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-Project Gutenberg's Le crime et la débauche à Paris, by Charles Desmaze
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
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-
-Title: Le crime et la débauche à Paris
- Le divorce
-
-Author: Charles Desmaze
-
-Release Date: January 20, 2016 [EBook #50974]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CRIME ET LA DÉBAUCHE PARIS ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Turgut Dincer and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-book was produced from scanned images of public domain
-material from the Google Books project.)
-
-
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-
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-
-
- LE CRIME
-
- ET LA
-
- DÉBAUCHE A PARIS
-
- LE DIVORCE
-
-
-OUVRAGES DE M. CHARLES DESMAZE
-
- Conseiller en la Cour de Paris, officier de la Légion
- d'honneur, Correspondant de l'Académie royale de Bruxelles et
- de plusieurs sociétés savantes de France, officier d'Académie
- (1845-1881)
-
-
- L'UNIVERSITÉ DE PARIS.
- LE PARLEMENT DE PARIS.
- LE CHÂTELET.
- LES PÉNALITÉS ANCIENNES (supplices et prisons).
- LES CURIOSITÉS DES ANCIENNES JUSTICES, d'après les manuscrits.
- DES CONTRAVENTIONS A LONDRES.
- LE FORMULAIRE DES MAGISTRATS.
- COMMUNES ET ROYAUTÉ.
- LA SAINTE-CHAPELLE.
- LE BAILLIAGE DU PALAIS-ROYAL.
- LES MÉTIERS DE PARIS.
- L'ABBAYE D'ISLE DE SAINT-QUENTIN.
- LE SUICIDE.
- LA PICARDIE, étudiée d'après les manuscrits.
- LE MUSÉE DU PEINTRE DE LA TOUR, A SAINT-QUENTIN.
- BAUCHANT (bibliophile Saint-Quentinois, quatorzième siècle).
- RAMUS (philosophe Picard, seizième siècle).
- HISTOIRE DE LA MÉDECINE LÉGALE, d'après les arrêts criminels.
- LES ALIÉNÉS (proposition Gambetta et Magnin).
-
-
-_SOUS PRESSE_:
-
- LA MAGISTRATURE FRANÇAISE.—LES PREMIERS
- PRÉSIDENTS DE LA COUR DE PARIS.
-
-
- Paris.—Imp. E. CAPIOMONT et V. RENAULT, rue des Poitevins, 6.
-
-
-
-
- LE CRIME
-
- ET LA
-
- DÉBAUCHE A PARIS
-
-
- LE DIVORCE
-
- PAR
-
- Charles DESMAZE
-
- Sunt scelus et libido nostri farrago libelli.
- (JUVÉNAL, sat. 1.)
-
-
- PARIS
-
- G. CHARPENTIER, ÉDITEUR
-
- 13, RUE DE GRENELLE-SAINT-GERMAIN, 13
-
- 1881
-
- Tous droits réservés.
-
-
-
-
-PRÉFACE
-
- Caveant consules ne quid detrimenti
- Respublica capiat.
-
-
-Les meurtriers, les voleurs, les filles, vivent dans une compagnie
-étroite et nécessaire—disait l'accusé Humbert, en 1878, devant la Cour
-d'assises de la Seine.
-
-C'est cette coupable et dangereuse association, qu'il importe de
-briser, au plus vite, en soumettant à une loi commune, celle du travail
-honnête, et bien rétribué, les filles[1] tombées, en éloignant d'elles
-tous les repris de justice, qui les tiennent sous leur joug terrifiant.
-
-Elles leur indiquent les crimes à commettre, en recèlent, en dissipent
-les produits, vivent d'une existence d'agitation, d'émotion, de luxe
-et de misère, d'où il ne leur est plus permis de se retirer.
-
-La ligue du mal est formidablement organisée, elle a ses chefs jeunes,
-résolus, actifs, déterminés, partout obéis; elle a ses asiles, ses
-réunions, ses clubs silencieux, sa livrée sur sa casquette d'uniforme,
-son argot multiple, variable, fécond; les filles nourrissent leurs
-amants, en liberté comme en prison, entourées qu'elles sont d'une
-surveillance active et occulte[2].
-
-Dans notre société Française, la condition des femmes est douloureuse
-à étudier. L'exemple du luxe, la coquetterie, la convoitise, les
-lectures, les romans malsains, les danses voluptueuses, sont autant de
-pentes, qui conduisent rapidement au désordre, à la débauche[3]. Une
-fois séduite (souvent sous les yeux, parfois avec la complicité de ses
-parents), la jeune fille, vite abandonnée par son capricieux amant,
-tombe, de chute en chute, au fond de l'abîme. D'abord l'hôpital,
-quelquefois la prison, deviennent les étapes nécessaires et fatales,
-par lesquelles marchent toutes ces malheureuses, auxquelles a manqué
-une direction morale, ferme, éclairée.
-
-Un joli visage est, pour l'enfant du peuple, un funeste et dangereux
-présent. Des loups ravisseurs, cherchent à dévorer cette victime, si
-pure, mais si frêle, si isolée. De quelque côté qu'elle tourne ses pas
-et ses regards, le péril est partout.
-
-On lui souffle à l'oreille des paroles mystérieuses et brûlantes, on
-lui montre à l'horizon, des mirages décevants. Malheur si elle hésite;
-elle est perdue, perdue à toujours, elle est devenue le jouet, la
-chose, qu'une main invisible fait marcher, sans repos, sans trêve!
-Ainsi qu'Ophélia, par le fleuve entraînée, elle mourra, après avoir
-cueilli quelques fleurs, sur la rive. Oh! c'est un long et douloureux
-martyrologe, dont chaque année voit grossir le chiffre.
-
-A Paris même, nous vivons encore aujourd'hui (mai 1881), sans nous en
-douter, malgré tant de révolutions accomplies sous couleur de liberté
-et d'émancipation, sous le régime arbitraire du bon roi saint Louis.
-(Ordon. de décembre, 1244-1248-1256.) M. Vivien, l'austère ministre
-de la justice, l'ancien président du conseil d'État, me racontait
-qu'après la révolution de 1830, emprunté d'abord au barreau, féconde
-pépinière, par le parquet de la Cour royale d'Amiens, puis bientôt
-par la haute administration Parisienne, on lui avait, comme préfet de
-police, présenté à signer des ordres de détention, à Saint-Lazare, pour
-deux mois, sans jugement, contre des filles publiques, inculpées de
-contravention, d'après le procès-verbal d'un agent des mœurs.
-
-Après avoir refusé d'abord de signer, M. Vivien, sur le vu des
-ordonnances des prévôts de Paris, remontant au treizième siècle, se
-décida à décerner les mandats demandés, lui le légiste, l'avocat,
-resté, toute sa vie, fidèle en théorie, aux idées de liberté
-individuelle.
-
-Autrefois, la prostitution[4] était limitée à certaines femmes,
-connues, inscrites, portant ceintures dorées, cantonnées en certains
-quartiers[5], aujourd'hui, à Paris, elle se répand partout, peuple
-toutes les rues, revêt tous les costumes, dont elle règle la coupe et
-la mode[6].
-
-Jadis, la débauche se nombrait par un certain chiffre fixe, maintenant,
-elle se nomme légion, et ses rangs s'augmentent chaque jour, alimentés
-par les ateliers, les magasins et les théâtres, dans ce pêle-mêle des
-âges, des sexes, des ingénuités, des vices, on peut acheter toute
-vertu; il suffit d'y mettre le prix, en s'adressant aux maisons
-connues, mais non patentées, qui font ce commerce étendu, pour Paris,
-la France, les colonies et l'étranger. Exportation, commission,
-livraisons garanties _franco_, et _fragile_ sur l'enveloppe.
-
-Des comptoirs existent pour _la traite des blanches_, on les recrute
-sous prétexte d'emplois de lectrices, d'intendantes, dames de compagnie
-pour Londres, Saint-Pétersbourg ou ailleurs.
-
-Ces lectrices, dames de compagnie, modistes, une fois arrivées on
-les exploite par l'installation coûteuse, dans un bar voisin, au
-prix de 15 fr. pour logement et nourriture. La place annoncée n'est
-plus vacante, il faut en subir une autre, que la misère et la honte
-imposent, car les fonds manquent à l'Ambassade française, pour opérer
-d'urgence le rapatriement[7].
-
-A Paris, les débauchés vont cueillir toutes leurs victimes dans les
-théâtres, bals, cafés-concerts, à la sortie des prisons, des hôpitaux,
-et les emmènent dans leurs demeures[8].
-
-La Justice réserve toutes ses indulgences, toutes ses pitiés, toutes
-ses immunités même, pour la mère qui étrangle son enfant, pour la femme
-qui tue son amant ou le blesse avec un revolver, qui défigure son
-séducteur ou sa rivale avec du vitriol. (Relire les procès de Marambot,
-réparant l'honneur de sa fille; de Marie Bière, châtiant, avec son
-arme, Gentien oublieux; madame de Tilly, inondant d'acide sulfurique
-les traits de celle à qui son mari la sacrifiait trop ouvertement)[9].
-
-On ne peut méconnaître que ces violences révèlent, en éclatant,
-l'inégalité criante qui existe, dans nos mœurs, entre l'homme et la
-femme, courbée sous des servitudes cruelles, contre lesquelles son
-âme et son corps brisés se révoltent parfois. Ces jours-là, le sexe
-appelé par antiphrase _le sexe faible_, se relève, se redresse pour
-frapper, et montre que si la femme a des devoirs plus austères que
-l'homme, elle peut revendiquer elle aussi les mêmes droits[10]. Cette
-thèse, Alexandre Dumas fils la veut soutenir avec sa plume, toujours
-éloquente, parce qu'elle trace des faits vrais, réels, humains, dans sa
-brochure inspirée par son cœur: _les Femmes qui tuent et les Femmes qui
-votent_.
-
-Nous ne voulons pas ici (dans notre sphère plus modeste, forcément
-aussi plus humble), tenter de si hautes revendications. Au nom de la
-religion, qui précédant la loi humaine, et d'accord avec elle, a
-proclamé l'égalité des créatures humaines, il est bon que s'effacent
-des tortures arbitraires, capricieusement infligées sur un signe d'un
-agent obscur, et que des règlements législatifs (devant lesquels
-tous s'inclineront, dans un pays marchant toujours à la tête de la
-civilisation) interviennent enfin. Depuis bien longtemps, ils sont
-attendus, avec résignation et en silence, par des esclaves, des parias
-qui sont, elles aussi, mûres pour la liberté[11].
-
-
-
-
-LE CRIME A PARIS
-
-
-
-
-I
-
-LES MALFAITEURS ET L'ARMÉE DE L'ORDRE.
-
-
- «Ainsi Abadie, vous déclarez que vous vous êtes
- moqué de la Justice.
-
- —Parfaitement, monsieur le Président.»
-
- (_Cour d'assises de la Seine_, août 1880.
- Affaire Abadie, Knobloch et Kirail. Présidence
- de M. Bérard des Glageux.)
-
-Il faut désormais modifier ainsi les vers de Santeuil, gravés au
-Châtelet en 1789:
-
- Hic pœnæ scelerum ultrices posuere tribunal,
- Civibus undè tremor, sontibus undè salus.
-
-Les criminels sont, à Paris, bien moins effrayés que les honnêtes gens
-qui, comme les autruches, se cachent la tête sous l'aile emplumée, pour
-ne plus voir venir le danger.
-
-On ne veut pas constater qu'en 1878, 35754 arrestations sont opérées
-à Paris, 31158 _pour délits, parmi lesquels 14550 vagabonds et 3553
-mendiants_[12].
-
-Dans une année, la prison de Saint-Lazare compte 2720 entrées, 1859
-sorties. Dans le nombre figurent 232 _jeunes filles_. Sur 4881 femmes,
-_arrêtées pour prostitution_, 4719 sortent bientôt pour faire place à
-d'autres, les rangs sont pressés.
-
-Les 1500 cellules, construites dans les prisons de la Seine,
-parfaitement tenues et chauffées, reçoivent des hôtes volontaires, qui
-s'y font renfermer, pour la saison d'hiver, dure au travailleur; ils
-sont libérés au printemps.
-
-Environ 6000 individus, vagabonds, repris de justice s'éveillent à
-Paris, chaque matin, sans savoir comment ils vivront jusqu'au soir.
-
-Jadis, à Paris, les bourgeois faisaient d'abord eux-mêmes le service,
-la police de la capitale, sous la surveillance du guet royal[13], mais
-bientôt ces forces réunies ne suffirent plus, en face de l'audace
-toujours croissante des malfaiteurs. Les sergents du Châtelet, les
-archers[14], les arbalétriers, les arquebusiers, la maréchaussée sont
-organisés sous la direction du prévôt du Châtelet, qui se met lui-même
-en campagne, pour arrêter les bandes de malfaiteurs et qui suit même
-les armées du roi. Le désordre commença le jour où les lois du 14
-décembre 1789, 16 août 1790, conférèrent aux maires le droit et le
-devoir d'assurer la paix de la cité; la révolution était faite.
-
-Après diverses transformations, plus ou moins heureuses, inspirées
-moins par l'expérience qu'imposées par des faits politiques, la
-sécurité de Paris, _qui n'est pas, disait Charles-Quint, une ville,
-mais un monde_, est aujourd'hui confiée sous la direction du préfet
-de police, à la garde républicaine (infanterie et cavalerie), à la
-gendarmerie mobile (admirable troupe, insuffisamment utilisée),
-aux gardiens de la paix, répartis dans les postes des divers
-arrondissements pour la police municipale et enfin aux brigades
-centrales, destinées à agir, sur les points divers et variables où,
-chaque jour, leur puissant concours est réclamé. Il convient d'y
-ajouter le régiment si utile des sapeurs-pompiers.
-
-Les troupes de la garnison, renfermées dans leurs casernes et dans les
-forts, n'agissent plus, au dehors, même par des patrouilles de nuit, et
-restent tout à fait en dehors du service de protection, réclamé par les
-habitants, si ce n'est au cas d'incendie considérable, dans un rayon
-voisin[15].
-
-
-
-
-II
-
-LA POLICE MÉTROPOLITAINE A LONDRES (SON ACTION).
-
-
-M. Howard Vincent, le directeur des recherches criminelles, et le
-colonel Henderson, le chef de la police métropolitaine de Londres,
-viennent de publier chacun leur rapport sur la police de Londres[16].
-
-Le corps de la police métropolitaine de Londres, se compose de 10711
-hommes divisés comme suit: 25 superintendants, 603 inspecteurs, 915
-sergents, et 9168 constables. Dans cette énumération, n'est pas
-comprise la police de la cité, qui relève entièrement du lord-maire.
-En 1879, 21891 crimes ou délits ont amené l'arrestation de 11431
-individus, dont 6221 ont été condamnés à diverses peines. Il y a eu 9
-assassinats et 7 condamnations à mort sur 12 accusés.
-
-La valeur des objets volés s'est élevée à 101798 livres sterling, ou
-2544950 fr., 22460 livres sterling (561500 fr.) ont été recupérées.
-Malgré les avertissements de l'autorité, 26276 portes ou fenêtres ont
-été laissées ouvertes, pendant la nuit, ce qui a facilité le pillage de
-903 maisons dont 599 étaient absolument abandonnées. L'ivrognerie donne
-le chiffre respectable de 33892 buveurs arrêtés et mis en jugement, et
-bien que l'on ne possède pas de service des mœurs, 2152 demoiselles,
-qui faisaient sur le trottoir leurs dangereuses propositions, ont été
-conduites en prison. Il faut remarquer qu'à ce sujet les plaintes sont
-nombreuses et que, d'ici peu de temps, Regent Street n'aura rien à
-envier au boulevard Montmartre, mais la loi ne permet l'arrestation de
-ces aimables personnes que sur une réquisition formelle, et bien des
-gens préfèrent se laisser provoquer que de comparaître en Police-Court
-auprès de femmes, qui ne sont pas précisément l'honneur de leur sexe.
-
-124 personnes sont mortes écrasées par les voitures et 2950 ont été
-plus ou moins grièvement blessées par les véhicules. On a perdu
-dans Londres 28 enfants plus 141 individus, qui n'ont laissé aucune
-trace, et 43 cadavres dont on n'a pu établir l'identité, ont été
-découverts. Il y a eu 259 suicides accomplis, et 404 tentatives,
-qui ont été prévenues à temps. Enfin, 25669 chiens errants ont été
-conduits en fourrière, 3065 de ces animaux ont été réclamés par leurs
-propriétaires, 102 ont été vendus. Le bâtiment va bien à Londres, car
-pendant l'année qui vient de s'écouler on a construit 21589 maisons,
-ouvert 401 nouvelles rues et 2 squares, le tout d'une longueur totale
-de 71 milles; pour peu que cela continue, il n'y aura qu'une seule
-ville en Angleterre. Si vous voulez avoir une idée du travail que
-nécessite l'administration de la police anglaise, je signalerai un
-dernier chiffre: M. Howard Vincent a reçu 40128 lettres officielles ou
-rapports spéciaux, relativement à son service, ce qui prouverait que ce
-poste de création récente n'est pas tout à fait une sinécure[17].
-
-
-
-
-III
-
-LES ARRESTATIONS D'INCULPÉS.
-
-
-Soit au cas de flagrant délit, soit en vertu de mandats
-décernés par le préfet de police ou les juges d'instruction.
-
-Les arrestations à Paris et la banlieue se montent, en
-1878, à 34,699[18].
-
- Hommes majeurs 22,611
- Hommes mineurs 8,255
- Femmes majeures 3,032
- Femmes mineures 801
- Français 32,302
- Étrangers 2,399
- Expulsés 365
- Expulsés après condamnation 362
- Sans antécédents 21,006
- Déjà arrêtés dans l'année 3,003
- Arrêtés antérieurement 18,690
- Libérés en surveillance 458
- En janvier 3,068
- En février (_minimum_) 2,051
- En juillet 2,275
- En août (_maximum_) 3,294
- Flagrant délit 33,553
- Mandats de la Seine 866
- Mandats du préfet de police[19] 46
- Arrêtés à Paris 31,224
- Arrêtés dans la banlieue 3,475
-
-Les travaux du _Petit-Parquet_, 1878, comprennent, à Paris, sur
-inculpés 25,751, 1660 non-lieu; 15,967 mis en liberté; 12,211 placés
-sous mandats.
-
-Les professions sont les suivantes:
-
-Couturières, 722; voituriers, 822; filles publiques, 491; cochers, 530;
-domestiques, 1184; serruriers-mécaniciens, 1,740; journaliers, 10,008;
-colporteurs, 520; imprimeurs, 647; chiffonniers, 241; tailleurs, 376;
-cordonniers, 852; cuisiniers, 215.
-
-Les autres professions sont aussi représentées par des chiffres bien
-moins élevés. Il faut remarquer que les nombres ci-dessus s'appliquent
-principalement à des inculpés, vivant surtout dans les rues, par suite
-en contact continuel avec le public et les agents.
-
-
-
-
-IV
-
-LES VOLS A L'AVENTURE.—A L'AMÉRICAINE.—NATIONALITÉ
-DES INCULPÉS.—ÉTAT DE LA CRIMINALITÉ.
-
-
-Dans cet immense Paris, en dehors des meurtres, empoisonnements,
-attentats aux mœurs, crimes plus rares forcément, il y a: vols la nuit,
-avec violence, sur la voie publique, 296; avec effraction, fausses
-clefs, 649; pendant la nuit, 669; à l'américaine, 2 seulement.
-
-Parmi les arrêtés, on compte, pour Paris, 10,749; pour Seine-et-Oise,
-1152; Seine-Inférieure, 668; Aisne, 752; les Landes n'envoient que 11
-individus.
-
-Les étrangers figurent pour 2,978, dont 698 Italiens, 758 Belges, 273
-Allemands, 232 Suisses, 70 Anglais et Américains. Les voleurs ont leurs
-cafés, leurs cabarets, leurs bals, leurs garnis; trop surveillés, ils
-vont prendre gîte chez des filles, leurs ouvrières, qu'ils surveillent
-dans leur effroyable labeur, dont ils recueillent les profits, sur
-l'état de leurs recettes.
-
-Si l'on constate, de 1874 à 1878, une décroissance apparente des
-affaires soumises au jury, 4,084 en 1874; 3,736 en 1875; 3,693 en 1876;
-3,485 en 1877; 3,368 en 1878; c'est que beaucoup de crimes sont, à
-tort, renvoyés aux tribunaux correctionnels, de là des déclarations
-d'incompétence soulevées, par les prévenus et des règlements de juges.
-
-Crimes contre les personnes: 1874, 1731; 1875, 1765; 1876, 1849; en
-1877, 1653; en 1878, 1614. Parricides: 1874, 5; 1875,12; 1876, 13;
-1877, 10; en 1878, 8. Empoisonnements: 1874, 17; 1875, 17; 1876, 13;
-1877, 19; 1878, 15. Assassinats: 1874, 188; 1875, 195; 1876, 222; 1877,
-193; 1878, 186. Infanticides: 1874, 198; 1875, 203; 1876, 216; 1877,
-204; 1878, 184.
-
-On compte en 1874,1875, 1876, 1877, 1878:
-
-Infanticides: 198, 203, 216, 204, 184.
-
-Viols et attentats à la pudeur sur des adultes: 139, 140, 140, 108, 84.
-
-Viols et attentats sur des enfants: 825, 813, 875, 804, 788.
-
-Avortements: 28, 24, 27, 25, 10.
-
-Les crimes contre les mœurs sont ainsi réprimés: sur 100 accusations,
-20 suivies d'acquittements, 30 de condamnations afflictives et
-infamantes, 50 de peines correctionnelles.
-
-28 condamnations à mort sur 4,222 accusés, traduits en 1878; 7
-exécutions seulement ont eu lieu; 28 condamnés à mort étaient des
-repris de justice (27 hommes, 1 femme); 21 ont obtenu commutation de la
-peine, prononcée par le jury, pénétré de ses devoirs et de sa mission
-sociale, qui est de protéger les habitants, dont il est le délégué pour
-la question répressive.
-
-_Sexe des accusés._—Les hommes figurent sur 4,413 accusés pour 3,780
-(83 p. 100), et les femmes 733 (17 p. 100).
-
-20 accusés sur 100,000 habitants.
-
-4 femmes accusées sur 100,000.
-
-_Age._—Sur ces 4,413 accusés, 766 n'étaient pas encore majeurs (37
-étaient mineurs de seize ans); 12 accusés de 11 à 21 ans sur 100,000
-habitants.
-
-La proportion des femmes acquittées est de 33%, tandis qu'elle est,
-pour les hommes, de 19%. Les accusées d'avortement sont acquittées,
-39%. 34% pour assassinat. 27% pour infanticide.
-
-Sur 31 condamnations à mort en 1877 (29 hom. et 2 fem.), 16
-condamnés étaient des repris de justice; 12 exécutions seulement, 19
-commutations; sur 28 crimes, 5 avaient pour mobile la débauche, et le
-meurtre avait suivi le viol.
-
-Il y a augmentation de 3,531 dans les délits de vol, vagabondage,
-mendicité en 1877, 1,255 fraudes envers les restaurateurs (_Loi du 26
-juillet 1873_).
-
-
-
-
-V
-
-AUGMENTATION DES RÉCIDIVES.—AGE ET SEXE DES CRIMINELS.
-
-
-Sur 3,488 accusés devant les assises (1877) 1,688 (48%) étaient
-récidivistes[20].
-
-La faiblesse de la répression apparaît, dans ce fait, que des
-récidivistes sont condamnés, par le même ou divers tribunaux, dans une
-année[21]:—57,875: pour les Bouches-du-Rhône, 1,789; pour l'Aisne,
-1,398; pour la Somme, 1,034; pour la Gironde, 1,315; pour le Nord,
-2,994; pour le Pas-de-Calais, 1,491; pour le Rhône, 1,331; pour
-l'Hérault, 1,181; pour la Seine, 7,623; pour Seine-et-Oise, 1,413; pour
-la Seine-Inférieure, 1,811.
-
-Il y a là un regrettable abus qu'il importe de signaler aux tribunaux,
-dont la mollesse est un encouragement certain aux délinquants[22].
-
-_Récidives._—Hommes, 33%; femmes, 20%.
-
-Les récidives, pour les jeunes détenus libérés, sont fréquentes et
-montrent la nécessité de faciliter leur reclassement dans la société,
-dans les familles, les ateliers. Les étrangers entrent pour sept
-centièmes dans ce nombre.
-
-En 1877, à Paris, sur 35,083 arrestations: 30,194 hommes, 4,289 femmes,
-9,382, ou 27%, n'avaient pas encore atteint la majorité civile;
-autrefois, on disait les vétérans du crime, aujourd'hui, il faut dire:
-les débutants du crime[23].
-
-Les attentats aux mœurs se maintiennent, depuis quatre années, dans une
-période qui ne varie guère:
-
-_Délits contre les mœurs._—1874, 3,369; 1875, 3,756; 1876, 3,655; 1877,
-3,418; 1878, 3,355.
-
-
-
-
-VI
-
-FONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE CRIMINELLE A PARIS.
-
-
-Si les malfaiteurs sont ici nombreux, résolus, hardis, il faut convenir
-qu'ils sont recherchés, avec une incroyable énergie par les magistrats
-et les agents, spécialement préposés à cette ingrate et dangereuse
-mission.
-
-En général les individus arrêtés sont, _dans les vingt-quatre heures_,
-traduits devant un juge d'instruction sur la réquisition du ministère
-public, et devant la juridiction compétente, s'ils ne sont mis en
-liberté.
-
-C'est la _juridiction des flagrants délits_, à Paris, imités de ce qui
-se passe à Londres[24], et que, chez nous, on a appelé, avec raison
-souvent, _la justice subite_[25]. Trop subite, en effet, parfois,
-parce qu'elle a alors permis à des prévenus (en l'absence de casier
-et sommier judiciaire relatant leurs véritables antécédents), de se
-faire condamner, sous un faux nom et de se créer ainsi une personnalité
-nouvelle.
-
-Il est vrai que, depuis quelque temps, ce fait d'avoir pris faussement
-un nom d'emprunt, dans un interrogatoire signé et relaté au jugement,
-a été avec raison, considéré et puni comme un faux, en écriture
-authentique et publique, pouvant gravement nuire aux tiers.
-
-Aucune critique sérieuse ne peut donc être adressée à la marche des
-procédures criminelles, confiées à des magistrats modestes, dont les
-travaux obscurs ne trouvent souvent leur seule récompense que dans
-la conscience et le sentiment du devoir accompli. Les seuls retards
-viennent forcément des dénégations primitives des accusés, qui
-résistent jusqu'à ce que l'évidence du fait ait été démontrée.
-
-Des retards naissent ainsi des expertises médico-légales et des
-analyses chimiques, souvent longues, lorsqu'il s'agit de rechercher la
-présence et l'action des poisons végétaux[26]. Il faut reconnaître
-ainsi que, dans les hôpitaux, les médecins se refusent, en général,
-à délivrer des rapports sur l'état des malades, afin de ne pas être
-appelés plus tard à en affirmer ou à en défendre le contenu devant
-le juge d'instruction ou aux débats d'audience, dans le pêle-mêle
-des témoins et les irritantes discussions en public, à l'égard de
-confrères, produits sans étude, à la dernière heure, pour se prononcer
-sur une cause, dont ils n'ont pu apprécier, ni réunir tous les éléments
-si divers, si variés, si complexes, si épars. Il est enfin une autre
-cause de retard qu'il importerait de faire disparaître et qui jure,
-avec la rapidité des communications, par la voie des télégraphes et
-des chemins de fer. Nous voulons parler de l'exécution des commissions
-rogatoires par la voie diplomatique. De Paris à Bruxelles une lettre
-met _au maximum_ douze heures, une commismission, adressée, par
-l'entremise du Ministère des affaires étrangères à la capitale de la
-Belgique, n'en reviendra exécutée qu'après un délai, en moyenne, de
-deux mois.
-
-Avec les autres nations, plus éloignées, plus formalistes, comprenant
-moins notre langue, notre législation, les lenteurs seront plus
-considérables encore, surtout si, au lieu d'une simple audition
-de témoins, il s'agit de saisir des pièces après perquisition, de
-compulsoires et surtout d'extradition[27]. En cette matière, il est
-indispensable d'énoncer, sur le mandat à exécuter à l'étranger, la
-nature du crime ou des crimes poursuivis, les articles de la loi pénale
-invoqués en France; quelques nations mêmes demandent la production
-légalisée de la pièce, formant la plainte, comme s'il s'agissait là
-d'accorder à une cause civile la sentence _d'exequatur_[28].
-
-
-
-
-VII
-
-LA CAUSE DES CRIMES A PARIS.
-
-
-En recherchant la cause des crimes dans la capitale, en dehors des
-mobiles qui agissent dans toutes les agglomérations d'hommes, on en
-trouve de spéciales à Paris. Là se trouvent, en effet, réunis les
-dépôts, accumulés en papier ou en métal, de toutes les fortunes,
-publiques ou privées; là sont exposés en public, sans protection
-ni défense, sous de fragiles vitrines, les diamants, les bijoux,
-les billets de banque, les monnaies d'or et d'argent; là aussi sont
-constamment ouverts les cercles, les bourses, les tripots clandestins,
-où l'on se ruine rapidement ou bien l'on s'enrichit vite, des débits
-de boissons capiteuses versent incessamment l'excitation, l'ardeur
-passagère, l'oubli momentané, nécessaires pour une vengeance, pour
-un meurtre, pour un suicide. Les salaires sont trop peu élevés, en
-raison du nombre et des besoins de la famille; les garçons de recette,
-les clercs, les comptables, maniant, à chaque instant, des valeurs
-considérables, sans autre garantie ou sauvegarde que leur conscience,
-leur probité, fragiles comme l'organisation humaine, ne sont guère plus
-ni mieux payés que les ouvriers, qui, gagnent un salaire moyen de huit
-francs, par journée de dix heures.
-
-De là tant de chutes profondes, longtemps cachées, masquées par des
-faux en écriture.
-
-Nous avons dit aussi que l'on avait imprudemment accordé la permission
-de fermer, après une heure du matin, les cafés, restaurants, cabarets;
-mieux eût valu, a-t-on ajouté, dans l'intérêt public et privé, en
-prescrire l'ouverture, jour et nuit, dans la vue de sauvegarder, en
-chaque quartier, les bourgeois imprudemment attardés et les agents en
-tournée.
-
-Les attaques nocturnes, devenues si fréquentes, auraient été ainsi
-forcément désarmées devant des refuges, toujours éclairés et
-fréquentés. Quoi qu'il en soit, il est certain que la tenue des
-théâtres jusqu'à minuit, des restaurants, voisins des spectacles,
-desservant les Halles, étaient sans inconvénient, parce qu'il y avait
-là une circulation incessante et protectrice, et moins de dangers,
-pouvant résulter de la solitude de la nuit, plus complète à mesure que
-l'on s'éloigne du centre.
-
-Les piquets de service, dans les théâtres, dans les bals, ont, après
-leur longue et périlleuse faction, trop peu nombreux toujours, regagné
-leurs casernes, les gardiens de la paix font leur évolution périodique
-et prévue; eux passés, la ville appartient aux bandits, derrière chaque
-carrefour aux aguets, et qu'un coup de sifflet a vite réunis.
-
-Ajoutez à ces causes la facilité de se cacher dans des garnis, dont
-les registres sont d'une vérification bien difficile, les logeurs
-étant comme leurs hôtes de passage, absolument illettrés et d'une
-orthographe, dépassant, pour les noms, toutes les fantaisies. De plus,
-on a trouvé bon de supprimer à l'intérieur et à la frontière les
-passeports, comme une garantie illusoire[29].
-
-On voit par là que les malfaiteurs ont beau jeu et cependant l'on
-s'indigne, une fois le crime commis, lorsque la police de sûreté,
-malgré ses chefs vigilants et ses agents si intelligents, n'en a pas
-immédiatement découvert et arrêté l'auteur. On ne songe pas à notre
-pays, dont les frontières de terre et de mer sont si voisines et que
-les chemins de fer permettent de gagner si rapidement.
-
-On s'étonne qu'une arrestation préventive ait été ici opérée; là, on
-demande pourquoi l'inculpé d'un délit n'a pas été maintenu en état de
-détention, au lieu de s'occuper du fait en lui-même avec sang-froid;
-l'opinion s'émeut, s'agite pour ou contre le prévenu, plus rarement
-en faveur de la victime, à laquelle, sans la connaître, on décerne
-volontiers tous les vices.
-
-C'est à travers ces passions, ces exagérations que l'administration
-et la justice doivent marcher, d'un même pas, vers un but commun et
-social, qui est la recherche importante de la vérité. Les honnêtes
-gens devraient y aider de toutes leurs forces, comme chez nos voisins
-les Anglais, peuple essentiellement pratique, dont nous invoquons
-constamment l'exemple, trouvant qu'il est probablement trop difficile
-pour nous de l'imiter[30].
-
-En dehors, en effet, de tant d'agressions nocturnes avec armes, suivies
-de blessures, constatées, sans relâche ni trêve, il faut retenir les
-attaques de vive force contre les agents, commises récemment aux Lilas,
-au boulevard Montparnasse, où des dragons sont heureusement venus en
-aide aux gardiens de la paix et au plaignant, hardiment maltraités et
-écrasés, sous le nombre des Italiens.
-
-Il faut suivre, sur un plan de Paris, ces meurtres, accompagnés
-de vols, qui frappent des femmes isolées, des débitants de vins:
-M. Schmidt, à Clichy; madame Lachaud, rue du Pont aux Choux;
-madame Bazingeaud, à Romainville; M. Lecercle, à Saint-Mandé;
-madame Garin, rue de Chazelles, auxquels il convient d'ajouter
-les assassins, inconnus encore de madame Joubert, libraire, rue
-Fontaine-Saint-Georges; et Foulloy, qui assomme, rue Fontaine au Roi,
-son patron, M. Joubert, pour le dévaliser et dépenser, à Strasbourg, le
-produit de son crime.
-
-Ces faits indiquent qu'il n'y a pas eu là, suivant nous, inertie de la
-police, mais, pour elle, une fois de plus, impuissance d'agir, à cause
-de son petit nombre et de son cercle, trop étendu de surveillance,
-inutilement et dangereusement développé.
-
-C'est ce moment pourtant que des esprits, sans doute plus libéraux
-qu'éclairés, choisissent pour demander le retrait de la loi du 12
-juillet 1852, qui éloignait si sagement les repris de justice de Paris
-et de Lyon, afin de ne pas faire, en même temps, de ces deux cités la
-double capitale de l'émeute et du crime, un moment triomphants.
-
-
-
-
-VIII
-
-LES PRISONS DE PARIS.—EXÉCUTION DES PEINES. GRACES.
-
-
-Il peut intéresser de constater la population des prisons de Paris:
-
-Le département de la Seine possède huit prisons à Paris et une à
-Saint-Denis, qui va, comme dépôt de mendicité, être transférée à
-Nanterre.
-
-Elles peuvent enfermer (en cellules ou dortoirs), 7,612 détenus.
-
-Le dépôt de la Préfecture de police contient 95 cellules (hommes), 96
-(femmes); il a été construit, en 1857, une infirmerie pour les aliénés,
-quatre salles communes, pouvant recevoir 400 hommes et 100 femmes.
-
-_La Conciergerie_, appropriée en 1854, renferme 75 cellules et 250
-places pour les prévenus de contraventions.
-
-_La Petite-Roquette_, construite en 1835, pour les jeunes détenus, peut
-recevoir 515 individus.
-
-_La prison de la Santé_ date de 1864; on y compte 800 cellules et 817
-places en commun.
-
-_Mazas_ fut construit en 1846, et possède 1,230 cellules.
-
-_La Grande-Roquette_ date de 1836; on y envoie les repris de justice,
-les condamnés pour rupture de ban, les condamnés à mort. On y compte
-259 cellules et 200 places en dortoirs.
-
-_Saint-Lazare_ date du quinzième siècle; elle sert de maison d'arrêt,
-de correction et de prison administrative pour les femmes. Le chiffre
-des détenues est de 1,158 à 1,500, suivant les événements et les
-saisons.
-
-_La prison de Sainte-Pélagie_ date de 1651; elle reçoit les condamnés
-pour délits de presse, les récidivistes; 817 lits, 54 cellules, le
-reste en dortoirs.
-
-_La maison de mendicité_ (Saint-Denis, bientôt à Nanterre) contient
-1,200 pensionnaires.
-
-Un autre dépôt de mendicité pour le département de la Seine existe à
-Villers-Cotterets (Aisne).
-
-Les peines ne reçoivent pas, en général, leur complète exécution; pour
-un tiers d'entre elles, les motifs de commutation, partielle ou totale,
-sont tirés de la nature même du fait, des antécédents des inculpés, des
-influences recommandables, dont ils sont l'objet; enfin, il faut le
-dire aussi, des limites imposées au budget, toujours en accroissement,
-des prisons et établissements pénitentiaires; un fait remarquable
-se produit aussi, c'est que pour échapper au régime rigoureux et
-silencieux des maisons centrales, des réclusionnaires y commettent des
-crimes, afin d'être dirigés sur la Nouvelle-Calédonie, qui leur ouvre
-les perspectives d'un avenir plus doux, d'un travail moins pénible,
-moins continu et aussi des chances fréquentes d'évasion[31].
-
-Une réforme devra donc être, sur ce point, introduite dans l'échelle
-des peines qui, en l'état actuel, ne répondraient plus à une gradation
-nécessaire, pour l'intimidation[32].
-
-Nous ne sommes plus au temps où Rodogune pouvait dire:
-
- Comme reine à mon gré, je fais justice ou grâce.
-
-Les souverains eux-mêmes doivent compte à leurs sujets de l'exercice
-du pouvoir et ils sont justiciables, devant l'opinion et devant
-l'histoire.
-
-L'attentat d'Orsini (14 janvier 1858) avait, par des bombes
-métalliques, jetées, sous la voiture de l'Empereur et de l'Impératrice,
-devant l'Opéra, atteint 166 personnes, frappées de 511 blessures
-mortelles ou graves.
-
-A la suite du procès, suivi devant la Cour d'assise de la Seine, et
-malgré l'éloquente plaidoirie de M^e Jules Favre, Orsini, Pièri, Gomez
-furent condamnés à la peine de mort et Da Silva à la peine des travaux
-forcés à perpétuité, en laquelle fut, sur la demande de l'Impératrice,
-commué aussi l'arrêt concernant Gomez.
-
-Lors de la discussion, qui eut lieu aux Tuileries, au Conseil des
-ministres, auquel avaient été appelés les membres du Conseil privé, le
-général Espinasse, ministre de l'intérieur et de la sûreté générale,
-combattit et entraîna l'opinion de ceux qui voulaient une commutation
-de peine, pour Orsini et Pièri, en se fondant sur ce motif que:
-l'Empereur n'ayant pas été frappé, n'avait pas ici le droit de gracier
-des _meurtriers étrangers_, qui avaient, dans un guet-apens, fait
-couler le sang de citoyens Français; cet avis prévalut.
-
-Le nombre des condamnations à mort augmente dans tous les départements,
-comme pour en témoigner ici hautement la situation effrayée. _Le jury
-veut_[33], espère une répression nécessaire, attendue. En même temps,
-les grâces suivent plus nombreuses, presque toujours inexplicables et
-toujours inexpliquées (Assises du Rhône [parricide], de la Seine, du
-Nord, de la Gironde, de la Haute-Vienne). Empoisonnements, assassinats
-ayant suivi ou précédé d'autres crimes, commis par des repris de
-justice, dans des circonstances horribles, toujours graciés. Pourquoi?
-Mystère?
-
-Il paraît qu'il n'y a plus de Pyrénées, car, en Espagne, le nombre
-incessant des grâces accordées en 1880, aux condamnés à mort, inquiète
-aussi les populations.
-
-Les bandits y puisent un encouragement croissant, dans cette indulgente
-faiblesse du gouvernement débile.
-
-La loi d'amnistie, récemment votée et exécutée, a été une mesure
-essentiellement politique, et le gouvernement, qui l'a présentée, avec
-ce caractère, a pu, à peine jusqu'à présent, bien apprécier si les
-effets ont été en rapport avec le but, par lui rapidement poursuivi et
-obtenu des Chambres.
-
-S'il nous faut parler du _régime cellulaire_, appliqué chez des nations
-voisines, en Angleterre, en Belgique, notamment dans les _Prisons
-de Louvain_, nous devons dire que l'élévation des dépenses qu'il
-entraînerait (4000 fr. en moyenne par cellule), n'a pas jusqu'ici
-permis de l'étendre en France, à beaucoup de prisons, bien que la durée
-des peines ainsi subies, dans l'isolement, ait été diminuée dans une
-certaine proportion. Des colonies agricoles, tentées en Corse, n'y ont
-pas réussi, pour diverses causes, dans lesquelles l'insalubrité du
-sol a été invoquée. Sur le continent, malgré les intelligents efforts
-de l'administration, il faut reconnaître que l'enfant de Paris, fait
-plutôt pour la vie de l'atelier, se plie difficilement à la vie des
-champs[34] plus salubre pourtant.
-
-Là aussi les sociétés de patronage, pour les libérés, doivent être d'un
-précieux et continuel secours, afin de surveiller, d'employer et de
-ramener au bien des natures mobiles et ignorantes.
-
-Dans cette tâche immense et bien complexe, parce qu'elle comprend
-l'humanité, avec ses faiblesses, il faut que tous se mettent résolument
-à l'œuvre, parce qu'il s'agit de conjurer un péril commun et menaçant.
-
-
-
-
-LA DÉBAUCHE A PARIS
-
-
-
-
-I
-
- ANTIQUITÉ DE LA DÉBAUCHE.—CHARLEMAGNE.—ORDONNANCES
- SOMPTUAIRES.—ORDONNANCE DE SAINT-LOUIS (1259) CANTONNANT LES
- PROSTITUÉES.—(1242) ORDONNANCE PERMETTANT AU ROI DES RIBAUDS
- DE PRÉLEVER UNE DIME SUR LES FILLES.
-
-
- Nulla fèrè causa est in quâ non femina litem
- Moverit...
- (Juvénal, satire v.)
-
- Où est la femme? (_Un juge d'instruction._)
-
-La débauche est vieille comme le monde[35]; elle se trouve au berceau,
-comme au déclin de toutes les sociétés humaines; les religions, comme
-les histoires et les législations en font foi[36].
-
-En Grèce, vingt-deux classes de courtisanes desservaient, en leurs
-groupes sympathiques, les vingt-deux branches de la volupté; elles
-étaient les prêtresses[37] inspirées de la Vénus impudique. C'étaient
-la Fellatrice, coquette, trompant le désir, pour en prolonger les
-brûlants accès; la Tractatrice, venant de l'Orient parfumé où les
-plaisirs, qui font rêver, sont en honneur; la Subagitatrice, fille
-de Lesbos; la Lémane, avec les voluptés, douces et chatouilleuses;
-la Corinthienne, qui pourrait les remplacer toutes; l'agaçante
-Phicidisseuse, aux dents dévorantes et lutines, dont l'émail semble
-intelligent; enfin, la brillante et fougueuse Propétide, qui montre,
-en fuyant, les trésors qu'elle ignore elle-même, et qu'elle offre aux
-autres de contempler d'un œil enivré, de flatter d'une main caressante.
-
-Paris, la grande Babylone, possède et exhibe encore les mêmes variétés,
-cultivées avec un art singulier, comme toutes les primeurs du vice[38].
-
-Remontons à la législation ancienne. La débauche est donc bien vieille;
-mais elle sait cacher ses rides sous le fard, se noircir les yeux,
-sourire, et raccoler force victimes. Elle suit une route parallèle
-à la marche progressive, qui pousse en avant les peuples; dans les
-sociétés, l'importance qu'elle acquiert, est de plus en plus grande,
-et lassée pour ainsi dire de régner sur les hommes, elle veut étendre
-son empire sur les arts. La peinture consacre ses toiles à ses scènes
-de volupté, la littérature lui donne grandes et petites entrées dans
-les journaux, dans les romans, dans les théâtres, la voilà qui étend
-sur tout ses mains avides; il faut compter avec elle. Aussi ne peut-il
-pas être sans intérêt de suivre cette course, de marquer ces étapes,
-de voir quels moyens ont été, tour à tour, et toujours inutilement
-employés, pour placer, devant elle, des barrières, sans cesse
-renversées.
-
-Nous avons pensé qu'il serait curieux de passer en revue les défenses,
-essayées dans le dessein d'arrêter la luxure, l'amour de la débauche;
-et, fouillant dans l'arsenal où sont déposées les armes émoussées, nous
-avons voulu arriver jusqu'au temps présent.
-
-Lointain est le moment où les rois frappaient les courtisanes d'une
-main, non gantée de velours.
-
-En comparant les anciennes ordonnances aux règlements nouveaux, on ne
-peut manquer de trouver intéressantes ces recherches et d'en tirer
-peut-être plus d'un enseignement.
-
-Que de chemin parcouru depuis le temps où le Lévitique flétrissait,
-comme une infamie, digne du dernier supplice, les crimes contre nature,
-chantés à Rome et à Athènes par les poètes. Aujourd'hui, moins sévères
-qu'aux jours primitifs, moins indulgents qu'Horace et Virgile, nous
-prenons en main le Code pénal et disons: Art. 330 et suivants: Ce
-délit est réprimé lorsqu'il est accompagné de violence, de publicité,
-qu'il est exercé sur des mineurs de treize ans; ou par un ascendant
-sur un mineur de plus de treize ans, non émancipé par le mariage, on
-lorsqu'il y a enfin habitude de proxénétisme, pluralité de victimes et
-d'actes impudiques. Oui, le vice persiste, le mal grandit; que faire? à
-l'histoire à prendre la parole!
-
-Sans chercher des exemples aux époques où les règlements, les
-ordonnances se suivent sans ordre et se contredisent, ouvrons cette
-instructive série de documents à l'heure où véritablement tout
-s'organise.
-
-Charlemagne, ajoutant aux peines, prononcées par ses prédécesseurs,
-ordonna (800) que: le propriétaire, chez lequel, se prostitueront des
-filles de mauvaise vie, les portera l'une après l'autre, sur la place
-du Marché, pour y être fustigées. S'il refuse, il sera lui-même frappé
-de la même peine.
-
-Les guerres augmentèrent les débauches et saint Louis les réprima par
-la sévérité de son ordonnance de 1254.
-
-Les ordonnances royales alors cantonnent les prostituées, dans certains
-quartiers de Paris, leur défendant de résider ailleurs, sous peine de
-confiscation, ni louer maisons et défendant à tous propriétaires de les
-recevoir ou loger en autres quartiers.
-
-Défense de se trouver dans leur bordel ou clapier, après sept heures
-sonnées, sous peine de prison et d'amende arbitraire.
-
-Défense de porter sur leurs habits, de l'or, de l'argent, des perles,
-du jais, des broderies, des fourrures, des collets renversés, des robes
-à queues traînantes, des ceintures dorées et autres ornements, que
-pourraient porter les femmes d'honneur, à peine de confiscation desdits
-habits et d'amende arbitraire.
-
-Défense à toutes personnes de produire des femmes prostituées, à peine
-du pilori, d'être marquées d'un fer chaud et bannies (Ordonnances de
-1395, de 1415, 1420, 1426, 1480; _Delamare_, 21 825, Fr.; _Bibl. Nat.
-manuscrits_).
-
-Marguerite de Provence, la reine de France, digne femme de saint
-Louis, allant à l'offrande, après avoir touché de ses lèvres la patène
-consacrée, se retourna, selon l'usage de la primitive Église, pour
-donner le baiser de paix à sa voisine. Elle embrassa une dame de riche
-costume, de belle et haute apparence, qui n'était autre qu'une ribaulde
-folieuse (_Bibl. Nat._, _manuscrits français_, 13635, _Fr. supp._,
-4945).
-
-De là serait venu le proverbe:
-
- Bonne renommée
- Vault mieux que ceinture dorée.
-
-A Paris, dès 1259, par les ordonnances du bon roi saint Louis, les
-prostituées étaient cantonnées, dans certains quartiers: la Cité,
-la rue Glatigny, rues de Mascon, de la Boucherie, du Clos-Breuneau,
-Froidmanteau, Robert de Paris, Baillehoe, de Tion, Chapon, de
-Champfleury.
-
-Les règlements se succèdent, mais toujours impuissants. Le 3 février
-1368, le roi Charles défend: qu'on tienne doresnavant bordeau, rue du
-Chapon, près le cimetière Saint-Nicolas-des-Champs. On forniquait même
-dans le cimetière des Innocents, nous apprend un chroniqueur indigné.
-
-Le 8 janvier 1415.—Ordonnance du prévôt de Paris reproduisant, pour les
-prostituées, les mesures édictées par saint Louis, sous peine d'être
-brûlées d'un fer chaud, tournées au pilori, mises hors la ville.
-
-Défense aussi de porter or, argent, boutonnières d'or et d'argent sur
-les habits (_Livre rouge_, vieil du Châtelet).
-
-Malgré les sévérités des ordonnances royales de saint Louis (1259),
-du roi Charles (3 février 1368), du prévôt de Paris (8 janvier 1415),
-les lupanars confinaient aux salles des cours et détournaient les
-étudiants. Guillaume Breton (_Philippidos._ Lib. I), nous révèle ces
-malsaines habitudes, qui ne respectaient même pas les cimetières. (_La
-Taille de Paris_, 1292.)
-
-Au treizième siècle, dans une enquête suivie à Douai, le procureur de
-messieurs du Chapitre de Saint-Amé répudie le témoignage de Waghe le
-Vaut, produit par les échevins, parce qu'il est homme de mauvaise vie,
-qu'il est nommé en ceste ville, roi des ribaulds, tient femmes folles,
-qui sieent èsbordiaux et waguent en péchié de leur corps.
-
-En 1242, une ordonnance des échevins de Douai porte que les jeux de
-dés, breleng, boules et autres étant interdits au roi des ribaulds, il
-percevra, à l'avenir, sur chaque femme de folle vie, demeurant à Douai,
-en estuves ou en bourdel, pour bienvenue, pour la première fois, deux
-gros; sur chacune de ces femmes, par mois, un gros; si elles changent
-de maison, en ville, un gros; sur chaque individu hébergeant ou
-soutenant telles femmes de folle vie, un gros chaque mois; sur chaque
-femme d'estuve ou de bourdel, à la saint Pierre, un gros, et à la fête
-de saint Rémy, un gros; sur les femmes mariées, filles ou meskines,
-qui mésuseront de leur corps, ledit roi pourra prendre, à son profit,
-le mantel ou chaperon; de même, l'habit du ladre, venant habiter la
-ville sans permission. (_Archives de Douai._ Layette, 34, armoire 7,
-cartulaire B.)
-
-
-
-
-II
-
- APPARITION DU MAL VÉNÉRIEN (SENTENCE DE MOISSAC,
- 1303).—ACCROISSEMENT DES MAISONS DE FILLES.—ORDONNANCE DE
- CHARLES VI (1420) INDIQUANT CERTAINS QUARTIERS POUR LES
- PROSTITUÉES.—ARRÊT DU PARLEMENT (1496) POUR ARRÊTER LES
- PROGRÈS DE LA CONTAGION.
-
-
-D'après une sentence consulaire de Moissac (relevée par l'historien
-de cette ville, M. Lagrèze-Fossat), dès 1303, la femme Naude, épouse
-de Bernard Dagen, procédait, comme mineure, avec l'assistance de son
-curateur Guiraud Alaman contre la Lombarde, femme de Bernard Marin;
-cette dernière est condamnée à cinq sols de Cahors et à cinq sols
-tournois, pour avoir appelé la demanderesse vilainement atteinte d'une
-maladie honteuse[39], ce qui était une calomnie, bien entendu.
-
-Un des premiers actes de Hugues Aubriot, nommé prévôt de Paris, fut
-d'aller visiter tous les bordeaux de Paris (1367)[40].
-
-Cette utile inspection a été renouvelée, de nos jours, par des
-administrateurs très pénétrés de l'accomplissement de leurs devoirs, et
-suivie d'une haute approbation sur la tenue du lupanar le plus élégant
-de Paris.
-
-L'Église elle-même, alors[41], n'avait qu'une molle indignation, pour
-le voisinage des belles pécheresses, confinées dans les maisons de
-débauche.
-
-Au quinzième siècle même il fut dit que: les chanoines de la paroisse
-Saint-Merry avaient intérêt que les bordeaux restassent, dans les
-immeubles avoisinant l'église, parce qu'ainsi leurs loyers et rentes en
-valaient mieux.
-
-Le 18 juin 1367, le Parlement, sur l'appel de Jehanne-Lapelletière,
-ordonne qu'elle videra d'ici à la fête de Saint-Lazare la rue
-Coquatrix, qui est foraine[42], et où il y a un bordel, de si
-longtemps, qu'il n'est mémoire du contraire.
-
-3 février 1368.—Lettre du roi Charles au prévôt de Paris, interdisant
-les bordeaux rue Chapon, rue Beaubourg, Simon Langevin, des Jongleurs,
-de Simon le Franc, de la Fontaine-Maubuée, ni autour Saint-Denis[43].
-
-Les ordonnances de Charles VII (14 septembre 1420) et arrêts du
-Parlement rendus en conséquence, défendent aux filles de loger ailleurs
-que dans les rues de l'Abreuvoir, de Mascon, de la Cour Robert de
-Paris, Baillehoë, Chapon, rue Pavée, à peine de confiscation, prison.
-
-Leur fait défense aussi de tenir cabarets.
-
-Hugues Aubriot, le 10 octobre 1368, défend de faire grandes poulaines
-par vanité et mondaines présomptions. (_Bibliothèque nationale,
-manuscrits._ Collection Delamare, 82).
-
-Cette ordonnance demeura stérile, et, en 1485, Charles VIII défend aux
-gens, non nobles, de porter veloux et drap de soye.
-
-Le 28 février 1375, le Parlement de Paris, statuant sur appel d'une
-sentence du Châtelet, condamne au pilori des Halles, avec une couronne
-de parchemin sur la tête, portant ces mots, en grosses lettres:
-_Faussaire_, Agnès Piédeleu, _maquerelle publique_. (_Archives
-nationales. Section judiciaire._)
-
-Des lettres sont accordées, le 28 juillet 1830, au duc d'Anjou, pour
-ôter un lupanar, proche de son hôtel (_Ordonnance du 3 août 1387_,
-reproduisant de précédentes prescriptions inexécutées).
-
-Les parentés les plus hautes ne préservaient pas les contrevenantes et
-la nièce de M. le premier Président de Popincourt est interdite de la
-ville et prévôté de Paris (21 juin 1483), pour faits de débauche.
-
-Le registre de la ville d'Amiens énonce une décision du 9 décembre
-1485, prescrivant que les filles de vie malvaise et dissolute y
-porteront pour enseigne, une aiguillette rouge de quartier et demi de
-long, sur le brach dextre, au-dessus du queute, sans qu'elles puissent
-avoir mantils ou failles, pour couvrir ladite enseigne, ni porter
-chayntures d'or et d'argent, sur peine de confiscation et bannissement.
-
-Puis en avril 1424, par lettres patentes d'Henri, roi d'Angleterre,
-occupant alors la France, adressées au prévôt de Paris, lui ordonnait
-de faire vuider d'un lieu, appelé _Baillehoë_, proche l'église
-Saint-Merry, les femmes de vie dissolue qui y tiennent clapier et
-bordel public, ce lieu étant un chemin, par lequel plusieurs habitants
-venaient à ceste église. (_Registre du Châtelet, livre noir._)
-
-A Londres, comme en Espagne, en Italie, ce pays des belles et célèbres
-courtisanes, que Montaigne n'admirait pas pourtant, la prostitution
-s'exerce librement. Elle y est réprimée seulement, comme tous les
-autres délits, lorsque, dans la rue, en public, elle s'exhibe et
-trouble l'ordre, la morale; on lui abandonne ses quartiers réservés,
-ses franchises, ses victimes mêmes.
-
-Le mal de Naples a déjà fait son entrée en France et le Parlement de
-Paris, prévoyant pour le printemps (6 mars 1496), un progrès de la
-contagion, ordonne que, de par le roy, il sera fait cry que les forains
-hommes et femmes, attaqués de la dite maladie, sortiront de Paris, dans
-les vingt-quatre heures, sous peine de la hart[44].
-
-
-
-
-III
-
- SEIZIÈME SIÈCLE: LES FILLES A DIJON, A PÉRONNE.—(1518)
- LETTRES PATENTES DE FRANÇOIS I^{er} SUPPRIMANT LE BORDEAU DE
- GLATIGNY.—(1556) ÉDIT DE HENRI II SUR LES FILLES AYANT CELÉ
- LEUR GROSSESSE.
-
-
-Jehan Auxeau, sergent de la mairie de Dijon, afferme de 1510 à 1511,
-moyennant 30 livres, la maison commune où se tiennent les filles
-publiques, et il lui est fait remise du prix du loyer, à cause du _Mal
-de Naples_, qui a régné et eu cours, pourquoi plusieurs n'ont fréquenté
-en la dite maison (_Comptes de la ville de Dijon_). On agissait là en
-bon père de famille, envers un locataire malheureux.
-
-A Péronne, le 28 janvier 1518 et 11 février 1519, «il est fait
-commandement à toutes les filles de se retirer dans le lieu public,
-à l'usage d'estuves, pour elles édifié, et ne soient si osées ne
-hardies coucher, ne tenir résidence, hors du dit lieu, si ce n'est
-de jour, pour boire, manger, honnestement et sans bruit, scandale ou
-confusion[45]. Défense aux hosteliers, taverniers, cervoisiers de
-Péronne, vendant vin ou victuailles, de retirer les dites filles,
-sur peine de bannissement, si ce n'est pour maladie ou aultres cas
-pitoyables.» Que les temps sont changés!
-
-La débauche troublait et inquiétait, par ses désordres, les âmes
-pieuses. En 1518, à la prière de la reine Claude, le roi François
-I^{er} signa des lettres patentes, prescrivant la destruction du
-bordeau de Glatigny, situé derrière l'église de Saint-Denis de la
-Chartre, à cause des impuretés qui s'y commettaient, par chascun jour.
-En démolissant lesdites maisons y furent trouvés les squelettes de
-trois hommes et le lendemain, qui était dimanche, par ordonnance de
-monsieur l'archevêque de Paris, furent faites processions générales
-autour de la Cité (_Journal d'un bourgeois de Paris_).
-
-En 1539, Le Parlement de Paris, chargé de juger et d'administrer en
-même temps, ordonne «aux gouverneurs de l'Hôtel-Dieu de pourvoir
-l'hôpital Saint-Nicolas, destiné aux pauvres vérolés, de draps, linges,
-appareils nécessaires, de sorte que plainte ne vienne.»
-
-L'édit de Henri II contre les filles ayant celé leur grossesse, leur
-accouchement, pour faire périr leurs enfants sans baptême, décide
-qu'elles seront punies de mort (février, 1556).
-
-Une sentence de mort prononcée est exécutée le 27 septembre 1724,
-contre Marie Lordiol, veuve Birat, pendue et étranglée à un poteau au
-haut de la rue Mazarine, son corps mort y[46] demeurera vingt-quatre
-heures, puis porté au gibet de Paris.
-
-
-
-
-IV
-
- DIX-SEPTIÈME SIÈCLE: ORDONNANCE DE POLICE, (JUILLET 1629,)
- ORDONNANT AUX FILLES DE QUITTER PARIS.—SENTENCE DU CHATELET (6
- JUILLET 1663).—LETTRE DE LA REINE ANNE D'AUTRICHE.—LA FILLE
- HUÉ (1679).—CRIMES CONTRE NATURE, DE 1640 A 1660, DANS LE
- RESSORT DU PARLEMENT DE PARIS.
-
-
-Ordonnances de police des 19 juillet 1629 et de septembre 1644,
-prescrivant aux filles débauchées, aux vagabonds, de vuider la ville de
-Paris, dans 24 heures, à peine de prison.
-
-Défendant aux propriétaires de louer leurs maisons, en tout ou en
-partie, à gens de mauvaise vie, filles débauchées, à peine de cent
-livres parisis d'amende, et de confiscation des loyers, pour trois ans,
-au profit de l'Hôtel-Dieu, pour la première fois, et pour la seconde,
-de pareille amende, et de voir les maisons murées pour autant de
-temps[47]. Enjoignant à tous propriétaires et principaux locataires des
-maisons où existent telles sortes de gens, de les en faire vuider, dans
-trois jours[48].
-
-Par dépêche du 28 juin 1657, adressée au gouverneur et maire de
-Compiègne par Anne d'Autriche, mère du Roy; il leur est ordonné de
-recevoir Marguerite Bourlet, de ladite ville, ayant mené jusqu'à
-présent une vie fort libertine, où Dieu a été offensé, et de la faire
-mettre en lieu où elle ne puisse continuer à faire du mal, et lui faire
-donner la nourriture nécessaire et proportionnée à la pénitence qu'elle
-doit faire de ses offenses, pour y demeurer jusqu'à nouvel ordre,
-et qu'il ait été pourvu à la faire vivre, comme elle doibt. (Donné
-à Lafère, Anne.)—Voir aux Archives de la ville de Compiègne et à la
-Préfecture de police les lettres de cachet (1721, 1789), ainsi que les
-registres d'écrou des prisonniers, en vertu d'ordres du Roi, pour Paris
-et les provinces (1728, 1792). _Le Bailliage du Palais._—_Les Communes
-et la Royauté_ (Willem, éditeur, 1877).
-
-Une sentence du Châtelet de Paris (6 juillet 1663) intervenue sur le
-réquisitoire du procureur du Roi au Châtelet prescrit de mettre les
-scellés rue du Fouarre, sur une maison occupée par la[49] nommé Hue,
-dite Godefroy, déjà condamnée en plusieurs amendes, mesme par arrêt de
-la Cour du Parlement, à estre fustigée, ayant un chapeau de paille sur
-la teste, avec écriteau portant ces mots: _Maquerelle publique_, et
-bannie de la prévosté et vicomté de Paris, laquelle, au mépris desdites
-sentences, n'aurait gardé son bien, se serait maintenue en ladite
-maison, sans la vouloir vuider, et continue d'y tenir, plus que jamais,
-bordel public, hanté par quantité de filles et femmes de mauvaise vie,
-qui se disputent, jour et nuit, de quoi se plaignent les voisins,
-bourgeois en ladite rue.
-
-Le prévôt de Paris ordonne que sera ladite Hue, dite Godefroy, prise au
-corps et ses meubles inventoriés, puis mis sous scellés, et défense à
-la dame Foucault de louer la maison, dont elle est propriétaire, sinon
-à des gens d'honneur.
-
-En 1679, ceux qui se trouvent à l'hôpital attaqués du mal vénérien
-ou qu'on y enverra, ne seront reçus qu'à la charge d'être sujets à
-correction, avant toutes choses, et fouettés, ce qui sera certifié par
-leurs billets d'envoi.
-
-Bien entendu, à l'égard de ceux qui auront gagné ce mal par leur
-désordre et débauche, et non de ceux qui l'auront contracté, comme
-une femme par son mari et une nourrice par l'enfant. (Archives de
-l'Assistance publique de Paris, citées par le directeur, M. Armand
-Husson, de l'Institut.)
-
-Au dix-septième siècle, un arrêt du Parlement de Paris, sur les
-conclusions conformes de l'avocat général, repoussa une demande, afin
-de congrès, motivée pour cause d'impuissance contre un mari, âgé de
-soixante ans!
-
-L'âge parut à Messieurs de la Cour une suffisante excuse, une
-circonstance atténuante, au moins, comme on dit aujourd'hui.
-
-Ce n'est pas seulement la prostitution qui gagne du terrain, s'étend,
-ravage la ville et appelle l'attention de l'autorité.
-
-De nombreux attentats à la pudeur contre nature étaient commis
-autrefois.
-
-Dans le ressort du[50] Parlement de Paris, composé de l'Ile-de-France,
-la Beauce, le Berry, la Sologne, l'Auvergne, le Forez, le Beaujolais,
-le Nivernais, l'Anjou, l'Angoumois, la Champagne, la Brie, le Maine, la
-Touraine, le Poitou, l'Aunis et le Rochelois, nous trouvons (de 1540 à
-1692) 49 condamnations au feu, à la corde[51], au bannissement.
-
-Sommes-nous en progrès?
-
-
-
-
-V
-
- DIX-HUITIÈME SIÈCLE: D'ARGENSON ET LA FEMME BAUDOUIN (12
- NOVEMBRE 1703).—MESURES PRISES POUR L'ARRESTATION DES
- FILLES.—PRISONS D'ÉTAT.—STATISTIQUE FAITE DES RELIGIEUX
- SURPRIS CHEZ DES FILLES.
-
-
-Le 12 novembre 1703, d'Argenson demande au ministre (qui la lui
-refuse) l'autorisation de faire enfermer au Refuge une jeune femme,
-âgée de seize ans, dont le mari se nomme Baudouin; elle publie
-hautement qu'elle n'aimera jamais son mari, qu'il n'y a pas de loy qui
-l'ordonne, et que chacun est libre de disposer de son cœur et de son
-corps, comme il luy plait, mais que c'est une espèce de crime de donner
-l'un sans l'autre.
-
-Suivant ces principes, elle va coucher chez sa mère, où elle trouve,
-dit-on, un ami, tantôt chez un autre amant.
-
-Quoique depuis plusieurs années habitué aux discours impudents et
-ridicules, je n'ai pu m'empêcher d'être surpris des raisonnements dont
-cette femme appuie son système, regardant le mariage, comme un essai,
-ajoutant qu'il n'y a rien de fait, quand l'inclination ne s'accorde pas
-avec le contrat. (George Sand, _Indiana_,—Alexandre Dumas, _Antony_,—A.
-Dumas fils, _la Question du Divorce_; le R. P. Didon.)
-
-Sur la plainte de madame veuve de Fresquesne, dont le mari était
-mort président à mortier, au Parlement de Rouen, d'Argenson propose
-de renfermer à l'Hôpital général la fille Bressaux, qui avait fait
-dépenser au fils de Fresquesne, lequel voulait l'épouser, plus de vingt
-mille livres. (_Bibl. nat._, Fr. 8125.)
-
-En vertu de commission du Roi, de lettres de cachet ou de mandats
-du lieutenant de police, l'inspecteur délégué opérait, de nuit,
-l'enlèvement des contrevenantes, dont l'arrestation était opérée par
-des exempts, accompagnés de fiacres escortés par des soldats de la
-maréchaussée. Je possède un précieux tableau du temps, attribué au
-peintre Jaurat, représentant l'audience du lieutenant de police, devant
-lequel étaient traduites les filles, déposées d'abord à la prison[52]
-Saint-Martin, puis au Châtelet.
-
-A cette audience publique sur le vu du procès-verbal, le procureur du
-Roi ouï, le lieutenant de police condamnait, depuis un jusqu'à six mois
-d'hôpital ou bien renvoyait les inculpés.
-
-Ces femmes étaient amenées dans une voiture fermée, au bas de
-l'escalier du Châtelet, et de là menées dans le prétoire, encombré de
-seigneurs, placés derrière la cour, de public mêlé et d'étrangers.
-
-Pendant le trajet de Saint-Martin au Châtelet, et, dès leur entrée
-dans la salle d'audience, malgré la majesté du lieu et la présence des
-gardes armés et des sergents à verge, ces filles criaient, menaçaient,
-provoquaient les spectateurs, les témoins.
-
-Quelques-unes riaient, pleuraient tour à tour, se déchiraient les
-robes; d'autres se découvraient avec indécence, bravant, par leur
-attitude, leurs propos, les magistrats qui allaient prononcer la
-sentence, devant d'autres filles perdues, des badauds et des libertins
-d'elles connus.
-
-Outre les filles ainsi enlevées, il en était d'autres que l'on ne
-pouvait arrêter qu'en vertu d'ordre du Roi, parce qu'elles étaient
-domiciliées et dans leurs meubles.
-
-Celles-là n'étaient pas menées à l'audience, mais directement conduites
-dans les prisons d'État, désignées sur la lettre de cachet.
-
-Ces prisons étaient: le château de Saumur, Pierre-Encise, le mont
-Saint-Michel, le château Trompette, Ham, les îles Sainte-Marguerite,
-Angers, Nancy, Rouen, Toul, Amboise, Armentières, le fort Brehon,
-Bicêtre, Saint-Lazare, la Bastille, Lille, Romans, Cadillac, Pontorson,
-Poitiers, Château-Thierry.
-
-Les femmes avaient pour prison, et souvent pour tombeau: le Refuge,
-à Dijon; les Annonciades, à Clermont; la Madeleine, à la Flèche;
-Notre-Dame de Guingamp, les Ursulines de Chinon, les Hospitalières de
-Gomont, Sainte-Pélagie à Paris et le château de Valdonne.
-
-En février 1714, dans une assemblée tenue chez M. le premier Président,
-il est arrêté que les femmes vagabondes, qui ne sont de Paris, seront
-assignées et contraintes à vider la ville. Celles de Paris[1], sans
-domicile, en cas qu'elles désavouent et qu'elles soient réclamées,
-devront élire domicile dans le lieu de leur résidence actuelle, avec
-défense d'en changer sans avoir prévenu le commissaire de police du
-quartier.
-
-Le 3 décembre 1729, sentence de M. Hérault, lieutenant général de
-police, condamnant[53] Scipion Toussaint à être attaché au carcan, dans
-la place du Palais-Royal, vis-à-vis de l'Opéra, pendant trois jours de
-spectacles consécutifs, ayant écriteaux, devant et derrière, portant
-ces mots: Domestique violent envers les gardes de l'Opéra, et en neuf
-années de bannissement. (_Bibl. Nat._, département des manuscrits,
-collection Delamare. Fr. 21625.)
-
-Sur une médaille en bronze, possédée par l'érudit baron O. de
-Wateville, on lit cette inscription aux armes de la ville de Rouen:
-_Proxénète juré_. Cette pièce devait se porter au col de son
-propriétaire.
-
-Dans un tableau de la débauche, à Paris, relevé au dix-huitième siècle,
-les religieux des différents ordres sont inscrits, dans l'ordre
-suivant[54]: Cordeliers 12, Bernardins 5, Carmes 3, Dominicains 5,
-Capucins 3, Récollets 2, Picpus 1, Minimes 1, Feuillants 1, Augustins
-7, Mathurins 2, Religieux de la Mercy 1, Prémontrés 3, Pénitents de
-Nazareth 1, Théatins 2, Bénédictins 2, Clunistes 1, Célestins 2,
-Religieux de la Charité 2, Oratoriens 4, Jésuites 1, Chanoines de
-Sainte-Geneviève 8 (_Trésor judiciaire de la France._ _Curiosités des
-anciennes justices_, p. 204, Plon, éditeur). Les rapports de police
-étaient, pour distraire les favorites, communiqués à la
-
-Pompadour et à la Dubarry (Déclaration royale de juillet 1713; Ord. des
-6 novembre 1778, 8 novembre 1780.)
-
-En 1739, de grands criminels, condamnés pour meurtres et vols, prièrent
-la justice de ne pas les faire exécuter en même temps que d'autres,
-reconnus coupables de crimes contre nature, faveur qui leur fut
-accordée.
-
-Dans cette même année, à Harlem, en Hollande, les noms des condamnés
-pour sodomie[55], furent publiquement affichés et, sur le vu de
-l'arrêt, leurs femmes devinrent libres de se remarier, de reprendre
-leurs noms de famille, leurs armoiries et livrées personnelles.
-
-Une déclaration du roy Louis XVI[56], donnée à Marly, le 26 juillet
-1713, règle les formalités, qui doivent être observées pour la
-correction des femmes et filles de mauvaise vie. Le 8 décembre 1713, le
-Parlement de Paris, sur la requête du
-
-Procureur général du roy, ordonne que la Grand-Chambre connaîtra
-des appellations, interjetées par les filles et femmes, prévenues de
-débauche publique et de vie scandaleuse, tant en vertu de sentence du
-lieutenant général de police que par suite d'information, suivies de
-décrets, prescrivant, même par provision, que les inculpées seront
-conduites à l'Hôpital général, ce qui ne pourra être exécuté que si,
-par la cour, il a été ordonné.
-
-Dès 1755, monseigneur[57] l'archevêque de Paris voulant refréner le
-libertinage des ecclésiastiques, s'était adressé à M. le lieutenant
-au Châtelet de Paris. Il fut entendu qu'on serait averti, dès qu'un
-prêtre, moine ou individu portant l'habit, entrerait chez une fille,
-le procès-verbal, transmis en minute au magistrat, serait communiqué,
-en double copie, au roi et au prélat. Plusieurs de ces procès-verbaux
-furent publiés et conservés en 1789.
-
-Pour étudier le prix de la débauche, ses trafics et marchés, au
-dix-huitième siècle, il faut lire les rapports de police sur les jeunes
-seigneurs, les riches étrangers, entretenant les actrices en renom,
-les filles à la mode ou même entretenus, par elles.
-
-On les nommait alors greluchons, aujourd'hui on dit souteneurs. (_Bibl.
-Nat., manuscrits Fr. 1357-1360_).
-
-André de Clermet, chanoine de Beauvais, est trouvé, le 29 avril
-1755, rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré, dans la chambre de la
-Montpellier, femme du monde.
-
-Jean Jolibert, prêtre de la cure de Bicêtre, quarante-deux ans, est
-surpris, chez la Donde, femme du monde, avec Marie Dupont, vingt-deux
-ans, native de Reims.
-
-Chez Aubry, marchand de vins, rue Froid-manteau, le R. P. Gérard
-(Jean-Baptiste) de l'ordre de Saint-François, est surpris avec les
-filles de débauche Moulinard et Voitoux, âgées de seize ans.
-
-Un inspecteur de police était à Paris, chargé du service général des
-prostituées, il disposait arbitrairement, à son gré, des personnes,
-de la liberté de ces femmes, placées hors la loi, et dont il étendait
-le cercle maudit à d'autres, qui ne l'avaient pas encore franchi.
-Sur toutes, il prélevait, à son profit, des impôts, des redevances
-variables dont elles se rachetaient par des présents en argent ou
-en nature, comme si l'ordonnance du 23 octobre 1425 n'eût pas déjà
-expressément défendu au prévôt de Paris d'appliquer à son profit les
-ceintures, joyaux, habits, vestemens ou paremens défendus aux fillettes
-et femmes amoureuses et dissolues. (Châtelet de Paris.)
-
-Les religieux surpris en débauche, signent les procès-verbaux
-suivants: Honoré Regnard, cinquante-trois ans, chanoine de l'ordre de
-Saint-Augustin, procureur de la maison de Sainte-Catherine, reconnaît
-que, le 26 octobre 1755, il a été trouvé, par le sieur Morer, chez la
-Saint-Louis, rue des Figuiers, chez laquelle il est venu de son gré,
-pour s'amuser avec la Félix, qu'il a fait déshabiller, qu'il a touchée
-avec la main, enveloppée dans le bout de son manteau, en jouant avec la
-Julie et la Félix, sa compagne, lesquelles lui ont ôté ses vêtements
-religieux. Elles m'ont, ajoute-t-il, mis en femme, avec des mouches
-et du rouge, l'inspecteur a surpris les groupes, en cet état, le
-religieux avoue que, depuis plusieurs années, il avait telle fantaisie,
-qu'il n'avait pu satisfaire plus tôt. Le curé Champion, du diocèse de
-Soissons, logé au Palais-Royal, chez son oncle, M. Petit, médecin de
-monseigneur le duc d'Orléans, est trouvé[58] le 10 avril 1755 à huit
-heures du soir chez la Mitronne, fille du monde, avec Marie-Louise
-Blage, âgée de dix-neuf ans.
-
-
-
-
-VI
-
- AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE, ORDONNANCE DU 6 MAI 1778 POUR RÉPRIMER
- L'AUDACE DES FILLES.—DIVERSES PRATIQUES DES COUPABLES POUR
- COMMETTRE DES ATTENTATS AUX MŒURS.
-
-
-Les désordres signalés, les découvertes faites, les scandales
-retentissants devaient naturellement inspirer aux écrivains quelques
-ouvrages, de nature à attirer l'attention publique.
-
-Bien qu'il fût difficile à cette époque de se procurer les documents
-nécessaires pour toucher du doigt le mal, révéler les choses laissées
-dans l'ombre et chercher profondément le remède, il n'était pas
-impossible, tout au moins, de se livrer à quelques investigations, à
-certaines constatations.
-
-C'est ainsi que l'ouvrage de Pierre Manuel, _la Police de Paris
-dévoilée_, fut rédigé, sur les registres secrets des inspecteurs des
-mœurs, sous Louis XV, enlevés lors de la prise de la Bastille et
-transportés à la Commune de Paris, dont Manuel était un administrateur.
-
-L'ordonnance du 6 novembre 1778 portait: sur ce qui nous a été remontré
-par notre Procureur du Roi que le libertinage est aujourd'hui porté à
-un point que les filles et femmes publiques, au lieu de cacher leur
-infâme commerce, ont la hardiesse de se montrer, pendant le jour, à
-leurs fenêtres, d'où elles font signe aux passants pour les attirer;
-de se tenir, le soir, sur leurs portes, et même de courir les rues,
-où elles arrêtent les personnes, de tout âge et de tout état; qu'un
-pareil désordre ne peut être réprimé que par la sévérité des peines
-prescrites par les lois, et capables d'imposer, tant aux filles et
-femmes de débauche, qu'à ceux qui les soutiennent et favorisent,
-pourquoi, il requiert y être, par nous pourvu en conséquence: _Article
-1^{er}_: Faisons très expresses inhibitions et défenses à toutes femmes
-et filles de débauche, de raccrocher dans les rues, sur les quais,
-places et promenades publiques, et sur les boulevards de cette ville
-de Paris, même par les fenêtres, le tout sous peine d'être rasées et
-enfermées à l'Hôpital, même en cas de récidive, de punition corporelle,
-conformément aux dites ordonnances, arrêts et règlements.
-
-La loi municipale du 19 juillet 1791 n'étant pas applicable aux filles
-publiques, le Directoire exécutif, par son message de l'an IV, avait
-demandé une loi spéciale, mais il n'en a été rendu aucune.
-
-M. Debelleyme, devenu de Procureur du Roi à Paris (1826, juillet),
-préfet de police, avait tenté de défendre aux filles de se montrer
-sur la voie publique, en dehors des habitations où elles étaient
-tolérées[59].
-
-L'article 330 du Code pénal et l'article 334 devraient être appliqués,
-à défaut de l'ordonnance de 1778, dont les dispositions demeurent
-implicitement abrogées.
-
-Dès 1269, le Parlement de Paris condamnait à la peine de mort une
-femme, qui donnait à ses victimes des breuvages pour les endormir
-et les[60] dévaliser ainsi plus facilement, pendant leur sommeil.
-(_Archives nationales._ Procès criminels, vol. LIV.)
-
-On voit que l'innovation, en cette matière, n'a heureusement pas fait,
-jusqu'à nous, grands progrès, malgré le magnétisme et l'hypnotisme.
-
-L'emploi des narcotiques pour endormir les victimes était, au
-dix-huitième siècle, connu[61] et pratiqué, comme nous l'apprend la
-série des procédures, suivies en la Chambre de l'Arsenal, constituée
-par ordonnance royale, pour l'expédition des crimes d'empoisonnement et
-autres cas énormes.
-
-Pendant le long règne de Louis XIV, dit le Grand, il y eut quatre
-procès, qui préoccupèrent le roi et toute la nation: la procédure
-suivie contre le surintendant Fouquet, lequel meurt subitement en la
-forteresse de Pignerol (avril 1680), l'affaire concernant le chevalier
-de Rohan, enfin ces décès si rapides, si nombreux, que les poisons,
-apportés de l'Italie ou fabriqués dans des laboratoires inconnus,
-rendaient dans toutes les familles foudroyants et mystérieux. _La
-poudre de succession_ était répandue partout, non seulement dans les
-mets d'un souper joyeux, mais dans les parfums subtils d'un bouquet,
-dans les gants mis pour un bal, dans les perles d'un collier, placé sur
-les épaules.
-
-Si Reich de Penautier, receveur général du clergé, fut acquitté, faute
-de preuve, de la prévention d'avoir empoisonné son prédécesseur, la
-Chambre de l'Arsenal prononça, de 1679 à 1682, 36 sentences de mort,
-226 accusés appartenant à toutes les conditions sociales, étaient
-traduits devant elle, et les prisons d'État ensevelirent dans leur
-ombre, ceux qui ne furent pas condamnés. C'était plus que la mort,
-c'était l'oubli dans une tombe ignorée.
-
-La Brinvilliers avait été brûlée en place de Grève, le 16 juillet 1676,
-et M. le premier président Lamoignon avait dit au prêtre qui assistait
-cette grande coupable: Nous avons intérêt pour le public que ses crimes
-meurent avec elle, et qu'elle prévienne, par une déclaration de ce
-qu'elle sait, toutes les suites qu'ils pourraient avoir. (_Pierre
-Clément._—_La Chambre de l'arsenal_, 1864.—_Le gouvernement de Louis
-XIV._—_Le procès de La Voisin._ Bibliothèque nationale, _manuscrits
-français_, 7608.—Archives nationales.—_Bibliothèque du Corps législatif
-et bibliothèque nationale_, recueil Bouilland, _manuscrit S. F._ 997.)
-
-Malgré les supplices édictés par cette lente et rigoureuse justice, dès
-le 21 septembre 1677, un billet anonyme, trouvé dans un confessionnal
-de l'église des jésuites de la rue Saint-Antoine, révélait le projet
-d'empoisonner le roi et le dauphin. Des soupçons s'élevèrent contre
-quelques gentilshommes de l'Artois, mais ils tombèrent n'étant étayés
-d'aucune preuve.
-
-Il est curieux de lire les rapports des chirurgiens jurés experts,
-reçus à Saint-Côme, qui visitent les victimes, les reconnaissent
-atteintes de la crystalline, tumeur qu'il leur est expressément défendu
-de panser et médicamenter. (Arrêt rendu, pour crimes contre nature, par
-le lieutenant général de police, Réné Hérault, lieutenant de police,
-contre Nicolas Deschauffours, le 25 mai 1726, le condamnant à être
-brûlé en Grève, avec la minute de l'arrêt, puis, ce fait, les cendres
-jetées et semées au vent, les biens confisqués au profit du Roy, après
-prélèvement de trois mille livres d'amende.)
-
-Il était de tradition, parmi tous les médecins[62], depuis cent ans,
-de considérer comme appartenant au domaine de la jonglerie et de
-la mystification tous les phénomènes, qui rentraient dans ce qu'on
-appelait le magnétisme animal ou somnambulisme provoqué. D'après la
-communication faite au congrès de Reims par le docteur Richet[63], il
-faut beaucoup rabattre de cette opinion.
-
-En étudiant l'hypnotisme, le professeur Heidenhein, de Breslau, a
-été amené à constater que les phénomènes de somnambulisme artificiel
-peuvent parfaitement être reproduits par des _passes_ et des frictions,
-convenablement exécutées. Au bout d'un certain temps la sensibilité du
-patient s'émousse, les muscles se contractent et prennent une rigidité
-singulière. Puis la volonté s'assoupit, comme paralysée. A ce moment,
-la personne magnétisée n'est plus en état de combiner et de méditer
-ses sensations, de manière à en déduire une interprétation du monde
-extérieur, et à prendre, par elle-même, une détermination. Mais il se
-manifeste des phénomènes réflexes très bizarres. Si l'on irrite la
-peau de la région dorsale des vertèbres pectorales, les bras se lèvent
-comme d'eux-mêmes au-dessus de la tête. Mais il y a mieux encore: les
-mouvements perçus d'une façon inconsciente à l'aide de la vue et de
-l'ouïe, sont imités automatiquement par l'hypnotisé. Si vous criez: au
-feu! il fera le geste d'un homme qui se brûle. Quant à l'explication,
-elle demeure encore absolument hypothétique, et se rattache, sans
-doute, aux problèmes les plus mystérieux de la physiologie mentale.
-Mais, il n'est pas moins très important que les phénomènes de cet
-ordre aient enfin reçu droit de cité, dans le monde scientifique. Trop
-de savants, en effet, par l'excès d'une qualité, sont amenés à nier
-les faits qu'ils ne comprennent pas, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent
-classer encore à côté d'autres faits déjà connus. C'est l'opposé du
-_credo quia absurdum_ des catholiques. Il ne faut jamais croire ce qui
-est absurde, mais il faut se garder de déclarer absurde tout phénomène
-nouveau ou même rebelle aux théories classiques. On doit observer la
-nature sans parti pris, et, comme un loyal juré, dire sur ce qu'on a
-vu, la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
-
-
-
-
-VII
-
- MESSAGE DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF.—LE CODE PÉNAL.—NOMBRE
- DES MAISONS DE DÉBAUCHE A PARIS.—TABLEAU DES MAISONS OU
- S'EXERCE A PARIS LA PROSTITUTION DES FILLES INSCRITES ET NON
- INSCRITES.—OPINION DE FAUSTIN-HÉLIE SUR LES POUVOIRS DE LA
- PRÉFECTURE DE POLICE ENVERS LES PROSTITUÉES.
-
-
-Le Directoire exécutif, dans le message adressé au _Conseil des
-Cinq-Cents_, le 17 nivôse, an IV, se préoccupait, sinon d'anéantir la
-prostitution, du moins d'empêcher, par des pénalités nouvelles, son
-développement et ses scandales. Les «mœurs sont, citoyens législateurs,
-la sauvegarde de la liberté et, sans elles, les lois, même les
-plus sages, sont impuissantes. L'austérité, en doublant les forces
-physiques, donne à l'âme plus de vigueur et d'énergie. Il importe
-donc d'arrêter, par des mesures fermes et sévères, les progrès du
-libertinage qui, dans les grandes communes, particulièrement à Paris,
-se propagent, de la manière la plus funeste pour les jeunes gens et
-surtout pour les militaires.» (Loi du 19 juillet 1791; 330, 331, 334 du
-Code pénal.)
-
-Les termes de l'art. 334 du Code pénal sont formels et généraux,
-ils[64] visent: «quiconque aura attenté aux mœurs en excitant,
-favorisant ou facilitant habituellement la débauche ou la corruption de
-la jeunesse de l'un ou de l'autre sexe au-dessous de vingt-un ans.»
-
-Il a fallu s'envelopper de subtilités pour appliquer ce texte, si
-formel, seulement aux proxénètes, qui sont artisans habituels de la
-débauche et échangent, contre de l'or, la vertu des enfants, commettent
-un infanticide moral. Il est nécessaire d'appliquer les dispositions
-de cet article aux faits personnels et directs d'impudicité, sur des
-mineurs, sans exiger capricieusement, dans telle ou telle espèce, la
-double condition de répétition des actes impudiques et de pluralité de
-personnes corrompues, comme l'avait fiait l'arrêt solennel de la Cour
-de cassation du 26 juin 1838.
-
-Il ne faudrait point croire, en voyant une diminution dans le nombre
-des maisons officiellement connues, que la débauche sente les rangs
-de son armée s'éclaircir. Loin de là; mais la prostitution ouverte,
-reconnue, perd du terrain pour faire place à une prostitution plus
-dangereuse encore, la prostitution libre, exercée sans contrôle; de
-jour en jour s'augmente le nombre des femmes qui tiennent boutique
-ouverte de plaisirs dangereux, en conservant toute liberté d'allures,
-en évitant toute surveillance. Le nombre des maisons de filles diminue,
-et dans certains quartiers, chaque logis meublé n'est à vrai dire
-qu'une maison de filles, dont la porte s'entr'ouvre chaque soir, pour
-livrer passage à des quêteuses d'hommes. C'est ainsi encore que chaque
-jour donne naissance à ces établissements étranges qu'on décore du nom
-de café, de brasserie, et où le service est fait par des filles, dont
-l'influence est d'autant plus grande sur les consommateurs que leur
-véritable profession, la prostitution, se dissimule sous l'apparence
-trompeuse d'une occupation plus régulière. Dans le quartier Latin, en
-particulier, on compte plus de soixante maisons de ce genre; c'est là
-que les jeunes gens se rassemblent, avec d'autant moins d'hésitation
-qu'un pavillon rassurant couvre, pour ainsi dire, la marchandise.
-
-Mercier disait déjà dans son _Tableau de Paris_ (1780), qu'il y avait
-alors, dans cette ville, 30 000 femmes perdues. Qui en dirait le
-chiffre réel aujourd'hui, sinon les hôpitaux, dans leurs chiffres
-éloquents, et les médecins, les chirurgiens, dans leurs intimes et
-désolantes constatations? Sur 116 filles soumises, on trouve une ou
-deux malades seulement, tandis que, sur 100 insoumises, on compte 61
-malades.
-
-En 1865, un rapport d'inspection générale constate que les casernes des
-régiments de la Garde Impériale, mieux soldés, sont désertes, que leurs
-soldats, à Paris, fournissent 20 000 journées d'hôpital, et que les
-hôpitaux et infirmeries militaires regorgent de vénériens (Maxime Du
-Camp, docteur Martineau, Lecour).
-
-En 1843, le département de la Seine comptait 235 maisons de tolérance.
-
- En 1851 219
- En 1855 204
- En 1860 194
- En 1865 172
- En 1869 152
- En 1871 136
- En 1874 134
- En 1877 136
-
-Les filles inscrites dans les maisons étaient:
-
- En 1855 4,259
- En 1860 4,199
- En 1865 4,225
- En 1869 3,731
- En 1872 4,242
- En 1875 4,580
- En 1876 4,380
-
-_A Paris_ 1870-1880.
-
- Le nombre des filles inscrites en 1870
- était de 3,359
-
- Le nombre des filles inscrites en 1880
- était de 3,375
-
- Années comparées de 1870 et 1880
- (augmentation pour 1880) 16
-
- Pendant la période de 1870 à 1874 l'effectif
- s'est élevé à 4,603
-
- _Nombre de prostituées dans Paris._
-
- Inscrites. { En tolérance 972 }
- { Isolées 2,160 }
- }
- _Nombre de prostituées (banlieue)._ } 3,375
- }
- Inscrites. { En tolérance 68 }
- { Isolées 175 }
-
- Non inscrites 400
-
- _Prostitution clandestine dans Paris._
-
- S'exerçant dans les garnis 15,000 }
- — dans les boutiques 2,000 }
- — dans les chambres isolées 20,000 } 40,000
- — dans les bals, concerts et cafés 3,000 }
-
- _Maladies._
-
- Nombre de prostituées inscrites (malades) 2 p. 100.
- — non inscrites 40 —
-
- _Age des prostituées._
-
- Pour les filles inscrites de 18 à 68 ans.
- Pour les insoumises de 13 à 50 ans.
-
-
-_Origine._
-
- Françaises, 2,800; Belges, Allemandes, Russes, Suisses,
- Italiennes, Espagnoles, Portugaises, Algériennes, Américaines,
- 575.
-
-
- Mariées 330 } 3,375
- Non mariées 3,045 }
-
-Par mois, la police arrête, en moyenne, 300 filles insoumises; sur
-lesquelles 115 mineures sont inscrites par an.
-
-Il y a environ 2600 filles en cartes, pouvant sortir seulement de 7 à
-11 heures du soir.
-
-Les anciennes dispositions relatives à la réglementation de la
-prostitution, ont été implicitement maintenues par l'article 484 du
-Code pénal, ainsi conçu: «Dans toutes les dispositions, qui n'ont pas
-été réglées par le présent[65] Code et qui sont réglées par des lois
-et règlements particuliers les Cours et Tribunaux, continueront de les
-observer. (_Voir encore les lois des 14 décembre 1789_; 16, 24 août
-1790; 19, 22 juillet 1791.)
-
-L'article 471 du Code pénal punit d'amende de 1 franc à 5 francs
-inclusivement ceux qui auront contrevenu aux règlements ou arrêtés
-publiés par l'autorité municipale, en vertu de la loi des 16 août 1790
-et 19 juillet 1794. Cette disposition, appliquée dans les départements,
-n'est pas visée, dans la pratique de Paris (qui opère et agit, elle
-déclare y être forcée), d'une manière absolument arbitraire pour les
-arrestations et détention des filles.
-
-A l'égard de ces filles, dit M. le président Faustin-Hélie[66], _aucune
-loi_ ne donne à l'administration le droit de les arrêter et détenir
-arbitrairement.
-
-Quelle que soit la position de ces femmes, elle doit les surveiller,
-mais elle ne peut les arrêter, lorsqu'elles ne commettent pas un
-délit punissable. On ne peut constituer de classe à part, qui soit en
-dehors du droit commun et pour laquelle les lois n'aient ni force ni
-protection; on ne peut reconnaître à l'administration d'autres droits
-que ceux que la loi lui confère. Qu'en conclure donc? Qu'il faut
-revenir à l'égalité devant la loi.
-
-
-
-
-VIII
-
- LA PRÉFECTURE DE POLICE.—SAINT-LAZARE.—LE MOUVEMENT EN
- ANGLETERRE ET EN FRANCE SUR LA RÉPRESSION DE LA DÉBAUCHE.
-
-
-Veut-on connaître quelques détails sur cette administration, qui a pour
-mission de réprimer la débauche, et à laquelle on refuse des armes?
-
-A la Préfecture de police, dont le fonctionnement est si important, le
-service des mœurs comprend: le chef de la première division, le chef
-du deuxième bureau de la première division, l'officier de paix, chef
-du service des mœurs, l'inspecteur principal, un brigadier et trois
-sous-brigadiers, dirigeant soixante inspecteurs, pour surveiller Paris
-et la banlieue, divisés par arrondissements et lots.
-
-A Saint-Lazare sont cinq catégories de recluses:
-
-1º Les filles détenues, administrativement, soumises ou insoumises;
-
-2º Les prévenues, en vertu de mandats de justice;
-
-3º Les condamnées à moins d'un an de prison, pour délits;
-
-4º Les condamnées à plus d'un an, attendant leur transfèrement, dans
-les maisons centrales;
-
-5º Les jeunes filles, détenues par correction paternelle ou condamnées
-pour avoir agi avec ou sans discernement. (66, Code pénal.)
-
-L'infirmerie de Saint-Lazare peut recevoir 360 malades; elle en compte
-habituellement de 250 à 300.
-
-L'emprisonnement à Saint-Lazare varie d'un mois à deux mois, dans
-l'intérêt des entrepreneurs des prisons.
-
-La maison de Saint-Lazare est dirigée par soixante religieuses,
-appartenant à l'ordre de Marie-Joseph.
-
-Les mineures de dix-huit ans accomplis figurent, parmi les filles
-publiques:
-
- En 1855 182
- En 1860 80
- En 1865 76
- En 1869 65
- En 1872 160
- En 1873 188
- En 1874 174
- En 1875 149
- En 1876 114
-
-Les mineures au-dessous de dix-huit ans:
-
- En 1855 75
- En 1860 20
- En 1865 13
- En 1869 22
-
-Les poursuites exercées à Paris, à diverses époques, plus récemment
-encore à Auch[67], Marseille, Lyon, démontrent qu'à ces écoles de la
-débauche, se forment, par le chantage, par l'association étendue dans
-l'ombre, les plus habiles et les plus audacieux criminels[68].
-
-Les revenus quotidiens des souteneurs, à Paris, sont importants, ainsi
-qu'on peut en juger par le document qui suit:
-
-Depuis quelque temps, les habitants de Neuilly étaient effrayés par de
-fréquentes attaques nocturnes et de nombreux vols à main armée; voulant
-mettre fin à cet état de choses, on en référa au chef de la sûreté, qui
-expédia aussitôt plusieurs agents. On ne tarda pas alors à découvrir
-les coupables. D'après certaines indications, les soupçons se portèrent
-sur trois individus, qui occupaient, avec deux filles de mauvaise vie,
-un taudis, rue du Marché, 49. Une descente de police fut organisée
-et l'on arrêta les cinq individus. Depuis, une souricière ayant été
-établie, le chiffre des arrestations s'éleva graduellement à quatorze.
-Dans cette bande, se trouvent deux repris de justice, dont le casier
-judiciaire est amplement garni.
-
-Un détail curieux et tout à la fois écœurant. Le système de défense des
-hommes de cette bande, lorsqu'on leur reproche les attaques nocturnes,
-est celui-ci: «Pourquoi aurions-nous volé, disent-ils, puisque nos
-_marmites_—c'est ainsi que dans leur langage naturaliste ils désignent
-les femmes—nous donnent six cents francs par mois.»
-
-Comme ce chiffre paraissait invraisemblable, l'un d'eux a fourni comme
-preuve le carnet de comptabilité d'une des femmes; nous extrayons une
-feuille du carnet de la fille Paola.
-
- RECETTES POUR GUSTAVE
-
- fr. c. fr.
- Dimanche 47 » 40
- Lundi 22 » 20
- Mardi 18 50 15
- Mercredi 13 » 10
- Vendredi 18 » 15
- Samedi 24 » 20
- Dimanche 34 50 25
- —————- ———
- 174 » 145[69]
-
-Le 16 février 1879, MM. Schœlcher, sénateur des Colonies, Thulié,
-Tolain, députés; Liouville, conseiller municipal; Tirard,
-député-ministre, donnaient leur démission de membres d'une commission
-d'enquête sur la Préfecture de police, n'ayant pu accomplir leur
-mission.
-
-Pourquoi? On ne leur avait rien montré; toujours le secret
-professionnel, à tous les degrés.
-
-C'est qu'une pareille recherche découvrirait sans résultat possible,
-si ce n'est pour la curiosité publique, les recherches d'une
-administration, obligée d'opérer dans l'ombre, avec ses agents secrets,
-contre les malfaiteurs, qui se cachent, dans tous les mondes et sous
-toutes les couches sociales.
-
-En Angleterre fut pris, surtout dans l'intérêt des garnisons et[70]
-stations navales, le 29 juillet 1864, un bill contre les maladies
-contagieuses (_the contagious diseases prevention act_).
-
-Depuis cette époque, le parti libéral en a demandé le rappel; 10
-députés seulement sur 26 représentants des villes, soumises à ce
-régime, en ont demandé le maintien, énergiquement combattu par MM.
-Williams Fowles, Bright, Gladstone, Mandella, Stainfeld, Childen, S.
-Bourcourt, Johnston, madame Joséphine Butler de Liverpool, madame
-Venturi, ont remis au Parlement des pétitions, couvertes de dix-neuf
-cent soixante-huit mille trois cent soixante-dix-neuf signatures,
-réclamant l'abrogation d'un acte aussi contraire à la liberté et à la
-légalité. A Paris même, madame Chapman a, dans le même but, organisé
-une société, rue de Rivoli, 217.
-
-
-
-
-IX
-
- LA POLICE DES MŒURS.—SON ACTION.—SES
- RÈGLEMENTS.
-
-
-On sait quelles critiques sont journellement dirigées contre la police
-des mœurs, ses agents, et leur façon d'opérer; on sait quelle ardente
-campagne est menée à ce sujet, dans bon nombre de journaux; mais ce qui
-est généralement ignoré, ce sont les recommandations si sages, insérées
-dans le règlement arrêté le 15 octobre 1878 par M. Al. Gigot, alors
-préfet de police.
-
-Ces instructions, courtes et simples, visent la prostitution
-clandestine et les filles insoumises, la prostitution tolérée et les
-filles inscrites, et contiennent quelques dispositions particulières
-sur les outrages publics à la pudeur, le service administratif et le
-service médical.
-
-Les inspecteurs à qui une maison est signalée, comme lieu clandestin de
-prostituées, en préviennent le chef de la police municipale; celui-ci,
-_après enquête_, fait donner, par le chef de la première division, un
-mandat de perquisition, en vertu duquel on peut, avec l'assistance du
-commissaire de police, visiter, de jour ou de nuit, l'établissement
-suspecté.
-
-Si quelque fille, ayant obtenu l'autorisation de loger en garni, est
-trouvée faisant commerce de prostitution, dans le garni qu'elle habite,
-elle peut être arrêtée, car l'autorisation obtenue par elle n'a d'autre
-but que de lui fournir un asile; mais elle éviterait cette conséquence
-si elle était trouvée avec un individu, la gardant comme concubine,
-chose facile à établir par le relevé du registre de police.
-
-Il est rappelé que les cabarets et lieux connus pour favoriser la
-débauche clandestine peuvent être visités par les commissaires de
-police, sans mandat, jusqu'à l'heure de leur fermeture, et même après,
-dans le cas où les portes ne seraient pas fermées à l'heure ordonnée.
-
-On recommande aux agents, pour ce qui regarde les filles insoumises,
-leur surveillance et leur arrestation, une prudence excessive. Il est
-dit qu'on ne les doit emmener qu'après la constation de faits précis et
-multipliés de provocation à la débauche, à moins qu'il n'y ait aveu de
-la fille ou de l'homme, trouvé avec elle, et que les agents ne doivent
-pas user de subterfuges et de provocations.
-
-Dès qu'une fille est arrêtée, un rapport doit être dressé par les
-inspecteurs, qui ont à vérifier immédiatement si l'adresse indiquée
-est bien celle de la demeure réelle; il faut en effet se livrer aux
-recherches nécessaires pour constater des faits habituels de débauche
-publique, un fait de débauche privée n'est jamais suffisant pour
-permettre l'arrestation de celle qui s'y livre.
-
-C'est ainsi qu'une femme, trouvée dans un garni avec un homme,
-n'encourt point une arrestation, quand elle est en relation habituelle
-avec celui qui l'accompagne, à plus forte raison quand il n'y a pas un
-commerce de prostitution, moyennant argent, il est ordonné de ne point
-se saisir de la femme; de même quand elle est trouvée seule, quelque
-soit le lieu de la découverte.
-
-Les commissaires de police ont à décider si l'arrestation doit être
-maintenue, et ce, après avoir entendu les agents et la personne
-arrêtée; procès-verbal est dressé sur formules imprimées.
-
-Les inspecteurs doivent exercer une surveillance journalière sur les
-maisons de tolérance, et veiller à ce que les obligations imposées
-soient rigoureusement observées. Pour les filles inscrites, il est
-permis d'exiger la représentation de leur carte, afin de s'assurer de
-leur exactitude à la visite; mais les agents doivent avoir le soin,
-quand ils ne trouvent pas au domicile indiqué une fille qu'ils sont
-chargés de prendre, de ne point laisser trace de leur recherche.
-
-Sur les filles disparues une grande circonspection est nécessaire;
-aussi faut-il se borner à faire connaître, dans un rapport spécial, la
-situation nouvelle de ces femmes, quand elles ont pris un autre genre
-de vie, et qu'elles se sont remises au travail; on ramène au bureau
-administratif celles qui n'ont point renoncé à la débauche.
-
-Quant aux filles arrêtées, quand elles ne peuvent être dirigées sur la
-Préfecture de police, on les conduit dans les postes, d'où elles sont
-transférées au Dépôt.
-
-Ce ne sera point seulement pour la recherche et la surveillance des
-prostituées que les agents des mœurs ont des fonctions à exercer; on
-leur rappelle que le cas de sodomie, consommé ou tenté dans un lieu
-public, constitue un outrage public à la pudeur, devant lequel ils ne
-sont point désarmés; on leur renouvelle la recommandation de ne point
-agir par voie de provocation.
-
-Les instructions, données sous la rubrique du service administratif,
-portent sur l'examen des pièces, sur l'interrogatoire auquel se
-livre le commissaire interrogateur, au bureau des mœurs, lequel doit
-soumettre à une commission spéciale le cas des filles insoumises
-majeures, qui refusent leur inscription et la position à examiner, avec
-leur famille, des filles mineures.
-
-Les punitions disciplinaires à infliger aux filles continuent, dit
-la note, à être infligées par le préfet, et, dans le cas d'une
-réclamation, par la commission, qui entend la fille arrêtée; dans cette
-commission entrent le préfet lui-même et deux commissaires de police.
-
-La dernière recommandation est adressée au service médical, qui doit
-s'abstenir de procéder à la visite corporelle, quand une résistance
-est rencontrée chez la fille; l'incident est alors soumis au préfet.
-Telles sont, en résumé, les instructions données aux agents des mœurs
-et qui limitent le champ, dans lequel ils doivent agir. On voit que,
-dans une ville comme à Paris, théâtre de tant de désordres, il est bien
-difficile d'agir avec plus de mesure, de circonspection, de manière
-à sauvegarder les intérêts publics et privés. Comment, sur le grand
-nombre, éviter une erreur? On en a signalé parfois, avec grand bruit,
-mais sans preuves le plus souvent.
-
-
-
-
-LE DIVORCE
-
-
-
-
-I
-
-LE DIVORCE.
-
-
- Trop heureux si bientôt la faveur d'un divorce
- Me soulageait d'un joug, qu'on m'imposa par force.
-
- (Racine.—_Britannicus_, _II_).
-
-Nous venons d'exposer les chiffres, le personnel du crime et de la
-débauche à Paris. A toutes les causes suffisantes de dissolution pour
-la société Française, si profondément travaillée déjà, est venue,
-dans ces derniers temps, s'en ajouter une nouvelle qui, suivant nous,
-s'attaque à la famille elle-même et la détruit. Nous voulons parler
-ici du divorce, dont bien des unions, déjà désorganisées ou séparées
-judiciairement, attendent la prochaine proclamation, comme un bienfait,
-comme une libération. Divorçons[71] est la devise, trop facilement
-acceptée par des époux qui ont, à peine, essayé du mariage et qui s'en
-montrent, de suite, dégoûtés, ne voulant pas comprendre qu'il est
-indissoluble, dans son essence[72] civile et religieuse, comme étant de
-toutes les actions celle qui intéresse le plus la société.
-
-Molière, ce grand penseur, ce grand écrivain, ce martyr résigné a
-écrit, dans l'_École des femmes_ (III):
-
- Le mariage, Agnès, n'est point un badinage,
- A d'austères devoirs le rang de femme engage.
-
-De son côté, Bourdaloue, s'écriait avec éloquence: «On ne regarde plus,
-ce semble, le mariage, comme une chose[73] sacrée, mais comme une
-affaire temporelle et comme une simple négociation.»
-
-Enfin, et à un autre point de vue[74], Buffon constatait que, dans son
-temps, c'est-à-dire il y a près de cent ans, chaque mariage produisait
-à Paris[75] environ quatre enfants deux tiers, au lieu qu'à présent
-chaque mariage ne produit, tout au plus, que quatre enfants!
-
-Dans les autres pays (moins riches et peut-être à cause de cette
-situation même, car la misère est prolifique), la population augmente
-et, en France, nous la voyons décroître, sans nous en préoccuper, sans
-en rechercher[76] les causes, sans en appliquer les remèdes possibles.
-Les logements doivent être aérés, les aliments doivent être sains et
-surveillés sur les marchés, les boissons, trop souvent frelatées,
-troublent les cerveaux et déterminent de fréquentes maladies des
-centres nerveux. Il y a là, dans les ménages, pour la conception,
-tout un ensemble de phénomènes mystérieux à étudier, à prévenir, à
-guérir, par une science[77] habile. Ce sont là, suivant nous les
-grands horizons, sur lesquels se doivent porter les méditations des
-gouvernements, des législateurs.
-
-Il ne nous paraît pas que le projet de loi sur le _Divorce_ réponde à
-un besoin vrai de notre société Française, ou à une nécessité de notre
-temps; jusqu'à preuve contraire et attendue, nous n'y voyons qu'une
-machine de guerre, destinée à détruire la famille et la propriété,
-réglées dans leur constitution et leur transmission, par des lois
-éclairées.
-
-Avec la nature mobile du caractère français, avec les impressions
-passagères qui le dirigent trop souvent, le mariage deviendra la
-satisfaction éphémère d'un caprice et, après un certain temps, les
-conjoints reprendront, à leur gré, leur liberté[78], pour voler à de
-nouvelles épreuves, toujours charmantes au début, pénibles seulement à
-la longue, quand est venue la satiété. Châteaubriand lui-même disait
-dans sa vieillesse, charmée pourtant par madame de Récamier: «J'ai
-baillé ma vie!»
-
-
-
-
-II
-
-DU DIVORCE DANS L'ANTIQUITÉ.
-
-
-Il faut, pour se prononcer, sur la question qui nous occupe, jeter un
-coup d'œil sur le droit ancien et les législations étrangères, que les
-études, si consciencieusement[79] rappelées dans sa thèse de doctorat,
-par M. E. Combier, à qui nous empruntons ce qui va suivre, permettent
-d'examiner, avec certitude. Les différences des mœurs, des coutumes,
-des habitudes, des époques apparaissent, à chaque pas, sans qu'il soit
-besoin d'y insister, et démontrent l'abaissement, l'esclavage muet et
-humilié, sous lequel la femme fut et est encore maintenue.
-
-En Chine, la femme dépend de son père avant le mariage, de son mari
-pendant le mariage et de son fils, lorsqu'elle est veuve. (_Confucius._
-Davis. _The Chinese._) La polygamie n'est pas permise, mais le
-concubinage est autorisé, le divorce peut être demandé pour adultère,
-stérilité de la femme, conduite licencieuse, que des grilles solides
-rendent difficile.
-
-Les Japonais, dont la législation semble perfectionnée déjà, bien
-qu'ils aient cru devoir la soumettre à deux[80] professeurs de la
-Faculté de Droit de Paris, ont, sur leurs femmes, un pouvoir absolu,
-ils peuvent même les vendre, en cas de pressant besoin, les renvoyer,
-en _cas de stérilité, ou de babil, comme un perroquet_, les tuer, en
-même temps, que le complice d'adultère, mais non séparément, sous peine
-d'être poursuivis comme meurtriers. Là, les mœurs exigent tout de la
-femme, rien du mari—ce dernier est le chef, le maître, à qui sa femme
-est liée, par une chaîne, que la mort[81] peut, à peine, rompre, dit
-M. Bousquet.—Le divorce est rarement prononcé au Japon s'il y a des
-enfants; si le divorce est cependant obtenu, les enfants restent à la
-garde du père.
-
-Dans l'Inde, le mariage n'était dissous que pour cause de stérilité,
-après huit années sans enfants, ou si, au bout de douze ans, la femme
-n'avait donné naissance qu'à des filles. (Lois de Manou.) L'adultère
-donnait lieu au divorce, et, dans ce cas, la femme était punie par la
-perte de sa dot.
-
-En Perse, la femme peut être répudiée, deux fois de suite, elle peut
-aussi obtenir le divorce, pour cause de misère, d'actes immoraux ou
-d'impuissance du mari.
-
-Dans la Grèce, le divorce était fréquent, mais entouré pour les femmes,
-de grandes difficultés, elles pouvaient, nous apprend Hérodote, être
-répudiées pour cause de stérilité, et flétries pour adultère.
-
-Pour les Juifs, le divorce fut autorisé par la loi de Moïse, «afin,
-dit saint Jérôme, de permettre, comme remède à des misères ou chagrins
-domestiques, de prendre de nouvelles épouses plus jeunes, plus belles,
-plus riches.» (_Saint Jean Chrysostome_, 12^e homélie.)
-
-La conséquence de l'adultère de la femme Juive n'était pas le divorce,
-mais la mort. L'adultère du mari n'était puni que lorsqu'il était
-trouvé, en flagrant délit, avec une femme mariée. (L. de Modène.
-_Cérémonies et coutumes des Juifs._ Lettres patentes de juin 1776.)
-
-A Rome, d'après Plutarque (_Vie de Romulus_), les maris pouvaient
-répudier leurs femmes, coupables de supposition de part, voleuses avec
-fausses clefs, ayant préparé du poison, commis un adultère ou s'étant
-mises en état d'ivresse. (Aulu-Gelle, _Nuits Attiques_, liv. X, chap.
-XXIII.)
-
-Dans une de ses comédies (_Mercator_), Plaute fait dire à Syra: «Utinàm
-lex esset eadem quàm uxori est viro.» Toujours ce même désir d'égalité
-de la femme, devant la loi, afin qu'elle puisse répudier aussi son
-mari, qui pouvait la renvoyer, pour cause de stérilité, comme le
-fit le premier Spurius Carvilius Ruga, qui avait imprudemment juré
-aux censeurs de donner bientôt, par son mariage, des enfants à la
-patrie. On s'indigna d'abord de ce divorce et de son motif, incertain
-peut-être, mais d'autres bien nombreux suivirent bientôt et sans cause,
-ou pour des puérilités: une femme, qui sort tête nue, une autre, en
-compagnie d'une affranchie, mal famée. Paul-Émile renvoie la vertueuse
-Papyria, mère de Scipion l'Africain, parce que ses souliers neufs le
-gênent. (Valère Maxime. Plutarque.) Sylla répudie sa femme Cæcilia,
-Pompée épouse la fille de Sylla, mariée et enceinte. César répudie
-Pompeia, sur un simple soupçon d'adultère, en disant aux Tribuns cette
-phrase superbe, tant de fois répétée depuis, pour dispenser de preuves:
-«La femme de César ne doit même pas être soupçonnée!» Caton d'Utique
-lui-même céda sa femme Marcia, alors enceinte, à son ami Hortensius,
-signa au contrat et reprit l'abandonnée, avec plaisir, quand le défunt
-lui rendit sa place. (Plutarque, _Vie de Caton_.)
-
-La dot, on le comprend bien, avait plus de part que le cœur en ces
-amours éphémères, elle reste au mari, répudiant sa femme, pour
-mauvaises mœurs. On épousait des courtisanes, bien achalandées, puis on
-les renvoyait après, mais sans leur fortune faite; ainsi agit Titennius
-pour épouser Farmia et aussi Cicéron, le prince des orateurs, qui
-répudia Terentia, pour s'unir à une jeune fille, dont la grosse dot
-paya ses dettes.
-
-Les vices du monde, conquis par elle, désolent Rome victorieuse; les
-matrones imitent les courtisanes d'Athènes. L'accès du divorce, rendu
-facile à tous et à toutes, conduit les femmes à l'adultère[82], elles
-affichent les mêmes licences que les hommes, partagent leurs orgies,
-défient les plus intrépides, la coupe à la main, les surpassent même,
-par les raffinements de leur luxure, sauf à payer, par des infirmités
-précoces et étrangères à leur sexe, la peine de ces vices, qu'elles
-n'auraient jamais dû connaître.
-
-La débauche, à Athènes, était modérée, discrète, contenue, élégante;
-une fois répandue, dans Rome, elle n'y rencontra plus de digue. Les
-Romains, violents et grossiers, s'y plongèrent sans mesure, sans frein,
-et comme les femmes jouissaient, chez eux, d'une liberté illimitée,
-la luxure pénétra au sein des familles et souilla jusqu'à la sainteté
-antique du foyer[83]. La corruption des mœurs détruisit la censure,
-instituée pour supprimer les Saturnales et leurs infâmes initiés (186
-avant J.-C.). Caton affichait, devant ses enfants, ses relations
-avec une jeune et belle esclave. Les femmes ne comptaient plus les
-années par le nombre des consuls, mais par celui de leurs amants.
-Elles avaient un mari seulement pour provoquer à l'adultère, elles se
-mariaient, dit Sénèque, pour divorcer, et divorçaient pour avoir le
-plaisir de se remarier encore. Pour échapper momentanément aux lois
-_caducaires_ on vit les célibataires, en apparence les plus endurcis,
-contracter des unions irréfléchies[84].
-
-Aux causes de divorce, indiquées par Plutarque, il faut ajouter: la
-captivité chez l'ennemi _pendant cinq ans_, l'impuissance du mari,
-l'adultère, la folie incurable. (Ulpien. Digest. _De divortiis._)
-
-On ne peut méconnaître que l'Empire Romain s'écroula sous le poids
-de ses immenses conquêtes, mais à cette cause de dissolution il faut
-ajouter la dépravation profonde, qui rongea les corps et les âmes, les
-passions égoïstes, remplaçant au foyer conjugal l'austérité des mœurs
-antiques. «L'exemple des Romains, dit Gibbon, démontre bien que le
-divorce ne contribue pas au bonheur et à la vertu des peuples.»
-
-Nous allons voir maintenant quel rôle il joue, chez les nations
-modernes, et si la France doit, sans péril, l'adopter à l'heure
-présente.
-
-
-
-
-III
-
-LE DIVORCE CHEZ LES NATIONS ÉTRANGÈRES[85].
-
-
-En Angleterre, où les formalités du mariage sont rendues très faciles,
-puisqu'il n'est pas nécessaire de recourir à l'autorité spirituelle,
-il suffit aux futurs de remettre au greffier civil (_registrar_) les
-papiers, les certificats de publication en présence de deux témoins,
-portes ouvertes, entre huit heures et midi.
-
-Le divorce était prononcé par les cours ecclésiastiques, pour
-incapacité proclamée par les lois canoniques; et, dans certains cas,
-comme pour adultère de la femme, par acte privé du Parlement. L'acte
-de la Reine Victoria (28 août 1857) transporta le jugement de ces
-questions à la _Court for divorce, and matrimonial causes_. Cette
-juridiction peut prononcer le divorce pour adultère, sévices, abandon
-sans cause, pendant deux années au moins (La Play, _Constitution de
-l'Angleterre_).
-
-Le mariage est aujourd'hui encore, en Angleterre, entouré de tant
-de respect que le divorce y est, dans toutes les classes, une très
-rare exception. L'acte de 1857 n'est pas applicable, dans les îles
-Normandes, non plus qu'en Écosse ou en Irlande.
-
-Aux États-Unis, où le droit commun de l'Angleterre règne encore
-généralement, chaque État observe pourtant une législation, qui lui est
-propre. Le mariage est établi par la déclaration libre des parties,
-devant le magistrat, ou seulement même devant témoins. Les hommes sont
-nubiles à quatorze ans, les filles à douze, sans avoir alors besoin du
-consentement des parents. Le divorce a lieu pour cause d'adultère, dont
-la preuve peut être repoussée, si l'autre conjoint a commis la même
-faute. La tendance actuelle, en Amérique, est de faciliter le divorce
-pour les femmes, émancipées complètement de la puissance maritale
-par l'acte de 1875, dans le Massachusetts. Dans certains États, la
-séparation de corps est admise, comme une épreuve temporaire, devant
-aboutir à la réconciliation ou au divorce.
-
-Chez les anciens Germains, le mariage, nous apprend Tacite, était
-une alliance indivisible et sacrée, à côté d'elle, on admettait et
-on admet encore l'union morganatique, privée de certains effets du
-mariage légitime. (Miroir de Souabe. Lehr. _Droit germanique._) Le 9
-mars 1874, fut promulguée la loi qui établit le mariage civil dans
-toute la Prusse; le mariage civil y doit précéder le mariage religieux,
-sous peine d'amende; cette loi fut étendue à toute l'Allemagne par la
-loi du 6 février 1875. Les cas de divorce admis sont très nombreux.
-(Le Landrecht prussien, promulgué le 1^{er} juin 1794, contient 119
-articles, relatifs au mariage); en première ligne l'adultère, les actes
-immoraux, les relations suspectes, continuées malgré l'injonction
-du juge, l'abandon volontaire, le refus obstiné du devoir conjugal,
-les infirmités génitales, la démence incurable, les condamnations
-infamantes, les injures graves, l'ivrognerie et la débauche habituelle,
-l'exercice d'un métier honteux, la misère, le changement de religion.
-Quand il n'y a pas d'enfants, le divorce peut s'opérer par consentement
-mutuel. A Brunswick, l'expulsion du pays est une cause de divorce.
-
-En Hollande, où notre Code fut suivi jusqu'en 1830, la législation de
-1838 a admis à la fin le divorce et la séparation de corps, permise
-même par consentement mutuel.
-
-La Suisse, diverse comme ses paysages, est régie par des lois, par
-des coutumes, réunies en fédération, où le divorce est admis par la
-constitution du 29 mai 1874, pour adultère, dans les six mois, pour
-attentat à la vie du conjoint, pour condamnation infamante, pour
-abandon malicieux du foyer, pendant deux ans, pour folie incurable.
-
-En Autriche, le divorce est aussi admis; de même en Suède, en Russie,
-en Norwège, les causes y sont: l'adultère, les maladies chroniques, les
-condamnations infamantes.
-
-L'islamisme existe encore en Afrique, en Asie et ses disciples se
-demandent si la femme a une âme, lui permettant d'entrer, un jour, dans
-le Paradis des hommes.
-
-Mahomet dit aux croyants: «Les femmes sont votre champ, ensemencez-le,
-à votre gré, vous êtes supérieur à elles.» Le Prophète limite à quatre
-le nombre des femmes (tout en faisant une meilleure exception pour
-lui-même), le nombre des concubines est illimité. D'après Lane (modern
-Égyptian) les hommes changent de femme, une fois par mois. Le divorce
-existe pour adultère, impuissance, folie. (_Surah._)
-
-Le Mexique, l'Italie, l'Espagne, le Portugal n'ont admis jusqu'ici que
-la séparation de corps.
-
-La Belgique a conservé le titre VI du Code Napoléon, dont les
-dispositions ont cessé d'être en vigueur, en France, depuis la loi
-de 1816. Le divorce est donc usité chez nos voisins, qui en usent
-largement, concurremment avec la séparation de corps. Il en est de même
-aujourd'hui, dans l'Alsace-Lorraine, où le divorce a été rétabli par la
-loi de 27 novembre 1873.
-
-Les Arabes de l'Algérie sont régis par le sénatus-consulte de 1865.
-
-
-
-
-IV
-
-DU DIVORCE DANS LES GAULES (PÉRIODE BARBARE).
-
-
-César, en parlant des Gaulois, ne cite pas d'autre cause de dissolution
-du mariage que le décès de l'un des conjoints. Faut-il en conclure que
-le divorce n'était pas admis chez eux? César nous apprend, de la façon
-la plus claire, que les pouvoirs les plus absolus étaient concentrés
-dans les mains du mari, qui avait droit de vie et de mort sur sa femme,
-comme sur ses enfants: «_Viri in uxores, sicuti in liberos, vitæ
-necisque habent potestatem[86]._» A l'époque de la conquête, le chef
-de famille Gaulois avait le droit de répudier sa femme, comme il avait
-le droit de la faire périr, dans les supplices, lorsqu'elle encourait
-quelque soupçon grave: «_Si compertum est, igne atque omnibus tormentis
-excruciatas interficiunt._» Néanmoins les Gaulois avaient des mœurs
-très pures et le divorce, s'ils le pratiquaient, ne dégénéra jamais en
-abus.
-
-La famille antique, unie par des liens étroits, se groupait autour de
-son chef, abdiquant devant lui toute indépendance, et se soumettait
-fidèlement à une autorité, sans limites, sentant le besoin de se
-protéger par la force et l'union, contre les dangers du dehors. C'est
-ainsi que la force apparaît primitivement comme la forme de tout droit;
-le besoin de protection donne un pouvoir absolu au chef de famille,
-et c'est un caractère des mœurs patriarcales de voir une pareille
-toute-puissance, exercée sans injustices et sans abus, par les hommes,
-qui en sont revêtus.
-
-Si nous examinons maintenant l'état de la famille chez les peuples
-germaniques, qui allaient envahir la Gaule, nous voyons les Germains
-adopter le principe de l'indissolubilité du mariage. Le mariage avait
-eu tout d'abord, pour caractère la forme d'un achat et d'une vente[87],
-mais ces formes ne furent plus bientôt qu'un symbole et l'union
-légitime fut entourée de respect et d'hommage.
-
-«Ils se contentent d'une seule femme, dit Tacite, à l'exception de
-quelques grands, qui en prennent plusieurs, non par dérèglement,
-mais pour ajouter à leur noblesse par ces alliances[88].» La femme
-était intimement associée à la vie et à la fortune de son mari. On
-l'avertissait solennellement lors du mariage: «_Venire se laborum
-periculorumque sociam, idem in pace, idem in prælio, passuram,
-ausuramque, sic vivendam, sic pereundam[89]._» Le divorce était à peine
-connu et l'adultère excessivement rare; on le punissait de peines
-rigoureuses, le plus ordinairement la femme était brûlée vive avec son
-complice[90].
-
-Lorsque les tribus germaines envahirent la Gaule, leurs mœurs pures
-et austères se perdirent vite au contact de la civilisation raffinée
-des cités latines. Les lois romaines séduisirent les tribus barbares,
-qui ne tardèrent pas à s'assimiler les coutumes et les dépravations
-du vaincu[91]. Le droit patriarcal et rigide de la vieille Germanie
-fit place à une législation à la fois brutale et efféminée, à
-demi-civilisée et déjà corrompue. A peine établies sur le territoire de
-l'Empire, la pratique du divorce devint d'un usage général, parmi les
-peuplades conquérantes, de même que le Code Théodosien, résistant au
-torrent des coutumes barbares, finit par avoir force de loi parmi les
-Germains eux-mêmes.
-
-Nous le voyons admis chez les Burgondes pour trois causes déterminées:
-l'adultère, la violation de sépulture et la magie. Cet état du droit
-fut modifié par la loi Gombette en 517, énumérant certaines causes,
-pour lesquelles le mari pouvait répudier sa femme; celle-ci ne pouvait
-plus divorcer[92]. Si le mari renvoyait sa femme injustement, il devait
-payer à sa femme douze sous d'or d'indemnité et le double du _pretium
-nuptiale_, c'est-à-dire les différents présents que le fiancé faisait
-aux parents de la fiancée, en échange du _mundium_. Il lui laissait
-aussi la maison conjugale et ce qu'elle contenait.
-
-Les Lombards n'admettaient pour cause de divorce que l'adultère. Les
-Goths étaient régis sur ce point par un édit de Théodoric, qui leur
-appliquait la constitution de Constantin; les causes de divorce étaient
-pour le mari, la magie et la violation des sépulcres, pour la femme,
-l'adultère, la magie et l'inconduite[93].
-
-Les Visigoths admettaient aussi le divorce. En vertu des lois d'Euric
-I^{er}, la femme pouvait être répudiée pour adultère: si l'accusation
-était reconnue fausse, le conjoint perdait le droit de se remarier, la
-femme perdait sa dot et le mari était forcé de la restituer.
-
-Certaines lois n'autorisaient le mari à répudier sa femme que s'il
-lui payait une indemnité. Nous voyons dans les lois galloises[94],
-que le mari devait rendre la dot à sa femme, s'il la renvoyait avant
-qu'il se fût écoulé sept jours; après sept jours, depuis le mariage,
-il devait lui abandonner la moitié de ses biens. De même, la loi des
-Alemans forçait le mari, qui divorçait, à payer à sa femme quarante
-sous d'or; il devait jurer de plus qu'il ne la répudiait pas pour
-ses défauts, mais pour épouser une autre femme qu'il aimait. S'il
-divorçait sans motif, il était puni de peines pécuniaires et perdait
-le _mundium_. Quant à la femme, elle n'avait pas le droit de répudier
-son mari. Toutefois la loi des Alemans lui accordait cette faculté dans
-un certain nombre de cas[95].—Les lois galloises limitaient ce droit à
-trois cas; «_si leprosus sit vir, si habeat fetidum anhelatum et si cum
-eâ concubere non possit[96]._» Après le divorce, les époux pouvaient se
-reprendre tant qu'ils n'étaient pas remariés[97].
-
-Quant aux Francs, à peine entrés en Gaule, ils pratiquèrent le divorce
-qui fut bientôt facilité, n'étant soumis à aucune condition et à aucune
-forme. Nous ne trouvons rien sur ce point dans la loi salique ni dans
-la loi ripuaire, mais les formules de Marculfe prouvent l'existence
-du divorce par consentement mutuel. Nous en avons une ainsi conçue:
-«_Idcircò dum et inter illo et conjuge sua... discordia regnat...
-placuit utriusque voluntas ut se à consortio separare deberent[98]._»
-
-Le divorce était même si bien passé dans les mœurs qu'au moment où
-l'Église commença à régner en Gaule, après la conversion de Clovis,
-elle n'osa pas heurter trop violemment les coutumes gallo-franques,
-en proclamant nettement le principe de l'indissolubilité du mariage.
-Pourtant l'Église toute-puissante sur le gouvernement et sur les
-consciences du peuple, associée intimement à l'existence nationale,
-participait à sa grandeur et à ses progrès, se servant de la Gaule
-comme de son plus ferme soutien et de son épée dans le monde, au point
-qu'on put dire sans trop de présomption _gesta Dei per Francos_.
-C'était bien dans cette nation naissante, qu'elle devait songer à
-appliquer et faire triompher un des préceptes les plus purs de sa
-morale, le respect du pacte conjugal et l'indissolubilité des liens de
-famille. Mais ce n'était pas en changeant tout d'un coup les habitudes
-de peuples à demi barbares, qui avaient accepté le christianisme plutôt
-qu'ils n'y avaient couru, ce n'était pas en imposant violemment sa
-morale rigide à ces tribus à peine chrétiennes que l'Église pouvait
-faire triompher sa doctrine. Elle comprit, que ces préceptes, devaient
-pénétrer peu à peu dans les masses, et c'est un curieux spectacle que
-de suivre la marche et les progrès de la nouvelle foi, au milieu des
-difficiles écueils de son établissement, chez les barbares.
-
-Ce furent d'abord les docteurs seuls qui proclamèrent le principe de
-l'indissolubilité du mariage. Les Évangélistes furent les premiers à
-le professer: saint Paul commentant la parole de Jésus-Christ «ils ne
-sont plus deux, mais une seule chair,» ajoutait «que l'homme ne sépare
-pas ce que Dieu a uni[99].» Puis les autres pères de l'Église, saint
-Jérôme, saint Jean Chrysostome, saint Augustin soutinrent énergiquement
-les mêmes idées.
-
-L'Église n'avait pas encore imposé sa doctrine; les divorces restaient
-aussi fréquents parmi les chrétiens et les rois en donnaient eux-mêmes
-l'exemple. On peut citer en effet, les divorces de Théodebert, en 535;
-de Chilpéric, en 564; de Gontran, en 565; de Caribert, en 565; de
-Dagobert I^{er}, en 629; de Pépin, en 768; enfin ceux de Charlemagne,
-qui répudia successivement Hermengarde, Hildegarde et Frastrade, et
-qui n'en fut pas moins canonisé. Montesquieu dit, en parlant de ces
-divorces: «Ces mariages étaient moins un témoignage d'incontinence
-qu'un attribut de dignité; c'eût été blesser les rois, dans un endroit
-bien tendre, que de leur faire perdre une telle prérogative[100].»
-
-Cependant l'indissolubilité du mariage fut reconnue et proclamée par
-Pépin le Bref, en 744. Nous trouvons la preuve de ce fait dans la
-collection de Capitulaires de Baluze; désormais le second mariage
-d'un conjoint est interdit du vivant de l'autre: «_quia maritus
-mulierem suam non debet dimittere, exceptâ causâ fornicationis
-deprehensa[101]._» Et dans ce seul cas où le divorce était permis,
-Pépin exigeait l'autorisation des évêques. C'était reconnaître la
-prépondérance ecclésiastique, en matière de mariage, et consacrer
-l'ingérence du droit canonique dans les questions de séparations. Aussi
-l'influence épiscopale devint-elle plus grande, de jour en jour, et
-désormais c'est la période canonique que nous avons à envisager.
-
-
-
-
-V
-
-LE DIVORCE D'APRÈS LE DROIT CANONIQUE.
-
-
-Les écrivains chrétiens proclamèrent le principe de l'indissolubilité
-du mariage, dès les premiers temps. Jésus-Christ avait dit aux
-Pharisiens: «c'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous
-a permis de renvoyer vos femmes[102].» Et la doctrine nouvelle, qui
-ordonnait à l'homme de ne s'attacher qu'à une seule femme, était
-rigoureusement commentée par les Apôtres. «Celui, dit saint Luc, qui
-renvoie son épouse et en épouse une autre, commet un adultère[103].»
-Saint Mathieu admettait cependant la répudiation basée sur l'adultère
-de la femme, le mari pouvait alors se marier sans crime[104]. Saint
-Paul exprimait nettement que les époux n'avaient que le droit de se
-séparer et non pas celui de rompre le lien conjugal[105]. «J'ordonne,
-disait-il, ou plutôt c'est le Seigneur qui ordonne, par ma bouche, à
-ceux qui sont unis par le mariage que l'épouse ne s'éloigne pas de son
-mari; si elle le quitte, qu'elle reste sans se marier ou se réconcilie
-avec son mari.» Mêmes préceptes dans l'épître aux Romains[106].
-
-Des théologiens, comme saint Épiphane[107], saint Ambroise, Astérius,
-évêque d'Amasie, la combattaient et saint Augustin, malgré sa vive
-opposition au divorce, avoue lui-même qu'il règne, en cette matière,
-une très grande obscurité, que chacun est libre de croire ce qu'il
-veut[108].
-
-Quelle que fût encore l'incertitude sur ce point, les principes de la
-doctrine nouvelle sur la famille et le mariage n'en étaient pas moins
-en complet désaccord, avec l'état des législations et des mœurs. Nous
-avons constaté déjà les efforts faits à diverses reprises par les
-empereurs chrétiens, pour mettre le droit de l'empire en harmonie avec
-la morale plus pure, enseignée par la religion nouvelle.
-
-Chez les barbares, l'idée chrétienne pénétra plus facilement qu'à
-Rome: elle n'avait pas à combattre une législation séculaire, mais
-seulement des compilations romaines à peine comprises et diversement
-appliquées. Les différentes modifications, survenues dans les coutumes
-germaniques après la conquête rendaient plus faciles de nouvelles
-modifications telles que la reconnaissance légale de l'indissolubilité
-du mariage. L'idée grossière du mariage barbare, sorte de vente et
-d'achat, à peine transformée par le droit gallo-romain, devait offrir
-une médiocre résistance à l'idée plus austère et plus civilisatrice
-professée par le christianisme. Ce ne fut pas sans doute l'œuvre d'un
-jour que ce triomphe des principes nouveaux, et nous avons à signaler
-les hésitations, qui marquèrent l'établissement du droit canonique en
-Gaule.
-
-Les conciles songèrent à formuler d'abord les principes, reconnus par
-les docteurs, mais privés encore de la forme précise, qui devait en
-rendre l'admission plus facile dans le monde chrétien. Remarquons que
-si les canons de certains conciles renferment quelques divergences
-sur le principe de l'indissolubilité du mariage, on peut répondre que
-ces conciles particuliers ne pouvaient avoir l'autorité d'un concile
-œcuménique et qu'il ne faut pas accorder aux canons d'un synode la
-valeur qu'on donne aux principes, reconnus par l'assemblée générale des
-évêques de la chrétienté.
-
-Un premier concile, celui d'Elvire, en 313, frappait d'excommunication
-la femme répudiée, qui se remariait du vivant de son mari[109]. Mais
-celui d'Arles, en 314, conseillait seulement au mari d'une femme
-adultère de ne pas se marier, tant qu'elle vivrait (canon 10). Le
-concile de Milève, en 416, confirma les dispositions du concile
-d'Elvire[110]. La femme, dit le Concile de Fréjus (791), ne peut
-prendre mari, ni pendant la vie, ni après la mort de celui qu'elle a
-trompé[111]. Le concile de Tibur, en 895, vint encore confirmer ces
-dispositions: (canon 45) que, «le mari, tant que la femme vivait, ne
-pouvait en épouser une autre.»
-
-D'ailleurs les papes s'étaient déjà prononcés pour l'indissolubilité
-du mariage. Une lettre d'Innocent I^{er} à l'archevêque de Toulouse,
-en 405, condamne la pratique du divorce[112]. Quelques conciles
-œcuméniques abandonnaient pourtant le divorce à la loi civile;
-c'étaient ceux de Constantinople, en 381, d'Ephèse en 431, et de
-Chalcédoine, en 451. D'autres conciles s'occupèrent encore du divorce.
-Celui de Soissons, en 744, renfermait, dans son canon 9, la disposition
-suivante: «Une femme du vivant de son mari, ne peut en prendre un
-second, parce qu'un mari ne doit pas renvoyer sa femme, à moins qu'il
-ne l'ait surprise en flagrant délit d'adultère[113].»
-
-Le concile de Verberie dispose (art. 9) que si la femme refuse de
-suivre son mari, hors de la province ou du duché, elle doit rester
-sans se marier, tant que vit son mari et celui-ci peut, au contraire,
-contracter une nouvelle union; le mari ne peut répudier sa femme que
-lorsque celle-ci veut le faire assassiner[114]. Et un autre article
-du même concile prévoit un cas plus grave: «si quelqu'un a dormi avec
-l'épouse de son frère, que les deux adultères soient privés du mariage,
-pendant toute leur vie. Quant au mari, s'il veut, qu'il prenne une
-autre épouse.» Plus tard (756), le concile de Compiègne permettait le
-divorce au conjoint du lépreux.
-
-Il y avait donc une certaine hésitation, dans l'Église, à proclamer
-l'indissolubilité du mariage, surtout au cas d'adultère. Bientôt le
-concile de Fréjus (791) trancha la question: «il n'est pas permis,
-dit le canon 10, au mari, qui a brisé le lien conjugal pour cause
-d'adultère, d'épouser une autre femme, tant que la sienne vit. La femme
-coupable de son côté, ne peut prendre un autre mari, ni pendant sa vie,
-ni après la mort de celui qu'elle a trompé.
-
-Mais si le principe de l'indissolubilité du mariage était depuis
-longtemps reconnu et proclamé par l'Église, il n'avait pénétré que
-lentement dans les mœurs et n'était entré que tardivement dans la
-législation des Capitulaires. Pépin le Bref défendait au mari de se
-remarier du vivant de sa femme[115]. Mais en 752, un autre capitulaire,
-modifié par Yves de Chartres et Gratien[116], ne prononce plus la
-nullité du mariage, contracté du vivant de sa femme par le mari
-divorcé; il se contente de lui infliger une pénitence.
