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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 41577 ***
+
+DICTIONNAIRE
+
+RAISONNÉ
+
+DES ONOMATOPÉES
+
+FRANÇAISES,
+
+PAR CHARLES NODIER.
+
+ADOPTÉ
+
+Par la Commission d'Instruction publique,
+
+POUR LES BIBLIOTHEQUES DES LYCÉES.
+
+
+PARIS,
+
+DEMONVILLE, Imprimeur-Libraire,
+
+rue Christine, Nº. 2.
+
+1808.
+
+
+
+
+A
+
+MONSIEUR OUDET,
+
+BIBLIOTHÉCAIRE DE LA POLICE GENERALE.
+
+HOMMAGE
+
+_De l'estime et de la reconnaissance._
+
+
+
+
+PRÉFACE.
+
+
+On a desiré quelquefois un dictionnaire des Onomatopées françaises. On a
+cru que ce recueil serait utile à ceux qui étudient notre langue, et je
+souhaite que mon ouvrage ne trompe pas cette espérance.
+
+Il y a, sans doute, peu de mérite à ces sortes de compilations. Ce sont
+de ces travaux qui, suivant l'expression de Duverdier, exigent plus de
+zèle que de talent, et plus de patience que d'industrie. Mais c'est en
+cela même qu'ils sont dignes de quelque considération, quand ils
+atteignent leur but, puisqu'ils supposent à la fois du désintéressement
+et du courage. On connaît ces vers de Scaliger:
+
+ _Si quem dura manet sententia judicis olim,
+ Damnatum aerumnis suppliciisque caput:
+ Hunc neque fabrili lassent ergastula massa,
+ Nec rigidas vexent fossa metalla manus.
+ Lexica contextat: nam, caetera quid moror? Omnes
+ Poenarum facies hic labor unus habet._
+
+«L'Onomatopée, dit Dumarsais, est une figure par laquelle un mot imite
+le son naturel de ce qu'il signifie. On réduit sous cette figure les
+mots formés par imitation du son, comme le _glouglou_ de la bouteille:
+le _cliquetis_, c'est-à-dire le bruit que font les boucliers, les épées,
+et autres armes en se choquant: le _tric trac_ qu'on appelait autrefois
+_tic tac_, sorte de jeu assez commun, ainsi nommé du bruit que font les
+dames et les dez dont on se sert à ce jeu: _tinnitus acris_, tintement,
+c'est le son clair et aigu des métaux: _bilbire_, _bilbit amphora_, la
+petite bouteille qui fait glouglou, on le dit d'une petite bouteille
+dont le goulot est étroit: _taratantara_, c'est le bruit de la
+trompette,
+
+ _At tuba terribili sonitu taratantara dixit._
+
+»C'est un ancien vers d'Ennius au rapport de Servius. Virgile en a
+changé le dernier hémistiche qu'il n'a pas trouvé assez digne de la
+poésie épique; voyez Servius sur ce vers de Virgile:
+
+ _At tuba terribilem sonitum procul aere canoro
+ Increpuit._
+
+»_Cachinnus_, c'est un rire immodéré. _Cachinno, onis_, se dit d'un
+homme qui rit sans retenue. Ces deux mots sont formés du son ou du bruit
+que l'on entend, quand quelqu'un rit avec éclat.
+
+»Il y a aussi plusieurs mots qui expriment le cri des animaux, comme
+_bêler_, qui se dit des brebis.
+
+»_Baubari_, aboyer, se dit des gros chiens. _Latrare_, aboyer, hurler,
+c'est le mot générique. _Mutire_, parler entre les dents, murmurer,
+gronder comme les chiens. Les noms de plusieurs animaux sont tirés de
+leurs cris, sur-tout dans les langues originales.
+
+»_Upupa_, huppe, hibou.
+
+»_Cuculus_, qu'on prononçait coucoulous, un coucou, oiseau.
+
+»_Hirundo_, une hirondelle.
+
+»_Hulula_, une chouette.
+
+»_Bubo_, un hibou.
+
+»_Gracculus_, un choucas, espèce de corneille.
+
+»_Gallina_, une poule»...
+
+»Le nom de cette figure est composé de deux mots grecs, _onoma_,
+_nomen_, et _poïo_, _fingo_. _Nominis seu vocabuli fictio._»
+
+Il paraîtra, peut-être, étonnant qu'on ne puisse citer sur l'Onomatopée
+que cette notice imparfaite, et à-peu-près insignifiante. Elle n'a été
+traitée qu'en passant par Dumarsais, parce que les détails auxquels elle
+aurait pu le conduire étaient étrangers au plan et à la marche de son
+ouvrage. Ici même, il serait hors de propos d'épuiser cette matière, et
+de rassembler les raisonnemens qui attestent que les langues n'ont pas
+eu d'autre type, et n'ont pas suivi dans leur formation d'autre mode que
+cette figure. En attendant que je puisse offrir au public le résultat
+des études dont cette question a été pour moi l'objet, je dois me borner
+à des applications purement classiques; et si j'y attache cependant
+quelques considérations élémentaires qui feront pressentir mon systême,
+c'est que j'ai cru qu'il étoit nécessaire à la tête d'un recueil
+d'Onomatopées, de donner de l'Onomatopée une idée plus distincte et plus
+précise que celles qu'on puiserait dans les vagues définitions des
+rhéteurs.
+
+ La parole est le signe de la pensée,
+ L'écriture est le signe de la parole.
+
+Pour faire passer une sensation dans l'esprit des autres, on a dû
+représenter l'objet qui la produisait par son bruit ou par sa figure.
+
+Les noms des choses, parlés, ont donc été l'imitation de leurs sons, et
+les noms des choses, écrits, l'imitation de leurs formes.
+
+L'Onomatopée est donc le type des langues prononcées, et l'hieroglyphe,
+le type des langues écrites.
+
+Les êtres qui n'ont pas des formes propres et des bruits particuliers
+n'ont été dénommés que par analogie, soit dans le langage, soit dans
+l'écriture.
+
+Les abstractions morales qui sont plus ou moins postérieures à
+l'établissement des premières sociétés, du moins en très-grande partie,
+ont dû être dénommées, conformément à la même règle.
+
+Les premiers rapports des choses sensibles et des choses
+intellectuelles, tels qu'ils ont été saisis par des sens neufs, ayant
+échappé à nos organes, à travers la succession des temps, ne peuvent
+être que difficilement retrouvés. Les motifs qui ont déterminé la
+désignation de ces idées, étant assez généralement perdus, il restera
+dans les langues une partie qu'on peut appeler la langue abstraite, et
+dont l'origine ne se démontrera que par une longue suite d'analyses et
+de comparaisons.
+
+L'autre partie s'expliquera d'elle-même. La nature se nomme.
+
+On aurait tort de conclure, cependant, que suivant les principes que
+j'émets, tous les hommes dussent parler la même langue, ou que toutes
+les langues du moins, dussent rapporter leurs termes aux mêmes racines;
+car, non-seulement, les objets physiques ne nous apparaissent pas à tous
+sous les mêmes rapports, en raison de la variété de notre organisation;
+mais encore il n'en est aucun qui ne puisse nous apparaître sous un
+grand nombre de rapports différens, parmi lesquels notre choix s'est
+fixé quand il s'est agi de déterminer des signes. Il n'est donc pas
+surprenant que dans des temps postérieurs à la création d'une langue
+première, et après de grandes révolutions du globe qui ont dispersé les
+hommes et effacé les traditions, on en soit venu à reconstruire de
+nouvelles langues, formées sur des racines nouvelles; mais le procédé
+aura été le même, l'analyse de ces langues n'exigera que le même genre
+d'études, et on remontera par elles, comme par les langues
+antérieurement parlées, aux racines naturelles, seule et véritable
+source de tout idiome.
+
+Il en sera de même des mots à sens abstrait ou figuré, car l'esprit ne
+fait pas par-tout les mêmes comparaisons et ne saisit pas toujours les
+mêmes analogies. Tel aperçoit entre deux objets une relation qui n'y
+sera point pour les autres, ou qui ne se révélera à leur esprit qu'au
+moyen d'une série d'observations moins rapides.
+
+Ces modifications dans la nature des sons dont se composent les langues,
+dépendent de toutes sortes d'influences dont il serait trop long
+d'examiner l'effet; mais celle des climats s'y fait sur-tout
+reconnaître. Dans le vocabulaire des pays chauds, tous les mots sont
+vocaux et fluides. Le grec a une emphase majestueuse, comme le bruit des
+flots du Pénée. L'italien roule dans ses syllabes sonores, le murmure
+des cascatelles et le frémissement des oliviers. Dans celui des pays
+froids, tous les mots sont rudes et consonnans; leurs sons retentissans
+et heurtés rappellent la rumeur des torrens, le cri des sapins que
+l'orage courbe, et le fracas des rocs qui s'écroulent.
+
+L'extension des sons radicaux qui expriment une chose bruyante à des
+sensations d'un autre ordre, n'est pas plus difficile à comprendre.
+Parmi les sensations de l'homme, il n'y en a qu'un certain nombre qui
+soient propres au sens de l'ouïe, mais comme c'est à ce sens que
+s'adresse la parole, et que c'est par lui qu'elle transmet le signe de
+l'objet qui nous frappe, toutes les expressions paraissent formées pour
+lui. Des sons ne peuvent exprimer par eux-mêmes les sensations de la
+vue, du goût, du tact et de l'odorat, mais ces sensations peuvent se
+comparer jusqu'à un certain point avec celle de l'ouïe, et se rendre
+manifestes par leur secours. Ces comparaisons n'ont rien d'ailleurs qui
+ne soit naturel et facile. C'est à elles que toutes les langues doivent
+les figures et tout concourt à prouver que le langage de l'homme
+primitif était très-figuré.
+
+Quand on dit qu'une couleur est éclatante, par exemple, on n'entend
+point par là qu'une couleur puisse produire sur l'organe auditif la
+sensation d'un bruit violent, comme celui dont la racine du mot
+_éclatant_ est l'expression; mais bien que cette couleur produit sur
+l'organe visuel une sensation vive et forte comme celle à laquelle on la
+compare.
+
+L'impression que font éprouver à l'organe du goût les substances acres,
+âpres ou aigres, n'est accompagnée d'aucun bruit qui reproduise à
+l'oreille la racine de ces mots qualificatifs; mais elle rappelle à
+l'organe de l'ouïe les impressions qui ont agi sur lui d'une manière
+analogue. Si on était porté à croire que ces idées sont forcées, et que
+l'esprit ne fait pas aisément les comparaisons de sensations, il
+suffirait de jeter un coup-d'oeil sur les poésies primitives qui en sont
+remplies, ou de donner un instant à la conversation d'un homme ingénieux
+et simple. Le langage des enfans abonde en figures de cette espèce, et
+au défaut du terme propre, ils emploient souvent le signe d'une
+sensation étrangère pour représenter la leur. Les femmes qui ont la
+sensibilité plus délicate, et qui saisissent plus vîte les rapprochemens
+les plus fins, en font aussi un grand usage. Enfin, on peut dire que les
+sens se servent si nécessairement les uns les autres, que sans les
+emprunts qu'ils se font, on ne pourrait guère peindre qu'imparfaitement
+les effets qui leur sont propres, et qu'il n'y a rien qui en rende la
+perception plus exacte et plus profonde.
+
+Indépendamment des mots formés par imitation, il y a dans les langues un
+très-grand nombre de mots qui sans avoir la même origine n'en sont pas
+moins composés très-naturellement, et doivent être rapportés à la même
+figure, c'est-à-dire, à l'Onomatopée, littéralement, _fiction de nom_.
+
+Par exemple, chaque touche vocale étant appropriée à deux ou trois sons
+particuliers, on ne s'étonnera pas que le nom de ces touches ait été
+construit sur les sons auxquels elles étaient affectées. C'est ce que
+j'appellerais langue mécanique. Ainsi, la lettre labiale B a désigné
+initialement dès le commencement des langues l'organe qui la forme.
+
+Les lettres dentales D et P ont caractérisé les dents.
+
+Les lettres gutturales G et K expriment universellement l'idée de gorge
+et de gosier.
+
+La nazale N indique le nez.
+
+La lettre L a été consacrée à la langue, parce qu'elle est le plus
+liquide des sons que la langue forme, et que la langue, pour la
+prononcer, ne faisant qu'agir contre la voûte du palais, en paraît
+d'abord la seule touche et le seul agent.
+
+Qui ne voit quelles immenses générations, cette petite quantité de mots
+a pu fournir, et jusqu'à quel point leurs dérivations ont dû s'étendre
+dans les langues?
+
+Ensuite, en considérant, avec tous les philosophes qui ont analysé la
+parole, les sons simples ou vocaux comme la première langue de l'homme,
+et en passant de là aux sons compliqués, ou consonnans, qui ont dû se
+succéder suivant le degré de facilité de leur prononciation, nous
+verrons les langues s'enrichir d'une immense famille d'expressions
+également naturelles, et c'est ce que j'appelle la langue puérile, parce
+qu'elle se retrouve toute entière dans le premier langage des enfans.
+
+Le desir, la haine, l'épouvante, le plaisir, toutes les passions que
+peut éprouver l'homme si voisin de son berceau, ne se manifestent
+d'abord que par une émission de sons simples, de cris ou de vagissemens.
+C'est sa langue vocale.
+
+Il invente de nouvelles lettres à mesure que ses organes se développent,
+et qu'il commence à juger de leurs rapports et de leurs actions
+réciproques. Il apprend l'emploi des touches de la parole. C'est sa
+langue consonnante ou articulée.
+
+Mais comme il ne s'en instruit que lentement, et dans un ordre
+successif, en allant du plus simple au plus composé, les sons dont
+l'artifice est le plus facile sont les premiers qu'il saisisse, et par
+conséquent les premiers qu'il attache à ses idées. Telles sont les
+lettres labiales.
+
+Aussi observe-t-on que ces lettres sont les caractéristiques de toutes
+les idées essentiellement premières qu'admet l'esprit des enfans. C'est
+par elles qu'ils désignent presque toutes les choses qui les touchent
+immédiatement, comme le _bien_ et le _mal_ physique, les rapports de
+_parenté_ les plus prochains, le _boire_, le _manger_, l'action même de
+_parler_, etc.
+
+Parcourez les peuples de l'univers, anciens et modernes, dit M. de
+Brosse; vous verrez que dans tous les siècles et dans toutes les
+contrées, on employe la lettre de lèvre, ou à son défaut la lettre de
+dent, ou toutes les deux ensemble, dans la construction des mots
+enfantins qui représentent ceux de _père_ et de _mère_.
+
+Le Chananéen, continue-t-il, l'Hébreu, le Syriaque, l'Arabe, et autres
+dérivés de l'Assyrien et du Phénicien, que nous n'avons plus, disent
+_aB_, _aBBa_, _aVa_, _aBoh_, _aBou_;
+
+Le Grec, le Latin, l'Italien, l'Espagnol, le Français: _PaTer_, _PaDre_,
+_Père_;
+
+L'Istrien, le Catalan, le Portugais, le Gascon: _Pari_, _Para_, _Pae_,
+_Paire_;
+
+Le Tudesque, le Francisque, l'Anglo-Saxon, le Belgique, le Flamand, le
+Frison, le Rhunique, le Scandinave, l'Écossais, l'Anglais, l'Allemand,
+le Persan, et autres qui paraissent dérivés du Scythe: _FaDer_, _FaTer_,
+_VaTTer_, _VaDer_, _PaDer_, _Payer_, _Peer_, _Feer_, _FoeDor_, _FaDiir_,
+_FaTher_, _FaTTer_, etc.
+
+L'Arcadien, _FaVor_;
+
+Le Malabare, _PiTaVe_;
+
+Le Chingulais de l'île Ceylan, _PiTa_;
+
+L'Ethiopien, l'Abyssin, le Mélindien des Côtes d'Afrique, et autres qui
+paraissent dérivés de l'Arabe: _aBi_, _aBBa_, _aBa_, _BaBa_;
+
+Le Turc, _BaBa_;
+
+Le Moresque, _aBBé_;
+
+Le Sarde, _BaBu_;
+
+L'ancien Rhoetique, _PaPa_;
+
+Le Hongrois, _aPa_;
+
+Le Malais de l'Inde et du Bengale, _BaPPa_;
+
+Le Balie des Siamois, _Poo_;
+
+Le Mogol, _BaaB_;
+
+Le Tangut, _haPa_;
+
+Le Thibet, _Fa_;
+
+Le Hottentot, _Bo_;
+
+Les Chinois, l'Annamitique du Tunquin, _Fu_, _Phu_;
+
+Le Tartare, _BaBa_;
+
+Le Mantcheou, _aMa_;
+
+Le Tunguz, _aMin_;
+
+Le Georgien et l'Ibérien, _MaMa_;
+
+Le Caraïbe, _BaBa_;
+
+Le Groënlandais, _uBia_;
+
+Le Galibis, _BaBa_;
+
+Le Sauvage de la rivière des Amazônes, _PaPe_;
+
+Le Kalmouck, _aBega_;
+
+Le Samoïède, _aBaM_;
+
+Le Moluquois, _BaPa_;
+
+Le Tamoul, _BiTa_, _ViDa_;
+
+Passant ensuite à la lettre de dent, le même Savant rapporte les
+synonimies de l'Egyptien, du Cophte, de l'Africain d'Angola, qui disent
+_TaauT_, _TheuT_, _ThoT_, _ToT_;
+
+L'Africain du Congo dit _TaT_;
+
+Le Cimraëc, le Celtique, l'Armorique, le Bas-Breton, le Gallois, le
+Cantabre disent _TaaT_, _TaaD_, _TaD_, _TaTh_, _Taz_, _aiTa_;
+
+L'Irlandais, _naThair_;
+
+Le Gothique, _aTTa_;
+
+L'Epirote, _aTTi_;
+
+Le Frison, _haiTe_;
+
+Le Valaque, _TaTul_;
+
+L'Esclavon, le Russe, le Polonais, le Bohémien, le Dalmate, le Croate,
+le Vandale, le Bulgare, le Servite, le Carnique, le Lusacien, et autres
+dérivés de l'ancien Illyrien et de l'ancien Sarmate: _oTTsc_, _oTsche_,
+_oTshe_, ou par corruption, _oièze_, _woTzo_, _wschzi_, _oTzki_,
+_wosche_;
+
+Le Sauvage de la Nouvelle Zemble, _oTcze_;
+
+Le Lapon, _aTTi_;
+
+Le Livonien, le Curlandais, le Prussien, le Lithuanien, le
+Mecklenbourgeois: _TaBas_, _Tewes_, _Tews_, _Thawe_, _Tewe_;
+
+Le Hongrois, _aTyank_, _aTya_;
+
+Les Sauvages du Canada, _aisTan_, _ayTan_, _ouTa_, _aDatti_;
+
+Le Huron, _aihTaha_;
+
+Le Groënlandais, _aTTaTa_;
+
+Le Mexicain, _TaThli_;
+
+Le Brasilien, _TuBa_;
+
+Le Sybérien, _aTaï_;
+
+Le Russe, _oTeTze_, etc.
+
+Je ne serais même point étonné qu'on m'alléguât que la lettre dentale de
+l'une et de l'autre touche paraît déjà d'un artifice un peu difficile
+pour ces premiers essais de la parole, et que l'expérience prouve
+d'ailleurs que les enfans ne l'employent point successivement, mais
+simultanément avec les lettres labiales. Il sera aisé de répondre à
+cette objection, en rappelant simplement que l'articulation de cette
+lettre nous est apprise, en quelque sorte, dès le premier jour de la
+vie, puisque la succion du sein de la mère se fait nécessairement avec
+un petit claquement de la langue contre la partie la plus extérieure du
+palais, à l'origine des dents, ou plutôt vers la place qu'elles doivent
+occuper, et que ce bruit ne peut être représenté que par la lettre
+dentale douce ou forte. Aussi, voit-on que le son _thet_ ou _theta_,
+représenté chez les Grecs par une lettre qui a la forme de la mamelle
+avec son mamelon, est, dans toute les langues connues, le type ou la
+racine des signes servant à exprimer les idées qui ont rapport à
+l'action de teter, comme de ceux qui désignent les premières relations
+de parenté.
+
+Veut-on s'assurer de l'affinité de la langue puérile et de la langue
+primitive dans leurs progrès? Que l'on consulte les vocabulaires
+recueillis par les voyageurs et les missionnaires chez les peuples
+incivilisés, on verra que presque tous leurs mots sont composés de
+voyelles et de consonnes des premières touches.
+
+C'est encore guidé par le même principe d'imitation et d'analogie, que
+l'homme a composé un grand nombre de mots, d'après l'affinité de nature
+qu'il a cru apercevoir entre le son de certaines lettres et l'esprit de
+certaines idées. La lettre _h_, par exemple, voyelle indéterminée, ou
+plutôt signe particulier d'aspiration, qu'on attache quelquefois aux
+voyelles, fut propre à exprimer imitativement tous les accidens de la
+respiration humaine; mais en la considérant sous le rapport de son
+esprit, et en prenant égard à la manière dont elle est formée, qui a
+quelque chose d'un empressement avide, d'une rapacité impatiente, on la
+consacra à représenter les idées qui ont rapport à l'action de saisir ou
+de dérober. La palatale roulante R peignait à l'oreille un bruit
+méchanique engendré par le mouvement circulaire des corps; et comme on
+ne peut faire rendre ce son à la touche, par un mouvement simple et
+indécomposable de la langue, mais seulement par un _frôlement_ rapide et
+prolongé de cet instrument, il est devenu le caractère de tous les
+signes par lesquels on avait à rendre l'idée de continuité, de
+répétition, de renouvellement; et cela s'est opéré d'une manière si
+naturelle, qu'il est commun dans les langues de le voir unir
+capricieusement et sans règles à toutes les espèces de mots dans
+lesquels on a besoin d'indiquer la réproduction ou la multiplicité
+d'action, et que le peuple l'employe tous les jours arbitrairement à cet
+usage.
+
+«On peut remarquer, dit M. de Châteaubriand sur ce sujet, que la
+première voyelle de l'alphabet se trouve dans presque tous les mots qui
+peignent les scènes de la campagne, comme dans _charrue_, _vache_,
+_cheval_, _labourage_, _vallée_, _montagne_, _arbre_, _pâturage_,
+_laitage_, etc.; et dans les épithètes qui ordinairement accompagnent
+ces noms, tels que _pesante_, _champêtre_, _laborieux_, _grasse_,
+_agreste_, _frais_, _délectable_, etc. Cette observation tombe avec la
+même justesse sur tous les idiomes connus. La lettre _a_ ayant été
+découverte la première, comme étant la première émission naturelle de la
+voix, les hommes, alors pasteurs, l'ont employée dans tous les mots qui
+composaient le simple dictionnaire de leur vie. L'égalité de leurs
+moeurs et le peu de variété de leurs idées, nécessairement teintes des
+images des champs, devaient aussi rapeler le retour des mêmes sons dans
+le langage. Le son de l'_a_ convient au calme d'un coeur champêtre et à
+la paix des tableaux rustiques. L'accent d'une ame passionnée est aigu,
+sifflant, précipité; l'_a_ est trop long pour elle: il faut une bouche
+pastorale qui puisse prendre le temps de le prononcer avec lenteur. Mais
+toutefois il entre fort bien encore dans les plaintes, dans les larmes
+amoureuses, et dans les naïfs _hélas_ d'un chévrier. Enfin, la nature
+fait entendre cette lettre rurale dans ses bruits, et une oreille
+attentive peut la reconnaître diversement accentuée, dans les murmures
+de certains ombrages, comme dans celui du tremble et du lière, dans la
+première voix ou la finale du bêlement des troupeaux, et la nuit dans
+les aboiemens du chien rustique.»
+
+L'Onomatopée est d'un grand secours aux poëtes, puisqu'elle est comme
+l'ame de l'harmonie pittoresque et de la poésie imitative.
+
+ Quels qu'ils soient, aux objets conformez votre ton.
+ Ainsi que par les mots exprimez par le son.
+ Peignez en vers légers l'amant léger de Flore.
+ Qu'un doux ruisseau murmure en vers plus doux encore.
+ Entend-on d'un torrent les ondes bouillonner?
+ Le vers tumultueux en roulant doit tonner,
+ Que d'un pas lent et sourd le boeuf fende la plaine,
+ Chaque syllabe pèse, et chaque mot se traîne.
+ Mais si le daim léger bondit, vole et fend l'air,
+ Le vers vole et le suit aussi prompt que l'éclair,
+ Ainsi de votre chant la marche cadencée
+ Imite l'action et note la pensée.
+
+On voit qu'indépendamment des Onomatopées nombreuses qu'a employées le
+poëte, il a trouvé un autre moyen d'harmonie dans le concours heureux de
+certains mots choisis, qui sans être imitatifs par eux-mêmes, produisent
+cependant une imitation parfaite.
+
+ Que d'un pas lent et lourd le boeuf fende la plaine.
+
+Ce vers, par exemple, est composé de monosyllabes durs et heurtés qui
+représentent très-bien la marche du boeuf, et qui la notent exactement à
+l'oreille.
+
+Tout le monde se rappelle cet admirable passage de Boileau, dans le
+poëme du _Lutrin_:
+
+ Ses ais demi pourris que l'âge a relâchés
+ Sont à coup de maillet unis et rapprochés.
+ Sous les coups redoublés tous les bancs retentissent;
+ Les murs en sont émus, les voûtes en mugissent,
+ Et l'orgue même en pousse un long gémissement.
+ Que fais-tu, chantre, hélas! dans ce triste moment?
+ Tu dors d'un profond somme.
+
+Cet hémistiche ne le cède en rien au _procumbit humi bos_ de Virgile.
+
+Ces exemples ne sont pas rares chez les Latins, et sur-tout dans ce
+dernier poëte. Il n'est personne qui n'ait entendu citer ces vers d'une
+si riche harmonie:
+
+ _Tum ferri rigor atque argutae lamina serrae._
+
+ _Quadrupedante putrem sonitu quatit ungula campum._
+
+ _Necdum etiam audierant inflari classica, necdum
+ Impositos duris crepitare incudibus enses._
+
+ _Luctantes ventos, tempestatesque sonoras._
+
+ _Continuò ventis surgentibus, aut freta ponti.
+ Incipiunt agitata tumescere, et aridus altis
+ Montibus audiri fragor, aut resonantia longè
+ Littora misceri, et nemorum increbrescere murmur._
+
+On est même parvenu à exprimer les différentes passions de l'ame, au
+moyen de la seule prosodie.
+
+ Ses gardes affligés
+ Imitaient son silence autour de lui rangés:
+ Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes,
+ Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes;
+ Ces superbes coursiers qu'on voyait autrefois
+ Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix,
+ L'oeil morne maintenant et la tête baissée
+ Semblaient se conformer à sa triste pensée.
+
+Et dans Virgile:
+
+ _Extinctum Nymphae crudeli funere Daphnim
+ Flebant._
+
+Mais autant ces belles combinaisons sont agréables et ingénieuses,
+autant est misérable l'abus qu'on en a fait quelquefois, et
+principalement de nos jours. Puisqu'on a osé reprocher à Racine un
+emploi trop recherché de l'Onomatopée dans certains vers d'_Andromaque_
+et de _Phèdre_, que doit-on penser, en effet, de ces poëmes descriptifs
+devenus si communs, et qui ne sont, à dire vrai, qu'un entassement
+laborieux d'expressions étudiées? Cette affectation est tout-à-fait
+indigne d'un vrai poëte, et le résultat de tant d'efforts minutieux
+n'est bon qu'à augmenter le nombre de ces _nugae difficiles_ si
+méprisées des gens de goût. Il me serait trop aisé de montrer à quel
+point on a porté récemment ce travers d'esprit, et ce que j'en dirais ne
+serait peut-être pas sans utilité; mais qu'il me suffise de rappeler la
+description de l'alouette, par Dubartas, qui est le prototype de toutes
+les sottises qu'on a faites dès-lors en ce genre.
+
+Je ferai la même observation sur les mots purement factices que des
+auteurs peu délicats dans le choix des termes, ont cru pouvoir créer
+pour exprimer des sons qu'ils ne savaient pas imiter autrement. Si une
+pareille fantaisie était de nature à devenir contagieuse, la langue
+serait bientôt inondée d'onomatopées barbares, et n'offrirait plus
+qu'une suite de cacophonies intolérables. Le vers macaronique, qui peint
+les éclats de l'escopette, et le _taratantara_ d'Ennius sont de cette
+espèce; mais il n'y a rien de comparable, parmi les abus de l'harmonie
+imitative et du langage factice, au _breke ke koax_ de J.-B. Rousseau.
+Il est d'ailleurs important de remarquer qu'il n'est donné qu'aux poëtes
+d'un grand talent d'employer heureusement les effets d'une harmonie
+rauque et pénible. On ne choque impunément l'oreille, qu'autant qu'il le
+fallait pour ajouter à la force et à l'éclat de la pensée. Ce sont de
+ces licences qui veulent être justifiées par le succès, et qu'on ne
+pardonne qu'en faveur de l'impression qu'elles produisent.
+
+Je parlerai maintenant du plan que je me suis tracé pour la composition
+de ce Dictionnaire. Mon premier projet était de recueillir les
+Onomatopées de tous les peuples, et de faire ainsi un espèce de lexicon
+polyglote de tous les sons naturels qui restent dans les langues, de
+manière à remonter, en quelque sorte, à une langue commune et primitive,
+indépendante des conventions particulières, et universellement
+intelligible. Mais, sans compter les difficultés essentielles que mon
+impuissance aurait opposées à l'exécution de cet ouvrage, ainsi conçu,
+et les circonstances qui ont restreint mes recherches, il m'a semblé
+qu'une énumération raisonnée des Onomatopées françaises remplirait assez
+bien le dessein le plus important que je me sois proposé, qui est
+d'épargner un soin incommode et futile, et de présenter, sous un cadre
+étroit, une série de rapprochemens curieux à ceux que ce genre
+d'observations intéresse, et qui peuvent en tirer parti pour leurs
+études.
+
+J'ai cru cependant ne pas devoir négliger les principales Onomatopées
+que les langues mortes ou étrangères ont consacrées; mais je ne les ai
+recueillies qu'autant qu'elles avaient rapport à des Onomatopées
+françaises, et qu'il résultait de leur analogie une comparaison
+instructive et piquante.
+
+Je ne me suis point attaché à rassembler tous les mots dont un son
+naturel a pu être la racine. Je crois ces mots très-nombreux, mais
+inutiles à mon plan. Je crois même qu'il n'y en a presque point qu'on ne
+dérive au besoin de cette espèce d'origine, soit immédiatement, soit par
+extension. On pourra voir quelques-unes de leurs immenses générations,
+dans le systême de M. Court de Gébelin, systême spirituel et séduisant,
+mais encore un peu conjectural, comme tous les systêmes, et dans
+l'ouvrage non moins docte et non moins ingénieux que prépare un écrivain
+de l'amitié duquel j'aime à m'honorer, M. David de Saint-Georges. Je
+répète que si l'avenir me laisse quelques loisirs, et que ce faible
+essai m'obtienne un seul encouragement de l'indulgence, j'entreprendrai
+sans doute un jour de jeter quelque lumière sur cette partie importante
+de la grammaire générale, et d'appliquer d'une manière plus complète ma
+théorie des étymologies naturelles. En attendant, il n'y aura ici que
+des Onomatopées incontestables et frappantes, et qu'il sera aisé de
+ramener à leur racine, sans le secours d'une analyse laborieuse.
+
+Je n'ai pas cherché non plus à rapporter à chaque Onomatopée spécifique
+toutes les expressions qui en sont composées dans notre langue, et tous
+les modes qu'elle a subis, si ce n'est quand il a pu sortir de cette
+aride énumération des observations de quelque intérêt. Ceux à qui ces
+dérivations ne paraîtraient pas si superflues, les retrouveront sans
+peine en partant du mot typique.
+
+Enfin, j'ai rangé sous le même titre, et à leur rang alphabétique, un
+certain nombre d'Onomatopées que notre langue n'a point encore admises,
+mais qui sont comme naturalisées par l'usage que d'excellens écrivains
+en ont fait. Les Onomatopées anciennes qui sont tombées en désuétude
+avec une partie de notre langue, trouveront place dans cet ouvrage
+toutes les fois qu'elles me sembleront bonnes à conserver, et que je
+n'en verrai pas l'équivalent dans les vocabulaires modernes; mais pour
+éviter les méprises qui proviendraient d'une telle confusion, je
+distinguerai ces deux familles de mots inusités, par l'astérisque en
+tête de l'article.
+
+Qu'on me permette d'ajouter à ce propos que si la manie du néologisme
+est extrêmement déplorable pour les lettres, et tend insensiblement à
+dénaturer les idiomes dans lesquels elle se glisse, il n'en serait pas
+moins injuste de repousser sous ce prétexte, un grand nombre de ces
+expressions vives, caractéristiques, indispensables, dont le génie fait
+de temps en temps présent aux langues. Il n'appartient à personne
+d'arrêter irrévocablement les limites d'une langue, et de marquer le
+point où il devient impossible de rien ajouter à ses richesses.
+Voltaire, pour qui la nôtre était si opulente et si féconde, l'accuse
+d'être une _gueuse_ fière à qui il faut faire l'aumône malgré elle.
+J'avoue que je me suis souvent étonné de la voir exclure tel mot qu'elle
+ne peut remplacer que par une périphrase languissante, et le
+dictionnaire que je soumets au public en renferme quelques-uns de ce
+genre. C'est une témérité qui avait besoin d'apologie.
+
+Au reste, on insistera moins sur le reproche qu'elle devrait me mériter,
+si on daigne se rappeler que la classe de littérature de l'Institut fait
+espérer un dictionnaire qui ne laissera plus de doute sur la valeur des
+mots que notre langue a acquis ou qu'elle a tenté de ressusciter dans
+ces derniers temps. En attendant le monument que cette savante compagnie
+se propose d'élever, l'homme de lettres peut lui apporter des matériaux,
+et le Lexicographe peut essayer d'en réunir quelques-uns, en
+subordonnant son jugement prématuré à celui de ses maîtres.
+
+Je ne finirai point cette préface sans payer de justes tributs de
+reconnaissance à ceux qui ont bien voulu protéger ou éclairer mes
+études. Il en est un à qui j'en ai offert les premiers fruits. Il m'est
+doux de joindre à son nom celui d'un ami que l'élévation de son
+caractère et de ses talents doit porter à de grandes destinées, sous un
+gouvernement qui apprécie et qui récompense, M. de Roujoux, sous-préfet
+de Dôle; si jamais j'ai osé desirer que cet écrit fût accueilli de
+quelque estime, c'était pour le voir plus digne d'eux.
+
+
+
+
+AVIS.
+
+
+_Les mots dont il est question dans ce Dictionnaire, n'étant considérés
+que sous le rapport de leurs sons, on a cru devoir exprimer les
+Onomatopées hébraïques et grecques, par la simple lettre italique, pour
+en mettre la lecture à la portée des premières études._
+
+_L'Astérisque * indique les Onomatopées anciennes tombées en désuétude,
+et les Onomatopées non encore admises, mais employées par quelques bons
+Ecrivains._
+
+
+
+
+ONOMATOPÉES FRANÇAISES.
+
+
+A
+
+* AARBRER. Se cabrer. Terme de Manége, qui se dit des chevaux qui se
+dressent sur les pieds de derrière quand on leur tire trop la bride.
+
+Ce mot, plus énergique que celui qui nous est resté, et dont la double
+voyelle rend la construction plus imitative, est depuis long-temps hors
+d'usage. On le trouve dans le vieux roman de Perceval.
+
+ABOI, ABOIEMENT, ABOIER. En vieux langage, _Abai_.
+
+C'est une des Onomatopées qui expriment le cri du chien. Quelques
+Étymologistes dérivent ce mot de _ad baubare_, forme de _baubare_, que
+les Latins ont dit, ainsi que _boare_. Ces mots eux-mêmes sont des
+Onomatopées.
+
+On peut présumer, au reste, que les Grecs de la colonie de Massilia
+introduisirent dans les Gaules le mot _bauzein_, moins expressif
+qu'_aboier_, mais dont celui-ci doit être fait.
+
+Dans les Langues Canadiennes, un chien s'appelle _gagnenou_, autre
+Onomatopée qui a beaucoup de rapport avec le _canis_ des Latins.
