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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 41577 ***
+
+DICTIONNAIRE
+
+RAISONNÉ
+
+DES ONOMATOPÉES
+
+FRANÇAISES,
+
+PAR CHARLES NODIER.
+
+ADOPTÉ
+
+Par la Commission d'Instruction publique,
+
+POUR LES BIBLIOTHEQUES DES LYCÉES.
+
+
+PARIS,
+
+DEMONVILLE, Imprimeur-Libraire,
+
+rue Christine, Nº. 2.
+
+1808.
+
+
+
+
+A
+
+MONSIEUR OUDET,
+
+BIBLIOTHÉCAIRE DE LA POLICE GENERALE.
+
+HOMMAGE
+
+_De l'estime et de la reconnaissance._
+
+
+
+
+PRÉFACE.
+
+
+On a desiré quelquefois un dictionnaire des Onomatopées françaises. On a
+cru que ce recueil serait utile à ceux qui étudient notre langue, et je
+souhaite que mon ouvrage ne trompe pas cette espérance.
+
+Il y a, sans doute, peu de mérite à ces sortes de compilations. Ce sont
+de ces travaux qui, suivant l'expression de Duverdier, exigent plus de
+zèle que de talent, et plus de patience que d'industrie. Mais c'est en
+cela même qu'ils sont dignes de quelque considération, quand ils
+atteignent leur but, puisqu'ils supposent à la fois du désintéressement
+et du courage. On connaît ces vers de Scaliger:
+
+ _Si quem dura manet sententia judicis olim,
+ Damnatum aerumnis suppliciisque caput:
+ Hunc neque fabrili lassent ergastula massa,
+ Nec rigidas vexent fossa metalla manus.
+ Lexica contextat: nam, caetera quid moror? Omnes
+ Poenarum facies hic labor unus habet._
+
+«L'Onomatopée, dit Dumarsais, est une figure par laquelle un mot imite
+le son naturel de ce qu'il signifie. On réduit sous cette figure les
+mots formés par imitation du son, comme le _glouglou_ de la bouteille:
+le _cliquetis_, c'est-à-dire le bruit que font les boucliers, les épées,
+et autres armes en se choquant: le _tric trac_ qu'on appelait autrefois
+_tic tac_, sorte de jeu assez commun, ainsi nommé du bruit que font les
+dames et les dez dont on se sert à ce jeu: _tinnitus acris_, tintement,
+c'est le son clair et aigu des métaux: _bilbire_, _bilbit amphora_, la
+petite bouteille qui fait glouglou, on le dit d'une petite bouteille
+dont le goulot est étroit: _taratantara_, c'est le bruit de la
+trompette,
+
+ _At tuba terribili sonitu taratantara dixit._
+
+»C'est un ancien vers d'Ennius au rapport de Servius. Virgile en a
+changé le dernier hémistiche qu'il n'a pas trouvé assez digne de la
+poésie épique; voyez Servius sur ce vers de Virgile:
+
+ _At tuba terribilem sonitum procul aere canoro
+ Increpuit._
+
+»_Cachinnus_, c'est un rire immodéré. _Cachinno, onis_, se dit d'un
+homme qui rit sans retenue. Ces deux mots sont formés du son ou du bruit
+que l'on entend, quand quelqu'un rit avec éclat.
+
+»Il y a aussi plusieurs mots qui expriment le cri des animaux, comme
+_bêler_, qui se dit des brebis.
+
+»_Baubari_, aboyer, se dit des gros chiens. _Latrare_, aboyer, hurler,
+c'est le mot générique. _Mutire_, parler entre les dents, murmurer,
+gronder comme les chiens. Les noms de plusieurs animaux sont tirés de
+leurs cris, sur-tout dans les langues originales.
+
+»_Upupa_, huppe, hibou.
+
+»_Cuculus_, qu'on prononçait coucoulous, un coucou, oiseau.
+
+»_Hirundo_, une hirondelle.
+
+»_Hulula_, une chouette.
+
+»_Bubo_, un hibou.
+
+»_Gracculus_, un choucas, espèce de corneille.
+
+»_Gallina_, une poule»...