-
-Nous arrivons aux Capitulaires de Charlemagne. L'influence de l'Église
-devient désormais prépondérante. L'empereur ne fait que consacrer
-solennellement le principe de l'indissolubilité du mariage. Baluze
-nous a conservé les paroles mêmes du puissant empereur qui s'exprime
-ainsi dans un capitulaire daté d'Aix la Chapelle, en 789: «Ni la femme
-renvoyée par son mari ne doit en prendre un second, ni le mari ne
-doit prendre une autre femme du vivant de la première... Que chaque
-prêtre annonce publiquement au peuple qu'il doit s'abstenir de toute
-union illicite, et que tout mariage illicite, suivant la loi divine,
-ne peut être dissous pour une raison quelconque, _nequaquam posse ullâ
-occasione separari_[117].» L'empereur dit encore ailleurs: «Celui
-qui, du vivant de sa femme, convolera à une nouvelle union, quoique
-son mariage paraisse dissous (c'est-à-dire séparé de corps), il est
-impossible de ne pas le considérer comme adultère; en est de même de la
-personne à laquelle il est uni[118].» Ainsi, aucun mariage ne peut être
-dissous, pour aucune cause et d'aucune manière. Une seule ressource
-reste aux époux qui ne peuvent supporter la vie commune: ils peuvent
-vivre séparément; c'est ce qu'on appelait la séparation _à thoro et
-mensà_. Le mariage n'en subsistait pas moins, avec tous ses effets.
-
-Malgré ces dispositions législatives, malgré le principe nettement posé
-et généralement reconnu de l'indissolubilité du mariage, les mœurs
-étaient encore trop barbares pour s'accommoder de ces prescriptions
-rigoureuses de la doctrine chrétienne. L'Église elle-même fut obligée
-de se montrer tolérante; c'est ainsi qu'elle fut indulgente pour les
-divorces de Charlemagne, se sentant impuissante à contredire la ferme
-volonté du conquérant. Mais elle protesta plus tard contre celui de
-Lothaire II, qui divorçait cependant avec l'assentiment du concile de
-Metz (862). Le Roi fut frappé d'excommunication.
-
-Ainsi l'Église s'attribuait le droit de réglementer le mariage, de
-s'immiscer dans les droits de la famille, fidèle à la doctrine de saint
-Paul, qui ne voyait dans le mariage qu'un sacrement: «_sacramentum hoc
-magnum est, ego autem dico in Christo et in Ecclesiâ[119]._»
-
-D'ailleurs on sut gré au clergé de prendre en main la juridiction du
-mariage et de tout ce qui touchait aux sacrements. Les prétentions de
-l'Église rencontrèrent peu de résistance, dans ce temps d'ignorance, de
-vexations où le peuple était habitué à trouver des défenseurs, parmi
-les évêques contre les brutalités des vainqueurs, où la procédure
-laïque n'était qu'un assemblage de règles grossières et d'oppressions
-déguisées, où enfin le clergé renfermait seul assez de science et
-d'équité, pour appliquer ce qui subsistait encore du droit romain, en
-y adaptant des principes conformes à la doctrine de l'Évangile et aux
-besoins du temps.
-
-Ce fut donc à la fois pour étendre son influence sur le droit séculier
-et pour réhabiliter le mariage que l'Église s'attribua la connaissance
-des questions de validité et de nullité du lien conjugal et fit
-admettre des règles nouvelles de procédure et de droit, qui formèrent,
-peu à peu, le droit canon.
-
-La jurisprudence fut d'abord assez indécise; après les Capitulaires
-de Charlemagne et l'application sévère faite par l'Église du principe
-de l'indissolubilité du mariage, on vit un nouveau temps d'arrêt. On
-se relâcha de cette sévérité et au onzième siècle les Assises de
-Jérusalem permettent à chaque époux de demander la répudiation au juge
-ecclésiastique, toutes les fois que l'autre époux est atteint d'une
-maladie qui rend la commune vie impossible[120]. L'époux malade est
-alors enfermé dans un couvent, l'autre peut se remarier, à condition
-d'assurer l'existence de son conjoint. «Le mari peut prendre un autre
-moullier (femme) par droit, puisqu'il sera parti de l'autre feme, qui
-ce sera rendue en ordre de religion.» Du reste, sauf cette exception
-l'Assise proclamait hautement l'indissolubilité du mariage: «La loi et
-l'Assise commande et dit que puisqué l'ome et la feme se sont prins par
-mariage, ils ne se peuvent partir, par aucun jour de leur vie, si ce
-n'est par mort ou non.»
-
-Ainsi le principe était déjà universellement admis; à partir du
-douzième siècle, aucun concile ne permet plus le divorce entre
-chrétiens. Mais la séparation pouvait encore avoir lieu, lorsque l'un
-des époux voulait entrer en religion ou simplement lorsqu'il avait fait
-vœu de vivre, en état de parfaite continence.
-
-Une décrétale d'Alexandre III[121] permit aux futurs de rompre
-unilatéralement le mariage, en entrant au couvent avant la consommation
-du mariage. Ces conditions étaient nécessaires: la réception des ordres
-sacrés ne suffisait pas à dissoudre le mariage non consommé; il fallait
-de plus que l'époux ordiné se retirât du monde[122]. De plus, si la
-séparation avait été indépendante de la volonté des conjoints, l'époux
-séparé par violence pouvait toujours venir reprendre vie commune,
-sans que l'autre pût s'y refuser[123]. A partir du treizième siècle,
-on distingua donc deux périodes dans le mariage: «_matrimonium ratum
-et consummatum, et matrimonium ratum sed non consummatum._» On ne
-pouvait rompre désormais le mariage consommé que pour vivre, dans une
-continence perpétuelle.
-
-Le _corpus juris canonici_ précisa de nouveau les causes de séparation.
-Outre les cas déjà admis, l'adultère, l'hérésie, la maladie incurable
-et le vœu de la chasteté, le droit canonique en reconnaissait un
-nouveau: la séparation était permise à l'époux, qui était empêché, par
-son conjoint, d'accomplir ses devoirs religieux.
-
-Si du droit canonique nous passons aux anciennes coutumes, nous y
-verrons la trace évidente de l'influence canonique, en ce sens que
-des faits, jusqu'alors jugés assez graves pour entraîner le divorce,
-n'étaient plus que les causes d'une simple séparation.
-
-Beaumanoir, dans la Coutume de Beauvoisis[124] énumère les cas de
-séparation que les femmes peuvent invoquer contre les maris: «Bonne
-cause, dit-il, a la fame de soi partir de son mary en dépeçant du tout
-le mariage ou en soi eslongier de lui, quand elle a mary qui la veut
-fére peschier de corps..... quand les maris les menacent à tuer ou à
-voler, quand ils ne vuelent donner ne boire ou ne manger ne vestir,
-quand mary vient vendre la terre de ferme ou son domaine par forche,
-quand il la boute hors, par sa volonté sans meff à la fame, quant elle
-s'empart pour che que, il tient autre fame, en sa méson à la veue et la
-seue des voisins.»
-
-Dans la _Somme rurale_, Jehan Bouteiller signale deux causes de
-séparation: «Quand les époux, parents l'un de l'autre à un degré
-prohibé, n'avaient pas obtenu les dispenses pontificales et quand
-le mari était impuissant ou incapable de payer «ce que les clercs
-appellent, la dette conjugale[125].»» La femme dont le mari était
-absent ne pouvait se remarier, tant qu'elle n'avait pas la preuve
-certaine de sa mort. Cependant, au bout de sept ans, si l'opinion
-générale est qu'il est mort, ou bien si un témoin, au moins, affirme
-qu'il l'a vu mort, dans tel lieu et d'autres qu'ils sont allés sur
-son tombeau ou ont assisté à ses obsèques, la femme a la faculté de
-se remarier. Nous trouvons enfin, dans les Institutes coutumières de
-Loysel, une disposition concernant l'adultère de la femme: la femme est
-privée de tout droit au douaire et ne peut réclamer sa dot.
-
-
-
-
-VI
-
-LE DIVORCE APRÈS LA RÉFORME ET LE CONCILE DE TRENTE.
-
-
-Tel était l'état du droit canonique et des institutions coutumières,
-lorsque la révolte de Luther vint ébranler l'Allemagne et tout le
-monde chrétien. Le moine insurgé contre la papauté rejetait tous les
-sacrements, excepté le baptême et la cène. Il reniait toutes les
-doctrines de l'Église et proclamait l'indépendance des consciences, il
-battait en brèche toutes les immixtions de Rome dans le pouvoir civil
-et revendiquait notamment, pour le droit particulier de chaque nation,
-la réglementation du mariage.
-
-Ces idées hardies, jetées dans un siècle encore ignorant et grossier,
-séduisirent facilement les princes d'Allemagne, que le pouvoir
-exorbitant de l'Église commençait à effrayer. Leur exemple entraîna les
-masses, toujours promptes à suivre ceux qui leur jettent la promesse
-d'une liberté plus grande et toujours prêtes à s'enthousiasmer des
-nouveautés, même des révoltes, pourvu qu'elles soient bruyantes. Dès
-lors, une partie du monde chrétien se sépara de l'Église et celle-ci,
-ne tarda pas à employer, pour ramener les fidèles à Rome, des moyens,
-que sa dignité devait lui défendre et qui d'ailleurs nuisirent plus à
-sa cause qu'elles ne lui profitèrent. C'est ainsi qu'on la vit faire
-usage de documents fabriqués, Décrétales apocryphes, textes falsifiés
-connus aujourd'hui sous le nom de collection _pseudo-Isidorienne_.
-L'autorité de l'Église s'en trouva atteinte, son influence en souffrit.
-
-Dès lors la réforme s'étendit, de plus en plus. Le divorce pénétra
-aussitôt dans les mœurs; l'Allemagne vit ses princes répudier leurs
-femmes et prendre de nouvelles épouses, imitant ainsi Luther lui-même
-qui, pour accentuer son défi à la papauté, avait épousé une religieuse.
-
-Devant cette révolution qui menaçait d'absorber la chrétienté entière,
-l'Église sentit le besoin de se préparer à une longue lutte, en
-affirmant hautement ses doctrines, dans un grand concile œcuménique.
-
-Il fallait épurer les formules, établir les principes de la foi, fixer,
-une fois pour toutes, les limites de chaque croyance: ce fut l'œuvre
-qu'entreprit le concile de Trente, avec une louable ardeur. Le principe
-de l'indissolubilité du mariage et la condamnation du divorce furent
-proclamés par le concile, en décembre 1565, dans sa session XXIV. Voici
-le texte des trois canons les plus importants:
-
-_Canon 2._—«Si quelqu'un dit qu'il est permis aux chrétiens d'avoir
-plusieurs épouses à la fois et que cela n'est défendu par aucune loi
-divine, qu'il soit anathème.»
-
-_Canon 3._—«Si quelqu'un dit que pour cause d'hérésie,
-d'incompatibilité d'humeur ou d'absence volontaire, le lien du mariage
-peut être dissous par l'époux, qu'il soit anathème.»
-
-_Canon 7._—«Si quelqu'un dit que l'Église se trompe quand elle enseigne
-et a enseigné, selon la doctrine évangélique et apostolique, que
-l'adultère de l'un des époux n'autorise pas la dissolution du mariage;
-qu'il est interdit à tous les deux, même à l'innocent, de se remarier
-du vivant de leur conjoint: et enfin que celui-là ou celle-là commet
-un adultère qui, ayant renvoyé son époux coupable, en prend un autre:
-qu'il soit anathème.»
-
-Cependant tous les théologiens n'avaient pas été d'accord sur les
-règles à poser en cette matière[126].
-
-Cajétan et Catharin admettaient que l'adultère devait dissoudre le
-mariage; de plus, les Grecs des îles Méditerranéennes, alors sous la
-domination de Venise, pratiquaient le divorce, en cas d'adultère de la
-femme. Les ambassadeurs vénitiens, désirant que cet usage fût laissé
-aux sujets Grecs de la République, réclamèrent contre l'anathème, que
-le concile voulait lancer contre l'adultère. Aussi voyons-nous le
-canon 7 employer une formule ambiguë, pour condamner non pas ceux qui
-divorçaient pour adultère, mais ceux qui prétendaient que l'Église se
-trompait, en condamnant le divorce d'après l'Évangile et les Apôtres.
-
-Rien n'est intéressant comme de suivre les discussions du concile de
-Trente sur la réglementation du mariage. On vit le théologien Soto
-soutenir, avec une grande largeur de vue, que l'indissolubilité du
-mariage venait de la loi naturelle, que l'Évangile ne semblait en
-effet avoir rien ajouté à la force de ce lien; que la différence des
-religions ne pouvait donc rien changer à sa nature et que, dans le
-passage de saint Paul qu'on interprétait en faveur du divorce, au
-cas d'adultère[127], il ne s'agissait pas d'une dissolution du lien
-conjugal, mais seulement d'une cessation de cohabitation.
-
-Le concile s'occupa également des mariages clandestins, qui, depuis
-trois siècles, étaient d'un usage fréquent. Ces mariages clandestins
-appelés aussi _fiançailles par paroles de présent_ ou _sponsalia de
-præsenti_, ne différaient du mariage proprement dit qu'en ce qu'ils
-n'étaient pas accompagnés de la bénédiction sacerdotale. La volonté des
-conjoints était simplement constatée par un notaire. Les théologiens
-français se prononcèrent énergiquement contre la validité des mariages
-secrets; ils finirent par triompher et le concile proclama la nécessité
-de l'intervention religieuse dans la célébration du mariage. Déjà au
-sixième siècle le concile d'Arles avait prescrit les formalités de
-publicité et de consécration par un prêtre. Charlemagne avait fait de
-la même prescription une disposition de ses Capitulaires. Le concile
-de Trente reconnaissait donc définitivement au mariage le caractère
-d'un sacrement[128]. L'ordonnance de Blois, en 1579, partant de la
-même idée, imposa la célébration à l'église, par le curé de la
-paroisse de l'un des époux devant quatre témoins. On fit ainsi entrer
-l'acte religieux dans le droit civil. Mais en même temps on pouvait
-se demander si le caractère d'indissolubilité était inhérent à la
-forme du sacrement, et si, par conséquent, on pouvait rompre un lien
-contracté sous les formes solennelles de la religion. C'était encore
-une fois la question déjà posée par saint Ambroise[129], et par saint
-Jean Chrysostome[130]. Le pape Innocent III l'avait même résolue,
-dans une décrétale, en décidant qu'un époux pourrait convoler, en
-secondes noces, lorsque, son mariage n'ayant pas été sanctifié par le
-sacrement, son conjoint refuserait de cohabiter, avec lui, ou bien
-serait hérétique[131]. Le pape Benoît XIV admit la même idée[132]. Mais
-on fit remarquer plus tard que cette décision reposait sur une fausse
-interprétation de l'épître de saint Paul, et à partir de l'affaire du
-Juif Borach Levy, en 1775, on reconnut l'indissolubilité du mariage,
-alors même qu'il n'avait pas été revêtu des formes du sacrement, parce
-que, disait-on, le lien du mariage ne résulte que du vœu que font les
-conjoints de se donner l'un à l'autre.
-
-Cette manière de voir fut adoptée par les Parlements. Certains pays
-conservèrent au mariage, même après le concile de Trente, le seul
-caractère de contrat civil. Le simple échange des consentements
-suffit encore, dans certaines parties des États-Unis et de la
-Grande-Bretagne. En Allemagne la même idée domina jusqu'à notre époque:
-«Encore aujourd'hui, dit le docteur Stammler, aux yeux du peuple,
-une union consentie et accomplie dans une intention de mariage, sans
-l'intervention de l'Église, et abstraction faite de la loi civile, a la
-valeur d'un mariage religieux et indissoluble[133].»
-
-En résumé, le concile de Trente établit nettement dans l'Église le
-principe de l'indissolubilité du mariage. Une seule exception fut
-faite: il fut permis, comme avant le concile, de dissoudre le mariage
-pour entrer dans la vie religieuse, mais une condition nouvelle était
-que le mariage ne fût pas consommé[134].
-
-Du reste si le divorce était bien supprimé en théorie, il faut
-reconnaître qu'en pratique on aboutissait facilement à la dissolution
-du mariage, grâce aux cas de nullité qui s'étaient multipliés
-singulièrement, et qui servaient à couvrir de véritables divorces.
-Il suffit d'énumérer les cas admis par le droit canon pour montrer
-l'extrême latitude qu'il laisse aux époux.
-
-Les causes de nullité sont, suivant les expressions mêmes du droit
-canonique:
-
-1º L'erreur sur les qualités _essentielles_ de la personne;
-
-2º La condition (cause très variable qui tantôt était l'état de
-servitude d'un des conjoints, tantôt toute clause insérée au contrat et
-d'après laquelle les contractants s'obligeraient à en violer les lois
-essentielles);
-
-3º Les vœux solennels;
-
-4º La parenté naturelle jusqu'au degré de cousins issus de germains;
-
-5º La parenté _spirituelle_ (naissant du baptême et de la confirmation);
-
-6º Le crime (commis de complicité entre les conjoints, avant le
-mariage);
-
-7º La disparité des cultes;
-
-8º L'_ordre_;
-
-9º L'honnêteté (fiançailles antérieures de l'un des conjoints avec les
-parents de l'autre);
-
-10º L'affinité ou l'alliance, résultant même de relation illégitime;
-
-11º La _clandestinité_, résultant de ce simple fait que le mariage a
-été célébré par un prêtre autre que le propre curé des contractants;
-
-12º Le _rapt_, par violence ou séduction;
-
-13º L'impuissance naturelle ou la non-consommation naturelle du mariage.
-
-Nous avons vu les règles posées par le concile de Trente et les
-dispositions du droit canonique en matière de dissolution du mariage.
-L'Église venait de se prononcer ouvertement contre le divorce. La
-réforme au contraire le rétablissait et en répandait l'usage: «De nos
-jours encore[135] les protestants l'autorisent non seulement pour cause
-d'adultère de la femme, mais encore pour d'autres motifs. En parlant
-de répudiation pour cause d'adultère, disent-ils, le Christ n'a pas
-entendu limiter le divorce à ce cas, il n'a fait que répondre à une
-question, qui lui était posée pour trancher une controverse entre les
-disciples d'Hillel et de Schenuna. Le Christ n'a rien dit du divorce,
-par consentement mutuel, ni du divorce pour causes déterminées par la
-loi civile, et il n'a entendu prohiber ni l'un ni l'autre[136].»
-
-
-
-
-VII
-
-LE DIVORCE PENDANT LA PÉRIODE MONARCHIQUE.
-
-
-On sait quel fut le sort, en France, des dispositions du concile de
-Trente. La plupart des prélats français renonçant à faire prévaloir une
-influence que les évêques italiens absorbaient tout entière, avaient
-cessé de prendre part aux délibérations du concile, et quand les canons
-furent promulgués, ils n'obtinrent, en France, aucune autorité et
-soulevèrent même là, comme ailleurs, de nombreuses protestations; on
-craignait, en effet, l'envahissement du pouvoir civil par l'influence
-de l'Église, et des controverses sans nombre s'élevèrent sur chacune
-des dispositions du concile.
-
-Toutefois, certains principes posés à Trente passèrent dans nos
-lois; on reconnut bien au mariage le caractère religieux dont
-l'Église voulait le revêtir, mais on y vit également un contrat
-civil dépendant du pouvoir temporel. On fit donc un compromis: les
-Parlements acceptèrent l'indissolubilité du mariage et la suppression
-du divorce que le concile avait proclamées, ils reconnurent à
-l'autorité ecclésiastique la connaissance des questions de nullité du
-mariage[137]. C'étaient les officialités qui prononçaient la séparation
-d'habitation, mais les effets de cette séparation étaient abandonnés
-à la connaissance des tribunaux civils, qui finirent même, dans le
-dernier état du droit, par prononcer eux-mêmes la séparation.
-
-Occupons-nous donc de la séparation d'habitation.
-
-«La séparation d'habitation, dit Pothier[138], est la décharge qui,
-pour de justes causes, est accordée par le juge à l'un des conjoints
-par mariage, de l'obligation d'habiter avec l'autre conjoint, et de
-lui rendre le devoir conjugal, sans rompre néanmoins le lien de leur
-mariage.»
-
-Les causes de séparation n'étaient pas déterminées limitativement. On
-laissait beaucoup à l'appréciation des magistrats. On disait, d'une
-façon générale, que les juges devaient séparer une femme «lorsqu'elle
-avait considérablement à souffrir de l'aversion, que son mari avait
-conçue pour elle, et qu'il n'y avait pas lieu de s'attendre à une
-réconciliation sincère.» Mais il n'était pas facile de déterminer
-exactement les faits, qui devaient être considérés comme rendant la
-vie commune insupportable. Pothier disait: «on doit laisser souvent
-les causes de séparation à l'arbitrage et à la prudence du juge; il ne
-doit pas être ni trop facile à accorder la séparation pour des causes
-passagères, ni trop difficile, lorsqu'il aperçoit dans les parties une
-antipathie et une haine invétérées, que la cohabitation ne pourrait
-qu'augmenter, si on les laissait ensemble[139].»
-
-En droit romain, l'adultère du mari, qui avait entretenu sa concubine
-dans la maison commune, était pour la femme une cause de divorce[140].
-Mais l'ancien droit ne vit même pas là une cause de séparation[141].
-Pothier faisait remarquer, pour justifier cette différence, que
-l'adultère, commis par la femme, est infiniment plus contraire à
-l'ordre public que celui du mari, puisqu'il tend à détruire la famille:
-«il n'appartient pas à la femme, qui est un être inférieur, d'avoir
-inspection sur la conduite de son mari, qui est son supérieur. Elle
-doit présumer qu'il lui est fidèle et la jalousie ne doit pas la porter
-à faire des recherches sur sa conduite.»
-
-La femme pouvait demander la séparation pour excès, sévices ou injures
-graves. Les mauvais traitements que le mari exerce sur sa femme avaient
-été déjà reconnus par le pape Innocent III comme un juste motif de
-séparation[142]. Mais le juge devait avoir égard à la qualité des
-parties, prendre en considération les faits, qui avaient occasionné ces
-excès et leur caractère habituel ou accidentel. Du reste, ces mauvais
-traitements pouvaient, suivant les circonstances, résulter de simples
-propos outrageants.
-
-Quant aux mauvais traitements que le mari prétendait avoir subis
-de la part de sa femme, l'ancien droit considérait qu'une demande
-en séparation, basée sur un pareil motif, était incompatible avec
-la dignité du mari. Le mari ne pouvait s'adresser à l'autorité que
-pour faire renfermer sa femme: «La justice, dit Denisart[143], doit
-écouter les plaintes des maris, qui se trouvent dans cette malheureuse
-position, et doit, selon moi, ordonner la réclusion des femmes, qui se
-sont portées à certains excès envers leurs maris.»
-
-Lorsque le mari avait à se plaindre de l'adultère de sa femme, il
-pouvait la faire enfermer, dans un couvent, et pendant deux ans, il
-avait le droit de la reprendre. Elle perdait son droit au douaire et à
-la reprise de sa dot[144]. Si au bout de deux ans, son mari ne l'avait
-pas retirée du monastère, elle avait les cheveux rasés et restait au
-couvent, toute sa vie. Elle n'en pouvait sortir qu'après la mort de son
-mari, et si elle trouvait à se remarier.
-
-D'autres causes de séparation sont encore à citer. La femme pouvait la
-demander, lorsque, étant infâme, son mari lui refusait les choses les
-plus nécessaires à la vie; elle pouvait encore se séparer, lorsque son
-mari l'avait calomnieusement accusée d'un crime capital: «Peut-on,
-dit d'Aguesseau, refuser à une femme, accusée faussement d'un crime
-capital, la juste satisfaction de se séparer pour toujours du mari
-qui a voulu la déshonorer par une calomnie atroce? L'obligera-t-on
-à soutenir, pendant toute sa vie, la présence de son accusateur, et
-les exposera-t-on l'un et l'autre à toutes les suites funestes d'une
-société malheureuse qui ferait le supplice de l'innocent encore plus
-que du coupable[145].»
-
-L'hérésie, dans le dernier état du droit, n'était plus une cause de
-séparation, «parce qu'en France, disait Pothier, il n'y avait plus
-qu'une religion[146].»
-
-Les maladies, les difformités, les affections contagieuses,
-l'épilepsie, n'étaient pas des causes légitimes de séparation; la
-folie elle-même ne pouvait donner lieu qu'à l'interdiction. Quand la
-folie était furieuse et présentait de réels dangers, le malade pouvait
-être enfermé, mais le mariage n'était pas dissous. L'interdiction
-n'entraînait que la nomination d'un curateur, souvent même, la femme
-était chargée de la curatelle du mari malade.
-
-La séparation ne pouvait avoir lieu par consentement mutuel; ainsi un
-acte notarié dans lequel la femme exposait les faits, pour lesquels
-elle demandait à se séparer et par lequel le mari reconnaissait la
-vérité de ces faits et consentait ainsi à la séparation, était un acte
-absolument nul et dépourvu de tout effet[147].
-
-Il fallait nécessairement que la séparation fût prononcée par le juge
-«en grande connaissance de cause, dit Pothier.» A l'origine, c'était
-le juge d'église; mais déjà le juge séculier connaissait de toutes
-les conséquences du jugement, en cas de contestation, et des demandes
-provisionnelles formées par la femme pendant l'instance.
-
-Il y avait débat entre les deux juridictions. Cette lutte, commencée de
-bonne heure contre la juridiction ecclésiastique par la Cour des barons
-et continuée par les légistes, finit par le triomphe de la juridiction
-séculière. Dans le dernier état de la jurisprudence, les tribunaux
-séculiers étaient seuls compétents pour statuer sur les demandes en
-séparation d'habitation; la compétence du juge ecclésiastique fut
-restreinte à la connaissance des questions relatives à la validité du
-mariage _de fœdere matrimonii_.
-
-Quelle était la procédure de la demande en séparation? Elle avait de
-nombreuses analogies avec la procédure actuelle de notre séparation
-de corps. La femme qui demandait la séparation adressait une requête
-au juge, où elle exposait les motifs qu'elle considérait comme
-suffisants; si ces faits paraissaient assez graves, à première vue,
-le juge l'autorisait à se retirer, dans une demeure séparée, pendant
-le procès. Il fixait la pension que le mari devait lui payer et lui
-faisait restituer ses linges et hardes. Quand même après l'enquête, le
-tribunal ne jugeait pas les faits suffisamment graves pour prononcer la
-séparation, il pouvait autoriser la femme à rester encore quelques mois
-après le procès, dans le lieu où elle avait été autorisée à résider.
-
-La demande en séparation faite par la femme était donc purement civile.
-Il n'en était pas de même de celle que le mari formulait, en alléguant
-l'adultère de sa femme. Le mari devait se porter accusateur à ses
-risques et périls. Cette action était pénale, personnelle au mari, et
-intransmissible à ses héritiers. L'action n'appartenait au ministère
-public que quand il y avait scandale public. L'instruction se faisait,
-devant la juridiction criminelle.
-
-La séparation d'habitation cessait, de plein droit, par la
-réconciliation des époux: la communauté revivait alors[148]. Cette
-fin de non-recevoir n'était pas la seule; Despesse cite encore la
-réciprocité des torts.
-
-Quant aux effets de la séparation d'habitation, le premier et le
-principal était de dispenser les époux de la vie commune; la femme
-pouvait s'établir où bon lui semblait. De plus, la séparation de corps
-emportait toujours la séparation de biens; la femme pouvait répéter
-sa dot et administrer ses biens. Lorsqu'il y avait communauté légale,
-la femme pouvait poursuivre l'inventaire des biens de la communauté
-et devait se prononcer pour l'acceptation ou la dissolution; si elle
-acceptait, elle avait le droit d'en demander le partage.
-
-Du reste, la séparation d'habitation qui ne rompait, en aucune
-façon, le lien matrimonial, laissait subsister l'autorité maritale,
-devant laquelle la femme devait encore s'incliner dans certaines
-circonstances. Pour tout ce qui ne concernait pas la simple
-administration de ses biens, la femme séparée devait obtenir
-l'autorisation de son mari ou de justice; ainsi pour l'aliénation des
-immeubles cette autorisation était nécessaire.
-
-Bourjon, qu'il faut consulter sur cette matière, prévient une confusion
-entre la séparation d'habitation proprement dite et la simple
-séparation de fait. «La femme a droit, dit-il, aussitôt la sentence
-de séparation qui entraîne toujours celle de biens, de provoquer un
-inventaire des biens de la communauté, pour être en état de délibérer
-sur l'acceptation de la communauté, ou sur la renonciation. La
-séparation de domicile, qu'on appelle séparation _bonâ gratiâ_, ne
-produit aucun de ces effets, n'engage en rien les conjoints, et ne
-subsiste qu'autant qu'ils jugent à propos de la laisser subsister; elle
-se réduit à un simple fait, sans donner la moindre atteinte aux droits
-des conjoints[149].»
-
-Un autre effet de la séparation d'habitation est assez discuté.
-Quelques auteurs prétendent que le jugement de séparation entraînait
-la révocation des libéralités, que les conjoints s'étaient faites
-réciproquement. Plusieurs soutiennent que la femme adultère seule
-était frappée de cette déchéance[150]. Mais les parlements en
-décidaient autrement, comme le prouvent de nombreux passages de nos
-anciens auteurs[151].
-
-Quant aux enfants, dans le droit des assises, ils étaient, au-dessous
-de trois ans, confiés à la mère séparée; si l'enfant avait plus de
-trois ans et moins de douze, le juge choisissait celui des deux époux
-qui devait en avoir la garde. A douze ans, l'enfant choisissait
-lui-même celui avec lequel il désirait demeurer. Dans le dernier état
-du droit le choix du gardien des enfants était laissé au juge, il
-désignait généralement celui des époux qui avait eu le moins de torts.
-
-Tels sont les caractères, la procédure et les effets de la séparation
-d'habitation, telle que l'ancien droit l'avait organisée. On s'était
-efforcé d'en restreindre l'abus par une réglementation sévère des
-causes légitimes, qui l'autorisaient. On voyait du reste, avec
-défaveur, le relâchement du lien matrimonial et tous les auteurs
-s'accordaient pour recommander aux juges de ne prononcer la séparation
-qu'au cas d'absolue nécessité et à la dernière extrémité[152].
-«L'union du mari et de la femme qui est formée par Dieu même, dit
-Pothier, et le pouvoir que chacun des conjoints donne, sur son corps,
-par le mariage, à l'autre conjoint, ne permettent à une femme de
-demander la séparation d'habitation que pour de très grandes causes.
-Elle est obligée, dans le for de la conscience, de s'attirer, par sa
-douceur et par ses complaisances, les bonnes grâces de son mari; et
-si, en faisant tout ce qui est en son pouvoir, elle ne peut y réussir,
-elle ne doit opposer que la patience aux mauvaises manières de son
-mari et même à ses mauvais traitements. Elle doit les regarder comme
-une croix qu'il lui envoie, pour expier ses péchés. Cela ne doit pas
-l'empêcher d'aller, dans toutes les occasions, au-devant de tout ce qui
-peut faire plaisir à son mari, et elle ne doit pas le quitter, à moins
-que les choses ne soient portées aux plus grandes extrémités.» Conseils
-évangéliques, bien difficiles à donner et à suivre!
-
-
-
-
-VIII
-
-LE DIVORCE EST UN DROIT INTERMÉDIAIRE.
-
-
-Les idées de rénovation universelle, dont les philosophes du
-dix-huitième siècle avaient été les promoteurs, devaient trouver, dès
-les premiers jours de la Révolution, des partisans convaincus, décidés
-a les faire triompher. Il ne nous appartient pas de juger ici l'œuvre
-des novateurs, de décider si ce fut un bien pour le pays et pour la
-stabilité même des réformes, de changer soudainement et d'une façon
-si complète les institutions de l'ancien régime, de bouleverser, tout
-d'un coup, les conditions sociales, de jeter la France entière dans un
-moule nouveau, de renier tout un passé, qui avait eu ses côtés glorieux
-et de substituer brusquement à l'ancien état de choses l'application
-irréfléchie des principes nouveaux.
-
-La Révolution entreprit de tout transformer et voulut faire entrer, à
-la fois dans la législation et dans les mœurs, les idées philosophiques
-au nom desquelles elle ébranlait les trônes et agitait l'Europe
-entière. Elle ébranla le régime social, et entraînée par le seul désir
-d'effacer les traditions de la monarchie vaincue, elle se laissa
-emporter au delà des limites d'une sage réforme, appliquant, sans
-discernement et sans mesure, les utopies, qui avaient ébloui dans les
-œuvres philosophiques du dix-huitième siècle. Quelques-unes de ces
-réformes, dictées par un désir aveugle de la liberté, eurent bien vite
-des résultats désastreux; loin de répondre au but de réorganisation
-sociale, elles ne firent que relâcher davantage les liens d'une société
-troublée. La Révolution porta ainsi une grave atteinte à la dignité de
-la famille, en rétablissant le divorce et en le rendant étonnamment
-facile.
-
-Cette législation ne fut pas de longue durée et nous aurions peu à
-dire sur cette période antérieure au Code civil, si les tentatives,
-essayées aujourd'hui pour la remettre en vigueur et le bruit renouvelé
-autour des propositions législatives, tendant à son rétablissement,
-ne rendaient nécessaire une étude des caractères, que présentait le
-divorce dans la législation révolutionnaire et des conséquences que son
-usage eut pour les mœurs. La conclusion que nous aurons à tirer, peu
-favorable au divorce, pourra, sans doute, être combattue; on pourra
-prétendre que les conditions particulières, dans lesquelles le droit
-révolutionnaire fut appliqué, rendent peu décisive l'expérience, qui
-fut faite de l'institution nouvelle, et ne lui laissent qu'un intérêt
-purement spéculatif. Néanmoins il peut être d'une grande utilité de
-connaître, par l'exemple du passé, les chances qu'aurait le divorce
-d'être admis ou rejeté par nos mœurs, les effets qu'il pourrait y
-produire, et tout au moins les modifications, que l'on devrait faire
-subir à la législation ancienne, si l'on tombait d'accord pour en
-adopter le principe.
-
-Les théories libérales du dix-huitième siècle sur le mariage eurent un
-premier écho, en 1790, dans un ouvrage de Bouchotte, député de l'Aube,
-intitulé: _Observations sur le divorce_. Bouchotte se montre partisan
-de la dissolution facile du mariage; il admet même jusqu'à un certain
-point la répudiation, car il soutient que, dans certains cas, les époux
-pourront être désunis, sans que le conjoint offensé puisse être forcé
-de dévoiler les motifs, qui le poussent à cette rupture, par exemple,
-s'il a été témoin de son déshonneur et que personne autre que lui n'en
-ait été témoin, il ne peut être forcé de raconter les faits qui l'ont
-déshonoré. Bouchotte accordait à l'époux outragé une pension que devait
-lui payer l'époux coupable et qui devait prendre fin, s'il survenait
-un second mariage. Dans ce cas l'époux divorcé ne pouvait faire aucun
-avantage matrimonial. Quant aux enfants, le député de l'Aube les
-laissait tous à leur mère, jusqu'à sept ans; à partir de cet âge, la
-garde des fils passait au père.
-
-Telle fut la première proposition législative qui ouvrit à la
-Révolution la voie des réformes, dans la législation du mariage. On
-songea tout d'abord à séculariser le mariage: la constitution du 3
-septembre 1791 déclara dans son article 7: «La loi ne considère le
-mariage que comme contrat civil» (tit. II).
-
-Mais le législateur ne comprit pas exactement le principe qu'il venait
-de poser[153]. Fortement imbu des doctrines philosophiques, qui se
-prononçaient énergiquement contre l'indissolubilité du mariage, il
-considéra le mariage comme un contrat ordinaire et le soumit à toutes
-les règles, qui régissaient l'échange des consentements. Le rapporteur
-du projet de loi sur le divorce à l'Assemblée législative se faisait
-l'interprète de ce sentiment, lorsqu'il disait dans son rapport: «Le
-comité a cru devoir accorder ou conserver la plus grande latitude à la
-faculté du divorce, à cause de la nature du contrat de mariage, qui a
-pour base principale le consentement des époux, parce que la liberté
-individuelle ne peut jamais être aliénée d'une manière indissoluble par
-aucune convention[154].»
-
-L'Assemblée législative adopta cette manière de voir et la loi des
-20-25 septembre 1792 fut votée, dans un esprit de concession aux
-doctrines d'une philosophie aussi libre dans ses idées que la société
-l'était dans ses mœurs, philosophie qui voyait, dans le mariage «la
-tyrannie de l'homme qui a converti en propriété la possession de sa
-femme,» philosophie qui nous donnait pour modèle les mœurs d'Otaïti «où
-les mariages ne durent souvent qu'un quart d'heure,» et qui regardait
-le lien conjugal comme «une convention et un préjugé[155].»
-
-On comprend que la loi de 1792, subissant cette influence, se montre
-étonnamment large pour l'admission du divorce, son excessive tolérance
-ressort déjà du premier considérant: «Considérant, dit la loi, combien
-il importe de faire jouir les Français de la faculté du divorce, qui
-résulte de la liberté individuelle, dont un engagement indissoluble
-serait la perte.»
-
-Du reste, pour montrer quelles étaient les facultés laissées au
-divorce, il suffit de citer les articles mêmes de la loi:
-
-ART. 1.—Le mariage se dissout par le divorce.
-
-ART. 2.—Le divorce a lieu par le consentement mutuel des époux.
-
-ART. 3.—L'un des époux peut faire prononcer le divorce sur la simple
-allégation d'incompatibilité d'humeur ou de caractère.
-
-ART. 4.—Chacun des époux peut également faire prononcer le divorce sur
-les motifs déterminés, savoir: 1º sur la démence, la folie ou la fureur
-de l'un des époux; 2º sur la condamnation de l'un d'eux à des peines
-afflictives ou infamantes; 3º sur les crimes, sévices ou injures graves
-de l'un envers l'autre; 4º sur le dérèglement de mœurs notoire; 5º sur
-l'abandon de la femme par le mari ou du mari par la femme, pendant deux
-ans au moins; 6º sur l'absence de l'un d'eux sans nouvelles, au moins
-pendant cinq ans; 7º sur l'émigration, dans les cas prévus par les lois.
-
-Ainsi la loi de 1792 rendait le divorce si facile à obtenir que le
-mariage pouvait désormais n'être plus considéré comme un lien, et qu'on
-revenait tout simplement à la législation de la fin de la république
-Romaine, qui amena tant de scandales et tant de dépravation dans les
-mœurs. Mais non contente de proclamer hautement la liberté du divorce,
-la Convention, inspirée par sa haine profonde du clergé et de toute
-religion, voulut retirer aux catholiques le seul moyen admissible,
-pour leur conscience, de remédier aux malheurs de la vie conjugale.
-L'article 7 de la loi de 1792 décida en effet l'abolition de la
-séparation de corps. «A l'avenir, dit l'article, aucune séparation de
-corps ne pourra être prononcée; les époux ne pourront être désunis
-que par le divorce.» L'exagération de cette mesure a soulevé les
-critiques de tous les jurisconsultes et ne peut s'expliquer que par
-le désir insatiable qu'avaient les hommes de la Convention de rompre
-absolument, avec toutes les traditions, surtout religieuses, du passé,
-au risque d'aboutir au despotisme et à l'intolérance, en poussant
-jusqu'aux limites extrêmes des doctrines soi-disant libérales,
-mais éminemment contraires au principe de liberté. «Là encore, dit
-M. Léon Renault, dans son rapport à la Chambre des députés[156], la
-mesure était dépassée. En abolissant absolument la séparation de
-corps, la loi nouvelle s'exposait au reproche de priver les citoyens
-catholiques, dont la foi repoussait le divorce, de tout remède légal
-contre les souffrances matérielles et morales d'un état de mariage,
-devenu intolérable. Fille de la liberté de conscience, elle ne se
-contentait pas d'établir l'indépendance nécessaire de la législation
-civile vis-à-vis des idées religieuses: elle donnait prétexte à des
-accusations d'hostilité et d'agression contre la foi des catholiques.»
-
-Le § 2 de la loi de 1792 avait réglé la procédure du divorce ainsi
-qu'il suit: Le mari et la femme qui demandaient conjointement le
-divorce convoquaient une assemblée de six au moins des plus proches
-parents, ou d'amis, à défaut de parents; trois d'entre eux étaient
-choisis par le mari, les trois autres par la femme. Les deux époux
-se présentaient en personne, devant cette assemblée de famille,
-et exposaient leur demande de divorce; les parents faisaient les
-observations et représentations qu'ils jugeaient convenables. Si les
-époux persistaient dans leur dessein, l'officier municipal, convoqué à
-cet effet, dressait un simple procès-verbal de non-conciliation. Cet
-acte signé par les époux, les parents et l'officier municipal était
-déposé au greffe de la municipalité. Un mois au moins ou six mois au
-plus tard après la date de cet acte, les époux pouvaient se présenter
-devant l'officier public, chargé de recevoir les actes de mariage, dans
-la municipalité du dernier domicile du mari, et, sur leur demande,
-l'officier public prononçait leur divorce sans entrer en connaissance
-de cause. Après le délai de six mois, une nouvelle tentative de
-conciliation, devant l'assemblée des parents, était nécessaire pour
-poursuivre la demande du divorce.
-
-Cette intervention de la famille, que nous trouvons établie dans la loi
-de 1792, ne se retrouve pas dans les dispositions du Code civil sur
-le divorce. C'était pourtant une idée juste et pratique, qui a servi
-de texte à quelques modifications, que propose d'introduire dans le
-titre VI du Code civil, la commission législative chargée actuellement
-d'étudier le rétablissement du divorce.
-
-Lorsque le divorce était demandé par l'un des époux pour
-incompatibilité d'humeur, la procédure était encore analogue à celle
-du divorce par consentement mutuel. L'époux demandeur convoquait
-encore une assemblée de parents ou d'amis et après les observations
-de la famille, si l'époux persistait dans sa demande, on faisait
-dresser procès-verbal par l'officier municipal appelé à cet effet
-et l'assemblée se prorogeait à deux mois. Les époux comparaissaient
-encore en personne; si la conciliation échouait de nouveau, il y avait
-procès-verbal et seconde prorogation à trois mois. Enfin, si après
-toutes ces tentatives de rapprochement l'époux demandeur continuait
-à demander le divorce, on dressait acte de sa détermination et on le
-signifiait à l'époux défendeur. Huit jours au moins et six mois au plus
-après cette signification, l'époux demandeur pouvait se présenter pour
-faire prononcer le divorce devant l'officier de l'état civil. Après
-les six mois il ne pouvait y être admis qu'en observant de nouveau les
-mêmes formalités et les mêmes délais[157].
-
-Quand la demande était faite pour cause déterminée par un des époux, il
-fallait distinguer suivant les motifs invoqués. Si ces motifs étaient
-déterminés soit par un jugement portant condamnation à une peine
-afflictive ou infamante, soit par un acte de notoriété, constatant
-l'état d'absence pendant cinq années, l'époux demandeur n'avait qu'à
-présenter ces actes à l'officier civil, qui prononçait alors le divorce
-sans aucun délai. Lorsque le demandeur invoquait une des autres causes
-déterminées, la demande était portée devant les arbitres de famille,
-dans les formes prescrites pour les contestations entre mari et
-femme: et si ce tribunal jugeait la demande bien fondée, le demandeur
-était renvoyé devant l'officier civil du domicile du mari, pour faire
-prononcer son divorce. L'appel du jugement arbitral en suspendait
-l'exécution: cet appel était, du reste, instruit sommairement et jugé
-dans le mois[158].
-
-Quand aux effets du divorce, la loi de 1792 s'en occupait dans son §
-3. «Les effets du divorce par rapport à la personne des époux, dit
-l'article 1^{er}, sont de rendre au mari et à la femme leur entière
-indépendance, avec la faculté de contracter un nouveau mariage.» Si le
-divorce avait été prononcé pour consentement mutuel ou incompatibilité
-d'humeur, les époux devaient observer un délai d'un an. Quand il
-l'avait été pour cause déterminée, la femme seule était obligée
-d'observer ce délai, à moins que la demande n'eût été fondée, sur
-l'absence du mari durant depuis cinq ans.
-
-En ce qui concerne les biens, les droits et intérêts des époux
-étaient réglés, par rapport à la communauté de biens ou à la société
-d'acquêts, soit par la loi, soit par la convention[159]. Cependant
-si le divorce avait été obtenu par le mari contre la femme, pour une
-des causes déterminées imputable à la femme, celle-ci était privé
-de tous droits et bénéfices dans la communauté de biens ou société
-d'acquêts, mais elle reprenait les biens qu'elle avait apportés. Quant
-aux droits matrimoniaux emportant gain de survie, «tels que douaire,
-augment de dot ou agencement, droit de viduité, droit de part dans les
-biens meubles ou immeubles du prédécédé,» ils étaient tous, en cas de
-divorce, éteints et sans effet. Il en était de même de tous les dons
-ou avantages, constitués en vue du mariage par les époux eux-mêmes ou
-par leurs parents, et des dons mutuels faits depuis le mariage et
-avant le divorce[160]. Mais pour compenser la perte de ces avantages
-éprouvée par l'époux qui obtenait le divorce, on l'indemnisait au
-moyen d'une pension viagère sur les biens de l'autre époux, pension
-qui était réglée par les arbitres de famille, et qui courait du jour
-de la prononciation du jugement. Les arbitres de famille pouvaient
-aussi accorder une pension alimentaire au divorcé nécessiteux: cette
-pension était payée par son conjoint, dans la mesure de ses moyens
-et déduction faite de ses propres besoins. L'indigence de l'époux,
-survenant après la dissolution du mariage, n'autorisait pas cet époux à
-faire une demande d'aliments. C'est au moins ce qui résulte d'un arrêt
-de cassation rendu le 8 janvier 1806.
-
-Du reste, ces pensions viagères ou alimentaires s'éteignaient, dès que
-l'époux bénéficiaire contractait un nouveau mariage[161].
-
-Le dernier paragraphe de la loi réglait les effets du divorce, quant
-aux enfants. Lorsque le divorce avait lieu par consentement mutuel, ou
-sur la demande de l'un des époux pour simple incompatibilité d'humeur
-ou de caractère, les enfants étaient confiés, les filles à la mère
-ainsi que les garçons âgés de moins de sept ans; au-dessus de cet âge
-les fils étaient remis au père. Le père et la mère pouvaient faire à ce
-sujet tel autre arrangement que bon leur semblait. Si le divorce avait
-lieu pour toute autre cause, le tribunal de famille était seul juge et
-confiait les enfants à celui des époux qu'il croyait le plus digne de
-la mission d'éducation.
-
-Si le mari ou la femme divorcés contractaient un nouveau mariage, il
-était également décidé, en assemblée de famille, si les enfants qui
-leur étaient confiés leur seraient retirés et à qui ils seraient remis.
-Le divorce ne privait jamais les enfants nés du mariage des avantages,
-qui leur étaient assurés par les lois ou les conventions matrimoniales;
-mais le droit n'en était ouvert à leur profit que comme il l'eût été
-si leurs père et mère n'eussent pas divorcé. Ils conservaient leur
-droit de successibilité, mais ne venaient qu'en concurrence et par
-égale portion avec les enfants nés d'autres lits. Enfin défense était
-faite aux époux divorcés, qui se remariaient ayant des enfants issus
-du mariage dissous, de faire de plus grands avantages à leur nouveau
-conjoint, que ne le peuvent les époux veufs, dans le même cas.
-
-Telle est la loi de 1792. Si nous nous sommes étendu un peu longuement
-sur les dispositions de cette loi, c'est que nous allons avoir à en
-apprécier les conséquences immédiates et l'influence sur l'état de la
-famille, dans la période révolutionnaire. Un autre intérêt s'y rattache
-encore.
-
-Dans le rapport de la commission chargée d'étudier le projet de
-rétablissement du divorce, nous voyons que la commission a pris pour
-point de départ de ses travaux, la loi du 20 septembre 1792 «aux termes
-de laquelle, l'établissement du divorce semblait être une conséquence
-forcée de la déclaration des droits de l'article de la constitution de
-1791 qui avait imprimé au mariage le caractère d'un contrat purement
-civil[162].»
-
-Cette loi de 1792 dépassait la mesure d'une liberté bien comprise. Ce
-n'était plus seulement réglementer le mariage comme contrat civil, mais
-détruire la famille, que les mœurs corrompues du dix-huitième siècle
-avaient déjà si fortement ébranlée. C'était aussi une loi éminemment
-antireligieuse, puisque la suppression de la séparation de corps
-ne laissait aux catholiques qu'un remède légal qui répugnait à leur
-conscience.
-
-Et cependant cette loi destructive du lien conjugal ne fut pas jugée
-encore assez libérale; des dispositions législatives postérieures
-introduisirent de nouvelles facilités, dans l'organisation du divorce.
-
-Nous allons signaler les nombreux décrets qui vinrent compléter la
-législation du divorce, sous la Révolution:
-
-22 vendémiaire, an II (13 oct. 1793). Décret qui autorise le conjoint
-demandeur à faire apposer les scellés, sur les effets mobiliers de la
-communauté.
-
-8-14 nivôse, an II (28 déc. 1793, 3 janv. 1794). Décret qui attribue
-aux tribunaux de famille la connaissance des contestations, relatives
-aux droits des époux divorcés.
-
-4-9 floréal, an II (23-28 avril 1794). Décret qui fait disparaître
-certaines dispositions très sages de la loi de 1792.
-
-Désormais, après une séparation de fait de six mois, un des époux
-pouvait demander le divorce et l'obtenir, sur la simple présentation d'un
-acte authentique ou de notoriété publique. Si le mari absent faisait
-partie des armées ou remplissait des fonctions publiques dans un pays
-éloigné, sa femme pouvait bien obtenir le divorce, mais recouvrait
-seulement sa dot. La femme divorcée pouvait se remarier aussitôt qu'il
-était prouvé, par un acte de notoriété publique, qu'il y avait dix mois
-qu'elle était séparée de fait de son mari; celle qui accouchait après
-le divorce, était dispensée d'attendre ce délai.
-
-Enfin, un décret du 24 vendémiaire, an III (15 oct. 1793), fait en
-haine de l'émigration, déclare que la femme pouvant prouver, par acte
-authentique ou de notoriété publique, que son mari était émigré,
-à l'étranger ou dans les colonies, obtiendrait le divorce, sans
-assignation ni citation.
-
-Cette loi et les tristes décrets qui la suivirent, produisirent des
-scandales et des abus inouïs. Le mariage était livré désormais à
-tous les caprices des passions humaines, à toutes les fantaisies des
-haines politiques ou religieuses; la licence des mœurs ne connut plus
-de bornes, la décadence morale fit de rapides progrès; le fanatisme
-révolutionnaire désorganisait la famille et, par là, portait à la
-société entière le coup le plus funeste: «Dans aucune partie peut-être,
-dit Zachariæ, il n'y eut tant à reprendre, ni tant de méprises du
-droit intermédiaire à réparer.»
-
-Les scandales, qui résultèrent d'une pareille législation, furent si
-grands et si nombreux, que la Convention s'émut elle-même des tristes
-conséquences de son œuvre. Plusieurs membres présentèrent, à diverses
-reprises, des observations sur les abus du divorce et demandèrent
-une réglementation moins large. C'est dans ce sens, notamment, que
-parla le député Bonguyod à la séance du 28 floréal, an III. Le comité
-de législation fut même chargé d'étudier les réformes à faire; le
-rapporteur de ce comité, le député Mailhe, s'exprimait ainsi[163]:
-la loi du 20 septembre 1792 donna au divorce une latitude illimitée,
-mais du moins elle opposait à l'inconstance et au caprice des formes
-et des lenteurs, qui laissaient à la raison le temps et la possibilité
-de reprendre son empire. Les lois du 8 nivôse et du 4 floréal an II,
-rompirent ces faibles barrières. Vous ne sauriez arrêter trop tôt le
-torrent d'immoralité que roulent ces lois désastreuses.» Conformément
-aux conclusions de ce rapport, les décrets de nivôse et de floréal an
-II, furent abrogés par un décret du 15 thermidor an III.
-
-Cependant l'abrogation de ces décrets ne suffisait pas à empêcher les
-abus; il fallait donner au divorce des garanties plus sérieuses encore;
-ce fut, ce qu'entreprit un décret du Directoire daté du premier jour
-complémentaire de l'an V (17 septembre 1797).
-
-Ce décret portait que, dans toutes les demandes en divorce, fondées
-sur l'incompatibilité d'humeur et de caractère, l'officier public ne
-pourrait prononcer le divorce que six mois après la date du dernier des
-trois actes de non-conciliation, exigés par la loi de 1792 (art. 8, 10
-et 11).
-
-Mais ce n'était qu'une bien légère restriction à la facilité inouïe
-laissée par cette loi de 1762. Les abus et les scandales continuèrent.
-«Chose remarquable, dit M. Glasson[164], le divorce produisit les
-mêmes effets qu'à Rome; il fut inutile ou dangereux: inutile dans les
-campagnes, où les paysans refusèrent d'y revenir; dangereux dans les
-grandes villes, où l'on se hâta d'en abuser.»
-
-La statistique fournit en effet des chiffres justement effrayants.
-
-A Paris, dans les vingt-sept mois qui suivirent la promulgation de la
-loi de 1792 on compta 5994 jugements, prononçant le divorce et, en l'an
-VI, le nombre des divorces dépassa celui des mariages.
-
-Le député Mailhe avait déjà raison de dire, dès l'an III: «la loi du
-divorce est plutôt un tarif d'agiotage qu'une loi. Le mariage n'est
-plus en ce moment qu'une affaire de spéculation, on prend une femme,
-comme une marchandise, en calculant le profit, dont elle peut être et
-l'on s'en défait sitôt qu'elle n'est plus d'aucun avantage; c'est un
-scandale vraiment révoltant[165].»
-
-Telle était, pour la famille et la société, l'œuvre de la législation
-révolutionnaire. Sans doute ce fut au nom de la justice, au nom d'une
-liberté saine, que fut ouverte l'ère de rénovation politique et
-sociale. Mais ces tendances sages et libérales ne purent persister au
-milieu des circonstances difficiles, que la Révolution eut à traverser.
-
-Bientôt les réformateurs dissimulèrent mal leur aversion profonde,
-pour toutes les traditions de la monarchie, et dès lors la législation
-nouvelle prit un caractère haineux, autoritaire et despotique: la
-Révolution voulut effacer brutalement le passé, briser les résistances
-et imposer des principes, qu'elle-même ne comprenait pas encore.
-
-Les idées de justice aboutirent ainsi aux injustices les plus criantes
-et la Convention vit triompher ce despotisme démagogique, le pire de
-tous, qui ne se soutient que par la terreur et par le crime. Telle fut
-la législation intermédiaire, dans laquelle les jurisconsultes les plus
-autorisés ont eu souvent à flétrir la trace de passions et de haines
-brutales, aussi désastreuses pour les mœurs d'une société qu'indignes
-d'un législateur éclairé.
-
-L'œuvre législative de la Convention n'avait qu'un but: formuler
-les principes qui devaient servir de base au droit civil, qu'on se
-proposait de rédiger, et régler provisoirement l'application de ces
-principes. La rédaction du Code civil, commencée en 1791, interrompue
-sans cesse par des préoccupations politiques d'ordre majeur, et
-toujours reprise sans succès, finit par être élaborée sérieusement,
-lorsque le premier Consul en eut ordonné l'achèvement. La tâche du
-législateur était immense; il fallait porter remède aux abus des lois
-révolutionnaires, il fallait réorganiser la famille, rendre au mariage
-sa dignité, en un mot, refondre entièrement toute la législation du
-divorce.
-
-Le conseil d'État arrêta tout d'abord les bases sur lesquelles il
-comptait rédiger le titre VI du Code civil. Il maintint le mariage
-civil, conserva le divorce, qui lui sembla conforme aux principes
-essentiels, reconnus au mariage dans notre droit civil, et qui lui
-parut dangereux à supprimer, dans un temps où l'on en trouvait encore
-l'usage si répandu; mais il le réglementa plus sévèrement, il en
-diminua les causes légitimes; de plus, pour donner satisfaction au
-sentiment religieux, il rétablit la séparation de corps, afin que les
-catholiques ne fussent plus dans la nécessité de recourir au divorce,
-que leur foi repoussait énergiquement.
-
-Tels furent les principes qui furent admis dans la préparation de la
-loi nouvelle; ce ne fut pas sans discussion et le rétablissement de
-la séparation de corps rencontra tout d'abord une vive opposition au
-sein du conseil d'État. C'est qu'à cette époque les haines politiques
-étaient encore vivaces et qu'une pareille satisfaction, accordée au
-catholicisme, semblait une concession importante faite aux idées de
-l'ancien régime. Néanmoins ce rétablissement fut admis en principe.
-
-L'exposé des motifs de M. Treilhard au Corps législatif[166] nous
-montre quelles furent les idées dominantes qui inspirèrent les
-rédacteurs du Code civil lorsqu'ils préparèrent le titre VI.
-
-Tout d'abord, nous pouvons constater une préférence marquée en faveur
-du divorce: «Le divorce en lui-même ne peut pas être un bien; c'est
-le remède d'un mal; pour les époux le divorce est sans contredit
-préférable à la séparation.»
-
-«Je ne connais qu'une objection, ajoute le rapporteur. On la tire de la
-possibilité d'une réunion: mais je le demande combien de séparations
-a vu le siècle dernier et combien peu de rapprochements!—» Il prévoit
-ensuite l'objection tirée des enfants. «Mais les enfants, les enfants,
-que deviendront-ils après le divorce?—Je demanderai à mon tour, que
-deviendront-ils après les séparations? Sans doute le divorce ou la
-séparation des père et mère forme, dans la vie des enfants, une époque
-bien funeste: mais ce n'est pas l'acte de séparation ou de divorce qui
-fait le mal, c'est le tableau hideux de la guerre intestine qui a
-rendu ces actes nécessaires. Au moins les époux divorcés auront encore
-le droit d'inspirer, pour leur personne, un respect et des sentiments
-qu'un nouveau nœud pourra légitimer... C'est peut-être ce qui peut
-arriver de plus heureux pour les enfants... Quant à la société, il
-est hors de doute que son intérêt réclame le divorce, parce que les
-époux pourront contracter dans la suite de nouvelles unions; pourquoi
-frapperait-elle d'une fatale interdiction des êtres que la nature avait
-formés pour éprouver les plus doux sentiments de la paternité? Cette
-interdiction serait également funeste aux individus et à la société:
-aux individus qu'elle condamne à des privations qui peuvent être
-méritoires, quand elles sont volontaires, mais qui sont trop amères,
-quand elles sont forcées: à la société qui se trouve ainsi appauvrie de
-nombre de familles, dont elle eût pu s'enrichir. Mais le pacte social
-garantit à tous les Français la liberté de leur croyance: si le divorce
-était le seul remède offert aux époux malheureux, ne placerait-on pas
-des citoyens, dans la cruelle alternative de fausser leur croyance
-ou de succomber, sous un joug qu'ils ne pourraient plus supporter?
-En permettant le divorce la loi laissera l'usage de la séparation.
-Ainsi nulle gêne dans l'opinion et toute liberté à cet égard est
-maintenue[167].»
-
-Ainsi le législateur laissait le choix aux époux. Quant aux
-dispositions nouvelles, régissant le divorce, nous allons les parcourir
-rapidement.
-
-Le Code supprimait le divorce pour incompatibilité d'humeur, lorsqu'un
-seul des époux le demandait. Quant au divorce par consentement mutuel
-il fut vivement discuté. Le Tribunat voulait le prohiber, lorsque les
-époux avaient eu des enfants. Mais le conseil d'État le fit maintenir
-parce que, comme le faisait remarquer le conseiller Emmery, ce divorce
-avait l'avantage de couvrir les causes déterminées, que les époux ne
-voudraient pas divulguer et qui devaient être tenues d'autant plus
-secrètes qu'il y avait des enfants nés du mariage. D'ailleurs, le
-divorce par consentement mutuel était entouré de sérieuses garanties;
-il fallait le consentement mutuel et persévérant, exprimé d'une manière
-spéciale, sous des conditions et après des épreuves de nature à prouver
-que la vie commune était insupportable et qu'il existait par rapport
-aux époux une cause péremptoire de divorce (art. 233). Le conseil
-d'État rejeta une proposition du Tribunat tendant à permettre aux
-époux, divorcés par consentement mutuel, de se remarier ensemble. La
-loi proscrivit absolument ce second mariage, quelle que fût la cause du
-divorce.
-
-Quant aux causes déterminées qui autorisaient désormais le divorce,
-le Code en réduisait singulièrement le nombre. Les seuls faits
-qui pouvaient motiver le divorce, étaient l'adultère de la femme,
-l'adultère du mari, lorsqu'il avait tenu sa concubine dans la maison,
-la condamnation à une peine infamante, les excès, sévices, ou injures
-graves.
-
-Lorsque la séparation de corps avait été prononcée pour toute autre
-cause que l'adultère, elle pouvait être convertie en divorce, après
-trois ans sur la demande de l'époux, qui avait été défendeur à la
-séparation (art. 310); le tribunal devait prononcer le divorce à
-moins que l'époux demandeur originaire, présent ou dûment appelé,
-ne consentît immédiatement à faire cesser la séparation[168]. Cette
-disposition avait soulevé au conseil d'État un débat très animé.
-Cambacérès faisait remarquer que c'était là une atteinte très grave à
-la liberté de conscience du demandeur originaire, qui était ainsi amené
-à divorcer malgré lui, situation d'autant plus fâcheuse qu'il semblait
-l'avoir provoquée lui-même, en demandant la séparation, quoique ses
-convictions religieuses rejetassent une rupture complète du lien
-matrimonial par le divorce.
-
-L'examen de la procédure spéciale du divorce semble sortir du cadre
-que nous nous étions tracé; cependant il n'est pas inutile de jeter un
-rapide coup d'œil sur cette partie de notre législation, que des lois
-nouvelles pourraient remettre en vigueur. Nous y verrons, d'ailleurs,
-chez les rédacteurs du Code, un souci véritable de la dignité du
-mariage, qui les fait entourer le divorce de sérieuses garanties et de
-sages lenteurs. Ce n'était plus l'encouragement au divorce, comme dans
-la loi de 1792, c'était, au contraire, un ensemble de moyens propres à
-laisser apaiser les passions passagères, à donner toutes les occasions
-de réflexion, à ménager habilement les rapprochements possibles et à
-bien mettre en relief pour le juge, les motifs et les mobiles, ainsi
-que la valeur véritable des faits invoqués.
-
-La procédure s'ouvrait par une requête, que l'époux demandeur
-devait remettre personnellement au magistrat. Ce n'était plus en
-effet une assemblée de parents et d'amis, mais bien le tribunal
-de l'arrondissement du domicile, qui était appelé à statuer sur
-le divorce. Le juge ordonnait une comparution des parties devant
-lui et tentait une conciliation; s'il ne pouvait y parvenir, les
-pièces étaient transmises au ministère public et au tribunal entier,
-qui accordait ou refusait, ou suspendait, pendant vingt jours, la
-permission de citer.
-
-Les époux étaient d'abord entendus à huis clos; le tribunal renvoyait
-ensuite à l'audience publique et commettait un rapporteur. A
-l'audience, le tribunal pouvait ordonner des enquêtes à la demande des
-parties. Les dépositions des témoins étaient reçues par le tribunal,
-séant à huis clos, en présence du ministère public, des parties, et de
-leurs conseils et amis, jusqu'au nombre de trois de chaque côté. Après
-la clôture des enquêtes, le tribunal renvoyait de nouveau à l'audience
-publique, et là, après avoir entendu le rapport du juge commis, il
-prononçait le jugement définitif. S'il admettait le divorce, l'époux
-demandeur avait deux mois pour se présenter devant l'officier civil
-pour le faire prononcer. Si la demande du divorce était basée sur des
-excès, sévices ou injures graves, le tribunal, même en reconnaissant
-la réalité des faits, pouvait ne pas admettre immédiatement le divorce
-et imposer aux parties une année d'épreuves, pendant laquelle la femme
-était autorisée à vivre séparée de son mari et à ne pas le recevoir,
-si elle le jugeait convenable; si au bout de l'année les époux ne
-s'étaient pas réunis, le divorce était prononcé.
-
-Quant au divorce par consentement mutuel, il était entouré de plus
-de garanties encore; le législateur ne l'avait maintenu qu'à la
-condition d'en faire un remède, employé seulement dans les cas
-d'absolue nécessité et avec la plus excessive prudence. De nombreuses
-conditions en restreignaient l'usage. Il fallait que le mari eût au
-moins vingt-cinq ans et la femme vingt et un, que les époux eussent
-vécu deux ans ensemble et qu'il ne fût pas écoulé plus de vingt ans,
-depuis le mariage, ou encore que la femme n'eût pas atteint l'âge de
-quarante-cinq ans. Il fallait en outre que les époux se présentassent,
-tous les trois mois, pendant un an devant le président du tribunal,
-pour lui renouveler leur demande, et qu'ils apportassent à chaque
-comparution la preuve positive et authentique que les ascendants
-donnaient leur consentement au divorce et y persistaient. Enfin
-l'article 305 prescrivait que la propriété de la moitié des biens de
-chacun des deux époux serait acquise, de plein droit, du jour de leur
-première déclaration, aux enfants nés de leur mariage; le père et
-la mère n'en conservaient que la jouissance jusqu'à la majorité, au
-contraire, si le divorce avait lieu pour cause déterminée, les droits
-des enfants ne s'ouvraient que de la manière dont ils se seraient
-ouverts, s'il n'y avait pas eu de divorce.
-
-Si de la procédure nous passons aux effets du divorce, nous
-remarquerons encore dans le Code de grandes améliorations apportées
-à la législation de 1792. Le Code ne défendait pas aux époux de
-contracter des unions nouvelles. Le législateur se rappelait en effet
-le passage suivant de Montesquieu: «C'est une règle tirée de la nature
-que, plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire,
-plus on corrompt ceux qui sont faits. Moins il y a de gens mariés,
-moins il y a de fidélité dans les mariages, comme lorsqu'il y a plus
-de voleurs, il y a plus de vols[169].» C'était même un des avantages
-qui faisaient préférer au législateur le divorce à la séparation, mais
-il comprit que cette faculté de second mariage devait être sagement
-limitée. Si le divorce avait eu lieu par consentement mutuel, chacun
-des époux ne pouvait contracter un nouveau mariage qu'après une attente
-de trois ans. Si le divorce avait eu lieu pour cause déterminée, la
-femme ne pouvait se remarier que dix mois après le divorce prononcé;
-au cas spécial de divorce pour adultère, l'époux coupable ne pouvait
-se remarier avec son complice. Rappelons enfin que le Code défendait
-rigoureusement aux époux divorcés de se remarier entre eux; l'idée du
-législateur, M. Treilhard l'expose longuement, était la crainte de voir
-les époux conserver un vague espoir de réunion, demander leur divorce,
-bien que la vie commune ne fût pas absolument insupportable, et se
-pénétrer peu de la gravité de l'action qu'ils intentaient en demandant
-leur divorce. Mais la même préoccupation ne semble plus avoir animé
-la Commission, chargée actuellement d'étudier le rétablissement du
-divorce, la prohibition de réunion après le divorce[170], édictée par
-le Code, lui a paru excessive et elle l'a supprimée.
-
-Que devenaient les enfants dans la législation de 1804? En principe,
-ils étaient confiés au mari pendant les préliminaires du divorce.
-Après le divorce, ils étaient remis à l'époux demandeur, à moins que
-le tribunal, sur la demande de la famille ou du procureur impérial,
-n'ordonnât que tous ou quelques-uns d'entre eux fussent confiés aux
-soins, soit de l'autre époux, soit d'une tierce personne. D'ailleurs
-quelle que fût la personne à laquelle les enfants étaient confiés,
-les père et mère conservaient respectivement le droit de surveiller
-l'entretien et l'éducation de leurs enfants et étaient tenus d'y
-contribuer, à proportion de leurs facultés (302, 303)[171].
-
-Quant aux intérêts pécuniaires, l'article 299 décidait que, hors le
-cas de consentement mutuel, l'époux contre lequel le divorce était
-admis perdrait tous les avantages que l'autre époux lui avait faits,
-soit par contrat de mariage, soit depuis le mariage contracté; au
-contraire, l'époux qui avait obtenu le divorce, conservait tous les
-avantages à lui faits par l'autre époux, encore qu'ils eussent été
-stipulés réciproques et que la réciprocité n'eût pas eu lieu. Si les
-époux ne s'étaient fait aucun avantage, ou si les avantages stipulés
-ne paraissaient pas suffisants pour assurer la subsistance de l'époux
-demandeur, le tribunal pouvait lui accorder sur les biens de l'autre
-époux une pension alimentaire, qui ne pouvait excéder le tiers des
-revenus, et qui était révocable dès qu'elle cessait d'être nécessaire.
-
-Telle fut la législation du Code civil en ce qui concerne la
-dissolution du mariage. On rétablissait bien la séparation de corps,
-mais l'influence de la loi de 1792 et les idées favorables au divorce
-prévalaient encore: on consacrait soixante-dix-huit articles au
-divorce, tandis que la séparation de corps n'en occupait que six, et se
-trouvait rejetée, comme appendice, à la fin du titre.
-
-Il faut reconnaître que, depuis sa nouvelle organisation par le Code,
-le divorce n'avait donné lieu à aucun abus grave. Aussi dans tout le
-cours de la discussion qui précéda sa suppression, on ne vit pas, une
-seule fois, les adversaires les plus décidés formuler le reproche de
-scandales et d'excès.
-
-On a prétendu que l'abolition du divorce était une vengeance de
-l'ancien régime, une loi de réaction religieuse[172], il semble plus
-vrai de dire qu'elle était dans les vœux de la nation[173].
-
-Ce fut le 26 décembre 1815 que le vicomte de Bonald, député de
-l'Aveyron, qui avait déjà défendu, en 1803, l'indissolubilité du
-mariage, proposa l'abolition du divorce. Cette proposition fut prise en
-considération, et, le 19 février 1816, M. de Trinquelague présentait
-son rapport.
-
-La grande préoccupation du législateur semble être de remettre
-le droit civil d'accord avec la loi religieuse, et d'établir la
-prééminence de celle-ci: de nombreux passages du rapport que nous ne
-pouvons reproduire ici portent la trace de cette préoccupation. Après
-le rapport de M. de Trinquelague, une adresse au roi fut votée «pour
-le supplier d'ordonner que les articles, relatifs à la dissolution du
-mariage fussent retranchés du Code civil.»
-
-Le roi fit donc présenter le projet de loi qui devint la loi de 1816.
-A la Chambre des pairs la loi fut votée le 25 avril, après une courte
-discussion sur le rapport de M. Lamoignon. La Chambre des députés
-la vota, le 27 avril, sur un rapport de M. Blaire[174]. Comme on le
-voit, l'abolition du divorce fut adoptée, presque sans débat et avec
-une précipitation regrettable; aussi la loi de 1816 renfermait-elle
-de nombreuses lacunes. On ne laissait subsister que la séparation de
-corps, mais on ne songeait pas que les six articles du Code civil
-étaient insuffisants à la réglementer et qu'il était nécessaire d'en
-tracer la procédure, d'en approfondir les détails. Ni les orateurs de
-la Chambre des députés, MM. de Bonald, Cardonnel et Blondel d'Angers,
-ni ceux de la Chambre des pairs, les évêques de Langres et de Châlons,
-ne firent sentir le besoin de réviser les articles de la séparation.
-On se contenta de laisser subsister, dans le Code, le titre qui se
-rapportait au divorce, afin que les tribunaux y trouvassent les
-dispositions complémentaires de la séparation.
-
-On fit une tentative pour donner un peu plus d'unité à l'institution,
-demeurée seule, de la séparation de corps. Le duc de Richelieu déposa,
-en décembre 1816, deux projets de loi sur le bureau de la Chambre des
-pairs, l'un sur les divorces accomplis, l'autre sur la séparation de
-corps. Ces projets furent transmis à la Chambre des députés, mais les
-lois exclusivement politiques absorbaient tous les soins de celle-ci.
-Différents orateurs, et notamment M. de Corbière, insistèrent vainement
-pour faire réviser la loi sur la séparation: «Mais il faut pour cela,
-disait-il, une maturité et une sage lenteur que ne comporte pas la fin
-prochaine, que vous avez le droit d'espérer, de votre session.» En
-effet la commission parlementaire à laquelle les projets avaient été
-renvoyés les fit bientôt oublier par ses lenteurs.
-
-Il reste donc, après cette loi de 1816, la seule institution de la
-séparation de corps, laissant au juge et à la jurisprudence une
-latitude considérable, par conséquent donnant lieu à de nombreuses
-controverses que nous aurons à étudier plus loin. «Le divorce, dit Léon
-Renault[175], est donc resté, dans le monument de nos lois, comme une
-statue momentanément, voilée, mais debout à la place où elle avait été
-originairement élevée et qu'il est toujours facile de découvrir et de
-remettre en lumière.»
-
-Après la réaction politique et religieuse de 1816, il fallait
-s'attendre à voir les partis reprendre peu à peu leur consistance
-et recouvrer une part de l'influence qu'ils avaient précédemment
-exercée. Lorsqu'une nouvelle Révolution les eut rendus de nouveau
-tout-puissants, ils firent prévaloir, dans la Charte nouvelle, les
-principes de tolérance religieuse et de sécularisation des pouvoirs
-publics, qui avaient été abandonnés sous la Restauration. Désormais,
-la religion catholique ne fut plus appelée religion d'État, et la
-loi civile ne dut plus forcément se plier aux exigences de la loi
-religieuse. Il était donc naturel qu'on essayât de rétablir les
-conséquences que la Révolution avait tirées des principes, proclamés
-par elle, et qu'on songeât à restaurer le divorce dans nos lois. Aussi,
-dès le 11 août 1831, M. de Schonen présentait à la Chambre des députés
-une proposition tendant à l'abrogation de la loi du 8 mai 1816: «Ouvrez
-les greffes criminels, disait-il, parcourez les archives, depuis celles
-de la pénitencerie Romaine jusqu'aux arrêts de nos cours d'assises;
-lisez seulement la feuille quotidienne consacrée à nos tribunaux et
-vous aurez une idée de l'urgence et de la nécessité de la mesure que je
-propose.»
-
-La proposition fut prise en considération, à une immense majorité.
-M. Peton seul s'éleva contre; Berryer et quelques autres députés
-s'abstinrent.
-
-La commission chargée d'étudier le projet nomma M. Odilon Barrot
-rapporteur. Celui-ci, dans son rapport très lumineux et très net,
-fit d'abord justice de la loi de 1792 et des déplorables facilités
-qu'elle donnait à la rupture du mariage: «Ce ne serait plus, dit-il,
-qu'une union fortuite, qui n'aurait plus de garantie que dans la
-persistance de la volonté des époux et qui se confondrait bientôt avec
-le concubinage, dont il ne différerait que par de vaines formes.»
-
-Le débat se restreignait donc entre le système du Code civil et la
-loi de 1816; M. Odilon Barrot expliquait ainsi les préférences de la
-Commission: «Le système du Code civil nous a paru préférable à la
-loi du 8 mai 1816, comme offrant une conciliation heureuse entre les
-imperfections de notre nature et la nécessité d'assurer au mariage,
-sinon l'indissolubilité absolue, au moins une intention de perpétuité.»
-Parlant de l'indissolubilité, il dit encore: «Cette loi est une loi
-violente, contre laquelle la nature protestera toujours. Dans certains
-cas, ce sera le crime qui sera l'instrument de cette révolte de la
-nature, nos annales criminelles en font foi; dans d'autres, et ce sont
-les plus nombreux, ce sera le vice et la corruption qui, se jouant des
-prescriptions légales, substitueront avec scandale, à l'union légitime
-l'union adultère. Ne vaut-il pas mieux mille fois, que la loi, plus
-rapprochée de notre imperfection humaine, abandonne quelque chose de
-ses rigueurs et qu'elle se départe d'un principe absolu qui enfante le
-crime et propage la corruption?»
-
-La proposition fut adoptée à la Chambre des députés par cent
-quatre-vingt-treize voix contre soixante-dix. Mais à la Chambre des
-pairs elle rencontra une opposition qu'elle ne put vaincre; votée une
-seconde fois par la Chambre des députés, sur la demande de M. Bavoux,
-elle fut encore rejetée par la Chambre des pairs, le 23 mars 1832. M.
-Portalis avait fait un rapport contraire au rétablissement du divorce.
-
-La proposition fut néanmoins reprise l'année suivante; M. Bavoux
-présenta le 30 décembre 1833 une nouvelle proposition en faveur du
-divorce. Le 24 février 1834, malgré les efforts de M. Merlin et de M.
-Voysin de Gartempe, la Chambre vota le rétablissement du divorce par
-cent quatre-vingt-onze voix contre cent. Mais la Chambre des pairs
-s'opposa encore énergiquement à l'abrogation de la loi de 1816; aussi
-lorsqu'une troisième fois la même proposition fut reproduite devant
-la Chambre des députés, celle-ci crut devoir la repousser elle-même,
-n'espérant pas que ce nouveau projet pût avoir un meilleur sort.
-
-En 1848, d'autres tentatives furent encore faites. Le 26 mai, M.
-Crémieux, ministre de la justice, présenta un projet de loi concluant
-au rétablissement du divorce. Mais ce projet rencontra dans l'Assemblée
-constituante et dans l'opinion publique une défaveur si marquée, que
-le gouvernement dut le retirer.
-
-Depuis lors il ne s'était produit aucune proposition législative
-tendant à modifier la législation en vigueur sur la séparation de
-corps et à rétablir le divorce. En 1876, M. Naquet présenta une
-première proposition[176], qu'il modifia lui-même un peu plus tard,
-et qui devint un projet de retour pur et simple au titre VI du Code
-civil[177]. La commission chargée d'examiner le projet a nommé
-rapporteur M. Léon Renault, et c'est à la séance du 15 janvier 1880
-que le rapport a été déposé. Les débats ne se sont déjà ouverts sur
-cette grave question; elle n'a pas jusqu'ici plus préoccupé l'opinion
-publique que la démonstration navale devant Dulcigno. Quelle en sera la
-solution? On ne peut le prévoir encore.
-
-
-
-
-IX
-
-LE DIVORCE ET L'INDISSOLUBILITÉ DU MARIAGE.
-
-
-Une loi qui touche au mariage porte une grave atteinte à l'organisation
-de la famille et peut exercer une influence considérable sur les
-destinées d'un peuple. La disposition législative par laquelle on
-se propose de rétablir le divorce[178] en France, mérite l'étude
-la plus sérieuse et la plus approfondie de la part du législateur.
-Faire ici une critique complète de l'institution du divorce, serait
-trop nous écarter de notre sujet et les dimensions de notre travail
-seraient insuffisantes. Cependant, après avoir réuni tous les éléments
-de discussions, nous nous croyons autorisé à résumer rapidement la
-question même du divorce et à examiner la valeur des principaux
-arguments invoqués pour sa défense ou contre lui.
-
-Certes maintenant il n'est plus question de rétablir la répudiation,
-c'est-à-dire de donner au mari seul le droit de renvoyer sa femme, sans
-donner à la femme celui de quitter son mari. Consacrer législativement
-une pareille inégalité, serait établir le despotisme dans la famille
-et retourner à ces temps de barbarie, où la dignité de la femme étant
-méconnue, la situation de l'épouse dans la famille et dans la société
-n'était qu'avilissement et servilité. Aujourd'hui les droits de la
-femme sont proclamés et reconnus; le christianisme a émancipé celle que
-l'homme a pour compagne, égale à lui par l'origine et par la destinée,
-et nul législateur ne songerait désormais à rétablir au profit de
-l'homme les droits exorbitants, que les préjugés de siècles barbares
-lui avaient attribués.
-
-Mais toutes les législations sont d'accord pour modifier le contrat
-primitif, lorsqu'il y a violation, de la part de l'une des parties, des
-clauses de ce contrat. Il a paru indispensable d'affaiblir, dans un
-but de protection, le lien qui unissait deux personnes, lorsque l'une
-d'elles manquant à ses engagements les plus formels a violé la foi du
-mariage et trahi ouvertement ses devoirs. Les lois de tous les pays ont
-donc organisé au moins une séparation de corps, qui permet aux époux de
-faire cesser une vie commune, devenue intolérable. Quelques-unes ont
-été plus loin, et, instituant le divorce, elles ont rendu possible aux
-époux séparés la formation de nouveaux liens.
-
-Tout le monde reconnaît donc qu'il est nécessaire d'apporter un remède
-aux unions malheureuses: la seule divergence des opinions porte sur la
-question de savoir si le mariage doit être indissoluble, c'est-à-dire
-s'il doit être défendu aux époux séparés de contracter de nouvelles
-unions, ou si, au contraire, le principe de l'indissolubilité étant
-reconnu nuisible, il faut admettre le divorce pour permettre aux époux
-un nouveau mariage, après la dissolution du premier.
-
-La question est grave; elle a divisé les esprits les plus éminents de
-tous les temps. Le divorce a compté des partisans et des adversaires
-aussi bien chez les catholiques que chez les protestants[179],
-dans tous les pays et indépendamment de toute opinion politique.
-Montesquieu en proclamait les avantages tandis que J. J. Rousseau le
-combattait; en Angleterre, le puritain Milton le préconisait et le
-libre penseur Hume s'en déclarait l'adversaire.
-
-Aujourd'hui nous assistons à des débats semblables où viennent à la
-fois prendre part les jurisconsultes avec leur logique, les moralistes
-avec leur science profonde du cœur humain et de la société moderne,
-les historiens avec les enseignements du passé, les orateurs chrétiens
-qui font retentir la chaire de leurs conceptions idéales de la vie
-humaine. Tous se passionnent, dans un sens ou dans l'autre, et mettent
-les talents les plus divers et les plus brillants, au service de
-convictions sincères.
-
-Tous les arguments invoqués par eux doivent se grouper autour d'un
-petit nombre de points et peuvent se résumer ainsi: le divorce est-il
-impie, est-il impolitique, est-il immoral?
-
-Examinons donc ces trois ordres d'idées.
-
-Il paraît évident que l'argument qui tend à prouver l'impiété
-du divorce ne peut avoir de valeur que dans un pays, où existe
-une religion d'État proclamant l'origine divine du mariage et
-l'indissolubilité du lien conjugal. C'est le motif qui a fait
-détruire, en 1816, la législation du Code civil sur le divorce. La
-Charte avait qualifié la religion catholique de religion d'État: «Aux
-yeux de notre religion sainte, disait M. de Trinquelague à la Chambre
-des députés, le mariage n'est pas un simple contrat naturel ou civil;
-elle y intervient pour lui imprimer un caractère plus auguste... Le
-nœud qui est formé prend, dans le sacrement, une forme céleste et
-chaque époux semble, à l'exemple du premier homme, recevoir sa compagne
-des mains de la divinité même. Une union formée ainsi ne doit pas
-pouvoir être détruite par les hommes et de là son indissolubilité
-religieuse... La loi civile est en opposition avec la loi religieuse.
-Or, cette opposition ne doit pas exister, car la loi civile, empruntant
-sa plus grande force de la loi religieuse, il est contre sa nature
-d'induire les citoyens à la mépriser. Il faut donc pour les concilier
-que l'une des deux fléchisse et mette ses dispositions en harmonie avec
-celles de l'autre. Mais la loi religieuse appartient à un ordre de
-choses fixe, immuable, élevé au-dessus du pouvoir des hommes... C'est
-donc à la loi civile à céder et l'interdiction du divorce, prononcée
-par la loi religieuse, doit être respectée par elle.»
-
-En abolissant le divorce contraire à la religion d'État, les Chambres
-de 1816 agissaient donc logiquement.
-
-Aujourd'hui, il n'y a plus de religion d'État, mais il y a la religion
-de la grande majorité des Français; cette religion prohibe le divorce,
-donc, dit-on, le divorce doit être proscrit de nos lois.
-
-Il faut reconnaître que cet argument, tiré de l'incompatibilité du
-divorce avec la religion catholique, est abandonné par le plus grand
-nombre des adversaires du divorce. On démontre facilement, en effet,
-que dans un État bien ordonné où chaque autorité est à sa place, les
-doctrines, de quelque Église que ce soit, ne doivent pas être les
-seules lois de la nation.
-
-Si le législateur civil devait se conformer aux doctrines du prêtre, le
-gouvernement deviendrait théocratique et le droit canonique rendrait
-inutile la législation civile. «Or, disait M. Berlier, il est de
-l'essence de la loi civile qu'elle pèse et apprécie, dans sa propre
-morale, les avantages et les inconvénients de toute mesure, qui regarde
-la cité et qu'elle ne soit jamais circonscrite, dans un cercle tracé
-par des décisions venant d'autre part; la morale du législateur et
-celle du prêtre peuvent, sans contredit, conduire quelquefois à des
-résultats[180] semblables; mais elles peuvent aussi différer plus ou
-moins entre elles, et la morale du législateur doit toujours garder sa
-pleine indépendance.»
-
-Mais la liberté de conscience est garantie à tous les Français;
-l'institution du divorce ne porte-t-elle pas atteinte à ce principe
-fondamental du pacte social? Les partisans du divorce reconnaissent que
-si le divorce existait seul, si la séparation de corps était supprimée,
-comme elle le fut en 1792, et si l'interdiction de se remarier était
-maintenue, pour les époux divorcés, les Français catholiques pourraient
-reprocher au législateur de les mettre dans la cruelle alternative de
-fausser leurs croyances, en demandant la dissolution de leurs mariages,
-ou de succomber sous le poids des souffrances d'une vie commune devenue
-intolérable et dangereuse[181]. Mais ils soutiennent aussi que la
-séparation de corps ne sera pas supprimée, que même dans le cas où le
-divorce existerait seul, les époux n'auraient qu'à ne pas se remarier
-pour que le divorce valût, à leurs yeux, ce que vaut une simple
-séparation de corps[182].
-
-Ils disent encore que si la loi civile devait repousser le divorce par
-cette seule considération qu'il est proscrit par le dogme catholique,
-le divorce ne devrait, en tout cas, être interdit qu'à ceux-là seuls
-dont la croyance est incompatible avec lui, car la loi civile n'aurait
-aucune raison de se montrer plus sévère pour les non-catholiques que
-leur loi religieuse. Cette renonciation au divorce, disent-ils, ne
-serait qu'une question de conscience, une question de foi religieuse,
-une loi, que chacun peut s'imposer à soi-même, mais pour laquelle il
-ne peut exiger des autres la même obéissance et que le législateur ne
-pourrait consacrer, sans faire d'un acte de foi un devoir civil, d'une
-prescription religieuse une contrainte légale, sans violer le grand
-principe de la séparation du temporel et du spirituel[183].
-
-On fait aussi remarquer que le dogme catholique et la loi civile
-partent, sur ce point, de principes diamétralement opposés: «Pour l'un,
-le célibat est plus saint et plus parfait que le mariage, l'autre,
-encourage le mariage et tolère le célibat. L'un exige de l'homme,
-qu'il lutte même contre les besoins de sa nature et lui tient compte,
-pour le ciel, de chacune des privations qu'il s'impose; l'autre met sa
-perfection à satisfaire tous les besoins de l'homme et à mettre, le
-moins souvent possible, la passion individuelle aux prises avec l'ordre
-social.»
-
-A ces différents arguments, les adversaires du divorce répondent
-que, malgré le maintien de la séparation de corps, il y a certains
-cas où l'institution du divorce blessera gravement les consciences
-catholiques. Et ils proposent les deux espèces suivantes:
-
-1º Un époux catholique s'est rendu coupable, envers son conjoint
-non-catholique, de torts autorisant une demande en séparation de corps
-ou en divorce. L'époux outragé demande le divorce; il obtient donc la
-dissolution de mariage, qui, suivant la foi religieuse de son conjoint,
-devrait être perpétuel.
-
-Ceux qui admettent le divorce, répondent que ce cas ne mérite
-pas de retenir l'attention: que refuser la faculté du divorce à
-l'époux outragé, par égard pour les scrupules religieux de son
-conjoint, ce serait, sous prétexte de déférence, pour la liberté de
-conscience, faire violence aux droits de celui des époux, qui mérite
-l'intérêt, la protection des lois et dont la croyance n'implique pas
-l'indissolubilité du lien conjugal (M. L. Renault[184]).
-
-2º La seconde espèce est plus délicate. En vertu de l'article 310 du
-Code civil, lorsque trois ans se sont écoulés depuis le jugement de
-séparation, l'époux, contre lequel la séparation a été prononcée,
-peut mettre son conjoint en demeure de faire cesser la séparation; si
-celui-ci refuse de consentir à la réunion, le tribunal est tenu de
-transformer en divorce la séparation de corps originaire. On ne pourra
-plus dès lors alléguer que la loi n'impose pas le divorce et que les
-époux sont libres de ne pas divorcer.
-
-Les partisans du divorce reconnaissent qu'il y a là certaine atteinte
-à la liberté de conscience. Ils justifient l'art. 310 en disant que
-l'époux, qui a eu le droit de choisir la voie de la séparation, comme
-plus conforme à sa croyance, ne peut pourtant pas maintenir, pour
-toujours, l'autre époux dans un état, réputé par eux nuisible à la
-morale publique et au bien de l'État; suivant eux le législateur a
-fait sa dernière concession en permettant d'éviter le divorce par la
-réconciliation; d'ailleurs l'époux catholique ne reste-t-il pas libre
-de tenir pour perpétuel le lien; que la société civile dénoue en faveur
-de son conjoint et de ne pas user de la faculté de nouveau mariage que
-lui donne le divorce?
-
-Ainsi les partisans du divorce soutiennent que leur loi n'impose
-pas le divorce, que les époux sont libres de divorcer ou de ne pas
-divorcer, que l'époux catholique peut toujours considérer le divorce
-comme une simple séparation de corps et qu'en conséquence il n'y a
-aucune violence faite à la loi des deux époux. Cet argument a trouvé
-une réponse bien connue de la part de ceux qui regardent le divorce,
-comme beaucoup plus nuisible que la séparation à la morale publique
-et au bien de l'État: «Trouveriez-vous sage, légitime, demandait M. de
-Carion-Nisas au Tribunat, qu'un gouvernement reconnût, organisât le
-duel, ouvrît le champ du combat, parce qu'on est libre, parfaitement
-libre d'aller ou de n'aller pas s'y couper la gorge[185]?»
-
-Mais les partisans du divorce vont plus loin. Ils s'efforcent de
-prouver que le divorce n'est pas rigoureusement défendu par le dogme
-catholique. Le divorce, disent-ils, a existé dans tous les temps et
-dans tous les pays. Au début de l'histoire du monde on le trouve chez
-les Juifs, où il est admis avec une excessive facilité.
-
-La Bible, du reste, ne parle jamais du mariage comme étant de droit
-divin; elle ne parle ni d'amour, ni de mariage, mais seulement de
-reproduction[186]. Si Dieu n'a pas établi le divorce, c'est qu'il
-savait qu'il résulterait fatalement du mariage, à mesure que le
-nombre des humains s'accroîtrait; on ne peut tirer de l'union d'Adam
-et d'Ève aucun argument en faveur de l'indissolubilité du mariage,
-puisque les deux époux existant seuls, Dieu ne pouvait établir ni
-la polygamie ni le divorce[187]. Ils font remarquer le grand nombre
-des répudiations et des divorces, qui eurent lieu chez les Juifs, le
-divorce constituant bientôt un progrès sur la répudiation, le droit fût
-accordé enfin à la femme de demander la dissolution de son mariage.
-Le christianisme s'établit: abolit-il le divorce? Mais saint Paul,
-prétend-on, ne dit nulle part qu'il veut abroger la loi mosaïque que
-Jésus-Christ a maintenue; bien plus, il ajoute encore ce nouveau cas
-de divorce que l'un des deux conjoints étant infidèle (en matière
-de foi), s'il se sépare de l'autre, celui-ci n'est plus assujetti
-et peut se remarier. Il cite l'exemple de sainte Thècle qui répudia
-son mari, celui de Fabiola qui, au IV^e siècle, divorça d'avec son
-mari pour adultère et qui fut excusée par saint Jérôme[188]. Ils
-montrent, aux débuts du christianisme, les Pères se partageant sur la
-question de l'indissolubilité, leurs hésitations, leurs incertitudes,
-les tâtonnements du dogme, avant d'interdire la répudiation et le
-divorce, et les nombreux cas de divorce qui eurent lieu surtout dans
-les premiers siècles. Charles Martel répudiait Gertrude pour épouser
-Alphaïde, Charlemagne répudiait Berthe, Ermengarde, sans motifs connus;
-Henri l'Oiseleur renvoyait Halburge, Childéric répudiait Andovère,
-Caribert divorçait également, Louis VII faisait rompre son mariage
-avec Éléonore, sous prétexte de parenté prohibée et incestueuse, le
-pape Innocent III prononçait purement et simplement, pour adultère,
-la dissolution du mariage d'Alphonse, roi de Léon et de Galice, avec
-Bérengère, fille du roi de Castille, le pape Innocent VIII ratifiait,
-en 1488, le mariage de René II, duc de Lorraine, avec Jeanne d'Harcourt
-de Tancarville, Alexandre VI permettait à Vladislas de répudier Béatrix
-d'Aragon et à Louis XII de répudier sa femme Jeanne de France et
-d'épouser Anne de Bretagne, bien que le mariage avec Jeanne eût été
-consommé!
-
-L'Église, ajoutent-ils, reconnaît un grand nombre de cas de nullité,
-parmi lesquels plusieurs sont de véritables cas de divorce[189]; elle
-a de tout temps, autorisé le divorce, pour cause d'adultère, avec
-permission de contracter de nouveau mariage. Le concile de Trente
-respecta ainsi la coutume des chrétiens de Chypre, de Candie, de
-Corfou, de Zanthe et de Céphalonie, qui leur permettait la répudiation
-des femmes adultères. On décida «de ne pas condamner ceux qui
-disaient que le mariage peut être rompu, pour cause d'adultère et
-que l'on peut en contracter un autre, comme l'ont dit saint Ambroise
-et quelques Pères Grecs et comme on le pratique chez les Orientaux,
-mais d'anathématiser ceux qui diraient que l'Église erre, lorsqu'elle
-enseigne que le nœud du mariage n'est pas rompu par l'adultère[190] et
-qu'il n'est pas permis d'en contracter un autre[191].» Le concile a
-donc permis le divorce, pour adultère, en Orient et ne le permet pas
-en Occident. Enfin, sous le nom de mariage non consommé, il a autorisé
-également le divorce.
-
-Nous n'avons pas à nous faire juge des hésitations et des incertitudes
-primitives du dogme catholique, alléguées par les partisans du
-divorce. Il appartient aux canonistes seuls de faire justice de ces
-arguments d'histoire et de droit religieux. Pour nous, il nous suffira
-de constater qu'au moins à partir du XII^e siècle tous les divorces,
-autorisés par l'Église, n'étaient que des cas de nullité; que la
-doctrine de l'Église et son dogme sont aujourd'hui fixés, d'une manière
-précise dans le sens de l'indissolubilité du mariage et qu'il ne s'agit
-pas de savoir ce que l'Église a pu enseigner, mais ce qu'elle enseigne,
-et par conséquent ce qui est actuellement chose de dogme et de foi,
-dans l'Église catholique, ce qui constitue pour les catholiques un
-article de leur croyance, sur lequel ils ne pourraient transiger qu'au
-mépris de leur conscience et de leur foi.
-
-Dernièrement encore l'Encyclique du pape Léon XIII[192] se prononçait
-nettement et catégoriquement contre le divorce. Dans cette Encyclique,
-le Saint-Siège atteste l'origine divine du mariage, son indissolubilité
-affirmée et rétablie par Jésus-Christ et la prohibition formelle du
-divorce, _nequis dissolvere auderet quoi perpetuo conjunctionis
-vinculo Deus ipse constrinxisset_. Le divorce est repoussé par
-l'Église, au nom de l'institution divine du mariage, au nom de la
-morale, au nom de l'intérêt même de la société: la séparation seule
-est permise par l'Église: «Dans cette grande confusion d'opinions,
-qui se répandent tous les jours davantage, dit l'Encyclique, il
-est également nécessaire de savoir que personne n'a le pouvoir de
-dissoudre un mariage, entre chrétiens, une fois qu'il a été ratifié et
-consommé et que, par conséquent, les époux ne peuvent, sans un crime
-manifeste, pour quelque motif que ce soit, vouloir s'engager dans un
-nouveau lien de mariage, avant que le premier soit rompu par la mort.
-Mais si les choses en viennent au point que la vie commune ne soit
-plus supportable, l'Église permet aux deux époux de se séparer et en
-employant les soins et les remèdes, appropriés à la situation, elle
-tâche d'adoucir les inconvénients de la séparation; cependant elle ne
-cesse de travailler à leur réconciliation et n'en désespère jamais.»
-
-La doctrine de l'Église est donc nette sur la question de
-l'indissolubilité du mariage. Elle se prononce formellement contre
-le divorce. Il est donc évident qu'une loi qui ne reconnaîtrait que
-le divorce, ou qui, admettant aussi la séparation de corps, mettrait
-néanmoins, dans certains cas, l'époux catholique dans la nécessité
-de subir le divorce, serait une loi qui choquerait violemment des
-croyances et des convictions religieuses fort légitimes. En vain
-s'efforce-t-on de prouver que l'atteinte portée n'est pas grave, et
-que souvent l'époux, qui proteste au nom de sa conscience, n'est pas
-digne d'intérêt; l'atteinte est réelle, les convictions religieuses
-sont respectables, chez tous, aussi bien chez l'époux coupable que
-chez le conjoint innocent et personne ne peut nier, de bonne foi, que
-l'institution du divorce n'entraîne parfois à une violation flagrante
-du principe reconnu de la liberté de conscience.
-
-Mais à leur tour les communions religieuses, qui admettent le divorce,
-ne vont-elles pas réclamer contre sa suppression et prétendre qu'en
-refusant d'établir cette institution, on viole leurs croyances et l'on
-porte atteinte à la liberté des cultes? Portalis semblait n'accepter
-le divorce que par respect pour la liberté religieuse: «Le véritable
-motif, disait-il, qui oblige les lois civiles d'admettre le divorce,
-c'est la liberté des cultes. Il est des cultes qui autorisent le
-divorce, il en est qui le prohibent; la loi doit donc le permettre,
-afin que ceux dont la croyance l'autorise puissent en user[193].»
-Mais on a fait à cet argument une réponse très judicieuse. M. de
-Trinquelague, dans son rapport sur le projet de M. de Bonald à la
-Chambre, le 19 février 1816, faisait remarquer qu'en privant les
-protestants de divorcer, on ne portait pas atteinte à la liberté des
-cultes. «On y porte atteinte, disait-il, lorsqu'on interdit l'exercice
-d'un culte, on y porte atteinte lorsqu'on prescrit ce que ce culte
-défend, lorsqu'on défend ce qu'il prescrit: mais non point lorsqu'on
-empêche ce qu'il tolère[194].» Et en effet, dans certains cultes,
-le divorce a pu ne pas constituer un manquement envers la divinité;
-mais il n'a jamais été dans les prescriptions d'un seul. De même la
-polygamie est admise par le Koran, mais un Musulman ne manquerait pas à
-ses devoirs de bon croyant pour garder sa femme toute sa vie. Si donc
-la société interdit le divorce et la polygamie, c'est qu'elle croit
-agir utilement au point de vue social. Elle peut le faire sans attenter
-à la liberté des cultes; elle doit le faire pour maintenir l'unité de
-législation, proclamée en 1789.
-
-Nous venons d'exposer l'argument religieux; nous avouons que cet
-argument ne peut avoir, dans la question, une influence décisive.
-Nous comprenons qu'une fois le principe de sécularisation admis
-dans l'ordre politique, le législateur civil ne peut s'incliner,
-devant les prescriptions de telle ou telle Église; nous comprenons
-jusqu'à un certain point qu'il croie ne pas devoir hésiter à imposer
-une disposition, qui se trouverait même en désaccord avec le dogme
-d'une communion religieuse, dès lors qu'il serait persuadé que cette
-loi nouvelle est plus conforme aux intérêts de la société et n'est
-contraire à aucune règle morale. Il ne ferait qu'ajouter une différence
-à toutes celles qui existent déjà entre la loi religieuse et la loi
-civile. Il ne romprait donc pas un accord qui n'existe pas.
-
-En résumé, nous ne nous prononcerons pas d'une façon absolue, sur
-l'argument religieux. Il est évident que sa valeur dépend du point
-de vue auquel on se place et de l'idée, qu'on s'est faite déjà de
-l'utilité ou des dangers du divorce. Nous reconnaissons que c'est par
-d'autres arguments que les adversaires du divorce doivent en combattre
-le rétablissement. Il faut, par exemple, examiner si le divorce est,
-comme ils le prétendent, impolitique et immoral.
-
-Si le mariage était ce qu'il doit être, personne sans doute ne
-demanderait le divorce, et la séparation de corps serait un remède,
-inconnu dans nos lois. Mais devant les maux fréquents, qui naissent de
-tant d'unions mal équilibrées, devant la transformation lente ou plutôt
-la décadence qu'a subie le mariage, dans nos mœurs, on s'est demandé
-si un remède plus énergique que la séparation de corps ne devait pas
-être recherché. On s'est interrogé pour savoir si cette séparation de
-corps n'était pas elle-même plus nuisible qu'utile, plus désastreuse
-qu'avantageuse pour la morale publique, la paix des familles et le bien
-de l'État, si enfin l'indissolubilité du mariage n'était pas à elle
-seule la cause de tout le mal et si, par conséquent, il n'importait pas
-d'établir, au plus vite, le divorce, comme étant le plus ferme soutien
-de l'institution du mariage, aujourd'hui si fortement ébranlée.
-
-Tout l'intérêt de la question est là: faut-il maintenir
-l'indissolubilité du mariage, au nom des intérêts sacrés de la
-famille et de la société? Faut-il au contraire autoriser le divorce,
-dans l'intention de sauvegarder ces mêmes intérêts? Qu'est-ce que le
-divorce, a-t-on dit? une séparation, avec faculté de se remarier.
-Qu'est-ce que la séparation? un divorce avec interdiction de se
-remarier. Il s'agit de savoir si cette faculté de contracter un nouveau
-mariage est oui ou non contraire aux intérêts des époux, de la société
-et des enfants.
-
-Ici nous allons prendre nettement parti. Nous avouons ne pas l'avoir
-fait, sans une longue hésitation: mais l'examen attentif des arguments
-invoqués de part et d'autre, l'appréciation des documents, recueillis
-dans l'histoire du passé et dans la législation étrangère, nous ont
-amené à cette conclusion formelle que le divorce est impolitique,
-immoral, nuisible à la famille, à la société, que c'est un remède
-illusoire, et dangereux surtout à introduire actuellement, dans nos
-mœurs, déjà trop disposées à en admettre la pratique et à en multiplier
-les désastreuses conséquences.
-
-Nous allons du reste reproduire les arguments contraires à la thèse que
-nous soutenons, avec d'autant plus d'impartialité que nous avons été
-plus près d'en admettre la solution.
-
-«Le vœu de perpétuité, disait Portalis[195], est le vœu même de la
-nature.» «Et en effet, dit M. Laurent, le mariage est l'union de deux
-âmes: or conçoit-on que deux âmes s'unissent, à temps? Au moment où
-elles s'unissent elles aspirent à l'éternité du lien qui de deux êtres
-n'en fait qu'un: elles se disent que c'est Dieu même qui les a créées
-l'une pour l'autre: elles sentent que séparées elles seraient des êtres
-incomplets: la vie commune dans ce monde ne leur suffit même pas, elles
-voudraient la continuer, jusqu'au delà de cette courte existence: elles
-espèrent que l'amour sera plus fort que la mort. Tel est l'idéal[196].»
-
-Mais que de fois cet idéal est une fiction, ou pour mieux dire une
-déception amère! La loi doit-elle maintenir l'indissolubilité, alors
-que le principe sur lequel elle repose, est en opposition avec
-la triste réalité? Le premier Consul faisait remarquer qu'aucun
-législateur ne l'avait fait: la séparation de corps modifie déjà le
-mariage en faisant cesser la vie commune; mais ne faut-il pas aller
-plus loin et permettre l'engagement dans une nouvelle union?
-
-Les partisans du divorce proclament que le divorce ne rompt pas le
-mariage, qu'il ne fait que constater la rupture; qu'il ne viole pas
-la sainteté de l'union légitime, puisque ce qui fait cette sainteté,
-c'est l'affection qui unit les deux époux et que cette affection est
-détruite[197]: ils proclament enfin que c'est un remède nécessaire, le
-seul capable de rendre au mariage un peu de dignité.
-
-Ils font un tableau effrayant de l'état du mariage en France, et nous
-ne pouvons malheureusement les contredire sur ce point[198].
-
-On constate en effet une diminution considérable dans le nombre des
-mariages. En cinq années de 1873 à 1877 le mariage est descendu de
-330,000 par an à 290,000; la natalité décroît dans une proportion
-plus déplorable encore: la France se dépeuple. Les causes? elles sont
-multiples et nous n'avons guère à les rechercher ici. Les économistes
-trouveront que l'amour du bien-être qui est devenu un besoin, le luxe,
-qui est devenu une habitude, une passion, une aspiration générale, les
-doctrines de Malthus[199] peut-être trop bien comprises et trop mises
-en pratique, sont les causes principales, qui éloignent du mariage une
-partie considérable de la population[200].
-
-Quant au remède, les partisans du divorce le voient uniquement dans
-l'institution qu'ils préconisent: Le divorce, disent-ils, rendrait
-le mariage plus digne, plus maniable, plus fécond, plus souple, se
-prêtant mieux, pour ainsi dire, aux mouvements des sociétés nouvelles
-et aux besoins de l'esprit moderne. Moins tyrannique, le mariage
-deviendrait non seulement plus moral par l'équitable répartition des
-droits et des devoirs réciproques des époux, mais plus abordable,
-plus attrayant, plus compréhensible pour ceux qui ne veulent plus
-y entrer, parce qu'ils le considèrent comme une prison éternelle.
-Ceux-là sauraient qu'ils auront la chance de pouvoir en sortir, s'ils
-y sont trop malheureux et si décidément, malgré tous leurs efforts,
-ils ne peuvent y rester: ils le trouveront enfin compatible avec les
-conditions humaines, ce qui ne serait que juste. «Si la loi moins
-absolue, dit M. Odilon Barrot, eût offert aux époux la possibilité
-d'échapper aux conséquences d'une union mal assortie, par le divorce et
-par de nouveaux mariages, le mariage eût peut-être recouvré la sainteté
-et le respect qui lui appartiennent, en recevant un peu de liberté. Le
-désordre que le divorce eût fait sortir du mariage y a été refoulé par
-son abolition.»
-
-Certains partisans du divorce vont plus loin: ils n'admettent même pas
-qu'on puisse soutenir l'indissolubilité du mariage et ne s'arrêtent
-pas à réfuter les arguments, invoqués en sa faveur. Nous trouvons
-dans un ouvrage américain de M. Bishop[201], auteur très sérieux
-et très estimé, un paragraphe curieux sous la rubrique suivante:
-_indissolubility absurd_. Comme on le voit, l'auteur ne ménage pas ses
-expressions; il expose brutalement la question et s'exprime ainsi:
-«L'idée suivant laquelle, dès que les parties ont conclu mariage
-entre elles, elles se sont placées dans une telle dépendance l'une
-vis-à-vis de l'autre pour toute leur vie, qu'elles sont incapables de
-se libérer de quelque manière légale que ce soit, bien qu'elles soient
-frustrées dans le but de leur union, bien que l'une d'elles refuse
-d'accomplir les devoirs acceptés, bien que toutes les espérances de sa
-bonne volonté à faire le bien-être du ménage soient détruites, cette
-idée ne peut trouver place que dans une intelligence pervertie. C'est
-la vérité sans doute que cette union est destinée à durer toute la
-vie, et que c'est seulement dans les circonstances les plus extrêmes
-qu'elle devrait être dissoute: mais le fait même de son caractère
-sacré, trop sacré pour servir à un arrangement temporaire, est la
-puissante raison pour laquelle, lorsqu'elle cesse de présenter quelque
-chose qui mérite d'être appelé sacré, quand un égaré l'a foulée de son
-pied, souillée dans la fange de la corruption, la loi devrait cesser
-de l'appeler sacrée et devrait la déclarer profanée et dissoute. La
-prétention qu'on a d'augmenter chez les époux le respect du mariage,
-en appelant mariage cette union d'où résultent tous les malheurs, en
-regardant, comme trop sacré pour être touché, le lien qui engendre
-la corruption[202] dans l'esprit des époux, les adultères dans la
-communauté, le développement excessif des mauvais instincts chez les
-enfants, le chagrin dans le cœur des multitudes, créées par Dieu
-pour être heureuses et des blasphèmes, dans le temple de la pureté
-matrimoniale, est une idée trop ridicule, trop absurde, pour qu'on
-cherche à raisonner contre elle, trop monstrueuse pour qu'on puisse
-croire qu'elle fût jamais un fait de législation humaine, si des
-témoignages irrécusables n'en prouvaient la réalité.»
-
-Le divorce est donc, dans l'esprit de ses partisans, une nécessité
-sociale: il est l'auxiliaire du mariage bien plus exactement qu'il
-n'en est l'ennemi, car il efface l'idée toujours assez importune
-d'une chaîne indissoluble. On cite Montaigne[203]: «Nous avons pensé,
-disait-il, attacher plus ferme le nœud de nos mariages, pour avoir
-osté tous les moyens de les dissoudre; mais d'autant s'est dépris
-et relasché le nœud de la volonté et de l'affection que celui de la
-contraincte s'est estrécy.» On cite aussi Montesquieu qui disait que
-«le divorce a ordinairement une grande utilité politique[204]» et qui
-le reconnaissait même «conforme à la nature[205].»
-
-La séparation de corps est vivement critiquée et sévèrement jugée par
-les partisans du divorce.
-
-Ils insistent sur le caractère mal défini et faux de cette
-institution, qui sépare à perpétuité des époux, sans dissoudre leur
-mariage; qui les laisse à la fois unis et désunis, qui oblige un époux
-à porter le nom et à demeurer aux yeux du monde le conjoint d'un
-individu, qui est aux galères à perpétuité, d'un fou furieux, d'un
-criminel, qui peut-être a voulu l'assassiner ou qui a déshonoré le
-foyer par tous les vices et toutes les turpitudes. «Que subsiste-t-il
-donc, disent-ils, après la séparation, de cette union conjugale dont
-le Code civil a donné une si haute formule et une si noble définition?
-Le temple s'est écroulé! Les ruines seules en demeurent éparses sur
-le sol, encombrant la route. Au nom de quel intérêt social, de quel
-principe moral les déclare-t-on sacrées[206]?»
-
-Quel intérêt peut-on trouver à maintenir la communauté de nom, à
-conserver au mari une autorité mutilée, à lui laisser le droit
-d'accuser sa femme d'adultère, alors que lui-même est libre de donner
-le scandale d'une concubine, habitant cette maison même d'où ses
-désordres ont peut-être forcé sa femme à sortir?
-
-Et l'on s'empresse de conclure: la justification du divorce c'est qu'il
-éteint ou détruit les passions, qui l'ont rendu inévitable; qu'il
-libère l'époux innocent, auquel il est cruel et injuste d'interdire les
-sentiments les plus doux et les plus légitimes; qu'il n'inflige pas à
-l'époux coupable une punition qui, à raison même de son objet, ne peut
-que tourner au détriment de la société et de la morale; qu'il supprime
-ce dilemme odieux, qui se pose aux époux séparés de corps; fouler aux
-pieds la décence publique ou immoler en eux tous les instincts de
-l'humanité; enfin qu'il ne réduit plus les meilleurs, parmi ceux dont
-l'union conjugale a dû être dissoute, à devenir homicides, sinon de
-fait, au moins de désir ou d'intention.»
-
-Nous reconnaissons l'importance des considérations, que font valoir
-les partisans du divorce: nous avouons qu'il est bien difficile de
-voir dans la séparation de corps une institution parfaite. Mais nous
-persistons néanmoins à préférer ce remède à celui qu'on prétend
-trouver, dans le rétablissement du divorce. Nous croyons que la
-séparation de corps est plus conforme à la dignité du mariage et
-qu'elle sauvegarde, beaucoup mieux que ne le fait le divorce, les
-intérêts des époux, des enfants et ceux de la société[207].
-
-En ce qui concerne les enfants, ne voit-on pas la suprême injustice et
-l'inégalité choquante que produit le divorce? Sans doute le droit au
-divorce est donné à chacun des deux conjoints, mais quelle différence
-profonde existe entre eux lorsque la dissolution du mariage a été
-prononcée? L'homme sort du mariage avec son autorité et sa force; il
-peut facilement contracter une nouvelle union, car rien en lui ne s'est
-amoindri; sa dignité même n'est pas gravement atteinte par la rupture
-passée. Mais la femme, elle, a perdu son prestige et de tout ce qu'elle
-a apporté de pureté virginale, de jeunesse, de beauté, de fécondité,
-de fortune elle ne retrouve que des restes! C'est ce que disait M. de
-Bonald à la Chambre des députés: «Les résultats en cas de dissolution
-du mariage ne sont pas égaux pour le mari et pour la femme, puisque
-l'homme s'en retire, avec toute son indépendance et que la femme n'en
-sort pas avec toute sa dignité[208].» Ainsi la femme divorcée se
-trouve exposée à la déconsidération, qui est un préjugé peut-être,
-surtout lorsque tous les torts sont du côté du mari, mais préjugé réel
-qui exista dans tous les temps[209] comme le prouve l'inscription
-tumulaire, que les Romains décernaient en éloge suprême aux épouses,
-restées dans les liens d'un mariage unique:
-
- _Conjugi piæ, inclytæ, univiræ._
-
-A ce premier argument les partisans du divorce font une singulière
-réponse. Si le divorce, disent-ils, ne rend pas à la femme sa
-virginité, sa pureté, s'il la jette, dans le monde, avec cette
-situation fausse, qui n'est ni celle de fille, ni celle de veuve,
-eh bien! c'est une garantie que la femme ne recourra pas à ce moyen
-extrême, sans la plus impérieuse nécessité. Mais, répondrons-nous, cela
-empêchera-t-il l'homme d'y recourir et par conséquent de jeter, à son
-gré et sans scrupule, la femme dans cette position inégale et inique?
-et en admettant même que cette considération empêche certaines femmes
-de rompre, à la légère, le lien qui les unit, ne doit-on pas penser que
-beaucoup ne pourront pas ou ne voudront pas se rendre compte de tout
-ce que leur premier mariage leur aurait fait perdre en jeunesse, en
-charmes et de ce qui désormais leur rendra difficile la formation de
-nouvelles unions[210]? L'argument de M. de Bonald reste donc entier et
-l'on doit reconnaître qu'il n'est pas sans valeur.
-
-On espère que le divorce rendra moins nombreuses ces unions, si
-fréquentes aujourd'hui, où la cupidité et l'ambition parlent seules
-sans tenir compte des affections et des vertus. Il permettra, dit-on,
-aux époux malheureux de sortir des liens insupportables où les a fait
-entrer un triste calcul d'intérêt; il empêchera même de contracter à la
-légère de pareilles unions, par la crainte de les voir briser à bref
-délai et de voir déjouer ainsi toutes les ambitions coupables et les
-machinations suspectes, qui les feraient conclure.
-
-Certes si le divorce avait véritablement pour effet de porter remède
-au mal, qui a si profondément dénaturé l'institution du mariage, s'il
-pouvait mettre un terme à ces scandales trop fréquents des mariages
-d'argent, il aurait en sa faveur un argument puissant et presque
-décisif. Mais nous pensons que les moralistes, qui développent cette
-idée, s'abusent étrangement sur l'influence qu'ils attribuent au
-divorce. Nous croyons au contraire que par cela seul que le divorce
-offrirait aux époux l'éventualité d'une dissolution du mariage, avec
-faculté d'en former un nouveau, il serait un véritable encouragement
-aux désordres intérieurs. Un mauvais choix n'aurait plus que des suites
-passagères; on contracterait sans prudence, sans réflexion, sans calcul
-même, les liens les plus bizarres et les plus difficiles à supporter.
-On se plierait mal aux exigences d'un état qu'on pourra changer; notre
-penchant naturel à l'inconstance se trouverait lui-même encouragé par
-la loi, qui dépouillerait l'union conjugale du caractère de perpétuité;
-elle ferait naître le mal auquel elle veut remédier: «Au moment,
-disait M. de Bonald, où les époux se jurent une éternelle fidélité,
-où la religion consacre leurs serments, où les familles attendries
-y applaudissent, une loi fatale verse en secret son poison, dans la
-coupe de l'union et cache l'aspic sous les fleurs. Elle fait retentir
-aux oreilles des époux les mots de séparation et de divorce et laisse,
-dans le cœur, comme un trait mortel, le doute de sa propre constance
-et la possibilité d'un essai plus heureux.» L'époux souffrira donc
-moins patiemment le mal auquel il ne pourra se soustraire; il est vrai
-que les partisans du divorce répondent que tel époux qui certain de
-conserver sa victime, sous sa main se jouera de tous ses engagements,
-de tous ses devoirs, les respectera davantage, s'il sait que cette
-victime peut invoquer le secours de la loi et demander à un autre le
-bonheur légitime qu'il lui avait promis. Donc, si parfois le divorce
-rend l'époux plus rebelle à supporter la persécution domestique,
-souvent aussi il préviendra cette persécution même. Sur ce sujet ils
-invoquent l'autorité de Montesquieu: «rien ne contribuait plus, dit-il,
-à l'attachement mutuel que la faculté du divorce. Un mari et une femme
-étaient portés à soutenir patiemment les peines domestiques, sachant
-qu'ils étaient maîtres de les faire finir et ils gardaient souvent ce
-pouvoir en main toute leur vie, par cette seule considération qu'ils
-étaient libres de le faire[211].» Mais à cette opinion de Montesquieu
-nous opposerons un passage tout contraire de Hume, qui nous paraît plus
-conforme à la réalité: «Il ne faut, dit-il, qu'une prudence médiocre
-pour oublier je ne sais combien de querelles et de dégoûts frivoles,
-lorsqu'on se voit obligé de passer la vie ensemble, au lieu qu'on les
-pousserait aux dernières extrémités et qu'il en naîtrait des haines
-mortelles si l'on était libre de se séparer[212].»
-
-Pour nous donc, le divorce est un obstacle à l'union des âmes, à
-l'affection mutuelle, à la confiance réciproque, qui font la dignité
-du mariage; il s'oppose à l'affection continue des époux l'un pour
-l'autre, car on ne s'attache véritablement que quand on est sûr
-de pouvoir être toujours attaché. Il irrite, il suscite peut-être
-les querelles domestiques, rend les impatiences plus vives, les
-dissentiments plus graves, les haines plus mortelles. Sa seule
-existence suffit peut-être à troubler la paix du ménage; il autorise en
-effet les époux à voir, dans ceux qui les entourent, des personnes avec
-lesquelles ils pourraient contracter une nouvelle union; il soulève
-par là les comparaisons de l'état présent, avec un état possible dans
-l'avenir et comme nous sommes naturellement portés à nous fatiguer
-de la monotonie ou de la satiété, cette simple comparaison excite
-des regrets ou des désirs, et bientôt des aigreurs, des hostilités,
-des haines et des ruptures. Et si après le scandale d'un divorce
-une nouvelle union est formée, doit-on penser qu'elle sera plus
-heureuse? Mais l'époux qui après avoir rompu son premier mariage aura
-contracté de nouveaux liens, inspire-t-il une bien grande confiance
-à son conjoint? Celui-ci pourra-t-il croire sans arrière-pensée à la
-fidélité, à la constance, à l'inaltérable dévouement de celui qui a
-délaissé le premier objet de ses affections? Le soupçon ne viendra-t-il
-jamais troubler ce nouveau foyer? La jalousie ne sera-t-elle pas là,
-toute prête à s'éveiller, toute prête à engendrer des désordres, des
-haines, des crimes peut-être et le plus souvent une rupture nouvelle?
-
-Le divorce est donc une source de troubles pour la paix des ménages.
-Ajoutons qu'il interdit la possibilité d'une réconciliation: or,
-la réconciliation est toujours permise par la séparation de corps.
-Le devoir du législateur est de ne pas fermer aux époux la voie du
-repentir et du pardon. Comme gardien des intérêts de la société et
-de la famille il doit veiller à ce que puisse se rétablir l'union
-des époux si profitable à tous ses intérêts. «La séparation de
-corps, dit M. Malleville, laisse toujours une porte ouverte à la
-réconciliation[213]. Une rencontre fortuite, l'isolement où se trouvent
-des époux habitués à vivre ensemble, l'aspect surtout des enfants
-communs[214] peuvent faire répandre les pleurs du repentir et ceux de
-la pitié; mais le divorce ferme toute issue à cette réconciliation si
-désirable et ne laisse après lui que des remords et des regrets. Il
-faut d'ailleurs observer que les époux, en se réunissant, évitent les
-inconvénients d'un célibat perpétuel.»
-
-Les partisans du divorce ont une singulière façon de répondre à
-cet argument: «Les réconciliations sont si rares, disent-ils, si
-exceptionnelles, qu'elles ne méritent pas qu'on les compte[215].»
-Les rapprochements sont rares, il est vrai, mais en sont-ils moins
-désirables, moins profitables à tous les intérêts? La loi n'aurait-elle
-aucun moyen de les rendre plus fréquents sous le régime de la
-séparation; ne pourrait-elle par exemple obliger les époux séparés
-à se représenter à époques fixes, devant une sorte de tribunal de
-réconciliation qui serait soit le président du tribunal, soit un
-tribunal de famille? Si nous empiétons un peu ici sur le terrain
-des réformes de la séparation, c'est que les partisans du divorce
-prétendent remédier, dans la loi qu'ils proposent, à l'inconvénient
-du divorce au point de vue de la réconciliation. Dans leur projet ils
-permettent dans certains cas et sous certaines conditions la réunion
-des époux divorcés, modifiant ainsi l'article 295 prohibitif de la
-réconciliation. Mais cette modification est loin de ruiner notre
-objection: car si on suppose aux époux divorcés le droit de se remarier
-entre eux, le raisonnement de Malleville s'appliquera dans toute sa
-force lorsqu'ils auront contracté un autre mariage; si au contraire ils
-n'ont pas formé de nouveaux liens il n'y aura pas eu véritable divorce.
-
-Ainsi nous préférons ici encore la séparation de corps au divorce,
-parce que la séparation ménage un rapprochement au repentir des époux,
-tandis que le divorce creuse entre eux un abîme que rien ne peut
-combler.
-
-Quelques auteurs, qui ont assez mal compris le véritable caractère
-du mariage, ont voulu justifier le divorce, en disant qu'il doit
-exister, parce que les contrats peuvent se dissoudre par le concours
-des mêmes volontés, qui les ont formés et que rien ne distingue le
-mariage de tous les autres contrats. Mais le mariage fût-il même un
-contrat ordinaire, la règle qu'on prétend poser n'en serait pas moins
-fausse; il n'est pas vrai que tous les contrats se dissolvent par
-le consentement mutuel: nous en trouvons la preuve dans le contrat
-d'adoption, qui ne peut être révoqué au gré des parties, et encore dans
-le contrat de mariage, créant un régime et une relation d'intérêts,
-que les époux n'ont pas le droit de changer. La théorie qu'on a voulu
-établir est donc fausse et le parti qu'on a voulu en tirer pour
-justifier le divorce, est dénué de tout fondement.
-
-En ce qui concerne les enfants, nous pensons que leurs intérêts
-matériels et moraux militent énergiquement en faveur de
-l'indissolubilité du mariage.
-
-M. Treilhard et, après lui, tous les partisans du divorce ont répété,
-à satiété, que les enfants deviendraient, par le divorce, ce qu'ils
-deviennent par la séparation de corps et quelques moralistes ont
-ajouté, ce qu'ils deviennent par la nullité ecclésiastique. Sans
-doute, disent-ils, le divorce ou la séparation forme dans la vie des
-enfants une époque bien funeste, mais ce n'est pas l'acte de divorce
-ou de séparation qui fait le mal, c'est le tableau hideux de la guerre
-intestine, qui a rendu ces actes nécessaires. Les époux divorcés
-pourront au moins effacer, par le tableau d'une union plus heureuse,
-les fatales impressions de leur union première; l'affection des pères
-se soutiendra bien plus sûrement dans la sainteté d'un nœud légitime
-que dans les désordres d'une liaison illicite, si ordinaire après une
-séparation de corps. D'ailleurs l'homme ou la femme remariés après le
-décès de leur conjoint ne se détachent pas des enfants du premier lit.
-Pourquoi n'en serait-il pas de même au cas de divorce? Les enfants!
-mais leur intérêt même exige souvent la rupture complète de l'union,
-dont ils sont issus. Ne lit-on pas, tous les jours, le récit de crimes
-atroces, tels que viol d'un père sur sa fille, crimes que, les mères
-indissolublement unies, n'osent ni empêcher, ni dénoncer? Si le divorce
-succédait à de pareils crimes l'enfant aurait-il quelque chose de
-plus à redouter du second mari de sa mère? (M. Alexandre Dumas). Au
-surplus, dit-on encore, on se préoccupe beaucoup trop ici de l'intérêt
-des enfants. La loi dans un contrat ne connaît que les contractants.
-Elle n'a aucune sensibilité: elle le prouve en maint endroit, par
-exemple, lorsqu'elle s'occupe des enfants adultérins, des enfants
-naturels, des enfants adoptifs même. En lui demandant de dissoudre
-le mariage, on ne lui demande que d'être conséquente avec elle-même,
-de garantir l'équilibre des droits et des devoirs pour chacun des
-contractants. Les parents n'ont-ils pas des droits de sécurité et
-de bonheur propres, tout aussi bien que les enfants? Pourquoi leur
-serait-il interdit d'invoquer, pour leur repos, pour leur bonheur,
-pour leurs intérêts, ce même besoin d'aimer, naturel, humain, que
-l'enfant pourra si facilement plus tard invoquer contre eux? Pourquoi
-auraient-ils tous les devoirs et les enfants tous les droits?
-
-L'intérêt des enfants, ajoute-t-on encore, est compris dès que le
-désordre existe; leur intérêt moral par les mauvais exemples qu'ils
-reçoivent, leur intérêt de fortune, par les dissipations que le
-dérèglement entraîne après lui. La question n'est pas ici entre la
-réconciliation et la rupture, mais entre un mode de rupture et un
-autre. Or, le régime créé par la séparation de corps est-il donc si
-parfait? Ne voit-on pas trop souvent la séparation altérer dans le
-cœur des parents le sentiment si doux de l'amour des enfants? Écoutez
-M. Legouvé[216]: «Les époux séparés, dit-il, n'aiment pas leur enfant
-simplement, naturellement. Ils l'aiment avec émulation, avec jalousie.
-Ils ne se contentent pas de le gagner, ils veulent l'enlever à l'autre.
-Il ne leur suffit pas de l'avoir, ils veulent que l'autre ne l'ait pas.
-Alors les récriminations, les accusations, parfois les calomnies. On ne
-se dit pas qu'on ébranle chez un enfant toute notion du devoir, qu'on
-pervertit chez lui les sentiments naturels; on ne voit qu'une chose,
-c'est qu'on se venge... Sachez-le bien, dans la séparation, l'enfant
-n'est que le champ de bataille de deux haines; seulement ce n'est
-pas, comme dans les mêlées antiques, un cadavre que deux ennemis se
-disputent, c'est une âme vivante qu'ils déchirent. Ils accomplissent,
-chaque jour, un infanticide moral.»
-
-Tel est l'ensemble de la théorie des partisans du divorce sur la
-question des enfants.
-
-D'abord nous ne voyons pas comment les inconvénients, que signale M.
-Legouvé au sujet de la rivalité des époux, seraient inhérents à la
-seule séparation. Les époux cesseraient-ils d'être pères d'enfants
-communs par cela seul qu'ayant divorcé ils auraient contracté une
-nouvelle union? Autorisés à revoir, à surveiller leurs enfants d'un
-premier mariage n'auraient-ils pas entre eux les mêmes sujets de
-jalousie, le même désir de s'approprier l'affection entière de ces
-enfants et de les arracher à l'influence d'un conjoint qu'ils détestent
-désormais, d'autant plus qu'ils regrettent peut-être davantage une
-irréparable rupture?
-
-Ainsi une affection jalouse, une scission de la famille qui va
-séparer les enfants, soit du père, soit de la mère, qui va les
-répartir peut-être autour de deux foyers, où ils ne recevront
-d'autres enseignements que ceux du ressentiment et de la haine, voilà
-les premiers effets du divorce. L'expérience a prouvé aussi que le
-divorce conduisait à l'abandon des enfants, au mépris des soins qui
-leur sont dus, à l'oubli des devoirs paternels. Elle a prouvé encore
-que l'éducation physique ne souffrait pas seule du divorce, mais que
-l'éducation morale souffrait aussi sérieusement de la dissolution du
-lien conjugal. Lorsque c'est la mort qui dissout le mariage, l'époux
-survivant conserve une affection d'autant plus vive pour ses enfants
-qu'ils lui rappellent un être aimé et regretté, souvent, s'il a eu la
-faiblesse de se remarier[217], l'affection profonde qu'il leur porte
-lui permettra de lutter, contre les antipathies du second conjoint.
-Quelquefois, il est vrai, il aura le tort de céder, et de sacrifier
-des orphelins délaissés aux intérêts de ses nouveaux enfants. Mais
-que sera-ce donc au cas du divorce? L'époux divorcé aura près de
-lui des enfants auxquels se rattache le souvenir d'un être odieux,
-les souvenirs pénibles d'un scandale de famille. Son plus grand
-désir sera de mettre, aux yeux de ses enfants, tous les torts de la
-rupture du côté de l'autre conjoint; il l'accusera sans cesse d'en
-avoir été la cause, cherchant à faire ainsi passer dans le cœur de
-ces enfants le ressentiment qui l'anime. S'il se remarie, quel soin
-prendra-t-il de protéger ses enfants, témoignage de son déshonneur
-ou de ses malheurs passés, contre la malveillance probable de son
-nouveau conjoint? Écoutons Hume: «Lorsque les parents se séparent que
-deviendront les enfants? Faudra-t-il les abandonner aux soins d'une
-belle-mère, et au lieu des tendresses maternelles leur faire essuyer
-toute la haine d'une étrangère, toute la rage d'une ennemie? Ces
-inconvénients se font assez sentir, lorsque la nature elle-même fait le
-divorce par le coup inévitable à tout ce qui est mortel. Faudra-t-il
-chercher à le multiplier en multipliant les divorces? Et faudra-t-il
-laisser au caprice des parents le pouvoir de rendre leur postérité
-malheureuse[218]?»
-
-On se demande, avec un certain effroi, ce que doit être l'éducation
-morale des enfants d'époux divorcés. Parfois les enfants seront confiés
-à une autre personne que leur père et leur mère[219], à cause du
-second mariage de ceux-ci. Sans doute ils seront alors soustraits à
-l'antipathie et à la haine, qui les poursuivraient à ce nouveau foyer,
-mais ils seront alors privés des douces jouissances de l'amour paternel
-et la sécheresse du cœur, l'égoïsme, la défiance, seront les tristesses
-morales qui accompagneront l'enfant à son entrée dans la vie. Or, si
-la séparation seule est admise, on aura rarement lieu de recourir à la
-garde d'une personne étrangère, car un second mariage étant impossible,
-on n'aura pas à garantir les enfants contre les persécutions d'un
-nouveau conjoint.
-
-Dans l'hypothèse où l'enfant est confié, soit au père, soit à la mère
-divorcée et remariée, les inconvénients du divorce ne sont pas moins
-évidents. Placé dans une situation difficile à ce nouveau foyer où il
-ne rappelle que de pénibles événements, reproche vivant d'une rupture,
-souvent déshonorante, se considérant lui-même comme un étranger, comme
-une charge, comme un fardeau rendant plus lourd encore le poids de la
-conscience, privé de l'affection paternelle qui se porte sur un nouvel
-objet, avec d'autant plus d'emportement qu'elle s'est trouvée plus
-déçue dans sa première illusion, habitué enfin à entendre rappeler les
-torts d'un père ou d'une mère, accusés d'avoir été cause du divorce,
-quel respect, quel amour filial pourra-t-il jamais réserver à celui que
-la loi lui a laissé pour gardien? Lorsque, arrivé à un certain âge,
-il verra s'évanouir l'idéal, qu'il s'était fait des vertus et des
-qualités paternelles, lorsqu'il aura pénétré ce que peut-être on aura
-essayé de lui cacher, lorsqu'il aura deviné toute l'infortune de sa
-propre situation et mesuré toute l'étendue des fautes de ses parents,
-toute la gravité de leurs torts, tout ce qu'il y a eu de criminel, dans
-leur violation de la loi sainte du mariage, l'enfant désabusé, inquiet,
-attristé, blessé dans ses affections les plus chères, dans son illusion
-la plus naïvement confiante, comprimera peu à peu ses expansions,
-ses gaietés. Il deviendra rêveur, sombre, indifférent, égoïste,
-soupçonneux, épiant les faiblesses paternelles, sentant frémir en lui
-toutes les révoltes de la honte et du désenchantement, se croyant
-peut-être destiné à devenir l'instrument d'une vengeance, rebelle
-aux moindres vexations, troublant le nouveau foyer par ses reproches
-muets ou ses altercations violentes, et déjà prêt à imiter de son père
-toutes les fautes, tous les vices, tous les mauvais exemples, qui lui
-apprendront, à lui aussi, à violer la foi du mariage et à donner plus
-tard à ses enfants le spectacle déplorable de son propre divorce.
-
-Voilà l'œuvre de l'institution qu'on préconise, en ce qui concerne les
-enfants. Aussi JeanJacques Rousseau avait-il raison de dire: «Les
-enfants fourniront toujours une raison invincible contre le divorce.»
-
-Mais les enfants et les époux ne sont pas seuls à souffrir du divorce.
-En ce qui concerne la société, nous avons encore à constater les effets
-désastreux de la dissolution du mariage.
-
-Et d'abord que devient la famille? Elle est détruite. Nous l'avons
-déjà dit, le mariage conclu avec la faculté, peut-être dans l'espoir
-du divorce, porte en lui des germes de discorde et de corruption
-qui préparent la ruine du foyer domestique, la flétrissure du lien
-conjugal. Au lieu de fortifier la famille, par le développement des
-sentiments d'attachement indissoluble, le divorce sépare les époux, les
-enfants, et répand dans la société des fragments de famille divisés et
-souillés, qui se haïssent, s'envient ou même se vengent les uns des
-autres. Quelle peut être la stabilité de ces familles, que le divorce
-doit, sans cesse, venir bouleverser? L'avenir toujours en suspens;
-l'éducation, la condition des enfants toujours livrés à l'incertitude
-et au hasard, l'honneur des époux toujours soumis aux soupçons,
-leurs passions toujours excitées par l'appât d'une rupture et d'une
-nouvelle union, et enfin le scandale public des divorces, scandale
-d'autant plus dangereux pour la morale publique qu'il deviendra de
-plus en plus fréquent. «Au contraire, dit un écrivain chrétien[220],
-une fois l'indissolubilité du mariage admise, la société cesse d'être
-une agglomération d'existences isolées, sans passé comme sans avenir;
-au lieu de rétrograder elle marche à pleines voiles dans le chemin du
-progrès.»
-
-Il est facile de se rendre compte que le divorce aura des suites
-multiples et que la haine ne se concentrera pas seulement entre les
-époux divorcés. Il ne faut pas oublier que dans un pays où le culte du
-point d'honneur est très développé, où la susceptibilité est très vive,
-l'injure faite à l'honneur d'un époux par une demande en divorce sera
-vivement ressentie, par tous les parents de la partie défenderesse,
-qui croiront de leur devoir et de l'intérêt de leur propre honneur
-de prendre parti pour elle et peut-être de la venger: «Les outrages
-domestiques sont de ceux que tout homme soucieux de sa dignité ne
-saurait laisser impunis et tel, qui ne relèverait peut-être pas une
-insulte personnelle, se révoltera souvent contre l'insulte faite à sa
-maison.»
-
-Ainsi le divorce sera une cause de divisions et de haines dans la
-société; il portera le trouble et la corruption dans les familles, par
-des sollicitations malsaines qui flatteront les passions des époux et
-faisant entrevoir une existence plus heureuse ou des plaisirs plus
-vifs, il les conduira à pousser à bout leurs impatiences réciproques,
-pour arriver plus vite à une rupture qui leur rendra la liberté: «Le
-mariage, dit Balmès, en assignant à la passion un objet légitime, ne
-tarit pas cependant la source d'agitation, que le cœur recèle. La
-possession affadit, la beauté se fane, les illusions se dissipent, le
-charme disparaît. L'homme en présence d'une réalité, qui est loin des
-rêves auxquels se livrait son imagination de feu, sent naître dans son
-cœur des désirs nouveaux; fatigué d'un bien qu'il possède, il cherche
-dans un autre la félicité idéale qu'il croyait avoir trouvée; il fuit
-une réalité, qui a trompé ses plus belles espérances. Lâchez alors la
-bride aux passions de l'homme; permettez-lui d'entretenir, le moins
-du monde, l'illusion qu'il peut chercher le bonheur dans de nouveaux
-liens; laissez-lui croire qu'il n'est pas attaché pour toujours à
-la compagne de sa vie; vous verrez que le dégoût s'emparera de lui
-promptement... les liens commenceront à s'user à peine formés et se
-rompront au premier choc.