+
+ABOIEMENT, est plus d'usage qu'_aboi_, qui ne s'emploie plus guère qu'au
+figuré. Un de nos poètes dit cependant en parlant du chien:
+
+ De ton champêtre enclos, sentinelle assidue,
+ A toute heure, en tous sens, il parcourt l'étendue:
+ Quelquefois en silence, il rôde; et quelquefois
+ La forêt s'épouvante au bruit de ses _abois_.
+
+ACHOPPEMENT. Ce mot qui était une Onomatopée faite du bruit d'un corps
+qui en heurte un autre, ne s'emploie plus au sens propre. On ne s'en
+sert même que dans cette façon proverbiale de parler: une pierre
+d'_achoppement_, pour dire, Un obstacle inattendu.
+
+CHOPPER, est presque tout-à-fait hors d'usage.
+
+AFFRES. Il ne se dit guères qu'au pluriel. C'est un grand effroi, une
+émotion extrême, causée par quelque terrible vision. L'Onomatopée
+exprime le frémissement qu'excitent l'épouvante et l'horreur. On a donc
+eu tort de dériver ce mot du latin _affari_ ou du grec _phren_ et
+_afronos_, comme Voltaire, qui regrette d'ailleurs qu'on ne l'emploie
+pas plus souvent.
+
+Pourquoi ne dirait-on pas les _affres_ de la mort que l'Académie
+autorise? Il n'y a rien qui puisse mieux représenter les frissons de
+l'agonie. D'_affres_, on a fait
+
+AFFREUX, qui se dit des objets qu'on ne peut voir sans éprouver un
+sentiment de crainte ou d'aversion.
+
+AGACEMENT, AGACER. Du son dont on se sert pour irriter ou _agacer_ les
+animaux, ou bien du bruit que produit sous les dents un fruit acide, ou
+un fruit qui n'est point à sa maturité, et dont l'effet est d'_agacer_
+les dents.
+
+On a dit assez hardiment, au style figuré, les _agaceries_ d'une
+coquette, des regards, des propos _agaçans_, des manières _agaçantes_.
+
+Ménage a très-bien dérivé ce mot du latin _acaciare_, qui a la même
+racine. Il aurait pu remonter jusqu'au grec où elle se trouve également.
+On disait _hegaçç_ en celtique.
+
+AGOUTI. C'est un quadrupède des Antilles, qui a beaucoup de rapport avec
+le lièvre. Son nom est formé d'après son cri qu'on exprime à-peu-près
+par le mot _couy_. M. de Buffon compare ce cri au grognement du cochon.
+
+Pison et Marcgrave disent qu'au Brésil on appelle cet animal _cotia_.
+Souchu de Rennefort l'appelle _couti_, dont on a fait _acouti_ et
+_agouti_.
+
+Il est bon de remarquer en passant, sur ce mot, que la plupart des
+animaux sont caractérisés par l'Onomatopée, et que l'énumération en
+serait devenue fatigante si je ne m'en étais tenu aux indigênes et à
+ceux qui sont tellement connus, que leur nom est devenu propre à la
+Langue. Celui-ci est de cette dernière espèce.
+
+AGRAFFE, AGRAFFER. L'_agraffe_ est une espèce de crochet qui sert
+ordinairement à fixer ensemble les deux côtés d'une robe ou d'un
+manteau. L'Onomatopée consiste dans l'imitation du bruit produit par le
+déchirement de l'objet que les pointes de l'_agraffe_ saisissent.
+
+Le père Labbe croit qu'_agraffer_ a été pris pour _agriffer_. Budée le
+fait venir du grec _agra_, qui signifie l'action de saisir vivement, et
+qui a la même racine naturelle. On peut la reconnaître encore dans le
+verbe hébreu _garah_ ou _garaph_ que Saint Jérôme exprime par le mot
+_arripere_, au cinquième chapitre des Juges.
+
+RAFLER, mot ignoble de notre Langue, se rapporte à ceux-ci par le sens
+et par le son. Les vieux Dictionnaires disent aussi _riffler_.
+
+* RAFLE ou RAPHE, qui n'est plus français, est un mot ancien de la même
+famille. Nicod rapporte ces paroles de Nicole Gilles en la vie de
+Dagobert: «Notre Seigneur Jésus-Christ, afin qu'ils l'en voulsissent
+croire, s'approcha du ladre, et lui passa la main par-dessus le visage,
+et lui osta une _raphe_ de la maladie de lèpre qu'il avoit au visage, si
+que la face lui demeura belle, claire et nette, et le restitua en santé.
+Laquelle _raphe_ est encore gardée en un reliquaire en ladite église
+Saint-Denys». Par lequel mot, ajoute Nicod, il semble vouloir dire une
+poingnée, un plein poing. «Car on dit _rapher_ quand au jeu de dez qu'on
+appelle la _raphe_, ayant gaigné, on prend hastivement ou bien plustost
+rapidement la mise qui est sur le jeu. Ce qu'on dit aussi _raphler_ ou
+_rafler_, et par métaphore, _rafler_ tout, quand on prend rapidement
+tout ce qu'on trouve en un lieu».
+
+Dans le vieux langage, _raphe_ signifiait encore la poignée, le manche
+d'un outil, l'endroit par où on le saisissait.
+
+AGRIPPER. Du bruit que produit le frottement des griffes ou des mains
+contre les corps dont elles s'emparent. _Voyez_ GRIFFE et AGRAFFE.
+
+GRAPPILLER, est peut-être un diminutif de ce verbe, et de là on aurait
+fait
+
+GRAPPE, un fruit sujet à être _grappillé_,
+
+GRAPPILLEUR, celui qui _grappille_,
+
+GRAPPILLON, ce que l'on rejette d'une _grappe_,
+
+GRAPPE, instrument de Menuiserie qui présente plusieurs pointes propres
+à saisir ou _agripper_ le bois,
+
+GRAPPIN, instrument de fer dont on se sert pour accrocher un vaisseau,
+soit pour l'aborder, soit pour y attacher un brûlot.
+
+Je n'ai pas besoin de faire observer que presque tous ces mots sont du
+style le plus bas.
+
+GRAVIR, s'aider avec les ongles dans les anfractuosités d'un chemin
+raboteux.
+
+GRAVIER, le sable qui se détache sous les ongles d'un homme qui
+_gravit_.
+
+GRIMPER, _gravir_ difficilement une route roide et montueuse, me
+paraissent autant d'Onomatopées qui se rapportent à la même racine, et
+que je rassemble autour d'elle pour mettre ici autant d'ordre que la
+méthode alphabétique en permet. Ce qui rend cette analogie plus
+sensible, c'est que le peuple emploie bassement le mot _grappiller_ au
+sens de _gravir_ dans un grand nombre de provinces, et que _gravir_
+s'est même dit _grapir_ en français, selon Borel.
+
+Nicod rapporte _grip_, qui se disait autrefois en style trivial pour
+piraterie et rapine. Les Grecs avaient construit beaucoup de mots sur le
+même son et d'après le même esprit; _gripos_, qui étoit un filet à
+prendre du poisson; _gripeus_, le preneur de poissons; _grupès_, l'ancre
+du navire, et le _grappin_ dont on saisissait un navire ennemi;
+_grupaï_, les aires des vautours et des oiseaux carnassiers.
+
+Nos vieux Écrivains ont employé plus communément encore _grippe_, qui
+signifiait vol et filouterie.
+
+ Je sais bien tous les biais
+ Desquels on se sert pour la _grippe_,
+
+dit Chevalier dans la _désolation des filous_. Cholières, tome II de ses
+Contes, applique _gripperie_ au même usage.
+
+La _grupée_, c'était le produit, le revenant bon de la _grippe_. On dit
+dans la _comédie de la Passion_:
+
+ Pour mettre mignons en alaine,
+ Voici fine espice sucrée,
+ Et tel y laissera la laine
+ Qui n'en aura jà la _grupée_.
+
+On a dit aussi _gruper_ pour, agraffer, et plus souvent pour _agripper_
+ou saisir avec les griffes. «Qui sait, dit Rabelais, s'ils useroient de
+qui pro quo, et en lieu de rominagrobis _grupperoient_ paovre Panurge?»
+
+Les Bretons ont _krapa_, _krafa_, _gripper_, _grimper_, égratigner;
+_kraf_, égratignure; _craban_, griffe; _crib_, peigne; _criba_, peigner;
+_cribin_, peigne de fer; _crabb_, cancre, écrevisse, qui s'est conservé
+dans le français. _Craff_ est le nom gallois du _grappin_, du harpon des
+mariniers.
+
+* AHALER. Pousser l'haleine au dehors. Quelques Écrivains ont dit
+_adhaler_. Ce mot très-expressif a un autre sens qu'_exhaler_, et n'a
+point d'équivalent en français. _Haleter_ donne l'idée d'une respiration
+forte et pressée. C'est l'_anhelare_ des Latins qui avaient aussi
+_halare_ et _halitus_.
+
+Il semble que l'hiatus considérable qu'on remarque dans l'expression
+proposée, lui donne quelque chose de pittoresque qui n'est pas dans
+cette dernière Langue.
+
+AHAN, AHANER. Ahan représente un grand effort qui ôte presque la faculté
+de respirer. C'est l'expression du bucheron, des manoeuvres pour
+reprendre leur souffle, et se donner la force nécessaire pour bien
+porter leur coup. De là on a fait _ahaner_, travailler avec peine, avec
+_ahan_, comme dans ces vers de Dubellay:
+
+ De votre doulce haleine
+ Esventez cette plaine,
+ Esventez ce séjour,
+ Cependant que j'_ahane_
+ A mon blé que je vanne
+ En la chaleur du jour.
+
+_Ahaner_ un champ, s'est dit par extension pour, Cultiver une terre
+difficile.
+
+_Ahan_, est passé au style figuré pour exprimer de pénibles travaux
+d'esprit, et l'agitation d'un homme qui a de la peine à se résoudre à
+quelque chose.
+
+On a fait venir ce mot du grec _ao_ et du latin _anhelare_. C'est
+l'opinion de du Cange. Ménage en a cherché l'étymologie dans l'italien
+_affanno_, peine, douleur. On aurait pu le retrouver tout entier dans le
+dictionnaire des Caraïbes et dans beaucoup d'autres, puisqu'il est tiré
+du dictionnaire de la Nature. C'est la plus évidente des Onomatopées.
+Pasquier et Nicod ne s'y sont pas mépris.
+
+Dans des lettres de rémission de l'an 1375, on trouve: «Après ce que
+ledit Jehan fut deschaucié, entra ondit gué, et tant se y efforça pour
+mettre hors laditte charrette, que il entra en fièvre en icelui gué,
+pour le grant _ahan_ que il avoit eu».
+
+On ne se sert plus de ce mot qui était très-familier à nos anciens
+Écrivains. Rabelais, Montaigne, Amyot l'ont singulièrement affectionné.
+Il est encore dans Costar. Jupiter, dit-il, en sua d'_ahan_.
+
+AÏ. C'est le quadrupède, autrement nommé le _Paresseux_, qui est un des
+_anthropomorphes_ de Linné.
+
+Il articule les syllabes dont on a formé son nom avec des modulations si
+justes, que cela a donné lieu à Clusius de dire très-ridiculement que
+c'était le _Paresseux_ qui avait inventé la musique. Il aurait pu
+d'ailleurs appuyer cette bizarre présomption d'une analogie curieuse de
+la Langue grecque ou _aïo_ s'est dit quelquefois pour _cano_, et il faut
+observer que ce mot est passé dans la Langue latine avec le sens de
+_loquor_. Il n'appartenait qu'à ces peuples d'harmonieux langage
+d'attacher la même expression aux idées de chant et de parole.
+
+AME. Le principe de la vie dans l'homme et dans les animaux.
+
+L'opinion qui range ce mot au nombre des Onomatopées, repose sur une
+théorie bizarre et curieuse. La lettre labiale _M_ est une consonne qui
+résulte, comme on le sait, de la jonction des lèvres, en sorte que la
+bouche très-ouverte doit produire en se fermant le son composé _am_:
+savoir, la voyelle par le moyen du souffle émis dans le moment où
+l'organe est ouvert, et la consonne par le contact des deux parties de
+la touche, dans le moment où l'organe se resserre. C'est ce qu'on
+appelle rendre l'_ame_, car telle est la figure de l'expiration de
+l'homme, et l'esprit de cette racine.
+
+Au contraire, pour prononcer _M_ initiale suivie d'une voyelle, il faut
+que les deux parties de la touche labiale agissent mutuellement l'une
+sur l'autre, et se séparent pour l'émission du bruit vocal qui succède
+au bruit consonnant. Ainsi se prononcera _ma_, qui est une racine dont
+l'esprit est diamétralement opposé à celui de la précédente, puisqu'au
+lieu d'exprimer le dernier acte physique de l'homme, elle exprime, par
+la figure et par le son, le premier acte, et, en quelque sorte, la prise
+de possession de la vie.
+
+Cette racine _ma_ seroit donc la désignation nécessaire de l'existence
+_matérielle_, comme cette racine _am_ de l'existence spirituelle. La
+première appartiendra aux idées purement corporelles; la seconde aux
+idées morales, à celles des principes _animans_, de l'_amour_, de
+l'_amitié_, de toutes les affections.
+
+En appuyant la racine _ma_ sur la touche dentale, ou en fera _mat_, qui
+est le son typique du nom de la mort dans la plus grande partie des
+Langues premières.
+
+En la nazalant, on en fera _man_, qui est le signe presque universel du
+nom de l'homme.
+
+Je donne, au reste, ces hypothèses comme plus ingénieuses que probables,
+et M. Court de Gébelin, qui les a suggérées, se livre trop souvent et
+avec trop d'abandon à son imagination, pour être toujours un guide sûr.
+
+Ce qu'il y a de certain, c'est que les différens noms de l'ame chez
+presque tous les peuples, sont autant de modifications du souffle et
+d'Onomatopées de la respiration, diversement modulées. Tels sont le
+_Psyché_ des Grecs, le _Seele_ des Allemands, le _Soul_ des Anglais,
+l'_ayre_ des Espagnols, l'_alma_ et le _fiato_ des Italiens. Il serait,
+à la vérité, difficile d'en dire autant de l'_anima_ des Latins, dont le
+mot _ame_ est une contraction évidente.
+
+ANCHE. Partie d'un instrument à vent, faite de deux pièces de canne,
+jointes de si près, qu'elles ne laissent qu'un espace très-resserré pour
+le souffle; ce qui a fait penser à de savans Étymologistes que ce mot
+venait du celtique _anc_, étroit, resserré, affilé. Il paraît plus
+vraisemblable qu'il a été formé par Onomatopée; et ce qui me porte à le
+croire, c'est que je trouve une Onomatopée grecque absolument semblable
+à celle-ci, qui exprime l'idée que nous rendons par notre verbe
+_suffoquer_. L'air étouffé dans l'étroit canal de l'_anche_, séparé de
+l'instrument auquel elle appartient, imite très-bien le gémissement aigu
+et forcé d'un homme qui suffoque. De là, la conformité de ces deux
+Onomatopées.
+
+ASTHME. L'_asthme_ est une infirmité qui consiste dans une grande
+difficulté de respirer dans de certains temps. Cette Onomatopée imite le
+bruit de la respiration brusquement interrompue. Elle nous vient
+immédiatement, et sans changement, d'une Onomatopée grecque qui
+représente la même chose.
+
+
+B
+
+BABIL, BABILLARD, BABILLER. _Babil_, abondance de paroles sur des choses
+inutiles, manie importune de parler continuellement.
+
+De la lettre _b_ qui résulte de la simple disjonction des lèvres, et qui
+est la première que les enfans combinent avec les sons vocaux. Aussi
+est-elle la première consonne de tous les alphabets.
+
+Nicod dérive ce mot de _Babel_, à cause de la confusion des Langues qui
+y eut lieu. Ménage le fait venir de _bambinare_, qui a été fait de
+_bambino_, diminutif de _bambo_, transféré selon lui dans l'italien du
+syriaque _babion_, qui signifie _enfant_. De la même racine, nous avons
+créé
+
+BABIOLE, une chose de peu de conséquence, une bagatelle qui ne peut
+occuper que des enfans;
+
+BABOUIN, BAMBIN, un petit enfant qui articule à peine; en gallois
+_bach_, d'où vient le nom de _Bacchus_ qu'on représente ordinairement
+comme un enfant gros et joufflu;
+
+BAMBOCHE, un enfant grotesque et contrefait, une marionnette ridicule;
+
+BAMBOCHADE, un genre de Peinture qui ne s'exerce que sur des formes
+triviales, sur des marionnettes et des _bambins_.
+
+Ménage aurait trouvé d'ailleurs une étymologie plus exacte et plus
+naturelle encore dans le grec, où l'on dit _bao_, _babazo_, _babalo_ et
+_bambaino_ pour _loquor_. Mais le fait est que tous ces mots et leur
+immense famille sont composés d'après le son naturel.
+
+_Baba_, _babe_, en arabe, signifient _bouche_, ouverture; _be_ a le même
+sens en Langue celtique. Dans la même Langue, _enfant_ se dit _map_,
+_vap_, _mab_, _vab_, et avec le diminutif, _babic_, _un petit enfant_.
+
+On dit dans le latin _garrulitas_, _garrulus_, _garrire_, autres
+Onomatopées; dans l'italien, _garrire_, _cicalare_, _ciarlare_ et
+_ciachierare_; dans l'espagnol, _babillar_, _charlar_, _chicarrar_.
+
+Amyot a dit _rebabiller_. «Si un _babillard_ escoute un peu, ce n'est
+que comme un reflux de _babil_ qui prend haleine pour _rebabiller_ puis
+après encore davantage».
+
+Madame Pernelle dit dans le _Tartuffe_:
+
+ C'est véritablement la tour de Babylone,
+ Car chacun y _babille_ et tout du long de l'aune.
+
+Voilà l'étymologie de Nicod consacrée par deux vers de Molière.
+
+BÂILLEMENT, BÂILLER. De l'action d'ouvrir involontairement la bouche
+dans le sommeil ou dans l'ennui.
+
+Observez que la première syllabe de ce mot est longue, et qu'autrefois
+on disait _baailler_ et _baaillement_, ce qui donnait plus d'expression
+à l'Onomatopée.
+
+En latin, _hiare_, _hiatus_; en italien, _sbadigliare_,
+_sbadigliamento_.
+
+BÉER, ou plutôt, BAYER, mot fait pour peindre une curiosité vaine et un
+peu niaise, qui se manifeste par la même émission vocale et par la même
+figuration de la bouche, appartiennent à la même racine. _Bayer aux
+corneilles_, est une expression proverbiale assez en usage dans notre
+langue. On lit dans un de nos plus anciens dictionnaires: _bayer_ à la
+mamelle, _appetere mammam_. «C'est proprement ouvrir la bouche, mais
+parce que quand plusieurs regardent par grande affection quelque chose,
+ils ouvrent la bouche; de là est que _bayer_ signifie aucunes fois
+autant que regarder».
+
+BAH, est un mot factice ou artificiel qui échappe aux gens étonnés. De
+là
+
+BADAUD, homme simple et sans expérience, qui s'étonne de tout,
+
+S'ÉBAHIR, ÊTRE ÉBAHI, termes attachés au même sens. S'il est vrai qu'ils
+remontent à l'hébreu _Schebasch_, comme l'ont prétendu les
+Etymologistes, c'est que celui-ci a été fait sur le son commun, et n'a
+pas d'autre type naturel.
+
+BARBOTER. Ce mot, dit Ménage, est formé du bruit que font les cannes
+quand elles cherchent dans la boue de quoi manger, et on appelle de là
+_barboteur_, un canard privé. _Barboter_ en cette signification semble
+être une Onomatopée.
+
+_Baret_. On emploie presqu'indistinctement _baret_, _barret_, ou
+_barri_. C'est le cri de l'éléphant. On appelait autrefois l'éléphant
+_barre_ aux Indes orientales. En latin, on l'appelle _barrus_, et son
+cri _barritus_.
+
+Nous avons perdu ce mot.
+
+BEFFROI. Espèce de tocsin. «Quasi _bée effroi_, dit Nicod, car il est
+expressément fait pour _béer_ et regarder, ou faire le guet en temps
+soupçonneux, et pour sonner à l'_effroi_».
+
+Il est à remarquer cependant qu'un instrument d'airain creux et sonore
+s'appelait _bel_ en breton, et que de là peuvent venir l'anglais
+_belfry_ et le français _beffroi_.
+
+BÊLEMENT, BÊLER. On disait beaucoup mieux autrefois _béellement_,
+_béeller_. Onomatopée du cri du mouton. Elle est parfaitement naturelle,
+et Pasquier la préfère avec raison au _balare_ des Latins.
+
+BÉGAYEMENT, BÉGAYER, ont été pris de la même racine, parce que le défaut
+de prononciation que ces mots désignent consiste à répéter souvent le
+même son avec des inflexions tremblantes, comme les animaux _bêlans_.
+
+BELIER. Le nom de cet animal est certainement formé d'après son cri,
+d'après son _bêlement_. Il est donc ridicule de l'avoir cherché dans
+_vellus_ qui signifie _toison_; dans _bahal_, hebreu, qui est notre mot
+_Seigneur_ ou _chef_, parce que le _belier_ est le maître du troupeau.
+
+ Le _belier_, colonel de la laineuse troupe,
+
+dit Ronsard; et dans _Jobel_, autre terme de la même langue, qui était
+un des noms de ce quadrupède.
+
+_Belin_, est l'ancien nom du _belier_. On le dit encore en certains
+lieux, des agneaux, et il s'est conservé long-tems au figuré où il
+signifiait _doucereux_. C'est un nom d'amitié, que l'on donne aux
+enfans, mon _belin_, ma _beline_; on a employé _beliner_, _faire le
+doucereux_, dans quelques occasions, et Rabelais l'a étendu à des
+acceptions très-variées. Il est absolument hors d'usage.
+
+BEUGLEMENT, BEUGLER. Cri du taureau, du _boeuf_, de la vache, mugir
+comme les taureaux.
+
+Ménage dérive ce mot de _baculare_, _à bacula_; mais c'est une
+Onomatopée qui est également dans le latin _boare_, d'où _bos_ a été
+tiré.
+
+BOEUF, est le nom d'un animal qui _beugle_.
+
+BOA, est celui d'un serpent énorme dont le cri ressemble au _beuglement_
+des taureaux.
+
+MEUGLEMENT, MEUGLER, qui se prononcent sur la même touche avec une bien
+légère modification, s'emploient indistinctement. On a même dit
+_muglement_ en vieux langage, comme dans ce passage d'Amadis: «La
+blanche biche qui en la forest craintive eslevoit ses _muglements_
+contre le ciel, sera retirée et rappellée».
+
+BIBERON. Homme qui aime à boire, qui boit avec excès.
+
+Du bruit que fait le vin en coulant goutte à goutte. Le _bibax_ et
+sur-tout le _bibulus_ des Latins, représentent bien cette expression.
+Ces mots dérivaient de leur _bibere_, qui était aussi fort imitatif, et
+dont nous avons dégradé la valeur en le contractant dans le mot _boire_.
+Leur joli mot _bilbire_ était de la même famille.
+
+En celtique, le mot _boire_ se rend par _ef_, _ev_, Onomatopées du bruit
+que fait la bouche en aspirant un liquide. C'est de là que vient
+probablement le verbe _avaler_.
+
+C'est une idée d'une hardiesse bien plaisante et bien ridicule, que
+celle de ce savant d'ailleurs estimable, qui explique le nom d'_Eve_ par
+ce petit verbe de la Langue celtique, et qui se sert de ce rapprochement
+pour prouver que cette Langue est la première que les hommes aient
+parlée.
+
+BIFFER. Effacer une écriture en passant la plume dessus.
+
+Un habile Etymologiste regarde ce mot comme pris de _buffare_, souffler,
+qui est une Onomatopée latine: ainsi, _biffer_ signifierait, détruire un
+objet, et le faire disparaître, comme en soufflant dessus. Sans aller en
+fixer si loin l'origine, on l'aurait trouvée dans le bruit que fait une
+plume passée brusquement sur le papier. Cette conjecture est d'autant
+plus vraisemblable, que le mot _biffer_ n'a point d'analogie de
+consonnance avec les mots anciens qui ont été attachés à une idée de
+même espèce, et peut passer pour une Onomatopée très moderne.
+
+BOMBE. Ce mot dérive du bruit de la _bombe_ qui éclate.
+
+Il était au moins inutile d'en chercher ailleurs l'étymologie, et de la
+dériver, soit de _Lombardie_, parce qu'on croit qu'elle y a été
+inventée, soit de _bomba_ dont quelques Auteurs ont usé pour parler de
+certaines coquilles qui servaient de trompettes, ou de _bombus_ qui
+exprime le bruit du même instrument, ou de l'allemand _bomber_ qui
+signifiait _baliste_. Il est étonnant qu'on ne l'ait pas fait remonter
+aussi aux belles Onomatopées italienne et espagnole, _rimbomba_ et
+_zumbido_ avec lesquelles il a tout autant de rapport; mais le fait est
+qu'on devait le chercher, aussi bien que ses différens analogues, dans
+le son naturel qui les a tous produits.
+
+BOND, BONDIR, BONDISSEMENT. L'Onomatopée est prise du retentissement de
+la terre sous un corps dur qui la frappe, et se relève aussitôt.
+
+Le mot _bondir_ revient au _subsilire_ des Latins qui est moins
+imitatif.
+
+BORBORIGME. On dit aussi _borborisme_. Bruit de l'air contenu dans les
+intestins.
+
+BOUC. La grande conformité des différens noms de cet animal dans presque
+toutes les Langues, prouve qu'ils ont dû avoir une racine commune et
+naturelle. C'est l'imitation de son cri. Les Grecs qui l'appelaient
+communément _tragon_, l'ont aussi nommé _bekkos_. Ménage dit que
+_buccus_ se trouve dans la loi salique, et _bouch_ dans le Celtique. En
+Langue franque, c'est _buk_, en allemand, _bock_, en italien, _becco_.
+
+BOUFFÉE, BOUFFI. «Ces mots, suivant Nicod, sont par raison d'Onomatopée,
+et représentent tant le son du vent qui vient à _bouffées_, que de la
+flamme _bouffant_, ainsi que de la bouche de l'homme quand il _bouffe_,
+c'est-à-dire, souffle ou le feu, ou la poudre, ou autre chose».
+
+OUF, est le son radical converti en interjection pour exprimer
+l'émission de l'air, poussé par un homme essoufflé. Les Latins en
+avaient fait _buffare_ ou _bouffare_, que nous avons fidèlement
+transporté en notre langue dans le vieux verbe _bouffer_.
+
+_Buffe_, se dit fort anciennement pour un soufflet, pour un coup sur les
+joues, comme en ce passage de Marot:
+
+ Vien donc, déclare toy
+ Qui de _buffes_ renverses
+ Mes ennemis mordans,
+ Et qui leur moult les dents
+ En leurs gueules perverses.
+
+Et observez que _buffe_ et soufflet ont été faits analogiquement, et
+d'après le même principe, parce que la joue frappée paraît souffler ou
+_bouffer_ sous la main qui la comprime.
+
+On a employé _buffoi_ au figuré, pour orgueil et présomption; et en
+perdant l'expression, nous avons conservé la métaphore. _Bouffi_ de
+vanité, est une figure d'un usage très-commun.
+
+BOUFFON, doit se rapporter à la même racine, suivant Ménage qui, d'après
+Saumaise, le dérive du _bocca infiata_ des Italiens. Ils appellent
+encore _buffo magro_, un maigre _bouffon_, le mauvais plaisant qui ne
+les fait pas rire; soit, comme le dit Voltaire, qu'on veuille dans un
+_bouffon_ un visage rond et une joue rebondie; soit que cette
+_bouffissure_ des joues, qui est une des _bouffonneries_ les plus
+triviales des plus grossiers saltinbanques, ait déterminé leur nom
+générique. Il serait tout au moins difficile d'en donner une autre
+explication.
+
+BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER.
+
+BOUILLIE, BOUILLON, choses que l'on fait _bouillir_. Ces mots viennent
+du bruit que fait un liquide échauffé à certain degré. Dans le verbe
+_bouillir_, le son radical pur a été conservé aux trois personnes du
+singulier de l'indicatif présent.
+
+ Ceux à qui la chaleur ne _bout_ plus dans les veines
+ En vain dans les combats ont des soins diligens;
+ Mars est comme l'Amour. Ses travaux et ses peines
+ Veulent de jeunes gens.
+
+MALHERBE.
+
+BULLE, mot par lequel on désigne ces petites éminences qui s'élèvent sur
+l'eau _bouillante_,
+
+BOULE, qui en est une espèce d'homonyme, étendu à des acceptions plus
+générales,
+
+BOUTON, autre terme qui, dans toutes ses acceptions, signifie une
+éminence ou un corps de la même forme, n'ont probablement pas d'autre
+étymologie. Le peuple, si riche en expressions pittoresques, se sert du
+verbe _boutonner_ pour déterminer le premier degré de l'_ébullition_.
+
+M. Court de Gébelin s'est donc certainement trompé en dérivant toute
+cette famille de mots du Celtique _bal_, qui signifierait _oeil_, et par
+une extension d'ailleurs très-forcée, suivant l'usage de cet érudit,
+tous les objets ronds ou roulans. Il est faux qu'_oeil_ se dise en
+Celtique autrement que _lagad_; les deux yeux, _daou lagad_. L'auteur du
+_monde primitif_ a pris cette fausse interprétation dans Bullet et dans
+tel autre lexicographe, qui ont confondu le Basque et le Celtique, et y
+ont mêlé, en outre, une foule de mots qui n'ont jamais fait partie de
+ces deux langues.
+
+BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER.
+
+«BOURDON, dit Nicod, est une espèce de grosse mouche, tavelée comme
+mouche à miel, n'ayant point de picquon ou aiguillon, plus grosse de
+corsage que la mouche à miel nommée abeille, et ne fait ni ne sert à
+faire le miel ni la cire; ains dévore l'aliment et la provision que les
+mouches à miel se sont pourchassé, seulement de sa chaleur conserve les
+petits abeillons, qui est la cause que Virgile, au quatrième des
+Géorgiques, l'appelle _ignavum pecus_, fainéant et coüard. Pline, en son
+livre onzième, leur attribue partie de l'opifice des mouches à miel, ce
+que Varron son devancier ne fait pas, _fucus_. Le Français lui a donné
+ce nom par Onomatopée, à cause du bruit qu'il fait quand il volète.»
+
+_Boud_ a signifié le _bourdonnement_ du frélon, dans la Langue Celtique.
+
+BOURDON, cloche très-sonore qui produit un bruit de même genre que celui
+dont il est question dans cet article, a été ainsi nommée par analogie.
+
+_Bourder_ est un vieux mot très-précieux qui voulait dire _rester court
+en chaire_, parce que le prédicateur, en cet état, ne forme plus qu'un
+murmure et un _bourdonnement_ confus. Il est à regretter que cette
+expression soit perdue.
+
+BOURDE, chose vague et confuse, mensonge qu'on articule à demi, en est
+clairement dérivé. On a pu dire allusivement qu'un menteur pris sur le
+fait, se tire d'affaire, en murmurant des mots sans suite, comme un
+prédicateur qui a perdu le fil de son sermon. Regnier se sert de ce
+terme dans cette hypothèse même:
+
+ Ils bâillent pour raison des chansons et des _bourdes_.
+
+BRAIRE. «L'âne _brait_, dit M. de Buffon, ce qui se fait par un grand
+cri, très-long, très-désagréable, et discordant par dissonances
+alternatives de l'aigu au grave, et du grave à l'aigu. Ordinairement, il
+ne crie que lorsqu'il est pressé d'amour ou d'appétit. L'ânesse a la
+voix plus aigre et plus perçante. L'âne qu'on fait hongre, ne _brait_
+qu'à basse voix, et quoiqu'il paraisse faire autant d'efforts et les
+mêmes mouvemens de la gorge, son cri ne se fait pas entendre de loin.»
+
+BRAMER. Ce mot se dit du cerf en certaines occasions, et en général de
+tous les animaux qui crient fortement. Il s'est même employé en vieux
+langage, pour exprimer le cri de l'homme, comme dans ces vers, attribués
+à Clotilde de Surville:
+
+ Tant de loin que de près n'est laide
+ La mort. La clamoit à son ayde
+ Tojorz un povre bosquillon
+ Que n'ôt chevance ne sillon.
+ . . . . . . . . . .
+ Tant brama, qu'advint...
+
+Court de Gébelin et Voltaire prétendent que _bram_ signifiait _un grand
+cri_ en Langue Gothique. Cette racine, commune dans les Langues, se
+retrouve d'ailleurs toute entière dans le Grec.
+
+Si l'on veut s'assurer, au reste, que l'Onomatopée n'est nulle part plus
+fréquente que dans les idiomes qui se rapprochent des temps primitifs,
+que l'on consulte Voltaire au même lieu, dans ses fragmens sur la Langue
+Française. Les mots que cet auteur, toutefois peu versé dans le
+mécanisme de la Langue qu'il a enrichie de tant de chef-d'oeuvres, les
+mots, dis-je, qu'il fait dériver du Celte, sont autant d'Onomatopées.
+
+BRAILLER, terme populaire qui ne se prend qu'en mauvaise part, et dans
+l'usage le plus trivial, a évidemment le même type.
+
+BREDOUILLER. Parler confusément et articuler avec peine.
+
+_Bredi-breda_ est une locution basse et factice qui exprime l'espèce de
+_bredouillage_ d'une personne très-loquace, qui articule difficilement.
+Ce mot ne se trouve que dans Poisson, et quelques auteurs du même ordre.
+
+BROUHAHA. Bruit confus d'applaudissemens qu'on entend dans les
+spectacles, et dans les lieux d'assemblée où l'on récite des ouvrages
+d'esprit. C'est une contraction de _bruit de haha_, prononcé _brouit de
+haha_ dans le vieux langage.
+
+BROUTER. Du bruit que font les animaux en brisant les plantes près de
+leur racine, et en les arrachant avec les dents.
+
+Il y a un exemple de l'harmonie pittoresque de ce mot, dans une des plus
+jolies fables de la Fontaine, _le chat, la belette et le petit lapin_.
+
+ Du palais d'un jeune lapin
+ Dame belette, un beau matin,
+ S'empara: c'est une rusée.
+ Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
+ Elle porta chez lui ses pénates, un jour
+ Qu'il était allé faire à l'aurore sa cour
+ Parmi le thym et la rosée.
+ Après qu'il eut _brouté_, trotté, fait tous ses tours,
+ Jeannot Lapin retourne aux souterrains séjours.
+
+Voici le même mot employé dans la prose, avec un effet d'harmonie
+imitative aussi vrai que celui qu'on vient de remarquer. Ce passage est
+de M. de Châteaubriand, un des Écrivains dont notre siècle a le plus à
+se glorifier; et je rapporte cet exemple avec d'autant plus
+d'empressement, que je n'en connais point de si riche en Onomatopées:
+
+«Si tout est silence et repos dans les savanes de l'autre côté du
+fleuve, tout ici au contraire est mouvement et murmure: des coups de bec
+contre le tronc des chênes, des froissemens d'animaux qui marchent,
+_broutent_ ou broyent entre leurs dents les noyaux des fruits; des
+bruissemens d'ondes, de faibles gémissemens, de sourds meuglemens, de
+doux roucoulemens, remplissent ces déserts d'une tendre et sauvage
+harmonie.»
+
+BROYEMENT, BROYER. Ces mots sont faits du bruit d'une substance un peu
+récalcitrante, brisée entre deux corps durs. C'est ce qu'expriment aussi
+bien le _sfratumare_ des Italiens, et le _quebrar_ des Espagnols.
+
+BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT. Ces mots _bruire_ et _bruissement_, qu'on a
+affecté de négliger je ne sais pourquoi, présentent une des belles
+Onomatopées de la Langue. Ils donnent l'idée d'un _bruit_ vague, sourd
+et confus, comme celui qui s'élève d'une forêt ébranlée par des vents
+impétueux, ou qui résulte du fracas des torrens et de l'écoulement des
+grandes eaux; en général, ils sont graves et solennels, et ont un
+caractère particulier d'imitation qu'on ne trouve pas dans leurs
+analogues.
+
+Un auteur déjà classique, et qu'on peut appeler le Racine de la prose, a
+prouvé, par l'emploi qu'il a fait de certains temps du verbe _bruire_,
+qu'il serait d'une injuste délicatesse de le réduire à l'infinitif,
+comme quelques Grammairiens y avaient paru disposés.
