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-The Project Gutenberg EBook of La vita Italiana nel Risorgimento
-(1831-1846), parte III, by Various
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: La vita Italiana nel Risorgimento (1831-1846), parte III
- Seconda serie - Lettere, scienze e arti
-
-Author: Various
-
-Release Date: March 8, 2016 [EBook #51402]
-
-Language: Italian
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VITA ITALIANA NEL RISORGIMENTO ***
-
-
-
-
-Produced by Carlo Traverso, Barbara Magni and the Online
-Distributed Proofreading Team at DP-test Italia,
-http://dp-test.dm.unipi.it (This file was produced from
-images generously made available by The Internet Archive)
-
-
-
-
-
-
- LA
- VITA ITALIANA
- NEL
- RISORGIMENTO
-
- (1831-1846)
-
- SECONDA SERIE
-
-
- III.
-
- LETTERE, SCIENZE E ARTI.
-
-
- Lamartine, Châteaubriand et l'Italie DEJOB CHARLES.
- La pleiade musicale CHECCHI EUGENIO.
- La elettricità animale FANO GIULIO.
- _Appendice_:
- Le Monténégro YRIARTE CHARLES.
-
-
-
- FIRENZE
- R. BEMPORAD & FIGLIO
- CESSIONARI DELLA LIBRERIA EDITRICE FELICE PAGGI
- 7, Via del Proconsolo
- 1899.
-
-
-
-
- PROPRIETÀ LETTERARIA
-
- RISERVATI TUTTI I DIRITTI
-
- _Gli editori_ R. BEMPORAD & FIGLIO _dichiarano contraffatte
- tutte le copie non munite della seguente firma_:
-
- [Illustrazione: firma manoscritta]
-
- Firenze, Tip. Cooperativa, Via Pietrapiana, 46.
-
-
-
-
-LAMARTINE, CHATEAUBRIAND ET L'ITALIE
-
-CONFERENZA DI CHARLES DEJOB
-
-
- _Mesdames, Messieurs_,
-
-On a souvent reproché aux Français, dans notre siècle, d'ignorer
-systématiquement les langues étrangères. Ce reproche, ils ne l'ont
-mérité qu'un moment. Nulle part pendant deux cents ans l'espagnol
-et l'italien n'ont été plus à la mode que chez nous; jusque dans le
-premier tiers de ce siècle, la France a été un des pays où, je ne
-dirai pas seulement on écoutait, mais où l'on imprimait le plus de
-livres italiens; et depuis un certain nombre d'années les étrangers
-qu'on envoie chez nous en mission pour examiner la manière dont nos
-lycées enseignent l'anglais et l'allemand, confessent dans leurs
-rapports qu'il est difficile de mieux faire. Il y a toutefois un degré
-auquel nous n'atteindrons probablement jamais: hors de France, dans
-certains salons, une même personne parle allemand à un interlocuteur,
-anglais à un autre, français à un troisième: peu de Français seront
-polyglottes à ce point là. Mais faut-il le regretter? Apprendre, non
-pas seulement à lire mais à parler plusieurs langues vivantes, c'est
-prélever sur sa jeunesse pour apprendre des mots bien des mois qu'il
-vaudrait peut-être mieux employer à approfondir sa propre langue et
-à penser ou à sentir; puis n'est-il pas bien difficile à un auteur de
-se former un idéal s'il est pour ainsi dire, tourmenté par les génies
-divers de plusieurs nations qui se le disputent? Ecrire sous la dictée
-d'une Muse, c'est fort bien; mais écrire sous la dictée de trois
-ou quatre Muses qui nous parlent à la fois, c'est moins commode. En
-revanche, la France a toujours été un des pays où l'on trouve le plus
-d'hommes voués à l'étude des littératures étrangères et employant leur
-existence à écrire, non pas des articles sur des feuilles volantes et
-à propos de productions courantes dont tout le monde parle aujourd'hui
-et dont personne ne parlera dans vingt ans, mais des volumes sur l'art
-ou la poésie des autres nations; et le grand public s'y intéresse
-si fort aux chefs-d'œuvre durables de l'étranger, qu'il se presse
-au pied des chaires où on les commente: il y a environ cent ans,
-Ginguené, le spirituel et perspicace historien de votre littérature,
-en inaugura l'enseignement à l'Athénée; cet enseignement, transféré
-depuis à la Sorbonne, y a brillé du même éclat entre les mains de
-Fauriel, d'Ozanam, de M. Mézières et de M. Gebhart. Enfin la France
-est un des pays où les écrivains célèbres, les penseurs, viennent le
-plus volontiers en aide aux savants pour faire aimer les nations qui
-méritent d'être aimées. Tout le monde sait que Stendhal a pour ainsi
-dire passé sa vie à persuader aux Français que Milan, Florence, Rome,
-Naples étaient les plus délicieux des séjours: et j'ai eu occasion
-de montrer qu'à une époque où tous les voyageurs du Nord de l'Europe
-exprimaient le plus profond dédain pour l'Italie contemporaine,
-le grand astronome Lalande, Roland le futur conventionnel, surtout
-M^me de Staël, prédisaient de la façon la plus claire votre glorieux
-relèvement.
-
-Je voudrais rechercher aujourd'hui les sentiments de Châteaubriand et
-de Lamartine à l'égard de l'Italie.
-
-Au premier abord, il semble que Châteaubriand n'a pas dû vous être
-très-favorable. Je ne parle pas de quelques réclamations passagères
-qu'il s'est attirées. Giustina Renier-Michiel a éloquemment réclamé
-contre l'épithète de _ville contre nature_ qu'il avait appliquée à
-Venise après son premier voyage, et Silvio Pellico s'est plaint avec
-raison de ce que Châteaubriand avait confondu les _piombi_ de 1830
-avec ceux de 1820. Ce sont là des détails; mais un ancien émigré, un
-légitimiste qui avait longtemps été _ultra_, pouvait-il s'intéresser au
-véritable bien de l'Italie moderne? L'homme qui a entraîné Louis XVIII
-à restaurer en Espagne le pouvoir absolu de Ferdinand VII pouvait-il
-avoir quelque sympathie pour les patriotes italiens?
-
-Pourtant ne nous arrêtons pas aux apparences!
-
-D'abord Châteaubriand connaissait fort bien vos classiques, qu'il cite
-assez souvent dans le texte. Dans le _Génie du Christianisme_, il
-ne parle pas toujours de Dante comme il faudrait: mais songez qu'il
-l'écrivait du vivant de Saverio Bettinelli; combien de gens, même
-en Italie, malgré tout le parti que Monti venait de tirer pour sa
-_Bassvilliana_ de l'imitation du poëme sacre, continuaient à juger la
-_Divine Comédie_ sur la foi des _Lettere Virgiliane_! Baretti, qui,
-pour faire pièce à Voltaire, a réussi à comprendre Shakespeare, n'a
-jamais réussi à comprendre Dante. Du moins Châteaubriand reconnaît-il
-que Dante n'a point de maître dans le pathétique et le terrible; et
-plus tard, dans son _Essai sur la littérature_ anglaise, il avertit
-que Shakespeare, dont nos romantiques étaient idolâtres, a eu moins à
-faire que Dante pour fonder la littérature nationale. Son appréciation
-sur le Tasse, pour qui vous savez que la France a toujours eu un faible
-malgré le mot de Boileau dont on exagère étrangement le sens, est
-très-pénétrante; il appelle la _Jérusalem Délivrée_ un chef-d'œuvre
-de composition, et, quand il la blâme, c'est en homme que le poète
-a conquis à son sujet, et qui voudrait collaborer avec lui pour
-atteindre la perfection. Enfin il a pieusement suivi le convoi funèbre
-de cet Alfieri dont, par un hasard qui au fond n'en est pas un, les
-Français furent les admirateurs décidés à une époque où les Italiens se
-partageaient encore sur son compte.
-
-Mais ce sont principalement les beautés naturelles de l'Italie qu'il
-nous a comme révélées. Chose curieuse, et qui montre combien, en
-dépit d'Horace, la plume est quelquefois supérieure au pinceau pour
-la propagation des idées! Parmi les peintres qui ont le mieux fixé sur
-la toile le charme du ciel italien, tout le monde place nécessairement
-deux Français, Claude Gellée dit le Lorrain et Nicolas Poussin, et ils
-ont tous deux vécu il y a deux cents ans; toutefois, la beauté de ce
-ciel n'est proverbiale en France, à tous les degrés de la population,
-que depuis que Châteaubriand et Lamartine l'ont décrite. Châteaubriand
-a visité plusieurs fois l'Italie: dès le premier voyage il est ravi; il
-vante les chemins excellents de la Lombardie, ses auberges «supérieures
-à celles de France, presque égales à celles de l'Angleterre;» il donne
-sur les fouilles de Pompei un excellent conseil qu'on a fini par juger
-tel: laisser les objets là où on les trouve, protéger par un toit
-les édifices qui les contiennent, mais conserver à chaque chose sa
-signification en lui conservant sa place[1], surtout il a senti à ravir
-l'attrait de la campagne romaine et du golfe de Naples. Voici comment
-il peint le premier des deux tableaux:
-
-«Rien n'est comparable, pour la beauté, aux lignes de l'horizon romain,
-à la douce inclination des plans, aux contours suaves et fuyants des
-montagnes qui le terminent.... Une vapeur répandue dans le lointain
-arrondit les objets et dissimule ce qu'ils pourraient avoir de dur
-ou de heurté dans leurs formes. Les ombres ne sont jamais lourdes ou
-noires; il n'y a pas de masses si obscures de rochers et de feuillages,
-dans lesquelles il ne s'insinue toujours un peu de lumière. Une
-teinte singulièrement harmonieuse marie la terre, le ciel et les eaux;
-toutes les surfaces au moyen d'une gradation insensible de couleurs,
-s'unissent par leurs extrémités, sans qu'on puisse déterminer le point
-où une nuance finit et où l'autre commence. Vous avez sans doute admiré
-dans les paysages de Claude Lorrain cette lumière qui semble idéale et
-plus belle que nature. Eh bien, c'est la lumière de Rome.»[2]
-
-Voici pour Naples:
-
-«Des fleurs et des fruits humides de rosée sont moins suaves et moins
-frais que le paysage de Naples sortant des ombres de la nuit. J'étais
-toujours surpris, en arrivant au portique, de me trouver au bord de
-la mer; car les vagues dans cet endroit faisaient à peine entendre
-le léger murmure d'une fontaine. En extase devant ce tableau, je
-m'appuyais contre une colonne et, sans pensée, sans désir, sans projet,
-je restais des heures entières, à respirer un air délicieux. Le charme
-était si profond, qu'il me semblait que cet air divin transformait ma
-propre substance, et qu'avec un plaisir indicible je m'élevais vers le
-firmament comme un pur esprit.»[3]
-
-Ce qui a principalement aidé à graver ces éloges du sol de l'Italie
-dans la mémoire des Français, c'est qu'ils se rattachent souvent
-à ce que j'appellerai la philosophie de Châteaubriand. Vous savez
-que la grandeur de Châteaubriand tient avant tout à la profondeur
-avec laquelle il a ressenti le prodigieux ébranlement de 1789.
-Toutes les révolutions postérieures ne sont que des jeux auprès
-de celle-là, non seulement à cause des luttes intestines qu'elle
-a déchaînées, de l'énergie qu'il a fallu à la France pour rejeter
-hors de ses confins l'Europe entière acharnée à la destruction de
-la liberté, mais parce que toutes les révolutions ultérieures ne
-portent que sur l'extension du principe victorieusement établi par
-les hommes de 89, la souveraineté des nations. A cette date, un
-monde s'est englouti, un autre monde est sorti du chaos. La notion
-du roi sacré par l'Eglise, père de son peuple et propriétaire de son
-royaume, de l'Eglise maîtresse des consciences, des intelligences
-et dispensatrice privilégiée de la charité publique, de la noblesse
-tantôt opulente, tantôt pauvre, mais toujours riche d'honneur, parce
-que sa fonction propre est de mourir pour la patrie, toute cette
-conception, très-imparfaite assurément, mais brillante et longtemps
-glorieuse, s'est abimée. Châteaubriand accepta, en partie du moins, le
-monde nouveau, mais ne cessa jamais de pleurer la grandeur du monde
-disparu. De là, cette habitude de méditer sur le néant de l'homme
-qui tourne quelquefois à la manie, mais qui lui inspire souvent des
-pages dignes de Bossuet. Or l'Italie le conviait éminemment à des
-méditations de cette nature. Avant lui, la plupart des voyageurs ne
-cherchaient dans Rome que l'antiquité ou la Renaissance, ou bien ils
-opposaient à la Rome d'autrefois la Rome de leur temps, pour mépriser
-celle-ci ou la plaindre. Au contraire, Châteaubriand qui professe,
-en véritable Breton, qu'un roi n'est jamais plus grand que quand il a
-perdu sa couronne, vénère dans la Ville Eternelle la splendeur qu'elle
-ne possède plus. Il la place, dans son imagination et dans son cœur,
-à côté de ces Bourbons dont il ne méconnaît pas les fautes, dont il
-n'adore pas les caprices, mais que le malheur a transfigurés pour lui:
-
-«Figurez-vous quelque chose de la désolation de Tyr et de Babylone,
-dont parle l'Ecriture: un silence et une solitude aussi vastes que
-le bruit et le tumulte des hommes qui se pressaient jadis sur ce
-sol.... Vous apercevez ça et là quelques bouts de voie romaine dans
-des lieux où il ne passe plus personne, quelques traces desséchées des
-torrents de l'hiver: ces traces vues de loin ont elles-mêmes l'air
-de grands chemins battus et fréquentés, et elles ne sont que le lit
-désert d'une onde orageuse qui s'est écoulée comme le peuple romain.
-A peine découvrez-vous quelques arbres, mais partout s'élèvent des
-ruines d'acqueducs et de tombeaux, ruines qui semblent être les forêts
-et les plantes indigènes d'une terre composée de la poussière des
-morts et des débris des empires.... On dirait qu'aucune nation n'a
-osé succéder aux maîtres du monde dans leur terre natale.... Déchue
-de sa puissance terrestre, Rome, dans son orgueil, semble avoir voulu
-s'isoler....; comme une reine tombée du trône, elle a noblement caché
-ses malheurs dans la solitude. Il me serait impossible de vous dire
-ce qu'on éprouve lorsque Rome vous apparaît tout à coup au milieu
-de ces royaumes vides et qu'elle a l'air de se lever pour vous de la
-tombe où elle était couchée. Tâchez de vous figurer ce trouble et cet
-étonnement qui saisissaient les prophètes lorsque Dieu leur envoyait la
-vision de quelque cité à laquelle il avait attaché les destinées de son
-peuple.»[4]
-
-Oui, me direz-vous; mais que pense-t-il des habitants de ces ruines
-majestueuses, de cet auguste désert? Messieurs, voici sa réponse dès
-l'année 1803 et quand il n'a encore fait que traverser l'Italie.
-
-«Quant aux Romains modernes,... je crois qu'il y a encore chez eux le
-fond d'une nation peu commune. On peut découvrir parmi ce peuple trop
-sévèrement jugé un grand sens, du courage, de la patience, du génie,
-des traces profondes de ses anciennes mœurs, je ne sais quel air de
-souverain et quels nobles usages qui sentent encore la royauté.» Notez
-qu'il parle ici, non des Italiens du Nord, qui venaient de donner au
-monde Alfieri, Parini, Goldoni, où la veille encore Turin et Venise
-étaient les capitales d'Etats libres, où l'esprit public s'était
-éveillé avec Pietro Verri et Beccaria, mais de cette pauvre Rome si
-endormie alors et si infortunée depuis 900 ans qu'à l'époque même où
-les papes faisaient et défaisaient les rois, elle était en proie aux
-caprices alternatifs de ses barons et de sa populace. Jusque dans les
-traits des Romains modernes, Châteaubriand reconnaît la physionomie
-du peuple roi, et cela entre Marengo et Austerlitz, c'est-à-dire à une
-époque où il fallait à un Français beaucoup d'esprit et de cœur pour ne
-pas oublier que l'orgueil est le partage des sots.
-
-Il se prononcera bien plus fortement quand il sera plus complètement
-informé. Voici un passage d'un rapport qu'il adresse au gouvernement
-français en 1828, en qualité d'ambassadeur à Rome. Ecoutez d'abord
-comme il s'exprime sur les Bourbons de Naples, qui pourtant comptaient
-alors en France sur les marches du trône la mère du comte de Chambord
-et la femme du futur Louis Philippe: «Il est malheureusement trop vrai
-que le gouvernement des Deux Siciles est tombé au dernier degré du
-mépris.» Ecoutez maintenant ce qu'il écrit sur la persécution de vos
-patriotes à une époque où le Spielberg n'avait pas encore rendu ses
-proies: «On prend pour des conspirations ce qui n'est que le malaise
-de tous, le produit du siècle, la lutte de l'ancienne société avec la
-nouvelle, le combat de la décrépitude des vieilles institutions contre
-l'énergie des jeunes générations, enfin la comparaison que chacun
-fait de ce qui est à ce qui pourrait être. Ne nous le dissimulons
-pas: le grand spectacle de le France puissante, libre et heureuse, ce
-grand spectacle qui frappe les nations restées ou retombées sous le
-joug, excite des regrets ou nourrit des espérances. Le mélange des
-gouvernements représentatifs et des monarchies absolues ne saurait
-durer; il faut que les uns ou les autres périssent, que la politique
-reprenne un égal niveau ainsi que du temps de l'Europe gothique....
-C'est dans ce sens et uniquement dans ce sens qu'il y a conspiration en
-Italie.»
-
-Loin de flatter ses compatriotes, il ajoutait que c'était seulement
-en ce sens que l'Italie était française: «Le jour où elle entrera en
-jouissance des droits que son intelligence aperçoit et que la marche
-progressive du temps lui apporte, elle sera tranquille et purement
-italienne.» Rien de plus honorable que cette loyauté, qui lui interdit
-de mettre la main sur le libéralisme naissant de l'Italie, de se
-prévaloir, pour le confisquer au profit de la France, du réveil que
-nos penseurs du XVIII^e siècle avaient provoqué chez elle. Loin aussi
-de renvoyer à une date qui n'arriverait jamais l'accomplissement de
-ses prédictions, il disait: «Si quelque impulsion venait du dehors,
-ou si quelque prince en deçà des Alpes accordait une charte à ses
-sujets, une révolution aurait lieu, parce que tout est mûr pour cette
-révolution.»[5]
-
-Vous voyez, Messieurs, que si Châteaubriand a siégé avec M. de
-Metternich au Congrès de Vienne, ces deux hommes d'État ne jugeaient
-pas de la même façon les affaires de l'Italie.
-
-Ma tâche devient en apparence plus délicate avec Lamartine: car son
-nom vous rappelle sur le champ quelques paroles un peu vives qui lui
-valurent tout près d'ici un coup d'épée. J'espère que tout à l'heure
-vous conviendrez qu'il eût été bien dommage que Gabriele Pepe tuât
-Lamartine, et cela non seulement parce que, en vérité, le prix des
-deux existences engagées dans le combat n'était pas tout à fait égal,
-mais parce que, si un jugement sévère, injuste même, sur une nation
-signifiait nécessairement qu'on la méprise ou qu'on la déteste, il
-faudrait effacer Dante, Alfieri, Foscolo et beaucoup d'autres, de
-la liste des patriotes italiens: peut-être reconnaîtrez-vous dans un
-instant que Lamartine a fait au moins autant pour l'Italie que son très
-honorable adversaire.
-
-D'abord, par ses premières lectures, par ses amis de France, surtout
-par ses fréquents séjours au-delà des Alpes, il avait eu le loisir de
-la connaître; il en écrivait, il en parlait la langue. M. Mazzatinti
-a retrouvé une lettre de lui écrite en un italien fort satisfaisant
-à un Florentin; et j'ai lu, je ne sais plus où, qu'un jour dans sa
-vieillesse et devant des auditeurs qu'il savait évidemment capables de
-la comprendre, il feignit de lire une scène de mœurs napolitaines qu'en
-réalité il improvisait et où des pêcheurs de Mergellina s'exprimaient
-dans leur dialecte. Il n'avait pas passé douze ans en Italie, comme
-il lui est échappé un jour de le dire: mais, sans compter de courtes
-visites, il y avait passé une partie des années 1811 et 1812, de
-l'année 1820, et trois ans de 1825 à 1828; si les salons italiens
-avaient été assez lents à s'ouvrir pour lui, il s'était lié avec
-Niccolini, surtout avec Gino Capponi avec qui, vous le savez, il
-resta en correspondance, et il avait été mêlé à vos affaires par ses
-fonctions diplomatiques, à Naples d'abord, puis à Florence.
-
-Lui aussi, ce fut la beauté physique de l'Italie qu'il commença
-par goûter; nul n'a exprimé avec plus de séduction le charme d'une
-promenade nocturne sur le golfe de Baia au milieu des chants que se
-renvoient les pêcheurs et des parfums terrestres dont la brise du soir
-embaume les eaux. Et, comme, pour la diffusion rapide des idées, la
-poésie a sur la prose le même avantage que la prose sur le pinceau, les
-vers de Lamartine décuplèrent chez nous en un moment les adorateurs de
-la nature italienne. Citons seulement quelques vers:
-
- Maintenant sous le ciel tout repose, ou tout aime;
- La vague en ondulant vient dormir sur le bord;
- La fleur dort sur sa tige, et la nature même
- Sous le dais de la nuit se recueille et s'endort.
- Vois: la mousse a pour nous tapissé la vallée;
- Le pampre s'y recourbe en replis tortueux,
- Et l'haleine de l'onde à l'oranger mêlée
- De ses fleurs qu'elle effeuille embaume mes cheveux.
- A la molle clarté de la voûte sereine,
- Nous chanterons ensemble assis sous le jasmin
- Jusqu'à l'heure où la lune, en glissant vers Misène,
- Se perd en pâlissant dans les feux du matin.
-
-D'ailleurs Lamartine, comme Châteaubriand, rapporta de l'Italie autre
-chose que des impressions, il en rapporta une doctrine; il y avait
-découvert pour son compte ce néant de l'homme que Châteaubriand y avait
-seulement approfondi. Trop jeune pendant la Révolution française pour
-en avoir, comme son prédécesseur, ressenti directement la secousse,
-c'est en contemplant du sein de toutes les joies de la vie les ruines
-de l'antiquité qu'il avait appris que tout change, tout passe, que
-nous passons nous mêmes «hélas, sans laisser plus de trace que cette
-barque où nous glissons sur cette mer où tout s'efface.» Il y avait
-encore appris, ou plutôt il s'y était enseigné à lui-même par un
-commentaire vivant du Tasse qui avait été le premier en date de ses
-poètes préférés, sans doute aussi par une réminiscence de Pétrarque,
-un nouveau style d'amour. Un a dit en France, et avec raison, que
-dès avant lui, la poésie spirituellement, sèchement galante qui
-n'avait que trop fleuri chez nous au XVIII^e siècle n'y régnait déjà
-plus, que l'amour commençait à y être une passion sincère et, par
-moments, mélancolique. Mais ce qu'on n'avait pas encore entendu chez
-nous, c'était l'hymne religieux de l'amour: c'était, non pas l'amour
-platonique, mais l'amour gravement, pieusement exalté, reconnaissant
-à la bonté divine qui prête un instant la beauté à la terre pour en
-sécher les larmes, mais qui la rappellera bientôt à lui pour nous
-empêcher d'oublier qu'après tout le ciel seul ignore les pleurs. Or
-ici Lamartine ne procède d'aucun Français, pas même d'André Chénier
-dont les vers les plus touchants demeurent païens. Certes nos
-classiques avaient admirablement dépeint les orages du cœur; mais
-pour eux, la religion était une chose, l'amour en était une autre,
-et ces deux ordres d'idées n'avaient rien à voir entre eux: dans la
-tradition française, Dieu ne connaissait que le devoir, il ordonnait
-la continence aux célibataires, la fidélité aux époux: quant à l'amour
-honnête, il le permettait, mais il ne s'en occupait pas. Lamartine au
-contraire procède de l'amant de Laure et du chantre de Tancrède. Il ne
-les imite pas; il est moins homme de lettres qu'eux dans le bon comme
-dans le mauvais sens; son élocution est moins travaillée; la nature
-lui offre autre chose qu'un pré fleuri, une claire fontaine et un chœur
-d'oiseaux saluant le mois d'avril.
-
-Mais, pour les avoir relus sous le ciel qui les a inspirés, pour avoir
-respiré le bonheur qu'exhale la terre dont les habitants appellent tout
-ce qui enchante _grazia di Dio_, il a, comme eux et plus expressément
-encore, monté la poésie amoureuse sur le ton des cantiques.
-
- Celui qui, le cœur plein de délire et de flamme,
- A cette heure d'amour, sous cet astre enchanté,
- Sentirait tout à coup le rêve de son âme
- S'animer sous les traits d'une chaste beauté,
- Celui qui, sur la mousse, au pied du sycomore,
- Au murmure des eaux, sous un dais de saphirs,
- Assis à ses genoux de l'une à l'autre aurore
- N'aurait pour lui parler que l'accent des soupirs,
- Celui qui, respirant son haleine adorée,
- Sentirait ses cheveux soulevés par les vents,
- Caresser en passant sa paupière effleurée,
- Ou rouler sur son front leurs anneaux ondoyants,
- Celui qui, suspendant les heures fugitives,
- Fixant avec l'amour son âme en ce beau lieu,
- Oublierait que le temps coule encor sur ces rives,
- Serait-il un mortel ou serait-il un dieu?
- Et nous, aux doux penchants de ces verts Elysées,
- Sur ces bords où l'Amour eût caché son Eden,
- Au murmure plaintif des vagues apaisées,
- Aux rayons endormis de l'astre élyséen;
- Sous ce ciel où la vie, où le bonheur abonde,
- Sur ces rives que l'œil se plaît à parcourir,
- Nous avons respiré cet air d'un autre monde,
- Elvire!... et cependant on dit qu'il faut mourir.
-
-Lisez superficiellement les _Méditations_, vous vous demanderez
-pourquoi telle ou telle pièce porte pour titre un site napolitain: vous
-n'y trouverez point de ces descriptions qui mettent les objets sous les
-yeux; Lamartine regarde beaucoup moins que Victor Hugo, mais il sent
-davantage; livrez-vous à lui et les émotions qu'il éveillera en vous
-ranimeront celles que deux de vos poètes vous ont jadis données. Le
-tour n'est plus le même: il y a déjà un orateur caché sous le poète des
-_Méditations_: mais l'accent révèle la parenté du cœur.
-
-De même, cherchez à reconnaître le site de l'abbaye de Vallombrosa
-dans la pièce où Lamartine l'a chantée: vous n'y réussirez pas. Mais
-il fallait peut-être la splendeur d'une contrée où la solitude fait à
-peine sentir son poids, où presque partout, dès qu'on s'élève au-dessus
-du sol des villes, on aperçoit les deux spectacles les plus sublimes,
-le mer et la montagne, pour découvrir à un jeune Français déjà répandu
-dans les salons parisiens les _trésors cachés_ de la vie monastique,
-cette joie mystérieuse que le vulgaire admire sans la comprendre, pour
-lui faire goûter ce plaisir du recueillement qui ne suffit point pour
-vivre parmi le monde, mais qui suffit pour vivre avec le ciel et avec
-soi-même.
-
-Mais en comprenant, en aimant l'Italie, aurait-il méconnu, dédaigné les
-Italiens?
-
-Messieurs, une opinion assez répandue de ce côté des Alpes veut que
-la sympathie de la France pour l'Italie date de 1859, ou même qu'à
-cette date encore un seul homme, le chef de la nation, il est vrai,
-ait véritablement souhaité la délivrance de votre nation. Ce qui est
-exact, c'est que pour que l'Italie entraînât la France avec elle, il
-fallait qu'elle eût eu le temps de donner à la masse de notre nation
-la preuve palpable, éclatante de sa volonté et de son héroïsme. Il
-fallait que le belliqueux Piémont, le premier prêt pour la lutte, eût
-osé affronter l'Autriche, il fallait que les bourgeois de Milan après
-une lutte de cinq jours eussent chassé leur garnison, que la jeunesse
-universitaire, professeurs en tête, se fût fait écraser à Curtatone
-et à Montanara, il fallait que le grand Manin eût prouvé une fois
-de plus qu'un homme peut quelque temps tenir tête à un empire, et
-qu'enfin les plus illustres débris de cette mémorable année, conduits
-par un instinct sûr, fussent venus porter chez nous le spectacle de
-leur courageuse pauvreté et de leurs indomptables espérances. Mais,
-dès l'instant où l'on sut en France que ce n'étaient pas seulement un
-Pellico, un Confalonieri qui voulaient au prix de ses jours la liberté
-de l'Italie, dès l'instant où il fut manifeste que toute la nation
-était disposée à mourir pour son indépendance, la France, qui respirait
-pourtant à peine de la sanglante guerre de Crimée, fut acquise à votre
-cause; il put y avoir quelque inquiétude chez certains politiques, mais
-les ennemis les plus irréconciliables de Napoléon III, les ouvriers de
-Paris qu'il avait fallu massacrer en décembre 1851 pour leur imposer le
-coup d'Etat, l'applaudirent avec transport à son départ pour l'armée.
-Jusque là au contraire, le gros de la nation avait attendu. Rien en
-effet n'était plus difficile pour un Français de la génération de 1830
-que de comprendre pourquoi les révolutions de Naples, de Piémont, des
-Romagnes avaient été si vite comprimées. Figurez-vous un pays uni,
-centralisé depuis des siècles, ayant l'habitude de penser, d'agir en
-commun, et même, depuis cinquante ans, de se lever tout entier à la
-voix d'une ville qui formait comme les Etats Genéraux en permanence
-de la nation; figurez-vous ce peuple qui, grâce à cette union, a
-brisé un trône séculaire, qui a refoulé et puni sous sa première
-République la plus formidable invasion que le monde moderne eût encore
-vue, qui, quinze ans après une Restauration imposée pur une invasion
-plus formidable encore, a chassé à la face de l'Europe la dynastie
-restaurée, et a, pour coup d'essai de sa liberté reconquise, affranchi
-la Belgique. Comment comprendrait-il que l'Italie ne peut secouer
-le joug aussi aisément? Le paysan, l'ouvrier français savent-ils que
-l'Italie morcelée, humiliée depuis quatorze siècles ne peut tout d'un
-coup retrouver sa vigueur? Ils voient les Polonais ne succomber que
-sur des morceaux de drapeaux enlevés aux Russes. Ils ne se disent pas
-que les Polonais qui se battent si bien à Grochow, à Ostrolenka sont
-des soldats réguliers aussi aguerris que leurs adversaires; quand ils
-voient les tentatives des patriotes italiens avorter si vite, ils en
-concluent, à tort mais sincèrement, qu'à part quelques âmes d'élite, le
-peuple italien ne désire pas changer de condition.
-
-Mais le langage de Lamartine à la Chambre française va nous montrer
-comment les penseurs de notre pays, ceux qui avaient vu l'Italie chez
-elle, préparaient la France à mieux juger des sentiments intimes de
-leurs voisins. Car non seulement il se déclare personnellement partisan
-de l'entière indépendance de l'Italie, non seulement il raconte avec
-fierté avoir été mêlé dans sa jeunesse aux négociations où Louis XVIII
-lui-même, tout légitimiste qu'il était par métier, et quoique surveillé
-par la Sainte Alliance, offrait aux libéraux de Naples et de Turin de
-les soutenir contre l'Autriche, pourvu qu'à la Charte espagnole de 1812
-ils préférassent la Charte française de 1814 fort préférable en effet;
-mais nous allons le voir attaquer de front les préjugés qui rendaient
-alors la France moins sensible aux malheurs de l'Italie qu'à ceux des
-autres nations esclaves.
-
-Voici comment, avant les _Cinque giornate_, à une époque où l'Italie
-ne s'était pas encore mesurée en bataille rangée avec ses tyrans,
-il répondait à ceux qui arguaient du calme apparent qui depuis 1815
-régnait dans la Péninsule: «Sous ce calme apparent, ne l'oubliez pas,
-il y avait un abîme, et dans cet abîme couvait la plus incompréhensible
-de toutes les forces morales et matérielles, la nationalité morcelée,
-la nationalité comprimée de 26 millions d'hommes.... Il suffit pour
-chacun d'entre nous dont l'œil est intelligent, dont le cœur est
-sympathique d'avoir traversé cette magnifique Italie pour sentir la
-vie sous la mort apparente, pour sentir cette éternelle protestation
-de la nationalité qui est la dernière arme d'un peuple.... Nulle part
-cette protestation n'est aussi évidente qu'en Italie; nulle part, elle
-n'a des droits plus sacrés à la sympathie des peuples. Je ne crains
-pas de le dire, je ne serai démenti par personne: il n'y a pas une
-race humaine qui ait donné au sol qu'elle habite une consécration
-plus grande que celle que la race italienne a donnée pendant tant de
-siècles de gloire, de liberté, de vertu, à ce point géographique de
-notre globe»[6]. Puis il montre que l'on ne contentera pas l'Italie
-par la réforme de quelques abus, par un peu de bien-être. Mais d'autre
-part il nie que le _statu quo_ y ait seulement pour ennemis les
-révolutionnaires dont l'Europe s'effrayait. Comme Châteaubriand, il
-proteste que l'agitation de l'Italie n'est pas le fait de quelques
-sectaires; mais ce n'est plus dans une dépêche confidentielle qu'il
-dépose cette protestation; il la produit du haut de la tribune, et
-il avait en un sens plus de mérite encore que Châteaubriand à ne pas
-se tromper; car dans l'intervalle Mazzini avait paru, et bien des
-hommes d'Etat personnifiaient en lui seul les aspirations de l'Italie.
-«J'affirme ici, s'écriait Lamartine, par la connaissance personnelle
-qu'une cohabitation de 12 ans m'a donnée, par la connaissance que
-j'ai du caractère, du génie, du libéralisme italien, que le mot même
-de radicalisme n'a pas de signification dans la langue, que c'est
-une injure qui n'est même pas comprise au-delà des Alpes, que le
-mouvement libéral n'est nullement un mouvement perturbateur..., mais
-que c'est un mouvement de l'esprit humain et de l'indépendance des
-peuples, _qui couve dans tous les siècles au cœur de l'Italie_»[7].
-Notez, Messieurs, ces derniers mots; ne fallait-il pas à un homme qui
-n'était point un érudit, un vif et intelligent amour de l'Italie pour
-deviner en quelque sorte les noms relativement obscurs des Italiens qui
-entre Pétrarque et Alfieri empêchèrent la prescription du sentiment
-national? Quant à la génération présente, il prouve son affirmation
-par l'énergie avec laquelle le pape refuse de céder aux Autrichiens un
-pavé de Ferrare, par nombre de faits précis empruntés à une brochure
-parue le matin même et qui semble bien émaner du Père Ventura, par
-des correspondances particulières qui attestent les espérances que les
-plus illustres patriotes de l'Italie plaçaient sur notre poète; il en
-extrait les touchantes anecdotes d'un archevêque, d'un curé de Milan
-qui protestent chacun à leur manière contre une répression brutale
-qui vient d'ensanglanter la ville, du comte Borromeo qui dépouille
-la Toison d'Or souillée du sang de ses compatriotes. Enfin, conjurant
-Guizot d'appuyer les revendications des peuples italiens, il affirme
-avec une confiance excessive peut-être mais généreuse la solidité des
-sympathies entre les peuples: «Les traités ne sont signés que par la
-main des hommes; mais ces sympathies mutuelles entre les peuples faits
-pour s'aimer, pour se soutenir, aspirer ensemble à la civilisation et
-à la liberté, ce ne sont pas des traités d'un jour, ce ne sont pas
-des traités signés par des diplomates; ce sont des traités préparés
-par la Providence, signés et contresignés par la main de la nature
-elle-même, non pas sur des parchemins comme ceux de 1815 qu'on nous a
-fait signer en tenant la main de la France captive sur un protocole,
-mais je le répète, de ces traités contresignés par Dieu et par la
-nature, qui durent autant que les siècles»[8]. Ces paroles produisaient
-un effet d'autant plus grand que, depuis dix ans, à force d'éloquence
-Lamartine avait conquis une grande autorité à la tribune et dans la
-nation. Personne ne songeait plus à le renvoyer dédaigneusement à
-la poésie, ou, comme aurait dit Musset, à lui jeter toujours sa lyre
-au nez. Dès avant que la révolution de 1848 l'élevât au pouvoir, il
-étonnait le monde politique par la hardiesse tantôt divinatrice tantôt
-imprudente de ses vues. Louis Philippe à qui l'on avait conseillé de
-l'appeler dans ses conseils avait répondu: «Lamartine, ce n'est pas
-un ministre, c'est un ministère; je le réserve.» Il apportait donc à
-l'Italie l'appui d'un véritable homme d'Etat et non d'un simple poète.
-D'ailleurs ses sentiments à son égard ne répondaient pas seulement à
-ceux des hommes qu'on allait appeler les républicains de la veille,
-mais à ceux des catholiques libéraux de notre nation que Silvio Pellico
-avait depuis longtemps, pour parler comme Racine, rangé du parti de ses
-larmes. Espérons qu'un jeune historien se laissera enfin tenter par un
-beau sujet que j'ai cent fois proposé de vive voix et par écrit chez
-nous et chez vous, l'histoire des réfugiés italiens en France de 1815
-à 1859 et de la transformation de l'opinion des Français, durant cette
-période, touchant les affaires de l'Italie. J'ose affirmer que rien ne
-serait plus utile, plus glorieux pour les deux nations.
-
-Mais revenons à Lamartine, ou plutôt élevons-nous au-dessus de notre
-sujet pour conclure par une considération plus générale à laquelle il
-nous conduit. Il y eut un temps où une nation pouvait raffoler de la
-littérature, de l'art, des modes d'une autre et demeurer profondément
-indifférente à ses destinées, la combattre, l'asservir. Il n'en est
-plus ainsi, du moins chez les nations généreuses. (Car chaque peuple a
-sa grandeur, mais il y en a dont la grandeur consiste dans la ténacité
-prévoyante, hardie, implacable, avec laquelle ils poursuivent leur
-perpétuel agrandissement). Aujourd'hui donc, du moins chez certains
-peuples, aimer la littérature ou l'art d'un autre nation conduit à
-l'aimer elle même. D'où vient ce changement? Serait-ce que l'amour de
-la patrie s'affaiblirait et que tout lecteur devient un dilettante?
-S'il en était ainsi, il faudrait, non pas féliciter, mais plaindre
-l'humanité. Le progrès ne consiste pas à niveler les frontières; c'est
-une duperie de ne pas aimer par-dessus tout son propre pays; car on
-ne vous rendrait pas partout la pareille. Le jour où les honnêtes
-gens s'entendraient pour laisser la nuit la clef sur leur porte,
-il y aurait toujours assez de voleurs pour les dévaliser; de même,
-la nation qui s'imaginerait que l'ère des guerres, des conquêtes
-même est close, serait certaine d'être bientôt envahie et partagée.
-Puis, toutes les vertus civiles sont suspendues en quelque sorte à
-la vertu militaire, et s'affaissent quand elle tombe; sans doute la
-vie civile offre des occasions d'exercer notre courage, mais on s'y
-dérobe quand le sacrifice dans sa forme la plus haute n'est plus
-pratiqué; l'histoire de tous les peuples qui ont renoncé à la gloire
-militaire le prouve. Mais, si un Châteaubriand, un Lamartine passent
-de l'admiration pour les grands écrivains et le sol de l'Italie à la
-sympathie pour ses aspirations, c'est que l'on commence à comprendre
-que la conquête, toujours à redouter, n'est point à louer, et que,
-prendre une province malgré elle à un peuple, c'est souffleter sur la
-joue de ce peuple le droit du genre humain. Pour peu donc que cette
-nation cesse d'être une inconnue pour nous, ses souffrances font
-brêche dans notre égoïsme, et nous ressentons l'outrage qu'au fond nous
-avons reçu en sa personne. Puis, nous comprenons que de nos jours un
-peuple asservi souffre plus qu'autrefois. Jadis une ville se résignait
-souvent sans trop de peine à passer d'une nation à une autre, parce
-que ce n'était au fond que changer de maître: le nouveau souverain
-n'exigeait pas toujours des tributs plus lourds que l'ancien, et, la
-conscription n'existant pas, ne demandait point à ses nouveaux sujets
-de se battre au besoin contre leurs frères de la veille. Berchet nous a
-éloquemment appris, dans _Giulia_, les tortures du conscrit obligé de
-revêtir un uniforme abhorré. — Mais, dira-t-on, dans les littératures
-modernes, les œuvres des classiques sont en partie nées dans des
-époques où l'homme de lettres, au moins dans son cabinet, oubliait
-qu'il avait une patrie: comment donc l'étude de ses œuvres, qui nous
-attache à lui, nous attacherait-elle à ses compatriotes, surtout à
-ses compatriotes d'aujourd'hui? — La réponse est dans les progrès
-de la critique. Autrefois on considérait un ouvrage comme une pure
-composition littéraire, sortie toute entière du génie de l'auteur et
-des principes de l'école à laquelle il appartenait; aujourd'hui nous
-considérons un auteur comme un homme qui exprime, sans y penser, tantôt
-les vertus ou les défaillances de sa génération, tantôt les traits
-dominants de sa race. Notre admiration pour lui excite par conséquent
-notre intérêt pour ses compatriotes. Nous goûtons comme nos pères
-l'incroyable dextérité avec laquelle Arioste nous fait passer d'une
-historiette à une autre, mais nous ne le rendons plus seul responsable
-de l'enjouement qu'il garde au milieu des malheurs de sa patrie; quand
-Machiavel conseille aux princes d'affecter toutes les vertus, mais de
-ne pas les avoir, nous plaignons l'Italie dont l'infortune ne laissait
-plus alors d'espoir que dans la cruauté, pour ainsi dire, économique
-d'un Cesare Borgia. L'étude des littératures étrangères est le meilleur
-préservatif contre les engouements de la mode et contre les velleités
-d'une injuste ambition; car, en même temps qu'elle nous fait admirer
-le génie des autres peuples, elle nous fait comprendre combien il est
-différent du nôtre et par suite quelle folie c'est que de vouloir
-l'imiter ou que de prétendre l'asservir. Si, par hasard, ce génie
-s'éloigne moins du nôtre parce que c'est celui d'une nation sœur, tout
-ce qui nous est permis, c'est de faire ce qu'ont fait Châteaubriand et
-Lamartine, à savoir de l'aimer.
-
-
-
-
-LA PLEIADE MUSICALE
-
-CONFERENZA DI EUGENIO CHECCHI
-
-
- _Signore e Signori!_
-
-La sera del 3 agosto 1829 — data memorabile per la storia dell'arte
-— il pubblico parigino chiamato a giudicare la nuova opera, che fu
-anche l'ultima, di Gioacchino Rossini, sentenziò quasi unanime, che
-il _Guglielmo Tell_ era una troppo audace innovazione, e accennava
-a qualche cosa di troppo rivoluzionario e di troppo anormale nei
-tranquilli dominii della musica. E l'opera grande e immortale
-fu accolta in quella sera e nelle sere successive con sospettosa
-freddezza.
-
-Alla distanza di sessantotto anni, nella sera del 26 dicembre 1897,
-il pubblico romano del teatro Argentina riudì ancora una volta il
-capolavoro rossiniano, e sentenziò con mirabile disinvoltura che
-anche le opere del genio risentono le offese del tempo, e che il
-_Guglielmo Tell_ più non risponde ai nuovi bisogni, ai nuovi gusti:
-doversi perciò rimandare ai Conservatorii e agli Istituti musicali,
-perchè, tutt'al più, sia argomento di studio nelle classi di alta
-composizione. E l'opera si trascinò faticosamente per un lieve corso di
-rappresentazioni, fra la indifferenza e gli aristocratici sbadigli di
-spettatori scarsi di numero.
-
-Oggi dunque, se le manifestazioni della così detta opinione pubblica
-hanno da contare per qualche cosa, oggi il Rossini non sarebbe che un
-classico: impeccabile quanto si voglia, ma niente più che un classico:
-nel 1829 invece un redivivo Voltaire avrebbe potuto ripetere del
-Rossini quel che si disse dello Shakspeare, che fu un barbaro non privo
-d'ingegno. Come è possibile mandare insieme a braccetto i due giudizi?
-
-Il pubblico di Parigi d'allora e il pubblico di Roma del decorso
-anno, ugualmente sinceri, ma ugualmente rei di spropositate sentenze,
-subivano la influenza di cause che forse sarebbe curioso ed opportuno
-di esaminare e di riassumere, se non temessi di sconfinar troppo dal
-tema cortesemente assegnatomi.
-
-Se non che appunto cotesta freddezza del pubblico parigino, a cui
-ho accennato, se non fu la principale nè l'unica fu certamente una
-delle ragioni per le quali il Rossini spezzò la penna di compositore
-melodrammatico. Consapevole della propria gloria, egli si ritirò,
-tra sorridente e sdegnoso, dalle battaglie della scena: si ritirò a
-trentasette anni: nè i pentimenti troppo tardivi dei pubblici, nè le
-cospicue offerte che dalle grandi metropoli dell'Europa gli pervenivano
-valsero a vincere quella sua serena pigrizia, in cui si sarebbe
-cullato, con tutte le seduzioni fascinatrici della celebrità, per
-quarant'anni di seguito.
-
-Iniziatore di una riforma, Gioacchino Rossini non ebbe soltanto il
-merito di aprir nuove vie all'arte melodrammatica, ma tutte le percorse
-da sovrano conquistatore, in tutte impresse la incancellabile orma
-propria. E perchè il genio ha qualità, quasi direi, assorbenti, e la
-luce che da lui emana par che riassuma in sè, compenetrandole, tutte
-le altre luci minori e le attenui e le spenga, appunto come il sole che
-non può esser vinto da nessuna illuminazione artificiale, così accadde
-che nel silenzio dell'autore del _Guglielmo Tell_ si credette che la
-musica italiana avesse pronunziata l'ultima sua parola.