-
-«Espérez-vous, dit aussi l'abbé Vidieu, que le divorce rendra plus
-fidèles ces époux, ces pères qui, abandonnant les joies pures de la
-famille, vont chercher ailleurs des satisfactions illégitimes? Ces
-hommes, qui fuient le devoir et cherchent le plaisir, facilement se
-lassent des jouissances, toujours ils croient trouver ailleurs plus
-d'attraits, plus de charmes, et changent, à chaque instant, l'objet
-de leurs passions; le divorce légitimera leurs vices, leur haine du
-devoir; ils feront plus de malheureuses et n'en seront pas moins
-malheureux.»
-
-On a prétendu justifier encore le divorce en disant que sans lui
-la société serait privée de nombre de familles, dont elle pourrait
-s'enrichir (Treilhard). Cet argument est absolument erroné.
-
-Si le divorce permet aux époux divorcés de contracter de nouveaux
-mariages—unions dont on peut à juste titre contester le bienfait pour
-la société—il faut reconnaître qu'il empêche aussi bien des liens de se
-former; et quand ils sont formés, qu'il inspire la crainte d'avoir des
-enfants ou d'en avoir un trop grand nombre. Suivant quelques partisans
-du divorce, en effet, le fait d'avoir des enfants serait un obstacle à
-la dissolution du mariage, et en tout cas de nombreux enfants seront
-toujours une difficulté de plus à la formation d'une nouvelle union.
-D'ailleurs, M. de Carion-Nisas a fait justice au Tribunat de l'argument
-de M. Treilhard: «La société, disait-il, se forme-t-elle des enfants
-qui naissent ou des enfants qui se conservent? Et quoiqu'il soit
-humiliant de compter les enfants des hommes, comme des petits animaux,
-je vous permets ce calcul. Où trouvez-vous encore les générations les
-plus nombreuses, en même temps les plus robustes et les plus saines?
-N'est-ce point dans ces familles, pour qui le mariage est un nœud
-sacré, une religion inviolable? Dans la classe aisée et polie, le
-divorce corrompt; dans la classe laborieuse, il tue; il produit un
-abandon monstrueux des enfants, qui moissonne des générations entières.»
-
-On cite souvent l'exemple des pays étrangers qui ont admis le divorce,
-sans qu'il paraisse en résulter pour eux de trop grands inconvénients.
-Nous avons plus haut exposé la plupart des législations étrangères,
-nous avons remarqué que, dans beaucoup d'États, l'institution du
-divorce était garantie par la loi constitutionnelle elle-même; nous
-avons rassemblé aussi quelques documents statistiques, qui permettent
-les comparaisons. Mais dans les rapprochements de ce genre, il faut
-se mettre en garde contre une propension fort naturelle à croire que
-l'assimilation des institutions peut être complète, d'un pays à un
-autre. Il existe, en effet, dans les mœurs, dans les croyances, dans
-les caractères, des différences telles qu'il est impossible souvent
-d'appliquer à un peuple une législation en vigueur, chez ses voisins;
-telle loi qui serait bonne ici, serait funeste et désastreuse ailleurs.
-En ce qui concerne la France, la comparaison qui serait la plus permise
-serait celle qu'on voudrait faire avec les pays de même race, tels que
-l'Espagne et l'Italie; or, l'institution du divorce répugne aux races
-latines, le divorce est pour elles un élément de corruption, comme on
-peut le constater par l'exemple des cantons catholiques Suisses, de la
-France pendant la Révolution, et, nous l'avons vu, de notre voisine la
-Belgique.
-
-On peut même aller plus loin, et soutenir hardiment que le divorce
-produit des effets désastreux, dans tous les pays, et qu'il ruine la
-moralité des peuples protestants, dont l'austérité si vantée est
-considérée par beaucoup de partisans du divorce, comme un fruit de
-cette institution. Attribuer la pureté des mœurs au divorce est une
-thèse qu'il est impossible de soutenir raisonnablement, en présence
-surtout des résultats acquis.
-
-Même en supposant les pays protestants d'une moralité plus grande que
-les pays catholiques (ce qui est très contestable), nous croyons que
-ces pays peuvent bien devoir leur prétendue pureté de mœurs à toute
-autre cause qu'au droit de divorcer. Le plus ou moins de moralité
-d'une nation est une question d'éducation nationale aussi bien que
-d'éducation individuelle, question de traditions, de croyances,
-d'instincts religieux ou irréligieux, question de caractère et de race,
-d'humeur nationale, de tempérament, d'organisation sociale, d'état
-politique, de trouble ou de paix. Il est certain, par exemple, que les
-pays Scandinaves par leur constitution physique, par leur éloignement
-des raffinements exagérés de la civilisation, par le caractère froid
-et paisible de leurs habitants, sont beaucoup plus portés aux mœurs
-patriarcales et à l'esprit de famille que les pays du midi de l'Europe,
-où s'agite une population légère, vive, ardente, comme le soleil qui
-l'éclairé, amie des plaisirs et du bruit, remuante, amoureuse du
-changement et portée, par la mollesse du climat, à s'abandonner à ses
-passions. Il faut donc s'armer d'une excessive prudence, lorsqu'on
-compare les résultats d'une même institution, chez les différents
-peuples et distinguer soigneusement ce qui est bien la suite directe
-de l'institution qu'on envisage et ce qui découle d'autres causes, ce
-qui doit être attribué à d'autres influences particulières, souvent
-difficiles à définir.
-
-Nous n'avons guère toutes ces précautions à prendre en ce qui concerne
-le divorce. Quelques efforts qu'on fasse pour le cacher, presque tous
-les renseignements, recueillis dans les législations étrangères,
-constatent l'influence funeste et chaque jour plus désastreuse, exercée
-par l'institution du divorce.
-
-En Russie, aux États-Unis, on se récrie déjà contre des excès et des
-abus scandaleux, dans la pratique de la dissolution du mariage, abus
-qu'on cherche vainement à attribuer à la jeunesse relative de ces
-deux pays. Les pays Scandinaves semblent, il est vrai, ne pas voir
-progresser trop vite les maux du divorce, mais il n'en est pas de
-même de l'Allemagne, dont personne n'oserait aujourd'hui vanter la
-pureté des mœurs et qui voit, chaque jour, s'écrouler sa réputation
-légendaire de vertu et d'austérité; le divorce, facilité récemment par
-une loi très large, fait des progrès de plus en plus menaçants pour la
-morale publique.
-
-De tous les pays d'origine Germanique, l'Angleterre est celui où les
-mœurs sont restées les plus pures: le mariage y est encore entouré
-du plus profond respect. C'est que les femmes Anglaises comprennent
-l'importance des devoirs qu'il fait naître et les observent sans
-défaillance: «se marier c'est se donner tout à fait et pour toujours...
-La jeune fille reste Anglaise, c'est-à-dire positive et pratique...
-Elle veut être l'auxiliaire, l'associée utile de son mari, dans les
-longs voyages, dans les entreprises pénibles, dans tous les travaux
-même ennuyeux et dangereux[221].» En Angleterre, le divorce a été
-restreint dans les plus sages limites, et pourtant on se plaint
-encore de ses funestes effets. Sur dix demandes en divorce, il y en
-a neuf où le séducteur est convenu d'avance avec le mari, de lui
-fournir les preuves de l'infidélité de sa femme et où, par suite de
-cet arrangement, la demande en dommages formée par le mari contre le
-séducteur est réduite à la plus faible prétention[222].
-
-Nous avons vu les craintes exprimées par le bureau fédéral, et les
-progrès effrayants du divorce en Suisse. La moralité de celle qui fut
-appelée l'austère Genève s'est en effet fortement ressentie de la
-ruine, apportée dans la famille par le divorce. Toute la Suisse subit,
-du reste, l'influence de cette corruption. A Berne, suivant le sénateur
-Wein, le gros du peuple est tellement dissolu, grâce au divorce, «qu'on
-y trouve des faits rappelant les mœurs des Lapons et des insulaires de
-la mer du Sud.»
-
-La Belgique voit augmenter, chaque jour, le nombre des divorces et
-diminuer celui des mariages. On prétend aussi que les mœurs sont
-loin de s'améliorer et ce pays, le plus catholique peut-être des
-races Latines, commence à s'effrayer sérieusement des progrès de la
-dépravation publique.
-
-En résumé, dans tous les pays où le divorce est admis, on voit
-s'affaiblir plus ou moins lentement l'esprit de famille, le respect
-du mariage, le culte du foyer domestique et les sages limites que
-le législateur a su imposer, chez certains peuples à la faculté du
-divorce, commencent à paraître insuffisantes.
-
-Parle-t-on de l'antiquité?
-
-Dans la société la plus fortement constituée qui fut jamais, dans la
-société Romaine, l'histoire du divorce est instructive. La puissance
-Romaine, ayant pour base la forte organisation de la famille, demeura
-inébranlable, tant que le lien conjugal fut considéré indissoluble
-par le respect de tous; mais elle fut ébranlée et déclina rapidement,
-lorsque les divorces commencèrent et vinrent jeter la division dans les
-familles. Alors la décadence se précipita, de jour en jour. Nous avons
-déjà trop insisté ailleurs sur cette phase déplorable de l'histoire
-Romaine, pour revenir encore ici sur le tableau de la corruption de
-Rome, lorsqu'elle eut perdu les vertus solides que les mœurs antiques
-lui avaient données. Citons seulement un passage de M. Troplong: «C'est
-assurément, dit-il, un des travers les plus curieux de l'esprit humain
-que les abus du divorce, qui signalèrent la fin de la république
-Romaine, ainsi que le règne des premiers empereurs. Le divorce était
-une mode et une spéculation, le mariage un essai passager et une
-courte fantaisie... Il semble que plus le mariage est indissoluble,
-plus il y a des chaînes effrayantes pour les esprits changeants (qui
-ne sont pas les moins nombreux); et qu'au contraire, plus le mariage
-est facile à rompre, plus il tente les cœurs légers, qui craignent
-les longs engagements. Eh bien, c'est un phénomène contraire qui se
-manifeste à Rome. Autant le mariage était fragile et précaire, autant
-il inspira d'éloignement à la foule éprise du célibat; d'où l'on
-pourrait conclure que le mariage est une des choses qui attachent, en
-raison de la contrainte qu'elles inspirent.»
-
-Mais la France elle-même n'a-t-elle pas fait l'expérience du divorce
-et cette expérience ne conclut-elle pas énergiquement contre le
-rétablissement d'un pareil élément de corruption, dans un État? La
-période révolutionnaire nous a déjà fourni un effrayant exemple de ce
-que peut produire l'habitude, la mode et bientôt la folie du divorce.
-On voit disparaître toute la dignité du lien conjugal; la loi, faite ou
-modifiée par un législateur, qui partage bientôt le mépris de tous pour
-la sainteté du mariage, rend de plus en plus facile sa dissolution et
-l'on aboutit au divorce, par simple consentement mutuel. On en vient
-à un concubinage légal, à une polygamie successive, à une sorte de
-communauté de femmes, qui serait la ruine de la société. Sans doute on
-n'arrive pas du premier coup à cet état déplorable, mais l'esprit de
-famille baisse insensiblement; il fléchit plus ou moins vite, selon
-les mœurs, le caractère national, selon les circonstances politiques,
-selon le plus ou moins de facilité, le plus ou moins d'encouragement,
-donné par la loi à la dissolution du mariage. Sans doute encore les
-scandales de la période révolutionnaire, en ce qui concerne le divorce,
-tenaient à un état politique particulier et exceptionnel, ainsi qu'à
-une excessive tolérance de la part de la loi. Mais on ne peut nier
-absolument que le temps actuel ne présente une analogie frappante avec
-l'époque dont nous parlons, certain trouble ne règne dans les esprits,
-dans les croyances, qu'avec l'indifférence, presque générale, qui
-domine les consciences et grâce au désarroi qui règne dans la morale
-publique, on ne serait que trop porté à s'exagérer les bienfaits du
-divorce, à en étendre l'application et par conséquent à en multiplier
-les désastreux effets. Notons enfin que cette tolérance de la loi
-révolutionnaire, que les plus sages partisans du divorce blâment, avec
-raison, n'est pourtant pas rejetée par beaucoup d'entre eux, et qu'il
-serait facile de prévoir, le divorce une fois admis, le moment où la
-plus extrême facilité serait accordée aux époux pour l'obtenir. Si l'on
-ne voit dans le mariage qu'un contrat, destiné à ne subsister qu'autant
-que les deux parties remplissent leurs obligations réciproques et qui
-maintient entre elles la bonne harmonie, ne sera-t-on pas amené à
-permettre la rupture de ce contrat, aussitôt que cette bonne harmonie
-cessera, ou dès que les époux seront d'accord pour éteindre les
-obligations, qu'ils se doivent mutuellement?
-
-Et alors tout ce qu'on a eu de scandale à reprocher à la période
-révolutionnaire, se reproduirait encore et susciterait des
-protestations semblables à celles qu'on entendit formuler, alors que
-le nombre des divorces en était venu à dépasser à Paris le nombre
-des mariages: «Le divorce, disait alors Bonguyod, n'obtient que trop
-de facilité et il en résulte que les enfants sont abandonnés, leur
-éducation négligée; ils ne reçoivent plus les exemples des vertus
-domestiques, ni les soins, ni les secours de la tendresse et de la
-sollicitude paternelle[223].»
-
-Deux mois plus tard, Mailhe demandait à la Convention «des
-modifications à la loi du divorce, qui est plutôt un tarif d'agiotage
-qu'une loi. Le mariage, disait-il, n'est plus en ce moment qu'une
-affaire de spéculation; on prend une femme, comme une marchandise,
-en calculant le profit dont elle peut être, et l'on s'en défait,
-sitôt qu'elle n'est plus d'aucun avantage; c'est un scandale vraiment
-révoltant[224].»
-
-Et l'année suivante (Renault de l'Orne) demandait au Conseil des
-Cinq-Cents «sinon qu'on supprimât, mais qu'on suspendît provisoirement
-l'effet des demandes pour incompatibilité d'humeur, dont le libertinage
-se prévaut et qui semblent n'avoir été mises dans la loi que pour
-l'encourager et le faire triompher[225].»
-
-Le divorce n'est donc pas un remède; loin d'améliorer la morale
-publique, il l'ébranle. Avec notre seule séparation de corps, nous
-ne sommes pas une nation plus immorale que la plupart des pays où le
-divorce existe, où étant appliqué depuis longtemps, il devrait avoir
-déjà régénéré les mœurs. La séparation de corps n'a pas produit, chez
-nous, ces funestes effets que ses adversaires s'efforcent de trouver
-en elle. Nous n'avons pas à déplorer une corruption plus grande, plus
-de concubinages, plus de naissances illégitimes que les nations qui
-remplacent par le divorce—ce seul remède si efficace—la séparation de
-corps, ce danger social et cette institution dépravante. L'histoire
-est là pour établir que les époques les plus fécondes en divorces
-furent aussi les plus fécondes en enfants illégitimes. La statistique
-est là pour démontrer que les pays Latins, loin d'occuper les premiers
-rangs, dans l'état comparatif de l'immoralité des peuples, occupent au
-contraire une place fort honorable. La France n'arrive qu'au septième
-rang, et c'est un pays de divorce, le Wurtemberg, qui tient la tête,
-avec la proportion énorme de 15 enfants illégitimes sur 100.
-
-La séparation de corps n'est pas sans doute une institution parfaite,
-et sur ses imperfections, les partisans du divorce ont beau jeu. C'est
-une loi cruelle, disent-ils; elle place les époux séparés dans une
-position fausse et dangereuse; elle les oblige à une espèce de célibat
-involontaire; elle multiplie aussi les concubinages, les adultères,
-en forçant l'époux innocent à porter le poids du nom et du déshonneur
-d'un conjoint, flétri par une condamnation infamante, l'époux victime
-de mauvais traitements, à rester indissolublement retenu par des liens
-insupportables, l'époux sain à voir son sort, attaché pour la vie à
-celui d'un infirme incurable. Par là elle fait sentir aux victimes le
-désir et presque le besoin d'une libération violente, elle pousse à
-l'explosion des impatiences, des rancunes, des vengeances, elle porte
-au crime même, presque légitimé par l'implacable injustice d'une loi
-barbare.
-
-Sur ce thème les partisans du divorce ont écrit des pages éloquentes.
-On pourrait certes se laisser ébranler par le sentiment de pitié,
-qu'ils soulèvent avec raison en faveur des époux séparés.
-
-«Que d'injustices, dit Daniel Stern, commises et souffertes sous le
-manteau de la légalité! Que d'êtres nobles et délicats mortellement
-atteints, dès les premiers jours de la jeunesse! est-il juste, peut-il
-être utile que l'époux de la femme adultère porte la honte au front,
-que celui de la femme stérile se voie à jamais déshérité des joies de
-la paternité; que la femme aimante et chaste subisse, à toute heure,
-l'affreuse pensée de l'irrévocable, le despotisme sans contrôle d'un
-mari vicieux, débauché, accepté plus souvent que choisi avant l'âge du
-vrai discernement?»
-
-Mais tandis que les partisans du divorce s'apitoient sentimentalement,
-sur le sort créé aux époux par la séparation, ils ne s'aperçoivent
-pas que les maux du divorce sont bien plus grands encore que ceux
-d'une institution, qui relâche simplement les liens du mariage, au
-lieu de les rompre définitivement. Ils ne voient pas qu'en accusant
-la séparation de pousser les époux à la débauche, ils font injure à
-un grand nombre de personnes qui savent observer la continence[226];
-ils ne se rendent pas compte des effets désastreux du divorce, en
-ce qui concerne les enfants et leurs intérêts matériels et moraux,
-en ce qui concerne l'esprit de famille, le bien de la société où la
-corruption grandirait à mesure qu'on rendrait moins stables les bases
-sur lesquelles elle est assise. Ils ne songent pas que la proclamation
-du divorce déchaînerait les passions, et que la démoralisation publique
-ne ferait que s'accroître dans une nation où les mœurs ne sont déjà que
-trop ébranlées; ils ne s'aperçoivent pas enfin que si le divorce du
-Code civil n'a pas produit jusqu'en 1816 trop d'effets déplorables,
-il n'y aurait pas lieu d'espérer aujourd'hui un résultat raisonnable.
-Ils oublient en effet que l'organisation récente de l'assistance
-publique vulgariserait singulièrement l'usage du divorce et, le rendant
-accessible à tous, multiplierait rapidement dans le peuple ses excès et
-ses abus.
-
-En résumé, nous ne défendons pas la séparation contre les vices réels,
-qu'on lui reproche, vices inhérents à toute institution humaine. Mais
-nous n'hésitons pas à conclure que ces maux sont bien minimes, en
-comparaison de ceux que comporterait le rétablissement du divorce.
-Entre ces deux remèdes, tous deux imparfaits, nous choisissons le
-moins désastreux, celui qui méconnaît le moins la sainteté du mariage,
-le caractère élevé de l'union légitime et tous les intérêts qui sont
-attachés à son maintien.
-
-Les plus grands esprits parmi ceux qui ont soutenu le divorce, et
-qui même en ont usé, en ont reconnu eux-mêmes tout le danger. «Le
-divorce, disait le premier Consul, devait être dans notre législation.
-La liberté des cultes le réclamait; mais ce serait un grand malheur
-qu'il passât dans nos habitudes. Qu'est-ce qu'une famille dissoute? Que
-sont les époux qui, après avoir vécu, dans les liens les plus étroits
-que la nature et la loi puissent former entre des êtres raisonnables,
-deviennent tout à coup étrangers l'un à l'autre, sans néanmoins pouvoir
-s'oublier? Que sont des enfants qui n'ont plus de père, qui ne peuvent
-confondre, dans les mêmes embrassements, les auteurs désunis de leurs
-jours; qui, obligés de les chérir et de les respecter également, sont
-pour ainsi dire forcés de prendre parti entre eux; qui n'osent rappeler
-en leur présence le déplorable mariage, dont ils sont les fruits? Oh!
-gardons-nous d'encourager le divorce! De toutes les modes, ce serait
-la plus funeste! N'imprimons pas le sceau de la honte à l'époux qui en
-use; mais plaignons-le, comme un homme auquel il est arrivé un grand
-malheur. Que les mœurs repoussent la triste nécessité, que la loi n'a
-pu refuser aux époux malheureux[227].»
-
-Respectons donc dans le mariage l'union indissoluble du mari et de
-la femme; voyons en lui un contrat sacré, qu'on ne peut former à la
-légère, parce que sa nature même, son institution divine en ont fait un
-lien, qui enchaîne pour la vie les existences et les âmes; faisons du
-mariage rendu sacré, par le caractère indélébile d'époux, qu'il confère
-aux parties contractantes, la plus ferme base de la famille et de la
-société, et, comme l'a dit un moraliste éminent: Adorons la famille
-telle que Dieu l'a faite[228].»
-
-Le rétablissement du divorce en 1881 nous ferait craindre que ce ne
-soit un moyen, dans la famille Française, déjà si profondément battue
-en brèche, si profondément ébranlée par l'adultère apparent ou occulte,
-d'ajouter un nouveau mode de débauche, changeante à volonté, autorisée
-parla loi et dont le tableau qui suit proclame les dangers.
-
-
-
-
-X
-
-STATISTIQUE DU DIVORCE.
-
-
-Les documents statistiques font défaut pour un certain nombre de pays,
-qu'il serait intéressant de faire rentrer dans un tableau comparatif;
-nous avons cependant recueilli quelques chiffres qui permettent de se
-faire une idée assez exacte des résultats, obtenus par l'institution
-du divorce et par celle de la séparation de corps. Quant à apprécier
-exactement au point de vue moral le mouvement des divorces et des
-séparations de corps, il faudrait pouvoir tenir compte des séparations
-volontaires, ce qui est de toute impossibilité.
-
-I.—_Pays où la séparation de corps perpétuelle pour causes[229][230]
-déterminées existe seule_: France, Espagne, Portugal, Mexique, États de
-l'Amérique du Sud.
-
-II.—_Pays où la séparation perpétuelle existe seule pour causes
-déterminées ou par consentement mutuel_: Italie.
-
-III.—_Pays où le divorce existe seul pour causes déterminées_: Suisse,
-Bavière, Brunswick, Hambourg, Hanovre annexé, Saxe, Wurtemberg, Suède,
-Russie, Serbie.
-
-IV.—_Pays où le divorce existe seul, soit pour causes déterminées, soit
-par consentement mutuel_: Roumanie, Bade, Danemarck, Norvège, Prusse.
-
-V.—_Pays où existent la séparation de corps et le divorce, mais
-seulement pour causes déterminées_: Angleterre.
-
-VI.—_Pays où existe le divorce pour causes déterminées et la
-séparation de corps pour causes déterminées ou par consentement
-mutuel_: Hollande.
-
-VII.—_Pays où la séparation de corps pour causes déterminées et le
-divorce pour causes déterminées existent, mais conformément à la
-religion des époux_: Pologne Russe.
-
-VIII.—_Pays où la séparation de corps pour causes déterminées ou par
-consentement mutuel existe seule pour les catholiques et pour les
-autres le divorce, conformément à la loi religieuse, ou même par la
-volonté d'un seul pour incompatibilité d'humeur_: Autriche.
-
-IX.—_Pays où existent le divorce pour causes déterminées ou par
-consentement mutuel et même la répudiation_: Turquie.
-
-Aux États-Unis, si la procédure varie suivant les États, tous admettent
-conjointement le divorce et la séparation de corps. Parcourons
-maintenant quelques chiffres.
-
-Comme on le voit par le tableau ci-dessus, la Roumanie est le seul pays
-de race Latine qui ait admis le divorce seul. Dans ce pays le nombre
-des instances en divorce s'élevait à 832 en 1865 et tombait subitement
-à 35 en 1866. Ces résultats étaient dus évidemment aux dispositions
-plus strictes du nouveau Code civil mis en application le 1^{er}
-décembre 1865. Mais depuis, le mouvement ascensionnel a repris et le
-chiffre total de 1870 est de 553.
-
-En Angleterre il a été prononcé en moyenne de 1869 à 1873, 282 divorces
-dont 197 conditionnels et 23 séparations[231]. On sait que l'Angleterre
-se montre très difficile pour l'admission des demandes en divorce.
-
-Environ 175 divorces ont lieu annuellement en Suède (moyenne de 1871 à
-1875). Si nous consultons le recensement de 1870 nous constaterons que,
-sur une population de 4,168,000 habitants il y a 1,341,499 personnes
-mariées et 2,514 divorcées; le nombre des divorces est à celui des
-mariages comme 0,58 à 100[232].
-
-Dans les Pays-Bas de 1866 à 1870 nous trouvons une moyenne de 110
-divorces par an et 44 séparations. En Belgique, pendant la même
-période, 323 divorces et 258 séparations.
-
-En France les moyennes des séparations ont été de:
-
- 1845 à 1850 1080 séparations
- 1851 à 1855 1529 —
- 1856 à 1860 1913 —
- 1861 à 1865 2395 —
- 1866 à 1869 2922 —
- 1872 à 1875 2881 —
- 1876 3251 —
-
-Il faut noter que l'organisation de l'assistance judiciaire a
-contribué, dans une notable proportion, à l'accroissement considérable
-qu'on peut remarquer dans ce tableau. Autrefois, les femmes se
-taisaient et se réconciliaient, après avoir été battues, aujourd'hui
-elles plaident et se séparent, sans bourse délier.
-
-Nous avons vu en parlant de la loi fédérale de 1874[233], que le
-divorce faisait en Suisse des progrès beaucoup plus rapides que la
-séparation en France. Nous ne reviendrons pas sur les chiffres déjà
-cités, mais nous emprunterons au bureau fédéral de statistique un
-tableau comparatif du nombre des divorces pour sept pays. Dans ces pays
-on compte par 100 mariages:
-
- 1871 à 1875 1876 1877 1878
-
- Grand-Duché de Bade 0,38 0,62 0,74 »
- Saxe 2,22 2,61 2,58 »
- Hesse 0,43 0,64 »
- Belgique 0,28 0,35 » »
- Pays-Bas 0,46 0,43 0,50 0,54
- Suède 0,58 0,68 0,69 »
- Suisse » 4,92 4,74 5,03
-
-Quant aux motifs servant de base aux instances en divorce ou en
-séparation de corps, voici les chiffres fournis par les documents
-officiels de six pays[234].
-
- Excès, sévices Adultère Autres
- injures graves motifs
-
- Saxe 66% 26% 8%
- Wurtemberg 64 36 »
- Bade 76 16 8
- France 92 7 1
- Roumanie 86 8 6
- Colonies françaises 68 15 17
-
-Des statistiques spéciales, sur la durée des mariages dissous, nous
-montrent qu'en Saxe et en Roumanie le mariage est dissous dans un
-délai relativement court, 65 et 79 fois pour % dans les dix ans; tandis
-qu'en France la séparation n'intervient que 47 fois sur 100, dans le
-laps de temps ci-dessus. Nous constatons aussi qu'en France, dans un
-tiers à peine des cas, les unions avaient été stériles.
-
-Les professions se décomposent ainsi:
-
- France Roumanie
-
- Propriétaires, fonctions libérales 20 % 27 %
- Commerçants 21 17
- Cultivateurs 15 42
- Ouvriers 44 14
-
-En Suisse, on constate que l'agriculture n'est représentée parmi les
-divorces que dans une proportion de moitié plus faible que parmi la
-population entière, tandis que toutes les autres professions y figurent
-dans une proportion d'autant plus forte. On y remarque de plus qu'un
-bon tiers des divorcés n'ont pas d'enfants, circonstance qui ne se
-rencontre que dans un cinquième, à peine, des unions conjugales.
-
-Une attention particulière est due à notre voisine, la Belgique, qui a
-conservé le divorce tel que le Code civil l'a organisé et tel qu'on se
-propose de le rétablir, chez nous. On a dit et répété à satiété que
-les divorces étaient rares en Belgique et que leur nombre n'égalait
-pas celui des séparations, prononcées en France, proportionnellement
-au chiffre de la population. Il n'en est pas moins curieux d'étudier
-les chiffres donnés par la statistique, qui montrent la progression
-constante des divorces, depuis un certain nombre d'années:
-
- En 1840 on comptait 1 divorce sur 1175 mariages.
- En 1865 — 1 — sur 739 —
- En 1874 — 1 — sur 337 —
- En 1877 — 1 — sur 313 —
-
-Prenons la commune de Bruxelles: en 1870, on y comptait 22 divorces,
-en 1879, il y en a 38; par contre le chiffre des mariages est descendu
-dans cet intervalle de 1739 à 1580, alors que la population montait de
-166,706 à 175,188 habitants.
-
-Quant à l'ensemble du royaume, le nombre des mariages qui était, en
-moyenne, de 39,520 de 1870 à 1875, n'a plus été que de 38,228 en 1876,
-et de 36,734 en 1879.—(_M^e Glasson, Lefebvre, avocat Belge. Liberté de
-Fribourg. Combier._)
-
-
-
-
-CONCLUSION
-
-
-Dans les pages qui précèdent se déroulent le _Crime et la débauche à
-Paris_, les faits dans leur chronologie, avec les noms, les chiffres,
-en dévoilant la réalité, les causes, l'accroissement.
-
-Comme Asmodée, nous avons, d'une main hardie, soulevé les toits des
-75000 maisons, où logent deux millions d'habitants, et qui rapportent
-580 millions.
-
-Parmi ces demeures, il en est qui renferment des réduits obscurs;
-3000 même n'ont pas de cheminée, pour aérer, sinon pour réchauffer
-les ménages, qui s'y entassent, jour et nuit, dans une honteuse
-promiscuité. De là, la source de tant de misères, de tant de crimes,
-qui souillent la famille et l'enfance dans sa fleur?
-
-L'alcoolisme revendique aussi sa domination dégradante sur les
-déshérités, qui cherchent, dans des boissons, trop souvent frelatées,
-une factice surexcitation. Les enfants imitent volontiers, comme
-d'instinct: ils boivent, ils fument, parce que, sous leurs yeux,
-ils voient boire et fumer. Une précoce puberté, dont les ateliers,
-réunissant les sexes en commun, activent les effluves, vient achever
-l'œuvre de démoralisation et d'épuisement, au physique comme au moral.
-
-Les parents occupés ailleurs, séparés par le travail, ou la
-justice[235], ne peuvent suffisamment veiller d'ailleurs; on évite
-l'école, ses enseignements, pour vivre dans la rue, toujours pleine
-d'agitation et de bruit.
-
-Arrivera-t-on par la persuasion ou par une loi promise[236], à rendre
-l'instruction, en France, obligatoire et gratuite, alors que, dans
-les familles nombreuses, l'enfant est considéré, comme un instrument
-de travail, qu'il faut jeter, au plus vite, dans les ateliers des
-manufactures? On a bien édicté une loi, pour protéger cette faiblesse,
-contre une besogne excessive, prématurée; des inspecteurs sont
-établis et fonctionnent, nous aimons à le penser, pour constater les
-contraventions et en faire punir les auteurs. Le mal dure encore
-partout. Nous ne manquons certes pas de lois, il ne s'agit donc pas
-d'en édicter de nouvelles, mais de prendre les dispositions rangées
-dans l'arsenal si complet du passé. Malheureusement, le temps se passe
-dans des discussions stériles, appliquées bien plus aux personnes,
-aux élections à valider ou à invalider, qu'à tant de lois attendues.
-(Associations, biens mobiliers des femmes, des mineurs, des aliénés
-à protéger, extraditions à simplifier, suppression de l'exception
-immorale des jeux de bourse, invoquée par celui-là seulement qui perd,
-inscription d'office du budget de Paris capitale, qui ne doit pas
-être considérée comme une commune, mais comme un État, disait déjà
-Charles-Quint[237].)
-
-Nous n'appliquons jamais, avec suite, les dispositions sages, qui
-protègent; par exemple, il y a des années, la regrettable danseuse Emma
-Livry, mourait brûlée par ses vêtements. De suite, on décida que les
-jupons des ballérines, seraient au préalable enduits de carteronine
-ou d'autre substance saline, empêchant l'incendie, et, hier, dans les
-féeries de l'_Arbre de Noël_, une enfant recevait encore de graves
-brûlures.
-
-Il y a ici des Sociétés protectrices des animaux, de l'Enfance et,
-l'autre soir, une acrobate courageuse, qu'une catapulte (renouvelée
-des Grecs, qui s'en servaient pour projeter des pierres) lançait dans
-l'arène, quittait, un instant, son travail, pour mettre au monde,
-dans le cabinet du directeur, un enfant nouveau-né. De la mère, ni du
-fœtus, personne ne s'est enquis; on a loué hautement une écuyère qui,
-au pied levé, a remplacé, pour un cachet de cent francs, la camarade
-momentanément empêchée. Depuis plusieurs mois, on criait dans les
-rues, sur les places, des feuilles pornographiques, dont le titre seul
-était un outrage et aux réclamations on répondait: que le colportage
-est libre, que les feuilles étaient déposées, non poursuivies...
-Enfin, ce fut un _tolle_ tellement unanime (même de la part de la
-presse), que l'on se décida à commencer des poursuites, par un mandat
-d'amener; en même temps, après avoir laissé annoncer une souscription
-pour un Polonais, dont on exaltait aussi l'action, condamnée par un
-jury Français, on reconnaissait enfin qu'une loi réprimait encore
-l'apologie des faits, qualifiés crimes, par nos Codes.
-
-Toujours trop, trop peu, ou trop tard, en ce pays si intelligent, mais
-si mobile, si distrait, si oublieux!
-
-Que dans d'autres contrées plus sages, où règnent toutes les libertés,
-on laisse l'indifférence, le bon sens des citoyens laisser passer
-de pareils outrages, on le comprend; mais ici, où existe la censure
-préalable sur les dessins, ceux qui paraissent ne sont publiés que
-s'ils ont été approuvés. De même pour les journaux, à l'égard desquels
-une poursuite est toujours facile et rapide, pourquoi ces complaisances
-ou ces oublis, trop prolongés?
-
-Depuis qu'elle tient un rang, parmi les autres nations, seule, dans
-ce concert, la France joue une tragédie, que l'on pourrait intituler:
-_Philanthropie et Repentir_.
-
-Partout et toujours, à l'extérieur, comme au dedans, entraînés par la
-sensibilité, mauvaise conseillère, nous courons aux aventures, et nous
-en rapportons des déceptions, des marques d'ingratitude, des trahisons,
-mais nous ne nous corrigeons jamais.
-
-Par tempérament, nous sommes contre l'autorité, contre la loi, contre
-ses agents, et nous nous trouvons si bien, dans notre pays, favorisé
-du ciel, que nous ne savons ni voyager, ni coloniser, ni fonder.
-
-Le nombre, toujours croissant des malfaiteurs, est dû à l'absence
-d'instruction ou à l'instruction incomplète, aux surexcitations, de
-toutes sortes, données par la grande ville, à la misère et à l'abandon.
-On ne croit plus à rien, les colonnes de la société sont ébranlées,
-comme à plaisir, et la famille même n'est plus un asile, un lieu de
-salut.
-
-Autrefois, pour les peines temporelles, des commutations, mûrement
-examinées, préparées par la conduite des détenus étaient, le 15 août
-seulement, accordées. Aujourd'hui, la peine prononcée, la veille, est
-effacée le lendemain et les parquets ont souvent, dans le même mois,
-leur examen, de nouveau, appelé sur un même recours en grâce.
-
-Que la fête nationale ait été transférée du 15 août (fête de saint
-Louis, le Grand Justicier) au 14 juillet (date de la prise de la
-Bastille), on peut le comprendre, mais il faudrait bien, pour les
-décisions à prendre, en revenir aux sages et anciennes mesures. Agir
-autrement, c'est sans préparation pour eux, et au péril de leurs
-concitoyens, rejeter dans une société, dont ils ne sont plus restés
-dignes, des individus dangereux encore[238].
-
-Pour la débauche, ses causes sont multiples, elles découlent des
-séductions exercées par le luxe, par l'abandon, par la misère, qui
-assiègent ici les jeunes filles, à leur début dans la vie. Elles se
-trouvent aussi dans ces unions, trop disproportionnées, dans lesquelles
-des familles cherchent à unir des fortunes, non des sympathies.
-Cependant, avant d'arriver aux qualités morales, on est séduit ou
-éloigné, par les beautés ou les imperfections physiques. De là, des
-froideurs, trop souvent des adultères, dont le monde frivole parle,
-sans surprise, sans reproche même, sans demander à qui la faute?
-
-Les enfants, qui devraient être un lien si puissant, devenant une gêne,
-on les éloigne, dans des pensions d'où ils sortent à époques lointaines
-et périodiques.
-
-Soyons fiers de nos départements, des Flandres, et du Nord (où
-l'Espagne a laissé encore son empreinte, depuis le seizième siècle),
-montrant des types gracieux, de nos provinces du Midi, la Provence,
-l'Auvergne, les Bouches-du-Rhône, avec les piquantes filles de
-Marseille, d'Arles, du Gard, où tout Nîmois est à demi Romain,
-comme l'a si bien dit le poète Reboul[239]; de l'Aveyron aux vertes
-montagnes, d'où s'écoulent de frais ruisseaux, comme le Lot et la
-Truyère, réunis à Entraygues, près d'Espairac; où la parole vibre,
-ardente, comme le cœur et le sang; du Languedoc, où chantent les belles
-voix; de Bordeaux, où les regards grisent, comme le vin; de Granville,
-cette colonie de Phocéennes, toujours coiffées d'un bonnet, qui
-représente un vaisseau, voiles déployées; de la Lorraine, enfin, qui
-regarde, avec une douce fierté, l'Alsace, sa sœur perdue, hélas!
-
-Ces grâces, ces séductions diverses, il faudrait enfin les mélanger,
-les fusionner bien vite, et ne plus prendre autant souci des questions
-d'argent, qui se dressent au seuil de toutes les unions, projetées ou
-réalisées, comme pour les détruire, par avance. Pour ces situations,
-le rôle de l'homme est décisif, prépondérant; c'est toujours lui qui
-a commencé, la femme ne fait que suivre la voie, dont on lui a montré
-d'abord l'accès. L'histoire si vraie de _Denise_[240] est celle de
-beaucoup de ses semblables[241]:
-
- Quand son mari devint l'amant d'une autre femme,
- Oublieux ou lassé de son premier bonheur,
- Cette enfant de seize ans, qu'on appelait madame,
- Étouffa ses sanglots, sous un masque moqueur.
-
-C'est donc à l'enfance, à la jeune fille qu'il faut, pour en faire
-plus tard des femmes, porter tout d'abord protection. Il faut relever
-celles qui sont tombées, une première fois[242], et ne pas les rejeter
-impitoyablement, comme des damnées, dans un cercle fatal, où elles se
-meuvent forcément avec cet autre paria, qui les recherche et qui est un
-repris de justice, à tous deux il faut des juges, s'ils ont commis des
-délits.
-
-Nous ne sommes plus au temps de Louis XV, alors qu'après de
-véritables chasses à courre, données à la femme, on embarquait pour
-le Nouveau-Monde, tant de Manon Lescaut, dont l'abbé Prévost a écrit
-l'histoire attendrie. Il est donc urgent, après tant d'autres réformes,
-moins nécessaires, de remettre[243] la fille, même dégradée, au rang
-qu'elle a momentanément perdu, en lui facilitant le retour au travail
-ou bien à la moralité.
-
-Que les tours se rouvrent pour éviter les infanticides, ils augmentent
-partout, que l'assistance publique concentre ses immenses ressources
-uniquement sur les crèches, les asiles, les hôpitaux, où l'œuvre
-admirable des chirurgiens et médecins ne doit pas être isolée, mais
-continuée sur les convalescents et les guéris; il y a toujours des
-rechutes à craindre et à prévenir, sinon à éviter complètement. Par
-ce tableau sommaire, complet pourtant, de la situation que nous avons
-envisagée, en face, nous avons appelé l'attention de tous sur une
-double question, digne de méditation et de remède. Ce n'est ni au
-loin, ni au dehors que nous devons songer, mais d'abord au mal le plus
-pressé, le plus voisin:...
-
- Jàm proximus ardet
- Ucalegon.....
-
-Nous avons vanté notre législation Française, si complète dans tous ses
-Codes, auxquels il n'est pas permis de toucher partiellement et que
-l'on regarde comme insuffisante, parce qu'elle est irrégulièrement ou
-mollement appliquée.
-
-De notre organisation judiciaire, enviée de tous les peuples, à cause
-de l'intégrité, de l'économie, de la rapidité de sa justice[244], nous
-n'avons pas à parler ici, ce n'est ni le temps, ni le lieu[245].
-
-Les seules critiques dirigées contre la magistrature, viennent de
-ce qu'elle a été, sur la demande même de ceux qui s'en plaignent
-maintenant, en en ayant été les victimes, chargée de juger les délits
-de presse, précédemment déférés au jury (1848)[246].
-
-
-
-
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES
-
-I
-
-LA TRAITE DES BLANCHES
-
-Tous les petits ménages ont eu plus ou moins affaire aux bureaux de
-placement, pour avoir des servantes, des nourrices ou des bonnes.
-
-Malgré quelques procédés, plus ou moins ingénieux d'exploitation, il
-n'y a pas trop à se plaindre, et c'est encore aux bureaux qu'il est
-préférable de recourir, parce que les parties contractantes prennent,
-l'une et l'autre, des engagements qu'elles peuvent rompre en se
-conformant aux usages, sans avoir à compter avec un intermédiaire
-gracieux. Cet embarras se présente trop souvent, quand on prend un
-serviteur sur la recommandation d'un ami ou d'une amie qui, le plus
-souvent, s'est débarrassé.[247]
-
-Je n'ai pas d'ailleurs, à traiter la question des serviteurs et des
-domestiques, question insoluble. La Fontaine ayant dit, il y a deux
-siècles, et n'ayant jamais été démenti:
-
- Notre ennemi, c'est notre maître.
-
-Les bureaux de placement sont donc des établissements utiles; la
-plupart se bornent à être les intermédiaires entre l'offre et la
-demande de service.
-
-Mais on vient d'apprendre une odieuse combinaison internationale qui
-doit être signalée, espérant que le gouvernement prendra des mesures
-pour en empêcher le retour.
-
-Il y a quelque temps, le directeur d'un important bureau de Paris
-offrit à plusieurs jeunes filles, sans place, de très belles situations
-à Londres.
-
-—Mais nous ne savons pas parler anglais.
-
-—C'est bien pour cela que je vous offre ces places; c'est une condition
-expresse.
-
-Les jeunes filles, l'une d'elles renonça même à une bonne place,
-donnèrent chacune dix francs au bureau, réalisèrent toutes leurs
-économies et partirent pour Londres, à leurs frais, bien entendu.
-
-On doit noter que ces jeunes filles sont de figure très agréable.
-
-Arrivées à Londres, elles se firent conduire aux adresses indiquées.
-
-Amère déception! c'était un bureau de placement qui n'avait pas de
-places pour elles, et une maison meublée. Et quelle maison! située
-au-dessus d'un bar (café-restaurant) de dixième ordre.
-
-Ne connaissant ni Londres ni la langue Anglaise, elles durent subir les
-conditions de la maison et payer 3 shellings (3 fr. 75) par jour, pour
-être nourries et logées.
-
-Malheureuses filles! Leurs petites ressources s'épuisaient vite et
-elles entrevoyaient avec terreur le moment où elles tomberaient
-fatalement dans l'abîme infâme vers lequel les deux bureaux de
-placement coalisés les poussaient.
-
-Elles avaient été devancées par d'autres pauvres filles Françaises...
-
-Heureusement, un Français de passage à Londres se trouva sur le chemin
-de ces jeunes filles; il apprit leur histoire; il intervint auprès
-du comité de secours des Français établis à Londres; il obtint leur
-rapatriement.
-
-Son œuvre n'est pas finie; il s'occupe en ce moment de trouver des
-places pour ces jeunes filles; ce n'est pas tout; il faut que la
-justice soit appelée à se prononcer.
-
-Grâce à leur protecteur, les jeunes filles rapatriées ont obtenu
-l'assistance judiciaire; elles poursuivent le directeur du bureau de
-placement.
-
-Qu'elles obtiennent des dommages-intérêts; cela ne fait pas doute; ce
-n'est pas assez; il faut que ce trafic international, qui ressemble si
-fort à la traite des blanches, ne puisse pas se renouveler.
-
-A la suite d'un scandale semblable, qui fut découvert de Suisse en
-Autriche et réciproquement, un bureau officiel de renseignements a été
-créé dans les deux pays.
-
-Toute personne à qui une place est offerte demande à ce bureau si la
-place existe réellement.
-
-Pourquoi ne créerait-on pas au Ministère des affaires étrangères un
-bureau semblable qui, par les ambassades et les consulats, serait à
-même de renseigner exactement les pauvres gens qui en seraient réduits
-à s'expatrier.
-
-Pour les femmes surtout c'est une cruelle extrémité; et celles qui
-veulent rester honnêtes doivent avoir des garanties, quand on les
-attire hors de leur pays natal.
-
-
-II
-
-PRÉSERVATION
-
-L'opinion des médecins, d'accord avec celle des moralistes et des
-familles, serait qu'il faudrait, en cette matière, user en France[248]
-d'une réglementation sévère, réclamée par le Congrès médical (1867),
-opérer de fréquentes visites, dans les maisons clandestines, ordonner
-l'inscription d'office des insoumises, prescrire, dans les maisons
-tolérées, l'usage des lotions chlorurées et phéniquées, prophylactiques
-utiles.
-
-Sans doute, il peut y avoir quelques erreurs possibles; mais il faut
-songer qu'à Paris les arrestations d'insoumises s'élevent, par an, de
-7,000 à 7,500.
-
-
-III
-
-ABAISSEMENT DU NIVEAU DES ÉTUDES
-
-Le journal de l'_Instruction Publique_ donne la statistique sommaire,
-dressée par les soins du Ministre de l'instruction publique, des
-examens du baccalauréat ès lettres et du baccalauréat ès sciences
-pendant la session de juillet-août 1880. 6,692 jeunes gens se sont
-présentés devant les Facultés des Lettres, pour la première partie du
-baccalauréat ès lettres (examen de rhétorique); 3,423 ont été éliminés
-après l'épreuve écrite, 426 ont été ajournés après l'épreuve orale et
-2,843 ont été admis, ce qui constitue une proportion de 42%[249].
-
-Pour la deuxième partie (examen de philosophie) 4,711 candidats se sont
-présentés; 2,052 ont été exclus après les épreuves écrites, et 529
-après les épreuves orales; 2,310 jeunes gens ont été définitivement
-admis au grade, ce qui constitue une proportion de 45%.
-
-3,624 jeunes gens ont subi les épreuves du baccalauréat ès sciences
-complet; 2,013 ont été éliminés après les épreuves écrites; 260 après
-les épreuves orales, et 1,317 ont été jugés dignes du grade, ce qui
-donne une faible proportion de 33%[250].
-
-
-IV
-
-LES FACTIONNAIRES SUPPRIMÉS ET LES POSTES DU GUET
-
-On a lu dans les journaux d'août 1880:
-
-Conformément aux ordres du général Farre, tous les postes, _reconnus
-inutiles_, ont été supprimés à Paris. A huit heures, les officiers ont
-été informés qu'ils devaient rentrer à la caserne avec leurs hommes,
-sans attendre d'être relevés par la garde montante.
-
-A dix heures, toutes les sentinelles étaient retirées et les postes
-évacués[251]. Il ne reste plus actuellement à Paris, en dehors des
-piquets de service aux portes des casernes, que deux ou trois points,
-occupés militairement par la seule garde républicaine, entre autres le
-poste de Saint-Eustache, à part les gardes d'honneur de l'Élysée, du
-Sénat, de la Chambre et de l'état-major général.
-
-Après l'enlèvement inattendu et inexpliqué des tambours aux tambours
-et des cuirasses aux vaillants cuirassiers, il ne restait plus qu'à
-supprimer les postes, destinés à protéger les monuments publics et les
-domiciles privés; à quoi servent les garnisons, si considérables, en
-temps de paix?
-
-A Paris, les postes du guet étaient autrefois placés[252]:
-
- Place des Carreaux;
- Au guichet des diverses prisons;
- Dans la cour du Palais;
- Au Carrefour du Pont Saint-Michel;
- Sur le Quai des Augustins;
- Au Carrefour Saint-Cosme;
- A Saint-Ives;
- A Saint-Honoré;
- A la Croix des Carmes;
- Au Carrefour Saint-Séverin;
- Près l'Église de la Magdeleine;
- Aux Planches-Mibray;
- A la Croix de Grue;
- A l'Hôtel de Sens;
- A la Porte Bauldier;
- Au Coin Saint-Pol;
- A la Traverse Quadier;
- A l'Échelle du Temple;
- A Saint-Nicolas des Champs;
- A Saint-Jacques de l'Hospital;
- A la Fontaine Saint-Innocent;
- A la pointe Saint-Eustache;
- A l'École Saint-Germain;
- A la Place aux Chats.
-
-Aujourd'hui, le crime redouble, _Parisiens, dormez!_
-
-
-V
-
-LA PRÉFECTURE DE POLICE
-
-On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de cette grande
-administration[253] dont l'origine se confond presque avec celle
-de la Ville de Paris. D'après nos historiens, d'après les récents
-travaux sur le _Châtelet de Paris_, le Prévôt était, pour ses actives
-attributions, sous le contrôle du Parlement, le prédécesseur direct et
-comme l'ancêtre immédiat de nos Préfets de police, qui remontent au
-commencement de ce siècle.
-
-En janvier 1796, fut créé un ministère de la Police, pour assurer la
-tranquillité intérieure de la République.
-
-Le 17 février 1800, Bonaparte nommait un préfet de police, chargé de
-veiller à la sécurité des douze arrondissements de Paris.
-
-Depuis cette époque jusqu'à nos jours, on compte trente-neuf préfets
-ou ministres de la police; leur administration, avec des règles ou
-des tendances diverses, a traversé tous les régimes, regardée par les
-honnêtes gens, comme un palladium nécessaire, comme une protection,
-dont Girod (de l'Ain) en 1830, comme Caussidière en 1848, réclamèrent
-le maintien.
-
-Consulté en 1870, par le gouvernement, M. Ducoux répondait à la
-proposition, alors faite par M. de Kératry, le 19 septembre: «Ce serait
-une faute énorme, à toutes les époques; mais aujourd'hui, un acte
-criminel ou insensé, dont aurait à souffrir la mémoire de tous ceux qui
-y auraient participé.» M. Macé, dont on connaît l'expérience, conclut
-dans le même sens. Malgré de vives attaques, toujours impuissantes,
-bien que renouvelées, la Préfecture de police a été maintenue, elle
-fonctionne, dans les limites tracées par les lois, qui assurent l'ordre
-et la sécurité dans notre capitale, si souvent inquiétée et troublée
-par de grands crimes.
-
-La police municipale comprend une légion d'agents, recrutés parmi
-les anciens soldats, la plupart décorés de la Légion d'honneur, de
-la médaille militaire ou des médailles de Crimée, du Mexique, de
-Chine ou d'Italie, répartis, jour et nuit, en uniforme, dans les
-vingt arrondissements. Il convient d'y ajouter la brigade centrale,
-l'important et trop peu nombreux service de la sûreté, la surveillance
-des garnis, des mœurs, des voitures et de la politique, en ce pays, si
-mobile et ondoyante.
-
-
- VI
-
- LES MARCHANDES DE FLEURS ET LE VAGABONDAGE
-
- Paris, le 1^{er} septembre.
-
-M. le Préfet de police vient d'adresser aux commissaires de police de
-la ville de Paris la circulaire suivante:
-
-
- MESSIEURS,
-
-J'appelle votre attention sur les filles de mauvaises mœurs, qui
-offrent en vente des fleurs aux passants.
-
-Ces offres sont faites, le plus souvent, par de très jeunes filles,
-même par des enfants et n'ont d'autre but que de dissimuler des
-provocations honteuses[254].
-
-Je vous rappelle, messieurs, que le fait d'offrir sur la voie publique
-des marchandises aux passants constitue une contravention aux
-dispositions, trop oubliées de l'article 1^{er} de l'ordonnance de
-police du 28 décembre 1859, lequel est ainsi conçu:
-
-«Il est défendu de circuler sur la voie publique, en quête d'acheteurs,
-avec des marchandises ou denrées de quelque nature que ce soit,
-exposées en vente sur des appareils quelconques ou par tout autre moyen.
-
-«Sont réputés quêtes d'acheteurs, le stationnement sur la voie
-publique, quelque courte qu'en soit la durée, l'offre de vente et la
-vente.»
-
-Je charge M. le chef de la police municipale de donner des
-instructions aux agents placés sous ses ordres pour qu'ils conduisent
-les contrevenants dans vos bureaux où vous statuerez à leur égard,
-conformément à l'ordonnance précitée.
-
-Mais vous ne vous bornerez pas à constater la contravention de simple
-police, Vous chercherez si elle n'a pas été accompagnée de faits
-constituant l'outrage public à la pudeur, vous examinerez aussi la
-situation du contrevenant au point de vue du domicile et des moyens
-d'existence, afin de relever, s'il y a lieu, le délit de vagabondage
-et de me mettre à même d'ordonner les mesures administratives qui y
-sont applicables.
-
-Enfin, quand vous serez en présence de filles mineures, vous
-rechercherez, avec le plus grand soin, si elles sont exploitées et
-poussées à leur honteux métier, soit par leurs parents, soit par des
-souteneurs, et vous m'adresserez, avec vos procès-verbaux, tous les
-renseignements de nature à me permettre de déférer ces derniers à la
-justice, pour excitation de mineures à la débauche.
-
- _Le Préfet de police_: ANDRIEUX.
-
-
-Si les prescriptions de cette circulaire permettent d'atteindre et de
-faire condamner un certain nombre de vagabonds, elles présentent deux
-inconvénients sérieux. Le premier est d'englober, dans une répression
-arbitraire, toute une catégorie très intéressante de petits vendeurs
-ambulants, à qui leur commerce permet précisément d'échapper au
-vagabondage. Le second est de distraire le service de la sûreté et de
-la police municipale de l'importante et si nécessaire surveillance des
-malfaiteurs.
-
-La circulaire permettra d'arrêter beaucoup d'enfants, qui essaient
-de faire quelque chose, mais nous ne voyons pas quelles mesures elle
-édicte contre ceux qui sont bien résolus à ne jamais travailler et à
-ne vivre que de la prostitution. La police des mœurs doit cependant
-connaître ces individus. Si elle les connaît, qu'en fait-elle? Nous ne
-supposons pas qu'elle les utilise. Et, si elle ne les connaît pas,
-qu'elle les recherche activement, ils sont une menace et un danger
-permanent.
-
-
-VII
-
-PREMIER TROTTOIR
-
-Il est intéressant de reproduire, pour servir à l'histoire de la
-prostitution, le journal dont suit le spécimen:
-
-_Le Procureur_ (Journal des Alphonses). Paris (1880).
-
-Bien que la mère doive en défendre aussi soigneusement que possible la
-lecture à sa fille, _le Procureur_ est un journal essentiellement moral.
-
-Faire cesser le scandale quotidien que, chaque nuit, et même déjà
-chaque après-midi, présentent les cafés, promenades, jardins, avenues,
-boulevards et rues de Paris, encombrées de créatures, folles de leur
-corps, venant s'offrir aux hommes, sans même souvent s'inquiéter de
-regarder s'ils sont accompagnés de leur femme ou de leur fille, tel
-est le but louable que nous nous proposons, et pour lequel nous avons
-la délicatesse de ne pas demander une subvention que, certes, le
-gouvernement serait fort empêché de trouver des motifs plausibles de
-nous refuser.
-
-Nous en convenons, pour certains rapprochements, nos colonnes ne
-pourront jamais suppléer à celles Rambuteau. Mais néanmoins, elles
-peuvent rendre de grands, d'immenses services, en enregistrant,
-moyennant une très légère rétribution, les demandes et les offres de
-nos clients et clientes, et en leur donnant les uns sur les autres tous
-les renseignements que notre délicatesse et notre tact, si hautement
-appréciés dans le monde, nous permettront de divulguer.
-
-Quelques journaux ont déjà entrepris de remplir cette belle tâche. Mais
-ils veulent la mener de front avec d'autres, ce qui ne leur permet
-pas de parvenir à réaliser les conditions d'économie, précision,
-célérité et les commodités de toute sorte auxquelles nous atteindrons,
-consacrant à ce but utile et humanitaire tout notre temps et tous nos
-efforts.....
-
-
-VIII
-
-LES DUELS
-
-Les duels fleurissent dans les années, qui suivent les guerres. On
-se bat pour un rien, pour le plaisir. L'épidémie de duels qui s'est
-abattue sur Paris, il y a quelque temps, a éveillé l'attention de M. le
-Préfet de police. Un travail très important vient d'être entrepris à
-cet sujet, sur son ordre.
-
-Une statistique détaillée des rencontres, qui ont eu lieu depuis le
-1^{er} janvier dernier, et dont les parquets n'ont pas été saisis, a
-été commencée ces jours-ci (1880).
-
-On est arrivé au chiffre respectable de quatre duels par semaine, soit
-cent quarante à peu près, depuis le commencement de l'année; beaucoup
-de bruit, peu de sang et à la frontière[255].
-
-L'écrivain Fiévée disait:
-
-—Quand je parle de quelqu'un, je le fais toujours comme si je lui
-parlais.
-
-Et le général Mollière posait cet axiome militaire:
-
-—On ne doit jamais toucher un homme qu'avec du fer ou avec du plomb!
-
-
-IX
-
-LES DRAMES DU VITRIOL
-
-Les journaux de Toulouse rapportent que mercredi soir, vers huit heures
-et demie, la demoiselle Hortense Fabre s'introduisait dans le café
-Josse, rue du Canard, nº 11, où se trouvaient plusieurs consommateurs,
-sur lesquels elle a lancé un liquide corrosif que l'on croit être
-du vitriol. Les sieurs Gélis, Mothes, menuisiers, et Jean-Joseph,
-voiturier, ont été assez grièvement atteints. Hortense Fabre prétend
-avoir eu avec ledit voiturier des relations intimes, dont la naissance
-d'un enfant aurait été le résultat, l'éternelle histoire que tout le
-monde sait: abandon de l'amant, désespoir de la jeune fille, et puis
-enfin dénouement ordinaire: vengeance au vitriol. Hortense Fabre a été
-mise à la disposition du procureur de la République[256].
-
-
-X
-
-LES MORTS SUBITES ET MYSTÉRIEUSES
-
-Vidocq, dans ses _Mémoires_, raconte qu'il eut, un jour, à enlever le
-cadavre d'un homme, tombé mort chez une femme mariée, qu'il importait
-de ne pas compromettre.
-
-Léon Gozlan et Sardou ont, avec art, exploité cette curieuse et sombre
-donnée, dans une nouvelle et au théâtre.
-
-Citons ici miss (Annah) Neison, 22 ans, artiste dramatique, venue le 20
-août 1880 de Londres pour contracter, à Paris, un engagement théâtral.
-Descendue à _l'hôtel Continental_, elle sort, pour se promener, en
-voiture, au bois de Boulogne, y boit, vers trois heures, une tasse
-de lait. Prise de douleurs abdominales, vainement combattues par les
-médecins de Neuilly appelés, la mort survient dans la nuit du samedi
-au dimanche (22 août 1880), le commissaire de police appelé envoie
-le cadavre à la Morgue, où l'autopsie, pratiquée par les docteurs
-Brouardel et Descouts démontre que la cause réelle de la mort était une
-hémorragie, survenue à la suite d'une grossesse extra-utérine, de trois
-mois au plus.
-
-Toute présomption de crime ayant été effacée, on mit en liberté des
-Anglais, qui avaient assisté miss Neison, et n'avaient pu expliquer
-la cause d'une mort, accompagnée de circonstances étranges et d'abord
-suspectes[257].
-
-
-XI
-
-L'ENFANCE COUPABLE ET LES ENFANTS ABANDONNÉS A PARIS (1880)
-
-
-La _Société générale de protection pour l'enfance abandonnée ou
-coupable_, dont le promoteur est M. Georges Bonjean, a tenu, 47, rue
-de Lille, sa première séance depuis l'autorisation ministérielle. On
-a constitué un Comité de direction composé de dix membres du Conseil,
-pouvant se réunir très fréquemment. Ce Comité sera chargé d'élaborer
-immédiatement le règlement intérieur de la Société. M. Bonjean a fait
-part au Conseil des diverses offres qui lui sont parvenues, soit
-pour la fondation de colonies particulières dans des établissements
-agricoles, soit pour l'acceptation des pupilles de la Société, sous sa
-surveillance et dans des conditions exceptionnellement favorables. Il a
-été décidé que pour assurer une surveillance efficace et intelligente
-des enfants recueillis, assistés ou patronnés, la Société s'occuperait
-de former, tout de suite, un personnel de surveillants. Le Conseil a
-reconnu à l'unanimité que les efforts devaient tendre à fonder dans un
-très bref délai une _maison sociale_, qui fût comme le type de celles
-qu'on veut créer. A l'unanimité également, il a été décidé que, pour
-faire une expérience éclatante du principe de l'œuvre, les enfants
-simplement abandonnés et les enfants déjà coupables, c'est-à-dire pour
-être plus exact déjà détenus y seraient recueillis indistinctement
-et sur un pied d'égalité parfaite. Une seule réserve a été faite et
-accueillie par tout le monde: il va sans dire que le Conseil entend
-_choisir_ entre les jeunes détenus et ne point s'exposer à placer,
-auprès de malheureux, qui n'ont point failli, des enfants déjà
-pervertis.
-
-Le 28 juin 1793, la Convention rendait un décret ainsi conçu: «La
-nation se charge de l'éducation physique et morale des enfants
-abandonnés.» Mais elle n'avait en vue que les orphelins ou du moins
-ceux dont les pères et mères étaient inconnus. Il en fut de même du
-décret du 19 janvier 1811 qui institua les tours, et de la Constitution
-de 1848 qui inscrivit, dans ses principes essentiels, le droit à
-l'assistance des enfants abandonnés. Rien n'a été fait pour les enfants
-moralement abandonnés, c'est-à-dire ceux que leurs parents, retenus par
-un labeur quotidien, dans les usines ou dans les ateliers, laissent
-livrés à eux-mêmes, sans ressources, sans surveillance, sans éducation,
-et qui grandissent dans la misère et dans l'oisiveté, mères de tous les
-vices; rien n'a été fait pour les enfants que leurs parents repoussent,
-et rejettent, à tous les hasards, à tous les dangers d'une vie de
-vagabondage sur les voies publiques. Ceux-là, les agents de police les
-arrêtent quand ils les trouvent par les rues, les conduisent au Dépôt,
-puis on les livre à la justice, qui n'a d'autre alternative que de les
-faire enfermer, dans des maisons de correction ou de les rendre à leurs
-parents, c'est-à-dire de les remettre, dans le milieu funeste où, par
-l'insouciance et la mauvaise conduite de ceux à qui ils doivent le
-jour, ils ont contracté de funestes habitudes et où ils s'enracinent,
-de plus en plus, dans le mal. Veut-on savoir à quel chiffre s'élève
-annuellement, à Paris, le nombre d'enfants arrêtés dans ces conditions?
-En 1878 il y en a eu 2,056; en 1879, on en comptait 1,672; la moyenne
-dépasse 1,500. Si nous y joignons les abandonnés de la France entière,
-c'est au moins 4 ou 6,000 qui, chaque année, sont traduits devant les
-tribunaux[258] correctionnels et vont grossir la population des maisons
-de correction[259].
-
-
-XII
-
-LE TRAVAIL DES FEMMES
-
-Dans la grande question de l'organisation du travail, des relations
-entre le capital et le travail, le point le plus délicat est celui qui
-concerne les femmes.
-
-Moins bien payées que les hommes, ayant plus à lutter contre la
-concurrence des établissements pénitentiaires ou des communautés
-religieuses, isolées pour la plupart, les femmes se trouvent, sous le
-rapport social, dans une situation d'infériorité que les économistes
-ont vainement cherché jusqu'à présent à faire disparaître.
-
-Mais si, d'une manière générale, la femme ouvrière est insuffisamment
-payée, si elle ne jouit pas des avantages que trouvent les hommes dans
-les associations mutuelles que possèdent tous ou presque tous les
-corps d'états, il est quelques maisons exemplaires ou les ouvrières
-sont traitées comme de véritables coopératrices et considérées mieux
-et plus que comme des «abatteuses d'ouvrage.» A la séance publique
-annuelle de la Société d'encouragement au bien, une des nombreuses
-récompenses était ainsi motivée: M. Jolifié (Édouard-Hippolyte),
-cinquante ans, fabricant de broderies, et madame Jolifié, née Louis
-(Lucile-Augustine), quarante ans, à Paris, se dévouent, depuis vingt
-ans, au soulagement des ouvriers. M. Jolifié commença à apporter des
-améliorations dans son industrie en 1866, en installant, à grands
-frais, une machine à vapeur qui, au point de vue du soulagement de ses
-employés, obtint un résultat inespéré.
-
-Le confortable et l'hygiène ont toujours été leur constante occupation,
-s'attacher les ouvriers au prix des plus grands sacrifices, leur
-faciliter le travail, leur donner l'exemple de la conduite et du devoir
-accompli, telle fut toujours la base de l'organisation de cette maison.
-
-Les apprenties qu'ils occupent résident chez leurs parents et l'on
-exige d'elles une conduite, une tenue irréprochables.
-
-Elles reçoivent pendant les quatre premiers mois de 15 à 30 francs.
-Devenues ouvrières, elles gagnent 3 francs par jour au minimum.
-
-Des fourneaux sont à la disposition des ouvriers pour cuire ou chauffer
-leurs aliments, ce qui est pour eux une grande économie. La devise de
-la maison est: _Ordre et travail_.
-
-Par ces moyens, M. et madame Jolifié se voient entourés d'ouvriers
-laborieux et dévoués, qui apprécient ce qu'on fait pour eux et
-acquièrent, par leur assiduité et leur économie, l'assurance d'un
-avenir exempt de gêne.
-
-En contribuant à la fortune du patron, ils s'enrichissent eux-mêmes.
-
-Une médaille d'honneur collective est accordée à M. et madame Jolifié,
-qui ont voulu associer leurs ouvrières à cette distinction honorifique.
-Le 5 juillet 1880, c'était fête dans leur établissement, rue des
-Fontaines-du-Temple. Le vaste atelier avait été transformé en salle de
-concert, orné de guirlandes, de feuillage et de fleurs, décoré avec les
-plus belles pièces de broderies, dont quelques-unes sont de véritables
-œuvres d'art.
-
-M. Honoré Arnoul, secrétaire général de la Société d'encouragement au
-bien, présidait la réunion composée de deux cents personnes, y compris
-les cent ouvrières de la fabrique. C'était une fête de famille où
-M. Honoré Arnoul a prononcé un discours, dont un passage résume un
-plaidoyer en faveur des femmes:
-
-«Quand le salaire des femmes sera ce qu'il doit être, quand cette
-aiguille, si peu prisée, pourra, dans la laine et la soie, gagner, avec
-certitude, ce qui est juste et équitable, on verra moins de fautes
-contre les mœurs. L'argent des riches désœuvrés et libertins perdra de
-sa puissance corruptive, et la fille encore pure marchera d'un pas plus
-hardi et plus ferme sur les bords de l'abîme fascinateur.»
-
-
-XIII
-
-EXÉCUTION D'UN PARRICIDE
-
-Le parricide Jules Isaac Huart, condamné à mort par la cour d'assises
-de la Charente, a été exécuté. Le 27 février 1880, à Cognac, Huart
-avait lâchement et de la manière la plus féroce assassiné sa bonne
-vieille mère. Au moment même où il se disposait à la frapper, il
-l'assurait qu'il n'était venu chez elle que pour l'embrasser. Quand
-le directeur de la prison est entré dans la cellule du condamné, pour
-lui apprendre que l'heure était venue, Huart n'a manifesté aucune
-émotion. Après une demi-minute d'immobilité, il s'est mis sur son
-séant et s'est disposé à s'habiller. Ceux qui assistaient à son lever
-étaient plus émus que lui. Resté seul avec M. l'abbé Renaud, vicaire
-de Saint-Martial, il a causé un quart d'heure avec le digne prêtre;
-puis un gardien est venu lui offrir des biscuits et un peu d'eau-de-vie
-qu'il a pris. Un instant après, il a demandé une cigarette. Sur
-l'invitation de M. l'abbé Renaud d'assister à la messe, Huart a répondu
-par un signe négatif. Au greffe, il prit encore deux verres de vin
-et mangea un biscuit. On lui donne lecture des divers arrêts qui le
-concernent. Il n'écoute pas, et quand on a fini, il demande un nouveau
-verre de vin et des biscuits. Le parricide a été conduit à l'échafaud,
-en chemise, la tête couverte d'un voile noir et les pieds nus. Il
-avait environ vingt mètres à parcourir. Huart les a parcourus, sans
-défaillance, un bras appuyé sur celui de l'abbé Renaud, l'autre sur
-celui de l'exécuteur. Huart est très pâle, mais il continue à faire
-bonne contenance. Les apprêts sont faits en un clin d'œil, la bascule
-tombe, le couperet s'abat... et un long frémissement agite la foule qui
-se sépare lentement, vivement impressionnée par ce spectacle terrible.
-
-Le corps du supplicié a été conduit à l'hôpital où l'opération du
-pesage de la masse encéphalique a été aussitôt faite par MM. les
-docteurs Fournier et Nadaud, médecins de l'hôpital, assistés de M. le
-docteur Bonger.
-
-La face de Huart ne présentait aucune contraction; la section, faite
-par le couperet, était très nette.
-
-Le poids de cerveau et du cervelet atteint 1380 grammes se décomposant
-comme suit:
-
- Lobe droit du cerveau 600 grammes.
- Lobe gauche 600 grammes.
- Cervelle 180 grammes.
-
-La masse encéphalique de Huart est à 2 grammes près, semblable à celle
-de Menesclou, qui a donné un poids de 1,382 grammes.
-
-Aucun vice de conformation n'existait sur la boîte osseuse.
-
-
-XIV
-
-GRACE ACCORDÉE A UN EMPOISONNEUR
-
-Aujourd'hui, mercredi 5 septembre 1880, a eu lieu au Palais de Justice
-(salle des appels correctionnels), l'entérinement des lettres de
-grâce de Baude, l'empoisonneur de Saint-Denis, et d'Oblin, l'assassin
-de Courbevoie, dont la peine de mort vient d'être commuée par M. le
-président de la République, en celle des travaux forcés à perpétuité.
-
-Baude avait, pour se venger de son patron, jeté de l'arsenic à pleines
-mains, dans le pain servi à une centaine de clients, dont heureusement
-aucun n'a jusqu'ici succombé.
-
-En montant sur le trône, nos rois de France prêtaient (la main étendue
-sur les Saints-Évangiles) serment de ne jamais faire grâce aux
-empoisonneurs.
-
-
-XV
-
-LA RÉORGANISATION DE LA MORGUE
-
-M. le préfet de la Seine, d'accord avec M. le procureur de la
-République et sur ses indications, avait saisi, il a quelque temps,
-le conseil général d'un projet de réorganisation de la Morgue, point
-central des recherches et des expertises judiciaires.
-
-Ce projet consiste à assurer:
-
-La conservation presqu'indéfinie des corps;
-
-La recherche des poisons de toute nature et notamment des poisons
-volatils;
-
-L'enseignement médico-légal, organisé sur le lieu même où se font les
-expertises judiciaires.
-
-M. le docteur Brouardel avait reçu la mission d'étudier, dans les
-principales villes de l'Europe, les laboratoires et les méthodes
-d'expertises médico-légales.
-
-Dans quelques jours, le conseil général, qui a adopté déjà les
-conclusions du remarquable rapport du savant professeur, s'occupera de
-la question pratique.
-
-Ce qui importe avant tout, écrit le médecin-légiste, c'est la
-conservation des corps. Il faut que l'on puisse les exposer assez
-longtemps, pour que leur identité soit reconnue. Mais ce n'est pas
-tout; alors même que l'on a atteint ce but, il peut être utile à
-la justice d'arrêter longtemps encore la décomposition. Quand un
-crime a été commis, les marques des violences sont souvent les
-seuls caractères, qui permettent de saisir les moyens employés pour
-l'accomplir. Actuellement la crainte de laisser envahir le cadavre
-par la putréfaction, oblige à pratiquer l'autopsie immédiatement. On
-pourrait, au contraire, si l'on possédait des moyens de conservation
-suffisants, reproduire avant l'autopsie, l'aspect des lésions
-extérieures par le dessin ou même par la peinture et graver ainsi
-définitivement des stigmates, dont la meilleure description ne donnera
-jamais qu'une idée vague. Les conclusions de l'autopsie peuvent
-d'ailleurs être discutées, soit par l'accusation, soit par la défense,
-et les exhumations répétées, que l'on fait actuellement sont le plus
-souvent rendues infructueuses par l'état de décomposition du cadavre.
-
-Mais les intérêts de la justice ne sont pas seuls compromis par la
-décomposition rapide des corps, il faut pouvoir établir «l'état civil»
-des huit cents personnes, qui sont apportées, chaque année, en moyenne,
-à la Morgue, à la suite de crimes, de suicides ou de simples accidents,
-et le temps borné de l'exposition actuelle le permet trop rarement.
-
-
-XVI
-
-L'AUTOPSIE DE MENESCLOU
-
-L'autopsie de Menesclou a été pratiquée sous la direction de MM. les
-docteurs Dassay et Sappey. Elle a démontré que l'assassin avait dû
-être doué d'une force peu commune et que son cerveau, dont le lobe
-droit était beaucoup plus gros que le gauche, ne pesait pas moins de
-1,382 grammes. Les docteurs ont encore pratiqué une autre opération,
-celle de la transfusion du sang d'un jeune chien, sous la peau de la
-face; mais soit qu'il se fût écoulé un temps trop long entre le moment
-de la décollation et celui où a pu être tentée l'expérience, soit
-aussi tout autre motif, le résultat n'a pas répondu à l'attente des
-expérimentateurs. Cependant on a remarqué une légère coloration de la
-peau, ainsi que quelques mouvements des lèvres.
-
-La même expérience, renouvelée sur le tronc, n'a produit aucun effet.
-Les restes de Menesclou ont été en outre l'objet de diverses recherches
-d'histologie qui seront ultérieurement mises au jour. Les poumons
-du supplicié étaient atteints de tubercules. Menesclou était donc
-phtisique à un degré assez avancé. La taille de Menesclou était de 1
-mètre 73. On avait attribué à Menesclou des habitudes contre nature;
-après vérification des organes examinés, il a été reconnu par M.
-Dassay, que cette accusation était mal fondée. La famille de Menesclou
-ignorait encore à midi que le condamné avait été guillotiné, le matin.
-
-
-XVII
-
-UN RÉGICIDE GLORIFIÉ
-
-Sur une curieuse gravure du temps, possédée par M. F. Febvre,
-sociétaire de la Comédie-Française, dans son hospitalière _Villa
-Fritz_, à Champs, on lit: _L'histoire au vray de la Victoire, obtenue
-par Frère Jacques Clément, Religieux de l'Ordre Saint-Dominique lequel
-tua, d'un cousteau, Henri de Valois les jours d'Aoust, au bourg
-St-Cloud, luy présentant une lettre, et le désespoir de d'Espernon, sur
-la mort du dit Henry de Valois, son maistre_.
-
-En un autre coin de la gravure sont inscrits ces vers:
-
- Un Jacobin, nommé Jacques Clément,
- Considérant le mal qu'Henri faisait en France
- Lui remit une lettre, et puis, très promptement
- Luy donna d'un coustel, à droiste, près de la panse[260].
-
-
-XVIII
-
-EXÉCUTION A NEW-YORK
-
-Le _Messager franco-américain_, qui se publie à New-York (août 1880),
-porte:
-
-Maintenant que Chastine Cox et Pietro Balbo ont payé leur dette à
-la justice humaine, il sera utile de savoir ce que fera cette même
-justice des meurtriers, exceptionnellement nombreux, en ce moment, qui
-attendent ses décisions aux Tombs. On en compte en ce moment dix dans
-cette prison, et sur ce nombre cinq ont assassiné leur femme. C'est
-d'abord Augustus Leighton, quarante-quatre ans, d'apparence distinguée
-et d'humeur joviale. Il avait épousé Mary Deane et s'était séparé
-volontairement ensuite de son épouse. Malgré cela, il était resté
-jaloux et comme Mary avait un amant, Leighton lui rendit visite, le 13
-juin dernier et l'entourant tendrement de ses bras, lui coupa la gorge.
-
-Vient ensuite Benjamin Davis, le véritable type du nègre et de la
-brute. Nellie Crawfort, sa femme, menait une existence interlope, dont
-le misérable profitait. Trouvant qu'elle ne lui donnait pas assez
-d'argent, il la saisit, la jeta à terre et la tua à coups de botte.
-
-La cellule 41 est occupée par Onnifrio Mangano, c'est encore un Italien
-et lui aussi a tué sa femme, dans un accès de jalousie.
-
-Deux autres assassins habitent la cellule 15, Charles Powers, qui a
-tué sa femme dans des circonstances atroces. Catherine Powers venait
-d'accoucher, lorsque son infâme mari rentra ivre, dans la misérable
-cave qu'elle occupait. Elle l'appela à son aide et le bandit lui
-répondit, par des coups de poing et de bâton. Le lendemain, la pauvre
-mère et son enfant mouraient à l'hôpital.
-
-Thomas Weldon rentre, le 21 juin; les voisins entendent Julia, sa
-femme, crier bientôt: «Tom, ne me tuez pas.» La brute était ivre et la
-tue à coups de tisonnier.
-
-Puis viennent ensuite Richard Caulfiel, qui a assassiné, le 29 juin,
-son camarade Balcock d'un coup de hache; Henri Riley, le charretier
-meurtrier d'un enfant, qui jouait sur sa voiture; Michael O'Neil,
-excellent père qui a pris la caisse dans laquelle son bébé dormait sur
-le toit de la maison et l'a précipitée dans la rue; Frederik Munzberg,
-qui a assassiné il y a quelques jours le malheureux peintre Xavier
-Lindhauer; enfin, George Apps, le meurtrier de John Collins.
-
-Comme on le voit, la peine de mort étant aujourd'hui érigée en principe
-absolu, dans l'État de New-York, il y a de l'ouvrage en réserve, pour
-le bourreau[261].
-
-
-XIX
-
-DÉPENSE D'UN MÉNAGE PARISIEN (1698) D'APRÈS MADAME DE MAINTENON
-
-
- Versailles, novembre 1698.
-
- _Lettre de madame de Maintenon à madame d'Aubigné[262]._
-
-Je vous promets un laquais fort grand; les petits ne sont bons à rien.
-S'il vous déplaît, chassez-le, si son successeur a le même malheur,
-chassez-le aussi jusqu'à ce que vous en aie trouvé un bon. J'en ai deux
-très inutiles, que je vous prêterai. Il vous faut un bon feu, de la
-gelée et peu de train. Quatre chevaux vous suffiront. Je vous écris
-tout ce qui me vient dans la tête—non pour vous gêner, mais pour vous
-instruire.—Vous croirez bien que je connais Paris mieux que vous.
-
-Dans ce même esprit, voici, ma chère sœur, un projet de dépense tel que
-je l'exécuterais, si j'étais hors de la cour[263].
-
-Vous êtes donc deux personnes, monsieur et madame;
-
- 3 femmes;
- 4 laquais;
- 2 cochers;
- 1 valet de chambre.
-
- Quinze livres de viande, à 5 sols la livre 3 livres 15 sols.
- Deux pièces de rôti 2 10
- Du pain 1 10
- Du vin 2 10
- Le bois 2 »
- Le fruit 1 10
- La bougie » 10
- La chandelle » 8
- —— ——
- 14 livres 13 sols.
-
-Je compte 4 sols de vin pour vos quatre laquais et vos deux cochers.
-C'est ce que madame de Montespan donne aux siens. Si vous avez de vin
-en cave, il ne vous coûterait pas trois sols. J'en mets 6 pour votre
-valet de chambre et 20 pour vous deux, qui n'en buvez pas pour trois.
-
-Je mets une livre de chandelle, par jour, quoiqu'il n'en faille qu'une
-demi-livre.
-
-Je mets 10 sols en bougie; il y en a six à la livre, qui coûte 1 livre
-10 sols et qui dure trois jours.
-
-Je mets deux livres pour le bois. Cependant, vous n'en brûlerez que
-trois mois de l'année; car il ne faut que deux feux.
-
-Je mets une livre 10 sols pour le fruit. Le sucre ne coûte que 11 sols
-la livre, et il n'en faut qu'un quarteron[264] pour une compote.
-
-Je mets deux pièces de rôti; on en épargne une, quand monsieur ou
-madame soupe ou dîne en ville. Mais aussi j'ai oublié une volaille
-bouillie pour le potage; nous entendons le ménage. Vous pouvez fort
-bien, sans passer 25 livres, avoir une entrée, tantôt de saucisses,
-tantôt de langue de mouton ou de fraise de veau, le gigot bourgeois, la
-pyramide éternelle et la compote, que vous aimez tant! Cela posé, et
-que j'apprends à la cour, ma chère enfant, votre dépense ne doit pas
-passer 100 livres par semaine, c'est 400 par mois. Posons 500, afin que
-les bagatelles, que j'oublie ne se plaignent point que je
- leur fais une injustice.
-
- 500 livres par mois, font pour votre dépense
- de bouche 6,000 livres.
- Pour vos habits 1,000
- Pour loyer de maison 1,000
- Pour gages et habits des gens 1,000
- Pour les habits, l'opéra et les magnificences
- de monsieur 3,000
-
-Tout cela n'est-il pas honnête? Et le reste de vos revenus ne peut-il
-suffire à certains extraordinaires, qu'on ne peut prévoir ou éluder,
-comme quelques grands repas, l'entretien de deux carrosses, l'acquit de
-quelques petites dettes?
-
-Cent pistoles (_mille livres_) suffiront pour vos habits. Vous avez une
-année d'avance, et je vous en donnerai.
-
-Bonsoir, en voilà assez pour un jour. Si de tout ce que je vous ai dit,
-un mot peut vous être utile, je n'aurai nul regret à ma peine. Et du
-moins, je vous aurai appris à ne pas dédaigner le ménage; en lisant ce
-projet, peut-être me trouverez-vous naïve. Essayez-en, et l'on vous
-trouvera magnifique.
-
-Adieu, mon enfant, aimez-moi comme je vous aime.
-
-
-XX
-
-ATTAQUES NOCTURNES AUX ÉTATS-UNIS
-
-On s'est plaint à diverses époques, à Paris, à Londres, des attaques
-nocturnes: voici ce qui se passe, dans les rues de New-York, en plein
-midi, en 1880, et doit nous consoler et nous fortifier, dans la
-résignation.
-
-Le mercredi 8 septembre, quelques instants après midi, le nommé James
-Mooney, mécanicien de son état, demeurant 125 Ouest 24^e rue, se
-rendait tranquillement chez lui, lorsque deux individus l'ont assailli
-à l'improviste, par derrière, et l'ont renversé sur le pavé. Mooney
-a tenté de leur résister, mais il n'a réussi qu'à se faire meurtrir
-la tête et le corps de coups de pied, après quoi l'un des bandits a
-retourné ses poches et a pris le peu d'argent qu'elles contenaient.
-Cela se passait au coin de la 6^e avenue et de la 24^e rue, sous les
-veux d'une cinquantaine de personnes. Quelques hommes résolus se sont
-élancés sur les deux audacieux coquins, mais ceux-ci ont aussitôt tiré
-un revolver et ont menacé de tuer quiconque s'approcherait d'eux. A
-la vue des revolvers le rassemblement s'est dispersé, en toute hâte,
-et les deux bandits se sont éloignés tranquillement, sans se presser,
-personne n'osant les molester.
-
-La police a fini pourtant par les arrêter.
-
-La loi de Lynch est toujours en honneur, en Amérique, et personne
-ne songe à en médire, quand on croit qu'elle ne fait que devancer
-l'application de la loi régulière; mais souvent elle est inspirée par
-d'autres sentiments que ceux de la justice, comme dans le cas suivant:
-
-Un nommé Thomas Mac Donald, âgé de vingt-huit ans, fermier, demeurant
-près de Commercial-Point, à quelques milles de Columbus (Ohio), a été
-enlevé de sa maison et pendu à un arbre d'un bosquet voisin, par des
-hommes restés inconnus. Mac Donald était venu du Kentucky, il y a
-quelques années et avait épousé la fille d'un riche cultivateur de la
-localité.
-
-Il s'était fait détester de ses voisins, par son caractère querelleur
-et vindicatif. Samedi dernier, il s'est pris de querelle avec l'un
-d'eux, nommé Thomas Beaver, et a été fort maltraité. Les villageois ont
-ensuite décidé de se débarrasser de lui, et pour cela ils n'ont rien
-trouvé de mieux que de le pendre.
-
-Quant aux exécutions régulières, il y en a toutes les semaines. Cette
-semaine, deux nègres, Williere Powell et Achille Thomas, âgés de
-dix-neuf et vingt-trois ans, ont été pendus devant la Court House
-de la paroisse Saint-James (Louisiane), en présence de trois mille
-spectateurs. Il avaient été condamnés comme meurtriers d'un nommé
-Théogène Gaudet. Tous deux ont parlé du haut de l'échafaud, un quart
-d'heure environ. Ils ont reconnu leur culpabilité et exprimé l'espoir
-de recevoir le pardon de Dieu. La mort produite par strangulation pour
-chacun d'eux, n'est survenue qu'après vingt-six minutes de pendaison.
-
-Décidément, nous n'avons pas tant à envier à la libre Amérique, en
-France, on ne tue plus que les honnêtes gens, livrés au bon plaisir des
-malfaiteurs.
-
-
-XXI
-
-MEURTRE D'UN DENTISTE
-
-(Francisco, 1^{er} juillet 1880).
-
-A Oakland, le docteur Alfred Lefèvre[265], dentiste établi en cette
-ville, a été blessé mortellement de deux coups de revolver, par un des
-principaux employés de la _London and San Francisco Bank_, M. Édouard
-Schrœder, lequel était venu à Oakland pour accomplir son funeste
-projet. La victime n'a survécu que peu d'instants à sa blessure; la
-balle lui ayant perforé les intestins.
-
-Le docteur Alfred Lefèvre était l'un des plus populaires et des plus
-habiles dentistes d'Oakland, où il résidait depuis dix-sept ans et où
-il avait toujours joui d'une excellente réputation, aussi bien comme
-homme privé que comme praticien émérite. Il était âgé de quarante-sept
-ans et natif de France. Il laisse une veuve et quatre enfants, dont
-l'aîné n'a pas encore onze ans et le plus jeune quatorze mois.
-
-Edward F. Schrœder, l'assassin du docteur Lefèvre, est un jeune homme
-de trente-deux ans, occupant une fort jolie position à la Banque de
-Londres, à San Francisco. Il a toujours mené une conduite exemplaire
-et s'est acquis l'estime générale. Sa jeune femme, âgée d'environ
-vingt-cinq ans, est la fille du Rév. docteur Stebbins, de San
-Francisco. Il l'avait épousée clandestinement et à l'insu de son père,
-qui s'en était montré scandalisé. Mais depuis lors, l'accord s'était
-fait dans la famille qui vivait en bonne intelligence.
-
-Quant aux causes réelles qui ont motivé la tragédie, elles ne sont pas
-encore bien établies, et il règne à ce sujet quelques doutes, que n'a
-pas éclaircis l'enquête. Il est néanmoins certain que madame Schrœder,
-qui habitait Oakland, avait souvent rendu visite au docteur Lefèvre,
-dans le but de se faire nettoyer ou arracher des dents.
-
-Elle rapporte que, lors de sa dernière visite, c'est-à-dire samedi
-dernier, elle aurait été soumise par le dentiste à l'influence du
-chloroforme, et qu'en cet état le docteur Lefèvre l'aurait outragée.
-Lundi, dans l'après-midi, elle était allée au-devant de son mari,
-arrivant de San Francisco, et l'avait informé de ce qui lui était
-arrivé. Le mari, voulant venger l'honneur de sa femme outragée, serait
-allé immédiatement trouver le docteur pour le tuer.
-
-D'après une autre version, celle de Mary Agnew, qui a depuis
-fort longtemps été employée, par le docteur Lefèvre, en qualité
-d'assistante, pendant les opérations, il paraît établi que jamais le
-docteur n'a administré le chloroforme à l'une de ses clientes, sans
-qu'une tierce personne fût présente; que d'ailleurs les portes étaient
-toujours grandes ouvertes, afin que tout le monde pût aller et venir,
-et que[266], par conséquent, il était littéralement impossible qu'il se
-passât rien d'illicite.
-
-Maintenant les docteurs experts appelés en témoignage ont émis
-l'opinion que l'emploi des agents anesthésiques sur des patients,
-pouvaient leur causer certaines hallucinations, qui leur faisaient
-croire à l'accomplissement de faits, qui n'existaient que dans leur
-imagination, et ils en concluent que l'accusation, formulée par
-madame Schrœder contre le docteur Lefèvre, pourrait bien être purement
-imaginaire.
-
-Quoi qu'il en soit, le jury du coroner, en rendant son verdict, a
-déclaré que le défunt Alfred Lefèvre, âgé de quarante-sept ans, et
-natif de France, était mort le 26 juillet, dans son office, au coin
-des rues Huitième et Broadway, à Oakland, par suite d'une hémorragie
-interne, causée par une blessure d'arme à feu dans la région de
-l'abdomen, et que cette blessure lui avait été infligée, par un nommé
-Edward F. Schrœder, coupable du crime de meurtre.
-
-Les débats qui auront lieu au cours du procès détermineront sans doute
-le cas qu'on doit faire de certaines versions contradictoires. En
-attendant, et comme pour ajouter encore au mystère, qui semble entourer
-cette tragique affaire, on rapporte que madame Schrœder a disparu du
-domicile de son père, où elle s'était réfugiée avec ses enfants, et
-l'on ajoute qu'elle aurait dit à la prison de ville en quittant son
-mari qui l'engageait à prendre soin des enfants: «Adieu! car vous ne me
-reverrez plus vivante!»
-
-
-XXII
-
-EXÉCUTION DANS LES PRISONS ET CORDES DE PENDUS
-
-On se rappelle que lors du ministère de M. Dufaure, un projet fut
-élaboré concernant la façon dont seraient réglées, à l'avenir, les
-exécutions capitales[267].
-
-Aux termes de ce projet, on voulait éviter de rendre publiques ces
-exécutions, tout en leur maintenant la publicité exigée par la loi.
-Nous croyons savoir que les Chambres auront à en délibérer, dans le
-cours de la présente session. Cette mesure est bien inutile; il importe
-de maintenir au supplice, sa publicité, son exemple et de mettre,
-autour de l'échafaud, un important cordon de troupes, comme pour les
-exécutions militaires. On ne croira pas, en France, à la réalité de
-l'exécution, qui n'aura pas eu lieu en public.
-
-Dans une pendaison de cinq Allemands (faisant partie d'une bande
-d'assassins), qui vient d'avoir lieu (août 1880) aux État-Unis, la
-foule se précipita de force dans l'une des cours de la prison, où le
-supplice venait d'avoir lieu, et là, elle piétina les corps, encore
-chauds, des condamnés, pour leur arracher et se partager les cordes des
-pendus, sur les corps desquels des industriels mirent des affiches,
-pour réclames.
-
-Le même fait s'est récemment produit à l'Opéra de Paris, où un
-machiniste s'était pendu, sous la scène. Quand le commissaire de police
-du IX^e arrondissement, M. Daudet, vint, pour constater le suicide, on
-ne put lui représenter un seul morceau de la corde, tous les _rats_
-l'avaient coupée et partagée, pour se porter bonheur, dans leur
-carrière si agitée.
-
-
-XXIII
-
-LE SUICIDE
-
-«Nous sortons de cette vie par trois portes: l'une immense, aux
-proportions colossales, par laquelle passe une foule de plus en
-plus compacte, c'est la porte des maladies; la seconde, de moindre
-grandeur, et qui semble se rétrécir graduellement, c'est la porte de la
-vieillesse; la troisième, sombre, d'apparence sinistre, toute maculée
-de sang, c'est la porte des morts violentes, accidents, meurtres, duels
-et _suicides_.»
-
-Ces lignes, extraites d'un livre curieux et rare, l'_Ordre divin_, par
-le révérend Sussmilch, ont été écrites en 1740, et, de nos jours, elles
-ont acquis un caractère frappant de vérité.
-
-En effet, si la mortalité par les maladies peut avoir quelque peu
-diminué, la mortalité, par les accidents et surtout par les suicides,
-s'augmente, dans des proportions extraordinaires. La rapidité
-d'accroissement du nombre des morts volontaires dans les divers États
-européens est aujourd'hui telle que les gouvernements se sont émus
-et ont prescrit des enquêtes, dont les résultats ne sont pas encore
-connus très complètement, quant aux causes déterminantes de la mort
-volontaire, mais ont été dénombrés, avec une grande exactitude, par
-pays et par époques.
-
-Un statisticien Italien, le professeur Morselli, a relevé les résultats
-déjà constatés, car il établit ces points principaux: 1º Que le suicide
-s'accroît, à peu d'exceptions près, dans tous les pays européens;
-2º Que la proportion d'accroissement du nombre des suicides est
-plus rapide que la proportion d'accroissement de la population. Il
-s'ensuivrait donc que le nombre des morts volontaires augmente, avec
-les progrès de la civilisation matérielle et avec l'affaiblissement des
-idées religieuses.
-
-En comparant les chiffres des suicides, obtenus pour les trente
-dernières années du siècle, on constate que le nombre moyen annuel des
-suicides est passé de 1845 à 1875:
-
-De 212 à 347 pour la Suède; de 138 à 129 pour la Norvège; de 306 à 448
-pour le Danemark; de 1,642 à 3,343 pour la Prusse; de 235 à 362 pour
-la Belgique; de 340 à 706 pour la Saxe royale; de 809 à 2,472 pour
-l'Autriche; de 2,951 à 5,256 pour la France[268].
-
-On ne connaît pas les chiffres de l'Angleterre et de l'Italie, pour
-la période de 1865 à 1875; mais de 1025 suicides annuels qu'elle
-comptait vers 1850, l'Angleterre est passée au chiffre de 1544, pour la
-période de 1871 à 1875. L'Italie comptait, pendant la période de 1860
-à 1865, une moyenne annuelle de 718 suicides; ce chiffre est passé à
-923 pour la période de 1871-1875. En Hollande, on n'a pas de chiffres
-antérieurs à la période de 1865-1877; ce pays comptait à cette époque
-94 suicides contre 146 dans la dernière série d'années. Notons enfin,
-pour qui voudrait comparer les nombres des suicides, en France et en
-Allemagne, que la proportion d'accroissement a été beaucoup plus forte,
-dans l'ensemble des contrées, groupées sous la qualification d'empire
-Allemand, que dans notre pays. Ce nombre, qui, en 1845, était de 2751,
-s'est élevé au chiffre de 5389 pendant la période dernière de 1871 à
-1875.
-
-Sauf dans les pays Scandinaves, où l'épidémie du suicide paraît s'être
-amoindrie, on constate que partout il y a progression et dans quelques
-pays les aggravations sont énormes. Ainsi, de 1845 à 1875, le fléau du
-suicide a doublé en Prusse, en Bavière, en Saxe, a triplé en Autriche
-et dans le duché de Bade; il a augmenté de 80 pour cent en France,
-d'environ 60 pour cent en Angleterre, en Danemark, en Belgique. Les
-contrées où la proportion d'accroissement est vraiment effrayante sont:
-le canton de Neuchâtel, où cette proportion a quadruplé; celui de
-Genève, où elle a triplé.
-
-Bien que les nombres cités plus haut soient le résultat de relèvements,
-faits avec soin sur des documents officiels, il n'en est pas moins vrai
-que l'exactitude des déclarations n'est pas la même pour tous les pays.
-
-Il existe, en effet, un très grand nombre de localités où le décès,
-par suicide, échappe aux constatations judiciaires, par suite à la
-statistique. Si une telle constatation est facile, dans les contrées
-de populations agglomérées, elle est plus difficile, dans les pays
-où les habitants se trouvent disséminés sur de grands espaces, où les
-familles peuvent plus aisément dissimuler les causes véritables du
-décès.
-
-Par conséquent, si nous connaissons, d'une manière précise, le chiffre
-des décès par suicide, dans les grands pays comme la France et
-l'Angleterre, il n'en est pas de même pour l'Allemagne, l'Autriche, la
-Russie, l'Italie, où nombre d'habitants n'ont que peu de relations avec
-les centres administratifs.
-
-A quelles causes faut-il attribuer cette maladie du suicide, un genre
-de folie, suivant beaucoup de médecins, qui doit avoir pour origine une
-lésion au cerveau?
-
-M. Morselli divise ces causes ou influences en quatre grandes
-divisions: la division des influences cosmiques ou naturelles;
-la division démographique, la division sociale et la division
-individuelle, cette dernière embrassant, comme subdivisions, le sexe,
-l'état civil, la profession, la condition sociale, le tempérament
-mental, etc.
-
-Les influences dites cosmiques, c'est-à-dire de climat, de saison, de
-jour et d'heure, ne donnent que des résultats négatifs. Toutefois, on a
-constaté une simultanéité entre l'accroissement du nombre des suicides
-et l'élévation de la température.
-
-Les influences ethnographiques et démographiques ne paraissent pas
-devoir nous arrêter, car on ne découvre pas aisément quels sont les
-rapports qui peuvent exister entre les mœurs et les usages du pays et
-la fréquence des suicides. Notons toutefois que l'influence de race
-paraît se manifester surtout pour les peuples Germains, puisque dans
-tous les États Allemands, qu'ils fassent partie de l'Empire Allemand
-ou de l'agglomération Autrichienne, le nombre des suicides qu'ils
-comptent, est constamment le plus élevé.
-
-Les influences sociales ne se font sentir bien clairement que pour
-le culte. On remarque que le suicide est plus fréquent chez les
-protestants que chez les catholiques et surtout les juifs. La densité
-de la population reste sans importance sur le chiffre des suicides,
-mais c'est un fait bien connu, que l'on se suicide beaucoup plus
-fréquemment et beaucoup plus facilement, dans les villes que dans les
-campagnes.
-
-Les influences individuelles, biopsychologiques sont celles que l'on
-a essayé le plus souvent de déterminer, d'une manière précise. Trois
-points seulement sont établis sans réplique, c'est que le nombre des
-femmes qui se tuent est de trois à quatre fois moins élevé que celui
-des hommes; que le suicide fait moins de victimes, parmi les personnes,
-engagées dans les liens du mariage, que parmi celles qui vivent
-isolées, principalement en ce qui concerne les hommes. On constate,
-en effet, que le nombre des morts volontaires est beaucoup plus élevé
-parmi les célibataires que chez les veufs, et plus élevé également chez
-les veufs que chez les hommes mariés.
-
-Enfin le suicide s'accroît avec l'âge jusqu'à la limite extrême de
-la vie, le nombre de personnes suicidées est plus grand parmi les
-vieillards que parmi les personnes, dans la jeunesse ou dans la force
-de l'âge.
-
-Quant aux motifs de suicides, il est difficile de les établir d'une
-manière bien précise, les statistiques officielles ne donnant, à cet
-égard, aucun renseignement sur lequel on puisse baser une opinion. La
-cause de cette lacune réside surtout dans ce fait que les familles, si
-elles déclarent le suicide d'un parent, n'indiquent pas toujours les
-causes de sa funeste résolution.
-
-Notons aussi que pour un grand nombre de suicides, quand l'individu
-se tue secrètement ou loin de sa demeure, la cause de sa mort
-reste absolument inconnue. On peut toutefois énumérer comme causes
-principales de suicide: la perte de la fortune, le désir d'échapper à
-une action judiciaire, celui de ne plus être à charge à une famille,
-les déceptions de cœur[269], la monomanie, les maladies incurables et
-douloureuses, etc.
-
-Un curieux enseignement ressort des documents statistiques que l'on
-possède en France: les motifs qui poussent la femme au suicide sont
-habituellement plus généreux, plus élevés, plus empreints de cette
-grande morale, qui rend bien des philosophes indulgents pour le suicide.
-
-Quant aux modes de suicide, ils varient peu, suivant les pays, partout
-les désespérés ont recours à la pendaison, au pistolet, à l'arme
-blanche, au poison, à l'asphyxie par immersion ou le charbon. Les
-femmes ont rarement recours aux armes blanches ou à feu, mais presque
-toujours se donnent la mort, par les deux derniers modes indiqués.
-
-La manie du suicide est-elle guérissable? A cette question manque la
-réponse, puisqu'aux philosophes qui réclament, pour la combattre, une
-instruction forte et étendue, une éducation morale bien suivie, on
-répond que le suicide est aussi commun dans les classes élevées de la
-société que parmi les classes inférieures. Seules, les personnes dont
-les convictions religieuses sont sincères, à quelque culte qu'elles
-appartiennent, ne présentent que des cas fort rares de suicides; quels
-que soient leurs chagrins, leurs déceptions et leurs souffrances, elles
-se conforment au précepte religieux, qui interdit à l'être humain de
-chercher à devancer l'heure finale de sa vie.
-
-
-XXIV
-
-CONSTAT DES SUICIDES EN AMÉRIQUE
-
-États-Unis (New-York, 9 septembre 1880). Voici quelques menus faits,
-dont la signification concorde bien avec le caractère spécial aux
-mœurs Américaines. Commençons par le monde judiciaire. Un coroner,
-nommé Herman, a expédié, dans une seule audience, quatorze enquêtes de
-cas de suicides, qui avaient été laissées en retard, pour une cause
-ou pour une autre, et dont les «sujets» étaient enterrés depuis un
-mois ou deux. Le jury a refusé, malgré les adjurations du coroner, de
-considérer comme sérieuses ces formalités, qui ne pouvaient plus avoir
-aucune raison d'être, sauf de justifier le payement des honoraires
-légaux.
-
-Dès le commencement de la séance, les jurés ont demandé à voir les
-corps, attendu qu'en cas de suicide l'enquête doit être tenue «sur
-le corps.» Le coroner a répondu que la loi exigeant la vue du corps
-est tombée en désuétude, et le jury s'est prêté complaisamment à
-jouer le rôle jusqu'au bout, mais non sans quelques taquineries,
-destinées à rappeler au coroner que la fournée d'enquêtes tardives
-par lui entreprise, était purement et simplement une farce lugubre.
-Dans le premier cas, qui était celui d'un homme qui s'est tué avec un
-pistolet, on a proposé un verdict censurant les armuriers, qui vendent
-des pistolets, avec lesquels les acheteurs se suicident ensuite, et
-l'on a finalement rendu un verdict de «mort causée par une maladie des
-reins, accélérée par un coup de pistolet, dans la tête.» Le deuxième
-sujet s'était pendu. Un juge a demandé de censurer toutes personnes,
-vendant aux gens des cordes, dont ils abusent pour se pendre. Pour les
-autres cas, le jury, ne voulant pas éterniser la séance, s'est borné à
-proclamer que le défunt «s'est suicidé de ses propres mains.»
-
-
-XXV
-
-LE SYSTÈME PÉNITENTIAIRE EN FRANCE
-
-Le nouveau conseil aura lieu de s'occuper de la loi récente,
-prescrivant pour les condamnés, l'établissement du système
-pénitentiaire, l'organisation de notre système cellulaire devient une
-question d'actualité, que nous allons étudier brièvement.
-
-Le service pénitentiaire est placé sous l'autorité du ministre de
-l'intérieur (sauf en ce qui concerne les prisons affectées aux
-militaires et marins, dont le service ressortit au ministère de la
-guerre et de la marine).
-
-En outre, depuis la suppression des bagnes, qui a eu lieu
-sous l'Empire, en 1854, les lieux d'outremer, affectés à la
-transportation, dépendent du ministère de la marine.
-
-Les condamnés à plus d'un an de prison subissent leur peine dans une
-maison centrale.
-
-Voici, du reste, le dénombrement statistique des prisons et des
-établissements pénitentiaires sur lesquels s'étendra la juridiction du
-nouveau conseil supérieur des prisons.
-
-Il existe actuellement, tant en France qu'en Algérie, 15 établissements
-pénitentiaires affectés aux hommes.
-
-Ces établissements sont, pour la France: Albertville, Aniane, Beaulieu,
-Clairvaux, Embrun, Eysses, Fontevrault, Gaillon, Loos, Melun, Nîmes,
-Poissy, Riom.
-
-Pour l'Algérie: Lambessa, l'Harrach.
-
-Il faut ajouter à ces quinze établissements les trois pénitenciers
-agricoles de la Corse, qui sont: Casabianda, Castelluccio et Chiavari.
-
-Cela fait en tout dix-huit maisons centrales, maisons de détention ou
-pénitenciers agricoles.
-
-Il existe en outre pour les condamnés, pour faits insurrectionnels 2
-maisons de détention (Belle-Isle et Thouars) et une maison centrale de
-correction spéciale à Landerneau. Les établissements pénitentiaires
-affectés aux femmes, sont au nombre de 7, dont 6 pour la France et 1
-pour l'Algérie.
-
-Ce sont en France: Auberive, Cadillac, Clermont, Doullens, Montpellier
-et Rennes.
-
-En Algérie: Le Lazaret.
-
-En dehors des maisons centrales, maisons de détention et pénitenciers
-agricoles, il existe en France 38 établissements d'éducation
-correctionnelle affectés aux garçons.
-
-Ce sont: les Douaires, Saint-Bernard, Saint-Hilaire, Saint-Maurice,
-le val d'Yèvre, Dijon, Lyon, Nantes, Rouen, Villeneuve-sur-Lot,
-Armentières, Autreville, Bar-sur-Aube, Beaurecueil, Citeaux,
-Courcelles, Fontgombault, Fontillet, La Trappe Jommelières, Labarde,
-La Loge, Langonnet, Le Luc, Mettray, Moiselles, Naumoncel, Oullins,
-Saint-Éloi, Sainte-Foy, Saint-Ilan, Saint-Urbain, Société de patronage
-de la Seine, Tesson, Vailhanquez, Voigny.
-
-En Algérie, il n'existe qu'un seul établissement d'éducation
-correctionnelle, affecté aux garçons: c'est M'zéra.
-
-Les établissements d'éducation correctionnelle, affectés aux
-filles, sont au nombre de vingt-cinq. Savoir: Nevers, Saint-Lazare,
-Sainte-Marthe, Amiens, Angers, Bavilliers, Bordeaux, Bourges,
-Diaconesses, Dôle, Israélites, la Madeleine, le Mans, Limoges, Lyon,
-Méplier-Blanzy, Montpellier, Rouen, Sainte-Anne-d'Auray, Saint-Omer,
-Sens, Société de patronage de la Seine, Tours, Varenne-les-Nevers et
-Villepreux.
-
-On ne compte en Algérie aucun établissement d'éducation correctionnelle
-affecté aux filles.
-
-Ajoutons qu'il existe en outre des maisons d'arrêt, de justice et de
-correction dans tous les départements, et des dépôts de sûreté dans
-tous les chefs-lieux de canton.
-
-Enfin il y a à l'île Saint-Martin de Ré un dépôt, pour les condamnés
-aux travaux forcés, avant leur transférement dans les colonies de
-déportation et de transportation.
-
-
-XXVI
-
-UN LYPÉMANIAQUE
-
-En 1849, Bertrand, le vampire du cimetière Montparnasse, y déterrait
-les cadavres, la nuit, les dépeçait avec son sabre et ses dents,
-sans les violer ni les voler; il était âgé[270] de vingt-cinq ans
-et demi, sergent au 74^e de ligne. Le docteur aliéniste Marchal (de
-Calvi) vint déclarer que, pour lui, Bertrand, était un lypémaniaque,
-un homme absolument irresponsable de ses actes[271]. Voici comment
-Bertrand, dans une note, expliquait lui-même les horribles tentations,
-auxquelles il succombait: Ce n'est que le 23 ou le 25 février 1847,
-qu'une espèce de fureur s'est emparée de moi et m'a porté à accomplir
-les faits pour lesquels je suis arrêté. Étant allé un jour me promener
-à la campagne, avec un de mes camarades, nous passâmes devant un
-cimetière; la curiosité nous y fit entrer. Une personne avait été
-enterrée la veille; les fossoyeurs, surpris par la pluie, n'avaient pas
-entièrement rempli la fosse et avaient, de plus, laissé les outils sur
-le terrain. A cette vue, de noires idées me vinrent; j'eus comme un
-violent mal de tête, mon cœur battait avec force; je ne me possédais
-plus. A peine débarrassé de mon camarade, je retourne au cimetière;
-je m'empare d'une pelle et je me mets à creuser la fosse. Bertrand
-raconte ainsi lui-même,—dans un mémoire adressé au médecin,—les
-diverses exhumations et profanations, auxquelles il s'est livré, et il
-ajoute: Nous étions au camp d'Ivry. Pendant la nuit, les sentinelles
-étaient très rapprochées et leur consigne était sévère; mais rien ne
-pouvait m'arrêter. Je sortais du camp, toutes les nuits, pour aller
-au cimetière de Montparnasse, où je me livrais à de grands excès. La
-première victime de ma fureur fut une jeune fille, dont je dispersai
-les membres après l'avoir mutilée. La seconde fois, je déterrai une
-vieille femme et un enfant, que je traitai de la même manière que mes
-autres victimes. Tout le reste se passa dans le cimetière où sont
-enterrés les suicidés et les personnes mortes aux hôpitaux. Il est
-à remarquer que je n'ai jamais pu mutiler un homme; je n'y touchais
-presque jamais, tandis que je coupais une femme en morceaux, avec un
-plaisir extrême. Je ne sais à quoi attribuer cela?
-
-
-XXVII
-
-LES CHAMPS-ÉLYSÉES ET LE BOIS DE VINCENNES
-
-On n'ose plus trop parler de l'aventure du bois de Vincennes et de
-l'historiette, digne de certaines pages de Tallemant des Réaux, qui a
-conduit, devant des juges civils, un ancien capitaine de l'armée et un
-artilleur de la garnison. C'est un joli scandale. Il amène aussitôt
-sur les lèvres des citations d'une étrange latinité et fait penser au
-pasteur Corydon. Triste pastorale et lugubre matière à plaisanteries.
-On a peut-être un peu trop abusé d'une certaine excuse, en plus d'un
-crime[272], l'excuse pathologique. En bien des cas, en effet, la
-maladie est une circonstance par trop atténuante. Mais, si jamais
-lésion cérébrale dut être recherchée, c'est, évidemment ici; il doit y
-avoir là je ne sais quel trouble malsain, pathologique, un capitaine
-amené avec le canonnier, ce Chouard en uniforme, devant un aliéniste,
-n'eût pas fini sur les bancs d'un tribunal. Le médecin eût peut-être
-été dur pour la raison et l'état sanitaire de cet homme, mais il eût
-évidemment sauvé son honneur. Voilà une affreuse chute: il paraît
-que ce soldat fut un brave. Il avait vaillamment gagné l'épaulette,
-qu'il laissa pour se faire pianiste. Premier symptôme morbide, ce
-qui ne serait peut-être pas très flatteur pour les pianistes, mais
-ce qui est fort exact. Le capitaine concertant devint un moment à la
-mode, on l'applaudit à la salle Hertz, il donna des concerts suivis.
-L'_Illustration_ publia son portrait, absolument comme s'il se fût agi
-d'un nouvel académicien, d'un premier ministre, nouvellement arrivé au
-pouvoir ou du petit prodige Jacques Inaudi, plus fort que Barême. Qui
-diable eût jamais pu s'imaginer que le capitaine finirait par une telle
-aventure, par une idylle à la Virgile, d'une antiquité douteuse? En
-y songeant, la pitié s'en mêle et on en vient à se dire: «Ne parlons
-point d'un tel sujet. Cela est trop répugnant et trop mélancolique!»
-
-Des philosophes, ont même poussé l'émotion jusqu'à conseiller au
-capitaine d'en finir bel et bien et tôt par un coup de pistolet,
-dans la cervelle. Ce sont là des choses qu'on exécute, mais qu'on
-ne conseille point, surtout du fond d'un cabinet de rédaction. Le
-malheureux sait sans doute aussi bien que vous ce qui lui reste à
-faire! Mais à ce dénouement qui s'appelle le suicide et qui implique
-l'idée de remords et de châtiment, ne vaudrait-il pas mieux le cabanon
-à perpétuité, qui serait du moins une explication et une excuse? Sterne
-et Balzac, qui croyaient à l'influence des noms, eussent remarqué que
-l'_y grec_ figurait dans chacun des noms de ces imitateurs d'une forme
-de l'amour Grec. Voulez-vous que je vous dise? Il ne faut pas croire
-aux noms, et le détraquement du cervelet, en matière littéraire, aura
-quelque peu agi sur cet homme. Le bizarre, l'excentrique, le paroxysme
-(avec un _y grec_) menacent d'envahir toutes choses, et il n'y a
-plus guère à compter sur rien. Pas plus tard qu'hier, un journal me
-tombe sous les yeux, dont le titre enrubanné et tendrement élégant
-pouvait bien faire espérer, je pense, une littérature un peu douce et
-reposante: _le Troubadour_, après _Alphonse et Nana_! Les contrastes
-toujours.
-
-
-XXVIII
-
-SIGNES D'IDENTITÉ
-
-L'identité des malfaiteurs se constate par des photographies, par
-des signalements, par les tatouages, pratiqués dans les bagnes et les
-prisons, stigmates ineffaçables. On dit que les signes certains de
-l'identité sont: l'écriture, le visage, les pieds et la parole. D'après
-le docteur Delaunay, la voix est plus aiguë chez les animaux inférieurs
-que chez les supérieurs, chez les oiseaux que chez les mammifères. Les
-anciens devaient avoir la voix aiguë, car sur les statues Grecques
-et Romaines n'apparaît pas la pomme d'Adam, qui est d'autant plus
-prononcée que la voix est plus basse et qu'ils regardaient comme une
-difformité. Les peuples primitifs de l'Europe devaient être des ténors,
-leurs descendants sont des barytons, nos petits-fils auront des voix
-de basse-taille. Les races inférieures (Nègres, Mongols) ont la voix
-plus haute que les races blanches supérieures. On est ténor à seize
-ans, baryton à vingt-cinq ans, basse à trente-cinq; les faibles et les
-petits ont la voix plus haute que les forts et les grands. Les blonds
-ont la voix plus aiguë que les bruns, les blondes ont la voix flûtée.
-Les soprani et les ténors sont blonds, les contralto et les basses sont
-bruns; les premiers sont minces et grêles, les basses gros et ventrus.
-Les ténors sont des départements Pyrénéens, les basses du Nord; la
-voix est plus aiguë, le matin que le soir,—aussi la musique de matines
-est-elle plus élevée que celle des vêpres—la voix est plus haute l'été
-que l'hiver[273].
-
-
-XXIX
-
-LES RÉCIDIVISTES
-
-Une délibération prise par le conseil municipal de Verneuil, propose
-que «tout homme ou femme condamné pour la troisième fois, y compris les
-condamnations antérieures pour délit de vagabondage ou de vol, soit
-expatrié à vie dans une colonie pénitentiaire, agricole d'outre-mer.»
-
-De leur côté, les francs-maçons de la loge «le Travail et la
-Persévérante amitié» adressent aux députés une pétition, dans le même
-sens; ils ajoutent «qu'après un certain temps de séjour à la colonie,
-le condamné, dont la conduite serait satisfaisante et honnête, pourrait
-avoir les moyens de se réhabiliter; dans ce cas, il lui serait fait don
-d'une fraction du sol, dont il deviendrait le propriétaire.»
-
-Cette pétition se signe chez le vénérable de la Loge, M. Garnier, 82,
-boulevard des Batignolles.
-
-Le nombre des signatures sera tel que la Chambre ne pourra se dispenser
-de s'en occuper. On aura peut-être un moyen d'action contre les
-prostituées[274], si audacieuses, qui considèrent le nombre de leurs
-condamnations comme des chevrons d'honneur, gagnés au service et que la
-perspective d'un voyage aux pays d'outre-mer rendrait sans doute moins
-effrontées ou corrigerait[275].
-
-
-XXX
-
-LES ACTRICES, LEURS DÉPENSES ET TOILETTES
-
-Un écrivain déplore les exagérations de mise en scène, auxquelles
-certains directeurs se laissent entraîner depuis plusieurs années.
-Il conclut, du luxe des décors et des accessoires que les actrices,
-se montrant au milieu de ces magnificences, ont été obligées
-elles-mêmes de renoncer à «la sainte mousseline» et de faire la
-fortune des couturières célèbres. Les artistes femmes, sauf de très
-rares exceptions, ne vivent plus de leur état. Il n'y a pas de pièce
-aujourd'hui, qui n'exige d'une comédienne qu'elle change de robe à
-chaque acte. Et quelles robes! Il n'est pas un de ces costumes, qui ne
-vaille de huit à quinze cents francs; quelques-uns coûtent davantage.
-
-On peut dire qu'en moyenne toute création revient, à toute comédienne,
-sur un théâtre de genre, à 3 ou 4000 fr. Or, elle est considérée comme
-ayant de beaux appointements, quand on lui donne 7 à 800 fr. par mois.
-
-On voit tout de suite la conséquence. Les directeurs cherchent, non les
-meilleures comédiennes, mais les plus richement entretenues...
-
-Il m'arrive souvent dans mon cabinet, des jeunes filles piquées de
-la tarentule du théâtre, qui me demandent conseil sur les moyens d'y
-pénétrer. La première question que je leur adresse est celle-ci:
-
-—Avez-vous de la fortune?
-
-Elles me répondent généralement que c'est au contraire pour gagner
-beaucoup d'argent, en même temps qu'un peu de gloire, qu'elles
-prétendent entrer dans l'art dramatique.
-
-—Eh bien! mon enfant, il faut en faire votre deuil. On n'est pas
-payée, on paye, pour être comédienne. On ne gagne d'argent dans cette
-profession qu'en y ajoutant un autre métier, qui en est l'annexe. Le
-tout est de savoir si vous vous résignez d'avance à cette nécessité.
-
-Aucune ne veut me croire. Toutes me citent des noms; quelques-unes
-sont des exceptions brillantes. Les autres... Pour les autres, hélas!
-il y a le revers de la médaille, et tout ce qui reluit n'est pas or.
-Avec un talent hors ligne, une grande réputation et une incontestable
-honnêteté, telle que l'on envie n'a réussi qu'à réaliser dix ou vingt
-mille francs de dettes, qu'il lui faudra bien payer, un jour. Et
-comment? Son directeur, lui, n'entre pas dans les considérations de
-morale. Il lui distribue un rôle qui exige 4,000 fr. de toilette. C'est
-à elle de se les procurer.
-
-Ces costumes, elle ne saurait s'en passer, car à côté d'elle paraîtra
-une comparse, une _grue_, à qui le velours, les plumes et les diamants
-ne coûtent rien, et par qui elle ne peut se laisser écraser. Il y a
-entre toutes ces dames une émulation de magnificence où le talent,
-réduit à ses seules ressources, serait inévitablement vaincu.
-
-Est-ce que la convention dont je parlais tout à l'heure n'eût pas été
-bonne à conserver? Le théâtre est devenu, peu à peu, la proie des
-filles entretenues, et le mal va empirant tous les jours.
-
-On n'obtiendra de réforme sur ce point que si elle est déjà accomplie,
-dans le reste de la mise en scène. Quand les fauteuils sont recouverts
-de vrai lampas, quand les rideaux sont de brocatelle, quand les meubles
-sont de palissandre ou d'ébène, quand les tapis viennent de Smyrne,
-quand tous les accessoires donnent à l'imagination l'idée de la
-richesse somptueuse, est-il possible que la femme, ce meuble vivant,
-apparaisse vêtue d'une simple mousseline?
-
-Si les directeurs pouvaient s'entendre sur la mise en scène, la
-diminution de leurs dépenses aurait pour résultat la possibilité
-d'abaisser le prix des places et de conserver la vertu des
-débutantes[276].
-
-
-XXXI
-
-LE MOUVEMENT DE LA POPULATION EN FRANCE (1878)
-
-Le tableau du mouvement de la population de la France, pour la dernière
-année, dont on a les résultats authentiques, c'est-à-dire pour l'année
-1878, constate que nous n'avons pas fait un pas en avant.
-
-Loin de là, puisque la population de la France n'a réalisé qu'un gain
-de 98,175 habitants, produit par la soustraction du nombre de décès,
-faite du nombre des naissances de l'année. Il est né, en 1878, 444,316
-enfants du sexe masculin et 424,983 enfants du sexe féminin issus de
-mariages, et, en outre, 35,032 garçons et 32,880 filles issus d'unions
-illégitimes, soit en tout 937,211 enfants des deux sexes, sans compter
-43,251 enfants mort-nés. Les décès ont été au nombre de 839,036:
-432,867 pour les hommes et 406,169 pour les femmes.
-
-Dans 61 départements il y a eu un excédent de 119,315 naissances,
-et dans les 26 autres un excédent de 21,140 décès. D'où se dégage
-l'excédent général de 98,175 habitants nouveaux.
-
-Depuis 1871, nous avions eu successivement un excédent définitif de
-172,936 naissances en 1872, de 101,776 en 1873, de 172,943 en 1874,
-de 105,913 en 1875, de 132,608 en 1876 et de 142,662 en 1877. Le
-chiffre de 1878 sera le plus faible de toute la série. Or les mariages
-se ralentissent[277], et là est l'une des causes, et la principale
-évidemment, du ralentissement de la population, chez nous, tandis que
-les autres nations croissent et multiplient, suivant les préceptes de
-l'Évangile.
-
-
-XXXII
-
-LE DÉPÔT DE LA PRÉFECTURE DE POLICE
-
-Tous les individus déposés dans les violons, qui ne sont pas relâchés
-après l'interrogatoire, que leur font subir les commissaires de police
-chez lesquels ils sont amenés, sont conduits au Dépôt, bureau de
-la permanence, et remis à deux inspecteurs principaux de la police
-municipale, auxquels on remet également le procès-verbal du commissaire
-de police et l'ordre, délivré par lui de faire conduire la personne
-arrêtée au Dépôt.
-
-Il y a au Dépôt de la préfecture deux quartiers, comprenant en tout 209
-cellules, dont 50 environ sont absorbées par divers services, en sorte
-qu'on ne dispose que de 83 cellules pour les hommes et de 76 pour les
-femmes. Quant aux enfants, ils sont en commun, le jour comme la nuit.
-
-La population journalière du Dépôt, s'élevant en moyenne à plus de 500
-individus, il est donc impossible de donner une cellule à chacun d'eux.
-Les cellules sont réservées d'abord à ceux que, dans l'intérêt de la
-justice ou dans leur propre intérêt, il est bon d'isoler: les cellules
-restantes sont données à ceux qui les demandent, dans l'ordre de leur
-arrivée au Dépôt.
-
-Les prisonniers, auxquels une cellule n'a pu être accordée, sont
-enfermés dans deux grandes salles communes, sous la garde d'agents
-spéciaux. L'une des salles, la plus petite, connue sous le nom de
-_salle des habits noirs_, est destinée à ceux dont la mise est sinon
-convenable, au moins non encore délabrée. On met tous les autres dans
-la grande salle, la _salle des blouses_.
-
-Cette grande salle commune, où se trouvent enfermés et quelquefois
-entassés des hommes, descendus au dernier degré de la corruption,
-constitue le lieu le plus horrible qu'on puisse voir.
-
-La surveillance y est difficile: elle s'exerce du haut d'un balcon, qui
-domine la salle, car placés au milieu des détenus, les surveillants
-risqueraient d'y être fortement maltraités, d'autant plus que dans les
-prisons de la Seine, où sont les malfaiteurs dangereux, les gardes ne
-sont munis d'aucune arme pour se défendre.
-
-Il s'agit aujourd'hui d'obvier aux graves inconvénients de cette
-situation.
-
-D'après le mémoire présenté au conseil général par le préfet de la
-Seine, le quartier des hommes s'augmenterait de la presque totalité
-du quartier actuel des femmes, qui serait transféré, dans les
-bâtiments sud de la préfecture de police. La nouvelle installation du
-quartier des femmes aurait pour résultat de doter ce quartier, ainsi
-que celui des hommes, d'une vaste salle de bains et de les mettre en
-communication directe, avec le petit parquet.
-
-Le quartier des hommes comprendrait alors 193 cellules, 5 salles
-communes, 2 dortoirs pour les vieillards et les enfants; le quartier
-des femmes comprendrait 92 cellules, 3 salles communes: soit en tout
-pour ces 2 quartiers, 285 cellules. Le bâtiment affecté aux détenus
-pour contravention, et principalement aux cochers, devant disparaître,
-on affecterait à cette catégorie spéciale de détenus le local,
-actuellement occupé par le dispensaire, qui passerait à la caserne de
-la Cité avec les autres services de la préfecture de police. Le local
-dit des cochers comprendrait un grand dortoir, pouvant contenir environ
-60 lits, un réfectoire et un préau communs[278].
-
-
-XXXIII
-
-LISTE DES FEMMES SAVANTES DE FRANCE (1880)
-
-Liste des femmes qui sont, en France, pourvues de grades
-universitaires.
-
-Voici ce relevé intéressant:
-
-_Docteurs en médecine_ (5).—Mademoiselle Marie Verneuil (Faculté
-de Paris, 1870).—Mademoiselle Andreline Domergue (Montpellier,
-1875).—Madame Madeleine Brès, née Gobelin (Paris, 1875)—Madame Ribard
-(Paris, 1876), exerçant à Nantes.—Mademoiselle Anna Dahms, du Nord
-(Paris, 1877).
-
-_Licenciées ès sciences_ (2).—Mademoiselle Emma Chenu (Paris, 1868),
-auteur d'ouvrages pédagogiques.—Mademoiselle Lye (Paris, 1878).
-
-_Bachelières ès sciences et ès lettres_ (2).—Mademoiselle Benoist, de
-Fontenay le Comte (Poitiers, 1867 et 1875).—Mademoiselle Amélie de
-Barrau de Muratel (Toulouse, 1876).
-
-_Bachelières ès sciences_ (7).—Mademoiselle Perez, de Bordeaux
-(Bordeaux, 1871).—Mademoiselle Cornebois, de Constantine
-(Aix, 1872).—Mademoiselle M. Hugonin, de Lambin, Isère
-(Paris, 1873).—Mademoiselle E. Guenot de Bouillandy, Oise
-(Paris, 1873).—Mademoiselle Émilie Desportes, d'Orléans
-(Paris, 1877).—Mademoiselle Leblois, de Strasbourg (Toulouse,
-1878).—Mademoiselle Joséphine Sénéchal (1879).
-
-_Bachelières ès lettres_ (20).—Mademoiselle J. Renguer de la Lime,
-d'Alger (Aix, 1866).—Mademoiselle C. Siber, de Vienne (Lyon,
-1866).—Mademoiselle Berthe Mandel, de Rouen (Paris, 1868).—Mademoiselle
-C. Bulat, de Rouchère (Paris, 1870).—Mademoiselle Marie Florent (Douai,
-1871).—Mademoiselle Bontemps, de Paris (Paris, 1871).-Mademoiselle
-Alexis, fille d'un conseiller général de Marseille (Aix,
-1872).—Mademoiselle Regnault, de Marseille (Aix, 1872).—Mademoiselle
-Pugnault, (Lyon, 1872).—Mademoiselle Marie-Élise-Sophie Paturel
-(Paris, 1874).—Mademoiselle Oton, de Toul (Nancy, 1875).—Mademoiselle
-Yémeniz, petite-fille du savant bibliophile Lyonnais (Lyon,
-1877).—Mademoiselle Marie-Zélie Boulard, institutrice à Toulon (Aix,
-1877).—Mademoiselle Lahille, de Toulouse (Toulouse, 1878).—Mademoiselle
-Gidel, de Paris (Paris, 1878).—Mademoiselle Henriette Guisse,
-Paris (Paris, 1878).—Mademoiselle Justine Iryll, de Deleygne (Aix,
-1878).—Mademoiselle Louise Audiat, de Saintes (Poitiers, 1878).
-
-
-XXXIV
-
-FERMETURE DES PORTES DU PALAIS DE JUSTICE DÉSORDRE DES VAGABONDS ET DES
-COIFFEURS
-
-3 septembre 1674.—M. M. de Lamoignon et les propriétaires des bâtiments
-de la nouvelle entrée du Palais font fermer de portes à barreaux de fer
-les entrées, donnant sur la rue de Harlay et sur le quai de l'Horloge.
-
-Louis Béranger est nommé portier de la première porte et Estienne
-Guérin portier de la seconde.
-
-17 mars 1678.—Une ordonnance signée de la Reynie rendue sur la
-Remontrance du Procureur du Roy, interdit aux gens sans aveu de
-s'attrouper et se tenir, dans les salles neuves, proche le Palais, d'y
-jouer, fumer, à peine de punition exemplaire.
-
-17 décembre 1692.—Ordonnance de la Reynie portant que les deux portes
-de l'Enclos du Palais, l'une du côté de la place Dauphine, l'autre du
-côté du quai de l'Horloge, seront fermées, à huit heures en hyver et à
-dix heures, en été.
-
-20 mars 1692.—Le concierge du Palais, François Capot reçoit par chacun
-an, cinq cents livres, pour ses gages, salaire et logement, laquelle
-somme sera imposée sur toutes les maisons desdites cours neuves du
-Palais.
-
-15 may 1711.—Ordonnance signée Pellet, lieutenant général de police
-concernant les coiffeuses, qui se sont établis dans les salles du
-Palais et y causent du désordre, elles devront justifier d'une
-permission.
-
-Les audiences, les galeries, les Cours, la grande salle étaient
-placées sous la juridiction spéciale d'un Bailliage[279], d'une
-justice locale. Paris est, disait un historien, plein de boutiques en
-plusieurs endroits où l'on trouve tout ce qu'on a envie d'acheter, mais
-le palais est comme l'extrait, le centre de toutes les boutiques de
-belles nippes. Les clameurs des filles, femmes, hommes, pour attirer
-les passants, durent sans cesse. La Frenoi, ce fameux mercier entre
-autres boutiques, en a une au Palais. Il a été quelque temps en si
-grande renommée à Paris, que rien n'a passé pour joli et galant,
-dans l'esprit des petits maîtres, et des personnages du sexe, s'il
-n'était pas sorti de la boutique de la Frénoi (_Le séjour de Paris ou
-Instructions fidèles pour les voyageurs de condition._) On y trouvait
-aussi des marchands d'étoffes, des libraires, des armuriers, des
-parfumeurs, des marchands de fleurs artificielles, des cordonniers,
-des opticiens, des luthiers, des marchands de porcelaines de Saxe, de
-chimie, des sculpteurs et imagiers, modistes dont les boutiques étaient
-non seulement établies dans les galeries[280], mais encore adossées
-aux piliers de la grande salle. Le soin d'attirer les clients, même
-chez les libraires, était surtout dévolu aux femmes. Des marchandes,
-aussi jolies que des Romaines, aussi pétulantes que des Vénitiennes,
-aussi polies et aussi éveillées que des Florentines, disait le
-cardinal Bentivoglio, se tiennent dans ces boutiques et y attirent les
-chalands[281], par le moyen d'un sourire ou l'éloquence d'un regard.
-Aussi le Palais est-il fréquenté par les jeunes seigneurs de la Cour,
-avec une espèce de frénésie, et il n'est pas rare d'y rencontrer,
-pêle-mêle, les plus grands seigneurs, les plus riches bourgeois et même
-trop souvent hélas! quelques dignitaires de l'église... déguisés.
-
-
-
-
-FOOTNOTES:
-
-[1] Pièce justificative XXIX.
-
-[2] Alfred Delvau: _La langue verte_. Lorédan Larchey, l'érudit
-chercheur: _Dictionnaire d'argot_.
-
-[3] Pièces justificatives XI, XIII, XXI, XXVI.
-
-[4] Lecour. _La prostitution à Paris et à Londres._
-
-[5] _Pénalités anciennes_ (Plon, éditeur à Paris). Les mémoires de
-Canler et de Vidocq.
-
-[6] Pièce justificative XXVII.
-
-[7] Pièces justificatives I, VII.
-
-[8] Affaire Vert, fabricant de jouets, condamné avec ses jeunes
-victimes (_Gazette des tribunaux_ du 23 septembre 1880). C'est à ce
-recueil, dont les tables sont dressées avec tant de soin chaque année,
-par M^e Lesage, avocat, que nous renvoyons pour les citations de tous
-les procès faites au cours de ce livre.
-
-[9] Pièce justificative IX.
-
-[10] Voir la remarquable thèse, pour le doctorat, sur le _Divorce_,
-1880, par M. Emilien Combier, avocat à Paris, fils de l'éminent
-président du tribunal de Laon, mon ancien et regretté substitut
-(1852-1856).
-
-[11] L'_Égale de l'homme_, par Émile de Girardin. Paris, 18 septembre
-1880.
-
-[12] Dès 1863, nous avions proposé de confier à un juge unique, assisté
-d'un substitut et d'un greffier, avec réserve du droit d'appel,
-la connaissance des délits flagrants et avoués, rupture de ban,
-vagabondage, mendicité (_Formulaire des magistrats_).
-
-[13] _Le Châtelet de Paris._ Didier, éditeur.—Maxime Du Camp, _Paris et
-ses organes_.—_Le Parlement de Paris._ Cosse, éditeur.—_Les métiers de
-Paris._ Leroux, éditeur.—_Le guet de Paris_, par M. Tasson, lieutenant
-de la garde républicaine. Léautey, éditeur.—_La fin de la gendarmerie._
-V. Palmé, éditeur. Paris, 1880. Pièces justificatives XXIV.
-
-[14] _Les archers et arbalétriers de France_, remarquable et savante
-étude, due à M. Delaunay, avoué à Corbeil, 1880.
-
-[15] Supposez, par un effort de votre pensée, qu'un jour la France,
-et pendant vingt-quatre heures seulement, les administrations soient
-toutes fermées, le pays marche moins bien, mais il marche toujours; le
-lendemain c'est la justice qui est suspendue, le pays marche encore;
-d'autres jours les écoles sont closes, l'industrie est arrêtée, le pays
-marche encore. Mais supposez que pendant quelques heures seulement le
-gendarme s'endorme, c'en est fait de vos biens, de vos droits, de vos
-familles, de vos existences: La société ne marche plus.
-
- Général AMBERT.
-
-[16] Ces attributions, nouvellement organisées sur de nouvelles bases,
-se rapprochent du rôle de la préfecture de police et de la sûreté
-générale à Paris, en tenant compte de la différence des nationalités et
-de la législation.
-
-[17] Pendant que nous désorganisons toutes nos institutions, les
-Anglais, peuple essentiellement pratique, profitent, pour protéger
-les citoyens, de leurs vieilles lois, si tutélaires, si énergiques.
-Cependant, et pour les ramener au bien, M. Flowers, juge du tribunal
-de police de Bow-street, a offert aux voleurs de Londres un thé avec
-fourchette et couteau. (_Décembre 1880_).
-
-[18] _Comptes de Justice criminelle en France et en Algérie._
-
-[19] On voit qu'il est impossible de trouver une application plus
-réservée, et qu'il n'y a lieu, ni à Paris, ni dans les départements où
-il est ignoré, d'abroger l'article 10 du Code d'instruction criminelle.
-
-[20] Voici le texte du projet tel qu'il a été voté par la Chambre
-haute, sur la répression des crimes commis dans les prisons (_Décembre
-1880_):
-
-Lorsque, à raison d'un crime commis dans une prison par un détenu, la
-peine des travaux forcés à temps ou à perpétuité est appliquée, la
-Cour d'assises ordonnera que cette peine sera subie, dans la prison
-même où le crime a été commis, à moins d'impossibilité, pendant la
-durée qu'elle déterminera, et qui ne pourra être inférieure au temps de
-réclusion ou d'emprisonnement que le détenu avait à subir au moment du
-crime.
-
-L'impossibilité prévue par le paragraphe précédent sera constatée par
-le ministre de l'intérieur, sur l'avis de la commission de surveillance
-de la prison. Dans ce cas, la peine sera subie dans une maison centrale.
-
-La Cour d'assises pourra ordonner, en outre, que le condamné sera
-resserré plus étroitement, enfermé seul et soumis, pendant un temps qui
-n'excédera pas un an, à l'emprisonnement cellulaire.
-
-[21] Voir le rapport de M. le garde des Sceaux, ministre de la justice,
-en tête du dernier compte de _Justice criminelle_.
-
-[22] M. l'avocat général Petiton.—Audience de rentrée à la Cour de
-cassation.—Discours sur les récidives (1880).
-
-[23] L'abus des circonstances atténuantes est révélé par ce chiffre,
-qu'en 1878, sur 4498 libérés, 2155 ont obtenu le bénéfice des
-circonstances atténuantes.
-
-[24] Voir les beaux travaux sur la justice anglaise, publiés par M. G.
-Picot, ancien directeur des affaires criminelles, et les études de M.
-de Franqueville sur les _Institutions anglaises_.
-
-[25] Loi du 20 mai 1863, votée en un jour, le dernier de la session.
-(_Formulaire des magistrats._—_Préface._)
-
-[26] Affaire de madame Lafarge où Raspail fut mandé pour contredire
-les décisives analyses d'Orfila; voir les travaux de J. Barse sur
-les _Recherches de l'arsenic par l'appareil de Marsh_. _Procès de
-Lapommeraye et de Danval._
-
-[27] Voir l'affaire de l'accusé Foulloy, assassin de M. Joubert, arrêté
-à Strasbourg, amené devant les assises de la Seine, pour y répondre
-du crime de meurtre et de vol sur son patron, alors que l'extradition
-avait été accordée, pour le premier crime seulement; l'affaire est
-revenue le 29 octobre 1880 et suivie d'une sentence de mort.