+
+»Le nom de cette figure est composé de deux mots grecs, _onoma_,
+_nomen_, et _poïo_, _fingo_. _Nominis seu vocabuli fictio._»
+
+Il paraîtra, peut-être, étonnant qu'on ne puisse citer sur l'Onomatopée
+que cette notice imparfaite, et à-peu-près insignifiante. Elle n'a été
+traitée qu'en passant par Dumarsais, parce que les détails auxquels elle
+aurait pu le conduire étaient étrangers au plan et à la marche de son
+ouvrage. Ici même, il serait hors de propos d'épuiser cette matière, et
+de rassembler les raisonnemens qui attestent que les langues n'ont pas
+eu d'autre type, et n'ont pas suivi dans leur formation d'autre mode que
+cette figure. En attendant que je puisse offrir au public le résultat
+des études dont cette question a été pour moi l'objet, je dois me borner
+à des applications purement classiques; et si j'y attache cependant
+quelques considérations élémentaires qui feront pressentir mon systême,
+c'est que j'ai cru qu'il étoit nécessaire à la tête d'un recueil
+d'Onomatopées, de donner de l'Onomatopée une idée plus distincte et plus
+précise que celles qu'on puiserait dans les vagues définitions des
+rhéteurs.
+
+ La parole est le signe de la pensée,
+ L'écriture est le signe de la parole.
+
+Pour faire passer une sensation dans l'esprit des autres, on a dû
+représenter l'objet qui la produisait par son bruit ou par sa figure.
+
+Les noms des choses, parlés, ont donc été l'imitation de leurs sons, et
+les noms des choses, écrits, l'imitation de leurs formes.
+
+L'Onomatopée est donc le type des langues prononcées, et l'hieroglyphe,
+le type des langues écrites.
+
+Les êtres qui n'ont pas des formes propres et des bruits particuliers
+n'ont été dénommés que par analogie, soit dans le langage, soit dans
+l'écriture.
+
+Les abstractions morales qui sont plus ou moins postérieures à
+l'établissement des premières sociétés, du moins en très-grande partie,
+ont dû être dénommées, conformément à la même règle.
+
+Les premiers rapports des choses sensibles et des choses
+intellectuelles, tels qu'ils ont été saisis par des sens neufs, ayant
+échappé à nos organes, à travers la succession des temps, ne peuvent
+être que difficilement retrouvés. Les motifs qui ont déterminé la
+désignation de ces idées, étant assez généralement perdus, il restera
+dans les langues une partie qu'on peut appeler la langue abstraite, et
+dont l'origine ne se démontrera que par une longue suite d'analyses et
+de comparaisons.
+
+L'autre partie s'expliquera d'elle-même. La nature se nomme.
+
+On aurait tort de conclure, cependant, que suivant les principes que
+j'émets, tous les hommes dussent parler la même langue, ou que toutes
+les langues du moins, dussent rapporter leurs termes aux mêmes racines;
+car, non-seulement, les objets physiques ne nous apparaissent pas à tous
+sous les mêmes rapports, en raison de la variété de notre organisation;
+mais encore il n'en est aucun qui ne puisse nous apparaître sous un
+grand nombre de rapports différens, parmi lesquels notre choix s'est
+fixé quand il s'est agi de déterminer des signes. Il n'est donc pas
+surprenant que dans des temps postérieurs à la création d'une langue
+première, et après de grandes révolutions du globe qui ont dispersé les
+hommes et effacé les traditions, on en soit venu à reconstruire de
+nouvelles langues, formées sur des racines nouvelles; mais le procédé
+aura été le même, l'analyse de ces langues n'exigera que le même genre
+d'études, et on remontera par elles, comme par les langues
+antérieurement parlées, aux racines naturelles, seule et véritable
+source de tout idiome.
+
+Il en sera de même des mots à sens abstrait ou figuré, car l'esprit ne
+fait pas par-tout les mêmes comparaisons et ne saisit pas toujours les
+mêmes analogies. Tel aperçoit entre deux objets une relation qui n'y
+sera point pour les autres, ou qui ne se révélera à leur esprit qu'au
+moyen d'une série d'observations moins rapides.
+
+Ces modifications dans la nature des sons dont se composent les langues,
+dépendent de toutes sortes d'influences dont il serait trop long
+d'examiner l'effet; mais celle des climats s'y fait sur-tout
+reconnaître. Dans le vocabulaire des pays chauds, tous les mots sont
+vocaux et fluides. Le grec a une emphase majestueuse, comme le bruit des
+flots du Pénée. L'italien roule dans ses syllabes sonores, le murmure
+des cascatelles et le frémissement des oliviers. Dans celui des pays
+froids, tous les mots sont rudes et consonnans; leurs sons retentissans
+et heurtés rappellent la rumeur des torrens, le cri des sapins que
+l'orage courbe, et le fracas des rocs qui s'écroulent.