-
-Di quali altri capolavori si sarebbe arricchito il repertorio
-melodrammatico, se nel Rossini la volontà e la fantasia fossero
-state in ugual misura obbedienti, è ricerca che a nulla gioverebbe.
-L'immortale maestro, che impegni contrattuali col grande teatro di
-Parigi obbligavano per un corso non breve di anni, si sentì a un
-tratto disorientato in quella rivoluzione del luglio 1830, che dava
-alla vita politica, alla vita letteraria ed artistica della Francia
-indirizzi nuovi. Come il Mefistofele del Goethe, che non comprende le
-classiche finzioni della greca mitologia nella simbolica evocazione di
-Elena, così l'autore dell'_Italiana in Algeri_, del _Turco in Italia_,
-del _Barbiere di Siviglia_ dura fatica a raccapezzarsi in quel moto
-degli spiriti vagheggianti ideali nuovi, in quelle irrequietezze delle
-fantasie giovanili che anelano ad orizzonti fino allora inesplorati.
-Rimane intatta e splendente la sua musica, perchè segnata col marchio
-indistruttibile del genio, ma il suo linguaggio si crede o pare
-che non risponda più ai bisogni, alle aspirazioni, ai desiderii
-dell'universale. Spira nelle regioni dell'arte un soffio di modernità
-che non si acquieta ai facili sorrisi dell'abbondante produzione
-dell'opera giocosa; e le menti, fatte serie e cogitabonde, drizzano
-per così dire la vela in oceani più sconfinati, dove par che baleni,
-tremolando sulle acque, la fata morgana dell'invadente romanticismo.
-
-E frutto del romanticismo, imperante nella Francia degli Hugo, dei
-Delavigne, dei De Vigny, è la musica dei maestri italiani succeduti al
-Rossini. Ai francesi compositori, come l'Auber e l'Halévy, ai tedeschi
-un po' infrancesati come Giacomo Meyerbeer, non valse la imitazione
-rossiniana, in principio servile e poi alquanto più libera, per potere
-essi raccogliere la eredità creduta giacente. La divina Euterpe spiccò
-il volo rivalicando le Alpi, e tornò da Parigi nella sua vera patria
-l'Italia, di dove più non si mosse.
-
-Qui era nata, qui aveva raggiunto lo splendore suo massimo, qui erano
-sbocciate le immortali cantilene dei Pergolese, dei Paisiello, dei
-Cimarosa; e qui avrebbe dovuto fatalmente riallacciarsi la fulgida
-tradizione che la partenza del Rossini dalla patria un po' ingrata non
-era riuscita ad interrompere. Onde gli occhi di tutti si volsero là
-dove nuovi germi sbocciavano, dove le nuove manifestazioni dell'arte
-fiorivano, dove il genio della musica ci apparecchiava le nuove grandi
-sorprese del periodo che oggi studiamo.
-
- *
- * *
-
-Singolari tempi cotesti: quasi ponte di passaggio fra le due rive di
-un fiume frettoloso, avviato verso una mèta iperbolicamente lontana.
-Dopo un lungo riposo di quindici anni, un riposo conquistato a prezzo
-di tanto sangue inutilmente versato nelle guerre del primo Napoleone,
-cominciava ora quella feconda evoluzione degli spiriti e delle
-menti, che, come dianzi accennavo, prese il nome, anzi rinverniciò a
-nuovo quel vecchio nome di romanticismo: e se la Francia, seguitando
-l'esempio della Germania del Goethe e dello Schiller, sopravanzò gli
-altri popoli nella feconda produzione poetica e prosastica, l'Italia,
-non ostante i grandi fulgori del genio manzoniano, si restrinse,
-almeno per allora, nel campo della musica: anzi più specialmente della
-musica melodrammatica. Fosse mancanza di grandi ingegni letterarii,
-che avrebbero dovuto continuare l'opera iniziata nel '27 dal Manzoni
-col suo celebre romanzo, fossero le condizioni civili e politiche
-della penisola, fosse piuttosto, come io credo, la vivace rimembranza
-dei recenti trionfi musicali, fatto sta che l'Italia si restrinse
-per allora a una sola arte, e gelosamente custodì e mantenne quel suo
-primato invidiato ed invidiabile della musica teatrale.
-
-Chi studiasse un po' attentamente quel periodo di vita sociale, che
-si svolse in Italia dal '31 al '46, ne troverebbe rispecchiate alcune
-sue manifestazioni nella musica dei maestri d'allora: i nomi dei quali
-sono vanto imperituro nell'arte del secolo decimonono. Quella musica
-combatte in principio una tenace battaglia, per liberarsi dai fàscini
-e dalle seduzioni del grande mago che si adagia sorridente all'ombra
-dell'albero della sua gloria, e a poco a poco riesce a vincere: ma
-perdurano quelle ragioni, che avevano costretto anche il Rossini ad
-improvvisare in poche settimane, qualche volta in pochissimi giorni,
-le opere per le quali si era impegnato con le direzioni dei teatri. Il
-teatro è la più potente, la più geniale distrazione di quel tempo: è,
-per così dire, l'unica manifestazione chiassosa dello spirito pubblico,
-che si rivela in una incessante domanda di altre opere. E queste opere
-occorre rispondano alla smania di novità che agita le folle, occorre
-non interrompano ma anzi alimentino quella produzione artistica che
-deve diffondersi da tutti i palcoscenici d'Italia.
-
-La schiera dei maestri, dico di quelli a cui non mancheranno i
-favori del pubblico, è troppo esigua al bisogno, perchè ella possa
-corrispondere alle richieste che d'ogni parte si affollano: onde la
-necessità li costringe a lavorare rapidamente, talvolta con prestezza
-fulminea. Accade perciò che non sempre la miniera, quantunque
-inesausta, dia metallo purissimo, e che il genio rifulga sempre della
-medesima intensità di luce: tormentato e irritato, egli ha ogni tanto
-qualche abbandono, qualche cascaggine, qualche annebbiamento che lo
-offusca. Ma dalla fredda accoglienza fatta a un'opera nuova, o anche da
-un clamoroso insuccesso, l'autore si risolleva e risorge come stimolato
-a vendicarsi, e le sue vendette sono spesso capolavori: capolavori
-che hanno nome _Sonnambula_, _Norma_, i _Puritani_, _Anna Bolena_,
-_Lucrezia Borgia_, _Lucia di Lamermoor_.
-
-C'è dunque un nuovo indirizzo, stavo per dire una nuova scuola che
-sorge, florida di giovinezza, ricca di speranze, cercatrice smaniosa
-di successi. La musica italiana, che s'era detto aver pronunziata col
-_Guglielmo Tell_ la sua ultima parola, riprende il suo fatale andare,
-e parla ancora alle menti, eccita ancora le fantasie, commuove ancora
-ed esalta milioni e milioni di cuori. Vincenzo Bellini e Gaetano
-Donizetti, i due astri più luminosi della pleiade scintillante,
-procedenti per vie diverse ad una medesima mèta, con magnanima
-ostinazione resistono alle prime avvisaglie della scuola tedesca,
-e dimostrano con l'esempio di voler serbare alla nostra musica la
-schietta italianità, che vuol dire il sentimento, la passione, la
-melodia, il canto.
-
-Nei loro inizii, nelle inevitabili incertezze di chi, incominciando,
-sente di non poter camminare spedito se non si appoggia, come l'edera,
-a qualche robusto tronco, anche i due maestri s'ispirano e si scaldano
-al gran sole rossiniano: ma dopo quei primi esperimenti di una
-ginnastica intellettuale, quando la loro fibra si è ringagliardita
-nelle molteplici prove, ed essi hanno acquistata la coscienza
-sicura del proprio essere, ogni ombra d'imitazione scompare, ed
-essi raggiungono in brevissimo tempo la fama, la popolarità, la
-gloria. Sono l'uno e l'altro, e sinceramente lo confessano, una
-derivazione rossiniana: ma accade di loro, se mi è lecito di rapire una
-similitudine alla scienza astronomica, accade di loro come quando un
-bolide scoppiando si riduce in parti, e coteste parti, pur descrivendo
-ciascuna per conto proprio una traiettoria nello spazio, serbano
-in comune il punto primitivo di partenza: così i due grandissimi,
-quantunque di grandezza diversa dal loro autore e non ostante
-l'individuale cammino percorso, sembrano emanare da un apice comune, da
-Gioacchino Rossini.
-
-Ma della serena spensieratezza di quelli anni e di quella generazione,
-che affaticata dalle immani lotte napoleoniche cercava un riposo e
-una distrazione nelle prime opere del maestro di Pesaro, e rispondeva
-acclamando e ridendo alla squillante risata dell'autore del _Barbiere
-di Siviglia_, di cotesta spensieratezza non vedremo più che una traccia
-fuggevole. Se qualche cosa d'incipriato sopravvive all'ottantanove e ai
-trattati del quindici, se nella vita poco o punto affaccendata delle
-classi colte c'è ancora come un resto delle mollezze e delle morbide
-blandizie del settecento, e c'è una corruzione elegante che non sa
-risolversi a rendere le armi, pure aleggia nella parte sana del popolo
-un'aura più vivace, e già un concetto delle civili responsabilità a
-poco a poco la penetra.
-
-Interprete dei sentimenti e delle aspirazioni nuove sarà l'arte
-della musica, che per la sua stessa indeterminatezza del linguaggio
-si piegherà volenterosa ad esprimere sentimenti, affetti, passioni
-tumultuanti nelle anime.
-
-Una solenne e austera mestizia par che governi il mondo, e di
-quella mestizia è raccontatrice e commentatrice fedele la musica.
-Sorriderà ancora, in alcune geniali produzioni del Donizetti, la musa
-dell'opera giocosa, ma fra quei sorrisi vedremo pure talvolta balenare
-scintillando le lacrime, e per arrivare al lieto fine di prammatica
-rasenteremo più d'una volta il dramma. L'arte non è più un semplice
-diletto, nè una blanda carezza di suoni armoniosissimi; ella deve
-invece tradurre tutto quel complesso di aspirazioni che sono tanta
-parte nella vita nuova del popolo, deve in certo modo riprendere e
-continuare per conto proprio l'opera iniziata altrove con la poesia,
-col romanzo, col dramma. Una invisibil catena avvince le genti fra
-loro, le genti oramai consapevoli dei propri diritti e dei propri
-doveri: e perchè l'arte è il linguaggio che tutti comprendono, toccherà
-a lei farsi divulgatrice d'idee e di propositi, che nel segreto
-dapprima, poi alla luce aperta del sole maturano.
-
-Chi afferma che la musica di cotesti anni altro non è che la
-continuazione di quel che fu fatto nel primo trentennio del secolo,
-dà prova di non averne penetrata la intima essenza. Certo nè Vincenzo
-Bellini, nè Gaetano Donizetti furono gli antesignani di una rivoluzione
-civile e politica, alla quale essi mai non pensarono, e della quale
-sarebbe sfuggita a loro, perchè distratti in più serene contemplazioni,
-la ragione remota o prossima. Ma un qualche cosa che vibrava e
-fremeva intorno dovette persuaderli che sarebbe toccata alla musica
-una partecipazione essenziale in quel grande rimescolìo degli animi
-e delle menti: e guidati da quell'istinto che è qualità divinatrice
-del genio, essi furono gli uomini del loro tempo, furono i gloriosi
-portabandiera di un piccolo ed elettissimo esercito, che combatte anche
-oggi battaglie non ingloriose nel campo dell'arte.
-
- *
- * *
-
-Vincenzo Bellini rappresenta, nella pleiade musicale di cotesti anni,
-il luminoso astro fuggitivo che brillerà d'intensissima luce per
-pochi anni, poi sparirà quasi consunto dal suo medesimo fuoco. Se
-egli ottenesse dalla natura il dono prezioso della fecondità, non è
-certo; ma si sa che le opere sue più belle, le tre opere magistrali
-che non morranno fintantochè almeno non si capovolgano le leggi eterne
-del gusto, rampollarono dall'accesa fantasia del giovane maestro con
-meravigliosa rapidità, e si sa pure che dopo il sublime suo canto del
-cigno, dopo quei _Puritani_ che sollevarono un grido d'entusiasmo per
-tutto il mondo, egli, già colpito dalla fatale malattia che doveva
-spegnerlo all'età di trentaquattro anni, meditava sopra due nuovi
-soggetti. Di lui veramente, meglio che del Rossini, sarebbe curioso
-e opportuno indagare quali nuove forme avrebbe assunte, a quali
-diversi atteggiamenti si sarebbe piegato il suo ingegno, se la natura,
-dispettosamente crudele, non avesse voluto dare apparenza di verità
-all'antica sentenza di Menandro: «Muor giovine colui che al cielo è
-caro.»
-
-L'acutezza tutta meridionale della sua mente, in quei brevi mesi
-di soggiorno a Parigi, gli servì per penetrare addentro nei nuovi
-progressi della musica strumentale, che fu per lui come il dischiudersi
-di nuovi orizzonti; e forse non esagerano quei biografi i quali
-affermano, che prima di recarsi in Francia il Bellini non conoscesse
-che superficialmente la musica di quel maestro che il Rossini non
-dubitava di chiamare fra tutti il più grande, e che fu Ludovico
-Beethoven. Della profonda mestizia, qualità predominante nell'autore
-delle Nove Sinfonie, è facile riscontrare più d'una traccia nell'ultima
-opera del maestro catanese, come nè è più ricco, più nutrito, più
-vario lo strumentale. Egli che, nell'idilliaca _Sonnambula_, emulò
-la greca semplicità e la perfezione di Teocrito, e nella _Norma_
-si sollevò a grandezza epica, tocca, io credo, il massimo vertice
-del sublime con la dipintura delle cruente lotte fra i _Puritani ed
-i Cavalieri_. Dalla favola montanara, tutta impregnata di agresti
-profumi, dalle foreste druidiche, di cui indovina, senza neanche darsi
-pensiero di approfondirle, le sanguinose tregende, egli trapassa alla
-contemplazione e alla riproduzione di un grande quadro storico: ma
-nella cozzante varietà dei soggetti che tratta, egli serba pur sempre
-lo spiccato carattere della individualità propria, della propria
-originalità.
-
-Ascoltando la musica di altri maestri, rimarremo incerti talvolta
-nell'attribuire la paternità a questo od a quello: ma Vincenzo Bellini
-non è possibile confonderlo mai con altri. Le sue cantilene soavissime,
-le sue melodie, quasi tutte di prima intenzione, e una tal quale
-morbidezza raffaellesca di contorni, ce lo annunziano e ce lo rivelano
-presente sempre.
-
-Egli non somiglia che a sè medesimo. Sentendolo, vien fatto di pensare
-che la sua musica, più che dalla fantasia, gli germogli dall'anima, e
-che quell'anima riassuma e traduca le troppo fugaci gioie e gli eterni
-dolori dell'umanità: vien fatto di dire che i suoi canti, più che col
-linguaggio delle note sono composti di lacrime, e sono le lacrime che
-raccontano le nostre miserie, le nostre intime ambascie.
-
-Vincenzo Bellini ebbe principalissime, fra tutte le doti musicali, la
-schiettezza e la limpidezza, congiunte alla più squisita semplicità
-delle forme. C'è stato perfino un tempo, nel quale non si dubitò di
-dirlo anche troppo semplice. Venti o venticinque anni fa il direttore
-di un teatro parigino, voglioso di rimettere in scena la _Norma_,
-propose a Giorgio Bizet, non ancora celebre, di rifare, secondo
-le nuove tendenze e il nuovo stile, la strumentazione dell'opera
-belliniana, e offrì al giovine maestro, bisognoso di lavorare, qualche
-migliaio di lire. Tutto lieto il Bizet portò a casa la partitura della
-_Norma_, stimando agevole impresa rimettere a nuovo la vecchia opera,
-vecchia allora di più che quarant'anni. Ma di lì a qualche giorno, con
-la partitura intatta sotto il braccio, egli andò a trovare il direttore
-di quel teatro, e restituendogli lo spartito gli disse che le opere
-del genio sono intangibili, che a mettervi le mani e ad alterarle
-si commette opera profanatrice e sacrilega. L'autore futuro della
-_Carmen_, grande artista veramente, respingeva da sè con ribrezzo la
-mostruosa complicità in un reato, rimasto fortunatamente uno sterile
-tentativo.
-
-Ogni tempo ha l'arte che si merita e che gli si confà: e l'arte non ha
-efficacia immediata, se non in quanto rispecchia i gusti, le tendenze,
-le aspirazioni dell'epoca in cui ella sorge e fiorisce. La musica della
-prima metà del nostro secolo, discesa in linea retta da quella del
-secolo precedente, mantenne intatta la tradizione, ma si arricchì di
-forme più belle, ma ebbe intenti più serii e più drammatici, ma penetrò
-anche più addentro nei segreti dell'anima umana.
-
-Senza confondere l'arte con la scienza, ma senza ripudiare
-quest'ultima, rifiutò tutto quello che non germogliasse direttamente
-dalla fantasia. E appunto per questo fu grande e semplice; ed ebbe
-nome, per il momento, Vincenzo Bellini e Gaetano Donizetti, Oh non per
-loro certamente, non per le loro orchestre destinate ad accompagnare
-docilmente o ad abbellire di fregi modesti il canto della scena, non
-per le loro orchestre, come doveva accadere più tardi per il mistico
-Wagner, tutte le potenze della natura congiurarono favorevoli, nè la
-terra regalò quasi tutto il metallo delle sue miniere e il legname
-delle sue foreste per fornire le armi sonore destinate agli assalti
-irresistibili! La musica di quei nostri grandi, veramente nostri,
-scaturita come fonte viva di limpida acqua dalle viscere della
-montagna, non ebbe bisogno delle violente arginature artificiali che
-ne affrettassero il corso, ma si diffuse allargandosi come in azzurro
-tranquillissimo mare tutto bagnato di sole. Era il sole d'Italia, o
-signori, e non aveva nulla da invidiare alle nebbie germaniche.
-
- *
- * *
-
-Diverso affatto dal Bellini fu Gaetano Donizetti, compagno suo ed
-emulo felice in quella gara che durò fino al 1835, fino all'anno in
-cui l'autore dei _Puritani_ si spense. Di Vincenzo Bellini, tenuto
-conto anche dei primi tentativi melodrammatici, si contano nove opere
-soltanto: Gaetano Donizetti invece, fantasia più feconda, ingegno più
-vario se non altrettanto peregrino, e agitato dalla febbre continua
-del produrre, fornisce durante ventiquattro anni, dal '22 al '46, un
-così lungo cammino, e semina quel suo cammino, con una prodigalità che
-rasenta la spensieratezza, di così fulgidi capolavori, che basterebbe
-lui solo, io credo, a segnare di un'orma indistruttibile la storia
-dell'arte.
-
-Egli fu veramente, per la grazia della espressione, per la originalità,
-la spontaneità, la vaghezza melodica, per una soavità e una delicatezza
-di cantilene non scevre di malinconia, egli fu il Mozart dell'Italia:
-non scevre di malinconia, ho detto, come fu divinamente malinconico il
-Bellini, sì che l'uno e l'altro pare che rispecchino, nella indole dei
-loro ingegni e dei loro animi, il virgiliano _sunt lacrimae rerum_,
-che il Manzoni, forse inconsapevolmente, ha tradotto con la mestissima
-frase che «del dolore ce n'è, sto per dire, un po' per tutto». Se non
-che il Donizetti, fecondo e versatile come pochi, e superiore in questo
-al Bellini, ci lascia incerti anche oggi se riuscisse più felicemente
-efficace, appunto come Wolfango Mozart, nel melodramma serio o
-piuttosto nell'opera giocosa.
-
-La popolarità e la fama rapidamente raggiunte lo avevano già reso
-celebre in pochi anni: il nome suo non pure famoso in Italia, ma
-nelle principali e più colte città dell'Europa, andava fino dal '37
-congiunto ad opere che s'intitolano _Anna Bolena_ e _Elixir d'amore_,
-_Lucrezia Borgia_ e _Lucia di Lamermoor_, _Marin Faliero_ e _Parisina_,
-per tacer delle altre: e sono opere che rimarranno lungamente vive,
-insieme con quelle degli ultimi suoi dieci anni: rimarranno vive anche
-nei pervertimenti frenetici del gusto, anche nei periodi delle così
-dette rivoluzioni musicali. Perchè il genio ha anche questo di buono,
-di salutare, di benefico: che sopranuota a tutti gli errori, a tutte
-le aberrazioni, alle storture d'ogni maniera: egli resiste sereno ed
-impavido ai mutabili capricci della moda, alle piccole e alle grandi
-ostilità, alle guerricciòle degli emuli, alle invidie degli impotenti.
-
-E notate questo, o signori: gli anni in cui il Donizetti imperò
-quasi solo nel campo della musica, furono gli anni delle aspettative
-pazienti: e perchè, nel silenzio di ogni voce un po' libera, e
-nell'abbattimento di ogni aspirazione generosa, gli astuti governanti
-d'Italia erano larghissimi nel favorire, nel secondare, nel provocar
-quasi i popolari entusiasmi per i grandi spettacoli teatrali, accadde
-che le fantasie, private per allora di ogni più vigoroso alimento,
-trovassero pascolo sufficiente e distrazione bastante per una nuova
-opera, per un giovane maestro che accennasse ad uscire dalla schiera
-dei volgari, anche per un artista, uomo o donna, che le imprese e le
-direzioni dei varii teatri d'Italia si disputassero.
-
-C'era di mezzo l'arte; ma c'era anche, bisogna pur convenirne, il
-superficiale diletto dei sensi: e nel doloroso silenzio di cotesti
-anni fu possibile vedere, in quella città che doveva poi scrivere
-col proprio sangue una pagina immortale nella storia del risorgimento
-italiano, fu possibile vedere preso d'assalto, con manifestazioni quasi
-di delirio, il teatro della Scala da una folla tumultuante, perchè
-i due astri della danza, la Cerrito e la Essler, comparivano, per il
-momento non più rivali, in un medesimo, ballo e nella medesima sera;
-e fu anche possibile vedere giovani patrizi e banchieri stagionati
-disputarsi non soltanto i favori ed i sorrisi delle danzatrici più
-celebri, ma anche i più minuti gingilli abbandonati dalle _dive_
-al servitorame degli alberghi; persino le maioliche intime di una
-Essler, ridotte in cocci, dividersi come reliquie fra qualche dozzina
-di adoratori, perchè potessero fregiarsene i candidi sparati delle
-camicie.
-
-Ma non incrudeliamo soverchiamente sopra le debolezze di un tempo,
-la cui responsabilità non ricade che in piccolissima parte sulla
-cittadinanza italiana. Alle brevi aberrazioni succedevano ben presto
-i più durabili e fervorosi entusiasmi per le grandi rivelazioni
-dell'arte, e il Donizetti, morto Vincenzo Bellini, fu per allora
-l'unico sovrano intellettuale delle folle, l'unico inappellabile
-arbitro del gusto.
-
-Nello spazio di ventidue anni, dal '22 al '44, egli scrive
-sessantacinque opere: due in ciascun anno, spesso tre, talora anche
-quattro. Gli accade più d'una volta di trovarsi a quindici e venti
-giorni di distanza dall'epoca fissata per la consegna di un'opera, e
-non soltanto non averne scritta neppure una nota, ma neanche sapere
-quale libretto gl'invierebbe il poeta: eppure nel giorno fissato egli
-mantiene scrupolosamente l'impegno.
-
-Una sua opera fresca e limpida anche oggi come un mattino di primavera,
-l'_Elixir d'amore_, egli la scrivo in quindici giorni; scrive in sei
-settimane la _Lucia di Lamermoor_, uno dei più squisiti capolavori
-musicali del secolo: compone in undici giorni il _Don Pasquale_,
-modello insuperato di commedia musicale: improvvisa in otto giorni
-la _Maria di Rohan_. Al cognato Vasselli di Roma, col quale mantenne
-sempre una fraterna e gioconda corrispondenza epistolare, così scriveva
-argutamente da Parigi nel 4 gennaio 1843:
-
-«Il giorno 31 del passato dicembre passò non da questa all'altra vita,
-ma da una parte all'altra della Senna, il signor Donizetti, per essere
-nominato socio corrispondente dell'Istituto di Francia. E ieri sera, 3
-del nuovo 1843, si diede al teatro Italiano la prima recita della sua
-nuova opera _Don Pasquale_. Non vi fu pezzo senza applausi: l'autore
-chiamato dopo il secondo atto e dopo il terzo. L'opera gli è costata
-una pena immensa: undici giorni. Ora a Vienna darà il _Duello sotto
-Richelieu_ (che è la _Maria di Rohan_): otto giorni di travaglio:
-giorni contati. E siete pregato di non raccontare i miei segreti,
-perchè già il pubblico o non li crede, od immagina che sia musica
-buttata giù.»
-
-Nove anni prima, nel 1834 a Milano, una grave infermità d'occhi
-impedisce al Mercadante di scrivere l'opera che si è impegnato di
-consegnare al teatro della Scala. Mancano quaranta giorni allo scadere
-dei termini, e il Mercadante chiamato a sè il Donizetti caldissimamente
-lo prega di supplirlo, per evitare a se il pagamento di una grossa
-penale. Il Donizetti acconsente, in meno di trenta giorni consegna
-finita l'opera, e quell'opera ha nome _Lucrezia Borgia_.
-
-Egli è fatto così: la sua produzione è fulminea. Basta che un
-soggetto potentemente lo attragga perchè egli se ne innamori, e
-subito gli trasfonda la vita immortale della sua arte. Indole arguta
-e di giocondissimo umore, lieto di trovarsi nell'amabile compagnia
-di parenti e di amici, egli non sfugge le allegre distrazioni della
-vita svagolata del palcoscenico, si trattiene perfino un po' troppo
-nei camerini delle prime donne; ma il pensiero fisso della sua mente
-è sempre rivolto a quell'opera, o meglio ancora a quelle opere che
-imprese, direzioni di teatri e pubblici con febbrile impazienza
-aspettano. E nei solenni momenti della geniale ispirazione egli si
-rinchiude, se così posso esprimermi, in quella parte del mondo ideale
-ove sorge il palazzo marmoreo dell'arte. Costì egli evoca intorno a
-sè i fantasmi dei tempi e dei personaggi che furono, e scrive opere
-di argomento storico: cerca nei romanzieri, nei drammaturghi, nei
-commediografi l'abbozzo, la linea rudimentale di personaggi e di
-fatti immaginarii, ed egli li veste, li colorisce, dà loro la vita, il
-movimento, il colore della sua arte.
-
-A queste due categorie di personaggi egli chiede misteriosamente il
-segreto della loro esistenza, dei loro amori, delle loro gelosie,
-dei loro odii, delle loro colpe, ed essi, come avrebbe detto Niccolò
-Machiavelli, per loro umanità gli rispondono. Nella storia e nella
-leggenda, nelle romanzesche avventure che i poeti immaginarono si
-svolgessero nelle antiche Corti, nei castelli medioevali, fra le
-montagne azzurre o fra le nevose della Savoia, nei poveri paeselli
-della campagna, nelle foreste della Scozia, nei grandi parchi
-dell'Inghilterra, il Donizetti si foggia per conto suo altrettanti
-mondi, e quei mondi, quasi rispondessero alla irresistibile chiamata
-di un dio, si risollevano dalle tombe come le suore peccatrici evocate
-dalla magìa di Roberto, scuotono la polvere dei secoli, palpitano e si
-muovono, perchè il genio di un uomo vi ha soffiato per entro il potente
-anelito della vita.
-
- *
- * *
-
-Ma «la via lunga ne sospinge» e l'ora si affretta verso il suo termine.
-Guardiamo ancora. Ecco che sul nostro cammino.... diciamo meglio,
-ecco apparire nel nostro cielo un nuovo astro, non per ora d'intensa
-e continua luce come i due che lo precedono, fosco anzi e un po'
-tenebroso in principio, ma che scintillerà presto di splendori tutti
-suoi. E un giovine di ventotto anni, alto, magro, accigliato, con
-i lunghi capelli che gli scendono in ciocche abbondanti sul collo.
-La sventura lo ha colpito pochi mesi innanzi con la morte della
-giovanissima diletta compagna e di due figlioletti, e l'insuccesso
-clamoroso di una sua opera, la seconda scritta da lui, pare lo abbia
-allontanato per un pezzo dalla ingannatrice sirena melodrammatica. Dice
-a tutti di esser tornato dal nativo paese a Milano, non per cercarvi
-una gloria che pare il destino voglia negargli, ma per dar lezioni di
-canto e di pianoforte, giacchè egli ha bisogno di vivere.
-
-Non ostante ciò, non può rinunziare a far vita comune con gli artisti,
-a discorrere della musica degli altri non avendo niente di bello
-da raccontar della propria, e passa le giornate e le sere in quel
-mondo così vario, così turbolento, così incontentabile, che svolge
-le sue spire attorno alla piazza ove sorge il teatro della Scala:
-singolarissimo mondo che è come una Camera di Commercio del canto
-e della danza, mondo suddiviso in piccoli quartieri, in minuscole
-stanze a pian terreno ed al mezzanino, dove convengono ad ogni ora
-artisti, impresari, speculatori, faccendieri, buongustai, abbonati,
-pubblicisti, librettisti, maestri di musica, mezzani. Mancava allora
-la troppo celebrata galleria Vittorio Emanuele, sotto la cui cupola
-bighelloneggiano gl'irrequieti cercatori di scritture teatrali; ma
-c'era il portico del teatro della Scala, c'erano gli sgabuzzini degli
-agenti, i negozii di musica di Francesco Lucca e di Giovanni Ricordi,
-i caffè, le fiaschetterie, i camerini delle imprese, le quinte dei
-palcoscenici: e dappertutto era un rimescolìo di offerte e di domande,
-una animata, continua, febbrile conversazione, un protestare, un
-indignarsi, anche uno scambio di male parole fra chi vantava i propri
-meriti, e chi s'ingegnava a disprezzarli per pagar meno: e tutto questo
-accompagnato da squassamenti delle lunghe zazzere dei tenori spioventi
-sui baveri, da movimenti drammatici dei pizzi prolissi dei baritoni,
-da voci cavernose dei bassi profondi, dallo scodinzolare leggiadro dei
-soprani, dei mezzi soprani, e dei contralti.
-
-In quel mondo, al quale mancò finora — ed è veramente un peccato
-— l'arguto e verace istoriografo, si aggira inquieto e nervoso
-quel giovane di ventotto anni, che ascolta tutti e discute animato
-ed a scatti, che, nel facile contradire delle conversazioni al
-caffè, batte con violenza sul tavolino la mano larga e tozza, e con
-l'audacia di certi suoi propositi scandalizza i refrattari parrucconi
-del Conservatorio milanese: quei parrucconi che con una farisaica
-interpretazione dei regolamenti avevano respinta la sua domanda di
-parecchi anni prima per essere ammesso fra gli alunni di quell'Istituto
-musicale.
-
-A cotesto giovanotto oramai maturo e già autore di due opere, che dice
-a tutti di non volere più scrivere per il teatro, e invece non pensa,
-non discorre, non palpita che per cotesto fantasma dei suoi trepidi
-sogni, a quel giovanotto occorre si presenti una occasione fortuita,
-occorre il mancato adempimento ad un patto contrattuale di qualche
-maestro, che so io? la necessità in cui si trovi un impresario di fare
-onore in qualsiasi modo agli impegni assunti col pubblico: occorre
-questo, perchè gli occhi del giovine si ravvivino di speranze, perchè
-il tumulto della fantasia si ridesti, perchè il dio della ispirazione
-mandi il tonante grido della riscossa.
-
-E il grido ci fu: la fantasia ebbe un sussulto: l'opera apparve
-luminosa nel cielo dell'arte. Quel giovinotto aveva nome Giuseppe
-Verdi, quell'opera s'intitolava _Nabucco_.
-
-La storia anedottica del _Nabucco_ l'ha raccontata lo stesso Verdi.
-L'opera doveva musicarla il maestro Nicolaj, e in una sera di decembre
-del 1841 l'impresario del teatro della Scala, incontratosi col Verdi,
-gli raccontò che il libretto della nuova opera non piaceva al maestro,
-che per la ristrettezza del tempo non era possibile averne altri,
-ma che lui impresario manderebbe al diavolo il Nicolaj se il Verdi
-accettasse di scrivere la musica del _Nabucco_.
-
-La resistenza e le proteste furono vane: il giovane maestro, cacciatosi
-in tasca il manoscritto di Temistocle Solera, corse a casa: e aperto
-così a caso il quaderno, lesse i versi, rimasti celebri, dello stupendo
-coro: «Va', pensiero, sull'ali dorate,» che nella musica melodrammatica
-del nostro secolo è forse la invocazione più appassionata e più sublime
-alla patria lontana, e che fratello maggiore del coro dei _Lombardi_,
-meriterebbe con più ragione si ripetesse di lui:
-
- Che tanti petti ha scossi e inebriati.
-
-Col _Nabucco_ s'iniziano veramente i trionfali successi del Verdi:
-continuano con l'opera venuta dopo, _I Lombardi alla prima Crociata_,
-raggiungono il massimo dell'entusiasmo con l'_Ernani_: dal '42 al '44,
-il «giovane Verdi,» come allora lo chiamavano, avea acquistato in meno
-di tre anni un posto d'onore; e raro esempio nella storia dell'ingegno
-umano, non solo non ne discese più mai, ma di scalino in scalino, di
-tappa in tappa, se così mi è lecito esprimermi, salì alla fama, alla
-rinomanza, alla gloria. Egli rimaneva oramai quasi solo (l'astro del
-Donizetti si avvicinava rapidamente all'angoscioso tramonto), quasi
-solo egli rimaneva a rappresentare la grande, la nobile, la ispirata
-arte italiana.
-
-Egli ebbe intenso dalla natura, e lo ha squisitamente affinato nel
-corso degli anni, l'istinto prezioso e incomunicabile dell'effetto
-teatrale; anche obbedì, in tutte le opere di quella sua prima maniera,
-alla foga potente della ispirazione, e fu di un'abbondanza melodica
-che somigliò quasi alla prodigalità. Peccò qualche volta per dato e
-fatto della sua stessa virtù, peccò di trascuratezza. Simile forse in
-questo (me lo perdonino le ascoltatrici gentili) simile a una donna
-bella che osi, appunto perchè bella, presentarsi ai suoi ammiratori un
-po' scapigliata e in abito disadorno. Ma egli è che allora si scriveva
-musica per scriver musica, e con le sette note di Guido Monaco non
-s'intendeva di risolvere nè un problema d'algebra, nè un teorema di
-meccanica celeste: si voleva soltanto destare la commozione, il grande
-e il solo sentimento che possa chiamare le folle in teatro.
-
-E di una commozione, trasportata fino alle regioni del parossismo,
-fu causa l'ultima delle opere che ho citata, l'_Ernani_. Il dramma
-audace dell'Hugo, simbolo di riscossa per tutta una scuola letteraria,
-diventa il vangelo altrettanto audace di tutti gli spiriti liberi.
-Venezia, dove la nuova opera fu per la prima volta rappresentata, e in
-breve giro di mesi tutta l'Italia acclamano il cantore di _Doña Sol_,
-come il rappresentante della musica dei tempi vaticinati. Pare quasi
-interrotta la tradizione; si direbbe che il maestro, spezzate le catene
-del convenzionalismo, si slanci a scoprire i nuovi orizzonti dell'arte,
-illuminata da lui col sole del proprio genio.
-
-_Ernani_ è la protesta magnanima contro le tirannie, è l'odio
-della violenza alimentato dalla violenza, è il grido del popolo
-che si ribella alla signoria dei grandi e dei sovrani. Come suonano
-rimbombanti e armoniosissimi i versi del poeta francese, così l'alata
-schiera delle melodie del maestro italiano si libra a volo sul dramma,
-e tutto lo penetra e lo investe. C'è in quella musica qualche cosa di
-trepido, di convulso, di rapido, d'irrompente. L'ardentissima anima del
-Verdi non aveva avuto ancora, e forse non le ebbe mai più, vibrazioni
-musicali così gagliarde, non s'era mai slanciata a colorire con tanta
-esagerata potenza un immenso quadro drammatico. Io credo sieno pochi
-gli esempi di opera che, come l'_Ernani_, mantengano sempre viva,
-musicalmente, l'attenzione dalla prima all'ultima scena; e qui il
-dramma e la musica mirabilmente si fondono a raccontare in altissimo
-metro una pagina della storia eterna del cuore umano.
-
-E così Giuseppe Verdi, con la stupenda produzione che va dal '42 al
-'46, schiude veramente le porte dell'avvenire, creando uno stile
-suo, manifestando una maniera tutta sua propria di concepire e di
-svolgere un violento contrasto di passioni sulla scena melodrammatica.
-La fecondità di quelli anni, non dissimile dalla geniale rapidità
-donizettiana, nocque forse al maestro di Busseto per la materiale
-impossibilità di adoperare la lima: ma giovò alla espressione di una
-più grande sincerità in quei subitanei quasi selvaggi scoppi del genio,
-preludio ad avvenimenti che maturatisi nel silenzio, dovevano di lì
-a poco suscitare i fremiti delle balde giovanili speranze nel cuore
-improvvisamente svegliatosi della patria.
-
-In quel medesimo anno, che è l'ultimo del periodo del quale le nostre
-Letture si occupano, e sempre nella città di Venezia, un'altra opera
-del Verdi scoppiò come fulmine e fu l'_Attila_: musica tempestosa
-che entrava difilato per le orecchie nelle anime, e di popolarità
-così clamorosa e così diffusa, che sopravvisse di qualche anno alla
-morte delle speranze italiane: come uno di quei canti che l'esule con
-accorata tenerezza ripete, perchè gli richiama alla mente le dolci
-valli della patria lontana.
-
-È naturale quindi che in coteste opere della prima maniera del Verdi
-si volesse rintracciare un concetto politico: così nei _Lombardi_ che
-sospirano al tetto natio e ricordano con sublime lamento i ruscelli
-ed i prati della loro terra, parve di scorgere una anticipazione del
-quarantotto, quasi un simulacro di movimento nazionale: e nella celebre
-offerta dell'universo che fa Ezio ad Attila, purchè a lui, generale
-romano, rimanga l'Italia, c'era più che un pretesto per sollevare a
-rumore le platee, per far vibrare la corda dello spirito patriottico.
-
-Si potranno questi chiamare gl'innocenti anacronismi della leggenda,
-ma non sono perciò inutili: tanto è vero che di lì a pochi mesi le più
-fortunate e popolari opere del Verdi si trasformarono in segnacoli
-di riscossa, i suoi canti ispirati furono gl'inni della nazione, e
-Gerusalemme diventò Milano con le sue cinque giornate. La musica è così
-fatta, che mirabilmente si piega ad esprimere il concetto dominante
-negli spiriti; e se un caldo soffio di poesia la ravvivi, ella diventa
-preghiera ed imprecazione, espressione d'infinito rammarico e di
-giubilante letizia, augurio, speranza, vaticinio. I poeti d'Italia
-cantavano in strofe roventi la rivoluzione prossima a trionfare; ma non
-bastava il ritmo poetico, ci voleva una risonanza più armoniosa e più
-vasta; e il popolo fremente e commosso ripeteva sulle pubbliche piazze
-il «Va' pensiero, sull'ali dorate» del _Nabucco_, e l'«Oh, Signore, dal
-tetto natìo» dei _Lombardi_. Con un anticipato augurio di cinque lustri
-Alessandro Manzoni aveva inneggiato nella lirica patriottica del 1821
-alle «giornate del nostro riscatto.»
-
-
- _Signore e Signori_,
-
-Attorno a quel gruppo di stelle, onde si compone la pleiade musicale
-che brillò nei puri vesperi dell'Italia dal '31 al '46, altri
-minori pianeti, come obbedienti satelliti, girarono e modestamente
-splendettero; ma la loro luce ebbe bagliori fugaci che ben presto
-si dissiparono. Nell'azzurro sconfinato del cielo gli astri di prima
-grandezza soltanto rimasero, ad attestare che il primato della musica è
-ancora nostro, e uno ancora vi rifulge solitario e lucente, come remota
-stella polare, speranza e guida dei naviganti che si affacciano ai mari
-inesplorati del secolo nascituro.
-
-
-
-
-LA ELETTRICITÀ ANIMALE
-
-CONFERENZA DEL Prof. GIULIO FANO
-
-
- _Signore e Signori_,
-
-Il periodo di vita italiana dal 1831 al 1846, preso in esame dalle
-conferenze di quest'anno, è caratterizzato soprattutto dalle idee
-di rivendicazione politica e sociale che fermentavano allora nelle
-menti di molti fra i migliori, distogliendoli, in parte almeno, dalle
-ricerche sui fenomeni naturali. Si capisce che le lotte intestine,
-le congiure, i moti e le vicende tormentose della patria possano
-conciliarsi coll'inspirazione artistica, anzi spesso eccitarne lo
-sviluppo in alte e nobilissime forme che valgano ad esaltare i meno
-animosi ed a raccogliere i più sotto la stessa bandiera. Ma per le
-scienze esatte, per le ricerche pazienti di laboratorio, per l'esame
-accurato della natura si richiedono tempi sereni e tranquilli.
-Qualche manifestazione geniale si presenta, è vero, nella storia della
-scienza anche nei momenti più torbidi, ma sono forme accidentali di
-un carattere che si potrebbe dire vulcanico, e non già il risultato
-di quelle forze costanti che agiscono lentamente sulla coscienza
-collettiva degli studiosi.
-
-Ciò nonostante, anche in quei tristi, incerti, ma pure gloriosi periodi
-della nostra vita nazionale, possiamo con orgoglio ricordare parecchi
-notevoli contributi allo sviluppo delle scienze fisiche e naturali.
-Fra gli argomenti di carattere biologico allora trattati, uno fra i
-preferiti da molti scienziati italiani è l'elettricità animale, e ne
-fanno fede i nomi del Nobili, del Marianini, del Santi-Linari, del
-Grimelli, del Matteucci, del Savi, del Pacini, alcuni dei quali, e
-fra i più illustri, furono onore dell'Ateneo fiorentino. Si direbbe
-che i germi lasciati dal Galvani e per lunga serie di anni rimasti
-assopiti in una specie di stato latente, portati in questa terra
-toscana che ebbe sempre e giustamente il vanto di proteggere i buoni
-studi, riprendessero nuova vita dando ricchi e rigogliosi germogli.
-Sicchè l'elettricità animale, che nacque come argomento di ricerca
-in Italia, e qui ebbe le maggiori e più importanti cure, che ne
-assicurarono lo sviluppo, può dirsi a ragione cosa nostra, senza che
-per questo si diminuisca il carattere cosmopolita che fa della scienza
-l'unico vincolo che ancora raccolga la sminuzzata umanità di questa
-tristissima fine di secolo. Quanto vi ho detto, spero sia sufficiente
-per giustificare la mia scelta. Debbo però avvertirvi che non posso
-restringere il mio dire a ciò solo che in proposito si è osservato nei
-tre lustri fissati dal programma, e neppure mi è lecito limitarmi ai
-soli risultati dovuti a ricercatori italiani. Voi non mi perdonereste
-certamente di sacrificare ad un sentimento nazionale, che in tal
-caso sarebbe malinteso, un argomento scientifico che, nato in Italia,
-divenne poi per sua natura universale.
-
-Il capitolo della elettricità animale comprende quelle manifestazioni
-elettriche date da un animale o da una parte di esso durante la
-vita, e che si sviluppano dagli organi come una naturale e necessaria
-conseguenza delle loro attività funzionali. Sicchè i fatti elettrici
-che si possono ottenere in certi casi, per esempio passando con
-forza la mano sul dorso di un gatto vivo come su quello di un morto
-o semplicemente su una pelliccia di gatto, appartengono tanto poco
-alla elettricità animale quanto ciò che si manifesta collo strofinare
-un bastone di resina o di zolfo. Nello stesso modo nessun rapporto
-hanno col nostro soggetto le scintille che alcune persone ottengono
-passandosi le mani nei capelli o stropicciandosi altre parti del corpo.
-Si tratta in questi casi semplicemente di elettricità per strofinamento
-e si capisce come condizioni particolari della pelle, dei peli e
-dell'ambiente possano dare a questo fenomeno proporzioni veramente
-stupefacenti.
-
-A queste osservazioni però, tanto semplici per sè stesse, si
-aggiunsero, come troppo spesso accade, i prodotti più o meno sinceri
-dell'immaginazione, sicchè si venne ad affermare che alcune persone
-erano dotate di vere proprietà elettriche a somiglianza di alcuni
-pesci dei quali avremo fra poco occasione di parlare. Numerose sono
-le osservazioni citate in proposito. Mi limiterò a ricordare quella
-della Signora elettrica di Oxford negli Stati Uniti, perchè è forse
-il caso documentato meno peggio. Essa si accorse il 25 gennaio 1837,
-mentre in numerosa compagnia osservava un'aurora boreale, che le dita
-delle sue mani emettevano scintille elettriche ogniqualvolta essa
-accarezzava il volto di un suo fratello. Tutta la società, benchè in
-sul principio fosse molto dubbiosa, dovette poi convincersi della
-realtà di quello strano fenomeno, ed il dottor Williard Osford,
-una specie di san Tommaso, fu condotto alla fede da una scintilla
-lunga circa venti millimetri, che quella interessante persona gli
-scaricò sulla punta del naso, dai polpastrelli delle dita, facendolo
-indietreggiare spaventato. Il marito di quella signora era lontano, in
-viaggio, al momento dello sviluppo di quella strana proprietà. Allorchè
-in aprile ritornò, la moglie gli andò incontro alla porta di casa, e
-presentandogli scherzosamente le mani alla faccia lo sbalordì con una
-scarica elettrica. Come vedete, quando un marito torna a casa dopo una
-lunga assenza deve essere preparato a qualunque sorpresa!
