dînons chez lui; c'est l'affaire des -deux doigts de la main[602].» - - [602] SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, p. 125, édit. G.; t. III, p. - 55, édit. M.; édit. de la Haye, 1726, t. I, p. 311 (mercredi 21 - décembre). Dans toutes ces éditions la date est: Marseille, - mercredi... 1672; ajoutez 21 décembre. - -Le lendemain jeudi, 22 décembre, elle écrit à sa fille deux fois dans la -journée, à midi[603] et à minuit; et toujours l'évêque de Marseille -l'accompagne. «Nous dînâmes hier chez M. de Marseille; ce fut un très-bon -repas. Il me mena l'après-dîner faire les visites nécessaires, et me -laissa le soir ici. Le gouverneur me donna des violons, que je trouvai -très-bons; il vint des masques plaisants: il y avait une petite Grecque -fort jolie: votre mari tournait autour. Ma fille, c'est un fripon. Si -vous étiez bien glorieuse, vous ne le regarderiez jamais. Il y a un -chevalier de Saint-Mesmes qui danse bien, à mon gré; il était en Turc; il -ne hait pas la Grecque, à ce qu'on dit... Si tantôt il fait un moment de -soleil, M. de Marseille me mènera _béer_.» Et dans la lettre écrite à -minuit: «J'ai été à la messe à Saint-Victor avec l'évêque; de là , par -mer, voir la Réale et l'exercice, et toutes les banderoles, et des coups -de canon, et des sauts périlleux d'un Turc. Enfin on dîne, et après dîner -me revoilà , sur le poing de l'évêque de Marseille, à voir la citadelle et -la vue qu'on y découvre; et puis à l'arsenal voir tous les magasins et -l'hôpital, et puis sur le port, et puis souper chez ce prélat, où il y -avait toutes les sortes de musique.» Et c'est à la suite de cette petite -fête qu'il lui avait donnée qu'elle eut le courage de lui faire des -reproches sur l'affaire du courrier. «Il n'y a point de réponse, -dit-elle, à ne pas me vouloir obliger dans une bagatelle, où lui-même, -s'il m'avait véritablement estimée, aurait trouvé vingt expédients au -lieu d'un.» Elle termine cependant en disant: «Soyez certaine que, quand -je serais en faveur, il ne m'aurait pas mieux reçue ici[604].» - - [603] _Lettres de_ MARIE RABUTIN-CHANTAL, édit. de la Haye, 1726, - t. I, p. 313.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. 1734, t. II, p. 218, - édit. 1754, t. II, p. 321; t. III, p. 56, édit. M.; t. III, p. - 126, édit. G. (Jeudi 22 décembre 1672). - - [604] _Lettres de_ MARIE RABUTIN-CHANTAL, édit. de la Haye, 1726, - t. I, p. 315.--SÉVIGNÉ, _Lettres_, édit. 1734, t. II, p. 220; - édit. 1754, t. III, p. 323; t. III, p. 58, édit. M.; t. III, p. - 128, édit. G. Dans toutes ces éditions, la date est: A Marseille, - jeudi à minuit 1672; il faut la compléter, et mettre Jeudi 22 - décembre, et transposer les deux lettres. - -Madame de Sévigné partit le lendemain vendredi, 23 décembre, à cinq -heures du matin, pour se rendre à Grignan[605]. Elle revint à Aix avec sa -fille, qui faillit de mourir en accouchant. On peut juger des angoisses -de madame de Sévigné tant que dura le danger[606]. Probablement l'enfant -ne vécut point, il n'en est nulle part fait mention. - - [605] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars 1673), t. III, p. 149, édit. - G.; t. III, p. 77, édit. M. C'est une lettre de madame de - Coulanges. Conférez encore celle du 24 février, t. III, p. 73, - édit. M.; t. III, p. 144, édit. G. - - [606] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 et 27 juillet 1673), t. III, p. 164 - et 168, édit. G.; t. III, p. 90 et 94, édit. M.--BUSSY-RABUTIN, - _Lettres_, édit. 1737, t. I, p. 117, 118 et 121. - -Madame de Grignan fut cependant promptement rétablie, puisque, ayant -accouché en mars, elle n'éprouvait plus au commencement d'avril, du mal -qu'elle avait ressenti, qu'une grande lassitude[607]. - - [607] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (10 avril 1673), t. III, p. 149 et 150, - édit. G.; t. III, p. 78, édit. M. - -Madame de Sévigné passa à Aix, chez son gendre, tout l'hiver et une -partie de l'été suivant. - - - - -CHAPITRE X. - -1673. - - Séjour de madame de Sévigné en Provence.--Des lettres qu'elle écrit - à ses amis de Paris.--Des lettres qu'elle reçoit.--Nouvelles qui - lui sont données par M. de la Rochefoucauld, madame de Coulanges, - madame de la Fayette.--Levée du siége de Charleroi.--Crédit - de madame Dufresnoy.--Occupations nombreuses de Louis XIV.--Ses - égards pour la reine.--Il laisse madame de Montespan à - Courtray.--Habileté de sa politique.--Il fait à cheval toute la - campagne de 1673.--Madame de Coulanges se fait peindre.--Voit - en secret madame Scarron.--Rendez-vous du beau monde chez la - maréchale d'Estrées.--Détails sur cette dame,--sur madame de - Marans,--la comtesse du Plessis, de Clérambault,--M. de - Mecklembourg.--Congrès pour la pacification.--De madame de Monaco - et du comte de Tott.--De l'abbé de Choisy en Bourgogne.--L'abbé - Têtu déplaît à madame de Coulanges.--Madame de la Fayette.--De - sa paresse à écrire.--Ses vapeurs, ses prétentions à dominer la - société parisienne.--Le roi donne une rente à son fils.--Recherchée - par le fils du prince de Condé.--Sa correspondance avec Briord - quand M. le Duc est à l'armée.--Madame de la Fayette et sa société - vont dîner à Livry.--Chez qui.--Nouvelles de conversions et - d'aventures galantes.--Du marquis d'Ambres.--Sur le titre de - _monseigneur_.--Influence personnelle de Louis XIV sur la politique - et les destinées de l'Europe.--Alliance intime de Louis XIV et de - Charles II.--On s'occupait dans le monde de ce qui se passait dans - les deux cours.--De Montaigu.--De sa liaison avec la duchesse de - Brissac.--De son mariage avec la comtesse de Northumberland.--Le roi - prend Maëstricht.--La Trousse est envoyé en Bourgogne.--Sévigné - reste à Paris.--Il obtient un congé.--Il devient amoureux de madame - du Ludres.--Il a besoin d'argent.--Madame de la Fayette en demande - pour lui à sa mère.--Question entre deux maximes, faite par madame - de la Fayette à madame de Sévigné.--Détails sur la Rochefoucauld et - sur son livre des _Maximes_.--Corneille donne _Pulchérie_, et Racine - _Mithridate_.--Mort de Molière. - - -Durant les quatorze mois des années 1672 et 1673, que madame de Sévigné -se trouva réunie avec sa fille en Provence[608], on est privé du journal -presque quotidien qu'elle lui transmettait, et qui nous instruit d'une -foule de particularités importantes pour l'histoire de son siècle. - - [608] Quatorze mois et six jours. Voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_ - (mercredi 27 juillet 1672, jeudi 5 octobre 1673), t. III, p. 109 - et 176, édit. G. - -Mais l'âge n'avait rien fait perdre à madame de Sévigné de sa vive -imagination et de la faculté qu'elle avait de se rendre présente à ses -amis même lorsqu'elle en était séparée par de grandes distances, et de -les intéresser à tout ce qui se passait autour d'elle. Aussi aimait-on à -recevoir de ses lettres, et c'est une grande perte pour la littérature et -l'histoire que la disparition de celles qu'elle écrivit, pendant son -séjour en Provence, à son fils, à son cousin de Coulanges, à madame de la -Fayette, à madame de Coulanges, à mademoiselle de Meri, sa cousine, sÅ“ur -du marquis de la Trousse, qui transmettait les nouvelles de l'armée -qu'elle recevait de son frère[609], et enfin au duc de la Rochefoucauld. -Celui-ci, dont la réputation était grande comme bon juge des ouvrages -d'esprit, auquel les Boileau, les la Fontaine, les Molière soumettaient -leurs écrits, était plus charmé que tout autre à la lecture des lettres -de madame de Sévigné, parce que, comme homme de cour, comme bel esprit, -il appréciait mieux que tout autre le talent qui s'y montrait. Il -commence ainsi la réponse à la première lettre qu'il reçut d'elle de -Provence: «Vous ne sauriez croire le plaisir que vous m'avez fait de -m'envoyer la plus agréable lettre qui ait jamais été écrite: elle a été -lue et admirée comme vous le pouvez souhaiter; il me serait difficile de -vous rien envoyer de ce prix-là [610].» Et madame de Coulanges lui écrit: -«J'ai vu une lettre admirable que vous avez écrite à M. de Coulanges; -elle est si pleine de bon sens et de raison que je suis persuadée que ce -serait méchant signe à qui trouverait à y répondre. Je promis hier à -madame de la Fayette qu'elle la verrait; je la trouvai tête à tête avec -un appelé M. le duc d'Enghien [le fils du grand Condé]. On regretta le -temps que vous étiez à Paris, on vous y souhaita: mais, hélas! ils sont -inutiles les souhaits! et cependant on ne saurait s'empêcher d'en -faire[611].» - - [609] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 décembre 1672), t. III, p. 133, - édit. G.; t. III, p. 63, édit. M. - - [610] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1673), t. III, p. 139, édit. - G.; t. III, p. 69, édit. M. - - [611] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (20 mars 1673). - -Heureusement que l'on possède quelques-unes des réponses qui ont été -faites aux lettres qu'elle écrivit de Provence à ses amis, et qu'on peut, -par ces réponses, suppléer en partie aux lettres qu'elle aurait écrites à -sa fille si elle n'avait pas été en Provence. - -Ces réponses sont de M. de la Rochefoucauld, de madame de Coulanges et de -madame de la Fayette en dernier. - -Madame de Coulanges était la mieux placée pour donner des nouvelles. Son -oncle le Tellier était malade: c'est chez lui que les courriers -descendaient. C'est elle qui apprend à madame de Sévigné la levée du -siége de Charleroi[612], qui valut à Montal une belle récompense, une -lettre flatteuse de Louis XIV[613], et des lettres de félicitations de -Bussy, qui, pour rentrer en grâce, ne laissait échapper aucune occasion -de flatter les généraux en faveur[614]. - - [612] Le 22 décembre 1672. Conférez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 - décembre 1672), t. III, p. 133, édit. G.; t. III, p. 63, édit. M. - - [613] LOUIS XIV, _Mémoires militaires_ (Lettre de Compiègne, du - 26 décembre 1672, au comte de Montal), t. III, p. 292. - - [614] BUSSY, lettre à Montal, datée de Chaseu le 6 janvier 1673, - dans la suite des _Mémoires de_ BUSSY. Manuscrit (biblioth. de - l'Institut), p. 1. Ce ms. renferme les années 1673-1676, - inédites. - -Elle lui dit: «Nous avons ici madame de Richelieu; j'y soupe ce soir avec -madame Dufresnoy; il y a grande presse chez cette dernière à la cour.» - -Il n'est pas étonnant qu'on se montrât très-empressé auprès de cette -maîtresse de Louvois: le ministre était à l'apogée de sa puissance et de -sa faveur. Louis XIV avait quitté le théâtre de la guerre, et y avait -laissé Louvois, auquel il transmettait ses ordres de Compiègne et ensuite -de Saint-Germain. Le roi continuait à diriger l'ensemble des opérations -militaires et des négociations auxquelles elles donnaient lieu, et il -entretenait personnellement et sans aucun intermédiaire une -correspondance très-active avec son ministre, avec Turenne et avec Condé. -Il se relevait souvent la nuit pour répondre à de longues dépêches de -Louvois, écrites en chiffres; et il dictait ses réponses à mesure qu'on -les déchiffrait. Il ne lui cachait rien; il lui donnait les instructions -les plus étendues et un pouvoir absolu pour l'exécution de ses -ordres[615]. La maladie de le Tellier lui occasionna un surcroît de -travail, parce qu'il ne voulut confier à personne le secret des lettres -que le courrier portait à ce ministre; et il se les faisait remettre pour -y répondre lui-même. - - [615] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 261, 302. _Lettres de - Louis XIV, relatives à la fin de la campagne de 1672._ (Du 19 au - 30 décembre.) - -Charles II, son allié, lui était dévoué, et se conduisait par ses -conseils. Louis XIV comprenait mieux que les ministres du roi -d'Angleterre la constitution anglaise et la tactique parlementaire; ce -fut lui qui empêcha Charles II de casser son parlement, et qui lui fit -sentir la nécessité de le satisfaire. Ce fut lui qui donna à ce roi -faible et dominé par la volupté une maîtresse française, mademoiselle de -Kerouel, que Charles II fit duchesse de Portsmouth: Louis XIV la dota de -la terre d'Aubigny-sur-Nière, et fixa d'avance le sort des enfants que le -roi d'Angleterre pourrait en avoir, comme il aurait fait des siens -propres[616]. - - [616] _Lettre de_ COLBERT _à Louis XIV_ (mars 1673). _Lettres - patentes du mois de décembre 1673_, portant donation de la terre - d'Aubigny-sur-Nière à mademoiselle de Kerouel.--LOUIS XIV, - _OEuvres_, t. VI, p. 451-456. - -Les historiens se sont mépris quand ils ont accusé Louis XIV d'avoir -quitté l'armée par amour pour Montespan. Il crut que la reine était -enceinte[617]; il la rejoignit et ne la quitta pas, soumettant même ses -départs et le transport de sa cour d'un lieu dans un autre aux exigences -de sa dévotion[618]. Lui-même aussi donna l'exemple de l'accomplissement -des devoirs religieux. Le 1er avril (la veille du jour de Pâques en -1673), il communia solennellement dans l'église paroissiale de -Saint-Germain en Laye: dans le jardin des Récollets il toucha 800 -malades, et termina, à pied, ses stations du jubilé dans l'église des -Augustins de la forêt[619]. Il avait laissé madame de Montespan à -Courtray[620], et ne prenait d'autres distractions que celles de la -chasse, le plus souvent dans les bois de Versailles. Aussitôt son arrivée -à Saint-Germain, il écrivit à Louvois ces mots: «Il serait d'éclat d'agir -pendant l'hiver[621];» et il donna des ordres pour attaquer en Flandre -les Espagnols, qui avaient fourni au prince d'Orange des troupes et des -canons[622]. Il était arrivé le 2 décembre (1672) à Saint-Germain, et il -en repartit le 1er mai, accompagné de la reine, voyageant à cause d'elle -à petites journées. Un heureux accouchement était pour lui d'un intérêt -politique, et à cette considération il subordonnait toutes choses, même -ses passions. Il n'arriva que le 15 à Courtray[623]. Il fit à cheval -toute cette glorieuse campagne de 1673, dont il s'est complu à écrire -lui-même l'histoire, comme la plus glorieuse de toutes celles qu'il ait -faites. - - [617] _Lettre de madame_ DE LA ROCHE _au comte de Bussy, en date - du 8 janvier 1673_. Dans la suite des _Mémoires de_ BUSSY (Mss. - de la biblioth. de l'Institut), p. 8. - - [618] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 271, 273, 274, 299, 300 et - 301. - - [619] _Gazettes_, année 1673; Paris, in-4º, 1674, p. 314. - - [620] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 mai 1673), t. III, p. 15, édit. G. - - [621] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 262. - - [622] LOUIS XIV, _OEuvres_. Lettres à Louvois, datées de Verberie - des 22 et 23 décembre, t. III, p. 271, 273, 274, 276. - - [623] LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 300, 301, 307.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_ (26 mai 1673), t. III, p. 156, édit. G.; t. III, p. 84, - édit. M. - -Madame de Coulanges donne à madame de Sévigné toutes les nouvelles qui -peuvent l'intéresser; elle se fait peindre, pour envoyer son portrait à -M. de Grignan, qui le lui avait demandé. Elle n'oublie pas de parler à -madame de Sévigné de leur amie commune, madame Scarron, dont la vie -mystérieuse occupait vivement la cour. «Aucun mortel, dit madame de -Coulanges, n'a commerce avec elle. J'ai reçu une de ses lettres; mais je -me garde bien de m'en vanter, de peur des questions infinies que cela -m'attire[624].» - - [624] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 décembre 1672), t. III, p. 134. - -Madame de Coulanges dit encore dans cette lettre: «Le rendez-vous du beau -monde est les soirs chez la maréchale d'Estrées.» C'était la sÅ“ur du -marquis de Longueval de Manicamp, la veuve de François-Annibal d'Estrées, -frère de Gabrielle d'Estrées, la maîtresse de Henri IV. Ce fut à l'âge de -quatre-vingt-treize ans que François-Annibal épousa en troisièmes noces -mademoiselle de Manicamp. On ne doit pas confondre cette maréchale -d'Estrées, dont parle madame de Coulanges, avec la fille de Morin le -financier, laquelle fut aussi maréchale d'Estrées par son mariage avec le -comte d'Estrées, fils d'Annibal. L'hôtel de celle-ci fut, plus longtemps -encore que celui de sa belle-mère, le rendez-vous du beau monde à -Paris[625]. - - [625] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 décembre 1672), t. III, p. 64, édit. - M.--_Ibid._ (6 mai 1676), t. IV, p. 280; il est fait mention de - madame de Longueval, chanoinesse, sÅ“ur de la maréchale.--_Ibid._ - (14 février 1687), t. VII, p. 419, édit. G. Françoise de - Longueval, chanoinesse de Remiremont, était aussi sa sÅ“ur. - (Mardi, 9 avril 1689), t. VII, p. 69, édit. M. La femme du fils - du maréchal d'Estrées le marin: c'est Marie-Marguerite Morin. - Voyez SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, année 1714, t. XI, p. - 176; et sur Morin, conférez Saint-Évremond, édit. 1753, in-12, t. - I, p. 164; t. V, p. 70. - -De toutes les lettres adressées à madame de Sévigné pendant son séjour en -Provence, celles de madame de la Fayette ressemblent le plus à celles de -madame de Coulanges par la facilité du style et par l'intérêt des -nouvelles qu'elles renferment. Madame de Coulanges et madame de la -Fayette étaient très-liées, et faisaient leurs visites ensemble. Madame -de Coulanges annonce que madame la princesse d'Harcourt, comme madame de -Marans, tourne à la dévotion, et a paru sans rouge à la cour. Puis vient -le mariage de la comtesse du Plessis, récemment veuve, avec le marquis de -Clérambault, dont elle était amoureuse[626]. Cette comtesse du Plessis -est cette petite-cousine de Bussy, dont mademoiselle d'Armentières et le -comte de Choiseul font mention dans leurs lettres[627]. Elle suivit -MADAME HENRIETTE en Angleterre, et était de retour de ce pays au 30 juin -1670. Madame de Coulanges raconte encore sa visite au Palais-Royal, en -compagnie avec madame de Monaco, chez MONSIEUR, qui lui fit beaucoup de -caresses en présence de la maréchale de Clérambault. Cette dernière était -gouvernante des enfants de MONSIEUR et une des plus singulières personnes -de la cour: dans le tête-à -tête pleine d'esprit naturel, causant -délicieusement; en société silencieuse par dédain du monde et par -ménagement pour sa poitrine; aimant à jouer sans risquer de grosses -sommes; riche et avare, dédaignant les modes, toujours en grand habit, et -la dernière qui ait conservé l'usage du masque de velours noir pour -conserver son teint, qui était fort beau[628]. Elle fut regrettée de -MADAME lorsqu'elle perdit sa charge, et qu'on la sacrifia à madame de -Fiennes, à madame de Grancey, au chevalier de Lorraine et à tous ces gens -avides et corrompus qui gouvernaient et entouraient MONSIEUR; ce qui -justifia bien son mépris pour le genre humain, dont l'accuse madame de -Sévigné[629]. Quant à madame de Monaco, toujours belle et blanche, elle -est, dit madame de la Fayette, «engouée de cette MADAME-ci comme de -l'autre, et sa favorite[630].» Madame de la Fayette ridiculisait M. de -Mecklembourg de ce qu'il était à Paris lorsque tout le monde était à -l'armée[631]. Un congrès de toutes les puissances de l'Europe s'était -formé pour parvenir à la pacification générale. La Suède, qui recevait -des subsides de la France, avait été admise comme médiatrice. Elle envoya -pour ambassadeur extraordinaire le comte de Tott, qui fut reçu avec -beaucoup de distinction par Louis XIV. Sur le point de retourner dans son -pays, le comte de Tott venait tous les jours voir madame de la Fayette et -madame de Coulanges; tous les jours il parlait de madame de Sévigné, et -des regrets qu'il avait de quitter Paris sans la voir[632]. Jeune, beau, -noble dans ses manières, parlant français aussi facilement, aussi -élégamment qu'aucun des courtisans de Louis XIV; grand joueur, -dissipateur, galant et spirituel, de Tott, dit l'abbé de Choisy, était -adoré et flatté par toutes les femmes[633]. Il revint à Paris l'année -suivante, mais ce fut pour y mourir le dernier de sa noble race. M. de -Chaulnes part, Langlade va en Poitou, Marsillac à Barréges. Madame de -Coulanges annonce à madame de Sévigné tous ces départs, et aussi ceux de -Vaubrun et de la Trousse; celui-ci est envoyé pour commander en -Franche-Comté, sur la nouvelle qu'a eue le roi d'une révolte en ce pays. -La Trousse s'afflige de n'avoir pu consoler madame de Coulanges de -l'absence de tous ses amis; et comme elle n'a ni madame de Sévigné ni -madame Scarron, elle ajoute plaisamment: «Je n'ai rien cette année de -tout ce que j'aime; l'abbé Têtu et moi nous sommes contraints de nous -aimer[634].» Ce vaporeux abbé, académicien, prédicateur, poëte, rimant -des madrigaux et des poésies chrétiennes[635], recherchait trop les -femmes pour que Louis XIV voulût consentir à en faire un évêque, malgré -les instances qui lui furent faites à cet égard par les grandes dames de -sa cour. Têtu fut surtout longtemps et fortement occupé de madame de -Coulanges, qui se jouait de son amour et avec laquelle il rompit avec une -sorte d'éclat[636]. - - [626] SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. XX, p. 341. - - [627] BUSSY, _Lettres_, t. III, p. 296; t. V, p. 87, 157, 160. - - [628] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 décembre 1672), t. III, p. 138, - édit. G. - - [629] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 décembre 1679), t. VI, p. 238, édit. - G.--DUCHESSE D'ORLÉANS, _Mémoires et fragments historiques_, - 1832, in-8º, p. 18. Madame de Clérambault mourut en 1722. - - [630] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1673), t. III, p. 161, édit. - G.--_Ibid._, t. III, p. 88, édit. M. - - [631] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 décembre 1672), t. III, p. 138. - - [632] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février et 15 avril 1673), t. III, - p. 142 et 151, édit. G.; t. III, p. 71 et 80, édit. M.--CHOISY, - _Mémoires_, liv. IV, t. LXIII, p. 266.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. - III, p. 275.--_Gazettes_ de 1673; Paris, 1674, in-4º, p. 394. (Le - 13 avril, le comte de Tott eut son audience de congé à - Saint-Germain.)--MIGNET, _Négociations sous Louis XIV_, t. IV, p. - 146. - - [633] _Recueil de gazettes nouvelles et extraordinaires_, 1675, - in-4º, p. 712 (8 juillet 1674).--CHOISY, _Mémoires_, liv. IV, t. - LXIII, p. 286. - - [634] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février 1673), t. III, p. 142. - - [635] _Stances chrétiennes sur divers passages de l'Écriture - sainte et des Pères_, 2e édit.; Paris, 1675, in-12 (173 - pages).--Cette seconde édition est anonyme sur le titre; mais - l'auteur est nommé sur le titre de la 5e édition; Paris, 1703, - in-12;--Recueil de gazettes nouvelles, ordinaires et - extraordinaires; 1675, in-4º, p. 712, etc. (8 juillet 1674). Un - musicien, nommé Oudot, mettait en musique les stances de l'abbé - Têtu. Voyez le _Recueil des chansons historiques_ (Mss. - Maurepas), t. VII, p. 83, et t. IV, p. 167. - - [636] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (28 juillet 1680), t. VII, p. 133, édit. - G.; t. VI, p. 394, édit. M.--_Ibid._ (26 mai 1673), t. III, p. - 156, édit. G.; t. III, p. 83, édit. M. - -Quoique madame de Sévigné se plaigne beaucoup de la paresse que madame de -la Fayette met à lui répondre, cependant les lettres qui nous restent de -celle-ci pendant le séjour de madame de Sévigné en Provence sont en plus -grand nombre que celles de madame de Coulanges, et elles suffisent pour -nous peindre l'existence de l'auteur de _Zaïde_ et de _la Princesse de -Clèves_, sujette aux vapeurs, aux fièvres, à la migraine. On la voit sans -cesse tourmentée par le désir de jouer un rôle brillant; elle s'y croyait -appelée par son esprit et par ses liaisons avec les grands personnages -auxquels elle plaisait. Elle aurait aussi voulu tenir le haut bout de la -société dans Paris, remplacer les Rambouillet, les Sablé, les Choisy, -précieuses nullement ridicules, qui avaient disparu de la scène du monde; -mais sa déplorable santé et plus encore l'instabilité de son humeur s'y -opposaient. Bien vue de Louis XIV, il fallait qu'elle parût de temps en -temps à la cour, ce qui était pour elle une grande fatigue. M. de la -Rochefoucauld annonce à madame de Sévigné que madame de la Fayette ne -peut lui répondre, parce qu'elle était allée le matin à Saint-Germain -pour remercier le roi d'une pension de cinq cents écus qu'on lui a donnée -sur une abbaye[637], pension qui lui en vaudra mille avec le temps. «Le -roi a même accompagné ce présent de tant de paroles agréables qu'il y a -lieu d'attendre de plus grandes grâces.» - - [637] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1673), t. III, p. 140, édit. - G.; et t. III, p. 69, édit. M.--Conférez ci-dessus la 3e partie - de ces _Mémoires_, chap. XIX, p. 391 à 393. - -M. le Duc, fils du prince de Condé, se plaisait beaucoup dans la société -de madame de la Fayette: il allait fréquemment la voir; et quand il était -à l'armée, elle entretenait une correspondance avec Briord, son premier -écuyer, qui devint ambassadeur à Turin, fut envoyé à la Haye, et fait -conseiller d'État d'épée. C'est par lui qu'elle apprend le plaisant trait -de ce bourgeois d'Utrecht qui, voyant M. le Duc prendre, en sa présence, -des familiarités un peu trop grandes avec sa femme jeune et jolie, lui -dit: «Pour Dieu! monseigneur, Votre Altesse a la bonté d'être trop -insolente[638].» - - [638] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 mai 1673), t. III, p. 156, édit. G.; - t. III, p. 84, édit. M. Toutes les éditions ont mis à tort - _Briole_. L'éditeur des _Lettres de la Fayette_, collection de - Léopold Collin, 3e édit., t. III, p. 23, a copié les éditeurs de - Sévigné.--SAINT-SIMON, _Mémoires authentiques_, édit. in-8º, - 1829, t. I, p. 455; t. II, p. 364; t. III, p. 184; t. IV, p. - 113.--LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 378. (Lettre du roi à - Louvois, le 23 décembre 1672. Louis XIV envoie Briord au prince - de Condé.)--Voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 février 1674), t. III, - p. 337. - -J'ai dit ailleurs combien le fils du grand Condé avait de goût pour -embellir Chantilly, cette magnifique et royale demeure, et pour y -organiser des fêtes[639]. Madame de la Fayette était invitée à toutes les -fêtes que donnait M. le Duc. Elle alla à une de ses chasses en carrosse -vitré, et la migraine l'empêcha de rendre compte à madame de Sévigné de -ce _voyage de Chantilly_, qu'elle avait, dit-elle, commencé l'année -passée, mais qu'elle ne put continuer, parce que la fièvre la prit sur le -Pont-Neuf[640]. Mais, selon elle, «de tous les lieux que le soleil -éclaire, il n'y en a point de pareil à celui-là ;» et quand, par le triste -bénéfice de l'âge, on a vu, au milieu de cette magnifique forêt, ce -château, ces belles eaux, ces bosquets dans toute leur splendeur, on ne -trouve rien là d'exagéré. Elle y resta six jours, et dit à madame de -Sévigné: «Nous vous y avons extrêmement souhaitée, non-seulement par -amitié, mais parce que vous êtes plus digne que personne du monde -d'admirer ces beautés-là .» Le jour où madame de la Fayette écrivait cette -phrase, qui n'était pas une flatterie[641], elle allait dîner à Livry -avec MM. de la Rochefoucauld, Morangiès et Coulanges; il lui paraît -étrange d'aller dans ce lieu sans madame de Sévigné. Le plus grand nombre -des lecteurs doivent être également surpris que madame de la Fayette et -ceux qui l'accompagnaient aillent dîner à Livry lorsque madame de Sévigné -et son oncle en sont absents. Mais il faut se rappeler que l'abbaye de -Livry n'était pas alors la seule maison où l'on dînât bien: Claude de -Sanguin, seigneur de Livry, dont la terre fut par la suite érigée en -marquisat, possédait au milieu de la forêt un très-beau château[642]; et, -vu sa qualité de premier maître d'hôtel du roi, il devait avoir la -prétention de donner au moins d'aussi bons dîners que l'abbé de -Coulanges. Ce fut, à n'en pas douter, chez ce personnage que, vers la fin -du mois de mai, lorsque les arbres de la forêt couvraient le sol de leurs -ombres printanières, se rendirent tous ces amis de madame de Sévigné. Ils -durent penser au temps où, jeunes, ils l'avaient vue dans ce même -château, sous ces mêmes ombrages, avec son poëte Sanguin de -Saint-Pavin[643]. - - [639] LA BRUYÈRE, 1re édit. complète, 1845, p. 658, 659. - - [640] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 et 26 mai 1673), t. III, p. 152 et - 154. - - [641] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 et 26 mai 1673), t. III, p. 156. - - [642] L'abbé LE BOEUF, _Hist. du diocèse de Paris_, t. VI, p. - 204; _État de la France_, année 1678, p. 35. - - [643] _Poésies de Saint-Pavin et de Charleval_, 1769, p. 4 et - 68.--Conférez le chap. VI de la 1re partie de ces _Mémoires_, 2e - édit., p. 76-77. - -Cette même année (1673) la fête de Livry fut célébrée; on rendit le pain -bénit, et sur ce sujet l'intarissable Coulanges chanta, pendant le repas, -une longue chanson intitulée _le Pain bénit de Livry_, qu'il avait -composée sur l'air populaire _Allons-nous à quatre_. Il y parle de madame -de Sévigné, de son absence, prolongée par le plaisir qu'elle éprouve en -contemplant sa fille, plaisir pareil à celui de la Niquée du roman -d'_Amadis des Gaules_, qui fut enchantée en voyant Fleurize son amant. - - . . . . . . . . . - Certaine marquise, - Dit un garde-bois, - Qu'on voyait tant autrefois, - Où s'est-elle mise - Depuis treize mois? - Un moine s'avance, - Qui répond: Hélas! - Ne savez-vous pas - Qu'elle est en Provence, - Elle et ses appas? - Elle est enchantée - Auprès de Grignan, - Et se plaît en la voyant - Tout comme Niquée - Voyant son amant[644]. - -Madame de la Fayette et madame de Coulanges n'oublient ni l'une ni -l'autre, dans leurs lettres, aucune de ces anecdotes satiriques ou -galantes qui peignent les mÅ“urs de la cour à cette époque. Dans les -lettres de madame de Coulanges, c'est la princesse d'Harcourt qui a paru -à la cour par pure dévotion. Nouvelle qui efface toutes les autres; -Brancas (son père) en est ravi[645]. Dans les lettres de madame de la -Fayette, c'est la Bonnetot dévote[646] qui ôte son Å“il de verre et ne -met plus de rouge ni de boucles. Madame de Sévigné était au reste fort -curieuse de ces sortes de nouvelles, et les provoquait par ses demandes. -«Pour répondre à vos questions, lui écrit madame de la Fayette, je vous -dirai que madame de Brissac [Gabrielle-Louise de Saint-Simon] est -toujours à l'hôtel de Conti, environnée de peu d'amants, et d'amants peu -propres à faire du bruit. Le premier président de Bordeaux est amoureux -d'elle comme un fou. M. le Premier et ses enfants sont aussi fort assidus -auprès d'elle[647].» - - [644] _Recueil de chansons choisies_, 1694, in-12, p. - 16.--Seconde édit., 1698, t. I, p. 33; et _Chansons historiques_ - (Mss. de Maurepas), t. IV, p. 67 (année 1673). - - [645] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 décembre 1672), t. III, p. 135, - édit. G.; t. III, p. 65, édit. M. - - [646] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1673), t. III, p. 161, édit. - G. - - [647] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 mai 1673), t. III, p. 155, édit. - G.--_Chansons historiques_ (Mss. Maurepas, Bibliot. royale), t. - IV, p. 67 (année 1673). - -Puis après vient le scandaleux procès du marquis d'Ambres: «Je dois voir -demain madame du Vill....; c'est une certaine ridicule à qui M. d'Ambres -a fait un enfant; elle l'a plaidé, et a perdu son procès; elle conte -toutes les circonstances de son aventure; il n'y a rien au monde de -pareil; elle prétend avoir été forcée: vous jugez bien que cela conduit à -de beaux détails[648].» - - [648] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1673), t. III, p. 161, édit. - G. - -Ce n'est pas seulement le nom, mais toute l'existence de François Gelas -de Voisin, marquis d'Ambres, qui se rattache à un changement de -cérémonial et d'étiquette très-prononcé et à des modifications que le -despotisme de Louis XIV introduisait dans les habitudes, sinon plus -serviles, au moins plus respectueuses du langage. On écrivait -_monseigneur le Dauphin_; mais en parlant de lui on ne disait jamais que -_M. le Dauphin_; et ainsi pour les autres fils de France et princes du -sang, ou les personnages moins élevés en dignité. Louis XIV décida qu'on -dirait _monseigneur_ en parlant au Dauphin[649]. Cette innovation (à -laquelle Montausier et quelques autres ne se conformèrent jamais) en -amena beaucoup d'autres: d'abord pour les princes de la famille royale; -puis, dans une assemblée du clergé, les évêques prirent une délibération -par laquelle ils convinrent qu'en s'écrivant ils se donneraient -mutuellement le titre de _monseigneur_[650]. Ils ne réussirent d'abord à -se le faire donner que par le clergé séculier et subalterne; mais le -temps, ce grand maître de l'usage, fit accorder généralement ce titre aux -évêques. Ensuite, et successivement, les ducs, les maréchaux, les -ministres secrétaires d'État[651], les intendants même prétendirent au -titre de _monseigneur_; mais ceux auxquels l'ancienneté de la naissance, -le grade ou la fierté naturelle du caractère donnaient de la répugnance -pour cette exigence de l'usage refusaient de s'y conformer. A une époque -où ce point d'étiquette était fixé, où personne ne songeait à s'en -écarter, Saint-Simon se vante[652] de ne s'y être jamais conformé, même -en parlant au duc d'Orléans régent, dont il était l'ami et le partisan, -et d'avoir été le seul qui lui dît _Monsieur_. - - [649] Voyez la note de RICHELET sur l'épître dédicatoire des - fables de LA FONTAINE au Dauphin, t. I, p. 2 de mon édit. des - _OEuvres de la Fontaine_, édit. 1827. - - [650] SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. VII, p. 151, 152. - - [651] _Id._, _Mémoires_, t. II, p. 284-286. - - [652] _Id._, _Mémoires_, t. VII, p. 154. - -Le marquis d'Ambres, dont Saint-Simon blâme la hauteur, était de la même -humeur que lui. Le père de ce marquis avait été fait chevalier des ordres -du roi en 1633[653]. Colonel du régiment de Champagne en 1657, il fut -ensuite, au moyen d'un payement de 200,000 francs, nommé lieutenant -général pour le roi dans le gouvernement de Guyenne[654]. D'Albret, comte -de Miossens, maréchal de France, était gouverneur de cette province. -C'était à l'époque où les militaires d'un haut grade hésitaient à donner -le _monseigneur_ aux maréchaux de France. Grignan, Lavardin, Beuvron et -autres évitaient la difficulté en faisant écrire leurs femmes, leurs -mères, leurs sÅ“urs. Le marquis d'Ambres, plus franc ou plus fier, refusa -net le _monseigneur_ au maréchal d'Albret[655]; et tous deux en -appelèrent au jugement du roi sur ce différend. Le roi ordonna à d'Ambres -de donner le titre de _monseigneur_ à d'Albret. Cette décision fut la loi -à laquelle tout le monde se soumit. D'Ambres, dont elle choquait -l'orgueil, en s'y conformant, écrivit à d'Albret une lettre insolente, -qui lui attira une réponse de même sorte. Le résultat de cette querelle -fut que d'Ambres quitta le service[656]. C'était, dit Saint-Simon, un -«grand homme très-bien fait, très-brave homme, avec de l'esprit et de la -dignité dans les manières.» Il fut despote dans ses domaines et à la -cour, où il paraissait souvent, quoique froidement accueilli par le roi, -auquel il survécut, ayant prolongé sa carrière jusqu'à l'âge de -quatre-vingt-un ans[657]. - - [653] _Id._, _Mémoires authent._, t. XVIII, p. 346. - - [654] ROUX DE ROCHELLE, _Histoire du régiment de Champagne_; - Paris, Didot, 1839, in-8º, p. 411.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 avril - 1671), t. I, p. 319, édit. M. - - [655] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (3 avril 1671), t. I, p. 411, édit. G.; - t. I, p. 319, édit. M. - - [656] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 et 27 août 1675), t. IV, p. 29 et - 69, édit. G.; t. III, p. 406, 433 et 434, édit. M. - - [657] Il mourut en 1721, sa femme en 1693.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ - (1693), t. X, p. 446, édit. G. - -Ce n'était pas seulement par ses victoires, par la bravoure de ses -troupes, par le génie de ses généraux et de ses marins que Louis XIV -agitait toutes les puissances de l'Europe et pesait sur elles; c'était -encore par l'activité de ses négociations, l'adresse et l'habileté de ses -diplomates. Jamais toutes ces causes de succès n'agirent avec plus -d'évidence et de force que durant les conférences de Cologne et dans tout -le temps qui précéda la paix de Nimègue. Jamais monarque ne sut plus que -Louis XIV profiter avec habileté de la bonne fortune; ce qui est -peut-être plus rare que de savoir trouver des ressources contre la -mauvaise. C'est bien à tort qu'en s'emparant des fautes de la vieillesse -de Louis XIV on a voulu lui ravir la gloire due à ses belles années, et -attribuer l'éclat de cette partie de son règne aux seuls grands hommes -dont il savait s'entourer. Aujourd'hui que tout ce qu'il y a d'important -à connaître de cette grande époque de notre histoire a été mis au jour, -nous savons que tout aboutissait à ce roi; et si Condé, Turenne, Louvois -lui soumettaient leurs idées pour la guerre; si Colbert, Louvois, -Pomponne, le Tellier traitaient et préparaient les grandes affaires de -l'intérieur et de l'extérieur, c'était lui seul qui ordonnait; lui seul -répartissait le travail entre ses ministres, ses commandeurs, ses -guerriers, ses chefs d'escadre; de sorte qu'aucun conflit d'autorité ne -pouvait nuire à l'action du gouvernement. Il saisissait avec un coup -d'Å“il d'aigle l'ensemble et les résultats des opérations militaires, les -intérêts compliqués des différents États, s'attachant à connaître et à -influencer les personnages qui les gouvernaient. Il ne confiait de ses -secrets, de ses pensées, à ses serviteurs les plus dévoués, que ce qui -leur était strictement nécessaire pour bien opérer dans les différentes -affaires dont ils étaient chargés. Les deux puissances qu'il avait eu le -talent d'enchaîner aux intérêts de la France étaient la Suède et -l'Angleterre. Pour ce dernier pays, il avait employé toutes les -ressources de l'intrigue, de la corruption; et il était parvenu à -entraîner Charles II, ses ministres et ses ambassadeurs dans la sphère -de son ambitieuse politique, contre les intérêts de l'Angleterre, contre -la volonté du parlement anglais, affaibli dans son opposition à la -couronne par le souvenir récent des dernières révolutions et dominé par -la crainte d'en produire encore une nouvelle. Il résultait de cette -situation des deux États une sorte d'alliance et de confraternité entre -la cour de France et celle d'Angleterre; et la seconde imitait la -première, beaucoup plus brillante et plus riche. - -Charles II, qui pendant l'usurpation de Cromwell avait passé en France sa -jeunesse, conservait sur le trône ses inclinations pour les mÅ“urs -faciles, élégantes de ce pays. Sa cour, comme celle de Louis XIV, fut -brillante, polie, remarquable par l'éclat des fêtes, des beautés qui y -brillèrent; et elle fut aussi le théâtre de beaucoup d'intrigues -amoureuses, auxquelles les courtisans se complaisaient, à l'exemple du -monarque. Ces rapports de goûts, d'occupations, de divertissements -contribuèrent à former les liens qui unissaient les souverains et la -noblesse des deux pays: on s'occupait en France des aventures, des -intrigues galantes d'Angleterre, comme en Angleterre de celles de France. - -Une des femmes qui avaient fait le plus de bruit à Paris, pour sa beauté, -était la comtesse de Northumberland. - -Madame de la Fayette envoya, le 30 septembre 1672, à madame de Sévigné, à -Aix, une lettre du comte de Sunderland, la chargeant de la faire remettre -à la comtesse de Northumberland, à Aix. «M. de la Rochefoucauld, que le -comte de Sunderland voit très-souvent, s'est chargé de lui remettre ce -paquet. Comme vous n'êtes plus à Aix, ajoute-t-elle, je vous supplie -d'écrire un mot à madame de Northumberland, afin qu'elle fasse réponse, -et qu'elle vous mande qu'elle l'a reçu: vous m'enverrez sa réponse. On -dit ici que si M. de Montaigu n'a pas un heureux succès de son voyage; il -passera en Italie, pour faire voir que ce n'est pas pour les beaux yeux -de madame de Northumberland qu'il court le pays. Mandez-moi un peu ce que -vous verrez de cette affaire, et comme quoi il sera traité[658].» - - [658] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 décembre 1672), t. III, p. 137, - édit. G.; t. III, p. 66, édit. M. - -Montaigu était alors l'amant de la duchesse de Brissac; il la négligea -dès qu'il commença à faire sa cour à la comtesse de Northumberland[659]. - - [659] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 mai 1673), t. III, p. 155, édit. G.; - t. III, p. 83, édit. M. - -D'après ce que nous venons de dire des cours de France et d'Angleterre, -on serait tenté de croire que le mystérieux paquet de l'ambassadeur -anglais était relatif à une intrigue d'amour, et que le comte de -Sunderland, qui avait succédé à Montaigu en qualité d'ambassadeur en -France, était encore son rival à l'égard de la comtesse de -Northumberland. - -Ces apparences n'avaient rien de réel. La réputation de la comtesse de -Northumberland fut toujours intacte; et Robert Spencer, second comte de -Sunderland, qui fut deux fois ambassadeur en France et deux fois premier -ministre d'Angleterre, avait épousé une très-belle femme: c'était Anne -Digby, fille du fameux lord Digby, comte de Bristol, dont Bussy a -raconté, dans son libelle, les amours avec la duchesse de Châtillon[660]. - - [660] _Madame de Sévigné and her contemporaries_; London, 1841, - in-12, t. II, p. 236.--BUSSY, _Histoire amoureuse des Gaules_, p. - 142 et 149, édit. avec l'estampe du salon de la Bastille, in-18 - de 258 pages.--HAMILTON, _Mémoires de Gramont_, t. I, p. 201 des - _OEuvres_, édit. de Renouard, in-8º, 1802. - -Lord Digby, dont la vie si remplie d'aventures fut, selon l'expression -d'Horace Walpole, une contradiction perpétuelle, avait été fort lié, au -temps de la Fronde, avec le duc de la Rochefoucauld, et il ne manqua pas -de lui recommander son gendre et sa fille. Celle-ci fut présentée à la -cour de Louis XIV, où, parmi tant de femmes remarquables, sa beauté fit -sensation[661]. - - [661] _Recueil des gazettes de 1673_, p. 100 et 292, 28 janvier - et 27 mai 1673. - -Il n'en fut pas ainsi de lady Northumberland, au jugement de madame de la -Fayette, dont les appréciations, il faut le dire, sont presque toujours -sévères et souvent peu bienveillantes quand il s'agit des personnes de -son sexe. Dans sa lettre du 15 avril 1673, elle écrit à madame de -Sévigné: «Madame de Northumberland me vint voir hier; j'avais été la -chercher avec madame de Coulanges. Elle me parut une femme qui a été fort -belle, mais qui n'a plus un seul trait de visage qui se soutienne ni où -il soit resté le moindre air de jeunesse: j'en fus surprise. Elle est -assez mal habillée, point de grâce: enfin, je n'en fus point du tout -éblouie. Elle me parut entendre fort bien tout ce qu'on dit, ou, pour -mieux dire, ce que je dis; car j'étais seule. M. de la Rochefoucauld et -madame de Thianges, qui avaient envie de la voir, ne vinrent que comme -elle sortait. Montaigu m'avait mandé qu'elle viendrait me voir; je lui ai -fort parlé d'elle; il ne fait aucune façon d'être embarqué à son service, -et paraît très-rempli d'espérance[662].» - - [662] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 avril 1673), t. III, p. 151, édit. - G.; t. III, p. 79, édit. M. - -En effet, Montaigu partit le 24 mai, pour se rendre en Angleterre; lady -Northumberland, deux jours après[663]. Elle le rejoignit à Titchefield, -au château de Wriothesley, dans le Hampshire, où le mariage se fit. -C'était le château de la famille de lady Northumberland, ou d'Élisabeth -Wriothesley. Elle était la plus jeune des filles du lord trésorier -Southampton, et sÅ“ur de l'héroïque épouse de ce Russell dont la mort fut -un des crimes et une des plus grandes fautes du règne de Charles II. -Ainsi, par les Russell lady Northumberland se trouvait alliée au marquis -de Ruvigny, calviniste et mandataire des Églises réformées en mission, -qui lui permit de rendre de grands services comme diplomate, lorsque -Louis XIV n'était pas encore devenu intolérant et persécuteur. Élisabeth -Wriothesley avait hérité des grands biens de son aïeul maternel; elle fut -mariée très-jeune à Josselyn Percy, onzième comte de Northumberland. Les -deux époux se rendirent à Paris pour raison de santé, accompagnés de -Locke, leur médecin, devenu depuis si célèbre par ses ouvrages de -métaphysique. Le comte continua son voyage jusqu'en Italie, et mourut à -Turin de la fièvre, en 1670. Sa femme, restée à Paris, avait été confiée -par lui aux soins de Locke et à Montaigu, alors ambassadeur d'Angleterre. -Celui-ci mit toute son application à consoler la jeune et riche veuve, -et, par ses assiduités et sa constance, parvint à se faire agréer d'elle -comme époux. Elle mourut à quarante-quatre ans, en 1690. Montaigu fit un -second mariage plus riche encore, et surtout plus extraordinaire. Il -épousa la folle duchesse d'Albermale, dont il ne put obtenir le -consentement qu'en lui faisant croire qu'il était l'empereur de la -Chine[664]. Il lui fit rendre tous les honneurs comme à une véritable -impératrice de Chine, et la retint renfermée dans ce même hôtel de -Montaigu, si célèbre depuis qu'il est devenu le Musée britannique[665] -(_British Museum_). - - [663] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (26 mai 1673), tom. III, p. 155, édit. - G.--MIGNET, _Négociations sous Louis XIV_, t. IV, p. - 238.--LALLY-TOLENDAL, _Biographie universelle_, t. XXXIX, p. 343, - article _Bussy_. - - [664] _Madame de Sévigné and her contemporaries_; London, t. II, - p. 219-222-229. - - [665] Sur Ralph Montaigu, conférez encore BUSSY, _Amours des - Gaules_, et les _Mémoires de Gramont_, t. I, p. 132 et 341 des - _OEuvres d'_HAMILTON, édition in-8º; Paris, Renouard, 1812. - _Memoirs of count Gramont_; London, 1809, in-8º, t. I, p. 209, - 277; t. III, p. 131. - -Que faisait Sévigné tandis que sa mère était en Provence; que son parent -le marquis de la Trousse quittait Paris pour commander en Bourgogne; que -Louis XIV laissait Saint-Germain et Versailles, allait sans Turenne ni -Condé, mais assisté de Vauban, assiéger et prendre la forte place de -Maëstricht[666]? Sévigné, ennuyé des fatigues de la guerre, demandait un -congé qu'il était bien sûr d'obtenir, puisqu'il employait, pour le -solliciter, l'intermédiaire de madame de Coulanges, très-désireuse de -conserver auprès d'elle ce jeune et aimable _guidon_[667]. Avec elle, il -allait dîner chez la duchesse de Richelieu; il allait voir les nouvelles -pièces au théâtre: _Mithridate_, _Pulchérie_; il l'accompagnait à -Saint-Germain, ainsi que madame de la Fayette; et toutes deux, -très-satisfaites de pouvoir disposer d'un tel cavalier, donnent de ses -nouvelles à sa mère, et font son éloge. Et comme il lui fallait toujours -un attachement de cÅ“ur, ce n'était plus d'une actrice ou d'une femme -philosophe, aux appas surannés, qu'il était épris, mais de la belle -madame du Ludres, cette chanoinesse de Poussay, si affectée dans son -parler, si coquette, dame d'honneur de la reine et amie de madame de -Coulanges. Elle n'avait pas encore attiré les regards du roi[668], et le -chevalier de Vivonne et le chevalier de Vendôme se disputaient alors ses -faveurs. Mais madame de la Fayette jugeait de Sévigné comme Ninon: «Votre -fils, écrit-elle à sa mère, est amoureux comme un perdu de mademoiselle -de Poussay; il n'aspire qu'à être aussi transi que la Fare[669].» M. de -la Rochefoucauld dit que l'ambition de Sévigné est de mourir d'un amour -qu'il n'a pas, «car nous ne le tenons pas, ajoute-t-il, du bois dont on -fait les passions[670].» - - [666] _Campagne de Louis XIV en 1673, écrite par lui-même_, dans - les _OEuvres_, III, p. 339, 392. Cette place fut prise le 30 - juin. - - [667] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février 1673), t. III, p. 143, édit. - G.; t. III, p. 72, édit. M.--_Ibid._ (20 mars 1673), t. III, p. - 147, édit. G.; t. III, p. 76, édit. M. - - [668] _Recueil de chansons historiques_ (Mss. Maurepas), vol. IV, - p. 57. - - [669] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 février 1673, _post-scriptum_ de - madame de la Fayette dans une lettre de la Rochefoucauld), t. - III, p. 141, édit. G.; t. III, p. 71, édit. M.--LA FARE, - _Mémoires_, p. 125, dans la notice par M. Monmerqué. - - [670] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (19 mai 1673), t. III, p. 153, édit. G.; - t. III, p. 81, édit. M. (Lettre de madame de la Fayette.) - -Cependant un autre motif que son amour pour madame du Ludres retenait -Sévigné dans la capitale plus longtemps peut-être qu'il ne l'aurait -voulu: c'était le besoin d'argent. Sans avoir aucun vice ou aucun goût -ruineux, il avait peu d'ordre; et sa mère lui ayant déjà avancé de fortes -sommes pour l'acquisition de sa charge de _guidon_ et pour ses équipages, -il n'osait plus rien réclamer. Aussi, malgré l'intimité qui régnait entre -elle et lui, il crut devoir lui faire cette demande par l'intermédiaire -de madame de la Fayette et de d'Hacqueville. La manière un peu sévère -dont madame de la Fayette rappelle à son amie qu'elle est beaucoup plus -prodigue pour sa fille que pour son fils prouve que l'on aimait moins la -sÅ“ur que le frère, et que, comme tous les amis de madame de Sévigné, -madame de la Fayette désapprouvait l'excessive faiblesse et la -continuelle admiration de son amie pour madame de Grignan: - -«Je ne vous puis dire que deux mots de votre fils: il sort d'ici; il -m'est venu dire adieu, et me prier de vous écrire ses raisons sur -l'argent: elles sont si bonnes que je n'ai pas besoin de les expliquer -fort au long, car vous voyez, d'où vous êtes, la dépense d'une campagne -qui ne finit point. Tout le monde est au désespoir et se ruine: il est -impossible que votre fils ne fasse pas un peu comme les autres; et, de -plus, la grande amitié que vous avez pour madame de Grignan fait qu'il en -faut témoigner à son frère. Je laisse au grand d'Hacqueville à vous en -dire davantage[671].» - - [671] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 février 1673), t. III, p. 145, édit. - G.; t. III, p, 74, édit. M. (Lettres de madame de la Fayette.) - -Madame de la Fayette gourmande aussi sur ses exigences madame de Sévigné, -qui mettait en doute son amitié, parce qu'en raison de sa paresse -naturelle elle négligeait de lui répondre. «Je suis très-aise, lui écrit -madame de la Fayette, d'aimer madame de Coulanges à cause de vous. -Résolvez-vous, ma belle, de me voir soutenir toute ma vie, de toute la -pointe de mon éloquence, que je vous aime plus encore que vous ne -m'aimez. J'en ferais convenir Corbinelli en un quart d'heure[672]; et vos -défiances seules composent votre unique défaut et la seule chose qui peut -me déplaire en vous. M. de la Rochefoucauld vous écrira[673].» - - [672] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1673), t. III, p. 160, édit. - G. - - [673] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 juin 1673), t. III, p. 159, édit G.; - t, III, p. 86, édit. M. - -La Rochefoucauld n'écrivit pas aussitôt qu'il l'avait promis; car il se -sert encore de la plume de madame de la Fayette pour consulter madame de -Sévigné et aussi Corbinelli, sur une pensée qu'il avait probablement le -projet d'insérer dans son livre de _Réflexions ou Sentences et Maximes -morales_. Il en avait déjà publié trois éditions: la seconde, avec des -corrections et des retranchements; la troisième, corrigée et -augmentée[674]; il en fut de même des trois éditions qui suivirent. La -Rochefoucauld avait fait de la composition de ce petit livre l'amusement -des loisirs de sa vieillesse; il y faisait participer sa société intime, -et surtout madame de la Fayette. N'ayant reçu durant les guerres civiles -qu'une éducation imparfaite[675], il était beaucoup moins lettré que son -amie; mais, par la tournure de son esprit et par son expérience du monde, -il était plus capable de peindre l'homme corrompu des cours et de rédiger -avec concision et finesse le code honteux de leur morale que tous les -gens de lettres et toutes les femmes spirituelles dont il était entouré. -Il craignait toujours de trop grossir son recueil; et il essayait en -quelque sorte l'effet de ses réflexions sur le public de son choix. Il -acceptait différentes rédactions des mêmes pensées avant de les admettre -à la publication. Segrais, auquel il soumettait la copie de chacune des -éditions, dit qu'il y a des maximes qui ont été changées plus de trente -fois[676]. - - [674] _Réflexions ou Sentences et Maximes morales_; à Paris, chez - Claude Barbin, 1665, in-12 (150 pages, 316 maximes).--_Ibid._, - 1666, in-12 (118 pages, 302 maximes).--_Ibid._, 1671 (132 pages, - 341 maximes), 3e édition, revue, corrigée et augmentée. - - [675] SEGRAIS, _Mém. et anecdotes_, dans les _OEuvres diverses_; - Amsterdam, 1723, in-12, t. I, p. 12.--_Ibid._, Paris, 1755, t. - II, p. 12. - - [676] SEGRAIS, _OEuvres diverses_; Amsterdam, 1723, in-12, t. I, - p. 121.--_Ibid._, Paris, 1755, t. II, p. 111 et 112.--HUET, - _Commentarius de rebus ad eum pertinentibus_, lib. V, p. 316. - -Madame de la Fayette termine ainsi une de ses lettres à madame de -Sévigné: «M. de la Rochefoucauld se porte très-bien; il vous fait mille -et mille compliments, et à Corbinelli. Voici une question entre deux -maximes: - - On pardonne les infidélités, mais on ne les oublie pas. - On oublie les infidélités, mais on ne les pardonne pas. - -«Aimez-vous mieux avoir fait une infidélité à votre amant, que vous aimez -pourtant toujours, ou qu'il vous en ait fait une, et qu'il vous aime -toujours[677]?» Et pour expliquer le sens de cette question entre deux -maximes, question pourtant assez claire, madame de la Fayette dit qu'il -s'agit ici d'infidélités passagères. Quant aux deux maximes, le choix de -madame de Sévigné ne pouvait être douteux; mais, pour répondre à la -subtile question que lui pose madame de la Fayette, une chose lui -manquait, l'expérience; et elle pouvait, je pense, en renvoyer la -décision à son amie. La Rochefoucauld avait déjà inséré dans la troisième -édition cette maxime: «On pardonne tant que l'on aime[678].» Il ne -parlait nulle part, dans cette édition, de l'infidélité entre amants. -Dans la quatrième, il n'inséra aucune des deux maximes que rapporte ici -madame de la Fayette; mais il en ajouta quatre nouvelles qui concernent -«cette faute considérable en amour,» pour nous servir de l'expression -qu'emploie madame de la Fayette dans sa lettre[679]. - - [677] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1673), t. III, p. 161-162, - édit. G.; t. III, p. 88 et 89, édit. M. - - [678] LA ROCHEFOUCAULD, _Réflexions ou Sentences et Maximes - morales_; Paris, Claude Barbin, 1671, p. 123, no 330. - - [679] LA ROCHEFOUCAULD, _Réflexions ou Sentences et Maximes - morales_, 4e édition, revue, corrigée et augmentée depuis la - troisième; Paris, Claude Barbin, 1675, in-12, p. 131, 132, 139, - nos 359, 360, 381. - -Les deux correspondantes de madame de Sévigné ne pouvaient, en -l'instruisant des nouvelles du grand monde, lui laisser ignorer celles -qui intéressaient la littérature. Au théâtre, deux pièces nouvelles -avaient été jouées, et formaient événement; elles étaient de deux grands -auteurs, entre lesquels se partageaient alors le public, la cour et -l'Académie. Corneille avait fait jouer _Pulchérie_, et Racine -_Mithridate_[680]; alors madame de Coulanges écrit à madame de Sévigné: -«_Mithridate_ est une pièce charmante: on y pleure; on y est dans une -continuelle admiration; on la voit trente fois, on la trouve plus belle -la trentième fois que la première. _Pulchérie_ n'a point réussi[681];» et -madame de la Fayette: «M. de Coulanges m'a assuré qu'il vous enverrait -_Mithridate_.» Madame de Sévigné, avant d'aller rejoindre madame de -Grignan, sept mois avant la représentation de _Pulchérie_, lui avait -écrit, en lui envoyant la tragédie de _Bajazet_: «Je suis folle de -Corneille; il nous donnera encore _Pulchérie_, où l'on reverra - - La main qui crayonna - La mort du grand Pompée et l'âme de Cinna. - -Il faut que tout cède à son génie[682].» Madame de Sévigné, lorsqu'elle -écrivait ces lignes, avait-elle entendu une lecture de _Pulchérie_? Je le -crois. Quoique Voltaire assure que cette tragédie est inférieure à ce que -Coras, Bonnecorse et Pradon ont jamais fait de plus plat, il n'est pas -moins vrai que Corneille a laissé dans cette pièce de nombreuses traces -de son génie mourant. Il a su, dans le rôle de _Pulchérie_, faire parler -l'amour avec cette élévation de sentiment et de fierté héroïque qui -plaisait tant aux dames de l'hôtel de Rambouillet et aux héroïnes de la -Fronde, tandis que Racine avait affadi, par le langage doucereux et -galant de la cour de Louis XIV, le rôle de Mithridate, tracé par lui avec -une admirable vigueur[683]. _Pulchérie_ néanmoins n'eut pas un grand -succès. Racine, qui venait d'être reçu à l'Académie française, avait pu -faire représenter sa tragédie par les excellents comédiens de l'hôtel de -Bourgogne, tandis que Corneille fut obligé de confier la sienne à des -acteurs médiocres, sur le théâtre du Marais, situé dans un quartier qui -avait passé de mode. Mais comme ce quartier était habité par beaucoup de -personnes de l'ancienne société, qui, de même que madame de Sévigné, y -avaient passé leur jeunesse, Corneille devait y conserver beaucoup de -partisans; ceux de Racine, au contraire, étaient principalement dans le -faubourg Saint-Germain et le quartier du Louvre. La pièce de Corneille -se soutint pendant quelque temps au théâtre, et même s'y maintint -quelques années encore après la nouveauté[684]. _Pulchérie_ aurait pu -dire aux spectateurs qui l'avaient applaudie et aux critiques qui en ont -parlé avec tant de mépris: - - . . . . . . . Je n'ai pas mérité - Ni cet excès d'honneur ni cette indignité. - - [680] Les frères PARFAICT, _Hist. du théâtre françois_, t. XI, p. - 243 et 253. - - [681] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 février et 20 mars 1673), t. III, p. - 143 et 149, édit. G.; t. III, p. 72 et 77, édit. M.--_Pulchérie_ - fut jouée en novembre 1672, _Mithridate_ en janvier 1673. - _Mithridate_, tragédie par M. Racine; Paris, Claude Barbin, 1673, - in-12; achevé d'imprimer le 16 mars 1673 (81 pages). Les deux - pièces parurent imprimées presque en même temps. _Pulchérie_, - comédie héroïque, 1673, in-12 (72 pages). - - [682] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (9 mars 1672), t. II, p. 420, édit. G.; - t. II, p. 356, édit. M. - - [683] RACINE, _Mithridate_, act. II, scène IV, t. II, p. 186, - édit. 1687, in-12. _Mithridate_, tragédie de M. RACINE; Paris, - Claude Barbin, 1673 (81 pages, sans la _Préface_ de sa vie, - achevée d'imprimer le 15 mars 1673), p. 26.--CORNEILLE, - _Pulchérie_, acte I, scène I, t. V du _Théâtre de Corneille_, p. - 325 de l'édition de 1692, la seule bonne. - - [684] Les frères PARFAICT, _Hist. du théâtre françois_, t. XI, p. - 246; FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, _l'Esprit du grand Corneille_, - 1819, in-8º, p. 370 et 371. - -Mais dans les lettres que madame de Coulanges et madame de la Fayette -adressèrent à madame de Sévigné tandis qu'elle était à Aix, nous -cherchons en vain la mention de l'événement le plus désastreux pour la -littérature et le théâtre, mention qui aurait dû précéder la lettre sur -la représentation de _Pulchérie_. Le haut justicier, le hardi -flagellateur des travers et des ridicules de son temps, le grand amuseur -du grand roi, Molière, n'était plus; il avait succombé, à l'âge de -cinquante et un ans, à la double passion d'auteur et d'acteur comique, -dont l'attrait invincible l'avait, dès l'âge de puberté, entraîné loin du -toit paternel. - -La littérature et le théâtre ne firent jamais une perte plus grande et -plus généralement sentie; il semblait que ce fin discernement, ce -spirituel bon sens, cette humeur joviale, satirique et bouffonne qui -distinguent le peuple français s'ensevelissaient dans la tombe où était -renfermé cet homme. - -Louis XIV rendit une ordonnance spéciale pour protéger contre la rapacité -des comédiens de campagne la dernière Å“uvre de Molière, _le Malade -imaginaire_[685], et versa ses bienfaits sur sa troupe, qui par cette -mort fut menacée de désorganisation; mais elle se reforma, et se -transporta du Palais-Royal dans la rue Mazarine[686]. Cependant Louis XIV -ne voulut pas user de son autorité pour protéger contre les ressentiments -de l'Église les restes mortels d'un homme qu'il regretta toute sa vie. La -voix imposante de Bourdaloue se faisait entendre fréquemment dans la -chaire de Saint-Germain en Laye[687], et le clergé s'opposait aux -amusements du théâtre, comme contraires aux bonnes mÅ“urs. Molière était -nommément l'objet de ses attaques, parce que, par son génie, il était -parvenu à inspirer au monarque et à toutes les classes de la nation (car -il écrivit pour tous) le goût le plus vif pour la comédie. En cela le -clergé remplissait un devoir, et Louis XIV le sentait bien; mais il ne -put jamais faire ce sacrifice à sa conscience: il aima toujours le -spectacle et la musique; et Molière et Lulli furent les deux hommes dont -il ressentit le plus vivement la perte[688]. - - [685] J. TASCHEREAU, _Hist. de la vie et des ouvrages de - Molière_, 3e édit., 1844, in-12, p. II de la Préface. - - [686] Les frères PARFAICT, _Histoire du théâtre françois_, 1747, - in-12, p. 284. - - [687] _Sermons du P._ BOURDALOUE _pour l'Avent_, 6e édition, - 1733, in-12. Ce volume contient deux _Avents_, tous deux prêchés - devant le roi. - - [688] LE GALLOIS DE GRIMAREST, _Addition à la vie de Molière_, - 1706, in-12, p. 62, cité par M. Taschereau, _Histoire de la vie - et des Å“uvres de Molière_, 3e édit., p. 203. - -L'abbé d'Aubignac, docteur en droit canonique, fit un livre pour réfuter -l'écrit que Nicole, en 1659, avait publié contre les théâtres; mais -l'abbé d'Aubignac composait lui-même des pièces, et d'ailleurs il -n'avait, pour défendre une telle cause, ni l'éloquence de Bourdaloue ni -le savoir de Bossuet[689]. Aux ministres de la religion est venu se -joindre, comme antagoniste de Molière et de la comédie, le plus éloquent, -le plus dialecticien des sophistes du XVIIIe siècle et le plus dangereux -ennemi du christianisme. Jean-Jacques Rousseau a été plus loin peut-être, -dans ses attaques contre Molière et la comédie, que Nicole, Bourdaloue et -Bossuet; et cependant l'admiration pour le génie de Molière n'a cessé de -s'accroître; jamais nous n'avons été plus généralement, plus constamment, -plus fortement dominés par la passion du théâtre. Les licences contre les -bonnes mÅ“urs, si justement reprochées à Molière, n'ont fait depuis, -malgré les efforts des pasteurs de l'Église, des moralistes et -quelquefois des gouvernements, qu'usurper une large part sur la scène -française: ces licences sont parvenues à un degré de dévergondage tel -qu'il faut, dans les temps qui ont précédé la renaissance des lettres en -Europe, reculer jusqu'au siècle d'Aristophane pour trouver des exemples -qui les égalent. - - [689] L'abbé D'AUBIGNAC, _Dissertation sur la condamnation des - théâtres_; Paris, 1666, in-12.--BOSSUET, _Maximes et réflexions - sur la comédie_; 1694, in-12, p. 18 et 19. - - - - -CHAPITRE XI. - -1673. - - Séjour de madame de Sévigné à Grignan.--Fête donnée à Grignan le 23 - juillet, en réjouissance de la prise de Maëstricht par Louis - XIV.--Causes de l'interruption de la correspondance entre Bussy et - madame de Sévigné.--Bussy continue toujours à solliciter sa rentrée - au service.--Sa liaison avec l'abbé de Choisy.--Liaison de l'abbé de - Choisy avec madame Bossuet.--Bruit auquel cette correspondance donne - lieu.--Elle cesse par la faute de Bussy.--Bussy cherche à marier sa - fille aînée; le marquis de Coligny et le comte de Limoges se - présentent.--Correspondance du comte de Limoges avec Bussy.--Bussy - obtient la permission d'aller à Paris pour ses affaires.--Il renoue - sa correspondance avec madame de Sévigné, avec la marquise de - Courcelles et avec Corbinelli.--Attachement de Corbinelli - pour madame de Sévigné.--Des personnes qui s'intéressent à - Corbinelli.--Pourquoi il ne pouvait parvenir à rien.--Sa - philosophie.--Ses sentiments religieux.--Ouvrage qu'il avait - composé.--Il s'applique à l'étude de la philosophie de - Descartes.--Proposition de madame de Grignan sur la liberté de - l'âme.--Bien démontrée, selon Corbinelli, dans le traité de - Louis de la Forge sur _l'esprit de l'homme_.--Détails sur ce - traité.--Influence de la philosophie de Descartes à cette - époque.--Caractère de cette philosophie. Elle se perd dans le - mysticisme, et prépare le règne de la philosophie sensualiste.--De - ses partisans et de ses adversaires.--Les femmes prennent part à ces - hautes discussions.--De mademoiselle du Pré et de madame de la - Vigne, et de leur correspondance avec Bussy.--Arrêt burlesque de - Boileau.--Jugement sur le livre de Louis de la Forge.--Philosophie - de madame de Sévigné.--Ses opinions religieuses sont puisées dans - saint Augustin et dans les écrits des jansénistes.--Ses objections - contre le cartésianisme.--Résultat des conférences tenues à Grignan - sur ces graves matières.--Madame de Sévigné se confirme dans ses - croyances.--Madame de Grignan devient sceptique;--Corbinelli, dévot - mystique.--Le livre des maximes de Corbinelli.--Sa liaison avec - madame le Maistre.--Le séjour de Grignan devait peu plaire à madame - de Sévigné.--Elle se prépare à partir, et à retourner à Paris. - - -Madame de Sévigné avait tout le loisir de s'intéresser aux nouvelles du -monde, de la littérature et du théâtre. Lorsqu'elle reçut les lettres de -madame de Coulanges et de madame de la Fayette dont nous avons parlé, -elle ne voyageait plus, elle ne s'occupait plus de la Provence ni des -Provençaux; elle n'était plus à Aix, elle était à Grignan. Le lieutenant -général gouverneur s'y était transporté pour y passer la belle saison, et -madame de Sévigné jouissait encore, sans aucune jalouse distraction, du -bonheur de s'entretenir avec sa fille à tout instant du jour, de la voir -agir et commander dans son château, entourée de ses vassaux et de sa -noble famille. - -Après la prise de Maëstricht par Louis XIV, la joie fut telle à Paris que -l'on alluma des feux et qu'on chanta le _Te Deum_ sans aucun ordre de -l'autorité. Ces démonstrations d'enthousiasme pour le succès des armes -françaises furent imitées dans presque toutes les villes du royaume[690]. -Dans une des gazettes du mois d'août, on lit l'article suivant[691]: - -«A GRIGNAN, en Provence, le 23 juillet, le comte de Grignan fit chanter -le _Te Deum_, par deux chÅ“urs de musique, dans l'église collégiale, où -il se trouva avec plusieurs personnes de qualité; et sur le soir il -alluma dans la place publique un grand feu qu'il avait fait préparer, et -qui fut exécuté aux fanfares des trompettes et avec décharge de canons.» - - [690] _Lettre de_ COLBERT _à Louis XIV_, Paris, 4 juillet 1673, - dans LOUIS XIV, _OEuvres_, t. III, p. 413. - - [691] _Gazettes_, _Recueil de l'année 1673_, in-4º, 1674, p. 755 - et 756. - -Madame de Sévigné assista à cette fête avec tous les habitants de -Grignan: huit jours auparavant elle avait, par une lettre datée de ce -lieu, renoué sa correspondance avec Bussy, interrompue depuis un an[692]. - - [692] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 juillet 1673), t. III, p. 164, édit. - G.; t. III, p. 90, édit. M. - -Cette interruption s'explique facilement. Les guerres interminables dans -lesquelles Louis XIV se trouvait engagé par ses ambitieux desseins -avaient persuadé à Bussy que tôt ou tard on aurait besoin des talents -militaires et de la bravoure qu'on lui connaissait, et que, s'il ne -revenait pas en faveur, on se trouverait en quelque sorte forcé, par le -manque de bons généraux, de l'employer à son grade. Aussi cherchait-il à -se mettre en état que le roi le fît sans répugnance; il tâchait de se -faire des appuis parmi ceux qui entouraient le monarque, et il -entretenait pour cet effet une nombreuse correspondance[693]. Des -fragments de ses Mémoires à la louange du roi, des sonnets, des rondeaux, -des madrigaux étaient surtout envoyés par lui au duc de Saint-Aignan, qui -aimait et admirait les productions de son esprit et qui lui-même -composait des vers plus médiocres que les siens[694]. Dans la galerie de -son château Bussy avait un grand portrait de Louis XIV à cheval, -au-dessous duquel il avait mis cette inscription: - - LOUIS QUATORZIÈME, ROY DE FRANCE, - ARBITRE DE L'EUROPE, - FORT CONSIDÉRÉ ET MÊME CRAINT - DANS LES AUTRES PARTIES DU MONDE, - AIMABLE ET TERRIBLE, - LE PLUS BRAVE ET LE PLUS GALANT - PRINCE DE LA TERRE[695]. - - [693] BUSSY-RABUTIN, _Lettres_, t. IV et V; Paris, 1737, _Suite - des Mémoires du comte_ DE BUSSY-RABUTIN, Mss. de la biblioth. de - l'Institut. - - [694] BUSSY, _Mém. mss._ (25 mars 1673), p. 21 verso (4 avril - 1674), t. V, p. 331. - -La correspondance qu'il avait continuée assidûment avec sa cousine lui -était doublement intéressante, non-seulement parce qu'il n'avait jamais -cessé d'être charmé de sa personne et de son esprit, mais aussi parce -que, par le grand nombre d'amis qu'il lui connaissait et par ses liaisons -avec de Pomponne, il espérait bien employer le secours de sa parenté pour -la réussite de ses projets. Mais, sous ce dernier rapport, ce n'était que -lorsque madame de Sévigné habitait Paris que les lettres qu'il recevait -d'elle pouvaient intéresser son ambition. Aussi, quand elle était aux -Rochers, lui écrivait-il moins souvent. Cependant les relations de madame -de Sévigné avec le duc de Chaulnes et d'autres personnages puissants de -Bretagne étaient une considération qui lui faisait mettre quelque -régularité dans sa correspondance. Il en fut tout autrement quand elle -s'en alla voir sa fille; son éloignement de Paris faisait disparaître -pour Bussy la possibilité de la faire intervenir en sa faveur, et le -séjour en Provence lui ôtait l'espoir de recevoir des lettres d'elle -utiles à ses projets, et lui donnait la crainte d'y trouver des motifs de -contrariété. Il détestait les Grignan, et les Grignan ne l'aimaient pas; -de sorte que, hormis ce qui avait trait à madame de Sévigné et à sa -fille, il ne désirait rien savoir de ce qui se passait autour d'elles. -Voilà sans doute le motif qui fit que Bussy interrompit pendant plus -d'un an sa correspondance avec sa cousine[696]. Mais si pourtant il -négligea de correspondre avec elle pendant le cours d'une année (depuis -juillet 1672 jusqu'en juillet 1673), jamais il n'écrivit et ne reçut -d'autres personnes un plus grand nombre de lettres; jamais, quoique ayant -cinquante-cinq ans, il ne montra un plus grand désir de braver les -fatigues et les périls de la guerre, et de faire oublier son âge par ses -succès en amour. Ces passions surannées l'avaient lié avec un jeune -homme, l'abbé de Choisy, qui n'est plus connu heureusement aujourd'hui -que par de nombreux écrits non dépourvus d'agréments et d'instruction et -irréprochables sous le rapport de la religion et des mÅ“urs. L'abbé de -Choisy avait quitté le nom de comtesse de Saincy ou des Barres; il ne -portait plus d'habits de femme, et, après un voyage fait en Italie, il -avait obtenu en 1663, par le crédit de sa mère, l'abbaye de Saint-Seine -en Bourgogne[697], ce qui le forçait à résider souvent dans ce pays. Il -avait à peine trente ans. Le temps de ses métamorphoses en jeune et jolie -fille était passé, mais non pas les penchants qui y avaient donné lieu: -seulement ils s'étaient affaiblis. Il aimait toujours le jeu et les -femmes. Lorsque le sort lui avait été contraire, et qu'il était las de -ses maîtresses, il quittait Paris, et allait en Bourgogne se renfermer -dans son abbaye avec la résolution d'y résider pour faire des économies, -et payer ses dettes. L'ennui le prenait, et il allait continuellement à -Paris et à Dijon[698]. Ses traits étaient restés délicats et mignards; -mais l'âge et le soleil d'Italie avaient donné à son charmant visage une -apparence plus mâle[699]. Il obtint sans artifice, sans aucun perfide -déguisement de nombreux succès auprès des femmes livrées à la -galanterie[700]. A Dijon, il en rencontra une à laquelle il rendit des -soins, et il s'en fit aimer; conquête plus facile à faire qu'à conserver: -jeune, jolie, spirituelle, elle avait en outre la réputation d'écrire -très-bien des lettres. Ce mérite était alors prisé dans la société et -dans le monde comme aujourd'hui celui de la musique: l'abbé de Choisy le -possédait, mais Bussy plus que personne. - - [695] BUSSY, _Suite des Mém. mss._, p. 22 et 23 (30 mars 1673). - C'est une réponse à l'abbé Fléchier, qui venait d'être reçu de - l'Académie. - - [696] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1672), t. III, p. 106, édit. - G.; t. III, p. 38, édit. M.--_Ibid._ (1er juillet 1673), t. III, - p. 164, édit. G., t. III, p. 90, édit. M. - - [697] _Histoire de madame la comtesse des Barres_, 1736, in-12, - p. 136. - - [698] D'OLIVET, _Vie de M. l'abbé de Choisy_, 1742, in-8º, p. 73. - - [699] MONMERQUÉ, _Notice sur l'abbé de Choisy_, t. LXIII des - _Mém. sur l'hist. de France_, p. 132 et 137.--_Histoire de la - comtesse des Barres_, p. 13 et 14.--D'OLIVET, _Vie de l'abbé de - Choisy_, p. 1 à 70. - - [700] _Lettres de mademoiselle de Montpensier, de mesdames de - Motteville et de Montmorency_, etc.; Paris, Léopold Collin, 1806, - in-12, p. 128. (Lettre de madame de Montmorency à Bussy-Rabutin, - du 5 novembre.) - -La nouvelle maîtresse de l'abbé de Choisy était madame Bossuet[701], -femme de Bossuet, trésorier général des états de Bourgogne, frère aîné de -Jacques-Bénigne Bossuet. Elle était la fille de Nicolas Dumont, -gentilhomme de Bourgogne, et d'Anne-Catherine de Hautoy, d'une maison -distinguée de Lorraine. Nicolas Dumont s'était attaché avec trois de ses -frères à la fortune de Condé; il avait suivi ce prince dans l'exil, et ce -fut Condé qui, après sa rentrée en France, maria la jeune et belle fille -de Dumont, et procura à son mari la place de trésorier général des états -de Bourgogne. Ce mariage eut lieu le 26 avril 1662; et, lors de la mort -du père des Bossuet, en 1667, madame Bossuet avait déjà deux fils. A -l'époque de son mariage, son mari était le personnage le plus notable de -la famille des Bossuet; il fut depuis intendant de Soissons et maître des -requêtes; mais, lors de sa liaison avec l'abbé de Choisy, le beau-frère -de madame Bossuet était l'évêque de Condom, le précepteur du Dauphin, le -grand Bossuet, alors à l'apogée de sa gloire et de sa fortune[702]. - - [701] Renée-Marie-Madeleine de Gaureau-Dumont. - - [702] DE BAUSSET, _Histoire de Bossuet_, liv. II, p. 22 et 24; t. - I, p. 168 et 171 de l'édit. in-12. - -Madame Bossuet désira entrer en correspondance avec Bussy, et faire -connaissance avec ce personnage célèbre dans toute la Bourgogne. Elle -manifesta ce désir à l'abbé de Choisy, qui mit d'autant plus -d'empressement[703] à la satisfaire que nulle pensée jalouse ne le -tourmentait à l'égard d'un rival dont l'âge était si fort disproportionné -avec le sien. Il écrivit à ce sujet à Bussy, qui, toujours avide des -louanges qu'on donnait à son esprit, ne manqua pas, dans un voyage qu'il -fit à Dijon pour ses affaires, de rendre visite à madame Bossuet. Au -moment de son départ ne l'ayant pas trouvée chez elle, il lui fit ses -adieux par une lettre où il lui demandait son amitié[704]. Craignant sans -doute le ridicule de se commettre avec une si jeune et si belle femme, il -mit peu d'empressement à lui écrire; mais elle lui envoya la tragédie de -_Bérénice_ de Racine, qui venait de paraître; et, à propos et sur le -sujet de cette pièce[705], il engagea avec elle une correspondance -suivie; de telle sorte que, peu à peu séduit par les louanges qu'elle lui -donnait, il finit par lui parler le langage de la galanterie et de -l'amour. C'est où elle avait voulu l'amener. L'abbé de Choisy était -retourné à Paris, et c'est à elle qu'il adressait les lettres qu'il -écrivait à Bussy, et qui de Dijon étaient transmises à ce dernier dans le -lieu de la Bourgogne où il se trouvait. De même Bussy faisait passer à -madame Bossuet les lettres qu'il écrivait à l'abbé de Choisy[706], -principalement pour qu'elle se procurât le plaisir d'en prendre lecture, -et qu'elles lui valussent de nouveaux éloges[707]. - - [703] BUSSY-RABUTIN, _Lettres_, édit. 1737, in-12 (10, 20, 28 et - 30 juillet 1671), t. III, p. 375, 376, 377.--Lettres de - mademoiselle de Montpensier, de mesdames de Motteville, - etc.--Lettre de madame de Montmorency (5 novembre), dans le - recueil de Léopold Collin, 1806, in-12, p. 128. - - [704] BUSSY-RABUTIN, _Lettres_ (10 juillet 1671), t. III, p. - 367.--(10 septembre 1671), t. III, p. 417. - - [705] BUSSY-RABUTIN, _Lettres_ (1er, 3, 5 et 13 août 1671), t. - III, p. 387, 389. - - [706] BUSSY-RABUTIN, _Lettres_ (24, 26, 29, 30 août, et 2 - septembre 1671), t. III, p. 400 à 412.--_Ibid._ (10 septembre, 6 - novembre, 19 et 22 décembre 1671), t. III, p. 436 à 445. - - [707] BUSSY-RABUTIN, _Lettres_ (4 mars, 12 et 15 avril, 6 et 9 - mai 1672), édit. 1737, in-12, t. III, p. 470, 481-483, 495-497. - -Comme madame Bossuet ne faisait aucun mystère des lettres que lui -écrivait Bussy, qu'elle en tirait même vanité, on sut dans toute la -Bourgogne, et même à Paris[708], que le comte de Bussy-Rabutin -entretenait une correspondance avec elle; et l'historien des Amours des -Gaules fut mis au nombre des amants de cette belle-sÅ“ur de l'évêque de -Condom. Madame de Montmorency, madame la comtesse de la Roche et -mademoiselle de Scudéry, qui recevait chez elle l'abbé de Choisy, -apprirent à Bussy que cela se disait à Paris[709]. - - [708] BUSSY, _Lettres_ (15 février 1673), t. V, p. 292.--Lettre - de madame de Montmorency (8 avril 1673), t. V, p. 293.--Lettre de - la comtesse de la Roche. - - [709] BUSSY-RABUTIN (14 et 16 septembre 1672), t. III, p. 525 et - 528. - -Le 17 février 1673, madame de Scudéry écrivait[710]: «On dit que madame -Bossuet est cachée à Paris, et qu'on la fait chercher pour l'enfermer -dans un couvent. M. de Condom, son beau-frère, me loua l'autre jour sa -beauté et son esprit; mais je vois bien qu'il n'est pas content de sa -conduite. Est-il vrai, ne vous déplaise, que c'est vous qui l'avez amenée -à trois ou quatre lieues de Paris? Notre ami l'abbé de Choisy a, dit-on, -de grands soins d'elle. Il y a trois mois que je ne l'ai vu: l'amour -démonte extrêmement la cervelle.» - - [710] _Lettres de mesdames_ SCUDÉRY, DE SOLIAN, DE SALIEZ, etc. - (17 février 1673); 1806, in-12, p. 104. (Le nom de Bossuet est en - toutes lettres dans cette édition, et aussi dans la _Suite des - Mémoires de_ BUSSY-RABUTIN, mss. 221 de l'Institut, p. - 10.)--BUSSY, _Lettres_, t. IV, p. 27. - -On pourrait croire que la beauté de madame Bossuet était connue du roi, -car madame de Scudéry termine sa lettre ainsi: «Vous me deviez bien venir -voir quand vous amenâtes madame Bossuet à Paris. Je ne prétends pas que -vous me veniez visiter malgré les défenses du roi. Il ne pardonnerait pas -un voyage qu'on ne ferait que par amitié; mais je crois qu'il vous -pardonnerait celui que vous avez fait pour madame Bossuet, s'il -le savait; car le tyran qui vous a fait marcher est de sa -connaissance[711].» - - [711] BUSSY, _Lettres_ (17 février 1673), t. IV, p. 28.--SCUDÉRY, - _Lettres_, p. 105 et 106.--_Suite des Mémoires de_ BUSSY, mss., - p. 10 v{o}. - -Mais en examinant cette correspondance avec attention, on s'aperçoit -qu'un certain marquis, amoureux de madame Bossuet, s'était offert à elle -pour servir d'intermédiaire entre elle et le roi, ce qu'elle refusa, -craignant des indiscrétions[712]. Bussy, qui n'était point allé à Paris, -répondit à mademoiselle Scudéry: «M. de Condom a raison de vous louer la -beauté et l'esprit de madame Bossuet, mais surtout son esprit: personne -ne l'a plus agréable qu'elle. Pour sa conduite, ce n'est pas la même -chose: elle ne plaît à personne, pas même à ses amants en faveur, à qui -elle est si mauvaise; et ce n'est pas seulement comme beau-frère ou comme -évêque que M. de Condom y trouve à redire. Il a eu d'autres raisons; je -ne sais si elles durent encore.» - - [712] BUSSY, _Lettres_ (26 et 30 août 1671), t. III, p. 402 à - 407.--(9 novembre 1671), t. III, p. 440-442. - -Cette perfide insinuation caractérise bien l'envie et la méchanceté de -Bussy. Il détestait Bossuet, non-seulement alors une des gloires de la -France, mais aussi une puissance en Bourgogne, par l'amitié intime qui le -liait au grand Condé, gouverneur de cette province et ennemi déclaré de -Bussy. L'amitié qui unissait Condé et Bossuet était ancienne, et datait -de la jeunesse de tous les deux. Lorsqu'âgé de vingt et un ans Bossuet -soutint sa thèse de bachelier, Condé, qui n'en avait que vingt-six et -qu'illustraient déjà les victoires de Fribourg, de Nordlingue et de -Dunkerque, avait assisté, avec tout son état-major et les seigneurs de sa -suite, au triomphe du jeune théologien. Depuis lors il était resté son -ami et son admirateur, et il fut en toute occasion le protecteur de sa -famille. Bussy avait des moyens de donner de la consistance à ses -calomnies sur l'évêque de Condom. Il avait vu Bossuet très-jeune, avant -qu'il fût entré dans les ordres, présenté chez Fouquet par madame -Duplessis-Guénégaud, qui fut une de ses premières protectrices. Madame de -Sévigné, dès le commencement de son mariage, avait fait connaissance avec -Bossuet à l'hôtel de Rambouillet; et, depuis, elle eut des occasions plus -fréquentes encore de se lier plus familièrement avec lui, lorsqu'il était -un habitué de l'hôtel de Nevers[713]. L'historien du prélat est obligé -d'avouer qu'à cette époque le jeune Bossuet n'avait pas cette sévérité de -mÅ“urs, cette répulsion pour les amusements mondains qu'il manifesta -depuis; qu'il fréquentait les spectacles et aimait la comédie, bien qu'il -la proscrivit depuis dans un de ses meilleurs écrits. De dix enfants -qu'avait eus le père Bossuet, Bénigne était le septième; par conséquent -son frère aîné était beaucoup plus âgé que lui. Bénigne Bossuet était -fort bel homme, et n'avait que trente-quatre ans lors du mariage de sa -belle-sÅ“ur. Mais, nonobstant ces faits, les perfides insinuations de -Bussy ne nuisaient alors qu'à lui-même quand elles s'attaquaient à -Bossuet[714]. La calomnie respecta ce grand homme tant qu'il vécut, et -elle n'osa essayer de noircir sa vie que quand il fut descendu dans la -tombe. Bussy, continuant sa lettre, dit: «Où avez-vous appris cette belle -nouvelle, que j'ai mené madame Bossuet à Paris? Je vous assure qu'il n'y -a rien de si faux. - - [713] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, t. III, p. 16-29, - chap. I. - - [714] DE BAUSSET, _Histoire de Bossuet_, liv. I, p. 10, 11, 12, - 13; liv. II, p. 22, 24; Pièces justificatives, no 1, t. I, p. 3, - 18, 19, 22, 168, 171-359, 4e édit., 1824, in-12. - - Pour conduire un objet charmant, - Au hasard de déplaire au maître, - Il faudrait être son amant, - Et je n'ai pas l'honneur de l'être[715]. - - [715] BUSSY, _Suite des Mémoires_, mss., p. 11 (22 février - 1673).--_Ibid._, _Lettres_, t. IV, p. 29; mais dans l'imprimé il - n'y a que les initiales des noms, et ces mots de la citation (p. - 305), _ou comme évêque_, sont retranchés. - -«La vérité est que je ne l'ai pas vue depuis l'année passée, au mois -d'août, que je l'ai quittée à Dijon; et quoiqu'elle fût assez de mes -amies, je n'ai appris de ses nouvelles que par le bruit public. Elle a -été à Paris et puis en Lorraine, et puis est retournée à Paris, où elle -est (dites-vous) cachée, et l'abbé de Choisy avec elle[716].» - - [716] BUSSY, _Suite de ses Mémoires_, mss., p. 12. Tout ce - paragraphe a été retranché dans l'édit. des lettres. - -Dans une de ses lettres, Bussy dépeint ainsi madame Bossuet: «C'est une -des plus jolies femmes que j'aie jamais vues, de quelque côté qu'on la -regarde.» Il en parle aussi comme aimant à exciter la passion sans la -partager: ce qui était vrai pour lui, mais non pour l'abbé de -Choisy[717]. - - [717] BUSSY, _Lettres_ (9 avril 1672), t. III, p. 479. - -Les flatteries que Bussy adressait à madame Bossuet dans les lettres -qu'il lui écrivait prouvent qu'il n'eût pas demandé mieux que d'être son -amant: s'il en fut autrement, c'est que madame Bossuet, entourée de plus -jeunes galants, ne voulait pas pousser sa correspondance romanesque avec -Bussy jusqu'au dénoûment[718]. Cette correspondance était pour elle un -exercice d'esprit et un agréable entretien de confiance amicale; mais -Bussy avait voulu donner à ses flatteries et à ses lettres un sens plus -prononcé, qui tendit plus directement au but qu'il désirait atteindre; et -il lui écrivit: «On ne peut longtemps avoir de l'amitié pour vous sans -trouver que Patry avait raison de dire - - Qu'il est malaisé - Que l'ami d'une jeune dame - Ne soit un amant déguisé[719].» - -Elle répondit: - -«Si Patry avait fait pour moi les vers que vous m'avez adressés, je lui -aurais répondu: - - Soyez amant, si vous voulez; - Je ne le défends à personne; - Brûlez, parlez, persévérez; - Mais sachez que mon cÅ“ur se donne - Moins aisément qu'une couronne[720].» - - [718] Conférez BUSSY, _Lettres_ (13, 26 et 30 août 1671), t. III, - p. 370, 401, 403, 407.--(6 novembre 1671), t. III, p. 436.--(19 - décembre 1671), t. III, p. 446.--(12 et 15 avril 1672), t. III, - p. 481 et 482.--(6 et 9 mai 1672), t. III, p. 495 à 497. - - [719] BUSSY, _Lettres_ (2 octobre 1671), t. V, p. 207. - - [720] BUSSY, _Lettres_ (3 octobre 1671), t. V, p. 210. - -Piqué au vif de se voir traité si lestement, Bussy se vengea de madame -Bossuet par les propos indiscrets qu'il tint sur son compte, et leur -correspondance cessa. Mais Bussy en eut regret; il reconnut ses torts, et -écrivit pour réparer sa faute à madame Bossuet, qui n'avait pas, comme -autrefois madame de Sévigné, des motifs de parenté et de tendre affection -pour lui pardonner. Elle lui répondit de manière à le convaincre que leur -rupture était définitive[721]. Il avait donc cessé depuis quelque temps -toute correspondance avec elle, lorsqu'elle disparut de Dijon. On la fit -chercher dans Paris, où l'on crut que Bussy, rompant son ban, l'avait -secrètement conduite. Sa lettre à madame de Scudéry était donc sur cela -en tout point, conforme à la vérité. Bussy ne cacha pas même à cette -amie qu'il avait été fortement épris de madame Bossuet. «Il n'est pas -vrai, lui écrivait-il, que je sois fâché que la conduite de madame -Bossuet m'ait empêché de l'aimer, car je ne veux plus avoir de passions; -mais il est certain que, si du temps que j'en voulais, j'eusse trouvé une -femme faite comme elle, fidèle et tendre, je l'eusse aimée plus que ma -vie[722].» - - [721] BUSSY, _Lettres_ (30 juillet et 2 août 1672), t. V, p. 261 - et 262. - - [722] _Suite des Mémoires de_ BUSSY, mss., p. 20 v{o}. (Lettre de - Bussy, datée de Chaseu, à madame de Scudéry, du 23 mars 1673.) - -Alors que Bussy permettait à son imagination de s'arrêter sur la folie de -passions si peu faites pour son âge, il cherchait à marier sa fille -aînée, celle qu'il avait eue de sa première femme. Privée de sa mère dès -son bas âge, mademoiselle de Rabutin fut élevée chez la comtesse de -Toulongeon, son aïeule, et ensuite au couvent des sÅ“urs de Sainte-Marie. -Lors de son exil, Bussy l'emmena avec lui en Bourgogne, où, dit-il, «je -lui ai plus appris à vivre que toute autre chose.» Avec lui, en effet, -son esprit se développa, son goût se forma; elle apprit à bien réciter -des vers et même à en faire; elle jouait la comédie avec grâce et avec -naturel; enfin, elle faisait le charme de la société que Bussy réunissait -dans ses deux châteaux[723]. C'était à elle que le P. Rapin envoyait les -nouveautés littéraires qu'il jugeait dignes d'être lues par elle et par -son père. Il lui fit parvenir surtout la comédie des _Femmes savantes_, -de Molière, qui lui plaisait plus que toute autre pièce de cet inimitable -auteur[724]. Parmi les divers partis qui se présentèrent, le marquis de -Coligny[725], qui devait par la suite obtenir sa main, fut d'abord écarté -par Bussy, qui donna la préférence au comte de Limoges, fils du marquis -de Chandenier, capitaine des gardes du corps[726]. Bussy lui trouvait -assez de noblesse, mais pas assez de bien; et il voulait transmettre en -héritage ce qu'il possédait à son fils aîné, et ne donner qu'une faible -dot à sa fille. - - [723] BUSSY, _Lettres_ (18 et 22 janvier 1673), t. IV, p. 7 et - 10.--_Ibid._ (8 septembre 1669), t. V, p. 93. - - [724] BUSSY, _Lettres_ (18 janvier, 14 février et 25 mars 1673), - t. IV, p. 8, 25 et 63. - - [725] _Suite des Mémoires de_ BUSSY, mss., p. 118. - - [726] _Suite des Mémoires du comte_ DE BUSSY-RABUTIN, p. - 23.--SÉVIGNÉ, _Lettres_ (22 juillet 1672; 15 décembre 1673), t. - III, p. 107 et 165, édit. G.; _ibid._, t. III, p. 40, 173, édit. - M.--Le comte de Limoges était Charles-François de Rochechouart. - -Le jeune homme, dans l'espoir d'épouser mademoiselle de Rabutin, dont il -était amoureux, s'embarqua sur l'escadre du comte d'Estrées, pour gagner -un grade à la guerre, et y fut tué[727]. Mais alors il avait été refusé -par mademoiselle de Bussy, qui épousa le marquis de Coligny. Elle, ainsi -que sa tante madame de Sévigné, parlent avec dédain de ce comte de -Limoges[728]. Cependant, tant qu'il fut question de ce mariage, Bussy y -gagna un correspondant de plus; et quoiqu'il en eût de bien zélés et de -bien notables, et que le nombre eût été augmenté de l'abbé Fléchier, qui -venait d'être reçu de l'Académie française, et de Despréaux, qui ne -devait y entrer que dix ans plus tard, cependant les lettres qu'il reçut -alors du jeune comte de Limoges surpassent en importance historique -toutes celles de cette époque contenues dans le recueil de Bussy. Ce -jeune homme s'était trouvé au célèbre combat des flottes combinées -d'Angleterre et de France contre celles de Hollande, où, malgré la -grande inégalité des forces, Tromp et Ruyter parvinrent à sauver leur -patrie d'une ruine entière[729]. Les lettres du comte de Limoges, écrites -de Londres et des côtes de la Grande-Bretagne[730], renferment sur nos -voisins alliés, et alors alliés très-dévoués, des détails piquants et -curieux qui devaient beaucoup plaire à Bussy. Elles lui valurent aussi -des lettres du comte d'Estrées, qui commandait en chef la flotte. Le -comte d'Estrées s'intéressait au comte de Limoges, à cause de sa -bravoure. Il était brave en effet celui dont Villeroy disait que, dans -les siéges, il n'avait d'autre lit que la tranchée[731]! - - [727] BUSSY, _Lettres_ (25 avril 1678), t. VI, p. 22. - - [728] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (24 janvier 1675), t. III, p. 368, édit. - G.; t. III, p. 252, édit. M. - - [729] BUSSY, _Suite des Mémoires manuscrits_ (29 mai, 8 et 25 - juin 1673), t. IV, p. 25, 27, 28. - - [730] BUSSY, _Lettres_ (30 mai, 23 juin, 7 juillet 1673), t. IV, - p. 71, 79.--_Ibid._ (2 et 15 novembre 1671, 30 août 1675), t. V, - p. 212, 213, 364 et 365. - - [731] BUSSY, _Lettres_ (15 avril 1678), t. VI, p. 22. - -Bussy ne cessait de solliciter des services et d'adresser au roi des -plaintes sur son exil, demandant qu'il lui fût permis au moins d'aller à -Paris, pour vaquer à des procès d'où dépendait une grande partie de sa -fortune. Il ne recevait point de réponse, et il se désespérait, lorsque -tout à coup la permission de se rendre dans la capitale lui fut accordée -sur une demande qu'il n'avait point écrite, dont il n'avait aucune -connaissance. C'était cette excellente amie madame de Scudéry qui, -sachant ses projets, ses désirs, l'urgence des affaires qui lui -commandaient de se rendre à Paris, avait intéressé en sa faveur la -duchesse de Noailles. Celle-ci avait sollicité son mari, et son mari le -roi. Madame de Scudéry avait elle-même dressé la requête au nom de Bussy; -elle l'avait signée et fait présenter comme de lui, sans lui en parler. -Lorsqu'elle eut réussi, elle lui envoya la lettre du duc de Noailles, qui -lui notifiait la permission du roi[732]. - - [732] _Suite des Mémoires de_ BUSSY, mss. autogr. de l'Institut, - in-4º, p. 33-35 (7, 8 et 12 juillet 1673).--BUSSY, _Lettres_, - édit. 1737, t. IV, p. 74-78 (7 et 10 juillet 1673).--_Madame_ DE - SCUDÉRY, édit. de Léopold Collin, 1806, in-12, p. III. - -Bussy alors se ressouvint qu'il avait négligé d'écrire à madame de -Sévigné depuis qu'elle était en Provence[733]. Il savait que l'époque de -son retour à Paris approchait, et qu'il aurait besoin de son intervention -pour se réconcilier avec ses ennemis, et obtenir son rappel à la cour. Il -y croyait, il était gonflé d'espérance[734]. Déjà en effet la _Gazette de -Hollande_[735], instruite de son prochain voyage à Paris, avait annoncé -qu'il allait avoir un commandement dans l'armée. Il avait négligé la -marquise de Gouville autant que madame de Sévigné; et, en arrivant dans -la capitale, il ne pouvait se dispenser d'aller lui rendre visite. Il -résolut de renouer ces deux correspondances, dont il avait été autrefois -si fortement préoccupé[736]. La lettre que Bussy adresse à madame de -Sévigné est courte, et telle qu'il la fallait pour provoquer une réponse -plus longue. Bussy promet d'envoyer de nouveaux projets de généalogie des -Rabutin, sur lesquels il serait bien aise d'avoir l'avis de l'abbé de -Coulanges[737]. Comme il regrettait de ne plus recevoir aucune lettre de -Corbinelli, il termine ainsi la sienne: «Madame, mandez-moi de vos -nouvelles; je suis en peine aussi de n'en avoir aucune de notre ami. -Quelqu'un m'a dit qu'il était dans une dévotion extrême. Si c'était cela -qui l'empêchât d'avoir commerce avec moi, j'aimerais autant qu'il fût -déjà en paradis.» - - [733] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 septembre 1672), édit. G., t. III, - p. 115; _ibid._, t. III, p. 46, édit. M.--BUSSY, _Lettres_, t. I, - p. 112 et 113. - - [734] BUSSY, _Lettres_ (11 juillet 1673), t. IV, p. 304. - - [735] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juillet 1673), t. III, p. 168, édit. - G.; t. III, p. 94, édit. M. - - [736] BUSSY, _Lettres_ (26 juin 1673), t. IV, p. 300. Conférez la - 2e partie de ces _Mémoires_, 2e édit., chap. III et V, p. 30 et 48. - - [737] _Suite des Mémoires du comte_ DE BUSSY-RABUTIN, mss. de - l'Institut, p. 33 (30 juin 1673); dans les éditions, 26 juin - 1673.--BUSSY, _Lettres_, édit. 1737, t. I, p. 116.--SÉVIGNÉ, - _Lettres_, t. III, p. 163, édit. G.; t. III, p. 89, édit. M. - -Bussy ne tarda pas à recevoir de madame de Sévigné une lettre -très-amicale. Elle lui disait: «Au mois de septembre j'irai à Bourbilly, -où je prétends que vous viendrez me trouver[738].» - - [738] Texte du manuscrit.--_Suite des Mémoires du comte_ DE - BUSSY-RABUTIN, p. 37 v{o} (15 juillet 1673), et 38 (la lettre de - Corbinelli).--BUSSY, _Lettres_ (t. I, p. 125, édit. - 1837).--SÉVIGNÉ, _Lettres_, t. III, p. 165, édit. G.; t. III, p. - 90, édit. M. - -Corbinelli fit une plus longue lettre. Son attachement pour madame de -Sévigné augmentait à mesure qu'il la voyait plus souvent, et sa société -était pour lui un besoin de tous les jours[739]. Allait-elle à Grignan, -il se rendait à Grignan; retournait-elle à Paris, il revenait à Paris. -Dans la conversation de ce savant, de cet érudit homme du monde, madame -de Sévigné trouvait des distractions sans nombre, une intarissable source -d'instruction, un empressement bien doux à lui rendre service et à la -consoler dans les chagrins qu'elle-même se créait. Corbinelli, en effet, -naturellement sensible et affectionné, s'occupait toujours des amis qu'il -s'était faits, et tous ses amis s'occupaient de lui. Madame de la Fayette -avait alors écrit à son sujet à madame de Sévigné[740]: «Mandez-moi de -ses nouvelles: tant de bonnes volontés seront-elles toujours inutiles à -ce pauvre homme? Pour moi, je crois que c'est son mérite qui lui porte -malheur; Segrais porte aussi guignon. Madame de Thianges est des amies de -Corbinelli, madame Scarron, mille personnes, et je ne lui vois plus -aucune espérance de quoi que ce puisse être. On donne des pensions aux -beaux esprits; c'est un fonds abandonné à cela: il en mérite mieux que -ceux qui en ont. Point de nouvelles; on ne peut rien obtenir pour lui.» - - [739] Conférez la 3e partie de ces _Mémoires_, t. III, p. 390. - - [740] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (14 juillet 1673), t. III, p. 160, édit. - G.; _ibid._, p. 87, édit. M. - -Les causes qui empêchaient Corbinelli d'augmenter sa trop modique fortune -étaient faciles à deviner, et sans doute madame de la Fayette avait trop -de pénétration pour ne pas les reconnaître; mais il devait lui convenir -de feindre l'ignorance sur ce point. La Rochefoucauld, Marsillac, dont -elle disposait, madame Scarron, madame de Thianges, Segrais et tant -d'autres avaient à la cour d'autres choses à faire qu'à user leur crédit -pour obtenir des grâces en faveur d'un ami qui ne les sollicitait pas, -qui ne flattait personne, qui restait attaché aux grands dont il était -l'ami, même lorsqu'ils étaient exilés, comme Vardes et comme Bussy. En ne -se montrant pas plus empressés que lui de changer pour un peu d'argent -son heureuse existence, ne lui rendait-on pas service? Pouvait-on lui -donner des fonctions lucratives sans lui imposer en même temps des -devoirs à remplir, sans lui ôter l'admirable emploi qu'il faisait de ses -loisirs indépendants? Lui qui avait toujours vécu libre et heureux, lui -qui donnait tous ses moments à la satisfaction de son cÅ“ur et de son -esprit, comment eût-il pu supporter le supplice d'avoir pour pensée -principale le soin d'amasser de l'argent? Comment eût-il pu subir la -torture d'assujettir toutes ses actions à ce but unique? Un si dur -esclavage eût été incompatible avec le bonheur dont il a joui pendant sa -vie séculaire. Son calme philosophique se peint tout entier dans cette -réponse à Bussy: - -«J'aurais un fort grand besoin, Monsieur, que le bruit de ma dévotion -continuât: il y a si longtemps que le contraire dure que ce changement en -ferait peut-être un dans ma fortune. Ce n'est pas que je ne sois -pleinement convaincu que le bonheur et le malheur de ce monde ne soit le -pur et unique effet de la Providence, où la fortune et le caprice des -rois n'ont aucune part. Je parle si souvent sur ce ton-là qu'on l'a pris -pour le sentiment d'un bon chrétien, quoiqu'il ne soit que celui d'un bon -philosophe.» Il informe ensuite Bussy qu'avec madame de Sévigné et madame -de Grignan ils ont lu Tacite tout l'hiver; «et, ajoute-t-il, je vous -assure que nous le traduisons très-bien[741].» Ce _nous_ s'applique moins -à lui qu'à ses compagnes, qui n'auraient pas entrepris de traduire Tacite -sans son secours. Il apprend de même à Bussy qu'il a fait un gros traité -de rhétorique en français, un autre de l'art historique, et un gros -commentaire sur l'_Art poétique_ d'Horace. Mais il lui parle surtout de -la philosophie de Descartes, à l'étude de laquelle il s'est plus -particulièrement adonné depuis un an: «Sa métaphysique me plaît; ses -principes sont aisés et ses déductions naturelles. Que ne l'étudiez-vous? -Elle vous divertirait avec mesdemoiselles de Bussy (Bussy avait ses deux -filles avec lui). Madame de Grignan la sait à miracle, et en parle -divinement. Elle me soutenait l'autre jour que plus il y a d'indifférence -dans l'âme, et moins il y a de liberté. C'est une proposition que -soutient agréablement M. de la Forge dans un traité de l'_Esprit de -l'homme_, qu'il a fait en français et qui m'a paru admirable[742].» -Bussy, qui ne comprend rien à la philosophie de Descartes, qui n'a pas lu -le traité de la Forge, répond spirituellement: «Puisque madame de Grignan -vous soutient que plus il y a d'indifférence dans une âme, moins il y a -de liberté, je crois qu'elle peut soutenir qu'on est extrêmement libre -quand on est passionnément amoureux[743].» Bussy avait raison de se -railler de cette proposition, parce qu'il entendait par indifférence -cette faculté positive que nous avons de nous déterminer à choisir entre -deux contraires, c'est-à -dire à affirmer ou à nier une même chose[744]. -Mais Descartes entendait par indifférence cet état neutre de l'âme dans -lequel elle se trouve quand elle ne sait à quoi se déterminer; «de sorte, -disait-il, que cette indifférence que je sens lorsque je ne suis point -emporté vers un côté plutôt que vers un autre, par le poids d'aucune -raison, est le plus bas degré de la liberté, et fait plutôt un défaut ou -un manquement dans la connaissance qu'une perfection dans la volonté; car -si je voyais toujours clairement ce qui est vrai, ce qui est bon, je ne -serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je -devrais faire; et ainsi je serais entièrement libre sans jamais être -indifférent[745].» Et, à l'aide du copieux commentaire de Louis de la -Forge sur ce texte de Descartes, madame de Grignan prouvait -victorieusement la vérité de son prétendu paradoxe. - - [741] BUSSY, _Suite des Mémoires manuscrits_, p. 38 et 39 (15 - juillet 1673), t. III, p. 166, édit. G.; _ibid._, t. III, p. 96, - édit. M. - - [742] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 juillet 1673), t. III, p. 167, édit. - G. - - [743] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juillet 1673), t. III, p. 173, édit. - G.--_Ibid._, t. III, p. 96. - - [744] _Traité de l'esprit de l'homme, de ses facultés et - fonctions et de son union avec le corps, suivant les principes de - René Descartes_, par LOUIS DE LA FORGE, docteur en médecine, - demeurant à Saumur; Paris, Michel Robin, 1666, in-4º, p. 144-148. - - [745] LOUIS DE LA FORGE, _De l'esprit de l'homme_, 1666, in-4º, - p. 145-147-156, chap. XI, _De la Volonté_. - -Descartes avait rouvert chez les modernes le champ de bataille, fermé -depuis des siècles, à cet antagonisme philosophique qui résulte de la -double nature de l'homme spiritualiste et sensualiste; il avait renouvelé -le combat entre l'idée et la sensation, entre l'esprit et la matière. -L'intelligence de l'homme est-elle pourvue d'une force inhérente à son -essence? est-elle douée de la faculté de percevoir, ou n'est-elle que le -miroir sur lequel s'empreint la perception? L'idée pure existe-t-elle par -elle-même, ou n'est-elle que la sensation transformée? Ces doctrines -opposées s'étaient autrefois personnifiées chez les Grecs dans Aristote -et dans Platon. Descartes, en se plaçant dans le camp de ce dernier, -étonna le monde par la hardiesse des sublimes efforts de son génie -scrutateur et par la manière décisive, absolue avec laquelle il paraît -résoudre les plus difficiles problèmes de la pensée humaine. Par -l'enchaînement serré de ses idées, il semble vouloir toujours démontrer, -comme a dit son disciple de la Forge, «qu'il en est des vérités comme des -êtres: elles dépendent toutes les unes des autres; elles sont toutes -jointes, ou comme des effets à leurs causes, ou comme des causes à leurs -effets, ou comme des propriétés à leur essence[746].» - - [746] LOUIS DE LA FORGE, _Traité de l'esprit de l'homme_, p. 350. - -Près d'un quart de siècle s'était écoulé depuis la mort de Descartes, et -les partisans de ses doctrines n'avaient cessé de s'accroître parmi ceux -que recommandaient la profondeur de leur esprit, l'universalité de leur -savoir et la pratique des plus hautes vertus. Les théologiens surtout, en -adoptant cette philosophie, la complétèrent; ils ajoutèrent le sentiment -à l'idée, l'amour à la raison. Ainsi modifiée, cette philosophie n'était -nullement contraire à la foi et aux décisions de l'Église, que Descartes -respecta toujours, mais en plaçant le doute comme sentinelle impitoyable -aux portes de l'intelligence, et en n'y admettant que l'absolu. Ce -système tendait à accroître l'orgueil de l'homme et sa confiance dans son -intelligence, et, par l'abus de la raison, à faire tomber l'esprit humain -dans les abîmes sans fond du scepticisme; ou, par l'excès de l'exaltation -religieuse, à vaporiser ses forces dans les nuages du mysticisme. Ce -double danger, auquel le cartésianisme ne put échapper, le discrédita, et -prépara le succès de la philosophie sensualiste du siècle suivant. Mais, -à l'époque qui nous occupe, le cartésianisme était en progrès; et ses -partisans avaient, pour le défendre contre ses antagonistes, toute -l'ardeur des néophytes. Ce qui caractérise ce siècle si différent du -nôtre, c'est que ce fut à des femmes que s'était adressé Descartes pour -hâter le succès de ses méditations ardues. La palatine princesse -Élisabeth et la reine Christine avaient été ses disciples et ses -protectrices; et, après sa mort, nombre de femmes se glorifiaient -d'apprécier sa philosophie, et se déclaraient cartésiennes. Dans cette -lettre à Corbinelli, où Bussy exprime, pour lui et pour sa fille, le -regret de n'avoir personne pour les mettre en train sur la nouvelle -philosophie, il manifeste le désir de l'apprendre, et il ajoute: «Mais, à -propos de Descartes, je vous envoie des vers qu'une de mes amies a faits -sur sa philosophie; vous les trouverez de bon sens, à mon avis[747].» -Cette pièce de vers, de l'une des plus savantes et des plus spirituelles -correspondantes de Bussy, mademoiselle Dupré, fut imprimée dans le -recueil du P. Bouhours, avec ce titre: _l'Ombre de Descartes_[748]. Dans -ces vers, l'ombre de Descartes s'adresse à mademoiselle de la Vigne, -comme elle cartésienne, comme elle aussi connue par son talent pour la -poésie. Mademoiselle de la Vigne, fille d'un médecin et fort belle, pour -se livrer avec plus de liberté à ses goûts pour l'étude, ne se maria -point: elle était alors âgée de trente-neuf ans, et il paraît que ses -savants entretiens sur la philosophie cartésienne lui avaient acquis une -assez grande réputation pour que (même en accordant toute licence à -l'hyperbole poétique) mademoiselle Dupré ait osé faire parler de la -manière suivante l'ombre de Descartes: - - Par vos illustres soins mes écrits à leur tour - De tous les vrais savants vont devenir l'amour; - J'aperçois nos deux noms, toujours joints l'un à l'autre, - Porter chez nos neveux ma gloire avec la vôtre, - Et j'entends déjà dire en cent climats divers: - Descartes et la Vigne ont instruit l'univers. - - [747] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (27 juillet 1673), t. III, p. 171, édit. - G.; t. III, p. 96, édit. M. - - [748] _Recueil de vers choisis_, 1693, in-12, p. 25, édit. de - Hollande, p. 27.--_Ibid._, édit. de Paris, 1701, p. 34 et 38. - -L'épître à mademoiselle de la Vigne, dont Bussy envoya une copie aux -hôtes du château de Grignan, dut y être lue avec plaisir. Alors, comme -nous l'apprend Corbinelli, on s'occupait à Grignan de l'étude de la -philosophie de Descartes. Elle était le seul aliment à ce besoin de -discussion qui semble inhérent à l'esprit humain et sans lequel il -tomberait dans une ennuyeuse torpeur. Les bulles, les querelles des -jansénistes et des jésuites paraissaient suspendues, et les réguliers de -Port-Royal avaient été réintégrés dans leurs couvents. Dès l'année 1668, -le grand Arnauld avait obtenu la permission de reparaître. Boileau, qui -l'avait souvent rencontré chez le premier président M. de Lamoignon, et -s'était lié d'amitié avec ce grand docteur de Sorbonne, lui avait -courageusement adressé sa nouvelle épître[749] sur la fausse honte qui -nous empêche d'avouer que nous sommes convaincus des vérités que nous -avions repoussées: le satirique se disposait à faire imprimer l'arrêt -burlesque en faveur des nouveautés philosophiques de Descartes, Gassendi -et autres, qu'il avait composé pour prévenir un arrêt sérieux que -l'Université songeait à obtenir du parlement contre ceux qui -enseigneraient dans les écoles d'autres principes que les principes -d'Aristote. Madame de Sévigné en avait reçu (en septembre 1671) une copie -manuscrite, tandis qu'elle était en Bretagne[750]. Cette pièce, qu'elle -avait d'abord trouvée parfaite et pleine d'esprit[751], devint pour elle -admirable quand sa fille, à laquelle elle l'avait envoyée, l'eut -approuvée. - - [749] _OEuvres de_ BOILEAU DESPRÉAUX, édit. de Saint-Marc, 1744, - in-8º, t. I, p. 185 et 186. Cette épître fut écrite en 1673, et - était la cinquième dans l'ordre de la composition. Voyez BOILEAU, - t. II, p. 28, édit. de Berriat Saint-Prix. - - [750] _Ibid._, t. IV, p. 108-143-144.--Édit. Saint-Marc, t. III, - p. 98.--3e édit. de Berriat Saint-Prix. - - [751] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (6 et 20 septembre 1671), t. II, p. 217, - 218 et 233, édit. G.; t. II, p. 182-195, édit. M.--L'arrêt fut - composé le 12 août 1671; il en circula des copies; il ne fut - imprimé qu'en 1674. - -Ainsi madame de Sévigné se trouvait bien disposée pour recevoir les -leçons de Corbinelli et de sa fille, qui voulaient faire d'elle une -prosélyte de Descartes. Le livre de Louis de la Forge était -merveilleusement choisi comme moyen d'instruction: c'était un excellent -ouvrage d'exposition cartésienne; il ne contenait rien de neuf, rien qui -ne fût déjà dans Descartes, dans ses Méditations, dans ses réponses aux -objections, ses principes, son traité des passions, ses lettres; mais -tout cela était recueilli et commenté avec méthode et clarté; et, de nos -jours, le savant et véridique historien de la philosophie du XVIIe siècle -a jugé que, même après la lecture des Å“uvres du maître, ce traité d'un -de ses meilleurs disciples méritait d'être connu pour lui-même et -complétait sa doctrine psychologique en quelques points secondaires[752]. -La longue préface du docteur de Saumur est peut-être la meilleure et la -plus importante partie de son ouvrage; elle en est certainement la plus -adroite. Il savait que les plus grands obstacles qui s'opposaient à -l'établissement du cartésianisme dans les écoles et dans les séminaires -étaient les doctrines d'Aristote et de saint Augustin, qui y dominaient -depuis longtemps; et il s'attache à démontrer que les points fondamentaux -de la philosophie cartésienne se retrouvent dans Aristote et dans saint -Augustin, et surtout que ce dernier «ne pensait pas autrement que M. -Descartes touchant la nature de l'âme[753].» - - [752] DAMIRON, _Histoire de la philosophie au XVIIe siècle_; - 1846, t. II, p. 24 à 29. - - [753] _Traité de l'esprit de l'homme, par_ LOUIS DE LA FORGE, - _docteur en médecine à Saumur_; Préface, p. 9-40. - -Pour Aristote, madame de Sévigné en faisait bon marché: elle ne l'avait -pas lu. Mais quant à saint Augustin, c'était tout différent: elle -connaissait et comprenait très-bien la doctrine de ce premier des -métaphysiciens de la chrétienté, et elle y adhérait fortement. Les -lectures qu'elle avait faites de Nicole, de Pascal, les sermons de -Bourdaloue, ses entretiens avec les Arnauld, avec Bossuet, Mascaron -l'avaient rendue très-forte en théologie. - -En arrivant en Provence, elle dit à Arnauld d'Andilly: «Vous seriez bien -étonné si j'allais devenir bonne à Aix! Je m'y sens quelquefois portée -par un esprit de contradiction; et voyant combien Dieu y est peu aimé, je -me trouve chargée d'en faire mon devoir... Je suis plus coupable que les -autres, _car j'en sais beaucoup_[754].» - - [754] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 décembre 1672), t. III, p. 130, - édit. G.--_Ibid._, t. III, p. 59 et 60, édit. M. - -Elle faisait cet aveu à Arnauld d'Andilly plutôt par humilité que par -vanité, et pour montrer qu'elle ne voulait pas s'excuser sur ses -manquements à la religion par l'ignorance de ses devoirs. Nous savons -qu'elle cachait sa science, sous ce rapport bien différente de sa -fille[755]. On ne peut douter que, dans les entretiens qu'elle eut à -Grignan avec elle et avec Corbinelli, elle n'ait opposé de fortes -objections aux raisonnements qu'on lui produisait et qu'on puisait dans -le traité du docteur de Saumur. - - [755] Voyez 3e partie de ces _Mémoires_, p. 421-429-435. - -Dans ces intéressants et sérieux débats, madame de Sévigné n'aura pas -oublié de faire remarquer que de la Forge dit, au début de son ouvrage, -qu'il ne prétend se servir, dans ses démonstrations, d'aucune des vérités -que la foi nous a révélées, parce que de tels arguments ne sont pas bons -à employer en philosophie, «dont le principal but est, dit-il, de -découvrir les vérités où la seule lumière naturelle peut -atteindre[756];» mais qu'ensuite, lorsqu'il veut démontrer l'immortalité -de l'âme, il n'en peut trouver d'autre preuve certaine que les promesses -de Dieu faites à l'homme par la révélation; car Dieu, dont toutes les -âmes émanent, peut, dans sa toute-puissance, anéantir ce qu'il a lui-même -créé[757]. - - [756] LOUIS DE LA FORGE, _Traité de l'esprit de l'homme_, p. 5, - ch. I. Dessein et division du traité. - - [757] _Ibid._, p. 67, chap. VII, _Que l'esprit est immortel_. - -Madame de Sévigné dut surtout faire observer que les philosophes -cartésiens, qui prétendent ne procéder que selon une méthode rigoureuse, -et avoir constamment en main la pierre de touche du doute pour éprouver -la réalité et le degré de pureté de chaque vérité, sont, au contraire, -dans leurs spéculations hardies, les plus téméraires, les plus -dogmatiques de tous les philosophes; qu'ils étaient souvent fort obscurs -dans leurs démonstrations et dangereux pour les vérités de la foi[758]; -et que surtout ils avaient le grand défaut d'abuser du raisonnement et de -fatiguer en vain l'attention, en la fixant sur des matières qui sortent -des limites imposées à l'entendement humain et à la nature périssable de -l'homme, comme, par exemple, lorsque de la Forge entreprend d'examiner -quel sera l'état de l'âme après la mort[759]. Quels furent les résultats -des conférences tenues à Grignan sur ces graves sujets entre madame de -Sévigné, madame de Grignan et Corbinelli? Nous les connaissons par les -lettres subséquentes de madame de Sévigné; nous les avons déjà fait -entrevoir à nos lecteurs par des citations extraites de quelques-unes de -ces lettres, mais nous ne les avons pas résumés d'une manière assez -précise. Ces résultats furent que madame de Sévigné demeura plus que -jamais convaincue de l'inanité de la philosophie cartésienne pour prouver -la vérité de la foi. Cela se montre évidemment dans ses lettres, par -quelques railleries qu'elle et sa fille s'adressent[760], et par le -besoin qu'elles manifestent de se convaincre mutuellement et de -s'entretenir sur ces matières. Madame de Sévigné parle plus souvent -qu'avant son séjour à Grignan de son _père Descartes_; elle se dit de -plus en plus _bête_ pour comprendre les grandes vérités de sa doctrine; -et sa fille, pour la provoquer à son tour, lui demande si elle est -toujours «cette petite dévote qui ne vaut guère[761].» - - [758] Voyez les passages de BOSSUET cités par M. JULES SIMON dans - son _Introduction aux OEuvres philosophiques de_ BOSSUET; Paris, - Charpentier, 1843, p. V et VI. - - [759] LOUIS DE LA FORGE, _Traité de l'esprit de l'homme_, p. 403, - chapitre XXV, _De l'état de l'âme après la mort_. - - [760] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 422-429. Les - lettres citées suffisent, mais elles n'y sont pas toutes. - - [761] Voyez la 3e partie de ces _Mémoires_, p. 423. - -Mais, chose remarquable, les effets de ces conférences furent tout autres -pour Corbinelli. Dans ses lettres à Bussy, il nous apprend qu'il est -philosophe; peu après, madame de Sévigné se vante que Corbinelli ne -négligera plus la religion, depuis qu'il a appris à la connaître. En -effet, il s'était converti; mais en se convertissant il resta cartésien; -et sa foi, exaltée par l'effet de ses opinions philosophiques, le -transporta dans la région du mysticisme. Madame de Grignan fut -très-mécontente de ce changement qui s'était opéré dans l'esprit de -Corbinelli; elle se permit de l'appeler _le mystique du diable_[762]. - - [762] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 septembre 1689), t. IX, p. 454, - édit. G.--_Ibid._, t. IX, p. 109, édit. M. - -«Mais je vous gronde, répondit madame de Sévigné, de trouver notre -Corbinelli _le mystique du diable_. Votre frère en pâme de rire [ce -frère, à la fin de sa vie, devint plus mystique que Corbinelli]; je le -gronde comme vous. Comment! _mystique du diable_, un homme qui ne songe -qu'à détruire son empire, qui ne cesse d'avoir commerce avec les ennemis -du diable, qui sont les saints et les saintes de l'Église! un homme qui -ne compte pour rien son chien de corps, qui souffre la pauvreté -_chrétiennement_, vous direz _philosophiquement_; qui ne cesse de -célébrer les perfections et l'existence de Dieu!... Et vous appelez cela -_le mystique du diable_!... Il y a dans ce mot un air de plaisanterie qui -fait rire d'abord et qui pourrait surprendre les simples. Mais je -résiste, comme vous voyez; et je soutiens le fidèle admirateur de sainte -Thérèse, de ma grand'mère et du bienheureux Jean de la Croix[763].» -Yupez, ou Jean de la Croix, qui fut avec sainte Thérèse le législateur -des carmes déchaussés, est un des auteurs mystiques dont les ouvrages ont -été le plus répandus; et Corbinelli devait d'autant mieux se plaire à -leur lecture qu'il était familiarisé avec la langue espagnole, si -harmonieuse, si expressive, si bien adaptée à la sensation de la vive -flamme de l'amour de Dieu et des angoisses de l'âme, délices et tourments -du solitaire voué à la vie contemplative. - - [763] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (15 janvier 1690), t. X, p. 197 et 198, - édit. G.--_Ibid._, t. IX, p. 305 et 306, édit. M.--Remarquez que - madame de Sévigné ne dit pas _saint_ Jean de la Croix, parce - qu'il ne fut canonisé que longtemps après (en 1726); mais elle - dit le _bienheureux_, parce qu'il avait été béatifié en 1675. - -Cependant la mysticité de Corbinelli n'a jamais affaibli son attachement -pour ses amis, ni même diminué son estime pour la philosophie -cartésienne. Le savant Huet s'était montré, dans sa jeunesse, partisan -de Descartes; mais longtemps après il combattit sa doctrine, et voulut -jeter du ridicule sur son auteur quand ce grand homme abandonna sa patrie -pour devenir le courtisan d'une reine de Suède[764]. Corbinelli prit à -cette occasion la défense de Descartes; et ses amis, auxquels il lut son -écrit, l'engagèrent à le terminer et à le publier; mais il n'en fit rien. -Jamais il ne put se résoudre à faire imprimer aucun de ses ouvrages; et -madame de Sévigné nous en donne la raison quand elle dit de lui: «Vous le -connaissez, il brûle tout ce qu'il griffonne: toujours vide de lui-même -et plein des autres, son amour-propre est l'intime ami de leur -orgueil[765].» C'est par cette raison que des nombreux ouvrages de -Corbinelli dont il est fait mention dans ses lettres, aucun n'a été -imprimé, et qu'on a seulement publié cinq petits volumes qui ne -contiennent que des extraits de livres de littérature légère[766]. On n'y -a point admis les extraits de livres composés sur des sujets pieux, les -seuls auxquels il se complaisait dans sa vieillesse. «Il a, dit madame de -Sévigné, un Malaval qui le charme; il a trouvé que ma grand'mère et -l'amour de Dieu de notre _grand-père_ saint François de Sales étaient -aussi spirituels que sainte Thérèse. Il a tiré de ces livres cinq cents -maximes d'une beauté parfaite; il va tous les jours chez madame le -Maigre, très-jolie femme, où l'on ne parle que de Dieu, de la morale -chrétienne, de l'évangile du jour: cela s'appelle des conversations -saintes; il en est charmé, il y brille; il est insensible à tout le -reste[767].» Ceci se rapporte à une époque postérieure à celle dont nous -traitons. Lorsque Corbinelli était à Grignan avec madame de Sévigné et sa -fille, il s'entretenait alors du Tasse avec la première et des -_Méditations_ de Descartes avec la seconde[768]; mais il ne se -préoccupait nullement de la _Pratique facile pour élever l'âme à la -contemplation_, de François Malaval. - - [764] Dans un petit écrit malin, intitulé _Nouveaux mémoires pour - servir à l'histoire du cartésianisme_, par M. G. de l'A., 1692 - (75 pages). Ces initiales sont celles de Gilles de l'Aunais; mais - cet ouvrage n'est pas de lui; il prêta son nom à Huet, qui ne - voulut pas s'avouer l'auteur de cet écrit. Tout le monde sut - qu'il était de l'évêque d'Avranches. D'Olivet, bien instruit, l'a - inscrit dans la liste des ouvrages de ce dernier. Voyez - _Huetiana_, 1722, in-12, _Éloge de Huet_, p. XXIII. - - [765] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 septembre 1689), t. IX, p. 455, - édit. G.--_Ibid._, t. IX, p. 110, édit. M. - - [766] _Recueil de tous les beaux endroits des ouvrages des plus - célèbres auteurs de ce temps_, divisés en cinq tomes; 1696 (5 - vol. in-18). - - [767] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (11 septembre 1689), t. IX, p. 455, - édit. G.; t. IX, p. 110, édit. M. - - [768] SÉVIGNÉ, _Lettres_ (18 septembre 1672), t. III, p. 116, - édit. G.--_Ibid._, t. III, p. 46, édit. M. - -Quand une grande ferveur de dévotion inspira à Corbinelli un goût -exclusif pour les écrits des mystiques, madame de Sévigné fut la première -qui en fut instruite; mais cette confidence d'un ami qu'elle estimait -tant n'eut sur elle qu'une faible influence. Madame de Sévigné aimait -trop ses enfants, ses amis, le monde pour aimer Dieu à la manière de sa -grand'mère et du saint évêque de Genève, qu'elle appelle son grand-père, -ne se faisant aucun scrupule de badiner plaisamment sur l'usage qui avait -prévalu de ne pas séparer les noms vénérés de Frémyot de Chantal et de -François de Sales. - -Lorsqu'il fallut se résoudre à quitter Grignan, madame de Sévigné ne -pensait plus qu'avec effroi à l'instant fatal où elle se séparerait de sa -fille. Dans la Provence, elle n'avait vu qu'elle, elle ne regrettait -qu'elle; et elle n'eût pu surmonter sa douleur sans la promesse que lui -fit madame de Grignan de venir la rejoindre. La diplomatie d'une -assemblée de députés des villes et des communautés, les intrigues du -palais d'un gouverneur de province n'intéressaient que médiocrement une -femme habituée aux agitations d'une cour où luttaient les ambitions les -plus élevées, où se décidait la fortune de tant de hauts personnages, -d'une cour dont l'éclat et la splendeur s'accroissaient chaque jour par -la gloire du monarque qui y régnait. Le pays où madame de Grignan se -trouvait heureuse de dominer plaisait peu à madame de Sévigné: la pâle -verdure des oliviers, le sombre aspect des cyprès, l'ardeur desséchante -d'un ciel d'azur fatiguaient ou attristaient ses regards. Ce château de -Grignan, exposé à tous les vents, sans abri contre les rayons brûlants du -soleil, d'où l'Å“il plane orgueilleusement sur des champs pierreux et -infertiles, lui faisait regretter les beaux ombrages de Livry. A cette -Provence si vantée elle préférait sa verte Bourgogne et sa Bretagne -inculte. Lyon, Aix, Marseille, Toulon avaient charmé sa curiosité, mais -ne pouvaient lui faire oublier Paris, Versailles, Saint-Germain. La -nouveauté des aspects et des objets qui s'offraient à ses regards lui -rendait plus chers encore les endroits où elle avait passé son enfance, -sa jeunesse, les plus belles années de sa vie. C'est dans ces lieux si -pleins de ses souvenirs et de ses vives émotions que nous allons la -suivre. - - - - -NOTES - -ET - -ÉCLAIRCISSEMENTS. - - - - -NOTES - -ET - -ÉCLAIRCISSEMENTS. - - -CHAPITRE PREMIER. - -Chapitre I, page 1, et chapitre III, p. 67. - -_Sur les voyages de madame de Sévigné de Paris aux Rochers et des Rochers -à Paris._ - - -Madame de Sévigné mit exactement le même temps pour se rendre de Paris -aux Rochers que pour retourner des Rochers à Paris; dans ces deux fois, -elle n'arriva au lieu de sa destination que le dixième jour. Partie le -lundi matin, 18 mai, de Paris (lettre du lundi 18 mai 1671 en partant, t. -II, p. 76, édit. G.), elle n'arriva aux Rochers que le mercredi de la -semaine suivante (t. II, p. 85, édit. G.). - -Pour retourner à Paris, elle partit le mercredi 9 décembre 1671 (t. II, -p. 307, édit. G.), et elle n'arriva que le vendredi 18 décembre de la -semaine suivante. Dans les deux fois, le calcul des distances nous donne -le même nombre de lieues: quatre-vingt-trois lieues et demie. Elle -faisait donc environ huit lieues et un quart par jour, et, en retranchant -le jour de repos, neuf lieues et un quart. - -La première fois, elle ne s'était arrêtée pour séjourner qu'après un -trajet de soixante lieues, à Malicorne, chez le marquis de Lavardin. La -seconde fois, à son retour à Paris, elle part des Rochers le mercredi; -et, pour éviter le pavé de Laval, elle va coucher chez madame de Loresse, -parente de madame de Grignan (lettres des 9 et 13 décembre 1671, t. II, -p. 308 et 310, édit. G.), où elle paraît avoir séjourné. Là on la fait -consentir à prendre deux chevaux de plus, et chacune de ses deux calèches -est attelée de quatre chevaux. Loresse est un domaine situé à la gauche -de la route de Vitré ou des Rochers, à mille ou douze cents toises de -Beaulieu et de Montjean, près de trois autres lieux nommés la -Brianterie, le Rocher, les Loges (voyez carte de Cassini, no 97). Ainsi -madame de Sévigné, pour éviter le pavé de Laval, au lieu de continuer -droit vers l'est, se dirigea au sud. Arrivée par Argentré à Loresse, où -elle coucha, elle avait fait seulement le premier jour dix mille toises -ou cinq lieues. De Loresse, il est probable qu'elle prit la route tracée -dans Cassini, qui se dirigeait au nord-est depuis Montjean sur -Saint-Berthevin, où elle rejoignit, après avoir traversé une partie de la -forêt de Concise, la route de Laval. Ce trajet jusqu'à Laval est de neuf -mille toises, quatre lieues et demie; mais nous voyons, dans la lettre du -13 décembre, que madame de Sévigné ne s'arrêta à Laval que pour prendre à -la poste les lettres de sa fille: ainsi elle alla ce jour-là coucher à -Mêlay. - -De Laval à Mêlay on compte dix mille sept cents toises, ou cinq lieues de -poste et un quart. Ainsi madame de Sévigné, en partant de Loresse, avait -fait dix lieues de poste, ou quarante kilomètres. Par ces détours, elle -allongea sa route de quatre lieues au moins entre les Rochers et Mêlay. - -De Mêlay à Malicorne (lettre du dimanche 13 décembre 1671, t. II, p. -309), où madame de Sévigné alla probablement coucher, la distance (par -Sablé) est de vingt mille toises, ou dix lieues de poste; de Malicorne au -Mans, quinze mille cinq cents toises, ou sept lieues et un quart de -poste; et du Mans à Paris, en passant par Chartres, d'après le livre de -poste (les autres distances ont été mesurées par nous sur les cartes de -Cassini), on compte cinquante-trois lieues de poste (lettre du vendredi -18, t. II, p. 313). Madame de Sévigné ne mentionne aucun lieu dans cet -intervalle; il est probable qu'elle coucha à Chartres et à Bonnelle: -ainsi elle avait mis dix jours à faire ces quatre-vingt-sept lieues. - -J'apprends par une lettre de M. Grille, le savant bibliothécaire de la -ville d'Angers, que l'ancienne famille de Loresse existe encore dans le -département de la Mayenne. Une demoiselle de Loresse habite Laval, où -elle a fondé une maison de refuge pour les orphelins. Sa terre est située -dans la commune de Montjean, à dix-huit kilomètres au sud-ouest de Laval, -sur la route stratégique, et sur l'ancien chemin de Vitré à Malicorne. Le -château, qui remonte au XVIe siècle, avec des reconstructions et -réparations des XVIIe et XVIIIe, est de fort belle apparence; il est -entouré de bois, et on y arrive par de longues avenues. Tout annonce que -la race des Loresse était de haut parage et possédait une grande fortune. - - -Page 37, ligne 7: Une maison avec cour et jardin, qu'on appelait _la Tour -de Sévigné_. - -Il paraît que cette maison de Vitré a été aliénée du vivant de madame de -Sévigné, ou peu de temps après sa mort; car il n'en est pas fait mention -dans l'état des biens-fonds de la maison de Sévigné, donné à la suite de -la lettre du marquis de Sévigné, publiée pour la première fois en 1847, -par M. Monmerqué. Dans cet état, il n'est parlé que des biens-fonds qui -suivent, avec leur évaluation (p. 21): - - LA TERRE DES ROCHERS 120,000 fr. - LA TERRE DE BODEGAT 120,000 - LA TERRE DE SÉVIGNÉ 18,000 - LES TERRES DONNÉES PAR MADAME D'ACIGNÉ A - MADAME DE SÉVIGNÉ 60,000 - LA TERRE DE BURON 100,000 - -Cependant, comme dans son acte mortuaire, daté du 28 mars 1713 (il mourut -le 26), le marquis de Sévigné est qualifié de seigneur des Rochers, de -Bodegat, _d'Estrelles, de Lestremeur, de Lanroz et autres lieux_, il est -possible qu'à cause de leur peu de valeur, ou parce qu'elles étaient -grevées de charges et d'hypothèques, il ait négligé de faire mention de -la _Tour de Sévigné_ aussi bien que des terres _d'Estrelles, de -Lestremeur, de Lanroz_ et autres lieux. - - -CHAPITRE II. - - -Page 48, ligne 17: Ce noble et grand édifice. - -Pour juger ce qu'était le château de Grignan avec ses tourelles gothiques -et l'élégance italienne de sa façade moderne, il faut voir les dessins -qui en ont été faits dans le temps où il n'était point encore dégradé, et -qui se trouvent dans le tome LXIX du grand recueil intitulé _France_ -(_département de la Drôme_), qui est au cabinet des estampes de la -Bibliothèque nationale. Les gravures de ce château, qu'on a publiées -depuis, n'en donnent qu'une idée imparfaite. Les vues, dans le volume -indiqué, sont au nombre de trois: l'une représente la façade sur le -chemin de Valréas; une autre, la façade du côté du potager, et enfin -cette même vue moins étendue, mais plus en grand, pour ce qui concerne -l'édifice seul. Il existe une bonne lithographie des ruines de ce -château, dessinée par Sabattier, lithographiée par Eugène Ciceri, une -autre plus petite dessinée par Veyran et gravée par Bonjan. - - -CHAPITRE III. - - -Page 68, ligne 12: Elle y coucha, pour la première fois, le 7 mai 1672. - -J'apprends par M. Monmerqué qu'une quittance de Coulanges semble prouver -que madame de Sévigné se trouvait dans cette maison le 7 avril, ce qui -n'est pas en contradiction avec ses lettres, vu la proximité de la maison -qu'elle devait quitter et de celle qu'elle devait occuper. - -«Transaction signée par Philippe de Coulanges, abbé de Livry, demeurant -rue Sainte-Anastase, paroisse Saint-Gervais, devant Gabillon, notaire, le -7 avril 1672.» - -Un autre acte démontre que, le 18 avril 1671, elle demeurait rue de -Thorigny. - -«Acte de vente par dame Marie de Rabutin-Chantal, veuve de Henri, marquis -de Sévigné, demeurant à Paris, en son _hôtel, rue de Thorigny_, paroisse -Saint-Gervais, comme ayant les droits cédés de Françoise-Marguerite, dame -de Grignan, sa fille, et se portant fort de son fils mineur, émancipé, à -Jean Boisgelin, vicomte de Meneuf, président à mortier du parlement de -Rennes, propre audit marquis de Sévigné, de la terre de la Baudière, -située paroisse Saint-Didier, évêché de Rennes, moyennant quarante mille -livres; cette vente passée, le 18 avril 1671, chez Gabillon, notaire à -Paris, et ses collègues.» - - -Page 75, ligne 8: Et il fit insérer le programme de ce prix dans la -Gazette. - -Dans ce programme, il est dit que «c'est pour mettre au-dessus du -corinthien et du composite qui est au dedans de la cour du Louvre; et que -si quelqu'un a trouvé quelque belle pensée qu'il ne puisse modeler, il -sera reçu à en apporter le dessin pour être modelé par les sculpteurs de -Sa Majesté, s'il se trouve le mériter.» On ne songeait pas alors à -revenir au gothique. - - -Page 81, ligne 5: Un grand nombre d'ouvrages. - -D'Olivet a donné une liste des ouvrages de l'abbé Cotin, qui paraît -complète; cependant il donne à ses Poésies chrétiennes la date de 1657, -et j'ai un volume intitulé _Poésies chrétiennes_ de l'abbé COTIN, à -Paris, chez Pierre le Petit, M DC LXVIII. Le privilége porte: «Achevé -d'imprimer, pour la première fois, le 15 mars 1668.» Ce volume commence -par un poëme intitulé _la Madeleine au sépulchre de Jésus-Christ_, et il -se termine par des _Vers au roi sur son retour de la Franche-Comté_, qui -sont nécessairement postérieurs à 1657.--D'Olivet ni l'auteur de -l'article _Cotin_ dans la _Biographie universelle_ n'ont point connu ce -volume. - - -Page 82, ligne 2: Humilier son sot et insolent orgueil. - -Pour donner une idée de la fatuité de Cotin, il suffira de citer un -passage de ses _OEuvres galantes_, t. I, p. 14. - -«Mon chiffre, c'est deux CC entrelacés, qui, retournés et joints -ensemble, feraient un cercle. Je m'appelle Charles, comme vous savez; et -parce que mes énigmes ont été traduits[769] en italien et en espagnol, et -que mon _Cantique des cantiques_ a été envoyé par toute la terre, à ce -qu'a dit un deviseur du temps, ou, si vous voulez, un faiseur de devises, -il m'a bien voulu, de sa grâce, appliquer ce mot des deux chiffres d'un -grand prince et d'une grande princesse, Charles, duc de Savoie, et -Catherine d'Autriche: - - _Juncta orbem implent._ - -Cela veut dire un peu mystiquement que mes Å“uvres rempliront le rond de -la terre, quand elles seront toutes reliées ensemble.» Nous pourrions -transcrire beaucoup d'autres passages de ce genre qui justifient ce que -Molière a dit de lui: - - Je vis, dans le fatras des écrits qu'il nous donne, - Ce qu'étale en tous lieux sa pédante personne, - La constante hauteur de sa présomption, - Cette intrépidité de bonne opinion, - Cet indolent état de confiance extrême, - Qui le rend en tout temps si content de soi-même, - Qui fait qu'à son mérite incessamment il rit, - Qu'il se sait si bon gré de tout ce qu'il écrit, - Et qu'il ne voudrait pas changer sa renommée - Contre tous les honneurs d'un général d'armée. - - (_Les Femmes savantes_, act. I, sc. III, t. VI, p. 111 et 112, - édit. de 1676.) - - [769] Cotin fait le mot _énigme_ masculin, et on était partagé - alors sur le genre de ce mot; on le faisait assez indifféremment - masculin ou féminin. (Voyez RICHELET, _Dictionnaire_, 1680, t. I, - p. 286, au mot _Énigme_.) - -Que dire de M. RÅ“derer, qui, dans son _Mémoire pour servir à l'histoire -de la société polie_, p. 314, prétend que Molière n'a pas eu en vue Cotin -dans le rôle de Trissotin, parce que Trissotin est un homme marié et non -un prêtre, et parce que Boscheron, l'auteur de l'insipide recueil -intitulé _le Carpenteriana_, a rapporté une anecdote évidemment fausse -sur _les Femmes savantes_, qu'à tort a copiée l'exact auteur de la vie de -Molière? M. RÅ“derer croit que cette application de Trissotin à Cotin est -une supposition gratuite des commentateurs de Molière. M. RÅ“derer ignore -donc que le sonnet et le madrigal ridiculisés dans _les Femmes savantes_ -se trouvent textuellement dans les _OEuvres de Cotin_; que Visé, en -rendant compte dans le _Mercure galant_ (t. I, lettre du 12 mars 1672) de -la première représentation des _Femmes savantes_, nous apprend que -Molière lui-même, pour prévenir les suites que pouvait avoir l'outrage -qu'il allait se permettre contre un homme de lettres, un prêtre ridicule, -mais estimé, crut devoir faire au public, avant la représentation de sa -pièce, une déclaration pour désavouer l'intention d'aucune application -qu'on pourrait en faire? Visé prétend que l'idée de cette application du -personnage de Trissotin à Cotin est due à une querelle que Molière avait -eue avec ce dernier huit ans avant la représentation des _Femmes -savantes_; il termine en faisant l'éloge de Cotin, et en disant qu'un -homme de son mérite ne doit pas se mettre en peine d'une telle -application. Enfin M. RÅ“derer oublie l'épigramme qui fut composée sur -Trissotin et Cotin en 1682, et ce qu'ont dit et écrit sur ce sujet -Boileau, Brossette, son commentateur, le P. Niceron, d'Olivet, Bayle, -Baillet et tous ceux qui ont le mieux connu l'histoire de ces temps. -Contre l'usage, un silence absolu sur Cotin paraît avoir été gardé par -l'abbé Dangeau lorsqu'il lui succéda à l'Académie française, et aussi par -le directeur de l'Académie, chargé de répondre au récipiendaire. Cotin -mourut en janvier 1682; et l'obscurité où il vécut dans ses dernières -années fut telle que des hommes comme Richelet et Baillet ont ignoré -l'époque de sa mort et ont commis des erreurs qui ont été reproduites -dans plusieurs ouvrages. - - -Page 84, ligne 18: Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, mourut -trois mois avant la première représentation des _Femmes savantes_. - -La duchesse de Montausier n'était pas non plus à la première -représentation des _Précieuses ridicules_, qui eut lieu le 18 novembre -1659; car alors elle se trouvait à Angoulême, soignant sa fille, malade -de la petite vérole. (_Mémoires sur la vie de M. le duc de Montausier_, -t. I, p. 142.) - -Ceci n'infirme en rien, mais plutôt confirme ce qu'on fait dire à Ménage -dans le _Ménagiana_, t. II, p. 65, que mademoiselle de Rambouillet, -madame de Grignan et tout l'hôtel de Rambouillet étaient à cette première -représentation des _Précieuses ridicules_. «Nous remarquons, dit un -auteur, de _singulières bévues_ sur les personnages accessoires, qui -ôtent toute autorité à ce récit. A cette époque, mademoiselle de -Rambouillet était, depuis quatorze ans, madame de Montausier, et elle -n'avait pas manqué de se rendre à Angoulême avec son mari. Madame de -Grignan avait suivi le sien en Provence.» Ces lignes, écrites par un -historien sérieux et de beaucoup de mérite, sont vraiment _singulières_. -Les paroles prêtées à Ménage ou dites par lui (peu importe) prouvent -qu'il n'y avait que deux des filles de madame de Rambouillet à la -représentation des _Précieuses ridicules_. Celle qui était mariée (madame -de Grignan) ne pouvait avoir été rejoindre son mari en Provence, -puisqu'il n'y était pas, et qu'il n'avait rien à y faire; mademoiselle de -Rambouillet n'était pas non plus avec son mari, puisqu'elle n'en avait -pas et qu'elle était mademoiselle de Rambouillet, et non madame de -Montausier. Le même auteur dit qu'il est las de lire cette anecdote, tant -elle lui paraît suspecte. Nous croyons pouvoir assurer que cette -anecdote, en ce qui concerne la présence des personnes désignées, quand -elle aurait été avancée sans autorité, n'en est pas moins véritable. En -effet, elle n'est pas seulement vraisemblable, mais il nous paraît -impossible qu'elle ne soit pas vraie. Qu'on se reporte à cette époque où, -dans la haute société, il n'existait pas un seul mari, un seul père qui -ne fût flatté d'entendre mettre sa femme ou sa fille au rang des -_précieuses_, au rang des femmes qui fréquentaient l'hôtel de -Rambouillet; qu'on juge de l'effet que dut produire sur un tel public -cette simple annonce des comédiens: _Première représentation des -Précieuses ridicules!