-
-[28] _L'extradition en Angleterre_, par M. Vincent Howard.
-
-[29] Des voyageurs, extrêmement spirituels, ont écrit aux journaux
-qu'ils avaient franchi la frontière, en jetant à la gendarmerie et aux
-autres agents ébahis cette réponse préméditée: _Feu Pritchard et sa
-famille!_—Rien de sérieux, toujours la charge.
-
-[30] A Londres les attaques nocturnes cessèrent, dès qu'il fut publié
-que leurs auteurs seraient, en dehors d'autres pénalités, frappés de la
-queue de chat, aux lanières plombées.
-
-[31] La cour d'assises d'Eure-et-Loir a eu à juger un assassin qui,
-après une condamnation capitale, avait été l'objet de commutations
-successives, qu'il avait reconnues en commettant un nouveau crime,
-aussitôt sa libération.
-
-[32] Voir plus haut, page 14, le projet de loi adopté, avec
-modification par le Sénat, portant que le crime, commis dans une prison
-par un détenu, peut y recevoir son exécution perpétuelle ou à temps, à
-moins d'impossibilité.—Le condamné pourra être resserré étroitement et
-laissé seul!
-
-[33] Afin d'augmenter les chances d'impunité, on veut effacer les sages
-et tutélaires dispositions de l'article 336 du Code d'instruction
-criminelle. Tout dans l'intérêt des malfaiteurs, est le projet de
-suppression du résumé. (_Chambre des députés_, 30 novembre 1880.)
-
-[34] Voir les fondations dues à l'initiative privée, et notamment celle
-que vient d'inaugurer à Orgeville, M. Georges Bon-jean, pour l'enfance
-abandonnée.
-
-[35] Rapport sur l'instruction primaire et l'instruction secondaire,
-due à la plume si savante, si compétente de M. O. Gréard, vice-recteur
-de l'Académie de Paris.
-
-[36] _Histoire de la médecine légale, d'après les arrêts criminels._
-Paris, 1880.
-
-[37] Honoré de Balzac.
-
-[38] Lecour, _La prostitution à Paris et à Londres_.
-
-[39] Voltaire croyait que cette affection, à laquelle succomba le
-galant François 1^{er}, était découverte seulement avec l'Amérique.
-(Voir les beaux travaux de Ricord, ce vénéré maître dont l'esprit est
-resté jeune, comme son visage, reproduit par le sculpteur Doublemard.)
-
-[40] _Pénalités anciennes_, page 63. Plon, éditeur.
-
-[41] _Le Châtelet de Paris._ Didier, éditeur. _Métiers de Paris._
-Leroux, éditeur.
-
-[42] Registre du Châtelet, _Archives nationales_. Delamare, 21,625. Fr.
-_Bibliot. nat._
-
-[43] Sous un portrait d'Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, on lit
-sous une gravure, conservée au musée de Melun:
-
- Dans le dérèglement où vécut cette dame,
- Elle fut un beau monstre et dedans et dehors,
- Aussi fit-elle voir qu'aux laideurs de son âme
- S'accommodaient trop bien les beautés de son corps.
-
-[44] _Code ou nouveau règlement sur la prostitution dans la ville de
-Paris._ (Londres, 1775, in-12.)
-
-[45] Registre aux délibérations de la ville de Péronne.
-
-[46] Sentence du lieutenant criminel (16 septembre 1724), confirmée par
-arrêt du Parlement du 25 du même mois.
-
-[47] Voir arrêts conformes du Parlement du 6 septembre 1668, déclarant
-le commissaire au Châtelet follement intimé par les appelants.
-
-[48] Déclaration de Louis XIV, à Marly, 26 juillet 1714, arrêt du
-Parlement de Paris, 9 décembre 1712.—Sentence du Châtelet de Paris, 6
-juillet 1763.—Procès de la femme Stranzac (rue de Suresnes, février
-1873).
-
-[49] _Histoire de la médecine légale_, d'après les arrêts criminels.
-Charpentier, éditeur, 1880, pages 130 et suiv.
-
-[50] _Bibliothèque nationale de Paris_ (département des manuscrits,
-suppl. français, 7645, 10,969, 10,970.)
-
-[51] Voir _Les comptes de notre justice criminelle_, établis avec grand
-soin. Imprimerie nationale, 1826-1878.
-
-[52] Aujourd'hui, depuis le remplacement de M. A. Gigot, une commission
-composée du Préfet ou de son délégué, de M. le chef du bureau des mœurs
-et du commissaire délégué, statue sur ces détentions.
-
-[53] Delamare, _Bibliot. nation._ V^e carton, Fr. 2165, _manuscrits_.
-
-[54] _Tableau historique des ruses, subtilités des femmes où sont
-représentées leurs mœurs, humeurs, tyrannies, cruautés, le tout
-confirmé par histoires, arrivées en France de nostre temps_, par L. S.
-R. (Rollet-Boutonné, 1623, in-8º.—_La police de Paris_, dévoilée par
-Manuel.—_La police de Paris sous Louis XIV_, par Pierre Clément (de
-l'Institut)).
-
-[55] Ambroise Tardieu, _Attentats aux mœurs_.—Lecour, _de la
-Prostitution_.—_Cahier et doléances d'un ami des mœurs_, requête
-présentée à Bailly (Sylvain), maire de Paris, par Florentine de Launay,
-contre les marchandes de modes et autres grisettes, commerçant sur le
-pavé de Paris. 1790, in-8º.
-
-[56] _Histoire de la médecine légale, d'après les arrêts criminels_,
-page 123 et suiv. Charpentier éditeur, 1880.—_Éclaircissements sur le
-roy des ribauds_, par Longuemare. Paris, 1718, in-12.
-
-[57] _Le Châtelet de Paris._
-
-[58] Cette mise en scène se reproduit de nos jours dans toutes les
-affaires suivies contre des pédérastes en chambre. Voir Lecour, _De la
-prostitution à Paris et à Londres_.—Tardieu, _Attentats aux mœurs_.—Du
-Camp, _Paris et ses organes_.—Docteur Martineau, médecin de l'Ourcine.
-Déformations observées chez les prostituées.
-
-[59] _Histoire des galeries du Palais-Royal_, par Lefeuve.
-
-[60] L'individu coupable de viol était, quel que fut l'âge de
-la victime, condamné à être pendu.—(Beaumanoir, chapitre XXX.)
-Bouteillier (livre I^{er}, titre XXIX) les coupables doivent être
-traînés jusques à la justice et pendus, tant qu'ils soient morts et
-étranglés.—Dans les registres criminels du Châtelet et dans le registre
-de Saint-Martin-des-Champs, publié par l'érudit M. Tanon, directeur
-des grâces au ministère de la justice (Willem, éditeur, Paris 1877),
-on lit le supplice suprême, prononcé pour viol, contre Oudot Guigue
-et aussi contre Jehannin Agnes, tailleur, qui avait abusé de ses deux
-apprenties, Perrette et Souplice, âgées de douze ans, par force, les
-avait jetées à terre, puis efforcées, percé leur nature tout oultre, et
-fist de l'iaue chauffer pour laver leur nature.—(Sentence du 21 janvier
-1337, exécutée par Pons Duboys.)
-
-[61] _Bibliot. nationale_ (manuscrits). Supp. Fr. 10,969.
-
-[62] Rapport sur le magnétisme, présenté à l'Académie de médecine
-par M. le docteur Husson, l'excellent et affectueux praticien de
-l'Hôtel-Dieu et du lycée Louis le Grand.
-
-[63] Voir les beaux et remarquables travaux, suivis par M. le
-professeur Charcot en sa clinique, et à l'hôpital Lariboisière, par M.
-le docteur Proust (de l'Académie de médecine). La cour d'assises de
-Rouen a condamné, pour viol, un dentiste qui avait, en l'endormant, par
-l'apposition d'une bague sur le front, abusé de sa victime, la mère
-présente et regardant par la fenêtre!
-
-[64] Voir la législation sur les attentats aux mœurs, autrefois
-réprimés par la loi Raptores au Digeste.—_De raptu virginum_ au
-Code.—_Loi Julia de adulteriis._—_Novelle 117, de his qui luxuriantur
-contra naturam._—_Caroli magni capitularia._—Muyart de Vouglans. _Lois
-criminelles._—Jousse. _Lois criminelles et la Loi du 19-22 juillet
-1791_, titre II.
-
-[65] Sous la rubrique _Attentats aux mœurs_, art. 330 et suivants
-du Code pénal, les crimes et délits de cette nature sont prévus et
-réprimés.
-
-[66] Les ouvrages de M. Faustin-Hélie, aujourd'hui président du conseil
-d'État, sont écrits dans un esprit plutôt libéral qu'autoritaire.
-
-[67] _Mémoires de Canler._—Ambroise Tardieu, _Médecine légale_.—Assises
-de la Seine: Pascal, lancier, accusé d'assassinat sur un bourgeois.
-
-[68] Les débauches de la rue du quartier de la Madrague, jugées à
-Marseille, en septembre 1880, y ont révélé une association, qui
-attirait les jeunes filles pour les livrer aux libertins. On disait aux
-victimes: Vous gagnez par votre rude travail 1 fr. 50 cent, par jour,
-vous obtiendrez 50 fr. par nuit. Les prévenus étaient une femme et un
-cocher, qui racolait les voyageurs, pour les conduire et accueillir
-en ce repaire. Dans les villes industrielles, les jeunes filles, dont
-le salaire est en moyenne de 1 fr. 75 cent, par jour, se livrent
-au désordre après la fermeture des ateliers, le soir, elles font,
-disent-elles, un cinquième quart (Jules Simon, l'_Ouvrière_). Voir la
-préface de la _Dame aux camélias_. _La prostitution en Europe_, par
-Rabutaux.
-
-[69] A rapprocher de l'_Art d'élever les lapins_ et de s'en faire 3,000
-livres de rente.—_Histoire des barrières de Paris_, par Delvau.
-
-Les courtisanes italiennes, un peu trop vantées, les Fossita, les
-Blazifiora, la belle Imperia, enterrée avec pompe, du temps de Léon X,
-dans l'église Saint-Georges, avaient, à leur suite, des condottiere,
-des sbires à leur solde.—Le velours, la soie des pourpoints
-recouvraient et poétisaient ces hontes; à notre époque, résolument
-naturaliste, l'étalage de la vendeuse d'amour en plein boulevard, dans
-les gares, aux stations du chemin de fer de Ceinture, la procession
-errante des ombres faméliques sur les boulevards, les maigres théories
-des bouquetières, offrant leurs fleurs déjà fanées, attristent
-profondément. Derrière elles, dans l'ombre, guette la horde des
-ribauds, des souteneurs, des tard venus, des fils de joie déguenillés,
-etc.
-
-[70] Voir: Lettre de M. Yves Guyot sur la _Police des mœurs_ du 31
-mars 1879.—_Actes du congrès de Genève_, 17-22 septembre 1877.—_De
-la prostitution_, par Parent-Duchatelet, annoté par Tribuchet et
-Poirat-Duval.—Lecour, _La prostitution à Paris et à Londres_.—_La
-prostitution dans les grandes villes_, par le docteur Jeannel.—_Les
-ouvriers en Europe_, par M. Le Play, conseiller d'État (1867).—_Le
-monde des coquins_, par Moreau.—Christophe, _Les mœurs de Paris_.
-
-[71] Titre d'une comédie, donnée par Victorien Sardou. (1880.)
-
-[72] Montesquieu. _Esprit des Lois XXVI._
-
-[73] Sermon. Deuxième dimanche après l'Épiphanie.
-
-[74] _Problèmes de la vie._ (Pièces justificatives XXIX.)
-
-[75] Dans les familles riches, les unions sont presque toujours
-limitées à un ou deux enfants, souvent stériles pour des causes du
-domaine de la médecine ou de la chirurgie, croyons-nous. En Normandie,
-pays où l'on calcule tout, les mariages sont improductifs.
-
-[76] On s'attache toujours ici aux mesquines et petites mesures; tandis
-que pour diminuer les causes d'insalubrité, de mortalité, on défend
-dans l'intérieur de Paris, d'élever des pigeons, des lapins,—on entasse
-dans les bâtiments de l'ancien Hôtel-Dieu, près du nouvel Hôtel-Dieu,
-près de la caserne de la Cité,—les varioleux, qu'il faudrait isoler
-loin des habitations, dans les hôpitaux excentriques, et, tandis que
-l'on prescrit aux pharmaciens de ne livrer que, sur ordonnance des
-médecins, quelques centigrammes d'arsenic, de laudanum, de morphine,
-l'industrie les livre par centaines de kilos, sans contrôle, ce qui a
-permis les récents empoisonnements de Saint-Denis.
-
-[77] Il y a à Paris 2,300 médecins civils et 1,300 pharmaciens
-ou herboristes. Ce chiffre est utile à connaître par ce temps de
-batailles, de morts, de blessures et, par la même raison, on donne le
-chiffre des sages-femmes: 600.
-
-[78] Dans certains magasins, on reprend, après quelque temps écoulé,
-les objets ayant cessé de plaire, cette facilité est-elle possible pour
-l'union conjugale? Que l'on y songe, dans l'intérêt de la jeune fille,
-toujours sacrifiée et dévoyée par l'époux expérimenté.
-
-[79] Paris, 1880. Durand, éditeur, rue Soufflot.
-
-[80] M. Bousquet. _Le droit au Japon._ (_Revue des Deux-Mondes_,
-juillet 1875.)
-
-[81] C'est la vieille chanson de nos campagnes, en Bretagne:
-
- Enfin, vous voilà donc ma belle mariée,
- Enfin, vous voilà donc à votre époux liée,
- Avec un long fil d'or,
- Qui ne rompt qu'à la mort!
-
-[82] Troplong, _Influence du Christianisme_.
-
-[83] Gide. _La condition privée de la femme Romaine._
-
-[84] Voir les _Lois Julia et Papia Poppæa_.
-
-[85] Statut présenté, en 1753, par le lord chancelier Hardwicke pour
-prévenir les mariages clandestins.—Voir: Lord Campbells. _Lives of
-the Chancellors._—M. le professeur Glasson. _Le mariage civil et le
-divorce en Europe._—M. Em. Combier. _Thèse sur le Divorce._ (1880.)
-_Les mariages à Grètna-Green._ En Afrique, les Juifs sont régis par le
-décret du 24 octobre 1870.
-
-[86] _Comment._ VI, § 19.
-
-[87] M. Gide. _op. cit._, p. 233.—Zöpfl, Deutsche Rechtsgeschichte, §
-81.—M. Glasson, _le Mariage civil et le divorce_.
-
-[88] _De moribus germ._ XVIII.
-
-[89] Tacite, _ibid._
-
-[90] La pureté des mœurs du Nord dans l'antiquité a été contestée.
-Suivant Adam de Brème, les Scandinaves étaient modérés en toutes
-choses si ce n'est dans le nombre de leurs femmes, et l'on trouve dans
-Salvien un passage ainsi conçu: _Gothorum gens perfida sed pudica est_.
-_Alomanorum impudica sed minùs perfida_ (_de gubern. Dei_, liv. VII).
-
-[91] _Gallia capta ferum victorem cepit._
-
-[92] _Leg. Burg._, 34.
-
-[93] V. Laboulaye, Laferrière, Pardessus, Zœpfl...
-
-[94] _Leges Walliæ._ Dunet, _cod. lib._, II, tit. 19, v. I.
-
-[95] Rothar, c. 195, 196, 197.
-
-[96] _Leg. Walliæ_, lib. II, tit. 20, c. 10.
-
-[97] Avant le christianisme, les Irlandais, suivant M. H. Sumner Maine,
-n'avaient qu'un mariage. «_Annal._» V. son _Étude sur l'histoire des
-institutions primitives_, traduction de M. Durieu de Legritz. Cet
-ouvrage est basé sur un recueil célèbre, le _Senchus more_. M. Henri
-Martin a soutenu que les Irlandais pratiquaient aussi des unions
-plus longues et même perpétuelles. _Académie des sciences morales et
-politiques_: séance du 4 septembre 1880 au _Journal officiel_ du 9
-septembre.
-
-[98] Form. II, 60.
-
-[99] Saint Luc, ch. XIX, 5-6.
-
-[100] _Esprit des lois_, liv. XVIII, ch. XXIV.
-
-[101] Baluze, I, p. 159.
-
-[102] Saint Mathieu, ch. XIX, 8.
-
-[103] Saint Luc, ch. XIV, 18.
-
-[104] Ch. V, 32.
-
-[105] 1 Corinth, VII, 10, 11.
-
-[106] Rom. VII, 2, 3.
-
-[107] _Adversus hæreses_, nº 59.
-
-[108] Saint Aug. _De fide op. Cap._, IX, 35.
-
-[109] Canon IX, _Acta conc._ collect. Labbe, t. I, col. 971.
-
-[110] _Acta conc._, t. II, col. 1537, canon XVII.
-
-[111] _Acta conc._, t. VII, col. 991.
-
-[112] Labbe, t. II, p. 1254.
-
-[113] _Acta conc._, t. VI, col. 1552.
-
-[114] _Acta conc._, t. VI, col. 1552.
-
-[115] Baluze, t. I^{er}, p. 159.
-
-[116] Ces deux canonistes suppriment la fin du canon IX du concile de
-Verberie, qui permet au mari de prendre une autre femme.
-
-[117] Baluze, liv. VI, ch. 191.
-
-[118] Baluze, liv. VII, ch. 83.
-
-[119] _Ephes._ V, 25.
-
-[120] Ed. Beugnot, p. 118, _cour des bourgeois_, ch. 175. «S'il avient
-que un hons ait prise une feme et cetse feme devient puis mezele
-(lépreuse), ou chie dou mauvais mau trop laidement (épileptique), ou li
-pue trop fièrement la bouche et le nes, ou pisse aucune nuit au lit, si
-que tout se gastent ses draps, la raison commande que se le mari s'en
-claime à l'Église, et ne veut plus estre o (avec) luy, por ce malsaing
-qu'il i a, que l'Eglise le det despartir par dreit.»
-
-[121] _Cap. et public. de convers. conjug. 1189._
-
-[122] Extravag. Jean XXII, _Cap. unic. de voto et voti redemp. 1322_.
-
-[123] Innocent III. _Cap. accedens ext. de convers. conjug. 1212._
-
-[124] Ch. 57.
-
-[125] _Somme rurale_, liv. II, 18.
-
-[126] V. Fra Paolo Sarpi, _Histoire du concile de Trente_, liv. VII, §
-42 et suiv.
-
-[127] _Hist. du conc. de Trente_, liv. VII, § 44.
-
-[128] V. M. Glasson, _Étude sur le consentement des époux au mariage_,
-p. 41.
-
-[129] Liv. VII, _in Luc_...
-
-[130] Hom. XIX, cap. VII, ép. 1.
-
-[131] Decret. Liv. II, tit. XIX, ch. VII. _De divort._
-
-[132] _De synodo_, ch. VI, § 3. Benoît XIV.
-
-[133] Über die Stellung der Frauen im alten deutschen Recht, p. 28.
-
-[134] Canon VI, sess. 14. Bellarmin, De monach, I. II, cap. 36.—Suarès.
-_De relig._, t. III, l. 9, ch. XXIII, nº 29.
-
-[135] _Le mariage civil et le divorce_, p. 30, 1879.
-
-[136] Voir Schœffner: Geschichte des franzœsischen Rechts.—C. pr.
-Varnkænig et Stein: Franzœsische Staats- und Rechtsgeschichte.
-
-[137] Le concile de Trente avait affirmé la compétence des tribunaux
-ecclésiastiques en disant dans son canon 12 (cass. XXIV): «Si
-quelqu'un prétend que les causes matrimoniales ne sont pas du ressort
-ecclésiastique, qu'il soit anathème.»
-
-[138] _Contrat de mariage_, nº 506.
-
-[139] _Cont. de mar._ nº 508.
-
-[140] Nov. 117, c. 9, § 5.
-
-[141] Ferrière, sur l'art. 324 de la _Coutume de Paris_, tit. X.
-
-[142] Ch. XIII, ext., de rest. spol.
-
-[143] Vº Sép. d'habitation.
-
-[144] Bourjon. _De la communauté_, cinq. partie, ch. III, sect. 2.
-
-[145] Tome III, 34^e plaidoyer.
-
-[146] _Contr. de mar._, nº 513.
-
-[147] Pothier, _Cont. de mar._, nº 517.
-
-[148] Ferrière, Vº Séparation.
-
-[149] _De la communauté_, cinq. part., ch. III, sect. 2.
-
-[150] Duranton, t. II, nº 629.
-
-[151] _Parlement de Paris._ (Marchal, éditeur.)
-
-[152] V. Pothier, _Contrat de mariage_, nº 507.
-
-[153] M. Glasson, _Le mariage civil et le divorce_, p. 42, 1879.
-
-[154] Rapport de Léonard Robin à la séance du 9 sept. 1792.
-
-[155] V. Diderot. _Supplément au voyage de Bougainville_, Henri Taine.
-_Origines de la France contemporaine._ M. Glasson, _op. cit._—Rivière,
-capitaine de vaisseau, _La Nouvelle-Calédonie_ (1880).
-
-[156] Séance du 15 janvier 1880. _Rapport sur la proposition de M.
-Naquet._
-
-[157] Art. 8 à 14 de la loi, § 2.
-
-[158] Art. 15 à 20 de la loi, § 2.
-
-[159] Art. 4, § 3.
-
-[160] Art. 6, § 3.
-
-[161] Art. 9, § 3.
-
-[162] Rapport nº 2177, p. 3.—Annexe à la séance du 15 janv. 1880.
-
-[163] Séance du 2 thermidor an III.
-
-[164] _Le mariage civil et le divorce_, 1879, p. 51.
-
-[165] Séance du 2 thermidor an III.
-
-[166] 30 ventôse an XI.
-
-[167] Le projet de loi relatif au divorce avait été présenté au conseil
-d'État par M. Portalis, le 14 vendémiaire an X (4 octobre 1801). Il
-fut ensuite communiqué officieusement au Tribunat le 26 fructidor
-de la même année (13 sept. 1802). Le Tribunat, demanda quelques
-modifications, entre autres, la suppression d'une des causes de divorce
-proposées, l'attentat d'un conjoint envers l'autre. Il voulait aussi
-que le divorce ne fût permis qu'aux époux sans enfants. Le projet du
-Tribunat revint au Conseil présenté par M. Emmery le 20 brumaire an XI
-(11 nov. 1802). M. Treilhard fit le 18 ventôse an XI son _Exposé des
-motifs_ au Corps législatif qui fit faire la communication officielle
-au Tribunat. Sur un rapport de M. Savoye-Rollin le projet fut adopté au
-Tribunat par 46 voix contre 19. Enfin le 30 ventôse an XI, M. Treilhard
-et M. Gillet défendirent la loi devant le Corps législatif qui l'adopta
-par 188 voix contre 31. La promulgation eut lieu le 10 germinal an XI
-(31 mars 1803).
-
-[168] V. Rapport de M. Léon Renault, p. 8.
-
-[169] _Esprit des lois_, liv. XXIII, ch. XXI.
-
-[170] Rapport de M. Léon Renault, p. 14 et 57.
-
-[171] D'Haussonville, _L'enfance à Paris et les établissements
-pénitentiaires en France_. (C. Lévy, éditeur).—Comte de Paris, _De la
-situation des ouvriers en Angleterre_.—De Rainneville, _La femme dans
-l'antiquité_.—Feydeau, _Du luxe, des femmes, des mœurs_.—Mario Proth,
-_Les vagabonds_.—Rauland, _Le livre des époux_.
-
-[172] Rapport de M. Léon Renault, p. 20.
-
-[173] M. Glasson, _op. cit._, p. 53.
-
-[174] V. Locré, tome V, p. 420 et s.
-
-[175] Rapport, p. 20.
-
-[176] V. _Journal Officiel_ des 23, 24, 25 et 26 juin 1876.
-
-[177] Séance du 20 mai 1878.
-
-[178] D'après M. Jules Robyns, en Belgique, sur 30 habitants on compte
-une naissance, en France une sur 38. La mortalité est la même dans les
-deux pays. En Belgique, il y a un divorce par 43,097 habitants, en
-France, une séparation de corps par 15,510 habitants.—Conférence de
-madame Marie Dumas (27 février 1881) sur le _Tribunal des Divorces_,
-par Miguel Cervantès.—_Code du divorce_, par Maurice Méjane, avoué au
-tribunal de cassation (1793).
-
-[179] Consulter le beau travail de M. le docteur Latty
-(Hippolyte-Marie-Jean-Michel), _De la douleur_ (Paris 1881).
-
-[180] Il serait injuste de ne pas mentionner ici (dans une étude, toute
-consacrée au crime, à la débauche, au divorce), l'asile d'Auteuil,
-préservatif offert aux pauvres, aux orphelins, aux abandonnés de
-Paris. Cette œuvre, dirigée par l'abbé Roussel (un apôtre à qui ses
-enfants répètent les paroles de saint Matthieu: j'avais faim et vous
-m'avez donné à manger, j'étais sans asile, vous m'avez recueilli,
-vêtu, réchauffé, vous m'avez enfin empêché de devenir un voleur!) a
-reçu en dix ans, dans le local de la rue Lafontaine, 40, trois mille
-enfants, coûtant par jour 1 fr. 50, et en contient aujourd'hui 300. Ces
-déshérités apprennent là un état et deviennent d'honnêtes ouvriers.
-Dans sa séance du 8 mars 1881, le Sénat, préoccupé enfin du sort des
-enfants abandonnés, décimés par les infanticides, les avortements,
-a pris en considération les propositions de M. Caze (fondation d'un
-orphelinat national), et Lacretelle (rétablissement des tours dans les
-hospices).
-
-[181] Rapport de M. Léon Renault, p. 35.
-
-[182] M. Naquet. Discours du 27 mai 1879.
-
-[183] Discours de M. Odillon Barrot le 7 novembre 1831.
-
-[184] Discours de M. Odillon Barrot le 7 nov. 1831.
-
-[185] _Discours au Tribunat_, 19. Locré, t. V, p. 364.
-
-[186] Le mariage est de droit naturel, dit M. Alex. Dumas, l'amour
-vient de Dieu, mais le mariage vient de l'homme. _Le divorce_, p. 260.
-
-[187] Alex. Dumas, _op. cit._, p. 20.
-
-[188] Vie de sainte Fabiola.
-
-[189] Voir l'énumération d'après le _Droit canonique_.
-
-[190] Voir les procès du curé Gaufredi et de mademoiselle la Palud, à
-Marseille, du curé Grandier et des Ursulines de Loudun, du Père Gérard,
-âgé de 50 ans et de la belle Catherine Ladière, âgée de 18 ans, accusés
-d'inceste spirituel, devant le Parlement d'Aix (1728). Dans cette
-affaire, des conseillers avisés opinèrent qu'en soufflant dans la jolie
-bouche de sa jeune pénitente, le Jésuite lui avait injecté un démon
-d'impureté!
-
-[191] _Hist. du concile de Trente_, p. 729. Fra Paolo Sarpi. V. aussi
-Pallavicini.
-
-[192] Donnée à Rome le 10 février 1880.
-
-[193] Séance du conseil d'État du 14 vendémiaire an X. Locré, t. II, p.
-465.
-
-[194] Locré, t. V, p. 453. Rap. de M. de Trinquelague, nº 8.
-
-[195] _Disc. prélim. du Code civil_, nº 51.—Locré, t. I^{er}, p. 168.
-
-[196] _Principes de Code civ._, t. III, nº 171, p. 209.
-
-[197] M. Bérenger, séance du conseil d'État du 16 vendémiaire an X.
-
-[198] L'art d'aimer, ce n'est rien; c'est l'art d'être aimé qui est
-tout. Dans les ménages troublés, des réconciliations brutales succèdent
-aux colères emportées; ces mélanges de brutalités et d'ardeur sont les
-douches Écossaises du mariage.
-
-On se figure toujours que jamais un homme n'aura le cœur de vous briser
-le cœur! (Fanny Kemble, tragédienne anglaise). Voir: _Les familles et
-la société en France, Les livres de raisons en Provence_, par M. de
-Ribez. _Un livre de raisons, à Laon_ (1774-1826) par M. le président A.
-Combier (Delattre, imprimeur à Amiens, 1880).
-
-[199] Pièces justificatives XIX.
-
-[200] En Europe, les pays les plus peuplés sont: la Belgique, 186
-habitants par kilomètre carré; la Hollande, 128; la Grande-Bretagne,
-110; l'Italie, 95; l'Allemagne, 79; la France, 70; la Suisse, 67;
-l'Autriche, 57; l'Espagne, 33; la Turquie d'Europe 25. La population de
-la France (37 millions) s'accroît à peine par an, tandis que (malgré
-l'émigration) l'Angleterre (35 millions) s'accroît d'un million en
-trois ans, et l'Allemagne, en deux ans.
-
-[201] Bishop. _Law of marriage and divorce_, t. I^{er}, ch. II, 47.
-
-[202] Les causes de démoralisation des esprits, des cœurs et des corps
-sont multiples; elles viennent de la folie du luxe, qui engendre des
-besoins immodérés d'argent, et de l'excès de la débauche curieuse,
-qui recherche toutes les turpitudes. Le vice n'a plus de frontière,
-il s'est démocratisé comme la constitution, il s'est universalisé,
-comme le suffrage. Le théâtre et le roman nous représentent encore
-cette fiction de la fille du peuple, achetée par l'or du riche, mais
-la réalité prouve que, sur 100 filles perdues, il y en a 80, préparées
-à la prostitution dans la chaude promiscuité de l'atelier, par
-leurs compagnes et les ouvriers, attelés au même métier. Malgré les
-séductions concertées, l'entreteneur n'arrive jamais bon second; il
-passe toujours après le coiffeur, qui ne compte pas. Ne devrait-on pas
-faciliter le travail aux femmes, en le rétribuant mieux? Le luxe est
-partout répandu, comme un nécessaire instrument fait pour exciter la
-débauche (lire le procès de la rue Duphot, Petit achète des vêtements
-et des bottines à Isabelle, éconduite pour ce motif bien plus qu'à
-cause de sa jeunesse marchandée). Les femmes ne portent plus de robes,
-mais des costumes, des péplums (prix net d'une toilette: 1500 francs).
-
-[203] _Essais_, liv. II, ch. XV.
-
-[204] _Esprit des lois_, liv. XVI, ch. XV.
-
-[205] _Esprit des lois_, liv. XXVI, ch. III.
-
-[206] Léon Renault, rapport, p. 26.
-
-[207] Dans notre société, troublée et corrompue, éclatent des
-désastres, des suicides, qui jettent une lueur sinistre en passant,
-comme des éclairs dans une nuit sombre. Il n'y a plus un Parc aux
-Cerfs, mais on donne des fêtes vénitiennes, dans la rue Duphot, et
-l'on souscrit des billets, pour en solder les frais; on construit des
-grottes hospitalières où l'innocence et le vice iront rêver, au murmure
-de jets d'eau, qui ne se tairont ni jour ni nuit, comme dit Bossuet,
-on se fait sauter la cervelle dans un cabaret des halles au moment de
-payer l'addition, le chantage, récemment inscrit dans le Code pénal,
-n'est pas réprimé encore, il terrifie les femmes, sexe faible, aussi
-bien que les hommes, se croyant en leur vanité le sexe fort. Sous un
-toit suspect les vénales et adultères amours, prennent leurs ébats,
-S. G. D. G. Le public commence à soupçonner notre société de n'être
-pas supérieure à l'ancienne. Il se trouve vis-à-vis d'elle, dans la
-situation de ce mari de Gavarni faisant une scène à sa légitime:
-
- —Inutile de feindre, madame, je sais tout.
-
- —Vous savez tout?... Eh bien, c'est du propre!
-
-[208] Séance du 26 déc. 1815.—Locré, t. V, p. 435.
-
-[209] M. Jules Simon, _De la liberté_, t. I^{er}, p. 360.
-
-[210] Que deviendront-elles, ces femmes encore jeunes, souvent belles,
-dont le cœur éveillé à l'amour, est, toujours par la faute du mari,
-resté inassouvi? Elles seront des déclassées, prêtes à toutes les
-consolations, c'est-à-dire à toutes les chutes, dans une société
-implacable et qui pourtant devrait avoir pitié de ces victimes, de ces
-malades, dont le martyre est venu du cœur et des nerfs. Voir: _Études
-cliniques sur l'hystéro-épilepsie_ par P. Richer, avec une préface de
-Charcot (Delahaye, éditeur. 1881). _Causes criminelles et mondaines_,
-par A. Bataille (Dentu, éditeur, 1881). Rétif de la Bretonne. _Les
-gynographes ou idées de deux honnêtes femmes sur un projet de
-règlement, proposé à toute l'Europe, pour remettre les femmes a leur
-place et opérer le bonheur des deux sexes_ (_La Haye_, 1777). Mandsley.
-_Pathologie de l'esprit_ (Germer-Baillière, éditeur). V. _Traité de
-médecine légale_, par Taylor, Professeur à Guy's Hopital, traduit par
-Contagne, D. M. P. à Lyon. N'oublions pas non plus les ouvrages, les
-rapports, les savantes cliniques des professeurs Lasègue, Proust, Paul
-Lorain, Chambert, Woillez, Charcot, Duguet, Brouardel, Péan, Mottet,
-Blanche, Falret, Legrand du Saulle Saint-Germain, Labbé, Duplay, dignes
-continuateurs des grands praticiens français.
-
-[211] _Lettres persanes_, 116.
-
-[212] _Essais moraux et philosophiques_, 18.
-
-[213] _Analyse raisonnée du Code civil_, t. I^{er}, p. 218.
-
-[214] Dumas, _La princesse de Bagdad_ (acte III). Une jeune et
-charmante femme, rivée à un mari brutal, joueur et noctambule, me
-disait un jour: Si je n'avais pas une fille, j'aurais depuis longtemps
-demandé le repos au poison et le sommeil éternel à une tombe, délaissée
-comme l'a été toujours mon âme.
-
-[215] M. Léon Renault, Rapport, p. 21.
-
-[216] M. Ernest Legouvé, membre de l'Académie française, fils de
-Jean-Baptiste Legouvé, auteur du _Mérite des femmes_, est petit-fils de
-Legouvé, avocat au Parlement qui présentait au roi (14 octobre 1775)
-une requête dans l'intérêt des enfants protestants, nés sans état
-(_Pénalités anciennes_, Plon éditeur).
-
-[217] «Dès qu'on a des enfants, dit M. Jules Simon, on doit vivre pour
-eux et non pour soi.» _La liberté_, t. I^{er}, p. 361.
-
-[218] _Essais moraux et politiques_, 18^e essai.
-
-[219] Pièces justificatives XI, XIII, XVI. En 1387, les femmes du comté
-d'Eu ne payent aucun droit, pour le vin, qu'elles buvaient pendant leur
-coucher. _Trésor judiciaire de la France_—Plon éditeur.
-
-[220] L'abbé Vidieu.
-
-[221] M. Taine, _Notes sur l'Angleterre_.
-
-[222] M. Georges Berry, _Moralité du divorce_, p. 80.
-
-[223] Séance du 20 floréal an III (28 mai 1795).
-
-[224] Séance du 2 thermidor an III (21 juillet 1795).
-
-[225] Moniteur réimprimé en 1852.—T. XXVIII, p. 490.
-
-[226] V. M. Glasson, _op. cit._, 2^e édition.
-
-[227] Locré, _Proleg. Hist. des codes_, t. I^{er}, p. 92.
-
-[228] M. J. Simon, _Liberté civile_, ch. I^{er}.
-
-[229] _L'Europe politique et sociale._ (Maurice Block.)
-
-[230] V. Rapport de M. Léon Renault, p. 45, et Em. Combier. (_Thèse._)
-
-[231] V. Yvernès. _Justice civile et commerciale en Europe_, 1876.
-
-[232] V. _Exposé statistique de Suède_, 1878.
-
-[233] Dans le canton de Zurich, on compte, en 1875, 5,43 divorces sur
-100 mariages; en 1876, 8,91; en 1877, 6,92; en 1878, 7,62. Dans le
-canton de Schaffouse, en 1875, 6,68; en 1876, 14,02; en 1877, 12,94; en
-1878, 6,67. Dans l'Appenzell, en 1875, 7,65; en 1876, 5,19; en 1877,
-13,05; en 1878, 15,45. Dans le canton de Vaud, en 1875, 2,78; en 1876,
-4,75; en 1878, 4,45. Dans le canton de Neufchâtel, en 1875, 1,74; en
-1876, 3,11; en 1877, 4,50.
-
-[234] Yvernès, _op. cit._
-
-[235] Séparations de corps demandées à Paris à l'assistance judiciaire
-6,673: 3,062 admises, 2,019 rejetées.
-
-Séparations de biens, 2,137 demandées: 1,324 admises, 625 rejetées.
-
-Devant cette juridiction, 11,252 demandes sont admises et 8,567
-rejetées après sérieux examen.
-
-[236] Voir: _La loi sur le travail des enfants dans les manufactures_,
-commentée par Jules Périn, avocat; et la brochure du même auteur sur
-les _Saltimbanques_. Cosse et Marchal, éditeurs, place Dauphine, 27.
-
-[237] Sur 80 membres, le Conseil municipal de Paris, compte en 1880, 13
-médecins, 3 avocats; faut-il féliciter leurs clients ou la ville? on
-hésite.
-
-[238] Dernièrement, on a appris qu'un lieutenant (fils du baron colonel
-Ponsard), a été, à la tête de sa compagnie, abattu par deux coups de
-fusil, tirés par un soldat, qu'il venait de réprimander et de punir.
-
-L'assassin, condamné à la peine de mort par l'unanimité du Conseil
-de guerre de Grenoble, fut gracié (1880). Il est vrai que la victime
-laisse une mère veuve et une sœur, dont il était l'orgueil et l'espoir;
-nous le savons personnellement, ayant connu cette honorable famille.
-
-M. de Montalembert (de l'Académie française) condamné, sous l'Empire,
-pour délit de presse, à Paris, se pourvut devant la Cour (chambre
-correctionnelle), pour y refuser dédaigneusement, par la voix de
-Berryer, la grâce, que lui avait accordée Napoléon III, avant
-l'expiration du délai d'appel, accordé au prévenu.
-
-[239] En janvier 1860, il m'a été donné de faire visite, chez lui,
-au poète Nîmois, l'auteur inspiré de l'_Ange et l'enfant_. Dans
-notre conversation, il m'a surtout parlé de Paris et de son illustre
-protecteur et compatriote Guizot, le grand ministre et l'illustre
-historien.
-
-[240] Dreyfous, éditeur, rue du Faubourg-Montmartre, 13.
-
-[241] Voir aussi _Madame Bovary_, l'œuvre vivante de notre ami Gustave
-Flaubert, si prématurément enlevé aux lettres. (Charpentier, éditeur.)
-
-[242] La police des mœurs a beaucoup fait parler d'elle, depuis quelque
-temps (1881). Tandis que les uns ont réclamé la suppression de la
-brigade spécialement chargée de ce service, qui serait désormais confié
-aux sergents de ville, d'autres se sont contentés de demander des
-modifications, ou plutôt des améliorations de l'état de choses actuel.
-
-Nous croyons savoir qu'il sera bientôt donné satisfaction, dans la
-mesure du possible, à ce dernier désir. Loin de tolérer la liberté de
-la prostitution, le préfet de police songerait, au contraire, à prendre
-des mesures plus sévères à l'égard de certains individus rôdeurs de
-barrières, dont les moyens d'existence sont inavouables.
-
-De même que le recéleur fait le voleur, de même le souteneur fait la
-prostituée, a dit récemment au conseil municipal M. Andrieux. Le fait
-est certain. C'est donc surtout contre cette catégorie de gens sans
-aveu que la Préfecture de police va sévir. Leur nombre a augmenté
-dans de telles proportions durant cet dernières années, qu'il est
-indispensable d'adopter une réglementation nouvelle pour mettre fin à
-une situation qui ne fait qu'empirer. Les honnêtes gens ne pourront que
-remercier le préfet de police de prendre les dispositions nécessaires,
-pour nettoyer ces écuries d'Augias.
-
-[243] Les mesures arbitraires, administratives, seront enfin
-supprimées, à commencer par cette visite corporelle infligée, redoutée
-comme un reste de torture. Il y aura des peines prononcées pour
-contravention de simple police, et des jugements constatant les délits
-commis publiquement et réprimés par l'article 330 du Code pénal leurs
-coauteurs ou complices. Seront impunies les filles qui consentiront
-à être parquées dans les maisons de tolérances dont l'intérêt, bien
-entendu, est de se soumettre à toutes les conditions sanitaires
-imposées par l'administration, qui les surveille sans cesse.
-
- CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS
-
- _Séance du 28 décembre 1880._
-
-Reprise de la discussion relative à la suppression de la brigade des
-mœurs et du dispensaire de salubrité.
-
-Plusieurs conseillers déposent la proposition suivante: «Cette brigade
-sera supprimée, à partir du 1^{er} janvier 1882; M. le préfet de
-police est invité à étudier et à proposer d'ici à cette époque une
-organisation conforme aux indications contenues dans le rapport de la
-commission du budget.»
-
-Deux amendements sont proposés: l'un auquel se rallie M. le préfet de
-police, invite celui-ci à étudier une réglementation nouvelle de la
-police des mœurs et, au besoin, à provoquer le vote d'une loi nouvelle
-sur la matière; mais le conseil adopte, article par article, un autre
-amendement en quatre articles, par lequel l'administration municipale
-est invitée: à présenter un projet d'installation de services médicaux
-gratuits contre les maladies syphilitiques,—à étudier le moyen de
-remplacer les agents des mœurs par des gardiens de la paix pour le
-service d'ordre public,—à renvoyer à la justice régulière les délits
-ou contraventions soumis aujourd'hui à l'arbitraire administratif,—à
-supprimer la brigade des mœurs. Le vote sur l'ensemble donne 33 voix
-pour l'adoption et 12 contre.
-
-[244] _Des récidives en matière criminelle_, par M. l'avocat général
-Petiton, discours de rentrée à la Cour de cassation (3 novembre
-1880).—_Des réformes judiciaires et de l'instruction ouverte_, discours
-de rentrée prononcé par M. Dauphin, sénateur, procureur général près la
-Cour d'appel de Paris (3 novembre 1880).
-
-[245] Voir les beaux discours prononcés au sénat, par MM. Jules Simon,
-d'Audiffret-Pasquier, Buffet, Oscar de Vallée (1880).
-
-[246] La commission de la presse s'évertue, depuis un an, sans rien
-produire, à faire autrement, sinon mieux que le décret du 17 février
-1852.
-
-[247] Après certains renseignements envoyés par la police anglaise, le
-parquet de Bruxelles a fait une descente dans une maison de tolérance
-qui lui avait été désignée. L'enquête, qui a duré neuf heures, a révélé
-qu'une jeune Anglaise était entrée dans cette maison à l'âge de quinze
-ans, encore pure. Le «tenancier» a été arrêté et condamné en 1880, à
-payer 1000 francs de dommages-intérêts à mademoiselle Tanner, cette
-jeune Anglaise qu'il avait séquestrée, chez lui, refusant de la laisser
-emmener par un riche Américain, s'intéressant à elle, qui, malgré son
-nom, n'avait pas jeûné.
-
-[248] Maxime Du Camp, _Paris et ses organes_.
-
-[249] Un collège, il est vrai qu'il est en Champagne, a vu refuser tous
-ses candidats à l'examen (1880)!
-
-[250] On devrait bien décréter la science (laïque ou même cléricale)
-obligatoire pour tous.
-
-[251] Les attroupements étaient punis, sous l'ancienne monarchie, comme
-acte de rébellion en réunion.—Nos agitations politiques amenèrent vite
-les décrets des 26-27 juillet 1791, complétant la loi du 21 octobre
-1789, auxquels il faut ajouter les articles 96, 265 du Code pénal, les
-lois du 8 octobre 1830, 10 avril 1831, qui prescrivent l'emploi de la
-force, après sommations précédées d'un roulement de tambour ou de son
-de trompe. Il n'y a plus maintenant de tambours!
-
-[252] Louis XIV, dont le règne fut si glorieux et si long, donnait
-aux officiers et archers de la compagnie du guet leur solde et
-gratification, sur les États du comptant, où se trouvent aussi 60,000
-francs pour les pauvres et malades des faubourgs de Paris. (_Archives
-nationales_, _section historique_, _K._ 12,072.)
-
-[253] En 1869, on ne comptait guère plus de 4,800 agents. Aujourd'hui,
-les cadres comprennent 7,800 commissaires de police, officiers de paix,
-inspecteurs, brigadiers, sous-brigadiers, gardiens de la paix, etc.,
-etc. Ce personnel ne coûte pas moins de 15,400,000 francs, dont moitié
-est supportée par l'Etat, moitié par la Ville de Paris. De pareils
-chiffres paraissent déjà fort respectables. Eh bien, cependant, nous
-sommes à la veille de les voir s'accroître encore.
-
-Nous apprenons, en effet, que M. Andrieux, loin de supprimer telle
-ou telle brigade affectée à un service spécial, songe au contraire à
-en augmenter le nombre. Aujourd'hui, les gardiens de la paix sont au
-nombre de 6,800; il s'agirait d'y joindre 200 nouvelles recrues, de
-manière à arriver au chiffre rond de 7,000. Il est question de proposer
-au conseil municipal l'établissement de patrouilles de nuit. Pour cette
-organisation nouvelle, on choisirait les gardiens de la paix, qui ont
-fait leur service dans la cavalerie.
-
-Ce projet est en ce moment élaboré à la Préfecture de police et
-nous croyons savoir qu'il est approuvé d'avance par le ministre de
-l'intérieur.
-
-[254] Une enfant de huit ans, arrêtée en ces circonstances, interrogée
-sur les provocations, dont sa jeunesse eut dû la préserver, répondait
-en souriant: Je ne travaille qu'avec mes mains!
-
-[255] Les duels ont lieu surtout lorsque la poursuite paraît devoir
-être lente ou incertaine, suivie aux assises d'un acquittement ou en
-police correctionnelle d'une condamnation, pour coups et blessures,
-alors que l'intention homicide est revendiquée par l'inculpé. (22 juin
-1837. Arrêt rendu sur le réquisitoire du procureur général Dupin.)
-
-[256] Ces vengeances féminines, devant le jury, trouvent indulgence
-ou impunité. (Assises de la Seine, affaire de la femme Paulard, 13
-décembre 1880). A Laon, Virginie Dumaire a été condamnée à 10 années de
-réclusion, pour avoir tué son amant qui allait se marier.
-
-[257] De pareils accidents, dont les témoins cherchent à dissimuler les
-circonstances, au début, sont bien fréquents à Paris.
-
-[258] Une pénalité devrait atteindre les parents qui refusent de
-reprendre leurs enfants arrêtés.
-
-[259] _Rapport du directeur de l'Assistance publique_, 1880.—Signalons
-l'institution organisée par M. Voisin, ancien préfet de police,
-conseiller à la Cour de cassation, pour faciliter si utilement
-l'admission dans les armées de terre et de mer des enfants abandonnés,
-dignes de tout intérêt, les colonies dépendant du ministère de
-l'intérieur, la colonie fondée à Orgeville, par M. G. Bonjean.
-
-[260] De nos jours, on a tenté d'offrir aux régicides des armes
-d'honneur, pour perpétuer, dans leur famille et la mémoire des hommes,
-le souvenir des crimes accomplis ou tentés.
-
-[261] Les Américains dépassent, pour l'esprit pratique et utilitaire,
-les Anglais.
-
-[262] _Lettres de madame de Maintenon._—_Mémoires complets_ 24 vol
-(_Bibliot. nation._).—_État de la France où l'on voit tous les princes,
-ducs et pairs, ensemble les noms des officiers de la maison du roy,
-avecque leurs gages, privilèges, suivant l'état porté à la cour des
-Aydes_ (dédié au roy), 3 vol in-12. Paris, Trabouillet, 1697. Cet
-ouvrage donne les détails sur le cérémonial pour le lever, le coucher,
-l'habillement du roy, l'emploi de sa journée.
-
-[263] En 1684, le roi, qui se levait entre huit et neuf heures du
-matin, allait chez madame de Maintenon, de sept heures du soir jusqu'à
-dix heures, qui était l'heure de son souper; après quoi, il passait
-chez madame de Montespan jusqu'à minuit, et le petit coucher était
-ordinairement fini à minuit et demi, au plus tard, à une heure.
-
-[264] La veuve de Scarron déterminait le roi à entreprendre des
-travaux ruineux, pour les finances et les hommes, à Maintenon, où
-20,000 soldats empruntés aux régiments de Picardie, Champagne, Royal
-des Vaisseaux, Languedoc, Navarre, Feuquières, Crussol, La Fare,
-Fusiliers du Roi, Alsace, Vaubecourt, Lyonnais, Dauphin, la Reine,
-Anjou, Vermandois, Dragons, remuaient des terres, sous le commandement
-du Marquis d'Uxelles, surveillant 8,000 maçons. La favorite écrivait
-à madame St. Géran (28 juillet 1687): Les hommes sont bien fous de se
-donner tant de soins, pour embellir une demeure, où ils n'ont que deux
-jours à loger. (Voir aux Archives les États du Comptant, signés par
-Louis XIV.)
-
-[265] Ne disons pas de mal de cette profession et souvenons-nous
-qu'un chirurgien dentiste (en 1763) rue Mauconseil, au premier étage,
-nommé Talma, originaire du Brabant, mais de souche Espagnole, eut,
-le 15 octobre, pour fils, François-Joseph, qui fut le plus illustre
-tragédien, non seulement de France, mais du monde entier. En face,
-était un bureau de loterie, tenu par le Castillan Mira, dit Brunet,
-où naquit Jean Joseph (1766), mort en 1851, qui fonda les Variétés
-(1805), où il obtint les succès comiques, qu'il avait déjà ébauchés sur
-le théâtre de la Cité (ancien Prado) avec Odry, Legrand, Lepeintre et
-Potier.
-
-[266] Des faits de cette nature sont fréquents, souvent cachés
-par le silence intéressé des victimes ou des familles. Espérons
-qu'ils sont limités à la libre Amérique, en souhaitant que l'éther
-et le chloroforme, toujours si délicats, si difficiles à manier,
-ne soient appliqués que par des docteurs-médecins et non par des
-M^{ns}-dentistes, ce qui veut dire seulement: _Mécaniciens-Dentistes_!
-(Voir les débats de l'affaire _femme Préterre_ contre son mari.—Cour de
-Paris, chambre civile, M^{es} Allou et Housse.)
-
-[267] Loi du 27 décembre 1880.
-
-[268] Les suicides dans l'arrondissement de Laon (1853).
-
-[269] Surtout dans la jeunesse ou dans la vieillesse:
-
- Car lorsqu'on est très vieux, on devient très enfant.
-
- (VICTOR HUGO).
-
-[270] Ce précurseur de Prévot, de Billoir, de Menesclou, renvoyé devant
-le deuxième conseil de guerre, à Paris, fut condamné à une année
-seulement d'emprisonnement, pour violation de sépultures. (_Gazette des
-Tribunaux_, 11 juillet 1849.)
-
-[271] Voir la remarquable lettre de M. le premier président Gilardin,
-adressée à Ambroise Tardieu, sur la responsabilité des aliénés et leurs
-testaments. (Les aliénés. (Proposition Gambetta et Magnin.) Delahaye,
-éditeur.)
-
-[272] Claretie. _Les amours d'un interne._
-
-[273] Tardieu (Amb.).—_Médecine légale._ Lacassagne.—_Le tatouage dans
-l'armée._
-
-[274] _Les femmes d'après les statistiques criminelles._
-
-On vient de publier, dans les vingt mairies de Paris, le tableau des
-condamnations prononcées par la Cour d'assises de la Seine, dans les
-mois de mai et juin 1880.
-
-Ce tableau relate 28 sentences prononcées contre un pareil nombre
-d'individus, dont 25 du sexe masculin et 3 du sexe féminin.
-
-La femme disparaît de plus en plus des annales de la criminalité.
-Les seules qui y paraissent encore sont condamnées pour le crime
-d'infanticide.
-
-Aucune condamnation à mort ne figure sur le tableau de ces deux mois.
-
-[275] Voir le discours de M. l'avocat général Petiton (3 novembre 1729).
-
-[276] Sarcey.
-
-[277] Le projet de divorce, préparé par des discussions, est à l'ordre
-du jour, en attendant que les chambres le discutent. De là complet
-relâchement du lien conjugal, dans toutes les classes.
-
-[278] Une prison pour les cochers, pris en maraude et en contravention,
-renfermés et réduits à jouer au bouchon, rappelle la détention infligée
-jadis aux gardes nationaux récalcitrants!
-
-[279] _Le Bailliage du Palais._ (Willem, éditeur à Paris.)
-
-[280] _Description de la ville de Paris_, par Germain Brun (1728).
-
-[281] _Les métiers de Paris._ (Leroux, éditeur à Paris.)
-
-
-
-
-LIVRES A CONSULTER
-
-
-Legrand du Saulle.—_Médecine légale._
-
-_Curiosités des anciennes Justices._ (Plon, éditeur, Paris.)
-
-_Pénalités anciennes, supplices, prisons et grâces._ (Plon.)
-
-_Le Châtelet._ (Didier, éditeur.)
-
-_Des attentats à la pudeur_, par le professeur Ambroise Tardieu.
-
-_Les métiers de Paris._ (Leroux, éditeur, Paris.)
-
-_Le Parlement de Paris._ (Marchal et Billard, place Dauphine.)
-
-_Les aliénés._—Proposition Gambetta et Magnin. (Delahaye, éditeur.)
-
-_Les registres criminels du Châtelet_, par Duplès-Agier.
-
-_Registre de Saint-Martin des Champs_, par M. Tanon, directeur des
- affaires criminelles.
-
-_Étude sur les séparations de corps_, par M. Dussac, D. M. P.
-
-Briand et Chaudé.—_Médecine légale._
-
-_Histoire de la Médecine légale._ (Charpentier, éditeur.)
-
-Devergie.—_Médecine légale._
-
-Lacassagne.—_Médecine judiciaire._
-
-Filleau.—_Des maladies vénériennes._
-
-Parent-Duchâtelet.—_De la prostitution._
-
-Lecour.—_De la prostitution à Paris et à Londres._
-
-Casper.—_De la Médecine légale._ (Berlin.)
-
-Taylor.—_De la Médecine légale._ (Londres.)
-
-_La prostitution_, par le docteur Mireur.
-
-_Des déformations vulvaires_, par le docteur Martineau, médecin de
- l'Ourcine.
-
-_Des organes génitaux externes, chez les prostituées_, par le docteur
- Charpy.
-
-Delamare.—_Collection des manuscrits._ (Biblioth. Nation.)
-
-_Éloge de Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie Royale de
- Chirurgie_, par M. le docteur Louis A. Segond.
-
-Regneri de Graaf.—_De mulierum organis generationi inservientibus._
- (Lugd. Batav. ex officinâ Hockianâ. 1772.)
-
-_Du mouvement des muscles_, de Galien, traduit par maître Jehan
- Canappe. (Lyon, chez Sulpice Sabbon, pour Antoine Constantin. 1541.)
-
-_Le livre des présaiges du Divin Hyppocrate_, translaté par maître
- Pierre Vernei. (Lyon, Éstienne Dolet. 1542.)
-
-_L'anatomie des os du corps humain_, de Galien, traduit par maître
- Jehan Canappe. (Lyon, Éstienne Dolet. 1541.)
-
-_De la raison de curer par évacuation du sang_, de Galien. (Lyon, chez
- Sulpice Sabbon, pour Antoine Constantin.)
-
-_La manière de traiter les playes, faites par harquebuse, et autres
- bâtons à feu_, par Ambroise Paré. (Paris, veuve Debris. 1552.)
-
-_Administration anatomique_, de Galien, traduit par M. Jacques
- Daleschampes, docteur en médecine. (Lyon, 1571.)
-
-_Les morphiomones_, par le docteur Levinstein. (Berlin.)
-
-_Mémoires sur les Ordonnances de d'Aguesseau_, par Monnier. (Orléans,
- 1858. Imprimerie Colas-Gordin.)
-
-_La justice civile et criminelle dans les cahiers de 1789_, par M.
- Preux, avocat général à Douai. (1864.)
-
-_Examen des comptes de la justice criminelle_, par le docteur
- Vingtrinier. (Rouen, 1864.)
-
-_Le droit criminel avant la Révolution_, par Campenon. (Paris, 1864.)
-
-_Les Maîtres des Requêtes et les États de Bourgogne_, par Jules Pautel.
- (Durand, éditeur à Paris, 1864.)
-
-_Essai sur les institutions judiciaires d'Avignon, et du comté
- Venaissin, sous les Papes_, par M. Victor Faudon, substitut du
- procureur général à Nîmes. (1867.)
-
-_De l'origine des épreuves judiciaires_, par M. E. Châtillon, substitut
-du procureur général à Nancy. (1863.)
-
-_Claudius Cantiuncula, jurisconsulte Messin_ (XVI^e _siècle_), par M.
- Prost. (Metz, 1868.)
-
-_Des jugements par jurés, en matière civile anciennement établis dans
- quelques tribunaux de la France_, par M. Levrier, lieutenant général du
- bailliage royal de Meulan. (Mai 1790, Paris, chez Belin.)
-
-_Vie privée et criminelle d'Antoine François Desrues, détail de ses
- crimes._ (Paris, Caillaux, 1777, in-8º.)
-
-_Paris sous Philippe le Bel_, par Géraud (Paris, Crapelet, 1837).
-
-_Paris pendant la domination anglaise_ (1420-1439), par Longnon.
- (Paris, Champion, 1878.)
-
-_Antiquités de Paris_, par Gilles Corrozet, avec notice de Bonnardot.
- (Guiraudet et Louvurt, 1848).
-
-_La ville de Paris_ (XV^e siècle), par Guillebert de Metz. (Paris,
- Aubry, 1856.)
-
-_Théâtre des Antiquités de Paris_, par Du Breul. (Paris, 1639).
-
-_Histoire de Paris_, par Dulaure. (Paris, 1839.)
-
-_La démagogie à Paris_, en 1793, par Dauban. (Plon, éditeur.)
-
-_Pariseum_, par Blanvillain. (Paris, 1802.)
-
-_Les désastres de Paris_, par la Commune, par Z. Mottu.
-
-_Idées anti-Proudhoniennes sur l'amour, les femmes et le mariage_, par
- Juliette Lambert. (Lévy, Paris, 1862.)
-
-_Mémoires de Vidocq._
-
-_Mémoires de Canler_, ancien chef de service de sûreté. ( Paris, in-12.)
-
-_Le monde des coquins_, par Moreau Christophe, inspecteur général des
- prisons. (Dentu éditeur, 1863.)
-
-_Curiosités judiciaires_, par Warée. (1858.)
-
-_La femme dans l'antiquité_, par de Rainneville. (1865.)
-
-_La femme au XVIII^e siècle_, par Edmond et Jules de Goncourt. (1862.)
-
-_Le droit des femmes_, par Al. Assolant. (1868.)
-
-_De la prostitution en Europe_, par Rabertaux. (1851.)
-
-_Le Roman d'une femme_, O. Feuillet, de l'Académie française. (1878, M.
- Lévy.)
-
-_Les rues du vieux Paris_, par Victor Fournel. (Didot, éditeur.)
-
-_Les mœurs de Paris._ (Amsterdam, Cortet, 1748.)
-
-_Notes sur Paris_, par Faure. (Hachette, 1867.)
-
-_Histoire des galeries du Palais-Royal_, par Lefaure. (Paris, Martenon,
- 1863.)
-
-Huyssmans. _Croquis parisiens._
-
-_Histoire des barrières de Paris_, par A. Delvau. (Paris, Dentu, 1863.)
-
-_Le vrai théâtre de Paris_, par Dessessart, avocat au Parlement.
- (Paris, 1777.)
-
-_Histoire de saint Louis_, par le sire de Joinville, publié par de
- Wailly. (Didot éditeur.)
-
-_Le Roi des grecs_, par Adolphe Belot. (1881).
-
-_Les amours d'un interne_, par Jules Claretie. (1881.)
-
-Héquet.—_De l'indécence aux hommes d'accoucher les femmes et de
- l'obligation aux mères de nourrir leurs enfants._ (Paris, 1744. In-12.)
-
-_Instructions chrétiennes sur la manière dont on doit se conduire en
- carême et sur les désordres du carnaval._ (Paris, 1722. In-12.—Lottin.)
-
-Ordonnance de S. M. (21 février 1752) _contre les indécences dans les
- églises de Paris, contre les dames qui y sont en robe abattue sans
- ceinture_.
-
-Sentence de police du 28 juin 1732, _expulsant les locataires d'une
- maison dépendant du monastère des Prémontrés de la Croix-Rouge, rue de
- Sèvres, où ont lieu des scènes de débauche en un appartement ayant vue
- sur l'église du couvent_.
-
-_Décentralisation de la Préfecture de police_, par C. Macé.(1870.)
-
-_Projet de loi rattachant le budget de la Préfecture de police au
- budget de l'État._ (Avril 1881.)
-
-
-
-
-TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
-
-
- PRÉFACE i
-
-
- LE CRIME A PARIS
-
- CHAP. I.—_Les malfaiteurs et l'armée de l'ordre_:
-
- Nombre des arrestations à Paris 3
- Les vagabonds, mendiants 4
- Saint-Lazare 4
- Le guet royal, les bourgeois, les agents 5
-
- CHAP. II.—_La police métropolitaine à Londres_:
-
- Personnel des inspecteurs, sergents et constables 7
- Objets volés 7
- Accidents, disparitions 8
-
- CHAP. III.—_Arrestations d'inculpés_:
-
- Nombre des inculpés arrêtés (sexe, profession) 10
-
- CHAP. IV.—_Délits_:
-
- Nationalité des inculpés 12
- Nature des crimes 12
- Répression 14
-
- CHAP. V.—_Augmentation des récidives_:
-
- Faiblesse de la répression 15
-
- CHAP. VI.—_Fonctionnement de la justice criminelle_:
-
- Expertises 18
- Commissions rogatoires à l'étranger 18
- Extradition 20
-
- CHAP. VII.—_Causes des crimes à Paris_:
-
- Attaques nocturnes 21
- La loi du 12 juillet 1852 protège Paris et Lyon 25
-
- CHAP. VIII.—_Les prisons de Paris_:
-
- Exécution des peines 28
- Grâces 29
- Amnistie 30
- Régime cellulaire 34
-
-
- LA DÉBAUCHE A PARIS
-
- CHAP. I.—_Antiquité de la débauche._—_Charlemagne._—
- _Ordonnances de saint Louis._—_Dîme du roi
- des Ribauds_:
-
- Ordonnances royales cantonnant les prostituées 39
- La reine de France à l'offrande 40
- Ordonnance des échevins de Douai 42
-
- CHAP. II.—_Apparition du mal vénérien (1304)._
- —_Accroissement des maisons de filles._—_Ordonnances
- de Charles VII._—_Arrêts du Parlement (1496)_:
-
- Visites de Hugues Aubriot 43
- Les maisons de l'Église Saint-Merry 44
- Un portrait d'Isabeau de Bavière 45
- La nièce du président de Popincourt 47
- Londres, Espagne, Italie 47
- Arrêts contre les forains atteints du mal de Naples 47
-
- CHAP. III.—_Les filles à Dijon, à Péronne._—_Édits de
- François I^{er} et Henri II_:
-
- Le sergent Auxeau 48
- Les étuves de Péronne 48
- Squelettes trouvés en Glatigny 49
- L'hôpital Saint-Nicolas 49
-
- CHAP. IV.—_Ordonnances de 1629._—_Lettre de la reine
- Anne._—_Attentats à la pudeur autrefois_:
-
- La reine Anne et Marguerite Bourlet 51
- La fille Hue 52
- Impuissance excusée à soixante ans 53
- Attentats contre nature 54
-
- CHAP. V.—_D'Argenson et madame Baudoin._—_La
- fille Bressaux_:
-
- Arrestation des filles 56
- Prisons d'État 57
- Religieux surpris chez des filles 58
-
- CHAP. VI.—_Ordonnances du 6 mai 1878._—_Pratiques
- coupables_:
-
- Audace des filles à réprimer 65
- M. Debelleyme 66
- Emploi des narcotiques 69
- Hypnotisme 70
-
- CHAP. VII.—_Message du Directoire._—_Code pénal._
- —_Maisons de débauche à Paris_:
-
- Faustin Hélie signale l'arbitraire des arrestations
- La loi du 19 juillet 1791 et l'article 334 73
-
- Age, maladies, origine des prostituées 74
-
- CHAP. VIII.—_La Préfecture de Police._—_Saint-Lazare._
- —_Angleterre et France_:
-
- Les détenues de Saint-Lazare 80
- Les souteneurs 82
- Pétitions en Angleterre et à Paris 85
-
- CHAP. IX.—_Police des mœurs._—_Son action._—_Ses
- règlements_:
-
- Règlement du 15 octobre 1878 88
-
-
- LE DIVORCE
-
- I.—Le divorce 93
-
- II.—Le divorce dans l'antiquité 97
-
- III.—Le divorce chez les nations étrangères 104
-
- IV.—Le divorce dans les Gaules 108
-
- V.—Le divorce d'après le droit canonique 117
-
- VI.—Le divorce après la réforme et le Concile de
- Trente 130
-
- VII.—Le divorce sous la monarchie 139
-
- VIII.—Le divorce dans le droit intermédiaire 151
-
- IX.—Le divorce et l'indissolubilité du mariage 192
-
- X.—Statistique du divorce 262
-
-
- CONCLUSION 271
-
-
- PIÈCES JUSTIFICATIVES
-
- I.—La traite des blanches 287
-
- II.—Préservation 290
-
- III.—Abaissement du niveau des études 291
-
- IV.—Les factionnaires supprimés et les postes du
- guet 292
-
- V.—La Préfecture de police 294
-
- VI.—Les marchandes de fleurs.—Vagabondage 296
-
- VII.—Premier trottoir 299
-
- VIII.—Les duels 300
-
- IX.—Les drames du vitriol 301
-
- X.—Les morts subites et mystérieuses 302
-
- XI.—L'enfance coupable.—Les enfants abandonnés
- à Paris (1880) 303
-
- XII.—Le travail des femmes 306
-
- XIII.—Exécution d'un parricide 309
-
- XIV.—Grâce accordée à un empoisonneur 311
-
- XV.—La réorganisation de la Morgue 311
-
- XVI.—L'autopsie de Menesclou 313
-
- XVII.—Un régicide glorifié 314
-
- XVIII.—Exécution à New-York 315
-
- XIX.—Dépense d'un ménage Parisien (1698), d'après
- madame de Maintenon 317
-
- XX.—Attaques nocturnes aux États-Unis 321
-
- XXI.—Meurtre d'un dentiste 323
-
- XXII.—Exécution dans les prisons et cordes de
- pendus 326
-
- XXIII.—Le suicide 328
-
- XXIV.—Constat des suicides en Amérique 334
-
- XXV.—Le système pénitentiaire 336
-
- XXVI.—Un lypémaniaque 338
-
- XXVII.—Les Champs-Élysées et le bois de Vincennes 340
-
- XXVIII.—Signes d'identité 342
-
- XXIX.—Les récidivistes 344
-
- XXX.—Les actrices, leurs dépenses et toilettes 345
-
- XXXI.—Le mouvement de la population en France
- (1878) 348
-
- XXXII.—Le dépôt de la Préfecture de police 349
-
- XXXIII.—Liste des femmes savantes en France (1880) 351
-
- XXXIV.—Fermeture des portes du Palais de Justice.
- —Désordre des vagabonds et des coiffeurs 353
-
-
- FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
-
-
- Paris.—Imp. E. CAPIOMONT et V. RENAULT, rue des Poitevins, 6.
-
-
-
-
-
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-
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-
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- The Project Gutenberg eBook of Le Crime et la Débauche à Paris, par Charles Desmaze.
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- </head>
-<body>
-
-
-<pre>
-
-Project Gutenberg's Le crime et la débauche à Paris, by Charles Desmaze
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
-other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of
-the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
-www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you'll have
-to check the laws of the country where you are located before using this ebook.
-
-Title: Le crime et la débauche à Paris
- Le divorce
-
-Author: Charles Desmaze
-
-Release Date: January 20, 2016 [EBook #50974]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CRIME ET LA DÉBAUCHE PARIS ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Turgut Dincer and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-book was produced from scanned images of public domain
-material from the Google Books project.)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<p class="center">LE CRIME<br />
-
-ET LA<br />
-
-DÉBAUCHE A PARIS</p>
-
-<hr class="short" />
-
-<p class="center">LE DIVORCE</p>
-
-<hr />
-
-<p class="center">OUVRAGES DE M. CHARLES DESMAZE<br /><br />
-
-Conseiller en la Cour de Paris, officier de la Légion d'honneur,<br />
-Correspondant de l'Académie royale de Bruxelles<br />
-et de plusieurs sociétés savantes de France, officier d'Académie (1845-1881)</p>
-
-
-<p class="p3"><span class="smcap">L'université de Paris.</span><br />
-<span class="smcap">Le Parlement de Paris.</span><br />
-<span class="smcap">Le Châtelet.</span><br />
-<span class="smcap">Les Pénalités anciennes</span> (supplices et prisons).<br />
-<span class="smcap">Les Curiosités des anciennes justices</span>, d'après les manuscrits.<br />
-<span class="smcap">Des Contraventions a Londres.</span><br />
-<span class="smcap">Le Formulaire des magistrats.</span><br />
-<span class="smcap">Communes et Royauté.</span><br />
-<span class="smcap">La Sainte-Chapelle.</span><br />
-<span class="smcap">Le Bailliage du Palais-Royal.</span><br />
-<span class="smcap">Les Métiers de Paris.</span><br />
-<span class="smcap">L'Abbaye d'Isle de Saint-Quentin.</span><br />
-<span class="smcap">Le Suicide.</span><br />
-<span class="smcap">La Picardie</span>, étudiée d'après les manuscrits.<br />
-<span class="smcap">Le Musée du peintre de La Tour, a Saint-Quentin.</span><br />
-<span class="smcap">Bauchant</span> (bibliophile Saint-Quentinois, quatorzième siècle).<br />
-<span class="smcap">Ramus</span> (philosophe Picard, seizième siècle).<br />
-<span class="smcap">Histoire de la médecine légale</span>, d'après les arrêts criminels.<br />
-<span class="smcap">Les Aliénés</span> (proposition Gambetta et Magnin).<br />
-</p>
-
-
-<p class="center"><i>SOUS PRESSE</i>:</p>
-
-<p class="indent"><span class="smcap">La Magistrature française.&mdash;Les premiers présidents de la
-cour de Paris.</span></p>
-
-
-<p class="center">Paris.&mdash;Imp. <span class="smcap">E. Capiomont</span> et <span class="smcap">V. Renault</span>, rue des Poitevins, 6.<br />
-</p>
-
-<hr />
-
-<h1>
-<small><small>LE CRIME</small></small><br /><br />
-
-<small><small><small><small><small>ET LA</small></small></small></small></small><br />
-<br />
-DÉBAUCHE A PARIS</h1>
-
-<hr class="short" />
-
-<p class="center"><big><big>LE DIVORCE</big></big><br />
-<br />
-PAR<br />
-<br />
-Charles DESMAZE<br /><br /></p>
-
-<p class="right f85">Sunt scelus et libido nostri farrago libelli.<br />
-(<span class="smcap">Juvénal</span>, sat. 1.)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>
-
-<hr class="short" />
-
-<p class="center">
-PARIS<br />
-<br />
-G. CHARPENTIER, ÉDITEUR<br />
-<br />
-13, RUE DE GRENELLE-SAINT-GERMAIN, 13<br />
-<br />
-1881<br />
-<br />
-Tous droits réservés.
-</p>
-
-<hr />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_i" id="Page_i">i</a></span></p>
-
-<h2>PRÉFACE</h2>
-
-<p class="right f85">
-Caveant consules ne quid detrimenti<br />
-Respublica capiat.<span class="h">ne quid detrimenti</span><br /><br />
-</p>
-
-
-<p>Les meurtriers, les voleurs, les filles,
-vivent dans une compagnie étroite et nécessaire&mdash;disait
-l'accusé Humbert, en 1878,
-devant la Cour d'assises de la Seine.</p>
-
-<p>C'est cette coupable et dangereuse association,
-qu'il importe de briser, au plus vite,
-en soumettant à une loi commune, celle du
-travail honnête, et bien rétribué, les filles[1]
-tombées, en éloignant d'elles tous les repris
-de justice, qui les tiennent sous leur joug
-terrifiant.</p>
-
-<p>Elles leur indiquent les crimes à commettre,
-en recèlent, en dissipent les produits,
-<span class="pagenum"><a name="Page_ii" id="Page_ii">ii</a></span>
-vivent d'une existence d'agitation, d'émotion,
-de luxe et de misère, d'où il ne leur est
-plus permis de se retirer.</p>
-
-<p>La ligue du mal est formidablement organisée,
-elle a ses chefs jeunes, résolus, actifs,
-déterminés, partout obéis; elle a ses asiles,
-ses réunions, ses clubs silencieux, sa livrée
-sur sa casquette d'uniforme, son argot multiple,
-variable, fécond; les filles nourrissent
-leurs amants, en liberté comme en prison,
-entourées qu'elles sont d'une surveillance
-active et occulte<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">2</a>.</p>
-
-<p>Dans notre société Française, la condition
-des femmes est douloureuse à étudier.
-L'exemple du luxe, la coquetterie, la convoitise,
-les lectures, les romans malsains,
-les danses voluptueuses, sont autant de
-pentes, qui conduisent rapidement au désordre,
-à la débauche<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">3</a>. Une fois séduite (souvent
-sous les yeux, parfois avec la complicité
-de ses parents), la jeune fille, vite abandonnée
-par son capricieux amant, tombe, de
-chute en chute, au fond de l'abîme. D'abord
-<span class="pagenum"><a name="Page_iii" id="Page_iii">iii</a></span>
-l'hôpital, quelquefois la prison, deviennent les
-étapes nécessaires et fatales, par lesquelles
-marchent toutes ces malheureuses, auxquelles
-a manqué une direction morale, ferme, éclairée.</p>
-
-<p>Un joli visage est, pour l'enfant du peuple,
-un funeste et dangereux présent. Des loups
-ravisseurs, cherchent à dévorer cette victime,
-si pure, mais si frêle, si isolée. De quelque
-côté qu'elle tourne ses pas et ses regards,
-le péril est partout.</p>
-
-<p>On lui souffle à l'oreille des paroles mystérieuses
-et brûlantes, on lui montre à l'horizon,
-des mirages décevants. Malheur si
-elle hésite; elle est perdue, perdue à toujours,
-elle est devenue le jouet, la chose,
-qu'une main invisible fait marcher, sans
-repos, sans trêve! Ainsi qu'Ophélia, par le
-fleuve entraînée, elle mourra, après avoir
-cueilli quelques fleurs, sur la rive. Oh! c'est
-un long et douloureux martyrologe, dont
-chaque année voit grossir le chiffre.</p>
-
-<p>A Paris même, nous vivons encore aujourd'hui
-(mai 1881), sans nous en douter,
-malgré tant de révolutions accomplies
-sous couleur de liberté et d'émancipation,<span class="pagenum"><a name="Page_iv" id="Page_iv">iv</a></span>
-sous le régime arbitraire du bon roi saint
-Louis. (Ordon. de décembre, 1244-1248-1256.)
-M. Vivien, l'austère ministre de la justice,
-l'ancien président du conseil d'État, me
-racontait qu'après la révolution de 1830,
-emprunté d'abord au barreau, féconde pépinière,
-par le parquet de la Cour royale
-d'Amiens, puis bientôt par la haute administration
-Parisienne, on lui avait, comme préfet
-de police, présenté à signer des ordres
-de détention, à Saint-Lazare, pour deux
-mois, sans jugement, contre des filles publiques,
-inculpées de contravention, d'après
-le procès-verbal d'un agent des m&#339;urs.</p>
-
-<p>Après avoir refusé d'abord de signer,
-M. Vivien, sur le vu des ordonnances des prévôts
-de Paris, remontant au treizième siècle,
-se décida à décerner les mandats demandés,
-lui le légiste, l'avocat, resté, toute sa vie,
-fidèle en théorie, aux idées de liberté individuelle.</p>
-
-<p>Autrefois, la prostitution<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">4</a> était limitée à certaines
-femmes, connues, inscrites, portant
-ceintures dorées, cantonnées en certains
-<span class="pagenum"><a name="Page_v" id="Page_v">v</a></span>
-quartiers<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">5</a>, aujourd'hui, à Paris, elle se répand
-partout, peuple toutes les rues, revêt
-tous les costumes, dont elle règle la coupe
-et la mode<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">6</a>.</p>
-
-<p>Jadis, la débauche se nombrait par un certain
-chiffre fixe, maintenant, elle se nomme
-légion, et ses rangs s'augmentent chaque
-jour, alimentés par les ateliers, les magasins
-et les théâtres, dans ce pêle-mêle des âges,
-des sexes, des ingénuités, des vices, on peut
-acheter toute vertu; il suffit d'y mettre le prix,
-en s'adressant aux maisons connues, mais
-non patentées, qui font ce commerce étendu,
-pour Paris, la France, les colonies et l'étranger.
-Exportation, commission, livraisons
-garanties <i>franco</i>, et <i>fragile</i> sur l'enveloppe.</p>
-
-<p>Des comptoirs existent pour <i>la traite des
-blanches</i>, on les recrute sous prétexte d'emplois
-de lectrices, d'intendantes, dames de
-compagnie pour Londres, Saint-Pétersbourg
-ou ailleurs.</p>
-
-<p>Ces lectrices, dames de compagnie, modistes,
-une fois arrivées on les exploite par
-<span class="pagenum"><a name="Page_vi" id="Page_vi">vi</a></span>l'installation coûteuse, dans un bar voisin, au
-prix de 15 fr. pour logement et nourriture. La
-place annoncée n'est plus vacante, il faut en
-subir une autre, que la misère et la honte
-imposent, car les fonds manquent à l'Ambassade
-française, pour opérer d'urgence le
-rapatriement<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">7</a>.</p>
-
-<p>A Paris, les débauchés vont cueillir toutes
-leurs victimes dans les théâtres, bals, cafés-concerts,
-à la sortie des prisons, des hôpitaux,
-et les emmènent dans leurs demeures<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">8</a>.</p>
-
-<p>La Justice réserve toutes ses indulgences,
-toutes ses pitiés, toutes ses immunités même,
-pour la mère qui étrangle son enfant, pour
-la femme qui tue son amant ou le blesse avec
-un revolver, qui défigure son séducteur ou
-sa rivale avec du vitriol. (Relire les procès
-de Marambot, réparant l'honneur de sa fille;
-de Marie Bière, châtiant, avec son arme,
-Gentien oublieux; madame de Tilly, inondant
-<span class="pagenum"><a name="Page_vii" id="Page_vii">vii</a></span>d'acide sulfurique les traits de celle à qui son
-mari la sacrifiait trop ouvertement)<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">9</a>.</p>
-
-<p>On ne peut méconnaître que ces violences
-révèlent, en éclatant, l'inégalité criante qui
-existe, dans nos m&#339;urs, entre l'homme et la
-femme, courbée sous des servitudes cruelles,
-contre lesquelles son âme et son corps brisés
-se révoltent parfois. Ces jours-là, le sexe
-appelé par antiphrase <i>le sexe faible</i>, se relève,
-se redresse pour frapper, et montre que si la
-femme a des devoirs plus austères que
-l'homme, elle peut revendiquer elle aussi les
-mêmes droits<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">10</a>. Cette thèse, Alexandre Dumas
-fils la veut soutenir avec sa plume, toujours
-éloquente, parce qu'elle trace des faits
-vrais, réels, humains, dans sa brochure inspirée
-par son c&#339;ur: <i>les Femmes qui tuent et
-les Femmes qui votent</i>.</p>
-
-<p>Nous ne voulons pas ici (dans notre sphère
-plus modeste, forcément aussi plus humble),
-tenter de si hautes revendications. Au nom
-de la religion, qui précédant la loi humaine,
-<span class="pagenum"><a name="Page_viii" id="Page_viii">viii</a></span>et d'accord avec elle, a proclamé l'égalité des
-créatures humaines, il est bon que s'effacent
-des tortures arbitraires, capricieusement
-infligées sur un signe d'un agent obscur, et
-que des règlements législatifs (devant lesquels
-tous s'inclineront, dans un pays marchant
-toujours à la tête de la civilisation) interviennent
-enfin. Depuis bien longtemps, ils
-sont attendus, avec résignation et en silence,
-par des esclaves, des parias qui sont, elles
-aussi, mûres pour la liberté<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">11</a>.</p>
-
-<hr />
-
-<p class="center"><a href="#mat">TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES</a></p>
-
-<hr />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_1" id="Page_1">1-2</a></span></p>
-
-<h2>LE CRIME A PARIS</h2>
-
-<hr />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_3" id="Page_3">3</a></span></p>
-
-<h3>I<br />
-
-<small>LES MALFAITEURS ET L'ARMÉE DE L'ORDRE.</small></h3>
-
-<table class="right f85" summary="Justice" border="0"><tr>
-<td class="tdr"><p>«Ainsi Abadie, vous déclarez que<br />
-vous vous êtes moqué de la Justice.<br />
-&mdash;Parfaitement, monsieur le Président.»<br />
-&nbsp;&nbsp;(<i>Cour d'assises de la Seine</i>, août<br />
-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;1880. Affaire Abadie, Knobloch et<br />
-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Kirail. Présidence de M. Bérard<br />
-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;des Glageux.)</p></td></tr></table>
-
-
-<p>Il faut désormais modifier ainsi les vers de
-Santeuil, gravés au Châtelet en 1789:</p>
-
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Hic p&#339;næ scelerum ultrices posuere tribunal,</div>
-<div class="line">Civibus undè tremor, sontibus undè salus.</div>
-</div></div></div>
-
-<p>Les criminels sont, à Paris, bien moins effrayés
-que les honnêtes gens qui, comme les autruches,
-se cachent la tête sous l'aile emplumée, pour ne
-plus voir venir le danger.</p>
-
-<p>On ne veut pas constater qu'en 1878, 35754
-arrestations sont opérées à Paris, 31158 <i>pour<span class="pagenum"><a name="Page_4" id="Page_4">4</a></span>
-délits, parmi lesquels 14550 vagabonds et 3553
-mendiants</i><a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">12</a>.</p>
-
-<p>Dans une année, la prison de Saint-Lazare
-compte 2720 entrées, 1859 sorties. Dans le nombre
-figurent 232 <i>jeunes filles</i>. Sur 4881 femmes,
-<i>arrêtées pour prostitution</i>, 4719 sortent bientôt
-pour faire place à d'autres, les rangs sont pressés.</p>
-
-<p>Les 1500 cellules, construites dans les prisons
-de la Seine, parfaitement tenues et chauffées,
-reçoivent des hôtes volontaires, qui s'y font renfermer,
-pour la saison d'hiver, dure au travailleur;
-ils sont libérés au printemps.</p>
-
-<p>Environ 6000 individus, vagabonds, repris de
-justice s'éveillent à Paris, chaque matin, sans
-savoir comment ils vivront jusqu'au soir.</p>
-
-<p>Jadis, à Paris, les bourgeois faisaient d'abord
-eux-mêmes le service, la police de la capitale, sous
-la surveillance du guet royal<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">13</a>, mais bientôt ces
-<span class="pagenum"><a name="Page_5" id="Page_5">5</a></span>
-forces réunies ne suffirent plus, en face de l'audace
-toujours croissante des malfaiteurs. Les
-sergents du Châtelet, les archers<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">14</a>, les arbalétriers,
-les arquebusiers, la maréchaussée sont
-organisés sous la direction du prévôt du Châtelet,
-qui se met lui-même en campagne, pour arrêter
-les bandes de malfaiteurs et qui suit même les
-armées du roi. Le désordre commença le jour
-où les lois du 14 décembre 1789, 16 août 1790,
-conférèrent aux maires le droit et le devoir d'assurer
-la paix de la cité; la révolution était faite.</p>
-
-<p>Après diverses transformations, plus ou moins
-heureuses, inspirées moins par l'expérience
-qu'imposées par des faits politiques, la sécurité
-de Paris, <i>qui n'est pas, disait Charles-Quint,
-une ville, mais un monde</i>, est aujourd'hui confiée
-sous la direction du préfet de police, à la
-garde républicaine (infanterie et cavalerie), à
-la gendarmerie mobile (admirable troupe, insuffisamment
-utilisée), aux gardiens de la paix, répartis
-dans les postes des divers arrondissements
-pour la police municipale et enfin aux brigades
-centrales, destinées à agir, sur les points divers
-et variables où, chaque jour, leur puissant con<span class="pagenum"><a name="Page_6" id="Page_6">6</a></span>cours
-est réclamé. Il convient d'y ajouter le régiment
-si utile des sapeurs-pompiers.</p>
-
-<p>Les troupes de la garnison, renfermées dans
-leurs casernes et dans les forts, n'agissent plus,
-au dehors, même par des patrouilles de nuit, et
-restent tout à fait en dehors du service de protection,
-réclamé par les habitants, si ce n'est
-au cas d'incendie considérable, dans un rayon
-voisin<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">15</a>.</p>
-
-
-
-
-<h3>II<br /><br />
-
-<small>LA POLICE MÉTROPOLITAINE A LONDRES (SON ACTION).</small></h3>
-
-
-<p>M. Howard Vincent, le directeur des recherches
-criminelles, et le colonel Henderson, le chef de
-la police métropolitaine de Londres, viennent de
-<span class="pagenum"><a name="Page_7" id="Page_7">7</a></span>publier chacun leur rapport sur la police de
-Londres<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">16</a>.</p>
-
-<p>Le corps de la police métropolitaine de Londres,
-se compose de 10711 hommes divisés comme
-suit: 25 superintendants, 603 inspecteurs, 915
-sergents, et 9168 constables. Dans cette énumération,
-n'est pas comprise la police de la
-cité, qui relève entièrement du lord-maire. En
-1879, 21891 crimes ou délits ont amené l'arrestation
-de 11431 individus, dont 6221 ont
-été condamnés à diverses peines. Il y a eu 9 assassinats
-et 7 condamnations à mort sur 12
-accusés.</p>
-
-<p>La valeur des objets volés s'est élevée à 101798
-livres sterling, ou 2544950 fr., 22460 livres
-sterling (561500 fr.) ont été recupérées. Malgré
-les avertissements de l'autorité, 26276 portes
-ou fenêtres ont été laissées ouvertes, pendant la
-nuit, ce qui a facilité le pillage de 903 maisons
-dont 599 étaient absolument abandonnées. L'ivrognerie
-donne le chiffre respectable de 33892 buveurs
-arrêtés et mis en jugement, et bien que
-<span class="pagenum"><a name="Page_8" id="Page_8">8</a></span>l'on ne possède pas de service des m&#339;urs,
-2152 demoiselles, qui faisaient sur le trottoir
-leurs dangereuses propositions, ont été conduites
-en prison. Il faut remarquer qu'à ce sujet les
-plaintes sont nombreuses et que, d'ici peu de
-temps, Regent Street n'aura rien à envier au
-boulevard Montmartre, mais la loi ne permet
-l'arrestation de ces aimables personnes que sur
-une réquisition formelle, et bien des gens préfèrent
-se laisser provoquer que de comparaître en
-Police-Court auprès de femmes, qui ne sont pas
-précisément l'honneur de leur sexe.</p>
-
-<p>124 personnes sont mortes écrasées par les
-voitures et 2950 ont été plus ou moins grièvement
-blessées par les véhicules. On a perdu dans
-Londres 28 enfants plus 141 individus, qui n'ont
-laissé aucune trace, et 43 cadavres dont on n'a
-pu établir l'identité, ont été découverts. Il y a eu
-259 suicides accomplis, et 404 tentatives, qui ont
-été prévenues à temps. Enfin, 25669 chiens errants
-ont été conduits en fourrière, 3065 de ces
-animaux ont été réclamés par leurs propriétaires,
-102 ont été vendus. Le bâtiment va bien à Londres,
-car pendant l'année qui vient de s'écouler
-on a construit 21589 maisons, ouvert 401 nouvelles
-rues et 2 squares, le tout d'une longueur<span class="pagenum"><a name="Page_9" id="Page_9">9</a></span>
-totale de 71 milles; pour peu que cela continue,
-il n'y aura qu'une seule ville en Angleterre. Si
-vous voulez avoir une idée du travail que nécessite
-l'administration de la police anglaise, je signalerai
-un dernier chiffre: M. Howard Vincent
-a reçu 40128 lettres officielles ou rapports spéciaux,
-relativement à son service, ce qui prouverait
-que ce poste de création récente n'est pas
-tout à fait une sinécure<a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a><a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">17</a>.</p>
-
-
-
-
-<h3>III<br /><br />
-
-<small>LES ARRESTATIONS D'INCULPÉS.</small></h3>
-
-
-<p>Soit au cas de flagrant délit, soit en vertu de
-mandats décernés par le préfet de police ou les
-juges d'instruction.</p>
-
-<p>Les arrestations à Paris et la banlieue se montent,
-en 1878, à 34,699<a name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor">18</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_10" id="Page_10">10</a></span></p>
-
-<table summary="LES ARRESTATIONS"><tr>
-<td class="tdl">Hommes majeurs</td><td class="tdr">22,611</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Hommes mineurs</td><td class="tdr">8,255</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Femmes majeures</td><td class="tdr">3,032</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Femmes mineures</td><td class="tdr">801</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Français</td><td class="tdr">32,302</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Étrangers</td><td class="tdr">2,399</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Expulsés</td><td class="tdr">365</td></tr><tr>
-<td class="tdl padr2">Expulsés après condamnation</td><td class="tdr">362</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Sans antécédents</td><td class="tdr">21,006</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Déjà arrêtés dans l'année</td><td class="tdr">3,003</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Arrêtés antérieurement</td><td class="tdr">18,690</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Libérés en surveillance</td><td class="tdr">458</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En janvier</td><td class="tdr">3,068</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En février (<i>minimum</i>)</td><td class="tdr">2,051</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En juillet</td><td class="tdr">2,275</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En août (<i>maximum</i>)</td><td class="tdr">3,294</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Flagrant délit</td><td class="tdr">33,553</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Mandats de la Seine</td><td class="tdr">866</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Mandats du préfet de police<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">19</a></td><td class="tdr">46</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Arrêtés à Paris</td><td class="tdr">31,224</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Arrêtés dans la banlieue</td><td class="tdr">3,475</td></tr>
-</table>
-
-<p>Les travaux du <i>Petit-Parquet</i>, 1878, comprennent,
-à Paris, sur inculpés 25,751, 1660
-non-lieu; 15,967 mis en liberté; 12,211 placés
-sous mandats.</p>
-
-<p>Les professions sont les suivantes:</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_11" id="Page_11">11</a></span></p>
-<p>Couturières, 722; voituriers, 822; filles publiques,
-491; cochers, 530; domestiques, 1184;
-serruriers-mécaniciens, 1,740; journaliers,
-10,008; colporteurs, 520; imprimeurs, 647;
-chiffonniers, 241; tailleurs, 376; cordonniers,
-852; cuisiniers, 215.</p>
-
-<p>Les autres professions sont aussi représentées
-par des chiffres bien moins élevés. Il faut remarquer
-que les nombres ci-dessus s'appliquent
-principalement à des inculpés, vivant surtout
-dans les rues, par suite en contact continuel avec
-le public et les agents.</p>
-
-
-<h3>IV<br /><br />
-
-<small>LES VOLS A L'AVENTURE.&mdash;A L'AMÉRICAINE.&mdash;NATIONALITÉ
-DES INCULPÉS.&mdash;ÉTAT DE LA CRIMINALITÉ.</small></h3>
-
-
-<p>Dans cet immense Paris, en dehors des meurtres,
-empoisonnements, attentats aux m&#339;urs,
-crimes plus rares forcément, il y a: vols la nuit,
-avec violence, sur la voie publique, 296; avec
-effraction, fausses clefs, 649; pendant la nuit,
-669; à l'américaine, 2 seulement.</p>
-
-<p>Parmi les arrêtés, on compte, pour Paris,<span class="pagenum"><a name="Page_12" id="Page_12">12</a></span>
-10,749; pour Seine-et-Oise, 1152; Seine-Inférieure,
-668; Aisne, 752; les Landes n'envoient
-que 11 individus.</p>
-
-<p>Les étrangers figurent pour 2,978, dont 698
-Italiens, 758 Belges, 273 Allemands, 232 Suisses,
-70 Anglais et Américains. Les voleurs ont
-leurs cafés, leurs cabarets, leurs bals, leurs
-garnis; trop surveillés, ils vont prendre gîte
-chez des filles, leurs ouvrières, qu'ils surveillent
-dans leur effroyable labeur, dont ils recueillent
-les profits, sur l'état de leurs recettes.</p>
-
-<p>Si l'on constate, de 1874 à 1878, une décroissance
-apparente des affaires soumises au jury,
-4,084 en 1874; 3,736 en 1875; 3,693 en 1876;
-3,485 en 1877; 3,368 en 1878; c'est que beaucoup
-de crimes sont, à tort, renvoyés aux tribunaux
-correctionnels, de là des déclarations d'incompétence
-soulevées, par les prévenus et des
-règlements de juges.</p>
-
-<p>Crimes contre les personnes: 1874, 1731;
-1875, 1765; 1876, 1849; en 1877, 1653; en
-1878, 1614. Parricides: 1874, 5; 1875,12;
-1876, 13; 1877, 10; en 1878, 8. Empoisonnements:
-1874, 17; 1875, 17; 1876, 13; 1877,
-19; 1878, 15. Assassinats: 1874, 188; 1875,
-195; 1876, 222; 1877, 193; 1878, 186. Infan<span class="pagenum"><a name="Page_13" id="Page_13">13</a></span>ticides:
-1874, 198; 1875, 203; 1876, 216;
-1877, 204; 1878, 184.</p>
-
-<p>On compte en 1874,1875, 1876, 1877, 1878:</p>
-
-<p>Infanticides: 198, 203, 216, 204, 184.</p>
-
-<p>Viols et attentats à la pudeur sur des adultes:
-139, 140, 140, 108, 84.</p>
-
-<p>Viols et attentats sur des enfants: 825, 813,
-875, 804, 788.</p>
-
-<p>Avortements: 28, 24, 27, 25, 10.</p>
-
-<p>Les crimes contre les m&#339;urs sont ainsi réprimés:
-sur 100 accusations, 20 suivies d'acquittements,
-30 de condamnations afflictives et
-infamantes, 50 de peines correctionnelles.</p>
-
-<p>28 condamnations à mort sur 4,222 accusés,
-traduits en 1878; 7 exécutions seulement ont
-eu lieu; 28 condamnés à mort étaient des repris
-de justice (27 hommes, 1 femme); 21 ont obtenu
-commutation de la peine, prononcée par le
-jury, pénétré de ses devoirs et de sa mission
-sociale, qui est de protéger les habitants, dont
-il est le délégué pour la question répressive.</p>
-
-<p><i>Sexe des accusés.</i>&mdash;Les hommes figurent
-sur 4,413 accusés pour 3,780 (83 p. 100), et
-les femmes 733 (17 p. 100).</p>
-
-<p>20 accusés sur 100,000 habitants.</p>
-
-<p>4 femmes accusées sur 100,000.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_14" id="Page_14">14</a></span></p>
-
-<p><i>Age.</i>&mdash;Sur ces 4,413 accusés, 766 n'étaient
-pas encore majeurs (37 étaient mineurs de seize
-ans); 12 accusés de 11 à 21 ans sur 100,000
-habitants.</p>
-
-<p>La proportion des femmes acquittées est de
-33 %, tandis qu'elle est, pour les hommes,
-de 19 %. Les accusées d'avortement sont
-acquittées, 39 %. 34 % pour assassinat.
-27 % pour infanticide.</p>
-
-<p>Sur 31 condamnations à mort en 1877 (29 hom.
-et 2 fem.), 16 condamnés étaient des repris de
-justice; 12 exécutions seulement, 19 commutations;
-sur 28 crimes, 5 avaient pour mobile la
-débauche, et le meurtre avait suivi le viol.</p>
-
-<p>Il y a augmentation de 3,531 dans les délits
-de vol, vagabondage, mendicité en 1877, 1,255
-fraudes envers les restaurateurs (<i>Loi du 26 juillet
-1873</i>).</p>
-
-
-<h3>V<br /><br />
-
-<small>AUGMENTATION DES RÉCIDIVES.&mdash;AGE ET SEXE
-DES CRIMINELS.</small></h3>
-
-
-<p>Sur 3,488 accusés devant les assises (1877)
-1,688 (48 %) étaient récidivistes<a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a><a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">20</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_15" id="Page_15">15</a></span></p>
-<p>La faiblesse de la répression apparaît, dans ce
-fait, que des récidivistes sont condamnés, par
-le même ou divers tribunaux, dans une année<a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a><a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">21</a>:&mdash;57,875:
-pour les Bouches-du-Rhône, 1,789;
-pour l'Aisne, 1,398; pour la Somme, 1,034; pour
-la Gironde, 1,315; pour le Nord, 2,994; pour le
-Pas-de-Calais, 1,491; pour le Rhône, 1,331;
-pour l'Hérault, 1,181; pour la Seine, 7,623; pour
-Seine-et-Oise, 1,413; pour la Seine-Inférieure,
-1,811.</p>
-
-<p>Il y a là un regrettable abus qu'il importe de
-<span class="pagenum"><a name="Page_16" id="Page_16">16</a></span>signaler aux tribunaux, dont la mollesse est un
-encouragement certain aux délinquants<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a><a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">22</a>.</p>
-
-<p><i>Récidives.</i>&mdash;Hommes, 33 %; femmes,
-20 %.</p>
-
-<p>Les récidives, pour les jeunes détenus libérés,
-sont fréquentes et montrent la nécessité de faciliter
-leur reclassement dans la société, dans les
-familles, les ateliers. Les étrangers entrent pour
-sept centièmes dans ce nombre.</p>
-
-<p>En 1877, à Paris, sur 35,083 arrestations:
-30,194 hommes, 4,289 femmes, 9,382, ou
-27 %, n'avaient pas encore atteint la majorité
-civile; autrefois, on disait les vétérans du crime,
-aujourd'hui, il faut dire: les débutants du
-crime<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">23</a>.</p>
-
-<p>Les attentats aux m&#339;urs se maintiennent,
-depuis quatre années, dans une période qui ne
-varie guère:</p>
-
-<p><i>Délits contre les m&#339;urs.</i>&mdash;1874, 3,369; 1875,
-3,756; 1876, 3,655; 1877, 3,418; 1878,
-3,355.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_17" id="Page_17">17</a></span></p>
-
-<h3>VI<br /><br />
-<small>FONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE CRIMINELLE A PARIS.</small></h3>
-
-
-<p>Si les malfaiteurs sont ici nombreux, résolus,
-hardis, il faut convenir qu'ils sont recherchés,
-avec une incroyable énergie par les magistrats
-et les agents, spécialement préposés à cette ingrate
-et dangereuse mission.</p>
-
-<p>En général les individus arrêtés sont, <i>dans les
-vingt-quatre heures</i>, traduits devant un juge
-d'instruction sur la réquisition du ministère public,
-et devant la juridiction compétente, s'ils
-ne sont mis en liberté.</p>
-
-<p>C'est la <i>juridiction des flagrants délits</i>, à Paris,
-imités de ce qui se passe à Londres<a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a><a href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">24</a>, et que,
-chez nous, on a appelé, avec raison souvent, <i>la
-justice subite</i><a name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a><a href="#Footnote_25_25" class="fnanchor">25</a>. Trop subite, en effet, parfois,
-parce qu'elle a alors permis à des prévenus
-(en l'absence de casier et sommier judiciaire
-<span class="pagenum"><a name="Page_18" id="Page_18">18</a></span>relatant leurs véritables antécédents), de se faire
-condamner, sous un faux nom et de se créer
-ainsi une personnalité nouvelle.</p>
-
-<p>Il est vrai que, depuis quelque temps, ce fait
-d'avoir pris faussement un nom d'emprunt, dans
-un interrogatoire signé et relaté au jugement, a
-été avec raison, considéré et puni comme un
-faux, en écriture authentique et publique, pouvant
-gravement nuire aux tiers.</p>
-
-<p>Aucune critique sérieuse ne peut donc être
-adressée à la marche des procédures criminelles,
-confiées à des magistrats modestes, dont les
-travaux obscurs ne trouvent souvent leur seule
-récompense que dans la conscience et le sentiment
-du devoir accompli. Les seuls retards
-viennent forcément des dénégations primitives
-des accusés, qui résistent jusqu'à ce que l'évidence
-du fait ait été démontrée.</p>
-
-<p>Des retards naissent ainsi des expertises médico-légales
-et des analyses chimiques, souvent
-longues, lorsqu'il s'agit de rechercher la présence
-et l'action des poisons végétaux<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a><a href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">26</a>. Il faut recon<span class="pagenum"><a name="Page_19" id="Page_19">19</a></span>naître
-ainsi que, dans les hôpitaux, les médecins
-se refusent, en général, à délivrer des rapports
-sur l'état des malades, afin de ne pas être appelés
-plus tard à en affirmer ou à en défendre le contenu
-devant le juge d'instruction ou aux débats
-d'audience, dans le pêle-mêle des témoins et
-les irritantes discussions en public, à l'égard
-de confrères, produits sans étude, à la dernière
-heure, pour se prononcer sur une cause, dont ils
-n'ont pu apprécier, ni réunir tous les éléments
-si divers, si variés, si complexes, si épars. Il est
-enfin une autre cause de retard qu'il importerait
-de faire disparaître et qui jure, avec la rapidité
-des communications, par la voie des télégraphes
-et des chemins de fer. Nous voulons parler de
-l'exécution des commissions rogatoires par la
-voie diplomatique. De Paris à Bruxelles une lettre
-met <i>au maximum</i> douze heures, une commismission,
-adressée, par l'entremise du Ministère
-des affaires étrangères à la capitale de la Belgique,
-n'en reviendra exécutée qu'après un délai,
-en moyenne, de deux mois.</p>
-
-<p>Avec les autres nations, plus éloignées, plus
-formalistes, comprenant moins notre langue,
-notre législation, les lenteurs seront plus considérables
-encore, surtout si, au lieu d'une simple<span class="pagenum"><a name="Page_20" id="Page_20">20</a></span>
-audition de témoins, il s'agit de saisir des pièces
-après perquisition, de compulsoires et surtout
-d'extradition<a name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a><a href="#Footnote_27_27" class="fnanchor">27</a>. En cette matière, il est indispensable
-d'énoncer, sur le mandat à exécuter à
-l'étranger, la nature du crime ou des crimes
-poursuivis, les articles de la loi pénale invoqués
-en France; quelques nations mêmes demandent
-la production légalisée de la pièce, formant la
-plainte, comme s'il s'agissait là d'accorder à une
-cause civile la sentence <i>d'exequatur</i><a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a><a href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">28</a>.</p>
-
-
-
-
-<h3>VII<br /><br />
-
-<small>LA CAUSE DES CRIMES A PARIS.</small></h3>
-
-
-<p>En recherchant la cause des crimes dans la
-capitale, en dehors des mobiles qui agissent
-dans toutes les agglomérations d'hommes, on
-en trouve de spéciales à Paris. Là se trouvent,
-en effet, réunis les dépôts, accumulés en papier
-<span class="pagenum"><a name="Page_21" id="Page_21">21</a></span>ou en métal, de toutes les fortunes, publiques
-ou privées; là sont exposés en public, sans protection
-ni défense, sous de fragiles vitrines, les
-diamants, les bijoux, les billets de banque, les
-monnaies d'or et d'argent; là aussi sont constamment
-ouverts les cercles, les bourses, les
-tripots clandestins, où l'on se ruine rapidement
-ou bien l'on s'enrichit vite, des débits de boissons
-capiteuses versent incessamment l'excitation,
-l'ardeur passagère, l'oubli momentané,
-nécessaires pour une vengeance, pour un meurtre,
-pour un suicide. Les salaires sont trop peu
-élevés, en raison du nombre et des besoins de la
-famille; les garçons de recette, les clercs, les
-comptables, maniant, à chaque instant, des valeurs
-considérables, sans autre garantie ou sauvegarde
-que leur conscience, leur probité, fragiles
-comme l'organisation humaine, ne sont
-guère plus ni mieux payés que les ouvriers, qui,
-gagnent un salaire moyen de huit francs, par
-journée de dix heures.</p>
-
-<p>De là tant de chutes profondes, longtemps
-cachées, masquées par des faux en écriture.</p>
-
-<p>Nous avons dit aussi que l'on avait imprudemment
-accordé la permission de fermer, après
-une heure du matin, les cafés, restaurants, ca<span class="pagenum"><a name="Page_22" id="Page_22">22</a></span>barets;
-mieux eût valu, a-t-on ajouté, dans
-l'intérêt public et privé, en prescrire l'ouverture,
-jour et nuit, dans la vue de sauvegarder, en
-chaque quartier, les bourgeois imprudemment
-attardés et les agents en tournée.</p>
-
-<p>Les attaques nocturnes, devenues si fréquentes,
-auraient été ainsi forcément désarmées
-devant des refuges, toujours éclairés et fréquentés.
-Quoi qu'il en soit, il est certain que la
-tenue des théâtres jusqu'à minuit, des restaurants,
-voisins des spectacles, desservant les Halles,
-étaient sans inconvénient, parce qu'il y avait là
-une circulation incessante et protectrice, et moins
-de dangers, pouvant résulter de la solitude de la
-nuit, plus complète à mesure que l'on s'éloigne
-du centre.</p>
-
-<p>Les piquets de service, dans les théâtres,
-dans les bals, ont, après leur longue et périlleuse
-faction, trop peu nombreux toujours, regagné
-leurs casernes, les gardiens de la paix font leur
-évolution périodique et prévue; eux passés, la
-ville appartient aux bandits, derrière chaque
-carrefour aux aguets, et qu'un coup de sifflet a
-vite réunis.</p>
-
-<p>Ajoutez à ces causes la facilité de se cacher
-dans des garnis, dont les registres sont d'une<span class="pagenum"><a name="Page_23" id="Page_23">23</a></span>
-vérification bien difficile, les logeurs étant
-comme leurs hôtes de passage, absolument illettrés
-et d'une orthographe, dépassant, pour les
-noms, toutes les fantaisies. De plus, on a trouvé
-bon de supprimer à l'intérieur et à la frontière
-les passeports, comme une garantie illusoire<a name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a><a href="#Footnote_29_29" class="fnanchor">29</a>.</p>
-
-<p>On voit par là que les malfaiteurs ont beau
-jeu et cependant l'on s'indigne, une fois le crime
-commis, lorsque la police de sûreté, malgré ses
-chefs vigilants et ses agents si intelligents, n'en
-a pas immédiatement découvert et arrêté l'auteur.
-On ne songe pas à notre pays, dont les
-frontières de terre et de mer sont si voisines et
-que les chemins de fer permettent de gagner si
-rapidement.</p>
-
-<p>On s'étonne qu'une arrestation préventive ait
-été ici opérée; là, on demande pourquoi l'inculpé
-d'un délit n'a pas été maintenu en état de détention,
-au lieu de s'occuper du fait en lui-même
-avec sang-froid; l'opinion s'émeut, s'agite pour
-ou contre le prévenu, plus rarement en faveur
-<span class="pagenum"><a name="Page_24" id="Page_24">24</a></span>de la victime, à laquelle, sans la connaître, on
-décerne volontiers tous les vices.</p>
-
-<p>C'est à travers ces passions, ces exagérations
-que l'administration et la justice doivent marcher,
-d'un même pas, vers un but commun
-et social, qui est la recherche importante de la
-vérité. Les honnêtes gens devraient y aider de
-toutes leurs forces, comme chez nos voisins les
-Anglais, peuple essentiellement pratique, dont
-nous invoquons constamment l'exemple, trouvant
-qu'il est probablement trop difficile pour
-nous de l'imiter<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a><a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">30</a>.</p>
-
-<p>En dehors, en effet, de tant d'agressions nocturnes
-avec armes, suivies de blessures, constatées,
-sans relâche ni trêve, il faut retenir les
-attaques de vive force contre les agents, commises
-récemment aux Lilas, au boulevard Montparnasse,
-où des dragons sont heureusement
-venus en aide aux gardiens de la paix et au plaignant,
-hardiment maltraités et écrasés, sous le
-nombre des Italiens.</p>
-
-<p>Il faut suivre, sur un plan de Paris, ces meurtres,
-accompagnés de vols, qui frappent des
-<span class="pagenum"><a name="Page_25" id="Page_25">25</a></span>femmes isolées, des débitants de vins:
-M. Schmidt, à Clichy; madame Lachaud, rue du
-Pont aux Choux; madame Bazingeaud, à Romainville;
-M. Lecercle, à Saint-Mandé; madame
-Garin, rue de Chazelles, auxquels il convient
-d'ajouter les assassins, inconnus encore de madame
-Joubert, libraire, rue Fontaine-Saint-Georges;
-et Foulloy, qui assomme, rue Fontaine
-au Roi, son patron, M. Joubert, pour le dévaliser
-et dépenser, à Strasbourg, le produit de
-son crime.</p>
-
-<p>Ces faits indiquent qu'il n'y a pas eu là, suivant
-nous, inertie de la police, mais, pour
-elle, une fois de plus, impuissance d'agir, à
-cause de son petit nombre et de son cercle, trop
-étendu de surveillance, inutilement et dangereusement
-développé.</p>
-
-<p>C'est ce moment pourtant que des esprits,
-sans doute plus libéraux qu'éclairés, choisissent
-pour demander le retrait de la loi du 12 juillet
-1852, qui éloignait si sagement les repris de
-justice de Paris et de Lyon, afin de ne pas faire,
-en même temps, de ces deux cités la double capitale
-de l'émeute et du crime, un moment
-triomphants.</p>
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_26" id="Page_26">26</a></span></p>
-
-
-
-
-<h3>VIII<br /><br />
-
-<small>LES PRISONS DE PARIS.&mdash;EXÉCUTION DES PEINES.
-GRACES.</small></h3>
-
-
-<p>Il peut intéresser de constater la population
-des prisons de Paris:</p>
-
-<p>Le département de la Seine possède huit prisons
-à Paris et une à Saint-Denis, qui va, comme
-dépôt de mendicité, être transférée à Nanterre.</p>
-
-<p>Elles peuvent enfermer (en cellules ou dortoirs),
-7,612 détenus.</p>
-
-<p>Le dépôt de la Préfecture de police contient
-95 cellules (hommes), 96 (femmes); il a été
-construit, en 1857, une infirmerie pour les aliénés,
-quatre salles communes, pouvant recevoir
-400 hommes et 100 femmes.</p>
-
-<p><i>La Conciergerie</i>, appropriée en 1854, renferme
-75 cellules et 250 places pour les prévenus
-de contraventions.</p>
-
-<p><i>La Petite-Roquette</i>, construite en 1835, pour
-les jeunes détenus, peut recevoir 515 individus.</p>
-
-<p><i>La prison de la Santé</i> date de 1864; on y
-compte 800 cellules et 817 places en commun.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_27" id="Page_27">27</a></span></p>
-
-<p><i>Mazas</i> fut construit en 1846, et possède 1,230
-cellules.</p>
-
-<p><i>La Grande-Roquette</i> date de 1836; on y envoie
-les repris de justice, les condamnés pour
-rupture de ban, les condamnés à mort. On y
-compte 259 cellules et 200 places en dortoirs.</p>
-
-<p><i>Saint-Lazare</i> date du quinzième siècle; elle
-sert de maison d'arrêt, de correction et de prison
-administrative pour les femmes. Le chiffre des
-détenues est de 1,158 à 1,500, suivant les événements
-et les saisons.</p>
-
-<p><i>La prison de Sainte-Pélagie</i> date de 1651;
-elle reçoit les condamnés pour délits de presse,
-les récidivistes; 817 lits, 54 cellules, le reste
-en dortoirs.</p>
-
-<p><i>La maison de mendicité</i> (Saint-Denis, bientôt
-à Nanterre) contient 1,200 pensionnaires.</p>
-
-<p>Un autre dépôt de mendicité pour le département
-de la Seine existe à Villers-Cotterets
-(Aisne).</p>
-
-<p>Les peines ne reçoivent pas, en général, leur
-complète exécution; pour un tiers d'entre elles,
-les motifs de commutation, partielle ou totale,
-sont tirés de la nature même du fait, des antécédents
-des inculpés, des influences recommandables,
-dont ils sont l'objet; enfin, il faut le dire<span class="pagenum"><a name="Page_28" id="Page_28">28</a></span>
-aussi, des limites imposées au budget, toujours
-en accroissement, des prisons et établissements
-pénitentiaires; un fait remarquable se produit
-aussi, c'est que pour échapper au régime rigoureux
-et silencieux des maisons centrales, des
-réclusionnaires y commettent des crimes, afin
-d'être dirigés sur la Nouvelle-Calédonie, qui leur
-ouvre les perspectives d'un avenir plus doux,
-d'un travail moins pénible, moins continu et
-aussi des chances fréquentes d'évasion<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31"></a><a href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">31</a>.</p>
-
-<p>Une réforme devra donc être, sur ce point,
-introduite dans l'échelle des peines qui, en l'état
-actuel, ne répondraient plus à une gradation
-nécessaire, pour l'intimidation<a name="FNanchor_32_32" id="FNanchor_32_32"></a><a href="#Footnote_32_32" class="fnanchor">32</a>.</p>
-
-<p>Nous ne sommes plus au temps où Rodogune
-pouvait dire:</p>
-
-<p>
-Comme reine à mon gré, je fais justice ou grâce.<br />
-</p>
-
-<p>Les souverains eux-mêmes doivent compte à
-<span class="pagenum"><a name="Page_29" id="Page_29">29</a></span>leurs sujets de l'exercice du pouvoir et ils
-sont justiciables, devant l'opinion et devant
-l'histoire.</p>
-
-<p>L'attentat d'Orsini (14 janvier 1858) avait,
-par des bombes métalliques, jetées, sous la voiture
-de l'Empereur et de l'Impératrice, devant
-l'Opéra, atteint 166 personnes, frappées de 511
-blessures mortelles ou graves.</p>
-
-<p>A la suite du procès, suivi devant la Cour d'assise
-de la Seine, et malgré l'éloquente plaidoirie
-de M<sup>e</sup> Jules Favre, Orsini, Pièri, Gomez furent
-condamnés à la peine de mort et Da Silva à la
-peine des travaux forcés à perpétuité, en laquelle
-fut, sur la demande de l'Impératrice, commué
-aussi l'arrêt concernant Gomez.</p>
-
-<p>Lors de la discussion, qui eut lieu aux Tuileries,
-au Conseil des ministres, auquel avaient été
-appelés les membres du Conseil privé, le général
-Espinasse, ministre de l'intérieur et de la sûreté
-générale, combattit et entraîna l'opinion de ceux
-qui voulaient une commutation de peine, pour
-Orsini et Pièri, en se fondant sur ce motif que:
-l'Empereur n'ayant pas été frappé, n'avait pas
-ici le droit de gracier des <i>meurtriers étrangers</i>,
-qui avaient, dans un guet-apens, fait couler le
-sang de citoyens Français; cet avis prévalut.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_30" id="Page_30">30</a></span></p>
-
-<p>Le nombre des condamnations à mort augmente
-dans tous les départements, comme pour
-en témoigner ici hautement la situation effrayée.
-<i>Le jury veut</i><a name="FNanchor_33_33" id="FNanchor_33_33"></a><a href="#Footnote_33_33" class="fnanchor">33</a>, espère une répression nécessaire,
-attendue. En même temps, les grâces suivent
-plus nombreuses, presque toujours inexplicables
-et toujours inexpliquées (Assises du Rhône [parricide],
-de la Seine, du Nord, de la Gironde, de la
-Haute-Vienne). Empoisonnements, assassinats
-ayant suivi ou précédé d'autres crimes, commis
-par des repris de justice, dans des circonstances
-horribles, toujours graciés. Pourquoi? Mystère?</p>
-
-<p>Il paraît qu'il n'y a plus de Pyrénées, car, en
-Espagne, le nombre incessant des grâces accordées
-en 1880, aux condamnés à mort, inquiète
-aussi les populations.</p>
-
-<p>Les bandits y puisent un encouragement croissant,
-dans cette indulgente faiblesse du gouvernement
-débile.</p>
-
-<p>La loi d'amnistie, récemment votée et exécutée,
-a été une mesure essentiellement politique, et le
-gouvernement, qui l'a présentée, avec ce carac<span class="pagenum"><a name="Page_31" id="Page_31">31</a></span>tère,
-a pu, à peine jusqu'à présent, bien apprécier
-si les effets ont été en rapport avec le but,
-par lui rapidement poursuivi et obtenu des
-Chambres.</p>
-
-<p>S'il nous faut parler du <i>régime cellulaire</i>, appliqué
-chez des nations voisines, en Angleterre,
-en Belgique, notamment dans les <i>Prisons de
-Louvain</i>, nous devons dire que l'élévation des
-dépenses qu'il entraînerait (4000 fr. en moyenne
-par cellule), n'a pas jusqu'ici permis de l'étendre
-en France, à beaucoup de prisons, bien que la
-durée des peines ainsi subies, dans l'isolement,
-ait été diminuée dans une certaine proportion.
-Des colonies agricoles, tentées en Corse, n'y ont
-pas réussi, pour diverses causes, dans lesquelles
-l'insalubrité du sol a été invoquée. Sur le continent,
-malgré les intelligents efforts de l'administration,
-il faut reconnaître que l'enfant de Paris,
-fait plutôt pour la vie de l'atelier, se plie difficilement
-à la vie des champs<a name="FNanchor_34_34" id="FNanchor_34_34"></a><a href="#Footnote_34_34" class="fnanchor">34</a> plus salubre
-pourtant.</p>
-
-<p>Là aussi les sociétés de patronage, pour les
-libérés, doivent être d'un précieux et continuel
-<span class="pagenum"><a name="Page_32" id="Page_32">32</a></span>secours, afin de surveiller, d'employer et de ramener
-au bien des natures mobiles et ignorantes.</p>
-
-<p>Dans cette tâche immense et bien complexe,
-parce qu'elle comprend l'humanité, avec ses
-faiblesses, il faut que tous se mettent résolument
-à l'&#339;uvre, parce qu'il s'agit de conjurer un péril
-commun et menaçant.</p>
-
-<hr />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_34" id="Page_34">33-34</a></span></p>
-
-<h2>LA DÉBAUCHE A PARIS</h2>
-
-<hr />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_35" id="Page_35">35</a></span></p>
-
-
-<h3>I</h3>
-
-<p class="indent f85">ANTIQUITÉ DE LA DÉBAUCHE.&mdash;CHARLEMAGNE.&mdash;ORDONNANCES
-SOMPTUAIRES.&mdash;ORDONNANCE DE SAINT-LOUIS
-(1259) CANTONNANT LES PROSTITUÉES.&mdash;(1242) ORDONNANCE
-PERMETTANT AU ROI DES RIBAUDS DE PRÉLEVER
-UNE DIME SUR LES FILLES.</p>
-
-<table class="right" summary="Un juge"><tr><td><p class="p3">
-Nulla fèrè causa est in quâ non femina litem<br />
-Moverit... <span class="h">xxxxxxxxx</span>(Juvénal, satire v.)<br />
-Où est la femme? (<i>Un juge d'instruction.</i>)</p></td>
-</tr></table>
-
-
-<p><br />La débauche est vieille comme le monde<a name="FNanchor_35_35" id="FNanchor_35_35"></a><a href="#Footnote_35_35" class="fnanchor">35</a>;
-elle se trouve au berceau, comme au déclin de
-toutes les sociétés humaines; les religions,
-comme les histoires et les législations en font foi<a name="FNanchor_36_36" id="FNanchor_36_36"></a><a href="#Footnote_36_36" class="fnanchor">36</a>.</p>
-
-<p>En Grèce, vingt-deux classes de courtisanes
-desservaient, en leurs groupes sympathiques,
-<span class="pagenum"><a name="Page_36" id="Page_36">36</a></span>les vingt-deux branches de la volupté; elles
-étaient les prêtresses<a name="FNanchor_37_37" id="FNanchor_37_37"></a><a href="#Footnote_37_37" class="fnanchor">37</a> inspirées de la Vénus
-impudique. C'étaient la Fellatrice, coquette,
-trompant le désir, pour en prolonger les brûlants
-accès; la Tractatrice, venant de l'Orient parfumé
-où les plaisirs, qui font rêver, sont en
-honneur; la Subagitatrice, fille de Lesbos;
-la Lémane, avec les voluptés, douces et chatouilleuses;
-la Corinthienne, qui pourrait les
-remplacer toutes; l'agaçante Phicidisseuse, aux
-dents dévorantes et lutines, dont l'émail semble
-intelligent; enfin, la brillante et fougueuse Propétide,
-qui montre, en fuyant, les trésors qu'elle
-ignore elle-même, et qu'elle offre aux autres de
-contempler d'un &#339;il enivré, de flatter d'une main
-caressante.</p>
-
-<p>Paris, la grande Babylone, possède et exhibe
-encore les mêmes variétés, cultivées avec un art
-singulier, comme toutes les primeurs du vice<a name="FNanchor_38_38" id="FNanchor_38_38"></a><a href="#Footnote_38_38" class="fnanchor">38</a>.</p>
-
-<p>Remontons à la législation ancienne. La débauche
-est donc bien vieille; mais elle sait
-cacher ses rides sous le fard, se noircir les yeux,
-sourire, et raccoler force victimes. Elle suit une
-route parallèle à la marche progressive, qui
-<span class="pagenum"><a name="Page_37" id="Page_37">37</a></span>
-pousse en avant les peuples; dans les sociétés,
-l'importance qu'elle acquiert, est de plus en plus
-grande, et lassée pour ainsi dire de régner sur
-les hommes, elle veut étendre son empire sur les
-arts. La peinture consacre ses toiles à ses scènes
-de volupté, la littérature lui donne grandes et
-petites entrées dans les journaux, dans les romans,
-dans les théâtres, la voilà qui étend sur
-tout ses mains avides; il faut compter avec
-elle. Aussi ne peut-il pas être sans intérêt de
-suivre cette course, de marquer ces étapes,
-de voir quels moyens ont été, tour à tour, et
-toujours inutilement employés, pour placer,
-devant elle, des barrières, sans cesse renversées.</p>
-
-<p>Nous avons pensé qu'il serait curieux de passer
-en revue les défenses, essayées dans le dessein
-d'arrêter la luxure, l'amour de la débauche; et,
-fouillant dans l'arsenal où sont déposées les armes
-émoussées, nous avons voulu arriver jusqu'au
-temps présent.</p>
-
-<p>Lointain est le moment où les rois frappaient
-les courtisanes d'une main, non gantée de velours.</p>
-
-<p>En comparant les anciennes ordonnances aux
-règlements nouveaux, on ne peut manquer de<span class="pagenum"><a name="Page_38" id="Page_38">38</a></span>
-trouver intéressantes ces recherches et d'en tirer
-peut-être plus d'un enseignement.</p>
-
-<p>Que de chemin parcouru depuis le temps où
-le Lévitique flétrissait, comme une infamie, digne
-du dernier supplice, les crimes contre nature,
-chantés à Rome et à Athènes par les poètes.
-Aujourd'hui, moins sévères qu'aux jours primitifs,
-moins indulgents qu'Horace et Virgile,
-nous prenons en main le Code pénal et disons:
-Art. 330 et suivants: Ce délit est réprimé lorsqu'il
-est accompagné de violence, de publicité,
-qu'il est exercé sur des mineurs de treize ans;
-ou par un ascendant sur un mineur de plus de
-treize ans, non émancipé par le mariage, on lorsqu'il
-y a enfin habitude de proxénétisme, pluralité
-de victimes et d'actes impudiques. Oui, le
-vice persiste, le mal grandit; que faire? à l'histoire
-à prendre la parole!</p>
-
-<p>Sans chercher des exemples aux époques où
-les règlements, les ordonnances se suivent sans
-ordre et se contredisent, ouvrons cette instructive
-série de documents à l'heure où véritablement
-tout s'organise.</p>
-
-<p>Charlemagne, ajoutant aux peines, prononcées
-par ses prédécesseurs, ordonna (800) que: le propriétaire,
-chez lequel, se prostitueront des filles de<span class="pagenum"><a name="Page_39" id="Page_39">39</a></span>
-mauvaise vie, les portera l'une après l'autre,
-sur la place du Marché, pour y être fustigées. S'il
-refuse, il sera lui-même frappé de la même
-peine.</p>
-
-<p>Les guerres augmentèrent les débauches et
-saint Louis les réprima par la sévérité de son
-ordonnance de 1254.</p>
-
-<p>Les ordonnances royales alors cantonnent les
-prostituées, dans certains quartiers de Paris,
-leur défendant de résider ailleurs, sous peine de
-confiscation, ni louer maisons et défendant à
-tous propriétaires de les recevoir ou loger en autres
-quartiers.</p>
-
-<p>Défense de se trouver dans leur bordel ou clapier,
-après sept heures sonnées, sous peine de
-prison et d'amende arbitraire.</p>
-
-<p>Défense de porter sur leurs habits, de l'or, de
-l'argent, des perles, du jais, des broderies, des
-fourrures, des collets renversés, des robes à
-queues traînantes, des ceintures dorées et autres
-ornements, que pourraient porter les femmes
-d'honneur, à peine de confiscation desdits habits
-et d'amende arbitraire.</p>
-
-<p>Défense à toutes personnes de produire des
-femmes prostituées, à peine du pilori, d'être
-marquées d'un fer chaud et bannies (Ordon<span class="pagenum"><a name="Page_40" id="Page_40">40</a></span>nances
-de 1395, de 1415, 1420, 1426, 1480;
-<i>Delamare</i>, 21 825, Fr.; <i>Bibl. Nat. manuscrits</i>).</p>
-
-<p>Marguerite de Provence, la reine de France,
-digne femme de saint Louis, allant à l'offrande,
-après avoir touché de ses lèvres la patène consacrée,
-se retourna, selon l'usage de la primitive
-Église, pour donner le baiser de paix à sa voisine.
-Elle embrassa une dame de riche costume, de
-belle et haute apparence, qui n'était autre qu'une
-ribaulde folieuse (<i>Bibl. Nat.</i>, <i>manuscrits français</i>,
-13635, <i>Fr. supp.</i>, 4945).</p>
-
-<p>De là serait venu le proverbe:</p>
-
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Bonne renommée</div>
-<div class="line">Vault mieux que ceinture dorée.</div>
-</div></div></div>
-
-<p>A Paris, dès 1259, par les ordonnances du
-bon roi saint Louis, les prostituées étaient cantonnées,
-dans certains quartiers: la Cité, la rue
-Glatigny, rues de Mascon, de la Boucherie, du Clos-Breuneau,
-Froidmanteau, Robert de Paris,
-Baillehoe, de Tion, Chapon, de Champfleury.</p>
-
-<p>Les règlements se succèdent, mais toujours
-impuissants. Le 3 février 1368, le roi Charles
-défend: qu'on tienne doresnavant bordeau, rue
-du Chapon, près le cimetière Saint-Nicolas-des-Champs.
-On forniquait même dans le cimetière<span class="pagenum"><a name="Page_41" id="Page_41">41</a></span>
-des Innocents, nous apprend un chroniqueur indigné.</p>
-
-<p>Le 8 janvier 1415.&mdash;Ordonnance du prévôt
-de Paris reproduisant, pour les prostituées, les
-mesures édictées par saint Louis, sous peine
-d'être brûlées d'un fer chaud, tournées au pilori,
-mises hors la ville.</p>
-
-<p>Défense aussi de porter or, argent, boutonnières
-d'or et d'argent sur les habits (<i>Livre
-rouge</i>, vieil du Châtelet).</p>
-
-<p>Malgré les sévérités des ordonnances royales
-de saint Louis (1259), du roi Charles (3 février
-1368), du prévôt de Paris (8 janvier 1415), les
-lupanars confinaient aux salles des cours et détournaient
-les étudiants. Guillaume Breton (<i>Philippidos.</i>
-Lib. I), nous révèle ces malsaines
-habitudes, qui ne respectaient même pas les
-cimetières. (<i>La Taille de Paris</i>, 1292.)</p>
-
-<p>Au treizième siècle, dans une enquête suivie à
-Douai, le procureur de messieurs du Chapitre de
-Saint-Amé répudie le témoignage de Waghe le
-Vaut, produit par les échevins, parce qu'il est
-homme de mauvaise vie, qu'il est nommé en
-ceste ville, roi des ribaulds, tient femmes folles,
-qui sieent èsbordiaux et waguent en péchié de
-leur corps.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_42" id="Page_42">42</a></span></p>
-
-<p>En 1242, une ordonnance des échevins de
-Douai porte que les jeux de dés, breleng, boules
-et autres étant interdits au roi des ribaulds, il
-percevra, à l'avenir, sur chaque femme de folle
-vie, demeurant à Douai, en estuves ou en bourdel,
-pour bienvenue, pour la première fois, deux
-gros; sur chacune de ces femmes, par mois, un
-gros; si elles changent de maison, en ville, un
-gros; sur chaque individu hébergeant ou soutenant
-telles femmes de folle vie, un gros chaque
-mois; sur chaque femme d'estuve ou de bourdel,
-à la saint Pierre, un gros, et à la fête de saint
-Rémy, un gros; sur les femmes mariées, filles
-ou meskines, qui mésuseront de leur corps, ledit
-roi pourra prendre, à son profit, le mantel ou
-chaperon; de même, l'habit du ladre, venant habiter
-la ville sans permission. (<i>Archives de
-Douai.</i> Layette, 34, armoire 7, cartulaire B.)</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_43" id="Page_43">43</a></span></p>
-
-
-<h3>II</h3>
-
-
-<p class="indent f85">APPARITION DU MAL VÉNÉRIEN (SENTENCE DE MOISSAC,
-1303).&mdash;ACCROISSEMENT DES MAISONS DE FILLES.&mdash;ORDONNANCE
-DE CHARLES VI (1420) INDIQUANT CERTAINS
-QUARTIERS POUR LES PROSTITUÉES.&mdash;ARRÊT DU PARLEMENT
-(1496) POUR ARRÊTER LES PROGRÈS DE LA
-CONTAGION.</p>
-
-<p>D'après une sentence consulaire de Moissac
-(relevée par l'historien de cette ville, M. Lagrèze-Fossat),
-dès 1303, la femme Naude, épouse de
-Bernard Dagen, procédait, comme mineure,
-avec l'assistance de son curateur Guiraud Alaman
-contre la Lombarde, femme de Bernard
-Marin; cette dernière est condamnée à cinq sols
-de Cahors et à cinq sols tournois, pour avoir appelé
-la demanderesse vilainement atteinte d'une
-maladie honteuse<a name="FNanchor_39_39" id="FNanchor_39_39"></a><a href="#Footnote_39_39" class="fnanchor">39</a>, ce qui était une calomnie,
-bien entendu.</p>
-
-<p>Un des premiers actes de Hugues Aubriot,
-nommé prévôt de Paris, fut d'aller visiter tous
-les bordeaux de Paris (1367)<a name="FNanchor_40_40" id="FNanchor_40_40"></a><a href="#Footnote_40_40" class="fnanchor">40</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_44" id="Page_44">44</a></span></p>
-
-<p>Cette utile inspection a été renouvelée, de nos
-jours, par des administrateurs très pénétrés de
-l'accomplissement de leurs devoirs, et suivie
-d'une haute approbation sur la tenue du lupanar
-le plus élégant de Paris.</p>
-
-<p>L'Église elle-même, alors<a name="FNanchor_41_41" id="FNanchor_41_41"></a><a href="#Footnote_41_41" class="fnanchor">41</a>, n'avait qu'une
-molle indignation, pour le voisinage des belles
-pécheresses, confinées dans les maisons de débauche.</p>
-
-<p>Au quinzième siècle même il fut dit que: les
-chanoines de la paroisse Saint-Merry avaient intérêt
-que les bordeaux restassent, dans les immeubles
-avoisinant l'église, parce qu'ainsi leurs
-loyers et rentes en valaient mieux.</p>
-
-<p>Le 18 juin 1367, le Parlement, sur l'appel de
-Jehanne-Lapelletière, ordonne qu'elle videra
-d'ici à la fête de Saint-Lazare la rue Coquatrix,
-qui est foraine<a name="FNanchor_42_42" id="FNanchor_42_42"></a><a href="#Footnote_42_42" class="fnanchor">42</a>, et où il y a un bordel, de si
-longtemps, qu'il n'est mémoire du contraire.</p>
-
-<p>3 février 1368.&mdash;Lettre du roi Charles au
-prévôt de Paris, interdisant les bordeaux rue
-Chapon, rue Beaubourg, Simon Langevin, des
-<span class="pagenum"><a name="Page_45" id="Page_45">45</a></span>Jongleurs, de Simon le Franc, de la Fontaine-Maubuée,
-ni autour Saint-Denis<a name="FNanchor_43_43" id="FNanchor_43_43"></a><a href="#Footnote_43_43" class="fnanchor">43</a>.</p>
-
-<p>Les ordonnances de Charles VII (14 septembre
-1420) et arrêts du Parlement rendus en conséquence,
-défendent aux filles de loger ailleurs
-que dans les rues de l'Abreuvoir, de Mascon, de
-la Cour Robert de Paris, Baillehoë, Chapon, rue
-Pavée, à peine de confiscation, prison.</p>
-
-<p>Leur fait défense aussi de tenir cabarets.</p>
-
-<p>Hugues Aubriot, le 10 octobre 1368, défend
-de faire grandes poulaines par vanité et mondaines
-présomptions. (<i>Bibliothèque nationale,
-manuscrits.</i> Collection Delamare, 82).</p>
-
-<p>Cette ordonnance demeura stérile, et, en
-1485, Charles VIII défend aux gens, non nobles,
-de porter veloux et drap de soye.</p>
-
-<p>Le 28 février 1375, le Parlement de Paris,
-statuant sur appel d'une sentence du Châtelet,
-condamne au pilori des Halles, avec une couronne
-de parchemin sur la tête, portant ces
-<span class="pagenum"><a name="Page_46" id="Page_46">46</a></span>mots, en grosses lettres: <i>Faussaire</i>, Agnès
-Piédeleu, <i>maquerelle publique</i>. (<i>Archives nationales.