-
-A me fu raccontato da un medico di Firenze di un caso simile da lui
-osservato in queste ultime settimane. Una signora straniera, che abita
-la nostra città, si presenta, soprattutto quando domina la tramontana,
-come circondata da una nube luminosa, tante sono le scintille che
-crepitando scoccano dalla superficie del suo corpo. E le parti più
-intime del suo abbigliamento, e le lenzuola del suo letto sono così
-cariche di elettricità, che il solo sfregamento di esse dà luogo ad
-imponenti manifestazioni elettriche. Anche qui si tratta, è evidente,
-di semplici fatti dovuti ad elettricità sviluppata per sfregamento.
-
-Ad ogni nostro movimento noi produciamo calore, fra le molte altre
-ragioni, per l'attrito dei piedi contro il suolo o degli indumenti
-sulla persona, e nello stesso tempo diamo luogo, per le stesse
-cause ad una elettrizzazione della superficie del nostro corpo e
-degli oggetti che con essa vengono in contatto. Si capisce come
-condizioni particolari di poca conducibilità degli appoggi e delle
-parti superficiali dell'organismo debbano provocare i fenomeni
-sopra descritti, i quali, benchè possano sembrare meravigliosi, sono
-molto più semplici di un battito del nostro cuore o di un movimento
-delle nostre labbra. Certamente le condizioni nutritive e nervose di
-quegl'individui contribuiscono a dare alla loro cute quelle proprietà
-particolari che determinano una elettrizzazione tanto notevole, ma non
-per questo possiamo dire che quei fatti appartengono alla elettricità
-animale propriamente detta.
-
-Fa parte integrale di essa invece la causa che determina le scosse
-risentite toccando un così detto pesce elettrico. È questo anzi il
-primo fatto di elettricità animale che sia stato conosciuto, e se ne
-parla sin dai tempi più remoti, senza darne però, e si comprende, una
-retta interpretazione. I più anticamente noti fra i pesci elettrici,
-per quanto ne possiamo sapere noi, sono le torpedini, perchè abitanti
-il Mediterraneo. Esse fissarono l'attenzione del volgo prima e dei
-naturalisti poi. Come rappresentarci lo stupore e lo spavento di quegli
-ingenui pescatori che tirando a terra la rete colma di pesci vengono
-colpiti da una scossa che li irrigidì e li paralizzò ad un tempo? Vi
-è solo da meravigliarsi che essi, così immaginosi e ricchi di forme
-simboliche, non abbiano messo fra le mani poderose di Nettuno una
-torpedine invece del tridente o del delfino. Debbo però notare a questo
-proposito come in un vaso proto-etrusco del museo archeologico di
-Firenze si osservi la figura in rilievo di una torpedine associata ad
-una sfinge maschio, e contrapposta ad un felino con criniera irradiata.
-Quel pesce, secondo il Milani, rappresenterebbe probabilmente la forza
-occulta del mare notturno contrapposta alle forze palesi della natura.
-
-Ai tempi di Aristotile la torpedine si chiamava Narkè, che vuol dire
-torpore, ed a questo proposito Platone fa dire a Menone in uno dei suoi
-dialoghi: «O Socrate, già prima di conoscerti avevo sentito dire che tu
-nelle discussioni non fai altro se non porre te stesso nell'imbarazzo
-e metterci gli altri, e anche ora mi pare che tu con ogni sorta di
-incantesimi mi abbia ridotto a non trovar via d'uscita; anzi, se è
-lecito scherzare, mi sembri affatto simile nell'aspetto e nel resto
-alla Narkè marina piatta. Essa infatti fa intorpidire chi le si accosta
-e la tocca; ed anche tu hai fatto lo stesso a me. Perchè, in verità, mi
-si è paralizzata l'anima e la bocca e non so che risponderti.»
-
-I commentatori, per far comprendere il senso nascosto delle parole
-messe in bocca a Menone, rammentano come Socrate avesse il viso piatto
-che poteva essere paragonato alla forma schiacciata della torpedine.
-Per conto mio trovo che è uno scherzo di assai cattivo genere e tale da
-far venire i brividi a qualunque conferenziere che abbia il profilo un
-poco camuso.
-
-Molti altri scrittori dell'antichità hanno parlato dei notevoli
-fenomeni prodotti dai pesci elettrici, particolarmente Oppiano,
-poeta greco dei tempi di Settimio Severo. Galeno poi credette di
-poter spiegare la sensazione provata al contatto di quegli animali
-attribuendola ad un principio frigorifero, e per motivare la sua
-opinione portò i buoni effetti prodotti dalla applicazione delle
-torpedini alla medicina, soprattutto contro il mal di capo e la gotta.
-Come vedete, non vi è nulla di nuovo sotto il sole, e i Romani facevano
-anch'essi della Elettroterapia; ma soltanto la facevano senza saperlo.
-
-Saltando a piè pari molti secoli arriviamo a Francesco Redi, il geniale
-accademico del Cimento, primo medico della casa granducale di Toscana,
-l'inspirato poeta del vino, il fine, attento, perspicace osservatore
-di fatti naturali. Ecco come egli ci intrattiene sulle torpedini, in
-quel suo musicale e purissimo stile: «È cosa notissima che quel pesce
-marino chiamato tremola, torpedine, ovvero torpiglia, se sia toccato
-renda intormentita e stupida la mano ed il braccio di colui che lo
-tocca; ed io ne ho fatta la prova più di una volta, per certificarmi di
-tal verità e per poterne favellare con certezza di scienza. E voglio
-raccontarvi che alcuni pescatori, essendo a mia requisizione andati
-alla pesca di questo pesce ne pigliarono uno e portatomelo vivo poco
-dopo che l'ebbero preso, appena che lo toccai e lo strinsi colla mano,
-che mi cominciò a informicolare e la mano e il braccio e tutta la
-spalla con un tremore così fastidioso e con un dolore così afflittivo
-ed acuto nella punta del gomito, che fui necessitato a ritirar subito
-la mano: e lo stesso mi avveniva ogniqualvolta io voleva ostinatamente
-continuar lungo tempo a toccarlo. Egli è ben vero che quanto più la
-torpedine si avvicinava alla morte, tanto meno io sentiva il dolore e
-il tremore, anzi molte volte io non lo sentiva; e quando ella fu quasi
-finita di morire, che pur campò ancora tre ore, io poteva maneggiarla
-con ogni sicurezza e senza fastidio veruno: che perciò non è maraviglia
-se alcuni stiano in dubbio della verità di questo effetto, e lo tengano
-per una favola, avendone essi per avventura fatta l'esperienza non con
-le torpedini vive, ma con le morte o vicine a morire.»
-
-Il Redi ed il suo discepolo Lorenzini, che, all'epoca del Rinascimento
-delle scienze naturali, furono i primi a studiare la torpedine,
-supponevano che questo pesce inviasse da lontano una quantità di
-piccoli corpuscoli che s'insinuerebbero nelle parti delle quali
-essi determinano l'intorpidimento, e che sarebbero proiettati dalla
-contrazione di due organi riputati muscolari, e chiamati, in ragione
-della loro forma, muscoli falcati.
-
-Il Borelli, un altro insigne accademico del Cimento, riguarda quella
-emissione di corpuscoli stupefacenti come immaginaria, e pensa che
-la torpedine, colpita essa stessa da tremiti violentissimi, comunichi
-queste vibrazioni all'essere che la tocca e determini così in esso un
-intorpidimento.
-
-Non sorridiamo a questi tentativi di rappresentazione di un processo
-funzionale, perchè a ben altre forme dottrinarie ci hanno abituati
-certuni ai giorni nostri, i quali, essendo tanto più dogmatici
-quanto meno vogliono parerlo, pretendono di dar ragione dei fenomeni
-presentati non solo da un individuo ma da una intera società umana,
-adoperando alcune formule semplicissime, che non sono neppure di loro
-invenzione, per mezzo delle quali tutto può essere classificato e
-spiegato; tanto meno scusabili inquantochè ogni giorno più si mette in
-chiaro l'immensa complessità dei fatti biologici, di quelli anche che
-potrebbero a prima vista sembrare di una semplicità primordiale.
-
-Si capisce, del resto, che ai tempi del Redi, del Lorenzini e del
-Bellini non si potesse avere un'idea esatta intorno alla natura della
-scossa ricevuta dalla torpedine, perchè non si conosceva ancora la
-bottiglia di Leida, che sembra datare dal 1745. Dopo ciò si comprese
-che l'agente sviluppato da quel pesce è di natura elettrica, e le
-osservazioni in proposito, alle quali contribuirono il Volta e il
-Galvani, eccitarono entrambi questi illustri nella loro lotta per
-la verità. Infatti il Galvani considera la sua preparazione, fatta
-di muscoli e di nervi, come un organo elettrico ridotto, e il Volta
-si inspira a quell'apparecchio nella costruzione della sua pila, che
-egli chiama «organo elettrico artificiale» «per essere (come scrive al
-Brugnatelli) fondato sopra i medesimi principi e simile anche nella
-forma, secondo la sua prima costruzione, all'organo naturale della
-torpedine.»
-
-La scoperta della pila mise nell'ombra le mirabili osservazioni del
-Galvani, e le sue affermazioni intorno alla elettricità animale, e
-ciò benchè fosse ormai indiscutibile che la torpedine si comporta
-come una macchina elettrica, e come una pila insieme, e che lo
-sviluppo dell'elettricità è in quegli animali dipendente dalle loro
-condizioni vitali. La morte infatti porta con se, come del resto aveva
-già osservato il Redi, la cessazione di ogni fenomeno elettrico, e
-tutte le osservazioni dimostrano anche che la potenza intorpidente
-dei pesci elettrici si indebolisce a misura che diminuiscono le
-attività funzionali dell'animale, che essa si esaurisce per ogni
-emissione eccessiva, e che, nello stato normale dell'organismo, essa
-può ristabilirsi col riposo. Questi esseri singolari sono capaci,
-è vero, di dare parecchie scariche successive, ma queste vanno
-gradatamente indebolendosi, sino a che quei pesci possono essere
-impunemente toccati. Poi, col tempo, soprattutto se bene alimentati,
-essi riprendono le loro capacità elettriche, così come si osserva nelle
-manifestazioni dell'energia muscolare e nel decorso della fatica. Vi
-è insomma, sotto molti aspetti, una completa identità fra la scossa
-elettrica della torpedine ed un movimento volontario. Le torpedini e
-gli altri pesci elettrici, come il gimnoto ed il siluro, danno una
-scossa elettrica come un cavallo darebbe un calcio, un cinghiale
-un colpo di zanna, una tigre un morso, un'aquila un colpo d'ala o
-d'artiglio. Il meccanismo nervoso volontario pel quale si esplica
-l'atto della difesa e dell'offesa è lo stesso in questi casi, non
-solo, ma anche gli effetti esteriori che ne risultano hanno molte
-analogie fra loro. Ogni giorno di più, infatti, si mettono in chiaro
-le somiglianze strutturali fra muscoli ed organi elettrici, non solo,
-ma pure quelle funzionali fra scossa elettrica e contrazione muscolare.
-Questi due atti si lumeggiano vicendevolmente, inquantochè obbediscono
-alle stesse leggi generali; sicchè possiamo dire, per adoperare
-un linguaggio tecnico, almeno una volta, che entrambi dipendono
-probabilmente, per quanto riguarda l'effetto esterno, da cangiamenti di
-tensione superficiale.
-
-L'affinità fra un movimento volontario ed una scossa elettrica mi
-richiama alla mente una descrizione dell'Humboldt, che amo ripetervi
-in parte, benchè la ritenga universalmente conosciuta. Si tratta
-della pesca dei gimnoti, o anguille elettriche, che vivono nelle acque
-dell'America meridionale, e che danno, quando siano irritate, scosse
-potentissime, molto più energiche di quelle della torpedine. Non
-bisogna però credere che il racconto dell'Humboldt si riferisca ad un
-modo usuale di pesca; esso piuttosto va considerato come la narrazione
-di una accidentale avventura di viaggio. Ecco le parole del celebre
-viaggiatore e scienziato tedesco:
-
-«L'anguilla elettrica, benchè tardissima nei movimenti, si prende
-difficilmente con reti, perchè simile al serpe si affonda nel fango.
-Si potevano in tal caso adoperare le radici di alcune piante che
-hanno la proprietà, gettate in uno stagno, di inebriare o stordire gli
-animali che vi si trovano. Non volevamo però ricorrere a questo metodo,
-perchè le anguille ne sarebbero state indebolite. Allora gli indiani
-dichiararono che volevano pescar con cavalli. Corsero nelle steppe ove
-sono numerosi i cavalli e i muli selvatici, ne presero una trentina e
-li spinsero nell'acqua.
-
-L'inaspettato rumore dello scalpitìo dei cavalli spinge i pesci fuori
-della melma e li invita all'attacco. Le grandi anguille gialle nere,
-simili ed enormi piante acquatiche, nuotano qua e là presso alla
-superficie e guizzano sotto il ventre dei cavalli e dei muli. La lotta
-fra animali così differenti forma il quadro più pittoresco.
-
-Gli indiani muniti di giavellotti e di lunghe e sottili canne si
-appostano in fitta colonna intorno allo stagno. Alcuni salgono sugli
-alberi i cui rami si stendono orizzontalmente sull'acqua. Colle
-selvagge loro strida e colle lunghe canne fanno indietreggiare i
-cavalli che vogliono risalire le rive.
-
-Le anguille, assordate dal rumore, si difendono con ripetute scariche
-delle loro batterie. Per qualche tempo pare che debbano riuscire
-vittoriose. Parecchi cavalli soccombono ai colpi invisibili che
-minacciano gli organi i più essenziali. Storditi dalle incessanti e
-violenti scosse cadono al fondo. Altri sbuffanti, irta la criniera,
-gli occhi dilatati per lo spavento, fuggono disperatamente cercando
-di sottrarsi alla bufera, ma sono respinti dagli indiani. Alcuni però,
-ingannando la vigilanza dei pescatori, giungono alla sponda, vacillano
-ad ogni passo, e spossati a morte si gettano sulla sabbia colle membra
-irrigidite....
-
-Credevamo che tutti gli animali impegnati in quella lotta dovessero
-soccombere l'uno dopo l'altro. Ma a poco a poco il furore scema, e le
-anguille affaticate si sparpagliano. Hanno ora bisogno di un lungo
-riposo e di un abbondante cibo per riacquistare le forze galvaniche
-disperse nel combattimento: esse vengono ora paurose presso la spiaggia
-e sono prese mediante piccoli giavellotti raccordati a lunghe funi.
-
-Un uomo non si esporrebbe senza pericolo al primo colpo di una grossa
-anguilla elettrica irritata. Se si riceve la scossa prima che il
-pesce sia ferito o stanco da una lunga persecuzione, il dolore e
-lo stordimento sono tali che non si può dar conto della sensazione.
-Non mi ricordo (dice l'Humboldt), di aver provato, dalla scarica di
-una gran bottiglia di Leida, uno scrollo terribile al pari di quello
-che soffersi quando misi incautamente i due piedi sopra un'anguilla
-elettrica che era stata poc'anzi tratta fuori dell'acqua. Per tutto
-quel giorno ebbi violenti dolori nelle ginocchia e in tutte le
-articolazioni.»
-
-E un giovane tisiologo tedesco, morto da poco, il Sachs, racconta che,
-avendo lasciato cadere un gimnoto sul suo piede, fu gettato a terra e
-provò tale un dolore, che non potè trattenersi dal gridare.
-
-Ma io non posso indugiarmi sui pesci elettrici, perchè di un altro
-argomento voglio parlarvi succintamente prima di lasciarvi. Mi limiterò
-per questo a riassumere in poche parole lo stato attuale delle nostre
-cognizioni in proposito, ricordando che ad esso hanno contribuito
-parecchi italiani, fra i quali amo citare in particolar modo,
-limitandomi al periodo storico che ora consideriamo, i nomi del Nobili,
-del Matteucci, del Pacini.
-
-Alcuni pesci, appartenenti a tre gruppi molto diversi fra loro, le
-torpedini, i gimnoti ed i siluri, hanno la proprietà di dare forti
-scariche elettriche, subordinate all'attività del loro cervello.
-Questa funzione elettrica è esercitata per mezzo di un apparecchio
-speciale, composto di un gran numero di elementi. In ciascuno di questi
-ultimi penetra una terminazione nervosa, presso a poco nello stesso
-modo col quale un nervo motore si dirama in un muscolo volontario.
-È indiscutibile che la forza emanata dall'organo in questione è una
-forma di elettricità. Lasciando da parte l'influenza che la energia
-sviluppata dai siluri, dai gimnoti, dalle torpedini esercita sopra gli
-organismi viventi, ricorderemo come questi pesci abbiano dato scintille
-a guisa di una bottiglia di Leida. Inoltre, con quella forma di energia
-si ottennero effetti calorifici e di decomposizione chimica, si fece
-deviare l'ago magnetico, si provocarono fatti di induzione in un
-rocchetto e si accese una lampadina elettrica. Si tratta dunque di vera
-elettricità ed in questo caso sembrerebbe proprio che l'organismo ci
-desse un esempio, qual meglio non si potrebbe sperare, di una funzione
-ridotta ad un semplice fenomeno fisico.
-
-Eppure neanche in questo caso la fisica può da sola servirci, per
-ora almeno, a comprendere completamente la scossa di cui è questione,
-perchè l'elettricità emessa dai pesci elettrici si trova in condizioni
-speciali quali non si ottennero peranco con gli apparecchi raccolti
-nelle ricchissime collezioni dei fisici. Infatti essa presenta le
-proprietà insieme dell'elettricità statica, della dinamica e della
-indotta.
-
-Che dire poi della enorme differenza che esiste fra i nostri mezzi
-di sviluppare l'elettricità e quelli adoperati da un pesce elettrico?
-Perchè certo nessuno vorrà dare maggior valore di quello che si conceda
-ad una figura rettorica al confronto fatto fra gli elementi di una pila
-voltaica a colonna e le lamine dei prismi che costituiscono l'organo
-elettrico di una torpedine. E come spiegare l'immunità che quei pesci
-dimostrano per l'agente potentissimo che essi stessi sviluppano?
-
-Voi vedete dunque come, benchè si tratti in questo caso di un fenomeno
-puramente fisico quale è quello di una scarica elettrica, pure la
-fisica non può aiutarci completamente a comprendere i mezzi impiegati
-dall'organismo per elaborare e sviluppare quella singolare forma di
-energia.
-
-Badate inoltre che la scarica di un pesce elettrico implica quasi
-sempre un atto volontario che ci conduca a studiare il problema della
-coscienza, di quella proprietà per la quale un essere vivo avverte
-se stesso e l'ambiente che lo circonda. La fisiologia ha affrontato
-questa questione che tocca la intimità stessa della nostra personalità
-senziente e pensante, e certo tutte le ricerche anatomiche fisiologiche
-e quelle particolari di psicologia hanno gettato un po' di luce sugli
-elementi strutturali dai quali quei fatti emanano e sui processi
-fisici, chimici e funzionali che li accompagnano e con ogni probabilità
-li determinano. Ma io, che pure con speciale amore mi occupo di quegli
-studi sono fra quelli, e siamo legione nel campo della fisiologia
-sperimentale, che accordano tutto il possibile al meccanicismo,
-e si servono di esso per simboleggiare quanto si manifesta da un
-essere vivo, ma non sanno comprendere e non saprebbero concepire
-una rappresentazione materialistica della coscienza. Confessiamolo
-francamente: il problema della coscienza è sempre insoluto e molto
-probabilmente insolubile.
-
-Ma, Signore e Signori, le indagini sui pesci elettrici, per quanto
-interessanti e benchè ci conducano a discutere di cose fondamentali
-per la funzione dei corpi organizzati, sembrano piuttosto oggetto di
-studio per un erudito, per un curioso delle stranezze della natura. Vi
-è invece nelle ricerche sulla elettricità animale un argomento che ci
-dà occasione di penetrare nella intimità funzionale dei nostri organi,
-dei nostri tessuti, dei nostri apparecchi, e che ci dà l'immagine di
-quel continuo avvicendarsi di fatti distruttivi e di riparazione fra
-i quali oscillano in ritmo incessante le parti costituenti il nostro
-organismo.
-
-Sarò brevissimo e comincerò per questo col non tener conto dei
-precursori di Galvani. Vi sono sempre dei precursori in ogni scoperta,
-ma è certo che si deve al biologo bolognese la prima constatazione
-di carattere scientifico dell'elettricità sviluppata dal tessuto
-muscolare. Non già colla ben nota osservazione della rana appesa ad un
-uncino di rame che eventualmente toccò il celebre parapetto di ferro,
-bensì colla esperienza eseguita senza l'intervento di alcun metallo.
-
-A questo proposito debbo ricordare come alcuni abbiano voluto sostenere
-che la scoperta attribuita al Galvani si debba invece alla sua
-dilettissima moglie, la signora Lucia nata Galeazzi, che per la prima
-avrebbe avuto occasione di osservare le ormai storiche contrazioni dei
-muscoli in certe zampe di rana e di richiamare su queste l'attenzione
-del marito. Altri sostengono che le prime osservazioni furono fatte
-veramente dal Galvani, ma sopra rane preparate, non vorrei dire
-prosaicamente, per fare un brodo che servisse di ristoro a sua moglie
-che era allora ammalata. Queste affermazioni furono contestate, ma
-non si può del tutto escludere l'influenza, almeno accidentale, della
-moglie sulla scoperta del marito. A sostegno di questa tesi sostenuta
-da molti in quei tempi, amo citare un sonetto non bellissimo, dedicato
-al Galvani dopo la morte prematura della sua Lucia:
-
- Quella donna gentil, cui d'aureo strale
- Piagata il seno teco amor congiunse,
- Poi morte con quel suo colpo fatale,
- Per farne bello il ciel da te disgiunse:
- Quella, non tu, che novo ardor vitale
- In rana ignuda a disvelar pur giunse,
- Quand'una ed altra man con vanto eguale
- Il conduttor metallo e i nervi punse.
- Nè a te, Signor, questa fedel consorte
- Tacque l'ignoto arcan per cui tuo nome
- Oltre l'italo suolo altero vassi.
- Oh se vedessi di sì bella sorte
- Com'ella esulta dolcemente, e come
- Di te ragiona e dei tuoi chiari passi!
-
-Se anche le cose stanno come afferma l'autore del sonetto, che
-voglio credere migliore storico che poeta, benchè parli con tanta
-sicurezza di ciò che avviene lassù nelle sfere celesti, non è alla
-buona signora Lucia che noi dobbiamo attribuire quella scoperta,
-nel vero senso della parola. Certo molti dei più importanti fatti
-scientifici furono rivelati all'umanità dal caso, ma quando vennero ad
-incontrarsi con una mente adatta a comprenderne il significato. Non per
-questo voglio deprimere il merito della signora Galvani. Io vorrei,
-anzi, che si scrivesse una storia delle compagne di quegli eroi che
-lottarono nel campo delle idee, e credo sarebbe il racconto di intimi
-e mirabili drammi combattuti nei cuori femminili per l'uomo amato,
-che idealizzato dalle moltitudini si mostra, nel tollerante e sereno
-ambiente della casa, spoglio dell'aureola di gloria che lo illumina e
-lo nasconde, e vi rivela tutte le debolezze comuni agli altri uomini
-e qualcheduna forse in più. Quanta abnegazione, quanto disinteresse,
-quale instancabile affetto seppero possedere quelle modeste eroine,
-e quale contributo portarono alla gloria del marito, consigliandolo,
-sostenendolo, incoraggiandolo, sapendo sottrarsi a tempo agli applausi
-meritati, per lasciarli all'idolo che li ambisce.
-
-Per amore di verità, però, non debbo dimenticare che la storia registra
-anche molte Santippe.
-
-Dopo la morte del Galvani tutto quanto avesse riguardo coll'elettricità
-animale venne circondato di dubbi, di indifferenza e finalmente
-dimenticato, ed a ciò contribuì principalmente la scoperta della pila
-di Volta ed i rapidi e meravigliosi progressi che ne conseguirono
-nel campo della elettrodinamica. Si capisce, infatti, come la povera
-elettricità animale, questa specie di cenerentola della elettrologia,
-così modestamente raccolta nei tessuti viventi, dovesse cedere il passo
-alla sua consorella, la elettricità voltaica, assai più appariscente e
-più ricca di applicazioni che essa non fosse.
-
-Fu il Matteucci che la rimise alla luce del mondo. È bensì vero che
-il Nobili aveva scoperto la cosiddetta corrente propria della rana
-che va dai piedi al capo, ma egli l'aveva attribuita a fenomeni
-termoelettrici, sicchè fu soltanto cogli studi del Matteucci che si
-riprese nettamente il concetto del Galvani, e si considerarono i fatti
-elettrici manifestati da un essere vivente come un'espressione dei
-processi che si svolgono nell'intimità degli apparecchi funzionanti.
-
-Il Matteucci era uomo di tale ingegno, da lasciare la sua impronta
-su qualunque argomento imprendesse a trattare. Non sta a me di
-considerarlo ora nelle sue opere di cittadino; ricorderò soltanto che
-fu ambasciadore e ministro della pubblica istruzione e professore
-nel nostro Ateneo. Del resto, da questi punti di vista fu già
-magistralmente tratteggiato da Nicomede Bianchi, in un libro che ha
-appunto per titolo: _Carlo Matteucci e l'Italia del suo tempo_. Per
-trattare dell'importanza non solo tecnica ma filosofica del Matteucci,
-ci vorrebbero parecchie conferenze. Perchè egli non fu solo uno
-scopritore di fatti, ed il restauratore della elettrofisiologia, ma
-anche un rinnovatore nel campo delle idee direttrici in biologia. Con
-un acume ammirabile sostenne l'importanza dei fatti fisici e chimici
-negli esseri viventi, e fu così uno fra i più efficaci fondatori
-della fisiologia moderna. Ma non ebbe i fanatismi tanto comuni agli
-innovatori, e seppe mantenersi sempre nei limiti del vero, possedendo
-una netta percezione dei confini fissati alla applicabilità dei
-fatti scientifici ed al loro significato fisiologico. Egli, l'autore
-dell'opera sui fenomeni fisico-chimici dei corpi viventi, ed uno fra
-i più vivaci oppositori di quella scuola di un vitalismo primordiale,
-rappresentata in Italia dal Rasori e dal Tommasini prima, e poi,
-benchè in forma più progredita, dal Bufalini, mantenne sempre quella
-serenità di giudizio e di linguaggio, che dimostrano in lui un vero
-temperamento di scienziato. Egli ben sapeva che la scienza positiva
-non ha e non può avere alcun rapporto colle questioni trascendentali,
-e deve lasciare al sentimento ed all'intuito individuali di definire,
-quando se ne senta il bisogno, che cosa possa essere quello che
-si vuol chiamare la verità assoluta. Lo studio dei fenomeni della
-natura, provoca, ordinariamente, bisogna riconoscerlo, una speciale
-polarizzazione nelle capacità intuitive ed interpretative, ma ciò non
-fa parte della scienza propriamente detta. Se l'indagine plasma la
-mente dello sperimentatore ad uno speciale ed indulgente scetticismo,
-si è perchè il contatto diretto coi fenomeni della natura, e la
-sottile ricerca di essi, e l'analisi minuta delle loro particolarità
-mentre lo rendono più forte nel discernimento del supposto vero,
-gli dimostrano anche l'inanità degli sforzi suoi e degli altri,
-nel determinare l'essenza delle cose. Ma l'uomo di scienza è anche
-spesso un entusiasta, perchè nessuno meglio di lui è in grado di
-apprezzare la meravigliosa armonia dei fatti naturali, l'intimo
-legame che li riunisce, gli adattamenti perfettissimi che danno
-ai fenomeni una stupefacente parvenza di finalità. Egli è pure un
-disilluso, perchè ogni giorno più deve convincersi che ben poco è
-quello che sa in confronto di quello che gli resta a sapere, e perchè
-si avvede che ogni fatto nuovo che viene alla luce, mentre aumenta
-il suo potere sulla natura, allarga pure smisuratamente i confini
-della sua ignoranza consapevole. Ma egli possiede anche un concetto
-esatto intorno alla relatività dei nostri veri, e se non sempre ha il
-coraggio di comunicare i dubbi che lo tormentano, e lo sconforto di
-sentirsi legato, per certe questioni generali, al limbo eterno della
-ignoranza, sa però che deve essere temperato nelle idee e non scende
-nella lizza per opporre ad affermazioni azzardate altrettanta vacuità
-di linguaggio; e a rappresentazioni troppo indefinite e vaghe, simboli
-troppo schematici e materiali; e a certe nebulosità idealistiche,
-costruzioni materialistiche di un meccanismo infantile.
-
-Questa è la rappresentazione psicologica di uno scienziato, quale
-sorge spontanea nella mente leggendo le opere del Matteucci, le
-quali improntate ad un severo positivismo fanno di lui, che fu il
-ricercatore dei fenomeni fisici e chimici dei corpi viventi, uno dei
-fondatori di quella scuola biologica che limita i confini della nostra
-conoscenza e che alcuni vorrebbero, non capisco il perchè, distinguere
-coll'appellativo di neovitalismo.
-
-Dovrei ora parlare in modo speciale intorno alle ricerche del Matteucci
-sull'elettricità animale, ma ciò mi obbligherebbe ad entrare in
-questioni troppo tecniche, e ad adoperare un linguaggio che è soltanto
-espressivo per gli iniziati ai suoi misteri. Credo invece opportuno
-di dirvi in poche parole quali siano le nostre cognizioni attuali a
-proposito della elettricità dei tessuti, perchè possiate apprezzare
-quanto la fisiologia deve a quegli illustri italiani che hanno iniziato
-questi studi. È infatti soltanto esaminando il frutto che si può
-comprendere l'importanza di un germe, e soltanto l'organismo sviluppato
-ci dice quali capacità di evoluzione stavano nascoste in quella cellula
-così ricca di potenzialità che noi chiamiamo l'uovo.
-
-Un organismo vivente, considerato in forma schematica, può essere
-tenuto in conto di una macchina complicatissima, nella quale materiali
-chimici molto complessi, dissociandosi ed ossidandosi, mettono in
-libertà una certa somma di energie, in quella guisa che il carbone
-combinandosi coll'ossigeno, come si suol dire, bruciando, sviluppa
-calore. Ma lo stesso pezzo di carbone, quando si ossida, può darci
-semplicemente del calore, se ci limitiamo a bruciarlo nel caminetto,
-mentre da esso possiamo trarre del lavoro meccanico, se ne provochiamo
-la combustione nel fornello di una locomotiva, o della energia
-elettrica e quindi della luce o delle azioni chimiche o altre forme
-di lavoro, se la forza messa in libertà dalla fiamma fa poi agire una
-dinamo e questa una lampada elettrica, o un bagno galvanoplastico,
-o altro. Sicchè lo stesso combustibile bruciando può dare forme
-differenti di energia e di lavoro a seconda dei meccanismi ai quali è
-applicato.
-
-Nello stesso modo i processi di combustione che si svolgono nelle
-singole parti del nostro corpo si manifestano diversamente in
-ragione della varia struttura di queste parti. Il muscolo dà il
-lavoro meccanico, la glandola, la elaborazione chimica, il nervo, la
-trasmissione di un'onda particolare, la cellula nervosa, l'impulso al
-movimento o il sottostrato della sensazione, e così via, e tutti questi
-atti derivano in modo più o meno diretto da cangiamenti chimici, che
-mettono in movimento i diversi ingranaggi del nostro organismo.
-
-Le differenti manifestazioni funzionali del nostro corpo, delle quali
-abbiamo fatto parola, sono accompagnate però da fatti collaterali, come
-avviene in ogni altra macchina. Abbiamo cioè, oltre il lavoro specifico
-dei diversi apparecchi, uno sviluppo di calore che contribuisce,
-negli animali che stanno in alto della scala zoologica, a mantenere
-la temperatura del loro corpo ad un grado superiore a quello ordinario
-dell'ambiente.
-
-Ma oltre il calore si possono discernere altre forme di energia, fra le
-quali la luce e le manifestazioni elettriche.
-
-Non avete mai veduto il mare fosforescente? È soprattutto nelle
-regioni equatoriali che questo spettacolo si manifesta nel suo massimo
-splendore, dando al navigante l'impressione di solcare delle onde
-infocate. Non dimenticherò mai le sere passate sull'Oceano indiano,
-appunto per la magnifica fosforescenza che vi ho potuto ammirare. Tutta
-la superficie del mare, leggermente increspata, era illuminata da una
-luce vaga, nebulosa, bluastra, che pareva scaturire dalle maggiori
-profondità, mentre il solco aperto dal piroscafo splendeva sin presso
-all'orizzonte come una striscia di fuoco, sulla quale risaltavano i
-guizzi di fiamme provocati dall'elica che percoteva l'Oceano e dalla
-prua che ne squarciava gli attriti. Questo fenomeno è dovuto alla
-presenza di innumerevoli esseri assai bassi nella scala dei viventi,
-alcuni minutissimi, altri, come le meduse, abbastanza voluminosi, i
-quali, quando siano stimolati dagli urti delle onde o dell'elica, per
-esempio, rivelano quello stato di eccitamento con manifestazioni di
-energia che, in grazia della loro trasparenza, acquistano i caratteri
-di vere e proprie funzioni luminose. In questo caso si potrebbe proprio
-dire con un illustre fisiologo che noi siamo colpiti direttamente
-dalle irradiazioni della fiaccola della vita. Fatti simili, benchè più
-complessi e parzialmente sottoposti all'impero dei centri nervosi,
-ci vengono presentati fra gli altri da alcuni insetti, dei quali
-rammenterò le lucciole, ornamento delle nostre sere di primavera e di
-estate, e che furono soggetto di interessantissime ricerche del nostro
-Matteucci, e gli elaterii dell'America tropicale, che possono servire
-come lanterne per illuminare il cammino, e che sul capo delle signore
-splendono di una vivissima luce propria, molto più apprezzabile, mi
-pare, di quella riflessa da un diamante.
-
-Come vedete, alcuni fatti che d'ordinario sono semplici accessori, che
-si presentano come collaterali di una funzione principale, possono,
-in certi casi, raggiungere così grande sviluppo, da acquistare per se
-stessi la dignità di una vera e propria funzione. Questo accade per la
-luce emessa dagli organi fosforescenti degli insetti, come pure per le
-manifestazioni elettriche della torpedine, del gimnoto, del siluro che,
-grazie alla evoluzione di organi particolari, si sono resi capaci di
-emanazioni elettriche potentissime, mentre, d'ordinario, l'elettricità
-che si svolge dagli organi funzionanti, può essere appena avvertita da
-apparecchi delicatissimi.
-
-Non per questo essa ha meno importanza pel ricercatore di fatti
-biologici, che anzi la corrente tenuissima che si può raccogliere da
-un muscolo che si contrae, la così detta corrente d'azione vale a farci
-comprendere la potentissima scossa emessa da un pesce elettrico.
-
-Si disse come le manifestazioni funzionali dell'organismo siano
-dovute a processi di combustione che si svolgono in seno agli elementi
-costitutivi dei nostri organi. Ma il lavoro determina necessariamente
-il consumo del combustibile, ed anche, benchè meno rapidamente, della
-macchina. Sicchè un organismo non potrebbe presentare una funzione
-continuata se ai fatti distruttivi, che sono il fondamento o la
-conseguenza delle sue varie forme di lavoro, non facessero equilibrio
-fatti antagonistici di reintegrazione, capaci di ricostituire le
-forze impiegate nell'attività e le strutture consumate dall'uso, che
-in altre parole servono a rimettere nuovo carbone nel fornello, ed a
-raccomodare quegl'ingranaggi che vanno di mano in mano sciupandosi. Per
-questo un organismo si può considerare come continuamente oscillante
-fra due atti chimici opposti: quelli distruttivi, che si manifestano
-in forma di movimento, di calore, di luce, di elettricità o d'altro:
-e quelli ricostitutivi, che accumulano nuovi materiali combustibili e
-reintegrano i tessuti sciupati dalla funzione.
-
-Può accadere che questi due fatti antagonistici corrispondano
-perfettamente gli uni agli altri, come può avvenire che l'uno di
-essi predomini sull'altro, e voi facilmente comprenderete quanto sia
-importante pel biologo di assistere agli avvicendamenti chimici che si
-svolgono nell'intima trama degli organi viventi. Questo ci è in parte
-concesso quando si raccolga e si registri graficamente, per mezzo
-di apparecchi delicatissimi, le variazioni elettriche dei tessuti
-che vivono, vale a dire che si nutrono e che funzionano. Infatti, i
-processi distruttivi determinano nelle parti che ne sono la sede una
-certa condizione elettrica che si chiama negativa; e i fenomeni opposti
-di reintegrazione danno luogo a manifestazioni elettriche di segno
-contrario, provocando cioè uno stato che si dice positivo.
-
-Si capisce, perciò, come non si ottenga alcuna manifestazione elettrica
-da un organo nel quale i processi chimici opposti, distruttivi e
-reintegrativi si fanno equilibrio, perchè in esso agiscono due forze
-eguali e contrarie che si neutralizzano, mentre vediamo diventare
-negativa quella parte nella quale si esagerano i processi demolitori,
-o positiva quella nella quale predominano i fatti di riparazione
-organica.
-
-Così l'agente misterioso che lungo i nervi è l'intermediario fra il
-cervello e le parti del nostro organismo, facendosi il messaggero
-delle azioni di senso e di movimento, si rivela a noi come un'onda
-di negatività, che percorre i cordoni nervosi; così l'attività di
-un muscolo, di una glandola, di un organo di senso danno luogo a
-variazioni elettriche negative della parte funzionante. Noi riusciamo
-inoltre a raccogliere dalla superficie del nostro corpo cangiamenti
-elettrici, variazioni di potenziale, come si dice, che corrispondono
-col loro avvicendarsi al ritmico battito del cuore. Per contro,
-quest'organo centrale della circolazione, quando sia arrestato da
-azioni nervose particolari che ne esagerino gli atti ricostitutivi,
-a scapito di quelli che sono la base della sua funzione meccanica,
-dimostra questi cangiamenti con variazioni elettriche opposte di
-carattere positivo.
-
-Come vedete, le oscillazioni elettriche dei tessuti, raccolte e
-registrate coi nostri apparecchi, possono esprimere all'esterno
-le intime modificazioni chimiche che si svolgono nei più remoti
-recessi del nostro organismo, e possono tracciare dei veri ed
-autentici rapporti autografici di esse. Sicchè per mezzo della
-elettricità animale ci è concesso di possedere una immagine, per
-quanto sfumata e vaga di quel ritmo chimico che forma il sottostrato
-delle manifestazioni di un essere vivente; o, se volete, un'eco
-assai attenuata, ma pur fedele, dell'armonia della vita. E non è
-probabilmente lontano il giorno nel quale indagando le correnti
-d'azione dei centri nervosi noi sorprenderemo le cellule cerebrali
-nella loro attività elaboratrice della sensazione e del movimento.
-
-Ma non facciamoci troppe illusioni, perchè si capisce che in questo
-caso non otterremo che la rappresentazione esteriore di uno dei
-sintomi dell'atto mentale, come il sorriso che solleva il labbro della
-_Gioconda_ del divino Leonardo non è che il simbolo di uno stato
-d'animo di quella vaghissima donna. Ma forse che per questo esso
-è meno attraente? Forse che esso non ci affascina tanto più quanto
-maggiormente è misterioso ed impenetrabile?
-
-
- _Signore e Signori!_
-
-Un filosofo tedesco, celebre nella storia della elettrofisiologia,
-Emilio Du Bois-Reymond, in un suo discorso, accennando alla scoperta
-del Galvani, esclamava: «È con orgoglio che l'investigatore della
-natura, osservando i fili telefonici che attraversano le nostre
-strade e le nostre piazze, si rende conto di quanto hanno fatto tre
-generazioni umane di genio e di diligenza, partendo da un sì oscuro
-principio,» e si domanda col Gherardi, pensando al parapetto di ferro
-sul quale il Galvani fece la sua osservazione: «Se quel parapetto
-fosse stato di legno o di pietra, chi può assicurarci che avremmo un
-galvanismo.... e tutto il resto?»
-
-Certo è incommensurabile l'importanza della scoperta del Volta, e ne
-fanno fede le innumerevoli applicazioni che sono tanta parte ormai
-delle nostre manifestazioni materiali ed intellettuali, e che sotto
-forma di luce, di calore, di movimento, di trasmissione di energia a
-distanza, di utilizzazione di forze naturali, di azioni terapeutiche,
-e più ancora di nuove ed efficaci dottrine che simboleggiano in forma
-scientifica i fenomeni della natura, in quanto hanno di più recondito,
-danno alla nostra vita individuale e sociale un particolare indirizzo.
-
-Ma pur prescindendo dal fatto che senza la rana del Galvani non vi
-sarebbe forse stata la pila del Volta, mi sarà lecito di affermare che
-anche la elettricità animale, che serve a rivelare l'intimo meccanismo
-nutritivo dei più remoti ingranaggi di un organismo vivente è, nelle
-mani del biologo, un istrumento di conquista non meno efficace di
-quello che maneggiato dal fisico ha contribuito potentemente a dare
-un'impronta nuova al secolo che muore. E ciò dobbiamo soprattutto
-a quelli italiani che, in sullo scorcio della prima metà di questo
-secolo, mentre si preparavano le armi della riscossa nazionale,
-ripresero e rinnovellarono gli studi del Galvani, quasi per affermare,
-una volta di più, che l'Italia non è e non sarà mai la terra dei morti,
-perchè nel nostro paese anche i morti resuscitano a maggior gloria di
-tutti!
-
-
-
-
-APPENDICE
-
-LE MONTÉNÉGRO
-
-CONFERENZA DI CHARLES YRIARTE
-
-
-Quelles que soient les destinées réservées au peuple Monténégrin s'il
-garde sa persévérance, sa sagesse et sa valeur; il devra conserver à
-jamais un culte et une tendresse profonde pour l'étroite vallée et
-le cirque de montagnes où il s'est refugié au moment où les Turcs,
-déferlant comme une vague sur les Balkans, ont envahi la vieille
-Serbie. Laissez-moi marquer ici à grands traits les étapes de son
-histoire.
-
-Dans la grande famille Serbe dispersée par l'invasion, les clans
-Monténégrins, dès le moyen-âge avaient déjà eu une sorte d'autonomie,
-et sa Dynastie qui régnait sur la Serbie, la famille des Némania, avait
-même pris naissance dans la Zéta, qu'ils occupaient alors. Après la
-sanglante _Bataille de Kossovo_, d'où date la dispersion, le Prince
-Cernovich, incendiant le pays qu'il laissait derrière lui, se retira
-avec tout ce peuple en armes dans la montagne noire, la Cernagora. Il
-s'arrêta d'abord à Rieka, puis à Cettigné. Les Turcs avancent encore,
-ils ont déjà pris Constantinople; la Serbie est à eux toute entière;
-ils vont s'efforcer de soumettre ces réfractaires. Ils prendront les
-Monténégrins à revers, et après avoir chassé les Vénitiens de Scutari,
-Soliman pacha pénétrera jusqu'à Cettigné, qu'il livre aux flammes;
-c'est l'apogée de la défaite. Les Monténégrins ont désormais perdu
-la riche Zéta, le Brda, le Lac de Scutari, deux cents kilomètres de
-rivage sur l'Adriatique; et les quatre montagnes rocheuses où ils ont
-transporté leurs foyers sont tout leur domaine. Ce sera leur citadelle,
-ils y conserveront toujours vivante la flamme du patriotisme, la
-confiance dans leur destinée et une énergie indomptable. Alfieri fait
-dire à un peuple qui gémit sous le joug: «_Esclaves.... oui, nous
-le sommes, mais esclaves toujours frémissants._» Les Monténégrins
-n'accepteront jamais le joug; depuis Kossovo, en 1356, jusqu'à la
-prise d'Antivari et de Dulcigno en 1878: ce peuple décimé vivra dans
-une alerte continuelle, la main sur le kandjiar. C'est avec le premier
-des Pétrovich, Danilo, à la fin du 17^e siècle que commence l'ère des
-grandes batailles décisives; jusque là, ce sont des incursions rapides,
-des razzias, des surprises; les montagnards fondent sur l'ennemi, ils
-l'envahissent, prennent des territoires, les perdent pour les reprendre
-encore, et harcèlent sans cesse. Mais tel sera désormais l'effort vers
-la rédemption et si terrible l'énergie de ce peuple indomptable, que de
-grands empires, la Russie et l'Autriche, voient en eux des auxiliaires
-hardis, et lui proposent des alliances.
-
-Pierre-le-Grand s'avance le premier: «L'histoire (dit-il dans son
-message), nous a appris que vos anciens rois, vos princes, étaient
-hautement révérés comme appartenant au noble sang slave, et que les
-triomphes de leurs armes les ont rendus célèbres par toute l'Europe
-jusqu'au jour fatal de leur défaite. Rendez vous dignes de cette
-gloire, imitez vos illustres ancêtres; combattez pour la foi, la
-patrie, la gloire, l'honneur, pour votre liberté, votre indépendance et
-celle de vos fils.»
-
-On combat en effet. L'année suivante à Carlevatz trente mille Turcs
-restent sur le champ de bataille; le Musulman recule; on respire
-pendant quelques années, on organise et on vit sans combattre, mais
-sans désarmer. Mais prenant sa revanche, l'éternel ennemi attaque
-de trois côtés à la fois avec cent-vingt-mille combattants dont les
-Monténégrins vont triompher à la journée de Cevo.