_ Pas une seule des personnes qui étaient admises -chez madame de Rambouillet, si elle n'était empêchée, ne dut manquer à -cette représentation. - - -Page 89, ligne 7: Et que madame de Montespan jeûnait austèrement tous -les carêmes. - -Ce ne fut point cette année (1671), comme le prétend M. RÅ“derer dans son -_Histoire de la société polie_, p. 299, ch. XXVII, que, par des scrupules -de religion, Louis XIV fut sur le point de se séparer de madame de -Montespan, mais à la fin de l'année 1675. M. RÅ“derer a été trompé par la -mauvaise édition qu'a donnée la Beaumelle des _Lettres de madame de -Maintenon_, t. II, p. 100, lettre 2e à madame de Saint-Géran. Les -dernières lignes n'appartiennent pas à cette lettre, qui est bien donnée, -d'après l'autographe, par Sautereau de Marcy dans son édition des -_Lettres de Maintenon_, t. II, p. 110. Dans cette édition, le passage sur -lequel s'appuie M. RÅ“derer et les lignes qui suivent ne s'y trouvent -pas. L'_Histoire de Bossuet_ par le cardinal de Bausset (liv. V, VIII, t. -II, p. 44, 4e édit., 1824, in-12) et les lettres de Bossuet (20 juillet -1675, t. XXXVII des _OEuvres_) ne laissent aucun doute sur l'époque et -les circonstances de cette tentative infructueuse pour engager le roi à -répudier sa maîtresse. - - -Page 90, ligne 5: La place d'honneur était réservée à la Vallière. - -Les Mémoires de Maucroix, que je cite en note, ont été publiés par la -Société des bibliophiles de Reims, et tirés à un très-petit nombre -d'exemplaires. De Maucroix fut député par le chapitre de Reims pour -complimenter le Tellier, qui, de coadjuteur, avait été nommé archevêque. -De Maucroix se rendit pour cet objet, en août 1671, avec trois autres -chanoines ses collègues, à Fontainebleau, où la cour était alors; et -voici comme il raconte ce qu'il vit, en attendant qu'il pût être reçu par -l'archevêque: - -«M. Barrois et moi, ayant vu les carrosses de S. M. qui étaient dans la -cour de l'Ovale, nous attendîmes près d'une heure; et enfin nous vîmes le -roi monter en calèche, madame la Vallière placée la première, le roi -après, et ensuite madame de Montespan, tous trois sur un même siége, car -la calèche était fort large. Le roi était fort bien vêtu, d'une étoffe -brune avec beaucoup de passements d'or; son chapeau en était bordé. Il -avait le visage assez rouge. La Vallière me parut fort jolie, et avec -plus d'embonpoint qu'on ne me l'avait figurée. Je trouvai madame de -Montespan fort belle; surtout elle avait le teint admirable. Tout -disparut en un moment. Le roi, étant assis, dit au cocher: Marche! Ils -allaient à la chasse du sanglier.» _Mémoires de_ M. FR. DE MAUCROIX, ch. -XX, 2e fascicule, p. 33. - - -CHAPITRE IV. - - -Page 107, lignes 5 et 9: Madame de Brancas avait été une des femmes les -plus compromises... On crut que la beauté de mademoiselle de Brancas... - -La femme du comte de Brancas se nommait Suzanne Garnier. Au volume III, -p. 217, du Recueil de chansons historiques, mss. de la Bibliothèque -nationale, un des couplets porte: - - Brancas vend sa fille au roy, - Et sa femme au gros Louvoy. - -Ménage disait que l'on ne pouvait faire l'histoire de son temps sans un -recueil de vaudevilles; mais dans ces recueils, si pleins d'impureté, -toujours les faits vrais et scandaleux sont exagérés, et ils en -renferment un grand nombre évidemment calomnieux. Il est cependant -remarquable qu'on ne trouve pas un seul couplet qui inculpe madame de -Sévigné, et ils en renferment plusieurs qui font son éloge. Quant à -Suzanne Garnier, comtesse de Brancas, ces recueils en font presque une -autre comtesse d'Olonne, et il y est dit (t. III, p. 195, année 1668): - - Brancas, depuis vingt ans, - A fait plus de cent amants. - -Dans le nombre de ces amants, l'annotateur cite d'ElbÅ“uf, Beaufort, -d'Albret, Lauzun, Bourdeilles, comte de Matha, Monnerot, Partisan, -Fouquet. - - -Page 112, ligne 18: On sut d'autant plus gré à mademoiselle de Lenclos -d'en prendre la peine. - -En 1672, on fit sur Ninon un couplet qui ne peut être cité en entier, car -les muses des chansonniers de cette époque étaient presque toujours -ordurières, même lorsque le sujet semblait appeler d'autres idées et -d'autres expressions: - - On ne reverra, de cent lustres, - Ce que de notre temps nous a fait voir Ninon, - Qui s'est mise, en dépit....., - Au nombre des hommes illustres. - - (_Recueil de chansons historiques_, mss. de - la Biblioth. nationale, vol. III, p. 551.) - - -Page 117, lig. 22: A un bon mot de Ninon sur la comtesse de Choiseul. - -Le passage de madame de Sévigné est ainsi: «La Choiseul ressemblait, -comme dit Ninon, à un printemps d'hôtellerie. La comparaison est -excellente.» - -Ce passage de la lettre de madame de Sévigné a été mal compris. On a cru -qu'il s'agissait de mauvais tableaux représentant le Printemps, exposés -dans les cabarets. Nullement. D'assez bons artistes de cette époque -avaient fait graver des têtes de femmes d'une beauté idéale, pour -représenter toutes les expressions et toutes les formes que la beauté -peut revêtir; ils désignaient ces têtes par un titre qui indiquait leurs -intentions allégoriques: c'était la _Langueur_, le _Désir_, la -_Dévotion_, les _Muses_, les _Grâces_, le _Printemps_, l'_Été_, etc. Des -copistes imitèrent ces gravures d'une manière grossière, et les -enluminèrent de couleurs fortes, pour les cabarets, les hôtelleries de -passage et les gens du peuple; et c'étaient là les seules gravures qu'on -y voyait, comme aujourd'hui des _Bonaparte_ et des scènes de la -révolution. Comparer une femme à l'élégante et gracieuse figure nommée -_le Printemps_ était en faire un grand éloge et dire qu'elle était fort -belle; mais dire qu'elle ressemblait à la caricature de cette gravure, -beaucoup plus connue que l'original, c'était la rendre ridicule, c'était -exciter le rire, et faire, comme dit madame de Sévigné, une excellente -comparaison.» - - -CHAPITRE V. - - -Page 123, ligne 16: On ouvrit à Cologne des conférences. - -Charles-Albert, dit d'Ailly, duc de Chaulnes, conduisait ces conférences. -Dans le _Recueil de chansons historiques_ (mss. de la Bibl. nationale, -1673, vol. IV, p. 73), on trouve une chanson qui prouve que le sérieux -des négociations n'empêchait pas les intrigues amoureuses des -personnages français réunis à Cologne. Élisabeth Férou, femme du duc de -Chaulnes, avait avec elle, comme demoiselle de compagnie, une très-belle -personne nommée mademoiselle Auffroy, qu'on appelait par plaisanterie _la -Princesse_. Elle fut aimée de Berthault et par Anne Tristan de la Baume; -mais, selon l'annotateur de la chanson, un certain abbé de Suze parvint à -supplanter tous ses rivaux. - - -Page 124, ligne 10: La duchesse de Verneuil. - -La duchesse de Verneuil était cette Charlotte Seguier, fille du -chancelier Seguier, qui, d'abord duchesse de Sully, avait épousé en -secondes noces Henri, duc de Verneuil, fils naturel de Henri IV et -d'Henriette de Balzac, comtesse d'Entragues. Par ce mariage, les Seguier -avaient l'honneur de se trouver alliés à une princesse du sang. Quand la -duchesse de Verneuil mourut en 1704, Louis XIV, qui voulait élever à un -haut rang ses enfants naturels, porta quinze jours le deuil, comme pour -une princesse du sang. (SAINT-SIMON, _Mémoires_, t. IV, p. 311.) Elle -était, par son premier mariage, la mère du duc de Sully et de la -princesse de Lude. (SÉVIGNÉ, _Lettres_, 3 et 9 février 1672, 26 mars -1680, t. I, p. 311; t. II, p. 372; t. VI, p. 416; t. IX, p. 295, édit. -G.; t. I, p. 236; t. II, p. 311; t. VI, p. 210; t. VIII, p. 457, édit. -M.) - - -Page 124, ligne 14: Et Barillon. - -Barillon, qui joua comme ambassadeur un si malheureux rôle en Angleterre, -était petit, vif, empressé auprès des femmes. Fort riche, il n'épargnait -pas l'argent pour réussir auprès d'elles: c'est ce que nous apprend une -des plus intéressantes historiettes de Tallemant des Réaux, qui nous fait -connaître une madame de Marguenat. Cette madame de Courcelles-Marguenat -était une coquette aussi habile et aussi séduisante que Ninon et qui -aurait pu être aussi célèbre, «puisqu'on disait qu'elle avait Brancas -pour brave, le chevalier de Gramont pour plaisant, Charleval et le petit -Barillon pour payeurs.» Brancas et Gramont sont bien connus des lecteurs -de madame de Sévigné et d'Hamilton; Charleval l'est par ses poésies, et -Barillon par l'histoire et divers mémoires. Assurément cette femme, qui -finit par se faire épouser par Bachaumont, son dernier amant[770], savait -se bien pourvoir. - - [770] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. VI, p. 152, édit. - in-12; t. IV, p. 236, édit. in-8º. - - -Page 126, ligne 11: Sa tante de la Troche. - -Cette dame était amie et non tante de madame de Sévigné; et dans la 3e -partie, 2e édition de ces _Mémoires_, p. 376, ligne 9, il y a une faute -de copiste, et, au lieu de la Troche, il faut lire la Trousse. - - -Page 130, ligne 28: En s'adressant à sa fille. - -Je m'étonne que les éditeurs de madame de Sévigné ne se soient pas -aperçus que ce paragraphe avait été transposé, et à tort intercalé dans -le _post-scriptum_ du comte de Grignan, qui, après ces mots, _ne vient -pas de moi_, doit continuer par ceux-ci: _vous avez fait faire à ma fille -le plus beau voyage_. - -Le comte de Grignan savait la musique, puisque madame de Sévigné lui -envoya des motets; mais son âge et sa position prouvent assez que ce -qu'elle dit ici ne peut s'appliquer à lui. - - -Page 133, lignes 5 et 12: La comtesse de Saint-Géran. - -L'annotateur des _Chansons historiques_ dit que la comtesse de -Saint-Géran (1673) passait sa vie aux Feuillants. Sa liaison avec -Seignelay est postérieure à cette époque. - - -Page 134, ligne 3: Le marquis d'Harcourt. - -Le marquis Henri d'Harcourt était colonel du régiment de Picardie. -L'annotateur des _Chansons historiques_, selon son usage, ajoute à cette -liste des amants de la duchesse de Brissac et lui donne pour amant payant -un riche financier nommé Louis Béchameil, secrétaire du roi. - - -Page 139, ligne 13: Était due à sa jeune et jolie femme. - -C'est ici le lieu de rectifier une faute de copiste qui s'est glissée -dans la 3e partie de ces _Mémoires_, 2e édition (p. 213, lig. 11). Il -faut substituer dans cette ligne la princesse de Soubise à la duchesse de -Sully. Jamais l'on n'accusa celle-ci d'intrigues galantes avec Louis XIV -ni avec aucun autre. - - -Page 140, ligne 7: Un propos fort graveleux du prince d'Orange. - -Bussy lui écrit: «Et sur cela, madame, il faut que je vous dise ce que -M. de Turenne m'a conté avoir ouï dire au frère du prince d'Orange, -Guillaume: que les jeunes filles croyaient que les hommes étaient -toujours en état, et que les moines croyaient que les gens de guerre -avaient toujours, à l'armée, l'épée à la main.» A quoi madame de Sévigné -répond fort gaillardement: Votre conte du prince d'Orange m'a réjouie. Je -crois, ma foi, qu'il disait vrai, et que la plupart des filles se -flattent. Pour les moines, je ne pensais pas tout à fait comme eux; mais -il ne s'en fallait guère. Vous m'avez fait plaisir de me désabuser.» - - -Page 143, ligne 12: Le Genitoy est un château, etc., etc. - -Sur quelques cartes des environs de Paris, ce lieu est écrit _le -Génitoire_; il est situé entre Bussy-Saint-George et Jossigny, à deux -kilomètres de l'un et de l'autre (voyez la feuille 11 des environs de -Paris, de dom Coutans); le _Dictionnaire universel de la France_ (1804, -in-4º, t. II, p. 549) place ce château dans la commune de Jossigny; et le -_Dictionnaire de la poste aux lettres_, publié par l'administration des -postes, 1837, in-folio, dans la commune de Bussy-Saint-George, dont il -est plus éloigné. Avant la révolution, il était de cette dernière -paroisse. Le vrai nom est Genestay; et l'abbé le BÅ“uf donne l'histoire -de cette seigneurie sans interruption, depuis Aubert de _Genestay_, -_miles_, mort le 30 septembre 1246. Lorsque l'abbé le BÅ“uf écrivait (en -1754), la maison de Livry était encore en possession de cette terre. -L'abbé le BÅ“uf termine en disant: «L'antiquité du nom de Genestay me -dispense de réfuter ceux qui s'étaient imaginé que le vrai nom est -Génitoire, qui lui serait venu, selon eux, de l'accouchement d'une dame -d'importance.» (LE BOEUF, _Histoire du diocèse de Paris_, t. XV, p. 97 à -99.) - -Les éditeurs de madame de Sévigné ont ignoré ce qu'avait écrit l'abbé le -BÅ“uf sur le Genitoy; et l'un d'eux a cru que madame de Sévigné faisait -un calembour sur le mot italien _Genitorio_ ou _Genitoio_, et qu'aucune -maison ou château de ce nom n'existait. (MONMERQUÉ, édit. de Sévigné, -1820, in-8º, t. II, p. 419; GAULT DE SAINT-GERMAIN, t. II, p. 4 et 5; -GROUVELLE, édit. in-12, 1812, t. III, p. 83.) - - -CHAPITRE VI. - - -Page 147, ligne 4 du texte: Sa mère, etc. - -Elle vivait encore lorsque Sidonia était en prison à la Conciergerie, et -peut-être lui a-t-elle survécu; elle avait épousé un nommé Bunel, dont on -ne sait rien. - - -Page 152, ligne 27: S'introduisit subitement dans sa chambre. - -Par le moyen d'une fille d'honneur de la princesse de Carignan, qui se -nommait madame Desfontaines et depuis fut madame Stoup et non Stoute, -comme il est écrit dans la Vie de madame de Courcelles. - - -Page 154, ligne 8: A peine âgée de seize ans. - -Le mariage de la marquise de Courcelles a dû avoir lieu lors du premier -voyage de Louvois en Flandre, à la fin de 1666 ou au commencement de -1667. Gregorio Leti dit qu'elle s'est mariée à treize ans, ce qui n'est -pas, puisqu'elle-même dit qu'elle avait treize ou quatorze ans -lorsqu'elle sortit du couvent. Il faut bien accorder deux ans pour les -démarches interventives faites pour la marier d'abord avec Maulevrier, -alors en Espagne, et ensuite avec Courcelles, qui voyageait en pays -étranger quand on forma le projet de le marier avec Sidonia: morte en -décembre 1685, à l'âge de trente-quatre ans, madame de Courcelles, qui -avait seize ans à la fin de 1666, était donc née en 1650, et non en 1659, -comme il est dit à son article dans la _Biographie universelle_. (_Vie de -madame de Courcelles_, p. 14.) - - -Page 156, lig. 17: La marquise de la Baume, cette maîtresse de Bussy. - -Au volume III, page 67 du _Recueil de chansons historiques_, on trouve un -couplet intitulé «Sur la.... femme de HOSTUN, marquis DE LA BAUME.» - -Ce couplet commence par ce vers: - - «La Baume, maigre beauté;» - -et à la suite du couplet se trouve, sur madame de la Baume, la note -suivante: - -«Elle était grande, friponne, espionne, rediseuse, aimant à brouiller -tout le monde et ses plus proches pour le seul plaisir de faire du mal. -D'ailleurs infidèle et fourbe à ses amants, qu'elle n'aimait que par -lubricité, en ayant toujours plusieurs à la fois, qu'elle jouait et -desquels elle se souciait peu.» - - -Page 161, ligne dernière: L'abbé d'Effiat. - -L'abbé d'Effiat possédait l'abbaye Saint-Germain de Toulouse et celle de -Trois-Fontaines. - - -Page 166, ligne 19: Avec la comtesse de Castelnau. - -La comtesse de Castelnau était devenue veuve du maréchal de Castelnau en -1658, et mourut le 16 juillet 1696, âgée de quatre-vingts ans. (Voyez -Dangeau.) Elle fut du nombre de ces femmes qui acquirent une scandaleuse -célébrité par leurs intrigues galantes. Elle eut pour amants Villarceaux, -le marquis de Tavannes, Jeannin de Castille. - - -Page 168, ligne 8: M. de Marsan. - -Peut-être cette aventure de bal avec Charles de Lorraine, comte de -Marsan, que madame de Sévigné, dans ses _Lettres_, nomme le petit Marsan, -contribua-t-elle, quelques années plus tard, à la rupture de son mariage -avec la maréchale d'Aumont, qui eut lieu par l'opposition du chancelier -le Tellier, père de Louvois. (Voyez SÉVIGNÉ, _Lettres_, 24 novembre 1675, -t. IV, p. 118, édit. G.; t. IV, p. 97, édit. M.) - - -Page 168, ligne 19: La marquise de Courcelles se lia avec la duchesse de -Mazarin. - -On composa dans ce temps plusieurs couplets sur la duchesse de Mazarin et -la marquise de Courcelles: nous nous contenterons de citer celui sur -Hortense Mancini, duchesse de Mazarin, et madame de Marolles, marquise de -Courcelles, que le duc de Mazarin avait fait enfermer dans un couvent -pour leurs galanteries: - - Mazarin et Courcelles - Sont dedans un couvent; - Mais elles sont trop belles - Pour y rester longtemps. - Si l'on ne les retire, - On ne verra plus rire - De dame assurément. - - -Page 175, ligne 4: S'enferme dans le château d'Athée, près d'Auxonne. - -Athée, petit hameau de 500 âmes, est dans le département de la Côte-d'Or, -arrondissement de Dijon, canton d'Auxonne, à 11 kilomètres de Saint-Jean -de Loos. C'est un lieu fort ancien, dont il est fait mention en 880 dans -le cartulaire de Saint-Bénigne de Dijon, sous le nom d'_Atéias_; il était -du diocèse de Châlon et de l'archidiaconé d'Oscheret. (Voyez J. Garnier, -_Chartes bourguignonnes_, p. 69 et 70.) - - -Page 175, ligne 23: De M. le comte d'Hona. - -L'auteur de la lettre qui est dans le manuscrit de M. Aubenas avait un -oncle dans les bureaux de la chancellerie, sous le ministre le Tellier; -il donne une relation très-détaillée de ce qui concerne le rasement du -château d'Orange. Sa lettre (p. 239 du manuscrit) est intitulée _Lettre -écrite d'Orange_, le 25 juillet 1712, à M. le baron de Roays, pour M. -l'abbé de ***, chanoine de la cathédrale; puis après est une seconde -lettre du même au même, datée du 3 août. - -Dans la première (p. 250), il fait du comte d'Hona le portrait suivant: -Il était de belle taille; il avait le visage en ovale, le nez aquilin, -les joues couvertes d'une petite rougeur naturelle, le teint blanc, les -cheveux noirs, les yeux de la même couleur, bien fendus. Il avait encore -de très-belles qualités de corps, beaucoup d'esprit, robuste, -infatigable, sage, assez éloquent à bien parler, bon ami, assez libéral, -magnifique quand il donnait à manger. Il était beaucoup aimé des -catholiques et des huguenots de la ville et de toute cette principauté, -ce qui aurait fait le comble de toutes ces belles vertus qu'il possédait, -n'eût été l'hérésie de Calvin qu'il professait.» Le comte Frédéric d'Hona -eut Bayle pour gouverneur de son fils, et il résidait alors à Copet. La -célèbre _aventurière_ dont il est fait mention dans la lettre de Bayle à -M. Minutoli, datée de Copet le 8 mars 1674 (_Lettres choisies de M. -Bayle_; Rotterdam, 1714, t. I, p. 30), est la marquise de Courcelles, -dont Bayle ignorait alors le nom. - - -Page 177, ligne 21: C'est de ce lieu qu'il a écrit à Manicamp. - -Longueval de Manicamp, dont parle ici madame de Sévigné, était cousin -germain de Bussy (voyez la lettre de Corbinelli, du 10 février 1652, t. -I, p. 230, édit. Amst., 1721), et par conséquent aussi parent de madame -de Sévigné. Il est souvent fait mention de lui dans l'_Histoire amoureuse -des Gaules_ de Bussy; nous y voyons que Manicamp était du nombre de ceux -qui firent la fameuse partie de débauche au château de Roissy. C'est -Manicamp qui, dans l'_Histoire amoureuse des Gaules_, introduit, par les -questions qu'il fait à Bussy, l'histoire de madame de Sévigné. «Je -m'étonne, dit Manicamp, que vous parliez comme vous faites, et que madame -de Sévigny ne vous ait pas rebuté d'aimer les femmes.» (_Recueil des -histoires galantes_; à Cologne, chez Jean le Blanc, p. 180.) Je cite ce -livre de préférence, parce qu'il contient une édition de l'_Histoire -amoureuse de France_, dont je n'ai point encore parlé. Ce volume sans -date a 545 pages numérotées et 4 pages non numérotées; il est ancien, et -en mauvais type elzévirien; il contient: 1º l'Histoire amoureuse de -France; 2º Recueil de quelques pièces curieuses, servant -d'éclaircissement à l'histoire de la vie de la reine Christine; 3º -l'Histoire du Palais-Royal; 4º l'Histoire galante de M. le comte G. -[Guiche] et de M. [Madame, duchesse d'Orléans]; 5º la Relation de la cour -de Savoye ou des Amours de Madame Royale; 6º Comédie galante de M. de -Bussy; 7º la Déroute et l'Adieu des filles de joye de la ville et des -fauxbourgs de Paris. - -La sixième pièce, la _Comédie galante de M. de Bussy_, est la plus -curieuse du volume. C'est une pièce infâme, semblable au fameux Cantique -qu'on a si faussement attribué à Bussy: elle est écrite dans un style -ordurier et stupide, tel que celui de portiers ou de domestiques de -mauvais lieux; avec cette différence que le nom de Bussy qu'on lit en -tête de cette composition, écrit en toutes lettres ainsi que les mots -obscènes, ne se retrouve plus dans ce volume comme auteur des autres -pièces, pas même à l'_Histoire amoureuse de France_. Le _Cantique_, dans -cette édition, est à la page 178; l'_Histoire de madame de Sévigny_ -commence à la page 182, celle de madame de Monglas à la page 198. - - -Page 181, ligne 2: Entre les bras d'un homme. - -En marge d'une copie des Mémoires de la marquise de Courcelles, M. -Monmerqué a trouvé, à côté du billet qui est à la page 153, ces mots en -italien, qui sont probablement de Gregorio Leti: «_Lei s'era imbertonata -d'un palafreniere inglese, col quale venne sorpresa dal Boulay._» - - -Page 181, ligne 24: Le mal que vous m'avez fait à l'avenir m'empêchera, -etc. - -Il y a là une forte ellipse, mais l'on en saisit bien la raison et le -sens; la phrase est claire pour celui qui sait lire. Les grammairiens et -le prote, ou peut-être Chardon de la Rochette lui-même, n'ont pas compris -cette phrase, et, pour la rendre plus régulière et plus claire, ils ont -corrigé ainsi: «Le mal que vous me ferez à l'avenir,» sans s'apercevoir -qu'ils changeaient un reproche en injure. - - -Page 182, ligne 17: La marquise de Courcelles se retira en Savoie, et y -resta cachée. - -Je crois que la marquise de Courcelles rejoignit à Chambéry la duchesse -de Mazarin, qui y tenait une petite cour, et s'occupait à dicter ses -Mémoires à l'abbé de Saint-Réal; et que ce fut sous la protection de -cette duchesse qu'elle y résida. Mais je n'ai rien trouvé de positif à -cet égard. (Voyez SAINT-ÉVREMOND, _OEuvres_, t. VIII, p. 249, édit. 1753, -petit in-12; t. IV, p. 272, édit. 1739.) - - -Page 185, note 1, ligne 2: A la suite du _Voyage de MM. de Bachaumont et -Chapelle_. - -Une de ces pièces fut composée lors de la première phase du procès, -pendant le temps de la première captivité de madame de Courcelles et -lorsque son mari vivait. Dans cette pièce, on la suppose aux pieds de ses -juges, et on lui fait dire: - - Pour un crime d'amour, dont je ne suis coupable - Que pour avoir le cÅ“ur trop sensible et trop doux, - Dois-je prendre un tyran sous le nom d'un époux? - Arbitres souverains de mon sort déplorable, - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - Ah! consultez, de grâce, et vos yeux et vos cÅ“urs; - Ils vous inspireront d'être mes protecteurs. - Tout ce que l'amour fait n'est-il pas légitime? - - Et vous qui tempérez la sévère Thémis, - Pourrez-vous vous résoudre à châtier un crime - Que la plupart de vous voudrait avoir commis? - -Ce sonnet sur madame de Courcelles fut envoyé à Bussy par le comte de -L*** (Limoges?), et Bussy le trouva fort beau. (BUSSY, _Lettres_, 3 mars -1673; t. IV, p. 38, édit. 1738.) - -Je remarque qu'il y a dans ce singulier Recueil de 1698 cité dans la -note, qui fut imprimé en France et non en Hollande, le _Chapelain -décoiffé_ (p. 60-63), qui n'est point attribué à Boileau dans ce -livre.--Ce volume, qui porte une sphère sur le frontispice, a 164 pages, -et se termine par des _Centuries du style de Nostradamus, faites par -monseigneur le duc et envoyées à madame de la Fayette, qui les a -expliquées_. - - -CHAPITRE VII. - - -Page 190, ligne dernière: Un père et une sÅ“ur. - -Je transcrirai le couplet qui se trouve dans les _Chansons curieuses_, -avec le préambule et les notes qui l'accompagnent. - - -_Chansons historiques_ (1673), vol. IV, p. 61. - -Sur l'air: _Amants, ainsi vos chaînes_. - -«Chanson dans laquelle l'auteur fait parler Philippe de Coulanges, maître -des requêtes, sur toute la famille. - -«Cette chanson fut faite par de Guilleragues, secrétaire du cabinet du -roi, lequel était à l'abbaye de Livry avec le sieur de Coulanges. Elle -fut cause de la ruine de Coulanges, parce que Michel le Tellier, -chancelier de France, crut que cette chanson était de lui, et qu'il -s'opposa toujours à ce qu'il obtînt une intendance.» (Cela est peu -vraisemblable. Ce fut l'éloignement de Coulanges pour les affaires qui -l'empêcha de pouvoir obtenir aucun emploi.) - - «J'aime mon beau-frère - Le comte de Sanzei[771], - J'aime ma belle-mère[772], - Mon beau-père du Gué[773], - Mon cousin de la Trousse[774], - Mon frère de la Mousse[775], - Mon oncle le Tellier[776]; - Mais j'aime mieux Gautier[777].» - - -Page 191, ligne 2: Un Virgile, non pas travaillé, mais dans toute la -majesté du latin et de l'italien. - - [771] «Turpin de Crissé, comte de Sanzei, colonel d'un régiment - de cavalerie; il avait épousé de Coulanges, sÅ“ur de - Philippe-Emmanuel de Coulanges.» - - [772] «Turpin du Gué, femme de François du Gué, lors maître des - requêtes et intendant à Lyon.» - - [773] «François du Gué, maître des requêtes et intendant à Lyon, - père de madame de Coulanges.» - - [774] «Philippe le Hardy, marquis de la Trousse, capitaine - lieutenant des gendarmes de monseigneur le Dauphin, cousin - germain de madame de Coulanges.» - - [775] «_Mon frère de la Mousse_: c'était un frère bâtard de - madame de Coulanges, qui était prêtre.» - - [776] «Michel le Tellier, qui avait épousé Élisabeth Turpin, - sÅ“ur de madame du Gué.» - - [777] «Marchand de Paris, avec lequel M. de Coulanges avait dîné - dans une maison auprès de Livry le jour que cette chanson fut - faite.» - -L'abbé Faydit nous a conservé un fragment de lettres de Ménage qui prouve -bien que madame de Sévigné n'était pas indigne de la majesté du latin, si -ce passage (extrait des _Remarques sur Virgile et sur Homère, et sur le -style poétique de l'Écriture sainte_; Paris, 1705, in-8º, p. 168, § III) -est authentique. - -«M. Ménage écrivant à madame la marquise de Sévigné, en cour, pendant un -carnaval où l'on se divertit beaucoup et où il y eut de grandes fêtes et -quantité de bals et de mascarades, lui dit: «Ce sont des jeux et des -bourdonnements d'abeilles que tous ces grands mouvements que vous vous -donnez dans le carnaval. Un peu de poussière jetée sur la tête des -abeilles fait cesser tous leurs combats, et les oblige de se retirer dans -leurs trous. Je vous attends au mercredi des Cendres. Celles que l'on -vous mettra sur la tête et sur celle de vos jeunes seigneurs feront -cesser tous les divertissements de la cour, et vous ramèneront ici, selon -la prophétie de Virgile, liv. IV, v. 86: - - _Hi motus animorum atque hæc certamina tanta - Pulveris exigui jactu compressa quiescunt._» - -Cette application des vers de Virgile au jour des Cendres se trouve dans -le _Ménagiana_, mais sans aucune mention de madame de Sévigné ni de la -lettre que lui a adressée Ménage; et cependant la Monnoye, qui a fort -allongé cet article du _Ménagiana_, cite l'ouvrage de Faydit sans faire -non plus mention du fragment de lettres. S'il ne croyait pas à son -authenticité, il fallait le dire; s'il y croyait, il devait transcrire le -fragment de Ménage. (_Ménagiana_, 3e édit., 1715, t. II, p. 308.) - - -Page 191, ligne 13: Dans le beau château de Montjeu. - -La terre et la seigneurie de Montjeu est une ancienne baronnie, que -Charlotte Jeannin, fille du célèbre Pierre Jeannin, président à mortier -au parlement de Bourgogne, apporta en mariage, avec celle de Dracy et de -Chailly, à Pierre de Castille, contrôleur et intendant des finances, -ambassadeur en Suisse, décédé en 1629. Le fils de ce dernier, Nicolas, -joignit à son nom le nom plus illustre de sa mère, et se nomma Nicolas -Jeannin de Castille, et le plus souvent Jeannin. Il obtint, ainsi que je -l'ai dit dans le texte, que sa baronnie serait érigée en marquisat, ce -qui se fit par lettres patentes en 1655, registrées à la chambre des -comptes de Dijon le 30 mars 1656. Il ne prit pas le titre de marquis de -Montjeu, qui lui appartenait; son fils fut ainsi nommé, et le marquisat -de Montjeu appartint au prince d'Harcourt, qui avait épousé la fille -unique du fils de Jeannin. Les biens du prince d'Harcourt et de Guise sur -Moselle ayant été mis en direction, la présidente d'Aligre acheta, en -1748, le marquisat de Montjeu. En 1734, lorsque Garreau publiait sa -seconde édition de la _Description de la Bourgogne_, Montjeu appartenait -encore à madame Jeannin de Castille, princesse de Guise. Il y a une vue -de ce château dans le _Voyage pittoresque de Bourgogne_, in-fol., 1835, -feuille 7, no 25. - - -Page 193, ligne 12: Auprès de la comtesse d'Olonne, et note 2. - -Je cite deux éditions du célèbre libelle de Bussy, qui sont peu connues, -que je possède, et que je n'ai pas encore eu occasion de mentionner. La -première est un in-18 de 258 pages, qui offre au frontispice une gravure -finement exécutée, où il a trois hommes et trois femmes sur le premier -plan, et un homme et une femme sur le second plan, dont on ne voit que -les têtes: en haut, sont deux Amours lançant des flèches. Au bas de cette -gravure-frontispice sont écrits ces mots: HISTOIRE AMOUREUSE DES GAULES, -P. M. DE BUSSY S{n} (_Salon?_) _de la Bastille_; mais l'intitulé de la -page 1 porte: HISTOIRE AMOUREUSE DE FRANCE. Les noms, loin d'être -déguisés, sont en toutes lettres; ainsi Jeannin, qui se nomme -_Castillante_ dans les éditions ordinaires, est nommé ici Jeannin. Les -_Maximes d'amour_ et la lettre de Bussy au duc de Saint-Aignan (p. 239 et -247) s'y trouvent; le fameux _Cantique_ est à la page 196; l'_Histoire de -madame de Sévigny_, à la page 200; celle de madame _de Monglas_ et _de -Bussy_, p. 218. L'autre édition est intitulée _Recueil des histoires -galantes_; à Cologne, chez Jean le Blanc, sans date. Ce volume in-18, -carré, a 545 pages paginées, et de plus trois pages non paginées; j'en ai -déjà parlé. - -Je dirai, à l'occasion de ces libelles, que, dans la 3e partie de ces -_Mémoires_, p. 9, ch. 1, on lit: «Deux femmes d'un haut rang étaient -diffamées.» Il fallait ajouter en note, comme citation, VILLEFORT, _Vie -de madame de Longueville_; Amsterdam, 1729, in-12, t. II, p. 161, ou -Paris, 1738, p. 169. - -Le passage est important, et confirme par un témoignage si formel ce que -nous avons dit de Bussy et de son libelle que nous allons le transcrire -d'après l'édition de Hollande, où le nom du comte de Bussy-Rabutin est en -toutes lettres, tandis qu'il n'y a que les initiales (C. de B. R.) dans -l'édition de Paris. - -«Le comte de Bussy-Rabutin, dans son ouvrage satirique contre tout ce -qu'il y avait à la cour de personnes distinguées par leur mérite, avait -osé s'attaquer à M. le Prince, lequel, indigné de son insolence, en -témoigna publiquement sa surprise. Un gentilhomme, plein de zèle pour son -maître, proposa de le venger, et fit armer tous les bas domestiques de -l'hôtel de Condé, dans le dessein de se mettre à leur tête pour aller -assommer Bussy. Madame de Longueville, qu'il n'avait pas plus épargnée -dans son libelle, fortuitement avertie de cette conspiration, vint en -hâte trouver son frère, et se jeta à ses genoux, et, les larmes aux yeux, -le conjura de sauver la vie au coupable.» - - -Page 195, ligne 19: Son fils possédait la terre d'Alonne. - -Bussy nous apprend qu'il s'était marié avec Gabrielle de Toulongeon, à la -terre d'Alonne, près d'Autun, le 28 avril 1643. (BUSSY, _Mémoires_, édit. -1721, p. 93.) Elle mourut le 26 décembre 1646: il en eut trois filles: -Diane, Charlotte et Louis-Françoise. Ainsi, dans l'espace de trois ans et -huit mois, il eut trois enfants de sa première femme; aussi dit-il que -l'aîné n'avait que deux ans lorsqu'il perdit sa femme. (BUSSY, -_Mémoires_, t. I, p. 125, édit. d'Amsterdam, 1721.) - - -Page 195, ligne 22: Toulongeon.--Page 196, ligne 1: Chazeul. - -Chazeul ou Chazeu fut acquis en 1641, par le comte Roger de Rabutin, de -Catherine de Chissey (voyez GIRAULT, _Détails historiques_, dans les -_Lettres inédites de madame de Sévigné_, 1819, in-12, p. LIV). Garreau, -dans sa 2e édition seulement, dit: «Chazeul, dans la paroisse de Laizy, -seigneurie du bailliage d'Autun.» - -Lors de la première édition de l'ouvrage de Garreau (Dijon, 1717, in-12, -p. 320), Toulongeon appartenait encore à un Toulongeon. Lors de la 2e -édition de ce livre, in-8º, 1734, p. 641, cette terre était la propriété -de madame de Longhal, épouse du marquis de Dampierre. - - -Page 197, ligne 20: Elle n'arriva, le jour suivant, qu'à six heures du -soir. - -L'exactitude de ces détails résulte de la lettre même de madame de -Sévigné et du mode de voyager pratiqué encore en 1833, quoiqu'il y eût -déjà un bateau à vapeur. A neuf heures du soir, les patrons de la -diligence (coches d'eau) appelaient les voyageurs après que les paquets, -chevaux, voitures, bestiaux avaient été embarqués. Le bateau était traîné -par des chevaux, et ne faisait qu'une lieue et demie à l'heure: cela -était bien lent. A cette même époque de 1833, nous fîmes ce trajet avec -des chevaux de poste beaucoup plus rapidement; mais madame de Sévigné -voyageait avec ses chevaux, et, en suivant la marche ordinaire de onze -lieues par jour, elle eût mis trois jours. - - -Page 198, ligne 1: Je soupai chez eux. - -On voit, par la satire III de Boileau, que l'on dînait alors entre midi -et une heure, immédiatement après la messe; le souper devait être de six -à sept heures du soir. - - J'y cours, midi sonnant, au sortir de la messe, - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Le couvert était mis dans ce lieu de plaisance... - . . . . . . . Cependant on apporte un potage. - - (_Satire du sieur D**_, 1666, in-12, p. 20.) - - -Page 198, ligne 25: Il n'en est pas de même d'un monsieur M. - -Une autre maison qu'on admirait alors à Lyon, bâtie sur la place de -Bellecour par un architecte italien, était celle de M. Cazes.--Madame -Deshoulières a adressé plusieurs pièces de vers à ce M. Cazes, avec -lequel elle avait sans doute fait connaissance lorsqu'au printemps de -l'année 1672, et environ six mois avant le voyage de madame de Sévigné, -cette femme poëte fit un voyage à Lyon. C'est dans cette année que -furent aussi imprimés ses premiers vers, dans le tome I du _Mercure -galant_. (Voyez l'_Éloge historique de madame Deshoulières_, t. I, p. XIX -des _OEuvres_, édit. 1764, in-12.) Elle se rendit dans le Forez, et -ensuite en Dauphiné, et après chez la marquise de la Charce, près de la -ville de Nyons, où elle séjourna trois ans. La première édition de ses -poésies parut en 1668, en un vol. in-8º, chez Sébastien Cramoisy. On y -trouve, p. 33, des vers adressés à mademoiselle de la Charce (Philis de -la Tour du Pin de la Charce, qui combattit vaillamment, le pistolet au -poing, sous les ordres de Catinat), pour la fontaine de Vaucluse. Mais -les vers à M. Cazes et les réponses de celui-ci ne parurent que dans la -seconde édition des _Poésies_ de madame Deshoulières, en deux volumes, -1693, in-8º, avec un beau portrait dessiné par mademoiselle Chéron et -gravé par Van Schuppen. Les vers de M. Cazes à madame Deshoulières et les -réponses de celle-ci sont dans le t. II, p. 257 à 266, de cette édition. -Dans une autre édition il y a une lettre de M. Cazes, datée de -Bois-le-Vicomte le 24 octobre 1689, dans laquelle on dit qu'on célèbre en -ce jour la fête de madame d'Hervart. Il en résulte que ce M. Cazes, qui -faisait facilement des vers, a aussi connu la Fontaine, et a dû se -trouver avec lui à Bois-le-Vicomte et avec le poëte Vergier. Les stances -que fit madame Deshoulières après la mort de M. Cazes et qui commencent -ainsi, - - J'ai perdu ce que j'aime, et je respire encor - -prouvent, ainsi que d'autres pièces imprimées dans la dernière édition, -que la liaison de madame Deshoulières avec M. Cazes fut très-intime et de -longue durée. - - -CHAPITRE VIII. - - -Page 205, note 510. - -_La France galante, ou Histoire amoureuse de la cour; nouvelle édition, -augmentée de pièces curieuses_, chez Pierre Marteau, 1695. Ce n'est pas -la première édition de ce recueil impur, qu'il faut lire malgré soi. - - -Page 209, ligne 20: Fi! je hais les médisances. - -Ce trait est joli après ce qu'elle vient de dire. Voilà un exemple de ces -mots vifs et piquants, fins et imprévus, que les contemporains appelaient -les épigrammes de madame de Coulanges et qui faisaient dire à l'abbé -Gobelin, après avoir entendu d'elle une confession générale: «Chaque -péché de cette dame est une épigramme.» - - -Page 210, note 1: SÉVIGNÉ, _Lettres_ (30 octobre 1672). - -Grouvelle est le premier auteur des notes sur cette lettre (30 octobre -1672); du moins je n'ai point trouvé cette lettre dans les deux éditions -de 1726, ni dans celles de 1734 et de 1754, publiées par le chevalier -Perrin. C'est donc à tort que M. G. de S.-G. a supposé que ces notes -étaient de Perrin; mais je n'ai point consulté les éditions -intermédiaires entre les éditions de Perrin et leurs Suppléments et -l'édition de Grouvelle. Les suppositions de cet éditeur, qui dit que le -gros cousin de madame de Coulanges est Louvois, et Alcine la comtesse de -Soissons, mais qui se trouve démenti formellement par la lettre où madame -de Sévigné la traite de vieille Médée, ont passé comme des faits non -contestés dans toutes les éditions de madame de Sévigné faites depuis -Grouvelle, et ensuite dans le _Recueil de Lettres de madame de -Coulanges_, données par Auger (Lettres de madame de Villars, Coulanges, -etc.; Paris, 1805, in-12, 2e édition, t. I, p. 69), et dans l'article du -maréchal de Villeroi de la _Biographie universelle_ (t. XLI, p. 59, etc., -etc.). - - -Page 216, ligne 2: Apparenté avec les le Tellier. - -Les deux fils du duc d'Aumont, l'un, qui devint duc d'Aumont, l'aîné, -était fils de la sÅ“ur de l'archevêque de Reims; l'autre fut duc -d'Humières: ils étaient seulement frères de père. - - -Page 219, ligne 1: Dans les chansons du temps et dans les notes -historiques de ces chansons. - -Ce fut surtout lorsque, dans un âge avancé, la duchesse d'Aumont eut -réellement tourné à la grande dévotion qu'elle se trouva le plus en butte -aux traits satiriques des faiseurs de vaudevilles. Les persécutions -contre les protestants et l'extrême dévotion du roi avaient animé la -jeune cour et l'opinion publique contre les prêtres et contre les -jésuites, et l'on cherchait à rendre suspects et à flétrir les directeurs -spirituels. Voici ce qu'on trouve dans le _Recueil des chansons -historiques_, sur la duchesse d'Aumont (1691): - - CHANSON HISTORIQUE _sur Françoise-Angélique de la Mothe-Houdancourt, - seconde femme de Louis-Marie, duc d'Aumont, pair de France, - chevalier des ordres du roi, premier gentilhomme de sa chambre, - gouverneur de Bretagne et du pays de Bolonois_. - -Sur l'air: _Je ne saurois_. - - Seras-tu toujours éprise - De toutes sortes de gens? - A ton âge est-on de mise? - D'Aumont quitte tes galants.-- - Je ne saurois.-- - Quitte au moins les gens d'Église.-- - J'en mourrois. - -«La duchesse d'Aumont étoit dévote de profession; et comme elle avoit -toujours eu quelque directeur en affection, qu'étant fort vive elle étoit -souvent avec lui et en parloit sans cesse, on avoit toujours médit d'elle -et de ses directeurs. Les deux plus fameux qu'elle eût eus jusqu'à cette -présente année 1691 étoient le P. Gaillard, jésuite, qu'elle quitta pour -un prêtre de l'Oratoire, appelé le P. de la Roche. Mais ce qui avoit -encore, plus que tout cela, donné lieu à la médisance, c'est que -Charles-Maurice le Tellier, archevêque-duc de Reims, pair de France, -etc., prélat très-décrié du côté de la continence, avoit été -très-longtemps amoureux d'elle. Cette passion avoit d'autant plus fait de -bruit que la duchesse d'Aumont ayant aigri contre elle, quelques années -auparavant, le marquis de Villequier son beau-fils, celui-ci parloit -publiquement contre le commerce de sa belle-mère avec l'archevêque de -Reims. Le public renchérit encore là -dessus, et n'épargna pas les -directeurs; et peut-être avoit-il raison, car il faut toujours se défier -des femmes, et surtout des dévotes.» - - -Page 219, ligne 10: Pour la marquise de Créquy, sa nièce. - -Le Tellier l'archevêque défrayait sa maison, et lui laissa ses biens. -Saint-Simon donne ensuite pour amant à la marquise de Créquy l'abbé -d'Estrées; mais la conversion de la marquise de Créquy fut entière et de -la bonne espèce, comme celle des la Vallière, des la Sablière, des -comtesse de Marans et de tant d'autres femmes de ce siècle, si fécond en -singuliers contrastes. - - -Page 220, ligne 1: Sous le nom de _mademoiselle de Toucy_. - -La maréchale de la Mothe était la seconde fille de Louis de Brie, marquis -de Toucy; de là le nom que portait sa fille aînée. (Voyez SAINT-SIMON, -_Mémoires authentiques_, t. VII, p. 4.) Le duc d'Aumont était pair de -France, et avait prêté serment pour la charge de premier gentilhomme de -la chambre (ils étaient quatre gentilshommes de la chambre) le 11 mars -1669. Lorsque, huit mois après, en décembre 1669, il épousa mademoiselle -de Toucy, âgée de dix-neuf ans, lui, né le 9 décembre 1632, avait -trente-sept ans. Il avait épousé, le 21 novembre 1660, Madeleine-Fare le -Tellier, morte le 22 juin 1668, dont il avait eu deux filles et deux -fils. - - -Page 220, lignes 1 et 3: Mademoiselle de Toucy,... ainsi que le duc de -Villeroi. - -Villeroi, comme compagnon d'enfance du roi et à cause de sa jolie figure, -jouait dans presque tous les ballets. - -En 1655, il représentait avec M. de Rassant, dans le _Ballet des -Plaisirs_, deux garçons baigneurs; et voici les vers que l'on chantait à -leur entrée sur la scène: - - Nous ne connaissons point l'Amour ni ses trophées, - Et sommes seulement jolis aux yeux de tous; - Mais quand nous serons grands, toutes les mieux coiffées - Pourraient bien se coiffer de nous. - -Louis XIV avait dix-sept ans quand il dansa dans ce _Ballet des -Plaisirs_. Dans la première partie, ce ballet représentait les -divertissements de la campagne, et dans la seconde les divertissements de -la ville; le roi figurait, dans la première entrée de la seconde partie, -un débauché, et voici les vers que, tandis qu'il dansait, Vénus lui -adressait: - - Il n'est ni censeur ni régent - Qui ne soit assez indulgent - Aux vÅ“ux d'une jeunesse extrême, - Et, pour embellir votre cour, - Qui ne trouve excusable même - Que vous ayez un peu d'amour. - - Mais d'en user comme cela, - Et de courre par ci, par là , - Sans vous arrêter à quelqu'une; - Que tout vous soit bon, tout égal, - La blonde autant comme la brune, - Ah! sire, c'est un fort grand mal. - -Et cela s'imprimait pour la première fois en 1696, avec privilége du roi -(alors âgé de cinquante-huit ans), et se vendait au Palais, chez Charles -de Sercy, au 6e pilier de la grand'salle, vis-à -vis la montée de la cour -des aydes, à la Bonne Foi couronnée. (Voyez BENSERADE, _OEuvres_, 1697, -t. II, p. 130 et 138.) Les _Contes de la Fontaine_ étaient alors -proscrits par sentence de police. - -En 1656, dans le ballet de _Psyché_, Villeroi représentait _Cupidon_, et -madame de Bonneuil _Alcine_. (Benserade, p. 150 et 157.) - -En 1658, dans le ballet d'_Alcidiane_, Villeroi était en femme, et jouait -une _Bergère_ et ensuite un _Amour_. (Id., p, 200 et 204.) Il avait alors -quinze ans. - -En 1659, dans le ballet de _la Raillerie_, il représentait une fille de -village (p. 212); en 1661, dans le ballet des _Saisons_, un masque (p. -226); et cette année, dans le ballet de _l'Impatience_, il représentait -un grand amoureux. C'est à lui que Benserade prête les plus jolis vers de -cette scène (p. 235); et, dans le même ballet, Villeroi figurait dans la -danse un jeune débauché. Dans les vers qu'on lui chantait, on suppose le -cas où son père pourrait lui refuser de l'argent pour la satisfaction de -ses plaisirs, et l'on termine ainsi: - - Et comme il ne s'agit, auprès de la plus chiche, - Que de gagner son cÅ“ur pour avoir son argent, - Que vous allez devenir riche! - -En 1662, dans le ballet d'_Hercule amoureux_, le roi et la reine -dansaient; la comtesse de Soissons et mademoiselle de Toucy dansaient; -Villeroi n'y figure pas. Benserade, dans les vers qu'on chantait pour la -comtesse de Soissons, fait allusion à son amour avec le roi, malgré la -présence de la reine dans ce ballet. - - Ces aimables vainqueurs, vos yeux, ces fiers Romains, - Semblent n'en vouloir pas aux vulgaires humains, - Mais des plus élevés permettre la souffrance: - Et ces grands cheveux noirs, alors qu'ils sont épars, - Ont un air de triomphe et toute l'apparence - De savoir comme il faut enchaîner les Césars. - -Et à mademoiselle de Toucy (depuis duchesse d'Aumont), qui représentait -une étoile, on chantait: - - Dirait-on pas que c'est l'Amour - Qui ne fait encor que de naître? - Ou l'étoile du point du jour - Qui déjà commence à paraître? - -Elle n'avait alors que douze ans; elle naquit en 1650, et mourut en 1711. -(Voyez BENSERADE, t. II, p. 258 et 279.) - -Le marquis de Villeroi joua encore dans le ballet de _la Naissance de -Vénus_, en 1665, et représentait un dieu marin et aussi Achille (p. 339 -et 352). C'est dans ce ballet que mademoiselle de Sévigné (madame de -Grignan) joua le rôle d'_Omphale_. (Voyez 2e partie de ces _Mémoires_, p. -333.) - -Dans la _Mascarade royale_ de 1668, le marquis de Villeroi, à côté du -roi, comme lui figura le _Plaisir_. - -Dans le dernier ballet composé par Benserade en 1681, joué en imitation -de ceux de Louis XIV pour divertir le Dauphin, et qui fut non dansé par -le roi, mais devant le roi, c'était une autre génération de beautés; ce -n'est plus, dans ce _Triomphe de l'Amour_, alors le marquis de Villeroi -qui représentait l'Amour, mais c'était son fils, le marquis d'Arlincourt. -Je remarque que la sÅ“ur de la duchesse d'Aumont, la duchesse de la -Ferté, plus jeune qu'elle, figure encore dans ce ballet. Le monarque -était vieux; la muse du poëte a changé de ton et est beaucoup plus -réservée. (BENSERADE, t. II, p. 412 et 425.) - - -Page 210, ligne 30, note 2: _Histoire amoureuse des Gaules_, 1754, in-12. - -Ce recueil, qui est en cinq volumes, contient, sous le nom de Bussy, une -grande partie des libelles qui ont paru à différents temps. L'éditeur -n'indique pas la date de la publication de ces divers opuscules, si -importants à connaître pour la critique historique; et il n'a pas connu -les premières éditions ni celles qui sont les meilleures. - -J'ai parlé des diverses éditions de l'_Histoire amoureuse des Gaules_ ou -de l'_Histoire amoureuse de France_ de Bussy, par où commence le recueil -de 1754. J'ai fait connaître aussi le recueil des _Histoires galantes_, à -Cologne, chez Jean le Blanc, qui contient les ignobles scènes intitulées -_Comédie galante de Bussy_. Dans les recueils suivants, rien n'est -attribué à Bussy. - -I. La _France galante_, ou _histoires amoureuses de la cour_, in-12 de -492 pages, contenant: 1º la France galante, ou histoires amoureuses de la -cour; 2º les Vieilles amoureuses; 3º la France devenue italienne; 4º le -Divorce royal, ou la Guerre civile dans la famille du grand Alexandre; 5º -les Amours de monseigneur le Dauphin et de la comtesse du Roure. - -II. _Amours des dames illustres de notre siècle_, 1680, in-12; à Cologne, -chez Jean le Blanc, 384 pages de pagination suivie; puis, le Passe-temps -royal, ou les Amours de mademoiselle de Fontanges, 71 pages; le -frontispice gravé, qui est un Amour ailé, est daté de 1681. La première -partie, de 384 pages, renferme: 1º Aosie, ou les Amours de _M. T. P._ -(Montespan); 2º le Palais-Royal, ou les Amours de madame de la Vallière; -3º Histoire de l'amour feinte du roi pour Madame; 4º la Princesse, ou les -Amours de Madame; 5º le Perroquet ou les Amours de Mademoiselle; 6º -Junonie, ou les Amours de madame de Bagneux; 7º les Fausses Prudes, ou -les Amours de madame de Brancas; 8º la Déroute, ou l'Adieu des filles de -joie (il y a une édition séparée de cet opuscule; Elzév., 1667). On -attribue ces libelles à Sandraz de Courtils. - -Dans le même genre sont: le _Tombeau des amours de Louis le Grand et ses -dernières galanteries_; à Cologne, chez Pierre Marteau, 1695, in-18, avec -un titre gravé.--La _Vie de la duchesse de la Vallière_, par ***; à -Cologne, chez Jean de la Vérité, 1695, in-12, 321 pages.--La _Chasse au -loup de monseigneur le Dauphin_; à Cologne, chez Pierre Marteau, 1695, -in-12, avec un frontispice gravé; 312 pages in-12. - -J'ai un recueil en deux volumes in-12, avec des gravures assez bien -exécutées, intitulé _la France galante, ou Histoire amoureuse de la cour -sous le règne de Louis XIV_; à Cologne, chez Pierre Marteau (sans date); -mais un joli frontispice, gravé par P. Yvert, donne la date de 1736. Ce -recueil est en partie la traduction de ceux dont on vient de donner les -titres. - -Le tome 1er, qui a 366 pages, renferme: 1º la France galante, ou Histoire -amoureuse de la cour; 2º Suite de la France galante, ou les Derniers -déréglements de la cour; 3º les Vieilles amoureuses. - -Le tome II a 472 pages, et renferme: 1º le Perroquet, ou les Amours de -Mademoiselle; 2º _Junonie_, ou les Amours de madame de Bagneux; 3º les -Fausses Prudes, ou les Amours de madame de Brancas et autres dames de la -cour; 4º la Déroute et l'Adieu des filles de joie; 5º le Passe-temps -royal, ou les Amours de madame de Fontanges; 6º les Amours de madame de -Maintenon, sur de nouveaux mémoires très-curieux; 7º les Amours de -monseigneur le Dauphin avec la comtesse du Roure. - -On est surpris de ne pas trouver dans aucun de ces recueils le curieux -libelle de Sandraz de Courtils, intitulé _les Conquestes amoureuses du -grand Alcandre dans les Pays-Bas, avec les intrigues de la cour_; -Cologne, chez Pierre Bernard, 1685, in-12 de 144 pages. - - -CHAPITRE IX. - - -Page 254, note: SÉVIGNÉ, _Lettres_ (Lambesc, le mardi 20 décembre à dix -heures du matin). - -La date de cette lettre est certaine, car elle s'accorde avec l'extrait -manuscrit des délibérations de l'assemblée des communautés, qui -commencèrent le 17; mais on s'aperçoit en lisant les quatre lettres qui -précèdent celle-ci qu'elles ont besoin d'être replacées dans leur ordre, -et qu'il est nécessaire de rétablir leur date. Aix étant sur le chemin de -Lambesc à Marseille, il était naturel de supposer que la date du 11 -décembre devait être convertie en celle du 21; mais deux considérations -démontrent que cette lettre est bien datée du 11 décembre, qui, en -l'année 1672, tombe un dimanche. C'est dans ce jour que madame de -Sévigné, lorsqu'elle était à Livry, avait coutume d'aller à Pomponne -rendre visite à Arnauld d'Andilly, ce qui explique les premiers mots de -la lettre. En outre, ces mots, «Vous seriez bien étonné si j'allais -devenir bonne à Aix; je m'y sens quelquefois portée par esprit de -contradiction,» indiquent un séjour de près d'une semaine, ou plus, à Aix -avant la tenue de l'assemblée, en compagnie avec M. de Grignan. -D'ailleurs, si cette lettre avait été écrite en passant à Aix pour aller -à Marseille, elle devrait être datée du mardi 20, puisqu'il résulte de ce -qui est dit dans la lettre datée de Marseille le mercredi que madame de -Sévigné et M. de Grignan reçurent à Marseille des visites aussitôt leur -arrivée, le mardi soir (t. III, p. 124 et 125, 5e édit. G.). Une autre -preuve du séjour, pendant une semaine ou deux, de madame de Sévigné à Aix -avant la tenue des assemblées, résulte de ces mots contenus dans une -lettre que lui adresse madame de la Fayette, en lui demandant de faire -remettre une lettre à la duchesse de Northumberland, lettre datée du 30 -décembre: «Je vous supplie donc, comme vous n'êtes plus à Aix...» (t. -III, p. 137, édit. G.). Donc madame de Sévigné était restée quelque temps -à Aix, et ce séjour ne peut trouver sa place qu'avant l'ouverture de -l'assemblée. Madame de la Fayette savait qu'au 30 décembre madame de -Sévigné était retournée à Grignan. D'après ces observations, les lettres -se classent de la manière suivante: - -1º Lettre du dimanche 11 décembre, à Arnauld d'Andilly (d'Aix), t. III, -p. 129, édit. G.; - -2º Lettre du mardi 20 décembre (de Lambesc), t. III, p. 121, édit. G.; - -3º -- du mercredi 21 décembre (de Marseille), t. III, p. 124, id.; - -4º -- du jeudi 22 déc., à midi (de Marseille), t. III, p. 126, id.; - -5º -- du jeudi 22 déc., à minuit (de Marseille), t. III, p. 128, id. - - -Page 259, ligne 23: J'ai bien envie de la faire voir à madame du Plessis. - -Madame de Sévigné a connu plusieurs dames du Plessis. D'abord madame du -Plessis-Bellière, la courageuse amie de Fouquet, la belle-mère du -maréchal de Créqui, Susanne de Buc; mais ce n'est point de celle-là qu'il -est ici question. Ce ne peut être non plus la comtesse du Plessis, dont -madame de la Fayette parle dans cette même lettre, puisqu'elle les -distingue non-seulement dans cette lettre, mais dans celle du 19 mai -1673; celle-ci était Marie-Louise le Loup de Bellenave, veuve d'Alexandre -de Choiseul, comte du Plessis, tué au siége d'Arnheim en juin 1672, à -l'âge de trente-huit ans. (SÉVIGNÉ, _Lettres_ [20 juin 1672], t. III, p. -71; SAINT-SIMON, _Mémoires complets et authentiques_, t. III, p. 332.) Ce -Choiseul, comte du Plessis, était fils de César, duc de Choiseul, -maréchal de France; il était cousin de la femme de Bussy, et il y a -plusieurs lettres de lui et de sa femme dans le _Recueil des lettres de_ -BUSSY (t. V, p. 157, 162, 131 et 230; t. III, p. 196); il mourut trois -ans avant son père, et laissa un fils unique, qui devint duc et pair et -fut tué devant Luxembourg sans avoir contracté d'alliance. La veuve du -comte du Plessis devint amoureuse de Clérembault, l'écuyer de Madame, et -l'épousa; elle n'avait cependant que trente ans, et lui en avait -cinquante. (_Suite des Mémoires de_ BUSSY, p. 25, mss. de l'Institut.) -Madame du Plessis que nous cherchons n'est pas madame du -Plessis-Guénégaud retirée du monde et faisant son séjour à Moulins. La -madame du Plessis de cette lettre du 30 décembre 1672 et du 19 mai 1673 -est donc madame du Plessis-d'Argentré, la mère de cette demoiselle du -Plessis qui aimait tant madame de Sévigné, dont elle était la bête noire -par ses ridicules et ses importunités. Madame de Sévigné écrivit à cette -madame du Plessis lorsqu'elle était en Provence; et madame de la Fayette -lui mande, le 19 mai 1673: «Madame du Plessis est si charmée de votre -lettre qu'elle me l'a envoyée; elle est enfin partie pour la Bretagne.» -Madame de la Fayette, malgré sa paresse, correspondait avec madame du -Plessis, comme on le voit par ce passage d'une de ses lettres à madame de -Sévigné: «J'ai mandé à madame du Plessis que vous m'aviez écrit des -merveilles de son fils.» Ainsi, madame du Plessis avait un fils en -Provence, ce qui explique ses relations avec l'évêque de Marseille, et -pourquoi madame de la Fayette voulait lui montrer la lettre de madame de -Sévigné. Je crois que madame du Plessis était pour madame de la Fayette -une connaissance de sa jeunesse, lorsque, étant demoiselle de la Vergne, -elle passait une partie de la belle saison à Champiré, dans la terre de -son beau-père Renaud de Sévigné. Madame du Plessis-d'Argentré mourut en -avril ou mai 1680. (Voyez SÉVIGNÉ, lettre du 6 mai 1680, t. VI, p. 474, -édit. G.; t. VI, p. 255, édit. M.) - - -CHAPITRE X. - - -Page 268, ligne 9: Louis la dota de la terre d'Aubigny-sur-Nière. - -Cette terre était en Berry, actuellement dans le département du Cher; le -village est chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Sancerre, et la -forêt, qui en formait probablement la principale partie, a trois lieues -de long sur une lieue de large. C'est un apanage du duc de Richmond, et -la mort du duc de Richmond, sans enfant mâle, avait fait retourner cette -terre à la couronne de France. Le fils aîné de la duchesse de Portsmouth -devint ainsi la tige des nouveaux ducs de Richmond. - -Je crois devoir donner ici une lettre de Louis XIV, assez importante, que -M. de Cherrier, le savant historien de la maison de Souabe, a lui-même -transcrite sur l'autographe qui est en la possession de la famille de -Trogoff. - -_Lettre de Louis XIV à M. de Kérouet_ (sic), _pour essayer de lui faire - retirer sa malédiction donnée à sa fille mademoiselle de Kérouet, - nommée duchesse de Portsmouth et reconnue maîtresse du roi - Charles II_.--(M. de Kérouet était frère du grand-père de madame de - Trogoff.) - -«Mon féal et cher sujet, les services importants que la duchesse de -Portsmouth a rendus à la France m'ont décidé à la créer pairesse, sous le -titre de duchesse d'Aubigny, pour elle et toute sa descendance. - -«J'espère que vous ne serez pas plus sévère que votre roi, et que vous -retirerez la malédiction que vous avez cru devoir faire peser sur votre -malheureuse fille. Je vous en prie en ami, mon féal sujet, et vous le -demande en roi. - - «LOUIS.» - - -Page 268, ligne 17: Selon les exigences de sa dévotion. - -Le 29 décembre 1672 (c'était un jeudi), Louis XIV, dans sa lettre datée -de Compiègne, écrit à Louvois: «Je ne partirai que dimanche (c'était le -1er janvier 1673), la reine m'ayant prié d'attendre ce jour-là pour -qu'elle fît ses dévotions avant de partir. Je serai mardi à -Saint-Germain.» Puis, à la fin de la lettre, il dit: «Depuis ma lettre -écrite, j'ai résolu de partir samedi pour arriver lundi à Saint-Germain, -la reine ayant changé de sentiment depuis ce que je vous ai marqué -ci-dessus.» - -Le 23 avril (c'était un dimanche), Louis XIV alla, ainsi que la reine, -rendre visite à l'abbesse de Montmartre, et retourna en chassant jusqu'à -Saint-Germain par la plaine Saint-Denis. (_Gazette_, 1673; Paris, in-4º, -1674, p. 388.) - - -Page 272, ligne 3: Madame de la Fayette ridiculisait M. de Mecklenbourg. - -Je présume que ce M. de Mecklenbourg, dont il est fait mention dans -cette lettre de madame de la Fayette, est le même personnage qu'on trouve -mentionné dans la _Gazette_ du 13 juillet, p. 691, dans ce curieux -article: - - «Paris, 13 juillet 1673. - -«La duchesse de Mecklenbourg est arrivée à Paris, et est logée à l'hôtel -Longueville. Le duc l'a vue pour la première fois chez la duchesse de -Longueville, en son logement des Carmélites au faubourg Saint-Jacques, où -ils eurent, en présence de cette princesse, une conversation de laquelle -ils furent tous deux fort satisfaits.» - -Dans les deux éditions de la Vie de madame de Longueville et ailleurs, -j'ai en vain cherché sur ce fait des éclaircissements qui, sans aucun -doute, donneraient lieu à d'intéressants détails sur les mÅ“urs de cette -époque. - - -Page 272, ligne 17: Grand joueur, dissipateur, galant et spirituel, de -Tott.... - -L'abbé de Choisy (_Mémoires_, t. LXIII, p. 268) l'accuse d'avoir dépensé -et mangé pour son compte personnel les premiers payements des six cent -mille écus du subside annuel que la France s'était engagée à payer à la -Suède. M. Mignet, dans son Analyse des documents des _Négociations -relatives à la succession d'Espagne_, t. IV, p. 140, dit que Louis XIV -fit payer au comte de Tott cent mille écus sur le subside dû à la Suède. - - -Page 279, ligne 21: Le père du marquis d'Ambres, colonel au régiment de -Champagne. - -Les colonels qui précédèrent le marquis d'Ambres dans le commandement du -régiment de Champagne furent deux Grignan, Gaucher de Grignan en 1656 et -le comte de Grignan en 1654. - - -Page 280, ligne 6: il refusa net le titre de _monseigneur_ au maréchal -d'Albret. - -Saint-Simon n'a pas connu les lettres de madame de Sévigné, et était fort -mal instruit des détails de cette affaire lorsqu'il dit que d'Ambres -s'est retiré du service pour avoir refusé le _monseigneur_ au ministre -Louvois. - - -Page 287, ligne 7: Aussi transi que la Fare. - -Madame de la Fayette fait ici allusion aux soins passionnés que la Fare -rendait alors à la marquise de Rochefort, qui fut peu après madame la -maréchale de Rochefort. La Fare lui-même avoue qu'il y avait plus de -coquetterie de sa part et de la sienne que de véritable attachement; et -il ajoute que cela lui attira l'inimitié de Louvois, qui, lorsque cette -dame devint veuve, fut son consolateur. Une faute de copiste, qui est -dans la notice sur la Fare par M. Monmerqué, attribue à tort cette lettre -du 19 mai 1673 à madame de Sévigné, tandis que c'est une lettre qui lui -est adressée par madame de la Fayette. L'amour de la Fare pour madame de -la Sablière fut tout autre que pour la marquise de Rochefort. La Fare ne -fait pas difficulté d'avouer qu'il fut éperdument amoureux de madame de -la Sablière. (LA FARE, _Mémoires_, t. LXV, p. 184.) - - -Page 291, ligne 12: «Pulchérie n'a point réussi.» - -L'auteur de l'_Histoire de la Vie et des Ouvrages de Corneille_, Paris, -1829, in-8º, p. 239, attribue ces mots, «Pulchérie n'a point réussi,» à -madame de Sévigné, ne faisant point attention que la lettre qui les -contient lui est adressée, mais n'est pas d'elle. - - -Page 291, ligne 20: La main qui crayonna, etc. - -Ces vers sont de Corneille, dans son _Remercîment à Fouquet_. - - -Page 292, ligne 11: Tandis que Racine avait affadi. - -A une telle assertion il faut des preuves. Je me bornerai à une simple -citation, et le lecteur en jugera. - -Dans Corneille, Pulchérie, impératrice d'Orient, ouvre la scène avec Léon -son amant par une déclaration d'amour: - - Je vous aime, Léon, et n'en fais point mystère; - Des feux tels que les miens n'ont rien qu'il faille taire. - Je vous aime, et non point de cette folle ardeur - Que les yeux éblouis font maîtresse du cÅ“ur; - Non d'un amour conçu par les sens en tumulte, - A qui l'âme applaudit sans qu'elle se consulte, - Et qui, ne concevant que d'aveugles désirs, - Languit dans les faveurs, et meurt dans les plaisirs: - Ma passion pour vous, généreuse et solide, - A la vertu pour âme et la raison pour guide, - La gloire pour objet, et veut sous votre loi - Mettre, en ce jour illustre, et l'univers et moi. - -Passons à Racine. Mithridate, le fier et féroce Mithridate, obligé de -fuir, a fait courir le bruit de sa mort; il arrive, et ouvre la scène -avec Monime par une déclaration d'amour: - - Je ne m'attendais pas que de notre hyménée - Je pusse voir si tard arriver la journée, - Ni qu'en vous retrouvant mon funeste retour - Fît voir mon infortune, et non pas mon amour. - C'est pourtant cet amour qui, de tant de retraites, - Ne me laisse choisir que les lieux où vous êtes; - Et les plus grands malheurs pourront me sembler doux - Si ma présence ici n'en est point un pour vous. - - -Page 293, ligne 16: Avait succombé à l'entraînement de cette vie animée, -mais trop laborieuse, âgé seulement de cinquante-un ans. - - QUE SAIT-ON SUR LA VIE DE MOLIÈRE? - -Reprenons cette question, si souvent agitée dans ces derniers temps. - -Du vivant même de Molière, lorsque sa réputation fit explosion dans le -monde par les représentations des _Précieuses_, on chercha à connaître -les aventures de sa jeunesse déjà écoulée, car il avait alors trente-sept -ans. Avant, «ce garçon nommé Molière,» ainsi que nous le dit Tallemant, -n'était connu que comme le chef d'une troupe de comédiens de campagne, -pour laquelle il composait des pièces, «où, dit encore Tallemant, il y a -de l'esprit, et qui sont comiques[778].» Cette troupe avait joué un -instant à Paris, et s'était fait remarquer par le talent supérieur d'une -actrice nommée Madeleine Béjart, sublime dans le rôle «d'_Épicharis_, à -qui Néron venait de donner la question.» - - [778] TALLEMANT DES RÉAUX, _Historiettes_, t. X, p. 51, édit. - 1840, in-12. - -A Paris et dans la société, on sut bien ce qu'était la famille de Molière -et la vie qu'il avait menée avant que sa troupe vînt s'établir à Paris. -Mais le premier qui ait entretenu le public de la vie de cet auteur -d'une farce célèbre, de ce comédien devenu tout à coup illustre, fut un -de ses critiques, un de ses détracteurs. Dès l'année 1663, il donna une -vie abrégée de Molière[779], qui n'était pas encore le Molière du -_Misanthrope_ et du _Tartuffe_, de _l'École des Femmes_ et de _l'École -des Maris_. Il est curieux de voir de quelle manière un critique -malveillant parlait alors d'un auteur que Boileau, par un louable -sentiment d'indignation de ce qui s'était passé à sa mort, prétend, dans -de beaux vers, n'avoir pas été apprécié de son vivant. - - [779] DE VISÉ, _Nouvelles nouvelles_, 3e partie, p. 217 et suiv., - cité dans l'_Histoire du Théâtre françois_, par les frères - PARFAICT, t. VIII, p. 315. - -«Comme il (Molière) peut passer pour le Térence de notre siècle, qu'il -est grand auteur et grand comédien quand il joue ses pièces et que ceux -qui ont excellé dans ces deux choses ont eu place en l'histoire, je puis -bien vous faire ici un abrégé de sa vie, et vous entretenir de celui dont -l'on s'entretient presque dans toute l'Europe, et qui fait si souvent -retourner à l'école tout ce qu'il y a de gens d'esprit à Paris.» Tout ce -que dit Visé sur la vie de Molière, sauf ce qui concerne la critique des -_Précieuses_, est parfaitement vrai et convenable. Visé ne parlait pas de -sa famille; mais il eut soin d'apprendre «que, si ce fameux auteur -s'était jeté dans la comédie, c'était par une inclination toute -particulière pour le théâtre; car il avait assez de bien pour se passer -de cette occupation et pour vivre honorablement dans le monde.» - -Comme le père de Molière vivait alors, et avait un grand nombre d'enfants -de sa première femme, ceci prouve que son fils aîné avait eu sa part de -l'héritage de sa mère, morte en 1632, et que cette part était -considérable. - -Ces détails sur la vie de Molière ne suffisant pas à la curiosité -publique, on interrogea ses camarades, et alors ils firent à leur manière -le roman de sa jeunesse. Les _ana_ faux, absurdes et ridicules se -multiplièrent, et accrurent le magasin des anecdotes dramatiques. C'est -avec ces _ana_ qu'en 1670 un pauvre versificateur composa sa pièce -d'_Élomire hypocondre_, ou _les Médecins vengés_, qui est une satire -contre Molière, mais qui paraît avoir été supprimée par sentence de -police[780]. C'est avec ces _ana_, qui allaient altérant la vérité à -mesure qu'ils passaient par un plus grand nombre de bouches, que -Grimarest composa un volume sur la vie de Molière, trente ans après sa -mort. Boileau dit, en parlant de cette vie, que l'auteur avait ignoré sur -Molière ce que tout le monde savait, et qu'il se trompait dans tout. -C'était, de la part de Boileau, une vérité poétique, c'est-à -dire fort -exagérée et en partie fausse. - - [780] P. L. JACOB, _Catalogue de la bibliothèque de M. de - Soleinne_, t. II, p. 18. - -La préface de l'édition des _OEuvres de Molière_ de 1682, écrite par deux -acteurs ses camarades, contenait une vie abrégée, mais très-exacte et -complète pour les faits principaux: il eût fallu la placer comme notice -dans toutes les éditions qu'on a données de notre grand comique. Ce n'est -pas ainsi qu'on a cru devoir procéder, et les éditeurs ont mis en tête de -leurs éditions de longues vies de Molière, et ont ajouté de nouveaux -_ana_ à ceux qu'on avait entassés précédemment. Un auteur récent a -recueilli avec un laborieux soin tout ce qu'il a pu trouver sur Molière, -et en a recomposé une vie qui a eu trois éditions et qui méritait son -succès par l'abondance des recherches. En profitant de ce travail, -exécuté avec conscience, on a pensé qu'il restait encore à la critique un -rôle à remplir: c'était d'écarter des témoignages qu'on avait recueillis -sur Molière tout ce qui n'a aucune valeur historique, et, en s'en tenant -à ceux qui en ont, de donner une idée précise et exacte de ce qu'on sait -de sa vie, jusqu'à l'époque où elle se confond avec l'histoire de ses -pièces et du théâtre français. L'explication d'un fait important dans la -vie de Molière, qu'on n'a pas remarqué et d'où dépend l'intelligence -complète de cette vie, manque, suivant nous, dans tout ce qu'on a écrit -sur ce sujet, et nous allons tâcher d'y suppléer. - -D'abord, que l'on se rappelle bien toutes les découvertes faites de notre -temps, par des recherches obstinées dans les actes de l'état civil sur la -famille des Poquelin, sur le mariage et la naissance de Molière; que l'on -ait présent à la pensée les mÅ“urs et les habitudes de ces temps; que -l'on combine ces données avec les seules assertions des contemporains qui -méritent confiance, c'est-à -dire celles de Donau de Visé dans les -_Nouvelles nouvelles_; de Lagrange et de Vinot, dans la préface des -_OEuvres_ de Molière, et de Tallemant, le premier en date, dans ses -_Historiettes_, on trouvera que les faits suivants ressortent seuls avec -certitude de toutes ces autorités. - -Molière était le fils aîné d'un bourgeois de Paris qui exerçait une -profession lucrative et dont les chefs, depuis Louis XIII, avaient la -charge de tapissiers valets de chambre du roi. Cette continuité de la -même profession et de la même charge, donnée toujours en survivance à -l'aîné comme une chose héréditaire, nous montre que cette famille avait -conservé l'austérité de mÅ“urs de l'ancienne bourgeoisie parisienne et -l'ordre et l'économie qui la distinguaient; enfin, que cette famille -était dans l'aisance, et jouissait de l'estime publique. - -Il ne s'ensuit pas, comme on l'a très-bien observé, de ce que le père de -Molière avait, avec la charge de tapissier valet de chambre du roi, la -survivance pour son fils aîné, qu'il eût résolu invariablement de -transmettre cette charge exclusivement à ce fils: il devait désirer que -cette charge fût d'avance, après lui, maintenue dans sa famille, soit -pour pouvoir la vendre, soit pour en disposer en faveur d'un de ses -autres enfants, si celui auquel elle était conférée y renonçait. - -Il est certain que le père de Molière ne destinait pas son fils aîné à -l'exercice de la profession de tapissier, puisqu'il le mit au fameux -collége de Clermont, tenu à Paris par les jésuites, et qui portait de nos -jours le nom de _Collége de Louis le Grand_. On sait que l'on y élevait -tous les enfants de la plus haute noblesse et des plus riches familles -bourgeoises. - -Molière y fit des études complètes; «il s'y distingua, dit son camarade -la Grange, et il eut l'avantage de suivre feu M. le prince de Conti _dans -toutes ses classes_. La vivacité d'esprit qui le distinguait de tous les -autres lui fit acquérir l'estime et les bonnes grâces de ce prince[781].» -Ce frère du grand Condé, protecteur de Molière et de sa troupe avant -Louis XIV, était spirituel et malin. Très-pieux dans sa vieillesse, il -faisait des livres pieux; mais dans sa jeunesse il faisait tout autre -chose, et avait des inclinations toutes différentes. Comme il était -contrefait, on l'avait destiné à l'Église: les jésuites du collége de -Clermont durent donc diriger ses études vers la théologie. Poquelin fut -son condisciple dans cette étude, puisqu'on nous assure «qu'il eut -l'avantage de suivre M. le prince de Conti _dans toutes ses classes_;» et -cela ne peut s'appliquer qu'aux hautes classes, puisque, le prince étant -né en 1629, Molière avait sept ans plus que lui. On dut faire franchir -rapidement à Conti les classes élémentaires (si toutefois il les fit au -collége). Ce prince soutint ses thèses de philosophie au collége des -jésuites le 18 juillet 1644; puis il sortit de ce collége pour aller à -Bourges faire un cours de théologie, et revint à Paris soutenir ses -thèses de théologie le 10 juillet 1646. - - [781] LA GRANGE, _Préface_ des OEuvres de Molière, 1682, t. I, p. 2. - -Qu'était devenu son condisciple, le jeune Poquelin, dans cet intervalle? -Le souvenir des études théologiques qu'il avait faites avec le prince de -Conti s'était conservé. La Grange dit dans sa _Préface_: «Le succès de -ses études fut tel qu'on pouvait l'attendre d'un génie aussi heureux que -le sien: s'il fut fort bon humaniste, il devint encore plus _grand -philosophe_,» c'est-à -dire qu'il brilla comme écolier en philosophie. Or, -la philosophie, dans un collége de jésuites, devait se distinguer peu de -la théologie; et le père de Molière, après les succès obtenus par son -fils au collége, dut nécessairement penser à lui faire embrasser la -carrière qui ouvrait le plus de chances à ses talents et à son ambition; -et comme les le Camus, marchands drapiers, qui avaient leurs boutiques à -l'enseigne du _Pélican_ et dont la postérité occupa les plus belles -places dans la magistrature et dans l'Église, Jean Poquelin, riche -bourgeois de Paris et tapissier valet de chambre du roi, estimé pour ses -mÅ“urs et sa probité, avait fondé de grandes espérances sur Jean-Baptiste -Poquelin, son fils aîné. Les services que, comme condisciple plus âgé et -plus instruit, il avait pu rendre au prince de Conti dans sa classe de -philosophie le confirmaient dans l'idée de lui faire embrasser la -carrière ecclésiastique. Jean Poquelin, s'étant vu frustré dans ses -projets relativement à ce fils aîné, les réalisa plus tard par un autre -de ses fils, Robert Poquelin, qui mourut docteur en théologie de la -maison et société de Navarre et doyen de la faculté de Paris. - -Quant à Jean-Baptiste Poquelin, il fut impossible de songer à lui faire -prendre ce parti, parce que, né avec des passions ardentes pour les -femmes et pour le théâtre, il devint amoureux de Madeleine Béjart, alors -que, bien jeune encore, il siégeait souvent sur les bancs de la Sorbonne -pour assister, dans les jours solennels, aux thèses qu'on y soutenait. -Cette circonstance de sa vie fut celle que lui, sa famille et ses maîtres -étaient les plus intéressés à cacher. Mais Tallemant et d'autres la -connurent; on le voit clairement par ce passage de Grimarest, qui dit, en -finissant sa _Vie de Molière_[782]: «On s'étonnera peut-être que je n'aie -point fait M. de Molière avocat. Mais ce fait m'avait été absolument -contesté par des personnes que je devais supposer en savoir mieux la -vérité que le public, et je devais me rendre à leurs bonnes raisons. -Cependant sa famille m'a si positivement assuré du contraire que je me -crois obligé de dire que Molière fit son droit.» Jusque-là tout est bien; -mais vient ensuite une historiette absurde, et qu'il est d'autant plus -étonnant que Grimarest ait adoptée qu'elle est en quelque sorte la -contrefaçon de celle qui a été rapportée par Perrault[783]. J'ai donc dû -m'arrêter à ces mots, «Molière fit son droit,» parce qu'en effet le même -fait se trouve attesté par la Grange et Vinot, dans leur _Préface_[784]: -«Au sortir des écoles de droit, il choisit la profession de comédien par -l'invincible penchant qu'il se sentait pour la profession de comédien: -toute son étude et son application ne furent que pour le théâtre.» Ainsi -la Grange et Vinot ne disent pas que Molière se fit avocat, mais qu'il -fit son droit. Ce témoignage n'est nullement opposé à celui de Tallemant; -il le corrobore au contraire. Pour être d'Église, s'avancer et faire -fortune dans l'état ecclésiastique, l'étude du droit canonique était -nécessaire. L'abbé d'Aubignac, qui composa des pièces de théâtre, était -docteur en droit canonique. - - [782] GRIMAREST, _Vie de M. de Molière_; Paris 1705, in-12. - - [783] PERRAULT, _les Hommes illustres qui ont paru en France - pendant ce siècle, avec leurs portraits au naturel_; 1697, - in-folio, p. 70; édit. in-12, 1698, p. 190.--JEAN-LÉONOR LE - GALLOIS, sieur DE GRIMAREST, _la Vie de M. de Molière_, p. 18 et - 313. - - [784] Les _OEuvres de_ M. DE MOLIÈRE, 1682, p. 3 de la _Préface_, - non paginée. - -Le droit canonique était même alors le seul qu'on enseignât à Paris. -L'étude du droit civil, rétablie par Philippe le Bel à Orléans, ne le fut -à Paris qu'en 1679[785]. Voilà pourquoi ceux qui surent que Molière avait -étudié en droit et qui écrivaient postérieurement à cette époque, sachant -qu'il n'avait pu alors étudier le droit civil à Paris, qu'on n'y -enseignait pas de son temps, l'ont fait étudier à Orléans; et c'est sur -cette supposition qu'a été bâtie la pièce d'_Élomire_, vingt-cinq ans -après que le jeune Jean-Baptiste Poquelin abandonna l'école de droit et -celle de la Sorbonne. Il fréquenta l'une et l'autre; Tallemant et la -Grange sont unanimes sur ce point, mais ils ne disent rien de plus: par -conséquent, ils s'accordent à prouver qu'il ne fut ni séminariste ni -avocat; et ce dernier rectifie tous les biographes de Molière, dont aucun -n'a apprécié avec assez de justesse les matériaux dont ils faisaient -usage. - - [785] MONMERQUÉ, dans la 2e édition de Tallemant des Réaux, t. X, - p. 51. - -Continuons de recueillir le témoignage de Tallemant, qui est le plus -ancien, et qui n'avait rien à déguiser: «Donc Jean-Baptiste Poquelin -quitta les bancs de la Sorbonne pour la suivre (Madeleine Béjart): il en -fut longtemps amoureux....» - -C'est dans les premiers temps de cette liaison qu'il faut placer ce que -dit Perrault, qui, chef de service dans la maison du roi, devait être -bien instruit de ce qui concernait l'estimable Jean Poquelin, tapissier -du roi et de sa famille. «Jean-Baptiste Poquelin, dit Perrault, prit la -résolution de former une troupe de comédiens pour aller dans les -provinces jouer la comédie. Son père, bon bourgeois de Paris et tapissier -du roi, fâché du parti que son fils avait pris, le fit solliciter, par -tout ce qu'il avait d'amis, de quitter cette pensée, promettant, s'il -voulait revenir chez lui, de lui _acheter une charge telle qu'il la -souhaiterait_, pourvu qu'elle n'excédât pas ses forces. Ni les prières ni -les remontrances de ses amis, soutenues de ces promesses, ne purent rien -sur son esprit[786].» Cela était trop simple et trop vrai; et il faut que -Perrault y ajoute sur le grand comique une de ces mille historiettes qui -couraient les rues.--Laissons-la, et continuons Tallemant: «...Il en fut -longtemps amoureux, donnait des avis à la troupe, et enfin s'en mit, et -l'épousa.» Il n'y a pas là l'erreur ni la confusion qu'on a cru y voir. -Tallemant écrivait ces lignes lorsque aucune pièce de Molière n'était -encore connue à Paris; Molière était alors dans le midi de la France; -l'on savait que c'était la Béjart qui l'avait enlevé à sa famille, et -qu'ils faisaient ménage ensemble. Entre comédiens, cela suffisait pour -les considérer comme mari et femme. Et ce _mariage_ dura longtemps, -puisqu'on a la preuve que, plus de quatorze ans après l'origine de leur -liaison, c'était Madeleine Béjart qui tenait la caisse et touchait -l'argent qui revenait à Molière[787]. Lorsqu'il épousa Armande Béjart, -elle était si jeune qu'on crut qu'elle était la fille de sa sÅ“ur -Madeleine Béjart, qui l'avait élevée; et comme l'_union_ de Madeleine -avec Molière était déjà ancienne, on l'accusa d'avoir épousé sa propre -fille. On a récemment trouvé un document[788] qui prouve que Madeleine -Béjart était réellement considérée comme le personnage principal de la -troupe de comédiens où se mit Molière, et que Tallemant avait raison -lorsqu'il en parlait ainsi. Dans un recueil de vers imprimé en 1646, on -apprend que lorsque le duc de Guise partit pour Naples, il fit présent de -ses habits aux comédiens de toutes les troupes de Paris, dont les noms se -trouvent dans ce livre avec ceux des principaux acteurs qui les -dirigeaient, à savoir: la troupe du Marais, Floridor; celle du -Petit-Bourbon, le Capitan; celle de l'hôtel de Bourgogne, Beauchâteau; et -enfin une quatrième troupe qui n'est pas autrement désignée que par les -noms de la Béjart, de Beys et de Molière. - - [786] PERRAULT, _Hommes illustres_, 1692, in-folio, p. 79; édit. - 1698, in-12, p. 190. - - [787] Registre de la Grange, cité par M. Taschereau, _Hist. de la - vie et des ouvrages de Molière_, 3e édit., p. 228. - - [788] PAULIN PARIS, cité par M. BAZIN dans la _Revue des Deux - Mondes_, 15 juillet 1847;--les _Commencements de la vie de - Molière_, p. 6 du tirage à part.--Le recueil indiqué par M. - Paulin Paris est l'_Eslite des bons vers choisis dans les - ouvrages des plus excellents poëtes de ce temps_; Paris, chez - Cardin-Besongne, 1653, 2e partie, _Recueil de diverses poésies_, - p. 15. - -De ces trois personnes qui sont ici nommées comme chefs d'une quatrième -troupe, deux étaient connues comme auteurs: c'étaient Madeleine Béjart et -Charles Beys; ils faisaient des pièces de théâtre; Molière se contentait -d'en jouer[789]. - - [789] Voyez le _Catalogue_ des pièces de Charles Beys, dans le - Catalogue de la bibliothèque de M. de Soleinne, par le - bibliophile Jacob, p. 243, no 119, à savoir: _le Jaloux sans - sujet_, tragi-comédie, 5 actes; _l'Hospital des fous_, 5 actes; - _Aline, ou les Frères rivaux_, 5 actes. Toutes ces pièces ont été - imprimées en 1637; _les Illustres fous_, en 1653. Aucun historien - ou éditeur de Molière n'a connu la liaison de Beys avec Molière. - -Ceci, et ce que dit Tallemant, que la Béjart avait joué à Paris avec une -troupe qui n'y fut que quelque temps, se trouve confirmé par ce -paragraphe important de la _Préface_ de la Grange et Vinot: - -«Il tâcha, dans les premières années, de s'établir à Paris avec plusieurs -enfants de famille qui, par son exemple, s'engagèrent comme lui dans la -partie de la comédie, sous le titre de _l'Illustre théâtre_; mais ce -dessein ayant manqué de succès (ce qui arrive à beaucoup de nouveautés), -il fut obligé de courir les provinces du royaume, où il commença de -s'acquérir une fort grande réputation[790].» - - [790] Les _OEuvres de_ M. DE MOLIÈRE, 1682, in-12, p. 3 de la - préface. - -La première mention de _l'Illustre théâtre_ serait bien plus ancienne, -s'il est vrai qu'une pièce de Magnon, imprimée en 1645, porte, sur le -titre, qu'elle y a été représentée[791]. - - [791] _Catalogue_ de la bibliothèque de M. de Soleinne, 1843, - in-8º, p. 271, no 121.--_Histoire de la vie et des ouvrages de - Molière, par_ TASCHEREAU; 3e édition, p. 8. Dans ces deux - ouvrages, le titre de la pièce de Magnon est ainsi: _Artaxerce_, - tragédie (5 a. v.), par Magnon, représentée sur _l'Illustre - théâtre_; Paris, Cardin-Besongne, 1645. C'est l'éditeur des - OEuvres de Molière de 1734 qui, le premier a dit que cette pièce - de Magnon avait été représentée sur _l'Illustre théâtre_ mais il - ne dit pas qu'il tire ce fait du titre; ce qu'il dit à cet égard - a été accepté par les frères Parfaict (_Histoire du Théâtre - françois_, t. VI, p. 376); et il n'y a pas d'autre objection à ce - fait. Cependant ce qui m'oblige à ne l'admettre qu'avec - précaution, c'est que Beauchamps seul a donné le titre entier de - cette tragédie; que ce titre ne porte pas qu'elle a été - représentée sur _l'Illustre théâtre_, et que Beauchamps ne le dit - pas. (_Recherches sur les théâtres de France_, 1735, in-8º, p. 217.) - -Voilà tout ce qu'on sait de certain pour les premières années de la vie -de Molière. Résumons. En 1632 il avait perdu sa mère; et lorsque la -Béjart l'emmena en province, majeur, maître de ses actions et de sa part -de bien maternel, il n'est plus Poquelin, il est Molière; il n'appartient -plus à sa famille, et sa famille ne lui appartient plus; il appartient -tout entier à sa troupe: sa troupe, c'est sa famille; sa troupe, c'est -l'instrument de sa gloire; en elle est la source de ses jouissances, les -objets de ses plus chères affections: c'est par elle enfin qu'il -satisfait sa triple passion de comédien, de poëte et d'amant; car il fut -tout cela toute sa vie. Si vous voulez la connaître, cette vie; si vous -voulez savoir quels sont les labeurs, les succès, les jouissances, les -tristesses qu'elle a accumulés dans le court espace de quinze ans, lisez -cette _Préface_, dont je ne vous ai rapporté que ce qui concerne -Poquelin, et non Molière; relisez ses Å“uvres; relisez les _OEuvres de -madame de Sévigné_ et les _OEuvres de Boileau_, annotées par Brossette de -Saint-Marc; surtout n'oubliez pas que Molière n'est plus Poquelin, et que -tout ce qui se trouve rapporté dans les biographies sur ses relations -avec son père et avec sa famille est faux et controuvé. Son père et sa -famille, dès qu'il eut pris le nom de Molière, dès qu'il fut comédien, -n'eurent plus rien de commun avec lui; et cela dura jusqu'à sa mort, et -après sa mort. - -Mais le mot de Belloc, et le voyage de Narbonne, et cette assistance que -Molière prêtait à son père dans ses fonctions de valet de chambre du roi; -mais cette cession que Poquelin le père fit à son fils de sa charge de -valet de chambre, qu'il ne pouvait plus exercer à cause de son grand âge, -et tant d'autres faits si singuliers, si amusants, qui nous montrent -Molière s'élevant des occupations manuelles de simple ouvrier jusque sur -les hauteurs où son génie l'a placé; qu'en faites-vous?--Tout cela est -faux, controuvé; ce sont des contes populaires inventés pour l'amusement -des oisifs et dont tous ceux qui étaient bien instruits de la vie de -Molière, la Grange et Vinot, de Visé, Tallemant, n'ont pas dit un mot. Ce -qu'ils ont dit prouve que tout cela ne pouvait être vrai. Tout cela a été -dit seulement par les collecteurs d'_ana_, par les Grimarest, les de Bret -et autres, et répété ensuite par tous les biographes, qui n'ont voulu -rien laisser échapper de ce qui avait été imprimé avant eux. - -En voulez-vous la preuve? c'est que ce père de notre grand comique, ce -Jean Poquelin, mort le 27 février 1669, se trouve porté sur tous les -_états de la France_ comme exerçant la charge de tapissier valet de -chambre du roi, depuis celui qui a été rédigé par de la Marinière, -d'après les _Mémoires de M. de Saintot, maître des cérémonies_, le 16 -août 1657 (p. 84, lig. 11), jusqu'à celui de M. N. de Besongne, _dressé -suivant les états portés à la cour des aides_, qui parut au commencement -de l'année 1669, c'est-à -dire un mois avant la mort de Jean Poquelin, -père de Molière (p. 86). Jean Poquelin est inscrit dans le livre de -Besongne non-seulement comme possesseur du titre et de la charge, mais -comme étant encore en exercice pour le quartier de janvier en avril 1669, -concurremment avec Nauroy, son collègue: ils servaient à deux par -quartier. - -Jean Poquelin, comme «sa défunte honorable femme, Marie Cressé (mère de -Molière),» fut enterré avec pompe, ainsi que le constate son acte de -décès inscrit dans les registres de la paroisse Saint-Eustache[792]: - -«Convoi de 42, service complet.--Assistance de M. le curé, quatre -prêtres-porteurs, pour défunt Jean Poquelin, tapissier du roy, bourgeois -de Paris, demeurant sous les piliers des Halles, devant la fontaine.» - - [792] _Dissertation sur Molière_, par BEFFARA, p. 25 et - 26.--TASCHEREAU, _Hist. de la vie et des ouvrages de Molière_, p. - 203 à 211. - -Ceux qui voudraient faire une objection contre la preuve ici donnée de -l'époque où Molière a pu commencer à exercer la charge de valet de -chambre du roi et du peu de temps qu'il a exercé cette charge diront -qu'il est prouvé que le titre lui en a été donné dans l'acte de baptême -de Madeleine Grésinde, dont il fut le parrain le 29 novembre 1661[793]. -Mais ces critiques oublient avec quelle facilité on prenait alors -d'avance les titres dont on devait hériter. Depuis les ordonnances de -Charles IX et de ses successeurs[794], ceux qui se trouvaient attachés à -la maison du roi étaient, comme les nobles, exempts de certaines charges, -et avaient de certains priviléges dont ne jouissait pas la bourgeoisie. -Il en était de même de ceux qui possédaient le premier degré de noblesse -et avaient le titre d'écuyer. Ce titre est donné à Molière par sa femme, -dans un acte de baptême où elle figure comme marraine (23 juin 1663); et -cependant Molière n'avait assurément aucun droit de le prendre. Pour -s'être laissé ainsi titrer indûment dans des actes authentiques, la -Fontaine fut condamné à 4,000 francs d'amende. Comme lui, Boileau prit -aussi ce titre, et fut également poursuivi par le fisc; mais il gagna son -procès, et prouva qu'il possédait ce premier degré de noblesse. L'acte du -29 novembre 1661 ne prouve donc rien contre ce que nous avons avancé. - - [793] BAZIN, _les Dernières années de la vie de Molière_, extrait - de la _Revue des Deux Mondes_, 15 Janvier 1848, p. 7 et 9. - - [794] Elles sont rapportées à la fin de l'_État général des - officiers, domestiques et commensaux de la maison du Roy_; mis en - ordre par M. de la Marinière, 1660, in-8º. - -Jean Poquelin avait eu dix enfants de deux mariages différents: de ces -neuf frères et sÅ“urs de Molière, plusieurs, au moment de son décès, -étaient mariés, et ils eurent tous un grand nombre d'enfants: son second -frère en eut seize; Robert Poquelin, son proche parent, en eut vingt; et, -de cette nombreuse famille, pas un seul ne parut lorsqu'il fallut -réclamer pour Molière une sépulture décente et les prières de l'Église, -ni pour protéger son domicile contre les égarements fanatiques d'une -populace hostile[795]. C'est que tous voulaient être bien avec leurs -curés, et enterrés honorablement. Aucun Poquelin ne signa ni n'appuya la -requête que la veuve de Molière adressa au roi; et dans cette requête on -ne parle ni de son père ni de sa parenté avec les Poquelin. Personne, -dans les Poquelin ni dans leurs descendants, ne voulut alors, ni après, -être beau-frère, belle-sÅ“ur, nièce ou neveu, parent ou allié des Béjart, -ni même de M. de Molière. On n'a pas trouvé un seul acte, une seule -lettre, un seul écrit qui établissent quelque rapport entre Jean Poquelin -et Jean-Baptiste Poquelin dès que celui-ci eut pris le nom de Molière; et -aucun de ceux qui ont parlé de lui, et dont le témoignage doit compter, -ne constate qu'il y eut de leur temps aucune liaison entre le père et le -fils, ou entre ce fils et ses frères, ses sÅ“urs et ses parents. Pas un -seul Poquelin ne contribua à grossir le cortége nombreux qui, à la lueur -des flambeaux, conduisit à leur dernier asile les restes de l'immortel -auteur du _Misanthrope_. Molière ne paraît avoir eu d'autre part à -l'héritage paternel que la survivance de la charge de tapissier valet de -chambre du roi, que son père ne pouvait lui ôter et que notre poëte, aux -termes où il en était avec Louis XIV, se serait bien gardé de dédaigner. -Il exerça donc cette charge; la Grange et Vinot n'ont pas manqué de -constater ce fait, page 2 de la _Préface_. - - [795] TASCHEREAU, _Hist. de la vie et des ouvrages de Molière_, - 3e édit., p. 181 et 260, 208 et 211.--BEFFARA, _Dissertation sur - Molière_, p. 25 et 26. - -«Son nom fut Jean-Baptiste Poquelin; il était Parisien, fils d'un valet -de chambre tapissier du roi, et avait été reçu dès son bas âge en -survivance de cette charge, qu'il a depuis exercée dans son quartier -jusqu'à sa mort.» - -Il ne l'exerça pas longtemps. Entré en fonctions après la mort de son -père, en février 1669, avec Nauroy, son collègue pour le premier -quartier, il dut n'exercer que pendant un mois. Dans les trois années qui -suivirent, il exerça chaque année pendant six semaines seulement, car ils -étaient huit tapissiers valets de chambre, servant à deux par quartier. -Ainsi, Molière n'a pu exercer que par intervalle (en tout dix mois) sa -charge de valet de chambre du roi, en supposant qu'il n'en fût jamais -dispensé. Ce service, dans ce qui avait rapport à aider à faire le lit du -roi, était pour la forme[796]: c'était plutôt un privilége qu'un emploi, -car il y avait, outre les huit tapissiers valets de chambre, huit valets -de chambre et barbiers, qui étaient appointés au double des -tapissiers[797]. Mais Louis XIV avait accordé à Molière une pension de -mille francs en 1663, c'est-à -dire six ans avant que son père, en -mourant, lui eût transmis la survivance de la charge de valet de chambre, -ce qui a fait croire à tort que ce fut en 1663 que Molière eut cette -charge. - - [796] Voyez sur ce sujet l'_État de la France en 1749_, t. I, p. - 255. - - [797] L'_État de la France_, etc.; dédié au roy, par M. N. - Besongne, C. et A. du roy, B. en théologie et clerc de chapelle - et d'oratoire de Sa Majesté; 1669, p. a5. - -Aucun Poquelin ne prétendit à la survivance de Molière comme tapissier -valet de chambre du roi; Jean Poquelin, et après lui Jean-Baptiste -Poquelin, son fils, furent successivement inscrits en tête de la liste -des tapissiers valets de chambre dans leur quartier; mais, après eux, -c'est le sieur Nauroy qu'on trouve inscrit le premier[798]. - - [798] Voyez, l'_État de la France en 1677_, t. I, p. 100. - -J'ajouterai à cette longue note sur Molière une dernière observation qui -concerne ses éditeurs. J'ai dit ailleurs que lorsqu'un auteur avait -lui-même donné une édition de ses _OEuvres_, il était du devoir des -éditeurs de conserver l'ordre que l'auteur a établi, parce que cet ordre -fait partie de ses pensées, et repose toujours sur une idée principale. -La Grange et Vinot ont manqué à cette règle dans leur édition de 1682, et -ils ont été à tort imités par tous les éditeurs subséquents. Molière a -donné, en 1666, une édition de ses _OEuvres_; il en avait commencé une -autre lorsqu'il mourut en 1673, puisque le privilége est daté du 16 mars -1671, et la continuation du 20 avril 1673[799]. Dans ces deux éditions -(1666 et 1673), Molière s'est écarté, pour une seule pièce, de l'ordre -qu'il a suivi pour toutes les autres, qui est de les ranger selon les -dates de leur représentation. D'après cet ordre, la comédie des -_Précieuses_ doit être placée après _l'Étourdi_ et _le Dépit amoureux_, -comme elle se trouve en effet dans l'édition de 1682. Mais Molière, dans -les deux éditions qu'il a données, a placé cette pièce la première; et -cette dérogation à l'ordre chronologique qu'il avait adopté est assez -significative pour qu'elle fût respectée par ses éditeurs. Il est évident -qu'il a voulu montrer que de cette pièce des _Précieuses_ dataient pour -lui les faveurs du public et cette espèce d'alliance qui s'était -contractée entre lui et tous ceux qui fréquentaient son spectacle. Ce -n'est pas tout: en 1663 il avait été gratifié d'une pension du roi, et il -saisit l'occasion de la représentation des _Plaisirs de l'Ile enchantée_, -le 16 mai 1664, pour lui adresser un remercîment en vers. Cette pièce, -qui n'a rien de fade comme toutes celles de cette nature, mais qui est, -au contraire, à elle seule une excellente scène de comédie, est, dans -l'édition de 1682, placée à sa date et avant la pièce des _Plaisirs de -l'Ile enchantée_ (t. II, p. 289 à 292 de l'édit.), tandis que, dans les -deux éditions données par Molière (1666 et 1673), elle commence le -premier volume, et se trouve avant la Préface. Évidemment Molière avait -eu l'intention de convertir ce remercîment en une réjouissante et joviale -dédicace de toutes ses _OEuvres_, une dédicace à Louis XIV. En replaçant -cette pièce à sa date, les éditeurs lui ont ôté la plus grande partie de -sa valeur, et ont ainsi frustré les intentions de l'auteur. - - [799] Les volumes premiers de cette édition portant tantôt la - date de 1673, tantôt celle de 1674; et les derniers celles de - 1675 et 1676. - -Page 295, ligne 7: Les attaques contre Molière et la comédie, que Nicole, -Bourdaloue et Bossuet, etc. - -Les reproches de Bossuet contre la comédie et Molière sont sévères, mais -d'une vérité incontestable: - -«... On répond que, pour prévenir le péché, le théâtre purifie l'amour... -Ce n'est, après tout, qu'une innocente inclination pour la beauté, qui se -termine au nÅ“ud conjugal. Du moins donc, selon ces principes, il faudra -bannir du milieu des chrétiens les prostitutions dont les comédies -italiennes ont été remplies, même de nos jours, et que l'on voit encore -toutes crues dans les pièces de Molière; on réprouvera les discours où ce -rigoureux censeur des grands canons, ce grave réformateur des mines et -des expressions de nos précieuses étale cependant au plus grand jour les -avantages d'une infâme tolérance dans les maris, et sollicite les femmes -à de honteuses vengeances contre leurs jaloux. Il a fait voir à notre -siècle le fruit qu'on peut espérer de la morale du théâtre, qui n'attaque -que le ridicule du monde, en lui laissant cependant toute sa corruption.» - - -CHAPITRE IX. - - -Page 300, ligne 19: Le temps de ses métamorphoses en jeune et jolie fille -était passé. - -Dans l'_Histoire de la comtesse des Barres_, Choisy nous apprend que ce -fut madame de la Fayette qui lui donna l'idée de se déguiser en femme (p. -12-14). - -«Je n'étais donc contraint par personne, et je m'abandonnai à mon -penchant. Il arriva même que madame de la Fayette, que je voyais fort -souvent, me voyant toujours fort ajusté avec des pendants d'oreille et -des mouches, me dit, en bonne amie, que ce n'était point la mode pour les -hommes, et que je ferais bien mieux de m'habiller tout à fait en femme. -Sur une si grande autorité, je me fis couper les cheveux, pour être mieux -coiffé. J'en avais prodigieusement; il en fallait beaucoup en ce -temps-là , quand on ne voulait rien emprunter. On portait sur le front de -petites boucles, de grosses aux deux côtés du visage, et tout autour de -la tête un gros bourrelet de cheveux cordonné avec des rubans ou des -perles, qui en avait. J'avais assez d'habits de femme: je pris le plus -beau, et j'allai rendre visite à madame de la Fayette avec mes pendants -d'oreille, ma croix de diamants et mes bagues, et dix ou douze mouches. -Elle s'écria en me voyant: «Ah! la belle femme! Vous avez donc suivi mon -avis? et vous avez bien fait. Demandez plutôt à M. de la Rochefoucauld.» -Il était alors dans sa chambre. Ils me tournèrent et retournèrent, et -furent contents. Les femmes aiment qu'on suive leur avis; et madame de la -Fayette se crut engagée à faire approuver dans le monde ce qu'elle -m'avait conseillé peut-être un peu légèrement. Cela me donna courage, et -je continuai, pendant deux mois, à m'habiller tous les jours en femme. -J'allai partout faire des visites, à l'église, au sermon, à l'Opéra, à la -Comédie, et il me semblait qu'on s'y était accoutumé. Je me faisais -nommer, par mes laquais, _madame de Sanzy_. Je me fis peindre par -Ferdinand, fameux peintre italien, qui fit de moi un portrait qu'on -allait voir. Enfin, je contentai pleinement mon goût. J'allais à la cour -d'un grand prince.... Il eût bien souhaité s'habiller aussi en femme.» Ce -grand prince était le duc d'Orléans, le frère de Louis XIV, alors fort -jeune. - - -Page 312, ligne dernière: L'avis de l'abbé de Coulanges, et la note 6. - -Outre la date, qui est différente dans le manuscrit de l'Institut et dans -les imprimés, et la généalogie des Rabutin, qui ne se trouve pas dans ces -imprimés, je remarque aussi une différence dans la rédaction entre ce -manuscrit et les imprimés, pour les premières phrases de cette lettre. Ce -texte, dans le manuscrit, est plus semblable à l'édition de 1735, et -doit, je crois, être préféré à celui des éditions modernes, comme étant -conforme à ce qu'avait écrit Bussy. - - -Page 325, ligne 15: Ma grand'mère. - -Comme Jean de la Croix, Françoise Fremyot de Chantal fut seulement -béatifiée du vivant de madame de Sévigné, et ne fut canonisée que -longtemps après la mort de sa petite-fille. - - -Page 328, ligne 23: Sa jeunesse, les plus belles années de sa vie. - -J'ai essayé, dans les chapitres III à XVI de la première partie de cet -ouvrage, de retracer ces temps de la brillante jeunesse de madame de -Sévigné. Malgré la disette de renseignements historiques pour ce qui la -concerne, on a pu voir, par les extraits de la _Gazette de Loret_, du -_Dictionnaire des Précieuses_, des _Miscellanea_ de Ménage (1652, p. -105), que sa réputation de femme d'esprit, belle, aimable, gracieuse -était grande et bien établie, non-seulement dans la société, mais dans le -public, puisqu'elle était l'objet des éloges donnés par les écrivains de -ce temps dans des ouvrages imprimés et alors fort répandus. Il en est un -de ce genre que je n'ai pas cité, parce qu'alors je ne le connaissais -pas. C'est celui d'un sieur DE SAINT-GABRIEL, conseiller du roi et -ci-devant avocat à la cour des aides de Normandie, qui, dans un livre -bizarre destiné, comme le _Dictionnaire des Précieuses_, à célébrer -toutes les beautés de l'époque (LE MÉRITE DES DAMES; Paris, 1660, in-12), -surpasse tous les autres auteurs par l'excès de son admiration pour -madame de Sévigné. Voici la transcription du court article qu'il lui a -consacré: - - -Page 310 de la 3e édition, article 85: «MADAME DE SÉVIGNY LA SUBLIME, UNE -ANGE EN TERRE, LA GLOIRE DU MONDE.» - -D'après une note manuscrite mise à un exemplaire de ce livre de -Saint-Gabriel, la seconde édition porterait la date de 1657. Je n'ai -aucun renseignement sur la date de la première; lors de la seconde, -madame de Sévigné avait vingt-huit à vingt-neuf ans. - - -FIN. - - - - -TABLE DES MATIÈRES SOMMAIRE DES CHAPITRES DE CE VOLUME. - - - CHAPITRE PREMIER.--1671. - - Pages - - Voyage de madame de Sévigné à sa terre des Rochers.--Son - séjour.--Ses occupations dans ce lieu.--Visites qu'elle y - reçoit.--Détails sur Pomenars, Tonquedec, Montigny, etc. 1 - - CHAPITRE II.--1671. - - Détails sur madame de Grignan et la famille de Grignan pendant - le séjour de madame de Sévigné aux Rochers.--La - Bohémienne. 43 - - CHAPITRE III.--1671-1672. - - Madame de Sévigné retourne à Paris.--Louis XIV se prépare - à la guerre.--Publications littéraires.--_Les Femmes savantes_ - de Molière.--Détails sur madame Scarron et madame - de Montespan. 66 - - CHAPITRE IV.--1671-1672. - - Inclinations du marquis de Sévigné.--Ses intrigues amoureuses - avec la Champmeslé, avec Ninon.--La guerre contre la - Hollande est déclarée.--Sévigné part pour l'armée. 97 - - CHAPITRE V.--1672. - - Des commencements et de la fin de la guerre de Louis XIV contre - la Hollande.--Préparatifs de Louvois.--Passage du - Rhin.--Mort du comte de Saint-Paul.--De la société que - fréquentait alors madame de Sévigné.--Détails sur la Vallière - et Montespan.--Nécessité de faire connaître les dangers - qui assiégeaient alors les femmes jeunes et belles de - la cour. 120 - - CHAPITRE VI.--1672. - - Histoire de la marquise de Courcelles (1651-1685). 146 - - CHAPITRE VII.--1672. - - Madame de Sévigné part pour aller en Provence.--Détails - sur son voyage.--Sur Jeannin de Castille,--sur Bussy,--sur - la famille de Dugué-Bagnols. 188 - - CHAPITRE VIII.--1672. - - Séjour de madame de Sévigné à Lyon.--Lettres que lui adresse - madame de Coulanges.--Détails qu'elle donne sur les intrigues - amoureuses de Villeroi.--Quelle était la personne - qu'elle désigne sous le nom d'_Alcine_.--Détails sur Vardes, - Barillon, etc. 202 - - CHAPITRE IX.--1673. - - Madame de Sévigné en Provence.--Histoire des états de - Provence.--Assemblée des communautés.--Rivalité de M. de - Grignan et de l'archevêque de Marseille.--Madame de Sévigné - va à Lambesc et à Marseille. 226 - - CHAPITRE X.--1673. - - Continuation du séjour de madame de Sévigné en Provence.--Nouvelles - qu'elle reçoit de Paris et de l'armée.--Prise de - Charleroi.--L'abbé de Choisy en Bourgogne.--Prise de - Maëstricht.--Détails sur les cours de Louis XIV et de Charles - II.--Sur le marquis d'Ambres et le titre de _monseigneur_.--Sur - madame de la Fayette et la Rochefoucauld.--Sur - Corneille et Racine.--Mort de Molière. 264 - - - CHAPITRE XI.--1673. - - - Séjour de madame de Sévigné au château de Grignan.--Liaison - de l'abbé de Choisy et de Bussy avec madame Bossuet.--Détails - sur le comte de Limoges.--Des études sur la philosophie - de Descartes et sur le traité de Louis de la Forge.--De - l'influence de ces études sur Corbinelli, sur madame de - Sévigné, sur madame de Grignan. 296 - - -FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES. - - - - -TABLE SOMMAIRE - -DES - -MATIÈRES PRINCIPALES DES NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS CONTENUS DANS CE -VOLUME. - - - Pages - - Sur les voyages de madame de Sévigné. 331 - - Sur la Tour de Sévigné. 333 - - Sur le changement de domicile de madame de Sévigné. 334 - - Sur Cotin. 335 - - Sur la représentation des _Femmes savantes_. 337 - - Extrait des Mémoires de Fr. de Maucroix. 338 - - Sur madame de Brancas et sur Ninon. 339 - - Sur le printemps d'hôtellerie. 340 - - Sur Barillon et la duchesse de Verneuil. 341 - - Sur le château nommé _le Genitoy_. 343 - - Sur le recueil qui contient le sonnet sur la marquise - de Courcelles. 345 - - Portrait du comte d'Hona. 346 - - Chanson de Guilleragues sur la famille de Coulanges et sur la - Trousse. 349 - - Sur les éditions du libelle de Bussy. 351 - - Sur la maison de M. Cazes à Lyon et sur madame Deshoulières. 354 - - Sur les divers ballets dans lesquels Louis XIV a figuré. 357 - - Sur les éditions des libelles de Bussy et d'autres libelles du - même genre. 360 - - Sur la dame du nom de du Plessis, connue de madame de Sévigné. 362 - - Lettre de Louis XIV sur la duchesse de Portsmouth. 364 - - Comparaison de Corneille et de Racine. 366 - - Dissertation sur cette question: _Que sait-on sur la vie de - Molière?_ 367 - - Sur Choisy, comtesse des Barres. 380 - - Louange de madame de Sévigné par Saint-Gabriel. 382 - - -FIN DE LA TABLE DES NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires touchant la vie et les ecrit - de Marie de Rabutin-Chantal, by Charles Athanase Walckenaer - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES TOUCHANT LA VIE ET *** - -***** This file should be named 52282-0.txt or 52282-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/2/2/8/52282/ - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms of -the Project Gutenberg License included with this eBook or online at -www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - -Title: Mémoires touchant la vie et les ecrits de Marie de Rabutin-Chantal, Volume 4 (of 6) - -Author: Charles Athanase Walckenaer - -Release Date: June 8, 2016 [EBook #52282] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES TOUCHANT LA VIE ET *** - - - - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - - - - - -</pre> - - -<div class="tnote"> -<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. -L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. -Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_I"> I</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_II"> II</a></span></p> - -<h1><span class="large">MÉMOIRES</span><br /> -<span class="xs">SUR MADAME</span><br /> -<span class="xlarge">DE SÉVIGNÉ</span><br /> -<span class="medium">QUATRIÈME PARTIE</span></h1> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_III"> III</a></span> -<span class="pagenumh"><a id="Page_IV"> IV</a></span></p> - -<div class="topspace frontmatter"> -<hr class="tb" /> -<p class="small">TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT.—MESNIL (EURE).</p> -</div> - -<div class="topspace titlepage"> - -<p><span class="xxlarge">MÉMOIRES</span><br /> -<span class="medium">TOUCHANT</span><br /> -<span class="xlarge">LA VIE ET LES ÉCRITS</span><br /> -<span class="large">DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL</span><br /> -<span class="small">DAME DE BOURBILLY</span><br /> -<span class="large">MARQUISE DE SÉVIGNÉ</span>,</p> -<p><span class="small">DURANT LA GUERRE DE LOUIS XIV CONTRE LA HOLLANDE</span><br /> -<span class="xs">SUIVIS</span><br /> -<span class="xs">De Notes et d'Éclaircissements.</span><br /> -<span class="xs">PAR</span><br /> -<span class="large">M. LE BARON WALCKENAER.</span></p> -<hr class="deco" /> -<p><span class="medium">QUATRIÈME ÉDITION,</span><br /> -<span class="small">REVUE ET CORRIGÉE.</span></p> -<div class="figcenter"> -<img src="images/deco.jpg" width="120" height="13" alt="" /> -</div> - -<p><span class="large">PARIS,</span><br /> -<span class="medium">LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C<sup>IE</sup></span>,<br /> -<span class="xs">IMPRIMEURS DE L'INSTITUT DE FRANCE,</span><br /> -<span class="xs">RUE JACOB, 56.</span></p> -<hr class="deco" /> -<p><span class="medium">1875.</span></p> -</div> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_V"> V</a></span></p> -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_1"> 1</a></span></p> -<h2><span class="xxlarge">MÉMOIRES</span><br /> -<span class="large">TOUCHANT LA VIE ET LES ÉCRITS</span><br /> -<span class="xs">DE</span><br /> -<span class="medium">MARIE DE RABUTIN-CHANTAL</span>,<br /> -<span class="small">DAME DE BOURBILLY,</span><br /> -<span class="xlarge">MARQUISE DE SÉVIGNÉ.</span></h2> - -<p class="extra">CHAPITRE PREMIER.<br /> -<span class="medium">1671.</span></p> -</div> - -<p class="hanging indent"> -L'abbé de Livry fait donation de tout son bien à madame de Sévigné.—Elle -part pour la campagne.—Détails sur son voyage.—Elle -arrive aux Rochers.—Effet que produit sur elle ce séjour.—Elle -désirait ne pas le quitter, et y attirer sa fille.—Elle se -passionne pour la solitude et les occupations champêtres.—Elle -fait agrandir et embellir son parc.—Elle préfère Pilois, son jardinier, -à tous les beaux esprits de la cour.—Elle participe à ses -travaux.—Des causes qui ont produit le contraste de ses goûts -et de son caractère.—Du plaisir qu'elle avait à recevoir les visites -de Pomenars.—Détails sur celui-ci.—Madame de Sévigné n'aimait -pas la société de province.—Son existence était celle d'une -femme de cour ou d'une châtelaine.—Elle voit arriver avec peine -l'époque des états.—N'est pas décidée à y assister.—Elle craint -la dépense; donne à sa fille le détail de ses biens.—Elle se décide -à assister aux états.—Détails sur les députés des états que -connaissait madame de Grignan.—Tonquedec.—Le comte des -Chapelles.—Mort de Montigny, évêque de Saint-Pol de Léon.—Des -<span class="pagenum"><a id="Page_2"> 2</a></span> -personnages qui composaient les états de Bretagne.—Soumission -de ces états aux volontés du roi.—Différents de ceux de -Provence.—Réjouissances et festins.—Supériorité des Bretons -pour la danse.—Madame de Sévigné à Vitré.—Elle reçoit toute -la haute noblesse des états aux Rochers.—Fin des états.—Bel -aspect qu'offrait cette assemblée.—Détails sur les biens que possédait -la famille de Sévigné.—Terre de Sévigné, aliénée depuis -longtemps.—Terre des Rochers.—Tour de Sévigné, à Vitré.—Madame -de Sévigné fait réparer son hôtel aux frais des états.—Terre -de Buron.—Pourquoi madame de Sévigné ne s'y rend pas.—État -de dégradation de ce domaine.—Toute sa vie madame de -Sévigné s'occupe à embellir les Rochers.—Elle fait de nouvelles -allées.—Met partout des inscriptions.—Les pavillons.—Le mail.—La -chapelle.—Le labyrinthe et l'écho.</p> - -<p class="space">Près de deux mois s'étaient écoulés depuis la clôture -des états de Provence<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor"> [1]</a>, lorsque, le 18 mai 1671, madame -de Sévigné, dont le séjour à Paris et la présence à la cour -n'étaient plus utiles à sa fille, monta dans sa calèche pour -se rendre aux états de Bretagne. Son oncle, le bon abbé -de Livry, qui avant de partir venait de lui faire donation -de tout son bien<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor"> [2]</a>, et son fils, qu'elle dérobait à un genre -de vie aussi nuisible à sa santé qu'à sa fortune, l'accompagnèrent. -Le petit abbé de la Mousse, dont elle ne se séparait -pas plus que de Marphise, sa chienne<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor"> [3]</a>, était aussi -du voyage. Ainsi entourée, ayant dans sa poche le portrait -de sa fille, et escortée de ses gens, elle alla coucher -à Bonnelles, sur la route de Chartres; c'est-à-dire qu'elle -<span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span> -ne parcourut ce premier jour que quarante kilomètres, -ou dix lieues de poste. Son équipage se composait de -sept chevaux.</p> - -<p>Cinq jours après, le 23 mai, elle arriva à Malicorne, -dans le château du marquis de Lavardin<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor"> [4]</a>, où elle se délassa -de ses fatigues, et fit bonne chère. La route parcourue -depuis Bonnelles, en passant par le Mans et la Suze, était -de 202 kilomètres, ou de 51 lieues de poste. Elle fit encore -cette fois dix à onze lieues par jour.</p> - -<p>Les 94 kilomètres ou 22 lieues de distance qui lui restaient -à parcourir furent franchis en deux jours, et madame -de Sévigné arriva un jour plus tard que ne l'avait -annoncé par mégarde le bon abbé de Livry; ce qui fut -une contrariété pour Vaillant, son régisseur, qui avait -mis plus de quinze cents hommes sous les armes pour la -recevoir. Ils étaient allés l'attendre, la veille<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor"> [5]</a>, à une lieue -des Rochers; ils s'en retournèrent à dix heures du soir, dans -un grand désappointement. Partie le lundi, et arrivée seulement -le mercredi de la semaine suivante, madame de -Sévigné avait mis dix jours à faire un trajet de 336 kilomètres, -ou 84 lieues<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor"> [6]</a>.</p> - -<p>Du reste, elle n'avait éprouvé aucun ennui durant ces -dix jours. Son fils, charmant pour elle, l'amusait par son -esprit et sa gaieté; il lui déclamait des tragédies de Corneille, -et la Mousse lui lisait Nicole. Elle regardait souvent -<span class="pagenum"><a id="Page_4"> 4</a></span> -le portrait de sa fille<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor"> [7]</a>; et lorsqu'en arrivant à Malicorne -elle trouva une lettre d'elle, son plaisir fut grand, -moins par la jouissance éprouvée à la lecture de cette -lettre, que par l'assurance qu'elle y trouvait qu'une correspondance -qui était le soutien de sa vie serait continuée -avec régularité, et comme elle-même l'avait prescrit<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor"> [8]</a>.</p> - -<p>La vue des Rochers, à la fin de mai, produisit sur madame -de Sévigné son effet accoutumé: elle réveilla sa -passion pour la campagne. A peine y fut-elle installée, -qu'elle résolut de faire à son château des embellissements, -d'y construire une chapelle, d'agrandir le parc<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor"> [9]</a> et d'augmenter -ses promenades. Ces travaux, qu'elle voulait diriger -elle-même, exigeaient qu'elle fît à sa terre un assez -long séjour. Aussi, dans la première lettre qu'elle écrivit -à sa fille, datée des Rochers, trois jours après son arrivée, -à la suite d'une phrase pleine de souvenirs mélancoliques, -elle ajoute: «Si vous continuez de vous bien porter, -ma chère enfant, je ne vous irai voir que l'année qui -vient. La Bretagne et la Provence ne sont pas compatibles. -C'est une chose étrange que les grands voyages! Si -l'on était toujours dans le sentiment qu'on a quand on -arrive, on ne sortirait jamais du lieu où l'on est; mais la -Providence fait qu'on oublie. C'est la même chose qui sert -aux femmes qui sont accouchées: Dieu permet cet oubli -afin que le monde ne finisse pas, et que l'on fasse des -voyages en Provence. Celui que j'y ferai me donnera la -<span class="pagenum"><a id="Page_5"> 5</a></span> -plus grande joie que je puisse recevoir de ma vie: mais -quelles pensées tristes de ne point voir de fin à votre séjour! -J'admire et je loue de plus en plus votre sagesse, -quoique, à vous dire le vrai, je sois fortement touchée de -cette impossibilité; j'espère qu'en ce temps-là nous verrons -les choses d'une autre manière. Il faut bien l'espérer; -car, sans cette consolation, il n'y aurait plus qu'à -mourir<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor"> [10]</a>.»</p> - -<p>Quelques jours après, elle ajoute encore: «Je ferais -bien mieux de vous dire combien je vous aime tendrement, -combien vous êtes les délices de mon cœur et de ma -vie, et ce que je souffre tous les jours quand je fais réflexion -en quel endroit la Providence vous a placée. Voilà de quoi -se compose ma bile: je souhaite que vous n'en composiez -pas la vôtre; vous n'en avez pas besoin dans l'état où -vous êtes [madame de Grignan était enceinte]. Vous avez -un mari qui vous adore: rien ne manque à votre grandeur. -Tâchez seulement de faire quelque miracle à vos affaires, -afin que le retour à Paris ne soit retardé que par le devoir -de votre charge, et point par nécessité<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor"> [11]</a>.»</p> - -<p>On voit par ces passages, et par tout le reste de la correspondance<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor"> [12]</a> -de madame de Sévigné, que si elle différa -pendant plus d'un an encore son voyage de Provence, ce -n'est pas que le désir de se réunir à sa fille fût en elle -moins ardent; mais c'est qu'elle espérait toujours l'attirer -près d'elle, et être dispensée d'un déplacement qui lui pesait. -<span class="pagenum"><a id="Page_6"> 6</a></span> -Madame de Grignan lui avait dit qu'il lui était impossible -de quitter la Provence, parce que son mari, obligé à -une continuelle représentation, avait besoin d'elle. En -effet, il y avait cette différence entre les états de Bretagne -et ceux de Provence, que ces derniers avaient lieu tous les -ans, et les premiers tous les deux ans: ceux-ci d'ailleurs -présentaient moins de difficulté aux gouverneurs, qui -obtenaient facilement le vote de l'impôt. Ce sont ces considérations -mêmes qui faisaient que madame de Sévigné -redoutait d'aller en Provence. C'était sa fille qu'elle voulait, -c'était sa présence, sa société, ses confidences, ses -causeries, ses épanchements, dont elle était avide, et non -pas de devenir le témoin des belles manières, de la dignité, -de la prudence de la femme de M. le lieutenant -général gouverneur de Provence, présidant un cercle ou -faisant les honneurs d'un grand repas. C'est à Livry, c'est -aux Rochers qu'elle aurait voulu posséder madame de Grignan, -la réunir à son aimable frère, et jouir de tous les -deux<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor"> [13]</a>, sans distraction, dans les délices de la solitude: -c'était là son rêve chéri, sa plus vive espérance. Aussi -parvint-elle à rendre possible ce qui avait d'abord été -trouvé impossible; et elle eut raison de croire qu'un jour -viendrait où l'on verrait les choses d'une autre manière<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor"> [14]</a>.</p> - -<p>Ce qui étonne le plus dans madame de Sévigné, c'est -cette nature vive, passionnée, flexible, variable, apte à -recevoir les impressions les plus opposées, à s'en laisser -alternativement dominer. Femme du grand monde, elle -<span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span> -y plaît, elle s'y plaît; son tourbillon l'amuse, elle est occupée -de ce qui s'y passe; elle est attentive à ses travers, à -ses ridicules, à ses modes, à ses caprices; agréablement -flattée de tout ce qui est de bon goût, de bon ton; recherchant -les beaux esprits, admirant les talents, aimant la -comédie, la danse, les vers, la musique; se laissant aller -avec une sorte d'entraînement à tout ce que peut donner -de jouissance une société opulente, élégante et polie; puis -tout à coup, une fois transportée dans son agreste domaine, -devenue étrangère à tout cela, dégoûtée de tout -cela, obsédée et ennuyée des nouvelles de cour<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor"> [15]</a> qui lui -arrivent, et considérant comme une tâche pénible l'obligation -de paraître s'intéresser au mariage du premier -prince du sang, et d'être forcée de répondre et de lire les -détails qu'on lui donne sur ce sujet; ne songeant plus -qu'au plaisir de vivre tous les jours avec les siens sous un -même toit, de lire les livres qu'elle aime, de broder, d'écrire -à sa fille, de supputer les produits de ses terres, -de planter, de cultiver, de braver pour cette besogne les -intempéries de l'air et tous les inconvénients attachés aux -travaux champêtres; de se promener sur ses coteaux sauvages -et dans ses bois incultes, non sans la crainte d'être -dévorée par les loups, non sans s'astreindre à se faire protéger -par les fusils de quatre gardes-chasses, l'intrépide -Beaulieu à leur tête<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor"> [16]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span> -Elle écrit à sa fille: «La compagnie que j'ai ici me plaît -fort; notre abbé (l'abbé de Livry) est toujours admirable; -mon fils et la Mousse s'accommodent fort bien de moi, et -moi d'eux; nous nous cherchons toujours; et quand les -affaires me séparent d'eux, ils sont au désespoir, et me -trouvent ridicule de préférer un compte<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor"> [17]</a> de fermier aux -contes de la Fontaine.»</p> - -<p>Le bon abbé examine ses baux, s'instruit sur la manière -d'augmenter les revenus, soigne la construction -de la chapelle; madame de Sévigné brode un devant -d'autel<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor"> [18]</a>. Le baron de Sévigné l'avait remise en train -de recommencer les lectures de sa jeunesse; il lui déclame -de beaux vers; elle compose avec lui de jolies -chansons qui obtiennent les éloges de madame de Grignan. -Pour achever d'apprendre l'italien à la Mousse, madame -de Sévigné relit avec lui le Tasse<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor"> [19]</a>. Lui, fait le catéchisme -aux petits enfants<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor"> [20]</a>. Madame de Sévigné prétend qu'il n'aspire -au salut que par curiosité, et pour mieux connaître ce -qu'il en est sur les tourbillons de Descartes: enfin elle se -rit de posséder chez elle trois abbés qui font admirablement -<span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span> -leurs personnages, mais dont pas un, dit-elle, ne peut lui -dire la messe, dont elle a besoin<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor"> [21]</a>.</p> - -<p>Tout cela est naturel: mais qu'après avoir reçu, la -veille de son départ pour la Bretagne, les adieux de tous -ses amis, dans un grand repas qui lui a été donné par Coulanges, -la châtelaine des Rochers soit devenue tellement -campagnarde qu'en parlant à sa fille de ce dîner, elle ne -lui donne qu'une seule ligne<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor"> [22]</a>; que tant de personnes qui -la chérissent, et la redemandent comme l'âme de leur -cercle, comme une compagne charmante, comme une -amie toujours sûre, ne lui inspirent jamais, pendant -son séjour aux Rochers, une seule fois le regret de les -avoir quittées; qu'elle ne soit sensible à une telle séparation -que parce qu'elle lui ôte les moyens de donner à -sa fille des nouvelles de Paris et de la cour, et de la priver -pour sa correspondance de sujets qui peuvent l'intéresser -et l'amuser, voilà ce qui étonne. Pilois, son jardinier<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor"> [23]</a>, -est devenu pour elle un être plus important -que tous les beaux esprits et les grands personnages -de l'hôtel de la Rochefoucauld. Elle préfère son bon sens, -ses lumières, à tous les entretiens des courtisans, des académiciens -et des <i>alcôvistes</i>. Elle ne le dirige pas dans ses -travaux, elle les dirige avec lui. Elle marche dans les -plus hautes herbes, et se mouille jusqu'aux genoux, pour -l'aider dans ses alignements<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor"> [24]</a>; et lorsqu'en décembre le -<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span> -froid rigoureux a chassé d'auprès d'elle et ses hôtes et ses -gens, elle reste courageusement avec Pilois; elle tient -entre ses mains délicates, devenues robustes, l'arbre qu'il -va planter, et qu'elle doit avec lui enfoncer en terre<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor"> [25]</a>. Une -si complète transformation, une si grande métamorphose -étonne et charme à la fois.</p> - -<p>Elle se conçoit cependant quand on a bien compris madame -de Sévigné; quand on est initié, par l'étude de toute -sa vie, aux sentiments, aux inclinations dont elle subissait -l'influence. Introduite par son jeune mari dans le tourbillon -du grand monde, elle y prit goût; elle fut glorieuse des succès -qu'elle y obtint. Elle se livra avec abandon aux jouissances -que lui facilitaient son âge, sa beauté, sa santé, -sa fortune, la gaieté de son caractère; mais, trompée et -presque répudiée par cet époux en qui elle avait placé ses -plus tendres affections, elle connut de bonne heure des peines -dont le monde et ses plaisirs ne pouvaient la distraire. -L'éducation qu'elle avait reçue, et son excellent naturel, lui -firent chercher un soulagement dans la religion, la lecture, -et les occupations domestiques. Elle se trouva ainsi -partagée entre le besoin des distractions et de l'agitation -mondaines, entre les plaisirs et les tranquilles et -uniformes jouissances de la retraite, entre Paris, Livry, les -Rochers. Mais dans sa brillante jeunesse, avec le goût -qu'elle avait pour la lecture des romans, pour ces sociétés -aimables, joyeuses et licencieuses de la Fronde, dans -lesquelles elle se trouvait lancée, les remèdes qu'elle employait -n'étaient pour son mal que des palliatifs momentanés<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor"> [26]</a>. -Son cœur avide d'émotions n'eût pu échapper aux tortures -<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span> -de la jalousie et de l'amour rebuté qu'en cédant aux -ressentiments que lui faisaient éprouver les infidélités de son -mari, et l'injurieux abandon dont il la rendait victime. Ce -n'était qu'en triomphant de l'amour conjugal par un autre -amour, il est vrai, moins légitime, mais peut-être plus digne -d'elle, qu'elle pouvait, à l'exemple de tant d'autres, en -ce temps de débordement des mœurs, se consoler de son -malheur, et ressaisir les avantages de sa jeunesse. Plusieurs -espérèrent; et Bussy n'aurait peut-être pas espéré en -vain, si cette situation, capable de dompter le plus indomptable -courage, se fût longtemps prolongée<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor"> [27]</a>. Mais -elle cessa, par une horrible catastrophe qui porta le désespoir -dans le cœur de madame de Sévigné. Son mari, -si jeune, si beau, lui fut enlevé par une mort violente, -qui semblait lui avoir été infligée pour son inconduite, -et comme une juste punition des torts qu'il avait envers -elle. Alors ces torts disparurent à ses yeux; elle ne -se souvint plus que de ce qu'il avait d'aimable; elle ne -ressentit plus que la douleur d'en être privée pour toujours, -lorsqu'il l'avait rendue deux fois mère. Et cette douleur -dura longtemps: cette flamme allumée en elle par l'amour -conjugal tourna tout entière au profit de l'amour maternel; -comme celle de Vesta, elle brûla pure dans son cœur agité, -sans faire éclater aucun incendie ni produire aucun désordre -dans ses sens. La religion communiqua à sa vertu la -force et la fierté dont elle avait besoin pour se soustraire -aux écueils et aux dangers de l'âge périlleux qu'elle avait -à traverser, et elle put se consacrer à l'éducation de ses enfants -d'une manière qui la rendit l'admiration du monde<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor"> [28]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span> -Mais dès lors ce monde perdait chaque jour de l'attrait qu'il -avait eu pour elle: plus elle en appréciait le faux, le vide, -les vices et les ridicules, plus ses inclinations à la retraite, -et le goût de la campagne, qu'elle avait contracté dans sa -jeunesse, prenaient sur elle de l'empire. Là elle vivait plus -pour ses enfants, pour le bon abbé, pour elle-même; et -c'est la vivacité de ces sentiments qui donne cette fois aux -lettres qu'elle a écrites des Rochers, dans le cours de l'année -dont nous traitons, un charme supérieur à celles qui sont -datées de Paris. Ces lettres écrites des Rochers sont -sans doute plus dépourvues de tout ce qui peut les rendre -historiquement intéressantes. Elles abondent en détails -futiles, mais charmants par le tour qu'elle sait leur donner. -Il y a plus d'imagination, plus d'esprit même, plus -de talent de style que dans les autres; et ce sont sans -doute celles-là qui, de son temps, ont fait sa réputation. -Les lettres qui renfermaient des détails sur de grands -personnages, et des nouvelles de cour, ne pouvaient être -montrées ni par madame de Grignan, ni par Coulanges, ni -par les amis de cour auxquels elle écrivait, tandis qu'on -communiquait sans difficulté et sans inconvénient celles -du laquais Picard, renvoyé pour avoir refusé de faner<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor"> [29]</a>; -celles où elle s'amuse avec trop peu de charité aux dépens -des Bretons et de leurs familles<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor"> [30]</a>, et de toutes les femmes -<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span> -de la Bretagne que la tenue des états réunissait à Vitré<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor"> [31]</a>.</p> - -<p>On conçoit que madame de Grignan ne manquât pas de -communiquer à ses amis les lettres où sa mère se plaisait à -lutter avec les beaux esprits ses amis, par la composition -de ses devises<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor"> [32]</a>; mais rien ne prouve mieux que la licence -et le relâchement des mœurs des temps de la Fronde subsistaient -encore, que de trouver dans ces mêmes lettres -l'aveu du plaisir qu'avait madame de Sévigné à recevoir -les visites du marquis de Pomenars, du divin Pomenars, -ainsi qu'elle l'appelle, parce que cet homme l'amusait par -la gaieté et les saillies de son esprit. Ce gentilhomme breton, -effrontément dépravé, passait sa vie sous le coup d'accusations -et même de condamnations capitales. Si le roi -avait ordonné qu'on tînt en Bretagne les <i>grands jours</i>, -comme autrefois en Auvergne et en Poitou, Pomenars -n'aurait certainement pas échappé aux châtiments infligés -par les juges de ces redoutables assises. Il avait été accusé -de fausse monnaie; il fut absous, et paya les épices de -son arrêt en fausses espèces<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor"> [33]</a>. Il paraît qu'un nouveau -procès s'était renouvelé contre lui, peut-être pour ce dernier -méfait; et de plus il se trouvait encore poursuivi -pour avoir enlevé la fille du comte de Créance. Tout cela -<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span> -ne le rendait pas plus triste, tout cela ne l'empêchait -pas de venir aux états, et d'y montrer tant d'audace et -d'impudence, que «journellement, dit madame de Sévigné, -il fait quitter la place au premier président, dont -il est ennemi, aussi bien que du procureur général<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor"> [34]</a>.» Il -allait chez la duchesse de Chaulnes aux Rochers, partout -où il pouvait s'amuser<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor"> [35]</a>. Il sollicitait gaiement ses juges -avec une longue barbe, parce que, avant de se donner la -peine de la raser, il fallait, disait-il, savoir si sa tête, que le -roi lui disputait, lui resterait. Il est probable que quand il -parlait ainsi, c'est de l'accusation de fausse monnaie qu'il -était question. L'autre accusation était d'une nature moins -grave. Il s'agissait de la demoiselle de Bouillé, fille de -René de Bouillé, comte de Créance, et cousine de la -duchesse du Lude; cette demoiselle qui, après avoir vécu -quatorze ans avec Pomenars, s'avisa un jour de le quitter, -de se rendre à Paris, et de le faire poursuivre pour crime -de rapt<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor"> [36]</a>. «Pomenars, dit madame de Sévigné à sa fille, -qui s'intéressait beaucoup à ce gentilhomme qu'elle connaissait, -ne fait que de sortir de ma chambre. Nous avons -parlé assez sérieusement de ses affaires, qui ne sont jamais -de moins que de la tête. Le comte de Créance veut -à toute force qu'il l'ait coupée, Pomenars ne veut pas: -voilà le procès<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor"> [37]</a>.»</p> - -<p>Il fut jugé et condamné par contumace cinq mois après, -<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span> -et fit aux Rochers une nouvelle visite à madame de Sévigné, -qui raconte ainsi ce fait à sa fille: «L'autre jour, Pomenars -passa par ici; il venait de Laval, où il trouva une grande -assemblée de peuple; il demanda ce que c'était: C'est, lui -dit-on, que l'on pend un gentilhomme qui avait enlevé la -fille du comte de Créance. <i>Cet homme-là, sire, c'était -lui-même<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor"> [38]</a>.</i> Il approcha, il trouva que le peintre l'avait -mal habillé; il s'en plaignit; il alla souper et coucher chez -les juges qui l'avaient condamné. Le lendemain, il vint ici -se pâmant de rire; il en partit cependant de grand matin -le jour d'après<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor"> [39]</a>.» Il se rendit ensuite à Paris, et nous le retrouvons -assistant à une représentation de <i>Bajazet</i>, où était -madame de Sévigné. «Au-dessus de M. le duc, dit-elle, -était Pomenars avec les laquais, le nez dans son manteau, -parce que le comte de Créance le veut faire pendre, quelque -résistance qu'il fasse<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor"> [40]</a>.»</p> - -<p>Pour qui ne connaît pas ces temps, tout paraît mystérieux -dans la vie de ce don Juan breton, et dans l'indulgence -dont il était l'objet. Les témoignages d'amitié -que ne craignaient pas de lui donner des personnes recommandables -sont une chose si étrange, qu'ils ont besoin -de quelques explications. Nous apprenons que, huit jours -après cette représentation de <i>Bajazet</i>, Pomenars fut taillé -de la pierre; qu'il reçut la visite de la duchesse de Chaulnes -et de madame de Sévigné. Elle écrit à sa fille: «Madame -de Chaulnes m'a donné l'exemple de l'aller voir. -<span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span> -Sa pierre est grosse comme un petit œuf: il caquette comme -une accouchée; il a plus de joie qu'il n'a eu de douleur; -et, pour accomplir la prophétie de M. de Maillé, qui dit -à Pomenars qu'il ne mourrait jamais sans confession, il a -été, avant l'opération, à confesse au grand Bourdaloue. -Ah! c'était une belle confession que celle-là! il y fut quatre -heures. Je lui ai demandé s'il avait tout dit; il m'a -juré que oui, et qu'il ne <i>pesait pas un grain</i>. Il n'a point -langui du tout après l'absolution, et la chose s'est fort bien -passée. Il y avait huit ou dix ans qu'il ne s'était confessé, -et c'était le mieux. Il me parla de vous, et ne pouvait se -taire, tant il est gaillard<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor"> [41]</a>.»</p> - -<p>On ne peut douter que madame de Sévigné et la duchesse -de Chaulnes ne fussent parfaitement instruites de la vie -scandaleuse de Pomenars. Madame de Sévigné, quinze -jours après la lettre que nous venons de citer, ayant à -mander à sa fille cet affreux procès de la Voisin l'empoisonneuse, -dans lequel tant de grands personnages se trouvèrent -compromis, lui dit: «Pomenars a été taillé; vous -l'ai-je dit? Je l'ai vu; c'est un plaisir que de l'entendre -parler de tous ces poisons; on est tenté de lui dire: Est-il -possible que ce seul crime vous soit inconnu<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor"> [42]</a>?»</p> - -<p>Ceci nous apprend que Pomenars parlait avec chaleur -contre la comtesse de Soissons, dont la fuite prouvait la -complicité avec la célèbre empoisonneuse, et que cette -ardeur contre de tels coupables étonnait madame de Sévigné, -sans que pourtant elle crût Pomenars capable d'un -<span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span> -tel crime. Ce qu'elle a dit de lui démontre qu'elle le connaissait -depuis longtemps<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor"> [43]</a>. Il était probablement, avec -Tonquedec, au nombre de ces gentilshommes bretons -qui, an temps de la Fronde, fréquentaient sa maison -comme amis de son mari, devenus ensuite les siens. Il est -évident qu'il était protégé à la cour par des hommes puissants, -contre les ennemis qu'il s'était faits dans sa province -et contre les juges qui l'avaient condamné. Le procès -qui lui fut intenté pour fausse monnaie était ancien, -et datait probablement de cette époque où, en haine de -Mazarin, tout paraissait permis contre le gouvernement, -alors que les auteurs ou complices de tels brigandages ne -perdaient pas pour cela la qualification d'honnêtes hommes<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor"> [44]</a>. -Ce qui me confirme dans cette idée, c'est que madame -de Sévigné dit que Pomenars se mettait peu en -peine de son affaire de fausse monnaie<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor"> [45]</a>.</p> - -<p>Louis XIV, qui exilait le mari de madame de Montespan, -ne pouvait apprendre avec plaisir que mademoiselle -de Bouillé, pour se venger d'un amant dont l'amour était -éteint, l'eût fait poursuivre comme ravisseur, et que des -juges de province eussent osé prononcer la peine capitale -contre un gentilhomme, pour un fait de galanterie avec -une femme non mariée.</p> - -<p>Lorsque la duchesse de Chaulnes et madame de Sévigné -allèrent voir Pomenars à Paris, on lui avait fait grâce ou -il avait purgé sa contumace, car madame de Sévigné n'en -parle plus. A Vitré et aux Rochers, Pomenars, par sa -<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span> -gaieté, ses manières, son langage, lui rappelait sa folle -jeunesse et les aimables factieux d'une époque de joyeux -désordres. Pomenars lui avait aidé à supporter les ennuis -d'une ville de province et de la tenue des états. Autant elle -se plaisait dans ses domaines, dans ses vastes campagnes, -au milieu des siens, de ses vassaux, de ses domestiques -et de ses paysans, autant elle redoutait les sociétés prétentieuses, -les fatigantes formalités, l'insipidité des entretiens, -et les ridicules susceptibilités de la province. -Femme de cour et châtelaine, elle avait toutes les perfections -et les imperfections attachées à ces deux titres: les -premières, elle les tenait de son excellent naturel; les -secondes, elle les devait à son éducation, au temps où elle -vivait, et aux habitudes de toute sa vie. De là ses préférences -pour la haute noblesse, pour tous ceux qui vivaient -à la cour; son indulgence pour leurs travers, sa sympathie -pour leurs vaniteuses prétentions; son dédain pour -la petite noblesse, qui singeait gauchement les manières -et le langage des grands, qui s'empressait auprès d'eux, -qui les obsédait de ses attentions, qui les fatiguait par -sa déférence<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor"> [46]</a>, mais qui, franche, généreuse, sensible, -serviable, pleine d'honneur, par le contraste de plusieurs -vertus essentielles avec les vices des gens de cour leur -était, après tout, infiniment préférable. Si tel était l'éloignement -de madame de Sévigné pour une classe avec -laquelle elle se trouvait obligée de frayer occasionnellement, -on pense bien qu'elle éprouve encore moins -de penchant pour les personnes placées sur des degrés -plus bas de l'échelle sociale, pour les classes bourgeoises. -<span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span> -Celles-là, elle les réunit toutes dans une même -et dédaigneuse indifférence; mais elle était bonne et -indulgente pour la classe la plus infime, parce que c'est -elle qui peut lui servir à exercer sa charité; c'est avec -elle qu'elle est dispensée de toute réciprocité pour tout -ce qu'on appelle les devoirs de société. Ce défaut du caractère -de madame de Sévigné ne lui était pas particulier; -il lui était au contraire commun avec tous les gens -de cour, et il était encore plus prononcé chez quelques-uns. -Dans le monde où elle vivait, de telles pensées -étaient plutôt un sujet d'éloge que de blâme. Mais il -n'en pouvait être de même de nos jours; et madame de -Sévigné a dû déplaire par là à une génération si opposée, -dans la théorie, à de semblables opinions, si fort -disposée à se louer elle-même et à traiter rudement les -sentiments des générations qui l'ont précédée. C'est surtout -durant cette année 1671, et pendant la tenue des -états de Bretagne<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor"> [47]</a>, que se manifestent le plus ces répulsions -et ces dédains, qui ont valu à la marquise de Sévigné -un blâme mérité, et aussi de brutales injures, de -la part des critiques, qui ne se doutent nullement combien -ils sont eux-mêmes aveuglés par les vulgaires préjugés -de leur siècle.</p> - -<p>Ainsi donc, qu'on ne s'y méprenne pas: si madame de -Sévigné se fit chérir en Bretagne, tandis que madame de -Grignan ne sut pas se concilier l'affection des Provençaux, -ce n'est pas que cette dernière fit moins pour ceux-ci -que sa mère pour les Bretons: au contraire, madame -de Grignan et son mari agissaient grandement, et faisaient -<span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span> -avec profusion les honneurs du rang qu'ils occupaient. -Mais madame de Grignan, altière, ambitieuse<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor"> [48]</a>, -avait acquis un grand ascendant sur son mari et sur -toute la famille des Grignan. Elle était devenue l'âme -d'un parti opposé à celui de l'évêque de Marseille; elle -avait une réputation de haute capacité; elle s'était fait -beaucoup de partisans et beaucoup d'ennemis. Madame de -Sévigné, au contraire, n'avait point de partisans, mais elle -comptait beaucoup d'amis. Quand elle était aux Rochers, -elle restreignait ses dépenses; elle éludait ou refusait toutes -les invitations, n'en faisait point, et ne recevait dans -son château que ses parents et ses amis de cour ou de Paris. -Mais elle était moins froide, moins dissimulée, moins formaliste -que sa fille. En sa présence, on se trouvait à l'aise; -vive et expansive, elle parlait beaucoup et sans prétention; -et on l'aimait, parce qu'elle se montrait toujours -aimable. On lui pardonnait de peu communiquer avec ses -voisins, de se montrer rarement à Vitré, et de se cantonner -aux Rochers; mais elle faisait dans ce lieu de longs séjours, -et, de la manière dont elle l'embellissait, il était -évident qu'elle s'y plaisait, qu'elle aimait la Bretagne, -et par conséquent ses habitants: c'était, on le croyait, -une bonne Bretonne, les délices et l'honneur de la province. -Sans doute telle est l'opinion qu'elle eût laissée -d'elle pour toujours dans ce pays, si ses lettres à sa fille -n'avaient pas détruit cette illusion.</p> - -<p>Les confessions faites sous la forme de mémoires, quelque -sincères qu'on les suppose, ne sont jamais entières -ni parfaitement vraies, parce que, dans ces sortes d'écrits, -on omet de raconter certaines actions ou certaines -<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span> -manières de se conduire qui nous paraissent naturelles -ou dignes de louanges, ou bien on les représente sous -cet aspect favorable qui doit leur concilier l'approbation -de tous les esprits: mais dans des lettres confidentielles, -écrites dans le but de faire connaître à quelqu'un tous les -mouvements de l'âme, toutes les agitations du cœur, toutes -les incertitudes de la pensée, toutes les variations de -la volonté, rien n'est dissimulé, rien n'est omis; on apprend -tout, on sait tout. Ainsi ces états de Bretagne, -pour lesquels madame de Sévigné avait quitté Paris et -différé son voyage en Provence, sa correspondance nous -apprend qu'elle ne les vit approcher qu'avec peine<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor"> [49]</a>, et -qu'elle eut la velléité de ne pas y assister et de retourner -dans la capitale. «Je crois que je m'enfuirai, dit-elle, -de peur d'être ruinée. C'est une belle chose que d'aller -dépenser quatre ou cinq cents pistoles en fricassées et -en dîners, pour l'honneur d'être de la maison de plaisance -de monsieur et de madame de Chaulnes, de madame -de Rohan, de M. de Lavardin et de toute la Bretagne<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor"> [50]</a>!»</p> - -<p>Un des fils de Louis XIV, âgé de trois ans, était mort<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor"> [51]</a>, -et elle crut, à tort, qu'on serait obligé de prendre le deuil, -ce qui devait ajouter encore à ses embarras et à sa dépense, -si elle restait en Bretagne. Déjà son fils<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor"> [52]</a> avait dépensé -quatre cents livres en trois jours, pour aller visiter à -<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span> -Rennes les personnes notables. Elle s'en effraye, et cependant -elle expose à sa fille, en ces termes, le montant de -ses biens et des successions qui lui étaient échues<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor"> [53]</a>: «Je -méprise, dit-elle, tous les petits événements; j'en voudrais -qui pussent me causer de grands étonnements. J'en -ai eu un ce matin dans le cabinet de l'abbé: nous avons -trouvé, avec ces jetons qui sont si bons, que j'aurai eu -<i>cinq cent trente mille livres</i> de biens, en comptant toutes -mes petites successions. Savez-vous bien que ce que m'a -donné notre cher abbé (l'abbé de Livry, son tuteur) ne -sera pas moins de <i>quatre-vingt mille francs</i> (hélas! -vous savez bien que je n'ai pas impatience de l'avoir), et -<i>cent mille francs de Bourgogne</i> [par la succession du -président Fremyot, son cousin]. Voilà ce qui est venu depuis -que vous êtes mariée; le reste, c'est <i>cent mille écus</i> -en me mariant, <i>dix mille écus</i> depuis de M. de Châlons -[de Jacques de Neuchèse, son grand-oncle, évêque de -Châlons], et <i>vingt mille francs</i> de petits partages de -certains oncles.» Mais ce qui la tourmente plus encore -que la dépense, c'est l'ennui des sociétés et du monde qu'il -lui faudra supporter. Elle pourrait éviter une partie de -la dépense en allant s'établir, pendant la tenue des états, -dans sa maison de Vitré; on ne viendrait pas l'assaillir là -comme aux Rochers: mais elle ne peut se résoudre à -quitter les Rochers. «Quand je suis hors de Paris, dit-elle, -<span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span> -je ne veux que la campagne<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor"> [54]</a>.» Enfin elle se décide -à ne pas paraître aux états. «Pour le bruit et le tracas de -Vitré, il me sera bien moins agréable que mes bois, ma -tranquillité et mes lectures. Quand je quitte Paris et mes -amies, ce n'est pas pour paraître aux états: mon pauvre -mérite, tout médiocre qu'il est, n'est pas encore réduit à -se sauver en province, comme les mauvais comédiens<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor"> [55]</a>.» -Aussi ne veut-elle rien faire <i>pour paraître</i>; ce n'est pas en -Bretagne que sa fille tient le premier rang. «Je me suis -jetée, lui écrit-elle, dans le taffetas blanc; ma dépense est -petite. Je méprise la Bretagne, et n'en veux faire que pour -la Provence, afin de soutenir la dignité d'une merveille -entre deux âges, où vous m'avez élevée<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor"> [56]</a>.»</p> - -<p>Mais une lettre de madame la duchesse de Chaulnes -fera cesser tant d'irrésolutions. Le duc de Chaulnes va -faire le tour de la Provence; la duchesse vient l'attendre -à Vitré, et elle prie instamment madame de Sévigné -de ne point partir avant qu'elle l'ait vue. «Voilà, dit -madame de Sévigné à sa fille, ce qu'on ne peut éviter, -à moins de se résoudre à renoncer à eux pour jamais.» -Et cependant telle est sa répugnance à rester aux Rochers -pendant la tenue des états, qu'elle ajoute immédiatement: -«Je vous jure que je ne suis encore résolue à rien.»</p> - -<p>Mais bientôt l'arrivée de la duchesse de Chaulnes<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor"> [57]</a>, et -<span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span> -des militaires de la noblesse de Bretagne avec leur -brillant cortége, mettait fin à toutes ses hésitations; surtout -la présence à Vitré de ses anciens amis de cour et de -Paris, avec lesquels elle pourra causer en liberté, et -donner carrière à son esprit railleur. Elle a bien soin de -les nommer à madame de Grignan<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor"> [58]</a>: «Il y a de votre connaissance -Tonquedec, le comte des Chapelles, Pomenars, -l'abbé de Montigny, qui est évêque de Saint-Pol de Léon, -et mille autres; mais ceux-là me parlent de vous, et nous -rions un peu de notre prochain. Il est plaisant ici le prochain, -particulièrement quand on a dîné.»