-Section judiciaire.</i>)</p>
-
-<p>Des lettres sont accordées, le 28 juillet
-1830, au duc d'Anjou, pour ôter un lupanar,
-proche de son hôtel (<i>Ordonnance du 3 août 1387</i>,
-reproduisant de précédentes prescriptions inexécutées).</p>
-
-<p>Les parentés les plus hautes ne préservaient
-pas les contrevenantes et la nièce de M. le premier
-Président de Popincourt est interdite de la
-ville et prévôté de Paris (21 juin 1483), pour faits
-de débauche.</p>
-
-<p>Le registre de la ville d'Amiens énonce une
-décision du 9 décembre 1485, prescrivant que
-les filles de vie malvaise et dissolute y porteront
-pour enseigne, une aiguillette rouge de quartier
-et demi de long, sur le brach dextre, au-dessus
-du queute, sans qu'elles puissent avoir mantils
-ou failles, pour couvrir ladite enseigne, ni porter
-chayntures d'or et d'argent, sur peine de confiscation
-et bannissement.</p>
-
-<p>Puis en avril 1424, par lettres patentes
-d'Henri, roi d'Angleterre, occupant alors la
-France, adressées au prévôt de Paris, lui ordonnait
-de faire vuider d'un lieu, appelé <i>Baillehoë</i>,<span class="pagenum"><a name="Page_47" id="Page_47">47</a></span>
-proche l'église Saint-Merry, les femmes de vie
-dissolue qui y tiennent clapier et bordel public,
-ce lieu étant un chemin, par lequel plusieurs
-habitants venaient à ceste église. (<i>Registre du
-Châtelet, livre noir.</i>)</p>
-
-<p>A Londres, comme en Espagne, en Italie, ce
-pays des belles et célèbres courtisanes, que Montaigne
-n'admirait pas pourtant, la prostitution
-s'exerce librement. Elle y est réprimée seulement,
-comme tous les autres délits, lorsque, dans
-la rue, en public, elle s'exhibe et trouble l'ordre,
-la morale; on lui abandonne ses quartiers réservés,
-ses franchises, ses victimes mêmes.</p>
-
-<p>Le mal de Naples a déjà fait son entrée en
-France et le Parlement de Paris, prévoyant pour
-le printemps (6 mars 1496), un progrès de la
-contagion, ordonne que, de par le roy, il sera
-fait cry que les forains hommes et femmes, attaqués
-de la dite maladie, sortiront de Paris, dans
-les vingt-quatre heures, sous peine de la hart<a name="FNanchor_44_44" id="FNanchor_44_44"></a><a href="#Footnote_44_44" class="fnanchor">44</a>.</p>
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_48" id="Page_48">48</a></span></p>
-
-
-
-<h3>III</h3>
-
-
-<p class="indent f85">SEIZIÈME SIÈCLE: LES FILLES A DIJON, A PÉRONNE.&mdash;(1518)
-LETTRES PATENTES DE FRANÇOIS I<sup>er</sup> SUPPRIMANT
-LE BORDEAU DE GLATIGNY.&mdash;(1556) ÉDIT DE HENRI II
-SUR LES FILLES AYANT CELÉ LEUR GROSSESSE.</p>
-
-<p>Jehan Auxeau, sergent de la mairie de Dijon,
-afferme de 1510 à 1511, moyennant 30 livres,
-la maison commune où se tiennent les filles publiques,
-et il lui est fait remise du prix du loyer,
-à cause du <i>Mal de Naples</i>, qui a régné et eu
-cours, pourquoi plusieurs n'ont fréquenté en la
-dite maison (<i>Comptes de la ville de Dijon</i>). On
-agissait là en bon père de famille, envers un
-locataire malheureux.</p>
-
-<p>A Péronne, le 28 janvier 1518 et 11 février
-1519, «il est fait commandement à toutes les
-filles de se retirer dans le lieu public, à l'usage
-d'estuves, pour elles édifié, et ne soient si osées
-ne hardies coucher, ne tenir résidence, hors
-du dit lieu, si ce n'est de jour, pour boire,
-manger, honnestement et sans bruit, scandale
-ou confusion<a name="FNanchor_45_45" id="FNanchor_45_45"></a><a href="#Footnote_45_45" class="fnanchor">45</a>. Défense aux hosteliers, taver<span class="pagenum"><a name="Page_49" id="Page_49">49</a></span>niers,
-cervoisiers de Péronne, vendant vin ou
-victuailles, de retirer les dites filles, sur peine
-de bannissement, si ce n'est pour maladie ou
-aultres cas pitoyables.» Que les temps sont
-changés!</p>
-
-<p>La débauche troublait et inquiétait, par ses
-désordres, les âmes pieuses. En 1518, à la prière
-de la reine Claude, le roi François I<sup>er</sup> signa des
-lettres patentes, prescrivant la destruction du
-bordeau de Glatigny, situé derrière l'église de
-Saint-Denis de la Chartre, à cause des impuretés
-qui s'y commettaient, par chascun jour. En démolissant
-lesdites maisons y furent trouvés les
-squelettes de trois hommes et le lendemain, qui
-était dimanche, par ordonnance de monsieur
-l'archevêque de Paris, furent faites processions
-générales autour de la Cité (<i>Journal d'un bourgeois
-de Paris</i>).</p>
-
-<p>En 1539, Le Parlement de Paris, chargé de
-juger et d'administrer en même temps, ordonne
-«aux gouverneurs de l'Hôtel-Dieu de pourvoir
-l'hôpital Saint-Nicolas, destiné aux pauvres
-vérolés, de draps, linges, appareils nécessaires,
-de sorte que plainte ne vienne.»</p>
-
-<p>L'édit de Henri II contre les filles ayant celé
-leur grossesse, leur accouchement, pour faire<span class="pagenum"><a name="Page_50" id="Page_50">50</a></span>
-périr leurs enfants sans baptême, décide qu'elles
-seront punies de mort (février, 1556).</p>
-
-<p>Une sentence de mort prononcée est exécutée
-le 27 septembre 1724, contre Marie Lordiol,
-veuve Birat, pendue et étranglée à un poteau au
-haut de la rue Mazarine, son corps mort y<a name="FNanchor_46_46" id="FNanchor_46_46"></a><a href="#Footnote_46_46" class="fnanchor">46</a> demeurera
-vingt-quatre heures, puis porté au gibet
-de Paris.</p>
-
-
-
-
-<h3>IV</h3>
-
-
-
-<p class="indent f85">DIX-SEPTIÈME SIÈCLE: ORDONNANCE DE POLICE, (JUILLET
-1629,) ORDONNANT AUX FILLES DE QUITTER PARIS.&mdash;SENTENCE
-DU CHATELET (6 JUILLET 1663).&mdash;LETTRE
-DE LA REINE ANNE D'AUTRICHE.&mdash;LA FILLE HUÉ (1679).&mdash;CRIMES
-CONTRE NATURE, DE 1640 A 1660, DANS LE
-RESSORT DU PARLEMENT DE PARIS.</p>
-
-
-<p>Ordonnances de police des 19 juillet 1629 et
-de septembre 1644, prescrivant aux filles débauchées,
-aux vagabonds, de vuider la ville de Paris,
-dans 24 heures, à peine de prison.</p>
-
-<p>Défendant aux propriétaires de louer leurs
-maisons, en tout ou en partie, à gens de mau<span class="pagenum"><a name="Page_51" id="Page_51">51</a></span>vaise
-vie, filles débauchées, à peine de cent
-livres parisis d'amende, et de confiscation des
-loyers, pour trois ans, au profit de l'Hôtel-Dieu,
-pour la première fois, et pour la seconde, de
-pareille amende, et de voir les maisons murées
-pour autant de temps<a name="FNanchor_47_47" id="FNanchor_47_47"></a><a href="#Footnote_47_47" class="fnanchor">47</a>. Enjoignant à tous propriétaires
-et principaux locataires des maisons
-où existent telles sortes de gens, de les en faire
-vuider, dans trois jours<a name="FNanchor_48_48" id="FNanchor_48_48"></a><a href="#Footnote_48_48" class="fnanchor">48</a>.</p>
-
-<p>Par dépêche du 28 juin 1657, adressée au
-gouverneur et maire de Compiègne par Anne
-d'Autriche, mère du Roy; il leur est ordonné de
-recevoir Marguerite Bourlet, de ladite ville,
-ayant mené jusqu'à présent une vie fort libertine,
-où Dieu a été offensé, et de la faire mettre
-en lieu où elle ne puisse continuer à faire du
-mal, et lui faire donner la nourriture nécessaire
-et proportionnée à la pénitence qu'elle doit faire
-de ses offenses, pour y demeurer jusqu'à nouvel
-ordre, et qu'il ait été pourvu à la faire vivre,
-<span class="pagenum"><a name="Page_52" id="Page_52">52</a></span>comme elle doibt. (Donné à Lafère, Anne.)&mdash;Voir
-aux Archives de la ville de Compiègne et à
-la Préfecture de police les lettres de cachet
-(1721, 1789), ainsi que les registres d'écrou des
-prisonniers, en vertu d'ordres du Roi, pour
-Paris et les provinces (1728, 1792). <i>Le Bailliage
-du Palais.</i>&mdash;<i>Les Communes et la Royauté</i>
-(Willem, éditeur, 1877).</p>
-
-<p>Une sentence du Châtelet de Paris (6 juillet
-1663) intervenue sur le réquisitoire du procureur
-du Roi au Châtelet prescrit de mettre les
-scellés rue du Fouarre, sur une maison occupée
-par la<a name="FNanchor_49_49" id="FNanchor_49_49"></a><a href="#Footnote_49_49" class="fnanchor">49</a> nommé Hue, dite Godefroy, déjà condamnée
-en plusieurs amendes, mesme par
-arrêt de la Cour du Parlement, à estre fustigée,
-ayant un chapeau de paille sur la teste, avec
-écriteau portant ces mots: <i>Maquerelle publique</i>,
-et bannie de la prévosté et vicomté de Paris,
-laquelle, au mépris desdites sentences, n'aurait
-gardé son bien, se serait maintenue en ladite
-maison, sans la vouloir vuider, et continue d'y
-tenir, plus que jamais, bordel public, hanté
-par quantité de filles et femmes de mauvaise
-vie, qui se disputent, jour et nuit, de quoi se
-<span class="pagenum"><a name="Page_53" id="Page_53">53</a></span>plaignent les voisins, bourgeois en ladite rue.</p>
-
-<p>Le prévôt de Paris ordonne que sera ladite
-Hue, dite Godefroy, prise au corps et ses meubles
-inventoriés, puis mis sous scellés, et défense
-à la dame Foucault de louer la maison, dont elle
-est propriétaire, sinon à des gens d'honneur.</p>
-
-<p>En 1679, ceux qui se trouvent à l'hôpital
-attaqués du mal vénérien ou qu'on y enverra, ne
-seront reçus qu'à la charge d'être sujets à correction,
-avant toutes choses, et fouettés, ce qui
-sera certifié par leurs billets d'envoi.</p>
-
-<p>Bien entendu, à l'égard de ceux qui auront
-gagné ce mal par leur désordre et débauche, et
-non de ceux qui l'auront contracté, comme une
-femme par son mari et une nourrice par l'enfant.
-(Archives de l'Assistance publique de Paris,
-citées par le directeur, M. Armand Husson, de
-l'Institut.)</p>
-
-<p>Au dix-septième siècle, un arrêt du Parlement
-de Paris, sur les conclusions conformes de l'avocat
-général, repoussa une demande, afin de congrès,
-motivée pour cause d'impuissance contre
-un mari, âgé de soixante ans!</p>
-
-<p>L'âge parut à Messieurs de la Cour une suffisante
-excuse, une circonstance atténuante, au
-moins, comme on dit aujourd'hui.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_54" id="Page_54">54</a></span></p>
-
-<p>Ce n'est pas seulement la prostitution qui
-gagne du terrain, s'étend, ravage la ville et
-appelle l'attention de l'autorité.</p>
-
-<p>De nombreux attentats à la pudeur contre nature
-étaient commis autrefois.</p>
-
-<p>Dans le ressort du<a name="FNanchor_50_50" id="FNanchor_50_50"></a><a href="#Footnote_50_50" class="fnanchor">50</a> Parlement de Paris, composé
-de l'Ile-de-France, la Beauce, le Berry, la
-Sologne, l'Auvergne, le Forez, le Beaujolais, le
-Nivernais, l'Anjou, l'Angoumois, la Champagne,
-la Brie, le Maine, la Touraine, le Poitou, l'Aunis
-et le Rochelois, nous trouvons (de 1540 à 1692)
-49 condamnations au feu, à la corde<a name="FNanchor_51_51" id="FNanchor_51_51"></a><a href="#Footnote_51_51" class="fnanchor">51</a>, au bannissement.</p>
-
-<p>Sommes-nous en progrès?</p>
-
-
-
-
-<h3>V</h3>
-
-
-
-<p class="indent f85">DIX-HUITIÈME SIÈCLE: D'ARGENSON ET LA FEMME BAUDOUIN
-(12 NOVEMBRE 1703).&mdash;MESURES PRISES POUR
-L'ARRESTATION DES FILLES.&mdash;PRISONS D'ÉTAT.&mdash;STATISTIQUE
-FAITE DES RELIGIEUX SURPRIS CHEZ DES FILLES.</p>
-
-
-<p>Le 12 novembre 1703, d'Argenson demande au
-<span class="pagenum"><a name="Page_55" id="Page_55">55</a></span>ministre (qui la lui refuse) l'autorisation de faire
-enfermer au Refuge une jeune femme, âgée de
-seize ans, dont le mari se nomme Baudouin; elle
-publie hautement qu'elle n'aimera jamais son
-mari, qu'il n'y a pas de loy qui l'ordonne, et
-que chacun est libre de disposer de son c&#339;ur et
-de son corps, comme il luy plait, mais que
-c'est une espèce de crime de donner l'un sans
-l'autre.</p>
-
-<p>Suivant ces principes, elle va coucher chez sa
-mère, où elle trouve, dit-on, un ami, tantôt chez
-un autre amant.</p>
-
-<p>Quoique depuis plusieurs années habitué aux
-discours impudents et ridicules, je n'ai pu
-m'empêcher d'être surpris des raisonnements
-dont cette femme appuie son système, regardant
-le mariage, comme un essai, ajoutant qu'il
-n'y a rien de fait, quand l'inclination ne s'accorde
-pas avec le contrat. (George Sand, <i>Indiana</i>,&mdash;Alexandre
-Dumas, <i>Antony</i>,&mdash;A.
-Dumas fils, <i>la Question du Divorce</i>; le R. P.
-Didon.)</p>
-
-<p>Sur la plainte de madame veuve de Fresquesne,
-dont le mari était mort président à mortier, au
-Parlement de Rouen, d'Argenson propose de
-renfermer à l'Hôpital général la fille Bressaux,<span class="pagenum"><a name="Page_56" id="Page_56">56</a></span>
-qui avait fait dépenser au fils de Fresquesne,
-lequel voulait l'épouser, plus de vingt mille livres.
-(<i>Bibl. nat.</i>, Fr. 8125.)</p>
-
-<p>En vertu de commission du Roi, de lettres de
-cachet ou de mandats du lieutenant de police,
-l'inspecteur délégué opérait, de nuit, l'enlèvement
-des contrevenantes, dont l'arrestation était
-opérée par des exempts, accompagnés de fiacres
-escortés par des soldats de la maréchaussée. Je
-possède un précieux tableau du temps, attribué
-au peintre Jaurat, représentant l'audience du
-lieutenant de police, devant lequel étaient traduites
-les filles, déposées d'abord à la prison<a name="FNanchor_52_52" id="FNanchor_52_52"></a><a href="#Footnote_52_52" class="fnanchor">52</a>
-Saint-Martin, puis au Châtelet.</p>
-
-<p>A cette audience publique sur le vu du procès-verbal,
-le procureur du Roi ouï, le lieutenant de
-police condamnait, depuis un jusqu'à six mois
-d'hôpital ou bien renvoyait les inculpés.</p>
-
-<p>Ces femmes étaient amenées dans une voiture
-fermée, au bas de l'escalier du Châtelet, et de là
-menées dans le prétoire, encombré de seigneurs,
-placés derrière la cour, de public mêlé et
-d'étrangers.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_57" id="Page_57">57</a></span></p>
-<p>Pendant le trajet de Saint-Martin au Châtelet,
-et, dès leur entrée dans la salle d'audience,
-malgré la majesté du lieu et la présence des
-gardes armés et des sergents à verge, ces filles
-criaient, menaçaient, provoquaient les spectateurs,
-les témoins.</p>
-
-<p>Quelques-unes riaient, pleuraient tour à tour,
-se déchiraient les robes; d'autres se découvraient
-avec indécence, bravant, par leur attitude,
-leurs propos, les magistrats qui allaient
-prononcer la sentence, devant d'autres filles perdues,
-des badauds et des libertins d'elles connus.</p>
-
-<p>Outre les filles ainsi enlevées, il en était d'autres
-que l'on ne pouvait arrêter qu'en vertu d'ordre
-du Roi, parce qu'elles étaient domiciliées et dans
-leurs meubles.</p>
-
-<p>Celles-là n'étaient pas menées à l'audience,
-mais directement conduites dans les prisons
-d'État, désignées sur la lettre de cachet.</p>
-
-<p>Ces prisons étaient: le château de Saumur,
-Pierre-Encise, le mont Saint-Michel, le château
-Trompette, Ham, les îles Sainte-Marguerite,
-Angers, Nancy, Rouen, Toul, Amboise, Armentières,
-le fort Brehon, Bicêtre, Saint-Lazare,
-la Bastille, Lille, Romans, Cadillac, Pontorson,
-Poitiers, Château-Thierry.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_58" id="Page_58">58</a></span></p>
-
-<p>Les femmes avaient pour prison, et souvent
-pour tombeau: le Refuge, à Dijon; les Annonciades,
-à Clermont; la Madeleine, à la Flèche;
-Notre-Dame de Guingamp, les Ursulines de Chinon,
-les Hospitalières de Gomont, Sainte-Pélagie
-à Paris et le château de Valdonne.</p>
-
-<p>En février 1714, dans une assemblée tenue
-chez M. le premier Président, il est arrêté que
-les femmes vagabondes, qui ne sont de Paris,
-seront assignées et contraintes à vider la ville.
-Celles de Paris<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">1</a>, sans domicile, en cas qu'elles
-désavouent et qu'elles soient réclamées, devront
-élire domicile dans le lieu de leur résidence
-actuelle, avec défense d'en changer sans
-avoir prévenu le commissaire de police du
-quartier.</p>
-
-<p>Le 3 décembre 1729, sentence de M. Hérault,
-lieutenant général de police, condamnant<a name="FNanchor_53_53" id="FNanchor_53_53"></a><a href="#Footnote_53_53" class="fnanchor">53</a> Scipion
-Toussaint à être attaché au carcan, dans la
-place du Palais-Royal, vis-à-vis de l'Opéra, pendant
-trois jours de spectacles consécutifs, ayant
-écriteaux, devant et derrière, portant ces mots:
-Domestique violent envers les gardes de l'Opéra,
-et en neuf années de bannissement. (<i>Bibl. Nat.</i>,
-<span class="pagenum"><a name="Page_59" id="Page_59">59</a></span>département des manuscrits, collection Delamare.
-Fr. 21625.)</p>
-
-<p>Sur une médaille en bronze, possédée par
-l'érudit baron O. de Wateville, on lit cette inscription
-aux armes de la ville de Rouen: <i>Proxénète
-juré</i>. Cette pièce devait se porter au col de
-son propriétaire.</p>
-
-<p>Dans un tableau de la débauche, à Paris, relevé
-au dix-huitième siècle, les religieux des différents
-ordres sont inscrits, dans l'ordre suivant<a name="FNanchor_54_54" id="FNanchor_54_54"></a><a href="#Footnote_54_54" class="fnanchor">54</a>:
-Cordeliers 12, Bernardins 5, Carmes 3,
-Dominicains 5, Capucins 3, Récollets 2, Picpus 1,
-Minimes 1, Feuillants 1, Augustins 7, Mathurins
-2, Religieux de la Mercy 1, Prémontrés 3,
-Pénitents de Nazareth 1, Théatins 2, Bénédictins
-2, Clunistes 1, Célestins 2, Religieux de la Charité
-2, Oratoriens 4, Jésuites 1, Chanoines de
-Sainte-Geneviève 8 (<i>Trésor judiciaire de la
-France.</i> <i>Curiosités des anciennes justices</i>, p. 204,
-Plon, éditeur). Les rapports de police étaient,
-pour distraire les favorites, communiqués à la</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_60" id="Page_60">60</a></span></p>
-<p>Pompadour et à la Dubarry (Déclaration royale
-de juillet 1713; Ord. des 6 novembre 1778, 8 novembre
-1780.)</p>
-
-<p>En 1739, de grands criminels, condamnés pour
-meurtres et vols, prièrent la justice de ne pas
-les faire exécuter en même temps que d'autres,
-reconnus coupables de crimes contre nature,
-faveur qui leur fut accordée.</p>
-
-<p>Dans cette même année, à Harlem, en Hollande,
-les noms des condamnés pour sodomie<a name="FNanchor_55_55" id="FNanchor_55_55"></a><a href="#Footnote_55_55" class="fnanchor">55</a>,
-furent publiquement affichés et, sur le vu de
-l'arrêt, leurs femmes devinrent libres de se remarier,
-de reprendre leurs noms de famille, leurs
-armoiries et livrées personnelles.</p>
-
-<p>Une déclaration du roy Louis XVI<a name="FNanchor_56_56" id="FNanchor_56_56"></a><a href="#Footnote_56_56" class="fnanchor">56</a>, donnée à
-Marly, le 26 juillet 1713, règle les formalités,
-qui doivent être observées pour la correction des
-femmes et filles de mauvaise vie. Le 8 décembre
-1713, le Parlement de Paris, sur la requête du</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_61" id="Page_61">61</a></span></p>
-
-<p>Procureur général du roy, ordonne que la Grand-Chambre
-connaîtra des appellations, interjetées
-par les filles et femmes, prévenues de débauche
-publique et de vie scandaleuse, tant en vertu de
-sentence du lieutenant général de police que par
-suite d'information, suivies de décrets, prescrivant,
-même par provision, que les inculpées
-seront conduites à l'Hôpital général, ce qui ne
-pourra être exécuté que si, par la cour, il a été
-ordonné.</p>
-
-<p>Dès 1755, monseigneur<a name="FNanchor_57_57" id="FNanchor_57_57"></a><a href="#Footnote_57_57" class="fnanchor">57</a> l'archevêque de Paris
-voulant refréner le libertinage des ecclésiastiques,
-s'était adressé à M. le lieutenant au Châtelet
-de Paris. Il fut entendu qu'on serait averti,
-dès qu'un prêtre, moine ou individu portant l'habit,
-entrerait chez une fille, le procès-verbal,
-transmis en minute au magistrat, serait communiqué,
-en double copie, au roi et au prélat. Plusieurs
-de ces procès-verbaux furent publiés et
-conservés en 1789.</p>
-
-<p>Pour étudier le prix de la débauche, ses trafics
-et marchés, au dix-huitième siècle, il faut
-lire les rapports de police sur les jeunes seigneurs,
-les riches étrangers, entretenant les
-<span class="pagenum"><a name="Page_62" id="Page_62">62</a></span>actrices en renom, les filles à la mode ou même
-entretenus, par elles.</p>
-
-<p>On les nommait alors greluchons, aujourd'hui
-on dit souteneurs. (<i>Bibl. Nat., manuscrits Fr.
-1357-1360</i>).</p>
-
-<p>André de Clermet, chanoine de Beauvais, est
-trouvé, le 29 avril 1755, rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré,
-dans la chambre de la Montpellier,
-femme du monde.</p>
-
-<p>Jean Jolibert, prêtre de la cure de Bicêtre,
-quarante-deux ans, est surpris, chez la Donde,
-femme du monde, avec Marie Dupont, vingt-deux
-ans, native de Reims.</p>
-
-<p>Chez Aubry, marchand de vins, rue Froidmanteau,
-le R. P. Gérard (Jean-Baptiste) de l'ordre
-de Saint-François, est surpris avec les filles
-de débauche Moulinard et Voitoux, âgées de
-seize ans.</p>
-
-<p>Un inspecteur de police était à Paris, chargé
-du service général des prostituées, il disposait
-arbitrairement, à son gré, des personnes, de la
-liberté de ces femmes, placées hors la loi, et
-dont il étendait le cercle maudit à d'autres, qui
-ne l'avaient pas encore franchi. Sur toutes, il
-prélevait, à son profit, des impôts, des redevances
-variables dont elles se rachetaient par<span class="pagenum"><a name="Page_63" id="Page_63">63</a></span>
-des présents en argent ou en nature, comme si
-l'ordonnance du 23 octobre 1425 n'eût pas déjà
-expressément défendu au prévôt de Paris d'appliquer
-à son profit les ceintures, joyaux, habits,
-vestemens ou paremens défendus aux fillettes et
-femmes amoureuses et dissolues. (Châtelet de
-Paris.)</p>
-
-<p>Les religieux surpris en débauche, signent les
-procès-verbaux suivants: Honoré Regnard, cinquante-trois
-ans, chanoine de l'ordre de Saint-Augustin,
-procureur de la maison de Sainte-Catherine,
-reconnaît que, le 26 octobre 1755, il a
-été trouvé, par le sieur Morer, chez la Saint-Louis,
-rue des Figuiers, chez laquelle il est venu
-de son gré, pour s'amuser avec la Félix, qu'il a
-fait déshabiller, qu'il a touchée avec la main,
-enveloppée dans le bout de son manteau, en
-jouant avec la Julie et la Félix, sa compagne,
-lesquelles lui ont ôté ses vêtements religieux.
-Elles m'ont, ajoute-t-il, mis en femme, avec des
-mouches et du rouge, l'inspecteur a surpris les
-groupes, en cet état, le religieux avoue que,
-depuis plusieurs années, il avait telle fantaisie,
-qu'il n'avait pu satisfaire plus tôt. Le curé Champion,
-du diocèse de Soissons, logé au Palais-Royal,
-chez son oncle, M. Petit, médecin de mon<span class="pagenum"><a name="Page_64" id="Page_64">64</a></span>seigneur
-le duc d'Orléans, est trouvé<a name="FNanchor_58_58" id="FNanchor_58_58"></a><a href="#Footnote_58_58" class="fnanchor">58</a> le 10 avril
-1755 à huit heures du soir chez la Mitronne, fille
-du monde, avec Marie-Louise Blage, âgée de
-dix-neuf ans.</p>
-
-
-
-
-<h3>VI</h3>
-
-
-
-<p class="indent f85">AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE, ORDONNANCE DU 6 MAI 1778
-POUR RÉPRIMER L'AUDACE DES FILLES.&mdash;DIVERSES PRATIQUES
-DES COUPABLES POUR COMMETTRE DES ATTENTATS
-AUX MŒURS.</p>
-
-
-<p>Les désordres signalés, les découvertes faites,
-les scandales retentissants devaient naturellement
-inspirer aux écrivains quelques ouvrages,
-de nature à attirer l'attention publique.</p>
-
-<p>Bien qu'il fût difficile à cette époque de se procurer
-les documents nécessaires pour toucher
-du doigt le mal, révéler les choses laissées dans
-l'ombre et chercher profondément le remède,
-il n'était pas impossible, tout au moins, de se
-livrer à quelques investigations, à certaines constatations.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_65" id="Page_65">65</a></span></p>
-<p>C'est ainsi que l'ouvrage de Pierre Manuel,
-<i>la Police de Paris dévoilée</i>, fut rédigé, sur
-les registres secrets des inspecteurs des m&#339;urs,
-sous Louis XV, enlevés lors de la prise de la
-Bastille et transportés à la Commune de Paris,
-dont Manuel était un administrateur.</p>
-
-<p>L'ordonnance du 6 novembre 1778 portait:
-sur ce qui nous a été remontré par notre Procureur
-du Roi que le libertinage est aujourd'hui porté à
-un point que les filles et femmes publiques, au
-lieu de cacher leur infâme commerce, ont la hardiesse
-de se montrer, pendant le jour, à leurs
-fenêtres, d'où elles font signe aux passants pour
-les attirer; de se tenir, le soir, sur leurs portes,
-et même de courir les rues, où elles arrêtent les
-personnes, de tout âge et de tout état; qu'un
-pareil désordre ne peut être réprimé que par la
-sévérité des peines prescrites par les lois, et
-capables d'imposer, tant aux filles et femmes de
-débauche, qu'à ceux qui les soutiennent et favorisent,
-pourquoi, il requiert y être, par nous
-pourvu en conséquence: <i>Article 1<sup>er</sup></i>: Faisons
-très expresses inhibitions et défenses à toutes
-femmes et filles de débauche, de raccrocher
-dans les rues, sur les quais, places et promenades
-publiques, et sur les boulevards de cette ville de<span class="pagenum"><a name="Page_66" id="Page_66">66</a></span>
-Paris, même par les fenêtres, le tout sous peine
-d'être rasées et enfermées à l'Hôpital, même en
-cas de récidive, de punition corporelle, conformément
-aux dites ordonnances, arrêts et règlements.</p>
-
-<p>La loi municipale du 19 juillet 1791 n'étant
-pas applicable aux filles publiques, le Directoire
-exécutif, par son message de l'an IV, avait demandé
-une loi spéciale, mais il n'en a été rendu
-aucune.</p>
-
-<p>M. Debelleyme, devenu de Procureur du Roi
-à Paris (1826, juillet), préfet de police, avait tenté
-de défendre aux filles de se montrer sur la voie
-publique, en dehors des habitations où elles
-étaient tolérées<a name="FNanchor_59_59" id="FNanchor_59_59"></a><a href="#Footnote_59_59" class="fnanchor">59</a>.</p>
-
-<p>L'article 330 du Code pénal et l'article 334
-devraient être appliqués, à défaut de l'ordonnance
-de 1778, dont les dispositions demeurent
-implicitement abrogées.</p>
-
-<p>Dès 1269, le Parlement de Paris condamnait
-à la peine de mort une femme, qui donnait à ses
-victimes des breuvages pour les endormir et les<a name="FNanchor_60_60" id="FNanchor_60_60"></a><a href="#Footnote_60_60" class="fnanchor">60</a>
-<span class="pagenum"><a name="Page_67" id="Page_67">67</a></span>dévaliser ainsi plus facilement, pendant leur sommeil.
-(<i>Archives nationales.</i> Procès criminels,
-vol. LIV.)</p>
-
-<p>On voit que l'innovation, en cette matière, n'a
-heureusement pas fait, jusqu'à nous, grands
-progrès, malgré le magnétisme et l'hypnotisme.</p>
-
-<p>L'emploi des narcotiques pour endormir les
-victimes était, au dix-huitième siècle, connu<a name="FNanchor_61_61" id="FNanchor_61_61"></a><a href="#Footnote_61_61" class="fnanchor">61</a> et
-pratiqué, comme nous l'apprend la série des procédures,
-suivies en la Chambre de l'Arsenal,
-constituée par ordonnance royale, pour l'expédition
-des crimes d'empoisonnement et autres
-cas énormes.</p>
-
-<p>Pendant le long règne de Louis XIV, dit le
-Grand, il y eut quatre procès, qui préoccupèrent
-le roi et toute la nation: la procédure suivie
-contre le surintendant Fouquet, lequel meurt
-<span class="pagenum"><a name="Page_68" id="Page_68">68</a></span>subitement en la forteresse de Pignerol (avril
-1680), l'affaire concernant le chevalier de Rohan,
-enfin ces décès si rapides, si nombreux, que les
-poisons, apportés de l'Italie ou fabriqués dans
-des laboratoires inconnus, rendaient dans toutes
-les familles foudroyants et mystérieux. <i>La poudre
-de succession</i> était répandue partout, non seulement
-dans les mets d'un souper joyeux, mais
-dans les parfums subtils d'un bouquet, dans les
-gants mis pour un bal, dans les perles d'un collier,
-placé sur les épaules.</p>
-
-<p>Si Reich de Penautier, receveur général du
-clergé, fut acquitté, faute de preuve, de la prévention
-d'avoir empoisonné son prédécesseur, la
-Chambre de l'Arsenal prononça, de 1679 à 1682,
-36 sentences de mort, 226 accusés appartenant
-à toutes les conditions sociales, étaient traduits
-devant elle, et les prisons d'État ensevelirent
-dans leur ombre, ceux qui ne furent pas condamnés.
-C'était plus que la mort, c'était l'oubli
-dans une tombe ignorée.</p>
-
-<p>La Brinvilliers avait été brûlée en place de
-Grève, le 16 juillet 1676, et M. le premier président
-Lamoignon avait dit au prêtre qui assistait
-cette grande coupable: Nous avons intérêt pour
-le public que ses crimes meurent avec elle, et<span class="pagenum"><a name="Page_69" id="Page_69">69</a></span>
-qu'elle prévienne, par une déclaration de ce
-qu'elle sait, toutes les suites qu'ils pourraient
-avoir. (<i>Pierre Clément.</i>&mdash;<i>La Chambre de l'arsenal</i>,
-1864.&mdash;<i>Le gouvernement de Louis XIV.</i>&mdash;<i>Le
-procès de La Voisin.</i> Bibliothèque nationale,
-<i>manuscrits français</i>, 7608.&mdash;Archives
-nationales.&mdash;<i>Bibliothèque du Corps législatif
-et bibliothèque nationale</i>, recueil Bouilland,
-<i>manuscrit S. F.</i> 997.</p>
-
-<p>Malgré les supplices édictés par cette lente
-et rigoureuse justice, dès le 21 septembre 1677,
-un billet anonyme, trouvé dans un confessionnal
-de l'église des jésuites de la rue Saint-Antoine,
-révélait le projet d'empoisonner le roi et le dauphin.
-Des soupçons s'élevèrent contre quelques
-gentilshommes de l'Artois, mais ils tombèrent
-n'étant étayés d'aucune preuve.</p>
-
-<p>Il est curieux de lire les rapports des chirurgiens
-jurés experts, reçus à Saint-Côme, qui
-visitent les victimes, les reconnaissent atteintes
-de la crystalline, tumeur qu'il leur est expressément
-défendu de panser et médicamenter.
-(Arrêt rendu, pour crimes contre nature, par le
-lieutenant général de police, Réné Hérault, lieutenant
-de police, contre Nicolas Deschauffours,
-le 25 mai 1726, le condamnant à être brûlé en<span class="pagenum"><a name="Page_70" id="Page_70">70</a></span>
-Grève, avec la minute de l'arrêt, puis, ce fait,
-les cendres jetées et semées au vent, les biens
-confisqués au profit du Roy, après prélèvement
-de trois mille livres d'amende.</p>
-
-<p>Il était de tradition, parmi tous les médecins<a name="FNanchor_62_62" id="FNanchor_62_62"></a><a href="#Footnote_62_62" class="fnanchor">62</a>,
-depuis cent ans, de considérer comme appartenant
-au domaine de la jonglerie et de la mystification
-tous les phénomènes, qui rentraient dans
-ce qu'on appelait le magnétisme animal ou somnambulisme
-provoqué. D'après la communication
-faite au congrès de Reims par le docteur
-Richet<a name="FNanchor_63_63" id="FNanchor_63_63"></a><a href="#Footnote_63_63" class="fnanchor">63</a>, il faut beaucoup rabattre de cette opinion.</p>
-
-<p>En étudiant l'hypnotisme, le professeur Heidenhein,
-de Breslau, a été amené à constater
-que les phénomènes de somnambulisme artificiel
-peuvent parfaitement être reproduits par des
-<i>passes</i> et des frictions, convenablement exécu<span class="pagenum"><a name="Page_71" id="Page_71">71</a></span>tées.
-Au bout d'un certain temps la sensibilité
-du patient s'émousse, les muscles se contractent
-et prennent une rigidité singulière. Puis la
-volonté s'assoupit, comme paralysée. A ce moment,
-la personne magnétisée n'est plus en état
-de combiner et de méditer ses sensations, de
-manière à en déduire une interprétation du
-monde extérieur, et à prendre, par elle-même,
-une détermination. Mais il se manifeste des phénomènes
-réflexes très bizarres. Si l'on irrite la
-peau de la région dorsale des vertèbres pectorales,
-les bras se lèvent comme d'eux-mêmes
-au-dessus de la tête. Mais il y a mieux encore:
-les mouvements perçus d'une façon inconsciente
-à l'aide de la vue et de l'ouïe, sont imités
-automatiquement par l'hypnotisé. Si vous criez:
-au feu! il fera le geste d'un homme qui se
-brûle. Quant à l'explication, elle demeure encore
-absolument hypothétique, et se rattache, sans
-doute, aux problèmes les plus mystérieux de la
-physiologie mentale. Mais, il n'est pas moins très
-important que les phénomènes de cet ordre aient
-enfin reçu droit de cité, dans le monde scientifique.
-Trop de savants, en effet, par l'excès d'une
-qualité, sont amenés à nier les faits qu'ils ne
-comprennent pas, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent<span class="pagenum"><a name="Page_72" id="Page_72">72</a></span>
-classer encore à côté d'autres faits déjà connus.
-C'est l'opposé du <i>credo quia absurdum</i> des catholiques.
-Il ne faut jamais croire ce qui est
-absurde, mais il faut se garder de déclarer
-absurde tout phénomène nouveau ou même
-rebelle aux théories classiques. On doit observer
-la nature sans parti pris, et, comme un loyal
-juré, dire sur ce qu'on a vu, la vérité, toute la
-vérité, rien que la vérité.</p>
-
-
-
-
-<h3>VII</h3>
-
-
-
-<p class="indent f85">MESSAGE DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF.&mdash;LE CODE PÉNAL.&mdash;NOMBRE
-DES MAISONS DE DÉBAUCHE A PARIS.&mdash;TABLEAU
-DES MAISONS OU S'EXERCE A PARIS LA PROSTITUTION
-DES FILLES INSCRITES ET NON INSCRITES.&mdash;OPINION
-DE FAUSTIN-HÉLIE SUR LES POUVOIRS DE LA
-PRÉFECTURE DE POLICE ENVERS LES PROSTITUÉES.</p>
-
-
-<p>Le Directoire exécutif, dans le message adressé
-au <i>Conseil des Cinq-Cents</i>, le 17 nivôse, an IV,
-se préoccupait, sinon d'anéantir la prostitution,
-du moins d'empêcher, par des pénalités nouvelles,
-son développement et ses scandales. Les
-«m&#339;urs sont, citoyens législateurs, la sauvegarde
-de la liberté et, sans elles, les lois, même<span class="pagenum"><a name="Page_73" id="Page_73">73</a></span>
-les plus sages, sont impuissantes. L'austérité, en
-doublant les forces physiques, donne à l'âme plus
-de vigueur et d'énergie. Il importe donc d'arrêter,
-par des mesures fermes et sévères, les
-progrès du libertinage qui, dans les grandes
-communes, particulièrement à Paris, se propagent,
-de la manière la plus funeste pour les
-jeunes gens et surtout pour les militaires.» (Loi
-du 19 juillet 1791; 330, 331, 334 du Code
-pénal.)</p>
-
-<p>Les termes de l'art. 334 du Code pénal sont
-formels et généraux, ils<a name="FNanchor_64_64" id="FNanchor_64_64"></a><a href="#Footnote_64_64" class="fnanchor">64</a> visent: «quiconque
-aura attenté aux m&#339;urs en excitant, favorisant
-ou facilitant habituellement la débauche ou la
-corruption de la jeunesse de l'un ou de l'autre
-sexe au-dessous de vingt-un ans.»</p>
-
-<p>Il a fallu s'envelopper de subtilités pour
-appliquer ce texte, si formel, seulement aux
-proxénètes, qui sont artisans habituels de la débauche
-et échangent, contre de l'or, la vertu
-des enfants, commettent un infanticide mo<span class="pagenum"><a name="Page_74" id="Page_74">74</a></span>ral.
-Il est nécessaire d'appliquer les dispositions
-de cet article aux faits personnels et directs
-d'impudicité, sur des mineurs, sans exiger capricieusement,
-dans telle ou telle espèce, la double
-condition de répétition des actes impudiques et
-de pluralité de personnes corrompues, comme
-l'avait fiait l'arrêt solennel de la Cour de cassation
-du 26 juin 1838.</p>
-
-<p>Il ne faudrait point croire, en voyant une diminution
-dans le nombre des maisons officiellement
-connues, que la débauche sente les rangs
-de son armée s'éclaircir. Loin de là; mais la
-prostitution ouverte, reconnue, perd du terrain
-pour faire place à une prostitution plus dangereuse
-encore, la prostitution libre, exercée sans
-contrôle; de jour en jour s'augmente le nombre
-des femmes qui tiennent boutique ouverte de
-plaisirs dangereux, en conservant toute liberté
-d'allures, en évitant toute surveillance. Le nombre
-des maisons de filles diminue, et dans certains
-quartiers, chaque logis meublé n'est à vrai dire
-qu'une maison de filles, dont la porte s'entr'ouvre
-chaque soir, pour livrer passage à des quêteuses
-d'hommes. C'est ainsi encore que chaque jour
-donne naissance à ces établissements étranges
-qu'on décore du nom de café, de brasserie, et<span class="pagenum"><a name="Page_75" id="Page_75">75</a></span>
-où le service est fait par des filles, dont l'influence
-est d'autant plus grande sur les consommateurs
-que leur véritable profession, la prostitution, se
-dissimule sous l'apparence trompeuse d'une occupation
-plus régulière. Dans le quartier Latin,
-en particulier, on compte plus de soixante maisons
-de ce genre; c'est là que les jeunes gens se
-rassemblent, avec d'autant moins d'hésitation
-qu'un pavillon rassurant couvre, pour ainsi dire,
-la marchandise.</p>
-
-<p>Mercier disait déjà dans son <i>Tableau de Paris</i>
-(1780), qu'il y avait alors, dans cette ville,
-30 000 femmes perdues. Qui en dirait le chiffre
-réel aujourd'hui, sinon les hôpitaux, dans leurs
-chiffres éloquents, et les médecins, les chirurgiens,
-dans leurs intimes et désolantes constatations?
-Sur 116 filles soumises, on trouve une
-ou deux malades seulement, tandis que, sur 100
-insoumises, on compte 61 malades.</p>
-
-<p>En 1865, un rapport d'inspection générale
-constate que les casernes des régiments de la
-Garde Impériale, mieux soldés, sont désertes,
-que leurs soldats, à Paris, fournissent 20 000
-journées d'hôpital, et que les hôpitaux et infirmeries
-militaires regorgent de vénériens (Maxime
-Du Camp, docteur Martineau, Lecour).</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_76" id="Page_76">76</a></span></p>
-
-<p>En 1843, le département de la Seine comptait
-235 maisons de tolérance.</p>
-
-<table summary="maisons de tolérance." width="60 %"><tr>
-<td class="tdl">En 1851</td><td class="tdr">219</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1855</td><td class="tdr">204</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1860</td><td class="tdr">194</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1865</td><td class="tdr">172</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1869</td><td class="tdr">152</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1871</td><td class="tdr">136</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1874</td><td class="tdr">134</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1877</td><td class="tdr">136</td></tr>
-</table>
-
-<p>Les filles inscrites dans les maisons étaient:</p>
-
-<table summary="filles inscrites." width="60 %"><tr>
-<td class="tdl">En 1855</td><td class="tdr">4,259</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1860</td><td class="tdr">4,199</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1865</td><td class="tdr">4,225</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1869</td><td class="tdr">3,731</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1872</td><td class="tdr">4,242</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1875</td><td class="tdr">4,580</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1876</td><td class="tdr">4,380</td></tr>
-</table>
-
-<p class="center padt1"><i>A Paris</i> 1870-1880.</p>
-
-<table summary="A Paris." width="70 %"><tr>
-<td class="tdl"><p class="indent2 padr2">Le nombre des filles inscrites en 1870 était de</p></td><td class="tdr vertb">3,359</td></tr><tr>
-<td class="tdl"><p class="indent2 padr2">Le nombre des filles inscrites en 1880 était de</p></td><td class="tdr vertb">3,375</td></tr><tr>
-<td class="tdl"><p class="indent2 padr2">Années comparées de 1870 et 1880(augmentation pour 1880)</p></td><td class="tdr vertb">16</td></tr><tr>
-<td class="tdl"><p class="indent2 padr2">Pendant la période de 1870 à 1874 l'effectif s'est élevé à</p></td><td class="tdr vertb">4,603</td></tr>
-</table>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_77" id="Page_77">77</a></span></p>
-
-
-<table summary="Nombre de prostituées." border="0"><tr>
-<td class="tdc padt1" colspan="6"><i>Nombre de prostituées dans Paris.</i></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" rowspan="2">Inscrites.</td>
-<td class="tdc f2 w10" rowspan="2">{</td>
-<td class="tdl">En tolérance</td>
-<td class="tdr">972</td>
-<td class="tdc padb01 f6" rowspan="5">}&nbsp;</td>
-<td class="tdr" rowspan="5">3,375</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl">Isolées</td>
-<td class="tdr">2,160</td>
-</tr><tr>
-<td>&nbsp;</td>
-<td class="tdl padt1" colspan="3"><i>Nombre de prostituées (banlieue).</i></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" rowspan="2">Inscrites.</td>
-<td class="tdc f2" rowspan="2">{</td>
-<td class="tdl">En tolérance</td>
-<td class="tdr">68</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl">Isolées</td>
-<td class="tdr">175</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="5">Non inscrites</td>
-<td class="tdr">400</td>
-</tr></table>
-
-<table summary="Nombre de prostituées." border="0"><tr>
-<td class="tdc padt1" colspan="6"><i>Prostitution clandestine dans Paris.</i></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl">S'exerçant</td>
-<td class="tdl" colspan="2">dans les garnis</td>
-<td class="tdr">15,000</td>
-<td class="tdc f6" rowspan="4">}</td>
-<td class="tdr" rowspan="4">40,000</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdc">&mdash;</td>
-<td class="tdl" colspan="2">dans les boutiques</td>
-<td class="tdr">2,000</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdc">&mdash;</td>
-<td class="tdl" colspan="2">dans les chambres isolées</td>
-<td class="tdr">20,000</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdc">&mdash;</td>
-<td class="tdl padr2" colspan="2">dans les bals, concerts et cafés</td>
-<td class="tdr">3,000</td>
-</tr></table>
-
-<table summary="Nombre de prostituées." border="0"><tr>
-<td class="tdc padt1" colspan="6"><i>Maladies.</i></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl">Nombre&nbsp;de&nbsp;prostituées</td>
-<td class="tdl padr2" colspan="3">&nbsp;inscrites (malades)</td>
-<td class="tdr">2</td>
-<td class="tdl">p.&nbsp;100.</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdc">&mdash;</td>
-<td class="tdl" colspan="3">&nbsp;non&nbsp;inscrites</td>
-<td class="tdr">40</td>
-<td class="tdc">&mdash;</td>
-</tr></table>
-
-<table summary="Age des prostituées." border="0"><tr>
-<td class="tdc padt1" colspan="2"><i>Age des prostituées.</i></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padr2">Pour les filles inscrites de</td>
-<td class="tdr">18 à 68 ans.</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl">Pour les insoumises de</td>
-<td class="tdr">13 à 50 ans.</td>
-</tr></table>
-
-<table summary="Origine." border="0"><tr>
-<td class="tdc padt1" colspan="4"><i>Origine.</i></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="4">Françaises, 2,800; Belges, Allemandes, Russes,<br />
-Suisses, Italiennes, Espagnoles, Portugaises,<br /> Algériennes,
-Américaines, 575.</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padt1">Mariées</td>
-<td class="tdr">330</td>
-<td class="tdr w10 f2" rowspan="2">}</td>
-<td class="tdr w20" rowspan="2">3,375</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl">Non mariées</td>
-<td class="tdr">3,045</td>
-</tr></table>
-
-<p>Par mois, la police arrête, en moyenne, 300<span class="pagenum"><a name="Page_78" id="Page_78">78</a></span>
-filles insoumises; sur lesquelles 115 mineures
-sont inscrites par an.</p>
-
-<p>Il y a environ 2600 filles en cartes, pouvant
-sortir seulement de 7 à 11 heures du soir.</p>
-
-<p>Les anciennes dispositions relatives à la réglementation
-de la prostitution, ont été implicitement
-maintenues par l'article 484 du Code pénal,
-ainsi conçu: «Dans toutes les dispositions, qui
-n'ont pas été réglées par le présent<a name="FNanchor_65_65" id="FNanchor_65_65"></a><a href="#Footnote_65_65" class="fnanchor">65</a> Code et qui
-sont réglées par des lois et règlements particuliers
-les Cours et Tribunaux, continueront de les
-observer. (<i>Voir encore les lois des 14 décembre
-1789</i>; 16, 24 août 1790; 19, 22 juillet 1791.)</p>
-
-<p>L'article 471 du Code pénal punit d'amende
-de 1 franc à 5 francs inclusivement ceux qui auront
-contrevenu aux règlements ou arrêtés publiés
-par l'autorité municipale, en vertu de la loi
-des 16 août 1790 et 19 juillet 1794. Cette disposition,
-appliquée dans les départements, n'est pas
-visée, dans la pratique de Paris (qui opère et agit,
-elle déclare y être forcée), d'une manière absolument
-arbitraire pour les arrestations et détention
-des filles.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_79" id="Page_79">79</a></span></p>
-<p>A l'égard de ces filles, dit M. le président
-Faustin-Hélie<a name="FNanchor_66_66" id="FNanchor_66_66"></a><a href="#Footnote_66_66" class="fnanchor">66</a>, <i>aucune loi</i> ne donne à l'administration
-le droit de les arrêter et détenir arbitrairement.</p>
-
-<p>Quelle que soit la position de ces femmes, elle
-doit les surveiller, mais elle ne peut les arrêter,
-lorsqu'elles ne commettent pas un délit punissable.
-On ne peut constituer de classe à part,
-qui soit en dehors du droit commun et pour
-laquelle les lois n'aient ni force ni protection;
-on ne peut reconnaître à l'administration d'autres
-droits que ceux que la loi lui confère. Qu'en
-conclure donc? Qu'il faut revenir à l'égalité devant
-la loi.</p>
-
-
-
-
-<h3>VIII</h3>
-
-
-
-<p class="indent f85">LA PRÉFECTURE DE POLICE.&mdash;SAINT-LAZARE.&mdash;LE MOUVEMENT
-EN ANGLETERRE ET EN FRANCE SUR LA RÉPRESSION
-DE LA DÉBAUCHE.</p>
-
-
-<p>Veut-on connaître quelques détails sur cette
-administration, qui a pour mission de réprimer
-la débauche, et à laquelle on refuse des armes?</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_80" id="Page_80">80</a></span></p>
-<p>A la Préfecture de police, dont le fonctionnement
-est si important, le service des m&#339;urs
-comprend: le chef de la première division, le
-chef du deuxième bureau de la première division,
-l'officier de paix, chef du service des m&#339;urs,
-l'inspecteur principal, un brigadier et trois
-sous-brigadiers, dirigeant soixante inspecteurs,
-pour surveiller Paris et la banlieue, divisés par
-arrondissements et lots.</p>
-
-<p>A Saint-Lazare sont cinq catégories de recluses:</p>
-
-<p>1º Les filles détenues, administrativement, soumises
-ou insoumises;</p>
-
-<p>2º Les prévenues, en vertu de mandats de
-justice;</p>
-
-<p>3º Les condamnées à moins d'un an de prison,
-pour délits;</p>
-
-<p>4º Les condamnées à plus d'un an, attendant
-leur transfèrement, dans les maisons centrales;</p>
-
-<p>5º Les jeunes filles, détenues par correction
-paternelle ou condamnées pour avoir agi avec ou
-sans discernement. (66, Code pénal.)</p>
-
-<p>L'infirmerie de Saint-Lazare peut recevoir
-360 malades; elle en compte habituellement de
-250 à 300.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_81" id="Page_81">81</a></span></p>
-
-<p>L'emprisonnement à Saint-Lazare varie d'un
-mois à deux mois, dans l'intérêt des entrepreneurs
-des prisons.</p>
-
-<p>La maison de Saint-Lazare est dirigée par
-soixante religieuses, appartenant à l'ordre de
-Marie-Joseph.</p>
-
-<p>Les mineures de dix-huit ans accomplis figurent,
-parmi les filles publiques:</p>
-
-<table summary="Les mineures" width="70 %"><tr>
-<td class="tdl">En 1855</td><td class="tdr">182</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1860</td><td class="tdr">80</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1865</td><td class="tdr">76</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1869</td><td class="tdr">65</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1872</td><td class="tdr">160</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1873</td><td class="tdr">188</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1874</td><td class="tdr">174</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1875</td><td class="tdr">149</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1876</td><td class="tdr">114</td></tr>
-</table>
-
-
-<p>Les mineures au-dessous de dix-huit ans:</p>
-
-<table summary="Les mineures" width="70 %"><tr>
-<td class="tdl">En 1855</td><td class="tdr">75</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1860</td><td class="tdr">20</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1865</td><td class="tdr">13</td></tr><tr>
-<td class="tdl">En 1869</td><td class="tdr">22</td></tr>
-</table>
-
-<p>Les poursuites exercées à Paris, à diverses
-époques, plus récemment encore à Auch<a name="FNanchor_67_67" id="FNanchor_67_67"></a><a href="#Footnote_67_67" class="fnanchor">67</a>,
-Marseille, Lyon, démontrent qu'à ces écoles de
-la débauche, se forment, par le chantage, par
-<span class="pagenum"><a name="Page_82" id="Page_82">82</a></span>l'association étendue dans l'ombre, les plus habiles
-et les plus audacieux criminels<a name="FNanchor_68_68" id="FNanchor_68_68"></a><a href="#Footnote_68_68" class="fnanchor">68</a>.</p>
-
-<p>Les revenus quotidiens des souteneurs, à
-Paris, sont importants, ainsi qu'on peut en juger
-par le document qui suit:</p>
-
-<p>Depuis quelque temps, les habitants de Neuilly
-étaient effrayés par de fréquentes attaques nocturnes
-et de nombreux vols à main armée; voulant
-mettre fin à cet état de choses, on en référa
-au chef de la sûreté, qui expédia aussitôt plusieurs
-agents. On ne tarda pas alors à découvrir
-les coupables. D'après certaines indications, les
-soupçons se portèrent sur trois individus, qui occupaient,
-avec deux filles de mauvaise vie, un
-taudis, rue du Marché, 49. Une descente de
-police fut organisée et l'on arrêta les cinq individus.
-Depuis, une souricière ayant été établie,
-<span class="pagenum"><a name="Page_83" id="Page_83">83</a></span>le chiffre des arrestations s'éleva graduellement
-à quatorze. Dans cette bande, se trouvent deux
-repris de justice, dont le casier judiciaire est
-amplement garni.</p>
-
-<p>Un détail curieux et tout à la fois éc&#339;urant.
-Le système de défense des hommes de cette
-bande, lorsqu'on leur reproche les attaques nocturnes,
-est celui-ci: «Pourquoi aurions-nous
-volé, disent-ils, puisque nos <i>marmites</i>&mdash;c'est
-ainsi que dans leur langage naturaliste ils désignent
-les femmes&mdash;nous donnent six cents
-francs par mois.»</p>
-
-<p>Comme ce chiffre paraissait invraisemblable,
-l'un d'eux a fourni comme preuve le carnet de
-comptabilité d'une des femmes; nous extrayons
-une feuille du carnet de la fille Paola.</p>
-
-<table summary="Les mineures" width="70 %" border="0"><tr>
-<td class="tdc" colspan="2">RECETTES</td><td class="tdc">POUR GUSTAVE</td></tr><tr>
-<td class="tdl">&nbsp;</td><td class="tdc">fr.&nbsp;c.</td><td class="tdc">fr.</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Dimanche</td><td class="tdc">47&nbsp;&nbsp;»</td><td class="tdc">40</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Lundi</td><td class="tdc">22&nbsp;&nbsp;»</td><td class="tdc">20</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Mardi</td><td class="tdc">18 50</td><td class="tdc">15</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Mercredi</td><td class="tdc">13&nbsp;&nbsp;»</td><td class="tdc">10</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Vendredi</td><td class="tdc">18&nbsp;&nbsp;»</td><td class="tdc">15</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Samedi</td><td class="tdc">24&nbsp;&nbsp;»</td><td class="tdc">20</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Dimanche</td><td class="tdc">34 50</td><td class="tdc">25</td></tr><tr>
-<td class="tdl">&nbsp;</td><td class="tdc">&mdash;&mdash;&mdash;</td><td class="tdc">&mdash;&mdash;&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">&nbsp;</td><td class="tdc">174&nbsp;&nbsp;»</td><td class="tdc">&nbsp;&nbsp;145<a name="FNanchor_69_69" id="FNanchor_69_69"></a><a href="#Footnote_69_69" class="fnanchor">69</a></td></tr>
-</table>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_84" id="Page_84">84</a></span></p>
-
-<p>Le 16 février 1879, MM. Sch&#339;lcher, sénateur
-des Colonies, Thulié, Tolain, députés; Liouville,
-conseiller municipal; Tirard, député-ministre,
-donnaient leur démission de membres d'une
-commission d'enquête sur la Préfecture de police,
-n'ayant pu accomplir leur mission.</p>
-
-<p>Pourquoi? On ne leur avait rien montré; toujours
-le secret professionnel, à tous les degrés.</p>
-
-<p>C'est qu'une pareille recherche découvrirait
-sans résultat possible, si ce n'est pour la curiosité
-publique, les recherches d'une administration,
-obligée d'opérer dans l'ombre, avec ses agents
-secrets, contre les malfaiteurs, qui se cachent,
-dans tous les mondes et sous toutes les couches
-sociales.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_85" id="Page_85">85</a></span></p>
-
-<p>En Angleterre fut pris, surtout dans l'intérêt
-des garnisons et<a name="FNanchor_70_70" id="FNanchor_70_70"></a><a href="#Footnote_70_70" class="fnanchor">70</a> stations navales, le 29 juillet
-1864, un bill contre les maladies contagieuses
-(<i>the contagious diseases prevention act</i>).</p>
-
-<p>Depuis cette époque, le parti libéral en a demandé
-le rappel; 10 députés seulement sur
-26 représentants des villes, soumises à ce régime,
-en ont demandé le maintien, énergiquement
-combattu par MM. Williams Fowles, Bright,
-Gladstone, Mandella, Stainfeld, Childen, S. Bourcourt,
-Johnston, madame Joséphine Butler de
-Liverpool, madame Venturi, ont remis au Parlement
-des pétitions, couvertes de dix-neuf cent
-soixante-huit mille trois cent soixante-dix-neuf
-signatures, réclamant l'abrogation d'un acte
-aussi contraire à la liberté et à la légalité. A
-Paris même, madame Chapman a, dans le même
-but, organisé une société, rue de Rivoli, 217.</p>
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_86" id="Page_86">86</a></span></p>
-
-
-
-<h3>IX</h3>
-
-
-
-<p class="indent f85">LA POLICE DES MŒURS.&mdash;SON ACTION.&mdash;SES
-RÈGLEMENTS.</p>
-
-<p>On sait quelles critiques sont journellement
-dirigées contre la police des m&#339;urs, ses agents,
-et leur façon d'opérer; on sait quelle ardente
-campagne est menée à ce sujet, dans bon nombre
-de journaux; mais ce qui est généralement
-ignoré, ce sont les recommandations si sages,
-insérées dans le règlement arrêté le 15 octobre
-1878 par M. Al. Gigot, alors préfet de police.</p>
-
-<p>Ces instructions, courtes et simples, visent la
-prostitution clandestine et les filles insoumises,
-la prostitution tolérée et les filles inscrites, et
-contiennent quelques dispositions particulières
-sur les outrages publics à la pudeur, le service
-administratif et le service médical.</p>
-
-<p>Les inspecteurs à qui une maison est signalée,
-comme lieu clandestin de prostituées, en préviennent
-le chef de la police municipale; celui-ci,
-<i>après enquête</i>, fait donner, par le chef de la première
-division, un mandat de perquisition, en
-vertu duquel on peut, avec l'assistance du com<span class="pagenum"><a name="Page_87" id="Page_87">87</a></span>missaire
-de police, visiter, de jour ou de nuit,
-l'établissement suspecté.</p>
-
-<p>Si quelque fille, ayant obtenu l'autorisation de
-loger en garni, est trouvée faisant commerce de
-prostitution, dans le garni qu'elle habite, elle
-peut être arrêtée, car l'autorisation obtenue par
-elle n'a d'autre but que de lui fournir un asile;
-mais elle éviterait cette conséquence si elle était
-trouvée avec un individu, la gardant comme concubine,
-chose facile à établir par le relevé du
-registre de police.</p>
-
-<p>Il est rappelé que les cabarets et lieux connus
-pour favoriser la débauche clandestine peuvent
-être visités par les commissaires de police, sans
-mandat, jusqu'à l'heure de leur fermeture, et
-même après, dans le cas où les portes ne seraient
-pas fermées à l'heure ordonnée.</p>
-
-<p>On recommande aux agents, pour ce qui regarde
-les filles insoumises, leur surveillance et
-leur arrestation, une prudence excessive. Il est
-dit qu'on ne les doit emmener qu'après la constation
-de faits précis et multipliés de provocation
-à la débauche, à moins qu'il n'y ait aveu de
-la fille ou de l'homme, trouvé avec elle, et que les
-agents ne doivent pas user de subterfuges et de
-provocations.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_88" id="Page_88">88</a></span></p>
-
-<p>Dès qu'une fille est arrêtée, un rapport doit être
-dressé par les inspecteurs, qui ont à vérifier immédiatement
-si l'adresse indiquée est bien celle
-de la demeure réelle; il faut en effet se livrer aux
-recherches nécessaires pour constater des faits
-habituels de débauche publique, un fait de débauche
-privée n'est jamais suffisant pour permettre
-l'arrestation de celle qui s'y livre.</p>
-
-<p>C'est ainsi qu'une femme, trouvée dans un
-garni avec un homme, n'encourt point une arrestation,
-quand elle est en relation habituelle avec
-celui qui l'accompagne, à plus forte raison quand
-il n'y a pas un commerce de prostitution, moyennant
-argent, il est ordonné de ne point se saisir
-de la femme; de même quand elle est trouvée
-seule, quelque soit le lieu de la découverte.</p>
-
-<p>Les commissaires de police ont à décider si
-l'arrestation doit être maintenue, et ce, après
-avoir entendu les agents et la personne arrêtée;
-procès-verbal est dressé sur formules imprimées.</p>
-
-<p>Les inspecteurs doivent exercer une surveillance
-journalière sur les maisons de tolérance,
-et veiller à ce que les obligations imposées soient
-rigoureusement observées. Pour les filles inscrites,
-il est permis d'exiger la représentation de<span class="pagenum"><a name="Page_89" id="Page_89">89</a></span>
-leur carte, afin de s'assurer de leur exactitude à
-la visite; mais les agents doivent avoir le soin,
-quand ils ne trouvent pas au domicile indiqué
-une fille qu'ils sont chargés de prendre, de ne
-point laisser trace de leur recherche.</p>
-
-<p>Sur les filles disparues une grande circonspection
-est nécessaire; aussi faut-il se borner à faire
-connaître, dans un rapport spécial, la situation
-nouvelle de ces femmes, quand elles ont pris un
-autre genre de vie, et qu'elles se sont remises
-au travail; on ramène au bureau administratif
-celles qui n'ont point renoncé à la débauche.</p>
-
-<p>Quant aux filles arrêtées, quand elles ne peuvent
-être dirigées sur la Préfecture de police, on
-les conduit dans les postes, d'où elles sont transférées
-au Dépôt.</p>
-
-<p>Ce ne sera point seulement pour la recherche
-et la surveillance des prostituées que les agents
-des m&#339;urs ont des fonctions à exercer; on leur
-rappelle que le cas de sodomie, consommé ou
-tenté dans un lieu public, constitue un outrage
-public à la pudeur, devant lequel ils ne sont
-point désarmés; on leur renouvelle la recommandation
-de ne point agir par voie de provocation.</p>
-
-<p>Les instructions, données sous la rubrique du
-service administratif, portent sur l'examen des<span class="pagenum"><a name="Page_90" id="Page_90">90</a></span>
-pièces, sur l'interrogatoire auquel se livre le
-commissaire interrogateur, au bureau des m&#339;urs,
-lequel doit soumettre à une commission spéciale
-le cas des filles insoumises majeures, qui refusent
-leur inscription et la position à examiner,
-avec leur famille, des filles mineures.</p>
-
-<p>Les punitions disciplinaires à infliger aux
-filles continuent, dit la note, à être infligées par
-le préfet, et, dans le cas d'une réclamation, par
-la commission, qui entend la fille arrêtée; dans
-cette commission entrent le préfet lui-même et
-deux commissaires de police.</p>
-
-<p>La dernière recommandation est adressée au
-service médical, qui doit s'abstenir de procéder à
-la visite corporelle, quand une résistance est rencontrée
-chez la fille; l'incident est alors soumis
-au préfet. Telles sont, en résumé, les instructions
-données aux agents des m&#339;urs et qui limitent le
-champ, dans lequel ils doivent agir. On voit que,
-dans une ville comme à Paris, théâtre de tant de
-désordres, il est bien difficile d'agir avec plus de
-mesure, de circonspection, de manière à sauvegarder
-les intérêts publics et privés. Comment,
-sur le grand nombre, éviter une erreur? On en a
-signalé parfois, avec grand bruit, mais sans
-preuves le plus souvent.</p>
-
-<hr class="wide" />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_91" id="Page_91">91-92</a></span></p>
-
-
-
-<h2>LE DIVORCE</h2>
-
-<hr />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_93" id="Page_93">93</a></span></p>
-
-
-<h3>I<br /><br />
-
-<small>LE DIVORCE.</small></h3>
-
-<table class="right" summary="poetry"><tr><td>
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Trop heureux si bientôt la faveur d'un divorce</div>
-<div class="line">Me soulageait d'un joug, qu'on m'imposa par force.</div>
-<div class="line i8">(Racine.&mdash;<i>Britannicus</i>, <i>II</i>).</div>
-</div></div></div></td></tr></table>
-
-
-<p>Nous venons d'exposer les chiffres, le personnel
-du crime et de la débauche à Paris. A toutes les
-causes suffisantes de dissolution pour la société
-Française, si profondément travaillée déjà, est
-venue, dans ces derniers temps, s'en ajouter une
-nouvelle qui, suivant nous, s'attaque à la famille
-elle-même et la détruit. Nous voulons parler ici
-du divorce, dont bien des unions, déjà désorganisées
-ou séparées judiciairement, attendent
-la prochaine proclamation, comme un bienfait,
-comme une libération. Divorçons<a name="FNanchor_71_71" id="FNanchor_71_71"></a><a href="#Footnote_71_71" class="fnanchor">71</a> est la devise,
-trop facilement acceptée par des époux qui ont,
-à peine, essayé du mariage et qui s'en montrent,
-de suite, dégoûtés, ne voulant pas comprendre
-<span class="pagenum"><a name="Page_94" id="Page_94">94</a></span>qu'il est indissoluble, dans son essence<a name="FNanchor_72_72" id="FNanchor_72_72"></a><a href="#Footnote_72_72" class="fnanchor">72</a> civile et
-religieuse, comme étant de toutes les actions celle
-qui intéresse le plus la société.</p>
-
-<p>Molière, ce grand penseur, ce grand écrivain,
-ce martyr résigné a écrit, dans l'<i>École des
-femmes</i> (III):</p>
-
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Le mariage, Agnès, n'est point un badinage,</div>
-<div class="line">A d'austères devoirs le rang de femme engage.</div>
-</div></div></div>
-
-<p>De son côté, Bourdaloue, s'écriait avec éloquence:
-«On ne regarde plus, ce semble, le
-mariage, comme une chose<a name="FNanchor_73_73" id="FNanchor_73_73"></a><a href="#Footnote_73_73" class="fnanchor">73</a> sacrée, mais comme
-une affaire temporelle et comme une simple négociation.»</p>
-
-<p>Enfin, et à un autre point de vue<a name="FNanchor_74_74" id="FNanchor_74_74"></a><a href="#Footnote_74_74" class="fnanchor">74</a>, Buffon
-constatait que, dans son temps, c'est-à-dire il y a
-près de cent ans, chaque mariage produisait à
-Paris<a name="FNanchor_75_75" id="FNanchor_75_75"></a><a href="#Footnote_75_75" class="fnanchor">75</a> environ quatre enfants deux tiers, au lieu
-qu'à présent chaque mariage ne produit, tout au
-plus, que quatre enfants!</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_95" id="Page_95">95</a></span></p>
-
-<p>Dans les autres pays (moins riches et peut-être
-à cause de cette situation même, car la misère
-est prolifique), la population augmente et, en
-France, nous la voyons décroître, sans nous en
-préoccuper, sans en rechercher<a name="FNanchor_76_76" id="FNanchor_76_76"></a><a href="#Footnote_76_76" class="fnanchor">76</a> les causes, sans
-en appliquer les remèdes possibles. Les logements
-doivent être aérés, les aliments doivent
-être sains et surveillés sur les marchés, les boissons,
-trop souvent frelatées, troublent les cerveaux
-et déterminent de fréquentes maladies des
-centres nerveux. Il y a là, dans les ménages,
-pour la conception, tout un ensemble de phénomènes
-mystérieux à étudier, à prévenir, à guérir,
-par une science<a name="FNanchor_77_77" id="FNanchor_77_77"></a><a href="#Footnote_77_77" class="fnanchor">77</a> habile. Ce sont là, suivant
-<span class="pagenum"><a name="Page_96" id="Page_96">96</a></span>nous les grands horizons, sur lesquels se doivent
-porter les méditations des gouvernements, des
-législateurs.</p>
-
-<p>Il ne nous paraît pas que le projet de loi sur
-le <i>Divorce</i> réponde à un besoin vrai de notre
-société Française, ou à une nécessité de notre
-temps; jusqu'à preuve contraire et attendue,
-nous n'y voyons qu'une machine de guerre,
-destinée à détruire la famille et la propriété,
-réglées dans leur constitution et leur transmission,
-par des lois éclairées.</p>
-
-<p>Avec la nature mobile du caractère français,
-avec les impressions passagères qui le dirigent
-trop souvent, le mariage deviendra la satisfaction
-éphémère d'un caprice et, après un certain
-temps, les conjoints reprendront, à leur gré,
-leur liberté<a name="FNanchor_78_78" id="FNanchor_78_78"></a><a href="#Footnote_78_78" class="fnanchor">78</a>, pour voler à de nouvelles épreuves,
-toujours charmantes au début, pénibles
-seulement à la longue, quand est venue la satiété.
-Châteaubriand lui-même disait dans sa
-vieillesse, charmée pourtant par madame de Récamier:
-«J'ai baillé ma vie!»</p>
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_97" id="Page_97">97</a></span></p>
-
-
-
-<h3>II<br /><br />
-
-<small>DU DIVORCE DANS L'ANTIQUITÉ.</small></h3>
-
-
-<p>Il faut, pour se prononcer, sur la question
-qui nous occupe, jeter un coup d'&#339;il sur le droit
-ancien et les législations étrangères, que les
-études, si consciencieusement<a name="FNanchor_79_79" id="FNanchor_79_79"></a><a href="#Footnote_79_79" class="fnanchor">79</a> rappelées dans
-sa thèse de doctorat, par M. E. Combier, à qui
-nous empruntons ce qui va suivre, permettent
-d'examiner, avec certitude. Les différences des
-m&#339;urs, des coutumes, des habitudes, des époques
-apparaissent, à chaque pas, sans qu'il
-soit besoin d'y insister, et démontrent l'abaissement,
-l'esclavage muet et humilié, sous lequel
-la femme fut et est encore maintenue.</p>
-
-<p>En Chine, la femme dépend de son père avant
-le mariage, de son mari pendant le mariage et
-de son fils, lorsqu'elle est veuve. (<i>Confucius.</i>
-Davis. <i>The Chinese.</i>) La polygamie n'est pas
-permise, mais le concubinage est autorisé, le
-divorce peut être demandé pour adultère, stéri<span class="pagenum"><a name="Page_98" id="Page_98">98</a></span>lité
-de la femme, conduite licencieuse, que des
-grilles solides rendent difficile.</p>
-
-<p>Les Japonais, dont la législation semble perfectionnée
-déjà, bien qu'ils aient cru devoir la
-soumettre à deux<a name="FNanchor_80_80" id="FNanchor_80_80"></a><a href="#Footnote_80_80" class="fnanchor">80</a> professeurs de la Faculté de
-Droit de Paris, ont, sur leurs femmes, un pouvoir
-absolu, ils peuvent même les vendre, en cas de
-pressant besoin, les renvoyer, en <i>cas de stérilité,
-ou de babil, comme un perroquet</i>, les tuer, en
-même temps, que le complice d'adultère, mais
-non séparément, sous peine d'être poursuivis
-comme meurtriers. Là, les m&#339;urs exigent tout de
-la femme, rien du mari&mdash;ce dernier est le chef,
-le maître, à qui sa femme est liée, par une chaîne,
-que la mort<a name="FNanchor_81_81" id="FNanchor_81_81"></a><a href="#Footnote_81_81" class="fnanchor">81</a> peut, à peine, rompre, dit M. Bousquet.&mdash;Le
-divorce est rarement prononcé au Japon
-s'il y a des enfants; si le divorce est cependant
-obtenu, les enfants restent à la garde du père.</p>
-
-<p>Dans l'Inde, le mariage n'était dissous que
-pour cause de stérilité, après huit années sans
-<span class="pagenum"><a name="Page_99" id="Page_99">99</a></span>enfants, ou si, au bout de douze ans, la femme
-n'avait donné naissance qu'à des filles. (Lois de
-Manou.) L'adultère donnait lieu au divorce, et,
-dans ce cas, la femme était punie par la perte
-de sa dot.</p>
-
-<p>En Perse, la femme peut être répudiée, deux
-fois de suite, elle peut aussi obtenir le divorce,
-pour cause de misère, d'actes immoraux ou
-d'impuissance du mari.</p>
-
-<p>Dans la Grèce, le divorce était fréquent, mais
-entouré pour les femmes, de grandes difficultés,
-elles pouvaient, nous apprend Hérodote, être répudiées
-pour cause de stérilité, et flétries pour
-adultère.</p>
-
-<p>Pour les Juifs, le divorce fut autorisé par la loi
-de Moïse, «afin, dit saint Jérôme, de permettre,
-comme remède à des misères ou chagrins domestiques,
-de prendre de nouvelles épouses plus
-jeunes, plus belles, plus riches.» (<i>Saint Jean
-Chrysostome</i>, 12<sup>e</sup> homélie.)</p>
-
-<p>La conséquence de l'adultère de la femme Juive
-n'était pas le divorce, mais la mort. L'adultère
-du mari n'était puni que lorsqu'il était trouvé,
-en flagrant délit, avec une femme mariée. (L. de
-Modène. <i>Cérémonies et coutumes des Juifs.</i> Lettres
-patentes de juin 1776.)</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_100" id="Page_100">100</a></span></p>
-
-<p>A Rome, d'après Plutarque (<i>Vie de Romulus</i>),
-les maris pouvaient répudier leurs femmes, coupables
-de supposition de part, voleuses avec
-fausses clefs, ayant préparé du poison, commis
-un adultère ou s'étant mises en état d'ivresse.
-(Aulu-Gelle, <i>Nuits Attiques</i>, liv. X, chap. <span class="smcap">XXIII</span>.)</p>
-
-<p>Dans une de ses comédies (<i>Mercator</i>), Plaute
-fait dire à Syra: «Utinàm lex esset eadem quàm
-uxori est viro.» Toujours ce même désir d'égalité
-de la femme, devant la loi, afin qu'elle puisse
-répudier aussi son mari, qui pouvait la renvoyer,
-pour cause de stérilité, comme le fit le premier
-Spurius Carvilius Ruga, qui avait imprudemment
-juré aux censeurs de donner bientôt, par
-son mariage, des enfants à la patrie. On s'indigna
-d'abord de ce divorce et de son motif,
-incertain peut-être, mais d'autres bien nombreux
-suivirent bientôt et sans cause, ou pour des puérilités:
-une femme, qui sort tête nue, une autre,
-en compagnie d'une affranchie, mal famée. Paul-Émile
-renvoie la vertueuse Papyria, mère de
-Scipion l'Africain, parce que ses souliers neufs
-le gênent. (Valère Maxime. Plutarque.) Sylla répudie
-sa femme Cæcilia, Pompée épouse la fille
-de Sylla, mariée et enceinte. César répudie
-Pompeia, sur un simple soupçon d'adultère, en<span class="pagenum"><a name="Page_101" id="Page_101">101</a></span>
-disant aux Tribuns cette phrase superbe, tant de
-fois répétée depuis, pour dispenser de preuves:
-«La femme de César ne doit même pas être
-soupçonnée!» Caton d'Utique lui-même céda sa
-femme Marcia, alors enceinte, à son ami Hortensius,
-signa au contrat et reprit l'abandonnée,
-avec plaisir, quand le défunt lui rendit sa place.
-(Plutarque, <i>Vie de Caton</i>.)</p>
-
-<p>La dot, on le comprend bien, avait plus de
-part que le c&#339;ur en ces amours éphémères, elle
-reste au mari, répudiant sa femme, pour mauvaises
-m&#339;urs. On épousait des courtisanes, bien
-achalandées, puis on les renvoyait après, mais
-sans leur fortune faite; ainsi agit Titennius pour
-épouser Farmia et aussi Cicéron, le prince des
-orateurs, qui répudia Terentia, pour s'unir à une
-jeune fille, dont la grosse dot paya ses dettes.</p>
-
-<p>Les vices du monde, conquis par elle, désolent
-Rome victorieuse; les matrones imitent les
-courtisanes d'Athènes. L'accès du divorce, rendu
-facile à tous et à toutes, conduit les femmes à
-l'adultère<a name="FNanchor_82_82" id="FNanchor_82_82"></a><a href="#Footnote_82_82" class="fnanchor">82</a>, elles affichent les mêmes licences que
-les hommes, partagent leurs orgies, défient les
-plus intrépides, la coupe à la main, les surpas<span class="pagenum"><a name="Page_102" id="Page_102">102</a></span>sent
-même, par les raffinements de leur luxure,
-sauf à payer, par des infirmités précoces et étrangères
-à leur sexe, la peine de ces vices, qu'elles
-n'auraient jamais dû connaître.</p>
-
-<p>La débauche, à Athènes, était modérée, discrète,
-contenue, élégante; une fois répandue,
-dans Rome, elle n'y rencontra plus de digue.
-Les Romains, violents et grossiers, s'y plongèrent
-sans mesure, sans frein, et comme les femmes
-jouissaient, chez eux, d'une liberté illimitée,
-la luxure pénétra au sein des familles et souilla
-jusqu'à la sainteté antique du foyer<a name="FNanchor_83_83" id="FNanchor_83_83"></a><a href="#Footnote_83_83" class="fnanchor">83</a>. La corruption
-des m&#339;urs détruisit la censure, instituée pour
-supprimer les Saturnales et leurs infâmes initiés
-(186 avant J.-C.). Caton affichait, devant ses enfants,
-ses relations avec une jeune et belle esclave.
-Les femmes ne comptaient plus les années par le
-nombre des consuls, mais par celui de leurs
-amants. Elles avaient un mari seulement pour
-provoquer à l'adultère, elles se mariaient, dit
-Sénèque, pour divorcer, et divorçaient pour avoir
-le plaisir de se remarier encore. Pour échapper
-momentanément aux lois <i>caducaires</i> on vit les
-<span class="pagenum"><a name="Page_103" id="Page_103">103</a></span>célibataires, en apparence les plus endurcis, contracter
-des unions irréfléchies<a name="FNanchor_84_84" id="FNanchor_84_84"></a><a href="#Footnote_84_84" class="fnanchor">84</a>.</p>
-
-<p>Aux causes de divorce, indiquées par Plutarque,
-il faut ajouter: la captivité chez l'ennemi
-<i>pendant cinq ans</i>, l'impuissance du mari, l'adultère,
-la folie incurable. (Ulpien. Digest. <i>De divortiis.</i>)</p>
-
-<p>On ne peut méconnaître que l'Empire Romain
-s'écroula sous le poids de ses immenses conquêtes,
-mais à cette cause de dissolution il faut ajouter
-la dépravation profonde, qui rongea les corps et
-les âmes, les passions égoïstes, remplaçant au
-foyer conjugal l'austérité des m&#339;urs antiques.
-«L'exemple des Romains, dit Gibbon, démontre
-bien que le divorce ne contribue pas au bonheur
-et à la vertu des peuples.»</p>
-
-<p>Nous allons voir maintenant quel rôle il joue,
-chez les nations modernes, et si la France doit,
-sans péril, l'adopter à l'heure présente.</p>
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_104" id="Page_104">104</a></span></p>
-
-
-
-<h3>III<br /><br />
-
-<small>LE DIVORCE CHEZ LES NATIONS ÉTRANGÈRES</small><a name="FNanchor_85_85" id="FNanchor_85_85"></a><a href="#Footnote_85_85" class="fnanchor">85</a>.</h3>
-
-
-<p>En Angleterre, où les formalités du mariage
-sont rendues très faciles, puisqu'il n'est pas nécessaire
-de recourir à l'autorité spirituelle, il
-suffit aux futurs de remettre au greffier civil
-(<i>registrar</i>) les papiers, les certificats de publication
-en présence de deux témoins, portes ouvertes,
-entre huit heures et midi.</p>
-
-<p>Le divorce était prononcé par les cours ecclésiastiques,
-pour incapacité proclamée par les lois
-canoniques; et, dans certains cas, comme pour
-adultère de la femme, par acte privé du Parlement.
-L'acte de la Reine Victoria (28 août 1857)
-transporta le jugement de ces questions à la <i>Court
-for divorce, and matrimonial causes</i>. Cette juridiction
-peut prononcer le divorce pour adultère,
-<span class="pagenum"><a name="Page_105" id="Page_105">105</a></span>sévices, abandon sans cause, pendant deux années
-au moins (La Play, <i>Constitution de l'Angleterre</i>).</p>
-
-<p>Le mariage est aujourd'hui encore, en Angleterre,
-entouré de tant de respect que le divorce
-y est, dans toutes les classes, une très rare
-exception. L'acte de 1857 n'est pas applicable,
-dans les îles Normandes, non plus qu'en Écosse
-ou en Irlande.</p>
-
-<p>Aux États-Unis, où le droit commun de l'Angleterre
-règne encore généralement, chaque État
-observe pourtant une législation, qui lui est
-propre. Le mariage est établi par la déclaration
-libre des parties, devant le magistrat, ou seulement
-même devant témoins. Les hommes sont
-nubiles à quatorze ans, les filles à douze, sans
-avoir alors besoin du consentement des parents.
-Le divorce a lieu pour cause d'adultère, dont la
-preuve peut être repoussée, si l'autre conjoint a
-commis la même faute. La tendance actuelle, en
-Amérique, est de faciliter le divorce pour les
-femmes, émancipées complètement de la puissance
-maritale par l'acte de 1875, dans le Massachusetts.
-Dans certains États, la séparation de
-corps est admise, comme une épreuve temporaire,
-devant aboutir à la réconciliation ou au divorce.</p>
-
-<p>Chez les anciens Germains, le mariage, nous<span class="pagenum"><a name="Page_106" id="Page_106">106</a></span>
-apprend Tacite, était une alliance indivisible et
-sacrée, à côté d'elle, on admettait et on admet
-encore l'union morganatique, privée de certains
-effets du mariage légitime. (Miroir de Souabe.
-Lehr. <i>Droit germanique.</i>) Le 9 mars 1874, fut
-promulguée la loi qui établit le mariage civil
-dans toute la Prusse; le mariage civil y doit précéder
-le mariage religieux, sous peine d'amende;
-cette loi fut étendue à toute l'Allemagne par la loi
-du 6 février 1875. Les cas de divorce admis sont
-très nombreux. (Le Landrecht prussien, promulgué
-le 1<sup>er</sup> juin 1794, contient 119 articles,
-relatifs au mariage); en première ligne l'adultère,
-les actes immoraux, les relations suspectes, continuées
-malgré l'injonction du juge, l'abandon
-volontaire, le refus obstiné du devoir conjugal,
-les infirmités génitales, la démence incurable,
-les condamnations infamantes, les injures graves,
-l'ivrognerie et la débauche habituelle, l'exercice
-d'un métier honteux, la misère, le changement
-de religion. Quand il n'y a pas d'enfants, le
-divorce peut s'opérer par consentement mutuel.
-A Brunswick, l'expulsion du pays est une cause
-de divorce.</p>
-
-<p>En Hollande, où notre Code fut suivi jusqu'en
-1830, la législation de 1838 a admis à la fin<span class="pagenum"><a name="Page_107" id="Page_107">107</a></span>
-le divorce et la séparation de corps, permise
-même par consentement mutuel.</p>
-
-<p>La Suisse, diverse comme ses paysages, est
-régie par des lois, par des coutumes, réunies en
-fédération, où le divorce est admis par la constitution
-du 29 mai 1874, pour adultère, dans les
-six mois, pour attentat à la vie du conjoint, pour
-condamnation infamante, pour abandon malicieux
-du foyer, pendant deux ans, pour folie incurable.</p>
-
-<p>En Autriche, le divorce est aussi admis; de
-même en Suède, en Russie, en Norwège, les
-causes y sont: l'adultère, les maladies chroniques,
-les condamnations infamantes.</p>
-
-<p>L'islamisme existe encore en Afrique, en Asie
-et ses disciples se demandent si la femme a une
-âme, lui permettant d'entrer, un jour, dans le
-Paradis des hommes.</p>
-
-<p>Mahomet dit aux croyants: «Les femmes sont
-votre champ, ensemencez-le, à votre gré, vous
-êtes supérieur à elles.» Le Prophète limite à
-quatre le nombre des femmes (tout en faisant une
-meilleure exception pour lui-même), le nombre
-des concubines est illimité. D'après Lane
-(modern Égyptian) les hommes changent de
-femme, une fois par mois. Le divorce existe<span class="pagenum"><a name="Page_108" id="Page_108">108</a></span>
-pour adultère, impuissance, folie. (<i>Surah.</i>)</p>
-
-<p>Le Mexique, l'Italie, l'Espagne, le Portugal
-n'ont admis jusqu'ici que la séparation de corps.</p>
-
-<p>La Belgique a conservé le titre VI du Code
-Napoléon, dont les dispositions ont cessé d'être
-en vigueur, en France, depuis la loi de 1816. Le
-divorce est donc usité chez nos voisins, qui en
-usent largement, concurremment avec la séparation
-de corps. Il en est de même aujourd'hui, dans
-l'Alsace-Lorraine, où le divorce a été rétabli par
-la loi de 27 novembre 1873.</p>
-
-<p>Les Arabes de l'Algérie sont régis par le sénatus-consulte
-de 1865.</p>
-
-
-
-
-<h3>IV<br /><br />
-
-<small>DU DIVORCE DANS LES GAULES (PÉRIODE BARBARE).</small></h3>
-
-
-<p>César, en parlant des Gaulois, ne cite pas
-d'autre cause de dissolution du mariage que le
-décès de l'un des conjoints. Faut-il en conclure
-que le divorce n'était pas admis chez eux? César
-nous apprend, de la façon la plus claire, que les
-pouvoirs les plus absolus étaient concentrés dans
-les mains du mari, qui avait droit de vie et de
-mort sur sa femme, comme sur ses enfants:<span class="pagenum"><a name="Page_109" id="Page_109">109</a></span>
-«<i>Viri in uxores, sicuti in liberos, vitæ necisque
-habent potestatem<a name="FNanchor_86_86" id="FNanchor_86_86"></a><a href="#Footnote_86_86" class="fnanchor">86</a>.</i>» A l'époque de la conquête,
-le chef de famille Gaulois avait le droit de répudier
-sa femme, comme il avait le droit de la faire
-périr, dans les supplices, lorsqu'elle encourait
-quelque soupçon grave: «<i>Si compertum est,
-igne atque omnibus tormentis excruciatas interficiunt.</i>»
-Néanmoins les Gaulois avaient des
-m&#339;urs très pures et le divorce, s'ils le pratiquaient,
-ne dégénéra jamais en abus.</p>
-
-<p>La famille antique, unie par des liens étroits,
-se groupait autour de son chef, abdiquant devant
-lui toute indépendance, et se soumettait fidèlement
-à une autorité, sans limites, sentant le
-besoin de se protéger par la force et l'union,
-contre les dangers du dehors. C'est ainsi que la
-force apparaît primitivement comme la forme de
-tout droit; le besoin de protection donne un
-pouvoir absolu au chef de famille, et c'est un
-caractère des m&#339;urs patriarcales de voir une
-pareille toute-puissance, exercée sans injustices
-et sans abus, par les hommes, qui en sont revêtus.</p>
-
-<p>Si nous examinons maintenant l'état de la fa<span class="pagenum"><a name="Page_110" id="Page_110">110</a></span>mille
-chez les peuples germaniques, qui allaient
-envahir la Gaule, nous voyons les Germains
-adopter le principe de l'indissolubilité du mariage.
-Le mariage avait eu tout d'abord, pour
-caractère la forme d'un achat et d'une vente<a name="FNanchor_87_87" id="FNanchor_87_87"></a><a href="#Footnote_87_87" class="fnanchor">87</a>,
-mais ces formes ne furent plus bientôt qu'un
-symbole et l'union légitime fut entourée de respect
-et d'hommage.</p>
-
-<p>«Ils se contentent d'une seule femme, dit
-Tacite, à l'exception de quelques grands, qui en
-prennent plusieurs, non par dérèglement, mais
-pour ajouter à leur noblesse par ces alliances<a name="FNanchor_88_88" id="FNanchor_88_88"></a><a href="#Footnote_88_88" class="fnanchor">88</a>.»
-La femme était intimement associée à la vie et à
-la fortune de son mari. On l'avertissait solennellement
-lors du mariage: «<i>Venire se laborum
-periculorumque sociam, idem in pace, idem in
-prælio, passuram, ausuramque, sic vivendam,
-sic pereundam<a name="FNanchor_89_89" id="FNanchor_89_89"></a><a href="#Footnote_89_89" class="fnanchor">89</a>.</i>» Le divorce était à peine connu
-et l'adultère excessivement rare; on le punissait
-de peines rigoureuses, le plus ordinairement la
-femme était brûlée vive avec son complice<a name="FNanchor_90_90" id="FNanchor_90_90"></a><a href="#Footnote_90_90" class="fnanchor">90</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_111" id="Page_111">111</a></span></p>
-
-<p>Lorsque les tribus germaines envahirent la
-Gaule, leurs m&#339;urs pures et austères se perdirent
-vite au contact de la civilisation raffinée des
-cités latines. Les lois romaines séduisirent les
-tribus barbares, qui ne tardèrent pas à s'assimiler
-les coutumes et les dépravations du vaincu<a name="FNanchor_91_91" id="FNanchor_91_91"></a><a href="#Footnote_91_91" class="fnanchor">91</a>. Le
-droit patriarcal et rigide de la vieille Germanie fit
-place à une législation à la fois brutale et efféminée,
-à demi-civilisée et déjà corrompue. A
-peine établies sur le territoire de l'Empire, la
-pratique du divorce devint d'un usage général,
-parmi les peuplades conquérantes, de même que
-le Code Théodosien, résistant au torrent des
-coutumes barbares, finit par avoir force de loi
-parmi les Germains eux-mêmes.</p>
-
-<p>Nous le voyons admis chez les Burgondes
-pour trois causes déterminées: l'adultère, la
-violation de sépulture et la magie. Cet état du
-droit fut modifié par la loi Gombette en 517,
-énumérant certaines causes, pour lesquelles le
-mari pouvait répudier sa femme; celle-ci ne pou<span class="pagenum"><a name="Page_112" id="Page_112">112</a></span>vait
-plus divorcer<a name="FNanchor_92_92" id="FNanchor_92_92"></a><a href="#Footnote_92_92" class="fnanchor">92</a>. Si le mari renvoyait sa
-femme injustement, il devait payer à sa femme
-douze sous d'or d'indemnité et le double du
-<i>pretium nuptiale</i>, c'est-à-dire les différents présents
-que le fiancé faisait aux parents de la
-fiancée, en échange du <i>mundium</i>. Il lui laissait
-aussi la maison conjugale et ce qu'elle contenait.</p>
-
-<p>Les Lombards n'admettaient pour cause de
-divorce que l'adultère. Les Goths étaient régis sur
-ce point par un édit de Théodoric, qui leur appliquait
-la constitution de Constantin; les causes de
-divorce étaient pour le mari, la magie et la violation
-des sépulcres, pour la femme, l'adultère, la
-magie et l'inconduite<a name="FNanchor_93_93" id="FNanchor_93_93"></a><a href="#Footnote_93_93" class="fnanchor">93</a>.</p>
-
-<p>Les Visigoths admettaient aussi le divorce. En
-vertu des lois d'Euric I<sup>er</sup>, la femme pouvait être
-répudiée pour adultère: si l'accusation était reconnue
-fausse, le conjoint perdait le droit de se
-remarier, la femme perdait sa dot et le mari
-était forcé de la restituer.</p>
-
-<p>Certaines lois n'autorisaient le mari à répudier
-sa femme que s'il lui payait une indemnité.
-Nous voyons dans les lois galloises<a name="FNanchor_94_94" id="FNanchor_94_94"></a><a href="#Footnote_94_94" class="fnanchor">94</a>, que le
-<span class="pagenum"><a name="Page_113" id="Page_113">113</a></span>mari devait rendre la dot à sa femme, s'il la
-renvoyait avant qu'il se fût écoulé sept jours;
-après sept jours, depuis le mariage, il devait lui
-abandonner la moitié de ses biens. De même, la
-loi des Alemans forçait le mari, qui divorçait, à
-payer à sa femme quarante sous d'or; il devait
-jurer de plus qu'il ne la répudiait pas pour ses
-défauts, mais pour épouser une autre femme
-qu'il aimait. S'il divorçait sans motif, il était
-puni de peines pécuniaires et perdait le <i>mundium</i>.
-Quant à la femme, elle n'avait pas le droit
-de répudier son mari. Toutefois la loi des Alemans
-lui accordait cette faculté dans un certain
-nombre de cas<a name="FNanchor_95_95" id="FNanchor_95_95"></a><a href="#Footnote_95_95" class="fnanchor">95</a>.&mdash;Les lois galloises limitaient
-ce droit à trois cas; «<i>si leprosus sit vir, si habeat
-fetidum anhelatum et si cum eâ concubere non
-possit<a name="FNanchor_96_96" id="FNanchor_96_96"></a><a href="#Footnote_96_96" class="fnanchor">96</a>.</i>» Après le divorce, les époux pouvaient
-se reprendre tant qu'ils n'étaient pas remariés<a name="FNanchor_97_97" id="FNanchor_97_97"></a><a href="#Footnote_97_97" class="fnanchor">97</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_114" id="Page_114">114</a></span></p>
-
-<p>Quant aux Francs, à peine entrés en Gaule,
-ils pratiquèrent le divorce qui fut bientôt facilité,
-n'étant soumis à aucune condition et à aucune
-forme. Nous ne trouvons rien sur ce point dans
-la loi salique ni dans la loi ripuaire, mais les
-formules de Marculfe prouvent l'existence du divorce
-par consentement mutuel. Nous en avons
-une ainsi conçue: «<i>Idcircò dum et inter illo et
-conjuge sua... discordia regnat... placuit utriusque
-voluntas ut se à consortio separare deberent<a name="FNanchor_98_98" id="FNanchor_98_98"></a><a href="#Footnote_98_98" class="fnanchor">98</a>.</i>»</p>
-
-<p>Le divorce était même si bien passé dans les
-m&#339;urs qu'au moment où l'Église commença à
-régner en Gaule, après la conversion de Clovis,
-elle n'osa pas heurter trop violemment les coutumes
-gallo-franques, en proclamant nettement
-le principe de l'indissolubilité du mariage.
-Pourtant l'Église toute-puissante sur le gouvernement
-et sur les consciences du peuple, associée
-intimement à l'existence nationale, participait
-à sa grandeur et à ses progrès, se servant
-de la Gaule comme de son plus ferme soutien et
-de son épée dans le monde, au point qu'on put
-dire sans trop de présomption <i>gesta Dei per
-Francos</i>. C'était bien dans cette nation naissante,
-<span class="pagenum"><a name="Page_115" id="Page_115">115</a></span>qu'elle devait songer à appliquer et faire triompher
-un des préceptes les plus purs de sa morale,
-le respect du pacte conjugal et l'indissolubilité
-des liens de famille. Mais ce n'était pas en changeant
-tout d'un coup les habitudes de peuples à
-demi barbares, qui avaient accepté le christianisme
-plutôt qu'ils n'y avaient couru, ce n'était
-pas en imposant violemment sa morale rigide à
-ces tribus à peine chrétiennes que l'Église pouvait
-faire triompher sa doctrine. Elle comprit,
-que ces préceptes, devaient pénétrer peu à peu
-dans les masses, et c'est un curieux spectacle
-que de suivre la marche et les progrès de
-la nouvelle foi, au milieu des difficiles écueils de
-son établissement, chez les barbares.</p>
-
-<p>Ce furent d'abord les docteurs seuls qui proclamèrent
-le principe de l'indissolubilité du mariage.
-Les Évangélistes furent les premiers à le
-professer: saint Paul commentant la parole de
-Jésus-Christ «ils ne sont plus deux, mais une
-seule chair,» ajoutait «que l'homme ne sépare
-pas ce que Dieu a uni<a name="FNanchor_99_99" id="FNanchor_99_99"></a><a href="#Footnote_99_99" class="fnanchor">99</a>.» Puis les autres pères
-de l'Église, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome,
-saint Augustin soutinrent énergiquement les
-mêmes idées.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_116" id="Page_116">116</a></span></p>
-<p>L'Église n'avait pas encore imposé sa doctrine;
-les divorces restaient aussi fréquents
-parmi les chrétiens et les rois en donnaient eux-mêmes
-l'exemple. On peut citer en effet, les
-divorces de Théodebert, en 535; de Chilpéric,
-en 564; de Gontran, en 565; de Caribert, en 565;
-de Dagobert I<sup>er</sup>, en 629; de Pépin, en 768; enfin
-ceux de Charlemagne, qui répudia successivement
-Hermengarde, Hildegarde et Frastrade, et
-qui n'en fut pas moins canonisé. Montesquieu
-dit, en parlant de ces divorces: «Ces mariages
-étaient moins un témoignage d'incontinence
-qu'un attribut de dignité; c'eût été blesser les
-rois, dans un endroit bien tendre, que de leur
-faire perdre une telle prérogative<a name="FNanchor_100_100" id="FNanchor_100_100"></a><a href="#Footnote_100_100" class="fnanchor">100</a>.»</p>
-
-<p>Cependant l'indissolubilité du mariage fut reconnue
-et proclamée par Pépin le Bref, en 744.
-Nous trouvons la preuve de ce fait dans la collection
-de Capitulaires de Baluze; désormais le
-second mariage d'un conjoint est interdit du
-vivant de l'autre: «<i>quia maritus mulierem
-suam non debet dimittere, exceptâ causâ fornicationis
-deprehensa<a name="FNanchor_101_101" id="FNanchor_101_101"></a><a href="#Footnote_101_101" class="fnanchor">101</a>.</i>» Et dans ce seul cas où le
-divorce était permis, Pépin exigeait l'autorisa<span class="pagenum"><a name="Page_117" id="Page_117">117</a></span>tion
-des évêques. C'était reconnaître la prépondérance
-ecclésiastique, en matière de mariage,
-et consacrer l'ingérence du droit canonique dans
-les questions de séparations. Aussi l'influence
-épiscopale devint-elle plus grande, de jour en
-jour, et désormais c'est la période canonique que
-nous avons à envisager.</p>
-
-
-
-
-<h3>V<br /><br />
-
-<small>LE DIVORCE D'APRÈS LE DROIT CANONIQUE.</small></h3>
-
-
-<p>Les écrivains chrétiens proclamèrent le principe
-de l'indissolubilité du mariage, dès les premiers
-temps. Jésus-Christ avait dit aux Pharisiens:
-«c'est à cause de la dureté de votre c&#339;ur
-que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes<a name="FNanchor_102_102" id="FNanchor_102_102"></a><a href="#Footnote_102_102" class="fnanchor">102</a>.»
-Et la doctrine nouvelle, qui ordonnait à
-l'homme de ne s'attacher qu'à une seule femme,
-était rigoureusement commentée par les Apôtres.
-«Celui, dit saint Luc, qui renvoie son épouse et
-en épouse une autre, commet un adultère<a name="FNanchor_103_103" id="FNanchor_103_103"></a><a href="#Footnote_103_103" class="fnanchor">103</a>.»
-Saint Mathieu admettait cependant la répudiation
-<span class="pagenum"><a name="Page_118" id="Page_118">118</a></span>basée sur l'adultère de la femme, le mari pouvait
-alors se marier sans crime<a name="FNanchor_104_104" id="FNanchor_104_104"></a><a href="#Footnote_104_104" class="fnanchor">104</a>. Saint Paul exprimait
-nettement que les époux n'avaient que le
-droit de se séparer et non pas celui de rompre
-le lien conjugal<a name="FNanchor_105_105" id="FNanchor_105_105"></a><a href="#Footnote_105_105" class="fnanchor">105</a>. «J'ordonne, disait-il, ou plutôt
-c'est le Seigneur qui ordonne, par ma bouche, à
-ceux qui sont unis par le mariage que l'épouse
-ne s'éloigne pas de son mari; si elle le quitte,
-qu'elle reste sans se marier ou se réconcilie avec
-son mari.» Mêmes préceptes dans l'épître aux
-Romains<a name="FNanchor_106_106" id="FNanchor_106_106"></a><a href="#Footnote_106_106" class="fnanchor">106</a>.</p>
-
-<p>Des théologiens, comme saint Épiphane<a name="FNanchor_107_107" id="FNanchor_107_107"></a><a href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">107</a>, saint
-Ambroise, Astérius, évêque d'Amasie, la combattaient
-et saint Augustin, malgré sa vive opposition
-au divorce, avoue lui-même qu'il règne, en
-cette matière, une très grande obscurité, que
-chacun est libre de croire ce qu'il veut<a name="FNanchor_108_108" id="FNanchor_108_108"></a><a href="#Footnote_108_108" class="fnanchor">108</a>.</p>
-
-<p>Quelle que fût encore l'incertitude sur ce point,
-les principes de la doctrine nouvelle sur la famille
-et le mariage n'en étaient pas moins en complet
-désaccord, avec l'état des législations et des m&#339;urs.
-Nous avons constaté déjà les efforts faits à diverses
-<span class="pagenum"><a name="Page_119" id="Page_119">119</a></span>reprises par les empereurs chrétiens, pour mettre
-le droit de l'empire en harmonie avec la morale
-plus pure, enseignée par la religion nouvelle.</p>
-
-<p>Chez les barbares, l'idée chrétienne pénétra
-plus facilement qu'à Rome: elle n'avait pas à
-combattre une législation séculaire, mais seulement
-des compilations romaines à peine comprises
-et diversement appliquées. Les différentes
-modifications, survenues dans les coutumes germaniques
-après la conquête rendaient plus faciles
-de nouvelles modifications telles que la reconnaissance
-légale de l'indissolubilité du mariage.
-L'idée grossière du mariage barbare, sorte de
-vente et d'achat, à peine transformée par le droit
-gallo-romain, devait offrir une médiocre résistance
-à l'idée plus austère et plus civilisatrice
-professée par le christianisme. Ce ne fut pas sans
-doute l'&#339;uvre d'un jour que ce triomphe des
-principes nouveaux, et nous avons à signaler les
-hésitations, qui marquèrent l'établissement du
-droit canonique en Gaule.</p>
-
-<p>Les conciles songèrent à formuler d'abord les
-principes, reconnus par les docteurs, mais privés
-encore de la forme précise, qui devait en rendre
-l'admission plus facile dans le monde chrétien.
-Remarquons que si les canons de certains conciles<span class="pagenum"><a name="Page_120" id="Page_120">120</a></span>
-renferment quelques divergences sur le principe
-de l'indissolubilité du mariage, on peut répondre
-que ces conciles particuliers ne pouvaient avoir
-l'autorité d'un concile &#339;cuménique et qu'il ne
-faut pas accorder aux canons d'un synode la valeur
-qu'on donne aux principes, reconnus par
-l'assemblée générale des évêques de la chrétienté.</p>
-
-<p>Un premier concile, celui d'Elvire, en 313, frappait
-d'excommunication la femme répudiée, qui
-se remariait du vivant de son mari<a name="FNanchor_109_109" id="FNanchor_109_109"></a><a href="#Footnote_109_109" class="fnanchor">109</a>. Mais celui
-d'Arles, en 314, conseillait seulement au mari
-d'une femme adultère de ne pas se marier, tant
-qu'elle vivrait (canon 10). Le concile de Milève, en
-416, confirma les dispositions du concile d'Elvire<a name="FNanchor_110_110" id="FNanchor_110_110"></a><a href="#Footnote_110_110" class="fnanchor">110</a>.
-La femme, dit le Concile de Fréjus (791),
-ne peut prendre mari, ni pendant la vie, ni après
-la mort de celui qu'elle a trompé<a name="FNanchor_111_111" id="FNanchor_111_111"></a><a href="#Footnote_111_111" class="fnanchor">111</a>. Le concile de
-Tibur, en 895, vint encore confirmer ces dispositions:
-(canon 45) que, «le mari, tant que la
-femme vivait, ne pouvait en épouser une autre.»</p>
-
-<p>D'ailleurs les papes s'étaient déjà prononcés
-pour l'indissolubilité du mariage. Une lettre d'In<span class="pagenum"><a name="Page_121" id="Page_121">121</a></span>nocent
-I<sup>er</sup> à l'archevêque de Toulouse, en 405,
-condamne la pratique du divorce<a name="FNanchor_112_112" id="FNanchor_112_112"></a><a href="#Footnote_112_112" class="fnanchor">112</a>. Quelques conciles
-&#339;cuméniques abandonnaient pourtant le
-divorce à la loi civile; c'étaient ceux de Constantinople,
-en 381, d'Ephèse en 431, et de Chalcédoine,
-en 451. D'autres conciles s'occupèrent
-encore du divorce. Celui de Soissons, en 744, renfermait,
-dans son canon 9, la disposition suivante:
-«Une femme du vivant de son mari, ne
-peut en prendre un second, parce qu'un mari ne
-doit pas renvoyer sa femme, à moins qu'il ne l'ait
-surprise en flagrant délit d'adultère<a name="FNanchor_113_113" id="FNanchor_113_113"></a><a href="#Footnote_113_113" class="fnanchor">113</a>.»</p>
-
-<p>Le concile de Verberie dispose (art. 9) que si
-la femme refuse de suivre son mari, hors de la
-province ou du duché, elle doit rester sans se
-marier, tant que vit son mari et celui-ci peut, au
-contraire, contracter une nouvelle union; le mari
-ne peut répudier sa femme que lorsque celle-ci
-veut le faire assassiner<a name="FNanchor_114_114" id="FNanchor_114_114"></a><a href="#Footnote_114_114" class="fnanchor">114</a>. Et un autre article du
-même concile prévoit un cas plus grave: «si
-quelqu'un a dormi avec l'épouse de son frère,
-que les deux adultères soient privés du mariage,
-pendant toute leur vie. Quant au mari, s'il veut,
-<span class="pagenum"><a name="Page_122" id="Page_122">122</a></span>qu'il prenne une autre épouse.» Plus tard (756),
-le concile de Compiègne permettait le divorce au
-conjoint du lépreux.</p>
-
-<p>Il y avait donc une certaine hésitation, dans
-l'Église, à proclamer l'indissolubilité du mariage,
-surtout au cas d'adultère. Bientôt le concile de
-Fréjus (791) trancha la question: «il n'est pas
-permis, dit le canon 10, au mari, qui a brisé le
-lien conjugal pour cause d'adultère, d'épouser
-une autre femme, tant que la sienne vit. La femme
-coupable de son côté, ne peut prendre un autre
-mari, ni pendant sa vie, ni après la mort de celui
-qu'elle a trompé.</p>
-
-<p>Mais si le principe de l'indissolubilité du mariage
-était depuis longtemps reconnu et proclamé
-par l'Église, il n'avait pénétré que lentement
-dans les m&#339;urs et n'était entré que tardivement
-dans la législation des Capitulaires. Pépin le Bref
-défendait au mari de se remarier du vivant de sa
-femme<a name="FNanchor_115_115" id="FNanchor_115_115"></a><a href="#Footnote_115_115" class="fnanchor">115</a>. Mais en 752, un autre capitulaire, modifié
-par Yves de Chartres et Gratien<a name="FNanchor_116_116" id="FNanchor_116_116"></a><a href="#Footnote_116_116" class="fnanchor">116</a>, ne prononce
-plus la nullité du mariage, contracté du
-<span class="pagenum"><a name="Page_123" id="Page_123">123</a></span>vivant de sa femme par le mari divorcé; il se
-contente de lui infliger une pénitence.</p>
-
-<p>Nous arrivons aux Capitulaires de Charlemagne.
-L'influence de l'Église devient désormais prépondérante.
-L'empereur ne fait que consacrer solennellement
-le principe de l'indissolubilité du
-mariage. Baluze nous a conservé les paroles
-mêmes du puissant empereur qui s'exprime ainsi
-dans un capitulaire daté d'Aix la Chapelle, en
-789: «Ni la femme renvoyée par son mari ne
-doit en prendre un second, ni le mari ne doit
-prendre une autre femme du vivant de la première...
-Que chaque prêtre annonce publiquement
-au peuple qu'il doit s'abstenir de toute
-union illicite, et que tout mariage illicite, suivant
-la loi divine, ne peut être dissous pour une raison
-quelconque, <i>nequaquam posse ullâ occasione
-separari</i><a name="FNanchor_117_117" id="FNanchor_117_117"></a><a href="#Footnote_117_117" class="fnanchor">117</a>.» L'empereur dit encore ailleurs: «Celui
-qui, du vivant de sa femme, convolera à une nouvelle
-union, quoique son mariage paraisse dissous
-(c'est-à-dire séparé de corps), il est impossible
-de ne pas le considérer comme adultère; en
-est de même de la personne à laquelle il est
-uni<a name="FNanchor_118_118" id="FNanchor_118_118"></a><a href="#Footnote_118_118" class="fnanchor">118</a>.» Ainsi, aucun mariage ne peut être dis<span class="pagenum"><a name="Page_124" id="Page_124">124</a></span>sous,
-pour aucune cause et d'aucune manière.
-Une seule ressource reste aux époux qui ne peuvent
-supporter la vie commune: ils peuvent vivre
-séparément; c'est ce qu'on appelait la séparation
-<i>à thoro et mensà</i>. Le mariage n'en subsistait pas
-moins, avec tous ses effets.</p>
-
-<p>Malgré ces dispositions législatives, malgré le
-principe nettement posé et généralement reconnu
-de l'indissolubilité du mariage, les m&#339;urs étaient
-encore trop barbares pour s'accommoder de ces
-prescriptions rigoureuses de la doctrine chrétienne.
-L'Église elle-même fut obligée de se
-montrer tolérante; c'est ainsi qu'elle fut indulgente
-pour les divorces de Charlemagne, se sentant
-impuissante à contredire la ferme volonté
-du conquérant. Mais elle protesta plus tard
-contre celui de Lothaire II, qui divorçait cependant
-avec l'assentiment du concile de Metz (862).
-Le Roi fut frappé d'excommunication.</p>
-
-<p>Ainsi l'Église s'attribuait le droit de réglementer
-le mariage, de s'immiscer dans les droits de
-la famille, fidèle à la doctrine de saint Paul, qui
-ne voyait dans le mariage qu'un sacrement:
-«<i>sacramentum hoc magnum est, ego autem dico
-in Christo et in Ecclesiâ<a name="FNanchor_119_119" id="FNanchor_119_119"></a><a href="#Footnote_119_119" class="fnanchor">119</a>.</i>»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_125" id="Page_125">125</a></span></p>
-<p>D'ailleurs on sut gré au clergé de prendre en
-main la juridiction du mariage et de tout ce qui
-touchait aux sacrements. Les prétentions de
-l'Église rencontrèrent peu de résistance, dans ce
-temps d'ignorance, de vexations où le peuple
-était habitué à trouver des défenseurs, parmi les
-évêques contre les brutalités des vainqueurs, où
-la procédure laïque n'était qu'un assemblage de
-règles grossières et d'oppressions déguisées, où
-enfin le clergé renfermait seul assez de science
-et d'équité, pour appliquer ce qui subsistait
-encore du droit romain, en y adaptant des principes
-conformes à la doctrine de l'Évangile et
-aux besoins du temps.</p>
-
-<p>Ce fut donc à la fois pour étendre son influence
-sur le droit séculier et pour réhabiliter le mariage
-que l'Église s'attribua la connaissance des questions
-de validité et de nullité du lien conjugal
-et fit admettre des règles nouvelles de procédure
-et de droit, qui formèrent, peu à peu, le droit
-canon.</p>
-
-<p>La jurisprudence fut d'abord assez indécise;
-après les Capitulaires de Charlemagne et l'application
-sévère faite par l'Église du principe de
-l'indissolubilité du mariage, on vit un nouveau
-temps d'arrêt. On se relâcha de cette sévérité et<span class="pagenum"><a name="Page_126" id="Page_126">126</a></span>
-au onzième siècle les Assises de Jérusalem permettent
-à chaque époux de demander la répudiation
-au juge ecclésiastique, toutes les fois que
-l'autre époux est atteint d'une maladie qui rend
-la commune vie impossible<a name="FNanchor_120_120" id="FNanchor_120_120"></a><a href="#Footnote_120_120" class="fnanchor">120</a>. L'époux malade
-est alors enfermé dans un couvent, l'autre peut
-se remarier, à condition d'assurer l'existence de
-son conjoint. «Le mari peut prendre un autre
-moullier (femme) par droit, puisqu'il sera parti
-de l'autre feme, qui ce sera rendue en ordre
-de religion.» Du reste, sauf cette exception
-l'Assise proclamait hautement l'indissolubilité
-du mariage: «La loi et l'Assise commande et
-dit que puisqué l'ome et la feme se sont prins
-par mariage, ils ne se peuvent partir, par aucun
-jour de leur vie, si ce n'est par mort ou non.»</p>
-
-<p>Ainsi le principe était déjà universellement
-admis; à partir du douzième siècle, aucun concile
-ne permet plus le divorce entre chrétiens. Mais
-la séparation pouvait encore avoir lieu, lorsque
-<span class="pagenum"><a name="Page_127" id="Page_127">127</a></span>l'un des époux voulait entrer en religion ou
-simplement lorsqu'il avait fait v&#339;u de vivre, en
-état de parfaite continence.</p>
-
-<p>Une décrétale d'Alexandre III<a name="FNanchor_121_121" id="FNanchor_121_121"></a><a href="#Footnote_121_121" class="fnanchor">121</a> permit aux
-futurs de rompre unilatéralement le mariage, en
-entrant au couvent avant la consommation du
-mariage. Ces conditions étaient nécessaires: la
-réception des ordres sacrés ne suffisait pas à dissoudre
-le mariage non consommé; il fallait de
-plus que l'époux ordiné se retirât du monde<a name="FNanchor_122_122" id="FNanchor_122_122"></a><a href="#Footnote_122_122" class="fnanchor">122</a>.
-De plus, si la séparation avait été indépendante
-de la volonté des conjoints, l'époux séparé par
-violence pouvait toujours venir reprendre vie
-commune, sans que l'autre pût s'y refuser<a name="FNanchor_123_123" id="FNanchor_123_123"></a><a href="#Footnote_123_123" class="fnanchor">123</a>. A
-partir du treizième siècle, on distingua donc
-deux périodes dans le mariage: «<i>matrimonium
-ratum et consummatum, et matrimonium ratum
-sed non consummatum.</i>» On ne pouvait rompre
-désormais le mariage consommé que pour vivre,
-dans une continence perpétuelle.</p>
-
-<p>Le <i>corpus juris canonici</i> précisa de nouveau
-les causes de séparation. Outre les cas déjà
-admis, l'adultère, l'hérésie, la maladie incurable
-<span class="pagenum"><a name="Page_128" id="Page_128">128</a></span>et le v&#339;u de la chasteté, le droit canonique en
-reconnaissait un nouveau: la séparation était
-permise à l'époux, qui était empêché, par son
-conjoint, d'accomplir ses devoirs religieux.</p>
-
-<p>Si du droit canonique nous passons aux anciennes
-coutumes, nous y verrons la trace évidente
-de l'influence canonique, en ce sens que
-des faits, jusqu'alors jugés assez graves pour
-entraîner le divorce, n'étaient plus que les causes
-d'une simple séparation.</p>
-
-<p>Beaumanoir, dans la Coutume de Beauvoisis<a name="FNanchor_124_124" id="FNanchor_124_124"></a><a href="#Footnote_124_124" class="fnanchor">124</a>
-énumère les cas de séparation que les femmes
-peuvent invoquer contre les maris: «Bonne
-cause, dit-il, a la fame de soi partir de son mary
-en dépeçant du tout le mariage ou en soi eslongier
-de lui, quand elle a mary qui la veut fére
-peschier de corps..... quand les maris les
-menacent à tuer ou à voler, quand ils ne vuelent
-donner ne boire ou ne manger ne vestir, quand
-mary vient vendre la terre de ferme ou son
-domaine par forche, quand il la boute hors, par
-sa volonté sans meff à la fame, quant elle s'empart
-pour che que, il tient autre fame, en sa méson
-à la veue et la seue des voisins.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_129" id="Page_129">129</a></span></p>
-<p>Dans la <i>Somme rurale</i>, Jehan Bouteiller
-signale deux causes de séparation: «Quand les
-époux, parents l'un de l'autre à un degré prohibé,
-n'avaient pas obtenu les dispenses pontificales et
-quand le mari était impuissant ou incapable de
-payer «ce que les clercs appellent, la dette conjugale<a name="FNanchor_125_125" id="FNanchor_125_125"></a><a href="#Footnote_125_125" class="fnanchor">125</a>.»»
-La femme dont le mari était absent ne
-pouvait se remarier, tant qu'elle n'avait pas la
-preuve certaine de sa mort. Cependant, au bout
-de sept ans, si l'opinion générale est qu'il est
-mort, ou bien si un témoin, au moins, affirme
-qu'il l'a vu mort, dans tel lieu et d'autres qu'ils
-sont allés sur son tombeau ou ont assisté à ses
-obsèques, la femme a la faculté de se remarier.
-Nous trouvons enfin, dans les Institutes coutumières
-de Loysel, une disposition concernant
-l'adultère de la femme: la femme est privée de
-tout droit au douaire et ne peut réclamer sa
-dot.</p>
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_130" id="Page_130">130</a></span></p>
-
-
-
-<h3>VI<br /><br />
-
-<small>LE DIVORCE APRÈS LA RÉFORME ET LE CONCILE
-DE TRENTE.</small></h3>
-
-
-<p>Tel était l'état du droit canonique et des institutions
-coutumières, lorsque la révolte de Luther
-vint ébranler l'Allemagne et tout le monde chrétien.
-Le moine insurgé contre la papauté rejetait
-tous les sacrements, excepté le baptême et la cène.
-Il reniait toutes les doctrines de l'Église et proclamait
-l'indépendance des consciences, il battait
-en brèche toutes les immixtions de Rome dans le
-pouvoir civil et revendiquait notamment, pour le
-droit particulier de chaque nation, la réglementation
-du mariage.</p>
-
-<p>Ces idées hardies, jetées dans un siècle encore
-ignorant et grossier, séduisirent facilement
-les princes d'Allemagne, que le pouvoir exorbitant
-de l'Église commençait à effrayer. Leur
-exemple entraîna les masses, toujours promptes
-à suivre ceux qui leur jettent la promesse d'une
-liberté plus grande et toujours prêtes à s'enthousiasmer
-des nouveautés, même des révoltes,
-pourvu qu'elles soient bruyantes. Dès lors,<span class="pagenum"><a name="Page_131" id="Page_131">131</a></span>
-une partie du monde chrétien se sépara de
-l'Église et celle-ci, ne tarda pas à employer, pour
-ramener les fidèles à Rome, des moyens, que sa
-dignité devait lui défendre et qui d'ailleurs nuisirent
-plus à sa cause qu'elles ne lui profitèrent.
-C'est ainsi qu'on la vit faire usage de documents
-fabriqués, Décrétales apocryphes, textes falsifiés
-connus aujourd'hui sous le nom de collection
-<i>pseudo-Isidorienne</i>. L'autorité de l'Église s'en
-trouva atteinte, son influence en souffrit.</p>
-
-<p>Dès lors la réforme s'étendit, de plus en plus.
-Le divorce pénétra aussitôt dans les m&#339;urs;
-l'Allemagne vit ses princes répudier leurs femmes
-et prendre de nouvelles épouses, imitant
-ainsi Luther lui-même qui, pour accentuer son
-défi à la papauté, avait épousé une religieuse.</p>
-
-<p>Devant cette révolution qui menaçait d'absorber
-la chrétienté entière, l'Église sentit le besoin
-de se préparer à une longue lutte, en affirmant
-hautement ses doctrines, dans un grand concile
-&#339;cuménique.</p>
-
-<p>Il fallait épurer les formules, établir les principes
-de la foi, fixer, une fois pour toutes, les
-limites de chaque croyance: ce fut l'&#339;uvre qu'entreprit
-le concile de Trente, avec une louable
-ardeur. Le principe de l'indissolubilité du ma<span class="pagenum"><a name="Page_132" id="Page_132">132</a></span>riage
-et la condamnation du divorce furent
-proclamés par le concile, en décembre 1565, dans
-sa session XXIV. Voici le texte des trois canons
-les plus importants:</p>
-
-<p><i>Canon 2.</i>&mdash;«Si quelqu'un dit qu'il est permis
-aux chrétiens d'avoir plusieurs épouses à la fois
-et que cela n'est défendu par aucune loi divine,
-qu'il soit anathème.»</p>
-
-<p><i>Canon 3.</i>&mdash;«Si quelqu'un dit que pour cause
-d'hérésie, d'incompatibilité d'humeur ou d'absence
-volontaire, le lien du mariage peut être
-dissous par l'époux, qu'il soit anathème.»</p>
-
-<p><i>Canon 7.</i>&mdash;«Si quelqu'un dit que l'Église se
-trompe quand elle enseigne et a enseigné, selon
-la doctrine évangélique et apostolique, que l'adultère
-de l'un des époux n'autorise pas la dissolution
-du mariage; qu'il est interdit à tous les
-deux, même à l'innocent, de se remarier du
-vivant de leur conjoint: et enfin que celui-là ou
-celle-là commet un adultère qui, ayant renvoyé
-son époux coupable, en prend un autre: qu'il
-soit anathème.»</p>
-
-<p>Cependant tous les théologiens n'avaient pas été
-d'accord sur les règles à poser en cette matière<a name="FNanchor_126_126" id="FNanchor_126_126"></a><a href="#Footnote_126_126" class="fnanchor">126</a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_133" id="Page_133">133</a></span></p>
-<p>Cajétan et Catharin admettaient que l'adultère
-devait dissoudre le mariage; de plus, les Grecs
-des îles Méditerranéennes, alors sous la domination
-de Venise, pratiquaient le divorce, en cas
-d'adultère de la femme. Les ambassadeurs vénitiens,
-désirant que cet usage fût laissé aux sujets
-Grecs de la République, réclamèrent contre
-l'anathème, que le concile voulait lancer contre
-l'adultère. Aussi voyons-nous le canon 7 employer
-une formule ambiguë, pour condamner non pas
-ceux qui divorçaient pour adultère, mais ceux qui
-prétendaient que l'Église se trompait, en condamnant
-le divorce d'après l'Évangile et les Apôtres.</p>
-
-<p>Rien n'est intéressant comme de suivre les
-discussions du concile de Trente sur la réglementation
-du mariage. On vit le théologien Soto soutenir,
-avec une grande largeur de vue, que
-l'indissolubilité du mariage venait de la loi naturelle,
-que l'Évangile ne semblait en effet avoir
-rien ajouté à la force de ce lien; que la différence
-des religions ne pouvait donc rien changer à
-sa nature et que, dans le passage de saint Paul
-qu'on interprétait en faveur du divorce, au cas
-d'adultère<a name="FNanchor_127_127" id="FNanchor_127_127"></a><a href="#Footnote_127_127" class="fnanchor">127</a>, il ne s'agissait pas d'une dissolution
-<span class="pagenum"><a name="Page_134" id="Page_134">134</a></span>du lien conjugal, mais seulement d'une cessation
-de cohabitation.</p>
-
-<p>Le concile s'occupa également des mariages
-clandestins, qui, depuis trois siècles, étaient d'un
-usage fréquent. Ces mariages clandestins appelés
-aussi <i>fiançailles par paroles de présent</i> ou
-<i>sponsalia de præsenti</i>, ne différaient du mariage
-proprement dit qu'en ce qu'ils n'étaient pas
-accompagnés de la bénédiction sacerdotale. La
-volonté des conjoints était simplement constatée
-par un notaire. Les théologiens français se prononcèrent
-énergiquement contre la validité des
-mariages secrets; ils finirent par triompher et le
-concile proclama la nécessité de l'intervention
-religieuse dans la célébration du mariage. Déjà
-au sixième siècle le concile d'Arles avait prescrit
-les formalités de publicité et de consécration par
-un prêtre. Charlemagne avait fait de la même
-prescription une disposition de ses Capitulaires.
-Le concile de Trente reconnaissait donc définitivement
-au mariage le caractère d'un sacrement<a name="FNanchor_128_128" id="FNanchor_128_128"></a><a href="#Footnote_128_128" class="fnanchor">128</a>.
-L'ordonnance de Blois, en 1579, partant de la
-même idée, imposa la célébration à l'église, par
-<span class="pagenum"><a name="Page_135" id="Page_135">135</a></span>
-le curé de la paroisse de l'un des époux devant
-quatre témoins. On fit ainsi entrer l'acte religieux
-dans le droit civil. Mais en même temps on
-pouvait se demander si le caractère d'indissolubilité
-était inhérent à la forme du sacrement, et
-si, par conséquent, on pouvait rompre un lien
-contracté sous les formes solennelles de la religion.
-C'était encore une fois la question déjà
-posée par saint Ambroise<a name="FNanchor_129_129" id="FNanchor_129_129"></a><a href="#Footnote_129_129" class="fnanchor">129</a>, et par saint Jean
-Chrysostome<a name="FNanchor_130_130" id="FNanchor_130_130"></a><a href="#Footnote_130_130" class="fnanchor">130</a>. Le pape Innocent III l'avait même
-résolue, dans une décrétale, en décidant qu'un
-époux pourrait convoler, en secondes noces,
-lorsque, son mariage n'ayant pas été sanctifié
-par le sacrement, son conjoint refuserait de
-cohabiter, avec lui, ou bien serait hérétique<a name="FNanchor_131_131" id="FNanchor_131_131"></a><a href="#Footnote_131_131" class="fnanchor">131</a>. Le
-pape Benoît XIV admit la même idée<a name="FNanchor_132_132" id="FNanchor_132_132"></a><a href="#Footnote_132_132" class="fnanchor">132</a>. Mais on
-fit remarquer plus tard que cette décision reposait
-sur une fausse interprétation de l'épître de
-saint Paul, et à partir de l'affaire du Juif Borach
-Levy, en 1775, on reconnut l'indissolubilité du
-mariage, alors même qu'il n'avait pas été revêtu
-des formes du sacrement, parce que, disait-on,
-<span class="pagenum"><a name="Page_136" id="Page_136">136</a></span>le lien du mariage ne résulte que du v&#339;u que
-font les conjoints de se donner l'un à l'autre.</p>
-
-<p>Cette manière de voir fut adoptée par les Parlements.
-Certains pays conservèrent au mariage,
-même après le concile de Trente, le seul caractère
-de contrat civil. Le simple échange des consentements
-suffit encore, dans certaines parties
-des États-Unis et de la Grande-Bretagne. En
-Allemagne la même idée domina jusqu'à notre
-époque: «Encore aujourd'hui, dit le docteur
-Stammler, aux yeux du peuple, une union
-consentie et accomplie dans une intention de
-mariage, sans l'intervention de l'Église, et abstraction
-faite de la loi civile, a la valeur d'un mariage
-religieux et indissoluble<a name="FNanchor_133_133" id="FNanchor_133_133"></a><a href="#Footnote_133_133" class="fnanchor">133</a>.»</p>
-
-<p>En résumé, le concile de Trente établit nettement
-dans l'Église le principe de l'indissolubilité
-du mariage. Une seule exception fut faite: il fut
-permis, comme avant le concile, de dissoudre le
-mariage pour entrer dans la vie religieuse, mais
-une condition nouvelle était que le mariage ne
-fût pas consommé<a name="FNanchor_134_134" id="FNanchor_134_134"></a><a href="#Footnote_134_134" class="fnanchor">134</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_137" id="Page_137">137</a></span></p>
-
-<p>Du reste si le divorce était bien supprimé en
-théorie, il faut reconnaître qu'en pratique on
-aboutissait facilement à la dissolution du mariage,
-grâce aux cas de nullité qui s'étaient multipliés
-singulièrement, et qui servaient à couvrir de véritables
-divorces. Il suffit d'énumérer les cas
-admis par le droit canon pour montrer l'extrême
-latitude qu'il laisse aux époux.</p>
-
-<p>Les causes de nullité sont, suivant les expressions
-mêmes du droit canonique:</p>
-
-<p>1º L'erreur sur les qualités <i>essentielles</i> de la
-personne;</p>
-
-<p>2º La condition (cause très variable qui tantôt
-était l'état de servitude d'un des conjoints, tantôt
-toute clause insérée au contrat et d'après laquelle
-les contractants s'obligeraient à en violer les lois
-essentielles);</p>
-
-<p>3º Les v&#339;ux solennels;</p>
-
-<p>4º La parenté naturelle jusqu'au degré de
-cousins issus de germains;</p>
-
-<p>5º La parenté <i>spirituelle</i> (naissant du baptême
-et de la confirmation);</p>
-
-<p>6º Le crime (commis de complicité entre les
-conjoints, avant le mariage);</p>
-
-<p>7º La disparité des cultes;</p>
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_138" id="Page_138">138</a></span></p>
-
-<p>8º L'<i>ordre</i>;</p>
-
-<p>9º L'honnêteté (fiançailles antérieures de l'un
-des conjoints avec les parents de l'autre);</p>
-
-<p>10º L'affinité ou l'alliance, résultant même de
-relation illégitime;</p>
-
-<p>11º La <i>clandestinité</i>, résultant de ce simple
-fait que le mariage a été célébré par un prêtre
-autre que le propre curé des contractants;</p>
-
-<p>12º Le <i>rapt</i>, par violence ou séduction;</p>
-
-<p>13º L'impuissance naturelle ou la non-consommation
-naturelle du mariage.</p>
-
-<p>Nous avons vu les règles posées par le concile
-de Trente et les dispositions du droit canonique
-en matière de dissolution du mariage. L'Église
-venait de se prononcer ouvertement contre le
-divorce. La réforme au contraire le rétablissait
-et en répandait l'usage: «De nos jours encore<a name="FNanchor_135_135" id="FNanchor_135_135"></a><a href="#Footnote_135_135" class="fnanchor">135</a>
-les protestants l'autorisent non seulement pour
-cause d'adultère de la femme, mais encore pour
-d'autres motifs. En parlant de répudiation pour
-cause d'adultère, disent-ils, le Christ n'a pas entendu
-limiter le divorce à ce cas, il n'a fait que
-répondre à une question, qui lui était posée pour
-trancher une controverse entre les disciples d'Hillel
-et de Schenuna. Le Christ n'a rien dit du
-<span class="pagenum"><a name="Page_139" id="Page_139">139</a></span>divorce, par consentement mutuel, ni du divorce
-pour causes déterminées par la loi civile, et il n'a
-entendu prohiber ni l'un ni l'autre<a name="FNanchor_136_136" id="FNanchor_136_136"></a><a href="#Footnote_136_136" class="fnanchor">136</a>.»</p>
-
-
-
-
-<h3>VII<br /><br />
-
-<small>LE DIVORCE PENDANT LA PÉRIODE MONARCHIQUE.</small></h3>
-
-
-<p>On sait quel fut le sort, en France, des dispositions
-du concile de Trente. La plupart des prélats
-français renonçant à faire prévaloir une
-influence que les évêques italiens absorbaient
-tout entière, avaient cessé de prendre part aux
-délibérations du concile, et quand les canons
-furent promulgués, ils n'obtinrent, en France,
-aucune autorité et soulevèrent même là, comme
-ailleurs, de nombreuses protestations; on craignait,
-en effet, l'envahissement du pouvoir civil
-par l'influence de l'Église, et des controverses
-sans nombre s'élevèrent sur chacune des dispositions
-du concile.</p>
-
-<p>Toutefois, certains principes posés à Trente
-<span class="pagenum"><a name="Page_140" id="Page_140">140</a></span>passèrent dans nos lois; on reconnut bien au
-mariage le caractère religieux dont l'Église voulait
-le revêtir, mais on y vit également un contrat
-civil dépendant du pouvoir temporel. On fit donc
-un compromis: les Parlements acceptèrent l'indissolubilité
-du mariage et la suppression du
-divorce que le concile avait proclamées, ils reconnurent
-à l'autorité ecclésiastique la connaissance
-des questions de nullité du mariage<a name="FNanchor_137_137" id="FNanchor_137_137"></a><a href="#Footnote_137_137" class="fnanchor">137</a>.
-C'étaient les officialités qui prononçaient la
-séparation d'habitation, mais les effets de cette
-séparation étaient abandonnés à la connaissance
-des tribunaux civils, qui finirent même, dans le
-dernier état du droit, par prononcer eux-mêmes
-la séparation.</p>
-
-<p>Occupons-nous donc de la séparation d'habitation.</p>
-
-<p>«La séparation d'habitation, dit Pothier<a name="FNanchor_138_138" id="FNanchor_138_138"></a><a href="#Footnote_138_138" class="fnanchor">138</a>, est
-la décharge qui, pour de justes causes, est accordée
-par le juge à l'un des conjoints par mariage,
-de l'obligation d'habiter avec l'autre conjoint, et
-<span class="pagenum"><a name="Page_141" id="Page_141">141</a></span>de lui rendre le devoir conjugal, sans rompre
-néanmoins le lien de leur mariage.»</p>
-
-<p>Les causes de séparation n'étaient pas déterminées
-limitativement. On laissait beaucoup à
-l'appréciation des magistrats. On disait, d'une
-façon générale, que les juges devaient séparer
-une femme «lorsqu'elle avait considérablement
-à souffrir de l'aversion, que son mari avait conçue
-pour elle, et qu'il n'y avait pas lieu de s'attendre
-à une réconciliation sincère.» Mais il n'était pas
-facile de déterminer exactement les faits, qui
-devaient être considérés comme rendant la vie
-commune insupportable. Pothier disait: «on
-doit laisser souvent les causes de séparation à
-l'arbitrage et à la prudence du juge; il ne doit
-pas être ni trop facile à accorder la séparation
-pour des causes passagères, ni trop difficile, lorsqu'il
-aperçoit dans les parties une antipathie et
-une haine invétérées, que la cohabitation ne
-pourrait qu'augmenter, si on les laissait ensemble<a name="FNanchor_139_139" id="FNanchor_139_139"></a><a href="#Footnote_139_139" class="fnanchor">139</a>.»</p>
-
-<p>En droit romain, l'adultère du mari, qui avait
-entretenu sa concubine dans la maison commune,
-était pour la femme une cause de divorce<a name="FNanchor_140_140" id="FNanchor_140_140"></a><a href="#Footnote_140_140" class="fnanchor">140</a>. Mais
-<span class="pagenum"><a name="Page_142" id="Page_142">142</a></span>l'ancien droit ne vit même pas là une cause de
-séparation<a name="FNanchor_141_141" id="FNanchor_141_141"></a><a href="#Footnote_141_141" class="fnanchor">141</a>. Pothier faisait remarquer, pour justifier
-cette différence, que l'adultère, commis par
-la femme, est infiniment plus contraire à l'ordre
-public que celui du mari, puisqu'il tend à détruire
-la famille: «il n'appartient pas à la femme,
-qui est un être inférieur, d'avoir inspection sur
-la conduite de son mari, qui est son supérieur.
-Elle doit présumer qu'il lui est fidèle et la jalousie
-ne doit pas la porter à faire des recherches sur
-sa conduite.»</p>
-
-<p>La femme pouvait demander la séparation pour
-excès, sévices ou injures graves. Les mauvais
-traitements que le mari exerce sur sa femme
-avaient été déjà reconnus par le pape Innocent III
-comme un juste motif de séparation<a name="FNanchor_142_142" id="FNanchor_142_142"></a><a href="#Footnote_142_142" class="fnanchor">142</a>. Mais le
-juge devait avoir égard à la qualité des parties,
-prendre en considération les faits, qui avaient
-occasionné ces excès et leur caractère habituel
-ou accidentel. Du reste, ces mauvais traitements
-pouvaient, suivant les circonstances, résulter de
-simples propos outrageants.</p>
-
-<p>Quant aux mauvais traitements que le mari
-prétendait avoir subis de la part de sa femme,
-<span class="pagenum"><a name="Page_143" id="Page_143">143</a></span>l'ancien droit considérait qu'une demande en séparation,
-basée sur un pareil motif, était incompatible
-avec la dignité du mari. Le mari ne
-pouvait s'adresser à l'autorité que pour faire renfermer
-sa femme: «La justice, dit Denisart<a name="FNanchor_143_143" id="FNanchor_143_143"></a><a href="#Footnote_143_143" class="fnanchor">143</a>,
-doit écouter les plaintes des maris, qui se trouvent
-dans cette malheureuse position, et doit, selon
-moi, ordonner la réclusion des femmes, qui se
-sont portées à certains excès envers leurs maris.»</p>
-
-<p>Lorsque le mari avait à se plaindre de l'adultère
-de sa femme, il pouvait la faire enfermer,
-dans un couvent, et pendant deux ans, il avait le
-droit de la reprendre. Elle perdait son droit au
-douaire et à la reprise de sa dot<a name="FNanchor_144_144" id="FNanchor_144_144"></a><a href="#Footnote_144_144" class="fnanchor">144</a>. Si au bout de
-deux ans, son mari ne l'avait pas retirée du monastère,
-elle avait les cheveux rasés et restait au
-couvent, toute sa vie. Elle n'en pouvait sortir
-qu'après la mort de son mari, et si elle trouvait à
-se remarier.</p>
-
-<p>D'autres causes de séparation sont encore à
-citer. La femme pouvait la demander, lorsque,
-étant infâme, son mari lui refusait les choses les
-plus nécessaires à la vie; elle pouvait encore se
-séparer, lorsque son mari l'avait calomnieusement
-<span class="pagenum"><a name="Page_144" id="Page_144">144</a></span>accusée d'un crime capital: «Peut-on, dit d'Aguesseau,
-refuser à une femme, accusée faussement
-d'un crime capital, la juste satisfaction de
-se séparer pour toujours du mari qui a voulu la
-déshonorer par une calomnie atroce? L'obligera-t-on
-à soutenir, pendant toute sa vie, la présence
-de son accusateur, et les exposera-t-on l'un et
-l'autre à toutes les suites funestes d'une société
-malheureuse qui ferait le supplice de l'innocent
-encore plus que du coupable<a name="FNanchor_145_145" id="FNanchor_145_145"></a><a href="#Footnote_145_145" class="fnanchor">145</a>.»</p>
-
-<p>L'hérésie, dans le dernier état du droit, n'était
-plus une cause de séparation, «parce qu'en
-France, disait Pothier, il n'y avait plus qu'une
-religion<a name="FNanchor_146_146" id="FNanchor_146_146"></a><a href="#Footnote_146_146" class="fnanchor">146</a>.»</p>
-
-<p>Les maladies, les difformités, les affections
-contagieuses, l'épilepsie, n'étaient pas des causes
-légitimes de séparation; la folie elle-même ne
-pouvait donner lieu qu'à l'interdiction. Quand la
-folie était furieuse et présentait de réels dangers,
-le malade pouvait être enfermé, mais le mariage
-n'était pas dissous. L'interdiction n'entraînait que
-la nomination d'un curateur, souvent même, la
-femme était chargée de la curatelle du mari
-malade.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_145" id="Page_145">145</a></span></p>
-
-<p>La séparation ne pouvait avoir lieu par consentement
-mutuel; ainsi un acte notarié dans lequel
-la femme exposait les faits, pour lesquels elle
-demandait à se séparer et par lequel le mari
-reconnaissait la vérité de ces faits et consentait
-ainsi à la séparation, était un acte absolument
-nul et dépourvu de tout effet<a name="FNanchor_147_147" id="FNanchor_147_147"></a><a href="#Footnote_147_147" class="fnanchor">147</a>.</p>
-
-<p>Il fallait nécessairement que la séparation
-fût prononcée par le juge «en grande connaissance
-de cause, dit Pothier.» A l'origine,
-c'était le juge d'église; mais déjà le juge séculier
-connaissait de toutes les conséquences du
-jugement, en cas de contestation, et des demandes
-provisionnelles formées par la femme
-pendant l'instance.</p>
-
-<p>Il y avait débat entre les deux juridictions.