+
+L'extension des sons radicaux qui expriment une chose bruyante à des
+sensations d'un autre ordre, n'est pas plus difficile à comprendre.
+Parmi les sensations de l'homme, il n'y en a qu'un certain nombre qui
+soient propres au sens de l'ouïe, mais comme c'est à ce sens que
+s'adresse la parole, et que c'est par lui qu'elle transmet le signe de
+l'objet qui nous frappe, toutes les expressions paraissent formées pour
+lui. Des sons ne peuvent exprimer par eux-mêmes les sensations de la
+vue, du goût, du tact et de l'odorat, mais ces sensations peuvent se
+comparer jusqu'à un certain point avec celle de l'ouïe, et se rendre
+manifestes par leur secours. Ces comparaisons n'ont rien d'ailleurs qui
+ne soit naturel et facile. C'est à elles que toutes les langues doivent
+les figures et tout concourt à prouver que le langage de l'homme
+primitif était très-figuré.
+
+Quand on dit qu'une couleur est éclatante, par exemple, on n'entend
+point par là qu'une couleur puisse produire sur l'organe auditif la
+sensation d'un bruit violent, comme celui dont la racine du mot
+_éclatant_ est l'expression; mais bien que cette couleur produit sur
+l'organe visuel une sensation vive et forte comme celle à laquelle on la
+compare.
+
+L'impression que font éprouver à l'organe du goût les substances acres,
+âpres ou aigres, n'est accompagnée d'aucun bruit qui reproduise à
+l'oreille la racine de ces mots qualificatifs; mais elle rappelle à
+l'organe de l'ouïe les impressions qui ont agi sur lui d'une manière
+analogue. Si on était porté à croire que ces idées sont forcées, et que
+l'esprit ne fait pas aisément les comparaisons de sensations, il
+suffirait de jeter un coup-d'oeil sur les poésies primitives qui en sont
+remplies, ou de donner un instant à la conversation d'un homme ingénieux
+et simple. Le langage des enfans abonde en figures de cette espèce, et
+au défaut du terme propre, ils emploient souvent le signe d'une
+sensation étrangère pour représenter la leur. Les femmes qui ont la
+sensibilité plus délicate, et qui saisissent plus vîte les rapprochemens
+les plus fins, en font aussi un grand usage. Enfin, on peut dire que les
+sens se servent si nécessairement les uns les autres, que sans les
+emprunts qu'ils se font, on ne pourrait guère peindre qu'imparfaitement
+les effets qui leur sont propres, et qu'il n'y a rien qui en rende la
+perception plus exacte et plus profonde.
+
+Indépendamment des mots formés par imitation, il y a dans les langues un
+très-grand nombre de mots qui sans avoir la même origine n'en sont pas
+moins composés très-naturellement, et doivent être rapportés à la même
+figure, c'est-à-dire, à l'Onomatopée, littéralement, _fiction de nom_.
+
+Par exemple, chaque touche vocale étant appropriée à deux ou trois sons
+particuliers, on ne s'étonnera pas que le nom de ces touches ait été
+construit sur les sons auxquels elles étaient affectées. C'est ce que
+j'appellerais langue mécanique. Ainsi, la lettre labiale B a désigné
+initialement dès le commencement des langues l'organe qui la forme.
+
+Les lettres dentales D et P ont caractérisé les dents.
+
+Les lettres gutturales G et K expriment universellement l'idée de gorge
+et de gosier.
+
+La nazale N indique le nez.
+
+La lettre L a été consacrée à la langue, parce qu'elle est le plus
+liquide des sons que la langue forme, et que la langue, pour la
+prononcer, ne faisant qu'agir contre la voûte du palais, en paraît
+d'abord la seule touche et le seul agent.
+
+Qui ne voit quelles immenses générations, cette petite quantité de mots
+a pu fournir, et jusqu'à quel point leurs dérivations ont dû s'étendre
+dans les langues?
+
+Ensuite, en considérant, avec tous les philosophes qui ont analysé la
+parole, les sons simples ou vocaux comme la première langue de l'homme,
+et en passant de là aux sons compliqués, ou consonnans, qui ont dû se
+succéder suivant le degré de facilité de leur prononciation, nous
+verrons les langues s'enrichir d'une immense famille d'expressions
+également naturelles, et c'est ce que j'appelle la langue puérile, parce
+qu'elle se retrouve toute entière dans le premier langage des enfans.