</p> - -<p>Nous avons déjà parlé d'un Tonquedec (René du -Quengo) dans la première partie de ces <i>Mémoires</i>; de sa -passion pour madame de Sévigné, et de sa querelle avec -le duc de Rohan-Chabot<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor"> [59]</a>: il est probable que mademoiselle -Sylvie de Tonquedec, dont le baron de Sévigné devint -amoureux neuf ans plus tard, était la fille de ce gentilhomme<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor"> [60]</a>. -Pomenars est connu des lecteurs. Le comte des -Chapelles, frère du marquis de Molac, un des commissaires -du roi aux états, était un jeune militaire, petit de taille, -aimable et spirituel, de la société intime de madame de -Sévigné, qui lui écrivait lorsqu'il était à l'armée; elle l'emploie, -pendant cette tenue des états, à faire les honneurs -de chez elle après le départ de son fils. Nous avons une -lettre du comte des Chapelles à madame de Grignan<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor"> [61]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span> -Grand compositeur de devises, il avait fini par adopter -celle que madame de Sévigné lui avait donnée, et il fit -graver sur son cachet un aigle qui approche du soleil, avec -ces mots du Tasse: <i>L'alte non temo</i>. Quant au petit abbé -de Montigny, il venait de prendre possession de son évêché -de Saint-Pol de Léon, et avait été reçu, l'année précédente, -à l'Académie française; il a été plusieurs fois mentionné -dans ces Mémoires<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor"> [62]</a>. Autant il avait autrefois -charmé par son esprit et ses vers madame de Sévigné, autant -elle aimait à l'entendre disputer avec la Mousse sur -la philosophie de Descartes. Hélas! elle prévoyait peu -qu'elle le perdrait avant la fin des états. Elle le vit retourner -à Vitré, où il mourut, à la fleur de l'âge, dans les bras -de son frère l'avocat général, qui l'aimait tendrement.</p> - -<p>«Je lui offris, écrit madame de Sévigné à madame de -Grignan, en parlant de ce dernier, de venir pleurer en -liberté dans mes bois: il me dit qu'il était trop affligé pour -chercher cette consolation. Ce pauvre petit évêque avait -un des plus beaux esprits du monde pour les sciences, c'est -ce qui l'a tué; comme Pascal, il s'est épuisé. Vous n'avez -pas trop affaire de ce détail; mais c'est la nouvelle du -pays, et puis il me semble que la mort est l'affaire de tout -le monde<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor"> [63]</a>.» -<span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span> -Aussitôt après l'arrivée du duc de Chaulnes à Vitré<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor"> [64]</a>, -cette petite ville prit un aspect de grandeur et de luxe -qui étonna madame de Sévigné elle-même. On vit entrer -un régiment de cavalerie avec ses beaux chevaux, sa musique, -et nombre d'officiers richement escortés. La variété -des costumes brodés d'or, les femmes parées, les brillants -équipages, le bruit des violons, des hautbois et -des trompettes, produisirent dans cette ville, peu de jours -avant si calme, une agitation qui électrisa madame de -Sévigné, et lui fit trouver du plaisir à ce qu'elle avait -auparavant si fort redouté. «Je n'avais jamais vu les -états, dit-elle<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor"> [65]</a>; c'est une assez belle chose. Je ne crois -pas qu'il y ait une province rassemblée qui ait un aussi -grand air que celle-ci; elle doit être bien pleine: du moins -il n'y en a pas un seul à la guerre ni à la cour; il n'y a -que le petit guidon [son fils, qui était guidon des gendarmes], -qui peut-être y reviendra un jour comme les autres.»</p> - -<p>Les <i>assises des états de Bretagne</i> se composaient de -tous les commissaires du roi, c'est-à-dire, du gouverneur, -des lieutenants généraux, du premier président du parlement, -de l'intendant, des avocats généraux, du grand -maître des eaux et forêts, des receveurs généraux -des finances, etc., au nombre d'environ vingt-cinq personnes. -Puis venaient <i>nosseigneurs</i> les députés de l'ordre -de l'Église, au nombre de vingt-deux; ceux de l'ordre -de la noblesse, au nombre de cent soixante-quatorze, -le duc de Rohan, baron de Léon, à leur tête, et, en dernier -lieu, soixante-dix députés de l'ordre du tiers<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor"> [66]</a>. Dans sa -<span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span> -lettre en date du 5 août, madame de Sévigné dit: «Après -ce petit bal, on vit entrer tous ceux qui arrivaient en foule -pour ouvrir les états. Le lendemain, M. le premier président, -MM. les procureurs et avocats généraux du parlement, -huit évêques, M. de Morlac, Lacoste et Coëtlogon le -père, M. Boucherat qui vient de Paris [c'est le même qui -fut depuis chancelier de France], cinquante bas Bretons -dorés jusqu'aux yeux, cent communautés. Le soir, devaient -venir madame de Rohan d'un côté, et son fils de l'autre, -et M. de Lavardin, dont je suis étonnée<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor"> [67]</a>.» Fort liée avec -le marquis de Lavardin, madame de Sévigné avait des -raisons de croire qu'il ne devait pas arriver si promptement.</p> - -<p>On a dit à tort que madame de Sévigné s'étonnait que -M. de Lavardin fût venu, parce que, lieutenant général -et non gouverneur, il ne pouvait paraître qu'au second -rang, et que, dans ce cas, les lieutenants généraux s'absentaient -souvent. Ce ne peut être le motif de l'étonnement -de madame de Sévigné.</p> - -<p>Non-seulement le duc de Chaulnes avait été nommé -par lettres patentes commissaire du roi pour la tenue des -états (le 6 mai), mais d'autres lettres patentes, datées du -25 juin, le nommaient aussi gouverneur et lieutenant général -du duché de Bretagne; place vacante, disent ces -lettres, «depuis la mort de la feue reine, notre très-honorée -dame et mère.» Or, le marquis de Lavardin, nommé -<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span> -lieutenant général aux huit évêchés, devait présenter les -lettres patentes de la nomination du gouverneur aux assises -des états; ce qu'il fit dans la séance du 22 août, après -avoir fait l'éloge du duc de Chaulnes. «Celui-ci était, dit -le procès-verbal, placé sur une chaise à bras (un fauteuil) -et sous le dais, le marquis de Lavardin à sa droite, sur -une chaise à bras et sur une plate-forme plus basse.» -Les motifs que le roi fait valoir pour demander des secours -extraordinaires à la province sont: «pour la construction -d'un grand nombre de vaisseaux, la fourniture -de nos arsenaux, l'achèvement du superbe bâtiment du -Louvre, etc.<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor"> [68]</a>.» On dépensa cette année fort peu d'argent -pour le Louvre, mais en récompense on en dépensa -beaucoup pour la marine; et on doit compter, comme dépenses -extraordinaires, l'hôtel des Invalides, qui fut commencé -cette année; la fondation d'une académie d'architecture; -les leçons publiques de chirurgie et de pharmacie, -qui furent établies au Jardin royal (Jardin des Plantes)<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor"> [69]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné regrette beaucoup que son gendre -n'ait point à traiter avec les Bretons des intérêts du roi. -Les états réunis à Vitré ne ressemblaient guère, en effet, à -ceux tenus à Lambesc. Autant ces derniers s'étaient montrés -parcimonieux et indociles envers le comte de Grignan, -autant les premiers furent libéraux et prodigues -pour le duc de Chaulnes<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor"> [70]</a>. «Les états, dit-elle, ne doivent -<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span> -pas être longs; il n'y a qu'à demander ce que veut le -roi; on ne dit pas un mot: voilà ce qui est fait. Pour le -gouverneur, il trouve, je ne sais comment, plus de quarante -mille écus qui lui reviennent. Une infinité de présents, de -pensions, de réparations de chemins et de villes, quinze ou -vingt grandes tables, des bals éternels, des comédies trois -fois la semaine, une grande <i>braverie</i>, voilà les états; -j'oublie trois à quatre cents pipes de vin qu'on y boit<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor"> [71]</a>.»</p> - -<p>A ces dîners, à ces bals, à ces comédies, madame de -Sévigné assiste souvent, malgré le désir qu'elle aurait -de se tenir toujours aux Rochers. Elle dit: «La bonne -chère est excessive; on remporte les plats de rôti tout -entiers; et pour les pyramides de fruits, il faut faire -hausser les portes<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor"> [72]</a>.» Mais celui qui surpasse en luxe -de table le gouverneur lui-même, c'est d'Harouïs, le trésorier -des états de Bretagne, qui avait épousé une Coulanges, -et était par conséquent allié à la famille de -madame de Sévigné. Elle dit à madame de Grignan: -«M. d'Harouïs vous écrira; sa maison va être le Louvre -des états: c'est un jeu, une chère, une liberté jour et nuit, -qui attirent tout le monde<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor"> [73]</a>.» D'Harouïs s'était engagé -à payer cent mille francs aux états de plus qu'il n'avait -de fonds, «et trouvait, dit madame de Sévigné, que -cela ne valait pas la peine de le dire: un de ses amis s'en -aperçut. Il est vrai que ce ne fut qu'un cri dans toute la -Bretagne, jusqu'à ce qu'on lui ait fait justice: il est adoré -<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span> -partout<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor"> [74]</a>.» On doit peu s'étonner d'après cela que ce -comptable ait, par la suite, manqué pour une somme considérable, -et se soit fait mettre à la Bastille, où il mourut<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor"> [75]</a>. -Les grands repas sont ce qui fatiguait le plus madame de -Sévigné, et, simple dans ses goûts, elle n'avait point cet -appétit désordonné pour les mets recherchés, qui souvent -aujourd'hui, dans le beau monde comme parmi les commis -voyageurs, alimente tout l'esprit des conversations. Elle -écrit à sa fille: «Demain je m'en vais aux Rochers, où -je serai ravie de ne plus voir de festins, et d'être un peu -à moi. Je meurs de faim au milieu de toutes ces viandes; -et je proposais l'autre jour à Pomenars d'envoyer accommoder -un gigot de mouton à la <i>Tour de Sévigné</i> pour minuit, -en revenant de chez madame de Chaulnes<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor"> [76]</a>.» Mais -dans ces festins on témoignait tant de plaisir à la voir, on -buvait si souvent à sa santé et à celle de madame de Grignan<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor"> [77]</a>, -qu'elle ne pouvait s'empêcher de sympathiser avec -la gaieté générale. Ce qui lui agrée le plus, ce sont les bals, -à cause de la supériorité des Bretons pour la danse. «Après -le dîner, dit-elle, MM. de Locmaria<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor"> [78]</a> et Coëtlogon dansèrent -<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span> -avec deux Bretonnes des passe-pieds merveilleux -et des menuets, d'un air que les courtisans n'ont pas à -beaucoup près; ils y font des pas de Bohémiens et de bas -Bretons avec une délicatesse et une justesse qui charment. -Les violons et les passe-pieds de la cour font mal au cœur -auprès de ceux-là. C'est quelque chose d'extraordinaire -que cette quantité de pas différents et cette cadence courte -et juste; je n'ai point vu d'homme comme Locmaria danser -cette sorte de danse<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor"> [79]</a>.» Elle revient encore, dans une autre -lettre, sur la grâce de ce jeune Locmaria, «qui ressemble -à tout ce qu'il y a de plus joli, et sort de l'Académie; -qui a soixante mille livres de rentes, et voudrait bien -épouser madame de Grignan.» La comédie, quoique jouée -par une troupe de campagne, l'amusait et l'intéressait; -elle vit jouer <i>Andromaque</i>, qui lui fit répandre plus de -six larmes; <i>le Médecin malgré lui</i> l'a fait pâmer de rire, -le <i>Tartuffe</i> l'intéressa<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor"> [80]</a>. Et tout cela ne l'empêche nullement -de remplir exactement ses devoirs de religion, et -de demander à sa fille toutes les fois qu'elle communie<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor"> [81]</a>.</p> - -<p>Les affaires, les divertissements et les festins ne faisaient -pas oublier les jeux d'esprit, passés en habitude -dans la haute société de cette époque. «Lavardin et des -Chapelles ont rempli des bouts-rimés que je leur ai donnés; -ils sont jolis, je vous les enverrai<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor"> [82]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné, entraînée elle-même par la nécessité -de paraître aux états d'une manière conforme à -<span class="pagenum"><a id="Page_32"> 32</a></span> -son rang et à la réception qu'on lui faisait, se pare d'un -luxe qu'elle ne pouvait avoir à la cour et à Paris, mais -qui dans sa province était convenable et de bon goût. Ainsi, -quand elle rendait des visites dans ses environs, ou quand -elle allait à Vitré, elle faisait atteler six chevaux à sa voiture; -et elle témoigne naïvement à sa fille que son bel attelage -et la rapidité de ses chevaux lui plaisent beaucoup<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor"> [83]</a>.</p> - -<p>Pendant le temps que durèrent les assises des états, -elle se rendait à Vitré le moins souvent qu'elle pouvait, -et préférait se tenir à la campagne; mais elle n'était pas -toujours maîtresse de suivre en cela sa volonté. D'ailleurs -on ne la laissait jamais jouir en paix de ses champs et -de ses bois; et la dépense que lui occasionnaient les visiteurs -était pour elle un motif puissant pour céder aux -instances qui lui étaient faites de sortir des Rochers.</p> - -<p>Elle écrit de Vitré, le 12 août, à madame de Grignan<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor"> [84]</a>:</p> - -<p>«Enfin, ma chère fille, me voilà en pleins états; sans -cela, les états seraient en pleins Rochers. Dimanche dernier, -aussitôt que j'eus cacheté mes lettres, je vis entrer -quatre carrosses à six chevaux dans ma cour, avec cinquante -gardes à cheval, plusieurs chevaux de main et -plusieurs pages à cheval: c'étaient M. de Chaulnes, M. de -Lavardin<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor"> [85]</a>, MM. de Coëtlogon<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor"> [86]</a>, de Locmaria, le baron -<span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span> -de Guais, les évêques de Rennes, de Saint-Malo, les messieurs -d'Argouges<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor"> [87]</a>, et huit ou dix autres que je ne connais -point; j'oublie M. d'Harouïs, qui ne vaut pas la peine -d'être nommé. Je reçois tout cela. On dit et on répondit -beaucoup de choses. Enfin, après une promenade dont -ils furent fort contents, une collation, très-bonne et très-galante, -sortit d'un des bouts du mail, et surtout du vin -de Bourgogne, qui passa comme de l'eau de Forges: on -fut persuadé que cela s'était fait avec un coup de baguette. -M. de Chaulnes me pria instamment d'aller à -Vitré. J'y vins donc lundi au soir.»</p> - -<p>Quatre jours après, elle écrit de nouveau de Vitré<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor"> [88]</a>: «Je -suis encore ici; M. et madame de Chaulnes font de leur -mieux pour m'y retenir; ce sont sans cesse des distinctions -peut-être peu sensibles pour nous, mais qui me font admirer -la bonté des dames de ce pays-ci; je ne m'en accommoderais -pas comme elles, avec toute ma civilité et ma -douceur. Vous croyez bien aussi que sans cela je ne demeurerais -pas à Vitré, où je n'ai que faire. Les comédiens -nous ont amusés, les passe-pieds nous ont divertis, la promenade -nous a tenu lieu des Rochers. Nous fîmes hier de -grandes dévotions... Je meurs d'envie d'être dans mon -mail. La Mousse et <i>Marphise</i> ont grand besoin de ma -présence.»</p> - -<p>Les lettres que madame de Sévigné recevait de sa -fille lui apprenaient que la Provence ne se montrait pas -<span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span> -aussi facile que la Bretagne. «Vous me ferez aimer, lui -dit-elle, l'amusement de nos Bretons plutôt que l'indolence -parfumée de vos Provençaux<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor"> [89]</a>»; et elle mande à sa fille -que M. d'Harouïs souhaite que les états de Provence -donnent à madame de Grignan autant que ceux de Bretagne -ont donné à madame de Chaulnes<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor"> [90]</a>. En effet, les -états de Bretagne firent à la duchesse de Chaulnes présent -de deux mille louis d'or, qui lui furent envoyés par -une députation composée de dix-huit membres, à la tête -desquels étaient les évêques de Quimper et de Nantes, -chargés de la complimenter<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor"> [91]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné parle de ces dons avec un ton ironique -qui décèle sa pensée: «On a donné cent mille écus -de gratifications, deux mille pistoles à M. de Lavardin, -autant à M. de Molac, à M. Boucherat, au premier président, -au lieutenant du roi; deux mille écus au comte -des Chapelles, autant au petit Coëtlogon; enfin des magnificences. -Voilà une province<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor"> [92]</a>!» Oui; mais la Bretagne, -mal défendue par ses députés contre les exactions -du pouvoir, se révolta quatre ans après; et la Provence, -sous la bénigne administration du comte de Grignan, -qui se ruina en la gouvernant, fut heureuse et tranquille.</p> - -<p>Madame de Sévigné est exacte pour les sommes données -<span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span> -à Lavardin, premier lieutenant général, pour des -Chapelles et Coëtlogon; mais elle se trompe pour M. de -Molac, second lieutenant général, qui n'eut que 25,000 liv. -Le marquis de Lavardin eut, en outre des 25,000 liv., -16,000 liv. pour ses gardes et officiers; le duc de Chaulnes, -gouverneur, eut 100,000 liv., et 20,000 liv. pour -ses gardes et officiers; le duc de Rohan eut 22,000 liv.; -l'évêque de Rennes eut la même somme, et le premier -président 20,000 liv. De Colbert, intendant de Bretagne, -reçut 9,000 liv.; le marquis de Louvois, grand -maître et surintendant des forêts, 8,000 liv., et tous les -autres à proportion<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor"> [93]</a>.</p> - -<p>En accordant tout ce qui leur était demandé, les états -firent des remontrances tendant à faire révoquer plusieurs -édits nuisibles à la province; mais les réponses furent -faites aux états tenus deux ans après, en 1673: elles -prouvent que ces remontrances furent illusoires. Cependant -quelques-unes sont des espèces de protestations -contre certaines dispositions des édits royaux, qu'on -affirme être contraires aux coutumes de la province. -Pour toutes les demandes de cette nature, le roi promet -de se faire informer de ces coutumes: il semble ainsi -reconnaître qu'il veut les respecter<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor"> [94]</a>.</p> - -<p>Les assises des états furent terminées le 5 septembre. -Madame de Sévigné, en annonçant à sa fille cette fin -dans sa lettre datée de Vitré le lendemain, s'exprime -<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span> -ainsi<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor"> [95]</a>: «Les états finirent à minuit; j'y fus avec madame -de Chaulnes et d'autres femmes. C'est une très-belle, très-grande -et très-magnifique assemblée. M. de Chaulnes a -parlé à <i>tutti quanti</i> avec beaucoup de dignité, et en termes -fort convenables à ce qu'il avait à dire. Après dîner, chacun -s'en va de son côté. Je serai ravie de retrouver mes -Rochers. J'ai fait plaisir à plusieurs personnes; j'ai fait un -député, un pensionnaire; j'ai parlé pour des misérables, -<i>et de Caron pas un mot</i><a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor"> [96]</a>, c'est-à-dire, rien pour moi; -car je ne sais point demander sans raison.»</p> - -<p>On voit que madame de Sévigné désapprouvait les -prodigalités des états; mais son texte, pour ce qui la concerne, -a besoin d'une explication, qui n'a jamais été -donnée.</p> - -<p>La terre de Sévigné<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor"> [97]</a> avait été démembrée, ou avait -depuis longtemps cessé d'être la principale possession de -la famille de ce nom<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor"> [98]</a>. Cette famille possédait la seigneurie -des Rochers depuis le milieu du <span class="smallc">XV</span><sup>e</sup> siècle, par le -mariage d'Anne de Mathefelon, fille et héritière de Guillaume -de Mathefelon, seigneur des Rochers, avec Guillaume -de Sévigné. Mais il restait à la famille de Sévigné -de ses anciennes possessions une <i>terre de Sévigné</i> près de -<span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span> -Rennes, dans la commune de Gevezé, consistant en deux -métairies, en moulins et quelques fiefs, dont la valeur totale -est estimée par le fils de madame de Sévigné à 18,000 livres -(36,000 fr.), tandis qu'il porte le prix de la terre des -Rochers à 120,000 liv. (240,000 fr.)<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor"> [99]</a>. Parmi les fiefs restés -à la famille de Sévigné, était, dans la ville de Vitré, une -maison avec cour et jardin, qu'on appelait la <i>Tour de Sévigné</i>. -Cette maison était un fief qui relevait du duc de la Trémouille, -baron de Vitré<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor"> [100]</a>. Par acte passé le 2 septembre -1671 (trois jours avant la fin des états), madame de Sévigné -fit une rente de cent francs aux bénédictins de Vitré, et hypothéqua -cette rente ou pension sur la <i>Tour de Sévigné</i><a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor"> [101]</a>.</p> - -<p>Ce don fut sans doute fait en reconnaissance des réparations -exécutées aux frais de la province à la grosse tour qui -donnait son nom à la maison de Vitré. Voilà pourquoi -elle dit, «J'ai fait un pensionnaire,» et qu'en même -temps elle avance qu'elle n'a rien demandé, parce que la -demande qu'elle avait formée ne pouvait souffrir aucune -difficulté, puisque cette grosse tour était engagée dans -les fortifications de la ville, et en faisait partie. M. le duc de -Chaulnes, qui voulait faire venir à Vitré madame de Sévigné, -prit ce prétexte pour la forcer à quitter son château -des Rochers: il fit la plaisanterie de l'envoyer chercher -par ses gardes, en lui écrivant qu'elle était nécessaire -<span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span> -à Vitré pour le service du roi, attendu qu'il fallait qu'elle -donnât des explications sur la demande qu'elle faisait -aux états; et qu'en conséquence madame de Chaulnes -l'attendait à souper<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor"> [102]</a>.</p> - -<p>C'est dans cet hôtel de la <i>Tour de Sévigné</i> que demeurait -la brillante marquise lorsqu'elle restait à Vitré. -Cette année, elle en laissa la jouissance à son fils, qui -y donnait à souper à ses amis<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor"> [103]</a>. C'est aussi dans cette -maison qu'allèrent loger, lorsqu'ils arrivèrent à Vitré -pour la tenue des états, de Chesières, l'oncle de madame -de Sévigné, son parent d'Harouïs, et un député nommé -de Fourche<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor"> [104]</a>. Lorsqu'elle y restait, elle était accablée de -visites. «Hier, dit-elle, je reçus toute la Bretagne à ma -Tour de Sévigné<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor"> [105]</a>.» Mais lorsque les états furent terminés, -que le duc de Chaulnes fut parti, elle n'alla plus à -Vitré. Son fils l'avait quittée depuis longtemps, et bien -avant la fin des états, où son âge ne lui permettait pas -d'être admis. Quoique l'été fût constamment froid et pluvieux<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor"> [106]</a>, -madame de Sévigné resta aux Rochers, pour que -l'abbé de Coulanges pût surveiller les travaux de la chapelle<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor"> [107]</a>, -et pour avoir le temps de terminer les embellissements -de son parc<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor"> [108]</a>. Elle avait envie d'aller visiter une -<span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span> -autre terre qu'elle possédait en Bretagne, près de Nantes, -nommée le Buron; mais, dit-elle, «notre abbé ne peut -quitter sa chapelle; le désert du Buron et l'ennui de -Nantes ne conviennent guère à son humeur agissante<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor"> [109]</a>.» -Madame de Sévigné se soumet, et ne va pas au Buron.</p> - -<p>Cette terre, à quatre lieues de Nantes, avait un château -ancien, mais bien bâti<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor"> [110]</a>. Le marquis de Sévigné en fit -abattre les arbres séculaires qui en faisaient tout l'agrément<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor"> [111]</a>, -et ce beau domaine fut ensuite dégradé et ruiné -par un administrateur infidèle ou inintelligent, et par -un fermier de mauvaise foi<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor"> [112]</a>.</p> - -<p>Il n'en fut pas ainsi des Rochers, que madame de Sévigné -ne cessa jamais d'accroître et d'embellir, et qu'elle -vint si souvent habiter<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor"> [113]</a>. La construction de la chapelle, -de forme octogone, surmontée d'une coupole, située au -bout du château et isolée, fut achevée en cette année 1671; -mais ce ne fut qu'après quatre ans que l'intérieur fut entièrement -en état, et qu'on put enfin y célébrer la messe, -pour la première fois, le 15 décembre 1675. A cette -<span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span> -époque si froide de l'année, madame de Sévigné se promenait -avec plaisir dans ses bois, plus verts que ceux de -Livry, et augmentés de six allées charmantes, que madame -de Grignan ne connaissait point<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor"> [114]</a>. Depuis, ce -nombre d'allées fut presque doublé<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor"> [115]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné avait multiplié dans son parc les -inscriptions morales, religieuses et autres, presque toujours -tirées de l'italien. Sur deux arbres voisins elle avait -inscrit deux maximes contraires: sur l'un, <i>La lontananza -ogni gran piaga salda</i> (L'absence guérit les plus -fortes blessures); sur l'autre, <i>Piaga d'amor non si sana -mai</i> (Blessure d'amour jamais ne se guérit). Une des plus -heureuses inscriptions fut sans doute ce vers du <i>Pastor -fido</i>, qu'elle avait fait graver au-dessus d'une petite fabrique -placée au bout de l'<i>allée de l'Infini</i>, afin de se -garantir de la pluie:</p> - -<p class="quote"><i>Di nembi il cielo s'oscura indarno<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor"> [116]</a>.</i></p> - -<p>Une autre allée, nommée <i>la Solitaire</i>, longue de douze -cents pas, fut plantée plus tard, et madame de Sévigné -s'en enorgueillit comme de la plus belle<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor"> [117]</a>. Elle avait fait -construire dans différents endroits du parc un assez grand -nombre de petites cabanes qu'elle appelle des <i>brandebourgs</i><a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor"> [118]</a>, -<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span> -pour lire, causer et écrire à son aise, à l'abri -du soleil, du serein, et surtout de la pluie. Quant à son -mail, dont elle parle si souvent, c'est pour elle une belle -et grande galerie, au bout de laquelle on trouvait la <i>place -Madame</i>, d'où, comme d'un grand belvéder, la campagne -s'étendait à trois lieues, vers une forêt de M. de la -Trémouille (la forêt du Pertre). Elle n'est pas moins engouée -de son labyrinthe, que son fils aimait par-dessus -tout, et où nous apprenons qu'il se retirait souvent avec -sa mère pour lire ensemble l'<i>Histoire des variations de -l'Église protestante</i>, de Bossuet<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor"> [119]</a>. Mais ce fut seulement -vingt-sept ans après avoir été commencé, vers la fin de -l'année 1695, que madame de Sévigné, alors à Grignan, -apprit de son fils, qui était aux Rochers, que Pilois avait -enfin terminé le labyrinthe. Ainsi, les Rochers furent -pour madame de Sévigné, comme ses lettres, l'occupation -de toute sa vie<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor"> [120]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span> -De son antique manoir, des constructions qu'elle avait -ajoutées, des ombrages qu'elle avait formés, il ne reste -plus rien que la chapelle<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor"> [121]</a>, où le Christ est toujours invoqué, -et l'écho de la <i>place de Coulanges</i>, qui répète -encore le nom de madame <i>de Sévigné</i><a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor"> [122]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE II.<br /> -<span class="medium">1671.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Bohémienne qui ressemble à madame de Grignan.—Ce que madame -de Sévigné fait pour elle.—Portrait de madame de Grignan en -bohémienne.—Madame de Grignan accouche d'un fils.—Il est -tenu sur les fonts de baptême par la Provence.—M. et madame -de Grignan vont habiter le château de Grignan.—Description de -ce château.—Des personnes, parents et amis de M. et de madame -de Grignan, qui fréquentaient ce château.—De la comtesse d'Harcourt.—<i>Seigneur -Corbeau.</i>—L'archevêque d'Arles.—L'évêque -d'Uzès.—Le <i>bel abbé</i>.—Le chevalier Adhémar.—Le <i>grand -chevalier</i>.—Claire d'Angennes, fille aînée de madame de Grignan, -se retire au couvent, et fait don de son bien à son père.—Mademoiselle -d'Alérac, sa fille cadette, se marie.—Des sœurs de M. de -Grignan.—La religieuse d'Aubenas.—La marquise de Saint-Andiol.—La -comtesse de Rochebonne.—Du chevalier comte de -la Garde, parent de M. de Grignan.—Madame de Sévigné prête -au comte de la Garde le portrait de sa fille.—De madame du Puy -du Fou.—Du personnel de la maison de madame de Grignan.—Mademoiselle -Deville, la femme de chambre.—Mademoiselle de -Montgobert, demoiselle de compagnie.—Ripert, intendant.—Madame -de Grignan faisait la mode en Provence.—Ses nombreuses -réunions et son luxe à Aix.—Se retirait quelquefois au couvent -des Filles de Sainte-Marie.—N'avait pas le même goût que sa mère -pour la solitude et la campagne.—Aime à primer.—Le maréchal -de Bellefonds veut céder sa place de premier maître d'hôtel du roi.—Le -comte de Grignan se dispose à l'acheter.—Madame de Grignan -s'y oppose.—Plaintes de madame de Sévigné à ce sujet.</p> - -<p class="space">Les constructions, les plantations dont s'occupait madame -de Sévigné, ne pouvaient calmer les inquiétudes -toujours croissantes que lui faisaient éprouver les approches -<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span> -du terme de la grossesse de sa fille, encore moins -diminuer la peine quelle ressentait de s'en être séparée. -Le tumulte des états, les grandes réunions, les visites -reçues et rendues, les festins, les spectacles, la musique, -les danses, avaient encore moins de pouvoir<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor"> [123]</a>. Le plus souvent -ces moyens de distraction produisaient un effet contraire. -Dans une des fêtes données à Vitré pour l'amusement -de la société qui s'y trouvait rassemblée, on fit -danser une troupe de bohémiens. Ils dégoûtèrent d'abord -madame de Sévigné par leur saleté<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor"> [124]</a>. Mais dans le nombre -des femmes qui faisaient partie de cette troupe, elle en vit -une plus proprement et plus élégamment vêtue. Cette fille -la frappa par sa ressemblance avec madame de Grignan. -Les beaux yeux, les belles dents, l'élégance de la taille -de la bayadère, et surtout la grâce avec laquelle elle -dansait, rappelaient mademoiselle de Sévigné dans les -ballets du roi. La pauvre mère en fut émue; elle fit approcher -la jeune fille, la traita avec amitié; et celle-ci, -encouragée par cet accueil, pria sa nouvelle protectrice de -vouloir bien écrire en Provence pour son grand-père.—«Et -où est votre grand-père?» lui demanda madame de -Sévigné.—«Il est à Marseille, madame», répondit d'un -ton doux et triste la bohémienne.—Madame de Sévigné -devina; elle promit d'écrire, et écrivit en effet à M. de -Vivonne, général des galères, en faveur du galérien -grand-père de la bohémienne.—Ah! madame de Grignan! -cette lettre si touchante, si joviale, vous fut envoyée; -elle fut soumise à votre censure; c'est vous qui fûtes chargée -<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span> -de la remettre au <i>gros crevé</i>: pourquoi n'en avez-vous -pas conservé de copie? Pourquoi ne pouvons-nous la lire -comme toutes celles qui vous furent écrites, et connaître -les résultats de votre ressemblance avec la petite-fille du -forçat, «capitaine bohème d'un mérite singulier<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor"> [125]</a>?»—Ces -résultats furent heureux: non-seulement madame de -Grignan remit la lettre, mais elle intercéda pour le vieux -forçat, mais elle parvint à briser ses fers, mais elle fit un -sort à cette bohémienne, assez belle danseuse pour qu'elle -fût elle-même glorieuse de lui ressembler.—Aucune tradition -ne nous apprend cela; cela n'a pas été dit, cela n'est -écrit nulle part: mais pouvons-nous en douter, lorsque -nous apprenons, d'après un ancien inventaire du château -de Grignan, «que l'appartement qu'occupait madame de -Sévigné, quand elle était dans ce château, se composait -de deux pièces; que l'une se nommait <i>chambre de la Tour</i>, -et l'autre <i>chambre de la Bohémienne</i>, parce qu'au-dessus -du chambranle de la cheminée était un portrait de madame -de Grignan, <i>costumée en bohémienne</i><a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor"> [126]</a>?»</p> - -<p>Madame de Grignan avait offert à sa mère des consolations -un peu subtiles aux tourments de l'absence; comme -de se promener en imagination dans son cœur, où elle -trouverait mille tendresses. Madame de Sévigné répond: -«Je fais quelquefois cette promenade; je la trouve belle et -<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span> -agréable pour moi.... Mais, mon Dieu, cela ne fait point -le bonheur de la vie; il y a de certaines <i>grossièretés solides</i> -dont on ne peut se passer<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor"> [127]</a>.»</p> - -<p>Cependant le motif de ses craintes et de ses inquiétudes -disparut; elle fut enfin délivrée du <i>gros caillou</i> qu'elle avait -sur le cœur<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor"> [128]</a>. Elle se préparait à quitter les Rochers et à -retourner à Paris, quand elle apprit l'heureuse nouvelle -que madame de Grignan était accouchée d'un fils, blond -comme sa mère, et qu'elle avait donné à M. de Grignan, -qui n'avait eu jusqu'ici que des filles de toutes ses femmes, -un héritier. Madame de Sévigné avait prédit à madame de -Grignan que cette fois elle aurait un fils; et l'on peut -juger de ce qu'elle ressentit en apprenant que ses prédictions -et ses espérances s'étaient réalisées<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor"> [129]</a>, que tous ses -conseils maternels avaient eu un plein succès<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor"> [130]</a>. «Que -pensez-vous, dit-elle, qu'on fasse dans ces excès de -joie? Le cœur se serre, et l'on pleure sans pouvoir s'en -empêcher. C'est ce que j'ai fait, ma très-belle, avec beaucoup -de plaisir: ce sont des larmes d'une douceur qu'on -<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span> -ne peut comparer à rien, pas même aux joies les plus -brillantes<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor"> [131]</a>.» Elle fut pourtant très-flattée d'apprendre -que son petit-fils avait été baptisé par la Provence. En -effet, les états étaient encore assemblés à Lambesc lorsque -madame de Grignan y accoucha le 17 novembre. Le -lendemain, le comte de Grignan se rendit dans l'assemblée, -et «vint offrir, dit le procès-verbal de cette séance, -le fils qu'il a plu à Dieu de lui donner dès le jour d'hier, -et de vouloir bien lui faire la faveur de le tenir au nom -de toute la province sur les fonts du baptême, et de lui -donner tel nom qu'il lui plaira.... Sur quoi l'assemblée -a délibéré que messieurs les procureurs généraux du pays -témoigneront à monseigneur le comte de Grignan et à -madame sa femme la joie de toute la province, et particulièrement -de l'assemblée, sur la naissance de ce premier -mâle dans sa famille, et lui feront de très-humbles -remercîments de l'honneur qu'il avait fait à la province, -de le faire tenir de sa part pour recevoir les saintes eaux -du baptême, avec tous les sentiments d'amour et de reconnaissance -possibles. Et l'assemblée a délibéré que les -frais en seront supportés par le pays, suivant le rôle qui -en sera tenu par le sieur Pontèves, trésorier des états<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor"> [132]</a>.»</p> - -<p>Ainsi naquit et fut nommé Louis de Provence, marquis -de Grignan, dont Saint-Simon, son ami de collége, déplore -la perte prématurée, loue la brillante valeur et -l'excellent caractère<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor"> [133]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span> -Madame de Grignan accoucha facilement, et aussitôt -après la fin des états elle alla avec son mari habiter le -château de Grignan, qu'elle avait quitté pour se rendre à -Lambesc. Ce séjour lui était favorable pour le rétablissement -de sa santé. La petite ville de Grignan, aujourd'hui -chef-lieu de canton, à quatorze kilomètres de Montélimar, -se penche sur le revers méridional d'un coteau escarpé: -ornement assez beau d'un bassin arrosé par les petites rivières -de Berre et de Lez, couvert cependant, sur plusieurs -points, de rochers stériles. Les maisons de la ville sont mal -bâties; mais l'église se fait remarquer par un air de magnificence -et par ses arceaux gothiques, témoignages de l'antiquité -de sa construction<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor"> [134]</a>. Au-dessus de cette église, et de -niveau avec son faîte, est un plateau qui domine toute la -ville, et dont la vue s'étend sur le pays d'alentour. C'est sur -ce plateau que s'élevait le château de Grignan. Isolé de -toutes parts, ce noble et grand édifice semblait suspendu -dans l'air, comme le palais magique construit par l'enchanteur -Appollidon<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor"> [135]</a>, auquel madame de Sévigné le -compare: sa position, ses murs élevés, ses tourelles, le -faisaient ressembler à un ancien château fort; car, à l'époque -dont nous nous occupons, la façade moderne, -construite et jamais achevée<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor"> [136]</a> aux frais d'un des beaux-frères -de madame de Grignan, l'évêque de Carcassonne, -n'existait pas encore. Ce château, le plus beau de toute -<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span> -la province, manquait d'ombrage; le territoire qui l'entoure -est en général maigre et sablonneux. Les vents du -nord y sont impétueux et fréquents, et y détruisent presque -annuellement la majeure partie des récoltes<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor"> [137]</a>; et jusque -dans ces derniers temps, à cause du mauvais état des -routes, il était d'un accès difficile.</p> - -<p>Cependant, ce séjour convenait mieux à l'indolence -naturelle et aux susceptibilités de madame de Grignan -que celui d'Aix ou de Lambesc. La nécessité d'ouvrir son -salon à toutes les notabilités, les visites à rendre et à -souffrir, les exigences cérémonieuses des dames de Provence, -lui étaient insupportables<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor"> [138]</a>. Elle était moins exposée -à ce genre d'ennui dans son château; mais elle ne pouvait -s'y dérober entièrement. Dans sa position surtout, il ne -lui était pas facile de rompre ces amitiés du monde, dont -«la dissimulation est le lien, et l'intérêt le fondement<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor"> [139]</a>.» -Encore moins pouvait-elle se soustraire aux devoirs de -parenté. Ainsi, il lui fallait recevoir fréquemment, et avec -toutes les démonstrations d'une satisfaction sincère, cette -comtesse d'Harcourt, née Ornano, tante du comte de Grignan, -mère du prince d'Harcourt et de cette demoiselle -<span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span> -d'Harcourt qui fut mariée au prince de Cadaval au commencement -de l'année 1671, et dont les noces, honorées -de la présence du roi et de la reine, donnèrent lieu à -cette belle fête à laquelle assista madame de Sévigné<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor"> [140]</a>. Il -faut se garder de confondre cette comtesse d'Harcourt avec -la princesse d'Harcourt, fille de Brancas le distrait, liée -aussi avec madame de Grignan, qui lui trouvait peu d'esprit. -Cette princesse d'Harcourt, dont nous avons déjà -parlé<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor"> [141]</a>, fut nommée dame du palais, et chargée avec son -mari, Henri de Lorraine, prince d'Harcourt, de conduire, -en 1679, la reine d'Espagne à son époux. Le prince d'Harcourt -était cousin germain de M. de Grignan<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor"> [142]</a>. La comtesse -d'Harcourt, sa tante, habitait le Pont-Saint-Esprit, -et se trouvait ainsi peu éloignée du château de Grignan, -où elle allait fréquemment rendre visite. Madame de -Sévigné plaint souvent sa fille d'être obligée de supporter -un tel fardeau; elle souhaite d'être à Grignan, pour la débarrasser -de cette vieille tante. «Après cette marque d'amitié, -ajoute-t-elle, ne m'en demandez pas davantage, -car je hais l'ennui à la mort: vous seule au monde seriez -capable de me faire avaler ce poison, et j'aimerais fort à -rire avec vous, Vardes, et le seigneur Corbeau<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor"> [143]</a>.» C'est -<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span> -par ce dernier nom que, à cause de son teint basané, -madame de Grignan appelait son beau-frère l'évêque de -Claudiopolis, coadjuteur de l'archevêque d'Arles son -oncle<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor"> [144]</a>. Il était alors à Grignan, où il avait passé l'été, -tout le temps de la tenue des états: homme du monde, aimable -auprès des femmes, souvent à Paris et à la cour<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor"> [145]</a>, -prudent, spirituel, fort attaché à son frère, et zélé -pour la gloire de la maison de Grignan, il fut très-goûté -de madame de Sévigné et de sa fille. Il ne pouvait -souffrir qu'elles lui donnassent du <i>monseigneur</i>: -«Appelez-moi plutôt Pierrot ou seigneur Corbeau,» disait-il. -Il parlait et écrivait avec facilité, mais il n'aimait -pas à écrire; et madame de Sévigné lui défendait toujours -de répondre à ses lettres, par la crainte que, s'il -se croyait obligé de le faire, il ne la prit en déplaisance: -elle voulait qu'il réservât sa main droite pour jouer au -brelan. Elle le raillait aussi sur son penchant pour la -bonne chère, et elle attribuait à cela les attaques de goutte -qu'il commençait déjà à ressentir: il n'avait alors que -trente-trois ans<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor"> [146]</a>. Par la suite il excita l'indignation de -madame de Sévigné, à cause de son ingratitude envers son -<span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span> -oncle l'archevêque d'Arles, auquel il devait succéder<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor"> [147]</a>.</p> - -<p>Des deux oncles paternels du comte de Grignan, le -plus élevé en dignité, l'archevêque d'Arles, était un -homme excellent, et aimé de toute la Provence<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor"> [148]</a>. Il avait, -pendant les troubles de la Fronde, apaisé les émeutes populaires -à Arles et à Marseille, et empêché que ces deux -villes ne se révoltassent contre le gouvernement. En 1660, -lors du voyage de la cour en Provence, Louis XIV logea -chez lui; et ce fut alors qu'il le nomma commandeur de -ses ordres<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor"> [149]</a>. Bienfaiteur de sa famille, l'archevêque d'Arles -en était tendrement chéri; mais cependant il augmentait -les embarras du gouverneur, parce qu'il était toujours opposé -à l'évêque de Marseille pour les affaires ecclésiastiques, -comme le comte de Grignan l'était pour les affaires -civiles<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor"> [150]</a>; ce qui contribuait à accroître l'animosité de ce -prélat hautain, mais habile, qui avait acquis un grand ascendant -sur l'assemblée des états, une place élevée dans -<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span> -l'estime des ministres. Madame de Sévigné parvint à -l'adoucir et à le rendre moins hostile, et elle neutralisa les -effets de son influence contre les Grignan par le moyen -de ses amis, de Pomponne et de le Camus, premier président -de la cour des aides<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor"> [151]</a>. Pour toutes ces négociations -elle se servait utilement de l'autre oncle de M. de Grignan, -évêque et comte d'Uzès<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor"> [152]</a>, homme sage et prudent; -plus souvent à la cour et dans son abbaye d'Angers que -dans son diocèse; plein d'affection pour madame de Grignan, -et très-zélé pour les intérêts de son frère; toujours -empressé à faire auprès des ministres les démarches que -lui demandait madame de Sévigné. Comme elle, il agissait -aussi directement sur l'évêque de Marseille; et s'il -ne parvenait pas à lui inspirer des sentiments de concorde -et d'amitié, il l'empêchait au moins de se montrer adversaire -violent<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor"> [153]</a>.</p> - -<p>M. de Grignan avait un autre frère dans l'état ecclésiastique, -très-différent de <i>seigneur Corbeau</i> par sa figure, -car il était d'une beauté remarquable<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor"> [154]</a>: on l'avait surnommé -<i>le bel abbé</i>. A l'époque dont nous traitons, âgé -<span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span> -seulement de vingt-huit ans, il n'avait pas encore soutenu -sa thèse en Sorbonne. Doué de capacité et ambitieux, -il fut successivement agent général du clergé, abbé de -Saint-Hilaire, nommé évêque d'Évreux, mais non confirmé -comme tel<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor"> [155]</a>. Il fut sacré évêque de Carcassonne dans -l'église de Grignan. Son faste et sa prodigalité contrariaient -madame de Sévigné, qui aurait voulu qu'une -partie de ses riches revenus ecclésiastiques fussent employés -à faire du bien à ses frères<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor"> [156]</a>, et particulièrement -au moins riche de tous, le chevalier de Grignan, Adhémar.</p> - -<p>Plein de courage et animé d'une noble ambition, Adhémar<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor"> [157]</a> -parvint, par de beaux faits d'armes, au grade de -maréchal de camp, lorsque son frère aîné épousa mademoiselle -de Sévigné. Quoique bien jeune encore, il obtint -le commandement du régiment qui portait le nom de -<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span> -Grignan<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor"> [158]</a>; et, à cette occasion, madame de Sévigné prit -le soin de lui donner une devise: c'était une fusée poussée -à une grande élévation, avec ces mots italiens: <i>Che peri, -purchè s'innalzi</i><a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor"> [159]</a>, «Qu'elle périsse, pourvu qu'elle s'élève.» -Le plus jeune de tous les Grignan, il n'avait point -cette morgue de famille qui faisait dire à M. de Guilleragues -que tous les Grignan étaient des glorieux. Lorsqu'on -lui opposait l'exemple du chevalier Adhémar<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor"> [160]</a>, «Celui-là, -disait-il pour ne pas se rétracter, n'est que <i>glorioset</i>.» Ce -singulier sobriquet de petit Glorieux resta au chevalier -Adhémar<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor"> [161]</a>. De tous ses frères, il était le plus attentif et -le plus complaisant pour madame de Grignan; il lui servait -de secrétaire lorsque quelque indisposition l'empêchait -de tenir la plume<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor"> [162]</a>. Ce fut là sans doute ce qui valut -à madame de Grignan les malins vaudevilles et les épigrammes -que l'on composa sur elle<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor"> [163]</a>, moins cependant à -propos d'Adhémar qu'au sujet du frère de celui-ci, nommé, -à cause de sa taille, le <i>grand chevalier</i>. Il se trouvait alors -<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span> -au château de Grignan, et mourut l'année suivante à -Paris, de la petite vérole, chez son oncle l'évêque d'Uzès<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor"> [164]</a>. -C'est à ce chevalier de Grignan que madame de Sévigné -défendait de monter à cheval en présence de sa fille<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor"> [165]</a>, -tant le souvenir de la fausse couche qu'il avait occasionnée -par sa chute faisait d'impression sur elle. Tels étaient dans -la famille de Grignan les hommes qui se réunissaient au -château de Grignan, et en composaient la société. Les -filles que le comte de Grignan avait eues de son premier -mariage avec Angélique-Claire d'Angennes étaient -encore trop jeunes pour y figurer<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor"> [166]</a>. L'aînée n'avait que -dix ans, et la cadette seulement sept ans, lorsque leur -père se remaria avec mademoiselle de Sévigné<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor"> [167]</a>. Le duc -de Montausier, leur oncle par alliance, puisqu'il avait -épousé Julie d'Angennes, s'opposait à ce qu'elles allassent -demeurer chez leur belle-mère, craignant que celle-ci ne -se prévalût de l'innocence de leur jeune âge, et ne leur -inspirât prématurément de l'inclination pour la vie religieuse: -cependant il finit par céder aux instances de madame -de Grignan, et s'aperçut bientôt qu'il ne s'était pas -trompé dans ses prévisions<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor"> [168]</a>. Louise-Catherine-Adhémar, -l'aînée des deux filles de M. de Grignan et de Claire -d'Angennes, excitée par sa belle-mère, ses oncles et -<span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span> -toute sa famille, dans son penchant à la dévotion, voulut -entrer aux Carmélites; mais la délicatesse de sa santé ne lui -permit pas de soutenir les austérités de l'ordre: elle ne put -achever son noviciat; elle se retira comme pensionnaire -dans un couvent, et y vécut avec autant de régularité et -de piété que la religieuse cloîtrée la plus attachée à ses -devoirs. Sur le bien de sa mère, il lui revenait quarante -mille écus; elle en fit don à son père; et madame de -Grignan ne déguise pas qu'elle se servit de l'influence -qu'elle avait acquise sur cette jeune fille, pour la déterminer -à prendre cette résolution. Bussy profite de cette -occasion pour lancer un sarcasme piquant, mais juste<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor"> [169]</a>, -contre madame de Grignan; et madame de Sévigné, -au contraire, chez qui la tendresse pour sa fille, et sa -continuelle préoccupation pour tout ce qui concernait ses -intérêts et sa grandeur, étouffaient tout autre sentiment, la -félicite d'avoir «fait merveille», et exprime, par les termes -les plus énergiques, son admiration pour Catherine-Adhémar, -qu'elle appelle une <i>fille céleste</i>, par opposition à -sa sœur cadette, qui est pour elle la <i>fille terrestre</i><a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor"> [170]</a>. -En effet, celle-ci, Françoise-Julie, qu'on nommait ordinairement -mademoiselle d'Alérac<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor"> [171]</a>, quoique soumise à la -même éducation et aux mêmes influences que sa sœur, -eut des goûts très-différents: elle aimait le monde, et elle -se plaisait beaucoup dans la société de madame de Sévigné, -<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span> -qui la trouvait aimable<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor"> [172]</a>. Jolie et faite pour plaire<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor"> [173]</a>, -elle fut recherchée en mariage par le chevalier de Polignac -et M. de Belesbat. Ces deux mariages se rompirent, non -par le fait de madame de Grignan. Pourtant le défaut -d'accord entre la belle-mère et la belle-fille fut tel, que -celle-ci abandonna brusquement la maison paternelle, et -se retira chez son oncle par alliance, le duc de Montausier, -et ensuite au couvent des Feuillantines<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor"> [174]</a>. Elle se -maria enfin avec le marquis de Vibraye, sans la participation -et aussi sans l'opposition de sa famille<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor"> [175]</a>.</p> - -<p>Des trois sœurs qu'avait le comte de Grignan, une seule -doit nous occuper, puisque celle qui se fit religieuse à Aubenas<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor"> [176]</a>, -et celle qui se maria au marquis de Saint-Andiol -(en 1661)<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor"> [177]</a>, ne sont mentionnées que deux ou trois fois -dans la correspondance de madame de Sévigné. Il n'en -est pas de même de Thérèse-Adhémar de Monteil; celle-ci -épousa le comte de Rochebonne<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor"> [178]</a>, qui commanda longtemps -<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span> -à Lyon pour le roi. La comtesse de Rochebonne -ressemblait beaucoup à son frère, le comte de Grignan: -c'est dire assez qu'elle n'était pas belle; aussi est-ce par -antiphrase et en plaisantant que madame de Sévigné la -qualifie de jolie femme<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor"> [179]</a>. Sa laideur, et la surdité dont elle -était affligée, étaient rachetées par le plus heureux caractère. -Elle s'était liée d'amitié avec madame de Grignan, -et l'affection que celle-ci avait pour elle s'étendait jusqu'à -ses enfants. Elle en avait un grand nombre; presque tous -étaient remarquables par leur esprit précoce, leurs jolies -figures, la fraîcheur de leur teint et leurs grâces enfantines<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor"> [180]</a>.</p> - -<p>Un des parents du comte de Grignan, que madame de -Sévigné aimait le mieux, était le chevalier comte de la -Garde, qui avait été gouverneur de la ville de Furnes et -lieutenant des gardes du corps de la reine mère<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor"> [181]</a>. Sa baronnie -de la Garde était voisine du comté de Grignan, et -il allait fréquemment au château. Lorsqu'il échoua dans -le projet de mariage qu'il avait conçu, on était presque -certain qu'il resterait célibataire<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor"> [182]</a>; et comme la forte pension -dont il jouissait le rendait riche, on croyait qu'il -avantagerait le comte de Grignan. Dans cet espoir, madame -de Sévigné avait pour lui de grands égards; il fut -la seule personne à laquelle elle permit de faire copier le -<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span> -portrait de sa fille, peint par Mignard<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor"> [183]</a>: elle avait refusé -<i>rabutinement</i>, comme elle le dit, cette faveur à ses plus -intimes amis, au <i>bel abbé</i>, l'évêque de Carcassonne, à -l'abbesse de Fontevrault, sœur de madame de Montespan, -enfin même à <span class="smallc">Mademoiselle</span><a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor"> [184]</a>. Le chevalier de la Garde -ne put rien faire pour son cousin, le comte de Grignan; la -riche pension de 18,000 livres dont il jouissait (36,000 fr.) -fut supprimée, et il fut presque entièrement ruiné<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor"> [185]</a>.</p> - -<p>A toutes ces personnes que le mariage de mademoiselle -de Sévigné avec le comte de Grignan avait placées -dans des rapports de famille et d'intimité tant avec elle -qu'avec madame de Sévigné, il faut joindre la marquise -du Puy du Fou, mère de la seconde femme du comte de -Grignan<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor"> [186]</a>. Elle avait peu d'esprit, mais sa bonté la faisait -chérir. Comme elle demeurait à Paris, madame de Sévigné -la voyait souvent, et même la recherchait, à cause -de l'attachement qu'elle avait conservé pour celui qui -avait été son gendre, et de l'amitié qu'elle avait pour madame -de Grignan. Madame de Sévigné passait des heures -entières avec madame du Puy du Fou, et lui confiait sa -<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span> -petite-fille Marie-Blanche, et madame du Puy du Fou en -avait soin comme de son propre enfant<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor"> [187]</a>.</p> - -<p>Les Simiane étaient aussi cousins des Grignan<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor"> [188]</a>; et, -parmi les nouvelles connaissances que son séjour en Provence -procura à madame de Grignan, on remarque la -marquise de Simiane, dont le fils épousa celle à qui -nous devons la publication des <i>Lettres</i>. Madame de Sévigné -avait eu occasion de rencontrer dans le monde -madame de Simiane, et elle félicite sa fille d'avoir en elle -une compagnie agréable<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor"> [189]</a>. Elle fait l'éloge de son amabilité, -mais elle ne lui reconnaît pas une excellente tête; -elle la blâme de vouloir se séparer de son mari, à cause -des fréquentes infidélités qu'il lui faisait, ajoutant assez -lestement: «Quelle folie! Je lui aurais conseillé de faire -quitte à quitte avec lui<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor"> [190]</a>.»</p> - -<p>La maison de madame de Grignan se composait d'un -nombreux personnel, conforme au rang qu'elle tenait en -Provence; et ceux qui en faisaient partie paraissent avoir -été bien choisis pour la soulager dans les devoirs qu'elle -avait à remplir, et la distraire de ce qu'ils pouvaient avoir -de pénible. Deux femmes de chambre étaient attachées à -son service; et l'une d'elles, nommée Deville, fille de son -<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span> -maître d'hôtel<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor"> [191]</a>, en savait assez pour l'aider, et, au besoin, -pour la suppléer dans ses correspondances. Une demoiselle -de Montgobert, pieuse mais enjouée, d'un esprit original, -plaisait beaucoup à madame de Sévigné<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor"> [192]</a>; elle était demoiselle -de compagnie; et Ripert<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor"> [193]</a>, l'intendant des Grignan, -était un homme d'esprit et d'une société agréable: -il avait sa chambre au château de Grignan, à côté de celle -des deux pages<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor"> [194]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné instruisait avec grand soin madame -de Grignan des variations de la mode. Elle savait que sa -fille, par sa beauté et par son rang, avait en Provence le -privilége d'être le patron sur lequel les femmes se réglaient<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor"> [195]</a>; -et c'est à la cour de Louis XIV qu'alors la mode avait, -<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span> -pour toute l'Europe, établi le siége de son empire. Les -lettres de madame de Sévigné fourniraient d'exacts et -nombreux détails à celui qui voudrait nous retracer les -lois absolues et les bizarres volontés de cette capricieuse -reine du monde élégant. C'est surtout lorsqu'elle était à -Aix<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor"> [196]</a>, que madame de Grignan avait ses plus fréquentes -réunions et étalait le plus de luxe. Madame de Sévigné -faisait fréquemment à sa fille des cadeaux de modes nouvelles, -et lui envoyait des cravates, des éventails, et autres -petits objets; mais madame de Grignan ayant écrit à sa -mère qu'elle se proposait de se faire peindre et de lui faire -présent de son portrait, madame de Sévigné lui envoya -un tour de perles de douze mille écus, acheté à la vente -de l'ambassadeur de Venise. Elle lui écrivait en même -temps: «On l'a admiré ici: si vous l'approuvez, qu'il -ne vous tienne point au cou; il sera suivi de quelques -autres<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor"> [197]</a>.»</p> - -<p>Cependant, même à Aix, madame de Grignan pouvait -se soustraire au monde et à la dissipation; et elle n'y manquait -pas aux époques où la religion lui en faisait un devoir. -Elle se retirait alors dans le couvent des sœurs de -Sainte-Marie, où par un privilége spécial, et à cause de -son aïeule la bienheureuse Chantal, elle était admise temporairement -sur le pied de religieuse, et avait sa cellule -particulière<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor"> [198]</a>.</p> - -<p>Le séjour de madame de Grignan chez les sœurs de -<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span> -Sainte-Marie n'était jamais bien long, et n'avait lieu qu'à -de grands intervalles. Cette existence calme et reposée -pouvait lui plaire pendant quelques jours, par son contraste -avec l'agitation de sa vie habituelle; mais elle n'avait -pas, comme sa mère, le goût de la retraite et de la -campagne, les rêveries d'une âme profondément émue, -les palpitations d'un cœur avide de tendresse et d'amour. -Ces troubles intérieurs, qui étaient à la fois pour madame -de Sévigné une source intarissable de jouissances -et de tourments, lui étaient inconnus. Elle savait que -sa réputation de beauté, de savoir, de raison, de prudence, -s'était accrue à la cour depuis son départ, et -par son année de séjour en Provence<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor"> [199]</a>. Le rang -qu'elle tenait dans ce pays flattait son orgueil: là, -peut-être, elle se félicitait de n'être pas éclipsée par -sa mère comme à Versailles, comme à Paris. C'eût été -pour elle déchoir que de cesser d'être la première, -que de se retrouver sur un degré d'infériorité ou même -d'égalité. M. de Grignan ne pensait pas ainsi: il aurait -mieux aimé être auprès du monarque, que d'avoir l'honneur -de le représenter dans une province lointaine; les -peines et les soins du gouvernement lui étaient à charge. -Ayant appris que le maréchal de Bellefonds voulait quitter -sa place de premier maître d'hôtel du roi, il était disposé -à acquérir cette charge; mais madame de Grignan s'y -opposa, et le fit rester en Provence. On peut juger combien -cette résolution affligea sa mère, qui n'osa s'en -plaindre que bien doucement. «Ma chère enfant, lui dit-elle, -cette grande paresse de ne vouloir pas seulement -sortir un moment d'où vous êtes, me blesse le cœur. Je -<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span> -trouve les pensées de M. de Grignan bien plus raisonnables. -Celle qu'il avait pour la charge du maréchal de Bellefonds, -en cas qu'il l'eût quittée, était tout à fait de -mon goût; vous aurez vu comme la chose a tourné: mais -j'aimerais assez que le désir de vous rapprocher ne vous -quittât point quand il arrive des occasions; et M. d'Uzès -aurait fort bonne grâce à témoigner au roi qu'il est impossible -de le servir si loin de sa personne sans beaucoup -de chagrin, surtout quand on a passé la plus grande -partie de sa vie auprès de lui<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor"> [200]</a>.»</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE III.<br /> -<span class="medium">1671-1672.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Madame de Sévigné quitte les Rochers, et retourne à Paris.—Elle y -prend un nouveau logement.—Elle désirait revenir à Paris pour -être utile à son gendre.—Ce qu'était l'administration des provinces -sous Louis XIV.—L'évêque de Marseille, Janson, cherche -à desservir M. de Grignan. Le marquis de Charost le défend.—Les -affaires des états de Provence se terminent bien.—Louis -XIV se prépare à la guerre contre les Hollandais, et ne -semble occupé que des choses de la paix.—Dans cette persuasion, -Boileau écrit son <i>Discours au roi</i>.—Négociations de Louis XIV.—Il -accorde sa confiance à Condé.—Fête donnée, à Chantilly, au -roi et à toute sa cour.—Création de l'Académie d'architecture.—Le -roi propose un prix pour l'invention d'un nouvel ordre d'architecture, -qui serait nommé l'<i>ordre français</i>.—Nouvelles constructions -à Versailles, à Compiègne, à Fontainebleau.—On joue -<i>la Comtesse d'Escarbagnas</i> et <i>Psyché</i>.—La Fontaine publie un -nouveau Recueil de fables et un nouveau Recueil de contes et de -poésies diverses.—Ouverture du jubilé.—Le roi touche 1,200 malades.—Publication -de <i>Poésies chrétiennes et diverses</i>.—Belle -ode de Pomponne qui s'y trouve insérée.—Molière fait jouer <i>les -Femmes savantes</i>.—Effet produit par cette pièce.—Elle anéantit -la réputation de Cotin et le règne des <i>précieuses</i>.—De leur -heureuse influence sur les mœurs et sur la littérature.—Julie d'Angennes -n'existait plus lors de la première représentation des <i>Femmes -savantes</i>.—Son admirable conduite et son courage.—Elle devient -dame d'honneur de la reine.—Ses remords, ses chagrins à -la cour.—Un fantôme lui apparaît.—Elle tombe malade, et meurt.—Madame -de Richelieu est nommée à sa place dame d'honneur.—Ce -que dit madame de Sévigné de cette nomination, attribuée -à l'influence de madame Scarron sur madame de Montespan.—Madame -de Sévigné soupe souvent avec madame Scarron.—Conduite -<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span> -de celle-ci.—Ses entretiens avec madame de Montespan -déplaisent au roi.—Ses sentiments, et conduite de madame de -Montespan en matière de religion.—Madame Scarron, d'après -l'ordre du roi, se charge d'élever les enfants qu'il aura avec madame -de Montespan.—Conduite admirable de madame Scarron.—Les -enfants que le roi a eus de madame de Montespan lui inspirent -une grande tendresse.—Le roi augmente sa pension.—Il -lui donne un carrosse et des gens, et l'appelle à la cour pour -rester auprès des enfants de madame de Montespan.</p> - -<p class="space">Décembre commençait; le froid était piquant; mais le -ciel était bleu, et la lumière du soleil éclatait sur les bois -dépouillés de verdure de la vaste campagne des Rochers, -lorsque madame de Sévigné quitta sa solitude avec un -regret dont elle était, disait-elle, épouvantée<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor"> [201]</a>. Elle se -mit en route avec deux calèches attelées chacune de quatre -chevaux, pour elle et sa suite; et afin d'éviter le mauvais -pavé de Laval, elle prit d'abord la route de Cossé, alla -coucher chez une parente de madame de Grignan, à Loresse, -château situé dans la commune de Montjean. Le -second jour de son voyage, elle coucha à Meslay; le troisième, -à Malicorne, chez la marquise de Lavardin. En -faisant ainsi environ dix lieues par jour, elle se trouva le -dixième jour transportée à Paris, satisfaite de s'être -rapprochée de sa fille, et ayant pris la résolution d'aller -la rejoindre aussitôt que les frimas de l'hiver auraient -disparu, et que le retour de la belle saison lui permettrait -d'entreprendre ce long voyage.</p> - -<p>Elle avait quitté, après le mariage de sa fille, le logement -qu'elle occupait à Paris rue du Temple, et transporté -son domicile rue de Thorigny, où elle ne devait pas -<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span> -rester longtemps; car, tandis qu'elle était encore aux Rochers, -des ordres avaient été donnés par elle de louer, -rue Sainte-Anastase, une autre maison près de celle du -comte et de la comtesse de Guitaut<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor"> [202]</a>.</p> - -<p>On sait que le château d'Époisses en Bourgogne, qui -appartenait au comte de Guitaut, n'était pas éloigné de -Bourbilly, terre de madame de Sévigné. Aussi dit-elle, -en écrivant alors au comte de Guitaut, qu'il est de sa destinée -d'être partout sa voisine<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor"> [203]</a>. Madame de Sévigné, -aidée de son oncle Saint-Aubin, employa une partie de -l'hiver à faire arranger sa nouvelle demeure, fort rapprochée -de celle qu'elle habitait, et elle y coucha pour la -première fois le 7 mai 1672<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor"> [204]</a>. Elle y avait fait préparer -un appartement pour sa fille et pour son gendre, et, quoique -petite, cette maison lui suffisait; elle s'y trouvait -commodément et agréablement<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor"> [205]</a>. Nous dirons comment -depuis elle changea encore de logement, et occupa -le bel hôtel Carnavalet<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor"> [206]</a>. Mais il est remarquable que, -malgré son intime liaison avec madame de la Fayette et -le duc de la Rochefoucauld, qui l'appelait si souvent à -l'autre extrémité de la ville, elle ne quitta jamais le Marais -ou le quartier du Temple et le quartier Saint-Antoine; -et, dans ses divers changements, elle se rapprocha de plus -<span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span> -en plus de la place Royale, où elle était née. Elle y trouvait -l'avantage d'être près de toutes les connaissances de -sa jeunesse, qui furent aussi les mêmes que celles de son -âge avancé. Elle pouvait fréquenter toujours les mêmes -églises, les Minimes, l'église Saint-Paul, celle des Jésuites, -le couvent des Filles de Sainte-Marie du faubourg -Saint-Antoine, dont les religieuses étaient ses bonnes -amies, et qui avaient parmi elles sa nièce Diane-Charlotte, -la fille aînée du comte de Bussy, dont l'esprit la charmait, -dont la piété lui faisait envie<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor"> [207]</a>.</p> - -<p>Un motif plus puissant que celui de se rapprocher de -sa fille avait engagé madame de Sévigné à quitter les Rochers: -c'était les services qu'elle pouvait rendre à son -gendre depuis que Pomponne avait été nommé ministre. -Lorsqu'elle revint à Paris, les états de Bretagne étaient -depuis longtemps terminés; mais il n'en était pas de même -de ceux de Provence: ouverts à Lambesc au mois de -septembre, ils se prolongèrent jusqu'en janvier 1672<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor"> [208]</a>. -Ainsi que nous l'avons dit, madame de Sévigné aida puissamment -à ce que le lieutenant général gouverneur ne -fût pas contraint de s'aliéner la population de la Provence -en déployant contre ses représentants les rigueurs du pouvoir; -aussi M. de Grignan appelait-il sa belle-mère son -<i>petit ministre</i><a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor"> [209]</a>. Louis XIV travaillait alors à régulariser -<span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span> -l'administration de son royaume; et comme les efforts des -provinces, des villes et des départements pour conserver -ce que la hache de Richelieu n'avait pu abattre de leurs -priviléges et de leurs libertés, faisaient obstacle aux ordonnances -du monarque absolu, il mettait tous ses soins -à les anéantir ou à les comprimer. Ce fut surtout durant -le cours des années 1671 et 1672 qu'il obtint les plus -grands résultats<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor"> [210]</a>. Ce que le comte de Grignan faisait en -Provence, le duc de Chaulnes l'exécutait en Bretagne, le -prince de Condé en Bourgogne<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor"> [211]</a>, le duc de Verneuil<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor"> [212]</a> en -Languedoc. Les députés des états de cette dernière province -avaient décidé qu'à l'avenir on commencerait les -délibérations dans un ordre inverse de celui qui avait été -en usage jusqu'alors; c'est-à-dire qu'on voterait d'abord -les subsides, ou les dons gratuits à offrir au roi, avant de -s'occuper des affaires particulières de la province<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor"> [213]</a>. Une -telle résolution enlevait nécessairement à l'assemblée des -états tout moyen de résister aux exigences de l'autorité. -Aussi cette mesure fut-elle bien accueillie par Louis XIV, -et on s'en entretenait beaucoup à la cour. Sur quoi madame -de Sévigné raconte à sa fille l'anecdote suivante: -«L'autre jour, on parlait, devant le roi, de Languedoc -et puis de Provence, et puis enfin de M. de Grignan, -<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span> -et on en disait beaucoup de bien: M. de Janson [l'évêque -de Marseille] en dit aussi; et puis il parla de sa paresse -naturelle: là-dessus le marquis de Charost<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor"> [214]</a> le releva de -sentinelle d'un très-bon ton, et lui dit: «Monsieur, -M. de Grignan n'est point paresseux quand il est question -du service du roi, et personne ne peut mieux faire -qu'il a fait dans cette dernière assemblée: j'en suis -fort bien instruit.» Voilà de ces gens que je trouve -toujours qu'il faut aimer et instruire<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor"> [215]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné était d'autant plus heureuse de -l'issue favorable des affaires de Provence, qu'elle avait -longtemps craint des résultats tout différents. Elle était -naturellement enchantée de Louis XIV et de ses ministres, -qui se montraient satisfaits des services de son gendre. -Elle écrivait à sa fille: «J'ai tremblé depuis les pieds -jusqu'à la tête; je croyais que tout fût perdu: il se trouve -que vous avez attendu votre courrier, et que vous avez -bu à la santé du roi votre maître. J'ai respiré, et approuvé -votre zèle. En vérité, on ne saurait trop louer le roi: il -s'est perfectionné depuis un an. Les poëtes ont commencé -à la cour; mais j'aime bien autant la prose, depuis que -tout le monde en sait faire pour conter et chanter ses -louanges<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor"> [216]</a>.»</p> - -<p>En effet, depuis la paix d'Aix-la-Chapelle<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor"> [217]</a>, Louis XIV -semblait avoir renoncé aux projets ambitieux qu'il avait -<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span> -manifestés dans les commencements de son règne; et c'est -alors qu'il négociait pour rompre l'alliance qu'avaient contractée -entre elles la Hollande, l'Angleterre et la Suède<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor"> [218]</a>, -qu'il s'apprêtait à punir l'ingratitude et l'orgueil des Hollandais, -tandis qu'on le croyait uniquement occupé des -soins du gouvernement, de la prospérité de son royaume, -des embellissements de Versailles et des plaisirs de sa -cour<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor"> [219]</a>.</p> - -<p>Ce fut sous l'inspiration de cette croyance générale que -Boileau écrivit son <i>Épître au roi</i>, à laquelle madame de -Sévigné fait principalement allusion, parce que cette -épître, d'abord publiée séparément en 1670, le fut de -nouveau au commencement de 1672, peu de temps avant -que la guerre fût déclarée; et quoique le poëte eût opposé -la sagesse pacifique du roi de France à la folie des monarques -conquérants, les éloges donnés dans ses vers -pleins de force, de grâce et de finesse, furent d'autant -mieux accueillis, que Louis XIV craignait de voir toute -l'Europe se soulever pour s'opposer à ses envahissements, -et qu'il désirait persuader aux peuples et aux gouvernements -qu'il n'armait que parce qu'il y était contraint -pour sa sûreté et celle des autres États monarchiques, -menacés par une république insolente; que tous ses -vœux tendaient à conclure une paix durable.</p> - -<p>Pomponne et Courtin en Suède, le chevalier de Gémonville -à Vienne, le marquis de Ruvigny et Colbert de -Croisy à Londres, le marquis de Villars et Bonzy, archevêque -de Toulouse, à Madrid, conduisirent les négociations -<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span> -qui précédèrent cette guerre avec une activité et -une habileté admirables. Ce ne fut que lorsque Louis XIV, -par des traités secrets<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor"> [220]</a>, eut détaché de la Hollande tous -les États qui avaient intérêt à la soutenir, qu'il eut obtenu -le concours des uns et la neutralité des autres, qu'il fit -connaître ses desseins<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor"> [221]</a>. Les préparatifs des armements -faits par lui, par son ministre Louvois, par Turenne, par -Condé furent dissimulés avec le même soin, enveloppés -du même mystère. Avant d'arrêter son plan de campagne, -il ordonna à Louvois de le soumettre par écrit au -prince de Condé, et voulut avoir l'avis de ce grand capitaine. -Pour qu'il ne fût pas distrait de l'important travail -qu'il lui confiait, le roi avait permis au duc d'Enghien -de suppléer son père comme gouverneur de la Bourgogne<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor"> [222]</a>, -ce qui était une manière de lui assurer la survivance -de cette place importante. Pour mieux divulguer la -faveur que Condé avait acquise auprès de lui, Louis XIV -accepta des fêtes que ce prince lui offrit à Chantilly. -Le roi se rendit en ce lieu le 23 avril 1671; il était accompagné -de la reine et de <span class="smallc">Monsieur</span>. La fête dura deux -jours, et, comme presque toutes les fêtes de Chantilly, -celle-ci consista en divertissements de chasse, de pêche, -en illuminations et en repas dans la forêt<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor"> [223]</a>. Cette forêt, -<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span> -mieux que celles de Fontainebleau et de Compiègne, mieux -que les bois de Versailles, se prêtait à une heureuse alliance -des gracieuses beautés de la nature avec les surprises -et les magnificences de l'art. Le duc d'Enghien fut -le principal ordonnateur des féeries de ces deux journées. -C'est à lui que ce magnifique domaine devait ses derniers -embellissements<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor"> [224]</a>, et il montra dès lors ce goût, cette -activité, cette prévoyance, cet esprit ingénieux dont il -donna depuis tant de preuves dans de semblables circonstances<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor"> [225]</a>.</p> - -<p>Cette fête, qui coûta 360,000 livres, fut assombrie par -le suicide de Vatel, qui se crut déshonoré parce que le rôti -manqua à quelques tables et que le poisson n'arrivait pas -en assez grande quantité<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor"> [226]</a>. Quant à Louis XIV, il ne donna -point de fêtes dans l'année qui précéda l'invasion de la -Hollande: d'autres pensées l'occupaient, et les besoins de -la guerre prescrivaient de l'économie dans les dépenses. -Cependant il faisait travailler les artistes, et surtout les -sculpteurs, pour l'embellissement de Versailles; il allait les -visiter dans leurs ateliers<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor"> [227]</a>. Il voulut loger plus grandement -les soldats infirmes, dont les guerres avaient augmenté -le nombre. Il commença donc à faire construire l'édifice -<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span> -qu'on voulait appeler l'hôtel de Mars, et qui fut -depuis l'hôtel des Invalides, quand il eut été terminé et -richement doté<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor"> [228]</a>. Louis XIV créa, vers la fin de l'année -1671, une académie d'architecture; et, par une pensée -qui manifestait plus son patriotisme qu'un goût éclairé -de l'art, il promit de donner en prix son portrait, enrichi -de diamants, à l'inventeur d'un nouvel ordre d'architecture -qui serait nommé l'<i>ordre français</i>; et il fit insérer -le programme de ce prix dans la <i>Gazette</i><a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor"> [229]</a>.</p> - -<p>Il avait fait achever le palais des Tuileries; et la salle -de spectacle qu'il avait ordonné d'y construire servit, -cette année, aux représentations de <i>Psyché</i>. Il est remarquable -que, pendant tout le cours de ce règne, on ne -joua dans cette salle que ce seul opéra, et seulement cette -année<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor"> [230]</a>. Soit que Louis XIV, pour la pompe et la magnificence -de sa cour, se trouvât trop peu séparé de la foule, et -gêné dans la populeuse ville de Paris; soit qu'il y fût désagréablement -poursuivi par le souvenir de la Fronde, presque -tous les actes émanés de lui sont, à l'époque où nous -sommes parvenus, datés de Saint-Germain en Laye, de -Versailles et de Fontainebleau. C'est à Saint-Germain en -Laye qu'à la fin de l'année on joua <i>la Comtesse d'Escarbagnas</i>. -En même temps que Molière, dans cette pièce, amusait -la cour par les ridicules de la province, il faisait rire -Paris par la farce bouffonne et spirituelle des <i>Fourberies -de Scapin</i>. Quoique <i>Psyché</i> eût été imprimée sous le nom -seul de Molière, et même vendue à son profit<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor"> [231]</a>, on était -<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span> -averti qu'il n'avait eu qu'une très-faible part à cette pièce, -mise en musique par Lulli, et presque entièrement versifiée -en quinze jours<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor"> [232]</a> par Quinault et par le grand Corneille, -qui dans cette circonstance, à l'âge de soixante-cinq -ans, écrivit les vers les plus gracieux et les plus -passionnés qui soient sortis de sa plume<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor"> [233]</a>.</p> - -<p>Cette fable de Psyché, la plus ingénieuse de toutes celles -que l'antiquité nous a transmises, avait surtout été mise en -vogue par le roman de la Fontaine. On admirait moins -alors la prose élégante et facile de ce roman que les vers -trop dédaignés depuis qu'il y a insérés pour décrire les -prestiges de Versailles, et qui lui valurent l'honneur de -présenter au roi sa nouvelle production<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor"> [234]</a>. Cette œuvre -singulière, originale par la conception et l'exécution, -contenait sur la littérature des dialogues pleins de -goût et de sagacité: digressions qui tenaient d'ailleurs -aussi peu au sujet principal du roman que les descriptions -en vers des jardins de Versailles, où toute la cour -se transportait souvent<a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor"> [235]</a>. Mais ce qui, dans cette même -année 1671, recommandait, plus encore que les représentations -de <i>Psyché</i>, le nom de la Fontaine à la jeune -génération et à celle qui l'avait précédée, c'est qu'il -venait de publier deux recueils, tous deux avec privilége -du roi, que les plus obséquieux courtisans comme les dames -les mieux famées ne se faisaient pas scrupule de lire -<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span> -et de louer. L'un était un recueil de <i>fables nouvelles</i>, avec -des poésies amoureuses et autres en faveur de Fouquet et -des personnes qu'il recevait à Vaux<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor"> [236]</a>. Ce volume contenait -aussi la description de Vaux, plus gracieuse, plus poétique -encore que celle de Versailles. L'autre recueil était -une troisième partie de <i>contes</i> au moins égaux, peut-être -supérieurs en agréments poétiques aux deux premières, -qui avaient valu tant de célébrité à l'auteur. Madame de -Sévigné envoya ces volumes à sa fille<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor"> [237]</a>; elle-même les lut -avec délices. Ce n'étaient pas les seules productions où -les poëtes et les beaux esprits se jouaient de ce qu'une -certaine portion de la société de ce temps considérait -comme trop respectable pour être en butte à de telles licences: -alors que Boileau donnait tant de louanges au roi, -il prenait pour sujet d'un poëme qui est l'œuvre la plus achevée -de sa muse la satire des chanoines de la Sainte-Chapelle -de Paris; et, par les lectures qu'il en faisait alors -chez M. de Lamoignon, ses vers, retenus dans la mémoire -de ceux qui y avaient assisté, étaient connus avant -d'être publiés<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor"> [238]</a>.</p> - -<p>Cependant, cette même année 1671, l'ouverture d'un -jubilé eut lieu dans la cathédrale de Paris le 23 mars, -et, le 28 du même mois, le roi communia publiquement -à l'église des Récollets, où il fit une station. Là, -ayant à ses côtés le Dauphin et Bossuet, il toucha plus -<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span> -de douze cents malades qui se présentèrent avec l'espoir -d'être guéris des humeurs froides par l'influence surnaturelle -du descendant de saint Louis<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor"> [239]</a>.</p> - -<p>La préférence donnée en cette occasion par Louis XIV -à l'église du couvent des Récollets, une des moindres de -Paris, pour un acte aussi solennel, était due à ce que ces -religieux étaient en possession de lui fournir de zélés aumôniers -pour ses armées<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor"> [240]</a>.</p> - -<p>La littérature est toujours le reflet de l'époque qui la produit; -et si nous rappelons ces faits, c'est qu'ils nous font -parfaitement connaître les contrastes qu'offrait alors cette -société française, joviale et sérieuse, licencieuse et dévote, -qui appréciait vivement la beauté des chefs-d'œuvre des -auteurs récents, sans avoir renoncé entièrement à ses anciennes -admirations pour ceux qui les avaient précédés. -C'est ce que démontre le succès qu'eut alors un <i>Recueil de -poésies chrétiennes et diverses</i><a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor"> [241]</a>, en trois volumes, recueil -formé par Loménie de Brienne et quelques-uns des solitaires -de Port-Royal, qui eurent la singulière idée, pour -<span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span> -en hâter le débit, de le publier sous le nom célèbre et populaire -de l'auteur des <i>Contes</i> et des <i>Fables</i>. Il est vrai que, -pour que le titre de ce recueil ne fût pas tout à fait une -fable, on fit composer par le complaisant la Fontaine une -nouvelle paraphrase en vers du psaume <span class="smallc">XVII</span>, <i>Diligam te, -Domine</i><a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor"> [242]</a>, et l'épître dédicatoire au prince de Conti. Ce -recueil renfermait un choix des poésies de tous les auteurs -depuis Henri IV jusqu'aux plus récents, et semblait -surtout calculé pour remettre en honneur les poëtes -qui avaient fréquenté l'hôtel de Rambouillet, ou acquis, -durant la fin du règne de Louis XIII et la minorité de -Louis XIV, une grande célébrité.</p> - -<p>Ce n'était pas une des moindres singularités de ce recueil, -d'y trouver, au nombre des meilleures pièces, une -<i>Ode à la Sagesse</i><a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor"> [243]</a>, par M. de Pomponne, nouvellement -nommé ministre, et composée de strophes harmonieuses -sur l'ambition et la capricieuse instabilité de la fortune. -On lisait dans ces volumes des vers sur des sujets saints, -par mademoiselle de Scudéry et la Fontaine; puis après -des vers sur des sujets profanes, par le jeune Fléchier; -enfin d'admirables morceaux de Boileau, de Racine et -de Corneille, placés entre ceux de Cassagne et de l'abbé -Cotin. C'est que le goût du public était encore partagé -et vacillant; c'est que la recherche dans les pensées, la -fausse délicatesse dans le langage, les subtilités du cœur, -l'affectation du savoir prévalaient dans les cercles et dans -les réunions qui s'étaient formées à l'imitation de celle -de l'hôtel de Rambouillet, et que la lutte engagée entre -<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span> -les auteurs, dans le commencement de ce règne, était -toujours fort animée. Dans les recueils de vers qu'on publiait -en Hollande, on avait soin, pour plaire aux diverses -sortes de lecteurs, de mêler avec les satires de Boileau -des satires composées contre lui et contre Molière<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor"> [244]</a>.</p> - -<p>C'est parce qu'il était fortement choqué de ce défaut -de discernement en matière littéraire que Boileau avait -composé son <i>Art poétique</i>, de tous ses ouvrages celui -qui a le plus contribué à sa gloire et à celle de la littérature -française. Il en faisait à cette époque des lectures -chez M. de Lamoignon, le duc de la Rochefoucauld, le -cardinal de Retz<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor"> [245]</a>. Il gravait ainsi dans la mémoire de -ses auditeurs, avant qu'elles fussent publiées, les règles -du goût et de l'<i>art d'écrire</i>; et comme il corrigeait beaucoup -ses vers, c'est de lui surtout qu'on a pu dire, lorsqu'il -vivait: «On récite déjà les vers qu'il fait encore.»</p> - -<p>Presque toutes les satires composées contre Boileau et -contre Molière, quoique paraissant sous le voile de l'anonyme, -étaient attribuées à l'abbé Cotin<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor"> [246]</a>, conseiller et -aumônier du roi. Cotin était admis dans la société intime -<span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span> -des duchesses de Rohan, de Nemours, de Longueville, des -ducs de Montausier et de St-Agnan. <span class="smallc">Mademoiselle</span> l'honorait -du nom de son ancien, et elle avait amusé Louis XIV -par la lecture de quelques-unes de ses énigmes en sonnet. -Il avait publié un grand nombre d'ouvrages en vers<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor"> [247]</a> et en -prose, dont plusieurs étaient à la louange du roi<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor"> [248]</a>; pendant -seize ans il avait, avec quelque succès, prêché le -carême dans différentes chaires de la capitale. Depuis -seize ans il était de l'Académie française, où Bossuet venait -de se faire admettre, dont Boileau n'était pas encore, -lorsque Molière, qui n'en fut jamais, avec une vérité -qui ne laissait aucune prise au doute, avec une licence dont -on n'avait nul exemple, immola sur le théâtre, à la risée -du public, cet auteur si chéri des grandes princesses et -des précieuses de la cour et de la ville. Depuis lors, Cotin -n'osa plus une seule fois monter dans la chaire évangélique, -ni faire imprimer une seule ligne; et le roi ayant approuvé -la nouvelle comédie, les belles dames, les courtisans -et tous ceux qui avaient coutume d'accueillir avec -faveur le malheureux Cotin lui tournèrent le dos. Il avait -brillé; il fut rejeté dans la solitude et l'obscurité la plus complète. -Il méritait son sort: non qu'il fût dépourvu de talent -et de savoir, et que tous ses vers ressemblassent au sonnet -et au madrigal tant ridiculisés par le grand comique<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor"> [249]</a>; -mais il était tellement infatué de sa personne et de ses ouvrages, -<span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span> -qu'il s'était rendu insupportable, et qu'on vit avec -plaisir humilier son sot et insolent orgueil. Ménage, contre -lequel Cotin avait écrit<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor"> [250]</a>, était joué aussi dans la nouvelle -comédie, quoique avec moins d'évidence. Il eut le -bon esprit de se contenter du désaveu de Molière<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor"> [251]</a>, et -applaudit, avec tout le public, la fameuse scène de <i>Trissotin</i> -et de <i>Vadius</i><a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor"> [252]</a>. Madame de Sévigné avait, on se le -rappelle, assisté à la lecture que Molière fit de sa pièce -des <i>Femmes savantes</i> chez le duc de la Rochefoucauld, -avant la première représentation, et elle la trouva fort -plaisante<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor"> [253]</a>. Cependant, quoique dans cette pièce Molière -eût eu la précaution de placer ses personnages dans la -classe bourgeoise, c'était bien aux femmes et aux gens de -lettres de la haute société et des ruelles à la mode et à -ceux qu'elles protégeaient que s'attaquait le poëte. Ce n'était -<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span> -plus cette fois la burlesque imitation de modèles que -dans une humble préface, l'auteur faisait profession de respecter: -il exposait les modèles eux-mêmes à la risée de -tous; il les bafouait sans dissimulation et sans détours, -sans chercher à excuser son impardonnable témérité; non -pas comme précédemment dans une farce en prose extravagante -et bouffonne, mais dans une comédie en vers, admirable -par la conduite des scènes, l'invention des caractères, -la force et le comique du dialogue. Le succès fut d'abord -douteux, et cela devait être, puisque l'auteur n'aspirait -à rien moins qu'à rectifier les idées de cette partie même -du public dont dépendait ce succès; mais la raison et le -bon goût trouvèrent un appui dans l'approbation du monarque, -flatté avec art dans cette pièce. La révolution dans -la société et dans les lettres, que <i>les Précieuses ridicules</i> -avaient commencée, fut achevée par <i>les Femmes savantes</i>, -et fit cesser le règne des coteries qui s'étaient formées à -l'exemple des réunions de l'hôtel de Rambouillet.</p> - -<p>Il est bien vrai pourtant qu'avec raison madame de -Rambouillet s'était vantée d'avoir <i>débrutalisé</i><a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor"> [254]</a> la société -française, et que cette secte des <i>précieuses</i>, si discréditée -depuis par celles qui s'y affilièrent, était parvenue à -ennoblir en France le rôle de la femme; à l'entourer de -cette respectueuse déférence qui faisait autrefois partie -du caractère national; à faire considérer en elle la pureté -de l'âme, les lumières de l'esprit, la délicatesse des sentiments, -l'élégance des manières et du langage comme -<span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span> -les conditions nécessaires de l'attachement qu'elles pouvaient -inspirer. Ce sont les <i>précieuses</i> qui, par le tact -exquis des convenances, par les promptes sympathies du -cœur et de l'esprit, ont assuré à leur sexe la prééminence -dans ces cercles dont l'attrait, bien mieux que les -jouissances du luxe, avait fait de Paris, pendant un siècle -et demi, la capitale de l'Europe. La dictature des femmes -dans la société française avait passé dans les mœurs, et -y subsistait longtemps après que le souvenir des <i>précieuses</i>, -qui l'avait fondée, eut été anéanti. Le titre dont -elles se paraient ne rappela plus que les travers auxquels -l'exagération et le côté faux de leur doctrine avaient -donné naissance et dont notre grand comique a rendu -le souvenir impérissable.</p> - -<p>La principale fondatrice de cette secte, la femme forte, -la femme vertueuse, la femme gracieuse qui avait le plus -contribué à en assurer la prééminence, ne connut point -ce dernier chef-d'œuvre de Molière. Julie d'Angennes, -duchesse de Montausier, mourut, âgée de soixante-quatre -ans, le 15 novembre 1671, trois mois avant la première -représentation des <i>Femmes savantes</i><a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor"> [255]</a>. Julie d'Angennes, -dont madame de Motteville a dit qu'il était impossible -de la connaître sans désirer de lui plaire<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor"> [256]</a>, n'avait -pas en vain redouté de subir le joug du mariage, puisque -après avoir résisté pendant quatorze ans aux instances -prolongées d'un homme réputé pour sa vertu, elle eut à -<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span> -subir comme épouse l'humiliation d'une tendresse partagée; -puis les retours et les écarts successifs d'un cœur -trop scrupuleux pour ne pas se débattre dans ses chaînes -et trop faible pour les rompre<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor"> [257]</a>. Elle se fit adorer, dans -la province, par ceux que repoussaient l'humeur grondeuse -et les formes sévères de son mari. Lorsque, pendant -la guerre civile de la Fronde, celui-ci eut été blessé, -et qu'une fièvre ardente mettait ses jours en danger, elle -qui, dans ces temps de trouble et de trahison, ne pouvait -se fier à personne, prit en main, sans hésiter, le -gouvernement de la Saintonge et de l'Angoumois, dont -la défense avait été confiée au duc de Montausier<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor"> [258]</a>. Déjà -envahies par des troupes rebelles, les populations commençaient -à se révolter. Madame de Montausier, de la -ruelle maritale qu'elle ne quittait ni jour ni nuit, envoya -des ordres et des instructions, qui furent si bien -donnés, si bien exécutés, qu'en peu de temps les soulèvements -cessèrent, et que les troupes hostiles à la cause -royale furent repoussées hors des limites de la province<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor"> [259]</a>.</p> - -<p>Lorsque madame de Montausier eut été nommée gouvernante -des enfants de France et dame d'honneur de la -reine, tous ses moments furent absorbés par les devoirs -de ses places; et c'est alors que madame de Motteville -lui reproche d'être plus dévouée à l'estime publique qu'à -l'estime particulière<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor"> [260]</a>. Hélas! c'est qu'à cette cour dont -<span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span> -elle faisait partie, et où l'intérêt de son mari et de sa -fille la forçait de rester, sa vertu souffrait cruellement: -elle y remplissait des fonctions qui la rendaient journellement -spectatrice de la vie intime du monarque; et, dans -une telle situation, elle sentait le besoin d'être protégée -par l'estime publique contre la crainte de perdre la -sienne<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor"> [261]</a>. Elle avait succédé, comme dame d'honneur de -la reine, à la duchesse de Navailles, si glorieusement -chassée pour n'avoir pu tolérer les entrées nocturnes du -roi dans la chambre des filles, et avoir fait murer la -porte par où il venait.</p> - -<p>Lorsque le roi s'éprit de madame de Montespan, madame -de Montausier fut en butte à d'odieux soupçons. La -reine fut avertie de cette nouvelle passion par une lettre -anonyme, qui accusait madame de Montausier d'avoir -conduit cette intrigue<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor"> [262]</a>. On sut bientôt que l'auteur de -cette lettre était M. de Montespan. Il renouvela à madame -de Montausier, chez laquelle il s'était introduit -sans être annoncé, l'accusation écrite, et il l'accabla -d'injures. Le noble cœur de Julie fut brisé par cet outrage. -Elle n'était pas encore remise de la douleur qu'il -lui avait causée, lorsqu'en se rendant dans la chambre -de la reine, et par un couloir obscur où en plein jour -était allumé un flambeau, elle vit une grande femme -qui venait droit à elle: quand elle fut proche, le fantôme -disparut<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor"> [263]</a>. Proféra-t-il, comme on l'a depuis prétendu, -des plaintes ou des reproches? Il ne paraît pas qu'il en -fut ainsi, puisque la frayeur qu'avait causée à madame -de Montausier cette mystérieuse apparition fut telle, -<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span> -qu'elle ne put calmer son imagination et s'empêcher -d'en parler à tout le monde; et la vive impression qu'elle -en ressentit subsistant toujours, elle tomba malade. On -fut obligé de la transporter à son hôtel (l'hôtel de Rambouillet); -là elle fut visitée par la reine et par toute la -cour, surtout par madame de Sévigné, qui, dans ses -fréquentes assiduités auprès du lit de madame de Montausier<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor"> [264]</a>, -observa avec douleur les progrès du mal auquel -elle devait succomber<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor"> [265]</a>. La gazette officielle, en -faisant connaître le jour du décès de cette femme tant -célébrée par les beaux esprits, dit qu'elle sera regrettée -de toute la France, comme elle l'est de la cour et de sa famille. -Cette même gazette ajoutait qu'un courrier avait -été envoyé à Richelieu, afin d'annoncer à la duchesse -de Richelieu le choix que le roi avait fait d'elle pour occuper -la place de dame d'honneur de la reine, qu'avait -madame de Montausier<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor"> [266]</a>. Madame de Sévigné, par une -seule phrase, nous apprend l'activité qu'exigeait cette -place de la part de celle qui l'exerçait; et en même -temps ce qu'avait été l'hôtel de Rambouillet, et l'opinion -qu'on avait de la nouvelle dame d'honneur, comparée à -celle qui l'avait précédée<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor"> [267]</a>. «Nous parlâmes fort de madame -<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span> -de Richelieu, qui renouvelle de jambes, et qui, -n'ayant pas le temps de dormir ni de manger, doit craindre -enfin la destinée d'une personne qui avait plus d'esprit -qu'elle et plus accoutumée au bruit; car, avant que -madame de Montausier fût au Louvre, l'hôtel de Rambouillet -était le Louvre: ainsi elle ne faisait que changer -d'habitation.»</p> - -<p>Il paraît que c'est à madame Scarron, dont elle avait -été une des protectrices, que la duchesse de Richelieu -dut d'avoir été nommée dame d'honneur; c'est du moins -ce que croyait madame de Sévigné, qui ajoute: «Si cela -est ainsi, madame Scarron est digne d'envie; et sa joie -est la plus solide qu'on puisse avoir en ce monde<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor"> [268]</a>.» -Réflexion juste: la plus grande jouissance serait de faire -du bien à ceux qui nous en ont fait, si l'on n'en goûtait -pas une plus parfaite encore en faisant du bien à -ceux qui nous ont fait du mal.</p> - -<p>Ce passage de la lettre de madame de Sévigné est le -premier indice du crédit que madame Scarron obtenait -à la cour, où cependant elle ne paraissait pas publiquement. -Elle avait acquis un grand ascendant sur madame -de Montespan, avec laquelle elle s'était liée depuis -longtemps. Son esprit, sa prudence, sa discrétion, sa -haute raison, son dévouement, et même le redoublement -de piété qu'on remarquait en elle depuis quelque -temps<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor"> [269]</a>, contribuaient à accroître l'estime et l'amitié -de madame de Montespan, et affermissaient la confiance -<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span> -qu'elle avait en elle. Malgré le désordre où elle vivait, -madame de Montespan, élevée par une mère pieuse, -avait, aussi bien que le roi, une foi sincère dans la religion. -Selon l'esprit de ce temps, elle croyait atténuer ses -torts envers Dieu en se soumettant aux pratiques et aux -privations ordonnées par l'Église. Madame de Caylus affirme -que madame de Montespan jeûnait austèrement -tous les carêmes<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor"> [270]</a>.</p> - -<p>Avec l'ardeur et les lumières d'une nouvelle convertie, -madame Scarron comprit tout ce que sa vertu lui donnait -d'ascendant sur des consciences qui avaient besoin d'être -rassurées, sur des âmes qui ne pouvaient se purifier que -par le sacrifice de leurs honteuses passions. Les humbles -fonctions d'institutrice mettaient au nombre de ses devoirs -de chercher à ramener à l'obéissance des lois de l'Église -et aux principes de la morale le père et la mère des enfants -de race royale<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor"> [271]</a> à l'éducation desquels, avec une -tendresse toute maternelle, elle sacrifiait ses plus belles -années.</p> - -<p>A cette époque, madame de Montespan avait déjà eu -deux enfants du roi<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor"> [272]</a>, et cependant sa liaison avec lui -semblait encore voilée par la présence de la Vallière. -Celle-ci paraissait être la seule maîtresse déclarée. Le -roi l'avait titrée<a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor"> [273]</a>, ses enfants avaient été reconnus et légitimés; -<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span> -ceux de madame de Montespan ne paraissaient -pas; leur existence était encore un secret. Dans ses chasses -à Fontainebleau ou à Saint-Germain en Laye, lorsque -Louis XIV montait en voiture, accompagné de ses deux -maîtresses, la place d'honneur était réservée à la Vallière<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor"> [274]</a>; -de sorte que, depuis qu'elle avait été enlevée du couvent -de Chaillot<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor"> [275]</a>, on doutait si la tendresse que le monarque -avait conservée pour elle ne l'emporterait pas sur sa nouvelle -passion. Mais la fierté de Montespan s'irritait de -cet humiliant partage, et se vengeait, dans l'intimité, de -la contrainte qu'elle éprouvait en public. La Vallière -supportait les capricieuses hauteurs et les insultants sarcasmes -d'une rivale sans pitié, dans l'espérance que sa -soumission, ses humbles complaisances et le spectacle de -sa douleur toucheraient un cœur qu'elle était habituée -à posséder tout entier, auquel elle se sacrifiait et voulait -jusqu'à la fin se sacrifier<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor"> [276]</a>.</p> - -<p>Au milieu de ce conflit de rivalités, apparaissait de -temps à autre celle qui s'était chargée d'élever pour Dieu -et pour le roi les innocents fruits d'un coupable amour. -Lorsque madame Scarron allait voir la favorite, par son -esprit, son enjouement, elle faisait sur elle diversion aux -<span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span> -tristesses et aux ennuis de la cour. Belle et gracieuse, la -modeste gouvernante ne semblait vouloir plaire que pour -apaiser les orages du cœur et calmer les troubles de -l'âme. Son maintien, cet air de satisfaction intérieure, -témoignages d'une conscience pure et d'une vie bien réglée, -donnaient à toutes ses paroles, à ses conseils salutaires, -à ses pieuses réflexions une puissance presque -irrésistible. Le roi était contrarié et jaloux des longs -entretiens de madame de Montespan avec madame Scarron; -il voulut y mettre obstacle, ce qui accrut encore chez -la favorite le désir de jouir de la société de madame -Scarron<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor"> [277]</a>. On sut bientôt l'étroite intimité qui existait -entre elles deux. Les personnes qui ne voulaient pas ou -ne pouvaient pas s'approcher de madame de Montespan -recherchèrent madame Scarron. Elle qui, de son propre -aveu, était dévorée du désir de s'attirer des louanges et -avide de considération et d'estime<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor"> [278]</a>, se répandit dans le -monde, et fréquenta les personnes les plus estimées, les -plus considérées, les plus capables d'apprécier sa vertu et -ses qualités personnelles. C'est alors que madame de Sévigné -se lia plus particulièrement avec elle; c'est aussi -par les lettres de madame de Sévigné que nous pouvons -suivre les premiers progrès de l'élévation de cette femme, -qui se doutait peu qu'elle deviendrait la compagne d'un -roi qui lui adressait si rarement quelques brèves paroles. -Mais cependant madame Scarron pouvait déjà prévoir -que les enfants que, d'après le désir de madame de Montespan, -le roi lui avait confiés, mais dont elle n'avait -<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span> -voulu se charger que par son ordre, seraient un jour -pour elle un moyen d'influence<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor"> [279]</a>.</p> - -<p>Dans les lettres de madame de Sévigné, nous apprenons -que madame Scarron allait souvent chez madame de -Coulanges, avec Segrais, Barillon, l'abbé Testu, Guilleragues, -les comtes de Brancas et de Caderousse, et madame -de la Fayette. Dans ces réunions, l'éloge de madame -de Grignan, lorsque sa mère était présente, trouvait souvent -sa place<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor"> [280]</a>.</p> - -<p>Madame Scarron, pendant quelque temps, soupa presque -tous les jours chez madame de Sévigné. «C'est un -plaisir, dit celle-ci, de l'entendre raisonner sur les horribles -agitations d'un certain pays qu'elle connaît bien; -sur les tristes ennuis des dames de Saint-Germain, -dont la plus enviée de toutes (madame de Montespan) -n'est pas toujours exempte<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor"> [281]</a>.» Jamais madame Scarron, -quand elle était avec madame de Sévigné, ne laissait -échapper l'occasion de louer madame de Grignan<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor"> [282]</a>, et de -répéter tout ce que madame de Richelieu, la maréchale -d'Albret et les autres personnes de la cour avaient -dit de flatteur sur le lieutenant général gouverneur -de Provence, et sur sa belle épouse. Madame Scarron -<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span> -faisait jouer la petite Blanche lorsqu'elle la rencontrait -chez madame de Sévigné, et poussait la complaisance -jusqu'à la trouver jolie<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor"> [283]</a>.</p> - -<p>Mais bientôt arrive le moment où les enfants que -madame Scarron élève dans le plus profond mystère -quittent le sein des nourrices, et éprouvent ces alternatives -de santé qui menacent sans cesse l'existence du -premier âge. Madame Scarron n'hésite pas; elle a compris -son rôle et les sacrifices pénibles qu'il exige d'elle. On -ne la voit plus ni à l'hôtel d'Albret, ni à l'hôtel de Richelieu, -ni chez madame de Coulanges, ni chez madame de -Sévigné<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor"> [284]</a>. Elle est dans Paris, et on l'ignore. Le petit -nombre de personnes avec lesquelles elle communique par -lettres ne répondent à aucune des questions qu'une légitime -curiosité suggère à tous ceux qui la connaissent; -elle ne sort que rarement de la retraite qu'elle s'est choisie, -et seulement pour de pieux devoirs. Hors de chez elle, -elle n'ôte jamais son masque. Les enfants dont elle a soin -sont souvent conduits au château, et reçoivent les caresses -paternelles. Un jour elle les amena, les fit entrer avec une -nourrice dans la chambre où étaient le roi et madame de -Montespan, et elle resta dans l'antichambre. Le roi trouva -plaisant de demander à cette nourrice de qui étaient ces -enfants, et si l'on connaissait leur père. La nourrice répondit -qu'elle présumait que la dame sa maîtresse en était -la mère: ses soins assidus, ses agitations et sa douleur, lorsqu'ils -étaient malades, l'indiquent assez; mais quant au -<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span> -père, elle l'ignore: elle pense que ce sont les enfants naturels -de quelque duc ou de quelque président au parlement<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor"> [285]</a>.</p> - -<p>Ce propos fit rire le roi et madame de Montespan; mais -le roi admira une si généreuse affection, un cœur capable -d'un si fort attachement, un secret si bien gardé, -tant de constance et de prudence. Cette femme qu'il n'aimait -pas, qui fut la protégée de Fouquet, qui porte le nom -odieux de l'auteur de la <i>Mazarinade</i>; cette femme qui -lui déplaît encore comme une précieuse bel esprit, comme -une prude dévote<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor"> [286]</a>, il ne peut s'empêcher de lui accorder -son estime; et Louis XIV était un de ces hommes chez -lesquels l'estime triomphe de toutes les répulsions. Lorsqu'il -fut revenu de la campagne de Hollande, non-seulement -il ne mit plus aucun obstacle aux entretiens de -madame Scarron avec madame de Montespan, mais il -aimait à la rencontrer chez elle, parce que, par sa douce -gaieté et son esprit, elle faisait distraction aux langueurs -qui souvent attiédissent les tête-à-tête de l'amour satisfait. -Son âge, un peu au-dessus de celui du roi, et sa dévotion -ôtaient alors toute idée de jalousie à madame de Montespan; -et peut-être fut-elle la dernière à s'apercevoir -qu'alors le roi, lorsqu'il la venait voir, «souffrait impatiemment -l'absence de cette gouvernante de ses enfants, -qu'il trouvait aimable et de bonne compagnie.» Aussi, -lorsque peu après on lui présenta l'état des pensions, et -qu'il remarqua le nom de la veuve Scarron porté pour -une somme de 2,000 francs, d'après une concession -<span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span> -que les importunités des personnes les plus recommandables -de la cour avaient eu tant de peine à lui arracher, -il raya ce chiffre trop modique, et y substitua, -de sa main, celui de 6,000 francs<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor"> [287]</a>. Il eut même plus -d'une fois occasion de causer avec elle, et, revenu de -ses préventions, il finit par désirer sa société<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor"> [288]</a>. Il pourvut -aux dépenses nécessaires pour qu'elle eût un plus -grand nombre de domestiques, un carrosse et un train -conforme à celui de gouvernante des enfants d'un roi. -C'est en cet état que madame de Sévigné nous la dépeint, -lorsque, dans sa lettre du 4 décembre 1673, -elle écrit à sa fille: «Nous soupâmes encore hier, avec -madame Scarron et l'abbé Têtu, chez madame de Coulanges: -nous causâmes fort; vous n'êtes jamais oubliée. -Nous trouvâmes plaisant d'aller ramener madame Scarron, -à minuit, au fond du faubourg Saint-Germain, -fort au delà de madame de la Fayette, quasi auprès de -Vaugirard, dans la campagne; une belle et grande maison, -où l'on n'entre point; il y a un grand jardin, de beaux et -grands appartements: elle a un carrosse, des gens et des -chevaux; elle est habillée modestement et magnifiquement, -comme une femme qui passe sa vie avec des personnes -de qualité; elle est aimable, belle, bonne, et négligée; -on cause fort bien avec elle. Nous revînmes -gaiement à la faveur des lanternes, et dans la sûreté des -voleurs<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor"> [289]</a>.»</p> - -<p>Louis XIV, en voyant plus souvent les enfants qu'il -<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span> -avait confiés à madame Scarron, conçut pour eux une -vive tendresse, et il voulut les avoir près de lui. Ce fut -ainsi qu'à la grande satisfaction de madame de Montespan -madame Scarron fut appelée à la cour pour y -demeurer près d'elle, et, par elle, introduite dans la société -intime du roi.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE IV.<br /> -<span class="medium">1671-1677.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Madame de Sévigné s'inquiète sur son fils.—Elle ne fréquentait que -des sociétés de cour.—Son fils recherchait des sociétés de ville, -indépendantes de la cour.—Détails sur madame Dufresnoy et sur -Louvois.—Réflexions sur ce qui procure le plus de jouissances -dans les réunions et dans les fêtes.—Des femmes que Sévigné -voyait.—Détails sur chacune d'elles.—Détails sur mademoiselle -Raymond, sur les dames de Salins, de Montsoreau, de la Sablière -et sur Ninon de Lenclos.—Sévigné devient amoureux d'elle, et -lui sacrifie la Champmeslé.—Ninon n'est point satisfaite du baron -de Sévigné, et lui donne son congé comme amant; mais elle le -garde comme ami.—Madame de Sévigné emmène son fils en -Bretagne.—Il retourne à Paris.—Il s'y serait dérangé de nouveau; -mais la campagne contre la Hollande va s'ouvrir, et Sévigné -part pour l'armée.</p> - -<p class="space">Madame de Grignan et les affaires qui la concernaient, -les états de Provence et ceux de Bretagne, n'étaient pas -alors ce qui occupait le plus les pensées de madame de -Sévigné. Son fils avait tout ce qui rend aimable, tout ce -qui peut mériter l'estime: une figure agréable, une gaieté -charmante, un bon cœur, de l'esprit et de l'instruction; -mais, depuis son retour de Candie, son penchant pour les -femmes, son oubli de tout devoir religieux<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor"> [290]</a> inquiétaient -sa mère: non qu'il fût né avec des passions très-vives; -mais le pouvoir de l'exemple, la facilité de son caractère -lui avaient inspiré un goût prononcé pour les plaisirs. Il -<span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span> -était parvenu à un âge où le fils le plus respectueux et -le plus reconnaissant éprouve le besoin de s'affranchir -de la tutelle d'une mère. Madame de Sévigné comprit cela; -et, pour conserver sur son fils un peu de l'ascendant qu'elle -avait eu jusqu'alors, elle changea de rôle. Au lieu d'une -mère, Sévigné trouva en elle une sœur, une confidente; -au lieu de lui montrer un visage sévère, elle parut se -plaire avec lui plus qu'elle n'avait fait jusqu'alors; au lieu -de lui adresser des réprimandes, elle lui donna des conseils. -Ce fut ainsi qu'elle obtint toute sa confiance, et qu'il -s'accoutuma à lui tout dire. Sans doute elle eut à supporter -d'étranges confidences, de nature à lui donner des -scrupules, et à lui faire douter si elle ne poussait pas trop -loin la condescendance maternelle. Mais cette violence -qu'elle se fit lui réussit; elle parvint à accroître encore -l'amour et la vénération que son fils avait pour elle. Ce -sentiment devint un heureux contre-poids à d'autres -sentiments moins purs. Elle ne put, il est vrai, garantir -Sévigné de dangereuses séductions; mais elle parvint -du moins à les rendre passagères, à empêcher qu'elles -n'eussent des résultats désastreux pour sa santé et sa -fortune.</p> - -<p>Sévigné, avant le départ de sa mère pour les Rochers, -avait quitté son régiment à Nancy, parce qu'une -dame<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor"> [291]</a>, qui lui plaisait, n'était plus dans cette ville. Il se -rendit à Saint-Germain en Laye, où était la cour, revint -ensuite à Paris, prit pour maîtresse une jeune et célèbre -actrice; et, ce qui effraya le plus madame de Sévigné, -<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span> -il se laissa séduire par Ninon de Lenclos. Ce fut pour le -soustraire à l'influence de cette enchanteresse que madame -de Sévigné, comme nous l'avons dit, entraîna son -fils aux Rochers, lors de la tenue des états de Bretagne; -mais, comme il n'avait pas encore atteint l'âge où il devait -en faire partie, les visites à faire<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor"> [292]</a>, les grands repas, les -assemblées lui firent regretter Paris et les liaisons qu'il -y avait formées<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor"> [293]</a>. Il quitta donc sa mère avant la fin des -états. «Mon fils partit hier, écrit madame de Sévigné à sa -fille. Il n'y a rien de bon, ni de droit, ni de noble que je -ne tâche de lui inspirer ni de lui confirmer: il entre avec -douceur et approbation dans tout ce qu'on lui dit; mais -vous connaissez la faiblesse humaine. Ainsi je mets tout -entre les mains de la Providence, et me réserve seulement -de n'avoir rien à me reprocher sur son sujet<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor"> [294]</a>.»</p> - -<p>Ce n'est pas que le baron de Sévigné ne vît, du reste, -aussi bonne société que celle que fréquentait sa mère; -mais cette société était différente. Toutes les personnes -que voyait madame de Sévigné, tant ses anciennes que -ses nouvelles connaissances, tenaient plus ou moins à la -cour. La gloire du monarque, qui rejaillissait sur cette -cour, et l'ambition du grand nombre de ceux qui aspiraient -à s'élever jusqu'à elle par les hauts grades ou les -honneurs, en avaient fait un monde à part, et absolvaient -tacitement, dans l'opinion publique, les travers et même -les vices de ceux qui en faisaient partie.</p> - -<p>Le duc de la Rochefoucauld ne paraissait plus à cette -<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span> -cour, à cause de son âge et de ses infirmités: cependant, -par son fils le prince de Marsillac, favori du roi, il y tenait -encore, et la société qui se réunissait chez lui était -une société de cour. Comme lui et madame de la -Fayette, son amie, s'étaient fait un nom dans les lettres, -beaucoup d'auteurs avaient cherché à se faire admettre -dans leur cercle; et Molière n'osait pas hasarder une de -ses grandes pièces sur le théâtre sans en avoir fait une -lecture à l'hôtel de Liancourt, sans s'être concilié l'approbation -de ce petit aréopage littéraire<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor"> [295]</a>.</p> - -<p>Ainsi, madame de Sévigné ne s'écartait pas de la société -de la cour lorsqu'elle allait si souvent au <i>faubourg</i>. Tous -ceux qu'elle avait connus dans sa jeunesse, et qui avaient -fait partie de la Fronde, les Condé, les Conti et tous leurs -adhérents, étaient, comme les la Rochefoucauld, comblés -de faveurs par Louis XIV. C'était donc exclusivement -dans cette haute région du grand monde que madame de -Sévigné pouvait faire de nouvelles liaisons. Elle n'avait -pas la liberté de les choisir: par intérêt pour sa famille, -comme par égard pour ses amis, elle était obligée de ne -pas repousser les personnes de la cour qui la recherchaient, -lors même que, par la faveur du monarque ou de ses -ministres, elles étaient peu dignes du rang où on les avait -placées.</p> - -<p>Quoique madame de Sévigné eût autrefois rencontré -madame Scarron chez Fouquet, et plus tard chez madame -de Richelieu et chez la maréchale d'Albret, elle -<span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span> -ne l'avait pas admise au nombre de celles dont elle -devait rechercher l'amitié: ce ne fut que lorsque madame -de Montespan eut, par son intimité, attiré sur -madame Scarron l'attention de toute la cour que madame -de Sévigné<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor"> [296]</a> s'aperçut combien cette veuve du poëte -burlesque était aimable et spirituelle. Madame Scarron<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor"> [297]</a>, -madame Dufresnoy même furent alors fréquemment -invitées à souper chez madame de Sévigné. Il y avait -cependant une grande différence entre madame Scarron -et madame Dufresnoy: celle-ci, belle et de peu d'esprit, -femme d'un commis de la guerre, était fille d'un apothicaire -et maîtresse de Louvois. Pour elle il avait eu le -crédit de faire créer une charge nouvelle, celle de dame -du lit de la reine<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor"> [298]</a>. Louis XIV croyait devoir tolérer -dans ses ministres les faiblesses dont il n'était pas lui-même -exempt. Louvois déployait alors de grands talents -administratifs et une activité infatigable. Louis XIV avait -besoin de lui pour l'organisation des armées destinées à -conquérir la Hollande. Tous ceux qui pouvaient espérer -quelque chose de Louvois (et le nombre en était grand) -se montraient donc empressés de plaire à madame Dufresnoy<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor"> [299]</a>. -Madame de Sévigné avait plusieurs raisons pour -la bien accueillir. Madame de Coulanges, son amie et sa -parente, était la cousine de Louvois; et c'est à ce titre -<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span> -qu'elle était comprise dans toutes les invitations de la cour. -Or, une femme dont madame de Coulanges faisait sa compagnie -habituelle ne pouvait être repoussée par madame -de Sévigné. On doit remarquer qu'elle n'emploie contre -madame Dufresnoy aucun de ces traits acérés qu'elle aime -à lancer contre les femmes dont la conduite donnait -prise à la censure; et celle-ci y prêtait plus qu'une autre -par son impertinence et sa hauteur. En elle, madame de -Sévigné trouve seulement à reprendre qu'on a grand -tort de comparer sa beauté à l'incomparable beauté de -madame de Grignan<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor"> [300]</a>.</p> - -<p>On conçoit facilement, d'après ces détails, que madame -de Sévigné ne pouvait pas trop reprocher à son fils la -conduite au moins légère des femmes qu'il fréquentait -et le peu d'empressement qu'il avait pour les sociétés et -les amis de sa mère. Sans doute chez le roi, les princes -et les princesses du sang, chez les grands dignitaires, -les ministres et les personnages puissants, les réunions -étaient nombreuses et brillantes, les repas somptueux, les -divertissements fréquents; on y donnait des bals magnifiques, -on y faisait jouer la comédie, on y entendait des -concerts; il y avait profusion de parures, beaucoup de -belles femmes, et même de personnes aimables et spirituelles. -Mais l'ambition et l'intrigue n'étaient pas un -seul instant bannies de ces réunions; l'intérêt personnel -y était la pensée prédominante; et l'étiquette, cette -ennemie de la gaieté, ne permettait à personne de déposer -en entrant son rang dans la hiérarchie sociale, -ni d'oublier celui des autres.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span> -Ce n'était donc pas dans les sociétés de gens de cour -qu'on pouvait rencontrer cette déférence mutuelle, cette -affectueuse familiarité qui forment tout le charme des -réunions. Ce charme disparaît pour faire place à des plaisirs -où l'esprit et le cœur ne sont pour rien, quand on est -convenu de s'assembler uniquement pour les délices des -yeux ou des oreilles, ou pour les jouissances de la bouche. -Avec de bons cuisiniers, on a des parasites assidus et des -gourmets; mais on n'a pas de clients fidèles ni d'amis dévoués. -Les mets les plus exquis, les vins les plus vantés -ne font pas naître, parmi ceux qui s'asseyent à une même -table, ce besoin réciproque d'intimité sans lequel il n'y -a point de société. Ce n'est ni l'or, ni les diamants, ni les -chefs-d'œuvre des modes, ni les danses les plus gracieuses, -ni les sons les plus harmonieux qui plaisent le plus dans -une fête: c'est l'aspect de ceux que nous connaissons et -dont nous sommes connus, ou de ceux dont une renommée -favorable nous a entretenus; de ceux qui réveillent en -nous de touchants souvenirs, des pensées élevées, de solides -attachements, de tendres sympathies, et dont la -présence et l'entretien nous inspirent ce doux contentement, -cette hilarité expansive qui nous font confondre tous -nos sentiments dans la joie commune qui nous rassemble.</p> - -<p>La société que fréquentait le baron de Sévigné était de -cette sorte. C'était cette société parisienne qui s'était formée -par les inspirations de l'hôtel de Rambouillet, et qui, -sans s'en douter, mit sa gloire et son bonheur, pendant -un siècle et demi, à obéir à l'impulsion qui lui avait été -donnée. De cette société, où régnaient l'égalité, l'abandon, -une douce et sage liberté, les gens de cour n'étaient point -exclus. Ceux qui voulaient se délasser de la contrainte -de Versailles ou de Saint-Germain en Laye la recherchaient; -<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span> -mais ils s'y trouvaient en petit nombre, et n'y -étaient admis qu'en se soumettant à l'unique condition, -subie par tous, de toujours se montrer sous des dehors -aimables, et de s'efforcer de plaire. La primauté du cercle -appartenait à quiconque y réussissait le mieux: -beauté, grâce, politesse, talent, esprit, sentiments généreux, -sincérité du cœur, élégance des manières et du -langage, tout ce que les deux sexes peuvent rechercher -l'un dans l'autre était mis en usage pour conquérir les -suffrages, pour obtenir cette souveraineté du salon qu'on -se disputait au grand contentement de tous.</p> - -<p>L'amitié et tous les sentiments des cœurs généreux -étaient restés en honneur dans les cercles de cette nouvelle -société, comme à l'hôtel de Rambouillet. Le culte -du beau sexe fut maintenu, mais non avec les mêmes -dogmes. Les nouvelles <i>Arthénices</i>, jeunes, belles, spirituelles, -qui aspiraient à se faire une cour nombreuse et -assidue, ne pouvaient plus séduire qu'en se montrant -elles-mêmes accessibles à la séduction. L'amour platonique -avait perdu le pouvoir de dominer les imaginations -et de faire naître les passions sans les satisfaire: on n'y -avait plus foi. Pour remplir le vide que causait son absence, -on le remplaça par un sentiment moins exalté, -mais plus ardent. La poésie et la littérature y gagnèrent, -mais non les mœurs. Les sociétés les plus aimables à cette -époque se réunissaient chez des femmes connues par leurs -intrigues galantes. Ce fut dans ces sociétés que chercha -à se répandre le jeune baron de Sévigné: elles convenaient -à son âge et à ses inclinations.</p> - -<p>Lui-même, dans une lettre à sa sœur, nous désigne, -par une seule phrase, les femmes qu'il fréquentait alors: -«Je vous dirai que je sors d'une symphonie charmante, -<span class="pagenum"><a id="Page_105"> 105</a></span> -composée des deux Camus et d'Ytier... Mais savez-vous -en quelle compagnie j'étais? C'était mademoiselle de Lenclos, -madame de la Sablière, madame de Salins, mademoiselle -de Fiennes, madame de Montsoreau; et le tout -chez mademoiselle Raymond<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor"> [301]</a>.»</p> - -<p>De toutes les femmes que nomme ici le baron de Sévigné, -la plus humble par sa position dans le monde, c'était -mademoiselle Raymond<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor"> [302]</a>; elle était pourtant la plus digne -de considération et d'estime. Cette célèbre cantatrice, par -sa beauté, sa belle voix, l'admirable talent qu'elle avait -de s'accompagner du téorbe, avait fait naître bien des passions; -mais sa piété l'avait garantie de toutes les séductions; -elle comptait des amies parmi les femmes du plus -haut rang. Madame de Sévigné avait pour cette musicienne -une estime et une affection toute particulière: elle -manque rarement de faire à sa fille mention des occasions -qu'elle a eues de la voir<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor"> [303]</a>. C'est par les lettres de madame -de Sévigné que nous savons que mademoiselle -Raymond devint l'objet de l'admiration générale, lorsqu'en -cessant l'exercice de sa profession, et presque -retirée du monde, elle se fit la bienfaitrice du couvent -de la Visitation du faubourg Saint-Germain, et fixa son -séjour dans ce pieux asile<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor"> [304]</a>. On sait peu de chose sur la -<span class="pagenum"><a id="Page_106"> 106</a></span> -comtesse de Montsoreau<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor"> [305]</a>, qui montra de l'habileté à rétablir -les affaires d'un mari incapable. Quant à mademoiselle -de Fiennes, elle suivait l'exemple de sa mère, -que ses intrigues amoureuses avaient fait chasser de la -cour d'Anne d'Autriche<a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor"> [306]</a>. Une union parfaite régnait entre -la mère et la fille, alors courtisée par le cavalier le -plus accompli de la cour, le beau jeune duc de Longueville, -autrefois comte de Saint-Paul. Par la suite, mademoiselle -de Fiennes fut rayée du nombre des filles d'honneur -de la reine, pour s'être laissé enlever par le chevalier -de Lorraine, dont elle eut un fils, qui fut élevé sous son -nom<a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor"> [307]</a>. Sa mère était loin de s'opposer à cette union. Madame -de Fiennes exerçait une grande influence sur <span class="smallc">Monsieur</span>, -dont le chevalier de Lorraine était le favori. Spirituelle, -caustique, arrogante, ambitieuse et avare, elle -était liée avec madame de Sévigné, et assez souvent invitée -par elle à ses dîners<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor"> [308]</a>.</p> - -<p>Dans madame de Fiennes, madame de Sévigné ménageait -une de ses anciennes amies du temps de la Fronde; -et on comprend le plaisir qu'avait Sévigné de se trouver -<span class="pagenum"><a id="Page_107"> 107</a></span> -avec mademoiselle de Fiennes, si jolie, si aimable et -d'une humeur si facile.</p> - -<p>Il en était de même de madame de Salins, qui, comme -belle-sœur de la comtesse de Brancas, devait aussi faire -partie de la société de madame de Sévigné. Madame de -Brancas avait été une des femmes les plus compromises -par les papiers de Fouquet<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor"> [309]</a>; mais elle rentra en grâce -auprès du roi, qui la voyait avec plaisir, et elle eut du -crédit à la cour. L'on crut (et Louis XIV ne donnait que -trop souvent prise à de tels soupçons) que la beauté de mademoiselle -de Brancas, qui fut mariée au prince d'Harcourt, -avait été la cause de ce retour de faveur<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor"> [310]</a>. Madame -de Salins n'était pas plus scrupuleuse que madame de -Brancas sur la fidélité conjugale; mais elle avait un mari -moins distrait et moins facile à tromper. Cependant l'indiscrétion -ou la maladresse d'un portier révéla le secret -de ses amours, six semaines après que Sévigné l'eut rencontrée -chez mademoiselle Raymond<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor"> [311]</a>.</p> - -<p>C'est avec intention que Sévigné, dans cette liste des -femmes que les jeunes gens du grand monde faisaient -gloire de fréquenter, nomme en première ligne mademoiselle -de Lenclos et madame de la Sablière. C'était en effet -alors les deux femmes les plus célèbres de Paris, par -les agréments de la société choisie qu'elles réunissaient -<span class="pagenum"><a id="Page_108"> 108</a></span> -chez elles. Comme à l'hôtel de Rambouillet, la poésie, les -beaux-arts, les entretiens galants défrayaient en grande -partie les plaisirs qu'on y goûtait. Cependant les progrès du -cartésianisme, les discussions que la secte des jansénistes -avait excitées, les nouvelles découvertes en physique, -la création d'une académie des sciences introduisaient -alors dans la société française le goût des connaissances -positives. Les femmes les plus douées de capacité -avaient suivi ce mouvement des esprits. Leur instinct de -domination, le désir de plaire et de se faire admirer par -l'autre sexe entraient sans doute pour beaucoup dans les -efforts qu'elles faisaient pour s'arracher à la frivolité de -leurs penchants. En leur présence, on se livrait moins à -l'analyse subtile des mouvements du cœur, mais on les -exprimait. On cherchait à plaire aux femmes non-seulement -en les amusant, mais en les instruisant; on ne craignait -pas de se livrer avec elles à des entretiens sérieux -sur la nature, la religion, la philosophie.</p> - -<p>Madame de la Sablière, riche, jeune et belle, se rendit -surtout célèbre par ses étonnants progrès dans ces études -ardues. Sauveur et Roberval lui avaient montré les mathématiques; -pour elle Bernier avait composé l'abrégé -des ouvrages de Gassendi. Elle donna asile à ce philosophe, -ainsi qu'à la Fontaine et à d'Herbelot l'orientaliste. Mais -l'amitié ne put seule satisfaire son cœur; elle éprouva -toute la puissance de l'amour. La philosophie, qui, selon -la nature des esprits, éteint ou fait briller à nos yeux les -lumières de la religion, la rendit tout entière à celle-ci, -et l'arracha à un monde dont elle faisait les délices<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor"> [312]</a>.</p> - -<p>Il n'en fut pas de même de mademoiselle de Lenclos, -<span class="pagenum"><a id="Page_109"> 109</a></span> -qui garda jusqu'à la fin son épicurisme effronté, et resta -fidèle au principe de sa philosophie toute profane. Celle -qui disait «qu'elle rendait grâces à Dieu tous les soirs -de son esprit, et le priait tous les matins de la préserver -des sottises de son cœur,» ne pouvait trouver dans le -pur sentiment d'amour un remède contre les aberrations -des sens<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor"> [313]</a>. Jamais aussi elle ne se laissa dominer par eux -dans le choix de ses relations, et elle fut toujours entourée -d'un nombreux cortége d'amis. Quoique ne possédant -qu'une fortune médiocre, mademoiselle de Lenclos -réunissait dans sa maison de la rue des Tournelles<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor"> [314]</a> (tout -près de la rue où madame de Sévigné venait de se fixer) -la société la plus nombreuse, la mieux choisie, la plus -renommée par la politesse, les grâces, la réputation de -savoir et d'esprit de ceux qui la composaient. On voit que -mademoiselle de Lenclos avait quitté le faubourg Saint-Germain -pour revenir au Marais, premier théâtre de ses -succès<a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor"> [315]</a>; et c'est là qu'elle devait finir ses jours. La -Fare, que Chaulieu proclame «l'homme le plus aimable -que les siècles aient pu former<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor"> [316]</a>;» la Fare, adonné au -jeu, et que les cercles de madame de la Sablière devaient -<span class="pagenum"><a id="Page_110"> 110</a></span> -rendre difficile, déclarait que la maison de mademoiselle -de Lenclos était la seule où il pouvait passer une journée -entière sans jeu et sans ennui<a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor"> [317]</a>; et Charleval, ce -poëte aimable, pressé par les instances d'un ami, refusait -d'aller jouir avec lui des plaisirs de la campagne, parce -qu'il lui aurait fallu interrompre l'habitude qu'il avait -prise de se rendre chaque jour, rue des Tournelles, chez -mademoiselle de Lenclos; il disait:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Je ne suis plus oiseau des champs,</p> -<p>Mais de ces oiseaux des <i>Tournelles</i></p> -<p>Qui parlent d'amour en tout temps</p> -<p>Et qui plaignent les tourterelles</p> -<p>De ne se baiser qu'au printemps.</p> -</div></div> - -<p>Mademoiselle de Lenclos avait conservé et perfectionné -son merveilleux talent à jouer du luth. Comme dans sa -première jeunesse, ce talent seul la faisait rechercher des -personnes du plus haut rang<a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor"> [318]</a>; mais elle ne cédait que -bien rarement aux invitations, et ne trouvait une entière -satisfaction que chez elle, lorsqu'elle était entourée -de cette société choisie dont elle faisait le bonheur. Selon -elle, la joie de l'esprit en marque la force<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor"> [319]</a>; et sa -gaieté était si vive et si entraînante qu'à table, où elle ne -buvait que de l'eau, on disait d'elle qu'elle était ivre dès -la soupe<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor"> [320]</a>. Cependant, ainsi que madame de la Sablière, -mademoiselle de Lenclos recevait des savants, des érudits, -<span class="pagenum"><a id="Page_111"> 111</a></span> -et chez elle les entretiens sérieux et instructifs avaient -leurs heures; elle les aimait, elle se plaisait à varier la -conversation et à passer des sujets les plus superficiels -aux plus profonds. C'est ce qui fit dire à Saint-Évremond, -son ami de tous les temps:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>L'indulgente et sage nature</p> -<p>A formé l'âme de Ninon</p> -<p>De la volupté d'Épicure</p> -<p>Et de la vertu de Caton<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor"> [321]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Elle s'était fait une telle réputation de probité, de fidélité -en amitié, et en avait donné de telles preuves qu'elle -avait conservé tous ses amis du temps de la Fronde et -de la guerre civile. Gourville, qui avait été son amant, -obligé de s'exiler après qu'elle l'eut remplacé par un autre, -osa lui confier une somme considérable et égale à toute -la fortune qu'elle possédait: lorsque Gourville rentra en -France, mademoiselle de Lenclos lui rendit la somme entière; -et le secret de ce dépôt n'eût été connu de qui que -ce soit si Gourville ne s'était plu à le divulguer dès qu'il -n'eut plus rien à redouter des recherches de Colbert<a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor"> [322]</a>. -Ainsi madame Scarron<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor"> [323]</a>, madame de Choisy, madame -de la Fayette, beaucoup d'autres personnes de la cour et -des intimes connaissances de madame de Sévigné n'avaient -cessé de voir mademoiselle de Lenclos, ou de correspondre -avec elle. Il était comme convenu, dans le -<span class="pagenum"><a id="Page_112"> 112</a></span> -monde, qu'elle formait une exception parmi celles de son -sexe. Elle avait acquis seule le privilége d'une entière -indépendance; et c'était moins encore parce qu'elle s'était -rendue nécessaire et chère à la société par son penchant à -obliger que par la politesse et le bon ton dont elle savait -si bien chez elle faire respecter les lois<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor"> [324]</a>. Quoiqu'elle ne -fût pas de la cour, et par la raison même qu'elle n'en était -pas, elle avait fini par prendre la place que la marquise de -Sablé avait occupée autrefois dans la société parisienne. -Les jeunes gens aspiraient à l'honneur d'être présentés -chez elle, et lui rendaient de grands devoirs. C'était un -titre pour faire sous de favorables auspices son entrée -dans le monde que d'être reçu et façonné par cet arbitre -du bon ton et du bon goût. Madame de la Fayette, qui -présumait beaucoup de son esprit, avait voulu s'imposer -cette mission; «mais elle ne réussit pas, parce qu'elle ne -voulut pas, dit Gourville, donner son temps à une chose -si peu utile<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor"> [325]</a>.» On sut d'autant plus gré à mademoiselle -de Lenclos d'en prendre la peine que les inclinations des -jeunes seigneurs de la cour pour le jeu et le vin, qui allaient -toujours croissant, commençaient à introduire -parmi les femmes des manières choquantes pour celles qui -tenaient à conserver le bon ton de l'hôtel de Rambouillet. -Ce fut là le motif pour lequel mademoiselle de Lenclos se -brouilla avec un de ses plus anciens amis, un de ses plus -gais et de ses plus spirituels convives, avec Chapelle, qui -avait fait pour elle de si jolis vers<a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor"> [326]</a>. Elle essaya en vain de -<span class="pagenum"><a id="Page_113"> 113</a></span> -le corriger de l'habitude de s'enivrer: et, ne pouvant y -parvenir, elle le bannit de sa société. Chapelle, à qui le -plaisir que trouvait mademoiselle de Lenclos à entendre -disserter quelques hommes savants dans les lettres grecques -et latines<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor"> [327]</a> paraissait peu conforme à ses habitudes -de galanterie, fit contre elle cette épigramme:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Il ne faut pas qu'on s'étonne</p> -<p>Si toujours elle raisonne</p> -<p>De la sublime vertu</p> -<p>Dont Platon fut revêtu;</p> -<p>Car, à calculer son âge,</p> -<p>Elle doit avoir <i>vécu</i></p> -<p>Avec ce grand personnage<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor"> [328]</a>.