-
-Les Pétrovich ont la vie dure; le premier vient de régner soixante ans,
-celui qui lui succédera dans l'histoire, Pierre I^er, est un saint et
-un héros. Dès les premières années de son règne, Marie Thérèse, étonnée
-à son tour de l'énergie et de la persévérance du peuple Monténégrin,
-inaugure vis-à-vis de la Cernagora une politique, que n'ont que trop
-bien suivi ses successeurs. Le second Pétrovich reçoit son ambassadeur,
-et Radonicht, délégué Monténégrin, ira à Vienne même dicter les
-conditions du traité d'alliance que l'Impératrice a proposé. Les
-conditions du Monténegro sont fières.
-
-«L'alliance sera offensive et défensive; nul servage en échange.
-— Si le territoire Serbe venait à être délivré des Turcs, la
-Zéta supérieure, Podgoritza, Spuz, Zabliac, le Piperi, la Brda et
-l'Herzégovine seraient réunis au Monténegro qui pourra battre monnaie.
-Aussitôt que le Cabinet d'Autriche sera en guerre avec la Porte, S. M.
-Impériale enverra la poudre, le plomb et les armes. Si l'Autriche fait
-la paix avec la Porte, les Monténégrins seront compris dans le traité.»
-
-Après trois ans de combats et de fortunes diverses, les Autrichiens
-acceptent la paix; mais comme le territoire n'a pas été délivré des
-Turcs: les concessions promises par l'Autriche au Monténégro sont
-lettre morte.
-
-Pierre I^er ne se décourage point, et les Monténégrins vont attaquer
-tout seuls; ils défont les Turcs sur le Lac de Scutari, dans un combat
-naval et plus tard dans une rude bataille où Mohammed pacha trouve la
-mort, et l'impression est telle à Constantinople que l'indépendance
-pour laquelle les peuples Monténégrins ont versé tant de sang depuis
-Kossovo est enfin reconnue.
-
-Mais un nouvel ennemi, plus puissant encore, s'avance. Les Français
-sont en Dalmatie; Pierre va se mesurer avec les lieutenants de
-Napoléon: avec Lauriston d'abord qu'il défait, puis avec Marmont duc de
-Raguse qu'il tient en échec.
-
-Pris d'enthousiasme, le Czar Paul I^er, reprend la tradition de
-Pierre-le-Grand, envoie ses présents et ses insignes à tous les
-Voivodes, et alloue au Prince un subside de neuf mille ducats annuels.
-Mais en acceptant simplement un appui noblement offert, le Vladika
-Pierre n'a abdiqué aucun de ses droits; le gouvernement Russe s'étant
-un jour immiscé dans l'administration ecclésiastique de la Principauté,
-le gouverneur Vuk Radonitch et tous les serdars, voivodes, kneze,
-porte-enseignes, prêtres, nobles et autres autorités protestent
-respectueusement, mais avec une singulière fermeté.
-
-«Le peuple du Monténegro et de la Brda (dit Radonitch), n'est
-aucunement sujet à l'empire Russe, il se trouve seulement sous sa
-protection morale, parce qu'il est de la même race, et parce qu'il a
-la même foi; mais par aucune autre raison. Nous avons attachement et
-fidélité et nous voulons garder ces sentiments éternellement, mais nous
-défendrons de toutes nos forces la liberté dont nous avons hérité de
-nos prédécesseurs, et nous mourrons plutôt l'épée à la main, que de
-subir une servitude honteuse d'une puissance quelconque.»
-
-Pierre I^er le Saint, pouvait seul faire entendre un tel langage au
-Czar de toutes les Russies. Ce Vladika, qui règne pendant quarante-huit
-ans, n'a connu que des victoires; il fut aussi un civilisateur, et
-reste le vrai héros de la Dynastie. Sur la hauteur qui domine Cettigné,
-là où se dresse le monument que la piété d'une Monténégrine devenue
-Princesse Italienne a dessiné de sa propre main en souvenir de Danilo,
-fondateur de la dynastie des Pétrovich, on voudrait voir s'élever la
-statue du vainqueur de Kara Mahmoud et le rival heureux de Marmont duc
-de Raguse.
-
-La grande tâche n'est pas achevée; après dix ans du règne de Pierre
-II, grand poète, pacificateur, qui s'applique à adoucir les mœurs et à
-propager l'instruction tout en tenant l'épée d'une main ferme; un fait
-important au point de vue du gouvernement va s'accomplir. Jusqu'ici se
-confondent dans la personnalité qui dirige et qui règne, le caractère
-sacré du Vladika et celui du Prince. Pour devenir Vladika, évêque, il
-faut être moine et renoncer au mariage; Danilo I^er qui devait comme
-successeur et neveu de Pierre II assumer ce double caractère, avait
-fait ses études à S^t Pétersbourg; il renonça à l'église, et inaugura
-le pouvoir séculier. Ce règne est court, il finit par un évènement
-lugubre, l'assassinat du souverain, victime d'un fanatique: mais il
-reste encore inoubliable, car Danilo a la gloire d'avoir protesté
-devant l'Europe contre la Turquie, relevée par la guerre de Crimée,
-qui a osé dans un document parler du Monténegro comme d'une province
-Turque: et aussi, deux années après son avènement, il conduit ses
-troupes à Grahovo et met en déroute l'armée Turque dans une bataille
-qui eut de tels résultats, qu'on la regarde encore comme la revanche de
-Kossovo.
-
-Quand Danilo tombe sous le coup d'un assassin, le prince qui règne
-aujourd'hui, Nicolas I^er, son neveu, fils de ce Mirko, le héros de
-Giahovo, quitte à la hâte Paris où il achève ses études au Collège
-Louis-le-Grand et assume le pouvoir. Il n'a pas encore vingt ans,
-mais les Monténégrins, mûris par l'exemple, avant vingt ans sont des
-hommes. Chacune des étapes de ce règne, auquel il faut souhaiter la
-durée de celui du premier Pétrovich, est marqué par un effort pour
-l'indépendance, un progrès dans la culture, une négociation heureuse,
-en même temps que Medun, Danilograd, Martinch, Rasina-Clavica,
-Nicksich, Antivari et Dulcigno; sont autant de noms de victoires coup
-sur coup remportées, qui forcent l'Europe à compter avec le Monténégro.
-
-Le pays ne sera plus réduit à sa plaine étroite et aux quatre
-montagnes; vers la vieille Servie il a des plaines fertiles; la Zéta,
-la Brda lui appartiennent, il a pris de l'essor du côté de Scutari, et
-les princes aux longs règnes ont fini par tailler à coup d'épée dans la
-terre Serbe une principauté nouvelle. Cette principauté cependant n'est
-point encore le prix du sang, ni le territoire sur lequel on régnait
-cinq siècles auparavant. Berlin a effacé San Stefano. Depuis lors on
-s'est réfugié dans le travail sans sacrifier ses espérances: l'ère
-de la paix est celle des progrès, et une grande œuvre est accomplie.
-Le Soldat s'est fait Législateur, le code monténégrin est promulgué.
-Un juriste fameux, Bogisïc, sous l'inspiration du Prince, a recueilli
-les règles du Droit coutumier, appliquées naïvement jusque là par le
-peuple. Cette sagesse du Prince, cette prudence alliées à une énergie
-qui n'abdique point; ont eu leur récompense dans de grandes alliances
-qui n'ont pas eu seulement la politique et l'intérêt pour base, mais
-qui se trouvaient d'accord avec les raisons du cœur.
-
- *
- * *
-
-Quelles seront les habitudes, les tendances, l'aspect, le caractère
-d'un peuple dont l'histoire n'est qu'une longue «vendetta» et une
-perpétuelle revendication?
-
-Le voyageur qui aborde le Monténégro par les bouches de Cattaro, après
-avoir gravi les soixante lacets taillés dans le roc qui donnent accès à
-la Montagne Rocheuse, s'avance désormais vers Niégouz et Cettigné sans
-rouler comme autrefois sur sa selle avec les pierres du chemin. L'homme
-a dompté la nature; des routes nouvelles donnent un accès facile
-jusqu'à la frontière de Serbie; l'extension de la carte du pays a fait
-la vie moins rude. Si la montagne est aride de Cattaro à la plaine,
-le pays frontière de la vieille Serbie est fertile: quelques parties
-sont même riantes comme une petite Brianza. La Zéta, Vassoacwitz,
-Kolaschi, Niksich, et les bords du lac de Scutari, sont des lieux
-pleins d'aménité, qui contrastent avec la montagne.
-
-On sait que la terre donne peu de blé, mais le maïs abonde, comme la
-pomme de terre, et la sécheresse est toujours le grand ennemi. Au fond
-le pays est surtout pastoral et partout où la montagne est verte, le
-grand et le petit bétail abondent; aux temps héroïques les clans se
-disputaient tel ou tel revers de montagne, où la verdure était grasse
-et épaisse.
-
-C'est par le bétail que le Monténégrin vit et s'enrichit; par le tabac,
-par le sumak, cet arbuste dont la feuille sert à la tannerie tandis que
-son bois est utile à la teinture, par les pêcheries de Stekline au lac
-de Scutari, qui produit une sorte de sardine très demandée en Albanie
-et qui s'écoule aussi dans l'Italie méridionale et en Serbie.
-
-De ces divers produits, le tabac est le plus avantageux, régulièrement
-vendu par le gouvernement à la régie autrichienne qui y trouve son
-compte. Mais l'empire d'Autriche a fermé sa nouvelle frontière au
-bétail Monténégrin, et établi des cordons infranchissables, il fait
-une guerre de tarifs à outrance. Tout bœuf qui passe la frontière paie
-dix-huit florins de droits — c'est-à-dire — presque autant que le
-prix de l'animal même. Il a fallu s'ingénier, chercher des nouveaux
-débouchés. En Italie, à Brindisi et Bari; à Marseille, où s'est créé
-une Chambre de commerce.
-
-Au point de vue industriel, les scieries mécaniques fonctionnent là où
-l'eau abonde, comme aussi la meunerie, pour la farine. Une fabrique
-d'armes pourvoit sinon à l'armement au moins à son entretien, et
-les routes, sans parler de la grande voie qui de Cattaro se continue
-jusqu'à Pogdoritza, sont amorcées partout à la fois, en même temps que
-les anciens forts turcs des Iles de Scutari, démantelés, permettent
-un service régulier entre Rieka et Scutari. Un service de poste, très
-sérieusement établi, sévèrement surveillé, et d'une parfaite régularité
-facilite les relations et les échanges.
-
- *
- * *
-
-Voyons l'homme dans le Pays. Toujours soldat au fond, le Monténégrin
-est resté fier et d'aspect réservé; riche ou pauvre, il a de la dignité
-dans l'accueil et exerce l'hospitalité avec simplicité, son type est
-noble et grave. Comme nous nous étonnions de voir dans un clan tant
-d'hommes de belle allure, un chirurgien militaire nous fit observer que
-la nature ici, fait sa sélection l'hiver, dans la montagne; les faibles
-s'en vont, les forts restent seuls et grandissent. Le peuple est
-pasteur, agriculteur, éleveur et la culture de la terre ennoblit: il a
-horreur du petit commerce, et des petits métiers assis, les brodeurs,
-les vendeurs. Il fait fi de certains travaux manuels, ne porte pas
-volontiers de fardeaux et laisse les petits négoces aux Albanais venus
-de Scutari. Il aime passionnément la musique, les récits faits à voix
-basse, il murmure d'une voix gutturale des chants épiques d'un rhytme
-triste et d'un ton voilé.
-
-On connait le costume du Pays, élégant, de couleur claire avec quelques
-taches sonores, et complété par des armes brillantes.
-
-L'arme exerce sur le Monténégrin une séduction irrésistible, il ne
-se sépare jamais de son arsenal. Un fusil, un revolver nouveau modèle
-l'enchante, il les convoite et les admire. L'enfant lui-même dès qu'il
-est armé se redresse plus fier. Quand j'étais là, on s'efforçait de
-recruter une bande de petits musiciens; mais souffler sans gloire
-dans un turlututu, et marcher sans fusil à l'épaule ou sans pistolet
-à la ceinture répugnait à ces adolescents. On les arma d'un Martini,
-et le clairon retentit bientôt dans la montagne. Il est singulier que
-toujours armé ainsi, le sang ne coule presque jamais, et les prisons
-soient presque vides. Le Pays n'a pas de pauvres, la sobriété est la
-règle, l'ivresse est très rare, la porte du logis peut toujours rester
-ouverte, car le vol est honteux et impossible par l'absence absolue du
-réceleur.
-
-Avec le temps, grâce aux princes qui s'y sont tous appliqué, une
-certaine férocité native — reste d'atavisme des époque épiques,
-et des combats des ancêtres, qui se développait par les luttes
-nouvelles soutenues par chaque génération — peu à peu s'est apaisée et
-attendrie. La _Vendetta_, cette plaie des familles, passe au domaine de
-l'histoire, comme aussi cette habitude chez les Monténégrins, à l'âge
-où on croit à l'amitié éternelle, de se choisir un frère de sang, un
-_Pobratim_, union touchante de deux jeunes hommes, qu'aucun lien de
-famille unit, qui échangent leur sang et leurs armes en récitant la
-prière «_l'Adelfo poisio_» devant le prêtre, et jurent de périr l'un
-pour l'autre, et de s'entr'aider même au péril de leur vie. Quand
-le pouvoir central existe, c'est la loi qui doit venger l'injure, la
-_Vendetta_ est donc devenu un crime. Quant au _Pobratimat_ un voyageur
-poète peut le regretter. Mais il faut considérer que contracté entre
-deux Monténégrins de deux clans différents entraînait souvent deux
-levées de boucliers et déchaînait les luttes fratricides. La vengeance
-aujourd'hui est l'œuvre de la justice.
-
- *
- * *
-
-La Monténégrina, montagne ou plaine, est-elle belle? ou simplement
-jolie? — Un Français répondrait: elle est bien pire. Elle a de l'Orient
-l'expression grave qui inspire le respect, une grâce touchante, une
-absence complète d'affeterie ou de manière, un teint mat, qui chez la
-femme riche ou aisée que la bise et le hâle n'ont pas flétri, garde
-souvent une belle pâleur d'ivoire, souvent frêle et délicate, sous des
-apparences de faiblesse son énergie a fait de la femme l'auxiliaire de
-l'homme dans les combats.
-
-Chez les paysannes de nos champs la démarche est souvent lourde, le
-geste gauche, l'expression dénuée de pensée et les yeux sans flamme:
-la Monténégrine a souvent dans le regard comme un reflet de la poésie
-des légendes de sa patrie, de la tristesse d'une race qui a longtemps
-lutté et souffert. Cermak, l'artiste serbe, un patriote qui chaque fois
-le Monténégrin passait la frontière et se soulevait contre le joug,
-abandonnait Paris pour courir au danger, nous revint un jour mutilé de
-la Cernagora, a bien fixé son image et l'a associée aux actes virils de
-revendication dans des toiles pleines de talent.
-
-Ferogio, un Italien qui vivait aussi parmi nous, a recueilli tous les
-types et illustré tous les actes de la vie du peuple, et mieux que
-personne a montré la beauté de la silhouette, les fières attitudes, le
-geste simple et toujours noble de la population rurale ou montagnarde.
-
-La femme monténégrine cependant, est douce, résignée, fidèle; tout son
-horizon est au foyer, on ne la voit au bras de l'époux que les jours
-de fête, elle attend un mot ou un signe, elle le devine et ose à peine
-le prévenir. Si on s'en tenait aux apparences on dirait que l'homme, à
-côté du respect, lui inspire la crainte, et dans le recueil des dictons
-Monténégrins d'un autre âge, qui s'appliquent à la femme, quelques
-uns ne sont pas à la louange de l'homme. On reproche aux Monténégrins
-du peuple son indolence aux durs travaux, sa tendance à laisser à sa
-compagne ceux qui sont les plus pénibles; et les yeux du voyageur au
-détour de la route, dans la montagne ou dans la plaine, sont parfois
-attristés en les voyant plier sous de lourds fardeaux.
-
-Mais cette femme est respectée et protégée par le droit coutumier,
-devenu code civil, plus qu'en aucun pays de l'Europe. Le voyageur
-de la Ballade de Schubert, celui «qui passe en chantant et qui part
-sans regret», s'il pénétrait dans la famille rurale, assisterait à un
-spectacle vraiment touchant. Qui n'a vu chez les peuples qui se piquent
-de tenir la tête de la civilisation, à la mort du chef de la famille,
-sous la loi du Majorat, ou même dans les maisons moins fortunées, la
-veuve en cheveux blancs s'en aller solitaire, et laisser à son fils
-et à sa jeune épouse le foyer où sa vie s'est écoulée, dans un luxe
-devenu une habitude, dans une affection devenue un besoin? Qui n'a
-rencontré sur sa route, surtout dans votre beau pays, où ceux dont
-la vie est solitaire essaient de combler par la vue des chefs-d'œuvre
-et la clemence du climat, le vide d'une existence, sans amour et sans
-hyménée, — une sœur qui a quitté elle aussi le foyer de son frère?
-
-Ici, la loi est la communauté; le père est le chef, chacun doit son
-travail à la famille toute entière et la part de chacun est la même.
-Tout appartenant à tous, chacun a droit à tout son entretien, et puise
-par part égale au bien commun. Si l'un des membres commet un délit
-et une faute, tous le réparent, et paient l'amende — sauf à mettre au
-compte du coupable, au jour du partage, le dommage qu'il a causé.
-
-Cependant le _Pécule_ est personnel à l'individu, et nous entendons,
-par pécule, tout résultat d'un travail fait à moments perdus et
-autorisé par tous, comme aussi tout profit qui est acquis sans travail,
-c'est-à-dire, un don du père retiré de la communauté après avoir pris
-ce qui lui revient en partage et dont il dispose à son gré, un don du
-Prince, une arme, une étoffe, une somme d'argent, tout gain enfin qui
-est le résultat soit de hasard, soit de la sympathie inspirée, soit
-d'une action méritoire et personnelle.
-
-L'âge venu de s'unir à une famille nouvelle, il est permis à la jeune
-fille, en dehors du travail en commun pour l'avantage de tous, de
-travailler pour elle-même; et on fermera les yeux. A partir de ce jour
-on la laisse augmenter son pécule, le père, la mère, le frère peuvent
-y ajouter une part du leur, mais du leur seul, selon le penchant que
-chacun d'eux a pour celle qui va les quitter.
-
-Dans la nouvelle famille où elle entre elle a le privilège de la même
-loi. Et cette fois sa dot, c'est-à-dire son _Pécule_, lui appartient
-absolument; elle en dispose sans réserve; elle n'a nulle formalité à
-remplir, nulle signature à obtenir; elle est personnalité civile.
-
-Mais nous ne sommes pas dans ces républiques idéales qui ont pour base
-la perfection de l'homme. Dans cette communauté nouvelle où elle entre,
-toute injustice ou tout outrage à ce nouveau venu déchaînait autrefois
-la _vendetta_ de la communauté primitive; alors le sang coulait. Le
-pouvoir du prince, centralisé désormais, ayant absorbé le pouvoir du
-clan, c'est la loi désormais qui venge. La loi seule, et un Prince au
-cœur tendre, à l'âme juste, et à la main ferme.
-
-Cependant cette jeune femme est devenue veuve, le lien est rompu; que
-deviendra-t-elle? Elle a le droit de rester dans sa nouvelle famille
-sous les mêmes conditions, comme elle peut aussi revenir à l'ancienne
-avec le même sort — à moins cependant qu'au moment de contracter le
-mariage, son père lui ait donné la part à laquelle il avait droit en
-quittant la communauté, s'il s'en est séparé.
-
-Ainsi donc, enfant et jeune fille, la femme est membre de la
-communauté. Mariée elle garde les mêmes droits dans la nouvelle, et
-pour mieux cimenter cette union, chaque famille ayant un patron, —
-prenons St. Pierre puisqu'il a des clefs, et peut ouvrir bien des
-portes, ou St. Nicolas, qui aime bien les enfants, — elle abandonne
-son patron, celui de la communauté et se fait adopter par celui de sa
-famille nouvelle.
-
- *
- * *
-
-Après tant de combats, quand tout convergeait vers l'attaque ou la
-défense, voyons ce qu'on a fait pour l'instruction publique.
-
-C'est seulement on 1852, quand Danilo II a pris le pouvoir, qu'on a
-organisé et décrété l'école d'abord dans les villes et les villages de
-la montagne noire, et après la bataille de Grahovo dans les régions
-conquises. Tout-à-fait primaires d'abord les écoles ont un cours
-de trois ou quatre ans. A Cettigné un gymnase s'est ouvert, qui se
-transforme après quatre ans d'étude, et devient école normale. Une
-classe de théologie permet de recruter les prêtres dont on limite le
-nombre à la seule nécessité du diocèse. Plus tard pour les sujets
-avancés, bien doués, avides d'apprendre et assez fortunés pour
-promettre au pays des esprits ouverts, capables de faire progresser;
-on a la ressource des missions temporaires à l'étranger. L'enfant du
-village va à l'école, et c'est un charme de voir partout, dans les
-étroits chemins de la montagne, au carrefour des routes, les petits
-monténégrins avec le carton et l'ardoise en bandoulière, prenant le
-chemin des écoliers et s'arrêtant pour cueillir une fleurette dans la
-fente d'un rocher.
-
-Pour les jeunes filles, les demoiselles qui ont des aspirations plus
-hautes que le village, filles de Voivodes et de riches propriétaires,
-s'ouvre une institution fondée par l'Impératrice veuve d'Alexandre
-II, avec des professeurs distingués, six ans de cours, l'internat, un
-niveau élevé qui va croissant avec le temps. On y cultive d'office
-les trois langues: _le Serbe_, _le Russe_, _le Français_, et la
-connaissance des trois littératures, et souvent l'_Italien_: grâce aux
-relations de famille et de voisinage.
-
- *
- * *
-
-Pour l'instruction militaire, notre école nationale de St.-Cyr fut
-parfois celle où des aides-de-camp du Prince ont appris le métier
-des armes, et plus tard sont devenus aptes à la direction des divers
-services administratifs, toujours prêts d'ailleurs à échanger la
-plume contre l'épée aux jours de péril. Aujourd'hui, c'est l'Italie,
-Modène, qui est l'école, la pépinière des officiers, fondus au retour
-dans l'armée indigène, ils l'encadrent, sans émousser le caractère
-offensif du soldat monténégrin et lui faire perdre sa personnalité
-de combattant. Trois aides-de-camp, deux officiers d'ordonnance, le
-capitaine des Périaniks, ou gardes du corps, forment un Etat major
-personnel au Prince. Une grande caserne s'est élevé à Cettigné, une
-école militaire à Pogdoritza, pour les sous-officiers, et un bataillon
-régulier reste permanent. Le fond de la défense nationale étant la
-milice légère, qui se mobilise, pour ainsi dire, d'instinct. On peut
-compter à l'effectif, au moins 45 bataillons compacts et bien armés.
-Nous nous souvenons d'avoir assisté jadis aux évolutions d'un escadron
-bien monté — le noyau subsiste, mais la nature du pays proteste et le
-cavalier, comme masse militaire, n'a pas sa raison d'être, vu la nature
-du Pays.
-
- *
- * *
-
-Nous constaterons encore d'autres innovations, si j'en crois un de mes
-jeunes amis, un grand voyageur, nouvellement revenu du Pays dont les
-lettres de crédit avaient pour unique objet de saluer de ma part S.
-A. le prince Nicolas, et de chanter pour moi le «_Cari luoghi_» à la
-montagne Noire. Celui-ci m'a assuré qu'il s'était couvert de gloire
-au _Lawn Tennis_ de Cettigné où il avait eu pour partner des dames du
-corps diplomatique, des jupes de Laferrière, des manches bouffantes de
-M^me Pacquin et des chapeaux de chez Virot. — C'est la loi du progrès.
-— Les nouvelles routes de Cettigné à la frontière sont désormais
-propices à la byciclette: un jour ou l'autre on importera _le polo_ et
-_l'automobile_, qui ne rappelle que de loin les temps de la chevalerie.
-
-Cependant le Pays tient à ses coutumes. Le costume national reste en
-honneur partout, le trésor des poésies populaires, des chants épiques,
-chants de gloire, de guerre et d'amour, histoire vivante, sont une
-source féconde qui ne tarit jamais. Il y a toujours dans chaque ancien
-clan quelque Barde errant qui chante au son de la Guzla au détour de
-la route ou sous l'orme des vallées et souvent le chantre est aveugle,
-comme Homère; il dit et redit des poésies, qui restent presque toujours
-anonymes, et semblent portées sur l'aile du vent de montagne en
-montagne ou répercutées par un écho comme celles des recueils de Vuk
-Stefanovich que Tommaseo vous a fait connaître.
-
-Pierre II Pétrovich, le grand chantre de la Cernagora employait dans
-ses poësies le décasyllabe qui ne recherche point la rime mais la donne
-parfois, quand la raison l'appelle. Le Prince qui règne aujourd'hui à
-la fois soldat, législateur et poëte, auteur de «_l'Impératrice des
-Balkans_» devenu populaire, en fixant en vers de huit syllabes, le
-caractère de chacune des tribus monténégrines; a faite cette poësie
-plus personnelle, c'est la poësie littéraire avec la strophe de quatre
-vers de la Poësie Ragusaine, qui garde à ces chants leur caractère à la
-fois tendre et épique.
-
-«Si j'avais recueilli toutes les fleurs dont ta main a jonché le chemin
-de ma vie (dit le Prince Poëte à celle qui partage son trône, en lui
-dédiant son œuvre); si j'en avais respiré tout le parfum: j'en aurais
-pu faire un poème si beau, un livre ailé tel que jamais le monde n'en
-eût lu de pareil.... j'eus mieux chanté l'amour, l'intelligence et
-j'aurais pu écrire un livre tout entier rien qu'en y recueillant toutes
-les vertus de ton âme qui resplendissent comme un diadème impérial.»
-
-En entendant parler ainsi le Père, vous reconnaissez l'Épouse et la
-Mère, et vous devinez celle dont les destinées sont désormais les
-vôtres.
-
-Quelque rapide qu'ait été l'hommage que j'ai voulu rendre aux
-Monténégrins, il n'était peut-être pas inutile qu'une voix et un cœur
-français vinssent ici confondre dans la même sympathie et les mêmes
-vœux de prospérité la Cernagora, l'Italie et.... la France.
-
-
-
-
-NOTE:
-
-[1] V. son _Voyage d'Italie_.
-
-[2] Lettre à Fontanes du 20 janvier 1804, insérée dans le _Voyage
-d'Italie_.
-
-[3] _Les martyrs_, V^e livre.
-
-[4] Lettre précitée à Fontanes.
-
-[5] _Mémoires d'outre-tombe_, p. 121, 122, 123 du V^e vol. dans la
-récente édition Garnier.
-
-[6] Discours du 2 janvier 1848, p. 122-123 et 144 du V^e vol. de
-l'édition de ses Discours publiée par L. Ulbach en 1865.
-
-[7] Discours précité.
-
-[8] Discours précité.
-
-
-
-
-INDICE
-
-
- Lamartine, Châteaubriand et l'Italie Pag. 5
- La pleiade musicale 39
- La elettricità animale 75
- _Appendice_:
- Le Monténégro 113
-
-
-
-
-LE CONFERENZE FIORENTINE SULLA VITA ITALIANA
-
-Alcuni giudizi della stampa.
-
-
- «Le _Conferenze fiorentine_, che tanto favore incontrarono nel
- pubblico che ascolta e in quello che legge, hanno cambiato di
- editore: sono passate dai fratelli Treves di Milano alla Casa
- R. Bemporad e figlio di Firenze; ma ciò non vuol dire nulla: la
- sostanza è rimasta sempre la stessa, cioè buona.
-
- «Dopo aver trattato della vita italiana negli albóri, nel trecento,
- nel rinascimento, nel cinquecento, nel seicento, nel settecento,
- nel periodo della rivoluzione francese e dell'impero, le conferenze
- fiorentine hanno ora preso a trattare della _Vita Italiana nel
- Risorgimento_ e sono già state raccolte in volume.» (_La Rassegna
- settimanale universale_, 3 aprile 1898).
-
-
- «Alla prima serie di _Conferenze fiorentine_, edite dalla Casa
- Treves di Milano, che ebbero tanta fortuna nel pubblico degli
- ascoltatori e dei lettori, quando furono dette e stampate, segue
- questa seconda intorno al periodo più serio, interessante glorioso
- della nostra storia. Il periodo del risorgimento ci commuove e ci
- fa fremere anco adesso, poichè le più belle energie intellettuali e
- morali ond'esso fu prodotto si vanno spegnendo, e fra le diserzioni
- e le delusioni, lo scetticismo dilaga.» (G. PIPITONE FEDERIGO nel
- _Flirt_ di Palermo, 5 maggio 1898).
-
-
- «I volumi, che la Casa E. Bemporad e figlio ha dato alla luce con
- una signorilità eguale a quella dei Treves di Milano, contengono
- la prima, la seconda e la terza serie delle letture tenute l'anno
- scorso sulla _Vita Italiana nel Risorgimento_ e si aggirano su quel
- burrascoso periodo, che va dal 1815 al 1831; periodo in cui gli
- amori più puri e gli slanci più generosi si alternano agli odi i
- più feroci, alle mène più tenebrose e più sozze.
-
- «Tredici letture fra le più belle e le più attraenti, perchè
- parlano di cose e di uomini il cui ricordo è ancor vivo nella
- mente come fossero d'ieri e perchè toccate dalla mano, non sempre
- maestra, ma spesso sicura del Del Lungo, del Rovetta, del Nitti,
- del Biagi, del Costa di Beauregard, dell'Alfani, del Panzacchi, del
- Bonfadini, della Serao, del Colombo e del Ricci.
-
- «Io potrei, se volessi, darvene qui un'idea più ampia e farvene
- anche un tantino di critica; ma a che prò, se i giornali della
- città seppero meglio di me, aiutati dalla freschezza delle
- impressioni, darvi, allora, l'una e l'altra?...» (GUIDO RUBETTI nel
- _Corriere italiano_ del 6 giugno 1898).
-
-
- «Pochi libri come questo sono degni di essere letti e meditati
- profondamente.... I soggetti che gli autori imprendono a trattare
- con l'usata maestria, non possono, in verità, essere più serii
- ed attraenti, come quelli che ravvivano il culto delle patrie
- memorie, e, tesoro di osservazioni quasi sempre giuste e di
- bellezze peregrine, mirano tutti a dilettare istruendo.» (N. PENNA,
- nell'_Ebe_ di Loreto Aprutino, 1º luglio 1898).
-
-
- «In realtà queste Conferenze portano un geniale e utile contributo
- alla coltura nazionale. Non l'aridità dei fatti, non una cifra
- uggiosa, ma un'esposizione facile e limpida, un giudizio equamine
- o sereno danno il quadro più completo e vivo del periodo preso a
- studiare, e rendono con la maggiore schiettezza il pensiero che
- l'ha agitato. Il tema svolto da ciascun conferenziere dice subito
- l'interesse o l'importanza di questi volumi.» (_Il Paese_ di
- Palermo, 8 ottobre 1898).
-
-
- «Apprendere senza fatica e senza perdita di tempo è il desiderio
- di quanti assistono a ogni conferenza, ed è quello che pensava
- anche il Giusti prima che le conferenze venissero di moda. A
- un così giusto desiderio rispondono le conferenze tenutesi con
- costante accorrenza di pubblico a Firenze, per cura della Società
- di letture, riguardanti argomenti di letteratura e di storia.
- Raccolte in volumi, questi ebbero lieta accoglienza; ora, gli
- editori fiorentini R. Bemporad e figlio inaugurano le serie delle
- conferenze storiche sul nostro Risorgimento, pel periodo compreso
- dal 1815 al 1831. Anche a coloro che non ignorano le vicende di
- quegli anni, tornerà gradito questo volume, che per la varietà
- degli argomenti, per la vivezza e il colorito della esposizione e
- pel valore degli autori, riesce un interessante e nuovo contributo
- alla storia paesana.» (_Cronaca universitaria_ di Catania, 16
- novembre 1898).
-
-
- «V'è da rallegrarsi che le dotte e geniali conferenze tenutesi
- a Firenze per iniziativa della Società di pubbliche letture
- si raccolgano ogni anno in un bel volume che il pubblico legge
- avidamente.
-
- «Quello uscito ora, il primo della serie storica, non potrebbe
- essere più interessante, per l'indole, la varietà e l'importanza
- degli argomenti trattati. Romualdo Bonfadini discorre dottamente
- della politica degli Stati italiani dal 1831 al 1846; Guglielmo
- Ferrero ci ricorda la vecchia Italia e ne deduce i bisogni della
- «nuova»; F. S. Nitti tratta del brigantaggio meridionale durante
- il regime borbonico; e per ultimo il Masi ci delinea la figura del
- vescovo d'Imola, che fu poi Pio IX, del quale reca notizie inedite
- e rievoca memorie patriottiche. Certo la lettura di questo volume
- giustifica il pregio e l'interesse dei precedenti e conferma il
- favore del pubblico.» (_Il Commercio_ di Milano, 3-4 giugno 1899).
-
-
- «En deux volumes la maison R. Bemporad et fils de Florence nous
- donne une série de conférences très intéressantes sur la vie
- italienne pendant le _Risorgimento_. C'est la seconde serie et
- l'accueil fait au premier recueil est mérité par celui-ci.
-
- «Le premier volume — Histoire — contient quatre études de: MM.
- Bonfadini, Ferrero, Nitti et Masi. Le second volume consacré aux
- Lettres, Sciences et Arts, nous offre des articles d'Antonio
- Fogazzaro, d'Enrico Panzacchi, d'Arturo Linaker et de Guido
- Mazzoni.
-
- «Chacune de ces études mériterait un article special et l'espace
- nous incite ù renvoyer le lecteur aux deux volumes, dont chaque
- page a une haute valeur littéraire, historique ou philosophique.»
- (_L'Italie_, 19 giugno 1899).
-
-
-
-
-
-Nota del Trascrittore
-
-Ortografia e punteggiatura originali sono state mantenute, così come le
-grafie alternative (Monténégro/Monténegro e simili), correggendo senza
-annotazione minimi errori tipografici.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La vita Italiana nel Risorgimento
-(1831-1846), parte III, by Various
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VITA ITALIANA NEL RISORGIMENTO ***
-
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-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
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-and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
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-
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-
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-
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-The Project Gutenberg EBook of La vita Italiana nel Risorgimento
-(1831-1846), parte III, by Various
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
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-
-
-Title: La vita Italiana nel Risorgimento (1831-1846), parte III
- Seconda serie - Lettere, scienze e arti
-
-Author: Various
-
-Release Date: March 8, 2016 [EBook #51402]
-
-Language: Italian
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VITA ITALIANA NEL RISORGIMENTO ***
-
-
-
-
-Produced by Carlo Traverso, Barbara Magni and the Online
-Distributed Proofreading Team at DP-test Italia,
-http://dp-test.dm.unipi.it (This file was produced from
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-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<div class="booktitle">
-<h1>
-LA VITA ITALIANA NEL RISORGIMENTO<br />
-(1831-1846)
-<span class="smaller">III.</span>
-</h1>
-</div>
-
-<hr class="silver" />
-
-<div class="titlepage">
-<p class="high">
-<span class="x-large">LA</span><br />
-<span class="main-t">VITA ITALIANA</span><br />
-<span class="small">NEL</span><br />
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-</p>
-
-<p class="x-large">
-(1831-1846)
-</p>
-
-<hr class="tiny" />
-
-<p class="pad2 large">
-SECONDA SERIE
-</p>
-
-<p class="large">
-III.
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-
-<p class="small g">
-LETTERE, SCIENZE E ARTI.
-</p>
-
-<div class="container-center">
-<div class="container-left">
-<table class="front" summary="">
- <tr>
- <td>Lamartine, Châteaubriand et l'Italie.</td> <td class="aut"><span class="smcap">Dejob Charles.</span></td>
- </tr>
- <tr>
- <td>La pleiade musicale.</td> <td class="aut"><span class="smcap">Checchi Eugenio.</span></td>
- </tr>
- <tr>
- <td>La elettricità animale.</td> <td class="aut"><span class="smcap">Fano Giulio.</span></td>
- </tr>
- <tr>
- <td>Le Monténégro.</td> <td class="aut"><span class="smcap">Yriarte Charles.</span></td>
- </tr>
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-</div>
-</div>
-
-<p class="pad2">
-FIRENZE<br />
-<span class="small">R. BEMPORAD &amp; FIGLIO</span><br />
-<span class="x-small">CESSIONARI DELLA LIBRERIA EDITRICE FELICE PAGGI</span><br />
-<span class="small">7, Via del Proconsolo</span><br />
-—<br />
-<span class="small">1899.</span>
-</p>
-</div>
-
-<div class="verso">
-<hr class="mid" />
-<p>
-PROPRIETÀ LETTERARIA
-</p>
-
-<p>
-RISERVATI TUTTI I DIRITTI.
-</p>
-
-<p class="pad2">
-<i>Gli editori</i> <span class="smcap">R. Bemporad &amp; Figlio</span> <i>dichiarano contraffatte
-tutte le copie non munite della seguente firma</i>:
-</p>
-
-<div class="figcenter"><a id="ffirma"></a>
- <img src="images/firma.jpg" alt="firma manoscritta" /></div>
-
-<p>
-Firenze. Tip. Cooperativa. Via Pietrapiana, 46.
-</p>
-<hr class="mid" />
-</div>
-
-<div class="somm">
-<hr />
-<p class="center x-large"><a href="#indice" id="indfront">INDICE</a></p>
-<hr />
-</div>
-
-<div class="chapter">
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_5">[5]</span>
-</p>
-
-<h2 id="lamartine">LAMARTINE, CHATEAUBRIAND ET L'ITALIE</h2>
-
-<p class="pad2 center high"><span class="small">CONFERENZA</span><br />
-<span class="x-small">DI</span><br />
-<span class="large g noserif">CHARLES DEJOB</span>.</p>
-</div>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_7">[7]</span>
-</p>
-
-<p class="pad2 indl">
-<i>Mesdames, Messieurs</i>,
-</p>
-
-<p class="pad2">
-On a souvent reproché aux Français, dans notre
-siècle, d'ignorer systématiquement les langues étrangères.
-Ce reproche, ils ne l'ont mérité qu'un moment.
-Nulle part pendant deux cents ans l'espagnol
-et l'italien n'ont été plus à la mode que chez nous;
-jusque dans le premier tiers de ce siècle, la France
-a été un des pays où, je ne dirai pas seulement
-on écoutait, mais où l'on imprimait le plus de livres
-italiens; et depuis un certain nombre d'années
-les étrangers qu'on envoie chez nous en mission
-pour examiner la manière dont nos lycées enseignent
-l'anglais et l'allemand, confessent dans leurs
-rapports qu'il est difficile de mieux faire. Il y a
-toutefois un degré auquel nous n'atteindrons probablement
-jamais: hors de France, dans certains
-salons, une même personne parle allemand à un interlocuteur,
-<span class="pagenum" id="Page_8">[8]</span>
-anglais à un autre, français à un troisième:
-peu de Français seront polyglottes à ce point
-là. Mais faut-il le regretter? Apprendre, non pas
-seulement à lire mais à parler plusieurs langues
-vivantes, c'est prélever sur sa jeunesse pour apprendre
-des mots bien des mois qu'il vaudrait peut-être
-mieux employer à approfondir sa propre langue
-et à penser ou à sentir; puis n'est-il pas bien
-difficile à un auteur de se former un idéal s'il est
-pour ainsi dire, tourmenté par les génies divers
-de plusieurs nations qui se le disputent? Ecrire
-sous la dictée d'une Muse, c'est fort bien; mais
-écrire sous la dictée de trois ou quatre Muses qui
-nous parlent à la fois, c'est moins commode. En
-revanche, la France a toujours été un des pays où
-l'on trouve le plus d'hommes voués à l'étude des
-littératures étrangères et employant leur existence
-à écrire, non pas des articles sur des feuilles volantes
-et à propos de productions courantes dont
-tout le monde parle aujourd'hui et dont personne
-ne parlera dans vingt ans, mais des volumes sur
-l'art ou la poésie des autres nations; et le grand public
-s'y intéresse si fort aux chefs-d'œuvre durables
-de l'étranger, qu'il se presse au pied des chaires
-où on les commente: il y a environ cent ans, Ginguené,
-le spirituel et perspicace historien de votre
-<span class="pagenum" id="Page_9">[9]</span>
-littérature, en inaugura l'enseignement à l'Athénée;
-cet enseignement, transféré depuis à la Sorbonne,
-y a brillé du même éclat entre les mains de Fauriel,
-d'Ozanam, de M. Mézières et de M. Gebhart.
-Enfin la France est un des pays où les écrivains célèbres,
-les penseurs, viennent le plus volontiers en
-aide aux savants pour faire aimer les nations qui
-méritent d'être aimées. Tout le monde sait que
-Stendhal a pour ainsi dire passé sa vie à persuader
-aux Français que Milan, Florence, Rome, Naples
-étaient les plus délicieux des séjours: et j'ai eu occasion
-de montrer qu'à une époque où tous les
-voyageurs du Nord de l'Europe exprimaient le plus
-profond dédain pour l'Italie contemporaine, le grand
-astronome Lalande, Roland le futur conventionnel,
-surtout M<sup>me</sup> de Staël, prédisaient de la façon la
-plus claire votre glorieux relèvement.
-</p>
-
-<p>
-Je voudrais rechercher aujourd'hui les sentiments
-de Châteaubriand et de Lamartine à l'égard de
-l'Italie.
-</p>
-
-<p>
-Au premier abord, il semble que Châteaubriand
-n'a pas dû vous être très-favorable. Je ne parle
-pas de quelques réclamations passagères qu'il s'est
-attirées. Giustina Renier-Michiel a éloquemment
-réclamé contre l'épithète de <i>ville contre nature</i> qu'il
-avait appliquée à Venise après son premier voyage,
-<span class="pagenum" id="Page_10">[10]</span>
-et Silvio Pellico s'est plaint avec raison de ce que
-Châteaubriand avait confondu les <i>piombi</i> de 1830
-avec ceux de 1820. Ce sont là des détails; mais
-un ancien émigré, un légitimiste qui avait longtemps
-été <i>ultra</i>, pouvait-il s'intéresser au véritable
-bien de l'Italie moderne? L'homme qui a entraîné
-Louis XVIII à restaurer en Espagne le pouvoir absolu
-de Ferdinand VII pouvait-il avoir quelque
-sympathie pour les patriotes italiens?
-</p>
-
-<p>
-Pourtant ne nous arrêtons pas aux apparences!
-</p>
-
-<p>
-D'abord Châteaubriand connaissait fort bien vos
-classiques, qu'il cite assez souvent dans le texte.
-Dans le <i>Génie du Christianisme</i>, il ne parle pas
-toujours de Dante comme il faudrait: mais songez
-qu'il l'écrivait du vivant de Saverio Bettinelli;
-combien de gens, même en Italie, malgré tout le
-parti que Monti venait de tirer pour sa <i>Bassvilliana</i>
-de l'imitation du poëme sacre, continuaient à juger
-la <i>Divine Comédie</i> sur la foi des <i>Lettere Virgiliane</i>!
-Baretti, qui, pour faire pièce à Voltaire, a
-réussi à comprendre Shakespeare, n'a jamais réussi
-à comprendre Dante. Du moins Châteaubriand reconnaît-il
-que Dante n'a point de maître dans le
-pathétique et le terrible; et plus tard, dans son
-<i>Essai sur la littérature</i> anglaise, il avertit que
-Shakespeare, dont nos romantiques étaient idolâtres,
-<span class="pagenum" id="Page_11">[11]</span>
-a eu moins à faire que Dante pour fonder la littérature
-nationale. Son appréciation sur le Tasse, pour
-qui vous savez que la France a toujours eu un faible
-malgré le mot de Boileau dont on exagère étrangement
-le sens, est très-pénétrante; il appelle la <i>Jérusalem
-Délivrée</i> un chef-d'œuvre de composition,
-et, quand il la blâme, c'est en homme que le poète
-a conquis à son sujet, et qui voudrait collaborer
-avec lui pour atteindre la perfection. Enfin il a pieusement
-suivi le convoi funèbre de cet Alfieri dont,
-par un hasard qui au fond n'en est pas un, les
-Français furent les admirateurs décidés à une époque
-où les Italiens se partageaient encore sur son
-compte.
-</p>
-
-<p>
-Mais ce sont principalement les beautés naturelles
-de l'Italie qu'il nous a comme révélées. Chose
-curieuse, et qui montre combien, en dépit d'Horace,
-la plume est quelquefois supérieure au pinceau
-pour la propagation des idées! Parmi les
-peintres qui ont le mieux fixé sur la toile le
-charme du ciel italien, tout le monde place nécessairement
-deux Français, Claude Gellée dit le Lorrain
-et Nicolas Poussin, et ils ont tous deux vécu
-il y a deux cents ans; toutefois, la beauté de ce
-ciel n'est proverbiale en France, à tous les degrés
-de la population, que depuis que Châteaubriand
-<span class="pagenum" id="Page_12">[12]</span>
-et Lamartine l'ont décrite. Châteaubriand a visité
-plusieurs fois l'Italie: dès le premier voyage il est
-ravi; il vante les chemins excellents de la Lombardie,
-ses auberges «supérieures à celles de France,
-presque égales à celles de l'Angleterre;» il donne
-sur les fouilles de Pompei un excellent conseil qu'on
-a fini par juger tel: laisser les objets là où on
-les trouve, protéger par un toit les édifices qui les
-contiennent, mais conserver à chaque chose sa signification
-en lui conservant sa place<a class="tag" id="tag1" href="#note1">[1]</a>, surtout
-il a senti à ravir l'attrait de la campagne romaine
-et du golfe de Naples. Voici comment il peint le
-premier des deux tableaux:
-</p>
-
-<p>
-«Rien n'est comparable, pour la beauté, aux
-lignes de l'horizon romain, à la douce inclination
-des plans, aux contours suaves et fuyants des montagnes
-qui le terminent.... Une vapeur répandue
-dans le lointain arrondit les objets et dissimule ce
-qu'ils pourraient avoir de dur ou de heurté dans
-leurs formes. Les ombres ne sont jamais lourdes ou
-noires; il n'y a pas de masses si obscures de rochers
-et de feuillages, dans lesquelles il ne s'insinue toujours
-un peu de lumière. Une teinte singulièrement
-harmonieuse marie la terre, le ciel et les eaux;
-<span class="pagenum" id="Page_13">[13]</span>
-toutes les surfaces au moyen d'une gradation insensible
-de couleurs, s'unissent par leurs extrémités,
-sans qu'on puisse déterminer le point où une nuance
-finit et où l'autre commence. Vous avez sans doute
-admiré dans les paysages de Claude Lorrain cette
-lumière qui semble idéale et plus belle que nature.