+
+«La lune, dit M. Bernardin de Saint-Pierre, paraissait au milieu du
+firmament, entourée d'un rideau de nuages que ses rayons dissipaient par
+degrés. Sa lumière se répandait insensiblement sur les montagnes de
+l'île, et sur leurs pitons qui brillaient d'un vert argenté; les vents
+retenaient leurs haleines. On entendait dans les bois, au fond des
+vallées, au haut des rochers, de petits cris, de doux murmures d'oiseaux
+qui se caressaient dans leurs nids, réjouis par la clarté de la nuit et
+la tranquillité de l'air. Tous, jusqu'aux insectes, _bruissaient_ sous
+l'herbe.»
+
+La Bruyère a dit aussi _brouissement_.
+
+«Une femme entend-elle le _brouissement_ d'un carosse qui s'arrête à sa
+porte, elle prépare toute sa complaisance pour quiconque est dedans,
+sans le connaître».
+
+Cette licence est heureuse dans cette occasion, parce qu'elle
+caractérise très-bien l'espèce de _bruissement_ dont il s'agit.
+
+BRUYÈRE. Il est probable que le nom de cette plante, dont les tiges
+souples, grêles et ligneuses, _bruissent_ au moindre vent, est tiré du
+même son radical que les mots précédens. L'étymologie que je donne de ce
+mot n'est d'ailleurs qu'une conjecture, aussi plausible toutefois que
+celle qui le tire du latin _uro_, parce qu'on brûle les _bruyères_ pour
+les défricher, et rendre l'emplacement où elles croissaient susceptible
+de culture: c'est l'opinion de Borel.
+
+
+C
+
+CAHOT, CAHOTER. De la secousse qu'on éprouve dans une voiture mal
+suspendue qui roule sur un chemin âpre et raboteux, et de l'effort qu'on
+fait pour reprendre la respiration durement interrompue.
+
+Les Latins ont dit _succussus_, qu'ils prononçaient _soucoussous_, et
+qui rendait la même idée.
+
+CAILLE. «Le mâle et la femelle, dit Buffon, ont chacun deux cris, l'un
+plus éclatant et plus fort, l'autre plus faible. Le mâle fait _ouan,
+ouan, ouan, ouan_; il ne donne sa voix sonore que lorsqu'il est éloigné
+des femelles, et il ne la fait jamais entendre en cage, pour peu qu'il
+ait une compagne avec lui: la femelle a un cri que tout le monde
+connaît, qui ne lui sert que pour rappeler son mâle; et quoique ce cri
+soit faible, et que nous ne puissions l'entendre que d'une petite
+distance, les mâles y accourent de près d'une demi-lieue; elle a aussi
+un petit son tremblotant _cri cri_. Le mâle est plus ardent que la
+femelle, car celle-ci ne court point à la voix du mâle, comme le mâle
+accourt à la voix de la femelle dans le temps de l'amour, et souvent
+avec une telle précipitation, un tel abandon de lui-même, qu'il vient la
+chercher jusques dans la main de l'oiseleur».
+
+C'est de ce cri, que Buffon dit connu de tout le monde, et qu'un autre
+Ornithologiste a exprimé par les mots factices _caille caillette_,
+qu'est venu le nom de la _caille_ dans notre Langue et dans la plupart
+des autres. En effet, on a dit _kakkaba_ en grec, _qualea_ dans la basse
+latinité, _cuaderviz_ en espagnol, excellente Onomatopée dont les deux
+dernières syllabes doivent se prononcer très-brèves, _quaglia_, en
+italien, _quaïl_, en anglais, _wachtel_, eu allemand; et ce son imitatif
+se retrouve jusque dans l'hébreu _saly_ ou _xaly_. De ce nom l'on a fait
+
+CAILLETAGE, babillage insupportable et continuel comme celui de la
+_caille_,
+
+CAILLETTE, femme frivole et babillarde,
+
+CAILLETER, l'action de parler sans cesse, et à propos de toute chose,
+expressions que la Langue française a repoussées jusqu'ici, et qui ne
+sont d'usage que dans le style familier.
+
+Rousseau a dit cependant, en parlant de madame de Warens: «La vie
+uniforme et simple des Religieuses, leur petit _cailletage_ de parloir,
+tout cela ne pouvait flatter un esprit toujours en mouvement, qui
+formant chaque jour de nouveaux systêmes, avait besoin de liberté pour
+s'y livrer».
+
+CANARD. Du son _can can_, souvent répété, qui est le cri de cet animal,
+plutôt que d'_anas_, probablement _à natando_, qui est son nom latin.
+Mon opinion est du moins conforme en ce point à celles de quelques
+Auteurs, et entr'autres à celle de l'ornithologiste Martinet, qui
+remarque fort judicieusement qu'il est du génie de notre Langue de
+terminer par cette syllabe ouverte et éclatante, _ard_, les mots qui
+désignent un parleur impitoyable et fatigant, comme _bavard_ et
+_babillard_.
+
+Les Allemands ont représenté par une autre Onomatopée le cri rauque,
+âpre, et enroué du _canard_. Ils l'ont appelé _racha_ et _rachtscha_.
+
+CAN CAN, mot factice tiré du cri du _canard_, a été appliqué par
+extension aux bruits tumultueux qui s'élèvent dans une assemblée
+nombreuse où l'on ne s'accorde pas, et où l'on traite des affaires de
+peu d'importance. Ce n'est pas le sentiment de l'Académie qui l'écrit
+_quanquan_, et qui pense qu'on l'a appliqué aux discussions orageuses
+sur des choses futiles, par allusion aux horribles disputes que causa au
+seizième siècle la prononciation du mot _quamquam_, et qui coûtèrent
+peut-être la vie à Ramus. Quelqu'égard qu'on doive cependant aux
+décisions de ce corps savant, j'ai cru pouvoir persister dans mon
+opinion qui me semble mieux fondée, et que je partage d'ailleurs avec le
+plus grand nombre des Etymologistes.
+
+CAQUET, CAQUETER. Ces mots se disent au propre, du bruit que font les
+poules quand elles sont prêtes à pondre, et au figuré, du babillage des
+personnes qui _caquettent_ comme les poules. Cette Onomatopée se
+retrouve très-fidèlement dans la Langue grecque.
+
+On disait autrefois dans notre Langue _cluper_ ou _gluper_, pour
+exprimer une espèce de _caquet_ de la poule. Ce terme mériterait d'être
+renouvelé.
+
+Linguet s'est servi du mot _caquetage_ en parlant du chancelier de
+l'Hôpital. «Aucun, ministre, dit-il, ne fit jamais convoquer autant de
+grandes assemblées; mais satisfait d'y étaler une éloquence prolixe et
+toujours mal-adroite, il les laissait toutes dégénérer en cohues
+tumultueuses ou en _caquetages_ scandaleux dont l'unique résultat était
+de constater la frivolité et l'impuissance du Gouvernement».
+
+CASCADE. Ménage pense que ce mot est fait de l'italien _cascata_, ce qui
+est incontestable. Il fait remonter celui-ci au latin _cado_, ce qui est
+plus douteux; mais ce verbe aurait été employé comme désinent dans
+l'expression dont il s'agit, qu'on n'en devrait pas moins reconnaître
+cette expression pour une Onomatopée. La première syllabe est un son
+factice qui fait rebondir la seconde, et cet effet représente d'une
+manière vive le bruit redondant de la _cascade_.
+
+Il y a beaucoup d'Onomatopées du même genre, c'est-à-dire, composées
+d'un son naturel et d'un son abstrait. C'est ce que les Etymologistes
+n'ont pas remarqué; et satisfaits dès qu'ils ont trouvé dans un mot
+l'origine d'un de ses membres, on croirait qu'ils ont regardé le reste
+comme le produit du hasard ou du caprice. Il est cependant démontré que
+quelque fortuite qu'ait été la composition des Langues, il ne peut y
+avoir eu qu'un très-petit nombre de mots formés sans motifs.
+
+CATACOMBES. Du grec _kata_ qui est consacré à l'action de descendre ou
+de tomber, et qui a peut-être fourni le latin _cado_ dont je parlais
+tout-à-l'heure; et du vieux français _combe_, vallée, gorge, endroit
+creux ou souterrain. La réunion de ces deux mots heureusement mariés
+produit un des beaux effets d'imitation de la Langue. Il est impossible
+de trouver une suite de sons plus pittoresques, pour rendre le
+retentissement du cercueil, roulant de degrés en degrés, sur les angles
+aigus des pierres, et s'arrêtant tout-à-coup au milieu des tombes.
+
+CATARACTE. En Grec, _Kataraktès_. Chûte d'eau impétueuse et bruyante qui
+tombe et se brise de roc en roc avec un grand fracas.
+
+Herbinius, dans son Traité _de admirandis mundi cataractis supra et
+subterraneis_, a étendu le sens de cette expression à tous les violens
+chocs élémentaires, de quelque espèce qu'ils fussent.
+
+CHAT-HUANT. «_Chahuant_, dit un de nos anciens glossateurs, est une
+espèce d'oiseau qui va voletant et huant de nuict, duquel chant huant il
+est ainsi nommé, car son chant n'est que hu et cry piteux: pour laquelle
+cause les Latins l'ont appellé _ulula_, et aussi _noctua_, parce qu'il
+ne chante et ne erre que la nuict. Ils l'ont aussi nommé _bubo_ par
+Onomatopoée, représentant le chant d'iceluy par ce nom, et dient que
+cest oiseau est féral et funébre, pour estre ténébreux et nocturne et
+effrayant: et à ceste occasion tenoit on anciennement son chant pour
+présage de calamité future, mesme par mort de maladie. Il est hay à
+merveilles des autres oyseaux, lesquels pour estre diurnes,
+c'est-à-dire, errans et voletans par jour, et ne avoir la rencontre
+ordinaire de ce dit _chahuant_, et pour l'aspect hydeux de luy, le
+hayent et poursuyvent à coups de bec et de griffes, quand ils le
+trouvent, faisans tous un esquadron combattant contre luy, ausquels,
+comme Pline dit au livre X, chap. 17, il résiste par se coucher à
+l'envers et se reserrant en arc, si qu'il demeure presque couvert de son
+bec et de ses griffes ou serres, laquelle inimitié estant aperçüe par
+les oyseleurs, se servent dudit _chahuant_, pour attraper ceux qui
+viennent à la meslée contre iceluy. De ce que dessus se voit que de
+l'appeler _chathuant_, et pour la difficulté de la prolation françoise
+en l'aspiration _h_ après la consonne, dire que _chahuant_ est fait de
+_chat huant_, il n'y a pas raison grande, veu que ceste particule _cha_
+est ailleurs commune au François, comme en ces mots chatouille,
+chatfourré, chafouyn, esquels le mot de chat n'a que veoir».
+
+CHEVÊCHE. En Latin, _Strix_. Ce mot a désigné génériquement les oiseaux
+de nuit de l'espèce de la chouette. Maintenant on n'appelle du nom de
+_chevêche_ que des oiseaux à qui ce nom ne convient plus, puisqu'il
+avait été formé par Onomatopée, et qu'il ne désigne point leur cri, mais
+celui de l'_efraye_ ou fresaye. «Les cris acres et lugubres de l'efraye,
+et sa voix entrecoupée qu'elle fait souvent entendre pendant le silence
+de la nuit, semblent articuler _grei_, _gré_, _crei_; et ses soufflemens
+_ché_, _chei_, _cheu_, _cheue_, _chiou_, qu'elle réitère sans cesse,
+ressemblent à ceux d'un homme qui dort la bouche ouverte: elle pousse
+encore en volant différens sons aussi désagréables.» Ces expressions,
+tirées d'un de nos Naturalistes, donnent l'incontestable étymologie des
+mots _chevêche_ et _chouette_, et font regretter que l'impéritie des
+Méthodistes ait consacré de nouvelles _appellations_ insignifiantes et
+capricieuses, puis transporté les anciennes à des espèces qu'elles ne
+désignent point, et bouleversé ainsi la nomenclature naturelle, sans
+qu'il en résulte aucun avantage pour la science.
+
+Oserai-je souhaiter que les Naturalistes à venir, moins jaloux d'étaler
+une vaine érudition, en appliquant aux animaux des noms difficilement
+composés, voulussent bien s'en tenir aux désignations imitatives qui
+sont naturelles à tous les peuples, et qui universaliseraient, en
+quelque sorte, leurs nomenclatures. Cette idée n'a pas été étrangère à
+Linné et aux autres Méthodistes philosophes.
+
+CHOC, CHOQUER. Du bruit de deux corps qui se heurtent.
+
+Du même son naturel les Espagnols, pour joûte, ont dit _choca_.
+
+Nous représentions cette dernière idée par le vieux verbe _toster_, dont
+les Anglais ont fait _toast_.
+
+CHOUCAS. En Grec, _ankos_, _koloïos_; en Latin, _graccus_, _gracculus_;
+en Espagnol, _graio_, _graia_; en Italien, _ciagula_; en Savoyard,
+_chüe_, _caüe_, _cavette_, _cauvette_; en Turc, _tschaucka_; en Saxon,
+_aelcke_, _kaeyke_, _gache_; en Suisse, _graake_; en Hollandais, _kaw_,
+_chaw_; en Illirien, _kauka_, _kawa_, _zegzolka_; en Flamand, _gaey_; en
+Suédois, _kaja_; en Anglais, _kae_, _chog_, _jak-daw_; en quelques
+provinces de France, _chicas_, _chocotte_ et _chocas_.
+
+J'ai rapporté ces différentes synonymies comme autant d'Onomatopées. Le
+_choucas_, indépendamment du cri qui lui a fait donner son nom, en
+pousse un autre encore qu'on a exprimé par le son _tian_, _tian_,
+souvent répété; mais il lui est beaucoup moins familier, et n'a jamais
+été converti en Onomatopée.
+
+CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR. Du mot factice _st_ qu'on a
+employé pour imposer silence, ou pour indiquer qu'il faut baisser la
+voix, et parler de manière à n'être pas entendu, on a fait _chut_,
+suivant l'usage de notre Langue qui mouille ordinairement les sons
+sifflans, et de là le verbe _chuchotter_, qui présente une nouvelle
+Onomatopée par le concours des syllabes sourdes qui le composent. On
+disait autrefois _chuchetter_.
+
+On ne supposerait guères que les Étymologistes eussent vu, dans le son
+radical _st_ qui est si simple et si général, une contraction du
+_silentium tene_ des Latins. Cela est cependant vrai, car il n'y a point
+d'idée si bizarre que ce genre d'érudition n'en puisse offrir un
+exemple.
+
+CIGALE. Du son radical _cic_, _cic_, qui est le chant de cet insecte,
+les Grecs ont fait probablement _kik aïodos_, l'insecte _chanteur_ qui
+dit _kik_; et de ce nom, les Latins _cicada_, les Espagnols _cigarra_,
+les Italiens _cigala_, et nous le mot _cigale_, qui est une Onomatopée
+alongée d'une terminaison oiseuse et étrangère à notre Langue.
+
+* CLAPPEMENT. Un homme d'esprit qui se pique d'originalité sur toutes
+les matières, et qui a dit beaucoup de mal de Racine et de Newton, a cru
+devoir, en raison du même principe, attaquer l'ancienne réputation du
+rossignol, si prôné parmi les chantres des bois.
+
+«Qu'une oreille impartiale, dit-il, écoute avec attention le rossignol;
+qu'elle entende ses sons souvent aigres, toujours fortement prononcés,
+mais sans variété, si ce n'est quatre tons, sans modulations; sans
+nuances, elle éprouvera une sensation pénible, désagréable. Transportez
+l'oiseau, suspendez sa prison à une fenêtre, le chant sera le même, et
+le passant l'entendra avec indifférence; s'il s'arrête, ce n'est pas par
+l'attrait du plaisir, c'est de surprise et d'étonnement. Il croyait que
+l'oiseau ne chantait que dans les bois et pendant la nuit; mais la lune
+ne brille pas au travers des branchages touffus; le silence solennel de
+la nature ne l'environne pas; le murmure vague d'un ruisseau ne s'unit
+pas aux légers frémissemens du feuillage sous lequel il est assis: il
+est dans la ville.
+
+«Que peut-on comparer au _clappement_ dur et déchirant que l'oiseau tant
+vanté fait entendre au milieu ou à la fin de son chant imphrasé? Je
+souffre quand je réfléchis aux efforts redoublés des muscles de son
+gosier.»
+
+On ne verra peut-être ici que le caprice d'une imagination d'ailleurs
+ingénieuse qui se complaît à colorer agréablement des paradoxes; mais je
+rapporte ce passage pour soumettre aux arbitres de la Langue le mot
+pittoresque, mais un peu hasardé, qui est l'objet de cet article, et qui
+me paraît une innovation plus heureuse que le reste.
+
+CLAQUE, CLAQUEMENT, CLAQUER. Du son que produisent les deux mains
+vivement appliquées l'une contre l'autre, ou contre un corps
+retentissant.
+
+_Claquer_ se dit aussi fort bien du bruit d'un fouet qui coupe l'air
+avec force. Il est passé au sens proverbial dans cette acception.
+
+_Claquement_ s'applique sur-tout au heurt convulsif et spontanée des
+dents.
+
+Court de Gébelin prétend que le son radical _claq_ était un mot celtique
+qui signifiait _grand bruit_. _Schlagen_ signifie encore en langue
+allemande frapper, et du même type, nous avons fait
+
+CLAQUET, petite latte tremblotante qui est d'usage dans les moulins, et
+qui frappe la meule avec éclat.
+
+CLIGNOTER. M. de Brosse prétend avec raison, ce me semble, que beaucoup
+d'Onomatopées ont été formées, sinon d'après le bruit que produisait le
+mouvement qu'elles représentent, au moins d'après un bruit déterminé sur
+celui que ce mouvement paraît devoir produire à le considérer dans son
+analogie avec tel autre mouvement du même genre, et ses effets
+ordinaires; par exemple, l'action de _clignoter_, sur laquelle il forme
+ces conjectures, ne produit aucun bruit réel, mais les actions de la
+même espèce rappellent très-bien par le bruit dont elles sont
+accompagnées, le son qui a servi de racine à ce mot.
+
+CLIN-D'OEIL, c'est le petit mouvement d'un oeil _clignotant_.
+
+CLINQUANT. _Clinquant_ s'est dit, au sens propre, d'une feuille de métal
+si fine et si légère, qu'elle se froisse sous les doigts avec un petit
+cliquetis aigre dont son nom est formé; et parce que ces feuilles, à
+cause de leur ténuité ont ordinairement plus d'éclat que de valeur, on
+les prend figurément pour les choses d'un prix médiocre qui ont une
+apparence brillante, comme dans ces vers de Boileau:
+
+ Tous les jours à la Cour un sot de qualité
+ Peut juger de travers avec impunité;
+ A Malherbe, à Racan préférer Théophile,
+ Et le _clinquant_ du Tasse à tout l'or de Virgile.
+
+CLIQUETIS. Onomatopée tirée du son des armes qui se choquent.
+
+Ce mot se dit aussi du bruit des verres, et en général des bruits
+argentins et mordans.
+
+_Cliket_ est dans le dictionnaire breton de dom Lepelletier, pour loquet
+de porte ou de fenêtre. Dans Davies on lit _cliccied_, et
+analogiquement, _cleccian_, pour _stridere_.
+
+CLOSSEMENT, CLOSSER. Du cri ordinaire de la poule.
+
+Ces mots ont peut-être quelque chose de plus aigre et de plus bruyant,
+et représentent mieux la clameur de la poule inquiète qui rappelle ses
+petits, ou de la poule irritée qui les défend, que leurs synonymes
+_gloussement_ et _glousser_ dont ils sont une nuance légère, et qui ne
+s'en sont pas moins conservés dans la Langue.
+
+GLOUSSEMENT, GLOUSSER, ont obtenu jusqu'ici la préférence dans le
+langage poétique, et il me serait facile d'en offrir plus d'un exemple.
+Je m'en tiendrai à ces vers élégans d'un de nos meilleurs Poètes
+descriptifs:
+
+ La Poule cependant du Coq victorieux
+ A reçu dans son sein ce germe précieux
+ Qu'elle mûrit, féconde, et reproduit sans cesse;
+ Et bienfaitrice exacte à payer sa largesse
+ Qu'une coque fragile enveloppe et blanchit,
+ Du tribut coutumier, chaque jour t'enrichit.
+
+ La vois-tu, promenant sa vague inquiétude,
+ Rêver, fuir le plaisir, chercher la solitude;
+ Et trahir sa langueur par de longs _gloussemens_?
+ Hâte-toi, l'heure presse, et saisis les momens.
+ Son coeur est tourmenté du besoin d'être mère.
+
+La poule glossante s'est autrefois appelée _cloucque_, _à clocqua_, dit
+Borel, _id est tintinnabulo, ob sonum similem_.
+
+COASSEMENT, COASSER. Du son radical _koax_, si ridiculement employé par
+Rousseau, et qui est l'Onomatopée du cri de la grenouille.
+
+On a dit _coaxare_ dans la basse latinité, et quelques Ecrivains
+français en ont fait _coaxer_, qui n'est pas admis par l'usage.
+
+COQ. Oiseau dont le chant est exprimé par un mot factice, de la première
+syllabe duquel on a fait son nom. Il est à remarquer que c'est son
+incantation la plus familière; aussi a-t-elle fourni aux Langues un
+grand nombre d'Onomatopées. Les Grecs ont dit souvent _kottos_ et
+_kikkos_. Les Polonais ont _kogut_, les Anglais _cok_, les Savoyards
+_coq_ et _gau_. Nous avons dit autrefois _gal_ de _gallus_, et _gog_ du
+son radical imitatif. C'est cette dernière dénomination qui nous est
+restée avec une modification bien légère.
+
+Ménage ne devait pas dire que _coq_ venait de _clocitare_, d'où est fait
+_closser_, mais plutôt que ces mots venaient d'un type commun qui est le
+chant du _coq_.
+
+COQUE, mot créé pour représenter l'enveloppe de l'oeuf, pourrait bien
+dériver du nom de l'animal, de l'Onomatopée de son chant. La poule
+entonne son chant favori à l'instant où elle vient de pondre. _Coq-coq_,
+suivant Leroux, exprime le bruit que fait la poule quand elle pond.
+Cette étymologie me paraît plus naturelle que celle qu'on attribue à ce
+terme quand on le fait venir _à concha_. _Coquille_ se dit aussi chez
+nous pour _coque_, mais c'est une terminaison diminutive, familière à
+notre Langue.
+
+COQUETTERIE, et les mots qui se rapportent à cette idée, sont employés
+figurément par allusion aux moeurs du _coq_, à son inconstance et à ses
+amours. En effet, soit que nous l'ayons appelé _gal_ comme dans le vieux
+langage, soit que nous l'ayons appelé _coq_ comme aujourd'hui, on peut
+suivre facilement cette double dérivation, dont les rapports, tout
+curieux et tout piquans qu'ils sont, ont cependant, je crois, échappé à
+tous les Etymologistes. _Galendé_ signifiait orné, enrichi, embelli,
+comme dans ces vers du roman de la Rose:
+
+ Belle fut et bien ajustée;
+ D'un fil d'or étoit _galendée_.
+
+_Gallois_ se prenait pour agréable et léger. Une belle, une franche
+_Galloise_, selon Rabelais et les Auteurs du même temps, c'était une
+femme éveillée et _coquette_.
+
+ Et puis s'en vont pour faire les _galloises_,
+ Lorsque devroyent vacquer en oraison.
+
+_Galeur_ ou _Galeure_ a un sens analogue dans Coquillard:
+
+ _Galeures_ portent escrevices
+ Et velours pour être mignons.
+
+Villon se sert du mot _galer_, pour, se réjouir, et passer agréablement
+la vie.
+
+ Je plains le temps de ma jeunesse
+ Auquel ay plus qu'en autre temps _galé_.
+
+_Gaillard_ et _Galant_ nous restent encore.
+
+Les dérivés du mot nouveau sont plus aisés à retrouver, et frapperont
+tout le monde. Remarquons seulement qu'ils remontent au premier emploi
+du mot _coq_, et qu'on les croirait inventés simultanément, tant
+l'extension en fut naturelle. Il y a plusieurs siècles que le mot
+_coquardeau_, désignant un jeune homme étourdi et _coquet_ qui débute
+dans le monde, se lisait déjà dans _le blason des fausses amours_.
+
+ Se ung _coquardeau_
+ Qui soit nouviau
+ Tombe en leurs mains;
+ C'est un oiseau
+ Pris au glueau
+ Ne plus ne moins.
+
+Villon s'est servi de _quoquart_ dans la même acception.
+
+COUCOU. Voici les Onomatopées équivalentes que d'autres Langues me
+fournissent.
+
+En hébreu _kaath_, _kik_, _kakik_, _kakata_, _schaschaph_; en grec
+_kokkus_, et par corruption _karkolix_, et _kakakoz_; en latin _cuccus_,
+_cuculus_; en italien _cuculo_, _cucco_, _cucho_; en espagnol
+_cuclillo_; en allemand _gucker_, _kuckuch_, _guggauch_, _guckuser_; en
+flamand _kockock_, _kockuut_; en anglais _kuckow_, _cucoo_; en turc
+_koukou_; en syriaque _coco_; en polonais _kukulka_, _kukawka_; en
+danois _kuk_, _gioeg kukert_; en catalan _cocut_, _cugul_; en vieux
+français _coqu_; en Provence _coux_, _cocou_; en Sologne _coucouat_,
+pour indiquer le petit du _coucou_.
+
+Il n'y a point d'oiseau dont le nom ait été formé aussi généralement
+d'après son cri, et cela, peut-être, parce qu'il n'y en a aucun dont le
+cri soit plus analogue aux modulations de la voix humaine; au reste, il
+est bon de dire, une fois pour toutes, que si la lettre _C_ prononcée
+comme _K_, est l'initiale du nom d'un grand nombre d'oiseaux crieurs, et
+même de certains que nous n'avons point nommés, parce que cette
+circonstance nous a paru trop faible pour constituer l'Onomatopée; que
+si elle est la caractéristique de leur _cri_; comme dans _cailletage_,
+_caquet_, _clappement_, _clossement_, _cluppement_, _croassement_; et
+que si cette observation peut s'étendre indistinctement à toutes les
+Langues connues, c'est que le chant, ou plutôt la clameur de ces
+animaux, est engendrée par le claquement de la langue contre le palais,
+qui est la plus éclatante de toutes les touches vocales, et que ce
+claquement produit la consonne dont il s'agit.
+
+COURLIS. C'est un oiseau que nous avons aussi nommé _curly_ et _turly_
+par imitation de son cri.
+
+Ce son naturel a produit beaucoup d'Onomatopées, l'_Elorios_ des Grecs,
+le _clorius_ des Latins, le _tarlino_ de la Pouille, le _caroli_ du
+Milanais, le _curlew_ des Anglais, le _greny_ des environs de Constance,
+le _turlu_ de Poitou, le _turluy_ et le _corleru_ des Picards, le
+_corlui_ des Normands, le _corlu_ des Bourguignons, le _corly_ et le
+_corlieu_ de nos anciens Naturalistes.
+
+M. de Buffon, à qui je dois cette nomenclature, y joint des observations
+qui viennent très-bien à ce sujet. «Les noms composés des sons imitatifs
+de la voix, du chant, des cris des animaux, sont, dit-il, pour ainsi
+dire, les noms de la Nature; ce sont aussi ceux que l'homme a imposés
+les premiers; les Langues sauvages nous offrent mille exemples de ces
+noms donnés par instinct; et le goût, qui n'est qu'un instinct plus
+exquis, les a conservés plus ou moins dans les idiomes des peuples
+policés, et surtout dans la Langue grecque, plus pittoresque qu'aucune
+autre, puisqu'elle peint même en dénommant. La courte description
+qu'Aristote fait du _courlis_, n'aurait pas suffi sans son nom
+_Elorios_, pour le reconnaître et le distinguer des autres oiseaux. Les
+noms français _courlis_, _curlis_, _turlis_, sont des mots imitatifs de
+la voix; et dans d'autres Langues, ceux de _curlew_, _caroli_,
+_tarlino_, s'y rapportent de même; mais les dénominations d'_arquata_ et
+de _falcinellus_ sont prises de la courbure de son bec, arqué en forme
+de faulx. Il en est de même y du nom _Numénius_ dont l'origine est dans
+le mot _Néoménie_, temps du croissant de la lune; ce nom a été appliqué
+au _courlis_, parce que son bec est à-peu-près en forme de croissant; et
+les Grecs modernes l'ont appelé _macritimi_, ou long nez, parce qu'il a
+le bec très-long, relativement à la grandeur de son corps».
+
+On pourrait conclure de ces remarques qu'il y a deux espèces
+d'Onomatopées ou de fictions de nom; les premières qui sont les
+Onomatopées naturelles, communes à tous les peuples, parce qu'elles sont
+formées sur un son qui ne varie pas; les secondes, qui sont les
+Onomatopées locales, propres à un seul idiome, parce qu'elles sont
+déterminées sur une figure ou un aspect des corps dont le signe est de
+convention. Ces deux riches familles de mots pittoresques sont la plus
+belle partie des Langues.
+
+CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER. Du bruit que fait la salive jetée avec
+force hors de la bouche.
+
+Cette idée a été exprimée dans les Langues par deux sons également
+imitatifs, quoique fort distincts, l'un de l'autre. Du premier qui a
+servi de racine aux mots dont on s'occupe dans cet article, les
+Bas-Bretons ont fait _cranch_ qui signifie salive, et suivant Court de
+Gébelin, _craing_ qui signifie la même chose, _craincher_, _cracheur_,
+et _crancha_, _cracher_, mais je suis porté à croire qu'il doit ces
+dernières expressions à un autre vocabulaire. Les mots _excreare_ et
+_screare_ des Latins ont le même type.
+
+Du second, les Latins ont fait _spuere_, _despuere_, _expuere_, les
+Italiens _sputare_, les Allemands _speien_, et les Anglais _spit_. Le
+son radical _puth_ a été souvent converti en interjection, pour marquer
+un mépris extrême, comme en ces mots tirés d'une mauvaise pièce de
+Boursaut, intitulée _le Portrait du Peintre_. «C'est mal répondre,
+_puth_, misérable critique!»
+
+Il est presqu'inutile de dire que nos mots _conspuer_ et _pituite_ sont
+formés d'après cette dernière espèce de son.
+
+_Cracher_, s'exprime en arabe par le mot _ghak_, et en hébreu par les
+mots _racac_ et _iarac_, qui sont encore des Onomatopées.
+
+CRAN. Incision ou entaille faite sur un corps dur. En celtique, _cran_,
+en latin, _crena_.
+
+ECRAN, meuble qui glisse sur des _crans_.
+
+CRAQUEMENT, CRAQUER. Du bruit que font des corps secs et durs qui se
+brisent.
+
+Letourneur dit dans sa traduction du _Jugement dernier_ d'Young:
+«Avez-vous entendu ce _craquement_ effroyable dont tout le globe a
+retenti dans sa profondeur? C'est le fracas de l'Olympe et de l'Atlas
+tombans». Ce passage est d'une belle harmonie.
+
+* CRAQUETER s'est dit quelquefois au sujet d'une matière pétillante et
+très-sèche qui éclate au feu, comme le sel ordinaire et les feuilles des
+arbres résineux. Il n'est point à dédaigner dans ce sens. Le poète
+Théophile en a fait un mauvais usage, quand il a dit qu'on entendait
+_craqueter_ le tonnerre. Le signe est trop petit pour l'idée.
+
+On ne se sert plus de _criquer_ et de _criqueter_ qui se prenaient
+autrefois dans un sens analogue. Les herbes sèches _criquent_, dit
+Nicod. _Herbae aridae rixantur_. _Criqueter_, _digitis concrepare._
+
+CRESSELLE, CRECELLE, ou CRÉCERELLE. C'est un instrument de bois en usage
+dans quelques solennités, qui _bruit_ aigrement en tournant sur des
+crans durs et serrés. On a cherché par-tout l'étymologie de son nom,
+excepté dans le bruit qu'il produit, et dont elle est certainement
+tirée.
+
+Ce mot n'est point étranger à la poésie, et Boileau s'en est
+agréablement servi dans ces vers imitatifs du Lutrin:
+
+ Ils prennent la _cresselle_, et par d'heureux efforts
+ Du lugubre instrument font crier les ressorts.
+
+CREX. Cri sinistre et fréquent d'un oiseau qui en a pris son nom.
+
+CRI, CRIER. Je ne prends point ces mots comme imitatifs de la voix
+humaine ou de celle des animaux, mais comme des Onomatopées d'un bruit
+purement mécanique qui résulte du frottement ou du brisement des corps.
+On se rappelle le superbe hémistiche du récit de Théramène:
+
+ L'essieu _crie_ et se rompt.
+
+M. Lalanne a fait un heureux emploi du même mot dans ces vers du poème
+intitulé _Les Oiseaux de la Ferme_:
+
+ Qu'elle est lente à leur gré, qu'ils la trouvent tardive,
+ La main qui se refuse à leur ardeur captive!
+ Le doux bruit du loquet, long-temps importuné,
+ Vient enfin réjouir l'essaim emprisonné.
+ Un verrou reste encor, qui, trois fois indocile,
+ Trois fois tourne, en _criant_, sur la porte immobile.
+
+CRIAILLER, CRIAILLERIE, CRIAILLEUR, sont faits du même son radical que
+les précédens, et alongés d'une syllabe très-ouverte, pour peindre la
+continuité fatigante d'un babil disputeur et hargneux.
+
+ Délivrez-moi, Monsieur, de la _criaillerie_,
+ Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie.
+
+Notre bon Montaigne est, je crois, un des premiers qui aient fait usage
+de ce mot. «La _criaillerie_, quand elle nous est ordinaire, passe en
+usage, et fait que chascun la méprise. Celle que vous employez contre un
+serviteur pour un larcin ne se sent point, d'autant que c'est celle
+mesme qu'il vous a vu employer cent fois contre luy, pour un verre mal
+rincé, ou pour avoir mal assis une escabelle».
+
+CRIOCÈRE, est le nom que les Entomologistes français ont donné à une
+famille d'insectes dont on trouve des espèces sur le lys et sur
+l'asperge, et qui est remarquable par la propriété qu'ont les petits
+animaux qui la composent de produire un _cri_ assez aigu, au moyen du
+frottement de leur corselet contre l'origine des étuis.
+
+CRIC. C'est une machine composée d'une roue dentée ou pignon qui se meut
+avec une manivelle, et qui roule en criant.
+
+* CRINCRIN. C'était un instrument chargé de grelots, dont il n'est parlé
+que dans les _Fâcheux_ de Molière:
+
+ Monsieur, ce sont des masques
+ Qui portent des _crincrins_ et des tambours de basques.
+
+Ménage, qui rapporte ce terme et cette autorité, n'hésite pas à le
+regarder comme formé par Onomatopée.
+
+M. de Roujoux pense que le peuple donne au violon le nom de _crincrin_
+par allusion aux _crins_ qui forment l'archet; il croit qu'il pourrait
+bien en être de même de cet instrument qu'il présume être celui dont se
+servent encore les enfans pour imiter la grenouille, et qui est formé
+d'un petit cylindre de carton fermé à une de ses extrémités, et attaché
+par un crin à un bâton autour duquel on le fait tourner pour produire du
+bruit. Le mot alors, selon M. de Roujoux, ne serait pas une Onomatopée,
+puisque l'instrument aurait pris son nom de sa principale partie.
+
+* CRISSEMENT, CRISSER. Expressions hors d'usage. C'est l'action de
+grincer fortement les dents, et de tirer de leur frottement un son aigre
+et _strident_ qui offense l'oreille.
+
+_Crisser_, selon Borel et Monnet, c'est faire un bruit aigu et âpre,
+comme les roues mal ointes.
+
+CROASSEMENT, CROASSER. Du cri lugubre et discord des corbeaux.
+
+Le nom même du corbeau dérive de loin du même son primitif. Du _korax_
+des Grecs qui est une Onomatopée, les Latins ont fait _corvus_, et
+d'après eux les Espagnols _cuervo_, et les Italiens _corvo_. La
+dénomination que nous avons adoptée est encore moins naturelle,
+quoiqu'on puisse remonter sans effort à son étymologie; mais il n'y en a
+point de plus singulièrement corrompue que celles que la Langue
+allemande et la Langue anglaise ont substituées au _corvus_ des Latins,
+en retranchant bizarrement de ce mot la consonne initiale, et en faisant
+du reste par une métamorphose capricieuse les noms insignifians de
+_rabe_ et de _raven_.