</p> -</div></div> - -<p>A cette époque, mademoiselle de Lenclos était âgée de -cinquante-cinq ans: c'est alors que Sévigné, qui n'en -avait que vingt-quatre, devint ou crut devenir amoureux -d'elle. Il est vrai que la Fare atteste qu'à cinquante-cinq -ans, et même bien au delà de ce terme, mademoiselle de -Lenclos «eut des amants qui l'ont adorée<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor"> [329]</a>.» Ce qui est -certain, c'est que, depuis ses liaisons avec Villarceaux, le -marquis de Gersey et le mari de madame de Sévigné, elle -n'avait cessé de faire passer un bon nombre de ses amis -au rang de ses <i>favoris</i><a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor"> [330]</a>. Le jeune comte de Saint-Paul avait -<span class="pagenum"><a id="Page_114"> 114</a></span> -été sa dernière conquête. On sait que ce bel héritier du nom -des Longueville, chéri, fêté de toute la haute aristocratie -de la cour, passait pour être le fils du duc de la Rochefoucauld<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor"> [331]</a>; -et les historiens de mademoiselle de Lenclos -mettent aussi le duc de la Rochefoucauld au nombre de -ceux qu'elle avait eus pour amants<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor"> [332]</a>. Le même motif qui -l'avait portée à ne rien négliger pour attirer à elle le comte -de Saint-Paul l'engageait aussi à employer tous les moyens -de séduction pour s'attacher le baron de Sévigné: son -père revivait en lui, avec plus d'esprit, plus d'instruction -et de talents; et ce jeune homme rappelait à Ninon le -temps de sa jeunesse<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor"> [333]</a>. Dès qu'elle s'en crut aimée, elle -voulut l'endoctriner et en faire un partisan de ses principes. -Pour bannir tous les scrupules de ceux qu'elle mettait -au nombre de ses favoris, pour les conserver ensuite -comme amis, il lui importait de fasciner leur raison plus -encore que leurs sens. Elle crut que cela lui serait facile -avec Sévigné; mais elle se trompait. Dans sa vie licencieuse, -Sévigné ne faisait que suivre le torrent des jeunes -gens de la cour, des jeunes officiers, qui se modelaient -sur le roi, et qui transgressaient les lois de l'Église sans -méconnaître la pureté de leur origine. Sévigné respectait -et aimait tendrement sa mère; il chérissait aussi sa -<span class="pagenum"><a id="Page_115"> 115</a></span> -sœur, et avait d'elle la plus haute opinion. Par elle, il -se trouvait allié à la puissante maison de Grignan; et le -caractère aimable de son beau-frère contribuait encore à -faire prévaloir dans son cœur les affections de famille, -et à les placer en première ligne. Madame de Sévigné<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor"> [334]</a> et -Bossuet, que Sévigné fréquentait beaucoup alors, furent -de puissants antagonistes pour combattre mademoiselle -de Lenclos quand elle entreprit d'infiltrer dans l'esprit -de son nouveau favori les principes irréligieux de sa philosophie -épicurienne. Elle parut d'abord avoir plus de -succès lorsqu'elle réclama les droits d'une amante, et -qu'elle exigea que Sévigné lui sacrifiât la maîtresse qu'il -avait avant de se donner à elle. Cette maîtresse était la -Champmeslé, alors âgée de trente ans. Quoique ses traits -fussent agréables, elle n'était point jolie; sa peau était -brune, ses yeux petits et ronds; mais sa taille était bien -prise, sa démarche et ses gestes gracieux et nobles, et le -son de sa voix naturellement harmonieux<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor"> [335]</a>. Elle enchantait -alors tout Paris par son talent. Madame de Sévigné -n'en parle à sa fille qu'avec admiration, et ne pouvait -se lasser de lui voir jouer le rôle de Roxane dans <i>Bajazet</i>. -Jamais actrice, avant elle, n'émut si profondément -les spectateurs, et ne leur fit répandre plus de -larmes. Racine en devint amoureux la première fois qu'il -la vit jouer dans une de ses pièces. Le poëte était jeune -et beau; elle ne se montra pas cruelle, cela n'était pas -<span class="pagenum"><a id="Page_116"> 116</a></span> -dans ses habitudes; et un bon mot de Racine, mis en -vers par lui ou par Boileau<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor"> [336]</a>, puis raconté par Sévigné à -sa mère, et par celle-ci à sa fille<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor"> [337]</a>, prouve qu'elle n'en -vivait pas moins bien avec son mari. Elle avait peu d'esprit, -mais un grand usage du monde, de la douceur et -une certaine naïveté aimable dans la conversation. Sévigné -se crut aimé d'elle, et peut-être l'était-il; du -moins il est certain qu'elle lui écrivait des lettres qui surprirent -madame de Sévigné par cette chaleureuse et -naturelle éloquence que la passion inspire aux plumes -les plus inhabiles. Mademoiselle de Lenclos demanda -ces lettres à Sévigné, qui les lui remit. Cependant il ne -cessa point de voir celle qui les avait écrites et de lui -donner de délicieux soupers, en compagnie de Racine et -de Boileau. Le goût vif qu'il avait pour la littérature -lui faisait rechercher l'amitié de ces deux grands poëtes. -Boileau a dit de lui qu'il avait une mémoire surprenante, -et qu'il retint presque en entier le dialogue sur -les héros de roman. On l'imprima d'après Sévigné, -longtemps avant que Boileau en eût livré le manuscrit -à Brossette<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor"> [338]</a>. Sévigné voulut garder ses deux maîtresses; -mais il n'était pas un Soyecourt: par l'effet de -ce partage, mademoiselle de Lenclos ne trouva pas en -lui tout ce qu'elle espérait, et un grand refroidissement -fut la conséquence de leur illusion détruite. Madame -<span class="pagenum"><a id="Page_117"> 117</a></span> -de Sévigné, qui s'était faite la confidente de son fils, -trouvant mademoiselle de Lenclos bien plus dangereuse -pour lui que la Champmeslé, profita des dispositions -où elle le vit pour s'efforcer de le rejeter dans -les bras de cette actrice. Elle y parvint, mais sans pouvoir -l'arracher, comme elle l'avait espéré, à mademoiselle -de Lenclos. Celle-ci, après avoir donné à Sévigné -son congé comme favori, et exhalé son dépit de n'avoir -pu le rendre plus amoureux, se calma, et le trouva assez -aimable, assez spirituel pour désirer de le conserver au -nombre de ses amis. Il ne refusa point cet honneur, et -continua de fréquenter sa maison, de se plaire dans sa société<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor"> [339]</a>. -Cela inquiétait madame de Sévigné: il semblait -que sa destinée était de rencontrer, à toutes les époques -de sa vie, Ninon, comme une fée malfaisante toujours occupée -à mettre le trouble dans sa famille, toujours habile -à lui enlever la confiance et la tendresse des hommes -les plus chers à son cœur. Madame de Sévigné savait ce -qui se passait chez mademoiselle de Lenclos par son fils -et par les amis qui lui étaient communs avec elle; et voici -ce qu'elle écrivait à madame de Grignan, après lui avoir -raconté un bon mot de Ninon sur la comtesse de Choiseul<a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor"> [340]</a>:</p> - -<p>«Mais qu'elle est dangereuse cette Ninon! Si vous saviez -comme elle dogmatise sur la religion, cela vous ferait -horreur. Son zèle pour pervertir les jeunes gens est pareil -<span class="pagenum"><a id="Page_118"> 118</a></span> -à celui d'un certain M. de Saint-Germain<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor"> [341]</a>, que nous avons -vu quelquefois à Livry. Elle trouve que votre frère a la -simplicité d'une colombe; il ressemble à sa mère; c'est -madame de Grignan qui a tout le sel de la maison et qui -n'est pas si sotte que d'être dans cette docilité. Quelqu'un -pensa prendre votre parti, et voulut lui ôter l'estime -qu'elle a pour vous: elle le fit taire, et dit qu'elle en savait -plus que lui. Quelle corruption! Quoi! parce qu'elle vous -trouve belle et spirituelle, elle veut joindre à cela cette -bonne qualité sans laquelle, selon ses maximes, on ne -peut être parfaite! Je suis vivement touchée du mal qu'elle -fait à mon fils sur ce chapitre. Ne lui en mandez rien; -nous faisons nos efforts, madame de la Fayette et moi, -pour le dépêtrer d'un engagement si dangereux.»</p> - -<p>Ces efforts, ainsi que nous l'avons dit, ne furent ni -entièrement inutiles ni complétement victorieux; et madame -de Sévigné, après avoir révélé<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor"> [342]</a> les confidences les -plus intimes de son fils à celle à qui elle ne cachait rien, -termine ainsi cette curieuse partie de sa correspondance -avec madame de Grignan:</p> - -<p>«Je crois que le chapitre de votre frère vous a fort -divertie. Il est présentement en quelque repos: il voit -pourtant Ninon tous les jours, mais c'est en ami. Il entra -l'autre jour avec elle dans un lieu où il y avait cinq -ou six hommes: ils firent tous une mine qui la persuada -qu'ils le croyaient possesseur. Elle connut leurs pensées, -<span class="pagenum"><a id="Page_119"> 119</a></span> -et leur dit: «Messieurs, vous vous damnez si vous croyez -qu'il y ait du mal entre nous; je vous assure que nous -sommes comme frère et sœur.» Il est vrai qu'il est comme -fricassé; je l'emmène en Bretagne, où j'espère que je lui -ferai retrouver la santé de son corps et de son âme. Nous -ménageons, la Mousse et moi, de lui faire faire une -bonne confession<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor"> [343]</a>.»</p> - -<p>Effectivement, Sévigné se trouva heureux du séjour -des Rochers. Là, sous l'influence d'une mère aussi gaie, -aussi aimable, aussi spirituelle que Ninon, et de dix ans -plus jeune qu'elle, il goûta des joies tranquilles, et passa -dans une sérénité parfaite des jours exempts d'inquiétude -et de remords. Sa santé, que son double amour avait altérée, -se rétablit. Mais, né avec un caractère faible, il est -probable qu'après son retour à Paris il eût cédé à de nouvelles -séductions, ou que, à l'exemple de plusieurs de ses -compagnons d'armes, il se fût laissé entraîner dans de -vulgaires débauches<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor"> [344]</a> si la guerre que Louis XIV préparait -ne l'eût forcé de se rendre à l'armée<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor"> [345]</a>.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_120"> 120</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE V.<br /> -<span class="medium">1672.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Des causes qui ont amené Louis XIV à faire la guerre aux Hollandais.—Commencements -de cette guerre, qui produit une coalition -et se termine par la paix de Nimègue.—Des diverses sociétés -que fréquentait alors madame de Sévigné.—Personnages de -la cour, de la robe.—Beaux esprits.—Lettres de madame de Sévigné -pendant les six premiers mois de cette année, pour les nouvelles -de guerre.—Des matériaux historiques.—Le désir d'aller -voir sa fille la tourmente, parce qu'elle est retenue par la prolongation -imprévue de la maladie de sa tante la Trousse.—Elle s'attriste -d'être obligée de rester à Paris, lorsqu'elle avait résolu de -partir.—Ce qu'elle répond à sa fille, qui lui avait demandé si elle -aimait la vie.—Le comte de Grignan reconnaît tout ce qu'il lui -doit pour le succès de ses démarches à la cour.—Elle faisait encore -de la musique.—Elle se partage entre la société du <i>Faubourg</i> -et celle de l'<i>Arsenal</i>.—Quelles étaient les personnes qui composaient -cette dernière société.—L'Arsenal était sous la surintendance -de Louvois.—Faveur de ce dernier.—Il est fait ministre -et admis au conseil.—Louis XIV règle les préséances dans le -commandement de l'armée.—Il donne à Turenne la suprématie -sur quatre maréchaux.—Résistance de ceux-ci.—Plusieurs sont -exilés.—Ils se soumettent, et sont rappelés.—Résumé de cette -campagne par Louis XIV.—Passage du Rhin.—Épître de Boileau.—Résultats -glorieux.—Inconvénients de cette guerre.—On -aliène des domaines de l'État, on mécontente les protestants, on -ruine et on décime la noblesse.—Rareté de l'argent.—Équipages -à faire.—On partait comme volontaire.—Sévigné part en qualité -de guidon des gendarmes du Dauphin.—Paris désert.—Douleur -de toutes les dames lorsqu'elles apprennent la mort du comte de -Saint-Paul.—Louis XIV nomme un conseil de régence, et fait la -reine régente.—Madame de la Vallière reste à Saint-Germain en -Laye.—Madame de Montespan se retire au lieu nommé le Genitoy, -<span class="pagenum"><a id="Page_121"> 121</a></span> -où Louis XIV va la voir.—Il voit aussi ses enfants.—Madame -Scarron était à ce rendez-vous.—Conduite qu'elle se trace.—Quelle -est la cause principale de l'influence qu'elle commence à -acquérir.—Effets fâcheux du scandale donné par le roi.—Pour -excuser ses faiblesses, il les protége dans les autres.—Il soustrait -la duchesse de Mazarin à la puissance maritale.—Dangers auxquels -étaient exposées les femmes jeunes et jolies à la cour de -Louis XIV.—Nécessité de faire connaître les aventures de la -marquise de Courcelles.</p> - -<p class="space">On était loin sans doute de ce fanatisme cruel qu'avaient -développé chez tous les peuples de l'Europe les progrès -de la réforme. La belliqueuse Allemagne ne se divisait -plus pour assurer, sur les champs de bataille, le -triomphe d'une opinion religieuse. L'Angleterre, quoique -mécontente de son roi, ne se rappelait pourtant qu'avec -effroi les maux causés par le puritanisme et la tyrannie de -Cromwell. La France abhorrait les souvenirs de la Ligue; -et les déchirements de la Fronde n'avaient servi qu'à -lui faire mieux goûter la tranquillité dont on jouissait. -Mais le désir de l'indépendance avait été à la fois la cause -et l'effet du protestantisme; il avait germé dans tous -les cœurs, il était devenu un besoin pour cette classe -toujours croissante de la population, qui s'élevait par le -commerce et l'industrie. Lorsque cette inquiète agitation -des esprits eut cessé de se diriger vers les questions religieuses, -elle envahit les théories politiques: on vit naître -alors cette sourde haine contre l'autorité, ce penchant au -républicanisme, dont les souverains de l'Europe ressentirent -d'autant plus promptement les effets qu'il avait -trouvé un organe puissant par tout l'univers dans la Hollande.</p> - -<p>Ces provinces néerlandaises, que les rois de l'Europe -<span class="pagenum"><a id="Page_122"> 122</a></span> -aidèrent à s'affranchir de la dépendance de l'Espagne, -avaient, lors du traité d'Aix-la-Chapelle, protégé l'Espagne -contre l'ambition de Louis XIV. En moins d'un -siècle, cette réunion de petites républiques était devenue -la première puissance maritime du monde: orgueilleuse -de ses colonies, de ses richesses et de son influence en -Europe, elle donnait refuge à tous ceux que blessait l'autorité -despotique des monarques; elle réimprimait les libelles -publiés contre eux, et surtout ceux contre le roi -de France, contre sa politique et son gouvernement; elle -faisait frapper des médailles où se manifestait l'arrogance -républicaine; et, usant du droit d'un État libre, elle faisait -des lois de douanes utiles à son commerce, mais nuisibles -au commerce de la France. Louis XIV, qu'elle -blessait par tant de côtés, sut la priver de tous ses alliés<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor"> [346]</a> -en leur persuadant qu'en déclarant la guerre à la Hollande -il n'avait pour but que de mortifier l'orgueil de marchands -assez audacieux pour s'ériger en arbitres des potentats. -La Hollande fut envahie par une armée de 176,000 -hommes, conduite et dirigée par Turenne et Condé<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor"> [347]</a>, le -roi présent avec l'élite de la noblesse de France<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor"> [348]</a>. Il n'en -<span class="pagenum"><a id="Page_123"> 123</a></span> -fallait pas tant pour accabler la malheureuse république, -aussi habile à combattre sur mer qu'elle était incapable -de se défendre sur terre, autrement que par son or. Cependant -le patriotisme et le courage du désespoir l'empêchèrent -de succomber sous les premiers et terribles -coups qui lui furent portés. Fille de l'Océan, sur lequel -elle avait conquis son territoire, elle appela l'Océan à -son secours, et lui livra ses vertes campagnes. Les flots -qui les couvrirent protégèrent contre l'ennemi vainqueur -les remparts qui renfermaient les principales richesses -et les derniers défenseurs de la république. Tous -les souverains s'émurent à la nouvelle de cette terrible -et menaçante invasion; ils armèrent: Louis XIV, qui eut -à combattre seul contre tous, fut obligé de diviser sa redoutable -armée pour faire face à tous ses ennemis, et la -Hollande fut sauvée. Alors on ouvrit à Cologne des conférences, -qui, prolongées depuis à Nimègue, se terminèrent, -après cinq ans, par une paix générale<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor"> [349]</a>. La guerre -n'en continua pas moins pendant le cours de ces négociations. -La correspondance de madame de Sévigné jette -quelquefois une vive lumière sur les événements de cette -glorieuse période de notre histoire nationale.</p> - -<p>Les cercles dans lesquels madame de Sévigné se trouvait -mêlée par la nécessité des affaires, par les convenances -<span class="pagenum"><a id="Page_124"> 124</a></span> -de société ou les besoins de l'amitié comprenaient -tout ce qu'il y avait alors dans Paris de personnages -illustres ou considérables. Déjà nos lecteurs en connaissent -une grande partie; mais la suite de la correspondance -de madame de Sévigné nous introduit auprès de -beaucoup d'autres, sur lesquels les mémoires du temps -nous donnent des détails curieux. Nous nous contenterons -de rappeler ici les noms des principaux: <span class="smallc">Mademoiselle</span><a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor"> [350]</a>, -les Condé et Gourville; avec eux, les duchesses -de Rohan, d'Arpajon, de Verneuil, de Gesvres; les Lavardin<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor"> [351]</a>, -surtout la femme du duc de Chaulnes; les d'Albret, -les Beringhen, les Richelieu, les Duras, les Charost, -les Villeroi, les Sully, les Castelnau, les Louvigny. C'est -dans ces sociétés que brillaient l'abbé Têtu et Barillon, -qui fut ambassadeur en Angleterre: celui-ci était alors, -ainsi que le marquis de Beuvron, éperdument amoureux -de madame Scarron; mais elle sut contenir toute cette -passion dans les limites de l'amitié la plus dévouée<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor"> [352]</a>. -Dans l'épée, nous citerons Dangeau, le comte de Sault, -qui fut duc de Lesdiguières<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor"> [353]</a>, illustré par les vers de Boileau; -le comte de Guiche, frère de madame de Monaco, -et l'amant de la duchesse de Brissac<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor"> [354]</a>. Dans les femmes -d'un rang plus ou moins élevé, nous devons nommer: la -<span class="pagenum"><a id="Page_125"> 125</a></span> -maréchale d'Humières, dont le mari était parent de madame -de Sévigné et de Bussy; madame du Puy du -Fou<a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor"> [355]</a>, madame Duplessis-Bellière, les Créqui, les Guiche, -les Sully; l'abbesse de Fontevrault, madame de Thianges, -la comtesse de Fiesque, sa sœur, et sa voisine, cette belle -madame de Vauvineux, que madame de Sévigné appelait -Vauvinette; les Verneuil, les d'Entragues, la comtesse -d'Olonne, la marquise de Courcelles, la marquise -d'Huxelles, madame de Puisieux, et avec eux toute la société -de la cour<a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor"> [356]</a>. Dans la robe, les d'Ormesson<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor"> [357]</a>, le président -et la présidente Amelot<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor"> [358]</a>, les de Mesmes, les d'Avaux, -que l'abbé de Coulanges recevait à Livry<a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor"> [359]</a>; les -Colbert, les Pomponne, les Louvois. A cette nombreuse -liste il faut ajouter encore, comme étant de la société -intime de madame de Sévigné, toutes les personnes d'Aix -<span class="pagenum"><a id="Page_126"> 126</a></span> -qui avaient vu sa fille, tous ses amis et ses parents; Turpin -de Crissé, comte de Sansei, et sa femme; Anne-Marie -de Coulanges, le marquis et la marquise de la Trousse, -ses cousins; enfin Retz, que madame de Sévigné appelait -<i>son cardinal</i>. N'omettons par les beaux esprits du -temps, Molière, Racine, Despréaux, qui lisait alors dans -ces sociétés <i>le Lutrin</i> et l'<i>Art poétique</i>, et la Fontaine le -conteur; puis après, Guilleragues, Benserade, Corbinelli, -Langlade<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor"> [360]</a>, l'abbé de la Victoire; et encore d'autres -alliés, d'autres parents, le duc de Brancas, la bonne -madame de Troche (<i>Trochanire</i>), bien établie à la cour, -qui eut le talent de s'y faire beaucoup d'amis, et si jalouse -de l'attachement que madame de Sévigné portait -à madame de la Fayette<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor"> [361]</a>. On peut remarquer que madame -de Sévigné prend part à tout ce qui passe autour -d'elle dans la haute société, et que cependant elle est très-exacte -à se rendre à la messe des Minimes de la place -Royale, qui était celle de la noblesse et du grand monde; -qu'elle ne manquait pas un sermon de Bourdaloue et de -<span class="pagenum"><a id="Page_127"> 127</a></span> -Mascaron, ce qui ne l'empêchait pas d'aller aussi admirer -la Champmeslé dans <i>Bajazet</i>, de se rendre à la belle -fête donnée à l'hôtel de Guise pour le mariage de mademoiselle -d'Harcourt et du duc de Cadaval<a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor"> [362]</a>, et d'assister -à la magnifique pompe funèbre du chancelier Séguier. -Sa plume trace le récit de la mort de la princesse de -Conti, cette nièce de Mazarin, la mère des pauvres, tant -regrettée; celle de <span class="smallc">Madame</span> douairière, qui laissait <span class="smallc">Mademoiselle</span> -maîtresse du Luxembourg: elle nous fait -assister à l'incendie de l'hôtel du comte de Guitaud et -aux noces du mariage de la belle la Mothe-Houdancourt -avec le hideux duc de Ventadour<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor"> [363]</a>.</p> - -<p>Toutes ces occupations, tout ce monde ne faisaient pas -oublier à madame de Sévigné Blanche, sa petite-fille, ni -le fils de Bussy, étudiant au collége de Clermont<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor"> [364]</a>. C'est -surtout dans les six premiers mois de l'année 1672, si fertiles -en grands événements militaires, que la correspondance -de madame de Sévigné avec sa fille est très-active, -<span class="pagenum"><a id="Page_128"> 128</a></span> -et offre plus d'instruction pour l'histoire. Jamais elle ne -mena une vie plus agitée et plus tourmentée. Le bruit -courait que la guerre allait avoir lieu; son fils était parti -pour l'armée; non-seulement elle était privée de sa société, -mais ses craintes maternelles étaient grandes<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor"> [365]</a>. Elle avait -promis à sa fille de l'aller voir en Provence, et elle était -dévorée du désir de remplir sa promesse; mais la maladie -de sa tante la retenait à Paris. Chaque jour madame de -la Trousse était près de sa fin, et cependant des semaines, -des mois s'écoulaient dans des crises qui, sans donner -aucun espoir de salut, ne permettaient pas de fixer l'époque -du terme fatal. Tantôt madame de Sévigné espérait -que la maladie traînerait en longueur; alors elle se -décidait à se mettre en route; mais à peine sa résolution -était-elle prise que des symptômes alarmants se manifestaient -et que la crainte d'abandonner dans ses derniers -moments cette tante qu'elle aimait la forçait à différer -son départ. Cette alternative cruelle, ces anxiétés constantes, -ce combat entre les pieux devoirs qu'elle remplissait -près de sa parente et la privation de cette joie du -cœur, qu'elle se promettait depuis si longtemps, d'aller -rejoindre sa fille; ce projet de voyage, caressé par sa -vive imagination, toujours près d'être exécuté et toujours -différé, lui donnaient des mouvements d'impatience, -et lui faisaient former des vœux que réprimaient -aussitôt de poignants remords. Cette torture de l'âme -fut portée à son plus haut degré par la douleur que -lui causa la mort du chevalier de Grignan, le plus -aimable de tous ceux de son nom: il plaisait à sa fille, -<span class="pagenum"><a id="Page_129"> 129</a></span> -jusqu'à donner matière à la malignité des chansonniers; -il était aussi le compagnon de son fils, et fut pleuré par -les deux familles<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor"> [366]</a>. Madame de Sévigné, dans cet état de -profonde tristesse et de découragement<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor"> [367]</a> qui nous fait -souvent regretter d'avoir reçu une existence qui doit -finir, exprime à sa fille ses plus intimes pensées, où -tant de personnes sensibles et pieuses se reconnaîtront<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor"> [368]</a>. -«Vous me demandez, ma chère enfant, si j'aime toujours -bien la vie. Je vous avoue que j'y trouve des chagrins -cuisants; mais je suis encore plus dégoûtée de la mort: -je me trouve si malheureuse d'avoir à finir tout ceci par -elle que, si je pouvais retourner en arrière, je ne demanderais -pas mieux. Je me trouve dans un engagement qui -m'embarrasse: je suis embarquée dans la vie sans mon -consentement; il faut que j'en sorte, cela m'assomme. Et -comment en sortirai-je? par où, par quelle porte? quand -sera-ce? en quelle disposition? souffrirai-je mille et mille -douleurs qui me feront mourir désespérée? aurai-je un -transport au cerveau? mourrai-je d'un accident? comment -serai-je avec Dieu? qu'aurai-je à lui présenter? n'aurai-je -aucun autre sentiment que celui de la peur? que puis-je -espérer? suis-je digne du paradis? suis-je digne de l'enfer? -Quelle alternative! quel embarras! Rien n'est si fou que -de mettre son salut dans l'incertitude, mais rien n'est si -naturel; et la sotte vie que je mène est la chose du monde -la plus aisée à comprendre. Je m'abîme dans ces pensées, -<span class="pagenum"><a id="Page_130"> 130</a></span> -et je trouve la mort si terrible que je hais plus la vie -parce qu'elle m'y mène que par les épines dont elle est -semée. Vous me direz que je veux donc vivre éternellement? -Point du tout; mais si on m'avait demandé mon -avis, j'aurais bien aimé mourir entre les bras de ma nourrice: -cela m'aurait ôté bien des ennuis, et m'aurait donné -le ciel bien sûrement et bien aisément.» Ainsi parlait -une femme riche, honorée, aimée, brillante de santé; qui -enfin, par les bienfaits privilégiés de la Providence, se -trouvait en possession de tous les éléments de bonheur!</p> - -<p>Pourtant madame de Sévigné ne se laissait point -abattre par la mélancolie. Elle mettait à profit le retard -qu'éprouvait son voyage pour se rendre utile à son -gendre. Sans cesse elle allait à la quête des nouvelles les -plus récentes et les plus sûres, pour les écrire sur-le-champ -à sa fille. Il faut que le comte de Grignan ait exprimé -vivement, dans une des lettres qu'il lui écrivit, sa -reconnaissance du service qu'elle lui avait rendu, puisqu'elle -juge à propos de repousser comme des flatteries -ce qu'il avait dit à cet égard.</p> - -<p>«Vous me flattez, mon cher comte: je ne prends qu'une -partie de vos douceurs, qui est le remercîment que vous -me faites de vous avoir donné une femme qui fait tout -l'agrément de votre vie. Oh! pour cela, je crois que j'y -ai un peu contribué; mais pour votre autorité dans la -province, vous l'avez par vous-même, par votre mérite, -votre naissance, votre conduite: tout cela ne vient pas de -moi.» Puis elle ajoute aussitôt, en s'adressant à sa fille, -un détail qui prouve que, malgré son âge et les tourments -qui l'assiégeaient, elle s'occupait encore de musique<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor"> [369]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_131"> 131</a></span> -«Ah! que vous perdez que je n'aie pas le cœur content! -Le Camus m'a prise en amitié; il dit que je chante bien -ses airs, il en fait de divins: mais je suis triste, et je -n'apprends rien; vous les chanteriez comme un ange. Le -Camus estime fort votre voix et votre science. J'ai regret -à ces sortes de petits agréments que nous négligeons: -pourquoi les perdre? Je dis toujours qu'il ne faut pas s'en -défaire, et que ce n'est pas trop de tout. Mais que faire -quand on a un nœud à la gorge?»</p> - -<p>C'était principalement entre les sociétés du <i>Faubourg</i> -et de l'<i>Arsenal</i> que madame de Sévigné se partageait: -dans la première, celle de la Rochefoucauld, du -prince de Marsillac, de madame de la Fayette, elle apprenait -les nouvelles de cour; dans la seconde, tout ce -qui concernait la guerre. La tête en quelque sorte de -cette seconde société était celle du comte de Lude, grand -maître de l'artillerie. Cette société se composait de personnes -demeurant dans le quartier, liées avec madame -de Sévigné depuis sa jeunesse; qui, comme -elle, avaient brillé au temps de la Fronde, et conservé, -accru même leur influence dans le beau monde. -C'étaient surtout la marquise et le marquis de Villars, -qu'on avait surnommé <i>le bel Orondate</i><a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor"> [370]</a>; il fut -une des brillantes conquêtes de la marquise de Gourville<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor"> [371]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_132"> 132</a></span> -Chez la marquise de Villars se réunissaient madame -de Fontenac et mademoiselle d'Outrelaise, deux -femmes inséparables, dites les <i>divines</i> dans le temps de -leur jeunesse et qui conservaient encore ce surnom. La -première, femme d'esprit et d'empire, dit Saint-Simon<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor"> [372]</a>, -refusa de suivre son mari lorsqu'il fut nommé, en cette -année 1672, gouverneur du Canada<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor"> [373]</a>: c'est celle que -madame de Maintenon a choisie pour conseil dans le -moment le plus critique de sa vie<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor"> [374]</a>. La liaison de madame -de Sévigné avec le comte de Guitaud<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor"> [375]</a> se resserra encore -lorsque celui-ci obtint le gouvernement des îles Sainte-Marguerite, -parce qu'alors il eut des rapports de service -avec le comte de Grignan. Sa femme, beaucoup plus -<span class="pagenum"><a id="Page_133"> 133</a></span> -jeune que lui, devint grosse, et accoucha en même temps -que madame de Grignan<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor"> [376]</a>. Madame de Guitaud, avec -beaucoup d'esprit, était recherchée du grand monde, d'où -l'écartait son penchant à la dévotion. Il n'en était pas -ainsi de la comtesse de Saint-Géran<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor"> [377]</a>, qui faisait partie de -cette société de l'Arsenal, et qui attirait si souvent dans -ce quartier madame de Sévigné. La comtesse de Saint-Géran, -charmante d'esprit et de corps, poussant à un -point extrême la recherche, la délicatesse, la propreté -dans les plaisirs de la table, était fort recherchée à la -cour, où sa charge de dame du palais de la reine lui -donnait du crédit: réservée dans sa conduite, elle remplissait -avec exactitude tous ses devoirs pieux; mais elle -ne put résister aux séductions du brillant Seignelay, le -fils aîné de Colbert. Il l'aima, et en fut aimé. Madame de -Saint-Géran était l'amie intime de la marquise de Villars, -et ces deux jeunes femmes se rendaient agréables à madame -de Sévigné à cause de l'amitié qu'elles avaient -pour madame de Grignan<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor"> [378]</a>. La duchesse de Brissac, coquette -et légère, plaisait à madame de Sévigné par ses -qualités aimables. Les mœurs dépravées du duc de Brissac<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor"> [379]</a> -disposèrent tout le monde à l'indulgence pour les -<span class="pagenum"><a id="Page_134"> 134</a></span> -faiblesses et les intrigues galantes de sa femme<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor"> [380]</a> avec -le jeune duc de Longueville (le comte de Saint-Paul), le -comte de Guiche<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor"> [381]</a> et le marquis Henri d'Harcourt.</p> - -<p>Tout ce quartier de l'Arsenal était placé sous la surintendance -de Louvois, qui jouissait alors d'une grande faveur. -Louis XIV le fit ministre, et lui donna, comme -tel, entrée au conseil<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor"> [382]</a>. Les détails qui nous ont été -transmis sur les préparatifs de cette guerre nous apprennent -avec quelle habileté Louis XIV avait su organiser -sa vaste administration. Un ordre émané de lui -régla que, lors de la jonction de plusieurs corps d'armée, -le droit de commander en chef serait dévolu, après le roi, -à <span class="smallc">Monsieur</span>, ensuite au prince de Condé, puis à M. de -Turenne, et que dans ce dernier cas tous les maréchaux -de France seraient tenus d'obéir à celui-ci<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor"> [383]</a>. Cet ordre -déplut aux maréchaux. Madame de Sévigné nous initie -aux moyens de persuasion et de douceur que Louis XIV -tenta auprès des plus renommés avant de forcer l'obéissance -par des mesures de rigueur. Bellefonds, de Créqui -et d'Humières firent des remontrances, et résistèrent aux -volontés du monarque: ils furent exilés, et il ne leur fut -permis de rentrer au service qu'après avoir promis une -<span class="pagenum"><a id="Page_135"> 135</a></span> -entière soumission. Louvois fomentait secrètement cette -résistance des maréchaux en haine de Turenne, qu'il n'aimait -pas; mais Louis XIV ne se confiait pas uniquement -à son ministre, et concertait lui-même ses plans de campagne -avec Turenne et avec le prince de Condé. Ces deux -grands capitaines correspondaient, pour les principales -résolutions stratégiques, avec le monarque directement, -et avec Louvois pour les besoins de leur armée et le détail -des opérations militaires<a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor"> [384]</a>. Louis XIV écrivait de sa -main des instructions pour Louvois; celui-ci faisait des -rapports détaillés de tous les ordres donnés par lui au -nom du roi. Le roi les renvoyait à Louvois après les -avoir lus et avoir mis en marge ce qu'il approuvait -ou désapprouvait, supprimant, modifiant, ajoutant au -travail de son ministre, et dirigeant ainsi réellement par -lui-même, jusque dans les moindres détails, toutes les -opérations de la guerre, comme aussi les négociations -qu'elle nécessitait.</p> - -<p>Aussi se ressouvenait-il toujours avec un juste orgueil -des succès de cette campagne, que Boileau immortalisa -par un poëme<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor"> [385]</a>, l'année même qu'elle se termina. Voici -comme Louis XIV, dans les mémoires militaires qu'il a -écrits longtemps après, résume lui-même d'une manière -très-noble cette belle époque de sa vie<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor"> [386]</a>:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_136"> 136</a></span> -«Après avoir pris toutes les précautions de toutes les -manières, tant par des alliances que par des levées de troupes, -des magasins, des vaisseaux et des sommes considérables -d'argent, j'ai fait des traités avec l'Angleterre, -l'électeur de Cologne et l'évêque de Munster, pour attaquer -les Hollandais; avec la Suède, pour tenir l'Allemagne -en bride; avec les ducs d'Hannover et de Neubourg, et -avec l'empereur, pour qu'ils ne prissent aucune part dans -les démêlés qui allaient se mouvoir. Comme j'ai été obligé -de faire des dépenses immenses de tous côtés pour cette -guerre, tant devant que dans le fort de mes travaux, je -me suis trouvé bien heureux de m'être préparé, comme -j'ai fait depuis longtemps; car rien n'a manqué dans mes -entreprises; et, dans le cours de cette guerre, je peux me -vanter d'avoir fait ce que la France peut faire seule. Il -en est sorti dix millions pour mes alliés; j'ai répandu des -trésors, et je me trouve en état de me faire craindre de mes -ennemis, de donner de l'étonnement à mes voisins et du -désespoir à mes envieux. Tous mes sujets ont secondé -mes intentions de tout leur pouvoir: dans les armées par -leur valeur, dans mon royaume par leur zèle, dans les -pays étrangers par leur industrie et leur capacité. Pour -tout dire, la France a fait voir la différence qu'il y a des -autres nations à celle qu'elle produit<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor"> [387]</a>.»</p> - -<p>Mais c'est à la promptitude de ses succès, c'est à la facilité -avec laquelle il se contentait des résultats qui satisfaisaient -son orgueil que sont dus les revers que Louis XIV subit -à la fin de son règne. Ils le forcèrent enfin de convenir, à -son lit de mort, qu'il avait trop aimé la guerre: non, s'il -ne l'avait aimée que pour la grandeur de la France; car s'il -<span class="pagenum"><a id="Page_137"> 137</a></span> -eût alors consolidé, par une paix durable et d'utiles alliances, -une partie de ses conquêtes, et s'il eût appliqué -à la prospérité de l'agriculture et du commerce son aptitude -aux grandes choses, il eût évité les reproches de -sa conscience, et rien n'eût terni l'éclat d'un nom resté -glorieux malgré tant de fautes.</p> - -<p>Pour subvenir aux dépenses énormes de cette guerre, -Colbert se vit forcé d'user de ressources ruineuses et d'aliéner -les domaines de l'État: comme ils étaient inaliénables -selon les lois, on viola les lois par un édit. Ce qui -était un mal plus grave, pour faire enregistrer cet édit on -corrompit les magistrats<a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor"> [388]</a>; on augmenta les impôts, que -Colbert faisait principalement peser sur l'agriculture, afin -de protéger le commerce et l'industrie. Enfin, la Hollande -était un pays éminemment protestant; et ce fut un effet -désastreux de la guerre contre cette république, qui s'était -affranchie du joug d'un despote catholique et persécuteur, -d'exciter, pour les souffrances qui lui étaient infligées par -le monarque français, les sympathies des protestants de -France; de faire naître la défiance du monarque contre -ceux de cette communion qui le servaient avec zèle et -avec talent. De là des mesures de précaution et de sûreté -qui lui aliénaient cette portion de ses sujets, presque tous -hommes dévoués, magistrats pleins d'honneur, militaires -éprouvés, riches commerçants, habiles manufacturiers. -Sous ce rapport, on peut dire avec vérité que cette -guerre contre la Hollande, qui paraît être la campagne -la plus glorieuse du règne de Louis XIV, a au contraire -été l'événement dont les conséquences devaient être les -<span class="pagenum"><a id="Page_138"> 138</a></span> -plus funestes aux intérêts de la France et de son monarque.</p> - -<p>Ce que les lettres de madame de Sévigné font bien ressortir -sur les inconvénients de la guerre, c'est que chaque -campagne était une cause de ruine pour la noblesse, -principal soutien du trône. Tous ceux qui composaient la -cour du roi et qui briguaient des commandements étaient -endettés par le luxe de la cour, par les habitudes de jeu et -de dissipation qui y régnaient; et comme il leur fallait -acheter des chevaux, des armes, des équipages de guerre, -pour pouvoir se rendre à l'armée, ils étaient obligés d'avoir -recours aux usuriers, et s'endettaient encore: souvent -ils n'avaient plus d'autre ressource que les libéralités -du roi, toujours prodiguées au détriment des finances du -royaume. Cette noblesse, qui par sa valeur se faisait en -temps de guerre décimer sur les champs de bataille, était en -temps de paix ou dans les intervalles des campagnes obséquieuse -et mendiante auprès du pouvoir<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor"> [389]</a>. Madame de -Sévigné fut contrainte à de grandes dépenses pour son fils; -elle donna de l'argent à Barillon, pour le lui remettre pendant -la campagne. Pour consoler son cousin Bussy de -n'avoir pu obtenir du roi un commandement, elle lui dit -que l'argent est si rare, et les emprunts qu'on est obligé -de faire pour aller à la guerre si considérables et si difficiles -qu'il peut se vanter d'être le seul homme de sa -qualité qui ait conservé du pain<a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor"> [390]</a>. Sans doute elle exagère; -mais cette exagération prouve quelle était alors la détresse -des courtisans et des hommes d'épée.</p> - -<p>Madame de Sévigné se plaint du vide qui s'est fait dans -<span class="pagenum"><a id="Page_139"> 139</a></span> -Paris après le départ du roi pour l'armée; elle exagère -probablement le nombre des personnes qui en sont sorties, -qu'elle porte à cent mille<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor"> [391]</a>. «Notre cardinal (de -Retz), dit-elle, est parti hier; il n'y a pas un homme de -qualité à Paris; tout est avec le roi, ou dans ses gouvernements, -ou chez soi<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor"> [392]</a>.» Ceux qui n'étaient pas commandés -pour cette expédition obtenaient de partir comme -volontaires; et madame de Sévigné flétrit par ses railleries -le duc de Sully, qui, jeune, riche et en santé, «a -soutenu de voir partir tout le monde, sans avoir été non -plus ébranlé de suivre les autres que s'il avait vu faire -une partie d'aller ramasser des coquilles<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor"> [393]</a>.» Cette espèce -de désertion honteuse était due à sa jeune et jolie femme, -qui se montrait plus jalouse de la conservation de son -mari que de sa gloire. Ce duc se retira à Sully, où il -vécut presque toujours en disgrâce et loin de la cour<a id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor"> [394]</a>. -Sévigné n'était point commandé pour cette expédition; et -l'on voit que, malgré sa tendresse maternelle, madame de -Sévigné eût plutôt engagé son fils à partir comme volontaire -que de le voir rester oisif. Mais il n'en fut pas réduit -à cette extrémité, et il put partir sous les ordres de son -parent la Trousse, comme guidon des gendarmes du Dauphin<a id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor"> [395]</a>, -dont la Trousse était capitaine; ce qui convenait -<span class="pagenum"><a id="Page_140"> 140</a></span> -beaucoup à sa mère, parce qu'ainsi il se trouvait moins -exposé. Cependant les alarmes de cette mère furent vives. -Pour les calmer, Bussy lui écrivit une lettre toute militaire, -où il apprécie à sa juste valeur le fameux passage du Rhin, -si prodigieusement vanté, et décrit les dangers que courent -à la guerre les officiers, selon la nature des armes et des -grades. Il raconte aussi un propos fort graveleux du prince -d'Orange, au sujet de l'opinion des jeunes filles sur les -hommes, et des moines sur les guerriers. Cette plaisanterie -fut bien accueillie par madame de Sévigné, et elle y -répond avec beaucoup de gaieté. Son esprit était tranquille<a id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor"> [396]</a>; -elle était rassurée par les lettres qu'elle avait -reçues de son fils, qui lui annonçait la prise des villes, -la Hollande presque entièrement conquise, la guerre terminée -sans qu'il eût reçu aucune blessure.</p> - -<p>Mais quelle douleur dans la famille des Longueville, des -Condé, des la Rochefoucauld et parmi toutes les femmes -de la cour, lorsqu'on sut qu'au fameux passage avait succombé, -par sa faute et son imprudente audace, ce beau -comte de Saint-Paul, cet unique et orgueilleux héritier -d'une noble maison, cher aux dames, cher aux guerriers, -et à l'existence duquel se rattachaient tant de souvenirs, -tant d'espérance et tant d'amour! Il faut lire dans madame -de Sévigné le récit touchant et pathétique des scènes occasionnées -par cette mort illustre. Elle-même, gagnée par la -sympathie de la douleur, n'hésite pas à déclarer que la -Hollande est achetée trop cher par la perte du précieux -rejeton du duc de Condé, pour lequel le duc de la Rochefoucauld -avait une tendresse de père<a id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor"> [397]</a>. Cependant, au -<span class="pagenum"><a id="Page_141"> 141</a></span> -milieu de ces tristesses, madame de Sévigné n'oublie pas -d'égayer sa fille sur les femmes de la cour qui avaient -eu des liaisons amoureuses avec ce beau jeune homme -et qui toutes voulaient avoir des conversations avec M. de -la Rochefoucauld. Dans ce nombre de pleureuses, qui, -dit-elle, décréditent le métier, sont: la comtesse de -Marans, à laquelle madame de Sévigné prête un discours -de consolation ridicule adressé à mademoiselle de -Montalais, sa sœur; madame de Castelnau, qui est consolée -parce qu'on lui a rapporté que M. de Longueville -disait à Ninon: «Mademoiselle, délivrez-moi donc de -cette grosse marquise de Castelnau.» «Là-dessus elle -danse. Pour la marquise d'Uxelles, elle est affligée -comme une honnête et véritable amie<a id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor"> [398]</a>.»</p> - -<p>Ce fut à la reine que Louis XIV adressa la relation officielle -du grand fait d'armes de cette campagne, le passage -du Rhin; ce fut à elle qu'il rendit compte de la prise des -villes et des prodigieux succès de ses armes. Cette excellente -princesse, incapable d'aucune intrigue, d'aucune -brigue, n'occupait personne; et personne ne s'occupait -d'elle, même à la cour. La <i>Gazette officielle</i> rappelait seulement -son rang et son existence toutes les fois qu'elle -remplissait à sa paroisse ses devoirs de dévotion, ou qu'elle -allait rendre visite et passer la journée aux Carmélites de -la rue du Bouloir<a id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor"> [399]</a>. Louis XIV l'avait cependant fait déclarer -<span class="pagenum"><a id="Page_142"> 142</a></span> -régente pour gouverner le royaume en son absence, -conjointement avec un conseil de régence dont faisaient -partie le garde des sceaux, le Tellier et Colbert<a id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor"> [400]</a>: c'est -pourquoi il lui adressait directement ses dépêches. Cela -était digne et bien; mais ce qui n'était pas en harmonie -avec une telle conduite, c'était l'éclat que Louis XIV donnait -à ses amours; c'était l'exemple de ses offenses publiques -envers la religion et les mœurs. La Vallière fut -condamnée à rester à Saint-Germain en Laye pendant -l'absence du roi. Il semble que Louis XIV croyait nécessaire -à sa dignité d'avoir une maîtresse en titre, car alors -le règne de la Vallière était passé: Montespan l'avait remplacée. -Celle-ci l'emportait sur sa rivale par sa beauté et -par la supériorité de son esprit. Déjà elle avait eu de -Louis XIV plusieurs enfants, et se trouvait enceinte et -presque à terme lorsqu'il partit pour l'armée<a id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor"> [401]</a>. Cependant, -comme elle était mariée, on dissimulait ses grossesses et -ses accouchements; mais madame de Sévigné était toujours -bien instruite de ces choses, et avait soin d'en informer -sa fille. Elle apprit d'abord vaguement qu'il y avait -eu, au moment du départ, une entrevue pleine de tendresse -et de touchants adieux<a id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor"> [402]</a>; mais ensuite, lorsqu'elle -eut plus de détails, elle écrit à madame de Grignan:</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_143"> 143</a></span> -«L'amant de celle que vous avez nommée <i>l'incomparable</i> -ne la trouva point à la première couchée, mais -sur le chemin, dans une maison de Sanguin, au delà de -celle que vous connaissez. Il y fut deux heures; on croit -qu'il y vit ses enfants pour la première fois. La belle y est -demeurée avec des gardes et une de ses amies; elle y sera -trois à quatre mois sans en partir. Madame de la Vallière -est à Saint-Germain; madame de Thianges est ici chez son -père. Je vis l'autre jour sa fille; elle est au-dessus de tout -ce qu'il y a de plus beau. Il y a des gens qui disent que le -roi fut droit à Nanteuil; mais ce qui est de fait, c'est que la -belle est à cette maison qu'on appelle <i>le Genitoy</i>. Je ne -vous mande rien que de vrai; je hais et méprise les fausses -nouvelles.»</p> - -<p>Le <i>Genitoy</i> est un château isolé, entre Jossigny et Bussy -Saint-George, près de Lagny, dont l'origine est antérieure -au <span class="smallc">XII</span><sup>e</sup> siècle. Ce château appartenait, lorsque madame de -Montespan alla s'y établir, à Louis Sanguin, seigneur de -Livry, premier maître d'hôtel du roi<a id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor"> [403]</a>; ce qui explique -pourquoi madame de Sévigné était si bien informée. C'est -là que madame de Montespan accoucha du comte de -Vexin<a id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor"> [404]</a>, le 20 juin, c'est-à-dire sept semaines après son -entrevue. Louis XIV était parti à l'improviste, la veille -du jour qu'il avait fixé, à dix heures du matin, suivi seulement -de douze personnes, pour se trouver à ce rendez-vous; -et il rejoignit après toute sa suite, qui s'était dirigée -sur la route de Nanteuil-le-Haudoin<a id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor"> [405]</a>. Si le roi vit là -<span class="pagenum"><a id="Page_144"> 144</a></span> -pour la première fois, au château de <i>Genitoy</i>, les enfants -qu'il avait eus de madame de Montespan, madame Scarron, -qui ne les quittait pas, devait être présente à cette -entrevue: c'était donc l'amie de madame de Montespan -que désignait madame de Sévigné: comme elle savait -que sa fille la devinerait, elle s'abstient de la nommer.</p> - -<p>De toutes les femmes que connaissait madame de Montespan, -madame Scarron était celle qui pouvait le moins -faire naître sa jalousie. La rigueur des principes religieux -de la gouvernante de ses enfants, sa conduite si sage, si -réservée écartaient d'elle tout soupçon. Le roi était encore -dans le feu de la jeunesse et des passions, et, pour faire -excuser ses propres faiblesses, il était plus disposé à -les tolérer dans les autres qu'à y résister lui-même. -Ainsi il usait de sa toute-puissance pour protéger contre -de justes ressentiments la duchesse de Mazarin, qui -voyageait incognito en aventurière en Italie et en France, -afin de fuir le domicile marital<a id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor"> [406]</a>, et qui allait partout -répétant plaisamment ce cri général au temps de la Fronde: -«Point de Mazarin!» Le scandale donné par le roi, si -nuisible aux bonnes mœurs, était encore plus fatal au -bonheur des femmes de la cour. Paraissait-il une jeune -femme pourvue de quelque attrait, appelée dans cette -cour galante par sa naissance, le rang et les dignités -de sa famille, elle était aussitôt assiégée par une foule de -séducteurs aimables, puissants, adroits, qui avaient le -plus souvent pour complices celles qui, par leur âge, -leurs fonctions, leur haute position, auraient dû être les -<span class="pagenum"><a id="Page_145"> 145</a></span> -protectrices de son innocence, les guides de son inexpérience.</p> - -<p>Madame de Sévigné nous parle, dans ses lettres, de la -marquise de Courcelles, qui était en prison et dont le -procès attirait fortement l'attention publique; madame de -Sévigné disait, en plaisantant, que «ce procès allait faire -renchérir les charges de juges.» Il est donc nécessaire de -raconter les aventures singulières de cette victime de la -corruption des cours<a id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor"> [407]</a>.</p> - -<p>La rivalité des ministres de Louis XIV, leurs intrigues -pour l'élévation de leurs familles, l'abus qu'ils faisaient -de leur pouvoir, les maux causés par l'ambition, la soif -des richesses, l'emportement des passions et tout ce qui -caractérise le mauvais côté d'une époque glorieuse se reflètent -dans la vie de cette femme, dont les infortunes, -malgré ses écarts, sont de nature à intéresser les cœurs -les plus insensibles et les esprits les plus indifférents. -D'ailleurs la vie de la marquise de Courcelles explique -tant de choses dans l'histoire de ce temps, les noms de -tous les personnages qu'elle met en scène reviennent tant -de fois sous la plume de madame de Sévigné que ce serait -mal remplir les promesses du titre de cet ouvrage si -l'on ne faisait pas connaître une destinée aussi singulière.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_146"> 146</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE VI.<br /> -<span class="medium">1672.</span><br /> -<span class="small">HISTOIRE DE LA MARQUISE DE COURCELLES (1651-1685).</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Naissance de Sidonia de Lenoncourt.—Elle entre au couvent de -Saint-Loup, à Orléans.—Devient, par la mort de son père et de -ses frères, une riche héritière.—Colbert veut la marier à un de -ses frères.—Sa tante, l'abbesse de Saint-Loup, veut la retenir -au couvent.—Le roi donne l'ordre de l'amener à la cour.—Elle -est placée sous la direction de la princesse de Carignan.—Détails -sur cette princesse, sur la comtesse du Soissons, sa belle-fille, -et sur sa société habituelle.—Sidonia refuse Colbert de -Maulevrier.—Menars, beau-frère de Colbert, en devient amoureux.—Louvois -forme le projet de la séduire.—Il lui fait épouser -le marquis de Courcelles.—Elle ne peut vivre avec son mari.—Louvois -lui fait la cour.—Sa belle-mère, la duchesse de Bade -et la marquise de la Baume sont les complices de Louvois.—Persécution -qu'elle éprouve.—Elle devient amoureuse du marquis -de Villeroi.—Elle s'entend avec lui pour tromper son mari.—Intrigues -de Louvois et de la princesse de Monaco.—Langlée -soupçonne ces mystérieuses intrigues.—L'abbé d'Effiat servait à -les couvrir.—Comment il s'en récompensait.—Comment ce secret -se dévoile à Saint-Cloud chez la duchesse d'Orléans.—Sidonia -est abandonnée de Villeroi, et livrée aux persécutions de sa -famille.—Elle fait une maladie grave.—Elle se retire au couvent -de Saint-Loup.—Rétablit sa santé, et reparaît belle dans le -monde.—Louvois revient à elle.—Elle a plusieurs amants, et -mène une vie dissipée.—Louvois la fait enfermer au couvent -des Filles Sainte-Marie, et ensuite à l'abbaye de Chelles.—Elle -trouve, dans ces deux couvents, la duchesse de Mazarin.—Elle -a des liaisons avec Cavoye.—Duel entre Cavoye et le marquis -de Courcelles.—Sidonia est transportée au château de Courcelles, -et gardée à vue.—Sa liaison avec Rostaing de la Ferrière.—Son -<span class="pagenum"><a id="Page_147"> 147</a></span> -mari lui intente un procès en adultère.—Elle est mise en -prison à Château-du-Loir.—Condamnée à être cloîtrée et à être -privée de sa dot.—Par le secours de M. de Rohan, elle s'échappe -de prison, et va à Luxembourg.—Revient à Paris, se constitue -prisonnière, et en appelle.—Ce que dit madame de Sévigné au -sujet de ce procès.—S'évade encore de prison.—Va en Angleterre.—Y -retrouve la duchesse de Mazarin.—Revient en France.—Du Boulay -devient amoureux de Sidonia.—Il est son appui, et -il la conduit à Genève.—Elle y est admirée et chérie.—Ce que -disent d'elle Bayle et Gregorio Leti.—Détails sur ce dernier.—Madame -de Sévigné parle de la fuite de Sidonia à Genève.—Ses -sentiments pour du Boulay.—Jalousies de du Boulay.—Il la surprend -avec un rival d'une condition inférieure.—Du Boulay dénonce -sa conduite aux amis qu'elle avait à Genève.—Lettre touchante -qu'elle lui écrit.—Se réfugie en Savoie.—Premier arrêt -rendu sur son procès.—Mort du marquis de Courcelles.—Sidonia -veuve revient à Paris.—Elle est arrêtée et conduite à la -Conciergerie.—Elle y reçoit Gregorio Leti.—Dernier arrêt qui -la condamne comme adultère.—Elle devient libre.—Elle épouse -Tilleuf, capitaine de dragons, et meurt.</p> - -<p class="space">Marie-Sidonia de Lenoncourt était la fille de Joachim -de Lenoncourt, marquis de Marolles, qui fut lieutenant -général des armées du roi et gouverneur de Thionville<a id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor"> [408]</a>. -Sa mère, Isabelle-Claire-Eugène de Cromberg, appartenait -à l'une des plus illustres maisons d'Allemagne. Lenoncourt -fut tué par un coup de canon<a id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor"> [409]</a>. Il eut quatre fils, -qui périrent jeunes; deux avaient embrassé l'état ecclésiastique, -les deux autres furent tués à la guerre. Aussitôt -après la mort de son père, Sidonia fut enlevée à sa -<span class="pagenum"><a id="Page_148"> 148</a></span> -mère, dont l'inconduite notoire et ensuite un second mariage -contracté avec un homme sans naissance l'empêchèrent -toujours de faire valoir les droits qu'elle avait sur -sa fille. Agée alors de quatre ans, Sidonia fut confiée -à sa tante Marie de Lenoncourt, abbesse de Saint-Loup, -à Orléans. Celle-ci n'épargna rien pour l'éducation de sa -nièce; et les plus excellents maîtres, secondés par des -dispositions naturelles, développèrent en elle des grâces, -un esprit et des talents dont la renommée franchit bientôt -l'enceinte du couvent qui la dérobait aux regards -des gens du monde.</p> - -<p>Sidonia n'avait pas encore quatorze ans lorsque la mort -du seul frère qui lui restait et d'une sœur la laissa unique -héritière de tous les biens de sa famille et en possession -de trois choses que les jeunes filles, dans leurs rêves -les plus exaltés, considèrent comme les premiers éléments -d'une félicité suprême: la liberté de se choisir un époux, -une grande fortune et une éclatante beauté.</p> - -<p>Sidonia a tracé d'elle-même un minutieux portrait<a id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor"> [410]</a>; et -il est loin d'être flatté, si on le compare à celui qu'en a -donné Gregorio Leti<a id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor"> [411]</a> dans sa lettre au duc de Giovanazzo, -l'ambassadeur de Turin. Ce n'était pas cependant -sa taille grande et élancée, les flots abondants de sa chevelure -brune, qui encadrait si heureusement l'ovale de -son visage aux couleurs fraîches et vives, ses traits fins et -réguliers, sa physionomie mobile et spirituelle; ce n'était -<span class="pagenum"><a id="Page_149"> 149</a></span> -pas ses mains charmantes, ses jambes fines et ses petits -pieds, les gracieux contours de son cou, de ses épaules, de -ses seins; ce n'était pas dans ces attraits rarement réunis, -mais qui pouvaient lui être communs avec d'autres beautés, -que consistaient ses plus puissants moyens de séduction: -ils résidaient entièrement dans l'effet irrésistible de -son regard et de sa parole. Ses yeux n'étaient ni bleus ni -bruns, mais d'une couleur qui tenait de ces deux nuances: -presque toujours et naturellement à moitié ouverts, ils -lançaient à son gré des flammes d'un éclat si doux et si -mystérieux qu'elles attendrissaient les natures les plus -insensibles. Quand elle parlait, le son harmonieux et -touchant de sa voix, ses discours si faciles et si pleins -de charme, versaient son âme dans la vôtre, et la transformaient -à son gré<a id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor"> [412]</a>.</p> - -<p>Lorsqu'à la cour il fut connu que la jeune héritière des -Lenoncourt était nubile, on s'occupa de la marier, et un -grand nombre de partis s'offrirent. Colbert, qui ne négligeait -aucune occasion de grandir sa famille, forma le projet -de donner pour époux à Sidonia son frère Maulevrier<a id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor"> [413]</a>; -et il obtint pour ce projet le consentement du roi. Dès -lors il s'inquiéta peu de celui de la jeune fille, ne doutant -pas qu'il ne pût la contraindre, si elle refusait à le -donner.</p> - -<p>Par sa gaieté, son esprit, ses grâces, l'égalité de son humeur, -son caractère facile, quoique résolu et entier, Sidonia -s'était fait chérir de ses compagnes et des religieuses; -mais sa tante l'aimait avec une tendresse comparable à celle -<span class="pagenum"><a id="Page_150"> 150</a></span> -de madame de Sévigné pour sa fille. Marie de Lenoncourt -ne pouvait même supporter l'idée d'être obligée de se séparer -de sa nièce. Permettre que dans un âge si tendre elle -vécût à la cour, c'était lui ravir le fruit de l'éducation religieuse -qu'elle lui avait donnée; la marier sans qu'elle eût -aucune connaissance du monde, c'était risquer et détruire -son bonheur dans l'avenir.—N'importe: Louis XIV ne -pouvait souffrir qu'une simple abbesse mît obstacle à ses -volontés; et, sur son refus, il envoya, dans une de ses voitures, -des femmes chargées d'enlever Sidonia à celle qui lui -avait servi de mère. Douze gardes et un exempt chargé de -signifier l'ordre du roi les accompagnaient. Marie de Lenoncourt -résista en pleurant à cet ordre inhumain; il fallut -arracher Sidonia de ses bras; et lorsque celle-ci partit, -l'abbesse la suivit dans son carrosse, et ne se décida à -retourner à son couvent qu'après que les ravisseurs lui -eurent refusé de la conduire elle-même au roi. Sidonia -avait appris que récemment plusieurs jeunes seigneurs -s'étaient proposés pour l'épouser; elle avait entendu parler -de la cour comme d'un séjour de délices et de féerie: -jouir des plaisirs qu'on y goûtait était depuis quelque -temps l'objet de ses rêves les plus délicieux. Elle savait -que, par sa fortune et la perte de tous les siens, elle ne devait -dépendre que de sa propre volonté; et Marie de Lenoncourt, -en lui inculquant l'idée des droits que lui donnait -sa noblesse au respect et aux égards, avait encouragé -son orgueil à considérer comme un privilége de naissance -la conservation de son indépendance et la faculté de suivre -en tout ses penchants et ses caprices. Sa vanité de -jeune fille fut singulièrement flattée que le roi eût pensé -à elle pour la faire sortir du cloître; et toutes les passions -de l'adolescence, qui fermentaient en elle, acquirent plus -<span class="pagenum"><a id="Page_151"> 151</a></span> -d'intensité par cet événement inattendu. Cependant, -comme elle se sentait coupable d'ingratitude en se séparant -avec joie de sa respectable parente, elle dissimula, -et opposa de la résistance à celles qui voulaient l'emmener. -Au moment du départ, par une inspiration enfantine, -elle se déroba pendant quelques instants à -celles qui la gardaient, et elle alla se cacher dans le -feuillage qui entourait la margelle d'un puits, où elle -faillit tomber et se noyer; mais, comme elle l'avait bien -prévu, on sut promptement la reprendre. Le carrosse qui -la transportait rompit deux fois avant de sortir de la -ville: elle parut s'en réjouir, sachant bien que ces petits -accidents retardaient son départ, mais ne l'empêcheraient -pas<a id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor"> [414]</a>.</p> - -<p>Aussitôt après son arrivée à Paris, elle fut présentée au -roi en habit de pensionnaire du couvent. Louis XIV lui -dit qu'il récompenserait en elle les services que sa famille -lui avait rendus, et qu'elle pouvait compter sur sa protection. -Il lui laissa le choix de demeurer auprès de la -reine ou auprès d'une princesse du sang. La jeune fille, à -laquelle de perfides conseils avaient déjà été donnés, -choisit la princesse de Carignan.</p> - -<p>Marie de Bourbon, princesse de Carignan, était la -veuve de Thomas-François de Carignan, dont le fils, -comte de Soissons, avait épousé Olympe Mancini, qui demeurait -avec elle. Olympe Mancini, la plus dangereuse, -la plus perverse des nièces du cardinal Mazarin, aimée -du roi dans sa première jeunesse<a id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor"> [415]</a>, conservait encore -alors, par ses intrigues, de l'influence sur lui. Dans l'hôtel -<span class="pagenum"><a id="Page_152"> 152</a></span> -de Soissons, que fréquentait la duchesse de Chevreuse, -amie intime de la princesse de Carignan, vivait aussi la -princesse de Bade, ayant les mêmes inclinations, la -même réputation que les trois autres<a id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor"> [416]</a>.</p> - -<p>C'est à ces femmes, initiées à toutes les intrigues et à -tous les vices de la cour, que fut confiée, à peine âgée de -quatorze ans, la nièce de la respectable abbesse de Saint-Loup, -la riche héritière des Lenoncourt.</p> - -<p>En peu de mois on parvint facilement à étouffer les -principes religieux que les instructions du couvent avaient -inculqués dans Sidonia, mais n'avaient pu faire prévaloir -sur ses inclinations pour le monde.</p> - -<p>Huit jours après son arrivée, on lui parla de son mariage, -projeté et comme arrêté, avec le frère du ministre -Colbert. Intimidée, elle n'eut pas la force de refuser ouvertement; -mais cette proposition lui déplut. L'alliance des -Colbert, sortis récemment de la roture, lui paraissait peu -digne d'elle; et elle fut outrée du soin que prit le ministre -de monter sa maison, de choisir ses femmes, ses gens sans -la consulter. Il était évident qu'on avait formé le projet de -lui ravir cette indépendance qu'elle s'était promis de garder -et de défendre avec résolution. Heureusement Maulevrier -était en Espagne; et, quoiqu'on lui eût écrit de revenir, -il ne pouvait être de retour avant trois semaines.</p> - -<p>Dans cet intervalle, Menars, frère de madame Colbert, -qui fut depuis premier président, alors fort jeune, était devenu -éperdument amoureux de Sidonia. Il s'introduisit -subitement dans sa chambre<a id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor"> [417]</a>, et lui fit une telle frayeur -qu'elle s'évanouit et se fit une blessure à la tête. Cette aventure -<span class="pagenum"><a id="Page_153"> 153</a></span> -lui servit de prétexte pour rompre avec la famille Colbert, -et refuser Maulevrier, qu'elle n'avait jamais vu.</p> - -<p>La jeune Sidonia ne pouvait deviner qu'en agissant -ainsi elle n'était que l'instrument des femmes perfides qui -la dirigeaient. La princesse de Carignan, la duchesse de -Bade et la comtesse de Soissons semblaient favoriser les -Colbert, et invitaient sans cesse chez elles tous ceux de -cette famille; mais elles étaient au contraire secrètement -liguées avec Louvois, l'ennemi de Colbert. Louvois aimait -les femmes; il savait s'en faire aimer et employer, pour -s'en assurer la conquête, tous les moyens de séduction. -Les charmes de Sidonia l'avaient vivement frappé. Si -elle se mariait à un Colbert, la crainte de s'attirer le courroux -du roi son maître l'eût empêché de penser à elle. -Louvois était aussi envieux de l'élévation de la famille de -Colbert que Colbert l'était de la sienne. Louvois ne voulait -pas que Colbert s'appropriât la fortune d'une si riche -héritière. Pour la satisfaction de sa haine et de son amour, -il fallait donc faire rompre le mariage projeté; mais -comme le roi et Colbert étaient d'accord, il ne pouvait -parvenir à son but que par Sidonia elle-même.</p> - -<p>Afin de faire réussir un tel dessein, il était nécessaire -que Sidonia se mariât. Louvois n'avait pas alors -entrée au conseil; il n'avait pas le rang de ministre, mais -il en avait toute la puissance. Il ne pouvait cependant -entretenir de coupables liaisons avec une jeune fille d'une -si haute naissance, dont le roi était le protecteur et en -quelque sorte le tuteur. Il résolut donc de la faire épouser -à un militaire qui aurait besoin de lui pour son avancement; -et il jeta les yeux sur Charles de Champlais, lieutenant -général d'artillerie, marquis de Courcelles, neveu -du maréchal de Villeroi. Louvois savait que cet homme -<span class="pagenum"><a id="Page_154"> 154</a></span> -était, quoique assez bien de sa personne, rude et grossier, -et peu propre à plaire à une jeune femme. Courcelles était -perdu de dettes et de débauches, et Louvois pouvait le -maintenir facilement dans sa dépendance. Par sa naissance, -Courcelles n'était nullement un parti sortable pour -Sidonia de Lenoncourt: cependant, fort de l'appui de -toutes les femmes ses complices qui entouraient la jeune -héritière, il se présenta; et, à peine âgée de seize ans<a id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor"> [418]</a>, -obsédée par les conseils intéressés de la famille des Villeroi, -de la princesse de Carignan, des duchesses de Mazarin -et de Bade et de tous leurs amis, en haine des Colbert, -qui voulaient disposer d'elle par ordre du roi, Sidonia -admit Courcelles au nombre de ceux qui prétendaient à -sa main. Cependant elle avait pour ce mariage plus de -répulsion que d'inclination; mais on lui donna l'assurance -que jamais son mari ne la forcerait à quitter Paris -et la cour, et qu'on insérerait même cette promesse dans -son contrat. Courcelles n'était ni frère ni fils de ministre, -et il ne pouvait se prévaloir de sa réputation d'homme -de guerre ni de son rang pour gêner Sidonia dans son -indépendance; et comme c'était pour en jouir pleinement -qu'elle désirait surtout prendre un époux, elle finit par -préférer Courcelles à tous ceux qu'on lui avait présentés, -et donna son consentement.</p> - -<p>Ce mariage se fit avec une pompe extraordinaire. Le -roi signa le contrat; la reine vint souper à l'hôtel de Soissons, -et, selon une pratique d'étiquette dont nous trouvons -quelques rares exemples dans ce siècle, la reine fit -à Sidonia l'honneur de lui donner la chemise<a id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor"> [419]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_155"> 155</a></span> -Mais combien fut cruel, dès le soir même de ce jour si -brillant, le désenchantement de la mariée! A peine la -porte de la chambre nuptiale se fut-elle refermée sur -elle que, dès les premiers mots que prononça Courcelles, -Sidonia apprit qu'il l'avait indignement trompée, et qu'au -lieu d'un amant complaisant elle avait un mari soupçonneux, -dont l'intention était de la dominer par la crainte -et de la maintenir dans un dur esclavage. Sa colère ne -connut plus de bornes, et, avec tout l'imprudent emportement -de son âge, elle le repoussa avec fureur; elle répondit -à ses insolentes menaces par les expressions les plus -fortes de la haine et du mépris. Le mariage ne put être -consommé. Elle a dit depuis en justice qu'il ne le fut -jamais, mais elle avait ses motifs pour parler ainsi; on sait -par elle-même que cette assertion était fausse<a id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor"> [420]</a>. Courcelles, -ne pouvant l'intimider, essaya d'autres moyens pour la -dominer, et l'apaisa en lui donnant des pages, de beaux -chevaux, de belles voitures, enfin un somptueux état de -maison. Elle en fut ravie, et vécut alors en bonne intelligence -avec lui; mais ce commerce, qui ne dura que quelques -semaines, contribua encore à accroître l'aversion qu'il -lui avait inspirée dès le premier moment. Elle-même saisit -toutes les occasions de déclarer qu'elle ne pouvait ni ne voulait -lui accorder sur elle tous les droits d'un mari, et que -leur désunion était complète et définitive: c'était annoncer -qu'elle allait se choisir un amant. Malgré la surveillance -que Courcelles exerçait sur elle, en peu de temps -elle reçut un grand nombre de déclarations. Tous les prétendants -<span class="pagenum"><a id="Page_156"> 156</a></span> -s'écartèrent quand Louvois fut revenu de la -guerre de Flandre, à la fin de 1666. Courcelles demeurait -dans l'enceinte de l'Arsenal, et ses fonctions l'attachaient -à cet établissement militaire. Par ses fréquentes visites -au parc d'artillerie et chez Courcelles, on s'aperçut bientôt -que Louvois était amoureux de Sidonia. Louvois avait -alors trente-six ans, et était depuis quatre années marié -à Amédée de Souvré, marquise de Courtenvaux, riche -héritière et d'une des premières maisons de France. Ce -mariage d'ambition n'avait pas réformé ses mœurs: il avait -toute la confiance du roi, et le pouvoir dont il jouissait lui -donnait des moyens faciles pour se procurer des complices -de ses projets sur Sidonia. Elle ne fut plus entourée que -de personnes qui conspiraient contre elle en faveur d'un -amant puissant. Elle vit avec surprise que son mari était -à la tête de cette ligue infâme, et que lui, sa belle-mère, -la duchesse de Bade, la marquise de la Baume<a id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor"> [421]</a>, cette maîtresse -de Bussy si odieuse à madame de Sévigné, s'employaient -tous pour servir la passion de Louvois. Ce qui -parut le plus méprisable à Sidonia, c'est que ces princesses, -ces femmes titrées, ces grands seigneurs se desservaient, -se calomniaient mutuellement, intriguaient les uns -contre les autres auprès de Louvois, afin d'être exclusivement -employés, et se faire à ses yeux le mérite d'avoir -seuls contribué à lui fournir les moyens de triompher -d'elle<a id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor"> [422]</a>. Louvois, s'apercevant du dégoût que tant de -<span class="pagenum"><a id="Page_157"> 157</a></span> -bassesse inspirait à Sidonia, résolut d'agir près d'elle sans -intermédiaire. Quand il était absent et ne pouvait l'entretenir, -il lui écrivait des lettres passionnées, qui flattaient -l'orgueil de cette jeune femme, mais qui ne pouvaient vaincre -sa répugnance, quoiqu'elle fût disposée à le trouver aimable<a id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor"> [423]</a>. -Mais ce que Louvois croyait être le plus utile au -succès et donner plus de prix à ses poursuites lui nuisait. -Il pouvait faire intervenir la volonté du roi, bien qu'il ne fût -pas encore ministre en titre. Par la confiance que Louis XIV -avait en lui, il était plus puissant qu'un ministre; ce qui -déplaisait à Sidonia. Elle ne voyait en Louvois qu'un -second Colbert qui voulait l'assujettir, et lui enlever pour -jamais son indépendance. Un jour Louvois, profitant du -libre accès que lui donnaient auprès d'elle ses intelligences -avec tous ceux qui l'entouraient, vint la voir à onze heures -du soir, lorsqu'elle était prête à se mettre au lit et que -ses lumières étaient éteintes<a id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor"> [424]</a>. Cette audace l'offensa, -et elle lui répondit de manière à l'empêcher de prolonger -sa visite. La princesse de Bade, trois jours après, au -lever de la reine, raconta ce fait de manière à faire croire -que Sidonia avait cédé aux désirs de Louvois.</p> - -<p>Sidonia, donnant un libre cours à la calomnie, laissa -s'établir cette croyance. L'aversion qu'elle témoignait -hautement pour son mari la rendait très-indifférente sur -le soin de sa réputation: cette erreur, en outre, lui servait -à tromper tout le monde et à envelopper d'un profond -mystère le secret d'un amour qui fut peut-être le seul -<span class="pagenum"><a id="Page_158"> 158</a></span> -qu'elle ait jamais éprouvé et qui, comme tout premier -amour, remplissait son cœur de tendresse et de volupté.</p> - -<p>Elle avait fait son choix, elle avait un amant: c'était -un cousin germain de son mari; elle pouvait le voir -chez elle fréquemment sans choquer les convenances, -sans faire naître aucun soupçon. Ce cousin, c'était le -beau, le brillant, le célèbre (célèbre à la cour, mais nullement -encore à l'armée), c'était, dis-je, le marquis de Villeroi<a id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor"> [425]</a>, -ami du roi, compagnon de son enfance, type des -grands seigneurs de la jeune noblesse, aimable, héros de -toutes les fêtes, donnant les modes; enfin, celui que -madame de Coulanges ne nomme jamais que <i>le charmant</i><a id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor"> [426]</a>.</p> - -<p>Quand Sidonia s'éprit du marquis de Villeroi, il était -aimé de la princesse de Monaco, qui lui avait sacrifié le -duc de Lauzun. Mais, pure encore de toute intrigue galante, -plus jeune, plus belle, Sidonia était pour le marquis -de Villeroi une conquête plus désirable, plus glorieuse, -plus honorable (qu'on m'excuse de profaner ce mot, pour -m'assujettir au langage immoral de cette époque). Il fut -donc facile à Sidonia d'obtenir de Villeroi le sacrifice -de la princesse de Monaco. Elle se fit livrer toutes les -lettres qu'il avait reçues de celle-ci et même celles de -Lauzun<a id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor"> [427]</a>, que madame de Monaco avait eu l'imprudence -de remettre à son nouvel amant. Comme Villeroi -<span class="pagenum"><a id="Page_159"> 159</a></span> -avait des ménagements à garder avec Louvois, et que Sidonia, -de son côté, devait soigneusement dérober le secret -de ses sentiments à son mari, à tout ce qui l'entourait -et la surveillait, il fut convenu, entre elle et Villeroi, -que lui ne romprait pas avec la princesse de Monaco, et -qu'elle, de son côté, dissimulerait avec Louvois, et entretiendrait -ses espérances.</p> - -<p>Mais Sidonia était bien jeune, bien inexpérimentée -et surtout trop fortement dominée par ses passions -pour jouer avec succès une si difficile partie: elle n'en -pouvait prévoir les dangers. Langlée fut le premier qui -soupçonna l'amour de Sidonia pour Villeroi. Né de la domesticité -du château, familier avec tous, même avec le -roi, Langlée, dès sa plus tendre enfance, n'avait en quelque -sorte respiré d'autre air que celui de la cour, et il en -connaissait les plus obscurs réduits et les plus honteux -mystères. Par ses richesses, son faste et son jeu, il avait -acquis l'importance d'un grand seigneur. Louvois avait eu -recours à lui pour être l'entremetteur de ses amours avec -Sidonia. Langlée, trop expérimenté pour faire part de ses -soupçons à Louvois, en parla à Courcelles. Celui-ci, pour -forcer Louvois à des concessions et à des faveurs, voulait -qu'il ne dût qu'à lui seul la possession de sa femme. -Il fit donc à Sidonia de violents reproches de son inclination -pour Villeroi; il interdit à celui-ci l'entrée de -sa maison. Comme il ne pouvait ou ne voulait pas en -agir ainsi à l'égard de Louvois, il emmena pendant quelque -temps Sidonia à Marolles, puis il la ramena à Paris. -Aussitôt qu'elle n'eut plus la liberté de recevoir chez -elle son amant, Sidonia chercha les moyens de le -voir ailleurs. Elle accepta la proposition que lui fit Villeroi -de se donner rendez-vous chez un ami. L'abbé -<span class="pagenum"><a id="Page_160"> 160</a></span> -d'Effiat occupait à l'Arsenal, près de l'hôtel de Courcelles, -un très-bel appartement qui lui avait été donné -par le duc de la Meilleraye, son beau-frère. Fils du -maréchal d'Effiat, l'abbé (qui n'était point dans les -ordres, puisque madame de Sévigné nous parle de son -mariage projeté) était un des plus jolis hommes de son -temps<a id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor"> [428]</a>: formé à l'école de Ninon, qui l'avait pendant quelque -temps placé au nombre de ses amants, il était tellement -dangereux pour les femmes que, par ce seul motif, -Louis XIV crut devoir l'exiler de sa cour. Madame de Sévigné, -qui trouvait le jeune abbé aimable, l'appelait par -plaisanterie <i>son mari</i><a id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor"> [429]</a>. Il avait été un des premiers à tenter -la conquête de Sidonia. Villeroi l'ignorait, et Sidonia -se garda bien de l'en instruire. D'un autre côté, Louvois -savait que Louis XIV avait eu les yeux assez éblouis par -la beauté de la princesse de Monaco pour en faire l'objet -d'une infidélité passagère, et que le jeune Villeroi, -croyant n'avoir à la disputer qu'à Lauzun, avait été -quelque temps rival du monarque sans s'en douter.</p> - -<p>Ainsi, par le dévouement de l'abbé d'Effiat, par le silence -de Langlée, Louvois était dans une complète illusion, -et ne soupçonnait pas que Villeroi eût seulement une -pensée, un désir pour la marquise de Courcelles. La princesse -de Monaco, de son côté, était bien loin de se douter -que les lettres qu'elle écrivait à Villeroi étaient toutes -décachetées par Sidonia, et que les réponses de Villeroi -à ces lettres, quand il était à l'armée, n'étaient faites que -<span class="pagenum"><a id="Page_161"> 161</a></span> -sur des extraits que Sidonia envoyait à son amant.</p> - -<p>De la position où le manége d'une jeune femme de dix-sept -ans plaçait tant de personnages sans conscience en -amour résulta une complication d'événements imprévus -et d'intrigues, telle qu'aucun auteur dramatique n'oserait -en risquer une semblable sur la scène. D'après le récit -confus et plein de réticences que la marquise de Courcelles -en a fait elle-même, il est difficile de bien comprendre les -circonstances des actions qu'elle fait connaître et de se -rendre compte des motifs qu'elle leur assigne.</p> - -<p>Ce qui est certain, c'est qu'elle était en proie aux deux -passions qui anéantissent le plus complétement en nous -l'empire que, par la raison, nous exerçons sur nous-même. -Sa haine pour son mari égalait son amour pour Villeroi. La -nécessité où elle s'était trouvée d'avoir à se défendre, dès -son entrée dans le monde, contre les piéges et les embûches -de ceux qui voulaient par la violence s'emparer de sa fortune, -et la rendre victime de leur ambition ou se venger -de ses refus, lui avait appris de bonne heure à connaître la -puissance de ses moyens de séduction. Le besoin qu'elle -eut de les employer sans cesse, les exemples que lui donnait -le monde au milieu duquel elle vivait contribuèrent, -encore plus que sa fougueuse nature, à étouffer en elle le -sentiment de la pudeur. Elle ne trouvait pas que les passagères -surprises des sens portassent aucune atteinte à la -sincérité du cœur; et elle se persuada qu'on pouvait, -sans scrupule, être à la fois constante et infidèle. Ainsi, -pour pouvoir continuer sa liaison avec Villeroi et mieux -s'assurer de la discrétion de l'abbé d'Effiat<a id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor"> [430]</a>, elle fut forcée -<span class="pagenum"><a id="Page_162"> 162</a></span> -de souffrir que celui-ci mît à profit pour l'amour les services -qu'il rendait à l'amitié. Louvois avait confié à la princesse -de Monaco ses desseins sur Sidonia; il désirait qu'elle engageât -Villeroi à agir pour lui auprès de sa jeune cousine. -Villeroi y consentit: pour ne pas éveiller les soupçons, il -écrivit à son amante les motifs qu'il avait pour qu'elle se -montrât aimable envers Louvois. Elle était d'autant plus -portée à se prêter à ce qu'on lui demandait qu'elle voulait -se servir de ce dernier pour se soustraire aux persécutions -de son mari et de sa belle-mère. De la part de l'un -et de l'autre, ces persécutions avaient pour but de se -montrer auprès de Louvois les seuls qui pussent disposer -d'elle. Pour prix de ses complaisances, Sidonia exigea -de Louvois de n'être plus gênée dans sa liberté, et de -n'accueillir aucune des demandes qui lui seraient faites -par son mari et par la famille de son mari.</p> - -<p>L'amour-propre de Louvois fut flatté de ne devoir qu'à -lui-même les progrès qu'il croyait avoir faits dans le cœur -de Sidonia, et de n'avoir pas à acheter un succès peu -flatteur par des grâces imméritées. Courcelles était entièrement -dans sa dépendance pour son avancement et sa fortune; -et il suffit à Louvois de montrer un visage sévère et -d'exprimer son mécontentement pour que Sidonia se vît -entièrement libre. Elle devint l'objet des attentions et des -flatteries d'une famille qui n'avait eu pour elle que des -rigueurs et qui la détestait. Mais, pour obtenir un tel -résultat, elle fut forcée d'engager son indépendance, et -de faire cesser la longue résistance qu'elle avait opposée à -Louvois. Celui-ci fut glorieux et ravi de faire rejaillir -sur elle tout le crédit et la considération que pouvait -lui donner la réputation d'avoir soumis au pouvoir de ses -charmes un homme si puissant, en si grande faveur auprès -<span class="pagenum"><a id="Page_163"> 163</a></span> -du monarque. Louis XIV venait de le nommer ministre, -et de lui donner entrée au conseil. C'est alors qu'on vit -Sidonia paraître à la cour. Par sa folâtre gaieté, son -esprit vif et brillant, ses manières gracieuses et enfantines, -elle plut singulièrement à Henriette, duchesse d'Orléans, -et, toujours désirée, elle fut un ornement de toutes -les fêtes et de tous les divertissements que donnait cette -princesse. Ainsi tout réussissait à Sidonia; son orgueil, son -amour, sa haine, ses penchants aux déréglements de la -coquetterie, tout se trouvait satisfait. Mais un bonheur -ourdi par tant de perfidies ne devait pas durer longtemps; -et le secret de ses ruses libertines fut enfin révélé par ses -imprudences et par celles de son amant.</p> - -<p>Ce fut en 1667: la guerre commençait; le roi, sa cour et -les ministres allèrent rejoindre l'armée. Louvois et Villeroi -étaient du nombre. Sidonia était restée à Saint-Cloud -avec la duchesse d'Orléans<a id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor"> [431]</a>. Celle-ci recevait souvent les -visites de madame de Monaco, qu'elle aimait. La vue de -cette rivale réveilla la jalousie de Sidonia. C'était Sidonia -qui, à l'insu de madame de Monaco, faisait passer à celle-ci -les lettres que Villeroi n'avait cessé de lui écrire: -Sidonia les recevait avec les siennes, sous une même enveloppe, -par des courriers dont Louvois signait lui-même les -passe-ports. Mais, fatiguée d'être ainsi l'instrument de -la joie que ces lettres causaient à madame de Monaco, Sidonia -obtint de Villeroi qu'il lui écrirait plus rarement, et -qu'il lui enverrait des courriers sans autres dépêches que -les lettres qui lui étaient destinées. On avait pris Oudenarde -(31 juillet), et le duc de Gramont avait été chargé d'en -<span class="pagenum"><a id="Page_164"> 164</a></span> -apporter la nouvelle à la reine. Aussitôt après cet événement, -le marquis de Villeroi avait envoyé secrètement -Charleville, son valet de chambre, pour porter ses dépêches -à la marquise de Courcelles<a id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor"> [432]</a>. Charleville arriva -avant le duc de Gramont; et l'envie de répandre la première -une nouvelle agréable fit que Sidonia parla de la -prise d'Oudenarde, sans dire par quel moyen elle en -avait été instruite. Lorsque Gramont en toute hâte arriva -à Paris, la cour connaissait déjà la nouvelle qu'il -apportait. On se demanda par qui cette nouvelle avait -été dite en premier, et on ne put le savoir. Charleville, -selon les instructions qu'il avait reçues, s'était caché -aussitôt après avoir remis à Sidonia ses dépêches, et -n'avait point paru à l'hôtel de Villeroi. Mais, s'ennuyant -dans sa retraite, il crut concilier les ordres de son -maître et son envie de voir le jour en se déguisant en Polonais. -Ainsi accoutré, il parut dans la cour du château -de Saint-Germain en Laye. C'était justement l'heure -où la reine sortait pour aller au salut. Comme toutes les -femmes qui l'entouraient, la reine fut frappée de l'habillement -du faux Polonais; on lui ordonna d'approcher, -et il fut contraint d'obéir. Parmi les femmes qui composaient -en ce moment le cortége de la reine se trouvaient la -princesse de Monaco, la marquise de Courcelles et sa belle-mère. -Celle-ci reconnut aussitôt Charleville, et l'appela -par son nom. Pour la princesse de Monaco, dont les craintes -jalouses avaient été éveillées par l'interruption de sa -correspondance avec Villeroi, ce fut un trait de lumière -soudain et terrible, comme l'éclair qui précède la foudre. -Tous ses soupçons furent confirmés, et tous les mystères -<span class="pagenum"><a id="Page_165"> 165</a></span> -devinés par un seul regard jeté sur Sidonia, qui ne sut ni -composer son visage ni déguiser le trouble de son âme. La -princesse de Monaco trouva la belle-mère de Sidonia, sa -belle-sœur, la marquise de la Baume et son mari empressés -à s'associer à sa vengeance: elle fut cruelle. L'appartement -qu'occupait Sidonia fut fouillé; ses cassettes furent -ouvertes, et on y trouva non-seulement les lettres que -Villeroi lui avait écrites, mais encore toutes celles qu'il -lui avait remises particulièrement, et les lettres que madame -de Monaco avait adressées à Puyguilhem, depuis -duc de Lauzun.</p> - -<p>La princesse de Monaco intéressa toute la cour à sa douleur, -et l'on fut révolté de la perfidie de Villeroi. Sa complice -devint un objet de colère et de réprobation pour tous -ceux qui l'avaient accueillie et protégée; <span class="smallc">Madame</span> surtout -ressentit vivement l'insulte faite à une princesse qu'elle aimait -et qui était la surintendante de sa maison<a id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor"> [433]</a>. Sidonia -retomba sous le joug oppresseur et insultant de son mari, de -sa belle-mère, de sa belle-sœur, qui la séquestrèrent et l'empêchèrent -de faire un pas sans être suivie et surveillée. Elle -se consolait de toutes ses disgrâces par la certitude qu'elle -croyait avoir d'être aimée de Villeroi. Les lettres qu'elle lui -écrivait furent interceptées, et elle ne reçut point de réponse. -Les inquiétudes et les serrements de cœur que ce silence -lui fit éprouver lui faisaient répandre des larmes durant -le jour et passer les nuits sans sommeil; mais quand elle -apprit que, par la crainte d'encourir la disgrâce de Louvois, -de <span class="smallc">Monsieur</span> et du roi lui-même, Villeroi avait promis -de l'abandonner, de ne plus lui écrire, de ne plus la revoir,</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_166"> 166</a></span> -elle qui n'avait foi qu'en l'amour, qui alors pour Villeroi -aurait sacrifié l'univers entier, s'abandonna à un tel -désespoir qu'elle eut une fièvre maligne qui dura quarante -jours et qui la mit aux portes du tombeau. Elle reçut -l'extrême-onction; sa mort fut annoncée dans la <i>Gazette</i>, -qui eut à se rétracter et qui devait par la suite faire plus -d'une fois mention de ses étranges aventures. Elle fut soignée -avec beaucoup de sollicitude par ceux dont elle était -haïe, parce qu'ils craignaient, si elle mourait sans faire de -testament, d'être privés de la jouissance de ses grands -biens. Durant sa convalescence, on n'osa pas la gêner dans -sa liberté.</p> - -<p>Sa maladie lui avait fait perdre sa belle chevelure; -et lorsque la fièvre l'eut quittée, ses yeux caves, son -visage pâle, amaigri la faisaient ressembler à un spectre -sorti de la tombe<a id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor"> [434]</a>. Un jour elle alla se promener, -contre son ordinaire, sans son carrosse, sans les gens -de sa livrée, mais dans la voiture de la comtesse de -Castelnau, qui la conduisit à la porte Saint-Bernard: -elle y rencontra plusieurs personnes avec lesquelles elle -était liée, et n'en fut point reconnue. Son chagrin fut si -grand que dès le lendemain elle partit pour Orléans, et -qu'elle alla se renfermer dans le couvent où elle avait été -élevée. Heureuse si, docile aux sages remontrances d'une -tante qui avait pour elle un amour maternel, elle avait -été satisfaite de trouver là, enfin, un asile assuré contre -les persécutions de son mari et de sa famille<a id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor"> [435]</a>!</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_167"> 167</a></span> -La vie réglée du cloître, les chants pieux, les prières, -les exhortations de l'abbesse de Saint-Loup opérèrent un -heureux changement chez Sidonia: le calme se rétablit -dans son âme agitée. Sa convalescence fit de rapides progrès; -sa santé devint plus florissante qu'elle n'avait jamais -été; sa beauté brilla d'un éclat plus grand qu'avant -sa maladie. Alors elle quitta le couvent, reparut dans le -monde; et son penchant à la coquetterie la domina plus -impérieusement qu'à l'époque où elle se croyait obligée -de le déguiser. Le scandale de ses aventures augmenta le -nombre de ses adorateurs: elle avait acquis cette malheureuse -célébrité qui, sous l'influence de la corruption -des mœurs, environne la beauté d'un scandaleux prestige -et en accroît l'éclat et la puissance. Louvois, qui, malgré -les preuves qu'il avait eues de la perfidie de Sidonia, en -était toujours épris, revint la voir. De tous ceux qui alors -la courtisaient, c'était celui qui lui plaisait le moins; et -cependant, comme Louvois pouvait la protéger contre sa -belle-mère et contre son mari, elle n'osait pas se soustraire -aux droits qu'elle lui avait donnés précédemment -sur sa personne<a id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor"> [436]</a>.</p> - -<p>«Après un mois de solitude et de retraite, dit-elle dans -ses Mémoires, je revins à Paris. M. de Louvois me -rendit ses soins ordinaires; mais j'avais pris tant de -plaisir à le tromper que je ne pouvais plus m'en passer. -L'hiver vint, et me fournit mille occasions pour me satisfaire -là-dessus. Je me masquais toutes les nuits avec -MM. d'Elbeuf, de Bouillon et le comte d'Auvergne, avec -M. de Mazarin et M. de Rohan, mais jamais avec M. de -<span class="pagenum"><a id="Page_168"> 168</a></span> -Louvois; et, quelque prière qu'il m'en fît, je lui faisais -naître des impossibilités journalières pour cela. Un jour -que, pour le consoler, j'avais promis de me trouver dans -une assemblée et de me faire connaître à lui sous un -habit que je lui avais marqué, j'en pris un tout différent; -et après avoir joui longtemps du plaisir de le voir, inquiet, -me chercher inutilement, j'eus la folie d'en faire confidence -à M. de Marsan, qui se trouva près de moi; et, parlant -avec chaleur, je déguisai si peu mon ton de voix qu'il -fut reconnu de tout le monde, et de Louvois plus tôt que -de personne. Ce fut une nouvelle querelle; elle aurait été -la dernière si une madame de la Brosse n'avait trouvé -l'invention de nous raccommoder<a id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor"> [437]</a>.»</p> - -<p>Le jeu que s'était permis Sidonia avec Louvois lui -réussit mal. Pour se venger d'elle, ce ministre la fit enfermer -(en 1669), par ordre du roi, dans le couvent des Filles -Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine, celui-là même où -madame de Sévigné aimait à faire ses retraites. La marquise -de Courcelles se lia avec la duchesse de Mazarin, -qui se trouvait ainsi qu'elle, pour cause d'inconduite, renfermée -dans ce couvent. Les Mémoires de cette duchesse -nous apprennent que le crédit des amis que la marquise -de Courcelles avait à la cour lui fut fort utile -pour obtenir du roi la permission de plaider contre son -mari. Jamais le sort ne réunit deux femmes dont l'âge, -les penchants, les caractères, la destinée fussent mieux -assortis. Toutes deux jeunes, belles, spirituelles, coquettes -et folâtres<a id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor"> [438]</a>, elles avaient fait toutes deux la fortune de leurs -<span class="pagenum"><a id="Page_169"> 169</a></span> -maris; toutes deux les détestaient, et voulaient s'en séparer; -toutes deux bravaient l'autorité des lois. Elles désolèrent -tellement les religieuses de Sainte-Marie<a id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor"> [439]</a> par leurs -folies extravagantes que celles-ci obtinrent enfin d'en être -délivrées. On les fit entrer à l'abbaye de Chelles, d'où le -duc de Mazarin voulut, à la tête de soixante cavaliers, -enlever sa femme, sans pouvoir y réussir. La duchesse -eut la permission de rester séparée de son mari tant que -durerait le procès qu'il lui avait intenté. Sortie de l'abbaye -de Chelles, la marquise de Courcelles alla demeurer au palais -Mazarin, chez la duchesse son amie<a id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor"> [440]</a>. Elles avaient -obtenu la permission de ne pas se séparer. Dans le couvent, -leur amitié paraissait indissoluble; dans le monde, -elles devinrent rivales. Elles se disputèrent la conquête -du marquis de Cavoye, un des plus beaux hommes de -la cour. La marquise de Courcelles, qui l'emporta sur -la duchesse, ne voulut point rester au palais Mazarin, -et aima mieux aller rejoindre son mari<a id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor"> [441]</a> que de devoir -l'hospitalité à sa rivale. Courcelles fut instruit, par la -duchesse de Mazarin, de la liaison de sa femme avec Cavoye. -Un duel eut lieu; et, après s'être battus en braves, -les deux champions eurent une explication, s'embrassèrent, -et devinrent amis. Mais Louis XIV fut irrité de ce -<span class="pagenum"><a id="Page_170"> 170</a></span> -qu'on enfreignît ses ordonnances sur le duel: il permit à la -justice d'informer; et les deux coupables furent mis en -prison<a id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor"> [442]</a>. On fut indigné contre Sidonia: son mari, soutenu -par l'opinion publique, n'éprouva plus aucun obstacle pour -exercer sur elle, dans toute sa rigueur, son autorité maritale. -Obligé de partir pour l'armée, il l'envoya à son château -de Courcelles, dans le Maine, où elle se trouva placée -sous la dure surveillance de sa belle-mère. Elle sut la -mettre en défaut, ou plutôt, peut-être, elle tomba dans le -piége qu'on lui tendait. Un beau jeune homme, nommé -Jacques Rostaing de la Ferrière, qui avait été page de -l'évêque de Chartres, oncle du marquis de Courcelles, et -qui par cette raison avait un libre accès au château, plut -à Sidonia, et la rendit enceinte. Dès que Courcelles en fut -instruit, il envoya un officier et quelques-uns des soldats -qui étaient sous ses ordres pour garder sa femme à vue<a id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor"> [443]</a>. -Il lui intenta un procès en adultère, ainsi qu'à Rostaing. -Le juge de Château-du-Loir informa, et lança (le 6 juin -1669), contre la marquise, un décret de prise de corps, -ainsi que contre Rostaing. Celui-ci disparut. Gardée par -ceux que son mari avait envoyés, Sidonia fut transférée -au château de la Sanssorière, appartenant à Henri de -Sancelles, seigneur d'Oiray, parent du marquis de Courcelles; -et là elle accoucha, le 9 juillet 1669, d'une fille. -Après ses couches, elle fut conduite dans les prisons de -Château-du-Loir. Sans conseil, sans connaissance des -lois, lorsqu'elle fut pour la première fois interrogée, -croyant se venger de son mari et dans l'espoir d'en être -séparée, elle déclara qu'elle était enceinte d'un autre que -<span class="pagenum"><a id="Page_171"> 171</a></span> -de lui; mais elle refusa de nommer l'auteur de sa grossesse. -C'est en vain qu'elle voulut depuis rétracter cet -imprudent aveu: une sentence du 7 septembre 1669 la -déclara convaincue d'adultère; elle fut condamnée à être -cloîtrée, et sa dot fut confisquée au profit de son époux. -C'était le résultat que celui-ci avait voulu atteindre; mais -dès qu'il l'eut obtenu, l'opinion l'abandonna, et se tourna -vers sa femme. On s'intéressait à ses malheurs; et, parmi -la jeunesse de la cour, plusieurs des plus riches et des -plus puissants aspiraient à se mettre au rang de ses protecteurs. -Par le secours de M. de Rohan, Sidonia s'échappa -de sa prison. Des chevaux de relais, disposés sur la route, -la conduisirent rapidement jusqu'à Luxembourg; puis, -peu de temps après, selon le conseil de ses nombreux -amis, elle revint à Paris, et se constitua prisonnière à la -Conciergerie.</p> - -<p>Son système de défense était de soutenir qu'elle n'était -point coupable, et que sa fille était bien du fait de son -mari, dont Rostaing, disait-elle, était le complice. Elle -dévoila les moyens odieux employés pour lui ravir sa fortune. -Ce qui donnait du poids à ses assertions, c'est que -Rostaing fut arrêté dans l'intérieur même de l'Arsenal, -où il ne pouvait résider sans une permission de Courcelles, -qui y commandait. Elle produisit un testament -qu'on l'avait forcée de signer en faveur de ce parent du -marquis de Courcelles, de ce Henri de Sancelles, seigneur -d'Oiray, qui avait osé consentir à être son geôlier. -Alors le procès de la marquise de Courcelles devint la -grande affaire du jour. Madame de Sévigné y revient -souvent dans ses lettres à sa fille. Dans celle qui est en -date du 26 février 1672, elle dit: «L'affaire de madame -de Courcelles réjouit fort le parterre. Les charges de la -<span class="pagenum"><a id="Page_172"> 172</a></span> -Tournelle sont enchéries depuis qu'elle doit être sur la -sellette. Elle est plus belle que jamais. Elle boit, et -mange, et rit, et ne se plaint que de n'avoir pas encore -trouvé d'amant à la Conciergerie<a id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor"> [444]</a>.» Et madame de Montmorency -écrivait à Bussy: «On croit que l'affaire de madame -de Courcelles ira bien pour elle; je crains que ce ne -soit son mari qui ne soit rasé et mis dans un couvent. Madame -de Cornuel l'a averti d'y prendre garde, et l'a assuré -que le parlement de Paris ne croyait non plus aux c.... -qu'aux sorciers.» Madame de Cornuel se trompait. Madame -de Sévigné, mieux informée, écrivait à sa fille: -«Madame de Courcelles sera bientôt sur la sellette; je ne -sais si elle touchera <i>il petto adamantino</i> de M. d'Avaux; -mais jusqu'ici il a été aussi rude à la Tournelle que dans -sa réponse<a id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor"> [445]</a>.» Le procès, en se prolongeant, ne soutint pas -madame de Courcelles dans ses espérances. Elle disait -bien, avec quelque vérité: «Je ne crains rien, puisque ce -sont des hommes qui sont mes juges;» mais l'ennui la -gagna, et elle s'évada de la Conciergerie à l'aide des habits -d'une femme de chambre dévouée. Elle alla rejoindre en -Angleterre la duchesse de Mazarin, avec laquelle elle -s'était réconciliée. Ces deux femmes avaient trop besoin -de se justifier l'une par l'autre et de se rendre de -mutuels services pour qu'elles pussent rester toujours -divisées<a id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor"> [446]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_173"> 173</a></span> -Cependant Sidonia retourna promptement en France; -un motif puissant la contraignait d'y revenir: elle avait -formé un nouvel attachement. Elle avait enfin rencontré -dans François Brulart du Boulay, capitaine au régiment -d'Orléans, un amant <i>honnête homme</i>; non dans le sens -que les libertins de la cour et le monde d'alors attachaient -à cette expression, mais dans le sens le plus vrai et le -seul admis aujourd'hui. Ce n'était ni par le grade élevé -qu'il occupait dans l'armée ni par l'ancienneté de sa -noblesse que du Boulay pouvait être distingué, mais par -la franchise de son caractère, par la droiture et l'élévation -de ses sentiments, par la sensibilité de son cœur, toujours -porté aux actions généreuses. Recherché dans le grand -monde par son esprit et son amabilité; lié même avec des -jeunes gens de son âge, qui à la course faisaient remarquer -par leur conduite peu réglée, lui, qui ne partageait pas -leur dépravation, n'avait pu voir Sidonia sans compatir -à ses peines. Les basses intrigues dont elle avait été la -victime excusaient à ses yeux tous ses torts. Il la crut capable -d'un attachement durable, et, se flattant d'avoir -réussi à le lui inspirer, il se dévoua tout entier à elle, et -savourait avec délices le plaisir de posséder une femme si -charmante. Mais plus son amour était violent, sincère, -plus il voulait être aimé sans partage: la seule idée d'une -infidélité faisait palpiter son cœur. Malheureusement le souvenir -des aventures de Sidonia, dont une partie lui était -connue, tendait sans cesse à combattre cette aveugle confiance -que l'amour inspire; la plus légère circonstance éveillait -ses soupçons, et, dès le commencement de sa liaison, -les noirs fantômes de la jalousie troublèrent son bonheur.</p> - -<p>Sidonia ne paraissait pas s'être corrigée de cette légèreté -et de cette coquetterie dont elle avait donné tant de -<span class="pagenum"><a id="Page_174"> 174</a></span> -preuves. Absente, il la jugeait d'après sa vie passée, et -toutes ses défiances renaissaient; présente, il sentait aussitôt -toutes ses craintes se dissiper. Elle était si gaie, si -folâtre, si indiscrète, même dans les aveux qui lui étaient -contraires; le son de sa voix était si doux, les mouvements -de sa tendresse si vifs et si spontanés, ses beaux yeux si -éclatants, si expressifs, qu'alors il se reprochait ses défiances -comme un sacrilége contre l'amour, comme une -injure faite à une amante excellente et dévouée. Lors -même qu'il n'était plus auprès d'elle, les indices accusateurs -de ses écarts se trouvaient combattus par les lettres -si spirituelles, si aimables, si pleines de tendresse qu'elle -lui écrivait: le plaisir qu'il éprouvait à les lire et à les relire -entretenait sa passion et lui faisait repousser tout ce -qui pouvait y être contraire. C'est là-dessus qu'il insiste -dans l'avertissement du recueil de ses lettres, qu'il avait -formé pour ses amis: «Les personnes, dit-il, de l'un et -de l'autre sexe qui ont trouvé mauvais que je l'aie tant -aimée, après ce que la renommée m'en avait appris, se -trouveront un peu embarrassées elles-mêmes quand elles -auront lu ses lettres, et que je leur aurai dit, en passant, -que cet esprit était accompagné d'une figure très-aimable, -avec toutes les proportions et toutes les grâces que la nature -sait mettre dans un ouvrage quand elle prend bien -du plaisir à le faire<a id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor"> [447]</a>.»</p> - -<p>Cependant, lorsque, à son retour d'Angleterre, elle vint -à Paris incognito, elle paraît avoir, à l'insu de du Boulay, -qui n'en fut informé que longtemps après, renouvelé ses -liaisons avec le duc de Rohan, avec Crillon et surtout -<span class="pagenum"><a id="Page_175"> 175</a></span> -avec le marquis de Villars, qui devint son protecteur -avoué, son conseil, l'agent principal de ses affaires.</p> - -<p>Trop exposée à Paris à être reprise, Sidonia alla d'abord -s'enfermer dans le château d'Athée, près d'Auxonne<a id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor"> [448]</a>, -qui appartenait à un de ses parents, nommé Lusigny. -Du Boulay vint l'y rejoindre, et la conduisit à Genève<a id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor"> [449]</a>: -là, hors du territoire français, et déguisée sous le nom de -madame de Beaulieu, elle se crut en sûreté. Mais sa -beauté la fit remarquer; et la duchesse de Mazarin, qui -était en route pour Augsbourg, étant venue la voir en passant, -accrut encore la curiosité publique sur celle qu'on -n'appelait plus à Genève que la <i>belle étrangère</i>. On interrogeait -ses domestiques, on se groupait dans les rues -pour la voir passer<a id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor"> [450]</a>. Mais la manière dont elle sut, par -son maintien sage et réservé, par son esprit, par la variété -de ses moyens de plaire, se concilier la confiance des premiers -magistrats de la république et s'en faire un appui; -les ressources qu'elle trouva dans les attraits de son commerce -pour gagner l'amitié des femmes les plus sévères -et les plus considérées sont des faits attestés par deux -écrivains contemporains, Bayle et Gregorio Leti.</p> - -<p>Bayle, alors âgé de vingt-sept ans et précepteur des enfants -de M. le comte de Dhona, la vit à Copet: il parle -avec admiration de «cette enjouée aventurière qui a fait -tant de fracas et tant charmé la maison de M. le comte<a id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor"> [451]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_176"> 176</a></span> -Elle fit sur Gregorio Leti une bien plus forte impression -que sur le jeune philosophe de Carlat. Gregorio Leti est -le père du style romantique: nul n'a égalé sa fécondité -et ses succès; il a écrit en langue italienne, dans un style -toujours extravagamment figuré, plus de cent volumes, -dont quelques-uns forment d'épais in-quarto. Si on excepte -la Vie de Sixte-Quint, pas un seul de ces volumes n'est -lu aujourd'hui. Telle était cependant la haute réputation -dont jouissait de son temps Gregorio Leti que -Louis XIV voulut, s'il consentait à se faire catholique, se -l'attacher en qualité d'historiographe; que l'Angleterre le -disputa au roi de France; que la Hollande négocia pour -l'enlever à l'Angleterre; que la duchesse de Savoie, alors -régente, voulut le fixer dans ses États; et que la république -de Genève lui concéda gratuitement, et sans aucuns -frais, le droit de bourgeoisie, faveur qui n'avait été accordée -à personne avant lui. Sidonia avait été munie d'une -lettre de recommandation pour cet illustre auteur, alors -retiré à Genève, où il jouissait d'une considération qui -lui donnait un grand ascendant sur les esprits.</p> - -<p>Lorsque Sidonia vint lui présenter sa lettre, il fut tellement -surpris et charmé à la vue d'une si belle personne -qu'il ne put jamais se guérir de l'amour qu'elle lui avait -inspiré; et, à Genève comme à Paris, elle put toujours -disposer de lui pour les divers services qu'elle eut à lui -demander. Dans les lettres qu'il a écrites au duc de Giovanazzo, -ambassadeur d'Espagne à Turin<a id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor"> [452]</a>, il a tracé -d'elle un portrait qui, pour l'exagération du style figuré, -<span class="pagenum"><a id="Page_177"> 177</a></span> -n'a de pareil que quelques-unes des pages de plusieurs romanciers -modernes. Il s'exprime avec plus d'esprit et de -naturel quand il fait au duc le récit de sa première entrevue -avec elle: «J'avoue à votre excellence, dit-il, -qu'en voyant une si grande beauté je restai tout ébloui, -d'autant plus qu'avec une politesse pleine de grâce elle -s'approcha de moi, et me donna un baiser à la française, en -me disant: «Ne croyez pas, monsieur Leti, que je sois ici -pour quelque mauvaise affaire; ce qui m'amène, c'est que -mon mari me veut, et que je ne le veux pas.» Alors je -répondis en plaisantant: «Certes, madame, il y a bien -d'autres personnes qui vous voudraient, parce que vos -beautés sont trop grandes pour être le partage d'un seul.»</p> - -<p>Le commerce que Sidonia entretenait avec du Boulay -était un secret soigneusement gardé par tous deux; mais -il finit par être connu à Paris à la fin de l'année 1675. -Madame de Sévigné écrivit alors à sa fille: «Connaissez-vous -du Boulay? oui. Il a rencontré par hasard madame -de Courcelles: la voir, l'adorer n'a été qu'une même -chose. La fantaisie leur a pris d'aller à Genève. Ils y sont; -c'est de ce lieu qu'il a écrit à Manicamp la plus plaisante -lettre du monde<a id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor"> [453]</a>.» Madame de la Fayette<a id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor"> [454]</a>, qui -connaissait du Boulay et la violence de sa passion pour -Sidonia, avait prédit son voyage.</p> - -<p>Cependant la position où se trouvait madame de Courcelles, -accusée d'adultère, la forçait, ainsi que du Boulay, -à prendre des précautions infinies pour ne pas donner de -<span class="pagenum"><a id="Page_178"> 178</a></span> -nouvelles armes à l'accusation: de sorte que, lorsqu'il -quittait Paris pour se rendre auprès d'elle, il lui fallait, -pour dérouter les soupçons, ne pas paraître à Genève, se -cacher dans une campagne des environs, vivre solitaire; -tandis que Sidonia, connue et aimée de toute la ville, se -livrait sans contrainte à sa gaieté naturelle, était de toutes -les fêtes, faisait entendre sa belle voix dans tous les concerts, -et jouissait du plaisir suprême, pour une coquette -accomplie, d'être admirée et entourée. Sidonia participait -même aux divertissements les plus virils, montant à cheval -avec hardiesse, et, comme la duchesse de Bouillon, -aimant la chasse et maniant un fusil avec une dextérité -remarquable. Elle était surtout bien accueillie du comte -et de la comtesse Dhona<a id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor"> [455]</a>. Le comte Dhona était de la religion -protestante<a id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor"> [456]</a> et alors retiré à Genève, où il se -faisait aimer des habitants par son esprit, son caractère, -sa magnificence. Sa société était la plus brillante de la -ville, et Sidonia y trouvait tous les agréments dont elle -était habituée à jouir. Son genre de vie ne pouvait -plaire à du Boulay, non plus que celui auquel il était -contraint de s'assujettir. Les services qu'il rendait à Sidonia, -son généreux dévouement à tous ses intérêts -avaient produit en elle une vive reconnaissance et une -amitié tendre qui ressemblait à l'amour; mais cet amour -était loin d'égaler la passion ardente que du Boulay ressentait -pour elle et qu'elle-même avait éprouvée pour -Villeroi. L'habitude qu'elle avait contractée dans l'intérêt -<span class="pagenum"><a id="Page_179"> 179</a></span> -de ce premier attachement, avec l'approbation d'un -amant peu délicat, de former deux parts de son existence, -celle des sens et celle du cœur, faisait qu'en l'absence -prolongée de celui auquel elle s'était donnée elle -n'était plus maîtresse d'elle-même, et qu'elle se pardonnait -tout. Sa conscience était en repos lorsqu'elle se sentait -pour son amant la même préférence, la même tendresse -exclusive. Du Boulay aurait pu la retenir dans les doux -liens d'un mutuel amour s'il ne l'avait pas quittée; s'il -avait pu, en les partageant, se livrer avec elle aux joies -et aux distractions du monde; si aux prévenances et aux -complaisances de l'amant il avait joint les facilités et les -droits de l'époux. Mais il était obligé, par ses devoirs -de militaire, de résider longtemps loin de celle qu'il aimait; -et pendant ses absences Sidonia eut plusieurs intrigues -galantes, qu'elle s'efforça d'envelopper d'un profond -mystère.</p> - -<p>Il lui fut impossible d'échapper sans cesse à la surveillance -de du Boulay; et alors les fureurs jalouses, les -reproches amers convertirent les délices de leur union -en un supplice continuel. Du Boulay l'aimait encore avec -passion, malgré ses déréglements; et elle lui était toujours -de plus en plus attachée par l'estime, par la reconnaissance, -par les preuves qu'il lui donnait tour à tour de son -désintéressement, de sa loyauté, de la bonté de son cœur. -Il n'est pas même jusqu'à ses fureurs jalouses qui ne fussent -pour elle un lien de plus; car elles étaient une preuve -de l'amour violent et délicat qu'elle lui inspirait et dont -sa vie de cour ne lui avait fourni aucun exemple. Ainsi -ces deux êtres, fortement attirés l'un vers l'autre et violemment -tourmentés l'un par l'autre, ne pouvaient ni se -séparer ni rester unis.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_180"> 180</a></span> -Du Boulay avait une sœur d'une raison supérieure, -qu'il chérissait, à laquelle il ne cachait rien et dont il -suivait presque toujours les conseils. Elle avait en vain -combattu sa passion pour Sidonia; mais quand elle vit -que cette passion était devenue pour lui un sujet continuel -de tourments sans aucune compensation, elle chercha à -profiter des preuves qu'elle avait acquises de l'inconstance -de Sidonia pour arracher son frère aux séductions de cette -femme. Elle l'exhortait continuellement à avoir le courage -de rompre tout à fait une liaison si fatale à son repos. -N'avait-il pas, toujours occupé des affaires de cette perfide -maîtresse, négligé les siennes, sacrifié son temps, sa -fortune, son état, ses projets d'ambition? N'avait-il pas, -pour la rejoindre, quitté amis, parents, résisté aux conseils, -aux instances d'une sœur? N'avait-il pas renoncé à toute -autre liaison, renoncé à l'espoir d'épouser une riche héritière? -Ne s'était-il pas privé des plaisirs de Paris et des -sociétés brillantes où on aimait à le voir? Jusqu'où voulait-il -pousser le pardon des ruses, des mensonges, des -infidélités répétées d'une femme à laquelle il se sacrifiait? -Jusqu'à quand enfin cesserait-il de supporter la honte et le -ridicule d'un tel attachement? Du Boulay reconnaissait la -vérité de ces reproches, et était convaincu de l'excellence -de ces conseils; mais l'empire qu'exerçaient sur lui les caresses -de Sidonia, ses tendres protestations l'empêchaient -de prendre la résolution de l'abandonner et de l'oublier -pour toujours<a id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor"> [457]</a>.</p> - -<p>Enfin Sidonia se livra aux caprices de ses penchants -jusqu'à perdre le sentiment de sa dignité; et, suivant ce que -<span class="pagenum"><a id="Page_181"> 181</a></span> -dit Gregorio Leti<a id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor"> [458]</a>, du Boulay l'aurait surprise entre les -bras d'un homme trop inférieur par sa condition pour -qu'il pût supporter sans honte un tel rival. Il écrivit au -comte Dhona et à toutes les personnes de Genève qui -protégeaient la marquise de Courcelles des lettres diffamantes. -Ces lettres produisirent leur effet. Gregorio Leti, -qui en eut des copies, exprime son étonnement que, dans -un siècle où la galanterie était de mode, un chevalier -français prudent et homme d'esprit, tel qu'était du Boulay, -se soit laissé emporter par la colère au point de dire -tout ce qu'il était possible d'imaginer de plus piquant et -de plus outrageant contre l'honneur d'une femme qu'il -avait aimée<a id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor"> [459]</a>.</p> - -<p>C'était l'excès de l'amour et de la jalousie qui avait -porté du Boulay à se venger d'une manière si cruelle et -si opposée à son caractère. Il en eut un profond regret; et -la lettre touchante et noble que Sidonia lui écrivit en -quittant l'asile que, par lui, elle était forcée de fuir, malheureuse -et abandonnée, accrut encore le douloureux repentir -de celui qui, malgré ses torts, l'aimait encore. -«Toutes vos injures et tous vos emportements, lui dit-elle, -ne me peuvent faire oublier que vous êtes l'homme -du monde à qui j'ai le plus d'obligations; et tout le mal -que vous m'avez fait, à l'avenir, n'empêchera pas que -vous ne m'ayez rendu les derniers services. Ne vous laissez -donc point surprendre, en lisant ce billet, à cette horreur -qu'on sent pour les caractères de ses ennemis: songez seulement -que ce sont les marques de la reconnaissance -<span class="pagenum"><a id="Page_182"> 182</a></span> -d'une personne que vous avez aimée et qui vous regardera -éternellement comme le plus honnête homme du -monde, si vous ne voulez pas que ce soit comme le meilleur -de ses amis. Si la passion que vous avez eue pour -moi ne vous avait coûté que des soins et des soupirs, je -ne vous laisserais point rompre avec moi présentement, -ma justification étant la chose du monde la plus facile; -mais puisque vous la pourriez soupçonner de quelque -sorte d'intérêt, je la remets à un temps où vous m'en -saurez plus de gré par le peu de besoin que j'aurai de -vous. Cependant, monsieur, soyez très-assuré que je vous -estimerai toute ma vie. Adieu. Je pars demain pour Annecy, -où j'attendrai les réponses de Chambéry, et que j'aie -mis ordre à mes affaires. Adieu encore une fois. Je n'ai -point d'autre crime auprès de vous que celui de ne vous -avoir pas aimé autant que le méritait votre attachement<a id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor"> [460]</a>.»</p> - -<p>La marquise de Courcelles se retira en Savoie et y -resta cachée, tandis que son procès en appel se poursuivait -à Paris. Par les démarches de du Boulay et de ses -autres amis de Paris, elle obtint, quoique contumace, -que le parlement réformât la sentence du juge de Château-du-Loir. -Par l'arrêt rendu le 17 juin 1673, elle ne fut plus -privée de ses biens; on adjugea seulement à son mari, à -titre de dommages et intérêts, une somme de cent mille -livres qu'elle avait mise dans la communauté par son -contrat de mariage; mais le même arrêt ordonnait qu'elle -serait enfermée dans un couvent. C'est pour obtenir la -réforme de cette disposition et sa séparation de corps -<span class="pagenum"><a id="Page_183"> 183</a></span> -d'avec son mari qu'elle en appelait. Pour avoir droit à un -jugement favorable il eût fallu qu'elle fît purger la contumace -et qu'elle se remît en prison; mais elle redoutait -d'être condamnée à rentrer sous la puissance maritale, -ou à être renfermée dans un couvent. Heureusement pour -elle, son mari mourut; et c'est encore madame de Sévigné -qui nous apprend la date de sa mort. Dans sa lettre du -18 septembre 1678, elle parle du procès intenté à Lameth -au sujet du meurtre du marquis d'Albret, et des témoins -qui ont déposé dans cette affaire; puis elle ajoute: «On -y attendait encore M. de Courcelles; mais il n'y vint pas, -parce qu'il mourut ce jour-là d'une maladie dont sa femme -se porte bien<a id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor"> [461]</a>.»</p> - -<p>En effet, aussitôt que la marquise de Courcelles eut -appris qu'elle était veuve, elle se crut libre, et se hâta -de revenir à Paris, pour y vivre en femme uniquement -occupée de ses plaisirs. Mais son beau-frère Camille de -Champlais, connu dans le monde sous le nom de chevalier -de Courcelles<a id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor"> [462]</a>, unique héritier de son mari, la fit -arrêter et conduire à la Conciergerie. Lors des premiers -jours de sa réclusion, un de ses pages, qui l'avait servie -à Genève et qui y avait vu Gregorio Leti, le reconnut -dans Paris, où il était arrivé depuis huit jours, et le dit à -sa maîtresse, qui écrivit de sa prison à l'illustre auteur, -pour l'inviter à venir la voir. Les visites de Gregorio Leti, -les lettres qu'elle lui écrivit en italien, les réponses qu'elle -recevait de lui, et que Gregorio Leti à fait imprimer, -contribuèrent à dissiper l'ennui de sa prison. Chardon de -<span class="pagenum"><a id="Page_184"> 184</a></span> -la Rochette remarque que les lettres de l'illustre auteur -de la Vie de Sixte-Quint, adressées à la marquise de -Courcelles, sont les meilleures qu'il ait écrites et les plus -naturelles. Sur quoi il fait cette réflexion judicieuse: «Les -lettres de la marquise, auxquelles les siennes servent de -réponses, sont pleines d'esprit et de grâce; et on prend -ordinairement le ton de son correspondant, comme on -prend celui de son interlocuteur<a id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor"> [463]</a>.»</p> - -<p>Ces lettres nous prouvent que la marquise avait répudié -son nom de Courcelles, et qu'elle se regardait comme -n'ayant plus rien de commun avec son mari, car elle signe -toujours <i>Sidonia de Lenoncourt</i>. Son procès ne se termina -pas aussi heureusement qu'elle le supposait. Devant ses -juges, elle prétendait qu'en se représentant l'arrêt rendu -contre elle par contumace avait été anéanti, et qu'on ne -pouvait plus la poursuivre comme adultère, parce que -cette action était éteinte par la mort de son mari, d'où -elle concluait que les jugements intervenus dans ce procès -ne pouvaient lui être opposés.</p> - -<p>Le chevalier de Courcelles répondait que l'accusée -n'était plus recevable à purger la contumace, parce que, -depuis le 17 juin 1673 jusqu'au jour où elle s'était représentée -à la justice, il s'était écoulé plus de cinq ans, ce qui -donnait à ce jugement la même force que s'il avait été -rendu contradictoirement. Elle opposait à cela quelques -défauts de formalité dans la signification de l'arrêt; mais -ses moyens les plus puissants étaient l'intérêt qu'on prenait -à sa personne et la séduction dont on ne pouvait se garantir -quand on la voyait. On connaissait ses malheurs -<span class="pagenum"><a id="Page_185"> 185</a></span> -et les persécutions qu'elle avait éprouvées, mais l'on ne -savait qu'une partie de ses désordres. Il courut alors -des pièces de vers en sa faveur, où l'on suppliait messieurs -du parlement d'en user avec elle comme Jésus-Christ -en usa envers Madeleine:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Il savait qu'en amour la faute est si commune</p> -<p>Qu'il faudrait assommer et la blonde et la brune:</p> -<p>Or, il était venu pour sauver les pécheurs<a id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor"> [464]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Mais ces messieurs du parlement comprirent très-bien -qu'à eux appartenait de juger les coupables, et non de -les sauver et de leur pardonner. Un arrêt définitif du -5 janvier 1680 condamna Sidonia de Lenoncourt, marquise -de Courcelles, pour adultère commis avec le sieur -de Rostaing, à soixante mille francs de dommages et intérêts, -à deux mille livres d'aumône, à cinq cents livres -d'amende et aux dépens. Le même arrêt la déclara déchue -de ses conventions matrimoniales, douaires, préciput; -mais elle ne subit point la peine de la réclusion, -à laquelle les héritiers n'avaient pas le droit de conclure<a id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor"> [465]</a>.</p> - -<p>Sidonia se trouva donc enfin en possession de cette liberté -qu'elle avait tant désirée et maîtresse d'une fortune -qui, malgré les dépenses faites par son mari et la -perte de son procès, était encore considérable.</p> - -<p>Nonobstant ses richesses, après l'arrêt qui la condamnait -et la conduite qu'elle avait tenue, elle se trouvait -<span class="pagenum"><a id="Page_186"> 186</a></span> -bannie de la société des femmes de son rang les -moins scrupuleuses. La fille aînée du comte de Bussy, -la marquise de Coligny, dont nous aurons à faire connaître -plus tard la conduite imprudente et le scandaleux -procès, ne voulait pas (elle veuve) admettre que madame -de Courcelles pût être considérée comme faisant -partie du corps respectable des veuves; et elle désapprouve -madame de Sévigné, qui lui donne ce titre<a id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor"> [466]</a>. Entrer au -couvent au sortir de prison et aller passer une année ou -deux à Orléans chez l'abbesse de Lenoncourt eût été -pour Sidonia le seul moyen de se réhabiliter dans le -monde; mais il paraît qu'elle ne le voulut pas; car celui -qui a terminé, d'après les notes du président Bouhier, -les mémoires qu'elle a écrits et laissés incomplets -nous dit en finissant: «On ne connaît pas les autres -circonstances de sa vie, on sait seulement qu'étant sortie -de prison, et après avoir eu plusieurs aventures, elle -devint amoureuse d'un officier, qu'elle épousa par belle -passion et avec qui elle vécut peu heureuse<a id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor"> [467]</a>.» C'était -une mésalliance et une faute qui, dans l'esprit de ce -temps, la rendait plus coupable que tous les déréglements -de ses années antérieures.</p> - -<p>L'officier qu'elle épousa était capitaine de dragons, et -se nommait le Tilleuf<a id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor"> [468]</a>; elle lui avait fait une donation -de cent cinquante mille écus. Elle vécut peu de temps -<span class="pagenum"><a id="Page_187"> 187</a></span> -dans ces nouveaux liens. Cinq ans après être sortie de -prison, en décembre 1685, elle mourut à l'âge de trente-quatre -ans, laissant cette preuve, ajoutée à tant d'autres, -que le seul fondement certain du bonheur est en nous-même; -et que la naissance, la richesse, la beauté, les -grâces, l'esprit, tout ce qu'on ambitionne, tout ce qu'on -désire sont non-seulement des dons impuissants pour -nous rendre heureux, mais peuvent être les plus fortes -et quelquefois les seules causes de notre malheur. Otez -à Sidonia un seul des avantages dont elle avait été dotée -par la nature, par la fortune, par la famille, et aussitôt -vous verrez disparaître une partie des dangers qui -l'assaillirent à peine au sortir de l'enfance. Ses destinées -alors eussent été tout autres, soit que ses jours se fussent -écoulés dans la tranquille obscurité du cloître ou dans -l'heureuse activité du toit domestique, soit qu'elle eût -passé sa vie dans la brillante sphère de la cour, au milieu -des luttes et des agitations du monde.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_188"> 188</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE VII.<br /> -<span class="medium">1672.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Mort de la tante de madame de Sévigné.—Préparatifs de départ -pour la Provence.—Madame de Sévigné fait ses adieux à ses -amies.—Ramène sa petite-fille Blanche de Livry à Paris.—Part -ensuite pour se rendre à Grignan.—Détails sur sa manière de -voyager.—Elle couche à Melun, arrive à Auxerre, s'arrête à -Montjeu trois jours.—Détails sur ce lieu et sur Jeannin de Castille.—Souvenirs -que le séjour à Montjeu rappelle à madame de -Sévigné.—Elle y avait été en 1656.—Madame de Toulongeon -sa tante, madame de Toulongeon la jeune, madame de Senneterre -viennent voir madame de Sévigné à Montjeu.—Détails sur ces -personnes.—Réconciliation de Jeannin de Castille et de Bussy.—Correspondance -entre Bussy et la jeune comtesse de Toulongeon.—Madame -de Sévigné va coucher à Châlon.—Arrive à -Lyon.—Soins et attentions dont elle est l'objet de la part de l'intendant -et de madame de Coulanges.—Pourquoi madame de -Coulanges et son mari s'étaient rendus à Lyon.—Date du mariage -du fils de M. du Gué-Bagnols avec mademoiselle de Bagnols, sa -cousine.—Madame de Sévigné loge chez un beau-frère de M. de -Grignan.—Elle fait connaissance avec la comtesse de Rochebonne.—Voit -madame de Senneterre.—Détails sur le deuil de celle-ci -et sur la fin tragique de son mari.—Madame de Sévigné part de -Lyon, et va coucher à Valence.—Elle arrive à Montélimart.—Madame -de Grignan vient la chercher dans ce lieu, et la conduit à -Grignan.—Calculs sur la durée du voyage de madame de Sévigné -et sur le temps de sa séparation d'avec madame de Grignan.</p> - -<p class="space">Qu'on ne s'y trompe pas, toute cette jeune noblesse, -qui paraissait si fort occupée de ses plaisirs, de ses intrigues -amoureuses, était prodigue de ses veilles et de son -sang quand il s'agissait des intérêts et de la gloire du -monarque et de celle de la France. En cela comme -<span class="pagenum"><a id="Page_189"> 189</a></span> -en toutes choses, dans ce qui était digne de louange comme -dans ce que réprouvait une morale sévère, elle suivait -l'exemple de son roi. A l'époque où l'on jugeait à la Tournelle -le procès de Sidonia de Lenoncourt, le marquis de -Courcelles son mari, Colbert de Maulevrier qu'on avait -voulu lui faire épouser, Louvois et Villeroi, Cavoye son -amant, Castelnau, Lavardin, d'Uxelles, la Rochefoucauld, -prince de Marsillac, Choiseul-Pradelle, du Plessis-Praslin, -du Lude et tant d'autres connus de madame -de Sévigné donnaient des preuves de leur valeur, et secondaient -Louis XIV dans la conquête de la Hollande<a id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor"> [469]</a>. -Madame de Sévigné, tranquille sur son fils, qui lui avait -écrit que la campagne était terminée, que toute la Hollande -se rendait sans résistance, annonçait à madame -de Grignan<a id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor"> [470]</a> qu'elle faisait ses préparatifs pour ce voyage -de Provence projeté depuis si longtemps, depuis si longtemps -différé, et dont elle n'osait plus parler: «car, dit-elle, -les longues espérances usent la joie, comme les -longues maladies usent la douleur<a id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor"> [471]</a>.»</p> - -<p>Rien ne la retenait. Sa tante la Trousse, qu'elle n'avait -pas quittée durant sa maladie, était morte le 30 juin. -Après avoir donné à mademoiselle de la Trousse et à toute -la famille les consolations d'usage; après avoir écrit à la -comtesse de Bussy pour s'excuser de ne pas céder à son -invitation d'aller la voir, madame de Sévigné fixa enfin -le jour de son départ, et fit ses adieux à d'Andilly, à madame -<span class="pagenum"><a id="Page_190"> 190</a></span> -de la Fayette et à M. de la Rochefoucauld, alors -au château de Saint-Maur, dont Gourville<a id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor"> [472]</a> avait acheté -l'usufruit au prince de Condé. Madame de Sévigné y -fut retenue à souper, et y coucha. Elle avait ramené de Livry -ses <i>petites entrailles</i><a id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor"> [473]</a>, Blanche sa petite-fille, parce -qu'elle craignait que la nourrice ne s'ennuyât à la campagne. -Madame du Puy du Fou, madame de Sanzei<a id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor"> [474]</a>, madame -de Coulanges et le petit Pecquet, son médecin, devaient -donner des soins à l'enfant, et lui en répondre<a id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor"> [475]</a>.</p> - -<p>Tous ses préparatifs achevés le mercredi 13 juillet, elle -se mit en route dans un carrosse de campagne acheté -pour ce voyage et attelé de six chevaux<a id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor"> [476]</a>. Elle avait -avec elle deux femmes de chambre, l'abbé de Coulanges, -qui malgré son âge ne voulait pas la quitter, et l'abbé de -la Mousse, qui hésita à se mettre en route parce qu'il -redoutait les fatigues d'un si long voyage, et craignait -les scorpions, les puces et les punaises<a id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor"> [477]</a>. Cependant, si -l'on en croit les révélateurs indiscrets des secrètes généalogies -de ces temps, l'abbé de la Mousse avait un intérêt -tout particulier pour désirer faire ce voyage, puisqu'il -devait retrouver à Lyon, dans M. du Gué l'intendant -et dans madame de Coulanges, un père et une sœur<a id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor"> [478]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_191"> 191</a></span> -Madame de Sévigné avait emporté pour tout livre un -Virgile: «non pas <i>travesti</i>, dit-elle, mais dans toute la -majesté du latin et de l'italien.» Elle dut coucher le -premier jour à Essonne ou à Melun. Le samedi 16, elle -arriva à Auxerre<a id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor"> [479]</a>. Elle parcourut donc en quatre jours -166 kilomètres (41 lieues et demie), ou 11 à 12 lieues de -poste par jour. Le voyage fut sérieux; elle regretta la compagnie -de son cousin de Coulanges: «Pour avoir de la -joie, écrit-elle, il faut être avec des gens réjouis. Vous -savez que je suis comme on veut; mais je n'invente rien.»</p> - -<p>Six jours après, nous la trouvons, non pas à Autun, -mais à deux lieues au delà, hors de la route qui conduit à -Lyon, où elle tendait, dans le beau château de Montjeu, -sur le sommet de ce <i>mons Jovis</i> qui domine la ville moderne -d'Autun et les ruines de l'antique Bibracte. De là -elle écrit à Bussy une lettre datée du 22 juillet, c'est-à-dire -six jours après son départ d'Auxerre; mais comme -sa lettre nous prouve qu'elle était déjà depuis cinq jours -installée dans ce château<a id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor"> [480]</a>, il en résulte qu'elle a mis trois -jours à faire ce trajet, qui est de 128 kilomètres (32 lieues). -Ainsi, quoique cette route soit même encore aujourd'hui -montueuse et difficile en approchant d'Autun, madame de -Sévigné fit par jour dix à onze lieues, comme dans son -voyage en Bretagne. Mais quel motif, dira-t-on, madame -de Sévigné, désireuse d'arriver à Grignan et de revoir sa -fille, avait-elle pour se détourner de sa route et s'arrêter -quatre jours à Montjeu? Nous allons l'expliquer.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_192"> 192</a></span> -Elle dit à Bussy: «M. Jeannin m'a priée si instamment -de venir ici que je n'ai pu lui refuser. Il me fait gagner -le jour que je lui donne par un relais qui me mènera -demain coucher à Châlon, comme je l'avais résolu.»</p> - -<p>D'après le calcul que nous venons de faire, on s'aperçoit -que ce qu'elle dit n'était pas tout à fait exact, et -qu'elle perdait plus d'un jour; mais il fallait qu'elle s'excusât -auprès de son cousin, alors à Dijon pour affaires et -non encore réconcilié avec le seigneur de Montjeu<a id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor"> [481]</a>. Si -elle avait dirigé sa route par la capitale de la Bourgogne, -elle eût pu voir en passant son cousin, avec lequel sa correspondance -était redevenue fort active et fort aimable<a id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor"> [482]</a>. -Si Bussy avait été à Chaseu lors de son passage par -Autun, nul doute qu'elle ne se fût arrêtée chez lui; mais -comme il était absent, il en résulta que dans cette Bourgogne, -dans cette patrie de ses aïeux, où elle avait ses -biens, ses parents, ses alliés, elle céda plutôt aux prières -d'un étranger qu'aux instances de famille qui lui étaient -faites de toutes parts. C'est que cet étranger était un ami, -un ami de sa jeunesse, un ami que l'adversité avait frappé; -et nul n'avait plus qu'elle la mémoire du cœur, nul n'avait -un sentiment plus vif des preuves de tendresse et -d'attachement qu'a droit de réclamer la constance en -amitié. Le seigneur de Montjeu était ce Jeannin de Castille, -trésorier des ordres du roi et un des trésoriers de -l'épargne sous l'administration de Fouquet. Jeannin, ainsi -que Duplessis Guénégaud, cet autre ami de madame de -Sévigné, avait été une de ces grandes existences financières -que Colbert avait brisées en parvenant au pouvoir. -<span class="pagenum"><a id="Page_193"> 193</a></span> -Entraîné dans la disgrâce et le procès du surintendant<a id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor"> [483]</a>, -Jeannin paya, par la perte de ses places et d'une partie -de sa fortune, son trop complaisant concours aux immenses -opérations financières de Fouquet. Comme celui-ci, -dans son temps de prospérité il avait profité du crédit et -de la puissance dont il jouissait pour obtenir les faveurs -de belles femmes de la cour, connues par la facilité de -leurs mœurs; mais il avait sur Fouquet l'avantage d'une -très-belle figure. Il ne fut pas épargné par l'esprit satirique -de Bussy-Rabutin, qui, dans ses <i>Amours des Gaules</i>, -en parle comme d'un des rivaux heureux du duc de -Candale auprès de la comtesse d'Olonne<a id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor"> [484]</a>. Il avait aussi, -par ses fêtes, ses magnificences, contribué aux plaisirs des -belles années de madame de Sévigné, alors que, jeune -veuve et n'ayant pas encore à s'occuper de l'éducation -de ses enfants, elle s'abandonnait à la gaieté de son caractère, -lorsqu'elle aimait à s'entourer de courtisans et -d'admirateurs, et qu'elle présentait ce singulier contraste -d'une piété sincère, d'une invincible vertu unies à un -grand penchant à la coquetterie, à une extrême indulgence -pour les faiblesses où l'amour précipite les personnes -de son sexe, et au libre langage d'une imagination -peu chaste et peu scrupuleuse.</p> - -<p>Si le nom de Jeannin de Castille n'a pas encore paru -<span class="pagenum"><a id="Page_194"> 194</a></span> -dans ces Mémoires, c'est que nous n'avons pu faire mention -d'un voyage que madame de Sévigné fit en Bourgogne, -parce que nous en ignorions l'époque. La lettre que -madame de Sévigné écrit de Montjeu à son cousin nous -donne la date de ce voyage. Ce fut en 1656, année où -Bussy quitta l'armée pour se rendre aussi en Bourgogne<a id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor"> [485]</a>, -la même année où Jeannin de Castille eut assez de crédit -pour faire ériger en marquisat la baronnie de Montjeu, -qu'il avait héritée de son père<a id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor"> [486]</a>. Madame de Sévigné s'y -rendit alors. Ce ne fut donc pas pour la première fois -qu'en allant en Provence elle admira ce château, ces -eaux limpides jaillissant de terre à une grande hauteur, -alimentant toutes les fontaines et les usines de la ville -d'Autun; qu'elle parcourut ces belles allées, ces bosquets, -ces vergers, ces parterres de fleurs placés au milieu -d'un parc de quatre à cinq lieues de tour, fermé de -murailles et peuplé de cerfs, de daims, de biches et de -toutes sortes de gibier<a id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor"> [487]</a>. Jeannin, qui faisait de ce lieu sa -principale résidence, y avait ajouté de nouveaux embellissements. -«J'ai trouvé, dit madame de Sévigné en écrivant -à Bussy, cette maison embellie de la moitié depuis -seize ans que j'y étais venue; mais je ne suis pas de même, -et le temps, qui a donné de grandes beautés à ces jardins, -m'a ôté un air de jeunesse que je ne pense pas que je recouvre -jamais [elle avait quarante-six ans]. Vous m'en -eussiez rendu plus que personne par la joie que j'aurais -eue de vous voir, et par les épanouissements de la rate, -<span class="pagenum"><a id="Page_195"> 195</a></span> -à quoi nous sommes fort sujets quand nous sommes ensemble. -Mais Dieu ne l'a pas voulu, ou le grand Jupiter, -qui s'est contenté de me mettre sur sa montagne, sans -vouloir me faire voir ma famille entière<a id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor"> [488]</a>.»</p> - -<p>Cependant une grande partie de cette famille, prévenue -de son arrivée, s'empressa de lui rendre visite à Montjeu. -La première qui y vint fut Françoise de Rabutin, veuve -du comte Antoine de Toulongeon, sœur du baron de -Chantal, père de madame de Sévigné, et belle-mère de -Bussy par sa fille Gabrielle, qu'elle avait perdue en 1646. -Quoique alliée à leur famille par tant de titres, cette comtesse -de Toulongeon n'était point aimée de madame de -Sévigné ni de Bussy. Elle était fort avare, mais cependant -charitable envers les pauvres<a id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor"> [489]</a>. Madame de Sévigné avait -considéré comme un devoir indispensable de s'arrêter -chez elle quelques jours<a id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor"> [490]</a>. Pour éviter la dépense que lui -aurait occasionnée une telle réception, elle se hâta de prévenir -madame de Sévigné. Cette tante de Toulongeon -résidait à Autun. Son fils possédait la terre d'Alonne, -du bailliage de Montcenis; il la fit par la suite ériger -en comté de son nom, et, par ordre du roi, <i>Alonne</i> se -nomma <i>Toulongeon</i>. Ce lieu, voisin d'Autun, devint, par -les embellissements qu'y fit le comte de Toulongeon, un -<span class="pagenum"><a id="Page_196"> 196</a></span> -des plus agréables séjours de la Bourgogne<a id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor"> [491]</a>. Chazeu, -dont madame de Sévigné admirait tant la pureté de l'air, -la belle situation et la vue riante, était aussi du bailliage -d'Autun, dans la paroisse de Laizy, et très-rapproché de -Toulongeon, de Montjeu, aussi bien que d'Autun; de sorte -que lorsque Bussy allait se fixer dans cette demeure favorite, -il ne manquait pas de société<a id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor"> [492]</a>.