+
+Le desir, la haine, l'épouvante, le plaisir, toutes les passions que
+peut éprouver l'homme si voisin de son berceau, ne se manifestent
+d'abord que par une émission de sons simples, de cris ou de vagissemens.
+C'est sa langue vocale.
+
+Il invente de nouvelles lettres à mesure que ses organes se développent,
+et qu'il commence à juger de leurs rapports et de leurs actions
+réciproques. Il apprend l'emploi des touches de la parole. C'est sa
+langue consonnante ou articulée.
+
+Mais comme il ne s'en instruit que lentement, et dans un ordre
+successif, en allant du plus simple au plus composé, les sons dont
+l'artifice est le plus facile sont les premiers qu'il saisisse, et par
+conséquent les premiers qu'il attache à ses idées. Telles sont les
+lettres labiales.
+
+Aussi observe-t-on que ces lettres sont les caractéristiques de toutes
+les idées essentiellement premières qu'admet l'esprit des enfans. C'est
+par elles qu'ils désignent presque toutes les choses qui les touchent
+immédiatement, comme le _bien_ et le _mal_ physique, les rapports de
+_parenté_ les plus prochains, le _boire_, le _manger_, l'action même de
+_parler_, etc.
+
+Parcourez les peuples de l'univers, anciens et modernes, dit M. de
+Brosse; vous verrez que dans tous les siècles et dans toutes les
+contrées, on employe la lettre de lèvre, ou à son défaut la lettre de
+dent, ou toutes les deux ensemble, dans la construction des mots
+enfantins qui représentent ceux de _père_ et de _mère_.
+
+Le Chananéen, continue-t-il, l'Hébreu, le Syriaque, l'Arabe, et autres
+dérivés de l'Assyrien et du Phénicien, que nous n'avons plus, disent
+_aB_, _aBBa_, _aVa_, _aBoh_, _aBou_;
+
+Le Grec, le Latin, l'Italien, l'Espagnol, le Français: _PaTer_, _PaDre_,
+_Père_;
+
+L'Istrien, le Catalan, le Portugais, le Gascon: _Pari_, _Para_, _Pae_,
+_Paire_;
+
+Le Tudesque, le Francisque, l'Anglo-Saxon, le Belgique, le Flamand, le
+Frison, le Rhunique, le Scandinave, l'Écossais, l'Anglais, l'Allemand,
+le Persan, et autres qui paraissent dérivés du Scythe: _FaDer_, _FaTer_,
+_VaTTer_, _VaDer_, _PaDer_, _Payer_, _Peer_, _Feer_, _FoeDor_, _FaDiir_,
+_FaTher_, _FaTTer_, etc.
+
+L'Arcadien, _FaVor_;
+
+Le Malabare, _PiTaVe_;
+
+Le Chingulais de l'île Ceylan, _PiTa_;
+
+L'Ethiopien, l'Abyssin, le Mélindien des Côtes d'Afrique, et autres qui
+paraissent dérivés de l'Arabe: _aBi_, _aBBa_, _aBa_, _BaBa_;
+
+Le Turc, _BaBa_;
+
+Le Moresque, _aBBé_;
+
+Le Sarde, _BaBu_;
+
+L'ancien Rhoetique, _PaPa_;
+
+Le Hongrois, _aPa_;
+
+Le Malais de l'Inde et du Bengale, _BaPPa_;
+
+Le Balie des Siamois, _Poo_;
+
+Le Mogol, _BaaB_;
+
+Le Tangut, _haPa_;
+
+Le Thibet, _Fa_;
+
+Le Hottentot, _Bo_;
+
+Les Chinois, l'Annamitique du Tunquin, _Fu_, _Phu_;
+
+Le Tartare, _BaBa_;
+
+Le Mantcheou, _aMa_;
+
+Le Tunguz, _aMin_;
+
+Le Georgien et l'Ibérien, _MaMa_;
+
+Le Caraïbe, _BaBa_;
+
+Le Groënlandais, _uBia_;
+
+Le Galibis, _BaBa_;
+
+Le Sauvage de la rivière des Amazônes, _PaPe_;
+
+Le Kalmouck, _aBega_;
+
+Le Samoïède, _aBaM_;
+
+Le Moluquois, _BaPa_;
+
+Le Tamoul, _BiTa_, _ViDa_;
+
+Passant ensuite à la lettre de dent, le même Savant rapporte les
+synonimies de l'Egyptien, du Cophte, de l'Africain d'Angola, qui disent
+_TaauT_, _TheuT_, _ThoT_, _ToT_;
+
+L'Africain du Congo dit _TaT_;
+
+Le Cimraëc, le Celtique, l'Armorique, le Bas-Breton, le Gallois, le
+Cantabre disent _TaaT_, _TaaD_, _TaD_, _TaTh_, _Taz_, _aiTa_;
+
+L'Irlandais, _naThair_;
+
+Le Gothique, _aTTa_;
+
+L'Epirote, _aTTi_;
+
+Le Frison, _haiTe_;
+
+Le Valaque, _TaTul_;
+
+L'Esclavon, le Russe, le Polonais, le Bohémien, le Dalmate, le Croate,