+
+Boileau écrit quelque part:
+
+ Sitôt que d'Apollon un génie inspiré
+ Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré,
+ En cent lieux contre lui les cabales s'amassent;
+ Ses rivaux obscurcis autour de lui _croassent_.
+
+Ce mot rauque tombe à la fin du vers d'une manière singulière et
+inusitée qui rend son effet plus énergique.
+
+CROC. Ce mot ne fut probablement d'abord que le signe factice du
+déchirement d'un corps saisi par un instrument aigu; et puis il devint
+par une extension très-naturelle le nom de cet instrument, du _croc_ et
+du _crochet_.
+
+ACCROCHER, c'est saisir avec un _croc_, ou fixer avec un _crochet_.
+
+CROQUER. Du bruit que fait un aliment sec et difficile à broyer, en se
+rompant sous la dent.
+
+ Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce!
+ Est-ce un péché? Non, non, vous leur fîtes, Seigneur,
+ En les _croquant_, beaucoup d'honneur.
+
+Le même La Fontaine a employé le mot de _croqueur_ que notre Langue a
+rebuté:
+
+ Un vieux renard, mais des plus fins,
+ Grand _croqueur_ de poulets, un jour fut pris au piége.
+
+CROQUET, nom que l'on donne à une espèce de pâtisserie très-cassante, a
+la même origine que les mots précédens. Ils sont les uns et les autres
+du style familier.
+
+CROULEMENT, CROULER. Du retentissement sourd et profond des murailles
+qui s'affaissent, qui s'ébranlent, et qui tombent.
+
+ÉCROULEMENT et S'ÉCROULER qui ont un sens moins vif, sont cependant plus
+en usage.
+
+Le mot _croulement_ a été transporté très-énergiquement par Montaigne
+dans le style figuré.
+
+«Nos moeurs sont, dit-il, extrêmement corrompües, et penchent d'une
+merveilleuse inclination vers l'empirement de nos loix et usages; il y
+en a plusieurs barbares et monstrueuses; toutes fois pour la difficulté
+de nous mettre en meilleur état, et le danger de ce _croulement_, si je
+pouvois planter une cheville à nostre roüe, et l'arrêter en ce poinct,
+je le ferois de bon coeur».
+
+
+D
+
+DANDIN, DANDINER. Pasquier dérive ces mots du terme factice _dindan_ qui
+exprime le bruit des cloches, parce que la marche d'un _dandin_, d'un
+homme hébêté, d'un badaud qui chemine lentement et au hasard, en ne
+s'occupant que de choses vaines et communes, représente assez bien le
+mouvement des cloches ébranlées.
+
+Cette dénomination s'est retrouvée souvent dans le style satirique,
+témoins Thenot _Dandin_, Perrin _Dandin_, Georges _Dandin_.
+
+DÉGRINGOLER. Terme bas qui est pris du bruit d'un corps qui roule d'une
+certaine hauteur.
+
+Voltaire a dit: «Si deux ou trois personnes ne soutenaient pas le bon
+goût dans Paris, nous _dégringolerions_ dans la barbarie».
+
+DRILLE. J'oserais conjecturer que ce mot a été fait du bruit que
+produisaient les pièces d'une vieilles armure, qui, mal unies et agitées
+au moindre mouvement, se choquaient les unes contre les autres. Par une
+de ces extensions qui sont familières à toutes les Langues, et sur-tout
+à la nôtre, ce mot a signifié depuis un habit militaire en lambeaux,
+puis le soldat qui le portait, et finalement de mauvais haillons. Les
+traces de cette génération existent encore, puisqu'il est conservé sous
+toutes ses acceptions.
+
+* DRONOS. Donner _dronos_ sur les doigts est une expression fort
+triviale que je trouve dans Rabelais. Le Duchat la regarde comme une
+Onomatopée du bruit que rend un coup dur et retentissant; mais dans le
+cas où l'imagination des Lecteurs ne voudrait pas se prêter à
+l'explication qu'il plaît au savant commentateur d'en donner, ils sont
+libres de la ranger parmi les mots sans nombre que cet Auteur a formés
+sans autre règle que son caprice, véritables termes macaroniques, dans
+la construction desquels il n'a cherché qu'à être original et bizarre,
+et auxquels il s'est peu soucié d'attacher un sens. Voilà pourquoi un
+commentaire dans le genre de celui de M. Le Duchat, où l'on prétend tout
+expliquer, est une des entreprises les plus ridicules qu'on ait pu faire
+sur Rabelais.
+
+* DROUÏNE. Ce mot, tout aussi dédaigné, signifie le havresac dans lequel
+les chaudronniers mettent leurs outils, dont le choc sonore semble
+articuler _dron_, _drin_, ou _drouin_.
+
+CHAUDRON, CHAUDRONNIER, seraient donc des Onomatopées tirées de cette
+racine.
+
+En anglais, un _drouïneur_ ou _chaudronnier_ qui porte la _drouïne_,
+s'appelle _tinker_, autre Onomatopée aussi tirée du tintement des métaux
+dont il est chargé.
+
+
+E
+
+EBROUER. Onomatopée assez précieuse, qui représente l'action d'un cheval
+ardent, soufflant avec force pour chasser l'humeur qui l'incommode, et
+pour reprendre facilement haleine.
+
+ _Tum si qua sonum procul arma dedêre,
+ Stare loco nescit, micat auribus, et tremit artus,
+ Collectumque premens, volvit sub naribus ignem._
+
+Il n'y aurait peut-être rien de comparable à cet admirable passage des
+_Géorgiques_, si on ne lisait pas dans Job:
+
+«Est-ce vous qui avez donné au cheval sa force et sa beauté? Le
+ferez-vous bondir comme la sauterelle, lui, qui du souffle si fier de
+ses narines, inspire la terreur? Il se rit de la peur; il s'agite, il
+frémit, il frappe du pied la terre, et l'enfonce. Dès qu'il entend le
+son de la trompette, il dit: courage! Il sent l'approche de l'armée, et
+joint ses hennissemens aux cris confus des soldats.»
+
+On reconnaîtra facilement dans les deux Poètes les images dont le mot
+_ébrouer_ est l'expression elliptique.
+
+ÉCLAT, ÉCLATER. Du bruit d'un corps dur qui se divise avec violence
+quand on le crève, quand on le fend, quand on le brise.
+
+Il y a long-temps que les Glossateurs et les Étymologistes ont reconnu
+que ces mots étaient faits du son que rend le bois, par exemple, quand
+on le met en pièces, comme cela se remarquait au brisement des lances
+dans les tournois. On lit au deuxième livre d'Amadis: «Adonc baissèrent
+leurs lances, et donnans des esperons à leurs chevaux, coururent l'un
+contre l'autre de si grande roideur, que leur bois vola en _esclats_».
+
+Les Grecs ont dit _klao_ pour _frango_, et de là, chez les Latins, un
+éclat de bois s'est quelquefois appelé _clasma_. _Clao_ signifiait en
+celtique une espèce de ferrement, et le bruit qu'il rendait sous le
+marteau.
+
+Cette racine passant au figuré par catachrèse ou extension, a enrichi
+nos vocabulaires de beaucoup de termes. Elle a fourni aux Langues
+gothiques le mot _cla_ ou _cala_, _crier_, dont il est facile de suivre
+les nombreuses dérivations.
+
+_Clabaud_, qui est composé de ce mot et du latin _boare_ ou _baubare_, a
+été pour, chien, et figurément pour, un parleur insupportable.
+
+_Clabauder_, est encore pris quelquefois en ce sens dans un style
+très-bas.
+
+ Que deviendrai-je, entendant les Libraires
+ Me _clabauder_ et crier de concert,
+ Deçà, Monsieur, achetez Boisrobert!
+
+_Clamer_, qui signifiait nommer à haute voix, appeler avec _éclat_, est
+totalement rejeté par notre Langue, qui a cependant conservé tous ses
+composés. Il était toutefois difficile à remplacer en certaines
+occasions.
+
+ C'est elle qui a tant de pris
+ Et tant est digne d'estre amée
+ Qu'el' doit estre rose _clamée_.
+
+GUILLAUME DE LORRIS.
+
+_Clameur_, _Acclamation_, et les autres expressions de cette famille
+n'ont rien perdu dans l'usage. On disait autrefois _clamours_, comme
+dans ces vers de Marot:
+
+ Tous pélerins doivent faire requêtes,
+ Offrandes, voeux, prières et _clamours_.
+
+Le mot _éclisser_, pour, faire jaillir des _éclats_ de boue, a cessé
+d'être français.
+
+ÉCLABOUSSER, Onomatopée mixte, composée d'_éclat_ et de _boue_, lui a
+été substitué.
+
+ÉCLOPPÉ. Je crois que c'est le seul mot qui nous reste de cette racine,
+qu'on peut croire formée par imitation du bruit inégal et lourd de la
+marche d'un boiteux.
+
+Rabelais a dit _cloper_; et, _clopiner_ se trouve dans des Auteurs d'un
+style assez pur. J'ai lu _clanpin_ dans des mémoires de la fin du
+dix-septième siècle, où l'on désignait ainsi le duc du Maine.
+
+_Claudicare_, qui signifiait boiter chez les Latins, n'aurait-il pas la
+même origine; et de là n'aurait-on pas fait le nom de la _cloche_, parce
+que son mouvement ressemble à la marche des boiteux? Ce qu'il y a de
+certain, c'est qu'on dit encore _clocher_ pour _boiter_, et qu'on
+appelle vulgairement _cloche_, une espèce d'ampoule qui survient aux
+pieds d'un homme fatigué, et qui le fait _clocher_.
+
+* CLOPIN, CLOPANT, est un mot factice, construit par Onomatopée du pas
+des boiteux. La Fontaine s'en est servi dans la fable du _Pot de terre
+et du Pot de fer_.
+
+ Mes gens s'en vont à trois pieds
+ _Clopin clopant_ comme ils peuvent,
+ L'un contre l'autre jetés
+ Au moindre hoquet qu'ils treuvent.
+
+ÉCRASER. Ce mot est engendré par un son analogue à celui qui a produit
+le mot _éclater_, mais qui représente un brisement moins simultanée, et
+c'est pour cela qu'il est alongé par la consonne roulante.
+
+Le cri de la craie qui se rompt et qui se pulvérise sous le pied,
+reproduit fort distinctement cette racine.
+
+Les Chaldéens ont dit _kéras_, et les Grecs plus vivement encore
+_katatripsis_ pour _obtritus_, _écrasement_. Ce dernier mot n'est pas
+français.
+
+Si l'on veut s'assurer de la vérité de cette étymologie, qu'on ouvre au
+mot _écraser_ le dictionnaire de l'Académie; on y verra entr'autres
+usages de ce mot: _écraser des groseilles, du verjus_. On _écrase_ donc
+des bayes sèches, tendues, récalcitrantes. On n'_écraserait_ pas des
+fruits tendres et pulpeux. D'où vient cette différence? Elle est l'effet
+du son produit par l'action d'_écraser_, qui est âpre, aigu dans le
+premier cas, mousse et presque muet dans le second.
+
+ÉCROU. L'_écrou_ est une pièce de bois ou de fer qui a un trou
+correspondant à la grosseur d'une vis qui s'y introduit, et y tourne
+avec un bruit désagréable.
+
+L'_écrou_, qui est un acte d'emprisonnement, est une figure de celui-ci.
+
+La consonne roulante marque les efforts et le cri de la vis dans les
+crans pressés où elle s'emboîte; et dans _clou_, qui est une Onomatopée
+assez douteuse, le son est bref et net, parce qu'on le _fiche_
+brusquement, et qu'il produit un bruit indécomposable et immodulé.
+
+ÉGRISER. Oter les parties brutes d'un diamant en le frottant contre un
+autre.
+
+Le bruit agaçant de ce frottement, semblable à celui d'un verre que le
+diamant du vitrier divise, ou qu'on fait grincer en le grattant de
+l'ongle, a servi de racine à cette Onomatopée.
+
+ENFLER, ENFLURE. Onomatopées composées de la préposition, et du bruit de
+l'haleine chassée avec effort.
+
+_Enfler_, s'est dit d'abord pour, l'action de emplir d'air un corps vide
+et flasque, jusqu'à ce qu'il ait acquis un certain degré de tension;
+puis, _enflé_, s'est dit en général de tous les corps qui ont une
+grosseur inusitée ou accidentelle.
+
+Les Latins disaient _inflare_ qui a la même racine et la même valeur.
+
+GONFLER, que nous avons de plus qu'eux, est peut-être plus imitatif,
+parce qu'il est plus emphatique, et qu'on ne peut le prononcer sans une
+assez forte émission du souffle.
+
+ESCOPETTE, ESCOPETTERIE. Du bruit éclatant des mousquets.
+
+Ce mot a donné lieu au plus ridicule des vers factices:
+
+ _Schiopettus tuf taf: bom bom colubrina sboronat._
+
+«L'escopette perce l'air avec ses _tuf taf_, et la coulevrine avec ses
+bom bom».
+
+Perse avait dit _sclopus_, pour, le son que rend la bouche, quand on
+frappe sur les joues gonflées d'air:
+
+ _Nec sclopo tumidas intendis rumpere buccas._
+
+De là le diminutif macaronique _schiopettus_ et le français _escopette_,
+qui sont des Onomatopées formées sur un son de la même espèce. C'est
+l'opinion de Paradin et de Polydore Virgile.
+
+ÉTERNUEMENT, ÉTERNUER. «L'_esternuement_, qui vient de la tête; étant
+sans blâme, dit Montaigne, nous lui faisons un honneste accueil. Ne vous
+mocquez pas de cette subtilité; elle est d'Aristote».
+
+Nous disions beaucoup mieux _esternüer_, parce que ce mot ainsi prononcé
+conservait le son radical dans toute sa valeur, et s'écartait moins des
+analogues qu'on lui connaît dans d'autres Langues.
+
+
+F
+
+FANFARE. La plupart des instrumens à vent sont caractérisés par la
+lettre F, parce que cette consonne produite par l'émission de l'air
+chassé entre les dents, est l'expression du soufflement ou du
+sifflement. De là, _fanfare_, qui est un chant de trompette.
+
+Rabelais en avait fait le verbe _fanfarer_, que je ne me souviens pas
+d'avoir vu ailleurs.
+
+FIFRE. La voyelle resserrée entre deux lettres très sifflantes, donne
+une idée très-juste du bruit aigu de cet instrument, et la désinence
+roulante marque son éclat un peu rauque.
+
+Les Allemands l'ont nommé _pfeifer_ par analogie à l'Onomatopée
+_pfeifen_ qui signifie _siffler_. Cette dénomination a été exactement
+transportée dans notre Langue et dans la plupart des autres. Nous avons
+même dit _pifre_, comme en ce passage de la traduction d'_Amadis_ par
+Gabriel Chapuis. «Plusieurs sont des _pifres_ et autres instrumens». Et
+en cet autre de Rabelais: «Puis soubdain retourne, et nous asseure avoir
+à gausche descouvert une embuscade d'andouilles farfeluës, et du cousté
+droict à demi-lieue loing de là, ung gros bataillon d'aultres puissantes
+et gigantales andouilles, le long d'une petite colline furieusement en
+bataille, marchantes vers nous au son des vézes et piboles, des guogues
+et des vessies, des joyeulx _pifres_ et tabours, des trompettes et
+clairons».
+
+FLACON. Du bruit de la liqueur versée hors du _flacon_, et qui tombe de
+quelque hauteur dans un vase sonore. Il est du moins certain qu'on n'a
+découvert aucune autre étymologie raisonnable de ce mot, et que
+l'unanimité avec laquelle tant d'idiomes l'ont admis, donne lieu de
+penser qu'il n'a pas été formé au hasard. Les Espagnols ont dit
+_flascon_, les Italiens _fiascone_, les Allemands _flasche_, les
+Flamands _flesche_, les Polonais _flasha_, les Bohémiens _flasse_, les
+Hongrois _palassk_, et les Anglais _flagon_.
+
+Une observation qui donne du poids à cette conjecture, c'est que
+_flacquer_ s'est dit autrefois pour, vuider son verre, en jetant les
+liqueurs qu'il contient. La Bruyère en fournit un exemple dans ce
+passage. «S'il trouve qu'on lui a donné trop de vin, il en _flacque_
+plus de la moitié au visage de celui qui est à sa droite, et boit le
+reste tranquillement». De là,
+
+FLACQUÉE D'EAU, l'eau que l'on _flacque_, ou que l'on jette contre
+quelque chose,
+
+FLAQUE D'EAU, mare croupissante et de si peu d'étendue, qu'il semble
+qu'on l'ait _flacquée_ à l'endroit où elle est,
+
+FLASQUE, adjectif qui s'est dit d'abord d'une chose amollie par
+l'humidité, et particulièrement d'un linge mouillé qui produit, quand on
+le soulève et qu'on le laisse retomber sur lui-même, le bruit de l'eau
+qu'on _flacque_ à terre. Cette dernière expression dérive secondairement
+du _flaccidus_ des Latins qui a été immédiatement fait du bruit naturel.
+
+FLANQUER. Du bruit d'un coup violent, le peuple a fait le mot factice
+_flan_ pour le représenter, et le verbe _flanquer_ pour, donner un coup
+dont le son est exprimé par _flan_.
+
+Ces termes sont de la plus basse trivialité.
+
+FLÈCHE. Mot factice formé sur le son de la _flèche_ chassée de sa corde,
+et qui fuit en sifflant. C'est l'opinion de Nicod, du temps duquel on
+disait encore indifféremment _flèche_, _flic_, ou _flis_.
+
+En espagnol, c'est _flecha_, en allemand _pfeil_, en anglo-saxon _fla_.
+
+Les Italiens ont aussi _freccia_, mais plus communément _saëtta_, du
+_sagitta_ des Latins[1], qui nous a fourni _sagette_, et qui a du
+rapport avec la _zagaye_ des Maures et de quelques nomades.
+
+Le mot _psi_ est une autre Onomatopée du bruit de la _flèche_, dont il
+reste peu de composés dans les Langues; mais il est à remarquer que les
+Grecs en ont fait une de leurs lettres qu'ils ont représentée
+hyéroglyphiquement sous la figure d'une _flèche_ empennée, ou d'un trait
+appuyé sur son arc.
+
+FLEUR. Du bruit que fait l'air aspiré par l'organe qui recueille les
+parfums de la _fleur_.
+
+FLAIRER, en est formé par métonimie. Cette étymologie laisse d'autant
+moins de doutes, qu'on a dit autrefois _fleurer_. Molière s'en est servi
+dans ce vers d'Amphitrion:
+
+ Impudent _fleureur_ de cuisine,
+
+pour désigner un parasite. Le nom de M. _Fleurant_ qu'il a employé dans
+le _Malade imaginaire_, est tiré du même verbe, dans la même
+construction.
+
+Cette racine est propre à caractériser en général tous les termes qui
+figurent des émanations douces, des formes ondoyantes, des mouvemens
+caressans, comme _flamme_, qui est un corps impalpable et tenu, que le
+vent agite et balance; _flatter_, qui est une action gracieuse au propre
+et au figuré; _fléchir_, qui se dit en parlant de l'inclinaison molle et
+légère d'un corps souple, comme les jeunes plantes et les roseaux; et
+beaucoup d'autres expressions de la même espèce, sur lesquelles je ne
+m'arrêterai pas davantage, et que je ne classerai point à leur rang
+alphabétique, parce qu'elles me paraissent trop éloignées de leur type.
+
+FLOT.
+
+FLEUVE, FLUX, FLUIDES, choses qui _fluent_.
+
+Du bruit des liquides qui s'écoulent. Cette racine se retrouve dans
+presque toutes les Langues.
+
+AFFLUENCE, a signifié originairement le concours des _flots_, le _flux_
+des grandes eaux, la réunion de plusieurs _fleuves_ qui _fluent_
+ensemble vers un même but, et figurément l'action de survenir en grand
+nombre, et d'aborder dans le même lieu; mais on ne le prend plus que
+dans sa dernière acception.
+
+_Fléon_, se disait dans le vieux langage pour un petit _fleuve_, ou
+ruisseau.
+
+ Glorieux _fléon_, glorieuse êve,
+ Qui lavaz ce qu'Adam et Eve
+ Ont pour leur pechié ordoyé.
+
+Sur quoi je ferai remarquer en passant qu'il résulte de cette citation
+qu'on a dit autrefois _êve_ pour eau en français, et que ce mot _ev_
+signifiait, boire ou avaler, en celtique. Voyez au mot _biberon_.
+_Afon_, _avon_, dont _amnis_ paraît dérivé, représentait dans la même
+Langue l'idée que nous attachons à ce mot latin, un fleuve, une rivière
+rapide.
+
+* FLOFLOTTER, qui est tout-à-fait perdu, est cependant une assez
+heureuse Onomatopée du choc des flots en rumeur.
+
+Dubartas a écrit _le floflottant Nérée_, et c'est, je crois, ce qui a
+fait dire à Pasquier au huitième livre de ses recherches: «_Floflotter_
+est mis en usage par les poètes de notre temps pour représenter le heurt
+tumultuaire des _flots_ d'une mer, ou grande rivière courroucée».
+
+Je ne sais personne, au reste, qui ait employé ce terme depuis Pasquier,
+si ce n'est l'extravagant poète Desmarets dans sa comédie des
+_Visionnaires_, où il le donne pour épithète au _fleuve_ Nérée, comme
+avait fait Dubartas.
+
+ Déjà de toutes parts j'entrevois les brigades
+ De ces Dieux chèvre-pieds et des folles Ménades
+ Qui s'en vont célébrer le mystère orgien
+ En l'honneur immortel du père Bromien.
+ Je vois ce cuisse-né suivi du bon Silène
+ Qui du gosier exhale une vineuse haleine,
+ Et son âne fuyant parmi les Mimallons
+ Qui les bras entirsés courent par les vallons.
+ Mais où va cette troupe?... Elle s'est égarée
+ Aux solitaires bords du _floflottant_ Nérée.
+
+FLOU. Ce mot se dit en Peinture, et surtout dans la mauvaise école, d'un
+tableau dont le coloris est doux, tendre, et comme soyeux et velouté. Il
+est donc dérivé du son moëlleux d'une étoffe précieuse, faiblement
+froissée avec la main. Dans le _Charles Ier._ de Wandick, on croit
+entendre le _flou_ du satin.
+
+Au reste, on se sert ordinairement pour fondre les couleurs, pour les
+noyer, les dépouiller de leur sécheresse, et amollir leurs nuances,
+d'une petite brosse de soies légères, qu'on passe délicatement sur ce
+que le pinceau a touché, et dont on effleure la toile avec tant de
+précaution, qu'il semble qu'on la caresse. Cette opération est
+accompagnée d'un petit bruit qui est peut-être devenu par analogie le
+nom de cette manière de peindre.
+
+FLÛTE. Du _flare_ des Latins qui est une Onomatopée du souffle. La douce
+émission du son qui flue en quelque sorte par les trous de la _flûte_, a
+déterminé le nom de cet instrument.
+
+Les Italiens ont dit _flauto_, les Espagnols _flauta_, les Allemands
+_floete_, les Anglais _flute_, et les Celtes _flehut_. Cette conformité
+de dénominations, qui n'est fondée sur aucune autre étymologie
+apparente, vaut une démonstration.
+
+J'ajouterai que les Orientaux appellent une _flûte_, _avuv_, et les
+Taïtiens, _evuvo_. C'est l'aspiration de la Langue celtique _av_ ou
+_ev_. Remarquez aussi que le _v_ se prononce sur la même touche que
+l'_f_ qui n'est qu'un _v_ fort. Les Hébreux prononçaient _vau_ pour _f_;
+les Allemands prononcent, au contraire, _faou_ pour _v_. Il résulte de
+là que le mot _avuv_ des Orientaux, et le mot _evuvo_ des Taïtiens, ont
+la même construction que le mot _fifre_, et présentent comme lui un son
+vocal aigu resserré entre deux dentales. Ils en diffèrent par
+l'intonation qui est moins brusque, par la désinence qui est plus pleine
+et plus harmonieuse, et par l'adoucissement des consonnes
+caractéristiques. _Avuv_ ou _evuvo_ représentent donc très-bien une
+_flûte_, un fifre doux.
+
+Le _syrinx_ des Grecs est aussi une Onomatopée, mais qui tient à la
+mélopée primitive, et au son plus aigre des simples roseaux.
+
+FRACAS, FRACASSER. D'un bruit éclatant et prolongé qui est occasionné
+par une destruction violente ou par un phénomène naturel, comme le
+_fracas_ de la foudre qui tombe, le _fracas_ des cataractes, et le
+_fracas_ des volcans.
+
+Quinaut a supérieurement dit dans ces vers d'une belle harmonie
+imitative:
+
+ Que le bruit, que le choc, que le _fracas_ des armes
+ Retentisse de toutes parts!
+
+FREDON, FREDONNER. En chassant l'air de la bouche, avec un roulement
+pressé de la langue, et un petit frémissement des lèvres, on produit le
+bruit sourd ou le chant confus que ces mots expriment. Guichard a
+rencontré assez heureusement, quand il les a dérivés du _fritinnire_ des
+Latins, excellente Onomatopée qui a la même racine, et qui avait été
+faite pour représenter le murmure des hirondelles.
+
+FRELON. Du bourdonnement des ailes de cet insecte, on a fait son nom
+français. Les Latins ont dit _crabro_, et les Espagnols _tabarro_, qui
+sont d'autres Onomatopées.
+
+FRÉMIR, FRÉMISSEMENT. On ne peut se tromper sur le son radical de ces
+mots, qui se reproduit dans tant d'occasions, soit qu'il se forme de
+l'agitation rapide des lèvres dans le _frémissement_ de la fièvre et
+dans celui de la peur, soit qu'il paraisse émaner des feuillages émus,
+des herbes fouettées par le vent, des eaux qui murmurent sur les
+cailloux.
+
+FRISSON, FRISSONNEMENT, qui sont des _frémissemens_ d'une espèce
+particulière,
+
+FRAYEUR, EFFROI, sentiment qui excite le _frisson_,
+
+FROID, sensation physique dont l'effet est le même, sont autant
+d'expressions qui se rapportent à cette racine, et sur lesquelles je ne
+reviendrai pas ailleurs.
+
+FRETILLER. Pour exprimer un mouvement très-vif et très-rapide, comme
+celui d'un petit poisson suspendu à la ligne, et pour représenter le
+bruit dont il est accompagné.
+
+FRETIN, c'est le nom qu'on donne au petit poisson qui _fretille_.
+
+ Un carpeau qui n'était encore que _fretin_,
+ Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.
+
+Et ailleurs:
+
+ Un rieur était à la table
+ D'un financier, et n'avait en son coin
+ Que de petits poissons; tous les gros étaient loin.
+ Il prend donc les menus, puis leur parle à l'oreille;
+ Et puis il feint à la pareille
+ D'écouter leur réponse; on demeura surpris,
+ Cela suspendit les esprits.
+ Le rieur alors d'un ton sage
+ Dit qu'il craignait qu'un sien ami
+ Pour les grandes Indes parti
+ N'eût depuis un an fait naufrage.
+ Il s'en informait donc à ce menu _fretin_;
+ Mais tous lui répondaient qu'ils n'étaient point d'un âge
+ A savoir, au vrai, son destin;
+ Les gros en sauraient davantage.
+
+FRIRE. Du pétillement de l'huile bouillante quand on y plonge un corps
+froid pour le faire _frire_.
+
+Cette Onomatopée se retrouve dans toutes les Langues.
+
+Observez que le grec _frugo, frughios_ (_torreo, torridus_), dont le son
+a tant d'analogie avec celui sur lequel ce mot est formé, a fourni le
+nom de l'_Afrique_ et de la _Phrygie_, pays de feu. Je dois cette
+remarque à M. de Cambry, dont l'immense érudition a enrichi la science
+des Langues de tant d'heureuses découvertes.
+
+FRISER. Pour rouler les cheveux, on les presse avec un fer chaud qui les
+dessèche et qui les crispe. C'est du petit bruit avec lequel ils se
+retournent sur eux-mêmes, qu'on a fait le mot _friser_.
+
+_Friser_ se prend aussi pour, effleurer un objet, pour, en passer si
+près que le bruit du frottement se fait légèrement entendre.
+
+FROISSEMENT, FROISSER. Belles expressions qui représentent ordinairement
+le cri d'une étoffe ferme que l'on presse avec quelque force; mais qu'on
+a étendues à d'autres significations, et qui peuvent s'appliquer plus ou
+moins à toutes sortes de ruptures et de brisemens.
+
+Il est certain qu'elles ont été formées d'après le son naturel, et je
+n'en atteste que les Auteurs même qui ont cherché ailleurs leur
+étymologie. Ils remarquent qu'on dit _froisser_ du damas et du satin. On
+ne le dirait pas d'une étoffe douce et légère qui cède sans bruit sous
+la main. On la chiffonne, on ne la _froisse_ pas. _Froisser_ est donc un
+mot imitatif, une véritable Onomatopée.
+
+On dit vulgairement le _froufrou_ d'une robe de satin, d'un vêtement de
+taffetas, et ce mot factice est la racine de ceux-ci.
+
+FRÔLER, pour, friser, effleurer un corps.
+
+_Frôler_ une robe de taffetas, c'est la faire crier en passant.
+_Frôlement_, pour représenter ce bruit, est un mot pittoresque et vrai,
+mais hasardé.
+
+_Freler_, qui est de cette famille, s'emploie dans la Langue du peuple,
+en parlant d'une matière de peu de consistance, comme les cheveux et la
+barbe, ou le poil, la laine et les plumes des animaux, qui, à peine
+_frôlés_ ou effleurés par le feu, se retirent en rendant un son faible
+et rapide dont ce verbe paraît formé.
+
+FRONDE. Une corde qui sert à lancer les pierres avec violence, à les
+faire déchirer l'air avec bruit et de manière à ce qu'elles en tirent un
+frémissement long, retentissant et sonore, dont on peut exprimer l'effet
+par le mot qui fait le sujet de cet article.
+
+Les Grecs ont dit _sphendoné_, les Latins _funda_, les Italiens
+_fromba_, _fronda_ et _frondola_. L'_e_ muet qui termine sourdement
+cette Onomatopée dans notre Langue, et qui figure la désinence d'un
+bruit mourant, la rend préférable à toutes les autres. J'en excepte
+cependant l'énergique _sling_ des Anglais, qui est le terme le plus
+pittoresque que l'on ait attaché à cette idée.
+
+Dans le pays de Léon, _fromm_ exprime le bruit que fait une pierre jetée
+avec une _fronde_. _Fromm a-ra ar-maen_, la pierre bruit. C'est le
+_rombo_ des Italiens, et le _bromos_ des Grecs.
+
+FROTTEMENT, FROTTER. Le son radical de ces mots est propre, comme on
+peut le voir, à tous les froissemens, à tous les frémissemens de la
+nature; il convient également pour exprimer l'action que ces termes
+figurent, et il rappelle très-bien le bruit dont elle est ordinairement
+accompagnée.
+
+FROUER. Un soufflement tremblotant de la chouette a servi de type à
+cette Onomatopée, qui est d'usage parmi les chasseurs pour indiquer
+l'action de siffler à la pipée, ce qui se fait communément en plaçant
+entre les lèvres une feuille ployée qui étouffe le son, et qui le
+module.
+
+
+G
+
+GALOP, GALOPER. Nicod conjecture très-plausiblement que ces mots sont
+faits par Onomatopée du bruit des chevaux qui _galopent_; mais je ne
+saurais convenir avec lui et avec certains Etymologistes qui ont partagé
+son opinion, que le mot _haquenée_ ait été immédiatement formé sur une
+racine naturelle de la même espèce. Le _haca_ des Castillans, et le
+_faca_ des Aragonais dont on le fait dériver, descendent probablement
+comme lui du latin _equus_, qui a produit _equina_, et en vieux français
+_haquet_ et _haquenée_. Coquillard a dit:
+
+ Sus, sus, allez vous en, jaquet,
+ Et pansez le petit _haquet_,
+ Et lui faites bien sa litière.
+
+C'est aussi l'opinion de Ménage.
+
+GARGARISER, GARGARISME. Cette Onomatopée est purement grecque,
+_gargarizo_, _gargarismos_. Elle est formée du bruit d'un remède liquide
+dont on se lave la bouche et l'entrée du gosier. Les Grecs disaient
+aussi, dans un sens assez analogue, _gargalisein_, et _gargalismos_,
+_titillare_, _titillatio_.
+
+Elle est d'ailleurs commune à la plupart des Langues. En hebreu,
+_garghera_ signifiait le _gosier_; il se dit _gargareon_ en grec, et
+_gorzaillen_ en celto-breton: la même initiale caractérise encore assez
+universellement, et avec peu de modifications, les noms qu'on a donnés à
+cette partie, soit chez les Latins qui l'appellent _jugulum_, soit chez
+les Italiens qui l'appellent _golla_, soit chez les Allemands qui
+l'appellent _khéle_ ou _ghéle_, soit chez les Espagnols qui l'ont
+appelée _garganta_. Rabelais n'a fait que transporter en espagnol le nom
+de son _grandgousier_, pour en faire celui de _Gargantua_, qu'il s'amuse
+à expliquer autrement par un quolibet. Le nom même de _gargamelle_ se
+prend pour la gorge ou le gosier, dans la Langue du peuple, et
+Hauteroche l'a employé à cet usage.
+
+On disait autrefois _esgargaté_ de crier, d'un homme qui avait une
+extinction de voix.
+
+* GARGOUILLE. «_Gargouille_, dit Nicod, est ce petit canal de pierre ou
+d'autre chose, issant en forme de couleuure ou d'autre beste, hors
+d'oeuvre, au dessous des couuertures des églises, et tels autres
+bastimens pour jetter au loing l'eaüe pluviale qui en descend. Le nom
+est par Onomatopée du _gargouillis_, et bruit que l'eaüe fait courant
+par telles _gargouilles_».
+
+Marot a pris ce mot pour grosses bouteilles desquelles le vin s'écoule
+avec abondance, à la manière de l'eau qui tombe des gargouilles, et avec
+un bruit pareil:
+
+ Semblablement le gentil Dieu Bacchus
+ M'y amena, accompagné d'andouilles,
+ De gros jambons, de verres, de _gargouilles_.
+
+GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER. Ces mots sont tirés du chant des oiseaux,
+dont ils expriment assez bien l'harmonieux babillage, qui est le
+_susurrus_, le _garritus_, le _lene murmur_ des Latins. Mais employés
+jusqu'à satiété par nos Poètes pastoraux, et cousus depuis deux siècles,
+aux plus misérables bouts-rimés de la Langue, ils ont perdu toute leur
+grace et toute leur fraîcheur, et sont tombés dans la classe des lieux
+communs les plus fastidieux. Il y a certaines de ces expressions et de
+ces tournures qui, inventées d'abord par une riche imagination, et
+prostituées depuis à tous les usages, sont devenues aussi fades et aussi
+importantes qu'elles étaient autrefois vives et ingénieuses[2]. Avançons
+une idée vraie qui n'a que l'apparence d'un paradoxe. Un méchant
+écrivain porte plus de dommage à la Langue dans laquelle il écrit que le
+plus beau génie ne lui fait d'honneur. C'est la harpie qui souille tout
+ce qu'elle touche, et dans ses mains tout se fane et se décolore.
+
+GEAI. En grec, _karakaxa_, en Latin ancien _garrulus_, et de là
+_garrire_, en latin barbare _gaius_, en espagnol _gayo_, _cayo_, en
+catalan _gaitg_, _gralla_, en italien _ghiandaja_, en allemand _jack_,
+en polonais _soika_, en suédois _not-skrika_, en anglais _jay, ia, ia_,
+en français dans différens lieux et dans différens temps _jay_, _gay_,
+_jayon_, _gayon_, _jaques_, _jaquot_, _jacuta_, _girard_, _richard_,
+_gautereau_.
+
+«Leur cri ordinaire est très-désagréable, dit M. de Buffon, et ils le
+font entendre souvent. Ils ont aussi de la disposition à contrefaire
+celui de plusieurs oiseaux qui ne chantent pas mieux, tels que la
+cresserelle et le chat-huant. S'ils aperçoivent dans le bois un renard
+ou quelqu'autre animal de rapine, ils jettent un certain cri
+très-perçant, comme pour s'appeler les uns les autres, et on les voit en
+peu de temps rassemblés en force, et se croyant en état d'en imposer par
+le nombre, ou du moins par le bruit. Cet instinct qu'ont les _geais_ de
+se rappeler, de se réunir à la voix de l'un d'eux, et leur violente
+antipathie contre la chouette, offrent plus d'un moyen pour les attirer
+dans les piéges, et il ne se passe guères de pipée sans qu'on en prenne
+plusieurs; car étant plus pétulans que la pie, il s'en faut bien qu'ils
+soient aussi défians et aussi rusés. Ils n'ont pas non plus le cri
+naturel si varié, quoiqu'ils paraissent n'avoir pas moins de flexibilité
+dans le gosier, ni moins de disposition à imiter tous les sons, tous les
+bruits, tous les cris d'animaux qu'ils entendent habituellement, et même
+la parole humaine. Le mot _richard_ est celui, dit-on, qu'ils articulent
+le plus facilement».