</p> - -<p>Madame de Toulongeon s'empressa d'aller à Montjeu -rendre visite à sa cousine; madame de Sévigné, qui la -voyait pour la première fois, fut charmée de la trouver si -jolie et si aimable. Bussy, dont elle était la belle-sœur, -regrettait auprès d'elle tout ce que l'âge lui avait fait perdre<a id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor"> [493]</a>. -Il disait qu'il lui avait donné de l'esprit, mais -qu'elle le lui avait rendu avec usure: et, en effet, les vers -les plus agréables qu'il ait faits sont ceux qu'elle lui a -inspirés<a id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor"> [494]</a>. Elle était un des ornements de la société qui -se réunissait à Montjeu, et il est probable qu'elle contribua -<span class="pagenum"><a id="Page_197"> 197</a></span> -beaucoup, ainsi que madame de Sévigné, à la réconciliation -de Bussy avec Jeannin de Castille, qui eut lieu -l'année suivante<a id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor"> [495]</a>. Cette réconciliation fut sincère; et le -nom du seigneur de Montjeu revient assez fréquemment -dans les lettres de madame de Sévigné et dans celles de -Bussy<a id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor"> [496]</a>. Jeannin de Castille, plus heureux que Bussy, -obtint plus tôt que lui la permission de se présenter devant -Louis XIV, et termina heureusement ses affaires<a id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor"> [497]</a>. Si son -fils, qui mourut avant lui, ne répondit pas à ses espérances, -il eut la consolation de voir sa petite-fille épouser -un prince d'Harcourt. Cette princesse d'Harcourt donna -le jour à deux filles, qui furent la duchesse de Bouillon -et la duchesse de Richelieu.</p> - -<p>Madame de Sévigné s'arrêta cinq jours à Autun, et -n'en partit que le samedi 23 juillet. Après un trajet de -51 kilomètres ou 12 lieues depuis Autun, madame de -Sévigné arriva à Châlon-sur-Saône, où elle coucha. Elle -s'embarqua le lendemain, dimanche 24, pour Lyon; et -quoiqu'elle n'eût que 125 kilomètres ou 32 lieues à parcourir, -elle n'arriva le jour suivant qu'à six heures du -soir<a id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor"> [498]</a>. «M. l'intendant de Lyon (du Gué-Bagnols), sa -femme et madame de Coulanges vinrent me prendre au -<span class="pagenum"><a id="Page_198"> 198</a></span> -sortir du bateau de midi (25 juillet). Je soupai chez eux; -j'y dînai hier.»</p> - -<p>Madame de Coulanges s'était rendue avec son mari à -Lyon, immédiatement après Pâques<a id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor"> [499]</a>, pour le mariage -de sa sœur, mademoiselle du Gué, avec Bagnols, cousin -issu de germain<a id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor"> [500]</a>, riche de 45,000 livres de rente. Bagnols -devint depuis intendant de Flandre; et le jeune -baron de Sévigné nous forcera bientôt d'occuper nos -lecteurs de sa femme. Elle ne plut guère à madame de -Sévigné, qui fut bien aise que les nouveaux mariés se -proposassent d'aller à Paris, plutôt que de céder aux -invitations plus polies que sincères qu'elle était obligée -de leur faire. Madame de Coulanges, bien autrement engagée -aussi à faire ce voyage, promit de l'accompagner à -Grignan, à condition que madame de Sévigné ne se hâterait -pas trop de quitter Lyon. Le plaisir que toute cette -famille de Bagnols eut à jouir pendant quelques jours de -la société de madame de Sévigné fit qu'on ne crut jamais -lui prodiguer assez de soins, assez d'attentions. «On me -promène, on me montre, je reçois mille civilités. J'en -suis honteuse; je ne sais ce qu'on a à me tant estimer<a id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor"> [501]</a>.»</p> - -<p>Elle alla dans une des deux bastilles de Lyon, celle de -Pierre-Encise, rendre visite à un ami prisonnier, dont il -est difficile de deviner le nom par la seule lettre initiale -F. Il n'en est pas de même d'un monsieur M., chez -lequel elle dit qu'on doit la mener pour voir «son cabinet -<span class="pagenum"><a id="Page_199"> 199</a></span> -et ses antiquailles.» Nul doute qu'il ne soit ici question -de M. Mey, riche amateur des beaux-arts, Italien d'origine, -dont les étrangers qui passaient à Lyon allaient visiter -la maison, située à la montée des Capucins, célèbre -par sa belle vue, la magnifique collection de tableaux et -les beaux objets d'antiquité qu'elle renfermait. On y admirait -surtout alors ce beau disque antique en argent -connu sous le nom de <i>bouclier de Scipion</i>, qui fut acheté -par Louis XIV après la mort de M. Mey et qui est aujourd'hui -un des ornements du cabinet des médailles de -la Bibliothèque nationale<a id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor"> [502]</a>.</p> - -<p>Cependant ce ne fut pas chez l'intendant que logea madame -de Sévigné, mais chez un beau-frère de M. de Grignan, -Charles de Châteauneuf, chanoine-comte et chamarier -de l'église de Saint-Jean de Lyon: «C'est, dit-elle, un -homme qui emporte le cœur, une facilité et une liberté -d'esprit qui me convient et qui me charme.» Elle fut aussi -très-satisfaite de faire connaissance avec la sœur de M. de -Grignan, la comtesse de Rochebonne, qui ressemblait à -son frère d'une manière étonnante. Elle était veuve du -comte de Rochebonne, commandant du Lyonnais. Madame -de Sévigné reçut la visite d'une autre veuve parente -de Bussy-Rabutin, Anne de Longueval, veuve de -Henri de Senneterre, marquis de Châteauneuf, que sa -mère fut accusée d'avoir fait assassiner<a id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor"> [503]</a>. La marquise de -Senneterre porta longtemps le deuil, et sembla regretter -<span class="pagenum"><a id="Page_200"> 200</a></span> -son mari, mais elle trouvait peu de personnes disposées -à sympathiser aux marques de sa douleur, et même à -croire à leur sincérité<a id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor"> [504]</a>.</p> - -<p>Après les trois jours donnés à madame de Coulanges, -madame de Sévigné partit de Lyon, s'embarqua le vendredi -29 juillet au matin, et alla coucher à Valence. Puis -elle fut confiée aux soins des patrons de barque choisis -par l'intendant. «J'ai de bons patrons, dit-elle dans sa -lettre à madame de Grignan; surtout j'ai prié qu'on ne -me donnât pas les vôtres, qui sont de francs coquins: on -me recommande comme une princesse.» Le trajet qu'elle -avait parcouru dans cette journée était de 99 kilomètres, -ou 24 lieues trois quarts. Le lendemain, samedi 30 juillet, -elle était, à une heure après midi, à Robinet sur le Robion, -lieu où l'on débarque pour se rendre à Montélimart. Madame -de Grignan vint la prendre dans sa voiture; et, après -avoir franchi les quatre lieues qui séparent le château de -Grignan de Montélimart, la mère et la fille se trouvèrent -enfin réunies sous le même toit. Leur séparation avait duré -un an et sept mois<a id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor"> [505]</a>. La distance parcourue par madame -de Sévigné depuis Paris était de 620 kilomètres ou 150 -lieues de poste. Dix-sept jours avaient été employés pour -faire ce trajet; mais on doit en retrancher huit pour les -séjours à Montjeu et à Lyon; il en résulte que la journée -moyenne était de 67 kilomètres ou de 16 lieues par jour. -<span class="pagenum"><a id="Page_201"> 201</a></span> -La durée de ce trajet eût été plus longue si une partie -n'en avait pas été faite par eau. Rendue à Grignan sans -autre accident que la perte d'un de ses chevaux qui se -noya, madame de Sévigné, ainsi que son oncle, ses femmes -de chambre et son abbé de la Mousse, arrivèrent en -parfaite santé, quoiqu'elle annonce malignement que ce -dernier, dès son entrée à Lyon, était tout étonné de se -trouver encore en vie après un si grand et si périlleux -voyage.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_202"> 202</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE VIII.<br /> -<span class="medium">1672.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Le court séjour de madame de Sévigné à Lyon accroît son intimité -avec madame de Coulanges.—Dans les lettres que celle-ci lui écrit -à Grignan, elle lui annonce l'arrivée de Villeroi à Lyon.—Cet exil -est la cause du rappel du chevalier de Lorraine.—Fâcheux effets -de ce rappel.—Débauche chez M. le duc d'Enghien.—Le chevalier -de Lorraine habile à séduire les femmes.—Le marquis de -Villeroi plus séduisant encore.—Il est nommé le <i>charmant</i>.—Aveu -singulier de madame de Sévigné.—Son explication.—Conjectures -sur la cause de l'exil de Villeroi.—Il se rend à l'armée -de l'électeur de Cologne.—Le roi le force de retourner à Lyon.—Ses -intrigues d'amour à Lyon.—Il se retire à sa terre de Neufville, -désespéré de l'infidélité d'une maîtresse de la cour, désignée -dans les lettres sous le nom d'<i>Alcine</i>.—Les indiscrétions de Villeroi -sur cette liaison ont été la cause de son exil.—Alcine n'est -point la comtesse de Soissons.—Détails sur cette comtesse et sur -sa liaison avec Villeroi.—Le <i>gros cousin</i> de madame de Coulanges -n'est point Louvois, mais son frère l'archevêque de Reims.—Portrait -de cet archevêque et détails sur ses liaisons avec -la duchesse d'Aumont.—Il suit le roi à l'armée, et inaugure, -dans la cathédrale de Reims, des drapeaux pris sur les Hollandais.—<i>Alcine</i> -est la duchesse d'Aumont.—Détails sur cette duchesse.—Son -caractère, sa vie décente.—Ses liaisons amoureuses.—Dévote -dans l'âge avancé.—Son genre de dévotion.—Contraste -entre certaines dévotes.—Liaisons amoureuses de la duchesse -d'Aumont, avant sa conversion, avec Caderousse, le -marquis de Biran et le marquis de Villeroi.—Le mystère de sa -liaison avec l'archevêque de Reims est dévoilé par le beau-fils -de la duchesse d'Aumont, le marquis de Villequier.—On n'ajoute -pas foi à ses révélations.—La comtesse de Soissons reprend -son ascendant sur le marquis de Villeroi.—On s'intéressait -<span class="pagenum"><a id="Page_203"> 203</a></span> -aux intrigues amoureuses des hommes renommés par leurs séductions.—Cause -de l'indulgence générale pour les fautes que l'amour -fait commettre.—Vardes séduit mademoiselle de Toiras.—Scène -de désespoir entre ces deux amants, jouée par madame de -Coulanges et par Barillon.—Madame de Sévigné redoute la visite -de Villeroi à Grignan.—Bruit qui court à Paris sur Vardes et -Villeroi.—Madame de Coulanges part pour Lyon, et se rend à -Paris.</p> - -<p class="space">Le court séjour de madame de Sévigné à Lyon et le -peu de temps passé dans la société de madame de Coulanges -accrurent encore leur attachement mutuel. Ces deux -amies ne pouvaient se passer l'une de l'autre; toutes deux, -connaissant parfaitement le monde et la cour, s'intéressaient -plus vivement à tout ce qui s'y passait; toutes deux -aimaient à railler et à médire<a id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor"> [506]</a>, non par haine, non par -malice, non par envie, mais pour exercer leur esprit, pour -s'amuser et s'instruire mutuellement de ce qui se passait -autour d'elles. Quand elles ne pouvaient converser ensemble, -elles s'écrivaient. Madame de Sévigné, le jour -même de son départ de Lyon, écrivit à madame de Coulanges, -et puis encore le lendemain en arrivant à Grignan<a id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor"> [507]</a>.</p> - -<p>Une des réponses de madame de Coulanges roule presque -en entier sur le marquis de Villeroi, gouverneur de -Lyon, et qui venait d'y arriver; il regrettait beaucoup de -n'y plus retrouver madame de Sévigné. Celle-ci, avant -son départ de Paris, avait su que le marquis de Villeroi -était exilé à Lyon, et elle avait mandé cette nouvelle à -sa fille. Le motif de cette sévérité de Louis XIV envers -un de ses courtisans qu'il aimait le mieux, et qui avait -<span class="pagenum"><a id="Page_204"> 204</a></span> -été le compagnon de son enfance, était inconnu. On savait -seulement qu'il était le résultat d'une indiscrétion et -de paroles imprudentes prononcées chez la comtesse de -Soissons<a id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor"> [508]</a>. C'est cet exil qui donna occasion à <span class="smallc">Monsieur</span> -de demander au roi le rappel du chevalier de Lorraine. -Ce rappel ne surprit pas moins que la défense faite à Villeroi -d'accompagner Louis XIV à l'armée et l'ordre -qu'il reçut de se rendre à Lyon. Au milieu des grands -événements de la guerre, on s'en préoccupa à la cour. -Les détails de l'entretien des deux frères au sujet de ce -rappel nous prouvent combien était grand l'effet du despotisme -de Louis XIV sur sa famille, la crainte qu'il inspirait -à tout ce qui l'entourait et la profonde humiliation -de <span class="smallc">Monsieur</span>. Il faut que les singulières particularités -de cet entretien aient été racontées par le roi lui-même -ou par Monsieur, pour que madame de Sévigné, en les -transmettant à sa fille, puisse lui écrire: «Vous pouvez -vous assurer que tout ceci est vrai: c'est mon aversion -que les faux détails, mais j'aime les vrais. Si vous n'êtes -de mon goût, vous êtes perdue, car en voici d'infinis<a id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor"> [509]</a>.» -Il est difficile d'admettre qu'il y ait eu un seul témoin de -cette étrange scène.</p> - -<p>Ce retour du chevalier de Lorraine produisit, parmi les -courtisans de <span class="smallc">Monsieur</span>, un redoublement de débauche -qui scandalisait cette cour galante et si peu scrupuleuse. -C'est alors que les lettres de madame de Sévigné et les libelles -du temps nous signalent un honteux libertinage, des -<span class="pagenum"><a id="Page_205"> 205</a></span> -fêtes, des parties de chasse et des repas splendides faits à -Saint-Maur au milieu de la nuit, sans aucun égard pour les -prescriptions du carême ou plutôt avec la coupable intention -d'assaisonner la débauche par l'impiété. Le duc d'Enghien, -fils du prince de Condé, était un des grands promoteurs -de ces orgies; et madame de Sévigné figura dans -une de ces parties, où se trouvaient les deux filles de la -maréchale de Grancey, qu'on appelait les <i>anges</i> (l'une, -mademoiselle de Grancey, avait le titre de madame, -parce qu'elle était chanoinesse; l'autre était madame de -Marey), et avec elles mesdames de Coëtquen et de Bordeaux, -et la comtesse de Soissons<a id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor"> [510]</a>. La présence à la cour -du chevalier de Lorraine, qui était l'indispensable acteur -dans toutes ces parties, fournit aussi à madame de Sévigné<a id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor"> [511]</a> -l'occasion d'entretenir madame de Grignan d'une -des filles d'honneur de la reine, mademoiselle de Fiennes. -Elle avait été enlevée par le chevalier de Lorraine avant -qu'il fût exilé; il la délaissa, quoiqu'il en eût eu un fils -qui fut élevé avec les enfants de la comtesse d'Armagnac, -à la vue du public, dit madame de Sévigné. Après son -retour, il reconnut cet enfant.</p> - -<p>Le chevalier de Lorraine, profondément dissimulé, avait -cependant une physionomie ouverte et enjouée, qui convenait -à madame de Sévigné; il déplaisait à sa fille, probablement -meilleure physionomiste. Lui, Vardes et Villeroi -<span class="pagenum"><a id="Page_206"> 206</a></span> -étaient considérés comme les plus dangereux séducteurs; -mais Villeroi l'emportait alors sur ses deux rivaux par -sa jeunesse, par les agréments de sa personne, par la -magnificence et le goût de sa parure, la grâce de ses belles -manières, son habileté et son adresse dans tous les exercices -du corps, sa force et sa belle santé, qui le rendaient -en tout infatigable<a id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor"> [512]</a>.</p> - -<p>Madame de Coulanges ne tarit pas dans ses lettres sur -les louanges qu'elle donne au <i>charmant</i>. Madame de Sévigné -témoigne pour son amie, sur l'effet de cet engouement, -des craintes qui paraissent sérieuses; et, à ce sujet, -elle fait un aveu trop important pour que son biographe -le laisse passer inaperçu.</p> - -<p>Elle était à Livry, où son cousin Coulanges vint la voir; -et elle écrivit à sa fille le 2 juin, alors qu'elle se disposait -à se rendre à Lyon et en Provence: «M. de Coulanges, -dit-elle, est charmé du marquis de Villeroi. Il (Coulanges) -arriva hier au soir. Sa femme, comme vous dites, a donné -tout au travers des louanges et des approbations de ce -marquis. Cela est naturel; il faut avoir trop d'application -pour s'en garantir. Je me suis mirée dans sa lettre, mais -je l'excuse mieux qu'on ne m'excusait<a id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor"> [513]</a>.» Le marquis de -Villeroi n'était alors âgé que de vingt-neuf ans, et madame -de Sévigné en avait quarante-six. Dans ce retour qu'elle -fait sur elle-même, elle ne pouvait penser au temps présent; -elle fait allusion à l'époque de sa jeunesse, alors que, -<span class="pagenum"><a id="Page_207"> 207</a></span> -compromise par la publication du perfide ouvrage de Bussy, -elle ne trouva personne qui voulût l'excuser de s'être trop -complue aux louanges que lui donnait son cousin, et de -ne s'être pas assez refusée au plaisir que lui faisaient -éprouver ses spirituelles saillies et sa réjouissante conversation<a id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor"> [514]</a>.</p> - -<p>Le marquis de Villeroi alla d'abord à Lyon, pour obéir -aux ordres du roi; mais il s'en écarta presque aussitôt, et -partit pour se rendre près de l'électeur de Cologne, voulant -servir Louis XIV au moins dans l'armée de ses alliés<a id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor"> [515]</a>. -Ce zèle ne réussit pas, et le roi lui ordonna de retourner -à Lyon<a id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor"> [516]</a>.</p> - -<p>A cette époque, le marquis de Villeroi était réellement -amoureux d'une femme de la cour. Il avait retrouvé à -Lyon une madame Salus, femme d'un financier, qu'il -avait séduite. Quand il la revit après un assez long intervalle, -il trouva chez elle une madame Carles, qui lui parut -plus belle, et les attentions qu'il eut pour celle-ci divisèrent -les deux amies<a id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor"> [517]</a>; mais ni l'une ni l'autre ne purent -le distraire d'une passion où, contre son ordinaire, son -cœur était engagé. Nous avons vu, par l'exemple de Sidonia, -que, bien différent de Vardes, le marquis de Villeroi, -quand il était véritablement épris d'une femme, ne gardait -plus ni discrétion ni mesure. Il est probable que les -paroles qu'il prononça chez la comtesse de Soissons et -qui furent la cause de son exil avaient trait à cette passion. -<span class="pagenum"><a id="Page_208"> 208</a></span> -L'inconduite fut le seul motif qu'allégua Louis XIV -pour justifier sa rigueur envers le jeune Villeroi; et le -vieux maréchal duc, son père, reçut de la bouche royale -l'assurance que la pénitence ne serait pas de longue durée<a id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor"> [518]</a>. -Mais Villeroi, à la fois dévoré par l'amour et par l'ambition, -était désespéré de se voir condamné à un honteux -repos quand il aurait pu se distinguer à la conquête de -la Hollande par des actions d'éclat, et gagner des grades -à l'armée. Il était désolé surtout que son exil à Lyon -l'éloignât d'une maîtresse adorée. Très-peu disposé à -se prévaloir des liaisons qu'il avait formées ou à en chercher -de nouvelles, il se retira dans sa terre de Neufville, -à quatre lieues de Lyon, n'y recevant personne. Madame -de Coulanges écrit à madame de Sévigné: «Écoutez, -madame, le procédé du <i>charmant</i>. Il y a un mois que je -ne l'ai vu; il est à Neufville, outré de tristesse; et quand -on prend la liberté de lui en parler, il dit que son exil est -long; et voilà les seules paroles qu'il ait proférées depuis -l'infidélité de son <i>Alcine</i><a id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor"> [519]</a>. Il hait mortellement la chasse, -et il ne fait que chasser; il ne lit plus, ou du moins il ne -sait ce qu'il lit; plus de Salus, plus d'amusement: il a un -mépris pour les femmes qui empêche de croire qu'il méprise -celle qui outrage son amour et sa gloire..... Je suis -de votre avis, madame, je ne comprends pas qu'un amant -ait tort, parce qu'il est absent; mais qu'il ait tort étant -présent, je le comprends mieux. Il me paraît plus aisé de -conserver son idée sans défauts pendant l'absence; Alcine -<span class="pagenum"><a id="Page_209"> 209</a></span> -n'est pas de ce goût; le <i>charmant</i> l'aime de bien bonne -foi: c'est la seule personne qui m'ait fait croire à l'inclination -naturelle; j'ai été surprise de ce que je lui ai entendu -dire là-dessus..... Le bruit de la reconnaissance -que l'on a pour l'amour de mon gros cousin se confirme. -Je ne crois que médiocrement aux méchantes langues; -mais mon cousin, tout gros qu'il est, a été préféré à -des tailles plus fines; et puis, après un petit un grand. -Pourquoi ne voulez-vous pas qu'un gros trouve sa -place<a id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor"> [520]</a>?»</p> - -<p>Et quatre mois après, de retour à Paris ainsi que Villeroi<a id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor"> [521]</a>, -madame de Coulanges écrit encore à son amie: «Le -marquis de Villeroi est si amoureux qu'on lui fait voir -ce que l'on veut. Jamais aveuglement ne fut pareil au -sien; tout le monde le trouve digne de pitié, et il me paraît -digne d'envie: il est plus charmé qu'il n'est <i>charmant</i>; -il ne compte pour rien sa fortune, mais la belle -compte Caderousse pour quelque chose, et puis un autre -pour quelque chose encore: un, deux, trois, c'est la pure -vérité! Fi! je hais les médisances.»</p> - -<p>Madame de Coulanges, toujours préoccupée et en quelque -sorte tourmentée de l'illusion de Villeroi et de la -ruse dont il est la dupe, dit encore: «L'histoire du <i>charmant</i> -est pitoyable; je la sais..... Orondate était peu -amoureux auprès de lui: c'est le plus joli homme, et son -<i>Alcine</i> la plus indigne femme<a id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor"> [522]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_210"> 210</a></span> -Ni ces dernières paroles ni celles qui les précèdent ne -peuvent, sous la plume de madame de Coulanges, s'appliquer, -ainsi qu'on l'a prétendu<a id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor"> [523]</a>, à madame Dufresnoy. -C'est dans cette même lettre, où madame de Coulanges -parle de l'<i>indigne femme</i>, qu'elle apprend à madame de -Sévigné l'admiration qu'excita madame Dufresnoy, dont -la beauté, dit-elle, «efface sans miséricorde celle de mademoiselle -S****<a id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor"> [524]</a>, réputée si belle.» Madame de Coulanges -ne tarda pas à se lier intimement avec madame Dufresnoy<a id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor"> [525]</a>. -Elle ne parle jamais que favorablement de l'<i>amie intime</i> -de son cousin ministre. <i>Alcine</i> n'est pas plus la comtesse -de Soissons que le gros cousin n'est Louvois. Il est bien -vrai que le marquis de Villeroi était alors (avec plusieurs -autres) engagé dans les liens de la comtesse<a id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor"> [526]</a>, et qu'il eut -du regret de les voir rompre, lorsque des soupçons trop -fondés forcèrent cette femme criminelle à s'exiler<a id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor"> [527]</a>. De -toutes les nièces du cardinal Mazarin dont Louis XIV adolescent -fut entouré, Olympe Mancini fut celle qu'il parut -<span class="pagenum"><a id="Page_211"> 211</a></span> -d'abord préférer; et comme les effets de la première effervescence -de l'âge sur lui étaient un secret maternel soigneusement -gardé<a id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor"> [528]</a>, son inclination naissante pour Olympe -Mancini, qui le révéla à toute la cour, devint l'objet de -l'attention générale. Fouquet obtint alors de son poëte -favori un joli madrigal pour célébrer cette première victoire -de l'amour, remportée par les yeux d'Olympe sur le -cœur du jeune monarque<a id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor"> [529]</a>. Ambitieuse, sensuelle, Olympe -Mancini comprit les obstacles que pourrait mettre à son -établissement la préférence que lui donnait le roi; et elle -chercha à diriger sur sa sœur Marie, plus sensible, plus -capable d'un attachement sincère, les mouvements de ce -cœur que tourmentait le besoin d'aimer et d'être aimé.</p> - -<p>Olympe Mancini obtint plus d'ascendant sur Louis XIV -en servant sa passion qu'en la partageant: en facilitant ses -rendez-vous, en l'entourant de tous les agréments de sa -jeune société, qu'elle animait par son esprit, elle sut -se rendre indispensable. Elle voulait que la faveur dont -elle jouissait servît à lui assurer un établissement proportionné -à ses ambitieux désirs. Sa sœur Louise-Victoire -avait épousé le duc de Mercœur<a id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor"> [530]</a>. Lorsque le prince -de Conti se décida à prendre pour femme une des nièces -de Mazarin, il choisit la belle et vertueuse Martinozzi. -Olympe ne dissimula point le dépit qu'elle ressentait -de n'avoir pas été préférée à sa cousine germaine<a id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor"> [531]</a>. Offerte -<span class="pagenum"><a id="Page_212"> 212</a></span> -au grand maître, fils du maréchal de la Meilleraye, -Olympe fut refusée; mais ce fut un bonheur pour son -orgueil et son ambition, puisqu'elle épousa le prince -Eugène de Savoie, comte de Soissons<a id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor"> [532]</a>; et la charge de -surintendante de la maison de la reine, que Mazarin -fit alors créer pour elle, la plaçait dans un rang élevé, -ajoutait à sa fortune et lui donnait de grandes prérogatives.</p> - -<p>«Rien n'est pareil, dit Saint-Simon, à la splendeur de -la comtesse de Soissons, de chez qui le roi ne bougeait -avant et après son mariage, et qui était la maîtresse de la -cour et des grâces, jusqu'à ce que la crainte d'en partager -l'empire avec les maîtresses la jeta dans une folie qui la -fit chasser avec Vardes et le comte de Guiche. La comtesse -de Soissons fit la paix, et obtint son retour par la -démission de sa charge, qui fut donnée à madame de -Montespan<a id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor"> [533]</a>.»</p> - -<p>Cette folie dont parle Saint-Simon est, on le sait, l'intrigue -ourdie par la comtesse de Soissons, Vardes et mademoiselle -de Montalais, pour faire chasser la Vallière<a id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor"> [534]</a>. -Après son retour, la comtesse de Soissons perpétua son pouvoir -par ses liaisons, ses intrigues et ce charme magique -que donne à la femme sans pudeur l'expérience de la faiblesse -de l'homme. L'ambition et la volupté étaient les -enchantements qu'employait cette Circé de la cour pour -inspirer à ses amants le désir de ne pas se séparer d'elle; -mais, avec ses appas surannés et ses habitudes volages, il -ne pouvait subsister entre elle et eux de sentiments passionnés -<span class="pagenum"><a id="Page_213"> 213</a></span> -ni une constance qu'elle ne s'imposait pas à -elle-même. Aussi Villeroi, qui avait succédé à Vardes dans -ses bonnes grâces, avait pu céder aux charmes attrayants -de madame de Monaco et à la passion que lui inspira ensuite -la marquise de Courcelles, sans exciter le ressentiment -de la comtesse de Soissons, sans faire cesser les -habitudes d'une liaison que renouaient par intervalle les -calculs de l'intérêt et les caprices des sens. La comtesse -de Soissons ne pouvait s'empêcher d'accorder à Villeroi -cette large part d'indulgence qu'elle réclamait pour elle-même.</p> - -<p>Tel n'est point le caractère de la passion qui subjuguait -alors le marquis de Villeroi, telle n'est point l'idée que nous -en donne l'amie de madame de Sévigné et madame de Sévigné -elle-même. C'est un amour récent, dont la violence -et l'aveuglement étonnent surtout madame de Coulanges. -C'est donc une jeune femme, dont les déréglements, s'ils -étaient réels, sont encore enveloppés de mystère, puisque -Villeroi se refuse à y croire. Mais il y avait peu de mystères -de ce genre pour madame de Coulanges: sa vie dissipée -et toute mondaine, sa parenté avec un ministre, sa -familiarité avec les plus hauts personnages de la cour lui -donnaient les moyens, dont elle usait amplement, de surprendre -les secrets des intrigues les plus cachées, même -celles des femmes qui, succombant aux séductions qui les -assiégeaient, tenaient assez à leur réputation pour conserver -les apparences d'une conduite régulière. Telle était celle -qui avait fasciné le marquis de Villeroi. En tout temps -soumise aux pratiques extérieures de la religion, il lui -était facile de dissimuler l'intimité d'une liaison coupable -avec un ecclésiastique. Cet ecclésiastique, ce rival heureux -de Villeroi, était ce gros abbé auquel, lorsque, par l'effet -<span class="pagenum"><a id="Page_214"> 214</a></span> -d'une faveur inouïe, il fut nommé à l'un des premiers -siéges épiscopaux de France<a id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor"> [535]</a>, madame de Coulanges disait: -«Quelle folie d'aller à Reims! Et qu'allez-vous faire -là? vous vous ennuierez comme un chien. Demeurez ici, -nous nous promènerons<a id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor"> [536]</a>.»</p> - -<p>Oui! l'amant d'<i>Alcine</i> ne peut être que cet abbé le -Tellier, que cet autre cousin de madame de Coulanges, -avec lequel madame de Grignan n'avait cessé, depuis sa -jeunesse<a id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor"> [537]</a>, d'être en correspondance, à qui elle négligeait -de répondre, même après qu'il lui avait écrit deux -lettres consécutives; cet abbé que ni sa mère, ni elle, -ni madame de Coulanges, toutes les fois qu'elles en parlaient<a id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor"> [538]</a>, -ne pouvaient se résoudre à prendre au sérieux, -quoiqu'il fût l'un des princes de l'Église de France; spirituel, -instruit, habile administrateur; cachant sous des manières -brusques l'adresse du courtisan; mais présomptueux, -arrogant, aimant le luxe, la magnificence et la -bonne chère, et, par ses allures décidées et tranchantes, -ressemblant plus à un colonel de dragons qu'à un prélat<a id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor"> [539]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_215"> 215</a></span> -Il y a lieu de croire que quelques paroles prononcées -chez la comtesse de Soissons par Villeroi, et qui occasionnèrent -son exil, étaient de nature à blesser la réputation -de cet archevêque de Reims, alors en grande faveur à la -cour. Ce qui est certain, c'est que pour cette campagne, -qui fut la plus glorieuse de toutes celles de son règne, -Louis XIV écarta de l'armée et condamna à un honteux -repos un jeune guerrier compagnon de sa jeunesse, dont -il devait faire un jour un maréchal de France<a id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor"> [540]</a>, et qu'il -permit à un archevêque, qui n'était point alors son grand -aumônier<a id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor"> [541]</a> et que le devoir obligeait à résider dans son -diocèse, de l'accompagner. Tandis que Villeroi, retiré -à Neufville, s'indignait de son oisiveté, le Tellier, de -retour de sa guerrière excursion, le samedi 15 octobre -(1672), arborait triomphalement, dans la nef de l'église -de Notre-Dame de Reims, dix-neuf enseignes d'infanterie -prises sur les Hollandais<a id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor"> [542]</a>.</p> - -<p>La femme que madame de Coulanges et madame de Sévigné -désignent sous le nom d'<i>Alcine</i> est la duchesse -d'Aumont. Des trois filles de la maréchale de la Mothe, -toutes trois belles, toutes trois mariées fort jeunes à des -hommes d'une haute naissance qu'elles ne purent aimer, -la duchesse d'Aumont était l'aînée et la plus belle: ce fut -aussi celle qui mit le plus de discrétion dans le nombre et -le choix de ses amants. Le duc d'Aumont, beaucoup plus -âgé qu'elle, avait, lorsqu'il l'épousa, deux fils et deux -filles de sa première femme, Madeleine le Tellier, sœur de -<span class="pagenum"><a id="Page_216"> 216</a></span> -Louvois et de l'archevêque de Reims; de sorte que la duchesse -d'Aumont se trouvait apparentée avec le Tellier -et par conséquent aussi avec madame de Coulanges<a id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor"> [543]</a>.</p> - -<p>La duchesse d'Aumont, dans son âge avancé, compta -parmi les femmes qui, après avoir été célèbres par leurs -aventures galantes, se faisaient remarquer par leur grande -dévotion; mais c'était de cette dévotion fastueuse qui -s'annonçait à tous par l'absence de rouge, par de grandes -manches et une mise particulière, par une affectation de -pratiques rigoureuses, par un grand renfort de directeurs -et de confesseurs. Madame de Sévigné, dans les lettres -toutes confidentielles qu'elle écrit à sa fille, exerce souvent -sur ces femmes sa spirituelle malice; et ses éloges railleurs -font présumer qu'elle croyait peu à la sincérité de -leur foi. Nous pensons qu'elle se trompait: la vanité est -un défaut tellement inhérent à notre nature que le plus -grand triomphe du christianisme est d'empêcher que -ce méprisable sentiment ne se glisse involontairement -jusque dans l'exercice des actions les plus vertueuses. La -foi la plus sincère ne nous garantit pas toujours de ce -danger. Ce qui faisait naître la défiance de madame de -Sévigné sur les femmes qui restaient dans le monde après -leur conversion, et qui semblaient aspirer à la gloire de lui -servir d'exemple et de modèle, c'est la comparaison qu'elle -faisait d'elles avec ces grandes pécheresses dont la subite -transformation, opérée par une grâce toute divine, excitait -à la fois sa surprise et son admiration. Si humbles, si douces, -si bonnes, si retirées, si entièrement dévouées aux -bonnes œuvres, à la pénitence, au repentir, si complétement -<span class="pagenum"><a id="Page_217"> 217</a></span> -absorbées par le saint amour de Dieu, et en même -temps si calmes, si contentes, si réjouies de leur état, elles -étaient les premières à condamner et à flétrir la folie de -leur vie passée; elles en parlaient sans exagération et -sans vains détours, avec une joyeuse pitié, comme -d'un désir maladif dont on est heureusement guéri<a id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor"> [544]</a>; -et tout cela sans avoir besoin de conseils, d'exhortations, -d'éloquents sermons; n'aimant le prêtre qu'à -l'autel et au confessionnal, n'implorant de lui que le pain -céleste, l'absolution et la prière. Telle alors se montra, -après le brisement de cœur causé par la mort du chevalier -de Longueville, la comtesse de Marans, cette <i>Mélusine</i> -envers laquelle madame de Sévigné s'était longtemps -montrée si cruelle et dont, par une sorte d'amende honorable, -elle trace à sa fille une admirable peinture, bien -propre à faire envier à celle-ci, au milieu des grandeurs -du monde, de ses agitations et de ses tourments, l'oubli -de toutes les peines, de toutes les passions et le calme -bonheur de cette nouvelle convertie.</p> - -<p>Il n'est pas impossible que la religion, qui domina la -duchesse d'Aumont dans son âge mûr, ne lui ait inspiré -dans sa jeunesse assez de crainte et de respect pour qu'elle -se soumît à ses prescriptions, mais sans lui donner la -force suffisante pour résister à la violence des penchants -<span class="pagenum"><a id="Page_218"> 218</a></span> -qui l'entraînaient. Dans ce siècle, les exemples de ce -genre sont fréquents, sans compter celui de Louis XIV. -Alors s'explique comment une certaine exactitude à remplir -ses devoirs religieux aurait donné à la duchesse d'Aumont -plus de retenue<a id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor"> [545]</a>, et comment ses liaisons amoureuses -furent plus cachées et causèrent moins de scandale -que celles de ses deux sœurs, la duchesse de la Ferté -et la duchesse de Ventadour.</p> - -<p>Cependant le secret des amours de la duchesse d'Aumont -fut assez connu pour fournir, quand elle vivait, le sujet -d'un de ces romans où l'auteur, comme Bussy dans son -libelle, montre une trop grande connaissance des noms, -des qualités, des caractères et de l'âge des personnages -qu'il met en scène pour que les faits principaux qu'il leur -attribue ne soient pas le résultat de ce qui se disait, à tort -ou à raison, à la cour et dans le grand monde. Nous avons -encore une autre preuve de la vérité des assertions du -romancier: c'est que lorsque parurent les Caractères de -la Bruyère, toutes les clefs écrites et mises en marge -de ce livre par les personnes du temps portaient le nom -de la duchesse d'Aumont auprès des caractères qui peignent -les femmes à la fois galantes et dévotes<a id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor"> [546]</a>.</p> - -<p>Les faits énoncés sous la forme d'un roman acquièrent -une valeur historique lorsqu'ils ont été sérieusement avancés -par des personnes placées de manière à en être bien informées. -Or, dans les libelles diffamatoires du genre des -<i>Amours des Gaules</i>, publiés en Hollande du vivant de la -<span class="pagenum"><a id="Page_219"> 219</a></span> -duchesse d'Aumont, dans les chansons du temps et dans -les notes historiques de ces chansons, les deux derniers -amants qu'on lui prête sont précisément ceux que nomme -madame de Coulanges: Caderousse et l'archevêque de -Reims<a id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor"> [547]</a>; et ils dépeignent ce dernier comme ayant un -embonpoint remarquable. Cet archevêque, dans tous ces -libelles, ne se trouve mêlé à aucune autre intrigue de ce -genre: la séduction de la duchesse d'Aumont est le seul -méfait qu'on lui attribue; ce qui prouve que ces auteurs -ont écrit avant les préférences marquées qu'il eut pour la -marquise de Créquy, sa nièce, fille de Madeleine le Tellier -et du duc d'Aumont<a id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor"> [548]</a>. Par la même raison, ils n'ont pu -ajouter la belle-fille à la belle-mère dans la scandaleuse -histoire du <i>gros cousin</i> de madame de Coulanges. Ce -surnom de <i>gros cousin</i> était au moins aussi applicable à -l'archevêque de Reims qu'à son frère le ministre Louvois. -Si dans les répertoires des intrigues de l'époque il -n'est pas fait mention de Villeroi, c'est que, relativement -à lui, le secret de cette liaison, par suite de la sévérité -du roi, aura été mieux gardé.</p> - -<p>La duchesse d'Aumont fut mariée à l'âge de dix-neuf -ans. Villeroi en avait vingt-neuf et elle vingt-deux<a id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor"> [549]</a> -lorsqu'il en fut épris; mais ils se connaissaient dès leur -<span class="pagenum"><a id="Page_220"> 220</a></span> -première jeunesse. Sous le nom de mademoiselle de Toucy, -qu'elle portait alors, la duchesse d'Aumont, à l'âge de treize -ans, avait, ainsi que le duc de Villeroi, et en compagnie -de mademoiselle de Sévigné, figuré dans les <i>ballets</i> dansés -par le roi. Lorsque mademoiselle de Toucy parut sur -ce dangereux théâtre en 1666, âgée de seize ans, dans -le <i>ballet</i> des <i>Muses</i> (Molière y figura, personnifiant -la Comédie), elle représentait avec Villeroi une scène -de bergère avec son berger<a id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor"> [550]</a>. Ces souvenirs de jeunesse -ont pu contribuer, quelques années après, à l'attrait -qui les unit. Il est probable que la duchesse d'Aumont -sacrifia Caderousse à Villeroi<a id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor"> [551]</a>; peut-être le marquis -de Biran (depuis duc de Roquelaure) succéda-t-il à -Caderousse, comme le disent les libellistes. Villeroi ne -crut pas qu'elle le trahissait pour l'archevêque de Reims. -Mais madame de Coulanges, qui connaissait bien son <i>gros -cousin</i> et de quoi il était capable, pensait tout différemment; -et, comme de fréquents et solitaires entretiens avec -un archevêque qui affectait de prendre parti pour les jansénistes -contre les jésuites<a id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor"> [552]</a> n'avaient rien qui pût porter ombrage, -madame de Coulanges ne connaissait aucun moyen -de dessiller les yeux de Villeroi. Son amour paraissait -devoir durer longtemps, et madame de Sévigné s'en -<span class="pagenum"><a id="Page_221"> 221</a></span> -étonne. Elle n'y voit de remède que par la comtesse de -Soissons, habile, quand la fantaisie lui en prenait, à -ressaisir ses jeunes amants trop longtemps écartés d'elle -et à semer la division entre eux et ses rivales.</p> - -<p>Comme la duchesse d'Aumont avait beaucoup d'embonpoint<a id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor"> [553]</a> -et peu d'esprit, madame de Sévigné écrivait à -sa fille: «Je ne puis comprendre la nouvelle passion du -<i>charmant</i>; je ne me représente pas qu'on puisse parler de -deux choses avec cette matérielle Chimène. On dit que son -mari lui défend toute autre société que celle de madame -d'Armagnac. Je suis comme vous, mon enfant; je crois toujours -voir la vieille <i>Médée</i>, avec sa baguette, faire fuir, -quand elle voudra, tous ces vains fantômes matériels<a id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor"> [554]</a>.»</p> - -<p>La défense faite à <i>Alcine</i> prouve que le duc d'Aumont -avait des soupçons sur sa femme. La duchesse d'Armagnac, -amie de M. et de madame de Coulanges, était une -précieuse sévère et d'une réputation intacte. Cette défense -prouve encore que la liaison de Villeroi et de la -duchesse d'Aumont fut tenue secrète, et que le duc -d'Aumont était loin de la soupçonner. La duchesse d'Armagnac, -sœur du maréchal de Villeroi, était la tante du -marquis de Villeroi, qui avait, par cette parenté, de faciles -occasions de voir plus souvent son <i>Alcine</i><a id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor"> [555]</a>.</p> - -<p>Ce qui peut avoir servi à donner le change à l'opinion, -<span class="pagenum"><a id="Page_222"> 222</a></span> -c'est qu'il paraît qu'à cette époque le marquis de Villequier, -fils unique du duc d'Aumont, revenu des voyages -entrepris pour achever son éducation, aurait, par le moyen -d'une femme de chambre, acquis la preuve du commerce -de son oncle l'archevêque avec la duchesse d'Aumont: -mais l'inconduite de Villequier et la haine<a id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor"> [556]</a> qu'on lui connaissait -pour sa belle-mère la défendirent contre les imprudentes -révélations de ce jeune étourdi. Elles ne firent tort -qu'à lui-même, et lui attirèrent le blâme de Louis XIV. Villeroi -refusa d'y croire. C'est ce qui fit dire à madame de -Coulanges que «rien ne pouvait lui dessiller les yeux.»</p> - -<p>Madame de Sévigné et madame de Grignan ne se -trompaient pas dans leurs prévisions sur la comtesse de -Soissons. La baguette de la vieille <i>Médée</i> (c'est ainsi qu'elles -la désignaient) exerça sa magique et salutaire influence sur -l'amant abusé de la trompeuse <i>Alcine</i>. Au lieu de s'absorber -tout entier dans un seul amour, Villeroi redevint aimable -pour toutes les femmes qui, par leur esprit, les agréments -de leurs personnes, lui semblaient dignes de ses -soins; et, en cherchant à plaire à toutes, il mérita de nouveau -pour toutes le surnom de <i>charmant</i>, que lui avait -donné madame de Coulanges. Vardes, qui avait été le rival -de Villeroi auprès de la comtesse de Soissons et de beaucoup -d'autres; Vardes, son maître dans la carrière de la -galanterie, au lieu de s'abandonner dans son exil à la tristesse -et au découragement, cherchait à se distraire par ses -triomphes en province sur des beautés qui valaient bien -celles de la cour. A cette époque, les femmes du grand -<span class="pagenum"><a id="Page_223"> 223</a></span> -monde les moins capables de faiblesse s'intéressaient aux -aventures de ces séducteurs célèbres, comme elles s'intéressent -aujourd'hui à la lecture d'un roman.</p> - -<p>La destinée que l'état social imposait en France aux -filles de grande naissance explique l'indulgence générale -pour les fautes que l'amour leur faisait commettre. Comme -tout était sacrifié à la perpétuité des familles et à leur élévation, -les filles n'étaient considérées que comme des moyens -d'alliance entre ceux que l'intérêt rapprochait. Le devoir -le plus impérieux de ces jeunes innocentes était de se -soumettre aux volontés de leurs parents pour le choix -d'un époux; ou, si on ne les mariait pas, de se laisser mettre -en religion, c'est-à-dire de se condamner à la réclusion -du cloître. Celles qui étaient malheureuses avec leurs maris -protestaient parfois ouvertement contre la tyrannie -sociale par le scandale de leur conduite, et rendaient -presque respectables les femmes qui, dans le vice, conservaient -les apparences de la vertu. On attribuait leurs égarements -passagers à la violence d'un sentiment avec -lequel on se savait gré de sympathiser.</p> - -<p>Ainsi on sut à Paris que Vardes avait séduit mademoiselle -de Toiras, la fille du gouverneur de Montpellier; -et, d'après le récit de cet amour et de sa fin, on en forma -une espèce de drame attendrissant, que l'on se plaisait à -jouer en société. Madame de Sévigné écrivit alors à sa fille<a id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor"> [557]</a>: -«Madame de Coulanges et M. de Barillon jouèrent hier -la scène de Vardes et de mademoiselle de Toiras. Nous -avions tous envie de pleurer: ils se surpassèrent eux-mêmes.» -<span class="pagenum"><a id="Page_224"> 224</a></span> -L'éloge de la grande actrice, la Champmêlé, -suit immédiatement l'éloge de Barillon comme acteur; -et cependant Barillon était un personnage important, qui -devait partir trois semaines après pour l'Angleterre, où il -fut nommé ambassadeur<a id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor"> [558]</a>. Peut-être parut-il propre à cet -emploi parce qu'il jouait bien la comédie et qu'il réussissait -auprès des femmes.</p> - -<p>Madame de Coulanges termine sa première lettre de -Lyon à madame de Sévigné en lui apprenant que l'on dit -à Paris que Vardes et Villeroi se sont rencontrés; puis -elle termine par ces mots: «Devinez où?» Madame de Sévigné -n'avait pas de peine à deviner que c'était chez madame -de Coulanges. Cette nouvelle était fausse; mais elle -était vraisemblable et pouvait avoir acquis quelque crédit, -parce qu'on savait que Vardes et Villeroi avaient toujours -recherché la société de madame de Coulanges. Elle -se montrait alors très-occupée de ce dernier. Elle annonce -à madame de Sévigné que Villeroi se propose de l'aller -voir à Grignan avec le comte de Rochebonne; mais en -même temps elle ne souhaite pas qu'il l'accompagne, -et elle indique le motif de cette répulsion: «J'ai peur, -lui écrit-elle, que vous ne traitiez mal notre gouverneur; -vos manières m'ont toujours paru différentes de celles -de madame de Salus<a id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor"> [559]</a>.»</p> - -<p>Madame de Sévigné avait une raison grave pour ne pas -désirer la visite de Villeroi. Ce séducteur de femmes avait, -par ses assiduités auprès de sa fille, avant qu'elle fût madame -<span class="pagenum"><a id="Page_225"> 225</a></span> -de Grignan, donné occasion à la calomnie de -s'exercer par de malins vaudevilles<a id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor"> [560]</a>.</p> - -<p>Ni Villeroi ni même madame de Coulanges ne vinrent -à Grignan. Madame de Coulanges quitta Lyon le 1<sup>er</sup> novembre, -pour s'en retourner à Paris, exprimant à madame -de Sévigné le regret de s'éloigner d'elle, et disant -à Corbinelli, qui de Grignan lui avait écrit qu'il voulait -être <i>son confident</i>: «Venez vous faire refuser à Paris<a id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor"> [561]</a>.»</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_226"> 226</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE IX.<br /> -<span class="medium">1673</span>.</h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Séjour de madame de Sévigné et de sa fille à Grignan.—La présence -de madame de Sévigné en Provence a un intérêt politique.—Pourquoi -la Provence était difficile à administrer.—Révolte -de cette province sous Louis XIV.—Puissance des états, des -parlements, des magistrats municipaux restreinte par la création -des intendants.—En 1639, on substitue l'assemblée des communautés -à l'assemblée des états.—Le parlement de Provence -s'unit à celui de Paris pendant la Fronde.—Le comte d'Alais -est gouverneur, ensuite le duc de Mercœur.—Mazarin conduit le -roi à Aix en 1660.—Mesures de rigueur.—Mesures plus douces.—Influence -de Forbin-Janson dans l'assemblée des communautés, -dans la ville d'Aix sur le clergé, le parlement.—Il s'établit une -rivalité entre les deux familles les plus notables de la province, -celle de Forbin-Janson, évêque de Marseille, celle de Grignan, -lieutenant général gouverneur.—Quels étaient à la cour les appuis -de l'une et de l'autre.—Madame de Grignan se met en hostilité -avec Forbin-Janson malgré les conseils de sa mère.—Pourquoi -le premier président Forbin d'Oppède ne lui était pas contraire.—Elle -reste à Grignan à cause de sa grossesse; madame de Sévigné -se rend à Aix et ensuite à Lambesc avec M. de Grignan.—Ouverture -de l'assemblée des communautés.—Leur composition.—Discours -de l'assesseur.—Vigueur des remontrances.—Le don -gratuit est accordé.—On refuse au lieutenant général gouverneur -l'entretien de ses gardes.—Cinq mille francs lui sont donnés à -titre de gratification.—On lui refuse de l'indemniser pour les -frais du courrier qui doit porter les cahiers de l'assemblée.—De -la Barben offre de les porter en cour à ses frais.—On -accepte.—L'évêque de Marseille, l'année précédente, avait porté -gratuitement ces cahiers, et discuté avec Colbert.—L'assemblée -ne tenait que trois jours pour les affaires générales.—Madame de -<span class="pagenum"><a id="Page_227"> 227</a></span> -Grignan et madame de Sévigné quittent Lambesc pour aller visiter -Marseille.—Madame de Sévigné est désirée à Marseille.—Elle -est mécontente de Forbin-Janson.—Ce prélat, évêque de -Marseille, justifié.—Madame de Sévigné écrit à Arnauld d'Andilly, -avec l'intention de le déprécier dans l'esprit de Pomponne.—Comparaison -de l'évêque de Marseille et de M. de Grignan.—Talents -et capacités de l'évêque de Marseille.—Il devient successivement -évêque de Beauvais, cardinal, grand aumônier.—Son -portrait et son beau caractère.—Comment il reçoit madame de -Sévigné à Marseille.—Il l'accompagne partout, lui donne des dîners -et des fêtes.—Elle lui fait de vive voix d'injustes reproches.—Elle -est ingrate à son égard.—Elle est enchantée de -Marseille.—Après trois jours de voyage, elle retourne à Grignan.—Couches -malheureuses de madame de Grignan.—Madame -de Sévigné et sa fille reviennent à Aix, et y séjournent.</p> - -<p class="space">Le besoin de faire cesser le déchirement de cœur qu'elle -éprouvait lorsqu'elle était séparée de sa fille chérie, le -désir de jouir de sa société, de lui épargner des fatigues -pendant sa grossesse, de l'assister dans ses couches -avaient été les seuls motifs du long voyage que madame -de Sévigné venait d'achever<a id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor"> [562]</a>. Mais l'état des affaires, -la division qui régnait entre deux familles rivales donnaient -à son arrivée en Provence et au séjour qu'elle devait -y faire une assez grande importance politique. Sa -présence dans ce pays semblait être le signal d'un accord -que, dans l'intérêt public, les uns désiraient, et que -les autres redoutaient.</p> - -<p>De tous les pays qui, par des traités, des alliances, la -ruine des grands feudataires, avaient été annexés plutôt -qu'incorporés à la France, la Provence était celui qui -<span class="pagenum"><a id="Page_228"> 228</a></span> -avait été le plus difficile à réduire sous le niveau du sceptre -royal, et il était encore celui qui exigeait le plus d'habileté -et de discernement dans le maniement des affaires -et dans le choix des hommes.</p> - -<p>Il y avait à cela plusieurs causes. La Provence avait -été, dès les siècles les plus reculés, séparée du reste de la -Gaule sauvage. Par la civilisation grecque et romaine, -elle était restée le pays le plus prospère, le plus éclairé et -le plus riche. La féodalité n'y avait pas, autant que dans -le reste de la France, appesanti son joug asservissant. -Dans les grandes villes, les franchises municipales dataient, -pour plusieurs, du temps des Romains; elles -avaient formé dans le moyen âge des espèces de républiques -presque indépendantes. Alors que toute la navigation -des peuples de l'Europe se concentrait dans la -Méditerranée, Marseille, enrichie par le génie actif de ses -habitants, était devenue une des premières villes du -monde. Comme ce pays avait été chrétien bien avant -l'invasion des barbares, et qu'Arles était, dans les -derniers temps de l'empire romain en Occident, la capitale -de toute la Gaule, la Provence renfermait deux archevêchés, -et elle comptait un plus grand nombre d'évêchés -qu'aucune autre portion de territoire français aussi -circonscrite. Enfin, c'est par cette contrée qu'après la -nuit des siècles d'invasion avaient commencé à reparaître -les sciences, la poésie, la littérature et les arts. Il -résultait de toutes ces causes, pour la Provence, une forte -nationalité, qui avait d'autant plus de peine à se fondre -dans la nationalité française que le peuple parlait une -langue riche, harmonieuse, pittoresque et plus propre -à exprimer les doux sentiments du cœur que les dialectes -franco-germaniques du nord de la Loire.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_229"> 229</a></span> -La langue provençale, la langue des <i>troubadours</i>, -n'était pas celle que parlaient, dans le nord de la France, -les <i>trouvères</i>, le roi et sa cour: ainsi les origines, la législation, -les mœurs tendaient à faire de la Provence un -pays distinct et séparé de la France. Il en était de même -du gouvernement et de l'administration. La Provence -possédait ce qui n'avait pu s'établir chez nous, des -assemblées régulières d'états généraux, c'est-à-dire une -assemblée législative qui se réunissait tous les ans et -où les trois ordres, celui des ecclésiastiques, ceux de la -noblesse et du tiers état, étaient parfaitement représentés -par les grandes notabilités, qui délibéraient en -commun sur les affaires communes. Pour les affaires particulières -de chaque partie du territoire, il y avait encore -des assemblées de communautés, qui se réunissaient -toutes les fois que le besoin le requérait. Arles et -Marseille, terres adjacentes, villes impériales, n'étaient -point comprises dans cette organisation; elles avaient leurs -priviléges, leur constitution municipale, leur législation -à part, et étaient plus démocratiquement organisées. -Un parlement, cour suprême de justice, toujours composé -d'hommes habiles et éclairés, chargé de l'exécution -des lois faites par le pays et pour le pays, maintenait -sous sa puissante juridiction les villes, les communautés, -les seigneuries.</p> - -<p>De l'assemblage de ces classes, de ces corporations, de -ces associations diverses résultaient sans doute des dissidences -que des intérêts différents ou opposés faisaient -naître; l'harmonie ne régnait pas toujours entre le parlement, -les états et les villes; mais quand il s'agissait de -défendre contre l'autorité les priviléges et les droits de la -Provence, ils se réunissaient et agissaient en commun. -<span class="pagenum"><a id="Page_230"> 230</a></span> -Ainsi la Provence était habituée à se considérer comme -un petit État à part, ayant des intérêts distincts de ceux -de la France. Sous Henri IV, il fallut employer beaucoup -d'habileté et d'énergie pour empêcher ce pays de se donner -à l'Espagne; et Sully déclare que la réduction de -Marseille par le duc de Guise est une des plus belles actions -militaires et politiques qui se soient passées de son -temps<a id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor"> [563]</a>.</p> - -<p>Pour pouvoir gouverner ce pays, il fallait donc, sinon -anéantir, au moins affaiblir l'autorité du parlement, celle -des états et celle des magistrats des villes. C'est ce que -fit Richelieu, non-seulement en Provence, mais dans -toute la France. Il créa les intendants de lois et de finances, -et, par cette despotique institution, il ôta aux parlements -toute action sur la levée des impôts et sur les -mesures d'ordre public. Il rendit ainsi ces grands corps -complétement étrangers à l'administration financière et à -la police du royaume. Il fut le premier auteur de la séparation -salutaire du pouvoir judiciaire et du pouvoir civil.</p> - -<p>Richelieu fit plus encore contre la Provence. En 1639, -pour faire voter le don gratuit et la répartition des impôts -et pour le règlement des affaires du pays, il assembla -les <i>communautés</i>, mais non les <i>états</i>, malgré l'usage -constamment suivi jusqu'alors. Comme l'assemblée des -communautés était composée à peu près des mêmes personnes -que celles qui siégeaient aux états, ce changement -était peu de chose au fond; mais les nouvelles attributions -qu'il fallut donner à l'assemblée des communautés -<span class="pagenum"><a id="Page_231"> 231</a></span> -anéantissaient de fait les priviléges de l'une et l'autre -assemblée, puisqu'elles ne semblaient plus qu'une concession -royale, qui pouvait être supprimée à volonté.</p> - -<p>De plus en plus mécontents des mesures illégales prises -pour les soumettre au sceptre royal, les Provençaux se -révoltèrent au temps de la Fronde, en 1649<a id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor"> [564]</a>, et ils firent -prisonniers le comte d'Alais, leur gouverneur, et le duc -de Richelieu, général des galères. Le parlement d'Aix, -présidé par le baron d'Oppède, s'unit au parlement de -Paris, auquel il envoya une députation pour lui offrir -une armée de quinze mille hommes prête à marcher et -tout l'argent nécessaire à sa subsistance<a id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor"> [565]</a>.</p> - -<p>Des concessions faites au parlement de Paris comme -au parlement de Provence produisirent un calme momentané. -Le comte d'Alais fut mis en liberté, et ressaisit -le pouvoir; mais, de même que le prince de Condé, par -son orgueil et ses prétentions il ralluma la guerre civile. -Le comte d'Alais, devenu duc d'Angoulême par la mort -de son père, voulut se venger du parlement d'Aix, et traiter -les Provençaux comme des rebelles<a id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor"> [566]</a>. Le parlement -(en 1652) leva des troupes pour lui résister, et en donna -le commandement au comte de Carces, lieutenant général. -Ces nouvelles recrues auraient infailliblement succombé -contre les soldats exercés du comte d'Alais si la cour -<span class="pagenum"><a id="Page_232"> 232</a></span> -n'était pas intervenue, et n'avait pas envoyé le comte de -Saint-Aignan avec un traité de paix, qu'il fit signer aux -deux partis<a id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor"> [567]</a>.</p> - -<p>Mais Marseille et plusieurs autres villes n'avaient pas -pris part à l'insurrection contre le duc d'Angoulême, -parce que celui-ci avait respecté leurs priviléges, en -même temps qu'il attentait à ceux du parlement et de -la ville d'Aix. Il résulta de cette division qu'il y eut deux -partis en Provence, le parti du parlement de Provence -et le parti de la ville de Marseille; le parti de ceux qui -s'étaient joints à la révolte et le parti de ceux qui étaient -pour la paix et avaient aidé Mazarin à la rétablir. Ces -derniers étaient en faveur auprès de la cour; les autres, -et surtout le comte de Carces et le premier président Forbin -d'Oppède, étaient en disgrâce. Mais l'ambition et l'orgueil -du prince de Condé donna une tout autre face aux -affaires de la Provence, comme à celles de toute la France. -Lorsque Mazarin se décida à faire emprisonner ce prince, -il fut forcé de changer le gouverneur de la Provence, le -duc d'Angoulême, qui, comme cousin germain de Condé, -tenait pour lui et était contre le ministre. Mazarin envoya -pour commander à sa place le duc de Mercœur, qui avait -épousé la nièce aînée des Mancini. Le duc d'Angoulême -voulut se maintenir par la force dans son gouvernement<a id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor"> [568]</a>. -Il y eut conflit entre le gouverneur destitué et le gouverneur -nouvellement nommé. Le président d'Oppède et -le comte de Carces, et avec eux la ville d'Aix, ennemis du -duc d'Angoulême, se déclarèrent pour le duc de Mercœur. -<span class="pagenum"><a id="Page_233"> 233</a></span> -La guerre se fit. Mercœur assiégea et prit Tarascon, -Saint-Tropez, et bloqua Toulon. Les villes de Marseille et -d'Arles intervinrent pour pacifier le pays; mais le duc -d'Angoulême, ayant appris que le prince de Condé s'était -retiré en Flandre, profita de l'amnistie, et laissa le champ -libre au duc de Mercœur<a id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor"> [569]</a>.</p> - -<p>Les partis cèdent à la nécessité, mais ils subsistent. En -Provence, ils s'étaient aigris par de longues dissensions. -Le duc de Mercœur s'appuya sur le parlement, qui l'avait -soutenu, et accorda toute sa confiance au premier président -d'Oppède, qui, de chef du parti des rebelles, -était devenu, par un revirement commun dans les -temps de dissensions civiles, un des soutiens de la cause -royale.</p> - -<p>Le joug du gouverneur s'appesantit sur la noblesse, qui -s'était déclarée du parti de Condé ou du duc d'Angoulême. -Mais le plus désastreux fut que d'Oppède, pour se venger -des Marseillais, détermina le duc de Mercœur à restreindre -les libertés municipales et à s'arroger le droit de nommer -les magistrats de cette ville. Le mécontentement fut -extrême, non-seulement dans Marseille, mais dans toute -la Provence; il n'y eut point de révolte ouverte, mais des -oppositions, des désobéissances continuelles aux ordres -de l'autorité.</p> - -<p>Ce fut dans le dessein de faire cesser cette espèce -d'anarchie et d'établir en Provence l'autorité souveraine -qu'en 1660 Mazarin conduisit à Aix le jeune -roi, dont l'arrivée avait été précédée par six mille hommes -de troupes. Mazarin, comme le duc de Mercœur, s'abandonna -aux conseils du président d'Oppède, et sévit -<span class="pagenum"><a id="Page_234"> 234</a></span> -avec violence contre ceux qui s'étaient montrés les plus -rebelles aux ordres de Louis XIV. «Pendant que l'on -fut à Aix, dit <span class="smallc">Mademoiselle</span> dans ses Mémoires, l'on en -châtia, l'on en fit pendre, l'on en envoya aux galères, -l'on en exila quelques-uns des principaux du parlement -dans des pays fort éloignés.» Après tous ces châtiments, -l'on chanta le <i>Te Deum</i> pour la paix<a id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor"> [570]</a>.</p> - -<p>Marseille fut traitée avec encore plus de rigueur: le -roi y entra par une brèche faite à ses remparts, comme -dans une ville conquise. Une des portes sur laquelle était -une image de Henri IV fut abattue, parce que sur le -cadre de ce bas-relief on avait gravé cette inscription, -qu'on trouva séditieuse<a id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor"> [571]</a>:</p> - -<p class="titel1">SUB CUJUS IMPERIO SUMMA LIBERTAS.</p> - -<p>On fit dresser le plan d'une citadelle à l'entrée du port, -pour dominer la ville.</p> - -<p>C'est à Aix que le prince de Condé, après sa rentrée en -France, vint se présenter au roi et faire sa soumission. -Il ne resta donc plus de traces du parti qu'il avait en Provence. -Mais ce pays, quoique soumis, n'en regrettait pas -moins ses libertés perdues; et ce fut pour adoucir les esprits -et dissiper autant que possible la haine contre le gouvernement -qu'on fit succéder aux mesures de rigueur une -administration bienfaisante et les formes légales aux -décisions arbitraires. On s'abstint, à l'exemple de Richelieu, -de réunir les états; mais les assemblées des communautés -<span class="pagenum"><a id="Page_235"> 235</a></span> -furent exactement convoquées tous les ans. -Toutefois, ces assemblées, lorsqu'on les forçait d'accomplir -des actes qui n'étaient pas de leur compétence, mais -de celle des états, avaient bien soin de rappeler les -droits et les prérogatives de ceux-ci. Lorsqu'on leur demanda -de nommer un procureur du pays-joint, elles ne -s'y refusèrent pas; mais dans le procès-verbal de nomination -elles insérèrent ces mots: «Le tout sous le bon plaisir -des prochains états<a id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor"> [572]</a>.» Prochains états dont la convocation -ne se fit jamais.</p> - -<p>Cependant le président du parlement, Forbin d'Oppède, -qui n'avait plus de vengeance à exercer et qui -rendait justice à tous avec conscience et impartialité, -assurait le maintien de l'autorité par son influence sur le -parlement et sur la ville d'Aix; mais il s'était fait trop -d'ennemis à Marseille, et durant les troubles, pour pouvoir -administrer la province. Forbin-Janson, évêque de -Digne, et ensuite évêque de Marseille en 1668, homme -d'une capacité supérieure, se faisait chérir des Marseillais, -et avait dans l'assemblée des communautés, où il était -procureur-joint, une prépondérance qui déterminait les -décisions<a id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor"> [573]</a>.</p> - -<p>Lorsqu'on nomma un lieutenant général gouverneur, -les ministres de Louis XIV durent se féliciter de voir -placer à la tête du gouvernement de cette province les -deux familles les plus notables par l'antiquité de leur -noblesse, par leurs grands domaines, par le nombre -<span class="pagenum"><a id="Page_236"> 236</a></span> -des places éminentes dont elles étaient en possession dans -l'Église, dans l'armée, dans la magistrature. Les familles -des Grignan et des Forbin-Janson, si elles avaient été -unies, auraient donné au gouvernement du roi des -moyens puissants pour administrer ce pays et pour -effacer tous les souvenirs fâcheux des révolutions et des -crimes des partis. Mais les chefs de ces deux familles, par -la nature de leurs fonctions et des devoirs qu'elles leur -imposaient, par l'origine de leur pouvoir et les causes de -leur influence, ne pouvaient marcher d'accord. Comme -hommes privés, ils pouvaient s'estimer, s'aimer même; -mais, comme hommes publics, ils se trouvaient divisés. -En effet, M. de Grignan, obligé d'assurer l'autorité -du roi, de maintenir les usurpations faites sur -la liberté du pays et de le forcer à supporter le poids -accablant des impôts, ne pouvait avoir ni le même ascendant -sur les esprits ni la même popularité que Forbin-Janson, -l'évêque de Marseille, qui défendait contre les -prétentions des états les intérêts de cette ville, et cependant -appuyait de son autorité épiscopale et de son crédit -les réclamations que les états renouvelaient en vain chaque -année. En apparence opposé à l'autorité royale, mais -dans le fait son partisan et son plus utile appui; bruyant -et hardi quand il fallait faire connaître au roi les abus de -l'administration, les besoins et la détresse de la province; -concluant toujours à l'adoption des demandes du monarque -lorsque celui-ci, pour répondre aux représentations -de l'assemblée des communes, exprimait ses volontés -directement et itérativement, mais résistant lorsque -ces demandes étaient transmises de prime abord à -cette assemblée par l'organe du lieutenant général -gouverneur, c'est ainsi que l'évêque de Marseille parvenait -<span class="pagenum"><a id="Page_237"> 237</a></span> -à substituer son influence et son autorité à celle -du lieutenant général gouverneur, et se rendait puissant -dans le pays et nécessaire au pouvoir. Par les -places qu'occupaient ses parents, le bailli de Forbin, -Forbin-Moquier, marquis d'Oppède, Forbin-Soliers<a id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor"> [574]</a>, -et aussi par les amis personnels qu'il s'était faits, -Forbin-Janson avait de puissants appuis auprès des -ministres; il était bien en cour, où d'ailleurs il se montrait -souvent. M. de Grignan y était appuyé par sa -famille et par madame de Sévigné. Les ministres n'étaient -contraires à aucune des deux familles; mais le conflit -continuel que cet antagonisme occasionnait dans les -affaires de Provence produisait une division dans les -conseils du roi; chacun des ministres suivait ses inclinations -personnelles, et subissait les influences de M. de -Forbin-Janson ou de M. de Grignan, ainsi que celles de -leurs amis.</p> - -<p>Pomponne, alors à l'apogée de la faveur, était dévoué -à madame de Sévigné. Par madame de Coulanges et les -amis et parents des Adhémar, madame de Sévigné agissait -sur Louvois et par conséquent sur le Tellier, qui inclinait -pour Grignan. Cette raison seule eût pu amener -Colbert à se tourner aussi contre ce dernier; mais un -puissant motif, et plus digne de lui, le portait à être -favorable à Forbin-Janson. Pour Colbert, qui avait toujours -les yeux ouverts sur la prospérité du commerce -de la France, Marseille était toute la Provence, et ce qui -intéressait cette ville attirait au plus haut point son -attention. Il trouvait chez l'évêque de Marseille tant de -lumières, une si grande habileté à manier les esprits -<span class="pagenum"><a id="Page_238"> 238</a></span> -qu'il avait avec raison bien plus de confiance dans cet -homme d'Église que dans un brave et honnête militaire, -dissipateur, aimant le jeu, la musique, ennemi de toute -grande contention d'esprit, et qui dans toutes les affaires -se laissait guider par sa femme.</p> - -<p>Aussi madame de Sévigné trouve-t-elle toujours Colbert -insensible à ses moyens de persuasion. Son abord la -glaçait comme le <i>vent du nord</i>, qu'elle lui donnait pour -surnom. D'ailleurs, celle qui était restée l'amie de Fouquet -et de tous ceux de sa famille, dans le malheur -qui les accablait, inspirait nécessairement de la défiance -à Colbert, et ne pouvait lui agréer. Les dispositions de -ce ministre envers madame de Sévigné la contrariaient -d'autant plus que c'était principalement de lui que ressortait -la tenue des états et tout ce qu'il y avait de -plus important dans le gouvernement de la Provence. -Il n'en était pas de même pour madame de Sévigné de -l'évêque de Marseille, du président d'Oppède, du bailli -de Forbin et de tous les Forbin. Avec ce tact fin dont -elle était douée, elle avait très-bien vu que le succès de -son gendre et de sa fille en Provence tenait à faire cesser -la rivalité qui existait entre la famille des Grignan et celle -des Forbin et à l'accord entre M. de Grignan et l'évêque -de Marseille. Elle eut envers celui-ci, lorsqu'il était à -Paris, les plus aimables procédés, et parvint à lui plaire, -ainsi qu'à Forbin d'Oppède et à tous ceux de cette famille. -Elle aurait bien voulu faire entrer madame de Grignan -dans cette voie, mais elle ne put y parvenir. Madame de -Grignan, jeune, belle et flattée, qui ne connaissait ni le -pays ni les hommes lorsqu'elle arriva en Provence, -fut très-choquée de voir que l'autorité de l'évêque de -Marseille balançait celle d'un Adhémar gouverneur, -<span class="pagenum"><a id="Page_239"> 239</a></span> -dont l'oncle était archevêque d'Arles. Par ses hauteurs -et par ses intrigues, contraires à tout ce que désirait -Forbin-Janson, par son obstination à se refuser à -toute concession, elle se fit un adversaire redoutable -d'un homme qui n'aurait pas demandé mieux que de -se servir de son influence pour arriver à ses fins, et -se rendre encore plus utile à la ville de Marseille, dont il -était le pasteur. En vain madame de Sévigné écrivait à sa -fille qu'elle était injuste envers l'évêque; «que rien n'est -plus capable d'ôter tous les bons sentiments que de marquer -de la défiance; qu'il suffit souvent d'être soupçonné comme -ennemi pour le devenir<a id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor"> [575]</a>;» en vain elle l'exhortait «à -desserrer son cœur;» en vain elle lui disait: «<i>Point d'ennemis</i>, -ma chère enfant! faites-vous une maxime de cette -pensée, qui est aussi chrétienne que politique; je dis non-seulement -<i>point d'ennemis</i>, mais <i>beaucoup d'amis</i><a id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor"> [576]</a>:» -ce précepte, si bien pratiqué par madame de Sévigné, ne -fut jamais à l'usage de madame de Grignan. Elle mettait si -peu de discernement et tant d'empressement dans ses -haines qu'en arrivant en Provence elle se persuada que -le premier président d'Oppède faisait cause commune -avec l'évêque de Marseille, parce qu'il était un Forbin -et parce que la nomination de M. de Grignan lui enlevait -l'autorité de gouverneur de la province, qu'il exerçait -au nom du parlement. Mais le président d'Oppède -était depuis longtemps acquis aux volontés du pouvoir. -Avant que son parent Forbin-Janson eût été nommé -évêque de Marseille, il avait fait trop de mal à cette ville -<span class="pagenum"><a id="Page_240"> 240</a></span> -pour ne pas se ranger du parti du lieutenant général; et -madame de Grignan, qui d'abord avait résisté à ce sujet -aux assurances de sa mère, fut obligée de reconnaître que -d'Oppède, bien loin de lui être opposé, lui était favorable. -Il devint un de ses plus fidèles amis; et, lorsqu'il -mourut (le 14 novembre 1671), elle le regretta d'autant -plus vivement que son influence dans le parlement était -très-utile à M. de Grignan<a id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor"> [577]</a>.</p> - -<p>Depuis la mort du président d'Oppède, madame de -Grignan eut plus souvent à se plaindre de l'évêque de -Marseille;<a id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor"> [578]</a> et jamais leur mutuelle aversion n'avait été -plus forte qu'à l'époque de l'arrivée de madame de Sévigné -en Provence. Cette inimitié était d'autant plus redoutable -que, de la part de Forbin-Janson, elle se voilait -sous les dehors d'une bienveillance simulée et d'une exquise -politesse.</p> - -<p>Madame de Sévigné, qui n'avait cessé d'entretenir -avec l'évêque de Marseille des relations amicales, espérait -profiter de son séjour en Provence pour faire cesser -des divisions dont, à Versailles et à Saint-Germain, elle -avait tant de peine à prévenir les suites.</p> - -<p>Une occasion allait se présenter de mettre à l'épreuve -l'évêque de Marseille, et de lui demander la réalisation -des promesses et des protestations d'attachement qu'il -n'avait cessé de faire à madame de Sévigné.</p> - -<p>Après trois mois de séjour à Grignan, où elle avait joui -<span class="pagenum"><a id="Page_241"> 241</a></span> -délicieusement de la vue de sa fille, en compagnie de -son gendre, de son ami Corbinelli et de presque toute la -famille des Grignan, l'époque de la tenue de l'assemblée -des communautés arriva; et madame de Grignan -ne pouvant suivre son mari d'abord à Aix, et ensuite à -Lambesc, ce fut madame de Sévigné qui dut accompagner -M. de Grignan. Les affaires de la Provence -étaient dans un état de crise qui devait donner beaucoup -d'inquiétude au lieutenant général gouverneur. -L'année précédente, il avait été obligé d'écrire à Colbert -pour solliciter des lettres de cachet contre les -plus récalcitrants des députés de l'assemblée des communautés, -qui refusaient<a id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor"> [579]</a> de voter le don gratuit; et, -non-seulement Colbert lui en avait envoyé dix, mais -il lui avait écrit qu'après avoir exilé ces députés à -Grandville, à Saint-Malo, à Cherbourg et à Concarneau -il fallait dissoudre l'assemblée, et se passer d'elle pour la -levée de l'impôt. Nous avons déjà dit comment, par le -vote de l'assemblée d'une somme un peu moindre que -celle qui avait été demandée, et par les bons offices, les -démarches et les excellents conseils de madame de Sévigné, -on avait évité de faire usage des lettres de cachet, et -d'exaspérer le parlement et tout le pays<a id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor"> [580]</a>. Colbert, en annonçant -à M. de Grignan que le roi acceptait l'offre de -450,000 fr. pour le don gratuit, persistait pour les mesures -de rigueur et l'exil des dix députés; il terminait sa -lettre en disant: «Quant à réunir encore cette assemblée, -<span class="pagenum"><a id="Page_242"> 242</a></span> -il n'est pas probable que le roi s'y décide de longtemps<a id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor"> [581]</a>.»</p> - -<p>M. de Grignan se serait rendu odieux à toute la Provence -s'il eût laissé anéantir les restes de sa liberté; et il est -probable que les troubles qui avaient eu lieu sous le gouvernement -du duc d'Angoulême se seraient renouvelés -si on l'avait forcé à lever l'impôt du don gratuit sans qu'il -eût été voté par l'assemblée des communautés.</p> - -<p>Il obtint donc que l'avis de Colbert ne serait point -suivi, et que les états communaux seraient rassemblés -cette année comme de coutume. Les lettres de commissions -du roi, datées du 10 septembre, lui furent envoyées -pour autoriser la convocation de l'assemblée, qui fut fixée -au mois de décembre.</p> - -<p>Lambesc, petite ville, n'est qu'à cinq lieues d'Aix, où -résidait le lieutenant général gouverneur. Madame de -Grignan se trouvait trop avancée dans sa grossesse pour -pouvoir se déplacer; elle resta donc à Grignan; et madame -de Sévigné, avec son gendre, se transportèrent à -Aix dans le commencement de décembre. M. de Grignan -s'occupa des préparatifs de la tenue de l'assemblée -des communautés, qui devait s'ouvrir le 17 du mois.</p> - -<p>Le séjour de madame de Sévigné à Aix et ensuite à -Lambesc, pendant la tenue de l'assemblée des communautés, -nous autorise à entrer dans quelques détails sur -ce qui se passa dans cette assemblée, lors même que ces -détails n'auraient pas une grande importance historique, -pour éclairer d'un jour très-vif le mode d'administration -des provinces privilégiées sous le règne de Louis XIV.</p> - -<p>On commença par la lecture des règlements contenant -<span class="pagenum"><a id="Page_243"> 243</a></span> -des défenses de faire des dons et gratifications, ordonnant -qu'il sera dit une messe tous les jours au nom du Saint-Esprit, -en laquelle tous les députés assisteront; qu'ils -prêteront ès mains de messieurs les commissaires des -états le serment de tenir les propositions secrètes, et de -ne pas révéler ce qui se passerait dans l'assemblée ni les -opinions émises; de plus, ils promettaient de se trouver -aux séances aux heures assignées, sous les peines déterminées -par les règlements.</p> - -<p>Ceux qui étaient présents comme ayant droit de siéger, -d'opiner et de voter dans cette assemblée étaient, pour le -clergé, l'archevêque d'Aix, les deux évêques nommés procureurs-joints -du clergé, et l'évêque de Marseille: celui-ci -était toujours nommé. Pour la noblesse, deux gentilshommes -nommés procureurs-joints de la noblesse, les consuls -d'Aix, procureurs-nés du pays, les députés des trente-sept -principales communautés et leurs syndics, et ceux -des vingt vigueries. Arles et Marseille n'étaient appelées -aux assemblées générales de la province que par honneur -et alternativement, et n'y avaient point voix délibérative; -ce qui était juste, puisque ces villes ne contribuaient en -rien aux impositions ordinaires votées par les états, par la -raison que leur territoire appartenait autrefois à des seigneurs -particuliers qui ne reconnaissaient que l'Empire. -L'agent et le trésorier général du pays, les deux greffiers -faisaient aussi, de droit, partie de l'assemblée. Le lieutenant -général gouverneur pouvait faire le discours d'ouverture; -mais après il n'entrait plus dans l'assemblée, -afin de ne pas gêner les votes<a id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor"> [582]</a>. Ces votes étaient donnés -à haute voix.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_244"> 244</a></span> -Le roi nommait un commissaire pour présider l'assemblée, -et son choix tombait toujours sur l'intendant de la -province. Selon l'usage constant qui subsista jusqu'à la -révolution de 1789, l'assemblée générale des communautés -de Provence, agissant comme les états pour voter le -don gratuit et rédiger ses réclamations ou remontrances, -ne devait durer que trois jours: les affaires qui, pour être -traitées dans ces trois jours, exigeaient de plus longues -discussions étaient examinées dans des assemblées particulières -d'un petit nombre de membres, qui n'étaient que -les représentants de l'assemblée générale, les exécuteurs -de sa volonté, et qui ne statuaient que sous son bon plaisir -et sauf rectification. Les jours de la réunion de ces -assemblées particulières, qui peuvent être considérées -comme la continuation de l'assemblée générale, étaient -déterminés par le président. Ce président était alors, -de droit, l'archevêque d'Aix, ou son vicaire; mais les -fréquentes absences du cardinal de Grimaldi, alors archevêque -d'Aix, avaient forcé de lui donner un remplaçant, -qui était l'évêque de Marseille.</p> - -<p>Le crédit dont jouissait Forbin-Janson, comme procureur-adjoint -du pays, lui assurait la principale influence -sur l'assemblée des communautés. D'après les règlements, -les députés ne pouvaient rien soumettre à la délibération -sans l'avoir prévenu: il opinait le premier, proposait -toutes les grâces; il présentait à la nomination de l'assemblée -ceux qui devaient remplir les places vacantes dans -les offices du pays, et avait encore beaucoup d'autres prérogatives<a id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor"> [583]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_245"> 245</a></span> -L'assemblée s'était ouverte cette année, le 16 décembre -1672, par les préliminaires d'usage. Dans la séance du -17, de Rouillé, comte de Melay, intendant de la province, -nommé commissaire du roi, demanda aux députés des -trois états qu'une somme de cinq cent mille livres de -don gratuit fût imposée sur tous les contribuables de -la province, sans y comprendre les villes de Marseille et -d'Arles, terres adjacentes, cotisées séparément. Cette -somme devait être employée aux armements de mer pendant -la présente année.</p> - -<p>L'évêque de Marseille prononça ensuite un discours au -nom du pays pour appuyer la demande du don gratuit; -puis un sieur Barral prit la parole en sa qualité d'<i>assesseur</i>, -De même que l'intendant était l'homme du roi, l'assesseur -était l'homme de l'assemblée, celui qui devait -proposer toutes les matières en délibération, et diriger les -débats; c'était toujours un des procureurs du pays. Barral -exposa que la guerre contre les Hollandais motivait suffisamment -la demande du roi; que cette guerre était entreprise -dans les intérêts de la religion, et que la Provence, -toujours fidèle aux décisions de l'Église et dépositaire -d'un si grand nombre de reliques saintes, était plus intéressée -à cette guerre qu'aucune autre province du royaume. -«Il est de l'honneur de la France, dit-il, de conserver -le nombre surprenant de ses conquêtes, ce qui ne -peut se faire qu'à grands frais. Une partie de ce don gratuit -doit être employée à l'entretien des vaisseaux et galères -qui défendent nos côtes, et à purger les mers des pirates et -<span class="pagenum"><a id="Page_246"> 246</a></span> -des ennemis du commerce. Par ses conquêtes le roi a -donné le moyen à tous ses sujets de s'enrichir par le commerce, -que les peuples des Pays-Bas ont de tout temps -cherché à accaparer au détriment de cette province.»</p> - -<p>Après l'éloge du roi et de son gouvernement et l'exposé -assez exact des considérations qui sont favorables -au vote de l'impôt, Barral passa aux développements -des motifs que l'assemblée pouvait faire valoir pour -le refuser, et ce fut dans un langage bien autrement énergique. -Sauf les conclusions, l'assesseur montre, par cette -partie de son discours, la sincérité, la rudesse (sinon -l'éloquence) du paysan du Danube.</p> - -<p>Le roi a oublié «les tendresses et les avantages» dont sa -libéralité avait voulu gratifier le pays. Lorsqu'en août -1661 l'assemblée accorda le don gratuit, Sa Majesté déclara -que, tant qu'elle jouirait de l'augmentation de l'impôt -du sel, la province serait affranchie de l'entretien des -troupes en quartier d'hiver et soulagée d'une partie des -charges qui résultaient de leur passage; et cependant jamais -depuis lors un plus grand nombre de troupes n'a -prolongé son séjour dans la province; jamais les lieux -placés sur les routes où elles passent n'ont été plus accablés -par la nécessité de les loger et de les nourrir. Les -populations en ont été écrasées, et n'ont éprouvé ni soulagement -ni repos. La cherté du sel a détruit les bergeries -et le ménage. Les cultivateurs, ne pouvant acheter -du sel pour engraisser les bestiaux, n'en élèvent plus; -privées d'engrais, les terres, sèches et arides, ne produisent -presque rien. Le commerce des suifs, des cuirs est -anéanti; les oliviers ont été détruits par les gelées, et la -récolte d'huile a manqué. La profonde misère des propriétaires -leur ôte les moyens de réparer les fermes, d'entretenir -<span class="pagenum"><a id="Page_247"> 247</a></span> -les digues qui s'opposent au ravage des eaux; de -sorte que les familles, et le sol même qui les alimentait, -se détruisent de jour en jour. Les impôts qui ont été mis -sur la farine, la viande, le vin, le poisson font que la plus -grande partie des taillables ne peuvent pas suffire au -payement des tailles, tellement que les fermiers des taxes -sont contraints d'abandonner leurs prétentions sur les débiteurs -insolvables; et, forçant les termes des édits, ils -dépouillent injustement ceux à qui il reste encore un peu -de bien, et qui craignent de le perdre en frais de justice, -s'ils résistent à leurs injustes concussions. «Enfin il semble -encore qu'on veuille ôter aux particuliers de cette -province toutes les occasions qu'ils avaient de gagner leur -vie, les muletiers étant troublés en la conduite des litières -et au louage de leurs mulets pour les porter, à cause -que M. le comte d'Armagnac, grand écuyer de France -(madame de Sévigné en parle souvent sous le nom de -M. le Grand<a id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor"> [584]</a>), a obtenu le droit de louer des litières et -de les faire porter, à l'exclusion de tous les habitants de -la province. Ceux qui louaient des chevaux sont interdits, -à moins de donner chaque année une somme considérable -qui emporte les profits. Les maîtres de poste et courriers -empêchent les habitants de porter d'un lieu à un -autre les lettres, hardes et papiers; de cette façon, le commerce -qui s'entretenait par les amis est détruit. Les mesures -même prises par Sa Majesté pour l'encouragement -du commerce, en affranchissant le port de Marseille, -tournent contre le commerce de la province, qu'elles contribuent -<span class="pagenum"><a id="Page_248"> 248</a></span> -encore à appauvrir. Les huiles, les savons et -toutes les denrées que l'on veut exporter à l'étranger de -Toulon et de tous les ports du pays doivent payer un -droit forain, dont Marseille est exempt. Ce qui est expédié -de Toulon et des autres ports, et de l'intérieur pour Marseille, -paye le même droit, tandis que les marchandises -peuvent entrer et sortir de Marseille, et ne sont assujetties -à aucun droit; de sorte que tout le commerce se concentre -dans cette ville, et que les étrangers sont favorisés aux dépens -des nationaux.» Telles furent ces remontrances.</p> - -<p>L'assemblée vota le don gratuit des 500,000 livres, mais -à la condition que Sa Majesté serait suppliée de remédier à -tous les abus, et de faire droit à toutes les réclamations -dont l'assesseur avait parlé dans son discours, plus longuement -énumérées et mieux précisées dans le procès-verbal -de la délibération et dans les cahiers. Le lieutenant -général et l'intendant acceptèrent cette délibération, -et promirent d'appuyer de tout leur pouvoir «les très-humbles -remontrances de l'assemblée<a id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor"> [585]</a>.»</p> - -<p>Toutes les affaires générales ayant été délibérées dans -les trois jours et dans la journée du 18 décembre, Forbin-Janson, -qui voulait se rendre à Marseille pour y recevoir -madame de Sévigné, ajourna l'assemblée jusqu'à son retour, -qui eut lieu le 23 décembre. Ce fut dans la séance -de ce jour que l'assesseur, au nom de M. le comte de Grignan, -<span class="pagenum"><a id="Page_249"> 249</a></span> -renouvela la demande qu'il avait faite l'année dernière -pour que des gardes lui fussent donnés, comme on -en donnait au gouverneur. M. le duc de Vendôme, gouverneur, -n'était jamais venu dans la province; il ne le pouvait -pas, puisqu'il servait dans l'armée du roi. Le comte -de Grignan en faisait les fonctions; il était donc juste qu'on -lui donnât les moyens de subvenir à cette dépense. Mais -l'assesseur observait que les édits de 1560, de 1635 et de -1639, qui avaient réglé les appointements du gouverneur -et du lieutenant général, s'opposaient à ce que l'assemblée -cédât à cette demande du lieutenant général. «L'édit du -7 juin 1639 fixe définitivement à 18,000 livres la somme -que la province paye tous les ans à monseigneur le lieutenant -du roi. Il n'est donc pas juste de lui accorder aucune -autre somme, encore moins sous le prétexte des -gardes, attendu que la province compte annuellement -15,000 livres pour une compagnie de gardes, sans qu'elle -en retire aucun avantage<a id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor"> [586]</a>.»</p> - -<p>Oui; mais il eût été juste d'ôter ces 15,000 livres au -duc de Vendôme et de les donner au comte de Grignan, -dont les gardes auraient pu faire un service utile. C'était -au comte de Grignan à proposer cette mesure au roi, et -même à demander que la province fût soulagée du payement -annuel de 36,000 livres qu'elle donnait pour les appointements -d'un gouverneur qui ne se montrait jamais, -et ne rendait à la province aucun service; mais le comte -de Grignan eût été mal reçu à la cour s'il en avait agi ainsi. -Ce qui se supprime le moins, ce sont les dépenses inutiles. -On permettait bien au comte de Grignan d'imposer, s'il -pouvait y parvenir, une double taxe sur la province, pour -<span class="pagenum"><a id="Page_250"> 250</a></span> -le payement des gardes du gouverneur, mais non de faire -cesser l'abus d'une sinécure dont profitait un prince du -sang. On voulait bien que le comte de Grignan, lieutenant -général, eût toute la puissance et tous les honneurs d'un -gouverneur, afin qu'il pût en remplir les fonctions, pourvu -que le prince qui en était titulaire en pût toucher le salaire; -et telle fut la cause des grandes dépenses du comte -de Grignan, que madame de Sévigné déplore si souvent<a id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor"> [587]</a>. -Cette haute dignité, dans laquelle l'orgueilleuse madame -de Grignan se complaisait, au lieu de porter à une plus -grande élévation l'illustre maison des Adhémar de Grignan, -amena sa décadence et sa ruine.</p> - -<p>Cependant l'assesseur ajouta «que toutes les lois avaient -leurs exceptions, et les règlements leurs limites; et que -l'équité voulait qu'en raison des bons services rendus par -M. le comte de Grignan il lui fût accordé une somme de -5,000 livres, comme témoignage de gratitude, mais non -pour le payement d'une seconde compagnie de gardes.» -Ces 5,000 livres furent accordées; et l'assemblée s'occupa -ensuite, dans la séance du 31 janvier 1673, à régler tout -ce qui concernait les autres affaires particulières de la province, -qui étaient nombreuses et compliquées.</p> - -<p>Lorsque ce travail eut été terminé, l'assesseur exposa une -nouvelle demande du comte de Grignan: c'était de réformer -la délibération du 23 décembre en ce qui concernait -le payement des gardes et les dépenses du lieutenant général -gouverneur. Le comte de Grignan insistait surtout pour -qu'il lui fût alloué une somme pour les frais du courrier -<span class="pagenum"><a id="Page_251"> 251</a></span> -qui portait au roi les délibérations de l'assemblée. Les -frais de ce courrier étaient assez considérables, parce que -celui qu'on envoyait en cette qualité était un personnage -notable, un avocat ou un autre homme de robe, capable -de plaider les intérêts de la province auprès des ministres. -Madame de Sévigné s'était surtout flattée que l'évêque de -Marseille ferait accorder à son gendre une somme plus -que suffisante pour cette dépense. Mais, avant de partir de -Lambesc, elle avait su que Forbin-Janson s'opposerait à -cette demande: l'assesseur, qui agissait par ses inspirations, -invoqua les règlements, qui ne permettaient pas de -mettre deux fois la même affaire en délibération, et proposa -de passer outre. L'évêque de Marseille prit la parole, et -ôta tout prétexte à la demande du comte de Grignan en -proposant d'envoyer M. de la Barben, premier consul de la -ville d'Aix et procureur du pays, porter le cahier des remontrances -de la province à la cour, où il avait à se rendre -pour ses propres affaires. M. de la Barben offrit non-seulement -de faire le voyage à ses dépens, mais, pendant -son séjour à la cour, de prendre soin des affaires de la -province, et de poursuivre les réponses aux remontrances, -sans prétendre jamais à aucun subside ni à aucun frais de -vacation. L'offre fut acceptée; «et monseigneur le comte -de Grignan et le seigneur intendant furent suppliés de -donner leurs lettres de faveur, et d'appuyer de leur protection -les poursuites dudit sieur de la Barben; et l'évêque -de Marseille, au nom de l'assemblée, remercia celui-ci -du zèle désintéressé qu'il montrait pour la province.»</p> - -<p>L'année précédente, c'était l'évêque de Marseille lui-même, -procureur du clergé, le marquis de Maillane, procureur -du pays pour la noblesse, et le marquis de Soliers, -premier consul d'Aix et procureur du pays, qui s'étaient -<span class="pagenum"><a id="Page_252"> 252</a></span> -chargés de porter à la cour le cahier des remontrances de -l'assemblée, et qui en avaient délibéré avec Colbert. -L'évêque de Marseille à son retour, en rendant compte de -sa mission, avait déclaré «qu'il renonçait au payement des -vacations ordinaires de 18 livres par jour, que la province -accordait aux personnes de son rang<a id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor"> [588]</a>.»</p> - -<p>Cette fois, dans la séance du 12 janvier, de Rouillé, intendant, -lut une lettre de M. de Pomponne, qui annonçait -que Sa Majesté avait approuvé les délibérations de l'assemblée, -et qu'elle donnerait à la province des marques de -la satisfaction qu'elle en avait reçue.</p> - -<p>Le roi, en effet, avait lieu d'être satisfait. Il y avait eu -quatre séances solennelles, pour débattre en assemblée générale -ce qui avait été déterminé dans les assemblées particulières -des ordres. Ces séances avaient eu lieu les 17 et -23 décembre, les 3 et 12 janvier<a id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor"> [589]</a>; et dès la première séance, -malgré l'amertume des plaintes et la sévérité des remontrances, -l'assemblée avait voté la totalité du don gratuit, -non-seulement sans que personne eût proposé le moindre -retranchement, mais en décidant «que monseigneur -comte de Grignan, et le seigneur de Rouillé, comte -de Melay, intendant, seraient suppliés d'écrire au roi la -manière soumise et respectueuse avec laquelle l'assemblée -s'est portée d'accorder à Sa Majesté la somme de -500,000 livres qui lui a été demandée de sa part, pour -lui donner des preuves du zèle et de la fidélité qu'elle a -<span class="pagenum"><a id="Page_253"> 253</a></span> -pour son service, au temps même de sa plus grande nécessité<a id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor"> [590]</a>.»</p> - -<p>Ainsi fut terminée définitivement l'assemblée des états -et communautés de Provence. Tout était fini pour M. de -Grignan après les trois premiers jours. Ce qu'il y avait -d'important pour lui était l'obtention du don gratuit et ce -qui concernait les finances: le reste regardait particulièrement -l'évêque de Marseille, l'assesseur et les hommes -d'affaires du pays. Il connaissait quel serait le sort des -demandes qu'il renouvelait chaque année, pour prescrire -contre l'usage; et il savait que sa demande pour les -frais de courrier, qu'il avait fallu communiquer d'avance -à l'évêque de Marseille, serait rejetée. Il était donc -de sa dignité de ne pas rester plus longtemps à Lambesc. -Mais entre la journée du 19 décembre, où se trouvait -terminée la régulière assemblée des communautés, -et celle du 23, où cette assemblée devait tenir ses séances -particulières, viennent se placer le voyage de madame -de Sévigné à Marseille et la réception que lui fit Forbin-Janson. -Cet incident est, pour notre objet, la partie la plus -intéressante de la narration du voyage de madame de Sévigné, -parce que c'est celle qui jette le plus de lumière -sur une grande partie de sa correspondance.</p> - -<p>Les mêmes motifs qui déterminaient M. de Grignan à -quitter Lambesc agissaient encore plus fortement sur l'esprit -de madame de Sévigné, qui ne s'était déterminée -à se rendre dans cette petite ville que pour y accompagner -son gendre. Madame de Sévigné était très-connue -et très-aimée en Provence, où presque tous ceux qui y -<span class="pagenum"><a id="Page_254"> 254</a></span> -occupaient de hauts emplois étaient au nombre de ses -amis ou de ses connaissances. Tous les Provençaux -qui avaient eu l'occasion de s'entretenir avec elle à -Paris faisaient, à leur retour en Provence, l'éloge de -son esprit, de son amabilité; on désirait donc vivement -la voir. Comme sa passion pour sa fille était connue, -l'on comprit son séjour à Grignan pendant quatre mois -de suite. Mais quand on sut qu'elle était à Aix pour la -tenue des états, elle fut fortement invitée à accompagner -à Marseille M. de Grignan, qui devait, pour les -affaires de son gouvernement, se rendre dans cette -ville. Aux instances du comte de Grignan et de toutes -les autorités de Marseille se joignaient les pressantes invitations -de Forbin-Janson; mais madame de Sévigné -était mécontente de ce que cet évêque s'était montré -contraire aux intérêts de son gendre, et elle ne voulait -pas céder à ses invitations. Le lendemain du jour de la -clôture des délibérations de l'assemblée (lundi 19 décembre), -elle annonça qu'elle retournerait à Grignan, et fit -ses préparatifs de départ. Le jour suivant (mardi 20 décembre)<a id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor"> [591]</a>, -elle était prête à se mettre en route à huit heures -du matin, quand une pluie diluvienne vint fondre sur Lambesc. -M. de Grignan lui représenta le danger qu'elle courait -à se hasarder dans de mauvaises routes; il lui montra -combien il était plus facile, même après une pareille pluie, -de faire leur retraite de Lambesc sur Aix et Marseille, et -que cette excursion retarderait seulement de trois ou quatre -jours son retour à Grignan. Madame de Sévigné céda, -<span class="pagenum"><a id="Page_255"> 255</a></span> -et écrivit à sa fille sa lettre datée de Lambesc<a id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor"> [592]</a> le mardi -matin, 20 décembre: «M. de Grignan, en robe de chambre -d'omelette, m'a parlé sérieusement de la témérité de mon -entreprise... J'ai changé d'avis; j'ai cédé entièrement à ses -sages remontrances... Ainsi, ma fille, coffres qu'on rapporte, -mulets qu'on dételle, filles et laquais qui se sèchent -pour avoir seulement traversé la cour, et messager que -l'on vous envoie... Il arrivera à Grignan jeudi au soir; et -moi je partirai bien véritablement quand il plaira au ciel -et à M. de Grignan, qui me gouverne de bonne foi, et comprend -toutes les raisons qui me font désirer passionnément -d'être à Grignan.» On voit, par la suite de cette lettre, -qu'elle hésitait encore et qu'elle fait espérer à sa fille, -comme elle l'espérait elle-même, qu'elle retournerait à -Grignan. Cependant elle dit: «Ne m'attendez plus.» Mais -une lettre écrite après l'envoi du messager dut instruire -madame de Grignan que sa mère allait à Marseille; elle -y arriva le jour même de son départ (mardi 20 décembre<a id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor"> [593]</a>); -et le soir, aussitôt son arrivée, l'évêque vint la voir. Il -l'invita à dîner pour le lendemain. Elle accepta; mais -comme pendant son séjour à Aix elle n'avait pu réussir -à le faire changer de détermination, et qu'elle était animée -par les plaintes que madame de Grignan faisait de -lui, elle avait écrit une lettre à d'Hacqueville<a id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor"> [594]</a>, pour -<span class="pagenum"><a id="Page_256"> 256</a></span> -qu'il fît agir madame de la Fayette, Langlade et tous -ses amis contre ce prélat. Elle écrivit aussi à Arnauld -d'Andilly pour le desservir dans l'esprit de Pomponne, à -qui elle savait que la lettre serait communiquée. Cette lettre, -où il n'est question que de dévotion, de prière et de -charité (datée du dimanche)<a id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor"> [595]</a>, contient ces insinuations -peu charitables: «Tout ce que vous saurez entre ci et là, -c'est que, si le prélat qui a le don de gouverner les provinces -avait la conscience aussi délicate que M. de Grignan, -il serait un très-bon évêque; <i>ma basta</i>.» Madame -de Sévigné n'ignorait pas que M. de Pomponne avait une -haute idée de la capacité de Forbin-Janson; et elle cherchait -à lui nuire dans l'esprit du ministre en insinuant -qu'il était sans conscience et dépourvu des vertus ecclésiastiques, -ce qui était parfaitement faux. Les éditeurs de -madame de Sévigné ont cru l'excuser en disant que l'évêque -de Marseille empiétait sur les fonctions de M. de -Grignan comme gouverneur. Ils se trompent: l'évêque -de Marseille, comme un des procureurs du pays, usait -de son droit et remplissait un devoir en s'immisçant dans -les affaires de l'administration de la Provence, en s'opposant -aux actes de l'autorité usurpatrice du gouverneur -ou de celui qui le remplaçait; en réclamant, chaque année, -contre l'illégalité des délibérations de l'assemblée des -communautés, qui, pour être valides, auraient dû être -confirmées par l'assemblée des états, qu'on ne réunissait -jamais. Il montrait ainsi le courage d'un bon citoyen; et, -lorsqu'il usait de son esprit et de l'influence que lui donnaient -son savoir et ses talents pour se concilier la faveur -<span class="pagenum"><a id="Page_257"> 257</a></span> -du roi et de ses ministres, afin d'être utile à son diocèse et à -sa province, il agissait en politique éclairé et en bon évêque.</p> - -<p>M. de Grignan était un brave et honnête gentilhomme, -qui, durant le cours de sa longue administration, se fit aimer -des Provençaux. La noblesse surtout lui était dévouée, -puisque deux fois elle répondit à son appel, et s'arma pour -la gloire du roi et la défense du pays; mais toute sa vie -il fut joueur et dissipateur, et ne se fit aucun scrupule de -ne pas payer ses dettes<a id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor"> [596]</a>. On ne devine pas par quel -côté Forbin-Janson, qui a fourni une si longue, si honorable -et si brillante carrière, pourrait mériter le reproche -grave que lui fait madame de Sévigné, de ne pas avoir une -conscience au moins aussi délicate que celle de M. de Grignan. -Mais si Marie de Rabutin-Chantal n'eût point eu -toutes les susceptibilités, tous les travers, toutes les préventions, -tous les entraînements de l'amour maternel, elle -n'eût point été madame de Sévigné.</p> - -<p>Forbin-Janson fut un des plus habiles négociateurs, un -des plus vertueux prélats que la France ait possédés. Né -pauvre et étant cadet de famille, il s'éleva successivement -du petit prieuré de Laigle à l'évêché de Marseille. Les -preuves qu'il donna alors de sa capacité le firent envoyer -comme ambassadeur en Pologne, et ensuite à Rome. Il fut -évêque de Beauvais, comte et pair de France, puis cardinal -et grand aumônier: tout cela par la seule confiance -qu'il inspirait au clergé, aux ministres et au roi, auquel il -résista pourtant avec fermeté quand le monarque, mal -conseillé, voulut s'immiscer dans les affaires ecclésiastiques -de son diocèse. Il y était adoré, surtout des pauvres; -<span class="pagenum"><a id="Page_258"> 258</a></span> -il s'y plaisait plus qu'à la cour, où cependant il se montrait -avec la magnificence et les manières d'un grand seigneur; -désintéressé, mais avec mesure; poli avec bonté, -mais avec choix et dignité; naturellement obligeant et -d'une fidélité inébranlable. Quand il mourut dans un âge -avancé, il fut regretté universellement<a id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor"> [597]</a>. Son nom, honoré -de tous, ne se trouve dans aucun libelle du temps, et fut respecté -par la calomnie. Tel a été l'homme qui déplaisait -tant à madame de Grignan, avec lequel elle eut la maladresse -de se mettre en hostilité malgré les conseils de sa -mère<a id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor"> [598]</a>.</p> - -<p>Cette mère était bien connue à Paris comme à la cour, -en Bretagne comme en Bourgogne, comme en Provence. -Personne n'ignorait jusqu'à quel degré de faiblesse elle -s'abandonnait à l'amour maternel. Elle ne s'en cachait pas; -au contraire, elle en fatiguait ses amis; mais, comme elle -était véritablement aimée, et que pour sa fille on n'éprouvait -pas le même sentiment, cette extravagante passion -soulevait plutôt la jalousie que la sympathie, et -nuisait à ses sollicitations pour madame de Grignan, au -lieu de lui être utile. Les amis de madame de Sévigné, -pour ne pas la frapper au cœur dans l'endroit le plus -sensible, n'avaient donc d'autre ressource que de dissimuler -leurs pensées, lorsqu'ils ne voulaient pas céder à -l'influence que sa fille faisait peser sur eux. Il manquait -à madame de Sévigné, pour ses négociations sur les affaires -de Provence, ce qu'il y a de plus essentiel à tout -négociateur: c'est de bien pénétrer, sous des apparences -souvent contraires, les intentions et les inclinations réelles -<span class="pagenum"><a id="Page_259"> 259</a></span> -de ceux avec qui l'on traite; et madame de Sévigné aurait -plus habilement, et avec plus de succès peut-être, -atteint le but de ses sollicitations si elle s'était défiée de -ses amis, et si elle avait eu confiance en ceux qu'elle -considérait comme ses ennemis, qui n'étaient pas les siens, -mais ceux de madame de Grignan. Elle admirait tant sa -fille qu'il ne pouvait pas lui entrer dans la pensée qu'elle -pût avoir des ennemis; et en effet on peut dire qu'elle -avait plutôt des adversaires. Tout ce que madame de Sévigné -écrivit en cette circonstance contre l'évêque de Marseille -ne nuisit point à ce prélat, et n'altéra nullement la -bonne opinion qu'on avait de lui. On n'ignorait pas que -madame de Sévigné était complétement abusée, et que ses -paroles n'étaient en quelque sorte que les échos de celles -de M. de Grignan. C'est ce que son amie madame de la -Fayette cherche à lui insinuer avec autant de ménagement -que de finesse dans sa lettre datée de Paris du 30 décembre, -qu'elle commence ainsi:</p> - -<p>«J'ai vu votre grande lettre à d'Hacqueville; je comprends -fort bien tout ce que vous lui mandez sur l'évêque: -il faut que le prélat ait tort, puisque vous vous -en plaignez. Je montrerai votre lettre à Langlade, et -j'ai bien envie de la faire voir à madame du Plessis, car -elle est très-prévenue en faveur de l'évêque. Les Provençaux -sont des gens d'un caractère tout particulier<a id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor"> [599]</a>.»</p> - -<p>Madame du Plessis avait un fils en Provence, et par lui -pouvait éclairer les amis de madame de Sévigné sur ce -qu'on devait penser de l'évêque de Marseille. Lorsque -madame de Sévigné était à Paris, elle voyait tout différemment. -<span class="pagenum"><a id="Page_260"> 260</a></span> -Ces haines et ces rivalités de province lui paraissaient -bien mesquines, et elle écrivait à sa fille: «Adhémar -m'aime assez, mais il hait trop l'évêque et vous le haïssez -trop aussi: l'oisiveté vous jette dans cet amusement; vous -n'auriez pas tant de loisir si vous étiez ici<a id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor"> [600]</a>.» Mais à l'époque -dont nous nous occupons, madame de Sévigné était -fort animée contre Forbin-Janson, et ne pouvait lui pardonner -une conduite qu'elle eût trouvée fort légitime si elle -n'avait nui qu'à ses seuls intérêts. Cette fois, son amour -pour sa fille la rendit non-seulement injuste, mais ingrate. -Ce fut lui, ce fut Forbin-Janson qui, dans les trois jours de -son voyage à Marseille, lui fit les honneurs de la Provence -avec un éclat, une grâce, une complaisance qu'elle ne -peut s'empêcher de reconnaître dans ses lettres, et qui -prouvent qu'il avait pour elle autant d'amitié que d'estime. -Peut-être aussi le désir de se rendre agréable à l'amie -de M. de Pomponne, qui, sans aucun doute, la lui avait -recommandée, contribua-t-il à la conduite qu'il tint en -cette circonstance. Elle fut flattée, mais non satisfaite, des -prévenances dont elle était l'objet; elle y voyait de la -duplicité; elle eut le tort de ne rien déguiser de ce qu'elle -pensait. L'aigreur de ses paroles ne changea en rien les -manières de l'évêque, et ne parut pas avoir altéré ses bons -sentiments pour elle. Elle était femme, elle était mère; il -la plaignit, et lui pardonna ses reproches. Du reste, elle -peint vivement les plaisirs qu'elle éprouva pendant ce petit -voyage. Elle fut enchantée de voir Marseille par un beau -temps, mais qui ne dura guère. Avant d'y arriver, du -<span class="pagenum"><a id="Page_261"> 261</a></span> -haut de cette colline qu'on nomme <i>la Vista</i>, elle contemple -avec admiration la ville, le port, la multitude des <i>bastides</i> -qui l'environnent, et la mer. «Je suis ravie, dit-elle, de la -beauté singulière de cette ville. Je demande pardon à Aix, -mais Marseille est bien plus joli, et plus peuplé que Paris -à proportion; il y a cent mille âmes au moins: et de vous -dire combien il y en a de belles, c'est ce que je n'ai pas le -loisir de compter<a id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor"> [601]</a>.»</p> - -<p>Elle paraît surtout charmée de ce mélange de costumes -et de populations qui, pour une Parisienne et une femme -de la cour, était en effet neuf et surprenant. «La foule des -chevaliers qui vinrent hier voir M. de Grignan à son arrivée -fut grande; des noms connus, des Saint-Herem, etc., -des aventuriers, des épées, des chapeaux du bel air, une -idée de guerre, de romans, d'embarquement, d'aventures, -de chaînes, de fers, d'esclaves, de servitude, de captivité: -moi qui aime les romans, je suis transportée. -M. de Marseille vint hier au soir; nous dînons chez lui; -c'est l'affaire des deux doigts de la main<a id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor"> [602]</a>.»</p> - -<p>Le lendemain jeudi, 22 décembre, elle écrit à sa fille -deux fois dans la journée, à midi<a id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor"> [603]</a> et à minuit; et toujours -<span class="pagenum"><a id="Page_262"> 262</a></span> -l'évêque de Marseille l'accompagne. «Nous dînâmes -hier chez M. de Marseille; ce fut un très-bon repas. Il -me mena l'après-dîner faire les visites nécessaires, et me -laissa le soir ici. Le gouverneur me donna des violons, que je -trouvai très-bons; il vint des masques plaisants: il y avait -une petite Grecque fort jolie: votre mari tournait autour. -Ma fille, c'est un fripon. Si vous étiez bien glorieuse, vous -ne le regarderiez jamais. Il y a un chevalier de Saint-Mesmes -qui danse bien, à mon gré; il était en Turc; il ne -hait pas la Grecque, à ce qu'on dit... Si tantôt il fait un -moment de soleil, M. de Marseille me mènera <i>béer</i>.» Et -dans la lettre écrite à minuit: «J'ai été à la messe à Saint-Victor -avec l'évêque; de là, par mer, voir la Réale et -l'exercice, et toutes les banderoles, et des coups de canon, -et des sauts périlleux d'un Turc. Enfin on dîne, et après -dîner me revoilà, sur le poing de l'évêque de Marseille, à -voir la citadelle et la vue qu'on y découvre; et puis à l'arsenal -voir tous les magasins et l'hôpital, et puis sur le -port, et puis souper chez ce prélat, où il y avait toutes les -sortes de musique.» Et c'est à la suite de cette petite fête -qu'il lui avait donnée qu'elle eut le courage de lui faire -des reproches sur l'affaire du courrier. «Il n'y a point de -réponse, dit-elle, à ne pas me vouloir obliger dans une -bagatelle, où lui-même, s'il m'avait véritablement estimée, -aurait trouvé vingt expédients au lieu d'un.» Elle -termine cependant en disant: «Soyez certaine que, quand -je serais en faveur, il ne m'aurait pas mieux reçue ici<a id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor"> [604]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_263"> 263</a></span> -Madame de Sévigné partit le lendemain vendredi, -23 décembre, à cinq heures du matin, pour se rendre à -Grignan<a id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor"> [605]</a>. Elle revint à Aix avec sa fille, qui faillit de -mourir en accouchant. On peut juger des angoisses de -madame de Sévigné tant que dura le danger<a id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor"> [606]</a>. Probablement -l'enfant ne vécut point, il n'en est nulle part -fait mention.</p> - -<p>Madame de Grignan fut cependant promptement rétablie, -puisque, ayant accouché en mars, elle n'éprouvait plus -au commencement d'avril, du mal qu'elle avait ressenti, -qu'une grande lassitude<a id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor"> [607]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné passa à Aix, chez son gendre, tout -l'hiver et une partie de l'été suivant.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_264"> 264</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE X.<br /> -<span class="medium">1673.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Séjour de madame de Sévigné en Provence.—Des lettres qu'elle -écrit à ses amis de Paris.—Des lettres qu'elle reçoit.—Nouvelles -qui lui sont données par M. de la Rochefoucauld, madame de Coulanges, -madame de la Fayette.—Levée du siége de Charleroi.—Crédit -de madame Dufresnoy.—Occupations nombreuses de -Louis XIV.—Ses égards pour la reine.—Il laisse madame de -Montespan à Courtray.—Habileté de sa politique.—Il fait à -cheval toute la campagne de 1673.—Madame de Coulanges se -fait peindre.—Voit en secret madame Scarron.—Rendez-vous -du beau monde chez la maréchale d'Estrées.—Détails sur cette -dame,—sur madame de Marans,—la comtesse du Plessis, de -Clérambault,—M. de Mecklembourg.—Congrès pour la pacification.—De -madame de Monaco et du comte de Tott.—De l'abbé -de Choisy en Bourgogne.—L'abbé Têtu déplaît à madame de -Coulanges.—Madame de la Fayette.—De sa paresse à écrire.—Ses -vapeurs, ses prétentions à dominer la société parisienne.—Le -roi donne une rente à son fils.—Recherchée par le fils du prince -de Condé.—Sa correspondance avec Briord quand M. le Duc est -à l'armée.—Madame de la Fayette et sa société vont dîner à Livry.—Chez -qui.—Nouvelles de conversions et d'aventures galantes.—Du -marquis d'Ambres.—Sur le titre de <i>monseigneur</i>.—Influence -personnelle de Louis XIV sur la politique et les destinées -de l'Europe.—Alliance intime de Louis XIV et de Charles II.—On -s'occupait dans le monde de ce qui se passait dans les deux cours.—De -Montaigu.—De sa liaison avec la duchesse de Brissac.—De -son mariage avec la comtesse de Northumberland.—Le -roi prend Maëstricht.—La Trousse est envoyé en Bourgogne.—Sévigné -reste à Paris.—Il obtient un congé.—Il devient -amoureux de madame du Ludres.—Il a besoin d'argent.—Madame -de la Fayette en demande pour lui à sa mère.—Question -<span class="pagenum"><a id="Page_265"> 265</a></span> -entre deux maximes, faite par madame de la Fayette à madame -de Sévigné.—Détails sur la Rochefoucauld et sur son livre des -<i>Maximes</i>.—Corneille donne <i>Pulchérie</i>, et Racine <i>Mithridate</i>.—Mort -de Molière.</p> - -<p class="space">Durant les quatorze mois des années 1672 et 1673, que -madame de Sévigné se trouva réunie avec sa fille en Provence<a id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor"> [608]</a>, -on est privé du journal presque quotidien qu'elle -lui transmettait, et qui nous instruit d'une foule de particularités -importantes pour l'histoire de son siècle.</p> - -<p>Mais l'âge n'avait rien fait perdre à madame de Sévigné -de sa vive imagination et de la faculté qu'elle avait de se -rendre présente à ses amis même lorsqu'elle en était séparée -par de grandes distances, et de les intéresser à tout ce -qui se passait autour d'elle. Aussi aimait-on à recevoir de -ses lettres, et c'est une grande perte pour la littérature et -l'histoire que la disparition de celles qu'elle écrivit, pendant -son séjour en Provence, à son fils, à son cousin de Coulanges, -à madame de la Fayette, à madame de Coulanges, -à mademoiselle de Meri, sa cousine, sœur du marquis de la -Trousse, qui transmettait les nouvelles de l'armée qu'elle -recevait de son frère<a id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor"> [609]</a>, et enfin au duc de la Rochefoucauld. -Celui-ci, dont la réputation était grande comme bon juge -des ouvrages d'esprit, auquel les Boileau, les la Fontaine, -les Molière soumettaient leurs écrits, était plus charmé -que tout autre à la lecture des lettres de madame de Sévigné, -parce que, comme homme de cour, comme bel esprit, -il appréciait mieux que tout autre le talent qui s'y -montrait. Il commence ainsi la réponse à la première lettre -<span class="pagenum"><a id="Page_266"> 266</a></span> -qu'il reçut d'elle de Provence: «Vous ne sauriez croire -le plaisir que vous m'avez fait de m'envoyer la plus agréable -lettre qui ait jamais été écrite: elle a été lue et admirée -comme vous le pouvez souhaiter; il me serait difficile -de vous rien envoyer de ce prix-là<a id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor"> [610]</a>.» Et madame de Coulanges -lui écrit: «J'ai vu une lettre admirable que vous -avez écrite à M. de Coulanges; elle est si pleine de bon -sens et de raison que je suis persuadée que ce serait méchant -signe à qui trouverait à y répondre. Je promis hier -à madame de la Fayette qu'elle la verrait; je la trouvai tête -à tête avec un appelé M. le duc d'Enghien [le fils du grand -Condé]. On regretta le temps que vous étiez à Paris, on -vous y souhaita: mais, hélas! ils sont inutiles les souhaits! -et cependant on ne saurait s'empêcher d'en faire<a id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor"> [611]</a>.»</p> - -<p>Heureusement que l'on possède quelques-unes des réponses -qui ont été faites aux lettres qu'elle écrivit de Provence -à ses amis, et qu'on peut, par ces réponses, suppléer -en partie aux lettres qu'elle aurait écrites à sa fille -si elle n'avait pas été en Provence.</p> - -<p>Ces réponses sont de M. de la Rochefoucauld, de madame -de Coulanges et de madame de la Fayette en -dernier.</p> - -<p>Madame de Coulanges était la mieux placée pour donner -des nouvelles. Son oncle le Tellier était malade: c'est chez -lui que les courriers descendaient. C'est elle qui apprend -à madame de Sévigné la levée du siége de Charleroi<a id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor"> [612]</a>, qui -valut à Montal une belle récompense, une lettre flatteuse -<span class="pagenum"><a id="Page_267"> 267</a></span> -de Louis XIV<a id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor"> [613]</a>, et des lettres de félicitations de -Bussy, qui, pour rentrer en grâce, ne laissait échapper -aucune occasion de flatter les généraux en faveur<a id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor"> [614]</a>.</p> - -<p>Elle lui dit: «Nous avons ici madame de Richelieu; -j'y soupe ce soir avec madame Dufresnoy; il y a grande -presse chez cette dernière à la cour.»</p> - -<p>Il n'est pas étonnant qu'on se montrât très-empressé -auprès de cette maîtresse de Louvois: le ministre était -à l'apogée de sa puissance et de sa faveur. Louis XIV avait -quitté le théâtre de la guerre, et y avait laissé Louvois, -auquel il transmettait ses ordres de Compiègne et ensuite -de Saint-Germain. Le roi continuait à diriger l'ensemble -des opérations militaires et des négociations auxquelles -elles donnaient lieu, et il entretenait personnellement -et sans aucun intermédiaire une correspondance très-active -avec son ministre, avec Turenne et avec Condé. Il -se relevait souvent la nuit pour répondre à de longues dépêches -de Louvois, écrites en chiffres; et il dictait ses réponses -à mesure qu'on les déchiffrait. Il ne lui cachait -rien; il lui donnait les instructions les plus étendues et un -pouvoir absolu pour l'exécution de ses ordres<a id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor"> [615]</a>. La maladie -de le Tellier lui occasionna un surcroît de travail, -parce qu'il ne voulut confier à personne le secret des lettres -que le courrier portait à ce ministre; et il se les faisait -remettre pour y répondre lui-même.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_268"> 268</a></span> -Charles II, son allié, lui était dévoué, et se conduisait -par ses conseils. Louis XIV comprenait mieux que -les ministres du roi d'Angleterre la constitution anglaise -et la tactique parlementaire; ce fut lui qui empêcha -Charles II de casser son parlement, et qui lui fit sentir -la nécessité de le satisfaire. Ce fut lui qui donna à ce -roi faible et dominé par la volupté une maîtresse française, -mademoiselle de Kerouel, que Charles II fit duchesse -de Portsmouth: Louis XIV la dota de la terre -d'Aubigny-sur-Nière, et fixa d'avance le sort des enfants -que le roi d'Angleterre pourrait en avoir, comme il aurait -fait des siens propres<a id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor"> [616]</a>.</p> - -<p>Les historiens se sont mépris quand ils ont accusé -Louis XIV d'avoir quitté l'armée par amour pour Montespan. -Il crut que la reine était enceinte<a id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor"> [617]</a>; il la rejoignit -et ne la quitta pas, soumettant même ses départs et le -transport de sa cour d'un lieu dans un autre aux exigences -de sa dévotion<a id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor"> [618]</a>. Lui-même aussi donna l'exemple -de l'accomplissement des devoirs religieux. Le 1<sup>er</sup> avril -(la veille du jour de Pâques en 1673), il communia solennellement -dans l'église paroissiale de Saint-Germain en -Laye: dans le jardin des Récollets il toucha 800 malades, -et termina, à pied, ses stations du jubilé dans l'église des -<span class="pagenum"><a id="Page_269"> 269</a></span> -Augustins de la forêt<a id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor"> [619]</a>. Il avait laissé madame de Montespan -à Courtray<a id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor"> [620]</a>, et ne prenait d'autres distractions -que celles de la chasse, le plus souvent dans les bois -de Versailles. Aussitôt son arrivée à Saint-Germain, il -écrivit à Louvois ces mots: «Il serait d'éclat d'agir pendant -l'hiver<a id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor"> [621]</a>;» et il donna des ordres pour attaquer -en Flandre les Espagnols, qui avaient fourni au prince -d'Orange des troupes et des canons<a id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor"> [622]</a>. Il était arrivé le -2 décembre (1672) à Saint-Germain, et il en repartit le -1<sup>er</sup> mai, accompagné de la reine, voyageant à cause -d'elle à petites journées. Un heureux accouchement était -pour lui d'un intérêt politique, et à cette considération -il subordonnait toutes choses, même ses passions. Il n'arriva -que le 15 à Courtray<a id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor"> [623]</a>. Il fit à cheval toute cette glorieuse -campagne de 1673, dont il s'est complu à écrire -lui-même l'histoire, comme la plus glorieuse de toutes -celles qu'il ait faites.</p> - -<p>Madame de Coulanges donne à madame de Sévigné -toutes les nouvelles qui peuvent l'intéresser; elle se -fait peindre, pour envoyer son portrait à M. de Grignan, -qui le lui avait demandé. Elle n'oublie pas de parler -à madame de Sévigné de leur amie commune, madame -Scarron, dont la vie mystérieuse occupait vivement la -cour. «Aucun mortel, dit madame de Coulanges, n'a -commerce avec elle. J'ai reçu une de ses lettres; mais -<span class="pagenum"><a id="Page_270"> 270</a></span> -je me garde bien de m'en vanter, de peur des questions -infinies que cela m'attire<a id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor"> [624]</a>.»</p> - -<p>Madame de Coulanges dit encore dans cette lettre: -«Le rendez-vous du beau monde est les soirs chez la -maréchale d'Estrées.» C'était la sœur du marquis de Longueval -de Manicamp, la veuve de François-Annibal d'Estrées, -frère de Gabrielle d'Estrées, la maîtresse de Henri IV. -Ce fut à l'âge de quatre-vingt-treize ans que François-Annibal -épousa en troisièmes noces mademoiselle de Manicamp. -On ne doit pas confondre cette maréchale d'Estrées, -dont parle madame de Coulanges, avec la fille de Morin -le financier, laquelle fut aussi maréchale d'Estrées par son -mariage avec le comte d'Estrées, fils d'Annibal. L'hôtel -de celle-ci fut, plus longtemps encore que celui de sa belle-mère, -le rendez-vous du beau monde à Paris<a id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor"> [625]</a>.</p> - -<p>De toutes les lettres adressées à madame de Sévigné -pendant son séjour en Provence, celles de madame de la -Fayette ressemblent le plus à celles de madame de Coulanges -par la facilité du style et par l'intérêt des nouvelles -qu'elles renferment. Madame de Coulanges et -madame de la Fayette étaient très-liées, et faisaient leurs -visites ensemble. Madame de Coulanges annonce que -madame la princesse d'Harcourt, comme madame de -<span class="pagenum"><a id="Page_271"> 271</a></span> -Marans, tourne à la dévotion, et a paru sans rouge à la -cour. Puis vient le mariage de la comtesse du Plessis, -récemment veuve, avec le marquis de Clérambault, dont -elle était amoureuse<a id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor"> [626]</a>. Cette comtesse du Plessis est cette -petite-cousine de Bussy, dont mademoiselle d'Armentières -et le comte de Choiseul font mention dans leurs lettres<a id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor"> [627]</a>. -Elle suivit <span class="smallc">madame Henriette</span> en Angleterre, et était de -retour de ce pays au 30 juin 1670. Madame de Coulanges -raconte encore sa visite au Palais-Royal, en compagnie avec -madame de Monaco, chez <span class="smallc">Monsieur</span>, qui lui fit beaucoup -de caresses en présence de la maréchale de Clérambault. -Cette dernière était gouvernante des enfants de <span class="smallc">Monsieur</span> -et une des plus singulières personnes de la cour: -dans le tête-à-tête pleine d'esprit naturel, causant délicieusement; -en société silencieuse par dédain du monde -et par ménagement pour sa poitrine; aimant à jouer sans -risquer de grosses sommes; riche et avare, dédaignant les -modes, toujours en grand habit, et la dernière qui ait -conservé l'usage du masque de velours noir pour conserver -son teint, qui était fort beau<a id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor"> [628]</a>. Elle fut regrettée de <span class="smallc">Madame</span> -lorsqu'elle perdit sa charge, et qu'on la sacrifia à -madame de Fiennes, à madame de Grancey, au chevalier -de Lorraine et à tous ces gens avides et corrompus -qui gouvernaient et entouraient <span class="smallc">Monsieur</span>; ce qui justifia -bien son mépris pour le genre humain, dont l'accuse madame -de Sévigné<a id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor"> [629]</a>. Quant à madame de Monaco, toujours -<span class="pagenum"><a id="Page_272"> 272</a></span> -belle et blanche, elle est, dit madame de la Fayette, -«engouée de cette <span class="smallc">Madame</span>-ci comme de l'autre, et sa -favorite<a id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor"> [630]</a>.» Madame de la Fayette ridiculisait M. de Mecklembourg -de ce qu'il était à Paris lorsque tout le monde -était à l'armée<a id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor"> [631]</a>. Un congrès de toutes les puissances de -l'Europe s'était formé pour parvenir à la pacification générale. -La Suède, qui recevait des subsides de la France, -avait été admise comme médiatrice. Elle envoya pour -ambassadeur extraordinaire le comte de Tott, qui fut -reçu avec beaucoup de distinction par Louis XIV. Sur -le point de retourner dans son pays, le comte de Tott -venait tous les jours voir madame de la Fayette et madame -de Coulanges; tous les jours il parlait de madame -de Sévigné, et des regrets qu'il avait de quitter Paris sans -la voir<a id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor"> [632]</a>. Jeune, beau, noble dans ses manières, parlant -français aussi facilement, aussi élégamment qu'aucun des -courtisans de Louis XIV; grand joueur, dissipateur, galant -et spirituel, de Tott, dit l'abbé de Choisy, était adoré -et flatté par toutes les femmes<a id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor"> [633]</a>. Il revint à Paris l'année -suivante, mais ce fut pour y mourir le dernier de sa noble -race. M. de Chaulnes part, Langlade va en Poitou, Marsillac -<span class="pagenum"><a id="Page_273"> 273</a></span> -à Barréges. Madame de Coulanges annonce à madame -de Sévigné tous ces départs, et aussi ceux de Vaubrun et de -la Trousse; celui-ci est envoyé pour commander en Franche-Comté, -sur la nouvelle qu'a eue le roi d'une révolte -en ce pays. La Trousse s'afflige de n'avoir pu consoler -madame de Coulanges de l'absence de tous ses amis; et -comme elle n'a ni madame de Sévigné ni madame Scarron, -elle ajoute plaisamment: «Je n'ai rien cette année de -tout ce que j'aime; l'abbé Têtu et moi nous sommes contraints -de nous aimer<a id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor"> [634]</a>.» Ce vaporeux abbé, académicien, -prédicateur, poëte, rimant des madrigaux et des poésies -chrétiennes<a id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor"> [635]</a>, recherchait trop les femmes pour que -Louis XIV voulût consentir à en faire un évêque, malgré les -instances qui lui furent faites à cet égard par les grandes -dames de sa cour. Têtu fut surtout longtemps et fortement -occupé de madame de Coulanges, qui se jouait de son -amour et avec laquelle il rompit avec une sorte d'éclat<a id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor"> [636]</a>.</p> - -<p>Quoique madame de Sévigné se plaigne beaucoup de -la paresse que madame de la Fayette met à lui répondre, -cependant les lettres qui nous restent de celle-ci pendant -le séjour de madame de Sévigné en Provence sont en -<span class="pagenum"><a id="Page_274"> 274</a></span> -plus grand nombre que celles de madame de Coulanges, -et elles suffisent pour nous peindre l'existence de l'auteur -de <i>Zaïde</i> et de <i>la Princesse de Clèves</i>, sujette aux -vapeurs, aux fièvres, à la migraine. On la voit sans cesse -tourmentée par le désir de jouer un rôle brillant; elle -s'y croyait appelée par son esprit et par ses liaisons -avec les grands personnages auxquels elle plaisait. Elle -aurait aussi voulu tenir le haut bout de la société dans -Paris, remplacer les Rambouillet, les Sablé, les Choisy, -précieuses nullement ridicules, qui avaient disparu -de la scène du monde; mais sa déplorable santé et -plus encore l'instabilité de son humeur s'y opposaient. -Bien vue de Louis XIV, il fallait qu'elle parût de temps -en temps à la cour, ce qui était pour elle une grande -fatigue. M. de la Rochefoucauld annonce à madame de -Sévigné que madame de la Fayette ne peut lui répondre, -parce qu'elle était allée le matin à Saint-Germain pour -remercier le roi d'une pension de cinq cents écus qu'on -lui a donnée sur une abbaye<a id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor"> [637]</a>, pension qui lui en vaudra -mille avec le temps. «Le roi a même accompagné ce présent -de tant de paroles agréables qu'il y a lieu d'attendre -de plus grandes grâces.»</p> - -<p>M. le Duc, fils du prince de Condé, se plaisait beaucoup -dans la société de madame de la Fayette: il allait fréquemment -la voir; et quand il était à l'armée, elle entretenait -une correspondance avec Briord, son premier écuyer, qui -devint ambassadeur à Turin, fut envoyé à la Haye, et -fait conseiller d'État d'épée. C'est par lui qu'elle apprend -le plaisant trait de ce bourgeois d'Utrecht qui, voyant -<span class="pagenum"><a id="Page_275"> 275</a></span> -M. le Duc prendre, en sa présence, des familiarités un -peu trop grandes avec sa femme jeune et jolie, lui dit: -«Pour Dieu! monseigneur, Votre Altesse a la bonté d'être -trop insolente<a id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor"> [638]</a>.»</p> - -<p>J'ai dit ailleurs combien le fils du grand Condé avait -de goût pour embellir Chantilly, cette magnifique et royale -demeure, et pour y organiser des fêtes<a id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor"> [639]</a>. Madame de la -Fayette était invitée à toutes les fêtes que donnait M. le -Duc. Elle alla à une de ses chasses en carrosse vitré, et la -migraine l'empêcha de rendre compte à madame de Sévigné -de ce <i>voyage de Chantilly</i>, qu'elle avait, dit-elle, commencé -l'année passée, mais qu'elle ne put continuer, parce -que la fièvre la prit sur le Pont-Neuf<a id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor"> [640]</a>. Mais, selon elle, «de -tous les lieux que le soleil éclaire, il n'y en a point de pareil -à celui-là;» et quand, par le triste bénéfice de l'âge, on a -vu, au milieu de cette magnifique forêt, ce château, ces belles -eaux, ces bosquets dans toute leur splendeur, on ne -trouve rien là d'exagéré. Elle y resta six jours, et dit à madame -de Sévigné: «Nous vous y avons extrêmement souhaitée, -non-seulement par amitié, mais parce que vous êtes -plus digne que personne du monde d'admirer ces beautés-là.» -Le jour où madame de la Fayette écrivait cette phrase, -<span class="pagenum"><a id="Page_276"> 276</a></span> -qui n'était pas une flatterie<a id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor"> [641]</a>, elle allait dîner à Livry avec -MM. de la Rochefoucauld, Morangiès et Coulanges; il lui -paraît étrange d'aller dans ce lieu sans madame de Sévigné. -Le plus grand nombre des lecteurs doivent être également -surpris que madame de la Fayette et ceux qui l'accompagnaient -aillent dîner à Livry lorsque madame de -Sévigné et son oncle en sont absents. Mais il faut se rappeler -que l'abbaye de Livry n'était pas alors la seule maison -où l'on dînât bien: Claude de Sanguin, seigneur de -Livry, dont la terre fut par la suite érigée en marquisat, -possédait au milieu de la forêt un très-beau château<a id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor"> [642]</a>; -et, vu sa qualité de premier maître d'hôtel du roi, il devait -avoir la prétention de donner au moins d'aussi bons -dîners que l'abbé de Coulanges. Ce fut, à n'en pas douter, -chez ce personnage que, vers la fin du mois de mai, lorsque -les arbres de la forêt couvraient le sol de leurs ombres -printanières, se rendirent tous ces amis de madame -de Sévigné. Ils durent penser au temps où, jeunes, ils -l'avaient vue dans ce même château, sous ces mêmes ombrages, -avec son poëte Sanguin de Saint-Pavin<a id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor"> [643]</a>.</p> - -<p>Cette même année (1673) la fête de Livry fut célébrée; -on rendit le pain bénit, et sur ce sujet l'intarissable Coulanges -chanta, pendant le repas, une longue chanson intitulée -<i>le Pain bénit de Livry</i>, qu'il avait composée sur l'air -populaire <i>Allons-nous à quatre</i>. Il y parle de madame de -Sévigné, de son absence, prolongée par le plaisir qu'elle -<span class="pagenum"><a id="Page_277"> 277</a></span> -éprouve en contemplant sa fille, plaisir pareil à celui -de la Niquée du roman d'<i>Amadis des Gaules</i>, qui fut -enchantée en voyant Fleurize son amant.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i5"> <b>. . . . . . . . .</b></p> -<p class="i1"> Certaine marquise,</p> -<p class="i1"> Dit un garde-bois,</p> -<p>Qu'on voyait tant autrefois,</p> -<p class="i1"> Où s'est-elle mise</p> -<p class="i1"> Depuis treize mois?</p> -<p class="i1"> Un moine s'avance,</p> -<p class="i1"> Qui répond: Hélas!</p> -<p class="i1"> Ne savez-vous pas</p> -<p class="i1"> Qu'elle est en Provence,</p> -<p class="i1"> Elle et ses appas?</p> -<p class="i1"> Elle est enchantée</p> -<p class="i1"> Auprès de Grignan,</p> -<p>Et se plaît en la voyant</p> -<p class="i1"> Tout comme Niquée</p> -<p class="i1"> Voyant son amant<a id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor"> [644]</a>.</p> -</div></div> - -<p>Madame de la Fayette et madame de Coulanges n'oublient -ni l'une ni l'autre, dans leurs lettres, aucune de ces -anecdotes satiriques ou galantes qui peignent les mœurs de -la cour à cette époque. Dans les lettres de madame de Coulanges, -c'est la princesse d'Harcourt qui a paru à la cour par -pure dévotion. Nouvelle qui efface toutes les autres; Brancas -[son père] en est ravi<a id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor"> [645]</a>. Dans les lettres de madame de la -Fayette, c'est la Bonnetot dévote<a id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor"> [646]</a> qui ôte son œil de verre -et ne met plus de rouge ni de boucles. Madame de Sévigné -était au reste fort curieuse de ces sortes de nouvelles, et les -<span class="pagenum"><a id="Page_278"> 278</a></span> -provoquait par ses demandes. «Pour répondre à vos questions, -lui écrit madame de la Fayette, je vous dirai que -madame de Brissac [Gabrielle-Louise de Saint-Simon] est -toujours à l'hôtel de Conti, environnée de peu d'amants, et -d'amants peu propres à faire du bruit. Le premier président -de Bordeaux est amoureux d'elle comme un fou. M. le Premier -et ses enfants sont aussi fort assidus auprès d'elle<a id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor"> [647]</a>.»</p> - -<p>Puis après vient le scandaleux procès du marquis -d'Ambres: «Je dois voir demain madame du Vill....; -c'est une certaine ridicule à qui M. d'Ambres a fait un -enfant; elle l'a plaidé, et a perdu son procès; elle conte -toutes les circonstances de son aventure; il n'y a rien au -monde de pareil; elle prétend avoir été forcée: vous jugez -bien que cela conduit à de beaux détails<a id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor"> [648]</a>.»</p> - -<p>Ce n'est pas seulement le nom, mais toute l'existence -de François Gelas de Voisin, marquis d'Ambres, qui se rattache -à un changement de cérémonial et d'étiquette très-prononcé -et à des modifications que le despotisme de -Louis XIV introduisait dans les habitudes, sinon plus serviles, -au moins plus respectueuses du langage. On écrivait -<i>monseigneur le Dauphin</i>; mais en parlant de lui on ne -disait jamais que <i>M. le Dauphin</i>; et ainsi pour les autres -fils de France et princes du sang, ou les personnages moins -élevés en dignité. Louis XIV décida qu'on dirait <i>monseigneur</i> -en parlant au Dauphin<a id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor"> [649]</a>. Cette innovation (à laquelle -<span class="pagenum"><a id="Page_279"> 279</a></span> -Montausier et quelques autres ne se conformèrent -jamais) en amena beaucoup d'autres: d'abord pour les -princes de la famille royale; puis, dans une assemblée du -clergé, les évêques prirent une délibération par laquelle -ils convinrent qu'en s'écrivant ils se donneraient mutuellement -le titre de <i>monseigneur</i><a id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor"> [650]</a>. Ils ne réussirent -d'abord à se le faire donner que par le clergé séculier et -subalterne; mais le temps, ce grand maître de l'usage, -fit accorder généralement ce titre aux évêques. Ensuite, -et successivement, les ducs, les maréchaux, les ministres -secrétaires d'État<a id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor"> [651]</a>, les intendants même prétendirent -au titre de <i>monseigneur</i>; mais ceux auxquels l'ancienneté -de la naissance, le grade ou la fierté naturelle -du caractère donnaient de la répugnance pour cette exigence -de l'usage refusaient de s'y conformer. A une -époque où ce point d'étiquette était fixé, où personne -ne songeait à s'en écarter, Saint-Simon se vante<a id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor"> [652]</a> de ne -s'y être jamais conformé, même en parlant au duc d'Orléans -régent, dont il était l'ami et le partisan, et d'avoir -été le seul qui lui dît <i>Monsieur</i>.</p> - -<p>Le marquis d'Ambres, dont Saint-Simon blâme la hauteur, -était de la même humeur que lui. Le père de ce marquis -avait été fait chevalier des ordres du roi en 1633<a id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor"> [653]</a>. -Colonel du régiment de Champagne en 1657, il fut ensuite, -au moyen d'un payement de 200,000 francs, nommé lieutenant -général pour le roi dans le gouvernement de -Guyenne<a id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor"> [654]</a>. D'Albret, comte de Miossens, maréchal de -<span class="pagenum"><a id="Page_280"> 280</a></span> -France, était gouverneur de cette province. C'était à l'époque -où les militaires d'un haut grade hésitaient à donner -le <i>monseigneur</i> aux maréchaux de France. Grignan, -Lavardin, Beuvron et autres évitaient la difficulté en -faisant écrire leurs femmes, leurs mères, leurs sœurs. Le -marquis d'Ambres, plus franc ou plus fier, refusa net le -<i>monseigneur</i> au maréchal d'Albret<a id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor"> [655]</a>; et tous deux en appelèrent -au jugement du roi sur ce différend. Le roi ordonna -à d'Ambres de donner le titre de <i>monseigneur</i> à -d'Albret. Cette décision fut la loi à laquelle tout le monde se -soumit. D'Ambres, dont elle choquait l'orgueil, en s'y conformant, -écrivit à d'Albret une lettre insolente, qui lui -attira une réponse de même sorte. Le résultat de cette querelle -fut que d'Ambres quitta le service<a id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor"> [656]</a>. C'était, dit -Saint-Simon, un «grand homme très-bien fait, très-brave -homme, avec de l'esprit et de la dignité dans les -manières.» Il fut despote dans ses domaines et à la cour, -où il paraissait souvent, quoique froidement accueilli -par le roi, auquel il survécut, ayant prolongé sa carrière -jusqu'à l'âge de quatre-vingt-un ans<a id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor"> [657]</a>.