-Eh bien, c'est la lumière de Rome.»<a class="tag" id="tag2" href="#note2">[2]</a>
-</p>
-
-<p>
-Voici pour Naples:
-</p>
-
-<p>
-«Des fleurs et des fruits humides de rosée sont
-moins suaves et moins frais que le paysage de Naples
-sortant des ombres de la nuit. J'étais toujours
-surpris, en arrivant au portique, de me trouver au
-bord de la mer; car les vagues dans cet endroit faisaient
-à peine entendre le léger murmure d'une fontaine.
-En extase devant ce tableau, je m'appuyais
-contre une colonne et, sans pensée, sans désir, sans
-projet, je restais des heures entières, à respirer un
-air délicieux. Le charme était si profond, qu'il me
-semblait que cet air divin transformait ma propre
-substance, et qu'avec un plaisir indicible je m'élevais
-vers le firmament comme un pur esprit.»<a class="tag" id="tag3" href="#note3">[3]</a>
-</p>
-
-<p>
-Ce qui a principalement aidé à graver ces éloges
-<span class="pagenum" id="Page_14">[14]</span>
-du sol de l'Italie dans la mémoire des Français,
-c'est qu'ils se rattachent souvent à ce que j'appellerai
-la philosophie de Châteaubriand. Vous savez que
-la grandeur de Châteaubriand tient avant tout à la
-profondeur avec laquelle il a ressenti le prodigieux
-ébranlement de 1789. Toutes les révolutions postérieures
-ne sont que des jeux auprès de celle-là,
-non seulement à cause des luttes intestines qu'elle
-a déchaînées, de l'énergie qu'il a fallu à la France
-pour rejeter hors de ses confins l'Europe entière
-acharnée à la destruction de la liberté, mais parce
-que toutes les révolutions ultérieures ne portent que
-sur l'extension du principe victorieusement établi par
-les hommes de 89, la souveraineté des nations. A
-cette date, un monde s'est englouti, un autre monde
-est sorti du chaos. La notion du roi sacré par l'Eglise,
-père de son peuple et propriétaire de son royaume,
-de l'Eglise maîtresse des consciences, des intelligences
-et dispensatrice privilégiée de la charité publique,
-de la noblesse tantôt opulente, tantôt pauvre,
-mais toujours riche d'honneur, parce que sa
-fonction propre est de mourir pour la patrie, toute
-cette conception, très-imparfaite assurément, mais
-brillante et longtemps glorieuse, s'est abimée. Châteaubriand
-accepta, en partie du moins, le monde
-nouveau, mais ne cessa jamais de pleurer la grandeur
-<span class="pagenum" id="Page_15">[15]</span>
-du monde disparu. De là, cette habitude de
-méditer sur le néant de l'homme qui tourne quelquefois
-à la manie, mais qui lui inspire souvent des
-pages dignes de Bossuet. Or l'Italie le conviait éminemment
-à des méditations de cette nature. Avant
-lui, la plupart des voyageurs ne cherchaient dans
-Rome que l'antiquité ou la Renaissance, ou bien ils
-opposaient à la Rome d'autrefois la Rome de leur
-temps, pour mépriser celle-ci ou la plaindre. Au
-contraire, Châteaubriand qui professe, en véritable
-Breton, qu'un roi n'est jamais plus grand que quand
-il a perdu sa couronne, vénère dans la Ville Eternelle
-la splendeur qu'elle ne possède plus. Il la place,
-dans son imagination et dans son cœur, à côté
-de ces Bourbons dont il ne méconnaît pas les fautes,
-dont il n'adore pas les caprices, mais que le malheur
-a transfigurés pour lui:
-</p>
-
-<p>
-«Figurez-vous quelque chose de la désolation de
-Tyr et de Babylone, dont parle l'Ecriture: un silence
-et une solitude aussi vastes que le bruit et le tumulte
-des hommes qui se pressaient jadis sur ce
-sol.... Vous apercevez ça et là quelques bouts de voie
-romaine dans des lieux où il ne passe plus personne,
-quelques traces desséchées des torrents de l'hiver:
-ces traces vues de loin ont elles-mêmes l'air de
-grands chemins battus et fréquentés, et elles ne sont
-<span class="pagenum" id="Page_16">[16]</span>
-que le lit désert d'une onde orageuse qui s'est écoulée
-comme le peuple romain. A peine découvrez-vous
-quelques arbres, mais partout s'élèvent des ruines
-d'acqueducs et de tombeaux, ruines qui semblent
-être les forêts et les plantes indigènes d'une terre
-composée de la poussière des morts et des débris
-des empires.... On dirait qu'aucune nation n'a osé
-succéder aux maîtres du monde dans leur terre natale....
-Déchue de sa puissance terrestre, Rome, dans
-son orgueil, semble avoir voulu s'isoler....; comme
-une reine tombée du trône, elle a noblement caché
-ses malheurs dans la solitude. Il me serait impossible
-de vous dire ce qu'on éprouve lorsque Rome
-vous apparaît tout à coup au milieu de ces royaumes
-vides et qu'elle a l'air de se lever pour vous
-de la tombe où elle était couchée. Tâchez de vous
-figurer ce trouble et cet étonnement qui saisissaient
-les prophètes lorsque Dieu leur envoyait la vision
-de quelque cité à laquelle il avait attaché les destinées
-de son peuple.»<a class="tag" id="tag4" href="#note4">[4]</a>
-</p>
-
-<p>
-Oui, me direz-vous; mais que pense-t-il des
-habitants de ces ruines majestueuses, de cet auguste
-désert? Messieurs, voici sa réponse dès l'année
-<span class="pagenum" id="Page_17">[17]</span>
-1803 et quand il n'a encore fait que traverser
-l'Italie.
-</p>
-
-<p>
-«Quant aux Romains modernes,... je crois qu'il y
-a encore chez eux le fond d'une nation peu commune.
-On peut découvrir parmi ce peuple trop sévèrement
-jugé un grand sens, du courage, de la
-patience, du génie, des traces profondes de ses anciennes
-mœurs, je ne sais quel air de souverain et
-quels nobles usages qui sentent encore la royauté.»
-Notez qu'il parle ici, non des Italiens du Nord, qui
-venaient de donner au monde Alfieri, Parini, Goldoni,
-où la veille encore Turin et Venise étaient les capitales
-d'Etats libres, où l'esprit public s'était éveillé
-avec Pietro Verri et Beccaria, mais de cette pauvre
-Rome si endormie alors et si infortunée depuis
-900 ans qu'à l'époque même où les papes faisaient
-et défaisaient les rois, elle était en proie aux caprices
-alternatifs de ses barons et de sa populace.
-Jusque dans les traits des Romains modernes, Châteaubriand
-reconnaît la physionomie du peuple roi,
-et cela entre Marengo et Austerlitz, c'est-à-dire
-à une époque où il fallait à un Français beaucoup
-d'esprit et de cœur pour ne pas oublier que l'orgueil
-est le partage des sots.
-</p>
-
-<p>
-Il se prononcera bien plus fortement quand il
-sera plus complètement informé. Voici un passage
-<span class="pagenum" id="Page_18">[18]</span>
-d'un rapport qu'il adresse au gouvernement français
-en 1828, en qualité d'ambassadeur à Rome. Ecoutez
-d'abord comme il s'exprime sur les Bourbons de
-Naples, qui pourtant comptaient alors en France
-sur les marches du trône la mère du comte de
-Chambord et la femme du futur Louis Philippe:
-«Il est malheureusement trop vrai que le gouvernement
-des Deux Siciles est tombé au dernier
-degré du mépris.» Ecoutez maintenant ce qu'il
-écrit sur la persécution de vos patriotes à une époque
-où le Spielberg n'avait pas encore rendu ses
-proies: «On prend pour des conspirations ce qui
-n'est que le malaise de tous, le produit du siècle,
-la lutte de l'ancienne société avec la nouvelle, le
-combat de la décrépitude des vieilles institutions
-contre l'énergie des jeunes générations, enfin la comparaison
-que chacun fait de ce qui est à ce qui
-pourrait être. Ne nous le dissimulons pas: le grand
-spectacle de le France puissante, libre et heureuse,
-ce grand spectacle qui frappe les nations restées ou
-retombées sous le joug, excite des regrets ou nourrit
-des espérances. Le mélange des gouvernements représentatifs
-et des monarchies absolues ne saurait
-durer; il faut que les uns ou les autres périssent,
-que la politique reprenne un égal niveau ainsi que
-du temps de l'Europe gothique.... C'est dans ce sens
-<span class="pagenum" id="Page_19">[19]</span>
-et uniquement dans ce sens qu'il y a conspiration
-en Italie.»
-</p>
-
-<p>
-Loin de flatter ses compatriotes, il ajoutait que
-c'était seulement en ce sens que l'Italie était
-française: «Le jour où elle entrera en jouissance des
-droits que son intelligence aperçoit et que la marche
-progressive du temps lui apporte, elle sera tranquille
-et purement italienne.» Rien de plus honorable
-que cette loyauté, qui lui interdit de mettre
-la main sur le libéralisme naissant de l'Italie, de se
-prévaloir, pour le confisquer au profit de la France,
-du réveil que nos penseurs du XVIII<sup>e</sup> siècle avaient
-provoqué chez elle. Loin aussi de renvoyer à une
-date qui n'arriverait jamais l'accomplissement de
-ses prédictions, il disait: «Si quelque impulsion
-venait du dehors, ou si quelque prince en deçà des
-Alpes accordait une charte à ses sujets, une révolution
-aurait lieu, parce que tout est mûr pour
-cette révolution.»<a class="tag" id="tag5" href="#note5">[5]</a>
-</p>
-
-<p>
-Vous voyez, Messieurs, que si Châteaubriand a
-siégé avec M. de Metternich au Congrès de Vienne,
-ces deux hommes d'État ne jugeaient pas de la
-même façon les affaires de l'Italie.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_20">[20]</span>
-</p>
-
-<p>
-Ma tâche devient en apparence plus délicate avec
-Lamartine: car son nom vous rappelle sur le champ
-quelques paroles un peu vives qui lui valurent tout
-près d'ici un coup d'épée. J'espère que tout à l'heure
-vous conviendrez qu'il eût été bien dommage que
-Gabriele Pepe tuât Lamartine, et cela non seulement
-parce que, en vérité, le prix des deux existences
-engagées dans le combat n'était pas tout à fait
-égal, mais parce que, si un jugement sévère, injuste
-même, sur une nation signifiait nécessairement
-qu'on la méprise ou qu'on la déteste, il faudrait
-effacer Dante, Alfieri, Foscolo et beaucoup d'autres,
-de la liste des patriotes italiens: peut-être reconnaîtrez-vous
-dans un instant que Lamartine a fait au
-moins autant pour l'Italie que son très honorable
-adversaire.
-</p>
-
-<p>
-D'abord, par ses premières lectures, par ses amis
-de France, surtout par ses fréquents séjours au-delà
-des Alpes, il avait eu le loisir de la connaître;
-il en écrivait, il en parlait la langue. M. Mazzatinti
-a retrouvé une lettre de lui écrite en un italien fort
-satisfaisant à un Florentin; et j'ai lu, je ne sais plus
-où, qu'un jour dans sa vieillesse et devant des auditeurs
-qu'il savait évidemment capables de la comprendre,
-il feignit de lire une scène de mœurs napolitaines
-qu'en réalité il improvisait et où des
-<span class="pagenum" id="Page_21">[21]</span>
-pêcheurs de Mergellina s'exprimaient dans leur dialecte.
-Il n'avait pas passé douze ans en Italie, comme
-il lui est échappé un jour de le dire: mais, sans
-compter de courtes visites, il y avait passé une
-partie des années 1811 et 1812, de l'année 1820, et
-trois ans de 1825 à 1828; si les salons italiens
-avaient été assez lents à s'ouvrir pour lui, il s'était
-lié avec Niccolini, surtout avec Gino Capponi avec
-qui, vous le savez, il resta en correspondance, et il
-avait été mêlé à vos affaires par ses fonctions diplomatiques,
-à Naples d'abord, puis à Florence.
-</p>
-
-<p>
-Lui aussi, ce fut la beauté physique de l'Italie
-qu'il commença par goûter; nul n'a exprimé avec
-plus de séduction le charme d'une promenade nocturne
-sur le golfe de Baia au milieu des chants que
-se renvoient les pêcheurs et des parfums terrestres
-dont la brise du soir embaume les eaux. Et, comme,
-pour la diffusion rapide des idées, la poésie a sur la
-prose le même avantage que la prose sur le pinceau,
-les vers de Lamartine décuplèrent chez nous en
-un moment les adorateurs de la nature italienne.
-Citons seulement quelques vers:
-</p>
-
-<div class="poem">
-<p class="i2">Maintenant sous le ciel tout repose, ou tout aime;</p>
-<p>La vague en ondulant vient dormir sur le bord;</p>
-<p>La fleur dort sur sa tige, et la nature même</p>
-<p>Sous le dais de la nuit se recueille et s'endort.</p>
-<p><span class="pagenum" id="Page_22">[22]</span></p>
-<p class="i2">Vois: la mousse a pour nous tapissé la vallée;</p>
-<p>Le pampre s'y recourbe en replis tortueux,</p>
-<p>Et l'haleine de l'onde à l'oranger mêlée</p>
-<p>De ses fleurs qu'elle effeuille embaume mes cheveux.</p>
-<p class="i2">A la molle clarté de la voûte sereine,</p>
-<p>Nous chanterons ensemble assis sous le jasmin</p>
-<p>Jusqu'à l'heure où la lune, en glissant vers Misène,</p>
-<p>Se perd en pâlissant dans les feux du matin.</p>
-</div>
-
-<p>
-D'ailleurs Lamartine, comme Châteaubriand, rapporta
-de l'Italie autre chose que des impressions,
-il en rapporta une doctrine; il y avait découvert
-pour son compte ce néant de l'homme que Châteaubriand
-y avait seulement approfondi. Trop jeune
-pendant la Révolution française pour en avoir, comme
-son prédécesseur, ressenti directement la secousse,
-c'est en contemplant du sein de toutes les
-joies de la vie les ruines de l'antiquité qu'il avait
-appris que tout change, tout passe, que nous passons
-nous mêmes «hélas, sans laisser plus de trace
-que cette barque où nous glissons sur cette mer
-où tout s'efface.» Il y avait encore appris, ou plutôt
-il s'y était enseigné à lui-même par un commentaire
-vivant du Tasse qui avait été le premier
-en date de ses poètes préférés, sans doute aussi
-par une réminiscence de Pétrarque, un nouveau
-style d'amour. Un a dit en France, et avec raison,
-que dès avant lui, la poésie spirituellement, sèchement
-<span class="pagenum" id="Page_23">[23]</span>
-galante qui n'avait que trop fleuri chez nous
-au XVIII<sup>e</sup> siècle n'y régnait déjà plus, que l'amour
-commençait à y être une passion sincère et, par
-moments, mélancolique. Mais ce qu'on n'avait pas
-encore entendu chez nous, c'était l'hymne religieux
-de l'amour: c'était, non pas l'amour platonique,
-mais l'amour gravement, pieusement exalté, reconnaissant
-à la bonté divine qui prête un instant
-la beauté à la terre pour en sécher les larmes,
-mais qui la rappellera bientôt à lui pour nous empêcher
-d'oublier qu'après tout le ciel seul ignore
-les pleurs. Or ici Lamartine ne procède d'aucun
-Français, pas même d'André Chénier dont les vers
-les plus touchants demeurent païens. Certes nos
-classiques avaient admirablement dépeint les orages
-du cœur; mais pour eux, la religion était une chose,
-l'amour en était une autre, et ces deux ordres
-d'idées n'avaient rien à voir entre eux: dans la tradition
-française, Dieu ne connaissait que le devoir,
-il ordonnait la continence aux célibataires, la fidélité
-aux époux: quant à l'amour honnête, il le
-permettait, mais il ne s'en occupait pas. Lamartine
-au contraire procède de l'amant de Laure et du
-chantre de Tancrède. Il ne les imite pas; il est
-moins homme de lettres qu'eux dans le bon comme
-dans le mauvais sens; son élocution est moins travaillée;
-<span class="pagenum" id="Page_24">[24]</span>
-la nature lui offre autre chose qu'un pré
-fleuri, une claire fontaine et un chœur d'oiseaux
-saluant le mois d'avril.
-</p>
-
-<p>
-Mais, pour les avoir relus sous le ciel qui les a
-inspirés, pour avoir respiré le bonheur qu'exhale la
-terre dont les habitants appellent tout ce qui enchante
-<i>grazia di Dio</i>, il a, comme eux et plus
-expressément encore, monté la poésie amoureuse sur
-le ton des cantiques.
-</p>
-
-<div class="poem">
-<p class="i2">Celui qui, le cœur plein de délire et de flamme,</p>
-<p>A cette heure d'amour, sous cet astre enchanté,</p>
-<p>Sentirait tout à coup le rêve de son âme</p>
-<p>S'animer sous les traits d'une chaste beauté,</p>
-<p class="i2">Celui qui, sur la mousse, au pied du sycomore,</p>
-<p>Au murmure des eaux, sous un dais de saphirs,</p>
-<p>Assis à ses genoux de l'une à l'autre aurore</p>
-<p>N'aurait pour lui parler que l'accent des soupirs,</p>
-<p class="i2">Celui qui, respirant son haleine adorée,</p>
-<p>Sentirait ses cheveux soulevés par les vents,</p>
-<p>Caresser en passant sa paupière effleurée,</p>
-<p>Ou rouler sur son front leurs anneaux ondoyants,</p>
-<p class="i2">Celui qui, suspendant les heures fugitives,</p>
-<p>Fixant avec l'amour son âme en ce beau lieu,</p>
-<p>Oublierait que le temps coule encor sur ces rives,</p>
-<p>Serait-il un mortel ou serait-il un dieu?</p>
-<p class="i2">Et nous, aux doux penchants de ces verts Elysées,</p>
-<p>Sur ces bords où l'Amour eût caché son Eden,</p>
-<p>Au murmure plaintif des vagues apaisées,</p>
-<p>Aux rayons endormis de l'astre élyséen;</p>
-<p><span class="pagenum" id="Page_25">[25]</span></p>
-<p class="i2">Sous ce ciel où la vie, où le bonheur abonde,</p>
-<p>Sur ces rives que l'œil se plaît à parcourir,</p>
-<p>Nous avons respiré cet air d'un autre monde,</p>
-<p>Elvire!... et cependant on dit qu'il faut mourir.</p>
-</div>
-
-<p>
-Lisez superficiellement les <i>Méditations</i>, vous
-vous demanderez pourquoi telle ou telle pièce porte
-pour titre un site napolitain: vous n'y trouverez
-point de ces descriptions qui mettent les objets
-sous les yeux; Lamartine regarde beaucoup moins
-que Victor Hugo, mais il sent davantage; livrez-vous
-à lui et les émotions qu'il éveillera en vous ranimeront
-celles que deux de vos poètes vous ont jadis
-données. Le tour n'est plus le même: il y a déjà
-un orateur caché sous le poète des <i>Méditations</i>:
-mais l'accent révèle la parenté du cœur.
-</p>
-
-<p>
-De même, cherchez à reconnaître le site de l'abbaye
-de Vallombrosa dans la pièce où Lamartine
-l'a chantée: vous n'y réussirez pas. Mais il fallait
-peut-être la splendeur d'une contrée où la solitude
-fait à peine sentir son poids, où presque partout,
-dès qu'on s'élève au-dessus du sol des villes, on
-aperçoit les deux spectacles les plus sublimes, le
-mer et la montagne, pour découvrir à un jeune
-Français déjà répandu dans les salons parisiens les
-<i>trésors cachés</i> de la vie monastique, cette joie
-mystérieuse que le vulgaire admire sans la comprendre,
-<span class="pagenum" id="Page_26">[26]</span>
-pour lui faire goûter ce plaisir du recueillement
-qui ne suffit point pour vivre parmi le
-monde, mais qui suffit pour vivre avec le ciel et
-avec soi-même.
-</p>
-
-<p>
-Mais en comprenant, en aimant l'Italie, aurait-il
-méconnu, dédaigné les Italiens?
-</p>
-
-<p>
-Messieurs, une opinion assez répandue de ce côté
-des Alpes veut que la sympathie de la France pour
-l'Italie date de 1859, ou même qu'à cette date
-encore un seul homme, le chef de la nation, il est
-vrai, ait véritablement souhaité la délivrance de
-votre nation. Ce qui est exact, c'est que pour que
-l'Italie entraînât la France avec elle, il fallait
-qu'elle eût eu le temps de donner à la masse de
-notre nation la preuve palpable, éclatante de sa
-volonté et de son héroïsme. Il fallait que le belliqueux
-Piémont, le premier prêt pour la lutte, eût
-osé affronter l'Autriche, il fallait que les bourgeois
-de Milan après une lutte de cinq jours eussent
-chassé leur garnison, que la jeunesse universitaire,
-professeurs en tête, se fût fait écraser à Curtatone
-et à Montanara, il fallait que le grand Manin
-eût prouvé une fois de plus qu'un homme peut
-quelque temps tenir tête à un empire, et qu'enfin
-les plus illustres débris de cette mémorable année,
-conduits par un instinct sûr, fussent venus porter
-<span class="pagenum" id="Page_27">[27]</span>
-chez nous le spectacle de leur courageuse pauvreté
-et de leurs indomptables espérances. Mais, dès l'instant
-où l'on sut en France que ce n'étaient pas
-seulement un Pellico, un Confalonieri qui voulaient
-au prix de ses jours la liberté de l'Italie, dès
-l'instant où il fut manifeste que toute la nation
-était disposée à mourir pour son indépendance, la
-France, qui respirait pourtant à peine de la sanglante
-guerre de Crimée, fut acquise à votre cause;
-il put y avoir quelque inquiétude chez certains
-politiques, mais les ennemis les plus irréconciliables
-de Napoléon III, les ouvriers de Paris qu'il
-avait fallu massacrer en décembre 1851 pour leur
-imposer le coup d'Etat, l'applaudirent avec transport
-à son départ pour l'armée. Jusque là au contraire,
-le gros de la nation avait attendu. Rien en
-effet n'était plus difficile pour un Français de la
-génération de 1830 que de comprendre pourquoi les
-révolutions de Naples, de Piémont, des Romagnes
-avaient été si vite comprimées. Figurez-vous un
-pays uni, centralisé depuis des siècles, ayant l'habitude
-de penser, d'agir en commun, et même, depuis
-cinquante ans, de se lever tout entier à la voix
-d'une ville qui formait comme les Etats Genéraux
-en permanence de la nation; figurez-vous ce peuple
-qui, grâce à cette union, a brisé un trône séculaire,
-<span class="pagenum" id="Page_28">[28]</span>
-qui a refoulé et puni sous sa première République
-la plus formidable invasion que le monde
-moderne eût encore vue, qui, quinze ans après une
-Restauration imposée pur une invasion plus formidable
-encore, a chassé à la face de l'Europe la
-dynastie restaurée, et a, pour coup d'essai de sa
-liberté reconquise, affranchi la Belgique. Comment
-comprendrait-il que l'Italie ne peut secouer le joug
-aussi aisément? Le paysan, l'ouvrier français savent-ils
-que l'Italie morcelée, humiliée depuis quatorze
-siècles ne peut tout d'un coup retrouver sa vigueur?
-Ils voient les Polonais ne succomber que sur des
-morceaux de drapeaux enlevés aux Russes. Ils ne
-se disent pas que les Polonais qui se battent si
-bien à Grochow, à Ostrolenka sont des soldats réguliers
-aussi aguerris que leurs adversaires; quand
-ils voient les tentatives des patriotes italiens avorter
-si vite, ils en concluent, à tort mais sincèrement,
-qu'à part quelques âmes d'élite, le peuple
-italien ne désire pas changer de condition.
-</p>
-
-<p>
-Mais le langage de Lamartine à la Chambre
-française va nous montrer comment les penseurs de
-notre pays, ceux qui avaient vu l'Italie chez elle,
-préparaient la France à mieux juger des sentiments
-intimes de leurs voisins. Car non seulement il se
-déclare personnellement partisan de l'entière indépendance
-<span class="pagenum" id="Page_29">[29]</span>
-de l'Italie, non seulement il raconte avec
-fierté avoir été mêlé dans sa jeunesse aux négociations
-où Louis XVIII lui-même, tout légitimiste
-qu'il était par métier, et quoique surveillé par la
-Sainte Alliance, offrait aux libéraux de Naples et de
-Turin de les soutenir contre l'Autriche, pourvu qu'à
-la Charte espagnole de 1812 ils préférassent la
-Charte française de 1814 fort préférable en effet;
-mais nous allons le voir attaquer de front les préjugés
-qui rendaient alors la France moins sensible
-aux malheurs de l'Italie qu'à ceux des autres nations
-esclaves.
-</p>
-
-<p>
-Voici comment, avant les <i>Cinque giornate</i>, à
-une époque où l'Italie ne s'était pas encore mesurée
-en bataille rangée avec ses tyrans, il répondait à
-ceux qui arguaient du calme apparent qui depuis
-1815 régnait dans la Péninsule: «Sous ce calme
-apparent, ne l'oubliez pas, il y avait un abîme,
-et dans cet abîme couvait la plus incompréhensible
-de toutes les forces morales et matérielles, la nationalité
-morcelée, la nationalité comprimée de 26
-millions d'hommes.... Il suffit pour chacun d'entre
-nous dont l'œil est intelligent, dont le cœur est
-sympathique d'avoir traversé cette magnifique Italie
-pour sentir la vie sous la mort apparente, pour
-sentir cette éternelle protestation de la nationalité
-<span class="pagenum" id="Page_30">[30]</span>
-qui est la dernière arme d'un peuple.... Nulle part
-cette protestation n'est aussi évidente qu'en Italie;
-nulle part, elle n'a des droits plus sacrés à la sympathie
-des peuples. Je ne crains pas de le dire, je
-ne serai démenti par personne: il n'y a pas une race
-humaine qui ait donné au sol qu'elle habite une
-consécration plus grande que celle que la race italienne
-a donnée pendant tant de siècles de gloire, de
-liberté, de vertu, à ce point géographique de notre
-globe»<a class="tag" id="tag6" href="#note6">[6]</a>. Puis il montre que l'on ne contentera
-pas l'Italie par la réforme de quelques abus, par un
-peu de bien-être. Mais d'autre part il nie que le
-<i>statu quo</i> y ait seulement pour ennemis les révolutionnaires
-dont l'Europe s'effrayait. Comme Châteaubriand,
-il proteste que l'agitation de l'Italie
-n'est pas le fait de quelques sectaires; mais ce n'est
-plus dans une dépêche confidentielle qu'il dépose
-cette protestation; il la produit du haut de la tribune,
-et il avait en un sens plus de mérite encore que
-Châteaubriand à ne pas se tromper; car dans l'intervalle
-Mazzini avait paru, et bien des hommes
-d'Etat personnifiaient en lui seul les aspirations
-<span class="pagenum" id="Page_31">[31]</span>
-de l'Italie. «J'affirme ici, s'écriait Lamartine, par
-la connaissance personnelle qu'une cohabitation de
-12 ans m'a donnée, par la connaissance que j'ai
-du caractère, du génie, du libéralisme italien, que
-le mot même de radicalisme n'a pas de signification
-dans la langue, que c'est une injure qui n'est
-même pas comprise au-delà des Alpes, que le mouvement
-libéral n'est nullement un mouvement perturbateur...,
-mais que c'est un mouvement de
-l'esprit humain et de l'indépendance des peuples,
-<i>qui couve dans tous les siècles au cœur de l'Italie</i>»<a class="tag" id="tag7" href="#note7">[7]</a>.
-Notez, Messieurs, ces derniers mots; ne
-fallait-il pas à un homme qui n'était point un
-érudit, un vif et intelligent amour de l'Italie pour
-deviner en quelque sorte les noms relativement obscurs
-des Italiens qui entre Pétrarque et Alfieri empêchèrent
-la prescription du sentiment national?
-Quant à la génération présente, il prouve son affirmation
-par l'énergie avec laquelle le pape refuse de
-céder aux Autrichiens un pavé de Ferrare, par nombre
-de faits précis empruntés à une brochure parue
-le matin même et qui semble bien émaner du Père
-Ventura, par des correspondances particulières qui
-attestent les espérances que les plus illustres patriotes
-<span class="pagenum" id="Page_32">[32]</span>
-de l'Italie plaçaient sur notre poète; il en extrait
-les touchantes anecdotes d'un archevêque, d'un curé
-de Milan qui protestent chacun à leur manière contre
-une répression brutale qui vient d'ensanglanter
-la ville, du comte Borromeo qui dépouille la Toison
-d'Or souillée du sang de ses compatriotes. Enfin,
-conjurant Guizot d'appuyer les revendications des
-peuples italiens, il affirme avec une confiance excessive
-peut-être mais généreuse la solidité des sympathies
-entre les peuples: «Les traités ne sont
-signés que par la main des hommes; mais ces sympathies
-mutuelles entre les peuples faits pour s'aimer,
-pour se soutenir, aspirer ensemble à la civilisation
-et à la liberté, ce ne sont pas des traités
-d'un jour, ce ne sont pas des traités signés par des
-diplomates; ce sont des traités préparés par la
-Providence, signés et contresignés par la main
-de la nature elle-même, non pas sur des parchemins
-comme ceux de 1815 qu'on nous a fait signer
-en tenant la main de la France captive sur un
-protocole, mais je le répète, de ces traités contresignés
-par Dieu et par la nature, qui durent autant
-que les siècles»<a class="tag" id="tag8" href="#note8">[8]</a>. Ces paroles produisaient un
-effet d'autant plus grand que, depuis dix ans, à
-<span class="pagenum" id="Page_33">[33]</span>
-force d'éloquence Lamartine avait conquis une grande
-autorité à la tribune et dans la nation. Personne ne
-songeait plus à le renvoyer dédaigneusement à la
-poésie, ou, comme aurait dit Musset, à lui jeter
-toujours sa lyre au nez. Dès avant que la révolution
-de 1848 l'élevât au pouvoir, il étonnait le monde
-politique par la hardiesse tantôt divinatrice tantôt
-imprudente de ses vues. Louis Philippe à qui l'on
-avait conseillé de l'appeler dans ses conseils avait
-répondu: «Lamartine, ce n'est pas un ministre,
-c'est un ministère; je le réserve.» Il apportait
-donc à l'Italie l'appui d'un véritable homme d'Etat
-et non d'un simple poète. D'ailleurs ses sentiments
-à son égard ne répondaient pas seulement à ceux des
-hommes qu'on allait appeler les républicains de la
-veille, mais à ceux des catholiques libéraux de notre
-nation que Silvio Pellico avait depuis longtemps,
-pour parler comme Racine, rangé du parti de ses
-larmes. Espérons qu'un jeune historien se laissera
-enfin tenter par un beau sujet que j'ai cent fois
-proposé de vive voix et par écrit chez nous et
-chez vous, l'histoire des réfugiés italiens en France
-de 1815 à 1859 et de la transformation de l'opinion
-des Français, durant cette période, touchant
-les affaires de l'Italie. J'ose affirmer que rien ne serait
-plus utile, plus glorieux pour les deux nations.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_34">[34]</span>
-</p>
-
-<p>
-Mais revenons à Lamartine, ou plutôt élevons-nous
-au-dessus de notre sujet pour conclure par
-une considération plus générale à laquelle il nous
-conduit. Il y eut un temps où une nation pouvait
-raffoler de la littérature, de l'art, des modes
-d'une autre et demeurer profondément indifférente
-à ses destinées, la combattre, l'asservir. Il n'en est
-plus ainsi, du moins chez les nations généreuses. (Car
-chaque peuple a sa grandeur, mais il y en a dont
-la grandeur consiste dans la ténacité prévoyante,
-hardie, implacable, avec laquelle ils poursuivent
-leur perpétuel agrandissement). Aujourd'hui donc,
-du moins chez certains peuples, aimer la littérature
-ou l'art d'un autre nation conduit à l'aimer
-elle même. D'où vient ce changement? Serait-ce
-que l'amour de la patrie s'affaiblirait et que tout
-lecteur devient un dilettante? S'il en était ainsi,
-il faudrait, non pas féliciter, mais plaindre l'humanité.
-Le progrès ne consiste pas à niveler les
-frontières; c'est une duperie de ne pas aimer par-dessus
-tout son propre pays; car on ne vous rendrait
-pas partout la pareille. Le jour où les honnêtes
-gens s'entendraient pour laisser la nuit la
-clef sur leur porte, il y aurait toujours assez de
-voleurs pour les dévaliser; de même, la nation qui
-s'imaginerait que l'ère des guerres, des conquêtes
-<span class="pagenum" id="Page_35">[35]</span>
-même est close, serait certaine d'être bientôt envahie
-et partagée. Puis, toutes les vertus civiles sont suspendues
-en quelque sorte à la vertu militaire, et
-s'affaissent quand elle tombe; sans doute la vie civile
-offre des occasions d'exercer notre courage, mais on
-s'y dérobe quand le sacrifice dans sa forme la plus
-haute n'est plus pratiqué; l'histoire de tous les
-peuples qui ont renoncé à la gloire militaire le
-prouve. Mais, si un Châteaubriand, un Lamartine
-passent de l'admiration pour les grands écrivains et
-le sol de l'Italie à la sympathie pour ses aspirations,
-c'est que l'on commence à comprendre que la
-conquête, toujours à redouter, n'est point à louer,
-et que, prendre une province malgré elle à un
-peuple, c'est souffleter sur la joue de ce peuple le
-droit du genre humain. Pour peu donc que cette
-nation cesse d'être une inconnue pour nous, ses
-souffrances font brêche dans notre égoïsme, et nous
-ressentons l'outrage qu'au fond nous avons reçu en
-sa personne. Puis, nous comprenons que de nos jours
-un peuple asservi souffre plus qu'autrefois. Jadis
-une ville se résignait souvent sans trop de peine
-à passer d'une nation à une autre, parce que ce
-n'était au fond que changer de maître: le nouveau
-souverain n'exigeait pas toujours des tributs plus
-lourds que l'ancien, et, la conscription n'existant
-<span class="pagenum" id="Page_36">[36]</span>
-pas, ne demandait point à ses nouveaux sujets de
-se battre au besoin contre leurs frères de la veille.
-Berchet nous a éloquemment appris, dans <i>Giulia</i>,
-les tortures du conscrit obligé de revêtir un uniforme
-abhorré. — Mais, dira-t-on, dans les littératures
-modernes, les œuvres des classiques sont
-en partie nées dans des époques où l'homme de
-lettres, au moins dans son cabinet, oubliait qu'il
-avait une patrie: comment donc l'étude de ses
-œuvres, qui nous attache à lui, nous attacherait-elle
-à ses compatriotes, surtout à ses compatriotes
-d'aujourd'hui? — La réponse est dans les progrès
-de la critique. Autrefois on considérait un ouvrage
-comme une pure composition littéraire, sortie toute
-entière du génie de l'auteur et des principes de
-l'école à laquelle il appartenait; aujourd'hui nous
-considérons un auteur comme un homme qui exprime,
-sans y penser, tantôt les vertus ou les défaillances
-de sa génération, tantôt les traits dominants de
-sa race. Notre admiration pour lui excite par conséquent
-notre intérêt pour ses compatriotes. Nous
-goûtons comme nos pères l'incroyable dextérité
-avec laquelle Arioste nous fait passer d'une historiette
-à une autre, mais nous ne le rendons plus
-seul responsable de l'enjouement qu'il garde au
-milieu des malheurs de sa patrie; quand Machiavel
-<span class="pagenum" id="Page_37">[37]</span>
-conseille aux princes d'affecter toutes les vertus,
-mais de ne pas les avoir, nous plaignons l'Italie
-dont l'infortune ne laissait plus alors d'espoir que
-dans la cruauté, pour ainsi dire, économique d'un
-Cesare Borgia. L'étude des littératures étrangères
-est le meilleur préservatif contre les engouements
-de la mode et contre les velleités d'une injuste
-ambition; car, en même temps qu'elle nous fait
-admirer le génie des autres peuples, elle nous fait
-comprendre combien il est différent du nôtre et
-par suite quelle folie c'est que de vouloir l'imiter
-ou que de prétendre l'asservir. Si, par hasard, ce
-génie s'éloigne moins du nôtre parce que c'est
-celui d'une nation sœur, tout ce qui nous est permis,
-c'est de faire ce qu'ont fait Châteaubriand et
-Lamartine, à savoir de l'aimer.
-</p>
-
-<div class="chapter">
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_39">[39]</span>
-</p>
-
-<h2 id="pleiade">LA PLEIADE MUSICALE</h2>
-
-<p class="pad2 center high"><span class="small">CONFERENZA</span><br />
-<span class="x-small">DI</span><br />
-<span class="large g noserif">EUGENIO CHECCHI</span>.</p>
-</div>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_41">[41]</span>
-</p>
-
-<p class="pad2 indl">
-<i>Signore e Signori!</i>
-</p>
-
-<p class="pad2">
-La sera del 3 agosto 1829 — data memorabile
-per la storia dell'arte — il pubblico parigino chiamato
-a giudicare la nuova opera, che fu anche l'ultima,
-di Gioacchino Rossini, sentenziò quasi unanime,
-che il <i>Guglielmo Tell</i> era una troppo audace
-innovazione, e accennava a qualche cosa di troppo
-rivoluzionario e di troppo anormale nei tranquilli
-dominii della musica. E l'opera grande e immortale
-fu accolta in quella sera e nelle sere successive con
-sospettosa freddezza.
-</p>
-
-<p>
-Alla distanza di sessantotto anni, nella sera del
-26 dicembre 1897, il pubblico romano del teatro Argentina
-riudì ancora una volta il capolavoro rossiniano,
-e sentenziò con mirabile disinvoltura che anche
-le opere del genio risentono le offese del tempo,
-e che il <i>Guglielmo Tell</i> più non risponde ai nuovi
-<span class="pagenum" id="Page_42">[42]</span>
-bisogni, ai nuovi gusti: doversi perciò rimandare
-ai Conservatorii e agli Istituti musicali, perchè,
-tutt'al più, sia argomento di studio nelle classi di
-alta composizione. E l'opera si trascinò faticosamente
-per un lieve corso di rappresentazioni, fra la
-indifferenza e gli aristocratici sbadigli di spettatori
-scarsi di numero.
-</p>
-
-<p>
-Oggi dunque, se le manifestazioni della così detta
-opinione pubblica hanno da contare per qualche
-cosa, oggi il Rossini non sarebbe che un classico:
-impeccabile quanto si voglia, ma niente più che
-un classico: nel 1829 invece un redivivo Voltaire
-avrebbe potuto ripetere del Rossini quel che si
-disse dello Shakspeare, che fu un barbaro non privo
-d'ingegno. Come è possibile mandare insieme a
-braccetto i due giudizi?
-</p>
-
-<p>
-Il pubblico di Parigi d'allora e il pubblico di
-Roma del decorso anno, ugualmente sinceri, ma
-ugualmente rei di spropositate sentenze, subivano
-la influenza di cause che forse sarebbe curioso ed
-opportuno di esaminare e di riassumere, se non temessi
-di sconfinar troppo dal tema cortesemente
-assegnatomi.
-</p>
-
-<p>
-Se non che appunto cotesta freddezza del pubblico
-parigino, a cui ho accennato, se non fu la
-principale nè l'unica fu certamente una delle ragioni
-<span class="pagenum" id="Page_43">[43]</span>
-per le quali il Rossini spezzò la penna di
-compositore melodrammatico. Consapevole della propria
-gloria, egli si ritirò, tra sorridente e sdegnoso,
-dalle battaglie della scena: si ritirò a trentasette
-anni: nè i pentimenti troppo tardivi dei pubblici,
-nè le cospicue offerte che dalle grandi metropoli
-dell'Europa gli pervenivano valsero a vincere quella
-sua serena pigrizia, in cui si sarebbe cullato, con
-tutte le seduzioni fascinatrici della celebrità, per
-quarant'anni di seguito.
-</p>
-
-<p>
-Iniziatore di una riforma, Gioacchino Rossini
-non ebbe soltanto il merito di aprir nuove vie all'arte
-melodrammatica, ma tutte le percorse da sovrano
-conquistatore, in tutte impresse la incancellabile
-orma propria. E perchè il genio ha qualità,
-quasi direi, assorbenti, e la luce che da lui emana
-par che riassuma in sè, compenetrandole, tutte le
-altre luci minori e le attenui e le spenga, appunto
-come il sole che non può esser vinto da nessuna
-illuminazione artificiale, così accadde che nel silenzio
-dell'autore del <i>Guglielmo Tell</i> si credette che
-la musica italiana avesse pronunziata l'ultima sua
-parola.
-</p>
-
-<p>
-Di quali altri capolavori si sarebbe arricchito il
-repertorio melodrammatico, se nel Rossini la volontà
-e la fantasia fossero state in ugual misura obbedienti,
-<span class="pagenum" id="Page_44">[44]</span>
-è ricerca che a nulla gioverebbe. L'immortale
-maestro, che impegni contrattuali col grande
-teatro di Parigi obbligavano per un corso non breve
-di anni, si sentì a un tratto disorientato in quella
-rivoluzione del luglio 1830, che dava alla vita politica,
-alla vita letteraria ed artistica della Francia
-indirizzi nuovi. Come il Mefistofele del Goethe,
-che non comprende le classiche finzioni della greca
-mitologia nella simbolica evocazione di Elena, così
-l'autore dell'<i>Italiana in Algeri</i>, del <i>Turco in Italia</i>,
-del <i>Barbiere di Siviglia</i> dura fatica a raccapezzarsi
-in quel moto degli spiriti vagheggianti
-ideali nuovi, in quelle irrequietezze delle fantasie
-giovanili che anelano ad orizzonti fino allora inesplorati.
-Rimane intatta e splendente la sua musica,
-perchè segnata col marchio indistruttibile del genio,
-ma il suo linguaggio si crede o pare che non
-risponda più ai bisogni, alle aspirazioni, ai desiderii
-dell'universale. Spira nelle regioni dell'arte
-un soffio di modernità che non si acquieta ai facili
-sorrisi dell'abbondante produzione dell'opera giocosa;
-e le menti, fatte serie e cogitabonde, drizzano
-per così dire la vela in oceani più sconfinati,
-dove par che baleni, tremolando sulle acque, la fata
-morgana dell'invadente romanticismo.
-</p>
-
-<p>
-E frutto del romanticismo, imperante nella Francia
-<span class="pagenum" id="Page_45">[45]</span>
-degli Hugo, dei Delavigne, dei De Vigny, è la
-musica dei maestri italiani succeduti al Rossini.
-Ai francesi compositori, come l'Auber e l'Halévy,
-ai tedeschi un po' infrancesati come Giacomo
-Meyerbeer, non valse la imitazione rossiniana, in
-principio servile e poi alquanto più libera, per potere
-essi raccogliere la eredità creduta giacente.
-La divina Euterpe spiccò il volo rivalicando le Alpi,
-e tornò da Parigi nella sua vera patria l'Italia, di
-dove più non si mosse.
-</p>
-
-<p>
-Qui era nata, qui aveva raggiunto lo splendore
-suo massimo, qui erano sbocciate le immortali cantilene
-dei Pergolese, dei Paisiello, dei Cimarosa; e
-qui avrebbe dovuto fatalmente riallacciarsi la fulgida
-tradizione che la partenza del Rossini dalla
-patria un po' ingrata non era riuscita ad interrompere.
-Onde gli occhi di tutti si volsero là dove
-nuovi germi sbocciavano, dove le nuove manifestazioni
-dell'arte fiorivano, dove il genio della musica
-ci apparecchiava le nuove grandi sorprese del
-periodo che oggi studiamo.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_46">[46]</span>
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-Singolari tempi cotesti: quasi ponte di passaggio
-fra le due rive di un fiume frettoloso, avviato verso
-una mèta iperbolicamente lontana. Dopo un lungo
-riposo di quindici anni, un riposo conquistato a
-prezzo di tanto sangue inutilmente versato nelle
-guerre del primo Napoleone, cominciava ora quella
-feconda evoluzione degli spiriti e delle menti, che,
-come dianzi accennavo, prese il nome, anzi rinverniciò
-a nuovo quel vecchio nome di romanticismo: e
-se la Francia, seguitando l'esempio della Germania
-del Goethe e dello Schiller, sopravanzò gli altri
-popoli nella feconda produzione poetica e prosastica,
-l'Italia, non ostante i grandi fulgori del genio manzoniano,
-si restrinse, almeno per allora, nel campo
-della musica: anzi più specialmente della musica
-melodrammatica. Fosse mancanza di grandi ingegni
-letterarii, che avrebbero dovuto continuare l'opera
-iniziata nel '27 dal Manzoni col suo celebre romanzo,
-fossero le condizioni civili e politiche della penisola,
-fosse piuttosto, come io credo, la vivace rimembranza
-dei recenti trionfi musicali, fatto sta che
-l'Italia si restrinse per allora a una sola arte, e
-<span class="pagenum" id="Page_47">[47]</span>
-gelosamente custodì e mantenne quel suo primato
-invidiato ed invidiabile della musica teatrale.