+
+Ce mot se retrouve parmi les nombreuses Onomatopées dont le cri du
+_geai_ fournit la racine, et de la variété desquelles l'instinct
+imitatif de cet animal nous donne le motif.
+
+GLAPIR, GLAPISSEMENT. Mots formés d'un bruit aigu, perçant, comme les
+aigres éclats de la voix d'un animal qui n'est pas adulte, ou le fausset
+d'une voix discordante et d'un mauvais instrument. En grec _klaggé_, et
+de là _clangor_.
+
+_Glatir_ et _Glatissement_, ont signifié la même chose. En Picardie,
+_glay_ se dit pour un grand bruit ou pour un grand concours de voix.
+
+GLAS ou GLAIS, c'est le tintement _glapissant_ d'une cloche qu'on sonne
+pour un Ecclésiastique qui vient de mourir.
+
+GLISSER. Du bruit d'un corps qui parcourt rapidement la surface d'un
+corps _glissant_.
+
+GLACE, est un mot formé du même son naturel, parce que la glace offre
+une surface unie, lisse et _glissante_. En breton _clezr_, la _glace_,
+et _clezra_, _glacer_, dont _glisser_ peut bien être fait.
+
+* GLOUGLOTTER. On a inventé ce mot pour exprimer le chant du coq d'Inde,
+et cette innovation paraît d'autant plus naturelle, que les Langues
+anciennes ne pouvaient fournir de terme qui présentât la même idée. Je
+ne vois pas cependant qu'il ait été mis en usage par aucun Ecrivain
+considéré.
+
+GLOUGLOU. Mot factice qui se tolère aisément dans une chanson bachique,
+et qui imite à merveille le bruit d'une liqueur qui s'écoule par un
+canal étroit.
+
+Madame Deshoulières a dit en parlant du vin:
+
+ C'est un secours contre plus d'un tourment,
+ Il n'en est point qui ne cède aisément
+ Au doux _glouglou_ que fait une bouteille.
+
+On se rappelle le couplet de Sganarelle dans _le Médecin malgré lui_:
+
+ Qu'ils sont doux,
+ Bouteille jolie,
+ Qu'ils sont doux
+ Vos petits _glougloux_.
+ Mais mon sort ferait bien des jaloux,
+ Si vous étiez toujours remplie!
+ Ah bouteille ma mie,
+ Pourquoi, vous videz-vous?
+
+_Bilbit amphora_, dit Dumarsais; c'est la petite bouteille qui fait
+_glouglou_.
+
+GLOUTON, GLOUTONNERIE. Un signe presque certain que tel mot est tiré
+d'un son naturel, c'est sa reproduction dans un grand nombre de Langues.
+Ainsi, _glouton_ qui s'est dit _glous_ en vieux français, s'est dit
+_glwth_ en celtique, _glout_ et _gloiet_ en breton, _gluto_ dans la
+basse latinité, _ghiottone_ en italien, et _gluttonous_ en anglais.
+
+Ces Onomatopées sont formées d'après le bruit que font les alimens,
+avidement _engloutis_ par un homme affamé, et de là
+
+ENGLOUTIR, qui est d'une acception plus noble et plus étendue.
+
+GORET. C'est un nom du cochon, fait de son grognement. _Gronder_, se dit
+_gorren_ en Langue flamande.
+
+Le cochon s'est d'ailleurs appelé en grec _khoïros_, en georgien
+_gorri_, en latin _gorretus_, en italien _verro_. Sur ce dernier mot et
+sur notre mot _veyrat_, on se rappellera que l'initiale _g_ s'est
+souvent confondue avec le _v_ dans les Langues, et que cette différence
+ne peut constater deux espèces d'étymologie.
+
+En vieux français, la truie se nommait _gorrière_.
+
+L'auteur du Monde primitif prétend que du cri du cochon, animal
+naturellement bruyant, les Celtes avaient fait _gawri_, qui se prenait
+pour _clamare_. Je ne sais comment il a pu tomber dans cette erreur, à
+moins qu'il n'y ait été induit par une faute d'impression ou une
+mauvaise écriture, et qu'il n'ait cru lire _gawri_ dans le mot _garmi_
+ou _sgarmi_, dont c'est en effet le sens, et dont _garrire_ paraît
+dériver. Les _gawris_ ou _gawrics_ étaient dans la religion des Celtes
+des esprits follets, des espèces de _Dusii_ qui dansaient autour des
+monumens. Ce mot est formé de _gawr_, géant, et du diminutif _ic_[3].
+Cela est fort étranger à l'idée que nous attachons au mot _goret_.
+
+Le terme celtique qui signifie _cochon_, est une Onomatopée prise de son
+grognement, _oc'h_, ou bien _ouc'h_, en observant que le _c'h_ est
+aspiré, et se prononce d'une manière gutturale. Et de là, _coc'h_,
+_stercus_, dont le mot français _cochon_ est incontestablement tiré.
+
+GOULOT. Du _glouglou_ de la bouteille, c'est-à-dire, du bruit que fait
+le vin en traversant son _goulot_, on a fait ce dernier mot qui est fort
+peu en usage.
+
+Regnier a dit _goulet_ dans sa plaisante description des meubles d'une
+courtisane;
+
+ Du blanc, un peu de rouge, un chiffon de rabat,
+ Un balet, pour brusler en allant au sabat,
+ Une vieille lanterne, un tabouret de paille
+ Qui s'étoit sur trois pieds sauvé de la bataille,
+ Un barril défoncé, deux bouteilles sur cu
+ Qui disoyent sans _goulet_: nous avons trop vescu.
+
+La bouteille s'appelle en hébreu _bacbuc_, qui est une autre Onomatopée
+du bruit qu'elle fait quand on la vide. C'est de là que la prêtresse de
+la dive bouteille a pris son nom dans Rabelais.
+
+GOUTTE. Ce mot est formé du son naturel, du bruit que produit un liquide
+qui tombe _goutte_ à _goutte_.
+
+ L'eau qui tombe _goutte_ à _goutte_
+ Perce le plus dur rocher.
+
+GRAILLEMENT, GRAILLER. _Graillement_ se dit du son d'un cor usé, rompu,
+enroué, dont on se sert pour rappeler les chiens. C'est une nuance de
+_râlement_, ou plutôt, c'est _râlement_ dont on a mouillé l'_l_, et
+qu'on a précédé d'un son guttural et _criard_, pour exprimer l'aigreur
+de l'airain fêlé.
+
+GRATTER. Du bruit des griffes ou des ongles contre les corps dont ils
+attaquent la superficie. _Egratigner_ en est le diminutif.
+
+GRÊLE, GRÊLER. Un bruit sec, un peu aigre, un peu retentissant qui
+accompagne la chute de la _grêle_, a déterminé son nom. Il faudrait pour
+en douter n'avoir jamais entendu la _grêle_ frapper le verre en
+glissant, ou rouler sur l'ardoise qui résonne, en la faisant rebondir.
+
+En latin, c'est _grando_, _grandine_ en italien, _granizo_ en espagnol,
+_grizill_ en celtique, où de la racine _grill_ se forment, en général,
+les noms des choses bruyantes.
+
+GRESIL, qui se dit d'une petite _grêle_, fort menue et fort dure, est
+immédiatement tiré de ce dernier mot.
+
+GRELOT. Petite boule creuse en métal où l'on enferme quelques corps
+durs, et qui fait l'office de sonnette quand on l'agite.
+
+C'est le _crotalum_ des Latins, mais ce n'en est point une contraction,
+comme on l'a dit. _Grelot_ est un mot factice de la même construction et
+de la même racine que le _Drelin_ du _Malade imaginaire_.
+
+GRELOTTER, qui est l'action de heurter les dents quand on éprouve un
+grand froid, en a été trivialement formé, parce que ce choc imite celui
+des petits corps que contient le _grelot_.
+
+GRENOUILLE. Du râlement désagréable et prolongé de cet ovipare, les
+Latins ont fait _rana_, _ranula_, et même _ranunculus_, qui est employé
+par Cicéron. Ces mots sont devenus le type de la plupart de ses noms
+modernes, et entr'autres de celui que nous avons adopté, quoiqu'il en
+paraisse d'abord plus éloigné qu'aucun autre. Le _batracos_ des Grecs a
+eu moins de dérivés.
+
+Il ne faut pas omettre que dans quelques-unes de nos provinces les mots
+_rane_, _raine_ et _rainette_ se prennent populairement pour
+_grenouille_. Or, si l'on pouvait douter que _rana_ fût formé par le
+procédé imitatif, j'ajouterais une remarque qui me paraît démonstrative;
+c'est que dans ces mêmes provinces où _rainette_ signifie _grenouille_,
+ce mot a un homonyme aussi étranger que lui à notre Langue, et qui se
+dit de l'instrument qu'on appelle plus régulièrement _cresselle_. Entre
+l'une et l'autre de ces expressions, et les bruits dont elles sont
+tirées, la conformité est si frappante, que je ne crois pas qu'il y ait
+une identité d'étymologie plus claire et plus authentique.
+
+GRESILLEMENT, GRESILLER. On entend par _gresillement_ le pétillement
+d'un reste de parties grasses, qui se trouvent dans la peau, le vélin,
+le parchemin que l'on brûle, et le froncement, le racornissement un peu
+bruyans qui l'accompagnent. Ces mots me paraissent trop bas pour devoir
+être employés sans nécessité.
+
+GRIFFE. De _griffe_, qui est pris de l'éraillement d'un corps plus ou
+moins solide, et particulièrement d'une étoffe sous les ongles pointus
+et recourbés d'un animal, on a composé,
+
+AGRIFFER saisir quelque chose avec les _griffes_,
+
+GRIFFER, déchirer d'un coup de _griffe_,
+
+GRIFFADE, blessure que les oiseaux onglés font avec leurs serres,
+
+GRIFFON, oiseau de proie fabuleux,
+
+GRIFFONNER, écrire mal, dessiner grossièrement,
+
+GRIFFONNAGE, écriture incorrecte et illisible,
+
+* GRIFFONNEMENT, terme qui n'est point français, mais qui est d'usage
+parmi les Artistes, pour signifier une esquisse à la plume, ou même un
+genre de gravure mis en réputation par Rembrandt et Romain Dehooge, et
+dont les traits confus et bizarres, mais chauds et hardis, ont l'air
+d'être formés à coups de _griffes_,
+
+GRIFFE, outil de serrurier ou de tourneur, qui a la forme d'une
+_griffe_, ou plutôt qui en a l'usage.
+
+Cette Onomatopée est commune à beaucoup de Langues. On lit ce portrait
+de Cerbère au sixième chant de l'Enfer du Dante:
+
+ _Cerbero, fiera, crudele e diversa,
+ Con tre gole caninamente latra
+ Sovra la gente, che quivi è sommersa.
+ Gli occhi a vermigli, e la barba unta, e atra,
+ El ventre largo, e unghiate le mani.
+ _Graffia_ gli spirti, gli scuoja, ed isquatra._
+
+GRIGNOTER. Ce mot se dit bassement de l'action de ronger lentement et
+avec quelque effort un aliment dur. De là,
+
+GRIGNON, morceau de pain sec et très-cuit, qui crie sous la dent.
+
+Il est rare de voir employer _grignoter_ à propos de mets doux et
+pulpeux, comme dans cet exemple qui est tiré de M. de Parny:
+
+ Une source dans ton verger
+ Jaillit avec un doux murmure,
+ Et son eau bienfaisante et pure
+ Te désaltère sans danger.
+ La faim te presse et te fatigue?
+ De ton figuier mange le fruit,
+ Et ne va pas durant la nuit
+ Du voisin _grignoter_ la figue.
+
+Cet exemple pourrait prouver aussi que le talent a le privilége de tout
+ennoblir, mais je ne crois pas que personne se hasarde à en renouveler
+l'essai sur cette expression, assez justement dédaignée.
+
+GRUGER, qui se prend dans le même sens, en est un augmentatif.
+
+GRILLON. Du petit tintement argentin qui caractérise cet insecte, et que
+les Entomologistes croient provenir de deux membranes, tendues en forme
+de tymbales, qu'il frappe vivement et presque sans relâche.
+
+Le _grillon_ s'est nommé _grillos_ en grec, _grillus_ en latin, en
+espagnol et en italien _grillo_, en allemand _grille_, et en anglais
+_criket_.
+
+Les Méthodistes français ont transporté ce dernier nom imitatif à une
+autre espèce de coléoptères qui a beaucoup de rapports avec la
+sauterelle, mais qui ne se fait remarquer par aucun bruit naturel que
+cette Onomatopée puisse désigner.
+
+GRINCEMENT, GRINCER. Du frottement convulsif et bruyant des dents, qui
+se fait entendre dans la douleur, la colère, la rage et le désespoir.
+
+Les Allemands ont _greinen_, et les Italiens _digrignare_.
+
+Le _trismos_ des Grecs, qui a tant d'analogie avec notre mot
+_crissement_, est une belle Onomatopée. Ils disaient aussi _grusein_,
+pour, _pousser des cris de douleur_, des cris accompagnés de
+_grincemens_.
+
+Dans la belle description du Jugement dernier, qui se lit dans une des
+tragédies de Schiller, les réprouvés sont peints _grinçant_ leurs dents,
+et les faisant bruire comme des dents de fer.
+
+L'Evangile désigne en ces mots l'enfer et les tourmens des damnés. _Ibi
+erit fletus et stridor dentium._ Là seront les pleurs et les
+_grincemens_ de dents.
+
+GRIVE. M. de Buffon, en peignant le plumage de cet oiseau, dit que ce
+mot _grivelé_ qu'on emploie ordinairement pour donner une idée de la
+variété de ses nuances, est visiblement formé du mot _grive_, qui l'est
+lui-même du cri de la plupart des oiseaux de ce genre.
+
+Ménage aperçoit l'Onomatopée dans le mot _grive_, et cependant il aime
+mieux la faire venir de son dérivé _grivelé_. L'opinion de M. de Buffon
+n'en est pas moins incontestable.
+
+GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR. Ces expressions sont faites du cri du
+pourceau, et ont des équivalents de même construction dans la plupart
+des idiomes connus.
+
+En grec _grullé_, _grullismos_; et le porc, _grullos_; en latin
+_grunnitus_, _grunnire_.
+
+* GROGNARD, GROGNON, ne se disent point, quoique usités familièrement
+par des Écrivains recommandables. Jean-Jacques Rousseau, en racontant
+une espiéglerie qu'il fit dans son enfance à une nommée madame Clot,
+ajoute que ce souvenir le fait encore rire, parce que cette voisine,
+bonne femme au demeurant, était bien la vieille la plus _grognon_ qu'il
+eût connue de sa vie.
+
+GROMMELER. Ce mot a rapport à l'action de gronder sourdement et entre
+les dents. Il est fait d'un certain grognement des chiens hargneux.
+
+_Grumeler_, s'est pris dans le même sens en vieux langage, comme dans
+ces vers de la farce de Gringore:
+
+ Je me dis mère sainte église,
+ Je veux bien qu'un chacun le note
+ Je mauldis, anathématise;
+ Mais sous l'habit pour ma devise
+ Porte l'habit de mere sote,
+ Bien scay qu'on dit que je radote,
+ Et que suis folle en ma vieillesse;
+ Mais _grumeler_ vueil à ma porte
+ Mon fils le prince en telle sorte
+ Qu'il diminue sa foiblesse.
+
+GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE, GRONDEUR. La racine de ces mots est
+prise dans un murmure plus noble que celle des précédens, et on les
+admet dans un style plus élevé.
+
+Le substantif _gronderie_ ayant été créé pour un usage figuré, j'ai cru
+pouvoir hasarder _grondement_ qui me paraît indispensable pour
+représenter le bruit de la foudre, et celui d'une mer lointaine.
+
+GROIN. Du cri ordinaire du porc.
+
+Voltaire regrette qu'on ait perdu le vieux verbe _grouiner_, qui
+exprimait le même bruit.
+
+GRUAU. Du bruit d'un grain que le moulin rompt et concasse.
+
+GRUE. Cet oiseau, dont le nom est formé d'après son cri, est le
+_ghéranos_ des Grecs, et le _grus_ des Latins. Les Italiens l'appellent
+_gru_ et _grua_, les Espagnols _grulla_ et _gruz_, les Allemands _krane_
+et _kranich_, les Anglais _crane_, les Anglo-Saxons _crane_ ou _croene_,
+les Suisses _krie_, les Suédois _trana_, les Danois _trane_, les
+Illyriens _gerzab_; en Gallois, c'est _garan_, et en Celtique, _gru_.
+Bochart pense que c'est l'_agur_ de Jérémie; et la ressemblance de ce
+nom avec presque tous les noms de la _grue_, semble confirmer cette
+idée, quoiqu'il soit exprimé autrement dans la Vulgate.
+
+L'excellent traducteur Legros a partagé l'opinion de Bochart. «La
+cicogne, dit-il, connaît dans le ciel quand son temps est venu. La
+tourterelle, l'hirondelle et la _grue_ savent discerner la saison de
+leur passage, mais mon peuple n'a point connu le temps du jugement du
+Seigneur».
+
+Une observation pleine d'intérêt, et qui prouve que les articulations de
+la voix de la _grue_ ont toujours passé pour avoir quelques rapports
+avec celle de la voix humaine, c'est que les Commentateurs pensent que
+si certains Poètes ont appelé cet oiseau l'oiseau de Palamède, cela
+vient de ce qu'outre l'ordre de bataille et le mot du guet, Palamède en
+avait appris quatre lettres grecques.
+
+* GRULLER. M. Court de Gébelin prend cette mauvaise expression dans deux
+sens sous lesquels il la trouve également imitative. Dans le premier,
+elle signifie _trembler de froid_; dans le second, _ébranler un arbre_
+pour en faire tomber les fruits. Il est vrai que le peuple l'emploie
+ainsi, mais elle n'était pas digne d'être _francisée_. Sous le premier
+de ces rapports, elle n'est que l'augmentatif ou la contraction du verbe
+_grelotter_; sous le second, elle n'est que le verbe _crouler_,
+corrompu.
+
+_Crolement_ ou _Grolement_, se dit aussi très bassement d'un tremblement
+spasmodique de la tête, qui a lieu chez les vieillards et chez ceux qui
+sont sujets aux affections nerveuses. Ce terme me semble fait du même
+verbe _gruller_ sous sa seconde acception, parce que ce tremblement
+ressemble à celui d'un arbre agité, dont la tige _vibre_ long-temps.
+
+GUÊPE. Du latin _vespa_, écrit, selon ses premières racines, avec la
+voyelle _ou_ initiale, remplacée successivement, comme cela se remarque
+dans les Langues, par la dento-labiale _v_, et la gutturale _g_, si
+sujettes à se confondre. Le son typique était l'Onomatopée du vol
+bruyant de la _guêpe_.
+
+* GUIORER. Terme inusité qui est fait du cri naturel de la souris.
+
+Davies rapporte _gwichio_, _strepere_. Selon quelques Savans, _gwicha_
+s'est dit en Langue celtique pour, se plaindre à la manière des petits
+oiseaux. _Gwigoura_, c'est faire un petit bruit comme une porte qui
+roule sur des gonds rouillés. Ces bruits ont rapport à celui que ce mot
+représente, et sont exprimés d'une manière assez semblable.
+
+
+H
+
+HACHE. On a cherché fort loin l'étymologie de ce mot. Elle est dans le
+son naturel, dans l'aspiration forte et profonde, dans l'ahan pénible
+qui marque les efforts d'un bucheron.
+
+L'initiale _h_, si nulle dans la plupart des mots, est singulièrement
+caractéristique lorsqu'elle est aspirée, et les Onomatopées qui
+expriment les divers accidens de la respiration de l'homme, lui sont,
+presque toutes, redevables de leur énergie.
+
+* HAHALIS. De _hahé_, cri de chasse, dont on se sert pour arrêter les
+chiens qui prennent le change ou qui s'emportent trop, ou bien de
+l'éclat tumultueux de la voix des chasseurs, et des retentissemens de
+l'écho, on a composé cette expression, d'ailleurs peu connue et
+restreinte dans son usage, à l'acception pour laquelle elle a été
+inventée.
+
+HALETER. Je ne m'attacherai point à démontrer que le mot _haleine_ et
+certains autres qui en dépendent, sont faits par Onomatopée de
+l'émission de l'air dans l'acte de la respiration. Cela me paraît bien
+établi, et je n'aurais point rejeté ces expressions, s'il n'avait pas
+été de mon projet de réunir seulement celles qui conservent un caractère
+d'imitation évident, sans m'occuper de celles qui l'ont perdu, et dans
+lesquelles le son radical se cache parmi des sons étrangers.
+
+Le mot qui fait le sujet de cet article, est sensiblement formé du bruit
+d'une respiration pressée, entre-coupée et violente. L'_anhelare_, et
+mieux encore le diminutif _anhelitare_ des Latins, ont le même type.
+
+HAPPER. Saisir quelque chose avidement, et avec une forte aspiration qui
+marque l'impatience ou le desir.
+
+Il y a de certaines terres et de certains métaux qui _happent_ la langue
+dès qu'on l'applique sur leur surface, et, par exemple, l'argille et
+toutes les agrégations alumineuses. Cet effet est produit par une
+absorption rapide de la salive qui met en contact plus parfait la peau
+de la langue et la terre qu'elle essaye. Ce mot semble spécialement fait
+pour représenter la sensation tenace et subite dont je parle, quoique la
+rapidité monosyllabique de sa racine le rende d'ailleurs
+très-pittoresque dans grand nombre d'occasions.
+
+HARPE. Je conjecture que ce mot est fait par Onomatopée du son des
+cordes de la _harpe_, rassemblées en grand nombre sous les doigts, et
+ébranlées simultanément.
+
+Quoi qu'il en soit, le nom de la _harpe_ a très-peu varié dans les
+Langues modernes. Les Anglo-Saxons l'ont appelée _hearpa_, les Allemands
+_herp_ et _harf_, les Anglais _arp_, et les Italiens _arpa_.
+
+HARPER, est un vieux terme encore employé par Molière et par Sarrazin,
+pour, _prendre_, _saisir_, _dérober_. Il semble que le peuple, dont
+toutes les expressions présentent d'ordinaire des images vives et
+singulières, s'est emparé de cette racine pour l'appliquer aux actions
+qui exigent un grand développement de la main, comme dans les exemples
+auxquels je renvoie. L'_arpax_ des Grecs dont le _rapax_ des Latins est
+le parfait équivalent, à une petite transposition près, et tous les mots
+qui en dérivent, n'ont pas dû être autrement construits, quel que soit
+l'instrument ou l'objet qui en a fourni le son radical.
+
+On disait _harpaille_ en vieux langage, d'une troupe de brigands et de
+maraudeurs, comme dans ces vers tirés des _Vigiles_ de Charles VII.
+
+ Illecques et à saincte Ermine
+ Appartenant à feu Tremouille,
+ Avoit grande _harpaille_ et vermine,
+ Ne n'y demeuroit coq ne poule.
+
+On a vu à ce sujet, dans la préface de cet ouvrage, ce que j'ai dit de
+la lettre _h_, considérée comme signe figuré d'une rapacité avide et
+impatiente[4]. Ces applications particulières sont à l'appui de mon
+opinion.
+
+_Raper_, _Rapt_, sont faits de _harper_ par métathèse.
+
+HENNIR, HENNISSEMENT. Mots formés du cri des chevaux, et qu'on ne peut
+prononcer sans se rappeler ces beaux vers de M. Delille:
+
+ Plus loin, fier de sa race, et sûr de sa beauté,
+ S'il entend ou le cor, ou le cri des cavales,
+ De son sérail nombreux _hennissantes_ rivales,
+ Du rempart épineux qui borde le vallon,
+ Indocile, inquiet, le fougueux étalon
+ S'échappe, et libre enfin, bondissant et superbe,
+ Tantôt d'un pied léger à peine effleure l'herbe,
+ Tantôt demande aux vents les objets de ses feux,
+ Tantôt vers la fraîcheur d'un bain voluptueux,
+ Fier, relevant ses crins que le zéphir déploie,
+ Vole, et frémit d'orgueil, de jeunesse et de joie.
+
+Les Latins avaient cette Onomatopée. On lit dans Virgile au troisième
+livre des Géorgiques:
+
+ _Talis et ipse jubam cervice effudit equinâ
+ Conjugis adventu pernix Saturnus, et altum
+ Pelion _hinnitu_ fugiens implevit acuto._
+
+ Tel, Saturne surpris dans un tendre larcin
+ En superbe coursier se transforma soudain,
+ Et secouant dans l'air sa crinière flottante,
+ De ses _hennissemens_ effraya son amante.
+
+C'est le _c'hwirina_ des Bretons. Davies écrit _chwyrnu_. Il traduit le
+mot _Rhinge_ qui y a rapport, par _stridulus_, ou _sonus stridens_.
+
+L'ingénieux auteur du roman de _Gulliver_ a tiré du même son radical le
+nom factice de _houyhinms_, pour désigner un peuple de chevaux.
+
+HEURT, HEURTER. Du choc rude et brusque de deux corps durs.
+
+HISSER. Hausser une vergue, la faire monter au haut du mât, au
+commandement de _hisse_, _hisse_.
+
+Ces mots sont pris du bruit de la vergue quand on la relève, et du
+frémissement de la voile quand on la froisse.
+
+HOQUET. Du bruit d'une _inspiration_ subite, courte et convulsive.
+
+Les Latins ont dit _singultus_, les Anglais _hicket_ et _hiccough_, les
+Flamands _hick_, les Celtes _hak_, et _hic_ ou _ig_, rapportés par
+Lepelletier et Davies.
+
+Un Etymologiste cherche l'origine de ce mot dans l'hébreu _enka_, qui
+veut dire _sanglot_. Il est probable que ces différentes expressions
+sont de la même racine.
+
+HORREUR. _Horror_. Ce mot est une Onomatopée qui représente l'impression
+que produisent sur nous les objets épouvantables. De là,
+
+HORRIBLE, ce qui fait _horreur_,
+
+ABHORRER, avoir en _horreur_.
+
+HUÉE, HUER. _Huée_ se dit d'une clameur de désapprobation qui s'élève
+dans les assemblées nombreuses, et dont ce mot est formé
+très-imitativement.
+
+On employait autrefois _hus_, _hüe_, et _huyer_ dans le même sens.
+
+HULOTTE. En latin et en italien _ulula_, en allemand _huhu_, en anglais
+_howlet_.
+
+Ces noms de la _hulotte_ lui viennent de son cri sinistre. Le _bubo_ des
+Latins, dont nous avons fait peu imitativement le mot _hibou_, procède
+de la même analogie.
+
+* HULULER, est un verbe que des Ecrivains en petit nombre ont cru
+pouvoir tirer du gémissement de la _hulotte_, pour une foule
+d'acceptions auxquelles le verbe _hurler_ paraît moins propre. Cette
+Onomatopée singulièrement précieuse n'a pas été dédaignée dans la Langue
+latine, et enrichirait la nôtre.
+
+HUMER. Avaler quelque chose avec une aspiration forte et tout d'une
+haleine.
+
+Le vieux mot _super_, qui a la même valeur, ne se dit plus qu'en
+quelques provinces. On peut conjecturer que le mot _soupe_ était fait de
+la même racine, et cela d'autant plus probablement, que, suivant Ménage,
+_super_ signifie _humer du bouillon_.
+
+HUPPE, ou PUPU. Les deux noms de cet oiseau sont l'effet d'une
+controverse assez oiseuse parmi les Etymologistes. On se demande si le
+premier lui a été donné en raison de la huppe élégante dont sa tête est
+ornée, ou s'il est une simple traduction un peu contractée de l'_upupa_
+des Latins, qui était dérivé du cri ordinaire de l'animal. On est aussi
+embarrassé sur le second, que les uns regardent comme l'expression de ce
+cri, et les autres comme une dénomination odieuse par laquelle nos aïeux
+désignaient la _huppe_, à cause de la saleté qu'on lui reproche. Quant à
+moi, je suis porté à croire que Belon s'est trompé en faisant venir le
+nom de la _huppe_ de cette touffe de plumes qui la caractérise, et je
+partage l'opinion de Ménage qui regarde au contraire le mot _huppe_ dans
+cette dernière signification, comme dérivé du nom de l'oiseau qui l'est
+lui-même de son cri.
+
+Aristophane s'est amusé à imiter la voix de la _huppe_ dans ces mots
+factices: _epopoë_, _popopo_, _popoè_, _jo_, _io_, _ito_, _ito_, _ito_,
+_ito_.
+
+Cette Onomotapée se retrouve chez tous les peuples; c'est l'_epops_ des
+Grecs, le _bubbola_ des Italiens, le _popa_ des Portugais, le _hoppe_
+des Flamands, le _hoop_ et le _hoopof_ des Anglais, le _popp_ des
+Suédois, etc. Nous avons dit _pupeput_, _pepu_ et _pipu_.
+
+HURLEMENT, HURLER. Heureuses Onomatopées du cri des loups et des chiens
+effrayés.
+
+ Tel un loup furieux, de butin affamé,
+ Qu'on chasse, encore à jeun, d'un bercail alarmé,
+ _Hurle_ les longs regrets de sa rage impuissante,
+ Se retourne en grondant, et mord la proie absente.
+
+Cette nuance a échappé à la Langue latine, puisque les mots _ululatus_
+et _ululare_ sont plus propres à exprimer des bruits coulans et modulés
+que le roulement rauque et effroyable que ceux-ci représentent. C'est
+pourquoi le verbe _hululer_ serait une innovation avantageuse à notre
+Langue. Les Italiens qui usent d'_urlare_ et d'_ululare_, suivant les
+occasions, ont bien senti le prix de cette modification, toute légère
+qu'elle paraisse. _Voyez_ le Dante, parlant de la pluie de feu qui
+dévore les damnés dans le troisième cercle:
+
+ __Urlar_ gli fa la pioggia, come cani:
+ Dell'un de' lati fanno all'altro schermo,
+ Volgonsi spesso i miseri profani_.
+
+Et concluons de là que nous avons traduit l'_urlare_ des Italiens, et
+non pas l'_ululare_ des Latins, qui est cependant susceptible d'un aussi
+grand nombre d'applications, et qui est au moins aussi noble et aussi
+harmonieux.
+
+Rabelais a dit _ullement_ dans ce passage de Pantagruel: «Le grand
+effroi et vacarme principal provient du deuil et _ullement_ des diables,
+qui là guettans péle mélle les paovres ames des blessez, reçoipvent
+coups d'épées à l'improviste, et pastissent solution en la continuité de
+leurs substance aerée et invisible,... puis crient et _ullent_ comme
+diables».
+
+
+J
+
+JAPPEMENT, JAPPER. Ces mots se disent pour _aboiement_ et _aboyer_, en
+parlant des petits chiens et des renards.
+
+Les Celtes ont dit _chilpa_, _japper_, _chilpaden_, _jappement_.
+
+
+K
+
+KAKATOÈS. Le nom de cette belle espèce de perroquet est formé de son
+cri.
+
+Klein et Seba en ont fait _kakatocha_, Edwards et Albin, _cokcatoo_,
+Brisson, _catacua_, et on l'appelle en certains endroits, _cacatou_.
+
+
+L
+
+LAPPER. Saisir avec la langue, boire à la manière des renards et des
+chiens. On croirait que c'est le mot _happer_ privé de la forte
+aspiration qui le caractérise, et augmenté d'une lettre linguale qui en
+détermine la nouvelle acception.
+
+ Compère le renard se mit un jour en frais,
+ Et retint à dîner commère la cigogne;
+ Le repas fut petit, et sans beaucoup d'apprêts.
+ Le galant pour toute besogne
+ Avait un brouet clair (il vivait chichement).
+ Ce brouet fut par lui servi sur une assiette;
+ La cigogne au long bec n'en put attraper miette,
+ Et le drôle eut _lappé_ le tout en un moment.
+
+Cette expression n'est pas tout-à-fait particulière à notre Langue; le
+mot _lap_ se retrouve dans la Langue celtique, et on pourrait en faire
+descendre assez naturellement les mots _lepus_ et _lapin_.
+
+LÉCHER. Du bruit de la langue traînée sur la superficie d'un corps
+qu'elle suce ou qu'elle nettoie.
+
+C'est le _leichein_ des Grecs, le _lingere_ des Latins, le _lecken_ des
+Allemands, le _leccare_ des Italiens.
+
+Ajouterai-je, à propos de ce dernier terme, que les Italiens en ont fait
+_il lecchino_, le gourmand, le _lécheur_ de plats; et d'_il lecchino_,
+_al lecchino_, qui est devenu l'_arlequin_ de nos théâtres; plaisante
+méprise d'un érudit qui, sur la foi d'un jeu de mots d'_arlequin_, fait
+dériver son nom de l'illustre famille de Harlay!
+
+LORIOT. De vieux Lexicographes prétendent que cet oiseau, est ainsi
+nommé, parce qu'il semble articuler ce mot dans son chant. Ce qu'il y a
+de certain, c'est que les Grecs, et, d'après eux, les Latins, l'ont
+appelé _chlorion_, dont le nom français du loriot dérive d'autant plus
+incontestablement, qu'on a dit autrefois _lorion_. Or, le mot _chlorion_
+a dû être tiré de _chloros_, _viridis_, _herbidus_, _luteus_, _flavus_;
+et comme ces termes désignent une des deux couleurs du _loriot_, on
+pourrait penser avec Schrevelius que le nom de cet animal est fait _ex
+colore_. C'est donc une Onomatopée un peu douteuse.
+
+LOUP. En grec _lukos_, en latin _lupus_, en italien _lupo_, en espagnol
+_lobo_, en allemand et en anglais _wolf_, en suédois _ulf_.
+
+Il paraît évident que ces noms ont été construits imitativement d'après
+le hurlement du _loup_. Le nom latin du renard, et quelques-uns de ses
+noms modernes, ont le même type.
+
+Il paraît qu'on a écrit autrefois _lou_, comme en ces vers de
+Saint-Amand parlant des anciennes épées sur lesquelles était gravé un
+_loup_, et qui étaient recherchées pour leur bonté:
+
+ Sa vieille rapière au vieux _lou_,
+ Terreur de maint et maint filou.
+
+Je suis cependant porté à croire que c'est une simple licence que
+Saint-Amand a pratiquée pour l'exactitude de la rime; car je ne trouve
+aucun exemple de cette espèce d'ortographe, qui se rapproche beaucoup
+plus de la construction naturelle, et qui offrirait sous ce rapport une
+tradition assez précieuse.
+
+
+M
+
+MIAULEMENT, MIAULER. Du cri ordinaire des chats, de ces éclats
+désagréables de leur voix, dont Boileau se plaint dans sa satire des
+_Embarras de Paris_:
+
+ Qui frappe l'air, bon Dieu! de ces lugubres cris?
+ Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris?
+ Et quel fâcheux démon durant les nuits entières
+ Rassemble ici les chats de toutes les gouttières?
+ J'ai beau sauter du lit, plein de trouble et d'effroi,
+ Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi.
+ L'un _miaule_ en grondant comme un tigre en furie,
+ L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie.
+
+Quoique Nicod ait écrit _miauler_, il semble qu'on disait autrefois
+_miaouler_, et certains Grammairiens regrettent cette manière de
+prononcer qui leur paraît plus imitative. Elle l'est peut-être trop, et
+j'ai déjà dit que cette recherche excessive d'imitation était fort
+ridicule quand elle choquait l'harmonie, et qu'elle ne se fondait que
+sur un cliquetis de sons bizarres et forcés.
+
+MOUE. Il est impossible de prononcer ce mot, sans que la bouche figure
+ce qu'il signifie, c'est-à-dire, cette espèce de grimace qui est
+familière aux gens tristes et colères. Le _moerens_, le _moestus_ des
+Latins, le _mesto_ des Italiens, et sur-tout le _mustio_ des Espagnols,
+doivent appartenir à cette espèce d'Onomatopée. Il résulte d'ailleurs de
+l'émission du souffle par les narines, quand les lèvres sont closes,
+comme cela se remarque dans les gens qui font la moue, un petit bruit
+que les Grecs ont appelé imitativement _mugmos_, et les Latins
+_mussatio_.