-Cette lutte, commencée de bonne heure contre la
-juridiction ecclésiastique par la Cour des barons
-et continuée par les légistes, finit par le triomphe
-de la juridiction séculière. Dans le dernier état
-de la jurisprudence, les tribunaux séculiers étaient
-seuls compétents pour statuer sur les demandes en
-séparation d'habitation; la compétence du juge
-ecclésiastique fut restreinte à la connaissance
-<span class="pagenum"><a name="Page_146" id="Page_146">146</a></span>des questions relatives à la validité du mariage
-<i>de f&#339;dere matrimonii</i>.</p>
-
-<p>Quelle était la procédure de la demande en séparation?
-Elle avait de nombreuses analogies avec
-la procédure actuelle de notre séparation de corps.
-La femme qui demandait la séparation adressait
-une requête au juge, où elle exposait les motifs
-qu'elle considérait comme suffisants; si ces faits
-paraissaient assez graves, à première vue, le
-juge l'autorisait à se retirer, dans une demeure
-séparée, pendant le procès. Il fixait la pension
-que le mari devait lui payer et lui faisait restituer
-ses linges et hardes. Quand même après
-l'enquête, le tribunal ne jugeait pas les faits suffisamment
-graves pour prononcer la séparation, il
-pouvait autoriser la femme à rester encore
-quelques mois après le procès, dans le lieu où
-elle avait été autorisée à résider.</p>
-
-<p>La demande en séparation faite par la femme
-était donc purement civile. Il n'en était pas de
-même de celle que le mari formulait, en alléguant
-l'adultère de sa femme. Le mari devait se porter
-accusateur à ses risques et périls. Cette action
-était pénale, personnelle au mari, et intransmissible
-à ses héritiers. L'action n'appartenait au
-ministère public que quand il y avait scandale<span class="pagenum"><a name="Page_147" id="Page_147">147</a></span>
-public. L'instruction se faisait, devant la juridiction
-criminelle.</p>
-
-<p>La séparation d'habitation cessait, de plein
-droit, par la réconciliation des époux: la communauté
-revivait alors<a name="FNanchor_148_148" id="FNanchor_148_148"></a><a href="#Footnote_148_148" class="fnanchor">148</a>. Cette fin de non-recevoir
-n'était pas la seule; Despesse cite encore la réciprocité
-des torts.</p>
-
-<p>Quant aux effets de la séparation d'habitation,
-le premier et le principal était de dispenser les
-époux de la vie commune; la femme pouvait
-s'établir où bon lui semblait. De plus, la séparation
-de corps emportait toujours la séparation de
-biens; la femme pouvait répéter sa dot et administrer
-ses biens. Lorsqu'il y avait communauté
-légale, la femme pouvait poursuivre l'inventaire
-des biens de la communauté et devait se prononcer
-pour l'acceptation ou la dissolution; si elle
-acceptait, elle avait le droit d'en demander le
-partage.</p>
-
-<p>Du reste, la séparation d'habitation qui ne
-rompait, en aucune façon, le lien matrimonial,
-laissait subsister l'autorité maritale, devant laquelle
-la femme devait encore s'incliner dans
-certaines circonstances. Pour tout ce qui ne con<span class="pagenum"><a name="Page_148" id="Page_148">148</a></span>cernait
-pas la simple administration de ses biens,
-la femme séparée devait obtenir l'autorisation
-de son mari ou de justice; ainsi pour l'aliénation
-des immeubles cette autorisation était nécessaire.</p>
-
-<p>Bourjon, qu'il faut consulter sur cette matière,
-prévient une confusion entre la séparation d'habitation
-proprement dite et la simple séparation
-de fait. «La femme a droit, dit-il, aussitôt la
-sentence de séparation qui entraîne toujours
-celle de biens, de provoquer un inventaire des
-biens de la communauté, pour être en état de
-délibérer sur l'acceptation de la communauté, ou
-sur la renonciation. La séparation de domicile,
-qu'on appelle séparation <i>bonâ gratiâ</i>, ne produit
-aucun de ces effets, n'engage en rien les conjoints,
-et ne subsiste qu'autant qu'ils jugent à propos
-de la laisser subsister; elle se réduit à un simple
-fait, sans donner la moindre atteinte aux droits
-des conjoints<a name="FNanchor_149_149" id="FNanchor_149_149"></a><a href="#Footnote_149_149" class="fnanchor">149</a>.»</p>
-
-<p>Un autre effet de la séparation d'habitation est
-assez discuté. Quelques auteurs prétendent que
-le jugement de séparation entraînait la révocation
-des libéralités, que les conjoints s'étaient
-faites réciproquement. Plusieurs soutiennent que
-<span class="pagenum"><a name="Page_149" id="Page_149">149</a></span>la femme adultère seule était frappée de cette
-déchéance<a name="FNanchor_150_150" id="FNanchor_150_150"></a><a href="#Footnote_150_150" class="fnanchor">150</a>. Mais les parlements en décidaient
-autrement, comme le prouvent de nombreux
-passages de nos anciens auteurs<a name="FNanchor_151_151" id="FNanchor_151_151"></a><a href="#Footnote_151_151" class="fnanchor">151</a>.</p>
-
-<p>Quant aux enfants, dans le droit des assises,
-ils étaient, au-dessous de trois ans, confiés à la
-mère séparée; si l'enfant avait plus de trois ans
-et moins de douze, le juge choisissait celui des
-deux époux qui devait en avoir la garde. A douze
-ans, l'enfant choisissait lui-même celui avec
-lequel il désirait demeurer. Dans le dernier
-état du droit le choix du gardien des enfants
-était laissé au juge, il désignait généralement
-celui des époux qui avait eu le moins de torts.</p>
-
-<p>Tels sont les caractères, la procédure et les
-effets de la séparation d'habitation, telle que l'ancien
-droit l'avait organisée. On s'était efforcé d'en
-restreindre l'abus par une réglementation sévère
-des causes légitimes, qui l'autorisaient. On voyait
-du reste, avec défaveur, le relâchement du lien
-matrimonial et tous les auteurs s'accordaient pour
-recommander aux juges de ne prononcer la séparation
-qu'au cas d'absolue nécessité et à la
-<span class="pagenum"><a name="Page_150" id="Page_150">150</a></span>dernière extrémité<a name="FNanchor_152_152" id="FNanchor_152_152"></a><a href="#Footnote_152_152" class="fnanchor">152</a>. «L'union du mari et de la
-femme qui est formée par Dieu même, dit Pothier,
-et le pouvoir que chacun des conjoints
-donne, sur son corps, par le mariage, à l'autre
-conjoint, ne permettent à une femme de demander
-la séparation d'habitation que pour de très
-grandes causes. Elle est obligée, dans le for de
-la conscience, de s'attirer, par sa douceur et par ses
-complaisances, les bonnes grâces de son mari; et
-si, en faisant tout ce qui est en son pouvoir, elle
-ne peut y réussir, elle ne doit opposer que la
-patience aux mauvaises manières de son mari et
-même à ses mauvais traitements. Elle doit les
-regarder comme une croix qu'il lui envoie, pour
-expier ses péchés. Cela ne doit pas l'empêcher
-d'aller, dans toutes les occasions, au-devant de
-tout ce qui peut faire plaisir à son mari, et elle
-ne doit pas le quitter, à moins que les choses ne
-soient portées aux plus grandes extrémités.»
-Conseils évangéliques, bien difficiles à donner et
-à suivre!</p>
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_151" id="Page_151">151</a></span></p>
-
-
-
-<h3>VIII<br /><br />
-
-<small>LE DIVORCE EST UN DROIT INTERMÉDIAIRE.</small></h3>
-
-
-<p>Les idées de rénovation universelle, dont les
-philosophes du dix-huitième siècle avaient été
-les promoteurs, devaient trouver, dès les premiers
-jours de la Révolution, des partisans convaincus,
-décidés a les faire triompher. Il ne nous
-appartient pas de juger ici l'&#339;uvre des novateurs,
-de décider si ce fut un bien pour le pays et pour
-la stabilité même des réformes, de changer soudainement
-et d'une façon si complète les institutions
-de l'ancien régime, de bouleverser, tout
-d'un coup, les conditions sociales, de jeter la
-France entière dans un moule nouveau, de renier
-tout un passé, qui avait eu ses côtés glorieux et
-de substituer brusquement à l'ancien état de
-choses l'application irréfléchie des principes nouveaux.</p>
-
-<p>La Révolution entreprit de tout transformer
-et voulut faire entrer, à la fois dans la législation
-et dans les m&#339;urs, les idées philosophiques
-au nom desquelles elle ébranlait les trônes<span class="pagenum"><a name="Page_152" id="Page_152">152</a></span>
-et agitait l'Europe entière. Elle ébranla le régime
-social, et entraînée par le seul désir d'effacer
-les traditions de la monarchie vaincue, elle se
-laissa emporter au delà des limites d'une sage
-réforme, appliquant, sans discernement et sans
-mesure, les utopies, qui avaient ébloui dans les
-&#339;uvres philosophiques du dix-huitième siècle.
-Quelques-unes de ces réformes, dictées par un
-désir aveugle de la liberté, eurent bien vite
-des résultats désastreux; loin de répondre au but
-de réorganisation sociale, elles ne firent que relâcher
-davantage les liens d'une société troublée.
-La Révolution porta ainsi une grave atteinte à la
-dignité de la famille, en rétablissant le divorce et
-en le rendant étonnamment facile.</p>
-
-<p>Cette législation ne fut pas de longue durée et
-nous aurions peu à dire sur cette période antérieure
-au Code civil, si les tentatives, essayées
-aujourd'hui pour la remettre en vigueur et le
-bruit renouvelé autour des propositions législatives,
-tendant à son rétablissement, ne rendaient
-nécessaire une étude des caractères, que présentait
-le divorce dans la législation révolutionnaire
-et des conséquences que son usage eut pour les
-m&#339;urs. La conclusion que nous aurons à tirer,
-peu favorable au divorce, pourra, sans doute,<span class="pagenum"><a name="Page_153" id="Page_153">153</a></span>
-être combattue; on pourra prétendre que les
-conditions particulières, dans lesquelles le droit
-révolutionnaire fut appliqué, rendent peu décisive
-l'expérience, qui fut faite de l'institution
-nouvelle, et ne lui laissent qu'un intérêt purement
-spéculatif. Néanmoins il peut être d'une
-grande utilité de connaître, par l'exemple du passé,
-les chances qu'aurait le divorce d'être admis ou
-rejeté par nos m&#339;urs, les effets qu'il pourrait y
-produire, et tout au moins les modifications, que
-l'on devrait faire subir à la législation ancienne,
-si l'on tombait d'accord pour en adopter le principe.</p>
-
-<p>Les théories libérales du dix-huitième siècle
-sur le mariage eurent un premier écho, en 1790,
-dans un ouvrage de Bouchotte, député de l'Aube,
-intitulé: <i>Observations sur le divorce</i>. Bouchotte
-se montre partisan de la dissolution facile du mariage;
-il admet même jusqu'à un certain point la
-répudiation, car il soutient que, dans certains
-cas, les époux pourront être désunis, sans que le
-conjoint offensé puisse être forcé de dévoiler les
-motifs, qui le poussent à cette rupture, par
-exemple, s'il a été témoin de son déshonneur et
-que personne autre que lui n'en ait été témoin,
-il ne peut être forcé de raconter les faits qui l'ont<span class="pagenum"><a name="Page_154" id="Page_154">154</a></span>
-déshonoré. Bouchotte accordait à l'époux outragé
-une pension que devait lui payer l'époux coupable
-et qui devait prendre fin, s'il survenait un second
-mariage. Dans ce cas l'époux divorcé ne pouvait
-faire aucun avantage matrimonial. Quant aux
-enfants, le député de l'Aube les laissait tous à
-leur mère, jusqu'à sept ans; à partir de cet âge,
-la garde des fils passait au père.</p>
-
-<p>Telle fut la première proposition législative
-qui ouvrit à la Révolution la voie des réformes,
-dans la législation du mariage. On songea tout
-d'abord à séculariser le mariage: la constitution
-du 3 septembre 1791 déclara dans son article 7:
-«La loi ne considère le mariage que comme
-contrat civil» (tit. II).</p>
-
-<p>Mais le législateur ne comprit pas exactement
-le principe qu'il venait de poser<a name="FNanchor_153_153" id="FNanchor_153_153"></a><a href="#Footnote_153_153" class="fnanchor">153</a>. Fortement
-imbu des doctrines philosophiques, qui se prononçaient
-énergiquement contre l'indissolubilité
-du mariage, il considéra le mariage comme un
-contrat ordinaire et le soumit à toutes les règles,
-qui régissaient l'échange des consentements.
-Le rapporteur du projet de loi sur le divorce
-à l'Assemblée législative se faisait l'interprète
-<span class="pagenum"><a name="Page_155" id="Page_155">155</a></span>de ce sentiment, lorsqu'il disait dans son rapport:
-«Le comité a cru devoir accorder ou
-conserver la plus grande latitude à la faculté du
-divorce, à cause de la nature du contrat de mariage,
-qui a pour base principale le consentement
-des époux, parce que la liberté individuelle ne
-peut jamais être aliénée d'une manière indissoluble
-par aucune convention<a name="FNanchor_154_154" id="FNanchor_154_154"></a><a href="#Footnote_154_154" class="fnanchor">154</a>.»</p>
-
-<p>L'Assemblée législative adopta cette manière
-de voir et la loi des 20-25 septembre 1792 fut
-votée, dans un esprit de concession aux doctrines
-d'une philosophie aussi libre dans ses idées que
-la société l'était dans ses m&#339;urs, philosophie qui
-voyait, dans le mariage «la tyrannie de l'homme
-qui a converti en propriété la possession de sa
-femme,» philosophie qui nous donnait pour modèle
-les m&#339;urs d'Otaïti «où les mariages ne
-durent souvent qu'un quart d'heure,» et qui
-regardait le lien conjugal comme «une convention
-et un préjugé<a name="FNanchor_155_155" id="FNanchor_155_155"></a><a href="#Footnote_155_155" class="fnanchor">155</a>.»</p>
-
-<p>On comprend que la loi de 1792, subissant
-cette influence, se montre étonnamment large
-<span class="pagenum"><a name="Page_156" id="Page_156">156</a></span>pour l'admission du divorce, son excessive tolérance
-ressort déjà du premier considérant:
-«Considérant, dit la loi, combien il importe de
-faire jouir les Français de la faculté du divorce,
-qui résulte de la liberté individuelle, dont un
-engagement indissoluble serait la perte.»</p>
-
-<p>Du reste, pour montrer quelles étaient les
-facultés laissées au divorce, il suffit de citer les
-articles mêmes de la loi:</p>
-
-<p><span class="smcap">Art.&nbsp;1.</span>&mdash;Le mariage se dissout par le divorce.</p>
-
-<p><span class="smcap">Art.&nbsp;2.</span>&mdash;Le divorce a lieu par le consentement
-mutuel des époux.</p>
-
-<p><span class="smcap">Art.&nbsp;3.</span>&mdash;L'un des époux peut faire prononcer
-le divorce sur la simple allégation d'incompatibilité
-d'humeur ou de caractère.</p>
-
-<p><span class="smcap">Art.&nbsp;4.</span>&mdash;Chacun des époux peut également
-faire prononcer le divorce sur les motifs déterminés,
-savoir: 1º sur la démence, la folie ou la
-fureur de l'un des époux; 2º sur la condamnation
-de l'un d'eux à des peines afflictives ou infamantes;
-3º sur les crimes, sévices ou injures graves
-de l'un envers l'autre; 4º sur le dérèglement
-de m&#339;urs notoire; 5º sur l'abandon de la femme
-par le mari ou du mari par la femme, pendant
-<span class="pagenum"><a name="Page_157" id="Page_157">157</a></span>deux ans au moins; 6º sur l'absence de l'un
-d'eux sans nouvelles, au moins pendant cinq ans;
-7º sur l'émigration, dans les cas prévus par les
-lois.</p>
-
-<p>Ainsi la loi de 1792 rendait le divorce si facile à
-obtenir que le mariage pouvait désormais n'être
-plus considéré comme un lien, et qu'on revenait
-tout simplement à la législation de la fin de la république
-Romaine, qui amena tant de scandales
-et tant de dépravation dans les m&#339;urs. Mais non
-contente de proclamer hautement la liberté du
-divorce, la Convention, inspirée par sa haine profonde
-du clergé et de toute religion, voulut retirer
-aux catholiques le seul moyen admissible, pour
-leur conscience, de remédier aux malheurs de la
-vie conjugale. L'article 7 de la loi de 1792 décida
-en effet l'abolition de la séparation de corps. «A
-l'avenir, dit l'article, aucune séparation de corps
-ne pourra être prononcée; les époux ne pourront
-être désunis que par le divorce.» L'exagération
-de cette mesure a soulevé les critiques de tous
-les jurisconsultes et ne peut s'expliquer que par
-le désir insatiable qu'avaient les hommes de la
-Convention de rompre absolument, avec toutes
-les traditions, surtout religieuses, du passé, au
-risque d'aboutir au despotisme et à l'intolérance,
-en poussant jusqu'aux limites extrêmes des doc<span class="pagenum"><a name="Page_158" id="Page_158">158</a></span>trines
-soi-disant libérales, mais éminemment
-contraires au principe de liberté. «Là encore, dit
-M. Léon Renault, dans son rapport à la Chambre
-des députés<a name="FNanchor_156_156" id="FNanchor_156_156"></a><a href="#Footnote_156_156" class="fnanchor">156</a>, la mesure était dépassée. En
-abolissant absolument la séparation de corps,
-la loi nouvelle s'exposait au reproche de priver
-les citoyens catholiques, dont la foi repoussait le
-divorce, de tout remède légal contre les souffrances
-matérielles et morales d'un état de mariage,
-devenu intolérable. Fille de la liberté de
-conscience, elle ne se contentait pas d'établir
-l'indépendance nécessaire de la législation civile
-vis-à-vis des idées religieuses: elle donnait prétexte
-à des accusations d'hostilité et d'agression
-contre la foi des catholiques.»</p>
-
-<p>Le § 2 de la loi de 1792 avait réglé la procédure
-du divorce ainsi qu'il suit: Le mari et la
-femme qui demandaient conjointement le divorce
-convoquaient une assemblée de six au moins des
-plus proches parents, ou d'amis, à défaut de
-parents; trois d'entre eux étaient choisis par le
-mari, les trois autres par la femme. Les deux
-époux se présentaient en personne, devant cette
-assemblée de famille, et exposaient leur demande
-<span class="pagenum"><a name="Page_159" id="Page_159">159</a></span>de divorce; les parents faisaient les observations
-et représentations qu'ils jugeaient convenables.
-Si les époux persistaient dans leur dessein, l'officier
-municipal, convoqué à cet effet, dressait un
-simple procès-verbal de non-conciliation. Cet
-acte signé par les époux, les parents et l'officier
-municipal était déposé au greffe de la municipalité.
-Un mois au moins ou six mois au plus tard
-après la date de cet acte, les époux pouvaient se
-présenter devant l'officier public, chargé de recevoir
-les actes de mariage, dans la municipalité du
-dernier domicile du mari, et, sur leur demande,
-l'officier public prononçait leur divorce sans
-entrer en connaissance de cause. Après le délai
-de six mois, une nouvelle tentative de conciliation,
-devant l'assemblée des parents, était nécessaire
-pour poursuivre la demande du divorce.</p>
-
-<p>Cette intervention de la famille, que nous trouvons
-établie dans la loi de 1792, ne se retrouve
-pas dans les dispositions du Code civil sur le
-divorce. C'était pourtant une idée juste et pratique,
-qui a servi de texte à quelques modifications,
-que propose d'introduire dans le titre VI du
-Code civil, la commission législative chargée
-actuellement d'étudier le rétablissement du divorce.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_160" id="Page_160">160</a></span></p>
-
-<p>Lorsque le divorce était demandé par l'un des
-époux pour incompatibilité d'humeur, la procédure
-était encore analogue à celle du divorce par
-consentement mutuel. L'époux demandeur convoquait
-encore une assemblée de parents ou
-d'amis et après les observations de la famille, si
-l'époux persistait dans sa demande, on faisait
-dresser procès-verbal par l'officier municipal
-appelé à cet effet et l'assemblée se prorogeait à
-deux mois. Les époux comparaissaient encore en
-personne; si la conciliation échouait de nouveau,
-il y avait procès-verbal et seconde prorogation à
-trois mois. Enfin, si après toutes ces tentatives de
-rapprochement l'époux demandeur continuait à
-demander le divorce, on dressait acte de sa
-détermination et on le signifiait à l'époux défendeur.
-Huit jours au moins et six mois au plus
-après cette signification, l'époux demandeur pouvait
-se présenter pour faire prononcer le divorce
-devant l'officier de l'état civil. Après les six mois
-il ne pouvait y être admis qu'en observant de nouveau
-les mêmes formalités et les mêmes délais<a name="FNanchor_157_157" id="FNanchor_157_157"></a><a href="#Footnote_157_157" class="fnanchor">157</a>.</p>
-
-<p>Quand la demande était faite pour cause déterminée
-par un des époux, il fallait distinguer
-<span class="pagenum"><a name="Page_161" id="Page_161">161</a></span>suivant les motifs invoqués. Si ces motifs étaient
-déterminés soit par un jugement portant condamnation
-à une peine afflictive ou infamante,
-soit par un acte de notoriété, constatant l'état
-d'absence pendant cinq années, l'époux demandeur
-n'avait qu'à présenter ces actes à l'officier
-civil, qui prononçait alors le divorce sans aucun
-délai. Lorsque le demandeur invoquait une des
-autres causes déterminées, la demande était
-portée devant les arbitres de famille, dans les
-formes prescrites pour les contestations entre
-mari et femme: et si ce tribunal jugeait la demande
-bien fondée, le demandeur était renvoyé
-devant l'officier civil du domicile du mari, pour
-faire prononcer son divorce. L'appel du jugement
-arbitral en suspendait l'exécution: cet appel était,
-du reste, instruit sommairement et jugé dans le
-mois<a name="FNanchor_158_158" id="FNanchor_158_158"></a><a href="#Footnote_158_158" class="fnanchor">158</a>.</p>
-
-<p>Quand aux effets du divorce, la loi de 1792 s'en
-occupait dans son § 3. «Les effets du divorce
-par rapport à la personne des époux, dit l'article
-1<sup>er</sup>, sont de rendre au mari et à la femme
-leur entière indépendance, avec la faculté de
-contracter un nouveau mariage.» Si le divorce
-<span class="pagenum"><a name="Page_162" id="Page_162">162</a></span>avait été prononcé pour consentement mutuel ou
-incompatibilité d'humeur, les époux devaient
-observer un délai d'un an. Quand il l'avait été
-pour cause déterminée, la femme seule était
-obligée d'observer ce délai, à moins que la demande
-n'eût été fondée, sur l'absence du mari
-durant depuis cinq ans.</p>
-
-<p>En ce qui concerne les biens, les droits et
-intérêts des époux étaient réglés, par rapport à la
-communauté de biens ou à la société d'acquêts,
-soit par la loi, soit par la convention<a name="FNanchor_159_159" id="FNanchor_159_159"></a><a href="#Footnote_159_159" class="fnanchor">159</a>. Cependant
-si le divorce avait été obtenu par le mari contre
-la femme, pour une des causes déterminées imputable
-à la femme, celle-ci était privé de tous
-droits et bénéfices dans la communauté de biens
-ou société d'acquêts, mais elle reprenait les biens
-qu'elle avait apportés. Quant aux droits matrimoniaux
-emportant gain de survie, «tels que
-douaire, augment de dot ou agencement, droit
-de viduité, droit de part dans les biens meubles
-ou immeubles du prédécédé,» ils étaient tous,
-en cas de divorce, éteints et sans effet. Il en était
-de même de tous les dons ou avantages, constitués
-en vue du mariage par les époux eux-mêmes
-ou par leurs parents, et des dons mutuels faits
-<span class="pagenum"><a name="Page_163" id="Page_163">163</a></span>depuis le mariage et avant le divorce<a name="FNanchor_160_160" id="FNanchor_160_160"></a><a href="#Footnote_160_160" class="fnanchor">160</a>. Mais
-pour compenser la perte de ces avantages éprouvée
-par l'époux qui obtenait le divorce, on l'indemnisait
-au moyen d'une pension viagère sur
-les biens de l'autre époux, pension qui était
-réglée par les arbitres de famille, et qui courait
-du jour de la prononciation du jugement. Les
-arbitres de famille pouvaient aussi accorder une
-pension alimentaire au divorcé nécessiteux: cette
-pension était payée par son conjoint, dans la
-mesure de ses moyens et déduction faite de ses
-propres besoins. L'indigence de l'époux, survenant
-après la dissolution du mariage, n'autorisait
-pas cet époux à faire une demande d'aliments.
-C'est au moins ce qui résulte d'un arrêt de cassation
-rendu le 8 janvier 1806.</p>
-
-<p>Du reste, ces pensions viagères ou alimentaires
-s'éteignaient, dès que l'époux bénéficiaire contractait
-un nouveau mariage<a name="FNanchor_161_161" id="FNanchor_161_161"></a><a href="#Footnote_161_161" class="fnanchor">161</a>.</p>
-
-<p>Le dernier paragraphe de la loi réglait les
-effets du divorce, quant aux enfants. Lorsque le
-divorce avait lieu par consentement mutuel, ou
-sur la demande de l'un des époux pour simple
-incompatibilité d'humeur ou de caractère, les
-<span class="pagenum"><a name="Page_164" id="Page_164">164</a></span>enfants étaient confiés, les filles à la mère ainsi
-que les garçons âgés de moins de sept ans; au-dessus
-de cet âge les fils étaient remis au père.
-Le père et la mère pouvaient faire à ce sujet tel
-autre arrangement que bon leur semblait. Si le
-divorce avait lieu pour toute autre cause, le
-tribunal de famille était seul juge et confiait les
-enfants à celui des époux qu'il croyait le plus
-digne de la mission d'éducation.</p>
-
-<p>Si le mari ou la femme divorcés contractaient
-un nouveau mariage, il était également décidé,
-en assemblée de famille, si les enfants qui leur
-étaient confiés leur seraient retirés et à qui ils
-seraient remis. Le divorce ne privait jamais les
-enfants nés du mariage des avantages, qui leur
-étaient assurés par les lois ou les conventions
-matrimoniales; mais le droit n'en était ouvert à
-leur profit que comme il l'eût été si leurs père et
-mère n'eussent pas divorcé. Ils conservaient leur
-droit de successibilité, mais ne venaient qu'en
-concurrence et par égale portion avec les enfants
-nés d'autres lits. Enfin défense était faite aux
-époux divorcés, qui se remariaient ayant des
-enfants issus du mariage dissous, de faire de plus
-grands avantages à leur nouveau conjoint, que
-ne le peuvent les époux veufs, dans le même cas.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_165" id="Page_165">165</a></span></p>
-
-<p>Telle est la loi de 1792. Si nous nous sommes
-étendu un peu longuement sur les dispositions
-de cette loi, c'est que nous allons avoir à en
-apprécier les conséquences immédiates et l'influence
-sur l'état de la famille, dans la période
-révolutionnaire. Un autre intérêt s'y rattache
-encore.</p>
-
-<p>Dans le rapport de la commission chargée
-d'étudier le projet de rétablissement du divorce,
-nous voyons que la commission a pris pour
-point de départ de ses travaux, la loi du 20 septembre
-1792 «aux termes de laquelle, l'établissement
-du divorce semblait être une conséquence
-forcée de la déclaration des droits de l'article de
-la constitution de 1791 qui avait imprimé au
-mariage le caractère d'un contrat purement
-civil<a name="FNanchor_162_162" id="FNanchor_162_162"></a><a href="#Footnote_162_162" class="fnanchor">162</a>.»</p>
-
-<p>Cette loi de 1792 dépassait la mesure d'une
-liberté bien comprise. Ce n'était plus seulement
-réglementer le mariage comme contrat civil,
-mais détruire la famille, que les m&#339;urs corrompues
-du dix-huitième siècle avaient déjà si fortement
-ébranlée. C'était aussi une loi éminemment
-antireligieuse, puisque la suppression de la sépa<span class="pagenum"><a name="Page_166" id="Page_166">166</a></span>ration
-de corps ne laissait aux catholiques qu'un
-remède légal qui répugnait à leur conscience.</p>
-
-<p>Et cependant cette loi destructive du lien conjugal
-ne fut pas jugée encore assez libérale; des
-dispositions législatives postérieures introduisirent
-de nouvelles facilités, dans l'organisation
-du divorce.</p>
-
-<p>Nous allons signaler les nombreux décrets qui
-vinrent compléter la législation du divorce, sous
-la Révolution:</p>
-
-<p>22 vendémiaire, an II (13 oct. 1793). Décret
-qui autorise le conjoint demandeur à faire apposer
-les scellés, sur les effets mobiliers de la
-communauté.</p>
-
-<p>8-14 nivôse, an II (28 déc. 1793, 3 janv. 1794).
-Décret qui attribue aux tribunaux de famille la
-connaissance des contestations, relatives aux
-droits des époux divorcés.</p>
-
-<p>4-9 floréal, an II (23-28 avril 1794). Décret
-qui fait disparaître certaines dispositions très
-sages de la loi de 1792.</p>
-
-<p>Désormais, après une séparation de fait de six
-mois, un des époux pouvait demander le divorce
-et l'obtenir, sur la simple présentation d' un acte
-authentique ou de notoriété publique. Si le mari
-absent faisait partie des armées ou remplissait<span class="pagenum"><a name="Page_167" id="Page_167">167</a></span>
-des fonctions publiques dans un pays éloigné, sa
-femme pouvait bien obtenir le divorce, mais
-recouvrait seulement sa dot. La femme divorcée
-pouvait se remarier aussitôt qu'il était prouvé,
-par un acte de notoriété publique, qu'il y avait
-dix mois qu'elle était séparée de fait de son mari;
-celle qui accouchait après le divorce, était dispensée
-d'attendre ce délai.</p>
-
-<p>Enfin, un décret du 24 vendémiaire, an III
-(15 oct. 1793), fait en haine de l'émigration,
-déclare que la femme pouvant prouver, par acte
-authentique ou de notoriété publique, que son
-mari était émigré, à l'étranger ou dans les colonies,
-obtiendrait le divorce, sans assignation ni
-citation.</p>
-
-<p>Cette loi et les tristes décrets qui la suivirent,
-produisirent des scandales et des abus inouïs.
-Le mariage était livré désormais à tous les caprices
-des passions humaines, à toutes les fantaisies
-des haines politiques ou religieuses; la
-licence des m&#339;urs ne connut plus de bornes, la
-décadence morale fit de rapides progrès; le fanatisme
-révolutionnaire désorganisait la famille
-et, par là, portait à la société entière le coup le
-plus funeste: «Dans aucune partie peut-être,
-dit Zachariæ, il n'y eut tant à reprendre, ni tant<span class="pagenum"><a name="Page_168" id="Page_168">168</a></span>
-de méprises du droit intermédiaire à réparer.»</p>
-
-<p>Les scandales, qui résultèrent d'une pareille
-législation, furent si grands et si nombreux, que
-la Convention s'émut elle-même des tristes conséquences
-de son &#339;uvre. Plusieurs membres
-présentèrent, à diverses reprises, des observations
-sur les abus du divorce et demandèrent
-une réglementation moins large. C'est dans ce
-sens, notamment, que parla le député Bonguyod
-à la séance du 28 floréal, an III. Le comité de
-législation fut même chargé d'étudier les réformes
-à faire; le rapporteur de ce comité, le député
-Mailhe, s'exprimait ainsi<a name="FNanchor_163_163" id="FNanchor_163_163"></a><a href="#Footnote_163_163" class="fnanchor">163</a>: la loi du 20 septembre
-1792 donna au divorce une latitude illimitée,
-mais du moins elle opposait à l'inconstance et
-au caprice des formes et des lenteurs, qui laissaient
-à la raison le temps et la possibilité de
-reprendre son empire. Les lois du 8 nivôse et du
-4 floréal an II, rompirent ces faibles barrières.
-Vous ne sauriez arrêter trop tôt le torrent d'immoralité
-que roulent ces lois désastreuses.»
-Conformément aux conclusions de ce rapport, les
-décrets de nivôse et de floréal an II, furent
-abrogés par un décret du 15 thermidor an III.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_169" id="Page_169">169</a></span></p>
-<p>Cependant l'abrogation de ces décrets ne suffisait
-pas à empêcher les abus; il fallait donner
-au divorce des garanties plus sérieuses encore;
-ce fut, ce qu'entreprit un décret du Directoire
-daté du premier jour complémentaire de l'an V
-(17 septembre 1797).</p>
-
-<p>Ce décret portait que, dans toutes les demandes
-en divorce, fondées sur l'incompatibilité d'humeur
-et de caractère, l'officier public ne pourrait
-prononcer le divorce que six mois après
-la date du dernier des trois actes de non-conciliation,
-exigés par la loi de 1792 (art. 8, 10
-et 11).</p>
-
-<p>Mais ce n'était qu'une bien légère restriction à
-la facilité inouïe laissée par cette loi de 1762.
-Les abus et les scandales continuèrent. «Chose
-remarquable, dit M. Glasson<a name="FNanchor_164_164" id="FNanchor_164_164"></a><a href="#Footnote_164_164" class="fnanchor">164</a>, le divorce produisit
-les mêmes effets qu'à Rome; il fut inutile
-ou dangereux: inutile dans les campagnes, où
-les paysans refusèrent d'y revenir; dangereux
-dans les grandes villes, où l'on se hâta d'en
-abuser.»</p>
-
-<p>La statistique fournit en effet des chiffres justement
-effrayants.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_170" id="Page_170">170</a></span></p>
-<p>A Paris, dans les vingt-sept mois qui suivirent
-la promulgation de la loi de 1792 on
-compta 5994 jugements, prononçant le divorce
-et, en l'an VI, le nombre des divorces dépassa
-celui des mariages.</p>
-
-<p>Le député Mailhe avait déjà raison de dire,
-dès l'an III: «la loi du divorce est plutôt un
-tarif d'agiotage qu'une loi. Le mariage n'est plus
-en ce moment qu'une affaire de spéculation, on
-prend une femme, comme une marchandise, en
-calculant le profit, dont elle peut être et l'on
-s'en défait sitôt qu'elle n'est plus d'aucun avantage;
-c'est un scandale vraiment révoltant<a name="FNanchor_165_165" id="FNanchor_165_165"></a><a href="#Footnote_165_165" class="fnanchor">165</a>.»</p>
-
-<p>Telle était, pour la famille et la société, l'&#339;uvre
-de la législation révolutionnaire. Sans doute ce
-fut au nom de la justice, au nom d'une liberté
-saine, que fut ouverte l'ère de rénovation politique
-et sociale. Mais ces tendances sages et
-libérales ne purent persister au milieu des circonstances
-difficiles, que la Révolution eut à
-traverser.</p>
-
-<p>Bientôt les réformateurs dissimulèrent mal
-leur aversion profonde, pour toutes les traditions
-de la monarchie, et dès lors la législation
-<span class="pagenum"><a name="Page_171" id="Page_171">171</a></span>nouvelle prit un caractère haineux, autoritaire et
-despotique: la Révolution voulut effacer brutalement
-le passé, briser les résistances et imposer
-des principes, qu'elle-même ne comprenait pas
-encore.</p>
-
-<p>Les idées de justice aboutirent ainsi aux
-injustices les plus criantes et la Convention vit
-triompher ce despotisme démagogique, le pire
-de tous, qui ne se soutient que par la terreur et
-par le crime. Telle fut la législation intermédiaire,
-dans laquelle les jurisconsultes les plus autorisés
-ont eu souvent à flétrir la trace de passions et de
-haines brutales, aussi désastreuses pour les
-m&#339;urs d'une société qu'indignes d'un législateur
-éclairé.</p>
-
-<p>L'&#339;uvre législative de la Convention n'avait
-qu'un but: formuler les principes qui devaient
-servir de base au droit civil, qu'on se proposait
-de rédiger, et régler provisoirement l'application
-de ces principes. La rédaction du Code civil,
-commencée en 1791, interrompue sans cesse
-par des préoccupations politiques d'ordre majeur,
-et toujours reprise sans succès, finit par
-être élaborée sérieusement, lorsque le premier
-Consul en eut ordonné l'achèvement. La tâche
-du législateur était immense; il fallait porter<span class="pagenum"><a name="Page_172" id="Page_172">172</a></span>
-remède aux abus des lois révolutionnaires, il
-fallait réorganiser la famille, rendre au mariage
-sa dignité, en un mot, refondre entièrement toute
-la législation du divorce.</p>
-
-<p>Le conseil d'État arrêta tout d'abord les bases
-sur lesquelles il comptait rédiger le titre VI du
-Code civil. Il maintint le mariage civil, conserva
-le divorce, qui lui sembla conforme aux principes
-essentiels, reconnus au mariage dans notre droit
-civil, et qui lui parut dangereux à supprimer,
-dans un temps où l'on en trouvait encore l'usage
-si répandu; mais il le réglementa plus sévèrement,
-il en diminua les causes légitimes; de
-plus, pour donner satisfaction au sentiment religieux,
-il rétablit la séparation de corps, afin que
-les catholiques ne fussent plus dans la nécessité
-de recourir au divorce, que leur foi repoussait
-énergiquement.</p>
-
-<p>Tels furent les principes qui furent admis
-dans la préparation de la loi nouvelle; ce ne fut
-pas sans discussion et le rétablissement de la
-séparation de corps rencontra tout d'abord une
-vive opposition au sein du conseil d'État. C'est
-qu'à cette époque les haines politiques étaient
-encore vivaces et qu'une pareille satisfaction,
-accordée au catholicisme, semblait une conces<span class="pagenum"><a name="Page_173" id="Page_173">173</a></span>sion
-importante faite aux idées de l'ancien
-régime. Néanmoins ce rétablissement fut admis
-en principe.</p>
-
-<p>L'exposé des motifs de M. Treilhard au Corps
-législatif<a name="FNanchor_166_166" id="FNanchor_166_166"></a><a href="#Footnote_166_166" class="fnanchor">166</a> nous montre quelles furent les idées
-dominantes qui inspirèrent les rédacteurs du
-Code civil lorsqu'ils préparèrent le titre VI.</p>
-
-<p>Tout d'abord, nous pouvons constater une préférence
-marquée en faveur du divorce: «Le divorce
-en lui-même ne peut pas être un bien; c'est le
-remède d'un mal; pour les époux le divorce est
-sans contredit préférable à la séparation.»</p>
-
-<p>«Je ne connais qu'une objection, ajoute le
-rapporteur. On la tire de la possibilité d'une
-réunion: mais je le demande combien de séparations
-a vu le siècle dernier et combien peu de
-rapprochements!&mdash;» Il prévoit ensuite l'objection
-tirée des enfants. «Mais les enfants, les enfants,
-que deviendront-ils après le divorce?&mdash;Je
-demanderai à mon tour, que deviendront-ils
-après les séparations? Sans doute le divorce ou
-la séparation des père et mère forme, dans la vie
-des enfants, une époque bien funeste: mais ce
-n'est pas l'acte de séparation ou de divorce qui
-<span class="pagenum"><a name="Page_174" id="Page_174">174</a></span>fait le mal, c'est le tableau hideux de la guerre
-intestine qui a rendu ces actes nécessaires. Au
-moins les époux divorcés auront encore le droit
-d'inspirer, pour leur personne, un respect et des
-sentiments qu'un nouveau n&#339;ud pourra légitimer...
-C'est peut-être ce qui peut arriver de
-plus heureux pour les enfants... Quant à la société,
-il est hors de doute que son intérêt réclame
-le divorce, parce que les époux pourront contracter
-dans la suite de nouvelles unions; pourquoi
-frapperait-elle d'une fatale interdiction des
-êtres que la nature avait formés pour éprouver
-les plus doux sentiments de la paternité? Cette
-interdiction serait également funeste aux individus
-et à la société: aux individus qu'elle condamne
-à des privations qui peuvent être méritoires,
-quand elles sont volontaires, mais qui sont
-trop amères, quand elles sont forcées: à la société
-qui se trouve ainsi appauvrie de nombre de familles,
-dont elle eût pu s'enrichir. Mais le pacte
-social garantit à tous les Français la liberté de
-leur croyance: si le divorce était le seul remède
-offert aux époux malheureux, ne placerait-on pas
-des citoyens, dans la cruelle alternative de fausser
-leur croyance ou de succomber, sous un joug
-qu'ils ne pourraient plus supporter? En permet<span class="pagenum"><a name="Page_175" id="Page_175">175</a></span>tant
-le divorce la loi laissera l'usage de la séparation.
-Ainsi nulle gêne dans l'opinion et toute
-liberté à cet égard est maintenue<a name="FNanchor_167_167" id="FNanchor_167_167"></a><a href="#Footnote_167_167" class="fnanchor">167</a>.»</p>
-
-<p>Ainsi le législateur laissait le choix aux époux.
-Quant aux dispositions nouvelles, régissant le divorce,
-nous allons les parcourir rapidement.</p>
-
-<p>Le Code supprimait le divorce pour incompatibilité
-d'humeur, lorsqu'un seul des époux le
-demandait. Quant au divorce par consentement
-mutuel il fut vivement discuté. Le Tribunat voulait
-le prohiber, lorsque les époux avaient eu des
-enfants. Mais le conseil d'État le fit maintenir
-<span class="pagenum"><a name="Page_176" id="Page_176">176</a></span>parce que, comme le faisait remarquer le conseiller
-Emmery, ce divorce avait l'avantage de couvrir
-les causes déterminées, que les époux ne voudraient
-pas divulguer et qui devaient être tenues
-d'autant plus secrètes qu'il y avait des enfants nés
-du mariage. D'ailleurs, le divorce par consentement
-mutuel était entouré de sérieuses garanties;
-il fallait le consentement mutuel et persévérant,
-exprimé d'une manière spéciale, sous des
-conditions et après des épreuves de nature à
-prouver que la vie commune était insupportable
-et qu'il existait par rapport aux époux une
-cause péremptoire de divorce (art. 233). Le conseil
-d'État rejeta une proposition du Tribunat
-tendant à permettre aux époux, divorcés par
-consentement mutuel, de se remarier ensemble.
-La loi proscrivit absolument ce second mariage,
-quelle que fût la cause du divorce.</p>
-
-<p>Quant aux causes déterminées qui autorisaient
-désormais le divorce, le Code en réduisait singulièrement
-le nombre. Les seuls faits qui pouvaient
-motiver le divorce, étaient l'adultère de la femme,
-l'adultère du mari, lorsqu'il avait tenu sa concubine
-dans la maison, la condamnation à une
-peine infamante, les excès, sévices, ou injures
-graves.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_177" id="Page_177">177</a></span></p>
-
-<p>Lorsque la séparation de corps avait été prononcée
-pour toute autre cause que l'adultère, elle
-pouvait être convertie en divorce, après trois ans
-sur la demande de l'époux, qui avait été défendeur
-à la séparation (art. 310); le tribunal devait
-prononcer le divorce à moins que l'époux demandeur
-originaire, présent ou dûment appelé,
-ne consentît immédiatement à faire cesser la
-séparation<a name="FNanchor_168_168" id="FNanchor_168_168"></a><a href="#Footnote_168_168" class="fnanchor">168</a>. Cette disposition avait soulevé au
-conseil d'État un débat très animé. Cambacérès
-faisait remarquer que c'était là une atteinte très
-grave à la liberté de conscience du demandeur
-originaire, qui était ainsi amené à divorcer malgré
-lui, situation d'autant plus fâcheuse qu'il semblait
-l'avoir provoquée lui-même, en demandant
-la séparation, quoique ses convictions religieuses
-rejetassent une rupture complète du lien matrimonial
-par le divorce.</p>
-
-<p>L'examen de la procédure spéciale du divorce
-semble sortir du cadre que nous nous étions
-tracé; cependant il n'est pas inutile de jeter un
-rapide coup d'&#339;il sur cette partie de notre législation,
-que des lois nouvelles pourraient remettre
-en vigueur. Nous y verrons, d'ailleurs, chez les
-<span class="pagenum"><a name="Page_178" id="Page_178">178</a></span>rédacteurs du Code, un souci véritable de la dignité
-du mariage, qui les fait entourer le divorce
-de sérieuses garanties et de sages lenteurs. Ce
-n'était plus l'encouragement au divorce, comme
-dans la loi de 1792, c'était, au contraire, un ensemble
-de moyens propres à laisser apaiser les
-passions passagères, à donner toutes les occasions
-de réflexion, à ménager habilement les
-rapprochements possibles et à bien mettre en
-relief pour le juge, les motifs et les mobiles, ainsi
-que la valeur véritable des faits invoqués.</p>
-
-<p>La procédure s'ouvrait par une requête, que
-l'époux demandeur devait remettre personnellement
-au magistrat. Ce n'était plus en effet une
-assemblée de parents et d'amis, mais bien le tribunal
-de l'arrondissement du domicile, qui était
-appelé à statuer sur le divorce. Le juge ordonnait
-une comparution des parties devant lui et tentait
-une conciliation; s'il ne pouvait y parvenir, les
-pièces étaient transmises au ministère public et
-au tribunal entier, qui accordait ou refusait, ou
-suspendait, pendant vingt jours, la permission de
-citer.</p>
-
-<p>Les époux étaient d'abord entendus à huis
-clos; le tribunal renvoyait ensuite à l'audience
-publique et commettait un rapporteur. A l'au<span class="pagenum"><a name="Page_179" id="Page_179">179</a></span>dience,
-le tribunal pouvait ordonner des enquêtes
-à la demande des parties. Les dépositions des
-témoins étaient reçues par le tribunal, séant à
-huis clos, en présence du ministère public, des
-parties, et de leurs conseils et amis, jusqu'au
-nombre de trois de chaque côté. Après la clôture
-des enquêtes, le tribunal renvoyait de nouveau
-à l'audience publique, et là, après avoir entendu
-le rapport du juge commis, il prononçait le jugement
-définitif. S'il admettait le divorce, l'époux
-demandeur avait deux mois pour se présenter
-devant l'officier civil pour le faire prononcer. Si
-la demande du divorce était basée sur des excès,
-sévices ou injures graves, le tribunal, même en
-reconnaissant la réalité des faits, pouvait ne pas
-admettre immédiatement le divorce et imposer
-aux parties une année d'épreuves, pendant
-laquelle la femme était autorisée à vivre séparée
-de son mari et à ne pas le recevoir, si elle le
-jugeait convenable; si au bout de l'année les
-époux ne s'étaient pas réunis, le divorce était
-prononcé.</p>
-
-<p>Quant au divorce par consentement mutuel,
-il était entouré de plus de garanties encore; le
-législateur ne l'avait maintenu qu'à la condition
-d'en faire un remède, employé seulement dans<span class="pagenum"><a name="Page_180" id="Page_180">180</a></span>
-les cas d'absolue nécessité et avec la plus excessive
-prudence. De nombreuses conditions en
-restreignaient l'usage. Il fallait que le mari eût
-au moins vingt-cinq ans et la femme vingt et un,
-que les époux eussent vécu deux ans ensemble
-et qu'il ne fût pas écoulé plus de vingt ans, depuis
-le mariage, ou encore que la femme n'eût pas
-atteint l'âge de quarante-cinq ans. Il fallait en
-outre que les époux se présentassent, tous les
-trois mois, pendant un an devant le président du
-tribunal, pour lui renouveler leur demande, et
-qu'ils apportassent à chaque comparution la
-preuve positive et authentique que les ascendants
-donnaient leur consentement au divorce et y
-persistaient. Enfin l'article 305 prescrivait que
-la propriété de la moitié des biens de chacun des
-deux époux serait acquise, de plein droit, du
-jour de leur première déclaration, aux enfants
-nés de leur mariage; le père et la mère n'en
-conservaient que la jouissance jusqu'à la majorité,
-au contraire, si le divorce avait lieu pour
-cause déterminée, les droits des enfants ne s'ouvraient
-que de la manière dont ils se seraient
-ouverts, s'il n'y avait pas eu de divorce.</p>
-
-<p>Si de la procédure nous passons aux effets du
-divorce, nous remarquerons encore dans le Code<span class="pagenum"><a name="Page_181" id="Page_181">181</a></span>
-de grandes améliorations apportées à la législation
-de 1792. Le Code ne défendait pas aux
-époux de contracter des unions nouvelles. Le législateur
-se rappelait en effet le passage suivant
-de Montesquieu: «C'est une règle tirée de la
-nature que, plus on diminue le nombre des
-mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt
-ceux qui sont faits. Moins il y a de gens
-mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages,
-comme lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus
-de vols<a name="FNanchor_169_169" id="FNanchor_169_169"></a><a href="#Footnote_169_169" class="fnanchor">169</a>.» C'était même un des avantages qui
-faisaient préférer au législateur le divorce à la
-séparation, mais il comprit que cette faculté de
-second mariage devait être sagement limitée. Si
-le divorce avait eu lieu par consentement mutuel,
-chacun des époux ne pouvait contracter un nouveau
-mariage qu'après une attente de trois ans.
-Si le divorce avait eu lieu pour cause déterminée,
-la femme ne pouvait se remarier que dix
-mois après le divorce prononcé; au cas spécial
-de divorce pour adultère, l'époux coupable ne
-pouvait se remarier avec son complice. Rappelons
-enfin que le Code défendait rigoureusement
-aux époux divorcés de se remarier entre eux;
-<span class="pagenum"><a name="Page_182" id="Page_182">182</a></span>l'idée du législateur, M. Treilhard l'expose longuement,
-était la crainte de voir les époux
-conserver un vague espoir de réunion, demander
-leur divorce, bien que la vie commune ne fût
-pas absolument insupportable, et se pénétrer
-peu de la gravité de l'action qu'ils intentaient
-en demandant leur divorce. Mais la même préoccupation
-ne semble plus avoir animé la Commission,
-chargée actuellement d'étudier le rétablissement
-du divorce, la prohibition de réunion
-après le divorce<a name="FNanchor_170_170" id="FNanchor_170_170"></a><a href="#Footnote_170_170" class="fnanchor">170</a>, édictée par le Code, lui a paru
-excessive et elle l'a supprimée.</p>
-
-<p>Que devenaient les enfants dans la législation
-de 1804? En principe, ils étaient confiés au mari
-pendant les préliminaires du divorce. Après le
-divorce, ils étaient remis à l'époux demandeur, à
-moins que le tribunal, sur la demande de la famille
-ou du procureur impérial, n'ordonnât que
-tous ou quelques-uns d'entre eux fussent confiés
-aux soins, soit de l'autre époux, soit d'une tierce
-personne. D'ailleurs quelle que fût la personne à
-laquelle les enfants étaient confiés, les père et
-mère conservaient respectivement le droit de
-surveiller l'entretien et l'éducation de leurs en<span class="pagenum"><a name="Page_183" id="Page_183">183</a></span>fants
-et étaient tenus d'y contribuer, à proportion
-de leurs facultés (302, 303)<a name="FNanchor_171_171" id="FNanchor_171_171"></a><a href="#Footnote_171_171" class="fnanchor">171</a>.</p>
-
-<p>Quant aux intérêts pécuniaires, l'article 299
-décidait que, hors le cas de consentement mutuel,
-l'époux contre lequel le divorce était admis perdrait
-tous les avantages que l'autre époux lui
-avait faits, soit par contrat de mariage, soit depuis
-le mariage contracté; au contraire, l'époux
-qui avait obtenu le divorce, conservait tous les
-avantages à lui faits par l'autre époux, encore
-qu'ils eussent été stipulés réciproques et que la
-réciprocité n'eût pas eu lieu. Si les époux ne
-s'étaient fait aucun avantage, ou si les avantages
-stipulés ne paraissaient pas suffisants pour assurer
-la subsistance de l'époux demandeur, le
-tribunal pouvait lui accorder sur les biens de
-l'autre époux une pension alimentaire, qui ne
-pouvait excéder le tiers des revenus, et qui était
-révocable dès qu'elle cessait d'être nécessaire.</p>
-
-<p>Telle fut la législation du Code civil en ce qui
-concerne la dissolution du mariage. On rétablis<span class="pagenum"><a name="Page_184" id="Page_184">184</a></span>sait
-bien la séparation de corps, mais l'influence
-de la loi de 1792 et les idées favorables au divorce
-prévalaient encore: on consacrait soixante-dix-huit
-articles au divorce, tandis que la séparation
-de corps n'en occupait que six, et se
-trouvait rejetée, comme appendice, à la fin du
-titre.</p>
-
-<p>Il faut reconnaître que, depuis sa nouvelle organisation
-par le Code, le divorce n'avait donné
-lieu à aucun abus grave. Aussi dans tout le cours
-de la discussion qui précéda sa suppression, on
-ne vit pas, une seule fois, les adversaires les plus
-décidés formuler le reproche de scandales et
-d'excès.</p>
-
-<p>On a prétendu que l'abolition du divorce était
-une vengeance de l'ancien régime, une loi de
-réaction religieuse<a name="FNanchor_172_172" id="FNanchor_172_172"></a><a href="#Footnote_172_172" class="fnanchor">172</a>, il semble plus vrai de dire
-qu'elle était dans les v&#339;ux de la nation<a name="FNanchor_173_173" id="FNanchor_173_173"></a><a href="#Footnote_173_173" class="fnanchor">173</a>.</p>
-
-<p>Ce fut le 26 décembre 1815 que le vicomte de
-Bonald, député de l'Aveyron, qui avait déjà défendu,
-en 1803, l'indissolubilité du mariage,
-proposa l'abolition du divorce. Cette proposition
-fut prise en considération, et, le 19 février 1816,
-M. de Trinquelague présentait son rapport.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_185" id="Page_185">185</a></span></p>
-
-<p>La grande préoccupation du législateur semble
-être de remettre le droit civil d'accord avec
-la loi religieuse, et d'établir la prééminence de
-celle-ci: de nombreux passages du rapport que
-nous ne pouvons reproduire ici portent la trace de
-cette préoccupation. Après le rapport de M. de
-Trinquelague, une adresse au roi fut votée
-«pour le supplier d'ordonner que les articles,
-relatifs à la dissolution du mariage fussent retranchés
-du Code civil.»</p>
-
-<p>Le roi fit donc présenter le projet de loi qui
-devint la loi de 1816. A la Chambre des pairs la
-loi fut votée le 25 avril, après une courte discussion
-sur le rapport de M. Lamoignon. La Chambre
-des députés la vota, le 27 avril, sur un rapport
-de M. Blaire<a name="FNanchor_174_174" id="FNanchor_174_174"></a><a href="#Footnote_174_174" class="fnanchor">174</a>. Comme on le voit, l'abolition du
-divorce fut adoptée, presque sans débat et avec
-une précipitation regrettable; aussi la loi de
-1816 renfermait-elle de nombreuses lacunes.
-On ne laissait subsister que la séparation de
-corps, mais on ne songeait pas que les six articles
-du Code civil étaient insuffisants à la réglementer
-et qu'il était nécessaire d'en tracer la
-procédure, d'en approfondir les détails. Ni les
-<span class="pagenum"><a name="Page_186" id="Page_186">186</a></span>orateurs de la Chambre des députés, MM. de Bonald,
-Cardonnel et Blondel d'Angers, ni ceux de
-la Chambre des pairs, les évêques de Langres
-et de Châlons, ne firent sentir le besoin de réviser
-les articles de la séparation. On se contenta
-de laisser subsister, dans le Code, le titre qui se
-rapportait au divorce, afin que les tribunaux y
-trouvassent les dispositions complémentaires de
-la séparation.</p>
-
-<p>On fit une tentative pour donner un peu plus
-d'unité à l'institution, demeurée seule, de la séparation
-de corps. Le duc de Richelieu déposa,
-en décembre 1816, deux projets de loi sur le
-bureau de la Chambre des pairs, l'un sur les
-divorces accomplis, l'autre sur la séparation de
-corps. Ces projets furent transmis à la Chambre
-des députés, mais les lois exclusivement politiques
-absorbaient tous les soins de celle-ci.
-Différents orateurs, et notamment M. de Corbière,
-insistèrent vainement pour faire réviser la loi
-sur la séparation: «Mais il faut pour cela, disait-il,
-une maturité et une sage lenteur que ne comporte
-pas la fin prochaine, que vous avez le droit
-d'espérer, de votre session.» En effet la commission
-parlementaire à laquelle les projets avaient
-été renvoyés les fit bientôt oublier par ses lenteurs.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_187" id="Page_187">187</a></span></p>
-
-<p>Il reste donc, après cette loi de 1816, la seule
-institution de la séparation de corps, laissant au
-juge et à la jurisprudence une latitude considérable,
-par conséquent donnant lieu à de nombreuses
-controverses que nous aurons à étudier
-plus loin. «Le divorce, dit Léon Renault<a name="FNanchor_175_175" id="FNanchor_175_175"></a><a href="#Footnote_175_175" class="fnanchor">175</a>, est
-donc resté, dans le monument de nos lois, comme
-une statue momentanément, voilée, mais debout
-à la place où elle avait été originairement élevée
-et qu'il est toujours facile de découvrir et de remettre
-en lumière.»</p>
-
-<p>Après la réaction politique et religieuse de
-1816, il fallait s'attendre à voir les partis reprendre
-peu à peu leur consistance et recouvrer
-une part de l'influence qu'ils avaient précédemment
-exercée. Lorsqu'une nouvelle Révolution
-les eut rendus de nouveau tout-puissants, ils
-firent prévaloir, dans la Charte nouvelle, les
-principes de tolérance religieuse et de sécularisation
-des pouvoirs publics, qui avaient été abandonnés
-sous la Restauration. Désormais, la religion
-catholique ne fut plus appelée religion
-d'État, et la loi civile ne dut plus forcément se
-plier aux exigences de la loi religieuse. Il était
-<span class="pagenum"><a name="Page_188" id="Page_188">188</a></span>donc naturel qu'on essayât de rétablir les conséquences
-que la Révolution avait tirées des
-principes, proclamés par elle, et qu'on songeât
-à restaurer le divorce dans nos lois. Aussi, dès
-le 11 août 1831, M. de Schonen présentait à la
-Chambre des députés une proposition tendant à
-l'abrogation de la loi du 8 mai 1816: «Ouvrez
-les greffes criminels, disait-il, parcourez les archives,
-depuis celles de la pénitencerie Romaine
-jusqu'aux arrêts de nos cours d'assises; lisez
-seulement la feuille quotidienne consacrée à nos
-tribunaux et vous aurez une idée de l'urgence
-et de la nécessité de la mesure que je propose.»</p>
-
-<p>La proposition fut prise en considération, à
-une immense majorité. M. Peton seul s'éleva
-contre; Berryer et quelques autres députés
-s'abstinrent.</p>
-
-<p>La commission chargée d'étudier le projet
-nomma M. Odilon Barrot rapporteur. Celui-ci,
-dans son rapport très lumineux et très net, fit
-d'abord justice de la loi de 1792 et des déplorables
-facilités qu'elle donnait à la rupture du
-mariage: «Ce ne serait plus, dit-il, qu'une
-union fortuite, qui n'aurait plus de garantie que
-dans la persistance de la volonté des époux et
-qui se confondrait bientôt avec le concubinage,<span class="pagenum"><a name="Page_189" id="Page_189">189</a></span>
-dont il ne différerait que par de vaines formes.»</p>
-
-<p>Le débat se restreignait donc entre le système
-du Code civil et la loi de 1816; M. Odilon Barrot
-expliquait ainsi les préférences de la Commission:
-«Le système du Code civil nous a paru préférable
-à la loi du 8 mai 1816, comme offrant une
-conciliation heureuse entre les imperfections de
-notre nature et la nécessité d'assurer au mariage,
-sinon l'indissolubilité absolue, au moins une
-intention de perpétuité.» Parlant de l'indissolubilité,
-il dit encore: «Cette loi est une loi violente,
-contre laquelle la nature protestera toujours.
-Dans certains cas, ce sera le crime qui sera l'instrument
-de cette révolte de la nature, nos annales
-criminelles en font foi; dans d'autres, et
-ce sont les plus nombreux, ce sera le vice et la
-corruption qui, se jouant des prescriptions
-légales, substitueront avec scandale, à l'union
-légitime l'union adultère. Ne vaut-il pas mieux
-mille fois, que la loi, plus rapprochée de notre
-imperfection humaine, abandonne quelque chose
-de ses rigueurs et qu'elle se départe d'un principe
-absolu qui enfante le crime et propage la
-corruption?»</p>
-
-<p>La proposition fut adoptée à la Chambre des
-députés par cent quatre-vingt-treize voix contre<span class="pagenum"><a name="Page_190" id="Page_190">190</a></span>
-soixante-dix. Mais à la Chambre des pairs elle
-rencontra une opposition qu'elle ne put vaincre;
-votée une seconde fois par la Chambre des
-députés, sur la demande de M. Bavoux, elle fut
-encore rejetée par la Chambre des pairs, le
-23 mars 1832. M. Portalis avait fait un rapport
-contraire au rétablissement du divorce.</p>
-
-<p>La proposition fut néanmoins reprise l'année
-suivante; M. Bavoux présenta le 30 décembre
-1833 une nouvelle proposition en faveur du
-divorce. Le 24 février 1834, malgré les efforts
-de M. Merlin et de M. Voysin de Gartempe, la
-Chambre vota le rétablissement du divorce par
-cent quatre-vingt-onze voix contre cent. Mais la
-Chambre des pairs s'opposa encore énergiquement
-à l'abrogation de la loi de 1816; aussi
-lorsqu'une troisième fois la même proposition
-fut reproduite devant la Chambre des députés,
-celle-ci crut devoir la repousser elle-même, n'espérant
-pas que ce nouveau projet pût avoir un
-meilleur sort.</p>
-
-<p>En 1848, d'autres tentatives furent encore
-faites. Le 26 mai, M. Crémieux, ministre de la
-justice, présenta un projet de loi concluant au
-rétablissement du divorce. Mais ce projet rencontra
-dans l'Assemblée constituante et dans<span class="pagenum"><a name="Page_191" id="Page_191">191</a></span>
-l'opinion publique une défaveur si marquée, que
-le gouvernement dut le retirer.</p>
-
-<p>Depuis lors il ne s'était produit aucune proposition
-législative tendant à modifier la législation
-en vigueur sur la séparation de corps et à rétablir
-le divorce. En 1876, M. Naquet présenta
-une première proposition<a name="FNanchor_176_176" id="FNanchor_176_176"></a><a href="#Footnote_176_176" class="fnanchor">176</a>, qu'il modifia lui-même
-un peu plus tard, et qui devint un projet
-de retour pur et simple au titre VI du Code
-civil<a name="FNanchor_177_177" id="FNanchor_177_177"></a><a href="#Footnote_177_177" class="fnanchor">177</a>. La commission chargée d'examiner le
-projet a nommé rapporteur M. Léon Renault, et
-c'est à la séance du 15 janvier 1880 que le rapport
-a été déposé. Les débats ne se sont déjà
-ouverts sur cette grave question; elle n'a pas
-jusqu'ici plus préoccupé l'opinion publique
-que la démonstration navale devant Dulcigno.
-Quelle en sera la solution? On ne peut le prévoir
-encore.</p>
-
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_192" id="Page_192">192</a></span></p>
-
-<h3>IX<br /><br />
-
-<small>LE DIVORCE ET L'INDISSOLUBILITÉ DU MARIAGE.</small></h3>
-
-
-<p>Une loi qui touche au mariage porte une
-grave atteinte à l'organisation de la famille et
-peut exercer une influence considérable sur les
-destinées d'un peuple. La disposition législative
-par laquelle on se propose de rétablir le divorce<a name="FNanchor_178_178" id="FNanchor_178_178"></a><a href="#Footnote_178_178" class="fnanchor">178</a>
-en France, mérite l'étude la plus sérieuse et la
-plus approfondie de la part du législateur. Faire
-ici une critique complète de l'institution du
-divorce, serait trop nous écarter de notre sujet
-et les dimensions de notre travail seraient insuffisantes.
-Cependant, après avoir réuni tous les
-éléments de discussions, nous nous croyons autorisé
-à résumer rapidement la question même
-du divorce et à examiner la valeur des prin<span class="pagenum"><a name="Page_193" id="Page_193">193</a></span>cipaux
-arguments invoqués pour sa défense ou
-contre lui.</p>
-
-<p>Certes maintenant il n'est plus question de
-rétablir la répudiation, c'est-à-dire de donner
-au mari seul le droit de renvoyer sa femme, sans
-donner à la femme celui de quitter son mari.
-Consacrer législativement une pareille inégalité,
-serait établir le despotisme dans la famille et retourner
-à ces temps de barbarie, où la dignité de
-la femme étant méconnue, la situation de
-l'épouse dans la famille et dans la société n'était
-qu'avilissement et servilité. Aujourd'hui les
-droits de la femme sont proclamés et reconnus;
-le christianisme a émancipé celle que l'homme a
-pour compagne, égale à lui par l'origine et par
-la destinée, et nul législateur ne songerait désormais
-à rétablir au profit de l'homme les droits
-exorbitants, que les préjugés de siècles barbares
-lui avaient attribués.</p>
-
-<p>Mais toutes les législations sont d'accord pour
-modifier le contrat primitif, lorsqu'il y a violation,
-de la part de l'une des parties, des clauses de ce
-contrat. Il a paru indispensable d'affaiblir, dans
-un but de protection, le lien qui unissait deux
-personnes, lorsque l'une d'elles manquant à ses
-engagements les plus formels a violé la foi du<span class="pagenum"><a name="Page_194" id="Page_194">194</a></span>
-mariage et trahi ouvertement ses devoirs. Les
-lois de tous les pays ont donc organisé au moins
-une séparation de corps, qui permet aux époux
-de faire cesser une vie commune, devenue intolérable.
-Quelques-unes ont été plus loin, et, instituant
-le divorce, elles ont rendu possible aux
-époux séparés la formation de nouveaux liens.</p>
-
-<p>Tout le monde reconnaît donc qu'il est nécessaire
-d'apporter un remède aux unions malheureuses:
-la seule divergence des opinions
-porte sur la question de savoir si le mariage doit
-être indissoluble, c'est-à-dire s'il doit être défendu
-aux époux séparés de contracter de nouvelles
-unions, ou si, au contraire, le principe de
-l'indissolubilité étant reconnu nuisible, il faut
-admettre le divorce pour permettre aux époux un
-nouveau mariage, après la dissolution du premier.</p>
-
-<p>La question est grave; elle a divisé les esprits
-les plus éminents de tous les temps. Le divorce
-a compté des partisans et des adversaires aussi
-bien chez les catholiques que chez les protestants<a name="FNanchor_179_179" id="FNanchor_179_179"></a><a href="#Footnote_179_179" class="fnanchor">179</a>,
-dans tous les pays et indépendamment de toute
-<span class="pagenum"><a name="Page_195" id="Page_195">195</a></span>opinion politique. Montesquieu en proclamait les
-avantages tandis que J. J. Rousseau le combattait;
-en Angleterre, le puritain Milton le préconisait
-et le libre penseur Hume s'en déclarait
-l'adversaire.</p>
-
-<p>Aujourd'hui nous assistons à des débats semblables
-où viennent à la fois prendre part les
-jurisconsultes avec leur logique, les moralistes
-avec leur science profonde du c&#339;ur humain et
-de la société moderne, les historiens avec les
-enseignements du passé, les orateurs chrétiens
-qui font retentir la chaire de leurs conceptions
-idéales de la vie humaine. Tous se passionnent,
-dans un sens ou dans l'autre, et mettent les talents
-les plus divers et les plus brillants, au
-service de convictions sincères.</p>
-
-<p>Tous les arguments invoqués par eux doivent
-se grouper autour d'un petit nombre de points
-et peuvent se résumer ainsi: le divorce est-il
-impie, est-il impolitique, est-il immoral?</p>
-
-<p>Examinons donc ces trois ordres d'idées.</p>
-
-<p>Il paraît évident que l'argument qui tend à
-prouver l'impiété du divorce ne peut avoir de
-valeur que dans un pays, où existe une religion
-d'État proclamant l'origine divine du mariage
-et l'indissolubilité du lien conjugal. C'est le<span class="pagenum"><a name="Page_196" id="Page_196">196</a></span>
-motif qui a fait détruire, en 1816, la législation
-du Code civil sur le divorce. La Charte avait
-qualifié la religion catholique de religion d'État:
-«Aux yeux de notre religion sainte, disait M. de
-Trinquelague à la Chambre des députés, le mariage
-n'est pas un simple contrat naturel ou
-civil; elle y intervient pour lui imprimer un caractère
-plus auguste... Le n&#339;ud qui est formé
-prend, dans le sacrement, une forme céleste et
-chaque époux semble, à l'exemple du premier
-homme, recevoir sa compagne des mains de la
-divinité même. Une union formée ainsi ne
-doit pas pouvoir être détruite par les hommes et
-de là son indissolubilité religieuse... La loi
-civile est en opposition avec la loi religieuse.
-Or, cette opposition ne doit pas exister, car la
-loi civile, empruntant sa plus grande force de
-la loi religieuse, il est contre sa nature d'induire
-les citoyens à la mépriser. Il faut donc pour les
-concilier que l'une des deux fléchisse et mette
-ses dispositions en harmonie avec celles de l'autre.
-Mais la loi religieuse appartient à un ordre de
-choses fixe, immuable, élevé au-dessus du pouvoir
-des hommes... C'est donc à la loi civile à
-céder et l'interdiction du divorce, prononcée par
-la loi religieuse, doit être respectée par elle.»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_197" id="Page_197">197</a></span></p>
-
-<p>En abolissant le divorce contraire à la religion
-d'État, les Chambres de 1816 agissaient donc
-logiquement.</p>
-
-<p>Aujourd'hui, il n'y a plus de religion d'État,
-mais il y a la religion de la grande majorité des
-Français; cette religion prohibe le divorce, donc,
-dit-on, le divorce doit être proscrit de nos lois.</p>
-
-<p>Il faut reconnaître que cet argument, tiré de
-l'incompatibilité du divorce avec la religion
-catholique, est abandonné par le plus grand
-nombre des adversaires du divorce. On démontre
-facilement, en effet, que dans un État bien ordonné
-où chaque autorité est à sa place, les
-doctrines, de quelque Église que ce soit, ne
-doivent pas être les seules lois de la nation.</p>
-
-<p>Si le législateur civil devait se conformer aux
-doctrines du prêtre, le gouvernement deviendrait
-théocratique et le droit canonique rendrait inutile
-la législation civile. «Or, disait M. Berlier, il est
-de l'essence de la loi civile qu'elle pèse et apprécie,
-dans sa propre morale, les avantages et les inconvénients
-de toute mesure, qui regarde la cité
-et qu'elle ne soit jamais circonscrite, dans un
-cercle tracé par des décisions venant d'autre
-part; la morale du législateur et celle du prêtre
-peuvent, sans contredit, conduire quelquefois à<span class="pagenum"><a name="Page_198" id="Page_198">198</a></span>
-des résultats<a name="FNanchor_180_180" id="FNanchor_180_180"></a><a href="#Footnote_180_180" class="fnanchor">180</a> semblables; mais elles peuvent
-aussi différer plus ou moins entre elles, et la
-morale du législateur doit toujours garder sa
-pleine indépendance.»</p>
-
-<p>Mais la liberté de conscience est garantie à
-tous les Français; l'institution du divorce ne
-porte-t-elle pas atteinte à ce principe fondamental
-du pacte social? Les partisans du divorce
-reconnaissent que si le divorce existait seul, si
-la séparation de corps était supprimée, comme
-elle le fut en 1792, et si l'interdiction de se remarier
-était maintenue, pour les époux divorcés,
-les Français catholiques pourraient reprocher au
-<span class="pagenum"><a name="Page_199" id="Page_199">199</a></span>législateur de les mettre dans la cruelle alternative
-de fausser leurs croyances, en demandant la
-dissolution de leurs mariages, ou de succomber
-sous le poids des souffrances d'une vie commune
-devenue intolérable et dangereuse<a name="FNanchor_181_181" id="FNanchor_181_181"></a><a href="#Footnote_181_181" class="fnanchor">181</a>. Mais ils soutiennent
-aussi que la séparation de corps ne sera
-pas supprimée, que même dans le cas où le divorce
-existerait seul, les époux n'auraient qu'à
-ne pas se remarier pour que le divorce valût, à
-leurs yeux, ce que vaut une simple séparation
-de corps<a name="FNanchor_182_182" id="FNanchor_182_182"></a><a href="#Footnote_182_182" class="fnanchor">182</a>.</p>
-
-<p>Ils disent encore que si la loi civile devait repousser
-le divorce par cette seule considération
-qu'il est proscrit par le dogme catholique, le divorce
-ne devrait, en tout cas, être interdit qu'à
-ceux-là seuls dont la croyance est incompatible
-avec lui, car la loi civile n'aurait aucune raison
-de se montrer plus sévère pour les non-catholiques
-que leur loi religieuse. Cette renonciation
-au divorce, disent-ils, ne serait qu'une question
-de conscience, une question de foi religieuse,
-une loi, que chacun peut s'imposer à soi-même,
-mais pour laquelle il ne peut exiger des autres la
-même obéissance et que le législateur ne pour<span class="pagenum"><a name="Page_200" id="Page_200">200</a></span>rait
-consacrer, sans faire d'un acte de foi un devoir
-civil, d'une prescription religieuse une contrainte
-légale, sans violer le grand principe de la
-séparation du temporel et du spirituel<a name="FNanchor_183_183" id="FNanchor_183_183"></a><a href="#Footnote_183_183" class="fnanchor">183</a>.</p>
-
-<p>On fait aussi remarquer que le dogme catholique
-et la loi civile partent, sur ce point, de
-principes diamétralement opposés: «Pour l'un,
-le célibat est plus saint et plus parfait que le
-mariage, l'autre, encourage le mariage et tolère
-le célibat. L'un exige de l'homme, qu'il lutte
-même contre les besoins de sa nature et lui tient
-compte, pour le ciel, de chacune des privations
-qu'il s'impose; l'autre met sa perfection à satisfaire
-tous les besoins de l'homme et à mettre, le
-moins souvent possible, la passion individuelle
-aux prises avec l'ordre social.»</p>
-
-<p>A ces différents arguments, les adversaires du
-divorce répondent que, malgré le maintien de la
-séparation de corps, il y a certains cas où l'institution
-du divorce blessera gravement les consciences
-catholiques. Et ils proposent les deux
-espèces suivantes:</p>
-
-<p>1º Un époux catholique s'est rendu coupable,
-envers son conjoint non-catholique, de torts au<span class="pagenum"><a name="Page_201" id="Page_201">201</a></span>torisant
-une demande en séparation de corps ou
-en divorce. L'époux outragé demande le divorce;
-il obtient donc la dissolution de mariage, qui,
-suivant la foi religieuse de son conjoint, devrait
-être perpétuel.</p>
-
-<p>Ceux qui admettent le divorce, répondent que
-ce cas ne mérite pas de retenir l'attention: que
-refuser la faculté du divorce à l'époux outragé,
-par égard pour les scrupules religieux de son
-conjoint, ce serait, sous prétexte de déférence,
-pour la liberté de conscience, faire violence aux
-droits de celui des époux, qui mérite l'intérêt,
-la protection des lois et dont la croyance
-n'implique pas l'indissolubilité du lien conjugal
-(M. L. Renault<a name="FNanchor_184_184" id="FNanchor_184_184"></a><a href="#Footnote_184_184" class="fnanchor">184</a>).</p>
-
-<p>2º La seconde espèce est plus délicate. En
-vertu de l'article 310 du Code civil, lorsque trois
-ans se sont écoulés depuis le jugement de séparation,
-l'époux, contre lequel la séparation a été
-prononcée, peut mettre son conjoint en demeure
-de faire cesser la séparation; si celui-ci refuse
-de consentir à la réunion, le tribunal est tenu de
-transformer en divorce la séparation de corps
-originaire. On ne pourra plus dès lors alléguer
-<span class="pagenum"><a name="Page_202" id="Page_202">202</a></span>que la loi n'impose pas le divorce et que les
-époux sont libres de ne pas divorcer.</p>
-
-<p>Les partisans du divorce reconnaissent qu'il y
-a là certaine atteinte à la liberté de conscience.
-Ils justifient l'art. 310 en disant que l'époux, qui
-a eu le droit de choisir la voie de la séparation,
-comme plus conforme à sa croyance, ne peut
-pourtant pas maintenir, pour toujours, l'autre
-époux dans un état, réputé par eux nuisible à la
-morale publique et au bien de l'État; suivant eux
-le législateur a fait sa dernière concession en
-permettant d'éviter le divorce par la réconciliation;
-d'ailleurs l'époux catholique ne reste-t-il
-pas libre de tenir pour perpétuel le lien; que la
-société civile dénoue en faveur de son conjoint
-et de ne pas user de la faculté de nouveau mariage
-que lui donne le divorce?</p>
-
-<p>Ainsi les partisans du divorce soutiennent que
-leur loi n'impose pas le divorce, que les époux
-sont libres de divorcer ou de ne pas divorcer, que
-l'époux catholique peut toujours considérer le divorce
-comme une simple séparation de corps et
-qu'en conséquence il n'y a aucune violence faite à
-la loi des deux époux. Cet argument a trouvé une
-réponse bien connue de la part de ceux qui
-regardent le divorce, comme beaucoup plus nui<span class="pagenum"><a name="Page_203" id="Page_203">203</a></span>sible
-que la séparation à la morale publique et au
-bien de l'État: «Trouveriez-vous sage, légitime,
-demandait M. de Carion-Nisas au Tribunat, qu'un
-gouvernement reconnût, organisât le duel, ouvrît
-le champ du combat, parce qu'on est libre, parfaitement
-libre d'aller ou de n'aller pas s'y couper
-la gorge<a name="FNanchor_185_185" id="FNanchor_185_185"></a><a href="#Footnote_185_185" class="fnanchor">185</a>?»</p>
-
-<p>Mais les partisans du divorce vont plus loin.
-Ils s'efforcent de prouver que le divorce n'est pas
-rigoureusement défendu par le dogme catholique.
-Le divorce, disent-ils, a existé dans tous les
-temps et dans tous les pays. Au début de l'histoire
-du monde on le trouve chez les Juifs, où il
-est admis avec une excessive facilité.</p>
-
-<p>La Bible, du reste, ne parle jamais du mariage
-comme étant de droit divin; elle ne parle ni
-d'amour, ni de mariage, mais seulement de reproduction<a name="FNanchor_186_186" id="FNanchor_186_186"></a><a href="#Footnote_186_186" class="fnanchor">186</a>.
-Si Dieu n'a pas établi le divorce,
-c'est qu'il savait qu'il résulterait fatalement du
-mariage, à mesure que le nombre des humains
-s'accroîtrait; on ne peut tirer de l'union d'Adam
-et d'Ève aucun argument en faveur de l'indisso<span class="pagenum"><a name="Page_204" id="Page_204">204</a></span>lubilité
-du mariage, puisque les deux époux existant
-seuls, Dieu ne pouvait établir ni la polygamie
-ni le divorce<a name="FNanchor_187_187" id="FNanchor_187_187"></a><a href="#Footnote_187_187" class="fnanchor">187</a>. Ils font remarquer le grand
-nombre des répudiations et des divorces, qui eurent
-lieu chez les Juifs, le divorce constituant
-bientôt un progrès sur la répudiation, le droit fût
-accordé enfin à la femme de demander la dissolution
-de son mariage. Le christianisme s'établit:
-abolit-il le divorce? Mais saint Paul, prétend-on,
-ne dit nulle part qu'il veut abroger la loi mosaïque
-que Jésus-Christ a maintenue; bien plus, il
-ajoute encore ce nouveau cas de divorce que
-l'un des deux conjoints étant infidèle (en matière
-de foi), s'il se sépare de l'autre, celui-ci n'est
-plus assujetti et peut se remarier. Il cite l'exemple
-de sainte Thècle qui répudia son mari, celui
-de Fabiola qui, au <span class="smcap">IV</span><sup>e</sup> siècle, divorça d'avec son
-mari pour adultère et qui fut excusée par saint
-Jérôme<a name="FNanchor_188_188" id="FNanchor_188_188"></a><a href="#Footnote_188_188" class="fnanchor">188</a>. Ils montrent, aux débuts du christianisme,
-les Pères se partageant sur la question de
-l'indissolubilité, leurs hésitations, leurs incertitudes,
-les tâtonnements du dogme, avant d'interdire
-la répudiation et le divorce, et les nombreux
-<span class="pagenum"><a name="Page_205" id="Page_205">205</a></span>cas de divorce qui eurent lieu surtout dans
-les premiers siècles. Charles Martel répudiait
-Gertrude pour épouser Alphaïde, Charlemagne
-répudiait Berthe, Ermengarde, sans motifs connus;
-Henri l'Oiseleur renvoyait Halburge, Childéric
-répudiait Andovère, Caribert divorçait également,
-Louis VII faisait rompre son mariage
-avec Éléonore, sous prétexte de parenté prohibée
-et incestueuse, le pape Innocent III prononçait
-purement et simplement, pour adultère, la dissolution
-du mariage d'Alphonse, roi de Léon et de
-Galice, avec Bérengère, fille du roi de Castille,
-le pape Innocent VIII ratifiait, en 1488, le mariage
-de René II, duc de Lorraine, avec Jeanne d'Harcourt
-de Tancarville, Alexandre VI permettait à
-Vladislas de répudier Béatrix d'Aragon et à
-Louis XII de répudier sa femme Jeanne de France
-et d'épouser Anne de Bretagne, bien que le mariage
-avec Jeanne eût été consommé!</p>
-
-<p>L'Église, ajoutent-ils, reconnaît un grand
-nombre de cas de nullité, parmi lesquels plusieurs
-sont de véritables cas de divorce<a name="FNanchor_189_189" id="FNanchor_189_189"></a><a href="#Footnote_189_189" class="fnanchor">189</a>; elle a
-de tout temps, autorisé le divorce, pour cause
-d'adultère, avec permission de contracter de nou<span class="pagenum"><a name="Page_206" id="Page_206">206</a></span>veau
-mariage. Le concile de Trente respecta
-ainsi la coutume des chrétiens de Chypre, de
-Candie, de Corfou, de Zanthe et de Céphalonie, qui
-leur permettait la répudiation des femmes adultères.
-On décida «de ne pas condamner ceux
-qui disaient que le mariage peut être rompu,
-pour cause d'adultère et que l'on peut en contracter
-un autre, comme l'ont dit saint Ambroise et
-quelques Pères Grecs et comme on le pratique
-chez les Orientaux, mais d'anathématiser ceux
-qui diraient que l'Église erre, lorsqu'elle enseigne
-que le n&#339;ud du mariage n'est pas rompu par
-l'adultère<a name="FNanchor_190_190" id="FNanchor_190_190"></a><a href="#Footnote_190_190" class="fnanchor">190</a> et qu'il n'est pas permis d'en contracter
-un autre<a name="FNanchor_191_191" id="FNanchor_191_191"></a><a href="#Footnote_191_191" class="fnanchor">191</a>.» Le concile a donc permis le divorce,
-pour adultère, en Orient et ne le permet
-pas en Occident. Enfin, sous le nom de mariage
-non consommé, il a autorisé également le divorce.</p>
-
-<p>Nous n'avons pas à nous faire juge des hési<span class="pagenum"><a name="Page_207" id="Page_207">207</a></span>tations
-et des incertitudes primitives du dogme
-catholique, alléguées par les partisans du divorce.
-Il appartient aux canonistes seuls de faire justice
-de ces arguments d'histoire et de droit religieux.
-Pour nous, il nous suffira de constater qu'au
-moins à partir du <span class="smcap">XII</span><sup>e</sup> siècle tous les divorces,
-autorisés par l'Église, n'étaient que des cas de
-nullité; que la doctrine de l'Église et son dogme
-sont aujourd'hui fixés, d'une manière précise
-dans le sens de l'indissolubilité du mariage et qu'il
-ne s'agit pas de savoir ce que l'Église a pu enseigner,
-mais ce qu'elle enseigne, et par conséquent
-ce qui est actuellement chose de dogme et
-de foi, dans l'Église catholique, ce qui constitue
-pour les catholiques un article de leur croyance,
-sur lequel ils ne pourraient transiger qu'au mépris
-de leur conscience et de leur foi.</p>
-
-<p>Dernièrement encore l'Encyclique du pape
-Léon XIII<a name="FNanchor_192_192" id="FNanchor_192_192"></a><a href="#Footnote_192_192" class="fnanchor">192</a> se prononçait nettement et catégoriquement
-contre le divorce. Dans cette Encyclique, le
-Saint-Siège atteste l'origine divine du mariage,
-son indissolubilité affirmée et rétablie par Jésus-Christ
-et la prohibition formelle du divorce, <i>nequis
-dissolvere auderet quoi perpetuo conjunctionis</i>
-<span class="pagenum"><a name="Page_208" id="Page_208">208</a></span>
-<i>vinculo Deus ipse constrinxisset</i>. Le divorce est
-repoussé par l'Église, au nom de l'institution divine
-du mariage, au nom de la morale, au nom de l'intérêt
-même de la société: la séparation seule est
-permise par l'Église: «Dans cette grande confusion
-d'opinions, qui se répandent tous les jours
-davantage, dit l'Encyclique, il est également nécessaire
-de savoir que personne n'a le pouvoir
-de dissoudre un mariage, entre chrétiens, une
-fois qu'il a été ratifié et consommé et que, par conséquent,
-les époux ne peuvent, sans un crime manifeste,
-pour quelque motif que ce soit, vouloir
-s'engager dans un nouveau lien de mariage,
-avant que le premier soit rompu par la mort.
-Mais si les choses en viennent au point que la vie
-commune ne soit plus supportable, l'Église permet
-aux deux époux de se séparer et en employant
-les soins et les remèdes, appropriés à la
-situation, elle tâche d'adoucir les inconvénients
-de la séparation; cependant elle ne cesse de travailler
-à leur réconciliation et n'en désespère
-jamais.»</p>
-
-<p>La doctrine de l'Église est donc nette sur la
-question de l'indissolubilité du mariage. Elle se
-prononce formellement contre le divorce. Il est
-donc évident qu'une loi qui ne reconnaîtrait que<span class="pagenum"><a name="Page_209" id="Page_209">209</a></span>
-le divorce, ou qui, admettant aussi la séparation
-de corps, mettrait néanmoins, dans certains cas,
-l'époux catholique dans la nécessité de subir le
-divorce, serait une loi qui choquerait violemment
-des croyances et des convictions religieuses fort
-légitimes. En vain s'efforce-t-on de prouver que
-l'atteinte portée n'est pas grave, et que souvent
-l'époux, qui proteste au nom de sa conscience,
-n'est pas digne d'intérêt; l'atteinte est réelle, les
-convictions religieuses sont respectables, chez
-tous, aussi bien chez l'époux coupable que chez
-le conjoint innocent et personne ne peut nier, de
-bonne foi, que l'institution du divorce n'entraîne
-parfois à une violation flagrante du principe reconnu
-de la liberté de conscience.</p>
-
-<p>Mais à leur tour les communions religieuses,
-qui admettent le divorce, ne vont-elles pas réclamer
-contre sa suppression et prétendre qu'en refusant
-d'établir cette institution, on viole leurs
-croyances et l'on porte atteinte à la liberté des
-cultes? Portalis semblait n'accepter le divorce
-que par respect pour la liberté religieuse: «Le
-véritable motif, disait-il, qui oblige les lois civiles
-d'admettre le divorce, c'est la liberté des
-cultes. Il est des cultes qui autorisent le divorce,
-il en est qui le prohibent; la loi doit donc le per<span class="pagenum"><a name="Page_210" id="Page_210">210</a></span>mettre,
-afin que ceux dont la croyance l'autorise
-puissent en user<a name="FNanchor_193_193" id="FNanchor_193_193"></a><a href="#Footnote_193_193" class="fnanchor">193</a>.» Mais on a fait à cet argument
-une réponse très judicieuse. M. de Trinquelague,
-dans son rapport sur le projet de M. de Bonald à
-la Chambre, le 19 février 1816, faisait remarquer
-qu'en privant les protestants de divorcer, on ne
-portait pas atteinte à la liberté des cultes. «On
-y porte atteinte, disait-il, lorsqu'on interdit
-l'exercice d'un culte, on y porte atteinte lorsqu'on
-prescrit ce que ce culte défend, lorsqu'on
-défend ce qu'il prescrit: mais non point lorsqu'on
-empêche ce qu'il tolère<a name="FNanchor_194_194" id="FNanchor_194_194"></a><a href="#Footnote_194_194" class="fnanchor">194</a>.» Et en effet, dans
-certains cultes, le divorce a pu ne pas constituer un
-manquement envers la divinité; mais il n'a jamais
-été dans les prescriptions d'un seul. De
-même la polygamie est admise par le Koran, mais
-un Musulman ne manquerait pas à ses devoirs
-de bon croyant pour garder sa femme toute
-sa vie. Si donc la société interdit le divorce et la
-polygamie, c'est qu'elle croit agir utilement au
-point de vue social. Elle peut le faire sans attenter
-à la liberté des cultes; elle doit le faire pour maintenir
-l'unité de législation, proclamée en 1789.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_211" id="Page_211">211</a></span></p>
-
-<p>Nous venons d'exposer l'argument religieux;
-nous avouons que cet argument ne peut avoir, dans
-la question, une influence décisive. Nous comprenons
-qu'une fois le principe de sécularisation
-admis dans l'ordre politique, le législateur civil
-ne peut s'incliner, devant les prescriptions de
-telle ou telle Église; nous comprenons jusqu'à
-un certain point qu'il croie ne pas devoir hésiter
-à imposer une disposition, qui se trouverait même
-en désaccord avec le dogme d'une communion
-religieuse, dès lors qu'il serait persuadé que
-cette loi nouvelle est plus conforme aux intérêts
-de la société et n'est contraire à aucune règle
-morale. Il ne ferait qu'ajouter une différence à
-toutes celles qui existent déjà entre la loi religieuse
-et la loi civile. Il ne romprait donc pas un
-accord qui n'existe pas.</p>
-
-<p>En résumé, nous ne nous prononcerons pas
-d'une façon absolue, sur l'argument religieux. Il
-est évident que sa valeur dépend du point de
-vue auquel on se place et de l'idée, qu'on s'est
-faite déjà de l'utilité ou des dangers du divorce.
-Nous reconnaissons que c'est par d'autres
-arguments que les adversaires du divorce doivent
-en combattre le rétablissement. Il faut,
-par exemple, examiner si le divorce est,<span class="pagenum"><a name="Page_212" id="Page_212">212</a></span>
-comme ils le prétendent, impolitique et immoral.</p>
-
-<p>Si le mariage était ce qu'il doit être, personne
-sans doute ne demanderait le divorce, et la séparation
-de corps serait un remède, inconnu dans
-nos lois. Mais devant les maux fréquents, qui
-naissent de tant d'unions mal équilibrées, devant
-la transformation lente ou plutôt la décadence
-qu'a subie le mariage, dans nos m&#339;urs, on s'est
-demandé si un remède plus énergique que la
-séparation de corps ne devait pas être recherché.
-On s'est interrogé pour savoir si cette séparation
-de corps n'était pas elle-même plus nuisible
-qu'utile, plus désastreuse qu'avantageuse
-pour la morale publique, la paix des familles
-et le bien de l'État, si enfin l'indissolubilité
-du mariage n'était pas à elle seule la cause
-de tout le mal et si, par conséquent, il n'importait
-pas d'établir, au plus vite, le divorce, comme
-étant le plus ferme soutien de l'institution du
-mariage, aujourd'hui si fortement ébranlée.</p>
-
-<p>Tout l'intérêt de la question est là: faut-il
-maintenir l'indissolubilité du mariage, au nom
-des intérêts sacrés de la famille et de la société?
-Faut-il au contraire autoriser le divorce, dans
-l'intention de sauvegarder ces mêmes intérêts?
-Qu'est-ce que le divorce, a-t-on dit? une sépa<span class="pagenum"><a name="Page_213" id="Page_213">213</a></span>ration,
-avec faculté de se remarier. Qu'est-ce que
-la séparation? un divorce avec interdiction de
-se remarier. Il s'agit de savoir si cette faculté
-de contracter un nouveau mariage est oui ou non
-contraire aux intérêts des époux, de la société
-et des enfants.</p>
-
-<p>Ici nous allons prendre nettement parti. Nous
-avouons ne pas l'avoir fait, sans une longue hésitation:
-mais l'examen attentif des arguments
-invoqués de part et d'autre, l'appréciation des
-documents, recueillis dans l'histoire du passé et
-dans la législation étrangère, nous ont amené à
-cette conclusion formelle que le divorce est
-impolitique, immoral, nuisible à la famille, à la
-société, que c'est un remède illusoire, et dangereux
-surtout à introduire actuellement, dans
-nos m&#339;urs, déjà trop disposées à en admettre la
-pratique et à en multiplier les désastreuses conséquences.</p>
-
-<p>Nous allons du reste reproduire les arguments
-contraires à la thèse que nous soutenons, avec
-d'autant plus d'impartialité que nous avons été
-plus près d'en admettre la solution.</p>
-
-<p>«Le v&#339;u de perpétuité, disait Portalis<a name="FNanchor_195_195" id="FNanchor_195_195"></a><a href="#Footnote_195_195" class="fnanchor">195</a>, est le
-<span class="pagenum"><a name="Page_214" id="Page_214">214</a></span>v&#339;u même de la nature.» «Et en effet, dit M. Laurent,
-le mariage est l'union de deux âmes: or
-conçoit-on que deux âmes s'unissent, à temps?
-Au moment où elles s'unissent elles aspirent à
-l'éternité du lien qui de deux êtres n'en fait
-qu'un: elles se disent que c'est Dieu même qui
-les a créées l'une pour l'autre: elles sentent que
-séparées elles seraient des êtres incomplets: la
-vie commune dans ce monde ne leur suffit même
-pas, elles voudraient la continuer, jusqu'au
-delà de cette courte existence: elles espèrent
-que l'amour sera plus fort que la mort. Tel est
-l'idéal<a name="FNanchor_196_196" id="FNanchor_196_196"></a><a href="#Footnote_196_196" class="fnanchor">196</a>.»</p>
-
-<p>Mais que de fois cet idéal est une fiction, ou
-pour mieux dire une déception amère! La loi
-doit-elle maintenir l'indissolubilité, alors que le
-principe sur lequel elle repose, est en opposition
-avec la triste réalité? Le premier Consul faisait
-remarquer qu'aucun législateur ne l'avait fait:
-la séparation de corps modifie déjà le mariage
-en faisant cesser la vie commune; mais ne faut-il
-pas aller plus loin et permettre l'engagement
-dans une nouvelle union?</p>
-
-<p>Les partisans du divorce proclament que le
-<span class="pagenum"><a name="Page_215" id="Page_215">215</a></span>divorce ne rompt pas le mariage, qu'il ne fait que
-constater la rupture; qu'il ne viole pas la sainteté
-de l'union légitime, puisque ce qui fait cette sainteté,
-c'est l'affection qui unit les deux époux et
-que cette affection est détruite<a name="FNanchor_197_197" id="FNanchor_197_197"></a><a href="#Footnote_197_197" class="fnanchor">197</a>: ils proclament
-enfin que c'est un remède nécessaire, le seul
-capable de rendre au mariage un peu de dignité.</p>
-
-<p>Ils font un tableau effrayant de l'état du mariage
-en France, et nous ne pouvons malheureusement
-les contredire sur ce point<a name="FNanchor_198_198" id="FNanchor_198_198"></a><a href="#Footnote_198_198" class="fnanchor">198</a>.</p>
-
-<p>On constate en effet une diminution considérable
-dans le nombre des mariages. En cinq
-années de 1873 à 1877 le mariage est descendu
-de 330,000 par an à 290,000; la natalité décroît
-dans une proportion plus déplorable encore: la
-France se dépeuple. Les causes? elles sont mul<span class="pagenum"><a name="Page_216" id="Page_216">216</a></span>tiples
-et nous n'avons guère à les rechercher
-ici. Les économistes trouveront que l'amour du
-bien-être qui est devenu un besoin, le luxe, qui
-est devenu une habitude, une passion, une
-aspiration générale, les doctrines de Malthus<a name="FNanchor_199_199" id="FNanchor_199_199"></a><a href="#Footnote_199_199" class="fnanchor">199</a>
-peut-être trop bien comprises et trop mises en
-pratique, sont les causes principales, qui éloignent
-du mariage une partie considérable de
-la population<a name="FNanchor_200_200" id="FNanchor_200_200"></a><a href="#Footnote_200_200" class="fnanchor">200</a>.</p>
-
-<p>Quant au remède, les partisans du divorce le
-voient uniquement dans l'institution qu'ils préconisent:
-Le divorce, disent-ils, rendrait le mariage
-plus digne, plus maniable, plus fécond,
-plus souple, se prêtant mieux, pour ainsi dire,
-aux mouvements des sociétés nouvelles et aux
-besoins de l'esprit moderne. Moins tyrannique, le
-mariage deviendrait non seulement plus moral
-par l'équitable répartition des droits et des
-<span class="pagenum"><a name="Page_217" id="Page_217">217</a></span>devoirs réciproques des époux, mais plus abordable,
-plus attrayant, plus compréhensible pour
-ceux qui ne veulent plus y entrer, parce qu'ils le
-considèrent comme une prison éternelle. Ceux-là
-sauraient qu'ils auront la chance de pouvoir en
-sortir, s'ils y sont trop malheureux et si décidément,
-malgré tous leurs efforts, ils ne peuvent
-y rester: ils le trouveront enfin compatible avec
-les conditions humaines, ce qui ne serait que
-juste. «Si la loi moins absolue, dit M. Odilon
-Barrot, eût offert aux époux la possibilité d'échapper
-aux conséquences d'une union mal
-assortie, par le divorce et par de nouveaux mariages,
-le mariage eût peut-être recouvré la sainteté
-et le respect qui lui appartiennent, en recevant
-un peu de liberté. Le désordre que le divorce
-eût fait sortir du mariage y a été refoulé par son
-abolition.»</p>
-
-<p>Certains partisans du divorce vont plus loin:
-ils n'admettent même pas qu'on puisse soutenir
-l'indissolubilité du mariage et ne s'arrêtent pas
-à réfuter les arguments, invoqués en sa faveur.
-Nous trouvons dans un ouvrage américain de
-M. Bishop<a name="FNanchor_201_201" id="FNanchor_201_201"></a><a href="#Footnote_201_201" class="fnanchor">201</a>, auteur très sérieux et très estimé,
-<span class="pagenum"><a name="Page_218" id="Page_218">218</a></span>un paragraphe curieux sous la rubrique suivante:
-<i>indissolubility absurd</i>. Comme on le voit, l'auteur
-ne ménage pas ses expressions; il expose
-brutalement la question et s'exprime ainsi:
-«L'idée suivant laquelle, dès que les parties ont
-conclu mariage entre elles, elles se sont placées
-dans une telle dépendance l'une vis-à-vis de
-l'autre pour toute leur vie, qu'elles sont incapables
-de se libérer de quelque manière légale
-que ce soit, bien qu'elles soient frustrées dans le
-but de leur union, bien que l'une d'elles refuse
-d'accomplir les devoirs acceptés, bien que toutes
-les espérances de sa bonne volonté à faire le
-bien-être du ménage soient détruites, cette idée
-ne peut trouver place que dans une intelligence
-pervertie. C'est la vérité sans doute que cette
-union est destinée à durer toute la vie, et que c'est
-seulement dans les circonstances les plus extrêmes
-qu'elle devrait être dissoute: mais le fait
-même de son caractère sacré, trop sacré pour
-servir à un arrangement temporaire, est la puissante
-raison pour laquelle, lorsqu'elle cesse de
-présenter quelque chose qui mérite d'être appelé
-sacré, quand un égaré l'a foulée de son pied,
-souillée dans la fange de la corruption, la loi
-devrait cesser de l'appeler sacrée et devrait la<span class="pagenum"><a name="Page_219" id="Page_219">219</a></span>
-déclarer profanée et dissoute. La prétention
-qu'on a d'augmenter chez les époux le respect du
-mariage, en appelant mariage cette union d'où
-résultent tous les malheurs, en regardant, comme
-trop sacré pour être touché, le lien qui engendre
-la corruption<a name="FNanchor_202_202" id="FNanchor_202_202"></a><a href="#Footnote_202_202" class="fnanchor">202</a> dans l'esprit des époux, les adultères
-dans la communauté, le développement
-excessif des mauvais instincts chez les enfants,
-le chagrin dans le c&#339;ur des multitudes, créées par
-Dieu pour être heureuses et des blasphèmes, dans
-<span class="pagenum"><a name="Page_220" id="Page_220">220</a></span>
-le temple de la pureté matrimoniale, est une idée
-trop ridicule, trop absurde, pour qu'on cherche à
-raisonner contre elle, trop monstrueuse pour
-qu'on puisse croire qu'elle fût jamais un fait de
-législation humaine, si des témoignages irrécusables
-n'en prouvaient la réalité.»</p>
-
-<p>Le divorce est donc, dans l'esprit de ses partisans,
-une nécessité sociale: il est l'auxiliaire
-du mariage bien plus exactement qu'il n'en est
-l'ennemi, car il efface l'idée toujours assez importune
-d'une chaîne indissoluble. On cite Montaigne<a name="FNanchor_203_203" id="FNanchor_203_203"></a><a href="#Footnote_203_203" class="fnanchor">203</a>:
-«Nous avons pensé, disait-il, attacher
-plus ferme le n&#339;ud de nos mariages, pour avoir
-osté tous les moyens de les dissoudre; mais d'autant
-s'est dépris et relasché le n&#339;ud de la volonté
-et de l'affection que celui de la contraincte s'est
-estrécy.» On cite aussi Montesquieu qui disait
-que «le divorce a ordinairement une grande utilité
-politique<a name="FNanchor_204_204" id="FNanchor_204_204"></a><a href="#Footnote_204_204" class="fnanchor">204</a>» et qui le reconnaissait même
-«conforme à la nature<a name="FNanchor_205_205" id="FNanchor_205_205"></a><a href="#Footnote_205_205" class="fnanchor">205</a>.»</p>
-
-<p>La séparation de corps est vivement critiquée
-et sévèrement jugée par les partisans du
-divorce.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_221" id="Page_221">221</a></span></p>
-
-<p>Ils insistent sur le caractère mal défini et faux
-de cette institution, qui sépare à perpétuité des
-époux, sans dissoudre leur mariage; qui les
-laisse à la fois unis et désunis, qui oblige un époux
-à porter le nom et à demeurer aux yeux du
-monde le conjoint d'un individu, qui est aux
-galères à perpétuité, d'un fou furieux, d'un
-criminel, qui peut-être a voulu l'assassiner ou qui
-a déshonoré le foyer par tous les vices et toutes
-les turpitudes. «Que subsiste-t-il donc, disent-ils,
-après la séparation, de cette union conjugale
-dont le Code civil a donné une si haute formule
-et une si noble définition? Le temple s'est
-écroulé! Les ruines seules en demeurent éparses
-sur le sol, encombrant la route. Au nom
-de quel intérêt social, de quel principe moral les
-déclare-t-on sacrées<a name="FNanchor_206_206" id="FNanchor_206_206"></a><a href="#Footnote_206_206" class="fnanchor">206</a>?»</p>
-
-<p>Quel intérêt peut-on trouver à maintenir la
-communauté de nom, à conserver au mari une
-autorité mutilée, à lui laisser le droit d'accuser sa
-femme d'adultère, alors que lui-même est libre
-de donner le scandale d'une concubine, habitant
-cette maison même d'où ses désordres ont peut-être
-forcé sa femme à sortir?</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_222" id="Page_222">222</a></span></p>
-<p>Et l'on s'empresse de conclure: la justification
-du divorce c'est qu'il éteint ou détruit les
-passions, qui l'ont rendu inévitable; qu'il libère
-l'époux innocent, auquel il est cruel et injuste
-d'interdire les sentiments les plus doux et les plus
-légitimes; qu'il n'inflige pas à l'époux coupable
-une punition qui, à raison même de son objet, ne
-peut que tourner au détriment de la société et de
-la morale; qu'il supprime ce dilemme odieux, qui
-se pose aux époux séparés de corps; fouler aux
-pieds la décence publique ou immoler en eux tous
-les instincts de l'humanité; enfin qu'il ne réduit
-plus les meilleurs, parmi ceux dont l'union
-conjugale a dû être dissoute, à devenir homicides,
-sinon de fait, au moins de désir ou d'intention.»</p>
-
-<p>Nous reconnaissons l'importance des considérations,
-que font valoir les partisans du divorce:
-nous avouons qu'il est bien difficile de voir dans
-la séparation de corps une institution parfaite.
-Mais nous persistons néanmoins à préférer ce
-remède à celui qu'on prétend trouver, dans le
-rétablissement du divorce. Nous croyons que la
-séparation de corps est plus conforme à la dignité
-du mariage et qu'elle sauvegarde, beaucoup
-mieux que ne le fait le divorce, les intérêts<span class="pagenum"><a name="Page_223" id="Page_223">223</a></span>
-des époux, des enfants et ceux de la société<a name="FNanchor_207_207" id="FNanchor_207_207"></a><a href="#Footnote_207_207" class="fnanchor">207</a>.</p>
-
-<p>En ce qui concerne les enfants, ne voit-on pas
-la suprême injustice et l'inégalité choquante que
-produit le divorce? Sans doute le droit au divorce
-est donné à chacun des deux conjoints, mais
-quelle différence profonde existe entre eux
-lorsque la dissolution du mariage a été prononcée?
-L'homme sort du mariage avec son autorité
-et sa force; il peut facilement contracter
-une nouvelle union, car rien en lui ne s'est
-amoindri; sa dignité même n'est pas gravement
-<span class="pagenum"><a name="Page_224" id="Page_224">224</a></span>atteinte par la rupture passée. Mais la femme,
-elle, a perdu son prestige et de tout ce qu'elle a
-apporté de pureté virginale, de jeunesse, de
-beauté, de fécondité, de fortune elle ne retrouve
-que des restes! C'est ce que disait M. de Bonald
-à la Chambre des députés: «Les résultats en
-cas de dissolution du mariage ne sont pas
-égaux pour le mari et pour la femme, puisque
-l'homme s'en retire, avec toute son indépendance
-et que la femme n'en sort pas avec toute
-sa dignité<a name="FNanchor_208_208" id="FNanchor_208_208"></a><a href="#Footnote_208_208" class="fnanchor">208</a>.» Ainsi la femme divorcée se trouve
-exposée à la déconsidération, qui est un préjugé
-peut-être, surtout lorsque tous les torts sont du
-côté du mari, mais préjugé réel qui exista dans
-tous les temps<a name="FNanchor_209_209" id="FNanchor_209_209"></a><a href="#Footnote_209_209" class="fnanchor">209</a> comme le prouve l'inscription
-tumulaire, que les Romains décernaient en éloge
-suprême aux épouses, restées dans les liens d'un
-mariage unique:</p>
-
-<p><i>Conjugi piæ, inclytæ, univiræ.</i></p>
-
-<p>A ce premier argument les partisans du divorce
-font une singulière réponse. Si le divorce, disent-ils,
-ne rend pas à la femme sa virginité, sa
-pureté, s'il la jette, dans le monde, avec cette
-situation fausse, qui n'est ni celle de fille, ni celle
-<span class="pagenum"><a name="Page_225" id="Page_225">225</a></span>de veuve, eh bien! c'est une garantie que la
-femme ne recourra pas à ce moyen extrême, sans
-la plus impérieuse nécessité. Mais, répondrons-nous,
-cela empêchera-t-il l'homme d'y recourir
-et par conséquent de jeter, à son gré et sans
-scrupule, la femme dans cette position inégale et
-inique? et en admettant même que cette considération
-empêche certaines femmes de rompre, à
-la légère, le lien qui les unit, ne doit-on pas penser
-que beaucoup ne pourront pas ou ne voudront
-pas se rendre compte de tout ce que leur premier
-mariage leur aurait fait perdre en jeunesse,
-en charmes et de ce qui désormais leur rendra
-difficile la formation de nouvelles unions<a name="FNanchor_210_210" id="FNanchor_210_210"></a><a href="#Footnote_210_210" class="fnanchor">210</a>? L'ar<span class="pagenum"><a name="Page_226" id="Page_226">226</a></span>gument
-de M. de Bonald reste donc entier et l'on
-doit reconnaître qu'il n'est pas sans valeur.</p>
-
-<p>On espère que le divorce rendra moins nombreuses
-ces unions, si fréquentes aujourd'hui, où
-la cupidité et l'ambition parlent seules sans tenir
-compte des affections et des vertus. Il permettra,
-dit-on, aux époux malheureux de sortir des liens
-insupportables où les a fait entrer un triste calcul
-d'intérêt; il empêchera même de contracter à la
-légère de pareilles unions, par la crainte de les
-voir briser à bref délai et de voir déjouer ainsi
-toutes les ambitions coupables et les machinations
-suspectes, qui les feraient conclure.</p>
-
-<p>Certes si le divorce avait véritablement pour
-effet de porter remède au mal, qui a si profondément
-dénaturé l'institution du mariage, s'il
-pouvait mettre un terme à ces scandales trop
-fréquents des mariages d'argent, il aurait en sa
-faveur un argument puissant et presque décisif.
-Mais nous pensons que les moralistes, qui développent
-cette idée, s'abusent étrangement sur<span class="pagenum"><a name="Page_227" id="Page_227">227</a></span>
-l'influence qu'ils attribuent au divorce. Nous
-croyons au contraire que par cela seul que le
-divorce offrirait aux époux l'éventualité d'une
-dissolution du mariage, avec faculté d'en former
-un nouveau, il serait un véritable encouragement
-aux désordres intérieurs. Un mauvais choix n'aurait
-plus que des suites passagères; on contracterait
-sans prudence, sans réflexion, sans calcul
-même, les liens les plus bizarres et les plus
-difficiles à supporter. On se plierait mal aux exigences
-d'un état qu'on pourra changer; notre
-penchant naturel à l'inconstance se trouverait
-lui-même encouragé par la loi, qui dépouillerait
-l'union conjugale du caractère de perpétuité;
-elle ferait naître le mal auquel elle veut remédier:
-«Au moment, disait M. de Bonald, où les époux
-se jurent une éternelle fidélité, où la religion
-consacre leurs serments, où les familles attendries
-y applaudissent, une loi fatale verse en
-secret son poison, dans la coupe de l'union et
-cache l'aspic sous les fleurs. Elle fait retentir
-aux oreilles des époux les mots de séparation et
-de divorce et laisse, dans le c&#339;ur, comme un
-trait mortel, le doute de sa propre constance et
-la possibilité d'un essai plus heureux.» L'époux
-souffrira donc moins patiemment le mal<span class="pagenum"><a name="Page_228" id="Page_228">228</a></span>
-auquel il ne pourra se soustraire; il est vrai que
-les partisans du divorce répondent que tel époux
-qui certain de conserver sa victime, sous sa main
-se jouera de tous ses engagements, de tous ses
-devoirs, les respectera davantage, s'il sait que
-cette victime peut invoquer le secours de la loi
-et demander à un autre le bonheur légitime qu'il
-lui avait promis. Donc, si parfois le divorce rend
-l'époux plus rebelle à supporter la persécution
-domestique, souvent aussi il préviendra cette
-persécution même. Sur ce sujet ils invoquent
-l'autorité de Montesquieu: «rien ne contribuait
-plus, dit-il, à l'attachement mutuel que la faculté
-du divorce. Un mari et une femme étaient portés
-à soutenir patiemment les peines domestiques,
-sachant qu'ils étaient maîtres de les faire finir et
-ils gardaient souvent ce pouvoir en main toute
-leur vie, par cette seule considération qu'ils étaient
-libres de le faire<a name="FNanchor_211_211" id="FNanchor_211_211"></a><a href="#Footnote_211_211" class="fnanchor">211</a>.» Mais à cette opinion de
-Montesquieu nous opposerons un passage tout
-contraire de Hume, qui nous paraît plus conforme
-à la réalité: «Il ne faut, dit-il, qu'une prudence
-médiocre pour oublier je ne sais combien de
-querelles et de dégoûts frivoles, lorsqu'on se voit
-<span class="pagenum"><a name="Page_229" id="Page_229">229</a></span>obligé de passer la vie ensemble, au lieu qu'on
-les pousserait aux dernières extrémités et qu'il
-en naîtrait des haines mortelles si l'on était libre
-de se séparer<a name="FNanchor_212_212" id="FNanchor_212_212"></a><a href="#Footnote_212_212" class="fnanchor">212</a>.»</p>
-
-<p>Pour nous donc, le divorce est un obstacle à
-l'union des âmes, à l'affection mutuelle, à la
-confiance réciproque, qui font la dignité du mariage;
-il s'oppose à l'affection continue des
-époux l'un pour l'autre, car on ne s'attache véritablement
-que quand on est sûr de pouvoir être
-toujours attaché. Il irrite, il suscite peut-être les
-querelles domestiques, rend les impatiences
-plus vives, les dissentiments plus graves, les
-haines plus mortelles. Sa seule existence suffit
-peut-être à troubler la paix du ménage; il autorise
-en effet les époux à voir, dans ceux qui les
-entourent, des personnes avec lesquelles ils pourraient
-contracter une nouvelle union; il soulève
-par là les comparaisons de l'état présent, avec un
-état possible dans l'avenir et comme nous sommes
-naturellement portés à nous fatiguer de la
-monotonie ou de la satiété, cette simple comparaison
-excite des regrets ou des désirs, et bientôt
-des aigreurs, des hostilités, des haines et des
-<span class="pagenum"><a name="Page_230" id="Page_230">230</a></span>ruptures. Et si après le scandale d'un divorce
-une nouvelle union est formée, doit-on penser
-qu'elle sera plus heureuse? Mais l'époux qui après
-avoir rompu son premier mariage aura contracté
-de nouveaux liens, inspire-t-il une bien grande
-confiance à son conjoint? Celui-ci pourra-t-il
-croire sans arrière-pensée à la fidélité, à la constance,
-à l'inaltérable dévouement de celui qui a
-délaissé le premier objet de ses affections? Le
-soupçon ne viendra-t-il jamais troubler ce
-nouveau foyer? La jalousie ne sera-t-elle
-pas là, toute prête à s'éveiller, toute prête à
-engendrer des désordres, des haines, des
-crimes peut-être et le plus souvent une rupture
-nouvelle?</p>
-
-<p>Le divorce est donc une source de troubles
-pour la paix des ménages. Ajoutons qu'il interdit
-la possibilité d'une réconciliation: or, la réconciliation
-est toujours permise par la séparation
-de corps. Le devoir du législateur est de ne pas
-fermer aux époux la voie du repentir et du
-pardon. Comme gardien des intérêts de la société
-et de la famille il doit veiller à ce que puisse se
-rétablir l'union des époux si profitable à tous ses
-intérêts. «La séparation de corps, dit M. Malleville,
-laisse toujours une porte ouverte à la<span class="pagenum"><a name="Page_231" id="Page_231">231</a></span>
-réconciliation<a name="FNanchor_213_213" id="FNanchor_213_213"></a><a href="#Footnote_213_213" class="fnanchor">213</a>. Une rencontre fortuite, l'isolement
-où se trouvent des époux habitués à vivre ensemble,
-l'aspect surtout des enfants communs<a name="FNanchor_214_214" id="FNanchor_214_214"></a><a href="#Footnote_214_214" class="fnanchor">214</a>
-peuvent faire répandre les pleurs du repentir et
-ceux de la pitié; mais le divorce ferme toute issue
-à cette réconciliation si désirable et ne laisse
-après lui que des remords et des regrets. Il
-faut d'ailleurs observer que les époux, en se
-réunissant, évitent les inconvénients d'un célibat
-perpétuel.»</p>
-
-<p>Les partisans du divorce ont une singulière
-façon de répondre à cet argument: «Les réconciliations
-sont si rares, disent-ils, si exceptionnelles,
-qu'elles ne méritent pas qu'on les
-compte<a name="FNanchor_215_215" id="FNanchor_215_215"></a><a href="#Footnote_215_215" class="fnanchor">215</a>.» Les rapprochements sont rares, il
-est vrai, mais en sont-ils moins désirables, moins
-profitables à tous les intérêts? La loi n'aurait-elle
-aucun moyen de les rendre plus fréquents
-sous le régime de la séparation; ne pourrait-elle
-<span class="pagenum"><a name="Page_232" id="Page_232">232</a></span>par exemple obliger les époux séparés à se représenter
-à époques fixes, devant une sorte de tribunal
-de réconciliation qui serait soit le président
-du tribunal, soit un tribunal de famille? Si nous
-empiétons un peu ici sur le terrain des réformes
-de la séparation, c'est que les partisans du divorce
-prétendent remédier, dans la loi qu'ils
-proposent, à l'inconvénient du divorce au point
-de vue de la réconciliation. Dans leur projet ils
-permettent dans certains cas et sous certaines
-conditions la réunion des époux divorcés, modifiant
-ainsi l'article 295 prohibitif de la réconciliation.
-Mais cette modification est loin de ruiner
-notre objection: car si on suppose aux époux
-divorcés le droit de se remarier entre eux, le
-raisonnement de Malleville s'appliquera dans
-toute sa force lorsqu'ils auront contracté un
-autre mariage; si au contraire ils n'ont pas formé
-de nouveaux liens il n'y aura pas eu véritable
-divorce.</p>
-
-<p>Ainsi nous préférons ici encore la séparation
-de corps au divorce, parce que la séparation ménage
-un rapprochement au repentir des époux,
-tandis que le divorce creuse entre eux un abîme
-que rien ne peut combler.</p>
-
-<p>Quelques auteurs, qui ont assez mal compris<span class="pagenum"><a name="Page_233" id="Page_233">233</a></span>
-le véritable caractère du mariage, ont voulu justifier
-le divorce, en disant qu'il doit exister, parce
-que les contrats peuvent se dissoudre par le concours
-des mêmes volontés, qui les ont formés et
-que rien ne distingue le mariage de tous les
-autres contrats. Mais le mariage fût-il même un
-contrat ordinaire, la règle qu'on prétend poser
-n'en serait pas moins fausse; il n'est pas
-vrai que tous les contrats se dissolvent par le
-consentement mutuel: nous en trouvons la
-preuve dans le contrat d'adoption, qui ne peut
-être révoqué au gré des parties, et encore dans
-le contrat de mariage, créant un régime et une
-relation d'intérêts, que les époux n'ont pas le
-droit de changer. La théorie qu'on a voulu établir
-est donc fausse et le parti qu'on a voulu en
-tirer pour justifier le divorce, est dénué de tout
-fondement.</p>
-
-<p>En ce qui concerne les enfants, nous pensons
-que leurs intérêts matériels et moraux militent
-énergiquement en faveur de l'indissolubilité du
-mariage.</p>
-
-<p>M. Treilhard et, après lui, tous les partisans du
-divorce ont répété, à satiété, que les enfants deviendraient,
-par le divorce, ce qu'ils deviennent
-par la séparation de corps et quelques moralistes<span class="pagenum"><a name="Page_234" id="Page_234">234</a></span>
-ont ajouté, ce qu'ils deviennent par la nullité
-ecclésiastique. Sans doute, disent-ils, le divorce
-ou la séparation forme dans la vie des enfants
-une époque bien funeste, mais ce n'est pas l'acte
-de divorce ou de séparation qui fait le mal, c'est
-le tableau hideux de la guerre intestine, qui a
-rendu ces actes nécessaires. Les époux divorcés
-pourront au moins effacer, par le tableau d'une
-union plus heureuse, les fatales impressions de
-leur union première; l'affection des pères se soutiendra
-bien plus sûrement dans la sainteté d'un
-n&#339;ud légitime que dans les désordres d'une liaison
-illicite, si ordinaire après une séparation de
-corps. D'ailleurs l'homme ou la femme remariés
-après le décès de leur conjoint ne se détachent
-pas des enfants du premier lit. Pourquoi n'en
-serait-il pas de même au cas de divorce? Les enfants!
-mais leur intérêt même exige souvent la
-rupture complète de l'union, dont ils sont issus.
-Ne lit-on pas, tous les jours, le récit de crimes
-atroces, tels que viol d'un père sur sa fille, crimes
-que, les mères indissolublement unies, n'osent
-ni empêcher, ni dénoncer? Si le divorce
-succédait à de pareils crimes l'enfant aurait-il
-quelque chose de plus à redouter du second mari
-de sa mère? (M. Alexandre Dumas). Au surplus,<span class="pagenum"><a name="Page_235" id="Page_235">235</a></span>
-dit-on encore, on se préoccupe beaucoup trop ici
-de l'intérêt des enfants. La loi dans un contrat
-ne connaît que les contractants. Elle n'a
-aucune sensibilité: elle le prouve en maint endroit,
-par exemple, lorsqu'elle s'occupe des enfants
-adultérins, des enfants naturels, des enfants adoptifs
-même. En lui demandant de dissoudre le mariage,
-on ne lui demande que d'être conséquente
-avec elle-même, de garantir l'équilibre des droits
-et des devoirs pour chacun des contractants. Les
-parents n'ont-ils pas des droits de sécurité et de
-bonheur propres, tout aussi bien que les enfants?
-Pourquoi leur serait-il interdit d'invoquer, pour
-leur repos, pour leur bonheur, pour leurs intérêts,
-ce même besoin d'aimer, naturel, humain,
-que l'enfant pourra si facilement plus tard invoquer
-contre eux? Pourquoi auraient-ils tous les
-devoirs et les enfants tous les droits?</p>
-
-<p>L'intérêt des enfants, ajoute-t-on encore, est
-compris dès que le désordre existe; leur intérêt
-moral par les mauvais exemples qu'ils reçoivent,
-leur intérêt de fortune, par les dissipations que
-le dérèglement entraîne après lui. La question
-n'est pas ici entre la réconciliation et la rupture,
-mais entre un mode de rupture et un autre. Or,
-le régime créé par la séparation de corps est-il<span class="pagenum"><a name="Page_236" id="Page_236">236</a></span>
-donc si parfait? Ne voit-on pas trop souvent la
-séparation altérer dans le c&#339;ur des parents le
-sentiment si doux de l'amour des enfants?
-Écoutez M. Legouvé<a name="FNanchor_216_216" id="FNanchor_216_216"></a><a href="#Footnote_216_216" class="fnanchor">216</a>: «Les époux séparés, dit-il,
-n'aiment pas leur enfant simplement, naturellement.
-Ils l'aiment avec émulation, avec jalousie.
-Ils ne se contentent pas de le gagner, ils veulent
-l'enlever à l'autre. Il ne leur suffit pas de l'avoir,
-ils veulent que l'autre ne l'ait pas. Alors les récriminations,
-les accusations, parfois les calomnies.
-On ne se dit pas qu'on ébranle chez un enfant
-toute notion du devoir, qu'on pervertit chez
-lui les sentiments naturels; on ne voit qu'une
-chose, c'est qu'on se venge... Sachez-le bien,
-dans la séparation, l'enfant n'est que le champ de
-bataille de deux haines; seulement ce n'est pas,
-comme dans les mêlées antiques, un cadavre
-que deux ennemis se disputent, c'est une âme
-vivante qu'ils déchirent. Ils accomplissent, chaque
-jour, un infanticide moral.»</p>
-
-<p>Tel est l'ensemble de la théorie des partisans
-du divorce sur la question des enfants.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_237" id="Page_237">237</a></span></p>
-<p>D'abord nous ne voyons pas comment les inconvénients,
-que signale M. Legouvé au sujet de
-la rivalité des époux, seraient inhérents à la seule
-séparation. Les époux cesseraient-ils d'être pères
-d'enfants communs par cela seul qu'ayant divorcé
-ils auraient contracté une nouvelle union?
-Autorisés à revoir, à surveiller leurs enfants d'un
-premier mariage n'auraient-ils pas entre eux les
-mêmes sujets de jalousie, le même désir de
-s'approprier l'affection entière de ces enfants
-et de les arracher à l'influence d'un conjoint
-qu'ils détestent désormais, d'autant plus qu'ils
-regrettent peut-être davantage une irréparable
-rupture?</p>
-
-<p>Ainsi une affection jalouse, une scission de la
-famille qui va séparer les enfants, soit du père,
-soit de la mère, qui va les répartir peut-être
-autour de deux foyers, où ils ne recevront d'autres
-enseignements que ceux du ressentiment et de
-la haine, voilà les premiers effets du divorce.
-L'expérience a prouvé aussi que le divorce conduisait
-à l'abandon des enfants, au mépris des
-soins qui leur sont dus, à l'oubli des devoirs paternels.
-Elle a prouvé encore que l'éducation
-physique ne souffrait pas seule du divorce, mais
-que l'éducation morale souffrait aussi sérieuse<span class="pagenum"><a name="Page_238" id="Page_238">238</a></span>ment
-de la dissolution du lien conjugal. Lorsque
-c'est la mort qui dissout le mariage, l'époux
-survivant conserve une affection d'autant plus
-vive pour ses enfants qu'ils lui rappellent un
-être aimé et regretté, souvent, s'il a eu la faiblesse
-de se remarier<a name="FNanchor_217_217" id="FNanchor_217_217"></a><a href="#Footnote_217_217" class="fnanchor">217</a>, l'affection profonde qu'il
-leur porte lui permettra de lutter, contre les antipathies
-du second conjoint. Quelquefois, il est
-vrai, il aura le tort de céder, et de sacrifier des
-orphelins délaissés aux intérêts de ses nouveaux
-enfants. Mais que sera-ce donc au cas du divorce?
-L'époux divorcé aura près de lui des enfants
-auxquels se rattache le souvenir d'un être odieux,
-les souvenirs pénibles d'un scandale de famille.
-Son plus grand désir sera de mettre, aux yeux
-de ses enfants, tous les torts de la rupture du
-côté de l'autre conjoint; il l'accusera sans cesse
-d'en avoir été la cause, cherchant à faire ainsi
-passer dans le c&#339;ur de ces enfants le ressentiment
-qui l'anime. S'il se remarie, quel soin
-prendra-t-il de protéger ses enfants, témoignage
-de son déshonneur ou de ses malheurs passés,
-contre la malveillance probable de son nouveau
-<span class="pagenum"><a name="Page_239" id="Page_239">239</a></span>conjoint? Écoutons Hume: «Lorsque les parents
-se séparent que deviendront les enfants? Faudra-t-il
-les abandonner aux soins d'une belle-mère,
-et au lieu des tendresses maternelles leur faire
-essuyer toute la haine d'une étrangère, toute la
-rage d'une ennemie? Ces inconvénients se font
-assez sentir, lorsque la nature elle-même fait le
-divorce par le coup inévitable à tout ce qui est
-mortel. Faudra-t-il chercher à le multiplier en
-multipliant les divorces? Et faudra-t-il laisser au
-caprice des parents le pouvoir de rendre leur
-postérité malheureuse<a name="FNanchor_218_218" id="FNanchor_218_218"></a><a href="#Footnote_218_218" class="fnanchor">218</a>?»</p>
-
-<p>On se demande, avec un certain effroi, ce que
-doit être l'éducation morale des enfants d'époux
-divorcés. Parfois les enfants seront confiés à une
-autre personne que leur père et leur mère<a name="FNanchor_219_219" id="FNanchor_219_219"></a><a href="#Footnote_219_219" class="fnanchor">219</a>, à
-cause du second mariage de ceux-ci. Sans doute
-ils seront alors soustraits à l'antipathie et à la
-haine, qui les poursuivraient à ce nouveau foyer,
-mais ils seront alors privés des douces jouissances
-de l'amour paternel et la sécheresse du
-c&#339;ur, l'égoïsme, la défiance, seront les tristesses
-<span class="pagenum"><a name="Page_240" id="Page_240">240</a></span>morales qui accompagneront l'enfant à son entrée
-dans la vie. Or, si la séparation seule est
-admise, on aura rarement lieu de recourir à la
-garde d'une personne étrangère, car un second
-mariage étant impossible, on n'aura pas à garantir
-les enfants contre les persécutions d'un
-nouveau conjoint.</p>
-
-<p>Dans l'hypothèse où l'enfant est confié, soit
-au père, soit à la mère divorcée et remariée, les
-inconvénients du divorce ne sont pas moins évidents.
-Placé dans une situation difficile à ce
-nouveau foyer où il ne rappelle que de pénibles
-événements, reproche vivant d'une rupture, souvent
-déshonorante, se considérant lui-même
-comme un étranger, comme une charge, comme
-un fardeau rendant plus lourd encore le poids
-de la conscience, privé de l'affection paternelle
-qui se porte sur un nouvel objet, avec d'autant
-plus d'emportement qu'elle s'est trouvée plus
-déçue dans sa première illusion, habitué enfin à
-entendre rappeler les torts d'un père ou d'une
-mère, accusés d'avoir été cause du divorce, quel
-respect, quel amour filial pourra-t-il jamais réserver
-à celui que la loi lui a laissé pour gardien?
-Lorsque, arrivé à un certain âge, il verra
-s'évanouir l'idéal, qu'il s'était fait des vertus et<span class="pagenum"><a name="Page_241" id="Page_241">241</a></span>
-des qualités paternelles, lorsqu'il aura pénétré
-ce que peut-être on aura essayé de lui cacher,
-lorsqu'il aura deviné toute l'infortune de sa
-propre situation et mesuré toute l'étendue des
-fautes de ses parents, toute la gravité de leurs
-torts, tout ce qu'il y a eu de criminel, dans leur
-violation de la loi sainte du mariage, l'enfant désabusé,
-inquiet, attristé, blessé dans ses affections
-les plus chères, dans son illusion la plus
-naïvement confiante, comprimera peu à peu ses
-expansions, ses gaietés. Il deviendra rêveur,
-sombre, indifférent, égoïste, soupçonneux, épiant
-les faiblesses paternelles, sentant frémir en lui
-toutes les révoltes de la honte et du désenchantement,
-se croyant peut-être destiné à devenir
-l'instrument d'une vengeance, rebelle aux
-moindres vexations, troublant le nouveau foyer
-par ses reproches muets ou ses altercations violentes,
-et déjà prêt à imiter de son père toutes
-les fautes, tous les vices, tous les mauvais
-exemples, qui lui apprendront, à lui aussi, à
-violer la foi du mariage et à donner plus tard à
-ses enfants le spectacle déplorable de son
-propre divorce.</p>
-
-<p>Voilà l'&#339;uvre de l'institution qu'on préconise,
-en ce qui concerne les enfants. Aussi Jean<span class="pagenum"><a name="Page_242" id="Page_242">242</a></span>Jacques
-Rousseau avait-il raison de dire: «Les
-enfants fourniront toujours une raison invincible
-contre le divorce.»</p>
-
-<p>Mais les enfants et les époux ne sont pas seuls
-à souffrir du divorce. En ce qui concerne la
-société, nous avons encore à constater les effets
-désastreux de la dissolution du mariage.</p>
-
-<p>Et d'abord que devient la famille? Elle est détruite.
-Nous l'avons déjà dit, le mariage conclu
-avec la faculté, peut-être dans l'espoir du divorce,
-porte en lui des germes de discorde et de
-corruption qui préparent la ruine du foyer domestique,
-la flétrissure du lien conjugal. Au lieu
-de fortifier la famille, par le développement des
-sentiments d'attachement indissoluble, le divorce
-sépare les époux, les enfants, et répand
-dans la société des fragments de famille divisés
-et souillés, qui se haïssent, s'envient ou même se
-vengent les uns des autres. Quelle peut être la
-stabilité de ces familles, que le divorce doit, sans
-cesse, venir bouleverser? L'avenir toujours en
-suspens; l'éducation, la condition des enfants
-toujours livrés à l'incertitude et au hasard, l'honneur
-des époux toujours soumis aux soupçons,
-leurs passions toujours excitées par l'appât d'une
-rupture et d'une nouvelle union, et enfin le scan<span class="pagenum"><a name="Page_243" id="Page_243">243</a></span>dale
-public des divorces, scandale d'autant plus
-dangereux pour la morale publique qu'il deviendra
-de plus en plus fréquent. «Au contraire, dit
-un écrivain chrétien<a name="FNanchor_220_220" id="FNanchor_220_220"></a><a href="#Footnote_220_220" class="fnanchor">220</a>, une fois l'indissolubilité
-du mariage admise, la société cesse d'être une
-agglomération d'existences isolées, sans passé
-comme sans avenir; au lieu de rétrograder elle
-marche à pleines voiles dans le chemin du progrès.»</p>
-
-<p>Il est facile de se rendre compte que le divorce
-aura des suites multiples et que la haine ne se
-concentrera pas seulement entre les époux divorcés.
-Il ne faut pas oublier que dans un pays
-où le culte du point d'honneur est très développé,
-où la susceptibilité est très vive, l'injure faite à
-l'honneur d'un époux par une demande en divorce
-sera vivement ressentie, par tous les parents
-de la partie défenderesse, qui croiront de
-leur devoir et de l'intérêt de leur propre honneur
-de prendre parti pour elle et peut-être de la
-venger: «Les outrages domestiques sont de
-ceux que tout homme soucieux de sa dignité ne
-saurait laisser impunis et tel, qui ne relèverait
-peut-être pas une insulte personnelle, se révoltera
-<span class="pagenum"><a name="Page_244" id="Page_244">244</a></span>souvent contre l'insulte faite à sa maison.»</p>
-
-<p>Ainsi le divorce sera une cause de divisions et
-de haines dans la société; il portera le trouble et la
-corruption dans les familles, par des sollicitations
-malsaines qui flatteront les passions des époux
-et faisant entrevoir une existence plus heureuse
-ou des plaisirs plus vifs, il les conduira à pousser
-à bout leurs impatiences réciproques, pour arriver
-plus vite à une rupture qui leur rendra la
-liberté: «Le mariage, dit Balmès, en assignant
-à la passion un objet légitime, ne tarit pas cependant
-la source d'agitation, que le c&#339;ur recèle.
-La possession affadit, la beauté se fane, les illusions
-se dissipent, le charme disparaît. L'homme
-en présence d'une réalité, qui est loin des rêves
-auxquels se livrait son imagination de feu, sent
-naître dans son c&#339;ur des désirs nouveaux; fatigué
-d'un bien qu'il possède, il cherche dans un
-autre la félicité idéale qu'il croyait avoir trouvée; il
-fuit une réalité, qui a trompé ses plus belles espérances.
-Lâchez alors la bride aux passions de
-l'homme; permettez-lui d'entretenir, le moins du
-monde, l'illusion qu'il peut chercher le bonheur
-dans de nouveaux liens; laissez-lui croire qu'il
-n'est pas attaché pour toujours à la compagne
-de sa vie; vous verrez que le dégoût s'empa<span class="pagenum"><a name="Page_245" id="Page_245">245</a></span>rera
-de lui promptement... les liens commenceront
-à s'user à peine formés et se rompront au
-premier choc.</p>
-
-<p>«Espérez-vous, dit aussi l'abbé Vidieu, que
-le divorce rendra plus fidèles ces époux, ces
-pères qui, abandonnant les joies pures de la
-famille, vont chercher ailleurs des satisfactions
-illégitimes? Ces hommes, qui fuient le devoir et
-cherchent le plaisir, facilement se lassent des
-jouissances, toujours ils croient trouver ailleurs
-plus d'attraits, plus de charmes, et changent,
-à chaque instant, l'objet de leurs passions; le
-divorce légitimera leurs vices, leur haine du
-devoir; ils feront plus de malheureuses et n'en
-seront pas moins malheureux.»</p>
-
-<p>On a prétendu justifier encore le divorce en
-disant que sans lui la société serait privée de
-nombre de familles, dont elle pourrait s'enrichir
-(Treilhard). Cet argument est absolument erroné.</p>
-
-<p>Si le divorce permet aux époux divorcés de
-contracter de nouveaux mariages&mdash;unions
-dont on peut à juste titre contester le bienfait
-pour la société&mdash;il faut reconnaître qu'il empêche
-aussi bien des liens de se former; et quand
-ils sont formés, qu'il inspire la crainte d'avoir
-des enfants ou d'en avoir un trop grand nombre.<span class="pagenum"><a name="Page_246" id="Page_246">246</a></span>
-Suivant quelques partisans du divorce, en effet,
-le fait d'avoir des enfants serait un obstacle à la
-dissolution du mariage, et en tout cas de nombreux
-enfants seront toujours une difficulté de
-plus à la formation d'une nouvelle union. D'ailleurs,
-M. de Carion-Nisas a fait justice au Tribunat
-de l'argument de M. Treilhard: «La société,
-disait-il, se forme-t-elle des enfants qui naissent
-ou des enfants qui se conservent? Et quoiqu'il
-soit humiliant de compter les enfants des hommes,
-comme des petits animaux, je vous permets
-ce calcul. Où trouvez-vous encore les générations
-les plus nombreuses, en même temps les plus
-robustes et les plus saines? N'est-ce point dans
-ces familles, pour qui le mariage est un n&#339;ud sacré,
-une religion inviolable? Dans la classe aisée
-et polie, le divorce corrompt; dans la classe laborieuse,
-il tue; il produit un abandon monstrueux
-des enfants, qui moissonne des générations entières.»</p>
-
-<p>On cite souvent l'exemple des pays étrangers
-qui ont admis le divorce, sans qu'il paraisse en
-résulter pour eux de trop grands inconvénients.