-</p>
-
-<p>
-Chi studiasse un po' attentamente quel periodo
-di vita sociale, che si svolse in Italia dal '31 al '46,
-ne troverebbe rispecchiate alcune sue manifestazioni
-nella musica dei maestri d'allora: i nomi dei quali
-sono vanto imperituro nell'arte del secolo decimonono.
-Quella musica combatte in principio una tenace
-battaglia, per liberarsi dai fàscini e dalle seduzioni
-del grande mago che si adagia sorridente
-all'ombra dell'albero della sua gloria, e a poco a
-poco riesce a vincere: ma perdurano quelle ragioni,
-che avevano costretto anche il Rossini ad improvvisare
-in poche settimane, qualche volta in pochissimi
-giorni, le opere per le quali si era impegnato
-con le direzioni dei teatri. Il teatro è la più potente,
-la più geniale distrazione di quel tempo: è, per
-così dire, l'unica manifestazione chiassosa dello spirito
-pubblico, che si rivela in una incessante domanda
-di altre opere. E queste opere occorre rispondano
-alla smania di novità che agita le folle, occorre
-non interrompano ma anzi alimentino quella
-produzione artistica che deve diffondersi da tutti i
-palcoscenici d'Italia.
-</p>
-
-<p>
-La schiera dei maestri, dico di quelli a cui non
-mancheranno i favori del pubblico, è troppo esigua
-<span class="pagenum" id="Page_48">[48]</span>
-al bisogno, perchè ella possa corrispondere alle richieste
-che d'ogni parte si affollano: onde la necessità
-li costringe a lavorare rapidamente, talvolta
-con prestezza fulminea. Accade perciò che non sempre
-la miniera, quantunque inesausta, dia metallo
-purissimo, e che il genio rifulga sempre della medesima
-intensità di luce: tormentato e irritato, egli
-ha ogni tanto qualche abbandono, qualche cascaggine,
-qualche annebbiamento che lo offusca. Ma
-dalla fredda accoglienza fatta a un'opera nuova, o
-anche da un clamoroso insuccesso, l'autore si risolleva
-e risorge come stimolato a vendicarsi, e le sue
-vendette sono spesso capolavori: capolavori che hanno
-nome <i>Sonnambula</i>, <i>Norma</i>, i <i>Puritani</i>, <i>Anna Bolena</i>,
-<i>Lucrezia Borgia</i>, <i>Lucia di Lamermoor</i>.
-</p>
-
-<p>
-C'è dunque un nuovo indirizzo, stavo per dire
-una nuova scuola che sorge, florida di giovinezza,
-ricca di speranze, cercatrice smaniosa di successi. La
-musica italiana, che s'era detto aver pronunziata
-col <i>Guglielmo Tell</i> la sua ultima parola, riprende
-il suo fatale andare, e parla ancora alle menti, eccita
-ancora le fantasie, commuove ancora ed esalta
-milioni e milioni di cuori. Vincenzo Bellini e Gaetano
-Donizetti, i due astri più luminosi della pleiade
-scintillante, procedenti per vie diverse ad una medesima
-mèta, con magnanima ostinazione resistono
-<span class="pagenum" id="Page_49">[49]</span>
-alle prime avvisaglie della scuola tedesca, e dimostrano
-con l'esempio di voler serbare alla nostra
-musica la schietta italianità, che vuol dire il sentimento,
-la passione, la melodia, il canto.
-</p>
-
-<p>
-Nei loro inizii, nelle inevitabili incertezze di chi,
-incominciando, sente di non poter camminare spedito
-se non si appoggia, come l'edera, a qualche
-robusto tronco, anche i due maestri s'ispirano e si
-scaldano al gran sole rossiniano: ma dopo quei
-primi esperimenti di una ginnastica intellettuale,
-quando la loro fibra si è ringagliardita nelle molteplici
-prove, ed essi hanno acquistata la coscienza
-sicura del proprio essere, ogni ombra d'imitazione
-scompare, ed essi raggiungono in brevissimo tempo
-la fama, la popolarità, la gloria. Sono l'uno e
-l'altro, e sinceramente lo confessano, una derivazione
-rossiniana: ma accade di loro, se mi è lecito
-di rapire una similitudine alla scienza astronomica,
-accade di loro come quando un bolide scoppiando si
-riduce in parti, e coteste parti, pur descrivendo
-ciascuna per conto proprio una traiettoria nello spazio,
-serbano in comune il punto primitivo di partenza:
-così i due grandissimi, quantunque di grandezza
-diversa dal loro autore e non ostante l'individuale
-cammino percorso, sembrano emanare da un
-apice comune, da Gioacchino Rossini.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_50">[50]</span>
-</p>
-
-<p>
-Ma della serena spensieratezza di quelli anni e
-di quella generazione, che affaticata dalle immani
-lotte napoleoniche cercava un riposo e una distrazione
-nelle prime opere del maestro di Pesaro, e
-rispondeva acclamando e ridendo alla squillante risata
-dell'autore del <i>Barbiere di Siviglia</i>, di cotesta
-spensieratezza non vedremo più che una traccia fuggevole.
-Se qualche cosa d'incipriato sopravvive all'ottantanove
-e ai trattati del quindici, se nella vita
-poco o punto affaccendata delle classi colte c'è ancora
-come un resto delle mollezze e delle morbide
-blandizie del settecento, e c'è una corruzione elegante
-che non sa risolversi a rendere le armi, pure
-aleggia nella parte sana del popolo un'aura più vivace,
-e già un concetto delle civili responsabilità a
-poco a poco la penetra.
-</p>
-
-<p>
-Interprete dei sentimenti e delle aspirazioni nuove
-sarà l'arte della musica, che per la sua stessa indeterminatezza
-del linguaggio si piegherà volenterosa
-ad esprimere sentimenti, affetti, passioni tumultuanti
-nelle anime.
-</p>
-
-<p>
-Una solenne e austera mestizia par che governi
-il mondo, e di quella mestizia è raccontatrice e commentatrice
-fedele la musica. Sorriderà ancora, in
-alcune geniali produzioni del Donizetti, la musa
-dell'opera giocosa, ma fra quei sorrisi vedremo pure
-<span class="pagenum" id="Page_51">[51]</span>
-talvolta balenare scintillando le lacrime, e per arrivare
-al lieto fine di prammatica rasenteremo più
-d'una volta il dramma. L'arte non è più un semplice
-diletto, nè una blanda carezza di suoni armoniosissimi;
-ella deve invece tradurre tutto quel
-complesso di aspirazioni che sono tanta parte nella
-vita nuova del popolo, deve in certo modo riprendere
-e continuare per conto proprio l'opera iniziata
-altrove con la poesia, col romanzo, col dramma. Una
-invisibil catena avvince le genti fra loro, le genti
-oramai consapevoli dei propri diritti e dei propri
-doveri: e perchè l'arte è il linguaggio che tutti
-comprendono, toccherà a lei farsi divulgatrice d'idee
-e di propositi, che nel segreto dapprima, poi alla
-luce aperta del sole maturano.
-</p>
-
-<p>
-Chi afferma che la musica di cotesti anni altro
-non è che la continuazione di quel che fu fatto nel
-primo trentennio del secolo, dà prova di non averne
-penetrata la intima essenza. Certo nè Vincenzo Bellini,
-nè Gaetano Donizetti furono gli antesignani di
-una rivoluzione civile e politica, alla quale essi mai
-non pensarono, e della quale sarebbe sfuggita a loro,
-perchè distratti in più serene contemplazioni, la ragione
-remota o prossima. Ma un qualche cosa che
-vibrava e fremeva intorno dovette persuaderli che
-sarebbe toccata alla musica una partecipazione essenziale
-<span class="pagenum" id="Page_52">[52]</span>
-in quel grande rimescolìo degli animi e
-delle menti: e guidati da quell'istinto che è qualità
-divinatrice del genio, essi furono gli uomini del loro
-tempo, furono i gloriosi portabandiera di un piccolo
-ed elettissimo esercito, che combatte anche oggi battaglie
-non ingloriose nel campo dell'arte.
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-Vincenzo Bellini rappresenta, nella pleiade musicale
-di cotesti anni, il luminoso astro fuggitivo
-che brillerà d'intensissima luce per pochi anni,
-poi sparirà quasi consunto dal suo medesimo fuoco.
-Se egli ottenesse dalla natura il dono prezioso della
-fecondità, non è certo; ma si sa che le opere sue
-più belle, le tre opere magistrali che non morranno
-fintantochè almeno non si capovolgano le leggi eterne
-del gusto, rampollarono dall'accesa fantasia del giovane
-maestro con meravigliosa rapidità, e si sa pure
-che dopo il sublime suo canto del cigno, dopo quei
-<i>Puritani</i> che sollevarono un grido d'entusiasmo per
-tutto il mondo, egli, già colpito dalla fatale malattia
-che doveva spegnerlo all'età di trentaquattro anni,
-<span class="pagenum" id="Page_53">[53]</span>
-meditava sopra due nuovi soggetti. Di lui veramente,
-meglio che del Rossini, sarebbe curioso e opportuno
-indagare quali nuove forme avrebbe assunte, a
-quali diversi atteggiamenti si sarebbe piegato il suo
-ingegno, se la natura, dispettosamente crudele, non
-avesse voluto dare apparenza di verità all'antica sentenza
-di Menandro: «Muor giovine colui che al
-cielo è caro.»
-</p>
-
-<p>
-L'acutezza tutta meridionale della sua mente, in
-quei brevi mesi di soggiorno a Parigi, gli servì per
-penetrare addentro nei nuovi progressi della musica
-strumentale, che fu per lui come il dischiudersi di
-nuovi orizzonti; e forse non esagerano quei biografi
-i quali affermano, che prima di recarsi in Francia il
-Bellini non conoscesse che superficialmente la musica
-di quel maestro che il Rossini non dubitava di
-chiamare fra tutti il più grande, e che fu Ludovico
-Beethoven. Della profonda mestizia, qualità predominante
-nell'autore delle Nove Sinfonie, è facile
-riscontrare più d'una traccia nell'ultima opera del
-maestro catanese, come nè è più ricco, più nutrito,
-più vario lo strumentale. Egli che, nell'idilliaca <i>Sonnambula</i>,
-emulò la greca semplicità e la perfezione
-di Teocrito, e nella <i>Norma</i> si sollevò a grandezza
-epica, tocca, io credo, il massimo vertice del sublime
-con la dipintura delle cruente lotte fra i <i>Puritani
-<span class="pagenum" id="Page_54">[54]</span>
-ed i Cavalieri</i>. Dalla favola montanara, tutta impregnata
-di agresti profumi, dalle foreste druidiche,
-di cui indovina, senza neanche darsi pensiero di approfondirle,
-le sanguinose tregende, egli trapassa alla
-contemplazione e alla riproduzione di un grande
-quadro storico: ma nella cozzante varietà dei soggetti
-che tratta, egli serba pur sempre lo spiccato
-carattere della individualità propria, della propria
-originalità.
-</p>
-
-<p>
-Ascoltando la musica di altri maestri, rimarremo
-incerti talvolta nell'attribuire la paternità a questo
-od a quello: ma Vincenzo Bellini non è possibile
-confonderlo mai con altri. Le sue cantilene soavissime,
-le sue melodie, quasi tutte di prima intenzione,
-e una tal quale morbidezza raffaellesca di contorni,
-ce lo annunziano e ce lo rivelano presente sempre.
-</p>
-
-<p>
-Egli non somiglia che a sè medesimo. Sentendolo,
-vien fatto di pensare che la sua musica, più che
-dalla fantasia, gli germogli dall'anima, e che quell'anima
-riassuma e traduca le troppo fugaci gioie e
-gli eterni dolori dell'umanità: vien fatto di dire che
-i suoi canti, più che col linguaggio delle note sono
-composti di lacrime, e sono le lacrime che raccontano
-le nostre miserie, le nostre intime ambascie.
-</p>
-
-<p>
-Vincenzo Bellini ebbe principalissime, fra tutte
-le doti musicali, la schiettezza e la limpidezza, congiunte
-<span class="pagenum" id="Page_55">[55]</span>
-alla più squisita semplicità delle forme. C'è
-stato perfino un tempo, nel quale non si dubitò di
-dirlo anche troppo semplice. Venti o venticinque
-anni fa il direttore di un teatro parigino, voglioso di
-rimettere in scena la <i>Norma</i>, propose a Giorgio Bizet,
-non ancora celebre, di rifare, secondo le nuove
-tendenze e il nuovo stile, la strumentazione dell'opera
-belliniana, e offrì al giovine maestro, bisognoso
-di lavorare, qualche migliaio di lire. Tutto
-lieto il Bizet portò a casa la partitura della <i>Norma</i>,
-stimando agevole impresa rimettere a nuovo la vecchia
-opera, vecchia allora di più che quarant'anni.
-Ma di lì a qualche giorno, con la partitura intatta
-sotto il braccio, egli andò a trovare il direttore di
-quel teatro, e restituendogli lo spartito gli disse che
-le opere del genio sono intangibili, che a mettervi
-le mani e ad alterarle si commette opera profanatrice
-e sacrilega. L'autore futuro della <i>Carmen</i>,
-grande artista veramente, respingeva da sè con ribrezzo
-la mostruosa complicità in un reato, rimasto
-fortunatamente uno sterile tentativo.
-</p>
-
-<p>
-Ogni tempo ha l'arte che si merita e che gli si
-confà: e l'arte non ha efficacia immediata, se non
-in quanto rispecchia i gusti, le tendenze, le aspirazioni
-dell'epoca in cui ella sorge e fiorisce. La musica
-della prima metà del nostro secolo, discesa in
-<span class="pagenum" id="Page_56">[56]</span>
-linea retta da quella del secolo precedente, mantenne
-intatta la tradizione, ma si arricchì di forme più
-belle, ma ebbe intenti più serii e più drammatici,
-ma penetrò anche più addentro nei segreti dell'anima
-umana.
-</p>
-
-<p>
-Senza confondere l'arte con la scienza, ma senza
-ripudiare quest'ultima, rifiutò tutto quello che non
-germogliasse direttamente dalla fantasia. E appunto
-per questo fu grande e semplice; ed ebbe nome, per
-il momento, Vincenzo Bellini e Gaetano Donizetti,
-Oh non per loro certamente, non per le loro orchestre
-destinate ad accompagnare docilmente o ad abbellire
-di fregi modesti il canto della scena, non per
-le loro orchestre, come doveva accadere più tardi per
-il mistico Wagner, tutte le potenze della natura
-congiurarono favorevoli, nè la terra regalò quasi
-tutto il metallo delle sue miniere e il legname delle
-sue foreste per fornire le armi sonore destinate agli
-assalti irresistibili! La musica di quei nostri grandi,
-veramente nostri, scaturita come fonte viva di limpida
-acqua dalle viscere della montagna, non ebbe
-bisogno delle violente arginature artificiali che ne
-affrettassero il corso, ma si diffuse allargandosi come
-in azzurro tranquillissimo mare tutto bagnato di
-sole. Era il sole d'Italia, o signori, e non aveva nulla
-da invidiare alle nebbie germaniche.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_57">[57]</span>
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-Diverso affatto dal Bellini fu Gaetano Donizetti,
-compagno suo ed emulo felice in quella gara che
-durò fino al 1835, fino all'anno in cui l'autore dei
-<i>Puritani</i> si spense. Di Vincenzo Bellini, tenuto
-conto anche dei primi tentativi melodrammatici, si
-contano nove opere soltanto: Gaetano Donizetti invece,
-fantasia più feconda, ingegno più vario se
-non altrettanto peregrino, e agitato dalla febbre
-continua del produrre, fornisce durante ventiquattro
-anni, dal '22 al '46, un così lungo cammino, e semina
-quel suo cammino, con una prodigalità che
-rasenta la spensieratezza, di così fulgidi capolavori,
-che basterebbe lui solo, io credo, a segnare di
-un'orma indistruttibile la storia dell'arte.
-</p>
-
-<p>
-Egli fu veramente, per la grazia della espressione,
-per la originalità, la spontaneità, la vaghezza
-melodica, per una soavità e una delicatezza di cantilene
-non scevre di malinconia, egli fu il Mozart
-dell'Italia: non scevre di malinconia, ho detto,
-come fu divinamente malinconico il Bellini, sì che
-l'uno e l'altro pare che rispecchino, nella indole
-dei loro ingegni e dei loro animi, il virgiliano
-<span class="pagenum" id="Page_58">[58]</span>
-<i>sunt lacrimae rerum</i>, che il Manzoni, forse inconsapevolmente,
-ha tradotto con la mestissima frase
-che «del dolore ce n'è, sto per dire, un po' per
-tutto». Se non che il Donizetti, fecondo e versatile
-come pochi, e superiore in questo al Bellini,
-ci lascia incerti anche oggi se riuscisse più felicemente
-efficace, appunto come Wolfango Mozart, nel
-melodramma serio o piuttosto nell'opera giocosa.
-</p>
-
-<p>
-La popolarità e la fama rapidamente raggiunte
-lo avevano già reso celebre in pochi anni: il nome
-suo non pure famoso in Italia, ma nelle principali
-e più colte città dell'Europa, andava fino dal '37
-congiunto ad opere che s'intitolano <i>Anna Bolena</i>
-e <i>Elixir d'amore</i>, <i>Lucrezia Borgia</i> e <i>Lucia di
-Lamermoor</i>, <i>Marin Faliero</i> e <i>Parisina</i>, per tacer
-delle altre: e sono opere che rimarranno lungamente
-vive, insieme con quelle degli ultimi suoi
-dieci anni: rimarranno vive anche nei pervertimenti
-frenetici del gusto, anche nei periodi delle così
-dette rivoluzioni musicali. Perchè il genio ha anche
-questo di buono, di salutare, di benefico: che
-sopranuota a tutti gli errori, a tutte le aberrazioni,
-alle storture d'ogni maniera: egli resiste
-sereno ed impavido ai mutabili capricci della moda,
-alle piccole e alle grandi ostilità, alle guerricciòle
-degli emuli, alle invidie degli impotenti.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_59">[59]</span>
-</p>
-
-<p>
-E notate questo, o signori: gli anni in cui il
-Donizetti imperò quasi solo nel campo della musica,
-furono gli anni delle aspettative pazienti: e
-perchè, nel silenzio di ogni voce un po' libera, e
-nell'abbattimento di ogni aspirazione generosa, gli
-astuti governanti d'Italia erano larghissimi nel favorire,
-nel secondare, nel provocar quasi i popolari
-entusiasmi per i grandi spettacoli teatrali, accadde
-che le fantasie, private per allora di ogni più vigoroso
-alimento, trovassero pascolo sufficiente e distrazione
-bastante per una nuova opera, per un
-giovane maestro che accennasse ad uscire dalla
-schiera dei volgari, anche per un artista, uomo o
-donna, che le imprese e le direzioni dei varii teatri
-d'Italia si disputassero.
-</p>
-
-<p>
-C'era di mezzo l'arte; ma c'era anche, bisogna
-pur convenirne, il superficiale diletto dei sensi: e nel
-doloroso silenzio di cotesti anni fu possibile vedere,
-in quella città che doveva poi scrivere col proprio
-sangue una pagina immortale nella storia del risorgimento
-italiano, fu possibile vedere preso d'assalto,
-con manifestazioni quasi di delirio, il teatro
-della Scala da una folla tumultuante, perchè i due
-astri della danza, la Cerrito e la Essler, comparivano,
-per il momento non più rivali, in un medesimo,
-ballo e nella medesima sera; e fu anche possibile
-<span class="pagenum" id="Page_60">[60]</span>
-vedere giovani patrizi e banchieri stagionati
-disputarsi non soltanto i favori ed i sorrisi delle
-danzatrici più celebri, ma anche i più minuti gingilli
-abbandonati dalle <i>dive</i> al servitorame degli
-alberghi; persino le maioliche intime di una Essler,
-ridotte in cocci, dividersi come reliquie fra qualche
-dozzina di adoratori, perchè potessero fregiarsene i
-candidi sparati delle camicie.
-</p>
-
-<p>
-Ma non incrudeliamo soverchiamente sopra le
-debolezze di un tempo, la cui responsabilità non
-ricade che in piccolissima parte sulla cittadinanza
-italiana. Alle brevi aberrazioni succedevano ben
-presto i più durabili e fervorosi entusiasmi per le
-grandi rivelazioni dell'arte, e il Donizetti, morto
-Vincenzo Bellini, fu per allora l'unico sovrano intellettuale
-delle folle, l'unico inappellabile arbitro
-del gusto.
-</p>
-
-<p>
-Nello spazio di ventidue anni, dal '22 al '44,
-egli scrive sessantacinque opere: due in ciascun
-anno, spesso tre, talora anche quattro. Gli accade
-più d'una volta di trovarsi a quindici e venti giorni
-di distanza dall'epoca fissata per la consegna di
-un'opera, e non soltanto non averne scritta neppure
-una nota, ma neanche sapere quale libretto
-gl'invierebbe il poeta: eppure nel giorno fissato egli
-mantiene scrupolosamente l'impegno.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_61">[61]</span>
-</p>
-
-<p>
-Una sua opera fresca e limpida anche oggi come
-un mattino di primavera, l'<i>Elixir d'amore</i>, egli
-la scrivo in quindici giorni; scrive in sei settimane
-la <i>Lucia di Lamermoor</i>, uno dei più squisiti capolavori
-musicali del secolo: compone in undici
-giorni il <i>Don Pasquale</i>, modello insuperato di commedia
-musicale: improvvisa in otto giorni la <i>Maria
-di Rohan</i>. Al cognato Vasselli di Roma, col
-quale mantenne sempre una fraterna e gioconda
-corrispondenza epistolare, così scriveva argutamente
-da Parigi nel 4 gennaio 1843:
-</p>
-
-<p>
-«Il giorno 31 del passato dicembre passò non
-da questa all'altra vita, ma da una parte all'altra
-della Senna, il signor Donizetti, per essere nominato
-socio corrispondente dell'Istituto di Francia.
-E ieri sera, 3 del nuovo 1843, si diede al teatro
-Italiano la prima recita della sua nuova opera <i>Don
-Pasquale</i>. Non vi fu pezzo senza applausi: l'autore
-chiamato dopo il secondo atto e dopo il terzo.
-L'opera gli è costata una pena immensa: undici
-giorni. Ora a Vienna darà il <i>Duello sotto Richelieu</i>
-(che è la <i>Maria di Rohan</i>): otto giorni di
-travaglio: giorni contati. E siete pregato di non
-raccontare i miei segreti, perchè già il pubblico o
-non li crede, od immagina che sia musica buttata
-giù.»
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_62">[62]</span>
-</p>
-
-<p>
-Nove anni prima, nel 1834 a Milano, una grave
-infermità d'occhi impedisce al Mercadante di scrivere
-l'opera che si è impegnato di consegnare al
-teatro della Scala. Mancano quaranta giorni allo
-scadere dei termini, e il Mercadante chiamato a sè
-il Donizetti caldissimamente lo prega di supplirlo,
-per evitare a se il pagamento di una grossa penale.
-Il Donizetti acconsente, in meno di trenta giorni
-consegna finita l'opera, e quell'opera ha nome
-<i>Lucrezia Borgia</i>.
-</p>
-
-<p>
-Egli è fatto così: la sua produzione è fulminea.
-Basta che un soggetto potentemente lo attragga
-perchè egli se ne innamori, e subito gli trasfonda
-la vita immortale della sua arte. Indole arguta e
-di giocondissimo umore, lieto di trovarsi nell'amabile
-compagnia di parenti e di amici, egli non
-sfugge le allegre distrazioni della vita svagolata
-del palcoscenico, si trattiene perfino un po' troppo
-nei camerini delle prime donne; ma il pensiero
-fisso della sua mente è sempre rivolto a quell'opera,
-o meglio ancora a quelle opere che imprese, direzioni
-di teatri e pubblici con febbrile impazienza
-aspettano. E nei solenni momenti della geniale ispirazione
-egli si rinchiude, se così posso esprimermi,
-in quella parte del mondo ideale ove sorge il palazzo
-marmoreo dell'arte. Costì egli evoca intorno
-<span class="pagenum" id="Page_63">[63]</span>
-a sè i fantasmi dei tempi e dei personaggi che furono,
-e scrive opere di argomento storico: cerca nei
-romanzieri, nei drammaturghi, nei commediografi
-l'abbozzo, la linea rudimentale di personaggi e di
-fatti immaginarii, ed egli li veste, li colorisce, dà
-loro la vita, il movimento, il colore della sua arte.
-</p>
-
-<p>
-A queste due categorie di personaggi egli chiede
-misteriosamente il segreto della loro esistenza, dei
-loro amori, delle loro gelosie, dei loro odii, delle
-loro colpe, ed essi, come avrebbe detto Niccolò Machiavelli,
-per loro umanità gli rispondono. Nella
-storia e nella leggenda, nelle romanzesche avventure
-che i poeti immaginarono si svolgessero nelle
-antiche Corti, nei castelli medioevali, fra le montagne
-azzurre o fra le nevose della Savoia, nei
-poveri paeselli della campagna, nelle foreste della
-Scozia, nei grandi parchi dell'Inghilterra, il Donizetti
-si foggia per conto suo altrettanti mondi,
-e quei mondi, quasi rispondessero alla irresistibile
-chiamata di un dio, si risollevano dalle tombe come
-le suore peccatrici evocate dalla magìa di Roberto,
-scuotono la polvere dei secoli, palpitano e si muovono,
-perchè il genio di un uomo vi ha soffiato per
-entro il potente anelito della vita.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_64">[64]</span>
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-Ma «la via lunga ne sospinge» e l'ora si affretta
-verso il suo termine. Guardiamo ancora.
-Ecco che sul nostro cammino.... diciamo meglio,
-ecco apparire nel nostro cielo un nuovo astro, non
-per ora d'intensa e continua luce come i due che
-lo precedono, fosco anzi e un po' tenebroso in principio,
-ma che scintillerà presto di splendori tutti
-suoi. E un giovine di ventotto anni, alto, magro,
-accigliato, con i lunghi capelli che gli scendono
-in ciocche abbondanti sul collo. La sventura lo ha
-colpito pochi mesi innanzi con la morte della giovanissima
-diletta compagna e di due figlioletti, e
-l'insuccesso clamoroso di una sua opera, la seconda
-scritta da lui, pare lo abbia allontanato per un
-pezzo dalla ingannatrice sirena melodrammatica.
-Dice a tutti di esser tornato dal nativo paese a
-Milano, non per cercarvi una gloria che pare il
-destino voglia negargli, ma per dar lezioni di canto
-e di pianoforte, giacchè egli ha bisogno di vivere.
-</p>
-
-<p>
-Non ostante ciò, non può rinunziare a far vita
-<span class="pagenum" id="Page_65">[65]</span>
-comune con gli artisti, a discorrere della musica
-degli altri non avendo niente di bello da raccontar
-della propria, e passa le giornate e le sere in
-quel mondo così vario, così turbolento, così incontentabile,
-che svolge le sue spire attorno alla piazza
-ove sorge il teatro della Scala: singolarissimo mondo
-che è come una Camera di Commercio del canto e
-della danza, mondo suddiviso in piccoli quartieri,
-in minuscole stanze a pian terreno ed al mezzanino,
-dove convengono ad ogni ora artisti, impresari,
-speculatori, faccendieri, buongustai, abbonati,
-pubblicisti, librettisti, maestri di musica, mezzani.
-Mancava allora la troppo celebrata galleria Vittorio
-Emanuele, sotto la cui cupola bighelloneggiano
-gl'irrequieti cercatori di scritture teatrali;
-ma c'era il portico del teatro della Scala, c'erano
-gli sgabuzzini degli agenti, i negozii di musica di
-Francesco Lucca e di Giovanni Ricordi, i caffè, le
-fiaschetterie, i camerini delle imprese, le quinte
-dei palcoscenici: e dappertutto era un rimescolìo
-di offerte e di domande, una animata, continua,
-febbrile conversazione, un protestare, un indignarsi,
-anche uno scambio di male parole fra chi vantava i
-propri meriti, e chi s'ingegnava a disprezzarli per
-pagar meno: e tutto questo accompagnato da squassamenti
-delle lunghe zazzere dei tenori spioventi
-<span class="pagenum" id="Page_66">[66]</span>
-sui baveri, da movimenti drammatici dei pizzi prolissi
-dei baritoni, da voci cavernose dei bassi profondi,
-dallo scodinzolare leggiadro dei soprani, dei
-mezzi soprani, e dei contralti.
-</p>
-
-<p>
-In quel mondo, al quale mancò finora — ed è
-veramente un peccato — l'arguto e verace istoriografo,
-si aggira inquieto e nervoso quel giovane di
-ventotto anni, che ascolta tutti e discute animato
-ed a scatti, che, nel facile contradire delle conversazioni
-al caffè, batte con violenza sul tavolino la
-mano larga e tozza, e con l'audacia di certi suoi
-propositi scandalizza i refrattari parrucconi del Conservatorio
-milanese: quei parrucconi che con una
-farisaica interpretazione dei regolamenti avevano
-respinta la sua domanda di parecchi anni prima
-per essere ammesso fra gli alunni di quell'Istituto
-musicale.
-</p>
-
-<p>
-A cotesto giovanotto oramai maturo e già autore
-di due opere, che dice a tutti di non volere più
-scrivere per il teatro, e invece non pensa, non discorre,
-non palpita che per cotesto fantasma dei
-suoi trepidi sogni, a quel giovanotto occorre si presenti
-una occasione fortuita, occorre il mancato
-adempimento ad un patto contrattuale di qualche
-maestro, che so io? la necessità in cui si trovi un
-impresario di fare onore in qualsiasi modo agli
-<span class="pagenum" id="Page_67">[67]</span>
-impegni assunti col pubblico: occorre questo, perchè
-gli occhi del giovine si ravvivino di speranze,
-perchè il tumulto della fantasia si ridesti, perchè
-il dio della ispirazione mandi il tonante grido della
-riscossa.
-</p>
-
-<p>
-E il grido ci fu: la fantasia ebbe un sussulto:
-l'opera apparve luminosa nel cielo dell'arte. Quel
-giovinotto aveva nome Giuseppe Verdi, quell'opera
-s'intitolava <i>Nabucco</i>.
-</p>
-
-<p>
-La storia anedottica del <i>Nabucco</i> l'ha raccontata
-lo stesso Verdi. L'opera doveva musicarla il
-maestro Nicolaj, e in una sera di decembre del
-1841 l'impresario del teatro della Scala, incontratosi
-col Verdi, gli raccontò che il libretto della
-nuova opera non piaceva al maestro, che per la ristrettezza
-del tempo non era possibile averne altri,
-ma che lui impresario manderebbe al diavolo il
-Nicolaj se il Verdi accettasse di scrivere la musica
-del <i>Nabucco</i>.
-</p>
-
-<p>
-La resistenza e le proteste furono vane: il giovane
-maestro, cacciatosi in tasca il manoscritto di
-Temistocle Solera, corse a casa: e aperto così a
-caso il quaderno, lesse i versi, rimasti celebri, dello
-stupendo coro: «Va', pensiero, sull'ali dorate,»
-che nella musica melodrammatica del nostro secolo
-è forse la invocazione più appassionata e più sublime
-<span class="pagenum" id="Page_68">[68]</span>
-alla patria lontana, e che fratello maggiore
-del coro dei <i>Lombardi</i>, meriterebbe con più ragione
-si ripetesse di lui:
-</p>
-
-<div class="poem">
-<p>Che tanti petti ha scossi e inebriati.</p>
-</div>
-
-<p>
-Col <i>Nabucco</i> s'iniziano veramente i trionfali
-successi del Verdi: continuano con l'opera venuta
-dopo, <i>I Lombardi alla prima Crociata</i>, raggiungono
-il massimo dell'entusiasmo con l'<i>Ernani</i>:
-dal '42 al '44, il «giovane Verdi,» come allora
-lo chiamavano, avea acquistato in meno di tre anni
-un posto d'onore; e raro esempio nella storia dell'ingegno
-umano, non solo non ne discese più mai,
-ma di scalino in scalino, di tappa in tappa, se così
-mi è lecito esprimermi, salì alla fama, alla rinomanza,
-alla gloria. Egli rimaneva oramai quasi solo
-(l'astro del Donizetti si avvicinava rapidamente
-all'angoscioso tramonto), quasi solo egli rimaneva
-a rappresentare la grande, la nobile, la ispirata
-arte italiana.
-</p>
-
-<p>
-Egli ebbe intenso dalla natura, e lo ha squisitamente
-affinato nel corso degli anni, l'istinto prezioso
-e incomunicabile dell'effetto teatrale; anche
-obbedì, in tutte le opere di quella sua prima
-<span class="pagenum" id="Page_69">[69]</span>
-maniera, alla foga potente della ispirazione, e fu
-di un'abbondanza melodica che somigliò quasi alla
-prodigalità. Peccò qualche volta per dato e fatto
-della sua stessa virtù, peccò di trascuratezza. Simile
-forse in questo (me lo perdonino le ascoltatrici
-gentili) simile a una donna bella che osi, appunto
-perchè bella, presentarsi ai suoi ammiratori un
-po' scapigliata e in abito disadorno. Ma egli è che
-allora si scriveva musica per scriver musica, e con
-le sette note di Guido Monaco non s'intendeva di
-risolvere nè un problema d'algebra, nè un teorema
-di meccanica celeste: si voleva soltanto destare la
-commozione, il grande e il solo sentimento che
-possa chiamare le folle in teatro.
-</p>
-
-<p>
-E di una commozione, trasportata fino alle regioni
-del parossismo, fu causa l'ultima delle opere
-che ho citata, l'<i>Ernani</i>. Il dramma audace dell'Hugo,
-simbolo di riscossa per tutta una scuola
-letteraria, diventa il vangelo altrettanto audace di
-tutti gli spiriti liberi. Venezia, dove la nuova opera
-fu per la prima volta rappresentata, e in breve giro
-di mesi tutta l'Italia acclamano il cantore di <i>Doña
-Sol</i>, come il rappresentante della musica dei tempi
-vaticinati. Pare quasi interrotta la tradizione; si
-direbbe che il maestro, spezzate le catene del convenzionalismo,
-si slanci a scoprire i nuovi orizzonti
-<span class="pagenum" id="Page_70">[70]</span>
-dell'arte, illuminata da lui col sole del proprio
-genio.
-</p>
-
-<p>
-<i>Ernani</i> è la protesta magnanima contro le tirannie,
-è l'odio della violenza alimentato dalla violenza,
-è il grido del popolo che si ribella alla signoria
-dei grandi e dei sovrani. Come suonano
-rimbombanti e armoniosissimi i versi del poeta
-francese, così l'alata schiera delle melodie del maestro
-italiano si libra a volo sul dramma, e tutto
-lo penetra e lo investe. C'è in quella musica qualche
-cosa di trepido, di convulso, di rapido, d'irrompente.
-L'ardentissima anima del Verdi non
-aveva avuto ancora, e forse non le ebbe mai più,
-vibrazioni musicali così gagliarde, non s'era mai
-slanciata a colorire con tanta esagerata potenza un
-immenso quadro drammatico. Io credo sieno pochi
-gli esempi di opera che, come l'<i>Ernani</i>, mantengano
-sempre viva, musicalmente, l'attenzione dalla
-prima all'ultima scena; e qui il dramma e la musica
-mirabilmente si fondono a raccontare in altissimo
-metro una pagina della storia eterna del cuore
-umano.
-</p>
-
-<p>
-E così Giuseppe Verdi, con la stupenda produzione
-che va dal '42 al '46, schiude veramente le
-porte dell'avvenire, creando uno stile suo, manifestando
-una maniera tutta sua propria di concepire
-<span class="pagenum" id="Page_71">[71]</span>
-e di svolgere un violento contrasto di passioni sulla
-scena melodrammatica. La fecondità di quelli anni,
-non dissimile dalla geniale rapidità donizettiana,
-nocque forse al maestro di Busseto per la materiale
-impossibilità di adoperare la lima: ma giovò
-alla espressione di una più grande sincerità in quei
-subitanei quasi selvaggi scoppi del genio, preludio
-ad avvenimenti che maturatisi nel silenzio, dovevano
-di lì a poco suscitare i fremiti delle balde
-giovanili speranze nel cuore improvvisamente svegliatosi
-della patria.
-</p>
-
-<p>
-In quel medesimo anno, che è l'ultimo del periodo
-del quale le nostre Letture si occupano, e
-sempre nella città di Venezia, un'altra opera del
-Verdi scoppiò come fulmine e fu l'<i>Attila</i>: musica
-tempestosa che entrava difilato per le orecchie nelle
-anime, e di popolarità così clamorosa e così diffusa,
-che sopravvisse di qualche anno alla morte
-delle speranze italiane: come uno di quei canti che
-l'esule con accorata tenerezza ripete, perchè gli
-richiama alla mente le dolci valli della patria
-lontana.
-</p>
-
-<p>
-È naturale quindi che in coteste opere della
-prima maniera del Verdi si volesse rintracciare un
-concetto politico: così nei <i>Lombardi</i> che sospirano
-al tetto natio e ricordano con sublime lamento i
-<span class="pagenum" id="Page_72">[72]</span>
-ruscelli ed i prati della loro terra, parve di scorgere
-una anticipazione del quarantotto, quasi un
-simulacro di movimento nazionale: e nella celebre
-offerta dell'universo che fa Ezio ad Attila, purchè
-a lui, generale romano, rimanga l'Italia, c'era più
-che un pretesto per sollevare a rumore le platee,
-per far vibrare la corda dello spirito patriottico.
-</p>
-
-<p>
-Si potranno questi chiamare gl'innocenti anacronismi
-della leggenda, ma non sono perciò inutili:
-tanto è vero che di lì a pochi mesi le più fortunate
-e popolari opere del Verdi si trasformarono in
-segnacoli di riscossa, i suoi canti ispirati furono
-gl'inni della nazione, e Gerusalemme diventò Milano
-con le sue cinque giornate. La musica è così
-fatta, che mirabilmente si piega ad esprimere il
-concetto dominante negli spiriti; e se un caldo
-soffio di poesia la ravvivi, ella diventa preghiera
-ed imprecazione, espressione d'infinito rammarico
-e di giubilante letizia, augurio, speranza, vaticinio.
-I poeti d'Italia cantavano in strofe roventi la rivoluzione
-prossima a trionfare; ma non bastava il
-ritmo poetico, ci voleva una risonanza più armoniosa
-e più vasta; e il popolo fremente e commosso
-ripeteva sulle pubbliche piazze il «Va' pensiero,
-sull'ali dorate» del <i>Nabucco</i>, e l'«Oh,
-Signore, dal tetto natìo» dei <i>Lombardi</i>. Con un
-<span class="pagenum" id="Page_73">[73]</span>
-anticipato augurio di cinque lustri Alessandro Manzoni
-aveva inneggiato nella lirica patriottica del
-1821 alle «giornate del nostro riscatto.»
-</p>
-
-<hr class="tbs" />
-
-<p class="indl">
-<i>Signore e Signori</i>,
-</p>
-
-<p>
-Attorno a quel gruppo di stelle, onde si compone
-la pleiade musicale che brillò nei puri vesperi
-dell'Italia dal '31 al '46, altri minori pianeti, come
-obbedienti satelliti, girarono e modestamente splendettero;
-ma la loro luce ebbe bagliori fugaci che
-ben presto si dissiparono. Nell'azzurro sconfinato
-del cielo gli astri di prima grandezza soltanto rimasero,
-ad attestare che il primato della musica
-è ancora nostro, e uno ancora vi rifulge solitario
-e lucente, come remota stella polare, speranza e
-guida dei naviganti che si affacciano ai mari inesplorati
-del secolo nascituro.
-</p>
-
-<div class="chapter">
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_75">[75]</span>
-</p>
-
-<h2 id="elettricita">LA ELETTRICITÀ ANIMALE</h2>
-
-<p class="pad2 center high"><span class="small">CONFERENZA</span><br />
-<span class="x-small">DEL</span><br />
-<span class="large g noserif">Prof. GIULIO FANO</span>.</p>
-</div>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_77">[77]</span>
-</p>
-
-<p class="pad2 indl">
-<i>Signore e Signori</i>,
-</p>
-
-<p class="pad2">
-Il periodo di vita italiana dal 1831 al 1846,
-preso in esame dalle conferenze di quest'anno, è caratterizzato
-soprattutto dalle idee di rivendicazione
-politica e sociale che fermentavano allora nelle
-menti di molti fra i migliori, distogliendoli, in
-parte almeno, dalle ricerche sui fenomeni naturali.
-Si capisce che le lotte intestine, le congiure, i moti
-e le vicende tormentose della patria possano conciliarsi
-coll'inspirazione artistica, anzi spesso eccitarne
-lo sviluppo in alte e nobilissime forme che
-valgano ad esaltare i meno animosi ed a raccogliere
-i più sotto la stessa bandiera. Ma per le scienze
-esatte, per le ricerche pazienti di laboratorio, per
-l'esame accurato della natura si richiedono tempi
-sereni e tranquilli. Qualche manifestazione geniale
-si presenta, è vero, nella storia della scienza anche
-nei momenti più torbidi, ma sono forme accidentali
-<span class="pagenum" id="Page_78">[78]</span>
-di un carattere che si potrebbe dire vulcanico, e non
-già il risultato di quelle forze costanti che agiscono
-lentamente sulla coscienza collettiva degli studiosi.
-</p>
-
-<p>
-Ciò nonostante, anche in quei tristi, incerti, ma
-pure gloriosi periodi della nostra vita nazionale, possiamo
-con orgoglio ricordare parecchi notevoli contributi
-allo sviluppo delle scienze fisiche e naturali.
-Fra gli argomenti di carattere biologico allora
-trattati, uno fra i preferiti da molti scienziati italiani
-è l'elettricità animale, e ne fanno fede i nomi
-del Nobili, del Marianini, del Santi-Linari, del Grimelli,
-del Matteucci, del Savi, del Pacini, alcuni dei
-quali, e fra i più illustri, furono onore dell'Ateneo
-fiorentino. Si direbbe che i germi lasciati dal Galvani
-e per lunga serie di anni rimasti assopiti in
-una specie di stato latente, portati in questa terra
-toscana che ebbe sempre e giustamente il vanto di
-proteggere i buoni studi, riprendessero nuova vita
-dando ricchi e rigogliosi germogli. Sicchè l'elettricità
-animale, che nacque come argomento di ricerca
-in Italia, e qui ebbe le maggiori e più importanti
-cure, che ne assicurarono lo sviluppo, può dirsi a
-ragione cosa nostra, senza che per questo si diminuisca
-il carattere cosmopolita che fa della scienza
-l'unico vincolo che ancora raccolga la sminuzzata
-umanità di questa tristissima fine di secolo. Quanto
-<span class="pagenum" id="Page_79">[79]</span>
-vi ho detto, spero sia sufficiente per giustificare la
-mia scelta. Debbo però avvertirvi che non posso
-restringere il mio dire a ciò solo che in proposito
-si è osservato nei tre lustri fissati dal programma,
-e neppure mi è lecito limitarmi ai soli risultati
-dovuti a ricercatori italiani. Voi non mi perdonereste
-certamente di sacrificare ad un sentimento
-nazionale, che in tal caso sarebbe malinteso, un
-argomento scientifico che, nato in Italia, divenne
-poi per sua natura universale.
-</p>
-
-<p>
-Il capitolo della elettricità animale comprende
-quelle manifestazioni elettriche date da un animale
-o da una parte di esso durante la vita, e che si sviluppano
-dagli organi come una naturale e necessaria
-conseguenza delle loro attività funzionali. Sicchè
-i fatti elettrici che si possono ottenere in certi casi,
-per esempio passando con forza la mano sul dorso di
-un gatto vivo come su quello di un morto o semplicemente
-su una pelliccia di gatto, appartengono
-tanto poco alla elettricità animale quanto ciò che
-si manifesta collo strofinare un bastone di resina o
-di zolfo. Nello stesso modo nessun rapporto hanno
-col nostro soggetto le scintille che alcune persone
-ottengono passandosi le mani nei capelli o stropicciandosi
-altre parti del corpo. Si tratta in questi
-casi semplicemente di elettricità per strofinamento
-<span class="pagenum" id="Page_80">[80]</span>
-e si capisce come condizioni particolari della pelle,
-dei peli e dell'ambiente possano dare a questo fenomeno
-proporzioni veramente stupefacenti.
-</p>
-
-<p>
-A queste osservazioni però, tanto semplici per
-sè stesse, si aggiunsero, come troppo spesso accade,
-i prodotti più o meno sinceri dell'immaginazione,
-sicchè si venne ad affermare che alcune persone erano
-dotate di vere proprietà elettriche a somiglianza di
-alcuni pesci dei quali avremo fra poco occasione
-di parlare. Numerose sono le osservazioni citate in
-proposito. Mi limiterò a ricordare quella della Signora
-elettrica di Oxford negli Stati Uniti, perchè
-è forse il caso documentato meno peggio. Essa si
-accorse il 25 gennaio 1837, mentre in numerosa
-compagnia osservava un'aurora boreale, che le dita
-delle sue mani emettevano scintille elettriche
-ogniqualvolta essa accarezzava il volto di un suo
-fratello. Tutta la società, benchè in sul principio
-fosse molto dubbiosa, dovette poi convincersi della
-realtà di quello strano fenomeno, ed il dottor Williard
-Osford, una specie di san Tommaso, fu condotto
-alla fede da una scintilla lunga circa venti millimetri,
-che quella interessante persona gli scaricò
-sulla punta del naso, dai polpastrelli delle dita,
-facendolo indietreggiare spaventato. Il marito di
-quella signora era lontano, in viaggio, al momento
-<span class="pagenum" id="Page_81">[81]</span>
-dello sviluppo di quella strana proprietà. Allorchè
-in aprile ritornò, la moglie gli andò incontro alla
-porta di casa, e presentandogli scherzosamente le
-mani alla faccia lo sbalordì con una scarica elettrica.