+
+MUFFLE, qui est le nom de la bouche de certains animaux à lèvres
+alongées et proéminentes,
+
+BOUDER, faire la _moue_ par mécontentement,
+
+BOUDERIE, habitude de mauvaise humeur,
+
+BOUDEUR, homme fâcheux, esprit contrariant et chagrin, sont de la même
+famille et du même effet d'imitation, les initiales de ces trois
+derniers mois se prononçant sur la même touche.
+
+La Langue Celtique employait _moüa_, pour, _se fâcher_, et _bouda_,
+pour, _chuchoter_, _bourdonner entre les dents_. Je n'ai pas besoin
+d'insister sur ces analogies.
+
+MUGIR, MUGISSEMENT. Belles Onomatopées tirées des cris sourds et
+prolongés de quelques animaux, ou du bruit des vagues émues par la
+tempête, ou enfin du cours tumultueux d'un grand fleuve, comme dans ce
+magnifique tableau de M. Delille:
+
+ Sous le ciel éclatant de cette ardente zone,
+ Montrez-nous l'Orénoque et l'immense Amazone,
+ Qui, fiers enfans des monts, nobles rivaux des mers,
+ Et baignant la moitié de ce vaste univers,
+ Epuisent, pour former les trésors de leur onde,
+ Les plus vastes sommets qui dominent le monde,
+ Baignent d'oiseaux brillans un innombrable essaim,
+ De masses de verdure enrichissent leur sein,
+ Tantôt se déployant avec magnificence,
+ Voyagent lentement et marchent en silence,
+ Tantôt avec fracas précipitant leurs flots,
+ De leurs _mugissemens_ fatiguent les échos,
+ Et semblent à leur poids, à leur bruyant tonnerre
+ Plutôt tomber des cieux que rouler sur la terre.
+
+MURMURE, MURMURER. Cette Onomatopée ne varie point dans le grec, dans le
+latin, dans l'italien, dans l'espagnol, etc. Ce sont de ces mots que la
+nature semble avoir enseignés à tous les peuples.
+
+Leur son peint parfaitement à l'oreille le bruit confus et doux d'un
+ruisseau qui roule à petits flots sur les cailloux, ou du feuillage
+qu'un vent léger balance, et qui cède en frémissant. Le mouvement vague
+et presqu'imperceptible des eaux et des bois, élève dans la solitude une
+rumeur qui interrompt à peine le silence, tant elle est délicate et
+flatteuse, et c'est de là que les Langues ont tiré ces expressions si
+harmonieuses et si vraies, que, tous les jours répétées, elles
+paraissent toujours nouvelles.
+
+ Tout est changé, tout me rassure,
+ Je n'entends plus qu'un bruit
+ Semblable au doux _murmure_
+ D'une onde claire, pure,
+ Qui tombe, coule et fuit.
+
+Dans ces vers charmans de Bonneville, toutes les syllabes coulent et
+_murmurent_.
+
+J'ose croire que nous n'avons point à envier, dans cette circonstance,
+la prononciation des Latins, si elle était telle que Dumarsais et
+beaucoup d'autres Grammairiens le présument. En effet, le mot _murmure_,
+prononcé à la française, est composé de sons plus liquides, et en
+quelque sorte plus fugitifs que n'étaient ceux de leur _mourmour_ et du
+_mormorio_ des Italiens; et l'harmonie un peu emphatique de ces derniers
+mots, leur fait perdre, selon moi, beaucoup de leur grâce et de leur
+fluidité.
+
+MUSC. Je ne hasarde ce mot au nombre des Onomatopées que sur la foi de
+M. Court de Gébelin qui le croit formé du bruit que fait le nez en
+flairant, en aspirant les parfums. Il s'appuie de deux analogies
+différentes, l'une tirée du Celtique ou d'une Langue analogue dans
+laquelle il prétend que _mussa_ signifie _flairer_, et _musse_, _odeur_;
+l'autre tirée de l'Ethiopien où ce dernier mot se dit _mez_; mais cette
+opinion peut paraître un peu hasardée.
+
+Il est du moins certain que les Grecs qui ont appelé le _musc_,
+_moschos_, ont dit _muzo_ dans le même sens que les Latins _musso_,
+_clausis labris sonum è naribus emitto_; ils ont appelé _muron_
+certaines odeurs, et l'odeur en général, _murodia_. _Muxoter_, c'est la
+narine. Le nom du rat, qui est le _mus_ des Grecs et des Latins, et à
+qui l'odeur du _musc_ est assez communément propre, pourrait procéder
+aussi de la même analogie.
+
+Les mots _odeur_ et _flairer_ se rendent, d'ailleurs, en Celtique par
+des expressions qui présentent l'Onomatopée très-juste du bruit que fait
+l'aspiration des parfums: _c'houés_ et _c'houesâd_.
+
+
+O
+
+OIE. «Le cri naturel de l'_oie_, dit M. de Buffon, est une voix
+très-bruyante. C'est un son de trompette ou de clairon, _clangor_,
+qu'elle fait entendre très-fréquemment et de très-loin; mais elle a de
+plus d'autres accens brefs qu'elle répète souvent; et lorsqu'on
+l'attaque ou l'effraie, le cou tendu, le bec béant, elle rend un
+sifflement que l'on peut comparer à celui de la couleuvre. Les Latins
+ont cherché à exprimer ce son par des mots imitatifs, _strepit_,
+_gratitat_, _stridet_.
+
+»Soit crainte, soit vigilance, l'_oie_ répète à tout moment ses grands
+cris d'avertissement ou de réclame; souvent toute la troupe répond par
+une acclamation générale, et de tous les habitans de la basse-cour,
+aucun n'est aussi vociférant, ni plus bruyant».
+
+C'est ce cri naturel de l'_oie_ qui est devenu son nom dans notre Langue
+et dans quelques autres. Je crois, du moins, qu'on peut regarder comme
+des Onomatopées le _chen_ des Grecs, dont ils semblent avoir fait
+_chaino_, _hio_, _dehisco_, parce que le ronflement rauque d'un homme
+qui dort la bouche ouverte est assez pareil au bruit que fait l'_oie_
+irritée; le _kaki_ de certains Orientaux, le _wazon_ des Arabes, le
+_gwasi_ des Celtes, le _goas_ des Suédois, le _gaas_ des Danois, et
+l'_apatta_ des Nègres de la Côte d'Or; mais rien n'est d'un effet
+d'imitation plus vrai qu'un de ces noms qui est particulier aux
+Mexicains, et par lequel ils ont voulu exprimer le cri bref et fréquent
+dont M. de Buffon parle à propos de cet animal. Ils l'ont appelé
+_tlalacatl_, et cette dénomination factice a été conservée par
+Fernandez.
+
+L'_oie_ mâle s'appelle un _jars_, et ce mot a produit une expression
+fort usitée. De _jars_ et du Celtique _comps_, langage, en construction,
+_gomps_ ou _gon_, l'on a fait _jargon_, _jargonner_, parler comme des
+_oies_.
+
+On disait _oüe_ en vieux français, comme le prouvent ces vers de la
+farce de _Patelin_:
+
+ Vous l'en avez pris par la moüe,
+ Il doit venir manger de l'_oüe_.
+
+Il me semble donc que M. Decaseneuve a mal rencontré quand il a fait de
+ce mot un augmentatif d'_oiseau_, et qu'il est d'ailleurs difficile de
+remonter à son étymologie autrement que par l'Onomatopée.
+
+OISEAU. La construction de ce mot est extrêmement imitative; il est
+composé des cinq voyelles liées par une lettre doucement sifflante, et
+il résulte de cette combinaison une espèce de gazouillement très-propre
+à donner une idée de celui des _oiseaux_. Il est à remarquer comme une
+singularité très-rare dans notre Langue, que ce mot _gazouiller_ est
+formé, comme le mot _oiseau_, des mêmes sons vocaux, liés par la même
+consonne. Il n'en est distingué que par son intonation qui est prise
+dans une lettre gutturale, par conséquent très-bien appropriée à l'idée
+qu'il exprime.
+
+OUATE. C'est la première soie que l'on recueille sur le cocon du ver à
+soie, ou un duvet léger que fournit une espèce d'_anas_. On s'en sert
+pour doubler des vêtemens d'hiver; et le bruit moëlleux que produisent
+ces vêtemens quand on les froisse, a pu donner l'idée de cette
+dénomination, qui serait assez imitative; mais c'est une étymologie
+douteuse que je n'alléguerais point, si les Lexicographes en
+reconnaissaient une autre, pour peu vraisemblable qu'elle fût.
+
+
+P
+
+PÂMER, PÂMOISON. Du _spasma_ des Grecs, qui lui-même est construit
+imitativement d'après le bruit propre à la figuration particulière de la
+bouche d'une personne qui se _pâme_.
+
+PEPIER. C'est du cri naturel des moineaux, ou plutôt de tous les jeunes
+oiseaux, que ce cri a été formé. On a dit autrefois _pipier_, qui n'est
+plus d'usage.
+
+_Piauler_, _piuler_, sont dans le même cas, quoiqu'également imitatifs.
+
+PIAILLER, PIAILLERIE, PIAILLEUR, dérivent du même son naturel; on les a
+faits pour exprimer une criaillerie fatigante et perpétuelle, comme les
+cris des petits oiseaux. Les Latins employaient _pipulum_ pour, injure,
+huée et rumeur publique, par la même analogie.
+
+PÉPIE, est le nom d'une maladie dont une grande altération est la cause
+ou le symptôme. Ne semble-t-il pas que ce mot soit créé du bruit que
+font de petits oiseaux tourmentés par la soif? Le _peperi_ des Grecs,
+dont les Latins ont fait _piper_, ne remonterait-il pas encore à la même
+racine par une extension peu forcée, parce que c'est une substance qui
+altère et qui donne la _pépie_? Les Grecs appelaient _pippos_ un petit
+oiseau; et ce qui vient singulièrement à l'appui de mes conjectures,
+_pipizo_ se prenait indifféremment chez eux pour _pipio_, _sugo cum
+sonitu_, ou _potum proebeo_. _Pio_ même signifiait _bibo_, et de là le
+_piot_ de Rabelais et de nos anciens Auteurs. _Pino_, qui avait le même
+sens, est devenu le nom français d'un raisin. _Pepier_ emportait
+d'ailleurs en vieux langage l'idée de gémissement et de plaintes comme
+dans ces vers de Villon:
+
+ Je sens mon coeur qui s'affaiblit,
+ Et puis je ne peux _pepyer_.
+
+Les Espagnols ont _piar_, et les Italiens _pipire_, comme les Latins.
+Ces derniers appelaient les pigeonneaux _pipiones_, et nous en avions
+fait autrefois _pipions_.
+
+PIPÉE, dit Nicod «est un mot fait et imité de la voix des oiselets,
+comme aussi _pippe_, _pipper_, et _pippeur_, et signifie le siffler que
+l'oiseleur fait avec une fueille de _fou_, ou d'autre arbre, ou de
+roseau, ou avec une pippe de bois, contrefaisant la voix d'iceux
+oiselets. Selon ce on dit, prendre des oiseaux à la _pipée_, qui est
+quand un homme caché dedans un buisson et bien entouré de rameaux
+couverts de gluons, ayant un chathuant ou hibou branché et attaché près
+de luy, contrefait le _pippis_ des oiseaux, ou bien pressant les ailes
+ou les pieds d'un oiseau vif, le fait crier, car les oiseaux advolent à
+ce _pippis_, ou à ce cry, pour garantir leurs semblables du chathuant
+qu'ils cuident les tenir, et se perchent sur ces rameaux et s'engluent.
+_Pipée_, par métaphore, se prend pour mine ou contenance contrefaite».
+
+_Piper_, _pipeur_, qui ne se prennent plus que pour l'action de _piper_
+les dés, ont peut-être été rejetés trop dédaigneusement de la Langue;
+leur emploi était fondé sur une allusion très-naturelle, et leur sens
+était vif et frappant. Montaigne a dit avec son énergie, avec sa
+précision ordinaire, que _la Rhétorique étoit une art mensongère et
+piperesse_: il y a dans les Langues des expressions si heureusement
+caractéristiques, qu'une fois perdues, on ne peut plus les remplacer.
+
+PIC. Instrument de fer courbé et pointu vers le bout, qui a un manche de
+bois, et dont on se sert à ouvrir la terre et à rompre le roc;
+Onomatopée du bruit que rend la pierre sous l'instrument qui la brise.
+
+PIQUER, c'est donc primitivement frapper avec un _pic_. On dit encore
+qu'on _pique_ la pierre, quand on blanchit une maison en dépouillant la
+pierre de sa surface.
+
+PIOCHE, nom d'un outil de labourage, a été alongé d'un son plus mousse,
+parce la _pioche_ creuse et ne brise point.
+
+BÊCHE, est un mot de la même construction, prononcé sur une touche moins
+dure, parce que la _bêche_ n'attaque pas la terre avec force, et ne sert
+qu'à la diviser.
+
+En anglais, le verbe _piocher_ se rend par le verbe _dig_. Dans ce
+dernier mot, l'imitation du son est frappante. On remarque la même
+vérité dans la formation du mot _tuf_, qui est le nom d'une terre
+compacte et prête à se pétrifier, qui rend sous la _pioche_ et sous la
+_bêche_ un son net et sec dont ce terme est l'expression; mais comme
+cette étymologie n'est pas incontestable, je me contente de la rapporter
+ici à cause de l'analogie du sujet.
+
+* POUPE. Suivant Nicod, que j'aime à citer souvent, «c'est la tette ou
+mammelle, soit d'une femme comme la nomment en aucunes contrées de
+France, soit de bestes mordans comme la nomment les veneurs, disans les
+_poupes_ d'une ourse, et semblables, le mot vient du prétérit grec
+_pépoka_, tout ainsi que pot, et est dit _poupe_, parce que le faon
+tette et boit le laict par là, ou bien est fait par Onomatopée du son
+que l'enfançon fait de ses lèvres en suçant à force le laict de la
+mammelle».
+
+Si toutefois le prétérit grec _pépoka_ pouvait être rapporté à cette
+racine, c'était plutôt comme dérivé que comme type, et il paraît que
+Nicod s'en est aperçu. Il aurait fait remonter le mot _poupe_ avec plus
+de vraisemblance au mot _popanon_, qui est le _popanum_ des Latins, et
+qui est incontestablement de la même famille. Remarquez d'ailleurs que
+les Latins ont dit _puppus_ et _puppa_, d'où viennent _puer_ et
+_puella_.
+
+POUPÉE, c'est l'image d'une petite fille, d'un enfant qui tette encore.
+Quelqu'évidente que soit l'étymologie de ce mot, on s'est avisé, je ne
+sais où, de le dériver de _Poppée_, parce qu'on prétend que cette femme
+fut la première qui mit le masque en usage pour conserver la beauté de
+son teint et le préserver du hâle et des injures de l'air.
+
+POUPON, c'est, dans le langage vulgaire et enfantin, un petit garçon à
+la mammelle.
+
+PUER. Du bruit que fait la bouche en repoussant, avec une forte émission
+du souffle, les odeurs désagréables.
+
+_Pouah_, interjection qui marque le mépris et le dégoût, doit en être le
+son radical.
+
+
+R
+
+RACLER. Du frottement de l'ongle ou d'un instrument aigu sur les corps
+qu'ils nettoient ou qu'ils déchirent. _Rakos_ signifiait en grec un
+haillon, un vêtement déchiré, une cicatrice, une ride. _Rakterios_,
+c'était le corps brisé ou _raclé_, qui rendait du bruit. Aristophane
+appelle Euripide _rakiosurraptadès_, raccommodeur de vieux haillons.
+_Ragas_ se disait sur une autre touche pour rupture, déchirement, et de
+là, _raga_, pour force et violence.
+
+On pourrait croire que _raccommoder_ en est fait par antiphrase ou
+contre vérité, à moins qu'on ne fasse voir que les syllabes complétives
+en déterminent la nouvelle acception.
+
+La famille des mots qui se rapportent à l'idée d'_effraction_, est
+évidemment tirée de la racine autour de laquelle je range ces curieuses
+analogies, quoiqu'elles lui soient devenues plus ou moins étrangères
+dans leur extension.
+
+RAIRE ou RÉER. Terme de Vénerie emprunté du cerf en amour.
+
+«Il a, dit M. de Buffon, la voix d'autant plus forte, plus grosse et
+plus tremblante, qu'il est plus âgé: la biche a la voix plus faible et
+plus courte; elle ne _rait_ pas d'amour, mais de crainte. Le cerf _rait_
+d'une manière effroyable dans le temps du _rut_. Il est alors si
+transporté, qu'il ne s'inquiète, ni ne s'effraie de rien».
+
+RUT, le temps où le cerf _rait_.
+
+RÂLE, RÂLEMENT, RÂLER. Du son enroué d'une respiration qui s'épuise, et
+dont les derniers efforts annoncent une mort prochaine.
+
+RÂLE, est aussi le nom d'un oiseau que Ménage croit désigné d'après son
+cri.
+
+RAUQUE. Du bruit âpre et fatigant des voix enrouées.
+
+ROQUET, est le nom de mépris qu'on donne à un petit chien importun, et
+qui aboie sans cesse. Je le crois formé du son _rauque_ de son
+jappement.
+
+REDONDANCE. C'est une dérivation figurée du son que rend un corps dur
+qui rebondit dans sa chute.
+
+Ainsi l'on a dit _redondance_ d'une vicieuse superfluité de paroles, qui
+ne fait que nuire à la netteté du discours, parce que c'est une espèce
+de bondissement de la pensée, qui, après avoir frappé l'esprit,
+rejaillit et retombe avec moins de force.
+
+Ce mot n'est point une Onomatopée propre, mais une Onomatopée abstraite
+construite par analogie.
+
+RETENTIR, RETENTISSEMENT. Belles Onomatopées dont le son radical est le
+type d'une nombreuse famille de mots, consacrés à exprimer des idées de
+même ordre. _Voyez_ TINTEMENT, TINTER.
+
+_Retentir_ et ses dérivés s'emploient en général en parlant des échos
+des montagnes et des voûtes, et ne conviennent point quand il s'agit
+d'un bruit net et sans répercussion. Racine a dit:
+
+ De nos cris douloureux la plaine _retentit_.
+
+Et ailleurs:
+
+ Mes seuls gémissemens font _retentir_ les bois.
+
+Boileau a dit aussi:
+
+ Ils faisaient de leurs cris _retentir_ les rivages.
+
+La vérité d'imitation est moins sensible dans ces exemples que dans
+beaucoup d'autres, parce que la plaine, les bois et les rivages sont des
+lieux peu _retentissans_. Je sais combien de telles observations sont
+minutieuses; mais j'ai rapporté ces vers de deux de nos grands Poètes,
+pour faire voir de quelle importance est la justesse d'expression pour
+l'effet poétique, et de combien de nuances la Langue la plus riche peut
+encore s'orner.
+
+RINCER. Du bruit des doigts contre l'intérieur d'un verre que l'on
+_rince_.
+
+ Un si galant exploit réveillant tout le monde,
+ On a porté par-tout des verres à la ronde,
+ Où les doigts des laquais, dans la crasse tracés,
+ Témoignaient par écrit qu'on les avait _rincés_.
+
+Les Irlandais disent _rincsail_, et les Bretons _rinca_.
+
+RONFLEMENT, RONFLER. Du bruit que fait dans la gorge et les narines d'un
+homme endormi, l'air fortement aspiré.
+
+On a employé ces mots par extension, pour exprimer le bruit grave des
+gros tuyaux d'un orgue, ou celui des canons, et figurément, les éclats
+de voix présomptueux d'un Comédien qui cherche le _brouhaha_.
+
+«Il n'y a, dit le Mascarille des Précieuses, que les Comédiens de
+l'hôtel de Bourgogne qui soient capables de faire valoir les choses. Les
+autres sont des ignorans qui récitent comme on parle; ils ne savent pas
+faire _ronfler_ les vers, et s'arrêter au bel endroit».
+
+Du _ronchus_ des Latins, nous avions fait _froncher_ dans le vieux
+langage, et dom Lepelletier rapporte _fronsal_, mot de l'usage de
+Cornouaille, qui a le même sens.
+
+ROSSIGNOL. En latin _luscinia_, ou _lucinia_, en italien _usignuolo_,
+_lusignolo_, _rusignuolo_, en espagnol _ruysenor_.
+
+Le Castelvetro a pensé que le nom italien de cet oiseau était fait par
+Onomatopée. Belon et Ménage rapportent des étymologies plus
+vraisemblables, et M. de Brosse tranche, suivant moi, la difficulté. De
+_luco canens_, _lucinia_, _luciniola_, _lusignuolo_, _rusignuolo_,
+_rossignol_; il reste à déterminer si l'imitation du son n'est pas
+entrée pour quelque chose dans la construction de ces différens dérivés,
+et c'est ce qui me paraît incontestable.
+
+* ROUCOULEMENT, ROUCOULER. Onomatopées du chant des tourterelles, qui
+est aussi très-bien exprimé par le _to coo_ des Anglais.
+
+On a dit autrefois _rocouler_, mais _roucouler_ a été justement préféré.
+
+_Roucoulement_ est un mot harmonieux et utile qui serait bon à admettre
+dans la Langue. M. de Châteaubriand, d'ailleurs si sévère dans l'emploi
+des mots nouveaux, en a fait souvent usage.
+
+ROUE[5]. Ce mot est dérivé du bruit de la _roue_, et en général du bruit
+d'un corps rond qui roule avec rapidité sur une surface retentissante.
+
+C'est le _trochos_ des Grecs, le _rota_ des Latins et des Italiens, le
+_rüeda_ des Espagnols, le _rot_ ou _rod_ des Celtes, et le _rad_ de
+l'ancien Teuton.
+
+_Rodellec_ signifiait en celtique une voiture à plusieurs roues, un
+vestige, une ligne, comme celle qui est décrite par la roue.
+
+ROUTE, mot français d'une acception très-voisine, en est probablement
+dérivé. Cette opinion n'est pas étrangère à M. Court de Gébelin, qui
+appuie mal-à-propos sa conjecture de quelques fausses étymologies.
+
+RUGIR, RUGISSEMENT. «Le _rugissement_ du lion est si fort, dit M. de
+Buffon, que quand il se fait entendre par échos la nuit dans les
+déserts, il ressemble au bruit du tonnerre: ce _rugissement_ est sa voix
+ordinaire; car quand il est en colère, il a un autre cri qui est court
+et réitéré subitement, au lieu que le _rugissement_ est un cri prolongé,
+une espèce de grondement d'un ton grave, mêlé d'un frémissement plus
+aigu. Il _rugit_ cinq ou six fois par jour, et plus souvent lorsqu'il
+doit tomber de la pluie».
+
+Ce passage de M. de Buffon m'en rappelle un autre qui a rapport au
+_rugissement_ du tigre, et où ce grand Ecrivain hasarde, pour exprimer
+ce cri, une Onomatopée que l'usage n'a pas consacrée depuis. «Le tigre,
+dit-il, fait mouvoir la peau de sa face, grince les dents, frémit,
+_rugit_ comme fait le lion, mais son _rugissement_ est différent.
+Quelques voyageurs l'ont comparé au cri de certains oiseaux. _Tigrides
+indomitae rancant, rugiuntque leones._ (_Autor Philomelae._) Ce mot
+_rancant_ n'a point d'équivalent en français; ne pourrions-nous pas lui
+en donner un, et dire, les tigres _rauquent_, et les lions _rugissent_;
+car le son de la voix du tigre est en effet très-rauque».
+
+Je suis bien aise de faire remarquer ici que ce verbe factice, à qui M.
+de Buffon ne connaît point d'équivalent en français, en a un
+très-exactement construit sur la même racine, dans le patois de
+Franche-Comté. _Rancôt_, c'est le dernier soupir, le dernier râle du
+moribond; _rancoïer_, c'est expirer, rendre l'âme, pousser le sanglot
+convulsif qui annonce la mort.
+
+On a dit autrefois _ruiment_ pour _rugissement_, comme dans ce passage
+des grandes Chroniques de France, dédiées à Charles VIII. «Sembloit que
+ce fussent urlemens de loups et _ruimens_ de lions». Cela donne quelque
+probabilité à l'opinion de M. de Caseneuve, qui fait dériver _rut_,
+anciennement _ruit_, du _rugitus_ des Latins, et qui regarde _raire_ ou
+_réer_ comme une contraction de _rugire_. Il aurait pu citer ce passage
+de Job, qui dit, en parlant des biches, à qui l'action de _réer_ est
+particulière: _incurvantur ad faetum, et pariunt, et _rugitus_
+emittunt_. Marot dit dans sa traduction des Pseaumes:
+
+ Ainsi qu'on oit le cerf _bruire_,
+ Pourchassant le froid des eaux,
+ Ainsi mon ame soupire,
+ Seigneur, après tes ruisseaux.
+
+_Voyez_ RAIRE ou RÉER.
+
+RUISSEAU, RUISSELER. Nicod dérive ces mots du grec _reo_, _fluo_. Le
+grec attique _reos_ signifiait _ruisseau_. Les Latins ont dit _rivus_,
+_rivulus_, les Italiens _rivo_, _ruscello_, les Espagnols _rio_, les
+Anglais _rivulet_. _Dour red_, en celtique, signifie une eau courante et
+rapide. Dom Lepelletier nomme _rigol_, et Davies _rhigol_, un _ruisseau_
+tracé dans un champ; cette expression s'est conservée dans le français.
+Lebrigand a employé quelque part, comme celtique, le mot _ruzelen_; mais
+il paraît que ce n'est que le français _ruisselet_ qui s'est glissé,
+comme beaucoup d'autres, dans le celto-breton, par le contact des
+français avec les peuples de l'Armorique. _Ru_ se dit en Géorgien d'un
+grand écoulement d'eaux. _Arou_ exprime la même idée en Arménien et en
+Malabare, et _rud_ en Arabe et en Persan. Plusieurs Etymologistes
+assurent que _rit_ indiquait dans les Langues gothiques un passage ou un
+gué. Les mots par lesquels nous désignions un _ruisseau_ en vieux
+langage, se rapprochaient assez du son typique. _Reu_ et _ru_ se
+trouvent dans Nicod. _Ru_ s'emploie encore pour désigner le lit ou canal
+d'un petit ruisseau. _Ruel_ et _rui_ sont communs dans nos vieux
+romanciers. _Ruit_ est employé pour rive dans un passage de Perceval. En
+remontant la vallée de la Romanche par la nouvelle route de Grenoble en
+Italie, on voit avant le hameau des Roberts, un torrent que le peuple
+appelle _riou-peirou_, c'est-à-dire, _ruisseau_ périlleux.
+
+Notre mot _ruisseau_ peint parfaitement à l'esprit le petit murmure doux
+et modulé d'une eau vive qui roule entre les cailloux.
+
+S'il est vrai, ainsi que le prétend M. Court de Gébelin, que _rat_ soit
+un terme de marine qui sert à désigner un endroit de mer où il y a
+quelque courant rapide et dangereux, on peut faire remonter ce mot à la
+même racine, soit comme lui par le gallois _rhydd_, qui signifie gué ou
+bas-fond, soit, mieux encore, par l'allemand _ritha_, qui signifiait
+autrefois torrent, ou par le _dour red_ des Celtes, et par le
+celto-breton _rodo_, qui se dit d'un passage de rivière; mais cette
+assertion est contestée.
+
+«_Rat_ n'est point un terme de marine pour designer un courant rapide et
+dangereux dans la mer, m'écrit M. de Roujoux, c'est un nom de lieu; le
+_Raz_ est un vaste écueil situé en face de l'île de Sein, et qui a donné
+son nom au passage compris entre cette île et lui. Le passage du _Raz_
+ou _Ratz_ est célèbre, parce qu'un grand nombre des vaisseaux qui
+entrent à Brest ou qui en sortent, sont forcés d'y donner. Il est
+fertile en naufrages, et la baie dont il forme une des pointes,
+s'appelle la baie des Trépassés. Je ne crois point que ce mot ait de
+signification connue; il ressemble à une foule de termes auxquels on
+veut trouver des étymologies, quoiqu'ils n'en aient pas».
+
+ROUIR, est très-judicieusement dérivé du vieux français _ru_, par
+Ménage. Nicod même écrit _ruir_, et rend en latin _chanvre roui_, par
+_cannabis fluviata_.
+
+
+S
+
+SANGLE, SANGLER. De _cingula_, _cingulare_, et originairement du bruit
+de l'air froissé par une courroie déployée avec force.
+
+_Sangle_ s'exprimait en celtique par _cengl_ et _cenclen_, et suivant la
+même analogie, _lancer_ et _darder_, par _cingla_.
+
+En vieux français, on disait _changle_ et _changler_, comme c'est
+l'usage dans notre Langue, qui a souvent modifié ainsi les sons
+sifflans.
+
+CINGLER, se dit pour, naviguer à pleines voiles, parce que la mer,
+ouverte vivement par le navire, rend un petit bruit de la même nature
+que le précédent. Mais le son radical est ici moins emphatique, parce
+que le froissement qu'il représente est moins éclatant, et a lieu dans
+un milieu moins sonore. Cependant on a employé ce dernier verbe au même
+usage que l'autre en nombre d'occasions, et on le dit fort bien, du vent
+du Nord et de la pluie chassée par un ouragan impétueux.
+
+SAPER. Abattre par le pied, travailler avec le pic et la pioche à
+détruire les fondemens d'un mur.
+
+SAPE, se dit en terme de guerre d'un travail qu'on fait sous terre pour
+la surprise d'une place. En latin, c'est _sappa_, en italien _zappa_.
+
+L'oriental _saph_ ou _sap_ désigne l'action de briser ou de limer, de
+réduire en poussière.
+
+Ces différens mots sont formés du bruit de l'instrument contre les
+constructions qu'il attaque, ou sur la terre qu'il entr'ouvre.
+
+SCIE, SCIER. _Scie_ se dit en latin _serra_, en italien _sega_,
+_rasega_, en espagnol _sierra_, en anglais _saw_, en allemand _saege_,
+autant de dénominations tirées du bruit sifflant que produit la _scie_
+en divisant le bois.
+
+Le _secare_ et le _scindere_ des Latins sont construits d'après ce son
+naturel qui a fourni d'innombrables Onomatopées à toutes les Langues.
+
+SCION. C'est le nom qu'on donne à des branches grêles et menues, tendres
+et pliantes que poussent les arbres. L'osier, par exemple, s'élève en
+touffes de _scions_, et je n'hésite pas à penser que ce mot ne soit
+formé du frémissement de ces branches débiles, quand le vent les courbe
+devant lui, et qu'elles se relèvent en sifflant.
+
+On appelle encore _scions_ les impressions qui restent sur la peau d'une
+personne fouettée de verges. C'est le nom de la cause pour celui de
+l'effet, employé par métonimie.
+
+_Cion_, s'est dit en vieux langage, de la pluie fouettée par les vents.
+Il est facile de saisir l'analogie de ces différentes acceptions.
+
+SIFFLER. Verbe dont on connaît les nombreux dérivés, et qui dérive
+lui-même du bruit de l'air comprimé et chassé par une ouverture étroite.
+Les Latins ont dit d'abord _sifilare_, qui se lit dans
+Nonnius-Marcellus, et ensuite _sibilare_. Les Italiens ont _sibilare_,
+_subbiare_, _zuffulare_, _fischiare_, autant d'Onomatopées qui
+caractérisent différens modes de _sifflement_; les Espagnols, _silvar_;
+les Allemands, _pfeifen_, et les Anglais plus heureusement encore
+_whistle_.
+
+En vieux français, nous avons dit _subler_ et _sibler_: Marot a dit
+_sublet_ pour _sifflet_. Les Angevins ont gardé cette expression, et
+Ondin la rapporte dans ses dictionnaires. Le patois bourguignon y a
+substitué _sublô_, qu'on lit dans les noels de la Monnoye.
+
+ Çat ein anfan? me dis-tu vrai?
+ Tan meu, velai tô note fai.
+ Tu sai bé, quant ein anfan crie
+ Que por an époizé le cri,
+ Ai ne fau qu'éne chaiterié,
+ Vou qu'un _sublô_ vou qu'un trebi.
+
+Il est à remarquer que ce _sublô_ du peuple de Bourgogne ressemble
+beaucoup au _subulo_ de Varron, que celui-ci a employé pour _tibicen_.
+
+Cirano, acte II, scène III de son _Pédant joué_, fait dire à Mathieu
+Gareau: «Ce biau marle qui _sublet_ si finement haut».
+
+Le peuple mouille l'_S_, et dit communément _chiffler_.
+
+Il paraît que les Celtes faisaient usage du mot _si_, pour bruit;
+_sifflement_, murmure.
+
+Les Grammairiens appellent consonnes _sifflantes_ ces trois lettres _s_,
+_x_, _z_, parce qu'on ne les prononce qu'avec une espèce de
+_sifflement_. Elles doivent donc être d'un grand usage pour exprimer les
+bruits de cette espèce. La Langue anglaise est une Langue _sifflante_,
+parce qu'elle a beaucoup de mots sur la touche _sifflante_ et sur la
+touche dentale.
+
+L'emploi fréquent de la lettre _S_ rend la prononciation _sifflante_.
+Euripide en faisait un usage vicieux qui passa même en proverbe. On
+appelait ce défaut le sygmatisme d'Euripide.
+
+Racine a prodigué les _S_ dans ce vers d'Andromaque:
+
+ Pour qui sont ces serpens qui _sifflent_ sur vos têtes?
+
+et l'effet d'imitation qui en résulte est frappant. On l'a trouvé,
+peut-être avec justice, un peu trop minutieux.
+
+Il y a de l'harmonie dans ces vers d'un de nos Poètes lyriques:
+
+ Ixion et les Aloïdes
+ Ont cessé leurs mugissemens.
+ De Tantale et des Danaïdes
+ Je n'entends plus les longs gémissemens,
+ Et des fatales Euménides
+ Les couleuvres avides
+ Ne brisent plus les airs par d'aigres _sifflemens_.
+ L'Érèbe n'a plus de tourmens.
+
+La forme et le son de la lettre _S_ la rendent propre à désigner
+doublement le serpent, et à peindre en même temps ses mouvemens tortueux
+et ses _sifflemens_ aigus. L'_ophis_ des Grecs, qui est originairement
+égyptien, a le singulier mérite d'offrir dans ses caractères une espèce
+de noeuds de couleuvres, et dans sa terminaison, un bruit semblable à
+celui qui annonce ordinairement ces animaux. C'est tout-à-la-fois un
+hiéroglyphe et une Onomatopée. La lettre [Phi] ressemble à un caducée.
+
+Les Latins ont _anguis_, qui a la même désinence _sifflante_, et de plus
+_seps_ et _serpens_; les Italiens _serpente_, _biscia_; les Espagnols
+_sierpe_; les Anglais _serpent_ et _snake_.
+
+On appelle _bysse_ en science héraldique, des serpens et des couleuvres.
+C'est l'ancien nom français de ces reptiles. Celui par lequel nous
+désignons actuellement le _serpent_, est une Onomatopée sans vivacité et
+sans harmonie, dont je n'ai pas cru devoir faire un article à part, mais
+dont les analogues curieux me paraissent assez bien placés dans
+celui-ci.
+
+SILLON, SILLONNER. Du bruit d'un corps qui en effleure légèrement un
+autre sur un long espace. De là,
+
+SILLAGE, qui est la trace d'un vaisseau sur la mer, quand il ne fait
+qu'y glisser doucement.
+
+SIPHON. «Ce sont, dit un vieux commentateur de Rabelais, ces canaux et
+tuyaux ès-fontaines qui jettent l'eau, et par le moyen et force de l'air
+qui les presse, rendent un son et sifflement d'où ils ont pris leur
+nom».
+
+SOUFFLER. Nous avons vu tout-à-l'heure au mot _siffler_ une Onomatopée
+construite d'après le bruit de l'air chassé à travers un canal étroit.
+Celle-ci est formée sur l'émission libre de l'air poussé hors d'un canal
+de grandeur suffisante, avec un bruit mousse et sans éclat.
+
+Les dérivés nombreux de cette expression ne peuvent échapper à personne.
+
+SOURDRE. Sortir, jaillir, s'écouler par une fente de la terre ou du
+creux d'un rocher.
+
+L'étymologie de ce mot a été rapportée avec raison au _surgere_ des
+Latins, qui avait le même sens.