-Nous avons plus haut exposé la plupart des législations
-étrangères, nous avons remarqué que,
-dans beaucoup d'États, l'institution du divorce<span class="pagenum"><a name="Page_247" id="Page_247">247</a></span>
-était garantie par la loi constitutionnelle elle-même;
-nous avons rassemblé aussi quelques
-documents statistiques, qui permettent les comparaisons.
-Mais dans les rapprochements de ce
-genre, il faut se mettre en garde contre une
-propension fort naturelle à croire que l'assimilation
-des institutions peut être complète, d'un
-pays à un autre. Il existe, en effet, dans les
-m&#339;urs, dans les croyances, dans les caractères,
-des différences telles qu'il est impossible souvent
-d'appliquer à un peuple une législation en vigueur,
-chez ses voisins; telle loi qui serait bonne
-ici, serait funeste et désastreuse ailleurs. En
-ce qui concerne la France, la comparaison qui serait
-la plus permise serait celle qu'on voudrait
-faire avec les pays de même race, tels que l'Espagne
-et l'Italie; or, l'institution du divorce répugne
-aux races latines, le divorce est pour elles
-un élément de corruption, comme on peut le
-constater par l'exemple des cantons catholiques
-Suisses, de la France pendant la Révolution, et,
-nous l'avons vu, de notre voisine la Belgique.</p>
-
-<p>On peut même aller plus loin, et soutenir hardiment
-que le divorce produit des effets désastreux,
-dans tous les pays, et qu'il ruine la moralité
-des peuples protestants, dont l'austérité si vantée<span class="pagenum"><a name="Page_248" id="Page_248">248</a></span>
-est considérée par beaucoup de partisans du divorce,
-comme un fruit de cette institution. Attribuer
-la pureté des m&#339;urs au divorce est une
-thèse qu'il est impossible de soutenir raisonnablement,
-en présence surtout des résultats acquis.</p>
-
-<p>Même en supposant les pays protestants d'une
-moralité plus grande que les pays catholiques
-(ce qui est très contestable), nous croyons que
-ces pays peuvent bien devoir leur prétendue
-pureté de m&#339;urs à toute autre cause qu'au droit
-de divorcer. Le plus ou moins de moralité d'une
-nation est une question d'éducation nationale
-aussi bien que d'éducation individuelle, question
-de traditions, de croyances, d'instincts religieux
-ou irréligieux, question de caractère et de
-race, d'humeur nationale, de tempérament,
-d'organisation sociale, d'état politique, de trouble
-ou de paix. Il est certain, par exemple, que les
-pays Scandinaves par leur constitution physique,
-par leur éloignement des raffinements exagérés
-de la civilisation, par le caractère froid et paisible
-de leurs habitants, sont beaucoup plus portés
-aux m&#339;urs patriarcales et à l'esprit de famille
-que les pays du midi de l'Europe, où s'agite
-une population légère, vive, ardente, comme le
-soleil qui l'éclairé, amie des plaisirs et du bruit,<span class="pagenum"><a name="Page_249" id="Page_249">249</a></span>
-remuante, amoureuse du changement et portée,
-par la mollesse du climat, à s'abandonner à ses
-passions. Il faut donc s'armer d'une excessive
-prudence, lorsqu'on compare les résultats d'une
-même institution, chez les différents peuples et
-distinguer soigneusement ce qui est bien la suite
-directe de l'institution qu'on envisage et ce qui
-découle d'autres causes, ce qui doit être attribué
-à d'autres influences particulières, souvent difficiles
-à définir.</p>
-
-<p>Nous n'avons guère toutes ces précautions à
-prendre en ce qui concerne le divorce. Quelques
-efforts qu'on fasse pour le cacher, presque tous
-les renseignements, recueillis dans les législations
-étrangères, constatent l'influence funeste
-et chaque jour plus désastreuse, exercée par
-l'institution du divorce.</p>
-
-<p>En Russie, aux États-Unis, on se récrie déjà
-contre des excès et des abus scandaleux, dans la
-pratique de la dissolution du mariage, abus
-qu'on cherche vainement à attribuer à la jeunesse
-relative de ces deux pays. Les pays Scandinaves
-semblent, il est vrai, ne pas voir progresser
-trop vite les maux du divorce, mais il
-n'en est pas de même de l'Allemagne, dont personne
-n'oserait aujourd'hui vanter la pureté des<span class="pagenum"><a name="Page_250" id="Page_250">250</a></span>
-m&#339;urs et qui voit, chaque jour, s'écrouler sa réputation
-légendaire de vertu et d'austérité; le divorce,
-facilité récemment par une loi très large,
-fait des progrès de plus en plus menaçants pour
-la morale publique.</p>
-
-<p>De tous les pays d'origine Germanique, l'Angleterre
-est celui où les m&#339;urs sont restées les
-plus pures: le mariage y est encore entouré
-du plus profond respect. C'est que les femmes
-Anglaises comprennent l'importance des devoirs
-qu'il fait naître et les observent sans défaillance:
-«se marier c'est se donner tout à fait et pour
-toujours... La jeune fille reste Anglaise, c'est-à-dire
-positive et pratique... Elle veut être l'auxiliaire,
-l'associée utile de son mari, dans les longs
-voyages, dans les entreprises pénibles, dans tous
-les travaux même ennuyeux et dangereux<a name="FNanchor_221_221" id="FNanchor_221_221"></a><a href="#Footnote_221_221" class="fnanchor">221</a>.»
-En Angleterre, le divorce a été restreint dans les
-plus sages limites, et pourtant on se plaint encore
-de ses funestes effets. Sur dix demandes en divorce,
-il y en a neuf où le séducteur est convenu
-d'avance avec le mari, de lui fournir les preuves
-de l'infidélité de sa femme et où, par suite de cet
-arrangement, la demande en dommages formée
-<span class="pagenum"><a name="Page_251" id="Page_251">251</a></span>par le mari contre le séducteur est réduite à la
-plus faible prétention<a name="FNanchor_222_222" id="FNanchor_222_222"></a><a href="#Footnote_222_222" class="fnanchor">222</a>.</p>
-
-<p>Nous avons vu les craintes exprimées par le
-bureau fédéral, et les progrès effrayants du divorce
-en Suisse. La moralité de celle qui fut appelée
-l'austère Genève s'est en effet fortement ressentie
-de la ruine, apportée dans la famille par le divorce.
-Toute la Suisse subit, du reste, l'influence
-de cette corruption. A Berne, suivant le sénateur
-Wein, le gros du peuple est tellement dissolu,
-grâce au divorce, «qu'on y trouve des faits
-rappelant les m&#339;urs des Lapons et des insulaires
-de la mer du Sud.»</p>
-
-<p>La Belgique voit augmenter, chaque jour, le
-nombre des divorces et diminuer celui des mariages.
-On prétend aussi que les m&#339;urs sont
-loin de s'améliorer et ce pays, le plus catholique
-peut-être des races Latines, commence à s'effrayer
-sérieusement des progrès de la dépravation
-publique.</p>
-
-<p>En résumé, dans tous les pays où le divorce
-est admis, on voit s'affaiblir plus ou moins lentement
-l'esprit de famille, le respect du mariage,
-le culte du foyer domestique et les sages limites
-<span class="pagenum"><a name="Page_252" id="Page_252">252</a></span>que le législateur a su imposer, chez certains
-peuples à la faculté du divorce, commencent à
-paraître insuffisantes.</p>
-
-<p>Parle-t-on de l'antiquité?</p>
-
-<p>Dans la société la plus fortement constituée
-qui fut jamais, dans la société Romaine, l'histoire
-du divorce est instructive. La puissance
-Romaine, ayant pour base la forte organisation de
-la famille, demeura inébranlable, tant que le lien
-conjugal fut considéré indissoluble par le respect
-de tous; mais elle fut ébranlée et déclina
-rapidement, lorsque les divorces commencèrent et
-vinrent jeter la division dans les familles. Alors
-la décadence se précipita, de jour en jour. Nous
-avons déjà trop insisté ailleurs sur cette phase
-déplorable de l'histoire Romaine, pour revenir
-encore ici sur le tableau de la corruption de
-Rome, lorsqu'elle eut perdu les vertus solides
-que les m&#339;urs antiques lui avaient données. Citons
-seulement un passage de M. Troplong:
-«C'est assurément, dit-il, un des travers les plus
-curieux de l'esprit humain que les abus du divorce,
-qui signalèrent la fin de la république Romaine,
-ainsi que le règne des premiers empereurs.
-Le divorce était une mode et une spéculation,
-le mariage un essai passager et une courte<span class="pagenum"><a name="Page_253" id="Page_253">253</a></span>
-fantaisie... Il semble que plus le mariage est
-indissoluble, plus il y a des chaînes effrayantes
-pour les esprits changeants (qui ne sont pas les
-moins nombreux); et qu'au contraire, plus le
-mariage est facile à rompre, plus il tente les c&#339;urs
-légers, qui craignent les longs engagements.
-Eh bien, c'est un phénomène contraire qui se
-manifeste à Rome. Autant le mariage était fragile
-et précaire, autant il inspira d'éloignement à la
-foule éprise du célibat; d'où l'on pourrait conclure
-que le mariage est une des choses qui attachent,
-en raison de la contrainte qu'elles inspirent.»</p>
-
-<p>Mais la France elle-même n'a-t-elle pas fait
-l'expérience du divorce et cette expérience ne
-conclut-elle pas énergiquement contre le rétablissement
-d'un pareil élément de corruption,
-dans un État? La période révolutionnaire nous a
-déjà fourni un effrayant exemple de ce que peut
-produire l'habitude, la mode et bientôt la folie
-du divorce. On voit disparaître toute la dignité
-du lien conjugal; la loi, faite ou modifiée par un
-législateur, qui partage bientôt le mépris de tous
-pour la sainteté du mariage, rend de plus en
-plus facile sa dissolution et l'on aboutit au divorce,
-par simple consentement mutuel. On en
-vient à un concubinage légal, à une polygamie<span class="pagenum"><a name="Page_254" id="Page_254">254</a></span>
-successive, à une sorte de communauté de
-femmes, qui serait la ruine de la société. Sans
-doute on n'arrive pas du premier coup à cet état
-déplorable, mais l'esprit de famille baisse insensiblement;
-il fléchit plus ou moins vite, selon les
-m&#339;urs, le caractère national, selon les circonstances
-politiques, selon le plus ou moins de facilité,
-le plus ou moins d'encouragement, donné
-par la loi à la dissolution du mariage. Sans
-doute encore les scandales de la période révolutionnaire,
-en ce qui concerne le divorce, tenaient
-à un état politique particulier et exceptionnel,
-ainsi qu'à une excessive tolérance de la part de
-la loi. Mais on ne peut nier absolument que le
-temps actuel ne présente une analogie frappante
-avec l'époque dont nous parlons, certain
-trouble ne règne dans les esprits, dans les
-croyances, qu'avec l'indifférence, presque générale,
-qui domine les consciences et grâce au
-désarroi qui règne dans la morale publique, on
-ne serait que trop porté à s'exagérer les bienfaits
-du divorce, à en étendre l'application et par
-conséquent à en multiplier les désastreux effets.
-Notons enfin que cette tolérance de la loi révolutionnaire,
-que les plus sages partisans du divorce
-blâment, avec raison, n'est pourtant pas<span class="pagenum"><a name="Page_255" id="Page_255">255</a></span>
-rejetée par beaucoup d'entre eux, et qu'il serait
-facile de prévoir, le divorce une fois admis, le
-moment où la plus extrême facilité serait accordée
-aux époux pour l'obtenir. Si l'on ne voit dans
-le mariage qu'un contrat, destiné à ne subsister
-qu'autant que les deux parties remplissent leurs
-obligations réciproques et qui maintient entre
-elles la bonne harmonie, ne sera-t-on pas amené
-à permettre la rupture de ce contrat, aussitôt que
-cette bonne harmonie cessera, ou dès que les
-époux seront d'accord pour éteindre les obligations,
-qu'ils se doivent mutuellement?</p>
-
-<p>Et alors tout ce qu'on a eu de scandale à
-reprocher à la période révolutionnaire, se reproduirait
-encore et susciterait des protestations
-semblables à celles qu'on entendit formuler,
-alors que le nombre des divorces en était venu à
-dépasser à Paris le nombre des mariages: «Le
-divorce, disait alors Bonguyod, n'obtient que trop
-de facilité et il en résulte que les enfants sont
-abandonnés, leur éducation négligée; ils ne
-reçoivent plus les exemples des vertus domestiques,
-ni les soins, ni les secours de la tendresse
-et de la sollicitude paternelle<a name="FNanchor_223_223" id="FNanchor_223_223"></a><a href="#Footnote_223_223" class="fnanchor">223</a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_256" id="Page_256">256</a></span></p>
-<p>Deux mois plus tard, Mailhe demandait à la
-Convention «des modifications à la loi du
-divorce, qui est plutôt un tarif d'agiotage qu'une
-loi. Le mariage, disait-il, n'est plus en ce moment
-qu'une affaire de spéculation; on prend une
-femme, comme une marchandise, en calculant le
-profit dont elle peut être, et l'on s'en défait, sitôt
-qu'elle n'est plus d'aucun avantage; c'est un
-scandale vraiment révoltant<a name="FNanchor_224_224" id="FNanchor_224_224"></a><a href="#Footnote_224_224" class="fnanchor">224</a>.»</p>
-
-<p>Et l'année suivante (Renault de l'Orne) demandait
-au Conseil des Cinq-Cents «sinon qu'on
-supprimât, mais qu'on suspendît provisoirement
-l'effet des demandes pour incompatibilité d'humeur,
-dont le libertinage se prévaut et qui semblent
-n'avoir été mises dans la loi que pour
-l'encourager et le faire triompher<a name="FNanchor_225_225" id="FNanchor_225_225"></a><a href="#Footnote_225_225" class="fnanchor">225</a>.»</p>
-
-<p>Le divorce n'est donc pas un remède; loin
-d'améliorer la morale publique, il l'ébranle. Avec
-notre seule séparation de corps, nous ne sommes
-pas une nation plus immorale que la plupart des
-pays où le divorce existe, où étant appliqué
-depuis longtemps, il devrait avoir déjà régénéré
-les m&#339;urs. La séparation de corps n'a pas produit,
-chez nous, ces funestes effets que ses adversaires
-<span class="pagenum"><a name="Page_257" id="Page_257">257</a></span>s'efforcent de trouver en elle. Nous n'avons pas à
-déplorer une corruption plus grande, plus de
-concubinages, plus de naissances illégitimes que
-les nations qui remplacent par le divorce&mdash;ce
-seul remède si efficace&mdash;la séparation de corps,
-ce danger social et cette institution dépravante.
-L'histoire est là pour établir que les époques
-les plus fécondes en divorces furent aussi les plus
-fécondes en enfants illégitimes. La statistique est
-là pour démontrer que les pays Latins, loin d'occuper
-les premiers rangs, dans l'état comparatif
-de l'immoralité des peuples, occupent au contraire
-une place fort honorable. La France n'arrive
-qu'au septième rang, et c'est un pays de
-divorce, le Wurtemberg, qui tient la tête, avec
-la proportion énorme de 15 enfants illégitimes
-sur 100.</p>
-
-<p>La séparation de corps n'est pas sans doute
-une institution parfaite, et sur ses imperfections,
-les partisans du divorce ont beau jeu. C'est une
-loi cruelle, disent-ils; elle place les époux séparés
-dans une position fausse et dangereuse; elle les
-oblige à une espèce de célibat involontaire; elle
-multiplie aussi les concubinages, les adultères,
-en forçant l'époux innocent à porter le poids du
-nom et du déshonneur d'un conjoint, flétri par<span class="pagenum"><a name="Page_258" id="Page_258">258</a></span>
-une condamnation infamante, l'époux victime de
-mauvais traitements, à rester indissolublement
-retenu par des liens insupportables, l'époux sain
-à voir son sort, attaché pour la vie à celui d'un
-infirme incurable. Par là elle fait sentir aux victimes
-le désir et presque le besoin d'une libération
-violente, elle pousse à l'explosion des impatiences,
-des rancunes, des vengeances, elle porte
-au crime même, presque légitimé par l'implacable
-injustice d'une loi barbare.</p>
-
-<p>Sur ce thème les partisans du divorce ont écrit
-des pages éloquentes. On pourrait certes se laisser
-ébranler par le sentiment de pitié, qu'ils
-soulèvent avec raison en faveur des époux séparés.</p>
-
-<p>«Que d'injustices, dit Daniel Stern, commises
-et souffertes sous le manteau de la légalité!
-Que d'êtres nobles et délicats mortellement
-atteints, dès les premiers jours de la jeunesse!
-est-il juste, peut-il être utile que l'époux de la
-femme adultère porte la honte au front, que
-celui de la femme stérile se voie à jamais déshérité
-des joies de la paternité; que la femme aimante
-et chaste subisse, à toute heure, l'affreuse
-pensée de l'irrévocable, le despotisme sans contrôle
-d'un mari vicieux, débauché, accepté plus<span class="pagenum"><a name="Page_259" id="Page_259">259</a></span>
-souvent que choisi avant l'âge du vrai discernement?»</p>
-
-<p>Mais tandis que les partisans du divorce s'apitoient
-sentimentalement, sur le sort créé aux
-époux par la séparation, ils ne s'aperçoivent pas
-que les maux du divorce sont bien plus grands
-encore que ceux d'une institution, qui relâche
-simplement les liens du mariage, au lieu de les
-rompre définitivement. Ils ne voient pas qu'en
-accusant la séparation de pousser les époux à la
-débauche, ils font injure à un grand nombre de
-personnes qui savent observer la continence<a name="FNanchor_226_226" id="FNanchor_226_226"></a><a href="#Footnote_226_226" class="fnanchor">226</a>;
-ils ne se rendent pas compte des effets désastreux
-du divorce, en ce qui concerne les enfants et
-leurs intérêts matériels et moraux, en ce qui
-concerne l'esprit de famille, le bien de la société
-où la corruption grandirait à mesure qu'on rendrait
-moins stables les bases sur lesquelles elle
-est assise. Ils ne songent pas que la proclamation
-du divorce déchaînerait les passions, et que la
-démoralisation publique ne ferait que s'accroître
-dans une nation où les m&#339;urs ne sont déjà que
-trop ébranlées; ils ne s'aperçoivent pas enfin que
-si le divorce du Code civil n'a pas produit jus<span class="pagenum"><a name="Page_260" id="Page_260">260</a></span>qu'en
-1816 trop d'effets déplorables, il n'y aurait
-pas lieu d'espérer aujourd'hui un résultat raisonnable.
-Ils oublient en effet que l'organisation
-récente de l'assistance publique vulgariserait
-singulièrement l'usage du divorce et, le rendant
-accessible à tous, multiplierait rapidement dans
-le peuple ses excès et ses abus.</p>
-
-<p>En résumé, nous ne défendons pas la séparation
-contre les vices réels, qu'on lui reproche,
-vices inhérents à toute institution humaine. Mais
-nous n'hésitons pas à conclure que ces maux sont
-bien minimes, en comparaison de ceux que comporterait
-le rétablissement du divorce. Entre ces
-deux remèdes, tous deux imparfaits, nous choisissons
-le moins désastreux, celui qui méconnaît
-le moins la sainteté du mariage, le caractère
-élevé de l'union légitime et tous les intérêts qui
-sont attachés à son maintien.</p>
-
-<p>Les plus grands esprits parmi ceux qui ont soutenu
-le divorce, et qui même en ont usé, en ont
-reconnu eux-mêmes tout le danger. «Le divorce,
-disait le premier Consul, devait être dans notre
-législation. La liberté des cultes le réclamait;
-mais ce serait un grand malheur qu'il passât
-dans nos habitudes. Qu'est-ce qu'une famille
-dissoute? Que sont les époux qui, après avoir<span class="pagenum"><a name="Page_261" id="Page_261">261</a></span>
-vécu, dans les liens les plus étroits que la nature
-et la loi puissent former entre des êtres raisonnables,
-deviennent tout à coup étrangers l'un à
-l'autre, sans néanmoins pouvoir s'oublier? Que
-sont des enfants qui n'ont plus de père, qui ne
-peuvent confondre, dans les mêmes embrassements,
-les auteurs désunis de leurs jours; qui,
-obligés de les chérir et de les respecter également,
-sont pour ainsi dire forcés de prendre
-parti entre eux; qui n'osent rappeler en leur
-présence le déplorable mariage, dont ils sont les
-fruits? Oh! gardons-nous d'encourager le divorce!
-De toutes les modes, ce serait la plus funeste!
-N'imprimons pas le sceau de la honte à l'époux
-qui en use; mais plaignons-le, comme un homme
-auquel il est arrivé un grand malheur. Que les
-m&#339;urs repoussent la triste nécessité, que la loi
-n'a pu refuser aux époux malheureux<a name="FNanchor_227_227" id="FNanchor_227_227"></a><a href="#Footnote_227_227" class="fnanchor">227</a>.»</p>
-
-<p>Respectons donc dans le mariage l'union
-indissoluble du mari et de la femme; voyons
-en lui un contrat sacré, qu'on ne peut former
-à la légère, parce que sa nature même, son
-institution divine en ont fait un lien, qui enchaîne
-pour la vie les existences et les âmes;
-<span class="pagenum"><a name="Page_262" id="Page_262">262</a></span>faisons du mariage rendu sacré, par le caractère
-indélébile d'époux, qu'il confère aux
-parties contractantes, la plus ferme base de la
-famille et de la société, et, comme l'a dit un moraliste
-éminent: Adorons la famille telle que Dieu
-l'a faite<a name="FNanchor_228_228" id="FNanchor_228_228"></a><a href="#Footnote_228_228" class="fnanchor">228</a>.»</p>
-
-<p>Le rétablissement du divorce en 1881 nous
-ferait craindre que ce ne soit un moyen, dans la
-famille Française, déjà si profondément battue en
-brèche, si profondément ébranlée par l'adultère
-apparent ou occulte, d'ajouter un nouveau mode
-de débauche, changeante à volonté, autorisée
-parla loi et dont le tableau qui suit proclame les
-dangers.</p>
-
-
-
-
-<h3>X<br /><br />
-
-<small>STATISTIQUE DU DIVORCE.</small></h3>
-
-
-<p>Les documents statistiques font défaut pour
-un certain nombre de pays, qu'il serait intéressant
-de faire rentrer dans un tableau comparatif;
-nous avons cependant recueilli quelques chiffres
-qui permettent de se faire une idée assez exacte
-des résultats, obtenus par l'institution du divorce
-et par celle de la séparation de corps. Quant à
-<span class="pagenum"><a name="Page_263" id="Page_263">263</a></span>apprécier exactement au point de vue moral le
-mouvement des divorces et des séparations de
-corps, il faudrait pouvoir tenir compte des séparations
-volontaires, ce qui est de toute impossibilité.</p>
-
-<p>I.&mdash;<i>Pays où la séparation de corps perpétuelle
-pour causes<a name="FNanchor_229_229" id="FNanchor_229_229"></a><a href="#Footnote_229_229" class="fnanchor">229</a><a name="FNanchor_230_230" id="FNanchor_230_230"></a><a href="#Footnote_230_230" class="fnanchor">230</a> déterminées existe seule</i>:
-France, Espagne, Portugal, Mexique, États de
-l'Amérique du Sud.</p>
-
-<p>II.&mdash;<i>Pays où la séparation perpétuelle existe
-seule pour causes déterminées ou par consentement
-mutuel</i>: Italie.</p>
-
-<p>III.&mdash;<i>Pays où le divorce existe seul pour
-causes déterminées</i>: Suisse, Bavière, Brunswick,
-Hambourg, Hanovre annexé, Saxe, Wurtemberg,
-Suède, Russie, Serbie.</p>
-
-<p>IV.&mdash;<i>Pays où le divorce existe seul, soit pour
-causes déterminées, soit par consentement mutuel</i>:
-Roumanie, Bade, Danemarck, Norvège,
-Prusse.</p>
-
-<p>V.&mdash;<i>Pays où existent la séparation de corps
-et le divorce, mais seulement pour causes déterminées</i>:
-Angleterre.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_264" id="Page_264">264</a></span></p>
-
-<p>VI.&mdash;<i>Pays où existe le divorce pour causes
-déterminées et la séparation de corps pour causes
-déterminées ou par consentement mutuel</i>: Hollande.</p>
-
-<p>VII.&mdash;<i>Pays où la séparation de corps pour
-causes déterminées et le divorce pour causes déterminées
-existent, mais conformément à la religion
-des époux</i>: Pologne Russe.</p>
-
-<p>VIII.&mdash;<i>Pays où la séparation de corps pour
-causes déterminées ou par consentement mutuel
-existe seule pour les catholiques et pour les
-autres le divorce, conformément à la loi religieuse,
-ou même par la volonté d'un seul pour
-incompatibilité d'humeur</i>: Autriche.</p>
-
-<p>IX.&mdash;<i>Pays où existent le divorce pour causes
-déterminées ou par consentement mutuel et
-même la répudiation</i>: Turquie.</p>
-
-<p>Aux États-Unis, si la procédure varie suivant
-les États, tous admettent conjointement le divorce
-et la séparation de corps. Parcourons
-maintenant quelques chiffres.</p>
-
-<p>Comme on le voit par le tableau ci-dessus, la
-Roumanie est le seul pays de race Latine qui ait
-admis le divorce seul. Dans ce pays le nombre
-des instances en divorce s'élevait à 832 en 1865<span class="pagenum"><a name="Page_265" id="Page_265">265</a></span>
-et tombait subitement à 35 en 1866. Ces résultats
-étaient dus évidemment aux dispositions plus
-strictes du nouveau Code civil mis en application
-le 1<sup>er</sup> décembre 1865. Mais depuis, le mouvement
-ascensionnel a repris et le chiffre total de 1870
-est de 553.</p>
-
-<p>En Angleterre il a été prononcé en moyenne
-de 1869 à 1873, 282 divorces dont 197 conditionnels
-et 23 séparations<a name="FNanchor_231_231" id="FNanchor_231_231"></a><a href="#Footnote_231_231" class="fnanchor">231</a>. On sait que l'Angleterre
-se montre très difficile pour l'admission des demandes
-en divorce.</p>
-
-<p>Environ 175 divorces ont lieu annuellement
-en Suède (moyenne de 1871 à 1875). Si
-nous consultons le recensement de 1870
-nous constaterons que, sur une population de
-4,168,000 habitants il y a 1,341,499 personnes
-mariées et 2,514 divorcées; le nombre des
-divorces est à celui des mariages comme 0,58
-à 100<a name="FNanchor_232_232" id="FNanchor_232_232"></a><a href="#Footnote_232_232" class="fnanchor">232</a>.</p>
-
-<p>Dans les Pays-Bas de 1866 à 1870 nous trouvons
-une moyenne de 110 divorces par an et
-44 séparations. En Belgique, pendant la même
-période, 323 divorces et 258 séparations.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_266" id="Page_266">266</a></span></p>
-
-<p>En France les moyennes des séparations ont
-été de:</p>
-
-<table summary="séparations"><tr>
-<td class="tdl padr2">1845 à 1850</td><td class="tdc">1080</td><td class="tdc">séparations</td></tr><tr>
-<td class="tdl">1851 à 1855</td><td class="tdc">1529</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">1856 à 1860</td><td class="tdc">1913</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">1861 à 1865</td><td class="tdc">2395</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">1866 à 1869</td><td class="tdc">2922</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">1872 à 1875</td><td class="tdc">2881</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">1876</td><td class="tdc">3251</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr>
-</table>
-
-<p>Il faut noter que l'organisation de l'assistance
-judiciaire a contribué, dans une notable proportion,
-à l'accroissement considérable qu'on peut
-remarquer dans ce tableau. Autrefois, les femmes
-se taisaient et se réconciliaient, après avoir été
-battues, aujourd'hui elles plaident et se séparent,
-sans bourse délier.</p>
-
-<p>Nous avons vu en parlant de la loi fédérale de
-1874<a name="FNanchor_233_233" id="FNanchor_233_233"></a><a href="#Footnote_233_233" class="fnanchor">233</a>, que le divorce faisait en Suisse des progrès
-beaucoup plus rapides que la séparation en
-France. Nous ne reviendrons pas sur les chiffres
-<span class="pagenum"><a name="Page_267" id="Page_267">267</a></span>déjà cités, mais nous emprunterons au bureau
-fédéral de statistique un tableau comparatif du
-nombre des divorces pour sept pays. Dans ces
-pays on compte par 100 mariages:</p>
-
-<table summary="divorces"><tr>
-<td class="tdl">&nbsp;</td><td class="tdc">1871 à 1875</td><td class="tdc">&nbsp;1876&nbsp;</td><td class="tdc">&nbsp;1877&nbsp;</td><td class="tdc">&nbsp;1878&nbsp;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">&nbsp;</td><td class="tdc">&mdash;</td><td class="tdc">&mdash;</td><td class="tdc">&mdash;</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Grand-Duché de Bade</td><td class="tdc">0,38</td><td class="tdc">0,62</td><td class="tdc">0,74</td><td class="tdc">»</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Saxe</td><td class="tdc">2,22</td><td class="tdc">2,61</td><td class="tdc">2,58</td><td class="tdc">»</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Hesse</td><td class="tdc">0,43</td><td class="tdc">0,64</td><td class="tdc">»</td><td class="tdc">&nbsp;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Belgique</td><td class="tdc">0,28</td><td class="tdc">0,35</td><td class="tdc">»</td><td class="tdc">»</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Pays-Bas</td><td class="tdc">0,46</td><td class="tdc">0,43</td><td class="tdc">0,50</td><td class="tdc">0,54</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Suède</td><td class="tdc">0,58</td><td class="tdc">0,68</td><td class="tdc">0,69</td><td class="tdc">»</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Suisse</td><td class="tdc">»</td><td class="tdc">4,92</td><td class="tdc">4,74</td><td class="tdc">5,03</td></tr>
-</table>
-
-<p>Quant aux motifs servant de base aux instances
-en divorce ou en séparation de corps,
-voici les chiffres fournis par les documents
-officiels de six pays<a name="FNanchor_234_234" id="FNanchor_234_234"></a><a href="#Footnote_234_234" class="fnanchor">234</a>.</p>
-
-<table summary="divorces"><tr>
-<td class="tdl">&nbsp;</td><td class="tdc">&nbsp;Excès, sévices&nbsp;<br />&nbsp;injures graves&nbsp;</td><td class="tdc">&nbsp;Adultère&nbsp;</td><td class="tdc">&nbsp;Autres motifs&nbsp;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Saxe</td><td class="tdc">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;66&nbsp;%</td><td class="tdc">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;26&nbsp;%</td><td class="tdc">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;8&nbsp;%</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Wurtemberg</td><td class="tdc">64</td><td class="tdc">36</td><td class="tdc">»</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Bade</td><td class="tdc">76</td><td class="tdc">16</td><td class="tdc">8</td></tr><tr>
-<td class="tdl">France</td><td class="tdc">92</td><td class="tdc">&nbsp;&nbsp;7</td><td class="tdc">1</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Roumanie</td><td class="tdc">86</td><td class="tdc">&nbsp;&nbsp;8</td><td class="tdc">6</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Colonies françaises</td><td class="tdc">68</td><td class="tdc">15</td><td class="tdc">17&nbsp;&nbsp;</td></tr>
-</table>
-
-<p>Des statistiques spéciales, sur la durée des
-mariages dissous, nous montrent qu'en Saxe et
-<span class="pagenum"><a name="Page_268" id="Page_268">268</a></span>en Roumanie le mariage est dissous dans un
-délai relativement court, 65 et 79 fois pour %
-dans les dix ans; tandis qu'en France la séparation
-n'intervient que 47 fois sur 100, dans le laps
-de temps ci-dessus. Nous constatons aussi qu'en
-France, dans un tiers à peine des cas, les unions
-avaient été stériles.</p>
-
-<p>Les professions se décomposent ainsi:</p>
-
-<table summary="divorces"><tr>
-<td class="tdl">&nbsp;</td><td class="tdc">&nbsp;France&nbsp;</td><td class="tdc">&nbsp;Roumanie&nbsp;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Propriétaires, fonctions libérales</td><td class="tdc">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;20&nbsp;%</td><td class="tdc">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;27&nbsp;%</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Commerçants</td><td class="tdc">21</td><td class="tdc">17</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Cultivateurs</td><td class="tdc">15</td><td class="tdc">42</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Ouvriers</td><td class="tdc">44</td><td class="tdc">14</td></tr>
-</table>
-
-<p>En Suisse, on constate que l'agriculture n'est
-représentée parmi les divorces que dans une
-proportion de moitié plus faible que parmi la
-population entière, tandis que toutes les autres
-professions y figurent dans une proportion d'autant
-plus forte. On y remarque de plus qu'un bon
-tiers des divorcés n'ont pas d'enfants, circonstance
-qui ne se rencontre que dans un cinquième,
-à peine, des unions conjugales.</p>
-
-<p>Une attention particulière est due à notre voisine,
-la Belgique, qui a conservé le divorce tel
-que le Code civil l'a organisé et tel qu'on se propose
-de le rétablir, chez nous. On a dit et répété<span class="pagenum"><a name="Page_269" id="Page_269">269</a></span>
-à satiété que les divorces étaient rares en Belgique
-et que leur nombre n'égalait pas celui des
-séparations, prononcées en France, proportionnellement
-au chiffre de la population. Il n'en est
-pas moins curieux d'étudier les chiffres donnés
-par la statistique, qui montrent la progression
-constante des divorces, depuis un certain nombre
-d'années:</p>
-
-<table summary="divorces"><tr>
-<td class="tdc">En 1840</td><td class="tdc">on comptait</td><td class="tdc">1</td><td class="tdc">divorce</td><td class="tdc">sur</td><td class="tdc">1175</td><td class="tdc">mariages.</td></tr><tr>
-<td class="tdc">En 1865</td><td class="tdc">&mdash;</td><td class="tdc">1</td><td class="tdc">&mdash;</td><td class="tdc">sur</td><td class="tdc">739</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdc">En 1874</td><td class="tdc">&mdash;</td><td class="tdc">1</td><td class="tdc">&mdash;</td><td class="tdc">sur</td><td class="tdc">337</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdc">En 1877</td><td class="tdc">&mdash;</td><td class="tdc">1</td><td class="tdc">&mdash;</td><td class="tdc">sur</td><td class="tdc">313</td><td class="tdc">&mdash;</td></tr>
-</table>
-
-<p>Prenons la commune de Bruxelles: en 1870,
-on y comptait 22 divorces, en 1879, il y en a 38;
-par contre le chiffre des mariages est descendu
-dans cet intervalle de 1739 à 1580, alors que la
-population montait de 166,706 à 175,188 habitants.</p>
-
-<p>Quant à l'ensemble du royaume, le nombre
-des mariages qui était, en moyenne, de 39,520
-de 1870 à 1875, n'a plus été que de 38,228 en
-1876, et de 36,734 en 1879.&mdash;(<i>M<sup>e</sup> Glasson,
-Lefebvre, avocat Belge. Liberté de Fribourg.
-Combier.</i>)</p>
-
-<hr />
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_271" id="Page_271">270-71</a></span></p>
-
-
-<h2>CONCLUSION</h2>
-
-
-<p>Dans les pages qui précèdent se déroulent le
-<i>Crime et la débauche à Paris</i>, les faits dans leur
-chronologie, avec les noms, les chiffres, en dévoilant
-la réalité, les causes, l'accroissement.</p>
-
-<p>Comme Asmodée, nous avons, d'une main
-hardie, soulevé les toits des 75000 maisons, où
-logent deux millions d'habitants, et qui rapportent
-580 millions.</p>
-
-<p>Parmi ces demeures, il en est qui renferment
-des réduits obscurs; 3000 même n'ont pas de
-cheminée, pour aérer, sinon pour réchauffer les
-ménages, qui s'y entassent, jour et nuit, dans
-une honteuse promiscuité. De là, la source de
-tant de misères, de tant de crimes, qui souillent la
-famille et l'enfance dans sa fleur?</p>
-
-<p>L'alcoolisme revendique aussi sa domination
-dégradante sur les déshérités, qui cherchent, dans
-des boissons, trop souvent frelatées, une factice
-surexcitation. Les enfants imitent volontiers,
-comme d'instinct: ils boivent, ils fument, parce<span class="pagenum"><a name="Page_272" id="Page_272">272</a></span>
-que, sous leurs yeux, ils voient boire et fumer.
-Une précoce puberté, dont les ateliers, réunissant
-les sexes en commun, activent les effluves, vient
-achever l'&#339;uvre de démoralisation et d'épuisement,
-au physique comme au moral.</p>
-
-<p>Les parents occupés ailleurs, séparés par le
-travail, ou la justice<a name="FNanchor_235_235" id="FNanchor_235_235"></a><a href="#Footnote_235_235" class="fnanchor">235</a>, ne peuvent suffisamment
-veiller d'ailleurs; on évite l'école, ses enseignements,
-pour vivre dans la rue, toujours pleine
-d'agitation et de bruit.</p>
-
-<p>Arrivera-t-on par la persuasion ou par une loi
-promise<a name="FNanchor_236_236" id="FNanchor_236_236"></a><a href="#Footnote_236_236" class="fnanchor">236</a>, à rendre l'instruction, en France,
-obligatoire et gratuite, alors que, dans les familles
-nombreuses, l'enfant est considéré, comme
-un instrument de travail, qu'il faut jeter, au plus
-vite, dans les ateliers des manufactures? On a
-bien édicté une loi, pour protéger cette faiblesse,
-contre une besogne excessive, prématurée; des
-<span class="pagenum"><a name="Page_273" id="Page_273">273</a></span>inspecteurs sont établis et fonctionnent, nous
-aimons à le penser, pour constater les contraventions
-et en faire punir les auteurs. Le mal
-dure encore partout. Nous ne manquons certes
-pas de lois, il ne s'agit donc pas d'en édicter de
-nouvelles, mais de prendre les dispositions rangées
-dans l'arsenal si complet du passé. Malheureusement,
-le temps se passe dans des discussions
-stériles, appliquées bien plus aux personnes, aux
-élections à valider ou à invalider, qu'à tant de
-lois attendues. (Associations, biens mobiliers des
-femmes, des mineurs, des aliénés à protéger,
-extraditions à simplifier, suppression de l'exception
-immorale des jeux de bourse, invoquée par
-celui-là seulement qui perd, inscription d'office
-du budget de Paris capitale, qui ne doit pas être
-considérée comme une commune, mais comme
-un État, disait déjà Charles-Quint<a name="FNanchor_237_237" id="FNanchor_237_237"></a><a href="#Footnote_237_237" class="fnanchor">237</a>.)</p>
-
-<p>Nous n'appliquons jamais, avec suite, les dispositions
-sages, qui protègent; par exemple, il
-y a des années, la regrettable danseuse Emma
-Livry, mourait brûlée par ses vêtements. De
-suite, on décida que les jupons des ballérines,
-<span class="pagenum"><a name="Page_274" id="Page_274">274</a></span>seraient au préalable enduits de carteronine ou
-d'autre substance saline, empêchant l'incendie,
-et, hier, dans les féeries de l'<i>Arbre de Noël</i>, une
-enfant recevait encore de graves brûlures.</p>
-
-<p>Il y a ici des Sociétés protectrices des animaux,
-de l'Enfance et, l'autre soir, une acrobate courageuse,
-qu'une catapulte (renouvelée des Grecs,
-qui s'en servaient pour projeter des pierres) lançait
-dans l'arène, quittait, un instant, son travail,
-pour mettre au monde, dans le cabinet du directeur,
-un enfant nouveau-né. De la mère, ni du
-f&#339;tus, personne ne s'est enquis; on a loué hautement
-une écuyère qui, au pied levé, a remplacé,
-pour un cachet de cent francs, la camarade momentanément
-empêchée. Depuis plusieurs mois, on
-criait dans les rues, sur les places, des feuilles pornographiques,
-dont le titre seul était un outrage et
-aux réclamations on répondait: que le colportage
-est libre, que les feuilles étaient déposées, non
-poursuivies... Enfin, ce fut un <i>tolle</i> tellement
-unanime (même de la part de la presse), que l'on
-se décida à commencer des poursuites, par un
-mandat d'amener; en même temps, après avoir
-laissé annoncer une souscription pour un Polonais,
-dont on exaltait aussi l'action, condamnée
-par un jury Français, on reconnaissait enfin<span class="pagenum"><a name="Page_275" id="Page_275">275</a></span>
-qu'une loi réprimait encore l'apologie des faits,
-qualifiés crimes, par nos Codes.</p>
-
-<p>Toujours trop, trop peu, ou trop tard, en ce
-pays si intelligent, mais si mobile, si distrait, si
-oublieux!</p>
-
-<p>Que dans d'autres contrées plus sages, où règnent
-toutes les libertés, on laisse l'indifférence,
-le bon sens des citoyens laisser passer de pareils
-outrages, on le comprend; mais ici, où existe la
-censure préalable sur les dessins, ceux qui paraissent
-ne sont publiés que s'ils ont été approuvés.
-De même pour les journaux, à l'égard desquels une
-poursuite est toujours facile et rapide, pourquoi
-ces complaisances ou ces oublis, trop prolongés?</p>
-
-<p>Depuis qu'elle tient un rang, parmi les autres
-nations, seule, dans ce concert, la France joue
-une tragédie, que l'on pourrait intituler: <i>Philanthropie
-et Repentir</i>.</p>
-
-<p>Partout et toujours, à l'extérieur, comme au
-dedans, entraînés par la sensibilité, mauvaise
-conseillère, nous courons aux aventures, et nous
-en rapportons des déceptions, des marques d'ingratitude,
-des trahisons, mais nous ne nous
-corrigeons jamais.</p>
-
-<p>Par tempérament, nous sommes contre l'autorité,
-contre la loi, contre ses agents, et nous nous<span class="pagenum"><a name="Page_276" id="Page_276">276</a></span>
-trouvons si bien, dans notre pays, favorisé du
-ciel, que nous ne savons ni voyager, ni coloniser,
-ni fonder.</p>
-
-<p>Le nombre, toujours croissant des malfaiteurs,
-est dû à l'absence d'instruction ou à l'instruction
-incomplète, aux surexcitations, de toutes sortes,
-données par la grande ville, à la misère et à l'abandon.
-On ne croit plus à rien, les colonnes de la
-société sont ébranlées, comme à plaisir, et la famille
-même n'est plus un asile, un lieu de salut.</p>
-
-<p>Autrefois, pour les peines temporelles, des
-commutations, mûrement examinées, préparées
-par la conduite des détenus étaient, le 15 août
-seulement, accordées. Aujourd'hui, la peine prononcée,
-la veille, est effacée le lendemain et les
-parquets ont souvent, dans le même mois, leur
-examen, de nouveau, appelé sur un même recours
-en grâce.</p>
-
-<p>Que la fête nationale ait été transférée du
-15 août (fête de saint Louis, le Grand Justicier)
-au 14 juillet (date de la prise de la Bastille), on
-peut le comprendre, mais il faudrait bien, pour
-les décisions à prendre, en revenir aux sages et
-anciennes mesures. Agir autrement, c'est sans
-préparation pour eux, et au péril de leurs concitoyens,
-rejeter dans une société, dont ils ne sont<span class="pagenum"><a name="Page_277" id="Page_277">277</a></span>
-plus restés dignes, des individus dangereux
-encore<a name="FNanchor_238_238" id="FNanchor_238_238"></a><a href="#Footnote_238_238" class="fnanchor">238</a>.</p>
-
-<p>Pour la débauche, ses causes sont multiples,
-elles découlent des séductions exercées par le
-luxe, par l'abandon, par la misère, qui assiègent
-ici les jeunes filles, à leur début dans la vie.
-Elles se trouvent aussi dans ces unions, trop disproportionnées,
-dans lesquelles des familles cherchent
-à unir des fortunes, non des sympathies.
-Cependant, avant d'arriver aux qualités morales,
-on est séduit ou éloigné, par les beautés ou les
-imperfections physiques. De là, des froideurs,
-trop souvent des adultères, dont le monde frivole
-parle, sans surprise, sans reproche même, sans
-demander à qui la faute?</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_278" id="Page_278">278</a></span></p>
-<p>Les enfants, qui devraient être un lien si puissant,
-devenant une gêne, on les éloigne, dans des
-pensions d'où ils sortent à époques lointaines et
-périodiques.</p>
-
-<p>Soyons fiers de nos départements, des Flandres,
-et du Nord (où l'Espagne a laissé encore
-son empreinte, depuis le seizième siècle), montrant
-des types gracieux, de nos provinces du
-Midi, la Provence, l'Auvergne, les Bouches-du-Rhône,
-avec les piquantes filles de Marseille,
-d'Arles, du Gard, où tout Nîmois est à demi Romain,
-comme l'a si bien dit le poète Reboul<a name="FNanchor_239_239" id="FNanchor_239_239"></a><a href="#Footnote_239_239" class="fnanchor">239</a>;
-de l'Aveyron aux vertes montagnes, d'où s'écoulent
-de frais ruisseaux, comme le Lot et la
-Truyère, réunis à Entraygues, près d'Espairac; où
-la parole vibre, ardente, comme le c&#339;ur et le sang;
-du Languedoc, où chantent les belles voix; de Bordeaux,
-où les regards grisent, comme le vin; de
-Granville, cette colonie de Phocéennes, toujours
-coiffées d'un bonnet, qui représente un vaisseau,
-voiles déployées; de la Lorraine, enfin, qui re<span class="pagenum"><a name="Page_279" id="Page_279">279</a></span>garde,
-avec une douce fierté, l'Alsace, sa s&#339;ur
-perdue, hélas!</p>
-
-<p>Ces grâces, ces séductions diverses, il faudrait
-enfin les mélanger, les fusionner bien vite, et
-ne plus prendre autant souci des questions d'argent,
-qui se dressent au seuil de toutes les unions,
-projetées ou réalisées, comme pour les détruire,
-par avance. Pour ces situations, le rôle de
-l'homme est décisif, prépondérant; c'est toujours
-lui qui a commencé, la femme ne fait que suivre
-la voie, dont on lui a montré d'abord l'accès.
-L'histoire si vraie de <i>Denise</i><a name="FNanchor_240_240" id="FNanchor_240_240"></a><a href="#Footnote_240_240" class="fnanchor">240</a> est celle de beaucoup
-de ses semblables<a name="FNanchor_241_241" id="FNanchor_241_241"></a><a href="#Footnote_241_241" class="fnanchor">241</a>:</p>
-
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Quand son mari devint l'amant d'une autre femme,</div>
-<div class="line">Oublieux ou lassé de son premier bonheur,</div>
-<div class="line">Cette enfant de seize ans, qu'on appelait madame,</div>
-<div class="line">Étouffa ses sanglots, sous un masque moqueur.</div>
-</div></div></div>
-
-<p>C'est donc à l'enfance, à la jeune fille qu'il faut,
-pour en faire plus tard des femmes, porter tout
-d'abord protection. Il faut relever celles qui
-sont tombées, une première fois<a name="FNanchor_242_242" id="FNanchor_242_242"></a><a href="#Footnote_242_242" class="fnanchor">242</a>, et ne pas les
-<span class="pagenum"><a name="Page_280" id="Page_280">280</a></span>
-rejeter impitoyablement, comme des damnées,
-dans un cercle fatal, où elles se meuvent forcément
-avec cet autre paria, qui les recherche et
-qui est un repris de justice, à tous deux il faut
-des juges, s'ils ont commis des délits.</p>
-
-<p>Nous ne sommes plus au temps de Louis XV,
-alors qu'après de véritables chasses à courre,
-données à la femme, on embarquait pour le
-Nouveau-Monde, tant de Manon Lescaut, dont
-l'abbé Prévost a écrit l'histoire attendrie. Il est
-donc urgent, après tant d'autres réformes, moins<span class="pagenum"><a name="Page_281" id="Page_281">281</a></span>
-nécessaires, de remettre<a name="FNanchor_243_243" id="FNanchor_243_243"></a><a href="#Footnote_243_243" class="fnanchor">243</a> la fille, même dégradée,
-<span class="pagenum"><a name="Page_282" id="Page_282">282</a></span>au rang qu'elle a momentanément perdu, en
-lui facilitant le retour au travail ou bien à la moralité.</p>
-
-<p>Que les tours se rouvrent pour éviter les infanticides,
-ils augmentent partout, que l'assistance
-publique concentre ses immenses ressources
-uniquement sur les crèches, les asiles, les hôpitaux,
-où l'&#339;uvre admirable des chirurgiens
-et médecins ne doit pas être isolée, mais continuée
-sur les convalescents et les guéris; il y a
-toujours des rechutes à craindre et à prévenir,
-sinon à éviter complètement. Par ce tableau sommaire,
-complet pourtant, de la situation que nous
-avons envisagée, en face, nous avons appelé l'attention
-de tous sur une double question, digne
-de méditation et de remède. Ce n'est ni au loin,
-ni au dehors que nous devons songer, mais d'abord
-au mal le plus pressé, le plus voisin:...</p>
-
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Jàm proximus ardet</div>
-<div class="line">Ucalegon.....</div>
-</div></div></div>
-
-<p>Nous avons vanté notre législation Française,
-si complète dans tous ses Codes, auxquels il n'est
-pas permis de toucher partiellement et que l'on
-regarde comme insuffisante, parce qu'elle est
-irrégulièrement ou mollement appliquée.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_283" id="Page_283">283</a></span></p>
-
-<p>De notre organisation judiciaire, enviée de
-tous les peuples, à cause de l'intégrité, de l'économie,
-de la rapidité de sa justice<a name="FNanchor_244_244" id="FNanchor_244_244"></a><a href="#Footnote_244_244" class="fnanchor">244</a>, nous
-n'avons pas à parler ici, ce n'est ni le temps, ni
-le lieu<a name="FNanchor_245_245" id="FNanchor_245_245"></a><a href="#Footnote_245_245" class="fnanchor">245</a>.</p>
-
-<p>Les seules critiques dirigées contre la magistrature,
-viennent de ce qu'elle a été, sur la demande
-même de ceux qui s'en plaignent maintenant,
-en en ayant été les victimes, chargée de
-juger les délits de presse, précédemment déférés
-au jury (1848)<a name="FNanchor_246_246" id="FNanchor_246_246"></a><a href="#Footnote_246_246" class="fnanchor">246</a>.</p>
-
-<hr />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_287" id="Page_287">284-7</a></span></p>
-
-
-<h2>PIÈCES JUSTIFICATIVES</h2>
-
-
-<h3>I<br /><br />
-
-<small>LA TRAITE DES BLANCHES</small></h3>
-
-
-<p>Tous les petits ménages ont eu plus ou moins
-affaire aux bureaux de placement, pour avoir des
-servantes, des nourrices ou des bonnes.</p>
-
-<p>Malgré quelques procédés, plus ou moins ingénieux
-d'exploitation, il n'y a pas trop à se plaindre,
-et c'est encore aux bureaux qu'il est préférable de
-recourir, parce que les parties contractantes prennent,
-l'une et l'autre, des engagements qu'elles
-peuvent rompre en se conformant aux usages, sans
-avoir à compter avec un intermédiaire gracieux.
-Cet embarras se présente trop souvent, quand on
-prend un serviteur sur la recommandation d'un
-ami ou d'une amie qui, le plus souvent, s'est débarrassé.<a name="FNanchor_247_247" id="FNanchor_247_247"></a><a href="#Footnote_247_247" class="fnanchor">247</a></p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_288" id="Page_288">288</a></span></p>
-<p>Je n'ai pas d'ailleurs, à traiter la question des
-serviteurs et des domestiques, question insoluble.
-La Fontaine ayant dit, il y a deux siècles, et n'ayant
-jamais été démenti:</p>
-
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Notre ennemi, c'est notre maître.</div>
-</div></div></div>
-
-<p>Les bureaux de placement sont donc des établissements
-utiles; la plupart se bornent à être les
-intermédiaires entre l'offre et la demande de service.</p>
-
-<p>Mais on vient d'apprendre une odieuse combinaison
-internationale qui doit être signalée, espérant
-que le gouvernement prendra des mesures pour en
-empêcher le retour.</p>
-
-<p>Il y a quelque temps, le directeur d'un important
-bureau de Paris offrit à plusieurs jeunes filles, sans
-place, de très belles situations à Londres.</p>
-
-<p>&mdash;Mais nous ne savons pas parler anglais.</p>
-
-<p>&mdash;C'est bien pour cela que je vous offre ces
-places; c'est une condition expresse.</p>
-
-<p>Les jeunes filles, l'une d'elles renonça même à
-une bonne place, donnèrent chacune dix francs au
-bureau, réalisèrent toutes leurs économies et partirent
-pour Londres, à leurs frais, bien entendu.</p>
-
-<p>On doit noter que ces jeunes filles sont de figure
-très agréable.</p>
-
-<p>Arrivées à Londres, elles se firent conduire aux
-adresses indiquées.</p>
-
-<p>Amère déception! c'était un bureau de placement
-qui n'avait pas de places pour elles, et une maison<span class="pagenum"><a name="Page_289" id="Page_289">289</a></span>
-meublée. Et quelle maison! située au-dessus d'un
-bar (café-restaurant) de dixième ordre.</p>
-
-<p>Ne connaissant ni Londres ni la langue Anglaise,
-elles durent subir les conditions de la maison et
-payer 3 shellings (3 fr. 75) par jour, pour être nourries
-et logées.</p>
-
-<p>Malheureuses filles! Leurs petites ressources s'épuisaient
-vite et elles entrevoyaient avec terreur le
-moment où elles tomberaient fatalement dans l'abîme
-infâme vers lequel les deux bureaux de placement
-coalisés les poussaient.</p>
-
-<p>Elles avaient été devancées par d'autres pauvres
-filles Françaises...</p>
-
-<p>Heureusement, un Français de passage à Londres
-se trouva sur le chemin de ces jeunes filles; il
-apprit leur histoire; il intervint auprès du comité
-de secours des Français établis à Londres; il obtint
-leur rapatriement.</p>
-
-<p>Son &#339;uvre n'est pas finie; il s'occupe en ce moment
-de trouver des places pour ces jeunes filles;
-ce n'est pas tout; il faut que la justice soit appelée
-à se prononcer.</p>
-
-<p>Grâce à leur protecteur, les jeunes filles rapatriées
-ont obtenu l'assistance judiciaire; elles poursuivent
-le directeur du bureau de placement.</p>
-
-<p>Qu'elles obtiennent des dommages-intérêts; cela
-ne fait pas doute; ce n'est pas assez; il faut que ce
-trafic international, qui ressemble si fort à la traite
-des blanches, ne puisse pas se renouveler.</p>
-
-<p>A la suite d'un scandale semblable, qui fut découvert
-de Suisse en Autriche et réciproquement,<span class="pagenum"><a name="Page_290" id="Page_290">290</a></span>
-un bureau officiel de renseignements a été créé
-dans les deux pays.</p>
-
-<p>Toute personne à qui une place est offerte demande
-à ce bureau si la place existe réellement.</p>
-
-<p>Pourquoi ne créerait-on pas au Ministère des
-affaires étrangères un bureau semblable qui, par
-les ambassades et les consulats, serait à même
-de renseigner exactement les pauvres gens qui en
-seraient réduits à s'expatrier.</p>
-
-<p>Pour les femmes surtout c'est une cruelle extrémité;
-et celles qui veulent rester honnêtes doivent
-avoir des garanties, quand on les attire hors de leur
-pays natal.</p>
-
-
-
-
-<h3>II<br /><br />
-
-<small>PRÉSERVATION</small></h3>
-
-
-<p>L'opinion des médecins, d'accord avec celle des
-moralistes et des familles, serait qu'il faudrait, en
-cette matière, user en France<a name="FNanchor_248_248" id="FNanchor_248_248"></a><a href="#Footnote_248_248" class="fnanchor">248</a> d'une réglementation
-sévère, réclamée par le Congrès médical (1867),
-opérer de fréquentes visites, dans les maisons clandestines,
-ordonner l'inscription d'office des insoumises,
-prescrire, dans les maisons tolérées, l'usage
-des lotions chlorurées et phéniquées, prophylactiques
-utiles.</p>
-
-<p>Sans doute, il peut y avoir quelques erreurs possibles;
-mais il faut songer qu'à Paris les arrestations
-d'insoumises s'élevent, par an, de 7,000 à 7,500.</p>
-
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_291" id="Page_291">291</a></span></p>
-
-
-
-<h3>III<br /><br />
-
-<small>ABAISSEMENT DU NIVEAU DES ÉTUDES</small></h3>
-
-
-<p>Le journal de l'<i>Instruction Publique</i> donne la statistique
-sommaire, dressée par les soins du Ministre
-de l'instruction publique, des examens du baccalauréat
-ès lettres et du baccalauréat ès sciences
-pendant la session de juillet-août 1880. 6,692 jeunes
-gens se sont présentés devant les Facultés des Lettres,
-pour la première partie du baccalauréat ès
-lettres (examen de rhétorique); 3,423 ont été éliminés
-après l'épreuve écrite, 426 ont été ajournés
-après l'épreuve orale et 2,843 ont été admis, ce qui
-constitue une proportion de 42 %<a name="FNanchor_249_249" id="FNanchor_249_249"></a><a href="#Footnote_249_249" class="fnanchor">249</a>.</p>
-
-<p>Pour la deuxième partie (examen de philosophie)
-4,711 candidats se sont présentés; 2,052 ont été
-exclus après les épreuves écrites, et 529 après les
-épreuves orales; 2,310 jeunes gens ont été définitivement
-admis au grade, ce qui constitue une proportion
-de 45&nbsp;%.</p>
-
-<p>3,624 jeunes gens ont subi les épreuves du baccalauréat
-ès sciences complet; 2,013 ont été éliminés
-après les épreuves écrites; 260 après les épreuves
-orales, et 1,317 ont été jugés dignes du grade, ce
-qui donne une faible proportion de 33&nbsp;%<a name="FNanchor_250_250" id="FNanchor_250_250"></a><a href="#Footnote_250_250" class="fnanchor">250</a>.</p>
-
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_292" id="Page_292">292</a></span></p>
-
-<h3>IV<br /><br />
-
-<small>LES FACTIONNAIRES SUPPRIMÉS ET LES POSTES DU GUET</small></h3>
-
-
-<p>On a lu dans les journaux d'août 1880:</p>
-
-<p>Conformément aux ordres du général Farre, tous
-les postes, <i>reconnus inutiles</i>, ont été supprimés à
-Paris. A huit heures, les officiers ont été informés
-qu'ils devaient rentrer à la caserne avec leurs hommes,
-sans attendre d'être relevés par la garde montante.</p>
-
-<p>A dix heures, toutes les sentinelles étaient retirées
-et les postes évacués<a name="FNanchor_251_251" id="FNanchor_251_251"></a><a href="#Footnote_251_251" class="fnanchor">251</a>. Il ne reste plus actuellement
-à Paris, en dehors des piquets de service aux portes
-des casernes, que deux ou trois points, occupés militairement
-par la seule garde républicaine, entre
-autres le poste de Saint-Eustache, à part les gardes
-d'honneur de l'Élysée, du Sénat, de la Chambre et
-de l'état-major général.</p>
-
-<p>Après l'enlèvement inattendu et inexpliqué des
-tambours aux tambours et des cuirasses aux vaillants
-<span class="pagenum"><a name="Page_293" id="Page_293">293</a></span>cuirassiers, il ne restait plus qu'à supprimer les
-postes, destinés à protéger les monuments publics et
-les domiciles privés; à quoi servent les garnisons, si
-considérables, en temps de paix?</p>
-
-<p>A Paris, les postes du guet étaient autrefois
-placés<a name="FNanchor_252_252" id="FNanchor_252_252"></a><a href="#Footnote_252_252" class="fnanchor">252</a>:</p>
-
-
-<p class="p2">Place des Carreaux;<br />
-Au guichet des diverses prisons;<br />
-Dans la cour du Palais;<br />
-Au Carrefour du Pont Saint-Michel;<br />
-Sur le Quai des Augustins;<br />
-Au Carrefour Saint-Cosme;<br />
-A Saint-Ives;<br />
-A Saint-Honoré;<br />
-A la Croix des Carmes;<br />
-Au Carrefour Saint-Séverin;<br />
-Près l'Église de la Magdeleine;<br />
-Aux Planches-Mibray;<br />
-A la Croix de Grue;<br />
-A l'Hôtel de Sens;<br />
-A la Porte Bauldier;<br />
-Au Coin Saint-Pol;<br />
-A la Traverse Quadier;<br />
-A l'Échelle du Temple;<br />
-A Saint-Nicolas des Champs;<br />
-<span class="pagenum"><a name="Page_294" id="Page_294">294</a></span>A Saint-Jacques de l'Hospital;<br />
-A la Fontaine Saint-Innocent;<br />
-A la pointe Saint-Eustache;<br />
-A l'École Saint-Germain;<br />
-A la Place aux Chats.<br />
-</p>
-
-<p>Aujourd'hui, le crime redouble, <i>Parisiens, dormez!</i></p>
-
-
-
-
-<h3>V<br /><br />
-
-<small>LA PRÉFECTURE DE POLICE</small></h3>
-
-
-<p>On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps,
-de cette grande administration<a name="FNanchor_253_253" id="FNanchor_253_253"></a><a href="#Footnote_253_253" class="fnanchor">253</a> dont l'origine se
-confond presque avec celle de la Ville de Paris.
-D'après nos historiens, d'après les récents travaux
-sur le <i>Châtelet de Paris</i>, le Prévôt était, pour ses
-actives attributions, sous le contrôle du Parlement,
-le prédécesseur direct et comme l'ancêtre immédiat
-de nos Préfets de police, qui remontent au commencement
-de ce siècle.</p>
-
-<p>En janvier 1796, fut créé un ministère de la Po<span class="pagenum"><a name="Page_295" id="Page_295">295</a></span>lice,
-pour assurer la tranquillité intérieure de la
-République.</p>
-
-<p>Le 17 février 1800, Bonaparte nommait un préfet
-de police, chargé de veiller à la sécurité des douze
-arrondissements de Paris.</p>
-
-<p>Depuis cette époque jusqu'à nos jours, on compte
-trente-neuf préfets ou ministres de la police; leur
-administration, avec des règles ou des tendances
-diverses, a traversé tous les régimes, regardée par
-les honnêtes gens, comme un palladium nécessaire,
-comme une protection, dont Girod (de l'Ain) en 1830,
-comme Caussidière en 1848, réclamèrent le maintien.</p>
-
-<p>Consulté en 1870, par le gouvernement, M. Ducoux
-répondait à la proposition, alors faite par
-M. de Kératry, le 19 septembre: «Ce serait une
-faute énorme, à toutes les époques; mais aujourd'hui,
-un acte criminel ou insensé, dont aurait à souffrir
-la mémoire de tous ceux qui y auraient participé.»
-M. Macé, dont on connaît l'expérience, conclut dans
-le même sens. Malgré de vives attaques, toujours
-impuissantes, bien que renouvelées, la Préfecture<span class="pagenum"><a name="Page_296" id="Page_296">296</a></span>
-de police a été maintenue, elle fonctionne, dans les
-limites tracées par les lois, qui assurent l'ordre et la
-sécurité dans notre capitale, si souvent inquiétée
-et troublée par de grands crimes.</p>
-
-<p>La police municipale comprend une légion d'agents,
-recrutés parmi les anciens soldats, la plupart
-décorés de la Légion d'honneur, de la médaille
-militaire ou des médailles de Crimée, du Mexique,
-de Chine ou d'Italie, répartis, jour et nuit, en
-uniforme, dans les vingt arrondissements. Il convient
-d'y ajouter la brigade centrale, l'important et
-trop peu nombreux service de la sûreté, la surveillance
-des garnis, des m&#339;urs, des voitures et de la
-politique, en ce pays, si mobile et ondoyante.</p>
-
-
-
-
-<h3>VI<br /><br />
-
-<small>LES MARCHANDES DE FLEURS ET LE VAGABONDAGE</small></h3>
-
-
-<p class="right f85 padr2">
-Paris, le 1<sup>er</sup> septembre.<br />
-</p>
-
-<p>M. le Préfet de police vient d'adresser aux commissaires
-de police de la ville de Paris la circulaire suivante:<br /><br /></p>
-
-
-<p class="p2"><span class="smcap">Messieurs</span>,</p>
-
-<p>J'appelle votre attention sur les filles de mauvaises
-m&#339;urs, qui offrent en vente des fleurs aux
-passants.</p>
-
-<p>Ces offres sont faites, le plus souvent, par de très
-<span class="pagenum"><a name="Page_297" id="Page_297">297</a></span>jeunes filles, même par des enfants et n'ont d'autre
-but que de dissimuler des provocations honteuses<a name="FNanchor_254_254" id="FNanchor_254_254"></a><a href="#Footnote_254_254" class="fnanchor">254</a>.</p>
-
-<p>Je vous rappelle, messieurs, que le fait d'offrir
-sur la voie publique des marchandises aux passants
-constitue une contravention aux dispositions, trop
-oubliées de l'article 1<sup>er</sup> de l'ordonnance de police
-du 28 décembre 1859, lequel est ainsi conçu:</p>
-
-<p>«Il est défendu de circuler sur la voie publique,
-en quête d'acheteurs, avec des marchandises ou
-denrées de quelque nature que ce soit, exposées en
-vente sur des appareils quelconques ou par tout
-autre moyen.</p>
-
-<p>«Sont réputés quêtes d'acheteurs, le stationnement
-sur la voie publique, quelque courte qu'en
-soit la durée, l'offre de vente et la vente.»</p>
-
-<p>Je charge M. le chef de la police municipale de
-donner des instructions aux agents placés sous ses
-ordres pour qu'ils conduisent les contrevenants dans
-vos bureaux où vous statuerez à leur égard, conformément
-à l'ordonnance précitée.</p>
-
-<p>Mais vous ne vous bornerez pas à constater la
-contravention de simple police, Vous chercherez si
-elle n'a pas été accompagnée de faits constituant
-l'outrage public à la pudeur, vous examinerez aussi
-la situation du contrevenant au point de vue du
-domicile et des moyens d'existence, afin de relever,
-<span class="pagenum"><a name="Page_298" id="Page_298">298</a></span>s'il y a lieu, le délit de vagabondage et de me mettre
-à même d'ordonner les mesures administratives
-qui y sont applicables.</p>
-
-<p>Enfin, quand vous serez en présence de filles mineures,
-vous rechercherez, avec le plus grand soin,
-si elles sont exploitées et poussées à leur honteux
-métier, soit par leurs parents, soit par des souteneurs,
-et vous m'adresserez, avec vos procès-verbaux,
-tous les renseignements de nature à me permettre
-de déférer ces derniers à la justice, pour
-excitation de mineures à la débauche.</p>
-
-<p class="right padr2">
-<i>Le Préfet de police</i>: <span class="smcap">Andrieux</span>.
-<br /><br /></p>
-
-
-<p>Si les prescriptions de cette circulaire permettent
-d'atteindre et de faire condamner un certain nombre
-de vagabonds, elles présentent deux inconvénients
-sérieux. Le premier est d'englober, dans une répression
-arbitraire, toute une catégorie très intéressante
-de petits vendeurs ambulants, à qui leur commerce
-permet précisément d'échapper au vagabondage.
-Le second est de distraire le service de la sûreté et
-de la police municipale de l'importante et si nécessaire
-surveillance des malfaiteurs.</p>
-
-<p>La circulaire permettra d'arrêter beaucoup d'enfants,
-qui essaient de faire quelque chose, mais nous
-ne voyons pas quelles mesures elle édicte contre
-ceux qui sont bien résolus à ne jamais travailler et
-à ne vivre que de la prostitution. La police des
-m&#339;urs doit cependant connaître ces individus. Si
-elle les connaît, qu'en fait-elle? Nous ne supposons
-pas qu'elle les utilise. Et, si elle ne les connaît pas,<span class="pagenum"><a name="Page_299" id="Page_299">299</a></span>
-qu'elle les recherche activement, ils sont une menace
-et un danger permanent.</p>
-
-
-
-
-<h3>VII<br /><br />
-
-<small>PREMIER TROTTOIR</small></h3>
-
-
-<p>Il est intéressant de reproduire, pour servir à
-l'histoire de la prostitution, le journal dont suit le
-spécimen:</p>
-
-<p><i>Le Procureur</i> (Journal des Alphonses). Paris
-(1880).</p>
-
-<p>Bien que la mère doive en défendre aussi soigneusement
-que possible la lecture à sa fille, <i>le Procureur</i>
-est un journal essentiellement moral.</p>
-
-<p>Faire cesser le scandale quotidien que, chaque nuit,
-et même déjà chaque après-midi, présentent les
-cafés, promenades, jardins, avenues, boulevards et
-rues de Paris, encombrées de créatures, folles de
-leur corps, venant s'offrir aux hommes, sans même
-souvent s'inquiéter de regarder s'ils sont accompagnés
-de leur femme ou de leur fille, tel est le but
-louable que nous nous proposons, et pour lequel
-nous avons la délicatesse de ne pas demander une
-subvention que, certes, le gouvernement serait fort
-empêché de trouver des motifs plausibles de nous
-refuser.</p>
-
-<p>Nous en convenons, pour certains rapprochements,
-nos colonnes ne pourront jamais suppléer à celles
-Rambuteau. Mais néanmoins, elles peuvent rendre<span class="pagenum"><a name="Page_300" id="Page_300">300</a></span>
-de grands, d'immenses services, en enregistrant,
-moyennant une très légère rétribution, les demandes
-et les offres de nos clients et clientes, et en
-leur donnant les uns sur les autres tous les renseignements
-que notre délicatesse et notre tact, si
-hautement appréciés dans le monde, nous permettront
-de divulguer.</p>
-
-<p>Quelques journaux ont déjà entrepris de remplir
-cette belle tâche. Mais ils veulent la mener de front
-avec d'autres, ce qui ne leur permet pas de parvenir
-à réaliser les conditions d'économie, précision,
-célérité et les commodités de toute sorte auxquelles
-nous atteindrons, consacrant à ce but utile et humanitaire
-tout notre temps et tous nos efforts.....</p>
-
-
-
-
-<h3>VIII<br /><br />
-
-<small>LES DUELS</small></h3>
-
-
-<p>Les duels fleurissent dans les années, qui suivent
-les guerres. On se bat pour un rien, pour le plaisir.
-L'épidémie de duels qui s'est abattue sur Paris, il y
-a quelque temps, a éveillé l'attention de M. le
-Préfet de police. Un travail très important vient
-d'être entrepris à cet sujet, sur son ordre.</p>
-
-<p>Une statistique détaillée des rencontres, qui ont
-eu lieu depuis le 1<sup>er</sup> janvier dernier, et dont les parquets
-n'ont pas été saisis, a été commencée ces
-jours-ci (1880).</p>
-
-<p>On est arrivé au chiffre respectable de quatre duels<span class="pagenum"><a name="Page_301" id="Page_301">301</a></span>
-par semaine, soit cent quarante à peu près, depuis
-le commencement de l'année; beaucoup de bruit,
-peu de sang et à la frontière<a name="FNanchor_255_255" id="FNanchor_255_255"></a><a href="#Footnote_255_255" class="fnanchor">255</a>.</p>
-
-<p>L'écrivain Fiévée disait:</p>
-
-<p>&mdash;Quand je parle de quelqu'un, je le fais toujours
-comme si je lui parlais.</p>
-
-<p>Et le général Mollière posait cet axiome militaire:</p>
-
-<p>&mdash;On ne doit jamais toucher un homme qu'avec
-du fer ou avec du plomb!</p>
-
-
-
-
-<h3>IX<br /><br />
-
-<small>LES DRAMES DU VITRIOL</small></h3>
-
-
-<p>Les journaux de Toulouse rapportent que mercredi
-soir, vers huit heures et demie, la demoiselle
-Hortense Fabre s'introduisait dans le café Josse,
-rue du Canard, nº 11, où se trouvaient plusieurs
-consommateurs, sur lesquels elle a lancé un liquide
-corrosif que l'on croit être du vitriol. Les sieurs
-Gélis, Mothes, menuisiers, et Jean-Joseph, voiturier,
-ont été assez grièvement atteints. Hortense
-Fabre prétend avoir eu avec ledit voiturier des
-<span class="pagenum"><a name="Page_302" id="Page_302">302</a></span>
-relations intimes, dont la naissance d'un enfant aurait
-été le résultat, l'éternelle histoire que tout le
-monde sait: abandon de l'amant, désespoir de la
-jeune fille, et puis enfin dénouement ordinaire:
-vengeance au vitriol. Hortense Fabre a été mise à
-la disposition du procureur de la République<a name="FNanchor_256_256" id="FNanchor_256_256"></a><a href="#Footnote_256_256" class="fnanchor">256</a>.</p>
-
-
-
-
-<h3>X<br /><br />
-
-<small>LES MORTS SUBITES ET MYSTÉRIEUSES</small></h3>
-
-
-<p>Vidocq, dans ses <i>Mémoires</i>, raconte qu'il eut, un
-jour, à enlever le cadavre d'un homme, tombé mort
-chez une femme mariée, qu'il importait de ne pas
-compromettre.</p>
-
-<p>Léon Gozlan et Sardou ont, avec art, exploité cette
-curieuse et sombre donnée, dans une nouvelle et au
-théâtre.</p>
-
-<p>Citons ici miss (Annah) Neison, 22 ans, artiste
-dramatique, venue le 20 août 1880 de Londres
-pour contracter, à Paris, un engagement théâtral.
-Descendue à <i>l'hôtel Continental</i>, elle sort, pour se
-promener, en voiture, au bois de Boulogne, y boit,
-vers trois heures, une tasse de lait. Prise de douleurs
-abdominales, vainement combattues par les médecins
-<span class="pagenum"><a name="Page_303" id="Page_303">303</a></span>
-de Neuilly appelés, la mort survient dans la nuit
-du samedi au dimanche (22 août 1880), le commissaire
-de police appelé envoie le cadavre à la Morgue,
-où l'autopsie, pratiquée par les docteurs Brouardel
-et Descouts démontre que la cause réelle de la mort
-était une hémorragie, survenue à la suite d'une grossesse
-extra-utérine, de trois mois au plus.</p>
-
-<p>Toute présomption de crime ayant été effacée, on
-mit en liberté des Anglais, qui avaient assisté miss
-Neison, et n'avaient pu expliquer la cause d'une
-mort, accompagnée de circonstances étranges et
-d'abord suspectes<a name="FNanchor_257_257" id="FNanchor_257_257"></a><a href="#Footnote_257_257" class="fnanchor">257</a>.</p>
-
-
-
-
-<h3>XI<br /><br />
-
-<small>L'ENFANCE COUPABLE ET LES ENFANTS ABANDONNÉS
-A PARIS (1880)</small></h3>
-
-
-<p>La <i>Société générale de protection pour l'enfance
-abandonnée ou coupable</i>, dont le promoteur est
-M. Georges Bonjean, a tenu, 47, rue de Lille,
-sa première séance depuis l'autorisation ministérielle.
-On a constitué un Comité de direction composé
-de dix membres du Conseil, pouvant se réunir
-très fréquemment. Ce Comité sera chargé d'élaborer
-immédiatement le règlement intérieur de la Société.
-M. Bonjean a fait part au Conseil des diverses
-<span class="pagenum"><a name="Page_304" id="Page_304">304</a></span>offres qui lui sont parvenues, soit pour la fondation
-de colonies particulières dans des établissements
-agricoles, soit pour l'acceptation des pupilles de la
-Société, sous sa surveillance et dans des conditions
-exceptionnellement favorables. Il a été décidé que
-pour assurer une surveillance efficace et intelligente
-des enfants recueillis, assistés ou patronnés, la Société
-s'occuperait de former, tout de suite, un personnel
-de surveillants. Le Conseil a reconnu à
-l'unanimité que les efforts devaient tendre à fonder
-dans un très bref délai une <i>maison sociale</i>, qui fût
-comme le type de celles qu'on veut créer. A l'unanimité
-également, il a été décidé que, pour faire
-une expérience éclatante du principe de l'&#339;uvre,
-les enfants simplement abandonnés et les enfants
-déjà coupables, c'est-à-dire pour être plus exact
-déjà détenus y seraient recueillis indistinctement et
-sur un pied d'égalité parfaite. Une seule réserve a
-été faite et accueillie par tout le monde: il va sans
-dire que le Conseil entend <i>choisir</i> entre les jeunes
-détenus et ne point s'exposer à placer, auprès de
-malheureux, qui n'ont point failli, des enfants déjà
-pervertis.</p>
-
-<p>Le 28 juin 1793, la Convention rendait un décret
-ainsi conçu: «La nation se charge de l'éducation
-physique et morale des enfants abandonnés.» Mais
-elle n'avait en vue que les orphelins ou du moins
-ceux dont les pères et mères étaient inconnus. Il
-en fut de même du décret du 19 janvier 1811 qui
-institua les tours, et de la Constitution de 1848 qui
-inscrivit, dans ses principes essentiels, le droit à<span class="pagenum"><a name="Page_305" id="Page_305">305</a></span>
-l'assistance des enfants abandonnés. Rien n'a été
-fait pour les enfants moralement abandonnés, c'est-à-dire
-ceux que leurs parents, retenus par un labeur
-quotidien, dans les usines ou dans les ateliers, laissent
-livrés à eux-mêmes, sans ressources, sans surveillance,
-sans éducation, et qui grandissent dans
-la misère et dans l'oisiveté, mères de tous les vices;
-rien n'a été fait pour les enfants que leurs parents
-repoussent, et rejettent, à tous les hasards, à tous
-les dangers d'une vie de vagabondage sur les voies
-publiques. Ceux-là, les agents de police les arrêtent
-quand ils les trouvent par les rues, les conduisent
-au Dépôt, puis on les livre à la justice, qui n'a d'autre
-alternative que de les faire enfermer, dans des maisons
-de correction ou de les rendre à leurs parents,
-c'est-à-dire de les remettre, dans le milieu funeste
-où, par l'insouciance et la mauvaise conduite de
-ceux à qui ils doivent le jour, ils ont contracté de
-funestes habitudes et où ils s'enracinent, de plus en
-plus, dans le mal. Veut-on savoir à quel chiffre s'élève
-annuellement, à Paris, le nombre d'enfants arrêtés
-dans ces conditions? En 1878 il y en a eu 2,056;
-en 1879, on en comptait 1,672; la moyenne dépasse
-1,500. Si nous y joignons les abandonnés de la
-France entière, c'est au moins 4 ou 6,000 qui,
-chaque année, sont traduits devant les tribunaux<a name="FNanchor_258_258" id="FNanchor_258_258"></a><a href="#Footnote_258_258" class="fnanchor">258</a>
-correctionnels et vont grossir la population des
-maisons de correction<a name="FNanchor_259_259" id="FNanchor_259_259"></a><a href="#Footnote_259_259" class="fnanchor">259</a>.</p>
-
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_306" id="Page_306">306</a></span></p>
-
-<h3>XII<br /><br />
-
-<small>LE TRAVAIL DES FEMMES</small></h3>
-
-
-<p>Dans la grande question de l'organisation du travail,
-des relations entre le capital et le travail, le
-point le plus délicat est celui qui concerne les
-femmes.</p>
-
-<p>Moins bien payées que les hommes, ayant plus à
-lutter contre la concurrence des établissements
-pénitentiaires ou des communautés religieuses, isolées
-pour la plupart, les femmes se trouvent, sous
-le rapport social, dans une situation d'infériorité
-que les économistes ont vainement cherché jusqu'à
-présent à faire disparaître.</p>
-
-<p>Mais si, d'une manière générale, la femme
-ouvrière est insuffisamment payée, si elle ne jouit
-pas des avantages que trouvent les hommes dans
-les associations mutuelles que possèdent tous ou
-presque tous les corps d'états, il est quelques maisons
-exemplaires ou les ouvrières sont traitées
-comme de véritables coopératrices et considérées
-mieux et plus que comme des «abatteuses d'ou<span class="pagenum"><a name="Page_307" id="Page_307">307</a></span>vrage.»
-A la séance publique annuelle de la Société
-d'encouragement au bien, une des nombreuses
-récompenses était ainsi motivée: M. Jolifié (Édouard-Hippolyte),
-cinquante ans, fabricant de broderies,
-et madame Jolifié, née Louis (Lucile-Augustine),
-quarante ans, à Paris, se dévouent, depuis vingt
-ans, au soulagement des ouvriers. M. Jolifié commença
-à apporter des améliorations dans son industrie
-en 1866, en installant, à grands frais, une
-machine à vapeur qui, au point de vue du soulagement
-de ses employés, obtint un résultat inespéré.</p>
-
-<p>Le confortable et l'hygiène ont toujours été leur
-constante occupation, s'attacher les ouvriers au prix
-des plus grands sacrifices, leur faciliter le travail,
-leur donner l'exemple de la conduite et du devoir
-accompli, telle fut toujours la base de l'organisation
-de cette maison.</p>
-
-<p>Les apprenties qu'ils occupent résident chez leurs
-parents et l'on exige d'elles une conduite, une tenue
-irréprochables.</p>
-
-<p>Elles reçoivent pendant les quatre premiers mois
-de 15 à 30 francs. Devenues ouvrières, elles gagnent
-3 francs par jour au minimum.</p>
-
-<p>Des fourneaux sont à la disposition des ouvriers
-pour cuire ou chauffer leurs aliments, ce qui est
-pour eux une grande économie. La devise de la
-maison est: <i>Ordre et travail</i>.</p>
-
-<p>Par ces moyens, M. et madame Jolifié se voient
-entourés d'ouvriers laborieux et dévoués, qui apprécient
-ce qu'on fait pour eux et acquièrent, par leur<span class="pagenum"><a name="Page_308" id="Page_308">308</a></span>
-assiduité et leur économie, l'assurance d'un avenir
-exempt de gêne.</p>
-
-<p>En contribuant à la fortune du patron, ils s'enrichissent
-eux-mêmes.</p>
-
-<p>Une médaille d'honneur collective est accordée à
-M. et madame Jolifié, qui ont voulu associer leurs
-ouvrières à cette distinction honorifique. Le 5 juillet
-1880, c'était fête dans leur établissement, rue
-des Fontaines-du-Temple. Le vaste atelier avait été
-transformé en salle de concert, orné de guirlandes,
-de feuillage et de fleurs, décoré avec les plus belles
-pièces de broderies, dont quelques-unes sont de
-véritables &#339;uvres d'art.</p>
-
-<p>M. Honoré Arnoul, secrétaire général de la
-Société d'encouragement au bien, présidait la réunion
-composée de deux cents personnes, y compris
-les cent ouvrières de la fabrique. C'était une fête
-de famille où M. Honoré Arnoul a prononcé un
-discours, dont un passage résume un plaidoyer
-en faveur des femmes:</p>
-
-<p>«Quand le salaire des femmes sera ce qu'il doit
-être, quand cette aiguille, si peu prisée, pourra,
-dans la laine et la soie, gagner, avec certitude, ce
-qui est juste et équitable, on verra moins de
-fautes contre les m&#339;urs. L'argent des riches
-dés&#339;uvrés et libertins perdra de sa puissance
-corruptive, et la fille encore pure marchera d'un
-pas plus hardi et plus ferme sur les bords de
-l'abîme fascinateur.»</p>
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_309" id="Page_309">309</a></span></p>
-
-
-
-
-<h3>XIII<br /><br />
-
-<small>EXÉCUTION D'UN PARRICIDE</small></h3>
-
-
-<p>Le parricide Jules Isaac Huart, condamné à mort
-par la cour d'assises de la Charente, a été exécuté.
-Le 27 février 1880, à Cognac, Huart avait lâchement
-et de la manière la plus féroce assassiné sa bonne
-vieille mère. Au moment même où il se disposait à
-la frapper, il l'assurait qu'il n'était venu chez elle
-que pour l'embrasser. Quand le directeur de la prison
-est entré dans la cellule du condamné, pour lui
-apprendre que l'heure était venue, Huart n'a manifesté
-aucune émotion. Après une demi-minute
-d'immobilité, il s'est mis sur son séant et s'est disposé
-à s'habiller. Ceux qui assistaient à son lever
-étaient plus émus que lui. Resté seul avec M. l'abbé
-Renaud, vicaire de Saint-Martial, il a causé un
-quart d'heure avec le digne prêtre; puis un gardien
-est venu lui offrir des biscuits et un peu d'eau-de-vie
-qu'il a pris. Un instant après, il a demandé une
-cigarette. Sur l'invitation de M. l'abbé Renaud
-d'assister à la messe, Huart a répondu par un signe
-négatif. Au greffe, il prit encore deux verres de vin
-et mangea un biscuit. On lui donne lecture des
-divers arrêts qui le concernent. Il n'écoute pas, et
-quand on a fini, il demande un nouveau verre de
-vin et des biscuits. Le parricide a été conduit à
-l'échafaud, en chemise, la tête couverte d'un voile<span class="pagenum"><a name="Page_310" id="Page_310">310</a></span>
-noir et les pieds nus. Il avait environ vingt mètres
-à parcourir. Huart les a parcourus, sans défaillance,
-un bras appuyé sur celui de l'abbé Renaud, l'autre
-sur celui de l'exécuteur. Huart est très pâle, mais
-il continue à faire bonne contenance. Les apprêts
-sont faits en un clin d'&#339;il, la bascule tombe, le
-couperet s'abat... et un long frémissement agite la
-foule qui se sépare lentement, vivement impressionnée
-par ce spectacle terrible.</p>
-
-<p>Le corps du supplicié a été conduit à l'hôpital où
-l'opération du pesage de la masse encéphalique a
-été aussitôt faite par MM. les docteurs Fournier et
-Nadaud, médecins de l'hôpital, assistés de M. le
-docteur Bonger.</p>
-
-<p>La face de Huart ne présentait aucune contraction;
-la section, faite par le couperet, était très nette.</p>
-
-<p>Le poids de cerveau et du cervelet atteint 1380
-grammes se décomposant comme suit:<br /><br /></p>
-
-<p>Lobe droit du cerveau 600 grammes.</p>
-<p>Lobe gauche 600 grammes.</p>
-<p>Cervelle 180 grammes.<br /><br /></p>
-
-<p>La masse encéphalique de Huart est à 2 grammes
-près, semblable à celle de Menesclou, qui a
-donné un poids de 1,382 grammes.</p>
-
-<p>Aucun vice de conformation n'existait sur la boîte
-osseuse.</p>
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_311" id="Page_311">311</a></span></p>
-
-
-
-
-<h3>XIV<br /><br />
-
-<small>GRACE ACCORDÉE A UN EMPOISONNEUR</small></h3>
-
-
-<p>Aujourd'hui, mercredi 5 septembre 1880, a eu lieu
-au Palais de Justice (salle des appels correctionnels),
-l'entérinement des lettres de grâce de Baude, l'empoisonneur
-de Saint-Denis, et d'Oblin, l'assassin de
-Courbevoie, dont la peine de mort vient d'être commuée
-par M. le président de la République, en celle
-des travaux forcés à perpétuité.</p>
-
-<p>Baude avait, pour se venger de son patron, jeté
-de l'arsenic à pleines mains, dans le pain servi à
-une centaine de clients, dont heureusement aucun
-n'a jusqu'ici succombé.</p>
-
-<p>En montant sur le trône, nos rois de France prêtaient
-(la main étendue sur les Saints-Évangiles)
-serment de ne jamais faire grâce aux empoisonneurs.</p>
-
-
-
-
-<h3>XV<br /><br />
-
-
-<small>LA RÉORGANISATION DE LA MORGUE</small></h3>
-
-
-<p>M. le préfet de la Seine, d'accord avec M. le procureur
-de la République et sur ses indications, avait
-saisi, il a quelque temps, le conseil général d'un
-projet de réorganisation de la Morgue, point central
-des recherches et des expertises judiciaires.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_312" id="Page_312">312</a></span></p>
-
-<p>Ce projet consiste à assurer:</p>
-
-<p>La conservation presqu'indéfinie des corps;</p>
-
-<p>La recherche des poisons de toute nature et notamment
-des poisons volatils;</p>
-
-<p>L'enseignement médico-légal, organisé sur le lieu
-même où se font les expertises judiciaires.</p>
-
-<p>M. le docteur Brouardel avait reçu la mission
-d'étudier, dans les principales villes de l'Europe,
-les laboratoires et les méthodes d'expertises médico-légales.</p>
-
-<p>Dans quelques jours, le conseil général, qui a
-adopté déjà les conclusions du remarquable rapport
-du savant professeur, s'occupera de la question pratique.</p>
-
-<p>Ce qui importe avant tout, écrit le médecin-légiste,
-c'est la conservation des corps. Il faut
-que l'on puisse les exposer assez longtemps, pour
-que leur identité soit reconnue. Mais ce n'est pas
-tout; alors même que l'on a atteint ce but, il peut
-être utile à la justice d'arrêter longtemps encore la
-décomposition. Quand un crime a été commis, les
-marques des violences sont souvent les seuls caractères,
-qui permettent de saisir les moyens employés
-pour l'accomplir. Actuellement la crainte de laisser
-envahir le cadavre par la putréfaction, oblige à pratiquer
-l'autopsie immédiatement. On pourrait, au
-contraire, si l'on possédait des moyens de conservation
-suffisants, reproduire avant l'autopsie, l'aspect
-des lésions extérieures par le dessin ou même par
-la peinture et graver ainsi définitivement des stigmates,
-dont la meilleure description ne donnera<span class="pagenum"><a name="Page_313" id="Page_313">313</a></span>
-jamais qu'une idée vague. Les conclusions de l'autopsie
-peuvent d'ailleurs être discutées, soit par
-l'accusation, soit par la défense, et les exhumations
-répétées, que l'on fait actuellement sont le plus souvent
-rendues infructueuses par l'état de décomposition
-du cadavre.</p>
-
-<p>Mais les intérêts de la justice ne sont pas seuls
-compromis par la décomposition rapide des corps, il
-faut pouvoir établir «l'état civil» des huit cents
-personnes, qui sont apportées, chaque année, en
-moyenne, à la Morgue, à la suite de crimes, de
-suicides ou de simples accidents, et le temps borné
-de l'exposition actuelle le permet trop rarement.</p>
-
-
-
-
-<h3>XVI<br /><br />
-
-<small>L'AUTOPSIE DE MENESCLOU</small></h3>
-
-
-<p>L'autopsie de Menesclou a été pratiquée sous la
-direction de MM. les docteurs Dassay et Sappey.
-Elle a démontré que l'assassin avait dû être doué
-d'une force peu commune et que son cerveau, dont
-le lobe droit était beaucoup plus gros que le gauche,
-ne pesait pas moins de 1,382 grammes. Les docteurs
-ont encore pratiqué une autre opération,
-celle de la transfusion du sang d'un jeune chien,
-sous la peau de la face; mais soit qu'il se fût écoulé
-un temps trop long entre le moment de la décollation
-et celui où a pu être tentée l'expérience, soit
-aussi tout autre motif, le résultat n'a pas répondu<span class="pagenum"><a name="Page_314" id="Page_314">314</a></span>
-à l'attente des expérimentateurs. Cependant on a
-remarqué une légère coloration de la peau, ainsi
-que quelques mouvements des lèvres.</p>
-
-<p>La même expérience, renouvelée sur le tronc, n'a
-produit aucun effet. Les restes de Menesclou ont
-été en outre l'objet de diverses recherches d'histologie
-qui seront ultérieurement mises au jour. Les poumons
-du supplicié étaient atteints de tubercules. Menesclou
-était donc phtisique à un degré assez avancé.
-La taille de Menesclou était de 1 mètre 73. On avait
-attribué à Menesclou des habitudes contre nature;
-après vérification des organes examinés, il a été
-reconnu par M. Dassay, que cette accusation était
-mal fondée. La famille de Menesclou ignorait encore
-à midi que le condamné avait été guillotiné, le
-matin.</p>
-
-
-
-
-<h3>XVII<br /><br />
-
-<small>UN RÉGICIDE GLORIFIÉ</small></h3>
-
-
-<p>Sur une curieuse gravure du temps, possédée par
-M. F. Febvre, sociétaire de la Comédie-Française,
-dans son hospitalière <i>Villa Fritz</i>, à Champs, on lit:
-<i>L'histoire au vray de la Victoire, obtenue par Frère
-Jacques Clément, Religieux de l'Ordre Saint-Dominique
-lequel tua, d'un cousteau, Henri de Valois les
-jours d'Aoust, au bourg St-Cloud, luy présentant
-une lettre, et le désespoir de d'Espernon, sur la mort
-du dit Henry de Valois, son maistre</i>.</p>
-
-
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_315" id="Page_315">315</a></span></p>
-
-<p>En un autre coin de la gravure sont inscrits ces
-vers:<br /><br /></p>
-
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Un Jacobin, nommé Jacques Clément,</div>
-<div class="line">Considérant le mal qu'Henri faisait en France</div>
-<div class="line">Lui remit une lettre, et puis, très promptement</div>
-<div class="line">Luy donna d'un coustel, à droiste, près de la panse<a name="FNanchor_260_260" id="FNanchor_260_260"></a><a href="#Footnote_260_260" class="fnanchor">260</a>.</div>
-</div></div></div>
-
-
-
-
-<h3>XVIII<br /><br />
-
-
-<small>EXÉCUTION A NEW-YORK</small></h3>
-
-
-<p>Le <i>Messager franco-américain</i>, qui se publie à
-New-York (août 1880), porte:</p>
-
-<p>Maintenant que Chastine Cox et Pietro Balbo ont
-payé leur dette à la justice humaine, il sera utile de
-savoir ce que fera cette même justice des meurtriers,
-exceptionnellement nombreux, en ce moment, qui
-attendent ses décisions aux Tombs. On en compte
-en ce moment dix dans cette prison, et sur ce nombre
-cinq ont assassiné leur femme. C'est d'abord Augustus
-Leighton, quarante-quatre ans, d'apparence
-distinguée et d'humeur joviale. Il avait épousé Mary
-Deane et s'était séparé volontairement ensuite de
-son épouse. Malgré cela, il était resté jaloux et comme
-Mary avait un amant, Leighton lui rendit visite, le
-<span class="pagenum"><a name="Page_316" id="Page_316">316</a></span>13 juin dernier et l'entourant tendrement de ses
-bras, lui coupa la gorge.</p>
-
-<p>Vient ensuite Benjamin Davis, le véritable type
-du nègre et de la brute. Nellie Crawfort, sa femme,
-menait une existence interlope, dont le misérable
-profitait. Trouvant qu'elle ne lui donnait pas assez
-d'argent, il la saisit, la jeta à terre et la tua à coups
-de botte.</p>
-
-<p>La cellule 41 est occupée par Onnifrio Mangano,
-c'est encore un Italien et lui aussi a tué sa femme,
-dans un accès de jalousie.</p>
-
-<p>Deux autres assassins habitent la cellule 15,
-Charles Powers, qui a tué sa femme dans des circonstances
-atroces. Catherine Powers venait d'accoucher,
-lorsque son infâme mari rentra ivre, dans la misérable
-cave qu'elle occupait. Elle l'appela à son aide et
-le bandit lui répondit, par des coups de poing et de
-bâton. Le lendemain, la pauvre mère et son enfant
-mouraient à l'hôpital.</p>
-
-<p>Thomas Weldon rentre, le 21 juin; les voisins entendent
-Julia, sa femme, crier bientôt: «Tom, ne
-me tuez pas.» La brute était ivre et la tue à coups
-de tisonnier.</p>
-
-<p>Puis viennent ensuite Richard Caulfiel, qui a
-assassiné, le 29 juin, son camarade Balcock d'un
-coup de hache; Henri Riley, le charretier meurtrier
-d'un enfant, qui jouait sur sa voiture; Michael
-O'Neil, excellent père qui a pris la caisse dans laquelle
-son bébé dormait sur le toit de la maison et
-l'a précipitée dans la rue; Frederik Munzberg, qui a
-assassiné il y a quelques jours le malheureux peintre<span class="pagenum"><a name="Page_317" id="Page_317">317</a></span>
-Xavier Lindhauer; enfin, George Apps, le meurtrier
-de John Collins.</p>
-
-<p>Comme on le voit, la peine de mort étant aujourd'hui
-érigée en principe absolu, dans l'État de
-New-York, il y a de l'ouvrage en réserve, pour le
-bourreau<a name="FNanchor_261_261" id="FNanchor_261_261"></a><a href="#Footnote_261_261" class="fnanchor">261</a>.</p>
-
-
-
-
-<h3>XIX<br /><br />
-
-<small>DÉPENSE D'UN MÉNAGE PARISIEN (1698)
-D'APRÈS MADAME DE MAINTENON</small></h3>
-
-
-<p class="right padr2"><small>Versailles, novembre 1698.</small><br />
-</p>
-
-<p><small><i>Lettre de madame de Maintenon à madame d'Aubigné<a name="FNanchor_262_262" id="FNanchor_262_262"></a><a href="#Footnote_262_262" class="fnanchor">262</a>.</i></small><br /><br /></p>
-
-<p>Je vous promets un laquais fort grand; les petits
-ne sont bons à rien. S'il vous déplaît, chassez-le, si
-son successeur a le même malheur, chassez-le aussi
-jusqu'à ce que vous en aie trouvé un bon. J'en ai
-deux très inutiles, que je vous prêterai. Il vous faut
-un bon feu, de la gelée et peu de train. Quatre chevaux
-<span class="pagenum"><a name="Page_318" id="Page_318">318</a></span>
-vous suffiront. Je vous écris tout ce qui me
-vient dans la tête&mdash;non pour vous gêner, mais pour
-vous instruire.&mdash;Vous croirez bien que je connais
-Paris mieux que vous.</p>
-
-<p>Dans ce même esprit, voici, ma chère s&#339;ur, un
-projet de dépense tel que je l'exécuterais, si j'étais
-hors de la cour<a name="FNanchor_263_263" id="FNanchor_263_263"></a><a href="#Footnote_263_263" class="fnanchor">263</a>.</p>
-
-<p>Vous êtes donc deux personnes, monsieur et madame;</p>
-
-<p>3 femmes;</p>
-<p>4 laquais;</p>
-<p>2 cochers;</p>
-<p>1 valet de chambre.</p>
-<table summary="deux personnes"><tr>
-<td class="tdl padr2">Quinze livres de viande, à 5 sols la livre</td><td class="tdl">&nbsp;&nbsp;3&nbsp;&nbsp;livres</td><td class="tdl">15&nbsp;&nbsp;sols.</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Deux pièces de rôti</td><td class="tdl">&nbsp;&nbsp;2</td><td class="tdl">10</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Du pain</td><td class="tdl">&nbsp;&nbsp;1</td><td class="tdl">10</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Du vin</td><td class="tdl">&nbsp;&nbsp;2</td><td class="tdl">10</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Le bois</td><td class="tdl">&nbsp;&nbsp;2</td><td class="tdl">&nbsp;»</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Le fruit</td><td class="tdl">&nbsp;&nbsp;1</td><td class="tdl">10</td></tr><tr>
-<td class="tdl">La bougie</td><td class="tdl">&nbsp;&nbsp;»</td><td class="tdl">10</td></tr><tr>
-<td class="tdl">La chandelle</td><td class="tdl">&nbsp;&nbsp;»</td><td class="tdl">&nbsp;&nbsp;8</td></tr><tr>
-<td class="tdl">&nbsp;</td><td class="tdl">&mdash;&mdash;</td><td class="tdl">&mdash;&mdash;</td></tr><tr>
-<td class="tdl">&nbsp;</td><td class="tdl">14&nbsp;livres&nbsp;&nbsp;</td><td class="tdl">13 sols.</td></tr>
-</table>
-
-<p>Je compte 4 sols de vin pour vos quatre laquais et
-<span class="pagenum"><a name="Page_319" id="Page_319">319</a></span>vos deux cochers. C'est ce que madame de Montespan
-donne aux siens. Si vous avez de vin en cave,
-il ne vous coûterait pas trois sols. J'en mets 6 pour
-votre valet de chambre et 20 pour vous deux, qui
-n'en buvez pas pour trois.</p>
-
-<p>Je mets une livre de chandelle, par jour, quoiqu'il
-n'en faille qu'une demi-livre.</p>
-
-<p>Je mets 10 sols en bougie; il y en a six à la livre,
-qui coûte 1 livre 10 sols et qui dure trois jours.</p>
-
-<p>Je mets deux livres pour le bois. Cependant, vous
-n'en brûlerez que trois mois de l'année; car il ne
-faut que deux feux.</p>
-
-<p>Je mets une livre 10 sols pour le fruit. Le sucre
-ne coûte que 11 sols la livre, et il n'en faut qu'un
-quarteron<a name="FNanchor_264_264" id="FNanchor_264_264"></a><a href="#Footnote_264_264" class="fnanchor">264</a> pour une compote.</p>
-
-<p>Je mets deux pièces de rôti; on en épargne une,
-quand monsieur ou madame soupe ou dîne en ville.
-Mais aussi j'ai oublié une volaille bouillie pour le
-potage; nous entendons le ménage. Vous pouvez
-fort bien, sans passer 25 livres, avoir une entrée,
-<span class="pagenum"><a name="Page_320" id="Page_320">320</a></span>
-tantôt de saucisses, tantôt de langue de mouton ou
-de fraise de veau, le gigot bourgeois, la pyramide
-éternelle et la compote, que vous aimez tant! Cela
-posé, et que j'apprends à la cour, ma chère enfant,
-votre dépense ne doit pas passer 100 livres par
-semaine, c'est 400 par mois. Posons 500, afin que
-les bagatelles, que j'oublie ne se plaignent point
-que je leur fais une injustice.</p>
-
-<table summary="deux personnes"><tr>
-<td class="tdl"><p class="indent2">500 livres par mois, font pour votre dépense de bouche</p></td><td class="tdl">6,000 livres.</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Pour vos habits</td><td class="tdl">1,000</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Pour loyer de maison</td><td class="tdl">1,000</td></tr><tr>
-<td class="tdl">Pour gages et habits des gens</td><td class="tdl">1,000</td></tr><tr>
-<td class="tdl padr2"><p class="indent2">Pour les habits, l'opéra et les magnificences de monsieur</p></td><td class="tdl">3,000</td></tr>
-</table>
-
-<p>Tout cela n'est-il pas honnête? Et le reste de vos
-revenus ne peut-il suffire à certains extraordinaires,
-qu'on ne peut prévoir ou éluder, comme quelques
-grands repas, l'entretien de deux carrosses, l'acquit
-de quelques petites dettes?</p>
-
-<p>Cent pistoles (<i>mille livres</i>) suffiront pour vos habits.
-Vous avez une année d'avance, et je vous en
-donnerai.</p>
-
-<p>Bonsoir, en voilà assez pour un jour. Si de tout
-ce que je vous ai dit, un mot peut vous être utile,
-je n'aurai nul regret à ma peine. Et du moins,
-je vous aurai appris à ne pas dédaigner le ménage;
-en lisant ce projet, peut-être me trouverez-vous
-naïve. Essayez-en, et l'on vous trouvera magnifique.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_321" id="Page_321">321</a></span></p>
-
-<p>Adieu, mon enfant, aimez-moi comme je vous
-aime.</p>
-
-
-
-
-<h3>XX<br /><br />
-
-
-<small>ATTAQUES NOCTURNES AUX ÉTATS-UNIS</small></h3>
-
-
-<p>On s'est plaint à diverses époques, à Paris, à
-Londres, des attaques nocturnes: voici ce qui se
-passe, dans les rues de New-York, en plein midi,
-en 1880, et doit nous consoler et nous fortifier, dans
-la résignation.</p>
-
-<p>Le mercredi 8 septembre, quelques instants après
-midi, le nommé James Mooney, mécanicien de son
-état, demeurant 125 Ouest 24<sup>e</sup> rue, se rendait tranquillement
-chez lui, lorsque deux individus l'ont
-assailli à l'improviste, par derrière, et l'ont renversé
-sur le pavé. Mooney a tenté de leur résister, mais il
-n'a réussi qu'à se faire meurtrir la tête et le corps
-de coups de pied, après quoi l'un des bandits a
-retourné ses poches et a pris le peu d'argent qu'elles
-contenaient. Cela se passait au coin de la 6<sup>e</sup> avenue
-et de la 24<sup>e</sup> rue, sous les veux d'une cinquantaine
-de personnes. Quelques hommes résolus se sont
-élancés sur les deux audacieux coquins, mais ceux-ci
-ont aussitôt tiré un revolver et ont menacé de tuer
-quiconque s'approcherait d'eux. A la vue des revolvers
-le rassemblement s'est dispersé, en toute hâte,
-et les deux bandits se sont éloignés tranquillement,
-sans se presser, personne n'osant les molester.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_322" id="Page_322">322</a></span></p>
-
-<p>La police a fini pourtant par les arrêter.</p>
-
-<p>La loi de Lynch est toujours en honneur, en Amérique,
-et personne ne songe à en médire, quand on
-croit qu'elle ne fait que devancer l'application de la
-loi régulière; mais souvent elle est inspirée par
-d'autres sentiments que ceux de la justice, comme
-dans le cas suivant:</p>
-
-<p>Un nommé Thomas Mac Donald, âgé de vingt-huit
-ans, fermier, demeurant près de Commercial-Point,
-à quelques milles de Columbus (Ohio), a été
-enlevé de sa maison et pendu à un arbre d'un bosquet
-voisin, par des hommes restés inconnus. Mac
-Donald était venu du Kentucky, il y a quelques
-années et avait épousé la fille d'un riche cultivateur
-de la localité.</p>
-
-<p>Il s'était fait détester de ses voisins, par son caractère
-querelleur et vindicatif. Samedi dernier, il
-s'est pris de querelle avec l'un d'eux, nommé Thomas
-Beaver, et a été fort maltraité. Les villageois
-ont ensuite décidé de se débarrasser de lui, et pour
-cela ils n'ont rien trouvé de mieux que de le pendre.</p>
-
-<p>Quant aux exécutions régulières, il y en a toutes
-les semaines. Cette semaine, deux nègres, Williere
-Powell et Achille Thomas, âgés de dix-neuf et vingt-trois
-ans, ont été pendus devant la Court House de
-la paroisse Saint-James (Louisiane), en présence de
-trois mille spectateurs. Il avaient été condamnés
-comme meurtriers d'un nommé Théogène Gaudet.
-Tous deux ont parlé du haut de l'échafaud, un
-quart d'heure environ. Ils ont reconnu leur culpabilité
-et exprimé l'espoir de recevoir le pardon de<span class="pagenum"><a name="Page_323" id="Page_323">323</a></span>
-Dieu. La mort produite par strangulation pour chacun
-d'eux, n'est survenue qu'après vingt-six minutes
-de pendaison.</p>
-
-<p>Décidément, nous n'avons pas tant à envier à la
-libre Amérique, en France, on ne tue plus que
-les honnêtes gens, livrés au bon plaisir des malfaiteurs.</p>
-
-
-
-
-<h3>XXI<br /><br />
-
-<small>MEURTRE D'UN DENTISTE</small></h3>
-
-<p class="center2"><small>(Francisco, 1<sup>er</sup> juillet 1880).</small></p>
-
-
-<p>A Oakland, le docteur Alfred Lefèvre<a name="FNanchor_265_265" id="FNanchor_265_265"></a><a href="#Footnote_265_265" class="fnanchor">265</a>, dentiste
-établi en cette ville, a été blessé mortellement de
-deux coups de revolver, par un des principaux employés
-de la <i>London and San Francisco Bank</i>,
-M. Édouard Schr&#339;der, lequel était venu à Oakland
-pour accomplir son funeste projet. La victime n'a
-<span class="pagenum"><a name="Page_324" id="Page_324">324</a></span>survécu que peu d'instants à sa blessure; la balle
-lui ayant perforé les intestins.</p>
-
-<p>Le docteur Alfred Lefèvre était l'un des plus populaires
-et des plus habiles dentistes d'Oakland, où
-il résidait depuis dix-sept ans et où il avait toujours
-joui d'une excellente réputation, aussi bien comme
-homme privé que comme praticien émérite. Il était
-âgé de quarante-sept ans et natif de France. Il
-laisse une veuve et quatre enfants, dont l'aîné n'a
-pas encore onze ans et le plus jeune quatorze mois.</p>
-
-<p>Edward F. Schr&#339;der, l'assassin du docteur Lefèvre,
-est un jeune homme de trente-deux ans,
-occupant une fort jolie position à la Banque de
-Londres, à San Francisco. Il a toujours mené une
-conduite exemplaire et s'est acquis l'estime générale.
-Sa jeune femme, âgée d'environ vingt-cinq ans, est
-la fille du Rév. docteur Stebbins, de San Francisco.
-Il l'avait épousée clandestinement et à l'insu de son
-père, qui s'en était montré scandalisé. Mais depuis
-lors, l'accord s'était fait dans la famille qui vivait
-en bonne intelligence.</p>
-
-<p>Quant aux causes réelles qui ont motivé la tragédie,
-elles ne sont pas encore bien établies, et il
-règne à ce sujet quelques doutes, que n'a pas éclaircis
-l'enquête. Il est néanmoins certain que madame
-Schr&#339;der, qui habitait Oakland, avait souvent
-rendu visite au docteur Lefèvre, dans le but de se
-faire nettoyer ou arracher des dents.</p>
-
-<p>Elle rapporte que, lors de sa dernière visite, c'est-à-dire
-samedi dernier, elle aurait été soumise par
-le dentiste à l'influence du chloroforme, et qu'en<span class="pagenum"><a name="Page_325" id="Page_325">325</a></span>
-cet état le docteur Lefèvre l'aurait outragée. Lundi,
-dans l'après-midi, elle était allée au-devant de son
-mari, arrivant de San Francisco, et l'avait informé
-de ce qui lui était arrivé. Le mari, voulant venger
-l'honneur de sa femme outragée, serait allé immédiatement
-trouver le docteur pour le tuer.</p>
-
-<p>D'après une autre version, celle de Mary Agnew,
-qui a depuis fort longtemps été employée, par le
-docteur Lefèvre, en qualité d'assistante, pendant les
-opérations, il paraît établi que jamais le docteur
-n'a administré le chloroforme à l'une de ses clientes,
-sans qu'une tierce personne fût présente; que
-d'ailleurs les portes étaient toujours grandes ouvertes,
-afin que tout le monde pût aller et venir, et que<a name="FNanchor_266_266" id="FNanchor_266_266"></a><a href="#Footnote_266_266" class="fnanchor">266</a>,
-par conséquent, il était littéralement impossible qu'il
-se passât rien d'illicite.</p>
-
-<p>Maintenant les docteurs experts appelés en témoignage
-ont émis l'opinion que l'emploi des
-agents anesthésiques sur des patients, pouvaient
-leur causer certaines hallucinations, qui leur faisaient
-croire à l'accomplissement de faits, qui n'existaient
-que dans leur imagination, et ils en concluent
-<span class="pagenum"><a name="Page_326" id="Page_326">326</a></span>que l'accusation, formulée par madame Schr&#339;der
-contre le docteur Lefèvre, pourrait bien être purement
-imaginaire.</p>
-
-<p>Quoi qu'il en soit, le jury du coroner, en rendant
-son verdict, a déclaré que le défunt Alfred Lefèvre,
-âgé de quarante-sept ans, et natif de France, était
-mort le 26 juillet, dans son office, au coin des rues
-Huitième et Broadway, à Oakland, par suite d'une
-hémorragie interne, causée par une blessure d'arme
-à feu dans la région de l'abdomen, et que cette
-blessure lui avait été infligée, par un nommé Edward
-F. Schr&#339;der, coupable du crime de meurtre.</p>
-
-<p>Les débats qui auront lieu au cours du procès
-détermineront sans doute le cas qu'on doit faire de
-certaines versions contradictoires. En attendant, et
-comme pour ajouter encore au mystère, qui semble
-entourer cette tragique affaire, on rapporte que
-madame Schr&#339;der a disparu du domicile de son
-père, où elle s'était réfugiée avec ses enfants, et l'on
-ajoute qu'elle aurait dit à la prison de ville en
-quittant son mari qui l'engageait à prendre soin des
-enfants: «Adieu! car vous ne me reverrez plus
-vivante!»</p>
-
-
-
-
-<h3>XXII<br /><br />
-
-
-<small>EXÉCUTION DANS LES PRISONS ET CORDES DE PENDUS</small></h3>
-
-
-<p>On se rappelle que lors du ministère de M. Dufaure,
-un projet fut élaboré concernant la façon<span class="pagenum"><a name="Page_327" id="Page_327">327</a></span>
-dont seraient réglées, à l'avenir, les exécutions
-capitales<a name="FNanchor_267_267" id="FNanchor_267_267"></a><a href="#Footnote_267_267" class="fnanchor">267</a>.</p>
-
-<p>Aux termes de ce projet, on voulait éviter de
-rendre publiques ces exécutions, tout en leur maintenant
-la publicité exigée par la loi. Nous croyons
-savoir que les Chambres auront à en délibérer, dans
-le cours de la présente session. Cette mesure est
-bien inutile; il importe de maintenir au supplice,
-sa publicité, son exemple et de mettre, autour de
-l'échafaud, un important cordon de troupes, comme
-pour les exécutions militaires. On ne croira pas,
-en France, à la réalité de l'exécution, qui n'aura
-pas eu lieu en public.</p>
-
-<p>Dans une pendaison de cinq Allemands (faisant
-partie d'une bande d'assassins), qui vient d'avoir
-lieu (août 1880) aux État-Unis, la foule se précipita
-de force dans l'une des cours de la prison, où le supplice
-venait d'avoir lieu, et là, elle piétina les corps,
-encore chauds, des condamnés, pour leur arracher
-et se partager les cordes des pendus, sur les corps
-desquels des industriels mirent des affiches, pour
-réclames.</p>
-
-<p>Le même fait s'est récemment produit à l'Opéra
-de Paris, où un machiniste s'était pendu, sous la
-scène. Quand le commissaire de police du IX<sup>e</sup> arrondissement,
-M. Daudet, vint, pour constater le suicide,
-on ne put lui représenter un seul morceau de la
-corde, tous les <i>rats</i> l'avaient coupée et partagée,
-pour se porter bonheur, dans leur carrière si agitée.</p>
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_328" id="Page_328">328</a></span></p>
-
-
-
-<h3>XXIII<br /><br />
-
-
-<small>LE SUICIDE</small></h3>
-
-
-<p>«Nous sortons de cette vie par trois portes:
-l'une immense, aux proportions colossales, par
-laquelle passe une foule de plus en plus compacte,
-c'est la porte des maladies; la seconde, de moindre
-grandeur, et qui semble se rétrécir graduellement,
-c'est la porte de la vieillesse; la troisième, sombre,
-d'apparence sinistre, toute maculée de sang, c'est
-la porte des morts violentes, accidents, meurtres,
-duels et <i>suicides</i>.»</p>
-
-<p>Ces lignes, extraites d'un livre curieux et rare,
-l'<i>Ordre divin</i>, par le révérend Sussmilch, ont été
-écrites en 1740, et, de nos jours, elles ont acquis
-un caractère frappant de vérité.</p>
-
-<p>En effet, si la mortalité par les maladies peut
-avoir quelque peu diminué, la mortalité, par les
-accidents et surtout par les suicides, s'augmente,
-dans des proportions extraordinaires. La rapidité
-d'accroissement du nombre des morts volontaires
-dans les divers États européens est aujourd'hui
-telle que les gouvernements se sont émus et ont
-prescrit des enquêtes, dont les résultats ne sont pas
-encore connus très complètement, quant aux causes
-déterminantes de la mort volontaire, mais ont été
-dénombrés, avec une grande exactitude, par pays et
-par époques.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_329" id="Page_329">329</a></span></p>
-
-<p>Un statisticien Italien, le professeur Morselli, a
-relevé les résultats déjà constatés, car il établit
-ces points principaux: 1º Que le suicide s'accroît,
-à peu d'exceptions près, dans tous les pays européens;
-2º Que la proportion d'accroissement du
-nombre des suicides est plus rapide que la proportion
-d'accroissement de la population. Il s'ensuivrait
-donc que le nombre des morts volontaires
-augmente, avec les progrès de la civilisation matérielle
-et avec l'affaiblissement des idées religieuses.</p>
-
-<p>En comparant les chiffres des suicides, obtenus
-pour les trente dernières années du siècle, on constate
-que le nombre moyen annuel des suicides est
-passé de 1845 à 1875:</p>
-
-<p>De 212 à 347 pour la Suède; de 138 à 129 pour
-la Norvège; de 306 à 448 pour le Danemark; de
-1,642 à 3,343 pour la Prusse; de 235 à 362 pour la
-Belgique; de 340 à 706 pour la Saxe royale; de 809
-à 2,472 pour l'Autriche; de 2,951 à 5,256 pour la
-France<a name="FNanchor_268_268" id="FNanchor_268_268"></a><a href="#Footnote_268_268" class="fnanchor">268</a>.</p>
-
-<p>On ne connaît pas les chiffres de l'Angleterre et
-de l'Italie, pour la période de 1865 à 1875; mais
-de 1025 suicides annuels qu'elle comptait vers 1850,
-l'Angleterre est passée au chiffre de 1544, pour la
-période de 1871 à 1875. L'Italie comptait, pendant
-la période de 1860 à 1865, une moyenne annuelle
-de 718 suicides; ce chiffre est passé à 923 pour la
-période de 1871-1875. En Hollande, on n'a pas de
-chiffres antérieurs à la période de 1865-1877; ce
-<span class="pagenum"><a name="Page_330" id="Page_330">330</a></span>pays comptait à cette époque 94 suicides contre 146
-dans la dernière série d'années. Notons enfin, pour
-qui voudrait comparer les nombres des suicides, en
-France et en Allemagne, que la proportion d'accroissement
-a été beaucoup plus forte, dans l'ensemble
-des contrées, groupées sous la qualification
-d'empire Allemand, que dans notre pays. Ce nombre,
-qui, en 1845, était de 2751, s'est élevé au
-chiffre de 5389 pendant la période dernière de
-1871 à 1875.</p>
-
-<p>Sauf dans les pays Scandinaves, où l'épidémie du
-suicide paraît s'être amoindrie, on constate que
-partout il y a progression et dans quelques pays les
-aggravations sont énormes. Ainsi, de 1845 à 1875,
-le fléau du suicide a doublé en Prusse, en Bavière,
-en Saxe, a triplé en Autriche et dans le duché de
-Bade; il a augmenté de 80 pour cent en France,
-d'environ 60 pour cent en Angleterre, en Danemark,
-en Belgique. Les contrées où la proportion d'accroissement
-est vraiment effrayante sont: le canton
-de Neuchâtel, où cette proportion a quadruplé;
-celui de Genève, où elle a triplé.</p>
-
-<p>Bien que les nombres cités plus haut soient le
-résultat de relèvements, faits avec soin sur des documents
-officiels, il n'en est pas moins vrai que l'exactitude
-des déclarations n'est pas la même pour tous
-les pays.</p>
-
-<p>Il existe, en effet, un très grand nombre de localités
-où le décès, par suicide, échappe aux constatations
-judiciaires, par suite à la statistique. Si une
-telle constatation est facile, dans les contrées de<span class="pagenum"><a name="Page_331" id="Page_331">331</a></span>
-populations agglomérées, elle est plus difficile, dans
-les pays où les habitants se trouvent disséminés sur
-de grands espaces, où les familles peuvent plus
-aisément dissimuler les causes véritables du décès.</p>
-
-<p>Par conséquent, si nous connaissons, d'une
-manière précise, le chiffre des décès par suicide, dans
-les grands pays comme la France et l'Angleterre,
-il n'en est pas de même pour l'Allemagne, l'Autriche,
-la Russie, l'Italie, où nombre d'habitants n'ont
-que peu de relations avec les centres administratifs.</p>
-
-<p>A quelles causes faut-il attribuer cette maladie
-du suicide, un genre de folie, suivant beaucoup de
-médecins, qui doit avoir pour origine une lésion au
-cerveau?</p>
-
-<p>M. Morselli divise ces causes ou influences en
-quatre grandes divisions: la division des influences
-cosmiques ou naturelles; la division démographique,
-la division sociale et la division individuelle,
-cette dernière embrassant, comme subdivisions, le
-sexe, l'état civil, la profession, la condition sociale,
-le tempérament mental, etc.</p>
-
-<p>Les influences dites cosmiques, c'est-à-dire de
-climat, de saison, de jour et d'heure, ne donnent
-que des résultats négatifs. Toutefois, on a constaté
-une simultanéité entre l'accroissement du nombre
-des suicides et l'élévation de la température.</p>
-
-<p>Les influences ethnographiques et démographiques
-ne paraissent pas devoir nous arrêter, car on
-ne découvre pas aisément quels sont les rapports
-qui peuvent exister entre les m&#339;urs et les usages
-du pays et la fréquence des suicides. Notons toute<span class="pagenum"><a name="Page_332" id="Page_332">332</a></span>fois
-que l'influence de race paraît se manifester
-surtout pour les peuples Germains, puisque dans
-tous les États Allemands, qu'ils fassent partie de
-l'Empire Allemand ou de l'agglomération Autrichienne,
-le nombre des suicides qu'ils comptent,
-est constamment le plus élevé.</p>
-
-<p>Les influences sociales ne se font sentir bien clairement
-que pour le culte. On remarque que le suicide
-est plus fréquent chez les protestants que chez
-les catholiques et surtout les juifs. La densité de la
-population reste sans importance sur le chiffre des
-suicides, mais c'est un fait bien connu, que l'on se
-suicide beaucoup plus fréquemment et beaucoup
-plus facilement, dans les villes que dans les campagnes.</p>
-
-<p>Les influences individuelles, biopsychologiques
-sont celles que l'on a essayé le plus souvent de
-déterminer, d'une manière précise. Trois points
-seulement sont établis sans réplique, c'est que le
-nombre des femmes qui se tuent est de trois à quatre
-fois moins élevé que celui des hommes; que le
-suicide fait moins de victimes, parmi les personnes,
-engagées dans les liens du mariage, que parmi celles
-qui vivent isolées, principalement en ce qui concerne
-les hommes. On constate, en effet, que le
-nombre des morts volontaires est beaucoup plus
-élevé parmi les célibataires que chez les veufs, et
-plus élevé également chez les veufs que chez les
-hommes mariés.</p>
-
-<p>Enfin le suicide s'accroît avec l'âge jusqu'à la
-limite extrême de la vie, le nombre de personnes<span class="pagenum"><a name="Page_333" id="Page_333">333</a></span>
-suicidées est plus grand parmi les vieillards que
-parmi les personnes, dans la jeunesse ou dans la
-force de l'âge.</p>
-
-<p>Quant aux motifs de suicides, il est difficile de
-les établir d'une manière bien précise, les statistiques
-officielles ne donnant, à cet égard, aucun renseignement
-sur lequel on puisse baser une opinion.
-La cause de cette lacune réside surtout dans ce fait
-que les familles, si elles déclarent le suicide d'un
-parent, n'indiquent pas toujours les causes de sa
-funeste résolution.</p>
-
-<p>Notons aussi que pour un grand nombre de suicides,
-quand l'individu se tue secrètement ou loin
-de sa demeure, la cause de sa mort reste absolument
-inconnue. On peut toutefois énumérer comme
-causes principales de suicide: la perte de la fortune,
-le désir d'échapper à une action judiciaire, celui de
-ne plus être à charge à une famille, les déceptions
-de c&#339;ur<a name="FNanchor_269_269" id="FNanchor_269_269"></a><a href="#Footnote_269_269" class="fnanchor">269</a>, la monomanie, les maladies incurables et
-douloureuses, etc.</p>
-
-<p>Un curieux enseignement ressort des documents
-statistiques que l'on possède en France: les motifs
-qui poussent la femme au suicide sont habituellement
-plus généreux, plus élevés, plus empreints de
-cette grande morale, qui rend bien des philosophes
-indulgents pour le suicide.</p>
-
-<p>Quant aux modes de suicide, ils varient peu,
-<span class="pagenum"><a name="Page_334" id="Page_334">334</a></span>suivant les pays, partout les désespérés ont recours
-à la pendaison, au pistolet, à l'arme blanche, au
-poison, à l'asphyxie par immersion ou le charbon.
-Les femmes ont rarement recours aux armes blanches
-ou à feu, mais presque toujours se donnent la
-mort, par les deux derniers modes indiqués.</p>
-
-<p>La manie du suicide est-elle guérissable? A cette
-question manque la réponse, puisqu'aux philosophes
-qui réclament, pour la combattre, une instruction
-forte et étendue, une éducation morale bien suivie,
-on répond que le suicide est aussi commun dans
-les classes élevées de la société que parmi les classes
-inférieures. Seules, les personnes dont les convictions
-religieuses sont sincères, à quelque culte
-qu'elles appartiennent, ne présentent que des cas
-fort rares de suicides; quels que soient leurs chagrins,
-leurs déceptions et leurs souffrances, elles se
-conforment au précepte religieux, qui interdit à
-l'être humain de chercher à devancer l'heure finale
-de sa vie.</p>
-
-
-
-
-<h3>XXIV<br /><br />
-
-<small>CONSTAT DES SUICIDES EN AMÉRIQUE</small></h3>
-
-
-<p>États-Unis (New-York, 9 septembre 1880). Voici
-quelques menus faits, dont la signification concorde
-bien avec le caractère spécial aux m&#339;urs Américaines.
-Commençons par le monde judiciaire. Un
-coroner, nommé Herman, a expédié, dans une seule
-audience, quatorze enquêtes de cas de suicides, qui<span class="pagenum"><a name="Page_335" id="Page_335">335</a></span>
-avaient été laissées en retard, pour une cause ou
-pour une autre, et dont les «sujets» étaient enterrés
-depuis un mois ou deux. Le jury a refusé, malgré
-les adjurations du coroner, de considérer comme
-sérieuses ces formalités, qui ne pouvaient plus avoir
-aucune raison d'être, sauf de justifier le payement
-des honoraires légaux.</p>
-
-<p>Dès le commencement de la séance, les jurés ont
-demandé à voir les corps, attendu qu'en cas de
-suicide l'enquête doit être tenue «sur le corps.» Le
-coroner a répondu que la loi exigeant la vue du
-corps est tombée en désuétude, et le jury s'est prêté
-complaisamment à jouer le rôle jusqu'au bout,
-mais non sans quelques taquineries, destinées à rappeler
-au coroner que la fournée d'enquêtes tardives
-par lui entreprise, était purement et simplement une
-farce lugubre. Dans le premier cas, qui était celui
-d'un homme qui s'est tué avec un pistolet, on a
-proposé un verdict censurant les armuriers, qui vendent
-des pistolets, avec lesquels les acheteurs se
-suicident ensuite, et l'on a finalement rendu un
-verdict de «mort causée par une maladie des reins,
-accélérée par un coup de pistolet, dans la tête.» Le
-deuxième sujet s'était pendu. Un juge a demandé
-de censurer toutes personnes, vendant aux gens des
-cordes, dont ils abusent pour se pendre. Pour les
-autres cas, le jury, ne voulant pas éterniser la
-séance, s'est borné à proclamer que le défunt «s'est
-suicidé de ses propres mains.»</p>
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_336" id="Page_336">336</a></span></p>
-
-
-
-
-<h3>XXV<br /><br />
-
-<small>LE SYSTÈME PÉNITENTIAIRE EN FRANCE</small></h3>
-
-
-<p>Le nouveau conseil aura lieu de s'occuper de la
-loi récente, prescrivant pour les condamnés, l'établissement
-du système pénitentiaire, l'organisation
-de notre système cellulaire devient une question
-d'actualité, que nous allons étudier brièvement.</p>
-
-<p>Le service pénitentiaire est placé sous l'autorité
-du ministre de l'intérieur (sauf en ce qui concerne
-les prisons affectées aux militaires et marins, dont
-le service ressortit au ministère de la guerre et de
-la marine).</p>
-
-<p>En outre, depuis la suppression des bagnes, qui
-a eu lieu sous l'Empire, en 1854, les lieux d'outremer,
-affectés à la transportation, dépendent du ministère
-de la marine.</p>
-
-<p>Les condamnés à plus d'un an de prison subissent
-leur peine dans une maison centrale.</p>
-
-<p>Voici, du reste, le dénombrement statistique des
-prisons et des établissements pénitentiaires sur
-lesquels s'étendra la juridiction du nouveau conseil
-supérieur des prisons.</p>
-
-<p>Il existe actuellement, tant en France qu'en
-Algérie, 15 établissements pénitentiaires affectés
-aux hommes.</p>
-
-<p>Ces établissements sont, pour la France: Albertville,
-Aniane, Beaulieu, Clairvaux, Embrun, Eysses,<span class="pagenum"><a name="Page_337" id="Page_337">337</a></span>
-Fontevrault, Gaillon, Loos, Melun, Nîmes, Poissy,
-Riom.</p>
-
-<p>Pour l'Algérie: Lambessa, l'Harrach.</p>
-
-<p>Il faut ajouter à ces quinze établissements les trois
-pénitenciers agricoles de la Corse, qui sont: Casabianda,
-Castelluccio et Chiavari.</p>
-
-<p>Cela fait en tout dix-huit maisons centrales,
-maisons de détention ou pénitenciers agricoles.</p>
-
-<p>Il existe en outre pour les condamnés, pour faits
-insurrectionnels 2 maisons de détention (Belle-Isle
-et Thouars) et une maison centrale de correction
-spéciale à Landerneau. Les établissements pénitentiaires
-affectés aux femmes, sont au nombre de 7,
-dont 6 pour la France et 1 pour l'Algérie.</p>
-
-<p>Ce sont en France: Auberive, Cadillac, Clermont,
-Doullens, Montpellier et Rennes.</p>
-
-<p>En Algérie: Le Lazaret.</p>
-
-<p>En dehors des maisons centrales, maisons de
-détention et pénitenciers agricoles, il existe en
-France 38 établissements d'éducation correctionnelle
-affectés aux garçons.</p>
-
-<p>Ce sont: les Douaires, Saint-Bernard, Saint-Hilaire,
-Saint-Maurice, le val d'Yèvre, Dijon, Lyon,
-Nantes, Rouen, Villeneuve-sur-Lot, Armentières,
-Autreville, Bar-sur-Aube, Beaurecueil, Citeaux,
-Courcelles, Fontgombault, Fontillet, La Trappe
-Jommelières, Labarde, La Loge, Langonnet, Le
-Luc, Mettray, Moiselles, Naumoncel, Oullins,
-Saint-Éloi, Sainte-Foy, Saint-Ilan, Saint-Urbain,
-Société de patronage de la Seine, Tesson, Vailhanquez,
-Voigny.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_338" id="Page_338">338</a></span></p>
-
-<p>En Algérie, il n'existe qu'un seul établissement
-d'éducation correctionnelle, affecté aux garçons:
-c'est M'zéra.</p>
-
-<p>Les établissements d'éducation correctionnelle,
-affectés aux filles, sont au nombre de vingt-cinq.
-Savoir: Nevers, Saint-Lazare, Sainte-Marthe,
-Amiens, Angers, Bavilliers, Bordeaux, Bourges,
-Diaconesses, Dôle, Israélites, la Madeleine, le Mans,
-Limoges, Lyon, Méplier-Blanzy, Montpellier,
-Rouen, Sainte-Anne-d'Auray, Saint-Omer, Sens,
-Société de patronage de la Seine, Tours, Varenne-les-Nevers
-et Villepreux.</p>
-
-<p>On ne compte en Algérie aucun établissement
-d'éducation correctionnelle affecté aux filles.</p>
-
-<p>Ajoutons qu'il existe en outre des maisons d'arrêt,
-de justice et de correction dans tous les départements,
-et des dépôts de sûreté dans tous les chefs-lieux
-de canton.</p>
-
-<p>Enfin il y a à l'île Saint-Martin de Ré un dépôt,
-pour les condamnés aux travaux forcés, avant leur
-transférement dans les colonies de déportation et
-de transportation.</p>
-
-
-
-
-<h3>XXVI<br /><br />
-
-<small>UN LYPÉMANIAQUE</small></h3>
-
-
-<p>En 1849, Bertrand, le vampire du cimetière Montparnasse,
-y déterrait les cadavres, la nuit, les dépeçait
-avec son sabre et ses dents, sans les violer ni<span class="pagenum"><a name="Page_339" id="Page_339">339</a></span>
-les voler; il était âgé<a name="FNanchor_270_270" id="FNanchor_270_270"></a><a href="#Footnote_270_270" class="fnanchor">270</a> de vingt-cinq ans et demi,
-sergent au 74<sup>e</sup> de ligne. Le docteur aliéniste Marchal
-(de Calvi) vint déclarer que, pour lui, Bertrand,
-était un lypémaniaque, un homme absolument irresponsable
-de ses actes<a name="FNanchor_271_271" id="FNanchor_271_271"></a><a href="#Footnote_271_271" class="fnanchor">271</a>. Voici comment Bertrand,
-dans une note, expliquait lui-même les horribles
-tentations, auxquelles il succombait: Ce n'est que
-le 23 ou le 25 février 1847, qu'une espèce de fureur
-s'est emparée de moi et m'a porté à accomplir les
-faits pour lesquels je suis arrêté. Étant allé un jour
-me promener à la campagne, avec un de mes
-camarades, nous passâmes devant un cimetière;
-la curiosité nous y fit entrer. Une personne avait
-été enterrée la veille; les fossoyeurs, surpris par la
-pluie, n'avaient pas entièrement rempli la fosse et
-avaient, de plus, laissé les outils sur le terrain. A
-cette vue, de noires idées me vinrent; j'eus comme
-un violent mal de tête, mon c&#339;ur battait avec force;
-je ne me possédais plus. A peine débarrassé de mon
-camarade, je retourne au cimetière; je m'empare
-d'une pelle et je me mets à creuser la fosse. Bertrand
-raconte ainsi lui-même,&mdash;dans un mémoire
-adressé au médecin,&mdash;les diverses exhumations et
-<span class="pagenum"><a name="Page_340" id="Page_340">340</a></span>profanations, auxquelles il s'est livré, et il ajoute:
-Nous étions au camp d'Ivry. Pendant la nuit, les
-sentinelles étaient très rapprochées et leur consigne
-était sévère; mais rien ne pouvait m'arrêter. Je
-sortais du camp, toutes les nuits, pour aller au cimetière
-de Montparnasse, où je me livrais à de grands
-excès. La première victime de ma fureur fut une
-jeune fille, dont je dispersai les membres après
-l'avoir mutilée. La seconde fois, je déterrai une
-vieille femme et un enfant, que je traitai de la
-même manière que mes autres victimes. Tout le
-reste se passa dans le cimetière où sont enterrés
-les suicidés et les personnes mortes aux hôpitaux.
-Il est à remarquer que je n'ai jamais pu mutiler un
-homme; je n'y touchais presque jamais, tandis que
-je coupais une femme en morceaux, avec un plaisir
-extrême. Je ne sais à quoi attribuer cela?</p>
-
-
-
-
-<h3>XXVII<br /><br />
-
-<small>LES CHAMPS-ÉLYSÉES ET LE BOIS DE VINCENNES</small></h3>
-
-
-<p>On n'ose plus trop parler de l'aventure du bois de
-Vincennes et de l'historiette, digne de certaines pages
-de Tallemant des Réaux, qui a conduit, devant
-des juges civils, un ancien capitaine de l'armée et
-un artilleur de la garnison. C'est un joli scandale.
-Il amène aussitôt sur les lèvres des citations d'une
-étrange latinité et fait penser au pasteur Corydon.
-Triste pastorale et lugubre matière à plaisan<span class="pagenum"><a name="Page_341" id="Page_341">341</a></span>teries.
-On a peut-être un peu trop abusé d'une
-certaine excuse, en plus d'un crime<a name="FNanchor_272_272" id="FNanchor_272_272"></a><a href="#Footnote_272_272" class="fnanchor">272</a>, l'excuse pathologique.