</p> - -<p>Ce n'était pas seulement par ses victoires, par la bravoure -de ses troupes, par le génie de ses généraux et de -ses marins que Louis XIV agitait toutes les puissances de -l'Europe et pesait sur elles; c'était encore par l'activité de -ses négociations, l'adresse et l'habileté de ses diplomates. -<span class="pagenum"><a id="Page_281"> 281</a></span> -Jamais toutes ces causes de succès n'agirent avec plus -d'évidence et de force que durant les conférences de Cologne -et dans tout le temps qui précéda la paix de Nimègue. -Jamais monarque ne sut plus que Louis XIV profiter -avec habileté de la bonne fortune; ce qui est peut-être plus -rare que de savoir trouver des ressources contre la mauvaise. -C'est bien à tort qu'en s'emparant des fautes de la -vieillesse de Louis XIV on a voulu lui ravir la gloire -due à ses belles années, et attribuer l'éclat de cette partie -de son règne aux seuls grands hommes dont il savait -s'entourer. Aujourd'hui que tout ce qu'il y a d'important -à connaître de cette grande époque de notre histoire -a été mis au jour, nous savons que tout aboutissait à ce -roi; et si Condé, Turenne, Louvois lui soumettaient leurs -idées pour la guerre; si Colbert, Louvois, Pomponne, le -Tellier traitaient et préparaient les grandes affaires de -l'intérieur et de l'extérieur, c'était lui seul qui ordonnait; -lui seul répartissait le travail entre ses ministres, ses commandeurs, -ses guerriers, ses chefs d'escadre; de sorte -qu'aucun conflit d'autorité ne pouvait nuire à l'action du -gouvernement. Il saisissait avec un coup d'œil d'aigle l'ensemble -et les résultats des opérations militaires, les intérêts -compliqués des différents États, s'attachant à connaître -et à influencer les personnages qui les gouvernaient. -Il ne confiait de ses secrets, de ses pensées, à ses serviteurs -les plus dévoués, que ce qui leur était strictement -nécessaire pour bien opérer dans les différentes affaires -dont ils étaient chargés. Les deux puissances qu'il avait -eu le talent d'enchaîner aux intérêts de la France étaient -la Suède et l'Angleterre. Pour ce dernier pays, il avait -employé toutes les ressources de l'intrigue, de la corruption; -et il était parvenu à entraîner Charles II, ses ministres -<span class="pagenum"><a id="Page_282"> 282</a></span> -et ses ambassadeurs dans la sphère de son ambitieuse -politique, contre les intérêts de l'Angleterre, contre -la volonté du parlement anglais, affaibli dans son opposition -à la couronne par le souvenir récent des dernières révolutions -et dominé par la crainte d'en produire encore -une nouvelle. Il résultait de cette situation des deux -États une sorte d'alliance et de confraternité entre la cour -de France et celle d'Angleterre; et la seconde imitait la -première, beaucoup plus brillante et plus riche.</p> - -<p>Charles II, qui pendant l'usurpation de Cromwell avait -passé en France sa jeunesse, conservait sur le trône ses inclinations -pour les mœurs faciles, élégantes de ce pays. Sa -cour, comme celle de Louis XIV, fut brillante, polie, remarquable -par l'éclat des fêtes, des beautés qui y brillèrent; -et elle fut aussi le théâtre de beaucoup d'intrigues -amoureuses, auxquelles les courtisans se complaisaient, -à l'exemple du monarque. Ces rapports de goûts, d'occupations, -de divertissements contribuèrent à former les -liens qui unissaient les souverains et la noblesse des deux -pays: on s'occupait en France des aventures, des intrigues -galantes d'Angleterre, comme en Angleterre de -celles de France.</p> - -<p>Une des femmes qui avaient fait le plus de bruit à Paris, -pour sa beauté, était la comtesse de Northumberland.</p> - -<p>Madame de la Fayette envoya, le 30 septembre 1672, à -madame de Sévigné, à Aix, une lettre du comte de Sunderland, -la chargeant de la faire remettre à la comtesse de -Northumberland, à Aix. «M. de la Rochefoucauld, que -le comte de Sunderland voit très-souvent, s'est chargé de -lui remettre ce paquet. Comme vous n'êtes plus à Aix, -ajoute-t-elle, je vous supplie d'écrire un mot à madame de -Northumberland, afin qu'elle fasse réponse, et qu'elle vous -<span class="pagenum"><a id="Page_283"> 283</a></span> -mande qu'elle l'a reçu: vous m'enverrez sa réponse. On dit -ici que si M. de Montaigu n'a pas un heureux succès de son -voyage; il passera en Italie, pour faire voir que ce n'est -pas pour les beaux yeux de madame de Northumberland -qu'il court le pays. Mandez-moi un peu ce que vous verrez -de cette affaire, et comme quoi il sera traité<a id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor"> [658]</a>.»</p> - -<p>Montaigu était alors l'amant de la duchesse de Brissac; -il la négligea dès qu'il commença à faire sa cour à la comtesse -de Northumberland<a id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor"> [659]</a>.</p> - -<p>D'après ce que nous venons de dire des cours de France -et d'Angleterre, on serait tenté de croire que le mystérieux -paquet de l'ambassadeur anglais était relatif à une intrigue -d'amour, et que le comte de Sunderland, qui avait -succédé à Montaigu en qualité d'ambassadeur en France, -était encore son rival à l'égard de la comtesse de Northumberland.</p> - -<p>Ces apparences n'avaient rien de réel. La réputation de -la comtesse de Northumberland fut toujours intacte; et -Robert Spencer, second comte de Sunderland, qui fut -deux fois ambassadeur en France et deux fois premier -ministre d'Angleterre, avait épousé une très-belle femme: -c'était Anne Digby, fille du fameux lord Digby, comte -de Bristol, dont Bussy a raconté, dans son libelle, les -amours avec la duchesse de Châtillon<a id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor"> [660]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_284"> 284</a></span> -Lord Digby, dont la vie si remplie d'aventures fut, selon -l'expression d'Horace Walpole, une contradiction perpétuelle, -avait été fort lié, au temps de la Fronde, avec le -duc de la Rochefoucauld, et il ne manqua pas de lui recommander -son gendre et sa fille. Celle-ci fut présentée -à la cour de Louis XIV, où, parmi tant de femmes remarquables, -sa beauté fit sensation<a id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor"> [661]</a>.</p> - -<p>Il n'en fut pas ainsi de lady Northumberland, au jugement -de madame de la Fayette, dont les appréciations, il -faut le dire, sont presque toujours sévères et souvent peu -bienveillantes quand il s'agit des personnes de son sexe. -Dans sa lettre du 15 avril 1673, elle écrit à madame de -Sévigné: «Madame de Northumberland me vint voir hier; -j'avais été la chercher avec madame de Coulanges. Elle -me parut une femme qui a été fort belle, mais qui n'a plus -un seul trait de visage qui se soutienne ni où il soit resté -le moindre air de jeunesse: j'en fus surprise. Elle est assez -mal habillée, point de grâce: enfin, je n'en fus point du tout -éblouie. Elle me parut entendre fort bien tout ce qu'on dit, -ou, pour mieux dire, ce que je dis; car j'étais seule. M. de -la Rochefoucauld et madame de Thianges, qui avaient -envie de la voir, ne vinrent que comme elle sortait. Montaigu -m'avait mandé qu'elle viendrait me voir; je lui ai -fort parlé d'elle; il ne fait aucune façon d'être embarqué -à son service, et paraît très-rempli d'espérance<a id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor"> [662]</a>.»</p> - -<p>En effet, Montaigu partit le 24 mai, pour se rendre en -Angleterre; lady Northumberland, deux jours après<a id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor"> [663]</a>. -<span class="pagenum"><a id="Page_285"> 285</a></span> -Elle le rejoignit à Titchefield, au château de Wriothesley, -dans le Hampshire, où le mariage se fit. C'était le château -de la famille de lady Northumberland, ou d'Élisabeth -Wriothesley. Elle était la plus jeune des filles du -lord trésorier Southampton, et sœur de l'héroïque épouse -de ce Russell dont la mort fut un des crimes et une des -plus grandes fautes du règne de Charles II. Ainsi, par -les Russell lady Northumberland se trouvait alliée au -marquis de Ruvigny, calviniste et mandataire des Églises -réformées en mission, qui lui permit de rendre de grands -services comme diplomate, lorsque Louis XIV n'était pas -encore devenu intolérant et persécuteur. Élisabeth Wriothesley -avait hérité des grands biens de son aïeul maternel; -elle fut mariée très-jeune à Josselyn Percy, -onzième comte de Northumberland. Les deux époux se -rendirent à Paris pour raison de santé, accompagnés de -Locke, leur médecin, devenu depuis si célèbre par ses ouvrages -de métaphysique. Le comte continua son voyage -jusqu'en Italie, et mourut à Turin de la fièvre, en 1670. -Sa femme, restée à Paris, avait été confiée par lui aux -soins de Locke et à Montaigu, alors ambassadeur d'Angleterre. -Celui-ci mit toute son application à consoler la -jeune et riche veuve, et, par ses assiduités et sa constance, -parvint à se faire agréer d'elle comme époux. Elle mourut -à quarante-quatre ans, en 1690. Montaigu fit un second -mariage plus riche encore, et surtout plus extraordinaire. -Il épousa la folle duchesse d'Albermale, dont il ne put -obtenir le consentement qu'en lui faisant croire qu'il était -l'empereur de la Chine<a id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor"> [664]</a>. Il lui fit rendre tous les honneurs -<span class="pagenum"><a id="Page_286"> 286</a></span> -comme à une véritable impératrice de Chine, et la retint -renfermée dans ce même hôtel de Montaigu, si célèbre -depuis qu'il est devenu le Musée britannique<a id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor"> [665]</a> (<i>British -Museum</i>).</p> - -<p>Que faisait Sévigné tandis que sa mère était en Provence; -que son parent le marquis de la Trousse quittait -Paris pour commander en Bourgogne; que Louis XIV -laissait Saint-Germain et Versailles, allait sans Turenne -ni Condé, mais assisté de Vauban, assiéger et prendre la -forte place de Maëstricht<a id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor"> [666]</a>? Sévigné, ennuyé des fatigues -de la guerre, demandait un congé qu'il était bien sûr d'obtenir, -puisqu'il employait, pour le solliciter, l'intermédiaire -de madame de Coulanges, très-désireuse de conserver auprès -d'elle ce jeune et aimable <i>guidon</i><a id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor"> [667]</a>. Avec elle, il allait -dîner chez la duchesse de Richelieu; il allait voir les -nouvelles pièces au théâtre: <i>Mithridate</i>, <i>Pulchérie</i>; il l'accompagnait -à Saint-Germain, ainsi que madame de la -Fayette; et toutes deux, très-satisfaites de pouvoir disposer -d'un tel cavalier, donnent de ses nouvelles à sa mère, -et font son éloge. Et comme il lui fallait toujours un attachement -de cœur, ce n'était plus d'une actrice ou d'une -femme philosophe, aux appas surannés, qu'il était épris, -mais de la belle madame du Ludres, cette chanoinesse de -Poussay, si affectée dans son parler, si coquette, dame -<span class="pagenum"><a id="Page_287"> 287</a></span> -d'honneur de la reine et amie de madame de Coulanges. -Elle n'avait pas encore attiré les regards du roi<a id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor"> [668]</a>, et le chevalier -de Vivonne et le chevalier de Vendôme se disputaient -alors ses faveurs. Mais madame de la Fayette jugeait -de Sévigné comme Ninon: «Votre fils, écrit-elle à sa mère, -est amoureux comme un perdu de mademoiselle de Poussay; -il n'aspire qu'à être aussi transi que la Fare<a id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor"> [669]</a>.» M. de -la Rochefoucauld dit que l'ambition de Sévigné est de -mourir d'un amour qu'il n'a pas, «car nous ne le tenons -pas, ajoute-t-il, du bois dont on fait les passions<a id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor"> [670]</a>.»</p> - -<p>Cependant un autre motif que son amour pour madame -du Ludres retenait Sévigné dans la capitale plus longtemps -peut-être qu'il ne l'aurait voulu: c'était le besoin d'argent. -Sans avoir aucun vice ou aucun goût ruineux, il -avait peu d'ordre; et sa mère lui ayant déjà avancé de fortes -sommes pour l'acquisition de sa charge de <i>guidon</i> et pour -ses équipages, il n'osait plus rien réclamer. Aussi, malgré -l'intimité qui régnait entre elle et lui, il crut devoir lui faire -cette demande par l'intermédiaire de madame de la Fayette -et de d'Hacqueville. La manière un peu sévère dont madame -de la Fayette rappelle à son amie qu'elle est beaucoup -plus prodigue pour sa fille que pour son fils prouve -que l'on aimait moins la sœur que le frère, et que, comme -tous les amis de madame de Sévigné, madame de la Fayette -<span class="pagenum"><a id="Page_288"> 288</a></span> -désapprouvait l'excessive faiblesse et la continuelle admiration -de son amie pour madame de Grignan:</p> - -<p>«Je ne vous puis dire que deux mots de votre fils: il -sort d'ici; il m'est venu dire adieu, et me prier de vous -écrire ses raisons sur l'argent: elles sont si bonnes que -je n'ai pas besoin de les expliquer fort au long, car vous -voyez, d'où vous êtes, la dépense d'une campagne qui ne -finit point. Tout le monde est au désespoir et se ruine: -il est impossible que votre fils ne fasse pas un peu comme -les autres; et, de plus, la grande amitié que vous avez pour -madame de Grignan fait qu'il en faut témoigner à son -frère. Je laisse au grand d'Hacqueville à vous en dire davantage<a id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor"> [671]</a>.»</p> - -<p>Madame de la Fayette gourmande aussi sur ses exigences -madame de Sévigné, qui mettait en doute son amitié, -parce qu'en raison de sa paresse naturelle elle négligeait -de lui répondre. «Je suis très-aise, lui écrit madame de la -Fayette, d'aimer madame de Coulanges à cause de vous. -Résolvez-vous, ma belle, de me voir soutenir toute ma -vie, de toute la pointe de mon éloquence, que je vous -aime plus encore que vous ne m'aimez. J'en ferais convenir -Corbinelli en un quart d'heure<a id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor"> [672]</a>; et vos défiances -seules composent votre unique défaut et la seule chose -qui peut me déplaire en vous. M. de la Rochefoucauld -vous écrira<a id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor"> [673]</a>.»</p> - -<p>La Rochefoucauld n'écrivit pas aussitôt qu'il l'avait -<span class="pagenum"><a id="Page_289"> 289</a></span> -promis; car il se sert encore de la plume de madame de -la Fayette pour consulter madame de Sévigné et aussi -Corbinelli, sur une pensée qu'il avait probablement le -projet d'insérer dans son livre de <i>Réflexions ou Sentences -et Maximes morales</i>. Il en avait déjà publié trois -éditions: la seconde, avec des corrections et des retranchements; -la troisième, corrigée et augmentée<a id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor"> [674]</a>; il en -fut de même des trois éditions qui suivirent. La Rochefoucauld -avait fait de la composition de ce petit livre -l'amusement des loisirs de sa vieillesse; il y faisait -participer sa société intime, et surtout madame de la -Fayette. N'ayant reçu durant les guerres civiles qu'une -éducation imparfaite<a id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor"> [675]</a>, il était beaucoup moins lettré que -son amie; mais, par la tournure de son esprit et par son -expérience du monde, il était plus capable de peindre -l'homme corrompu des cours et de rédiger avec concision -et finesse le code honteux de leur morale que tous -les gens de lettres et toutes les femmes spirituelles dont -il était entouré. Il craignait toujours de trop grossir son -recueil; et il essayait en quelque sorte l'effet de ses réflexions -sur le public de son choix. Il acceptait différentes -rédactions des mêmes pensées avant de les admettre à la -publication. Segrais, auquel il soumettait la copie de -chacune des éditions, dit qu'il y a des maximes qui ont -été changées plus de trente fois<a id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor"> [676]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_290"> 290</a></span> -Madame de la Fayette termine ainsi une de ses lettres -à madame de Sévigné: «M. de la Rochefoucauld se porte -très-bien; il vous fait mille et mille compliments, et à -Corbinelli. Voici une question entre deux maximes:</p> - -<p class="quote">On pardonne les infidélités, mais on ne les oublie pas.<br /> -On oublie les infidélités, mais on ne les pardonne pas.</p> - -<p>«Aimez-vous mieux avoir fait une infidélité à votre -amant, que vous aimez pourtant toujours, ou qu'il vous en -ait fait une, et qu'il vous aime toujours<a id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor"> [677]</a>?» Et pour expliquer -le sens de cette question entre deux maximes, question -pourtant assez claire, madame de la Fayette dit qu'il -s'agit ici d'infidélités passagères. Quant aux deux maximes, -le choix de madame de Sévigné ne pouvait être -douteux; mais, pour répondre à la subtile question que lui -pose madame de la Fayette, une chose lui manquait, l'expérience; -et elle pouvait, je pense, en renvoyer la décision -à son amie. La Rochefoucauld avait déjà inséré dans la -troisième édition cette maxime: «On pardonne tant que -l'on aime<a id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor"> [678]</a>.» Il ne parlait nulle part, dans cette édition, de -l'infidélité entre amants. Dans la quatrième, il n'inséra -aucune des deux maximes que rapporte ici madame de la -Fayette; mais il en ajouta quatre nouvelles qui concernent -«cette faute considérable en amour,» pour nous servir -de l'expression qu'emploie madame de la Fayette -dans sa lettre<a id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor"> [679]</a>.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_291"> 291</a></span> -Les deux correspondantes de madame de Sévigné ne -pouvaient, en l'instruisant des nouvelles du grand monde, -lui laisser ignorer celles qui intéressaient la littérature. -Au théâtre, deux pièces nouvelles avaient été jouées, -et formaient événement; elles étaient de deux grands -auteurs, entre lesquels se partageaient alors le public, la -cour et l'Académie. Corneille avait fait jouer <i>Pulchérie</i>, -et Racine <i>Mithridate</i><a id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor"> [680]</a>; alors madame de Coulanges -écrit à madame de Sévigné: «<i>Mithridate</i> est une pièce -charmante: on y pleure; on y est dans une continuelle -admiration; on la voit trente fois, on la trouve plus -belle la trentième fois que la première. <i>Pulchérie</i> n'a -point réussi<a id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor"> [681]</a>;» et madame de la Fayette: «M. de Coulanges -m'a assuré qu'il vous enverrait <i>Mithridate</i>.» Madame -de Sévigné, avant d'aller rejoindre madame de Grignan, -sept mois avant la représentation de <i>Pulchérie</i>, lui -avait écrit, en lui envoyant la tragédie de <i>Bajazet</i>: «Je -suis folle de Corneille; il nous donnera encore <i>Pulchérie</i>, -où l'on reverra</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p><span class="i5"> La main qui crayonna</span></p> -<p>La mort du grand Pompée et l'âme de Cinna.</p> -</div></div> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_292"> 292</a></span> -Il faut que tout cède à son génie<a id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor"> [682]</a>.» Madame de -Sévigné, lorsqu'elle écrivait ces lignes, avait-elle entendu -une lecture de <i>Pulchérie</i>? Je le crois. Quoique -Voltaire assure que cette tragédie est inférieure à -ce que Coras, Bonnecorse et Pradon ont jamais fait de -plus plat, il n'est pas moins vrai que Corneille a laissé -dans cette pièce de nombreuses traces de son génie mourant. -Il a su, dans le rôle de <i>Pulchérie</i>, faire parler l'amour -avec cette élévation de sentiment et de fierté héroïque -qui plaisait tant aux dames de l'hôtel de Rambouillet -et aux héroïnes de la Fronde, tandis que Racine avait -affadi, par le langage doucereux et galant de la cour de -Louis XIV, le rôle de Mithridate, tracé par lui avec une -admirable vigueur<a id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor"> [683]</a>. <i>Pulchérie</i> néanmoins n'eut pas un -grand succès. Racine, qui venait d'être reçu à l'Académie -française, avait pu faire représenter sa tragédie par les -excellents comédiens de l'hôtel de Bourgogne, tandis que -Corneille fut obligé de confier la sienne à des acteurs médiocres, -sur le théâtre du Marais, situé dans un quartier qui -avait passé de mode. Mais comme ce quartier était habité -par beaucoup de personnes de l'ancienne société, qui, -de même que madame de Sévigné, y avaient passé leur -jeunesse, Corneille devait y conserver beaucoup de partisans; -ceux de Racine, au contraire, étaient principalement -dans le faubourg Saint-Germain et le quartier du Louvre. -<span class="pagenum"><a id="Page_293"> 293</a></span> -La pièce de Corneille se soutint pendant quelque temps au -théâtre, et même s'y maintint quelques années encore -après la nouveauté<a id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor"> [684]</a>. <i>Pulchérie</i> aurait pu dire aux spectateurs -qui l'avaient applaudie et aux critiques qui en ont -parlé avec tant de mépris:</p> - -<p class="quote"><b>. . . . . . . . . . . .</b> Je n'ai pas mérité<br /> -Ni cet excès d'honneur ni cette indignité.</p> - -<p>Mais dans les lettres que madame de Coulanges et madame -de la Fayette adressèrent à madame de Sévigné tandis -qu'elle était à Aix, nous cherchons en vain la mention -de l'événement le plus désastreux pour la littérature et le -théâtre, mention qui aurait dû précéder la lettre sur la -représentation de <i>Pulchérie</i>. Le haut justicier, le hardi -flagellateur des travers et des ridicules de son temps, le -grand amuseur du grand roi, Molière, n'était plus; il -avait succombé, à l'âge de cinquante et un ans, à la double -passion d'auteur et d'acteur comique, dont l'attrait invincible -l'avait, dès l'âge de puberté, entraîné loin du toit -paternel.</p> - -<p>La littérature et le théâtre ne firent jamais une perte -plus grande et plus généralement sentie; il semblait que -ce fin discernement, ce spirituel bon sens, cette humeur -joviale, satirique et bouffonne qui distinguent le peuple -français s'ensevelissaient dans la tombe où était renfermé -cet homme.</p> - -<p>Louis XIV rendit une ordonnance spéciale pour protéger -contre la rapacité des comédiens de campagne la dernière -<span class="pagenum"><a id="Page_294"> 294</a></span> -œuvre de Molière, <i>le Malade imaginaire</i><a id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor"> [685]</a>, et versa -ses bienfaits sur sa troupe, qui par cette mort fut menacée -de désorganisation; mais elle se reforma, et se transporta -du Palais-Royal dans la rue Mazarine<a id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor"> [686]</a>. Cependant -Louis XIV ne voulut pas user de son autorité pour protéger -contre les ressentiments de l'Église les restes mortels d'un -homme qu'il regretta toute sa vie. La voix imposante -de Bourdaloue se faisait entendre fréquemment dans -la chaire de Saint-Germain en Laye<a id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor"> [687]</a>, et le clergé s'opposait -aux amusements du théâtre, comme contraires -aux bonnes mœurs. Molière était nommément l'objet de -ses attaques, parce que, par son génie, il était parvenu -à inspirer au monarque et à toutes les classes de la nation -(car il écrivit pour tous) le goût le plus vif pour la comédie. -En cela le clergé remplissait un devoir, et Louis XIV -le sentait bien; mais il ne put jamais faire ce sacrifice -à sa conscience: il aima toujours le spectacle et la musique; -et Molière et Lulli furent les deux hommes dont il -ressentit le plus vivement la perte<a id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor"> [688]</a>.</p> - -<p>L'abbé d'Aubignac, docteur en droit canonique, fit -un livre pour réfuter l'écrit que Nicole, en 1659, avait -publié contre les théâtres; mais l'abbé d'Aubignac composait -lui-même des pièces, et d'ailleurs il n'avait, pour -<span class="pagenum"><a id="Page_295"> 295</a></span> -défendre une telle cause, ni l'éloquence de Bourdaloue ni -le savoir de Bossuet<a id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor"> [689]</a>. Aux ministres de la religion est -venu se joindre, comme antagoniste de Molière et de la comédie, -le plus éloquent, le plus dialecticien des sophistes -du <span class="smallc">XVIII</span><sup>e</sup> siècle et le plus dangereux ennemi du christianisme. -Jean-Jacques Rousseau a été plus loin peut-être, -dans ses attaques contre Molière et la comédie, que Nicole, -Bourdaloue et Bossuet; et cependant l'admiration pour -le génie de Molière n'a cessé de s'accroître; jamais nous -n'avons été plus généralement, plus constamment, plus -fortement dominés par la passion du théâtre. Les licences -contre les bonnes mœurs, si justement reprochées à Molière, -n'ont fait depuis, malgré les efforts des pasteurs de -l'Église, des moralistes et quelquefois des gouvernements, -qu'usurper une large part sur la scène française: ces licences -sont parvenues à un degré de dévergondage tel -qu'il faut, dans les temps qui ont précédé la renaissance -des lettres en Europe, reculer jusqu'au siècle d'Aristophane -pour trouver des exemples qui les égalent.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_296"> 296</a></span></p> -<h2 class="normal">CHAPITRE XI.<br /> -<span class="medium">1673.</span></h2> -</div> - -<p class="hanging indent">Séjour de madame de Sévigné à Grignan.—Fête donnée à Grignan -le 23 juillet, en réjouissance de la prise de Maëstricht par -Louis XIV.—Causes de l'interruption de la correspondance entre -Bussy et madame de Sévigné.—Bussy continue toujours à solliciter -sa rentrée au service.—Sa liaison avec l'abbé de Choisy.—Liaison -de l'abbé de Choisy avec madame Bossuet.—Bruit -auquel cette correspondance donne lieu.—Elle cesse par la faute -de Bussy.—Bussy cherche à marier sa fille aînée; le marquis de -Coligny et le comte de Limoges se présentent.—Correspondance -du comte de Limoges avec Bussy.—Bussy obtient la permission -d'aller à Paris pour ses affaires.—Il renoue sa correspondance -avec madame de Sévigné, avec la marquise de Courcelles et avec -Corbinelli.—Attachement de Corbinelli pour madame de Sévigné.—Des -personnes qui s'intéressent à Corbinelli.—Pourquoi il ne -pouvait parvenir à rien.—Sa philosophie.—Ses sentiments religieux.—Ouvrage -qu'il avait composé.—Il s'applique à l'étude -de la philosophie de Descartes.—Proposition de madame de Grignan -sur la liberté de l'âme.—Bien démontrée, selon Corbinelli, -dans le traité de Louis de la Forge sur <i>l'esprit de l'homme</i>.—Détails -sur ce traité.—Influence de la philosophie de Descartes à -cette époque.—Caractère de cette philosophie. Elle se perd dans -le mysticisme, et prépare le règne de la philosophie sensualiste.—De -ses partisans et de ses adversaires.—Les femmes prennent -part à ces hautes discussions.—De mademoiselle du Pré -et de madame de la Vigne, et de leur correspondance avec Bussy.—Arrêt -burlesque de Boileau.—Jugement sur le livre de Louis -de la Forge.—Philosophie de madame de Sévigné.—Ses opinions -religieuses sont puisées dans saint Augustin et dans les écrits des -jansénistes.—Ses objections contre le cartésianisme.—Résultat -des conférences tenues à Grignan sur ces graves matières.—Madame -<span class="pagenum"><a id="Page_297"> 297</a></span> -de Sévigné se confirme dans ses croyances.—Madame -de Grignan devient sceptique;—Corbinelli, dévot mystique.—Le -livre des maximes de Corbinelli.—Sa liaison avec madame le -Maistre.—Le séjour de Grignan devait peu plaire à madame de -Sévigné.—Elle se prépare à partir, et à retourner à Paris.</p> - -<p class="space">Madame de Sévigné avait tout le loisir de s'intéresser -aux nouvelles du monde, de la littérature et du théâtre. -Lorsqu'elle reçut les lettres de madame de Coulanges et de -madame de la Fayette dont nous avons parlé, elle ne -voyageait plus, elle ne s'occupait plus de la Provence ni -des Provençaux; elle n'était plus à Aix, elle était à Grignan. -Le lieutenant général gouverneur s'y était transporté -pour y passer la belle saison, et madame de Sévigné -jouissait encore, sans aucune jalouse distraction, du -bonheur de s'entretenir avec sa fille à tout instant du jour, -de la voir agir et commander dans son château, entourée -de ses vassaux et de sa noble famille.</p> - -<p>Après la prise de Maëstricht par Louis XIV, la joie fut -telle à Paris que l'on alluma des feux et qu'on chanta -le <i>Te Deum</i> sans aucun ordre de l'autorité. Ces démonstrations -d'enthousiasme pour le succès des armes françaises -furent imitées dans presque toutes les villes du -royaume<a id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor"> [690]</a>. Dans une des gazettes du mois d'août, on lit -l'article suivant<a id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor"> [691]</a>:</p> - -<p>«A <span class="smallc">Grignan</span>, en Provence, le 23 juillet, le comte -de Grignan fit chanter le <i>Te Deum</i>, par deux chœurs -de musique, dans l'église collégiale, où il se trouva -avec plusieurs personnes de qualité; et sur le soir il -alluma dans la place publique un grand feu qu'il avait</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_298"> 298</a></span> -fait préparer, et qui fut exécuté aux fanfares des trompettes -et avec décharge de canons.»</p> - -<p>Madame de Sévigné assista à cette fête avec tous les habitants -de Grignan: huit jours auparavant elle avait, -par une lettre datée de ce lieu, renoué sa correspondance -avec Bussy, interrompue depuis un an<a id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor"> [692]</a>.</p> - -<p>Cette interruption s'explique facilement. Les guerres -interminables dans lesquelles Louis XIV se trouvait engagé -par ses ambitieux desseins avaient persuadé à -Bussy que tôt ou tard on aurait besoin des talents militaires -et de la bravoure qu'on lui connaissait, et que, -s'il ne revenait pas en faveur, on se trouverait en quelque -sorte forcé, par le manque de bons généraux, de -l'employer à son grade. Aussi cherchait-il à se mettre -en état que le roi le fît sans répugnance; il tâchait de se -faire des appuis parmi ceux qui entouraient le monarque, -et il entretenait pour cet effet une nombreuse correspondance<a id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor"> [693]</a>. -Des fragments de ses Mémoires à la louange -du roi, des sonnets, des rondeaux, des madrigaux étaient -surtout envoyés par lui au duc de Saint-Aignan, qui aimait -et admirait les productions de son esprit et qui lui-même -composait des vers plus médiocres que les siens<a id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor"> [694]</a>. Dans -la galerie de son château Bussy avait un grand portrait -de Louis XIV à cheval, au-dessous duquel il avait mis -cette inscription:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>LOUIS QUATORZIÈME, ROY DE FRANCE,</p> -<p class="i3">ARBITRE DE L'EUROPE,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_299"> 299</a></span></div> -<p class="i1">FORT CONSIDÉRÉ ET MÊME CRAINT</p> -<p>DANS LES AUTRES PARTIES DU MONDE,</p> -<p class="i3">AIMABLE ET TERRIBLE,</p> -<p class="i1">LE PLUS BRAVE ET LE PLUS GALANT</p> -<p class="i3">PRINCE DE LA TERRE<a id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor"> [695]</a>.</p> -</div></div> - -<p>La correspondance qu'il avait continuée assidûment -avec sa cousine lui était doublement intéressante, non-seulement -parce qu'il n'avait jamais cessé d'être charmé de sa -personne et de son esprit, mais aussi parce que, par le -grand nombre d'amis qu'il lui connaissait et par ses liaisons -avec de Pomponne, il espérait bien employer le secours -de sa parenté pour la réussite de ses projets. -Mais, sous ce dernier rapport, ce n'était que lorsque madame -de Sévigné habitait Paris que les lettres qu'il recevait -d'elle pouvaient intéresser son ambition. Aussi, quand -elle était aux Rochers, lui écrivait-il moins souvent. -Cependant les relations de madame de Sévigné avec le -duc de Chaulnes et d'autres personnages puissants de -Bretagne étaient une considération qui lui faisait mettre -quelque régularité dans sa correspondance. Il en fut tout -autrement quand elle s'en alla voir sa fille; son éloignement -de Paris faisait disparaître pour Bussy la possibilité -de la faire intervenir en sa faveur, et le séjour -en Provence lui ôtait l'espoir de recevoir des lettres -d'elle utiles à ses projets, et lui donnait la crainte d'y -trouver des motifs de contrariété. Il détestait les Grignan, -et les Grignan ne l'aimaient pas; de sorte que, -hormis ce qui avait trait à madame de Sévigné et à -sa fille, il ne désirait rien savoir de ce qui se passait autour -d'elles. Voilà sans doute le motif qui fit que Bussy -<span class="pagenum"><a id="Page_300"> 300</a></span> -interrompit pendant plus d'un an sa correspondance avec -sa cousine<a id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor"> [696]</a>. Mais si pourtant il négligea de correspondre -avec elle pendant le cours d'une année (depuis juillet 1672 -jusqu'en juillet 1673), jamais il n'écrivit et ne reçut d'autres -personnes un plus grand nombre de lettres; jamais, -quoique ayant cinquante-cinq ans, il ne montra un plus -grand désir de braver les fatigues et les périls de la guerre, -et de faire oublier son âge par ses succès en amour. Ces -passions surannées l'avaient lié avec un jeune homme, -l'abbé de Choisy, qui n'est plus connu heureusement aujourd'hui -que par de nombreux écrits non dépourvus d'agréments -et d'instruction et irréprochables sous le rapport -de la religion et des mœurs. L'abbé de Choisy -avait quitté le nom de comtesse de Saincy ou des Barres; -il ne portait plus d'habits de femme, et, après un voyage -fait en Italie, il avait obtenu en 1663, par le crédit de sa -mère, l'abbaye de Saint-Seine en Bourgogne<a id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor"> [697]</a>, ce qui le forçait -à résider souvent dans ce pays. Il avait à peine trente -ans. Le temps de ses métamorphoses en jeune et jolie fille -était passé, mais non pas les penchants qui y avaient -donné lieu: seulement ils s'étaient affaiblis. Il aimait toujours -le jeu et les femmes. Lorsque le sort lui avait été -contraire, et qu'il était las de ses maîtresses, il quittait -Paris, et allait en Bourgogne se renfermer dans son abbaye -avec la résolution d'y résider pour faire des économies, -et payer ses dettes. L'ennui le prenait, et il allait -continuellement à Paris et à Dijon<a id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor"> [698]</a>. Ses traits étaient -<span class="pagenum"><a id="Page_301"> 301</a></span> -restés délicats et mignards; mais l'âge et le soleil d'Italie -avaient donné à son charmant visage une apparence -plus mâle<a id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor"> [699]</a>. Il obtint sans artifice, sans aucun perfide -déguisement de nombreux succès auprès des femmes -livrées à la galanterie<a id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor"> [700]</a>. A Dijon, il en rencontra une -à laquelle il rendit des soins, et il s'en fit aimer; conquête -plus facile à faire qu'à conserver: jeune, jolie, spirituelle, -elle avait en outre la réputation d'écrire très-bien des -lettres. Ce mérite était alors prisé dans la société et -dans le monde comme aujourd'hui celui de la musique: -l'abbé de Choisy le possédait, mais Bussy plus -que personne.</p> - -<p>La nouvelle maîtresse de l'abbé de Choisy était madame -Bossuet<a id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor"> [701]</a>, femme de Bossuet, trésorier général des états -de Bourgogne, frère aîné de Jacques-Bénigne Bossuet. Elle -était la fille de Nicolas Dumont, gentilhomme de Bourgogne, -et d'Anne-Catherine de Hautoy, d'une maison distinguée -de Lorraine. Nicolas Dumont s'était attaché avec trois -de ses frères à la fortune de Condé; il avait suivi ce prince -dans l'exil, et ce fut Condé qui, après sa rentrée en -France, maria la jeune et belle fille de Dumont, et procura -à son mari la place de trésorier général des états de -Bourgogne. Ce mariage eut lieu le 26 avril 1662; et, lors -<span class="pagenum"><a id="Page_302"> 302</a></span> -de la mort du père des Bossuet, en 1667, madame Bossuet -avait déjà deux fils. A l'époque de son mariage, son -mari était le personnage le plus notable de la famille des -Bossuet; il fut depuis intendant de Soissons et maître -des requêtes; mais, lors de sa liaison avec l'abbé de Choisy, -le beau-frère de madame Bossuet était l'évêque de Condom, -le précepteur du Dauphin, le grand Bossuet, alors -à l'apogée de sa gloire et de sa fortune<a id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor"> [702]</a>.</p> - -<p>Madame Bossuet désira entrer en correspondance avec -Bussy, et faire connaissance avec ce personnage célèbre -dans toute la Bourgogne. Elle manifesta ce désir à l'abbé -de Choisy, qui mit d'autant plus d'empressement<a id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor"> [703]</a> à la -satisfaire que nulle pensée jalouse ne le tourmentait à -l'égard d'un rival dont l'âge était si fort disproportionné -avec le sien. Il écrivit à ce sujet à Bussy, qui, toujours -avide des louanges qu'on donnait à son esprit, ne -manqua pas, dans un voyage qu'il fit à Dijon pour ses -affaires, de rendre visite à madame Bossuet. Au moment -de son départ ne l'ayant pas trouvée chez elle, il lui fit -ses adieux par une lettre où il lui demandait son amitié<a id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor"> [704]</a>. -Craignant sans doute le ridicule de se commettre -avec une si jeune et si belle femme, il mit peu d'empressement -à lui écrire; mais elle lui envoya la tragédie -<span class="pagenum"><a id="Page_303"> 303</a></span> -de <i>Bérénice</i> de Racine, qui venait de paraître; et, -à propos et sur le sujet de cette pièce<a id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor"> [705]</a>, il engagea -avec elle une correspondance suivie; de telle sorte que, -peu à peu séduit par les louanges qu'elle lui donnait, il -finit par lui parler le langage de la galanterie et de l'amour. -C'est où elle avait voulu l'amener. L'abbé de -Choisy était retourné à Paris, et c'est à elle qu'il adressait -les lettres qu'il écrivait à Bussy, et qui de Dijon étaient -transmises à ce dernier dans le lieu de la Bourgogne où il -se trouvait. De même Bussy faisait passer à madame -Bossuet les lettres qu'il écrivait à l'abbé de Choisy<a id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor"> [706]</a>, -principalement pour qu'elle se procurât le plaisir d'en -prendre lecture, et qu'elles lui valussent de nouveaux -éloges<a id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor"> [707]</a>.</p> - -<p>Comme madame Bossuet ne faisait aucun mystère des -lettres que lui écrivait Bussy, qu'elle en tirait même vanité, -on sut dans toute la Bourgogne, et même à Paris<a id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor"> [708]</a>, que le -comte de Bussy-Rabutin entretenait une correspondance -avec elle; et l'historien des Amours des Gaules fut mis au -nombre des amants de cette belle-sœur de l'évêque de -Condom. Madame de Montmorency, madame la comtesse -de la Roche et mademoiselle de Scudéry, qui recevait -<span class="pagenum"><a id="Page_304"> 304</a></span> -chez elle l'abbé de Choisy, apprirent à Bussy que cela se -disait à Paris<a id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor"> [709]</a>.</p> - -<p>Le 17 février 1673, madame de Scudéry écrivait<a id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor"> [710]</a>: -«On dit que madame Bossuet est cachée à Paris, et qu'on -la fait chercher pour l'enfermer dans un couvent. M. de -Condom, son beau-frère, me loua l'autre jour sa beauté et -son esprit; mais je vois bien qu'il n'est pas content de sa -conduite. Est-il vrai, ne vous déplaise, que c'est vous qui -l'avez amenée à trois ou quatre lieues de Paris? Notre ami -l'abbé de Choisy a, dit-on, de grands soins d'elle. Il y a -trois mois que je ne l'ai vu: l'amour démonte extrêmement -la cervelle.»</p> - -<p>On pourrait croire que la beauté de madame Bossuet -était connue du roi, car madame de Scudéry termine sa -lettre ainsi: «Vous me deviez bien venir voir quand vous -amenâtes madame Bossuet à Paris. Je ne prétends pas que -vous me veniez visiter malgré les défenses du roi. Il ne -pardonnerait pas un voyage qu'on ne ferait que par -amitié; mais je crois qu'il vous pardonnerait celui que -vous avez fait pour madame Bossuet, s'il le savait; -car le tyran qui vous a fait marcher est de sa connaissance<a id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor"> [711]</a>.»</p> - -<p>Mais en examinant cette correspondance avec attention, -on s'aperçoit qu'un certain marquis, amoureux de madame -<span class="pagenum"><a id="Page_305"> 305</a></span> -Bossuet, s'était offert à elle pour servir d'intermédiaire -entre elle et le roi, ce qu'elle refusa, craignant des -indiscrétions<a id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor"> [712]</a>. Bussy, qui n'était point allé à Paris, répondit -à mademoiselle Scudéry: «M. de Condom a raison -de vous louer la beauté et l'esprit de madame Bossuet, mais -surtout son esprit: personne ne l'a plus agréable qu'elle. -Pour sa conduite, ce n'est pas la même chose: elle ne plaît -à personne, pas même à ses amants en faveur, à qui elle -est si mauvaise; et ce n'est pas seulement comme beau-frère -ou comme évêque que M. de Condom y trouve à -redire. Il a eu d'autres raisons; je ne sais si elles durent -encore.»</p> - -<p>Cette perfide insinuation caractérise bien l'envie et la -méchanceté de Bussy. Il détestait Bossuet, non-seulement -alors une des gloires de la France, mais aussi une puissance -en Bourgogne, par l'amitié intime qui le liait au -grand Condé, gouverneur de cette province et ennemi -déclaré de Bussy. L'amitié qui unissait Condé et Bossuet -était ancienne, et datait de la jeunesse de tous les -deux. Lorsqu'âgé de vingt et un ans Bossuet soutint sa -thèse de bachelier, Condé, qui n'en avait que vingt-six et -qu'illustraient déjà les victoires de Fribourg, de Nordlingue -et de Dunkerque, avait assisté, avec tout son état-major -et les seigneurs de sa suite, au triomphe du jeune -théologien. Depuis lors il était resté son ami et son -admirateur, et il fut en toute occasion le protecteur de -sa famille. Bussy avait des moyens de donner de la consistance -à ses calomnies sur l'évêque de Condom. Il -avait vu Bossuet très-jeune, avant qu'il fût entré dans -<span class="pagenum"><a id="Page_306"> 306</a></span> -les ordres, présenté chez Fouquet par madame Duplessis-Guénégaud, -qui fut une de ses premières protectrices. -Madame de Sévigné, dès le commencement de -son mariage, avait fait connaissance avec Bossuet à -l'hôtel de Rambouillet; et, depuis, elle eut des occasions -plus fréquentes encore de se lier plus familièrement -avec lui, lorsqu'il était un habitué de l'hôtel -de Nevers<a id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor"> [713]</a>. L'historien du prélat est obligé d'avouer -qu'à cette époque le jeune Bossuet n'avait pas cette -sévérité de mœurs, cette répulsion pour les amusements -mondains qu'il manifesta depuis; qu'il fréquentait -les spectacles et aimait la comédie, bien qu'il la proscrivit -depuis dans un de ses meilleurs écrits. De dix -enfants qu'avait eus le père Bossuet, Bénigne était le -septième; par conséquent son frère aîné était beaucoup -plus âgé que lui. Bénigne Bossuet était fort bel homme, -et n'avait que trente-quatre ans lors du mariage de sa -belle-sœur. Mais, nonobstant ces faits, les perfides insinuations -de Bussy ne nuisaient alors qu'à lui-même quand -elles s'attaquaient à Bossuet<a id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor"> [714]</a>. La calomnie respecta ce -grand homme tant qu'il vécut, et elle n'osa essayer de -noircir sa vie que quand il fut descendu dans la tombe. -Bussy, continuant sa lettre, dit: «Où avez-vous appris -cette belle nouvelle, que j'ai mené madame Bossuet à -Paris? Je vous assure qu'il n'y a rien de si faux.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Pour conduire un objet charmant,</p> -<p>Au hasard de déplaire au maître,</p> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_307"> 307</a></span></p> -<p>Il faudrait être son amant,</p> -<p>Et je n'ai pas l'honneur de l'être<a id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor"> [715]</a>.</p> -</div></div> - -<p>«La vérité est que je ne l'ai pas vue depuis l'année -passée, au mois d'août, que je l'ai quittée à Dijon; et -quoiqu'elle fût assez de mes amies, je n'ai appris de ses -nouvelles que par le bruit public. Elle a été à Paris et -puis en Lorraine, et puis est retournée à Paris, où elle est -(dites-vous) cachée, et l'abbé de Choisy avec elle<a id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor"> [716]</a>.»</p> - -<p>Dans une de ses lettres, Bussy dépeint ainsi madame -Bossuet: «C'est une des plus jolies femmes que j'aie jamais -vues, de quelque côté qu'on la regarde.» Il en parle -aussi comme aimant à exciter la passion sans la partager: -ce qui était vrai pour lui, mais non pour l'abbé de -Choisy<a id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor"> [717]</a>.</p> - -<p>Les flatteries que Bussy adressait à madame Bossuet -dans les lettres qu'il lui écrivait prouvent qu'il n'eût pas -demandé mieux que d'être son amant: s'il en fut autrement, -c'est que madame Bossuet, entourée de plus jeunes -galants, ne voulait pas pousser sa correspondance romanesque -avec Bussy jusqu'au dénoûment<a id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor"> [718]</a>. Cette correspondance -était pour elle un exercice d'esprit et un -agréable entretien de confiance amicale; mais Bussy -<span class="pagenum"><a id="Page_308"> 308</a></span> -avait voulu donner à ses flatteries et à ses lettres un -sens plus prononcé, qui tendit plus directement au but -qu'il désirait atteindre; et il lui écrivit: «On ne peut -longtemps avoir de l'amitié pour vous sans trouver que -Patry avait raison de dire</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i2"> Qu'il est malaisé</p> -<p>Que l'ami d'une jeune dame</p> -<p>Ne soit un amant déguisé<a id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor"> [719]</a>.»</p> -</div></div> - -<p>Elle répondit:</p> - -<p>«Si Patry avait fait pour moi les vers que vous m'avez -adressés, je lui aurais répondu:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Soyez amant, si vous voulez;</p> -<p>Je ne le défends à personne;</p> -<p>Brûlez, parlez, persévérez;</p> -<p>Mais sachez que mon cœur se donne</p> -<p>Moins aisément qu'une couronne<a id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor"> [720]</a>.»</p> -</div></div> - -<p>Piqué au vif de se voir traité si lestement, Bussy se -vengea de madame Bossuet par les propos indiscrets -qu'il tint sur son compte, et leur correspondance cessa. -Mais Bussy en eut regret; il reconnut ses torts, et écrivit -pour réparer sa faute à madame Bossuet, qui n'avait pas, -comme autrefois madame de Sévigné, des motifs de parenté -et de tendre affection pour lui pardonner. Elle lui -répondit de manière à le convaincre que leur rupture était -définitive<a id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor"> [721]</a>. Il avait donc cessé depuis quelque temps -toute correspondance avec elle, lorsqu'elle disparut de -Dijon. On la fit chercher dans Paris, où l'on crut que -Bussy, rompant son ban, l'avait secrètement conduite. -Sa lettre à madame de Scudéry était donc sur cela en -<span class="pagenum"><a id="Page_309"> 309</a></span> -tout point, conforme à la vérité. Bussy ne cacha pas même -à cette amie qu'il avait été fortement épris de madame -Bossuet. «Il n'est pas vrai, lui écrivait-il, que je sois -fâché que la conduite de madame Bossuet m'ait empêché -de l'aimer, car je ne veux plus avoir de passions; mais -il est certain que, si du temps que j'en voulais, j'eusse -trouvé une femme faite comme elle, fidèle et tendre, je -l'eusse aimée plus que ma vie<a id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor"> [722]</a>.»</p> - -<p>Alors que Bussy permettait à son imagination de s'arrêter -sur la folie de passions si peu faites pour son âge, -il cherchait à marier sa fille aînée, celle qu'il avait eue de -sa première femme. Privée de sa mère dès son bas âge, -mademoiselle de Rabutin fut élevée chez la comtesse de -Toulongeon, son aïeule, et ensuite au couvent des sœurs -de Sainte-Marie. Lors de son exil, Bussy l'emmena avec -lui en Bourgogne, où, dit-il, «je lui ai plus appris à vivre -que toute autre chose.» Avec lui, en effet, son esprit se développa, -son goût se forma; elle apprit à bien réciter des -vers et même à en faire; elle jouait la comédie avec grâce -et avec naturel; enfin, elle faisait le charme de la société -que Bussy réunissait dans ses deux châteaux<a id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor"> [723]</a>. C'était -à elle que le P. Rapin envoyait les nouveautés littéraires -qu'il jugeait dignes d'être lues par elle et par son père. Il -lui fit parvenir surtout la comédie des <i>Femmes savantes</i>, -de Molière, qui lui plaisait plus que toute autre pièce de -cet inimitable auteur<a id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor"> [724]</a>. Parmi les divers partis qui se présentèrent, -<span class="pagenum"><a id="Page_310"> 310</a></span> -le marquis de Coligny<a id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor"> [725]</a>, qui devait par la suite -obtenir sa main, fut d'abord écarté par Bussy, qui donna -la préférence au comte de Limoges, fils du marquis de -Chandenier, capitaine des gardes du corps<a id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor"> [726]</a>. Bussy lui -trouvait assez de noblesse, mais pas assez de bien; et il -voulait transmettre en héritage ce qu'il possédait à son -fils aîné, et ne donner qu'une faible dot à sa fille.</p> - -<p>Le jeune homme, dans l'espoir d'épouser mademoiselle -de Rabutin, dont il était amoureux, s'embarqua sur l'escadre -du comte d'Estrées, pour gagner un grade à la -guerre, et y fut tué<a id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor"> [727]</a>. Mais alors il avait été refusé par mademoiselle -de Bussy, qui épousa le marquis de Coligny. -Elle, ainsi que sa tante madame de Sévigné, parlent -avec dédain de ce comte de Limoges<a id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor"> [728]</a>. Cependant, tant -qu'il fut question de ce mariage, Bussy y gagna un correspondant -de plus; et quoiqu'il en eût de bien zélés et -de bien notables, et que le nombre eût été augmenté de -l'abbé Fléchier, qui venait d'être reçu de l'Académie -française, et de Despréaux, qui ne devait y entrer que -dix ans plus tard, cependant les lettres qu'il reçut alors -du jeune comte de Limoges surpassent en importance -historique toutes celles de cette époque contenues dans -le recueil de Bussy. Ce jeune homme s'était trouvé au -célèbre combat des flottes combinées d'Angleterre et -<span class="pagenum"><a id="Page_311"> 311</a></span> -de France contre celles de Hollande, où, malgré la -grande inégalité des forces, Tromp et Ruyter parvinrent -à sauver leur patrie d'une ruine entière<a id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor"> [729]</a>. Les lettres du -comte de Limoges, écrites de Londres et des côtes de la -Grande-Bretagne<a id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor"> [730]</a>, renferment sur nos voisins alliés, et -alors alliés très-dévoués, des détails piquants et curieux -qui devaient beaucoup plaire à Bussy. Elles lui valurent -aussi des lettres du comte d'Estrées, qui commandait en -chef la flotte. Le comte d'Estrées s'intéressait au comte -de Limoges, à cause de sa bravoure. Il était brave en -effet celui dont Villeroy disait que, dans les siéges, il -n'avait d'autre lit que la tranchée<a id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor"> [731]</a>!</p> - -<p>Bussy ne cessait de solliciter des services et d'adresser -au roi des plaintes sur son exil, demandant qu'il lui fût -permis au moins d'aller à Paris, pour vaquer à des procès -d'où dépendait une grande partie de sa fortune. Il ne -recevait point de réponse, et il se désespérait, lorsque tout -à coup la permission de se rendre dans la capitale lui fut -accordée sur une demande qu'il n'avait point écrite, dont -il n'avait aucune connaissance. C'était cette excellente -amie madame de Scudéry qui, sachant ses projets, ses -désirs, l'urgence des affaires qui lui commandaient de se -rendre à Paris, avait intéressé en sa faveur la duchesse de -Noailles. Celle-ci avait sollicité son mari, et son mari le -roi. Madame de Scudéry avait elle-même dressé la requête -au nom de Bussy; elle l'avait signée et fait présenter -<span class="pagenum"><a id="Page_312"> 312</a></span> -comme de lui, sans lui en parler. Lorsqu'elle eut -réussi, elle lui envoya la lettre du duc de Noailles, qui -lui notifiait la permission du roi<a id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor"> [732]</a>.</p> - -<p>Bussy alors se ressouvint qu'il avait négligé d'écrire à -madame de Sévigné depuis qu'elle était en Provence<a id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor"> [733]</a>. Il -savait que l'époque de son retour à Paris approchait, et -qu'il aurait besoin de son intervention pour se réconcilier -avec ses ennemis, et obtenir son rappel à la cour. Il y -croyait, il était gonflé d'espérance<a id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor"> [734]</a>. Déjà en effet la <i>Gazette -de Hollande</i><a id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor"> [735]</a>, instruite de son prochain voyage à -Paris, avait annoncé qu'il allait avoir un commandement -dans l'armée. Il avait négligé la marquise de Gouville autant -que madame de Sévigné; et, en arrivant dans la capitale, -il ne pouvait se dispenser d'aller lui rendre visite. Il -résolut de renouer ces deux correspondances, dont il avait -été autrefois si fortement préoccupé<a id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor"> [736]</a>. La lettre que Bussy -adresse à madame de Sévigné est courte, et telle qu'il la fallait -pour provoquer une réponse plus longue. Bussy promet -d'envoyer de nouveaux projets de généalogie des Rabutin, -sur lesquels il serait bien aise d'avoir l'avis de -l'abbé de Coulanges<a id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor"> [737]</a>. Comme il regrettait de ne plus -<span class="pagenum"><a id="Page_313"> 313</a></span> -recevoir aucune lettre de Corbinelli, il termine ainsi la -sienne: «Madame, mandez-moi de vos nouvelles; je suis -en peine aussi de n'en avoir aucune de notre ami. Quelqu'un -m'a dit qu'il était dans une dévotion extrême. -Si c'était cela qui l'empêchât d'avoir commerce avec moi, -j'aimerais autant qu'il fût déjà en paradis.»</p> - -<p>Bussy ne tarda pas à recevoir de madame de Sévigné -une lettre très-amicale. Elle lui disait: «Au mois de -septembre j'irai à Bourbilly, où je prétends que vous -viendrez me trouver<a id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor"> [738]</a>.»</p> - -<p>Corbinelli fit une plus longue lettre. Son attachement -pour madame de Sévigné augmentait à mesure qu'il la -voyait plus souvent, et sa société était pour lui un besoin -de tous les jours<a id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor"> [739]</a>. Allait-elle à Grignan, il se rendait à Grignan; -retournait-elle à Paris, il revenait à Paris. Dans la -conversation de ce savant, de cet érudit homme du monde, -madame de Sévigné trouvait des distractions sans nombre, -une intarissable source d'instruction, un empressement -bien doux à lui rendre service et à la consoler dans les -chagrins qu'elle-même se créait. Corbinelli, en effet, naturellement -sensible et affectionné, s'occupait toujours des -amis qu'il s'était faits, et tous ses amis s'occupaient de lui. -Madame de la Fayette avait alors écrit à son sujet à madame -<span class="pagenum"><a id="Page_314"> 314</a></span> -de Sévigné<a id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor"> [740]</a>: «Mandez-moi de ses nouvelles: tant -de bonnes volontés seront-elles toujours inutiles à ce pauvre -homme? Pour moi, je crois que c'est son mérite qui -lui porte malheur; Segrais porte aussi guignon. Madame -de Thianges est des amies de Corbinelli, madame -Scarron, mille personnes, et je ne lui vois plus aucune espérance -de quoi que ce puisse être. On donne des pensions -aux beaux esprits; c'est un fonds abandonné à cela: il -en mérite mieux que ceux qui en ont. Point de nouvelles; -on ne peut rien obtenir pour lui.»</p> - -<p>Les causes qui empêchaient Corbinelli d'augmenter sa -trop modique fortune étaient faciles à deviner, et sans -doute madame de la Fayette avait trop de pénétration -pour ne pas les reconnaître; mais il devait lui convenir de -feindre l'ignorance sur ce point. La Rochefoucauld, Marsillac, -dont elle disposait, madame Scarron, madame de -Thianges, Segrais et tant d'autres avaient à la cour -d'autres choses à faire qu'à user leur crédit pour obtenir -des grâces en faveur d'un ami qui ne les sollicitait pas, -qui ne flattait personne, qui restait attaché aux grands -dont il était l'ami, même lorsqu'ils étaient exilés, comme -Vardes et comme Bussy. En ne se montrant pas plus empressés -que lui de changer pour un peu d'argent son heureuse -existence, ne lui rendait-on pas service? Pouvait-on -lui donner des fonctions lucratives sans lui imposer -en même temps des devoirs à remplir, sans lui ôter l'admirable -emploi qu'il faisait de ses loisirs indépendants? -Lui qui avait toujours vécu libre et heureux, lui qui donnait -tous ses moments à la satisfaction de son cœur et -<span class="pagenum"><a id="Page_315"> 315</a></span> -de son esprit, comment eût-il pu supporter le supplice -d'avoir pour pensée principale le soin d'amasser de l'argent? -Comment eût-il pu subir la torture d'assujettir -toutes ses actions à ce but unique? Un si dur esclavage -eût été incompatible avec le bonheur dont il a joui pendant -sa vie séculaire. Son calme philosophique se peint -tout entier dans cette réponse à Bussy:</p> - -<p>«J'aurais un fort grand besoin, Monsieur, que le bruit -de ma dévotion continuât: il y a si longtemps que le contraire -dure que ce changement en ferait peut-être un dans -ma fortune. Ce n'est pas que je ne sois pleinement convaincu -que le bonheur et le malheur de ce monde ne soit -le pur et unique effet de la Providence, où la fortune et -le caprice des rois n'ont aucune part. Je parle si souvent -sur ce ton-là qu'on l'a pris pour le sentiment d'un bon -chrétien, quoiqu'il ne soit que celui d'un bon philosophe.» -Il informe ensuite Bussy qu'avec madame de Sévigné et -madame de Grignan ils ont lu Tacite tout l'hiver; «et, -ajoute-t-il, je vous assure que nous le traduisons très-bien<a id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor"> [741]</a>.» -Ce <i>nous</i> s'applique moins à lui qu'à ses compagnes, -qui n'auraient pas entrepris de traduire Tacite sans son secours. -Il apprend de même à Bussy qu'il a fait un gros traité -de rhétorique en français, un autre de l'art historique, et -un gros commentaire sur l'<i>Art poétique</i> d'Horace. Mais -il lui parle surtout de la philosophie de Descartes, à l'étude -de laquelle il s'est plus particulièrement adonné depuis un -an: «Sa métaphysique me plaît; ses principes sont aisés -et ses déductions naturelles. Que ne l'étudiez-vous? Elle -vous divertirait avec mesdemoiselles de Bussy (Bussy -<span class="pagenum"><a id="Page_316"> 316</a></span> -avait ses deux filles avec lui). Madame de Grignan la sait -à miracle, et en parle divinement. Elle me soutenait l'autre -jour que plus il y a d'indifférence dans l'âme, et moins -il y a de liberté. C'est une proposition que soutient agréablement -M. de la Forge dans un traité de l'<i>Esprit de -l'homme</i>, qu'il a fait en français et qui m'a paru admirable<a id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor"> [742]</a>.» -Bussy, qui ne comprend rien à la philosophie de -Descartes, qui n'a pas lu le traité de la Forge, répond spirituellement: -«Puisque madame de Grignan vous soutient -que plus il y a d'indifférence dans une âme, moins il -y a de liberté, je crois qu'elle peut soutenir qu'on est extrêmement -libre quand on est passionnément amoureux<a id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor"> [743]</a>.» -Bussy avait raison de se railler de cette proposition, parce -qu'il entendait par indifférence cette faculté positive que -nous avons de nous déterminer à choisir entre deux contraires, -c'est-à-dire à affirmer ou à nier une même chose<a id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor"> [744]</a>. -Mais Descartes entendait par indifférence cet état neutre -de l'âme dans lequel elle se trouve quand elle ne sait à -quoi se déterminer; «de sorte, disait-il, que cette indifférence -que je sens lorsque je ne suis point emporté vers un -côté plutôt que vers un autre, par le poids d'aucune raison, -est le plus bas degré de la liberté, et fait plutôt un défaut -ou un manquement dans la connaissance qu'une perfection -dans la volonté; car si je voyais toujours clairement -ce qui est vrai, ce qui est bon, je ne serais jamais en peine -<span class="pagenum"><a id="Page_317"> 317</a></span> -de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire; -et ainsi je serais entièrement libre sans jamais être indifférent<a id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor"> [745]</a>.» -Et, à l'aide du copieux commentaire de -Louis de la Forge sur ce texte de Descartes, madame de -Grignan prouvait victorieusement la vérité de son prétendu -paradoxe.</p> - -<p>Descartes avait rouvert chez les modernes le champ de -bataille, fermé depuis des siècles, à cet antagonisme philosophique -qui résulte de la double nature de l'homme spiritualiste -et sensualiste; il avait renouvelé le combat entre -l'idée et la sensation, entre l'esprit et la matière. L'intelligence -de l'homme est-elle pourvue d'une force inhérente -à son essence? est-elle douée de la faculté de percevoir, -ou n'est-elle que le miroir sur lequel s'empreint la perception? -L'idée pure existe-t-elle par elle-même, ou n'est-elle -que la sensation transformée? Ces doctrines opposées s'étaient -autrefois personnifiées chez les Grecs dans Aristote -et dans Platon. Descartes, en se plaçant dans le camp de -ce dernier, étonna le monde par la hardiesse des sublimes -efforts de son génie scrutateur et par la manière décisive, -absolue avec laquelle il paraît résoudre les plus difficiles -problèmes de la pensée humaine. Par l'enchaînement serré -de ses idées, il semble vouloir toujours démontrer, -comme a dit son disciple de la Forge, «qu'il en est des -vérités comme des êtres: elles dépendent toutes les unes -des autres; elles sont toutes jointes, ou comme des effets -à leurs causes, ou comme des causes à leurs effets, ou -comme des propriétés à leur essence<a id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor"> [746]</a>.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_318"> 318</a></span> -Près d'un quart de siècle s'était écoulé depuis la mort -de Descartes, et les partisans de ses doctrines n'avaient -cessé de s'accroître parmi ceux que recommandaient la -profondeur de leur esprit, l'universalité de leur savoir et -la pratique des plus hautes vertus. Les théologiens surtout, -en adoptant cette philosophie, la complétèrent; ils -ajoutèrent le sentiment à l'idée, l'amour à la raison. Ainsi -modifiée, cette philosophie n'était nullement contraire à la -foi et aux décisions de l'Église, que Descartes respecta -toujours, mais en plaçant le doute comme sentinelle impitoyable -aux portes de l'intelligence, et en n'y admettant -que l'absolu. Ce système tendait à accroître l'orgueil de -l'homme et sa confiance dans son intelligence, et, par -l'abus de la raison, à faire tomber l'esprit humain dans -les abîmes sans fond du scepticisme; ou, par l'excès de -l'exaltation religieuse, à vaporiser ses forces dans les -nuages du mysticisme. Ce double danger, auquel le cartésianisme -ne put échapper, le discrédita, et prépara le succès -de la philosophie sensualiste du siècle suivant. Mais, à -l'époque qui nous occupe, le cartésianisme était en progrès; -et ses partisans avaient, pour le défendre contre ses antagonistes, -toute l'ardeur des néophytes. Ce qui caractérise -ce siècle si différent du nôtre, c'est que ce fut à des femmes -que s'était adressé Descartes pour hâter le succès de ses -méditations ardues. La palatine princesse Élisabeth et la -reine Christine avaient été ses disciples et ses protectrices; -et, après sa mort, nombre de femmes se glorifiaient d'apprécier -sa philosophie, et se déclaraient cartésiennes. -Dans cette lettre à Corbinelli, où Bussy exprime, pour lui -et pour sa fille, le regret de n'avoir personne pour les -mettre en train sur la nouvelle philosophie, il manifeste -le désir de l'apprendre, et il ajoute: «Mais, à propos de -<span class="pagenum"><a id="Page_319"> 319</a></span> -Descartes, je vous envoie des vers qu'une de mes amies -a faits sur sa philosophie; vous les trouverez de bon sens, -à mon avis<a id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor"> [747]</a>.» Cette pièce de vers, de l'une des plus savantes -et des plus spirituelles correspondantes de Bussy, -mademoiselle Dupré, fut imprimée dans le recueil du -P. Bouhours, avec ce titre: <i>l'Ombre de Descartes</i><a id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor"> [748]</a>. -Dans ces vers, l'ombre de Descartes s'adresse à mademoiselle -de la Vigne, comme elle cartésienne, comme -elle aussi connue par son talent pour la poésie. Mademoiselle -de la Vigne, fille d'un médecin et fort belle, -pour se livrer avec plus de liberté à ses goûts pour l'étude, -ne se maria point: elle était alors âgée de trente-neuf ans, -et il paraît que ses savants entretiens sur la philosophie -cartésienne lui avaient acquis une assez grande réputation -pour que (même en accordant toute licence à l'hyperbole -poétique) mademoiselle Dupré ait osé faire parler -de la manière suivante l'ombre de Descartes:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Par vos illustres soins mes écrits à leur tour</p> -<p>De tous les vrais savants vont devenir l'amour;</p> -<p>J'aperçois nos deux noms, toujours joints l'un à l'autre,</p> -<p>Porter chez nos neveux ma gloire avec la vôtre,</p> -<p>Et j'entends déjà dire en cent climats divers:</p> -<p>Descartes et la Vigne ont instruit l'univers.</p> -</div></div> - -<p>L'épître à mademoiselle de la Vigne, dont Bussy envoya -une copie aux hôtes du château de Grignan, dut y -être lue avec plaisir. Alors, comme nous l'apprend Corbinelli, -on s'occupait à Grignan de l'étude de la philosophie -de Descartes. Elle était le seul aliment à ce besoin de discussion -<span class="pagenum"><a id="Page_320"> 320</a></span> -qui semble inhérent à l'esprit humain et sans -lequel il tomberait dans une ennuyeuse torpeur. Les bulles, -les querelles des jansénistes et des jésuites paraissaient -suspendues, et les réguliers de Port-Royal avaient été -réintégrés dans leurs couvents. Dès l'année 1668, le grand -Arnauld avait obtenu la permission de reparaître. Boileau, -qui l'avait souvent rencontré chez le premier président -M. de Lamoignon, et s'était lié d'amitié avec ce grand -docteur de Sorbonne, lui avait courageusement adressé -sa nouvelle épître<a id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor"> [749]</a> sur la fausse honte qui nous empêche -d'avouer que nous sommes convaincus des vérités que -nous avions repoussées: le satirique se disposait à faire -imprimer l'arrêt burlesque en faveur des nouveautés philosophiques -de Descartes, Gassendi et autres, qu'il avait -composé pour prévenir un arrêt sérieux que l'Université -songeait à obtenir du parlement contre ceux qui enseigneraient -dans les écoles d'autres principes que les principes -d'Aristote. Madame de Sévigné en avait reçu (en septembre -1671) une copie manuscrite, tandis qu'elle était -en Bretagne<a id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor"> [750]</a>. Cette pièce, qu'elle avait d'abord trouvée -parfaite et pleine d'esprit<a id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor"> [751]</a>, devint pour elle admirable -quand sa fille, à laquelle elle l'avait envoyée, l'eut approuvée.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_321"> 321</a></span> -Ainsi madame de Sévigné se trouvait bien disposée pour -recevoir les leçons de Corbinelli et de sa fille, qui voulaient -faire d'elle une prosélyte de Descartes. Le livre de Louis de -la Forge était merveilleusement choisi comme moyen -d'instruction: c'était un excellent ouvrage d'exposition -cartésienne; il ne contenait rien de neuf, rien qui ne fût -déjà dans Descartes, dans ses Méditations, dans ses réponses -aux objections, ses principes, son traité des passions, -ses lettres; mais tout cela était recueilli et commenté avec -méthode et clarté; et, de nos jours, le savant et véridique -historien de la philosophie du <span class="smallc">XVII</span><sup>e</sup> siècle a jugé que, -même après la lecture des œuvres du maître, ce traité d'un -de ses meilleurs disciples méritait d'être connu pour lui-même -et complétait sa doctrine psychologique en quelques -points secondaires<a id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor"> [752]</a>. La longue préface du docteur de Saumur -est peut-être la meilleure et la plus importante partie -de son ouvrage; elle en est certainement la plus adroite. Il -savait que les plus grands obstacles qui s'opposaient à l'établissement -du cartésianisme dans les écoles et dans les -séminaires étaient les doctrines d'Aristote et de saint Augustin, -qui y dominaient depuis longtemps; et il s'attache -à démontrer que les points fondamentaux de la philosophie -cartésienne se retrouvent dans Aristote et dans saint Augustin, -et surtout que ce dernier «ne pensait pas autrement -que M. Descartes touchant la nature de l'âme<a id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor"> [753]</a>.»</p> - -<p>Pour Aristote, madame de Sévigné en faisait bon marché: -elle ne l'avait pas lu. Mais quant à saint Augustin, -<span class="pagenum"><a id="Page_322"> 322</a></span> -c'était tout différent: elle connaissait et comprenait très-bien -la doctrine de ce premier des métaphysiciens de la -chrétienté, et elle y adhérait fortement. Les lectures qu'elle -avait faites de Nicole, de Pascal, les sermons de Bourdaloue, -ses entretiens avec les Arnauld, avec Bossuet, Mascaron -l'avaient rendue très-forte en théologie.</p> - -<p>En arrivant en Provence, elle dit à Arnauld d'Andilly: -«Vous seriez bien étonné si j'allais devenir bonne à Aix! -Je m'y sens quelquefois portée par un esprit de contradiction; -et voyant combien Dieu y est peu aimé, je me -trouve chargée d'en faire mon devoir... Je suis plus -coupable que les autres, <i>car j'en sais beaucoup</i><a id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor"> [754]</a>.»</p> - -<p>Elle faisait cet aveu à Arnauld d'Andilly plutôt par -humilité que par vanité, et pour montrer qu'elle ne voulait -pas s'excuser sur ses manquements à la religion par -l'ignorance de ses devoirs. Nous savons qu'elle cachait sa -science, sous ce rapport bien différente de sa fille<a id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor"> [755]</a>. On -ne peut douter que, dans les entretiens qu'elle eut à Grignan -avec elle et avec Corbinelli, elle n'ait opposé de -fortes objections aux raisonnements qu'on lui produisait -et qu'on puisait dans le traité du docteur de Saumur.</p> - -<p>Dans ces intéressants et sérieux débats, madame de -Sévigné n'aura pas oublié de faire remarquer que de la -Forge dit, au début de son ouvrage, qu'il ne prétend se -servir, dans ses démonstrations, d'aucune des vérités que -la foi nous a révélées, parce que de tels arguments ne -sont pas bons à employer en philosophie, «dont le principal -but est, dit-il, de découvrir les vérités où la seule -<span class="pagenum"><a id="Page_323"> 323</a></span> -lumière naturelle peut atteindre<a id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor"> [756]</a>;» mais qu'ensuite, -lorsqu'il veut démontrer l'immortalité de l'âme, il n'en -peut trouver d'autre preuve certaine que les promesses -de Dieu faites à l'homme par la révélation; car Dieu, -dont toutes les âmes émanent, peut, dans sa toute-puissance, -anéantir ce qu'il a lui-même créé<a id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor"> [757]</a>.</p> - -<p>Madame de Sévigné dut surtout faire observer que les -philosophes cartésiens, qui prétendent ne procéder que -selon une méthode rigoureuse, et avoir constamment en -main la pierre de touche du doute pour éprouver la réalité -et le degré de pureté de chaque vérité, sont, au contraire, -dans leurs spéculations hardies, les plus téméraires, -les plus dogmatiques de tous les philosophes; qu'ils étaient -souvent fort obscurs dans leurs démonstrations et dangereux -pour les vérités de la foi<a id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor"> [758]</a>; et que surtout ils avaient -le grand défaut d'abuser du raisonnement et de fatiguer -en vain l'attention, en la fixant sur des matières qui sortent -des limites imposées à l'entendement humain et à la -nature périssable de l'homme, comme, par exemple, lorsque -de la Forge entreprend d'examiner quel sera l'état de -l'âme après la mort<a id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor"> [759]</a>. Quels furent les résultats des conférences -tenues à Grignan sur ces graves sujets entre madame -de Sévigné, madame de Grignan et Corbinelli? Nous -les connaissons par les lettres subséquentes de madame -<span class="pagenum"><a id="Page_324"> 324</a></span> -de Sévigné; nous les avons déjà fait entrevoir à nos lecteurs -par des citations extraites de quelques-unes de ces -lettres, mais nous ne les avons pas résumés d'une manière -assez précise. Ces résultats furent que madame de Sévigné -demeura plus que jamais convaincue de l'inanité de la -philosophie cartésienne pour prouver la vérité de la foi. -Cela se montre évidemment dans ses lettres, par quelques -railleries qu'elle et sa fille s'adressent<a id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor"> [760]</a>, et par le besoin -qu'elles manifestent de se convaincre mutuellement et de -s'entretenir sur ces matières. Madame de Sévigné parle -plus souvent qu'avant son séjour à Grignan de son <i>père -Descartes</i>; elle se dit de plus en plus <i>bête</i> pour comprendre -les grandes vérités de sa doctrine; et sa fille, pour la provoquer -à son tour, lui demande si elle est toujours «cette -petite dévote qui ne vaut guère<a id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor"> [761]</a>.»</p> - -<p>Mais, chose remarquable, les effets de ces conférences -furent tout autres pour Corbinelli. Dans ses lettres à Bussy, -il nous apprend qu'il est philosophe; peu après, madame -de Sévigné se vante que Corbinelli ne négligera -plus la religion, depuis qu'il a appris à la connaître. En -effet, il s'était converti; mais en se convertissant il resta -cartésien; et sa foi, exaltée par l'effet de ses opinions philosophiques, -le transporta dans la région du mysticisme. -Madame de Grignan fut très-mécontente de ce changement -qui s'était opéré dans l'esprit de Corbinelli; elle se -permit de l'appeler <i>le mystique du diable</i><a id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor"> [762]</a>.</p> - -<p>«Mais je vous gronde, répondit madame de Sévigné, -<span class="pagenum"><a id="Page_325"> 325</a></span> -de trouver notre Corbinelli <i>le mystique du diable</i>. Votre -frère en pâme de rire [ce frère, à la fin de sa vie, devint -plus mystique que Corbinelli]; je le gronde comme -vous. Comment! <i>mystique du diable</i>, un homme qui -ne songe qu'à détruire son empire, qui ne cesse d'avoir -commerce avec les ennemis du diable, qui sont les -saints et les saintes de l'Église! un homme qui ne compte -pour rien son chien de corps, qui souffre la pauvreté -<i>chrétiennement</i>, vous direz <i>philosophiquement</i>; qui ne -cesse de célébrer les perfections et l'existence de Dieu!... -Et vous appelez cela <i>le mystique du diable</i>!... Il y a -dans ce mot un air de plaisanterie qui fait rire d'abord -et qui pourrait surprendre les simples. Mais je résiste, -comme vous voyez; et je soutiens le fidèle admirateur -de sainte Thérèse, de ma grand'mère et du bienheureux -Jean de la Croix<a id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor"> [763]</a>.» Yupez, ou Jean de la Croix, qui -fut avec sainte Thérèse le législateur des carmes déchaussés, -est un des auteurs mystiques dont les ouvrages ont -été le plus répandus; et Corbinelli devait d'autant mieux se -plaire à leur lecture qu'il était familiarisé avec la langue -espagnole, si harmonieuse, si expressive, si bien adaptée -à la sensation de la vive flamme de l'amour de Dieu -et des angoisses de l'âme, délices et tourments du solitaire -voué à la vie contemplative.</p> - -<p>Cependant la mysticité de Corbinelli n'a jamais affaibli -son attachement pour ses amis, ni même diminué son estime -pour la philosophie cartésienne. Le savant Huet s'était -<span class="pagenum"><a id="Page_326"> 326</a></span> -montré, dans sa jeunesse, partisan de Descartes; mais -longtemps après il combattit sa doctrine, et voulut jeter -du ridicule sur son auteur quand ce grand homme abandonna -sa patrie pour devenir le courtisan d'une reine de -Suède<a id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor"> [764]</a>. Corbinelli prit à cette occasion la défense de -Descartes; et ses amis, auxquels il lut son écrit, l'engagèrent -à le terminer et à le publier; mais il n'en fit -rien. Jamais il ne put se résoudre à faire imprimer aucun -de ses ouvrages; et madame de Sévigné nous en donne -la raison quand elle dit de lui: «Vous le connaissez, il -brûle tout ce qu'il griffonne: toujours vide de lui-même -et plein des autres, son amour-propre est l'intime ami de -leur orgueil<a id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor"> [765]</a>.» C'est par cette raison que des nombreux -ouvrages de Corbinelli dont il est fait mention dans ses -lettres, aucun n'a été imprimé, et qu'on a seulement publié -cinq petits volumes qui ne contiennent que des extraits -de livres de littérature légère<a id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor"> [766]</a>. On n'y a point admis -les extraits de livres composés sur des sujets pieux, -les seuls auxquels il se complaisait dans sa vieillesse. «Il -a, dit madame de Sévigné, un Malaval qui le charme; il -a trouvé que ma grand'mère et l'amour de Dieu de notre -<i>grand-père</i> saint François de Sales étaient aussi spirituels -<span class="pagenum"><a id="Page_327"> 327</a></span> -que sainte Thérèse. Il a tiré de ces livres cinq cents maximes -d'une beauté parfaite; il va tous les jours chez madame -le Maigre, très-jolie femme, où l'on ne parle que de -Dieu, de la morale chrétienne, de l'évangile du jour: cela -s'appelle des conversations saintes; il en est charmé, il y -brille; il est insensible à tout le reste<a id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor"> [767]</a>.» Ceci se rapporte -à une époque postérieure à celle dont nous traitons. Lorsque -Corbinelli était à Grignan avec madame de Sévigné -et sa fille, il s'entretenait alors du Tasse avec la première -et des <i>Méditations</i> de Descartes avec la seconde<a id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor"> [768]</a>; mais -il ne se préoccupait nullement de la <i>Pratique facile pour -élever l'âme à la contemplation</i>, de François Malaval.</p> - -<p>Quand une grande ferveur de dévotion inspira à Corbinelli -un goût exclusif pour les écrits des mystiques, madame -de Sévigné fut la première qui en fut instruite; mais -cette confidence d'un ami qu'elle estimait tant n'eut sur -elle qu'une faible influence. Madame de Sévigné aimait -trop ses enfants, ses amis, le monde pour aimer Dieu à -la manière de sa grand'mère et du saint évêque de Genève, -qu'elle appelle son grand-père, ne se faisant aucun -scrupule de badiner plaisamment sur l'usage qui avait -prévalu de ne pas séparer les noms vénérés de Frémyot -de Chantal et de François de Sales.</p> - -<p>Lorsqu'il fallut se résoudre à quitter Grignan, madame -de Sévigné ne pensait plus qu'avec effroi à l'instant fatal -où elle se séparerait de sa fille. Dans la Provence, elle -n'avait vu qu'elle, elle ne regrettait qu'elle; et elle n'eût -pu surmonter sa douleur sans la promesse que lui fit madame -<span class="pagenum"><a id="Page_328"> 328</a></span> -de Grignan de venir la rejoindre. La diplomatie -d'une assemblée de députés des villes et des communautés, -les intrigues du palais d'un gouverneur de province n'intéressaient -que médiocrement une femme habituée aux -agitations d'une cour où luttaient les ambitions les plus -élevées, où se décidait la fortune de tant de hauts personnages, -d'une cour dont l'éclat et la splendeur s'accroissaient -chaque jour par la gloire du monarque qui y -régnait. Le pays où madame de Grignan se trouvait -heureuse de dominer plaisait peu à madame de Sévigné: -la pâle verdure des oliviers, le sombre aspect des cyprès, -l'ardeur desséchante d'un ciel d'azur fatiguaient ou attristaient -ses regards. Ce château de Grignan, exposé à -tous les vents, sans abri contre les rayons brûlants du -soleil, d'où l'œil plane orgueilleusement sur des champs -pierreux et infertiles, lui faisait regretter les beaux ombrages -de Livry. A cette Provence si vantée elle préférait -sa verte Bourgogne et sa Bretagne inculte. Lyon, -Aix, Marseille, Toulon avaient charmé sa curiosité, -mais ne pouvaient lui faire oublier Paris, Versailles, -Saint-Germain. La nouveauté des aspects et des objets -qui s'offraient à ses regards lui rendait plus chers encore -les endroits où elle avait passé son enfance, sa jeunesse, -les plus belles années de sa vie. C'est dans ces lieux si -pleins de ses souvenirs et de ses vives émotions que -nous allons la suivre.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_329"> 329</a></span></p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_330"> 330</a></span></p> -<div class="topspace eclair"> -<p><span class="xlarge">NOTES</span><br /> -<span class="xs">ET</span><br /> -<span class="large">ÉCLAIRCISSEMENTS.</span></p> -</div> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_331"> 331</a></span></p> -<p class="extra"><span class="xxlarge">NOTES</span><br /> -<span class="xs">ET</span><br /> -<span class="xlarge">ÉCLAIRCISSEMENTS.</span><br /> -<span class="large">CHAPITRE PREMIER.</span></p> -</div> - -<p class="titel1">Chapitre <span class="smallc">I</span>, page <a href="#Page_1">1</a>, et chapitre <span class="smallc">III</span>, p. <a href="#Page_67">67</a>.<br /> -<span class="small"><i>Sur les voyages de madame de Sévigné de Paris aux Rochers et des Rochers à Paris.</i></span></p> - -<p>Madame de Sévigné mit exactement le même temps pour se rendre -de Paris aux Rochers que pour retourner des Rochers à Paris; -dans ces deux fois, elle n'arriva au lieu de sa destination que le -dixième jour. Partie le lundi matin, 18 mai, de Paris (lettre du lundi -18 mai 1671 en partant, t. II, p. 76, édit. G.), elle n'arriva aux Rochers -que le mercredi de la semaine suivante (t. II, p. 85, édit. G.).</p> - -<p>Pour retourner à Paris, elle partit le mercredi 9 décembre 1671 -(t. II, p. 307, édit. G.), et elle n'arriva que le vendredi 18 décembre -de la semaine suivante. Dans les deux fois, le calcul des distances -nous donne le même nombre de lieues: quatre-vingt-trois lieues et -demie. Elle faisait donc environ huit lieues et un quart par jour, et, -en retranchant le jour de repos, neuf lieues et un quart.</p> - -<p>La première fois, elle ne s'était arrêtée pour séjourner qu'après un -trajet de soixante lieues, à Malicorne, chez le marquis de Lavardin. -La seconde fois, à son retour à Paris, elle part des Rochers le mercredi; -et, pour éviter le pavé de Laval, elle va coucher chez madame -de Loresse, parente de madame de Grignan (lettres des 9 et 13 décembre -1671, t. II, p. 308 et 310, édit. G.), où elle paraît avoir séjourné. -Là on la fait consentir à prendre deux chevaux de plus, et -chacune de ses deux calèches est attelée de quatre chevaux. Loresse -est un domaine situé à la gauche de la route de Vitré ou des Rochers, -à mille ou douze cents toises de Beaulieu et de Montjean, près de -<span class="pagenum"><a id="Page_332"> 332</a></span> -trois autres lieux nommés la Brianterie, le Rocher, les Loges (voyez -carte de Cassini, n<sup>o</sup> 97). Ainsi madame de Sévigné, pour éviter le -pavé de Laval, au lieu de continuer droit vers l'est, se dirigea au sud. -Arrivée par Argentré à Loresse, où elle coucha, elle avait fait seulement -le premier jour dix mille toises ou cinq lieues. De Loresse, il -est probable qu'elle prit la route tracée dans Cassini, qui se dirigeait -au nord-est depuis Montjean sur Saint-Berthevin, où elle rejoignit, -après avoir traversé une partie de la forêt de Concise, la -route de Laval. Ce trajet jusqu'à Laval est de neuf mille toises, quatre -lieues et demie; mais nous voyons, dans la lettre du 13 décembre, -que madame de Sévigné ne s'arrêta à Laval que pour prendre à la -poste les lettres de sa fille: ainsi elle alla ce jour-là coucher à Mêlay.</p> - -<p>De Laval à Mêlay on compte dix mille sept cents toises, ou cinq -lieues de poste et un quart. Ainsi madame de Sévigné, en partant de -Loresse, avait fait dix lieues de poste, ou quarante kilomètres. Par -ces détours, elle allongea sa route de quatre lieues au moins entre -les Rochers et Mêlay.</p> - -<p>De Mêlay à Malicorne (lettre du dimanche 13 décembre 1671, -t. II, p. 309), où madame de Sévigné alla probablement coucher, -la distance (par Sablé) est de vingt mille toises, ou dix lieues de -poste; de Malicorne au Mans, quinze mille cinq cents toises, ou sept -lieues et un quart de poste; et du Mans à Paris, en passant par -Chartres, d'après le livre de poste (les autres distances ont été mesurées -par nous sur les cartes de Cassini), on compte cinquante-trois -lieues de poste (lettre du vendredi 18, t. II, p. 313). Madame -de Sévigné ne mentionne aucun lieu dans cet intervalle; il est probable -qu'elle coucha à Chartres et à Bonnelle: ainsi elle avait mis -dix jours à faire ces quatre-vingt-sept lieues.</p> - -<p>J'apprends par une lettre de M. Grille, le savant bibliothécaire de -la ville d'Angers, que l'ancienne famille de Loresse existe encore -dans le département de la Mayenne. Une demoiselle de Loresse habite -Laval, où elle a fondé une maison de refuge pour les orphelins. -Sa terre est située dans la commune de Montjean, à dix-huit -kilomètres au sud-ouest de Laval, sur la route stratégique, et sur -l'ancien chemin de Vitré à Malicorne. Le château, qui remonte au -<span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle, avec des reconstructions et réparations des <span class="smallc">XVII</span><sup>e</sup> et <span class="smallc">XVIII</span><sup>e</sup>, -est de fort belle apparence; il est entouré de bois, et on y arrive -par de longues avenues. Tout annonce que la race des Loresse était -de haut parage et possédait une grande fortune.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_333"> 333</a></span></p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_37">37</a>, ligne 7: Une maison avec cour et jardin, qu'on appelait -<i>la Tour de Sévigné</i>.</p> - -<p>Il paraît que cette maison de Vitré a été aliénée du vivant de madame -de Sévigné, ou peu de temps après sa mort; car il n'en est pas -fait mention dans l'état des biens-fonds de la maison de Sévigné, -donné à la suite de la lettre du marquis de Sévigné, publiée pour -la première fois en 1847, par M. Monmerqué. Dans cet état, il n'est -parlé que des biens-fonds qui suivent, avec leur évaluation (p. 21):</p> - -<table id="terre" summary="value"> -<tr> -<td colspan="2" class="tdr">francs</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smallc">La terre des Rochers</span></td> -<td class="tdr">120,000</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smallc">La terre de Bodegat</span></td> -<td class="tdr">120,000</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smallc">La terre de Sévigné</span></td> -<td class="tdr">18,000</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smallc">Les terres données par madame d'Acigné a madame de Sévigné</span></td> -<td class="tdr">60,000</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl"><span class="smallc">La terre de Buron</span></td> -<td class="tdr">100,000</td> -</tr> -</table> - -<p>Cependant, comme dans son acte mortuaire, daté du 28 mars -1713 (il mourut le 26), le marquis de Sévigné est qualifié de seigneur -des Rochers, de Bodegat, <i>d'Estrelles, de Lestremeur, de Lanroz -et autres lieux</i>, il est possible qu'à cause de leur peu de valeur, -ou parce qu'elles étaient grevées de charges et d'hypothèques, il ait -négligé de faire mention de la <i>Tour de Sévigné</i> aussi bien que des -terres <i>d'Estrelles, de Lestremeur, de Lanroz</i> et autres lieux.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE II.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_48">48</a>, ligne 17: Ce noble et grand édifice.</p> - -<p>Pour juger ce qu'était le château de Grignan avec ses tourelles -gothiques et l'élégance italienne de sa façade moderne, il faut voir -les dessins qui en ont été faits dans le temps où il n'était point encore -dégradé, et qui se trouvent dans le tome LXIX du grand recueil -intitulé <i>France</i> (<i>département de la Drôme</i>), qui est au cabinet des -estampes de la Bibliothèque nationale. Les gravures de ce château, -qu'on a publiées depuis, n'en donnent qu'une idée imparfaite. Les -vues, dans le volume indiqué, sont au nombre de trois: l'une représente -la façade sur le chemin de Valréas; une autre, la façade du -<span class="pagenum"><a id="Page_334"> 334</a></span> -côté du potager, et enfin cette même vue moins étendue, mais plus -en grand, pour ce qui concerne l'édifice seul. Il existe une bonne -lithographie des ruines de ce château, dessinée par Sabattier, lithographiée -par Eugène Ciceri, une autre plus petite dessinée par Veyran -et gravée par Bonjan.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE III.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_68">68</a>, ligne 12: Elle y coucha, pour la première fois, le 7 mai 1672.</p> - -<p>J'apprends par M. Monmerqué qu'une quittance de Coulanges -semble prouver que madame de Sévigné se trouvait dans cette maison -le 7 avril, ce qui n'est pas en contradiction avec ses lettres, vu -la proximité de la maison qu'elle devait quitter et de celle qu'elle -devait occuper.</p> - -<p>«Transaction signée par Philippe de Coulanges, abbé de Livry, -demeurant rue Sainte-Anastase, paroisse Saint-Gervais, devant -Gabillon, notaire, le 7 avril 1672.»</p> - -<p>Un autre acte démontre que, le 18 avril 1671, elle demeurait rue -de Thorigny.</p> - -<p>«Acte de vente par dame Marie de Rabutin-Chantal, veuve de -Henri, marquis de Sévigné, demeurant à Paris, en son <i>hôtel, rue de -Thorigny</i>, paroisse Saint-Gervais, comme ayant les droits cédés de -Françoise-Marguerite, dame de Grignan, sa fille, et se portant fort de -son fils mineur, émancipé, à Jean Boisgelin, vicomte de Meneuf, -président à mortier du parlement de Rennes, propre audit marquis -de Sévigné, de la terre de la Baudière, située paroisse Saint-Didier, -évêché de Rennes, moyennant quarante mille livres; cette vente passée, -le 18 avril 1671, chez Gabillon, notaire à Paris, et ses collègues.»</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_75">75</a>, ligne 8: Et il fit insérer le programme de ce prix dans la -Gazette.</p> - -<p>Dans ce programme, il est dit que «c'est pour mettre au-dessus -du corinthien et du composite qui est au dedans de la cour du -Louvre; et que si quelqu'un a trouvé quelque belle pensée qu'il ne -puisse modeler, il sera reçu à en apporter le dessin pour être modelé -par les sculpteurs de Sa Majesté, s'il se trouve le mériter.» On ne -songeait pas alors à revenir au gothique.</p> - -<p class="pnote"><span class="pagenum"><a id="Page_335"> 335</a></span> -Page <a href="#Page_81">81</a>, ligne 5: Un grand nombre d'ouvrages.</p> - -<p>D'Olivet a donné une liste des ouvrages de l'abbé Cotin, qui paraît -complète; cependant il donne à ses Poésies chrétiennes la date de -1657, et j'ai un volume intitulé <i>Poésies chrétiennes</i> de l'abbé <span class="smallc">Cotin</span>, -à Paris, chez Pierre le Petit, M DC LXVIII. Le privilége porte: -«Achevé d'imprimer, pour la première fois, le 15 mars 1668.» Ce -volume commence par un poëme intitulé <i>la Madeleine au sépulchre -de Jésus-Christ</i>, et il se termine par des <i>Vers au roi sur son -retour de la Franche-Comté</i>, qui sont nécessairement postérieurs -à 1657.—D'Olivet ni l'auteur de l'article <i>Cotin</i> dans la <i>Biographie -universelle</i> n'ont point connu ce volume.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_82">82</a>, ligne 2: Humilier son sot et insolent orgueil.</p> - -<p>Pour donner une idée de la fatuité de Cotin, il suffira de citer un -passage de ses <i>Œuvres galantes</i>, t. I, p. 14.</p> - -<p>«Mon chiffre, c'est deux CC entrelacés, qui, retournés et joints ensemble, -feraient un cercle. Je m'appelle Charles, comme vous savez; -et parce que mes énigmes ont été traduits<a id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor"> [769]</a> en italien et en espagnol, -et que mon <i>Cantique des cantiques</i> a été envoyé par toute la terre, -à ce qu'a dit un deviseur du temps, ou, si vous voulez, un faiseur de -devises, il m'a bien voulu, de sa grâce, appliquer ce mot des deux -chiffres d'un grand prince et d'une grande princesse, Charles, duc -de Savoie, et Catherine d'Autriche:</p> - -<p class="quote"><i>Juncta orbem implent.</i></p> - -<p>Cela veut dire un peu mystiquement que mes œuvres rempliront le -rond de la terre, quand elles seront toutes reliées ensemble.» Nous -pourrions transcrire beaucoup d'autres passages de ce genre qui justifient -ce que Molière a dit de lui:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Je vis, dans le fatras des écrits qu'il nous donne,</p> -<p>Ce qu'étale en tous lieux sa pédante personne,</p> -<p>La constante hauteur de sa présomption,</p> -<p>Cette intrépidité de bonne opinion,</p> -<p>Cet indolent état de confiance extrême,</p> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_336"> 336</a></span></p> -<p>Qui le rend en tout temps si content de soi-même,</p> -<p>Qui fait qu'à son mérite incessamment il rit,</p> -<p>Qu'il se sait si bon gré de tout ce qu'il écrit,</p> -<p>Et qu'il ne voudrait pas changer sa renommée</p> -<p>Contre tous les honneurs d'un général d'armée.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(<i>Les Femmes savantes</i>, act. I, sc. <span class="smallc">III</span>, t. VI, p. 111 -et 112, édit. de 1676.)</p> -</div></div> - -<p>Que dire de M. Rœderer, qui, dans son <i>Mémoire pour servir à -l'histoire de la société polie</i>, p. 314, prétend que Molière n'a pas eu -en vue Cotin dans le rôle de Trissotin, parce que Trissotin est un -homme marié et non un prêtre, et parce que Boscheron, l'auteur de -l'insipide recueil intitulé <i>le Carpenteriana</i>, a rapporté une anecdote -évidemment fausse sur <i>les Femmes savantes</i>, qu'à tort a copiée l'exact -auteur de la vie de Molière? M. Rœderer croit que cette application -de Trissotin à Cotin est une supposition gratuite des commentateurs -de Molière. M. Rœderer ignore donc que le sonnet et le madrigal ridiculisés -dans <i>les Femmes savantes</i> se trouvent textuellement dans les -<i>Œuvres de Cotin</i>; que Visé, en rendant compte dans le <i>Mercure -galant</i> (t. I, lettre du 12 mars 1672) de la première représentation -des <i>Femmes savantes</i>, nous apprend que Molière lui-même, pour -prévenir les suites que pouvait avoir l'outrage qu'il allait se permettre -contre un homme de lettres, un prêtre ridicule, mais estimé, -crut devoir faire au public, avant la représentation de sa pièce, une -déclaration pour désavouer l'intention d'aucune application qu'on -pourrait en faire? Visé prétend que l'idée de cette application du personnage -de Trissotin à Cotin est due à une querelle que Molière avait -eue avec ce dernier huit ans avant la représentation des <i>Femmes -savantes</i>; il termine en faisant l'éloge de Cotin, et en disant qu'un -homme de son mérite ne doit pas se mettre en peine d'une telle application. -Enfin M. Rœderer oublie l'épigramme qui fut composée sur Trissotin -et Cotin en 1682, et ce qu'ont dit et écrit sur ce sujet Boileau, -Brossette, son commentateur, le P. Niceron, d'Olivet, Bayle, Baillet -et tous ceux qui ont le mieux connu l'histoire de ces temps. Contre -l'usage, un silence absolu sur Cotin paraît avoir été gardé par l'abbé -Dangeau lorsqu'il lui succéda à l'Académie française, et aussi par le -directeur de l'Académie, chargé de répondre au récipiendaire. Cotin -mourut en janvier 1682; et l'obscurité où il vécut dans ses dernières -années fut telle que des hommes comme Richelet et Baillet ont -<span class="pagenum"><a id="Page_337"> 337</a></span> -ignoré l'époque de sa mort et ont commis des erreurs qui ont été -reproduites dans plusieurs ouvrages.</p> - -<p class="pnote">Page<a href="#Page_84"> 84</a>, ligne 18: Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, -mourut trois mois avant la première représentation des <i>Femmes -savantes</i>.</p> - -<p>La duchesse de Montausier n'était pas non plus à la première représentation -des <i>Précieuses ridicules</i>, qui eut lieu le 18 novembre -1659; car alors elle se trouvait à Angoulême, soignant sa fille, malade -de la petite vérole. (<i>Mémoires sur la vie de M. le duc de Montausier</i>, -t. I, p. 142.)</p> - -<p>Ceci n'infirme en rien, mais plutôt confirme ce qu'on fait dire à -Ménage dans le <i>Ménagiana</i>, t. II, p. 65, que mademoiselle de Rambouillet, -madame de Grignan et tout l'hôtel de Rambouillet étaient -à cette première représentation des <i>Précieuses ridicules</i>. «Nous remarquons, -dit un auteur, de <i>singulières bévues</i> sur les personnages -accessoires, qui ôtent toute autorité à ce récit. A cette époque, mademoiselle -de Rambouillet était, depuis quatorze ans, madame de -Montausier, et elle n'avait pas manqué de se rendre à Angoulême -avec son mari. Madame de Grignan avait suivi le sien en Provence.» -Ces lignes, écrites par un historien sérieux et de beaucoup de mérite, -sont vraiment <i>singulières</i>. Les paroles prêtées à Ménage ou dites par -lui (peu importe) prouvent qu'il n'y avait que deux des filles de -madame de Rambouillet à la représentation des <i>Précieuses ridicules</i>. -Celle qui était mariée (madame de Grignan) ne pouvait avoir été rejoindre -son mari en Provence, puisqu'il n'y était pas, et qu'il n'avait -rien à y faire; mademoiselle de Rambouillet n'était pas non plus avec -son mari, puisqu'elle n'en avait pas et qu'elle était mademoiselle -de Rambouillet, et non madame de Montausier. Le même auteur dit -qu'il est las de lire cette anecdote, tant elle lui paraît suspecte. Nous -croyons pouvoir assurer que cette anecdote, en ce qui concerne la -présence des personnes désignées, quand elle aurait été avancée sans -autorité, n'en est pas moins véritable. En effet, elle n'est pas seulement -vraisemblable, mais il nous paraît impossible qu'elle ne soit -pas vraie. Qu'on se reporte à cette époque où, dans la haute société, -il n'existait pas un seul mari, un seul père qui ne fût flatté d'entendre -mettre sa femme ou sa fille au rang des <i>précieuses</i>, au rang -des femmes qui fréquentaient l'hôtel de Rambouillet; qu'on juge -<span class="pagenum"><a id="Page_338"> 338</a></span> -de l'effet que dut produire sur un tel public cette simple annonce des -comédiens: <i>Première représentation des Précieuses ridicules!</i> -Pas une seule des personnes qui étaient admises chez madame de -Rambouillet, si elle n'était empêchée, ne dut manquer à cette représentation.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_89">89</a>, ligne 7: Et que madame de Montespan jeûnait austèrement -tous les carêmes.</p> - -<p>Ce ne fut point cette année (1671), comme le prétend M. Rœderer -dans son <i>Histoire de la société polie</i>, p. 299, ch. <span class="smallc">XXVII</span>, que, par des -scrupules de religion, Louis XIV fut sur le point de se séparer de -madame de Montespan, mais à la fin de l'année 1675. M. Rœderer -a été trompé par la mauvaise édition qu'a donnée la Beaumelle des -<i>Lettres de madame de Maintenon</i>, t. II, p. 100, lettre 2<sup>e</sup> à madame -de Saint-Géran. Les dernières lignes n'appartiennent pas à cette lettre, -qui est bien donnée, d'après l'autographe, par Sautereau de Marcy -dans son édition des <i>Lettres de Maintenon</i>, t. II, p. 110. Dans cette -édition, le passage sur lequel s'appuie M. Rœderer et les lignes qui -suivent ne s'y trouvent pas. L'<i>Histoire de Bossuet</i> par le cardinal de -Bausset (liv. <span class="smallc">V</span>, <span class="smallc">VIII</span>, t. II, p. 44, 4<sup>e</sup> édit., 1824, in-12) et les lettres -de Bossuet (20 juillet 1675, t. XXXVII des <i>Œuvres</i>) ne laissent aucun -doute sur l'époque et les circonstances de cette tentative infructueuse -pour engager le roi à répudier sa maîtresse.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_90">90</a>, ligne 5: La place d'honneur était réservée à la Vallière.</p> - -<p>Les Mémoires de Maucroix, que je cite en note, ont été publiés par -la Société des bibliophiles de Reims, et tirés à un très-petit nombre -d'exemplaires. De Maucroix fut député par le chapitre de Reims -pour complimenter le Tellier, qui, de coadjuteur, avait été nommé -archevêque. De Maucroix se rendit pour cet objet, en août 1671, -avec trois autres chanoines ses collègues, à Fontainebleau, où la cour -était alors; et voici comme il raconte ce qu'il vit, en attendant -qu'il pût être reçu par l'archevêque:</p> - -<p>«M. Barrois et moi, ayant vu les carrosses de S. M. qui étaient dans -la cour de l'Ovale, nous attendîmes près d'une heure; et enfin nous -vîmes le roi monter en calèche, madame la Vallière placée la première, -le roi après, et ensuite madame de Montespan, tous trois sur -un même siége, car la calèche était fort large. Le roi était fort bien -<span class="pagenum"><a id="Page_339"> 339</a></span> -vêtu, d'une étoffe brune avec beaucoup de passements d'or; son chapeau -en était bordé. Il avait le visage assez rouge. La Vallière me -parut fort jolie, et avec plus d'embonpoint qu'on ne me l'avait figurée. -Je trouvai madame de Montespan fort belle; surtout elle avait -le teint admirable. Tout disparut en un moment. Le roi, étant assis, -dit au cocher: Marche! Ils allaient à la chasse du sanglier.» <i>Mémoires -de</i> <span class="smallc">M. Fr. de Maucroix</span>, ch. <span class="smallc">XX</span>, 2<sup>e</sup> fascicule, p. 33.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE IV.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_107">107</a>, lignes 5 et 9: Madame de Brancas avait été une des femmes -les plus compromises... On crut que la beauté de mademoiselle -de Brancas...</p> - -<p>La femme du comte de Brancas se nommait Suzanne Garnier. Au -volume III, p. 217, du Recueil de chansons historiques, mss. de la -Bibliothèque nationale, un des couplets porte:</p> - -<p class="quote">Brancas vend sa fille au roy,<br /> -Et sa femme au gros Louvoy.</p> - -<p>Ménage disait que l'on ne pouvait faire l'histoire de son temps -sans un recueil de vaudevilles; mais dans ces recueils, si pleins -d'impureté, toujours les faits vrais et scandaleux sont exagérés, et -ils en renferment un grand nombre évidemment calomnieux. Il est -cependant remarquable qu'on ne trouve pas un seul couplet qui inculpe -madame de Sévigné, et ils en renferment plusieurs qui font -son éloge. Quant à Suzanne Garnier, comtesse de Brancas, ces recueils -en font presque une autre comtesse d'Olonne, et il y est dit -(t. III, p. 195, année 1668):</p> - -<p class="quote">Brancas, depuis vingt ans,<br /> -A fait plus de cent amants.</p> - -<p>Dans le nombre de ces amants, l'annotateur cite d'Elbœuf, Beaufort, -d'Albret, Lauzun, Bourdeilles, comte de Matha, Monnerot, -Partisan, Fouquet.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_112">112</a>, ligne 18: On sut d'autant plus gré à mademoiselle de -Lenclos d'en prendre la peine.</p> - -<p>En 1672, on fit sur Ninon un couplet qui ne peut être cité en entier, -car les muses des chansonniers de cette époque étaient presque -<span class="pagenum"><a id="Page_340"> 340</a></span> -toujours ordurières, même lorsque le sujet semblait appeler d'autres -idées et d'autres expressions:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i1"> On ne reverra, de cent lustres,</p> -<p>Ce que de notre temps nous a fait voir Ninon,</p> -<p class="i1"> Qui s'est mise, en dépit.....,</p> -<p class="i1"> Au nombre des hommes illustres.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(<i>Recueil de chansons historiques</i>, mss. de -la Biblioth. nationale, vol. III, p. 551.)</p> -</div></div> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_117">117</a>, lig. 22: A un bon mot de Ninon sur la comtesse de Choiseul.</p> - -<p>Le passage de madame de Sévigné est ainsi: «La Choiseul ressemblait, -comme dit Ninon, à un printemps d'hôtellerie. La comparaison -est excellente.»</p> - -<p>Ce passage de la lettre de madame de Sévigné a été mal compris. -On a cru qu'il s'agissait de mauvais tableaux représentant le Printemps, -exposés dans les cabarets. Nullement. D'assez bons artistes -de cette époque avaient fait graver des têtes de femmes d'une beauté -idéale, pour représenter toutes les expressions et toutes les formes -que la beauté peut revêtir; ils désignaient ces têtes par un titre qui -indiquait leurs intentions allégoriques: c'était la <i>Langueur</i>, le -<i>Désir</i>, la <i>Dévotion</i>, les <i>Muses</i>, les <i>Grâces</i>, le <i>Printemps</i>, l'<i>Été</i>, etc. -Des copistes imitèrent ces gravures d'une manière grossière, et les -enluminèrent de couleurs fortes, pour les cabarets, les hôtelleries de -passage et les gens du peuple; et c'étaient là les seules gravures -qu'on y voyait, comme aujourd'hui des <i>Bonaparte</i> et des scènes -de la révolution. Comparer une femme à l'élégante et gracieuse figure -nommée <i>le Printemps</i> était en faire un grand éloge et dire qu'elle -était fort belle; mais dire qu'elle ressemblait à la caricature de cette -gravure, beaucoup plus connue que l'original, c'était la rendre ridicule, -c'était exciter le rire, et faire, comme dit madame de Sévigné, -une excellente comparaison.»</p> - -<p class="echap">CHAPITRE V.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_123">123</a>, ligne 16: On ouvrit à Cologne des conférences.</p> - -<p>Charles-Albert, dit d'Ailly, duc de Chaulnes, conduisait ces conférences. -Dans le <i>Recueil de chansons historiques</i> (mss. de la Bibl. -nationale, 1673, vol. IV, p. 73), on trouve une chanson qui prouve -que le sérieux des négociations n'empêchait pas les intrigues amoureuses -<span class="pagenum"><a id="Page_341"> 341</a></span> -des personnages français réunis à Cologne. Élisabeth Férou, femme -du duc de Chaulnes, avait avec elle, comme demoiselle de compagnie, -une très-belle personne nommée mademoiselle Auffroy, qu'on -appelait par plaisanterie <i>la Princesse</i>. Elle fut aimée de Berthault -et par Anne Tristan de la Baume; mais, selon l'annotateur de la chanson, -un certain abbé de Suze parvint à supplanter tous ses rivaux.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_124">124</a>, ligne 10: La duchesse de Verneuil.</p> - -<p>La duchesse de Verneuil était cette Charlotte Seguier, fille du chancelier -Seguier, qui, d'abord duchesse de Sully, avait épousé en secondes -noces Henri, duc de Verneuil, fils naturel de Henri IV et d'Henriette -de Balzac, comtesse d'Entragues. Par ce mariage, les Seguier -avaient l'honneur de se trouver alliés à une princesse du sang. Quand -la duchesse de Verneuil mourut en 1704, Louis XIV, qui voulait élever -à un haut rang ses enfants naturels, porta quinze jours le deuil, comme -pour une princesse du sang. (<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. IV, p. 311.) -Elle était, par son premier mariage, la mère du duc de Sully et de -la princesse de Lude. (<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, 3 et 9 février 1672, 26 mars -1680, t. I, p. 311; t. II, p. 372; t. VI, p. 416; t. IX, p. 295, édit. G.; -t. I, p. 236; t. II, p. 311; t. VI, p. 210; t. VIII, p. 457, édit. M.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_124">124</a>, ligne 14: Et Barillon.</p> - -<p>Barillon, qui joua comme ambassadeur un si malheureux rôle en -Angleterre, était petit, vif, empressé auprès des femmes. Fort riche, -il n'épargnait pas l'argent pour réussir auprès d'elles: c'est ce que -nous apprend une des plus intéressantes historiettes de Tallemant -des Réaux, qui nous fait connaître une madame de Marguenat. -Cette madame de Courcelles-Marguenat était une coquette aussi habile -et aussi séduisante que Ninon et qui aurait pu être aussi célèbre, -«puisqu'on disait qu'elle avait Brancas pour brave, le chevalier -de Gramont pour plaisant, Charleval et le petit Barillon pour -payeurs.» Brancas et Gramont sont bien connus des lecteurs de -madame de Sévigné et d'Hamilton; Charleval l'est par ses poésies, -et Barillon par l'histoire et divers mémoires. Assurément cette -femme, qui finit par se faire épouser par Bachaumont, son dernier -amant<a id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor"> [770]</a>, savait se bien pourvoir.</p> - -<p class="pnote"><span class="pagenum"><a id="Page_342"> 342</a></span> -Page <a href="#Page_126">126</a>, ligne 11: Sa tante de la Troche.</p> - -<p>Cette dame était amie et non tante de madame de Sévigné; et -dans la 3<sup>e</sup> partie, 2<sup>e</sup> édition de ces <i>Mémoires</i>, p. 376, ligne 9, il y a -une faute de copiste, et, au lieu de la Troche, il faut lire la Trousse.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_130">130</a>, ligne 28: En s'adressant à sa fille.</p> - -<p>Je m'étonne que les éditeurs de madame de Sévigné ne se soient -pas aperçus que ce paragraphe avait été transposé, et à tort intercalé -dans le <i>post-scriptum</i> du comte de Grignan, qui, après ces mots, -<i>ne vient pas de moi</i>, doit continuer par ceux-ci: <i>vous avez fait -faire à ma fille le plus beau voyage</i>.</p> - -<p>Le comte de Grignan savait la musique, puisque madame de Sévigné -lui envoya des motets; mais son âge et sa position prouvent -assez que ce qu'elle dit ici ne peut s'appliquer à lui.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_133">133</a>, lignes 5 et 12: La comtesse de Saint-Géran.</p> - -<p>L'annotateur des <i>Chansons historiques</i> dit que la comtesse de -Saint-Géran (1673) passait sa vie aux Feuillants. Sa liaison avec -Seignelay est postérieure à cette époque.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_134">134</a>, ligne 3: Le marquis d'Harcourt.</p> - -<p>Le marquis Henri d'Harcourt était colonel du régiment de Picardie. -L'annotateur des <i>Chansons historiques</i>, selon son usage, ajoute -à cette liste des amants de la duchesse de Brissac et lui donne -pour amant payant un riche financier nommé Louis Béchameil, secrétaire -du roi.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_139">139</a>, ligne 13: Était due à sa jeune et jolie femme.</p> - -<p>C'est ici le lieu de rectifier une faute de copiste qui s'est glissée -dans la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, 2<sup>e</sup> édition (p. 213, lig. 11). Il -faut substituer dans cette ligne la princesse de Soubise à la duchesse -de Sully. Jamais l'on n'accusa celle-ci d'intrigues galantes avec -Louis XIV ni avec aucun autre.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_140">140</a>, ligne 7: Un propos fort graveleux du prince d'Orange.</p> - -<p>Bussy lui écrit: «Et sur cela, madame, il faut que je vous dise -<span class="pagenum"><a id="Page_343"> 343</a></span> -ce que M. de Turenne m'a conté avoir ouï dire au frère du prince -d'Orange, Guillaume: que les jeunes filles croyaient que les hommes -étaient toujours en état, et que les moines croyaient que les -gens de guerre avaient toujours, à l'armée, l'épée à la main.» A -quoi madame de Sévigné répond fort gaillardement: Votre conte -du prince d'Orange m'a réjouie. Je crois, ma foi, qu'il disait vrai, et -que la plupart des filles se flattent. Pour les moines, je ne pensais -pas tout à fait comme eux; mais il ne s'en fallait guère. Vous m'avez -fait plaisir de me désabuser.»</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_143">143</a>, ligne 12: Le Genitoy est un château, etc., etc.</p> - -<p>Sur quelques cartes des environs de Paris, ce lieu est écrit <i>le -Génitoire</i>; il est situé entre Bussy-Saint-George et Jossigny, à deux -kilomètres de l'un et de l'autre (voyez la feuille 11 des environs de -Paris, de dom Coutans); le <i>Dictionnaire universel de la France</i> -(1804, in-4<sup>o</sup>, t. II, p. 549) place ce château dans la commune de -Jossigny; et le <i>Dictionnaire de la poste aux lettres</i>, publié par -l'administration des postes, 1837, in-folio, dans la commune de -Bussy-Saint-George, dont il est plus éloigné. Avant la révolution, il -était de cette dernière paroisse. Le vrai nom est Genestay; et l'abbé -le Bœuf donne l'histoire de cette seigneurie sans interruption, depuis -Aubert de <i>Genestay</i>, <i>miles</i>, mort le 30 septembre 1246. Lorsque -l'abbé le Bœuf écrivait (en 1754), la maison de Livry était encore -en possession de cette terre. L'abbé le Bœuf termine en disant: -«L'antiquité du nom de Genestay me dispense de réfuter ceux qui -s'étaient imaginé que le vrai nom est Génitoire, qui lui serait venu, -selon eux, de l'accouchement d'une dame d'importance.» (<span class="smallc">Le Boeuf</span>, -<i>Histoire du diocèse de Paris</i>, t. XV, p. 97 à 99.)</p> - -<p>Les éditeurs de madame de Sévigné ont ignoré ce qu'avait écrit -l'abbé le Bœuf sur le Genitoy; et l'un d'eux a cru que madame de -Sévigné faisait un calembour sur le mot italien <i>Genitorio</i> ou <i>Genitoio</i>, -et qu'aucune maison ou château de ce nom n'existait. -(<span class="smallc">Monmerqué</span>, édit. de Sévigné, 1820, in-8<sup>o</sup>, t. II, p. 419; <span class="smallc">Gault de -Saint-Germain</span>, t. II, p. 4 et 5; <span class="smallc">Grouvelle</span>, édit. in-12, 1812, -t. III, p. 83.)</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_344"> 344</a></span></p> -<p class="echap">CHAPITRE VI.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_147">147</a>, ligne 4 du texte: Sa mère, etc.</p> - -<p>Elle vivait encore lorsque Sidonia était en prison à la Conciergerie, -et peut-être lui a-t-elle survécu; elle avait épousé un nommé -Bunel, dont on ne sait rien.</p> - -<p class="pnote">Page<a href="#Page_152"> 152</a>, ligne 27: S'introduisit subitement dans sa chambre.</p> - -<p>Par le moyen d'une fille d'honneur de la princesse de Carignan, -qui se nommait madame Desfontaines et depuis fut madame Stoup et -non Stoute, comme il est écrit dans la Vie de madame de Courcelles.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_154">154</a>, ligne 8: A peine âgée de seize ans.</p> - -<p>Le mariage de la marquise de Courcelles a dû avoir lieu lors du -premier voyage de Louvois en Flandre, à la fin de 1666 ou au commencement -de 1667. Gregorio Leti dit qu'elle s'est mariée à treize -ans, ce qui n'est pas, puisqu'elle-même dit qu'elle avait treize ou -quatorze ans lorsqu'elle sortit du couvent. Il faut bien accorder deux -ans pour les démarches interventives faites pour la marier d'abord -avec Maulevrier, alors en Espagne, et ensuite avec Courcelles, qui -voyageait en pays étranger quand on forma le projet de le marier avec -Sidonia: morte en décembre 1685, à l'âge de trente-quatre ans, madame -de Courcelles, qui avait seize ans à la fin de 1666, était donc -née en 1650, et non en 1659, comme il est dit à son article dans la -<i>Biographie universelle</i>. (<i>Vie de madame de Courcelles</i>, p. 14.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_156">156</a>, lig. 17: La marquise de la Baume, cette maîtresse de Bussy.</p> - -<p>Au volume III, page 67 du <i>Recueil de chansons historiques</i>, on -trouve un couplet intitulé «Sur la.... femme de <span class="smallc">Hostun</span>, marquis -<span class="smallc">de la Baume</span>.»</p> - -<p>Ce couplet commence par ce vers:</p> - -<p class="quote">«La Baume, maigre beauté;»</p> - -<p>et à la suite du couplet se trouve, sur madame de la Baume, la -note suivante:</p> - -<p>«Elle était grande, friponne, espionne, rediseuse, aimant à -brouiller tout le monde et ses plus proches pour le seul plaisir de -faire du mal. D'ailleurs infidèle et fourbe à ses amants, qu'elle n'aimait -que par lubricité, en ayant toujours plusieurs à la fois, qu'elle -jouait et desquels elle se souciait peu.»</p> - -<p class="pnote"><span class="pagenum"><a id="Page_345"> 345</a></span> -Page <a href="#Page_161">161</a>, ligne dernière: L'abbé d'Effiat.</p> - -<p>L'abbé d'Effiat possédait l'abbaye Saint-Germain de Toulouse et -celle de Trois-Fontaines.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_166">166</a>, ligne 19: Avec la comtesse de Castelnau.</p> - -<p>La comtesse de Castelnau était devenue veuve du maréchal de -Castelnau en 1658, et mourut le 16 juillet 1696, âgée de quatre-vingts -ans. (Voyez Dangeau.) Elle fut du nombre de ces femmes qui acquirent -une scandaleuse célébrité par leurs intrigues galantes. Elle eut -pour amants Villarceaux, le marquis de Tavannes, Jeannin de Castille.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_168">168</a>, ligne 8: M. de Marsan.</p> - -<p>Peut-être cette aventure de bal avec Charles de Lorraine, comte -de Marsan, que madame de Sévigné, dans ses <i>Lettres</i>, nomme le -petit Marsan, contribua-t-elle, quelques années plus tard, à la rupture -de son mariage avec la maréchale d'Aumont, qui eut lieu par -l'opposition du chancelier le Tellier, père de Louvois. (Voyez <span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i>, 24 novembre 1675, t. IV, p. 118, édit. G.; t. IV, p. 97, -édit. M.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_168">168</a>, ligne 19: La marquise de Courcelles se lia avec la duchesse -de Mazarin.</p> - -<p>On composa dans ce temps plusieurs couplets sur la duchesse de -Mazarin et la marquise de Courcelles: nous nous contenterons de -citer celui sur Hortense Mancini, duchesse de Mazarin, et madame -de Marolles, marquise de Courcelles, que le duc de Mazarin avait -fait enfermer dans un couvent pour leurs galanteries:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Mazarin et Courcelles</p> -<p>Sont dedans un couvent;</p> -<p>Mais elles sont trop belles</p> -<p>Pour y rester longtemps.</p> -<p>Si l'on ne les retire,</p> -<p>On ne verra plus rire</p> -<p>De dame assurément.</p> -</div></div> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_175">175</a>, ligne 4: S'enferme dans le château d'Athée, près d'Auxonne.</p> - -<p>Athée, petit hameau de 500 âmes, est dans le département de la -Côte-d'Or, arrondissement de Dijon, canton d'Auxonne, à 11 kilomètres -<span class="pagenum"><a id="Page_346"> 346</a></span> -de Saint-Jean de Loos. C'est un lieu fort ancien, dont il est -fait mention en 880 dans le cartulaire de Saint-Bénigne de Dijon, -sous le nom d'<i>Atéias</i>; il était du diocèse de Châlon et de l'archidiaconé -d'Oscheret. (Voyez J. Garnier, <i>Chartes bourguignonnes</i>, -p. 69 et 70.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_175">175</a>, ligne 23: De M. le comte d'Hona.</p> - -<p>L'auteur de la lettre qui est dans le manuscrit de M. Aubenas avait -un oncle dans les bureaux de la chancellerie, sous le ministre le -Tellier; il donne une relation très-détaillée de ce qui concerne le rasement -du château d'Orange. Sa lettre (p. 239 du manuscrit) est intitulée -<i>Lettre écrite d'Orange</i>, le 25 juillet 1712, à M. le baron de -Roays, pour M. l'abbé de ***, chanoine de la cathédrale; puis après -est une seconde lettre du même au même, datée du 3 août.</p> - -<p>Dans la première (p. 250), il fait du comte d'Hona le portrait suivant: -Il était de belle taille; il avait le visage en ovale, le nez aquilin, -les joues couvertes d'une petite rougeur naturelle, le teint blanc, -les cheveux noirs, les yeux de la même couleur, bien fendus. Il -avait encore de très-belles qualités de corps, beaucoup d'esprit, robuste, -infatigable, sage, assez éloquent à bien parler, bon ami, assez -libéral, magnifique quand il donnait à manger. Il était beaucoup -aimé des catholiques et des huguenots de la ville et de toute cette -principauté, ce qui aurait fait le comble de toutes ces belles vertus -qu'il possédait, n'eût été l'hérésie de Calvin qu'il professait.» Le -comte Frédéric d'Hona eut Bayle pour gouverneur de son fils, et il -résidait alors à Copet. La célèbre <i>aventurière</i> dont il est fait mention -dans la lettre de Bayle à M. Minutoli, datée de Copet le 8 mars -1674 (<i>Lettres choisies de M. Bayle</i>; Rotterdam, 1714, t. I, p. 30), -est la marquise de Courcelles, dont Bayle ignorait alors le nom.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_177">177</a>, ligne 21: C'est de ce lieu qu'il a écrit à Manicamp.</p> - -<p>Longueval de Manicamp, dont parle ici madame de Sévigné, était -cousin germain de Bussy (voyez la lettre de Corbinelli, du 10 février -1652, t. I, p. 230, édit. Amst., 1721), et par conséquent aussi parent de -madame de Sévigné. Il est souvent fait mention de lui dans l'<i>Histoire -amoureuse des Gaules</i> de Bussy; nous y voyons que Manicamp était -du nombre de ceux qui firent la fameuse partie de débauche au château -de Roissy. C'est Manicamp qui, dans l'<i>Histoire amoureuse des -Gaules</i>, introduit, par les questions qu'il fait à Bussy, l'histoire de -<span class="pagenum"><a id="Page_347"> 347</a></span> -madame de Sévigné. «Je m'étonne, dit Manicamp, que vous parliez -comme vous faites, et que madame de Sévigny ne vous ait pas rebuté -d'aimer les femmes.» (<i>Recueil des histoires galantes</i>; à Cologne, -chez Jean le Blanc, p. 180.) Je cite ce livre de préférence, parce -qu'il contient une édition de l'<i>Histoire amoureuse de France</i>, dont -je n'ai point encore parlé. Ce volume sans date a 545 pages numérotées -et 4 pages non numérotées; il est ancien, et en mauvais type -elzévirien; il contient: 1<sup>o</sup> l'Histoire amoureuse de France; 2<sup>o</sup> Recueil -de quelques pièces curieuses, servant d'éclaircissement à l'histoire de -la vie de la reine Christine; 3<sup>o</sup> l'Histoire du Palais-Royal; 4<sup>o</sup> l'Histoire -galante de M. le comte G. [Guiche] et de M. [Madame, duchesse -d'Orléans]; 5<sup>o</sup> la Relation de la cour de Savoye ou des Amours de -Madame Royale; 6<sup>o</sup> Comédie galante de M. de Bussy; 7<sup>o</sup> la Déroute -et l'Adieu des filles de joye de la ville et des fauxbourgs de Paris.</p> - -<p>La sixième pièce, la <i>Comédie galante de M. de Bussy</i>, est la -plus curieuse du volume. C'est une pièce infâme, semblable au fameux -Cantique qu'on a si faussement attribué à Bussy: elle est -écrite dans un style ordurier et stupide, tel que celui de portiers ou -de domestiques de mauvais lieux; avec cette différence que le nom -de Bussy qu'on lit en tête de cette composition, écrit en toutes -lettres ainsi que les mots obscènes, ne se retrouve plus dans ce -volume comme auteur des autres pièces, pas même à l'<i>Histoire -amoureuse de France</i>. Le <i>Cantique</i>, dans cette édition, est à la -page 178; l'<i>Histoire de madame de Sévigny</i> commence à la page -182, celle de madame de Monglas à la page 198.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_181">181</a>, ligne 2: Entre les bras d'un homme.</p> - -<p>En marge d'une copie des Mémoires de la marquise de Courcelles, -M. Monmerqué a trouvé, à côté du billet qui est à la page 153, ces -mots en italien, qui sont probablement de Gregorio Leti: «<i>Lei -s'era imbertonata d'un palafreniere inglese, col quale venne -sorpresa dal Boulay.</i>»</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_181">181</a>, ligne 24: Le mal que vous m'avez fait à l'avenir m'empêchera, -etc.</p> - -<p>Il y a là une forte ellipse, mais l'on en saisit bien la raison et le -sens; la phrase est claire pour celui qui sait lire. Les grammairiens -et le prote, ou peut-être Chardon de la Rochette lui-même, n'ont pas -compris cette phrase, et, pour la rendre plus régulière et plus -<span class="pagenum"><a id="Page_348"> 348</a></span> -claire, ils ont corrigé ainsi: «Le mal que vous me ferez à l'avenir,» -sans s'apercevoir qu'ils changeaient un reproche en injure.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_182">182</a>, ligne 17: La marquise de Courcelles se retira en Savoie, -et y resta cachée.</p> - -<p>Je crois que la marquise de Courcelles rejoignit à Chambéry la -duchesse de Mazarin, qui y tenait une petite cour, et s'occupait à -dicter ses Mémoires à l'abbé de Saint-Réal; et que ce fut sous la -protection de cette duchesse qu'elle y résida. Mais je n'ai rien trouvé -de positif à cet égard. (Voyez <span class="smallc">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, t. VIII, -p. 249, édit. 1753, petit in-12; t. IV, p. 272, édit. 1739.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_185">185</a>, note <a href="#FNanchor_464">464</a>, ligne 2: A la suite du <i>Voyage de MM. de Bachaumont -et Chapelle</i>.</p> - -<p>Une de ces pièces fut composée lors de la première phase du procès, -pendant le temps de la première captivité de madame de Courcelles -et lorsque son mari vivait. Dans cette pièce, on la suppose -aux pieds de ses juges, et on lui fait dire:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Pour un crime d'amour, dont je ne suis coupable</p> -<p>Que pour avoir le cœur trop sensible et trop doux,</p> -<p>Dois-je prendre un tyran sous le nom d'un époux?</p> -<p>Arbitres souverains de mon sort déplorable,</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Ah! consultez, de grâce, et vos yeux et vos cœurs;</p> -<p>Ils vous inspireront d'être mes protecteurs.</p> -<p>Tout ce que l'amour fait n'est-il pas légitime?</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Et vous qui tempérez la sévère Thémis,</p> -<p>Pourrez-vous vous résoudre à châtier un crime</p> -<p>Que la plupart de vous voudrait avoir commis?</p> -</div></div> - -<p>Ce sonnet sur madame de Courcelles fut envoyé à Bussy par le -comte de L*** (Limoges?), et Bussy le trouva fort beau. (<span class="smallc">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, 3 mars 1673; t. IV, p. 38, édit. 1738.)</p> - -<p>Je remarque qu'il y a dans ce singulier Recueil de 1698 cité dans -la note, qui fut imprimé en France et non en Hollande, le <i>Chapelain -décoiffé</i> (p. 60-63), qui n'est point attribué à Boileau dans ce -livre.—Ce volume, qui porte une sphère sur le frontispice, a 164 -pages, et se termine par des <i>Centuries du style de Nostradamus, -faites par monseigneur le duc et envoyées à madame de la -Fayette, qui les a expliquées</i>.</p> - -<p class="echap"><span class="pagenum"><a id="Page_349"> 349</a></span> -CHAPITRE VII.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_190">190</a>, ligne dernière: Un père et une sœur.</p> - -<p>Je transcrirai le couplet qui se trouve dans les <i>Chansons curieuses</i>, -avec le préambule et les notes qui l'accompagnent.</p> - -<p><i>Chansons historiques</i> (1673), vol. IV, p. 61.</p> - -<p>Sur l'air: <i>Amants, ainsi vos chaînes</i>.</p> - -<p>«Chanson dans laquelle l'auteur fait parler Philippe de Coulanges, -maître des requêtes, sur toute la famille.</p> - -<p>«Cette chanson fut faite par de Guilleragues, secrétaire du cabinet -du roi, lequel était à l'abbaye de Livry avec le sieur de Coulanges. -Elle fut cause de la ruine de Coulanges, parce que Michel le Tellier, -chancelier de France, crut que cette chanson était de lui, et qu'il -s'opposa toujours à ce qu'il obtînt une intendance.» (Cela est peu -vraisemblable. Ce fut l'éloignement de Coulanges pour les affaires -qui l'empêcha de pouvoir obtenir aucun emploi.)</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>«J'aime mon beau-frère</p> -<p>Le comte de Sanzei<a id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor"> [771]</a>,</p> -<p>J'aime ma belle-mère<a id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor"> [772]</a>,</p> -<p>Mon beau-père du Gué<a id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor"> [773]</a>,</p> -<p>Mon cousin de la Trousse<a id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor"> [774]</a>,</p> -<p>Mon frère de la Mousse<a id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor"> [775]</a>,</p> -<p>Mon oncle le Tellier<a id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor"> [776]</a>;</p> -<p>Mais j'aime mieux Gautier<a id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor"> [777]</a>.»</p> -</div></div> - -<p class="pnote"><span class="pagenum"><a id="Page_350"> 350</a></span> -Page <a href="#Page_191">191</a>, ligne 2: Un Virgile, non pas travaillé, mais dans toute -la majesté du latin et de l'italien.</p> - -<p>L'abbé Faydit nous a conservé un fragment de lettres de Ménage -qui prouve bien que madame de Sévigné n'était pas indigne de la -majesté du latin, si ce passage (extrait des <i>Remarques sur Virgile -et sur Homère, et sur le style poétique de l'Écriture sainte</i>; -Paris, 1705, in-8<sup>o</sup>, p. 168, § III) est authentique.</p> - -<p>«M. Ménage écrivant à madame la marquise de Sévigné, en cour, -pendant un carnaval où l'on se divertit beaucoup et où il y eut de -grandes fêtes et quantité de bals et de mascarades, lui dit: «Ce sont -des jeux et des bourdonnements d'abeilles que tous ces grands mouvements -que vous vous donnez dans le carnaval. Un peu de poussière -jetée sur la tête des abeilles fait cesser tous leurs combats, et les -oblige de se retirer dans leurs trous. Je vous attends au mercredi -des Cendres. Celles que l'on vous mettra sur la tête et sur celle de -vos jeunes seigneurs feront cesser tous les divertissements de la cour, -et vous ramèneront ici, selon la prophétie de Virgile, liv. IV, v. 86:</p> - -<p class="quote"><i>Hi motus animorum atque hæc certamina tanta<br /> -Pulveris exigui jactu compressa quiescunt.</i>»</p> - -<p>Cette application des vers de Virgile au jour des Cendres se trouve -dans le <i>Ménagiana</i>, mais sans aucune mention de madame de Sévigné -ni de la lettre que lui a adressée Ménage; et cependant la Monnoye, -qui a fort allongé cet article du <i>Ménagiana</i>, cite l'ouvrage de -Faydit sans faire non plus mention du fragment de lettres. S'il ne -croyait pas à son authenticité, il fallait le dire; s'il y croyait, il devait -transcrire le fragment de Ménage. (<i>Ménagiana</i>, 3<sup>e</sup> édit., 1715, -t. II, p. 308.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_191">191</a>, ligne 13: Dans le beau château de Montjeu.</p> - -<p>La terre et la seigneurie de Montjeu est une ancienne baronnie, -que Charlotte Jeannin, fille du célèbre Pierre Jeannin, président à -mortier au parlement de Bourgogne, apporta en mariage, avec celle -de Dracy et de Chailly, à Pierre de Castille, contrôleur et intendant -des finances, ambassadeur en Suisse, décédé en 1629. Le fils de ce -dernier, Nicolas, joignit à son nom le nom plus illustre de sa mère, -<span class="pagenum"><a id="Page_351"> 351</a></span> -et se nomma Nicolas Jeannin de Castille, et le plus souvent Jeannin. -Il obtint, ainsi que je l'ai dit dans le texte, que sa baronnie serait -érigée en marquisat, ce qui se fit par lettres patentes en 1655, registrées -à la chambre des comptes de Dijon le 30 mars 1656. Il ne -prit pas le titre de marquis de Montjeu, qui lui appartenait; son fils -fut ainsi nommé, et le marquisat de Montjeu appartint au prince -d'Harcourt, qui avait épousé la fille unique du fils de Jeannin. Les -biens du prince d'Harcourt et de Guise sur Moselle ayant été mis en -direction, la présidente d'Aligre acheta, en 1748, le marquisat de -Montjeu. En 1734, lorsque Garreau publiait sa seconde édition de -la <i>Description de la Bourgogne</i>, Montjeu appartenait encore à madame -Jeannin de Castille, princesse de Guise. Il y a une vue de ce -château dans le <i>Voyage pittoresque de Bourgogne</i>, in-fol., 1835, -feuille 7, n<sup>o</sup> 25.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_193">193</a>, ligne 12: Auprès de la comtesse d'Olonne, et note <a href="#FNanchor_484">484</a>.</p> - -<p>Je cite deux éditions du célèbre libelle de Bussy, qui sont peu -connues, que je possède, et que je n'ai pas encore eu occasion de mentionner. -La première est un in-18 de 258 pages, qui offre au frontispice -une gravure finement exécutée, où il a trois hommes et trois -femmes sur le premier plan, et un homme et une femme sur le second -plan, dont on ne voit que les têtes: en haut, sont deux Amours lançant -des flèches. Au bas de cette gravure-frontispice sont écrits ces -mots: <span class="smallc">Histoire amoureuse des Gaules, P. M. De Bussy</span> S<sup>n</sup> (<i>Salon?</i>) -<i>de la Bastille</i>; mais l'intitulé de la page 1 porte: <span class="smallc">Histoire amoureuse -de France</span>. Les noms, loin d'être déguisés, sont en toutes lettres; -ainsi Jeannin, qui se nomme <i>Castillante</i> dans les éditions ordinaires, -est nommé ici Jeannin. Les <i>Maximes d'amour</i> et la lettre de Bussy -au duc de Saint-Aignan (p. 239 et 247) s'y trouvent; le fameux -<i>Cantique</i> est à la page 196; l'<i>Histoire de madame de Sévigny</i>, à -la page 200; celle de madame <i>de Monglas</i> et <i>de Bussy</i>, p. 218. -L'autre édition est intitulée <i>Recueil des histoires galantes</i>; à Cologne, -chez Jean le Blanc, sans date. Ce volume in-18, carré, a 545 -pages paginées, et de plus trois pages non paginées; j'en ai déjà parlé.</p> - -<p>Je dirai, à l'occasion de ces libelles, que, dans la 3<sup>e</sup> partie de ces -<i>Mémoires</i>, p. 9, ch. 1, on lit: «Deux femmes d'un haut rang étaient -diffamées.» Il fallait ajouter en note, comme citation, <span class="smallc">Villefort</span>, -<span class="pagenum"><a id="Page_352"> 352</a></span> -<i>Vie de madame de Longueville</i>; Amsterdam, 1729, in-12, t. II, -p. 161, ou Paris, 1738, p. 169.</p> - -<p>Le passage est important, et confirme par un témoignage si formel -ce que nous avons dit de Bussy et de son libelle que nous allons -le transcrire d'après l'édition de Hollande, où le nom du comte de -Bussy-Rabutin est en toutes lettres, tandis qu'il n'y a que les initiales -(C. de B. R.) dans l'édition de Paris.</p> - -<p>«Le comte de Bussy-Rabutin, dans son ouvrage satirique contre -tout ce qu'il y avait à la cour de personnes distinguées par leur mérite, -avait osé s'attaquer à M. le Prince, lequel, indigné de son insolence, -en témoigna publiquement sa surprise. Un gentilhomme, plein -de zèle pour son maître, proposa de le venger, et fit armer tous les -bas domestiques de l'hôtel de Condé, dans le dessein de se mettre à -leur tête pour aller assommer Bussy. Madame de Longueville, qu'il -n'avait pas plus épargnée dans son libelle, fortuitement avertie de cette -conspiration, vint en hâte trouver son frère, et se jeta à ses genoux, -et, les larmes aux yeux, le conjura de sauver la vie au coupable.»</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_195">195</a>, ligne 19: Son fils possédait la terre d'Alonne.</p> - -<p>Bussy nous apprend qu'il s'était marié avec Gabrielle de Toulongeon, -à la terre d'Alonne, près d'Autun, le 28 avril 1643. (<span class="smallc">Bussy</span>, -<i>Mémoires</i>, édit. 1721, p. 93.) Elle mourut le 26 décembre 1646: il -en eut trois filles: Diane, Charlotte et Louis-Françoise. Ainsi, dans -l'espace de trois ans et huit mois, il eut trois enfants de sa première -femme; aussi dit-il que l'aîné n'avait que deux ans lorsqu'il perdit sa -femme. (<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, t. I, p. 125, édit. d'Amsterdam, 1721.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_195">195</a>, ligne 22: Toulongeon.—Page 196, ligne 1: Chazeul.</p> - -<p>Chazeul ou Chazeu fut acquis en 1641, par le comte Roger de Rabutin, -de Catherine de Chissey (voyez <span class="smallc">Girault</span>, <i>Détails historiques</i>, -dans les <i>Lettres inédites de madame de Sévigné</i>, 1819, in-12, -p. <span class="smallc">LIV</span>). Garreau, dans sa 2<sup>e</sup> édition seulement, dit: «Chazeul, -dans la paroisse de Laizy, seigneurie du bailliage d'Autun.»</p> - -<p>Lors de la première édition de l'ouvrage de Garreau (Dijon, 1717, -in-12, p. 320), Toulongeon appartenait encore à un Toulongeon. -<span class="pagenum"><a id="Page_353"> 353</a></span> -Lors de la 2<sup>e</sup> édition de ce livre, in-8<sup>o</sup>, 1734, p. 641, cette terre -était la propriété de madame de Longhal, épouse du marquis de -Dampierre.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_197">197</a>, ligne 20: Elle n'arriva, le jour suivant, qu'à six heures -du soir.</p> - -<p>L'exactitude de ces détails résulte de la lettre même de madame -de Sévigné et du mode de voyager pratiqué encore en 1833, quoiqu'il -y eût déjà un bateau à vapeur. A neuf heures du soir, les patrons -de la diligence (coches d'eau) appelaient les voyageurs après -que les paquets, chevaux, voitures, bestiaux avaient été embarqués. -Le bateau était traîné par des chevaux, et ne faisait qu'une -lieue et demie à l'heure: cela était bien lent. A cette même époque -de 1833, nous fîmes ce trajet avec des chevaux de poste beaucoup -plus rapidement; mais madame de Sévigné voyageait avec ses chevaux, -et, en suivant la marche ordinaire de onze lieues par jour, -elle eût mis trois jours.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_198">198</a>, ligne 1: Je soupai chez eux.</p> - -<p>On voit, par la satire <span class="smallc">III</span> de Boileau, que l'on dînait alors entre -midi et une heure, immédiatement après la messe; le souper devait -être de six à sept heures du soir.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>J'y cours, midi sonnant, au sortir de la messe,</p> -<p><b>. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .</b></p> -<p>Le couvert était mis dans ce lieu de plaisance...</p> -<p><b>. . . . . . .</b> Cependant on apporte un potage.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p class="i6">(<i>Satire du sieur D**</i>, 1666, in-12, p. 20.)</p> -</div></div> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_198">198</a>, ligne 25: Il n'en est pas de même d'un monsieur M.</p> - -<p>Une autre maison qu'on admirait alors à Lyon, bâtie sur la place de -Bellecour par un architecte italien, était celle de M. Cazes.—Madame -Deshoulières a adressé plusieurs pièces de vers à ce M. Cazes, avec -lequel elle avait sans doute fait connaissance lorsqu'au printemps de -l'année 1672, et environ six mois avant le voyage de madame de Sévigné, -cette femme poëte fit un voyage à Lyon. C'est dans cette année -<span class="pagenum"><a id="Page_354"> 354</a></span> -que furent aussi imprimés ses premiers vers, dans le tome I du -<i>Mercure galant</i>. (Voyez l'<i>Éloge historique de madame Deshoulières</i>, -t. I, p. <span class="smallc">XIX</span> des <i>Œuvres</i>, édit. 1764, in-12.) Elle se rendit dans -le Forez, et ensuite en Dauphiné, et après chez la marquise de la -Charce, près de la ville de Nyons, où elle séjourna trois ans. La -première édition de ses poésies parut en 1668, en un vol. in-8<sup>o</sup>, chez -Sébastien Cramoisy. On y trouve, p. 33, des vers adressés à mademoiselle -de la Charce (Philis de la Tour du Pin de la Charce, qui combattit -vaillamment, le pistolet au poing, sous les ordres de Catinat), -pour la fontaine de Vaucluse. Mais les vers à M. Cazes et les réponses -de celui-ci ne parurent que dans la seconde édition des -<i>Poésies</i> de madame Deshoulières, en deux volumes, 1693, in-8<sup>o</sup>, -avec un beau portrait dessiné par mademoiselle Chéron et gravé par -Van Schuppen. Les vers de M. Cazes à madame Deshoulières et les -réponses de celle-ci sont dans le t. II, p. 257 à 266, de cette édition. -Dans une autre édition il y a une lettre de M. Cazes, datée de Bois-le-Vicomte -le 24 octobre 1689, dans laquelle on dit qu'on célèbre -en ce jour la fête de madame d'Hervart. Il en résulte que ce M. Cazes, -qui faisait facilement des vers, a aussi connu la Fontaine, et a dû se -trouver avec lui à Bois-le-Vicomte et avec le poëte Vergier. Les -stances que fit madame Deshoulières après la mort de M. Cazes et -qui commencent ainsi,</p> - -<p class="quote">J'ai perdu ce que j'aime, et je respire encor</p> - -<p>prouvent, ainsi que d'autres pièces imprimées dans la dernière édition, -que la liaison de madame Deshoulières avec M. Cazes fut très-intime -et de longue durée.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE VIII.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_205">205</a>, note <a href="#FNanchor_510">510</a>.</p> - -<p><i>La France galante, ou Histoire amoureuse de la cour; nouvelle -édition, augmentée de pièces curieuses</i>, chez Pierre Marteau, -1695. Ce n'est pas la première édition de ce recueil impur, qu'il -faut lire malgré soi.</p> - -<p class="pnote"><span class="pagenum"><a id="Page_355"> 355</a></span> -Page <a href="#Page_209">209</a>, ligne 20: Fi! je hais les médisances.</p> - -<p>Ce trait est joli après ce qu'elle vient de dire. Voilà un exemple de -ces mots vifs et piquants, fins et imprévus, que les contemporains -appelaient les épigrammes de madame de Coulanges et qui faisaient -dire à l'abbé Gobelin, après avoir entendu d'elle une confession générale: -«Chaque péché de cette dame est une épigramme.»</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_210">210</a>, note<a href="#FNanchor_523"> 523</a>: <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 octobre 1672).</p> - -<p>Grouvelle est le premier auteur des notes sur cette lettre (30 octobre -1672); du moins je n'ai point trouvé cette lettre dans les deux -éditions de 1726, ni dans celles de 1734 et de 1754, publiées par le -chevalier Perrin. C'est donc à tort que M. G. de S.-G. a supposé que -ces notes étaient de Perrin; mais je n'ai point consulté les éditions -intermédiaires entre les éditions de Perrin et leurs Suppléments et -l'édition de Grouvelle. Les suppositions de cet éditeur, qui dit que le -gros cousin de madame de Coulanges est Louvois, et Alcine la comtesse -de Soissons, mais qui se trouve démenti formellement par la -lettre où madame de Sévigné la traite de vieille Médée, ont passé -comme des faits non contestés dans toutes les éditions de madame -de Sévigné faites depuis Grouvelle, et ensuite dans le <i>Recueil de -Lettres de madame de Coulanges</i>, données par Auger (Lettres de -madame de Villars, Coulanges, etc.; Paris, 1805, in-12, 2<sup>e</sup> édition, -t. I, p. 69), et dans l'article du maréchal de Villeroi de la <i>Biographie -universelle</i> (t. XLI, p. 59, etc., etc.).