+
+ _Medio de fonte leporum
+ _Surgit_, amari aliquid, quod in ipsis floribus angit._
+
+LUCRET.
+
+On a même dit en français _surgeons_, tantôt pour ces rejetons qui
+naissent au pied des arbres, tantôt pour un petit ruisseau qui vient de
+_sourdre_ de la terre; et _surgir_, qui est pris pour _sourdre_, avec un
+peu d'extension dans ce passage des hymnes de Ronsard:
+
+ Après vous _surgirez_ dedans l'île déserte
+ D'hommes et de troupeaux, mais aussi bien couverte
+ D'oiseaux qui ont la plume à pointe comme espics,
+ Et la dardent des flancs ainsi que porcs espics.
+
+Mais s'il est vrai que cette origine soit à-peu-près incontestable, il
+n'en est pas moins certain que l'imitation du son naturel a modifié
+jusqu'à un certain point l'expression qu'on y rapporte. Il est peut-être
+malheureux qu'elle vieillisse négligée, car elle est significative et
+utile. Amyot s'en est servi dans sa traduction de _Daphnis et Chloé_, et
+cet exemple en déterminera le sens:
+
+«Il y avoit, dit-il, en ce quartier-là une caverne que l'on appelait _la
+Caverne des Nymphes_, qui estoit une grande et grosse roche, au fond de
+laquelle _sourdoit_ une fontaine qui faisoit un ruisseau dont estoit
+arrouzé le beau pré verdoyant».
+
+M. Mercier a cru mal-à-propos que ce mot faisait _sourdir_ à
+l'infinitif, ou que cette nouvelle construction pouvait avoir
+quelqu'avantage sur l'autre. C'est au bruit de deux consonnes roulantes,
+durement séparées par une autre, et qui semblent en rompre l'effort, que
+le mot _sourdre_ doit son harmonie pittoresque.
+
+* STRIDENT. C'est ainsi qu'on qualifie un bruit dur, un peu aigre, un
+peu frémissant, qui est produit par un corps très-réfractaire, attaqué
+avec la lime ou avec la scie.
+
+Ce mot expressif et vrai, heureusement formé du _stridere_ des Latins,
+n'a point encore été admis dans l'usage de notre Langue, qu'il ne
+pourrait qu'enrichir.
+
+STRIE. C'est une espèce de sillon profond, gravé difficilement dans un
+corps dur, ce qui est marqué par sa construction rude et _stridente_.
+Cette expression est propre à l'Histoire naturelle descriptive.
+
+SUCER. Onomatopée préférable au _sugere_ des Latins dont elle a été
+formée, avec un changement pris dans le son radical.
+
+C'est le _saugen_ des Allemands, le _sycan_, le _sugan_, le _succan_, le
+_sucian_ des Anglo-Saxons et de la Langue franque; le _zuigen_ des
+Flamands, le _suck_ des Anglais, le _suga_ des Suédois, le _succhiare_
+des Italiens.
+
+Skinner rapporte toutes ces étymologies au vieux Sarmate _cic_, qui
+signifiait mammelle, et dont le type naturel est le même.
+
+SUC, c'est la substance qu'on extrait des corps par la _succion_.
+
+SUCRE, est le nom d'une production végétale qu'on tire des fruits par le
+même procédé. Les Italiens qui ont aussi reconnu cette analogie,
+appellent le sucre _zucchero_, et les Arabes _sucar_.
+
+* SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER. Je hasarde ici ces trois
+substantifs et ce verbe qui sont peut-être des latinismes assez heureux,
+pour exprimer le frémissement des feuillages et le murmure des roseaux
+émus par le vent. Nous n'avons pour rendre ces idées que des mots trop
+généraux et des images trop vagues.
+
+Un de nos Lexicographes dit _susurre_, qui est construit sur le mot
+_murmure_ avec lequel il a tant de rapports. _Susurration_ est plus
+conforme au type latin, et _susurrement_ à l'esprit de notre Langue;
+mais il n'est donné qu'à nos bons Ecrivains de consacrer ces expressions
+agréables, et d'en fixer l'emploi.
+
+
+T
+
+TACT. Le mot factice _tac_ fut inventé pour exprimer le bruit des corps
+durs et secs qui frappent les uns sur les autres.
+
+TIC TAC, eut une signification analogue, et marqua un battement, un
+mouvement réitéré, comme celui d'un marteau qui frappe, d'un balancier
+d'horloge, des pulsations du sang et des palpitations du coeur. Regnier
+l'emploie pour représenter les coups que se donnent dans leur lutte
+grossière les personnages de son souper ridicule:
+
+ Ainsi ces gens à se piquer ardens
+ S'en vinrent du parler à _tic tac_, torche lorgne;
+ Qui casse le museau, qui son rival éborgne;
+ Qui jette un pain, un plat, une assiette, un couteau,
+ Qui pour une rondache, empoigne un escabeau.
+
+TIC, maladie de cheval, est une Onomatopée, selon Ménage, parce que le
+cheval qui a le _tic_, reproduit ce bruit en frappant de sa tête contre
+sa mangeoire; et je crois que _tic_, dans le sens de caprice ou de
+manie, en est une acception figurée.
+
+TIQUETÉ, s'est dit d'un corps taché de petits points, imprimés comme au
+hasard, et semblables aux meurtrissures qui résulteraient de petits
+coups dont ce mot rappelle le bruit.
+
+_Taquer_ ou _Toquer_, qui sont des mots populaires, ont été formés
+d'après cette racine, et le mot _tact_ en est pris avec une grande
+extension, pour désigner tout ce qui a rapport à l'action du toucher.
+
+TÂTER, TÂTONNER, À TÂTONS, et autres termes de la même famille, n'ont
+pas une autre origine, et ont été construits, soit dans notre Langue,
+soit dans celles qui en offrent les équivalens, d'après le son naturel.
+
+TAFFETAS. Il n'y a point de doute sur l'étymologie de ce mot, qui est
+prise dans le bruit de l'étoffe qu'il désigne. _Dixose assi_, dit
+Covarruvias, _del ruido que haze el que va vestido della seda, sonando
+el _tiftaf_, par la figura onomatopeia_. On a même écrit autrefois
+_taffetaf_, comme dans ce passage de _la grande nef des Fous du monde_:
+Les bourses comme pannetières, les ceintures de _taffetaf_, etc.
+
+En italien, c'est _taffeta_, en espagnol _taffatan_, en grec moderne,
+_taphata_. Ménage prétend que _taffata_ se retrouve dans la basse
+latinité, et Ducange y a vu _taffetas_ et _taffetin_.
+
+TAMBOUR. Chez les Latins _tympanum_, et dans la basse latinité _tabur_,
+_taburcium_ et _tamburlum_; en arabe _tabal_ et _tambor_, en italien et
+en espagnol _tamburro_; en allemand _trommel_, et l'homme qui bat la
+caisse _tambour_; en vieux français _tabur_, _thabur_, _tabor_ et
+_tabour_, d'où _taborer_ et _tabourner_. Rabelais et Regnier disent
+_tabouriner_, et le peuple _tambouriner_.
+
+Ces mots sont faits du bruit éclatant de la caisse, et en général des
+bruits très-retentissans.
+
+De la même racine, on avait tiré dans le vieux langage les mots _tabut_
+et _tambusteis_ qui signifiaient grand tumulte et bruit assourdissant
+comme celui de la caisse.
+
+TARABUSTER, en est une dérivation figurée.
+
+TAMPON. On appelle _tampon_ ce qui sert à boucher un vaisseau, parce
+qu'en enfonçant le _tampon_, on excite un bruit dont ce nom paraît
+formé.
+
+Les Latins ont dit _tappus_ dans la même signification, les Italiens
+_zaffo_, les Anglais et les Allemands _tap_.
+
+TAPE, TAPER, qui s'emploient bassement dans notre Langue, viennent du
+même son naturel.
+
+SE TAPIR dans une place étroite, y demeurer en _tapinois_, c'est s'y
+tenir caché, serré, et en quelque sorte adhérent comme un _tampon_.
+
+TAPON, est un mot très-bas qui se dit d'un paquet pressé, contenu, ou
+_tapi_ dans un petit lieu. C'est aussi un terme de Marine qui signifie
+un certain bouchon dont on ferme l'ame du canon pour empêcher l'eau d'y
+pénétrer.
+
+TAUPIN, est le nom français d'un insecte dont le thorax est armé d'un
+ressort au moyen duquel il saute sur lui-même avec bruit.
+
+ÉTOUPE, fait du latin _stuppa_ ou du celtique _stoup_, qui est le _topp_
+de Davies, pourrait se rapporter à cette Onomatopée, parce que les
+_tampons_ sont ordinairement d'_étoupes_.
+
+TAN. Ce mot désigne une poudre menue d'écorce de chêne, battue dans de
+gros mortiers, par la force des roues d'un moulin, et avec un bruit
+qu'il exprime.
+
+TAON. Le vol bruyant du _taon_ était assez bien représenté par ce nom
+que la nouvelle prononciation a dénaturée. L'Onomatopée s'est conservée
+dans le langage du peuple qui dit _tavon_ ou _tavan_. Je ne doute pas
+que la même aphérèse ne nous ait fait perdre l'effet imitatif du mot
+_paon_, formé du _pavo_ des Latins, qui l'était du cri naturel de cet
+oiseau.
+
+Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on a dit autrefois _tahon_, qui se lit
+dans ces vers de Christian de Troyes:
+
+ Toujours doit li fumier puir,
+ Et _tahons_ poindre, et maloz bruire,
+ Envious, envier et nuire.
+
+Ménage fait _hanneton_ de _tabanus_, qui est le nom latin du _taon_, par
+un procédé bien bizarre. De _tabanus_, _tavanus_, _tavanettus_,
+_vanettus_, _vanetto_, _vanetonne_, _nanettone_, _hanneton_. Je crois
+qu'on peut établir, sans insulter à la mémoire de ce savant laborieux,
+qu'il n'y a rien de plus ridicule que ces étymologies arbitraires dont
+la filiation ne repose que sur des intermédiaires factices. Si hanneton
+n'est pas fait d'_alis tonans_, c'est peut-être une Onomatopée.
+
+TARABAT. Instrument bruyant qui servait à appeler les Religieux aux
+Offices nocturnes.
+
+Les Grecs ont dit _thorubein_, pour, faire du bruit, et _thorubos_,
+pour, tumulte ou fracas. Cette curieuse analogie n'a jamais été aperçue.
+
+TARIN. Les Naturalistes pensent que le nom de cet oiseau a été fait
+d'après son chant; mais la variété de ses modulations a dû déterminer un
+grand nombre d'Onomatopées. En effet, les Grecs l'ont nommé _thraupis_,
+les Allemands _zinsle_, _zeizel_, _zyséle_, _zyschen_, _zeisich_, les
+Polonais _csiseck_, les Illyriens _csisz_, et les Anglais _siskin_. Nous
+l'appelons vulgairement _scenicle_, _cinit_, _cerizin_.
+
+Tous ces mots, quoiqu'étrangers les uns aux autres, ont une racine
+naturelle.
+
+TETER. C'est tirer avec la bouche le lait de la mamelle, et cette action
+produit un bruit dont le mot qui la désigne est emprunté.
+
+TETTE, qui n'est plus d'usage, mais dont les équivalens ont la même
+racine, et qui signifie l'endroit par où les animaux nourrissent leurs
+petits, s'est dit en grec _titthos_ et _titthion_; en latin _tetta_; en
+allemand _titte_; en anglo-saxon _tit_, _titt_ ou _tytt_; en Langue
+franque _tuito_; en anglais _teat_, et en espagnol _teta_. On m'assure
+que le syrien et le chaldéen _thad_ expriment la même idée; et dans la
+partie de ma préface où j'ai démontré que les premiers rapports de
+l'enfant et de la mère, c'est-à-dire, l'action de _teter_, ont eu dans
+le langage une racine commune avec les premiers rapports de parenté,
+j'ai fait sur la forme hiéroglyphique, et sur le son imitatif du _thêta_
+des Grecs, une observation assez nouvelle que je recommande à
+l'attention du Lecteur.
+
+TIMBALES. _Tabala_ était, suivant Plutarque dans la vie de Crassus, et
+suivant Hésichius, un tambour dont se servaient les Parthes. C'est
+_tablon_ en arabe, _tympanon_ en grec, et _tympanum_ en latin.
+
+Il paraît que cet instrument s'est d'abord appelé _timbre_, et qu'il en
+est question sous ce nom dans _Perceval_ et dans ces vers du _roman de
+la Rose_:
+
+ Cil fleues court si joliement,
+ Et maine si grand dissonent,
+ Qu'il résonne, tabourne et _timbre_
+ Plus souef que tabour ne _timbre_.
+
+TIMBRE, qui signifie, dans son acception actuelle un instrument d'un
+métal sonore qui retentit sous le marteau, est incontestablement tiré de
+la même racine.
+
+TIMPAN, est le nom qu'on a donné à cette partie de l'oreille qui reçoit
+les impressions de l'air agité, et qui cause le sentiment de l'ouïe,
+parce qu'elle est comme une espèce de tambour sur lequel les bruits
+extérieurs viennent agir.
+
+TIMPANON, sorte d'instrument de Musique, monté avec des cordes de laiton
+qui vibrent sous de petites baguettes, présente le type grec sans aucun
+changement.
+
+On appliquera facilement aux autres expressions de la même famille les
+observations que je fais sur celles-ci, soit que les objets qu'elles
+représentent aient été dénommés d'après le bruit qu'ils rendent, soit
+que leurs qualifications aient été déterminées par de simples analogies,
+comme cela a lieu dans le verbe _timpaniser_, qui se dit pour, blâmer
+hautement, parce que ces sortes de diffamations sont, en quelque
+manière, divulguées au son du tambour.
+
+TINTEMENT, TINTER. Onomatopées du son de la cloche, qui avaient
+d'heureux équivalens dans le _tinnitus_ et le _tintinnire_ des Latins.
+Ils avaient aussi appelé _tintinnabulum_ la petite clochette qui rend un
+bruit clair et argentin. Catulle a dit, avec peu de goût, ce me semble:
+_auris tintinnat tintinnabulum_.
+
+TINTEMENT, ou TINTOUIN, se disent indistinctement d'un battement
+importun qui fatigue l'oreille, et qui ressemble au _tintement_ de la
+cloche. Nicod en explique assez bien l'extension métaphorique.
+«_Tintouin_, dit-il, est un nom imité du chifflement qui se fait aux
+ventricules du cerveau, et cornissant par les oreilles, et vient de
+_tinter_; et parce que tel _tintouin_ empêche le repos de la personne,
+on l'usurpe aussi par métaphore, pour souci rongeant, travail d'esprit
+et fatigation de l'entendement».
+
+TINTAMARRE, vient, selon Pasquier, du bruit que font les paysans quand
+ils frappent sur leur _marre_, qui est un instrument de labour, pour
+avertir ceux qui sont éloignés, de quitter leur besogne, et que midi est
+sonné. Quoi qu'il en soit de cette désinence parasite, il ne peut y
+avoir de doute sur l'effet imitatif de cette expression et sur le
+caractère de sa racine, qui est bien évidemment prise dans le son
+naturel.
+
+TOCSIN. Ce mot vient de _toquer_, _frapper_, et de _sing_, qui
+signifiait autrefois une cloche. Il en est fait mention en ce sens dans
+le Pontifical.
+
+En quelques lieux, on appelle encore petit _sing_ les petites cloches.
+Il y a aussi un vieux proverbe qui dit: on en fait bien les _sings_
+sonner, pour dire, on en fait beaucoup de bruit.
+
+_Tocsin_, est donc composé d'un son naturel et d'un son abstrait, à
+supposer que _sing_ lui-même ne soit pas une Onomatopée ancienne.
+Rabelais a écrit _toquesing_ au chapitre 66 du livre IV de _Pantagruel_.
+
+TONNER, TONNERRE. Ce météore terrible a fourni des Onomatopées à tous
+les peuples. C'est une des premières catastrophes naturelles qui aient
+dû frapper l'imagination de l'homme, et il n'est pas étonnant qu'il ait
+cherché à le représenter par un concours de sons éclatans. Dans notre
+Langue même où cette imitation est plus imparfaite que dans beaucoup
+d'autres, on peut remarquer cependant que le nom du _tonnerre_ est formé
+d'une syllabe très-sonore, alongée d'une terminaison roulante.
+
+Les Celtes ont dit _tonitru_, les Latins _tonitruum_, et leur
+prononciation donnait à ce mot une harmonie sourde et retentissante
+comme les _grondemens_ de la foudre dans les échos; les Italiens
+_tuono_, les Espagnols _tronido_, les Anglais _thunder_, et les
+Allemands _donner_.
+
+Ajoutons, sans pousser plus loin cette recherche, que les idiomes
+humains n'ont pu exprimer un bruit de la nature de celui-ci que par des
+approximations encore bien imparfaites, quoique le son radical des
+différens noms par lesquels ils l'ont caractérisé, soit le plus grave de
+tous ceux que peut former la voix. Aussi est-il devenu dans les mots
+_son_ et _ton_, le signe général de tous les bruits, de toutes leurs
+modifications et de tous leurs effets.
+
+TORRENT. Du bruit d'un courant d'eau très-impétueux, effet que l'auteur
+d'un roman moderne a cherché à rendre dans ce passage, qui ne me paraît
+pas tout-à-fait dépourvu d'harmonie.
+
+«Après des pluies abondantes, un torrent large et rapide, grossi de tous
+les ruisseaux et de toutes les ravines, descend du haut de nos montagnes
+avec le bruit de la foudre, s'élance furieux dans la plaine, la remplit
+d'épouvante et de désastres, brise, envahit, dévore tout ce qui
+contrarie son passage; et, chargé d'arbres déracinés, de rocs et de
+décombres, il roule et se précipite en grondant dans la Salza».
+
+_Torrent_ se dit _strumor_ en Langue gallique, et se trouve ainsi
+exprimé dans des fragmens d'anciennes poésies, attribuées à Ossian.
+
+* TOURDE. En vieux français _tourd_. C'est un nom qu'on donne à la grive
+dans quelques provinces, et que les Étymologistes disent fait par
+Onomatopée.
+
+Le mot _twrdd_ a désigné en celtique, suivant M. Court de Gébelin, le
+chant bruyant de certains oiseaux, et, en général, les bruits tumultueux
+et fatigans.
+
+ÉTOURDIR, rompre la tête à quelqu'un à force de criailleries, est
+construit sur cette racine.
+
+TOURTEREAU, TOURTERELLE. En hébreu _thor_; dans presque toutes les
+Langues orientales _tur_; en latin _turtur_, prononcé _tourtour_; en
+italien _tortora_, _tortorello_, _tortorella_; en espagnol _tortola_; en
+anglais _turtledove_; en allemand _turteltaube_; en celtique _turzunel_;
+en vieux français _tourte_ et _tourtre_.
+
+Il n'est personne qui ne reconnaisse dans ces expressions des
+Onomatopées très-heureuses du roucoulement des _tourterelles_.
+
+TOUSSER, TOUX. Du bruit que l'on fait en _toussant_.
+
+Le _husten_ des Allemands, et le _cough_ des Anglais, pour être d'une
+construction différente, n'en sont pas moins des Onomatopées
+incontestables.
+
+TRACAS, TRACASSER. Ces mots expriment dans leur sens propre un bruit
+violent et incommode, comme celui des corps qui se fracassent; mais ils
+diffèrent de cette dernière espèce d'expression et quant au sens et
+quant à la racine, en ce que l'idée de fracas emporte celle de rupture
+et de brisement, qui n'est point inhérente à celle-ci.
+
+Nicod prétend fort mal-à-propos, selon moi, que _tracas_ vient de _trac_
+ou _trace_, _comme qui dirait aller çà et là, errer par les voies_.
+
+Quoique ce terme et ses dérivés ne soient guère d'usage que dans des
+acceptions figurées, ils sont sensiblement tirés d'un son naturel, et on
+appelle encore très-bassement dans la Langue du peuple, du nom de
+_tracas_, une chaussure lourde et grossière, qui cause un bruit
+désagréable quand on marche.
+
+On peut remarquer ici un singulier rapprochement; c'est que la
+dénomination triviale dont je parle a le même rapport avec le mot
+_tracasser_ que _savate_ son synonyme avec le mot _sabat_, qui se prend
+dans notre Langue pour un bruit haut et tumultueux. _Sabata_ se dit en
+celtique, pour, faire du bruit ou crier à pleine voix. _Sabot_
+dériverait de la même racine, et on aurait fait de ce dernier mot, par
+extension, le nom de l'ongle de certains animaux.
+
+TRANSIR. La racine de ce mot que je choisis au hasard dans sa famille,
+caractérise un grand nombre de mots analogues, et dont le sens est
+marqué par le bruit naturel dont ils dérivent.
+
+Les dents serrées convulsivement dans le frémissement du froid, de la
+fièvre et de la peur, laissent échapper un son dur et roulant dont on a
+fait _transir_, engourdir, pénétrer de froid,
+
+TERREUR, sentiment de crainte causé par la présence d'un objet
+épouvantable,
+
+TREMBLEMENT, frissonnement véhément et universel,
+
+TREMBLER, frissonner avec force par tout le corps,
+
+TREMBLOTER, qui en est le diminutif,
+
+TREMBLE, arbre ainsi nommé, parce que ses feuilles _tremblent_ et
+s'agitent au moindre vent,
+
+TRÉMOUSSEMENT, SE TRÉMOUSSER,
+
+TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR, qui expriment de petites émotions, de
+faibles mouvemens d'effroi, de surprise ou de joie.
+
+TRANTRAN. Mot factice et populaire qui n'est plus d'usage que dans son
+acception figurée, c'est-à-dire, pour signifier l'intelligence d'un
+état, d'un métier, le secret d'un négoce, le cours des affaires de
+commerce et d'industrie.
+
+Quelques-uns prétendent que ce mot s'est dit proprement du son du cor
+des chasseurs, sens auquel il est employé dans la _vénerie_ de
+Dufouilloux, de sorte que ce serait une métaphore tirée de la conduite
+de la chasse.
+
+D'autres avancent que cette façon de parler vient du bruit des violons
+qui s'accordent, bruit qu'on peut rendre par _trantran_; et alors ce
+serait une métaphore tirée de l'accord et de l'harmonie de la musique.
+
+TRAQUET. Petite soupape qui ouvre et ferme l'ouverture de la trémie,
+pour laisser tomber ce qu'il faut de grain sous la meule.
+
+TRICTRAC. Jeu dont le nom vient du bruit que font les dames et les dés
+dont on se sert en jouant. C'est ce bruit que M. Delille exprime
+admirablement dans ces vers:
+
+ J'entends ce jeu bruyant où le cornet en main,
+ L'adroit joueur calcule un hasard incertain.
+ Chacun sur le damier fixe[6] d'un oeil avide
+ Les cases, les couleurs, et le plein et le vide.
+ Les disques noirs et blancs volent du blanc au noir;
+ Leur pile croît, décroît. Par la crainte et l'espoir,
+ Battu, chassé, repris, de sa prison sonore
+ Le déz avec fracas part, rentre, part encore.
+ Il court, roule, s'abat.
+
+Dumarsais croit que ce jeu s'est appelé autrefois _tictac_, et il est
+encore désigné de cette manière par les Allemands et les Anglais.
+
+* TRINQUER. Heurter les verres en buvant, ce qui se fait avec un bruit
+dont le mot _trinquer_ est formé par Onomatopée.
+
+Les Allemands s'en sont emparés, en lui donnant quelque extension, pour
+représenter l'action de boire elle-même. Ils disent _trincken_, les
+Flamands _drincken_, et les Italiens _trincare_.
+
+TROMPE, TROMPETTE. Dans la basse latinité _trumpa_; en italien _tromba_
+et _trombetta_; en anglais _trumpet_; en allemand _trompete_.
+
+Il était inutile de chercher l'étymologie du mot _trompette_ dans ces
+différentes Langues, comme l'a fait Ménage, ou il fallait remonter du
+moins jusqu'au bruit naturel qui l'a produit, ainsi que ses analogues.
+
+«_Trompe_, dit le père Labbe, _tromper_, _trompette_, _trompetter_,
+viennent du son qui se fait ordinairement dans le cor de chasse _trom,
+trom, trom_, et non pas de _tuba_, ni du _taratantara_ du bon Ennius
+qu'il avait formé sur le son clair et gaillard des clairons et de la
+doucine».
+
+TROMBONNE, est le nom italien actuellement francisé d'un instrument que
+nous avons d'abord nommé _trombon_.
+
+TROT, TROTTER. Le mot _trot_ représente à l'oreille comme à la pensée
+l'allure naturelle des chevaux dont on presse le pas. C'est donc avec
+raison que Pasquier le dérive, par Onomatopée, du bruit que font les
+animaux en _trottant_.
+
+De la même racine vinrent le celtique _troad_ qui signifie _pied_, et le
+celtique _trotta_ qui signifie _trotter_.
+
+Je ne sais où M. Court de Gébelin a lu _trul_, qui se disait pour,
+_aller_ ou _courir çà et là_, et dont viendrait le mot populaire
+_trauler_.
+
+TURLUT. C'est un oiseau du genre de l'alouette, qu'on a nommé _turlut_
+en raison de son chant dont ce mot est l'expression.
+
+TIRELIRE, est une autre Onomatopée construite pour représenter le même
+bruit naturel, comme _turelure_ et _turelurelu_ pour imiter le son de la
+flûte. «Ces termes factices, qui ont bonne grace dans une poésie telle
+que celle-ci, dit la Monnoye dans son curieux glossaire sur les Noels,
+seraient insupportables dans un poème sérieux. Virgile n'a eu garde
+d'employer le _taratantara_ d'Ennius. Un Merlin Coccaïe, un Arena, un
+Belleau ont eu droit d'exprimer, comme bon leur a semblé, toutes sortes
+de voix dans leurs macaronées, mais on ne saurait pardonner à Dubartas
+sa ridicule description du chant de l'alouette, en ces quatre vers du
+cinquième livre de sa Semaine»:
+
+ La gentille alouette avec son _tire lire_
+ Tire l'ire à l'iré, et _tirelirant_ tire
+ Vers la voûte du Ciel, puis son vol vers ce lieu
+ Vire et desire dire, adieu dieu, adieu dieu.
+
+Il faut dire à l'honneur du siècle de Dubartas que ces vers parurent
+déjà très-misérables de son temps, car je les lis ainsi corrigés, mais
+non pas beaucoup meilleurs dans l'édition que je consulte.
+
+ La gentille alouette avec son _tire lire_
+ Tire l'ire aux faschez, et d'une tire, tire
+ Vers le pole brillant, plus d'un plumage las
+ Changeant un peu de son se laisse cheoir en bas.
+
+C'est cette version qu'Edouard Dumonin a suivie dans sa traduction
+latine, intitulée _Beresithias_:
+
+ _Dulcis alauda suo _tire liro_ consonna tollit
+ Iratis iras, saevamque extrudit Erymnin
+ Flammicomum tractuque polum levis involat uno
+ Hinc leviter flexo cantu, dum membra fathiscunt
+ Corpora demittit terrae._
+
+Baptiste Mantouan a cherché à exprimer la même chose dans ce passage de
+ses poésies, et y a sans doute mieux réussi que ses rivaux, sans
+recourir au même procédé:
+
+ _Prole novâ exultans, galcâque insignis alauda
+ Cantat; et ascendit ductoque per aera gyro
+ Se levat in nubes: et carmine sydera mulcet._
+
+Ronsard a fait usage aussi du mot _tire lire_ dans une piece de ses
+_Gaîtés_, intitulée l'_Alouette_, et c'est peut-être la seule tache
+qu'il y ait dans ce morceau charmant:
+
+ Hé Ciel que je porte d'envie
+ Aux plaisirs de ta douce vie.
+ Alouette qui de l'amour
+ Dégoises dès le point du jour,
+ Secouant en l'air la rosée
+ Dont ta plume est toute arrousée!
+ Devant que Phébus soit levé
+ Tu enlèves ton corps lavé
+ Pour l'essuyer près de la nue.
+ Trémoussant d'une aile menue,
+ Et te sourdant à petits bonds,
+ Tu dis en l'air de si doux sons
+ Composés de ta _tirelire_,
+ Qu'il n'est amant qui ne desire,
+ T'oyant chanter au renouveau
+ Comme toi devenir oiseau.
+ Quand ton chant t'a bien amusée,
+ De l'air tu tombes en fusée
+ Qu'une jeune pucelle au soir
+ De sa quenouille laisse cheoir,
+ Quand au fouyer elle sommeille
+ Frappant son sein de son oreille:
+ Ou bien quand en filant le jour
+ Void celuy qui luy fait l'amour
+ Venir près d'elle à l'impourveüe,
+ De honte elle abaisse la veue,
+ Et son tors fuseau délié
+ Loin de sa main roule à son pié.
+
+Cet épisode de la fileuse est d'un goût absolument antique, et un des
+plus gracieux que l'on puisse imaginer. Si Ronsard n'avait jamais fait
+que de pareils vers, la postérité lui aurait peut-être confirmé jusqu'à
+un certain point ces titres pompeux de _Prince des Poètes_, et
+d'_Apollon de la source des Muses_, qu'on lui a donnés de son temps.
+
+
+V
+
+* VAGIR, VAGISSEMENT. Ces mots expriment le cri des enfans qui viennent
+de naître, et notre Langue a récemment admis le substantif _vagissement_
+sur les réclamations de Voltaire. «C'est une disette insupportable,
+écrivait-il, d'appeler des choses si différentes du même nom. Le mot
+_vagissement_, dérivé du latin _vagitus_, aurait très-bien exprimé le
+cri des enfans au berceau.
+
+»Dumarsais, observe un autre Littérateur, a fait tout ce qu'il a pu pour
+faire prendre ce mot, et n'a point réussi. C'est le cas de le
+reproduire, et de faire voir qu'il est aussi naturel et aussi utile que
+_mugissement_. Le cri d'un enfant au berceau est, à coup sûr, une bien
+longue périphrase».
+
+Le verbe _vagir_, qui est fait du substantif, comme de _mugissement_ et
+_rugissement_ sont faits _mugir_ et _rugir_, et dont la construction
+est, par conséquent, très-conforme à l'esprit de notre Langue, n'est
+sans doute pas à dédaigner. Un étranger qui a donné quelques volumes à
+la Littérature française, a dit quelque part: «Si Dieu m'offrait le
+privilége de la rétrogradation jusqu'à mon enfance, et de _vagir_ une
+seconde fois dans le berceau, je refuserais ses offres».
+
+VAGUES, est le nom qu'on donne aux eaux agitées et mugissantes, parce
+que le bruit qui s'en élève ressemble à un long _vagissement_. En
+allemand _wage_, _woge_; en gothique _wego_; en anglo-saxon _waeg_; en
+islandais _vag_.
+
+VIOLON. Je crois devoir rapporter à propos de ce mot les raisons
+ingénieuses qu'emploie M. Court de Gébelin pour en faire remonter
+l'origine au son naturel. «Le mot _violon_, dit-il, désigne un
+instrument à cordes qu'on fait résonner avec un archet. Mais quelle est
+l'origine de ce nom? Elle se perd dans la nuit des temps pour tous les
+Étymologistes; car, dire avec eux qu'il vient de l'espagnol _biolone_,
+ce serait tout au plus supposer que cet instrument nous vînt par
+l'Espagne, ce qui serait, peut-être, difficile à prouver.
+
+»Ce nom tient à ceux de quelques autres instrumens appelés _viole_,
+basse _de viole_, _violoncelle_, etc.
+
+»Si jamais nom dut être formé par Onomatopée, n'est-ce pas celui d'un
+instrument de musique? Ils ont un son à eux, un son déterminé et
+constant, un son propre à les distinguer de tout autre. Ce son dut
+devenir leur nom dès l'origine; et, quoique naturelle, on dut perdre à
+jamais cette origine de vue, dès qu'on eut perdu de vue les origines de
+la Langue qu'on parlait, et les révolutions de la nation dont on faisait
+partie.
+
+»Les instrumens bruyans, tels que le tambour, le tympanon, et la
+tymbale, portent des noms parfaitement imitatifs: en les nommant, on
+peint le coup qui les fait retentir.
+
+»Dans les instrumens à cordes, on avait à peindre des sons d'une toute
+autre espèce, des sons aigus et sifflans, grêles en quelque sorte; on
+eut donc recours, pour les peindre, à la voyelle _i_, dont le son grêle,
+aigu et sifflant se met si bien à l'unisson de ces instrumens, et qui,
+associée au son _o_, sert également à peindre cette joie et cette gaîté
+qu'accompagne et qu'inspire dans les fêtes le son des instrumens. On dit
+donc _viole_, _violon_ par le même sentiment qu'on disait ioh! ioh! et
+qu'on fit en _iol_ et en _jol_ les mots celtes, theutons, basques, etc.
+qui peignent la joie et le plaisir.
+
+»C'est de ce mot que les Latins firent également celui de _fides_, qui
+désigna les instrumens à cordes, et qui forma le diminutif _fidicula_,
+petit instrument à cordes; tandis qu'en le prononçant en _v_, ils en
+firent _vitula_, 1º. la déesse de la joie; 2º. en latin barbare, cet
+instrument dont nous avons altéré le nom en celui de _vielle_.
+
+»Ils en firent encore
+
+»_Vitulari_, se réjouir, folâtrer,
+
+»_Vitellianae_, tablettes sur lesquelles on écrivait des choses gaies».
+
+VÎTE, VÎTESSE. Le mot _vîte_ est peut-être l'imitation du souffle,
+accéléré par la promptitude de la marche.
+
+Les Latins n'en auraient-ils pas fait _festinare_, se hâter? En
+anglo-saxon, _hwato_ signifie alerte, prompt, et _hwetan_, exciter,
+animer.
+
+
+Z
+
+ZESTE. C'est une zône très-mince qu'on enlève de la peau d'une orange,
+en glissant vivement contre sa superficie le tranchant d'un couteau. Le
+petit bruit qui en résulte a motivé cette dénomination qu'on a étendue
+depuis à d'autres acceptions, tant propres que figurées.
+
+ZIGZAG. Ce sont, suivant Ménage, des tringlettes croisées en losange les
+unes sur les autres, qui se resserrent et s'alongent, et dont on se sert
+pour faire tenir des lettres ou autre chose dans des lieux élevés.
+
+Poisson a composé une petite comédie intitulée le _Zigzag_, où Octave
+donne une lettre à Isabelle, qui était à la fenêtre d'un logis.
+
+ Mon _zigzag_ fera son office;
+ Ce mot de lettre mis au bout
+ Instruit Isabelle de tout.
+
+Ménage reconnaît que ce mot a été fait par Onomatopée.
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+NOTES
+
+
+[1] Comme il était de mon intention de donner dans le cours de cet
+ouvrage quelques exemples de l'extension des sons radicaux et des
+racines imitatives dans la désignation des êtres qui, comme je l'ai dit,
+n'ont point de formes propres et de bruits particuliers, et de prouver
+qu'aucune expression n'a été formée sans motif, et que les termes qui
+ont caractérisé les sensations premières, ont dû devenir allusivement le
+signe des sensations analogues; comme le son radical _sag_ qui est une
+des anciennes Onomatopées du bruit de la _flèche_, est d'ailleurs un des
+plus curieux que je connaisse dans les modes qu'il a subis, je vais
+suivre ses différentes dérivations dans la Langue latine seulement, pour
+ne pas charger cette note d'un appareil inutile d'érudition.
+
+
+RACINE, SAG. Sens propre, une _flèche_.
+
+Les Latins en ont fait _SAG-itta_, et immédiatement, par le procédé
+comparatif, ce nom est devenu commun à une plante dont il est question
+dans Pline, et qui ressemble à une _flèche_, au bout d'un rejeton de
+vigne qui a la forme d'une _flèche_ barbelée, et à une constellation
+composée de cinq étoiles qui représente une _flèche_.
+
+
+SENS DÉRIVÉ.
+
+_SAG-ittarius_ a signifié un homme qui lance des _flèches_, et ensuite
+un signe du Zodiaque. Puis par une extension commune dans les Langues,
+on a nommé _SAG-ittarius_, une monnaie de Perse qui avait un
+_SAG-ittaire_ pour empreinte.
+
+_SAG-ittifer_ a été le nom du porc épic, parce que les pointes dont il
+est couvert ont quelque ressemblance avec des _flèches_.
+
+Jusqu'ici l'opération de l'esprit est simple et sans complication.