+le Vandale, le Bulgare, le Servite, le Carnique, le Lusacien, et autres
+dérivés de l'ancien Illyrien et de l'ancien Sarmate: _oTTsc_, _oTsche_,
+_oTshe_, ou par corruption, _oièze_, _woTzo_, _wschzi_, _oTzki_,
+_wosche_;
+
+Le Sauvage de la Nouvelle Zemble, _oTcze_;
+
+Le Lapon, _aTTi_;
+
+Le Livonien, le Curlandais, le Prussien, le Lithuanien, le
+Mecklenbourgeois: _TaBas_, _Tewes_, _Tews_, _Thawe_, _Tewe_;
+
+Le Hongrois, _aTyank_, _aTya_;
+
+Les Sauvages du Canada, _aisTan_, _ayTan_, _ouTa_, _aDatti_;
+
+Le Huron, _aihTaha_;
+
+Le Groënlandais, _aTTaTa_;
+
+Le Mexicain, _TaThli_;
+
+Le Brasilien, _TuBa_;
+
+Le Sybérien, _aTaï_;
+
+Le Russe, _oTeTze_, etc.
+
+Je ne serais même point étonné qu'on m'alléguât que la lettre dentale de
+l'une et de l'autre touche paraît déjà d'un artifice un peu difficile
+pour ces premiers essais de la parole, et que l'expérience prouve
+d'ailleurs que les enfans ne l'employent point successivement, mais
+simultanément avec les lettres labiales. Il sera aisé de répondre à
+cette objection, en rappelant simplement que l'articulation de cette
+lettre nous est apprise, en quelque sorte, dès le premier jour de la
+vie, puisque la succion du sein de la mère se fait nécessairement avec
+un petit claquement de la langue contre la partie la plus extérieure du
+palais, à l'origine des dents, ou plutôt vers la place qu'elles doivent
+occuper, et que ce bruit ne peut être représenté que par la lettre
+dentale douce ou forte. Aussi, voit-on que le son _thet_ ou _theta_,
+représenté chez les Grecs par une lettre qui a la forme de la mamelle
+avec son mamelon, est, dans toute les langues connues, le type ou la
+racine des signes servant à exprimer les idées qui ont rapport à
+l'action de teter, comme de ceux qui désignent les premières relations
+de parenté.
+
+Veut-on s'assurer de l'affinité de la langue puérile et de la langue
+primitive dans leurs progrès? Que l'on consulte les vocabulaires
+recueillis par les voyageurs et les missionnaires chez les peuples
+incivilisés, on verra que presque tous leurs mots sont composés de
+voyelles et de consonnes des premières touches.
+
+C'est encore guidé par le même principe d'imitation et d'analogie, que
+l'homme a composé un grand nombre de mots, d'après l'affinité de nature
+qu'il a cru apercevoir entre le son de certaines lettres et l'esprit de
+certaines idées. La lettre _h_, par exemple, voyelle indéterminée, ou
+plutôt signe particulier d'aspiration, qu'on attache quelquefois aux
+voyelles, fut propre à exprimer imitativement tous les accidens de la
+respiration humaine; mais en la considérant sous le rapport de son
+esprit, et en prenant égard à la manière dont elle est formée, qui a
+quelque chose d'un empressement avide, d'une rapacité impatiente, on la
+consacra à représenter les idées qui ont rapport à l'action de saisir ou
+de dérober. La palatale roulante R peignait à l'oreille un bruit
+méchanique engendré par le mouvement circulaire des corps; et comme on
+ne peut faire rendre ce son à la touche, par un mouvement simple et
+indécomposable de la langue, mais seulement par un _frôlement_ rapide et
+prolongé de cet instrument, il est devenu le caractère de tous les
+signes par lesquels on avait à rendre l'idée de continuité, de
+répétition, de renouvellement; et cela s'est opéré d'une manière si
+naturelle, qu'il est commun dans les langues de le voir unir
+capricieusement et sans règles à toutes les espèces de mots dans
+lesquels on a besoin d'indiquer la réproduction ou la multiplicité
+d'action, et que le peuple l'employe tous les jours arbitrairement à cet
+usage.