-En bien des cas, en effet, la maladie est
-une circonstance par trop atténuante. Mais, si jamais
-lésion cérébrale dut être recherchée, c'est, évidemment
-ici; il doit y avoir là je ne sais quel trouble
-malsain, pathologique, un capitaine amené avec le
-canonnier, ce Chouard en uniforme, devant un aliéniste,
-n'eût pas fini sur les bancs d'un tribunal. Le
-médecin eût peut-être été dur pour la raison et
-l'état sanitaire de cet homme, mais il eût évidemment
-sauvé son honneur. Voilà une affreuse chute:
-il paraît que ce soldat fut un brave. Il avait vaillamment
-gagné l'épaulette, qu'il laissa pour se faire
-pianiste. Premier symptôme morbide, ce qui ne
-serait peut-être pas très flatteur pour les pianistes,
-mais ce qui est fort exact. Le capitaine concertant
-devint un moment à la mode, on l'applaudit à la
-salle Hertz, il donna des concerts suivis. L'<i>Illustration</i>
-publia son portrait, absolument comme s'il se
-fût agi d'un nouvel académicien, d'un premier ministre,
-nouvellement arrivé au pouvoir ou du petit
-prodige Jacques Inaudi, plus fort que Barême. Qui
-diable eût jamais pu s'imaginer que le capitaine
-finirait par une telle aventure, par une idylle à la
-Virgile, d'une antiquité douteuse? En y songeant, la
-pitié s'en mêle et on en vient à se dire: «Ne parlons
-point d'un tel sujet. Cela est trop répugnant et trop
-mélancolique!»</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_342" id="Page_342">342</a></span></p>
-
-<p>Des philosophes, ont même poussé l'émotion
-jusqu'à conseiller au capitaine d'en finir bel et bien
-et tôt par un coup de pistolet, dans la cervelle. Ce
-sont là des choses qu'on exécute, mais qu'on ne
-conseille point, surtout du fond d'un cabinet de
-rédaction. Le malheureux sait sans doute aussi bien
-que vous ce qui lui reste à faire! Mais à ce dénouement
-qui s'appelle le suicide et qui implique l'idée de
-remords et de châtiment, ne vaudrait-il pas mieux
-le cabanon à perpétuité, qui serait du moins une
-explication et une excuse? Sterne et Balzac, qui
-croyaient à l'influence des noms, eussent remarqué
-que l'<i>y grec</i> figurait dans chacun des noms de ces
-imitateurs d'une forme de l'amour Grec. Voulez-vous
-que je vous dise? Il ne faut pas croire aux
-noms, et le détraquement du cervelet, en matière
-littéraire, aura quelque peu agi sur cet homme. Le
-bizarre, l'excentrique, le paroxysme (avec un <i>y grec</i>)
-menacent d'envahir toutes choses, et il n'y a plus
-guère à compter sur rien. Pas plus tard qu'hier,
-un journal me tombe sous les yeux, dont le titre
-enrubanné et tendrement élégant pouvait bien faire
-espérer, je pense, une littérature un peu douce et
-reposante: <i>le Troubadour</i>, après <i>Alphonse et Nana</i>!
-Les contrastes toujours.</p>
-
-
-
-
-<h3>XXVIII<br /><br />
-
-<small>SIGNES D'IDENTITÉ</small></h3>
-
-
-<p>L'identité des malfaiteurs se constate par des pho<span class="pagenum"><a name="Page_343" id="Page_343">343</a></span>tographies,
-par des signalements, par les tatouages,
-pratiqués dans les bagnes et les prisons, stigmates
-ineffaçables. On dit que les signes certains de l'identité
-sont: l'écriture, le visage, les pieds et la parole.
-D'après le docteur Delaunay, la voix est plus aiguë
-chez les animaux inférieurs que chez les supérieurs,
-chez les oiseaux que chez les mammifères. Les anciens
-devaient avoir la voix aiguë, car sur les statues
-Grecques et Romaines n'apparaît pas la pomme
-d'Adam, qui est d'autant plus prononcée que la voix
-est plus basse et qu'ils regardaient comme une difformité.
-Les peuples primitifs de l'Europe devaient
-être des ténors, leurs descendants sont des barytons,
-nos petits-fils auront des voix de basse-taille. Les
-races inférieures (Nègres, Mongols) ont la voix plus
-haute que les races blanches supérieures. On est
-ténor à seize ans, baryton à vingt-cinq ans, basse
-à trente-cinq; les faibles et les petits ont la voix
-plus haute que les forts et les grands. Les blonds
-ont la voix plus aiguë que les bruns, les blondes ont
-la voix flûtée. Les soprani et les ténors sont blonds,
-les contralto et les basses sont bruns; les premiers
-sont minces et grêles, les basses gros et ventrus. Les
-ténors sont des départements Pyrénéens, les basses
-du Nord; la voix est plus aiguë, le matin que le soir,&mdash;aussi
-la musique de matines est-elle plus élevée
-que celle des vêpres&mdash;la voix est plus haute l'été
-que l'hiver<a name="FNanchor_273_273" id="FNanchor_273_273"></a><a href="#Footnote_273_273" class="fnanchor">273</a>.</p>
-
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_344" id="Page_344">344</a></span></p>
-
-
-
-<h3>XXIX<br /><br />
-
-<small>LES RÉCIDIVISTES</small></h3>
-
-
-<p>Une délibération prise par le conseil municipal
-de Verneuil, propose que «tout homme ou femme
-condamné pour la troisième fois, y compris les
-condamnations antérieures pour délit de vagabondage
-ou de vol, soit expatrié à vie dans une colonie
-pénitentiaire, agricole d'outre-mer.»</p>
-
-<p>De leur côté, les francs-maçons de la loge «le
-Travail et la Persévérante amitié» adressent aux
-députés une pétition, dans le même sens; ils ajoutent
-«qu'après un certain temps de séjour à la
-colonie, le condamné, dont la conduite serait satisfaisante
-et honnête, pourrait avoir les moyens de se
-réhabiliter; dans ce cas, il lui serait fait don d'une
-fraction du sol, dont il deviendrait le propriétaire.»</p>
-
-<p>Cette pétition se signe chez le vénérable de la
-Loge, M. Garnier, 82, boulevard des Batignolles.</p>
-
-<p>Le nombre des signatures sera tel que la Chambre
-ne pourra se dispenser de s'en occuper. On aura
-peut-être un moyen d'action contre les prostituées<a name="FNanchor_274_274" id="FNanchor_274_274"></a><a href="#Footnote_274_274" class="fnanchor">274</a>,
-<span class="pagenum"><a name="Page_345" id="Page_345">345</a></span>si audacieuses, qui considèrent le nombre de leurs
-condamnations comme des chevrons d'honneur,
-gagnés au service et que la perspective d'un
-voyage aux pays d'outre-mer rendrait sans doute
-moins effrontées ou corrigerait<a name="FNanchor_275_275" id="FNanchor_275_275"></a><a href="#Footnote_275_275" class="fnanchor">275</a>.</p>
-
-
-
-
-<h3>XXX<br /><br />
-
-<small>LES ACTRICES, LEURS DÉPENSES ET TOILETTES</small></h3>
-
-
-<p>Un écrivain déplore les exagérations de mise en
-scène, auxquelles certains directeurs se laissent entraîner
-depuis plusieurs années. Il conclut, du luxe
-des décors et des accessoires que les actrices, se
-montrant au milieu de ces magnificences, ont été
-obligées elles-mêmes de renoncer à «la sainte mousseline»
-et de faire la fortune des couturières célèbres.
-Les artistes femmes, sauf de très rares exceptions,
-ne vivent plus de leur état. Il n'y a pas de
-pièce aujourd'hui, qui n'exige d'une comédienne
-qu'elle change de robe à chaque acte. Et quelles
-robes! Il n'est pas un de ces costumes, qui ne vaille
-<span class="pagenum"><a name="Page_346" id="Page_346">346</a></span>de huit à quinze cents francs; quelques-uns coûtent
-davantage.</p>
-
-<p>On peut dire qu'en moyenne toute création revient,
-à toute comédienne, sur un théâtre de genre, à 3 ou
-4000 fr. Or, elle est considérée comme ayant de
-beaux appointements, quand on lui donne 7 à 800 fr.
-par mois.</p>
-
-<p>On voit tout de suite la conséquence. Les directeurs
-cherchent, non les meilleures comédiennes,
-mais les plus richement entretenues...</p>
-
-<p>Il m'arrive souvent dans mon cabinet, des jeunes
-filles piquées de la tarentule du théâtre, qui me
-demandent conseil sur les moyens d'y pénétrer. La
-première question que je leur adresse est celle-ci:</p>
-
-<p>&mdash;Avez-vous de la fortune?</p>
-
-<p>Elles me répondent généralement que c'est au
-contraire pour gagner beaucoup d'argent, en même
-temps qu'un peu de gloire, qu'elles prétendent
-entrer dans l'art dramatique.</p>
-
-<p>&mdash;Eh bien! mon enfant, il faut en faire votre
-deuil. On n'est pas payée, on paye, pour être comédienne.
-On ne gagne d'argent dans cette profession
-qu'en y ajoutant un autre métier, qui en est l'annexe.
-Le tout est de savoir si vous vous résignez d'avance
-à cette nécessité.</p>
-
-<p>Aucune ne veut me croire. Toutes me citent des
-noms; quelques-unes sont des exceptions brillantes.
-Les autres... Pour les autres, hélas! il y a le revers
-de la médaille, et tout ce qui reluit n'est pas or.
-Avec un talent hors ligne, une grande réputation et
-une incontestable honnêteté, telle que l'on envie n'a<span class="pagenum"><a name="Page_347" id="Page_347">347</a></span>
-réussi qu'à réaliser dix ou vingt mille francs de
-dettes, qu'il lui faudra bien payer, un jour. Et comment?
-Son directeur, lui, n'entre pas dans les considérations
-de morale. Il lui distribue un rôle qui exige
-4,000 fr. de toilette. C'est à elle de se les procurer.</p>
-
-<p>Ces costumes, elle ne saurait s'en passer, car à
-côté d'elle paraîtra une comparse, une <i>grue</i>, à qui
-le velours, les plumes et les diamants ne coûtent
-rien, et par qui elle ne peut se laisser écraser. Il y
-a entre toutes ces dames une émulation de magnificence
-où le talent, réduit à ses seules ressources,
-serait inévitablement vaincu.</p>
-
-<p>Est-ce que la convention dont je parlais tout à
-l'heure n'eût pas été bonne à conserver? Le théâtre
-est devenu, peu à peu, la proie des filles entretenues,
-et le mal va empirant tous les jours.</p>
-
-<p>On n'obtiendra de réforme sur ce point que si
-elle est déjà accomplie, dans le reste de la mise en
-scène. Quand les fauteuils sont recouverts de vrai
-lampas, quand les rideaux sont de brocatelle, quand
-les meubles sont de palissandre ou d'ébène, quand
-les tapis viennent de Smyrne, quand tous les accessoires
-donnent à l'imagination l'idée de la richesse
-somptueuse, est-il possible que la femme, ce meuble
-vivant, apparaisse vêtue d'une simple mousseline?</p>
-
-<p>Si les directeurs pouvaient s'entendre sur la mise
-en scène, la diminution de leurs dépenses aurait
-pour résultat la possibilité d'abaisser le prix des
-places et de conserver la vertu des débutantes<a name="FNanchor_276_276" id="FNanchor_276_276"></a><a href="#Footnote_276_276" class="fnanchor">276</a>.</p>
-
-
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_348" id="Page_348">348</a></span></p>
-
-
-
-<h3>XXXI<br /><br />
-
-<small>LE MOUVEMENT DE LA POPULATION EN FRANCE (1878)</small></h3>
-
-
-<p>Le tableau du mouvement de la population de la
-France, pour la dernière année, dont on a les résultats
-authentiques, c'est-à-dire pour l'année 1878,
-constate que nous n'avons pas fait un pas en avant.</p>
-
-<p>Loin de là, puisque la population de la France
-n'a réalisé qu'un gain de 98,175 habitants, produit
-par la soustraction du nombre de décès, faite du
-nombre des naissances de l'année. Il est né, en 1878,
-444,316 enfants du sexe masculin et 424,983 enfants
-du sexe féminin issus de mariages, et, en outre,
-35,032 garçons et 32,880 filles issus d'unions illégitimes,
-soit en tout 937,211 enfants des deux sexes,
-sans compter 43,251 enfants mort-nés. Les décès
-ont été au nombre de 839,036: 432,867 pour les
-hommes et 406,169 pour les femmes.</p>
-
-<p>Dans 61 départements il y a eu un excédent de
-119,315 naissances, et dans les 26 autres un excédent
-de 21,140 décès. D'où se dégage l'excédent
-général de 98,175 habitants nouveaux.</p>
-
-<p>Depuis 1871, nous avions eu successivement un
-excédent définitif de 172,936 naissances en 1872,
-de 101,776 en 1873, de 172,943 en 1874, de
-105,913 en 1875, de 132,608 en 1876 et de 142,662
-en 1877. Le chiffre de 1878 sera le plus faible de<span class="pagenum"><a name="Page_349" id="Page_349">349</a></span>
-toute la série. Or les mariages se ralentissent<a name="FNanchor_277_277" id="FNanchor_277_277"></a><a href="#Footnote_277_277" class="fnanchor">277</a>, et là
-est l'une des causes, et la principale évidemment,
-du ralentissement de la population, chez nous, tandis
-que les autres nations croissent et multiplient, suivant
-les préceptes de l'Évangile.</p>
-
-
-
-
-<h3>XXXII<br /><br />
-
-<small>LE DÉPÔT DE LA PRÉFECTURE DE POLICE</small></h3>
-
-
-<p>Tous les individus déposés dans les violons, qui
-ne sont pas relâchés après l'interrogatoire, que leur
-font subir les commissaires de police chez lesquels
-ils sont amenés, sont conduits au Dépôt, bureau de
-la permanence, et remis à deux inspecteurs principaux
-de la police municipale, auxquels on remet
-également le procès-verbal du commissaire de police
-et l'ordre, délivré par lui de faire conduire la personne
-arrêtée au Dépôt.</p>
-
-<p>Il y a au Dépôt de la préfecture deux quartiers,
-comprenant en tout 209 cellules, dont 50 environ
-sont absorbées par divers services, en sorte qu'on
-ne dispose que de 83 cellules pour les hommes et
-de 76 pour les femmes. Quant aux enfants, ils sont
-en commun, le jour comme la nuit.</p>
-
-<p>La population journalière du Dépôt, s'élevant en
-<span class="pagenum"><a name="Page_350" id="Page_350">350</a></span>moyenne à plus de 500 individus, il est donc impossible
-de donner une cellule à chacun d'eux. Les
-cellules sont réservées d'abord à ceux que, dans
-l'intérêt de la justice ou dans leur propre intérêt, il
-est bon d'isoler: les cellules restantes sont données
-à ceux qui les demandent, dans l'ordre de leur
-arrivée au Dépôt.</p>
-
-<p>Les prisonniers, auxquels une cellule n'a pu être
-accordée, sont enfermés dans deux grandes salles
-communes, sous la garde d'agents spéciaux. L'une
-des salles, la plus petite, connue sous le nom de
-<i>salle des habits noirs</i>, est destinée à ceux dont la
-mise est sinon convenable, au moins non encore
-délabrée. On met tous les autres dans la grande
-salle, la <i>salle des blouses</i>.</p>
-
-<p>Cette grande salle commune, où se trouvent enfermés
-et quelquefois entassés des hommes, descendus
-au dernier degré de la corruption, constitue le
-lieu le plus horrible qu'on puisse voir.</p>
-
-<p>La surveillance y est difficile: elle s'exerce du
-haut d'un balcon, qui domine la salle, car placés au
-milieu des détenus, les surveillants risqueraient
-d'y être fortement maltraités, d'autant plus que dans
-les prisons de la Seine, où sont les malfaiteurs dangereux,
-les gardes ne sont munis d'aucune arme
-pour se défendre.</p>
-
-<p>Il s'agit aujourd'hui d'obvier aux graves inconvénients
-de cette situation.</p>
-
-<p>D'après le mémoire présenté au conseil général
-par le préfet de la Seine, le quartier des hommes
-s'augmenterait de la presque totalité du quartier<span class="pagenum"><a name="Page_351" id="Page_351">351</a></span>
-actuel des femmes, qui serait transféré, dans les
-bâtiments sud de la préfecture de police. La nouvelle
-installation du quartier des femmes aurait pour
-résultat de doter ce quartier, ainsi que celui des
-hommes, d'une vaste salle de bains et de les mettre
-en communication directe, avec le petit parquet.</p>
-
-<p>Le quartier des hommes comprendrait alors 193
-cellules, 5 salles communes, 2 dortoirs pour les
-vieillards et les enfants; le quartier des femmes
-comprendrait 92 cellules, 3 salles communes: soit
-en tout pour ces 2 quartiers, 285 cellules. Le bâtiment
-affecté aux détenus pour contravention, et
-principalement aux cochers, devant disparaître, on
-affecterait à cette catégorie spéciale de détenus le
-local, actuellement occupé par le dispensaire, qui
-passerait à la caserne de la Cité avec les autres
-services de la préfecture de police. Le local dit des
-cochers comprendrait un grand dortoir, pouvant
-contenir environ 60 lits, un réfectoire et un préau
-communs<a name="FNanchor_278_278" id="FNanchor_278_278"></a><a href="#Footnote_278_278" class="fnanchor">278</a>.</p>
-
-
-
-
-<h3>XXXIII<br /><br />
-
-<small>LISTE DES FEMMES SAVANTES DE FRANCE (1880)</small></h3>
-
-
-<p>Liste des femmes qui sont, en France, pourvues
-de grades universitaires.</p>
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_352" id="Page_352">352</a></span></p>
-<p>Voici ce relevé intéressant:</p>
-
-<p><i>Docteurs en médecine</i> (5).&mdash;Mademoiselle Marie
-Verneuil (Faculté de Paris, 1870).&mdash;Mademoiselle
-Andreline Domergue (Montpellier, 1875).&mdash;Madame
-Madeleine Brès, née Gobelin (Paris, 1875)&mdash;Madame
-Ribard (Paris, 1876), exerçant à Nantes.&mdash;Mademoiselle
-Anna Dahms, du Nord (Paris, 1877).</p>
-
-<p><i>Licenciées ès sciences</i> (2).&mdash;Mademoiselle Emma
-Chenu (Paris, 1868), auteur d'ouvrages pédagogiques.&mdash;Mademoiselle
-Lye (Paris, 1878).</p>
-
-<p><i>Bachelières ès sciences et ès lettres</i> (2).&mdash;Mademoiselle
-Benoist, de Fontenay le Comte (Poitiers,
-1867 et 1875).&mdash;Mademoiselle Amélie de Barrau
-de Muratel (Toulouse, 1876).</p>
-
-<p><i>Bachelières ès sciences</i> (7).&mdash;Mademoiselle Perez,
-de Bordeaux (Bordeaux, 1871).&mdash;Mademoiselle
-Cornebois, de Constantine (Aix, 1872).&mdash;Mademoiselle
-M. Hugonin, de Lambin, Isère (Paris, 1873).&mdash;Mademoiselle
-E. Guenot de Bouillandy, Oise
-(Paris, 1873).&mdash;Mademoiselle Émilie Desportes,
-d'Orléans (Paris, 1877).&mdash;Mademoiselle Leblois,
-de Strasbourg (Toulouse, 1878).&mdash;Mademoiselle
-Joséphine Sénéchal (1879).</p>
-
-<p><i>Bachelières ès lettres</i> (20).&mdash;Mademoiselle J. Renguer
-de la Lime, d'Alger (Aix, 1866).&mdash;Mademoiselle
-C. Siber, de Vienne (Lyon, 1866).&mdash;Mademoiselle
-Berthe Mandel, de Rouen (Paris, 1868).&mdash;Mademoiselle
-C. Bulat, de Rouchère (Paris, 1870).&mdash;Mademoiselle
-Marie Florent (Douai, 1871).&mdash;Mademoiselle
-Bontemps, de Paris (Paris, 1871).-Mademoiselle
-Alexis, fille d'un conseiller général<span class="pagenum"><a name="Page_353" id="Page_353">353</a></span>
-de Marseille (Aix, 1872).&mdash;Mademoiselle Regnault,
-de Marseille (Aix, 1872).&mdash;Mademoiselle Pugnault,
-(Lyon, 1872).&mdash;Mademoiselle Marie-Élise-Sophie
-Paturel (Paris, 1874).&mdash;Mademoiselle Oton, de Toul
-(Nancy, 1875).&mdash;Mademoiselle Yémeniz, petite-fille
-du savant bibliophile Lyonnais (Lyon, 1877).&mdash;Mademoiselle
-Marie-Zélie Boulard, institutrice à
-Toulon (Aix, 1877).&mdash;Mademoiselle Lahille, de
-Toulouse (Toulouse, 1878).&mdash;Mademoiselle Gidel,
-de Paris (Paris, 1878).&mdash;Mademoiselle Henriette
-Guisse, Paris (Paris, 1878).&mdash;Mademoiselle Justine
-Iryll, de Deleygne (Aix, 1878).&mdash;Mademoiselle
-Louise Audiat, de Saintes (Poitiers, 1878).</p>
-
-
-
-
-<h3>XXXIV<br /><br />
-
-<small>FERMETURE DES PORTES DU PALAIS DE JUSTICE
-DÉSORDRE DES VAGABONDS ET DES COIFFEURS</small></h3>
-
-
-<p>3 septembre 1674.&mdash;M. M. de Lamoignon et les
-propriétaires des bâtiments de la nouvelle entrée du
-Palais font fermer de portes à barreaux de fer les
-entrées, donnant sur la rue de Harlay et sur le
-quai de l'Horloge.</p>
-
-<p>Louis Béranger est nommé portier de la première
-porte et Estienne Guérin portier de la seconde.</p>
-
-<p>17 mars 1678.&mdash;Une ordonnance signée de la
-Reynie rendue sur la Remontrance du Procureur du
-Roy, interdit aux gens sans aveu de s'attrouper et<span class="pagenum"><a name="Page_354" id="Page_354">354</a></span>
-se tenir, dans les salles neuves, proche le Palais, d'y
-jouer, fumer, à peine de punition exemplaire.</p>
-
-<p>17 décembre 1692.&mdash;Ordonnance de la Reynie
-portant que les deux portes de l'Enclos du Palais,
-l'une du côté de la place Dauphine, l'autre du côté
-du quai de l'Horloge, seront fermées, à huit heures
-en hyver et à dix heures, en été.</p>
-
-<p>20 mars 1692.&mdash;Le concierge du Palais, François
-Capot reçoit par chacun an, cinq cents livres, pour
-ses gages, salaire et logement, laquelle somme
-sera imposée sur toutes les maisons desdites cours
-neuves du Palais.</p>
-
-<p>15 may 1711.&mdash;Ordonnance signée Pellet, lieutenant
-général de police concernant les coiffeuses,
-qui se sont établis dans les salles du Palais et y
-causent du désordre, elles devront justifier d'une
-permission.</p>
-
-<p>Les audiences, les galeries, les Cours, la grande
-salle étaient placées sous la juridiction spéciale d'un
-Bailliage<a name="FNanchor_279_279" id="FNanchor_279_279"></a><a href="#Footnote_279_279" class="fnanchor">279</a>, d'une justice locale. Paris est, disait un
-historien, plein de boutiques en plusieurs endroits
-où l'on trouve tout ce qu'on a envie d'acheter, mais
-le palais est comme l'extrait, le centre de toutes les
-boutiques de belles nippes. Les clameurs des filles,
-femmes, hommes, pour attirer les passants, durent
-sans cesse. La Frenoi, ce fameux mercier entre
-autres boutiques, en a une au Palais. Il a été
-quelque temps en si grande renommée à Paris, que
-rien n'a passé pour joli et galant, dans l'esprit des
-<span class="pagenum"><a name="Page_355" id="Page_355">355</a></span>petits maîtres, et des personnages du sexe, s'il
-n'était pas sorti de la boutique de la Frénoi (<i>Le séjour
-de Paris ou Instructions fidèles pour les voyageurs
-de condition.</i>) On y trouvait aussi des marchands
-d'étoffes, des libraires, des armuriers, des
-parfumeurs, des marchands de fleurs artificielles,
-des cordonniers, des opticiens, des luthiers, des
-marchands de porcelaines de Saxe, de chimie, des
-sculpteurs et imagiers, modistes dont les boutiques
-étaient non seulement établies dans les galeries<a name="FNanchor_280_280" id="FNanchor_280_280"></a><a href="#Footnote_280_280" class="fnanchor">280</a>,
-mais encore adossées aux piliers de la grande salle.
-Le soin d'attirer les clients, même chez les libraires,
-était surtout dévolu aux femmes. Des marchandes,
-aussi jolies que des Romaines, aussi pétulantes que
-des Vénitiennes, aussi polies et aussi éveillées que
-des Florentines, disait le cardinal Bentivoglio, se
-tiennent dans ces boutiques et y attirent les chalands<a name="FNanchor_281_281" id="FNanchor_281_281"></a><a href="#Footnote_281_281" class="fnanchor">281</a>,
-par le moyen d'un sourire ou l'éloquence
-d'un regard. Aussi le Palais est-il fréquenté par les
-jeunes seigneurs de la Cour, avec une espèce de
-frénésie, et il n'est pas rare d'y rencontrer, pêle-mêle,
-les plus grands seigneurs, les plus riches
-bourgeois et même trop souvent hélas! quelques
-dignitaires de l'église... déguisés.</p>
-
-
-<hr />
-
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_356" id="Page_356">356</a><br /><a name="Page_357" id="Page_357">357</a></span></p>
-
-
-<h2>NOTES:</h2>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">1</span></a> Pièce justificative XXIX.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">2</span></a> Alfred Delvau: <i>La langue verte</i>. Lorédan Larchey, l'érudit
-chercheur: <i>Dictionnaire d'argot</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">3</span></a> Pièces justificatives XI, XIII, XXI, XXVI.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">4</span></a> Lecour. <i>La prostitution à Paris et à Londres.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">5</span></a> <i>Pénalités anciennes</i> (Plon, éditeur à Paris). Les mémoires
-de Canler et de Vidocq.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">6</span></a> Pièce justificative XXVII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">7</span></a> Pièces justificatives I, VII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">8</span></a> Affaire Vert, fabricant de jouets, condamné avec ses
-jeunes victimes (<i>Gazette des tribunaux</i> du 23 septembre 1880).
-C'est à ce recueil, dont les tables sont dressées avec tant de
-soin chaque année, par M<sup>e</sup> Lesage, avocat, que nous renvoyons
-pour les citations de tous les procès faites au cours de ce livre.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">9</span></a> Pièce justificative IX.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">10</span></a> Voir la remarquable thèse, pour le doctorat, sur le <i>Divorce</i>,
-1880, par M. Emilien Combier, avocat à Paris, fils de l'éminent
-président du tribunal de Laon, mon ancien et regretté
-substitut (1852-1856).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">11</span></a> L'<i>Égale de l'homme</i>, par Émile de Girardin. Paris, 18 septembre
-1880.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">12</span></a> Dès 1863, nous avions proposé de confier à un juge
-unique, assisté d'un substitut et d'un greffier, avec réserve
-du droit d'appel, la connaissance des délits flagrants et avoués,
-rupture de ban, vagabondage, mendicité (<i>Formulaire des magistrats</i>).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">13</span></a> <i>Le Châtelet de Paris.</i> Didier, éditeur.&mdash;Maxime Du
-Camp, <i>Paris et ses organes</i>.&mdash;<i>Le Parlement de Paris.</i> Cosse,
-éditeur.&mdash;<i>Les métiers de Paris.</i> Leroux, éditeur.&mdash;<i>Le guet
-de Paris</i>, par M. Tasson, lieutenant de la garde républicaine.
-Léautey, éditeur.&mdash;<i>La fin de la gendarmerie.</i> V. Palmé, éditeur.
-Paris, 1880. Pièces justificatives XXIV.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">14</span></a> <i>Les archers et arbalétriers de France</i>, remarquable et
-savante étude, due à M. Delaunay, avoué à Corbeil, 1880.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">15</span></a> Supposez, par un effort de votre pensée, qu'un jour la
-France, et pendant vingt-quatre heures seulement, les administrations
-soient toutes fermées, le pays marche moins bien,
-mais il marche toujours; le lendemain c'est la justice qui est suspendue,
-le pays marche encore; d'autres jours les écoles sont
-closes, l'industrie est arrêtée, le pays marche encore. Mais
-supposez que pendant quelques heures seulement le gendarme
-s'endorme, c'en est fait de vos biens, de vos droits, de vos
-familles, de vos existences: La société ne marche plus.</p>
-<p class="right padr2">Général <span class="smcap">Ambert</span>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">16</span></a> Ces attributions, nouvellement organisées sur de nouvelles
-bases, se rapprochent du rôle de la préfecture de police
-et de la sûreté générale à Paris, en tenant compte de la différence
-des nationalités et de la législation.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a><a href="#FNanchor_17_17"><span class="label">17</span></a> Pendant que nous désorganisons toutes nos institutions,
-les Anglais, peuple essentiellement pratique, profitent, pour
-protéger les citoyens, de leurs vieilles lois, si tutélaires, si
-énergiques. Cependant, et pour les ramener au bien, M. Flowers,
-juge du tribunal de police de Bow-street, a offert aux
-voleurs de Londres un thé avec fourchette et couteau.
-(<i>Décembre 1880</i>).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a><a href="#FNanchor_18_18"><span class="label">18</span></a> <i>Comptes de Justice criminelle en France et en Algérie.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a><a href="#FNanchor_19_19"><span class="label">19</span></a> On voit qu'il est impossible de trouver une application
-plus réservée, et qu'il n'y a lieu, ni à Paris, ni dans les départements
-où il est ignoré, d'abroger l'article 10 du Code d'instruction
-criminelle.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a><a href="#FNanchor_20_20"><span class="label">20</span></a> Voici le texte du projet tel qu'il a été voté par la Chambre
-haute, sur la répression des crimes commis dans les prisons
-(<i>Décembre 1880</i>):
-</p>
-<p>
-Lorsque, à raison d'un crime commis dans une prison par
-un détenu, la peine des travaux forcés à temps ou à perpétuité
-est appliquée, la Cour d'assises ordonnera que cette peine
-sera subie, dans la prison même où le crime a été commis, à
-moins d'impossibilité, pendant la durée qu'elle déterminera,
-et qui ne pourra être inférieure au temps de réclusion ou
-d'emprisonnement que le détenu avait à subir au moment du
-crime.
-</p>
-<p>
-L'impossibilité prévue par le paragraphe précédent sera
-constatée par le ministre de l'intérieur, sur l'avis de la commission
-de surveillance de la prison. Dans ce cas, la peine sera
-subie dans une maison centrale.
-</p>
-<p>
-La Cour d'assises pourra ordonner, en outre, que le condamné
-sera resserré plus étroitement, enfermé seul et soumis,
-pendant un temps qui n'excédera pas un an, à l'emprisonnement
-cellulaire.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a><a href="#FNanchor_21_21"><span class="label">21</span></a> Voir le rapport de M. le garde des Sceaux, ministre de
-la justice, en tête du dernier compte de <i>Justice criminelle</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a><a href="#FNanchor_22_22"><span class="label">22</span></a> M. l'avocat général Petiton.&mdash;Audience de rentrée à la
-Cour de cassation.&mdash;Discours sur les récidives (1880).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a><a href="#FNanchor_23_23"><span class="label">23</span></a> L'abus des circonstances atténuantes est révélé par ce
-chiffre, qu'en 1878, sur 4498 libérés, 2155 ont obtenu le bénéfice
-des circonstances atténuantes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a><a href="#FNanchor_24_24"><span class="label">24</span></a> Voir les beaux travaux sur la justice anglaise, publiés
-par M. G. Picot, ancien directeur des affaires criminelles, et les
-études de M. de Franqueville sur les <i>Institutions anglaises</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a><a href="#FNanchor_25_25"><span class="label">25</span></a> Loi du 20 mai 1863, votée en un jour, le dernier de la
-session. (<i>Formulaire des magistrats.</i>&mdash;<i>Préface.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a><a href="#FNanchor_26_26"><span class="label">26</span></a> Affaire de madame Lafarge où Raspail fut mandé pour contredire
-les décisives analyses d'Orfila; voir les travaux de J. Barse
-sur les <i>Recherches de l'arsenic par l'appareil de Marsh</i>. <i>Procès
-de Lapommeraye et de Danval.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a><a href="#FNanchor_27_27"><span class="label">27</span></a> Voir l'affaire de l'accusé Foulloy, assassin de M. Joubert,
-arrêté à Strasbourg, amené devant les assises de la Seine, pour
-y répondre du crime de meurtre et de vol sur son patron,
-alors que l'extradition avait été accordée, pour le premier crime
-seulement; l'affaire est revenue le 29 octobre 1880 et suivie
-d'une sentence de mort.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a><a href="#FNanchor_28_28"><span class="label">28</span></a> <i>L'extradition en Angleterre</i>, par M. Vincent Howard.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a><a href="#FNanchor_29_29"><span class="label">29</span></a> Des voyageurs, extrêmement spirituels, ont écrit aux
-journaux qu'ils avaient franchi la frontière, en jetant à la gendarmerie
-et aux autres agents ébahis cette réponse préméditée:
-<i>Feu Pritchard et sa famille!</i>&mdash;Rien de sérieux, toujours la
-charge.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a><a href="#FNanchor_30_30"><span class="label">30</span></a> A Londres les attaques nocturnes cessèrent, dès qu'il fut
-publié que leurs auteurs seraient, en dehors d'autres pénalités,
-frappés de la queue de chat, aux lanières plombées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a><a href="#FNanchor_31_31"><span class="label">31</span></a> La cour d'assises d'Eure-et-Loir a eu à juger un assassin
-qui, après une condamnation capitale, avait été l'objet de
-commutations successives, qu'il avait reconnues en commettant
-un nouveau crime, aussitôt sa libération.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_32_32" id="Footnote_32_32"></a><a href="#FNanchor_32_32"><span class="label">32</span></a> Voir plus haut, page 14, le projet de loi adopté, avec
-modification par le Sénat, portant que le crime, commis dans
-une prison par un détenu, peut y recevoir son exécution perpétuelle
-ou à temps, à moins d'impossibilité.&mdash;Le condamné
-pourra être resserré étroitement et laissé seul!</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_33_33" id="Footnote_33_33"></a><a href="#FNanchor_33_33"><span class="label">33</span></a> Afin d'augmenter les chances d'impunité, on veut
-effacer les sages et tutélaires dispositions de l'article 336 du
-Code d'instruction criminelle. Tout dans l'intérêt des malfaiteurs,
-est le projet de suppression du résumé. (<i>Chambre des
-députés</i>, 30 novembre 1880.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_34_34" id="Footnote_34_34"></a><a href="#FNanchor_34_34"><span class="label">34</span></a> Voir les fondations dues à l'initiative privée, et notamment
-celle que vient d'inaugurer à Orgeville, M. Georges Bon-jean,
-pour l'enfance abandonnée.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_35_35" id="Footnote_35_35"></a><a href="#FNanchor_35_35"><span class="label">35</span></a> Rapport sur l'instruction primaire et l'instruction secondaire,
-due à la plume si savante, si compétente de M. O. Gréard,
-vice-recteur de l'Académie de Paris.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_36_36" id="Footnote_36_36"></a><a href="#FNanchor_36_36"><span class="label">36</span></a> <i>Histoire de la médecine légale, d'après les arrêts criminels.</i>
-Paris, 1880.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_37_37" id="Footnote_37_37"></a><a href="#FNanchor_37_37"><span class="label">37</span></a> Honoré de Balzac.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_38_38" id="Footnote_38_38"></a><a href="#FNanchor_38_38"><span class="label">38</span></a> Lecour, <i>La prostitution à Paris et à Londres</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_39_39" id="Footnote_39_39"></a><a href="#FNanchor_39_39"><span class="label">39</span></a> Voltaire croyait que cette affection, à laquelle succomba
-le galant François 1<sup>er</sup>, était découverte seulement avec l'Amérique.
-(Voir les beaux travaux de Ricord, ce vénéré maître
-dont l'esprit est resté jeune, comme son visage, reproduit par
-le sculpteur Doublemard.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_40_40" id="Footnote_40_40"></a><a href="#FNanchor_40_40"><span class="label">40</span></a> <i>Pénalités anciennes</i>, page 63. Plon, éditeur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_41_41" id="Footnote_41_41"></a><a href="#FNanchor_41_41"><span class="label">41</span></a> <i>Le Châtelet de Paris.</i> Didier, éditeur. <i>Métiers de Paris.</i>
-Leroux, éditeur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_42_42" id="Footnote_42_42"></a><a href="#FNanchor_42_42"><span class="label">42</span></a> Registre du Châtelet, <i>Archives nationales</i>. Delamare,
-21,625. Fr. <i>Bibliot. nat.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_43_43" id="Footnote_43_43"></a><a href="#FNanchor_43_43"><span class="label">43</span></a> Sous un portrait d'Isabeau de Bavière, femme de
-Charles VI, on lit sous une gravure, conservée au musée de
-Melun:
-</p>
-
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Dans le dérèglement où vécut cette dame,</div>
-<div class="line">Elle fut un beau monstre et dedans et dehors,</div>
-<div class="line">Aussi fit-elle voir qu'aux laideurs de son âme</div>
-<div class="line">S'accommodaient trop bien les beautés de son corps.</div>
-</div></div></div></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_44_44" id="Footnote_44_44"></a><a href="#FNanchor_44_44"><span class="label">44</span></a> <i>Code ou nouveau règlement sur la prostitution dans la
-ville de Paris.</i> (Londres, 1775, in-12.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_45_45" id="Footnote_45_45"></a><a href="#FNanchor_45_45"><span class="label">45</span></a> Registre aux délibérations de la ville de Péronne.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_46_46" id="Footnote_46_46"></a><a href="#FNanchor_46_46"><span class="label">46</span></a> Sentence du lieutenant criminel (16 septembre 1724),
-confirmée par arrêt du Parlement du 25 du même mois.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_47_47" id="Footnote_47_47"></a><a href="#FNanchor_47_47"><span class="label">47</span></a> Voir arrêts conformes du Parlement du 6 septembre 1668,
-déclarant le commissaire au Châtelet follement intimé par les
-appelants.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_48_48" id="Footnote_48_48"></a><a href="#FNanchor_48_48"><span class="label">48</span></a> Déclaration de Louis XIV, à Marly, 26 juillet 1714, arrêt
-du Parlement de Paris, 9 décembre 1712.&mdash;Sentence du
-Châtelet de Paris, 6 juillet 1763.&mdash;Procès de la femme
-Stranzac (rue de Suresnes, février 1873).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_49_49" id="Footnote_49_49"></a><a href="#FNanchor_49_49"><span class="label">49</span></a> <i>Histoire de la médecine légale</i>, d'après les arrêts criminels.
-Charpentier, éditeur, 1880, pages 130 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_50_50" id="Footnote_50_50"></a><a href="#FNanchor_50_50"><span class="label">50</span></a> <i>Bibliothèque nationale de Paris</i> (département des manuscrits,
-suppl. français, 7645, 10,969, 10,970.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_51_51" id="Footnote_51_51"></a><a href="#FNanchor_51_51"><span class="label">51</span></a> Voir <i>Les comptes de notre justice criminelle</i>, établis avec
-grand soin. Imprimerie nationale, 1826-1878.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_52_52" id="Footnote_52_52"></a><a href="#FNanchor_52_52"><span class="label">52</span></a> Aujourd'hui, depuis le remplacement de M. A. Gigot,
-une commission composée du Préfet ou de son délégué, de
-M. le chef du bureau des m&#339;urs et du commissaire délégué,
-statue sur ces détentions.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_53_53" id="Footnote_53_53"></a><a href="#FNanchor_53_53"><span class="label">53</span></a> Delamare, <i>Bibliot. nation.</i> V<sup>e</sup> carton, Fr. 2165, <i>manuscrits</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_54_54" id="Footnote_54_54"></a><a href="#FNanchor_54_54"><span class="label">54</span></a> <i>Tableau historique des ruses, subtilités des femmes où
-sont représentées leurs m&#339;urs, humeurs, tyrannies, cruautés, le
-tout confirmé par histoires, arrivées en France de nostre temps</i>,
-par L. S. R. (Rollet-Boutonné, 1623, in-8º.&mdash;<i>La police de
-Paris</i>, dévoilée par Manuel.&mdash;<i>La police de Paris sous Louis XIV</i>,
-par Pierre Clément (de l'Institut).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_55_55" id="Footnote_55_55"></a><a href="#FNanchor_55_55"><span class="label">55</span></a> Ambroise Tardieu, <i>Attentats aux m&#339;urs</i>.&mdash;Lecour, <i>de la
-Prostitution</i>.&mdash;<i>Cahier et doléances d'un ami des m&#339;urs</i>, requête
-présentée à Bailly (Sylvain), maire de Paris, par Florentine
-de Launay, contre les marchandes de modes et autres grisettes,
-commerçant sur le pavé de Paris. 1790, in-8º.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_56_56" id="Footnote_56_56"></a><a href="#FNanchor_56_56"><span class="label">56</span></a> <i>Histoire de la médecine légale, d'après les arrêts criminels</i>,
-page 123 et suiv. Charpentier éditeur, 1880.&mdash;<i>Éclaircissements
-sur le roy des ribauds</i>, par Longuemare. Paris,
-1718, in-12.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_57_57" id="Footnote_57_57"></a><a href="#FNanchor_57_57"><span class="label">57</span></a> <i>Le Châtelet de Paris.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_58_58" id="Footnote_58_58"></a><a href="#FNanchor_58_58"><span class="label">58</span></a> Cette mise en scène se reproduit de nos jours dans toutes
-les affaires suivies contre des pédérastes en chambre. Voir
-Lecour, <i>De la prostitution à Paris et à Londres</i>.&mdash;Tardieu,
-<i>Attentats aux m&#339;urs</i>.&mdash;Du Camp, <i>Paris et ses organes</i>.&mdash;Docteur
-Martineau, médecin de l'Ourcine. Déformations observées
-chez les prostituées.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_59_59" id="Footnote_59_59"></a><a href="#FNanchor_59_59"><span class="label">59</span></a> <i>Histoire des galeries du Palais-Royal</i>, par Lefeuve.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_60_60" id="Footnote_60_60"></a><a href="#FNanchor_60_60"><span class="label">60</span></a> L'individu coupable de viol était, quel que fut l'âge de la
-victime, condamné à être pendu.&mdash;(Beaumanoir, chapitre
-XXX.) Bouteillier (livre I<sup>er</sup>, titre XXIX) les coupables doivent
-être traînés jusques à la justice et pendus, tant qu'ils soient
-morts et étranglés.&mdash;Dans les registres criminels du Châtelet
-et dans le registre de Saint-Martin-des-Champs, publié par
-l'érudit M. Tanon, directeur des grâces au ministère de la justice
-(Willem, éditeur, Paris 1877), on lit le supplice suprême,
-prononcé pour viol, contre Oudot Guigue et aussi contre Jehannin
-Agnes, tailleur, qui avait abusé de ses deux apprenties,
-Perrette et Souplice, âgées de douze ans, par force, les avait
-jetées à terre, puis efforcées, percé leur nature tout oultre, et
-fist de l'iaue chauffer pour laver leur nature.&mdash;(Sentence du
-21 janvier 1337, exécutée par Pons Duboys.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_61_61" id="Footnote_61_61"></a><a href="#FNanchor_61_61"><span class="label">61</span></a> <i>Bibliot. nationale</i> (manuscrits). Supp. Fr. 10,969.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_62_62" id="Footnote_62_62"></a><a href="#FNanchor_62_62"><span class="label">62</span></a> Rapport sur le magnétisme, présenté à l'Académie de
-médecine par M. le docteur Husson, l'excellent et affectueux
-praticien de l'Hôtel-Dieu et du lycée Louis le Grand.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_63_63" id="Footnote_63_63"></a><a href="#FNanchor_63_63"><span class="label">63</span></a> Voir les beaux et remarquables travaux, suivis par M. le
-professeur Charcot en sa clinique, et à l'hôpital Lariboisière,
-par M. le docteur Proust (de l'Académie de médecine). La cour
-d'assises de Rouen a condamné, pour viol, un dentiste qui
-avait, en l'endormant, par l'apposition d'une bague sur le front,
-abusé de sa victime, la mère présente et regardant par la
-fenêtre!</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_64_64" id="Footnote_64_64"></a><a href="#FNanchor_64_64"><span class="label">64</span></a> Voir la législation sur les attentats aux m&#339;urs, autrefois
-réprimés par la loi Raptores au Digeste.&mdash;<i>De raptu virginum</i>
-au Code.&mdash;<i>Loi Julia de adulteriis.</i>&mdash;<i>Novelle 117, de his
-qui luxuriantur contra naturam.</i>&mdash;<i>Caroli magni capitularia.</i>&mdash;Muyart
-de Vouglans. <i>Lois criminelles.</i>&mdash;Jousse. <i>Lois criminelles
-et la Loi du 19-22 juillet 1791</i>, titre II.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_65_65" id="Footnote_65_65"></a><a href="#FNanchor_65_65"><span class="label">65</span></a> Sous la rubrique <i>Attentats aux m&#339;urs</i>, art. 330 et suivants
-du Code pénal, les crimes et délits de cette nature sont
-prévus et réprimés.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_66_66" id="Footnote_66_66"></a><a href="#FNanchor_66_66"><span class="label">66</span></a> Les ouvrages de M. Faustin-Hélie, aujourd'hui président
-du conseil d'État, sont écrits dans un esprit plutôt libéral
-qu'autoritaire.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_67_67" id="Footnote_67_67"></a><a href="#FNanchor_67_67"><span class="label">67</span></a> <i>Mémoires de Canler.</i>&mdash;Ambroise Tardieu, <i>Médecine
-légale</i>.&mdash;Assises de la Seine: Pascal, lancier, accusé d'assassinat
-sur un bourgeois.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_68_68" id="Footnote_68_68"></a><a href="#FNanchor_68_68"><span class="label">68</span></a> Les débauches de la rue du quartier de la Madrague,
-jugées à Marseille, en septembre 1880, y ont révélé une association,
-qui attirait les jeunes filles pour les livrer aux libertins.
-On disait aux victimes: Vous gagnez par votre rude travail
-1 fr. 50 cent, par jour, vous obtiendrez 50 fr. par nuit. Les
-prévenus étaient une femme et un cocher, qui racolait les voyageurs,
-pour les conduire et accueillir en ce repaire. Dans les
-villes industrielles, les jeunes filles, dont le salaire est en
-moyenne de 1 fr. 75 cent, par jour, se livrent au désordre
-après la fermeture des ateliers, le soir, elles font, disent-elles,
-un cinquième quart (Jules Simon, l'<i>Ouvrière</i>). Voir la préface de
-la <i>Dame aux camélias</i>. <i>La prostitution en Europe</i>, par Rabutaux.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_69_69" id="Footnote_69_69"></a><a href="#FNanchor_69_69"><span class="label">69</span></a> A rapprocher de l'<i>Art d'élever les lapins</i> et de s'en faire
-3,000 livres de rente.&mdash;<i>Histoire des barrières de Paris</i>, par
-Delvau.
-</p>
-<p>
-Les courtisanes italiennes, un peu trop vantées, les Fossita,
-les Blazifiora, la belle Imperia, enterrée avec pompe, du temps
-de Léon X, dans l'église Saint-Georges, avaient, à leur suite,
-des condottiere, des sbires à leur solde.&mdash;Le velours, la soie
-des pourpoints recouvraient et poétisaient ces hontes; à notre
-époque, résolument naturaliste, l'étalage de la vendeuse
-d'amour en plein boulevard, dans les gares, aux stations du
-chemin de fer de Ceinture, la procession errante des ombres
-faméliques sur les boulevards, les maigres théories des bouquetières,
-offrant leurs fleurs déjà fanées, attristent profondément.
-Derrière elles, dans l'ombre, guette la horde des ribauds,
-des souteneurs, des tard venus, des fils de joie déguenillés, etc.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_70_70" id="Footnote_70_70"></a><a href="#FNanchor_70_70"><span class="label">70</span></a> Voir: Lettre de M. Yves Guyot sur la <i>Police des m&#339;urs</i>
-du 31 mars 1879.&mdash;<i>Actes du congrès de Genève</i>, 17-22 septembre
-1877.&mdash;<i>De la prostitution</i>, par Parent-Duchatelet,
-annoté par Tribuchet et Poirat-Duval.&mdash;Lecour, <i>La prostitution
-à Paris et à Londres</i>.&mdash;<i>La prostitution dans les grandes
-villes</i>, par le docteur Jeannel.&mdash;<i>Les ouvriers en Europe</i>, par
-M. Le Play, conseiller d'État (1867).&mdash;<i>Le monde des coquins</i>,
-par Moreau.&mdash;Christophe, <i>Les m&#339;urs de Paris</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_71_71" id="Footnote_71_71"></a><a href="#FNanchor_71_71"><span class="label">71</span></a> Titre d'une comédie, donnée par Victorien Sardou.
-(1880.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_72_72" id="Footnote_72_72"></a><a href="#FNanchor_72_72"><span class="label">72</span></a> Montesquieu. <i>Esprit des Lois XXVI.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_73_73" id="Footnote_73_73"></a><a href="#FNanchor_73_73"><span class="label">73</span></a> Sermon. Deuxième dimanche après l'Épiphanie.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_74_74" id="Footnote_74_74"></a><a href="#FNanchor_74_74"><span class="label">74</span></a> <i>Problèmes de la vie.</i> (Pièces justificatives XXIX.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_75_75" id="Footnote_75_75"></a><a href="#FNanchor_75_75"><span class="label">75</span></a> Dans les familles riches, les unions sont presque toujours
-limitées à un ou deux enfants, souvent stériles pour des causes
-du domaine de la médecine ou de la chirurgie, croyons-nous.
-En Normandie, pays où l'on calcule tout, les mariages sont
-improductifs.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_76_76" id="Footnote_76_76"></a><a href="#FNanchor_76_76"><span class="label">76</span></a> On s'attache toujours ici aux mesquines et petites mesures;
-tandis que pour diminuer les causes d'insalubrité, de
-mortalité, on défend dans l'intérieur de Paris, d'élever des
-pigeons, des lapins,&mdash;on entasse dans les bâtiments de l'ancien
-Hôtel-Dieu, près du nouvel Hôtel-Dieu, près de la caserne de
-la Cité,&mdash;les varioleux, qu'il faudrait isoler loin des habitations,
-dans les hôpitaux excentriques, et, tandis que l'on prescrit
-aux pharmaciens de ne livrer que, sur ordonnance des
-médecins, quelques centigrammes d'arsenic, de laudanum, de
-morphine, l'industrie les livre par centaines de kilos, sans contrôle,
-ce qui a permis les récents empoisonnements de Saint-Denis.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_77_77" id="Footnote_77_77"></a><a href="#FNanchor_77_77"><span class="label">77</span></a> Il y a à Paris 2,300 médecins civils et 1,300 pharmaciens ou
-herboristes. Ce chiffre est utile à connaître par ce temps de batailles,
-de morts, de blessures et, par la même raison, on
-donne le chiffre des sages-femmes: 600.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_78_78" id="Footnote_78_78"></a><a href="#FNanchor_78_78"><span class="label">78</span></a> Dans certains magasins, on reprend, après quelque temps
-écoulé, les objets ayant cessé de plaire, cette facilité est-elle
-possible pour l'union conjugale? Que l'on y songe, dans l'intérêt
-de la jeune fille, toujours sacrifiée et dévoyée par l'époux
-expérimenté.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_79_79" id="Footnote_79_79"></a><a href="#FNanchor_79_79"><span class="label">79</span></a> Paris, 1880. Durand, éditeur, rue Soufflot.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_80_80" id="Footnote_80_80"></a><a href="#FNanchor_80_80"><span class="label">80</span></a> M. Bousquet. <i>Le droit au Japon.</i> (<i>Revue des Deux-Mondes</i>,
-juillet 1875.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_81_81" id="Footnote_81_81"></a><a href="#FNanchor_81_81"><span class="label">81</span></a> C'est la vieille chanson de nos campagnes, en Bretagne:
-</p>
-
-<div class="poetry-container">
-<div class="poetry">
-<div class="stanza">
-<div class="line">Enfin, vous voilà donc ma belle mariée,</div>
-<div class="line">Enfin, vous voilà donc à votre époux liée,</div>
-<div class="line">Avec un long fil d'or,</div>
-<div class="line">Qui ne rompt qu'à la mort!</div>
-</div></div></div></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_82_82" id="Footnote_82_82"></a><a href="#FNanchor_82_82"><span class="label">82</span></a> Troplong, <i>Influence du Christianisme</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_83_83" id="Footnote_83_83"></a><a href="#FNanchor_83_83"><span class="label">83</span></a> Gide. <i>La condition privée de la femme Romaine.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_84_84" id="Footnote_84_84"></a><a href="#FNanchor_84_84"><span class="label">84</span></a> Voir les <i>Lois Julia et Papia Poppæa</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_85_85" id="Footnote_85_85"></a><a href="#FNanchor_85_85"><span class="label">85</span></a> Statut présenté, en 1753, par le lord chancelier Hardwicke
-pour prévenir les mariages clandestins.&mdash;Voir: Lord Campbells.
-<i>Lives of the Chancellors.</i>&mdash;M. le professeur Glasson. <i>Le mariage
-civil et le divorce en Europe.</i>&mdash;M. Em. Combier. <i>Thèse sur
-le Divorce.</i> (1880.) <i>Les mariages à Grètna-Green.</i> En Afrique,
-les Juifs sont régis par le décret du 24 octobre 1870.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_86_86" id="Footnote_86_86"></a><a href="#FNanchor_86_86"><span class="label">86</span></a> <i>Comment.</i> VI, § 19.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_87_87" id="Footnote_87_87"></a><a href="#FNanchor_87_87"><span class="label">87</span></a> M. Gide. <i>op. cit.</i>, p. 233.&mdash;Zöpfl, Deutsche Rechtsgeschichte,
-§ 81.&mdash;M. Glasson, <i>le Mariage civil et le divorce</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_88_88" id="Footnote_88_88"></a><a href="#FNanchor_88_88"><span class="label">88</span></a> <i>De moribus germ.</i> XVIII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_89_89" id="Footnote_89_89"></a><a href="#FNanchor_89_89"><span class="label">89</span></a> Tacite, <i>ibid.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_90_90" id="Footnote_90_90"></a><a href="#FNanchor_90_90"><span class="label">90</span></a> La pureté des m&#339;urs du Nord dans l'antiquité a été contestée.
-Suivant Adam de Brème, les Scandinaves étaient modérés
-en toutes choses si ce n'est dans le nombre de leurs
-femmes, et l'on trouve dans Salvien un passage ainsi conçu:
-<i>Gothorum gens perfida sed pudica est</i>. <i>Alomanorum impudica
-sed minùs perfida</i> (<i>de gubern. Dei</i>, liv. VII).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_91_91" id="Footnote_91_91"></a><a href="#FNanchor_91_91"><span class="label">91</span></a> <i>Gallia capta ferum victorem cepit.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_92_92" id="Footnote_92_92"></a><a href="#FNanchor_92_92"><span class="label">92</span></a> <i>Leg. Burg.</i>, 34.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_93_93" id="Footnote_93_93"></a><a href="#FNanchor_93_93"><span class="label">93</span></a> V. Laboulaye, Laferrière, Pardessus, Z&#339;pfl...</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_94_94" id="Footnote_94_94"></a><a href="#FNanchor_94_94"><span class="label">94</span></a> <i>Leges Walliæ.</i> Dunet, <i>cod. lib.</i>, II, tit. 19, v. I.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_95_95" id="Footnote_95_95"></a><a href="#FNanchor_95_95"><span class="label">95</span></a> Rothar, c. 195, 196, 197.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_96_96" id="Footnote_96_96"></a><a href="#FNanchor_96_96"><span class="label">96</span></a> <i>Leg. Walliæ</i>, lib. II, tit. 20, c. 10.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_97_97" id="Footnote_97_97"></a><a href="#FNanchor_97_97"><span class="label">97</span></a> Avant le christianisme, les Irlandais, suivant M. H. Sumner
-Maine, n'avaient qu'un mariage. «<i>Annal.</i>» V. son <i>Étude
-sur l'histoire des institutions primitives</i>, traduction de M. Durieu
-de Legritz. Cet ouvrage est basé sur un recueil célèbre, le
-<i>Senchus more</i>. M. Henri Martin a soutenu que les Irlandais pratiquaient
-aussi des unions plus longues et même perpétuelles.
-<i>Académie des sciences morales et politiques</i>: séance du 4 septembre
-1880 au <i>Journal officiel</i> du 9 septembre.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_98_98" id="Footnote_98_98"></a><a href="#FNanchor_98_98"><span class="label">98</span></a> Form. II, 60.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_99_99" id="Footnote_99_99"></a><a href="#FNanchor_99_99"><span class="label">99</span></a> Saint Luc, ch. <span class="smcap">XIX</span>, 5-6.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_100_100" id="Footnote_100_100"></a><a href="#FNanchor_100_100"><span class="label">100</span></a> <i>Esprit des lois</i>, liv. XVIII, ch. <span class="smcap">XXIV</span>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_101_101" id="Footnote_101_101"></a><a href="#FNanchor_101_101"><span class="label">101</span></a> Baluze, I, p. 159.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_102_102" id="Footnote_102_102"></a><a href="#FNanchor_102_102"><span class="label">102</span></a> Saint Mathieu, ch. <span class="smcap">XIX</span>, 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_103_103" id="Footnote_103_103"></a><a href="#FNanchor_103_103"><span class="label">103</span></a> Saint Luc, ch. <span class="smcap">XIV</span>, 18.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_104_104" id="Footnote_104_104"></a><a href="#FNanchor_104_104"><span class="label">104</span></a> Ch. <span class="smcap">V</span>, 32.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_105_105" id="Footnote_105_105"></a><a href="#FNanchor_105_105"><span class="label">105</span></a> 1 Corinth, VII, 10, 11.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_106_106" id="Footnote_106_106"></a><a href="#FNanchor_106_106"><span class="label">106</span></a> Rom. VII, 2, 3.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_107_107" id="Footnote_107_107"></a><a href="#FNanchor_107_107"><span class="label">107</span></a> <i>Adversus hæreses</i>, nº 59.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_108_108" id="Footnote_108_108"></a><a href="#FNanchor_108_108"><span class="label">108</span></a> Saint Aug. <i>De fide op. Cap.</i>, IX, 35.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_109_109" id="Footnote_109_109"></a><a href="#FNanchor_109_109"><span class="label">109</span></a> Canon IX, <i>Acta conc.</i> collect. Labbe, t. I, col. 971.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_110_110" id="Footnote_110_110"></a><a href="#FNanchor_110_110"><span class="label">110</span></a> <i>Acta conc.</i>, t. II, col. 1537, canon XVII.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_111_111" id="Footnote_111_111"></a><a href="#FNanchor_111_111"><span class="label">111</span></a> <i>Acta conc.</i>, t. VII, col. 991.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_112_112" id="Footnote_112_112"></a><a href="#FNanchor_112_112"><span class="label">112</span></a> Labbe, t. II, p. 1254.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_113_113" id="Footnote_113_113"></a><a href="#FNanchor_113_113"><span class="label">113</span></a> <i>Acta conc.</i>, t. VI, col. 1552.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_114_114" id="Footnote_114_114"></a><a href="#FNanchor_114_114"><span class="label">114</span></a> <i>Acta conc.</i>, t. VI, col. 1552.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_115_115" id="Footnote_115_115"></a><a href="#FNanchor_115_115"><span class="label">115</span></a> Baluze, t. I<sup>er</sup>, p. 159.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_116_116" id="Footnote_116_116"></a><a href="#FNanchor_116_116"><span class="label">116</span></a> Ces deux canonistes suppriment la fin du canon IX du
-concile de Verberie, qui permet au mari de prendre une autre
-femme.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_117_117" id="Footnote_117_117"></a><a href="#FNanchor_117_117"><span class="label">117</span></a> Baluze, liv. VI, ch. 191.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_118_118" id="Footnote_118_118"></a><a href="#FNanchor_118_118"><span class="label">118</span></a> Baluze, liv. VII, ch. 83.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_119_119" id="Footnote_119_119"></a><a href="#FNanchor_119_119"><span class="label">119</span></a> <i>Ephes.</i> V, 25.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_120_120" id="Footnote_120_120"></a><a href="#FNanchor_120_120"><span class="label">120</span></a> Ed. Beugnot, p. 118, <i>cour des bourgeois</i>, ch. 175. «S'il
-avient que un hons ait prise une feme et cetse feme devient puis
-mezele (lépreuse), ou chie dou mauvais mau trop laidement
-(épileptique), ou li pue trop fièrement la bouche et le nes, ou
-pisse aucune nuit au lit, si que tout se gastent ses draps, la
-raison commande que se le mari s'en claime à l'Église, et ne
-veut plus estre o (avec) luy, por ce malsaing qu'il i a, que
-l'Eglise le det despartir par dreit.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_121_121" id="Footnote_121_121"></a><a href="#FNanchor_121_121"><span class="label">121</span></a> <i>Cap. et public. de convers. conjug. 1189.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_122_122" id="Footnote_122_122"></a><a href="#FNanchor_122_122"><span class="label">122</span></a> Extravag. Jean XXII, <i>Cap. unic. de voto et voti redemp.
-1322</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_123_123" id="Footnote_123_123"></a><a href="#FNanchor_123_123"><span class="label">123</span></a> Innocent III. <i>Cap. accedens ext. de convers. conjug. 1212.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_124_124" id="Footnote_124_124"></a><a href="#FNanchor_124_124"><span class="label">124</span></a> Ch. 57.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_125_125" id="Footnote_125_125"></a><a href="#FNanchor_125_125"><span class="label">125</span></a> <i>Somme rurale</i>, liv. II, 18.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_126_126" id="Footnote_126_126"></a><a href="#FNanchor_126_126"><span class="label">126</span></a> V. Fra Paolo Sarpi, <i>Histoire du concile de Trente</i>, liv. VII,
-§ 42 et suiv.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_127_127" id="Footnote_127_127"></a><a href="#FNanchor_127_127"><span class="label">127</span></a> <i>Hist. du conc. de Trente</i>, liv. VII, § 44.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_128_128" id="Footnote_128_128"></a><a href="#FNanchor_128_128"><span class="label">128</span></a> V. M. Glasson, <i>Étude sur le consentement des époux au
-mariage</i>, p. 41.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_129_129" id="Footnote_129_129"></a><a href="#FNanchor_129_129"><span class="label">129</span></a> Liv. VII, <i>in Luc</i>...</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_130_130" id="Footnote_130_130"></a><a href="#FNanchor_130_130"><span class="label">130</span></a> Hom. XIX, cap. <span class="smcap">VII</span>, ép. 1.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_131_131" id="Footnote_131_131"></a><a href="#FNanchor_131_131"><span class="label">131</span></a> Decret. Liv. II, tit. XIX, ch. <span class="smcap">VII</span>. <i>De divort.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_132_132" id="Footnote_132_132"></a><a href="#FNanchor_132_132"><span class="label">132</span></a> <i>De synodo</i>, ch. <span class="smcap">VI</span>, § 3. Benoît XIV.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_133_133" id="Footnote_133_133"></a><a href="#FNanchor_133_133"><span class="label">133</span></a> Über die Stellung der Frauen im alten deutschen Recht,
-p. 28.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_134_134" id="Footnote_134_134"></a><a href="#FNanchor_134_134"><span class="label">134</span></a> Canon VI, sess. 14. Bellarmin, De monach, I. II, cap. 36.&mdash;Suarès.
-<i>De relig.</i>, t. III, l. 9, ch. <span class="smcap">XXIII</span>, nº 29.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_135_135" id="Footnote_135_135"></a><a href="#FNanchor_135_135"><span class="label">135</span></a> <i>Le mariage civil et le divorce</i>, p. 30, 1879.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_136_136" id="Footnote_136_136"></a><a href="#FNanchor_136_136"><span class="label">136</span></a> Voir Sch&#339;ffner: Geschichte des franz&#339;sischen Rechts.&mdash;C.
-pr. Varnkænig et Stein: Franz&#339;sische Staats- und
-Rechtsgeschichte.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_137_137" id="Footnote_137_137"></a><a href="#FNanchor_137_137"><span class="label">137</span></a> Le concile de Trente avait affirmé la compétence des
-tribunaux ecclésiastiques en disant dans son canon 12 (cass. XXIV):
-«Si quelqu'un prétend que les causes matrimoniales
-ne sont pas du ressort ecclésiastique, qu'il soit anathème.»</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_138_138" id="Footnote_138_138"></a><a href="#FNanchor_138_138"><span class="label">138</span></a> <i>Contrat de mariage</i>, nº 506.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_139_139" id="Footnote_139_139"></a><a href="#FNanchor_139_139"><span class="label">139</span></a> <i>Cont. de mar.</i> nº 508.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_140_140" id="Footnote_140_140"></a><a href="#FNanchor_140_140"><span class="label">140</span></a> Nov. 117, c. 9, § 5.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_141_141" id="Footnote_141_141"></a><a href="#FNanchor_141_141"><span class="label">141</span></a> Ferrière, sur l'art. 324 de la <i>Coutume de Paris</i>, tit. X.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_142_142" id="Footnote_142_142"></a><a href="#FNanchor_142_142"><span class="label">142</span></a> Ch. <span class="smcap">XIII</span>, ext., de rest. spol.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_143_143" id="Footnote_143_143"></a><a href="#FNanchor_143_143"><span class="label">143</span></a> Vº Sép. d'habitation.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_144_144" id="Footnote_144_144"></a><a href="#FNanchor_144_144"><span class="label">144</span></a> Bourjon. <i>De la communauté</i>, cinq. partie, ch. <span class="smcap">III</span>, sect. 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_145_145" id="Footnote_145_145"></a><a href="#FNanchor_145_145"><span class="label">145</span></a> Tome III, 34<sup>e</sup> plaidoyer.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_146_146" id="Footnote_146_146"></a><a href="#FNanchor_146_146"><span class="label">146</span></a> <i>Contr. de mar.</i>, nº 513.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_147_147" id="Footnote_147_147"></a><a href="#FNanchor_147_147"><span class="label">147</span></a> Pothier, <i>Cont. de mar.</i>, nº 517.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_148_148" id="Footnote_148_148"></a><a href="#FNanchor_148_148"><span class="label">148</span></a> Ferrière, Vº Séparation.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_149_149" id="Footnote_149_149"></a><a href="#FNanchor_149_149"><span class="label">149</span></a> <i>De la communauté</i>, cinq. part., ch. <span class="smcap">III</span>, sect. 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_150_150" id="Footnote_150_150"></a><a href="#FNanchor_150_150"><span class="label">150</span></a> Duranton, t. II, nº 629.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_151_151" id="Footnote_151_151"></a><a href="#FNanchor_151_151"><span class="label">151</span></a> <i>Parlement de Paris.</i> (Marchal, éditeur.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_152_152" id="Footnote_152_152"></a><a href="#FNanchor_152_152"><span class="label">152</span></a> V. Pothier, <i>Contrat de mariage</i>, nº 507.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_153_153" id="Footnote_153_153"></a><a href="#FNanchor_153_153"><span class="label">153</span></a> M. Glasson, <i>Le mariage civil et le divorce</i>, p. 42, 1879.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_154_154" id="Footnote_154_154"></a><a href="#FNanchor_154_154"><span class="label">154</span></a> Rapport de Léonard Robin à la séance du 9 sept. 1792.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_155_155" id="Footnote_155_155"></a><a href="#FNanchor_155_155"><span class="label">155</span></a> V. Diderot. <i>Supplément au voyage de Bougainville</i>, Henri
-Taine. <i>Origines de la France contemporaine.</i> M. Glasson, <i>op. cit.</i>&mdash;Rivière,
-capitaine de vaisseau, <i>La Nouvelle-Calédonie</i> (1880).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_156_156" id="Footnote_156_156"></a><a href="#FNanchor_156_156"><span class="label">156</span></a> Séance du 15 janvier 1880. <i>Rapport sur la proposition
-de M. Naquet.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_157_157" id="Footnote_157_157"></a><a href="#FNanchor_157_157"><span class="label">157</span></a> Art. 8 à 14 de la loi, § 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_158_158" id="Footnote_158_158"></a><a href="#FNanchor_158_158"><span class="label">158</span></a> Art. 15 à 20 de la loi, § 2.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_159_159" id="Footnote_159_159"></a><a href="#FNanchor_159_159"><span class="label">159</span></a> Art. 4, § 3.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_160_160" id="Footnote_160_160"></a><a href="#FNanchor_160_160"><span class="label">160</span></a> Art. 6, § 3.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_161_161" id="Footnote_161_161"></a><a href="#FNanchor_161_161"><span class="label">161</span></a> Art. 9, § 3.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_162_162" id="Footnote_162_162"></a><a href="#FNanchor_162_162"><span class="label">162</span></a> Rapport nº 2177, p. 3.&mdash;Annexe à la séance du 15
-janv. 1880.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_163_163" id="Footnote_163_163"></a><a href="#FNanchor_163_163"><span class="label">163</span></a> Séance du 2 thermidor an III.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_164_164" id="Footnote_164_164"></a><a href="#FNanchor_164_164"><span class="label">164</span></a> <i>Le mariage civil et le divorce</i>, 1879, p. 51.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_165_165" id="Footnote_165_165"></a><a href="#FNanchor_165_165"><span class="label">165</span></a> Séance du 2 thermidor an III.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_166_166" id="Footnote_166_166"></a><a href="#FNanchor_166_166"><span class="label">166</span></a> 30 ventôse an XI.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_167_167" id="Footnote_167_167"></a><a href="#FNanchor_167_167"><span class="label">167</span></a> Le projet de loi relatif au divorce avait été présenté au
-conseil d'État par M. Portalis, le 14 vendémiaire an X (4 octobre
-1801). Il fut ensuite communiqué officieusement au
-Tribunat le 26 fructidor de la même année (13 sept. 1802).
-Le Tribunat, demanda quelques modifications, entre autres, la
-suppression d'une des causes de divorce proposées, l'attentat
-d'un conjoint envers l'autre. Il voulait aussi que le divorce ne
-fût permis qu'aux époux sans enfants. Le projet du Tribunat
-revint au Conseil présenté par M. Emmery le 20 brumaire
-an XI (11 nov. 1802). M. Treilhard fit le 18 ventôse an XI
-son <i>Exposé des motifs</i> au Corps législatif qui fit faire la communication
-officielle au Tribunat. Sur un rapport de M. Savoye-Rollin
-le projet fut adopté au Tribunat par 46 voix contre 19.
-Enfin le 30 ventôse an XI, M. Treilhard et M. Gillet défendirent
-la loi devant le Corps législatif qui l'adopta par 188 voix
-contre 31. La promulgation eut lieu le 10 germinal an XI
-(31 mars 1803).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_168_168" id="Footnote_168_168"></a><a href="#FNanchor_168_168"><span class="label">168</span></a> V. Rapport de M. Léon Renault, p. 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_169_169" id="Footnote_169_169"></a><a href="#FNanchor_169_169"><span class="label">169</span></a> <i>Esprit des lois</i>, liv. XXIII, ch. <span class="smcap">XXI</span>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_170_170" id="Footnote_170_170"></a><a href="#FNanchor_170_170"><span class="label">170</span></a> Rapport de M. Léon Renault, p. 14 et 57.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_171_171" id="Footnote_171_171"></a><a href="#FNanchor_171_171"><span class="label">171</span></a> D'Haussonville, <i>L'enfance à Paris et les établissements
-pénitentiaires en France</i>. (C. Lévy, éditeur).&mdash;Comte de
-Paris, <i>De la situation des ouvriers en Angleterre</i>.&mdash;De Rainneville,
-<i>La femme dans l'antiquité</i>.&mdash;Feydeau, <i>Du luxe, des
-femmes, des m&#339;urs</i>.&mdash;Mario Proth, <i>Les vagabonds</i>.&mdash;Rauland,
-<i>Le livre des époux</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_172_172" id="Footnote_172_172"></a><a href="#FNanchor_172_172"><span class="label">172</span></a> Rapport de M. Léon Renault, p. 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_173_173" id="Footnote_173_173"></a><a href="#FNanchor_173_173"><span class="label">173</span></a> M. Glasson, <i>op. cit.</i>, p. 53.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_174_174" id="Footnote_174_174"></a><a href="#FNanchor_174_174"><span class="label">174</span></a> V. Locré, tome V, p. 420 et s.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_175_175" id="Footnote_175_175"></a><a href="#FNanchor_175_175"><span class="label">175</span></a> Rapport, p. 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_176_176" id="Footnote_176_176"></a><a href="#FNanchor_176_176"><span class="label">176</span></a> V. <i>Journal Officiel</i> des 23, 24, 25 et 26 juin 1876.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_177_177" id="Footnote_177_177"></a><a href="#FNanchor_177_177"><span class="label">177</span></a> Séance du 20 mai 1878.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_178_178" id="Footnote_178_178"></a><a href="#FNanchor_178_178"><span class="label">178</span></a> D'après M. Jules Robyns, en Belgique, sur 30 habitants
-on compte une naissance, en France une sur 38. La mortalité
-est la même dans les deux pays. En Belgique, il y a un divorce
-par 43,097 habitants, en France, une séparation de
-corps par 15,510 habitants.&mdash;Conférence de madame Marie
-Dumas (27 février 1881) sur le <i>Tribunal des Divorces</i>, par
-Miguel Cervantès.&mdash;<i>Code du divorce</i>, par Maurice Méjane,
-avoué au tribunal de cassation (1793).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_179_179" id="Footnote_179_179"></a><a href="#FNanchor_179_179"><span class="label">179</span></a> Consulter le beau travail de M. le docteur Latty (Hippolyte-Marie-Jean-Michel),
-<i>De la douleur</i> (Paris 1881).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_180_180" id="Footnote_180_180"></a><a href="#FNanchor_180_180"><span class="label">180</span></a> Il serait injuste de ne pas mentionner ici (dans une étude,
-toute consacrée au crime, à la débauche, au divorce), l'asile
-d'Auteuil, préservatif offert aux pauvres, aux orphelins, aux
-abandonnés de Paris. Cette &#339;uvre, dirigée par l'abbé Roussel
-(un apôtre à qui ses enfants répètent les paroles de saint
-Matthieu: j'avais faim et vous m'avez donné à manger, j'étais
-sans asile, vous m'avez recueilli, vêtu, réchauffé, vous m'avez
-enfin empêché de devenir un voleur!) a reçu en dix ans, dans
-le local de la rue Lafontaine, 40, trois mille enfants, coûtant
-par jour 1 fr. 50, et en contient aujourd'hui 300. Ces déshérités
-apprennent là un état et deviennent d'honnêtes ouvriers.
-Dans sa séance du 8 mars 1881, le Sénat, préoccupé enfin du
-sort des enfants abandonnés, décimés par les infanticides, les
-avortements, a pris en considération les propositions de
-M. Caze (fondation d'un orphelinat national), et Lacretelle (rétablissement
-des tours dans les hospices).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_181_181" id="Footnote_181_181"></a><a href="#FNanchor_181_181"><span class="label">181</span></a> Rapport de M. Léon Renault, p. 35.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_182_182" id="Footnote_182_182"></a><a href="#FNanchor_182_182"><span class="label">182</span></a> M. Naquet. Discours du 27 mai 1879.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_183_183" id="Footnote_183_183"></a><a href="#FNanchor_183_183"><span class="label">183</span></a> Discours de M. Odillon Barrot le 7 novembre 1831.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_184_184" id="Footnote_184_184"></a><a href="#FNanchor_184_184"><span class="label">184</span></a> Discours de M. Odillon Barrot le 7 nov. 1831.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_185_185" id="Footnote_185_185"></a><a href="#FNanchor_185_185"><span class="label">185</span></a> <i>Discours au Tribunat</i>, 19. Locré, t. V, p. 364.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_186_186" id="Footnote_186_186"></a><a href="#FNanchor_186_186"><span class="label">186</span></a> Le mariage est de droit naturel, dit M. Alex. Dumas,
-l'amour vient de Dieu, mais le mariage vient de l'homme. <i>Le
-divorce</i>, p. 260.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_187_187" id="Footnote_187_187"></a><a href="#FNanchor_187_187"><span class="label">187</span></a> Alex. Dumas, <i>op. cit.</i>, p. 20.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_188_188" id="Footnote_188_188"></a><a href="#FNanchor_188_188"><span class="label">188</span></a> Vie de sainte Fabiola.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_189_189" id="Footnote_189_189"></a><a href="#FNanchor_189_189"><span class="label">189</span></a> Voir l'énumération d'après le <i>Droit canonique</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_190_190" id="Footnote_190_190"></a><a href="#FNanchor_190_190"><span class="label">190</span></a> Voir les procès du curé Gaufredi et de mademoiselle
-la Palud, à Marseille, du curé Grandier et des Ursulines
-de Loudun, du Père Gérard, âgé de 50 ans et de la belle
-Catherine Ladière, âgée de 18 ans, accusés d'inceste spirituel,
-devant le Parlement d'Aix (1728). Dans cette affaire, des
-conseillers avisés opinèrent qu'en soufflant dans la jolie bouche
-de sa jeune pénitente, le Jésuite lui avait injecté un démon
-d'impureté!</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_191_191" id="Footnote_191_191"></a><a href="#FNanchor_191_191"><span class="label">191</span></a> <i>Hist. du concile de Trente</i>, p. 729. Fra Paolo Sarpi.
-V. aussi Pallavicini.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_192_192" id="Footnote_192_192"></a><a href="#FNanchor_192_192"><span class="label">192</span></a> Donnée à Rome le 10 février 1880.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_193_193" id="Footnote_193_193"></a><a href="#FNanchor_193_193"><span class="label">193</span></a> Séance du conseil d'État du 14 vendémiaire an X. Locré,
-t. II, p. 465.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_194_194" id="Footnote_194_194"></a><a href="#FNanchor_194_194"><span class="label">194</span></a> Locré, t. V, p. 453. Rap. de M. de Trinquelague, nº 8.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_195_195" id="Footnote_195_195"></a><a href="#FNanchor_195_195"><span class="label">195</span></a> <i>Disc. prélim. du Code civil</i>, nº 51.&mdash;Locré, t. I<sup>er</sup>, p. 168.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_196_196" id="Footnote_196_196"></a><a href="#FNanchor_196_196"><span class="label">196</span></a> <i>Principes de Code civ.</i>, t. III, nº 171, p. 209.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_197_197" id="Footnote_197_197"></a><a href="#FNanchor_197_197"><span class="label">197</span></a> M. Bérenger, séance du conseil d'État du 16 vendémiaire
-an X.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_198_198" id="Footnote_198_198"></a><a href="#FNanchor_198_198"><span class="label">198</span></a> L'art d'aimer, ce n'est rien; c'est l'art d'être aimé qui
-est tout. Dans les ménages troublés, des réconciliations brutales
-succèdent aux colères emportées; ces mélanges de brutalités
-et d'ardeur sont les douches Écossaises du mariage.
-</p>
-<p>
-On se figure toujours que jamais un homme n'aura le c&#339;ur
-de vous briser le c&#339;ur! (Fanny Kemble, tragédienne anglaise).
-Voir: <i>Les familles et la société en France, Les livres de raisons
-en Provence</i>, par M. de Ribez. <i>Un livre de raisons, à Laon</i>
-(1774-1826) par M. le président A. Combier (Delattre, imprimeur
-à Amiens, 1880).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_199_199" id="Footnote_199_199"></a><a href="#FNanchor_199_199"><span class="label">199</span></a> Pièces justificatives XIX.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_200_200" id="Footnote_200_200"></a><a href="#FNanchor_200_200"><span class="label">200</span></a> En Europe, les pays les plus peuplés sont: la Belgique,
-186 habitants par kilomètre carré; la Hollande, 128; la Grande-Bretagne,
-110; l'Italie, 95; l'Allemagne, 79; la France, 70; la
-Suisse, 67; l'Autriche, 57; l'Espagne, 33; la Turquie d'Europe
-25. La population de la France (37 millions) s'accroît à peine
-par an, tandis que (malgré l'émigration) l'Angleterre (35 millions)
-s'accroît d'un million en trois ans, et l'Allemagne, en
-deux ans.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_201_201" id="Footnote_201_201"></a><a href="#FNanchor_201_201"><span class="label">201</span></a> Bishop. <i>Law of marriage and divorce</i>, t. I<sup>er</sup>, ch. <span class="smcap">II</span>, 47.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_202_202" id="Footnote_202_202"></a><a href="#FNanchor_202_202"><span class="label">202</span></a> Les causes de démoralisation des esprits, des c&#339;urs
-et des corps sont multiples; elles viennent de la folie du
-luxe, qui engendre des besoins immodérés d'argent, et de
-l'excès de la débauche curieuse, qui recherche toutes les
-turpitudes. Le vice n'a plus de frontière, il s'est démocratisé
-comme la constitution, il s'est universalisé, comme le
-suffrage. Le théâtre et le roman nous représentent encore
-cette fiction de la fille du peuple, achetée par l'or du riche,
-mais la réalité prouve que, sur 100 filles perdues, il y en
-a 80, préparées à la prostitution dans la chaude promiscuité
-de l'atelier, par leurs compagnes et les ouvriers, attelés au
-même métier. Malgré les séductions concertées, l'entreteneur
-n'arrive jamais bon second; il passe toujours après le coiffeur,
-qui ne compte pas. Ne devrait-on pas faciliter le travail aux
-femmes, en le rétribuant mieux? Le luxe est partout répandu,
-comme un nécessaire instrument fait pour exciter la débauche
-(lire le procès de la rue Duphot, Petit achète des vêtements
-et des bottines à Isabelle, éconduite pour ce motif bien plus
-qu'à cause de sa jeunesse marchandée). Les femmes ne portent
-plus de robes, mais des costumes, des péplums (prix net d'une
-toilette: 1500 francs).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_203_203" id="Footnote_203_203"></a><a href="#FNanchor_203_203"><span class="label">203</span></a> <i>Essais</i>, liv. II, ch. <span class="smcap">XV</span>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_204_204" id="Footnote_204_204"></a><a href="#FNanchor_204_204"><span class="label">204</span></a> <i>Esprit des lois</i>, liv. XVI, ch. <span class="smcap">XV</span>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_205_205" id="Footnote_205_205"></a><a href="#FNanchor_205_205"><span class="label">205</span></a> <i>Esprit des lois</i>, liv. XXVI, ch. <span class="smcap">III</span>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_206_206" id="Footnote_206_206"></a><a href="#FNanchor_206_206"><span class="label">206</span></a> Léon Renault, rapport, p. 26.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_207_207" id="Footnote_207_207"></a><a href="#FNanchor_207_207"><span class="label">207</span></a> Dans notre société, troublée et corrompue, éclatent des
-désastres, des suicides, qui jettent une lueur sinistre en passant,
-comme des éclairs dans une nuit sombre. Il n'y a plus
-un Parc aux Cerfs, mais on donne des fêtes vénitiennes, dans
-la rue Duphot, et l'on souscrit des billets, pour en solder les
-frais; on construit des grottes hospitalières où l'innocence et
-le vice iront rêver, au murmure de jets d'eau, qui ne se tairont
-ni jour ni nuit, comme dit Bossuet, on se fait sauter la cervelle
-dans un cabaret des halles au moment de payer l'addition,
-le chantage, récemment inscrit dans le Code pénal, n'est pas
-réprimé encore, il terrifie les femmes, sexe faible, aussi bien
-que les hommes, se croyant en leur vanité le sexe fort. Sous
-un toit suspect les vénales et adultères amours, prennent leurs
-ébats, S. G. D. G. Le public commence à soupçonner notre
-société de n'être pas supérieure à l'ancienne. Il se trouve vis-à-vis
-d'elle, dans la situation de ce mari de Gavarni faisant une
-scène à sa légitime:
-</p>
-<p>
-&mdash;Inutile de feindre, madame, je sais tout.
-</p>
-<p>
-&mdash;Vous savez tout?... Eh bien, c'est du propre!</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_208_208" id="Footnote_208_208"></a><a href="#FNanchor_208_208"><span class="label">208</span></a> Séance du 26 déc. 1815.&mdash;Locré, t. V, p. 435.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_209_209" id="Footnote_209_209"></a><a href="#FNanchor_209_209"><span class="label">209</span></a> M. Jules Simon, <i>De la liberté</i>, t. I<sup>er</sup>, p. 360.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_210_210" id="Footnote_210_210"></a><a href="#FNanchor_210_210"><span class="label">210</span></a> Que deviendront-elles, ces femmes encore jeunes, souvent
-belles, dont le c&#339;ur éveillé à l'amour, est, toujours par la
-faute du mari, resté inassouvi? Elles seront des déclassées,
-prêtes à toutes les consolations, c'est-à-dire à toutes les chutes,
-dans une société implacable et qui pourtant devrait avoir
-pitié de ces victimes, de ces malades, dont le martyre est
-venu du c&#339;ur et des nerfs. Voir: <i>Études cliniques sur l'hystéro-épilepsie</i>
-par P. Richer, avec une préface de Charcot (Delahaye,
-éditeur. 1881). <i>Causes criminelles et mondaines</i>, par A. Bataille
-(Dentu, éditeur, 1881). Rétif de la Bretonne. <i>Les gynographes
-ou idées de deux honnêtes femmes sur un projet
-de règlement, proposé à toute l'Europe, pour remettre les
-femmes a leur place et opérer le bonheur des deux sexes</i> (<i>La
-Haye</i>, 1777). Mandsley. <i>Pathologie de l'esprit</i> (Germer-Baillière,
-éditeur). V. <i>Traité de médecine légale</i>, par Taylor, Professeur
-à Guy's Hopital, traduit par Contagne, D. M. P. à
-Lyon. N'oublions pas non plus les ouvrages, les rapports, les
-savantes cliniques des professeurs Lasègue, Proust, Paul
-Lorain, Chambert, Woillez, Charcot, Duguet, Brouardel, Péan,
-Mottet, Blanche, Falret, Legrand du Saulle Saint-Germain,
-Labbé, Duplay, dignes continuateurs des grands praticiens
-français.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_211_211" id="Footnote_211_211"></a><a href="#FNanchor_211_211"><span class="label">211</span></a> <i>Lettres persanes</i>, 116.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_212_212" id="Footnote_212_212"></a><a href="#FNanchor_212_212"><span class="label">212</span></a> <i>Essais moraux et philosophiques</i>, 18.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_213_213" id="Footnote_213_213"></a><a href="#FNanchor_213_213"><span class="label">213</span></a> <i>Analyse raisonnée du Code civil</i>, t. I<sup>er</sup>, p. 218.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_214_214" id="Footnote_214_214"></a><a href="#FNanchor_214_214"><span class="label">214</span></a> Dumas, <i>La princesse de Bagdad</i> (acte III). Une jeune et
-charmante femme, rivée à un mari brutal, joueur et noctambule,
-me disait un jour: Si je n'avais pas une fille, j'aurais
-depuis longtemps demandé le repos au poison et le sommeil
-éternel à une tombe, délaissée comme l'a été toujours mon
-âme.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_215_215" id="Footnote_215_215"></a><a href="#FNanchor_215_215"><span class="label">215</span></a> M. Léon Renault, Rapport, p. 21.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_216_216" id="Footnote_216_216"></a><a href="#FNanchor_216_216"><span class="label">216</span></a> M. Ernest Legouvé, membre de l'Académie française,
-fils de Jean-Baptiste Legouvé, auteur du <i>Mérite des femmes</i>,
-est petit-fils de Legouvé, avocat au Parlement qui présentait
-au roi (14 octobre 1775) une requête dans l'intérêt des enfants
-protestants, nés sans état (<i>Pénalités anciennes</i>, Plon éditeur).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_217_217" id="Footnote_217_217"></a><a href="#FNanchor_217_217"><span class="label">217</span></a> «Dès qu'on a des enfants, dit M. Jules Simon, on doit
-vivre pour eux et non pour soi.» <i>La liberté</i>, t. I<sup>er</sup>, p. 361.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_218_218" id="Footnote_218_218"></a><a href="#FNanchor_218_218"><span class="label">218</span></a> <i>Essais moraux et politiques</i>, 18<sup>e</sup> essai.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_219_219" id="Footnote_219_219"></a><a href="#FNanchor_219_219"><span class="label">219</span></a> Pièces justificatives XI, XIII, XVI. En 1387, les femmes
-du comté d'Eu ne payent aucun droit, pour le vin, qu'elles
-buvaient pendant leur coucher. <i>Trésor judiciaire de la France</i>&mdash;Plon
-éditeur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_220_220" id="Footnote_220_220"></a><a href="#FNanchor_220_220"><span class="label">220</span></a> L'abbé Vidieu.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_221_221" id="Footnote_221_221"></a><a href="#FNanchor_221_221"><span class="label">221</span></a> M. Taine, <i>Notes sur l'Angleterre</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_222_222" id="Footnote_222_222"></a><a href="#FNanchor_222_222"><span class="label">222</span></a> M. Georges Berry, <i>Moralité du divorce</i>, p. 80.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_223_223" id="Footnote_223_223"></a><a href="#FNanchor_223_223"><span class="label">223</span></a> Séance du 20 floréal an III (28 mai 1795).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_224_224" id="Footnote_224_224"></a><a href="#FNanchor_224_224"><span class="label">224</span></a> Séance du 2 thermidor an III (21 juillet 1795).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_225_225" id="Footnote_225_225"></a><a href="#FNanchor_225_225"><span class="label">225</span></a> Moniteur réimprimé en 1852.&mdash;T. XXVIII, p. 490.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_226_226" id="Footnote_226_226"></a><a href="#FNanchor_226_226"><span class="label">226</span></a> V. M. Glasson, <i>op. cit.</i>, 2<sup>e</sup> édition.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_227_227" id="Footnote_227_227"></a><a href="#FNanchor_227_227"><span class="label">227</span></a> Locré, <i>Proleg. Hist. des codes</i>, t. I<sup>er</sup>, p. 92.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_228_228" id="Footnote_228_228"></a><a href="#FNanchor_228_228"><span class="label">228</span></a> M. J. Simon, <i>Liberté civile</i>, ch. <span class="smcap">I</span><sup>er</sup>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_229_229" id="Footnote_229_229"></a><a href="#FNanchor_229_229"><span class="label">229</span></a> <i>L'Europe politique et sociale.</i> (Maurice Block.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_230_230" id="Footnote_230_230"></a><a href="#FNanchor_230_230"><span class="label">230</span></a> V. Rapport de M. Léon Renault, p. 45, et Em. Combier.
-(<i>Thèse.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_231_231" id="Footnote_231_231"></a><a href="#FNanchor_231_231"><span class="label">231</span></a> V. Yvernès. <i>Justice civile et commerciale en Europe</i>,
-1876.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_232_232" id="Footnote_232_232"></a><a href="#FNanchor_232_232"><span class="label">232</span></a> V. <i>Exposé statistique de Suède</i>, 1878.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_233_233" id="Footnote_233_233"></a><a href="#FNanchor_233_233"><span class="label">233</span></a> Dans le canton de Zurich, on compte, en 1875, 5,43 divorces
-sur 100 mariages; en 1876, 8,91; en 1877, 6,92; en
-1878, 7,62. Dans le canton de Schaffouse, en 1875, 6,68; en
-1876, 14,02; en 1877, 12,94; en 1878, 6,67. Dans l'Appenzell,
-en 1875, 7,65; en 1876, 5,19; en 1877, 13,05; en 1878,
-15,45. Dans le canton de Vaud, en 1875, 2,78; en 1876, 4,75;
-en 1878, 4,45. Dans le canton de Neufchâtel, en 1875, 1,74;
-en 1876, 3,11; en 1877, 4,50.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_234_234" id="Footnote_234_234"></a><a href="#FNanchor_234_234"><span class="label">234</span></a> Yvernès, <i>op. cit.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_235_235" id="Footnote_235_235"></a><a href="#FNanchor_235_235"><span class="label">235</span></a> Séparations de corps demandées à Paris à l'assistance judiciaire
-6,673: 3,062 admises, 2,019 rejetées.
-</p>
-<p>
-Séparations de biens, 2,137 demandées: 1,324 admises,
-625 rejetées.
-</p>
-<p>
-Devant cette juridiction, 11,252 demandes sont admises et
-8,567 rejetées après sérieux examen.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_236_236" id="Footnote_236_236"></a><a href="#FNanchor_236_236"><span class="label">236</span></a> Voir: <i>La loi sur le travail des enfants dans les manufactures</i>,
-commentée par Jules Périn, avocat; et la brochure du même
-auteur sur les <i>Saltimbanques</i>. Cosse et Marchal, éditeurs, place
-Dauphine, 27.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_237_237" id="Footnote_237_237"></a><a href="#FNanchor_237_237"><span class="label">237</span></a> Sur 80 membres, le Conseil municipal de Paris, compte
-en 1880, 13 médecins, 3 avocats; faut-il féliciter leurs clients
-ou la ville? on hésite.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_238_238" id="Footnote_238_238"></a><a href="#FNanchor_238_238"><span class="label">238</span></a> Dernièrement, on a appris qu'un lieutenant (fils du baron
-colonel Ponsard), a été, à la tête de sa compagnie, abattu par
-deux coups de fusil, tirés par un soldat, qu'il venait de réprimander
-et de punir.
-</p>
-<p>
-L'assassin, condamné à la peine de mort par l'unanimité du
-Conseil de guerre de Grenoble, fut gracié (1880). Il est vrai
-que la victime laisse une mère veuve et une s&#339;ur, dont il
-était l'orgueil et l'espoir; nous le savons personnellement, ayant
-connu cette honorable famille.
-</p>
-<p>
-M. de Montalembert (de l'Académie française) condamné,
-sous l'Empire, pour délit de presse, à Paris, se pourvut devant
-la Cour (chambre correctionnelle), pour y refuser dédaigneusement,
-par la voix de Berryer, la grâce, que lui avait accordée
-Napoléon III, avant l'expiration du délai d'appel, accordé au
-prévenu.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_239_239" id="Footnote_239_239"></a><a href="#FNanchor_239_239"><span class="label">239</span></a> En janvier 1860, il m'a été donné de faire visite, chez
-lui, au poète Nîmois, l'auteur inspiré de l'<i>Ange et l'enfant</i>.
-Dans notre conversation, il m'a surtout parlé de Paris et de son
-illustre protecteur et compatriote Guizot, le grand ministre et
-l'illustre historien.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_240_240" id="Footnote_240_240"></a><a href="#FNanchor_240_240"><span class="label">240</span></a> Dreyfous, éditeur, rue du Faubourg-Montmartre, 13.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_241_241" id="Footnote_241_241"></a><a href="#FNanchor_241_241"><span class="label">241</span></a> Voir aussi <i>Madame Bovary</i>, l'&#339;uvre vivante de notre ami
-Gustave Flaubert, si prématurément enlevé aux lettres.
-(Charpentier, éditeur.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_242_242" id="Footnote_242_242"></a><a href="#FNanchor_242_242"><span class="label">242</span></a> La police des m&#339;urs a beaucoup fait parler d'elle,
-depuis quelque temps (1881). Tandis que les uns ont réclamé
-la suppression de la brigade spécialement chargée de ce service,
-qui serait désormais confié aux sergents de ville, d'autres se
-sont contentés de demander des modifications, ou plutôt des
-améliorations de l'état de choses actuel.
-</p>
-<p>
-Nous croyons savoir qu'il sera bientôt donné satisfaction,
-dans la mesure du possible, à ce dernier désir. Loin de tolérer
-la liberté de la prostitution, le préfet de police songerait, au
-contraire, à prendre des mesures plus sévères à l'égard de
-certains individus rôdeurs de barrières, dont les moyens
-d'existence sont inavouables.
-</p>
-<p>
-De même que le recéleur fait le voleur, de même le souteneur
-fait la prostituée, a dit récemment au conseil municipal
-M. Andrieux. Le fait est certain. C'est donc surtout contre cette
-catégorie de gens sans aveu que la Préfecture de police va
-sévir. Leur nombre a augmenté dans de telles proportions
-durant cet dernières années, qu'il est indispensable d'adopter
-une réglementation nouvelle pour mettre fin à une situation
-qui ne fait qu'empirer. Les honnêtes gens ne pourront que
-remercier le préfet de police de prendre les dispositions nécessaires,
-pour nettoyer ces écuries d'Augias.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_243_243" id="Footnote_243_243"></a><a href="#FNanchor_243_243"><span class="label">243</span></a> Les mesures arbitraires, administratives, seront enfin
-supprimées, à commencer par cette visite corporelle infligée,
-redoutée comme un reste de torture. Il y aura des peines prononcées
-pour contravention de simple police, et des jugements
-constatant les délits commis publiquement et réprimés par l'article
-330 du Code pénal leurs coauteurs ou complices. Seront
-impunies les filles qui consentiront à être parquées dans les
-maisons de tolérances dont l'intérêt, bien entendu, est de se
-soumettre à toutes les conditions sanitaires imposées par l'administration,
-qui les surveille sans cesse.
-</p>
-
-<p class="center">CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS<br />
-<i>Séance du 28 décembre 1880.</i></p>
-
-<p>Reprise de la discussion relative à la suppression de la brigade
-des m&#339;urs et du dispensaire de salubrité.
-</p>
-<p>
-Plusieurs conseillers déposent la proposition suivante:
-«Cette brigade sera supprimée, à partir du 1<sup>er</sup> janvier 1882;
-M. le préfet de police est invité à étudier et à proposer d'ici à
-cette époque une organisation conforme aux indications contenues
-dans le rapport de la commission du budget.»
-</p>
-<p>
-Deux amendements sont proposés: l'un auquel se rallie
-M. le préfet de police, invite celui-ci à étudier une réglementation
-nouvelle de la police des m&#339;urs et, au besoin, à provoquer
-le vote d'une loi nouvelle sur la matière; mais le conseil
-adopte, article par article, un autre amendement en quatre
-articles, par lequel l'administration municipale est invitée: à
-présenter un projet d'installation de services médicaux gratuits
-contre les maladies syphilitiques,&mdash;à étudier le moyen de
-remplacer les agents des m&#339;urs par des gardiens de la paix
-pour le service d'ordre public,&mdash;à renvoyer à la justice régulière
-les délits ou contraventions soumis aujourd'hui à l'arbitraire
-administratif,&mdash;à supprimer la brigade des m&#339;urs.
-Le vote sur l'ensemble donne 33 voix pour l'adoption et
-12 contre.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_244_244" id="Footnote_244_244"></a><a href="#FNanchor_244_244"><span class="label">244</span></a> <i>Des récidives en matière criminelle</i>, par M. l'avocat général
-Petiton, discours de rentrée à la Cour de cassation
-(3 novembre 1880).&mdash;<i>Des réformes judiciaires et de l'instruction
-ouverte</i>, discours de rentrée prononcé par M. Dauphin,
-sénateur, procureur général près la Cour d'appel de Paris
-(3 novembre 1880).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_245_245" id="Footnote_245_245"></a><a href="#FNanchor_245_245"><span class="label">245</span></a> Voir les beaux discours prononcés au sénat, par
-MM. Jules Simon, d'Audiffret-Pasquier, Buffet, Oscar de
-Vallée (1880).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_246_246" id="Footnote_246_246"></a><a href="#FNanchor_246_246"><span class="label">246</span></a> La commission de la presse s'évertue, depuis un an, sans
-rien produire, à faire autrement, sinon mieux que le décret du
-17 février 1852.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_247_247" id="Footnote_247_247"></a><a href="#FNanchor_247_247"><span class="label">247</span></a> Après certains renseignements envoyés par la police
-anglaise, le parquet de Bruxelles a fait une descente dans une
-maison de tolérance qui lui avait été désignée. L'enquête, qui
-a duré neuf heures, a révélé qu'une jeune Anglaise était entrée
-dans cette maison à l'âge de quinze ans, encore pure. Le
-«tenancier» a été arrêté et condamné en 1880, à payer
-1000 francs de dommages-intérêts à mademoiselle Tanner,
-cette jeune Anglaise qu'il avait séquestrée, chez lui, refusant
-de la laisser emmener par un riche Américain, s'intéressant à
-elle, qui, malgré son nom, n'avait pas jeûné.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_248_248" id="Footnote_248_248"></a><a href="#FNanchor_248_248"><span class="label">248</span></a> Maxime Du Camp, <i>Paris et ses organes</i>.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_249_249" id="Footnote_249_249"></a><a href="#FNanchor_249_249"><span class="label">249</span></a> Un collège, il est vrai qu'il est en Champagne, a vu refuser
-tous ses candidats à l'examen (1880)!</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_250_250" id="Footnote_250_250"></a><a href="#FNanchor_250_250"><span class="label">250</span></a> On devrait bien décréter la science (laïque ou même
-cléricale) obligatoire pour tous.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_251_251" id="Footnote_251_251"></a><a href="#FNanchor_251_251"><span class="label">251</span></a> Les attroupements étaient punis, sous l'ancienne monarchie,
-comme acte de rébellion en réunion.&mdash;Nos agitations
-politiques amenèrent vite les décrets des 26-27 juillet 1791,
-complétant la loi du 21 octobre 1789, auxquels il faut ajouter
-les articles 96, 265 du Code pénal, les lois du 8 octobre 1830,
-10 avril 1831, qui prescrivent l'emploi de la force, après
-sommations précédées d'un roulement de tambour ou de son
-de trompe. Il n'y a plus maintenant de tambours!</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_252_252" id="Footnote_252_252"></a><a href="#FNanchor_252_252"><span class="label">252</span></a> Louis XIV, dont le règne fut si glorieux et si long, donnait
-aux officiers et archers de la compagnie du guet leur
-solde et gratification, sur les États du comptant, où se trouvent
-aussi 60,000 francs pour les pauvres et malades des faubourgs
-de Paris. (<i>Archives nationales</i>, <i>section historique</i>, <i>K.</i> 12,072.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_253_253" id="Footnote_253_253"></a><a href="#FNanchor_253_253"><span class="label">253</span></a> En 1869, on ne comptait guère plus de 4,800 agents. Aujourd'hui,
-les cadres comprennent 7,800 commissaires de police,
-officiers de paix, inspecteurs, brigadiers, sous-brigadiers, gardiens
-de la paix, etc., etc. Ce personnel ne coûte pas moins
-de 15,400,000 francs, dont moitié est supportée par l'Etat,
-moitié par la Ville de Paris. De pareils chiffres paraissent déjà
-fort respectables. Eh bien, cependant, nous sommes à la veille
-de les voir s'accroître encore.
-</p>
-<p>
-Nous apprenons, en effet, que M. Andrieux, loin de supprimer
-telle ou telle brigade affectée à un service spécial,
-songe au contraire à en augmenter le nombre. Aujourd'hui,
-les gardiens de la paix sont au nombre de 6,800; il s'agirait
-d'y joindre 200 nouvelles recrues, de manière à arriver au
-chiffre rond de 7,000. Il est question de proposer au conseil
-municipal l'établissement de patrouilles de nuit. Pour cette
-organisation nouvelle, on choisirait les gardiens de la paix,
-qui ont fait leur service dans la cavalerie.
-</p>
-<p>
-Ce projet est en ce moment élaboré à la Préfecture de police
-et nous croyons savoir qu'il est approuvé d'avance par le
-ministre de l'intérieur.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_254_254" id="Footnote_254_254"></a><a href="#FNanchor_254_254"><span class="label">254</span></a> Une enfant de huit ans, arrêtée en ces circonstances, interrogée
-sur les provocations, dont sa jeunesse eut dû la préserver,
-répondait en souriant: Je ne travaille qu'avec mes
-mains!</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_255_255" id="Footnote_255_255"></a><a href="#FNanchor_255_255"><span class="label">255</span></a> Les duels ont lieu surtout lorsque la poursuite paraît
-devoir être lente ou incertaine, suivie aux assises d'un acquittement
-ou en police correctionnelle d'une condamnation, pour
-coups et blessures, alors que l'intention homicide est revendiquée
-par l'inculpé. (22 juin 1837. Arrêt rendu sur le réquisitoire
-du procureur général Dupin.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_256_256" id="Footnote_256_256"></a><a href="#FNanchor_256_256"><span class="label">256</span></a> Ces vengeances féminines, devant le jury, trouvent indulgence
-ou impunité. (Assises de la Seine, affaire de la femme
-Paulard, 13 décembre 1880). A Laon, Virginie Dumaire a été
-condamnée à 10 années de réclusion, pour avoir tué son
-amant qui allait se marier.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_257_257" id="Footnote_257_257"></a><a href="#FNanchor_257_257"><span class="label">257</span></a> De pareils accidents, dont les témoins cherchent à dissimuler
-les circonstances, au début, sont bien fréquents à Paris.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_258_258" id="Footnote_258_258"></a><a href="#FNanchor_258_258"><span class="label">258</span></a> Une pénalité devrait atteindre les parents qui refusent
-de reprendre leurs enfants arrêtés.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_259_259" id="Footnote_259_259"></a><a href="#FNanchor_259_259"><span class="label">259</span></a> <i>Rapport du directeur de l'Assistance publique</i>, 1880.&mdash;Signalons
-l'institution organisée par M. Voisin, ancien préfet de
-police, conseiller à la Cour de cassation, pour faciliter si utilement
-l'admission dans les armées de terre et de mer des
-enfants abandonnés, dignes de tout intérêt, les colonies dépendant
-du ministère de l'intérieur, la colonie fondée à Orgeville,
-par M. G. Bonjean.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_260_260" id="Footnote_260_260"></a><a href="#FNanchor_260_260"><span class="label">260</span></a> De nos jours, on a tenté d'offrir aux régicides des armes
-d'honneur, pour perpétuer, dans leur famille et la mémoire
-des hommes, le souvenir des crimes accomplis ou tentés.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_261_261" id="Footnote_261_261"></a><a href="#FNanchor_261_261"><span class="label">261</span></a> Les Américains dépassent, pour l'esprit pratique et utilitaire,
-les Anglais.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_262_262" id="Footnote_262_262"></a><a href="#FNanchor_262_262"><span class="label">262</span></a> <i>Lettres de madame de Maintenon.</i>&mdash;<i>Mémoires complets</i>
-24 vol (<i>Bibliot. nation.</i>).&mdash;<i>État de la France où l'on voit
-tous les princes, ducs et pairs, ensemble les noms des officiers
-de la maison du roy, avecque leurs gages, privilèges, suivant
-l'état porté à la cour des Aydes</i> (dédié au roy), 3 vol in-12.
-Paris, Trabouillet, 1697. Cet ouvrage donne les détails sur le
-cérémonial pour le lever, le coucher, l'habillement du roy,
-l'emploi de sa journée.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_263_263" id="Footnote_263_263"></a><a href="#FNanchor_263_263"><span class="label">263</span></a> En 1684, le roi, qui se levait entre huit et neuf heures
-du matin, allait chez madame de Maintenon, de sept heures du
-soir jusqu'à dix heures, qui était l'heure de son souper; après
-quoi, il passait chez madame de Montespan jusqu'à minuit, et
-le petit coucher était ordinairement fini à minuit et demi, au
-plus tard, à une heure.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_264_264" id="Footnote_264_264"></a><a href="#FNanchor_264_264"><span class="label">264</span></a> La veuve de Scarron déterminait le roi à entreprendre
-des travaux ruineux, pour les finances et les hommes, à Maintenon,
-où 20,000 soldats empruntés aux régiments de Picardie,
-Champagne, Royal des Vaisseaux, Languedoc, Navarre, Feuquières,
-Crussol, La Fare, Fusiliers du Roi, Alsace, Vaubecourt,
-Lyonnais, Dauphin, la Reine, Anjou, Vermandois, Dragons,
-remuaient des terres, sous le commandement du Marquis d'Uxelles,
-surveillant 8,000 maçons. La favorite écrivait à madame
-St. Géran (28 juillet 1687): Les hommes sont bien fous de se
-donner tant de soins, pour embellir une demeure, où ils n'ont
-que deux jours à loger. (Voir aux Archives les États du Comptant,
-signés par Louis XIV.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_265_265" id="Footnote_265_265"></a><a href="#FNanchor_265_265"><span class="label">265</span></a> Ne disons pas de mal de cette profession et souvenons-nous
-qu'un chirurgien dentiste (en 1763) rue Mauconseil, au
-premier étage, nommé Talma, originaire du Brabant, mais de
-souche Espagnole, eut, le 15 octobre, pour fils, François-Joseph,
-qui fut le plus illustre tragédien, non seulement de France,
-mais du monde entier. En face, était un bureau de loterie,
-tenu par le Castillan Mira, dit Brunet, où naquit Jean Joseph
-(1766), mort en 1851, qui fonda les Variétés (1805), où il
-obtint les succès comiques, qu'il avait déjà ébauchés sur le
-théâtre de la Cité (ancien Prado) avec Odry, Legrand, Lepeintre
-et Potier.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_266_266" id="Footnote_266_266"></a><a href="#FNanchor_266_266"><span class="label">266</span></a> Des faits de cette nature sont fréquents, souvent cachés
-par le silence intéressé des victimes ou des familles. Espérons
-qu'ils sont limités à la libre Amérique, en souhaitant que
-l'éther et le chloroforme, toujours si délicats, si difficiles à
-manier, ne soient appliqués que par des docteurs-médecins et
-non par des M<sup>ns</sup>-dentistes, ce qui veut dire seulement:
-<i>Mécaniciens-Dentistes</i>! (Voir les débats de l'affaire <i>femme Préterre</i>
-contre son mari.&mdash;Cour de Paris, chambre civile,
-M<sup>es</sup> Allou et Housse.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_267_267" id="Footnote_267_267"></a><a href="#FNanchor_267_267"><span class="label">267</span></a> Loi du 27 décembre 1880.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_268_268" id="Footnote_268_268"></a><a href="#FNanchor_268_268"><span class="label">268</span></a> Les suicides dans l'arrondissement de Laon (1853).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_269_269" id="Footnote_269_269"></a><a href="#FNanchor_269_269"><span class="label">269</span></a> Surtout dans la jeunesse ou dans la vieillesse:</p>
-
-<p class="center"><small>Car lorsqu'on est très vieux, on devient très enfant.</small></p>
-
-<p class="right padr2"><small>(<span class="smcap">Victor Hugo</span>).</small></p>
-
-</div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_270_270" id="Footnote_270_270"></a><a href="#FNanchor_270_270"><span class="label">270</span></a> Ce précurseur de Prévot, de Billoir, de Menesclou, renvoyé
-devant le deuxième conseil de guerre, à Paris, fut condamné
-à une année seulement d'emprisonnement, pour violation
-de sépultures. (<i>Gazette des Tribunaux</i>, 11 juillet 1849.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_271_271" id="Footnote_271_271"></a><a href="#FNanchor_271_271"><span class="label">271</span></a> Voir la remarquable lettre de M. le premier président
-Gilardin, adressée à Ambroise Tardieu, sur la responsabilité
-des aliénés et leurs testaments. (Les aliénés. (Proposition
-Gambetta et Magnin.) Delahaye, éditeur.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_272_272" id="Footnote_272_272"></a><a href="#FNanchor_272_272"><span class="label">272</span></a> Claretie. <i>Les amours d'un interne.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_273_273" id="Footnote_273_273"></a><a href="#FNanchor_273_273"><span class="label">273</span></a> Tardieu (Amb.).&mdash;<i>Médecine légale.</i> Lacassagne.&mdash;<i>Le
-tatouage dans l'armée.</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_274_274" id="Footnote_274_274"></a><a href="#FNanchor_274_274"><span class="label">274</span></a> <i>Les femmes d'après les statistiques criminelles.</i>
-</p>
-<p>
-On vient de publier, dans les vingt mairies de Paris, le
-tableau des condamnations prononcées par la Cour d'assises
-de la Seine, dans les mois de mai et juin 1880.
-</p>
-<p>
-Ce tableau relate 28 sentences prononcées contre un pareil
-nombre d'individus, dont 25 du sexe masculin et 3 du sexe
-féminin.
-</p>
-<p>
-La femme disparaît de plus en plus des annales de la criminalité.
-Les seules qui y paraissent encore sont condamnées
-pour le crime d'infanticide.
-</p>
-<p>
-Aucune condamnation à mort ne figure sur le tableau de ces
-deux mois.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_275_275" id="Footnote_275_275"></a><a href="#FNanchor_275_275"><span class="label">275</span></a> Voir le discours de M. l'avocat général Petiton (3 novembre
-1729).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_276_276" id="Footnote_276_276"></a><a href="#FNanchor_276_276"><span class="label">276</span></a> Sarcey.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_277_277" id="Footnote_277_277"></a><a href="#FNanchor_277_277"><span class="label">277</span></a> Le projet de divorce, préparé par des discussions, est à
-l'ordre du jour, en attendant que les chambres le discutent.
-De là complet relâchement du lien conjugal, dans toutes les
-classes.</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_278_278" id="Footnote_278_278"></a><a href="#FNanchor_278_278"><span class="label">278</span></a> Une prison pour les cochers, pris en maraude et en contravention,
-renfermés et réduits à jouer au bouchon, rappelle
-la détention infligée jadis aux gardes nationaux récalcitrants!</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_279_279" id="Footnote_279_279"></a><a href="#FNanchor_279_279"><span class="label">279</span></a> <i>Le Bailliage du Palais.</i> (Willem, éditeur à Paris.)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_280_280" id="Footnote_280_280"></a><a href="#FNanchor_280_280"><span class="label">280</span></a> <i>Description de la ville de Paris</i>, par Germain Brun (1728).</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_281_281" id="Footnote_281_281"></a><a href="#FNanchor_281_281"><span class="label">281</span></a> <i>Les métiers de Paris.</i> (Leroux, éditeur à Paris.)</p></div>
-
-
-
-
-<h2><a name="LIVRES_A_CONSULTER" id="LIVRES_A_CONSULTER">LIVRES A CONSULTER</a></h2>
-
-
-<p>Legrand du Saulle.&mdash;<i>Médecine légale.</i></p>
-
-<p><i>Curiosités des anciennes Justices.</i> (Plon, éditeur, Paris.)</p>
-
-<p><i>Pénalités anciennes, supplices, prisons et grâces.</i> (Plon.)</p>
-
-<p><i>Le Châtelet.</i> (Didier, éditeur.)</p>
-
-<p><i>Des attentats à la pudeur</i>, par le professeur Ambroise Tardieu.</p>
-
-<p><i>Les métiers de Paris.</i> (Leroux, éditeur, Paris.)</p>
-
-<p><i>Le Parlement de Paris.</i> (Marchal et Billard, place Dauphine.)</p>
-
-<p><i>Les aliénés.</i>&mdash;Proposition Gambetta et Magnin. (Delahaye,
-éditeur.)</p>
-
-<p><i>Les registres criminels du Châtelet</i>, par Duplès-Agier.</p>
-
-<p><i>Registre de Saint-Martin des Champs</i>, par M. Tanon, directeur
-des affaires criminelles.</p>
-
-<p><i>Étude sur les séparations de corps</i>, par M. Dussac, D. M. P.</p>
-
-<p>Briand et Chaudé.&mdash;<i>Médecine légale.</i></p>
-
-<p><i>Histoire de la Médecine légale.</i> (Charpentier, éditeur.)</p>
-
-<p>Devergie.&mdash;<i>Médecine légale.</i></p>
-
-<p>Lacassagne.&mdash;<i>Médecine judiciaire.</i></p>
-
-<p>Filleau.&mdash;<i>Des maladies vénériennes.</i></p>
-
-<p>Parent-Duchâtelet.&mdash;<i>De la prostitution.</i></p>
-
-<p>Lecour.&mdash;<i>De la prostitution à Paris et à Londres.</i></p>
-
-<p>Casper.&mdash;<i>De la Médecine légale.</i> (Berlin.)</p>
-
-<p>Taylor.&mdash;<i>De la Médecine légale.</i> (Londres.)</p>
-
-<p><i>La prostitution</i>, par le docteur Mireur.</p>
-
-<p><i>Des déformations vulvaires</i>, par le docteur Martineau, médecin
-de l'Ourcine.</p>
-
-<p><i>Des organes génitaux externes, chez les prostituées</i>, par le
-docteur Charpy.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_358" id="Page_358">358</a></span></p>
-
-<p>Delamare.&mdash;<i>Collection des manuscrits.</i> (Biblioth. Nation.)</p>
-
-<p><i>Éloge de Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie Royale
-de Chirurgie</i>, par M. le docteur Louis A. Segond.</p>
-
-<p>Regneri de Graaf.&mdash;<i>De mulierum organis generationi inservientibus.</i>
-(Lugd. Batav. ex officinâ Hockianâ. 1772.)</p>
-
-<p><i>Du mouvement des muscles</i>, de Galien, traduit par maître
-Jehan Canappe. (Lyon, chez Sulpice Sabbon, pour Antoine
-Constantin. 1541.)</p>
-
-<p><i>Le livre des présaiges du Divin Hyppocrate</i>, translaté par
-maître Pierre Vernei. (Lyon, Éstienne Dolet. 1542.)</p>
-
-<p><i>L'anatomie des os du corps humain</i>, de Galien, traduit par
-maître Jehan Canappe. (Lyon, Éstienne Dolet. 1541.)</p>
-
-<p><i>De la raison de curer par évacuation du sang</i>, de Galien.
-(Lyon, chez Sulpice Sabbon, pour Antoine Constantin.)</p>
-
-<p><i>La manière de traiter les playes, faites par harquebuse, et autres
-bâtons à feu</i>, par Ambroise Paré. (Paris, veuve Debris. 1552.)</p>
-
-<p><i>Administration anatomique</i>, de Galien, traduit par M. Jacques
-Daleschampes, docteur en médecine. (Lyon, 1571.)</p>
-
-<p><i>Les morphiomones</i>, par le docteur Levinstein. (Berlin.)</p>
-
-<p><i>Mémoires sur les Ordonnances de d'Aguesseau</i>, par Monnier.
-(Orléans, 1858. Imprimerie Colas-Gordin.)</p>
-
-<p><i>La justice civile et criminelle dans les cahiers de 1789</i>, par
-M. Preux, avocat général à Douai. (1864.)</p>
-
-<p><i>Examen des comptes de la justice criminelle</i>, par le docteur
-Vingtrinier. (Rouen, 1864.)</p>
-
-<p><i>Le droit criminel avant la Révolution</i>, par Campenon. (Paris,
-1864.)</p>
-
-<p><i>Les Maîtres des Requêtes et les États de Bourgogne</i>, par Jules
-Pautel. (Durand, éditeur à Paris, 1864.)</p>
-
-<p><i>Essai sur les institutions judiciaires d'Avignon, et du comté
-Venaissin, sous les Papes</i>, par M. Victor Faudon, substitut du
-procureur général à Nîmes. (1867.)</p>
-
-<p><i>De l'origine des épreuves judiciaires</i>, par M. E. Châtillon,
-substitut du procureur général à Nancy. (1863.)</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_359" id="Page_359">359</a></span></p>
-
-<p><i>Claudius Cantiuncula, jurisconsulte Messin</i> (<span class="smcap">XVI</span><sup>e</sup> <i>siècle</i>), par
-M. Prost. (Metz, 1868.)</p>
-
-<p><i>Des jugements par jurés, en matière civile anciennement établis
-dans quelques tribunaux de la France</i>, par M. Levrier,
-lieutenant général du bailliage royal de Meulan. (Mai 1790,
-Paris, chez Belin.)</p>
-
-<p><i>Vie privée et criminelle d'Antoine François Desrues, détail
-de ses crimes.</i> (Paris, Caillaux, 1777, in-8º.)</p>
-
-<p><i>Paris sous Philippe le Bel</i>, par Géraud (Paris, Crapelet, 1837).</p>
-
-<p><i>Paris pendant la domination anglaise</i> (1420-1439), par
-Longnon. (Paris, Champion, 1878.)</p>
-
-<p><i>Antiquités de Paris</i>, par Gilles Corrozet, avec notice de Bonnardot.
-(Guiraudet et Louvurt, 1848).</p>
-
-<p><i>La ville de Paris</i> (<span class="smcap">XV</span><sup>e</sup> siècle), par Guillebert de Metz. (Paris,
-Aubry, 1856.)</p>
-
-<p><i>Théâtre des Antiquités de Paris</i>, par Du Breul. (Paris, 1639).</p>
-
-<p><i>Histoire de Paris</i>, par Dulaure. (Paris, 1839.)</p>
-
-<p><i>La démagogie à Paris</i>, en 1793, par Dauban. (Plon, éditeur.)</p>
-
-<p><i>Pariseum</i>, par Blanvillain. (Paris, 1802.)</p>
-
-<p><i>Les désastres de Paris</i>, par la Commune, par Z. Mottu.</p>
-
-<p><i>Idées anti-Proudhoniennes sur l'amour, les femmes et le mariage</i>,
-par Juliette Lambert. (Lévy, Paris, 1862.)</p>
-
-<p><i>Mémoires de Vidocq.</i></p>
-
-<p><i>Mémoires de Canler</i>, ancien chef de service de sûreté. (
-Paris, in-12.)</p>
-
-<p><i>Le monde des coquins</i>, par Moreau Christophe, inspecteur
-général des prisons. (Dentu éditeur, 1863.)</p>
-
-<p><i>Curiosités judiciaires</i>, par Warée. (1858.)</p>
-
-<p><i>La femme dans l'antiquité</i>, par de Rainneville. (1865.)</p>
-
-<p><i>La femme au <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> siècle</i>, par Edmond et Jules de Goncourt.
-(1862.)</p>
-
-<p><i>Le droit des femmes</i>, par Al. Assolant. (1868.)</p>
-
-<p><i>De la prostitution en Europe</i>, par Rabertaux. (1851.)</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_360" id="Page_360">360</a></span></p>
-
-<p><i>Le Roman d'une femme</i>, O. Feuillet, de l'Académie française.
-(1878, M. Lévy.)</p>
-
-<p><i>Les rues du vieux Paris</i>, par Victor Fournel. (Didot,
-éditeur.)</p>
-
-<p><i>Les m&#339;urs de Paris.</i> (Amsterdam, Cortet, 1748.)</p>
-
-<p><i>Notes sur Paris</i>, par Faure. (Hachette, 1867.)</p>
-
-<p><i>Histoire des galeries du Palais-Royal</i>, par Lefaure. (Paris,
-Martenon, 1863.)</p>
-
-<p>Huyssmans. <i>Croquis parisiens.</i></p>
-
-<p><i>Histoire des barrières de Paris</i>, par A. Delvau. (Paris,
-Dentu, 1863.)</p>
-
-<p><i>Le vrai théâtre de Paris</i>, par Dessessart, avocat au Parlement.
-(Paris, 1777.)</p>
-
-<p><i>Histoire de saint Louis</i>, par le sire de Joinville, publié par
-de Wailly. (Didot éditeur.)</p>
-
-<p><i>Le Roi des grecs</i>, par Adolphe Belot. (1881).</p>
-
-<p><i>Les amours d'un interne</i>, par Jules Claretie. (1881.)</p>
-
-<p>Héquet.&mdash;<i>De l'indécence aux hommes d'accoucher les
-femmes et de l'obligation aux mères de nourrir leurs enfants.</i>
-(Paris, 1744. In-12.)</p>
-
-<p><i>Instructions chrétiennes sur la manière dont on doit se conduire
-en carême et sur les désordres du carnaval.</i> (Paris, 1722. In-12.&mdash;Lottin.)</p>
-
-<p>Ordonnance de S. M. (21 février 1752) <i>contre les indécences
-dans les églises de Paris, contre les dames qui y sont en robe
-abattue sans ceinture</i>.</p>
-
-<p>Sentence de police du 28 juin 1732, <i>expulsant les locataires
-d'une maison dépendant du monastère des Prémontrés de la Croix-Rouge,
-rue de Sèvres, où ont lieu des scènes de débauche en
-un appartement ayant vue sur l'église du couvent</i>.</p>
-
-<p><i>Décentralisation de la Préfecture de police</i>, par C. Macé.(1870.)</p>
-
-<p><i>Projet de loi rattachant le budget de la Préfecture de police
-au budget de l'État.</i> (Avril 1881.)</p>
-
-<hr />
-
-<p><span class="pagenum"><a name="Page_361" id="Page_361">361</a></span></p>
-
-
-
-
-<h2><a name="mat" id="mat">TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES</a></h2>
-
-
-<table summary="TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES" border="0"><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Préface</span></td><td class="tdr"><a href="#Page_i">i</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdc" colspan="3">LE CRIME A PARIS</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Chap. I.</span>&mdash;<i>Les malfaiteurs et l'armée de l'ordre</i>:</td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Nombre des arrestations à Paris</td><td class="tdr"><a href="#Page_3">3</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Les vagabonds, mendiants</td><td class="tdr"><a href="#Page_4">4</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Saint-Lazare</td><td class="tdr"><a href="#Page_4">4</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Le guet royal, les bourgeois, les agents</td><td class="tdr"><a href="#Page_5">5</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Chap. II.</span>&mdash;<i>La police métropolitaine à Londres</i>:</td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Personnel des inspecteurs, sergents et constables</td><td class="tdr"><a href="#Page_7">7</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Objets volés</td><td class="tdr"><a href="#Page_7">7</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Accidents, disparitions</td><td class="tdr"><a href="#Page_8">8</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Chap. III.</span>&mdash;<i>Arrestations d'inculpés</i>:</td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Nombre des inculpés arrêtés (sexe, profession)</td><td class="tdr"><a href="#Page_10">10</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Chap. IV.</span>&mdash;<i>Délits</i>:</td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Nationalité des inculpés</td><td class="tdr"><a href="#Page_12">12</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Nature des crimes</td><td class="tdr"><a href="#Page_12">12</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Répression</td><td class="tdr"><a href="#Page_14">14</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Chap. V.</span>&mdash;<i>Augmentation des récidives</i>:</td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Faiblesse de la répression</td><td class="tdr"><a href="#Page_15">15</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Chap. VI.</span>&mdash;<i>Fonctionnement de la justice criminelle</i>:</td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Expertises</td><td class="tdr"><a href="#Page_18">18</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Commissions rogatoires à l'étranger</td><td class="tdr"><a href="#Page_18">18</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Extradition</td><td class="tdr"><a href="#Page_20">20</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Chap. VII.</span>&mdash;<i>Causes des crimes à Paris</i>:</td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Attaques nocturnes</td><td class="tdr"><a href="#Page_21">21</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">La loi du 12 juillet 1852 protège Paris et Lyon</td><td class="tdr"><a href="#Page_25">25</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Chap. VIII.</span>&mdash;<i>Les prisons de Paris</i>:</td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Exécution des peines</td><td class="tdr"><a href="#Page_28">28</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Grâces<span class="pagenum2"><a name="Page_362" id="Page_362">362</a></span></td><td class="tdr"><a href="#Page_29">29</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Amnistie</td><td class="tdr"><a href="#Page_30">30</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Régime cellulaire</td><td class="tdr"><a href="#Page_34">34</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdc" colspan="3">LA DÉBAUCHE A PARIS</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><p class="indent"><span class="smcap">Chap. I.</span>&mdash;<i>Antiquité de la débauche.</i>&mdash;<i>Charlemagne.</i>&mdash;<i>Ordonnances
-de saint Louis.</i>&mdash;<i>Dîme du roi
-des Ribauds</i>:</p></td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Ordonnances royales cantonnant les prostituées</td><td class="tdr"><a href="#Page_39">39</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">La reine de France à l'offrande</td><td class="tdr"><a href="#Page_40">40</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Ordonnance des échevins de Douai</td><td class="tdr"><a href="#Page_42">42</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><p class="indent"><span class="smcap">Chap. II.</span>&mdash;<i>Apparition du mal vénérien (1304).</i>&mdash;<i>Accroissement
-des maisons de filles.</i>&mdash;<i>Ordonnances
-de Charles VII.</i>&mdash;<i>Arrêts du Parlement (1496)</i>:</p></td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Visites de Hugues Aubriot</td><td class="tdr"><a href="#Page_43">43</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Les maisons de l'Église Saint-Merry</td><td class="tdr"><a href="#Page_44">44</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Un portrait d'Isabeau de Bavière</td><td class="tdr"><a href="#Page_45">45</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">La nièce du président de Popincourt</td><td class="tdr"><a href="#Page_47">47</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Londres, Espagne, Italie</td><td class="tdr"><a href="#Page_47">47</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Arrêts contre les forains atteints du mal de Naples</td><td class="tdr"><a href="#Page_47">47</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><p class="indent"><span class="smcap">Chap. III.</span>&mdash;<i>Les filles à Dijon, à Péronne.</i>&mdash;<i>Édits de
-François I<sup>er</sup> et Henri II</i>:</p></td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Le sergent Auxeau</td><td class="tdr"><a href="#Page_48">48</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Les étuves de Péronne</td><td class="tdr"><a href="#Page_48">48</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Squelettes trouvés en Glatigny</td><td class="tdr"><a href="#Page_49">49</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">L'hôpital Saint-Nicolas</td><td class="tdr"><a href="#Page_49">49</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><p class="indent"><span class="smcap">Chap. IV.</span>&mdash;<i>Ordonnances de 1629.</i>&mdash;<i>Lettre de la reine
-Anne.</i>&mdash;<i>Attentats à la pudeur autrefois</i>:</p></td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">La reine Anne et Marguerite Bourlet</td><td class="tdr"><a href="#Page_51">51</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">La fille Hue</td><td class="tdr"><a href="#Page_52">52</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Impuissance excusée à soixante ans</td><td class="tdr"><a href="#Page_53">53</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Attentats contre nature</td><td class="tdr"><a href="#Page_54">54</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><p class="indent"><span class="smcap">Chap. V.</span>&mdash;<i>D'Argenson et madame Baudoin.</i>&mdash;<i>La
-fille Bressaux</i>:</p></td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Arrestation des filles</td><td class="tdr"><a href="#Page_56">56</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Prisons d'État</td><td class="tdr"><a href="#Page_57">57</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Religieux surpris chez des filles</td><td class="tdr"><a href="#Page_58">58</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><p class="indent"><span class="smcap">Chap. VI.</span>&mdash;<i>Ordonnances du 6 mai 1878.</i>&mdash;<i>Pratiques
-coupables</i>:</p></td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Audace des filles à réprimer</td><td class="tdr"><a href="#Page_65">65</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">M. Debelleyme<span class="pagenum2"><a name="Page_363" id="Page_363">363</a></span></td><td class="tdr"><a href="#Page_66">66</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Emploi des narcotiques</td><td class="tdr"><a href="#Page_69">69</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Hypnotisme</td><td class="tdr"><a href="#Page_70">70</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><p class="indent"><span class="smcap">Chap. VII.</span>&mdash;<i>Message du Directoire.</i>&mdash;<i>Code pénal.</i>&mdash;<i>Maisons
-de débauche à Paris</i>:</p></td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2"><p class="indent">Faustin Hélie signale l'arbitraire des arrestations
-La loi du 19 juillet 1791 et l'article 334</p></td><td class="tdr"><a href="#Page_73">73</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Age, maladies, origine des prostituées</td><td class="tdr"><a href="#Page_74">74</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><p class="indent"><span class="smcap">Chap. VIII.</span>&mdash;<i>La Préfecture de Police.</i>&mdash;<i>Saint-Lazare.</i>&mdash;<i>Angleterre
-et France</i>:</p></td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Les détenues de Saint-Lazare</td><td class="tdr"><a href="#Page_80">80</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Les souteneurs</td><td class="tdr"><a href="#Page_82">82</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Pétitions en Angleterre et à Paris</td><td class="tdr"><a href="#Page_85">85</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><p class="indent"><span class="smcap">Chap. IX.</span>&mdash;<i>Police des m&#339;urs.</i>&mdash;<i>Son action.</i>&mdash;<i>Ses
-règlements</i>:</p></td><td class="tdr">&nbsp;</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl padl2" colspan="2">Règlement du 15 octobre 1878</td><td class="tdr"><a href="#Page_88">88</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdc" colspan="3">LE DIVORCE</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">I.</td><td class="tdl">&mdash;Le divorce</td><td class="tdr"><a href="#Page_93">93</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">II.</td><td class="tdl">&mdash;Le divorce dans l'antiquité</td><td class="tdr"><a href="#Page_97">97</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">III.</td><td class="tdl">&mdash;Le divorce chez les nations étrangères</td><td class="tdr"><a href="#Page_104">104</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">IV.</td><td class="tdl">&mdash;Le divorce dans les Gaules</td><td class="tdr"><a href="#Page_108">108</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">V.</td><td class="tdl">&mdash;Le divorce d'après le droit canonique</td><td class="tdr"><a href="#Page_117">117</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">VI.</td><td class="tdl">&mdash;Le divorce après la réforme et le Concile de
-Trente</td><td class="tdr"><a href="#Page_130">130</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">VII.</td><td class="tdl">&mdash;Le divorce sous la monarchie</td><td class="tdr"><a href="#Page_139">139</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">VIII.</td><td class="tdl">&mdash;Le divorce dans le droit intermédiaire</td><td class="tdr"><a href="#Page_151">151</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">IX.</td><td class="tdl">&mdash;Le divorce et l'indissolubilité du mariage</td><td class="tdr"><a href="#Page_192">192</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">X.</td><td class="tdl">&mdash;Statistique du divorce</td><td class="tdr"><a href="#Page_262">262</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdl" colspan="2"><span class="smcap">Conclusion</span></td><td class="tdr"><a href="#Page_271">271</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdc" colspan="3">PIÈCES JUSTIFICATIVES</td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">I.</td><td class="tdl">&mdash;La traite des blanches</td><td class="tdr"><a href="#Page_287">287</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">II.</td><td class="tdl">&mdash;Préservation</td><td class="tdr"><a href="#Page_290">290</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">III.</td><td class="tdl">&mdash;Abaissement du niveau des études</td><td class="tdr"><a href="#Page_291">291</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">IV.</td><td class="tdl">&mdash;Les factionnaires supprimés et les postes du
-guet</td><td class="tdr"><a href="#Page_292">292</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">V.</td><td class="tdl">&mdash;La Préfecture de police<span class="pagenum2"><a name="Page_364" id="Page_364">364</a></span></td><td class="tdr"><a href="#Page_294">294</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">VI.</td><td class="tdl">&mdash;Les marchandes de fleurs.&mdash;Vagabondage</td><td class="tdr"><a href="#Page_296">296</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">VII.</td><td class="tdl">&mdash;Premier trottoir</td><td class="tdr"><a href="#Page_299">299</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">VIII.</td><td class="tdl">&mdash;Les duels</td><td class="tdr"><a href="#Page_300">300</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">IX.</td><td class="tdl">&mdash;Les drames du vitriol</td><td class="tdr"><a href="#Page_301">301</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">X.</td><td class="tdl">&mdash;Les morts subites et mystérieuses</td><td class="tdr"><a href="#Page_302">302</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr vertt">XI.</td><td class="tdl"><p class="indent2">&mdash;L'enfance coupable.&mdash;Les enfants abandonnés
-à Paris (1880)</p></td><td class="tdr"><a href="#Page_303">303</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XII.</td><td class="tdl">&mdash;Le travail des femmes</td><td class="tdr"><a href="#Page_306">306</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XIII.</td><td class="tdl">&mdash;Exécution d'un parricide</td><td class="tdr"><a href="#Page_309">309</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XIV.</td><td class="tdl">&mdash;Grâce accordée à un empoisonneur</td><td class="tdr"><a href="#Page_311">311</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XV.</td><td class="tdl">&mdash;La réorganisation de la Morgue</td><td class="tdr"><a href="#Page_311">311</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XVI.</td><td class="tdl">&mdash;L'autopsie de Menesclou</td><td class="tdr"><a href="#Page_313">313</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XVII.</td><td class="tdl">&mdash;Un régicide glorifié</td><td class="tdr"><a href="#Page_314">314</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XVIII.</td><td class="tdl">&mdash;Exécution à New-York</td><td class="tdr"><a href="#Page_315">315</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr vertt">XIX.</td><td class="tdl"><p class="indent2">&mdash;Dépense d'un ménage Parisien (1698), d'après
-madame de Maintenon</p></td><td class="tdr"><a href="#Page_317">317</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XX.</td><td class="tdl">&mdash;Attaques nocturnes aux États-Unis</td><td class="tdr"><a href="#Page_321">321</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXI.</td><td class="tdl">&mdash;Meurtre d'un dentiste</td><td class="tdr"><a href="#Page_323">323</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXII.</td><td class="tdl">&mdash;Exécution dans les prisons et cordes de
-pendus</td><td class="tdr"><a href="#Page_326">326</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXIII.</td><td class="tdl">&mdash;Le suicide</td><td class="tdr"><a href="#Page_328">328</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXIV.</td><td class="tdl">&mdash;Constat des suicides en Amérique</td><td class="tdr"><a href="#Page_334">334</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXV.</td><td class="tdl">&mdash;Le système pénitentiaire</td><td class="tdr"><a href="#Page_336">336</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXVI.</td><td class="tdl">&mdash;Un lypémaniaque</td><td class="tdr"><a href="#Page_338">338</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXVII.</td><td class="tdl">&mdash;Les Champs-Élysées et le bois de Vincennes</td><td class="tdr"><a href="#Page_340">340</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXVIII.</td><td class="tdl">&mdash;Signes d'identité</td><td class="tdr"><a href="#Page_342">342</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXIX.</td><td class="tdl">&mdash;Les récidivistes</td><td class="tdr"><a href="#Page_344">344</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXX.</td><td class="tdl">&mdash;Les actrices, leurs dépenses et toilettes</td><td class="tdr"><a href="#Page_345">345</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXXI.</td><td class="tdl">&mdash;Le mouvement de la population en France
-(1878)</td><td class="tdr"><a href="#Page_348">348</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXXII.</td><td class="tdl">&mdash;Le dépôt de la Préfecture de police</td><td class="tdr"><a href="#Page_349">349</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr">XXXIII.</td><td class="tdl">&mdash;Liste des femmes savantes en France (1880)</td><td class="tdr"><a href="#Page_351">351</a></td>
-</tr><tr>
-<td class="tdr vertt">XXXIV.</td><td class="tdl"><p class="indent2">&mdash;Fermeture des portes du Palais de Justice.&mdash;Désordre
-des vagabonds et des coiffeurs</p></td><td class="tdr"><a href="#Page_353">353</a></td></tr>
-</table>
-
-
-<p class="center">FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES</p>
-
-<hr />
-
-<p class="center">Paris.&mdash;Imp. <span class="smcap">E. Capiomont</span> et <span class="smcap">V. Renault</span>, rue des Poitevins, 6.</p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Le crime et la débauche à Paris, by Charles Desmaze
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CRIME ET LA DÉBAUCHE PARIS ***
-
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