</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_216">216</a>, ligne 2: Apparenté avec les le Tellier.</p> - -<p>Les deux fils du duc d'Aumont, l'un, qui devint duc d'Aumont, -l'aîné, était fils de la sœur de l'archevêque de Reims; l'autre fut duc -d'Humières: ils étaient seulement frères de père.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_219">219</a>, ligne 1: Dans les chansons du temps et dans les notes -historiques de ces chansons.</p> - -<p>Ce fut surtout lorsque, dans un âge avancé, la duchesse d'Aumont -eut réellement tourné à la grande dévotion qu'elle se trouva le plus -en butte aux traits satiriques des faiseurs de vaudevilles. Les persécutions -contre les protestants et l'extrême dévotion du roi avaient -<span class="pagenum"><a id="Page_356"> 356</a></span> -animé la jeune cour et l'opinion publique contre les prêtres et contre -les jésuites, et l'on cherchait à rendre suspects et à flétrir les directeurs -spirituels. Voici ce qu'on trouve dans le <i>Recueil des chansons -historiques</i>, sur la duchesse d'Aumont (1691):</p> - -<p class="hanging indent"><span class="smallc">Chanson historique</span> <i>sur Françoise-Angélique de la Mothe-Houdancourt, -seconde femme de Louis-Marie, duc d'Aumont, pair -de France, chevalier des ordres du roi, premier gentilhomme -de sa chambre, gouverneur de Bretagne et du pays de Bolonois</i>.</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p class="i1">Sur l'air: <i>Je ne saurois</i>.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Seras-tu toujours éprise</p> -<p>De toutes sortes de gens?</p> -<p>A ton âge est-on de mise?</p> -<p>D'Aumont quitte tes galants.—</p> -<p class="i2"> Je ne saurois.—</p> -<p>Quitte au moins les gens d'Église.—</p> -<p class="i2"> J'en mourrois.</p> -</div></div> - -<p>«La duchesse d'Aumont étoit dévote de profession; et comme elle -avoit toujours eu quelque directeur en affection, qu'étant fort vive -elle étoit souvent avec lui et en parloit sans cesse, on avoit toujours -médit d'elle et de ses directeurs. Les deux plus fameux qu'elle eût -eus jusqu'à cette présente année 1691 étoient le P. Gaillard, jésuite, -qu'elle quitta pour un prêtre de l'Oratoire, appelé le P. de la -Roche. Mais ce qui avoit encore, plus que tout cela, donné lieu à la -médisance, c'est que Charles-Maurice le Tellier, archevêque-duc de -Reims, pair de France, etc., prélat très-décrié du côté de la continence, -avoit été très-longtemps amoureux d'elle. Cette passion avoit d'autant -plus fait de bruit que la duchesse d'Aumont ayant aigri contre -elle, quelques années auparavant, le marquis de Villequier son beau-fils, -celui-ci parloit publiquement contre le commerce de sa belle-mère -avec l'archevêque de Reims. Le public renchérit encore là-dessus, -et n'épargna pas les directeurs; et peut-être avoit-il raison, -car il faut toujours se défier des femmes, et surtout des dévotes.»</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_219">219</a>, ligne 10: Pour la marquise de Créquy, sa nièce.</p> - -<p>Le Tellier l'archevêque défrayait sa maison, et lui laissa ses biens. -Saint-Simon donne ensuite pour amant à la marquise de Créquy -l'abbé d'Estrées; mais la conversion de la marquise de Créquy fut -<span class="pagenum"><a id="Page_357"> 357</a></span> -entière et de la bonne espèce, comme celle des la Vallière, des la Sablière, -des comtesse de Marans et de tant d'autres femmes de ce -siècle, si fécond en singuliers contrastes.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_220">220</a>, ligne 1: Sous le nom de <i>mademoiselle de Toucy</i>.</p> - -<p>La maréchale de la Mothe était la seconde fille de Louis de Brie, -marquis de Toucy; de là le nom que portait sa fille aînée. (Voyez -<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. VII, p. 4.) Le duc d'Aumont -était pair de France, et avait prêté serment pour la charge de -premier gentilhomme de la chambre (ils étaient quatre gentilshommes -de la chambre) le 11 mars 1669. Lorsque, huit mois après, en décembre -1669, il épousa mademoiselle de Toucy, âgée de dix-neuf -ans, lui, né le 9 décembre 1632, avait trente-sept ans. Il avait épousé, -le 21 novembre 1660, Madeleine-Fare le Tellier, morte le 22 juin -1668, dont il avait eu deux filles et deux fils.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_220">220</a>, lignes 1 et 3: Mademoiselle de Toucy,... ainsi que le -duc de Villeroi.</p> - -<p>Villeroi, comme compagnon d'enfance du roi et à cause de sa -jolie figure, jouait dans presque tous les ballets.</p> - -<p>En 1655, il représentait avec M. de Rassant, dans le <i>Ballet des -Plaisirs</i>, deux garçons baigneurs; et voici les vers que l'on chantait -à leur entrée sur la scène:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Nous ne connaissons point l'Amour ni ses trophées,</p> -<p>Et sommes seulement jolis aux yeux de tous;</p> -<p>Mais quand nous serons grands, toutes les mieux coiffées</p> -<p class="i2"> Pourraient bien se coiffer de nous.</p> -</div></div> - -<p>Louis XIV avait dix-sept ans quand il dansa dans ce <i>Ballet des -Plaisirs</i>. Dans la première partie, ce ballet représentait les divertissements -de la campagne, et dans la seconde les divertissements -de la ville; le roi figurait, dans la première entrée de la seconde -partie, un débauché, et voici les vers que, tandis qu'il dansait, -Vénus lui adressait:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Il n'est ni censeur ni régent</p> -<p>Qui ne soit assez indulgent</p> -<p>Aux vœux d'une jeunesse extrême,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_358"> 358</a></span></div> -<p>Et, pour embellir votre cour,</p> -<p>Qui ne trouve excusable même</p> -<p>Que vous ayez un peu d'amour.</p> -</div> -<div class="stanza"> -<p>Mais d'en user comme cela,</p> -<p>Et de courre par ci, par là,</p> -<p>Sans vous arrêter à quelqu'une;</p> -<p>Que tout vous soit bon, tout égal,</p> -<p>La blonde autant comme la brune,</p> -<p>Ah! sire, c'est un fort grand mal.</p> -</div></div> - -<p>Et cela s'imprimait pour la première fois en 1696, avec privilége du -roi (alors âgé de cinquante-huit ans), et se vendait au Palais, chez -Charles de Sercy, au 6<sup>e</sup> pilier de la grand'salle, vis-à-vis la montée -de la cour des aydes, à la Bonne Foi couronnée. (Voyez <span class="smallc">Benserade</span>, -<i>Œuvres</i>, 1697, t. II, p. 130 et 138.) Les <i>Contes de la Fontaine</i> -étaient alors proscrits par sentence de police.</p> - -<p>En 1656, dans le ballet de <i>Psyché</i>, Villeroi représentait <i>Cupidon</i>, -et madame de Bonneuil <i>Alcine</i>. (Benserade, p. 150 et 157.)</p> - -<p>En 1658, dans le ballet d'<i>Alcidiane</i>, Villeroi était en femme, et -jouait une <i>Bergère</i> et ensuite un <i>Amour</i>. (Id., p, 200 et 204.) Il -avait alors quinze ans.</p> - -<p>En 1659, dans le ballet de <i>la Raillerie</i>, il représentait une fille de -village (p. 212); en 1661, dans le ballet des <i>Saisons</i>, un masque -(p. 226); et cette année, dans le ballet de <i>l'Impatience</i>, il représentait -un grand amoureux. C'est à lui que Benserade prête les -plus jolis vers de cette scène (p. 235); et, dans le même ballet, Villeroi -figurait dans la danse un jeune débauché. Dans les vers qu'on lui -chantait, on suppose le cas où son père pourrait lui refuser de l'argent -pour la satisfaction de ses plaisirs, et l'on termine ainsi:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Et comme il ne s'agit, auprès de la plus chiche,</p> -<p>Que de gagner son cœur pour avoir son argent,</p> -<p class="i3"> Que vous allez devenir riche!</p> -</div></div> - -<p>En 1662, dans le ballet d'<i>Hercule amoureux</i>, le roi et la reine -dansaient; la comtesse de Soissons et mademoiselle de Toucy dansaient; -Villeroi n'y figure pas. Benserade, dans les vers qu'on chantait -pour la comtesse de Soissons, fait allusion à son amour avec le -roi, malgré la présence de la reine dans ce ballet.</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_359"> 359</a></span></p> -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Ces aimables vainqueurs, vos yeux, ces fiers Romains,</p> -<p>Semblent n'en vouloir pas aux vulgaires humains,</p> -<p>Mais des plus élevés permettre la souffrance:</p> -<p>Et ces grands cheveux noirs, alors qu'ils sont épars,</p> -<p>Ont un air de triomphe et toute l'apparence</p> -<p>De savoir comme il faut enchaîner les Césars.</p> -</div></div> - -<p>Et à mademoiselle de Toucy (depuis duchesse d'Aumont), qui représentait -une étoile, on chantait:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Dirait-on pas que c'est l'Amour</p> -<p>Qui ne fait encor que de naître?</p> -<p>Ou l'étoile du point du jour</p> -<p>Qui déjà commence à paraître?</p> -</div></div> - -<p>Elle n'avait alors que douze ans; elle naquit en 1650, et mourut en -1711. (Voyez <span class="smallc">Benserade</span>, t. II, p. 258 et 279.)</p> - -<p>Le marquis de Villeroi joua encore dans le ballet de <i>la Naissance -de Vénus</i>, en 1665, et représentait un dieu marin et aussi Achille -(p. 339 et 352). C'est dans ce ballet que mademoiselle de Sévigné -(madame de Grignan) joua le rôle d'<i>Omphale</i>. (Voyez 2<sup>e</sup> partie -de ces <i>Mémoires</i>, p. 333.)</p> - -<p>Dans la <i>Mascarade royale</i> de 1668, le marquis de Villeroi, à -côté du roi, comme lui figura le <i>Plaisir</i>.</p> - -<p>Dans le dernier ballet composé par Benserade en 1681, joué en -imitation de ceux de Louis XIV pour divertir le Dauphin, et qui -fut non dansé par le roi, mais devant le roi, c'était une autre génération -de beautés; ce n'est plus, dans ce <i>Triomphe de l'Amour</i>, -alors le marquis de Villeroi qui représentait l'Amour, mais c'était -son fils, le marquis d'Arlincourt. Je remarque que la sœur de la -duchesse d'Aumont, la duchesse de la Ferté, plus jeune qu'elle, -figure encore dans ce ballet. Le monarque était vieux; la muse du -poëte a changé de ton et est beaucoup plus réservée. (<span class="smallc">Benserade</span>, -t. II, p. 412 et 425.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_210">210</a>, ligne 30, note <a href="#FNanchor_524">524</a>: <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, 1754, -in-12.</p> - -<p>Ce recueil, qui est en cinq volumes, contient, sous le nom de -Bussy, une grande partie des libelles qui ont paru à différents -temps. L'éditeur n'indique pas la date de la publication de ces divers -<span class="pagenum"><a id="Page_360"> 360</a></span> -opuscules, si importants à connaître pour la critique historique; -et il n'a pas connu les premières éditions ni celles qui sont les -meilleures.</p> - -<p>J'ai parlé des diverses éditions de l'<i>Histoire amoureuse des Gaules</i> -ou de l'<i>Histoire amoureuse de France</i> de Bussy, par où commence -le recueil de 1754. J'ai fait connaître aussi le recueil des <i>Histoires -galantes</i>, à Cologne, chez Jean le Blanc, qui contient les -ignobles scènes intitulées <i>Comédie galante de Bussy</i>. Dans les recueils -suivants, rien n'est attribué à Bussy.</p> - -<p>I. La <i>France galante</i>, ou <i>histoires amoureuses de la cour</i>, -in-12 de 492 pages, contenant: 1<sup>o</sup> la France galante, ou histoires -amoureuses de la cour; 2<sup>o</sup> les Vieilles amoureuses; 3<sup>o</sup> la France -devenue italienne; 4<sup>o</sup> le Divorce royal, ou la Guerre civile dans la -famille du grand Alexandre; 5<sup>o</sup> les Amours de monseigneur le Dauphin -et de la comtesse du Roure.</p> - -<p>II. <i>Amours des dames illustres de notre siècle</i>, 1680, in-12; à -Cologne, chez Jean le Blanc, 384 pages de pagination suivie; puis, -le Passe-temps royal, ou les Amours de mademoiselle de Fontanges, -71 pages; le frontispice gravé, qui est un Amour ailé, est daté -de 1681. La première partie, de 384 pages, renferme: 1<sup>o</sup> Aosie, ou -les Amours de <i>M. T. P.</i> (Montespan); 2<sup>o</sup> le Palais-Royal, ou les -Amours de madame de la Vallière; 3<sup>o</sup> Histoire de l'amour feinte du -roi pour Madame; 4<sup>o</sup> la Princesse, ou les Amours de Madame; 5<sup>o</sup> le -Perroquet ou les Amours de Mademoiselle; 6<sup>o</sup> Junonie, ou les Amours -de madame de Bagneux; 7<sup>o</sup> les Fausses Prudes, ou les Amours de -madame de Brancas; 8<sup>o</sup> la Déroute, ou l'Adieu des filles de joie (il -y a une édition séparée de cet opuscule; Elzév., 1667). On attribue -ces libelles à Sandraz de Courtils.</p> - -<p>Dans le même genre sont: le <i>Tombeau des amours de Louis le -Grand et ses dernières galanteries</i>; à Cologne, chez Pierre Marteau, -1695, in-18, avec un titre gravé.—La <i>Vie de la duchesse de -la Vallière</i>, par ***; à Cologne, chez Jean de la Vérité, 1695, in-12, -321 pages.—La <i>Chasse au loup de monseigneur le Dauphin</i>; -à Cologne, chez Pierre Marteau, 1695, in-12, avec un frontispice -gravé; 312 pages in-12.</p> - -<p>J'ai un recueil en deux volumes in-12, avec des gravures assez -bien exécutées, intitulé <i>la France galante, ou Histoire amoureuse -de la cour sous le règne de Louis XIV</i>; à Cologne, chez Pierre -Marteau (sans date); mais un joli frontispice, gravé par P. Yvert, -<span class="pagenum"><a id="Page_361"> 361</a></span> -donne la date de 1736. Ce recueil est en partie la traduction de ceux -dont on vient de donner les titres.</p> - -<p>Le tome 1<sup>er</sup>, qui a 366 pages, renferme: 1<sup>o</sup> la France galante, ou -Histoire amoureuse de la cour; 2<sup>o</sup> Suite de la France galante, ou les -Derniers déréglements de la cour; 3<sup>o</sup> les Vieilles amoureuses.</p> - -<p>Le tome II a 472 pages, et renferme: 1<sup>o</sup> le Perroquet, ou les -Amours de Mademoiselle; 2<sup>o</sup> <i>Junonie</i>, ou les Amours de madame -de Bagneux; 3<sup>o</sup> les Fausses Prudes, ou les Amours de madame de -Brancas et autres dames de la cour; 4<sup>o</sup> la Déroute et l'Adieu des -filles de joie; 5<sup>o</sup> le Passe-temps royal, ou les Amours de madame de -Fontanges; 6<sup>o</sup> les Amours de madame de Maintenon, sur de nouveaux -mémoires très-curieux; 7<sup>o</sup> les Amours de monseigneur le -Dauphin avec la comtesse du Roure.</p> - -<p>On est surpris de ne pas trouver dans aucun de ces recueils le -curieux libelle de Sandraz de Courtils, intitulé <i>les Conquestes amoureuses -du grand Alcandre dans les Pays-Bas, avec les intrigues -de la cour</i>; Cologne, chez Pierre Bernard, 1685, in-12 de 144 pages.</p> - -<p class="echap">CHAPITRE IX.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_254">254</a>, note <a href="#FNanchor_591">591</a>: <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (Lambesc, le mardi 20 décembre -à dix heures du matin).</p> - -<p>La date de cette lettre est certaine, car elle s'accorde avec l'extrait -manuscrit des délibérations de l'assemblée des communautés, qui -commencèrent le 17; mais on s'aperçoit en lisant les quatre lettres -qui précèdent celle-ci qu'elles ont besoin d'être replacées dans leur -ordre, et qu'il est nécessaire de rétablir leur date. Aix étant sur le -chemin de Lambesc à Marseille, il était naturel de supposer que la -date du 11 décembre devait être convertie en celle du 21; mais deux -considérations démontrent que cette lettre est bien datée du 11 décembre, -qui, en l'année 1672, tombe un dimanche. C'est dans ce -jour que madame de Sévigné, lorsqu'elle était à Livry, avait coutume -d'aller à Pomponne rendre visite à Arnauld d'Andilly, ce qui -explique les premiers mots de la lettre. En outre, ces mots, «Vous -seriez bien étonné si j'allais devenir bonne à Aix; je m'y sens quelquefois -portée par esprit de contradiction,» indiquent un séjour de -près d'une semaine, ou plus, à Aix avant la tenue de l'assemblée, -en compagnie avec M. de Grignan. D'ailleurs, si cette lettre avait -<span class="pagenum"><a id="Page_362"> 362</a></span> -été écrite en passant à Aix pour aller à Marseille, elle devrait être -datée du mardi 20, puisqu'il résulte de ce qui est dit dans la lettre -datée de Marseille le mercredi que madame de Sévigné et M. de Grignan -reçurent à Marseille des visites aussitôt leur arrivée, le mardi -soir (t. III, p. 124 et 125, 5<sup>e</sup> édit. G.). Une autre preuve du séjour, -pendant une semaine ou deux, de madame de Sévigné à Aix avant -la tenue des assemblées, résulte de ces mots contenus dans une lettre -que lui adresse madame de la Fayette, en lui demandant de faire -remettre une lettre à la duchesse de Northumberland, lettre datée du -30 décembre: «Je vous supplie donc, comme vous n'êtes plus à -Aix...» (t. III, p. 137, édit. G.). Donc madame de Sévigné était restée -quelque temps à Aix, et ce séjour ne peut trouver sa place qu'avant -l'ouverture de l'assemblée. Madame de la Fayette savait qu'au 30 -décembre madame de Sévigné était retournée à Grignan. D'après -ces observations, les lettres se classent de la manière suivante:</p> - -<p>1<sup>o</sup> Lettre du dimanche 11 décembre, à Arnauld d'Andilly (d'Aix), -t. III, p. 129, édit. G.;</p> - -<p>2<sup>o</sup> Lettre du mardi 20 décembre (de Lambesc), t. III, p. 121, édit. G.;</p> - -<p>3<sup>o</sup> — du mercredi 21 décembre (de Marseille), t. III, p. 124, id.;</p> - -<p>4<sup>o</sup> — du jeudi 22 déc., à midi (de Marseille), t. III, p. 126, id.;</p> - -<p>5<sup>o</sup> — du jeudi 22 déc., à minuit (de Marseille), t. III, p. 128, id.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_259">259</a>, ligne 23: J'ai bien envie de la faire voir à madame du -Plessis.</p> - -<p>Madame de Sévigné a connu plusieurs dames du Plessis. D'abord -madame du Plessis-Bellière, la courageuse amie de Fouquet, la belle-mère -du maréchal de Créqui, Susanne de Buc; mais ce n'est point -de celle-là qu'il est ici question. Ce ne peut être non plus la comtesse -du Plessis, dont madame de la Fayette parle dans cette même -lettre, puisqu'elle les distingue non-seulement dans cette lettre, mais -dans celle du 19 mai 1673; celle-ci était Marie-Louise le Loup de -Bellenave, veuve d'Alexandre de Choiseul, comte du Plessis, tué -au siége d'Arnheim en juin 1672, à l'âge de trente-huit ans. (<span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> [20 juin 1672], t. III, p. 71; <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires complets -et authentiques</i>, t. III, p. 332.) Ce Choiseul, comte du Plessis, -était fils de César, duc de Choiseul, maréchal de France; il était -cousin de la femme de Bussy, et il y a plusieurs lettres de lui et de -sa femme dans le <i>Recueil des lettres de</i> <span class="smallc">Bussy</span> (t. V, p. 157, 162, -<span class="pagenum"><a id="Page_363"> 363</a></span> -131 et 230; t. III, p. 196); il mourut trois ans avant son père, et -laissa un fils unique, qui devint duc et pair et fut tué devant Luxembourg -sans avoir contracté d'alliance. La veuve du comte du Plessis -devint amoureuse de Clérembault, l'écuyer de Madame, et l'épousa; -elle n'avait cependant que trente ans, et lui en avait cinquante. (<i>Suite -des Mémoires de</i> <span class="smallc">Bussy</span>, p. 25, mss. de l'Institut.) Madame du Plessis -que nous cherchons n'est pas madame du Plessis-Guénégaud -retirée du monde et faisant son séjour à Moulins. La madame du -Plessis de cette lettre du 30 décembre 1672 et du 19 mai 1673 est -donc madame du Plessis-d'Argentré, la mère de cette demoiselle du -Plessis qui aimait tant madame de Sévigné, dont elle était la bête -noire par ses ridicules et ses importunités. Madame de Sévigné écrivit -à cette madame du Plessis lorsqu'elle était en Provence; et madame -de la Fayette lui mande, le 19 mai 1673: «Madame du Plessis -est si charmée de votre lettre qu'elle me l'a envoyée; elle est enfin -partie pour la Bretagne.» Madame de la Fayette, malgré sa paresse, -correspondait avec madame du Plessis, comme on le voit par ce -passage d'une de ses lettres à madame de Sévigné: «J'ai mandé à -madame du Plessis que vous m'aviez écrit des merveilles de son fils.» -Ainsi, madame du Plessis avait un fils en Provence, ce qui explique -ses relations avec l'évêque de Marseille, et pourquoi madame de la -Fayette voulait lui montrer la lettre de madame de Sévigné. Je crois -que madame du Plessis était pour madame de la Fayette une connaissance -de sa jeunesse, lorsque, étant demoiselle de la Vergne, -elle passait une partie de la belle saison à Champiré, dans la terre -de son beau-père Renaud de Sévigné. Madame du Plessis-d'Argentré -mourut en avril ou mai 1680. (Voyez <span class="smallc">Sévigné</span>, lettre du 6 mai 1680, -t. VI, p. 474, édit. G.; t. VI, p. 255, édit. M.)</p> - -<p class="echap">CHAPITRE X.</p> - -<p class="pnote">Page<a href="#Page_268"> 268</a>, ligne 9: Louis la dota de la terre d'Aubigny-sur-Nière.</p> - -<p>Cette terre était en Berry, actuellement dans le département du -Cher; le village est chef-lieu de canton dans l'arrondissement de -Sancerre, et la forêt, qui en formait probablement la principale partie, -a trois lieues de long sur une lieue de large. C'est un apanage du -duc de Richmond, et la mort du duc de Richmond, sans enfant -mâle, avait fait retourner cette terre à la couronne de France. Le -<span class="pagenum"><a id="Page_364"> 364</a></span> -fils aîné de la duchesse de Portsmouth devint ainsi la tige des nouveaux -ducs de Richmond.</p> - -<p>Je crois devoir donner ici une lettre de Louis XIV, assez importante, -que M. de Cherrier, le savant historien de la maison de -Souabe, a lui-même transcrite sur l'autographe qui est en la possession -de la famille de Trogoff.</p> - -<p class="hanging indent"><i>Lettre de Louis XIV à M. de Kérouet</i> (sic), <i>pour essayer de lui -faire retirer sa malédiction donnée à sa fille mademoiselle -de Kérouet, nommée duchesse de Portsmouth et reconnue -maîtresse du roi Charles II</i>.—(M. de Kérouet était frère du -grand-père de madame de Trogoff.)</p> - -<p>«Mon féal et cher sujet, les services importants que la duchesse -de Portsmouth a rendus à la France m'ont décidé à la créer pairesse, -sous le titre de duchesse d'Aubigny, pour elle et toute sa -descendance.</p> - -<p>«J'espère que vous ne serez pas plus sévère que votre roi, et -que vous retirerez la malédiction que vous avez cru devoir faire -peser sur votre malheureuse fille. Je vous en prie en ami, mon -féal sujet, et vous le demande en roi.</p> - -<p class="signature">«<span class="smallc">Louis.</span>»</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_268">268</a>, ligne 17: Selon les exigences de sa dévotion.</p> - -<p>Le 29 décembre 1672 (c'était un jeudi), Louis XIV, dans sa lettre -datée de Compiègne, écrit à Louvois: «Je ne partirai que dimanche -(c'était le 1<sup>er</sup> janvier 1673), la reine m'ayant prié d'attendre ce jour-là -pour qu'elle fît ses dévotions avant de partir. Je serai mardi à -Saint-Germain.» Puis, à la fin de la lettre, il dit: «Depuis ma -lettre écrite, j'ai résolu de partir samedi pour arriver lundi à Saint-Germain, -la reine ayant changé de sentiment depuis ce que je vous -ai marqué ci-dessus.»</p> - -<p>Le 23 avril (c'était un dimanche), Louis XIV alla, ainsi que la -reine, rendre visite à l'abbesse de Montmartre, et retourna en chassant -jusqu'à Saint-Germain par la plaine Saint-Denis. (<i>Gazette</i>, -1673; Paris, in-4<sup>o</sup>, 1674, p. 388.)</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_272">272</a>, ligne 3: Madame de la Fayette ridiculisait M. de Mecklenbourg.</p> - -<p>Je présume que ce M. de Mecklenbourg, dont il est fait mention -<span class="pagenum"><a id="Page_365"> 365</a></span> -dans cette lettre de madame de la Fayette, est le même personnage -qu'on trouve mentionné dans la <i>Gazette</i> du 13 juillet, p. 691, dans -ce curieux article:</p> - -<p class="dater">«Paris, 13 juillet 1673.</p> - -<p>«La duchesse de Mecklenbourg est arrivée à Paris, et est logée -à l'hôtel Longueville. Le duc l'a vue pour la première fois chez la -duchesse de Longueville, en son logement des Carmélites au faubourg -Saint-Jacques, où ils eurent, en présence de cette princesse, -une conversation de laquelle ils furent tous deux fort satisfaits.»</p> - -<p>Dans les deux éditions de la Vie de madame de Longueville et -ailleurs, j'ai en vain cherché sur ce fait des éclaircissements qui, -sans aucun doute, donneraient lieu à d'intéressants détails sur les -mœurs de cette époque.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_272">272</a>, ligne 17: Grand joueur, dissipateur, galant et spirituel, -de Tott....</p> - -<p>L'abbé de Choisy (<i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 268) l'accuse d'avoir -dépensé et mangé pour son compte personnel les premiers payements -des six cent mille écus du subside annuel que la France s'était -engagée à payer à la Suède. M. Mignet, dans son Analyse des -documents des <i>Négociations relatives à la succession d'Espagne</i>, -t. IV, p. 140, dit que Louis XIV fit payer au comte de Tott cent -mille écus sur le subside dû à la Suède.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_279">279</a>, ligne 21: Le père du marquis d'Ambres, colonel au -régiment de Champagne.</p> - -<p>Les colonels qui précédèrent le marquis d'Ambres dans le commandement -du régiment de Champagne furent deux Grignan, Gaucher -de Grignan en 1656 et le comte de Grignan en 1654.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_280">280</a>, ligne 6: il refusa net le titre de <i>monseigneur</i> au maréchal -d'Albret.</p> - -<p>Saint-Simon n'a pas connu les lettres de madame de Sévigné, et -était fort mal instruit des détails de cette affaire lorsqu'il dit que -d'Ambres s'est retiré du service pour avoir refusé le <i>monseigneur</i> -au ministre Louvois.</p> - -<p class="pnote"><span class="pagenum"><a id="Page_366"> 366</a></span> -Page <a href="#Page_287">287</a>, ligne 7: Aussi transi que la Fare.</p> - -<p>Madame de la Fayette fait ici allusion aux soins passionnés que la -Fare rendait alors à la marquise de Rochefort, qui fut peu après -madame la maréchale de Rochefort. La Fare lui-même avoue qu'il -y avait plus de coquetterie de sa part et de la sienne que de véritable -attachement; et il ajoute que cela lui attira l'inimitié de Louvois, -qui, lorsque cette dame devint veuve, fut son consolateur. -Une faute de copiste, qui est dans la notice sur la Fare par M. Monmerqué, -attribue à tort cette lettre du 19 mai 1673 à madame de -Sévigné, tandis que c'est une lettre qui lui est adressée par madame -de la Fayette. L'amour de la Fare pour madame de la Sablière fut -tout autre que pour la marquise de Rochefort. La Fare ne fait pas -difficulté d'avouer qu'il fut éperdument amoureux de madame de la -Sablière. (<span class="smallc">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 184.)</p> - -<p>Page <a href="#Page_291">291</a>, ligne 12: «Pulchérie n'a point réussi.»</p> - -<p>L'auteur de l'<i>Histoire de la Vie et des Ouvrages de Corneille</i>, -Paris, 1829, in-8<sup>o</sup>, p. 239, attribue ces mots, «Pulchérie n'a point -réussi,» à madame de Sévigné, ne faisant point attention que la -lettre qui les contient lui est adressée, mais n'est pas d'elle.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_291">291</a>, ligne 20: La main qui crayonna, etc.</p> - -<p>Ces vers sont de Corneille, dans son <i>Remercîment à Fouquet</i>.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_292">292</a>, ligne 11: Tandis que Racine avait affadi.</p> - -<p>A une telle assertion il faut des preuves. Je me bornerai à une -simple citation, et le lecteur en jugera.</p> - -<p>Dans Corneille, Pulchérie, impératrice d'Orient, ouvre la scène -avec Léon son amant par une déclaration d'amour:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Je vous aime, Léon, et n'en fais point mystère;</p> -<p>Des feux tels que les miens n'ont rien qu'il faille taire.</p> -<p>Je vous aime, et non point de cette folle ardeur</p> -<p>Que les yeux éblouis font maîtresse du cœur;</p> -<p>Non d'un amour conçu par les sens en tumulte,</p> -<p>A qui l'âme applaudit sans qu'elle se consulte,</p> -<p>Et qui, ne concevant que d'aveugles désirs,</p> -<div><span class="pagenum"><a id="Page_367"> 367</a></span></div> -<p>Languit dans les faveurs, et meurt dans les plaisirs:</p> -<p>Ma passion pour vous, généreuse et solide,</p> -<p>A la vertu pour âme et la raison pour guide,</p> -<p>La gloire pour objet, et veut sous votre loi</p> -<p>Mettre, en ce jour illustre, et l'univers et moi.</p> -</div></div> - -<p>Passons à Racine. Mithridate, le fier et féroce Mithridate, obligé -de fuir, a fait courir le bruit de sa mort; il arrive, et ouvre la scène -avec Monime par une déclaration d'amour:</p> - -<div class="poetry"><div class="stanza"> -<p>Je ne m'attendais pas que de notre hyménée</p> -<p>Je pusse voir si tard arriver la journée,</p> -<p>Ni qu'en vous retrouvant mon funeste retour</p> -<p>Fît voir mon infortune, et non pas mon amour.</p> -<p>C'est pourtant cet amour qui, de tant de retraites,</p> -<p>Ne me laisse choisir que les lieux où vous êtes;</p> -<p>Et les plus grands malheurs pourront me sembler doux</p> -<p>Si ma présence ici n'en est point un pour vous.</p> -</div></div> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_293">293</a>, ligne 16: Avait succombé à l'entraînement de cette vie -animée, mais trop laborieuse, âgé seulement de cinquante-un ans.</p> - -<p class="titel1"><span class="small">QUE SAIT-ON SUR LA VIE DE MOLIÈRE?</span></p> - -<p>Reprenons cette question, si souvent agitée dans ces derniers temps.</p> - -<p>Du vivant même de Molière, lorsque sa réputation fit explosion -dans le monde par les représentations des <i>Précieuses</i>, on chercha à -connaître les aventures de sa jeunesse déjà écoulée, car il avait alors -trente-sept ans. Avant, «ce garçon nommé Molière,» ainsi que -nous le dit Tallemant, n'était connu que comme le chef d'une troupe -de comédiens de campagne, pour laquelle il composait des pièces, -«où, dit encore Tallemant, il y a de l'esprit, et qui sont comiques<a id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor"> [778]</a>.» -Cette troupe avait joué un instant à Paris, et s'était fait -remarquer par le talent supérieur d'une actrice nommée Madeleine -Béjart, sublime dans le rôle «d'<i>Épicharis</i>, à qui Néron venait de -donner la question.»</p> - -<p>A Paris et dans la société, on sut bien ce qu'était la famille de -Molière et la vie qu'il avait menée avant que sa troupe vînt s'établir -à Paris. Mais le premier qui ait entretenu le public de la vie de -<span class="pagenum"><a id="Page_368"> 368</a></span> -cet auteur d'une farce célèbre, de ce comédien devenu tout à coup -illustre, fut un de ses critiques, un de ses détracteurs. Dès l'année -1663, il donna une vie abrégée de Molière<a id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor"> [779]</a>, qui n'était pas encore -le Molière du <i>Misanthrope</i> et du <i>Tartuffe</i>, de <i>l'École des Femmes</i> -et de <i>l'École des Maris</i>. Il est curieux de voir de quelle manière -un critique malveillant parlait alors d'un auteur que Boileau, par -un louable sentiment d'indignation de ce qui s'était passé à sa mort, -prétend, dans de beaux vers, n'avoir pas été apprécié de son -vivant.</p> - -<p>«Comme il (Molière) peut passer pour le Térence de notre siècle, -qu'il est grand auteur et grand comédien quand il joue ses pièces -et que ceux qui ont excellé dans ces deux choses ont eu place -en l'histoire, je puis bien vous faire ici un abrégé de sa vie, et vous -entretenir de celui dont l'on s'entretient presque dans toute l'Europe, -et qui fait si souvent retourner à l'école tout ce qu'il y a de gens -d'esprit à Paris.» Tout ce que dit Visé sur la vie de Molière, sauf -ce qui concerne la critique des <i>Précieuses</i>, est parfaitement vrai et -convenable. Visé ne parlait pas de sa famille; mais il eut soin -d'apprendre «que, si ce fameux auteur s'était jeté dans la comédie, -c'était par une inclination toute particulière pour le théâtre; car il -avait assez de bien pour se passer de cette occupation et pour vivre -honorablement dans le monde.»</p> - -<p>Comme le père de Molière vivait alors, et avait un grand nombre -d'enfants de sa première femme, ceci prouve que son fils aîné -avait eu sa part de l'héritage de sa mère, morte en 1632, et que cette -part était considérable.</p> - -<p>Ces détails sur la vie de Molière ne suffisant pas à la curiosité -publique, on interrogea ses camarades, et alors ils firent à leur manière -le roman de sa jeunesse. Les <i>ana</i> faux, absurdes et ridicules -se multiplièrent, et accrurent le magasin des anecdotes dramatiques. -C'est avec ces <i>ana</i> qu'en 1670 un pauvre versificateur composa sa -pièce d'<i>Élomire hypocondre</i>, ou <i>les Médecins vengés</i>, qui est une -satire contre Molière, mais qui paraît avoir été supprimée par sentence -de police<a id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor"> [780]</a>. C'est avec ces <i>ana</i>, qui allaient altérant la vérité -à mesure qu'ils passaient par un plus grand nombre de bouches, que -Grimarest composa un volume sur la vie de Molière, trente ans après -<span class="pagenum"><a id="Page_369"> 369</a></span> -sa mort. Boileau dit, en parlant de cette vie, que l'auteur avait -ignoré sur Molière ce que tout le monde savait, et qu'il se trompait -dans tout. C'était, de la part de Boileau, une vérité poétique, c'est-à-dire -fort exagérée et en partie fausse.</p> - -<p>La préface de l'édition des <i>Œuvres de Molière</i> de 1682, écrite -par deux acteurs ses camarades, contenait une vie abrégée, mais -très-exacte et complète pour les faits principaux: il eût fallu la placer -comme notice dans toutes les éditions qu'on a données de notre -grand comique. Ce n'est pas ainsi qu'on a cru devoir procéder, et les -éditeurs ont mis en tête de leurs éditions de longues vies de Molière, -et ont ajouté de nouveaux <i>ana</i> à ceux qu'on avait entassés -précédemment. Un auteur récent a recueilli avec un laborieux soin -tout ce qu'il a pu trouver sur Molière, et en a recomposé une vie -qui a eu trois éditions et qui méritait son succès par l'abondance -des recherches. En profitant de ce travail, exécuté avec conscience, -on a pensé qu'il restait encore à la critique un rôle à remplir: c'était -d'écarter des témoignages qu'on avait recueillis sur Molière -tout ce qui n'a aucune valeur historique, et, en s'en tenant à ceux -qui en ont, de donner une idée précise et exacte de ce qu'on sait -de sa vie, jusqu'à l'époque où elle se confond avec l'histoire de ses -pièces et du théâtre français. L'explication d'un fait important dans -la vie de Molière, qu'on n'a pas remarqué et d'où dépend l'intelligence -complète de cette vie, manque, suivant nous, dans tout ce -qu'on a écrit sur ce sujet, et nous allons tâcher d'y suppléer.</p> - -<p>D'abord, que l'on se rappelle bien toutes les découvertes faites de -notre temps, par des recherches obstinées dans les actes de l'état -civil sur la famille des Poquelin, sur le mariage et la naissance de -Molière; que l'on ait présent à la pensée les mœurs et les habitudes -de ces temps; que l'on combine ces données avec les seules assertions -des contemporains qui méritent confiance, c'est-à-dire celles -de Donau de Visé dans les <i>Nouvelles nouvelles</i>; de Lagrange et de -Vinot, dans la préface des <i>Œuvres</i> de Molière, et de Tallemant, le -premier en date, dans ses <i>Historiettes</i>, on trouvera que les faits -suivants ressortent seuls avec certitude de toutes ces autorités.</p> - -<p>Molière était le fils aîné d'un bourgeois de Paris qui exerçait une -profession lucrative et dont les chefs, depuis Louis XIII, avaient la -charge de tapissiers valets de chambre du roi. Cette continuité de la -même profession et de la même charge, donnée toujours en survivance -à l'aîné comme une chose héréditaire, nous montre que cette -<span class="pagenum"><a id="Page_370"> 370</a></span> -famille avait conservé l'austérité de mœurs de l'ancienne bourgeoisie -parisienne et l'ordre et l'économie qui la distinguaient; enfin, que -cette famille était dans l'aisance, et jouissait de l'estime publique.</p> - -<p>Il ne s'ensuit pas, comme on l'a très-bien observé, de ce que le -père de Molière avait, avec la charge de tapissier valet de chambre -du roi, la survivance pour son fils aîné, qu'il eût résolu invariablement -de transmettre cette charge exclusivement à ce fils: il devait -désirer que cette charge fût d'avance, après lui, maintenue dans sa -famille, soit pour pouvoir la vendre, soit pour en disposer en faveur -d'un de ses autres enfants, si celui auquel elle était conférée y -renonçait.</p> - -<p>Il est certain que le père de Molière ne destinait pas son fils aîné -à l'exercice de la profession de tapissier, puisqu'il le mit au fameux -collége de Clermont, tenu à Paris par les jésuites, et qui portait de -nos jours le nom de <i>Collége de Louis le Grand</i>. On sait que l'on y -élevait tous les enfants de la plus haute noblesse et des plus riches -familles bourgeoises.</p> - -<p>Molière y fit des études complètes; «il s'y distingua, dit son camarade -la Grange, et il eut l'avantage de suivre feu M. le prince de -Conti <i>dans toutes ses classes</i>. La vivacité d'esprit qui le distinguait -de tous les autres lui fit acquérir l'estime et les bonnes grâces de ce -prince<a id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor"> [781]</a>.» Ce frère du grand Condé, protecteur de Molière et de sa -troupe avant Louis XIV, était spirituel et malin. Très-pieux dans sa -vieillesse, il faisait des livres pieux; mais dans sa jeunesse il faisait -tout autre chose, et avait des inclinations toutes différentes. -Comme il était contrefait, on l'avait destiné à l'Église: les jésuites -du collége de Clermont durent donc diriger ses études vers la théologie. -Poquelin fut son condisciple dans cette étude, puisqu'on -nous assure «qu'il eut l'avantage de suivre M. le prince de Conti -<i>dans toutes ses classes</i>;» et cela ne peut s'appliquer qu'aux hautes -classes, puisque, le prince étant né en 1629, Molière avait sept ans -plus que lui. On dut faire franchir rapidement à Conti les classes -élémentaires (si toutefois il les fit au collége). Ce prince soutint ses -thèses de philosophie au collége des jésuites le 18 juillet 1644; puis -il sortit de ce collége pour aller à Bourges faire un cours de théologie, -et revint à Paris soutenir ses thèses de théologie le 10 juillet 1646.</p> - -<p>Qu'était devenu son condisciple, le jeune Poquelin, dans cet intervalle? -Le souvenir des études théologiques qu'il avait faites avec -<span class="pagenum"><a id="Page_371"> 371</a></span> -le prince de Conti s'était conservé. La Grange dit dans sa <i>Préface</i>: -«Le succès de ses études fut tel qu'on pouvait l'attendre d'un génie -aussi heureux que le sien: s'il fut fort bon humaniste, il devint encore -plus <i>grand philosophe</i>,» c'est-à-dire qu'il brilla comme écolier -en philosophie. Or, la philosophie, dans un collége de jésuites, devait -se distinguer peu de la théologie; et le père de Molière, après les -succès obtenus par son fils au collége, dut nécessairement penser à -lui faire embrasser la carrière qui ouvrait le plus de chances à ses -talents et à son ambition; et comme les le Camus, marchands drapiers, -qui avaient leurs boutiques à l'enseigne du <i>Pélican</i> et dont -la postérité occupa les plus belles places dans la magistrature et dans -l'Église, Jean Poquelin, riche bourgeois de Paris et tapissier valet -de chambre du roi, estimé pour ses mœurs et sa probité, avait -fondé de grandes espérances sur Jean-Baptiste Poquelin, son fils aîné. -Les services que, comme condisciple plus âgé et plus instruit, il avait -pu rendre au prince de Conti dans sa classe de philosophie le confirmaient -dans l'idée de lui faire embrasser la carrière ecclésiastique. -Jean Poquelin, s'étant vu frustré dans ses projets relativement à ce -fils aîné, les réalisa plus tard par un autre de ses fils, Robert Poquelin, -qui mourut docteur en théologie de la maison et société de -Navarre et doyen de la faculté de Paris.</p> - -<p>Quant à Jean-Baptiste Poquelin, il fut impossible de songer à lui -faire prendre ce parti, parce que, né avec des passions ardentes pour -les femmes et pour le théâtre, il devint amoureux de Madeleine Béjart, -alors que, bien jeune encore, il siégeait souvent sur les bancs de la -Sorbonne pour assister, dans les jours solennels, aux thèses qu'on y -soutenait. Cette circonstance de sa vie fut celle que lui, sa famille -et ses maîtres étaient les plus intéressés à cacher. Mais Tallemant -et d'autres la connurent; on le voit clairement par ce passage de Grimarest, -qui dit, en finissant sa <i>Vie de Molière</i><a id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor"> [782]</a>: «On s'étonnera -peut-être que je n'aie point fait M. de Molière avocat. Mais ce fait -m'avait été absolument contesté par des personnes que je devais supposer -en savoir mieux la vérité que le public, et je devais me rendre -à leurs bonnes raisons. Cependant sa famille m'a si positivement -assuré du contraire que je me crois obligé de dire que Molière fit -son droit.» Jusque-là tout est bien; mais vient ensuite une historiette -absurde, et qu'il est d'autant plus étonnant que Grimarest ait adoptée -<span class="pagenum"><a id="Page_372"> 372</a></span> -qu'elle est en quelque sorte la contrefaçon de celle qui a été -rapportée par Perrault<a id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor"> [783]</a>. J'ai donc dû m'arrêter à ces mots, «Molière -fit son droit,» parce qu'en effet le même fait se trouve attesté par -la Grange et Vinot, dans leur <i>Préface</i><a id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor"> [784]</a>: «Au sortir des écoles de -droit, il choisit la profession de comédien par l'invincible penchant -qu'il se sentait pour la profession de comédien: toute son étude -et son application ne furent que pour le théâtre.» Ainsi la Grange -et Vinot ne disent pas que Molière se fit avocat, mais qu'il fit son -droit. Ce témoignage n'est nullement opposé à celui de Tallemant; -il le corrobore au contraire. Pour être d'Église, s'avancer et faire fortune -dans l'état ecclésiastique, l'étude du droit canonique était nécessaire. -L'abbé d'Aubignac, qui composa des pièces de théâtre, -était docteur en droit canonique.</p> - -<p>Le droit canonique était même alors le seul qu'on enseignât à Paris. -L'étude du droit civil, rétablie par Philippe le Bel à Orléans, ne le -fut à Paris qu'en 1679<a id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor"> [785]</a>. Voilà pourquoi ceux qui surent que Molière -avait étudié en droit et qui écrivaient postérieurement à cette époque, -sachant qu'il n'avait pu alors étudier le droit civil à Paris, qu'on -n'y enseignait pas de son temps, l'ont fait étudier à Orléans; et c'est -sur cette supposition qu'a été bâtie la pièce d'<i>Élomire</i>, vingt-cinq ans -après que le jeune Jean-Baptiste Poquelin abandonna l'école de droit -et celle de la Sorbonne. Il fréquenta l'une et l'autre; Tallemant et -la Grange sont unanimes sur ce point, mais ils ne disent rien de -plus: par conséquent, ils s'accordent à prouver qu'il ne fut ni séminariste -ni avocat; et ce dernier rectifie tous les biographes de Molière, -dont aucun n'a apprécié avec assez de justesse les matériaux -dont ils faisaient usage.</p> - -<p>Continuons de recueillir le témoignage de Tallemant, qui est le -plus ancien, et qui n'avait rien à déguiser: «Donc Jean-Baptiste Poquelin -quitta les bancs de la Sorbonne pour la suivre (Madeleine -Béjart): il en fut longtemps amoureux....»</p> - -<p>C'est dans les premiers temps de cette liaison qu'il faut placer ce que -dit Perrault, qui, chef de service dans la maison du roi, devait être -<span class="pagenum"><a id="Page_373"> 373</a></span> -bien instruit de ce qui concernait l'estimable Jean Poquelin, tapissier -du roi et de sa famille. «Jean-Baptiste Poquelin, dit Perrault, prit -la résolution de former une troupe de comédiens pour aller dans les -provinces jouer la comédie. Son père, bon bourgeois de Paris et tapissier -du roi, fâché du parti que son fils avait pris, le fit solliciter, -par tout ce qu'il avait d'amis, de quitter cette pensée, promettant, -s'il voulait revenir chez lui, de lui <i>acheter une charge telle qu'il -la souhaiterait</i>, pourvu qu'elle n'excédât pas ses forces. Ni les prières -ni les remontrances de ses amis, soutenues de ces promesses, ne -purent rien sur son esprit<a id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor"> [786]</a>.» Cela était trop simple et trop vrai; et -il faut que Perrault y ajoute sur le grand comique une de ces mille -historiettes qui couraient les rues.—Laissons-la, et continuons -Tallemant: «...Il en fut longtemps amoureux, donnait des avis à la -troupe, et enfin s'en mit, et l'épousa.» Il n'y a pas là l'erreur ni -la confusion qu'on a cru y voir. Tallemant écrivait ces lignes lorsque -aucune pièce de Molière n'était encore connue à Paris; Molière était -alors dans le midi de la France; l'on savait que c'était la Béjart qui -l'avait enlevé à sa famille, et qu'ils faisaient ménage ensemble. Entre -comédiens, cela suffisait pour les considérer comme mari et femme. -Et ce <i>mariage</i> dura longtemps, puisqu'on a la preuve que, plus de -quatorze ans après l'origine de leur liaison, c'était Madeleine Béjart -qui tenait la caisse et touchait l'argent qui revenait à Molière<a id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor"> [787]</a>. -Lorsqu'il épousa Armande Béjart, elle était si jeune qu'on crut -qu'elle était la fille de sa sœur Madeleine Béjart, qui l'avait élevée; -et comme l'<i>union</i> de Madeleine avec Molière était déjà ancienne, -on l'accusa d'avoir épousé sa propre fille. On a récemment trouvé -un document<a id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor"> [788]</a> qui prouve que Madeleine Béjart était réellement -considérée comme le personnage principal de la troupe de comédiens -où se mit Molière, et que Tallemant avait raison lorsqu'il en parlait -ainsi. Dans un recueil de vers imprimé en 1646, on apprend que -lorsque le duc de Guise partit pour Naples, il fit présent de ses habits -aux comédiens de toutes les troupes de Paris, dont les noms se trouvent -<span class="pagenum"><a id="Page_374"> 374</a></span> -dans ce livre avec ceux des principaux acteurs qui les dirigeaient, -à savoir: la troupe du Marais, Floridor; celle du Petit-Bourbon, -le Capitan; celle de l'hôtel de Bourgogne, Beauchâteau; et enfin -une quatrième troupe qui n'est pas autrement désignée que par les -noms de la Béjart, de Beys et de Molière.</p> - -<p>De ces trois personnes qui sont ici nommées comme chefs d'une -quatrième troupe, deux étaient connues comme auteurs: c'étaient -Madeleine Béjart et Charles Beys; ils faisaient des pièces de théâtre; -Molière se contentait d'en jouer<a id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor"> [789]</a>.</p> - -<p>Ceci, et ce que dit Tallemant, que la Béjart avait joué à Paris -avec une troupe qui n'y fut que quelque temps, se trouve confirmé -par ce paragraphe important de la <i>Préface</i> de la Grange et Vinot:</p> - -<p>«Il tâcha, dans les premières années, de s'établir à Paris avec -plusieurs enfants de famille qui, par son exemple, s'engagèrent -comme lui dans la partie de la comédie, sous le titre de <i>l'Illustre -théâtre</i>; mais ce dessein ayant manqué de succès (ce qui arrive à -beaucoup de nouveautés), il fut obligé de courir les provinces du -royaume, où il commença de s'acquérir une fort grande réputation<a id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor"> [790]</a>.»</p> - -<p>La première mention de <i>l'Illustre théâtre</i> serait bien plus ancienne, -s'il est vrai qu'une pièce de Magnon, imprimée en 1645, -porte, sur le titre, qu'elle y a été représentée<a id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor"> [791]</a>.</p> - -<p>Voilà tout ce qu'on sait de certain pour les premières années de -<span class="pagenum"><a id="Page_375"> 375</a></span> -la vie de Molière. Résumons. En 1632 il avait perdu sa mère; et -lorsque la Béjart l'emmena en province, majeur, maître de ses -actions et de sa part de bien maternel, il n'est plus Poquelin, il est -Molière; il n'appartient plus à sa famille, et sa famille ne lui appartient -plus; il appartient tout entier à sa troupe: sa troupe, c'est sa -famille; sa troupe, c'est l'instrument de sa gloire; en elle est la source -de ses jouissances, les objets de ses plus chères affections: c'est par -elle enfin qu'il satisfait sa triple passion de comédien, de poëte et -d'amant; car il fut tout cela toute sa vie. Si vous voulez la connaître, -cette vie; si vous voulez savoir quels sont les labeurs, les -succès, les jouissances, les tristesses qu'elle a accumulés dans le -court espace de quinze ans, lisez cette <i>Préface</i>, dont je ne vous -ai rapporté que ce qui concerne Poquelin, et non Molière; relisez ses -œuvres; relisez les <i>Œuvres de madame de Sévigné</i> et les <i>Œuvres -de Boileau</i>, annotées par Brossette de Saint-Marc; surtout n'oubliez -pas que Molière n'est plus Poquelin, et que tout ce qui se trouve -rapporté dans les biographies sur ses relations avec son père et avec -sa famille est faux et controuvé. Son père et sa famille, dès qu'il eut -pris le nom de Molière, dès qu'il fut comédien, n'eurent plus rien -de commun avec lui; et cela dura jusqu'à sa mort, et après sa mort.</p> - -<p>Mais le mot de Belloc, et le voyage de Narbonne, et cette assistance -que Molière prêtait à son père dans ses fonctions de valet de -chambre du roi; mais cette cession que Poquelin le père fit à son fils -de sa charge de valet de chambre, qu'il ne pouvait plus exercer à cause -de son grand âge, et tant d'autres faits si singuliers, si amusants, qui -nous montrent Molière s'élevant des occupations manuelles de simple -ouvrier jusque sur les hauteurs où son génie l'a placé; qu'en faites-vous?—Tout -cela est faux, controuvé; ce sont des contes populaires -inventés pour l'amusement des oisifs et dont tous ceux qui -étaient bien instruits de la vie de Molière, la Grange et Vinot, de Visé, -Tallemant, n'ont pas dit un mot. Ce qu'ils ont dit prouve que tout -cela ne pouvait être vrai. Tout cela a été dit seulement par les collecteurs -d'<i>ana</i>, par les Grimarest, les de Bret et autres, et répété -ensuite par tous les biographes, qui n'ont voulu rien laisser échapper -de ce qui avait été imprimé avant eux.</p> - -<p>En voulez-vous la preuve? c'est que ce père de notre grand comique, -ce Jean Poquelin, mort le 27 février 1669, se trouve porté sur -tous les <i>états de la France</i> comme exerçant la charge de tapissier -valet de chambre du roi, depuis celui qui a été rédigé par de la Marinière, -<span class="pagenum"><a id="Page_376"> 376</a></span> -d'après les <i>Mémoires de M. de Saintot, maître des cérémonies</i>, -le 16 août 1657 (p. 84, lig. 11), jusqu'à celui de M. N. de -Besongne, <i>dressé suivant les états portés à la cour des aides</i>, qui -parut au commencement de l'année 1669, c'est-à-dire un mois avant -la mort de Jean Poquelin, père de Molière (p. 86). Jean Poquelin est -inscrit dans le livre de Besongne non-seulement comme possesseur -du titre et de la charge, mais comme étant encore en exercice pour -le quartier de janvier en avril 1669, concurremment avec Nauroy, -son collègue: ils servaient à deux par quartier.</p> - -<p>Jean Poquelin, comme «sa défunte honorable femme, Marie Cressé -(mère de Molière),» fut enterré avec pompe, ainsi que le constate -son acte de décès inscrit dans les registres de la paroisse Saint-Eustache<a id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor"> [792]</a>:</p> - -<p>«Convoi de 42, service complet.—Assistance de M. le curé, quatre -prêtres-porteurs, pour défunt Jean Poquelin, tapissier du roy, -bourgeois de Paris, demeurant sous les piliers des Halles, devant -la fontaine.»</p> - -<p>Ceux qui voudraient faire une objection contre la preuve ici donnée -de l'époque où Molière a pu commencer à exercer la charge de valet -de chambre du roi et du peu de temps qu'il a exercé cette charge -diront qu'il est prouvé que le titre lui en a été donné dans l'acte de -baptême de Madeleine Grésinde, dont il fut le parrain le 29 novembre -1661<a id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor"> [793]</a>. Mais ces critiques oublient avec quelle facilité on prenait -alors d'avance les titres dont on devait hériter. Depuis les ordonnances -de Charles IX et de ses successeurs<a id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor"> [794]</a>, ceux qui se trouvaient attachés -à la maison du roi étaient, comme les nobles, exempts de certaines -charges, et avaient de certains priviléges dont ne jouissait pas la -bourgeoisie. Il en était de même de ceux qui possédaient le premier -degré de noblesse et avaient le titre d'écuyer. Ce titre est donné à -Molière par sa femme, dans un acte de baptême où elle figure comme -marraine (23 juin 1663); et cependant Molière n'avait assurément -aucun droit de le prendre. Pour s'être laissé ainsi titrer indûment -<span class="pagenum"><a id="Page_377"> 377</a></span> -dans des actes authentiques, la Fontaine fut condamné à 4,000 francs -d'amende. Comme lui, Boileau prit aussi ce titre, et fut également -poursuivi par le fisc; mais il gagna son procès, et prouva qu'il possédait -ce premier degré de noblesse. L'acte du 29 novembre 1661 ne -prouve donc rien contre ce que nous avons avancé.</p> - -<p>Jean Poquelin avait eu dix enfants de deux mariages différents: -de ces neuf frères et sœurs de Molière, plusieurs, au moment de -son décès, étaient mariés, et ils eurent tous un grand nombre d'enfants: -son second frère en eut seize; Robert Poquelin, son proche -parent, en eut vingt; et, de cette nombreuse famille, pas un seul ne -parut lorsqu'il fallut réclamer pour Molière une sépulture décente et les -prières de l'Église, ni pour protéger son domicile contre les égarements -fanatiques d'une populace hostile<a id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor"> [795]</a>. C'est que tous voulaient être -bien avec leurs curés, et enterrés honorablement. Aucun Poquelin -ne signa ni n'appuya la requête que la veuve de Molière adressa au -roi; et dans cette requête on ne parle ni de son père ni de sa parenté -avec les Poquelin. Personne, dans les Poquelin ni dans leurs descendants, -ne voulut alors, ni après, être beau-frère, belle-sœur, nièce ou -neveu, parent ou allié des Béjart, ni même de M. de Molière. On n'a -pas trouvé un seul acte, une seule lettre, un seul écrit qui établissent -quelque rapport entre Jean Poquelin et Jean-Baptiste Poquelin -dès que celui-ci eut pris le nom de Molière; et aucun de ceux qui -ont parlé de lui, et dont le témoignage doit compter, ne constate qu'il -y eut de leur temps aucune liaison entre le père et le fils, ou entre -ce fils et ses frères, ses sœurs et ses parents. Pas un seul Poquelin -ne contribua à grossir le cortége nombreux qui, à la lueur des flambeaux, -conduisit à leur dernier asile les restes de l'immortel auteur -du <i>Misanthrope</i>. Molière ne paraît avoir eu d'autre part à l'héritage -paternel que la survivance de la charge de tapissier valet de -chambre du roi, que son père ne pouvait lui ôter et que notre poëte, -aux termes où il en était avec Louis XIV, se serait bien gardé de -dédaigner. Il exerça donc cette charge; la Grange et Vinot n'ont -pas manqué de constater ce fait, page 2 de la <i>Préface</i>.</p> - -<p>«Son nom fut Jean-Baptiste Poquelin; il était Parisien, fils d'un -valet de chambre tapissier du roi, et avait été reçu dès son bas -âge en survivance de cette charge, qu'il a depuis exercée dans son -quartier jusqu'à sa mort.»</p> - -<p><span class="pagenum"><a id="Page_378"> 378</a></span> -Il ne l'exerça pas longtemps. Entré en fonctions après la mort de -son père, en février 1669, avec Nauroy, son collègue pour le premier -quartier, il dut n'exercer que pendant un mois. Dans les trois années -qui suivirent, il exerça chaque année pendant six semaines seulement, -car ils étaient huit tapissiers valets de chambre, servant à -deux par quartier. Ainsi, Molière n'a pu exercer que par intervalle -(en tout dix mois) sa charge de valet de chambre du roi, en supposant -qu'il n'en fût jamais dispensé. Ce service, dans ce qui avait -rapport à aider à faire le lit du roi, était pour la forme<a id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor"> [796]</a>: c'était -plutôt un privilége qu'un emploi, car il y avait, outre les huit tapissiers -valets de chambre, huit valets de chambre et barbiers, qui étaient -appointés au double des tapissiers<a id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor"> [797]</a>. Mais Louis XIV avait accordé -à Molière une pension de mille francs en 1663, c'est-à-dire six ans -avant que son père, en mourant, lui eût transmis la survivance de -la charge de valet de chambre, ce qui a fait croire à tort que ce fut -en 1663 que Molière eut cette charge.</p> - -<p>Aucun Poquelin ne prétendit à la survivance de Molière comme -tapissier valet de chambre du roi; Jean Poquelin, et après lui Jean-Baptiste -Poquelin, son fils, furent successivement inscrits en tête de la -liste des tapissiers valets de chambre dans leur quartier; mais, après -eux, c'est le sieur Nauroy qu'on trouve inscrit le premier<a id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor"> [798]</a>.</p> - -<p>J'ajouterai à cette longue note sur Molière une dernière observation -qui concerne ses éditeurs. J'ai dit ailleurs que lorsqu'un auteur -avait lui-même donné une édition de ses <i>Œuvres</i>, il était du -devoir des éditeurs de conserver l'ordre que l'auteur a établi, parce -que cet ordre fait partie de ses pensées, et repose toujours sur une -idée principale. La Grange et Vinot ont manqué à cette règle dans -leur édition de 1682, et ils ont été à tort imités par tous les éditeurs -subséquents. Molière a donné, en 1666, une édition de ses <i>Œuvres</i>; -il en avait commencé une autre lorsqu'il mourut en 1673, puisque -le privilége est daté du 16 mars 1671, et la continuation du 20 avril -1673<a id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor"> [799]</a>. Dans ces deux éditions (1666 et 1673), Molière s'est écarté, -pour une seule pièce, de l'ordre qu'il a suivi pour toutes les autres, -<span class="pagenum"><a id="Page_379"> 379</a></span> -qui est de les ranger selon les dates de leur représentation. D'après -cet ordre, la comédie des <i>Précieuses</i> doit être placée après <i>l'Étourdi</i> -et <i>le Dépit amoureux</i>, comme elle se trouve en effet dans l'édition -de 1682. Mais Molière, dans les deux éditions qu'il a données, a placé -cette pièce la première; et cette dérogation à l'ordre chronologique -qu'il avait adopté est assez significative pour qu'elle fût respectée -par ses éditeurs. Il est évident qu'il a voulu montrer que de cette -pièce des <i>Précieuses</i> dataient pour lui les faveurs du public et cette -espèce d'alliance qui s'était contractée entre lui et tous ceux qui fréquentaient -son spectacle. Ce n'est pas tout: en 1663 il avait été gratifié -d'une pension du roi, et il saisit l'occasion de la représentation -des <i>Plaisirs de l'Ile enchantée</i>, le 16 mai 1664, pour lui adresser -un remercîment en vers. Cette pièce, qui n'a rien de fade comme -toutes celles de cette nature, mais qui est, au contraire, à elle seule -une excellente scène de comédie, est, dans l'édition de 1682, placée -à sa date et avant la pièce des <i>Plaisirs de l'Ile enchantée</i> (t. II, -p. 289 à 292 de l'édit.), tandis que, dans les deux éditions données -par Molière (1666 et 1673), elle commence le premier volume, et se -trouve avant la Préface. Évidemment Molière avait eu l'intention de -convertir ce remercîment en une réjouissante et joviale dédicace de -toutes ses <i>Œuvres</i>, une dédicace à Louis XIV. En replaçant cette -pièce à sa date, les éditeurs lui ont ôté la plus grande partie de sa -valeur, et ont ainsi frustré les intentions de l'auteur.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_295">295</a>, ligne 7: Les attaques contre Molière et la comédie, que -Nicole, Bourdaloue et Bossuet, etc.</p> - -<p>Les reproches de Bossuet contre la comédie et Molière sont sévères, -mais d'une vérité incontestable:</p> - -<p>«... On répond que, pour prévenir le péché, le théâtre purifie -l'amour... Ce n'est, après tout, qu'une innocente inclination pour la -beauté, qui se termine au nœud conjugal. Du moins donc, selon ces -principes, il faudra bannir du milieu des chrétiens les prostitutions -dont les comédies italiennes ont été remplies, même de nos jours, et -que l'on voit encore toutes crues dans les pièces de Molière; on réprouvera -les discours où ce rigoureux censeur des grands canons, -ce grave réformateur des mines et des expressions de nos précieuses -étale cependant au plus grand jour les avantages d'une infâme tolérance -dans les maris, et sollicite les femmes à de honteuses vengeances -<span class="pagenum"><a id="Page_380"> 380</a></span> -contre leurs jaloux. Il a fait voir à notre siècle le fruit qu'on -peut espérer de la morale du théâtre, qui n'attaque que le ridicule -du monde, en lui laissant cependant toute sa corruption.»</p> - -<p class="echap">CHAPITRE IX.</p> - -<p>Page <a href="#Page_300">300</a>, ligne 19: Le temps de ses métamorphoses en jeune et jolie -fille était passé.</p> - -<p>Dans l'<i>Histoire de la comtesse des Barres</i>, Choisy nous apprend -que ce fut madame de la Fayette qui lui donna l'idée de se déguiser -en femme (p. 12-14).</p> - -<p>«Je n'étais donc contraint par personne, et je m'abandonnai à mon -penchant. Il arriva même que madame de la Fayette, que je voyais -fort souvent, me voyant toujours fort ajusté avec des pendants -d'oreille et des mouches, me dit, en bonne amie, que ce n'était point -la mode pour les hommes, et que je ferais bien mieux de m'habiller -tout à fait en femme. Sur une si grande autorité, je me fis couper les -cheveux, pour être mieux coiffé. J'en avais prodigieusement; il en -fallait beaucoup en ce temps-là, quand on ne voulait rien emprunter. -On portait sur le front de petites boucles, de grosses aux deux côtés -du visage, et tout autour de la tête un gros bourrelet de cheveux -cordonné avec des rubans ou des perles, qui en avait. J'avais assez -d'habits de femme: je pris le plus beau, et j'allai rendre visite à -madame de la Fayette avec mes pendants d'oreille, ma croix de -diamants et mes bagues, et dix ou douze mouches. Elle s'écria en -me voyant: «Ah! la belle femme! Vous avez donc suivi mon avis? -et vous avez bien fait. Demandez plutôt à M. de la Rochefoucauld.» -Il était alors dans sa chambre. Ils me tournèrent et retournèrent, -et furent contents. Les femmes aiment qu'on suive leur avis; et -madame de la Fayette se crut engagée à faire approuver dans le -monde ce qu'elle m'avait conseillé peut-être un peu légèrement. Cela -me donna courage, et je continuai, pendant deux mois, à m'habiller -tous les jours en femme. J'allai partout faire des visites, à l'église, -au sermon, à l'Opéra, à la Comédie, et il me semblait qu'on s'y était -accoutumé. Je me faisais nommer, par mes laquais, <i>madame de -Sanzy</i>. Je me fis peindre par Ferdinand, fameux peintre italien, qui -fit de moi un portrait qu'on allait voir. Enfin, je contentai pleinement -<span class="pagenum"><a id="Page_381"> 381</a></span> -mon goût. J'allais à la cour d'un grand prince.... Il eût bien -souhaité s'habiller aussi en femme.» Ce grand prince était le duc -d'Orléans, le frère de Louis XIV, alors fort jeune.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_312">312</a>, ligne dernière: l'avis de l'abbé de Coulanges, et la -note <a href="#FNanchor_737">737</a>.</p> - -<p>Outre la date, qui est différente dans le manuscrit de l'Institut -et dans les imprimés, et la généalogie des Rabutin, qui ne se trouve -pas dans ces imprimés, je remarque aussi une différence dans la rédaction -entre ce manuscrit et les imprimés, pour les premières phrases -de cette lettre. Ce texte, dans le manuscrit, est plus semblable à -l'édition de 1735, et doit, je crois, être préféré à celui des éditions -modernes, comme étant conforme à ce qu'avait écrit Bussy.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_325">325</a>, ligne 15: Ma grand'mère.</p> - -<p>Comme Jean de la Croix, Françoise Fremyot de Chantal fut seulement -béatifiée du vivant de madame de Sévigné, et ne fut canonisée -que longtemps après la mort de sa petite-fille.</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_328">328</a>, ligne 23: Sa jeunesse, les plus belles années de sa vie.</p> - -<p>J'ai essayé, dans les chapitres <span class="smallc">III</span> à <span class="smallc">XVI</span> de la première partie de cet -ouvrage, de retracer ces temps de la brillante jeunesse de madame de -Sévigné. Malgré la disette de renseignements historiques pour ce qui -la concerne, on a pu voir, par les extraits de la <i>Gazette de Loret</i>, du -<i>Dictionnaire des Précieuses</i>, des <i>Miscellanea</i> de Ménage (1652, -p. 105), que sa réputation de femme d'esprit, belle, aimable, gracieuse -était grande et bien établie, non-seulement dans la société, -mais dans le public, puisqu'elle était l'objet des éloges donnés par les -écrivains de ce temps dans des ouvrages imprimés et alors fort répandus. -Il en est un de ce genre que je n'ai pas cité, parce qu'alors -je ne le connaissais pas. C'est celui d'un sieur <span class="smallc">de Saint-Gabriel</span>, -conseiller du roi et ci-devant avocat à la cour des aides de Normandie, -qui, dans un livre bizarre destiné, comme le <i>Dictionnaire des -Précieuses</i>, à célébrer toutes les beautés de l'époque (<span class="smallc">le Mérite des -Dames</span>; Paris, 1660, in-12), surpasse tous les autres auteurs par -<span class="pagenum"><a id="Page_382"> 382</a></span> -l'excès de son admiration pour madame de Sévigné. Voici la transcription -du court article qu'il lui a consacré:</p> - -<p class="pnote">Page <a href="#Page_310">310</a> de la 3<sup>e</sup> édition, article 85: «<span class="smallc">Madame de Sévigny la -sublime, une ange en terre, la gloire du monde.</span>»</p> - -<p>D'après une note manuscrite mise à un exemplaire de ce livre de -Saint-Gabriel, la seconde édition porterait la date de 1657. Je n'ai -aucun renseignement sur la date de la première; lors de la seconde, -madame de Sévigné avait vingt-huit à vingt-neuf ans.</p> - -<p class="end">FIN.</p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_383"> 383</a></span></p> -<h2 class="normal">TABLE DES MATIÈRES SOMMAIRE<br /> -<span class="medium">DES CHAPITRES DE CE VOLUME.</span></h2> -</div> - - -<table id="ToC" summary="contents"> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE PREMIER.—1671.</th> -</tr> -<tr> -<td> </td> -<td class="tdr">Pages</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Voyage de madame de Sévigné à sa terre des Rochers.—Son -séjour.—Ses occupations dans ce lieu.—Visites qu'elle y -reçoit.—Détails sur Pomenars, Tonquedec, Montigny, etc.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_1">1</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE II.—1671.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Détails sur madame de Grignan et la famille de Grignan pendant -le séjour de madame de Sévigné aux Rochers.—La -Bohémienne.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_43">43</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE III.—1671-1672.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Madame de Sévigné retourne à Paris.—Louis XIV se prépare -à la guerre.—Publications littéraires.—<i>Les Femmes savantes</i> -de Molière.—Détails sur madame Scarron et madame -de Montespan.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_66">66</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE IV.—1671-1672.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Inclinations du marquis de Sévigné.—Ses intrigues amoureuses -avec la Champmeslé, avec Ninon.—La guerre contre la -Hollande est déclarée.—Sévigné part pour l'armée.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_97">97</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE V.—1672.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Des commencements et de la fin de la guerre de Louis XIV contre -la Hollande.—Préparatifs de Louvois.—Passage du -<span class="pagenum"><a id="Page_384"> 384</a></span> -Rhin.—Mort du comte de Saint-Paul.—De la société que -fréquentait alors madame de Sévigné.—Détails sur la Vallière -et Montespan.—Nécessité de faire connaître les dangers -qui assiégeaient alors les femmes jeunes et belles de la cour.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_120">120</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VI.—1672.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Histoire de la marquise de Courcelles (1651-1685).</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_146">146</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VII.—1672.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Madame de Sévigné part pour aller en Provence.—Détails -sur son voyage.—Sur Jeannin de Castille,—sur Bussy,—sur -la famille de Dugué-Bagnols.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_188">188</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE VIII.—1672.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Séjour de madame de Sévigné à Lyon.—Lettres que lui adresse -madame de Coulanges.—Détails qu'elle donne sur les intrigues -amoureuses de Villeroi.—Quelle était la personne -qu'elle désigne sous le nom d'<i>Alcine</i>.—Détails sur Vardes, -Barillon, etc.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_202">202</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE IX.—1673.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Madame de Sévigné en Provence.—Histoire des états de Provence.—Assemblée -des communautés.—Rivalité de M. de -Grignan et de l'archevêque de Marseille.—Madame de Sévigné -va à Lambesc et à Marseille.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_226">226</a></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE X.—1673.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Continuation du séjour de madame de Sévigné en Provence.—Nouvelles -qu'elle reçoit de Paris et de l'armée.—Prise de -Charleroi.—L'abbé de Choisy en Bourgogne.—Prise de -Maëstricht.—Détails sur les cours de Louis XIV et de Charles -II.—Sur le marquis d'Ambres et le titre de <i>monseigneur</i>.—Sur -madame de la Fayette et la Rochefoucauld.—Sur -Corneille et Racine.—Mort de Molière.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_264">264</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_385"> 385</a></span></td> -</tr> -<tr> -<th colspan="2" class="tdc">CHAPITRE XI.—1673.</th> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Séjour de madame de Sévigné au château de Grignan.—Liaison -de l'abbé de Choisy et de Bussy avec madame Bossuet.—Détails -sur le comte de Limoges.—Des études sur la philosophie -de Descartes et sur le traité de Louis de la Forge.—De -l'influence de ces études sur Corbinelli, sur madame de -Sévigné, sur madame de Grignan.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_296">296</a></td> -</tr> -</table> - -<p class="end">FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES.</p> - -<p><span class="pagenumh"><a id="Page_386"> 386</a></span></p> - -<div class="chapter"> -<p><span class="pagenum"><a id="Page_387"> 387</a></span></p> -<h2 class="normal"><span class="xlarge">TABLE SOMMAIRE</span><br /> -<span class="xs">DES</span><br /> -<span class="large">MATIÈRES PRINCIPALES DES NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS</span><br /> -<span class="large">CONTENUS DANS CE VOLUME</span>.</h2> -</div> - -<table id="enotes" summary="contents"> -<tr> -<td> </td> -<td class="tdr">Pages</td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur les voyages de madame de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_331">331</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur la Tour de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_333">333</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur le changement de domicile de madame de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_334">334</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur Cotin.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_335">335</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur la représentation des <i>Femmes savantes</i>.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_337">337</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Extrait des Mémoires de Fr. de Maucroix.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_338">338</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur madame de Brancas et sur Ninon.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_339">339</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur le printemps d'hôtellerie.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_340">340</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur Barillon et la duchesse de Verneuil.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_341">341</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur le château nommé <i>le Genitoy</i>.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_343">343</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur le recueil qui contient le sonnet sur la marquise de Courcelles.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_345">345</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Portrait du comte d'Hona.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_346">346</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Chanson de Guilleragues sur la famille de Coulanges et sur la -Trousse.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_349">349</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur les éditions du libelle de Bussy.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_351">351</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur la maison de M. Cazes à Lyon et sur madame Deshoulières.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_354">354</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur les divers ballets dans lesquels Louis XIV a figuré.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_357">357</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur les éditions des libelles de Bussy et d'autres libelles du -même genre.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_360">360</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur la dame du nom de du Plessis, connue de madame de Sévigné.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_362">362</a> -<span class="pagenum"><a id="Page_388"> 388</a></span></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Lettre de Louis XIV sur la duchesse de Portsmouth.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_364">364</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Comparaison de Corneille et de Racine.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_366">366</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Dissertation sur cette question: <i>Que sait-on sur la vie de -Molière?</i></td> -<td class="tdr"><a href="#Page_367">367</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Sur Choisy, comtesse des Barres.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_380">380</a></td> -</tr> -<tr> -<td class="tdl">Louange de madame de Sévigné par Saint-Gabriel.</td> -<td class="tdr"><a href="#Page_382">382</a></td> -</tr> -</table> - - -<p class="end">FIN DE LA TABLE DES NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.</p> - - -<div class="chapter"> -<div class="footnotes"> -<h2 class="normal">NOTES:</h2> -<div class="footnote"> - -<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> <i>Abrégé des délibérations faites dans l'assemblée générale des -communautés de Provence</i>, 1671, in-4<sup>o</sup>, p. 43. (Séance du 23 mars -1671.)</p> - -<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 et 23 mai 1671), t. II, p. 83, édit. de Gault -de Saint-Germain; t. II, p. 64-70, édit. de Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 août 1671), t. II, p. 188; t. II, p. 156.</p> - -<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mai 1671), t. II, p. 80, édit. de G.; t. II, -p. 67, édit. de M.—Conférez la deuxième partie de ces <i>Mémoires</i>, -chap. <span class="smallc">XIII</span>, p. 187.</p> - -<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1671), t. II, p. 85, édit. G.; t. II, -p. 71, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> Par la route actuelle, qui est différente, le trajet n'eût été que de -318 kilomètres (18 kilom. ou 4 lieues et demie de moins).</p> - -<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mai 1671), t. II, p. 80, édit. G.; t. II, p. 67, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mai 1671), t. II, p. 81, édit. G.; p. 68, -édit. M.</p> -</div> -<div class="footnote"> -<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8, 19, 22 juillet 1671), t. II, p. 131, 146, 152, -édit. G.; t. II, p. 109, 121, 126, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1671), t. II, p. 84, édit. G.; t. II, p. 70, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin 1671), t. II, p. 97, édit. G.; t. II, p. 82, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 avril 1672), t. II, p. 493, édit. G.—(6 septembre -1671), t. II, p. 218, édit. G.; t. II, p. 182, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 et 31 juin 1671), t. II, p. 93, 106, édit. G.; -t. II, p. 78, 87, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin 1671), t. II, p. 93, édit. G.; t. II, -p. 82, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 juillet 1671), t. II, p. 128, édit. G.; t. II, -p. 106, édit. M. (mercredi 21 octobre 1671), t. II, p. 266, édit. G.; -t. II, p. 225, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> <i>Ibid.</i>, t. II, p. 267, édit. G.; t. II, p. 226; t. II, p. 203, édit. de -la Haye, 1726, in-12. Cette lettre est du mercredi 4 novembre, dans -cette édition; elle a été retranchée dans l'édit. de 1734 de Perrin, rétablie -dans l'édit. de 1754, mais datée du mercredi 21 octobre.</p> - -<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> Dans les livres imprimés du <span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle, compte s'écrit <i>conte</i>, et -dans plusieurs ouvrages du <span class="smallc">XVII</span><sup>e</sup> siècle cette orthographe est conservée. -Le dictionnaire de Richelet (1680), au mot <span class="smallc">CONTER</span>, renvoie à -<i>compter</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10, 21 et 28 juin 1671), t. II, p. 96, 105 et 118, -édit. G.; t. II, p. 79, 96 et 98, édit. M.—(8-12 juillet), t. II, p. 131, -138, édit. G.; t. II, p. 109, 115, édit. M.—(4 novembre 1671), t. II, -p. 281, édit. G.; t. II, p. 238, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1671), t. II, p. 106, édit. G.; t. II, p. 87, -édit. M.—(5 juillet 1671), t. II, p. 125, édit. G.; t. II, p. 104, édit. -M. (9 août 1671), p. 178.</p> - -<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 septembre 1671), t. II, p. 248, édit. G.; -t. II, p. 209, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juillet 1671), t. II, p. 133, édit. G.; t. II, -p. 114, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mai 1671), t. II, p. 78, édit. G.; t. II, p. 66, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1671), édit. G.; t. II, p. 86, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 octobre 1671), t. II, p. 272, édit. G.; t. II, -p. 230, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4, 15 et 18 novembre 1671), t. II, p. 282, -289, 292, édit. G.; t. II, p. 239, 246 et 248, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> Conférez la 1<sup>re</sup> partie de cet ouvrage, chap. <span class="smallc">VII</span>, p. 81.</p> - -<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> Conférez la 1<sup>re</sup> partie de cet ouvrage, chap. <span class="smallc">XVII</span>, <span class="smallc">XVIII</span>, <span class="smallc">XIX</span>, -p. 222-269.</p> - -<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Conférez la 1<sup>re</sup> partie de cet ouvrage, chap. <span class="smallc">XXII</span>, <span class="smallc">XXIV</span>, p. 302 à -318, 342 à 358; et 2<sup>e</sup> partie, chap. <span class="smallc">VIII</span>, p. 90 à 103; 3<sup>e</sup> partie, -chap. <span class="smallc">II</span>, p. 31-47.</p> - -<p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29" class="label">[29]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1671), t. II, p. 153, édit. G.; t. II, -p. 127, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30" class="label">[30]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin 1671), t. II, p. 95, édit. G.; t. II, -p. 80, édit. M.—(17 juillet 1671), t. II, p. 147, édit. G.; t. II, p. 125, -édit. M.; t. II, p. 127, édit. de la Haye. (Il y a un long passage de cette -lettre retranché et omis dans toutes les autres éditions.)—(12 août -1671), t. II, p. 184, édit. G.—(18 octobre 1671), t. II, p. 260, -édit. G., et t. II, p. 220, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31" class="label">[31]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 et 19 août 1671), t. II, p. 185, édit. G.; -t. II, p. 154, édit. M.—(6 octobre 1675), t. IV; p. 130, 133, édit. -G.; t. IV, p. 19, 22, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32" class="label">[32]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 juin 1671), t. II, p. 92, édit. G.; t. II, p. 77, -édit. M.; t. I, p. 110, édit. 1726 de la Haye, et l'édit. de 1754, t. I, -p. 251.—(7 août 1635), t. II, p. 185; t. II, p. 154.</p> - -<p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33" class="label">[33]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 novembre 1671), t. II, p. 285, édit. G.; -t. II, p. 242, 243, édit. M. Voyez la 2<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, -p. 24.</p> - -<p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34" class="label">[34]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 et 19 août 1671), t. II, p. 193, édit. G.; -t. II, p. 161, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35" class="label">[35]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 juillet 1671), t. II, p. 156, 158, édit. G.; -t. II, p. 130, 131, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36" class="label">[36]</a> <span class="smallc">Amelot de la Houssaie</span>, <i>Mémoires</i>, 1737, in-12, t. II, p. 107.</p> - -<p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37" class="label">[37]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 juillet 1671), t. II, p. 161, édit. G.; t. II, -p. 134, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38" class="label">[38]</a> Allusion à l'épître de Marot au roi, <i>pour avoir été dérobé</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39" class="label">[39]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 novembre 1671), t. II, p. 285, édit. G.; -t. II, p. 242, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40" class="label">[40]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 janvier 1672), t. II, p. 349, édit. G.; t. II, -p. 296, édit. M.—(29 septembre 1675), t. IV, p. 116, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41" class="label">[41]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 janvier 1680), t. VI, p. 298, édit. G.; t. VI, -p. 103, 104, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42" class="label">[42]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 janvier 1680), t. VI, p. 331, édit. G.; t. VI, -p. 133, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43" class="label">[43]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 août 1671), t. II, p. 124, édit. G.; t. II, -p. 153, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44" class="label">[44]</a> Conférez la 1<sup>re</sup> partie de cet ouvrage, chap. <span class="smallc">XXXV</span>, p. 481.</p> - -<p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45" class="label">[45]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 juin 1671), t. II, p. 110, édit. G.; t. II, -p. 91, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46" class="label">[46]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 août 1671), t. II, p. 184, édit. G.; t. II, -p. 153, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47" class="label">[47]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 octobre 1671), t. II, p. 256, édit. G.; t. II, -p. 216, édit M.</p> - -<p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48" class="label">[48]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 septembre 1673), t. III, p. 271, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49" class="label">[49]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin, 22 juillet), t. II, p. 98, 152, édit. G.; -t. II, p. 82, 126, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50" class="label">[50]</a> <i>Ibid.</i> (10 juin 1671), t. II, p. 98, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51" class="label">[51]</a> <span class="smallc">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. III, p. 121.</p> - -<p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52" class="label">[52]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin 1671), p. 98, édit. G.; t. II, p. 82, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53" class="label">[53]</a> <i>Ibid.</i>, t. II, p. 97, édit. G.; t. II, p. 81, édit. M. Conférez la -1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">III</span>, p. 21; chap. <span class="smallc">II</span>, p. 151. Il -faut presque doubler toutes ces sommes pour avoir les valeurs en -monnaie actuelle. Le marc d'argent monnayé comptait alors pour -28 livres 13 sous 8 deniers; ainsi 1,000 livres d'alors égalent 1,810 fr. -d'aujourd'hui.—(10 juin 1671), t. II, p. 98, édit. G.; t. II, p. 82, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54" class="label">[54]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 juillet 1671), t. II, p. 126, édit. G.; t. II, -p. 105, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55" class="label">[55]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1671), t. II, p. 152, édit. G.; t. II, -p. 126, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56" class="label">[56]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 juillet 1671), t. II, p. 126, édit. G.; t. II, -p. 105, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57" class="label">[57]</a> Sur la duchesse de Chaulnes, conférez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, -t. I, p. 426, seconde édition.</p> - -<p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58" class="label">[58]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 août 1671), t. II, p. 184, édit. G.; t. II, -p. 153, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59" class="label">[59]</a> <i>Mémoires sur Sévigné</i>, 1<sup>re</sup> partie, ch. <span class="smallc">XXIV</span>, p. 352; ch. <span class="smallc">XXXIII</span>, -p. 456-476. Conférez encore <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> juillet 1671), t. II, -p. 122, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60" class="label">[60]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 et 21 août 1680), t. VII, p. 168 et 174, -édit. G.; t. VI, p. 424 et 428, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61" class="label">[61]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 septembre 1671), t. II, p. 219-220, édit. G.; -t. II, p. 184 et 185, édit. M.—(4 octobre 1671), t. II, p. 249, édit. G.; -t. II, p. 211, édit. M.—(27 mai 1672), t. III, p. 41.—(14 septembre -1675), t. IV, p. 101, édit. G.; t. III, p. 469, édit. M.—<i>Registre -des états de Bretagne</i>, Mss. Bl., n<sup>o</sup> 75, p. 339.</p> - -<p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62" class="label">[62]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie, chap. <span class="smallc">V</span>, p. 89-96. Conférez <span class="smallc">d'Olivet</span>, <i>Hist. -de l'Académie française</i>; 1729, in-4<sup>o</sup>, p. 113.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(30 août 1671), t. II, p. 111, édit. G.; t. II, p. 176, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63" class="label">[63]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2, 23, 27 et 30 septembre 1671), t. II, p. 213, -237, 245, édit. G.; t. II, p. 177, 196, 199, 206 et 207, édit. M. -Montigny mourut le 28 septembre, à trente-cinq ans.</p> - -<p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64" class="label">[64]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 août 1671), t. II, p. 170 et 171, édit. G.; -t. II, p. 143, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65" class="label">[65]</a> <i>Ibid.</i>, t. II, p. 172, édit. G.; t. II, p. 143, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66" class="label">[66]</a> <i>Recueil de la tenue des états de Bretagne</i>, de 1629 à 1723, manuscrit -de la bibliothèque du Roi, Bl.-Mant., n<sup>o</sup> 75, in-fol., p. 340, -année 1671.—<i>Liste de nosseigneurs les états de Bretagne, tenant -à Morlaix</i>, 20 octobre 1772. A Morlaix, chez Jacques Vatar, libraire.</p> - -<p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67" class="label">[67]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 août 1671), t. II, p. 172, édit. G.; t. II, -p. 143, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68" class="label">[68]</a> Cet <i>et cætera</i> termine l'énumération des besoins. <i>Recueil de -la tenue des états de Bretagne</i>, Mss. de la Biblioth. royale, cote -Bl.-Mant., n<sup>o</sup> 75, in-folio, p. 339-347.</p> - -<p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69" class="label">[69]</a> <span class="smallc">Forbonnais</span>, <i>Recherches et considérations sur les finances de -France</i>, édit. in-12, t. III, p. 95.</p> - -<p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70" class="label">[70]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 octobre 1671), t. II, p. 274, édit. G.; t. II, -p. 232, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71" class="label">[71]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 août 1671), t. II, p. 173, édit., G.; t. II, -p. 144, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72" class="label">[72]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (<i>ibid.</i>), t. II, p. 170, édit. G.; t. II, p. 142, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73" class="label">[73]</a> <i>Ibid.</i>, t. II, p. 172, édit. G.; t. II, p. 143, édit. M.—(30 août 1671), -t. II, p. 211, édit. G.; t. II, p. 176, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74" class="label">[74]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 septembre 1671), t. II, p. 124, édit. G.; -t. II, p. 188, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75" class="label">[75]</a> Voyez notre édition des <i>Caractères de</i> <span class="smallc">la Bruyère</span>, p. 692.—<i>Lettre -inédite de madame de Grignan au comte de Grignan, son -mari</i>, publiée par M. Monmerqué, p. 11.—<span class="smallc">La Fontaine</span>, <i>Épître -au comte de Conti</i> (nov. 1689), t. VI, p. 580, édit. 1827.</p> - -<p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76" class="label">[76]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 août 1671), t. II, p. 187 et 188, édit. G.; -t. II, p. 156, édit. M.—(30 août 1671), t. II, p. 216, édit. G.; -t. II, p. 210, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77" class="label">[77]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 août 1671), t. II, p. 183, édit. G.; t. II, -p. 182, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78" class="label">[78]</a> Louis-François du Parc, marquis de Locmaria, qui fut lieutenant -général des armées du roi, et mourut en 1709.</p> - -<p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79" class="label">[79]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 et 12 août 1671), t. II, p. 171 et 183, édit. G.; -t. II, p. 142 et 152, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80" class="label">[80]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 juillet, 12 août, 13 septembre 1671), t. II, -p. 127, 183, 223, édit. G.; t. II, p. 105, 152 et 187, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81" class="label">[81]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 août 1671), t. II, p. 187, édit. G.; t. II, -p. 156, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82" class="label">[82]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 août 1671), t. II, p. 208, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83" class="label">[83]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> juillet 1671), t. II, p. 121, édit. G.; t. II, -p. 101, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84" class="label">[84]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 août 1671), t. II, p. 182, édit. G.; t. II, -p. 151, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85" class="label">[85]</a> Il était lieutenant général aux huit évêchés et commissaire du -roi aux états, le second après le duc de Chaulnes, gouverneur. (Conférez -le <i>Registre des états de Bretagne</i>, de 1629 à 1723, Mss. de la -Bibliothèque royale, n<sup>o</sup> 75, p. 309 recto.)</p> - -<p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86" class="label">[86]</a> Le marquis de Coëtlogon était aussi un des commissaires du -roi aux états, et non député. (<i>Registre des états de Bretagne.</i>)</p> - -<p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87" class="label">[87]</a> Un des messieurs d'Argouges, président au parlement, était -commissaire du roi aux états, et non député. (Voyez <i>Recueil de la tenue -des états de Bretagne</i>, Mss. de la Bibliothèque du Roi, Bl.-Mant., -n<sup>o</sup> 75, p. 339.)</p> - -<p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88" class="label">[88]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 août 1671), t. II, p. 187, édit. G.; t. II, -p. 155, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89" class="label">[89]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 août 1671), t. II, p. 210, édit. G.; t. II, -p. 175, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90" class="label">[90]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 octobre 1671), t. II, p. 274, édit. G.; t. II, -p. 232, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91" class="label">[91]</a> <i>Recueil de la tenue des états de Bretagne</i>, de 1629 à 1723, -Mss. Bl.-M., n<sup>o</sup> 75 (Bibliothèque royale), p. 339.</p> - -<p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92" class="label">[92]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 et 29 septembre, 16, 20, 26 et 30 octobre, -24 novembre 1675.)</p> - -<p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93" class="label">[93]</a> <i>Recueil de la tenue des états de Bretagne dans diverses villes -de cette province</i>, de 1629 à 1723, Mss. de la Bibliothèque du Roi, -Bl.-Mant., n<sup>o</sup> 75.</p> - -<p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94" class="label">[94]</a> <i>Recueil de la tenue des états de Bretagne</i>, de 1629 à 1723, -Mss. Bl.-Mant. (Bibliothèque royale), p. 352-355.</p> - -<p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95" class="label">[95]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 septembre 1671), t. II, p. 216, édit. G.; t. II, -p. 181, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96" class="label">[96]</a> Allusion à un dialogue de Lucien, intitulé <i>Caron ou les contemplateurs</i>, -que madame de Sévigné avait lu dans la traduction de -Perrot d'Ablancourt, t. I<sup>er</sup>, p. 191; Paris, 1660. Conférez à ce sujet la -note de M. Monmerqué, dans son édition des <i>Lettres de Sévigné</i>, -t. II, p. 181. Madame de Sévigné répète encore ce même mot dans -la lettre du 24 septembre 1675.</p> - -<p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97" class="label">[97]</a> Dans la commune de Gevezé, près de Rennes.</p> - -<p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98" class="label">[98]</a> <i>Madame de Sévigné et sa correspondance</i>; 1838, in-8<sup>o</sup>, p. 58.</p> - -<p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99" class="label">[99]</a> <i>Lettre inédite du marquis</i> <span class="smallc">de Sévigné</span> <i>à la marquise de -Grignan sa sœur, sur les affaires de leur maison</i>, publiée par -<span class="smallc">M. Monmerqué</span>, 1847, in-8<sup>o</sup> (24 pages), p. 21.</p> - -<p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100" class="label">[100]</a> <i>Madame</i> <span class="smallc">de Sévigné</span> <i>et sa correspondance relative à Vitré -et aux Rochers</i>, par <span class="smallc">Louis Dubois</span>, sous-préfet de Vitré, 1838. Paris, -in-8<sup>o</sup>, p. 70.</p> - -<p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101" class="label">[101]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 septembre 1671), t. II, p. 216, édit. G.; -t. II, p. 181, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102" class="label">[102]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 août 1671), t. II, p. 203, édit. G.; t. II, -p. 169, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103" class="label">[103]</a> <i>Ibid.</i> (10 juin 1671), t. II, p. 95, édit. G.; t. II, p. 79, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104" class="label">[104]</a> <i>Ibid.</i> (5 août 1671), t. II, p. 172, édit. G.; t. II, p. 152, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105" class="label">[105]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 juillet 1671), t. II, p. 125, édit. G.; t. II, -p. 104, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106" class="label">[106]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 juin 1671). (Cette lettre est datée du coin -de son feu), t. II, p. 107, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107" class="label">[107]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8, 12, 19, 22 et 22 bis juillet 1671), t. II, -p. 131, 138, 146, 152, édit. G.; t. II, p. 109, 115, 126, édit. M.—<i>Ibid.</i> -(4 novembre 1671), t. II, p. 281, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108" class="label">[108]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8, 12, 19 et 22 juillet, et 4 novembre 1671), -t. II, p. 131, 138, 146, 152, 281, édit. G.—<i>Ibid.</i>, t. II, p. 109, 115, -126, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109" class="label">[109]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 juillet 1671), t. II, p. 160, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110" class="label">[110]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février 1689), t. VIII, p. 321, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111" class="label">[111]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 décembre 1679), t. II, p. 65, édit. M.—(27 -mai et 19 juin 1680), t. II, p. 289 et 325.</p> - -<p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112" class="label">[112]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 juillet, 18 et 23 novembre 1689), t. IX, -p. 25, 216 et 224, édit. M. Lettre inédite du marquis <span class="smallc">de Sévigné</span> -(27 septembre 1696).</p> - -<p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113" class="label">[113]</a> L'histoire de sa vie et ses lettres nous signalent sa présence -aux Rochers en 1644, 1646, 1651, 1654, 1661, 1666, 1667, 1671, -1675, 1676, 1680, 1684, 1685, 1689, 1690; et probablement elle y -alla encore dans plusieurs autres années, sur lesquelles nous n'avons -aucun renseignement.</p> - -<p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114" class="label">[114]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 décembre 1675), t. IV, p. 124, édit. M.; -t. IV, p. 248, édit. G.—(20 octobre 1675), t. IV, p. 164, édit. G.; -t. IV, p. 49, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115" class="label">[115]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 mai 1680), p. 8, édit. G,; t. VI, p. 295, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116" class="label">[116]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 juillet 1680), t. VII, p. 142, édit. G.; t. VI, -p. 401, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117" class="label">[117]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 septembre 1680), t. VII, p. 409, édit. G.; -t. VI, p. 451, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118" class="label">[118]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 sept. 1680), t. VII, p. 236, édit. G.; t. VII, -p. 8, édit. M. Le nom était bien choisi pour exprimer le peu d'importance -et la grossièreté de ces fabriques. Voici comme Furetière -définit ce mot dans son <i>Dictionnaire des Sciences et des Arts</i>, 1696, -p. 79, in-folio: «<span class="smallc">Brandebourg</span>, s. f., sorte de grosse casaque, dont on -s'est servi en France dans ces dernières années. Elle a des manches -bien plus longues que les bras, et va environ jusqu'à mi-jambe.» -Richelet, dans son <i>Dictionnaire</i> (1680), fait de <i>brandebourg</i> un -substantif masculin, et dit que c'est un vêtement qui tient de la casaque -et du manteau, qu'on porte en hiver et dans le mauvais temps.</p> - -<p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119" class="label">[119]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> juin 1689), t. IX, p. 318, édit. G.; t. VIII, -p. 480, édit. M.—(17 juin 1685), t. VIII, p. 64, édit. G.; t. VII, -p. 283, édit. M.—(25 mai 1689), t. IX, p. 313, édit. G.; t. VIII, -p. 476, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120" class="label">[120]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 septembre 1695), t. XI, p. 121, édit. G. -Conférez la 2<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 127, t. X, p. 135, édit. M.—(20 -mai 1667), t. I, p. 158, édit. G.; t. I, p. 113, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121" class="label">[121]</a> <span class="smallc">Louis Dubois</span> (sous-préfet de Vitré), <i>Madame de Sévigné et sa -correspondance relative à Vitré et aux Rochers</i>; 1838, in-8<sup>o</sup>, p. 15, -40 et 55.</p> - -<p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122" class="label">[122]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 octobre 1689), t. X, p. 58, édit. G.; t. IX, -p. 183, édit. M.—<span class="smallc">Louis Dubois</span>, <i>Madame de Sévigné et sa correspondance</i>, -p. 55; aux pages 5 et 86 de son écrit, M. Louis Dubois -dit avoir calculé que sur le nombre de 1,074 lettres que nous possédons -de madame de Sévigné, 267 ont été écrites des Rochers.</p> - -<p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123" class="label">[123]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">XVIII</span>, p. 363.</p> - -<p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124" class="label">[124]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 juin 1671), t. II, p. 109, édit. G.; t. II, -p. 90, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125" class="label">[125]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 119, 120, édit. G.; -t. II, p. 99 et 100, édit. M. Voyez 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, -chap. <span class="smallc">XVII</span>, p. 330 et 331.</p> - -<p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126" class="label">[126]</a> <i>Inventaire du château de Grignan, dressé à la mort du -maréchal du Muy, acquéreur de ce château, dans la Notice historique -sur la maison de Grignan</i>, par <span class="smallc">M. Aubenas</span>, à la suite de -l'<i>Histoire de madame de Sévigné</i>; 1842, in-8<sup>o</sup>, p. 580 et 581.</p> - -<p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127" class="label">[127]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2 août 1671), t. II, p. 167, édit. G.; t. II, -p. 109, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128" class="label">[128]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 novembre et 2 décembre 1671), t. II, p. 297 -et 299, édit. G.; t. II, p. 253 et 254, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129" class="label">[129]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres à madame de Grignan, le 21 juin 1671, -rétablies pour la première fois sur l'autographe</i>, par M. Monmerqué, -1826, in-8<sup>o</sup>, p. 9.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 novembre et -2 décembre 1671), t. II, p. 297 et 298, édit. G.; t. II, p. 252 et 254, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130" class="label">[130]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5, 8 et 12 juillet 1671), t. II, p. 129 et 130, -édit. G.; t. II, p. 108 et 113, édit. M.—<i>Ibid.</i> (6 septembre, 21 octobre, -15 et 25 novembre 1671), t. II, p. 214, 265, 289, 295, édit. G.; -t. II, p. 179, 224, 244, 253, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131" class="label">[131]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 novembre 1661), t. II, p. 297, 298, édit. G.; -t. II, p. 252 et 254, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132" class="label">[132]</a> <i>Abrégé des délibérations prises en l'assemblée générale du -pays de Provence, tenue à Lambesc les mois de septembre, octobre, -novembre, décembre 1671, et janvier 1672</i>, p. 21-23.</p> - -<p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133" class="label">[133]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. IV, p. 271.</p> - -<p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134" class="label">[134]</a> <span class="smallc">De la Croix</span>, <i>Essai sur la statistique et les antiquités de la -Drôme</i>; 1817, in-8<sup>o</sup>, p. 305.</p> - -<p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135" class="label">[135]</a> Dans l'<i>Amadis des Gaules</i>. Voyez <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin et -7 octobre 1671), t. II, p. 106, 254, édit. G.; t. II, p. 88, 214, édit. M.—(20 -septembre 1671), t. II, p. 195, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136" class="label">[136]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 février 1689), t. IX, p. 149, édit. G.—(15 -janvier 1672), t. II, p. 351, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137" class="label">[137]</a> Pour ce qui concerne Grignan et son château, conférez <span class="smallc">Expilly</span>, -<i>Dictionnaire de la France et des Gaules</i>, t. III, p. 372.—<span class="smallc">Piganiol -de la Force</span>, <i>Nouvelle description de la France</i>, t. V, p. 447 -et 450.—<span class="smallc">De la Croix</span>, <i>Essai sur la statistique et les antiquités -du département de la Drôme</i>, t. I, p. 103.—Édit. des <i>Lettres -de</i> <span class="smallc">Sévigné</span>, 1820, in-8<sup>o</sup>, aux t. IV, V et IX.—<span class="smallc">Aubenas</span>, <i>Hist. de -Sévigné</i>, p. 577, 588.—Le recueil intitulé <span class="smallc">France</span>, t. LXIX, département -de la Drôme (Biblioth. royale).</p> - -<p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138" class="label">[138]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1671), t. II, p. 6, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139" class="label">[139]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1671), t. II, p. 9, édit. G.; t. II, p. 8, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140" class="label">[140]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 janvier et 9 février 1671), t. I, p. 299 et -313, édit. G.; t. I, p. 225 et 237, édit. M. Voyez la 3<sup>e</sup> partie de -ces <i>Mémoires</i>, t. III, p. 314.</p> - -<p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141" class="label">[141]</a> Conférez, ci-dessus, la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, t. III, p. 26 -et 128.</p> - -<p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142" class="label">[142]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 janvier, 4 mai, 26 décembre 1672), t. I, -p. 116, édit. G.; t. II, p. 285 et 420, édit. M.—(1<sup>er</sup> et 19 janv. 1674), -t. III, p. 68, 194, 218, édit. M.—(28 juillet 1679), t. VI, p. 98, -édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143" class="label">[143]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 juillet 1671), t. II, p. 159, édit. G.; t. II, -p. 132, édit. M.—<i>Ibid.</i> (9 août 1671), t. II, p. 192, édit. G.; t. II, p. 159, -édit. M. Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">VIII</span>, -p. 135 et la note 4, et p. 454.</p> - -<p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144" class="label">[144]</a> <i>Gallia christiana</i>, 1715, in-folio, t. I, p. 594. <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(9 février, 17 avril, 12, 19 et 26 juillet, 2 et 19 août 1671), t. II, -p. 27, 28, 134, 144, 159, 169, 192 et 196, édit. G.; t. II, p. 112, 119, -132, 240, édit. M.—<i>Ibid.</i> (31 mai, 5 juin 1675), t. III, p. 401 et 407, -édit G.; t. III, p. 281 et 286, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145" class="label">[145]</a> Des lettres de madame de Sévigné il résulte que, le 12 juillet, -le coadjuteur d'Arles était à Paris, et que, le 19 du même mois, il -était en Provence (t. II, p. 134 et 144, édit. G.; t. II, p. 112 et 119, -édit. M.).</p> - -<p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146" class="label">[146]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 août 1671), t. II, p. 191, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147" class="label">[147]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres inédites</i>, 1827, in-8<sup>o</sup> (mai 1690), p. 33. Conférez -la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">VIII</span>, p. 127 et la note 1, -et p. 135, note 3.</p> - -<p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148" class="label">[148]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 octobre 1675), t. IV, p. 48, édit. M.—(18 -mars 1689), t. VIII, p. 400, édit. M.—<i>Gallia christiana</i>, t. II -p. 593.—<span class="smallc">Aubenas</span>, <i>Notice historique sur la maison de Grignan</i>, -p. 572-574.—François-Adhémar fut d'abord évêque de Saint-Paul, -Trois-Châteaux, puis coadjuteur de l'archevêque d'Arles, auquel il -succéda.</p> - -<p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149" class="label">[149]</a> Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">VIII</span>, p. 128, et la -note 5.</p> - -<p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150" class="label">[150]</a> <i>Lettres de la marquise</i> <span class="smallc">de Sévigné</span>, édit. de la Haye, 1726.—(7 -juin 1671), t. I, p. 111 (il y a des omissions dans les éditions modernes). -Conférez t. II, p. 93, édit. G.; t. II, p. 78, édit. M.; in-8<sup>o</sup>.—<span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (8 avril, 20 et 27 septembre, 6 décembre 1671), -t. II, p. 9, 234, 243, 304, édit. G.; t. II, p. 8, 78, 196, 214, 258, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151" class="label">[151]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> et 3 avril, 4 octobre, 23 et 25 déc. 1671), -t. 1, p. 56 de l'édit. de la Haye; t. I, p. 437, 408; t. II, p. 220, 249 -et 316, édit. G.; t. I, p. 315, 317; t. II, p. 267 et 273, édit. M.—<i>Ibid.</i> -(27 janvier 1672), t. II, p. 321, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152" class="label">[152]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">VIII</span>, p. 127, note 1.</p> - -<p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153" class="label">[153]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 mars, 11 octobre 1671), t. I, p. 392; t. II, -p. 257, édit. G.; t. I, p. 304; t. II, p. 217, édit. M.—<i>Lettres de -madame la marquise</i> <span class="smallc">de Sévigné</span>, édit. de la Haye, 1726, t. I, -p. 116. (Lettre altérée dans les éditions modernes.) Conférez t. II, -p. 98, édit. G.; t. II, p. 82 et 83, édit. M.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(1<sup>er</sup> et 12 janvier, 3 et 10 février 1672), t. II, p. 329, 340, 369, -379, édit. G.; t. II, p. 278, 280, 312 et 321, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154" class="label">[154]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">VIII</span>, p. 127, note 3.</p> - -<p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155" class="label">[155]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 janvier 1689), t. VIII, p. 303 (27 août -1689), t. IX, p. 401, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156" class="label">[156]</a> Voyez <i>Lettres inédites et restituées de madame</i> <span class="smallc">de Grignan</span> -(22 décembre 1677). Lettre de madame de Grignan à M. de Grignan, -p. 5 d'un tirage à part. (Extrait des archives de l'École des chartes.) -Louis, abbé de Grignan, fut nommé à l'évêché d'Évreux en février -1680; mais les bulles ne furent pas confirmées: au mois de mai 1681 -il fut nommé évêque de Carcassonne, et sacré le 21 décembre dans -l'église de Grignan.—Voyez <i>Gallia christiana</i>, t. VI, p. 927.—<span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (30 mars 1672), t. II, p. 374, édit. M.—(21 février -1680), t. VI, p. 169, édit. M.—(21 août 1681), t. VI, p. 425, -édit. M.—(1<sup>er</sup> septembre 1680), t. VI, p. 442, édit. M.—(20 novembre -1682), t. VII, p. 104, édit. M.—(9 janvier 1682), t. VII, -p. 116, édit. M.—(9 septembre 1675), t. IV, p. 90, édit. G.; t. III, -p. 460, édit. M.—<i>Ibid.</i> (22 septembre 1688), t. VIII, p. 366, -édit. G.; t. VIII, p. 91, édit. M.—<i>Ibid.</i> (24 janvier 1689), t. IX, -p. 118, édit. G.; t. VIII, p. 303, édit. M.—(7 février 1682), -t. VII, p. 104, édit. M.—(9 janvier 1683), t. VII, p. 116, édit M.</p> - -<p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157" class="label">[157]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, 2<sup>e</sup> édit., chap. <span class="smallc">VIII</span>, p. 128.</p> - -<p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158" class="label">[158]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> novembre 1671), t. II, p. 236, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159" class="label">[159]</a> <i>Ibid.</i> (11 novembre 1671), t. II, p. 242, édit. M.—(2 décembre -1671), t. II, p. 300, édit. G. Cette devise est celle de Porchère -d'Augier, dans la description du carrousel. Voyez <span class="smallc">Tallemant</span>, <i>Historiettes</i>, -t. III, p. 318.</p> - -<p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160" class="label">[160]</a> <i>Ibid.</i> (15 novembre 1671.)</p> - -<p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161" class="label">[161]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 et 30 août 1671), t. II, p. 201, 211, édit. G.; -t. II, p. 168, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162" class="label">[162]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 septembre 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163" class="label">[163]</a> Conférez la parodie de la fable de la Cigale et de la Fourmi, dans -le <i>Recueil de pièces curieuses et nouvelles tant en prose qu'en -vers</i>; la Haye, 1695, in-12, t. II, seconde partie, p. 230.—<i>Histoire -de la vie et des ouvrages de la Fontaine</i>, 1<sup>re</sup> édit., 1820, in 8<sup>o</sup>, -p. 392.—Voyez ci-dessus, 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">VIII</span>, -p. 127.</p> - -<p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164" class="label">[164]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22, 27, 29 janvier, 3 et 10 février 1671), t. II, -p. 300, 307, 309, 313, 319, édit. M.—(4 novembre 1671), t. II, -p. 203, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165" class="label">[165]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 août 1671), t. II, p. 196, édit. G. Voyez -ci-dessus, 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">XV</span>, p. 84.</p> - -<p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166" class="label">[166]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">VIII</span>, p. 136.</p> - -<p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167" class="label">[167]</a> <span class="smallc">Dangeau</span>, <i>Journal mss.</i> en date du 24 janvier 1684, cité dans -les <i>Lettres de</i> <span class="smallc">Sévigné</span>, t. VII, p. 398, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168" class="label">[168]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 août 1677), t. V, p. 172, et la note 1, édit. -M.—(25 janvier 1687), t. VII, p. 411, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169" class="label">[169]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 janvier 1687), t. VII, p. 414, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170" class="label">[170]</a> <i>Ibid.</i> (18 août, 11, 18 et 25 septembre 1680), t. VI, p. 420, 455, -458, 459, 465, 473, édit. M.—<i>Ibid.</i> (2 et 16 octobre 1680, 1<sup>er</sup> octobre -et 24 décembre 1684, 8 mai et 25 octobre 1686), t. VII, p. 10, -24, 93, 176, 382, 398 et 400, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171" class="label">[171]</a> Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 136.</p> - -<p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172" class="label">[172]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 septembre 1684), t. VII, p. 165, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173" class="label">[173]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 décembre 1684), t. VII, p. 213, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174" class="label">[174]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> mars, 20 et 24 septembre, 13 décembre -1684, 15 août 1685, 1<sup>er</sup> mai 1686), t. VII, p. 141, 165, 168, 176, -212, 335, 382, édit. M.—<i>Ibid.</i> (27 septembre 1687, 9 mars et -30 avril 1689), t. VIII, p. 17, 373, et la note.</p> - -<p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175" class="label">[175]</a> Elle fut mariée le 7 mai 1689. Conférez le <i>Journal mss. de -Dangeau</i> à cette date, cité par M. Monmerqué dans <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(30 avril 1689), t. VIII, p. 455, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176" class="label">[176]</a> Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, t. III, p. 136.—<span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (6 octobre 1673), t. III, p. 106, édit. M.—(15 juin -1680), t. VI, p. 323, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177" class="label">[177]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 juillet 1685), t. VIII, p. 73, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178" class="label">[178]</a> Il était de plus chanoine, comte et chamarier de l'église Saint-Jean -de Lyon. Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, 2<sup>e</sup> édit., -chap. <span class="smallc">VIII</span>, p. 138, note 4.</p> - -<p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179" class="label">[179]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 juillet 1672), t. III, p. 41, édit. M.—(19 -juillet, 16 et 19 août, 27 septembre, 4 octobre 1671.)</p> - -<p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180" class="label">[180]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 octobre 1673, 6 novembre 1675, 28 août -1676, 23 juin 1677, 15 et 20 mai 1689), t. II, p. 190, 196, 242, 249; -t. III, p. 107; t. IV, p. 75 et 146; t. V, p. 113; t. VIII, p. 470; -t. IX, p. 42, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181" class="label">[181]</a> Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, 2<sup>e</sup> édit., p. 129, note 3.</p> - -<p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182" class="label">[182]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 mai, 24 juin, 8 juillet 1676), t. IV, p. 299, -308, 378, édit. M.—<i>Ibid.</i> (4 décembre 1689), t. IX, p. 238, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183" class="label">[183]</a> Ce portrait, ou plutôt une copie de ce portrait, est dans le Musée -de Versailles; mais celui qui est à côté, entouré de même d'une guirlande -de fleurs, n'est pas le portrait de la marquise de Sévigné (Marie -de Rabutin-Chantal), quoique indiqué comme tel dans les catalogues. -Voyez la note à la fin de notre 2<sup>e</sup> partie.</p> - -<p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184" class="label">[184]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 août, 9 septembre 1675), t. IV, p. 35, 89, -édit. G.; t. III, p. 460, édit. M.—<i>Ibid.</i> (16 juillet et 15 août 1677), -t. V, p. 286, 287, 349, édit. G.—<i>Ibid.</i>, t. V, p. 133 et 188, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185" class="label">[185]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 et 28 décembre 1689), t. IX, p. 267, 274.—(8 -janvier 1690), t. IX, p. 297, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186" class="label">[186]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, t. III, p. 128, note 5, et -p. 140.</p> - -<p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187" class="label">[187]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars, 8 et 13 mai 1671), t. I, p. 373; -t. II, p. 63 et 72, édit. G.—<i>Ibid.</i> (14 mars 1696), t. XI, p. 284, -édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188" class="label">[188]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, 2<sup>e</sup> édit., p. 130, note 4, -p. 129, note 2.</p> - -<p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189" class="label">[189]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juin 1671), t. II, p. 115, édit. G.; t. II, -p. 96, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190" class="label">[190]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 mai, 12 août 1676), t. IV, p. 430; t. V, -p. 70, édit. G.; t. IV, p. 289 et 419, édit. M.—(18 novembre 1695), -t. IX, p. 237.</p> - -<p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191" class="label">[191]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mai, 21 juin 1671), t. II, p. 62, édit. G., -et p. 15 de la lettre du 21 juin, rétablie, 1826, in-8<sup>o</sup>.—<i>Ibid.</i> -(5 juin et 8 juillet 1671), t. II, p. 126, 131, édit. G. L'autre femme -de chambre se nommait Cateau. M. de Grignan, en la mariant, en -fit une nourrice.</p> - -<p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192" class="label">[192]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mars, 4 avril 1671), t. I, p. 382; t. II, p. 5, -édit. G.—(6 octobre 1675), t. IV, p. 20, édit. M.; t. IV, p. 31, -édit. G.—(23 février 1676), t. IV, p. 348, édit. G.—(14 juin 1677), -t. V, p. 91, édit. M.—(11 octobre 1679), t. V, p. 459, édit. M.—(14 -février 1680), t. VI, p. 160.—(10 juillet 1680), t. VI, p. 370.—(17 -juillet 1680), t. VI, p. 376.—(18 août 1680), t. VI, p. 422.—(8 -septembre 1680), t. VI, p. 450.—(30 octobre 1680), t. VII, -p. 20, 23, 33.</p> - -<p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193" class="label">[193]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 326 et 465, et <span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (18 mars 1671, 26 juillet 1675), t. I, p. 38 et 39 de l'édit. -de la Haye, p. 379 et 380, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194" class="label">[194]</a> <i>Inventaire des papiers Simiane</i>, Mss. de la Bibliothèque royale. -<i>Inventaire des meubles de la maison de Grignan, dressé le 27 novembre -1672.</i>—La chambre de M. d'Uzès était près de celle de -mademoiselle de Montgoubert (<i>sic</i>).</p> - -<p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195" class="label">[195]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 juin 1671), p. 10 et 11 de la lettre rétablie, -1826, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196" class="label">[196]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 mars, 4 avril, 19 et 30 août), t. I, p. 382; -t. II, p. 2, 5, 192, 211, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197" class="label">[197]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 414, édit. G.; t. II, -p. 352, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198" class="label">[198]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 avril 1671), t. II, p. 6, édit. G.; t. II, p. 5, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199" class="label">[199]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 janvier 1672), t. II, p. 366.</p> - -<p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200" class="label">[200]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 janvier 1672), t. II, p. 362. Conférez <i>id.</i> -(13 janvier 1672), t. II, p. 341, 343, édit. G.; t. II, p. 282, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201" class="label">[201]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9, 13, 18 décembre 1671), t. II, p. 307, 309, -313, édit. G.; t. II, p. 260, 261, 264, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202" class="label">[202]</a> Conférez t. I, p. 2, de la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203" class="label">[203]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (décembre 1671, au comte de Guitaut), t. II, -p. 307, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204" class="label">[204]</a> <i>Ibid.</i> (4 et 6 mai 1672), t. III, p. 5 et 12, édit. G.; t. II, p. 420 -et 425, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205" class="label">[205]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mai 1672), t. III, p. 16, édit. G.; t. II, -p. 429, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206" class="label">[206]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16, 19, 21 et 29 septembre 1677; 7, 15, 20, -27 octobre 1677).</p> - -<p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207" class="label">[207]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 et 24 mai 1671), t. II, p. 73 et 75, édit. G.; -t. II, p. 61 et 63, édit. M.—Sur Diane-Charlotte, conférez une lettre -de mademoiselle Dupré à Bussy, en date du 1<sup>er</sup> juillet 1670, et la réponse -de Bussy du 10 juillet, dans <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 163 et 166.</p> - -<p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208" class="label">[208]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 440 et 441.</p> - -<p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209" class="label">[209]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 février 1672), t. II, p. 392, édit. G.; t. II, -p. 333, édit. M.—Voyez l'<i>Abrégé des délibérations de l'assemblée -générale des états de Provence</i>; Aix, chez Charles David, 1672, -in-4<sup>o</sup>, p. 29 et 36. Le roi demandait 600,000 fr. de dons gratuits, -on n'en voulait offrir que 400,000; on composa, et l'on vota 500,000 fr.</p> - -<p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210" class="label">[210]</a> <span class="smallc">Alexandre Thomas</span>, <i>Une province sous Louis XIV</i>; 1844, -in-8<sup>o</sup>, p. 40, 61, 63, 66, 70, 376, 387.</p> - -<p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211" class="label">[211]</a> <i>Ibid.</i>, p. 399 et 405.</p> - -<p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212" class="label">[212]</a> Il était prince du sang, oncle du roi. Le marquis de Castries -était lieutenant général.</p> - -<p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213" class="label">[213]</a> Baron <span class="smallc">Trouvé</span>, <i>Essais historiques sur les états généraux du -Languedoc</i>, 1818, in-4<sup>o</sup>, p. 183 et 184.</p> - -<p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214" class="label">[214]</a> Charost était gendre de Fouquet.</p> - -<p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215" class="label">[215]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 février 1672), t. II, p. 390, édit. G.; t. II, -p. 331, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216" class="label">[216]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 janvier 1672), t. II, p. 363.</p> - -<p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217" class="label">[217]</a> <i>Recueil des principaux traités de paix faits et conclus pendant -ce siècle</i>; Luxembourg, 1698, in-12. <i>Préliminaires des -traités faits entre les rois de France et toutes les provinces de -l'Europe</i>; 1692, in-12, p. 296.</p> - -<p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218" class="label">[218]</a> <span class="smallc">Mignet</span>, <i>Négociations relatives à la succession d'Espagne -sous Louis XIV</i>, t. IV, p. 5.</p> - -<p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219" class="label">[219]</a> <span class="smallc">Berriat Saint-Prix</span>, édition des <i>Œuvres de Boileau</i>, 1830, -in-8<sup>o</sup>, t. I, p. <span class="smallc">CXXXIV</span>, n<sup>o</sup> 24, et <span class="smallc">CXLI</span>, n<sup>o</sup> 28; et t. II, p. 9 et 23.</p> - -<p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220" class="label">[220]</a> <span class="smallc">Mignet</span>, <i>Négociations</i>, in-4<sup>o</sup>, t. III, p. 258 (Traité secret entre -Charles II et Louis XIV, 21 octobre et 31 décembre 1670); t. III, -p. 291 (Traité entre le duc de Brunswick, 10 juillet 1671); t. III, -p. 365 et 374 (Traité avec la Suède, le 14 avril 1671). Courtin appelle -les Suédois les Gascons du Nord.</p> - -<p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221" class="label">[221]</a> <span class="smallc">Mignet</span>, <i>Négociations</i>, t. III, p. 666.</p> - -<p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222" class="label">[222]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. V, p. 478 (Lettres du roi au duc d'Enghien, -24 mai 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223" class="label">[223]</a> <i>Recueil de gazettes nouvelles, ordinaires et extraordinaires</i>; -Paris, 1672, in-4<sup>o</sup>, p. 437, n<sup>o</sup> 54. Gazette du 8 mai 1671.—<i>Histoire -de la monarchie françoise sous le règne de Louis le Grand</i>, quatrième -édition; Paris, 1697, t. II, p. 71.</p> - -<p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224" class="label">[224]</a> Il avait créé le petit parc. Voyez <i>Recueil des gazettes</i> (8 mai -1671), p. 458, et <span class="smallc">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 436.</p> - -<p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225" class="label">[225]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, et une note dans notre -édition de la Bruyère, p. 658.</p> - -<p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226" class="label">[226]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 et 26 avril 1671), t. II, p. 40 à 44, édit. G.; -t. II, p. 33 à 36, édit. M.—<span class="smallc">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 436.</p> - -<p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227" class="label">[227]</a> <i>Recueil des gazettes nouvelles et extraordinaires</i>; Paris, 1672, -in-4<sup>o</sup>, p. 71. (11 janvier. Le roi va aux Gobelins voir les dessins de -le Brun et les statues que Regnauldin exécutait pour Versailles.)</p> - -<p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228" class="label">[228]</a> <i>Histoire de l'hôtel royal des Invalides</i>; 1736, in-folio, p. 6 et 7.</p> - -<p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229" class="label">[229]</a> <i>Recueil des gazettes nouvelles</i>, p. 1100 (14 novembre 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230" class="label">[230]</a> Les frères <span class="smallc">Parfaict</span>, <i>Histoire du théâtre françois</i>, t. XI, p. 121-125, -et p. 174 et 178.</p> - -<p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231" class="label">[231]</a> <i>Psiché</i> (sic), <i>tragédie-ballet</i>, par <span class="smallc">L.-B.-P. Molière</span>; et se vend -chez l'auteur à Paris, 1671.</p> - -<p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232" class="label">[232]</a> <i>Psiché</i>; Paris, 1671, p. 1 de l'avis au libraire.</p> - -<p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233" class="label">[233]</a> <i>Psiché, tragédie-ballet</i>; Paris, 1671, acte III, scène <span class="smallc">III</span>, p. 45 -et 51.</p> - -<p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234" class="label">[234]</a> <i>Les Amours de Psiché</i> (sic) <i>et de Cupidon</i>, par <span class="smallc">M. de la Fontaine</span>; -Paris, 1669, in-8<sup>o</sup> et in-12.—<i>Histoire de la vie et des ouvrages -de la Fontaine</i>, troisième édition, 1824, in-8<sup>o</sup>, p. 200.</p> - -<p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235" class="label">[235]</a> Le 12 septembre 1671, le roi donne à Versailles un divertissement, -et on y joue la comédie. Voyez <i>Recueil des gazettes</i>, p. 904.</p> - -<p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236" class="label">[236]</a> <i>Fables nouvelles et autres poésies de M.</i> <span class="smallc">de la Fontaine</span>; -Paris, 1671.—<i>Contes et Nouvelles</i> en vers, par <span class="smallc">M. de la Fontaine</span>; -Paris, 1671. Le privilége du roi dit: «Achevé d'imprimer le 27<sup>e</sup> jour -de janvier 1671.»</p> - -<p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237" class="label">[237]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars, 27 avril 1671; 9 mars 1672), t. I, -p. 190; t. II, p. 140, 349 et 352, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238" class="label">[238]</a> Voyez Berriat Saint-Prix, <i>Œuvres de Boileau</i>, t. I, p. <span class="smallc">CXLI</span> des -Notices bibliographiques.</p> - -<p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239" class="label">[239]</a> Gazettes des 23 et 28 mars 1671, p. 315 et 339. Le jubilé fut terminé -le 11 avril, p. 304.</p> - -<p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240" class="label">[240]</a> <span class="smallc">Jaillot</span>, <i>Recherches critiques, historiques et topographiques -sur la ville de Paris</i>, 1773, in-8<sup>o</sup>, t. II, <i>quartier Saint-Martin des -Champs</i>, p. 33 et 34.</p> - -<p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241" class="label">[241]</a> <i>Recueil de poésies chrétiennes et diverses</i>, par <span class="smallc">M. de la Fontaine</span>; -1671, in-12, 3 vol. in-8<sup>o</sup>. Le premier volume seul porte le titre -de <i>Recueil de poésies chrétiennes et diverses</i>. Les deux autres ont -pour titre: <i>Recueil de poésies diverses</i>. Le privilége du roi est accordé -à l'imprimeur Pierre le Petit, qui y déclare que le livre lui a -été remis entre les mains par Lucie Hélie de Brèves. Conférez, sur -l'auteur ou les auteurs de ce recueil, <i>Histoire de la vie et des ouvrages -de</i> <span class="smallc">la Fontaine</span>, 3<sup>e</sup> édit., p. 212.—<span class="smallc">Berriat Saint-Prix</span>, édition -Boileau, t. I, p. <span class="smallc">CXXXIX</span>.—<span class="smallc">Moreri</span>, <i>Grand dictionnaire</i>, édit. -1759, p. 219.</p> - -<p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242" class="label">[242]</a> <i>Recueil</i>, etc., t. I, p. 413 à 418.</p> - -<p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243" class="label">[243]</a> <i>Recueil de poésies diverses</i>, par <span class="smallc">M. de la Fontaine</span>; 1671, in-12, -t. II, p. 114 à 119.</p> - -<p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244" class="label">[244]</a> <i>Recueil des contes du sieur de la Fontaine, les satires de -Boileau, et autres pièces curieuses</i>; Amsterdam, chez Jean Venhœven, -1668, in-18, p. 226-240. Discours <span class="smallc">IX</span>, <span class="smallc">X</span>, <span class="smallc">XI</span> et <span class="smallc">XII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245" class="label">[245]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 404, édit. G.; t. II, -p. 353, édit. M. L'<i>Art poétique</i> ne fut publié que deux ans après ces -lectures, en 1674.</p> - -<p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246" class="label">[246]</a> Conférez Berriat Saint-Prix dans son édition de Boileau, t. I, -p. <span class="smallc">CCXIII</span> et <span class="smallc">CCXIV</span>. D'autres satires furent publiées par Coras; puis -vint la comédie de Boursault, par la suite les satires de Perrault et -d'autres. La critique désintéressée des satires du temps, 1666, in-8<sup>o</sup> -de 64 pages, est seule de <span class="smallc">Cotin</span>. On a eu tort de lui attribuer celle qui -est intitulée: <i>Despréaux, ou la satire des satires de Boileau</i>; 1660, -petit in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247" class="label">[247]</a> <i>Œuvres meslées de</i> <span class="smallc">M. Cotin</span>, <i>de l'Académie françoise, contenant -énigmes, odes, sonnets et épigrammes</i>, dédiées à <span class="smallc">Mademoiselle</span>, -p. 1 de l'épître dédicatoire.</p> - -<p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248" class="label">[248]</a> <span class="smallc">Cotin</span>, dans la <i>Biographie universelle</i>, t. X, p. 69, ne fait point -mention de cet ouvrage.</p> - -<p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249" class="label">[249]</a> <span class="smallc">Molière</span>, <i>Femmes savantes</i>, acte III, scène <span class="smallc">II</span>, dans les <i>Œuvres</i>, -édit. 1682, t. VI, p. 141 à 147.—L'abbé <span class="smallc">Cotin</span>, <i>Œuvres galantes</i>; -Paris, 1665, t. II, p. 512.</p> - -<p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250" class="label">[250]</a> <span class="smallc">Cotin</span>, <i>la Ménagerie</i>; 1666, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251" class="label">[251]</a> Les frères <span class="smallc">Parfaict</span>, t. XI, p. 208 à 224. Ces consciencieux écrivains -ont bien réuni tous les faits et tous les passages des auteurs -qui nous ont instruits des circonstances relatives à la fameuse scène -de Molière; mais ils ont eu tort de rapporter, comme étant de Charpentier, -une anecdote évidemment fausse, où figure madame de Rambouillet, -qui depuis six ans avait cessé de vivre. Le <i>Carpenteriana</i> -est l'ouvrage d'un nommé Boscheron, et ne mérite aucune confiance.</p> - -<p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252" class="label">[252]</a> <i>Ménagiana</i>, 3<sup>e</sup> édition, 1715, in-12, t. III, p. 23. Ce paragraphe -ne se trouve que dans la 3<sup>e</sup> édition du <i>Ménagiana</i>, qui contient beaucoup -d'additions suspectes faites par la Monnoye. La première édition -(1692, in-8<sup>o</sup>) est la seule bonne, parce qu'au moyen des signes qui -accompagnent chaque paragraphe, et de la liste des noms qui est à -la suite de l'avertissement, tous les paragraphes des auteurs qui ont -contribué à ce curieux recueil sont signés. Les passages relatifs à la -première représentation des <i>Précieuses ridicules</i>, et ceux où madame -de Sévigné est mentionnée, sont dans cette première édition, p. 278 et -p. 35 et 338.</p> - -<p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253" class="label">[253]</a> Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 370 et 470, chap. <span class="smallc">XVIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254" class="label">[254]</a> <i>Débrutaliser</i> est un verbe forgé par madame de Rambouillet. -Accueilli par Vaugelas, approuvé par Ménage, reçu par Richelet dans -son dictionnaire, il n'obtint jamais le suffrage de l'Académie. Voyez -<span class="smallc">Ménage</span>, <i>Observations sur la langue françoise</i>; 1672, in-12, p. 328.—<span class="smallc">Richelet</span>, -<i>Dictionnaire</i>, édit. 1680, t. I, p. 212.</p> - -<p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255" class="label">[255]</a> <i>Recueil de gazettes</i>, 1672, in-4<sup>o</sup>, p. 1120 (Gazette du 21 novembre -1671).—<i>Mémoires de M. le duc de Montausier</i>; Amsterdam, -1731, t. II, p. 31.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 novembre 1671), -t. II, p. 292, édit. G.; t. II, p. 248, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256" class="label">[256]</a> <span class="smallc">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XL, p. 156.—<span class="smallc">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, -1765, t. I, p. 75 et 157.</p> - -<p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257" class="label">[257]</a> <i>Mémoires de Montausier</i>, t. I, p. 46, 84, 136.—<span class="smallc">Tallemant des -Réaux</span>, 2<sup>e</sup> édit., 1840, in-12, t. III, p. 254; t. II, p. 252 de l'édition -in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258" class="label">[258]</a> Conférez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 447, seconde édition, -chap. <span class="smallc">XXXII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259" class="label">[259]</a> <i>Mémoires de M. le duc de Montausier</i>, p. 135, 143 et 148.</p> - -<p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260" class="label">[260]</a> <span class="smallc">Motteville</span>, t. XL, p. 156.—<span class="smallc">Tallemant des Réaux</span>, 2<sup>e</sup> édition, -in-12, t. III, p. 249.</p> - -<p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261" class="label">[261]</a> <span class="smallc">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 116 et 117.</p> - -<p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262" class="label">[262]</a> <span class="smallc">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, ibid.</p> - -<p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263" class="label">[263]</a> <span class="smallc">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLIII, p. 196 (année 1670).</p> - -<p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264" class="label">[264]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars 1671), t. I, p. 372, édit. G.; t. I, p. 287, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265" class="label">[265]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 mai 1672), t. I, p. 71, édit. G.—<span class="smallc">Montausier</span>, -<i>Mémoires</i>, t. II, p. 28, 31, 33.</p> - -<p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266" class="label">[266]</a> <i>Recueil des gazettes nouvelles, ordinaires et extraordinaires</i>, -1672, in-4<sup>o</sup>, p. 1120 (21 novembre 1671).—<span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, -t. V, p. 489 (Lettre du roi à la duchesse de Richelieu, datée de Versailles -le 16 novembre 1671). Ainsi cette lettre de nomination est du -lendemain même de la mort de la duchesse de Montausier.</p> - -<p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267" class="label">[267]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 janvier 1680), t. VI, p. 297, édit. G.; t. VI, -p. 103, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268" class="label">[268]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 décembre 1671), t. II, p. 305, édit. G.; t. II, -p. 259, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269" class="label">[269]</a> Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 94 et 95, chap. <span class="smallc">V</span>.