+
+«On peut remarquer, dit M. de Châteaubriand sur ce sujet, que la
+première voyelle de l'alphabet se trouve dans presque tous les mots qui
+peignent les scènes de la campagne, comme dans _charrue_, _vache_,
+_cheval_, _labourage_, _vallée_, _montagne_, _arbre_, _pâturage_,
+_laitage_, etc.; et dans les épithètes qui ordinairement accompagnent
+ces noms, tels que _pesante_, _champêtre_, _laborieux_, _grasse_,
+_agreste_, _frais_, _délectable_, etc. Cette observation tombe avec la
+même justesse sur tous les idiomes connus. La lettre _a_ ayant été
+découverte la première, comme étant la première émission naturelle de la
+voix, les hommes, alors pasteurs, l'ont employée dans tous les mots qui
+composaient le simple dictionnaire de leur vie. L'égalité de leurs
+moeurs et le peu de variété de leurs idées, nécessairement teintes des
+images des champs, devaient aussi rapeler le retour des mêmes sons dans
+le langage. Le son de l'_a_ convient au calme d'un coeur champêtre et à
+la paix des tableaux rustiques. L'accent d'une ame passionnée est aigu,
+sifflant, précipité; l'_a_ est trop long pour elle: il faut une bouche
+pastorale qui puisse prendre le temps de le prononcer avec lenteur. Mais
+toutefois il entre fort bien encore dans les plaintes, dans les larmes
+amoureuses, et dans les naïfs _hélas_ d'un chévrier. Enfin, la nature
+fait entendre cette lettre rurale dans ses bruits, et une oreille
+attentive peut la reconnaître diversement accentuée, dans les murmures
+de certains ombrages, comme dans celui du tremble et du lière, dans la
+première voix ou la finale du bêlement des troupeaux, et la nuit dans
+les aboiemens du chien rustique.»
+
+L'Onomatopée est d'un grand secours aux poëtes, puisqu'elle est comme
+l'ame de l'harmonie pittoresque et de la poésie imitative.
+
+ Quels qu'ils soient, aux objets conformez votre ton.
+ Ainsi que par les mots exprimez par le son.
+ Peignez en vers légers l'amant léger de Flore.
+ Qu'un doux ruisseau murmure en vers plus doux encore.
+ Entend-on d'un torrent les ondes bouillonner?
+ Le vers tumultueux en roulant doit tonner,
+ Que d'un pas lent et sourd le boeuf fende la plaine,
+ Chaque syllabe pèse, et chaque mot se traîne.
+ Mais si le daim léger bondit, vole et fend l'air,
+ Le vers vole et le suit aussi prompt que l'éclair,
+ Ainsi de votre chant la marche cadencée
+ Imite l'action et note la pensée.
+
+On voit qu'indépendamment des Onomatopées nombreuses qu'a employées le
+poëte, il a trouvé un autre moyen d'harmonie dans le concours heureux de
+certains mots choisis, qui sans être imitatifs par eux-mêmes, produisent
+cependant une imitation parfaite.
+
+ Que d'un pas lent et lourd le boeuf fende la plaine.
+
+Ce vers, par exemple, est composé de monosyllabes durs et heurtés qui
+représentent très-bien la marche du boeuf, et qui la notent exactement à
+l'oreille.
+
+Tout le monde se rappelle cet admirable passage de Boileau, dans le
+poëme du _Lutrin_:
+
+ Ses ais demi pourris que l'âge a relâchés
+ Sont à coup de maillet unis et rapprochés.
+ Sous les coups redoublés tous les bancs retentissent;
+ Les murs en sont émus, les voûtes en mugissent,
+ Et l'orgue même en pousse un long gémissement.
+ Que fais-tu, chantre, hélas! dans ce triste moment?