+
+
+SENS RELATIF.
+
+L'imagination commence à saisir des rapports plus éloignés, mais elle
+n'a point encore perdu de vue le sens propre.
+
+_SAG-aris_ signifie d'abord un faisceau de _flèches_, un carquois; il se
+dit bientôt d'une hache d'armes.
+
+_SAG-ma_ exprime en premier lieu ce qui sert à cacher la pointe de la
+_flèche_, à la garantir en temps de paix. Ensuite, il se dit
+généralement d'un fourreau, et finalement de la selle d'un homme d'armes
+où les _flèches_ sont fixées.
+
+_SAG-men_ est pris dans un sens plus hardiment figuré, quoiqu'il
+appartienne encore au sens primitif. On appelle ainsi la verveine par
+opposition ou contre vérité, parce que les Ambassadeurs proposant la
+paix ou la guerre, portaient dans leurs mains une verveine et une
+_flèche_.
+
+_SAG-a_ signifie premièrement les armes d'un soldat. _Ire ad SAG-a_,
+c'est s'emparer de ses javelots et de ses _flèches_. On en fait _SAG-um_
+ou _SAG-ulum_ qui est l'habit d'un soldat en guerre.
+
+Une fois que ce pas est fait, on va beaucoup plus loin. On appelle
+_SAC-itza_ le pillage d'une ville, l'extermination de ses habitans,
+parce que les vainqueurs les renversent à coups de _flèches_, et notre
+Langue en emprunte les mots SAC et _SAC-cager_ qui conservent encore
+toute la racine, avec une simple modification de la gutturale _g_,
+prononcée sur une touche plus éclatante.
+
+Enfin, il suffit de nazaler cette racine SAG, pour en former _SANG-uis_,
+qui s'emploie par une extension du même genre, parce que le sang coule
+sous les _flèches_.
+
+_N. B._ En vieux français, _sache_ a signifié un fourreau, _sacher_,
+tirer du fourreau, et ensuite, poursuivre le gibier et le renverser sous
+les _flèches_, d'où il semble que _chasser_ a été fait par métathèse.
+
+
+SENS FIGURÉ OU MÉTAPHORIQUE.
+
+Ici l'esprit de l'homme s'élance hardiment à des objets très-éloignés,
+pour peu qu'il y puisse saisir quelque affinité avec le sens originaire
+du mot inventé.
+
+Une erreur populaire lui persuade qu'une espèce de pierre précieuse
+attire le bois comme l'aimant attire le fer, et que le bois y vole avec
+la rapidité de la _flèche_. Il nomme cette pierre _SAG-da_.
+
+Il a observé que la _flèche_, en s'enfonçant dans un corps dur, y frémit
+long-temps encore. Il appelle _SAG-acio_, id est, _SAG-ittae actio_,
+tous les genres de palpitation et de tremblement.
+
+Il essaye de trouver un objet de comparaison à l'action de regarder. Le
+regard parcourt l'espace avec la vîtesse de la _flèche_, et le son
+radical SAG devient le nom du regard dans presque toutes les Langues de
+l'Orient. Les Latins cependant ne se servent point de cette racine à ce
+dernier usage; mais ils le méconnaissent si peu, qu'ils s'enrichissent
+de ses dérivations au sens abstrait.
+
+
+SENS ABSTRAIT.
+
+_SAG-ire_, c'est avoir de la pénétration, du discernement, saisir des
+yeux de l'esprit.
+
+_SAG-ax_, c'est un homme pénétrant, un homme dont le regard sûr discerne
+la vérité.
+
+
+SENS HYPERBOLIQUE.
+
+Le dernier terme de cette gradation est si étranger à son type, qu'il
+serait impossible d'en reconnaître l'origine, si on n'y pouvait
+remonter, comme nous le faisons, par une succession très-naturelle de
+sensations et de jugemens. Le sens abstrait s'étendant à des
+significations nouvelles, ce n'est plus au _SAG-e_, à l'esprit délicat
+et subtil qui saisit les choses dès le premier abord, avec une extrême
+justesse, que doit s'arrêter cette série d'idées que nous venons
+d'exposer; son regard plus prompt, plus sûr, plus pénétrant encore,
+perce tous les obstacles. Son esprit s'élève au-dessus de toutes les
+conceptions ordinaires; il domine, il explique l'avenir,
+
+C'est le devin que les Latins ont appelé _SAG-us_, la magicienne,
+l'enchanteresse dont ils ont fait _SAG-a_, _SAG-ana_.
+
+_Prae-SAG-ire_, c'est voir hors du présent, c'est anticiper par la
+pensée sur les événemens futurs.
+
+_Prae-SAG-ium_, c'est le pressentiment, le pronostic.
+
+_Prae-SAG-us_, c'est le sorcier, l'augure, l'homme inspiré, termes dont
+on a complété le sens par la petite préposition _prae_, au-devant,
+au-delà.
+
+Il reste à s'assurer que les autres mots de la Langue naturelle
+donneront une pareille filiation, et c'est ce que chacun peut
+reconnaître dans ses études particulières, soit qu'il se contente, ainsi
+qu'on l'a fait ici, de pousser ses recherches dans une Langue seulement,
+soit qu'il veuille les étendre à toutes, ce qui n'est pas plus
+difficile.
+
+
+[2] Une figure nouvelle est pleine de charme, parce qu'elle donne à
+l'idée un point de vue nouveau. Une figure rebattue, devenue lieu
+commun, n'est plus que le froid équivalent du sens propre. On doit donc
+éviter de prodiguer les figures dans une Langue usée. Elles ne
+présentent plus qu'un faste insipide de paroles et de tours. Le style
+purement descriptif sera dès-lors préférable au style figuré, parce que
+le sens figuré avait fait oublier quelque temps le sens propre, et que
+celui-ci paraît nouveau. L'aurore aux doigts de roses, qui ouvre les
+barrières du matin, et dont les pleurs roulent en perles humides sur
+toutes les fleurs, offre sans doute une image heureuse et brillante;
+mais on produira beaucoup plus d'effet aujourd'hui en peignant le soleil
+à son lever, rougissant d'une lueur encore incertaine le sommet des
+hautes montagnes, les vapeurs de la plaine qui se dissipent, les
+contours de l'horizon qui se dessinent sur le ciel éclairci, et les
+fleurs qui se penchent sous le poids de la rosée.
+
+
+[3] C'est l'opinion de M. de Roujoux. Dom Lepelletier écrit _coric_ qui
+signifie _petit nain_. On pourrait penser que _gawric_ est fait de
+_gawr_ dans son sens le plus ordinaire, _élevé_, _supérieur_, et désigne
+très-bien alors les intelligences secondaires, les génies et les fées,
+_Gawric_, petite puissance, ou bien il est tiré de _gour_ ou _gwr_ qui
+s'est dit pour, homme, et signifie alors avec le diminutif un petit
+homme, un nain, comme on représentait les êtres surnaturels dont il
+s'agit.
+
+
+[4] Il y en a beaucoup d'exemples dans le latin.
+
+ _Halosis_, pillage, dilapidation.
+ _Hama_, un croc.
+ _Hamare_, harponner.
+ _Hamus_, un hameçon.
+ _Harpa_, un vautour, et puis, la _harpe_, l'instrument de musique
+ dont les cordes sont saisies avec toute la main.
+ _Harpaga_, un hérisson, un grappin, un avare.
+ _Harpagare_, prendre de force.
+ _Harpastum_, un ballon qu'on cherchait à s'arracher en jouant, et
+ dont il est question dans Martial.
+ _Harpax_, l'ambre qui attire la paille.
+ _Harpe_, un oiseau de proie.
+ _Harpia_, la harpie aux mains crochues.
+ _Haurire_, avaler, engloutir.
+ _Haustrum_, instrument à puiser de l'eau.
+ _Helluo_, un glouton.
+ _Helluari_, absorber, avaler, dévorer.
+ _Helveus_, qui a la bouche ouverte et prête à saisir sa proie.
+ _Hera_, la fortune qu'il faut saisir au passage.
+ _Heres_, le hérisson, l'animal hérissé de pointes qui saisissent et
+ déchirent.
+ _Hiare_, ouvrir la bouche.
+ _Hiera_, l'épilepsie, mal qui envahit, qui saisit, qui absorbe.
+ _Hippae_, les cancres, les écrevisses aux pattes armées de crochets.
+ _Hirudo_, la sangsue. _Non missura cutem nisi plena cruoris._
+ _Hiulcus_, avide, intéressé.
+ _Humare_, enterrer, cacher sous la terre.
+ _Humus_, la terre dévorante, qui consume tous les corps privés de vie.
+ _Hyphaear_, la glu, matière qui happe, qui attache, etc.
+
+Il serait sans doute ridicule d'avancer que la construction de ces mots
+compliqués n'a eu d'autre base que l'initiale. Rien n'est plus facile
+que de remonter à leurs racines naturelles, desquelles disparaîtrait
+cette lettre, qu'on peut regarder comme très-moderne relativement aux
+temps et au langage primitifs. Mais il serait plus absurde de dire
+qu'elle a été attachée à ces expressions sans motif, et je pose en
+principe que le motif qui en a déterminé l'emploi, c'est son caractère,
+son esprit, l'idée d'avidité qu'elle réveille toutes les fois qu'on
+l'aspire. Les caprices de la prononciation et de l'écriture ont pu la
+transporter dans d'autres mots auxquels elle n'a point donné ce sens;
+mais ces mots seront en très-petite quantité, et les exceptions ne
+prouvent pas plus ici qu'ailleurs.
+
+
+[5] Comme le son caractéristique de cette expression est un des plus
+communs et des plus intéressans de la nature, puisqu'il sert à exprimer
+le bruit des corps dans leur mode de déplacement le plus ordinaire, je
+le prendrai pour exemple de ces grandes générations de mots que je n'ai
+fait qu'indiquer à d'autres articles, et qui auraient surchargé cet
+ouvrage de trop de détails inutiles. C'est M. Court de Gébelin qui me
+fournira le tableau des termes dont celui-ci est le type.
+
+ROUAGE, ROUER.
+
+ROUET, instrument à _roue_.
+
+ROUELLE, tranche coupée en rond.
+
+ROTULE, en latin _rotula_, os cartilagineux, large et rond qui forme le
+mouvement du genou.
+
+ROTATEUR, muscle circulaire qui sert à mouvoir l'oeil.
+
+ROTE, en latin _rota_, tribunal de la cour de Rome, dont la salle est
+pavée de carreaux qui représentent des _roues_.
+
+RODER, aller çà et là en faisant des tours et des détours.
+
+RODEUR.
+
+ROULER, 1º. se mouvoir en rond; 2º. plier en rond: au figuré,
+considérer, méditer.
+
+ROULANT.
+
+ROULEAU, chose faite ou tournée en rond.
+
+ROULEMENT, bruit d'une chose qui roule, mouvement en rond.
+
+ROULADE, roulement de la voix.
+
+ROULAGE, action de rouler, facilité de rouler.
+
+ROULIER, voiturier de marchandises.
+
+ROULETTE, petite _roue_.
+
+ROULIS, agitation d'un vaisseau que le vent fait rouler sur les flots.
+
+ROULON, pièce de bois travaillée en rond.
+
+RÔLE, autrefois ROOLE, du latin barbare _rotulum_, 1º. registre qu'on
+roule en long, comme les anciens manuscrits; 2º. ce que chaque acteur
+doit faire ou réciter dans la représentation d'une pièce de théâtre:
+chaque acteur a son rouleau, son rôle à part pour l'apprendre et pour le
+jouer; 3º. manière dont chaque homme représente dans le monde; 4º.
+feuille d'écriture en termes de pratique.
+
+RÔLER, écrire des rôles.
+
+ENRÔLER, en Anjou, ENROTULER, coucher sur les registres, enregistrer
+dans le catalogue de ceux qui forment le corps où l'on se réunit.
+
+ENRÔLEMENT, ENRÔLEUR.
+
+ROTONDE, bâtiment en rond.
+
+ROTONDITÉ, qualité d'un corps rond.
+
+ROND, en latin _rotundus_, tout ce qui est en cercle; au figuré, qui va
+rondement.
+
+RONDEUR, figure ronde.
+
+RONDELET, un peu rond.
+
+RONDIN, bâton rond.
+
+RONDINER, en vieux français, donner des coups de rondin, de bâton.
+
+RONDACHE, RONDELLE, en vieux français, boucliers ronds.
+
+RONDEAU, petit poème composé de couplets finissant par les mêmes mots
+qui commencent le poème.
+
+RONDE, inspection qu'on fait en parcourant une enceinte.
+
+A LA RONDE, tout autour.
+
+RONDEMENT, en rond; au figuré, franchement.
+
+ARRONDIR, donner une forme ronde.
+
+ARRONDISSEMENT.
+
+ROUTE, chemin.
+
+ROUTIER, 1º. qui connaît les routes, expérimenté; 2º. livre de routes.
+
+ROUTINE, habitude, connaissance acquise par la pratique seule; chemin
+battu.
+
+ROUTINIER, qui n'a que la routine.
+
+DÉROUTER, faire perdre à quelqu'un la route, etc.
+
+ * * * * *
+
+Cette racine me suggère d'ailleurs une réflexion qui vient à l'appui de
+ma théorie de l'extension des sons naturels, dans la qualification des
+êtres insonores. Nous avons vu se composer d'un son radical qui est le
+signe du mouvement, et qui s'opère lui-même par le roulement de la
+langue sur le palais, deux familles de mots distincts, dont l'une
+appartient à une idée de mouvement, et l'autre à une idée de forme. Il
+n'était pas difficile de reconnaître le point de contact de ces deux
+familles, et nous avons compris que le signe des bruits qui résultent
+d'un mouvement circulaire, avait dû devenir dans le langage,
+l'indicateur des formes rondes. Mais si le rapport des mouvemens et des
+formes semble d'abord assez naturel pour expliquer la ressemblance des
+expressions qui les caractérisent, il est également vrai que la nature a
+établi de frappantes harmonies entre ces deux premières sortes de
+sensations et celles des couleurs. Le langage figuré nous en offre assez
+de preuves. Nous avons dit, entr'autres exemples, de _sombres_
+gémissemens, et des lueurs _éclatantes_. La première de ces tournures
+présente une idée de bruit, spécifiée par une circonstance tirée de
+l'ordre des couleurs, et la seconde, une idée de couleur déterminée par
+une épithète qui appartient à l'idée du bruit. Le fameux aveugle-né
+Saunderson, après avoir cherché long-temps à se faire un sentiment juste
+des couleurs, finit par comparer la couleur rouge au son de la
+trompette; et il y a peu d'années que l'intéressant sourd-muet Massieu,
+interrogé sur l'opinion qu'il se formait des bruits, et celui de la
+trompette en particulier, le compara sans hésiter à la couleur rouge.
+
+S'il y a de l'harmonie entre ces effets, pourquoi ces effets
+n'auraient-ils pas été exprimés par des sons de la même espèce?
+
+Le mot _rouge_ et ses dérivés sont donc, selon moi, des Onomatopées
+construites par extension du son radical du roulement. En vieux
+français, _ro_ s'est dit pour _rouge_, et _roe_ pour _roue_. Toutes les
+Langues fourniraient de pareils rapports.
+
+M. Bernardin de Saint-Pierre a reconnu l'harmonie du mouvement
+circulaire, de la forme ronde, et de la couleur rouge. Il se plaît même
+à étayer ce rapprochement ingénieux des observations les plus agréables;
+et s'il a négligé de prouver que les mots qui désignent chez la plupart
+des peuples ce mouvement, cette forme et cette couleur, ont une racine
+commune, c'est sans doute parce que cette espèce de démonstration
+empruntée des froides études de la Grammaire, lui a paru trop sèche pour
+une matière si élégante et si poétique.
+
+
+[6] Le mot _fixer_ n'est point français dans le sens de regarder
+fixement, d'attacher un regard _fixe_ sur une personne ou sur une chose;
+mais c'est une de ces expressions que l'usage devrait avoir consacrées.
+Ce verbe offre une des figures les plus énergiques, une des hyperboles
+les plus éloquentes de la Langue; c'est non-seulement saisir l'objet sur
+lequel nous portons la vue, c'est encore l'arrêter, le rendre immobile,
+nous l'approprier, nous l'identifier par le seul effet de nos regards,
+_habere in oculis_, disaient tout aussi hardiment les Latins.
+
+Jean-Jacques Rousseau, Duclos, Rivarol, madame de Genlis l'ont
+fréquemment employé. M. de Châteaubriand, tout en le condamnant dans un
+autre, l'avait laissé échapper deux fois dans la première édition du
+_Génie du Christianisme_; et les termes qu'il y a substitués depuis,
+sont bien loin de racheter le sacrifice que cet Ecrivain a cru devoir en
+faire à la correction. Il lui appartenait, il appartient à quelques
+hommes qui doivent à leurs talens le privilége de donner aux mots le
+droit de cité, d'accueillir celui-ci dont rien ne nous offre
+l'équivalent: je le recommande aux Lexicographes.
+
+Il n'est guères possible, au reste, de parler de la formation des mots
+dans les Langues premières, sans être obligé de s'arrêter un moment à ce
+qu'on appelle la néologie ou création des mots nouveaux. Cette néologie
+est une des choses dont on a parlé le plus diversement, et dont on peut
+effectivement porter les jugemens les plus opposés. Elle est à la fois
+le génie protecteur et le fléau des Langues; elle les enrichit et les
+dénature. Par elle, tout se dégrade, tout se confond; et sans elle,
+l'imagination asservie se traîne impatiemment dans ses lisières.
+
+Il est certain que tous les mots ayant été formés pour exprimer la
+pensée prise sous certain aspect, ou l'être pris dans certaine qualité,
+et que rien n'étant plus mobile que les aspects de la pensée et plus
+varié que les qualités de l'être, il n'y a pas un seul homme qui n'ait
+souvent besoin, pour rendre sa sensation avec justesse, d'improviser une
+expression qui la peigne. Otez cette ressource à l'esprit, et vous
+détruisez tout ce qui reste de poésie dans vos Langues. Vous condamnez
+Racine à parler le patois de Jodelle, et à quelqu'époque même que la
+Langue soit prise, vous donnez d'injustes entraves à la pensée, car les
+idées se succèdent sans cesse en variant leur ordre et leurs rapports.
+Si j'ai vu ce qui n'a point été aperçu jusqu'à moi, si j'ai découvert
+entre des choses connues un rapport frappant et cependant nouveau, ce
+qui est le propre d'une organisation poétique, le tour et le mot dont
+j'ai besoin n'ont pas pu être prévus. Il faut donc que j'imite l'homme
+primitif dans ses essais, et que je crée un signe pour ma perception; ou
+bien si vous me forcez à n'employer que des signes déjà convenus, il
+faut que je délaye une idée forte et ingénieuse dans une périphrase
+languissante.
+
+D'un autre côté, la néologie sera d'un plus grand secours à ces
+Ecrivains sans talens, qui, incapables de saisir des effets nouveaux,
+parviennent cependant à faire croire au vulgaire qu'ils y ont réussi, en
+revêtant d'un tour audacieux et d'une expression inusitée des idées
+communes et souvent triviales et populaires. De là ces locutions
+barbares, ces mots bizarrement composés, ces néologismes intolérables
+qui frappent l'esprit sans l'instruire, et que la manie des nouveautés
+perpétue quelquefois dans le langage qu'ils finissent par corrompre.
+
+Il y a donc beaucoup de choses à observer dans l'admission des mots
+nouveaux: qu'ils soient indispensables, que leur construction ne soit
+point étrangère à l'esprit de la Langue, qu'elle rappelle distinctement
+leur racine, que des Ecrivains estimés en aient fait usage.
+
+Au reste, je regarderais un dictionnaire des mots à admettre dans la
+Langue comme une entreprise peu philosophique et mal mesurée. Les mots,
+interprètes de la pensée, doivent s'élancer avec elle, et c'est dans la
+chaleur d'une conception rapide qu'un néologisme heureux se fait
+pardonner. L'invention ne procède point par ordre alphabétique; mais ce
+serait peut-être un livre assez curieux que celui qui réunirait les
+expressions vives, caractéristiques et originales qui sont propres à un
+seul Ecrivain, qui n'ont point été mises en oeuvre depuis lui, ou qui
+l'ont été rarement, et qui ne se sont point conservées dans les
+vocabulaires. On en tirerait beaucoup de ce genre des écrits de Cicéron,
+de Sénèque, de Rabelais, de Montaigne, de Sterne, de Milton, de
+Schiller, du Dante et d'Alfieri.
+
+
+
+
+TABLE DES ONOMATOPÉES
+
+
+A
+
+ * AARBRER.
+ ABOI, ABOIEMENT, ABOYER.
+ ACHOPPEMENT.
+ CHOPPER.
+ AFFRES.
+ AFFREUX.
+ AGACEMENT, AGACER.
+ AGOUTI.
+ AGRAFFE, AGRAFFER.
+ RAFFLER.
+ AGRIPPER.
+ GRAPPILLER.
+ GRAPPE.
+ GRAPPILLEUR.
+ GRAPPILLON.
+ GRAPPE, instrument de menuiserie.
+ GRAPPIN.
+ GRAVIR.
+ GRAVIER.
+ GRIMPER.
+ * AHALER.
+ * AHAN, AHANER.
+ AÏ.
+ AME.
+ ANCHE.
+ ASTHME.
+
+B
+
+ BABIL, BABILLARD, BABILLER.
+ BABIOLE.
+ BABOUIN, BAMBIN.
+ BAMBOCHE.
+ BAMBOCHADE.
+ BÂILLEMENT, BÂILLER.
+ BEER ou BAYER.
+ BAH!
+ BADAUD.
+ S'ÉBAHIR, être ÉBAHI.
+ BARBOTER.
+ * BARET.
+ BEFFROI.
+ BÊLEMENT, BÊLER.
+ BÉGAYEMENT, BÉGAYER.
+ BÉLIER.
+ * BELIN.
+ BEUGLEMENT, BEUGLER.
+ BOEUF.
+ BOA.
+ MEUGLEMENT, MEUGLER.
+ BIBERON.
+ BIFFER.
+ BOMBE.
+ BOND, BONDIR, BONDISSEMENT.
+ BORBORIGME.
+ BOUC.
+ BOUFFÉE, BOUFFI.
+ OUF.
+ BOUFFON.
+ BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER.
+ BOUILLIE, BOUILLON.
+ BULLE.
+ BOULE.
+ BOUTON.
+ BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER.
+ BOURDON, cloche.
+ BRAIRE.
+ BRAMER.
+ BRAILLER.
+ BREDOUILLER.
+ BROUHAHA.
+ BROUTER.
+ BROIEMENT, BROYER.
+ BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT.
+ BRUYÈRE.
+
+C
+
+ CAHOT, CAHOTER.
+ CAILLE.
+ * CAILLETAGE.
+ * CAILLETTE.
+ * CAILLETER.
+ CANARD.
+ CANCAN.
+ CAQUET, CAQUETER.
+ CASCADE.
+ CATACOMBE.
+ CATARACTE.
+ CHAT-HUANT.
+ CHEVÊCHE.
+ CHOC, CHOQUER.
+ CHOUCAS.
+ CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR.
+ CIGALE.
+ * CLAPPEMENT.
+ CLAQUE, CLAQUEMENT, CLAQUER.
+ CLAQUET.
+ CLIGNOTER.
+ CLIN-D'OEIL.
+ CLINQUANT.
+ CLIQUETIS.
+ CLOSSEMENT, CLOSSER.
+ GLOUSSEMENT, GLOUSSER.
+ COASSEMENT, COASSER.
+ COQ.
+ COQUE.
+ COQUETTERIE.
+ COUCOU.
+ COURLIS.
+ CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER.
+ CRAN.
+ ÉCRAN.
+ CRAQUEMENT, CRAQUER.
+ * CRAQUETER.
+ CRESSELLE, CRECELLE, ou CRESSERELLE.
+ CREX.
+ CRI, CRIER.
+ CRIAILLER, CRIAILLERIE, CRIAILLEUR.
+ CRIOCÈRE.
+ CRIC.
+ * CRINCRIN.
+ * CRISSEMENT, CRISSER.
+ CROASSEMENT, CROASSER.
+ CROC.
+ ACCROCHER.
+ CROQUER.
+ CROQUET.
+ CROULEMENT, CROULER.
+ ÉCROULEMENT, s'ÉCROULER.
+
+D
+
+ DANDIN, DANDINER.
+ DÉGRINGOLER.
+ DRILLE.
+ * DRONOS.
+ * DROUINE.
+ CHAUDRON, CHAUDRONNER.
+
+E
+
+ * ÉBROUER.
+ ÉCLAT, ÉCLATER.
+ ECLABOUSSER.
+ ÉCLOPPÉ.
+ * CLOPIN, CLOPANT.
+ ÉCRASER.
+ ÉCROU.
+ ÉGRISER.
+ ENFLER, ENFLURE.
+ GONFLER.
+ ESCOPETTE, ESCOPETTERIE.
+ ÉTERNUEMENT, ÉTERNUER.
+
+F
+
+ FANFARE.
+ FIFRE.
+ FLACON.
+ FLACQUÉE D'EAU.
+ FLASQUE.
+ FLANQUER.
+ FLÈCHE.
+ FLEUR.
+ FLAIRER.
+ FLOT.
+ FLEUVE, FLUX, FLUIDE.
+ AFFLUENCE.
+ * FLOFLOTTER.
+ FLOU.
+ FLÛTE.
+ FRACAS, FRACASSER.
+ FREDON, FREDONNER.
+ FRELON.
+ FRÉMIR, FRÉMISSEMENT.
+ FRISSON, FRISSONNEMENT.
+ FRAYEUR, EFFROI.
+ FROID.
+ FRÉTILLER.
+ FRETIN.
+ FRIRE.
+ FRISER.
+ FROISSEMENT, FROISSER.
+ FRÔLER.
+ FRONDE.
+ FROTTEMENT, FROTTER.
+ FROUER.
+
+G
+
+ GALOP, GALOPER.
+ GARGARISER, GARGARISME.
+ * GARGOUILLE.
+ GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER.
+ GEAI.
+ GLAPIR, GLAPISSEMENT.
+ GLAS, ou GLAIS.
+ GLISSER.
+ GLACE.
+ * GLOUGLOTTER.
+ GLOUGLOU.
+ GLOUTON, GLOUTONNERIE.
+ ENGLOUTIR.
+ GORET.
+ GOULOT.
+ GOUTTE.
+ GRAILLEMENT, GRAILLER.
+ GRATTER.
+ GRÊLE, GRÊLER.
+ GRÉSIL.
+ GRELOT.
+ GRELOTTER.
+ GRENOUILLE.
+ GRESILLEMENT, GRESILLER.
+ GRIFFE.
+ AGRIFFER.
+ GRIFFER.
+ GRIFFADE.
+ GRIFFON.
+ GRIFFONNER.
+ GRIFFONNAGE.
+ * GRIFFONNEMENT.
+ GRIFFE, outil de serrurier ou de tourneur.
+ GRIGNOTER.
+ GRIGNON.
+ GRUGER.
+ GRILLON.
+ GRINCEMENT, GRINCER.
+ GRIVE.
+ GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR.
+ * GROGNARD.
+ * GROGNON.
+ GROMMELER.
+ GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE, GRONDEUR.
+ GROIN.
+ GRUAU.
+ GRUE.
+ * GRULLER.
+ GUÊPE.
+ * GUIORER.
+
+H
+
+ HACHE.
+ * HAHALIS.
+ HALETER.
+ HAPPER.
+ HARPE.
+ * HARPER.
+ HENNIR, HENNISSEMENT.
+ HEURT, HEURTER.
+ HISSER.
+ HOQUET.
+ HORREUR.
+ HORRIBLE.
+ ABHORRER.
+ HUÉE, HUER.
+ HULOTTE.
+ * HULULER, ou ULULER.
+ HUMER.
+ HUPPE ou PUPPU.
+ HURLEMENT, HURLER.
+
+J
+
+ JAPPEMENT, JAPPER.
+
+K
+
+ KAKATOES.
+
+L
+
+ LAPPER.
+ LÉCHER.
+ LORIOT.
+ LOUP.
+
+M
+
+ MIAULEMENT, MIAULER.
+ MOUE.
+ MUFFLE.
+ BOUDER.
+ BOUDERIE.
+ BOUDEUR.
+ MUGIR, MUGISSEMENT.
+ MURMURE, MURMURER.
+ MUSC.
+
+O
+
+ OIE.
+ OISEAU.
+ OUATE.
+
+P
+
+ PÂMER, PÂMOISON.
+ PEPIER.
+ PIAILLER, PIAILLERIE, PIAILLEUR.
+ PEPIE.
+ PIPÉE.
+ PIC.
+ PIQUER.
+ PIOCHE.
+ BÊCHE.
+ * POUPE.
+ POUPÉE.
+ POUPON.
+ PUER.
+
+R
+
+ RACLER.
+ RAIRE ou RÉER.
+ RUT.
+ RÂLE, RÂLEMENT, RÂLER.
+ RÂLE, oiseau.
+ RAUQUE.
+ ROQUET.
+ REDONDANCE.
+ RETENTIR, RETENTISSEMENT.
+ RINCER.
+ RONFLEMENT, RONFLER.
+ ROSSIGNOL.
+ * ROUCOULEMENT, ROUCOULER.
+ ROUE.
+ ROUTE.
+ _A la note._
+ ROUAGE, ROUER.
+ ROUET.
+ ROUELLE.
+ ROTULE.
+ ROTATEUR.
+ ROTE.
+ RODER.
+ RODEUR.
+ ROULER.
+ ROULANT.
+ ROULEAU.
+ ROULEMENT.
+ ROULADE.
+ ROULAGE.
+ ROULIER.
+ ROULETTE.
+ ROULIS.
+ ROULON.
+ RÔLE.
+ RÔLER.
+ ENRÔLER, ENROTULER.
+ ENRÔLEMENT, ENRÔLEUR.
+ ROTONDE.
+ ROTONDITÉ.
+ ROND.
+ RONDEUR.
+ RONDELET.
+ RONDIN.
+ RONDINER.
+ RONDACHE, RONDELLE.
+ RONDEAU.
+ RONDE.
+ A LA RONDE.
+ RONDEMENT
+ ARRONDIR.
+ ARRONDISSEMENT.
+ ROUTE.
+ ROUTIER.
+ ROUTINE.
+ ROUTINIER.
+ DÉROUTER.
+ RUGIR, RUGISSEMENT.
+ RUISSEAU, RUISSELER.
+ ROUIR.
+
+S
+
+ SANGLE, SANGLER.
+ CINGLER.
+ SAPER.
+ SAPE.
+ SCIE, SCIER.
+ SCION.
+ SIFFLER.
+ SILLON, SILLONNER.
+ SILLAGE.
+ SIPHON.
+ SOUFFLER.
+ SOURDRE.
+ * STRIDENT.
+ STRIE.
+ SUCER.
+ SUC.
+ SUCRE.
+ * SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER.
+
+T
+
+ TACT.
+ TIC TAC.
+ TIC.
+ TIQUETÉ.
+ TÂTER, TÂTONNER, À TÂTONS.
+ TAFFETAS.
+ TAMBOUR.
+ TARABUSTER.
+ TAMPON.
+ TAPE, TAPER.
+ SE TAPIR.
+ TAPON.
+ TAUPIN.
+ ÉTOUPE.
+ TAN.
+ TAON.
+ TARABAT.
+ TARIN.
+ TETER.
+ TETTE.
+ TIMBALES.
+ TIMBRE.
+ TIMPAN.
+ TIMPANON.
+ TINTEMENT, TINTER.
+ TINTEMENT ou TINTOUIN.
+ TINTAMARRE.
+ TOCSIN.
+ TONNER, TONNERRE.
+ TORRENT.
+ * TOURDE.
+ ÉTOURDIR.
+ TOURTEREAU, TOURTERELLE.
+ TOUSSER, TOUX.
+ TRACAS, TRACASSER.
+ TRANSIR.
+ TERREUR.
+ TREMBLEMENT.
+ TREMBLER.
+ TREMBLOTTER.
+ TREMBLE, arbre.
+ TRÉMOUSSEMENT, SE TRÉMOUSSER.
+ TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR.
+ TRANTRAN.
+ TRAQUET.
+ TRICTRAC.
+ * TRINQUER.
+ TROMPE, TROMPETTE.
+ TROMBONE.
+ TROT, TROTTER.
+ TURLUT.
+ TIRELIRE.
+
+V
+
+ VAGIR, VAGISSEMENT.
+ VAGUES.
+ VIOLON.
+ VÎTE, VÎTESSE.
+
+Z
+
+ ZESTE.
+ ZIGZAG.
+
+
+
+
+TABLE ALPHABÉTIQUE
+
+_Des Auteurs cités dans cet Ouvrage, ou qui ont été consultés pour sa
+Composition._
+
+
+A
+
+ Albin.
+ Alfieri
+ Amyot.
+ Aristophane.
+
+B
+
+ Baptiste Mantouan.
+ Belon.
+ M. Bernardin de S. Pierre.
+ Bochart.
+ Boileau.
+ Boisrobert.
+ M. de Bonneville.
+ Borel.
+ Boursault.
+ Brisson.
+ Buffon.
+ Bullet.
+
+C
+
+ M. de Cambry.
+ Caseneuve.
+ Castelvetro.
+ Catulle.
+ M. de Châteaubriand.
+ Chapuis (Gabriel).
+ Chevalier.
+ Cholieres.
+ Christian de Troyes.
+ Cicéron.
+ Clotilde de Surville.
+ Clusius.
+ Coquillard.
+ Costar.
+ Covarruvias.
+ Court de Gébelin.
+ Cyrano de Bergerac.
+
+D
+
+ Dante.
+ M. David de Saint-Georges.
+ Davies.
+ Debrosse.
+ M. Delille.
+ Mad. Deshoulières.
+ Desmarets.
+ Dubartas.
+ Dubellay.
+ Ducange.
+ Duclos.
+ Dufouilloux.
+ Dumarsais.
+ Dumonin (Edouard).
+ Duverdier.
+
+E
+
+ Edwards.
+ Ennius.
+ Euripide.
+
+F
+
+ Fernandez.
+
+G
+
+ Mad. de Genlis.
+ Gringore.
+ Guichard.
+
+H
+
+ Hauteroche.
+ Herbinius.
+ Hesichius.
+
+J
+
+ Jérémie.
+ Saint-Jérôme.
+
+K
+
+ Klein.
+
+L
+
+ Le père Labbe.
+ La Bruyère.
+ La Fontaine.
+ M. Lalanne.
+ La Monnoye.
+ Latour d'Auvergne.
+ Le Brigand.
+ Le Duchat.
+ Legros.
+ Dom Lepelletier.
+ Leroux.
+ Letourneur.
+ Linguet.
+ Linné.
+ Lorris (Guillaum. de).
+ Lucrèce.
+
+M
+
+ Malherbe.
+ Marcgrave.
+ Marot.
+ Martinet.
+ Ménage.
+ M. Mercier.
+ Milton.
+ Molière.
+ Monnet.
+ Montaigne.
+
+N
+
+ Nicod.
+ Nicole Gilles.
+
+O
+
+ Ossian.
+
+P
+
+ Paradin.
+ M. de Parny.
+ Pasquier.
+ Perse.
+ Pison.
+ Plutarque.
+ Poisson.
+ Polidore Virgile.
+
+Q
+
+ Quinault.
+
+R
+
+ Rabelais.
+ Racine.
+ Ramus.
+ Regnier.
+ Rivarol.
+ Ronsard.
+ M. de Roujoux.
+ Rousseau (Jean-Bapt.)
+ Rousseau (Jean-Jacq.)
+
+S
+
+ Saint-Amand.
+ Saumaise.
+ Saunderson.
+ Scaliger.
+ Schiller.
+ Schrevelius.
+ Seba.
+ Servius.
+ Skinner.
+ Souchu de Rennefort.
+ Sterne.
+ Swift.
+
+T
+
+ Théophile.
+ Trenck (le baron de).
+
+V
+
+ Varron.
+ Villon.
+ Virgile.
+ Voltaire.
+
+Y
+
+ Young.
+
+
+
+
+NOTE SUR LA TRANSCRIPTION
+
+
+On a conservé à l'identique l'orthographe de l'original, y compris ses
+variantes (par exemple ame/âme, poète/poëte, etc.), à l'exception des
+coquilles manifestes (ex. qni au lieu de qui) qui ont été corrigées.
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonné des onomatopées
+françaises, by Charles Nodier
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 41577 ***