—<span class="smallc">Caylus</span>, -<i>Souvenirs</i>, t. LXVI, p. 382.—<span class="smallc">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires -de madame de Maintenon</i>, chap. <span class="smallc">I</span> et <i>II</i>, p. 1-18.</p> - -<p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270" class="label">[270]</a> <span class="smallc">Caylus</span>, <i>Souvenirs</i>, t. LXVI, p. 388.</p> - -<p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271" class="label">[271]</a> Le premier mourut à l'âge de trois ans; le second, Auguste de -Bourbon, depuis duc du Maine, était né le 31 mars 1670. Conférez -<span class="smallc">Caylus</span>, <i>Souvenirs</i>, t. LXVI, p. 384, et la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, -chap. <span class="smallc">XII</span>, p. 208 à 213.</p> - -<p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272" class="label">[272]</a> Anne-Marie de Bourbon, dite mademoiselle de Blois, naquit à -Vincennes le 2 octobre 1666, et Louis de Bourbon, comte de Vermandois, -naquit un an après, le 2 octobre 1667.</p> - -<p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273" class="label">[273]</a> La terre de Vaujour et la baronnie de Saint-Christophe furent -érigées en duché-pairie par lettres patentes données à Saint-Germain -en Laye au mois de mai 1667.</p> - -<p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274" class="label">[274]</a> <i>Mémoires de François</i> <span class="smallc">de Maucroix</span>; 1842, in-12, p. 32 et 33 -chap. <span class="smallc">XX</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275" class="label">[275]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 209, chap. <span class="smallc">XII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276" class="label">[276]</a> <span class="smallc">Caylus</span>, <i>Souvenirs</i>, t. LXVI, p. 379.—<i>Lettres de madame</i> <span class="smallc">de -Maintenon</span>, édit. de Sautereau de Marsy, t. I, p. 50 (Lettre à mademoiselle -d'Heudicourt, 24 mars 1669).—<span class="smallc">La Beaumelle</span>, édit. de -1756, t. I, p. 48.—<span class="smallc">Bossuet</span>, <i>Œuvres</i>, édit. de Versailles, t. XXXVII, -p. 57, 59, 65 (Lettre au maréchal de Bellefonds, 25 décembre 1673).—<span class="smallc">De -Bausset</span>, <i>Hist. de Bossuet</i>, liv. VI, t. II, p. 30-35.</p> - -<p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277" class="label">[277]</a> <span class="smallc">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires de Maintenon</i>, t. VI, p. 210 (1<sup>er</sup> entretien).</p> - -<p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278" class="label">[278]</a> <span class="smallc">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires pour servir à l'histoire</i>, t. I, p. 151.</p> - -<p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279" class="label">[279]</a> <span class="smallc">Maintenon</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 50 (Lettre du 24 mars 1669), édition -1806, in-12; t. I, p. 48, édit. 1756, in-8<sup>o</sup>. Conférez la 1<sup>re</sup> partie -de ces <i>Mémoires</i>, p. 467, 2<sup>e</sup> édition, et 2<sup>e</sup> partie, p. 451 de la 1<sup>re</sup> édition.</p> - -<p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280" class="label">[280]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 janvier 1672), t. II, p. 338, édit. G; t. II, -p. 286, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281" class="label">[281]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 décembre 1671), t. II, p. 325, édit. G.; -t. II, p. 275, édit. M.—(13 janvier 1672), t. II, p. 342, édit. G.; t. II, -p. 290, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282" class="label">[282]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 421, édit. G.; t. II, -p. 358, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283" class="label">[283]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 février 1672), t. II, p. 400, édit. G.; t. II, -p. 339, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284" class="label">[284]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 décembre 1672, Lettre de madame de Coulanges), -t. III, p. 64.</p> - -<p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285" class="label">[285]</a> <span class="smallc">La Beaumelle</span>, <i>Mémoires pour servir à l'histoire de madame -de Maintenon</i>, t. II, p. 11, et t. VI, p. 213 (<span class="smallc">XI</span><sup>e</sup> entretien).—Madame -<span class="smallc">Scarron</span> (Lettre à mademoiselle d'Heudicourt, du 24 décembre 1672), -t. I, p. 52 de l'édit. de Sautereau de Marsy; 1806, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286" class="label">[286]</a> <span class="smallc">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, dans Petitot, t. LXVI, p. 393-395.</p> - -<p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287" class="label">[287]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1673, Lettre de <i>madame de Coulanges</i>), -t. III, p. 146, édit. G.; t. III, p. 75 et 76, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288" class="label">[288]</a> <span class="smallc">Madame de Coulanges</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1673).</p> - -<p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289" class="label">[289]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 décembre 1673), t. III, p. 248, édit. G.; -t. III, p. 158, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290" class="label">[290]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril 1671), t. II, p. 23, édit. G.; t. II, -p. 19, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291" class="label">[291]</a> Madame de Sévigné nomme cette dame <i>Madruche</i>; mais elle -souligne ce nom, qui en cache évidemment un autre qu'elle n'a pas -voulu mettre. <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 février 1671), t. I, p. 344.</p> - -<p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292" class="label">[292]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 juin 1671), t. I, p. 95, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293" class="label">[293]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 et 28 juin 1671), t. II, p. 109 et 113, -édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294" class="label">[294]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 juillet 1671), t. II, p. 125, édit. G.; t. II, -p. 104, édit M.</p> - -<p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295" class="label">[295]</a> <span class="smallc">Huet</span>, <i>Commentarius de rebus ad eum pertinentibus</i>, lib. <span class="smallc">V</span>.—<span class="smallc">Segrais</span>, -<i>Œuvres</i>; 1755, t. II, p. 118-119.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(1<sup>er</sup> mars 1672).</p> - -<p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296" class="label">[296]</a> Voyez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 476, 2<sup>e</sup> édition.</p> - -<p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297" class="label">[297]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 janvier 1672), t. II, p. 366, édit. G.; t. II, -p. 310, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298" class="label">[298]</a> <span class="smallc">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXV, p. 224.</p> - -<p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299" class="label">[299]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 décembre 1671), t. II, p. 285, édit. G.; t. II, -p. 242, édit. M. Sa fille épousa le marquis d'Aligre en 1680, et elle -eut pour gendre le fameux comte de Boulainvilliers, ce grand champion -de la noblesse et de la féodalité.</p> - -<p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300" class="label">[300]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 janvier 1672), t. II, p. 367.—<i>Ibid.</i> (26 décembre -1672), t. III, p. 134.</p> - -<p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301" class="label">[301]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 mars 1671), t. I, p. 362, édit. G.; t. I, -p. 378, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302" class="label">[302]</a> <span class="smallc">Loret</span>, <i>Muse historique</i> (17 août 1658), liv. IX, p. 23 et 27.—<span class="smallc">Gourville</span>, -<i>Mémoires</i>, t. LII, p. 399.—<span class="smallc">La Fontaine</span>, <i>Œuvres</i>, -épît. <span class="smallc">XII</span>, t. VI, p. 113. Conférez la 2<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i> -chap. <span class="smallc">XII</span>, p. 146, note 3, et p. 479.</p> - -<p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303" class="label">[303]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 février 1671), t. I, p. 364, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304" class="label">[304]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 octobre et 6 novembre 1676), t. V, p. 176 -et 194. Ce couvent était dans la rue du Bac, entre la rue Saint-Dominique -et la rue de Grenelle; il a été démoli. Voyez le plan de Paris -de Buillet, 1676 ou 1710.</p> - -<p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305" class="label">[305]</a> Sur la famille Montsoreau, conférez <span class="smallc">Tallemant des Réaux</span>, t. V, -p. 192 et 195, édit. in-8<sup>o</sup>; t. IX, p. 60 à 63, édit. in-12.—<i>Journal -de Henri III</i>; Cologne, 1720, t. I, p. 32 (année 1579).—<span class="smallc">Expilly</span>, -<i>Grand dictionnaire de la France</i>, au mot <i>Montsoreau</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306" class="label">[306]</a> <span class="smallc">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 252; t. XLII, p. 328.—<span class="smallc">Monglat</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 157.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 novembre -1655), t. I, p. 56, édit. G.—<i>Mémoires et fragments historiques de</i> -<span class="smallc">Madame</span>, édit. de Busoni, 1834.</p> - -<p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307" class="label">[307]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 mars et 1<sup>er</sup> avril 1672), t. II, p. 442 et 447, -édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308" class="label">[308]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 décembre 1672, 26 juin 1676, 6 décembre -1679), t. III, p. 138; t. IV, p. 503; t. VI, p. 238.</p> - -<p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309" class="label">[309]</a> <span class="smallc">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. XL, p. 209 et 210.—Recueil manuscrit -de <i>Chansons historiques</i> (Bibliot. royale), t. III, p. 195-217 -(année 1668).</p> - -<p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310" class="label">[310]</a> <i>Les fausses Prudes</i>, ou <i>les amours de madame de Brancas</i>; -1680, in-12, p. 339 et 347 à 350.</p> - -<p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311" class="label">[311]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 avril 1671). Elle était la femme de Garnier -de Salins, trésorier des parties casuelles et beau-frère du comte de -Brancas, qui avait épousé sa sœur.</p> - -<p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312" class="label">[312]</a> Conférez, sur madame de la Sablière <i>Poésies diverses d'Antoine -Rambouillet</i> <span class="smallc">de la Sablière</span> <i>et de François</i> <span class="smallc">de Maucroix</span>, 1825, -in-8<sup>o</sup>, p. <span class="smallc">VII-XXVI</span>.—<i>Histoire de la vie et des ouvrages de</i> <span class="smallc">la -Fontaine</span>, 1820, in-8<sup>o</sup>, p. 428, et 1824, 3<sup>e</sup> édit., p. 220, 290, 338, -349, 380, 382, 389, 413, 458 et 557.—<i>Biographie universelle</i>, -t. XXXIX, p. 442.</p> - -<p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313" class="label">[313]</a> <span class="smallc">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, 1753, in-12, t. IV, p. 161. (Discours -sur l'amitié, adressé à la duchesse de Mazarin.)</p> - -<p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314" class="label">[314]</a> <span class="smallc">Douxménil</span>, <i>Mémoires et lettres pour servir à l'histoire de mademoiselle -de Lenclos</i>, 1751, p. 26 et 28. Cette maison était située -derrière la place. Douxménil en a donné la description.</p> - -<p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315" class="label">[315]</a> Voyez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 261.</p> - -<p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316" class="label">[316]</a> <span class="smallc">Chaulieu</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 46, dans la note.</p> - -<p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317" class="label">[317]</a> <span class="smallc">Douxménil</span>, <i>Mémoires et lettres pour servir à l'histoire de -mademoiselle de Lenclos</i>, p. 141 et 142.</p> - -<p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318" class="label">[318]</a> Madame <span class="smallc">de Maintenon</span>, <i>Lettres</i> (18 juillet 1666), t. I, p. 45.</p> - -<p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319" class="label">[319]</a> <span class="smallc">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 72.</p> - -<p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320" class="label">[320]</a> <span class="smallc">Douxménil</span>, <i>Mémoires et lettres</i>, etc.; 1751, in-12, p. 30.—<span class="smallc">Bret</span>, -<i>Mémoires sur la vie de mademoiselle de Lenclos</i>, p. 112.</p> - -<p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321" class="label">[321]</a> <span class="smallc">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, t. II, p. 87 et 116.—<span class="smallc">Douxménil</span>, -<i>Mémoires et lettres</i>, p. 172.</p> - -<p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322" class="label">[322]</a> <span class="smallc">Voltaire</span>, <i>Mélanges</i>, t. XLIII, p. 467, édit. de Renouard. -(Sur Ninon de Lenclos.)</p> - -<p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323" class="label">[323]</a> Madame <span class="smallc">de Maintenon</span>, <i>Lettres</i> (8 mars et 18 juillet 1666), -p. 33 et 45, édit. de Sautereau de Marsy, 1806, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324" class="label">[324]</a> Voyez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 239.</p> - -<p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325" class="label">[325]</a> <span class="smallc">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 459 de la collection de Petitot.—<i>Chansons -historiques</i>, Mss. (vol. III, p. 551, année 1672).</p> - -<p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326" class="label">[326]</a> Œuvres de <span class="smallc">Chapelle</span> et de <span class="smallc">Bachaumont</span>, 1755, in-12, p. 133, -136, 139. (Ballades et sonnets à Ninon de Lenclos.)</p> - -<p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327" class="label">[327]</a> Rémond, l'introducteur des ambassadeurs, qu'on appelait Rémond -le Grec, l'abbé Fraguier, l'abbé Gédéon, de l'Académie des -inscriptions et belles-lettres, l'abbé Tallemant, l'abbé de Châteauneuf -étaient les amis de Ninon. Voyez <span class="smallc">Douxménil</span>, <i>Mémoires</i>, -1651, in-12, p. 138 et 139.</p> - -<p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328" class="label">[328]</a> <span class="smallc">Chapelle</span>, <i>Œuvres</i>, édit. 1755, p. 140; <span class="smallc">Bret</span>, p. 137.</p> - -<p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329" class="label">[329]</a> <span class="smallc">Douxménil</span>, <i>Mémoires et lettres pour servir à l'histoire de -mademoiselle de Lenclos</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330" class="label">[330]</a> Conférez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 242-243. Elle eut un -fils du marquis de Villarceaux et un aussi du marquis de Jarzé. Le -comte de Coligny, que nous n'avons point nommé en cet endroit, -paraît avoir précédé Jarzé comme amant de Ninon. <span class="smallc">Douxménil</span>, -<i>Mémoires et lettres de Ninon de Lenclos</i>, p. 69.</p> - -<p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331" class="label">[331]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 juin 1672), t. III, p. 71, édit. G.; t. III, -p. 7, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332" class="label">[332]</a> <span class="smallc">Douxménil</span>, <i>Mémoires et lettres</i>, p. 70.</p> - -<p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333" class="label">[333]</a> Conférez la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 233 à 270, ch. <span class="smallc">XVII</span>, -<span class="smallc">XVIII</span> et <span class="smallc">XIX</span>.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 et 18 mars 1671), t. 1, p. 374 -et 382, édit. G.; t. I, p. 288 et 295, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334" class="label">[334]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars 1671), t. I, p. 288, édit. M. Conférez -surtout l'admirable lettre du <i>marquis de Sévigné à la comtesse -de Grignan</i> (27 septembre 1696), que M. Monmerqué vient -de publier, Paris, 1847, chez Dondey-Dupré (24 pages).</p> - -<p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335" class="label">[335]</a> Les frères <span class="smallc">Parfaict</span>, <i>Histoire du théâtre françois</i>, t. XIV, -p. 523.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 janvier 1672), t. II, p. 347, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336" class="label">[336]</a> Les frères <span class="smallc">Parfaict</span>, <i>Histoire du théâtre françois</i>, t. XIV, -p. 517. <i>Lettre de</i> <span class="smallc">Rousseau</span> à Brossette, t. IV, p. 150 des <i>Œuvres -de J.-B. Rousseau</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337" class="label">[337]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 avril 1671), t. II, p. 8, édit. G.; t. II, p. 7, -édit. M.; t. I, p. 60, édit. de la Haye, 1726, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338" class="label">[338]</a> <span class="smallc">Boileau</span>, <i>Discours sur le dialogue des héros de roman</i>, dans -les <i>Œuvres</i>, t. V, p. 12, édit, de Saint-Marc.</p> - -<p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339" class="label">[339]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13, 15 et 18 mars, 8, 17, 15 et 22 avril 1671), -t. I, p. 374, 382, 404; t. II, p. 6, 22, 23, 28, 30, 33, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. I, p. 288, 295, 313; t. II, p. 6, 18, 19, 25 et 27, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340" class="label">[340]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> avril 1671), t. I, p. 104, édit. G.; t. I, -p. 313, édit. M.; t. I, p. 55, édit. de la Haye.</p> - -<p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341" class="label">[341]</a> Un ami de Saint-Pavin. Voyez l'édition de ce poëte, 1759, p. 35, -et la note de M. Monmerqué à l'endroit cité.</p> - -<p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342" class="label">[342]</a> Conférez surtout la lettre du 8 avril 1671. Cette lettre se trouve -dans les deux premières éditions de 1726, et le chevalier Perrin fut -ainsi forcé de la reproduire dans la sienne.</p> - -<p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343" class="label">[343]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 avril 1671), t. II, p. 45.</p> - -<p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344" class="label">[344]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 avril 1671), t. II, p. 31, édit. G.; t. II, -p. 25, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345" class="label">[345]</a> <i>Ibid.</i> (1<sup>er</sup> janvier 1672); t. II, p. 329, édit. G.; t. II, p. 279, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346" class="label">[346]</a> <span class="smallc">Mignet</span>, <i>Négociations relatives à la succession d'Espagne -sous Louis XIV</i>, t. III, p. 258 (21 et 31 décembre, traité entre -Charles II et Louis XIV), p, 291; (10 juillet 1671, traité avec le duc -de Brunswick), p. 348; (avec l'empereur, 21 novembre et 18 décembre -1671), p. 548 et 553. (La Suède est aux enchères. Courtin -appelle les Suédois les Gascons du Nord. Le 14 avril 1672, le traité -de confédération de la Suède et de la France contre la Hollande est -signé).—<i>Ibid.</i>, t. III, p. 558, 638. (Bonsy, archevêque de Toulouse, -et le marquis de Villars négocient à Madrid.)</p> - -<p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347" class="label">[347]</a> <span class="smallc">Mignet</span>, <i>Négociations, etc.</i>, t. III, p. 666; t. IV, p. 1.</p> - -<p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348" class="label">[348]</a> Voyez la longue liste des beaux noms que donne du Londel dans -ses <i>Fastes</i>, p. 207.</p> - -<p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349" class="label">[349]</a> <span class="smallc">Mignet</span>, <i>Négociations relatives à la succession d'Espagne -sous Louis XIV</i>, t. III, p. 610. (Manifeste de guerre contre la Hollande), -t. III, p. 160; t. IV, p. 269. (Paix entre l'Angleterre et la -Hollande), t. IV, p. 277. (Rupture des conférences, l'électeur de -Cologne enlevé), t. IV, p. 289. (Seconde conquête de la Franche-Comté), -t. IV, p. 299. (Belle campagne de Turenne en Alsace), -t. IV, p. 299, 364, 366, 521. (Charles II devient hostile à la France), -t. IV, p. 678 et 706. La paix se conclut.</p> - -<p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350" class="label">[350]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars 1671), t. I, p. 189, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351" class="label">[351]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1671 et 1672 <i>passim</i>).—L'abbé <span class="smallc">Arnauld</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XXXIV, p. 302-306.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, -t. III, p. 207.</p> - -<p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352" class="label">[352]</a> <span class="smallc">Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 415-420.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(13 juin 1684), t. I, p. 428.</p> - -<p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353" class="label">[353]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 avril, 23 décembre 1671), t. II, p. 317, -édit. G.; t. II, p. 37, 69, 159, 162.</p> - -<p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354" class="label">[354]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 avril 1672), t. II, p. 486.</p> - -<p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355" class="label">[355]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 avril 1672), t. II, p. 490.</p> - -<p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_356" class="label">[356]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars 1671), t. I, p. 273.—<span class="smallc">Caylus</span>, <i>Mém.</i>, -t. LXVI, p. 415.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 avril, 23 décembre, 13 mai, -14 octobre 1671).—<i>Ibid.</i> (6 avril 1672), t. II, p. 451.—<i>Ibid.</i> -(11 mars 1671), t. I, p. 369, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357" class="label">[357]</a> <span class="smallc">Talon</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXII, p. 130 et 193.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, -<i>Mémoires</i>, t. X, p. 151-153.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (23 décembre -1671), t. II, p. 319 et 320.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. III, p. 76, -133; t. IV, p. 36 et 253.</p> - -<p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358" class="label">[358]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 et 18 février), t. II, p. 322 et 330.—<span class="smallc">Conrart</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 33.—<span class="smallc">Retz</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVI, p. 87; -t. XLVII, p. 217.—<span class="smallc">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. IV, -p. 340 et 342. Cette historiette de Tallemant, sur le président Amelot, -est démentie par Conrart et les Mémoires contemporains les -mieux informés.</p> - -<p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359" class="label">[359]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 août 1672), t. II, p. 492.—<i>Ibid.</i>, années -1671 et 1672, <i>passim</i>.—<i>Ibid.</i> (13 mai 1671), t. II, p. 68, -édit. G.—<span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 91.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, -<i>Mémoires</i>, t. III, p. 47.</p> - -<p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360" class="label">[360]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars 1671), t. I, p. 373, et 13 octobre 1673.</p> - -<p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361" class="label">[361]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1671, 3 février 1672, 26 mars 1680, -2 mai 1689), t. I, p. 311; t. II, p. 372; t. VI, p. 416.—(2 mai 1689), -édit. G.—<i>Ibid.</i>, t. I, p. 236; t. II, p. 315; t. VI, p. 210; t. IX, -p. 295.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. IV, p. 311.—<span class="smallc">Montpensier</span>, -<i>Mémoires</i>, t. III, p. 311.—<i>Lettres de</i> <span class="smallc">Sévigné</span>, années 1671-1672 -<i>passim</i>.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 196; t. II, -p. 207.—<span class="smallc">Somaize</span>, <i>le Grand Dictionnaire des Précieuses</i>, 1661; -in-12, t. I, p. 79.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 et 27 avril 1671), t. II, -p. 48 et 465, édit. G.—(22 août 1676), t. IV, p. 407, édit. G.—(11 -décembre 1675), t. IV, p. 240.—(13 février, 1<sup>er</sup> mai 1672, -28 décembre 1673, 24 novembre 1679, 28 septembre 1680), t. I, -p. 324; t. II, p. 54; t. III, p. 282; t. VI, p. 216, 217.—<span class="smallc">Gourville</span>, -<i>Mémoires</i>, t. LII, p. 305 à 308.</p> - -<p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362" class="label">[362]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 janvier, 9 février 1671), t. 1, p. 229-315, -édit. G.; t. I, p. 225 et 238, édit. M.—<i>Ibid.</i> (6 mai 1672), t. III, -p. 7-11, édit. G.; t. II, p. 422, édit. M.—<i>Ibid.</i> (27 février et -13 mars 1671), t. I, p. 347, 373, édit. M.—(27 juin, 13 mars), t. I, -p. 265 et 288, édit. M.—<span class="smallc">La Fayette</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIV, p. 422.—<span class="smallc">Conrart</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 282.</p> - -<p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363" class="label">[363]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (5 février 1672), t. II, p. 374, édit. G.—<i>Ibid.</i> -(6 avril 1672), t. II, p. 450, édit. M.—L'abbé Guiton ou Guéton, -mentionné dans la lettre sur l'incendie de l'hôtel du comte de Guitaud, -était un ami du poëte Santeul. Voyez <span class="smallc">Santolii</span> <i>opera poetica</i>, -1696, p. 361.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 août 1672), t. II, p. 450, -édit. G.—<i>Recueil de gazettes</i> (30 avril 1672), p. 1072.—Marguerite, -duchesse douairière d'Orléans, mourut à cinquante-sept ans.</p> - -<p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364" class="label">[364]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 avril 1672), t. II, p. 475, édit. G.; t. II, -p. 400, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365" class="label">[365]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> janvier, 17 février, 9 mars 1672), t. II, -p. 329, 331, 418, 420, édit. G.; t. II, p. 279, 332, 355.</p> - -<p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366" class="label">[366]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10, 12, 24 février 1672). Voyez, ci-dessus, -2<sup>e</sup> partie des <i>Mémoires</i>, p. 286.</p> - -<p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367" class="label">[367]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 avril 1672), t. II, p. 469, édit. G.; t. II, -p. 395, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368" class="label">[368]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (16 mars 1672), t. II, p. 424, édit. G.; t. II, -p. 361, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369" class="label">[369]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2 juin 1672), t. III, p. 52, édit. G.; t. II, -p. 460, édit. M.; t. II, p. 169, édit. 1734.</p> - -<p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370" class="label">[370]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 29, 30; t. II, -p. 215.—<i>Lettre de madame</i> <span class="smallc">de Villars</span>, édit. 1762 ou édit, 1805.—<span class="smallc">Tallemant -des Réaux</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLVIII, p. 396 et 397.—Madame -<span class="smallc">de Caylus</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXVI, p. 415.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(27 août 1671), t. II, p. 48.—<span class="smallc">Montausier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLI, -p. 382.—<span class="smallc">Loret</span>, <i>Muse historique</i>, liv. IV, p. 18.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, -<i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 29, 30; t. II, p. 115.</p> - -<p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371" class="label">[371]</a> <span class="smallc">Tallemant des Réaux</span>, <i>Mémoires</i>, t. IV, p. 296, édit. in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372" class="label">[372]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. II, p. 114, 115 et 299.—<span class="smallc">Tallemant -des Réaux</span>, <i>Mémoires</i>, t. IV, p. 417.—<span class="smallc">Loret</span>, -<i>Muse historique</i>, liv. IV, p. 10.—<i>Ménagiana</i>, t. IV, p. 7.—<i>Recueil -de chansons historiques et choisies</i>, t. II, p. 193.</p> - -<p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373" class="label">[373]</a> Voyez le <i>Recueil de gazettes</i>, 1673, in-4<sup>o</sup>.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires -authentiques</i>, t. II, p. 114, 115, 299; t. VII, p. 174.—<i>Recueil -de chansons choisies</i>, t. II, p. 193.—<span class="smallc">Segrais</span>, <i>Mémoires</i>, -dans ses <i>Œuvres</i>, t. II, p. 147 et 229.—<span class="smallc">Tallemant des Réaux</span>, -t. IV, p. 236, 296, 417.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 avril, 23 décembre -1671), t. II, p. 45 et 306, édit. G.—<span class="smallc">Segrais</span>, <i>Œuvres</i>, 1758, in-12, -p. 76.—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Nouvelles lettres</i>, t. V, p. 154.—<i>Lettres de -madame de la Fayette à la marquise de Sablé</i>, dans l'ouvrage -de <span class="smallc">Delort</span>, intitulé <i>Mes voyages aux environs de Paris</i>, -t. I, p. 219.—<span class="smallc">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIV, p. 457, 459 -462.</p> - -<p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374" class="label">[374]</a> <span class="smallc">Maintenon</span>, <i>Lettres</i>, édit. de Sautereau de Marsy, chez Léopold -Collin, t. II, p. 202. L'éditeur doute que ce soit la même que la <i>divine</i>, -mais à tort.</p> - -<p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375" class="label">[375]</a> Guillaume Pechpeirou Comenge, comte de Guitaud, marquis -d'Époisses.</p> - -<p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376" class="label">[376]</a> <span class="smallc">Delort</span>, <i>Histoire de l'homme au masque de fer</i>, p. 52.</p> - -<p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377" class="label">[377]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 février et 20 mars 1671, 16 et 25 octobre -1673), t. I, p. 343, 388; t. III, p. 191 et 196.</p> - -<p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378" class="label">[378]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. I, p. 350.—<span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (27 avril 1671, 8 janvier 1676, 25 décembre 1679, 22 décembre -1688, 19 mars 1696), t. II, p. 45; t. IV, p. 302; t. VI, -p. 284; t. IX, p. 47, édit. G.—Le nom de madame de Saint-Géran -était Françoise-Madeleine-Claude de Warignies. Sur le comte de -Saint-Géran, voyez <span class="smallc">Tallemant des Réaux</span>, t. V, p. 162; 1666, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379" class="label">[379]</a> <i>Recueil de chansons</i>, t. IV, p. 37.</p> - -<p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380" class="label">[380]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 mars et 22 avril 1671), t. I, p. 372; t. II, -p. 30; édit. G.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. II, -p. 254.—<i>Œuvres</i>, t. IX, p. 64.</p> - -<p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381" class="label">[381]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 janvier 1672), t. II, p. 345.—(19 mai 1676).—<i>Recueil -de chansons historiques</i>, Mss. Biblioth. royale, t. V, p. 43.</p> - -<p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382" class="label">[382]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (vendredi 5 février 1672), t. II, p. 376, édit. G.; -t. II, p. 316, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383" class="label">[383]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 124 et 125.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(24 et 29 avril. <span class="smallc">Bussy</span>, 1<sup>er</sup> mai 1672), t. II, p. 476-478-483, édit. G.; -t. II, p. 402 à 415, édit. M.—<i>Recueil de gazettes</i>, p. 441 (5 mai -1672).</p> - -<p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384" class="label">[384]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, <i>Mémoires militaires</i>. Guerre de 1672, -t. III, p. 115-193.—<span class="smallc">Griffet</span>, <i>Recueil de lettres pour servir d'éclaircissements -à l'histoire militaire du règne de Louis XIV</i>, -t. I, p. 1-268.</p> - -<p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385" class="label">[385]</a> <i>Épistre au roi, du sieur D***</i>; in-4<sup>o</sup> de 10 pages. Paris, Léonard, -1672. (Le permis d'imprimer, signé <i>la Reynie</i>, est daté du -17 août 1672.)</p> - -<p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386" class="label">[386]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 199.</p> - -<p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387" class="label">[387]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t, III, p. 130.</p> - -<p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388" class="label">[388]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. V, p. 495. Lettre de Colbert au roi, en -date du 5 mai 1672.—<span class="smallc">Clément</span>, <i>Histoire de Colbert</i>, p. 354.</p> - -<p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389" class="label">[389]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 avril 1672), t. II, p. 471, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390" class="label">[390]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 avril 1672), t. II, p. 471 et 475, édit. G.; -t. II, p. 400, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391" class="label">[391]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 et 29 avril 1672), t. II, p. 482-489, édit. -G.; t. II, p. 406, 413, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392" class="label">[392]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 avril 1672), t. II, p. 489, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393" class="label">[393]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 août et 16 mai 1672), t. II, p. 489, et -t. III, p. 29, édit. G.; t. II, p. 411 et 440, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_394" href="#FNanchor_394" class="label">[394]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1672), t. III, p. 107, édit. G.; -t. III, p. 39, édit. M. Au chap. <span class="smallc">XII</span>, p. 213 de ces <i>Mémoires</i> (3<sup>e</sup> partie, -2<sup>e</sup> édit.), au lieu de la duchesse de Sully, qui n'eut jamais de liaison -amoureuse avec Louis XIV, il faut lire la princesse de Soubise.</p> - -<p><a id="Footnote_395" href="#FNanchor_395" class="label">[395]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juillet 1672), t. V, p. 153, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_396" href="#FNanchor_396" class="label">[396]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (Lettre de Bussy, du 23 juin 1694), édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_397" href="#FNanchor_397" class="label">[397]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 juin, 22 juillet 1672), t. III, p. 65 et 106, -édit. G.; t. II, p. 472, et t. III, p. 38, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_398" href="#FNanchor_398" class="label">[398]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 juillet 1672), t. III, p. 98 et 99, édit. G.; t. III, -p. 31, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_399" href="#FNanchor_399" class="label">[399]</a> <i>Recueil de gazettes nouvelles</i>, 1673, in-4<sup>o</sup>, p. 48 et 71 (6 et 15 -janvier 1672), p. 395 (17 avril 1672). A Saint-Germain en Laye la -reine communie; le roi assiste à la grand'messe; Bourdaloue prêche, -n<sup>o</sup> 113, p. 967 (23 septembre 1672).—<i>Ibid.</i>, p. 203, n<sup>o</sup> 139 (29 novembre -1672), p. 1256, n<sup>o</sup> 148 (12 décembre 1672).</p> - -<p><a id="Footnote_400" href="#FNanchor_400" class="label">[400]</a> <i>Gazette officielle</i>; <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Mémoires militaires</i>, <i>Lettres à -la reine</i> (12 juin 1672), t. III, p. 195 des <i>Œuvres</i>. (La régence de -la reine fut déclarée en avril 1672.)</p> - -<p><a id="Footnote_401" href="#FNanchor_401" class="label">[401]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 août 1672), t. II, p. 482, édit. G.; t. II, -p. 410, édit. M.—<i>Ibid.</i> (29 avril 1672), t. II, p. 488, édit. G.; -t. II, p. 413, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_402" href="#FNanchor_402" class="label">[402]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (4 mai 1672), t. II, p. 4, édit. G.; t. II, -p. 419, édit. M.; t. II, p. 217 de l'édit. 1754, la première où cette -lettre a été publiée.</p> - -<p><a id="Footnote_403" href="#FNanchor_403" class="label">[403]</a> L'abbé <span class="smallc">le Boeuf</span>, <i>Histoire du diocèse de Paris</i>, t. VI, p. 202, -p. 95 à 97.</p> - -<p><a id="Footnote_404" href="#FNanchor_404" class="label">[404]</a> Cet enfant mourut en 1683.</p> - -<p><a id="Footnote_405" href="#FNanchor_405" class="label">[405]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 avril 1672), t. II, p. 482 et suiv., édit. G.; -t. II, p. 406 et 410, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_406" href="#FNanchor_406" class="label">[406]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 février 1671), t. I, p. 309, édit. G. (15 avril -1676 et 27 février 1671).—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, -t. X, p. 390 et 392.—<span class="smallc">Saint-Évremond</span>, <i>Œuvres</i>, 1753, in-12, -t. VIII, p. 64, 74, 76.—<span class="smallc">La Fayette</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIV, p. 386.</p> - -<p><a id="Footnote_407" href="#FNanchor_407" class="label">[407]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 et 26 février 1671), t. I, p. 340, édit. G.; -t. I, p. 260, édit. M.—(9 et 26 mars 1672), t. II, p. 339 et 357, -édit. M.—(16 mars 1672), t. II, p. 362, édit. M.—(25 décembre -1675), t. IV, p. 147, édit. M.; t. IV, p. 274, édit. G.—(18 septembre -1678), t. V, p. 363, édit. M.—(27 septembre 1678), t. VI, p. 37, -édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_408" href="#FNanchor_408" class="label">[408]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite en partie par elle-même</i>; -<span class="smallc">Paris</span>, 1808, in-12, p. <span class="smallc">VI</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_409" href="#FNanchor_409" class="label">[409]</a> Conférez notre Vie de Maucroix, dans les <i>Nouvelles œuvres -diverses de J. de la Fontaine</i>, et <i>Poésies de Maucroix</i>, 1820, -in-8<sup>o</sup>, p. 173, 174, 215, note 4; la Chesnaye des Bois, note 1, <i>Dict. -de la noblesse</i>, t. VIII, p. 607, n<sup>o</sup> 12.</p> - -<p><a id="Footnote_410" href="#FNanchor_410" class="label">[410]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite en partie par elle-même</i>, -p. 3.</p> - -<p><a id="Footnote_411" href="#FNanchor_411" class="label">[411]</a> <span class="smallc">Gregorio Leti</span>, <i>Lettere sopra differenti materie</i>; 1701, 2 vol. -in-8<sup>o</sup>, lett. 37, t. I, p. 193; et dans la <i>Vie de madame</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, -p. 166, 195, il célèbre «i lumi della più bella dama che orni -forse il nostro secolo in bellezza.»</p> - -<p><a id="Footnote_412" href="#FNanchor_412" class="label">[412]</a> <span class="smallc">Gregorio Leti</span>, <i>Lettere</i> dans la <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, -p. 194. «Da ogni sua sillaba si forma una nuova anima di -chi l'ascolta.»</p> - -<p><a id="Footnote_413" href="#FNanchor_413" class="label">[413]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. 6.</p> - -<p><a id="Footnote_414" href="#FNanchor_414" class="label">[414]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite par elle-même</i>, p. 7.</p> - -<p><a id="Footnote_415" href="#FNanchor_415" class="label">[415]</a> Madame <span class="smallc">de la Fayette</span>, <i>Hist. de Henriette d'Angleterre</i>, -t. LXIV, p. 406.</p> - -<p><a id="Footnote_416" href="#FNanchor_416" class="label">[416]</a> <span class="smallc">La Fayette</span>, <i>Histoire de madame Henriette</i>, t. LXIV, -p. 406.</p> - -<p><a id="Footnote_417" href="#FNanchor_417" class="label">[417]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. 12.</p> - -<p><a id="Footnote_418" href="#FNanchor_418" class="label">[418]</a> <span class="smallc">Courcelles</span>, <i>Vie</i>, p. 6, 14, 19.—<span class="smallc">Gregorio Leti</span>, <i>Lettere</i>, -t. I, p. 37, et la suite de la <i>Vie de madame</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. 169.</p> - -<p><a id="Footnote_419" href="#FNanchor_419" class="label">[419]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite par elle-même</i>, -p. 16, 19, 22.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. V, p. 103; -t. X, p. 449.</p> - -<p><a id="Footnote_420" href="#FNanchor_420" class="label">[420]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite par elle-même</i>, -p. 17 et 171.—<span class="smallc">Gregorio Leti</span>, <i>Lettere</i>, t. I, n<sup>o</sup> 137, ou p. 171.</p> - -<p><a id="Footnote_421" href="#FNanchor_421" class="label">[421]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. 22.—<span class="smallc">Conrart</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLVIII, p. 258.—<span class="smallc">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 400.—<span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (26 juillet 1668), t. I, p. 184 et 187.—(16 septembre -1673), t. III, p. 195.—<span class="smallc">Barrière</span>, <i>la Cour et la Ville</i>, p. 45.</p> - -<p><a id="Footnote_422" href="#FNanchor_422" class="label">[422]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite par elle-même</i>, -p. 22 et 23.</p> - -<p><a id="Footnote_423" href="#FNanchor_423" class="label">[423]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">DE</span> C<span class="smallc">OURCELLES</span>, <i>écrite par elle-même</i>, -p. 24 et 25.</p> - -<p><a id="Footnote_424" href="#FNanchor_424" class="label">[424]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite par elle-même</i>, -p. 19.—<i>Recueil de chansons historiques</i>, Mss. de la Bibl. royale, -vol. III, p. 67.</p> - -<p><a id="Footnote_425" href="#FNanchor_425" class="label">[425]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite par elle-même</i>, -p. 35. Elle dit <i>le duc de Villeroi</i>, parce qu'elle a écrit après la -mort de son père.</p> - -<p><a id="Footnote_426" href="#FNanchor_426" class="label">[426]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 février et 10 septembre 1672), t. II, p. 321.—Lettres -de madame de Coulanges, dans <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février -1673, 20 mars 1673), édit. G.; t. III, p. 50-73, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_427" href="#FNanchor_427" class="label">[427]</a> Voyez la 2<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">II</span>, t. II, p. 46.</p> - -<p><a id="Footnote_428" href="#FNanchor_428" class="label">[428]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 septembre 1675), t. III, p. 469.—(9 et -29 octobre 1675), t. IV, p. 30 et 33.—(4 août 1677), t. V, p. 170, -édit. M.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. II, p. 245.—<span class="smallc">Montpensier</span>, -<i>Mémoires</i>, t. XLI, p. 268.</p> - -<p><a id="Footnote_429" href="#FNanchor_429" class="label">[429]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 octobre et 1<sup>er</sup> novembre 1671).</p> - -<p><a id="Footnote_430" href="#FNanchor_430" class="label">[430]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite en partie par elle-même</i>; -Paris, 1808, in-12, p. 35.</p> - -<p><a id="Footnote_431" href="#FNanchor_431" class="label">[431]</a> <span class="smallc">La Fayette</span>, <i>Histoire de madame Henriette, Mém.</i>, t. LXIV, -p. 446.</p> - -<p><a id="Footnote_432" href="#FNanchor_432" class="label">[432]</a> Marquise <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>Vie écrite par elle-même</i>, p. 39.</p> - -<p><a id="Footnote_433" href="#FNanchor_433" class="label">[433]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, édit. 1829, in-8<sup>o</sup>, t. VI, -p. 394. Comme la comtesse de Soissons l'était de la maison de la -reine, et la princesse de Conti (Martinozzi) de celle de la reine mère.</p> - -<p><a id="Footnote_434" href="#FNanchor_434" class="label">[434]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. 51.</p> - -<p><a id="Footnote_435" href="#FNanchor_435" class="label">[435]</a> Conférez <span class="smallc">Loret</span>, liv. <span class="smallc">VII</span>, p. 3; liv. <span class="smallc">XII</span>, p. 105.—<span class="smallc">Tallemant -des Réaux</span>, t. IV, p. 321, 322.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (octobre 1677), -t. V, p. 267, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_436" href="#FNanchor_436" class="label">[436]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>écrite par elle-même</i>; 1808, -in-12, p. 53.</p> - -<p><a id="Footnote_437" href="#FNanchor_437" class="label">[437]</a> <i>Ibid.</i>, p. 53 et 54.</p> - -<p><a id="Footnote_438" href="#FNanchor_438" class="label">[438]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 et 27 novembre, 11 décembre 1675), t. IV, -p. 97, 223, édit. M.—<i>Ibid.</i>, p. 246, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_439" href="#FNanchor_439" class="label">[439]</a> <i>Recueil de chansons historiques</i> (Mss. de la Bibl. royale), -t. III, p. 191.</p> - -<p><a id="Footnote_440" href="#FNanchor_440" class="label">[440]</a> <i>Mém. de M. L. D. M.</i> (de madame la duchesse de Mazarin); -Cologne, 1676, p. 53, 60, dans les <i>Œuvres de Saint-Évremond</i>, -t. VIII, p. 37.—<span class="smallc">Bussy</span> <i>à madame de Montmorency</i> (1<sup>er</sup> mars -1669), t. III, p. 119.</p> - -<p><a id="Footnote_441" href="#FNanchor_441" class="label">[441]</a> <i>Mémoires de la duchesse</i> <span class="smallc">de Mazarin</span>, dans <span class="smallc">Saint-Évremond</span>, -t. VIII, p. 44.—<i>Vie de madame</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. 64.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, -<i>Mém.</i>, t. I, p. 342-345.</p> - -<p><a id="Footnote_442" href="#FNanchor_442" class="label">[442]</a> <i>Vie de madame</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. 62.—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, -t. III, p. 124.</p> - -<p><a id="Footnote_443" href="#FNanchor_443" class="label">[443]</a> <i>Ibid.</i>, p. 63.</p> - -<p><a id="Footnote_444" href="#FNanchor_444" class="label">[444]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 février 1672), t. II, p. 399, édit. G.; t. II, -p. 339, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_445" href="#FNanchor_445" class="label">[445]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 et 16 mars 1672), t. II, p. 421, 428, édit. -G.; t. II, p. 357, 363, édit. M.—Madame <span class="smallc">de Montmorency</span>, <i>Lettre -à</i> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>et Lettres de Bussy-Rabutin</i>, t. I, p. 1 et 2.</p> - -<p><a id="Footnote_446" href="#FNanchor_446" class="label">[446]</a> <i>Supplém. aux Mémoires et lettres du comte</i> <span class="smallc">de Bussy</span>, t. I, -p. 1 et 2.</p> - -<p><a id="Footnote_447" href="#FNanchor_447" class="label">[447]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, <i>en partie écrite par elle-même</i>; -Paris, 1808, in-12, p. <span class="smallc">XIV</span> de l'avant-propos.</p> - -<p><a id="Footnote_448" href="#FNanchor_448" class="label">[448]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. <span class="smallc">XIV</span> et 84.</p> - -<p><a id="Footnote_449" href="#FNanchor_449" class="label">[449]</a> <span class="smallc">Gregorio Leti</span>, <i>Hist. Genevrina</i>, t. V, p. 131. <i>Lettres de la -marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span> (22 novembre, 24 décembre 1675, 10 et -28 janvier, 7 février 1676), p. 219 et suiv.</p> - -<p><a id="Footnote_450" href="#FNanchor_450" class="label">[450]</a> <span class="smallc">Gregorio Leti</span>, <i>Hist. Genevrina</i>, t. V, p. 131.—<i>Vie de la -marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. <span class="smallc">X</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_451" href="#FNanchor_451" class="label">[451]</a> <span class="smallc">Bayle</span>, <i>Lettres</i>; Rotterdam, 1714, in-12, t. I, p. 94 (19 juillet -1676), p. 1, 30, 46.—(31 janvier, 27 février, 2 mai 1673, -8 mars, 31 mars, 2 avril, 7 et 14 mai 1674.)</p> - -<p><a id="Footnote_452" href="#FNanchor_452" class="label">[452]</a> <span class="smallc">Gregorio Leti</span>, <i>Lettres</i>, dans la <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, -<i>écrite par elle-même</i>, p. 187-189.</p> - -<p><a id="Footnote_453" href="#FNanchor_453" class="label">[453]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (25 décembre 1675), t. IV, p. 147, édit. M.; -t. IV, p. 274, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_454" href="#FNanchor_454" class="label">[454]</a> <span class="smallc">Courcelles</span>, lettre IV, p. 90; lettre II de <span class="smallc">Leti</span>, p. 187. (Le -nom de la Fayette se trouve en toutes lettres dans le manuscrit de -cette vie, collationné par M. Monmerqué.)</p> - -<p><a id="Footnote_455" href="#FNanchor_455" class="label">[455]</a> <span class="smallc">Courcelles</span>, <i>Vie</i>, p. 2.</p> - -<p><a id="Footnote_456" href="#FNanchor_456" class="label">[456]</a> <span class="smallc">J. Convenent</span>, <i>Histoire abrégée des dernières révolutions -arrivées dans la principauté d'Orange</i>; Londres, rue Robert-Roger, -1704, in-12, p. 8.—<i>Sur le rasement de la ville d'Orange</i>, -p. 451, mss.</p> - -<p><a id="Footnote_457" href="#FNanchor_457" class="label">[457]</a> <i>Lettres de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. 100 et 104, lettre -IX, p. 108, 124, 128, 149, 152, 153.</p> - -<p><a id="Footnote_458" href="#FNanchor_458" class="label">[458]</a> Note manuscrite de Gregorio Leti sur le billet de la marquise -de Courcelles, qui est à la page 153.</p> - -<p><a id="Footnote_459" href="#FNanchor_459" class="label">[459]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. <span class="smallc">XVI</span> de l'avant-propos.—<span class="smallc">Gregorio -Leti</span>, <i>Storia Ginevrina</i>, t. V, p. 133.</p> - -<p><a id="Footnote_460" href="#FNanchor_460" class="label">[460]</a> <span class="smallc">Courcelles</span>, <i>Lettres</i>, p. 156 et 157, mais avec quelques corrections -faites d'après le manuscrit de Millin, collationné par M. Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_461" href="#FNanchor_461" class="label">[461]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 septembre 1678), t. VI, p. 33, édit. G.; -t. V, p. 363, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_462" href="#FNanchor_462" class="label">[462]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. V, p. 103.</p> - -<p><a id="Footnote_463" href="#FNanchor_463" class="label">[463]</a> <i>Vie de madame</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. <span class="smallc">XIX</span>, p. 210 à 239.—<span class="smallc">Gregorio -Leti</span>, <i>Lettere sopra differenti materie</i>; Amsterdam, 1701, -2 vol. in-8<sup>o</sup>, lettre XLIII du recueil.</p> - -<p><a id="Footnote_464" href="#FNanchor_464" class="label">[464]</a> <i>Requeste à messieurs du parlement, présentée par</i> madame -de C***, à la suite du <i>Voyage de messieurs</i> <span class="smallc">de Bachaumont</span> et <span class="smallc">la -Chapelle</span>; 1698, in-12, p. 137.—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> du 2 mars 1673 -(t. IV, p. 37), édit. 1737.</p> - -<p><a id="Footnote_465" href="#FNanchor_465" class="label">[465]</a> <span class="smallc">Chardon de la Rochette</span>, dans la <i>Vie de la marquise de -Courcelles</i>, p. 77; il cite le <i>Traité des adultères</i>, par Fournel; -1783, in-12, p. 41.</p> - -<p><a id="Footnote_466" href="#FNanchor_466" class="label">[466]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 septembre 1678), t. VI, p. 35, édit. G. -(C'est une lettre de Bussy à Corbinelli, où il y a quelques lignes de -madame de Coligny adressées à madame de Sévigné.)</p> - -<p><a id="Footnote_467" href="#FNanchor_467" class="label">[467]</a> <i>Vie de la marquise</i> <span class="smallc">de Courcelles</span>, p. 78.</p> - -<p><a id="Footnote_468" href="#FNanchor_468" class="label">[468]</a> <span class="smallc">Dangeau</span>, <i>Journal manuscrit</i> (25 décembre), cité par M. Monmerqué -dans son édition des <i>Lettres de madame</i> <span class="smallc">de Sévigné</span>, V, -263.—Conférez encore, dans le même, I, 260; II, 263, 339, 357, -363; IV, 147.</p> - -<p><a id="Footnote_469" href="#FNanchor_469" class="label">[469]</a> <span class="smallc">Du Londel</span>, <i>Fastes des rois de la maison d'Orléans et de -celle des Bourbons</i>, 1697, in-8<sup>o</sup>, p. 207-209.</p> - -<p><a id="Footnote_470" href="#FNanchor_470" class="label">[470]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 juin 1672), t. III, p. 82, édit. G.; p. 17, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_471" href="#FNanchor_471" class="label">[471]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 juillet 1672), t. III, p. 101, édit. G.; t. III, -p. 34, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_472" href="#FNanchor_472" class="label">[472]</a> <span class="smallc">Gourville</span>, <i>Mémoires</i>, t. LII, p. 454 et 455.</p> - -<p><a id="Footnote_473" href="#FNanchor_473" class="label">[473]</a> Voyez ci-dessus, 3<sup>e</sup> partie, chap. <span class="smallc">XVI</span>, p. 311.</p> - -<p><a id="Footnote_474" href="#FNanchor_474" class="label">[474]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 juillet 1672).</p> - -<p><a id="Footnote_475" href="#FNanchor_475" class="label">[475]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 16 juillet 1672), t. III, p. 84-86, édit. -G.; t. III, p. 19, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_476" href="#FNanchor_476" class="label">[476]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 et 8 juillet 1672), t. III, p. 93-95, édit. G.; -t. III, p. 27-29, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_477" href="#FNanchor_477" class="label">[477]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (13 avril 1672), t. II, p. 456, édit. G.; t. II, -p. 385, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_478" href="#FNanchor_478" class="label">[478]</a> <i>Recueil de chansons historiques</i>, mss de la Biblioth. royale, -in-folio, t. IV, p. 61.</p> - -<p><a id="Footnote_479" href="#FNanchor_479" class="label">[479]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 et 27 juillet 1672), p. 101 et 111-113, -édit. G.; p. 34 et 42, édit. M.—(16 juillet 1672), t. III, p. 104, -édit. G.; t. III, p. 37, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_480" href="#FNanchor_480" class="label">[480]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1672), t. III, p. 108, édit. G.; -t. III, p. 40, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_481" href="#FNanchor_481" class="label">[481]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 juillet 1672), t. III, p. 101, édit. G.; -t. III, p. 34, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_482" href="#FNanchor_482" class="label">[482]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> t. I, p. 94-116.</p> - -<p><a id="Footnote_483" href="#FNanchor_483" class="label">[483]</a> <span class="smallc">Fouquet</span>, <i>Défenses</i>, t. X (t. V de la suite), p. 24 et 25; t. I, -p. 144 et 141.—<i>Ibid.</i>, <i>Conclusions des défenses</i>, p. 69 et 70, -édit. in-18.—<span class="smallc">Guy-Patin</span>, <i>Lettres</i>, t. II, p. 471; t. III, p. 415, -édit. 1846, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_484" href="#FNanchor_484" class="label">[484]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Histoire ancienne des Gaules</i>, p. 18, 20 et 22, édit. -in-18, 1666, avec frontispice gravé.—<i>Histoire amoureuse de -France</i>, dans le <i>Recueil des histoires galantes</i>; Cologne, chez -Jean le Blanc, p. 18.—<i>Histoire amoureuse de France</i>; 1710, in-12, -p. 26.</p> - -<p><a id="Footnote_485" href="#FNanchor_485" class="label">[485]</a> Voyez ci-dessus, 2<sup>e</sup> partie, chap. <span class="smallc">VII</span>, p. 73.</p> - -<p><a id="Footnote_486" href="#FNanchor_486" class="label">[486]</a> <span class="smallc">Expilly</span>, <i>Dictionnaire des Gaules et de la France</i>, t. IV, -p. 855, au mot <i>Montjeu</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_487" href="#FNanchor_487" class="label">[487]</a> <span class="smallc">Garreau</span>, <i>Description du gouvernement de Bourgogne</i>, -p. 541, 2<sup>e</sup> édit., 1734, in-8<sup>o</sup>.—<i>Ibid.</i>, 1<sup>re</sup> édit., 1717, p. 291.</p> - -<p><a id="Footnote_488" href="#FNanchor_488" class="label">[488]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1672).—(11 juillet 1672), t. III, -p. 34, édit. M.—(13 octobre 1677), t. V, p. 432.—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Mémoires</i>, -édit. d'Amst., 1721, t. I, p. 93 et 125.—Voyez ci-dessus, -t. I, p. 119 de ces <i>Mémoires</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_489" href="#FNanchor_489" class="label">[489]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1672, 4 juin 1687, 5 mars 1690), -t. III, p. 41; t. VII, p. 449; t. VIII, p. 435; t. IX, p. 338.—<span class="smallc">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, t. I, p. 306.</p> - -<p><a id="Footnote_490" href="#FNanchor_490" class="label">[490]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (31 décembre 1684), t. VII, p. 505, édit. G.[**;] -t. VII, p. 222, édit. M.—(30 mai 1687), t. VII, p. 446, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_491" href="#FNanchor_491" class="label">[491]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1685), t. VIII, p. 90, édit. G.—(18 -janvier 1687), t. VII, p. 414, édit. M.; t. VIII, p. 208, édit. G.—<span class="smallc">Garreau</span>, -<i>Description du gouvernement de Bourgogne</i>, -2<sup>e</sup> édit., 1734, in-8<sup>o</sup>, p. 641; 1<sup>re</sup> édit., p. 320.</p> - -<p><a id="Footnote_492" href="#FNanchor_492" class="label">[492]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 septembre 1677), t. V, p. 215, édit. M., -t. V, p. 379, édit. G.—<span class="smallc">Garreau</span>, <i>Description de la Bourgogne</i>, -p. 416; il écrit <i>Chaseul</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_493" href="#FNanchor_493" class="label">[493]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 juillet 1672), t. III, édit. G.; t. III, p. 40, -édit. M.—<span class="smallc">Xavier Girault</span>, <i>Détails historiques sur les ancêtres, -les possessions et les descendants de madame de Sévigné</i>, -dans les <i>Lettres inédites de madame de Sévigné</i>, 1819, in-12, -p. <span class="smallc">XLIV</span>; dans les <i>Lettres de Sévigné</i>, édit. G., t. I, p. <span class="smallc">XCIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_494" href="#FNanchor_494" class="label">[494]</a> <span class="smallc">Bussy de Rabutin</span>, <i>Lettres</i> (10 et 21 juillet 1686 et 27 août -1687), t. VI, p. 180, 251, 254, édit. 1727, in-12.—(19 et 28 mars -1688), t. VI, p. 275 et 277.—(18 janvier, 3 mai 1690), t. VII, -p. 119.—(5 septembre 1690), t. VII, p. 148.</p> - -<p><a id="Footnote_495" href="#FNanchor_495" class="label">[495]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 octobre 1673), t. III, p. 115, édit. M.; -t. III, p. 195, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_496" href="#FNanchor_496" class="label">[496]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 septembre, 13 octobre 1677, 27 juin 1678), -t. V, p. 257, 261, 341.—<i>Ibid.</i> (9 décembre 1638), t. VIII, p. 201, -édit. M.—<i>Ibid.</i> (14 août 1691), t. IX, p. 471.—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> -(20 février 1687), t. VI, p. 218.</p> - -<p><a id="Footnote_497" href="#FNanchor_497" class="label">[497]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (9 mars et 11 juillet 1687), t. VI, p. 224 et -250.—(28 avril 1690), t. VII, p. 114 à 119.</p> - -<p><a id="Footnote_498" href="#FNanchor_498" class="label">[498]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 juillet 1672), t. III, p. 109, édit. G.; -t. III, p. 42, édit. M.—<span class="smallc">Richard</span>, <i>Guide classique du voyageur en -France</i>, p. 15, édit. 1833, in-12, p. 241.</p> - -<p><a id="Footnote_499" href="#FNanchor_499" class="label">[499]</a> Pâques, en l'année 1672, était le 17 avril.</p> - -<p><a id="Footnote_500" href="#FNanchor_500" class="label">[500]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (17 février 1672), t. II, p. 391, édit. G.; t. II, -p. 332, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_501" href="#FNanchor_501" class="label">[501]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 juillet 1672), t. III, p. 109, édit. G.; -t. III, p. 43, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_502" href="#FNanchor_502" class="label">[502]</a> <span class="smallc">Spon</span>, <i>Recherches des antiquités et curiosités de la ville de -Lyon</i>; 1675, in-8<sup>o</sup>, p. 196, pl.—<span class="smallc">Marion Dumersan</span>, <i>Histoire du -Cabinet des médailles</i>; 1838, in-8<sup>o</sup>, p. 12.</p> - -<p><a id="Footnote_503" href="#FNanchor_503" class="label">[503]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="smallc">de Rabutin-Chantal</span>, édit. de La Haye, -1726, in-12, t. I, p. 260. Le nom du marquis de Senneterre est en -toutes lettres dans cette édition.</p> - -<p><a id="Footnote_504" href="#FNanchor_504" class="label">[504]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 mai, 28 octobre, 26 décembre 1671), -t. II, p. 78, 273 et 290, édit. G.—(19 août 1676), t. V, p. 83.—(17 -janvier 1680.)</p> - -<p><a id="Footnote_505" href="#FNanchor_505" class="label">[505]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 février 1671), t. I, p. 305, édit. G.; t. I, -p. 231, édit. M.—<i>Ibid.</i> (27 juillet 1672), t. III, p. 110, édit. G.; -t. III, p. 42, édit. M. Conférez ci-dessus la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, -p. 320.</p> - -<p><a id="Footnote_506" href="#FNanchor_506" class="label">[506]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 397-400.</p> - -<p><a id="Footnote_507" href="#FNanchor_507" class="label">[507]</a> <span class="smallc">Coulanges</span>, dans <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> août 1672), t. III, p. 112, -édit. G.; t. III, p. 44, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_508" href="#FNanchor_508" class="label">[508]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 avril 1671), t. II, p. 451, édit. G.—(24 -juin 1672), t. III, p. 79, édit. G.; t. III, p. 15, édit. M.—(10 février -1672), t. II, p. 378, 380, édit. G.; t. II, p. 321, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_509" href="#FNanchor_509" class="label">[509]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 février 1672), t. II, p. 379.</p> - -<p><a id="Footnote_510" href="#FNanchor_510" class="label">[510]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 avril 1672), t. II, p. 449, édit. G.; t. II, -p. 379, édit. M.—<i>La France galante, ou Histoire amoureuse de -la cour</i>, nouv. édit., à Cologne, chez Pierre Marteau, 1695, in-18, -p. 287, 355, 356, 357.—<i>Ibid.</i>, p. 304, 385.</p> - -<p><a id="Footnote_511" href="#FNanchor_511" class="label">[511]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 mars, 1<sup>er</sup> et 20 avril 1672), t. II, p. 442, -446 et 447, édit. G.; t. II. p. 377, édit. M. Conférez ci-dessus la -3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">XII</span>, p. 221.</p> - -<p><a id="Footnote_512" href="#FNanchor_512" class="label">[512]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (7 et 28 juillet 1680), t. IV, p. 362 et 392, -édit. M.; t. VII, p. 92 et 131, édit. G.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires -authentiques</i>, t. XII, p. 235, 238, édit. 1829, in-8<sup>o</sup>.—<i>Œuvres -complètes de Louis de Saint-Simon</i>, t. XII, p. 155, édit. 1791, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_513" href="#FNanchor_513" class="label">[513]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (2 juin 1672), t. III, p. 50, édit. G.; t. II, -p. 458, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_514" href="#FNanchor_514" class="label">[514]</a> Conférez la 2<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">XXV</span>, p. 360.</p> - -<p><a id="Footnote_515" href="#FNanchor_515" class="label">[515]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 juin 1672), t. II, p. 463, édit. M.; t. III, -p. 56, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_516" href="#FNanchor_516" class="label">[516]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 juin 1672), t. III, p. 15, édit. M.; t. III, -p. 79, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_517" href="#FNanchor_517" class="label">[517]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> août 1672), t. III, p. 112, 114.</p> - -<p><a id="Footnote_518" href="#FNanchor_518" class="label">[518]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (12 février 1672), t. II, p. 384 et 386, édit. -G.; t. II, p. 325, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_519" href="#FNanchor_519" class="label">[519]</a> Allusion au septième chant de l'<i>Orlando furioso</i>, qui contient -l'histoire de <i>Ruggiero</i> et d'<i>Alcina</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_520" href="#FNanchor_520" class="label">[520]</a> <span class="smallc">Madame de Coulanges</span>, dans <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 octobre 1672), -t. III, p. 122, édit. G.; t. III, p. 52. édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_521" href="#FNanchor_521" class="label">[521]</a> <span class="smallc">Madame de Coulanges</span>, dans <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février -1673), t. III, p. 143 et 144, édit. G.; t. III, p. 73, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_522" href="#FNanchor_522" class="label">[522]</a> <span class="smallc">Madame de Coulanges</span>, dans <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1673), -t. III, p. 149, édit. G.; t. III, p. 53, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_523" href="#FNanchor_523" class="label">[523]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 octobre 1672), t. III, p. 198, édit. 1811, -de Grouvelle. Cet éditeur est le premier auteur des notes de cette -lettre; ces notes ne se trouvent pas dans les deux éditions du chevalier -Perrin: c'est à tort que M. G. de Saint-Germain les lui attribue. -Voyez t. III, p. 123; et dans l'édit. de M. t. III, p. 53.</p> - -<p><a id="Footnote_524" href="#FNanchor_524" class="label">[524]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1673), t. III, p. 148. L'initiale S -désigne peut-être mademoiselle d'Usa de Salusse, inscrite la première -dans la liste des filles d'honneur de la reine. Voyez <i>État de -la France</i>, 1669, in-12, p. 361.</p> - -<p><a id="Footnote_525" href="#FNanchor_525" class="label">[525]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février 1673), t. III, p. 142.—L'<i>État -de la France</i>, 1678, p. 376.—La charge de dame du lit fut créée -le 2 avril 1673.</p> - -<p><a id="Footnote_526" href="#FNanchor_526" class="label">[526]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires complets et authentiques</i>, t. I, p. 205.</p> - -<p><a id="Footnote_527" href="#FNanchor_527" class="label">[527]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 janvier 1680), t. VI, p. 331, édit. G.; -t. VI, p. 133, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_528" href="#FNanchor_528" class="label">[528]</a> Voyez ci-dessus, 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">IX</span>, p. 104 -et suiv.</p> - -<p><a id="Footnote_529" href="#FNanchor_529" class="label">[529]</a> <span class="smallc">La Fontaine</span>, <i>Œuvres</i>, t. VI, p. 187 de l'édit. 1826, in-8<sup>o</sup>; -p. 264 de l'édit. 1827; 580 de l'édit. 1835, in-8<sup>o</sup>, 1 vol., <i>Sixain -pour le roi</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_530" href="#FNanchor_530" class="label">[530]</a> <span class="smallc">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 20.</p> - -<p><a id="Footnote_531" href="#FNanchor_531" class="label">[531]</a> <span class="smallc">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. IV, p. 368.</p> - -<p><a id="Footnote_532" href="#FNanchor_532" class="label">[532]</a> <span class="smallc">Motteville</span>, <i>Mémoires</i>, t. IV, p. 398.</p> - -<p><a id="Footnote_533" href="#FNanchor_533" class="label">[533]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires complets et authentiques</i>, t. IV, -p. 394 et 395.</p> - -<p><a id="Footnote_534" href="#FNanchor_534" class="label">[534]</a> Conférez partie II, chap. <span class="smallc">XX</span> de ces <i>Mémoires</i>, p. 299 à 301.</p> - -<p><a id="Footnote_535" href="#FNanchor_535" class="label">[535]</a> <span class="smallc">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, t. LXIII, p. 458 et suiv. Reçu alors seulement -comme coadjuteur; mais cela lui assurait le siége à vingt-sept -ans.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. II, p. 279.</p> - -<p><a id="Footnote_536" href="#FNanchor_536" class="label">[536]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1671), t. II, p. 386, édit. G.; t. I, -p. 298, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_537" href="#FNanchor_537" class="label">[537]</a> Voyez, ci-dessus, la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, t. I, p. 80, -386 et 407.</p> - -<p><a id="Footnote_538" href="#FNanchor_538" class="label">[538]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (8 décembre 1673), t. III, p. 164, édit. M.; -t. III, p. 254, édit. G.—<i>Ibid.</i> (19 janvier 1674), t. III, p. 220, -édit. M.; t. III, p. 319, édit. G.—<i>Ibid.</i> (5 février 1674), t. III, -p. 324, édit. M.; t. III, p. 336, édit. G. (Récit de l'homme renversé.)—(12 -août 1675), t. III, p. 394, édit. M.; t. IV, p. 16, -édit. G.—(22 février 1695), t. X, p. 60, édit. M.; t. XI, p. 135, -édit. G.; et ci-dessus, 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 78.</p> - -<p><a id="Footnote_539" href="#FNanchor_539" class="label">[539]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, chap. <span class="smallc">VIII</span>, t. II, p. 85.</p> - -<p><a id="Footnote_540" href="#FNanchor_540" class="label">[540]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (avril 1672), t. I, p. 110 (supplément).</p> - -<p><a id="Footnote_541" href="#FNanchor_541" class="label">[541]</a> C'était alors le cardinal de Bouillon, depuis le 10 décembre 1671. -Voyez l'<i>État de la France</i>, p. 12.</p> - -<p><a id="Footnote_542" href="#FNanchor_542" class="label">[542]</a> <i>Mémoires de M.</i> <span class="smallc">Fr. de Maucroix</span>, <i>chanoine et sénéchal de -l'église de Reims</i>; 1842, in-12, 2<sup>e</sup> partie, p. 41.</p> - -<p><a id="Footnote_543" href="#FNanchor_543" class="label">[543]</a> L'<i>État de la France</i>; 1677, in-12, p. 78.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, -<i>Mémoires authentiques</i>, t. VI, p. 4-6; t. VII, p. 127, et t. IX, -p. 142.</p> - -<p><a id="Footnote_544" href="#FNanchor_544" class="label">[544]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 décembre 1672, 14 juillet 1673). (Lettre de -madame de la Fayette: «La Marans est une sainte; il n'y a point de -raillerie, cela me paraît un miracle.»)—(1<sup>er</sup>, 5 et 15 janvier 1674), -t. III, p. 67, 70, 100, 195, 197, 211, édit. M.; t. III, p. 72, 137, -309, édit. G. Voyez aussi sur madame de la Sablière, <i>ibid.</i>, <i>Lettres</i> -(8 novembre 1679, 21 juin et 14 juillet, 4 août 1680), t. VI, p. 335, -373, 405, édit. M.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. XV, p. 434, trace -un portrait semblable de la marquise de Créquy.</p> - -<p><a id="Footnote_545" href="#FNanchor_545" class="label">[545]</a> <i>La France galante</i>; Cologne, 1695, in-12, p. 345, 380 et 385.—<i>Histoire -amoureuse des Gaules</i>, 1754, in-12, t. V, p. 106 et 175.</p> - -<p><a id="Footnote_546" href="#FNanchor_546" class="label">[546]</a> <span class="smallc">La Bruyère</span>, <i>Des femmes</i>, n<sup>os</sup> 35, 43, 46; t. I, p. 204, 207, 209; -t. II, p. 672, 673, 674, 689, édit. 1845, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_547" href="#FNanchor_547" class="label">[547]</a> <i>Chansons historiques</i>, t. VII, p. 87, Mss. de la Biblioth. royale, -collection Maurepas.</p> - -<p><a id="Footnote_548" href="#FNanchor_548" class="label">[548]</a> <i>La France galante, ou Histoire amoureuse de la cour</i>, nouvelle -édition, augmentée de pièces curieuses; Cologne, chez Pierre -Marteau, p. 295 à 385, 394, 414 et 415. Voir le recueil intitulé -<i>Histoire amoureuse des Gaules, par</i> <span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>; 1754, in-12, -t. V, p. 79, 172, 174, 216.</p> - -<p><a id="Footnote_549" href="#FNanchor_549" class="label">[549]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. IX, p. 142 et 143.—<span class="smallc">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, t. V, p. 124 et 129.</p> - -<p><a id="Footnote_550" href="#FNanchor_550" class="label">[550]</a> <span class="smallc">Benserade</span>, <i>Œuvres</i>, 1697, in-12, t. II., p. 364.—<i>État de -la France</i>, 1677, p. 78.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>. Conférez -<span class="smallc">Bussy</span>, <span class="smallc">Lettres</span>, t. V, p. 124 et 129. Voyez <span class="smallc">Monmerqué</span>, <i>Lettres -de Sévigné</i>, t. IV, p. 151, note.—<i>La France galante</i>, édit. 1695, -in-12, p. 287, 290.—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. V, p. 125 et 129.</p> - -<p><a id="Footnote_551" href="#FNanchor_551" class="label">[551]</a> <i>La France galante</i>, 1695, in-12, p. 348, 414, 415.—<i>Histoire -amoureuse des Gaules</i>, 1654, in-12, t. V, p. 79, 166, 173, 174, -218, et <i>madame</i> <span class="smallc">de Coulanges</span>, dans <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars -1673), t. III, p. 149, édit. G.; t. III, p. 53, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_552" href="#FNanchor_552" class="label">[552]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, chap. <span class="smallc">VII</span>, t. II, p. 84.</p> - -<p><a id="Footnote_553" href="#FNanchor_553" class="label">[553]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. IX, p. 142: «La -duchesse douairière d'Aumont mourut; c'était une grande et grosse -femme.»</p> - -<p><a id="Footnote_554" href="#FNanchor_554" class="label">[554]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (29 décembre 1675), t. IV, p. 281, édit. G.; -t. IV, p. 154, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_555" href="#FNanchor_555" class="label">[555]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. VI, p. 75.—<span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (21 janvier 1695), t. XI, p. 124, édit. G.; t. X, p. 50, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_556" href="#FNanchor_556" class="label">[556]</a> <i>La France galante, ou Histoire amoureuse de la cour</i>; Cologne, -chez Pierre Marteau, 1695, in-12, p. 416 et 417.—<i>Histoire -amoureuse des Gaules</i>, édit. 1754, t. V, p. 213 et suiv.</p> - -<p><a id="Footnote_557" href="#FNanchor_557" class="label">[557]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 mars et 1<sup>er</sup> avril 1672), t. II, p. 443 et -446, édit. G.—<i>Ibid.</i>, t. II, p. 374, 376, édit. M.—<i>Ibid.</i> (28 juin -1671), t. II, p. 93, édit. M.; et t. II, p. 113, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_558" href="#FNanchor_558" class="label">[558]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 avril 1672), t. II, p. 467, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. II, p. 394, édit M.</p> - -<p><a id="Footnote_559" href="#FNanchor_559" class="label">[559]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup> août 1672), t. III, p. 112 et 114, édit. G.; -t. III, p. 46, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_560" href="#FNanchor_560" class="label">[560]</a> Conférez le <i>Recueil de chansons, vaudevilles, épigrammes, -épitaphes et autres pièces satiriques, historiques, avec des remarques -curieuses</i>, Mss. de la Biblot. royale, t. III, depuis 1666 -jusqu'à 1672.</p> - -<p><a id="Footnote_561" href="#FNanchor_561" class="label">[561]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 octobre 1672), t. III, p. 123, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. III, p. 53.</p> - -<p><a id="Footnote_562" href="#FNanchor_562" class="label">[562]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 et 27 juillet 1673), t. III, p. 164 et 168, -édit. G.; t. III, p. 80 et 94, édit. M.—(11 septembre 1672), t. III, -p. 120, édit. G.; t. III, p. 51, édit. M. Lettre de madame de Coulanges: -«Le bruit court que vous ne travaillez pas à patrons, etc.»</p> - -<p><a id="Footnote_563" href="#FNanchor_563" class="label">[563]</a> <span class="smallc">Sully</span>, <i>Œconomies royales</i> (1594), t. II, p. 253 de la collection -des <i>Mémoires relatifs à l'histoire de France</i>, édit. de Petitot, -1820, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_564" href="#FNanchor_564" class="label">[564]</a> Le 20 janvier 1649. Conférez l'opuscule intitulé <i>Les emplois -de M. le président Gaufredi</i> (sans titre, sans nom d'imprimeur, ni -date, ni frontispice, de 100 pages), p. 86.</p> - -<p><a id="Footnote_565" href="#FNanchor_565" class="label">[565]</a> <span class="smallc">Papon</span>, <i>Histoire de Provence</i>, t. IV, p. 501 et 601. En 1543, -un Adhémar de Grignan figure dans les affaires de ce temps, p. 110 -et 117.</p> - -<p><a id="Footnote_566" href="#FNanchor_566" class="label">[566]</a> <span class="smallc">Reboulet</span>, <i>Histoire du règne de Louis XIV</i>; Avignon, 1744, -in-4<sup>o</sup>, t. I, p. 189.—<span class="smallc">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 153-154.</p> - -<p><a id="Footnote_567" href="#FNanchor_567" class="label">[567]</a> <span class="smallc">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 243 et 391.—<span class="smallc">Reboulet</span>, <i>Histoire -du siècle de Louis XIV</i>, t. I, p. 202.</p> - -<p><a id="Footnote_568" href="#FNanchor_568" class="label">[568]</a> <span class="smallc">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 391.</p> - -<p><a id="Footnote_569" href="#FNanchor_569" class="label">[569]</a> <span class="smallc">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. L, p. 391.</p> - -<p><a id="Footnote_570" href="#FNanchor_570" class="label">[570]</a> <span class="smallc">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, t. XLII, p. 449 et 450.—<span class="smallc">Reboulet</span>, -<i>Histoire du règne de Louis XIV</i>, t. I, p. 524.—<span class="smallc">Henri Martin</span>, -<i>Histoire de France</i>, t. XIV, p. 480.</p> - -<p><a id="Footnote_571" href="#FNanchor_571" class="label">[571]</a> <span class="smallc">Monglat</span>, <i>Mémoires</i>, t. LI, p. 97 et 98.</p> - -<p><a id="Footnote_572" href="#FNanchor_572" class="label">[572]</a> <i>Abrégé des délibérations de l'assemblée générale des communautés -du pays de Provence, convoquée à Lambesc</i> le 25 août -1668, p. 2.</p> - -<p><a id="Footnote_573" href="#FNanchor_573" class="label">[573]</a> Voyez ci-dessus la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 303-304.</p> - -<p><a id="Footnote_574" href="#FNanchor_574" class="label">[574]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 novembre 1673), t. III, p. 227.</p> - -<p><a id="Footnote_575" href="#FNanchor_575" class="label">[575]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 novembre 1671), t. I, p, 276, édit. G.; t. I, -p. 206, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_576" href="#FNanchor_576" class="label">[576]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 février 1690), t. X, p. 273, édit. G.; t. IX, -p. 317.</p> - -<p><a id="Footnote_577" href="#FNanchor_577" class="label">[577]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 novembre 1670, 18, 22 et 25 novembre -1671), t. I, p. 277, édit. G.; t. I, p. 206, édit. M.; t. II, p. 277 et -295, édit. G.; t. II, p. 240 et 251, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_578" href="#FNanchor_578" class="label">[578]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (Aix, 11 décembre 1672), t. III, p. 59, édit. M.; -t. III, p. 129, édit. G.—<i>Ibid.</i> (30 décembre 1672), t. III. p. 66, -édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_579" href="#FNanchor_579" class="label">[579]</a> <i>Lettre de M.</i> <span class="smallc">de Grignan</span> <i>à Colbert</i>, du 22 décembre 1671, Biblioth. -nationale, Mss., donnée dans l'ouvrage de <span class="smallc">M. Clément</span>, -<i>Histoire de la vie et de l'administration de Colbert</i>, 1846, -in-8<sup>o</sup>, p. 382.</p> - -<p><a id="Footnote_580" href="#FNanchor_580" class="label">[580]</a> Conférez ci-dessus la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 443.</p> - -<p><a id="Footnote_581" href="#FNanchor_581" class="label">[581]</a> <i>Lettre de</i> <span class="smallc">Colbert</span> <i>à M. de Grignan</i>, du 31 décembre 1671, -citée par <span class="smallc">M. Clément</span>, <i>Histoire de la vie et de l'administration -de Colbert</i>, 1846, in-8<sup>o</sup>, p. 352.</p> - -<p><a id="Footnote_582" href="#FNanchor_582" class="label">[582]</a> <span class="smallc">Piganiol de la Force</span>, <i>Nouvelle description de la France</i>, -3<sup>e</sup> édit., t. V, p. 99; et <span class="smallc">Expilly</span>, le <i>Dictionnaire des Gaules et de -la France</i>, au mot <i>Provence</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_583" href="#FNanchor_583" class="label">[583]</a> <span class="smallc">Papon</span>, <i>Voyage littéraire de Provence</i>, 1780, in-12.—<span class="smallc">Piganiol -de la Force</span>, <i>Nouvelle description de la France</i>, 3<sup>e</sup> édit., -1783, t. V, p. 92-180.—<span class="smallc">Expilly</span>, <i>Diction. des Gaules et de la -France</i>, aux mots <i>Provence</i>, <i>Aix</i> et <i>Marseille</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_584" href="#FNanchor_584" class="label">[584]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 novembre 1670), t. I, p. 275, édit. G.—(13 -janvier 1672), t. II, p. 346.—<span class="smallc">Montpensier</span>, <i>Mémoires</i>, -t. XLIII, p. 60.—<span class="smallc">La Fayette</span>, <i>Mém.</i>, t. LXIV, p. 381.—<span class="smallc">Louis XIV</span>, -<i>Œuvres</i>, t. V, p. 131-138 (<i>Lettres</i>).—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. VI, p. 46.</p> - -<p><a id="Footnote_585" href="#FNanchor_585" class="label">[585]</a> <i>Abrégé des délibérations prises dans l'assemblée générale -des communautés du pays de Provence</i>, tenue à Lambesc les -mois de décembre 1672 et janvier 1673, p. 1 à 12, Mss. Dans le recueil -de ces délibérations, que je possède, celles de cette année sont -manuscrites, tandis que celles qui suivent et qui précèdent sont imprimées. -Il est probable que la vigueur des remontrances en empêcha -cette fois l'impression.</p> - -<p><a id="Footnote_586" href="#FNanchor_586" class="label">[586]</a> <i>Abrégé des délibérations, etc.</i>, Mss., p. 14.</p> - -<p><a id="Footnote_587" href="#FNanchor_587" class="label">[587]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (21 août 1680), t. VII, p. 171 et 172, édit. G.—(26 -octobre et 13 novembre 1689, 26 février 1690), t. X, p. 56, -87, 245, 274.</p> - -<p><a id="Footnote_588" href="#FNanchor_588" class="label">[588]</a> <i>Abrégé des délibérations faites en l'assemblée générale des -communautés du pays de Provence</i>, p. 6, tenue à Lambesc en -décembre 1670, janvier, février et mars 1671; Aix, chez Charles -David, 1671, in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_589" href="#FNanchor_589" class="label">[589]</a> <i>Abrégé des délibérations</i>, Mss., pour 1672-1673, p. 1, 12, 15, -39.</p> - -<p><a id="Footnote_590" href="#FNanchor_590" class="label">[590]</a> <i>Abrégé des délibérations de l'assemblée des communautés -du pays de Provence, tenue à Lambesc dans les mois de décembre -1672 et janvier 1673.</i> Mss., p. 11.</p> - -<p><a id="Footnote_591" href="#FNanchor_591" class="label">[591]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (A Lambesc, 20 décembre 1672, à dix heures -du matin), t. III, p. 131, édit. G.; t. III, p. 61, édit. M.; t. III, -p. 205, édit. Grouvelle, in-12, stéréotype d'Herhan.</p> - -<p><a id="Footnote_592" href="#FNanchor_592" class="label">[592]</a> <i>Recueil des lettres de madame</i> <span class="smallc">de Sévigné</span> <i>à madame de -Grignan, sa fille</i>; 1734, in-12, t. II, p. 222 (la date y est entière), -édit. 1754, t. II, p. 325.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 51, édit., -M.; t. III, p. 131, édit. G. (20 décembre 1672).</p> - -<p><a id="Footnote_593" href="#FNanchor_593" class="label">[593]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (mercredi 21 décembre 1672), t. III, p. 54, -édit. M.; t. III, p. 124, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_594" href="#FNanchor_594" class="label">[594]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 décembre 1672), t. III, p. 66, édit. M.; -t. III, p. 136, édit. M. Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, -2<sup>e</sup> édit., p. 369, chap. <span class="smallc">XVIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_595" href="#FNanchor_595" class="label">[595]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (Aix, 11 décembre 1672), t. III, p. 59, édit. M.; -t. III, p. 130, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_596" href="#FNanchor_596" class="label">[596]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, t. XII, p. 59-60.—<span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (26 octobre 1689), t. X, p. 53, édit. M. (24 novembre -et 8 décembre 1673), t. III, p. 226 et 246, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_597" href="#FNanchor_597" class="label">[597]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. V, p. 22, 110; t. VIII, p. 364; t. IX, -p. 3 et 4; t. X, p. 484, 485-487.</p> - -<p><a id="Footnote_598" href="#FNanchor_598" class="label">[598]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 303, chap. <span class="smallc">XVI</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_599" href="#FNanchor_599" class="label">[599]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 décembre 1672), t. III, p. 66, édit. M.; -t. III, p. 136, édit. G.—(19 mai 1673), t. III, p. 152, édit. G. -(Lettres de madame de la Fayette.)</p> - -<p><a id="Footnote_600" href="#FNanchor_600" class="label">[600]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 353, édit. M.; t. II, -p. 416, édit. G.—Sur Adhémar, le beau-frère de madame de Grignan, -qui prit le nom de chevalier de Grignan, voyez la lettre du -jeudi 22 décembre à midi, t. III, p. 127, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_601" href="#FNanchor_601" class="label">[601]</a> <i>Lettres de madame</i> <span class="smallc">Rabutin-Chantal</span>, <i>marquise</i> <span class="smallc">de Sévigné</span>, <i>à -madame la comtesse de Grignan</i>, édit. de la Haye, 1726, t. I, p. 311. -La date est: A Marseille, mercredi 1672; ajoutez 21 décembre; -t. III, p. 124, édit. G.; édit. 1734, t. II, p. 216.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, -t. III, p. 124, édit. G.; t. III, p. 54, édit. M. (Dans toutes ces éditions -il faut compléter la date, et mettre Mercredi 21 décembre -1672, et transposer la lettre.)</p> - -<p><a id="Footnote_602" href="#FNanchor_602" class="label">[602]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 125, édit. G.; t. III, p. 55, édit. M.; -édit. de la Haye, 1726, t. I, p. 311 (mercredi 21 décembre). Dans -toutes ces éditions la date est: Marseille, mercredi... 1672; ajoutez -21 décembre.</p> - -<p><a id="Footnote_603" href="#FNanchor_603" class="label">[603]</a> <i>Lettres de</i> <span class="smallc">Marie Rabutin-Chantal</span>, édit. de la Haye, 1726, t. I, -p. 313.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. 1734, t. II, p. 218, édit. 1754, -t. II, p. 321; t. III, p. 56, édit. M.; t. III, p. 126, édit. G. (Jeudi -22 décembre 1672).</p> - -<p><a id="Footnote_604" href="#FNanchor_604" class="label">[604]</a> <i>Lettres de</i> <span class="smallc">Marie Rabutin-Chantal</span>, édit. de la Haye, 1726, t. I, -p. 315.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, édit. 1734, t. II, p. 220; édit. 1754, -t. III, p. 323; t. III, p. 58, édit. M.; t. III, p. 128, édit. G. Dans -toutes ces éditions, la date est: A Marseille, jeudi à minuit 1672; -il faut la compléter, et mettre Jeudi 22 décembre, et transposer les -deux lettres.</p> - -<p><a id="Footnote_605" href="#FNanchor_605" class="label">[605]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1673), t. III, p. 149, édit. G.; t. III, -p. 77, édit. M. C'est une lettre de madame de Coulanges. Conférez -encore celle du 24 février, t. III, p. 73, édit. M.; t. III, p. 144, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_606" href="#FNanchor_606" class="label">[606]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 et 27 juillet 1673), t. III, p. 164 et 168, -édit. G.; t. III, p. 90 et 94, édit. M.—<span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i>, -édit. 1737, t. I, p. 117, 118 et 121.</p> - -<p><a id="Footnote_607" href="#FNanchor_607" class="label">[607]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (10 avril 1673), t. III, p. 149 et 150, édit. G.; -t. III, p. 78, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_608" href="#FNanchor_608" class="label">[608]</a> Quatorze mois et six jours. Voyez <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (mercredi -27 juillet 1672, jeudi 5 octobre 1673), t. III, p. 109 et 176, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_609" href="#FNanchor_609" class="label">[609]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 décembre 1672), t. III, p. 133, édit. G.; -t. III, p. 63, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_610" href="#FNanchor_610" class="label">[610]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1673), t. III, p. 139, édit. G.; t. III, -p. 69, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_611" href="#FNanchor_611" class="label">[611]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (20 mars 1673).</p> - -<p><a id="Footnote_612" href="#FNanchor_612" class="label">[612]</a> Le 22 décembre 1672. Conférez <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 décembre -1672), t. III, p. 133, édit. G.; t. III, p. 63, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_613" href="#FNanchor_613" class="label">[613]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Mémoires militaires</i> (Lettre de Compiègne, du -26 décembre 1672, au comte de Montal), t. III, p. 292.</p> - -<p><a id="Footnote_614" href="#FNanchor_614" class="label">[614]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, lettre à Montal, datée de Chaseu le 6 janvier 1673, dans -la suite des <i>Mémoires de</i> <span class="smallc">Bussy</span>. Manuscrit (biblioth. de l'Institut), -p. 1. Ce ms. renferme les années 1673-1676, inédites.</p> - -<p><a id="Footnote_615" href="#FNanchor_615" class="label">[615]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 261, 302. <i>Lettres de Louis XIV, -relatives à la fin de la campagne de 1672.</i> (Du 19 au 30 décembre.)</p> - -<p><a id="Footnote_616" href="#FNanchor_616" class="label">[616]</a> <i>Lettre de</i> <span class="smallc">Colbert</span> <i>à Louis XIV</i> (mars 1673). <i>Lettres patentes -du mois de décembre 1673</i>, portant donation de la terre d'Aubigny-sur-Nière -à mademoiselle de Kerouel.—<span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. VI, -p. 451-456.</p> - -<p><a id="Footnote_617" href="#FNanchor_617" class="label">[617]</a> <i>Lettre de madame</i> <span class="smallc">de la Roche</span> <i>au comte de Bussy, en date -du 8 janvier 1673</i>. Dans la suite des <i>Mémoires de</i> <span class="smallc">Bussy</span> (Mss. de -la biblioth. de l'Institut), p. 8.</p> - -<p><a id="Footnote_618" href="#FNanchor_618" class="label">[618]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 271, 273, 274, 299, 300 et -301.</p> - -<p><a id="Footnote_619" href="#FNanchor_619" class="label">[619]</a> <i>Gazettes</i>, année 1673; Paris, in-4<sup>o</sup>, 1674, p. 314.</p> - -<p><a id="Footnote_620" href="#FNanchor_620" class="label">[620]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 mai 1673), t. III, p. 15, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_621" href="#FNanchor_621" class="label">[621]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 262.</p> - -<p><a id="Footnote_622" href="#FNanchor_622" class="label">[622]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>. Lettres à Louvois, datées de Verberie des -22 et 23 décembre, t. III, p. 271, 273, 274, 276.</p> - -<p><a id="Footnote_623" href="#FNanchor_623" class="label">[623]</a> <span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 300, 301, 307.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> -(26 mai 1673), t. III, p. 156, édit. G.; t. III, p. 84, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_624" href="#FNanchor_624" class="label">[624]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 décembre 1672), t. III, p. 134.</p> - -<p><a id="Footnote_625" href="#FNanchor_625" class="label">[625]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 décembre 1672), t. III, p. 64, édit. M.—<i>Ibid.</i> -(6 mai 1676), t. IV, p. 280; il est fait mention de madame de -Longueval, chanoinesse, sœur de la maréchale.—<i>Ibid.</i> (14 février -1687), t. VII, p. 419, édit. G. Françoise de Longueval, chanoinesse -de Remiremont, était aussi sa sœur. (Mardi, 9 avril 1689), t. VII, -p. 69, édit. M. La femme du fils du maréchal d'Estrées le marin: c'est -Marie-Marguerite Morin. Voyez <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires authentiques</i>, -année 1714, t. XI, p. 176; et sur Morin, conférez Saint-Évremond, -édit. 1753, in-12, t. I, p. 164; t. V, p. 70.</p> - -<p><a id="Footnote_626" href="#FNanchor_626" class="label">[626]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. XX, p. 341.</p> - -<p><a id="Footnote_627" href="#FNanchor_627" class="label">[627]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. III, p. 296; t. V, p. 87, 157, 160.</p> - -<p><a id="Footnote_628" href="#FNanchor_628" class="label">[628]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 décembre 1672), t. III, p. 138, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_629" href="#FNanchor_629" class="label">[629]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 décembre 1679), t. VI, p. 238, édit. G.—<span class="smallc">Duchesse -d'Orléans</span>, <i>Mémoires et fragments historiques</i>, 1832, -in-8<sup>o</sup>, p. 18. Madame de Clérambault mourut en 1722.</p> - -<p><a id="Footnote_630" href="#FNanchor_630" class="label">[630]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1673), t. III, p. 161, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. III, p. 88, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_631" href="#FNanchor_631" class="label">[631]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 décembre 1672), t. III, p. 138.</p> - -<p><a id="Footnote_632" href="#FNanchor_632" class="label">[632]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février et 15 avril 1673), t. III, p. 142 et -151, édit. G.; t. III, p. 71 et 80, édit. M.—<span class="smallc">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, -liv. <span class="smallc">IV</span>, t. LXIII, p. 266.—<span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 275.—<i>Gazettes</i> -de 1673; Paris, 1674, in-4<sup>o</sup>, p. 394. (Le 13 avril, le comte -de Tott eut son audience de congé à Saint-Germain.)—<span class="smallc">Mignet</span>, -<i>Négociations sous Louis XIV</i>, t. IV, p. 146.</p> - -<p><a id="Footnote_633" href="#FNanchor_633" class="label">[633]</a> <i>Recueil de gazettes nouvelles et extraordinaires</i>, 1675, in-4<sup>o</sup>, -p. 712 (8 juillet 1674).—<span class="smallc">Choisy</span>, <i>Mémoires</i>, liv. <span class="smallc">IV</span>, t. LXIII, -p. 286.</p> - -<p><a id="Footnote_634" href="#FNanchor_634" class="label">[634]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février 1673), t. III, p. 142.</p> - -<p><a id="Footnote_635" href="#FNanchor_635" class="label">[635]</a> <i>Stances chrétiennes sur divers passages de l'Écriture sainte -et des Pères</i>, 2<sup>e</sup> édit.; Paris, 1675, in-12 (173 pages).—Cette seconde -édition est anonyme sur le titre; mais l'auteur est nommé sur -le titre de la 5<sup>e</sup> édition; Paris, 1703, in-12;—Recueil de gazettes -nouvelles, ordinaires et extraordinaires; 1675, in-4<sup>o</sup>, p. 712, etc. -(8 juillet 1674). Un musicien, nommé Oudot, mettait en musique -les stances de l'abbé Têtu. Voyez le <i>Recueil des chansons historiques</i> -(Mss. Maurepas), t. VII, p. 83, et t. IV, p. 167.</p> - -<p><a id="Footnote_636" href="#FNanchor_636" class="label">[636]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (28 juillet 1680), t. VII, p. 133, édit. G.; t. VI, -p. 394, édit. M.—<i>Ibid.</i> (26 mai 1673), t. III, p. 156, édit. G.; -t. III, p. 83, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_637" href="#FNanchor_637" class="label">[637]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1673), t. III, p. 140, édit. G.; et -t. III, p. 69, édit. M.—Conférez ci-dessus la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, -chap. <span class="smallc">XIX</span>, p. 391 à 393.</p> - -<p><a id="Footnote_638" href="#FNanchor_638" class="label">[638]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 mai 1673), t. III, p. 156, édit. G.; t. III, -p. 84, édit. M. Toutes les éditions ont mis à tort <i>Briole</i>. L'éditeur des -<i>Lettres de la Fayette</i>, collection de Léopold Collin, 3<sup>e</sup> édit., t. III, -p. 23, a copié les éditeurs de Sévigné.—<span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires -authentiques</i>, édit. in-8<sup>o</sup>, 1829, t. I, p. 455; t. II, p. 364; t. III, -p. 184; t. IV, p. 113.—<span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 378. (Lettre -du roi à Louvois, le 23 décembre 1672. Louis XIV envoie Briord au -prince de Condé.)—Voyez <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 février 1674), t. III, -p. 337.</p> - -<p><a id="Footnote_639" href="#FNanchor_639" class="label">[639]</a> <span class="smallc">La Bruyère</span>, 1<sup>re</sup> édit. complète, 1845, p. 658, 659.</p> - -<p><a id="Footnote_640" href="#FNanchor_640" class="label">[640]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 et 26 mai 1673), t. III, p. 152 et 154.</p> - -<p><a id="Footnote_641" href="#FNanchor_641" class="label">[641]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 et 26 mai 1673), t. III, p. 156.</p> - -<p><a id="Footnote_642" href="#FNanchor_642" class="label">[642]</a> L'abbé <span class="smallc">le Boeuf</span>, <i>Hist. du diocèse de Paris</i>, t. VI, p. 204; -<i>État de la France</i>, année 1678, p. 35.</p> - -<p><a id="Footnote_643" href="#FNanchor_643" class="label">[643]</a> <i>Poésies de Saint-Pavin et de Charleval</i>, 1769, p. 4 et 68.—Conférez -le chap. <span class="smallc">VI</span> de la 1<sup>re</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, 2<sup>e</sup> édit., -p. 76-77.</p> - -<p><a id="Footnote_644" href="#FNanchor_644" class="label">[644]</a> <i>Recueil de chansons choisies</i>, 1694, in-12, p. 16.—Seconde -édit., 1698, t. I, p. 33; et <i>Chansons historiques</i> (Mss. de Maurepas), -t. IV, p. 67 (année 1673).</p> - -<p><a id="Footnote_645" href="#FNanchor_645" class="label">[645]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 décembre 1672), t. III, p. 135, édit. G.; -t. III, p. 65, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_646" href="#FNanchor_646" class="label">[646]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1673), t. III, p. 161, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_647" href="#FNanchor_647" class="label">[647]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 mai 1673), t. III, p. 155, édit. G.—<i>Chansons -historiques</i> (Mss. Maurepas, Bibliot. royale), t. IV, p. 67 -(année 1673).</p> - -<p><a id="Footnote_648" href="#FNanchor_648" class="label">[648]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1673), t. III, p. 161, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_649" href="#FNanchor_649" class="label">[649]</a> Voyez la note de <span class="smallc">Richelet</span> sur l'épître dédicatoire des fables de -<span class="smallc">la Fontaine</span> au Dauphin, t. I, p. 2 de mon édit. des <i>Œuvres de la -Fontaine</i>, édit. 1827.</p> - -<p><a id="Footnote_650" href="#FNanchor_650" class="label">[650]</a> <span class="smallc">Saint-Simon</span>, <i>Mémoires</i>, t. VII, p. 151, 152.</p> - -<p><a id="Footnote_651" href="#FNanchor_651" class="label">[651]</a> <i>Id.</i>, <i>Mémoires</i>, t. II, p. 284-286.</p> - -<p><a id="Footnote_652" href="#FNanchor_652" class="label">[652]</a> <i>Id.</i>, <i>Mémoires</i>, t. VII, p. 154.</p> - -<p><a id="Footnote_653" href="#FNanchor_653" class="label">[653]</a> <i>Id.</i>, <i>Mémoires authent.</i>, t. XVIII, p. 346.</p> - -<p><a id="Footnote_654" href="#FNanchor_654" class="label">[654]</a> <span class="smallc">Roux de Rochelle</span>, <i>Histoire du régiment de Champagne</i>; -Paris, Didot, 1839, in-8<sup>o</sup>, p. 411.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 avril 1671), -t. I, p. 319, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_655" href="#FNanchor_655" class="label">[655]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (3 avril 1671), t. I, p. 411, édit. G.; t. I, -p. 319, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_656" href="#FNanchor_656" class="label">[656]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 et 27 août 1675), t. IV, p. 29 et 69, édit. G.; -t. III, p. 406, 433 et 434, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_657" href="#FNanchor_657" class="label">[657]</a> Il mourut en 1721, sa femme en 1693.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (1693), -t. X, p. 446, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_658" href="#FNanchor_658" class="label">[658]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 décembre 1672), t. III, p. 137, édit. G.; -t. III, p. 66, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_659" href="#FNanchor_659" class="label">[659]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 mai 1673), t. III, p. 155, édit. G.; t. III, -p. 83, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_660" href="#FNanchor_660" class="label">[660]</a> <i>Madame de Sévigné and her contemporaries</i>; London, 1841, -in-12, t. II, p. 236.—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Histoire amoureuse des Gaules</i>, -p. 142 et 149, édit. avec l'estampe du salon de la Bastille, in-18 de -258 pages.—<span class="smallc">Hamilton</span>, <i>Mémoires de Gramont</i>, t. I, p. 201 des -<i>Œuvres</i>, édit. de Renouard, in-8<sup>o</sup>, 1802.</p> - -<p><a id="Footnote_661" href="#FNanchor_661" class="label">[661]</a> <i>Recueil des gazettes de 1673</i>, p. 100 et 292, 28 janvier et 27 mai -1673.</p> - -<p><a id="Footnote_662" href="#FNanchor_662" class="label">[662]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 avril 1673), t. III, p. 151, édit. G.; t. III, -p. 79, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_663" href="#FNanchor_663" class="label">[663]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (26 mai 1673), tom. III, p. 155, édit. G.—<span class="smallc">Mignet</span>, -<i>Négociations sous Louis XIV</i>, t. IV, p. 238.—<span class="smallc">Lally-Tolendal</span>, -<i>Biographie universelle</i>, t. XXXIX, p. 343, article <i>Bussy</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_664" href="#FNanchor_664" class="label">[664]</a> <i>Madame de Sévigné and her contemporaries</i>; London, t. II, -p. 219-222-229.</p> - -<p><a id="Footnote_665" href="#FNanchor_665" class="label">[665]</a> Sur Ralph Montaigu, conférez encore <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Amours des Gaules</i>, -et les <i>Mémoires de Gramont</i>, t. I, p. 132 et 341 des <i>Œuvres -d'</i><span class="smallc">Hamilton</span>, édition in-8<sup>o</sup>; Paris, Renouard, 1812. <i>Memoirs of -count Gramont</i>; London, 1809, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 209, 277; t. III, -p. 131.</p> - -<p><a id="Footnote_666" href="#FNanchor_666" class="label">[666]</a> <i>Campagne de Louis XIV en 1673, écrite par lui-même</i>, dans -les <i>Œuvres</i>, III, p. 339, 392. Cette place fut prise le 30 juin.</p> - -<p><a id="Footnote_667" href="#FNanchor_667" class="label">[667]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février 1673), t. III, p. 143, édit. G.; t. III, -p. 72, édit. M.—<i>Ibid.</i> (20 mars 1673), t. III, p. 147, édit. G.; t. III, -p. 76, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_668" href="#FNanchor_668" class="label">[668]</a> <i>Recueil de chansons historiques</i> (Mss. Maurepas), vol. IV, -p. 57.</p> - -<p><a id="Footnote_669" href="#FNanchor_669" class="label">[669]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 février 1673, <i>post-scriptum</i> de madame -de la Fayette dans une lettre de la Rochefoucauld), t. III, p. 141, -édit. G.; t. III, p. 71, édit. M.—<span class="smallc">La Fare</span>, <i>Mémoires</i>, p. 125, dans -la notice par M. Monmerqué.</p> - -<p><a id="Footnote_670" href="#FNanchor_670" class="label">[670]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (19 mai 1673), t. III, p. 153, édit. G.; t. III, -p. 81, édit. M. (Lettre de madame de la Fayette.)</p> - -<p><a id="Footnote_671" href="#FNanchor_671" class="label">[671]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 février 1673), t. III, p. 145, édit. G.; t. III, -p, 74, édit. M. (Lettres de madame de la Fayette.)</p> - -<p><a id="Footnote_672" href="#FNanchor_672" class="label">[672]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1673), t. III, p. 160, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_673" href="#FNanchor_673" class="label">[673]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (30 juin 1673), t. III, p. 159, édit G.; t, III, -p. 86, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_674" href="#FNanchor_674" class="label">[674]</a> <i>Réflexions ou Sentences et Maximes morales</i>; à Paris, chez -Claude Barbin, 1665, in-12 (150 pages, 316 maximes).—<i>Ibid.</i>, -1666, in-12 (118 pages, 302 maximes).—<i>Ibid.</i>, 1671 (132 pages, -341 maximes), 3<sup>e</sup> édition, revue, corrigée et augmentée.</p> - -<p><a id="Footnote_675" href="#FNanchor_675" class="label">[675]</a> <span class="smallc">Segrais</span>, <i>Mém. et anecdotes</i>, dans les <i>Œuvres diverses</i>; Amsterdam, -1723, in-12, t. I, p. 12.—<i>Ibid.</i>, Paris, 1755, t. II, p. 12.</p> - -<p><a id="Footnote_676" href="#FNanchor_676" class="label">[676]</a> <span class="smallc">Segrais</span>, <i>Œuvres diverses</i>; Amsterdam, 1723, in-12, t. I, p. 121.—<i>Ibid.</i>, -Paris, 1755, t. II, p. 111 et 112.—<span class="smallc">Huet</span>, <i>Commentarius -de rebus ad eum pertinentibus</i>, lib. V, p. 316.</p> - -<p><a id="Footnote_677" href="#FNanchor_677" class="label">[677]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1673), t. III, p. 161-162, édit. G.; -t. III, p. 88 et 89, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_678" href="#FNanchor_678" class="label">[678]</a> <span class="smallc">La Rochefoucauld</span>, <i>Réflexions ou Sentences et Maximes morales</i>; -Paris, Claude Barbin, 1671, p. 123, n<sup>o</sup> 330.</p> - -<p><a id="Footnote_679" href="#FNanchor_679" class="label">[679]</a> <span class="smallc">La Rochefoucauld</span>, <i>Réflexions ou Sentences et Maximes morales</i>, -4<sup>e</sup> édition, revue, corrigée et augmentée depuis la troisième; -Paris, Claude Barbin, 1675, in-12, p. 131, 132, 139, n<sup>os</sup> 359, 360, -381.</p> - -<p><a id="Footnote_680" href="#FNanchor_680" class="label">[680]</a> Les frères <span class="smallc">Parfaict</span>, <i>Hist. du théâtre françois</i>, t. XI, p. 243 -et 253.</p> - -<p><a id="Footnote_681" href="#FNanchor_681" class="label">[681]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 février et 20 mars 1673), t. III, p. 143 et -149, édit. G.; t. III, p. 72 et 77, édit. M.—<i>Pulchérie</i> fut jouée en -novembre 1672, <i>Mithridate</i> en janvier 1673. <i>Mithridate</i>, tragédie -par M. Racine; Paris, Claude Barbin, 1673, in-12; achevé d'imprimer -le 16 mars 1673 (81 pages). Les deux pièces parurent imprimées -presque en même temps. <i>Pulchérie</i>, comédie héroïque, 1673, -in-12 (72 pages).</p> - -<p><a id="Footnote_682" href="#FNanchor_682" class="label">[682]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (9 mars 1672), t. II, p. 420, édit. G.; t. II, -p. 356, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_683" href="#FNanchor_683" class="label">[683]</a> <span class="smallc">Racine</span>, <i>Mithridate</i>, act. II, scène <span class="smallc">IV</span>, t. II, p. 186, édit. 1687, -in-12. <i>Mithridate</i>, tragédie de <span class="smallc">M. Racine</span>; Paris, Claude Barbin, -1673 (81 pages, sans la <i>Préface</i> de sa vie, achevée d'imprimer le -15 mars 1673), p. 26.—<span class="smallc">Corneille</span>, <i>Pulchérie</i>, acte I, scène <span class="smallc">I</span>, t. V -du <i>Théâtre de Corneille</i>, p. 325 de l'édition de 1692, la seule bonne.</p> - -<p><a id="Footnote_684" href="#FNanchor_684" class="label">[684]</a> Les frères <span class="smallc">Parfaict</span>, <i>Hist. du théâtre françois</i>, t. XI, p. 246; -<span class="smallc">François de Neufchateau</span>, <i>l'Esprit du grand Corneille</i>, 1819, -in-8<sup>o</sup>, p. 370 et 371.</p> - -<p><a id="Footnote_685" href="#FNanchor_685" class="label">[685]</a> <span class="smallc">J. Taschereau</span>, <i>Hist. de la vie et des ouvrages de Molière</i>, -3<sup>e</sup> édit., 1844, in-12, p. <span class="smallc">II</span> de la Préface.</p> - -<p><a id="Footnote_686" href="#FNanchor_686" class="label">[686]</a> Les frères <span class="smallc">Parfaict</span>, <i>Histoire du théâtre françois</i>, 1747, in-12, -p. 284.</p> - -<p><a id="Footnote_687" href="#FNanchor_687" class="label">[687]</a> <i>Sermons du P.</i> <span class="smallc">Bourdaloue</span> <i>pour l'Avent</i>, 6<sup>e</sup> édition, 1733, -in-12. Ce volume contient deux <i>Avents</i>, tous deux prêchés devant -le roi.</p> - -<p><a id="Footnote_688" href="#FNanchor_688" class="label">[688]</a> <span class="smallc">Le Gallois de Grimarest</span>, <i>Addition à la vie de Molière</i>, 1706, -in-12, p. 62, cité par M. Taschereau, <i>Histoire de la vie et des -œuvres de Molière</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 203.</p> - -<p><a id="Footnote_689" href="#FNanchor_689" class="label">[689]</a> L'abbé <span class="smallc">d'Aubignac</span>, <i>Dissertation sur la condamnation des -théâtres</i>; Paris, 1666, in-12.—<span class="smallc">Bossuet</span>, <i>Maximes et réflexions -sur la comédie</i>; 1694, in-12, p. 18 et 19.</p> - -<p><a id="Footnote_690" href="#FNanchor_690" class="label">[690]</a> <i>Lettre de</i> <span class="smallc">Colbert</span> <i>à Louis XIV</i>, Paris, 4 juillet 1673, dans -<span class="smallc">Louis XIV</span>, <i>Œuvres</i>, t. III, p. 413.</p> - -<p><a id="Footnote_691" href="#FNanchor_691" class="label">[691]</a> <i>Gazettes</i>, <i>Recueil de l'année 1673</i>, in-4<sup>o</sup>, 1674, p. 755 et 756.</p> - -<p><a id="Footnote_692" href="#FNanchor_692" class="label">[692]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 juillet 1673), t. III, p. 164, édit. G.; t. III, -p. 90, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_693" href="#FNanchor_693" class="label">[693]</a> <span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i>, t. IV et V; Paris, 1737, <i>Suite des Mémoires -du comte</i> <span class="smallc">de Bussy-Rabutin</span>, Mss. de la biblioth. de l'Institut.</p> - -<p><a id="Footnote_694" href="#FNanchor_694" class="label">[694]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Mém. mss.</i> (25 mars 1673), p. 21 verso (4 avril 1674), -t. V, p. 331.</p> - -<p><a id="Footnote_695" href="#FNanchor_695" class="label">[695]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Suite des Mém. mss.</i>, p. 22 et 23 (30 mars 1673). C'est -une réponse à l'abbé Fléchier, qui venait d'être reçu de l'Académie.</p> - -<p><a id="Footnote_696" href="#FNanchor_696" class="label">[696]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (22 juillet 1672), t. III, p. 106, édit. G.; t. III, -p. 38, édit. M.—<i>Ibid.</i> (1<sup>er</sup> juillet 1673), t. III, p. 164, édit. G., -t. III, p. 90, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_697" href="#FNanchor_697" class="label">[697]</a> <i>Histoire de madame la comtesse des Barres</i>, 1736, in-12, p. 136.</p> - -<p><a id="Footnote_698" href="#FNanchor_698" class="label">[698]</a> <span class="smallc">D'Olivet</span>, <i>Vie de M. l'abbé de Choisy</i>, 1742, in-8<sup>o</sup>, p. 73.</p> - -<p><a id="Footnote_699" href="#FNanchor_699" class="label">[699]</a> <span class="smallc">Monmerqué</span>, <i>Notice sur l'abbé de Choisy</i>, t. LXIII des <i>Mém. sur -l'hist. de France</i>, p. 132 et 137.—<i>Histoire de la comtesse -des Barres</i>, p. 13 et 14.—<span class="smallc">D'Olivet</span>, <i>Vie de l'abbé de Choisy</i>, -p. 1 à 70.</p> - -<p><a id="Footnote_700" href="#FNanchor_700" class="label">[700]</a> <i>Lettres de mademoiselle de Montpensier, de mesdames de -Motteville et de Montmorency</i>, etc.; Paris, Léopold Collin, 1806, -in-12, p. 128. (Lettre de madame de Montmorency à Bussy-Rabutin, -du 5 novembre.)</p> - -<p><a id="Footnote_701" href="#FNanchor_701" class="label">[701]</a> Renée-Marie-Madeleine de Gaureau-Dumont.</p> - -<p><a id="Footnote_702" href="#FNanchor_702" class="label">[702]</a> <span class="smallc">De Bausset</span>, <i>Histoire de Bossuet</i>, liv. II, p. 22 et 24; t. I, -p. 168 et 171 de l'édit. in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_703" href="#FNanchor_703" class="label">[703]</a> <span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i>, édit. 1737, in-12 (10, 20, 28 et 30 juillet -1671), t. III, p. 375, 376, 377.—Lettres de mademoiselle de -Montpensier, de mesdames de Motteville, etc.—Lettre de madame -de Montmorency (5 novembre), dans le recueil de Léopold -Collin, 1806, in-12, p. 128.</p> - -<p><a id="Footnote_704" href="#FNanchor_704" class="label">[704]</a> <span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i> (10 juillet 1671), t. III, p. 367.—(10 -septembre 1671), t. III, p. 417.</p> - -<p><a id="Footnote_705" href="#FNanchor_705" class="label">[705]</a> <span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i> (1<sup>er</sup>, 3, 5 et 13 août 1671), t. III, -p. 387, 389.</p> - -<p><a id="Footnote_706" href="#FNanchor_706" class="label">[706]</a> <span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i> (24, 26, 29, 30 août, et 2 septembre -1671), t. III, p. 400 à 412.—<i>Ibid.</i> (10 septembre, 6 novembre, 19 -et 22 décembre 1671), t. III, p. 436 à 445.</p> - -<p><a id="Footnote_707" href="#FNanchor_707" class="label">[707]</a> <span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>, <i>Lettres</i> (4 mars, 12 et 15 avril, 6 et 9 mai 1672), -édit. 1737, in-12, t. III, p. 470, 481-483, 495-497.</p> - -<p><a id="Footnote_708" href="#FNanchor_708" class="label">[708]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (15 février 1673), t. V, p. 292.—Lettre de -madame de Montmorency (8 avril 1673), t. V, p. 293.—Lettre de -la comtesse de la Roche.</p> - -<p><a id="Footnote_709" href="#FNanchor_709" class="label">[709]</a> <span class="smallc">Bussy-Rabutin</span> (14 et 16 septembre 1672), t. III, p. 525 et 528.</p> - -<p><a id="Footnote_710" href="#FNanchor_710" class="label">[710]</a> <i>Lettres de mesdames</i> <span class="smallc">Scudéry</span>, <span class="smallc">de Solian</span>, <span class="smallc">de Saliez</span>, etc. (17 -février 1673); 1806, in-12, p. 104. (Le nom de Bossuet est en toutes -lettres dans cette édition, et aussi dans la <i>Suite des Mémoires de</i> -<span class="smallc">Bussy-Rabutin</span>, mss. 221 de l'Institut, p. 10.)—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, -t. IV, p. 27.</p> - -<p><a id="Footnote_711" href="#FNanchor_711" class="label">[711]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (17 février 1673), t. IV, p. 28.—<span class="smallc">Scudéry</span>, <i>Lettres</i>, -p. 105 et 106.—<i>Suite des Mémoires de</i> <span class="smallc">Bussy</span>, mss., p. 10 v<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_712" href="#FNanchor_712" class="label">[712]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (26 et 30 août 1671), t. III, p. 402 à 407.—(9 -novembre 1671), t. III, p. 440-442.</p> - -<p><a id="Footnote_713" href="#FNanchor_713" class="label">[713]</a> Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, t. III, p. 16-29, chap. <span class="smallc">I</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_714" href="#FNanchor_714" class="label">[714]</a> <span class="smallc">De Bausset</span>, <i>Histoire de Bossuet</i>, liv. I, p. 10, 11, 12, 13; liv. II, -p. 22, 24; Pièces justificatives, n<sup>o</sup> 1, t. I, p. 3, 18, 19, 22, 168, 171-359, -4<sup>e</sup> édit., 1824, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_715" href="#FNanchor_715" class="label">[715]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Suite des Mémoires</i>, mss., p. 11 (22 février 1673).—<i>Ibid.</i>, -<i>Lettres</i>, t. IV, p. 29; mais dans l'imprimé il n'y a que les initiales -des noms, et ces mots de la citation (p. 305), <i>ou comme évêque</i>, -sont retranchés.</p> - -<p><a id="Footnote_716" href="#FNanchor_716" class="label">[716]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Suite de ses Mémoires</i>, mss., p. 12. Tout ce paragraphe -a été retranché dans l'édit. des lettres.</p> - -<p><a id="Footnote_717" href="#FNanchor_717" class="label">[717]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (9 avril 1672), t. III, p. 479.</p> - -<p><a id="Footnote_718" href="#FNanchor_718" class="label">[718]</a> Conférez <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (13, 26 et 30 août 1671), t. III, p. 370, -401, 403, 407.—(6 novembre 1671), t. III, p. 436.—(19 décembre -1671), t. III, p. 446.—(12 et 15 avril 1672), t. III, p. 481 et 482.—(6 -et 9 mai 1672), t. III, p. 495 à 497.</p> - -<p><a id="Footnote_719" href="#FNanchor_719" class="label">[719]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (2 octobre 1671), t. V, p. 207.</p> - -<p><a id="Footnote_720" href="#FNanchor_720" class="label">[720]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (3 octobre 1671), t. V, p. 210.</p> - -<p><a id="Footnote_721" href="#FNanchor_721" class="label">[721]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (30 juillet et 2 août 1672), t. V, p. 261 et 262.</p> - -<p><a id="Footnote_722" href="#FNanchor_722" class="label">[722]</a> <i>Suite des Mémoires de</i> <span class="smallc">Bussy</span>, mss., p. 20 v<sup>o</sup>. (Lettre de Bussy, -datée de Chaseu, à madame de Scudéry, du 23 mars 1673.)</p> - -<p><a id="Footnote_723" href="#FNanchor_723" class="label">[723]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (18 et 22 janvier 1673), t. IV, p. 7 et 10.—<i>Ibid.</i> -(8 septembre 1669), t. V, p. 93.</p> - -<p><a id="Footnote_724" href="#FNanchor_724" class="label">[724]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (18 janvier, 14 février et 25 mars 1673), t. IV, -p. 8, 25 et 63.</p> - -<p><a id="Footnote_725" href="#FNanchor_725" class="label">[725]</a> <i>Suite des Mémoires de</i> <span class="smallc">Bussy</span>, mss., p. 118.</p> - -<p><a id="Footnote_726" href="#FNanchor_726" class="label">[726]</a> <i>Suite des Mémoires du comte</i> <span class="smallc">de Bussy-Rabutin</span>, p. 23.—<span class="smallc">Sévigné</span>, -<i>Lettres</i> (22 juillet 1672; 15 décembre 1673), t. III, p. 107 -et 165, édit. G.; <i>ibid.</i>, t. III, p. 40, 173, édit. M.—Le comte de -Limoges était Charles-François de Rochechouart.</p> - -<p><a id="Footnote_727" href="#FNanchor_727" class="label">[727]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (25 avril 1678), t. VI, p. 22.</p> - -<p><a id="Footnote_728" href="#FNanchor_728" class="label">[728]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (24 janvier 1675), t. III, p. 368, édit. G.; -t. III, p. 252, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_729" href="#FNanchor_729" class="label">[729]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Suite des Mémoires manuscrits</i> (29 mai, 8 et 25 juin -1673), t. IV, p. 25, 27, 28.</p> - -<p><a id="Footnote_730" href="#FNanchor_730" class="label">[730]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (30 mai, 23 juin, 7 juillet 1673), t. IV, p. 71, 79.—<i>Ibid.</i> -(2 et 15 novembre 1671, 30 août 1675), t. V, p. 212, 213, -364 et 365.</p> - -<p><a id="Footnote_731" href="#FNanchor_731" class="label">[731]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (15 avril 1678), t. VI, p. 22.</p> - -<p><a id="Footnote_732" href="#FNanchor_732" class="label">[732]</a> <i>Suite des Mémoires de</i> <span class="smallc">Bussy</span>, mss. autogr. de l'Institut, in-4<sup>o</sup>, -p. 33-35 (7, 8 et 12 juillet 1673).—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, édit. 1737, t. IV, -p. 74-78 (7 et 10 juillet 1673).—<i>Madame</i> <span class="smallc">de Scudéry</span>, édit. de -Léopold Collin, 1806, in-12, p. <span class="smallc">III</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_733" href="#FNanchor_733" class="label">[733]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 septembre 1672), édit. G., t. III, p. 115; -<i>ibid.</i>, t. III, p. 46, édit. M.—<span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i>, t. I, p. 112 et 113.</p> - -<p><a id="Footnote_734" href="#FNanchor_734" class="label">[734]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (11 juillet 1673), t. IV, p. 304.</p> - -<p><a id="Footnote_735" href="#FNanchor_735" class="label">[735]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 juillet 1673), t. III, p. 168, édit. G.; t. III, -p. 94, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_736" href="#FNanchor_736" class="label">[736]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Lettres</i> (26 juin 1673), t. IV, p. 300. Conférez la 2<sup>e</sup> partie -de ces <i>Mémoires</i>, 2<sup>e</sup> édit., chap. <span class="smallc">III</span> et <span class="smallc">V</span>, p. 30 et 48.</p> - -<p><a id="Footnote_737" href="#FNanchor_737" class="label">[737]</a> <i>Suite des Mémoires du comte</i> <span class="smallc">de Bussy-Rabutin</span>, mss. -de l'Institut, p. 33 (30 juin 1673); dans les éditions, 26 juin 1673.—<span class="smallc">Bussy</span>, -<i>Lettres</i>, édit. 1737, t. I, p. 116.—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, -t. III, p. 163, édit. G.; t. III, p. 89, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_738" href="#FNanchor_738" class="label">[738]</a> Texte du manuscrit.—<i>Suite des Mémoires du comte</i> <span class="smallc">de Bussy-Rabutin</span>, -p. 37 v<sup>o</sup> (15 juillet 1673), et 38 (la lettre de Corbinelli).—<span class="smallc">Bussy</span>, -<i>Lettres</i> (t. I, p. 125, édit. 1837).—<span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i>, t. III, -p. 165, édit. G.; t. III, p. 90, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_739" href="#FNanchor_739" class="label">[739]</a> Conférez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, t. III, p. 390.</p> - -<p><a id="Footnote_740" href="#FNanchor_740" class="label">[740]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (14 juillet 1673), t. III, p. 160, édit. G.; <i>ibid.</i>, -p. 87, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_741" href="#FNanchor_741" class="label">[741]</a> <span class="smallc">Bussy</span>, <i>Suite des Mémoires manuscrits</i>, p. 38 et 39 (15 juillet -1673), t. III, p. 166, édit. G.; <i>ibid.</i>, t. III, p. 96, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_742" href="#FNanchor_742" class="label">[742]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 juillet 1673), t. III, p. 167, édit. G.</p> - -<p><a id="Footnote_743" href="#FNanchor_743" class="label">[743]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 juillet 1673), t. III, p. 173, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. III, p. 96.</p> - -<p><a id="Footnote_744" href="#FNanchor_744" class="label">[744]</a> <i>Traité de l'esprit de l'homme, de ses facultés et fonctions -et de son union avec le corps, suivant les principes de René Descartes</i>, -par <span class="smallc">Louis de la Forge</span>, docteur en médecine, demeurant à -Saumur; Paris, Michel Robin, 1666, in-4<sup>o</sup>, p. 144-148.</p> - -<p><a id="Footnote_745" href="#FNanchor_745" class="label">[745]</a> <span class="smallc">Louis de la Forge</span>, <i>De l'esprit de l'homme</i>, 1666, in-4<sup>o</sup>, -p. 145-147-156, chap. <span class="smallc">XI</span>, <i>De la Volonté</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_746" href="#FNanchor_746" class="label">[746]</a> <span class="smallc">Louis de la Forge</span>, <i>Traité de l'esprit de l'homme</i>, p. 350.</p> - -<p><a id="Footnote_747" href="#FNanchor_747" class="label">[747]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (27 juillet 1673), t. III, p. 171, édit. G.; t. III, -p. 96, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_748" href="#FNanchor_748" class="label">[748]</a> <i>Recueil de vers choisis</i>, 1693, in-12, p. 25, édit. de Hollande, -p. 27.—<i>Ibid.</i>, édit. de Paris, 1701, p. 34 et 38.</p> - -<p><a id="Footnote_749" href="#FNanchor_749" class="label">[749]</a> <i>Œuvres de</i> <span class="smallc">Boileau Despréaux</span>, édit. de Saint-Marc, 1744, in-8<sup>o</sup>, -t. I, p. 185 et 186. Cette épître fut écrite en 1673, et était la cinquième -dans l'ordre de la composition. Voyez <span class="smallc">Boileau</span>, t. II, p. 28, édit. de -Berriat Saint-Prix.</p> - -<p><a id="Footnote_750" href="#FNanchor_750" class="label">[750]</a> <i>Ibid.</i>, t. IV, p. 108-143-144.—Édit. Saint-Marc, t. III, p. 98.—3<sup>e</sup> -édit. de Berriat Saint-Prix.</p> - -<p><a id="Footnote_751" href="#FNanchor_751" class="label">[751]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (6 et 20 septembre 1671), t. II, p. 217, 218 et -233, édit. G.; t. II, p. 182-195, édit. M.—L'arrêt fut composé le -12 août 1671; il en circula des copies; il ne fut imprimé qu'en 1674.</p> - -<p><a id="Footnote_752" href="#FNanchor_752" class="label">[752]</a> <span class="smallc">Damiron</span>, <i>Histoire de la philosophie au <span class="smallc">XVII</span><sup>e</sup> siècle</i>; 1846, -t. II, p. 24 à 29.</p> - -<p><a id="Footnote_753" href="#FNanchor_753" class="label">[753]</a> <i>Traité de l'esprit de l'homme, par</i> <span class="smallc">Louis de la Forge</span>, <i>docteur -en médecine à Saumur</i>; Préface, p. 9-40.</p> - -<p><a id="Footnote_754" href="#FNanchor_754" class="label">[754]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 décembre 1672), t. III, p. 130, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. III, p. 59 et 60, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_755" href="#FNanchor_755" class="label">[755]</a> Voyez 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 421-429-435.</p> - -<p><a id="Footnote_756" href="#FNanchor_756" class="label">[756]</a> <span class="smallc">Louis de la Forge</span>, <i>Traité de l'esprit de l'homme</i>, p. 5, ch. <span class="smallc">I</span>. -Dessein et division du traité.</p> - -<p><a id="Footnote_757" href="#FNanchor_757" class="label">[757]</a> <i>Ibid.</i>, p. 67, chap. <span class="smallc">VII</span>, <i>Que l'esprit est immortel</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_758" href="#FNanchor_758" class="label">[758]</a> Voyez les passages de <span class="smallc">Bossuet</span> cités par <span class="smallc">M. Jules Simon</span> dans son -<i>Introduction aux Œuvres philosophiques de</i> <span class="smallc">Bossuet</span>; Paris, -Charpentier, 1843, p. <span class="smallc">V</span> et <span class="smallc">VI</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_759" href="#FNanchor_759" class="label">[759]</a> <span class="smallc">Louis de la Forge</span>, <i>Traité de l'esprit de l'homme</i>, p. 403, -chapitre <span class="smallc">XXV</span>, <i>De l'état de l'âme après la mort</i>.</p> - -<p><a id="Footnote_760" href="#FNanchor_760" class="label">[760]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 422-429. Les lettres citées -suffisent, mais elles n'y sont pas toutes.</p> - -<p><a id="Footnote_761" href="#FNanchor_761" class="label">[761]</a> Voyez la 3<sup>e</sup> partie de ces <i>Mémoires</i>, p. 423.</p> - -<p><a id="Footnote_762" href="#FNanchor_762" class="label">[762]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 septembre 1689), t. IX, p. 454, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. IX, p. 109, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_763" href="#FNanchor_763" class="label">[763]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (15 janvier 1690), t. X, p. 197 et 198, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. IX, p. 305 et 306, édit. M.—Remarquez que madame -de Sévigné ne dit pas <i>saint</i> Jean de la Croix, parce qu'il ne fut canonisé -que longtemps après (en 1726); mais elle dit le <i>bienheureux</i>, -parce qu'il avait été béatifié en 1675.</p> - -<p><a id="Footnote_764" href="#FNanchor_764" class="label">[764]</a> Dans un petit écrit malin, intitulé <i>Nouveaux mémoires pour -servir à l'histoire du cartésianisme</i>, par M. G. de l'A., 1692 (75 -pages). Ces initiales sont celles de Gilles de l'Aunais; mais cet ouvrage -n'est pas de lui; il prêta son nom à Huet, qui ne voulut pas s'avouer -l'auteur de cet écrit. Tout le monde sut qu'il était de l'évêque d'Avranches. -D'Olivet, bien instruit, l'a inscrit dans la liste des ouvrages de -ce dernier. Voyez <i>Huetiana</i>, 1722, in-12, <i>Éloge de Huet</i>, p. <span class="smallc">XXIII</span>.</p> - -<p><a id="Footnote_765" href="#FNanchor_765" class="label">[765]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 septembre 1689), t. IX, p. 455, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. IX, p. 110, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_766" href="#FNanchor_766" class="label">[766]</a> <i>Recueil de tous les beaux endroits des ouvrages des plus célèbres -auteurs de ce temps</i>, divisés en cinq tomes; 1696 (5 vol. in-18).</p> - -<p><a id="Footnote_767" href="#FNanchor_767" class="label">[767]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (11 septembre 1689), t. IX, p. 455, édit. G.; -t. IX, p. 110, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_768" href="#FNanchor_768" class="label">[768]</a> <span class="smallc">Sévigné</span>, <i>Lettres</i> (18 septembre 1672), t. III, p. 116, édit. G.—<i>Ibid.</i>, -t. III, p. 46, édit. M.</p> - -<p><a id="Footnote_769" href="#FNanchor_769" class="label">[769]</a> Cotin fait le mot <i>énigme</i> masculin, et on était partagé alors sur le genre -de ce mot; on le faisait assez indifféremment masculin ou féminin. (Voyez <span class="smallc">Richelet</span>, -<i>Dictionnaire</i>, 1680, t. I, p. 286, au mot <i>Énigme</i>.)</p> - -<p><a id="Footnote_770" href="#FNanchor_770" class="label">[770]</a> <span class="smallc">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. VI, p. 152, édit. in-12; t. IV, p. 236, -édit. in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_771" href="#FNanchor_771" class="label">[771]</a> «Turpin de Crissé, comte de Sanzei, colonel d'un régiment de cavalerie; il -avait épousé de Coulanges, sœur de Philippe-Emmanuel de Coulanges.»</p> - -<p><a id="Footnote_772" href="#FNanchor_772" class="label">[772]</a> «Turpin du Gué, femme de François du Gué, lors maître des requêtes et intendant -à Lyon.»</p> - -<p><a id="Footnote_773" href="#FNanchor_773" class="label">[773]</a> «François du Gué, maître des requêtes et intendant à Lyon, père de madame -de Coulanges.»</p> - -<p><a id="Footnote_774" href="#FNanchor_774" class="label">[774]</a> «Philippe le Hardy, marquis de la Trousse, capitaine lieutenant des gendarmes -de monseigneur le Dauphin, cousin germain de madame de Coulanges.»</p> - -<p><a id="Footnote_775" href="#FNanchor_775" class="label">[775]</a> «<i>Mon frère de la Mousse</i>: c'était un frère bâtard de madame de Coulanges, -qui était prêtre.»</p> - -<p><a id="Footnote_776" href="#FNanchor_776" class="label">[776]</a> «Michel le Tellier, qui avait épousé Élisabeth Turpin, sœur de madame du -Gué.»</p> - -<p><a id="Footnote_777" href="#FNanchor_777" class="label">[777]</a> «Marchand de Paris, avec lequel M. de Coulanges avait dîné dans une maison -auprès de Livry le jour que cette chanson fut faite.»</p> - -<p><a id="Footnote_778" href="#FNanchor_778" class="label">[778]</a> <span class="smallc">Tallemant des Réaux</span>, <i>Historiettes</i>, t. X, p. 51, édit. 1840, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_779" href="#FNanchor_779" class="label">[779]</a> <span class="smallc">De Visé</span>, <i>Nouvelles nouvelles</i>, 3<sup>e</sup> partie, p. 217 et suiv., cité dans l'<i>Histoire -du Théâtre françois</i>, par les frères <span class="smallc">Parfaict</span>, t. VIII, p. 315.</p> - -<p><a id="Footnote_780" href="#FNanchor_780" class="label">[780]</a> <span class="smallc">P. L. Jacob</span>, <i>Catalogue de la bibliothèque de M. de Soleinne</i>, t. II, p. 18.</p> - -<p><a id="Footnote_781" href="#FNanchor_781" class="label">[781]</a> <span class="smallc">La Grange</span>, <i>Préface</i> des Œuvres de Molière, 1682, t. I, p. 2.</p> - -<p><a id="Footnote_782" href="#FNanchor_782" class="label">[782]</a> <span class="smallc">Grimarest</span>, <i>Vie de M. de Molière</i>; Paris 1705, in-12.</p> - -<p><a id="Footnote_783" href="#FNanchor_783" class="label">[783]</a> <span class="smallc">Perrault</span>, <i>les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, -avec leurs portraits au naturel</i>; 1697, in-folio, p. 70; édit. in-12, 1698, -p. 190.—<span class="smallc">Jean-Léonor le Gallois</span>, sieur <span class="smallc">de Grimarest</span>, <i>la Vie de M. de -Molière</i>, p. 18 et 313.</p> - -<p><a id="Footnote_784" href="#FNanchor_784" class="label">[784]</a> Les <i>Œuvres de</i> <span class="smallc">M. de Molière</span>, 1682, p. 3 de la <i>Préface</i>, non paginée.</p> - -<p><a id="Footnote_785" href="#FNanchor_785" class="label">[785]</a> <span class="smallc">Monmerqué</span>, dans la 2<sup>e</sup> édition de Tallemant des Réaux, t. X, p. 51.</p> - -<p><a id="Footnote_786" href="#FNanchor_786" class="label">[786]</a> <span class="smallc">Perrault</span>, <i>Hommes illustres</i>, 1692, in-folio, p. 79; édit. 1698, in-12, p. 190.</p> - -<p><a id="Footnote_787" href="#FNanchor_787" class="label">[787]</a> Registre de la Grange, cité par M. Taschereau, <i>Hist. de la vie et des ouvrages -de Molière</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 228.</p> - -<p><a id="Footnote_788" href="#FNanchor_788" class="label">[788]</a> <span class="smallc">Paulin Paris</span>, cité par <span class="smallc">M. Bazin</span> dans la <i>Revue des Deux Mondes</i>, 15 juillet -1847;—les <i>Commencements de la vie de Molière</i>, p. 6 du tirage à part.—Le -recueil indiqué par M. Paulin Paris est l'<i>Eslite des bons vers choisis dans -les ouvrages des plus excellents poëtes de ce temps</i>; Paris, chez Cardin-Besongne, -1653, 2<sup>e</sup> partie, <i>Recueil de diverses poésies</i>, p. 15.</p> - -<p><a id="Footnote_789" href="#FNanchor_789" class="label">[789]</a> Voyez le <i>Catalogue</i> des pièces de Charles Beys, dans le Catalogue de la bibliothèque -de M. de Soleinne, par le bibliophile Jacob, p. 243, n<sup>o</sup> 119, à savoir: -<i>le Jaloux sans sujet</i>, tragi-comédie, 5 actes; <i>l'Hospital des fous</i>, 5 actes; <i>Aline, -ou les Frères rivaux</i>, 5 actes. Toutes ces pièces ont été imprimées en 1637; <i>les -Illustres fous</i>, en 1653. Aucun historien ou éditeur de Molière n'a connu la -liaison de Beys avec Molière.</p> - -<p><a id="Footnote_790" href="#FNanchor_790" class="label">[790]</a> Les <i>Œuvres de</i> <span class="smallc">M. de Molière</span>, 1682, in-12, p. 3 de la préface.</p> - -<p><a id="Footnote_791" href="#FNanchor_791" class="label">[791]</a> <i>Catalogue</i> de la bibliothèque de M. de Soleinne, 1843, in-8<sup>o</sup>, p. 271, n<sup>o</sup> 121.—<i>Histoire -de la vie et des ouvrages de Molière, par</i> <span class="smallc">Taschereau</span>; 3<sup>e</sup> édition, -p. 8. Dans ces deux ouvrages, le titre de la pièce de Magnon est ainsi: <i>Artaxerce</i>, -tragédie (5 a. v.), par Magnon, représentée sur <i>l'Illustre théâtre</i>; Paris, Cardin-Besongne, -1645. C'est l'éditeur des Œuvres de Molière de 1734 qui, le premier -a dit que cette pièce de Magnon avait été représentée sur <i>l'Illustre théâtre</i> -mais il ne dit pas qu'il tire ce fait du titre; ce qu'il dit à cet égard a été accepté -par les frères Parfaict (<i>Histoire du Théâtre françois</i>, t. VI, p. 376); et il n'y a -pas d'autre objection à ce fait. Cependant ce qui m'oblige à ne l'admettre -qu'avec précaution, c'est que Beauchamps seul a donné le titre entier de cette -tragédie; que ce titre ne porte pas qu'elle a été représentée sur <i>l'Illustre théâtre</i>, -et que Beauchamps ne le dit pas. (<i>Recherches sur les théâtres de France</i>, -1735, in-8<sup>o</sup>, p. 217.)</p> - -<p><a id="Footnote_792" href="#FNanchor_792" class="label">[792]</a> <i>Dissertation sur Molière</i>, par <span class="smallc">Beffara</span>, p. 25 et 26.—<span class="smallc">Taschereau</span>, <i>Hist. -de la vie et des ouvrages de Molière</i>, p. 203 à 211.</p> - -<p><a id="Footnote_793" href="#FNanchor_793" class="label">[793]</a> <span class="smallc">Bazin</span>, <i>les Dernières années de la vie de Molière</i>, extrait de la <i>Revue des -Deux Mondes</i>, 15 Janvier 1848, p. 7 et 9.</p> - -<p><a id="Footnote_794" href="#FNanchor_794" class="label">[794]</a> Elles sont rapportées à la fin de l'<i>État général des officiers, domestiques et -commensaux de la maison du Roy</i>; mis en ordre par M. de la Marinière, 1660, -in-8<sup>o</sup>.</p> - -<p><a id="Footnote_795" href="#FNanchor_795" class="label">[795]</a> <span class="smallc">Taschereau</span>, <i>Hist. de la vie et des ouvrages de Molière</i>, 3<sup>e</sup> édit., p. 181 -et 260, 208 et 211.—<span class="smallc">Beffara</span>, <i>Dissertation sur Molière</i>, p. 25 et 26.</p> - -<p><a id="Footnote_796" href="#FNanchor_796" class="label">[796]</a> Voyez sur ce sujet l'<i>État de la France en 1749</i>, t. I, p. 255.</p> - -<p><a id="Footnote_797" href="#FNanchor_797" class="label">[797]</a> L'<i>État de la France</i>, etc.; dédié au roy, par M. N. Besongne, C. et A. du -roy, B. en théologie et clerc de chapelle et d'oratoire de Sa Majesté; 1669, p. a5.</p> - -<p><a id="Footnote_798" href="#FNanchor_798" class="label">[798]</a> Voyez, l'<i>État de la France en 1677</i>, t. I, p. 100.</p> - -<p><a id="Footnote_799" href="#FNanchor_799" class="label">[799]</a> Les volumes premiers de cette édition portant tantôt la date de 1673, tantôt -celle de 1674; et les derniers celles de 1675 et 1676.</p> - - </div> - </div> -</div> - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Mémoires touchant la vie et les ecrits -de Marie de Rabutin-Chantal, by Charles Athanase Walckenaer - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉMOIRES TOUCHANT LA VIE ET *** - -***** This file should be named 52282-h.htm or 52282-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/2/2/8/52282/ - -Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -file was produced from images generously made available -by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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