-Come vedete, quando un marito torna a casa
-dopo una lunga assenza deve essere preparato a
-qualunque sorpresa!
-</p>
-
-<p>
-A me fu raccontato da un medico di Firenze di
-un caso simile da lui osservato in queste ultime settimane.
-Una signora straniera, che abita la nostra
-città, si presenta, soprattutto quando domina la tramontana,
-come circondata da una nube luminosa,
-tante sono le scintille che crepitando scoccano dalla
-superficie del suo corpo. E le parti più intime del
-suo abbigliamento, e le lenzuola del suo letto sono
-così cariche di elettricità, che il solo sfregamento di
-esse dà luogo ad imponenti manifestazioni elettriche.
-Anche qui si tratta, è evidente, di semplici fatti
-dovuti ad elettricità sviluppata per sfregamento.
-</p>
-
-<p>
-Ad ogni nostro movimento noi produciamo calore,
-fra le molte altre ragioni, per l'attrito dei piedi
-contro il suolo o degli indumenti sulla persona, e
-nello stesso tempo diamo luogo, per le stesse cause
-ad una elettrizzazione della superficie del nostro
-corpo e degli oggetti che con essa vengono in contatto.
-Si capisce come condizioni particolari di poca
-<span class="pagenum" id="Page_82">[82]</span>
-conducibilità degli appoggi e delle parti superficiali
-dell'organismo debbano provocare i fenomeni
-sopra descritti, i quali, benchè possano sembrare
-meravigliosi, sono molto più semplici di un battito
-del nostro cuore o di un movimento delle nostre
-labbra. Certamente le condizioni nutritive e nervose
-di quegl'individui contribuiscono a dare alla
-loro cute quelle proprietà particolari che determinano
-una elettrizzazione tanto notevole, ma non
-per questo possiamo dire che quei fatti appartengono
-alla elettricità animale propriamente detta.
-</p>
-
-<p>
-Fa parte integrale di essa invece la causa che determina
-le scosse risentite toccando un così detto
-pesce elettrico. È questo anzi il primo fatto di elettricità
-animale che sia stato conosciuto, e se ne parla
-sin dai tempi più remoti, senza darne però, e si
-comprende, una retta interpretazione. I più anticamente
-noti fra i pesci elettrici, per quanto ne possiamo
-sapere noi, sono le torpedini, perchè abitanti
-il Mediterraneo. Esse fissarono l'attenzione del volgo
-prima e dei naturalisti poi. Come rappresentarci lo
-stupore e lo spavento di quegli ingenui pescatori
-che tirando a terra la rete colma di pesci vengono
-colpiti da una scossa che li irrigidì e li paralizzò
-ad un tempo? Vi è solo da meravigliarsi che
-essi, così immaginosi e ricchi di forme simboliche,
-<span class="pagenum" id="Page_83">[83]</span>
-non abbiano messo fra le mani poderose di Nettuno
-una torpedine invece del tridente o del delfino.
-Debbo però notare a questo proposito come in un
-vaso proto-etrusco del museo archeologico di Firenze
-si osservi la figura in rilievo di una torpedine
-associata ad una sfinge maschio, e contrapposta ad
-un felino con criniera irradiata. Quel pesce, secondo
-il Milani, rappresenterebbe probabilmente la forza
-occulta del mare notturno contrapposta alle forze
-palesi della natura.
-</p>
-
-<p>
-Ai tempi di Aristotile la torpedine si chiamava
-Narkè, che vuol dire torpore, ed a questo proposito
-Platone fa dire a Menone in uno dei suoi dialoghi:
-«O Socrate, già prima di conoscerti avevo
-sentito dire che tu nelle discussioni non fai altro
-se non porre te stesso nell'imbarazzo e metterci
-gli altri, e anche ora mi pare che tu con ogni sorta
-di incantesimi mi abbia ridotto a non trovar via
-d'uscita; anzi, se è lecito scherzare, mi sembri affatto
-simile nell'aspetto e nel resto alla Narkè
-marina piatta. Essa infatti fa intorpidire chi le si
-accosta e la tocca; ed anche tu hai fatto lo stesso
-a me. Perchè, in verità, mi si è paralizzata l'anima
-e la bocca e non so che risponderti.»
-</p>
-
-<p>
-I commentatori, per far comprendere il senso nascosto
-delle parole messe in bocca a Menone, rammentano
-<span class="pagenum" id="Page_84">[84]</span>
-come Socrate avesse il viso piatto che poteva
-essere paragonato alla forma schiacciata della
-torpedine. Per conto mio trovo che è uno scherzo
-di assai cattivo genere e tale da far venire i brividi
-a qualunque conferenziere che abbia il profilo un
-poco camuso.
-</p>
-
-<p>
-Molti altri scrittori dell'antichità hanno parlato
-dei notevoli fenomeni prodotti dai pesci elettrici,
-particolarmente Oppiano, poeta greco dei tempi di
-Settimio Severo. Galeno poi credette di poter spiegare
-la sensazione provata al contatto di quegli
-animali attribuendola ad un principio frigorifero, e
-per motivare la sua opinione portò i buoni effetti
-prodotti dalla applicazione delle torpedini alla medicina,
-soprattutto contro il mal di capo e la gotta.
-Come vedete, non vi è nulla di nuovo sotto il sole, e
-i Romani facevano anch'essi della Elettroterapia;
-ma soltanto la facevano senza saperlo.
-</p>
-
-<p>
-Saltando a piè pari molti secoli arriviamo a Francesco
-Redi, il geniale accademico del Cimento, primo
-medico della casa granducale di Toscana, l'inspirato
-poeta del vino, il fine, attento, perspicace osservatore
-di fatti naturali. Ecco come egli ci intrattiene
-sulle torpedini, in quel suo musicale e purissimo
-stile: «È cosa notissima che quel pesce
-marino chiamato tremola, torpedine, ovvero torpiglia,
-<span class="pagenum" id="Page_85">[85]</span>
-se sia toccato renda intormentita e stupida
-la mano ed il braccio di colui che lo tocca; ed io
-ne ho fatta la prova più di una volta, per certificarmi
-di tal verità e per poterne favellare con
-certezza di scienza. E voglio raccontarvi che alcuni
-pescatori, essendo a mia requisizione andati
-alla pesca di questo pesce ne pigliarono uno e
-portatomelo vivo poco dopo che l'ebbero preso,
-appena che lo toccai e lo strinsi colla mano, che
-mi cominciò a informicolare e la mano e il braccio
-e tutta la spalla con un tremore così fastidioso
-e con un dolore così afflittivo ed acuto nella
-punta del gomito, che fui necessitato a ritirar
-subito la mano: e lo stesso mi avveniva ogniqualvolta
-io voleva ostinatamente continuar lungo
-tempo a toccarlo. Egli è ben vero che quanto più
-la torpedine si avvicinava alla morte, tanto meno
-io sentiva il dolore e il tremore, anzi molte volte
-io non lo sentiva; e quando ella fu quasi finita
-di morire, che pur campò ancora tre ore, io poteva
-maneggiarla con ogni sicurezza e senza fastidio
-veruno: che perciò non è maraviglia se alcuni
-stiano in dubbio della verità di questo effetto, e
-lo tengano per una favola, avendone essi per avventura
-fatta l'esperienza non con le torpedini
-vive, ma con le morte o vicine a morire.»
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_86">[86]</span>
-</p>
-
-<p>
-Il Redi ed il suo discepolo Lorenzini, che, all'epoca
-del Rinascimento delle scienze naturali, furono
-i primi a studiare la torpedine, supponevano
-che questo pesce inviasse da lontano una quantità
-di piccoli corpuscoli che s'insinuerebbero nelle parti
-delle quali essi determinano l'intorpidimento, e che
-sarebbero proiettati dalla contrazione di due organi
-riputati muscolari, e chiamati, in ragione della loro
-forma, muscoli falcati.
-</p>
-
-<p>
-Il Borelli, un altro insigne accademico del Cimento,
-riguarda quella emissione di corpuscoli stupefacenti
-come immaginaria, e pensa che la torpedine,
-colpita essa stessa da tremiti violentissimi,
-comunichi queste vibrazioni all'essere che la tocca
-e determini così in esso un intorpidimento.
-</p>
-
-<p>
-Non sorridiamo a questi tentativi di rappresentazione
-di un processo funzionale, perchè a ben altre
-forme dottrinarie ci hanno abituati certuni ai giorni
-nostri, i quali, essendo tanto più dogmatici quanto
-meno vogliono parerlo, pretendono di dar ragione
-dei fenomeni presentati non solo da un individuo ma
-da una intera società umana, adoperando alcune
-formule semplicissime, che non sono neppure di loro
-invenzione, per mezzo delle quali tutto può essere
-classificato e spiegato; tanto meno scusabili inquantochè
-ogni giorno più si mette in chiaro l'immensa
-<span class="pagenum" id="Page_87">[87]</span>
-complessità dei fatti biologici, di quelli anche che
-potrebbero a prima vista sembrare di una semplicità
-primordiale.
-</p>
-
-<p>
-Si capisce, del resto, che ai tempi del Redi, del
-Lorenzini e del Bellini non si potesse avere un'idea
-esatta intorno alla natura della scossa ricevuta dalla
-torpedine, perchè non si conosceva ancora la bottiglia
-di Leida, che sembra datare dal 1745. Dopo
-ciò si comprese che l'agente sviluppato da quel pesce
-è di natura elettrica, e le osservazioni in proposito,
-alle quali contribuirono il Volta e il Galvani,
-eccitarono entrambi questi illustri nella loro lotta
-per la verità. Infatti il Galvani considera la sua preparazione,
-fatta di muscoli e di nervi, come un organo
-elettrico ridotto, e il Volta si inspira a quell'apparecchio
-nella costruzione della sua pila, che
-egli chiama «organo elettrico artificiale» «per essere
-(come scrive al Brugnatelli) fondato sopra i
-medesimi principi e simile anche nella forma, secondo
-la sua prima costruzione, all'organo naturale
-della torpedine.»
-</p>
-
-<p>
-La scoperta della pila mise nell'ombra le mirabili
-osservazioni del Galvani, e le sue affermazioni
-intorno alla elettricità animale, e ciò benchè fosse
-ormai indiscutibile che la torpedine si comporta
-come una macchina elettrica, e come una pila insieme,
-<span class="pagenum" id="Page_88">[88]</span>
-e che lo sviluppo dell'elettricità è in quegli
-animali dipendente dalle loro condizioni vitali.
-La morte infatti porta con se, come del resto
-aveva già osservato il Redi, la cessazione di ogni
-fenomeno elettrico, e tutte le osservazioni dimostrano
-anche che la potenza intorpidente dei pesci
-elettrici si indebolisce a misura che diminuiscono
-le attività funzionali dell'animale, che essa si esaurisce
-per ogni emissione eccessiva, e che, nello stato
-normale dell'organismo, essa può ristabilirsi col
-riposo. Questi esseri singolari sono capaci, è vero,
-di dare parecchie scariche successive, ma queste
-vanno gradatamente indebolendosi, sino a che quei
-pesci possono essere impunemente toccati. Poi, col
-tempo, soprattutto se bene alimentati, essi riprendono
-le loro capacità elettriche, così come si osserva
-nelle manifestazioni dell'energia muscolare
-e nel decorso della fatica. Vi è insomma, sotto
-molti aspetti, una completa identità fra la scossa
-elettrica della torpedine ed un movimento volontario.
-Le torpedini e gli altri pesci elettrici, come
-il gimnoto ed il siluro, danno una scossa elettrica
-come un cavallo darebbe un calcio, un cinghiale
-un colpo di zanna, una tigre un morso, un'aquila
-un colpo d'ala o d'artiglio. Il meccanismo nervoso
-volontario pel quale si esplica l'atto della
-<span class="pagenum" id="Page_89">[89]</span>
-difesa e dell'offesa è lo stesso in questi casi, non
-solo, ma anche gli effetti esteriori che ne risultano
-hanno molte analogie fra loro. Ogni giorno
-di più, infatti, si mettono in chiaro le somiglianze
-strutturali fra muscoli ed organi elettrici, non solo,
-ma pure quelle funzionali fra scossa elettrica e
-contrazione muscolare. Questi due atti si lumeggiano
-vicendevolmente, inquantochè obbediscono alle
-stesse leggi generali; sicchè possiamo dire, per
-adoperare un linguaggio tecnico, almeno una volta,
-che entrambi dipendono probabilmente, per quanto
-riguarda l'effetto esterno, da cangiamenti di tensione
-superficiale.
-</p>
-
-<p>
-L'affinità fra un movimento volontario ed una
-scossa elettrica mi richiama alla mente una descrizione
-dell'Humboldt, che amo ripetervi in parte,
-benchè la ritenga universalmente conosciuta. Si
-tratta della pesca dei gimnoti, o anguille elettriche,
-che vivono nelle acque dell'America meridionale,
-e che danno, quando siano irritate, scosse
-potentissime, molto più energiche di quelle della
-torpedine. Non bisogna però credere che il racconto
-dell'Humboldt si riferisca ad un modo usuale di pesca;
-esso piuttosto va considerato come la narrazione
-di una accidentale avventura di viaggio. Ecco le parole
-del celebre viaggiatore e scienziato tedesco:
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_90">[90]</span>
-</p>
-
-<p>
-«L'anguilla elettrica, benchè tardissima nei
-movimenti, si prende difficilmente con reti, perchè
-simile al serpe si affonda nel fango. Si potevano
-in tal caso adoperare le radici di alcune
-piante che hanno la proprietà, gettate in uno
-stagno, di inebriare o stordire gli animali che
-vi si trovano. Non volevamo però ricorrere a
-questo metodo, perchè le anguille ne sarebbero
-state indebolite. Allora gli indiani dichiararono
-che volevano pescar con cavalli. Corsero nelle
-steppe ove sono numerosi i cavalli e i muli
-selvatici, ne presero una trentina e li spinsero
-nell'acqua.
-</p>
-
-<p>
-L'inaspettato rumore dello scalpitìo dei cavalli
-spinge i pesci fuori della melma e li invita
-all'attacco. Le grandi anguille gialle
-nere, simili ed enormi piante acquatiche, nuotano
-qua e là presso alla superficie e guizzano
-sotto il ventre dei cavalli e dei muli. La lotta
-fra animali così differenti forma il quadro più
-pittoresco.
-</p>
-
-<p>
-Gli indiani muniti di giavellotti e di lunghe
-e sottili canne si appostano in fitta colonna intorno
-allo stagno. Alcuni salgono sugli alberi i
-cui rami si stendono orizzontalmente sull'acqua.
-Colle selvagge loro strida e colle lunghe canne
-<span class="pagenum" id="Page_91">[91]</span>
-fanno indietreggiare i cavalli che vogliono risalire
-le rive.
-</p>
-
-<p>
-Le anguille, assordate dal rumore, si difendono
-con ripetute scariche delle loro batterie.
-Per qualche tempo pare che debbano riuscire
-vittoriose. Parecchi cavalli soccombono ai colpi
-invisibili che minacciano gli organi i più essenziali.
-Storditi dalle incessanti e violenti scosse
-cadono al fondo. Altri sbuffanti, irta la criniera,
-gli occhi dilatati per lo spavento, fuggono disperatamente
-cercando di sottrarsi alla bufera,
-ma sono respinti dagli indiani. Alcuni però, ingannando
-la vigilanza dei pescatori, giungono
-alla sponda, vacillano ad ogni passo, e spossati
-a morte si gettano sulla sabbia colle membra
-irrigidite....
-</p>
-
-<p>
-Credevamo che tutti gli animali impegnati in
-quella lotta dovessero soccombere l'uno dopo
-l'altro. Ma a poco a poco il furore scema, e le
-anguille affaticate si sparpagliano. Hanno ora
-bisogno di un lungo riposo e di un abbondante
-cibo per riacquistare le forze galvaniche disperse
-nel combattimento: esse vengono ora paurose
-presso la spiaggia e sono prese mediante
-piccoli giavellotti raccordati a lunghe funi.
-</p>
-
-<p>
-Un uomo non si esporrebbe senza pericolo al
-<span class="pagenum" id="Page_92">[92]</span>
-primo colpo di una grossa anguilla elettrica irritata.
-Se si riceve la scossa prima che il pesce
-sia ferito o stanco da una lunga persecuzione, il
-dolore e lo stordimento sono tali che non si può
-dar conto della sensazione. Non mi ricordo (dice
-l'Humboldt), di aver provato, dalla scarica di una
-gran bottiglia di Leida, uno scrollo terribile al
-pari di quello che soffersi quando misi incautamente
-i due piedi sopra un'anguilla elettrica
-che era stata poc'anzi tratta fuori dell'acqua.
-Per tutto quel giorno ebbi violenti dolori nelle
-ginocchia e in tutte le articolazioni.»
-</p>
-
-<p>
-E un giovane tisiologo tedesco, morto da poco,
-il Sachs, racconta che, avendo lasciato cadere un
-gimnoto sul suo piede, fu gettato a terra e provò
-tale un dolore, che non potè trattenersi dal gridare.
-</p>
-
-<p>
-Ma io non posso indugiarmi sui pesci elettrici,
-perchè di un altro argomento voglio parlarvi succintamente
-prima di lasciarvi. Mi limiterò per questo
-a riassumere in poche parole lo stato attuale
-delle nostre cognizioni in proposito, ricordando che
-ad esso hanno contribuito parecchi italiani, fra i
-quali amo citare in particolar modo, limitandomi
-al periodo storico che ora consideriamo, i nomi del
-Nobili, del Matteucci, del Pacini.
-</p>
-
-<p>
-Alcuni pesci, appartenenti a tre gruppi molto
-<span class="pagenum" id="Page_93">[93]</span>
-diversi fra loro, le torpedini, i gimnoti ed i siluri,
-hanno la proprietà di dare forti scariche elettriche,
-subordinate all'attività del loro cervello.
-Questa funzione elettrica è esercitata per mezzo
-di un apparecchio speciale, composto di un gran
-numero di elementi. In ciascuno di questi ultimi
-penetra una terminazione nervosa, presso a poco
-nello stesso modo col quale un nervo motore si
-dirama in un muscolo volontario. È indiscutibile
-che la forza emanata dall'organo in questione è
-una forma di elettricità. Lasciando da parte l'influenza
-che la energia sviluppata dai siluri, dai
-gimnoti, dalle torpedini esercita sopra gli organismi
-viventi, ricorderemo come questi pesci abbiano
-dato scintille a guisa di una bottiglia di
-Leida. Inoltre, con quella forma di energia si ottennero
-effetti calorifici e di decomposizione chimica,
-si fece deviare l'ago magnetico, si provocarono
-fatti di induzione in un rocchetto e si accese
-una lampadina elettrica. Si tratta dunque di vera
-elettricità ed in questo caso sembrerebbe proprio
-che l'organismo ci desse un esempio, qual meglio
-non si potrebbe sperare, di una funzione ridotta
-ad un semplice fenomeno fisico.
-</p>
-
-<p>
-Eppure neanche in questo caso la fisica può da
-sola servirci, per ora almeno, a comprendere completamente
-<span class="pagenum" id="Page_94">[94]</span>
-la scossa di cui è questione, perchè
-l'elettricità emessa dai pesci elettrici si trova in
-condizioni speciali quali non si ottennero peranco
-con gli apparecchi raccolti nelle ricchissime collezioni
-dei fisici. Infatti essa presenta le proprietà
-insieme dell'elettricità statica, della dinamica e
-della indotta.
-</p>
-
-<p>
-Che dire poi della enorme differenza che esiste
-fra i nostri mezzi di sviluppare l'elettricità e
-quelli adoperati da un pesce elettrico? Perchè certo
-nessuno vorrà dare maggior valore di quello che
-si conceda ad una figura rettorica al confronto fatto
-fra gli elementi di una pila voltaica a colonna e
-le lamine dei prismi che costituiscono l'organo
-elettrico di una torpedine. E come spiegare l'immunità
-che quei pesci dimostrano per l'agente
-potentissimo che essi stessi sviluppano?
-</p>
-
-<p>
-Voi vedete dunque come, benchè si tratti in questo
-caso di un fenomeno puramente fisico quale è
-quello di una scarica elettrica, pure la fisica non può
-aiutarci completamente a comprendere i mezzi impiegati
-dall'organismo per elaborare e sviluppare
-quella singolare forma di energia.
-</p>
-
-<p>
-Badate inoltre che la scarica di un pesce elettrico
-implica quasi sempre un atto volontario che ci conduca
-a studiare il problema della coscienza, di quella
-<span class="pagenum" id="Page_95">[95]</span>
-proprietà per la quale un essere vivo avverte se
-stesso e l'ambiente che lo circonda. La fisiologia ha
-affrontato questa questione che tocca la intimità
-stessa della nostra personalità senziente e pensante,
-e certo tutte le ricerche anatomiche fisiologiche e
-quelle particolari di psicologia hanno gettato un
-po' di luce sugli elementi strutturali dai quali quei
-fatti emanano e sui processi fisici, chimici e funzionali
-che li accompagnano e con ogni probabilità
-li determinano. Ma io, che pure con speciale amore
-mi occupo di quegli studi sono fra quelli, e siamo
-legione nel campo della fisiologia sperimentale, che
-accordano tutto il possibile al meccanicismo, e si servono
-di esso per simboleggiare quanto si manifesta
-da un essere vivo, ma non sanno comprendere e non
-saprebbero concepire una rappresentazione materialistica
-della coscienza. Confessiamolo francamente:
-il problema della coscienza è sempre insoluto e
-molto probabilmente insolubile.
-</p>
-
-<p>
-Ma, Signore e Signori, le indagini sui pesci elettrici,
-per quanto interessanti e benchè ci conducano
-a discutere di cose fondamentali per la funzione dei
-corpi organizzati, sembrano piuttosto oggetto di studio
-per un erudito, per un curioso delle stranezze
-della natura. Vi è invece nelle ricerche sulla elettricità
-animale un argomento che ci dà occasione di
-<span class="pagenum" id="Page_96">[96]</span>
-penetrare nella intimità funzionale dei nostri organi,
-dei nostri tessuti, dei nostri apparecchi, e che ci dà
-l'immagine di quel continuo avvicendarsi di fatti
-distruttivi e di riparazione fra i quali oscillano in
-ritmo incessante le parti costituenti il nostro organismo.
-</p>
-
-<p>
-Sarò brevissimo e comincerò per questo col non
-tener conto dei precursori di Galvani. Vi sono sempre
-dei precursori in ogni scoperta, ma è certo che
-si deve al biologo bolognese la prima constatazione
-di carattere scientifico dell'elettricità sviluppata
-dal tessuto muscolare. Non già colla ben nota osservazione
-della rana appesa ad un uncino di rame che
-eventualmente toccò il celebre parapetto di ferro,
-bensì colla esperienza eseguita senza l'intervento di
-alcun metallo.
-</p>
-
-<p>
-A questo proposito debbo ricordare come alcuni
-abbiano voluto sostenere che la scoperta attribuita
-al Galvani si debba invece alla sua dilettissima moglie,
-la signora Lucia nata Galeazzi, che per la prima
-avrebbe avuto occasione di osservare le ormai
-storiche contrazioni dei muscoli in certe zampe di
-rana e di richiamare su queste l'attenzione del marito.
-Altri sostengono che le prime osservazioni furono
-fatte veramente dal Galvani, ma sopra rane
-preparate, non vorrei dire prosaicamente, per fare
-<span class="pagenum" id="Page_97">[97]</span>
-un brodo che servisse di ristoro a sua moglie che era
-allora ammalata. Queste affermazioni furono contestate,
-ma non si può del tutto escludere l'influenza,
-almeno accidentale, della moglie sulla scoperta del
-marito. A sostegno di questa tesi sostenuta da molti
-in quei tempi, amo citare un sonetto non bellissimo,
-dedicato al Galvani dopo la morte prematura della
-sua Lucia:
-</p>
-
-<div class="poem">
-<p class="i2">Quella donna gentil, cui d'aureo strale</p>
-<p>Piagata il seno teco amor congiunse,</p>
-<p>Poi morte con quel suo colpo fatale,</p>
-<p>Per farne bello il ciel da te disgiunse:</p>
-<p class="i2">Quella, non tu, che novo ardor vitale</p>
-<p>In rana ignuda a disvelar pur giunse,</p>
-<p>Quand'una ed altra man con vanto eguale</p>
-<p>Il conduttor metallo e i nervi punse.</p>
-<p class="i2">Nè a te, Signor, questa fedel consorte</p>
-<p>Tacque l'ignoto arcan per cui tuo nome</p>
-<p>Oltre l'italo suolo altero vassi.</p>
-<p class="i2">Oh se vedessi di sì bella sorte</p>
-<p>Com'ella esulta dolcemente, e come</p>
-<p>Di te ragiona e dei tuoi chiari passi!</p>
-</div>
-
-<p>
-Se anche le cose stanno come afferma l'autore
-del sonetto, che voglio credere migliore storico che
-poeta, benchè parli con tanta sicurezza di ciò che
-avviene lassù nelle sfere celesti, non è alla buona
-signora Lucia che noi dobbiamo attribuire quella
-<span class="pagenum" id="Page_98">[98]</span>
-scoperta, nel vero senso della parola. Certo molti dei
-più importanti fatti scientifici furono rivelati all'umanità
-dal caso, ma quando vennero ad incontrarsi
-con una mente adatta a comprenderne il significato.
-Non per questo voglio deprimere il merito della
-signora Galvani. Io vorrei, anzi, che si scrivesse una
-storia delle compagne di quegli eroi che lottarono
-nel campo delle idee, e credo sarebbe il racconto di
-intimi e mirabili drammi combattuti nei cuori femminili
-per l'uomo amato, che idealizzato dalle moltitudini
-si mostra, nel tollerante e sereno ambiente
-della casa, spoglio dell'aureola di gloria che lo illumina
-e lo nasconde, e vi rivela tutte le debolezze
-comuni agli altri uomini e qualcheduna forse in più.
-Quanta abnegazione, quanto disinteresse, quale instancabile
-affetto seppero possedere quelle modeste
-eroine, e quale contributo portarono alla gloria del
-marito, consigliandolo, sostenendolo, incoraggiandolo,
-sapendo sottrarsi a tempo agli applausi meritati,
-per lasciarli all'idolo che li ambisce.
-</p>
-
-<p>
-Per amore di verità, però, non debbo dimenticare
-che la storia registra anche molte Santippe.
-</p>
-
-<p>
-Dopo la morte del Galvani tutto quanto avesse
-riguardo coll'elettricità animale venne circondato di
-dubbi, di indifferenza e finalmente dimenticato, ed
-a ciò contribuì principalmente la scoperta della pila
-<span class="pagenum" id="Page_99">[99]</span>
-di Volta ed i rapidi e meravigliosi progressi che
-ne conseguirono nel campo della elettrodinamica. Si
-capisce, infatti, come la povera elettricità animale,
-questa specie di cenerentola della elettrologia, così
-modestamente raccolta nei tessuti viventi, dovesse
-cedere il passo alla sua consorella, la elettricità voltaica,
-assai più appariscente e più ricca di applicazioni
-che essa non fosse.
-</p>
-
-<p>
-Fu il Matteucci che la rimise alla luce del mondo.
-È bensì vero che il Nobili aveva scoperto la cosiddetta
-corrente propria della rana che va dai piedi al capo,
-ma egli l'aveva attribuita a fenomeni termoelettrici,
-sicchè fu soltanto cogli studi del Matteucci che si
-riprese nettamente il concetto del Galvani, e si considerarono
-i fatti elettrici manifestati da un essere
-vivente come un'espressione dei processi che si svolgono
-nell'intimità degli apparecchi funzionanti.
-</p>
-
-<p>
-Il Matteucci era uomo di tale ingegno, da lasciare
-la sua impronta su qualunque argomento imprendesse
-a trattare. Non sta a me di considerarlo ora
-nelle sue opere di cittadino; ricorderò soltanto che
-fu ambasciadore e ministro della pubblica istruzione
-e professore nel nostro Ateneo. Del resto, da questi
-punti di vista fu già magistralmente tratteggiato da
-Nicomede Bianchi, in un libro che ha appunto per
-titolo: <i>Carlo Matteucci e l'Italia del suo tempo</i>.
-<span class="pagenum" id="Page_100">[100]</span>
-Per trattare dell'importanza non solo tecnica ma
-filosofica del Matteucci, ci vorrebbero parecchie conferenze.
-Perchè egli non fu solo uno scopritore di
-fatti, ed il restauratore della elettrofisiologia, ma
-anche un rinnovatore nel campo delle idee direttrici
-in biologia. Con un acume ammirabile sostenne
-l'importanza dei fatti fisici e chimici negli esseri
-viventi, e fu così uno fra i più efficaci fondatori
-della fisiologia moderna. Ma non ebbe i fanatismi
-tanto comuni agli innovatori, e seppe mantenersi
-sempre nei limiti del vero, possedendo una netta
-percezione dei confini fissati alla applicabilità dei
-fatti scientifici ed al loro significato fisiologico. Egli,
-l'autore dell'opera sui fenomeni fisico-chimici dei
-corpi viventi, ed uno fra i più vivaci oppositori di
-quella scuola di un vitalismo primordiale, rappresentata
-in Italia dal Rasori e dal Tommasini prima,
-e poi, benchè in forma più progredita, dal Bufalini,
-mantenne sempre quella serenità di giudizio e di
-linguaggio, che dimostrano in lui un vero temperamento
-di scienziato. Egli ben sapeva che la scienza
-positiva non ha e non può avere alcun rapporto colle
-questioni trascendentali, e deve lasciare al sentimento
-ed all'intuito individuali di definire, quando
-se ne senta il bisogno, che cosa possa essere quello
-che si vuol chiamare la verità assoluta. Lo studio
-<span class="pagenum" id="Page_101">[101]</span>
-dei fenomeni della natura, provoca, ordinariamente,
-bisogna riconoscerlo, una speciale polarizzazione nelle
-capacità intuitive ed interpretative, ma ciò non fa
-parte della scienza propriamente detta. Se l'indagine
-plasma la mente dello sperimentatore ad uno speciale
-ed indulgente scetticismo, si è perchè il contatto
-diretto coi fenomeni della natura, e la sottile
-ricerca di essi, e l'analisi minuta delle loro particolarità
-mentre lo rendono più forte nel discernimento
-del supposto vero, gli dimostrano anche l'inanità
-degli sforzi suoi e degli altri, nel determinare l'essenza
-delle cose. Ma l'uomo di scienza è anche spesso
-un entusiasta, perchè nessuno meglio di lui è in
-grado di apprezzare la meravigliosa armonia dei
-fatti naturali, l'intimo legame che li riunisce, gli
-adattamenti perfettissimi che danno ai fenomeni una
-stupefacente parvenza di finalità. Egli è pure un
-disilluso, perchè ogni giorno più deve convincersi
-che ben poco è quello che sa in confronto di quello
-che gli resta a sapere, e perchè si avvede che ogni
-fatto nuovo che viene alla luce, mentre aumenta il
-suo potere sulla natura, allarga pure smisuratamente
-i confini della sua ignoranza consapevole. Ma
-egli possiede anche un concetto esatto intorno alla
-relatività dei nostri veri, e se non sempre ha il coraggio
-di comunicare i dubbi che lo tormentano, e
-<span class="pagenum" id="Page_102">[102]</span>
-lo sconforto di sentirsi legato, per certe questioni
-generali, al limbo eterno della ignoranza, sa però
-che deve essere temperato nelle idee e non scende
-nella lizza per opporre ad affermazioni azzardate altrettanta
-vacuità di linguaggio; e a rappresentazioni
-troppo indefinite e vaghe, simboli troppo schematici
-e materiali; e a certe nebulosità idealistiche, costruzioni
-materialistiche di un meccanismo infantile.
-</p>
-
-<p>
-Questa è la rappresentazione psicologica di uno
-scienziato, quale sorge spontanea nella mente leggendo
-le opere del Matteucci, le quali improntate ad
-un severo positivismo fanno di lui, che fu il ricercatore
-dei fenomeni fisici e chimici dei corpi viventi,
-uno dei fondatori di quella scuola biologica che limita
-i confini della nostra conoscenza e che alcuni
-vorrebbero, non capisco il perchè, distinguere coll'appellativo
-di neovitalismo.
-</p>
-
-<p>
-Dovrei ora parlare in modo speciale intorno alle
-ricerche del Matteucci sull'elettricità animale, ma
-ciò mi obbligherebbe ad entrare in questioni troppo
-tecniche, e ad adoperare un linguaggio che è soltanto
-espressivo per gli iniziati ai suoi misteri. Credo invece
-opportuno di dirvi in poche parole quali siano
-le nostre cognizioni attuali a proposito della elettricità
-dei tessuti, perchè possiate apprezzare quanto
-la fisiologia deve a quegli illustri italiani che hanno
-<span class="pagenum" id="Page_103">[103]</span>
-iniziato questi studi. È infatti soltanto esaminando
-il frutto che si può comprendere l'importanza di un
-germe, e soltanto l'organismo sviluppato ci dice
-quali capacità di evoluzione stavano nascoste in
-quella cellula così ricca di potenzialità che noi chiamiamo
-l'uovo.
-</p>
-
-<p>
-Un organismo vivente, considerato in forma schematica,
-può essere tenuto in conto di una macchina
-complicatissima, nella quale materiali chimici molto
-complessi, dissociandosi ed ossidandosi, mettono in
-libertà una certa somma di energie, in quella guisa
-che il carbone combinandosi coll'ossigeno, come si
-suol dire, bruciando, sviluppa calore. Ma lo stesso
-pezzo di carbone, quando si ossida, può darci semplicemente
-del calore, se ci limitiamo a bruciarlo
-nel caminetto, mentre da esso possiamo trarre del
-lavoro meccanico, se ne provochiamo la combustione
-nel fornello di una locomotiva, o della energia elettrica
-e quindi della luce o delle azioni chimiche o
-altre forme di lavoro, se la forza messa in libertà dalla
-fiamma fa poi agire una dinamo e questa una lampada
-elettrica, o un bagno galvanoplastico, o altro.
-Sicchè lo stesso combustibile bruciando può dare
-forme differenti di energia e di lavoro a seconda dei
-meccanismi ai quali è applicato.
-</p>
-
-<p>
-Nello stesso modo i processi di combustione che
-<span class="pagenum" id="Page_104">[104]</span>
-si svolgono nelle singole parti del nostro corpo si
-manifestano diversamente in ragione della varia
-struttura di queste parti. Il muscolo dà il lavoro
-meccanico, la glandola, la elaborazione chimica, il
-nervo, la trasmissione di un'onda particolare, la cellula
-nervosa, l'impulso al movimento o il sottostrato
-della sensazione, e così via, e tutti questi atti derivano
-in modo più o meno diretto da cangiamenti
-chimici, che mettono in movimento i diversi ingranaggi
-del nostro organismo.
-</p>
-
-<p>
-Le differenti manifestazioni funzionali del nostro
-corpo, delle quali abbiamo fatto parola, sono accompagnate
-però da fatti collaterali, come avviene in
-ogni altra macchina. Abbiamo cioè, oltre il lavoro
-specifico dei diversi apparecchi, uno sviluppo di calore
-che contribuisce, negli animali che stanno in
-alto della scala zoologica, a mantenere la temperatura
-del loro corpo ad un grado superiore a quello
-ordinario dell'ambiente.
-</p>
-
-<p>
-Ma oltre il calore si possono discernere altre
-forme di energia, fra le quali la luce e le manifestazioni
-elettriche.
-</p>
-
-<p>
-Non avete mai veduto il mare fosforescente? È
-soprattutto nelle regioni equatoriali che questo spettacolo
-si manifesta nel suo massimo splendore, dando
-al navigante l'impressione di solcare delle onde infocate.
-<span class="pagenum" id="Page_105">[105]</span>
-Non dimenticherò mai le sere passate sull'Oceano
-indiano, appunto per la magnifica fosforescenza
-che vi ho potuto ammirare. Tutta la superficie
-del mare, leggermente increspata, era illuminata
-da una luce vaga, nebulosa, bluastra, che pareva
-scaturire dalle maggiori profondità, mentre il solco
-aperto dal piroscafo splendeva sin presso all'orizzonte
-come una striscia di fuoco, sulla quale risaltavano
-i guizzi di fiamme provocati dall'elica che
-percoteva l'Oceano e dalla prua che ne squarciava
-gli attriti. Questo fenomeno è dovuto alla presenza
-di innumerevoli esseri assai bassi nella scala dei viventi,
-alcuni minutissimi, altri, come le meduse,
-abbastanza voluminosi, i quali, quando siano stimolati
-dagli urti delle onde o dell'elica, per esempio,
-rivelano quello stato di eccitamento con manifestazioni
-di energia che, in grazia della loro trasparenza,
-acquistano i caratteri di vere e proprie funzioni luminose.
-In questo caso si potrebbe proprio dire con
-un illustre fisiologo che noi siamo colpiti direttamente
-dalle irradiazioni della fiaccola della vita.
-Fatti simili, benchè più complessi e parzialmente
-sottoposti all'impero dei centri nervosi, ci vengono
-presentati fra gli altri da alcuni insetti, dei quali
-rammenterò le lucciole, ornamento delle nostre sere
-di primavera e di estate, e che furono soggetto di
-<span class="pagenum" id="Page_106">[106]</span>
-interessantissime ricerche del nostro Matteucci, e gli
-elaterii dell'America tropicale, che possono servire
-come lanterne per illuminare il cammino, e che sul
-capo delle signore splendono di una vivissima luce
-propria, molto più apprezzabile, mi pare, di quella
-riflessa da un diamante.
-</p>
-
-<p>
-Come vedete, alcuni fatti che d'ordinario sono
-semplici accessori, che si presentano come collaterali
-di una funzione principale, possono, in certi casi,
-raggiungere così grande sviluppo, da acquistare per
-se stessi la dignità di una vera e propria funzione.
-Questo accade per la luce emessa dagli organi fosforescenti
-degli insetti, come pure per le manifestazioni
-elettriche della torpedine, del gimnoto, del
-siluro che, grazie alla evoluzione di organi particolari,
-si sono resi capaci di emanazioni elettriche
-potentissime, mentre, d'ordinario, l'elettricità che
-si svolge dagli organi funzionanti, può essere appena
-avvertita da apparecchi delicatissimi.
-</p>
-
-<p>
-Non per questo essa ha meno importanza pel ricercatore
-di fatti biologici, che anzi la corrente tenuissima
-che si può raccogliere da un muscolo che
-si contrae, la così detta corrente d'azione vale a
-farci comprendere la potentissima scossa emessa da
-un pesce elettrico.
-</p>
-
-<p>
-Si disse come le manifestazioni funzionali dell'organismo
-<span class="pagenum" id="Page_107">[107]</span>
-siano dovute a processi di combustione
-che si svolgono in seno agli elementi costitutivi
-dei nostri organi. Ma il lavoro determina necessariamente
-il consumo del combustibile, ed anche,
-benchè meno rapidamente, della macchina. Sicchè
-un organismo non potrebbe presentare una funzione
-continuata se ai fatti distruttivi, che sono il fondamento
-o la conseguenza delle sue varie forme di
-lavoro, non facessero equilibrio fatti antagonistici
-di reintegrazione, capaci di ricostituire le forze impiegate
-nell'attività e le strutture consumate dall'uso,
-che in altre parole servono a rimettere nuovo
-carbone nel fornello, ed a raccomodare quegl'ingranaggi
-che vanno di mano in mano sciupandosi. Per
-questo un organismo si può considerare come continuamente
-oscillante fra due atti chimici opposti:
-quelli distruttivi, che si manifestano in forma di
-movimento, di calore, di luce, di elettricità o d'altro:
-e quelli ricostitutivi, che accumulano nuovi
-materiali combustibili e reintegrano i tessuti sciupati
-dalla funzione.
-</p>
-
-<p>
-Può accadere che questi due fatti antagonistici
-corrispondano perfettamente gli uni agli altri, come
-può avvenire che l'uno di essi predomini sull'altro,
-e voi facilmente comprenderete quanto sia importante
-pel biologo di assistere agli avvicendamenti
-<span class="pagenum" id="Page_108">[108]</span>
-chimici che si svolgono nell'intima trama degli
-organi viventi. Questo ci è in parte concesso quando
-si raccolga e si registri graficamente, per mezzo di
-apparecchi delicatissimi, le variazioni elettriche dei
-tessuti che vivono, vale a dire che si nutrono e
-che funzionano. Infatti, i processi distruttivi determinano
-nelle parti che ne sono la sede una certa
-condizione elettrica che si chiama negativa; e i
-fenomeni opposti di reintegrazione danno luogo a
-manifestazioni elettriche di segno contrario, provocando
-cioè uno stato che si dice positivo.
-</p>
-
-<p>
-Si capisce, perciò, come non si ottenga alcuna manifestazione
-elettrica da un organo nel quale i processi
-chimici opposti, distruttivi e reintegrativi si
-fanno equilibrio, perchè in esso agiscono due forze
-eguali e contrarie che si neutralizzano, mentre vediamo
-diventare negativa quella parte nella quale
-si esagerano i processi demolitori, o positiva quella
-nella quale predominano i fatti di riparazione organica.
-</p>
-
-<p>
-Così l'agente misterioso che lungo i nervi è l'intermediario
-fra il cervello e le parti del nostro
-organismo, facendosi il messaggero delle azioni di
-senso e di movimento, si rivela a noi come un'onda
-di negatività, che percorre i cordoni nervosi; così
-l'attività di un muscolo, di una glandola, di un
-<span class="pagenum" id="Page_109">[109]</span>
-organo di senso danno luogo a variazioni elettriche
-negative della parte funzionante. Noi riusciamo
-inoltre a raccogliere dalla superficie del nostro corpo
-cangiamenti elettrici, variazioni di potenziale, come
-si dice, che corrispondono col loro avvicendarsi al
-ritmico battito del cuore. Per contro, quest'organo
-centrale della circolazione, quando sia arrestato da
-azioni nervose particolari che ne esagerino gli atti
-ricostitutivi, a scapito di quelli che sono la base
-della sua funzione meccanica, dimostra questi cangiamenti
-con variazioni elettriche opposte di carattere
-positivo.
-</p>
-
-<p>
-Come vedete, le oscillazioni elettriche dei tessuti,
-raccolte e registrate coi nostri apparecchi, possono
-esprimere all'esterno le intime modificazioni
-chimiche che si svolgono nei più remoti recessi del
-nostro organismo, e possono tracciare dei veri ed
-autentici rapporti autografici di esse. Sicchè per
-mezzo della elettricità animale ci è concesso di
-possedere una immagine, per quanto sfumata e vaga
-di quel ritmo chimico che forma il sottostrato delle
-manifestazioni di un essere vivente; o, se volete,
-un'eco assai attenuata, ma pur fedele, dell'armonia
-della vita. E non è probabilmente lontano il giorno
-nel quale indagando le correnti d'azione dei centri
-nervosi noi sorprenderemo le cellule cerebrali nella
-<span class="pagenum" id="Page_110">[110]</span>
-loro attività elaboratrice della sensazione e del movimento.
-</p>
-
-<p>
-Ma non facciamoci troppe illusioni, perchè si capisce
-che in questo caso non otterremo che la rappresentazione
-esteriore di uno dei sintomi dell'atto
-mentale, come il sorriso che solleva il labbro della
-<i>Gioconda</i> del divino Leonardo non è che il simbolo
-di uno stato d'animo di quella vaghissima donna.
-Ma forse che per questo esso è meno attraente?
-Forse che esso non ci affascina tanto più quanto
-maggiormente è misterioso ed impenetrabile?
-</p>
-
-<hr class="tbs" />
-
-<p class="indl">
-<i>Signore e Signori!</i>
-</p>
-
-<p>
-Un filosofo tedesco, celebre nella storia della
-elettrofisiologia, Emilio Du Bois-Reymond, in un
-suo discorso, accennando alla scoperta del Galvani,
-esclamava: «È con orgoglio che l'investigatore
-della natura, osservando i fili telefonici che attraversano
-le nostre strade e le nostre piazze, si rende
-conto di quanto hanno fatto tre generazioni umane
-di genio e di diligenza, partendo da un sì oscuro principio,»
-e si domanda col Gherardi, pensando al parapetto
-di ferro sul quale il Galvani fece la sua osservazione:
-<span class="pagenum" id="Page_111">[111]</span>
-«Se quel parapetto fosse stato di legno
-o di pietra, chi può assicurarci che avremmo un
-galvanismo.... e tutto il resto?»
-</p>
-
-<p>
-Certo è incommensurabile l'importanza della scoperta
-del Volta, e ne fanno fede le innumerevoli
-applicazioni che sono tanta parte ormai delle nostre
-manifestazioni materiali ed intellettuali, e che sotto
-forma di luce, di calore, di movimento, di trasmissione
-di energia a distanza, di utilizzazione di
-forze naturali, di azioni terapeutiche, e più ancora
-di nuove ed efficaci dottrine che simboleggiano in
-forma scientifica i fenomeni della natura, in quanto
-hanno di più recondito, danno alla nostra vita individuale
-e sociale un particolare indirizzo.
-</p>
-
-<p>
-Ma pur prescindendo dal fatto che senza la rana
-del Galvani non vi sarebbe forse stata la pila del
-Volta, mi sarà lecito di affermare che anche la
-elettricità animale, che serve a rivelare l'intimo
-meccanismo nutritivo dei più remoti ingranaggi
-di un organismo vivente è, nelle mani del biologo,
-un istrumento di conquista non meno efficace di
-quello che maneggiato dal fisico ha contribuito potentemente
-a dare un'impronta nuova al secolo che
-muore. E ciò dobbiamo soprattutto a quelli italiani
-che, in sullo scorcio della prima metà di
-questo secolo, mentre si preparavano le armi della
-<span class="pagenum" id="Page_112">[112]</span>
-riscossa nazionale, ripresero e rinnovellarono gli
-studi del Galvani, quasi per affermare, una volta di
-più, che l'Italia non è e non sarà mai la terra dei
-morti, perchè nel nostro paese anche i morti resuscitano
-a maggior gloria di tutti!
-</p>
-
-<div class="chapter">
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_113">[113]</span>
-</p>
-
-<h2 id="montenegro"><span class="smaller">APPENDICE</span>
-LE MONTÉNÉGRO</h2>
-
-<p class="pad2 center high"><span class="small">CONFERENZA</span><br />
-<span class="x-small">DI</span><br />
-<span class="large g noserif">CHARLES YRIARTE</span>.</p>
-</div>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_115">[115]</span>
-</p>
-
-<p class="pad2">
-Quelles que soient les destinées réservées au
-peuple Monténégrin s'il garde sa persévérance, sa
-sagesse et sa valeur; il devra conserver à jamais
-un culte et une tendresse profonde pour l'étroite
-vallée et le cirque de montagnes où il s'est refugié
-au moment où les Turcs, déferlant comme une vague
-sur les Balkans, ont envahi la vieille Serbie.
-Laissez-moi marquer ici à grands traits les étapes
-de son histoire.
-</p>
-
-<p>
-Dans la grande famille Serbe dispersée par l'invasion,
-les clans Monténégrins, dès le moyen-âge
-avaient déjà eu une sorte d'autonomie, et sa Dynastie
-qui régnait sur la Serbie, la famille des
-Némania, avait même pris naissance dans la Zéta,
-qu'ils occupaient alors. Après la sanglante <i>Bataille
-de Kossovo</i>, d'où date la dispersion, le Prince Cernovich,
-incendiant le pays qu'il laissait derrière lui,
-se retira avec tout ce peuple en armes dans la
-<span class="pagenum" id="Page_116">[116]</span>
-montagne noire, la Cernagora. Il s'arrêta d'abord
-à Rieka, puis à Cettigné. Les Turcs avancent encore,
-ils ont déjà pris Constantinople; la Serbie est à
-eux toute entière; ils vont s'efforcer de soumettre
-ces réfractaires. Ils prendront les Monténégrins à
-revers, et après avoir chassé les Vénitiens de Scutari,
-Soliman pacha pénétrera jusqu'à Cettigné,
-qu'il livre aux flammes; c'est l'apogée de la défaite.
-Les Monténégrins ont désormais perdu la
-riche Zéta, le Brda, le Lac de Scutari, deux cents
-kilomètres de rivage sur l'Adriatique; et les quatre
-montagnes rocheuses où ils ont transporté leurs
-foyers sont tout leur domaine. Ce sera leur citadelle,
-ils y conserveront toujours vivante la flamme
-du patriotisme, la confiance dans leur destinée
-et une énergie indomptable. Alfieri fait dire à un
-peuple qui gémit sous le joug: «<i>Esclaves.... oui,
-nous le sommes, mais esclaves toujours frémissants.</i>»
-Les Monténégrins n'accepteront jamais
-le joug; depuis Kossovo, en 1356, jusqu'à la
-prise d'Antivari et de Dulcigno en 1878: ce
-peuple décimé vivra dans une alerte continuelle,
-la main sur le kandjiar. C'est avec le premier des
-Pétrovich, Danilo, à la fin du 17<sup>e</sup> siècle que commence
-l'ère des grandes batailles décisives; jusque
-là, ce sont des incursions rapides, des razzias, des
-surprises; les montagnards fondent sur l'ennemi, ils
-l'envahissent, prennent des territoires, les perdent
-<span class="pagenum" id="Page_117">[117]</span>
-pour les reprendre encore, et harcèlent sans cesse.
-Mais tel sera désormais l'effort vers la rédemption
-et si terrible l'énergie de ce peuple indomptable,
-que de grands empires, la Russie et l'Autriche,
-voient en eux des auxiliaires hardis, et lui proposent
-des alliances.
-</p>
-
-<p>
-Pierre-le-Grand s'avance le premier: «L'histoire
-(dit-il dans son message), nous a appris que vos
-anciens rois, vos princes, étaient hautement révérés
-comme appartenant au noble sang slave, et
-que les triomphes de leurs armes les ont rendus
-célèbres par toute l'Europe jusqu'au jour fatal de
-leur défaite. Rendez vous dignes de cette gloire,
-imitez vos illustres ancêtres; combattez pour la
-foi, la patrie, la gloire, l'honneur, pour votre liberté,
-votre indépendance et celle de vos fils.»
-</p>
-
-<p>
-On combat en effet. L'année suivante à Carlevatz
-trente mille Turcs restent sur le champ de bataille;
-le Musulman recule; on respire pendant quelques
-années, on organise et on vit sans combattre, mais
-sans désarmer. Mais prenant sa revanche, l'éternel
-ennemi attaque de trois côtés à la fois avec cent-vingt-mille
-combattants dont les Monténégrins vont
-triompher à la journée de Cevo.
-</p>
-
-<p>
-Les Pétrovich ont la vie dure; le premier vient
-de régner soixante ans, celui qui lui succédera
-dans l'histoire, Pierre I<sup>er</sup>, est un saint et un héros.
-Dès les premières années de son règne, Marie Thérèse,
-<span class="pagenum" id="Page_118">[118]</span>
-étonnée à son tour de l'énergie et de la persévérance
-du peuple Monténégrin, inaugure vis-à-vis
-de la Cernagora une politique, que n'ont que
-trop bien suivi ses successeurs. Le second Pétrovich
-reçoit son ambassadeur, et Radonicht, délégué
-Monténégrin, ira à Vienne même dicter les conditions
-du traité d'alliance que l'Impératrice a proposé.
-Les conditions du Monténegro sont fières.
-</p>
-
-<p>
-«L'alliance sera offensive et défensive; nul servage
-en échange. — Si le territoire Serbe venait
-à être délivré des Turcs, la Zéta supérieure, Podgoritza,
-Spuz, Zabliac, le Piperi, la Brda et l'Herzégovine
-seraient réunis au Monténegro qui pourra
-battre monnaie. Aussitôt que le Cabinet d'Autriche
-sera en guerre avec la Porte, S. M. Impériale
-enverra la poudre, le plomb et les armes. Si
-l'Autriche fait la paix avec la Porte, les Monténégrins
-seront compris dans le traité.»
-</p>
-
-<p>
-Après trois ans de combats et de fortunes diverses,
-les Autrichiens acceptent la paix; mais
-comme le territoire n'a pas été délivré des Turcs:
-les concessions promises par l'Autriche au Monténégro
-sont lettre morte.
-</p>
-
-<p>
-Pierre I<sup>er</sup> ne se décourage point, et les Monténégrins
-vont attaquer tout seuls; ils défont les
-Turcs sur le Lac de Scutari, dans un combat naval
-et plus tard dans une rude bataille où Mohammed
-pacha trouve la mort, et l'impression est telle
-<span class="pagenum" id="Page_119">[119]</span>
-à Constantinople que l'indépendance pour laquelle
-les peuples Monténégrins ont versé tant de sang
-depuis Kossovo est enfin reconnue.
-</p>
-
-<p>
-Mais un nouvel ennemi, plus puissant encore,
-s'avance. Les Français sont en Dalmatie; Pierre va
-se mesurer avec les lieutenants de Napoléon: avec
-Lauriston d'abord qu'il défait, puis avec Marmont
-duc de Raguse qu'il tient en échec.
-</p>
-
-<p>
-Pris d'enthousiasme, le Czar Paul I<sup>er</sup>, reprend la
-tradition de Pierre-le-Grand, envoie ses présents et
-ses insignes à tous les Voivodes, et alloue au Prince
-un subside de neuf mille ducats annuels. Mais en
-acceptant simplement un appui noblement offert, le
-Vladika Pierre n'a abdiqué aucun de ses droits;
-le gouvernement Russe s'étant un jour immiscé
-dans l'administration ecclésiastique de la Principauté,
-le gouverneur Vuk Radonitch et tous les
-serdars, voivodes, kneze, porte-enseignes, prêtres,
-nobles et autres autorités protestent respectueusement,
-mais avec une singulière fermeté.
-</p>
-
-<p>
-«Le peuple du Monténegro et de la Brda (dit
-Radonitch), n'est aucunement sujet à l'empire
-Russe, il se trouve seulement sous sa protection
-morale, parce qu'il est de la même race, et parce
-qu'il a la même foi; mais par aucune autre raison.
-Nous avons attachement et fidélité et nous
-voulons garder ces sentiments éternellement, mais
-nous défendrons de toutes nos forces la liberté dont
-<span class="pagenum" id="Page_120">[120]</span>
-nous avons hérité de nos prédécesseurs, et nous
-mourrons plutôt l'épée à la main, que de subir
-une servitude honteuse d'une puissance quelconque.»
-</p>
-
-<p>
-Pierre I<sup>er</sup> le Saint, pouvait seul faire entendre un
-tel langage au Czar de toutes les Russies. Ce Vladika,
-qui règne pendant quarante-huit ans, n'a
-connu que des victoires; il fut aussi un civilisateur,
-et reste le vrai héros de la Dynastie. Sur la hauteur
-qui domine Cettigné, là où se dresse le monument
-que la piété d'une Monténégrine devenue
-Princesse Italienne a dessiné de sa propre main en
-souvenir de Danilo, fondateur de la dynastie des
-Pétrovich, on voudrait voir s'élever la statue du
-vainqueur de Kara Mahmoud et le rival heureux
-de Marmont duc de Raguse.
-</p>
-
-<p>
-La grande tâche n'est pas achevée; après dix
-ans du règne de Pierre II, grand poète, pacificateur,
-qui s'applique à adoucir les mœurs et à propager
-l'instruction tout en tenant l'épée d'une main ferme;
-un fait important au point de vue du gouvernement
-va s'accomplir. Jusqu'ici se confondent dans
-la personnalité qui dirige et qui règne, le caractère
-sacré du Vladika et celui du Prince. Pour devenir
-Vladika, évêque, il faut être moine et renoncer au
-mariage; Danilo I<sup>er</sup> qui devait comme successeur
-et neveu de Pierre II assumer ce double caractère,
-avait fait ses études à S<sup>t</sup> Pétersbourg; il renonça
-<span class="pagenum" id="Page_121">[121]</span>
-à l'église, et inaugura le pouvoir séculier. Ce règne
-est court, il finit par un évènement lugubre, l'assassinat
-du souverain, victime d'un fanatique: mais
-il reste encore inoubliable, car Danilo a la gloire
-d'avoir protesté devant l'Europe contre la Turquie,
-relevée par la guerre de Crimée, qui a osé dans un
-document parler du Monténegro comme d'une province
-Turque: et aussi, deux années après son avènement,
-il conduit ses troupes à Grahovo et met
-en déroute l'armée Turque dans une bataille qui
-eut de tels résultats, qu'on la regarde encore comme
-la revanche de Kossovo.
-</p>
-
-<p>
-Quand Danilo tombe sous le coup d'un assassin,
-le prince qui règne aujourd'hui, Nicolas I<sup>er</sup>, son
-neveu, fils de ce Mirko, le héros de Giahovo, quitte
-à la hâte Paris où il achève ses études au Collège
-Louis-le-Grand et assume le pouvoir. Il n'a pas
-encore vingt ans, mais les Monténégrins, mûris par
-l'exemple, avant vingt ans sont des hommes. Chacune
-des étapes de ce règne, auquel il faut souhaiter
-la durée de celui du premier Pétrovich, est
-marqué par un effort pour l'indépendance, un progrès
-dans la culture, une négociation heureuse, en
-même temps que Medun, Danilograd, Martinch,
-Rasina-Clavica, Nicksich, Antivari et Dulcigno;
-sont autant de noms de victoires coup sur coup
-remportées, qui forcent l'Europe à compter avec le
-Monténégro.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_122">[122]</span>
-</p>
-
-<p>
-Le pays ne sera plus réduit à sa plaine étroite
-et aux quatre montagnes; vers la vieille Servie il
-a des plaines fertiles; la Zéta, la Brda lui appartiennent,
-il a pris de l'essor du côté de Scutari,
-et les princes aux longs règnes ont fini par tailler
-à coup d'épée dans la terre Serbe une principauté
-nouvelle. Cette principauté cependant n'est point encore
-le prix du sang, ni le territoire sur lequel on
-régnait cinq siècles auparavant. Berlin a effacé San
-Stefano. Depuis lors on s'est réfugié dans le travail
-sans sacrifier ses espérances: l'ère de la paix est
-celle des progrès, et une grande œuvre est accomplie.
-Le Soldat s'est fait Législateur, le code monténégrin
-est promulgué. Un juriste fameux, Bogisïc,
-sous l'inspiration du Prince, a recueilli les règles du
-Droit coutumier, appliquées naïvement jusque là
-par le peuple. Cette sagesse du Prince, cette prudence
-alliées à une énergie qui n'abdique point;
-ont eu leur récompense dans de grandes alliances
-qui n'ont pas eu seulement la politique et l'intérêt
-pour base, mais qui se trouvaient d'accord avec
-les raisons du cœur.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_123">[123]</span>
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-Quelles seront les habitudes, les tendances, l'aspect,
-le caractère d'un peuple dont l'histoire n'est
-qu'une longue «vendetta» et une perpétuelle revendication?
-</p>
-
-<p>
-Le voyageur qui aborde le Monténégro par les
-bouches de Cattaro, après avoir gravi les soixante
-lacets taillés dans le roc qui donnent accès à la
-Montagne Rocheuse, s'avance désormais vers Niégouz
-et Cettigné sans rouler comme autrefois sur
-sa selle avec les pierres du chemin. L'homme a
-dompté la nature; des routes nouvelles donnent un
-accès facile jusqu'à la frontière de Serbie; l'extension
-de la carte du pays a fait la vie moins rude.
-Si la montagne est aride de Cattaro à la plaine,
-le pays frontière de la vieille Serbie est fertile:
-quelques parties sont même riantes comme une
-petite Brianza. La Zéta, Vassoacwitz, Kolaschi,
-Niksich, et les bords du lac de Scutari, sont des
-lieux pleins d'aménité, qui contrastent avec la
-montagne.
-</p>
-
-<p>
-On sait que la terre donne peu de blé, mais le
-maïs abonde, comme la pomme de terre, et la sécheresse
-<span class="pagenum" id="Page_124">[124]</span>
-est toujours le grand ennemi. Au fond le
-pays est surtout pastoral et partout où la montagne
-est verte, le grand et le petit bétail abondent;
-aux temps héroïques les clans se disputaient tel ou
-tel revers de montagne, où la verdure était grasse
-et épaisse.
-</p>
-
-<p>
-C'est par le bétail que le Monténégrin vit et
-s'enrichit; par le tabac, par le sumak, cet arbuste
-dont la feuille sert à la tannerie tandis que son
-bois est utile à la teinture, par les pêcheries de
-Stekline au lac de Scutari, qui produit une sorte
-de sardine très demandée en Albanie et qui s'écoule
-aussi dans l'Italie méridionale et en Serbie.
-</p>
-
-<p>
-De ces divers produits, le tabac est le plus avantageux,
-régulièrement vendu par le gouvernement
-à la régie autrichienne qui y trouve son compte.
-Mais l'empire d'Autriche a fermé sa nouvelle frontière
-au bétail Monténégrin, et établi des cordons
-infranchissables, il fait une guerre de tarifs à outrance.
-Tout bœuf qui passe la frontière paie dix-huit
-florins de droits — c'est-à-dire — presque
-autant que le prix de l'animal même. Il a fallu
-s'ingénier, chercher des nouveaux débouchés. En
-Italie, à Brindisi et Bari; à Marseille, où s'est
-créé une Chambre de commerce.
-</p>
-
-<p>
-Au point de vue industriel, les scieries mécaniques
-fonctionnent là où l'eau abonde, comme aussi
-la meunerie, pour la farine. Une fabrique d'armes
-<span class="pagenum" id="Page_125">[125]</span>
-pourvoit sinon à l'armement au moins à son entretien,
-et les routes, sans parler de la grande voie
-qui de Cattaro se continue jusqu'à Pogdoritza, sont
-amorcées partout à la fois, en même temps que les
-anciens forts turcs des Iles de Scutari, démantelés,
-permettent un service régulier entre Rieka et Scutari.
-Un service de poste, très sérieusement établi,
-sévèrement surveillé, et d'une parfaite régularité
-facilite les relations et les échanges.
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-Voyons l'homme dans le Pays. Toujours soldat au
-fond, le Monténégrin est resté fier et d'aspect réservé;
-riche ou pauvre, il a de la dignité dans l'accueil
-et exerce l'hospitalité avec simplicité, son
-type est noble et grave. Comme nous nous étonnions
-de voir dans un clan tant d'hommes de belle
-allure, un chirurgien militaire nous fit observer
-que la nature ici, fait sa sélection l'hiver, dans la
-montagne; les faibles s'en vont, les forts restent
-seuls et grandissent. Le peuple est pasteur, agriculteur,
-éleveur et la culture de la terre ennoblit:
-<span class="pagenum" id="Page_126">[126]</span>
-il a horreur du petit commerce, et des petits métiers
-assis, les brodeurs, les vendeurs. Il fait fi de
-certains travaux manuels, ne porte pas volontiers
-de fardeaux et laisse les petits négoces aux Albanais
-venus de Scutari. Il aime passionnément la musique,
-les récits faits à voix basse, il murmure
-d'une voix gutturale des chants épiques d'un rhytme
-triste et d'un ton voilé.
-</p>
-
-<p>
-On connait le costume du Pays, élégant, de couleur
-claire avec quelques taches sonores, et complété
-par des armes brillantes.
-</p>
-
-<p>
-L'arme exerce sur le Monténégrin une séduction
-irrésistible, il ne se sépare jamais de son arsenal.
-Un fusil, un revolver nouveau modèle l'enchante,
-il les convoite et les admire. L'enfant lui-même
-dès qu'il est armé se redresse plus fier. Quand
-j'étais là, on s'efforçait de recruter une bande de
-petits musiciens; mais souffler sans gloire dans un
-turlututu, et marcher sans fusil à l'épaule ou sans
-pistolet à la ceinture répugnait à ces adolescents.
-On les arma d'un Martini, et le clairon retentit bientôt
-dans la montagne. Il est singulier que toujours
-armé ainsi, le sang ne coule presque jamais, et les
-prisons soient presque vides. Le Pays n'a pas de
-pauvres, la sobriété est la règle, l'ivresse est très
-rare, la porte du logis peut toujours rester ouverte,
-car le vol est honteux et impossible par l'absence
-absolue du réceleur.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_127">[127]</span>
-</p>
-
-<p>
-Avec le temps, grâce aux princes qui s'y sont
-tous appliqué, une certaine férocité native — reste
-d'atavisme des époque épiques, et des combats des
-ancêtres, qui se développait par les luttes nouvelles
-soutenues par chaque génération — peu à peu s'est
-apaisée et attendrie. La <i>Vendetta</i>, cette plaie des
-familles, passe au domaine de l'histoire, comme
-aussi cette habitude chez les Monténégrins, à l'âge
-où on croit à l'amitié éternelle, de se choisir un
-frère de sang, un <i>Pobratim</i>, union touchante de
-deux jeunes hommes, qu'aucun lien de famille
-unit, qui échangent leur sang et leurs armes en
-récitant la prière «<i>l'Adelfo poisio</i>» devant le
-prêtre, et jurent de périr l'un pour l'autre, et de
-s'entr'aider même au péril de leur vie. Quand le
-pouvoir central existe, c'est la loi qui doit venger
-l'injure, la <i>Vendetta</i> est donc devenu un crime.
-Quant au <i>Pobratimat</i> un voyageur poète peut le
-regretter. Mais il faut considérer que contracté entre
-deux Monténégrins de deux clans différents entraînait
-souvent deux levées de boucliers et déchaînait
-les luttes fratricides. La vengeance aujourd'hui
-est l'œuvre de la justice.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_128">[128]</span>
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-La Monténégrina, montagne ou plaine, est-elle
-belle? ou simplement jolie? — Un Français répondrait:
-elle est bien pire. Elle a de l'Orient l'expression
-grave qui inspire le respect, une grâce
-touchante, une absence complète d'affeterie ou de
-manière, un teint mat, qui chez la femme riche
-ou aisée que la bise et le hâle n'ont pas flétri,
-garde souvent une belle pâleur d'ivoire, souvent
-frêle et délicate, sous des apparences de faiblesse
-son énergie a fait de la femme l'auxiliaire de
-l'homme dans les combats.
-</p>
-
-<p>
-Chez les paysannes de nos champs la démarche
-est souvent lourde, le geste gauche, l'expression
-dénuée de pensée et les yeux sans flamme: la Monténégrine
-a souvent dans le regard comme un reflet
-de la poésie des légendes de sa patrie, de la
-tristesse d'une race qui a longtemps lutté et souffert.
-Cermak, l'artiste serbe, un patriote qui chaque
-fois le Monténégrin passait la frontière et se
-soulevait contre le joug, abandonnait Paris pour
-courir au danger, nous revint un jour mutilé de
-la Cernagora, a bien fixé son image et l'a associée
-<span class="pagenum" id="Page_129">[129]</span>
-aux actes virils de revendication dans des toiles
-pleines de talent.
-</p>
-
-<p>
-Ferogio, un Italien qui vivait aussi parmi nous,
-a recueilli tous les types et illustré tous les actes de
-la vie du peuple, et mieux que personne a montré
-la beauté de la silhouette, les fières attitudes, le
-geste simple et toujours noble de la population
-rurale ou montagnarde.
-</p>
-
-<p>
-La femme monténégrine cependant, est douce, résignée,
-fidèle; tout son horizon est au foyer, on ne
-la voit au bras de l'époux que les jours de fête, elle
-attend un mot ou un signe, elle le devine et ose
-à peine le prévenir. Si on s'en tenait aux apparences
-on dirait que l'homme, à côté du respect, lui inspire
-la crainte, et dans le recueil des dictons Monténégrins
-d'un autre âge, qui s'appliquent à la femme,
-quelques uns ne sont pas à la louange de l'homme.
-On reproche aux Monténégrins du peuple son indolence
-aux durs travaux, sa tendance à laisser à sa
-compagne ceux qui sont les plus pénibles; et les
-yeux du voyageur au détour de la route, dans la montagne
-ou dans la plaine, sont parfois attristés en
-les voyant plier sous de lourds fardeaux.
-</p>
-
-<p>
-Mais cette femme est respectée et protégée par
-le droit coutumier, devenu code civil, plus qu'en
-aucun pays de l'Europe. Le voyageur de la Ballade
-de Schubert, celui «qui passe en chantant et qui
-part sans regret», s'il pénétrait dans la famille rurale,
-<span class="pagenum" id="Page_130">[130]</span>
-assisterait à un spectacle vraiment touchant.
-Qui n'a vu chez les peuples qui se piquent de tenir
-la tête de la civilisation, à la mort du chef de la
-famille, sous la loi du Majorat, ou même dans les
-maisons moins fortunées, la veuve en cheveux
-blancs s'en aller solitaire, et laisser à son fils et à sa
-jeune épouse le foyer où sa vie s'est écoulée, dans
-un luxe devenu une habitude, dans une affection devenue
-un besoin? Qui n'a rencontré sur sa route,
-surtout dans votre beau pays, où ceux dont la vie est
-solitaire essaient de combler par la vue des chefs-d'œuvre
-et la clemence du climat, le vide d'une
-existence, sans amour et sans hyménée, — une sœur
-qui a quitté elle aussi le foyer de son frère?
-</p>
-
-<p>
-Ici, la loi est la communauté; le père est le
-chef, chacun doit son travail à la famille toute entière
-et la part de chacun est la même. Tout appartenant
-à tous, chacun a droit à tout son entretien,
-et puise par part égale au bien commun. Si
-l'un des membres commet un délit et une faute, tous
-le réparent, et paient l'amende — sauf à mettre
-au compte du coupable, au jour du partage, le dommage
-qu'il a causé.
-</p>
-
-<p>
-Cependant le <i>Pécule</i> est personnel à l'individu, et
-nous entendons, par pécule, tout résultat d'un travail
-fait à moments perdus et autorisé par tous,
-comme aussi tout profit qui est acquis sans travail,
-c'est-à-dire, un don du père retiré de la communauté
-<span class="pagenum" id="Page_131">[131]</span>
-après avoir pris ce qui lui revient en partage
-et dont il dispose à son gré, un don du Prince,
-une arme, une étoffe, une somme d'argent, tout
-gain enfin qui est le résultat soit de hasard, soit de
-la sympathie inspirée, soit d'une action méritoire
-et personnelle.
-</p>
-
-<p>
-L'âge venu de s'unir à une famille nouvelle, il
-est permis à la jeune fille, en dehors du travail en
-commun pour l'avantage de tous, de travailler pour
-elle-même; et on fermera les yeux. A partir de ce
-jour on la laisse augmenter son pécule, le père, la
-mère, le frère peuvent y ajouter une part du leur,
-mais du leur seul, selon le penchant que chacun
-d'eux a pour celle qui va les quitter.
-</p>
-
-<p>
-Dans la nouvelle famille où elle entre elle a le
-privilège de la même loi. Et cette fois sa dot, c'est-à-dire
-son <i>Pécule</i>, lui appartient absolument; elle
-en dispose sans réserve; elle n'a nulle formalité à
-remplir, nulle signature à obtenir; elle est personnalité
-civile.
-</p>
-
-<p>
-Mais nous ne sommes pas dans ces républiques
-idéales qui ont pour base la perfection de l'homme.
-Dans cette communauté nouvelle où elle entre, toute
-injustice ou tout outrage à ce nouveau venu déchaînait
-autrefois la <i>vendetta</i> de la communauté primitive;
-alors le sang coulait. Le pouvoir du prince,
-centralisé désormais, ayant absorbé le pouvoir du
-clan, c'est la loi désormais qui venge. La loi seule,
-<span class="pagenum" id="Page_132">[132]</span>
-et un Prince au cœur tendre, à l'âme juste, et à
-la main ferme.
-</p>
-
-<p>
-Cependant cette jeune femme est devenue veuve, le
-lien est rompu; que deviendra-t-elle? Elle a le
-droit de rester dans sa nouvelle famille sous les
-mêmes conditions, comme elle peut aussi revenir
-à l'ancienne avec le même sort — à moins cependant
-qu'au moment de contracter le mariage, son
-père lui ait donné la part à laquelle il avait droit
-en quittant la communauté, s'il s'en est séparé.
-</p>
-
-<p>
-Ainsi donc, enfant et jeune fille, la femme est
-membre de la communauté. Mariée elle garde les
-mêmes droits dans la nouvelle, et pour mieux cimenter
-cette union, chaque famille ayant un patron,
-— prenons St. Pierre puisqu'il a des clefs, et peut
-ouvrir bien des portes, ou St. Nicolas, qui aime
-bien les enfants, — elle abandonne son patron,
-celui de la communauté et se fait adopter par celui
-de sa famille nouvelle.
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-Après tant de combats, quand tout convergeait
-vers l'attaque ou la défense, voyons ce qu'on a fait
-pour l'instruction publique.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_133">[133]</span>
-</p>
-
-<p>
-C'est seulement on 1852, quand Danilo II a pris
-le pouvoir, qu'on a organisé et décrété l'école d'abord
-dans les villes et les villages de la montagne noire,
-et après la bataille de Grahovo dans les régions
-conquises. Tout-à-fait primaires d'abord les écoles
-ont un cours de trois ou quatre ans. A Cettigné
-un gymnase s'est ouvert, qui se transforme après
-quatre ans d'étude, et devient école normale. Une
-classe de théologie permet de recruter les prêtres
-dont on limite le nombre à la seule nécessité du
-diocèse. Plus tard pour les sujets avancés, bien
-doués, avides d'apprendre et assez fortunés pour
-promettre au pays des esprits ouverts, capables de
-faire progresser; on a la ressource des missions
-temporaires à l'étranger. L'enfant du village va à
-l'école, et c'est un charme de voir partout, dans
-les étroits chemins de la montagne, au carrefour
-des routes, les petits monténégrins avec le carton
-et l'ardoise en bandoulière, prenant le chemin des
-écoliers et s'arrêtant pour cueillir une fleurette
-dans la fente d'un rocher.
-</p>
-
-<p>
-Pour les jeunes filles, les demoiselles qui ont
-des aspirations plus hautes que le village, filles de
-Voivodes et de riches propriétaires, s'ouvre une institution
-fondée par l'Impératrice veuve d'Alexandre
-II, avec des professeurs distingués, six ans de
-cours, l'internat, un niveau élevé qui va croissant
-avec le temps. On y cultive d'office les trois langues:
-<span class="pagenum" id="Page_134">[134]</span>
-<i>le Serbe</i>, <i>le Russe</i>, <i>le Français</i>, et la connaissance
-des trois littératures, et souvent l'<i>Italien</i>:
-grâce aux relations de famille et de voisinage.
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-Pour l'instruction militaire, notre école nationale
-de St.-Cyr fut parfois celle où des aides-de-camp
-du Prince ont appris le métier des armes,
-et plus tard sont devenus aptes à la direction des
-divers services administratifs, toujours prêts d'ailleurs
-à échanger la plume contre l'épée aux jours
-de péril. Aujourd'hui, c'est l'Italie, Modène, qui est
-l'école, la pépinière des officiers, fondus au retour
-dans l'armée indigène, ils l'encadrent, sans émousser
-le caractère offensif du soldat monténégrin et
-lui faire perdre sa personnalité de combattant. Trois
-aides-de-camp, deux officiers d'ordonnance, le capitaine
-des Périaniks, ou gardes du corps, forment
-un Etat major personnel au Prince. Une grande
-caserne s'est élevé à Cettigné, une école militaire
-à Pogdoritza, pour les sous-officiers, et un bataillon
-régulier reste permanent. Le fond de la défense
-nationale étant la milice légère, qui se mobilise,
-pour ainsi dire, d'instinct. On peut compter à l'effectif,
-<span class="pagenum" id="Page_135">[135]</span>
-au moins 45 bataillons compacts et bien armés.
-Nous nous souvenons d'avoir assisté jadis aux
-évolutions d'un escadron bien monté — le noyau
-subsiste, mais la nature du pays proteste et le cavalier,
-comme masse militaire, n'a pas sa raison
-d'être, vu la nature du Pays.
-</p>
-
-<p class="ast"><sub>*</sub><sup>*</sup><sub>*</sub></p>
-
-<p>
-Nous constaterons encore d'autres innovations,
-si j'en crois un de mes jeunes amis, un grand
-voyageur, nouvellement revenu du Pays dont les
-lettres de crédit avaient pour unique objet de saluer
-de ma part S. A. le prince Nicolas, et de
-chanter pour moi le «<i>Cari luoghi</i>» à la montagne
-Noire. Celui-ci m'a assuré qu'il s'était couvert de
-gloire au <i>Lawn Tennis</i> de Cettigné où il avait eu
-pour partner des dames du corps diplomatique, des
-jupes de Laferrière, des manches bouffantes de M<sup>me</sup>
-Pacquin et des chapeaux de chez Virot. — C'est
-la loi du progrès. — Les nouvelles routes de Cettigné
-à la frontière sont désormais propices à la
-byciclette: un jour ou l'autre on importera <i>le polo</i>
-et <i>l'automobile</i>, qui ne rappelle que de loin les
-temps de la chevalerie.
-</p>
-
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_136">[136]</span>
-</p>
-
-<p>
-Cependant le Pays tient à ses coutumes. Le
-costume national reste en honneur partout, le trésor
-des poésies populaires, des chants épiques, chants
-de gloire, de guerre et d'amour, histoire vivante,
-sont une source féconde qui ne tarit jamais. Il y
-a toujours dans chaque ancien clan quelque Barde
-errant qui chante au son de la Guzla au détour
-de la route ou sous l'orme des vallées et souvent
-le chantre est aveugle, comme Homère; il dit et
-redit des poésies, qui restent presque toujours anonymes,
-et semblent portées sur l'aile du vent de
-montagne en montagne ou répercutées par un écho
-comme celles des recueils de Vuk Stefanovich que
-Tommaseo vous a fait connaître.
-</p>
-
-<p>
-Pierre II Pétrovich, le grand chantre de la Cernagora
-employait dans ses poësies le décasyllabe
-qui ne recherche point la rime mais la donne parfois,
-quand la raison l'appelle. Le Prince qui règne
-aujourd'hui à la fois soldat, législateur et poëte,
-auteur de «<i>l'Impératrice des Balkans</i>» devenu
-populaire, en fixant en vers de huit syllabes, le
-caractère de chacune des tribus monténégrines; a
-faite cette poësie plus personnelle, c'est la poësie
-littéraire avec la strophe de quatre vers de la
-Poësie Ragusaine, qui garde à ces chants leur caractère
-à la fois tendre et épique.
-</p>
-
-<p>
-«Si j'avais recueilli toutes les fleurs dont ta
-main a jonché le chemin de ma vie (dit le
-<span class="pagenum" id="Page_137">[137]</span>
-Prince Poëte à celle qui partage son trône, en
-lui dédiant son œuvre); si j'en avais respiré tout
-le parfum: j'en aurais pu faire un poème si beau,
-un livre ailé tel que jamais le monde n'en eût
-lu de pareil.... j'eus mieux chanté l'amour, l'intelligence
-et j'aurais pu écrire un livre tout entier
-rien qu'en y recueillant toutes les vertus de
-ton âme qui resplendissent comme un diadème
-impérial.»
-</p>
-
-<p>
-En entendant parler ainsi le Père, vous reconnaissez
-l'Épouse et la Mère, et vous devinez celle
-dont les destinées sont désormais les vôtres.
-</p>
-
-<p>
-Quelque rapide qu'ait été l'hommage que j'ai
-voulu rendre aux Monténégrins, il n'était peut-être
-pas inutile qu'une voix et un cœur français
-vinssent ici confondre dans la même sympathie et
-les mêmes vœux de prospérité la Cernagora, l'Italie
-et.... la France.
-</p>
-
-<div class="footnotes">
-
-<h2>
-NOTE:
-</h2>
-
-<div class="footnote" id="note1">
-<p><span class="label"><a href="#tag1">1</a>.&nbsp;&nbsp;</span>V. son <i>Voyage d'Italie</i>.</p>
-</div>
-
-<div class="footnote" id="note2">
-<p><span class="label"><a href="#tag2">2</a>.&nbsp;&nbsp;</span>Lettre à Fontanes du 20 janvier 1804, insérée dans
-le <i>Voyage d'Italie</i>.</p>
-</div>
-
-<div class="footnote" id="note3">
-<p><span class="label"><a href="#tag3">3</a>.&nbsp;&nbsp;</span><i>Les martyrs</i>, V<sup>e</sup> livre.</p>
-</div>
-
-<div class="footnote" id="note4">
-<p><span class="label"><a href="#tag4">4</a>.&nbsp;&nbsp;</span>Lettre précitée à Fontanes.</p>
-</div>
-
-<div class="footnote" id="note5">
-<p><span class="label"><a href="#tag5">5</a>.&nbsp;&nbsp;</span><i>Mémoires d'outre-tombe</i>, p. 121, 122, 123 du V<sup>e</sup> vol.
-dans la récente édition Garnier.</p>
-</div>
-
-<div class="footnote" id="note6">
-<p><span class="label"><a href="#tag6">6</a>.&nbsp;&nbsp;</span>Discours du 2 janvier 1848, p. 122-123 et 144 du
-V<sup>e</sup> vol. de l'édition de ses Discours publiée par L. Ulbach
-en 1865.</p>
-</div>
-
-<div class="footnote" id="note7">
-<p><span class="label"><a href="#tag7">7</a>.&nbsp;&nbsp;</span>Discours précité.</p>
-</div>
-
-<div class="footnote" id="note8">
-<p><span class="label"><a href="#tag8">8</a>.&nbsp;&nbsp;</span>Discours précité.</p>
-</div>
-</div>
-
-<div class="somm">
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_139">[139]</span>
-</p>
-
-<h2><a id="indice" href="#indfront">
-INDICE</a></h2>
-
-<table class="indice" summary="">
- <tr>
- <td><a href="#lamartine">Lamartine, Châteaubriand et l'Italie</a></td> <td class="pag">Pag. 5</td>
- </tr>
- <tr>
- <td><a href="#pleiade">La pleiade musicale</a></td> <td class="pag">39</td>
- </tr>
- <tr>
- <td><a href="#elettricita">La elettricità animale</a></td> <td class="pag">75</td>
- </tr>
- <tr>
- <td><span class="spaced1"><i>Appendice</i>:</span></td>
- </tr>
- <tr>
- <td><a href="#montenegro">Le Monténégro</a></td> <td class="pag">113</td>
- </tr>
-</table>
-
-<hr />
-</div>
-
-<div class="chapter">
-<p>
-<span class="pagenum" id="Page_141">[141]</span>
-</p>
-
-<p class="title">
-LE CONFERENZE FIORENTINE SULLA VITA ITALIANA
-</p>
-
-<p class="center">
-Alcuni giudizi della stampa.
-</p>
-
-<div class="blockquote">
-<p>
-«Le <i>Conferenze fiorentine</i>, che tanto favore incontrarono
-nel pubblico che ascolta e in quello che legge, hanno cambiato
-di editore: sono passate dai fratelli Treves di Milano
-alla Casa R. Bemporad e figlio di Firenze; ma ciò non vuol
-dire nulla: la sostanza è rimasta sempre la stessa, cioè buona.
-</p>
-
-<p>
-«Dopo aver trattato della vita italiana negli albóri, nel
-trecento, nel rinascimento, nel cinquecento, nel seicento, nel
-settecento, nel periodo della rivoluzione francese e dell'impero,
-le conferenze fiorentine hanno ora preso a trattare della
-<i>Vita Italiana nel Risorgimento</i> e sono già state raccolte in
-volume.» (<i>La Rassegna settimanale universale</i>, 3 aprile 1898).
-</p>
-</div>
-
-<div class="blockquote">
-<p>
-«Alla prima serie di <i>Conferenze fiorentine</i>, edite dalla Casa
-Treves di Milano, che ebbero tanta fortuna nel pubblico degli
-ascoltatori e dei lettori, quando furono dette e stampate, segue
-questa seconda intorno al periodo più serio, interessante
-glorioso della nostra storia. Il periodo del risorgimento ci
-commuove e ci fa fremere anco adesso, poichè le più belle
-energie intellettuali e morali ond'esso fu prodotto si vanno
-spegnendo, e fra le diserzioni e le delusioni, lo scetticismo
-dilaga.» (<span class="smcap">G. Pipitone Federigo</span> nel <i>Flirt</i> di Palermo, 5 maggio
-1898).
-</p>
-</div>
-
-<div class="blockquote">
-<p>
-«I volumi, che la Casa E. Bemporad e figlio ha dato alla
-luce con una signorilità eguale a quella dei Treves di Milano,
-contengono la prima, la seconda e la terza serie delle letture
-<span class="pagenum" id="Page_142">[142]</span>
-tenute l'anno scorso sulla <i>Vita Italiana nel Risorgimento</i> e
-si aggirano su quel burrascoso periodo, che va dal 1815 al
-1831; periodo in cui gli amori più puri e gli slanci più generosi
-si alternano agli odi i più feroci, alle mène più tenebrose
-e più sozze.
-</p>
-
-<p>
-«Tredici letture fra le più belle e le più attraenti, perchè
-parlano di cose e di uomini il cui ricordo è ancor vivo nella
-mente come fossero d'ieri e perchè toccate dalla mano, non
-sempre maestra, ma spesso sicura del Del Lungo, del Rovetta,
-del Nitti, del Biagi, del Costa di Beauregard, dell'Alfani,
-del Panzacchi, del Bonfadini, della Serao, del Colombo e del
-Ricci.
-</p>
-
-<p>
-«Io potrei, se volessi, darvene qui un'idea più ampia e
-farvene anche un tantino di critica; ma a che prò, se i giornali
-della città seppero meglio di me, aiutati dalla freschezza
-delle impressioni, darvi, allora, l'una e l'altra?...» (<span class="smcap">Guido Rubetti</span>
-nel <i>Corriere italiano</i> del 6 giugno 1898).
-</p>
-</div>
-
-<div class="blockquote">
-<p>
-«Pochi libri come questo sono degni di essere letti e meditati
-profondamente.... I soggetti che gli autori imprendono
-a trattare con l'usata maestria, non possono, in verità, essere
-più serii ed attraenti, come quelli che ravvivano il culto delle
-patrie memorie, e, tesoro di osservazioni quasi sempre giuste
-e di bellezze peregrine, mirano tutti a dilettare istruendo.»
-(<span class="smcap">N. Penna</span>, nell'<i>Ebe</i> di Loreto Aprutino, 1º luglio 1898).
-</p>
-</div>
-
-<div class="blockquote">
-<p>
-«In realtà queste Conferenze portano un geniale e utile contributo
-alla coltura nazionale. Non l'aridità dei fatti, non
-una cifra uggiosa, ma un'esposizione facile e limpida, un giudizio
-equamine o sereno danno il quadro più completo e vivo
-del periodo preso a studiare, e rendono con la maggiore schiettezza
-il pensiero che l'ha agitato. Il tema svolto da ciascun
-conferenziere dice subito l'interesse o l'importanza di questi
-volumi.» (<i>Il Paese</i> di Palermo, 8 ottobre 1898).
-</p>
-</div>
-
-<div class="blockquote">
-<p>
-«Apprendere senza fatica e senza perdita di tempo è il desiderio
-di quanti assistono a ogni conferenza, ed è quello che
-<span class="pagenum" id="Page_143">[143]</span>
-pensava anche il Giusti prima che le conferenze venissero di
-moda. A un così giusto desiderio rispondono le conferenze tenutesi
-con costante accorrenza di pubblico a Firenze, per cura
-della Società di letture, riguardanti argomenti di letteratura
-e di storia. Raccolte in volumi, questi ebbero lieta accoglienza;
-ora, gli editori fiorentini R. Bemporad e figlio inaugurano le
-serie delle conferenze storiche sul nostro Risorgimento, pel
-periodo compreso dal 1815 al 1831. Anche a coloro che non
-ignorano le vicende di quegli anni, tornerà gradito questo volume,
-che per la varietà degli argomenti, per la vivezza e il
-colorito della esposizione e pel valore degli autori, riesce un
-interessante e nuovo contributo alla storia paesana.» (<i>Cronaca
-universitaria</i> di Catania, 16 novembre 1898).
-</p>
-</div>
-
-<div class="blockquote">
-<p>
-«V'è da rallegrarsi che le dotte e geniali conferenze tenutesi
-a Firenze per iniziativa della Società di pubbliche letture
-si raccolgano ogni anno in un bel volume che il pubblico
-legge avidamente.
-</p>
-
-<p>
-«Quello uscito ora, il primo della serie storica, non potrebbe
-essere più interessante, per l'indole, la varietà e l'importanza
-degli argomenti trattati. Romualdo Bonfadini discorre
-dottamente della politica degli Stati italiani dal 1831
-al 1846; Guglielmo Ferrero ci ricorda la vecchia Italia e ne
-deduce i bisogni della «nuova»; F. S. Nitti tratta del brigantaggio
-meridionale durante il regime borbonico; e per ultimo
-il Masi ci delinea la figura del vescovo d'Imola, che fu
-poi Pio IX, del quale reca notizie inedite e rievoca memorie
-patriottiche. Certo la lettura di questo volume giustifica il
-pregio e l'interesse dei precedenti e conferma il favore del
-pubblico.» (<i>Il Commercio</i> di Milano, 3-4 giugno 1899).
-</p>
-</div>
-
-<div class="blockquote">
-<p>
-«En deux volumes la maison R. Bemporad et fils de Florence
-nous donne une série de conférences très intéressantes sur la vie
-italienne pendant le <i>Risorgimento</i>. C'est la seconde serie et
-l'accueil fait au premier recueil est mérité par celui-ci.
-</p>
-
-<p>
-«Le premier volume — Histoire — contient quatre études
-de: MM. Bonfadini, Ferrero, Nitti et Masi. Le second volume
-<span class="pagenum" id="Page_144">[144]</span>
-consacré aux Lettres, Sciences et Arts, nous offre des articles
-d'Antonio Fogazzaro, d'Enrico Panzacchi, d'Arturo Linaker et
-de Guido Mazzoni.
-</p>
-
-<p>
-«Chacune de ces études mériterait un article special et
-l'espace nous incite ù renvoyer le lecteur aux deux volumes,
-dont chaque page a une haute valeur littéraire, historique ou
-philosophique.» (<i>L'Italie</i>, 19 giugno 1899).
-</p>
-</div>
-</div>
-
-<div class="tnote">
-<p class="tntitle">
-Nota del Trascrittore
-</p>
-
-<p>
-Ortografia e punteggiatura originali sono state mantenute, così come
-le grafie alternative (Monténégro/Monténegro e simili), correggendo senza annotazione
-minimi errori tipografici.
-</p>
-
-<p class="covernote">
-Copertina creata dal trascrittore e posta nel pubblico dominio.
-</p>
-</div>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La vita Italiana nel Risorgimento
-(1831-1846), parte III, by Various
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VITA ITALIANA NEL RISORGIMENTO ***
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-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
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-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
-Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
-collection are in the public domain in the United States. If an
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-work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
-Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
-809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
-business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
-information can be found at the Foundation's web site and official
-page at http://pglaf.org
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-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
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-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
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-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit http://pglaf.org
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-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
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-any statements concerning tax treatment of donations received from
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-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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