+ Tu dors d'un profond somme.
+
+Cet hémistiche ne le cède en rien au _procumbit humi bos_ de Virgile.
+
+Ces exemples ne sont pas rares chez les Latins, et sur-tout dans ce
+dernier poëte. Il n'est personne qui n'ait entendu citer ces vers d'une
+si riche harmonie:
+
+ _Tum ferri rigor atque argutae lamina serrae._
+
+ _Quadrupedante putrem sonitu quatit ungula campum._
+
+ _Necdum etiam audierant inflari classica, necdum
+ Impositos duris crepitare incudibus enses._
+
+ _Luctantes ventos, tempestatesque sonoras._
+
+ _Continuò ventis surgentibus, aut freta ponti.
+ Incipiunt agitata tumescere, et aridus altis
+ Montibus audiri fragor, aut resonantia longè
+ Littora misceri, et nemorum increbrescere murmur._
+
+On est même parvenu à exprimer les différentes passions de l'ame, au
+moyen de la seule prosodie.
+
+ Ses gardes affligés
+ Imitaient son silence autour de lui rangés:
+ Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes,
+ Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes;
+ Ces superbes coursiers qu'on voyait autrefois
+ Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix,
+ L'oeil morne maintenant et la tête baissée
+ Semblaient se conformer à sa triste pensée.
+
+Et dans Virgile:
+
+ _Extinctum Nymphae crudeli funere Daphnim
+ Flebant._
+
+Mais autant ces belles combinaisons sont agréables et ingénieuses,
+autant est misérable l'abus qu'on en a fait quelquefois, et
+principalement de nos jours. Puisqu'on a osé reprocher à Racine un
+emploi trop recherché de l'Onomatopée dans certains vers d'_Andromaque_
+et de _Phèdre_, que doit-on penser, en effet, de ces poëmes descriptifs
+devenus si communs, et qui ne sont, à dire vrai, qu'un entassement
+laborieux d'expressions étudiées? Cette affectation est tout-à-fait
+indigne d'un vrai poëte, et le résultat de tant d'efforts minutieux
+n'est bon qu'à augmenter le nombre de ces _nugae difficiles_ si
+méprisées des gens de goût. Il me serait trop aisé de montrer à quel
+point on a porté récemment ce travers d'esprit, et ce que j'en dirais ne
+serait peut-être pas sans utilité; mais qu'il me suffise de rappeler la
+description de l'alouette, par Dubartas, qui est le prototype de toutes
+les sottises qu'on a faites dès-lors en ce genre.
+
+Je ferai la même observation sur les mots purement factices que des
+auteurs peu délicats dans le choix des termes, ont cru pouvoir créer
+pour exprimer des sons qu'ils ne savaient pas imiter autrement. Si une
+pareille fantaisie était de nature à devenir contagieuse, la langue
+serait bientôt inondée d'onomatopées barbares, et n'offrirait plus
+qu'une suite de cacophonies intolérables. Le vers macaronique, qui peint
+les éclats de l'escopette, et le _taratantara_ d'Ennius sont de cette
+espèce; mais il n'y a rien de comparable, parmi les abus de l'harmonie
+imitative et du langage factice, au _breke ke koax_ de J.-B. Rousseau.
+Il est d'ailleurs important de remarquer qu'il n'est donné qu'aux poëtes
+d'un grand talent d'employer heureusement les effets d'une harmonie
+rauque et pénible. On ne choque impunément l'oreille, qu'autant qu'il le
+fallait pour ajouter à la force et à l'éclat de la pensée. Ce sont de
+ces licences qui veulent être justifiées par le succès, et qu'on ne
+pardonne qu'en faveur de l'impression qu'elles produisent.
+
+Je parlerai maintenant du plan que je me suis tracé pour la composition
+de ce Dictionnaire. Mon premier projet était de recueillir les
+Onomatopées de tous les peuples, et de faire ainsi un espèce de lexicon
+polyglote de tous les sons naturels qui restent dans les langues, de
+manière à remonter, en quelque sorte, à une langue commune et primitive,
+indépendante des conventions particulières, et universellement
+intelligible. Mais, sans compter les difficultés essentielles que mon
+impuissance aurait opposées à l'exécution de cet ouvrage, ainsi conçu,
+et les circonstances qui ont restreint mes recherches, il m'a semblé
+qu'une énumération raisonnée des Onomatopées françaises remplirait assez
+bien le dessein le plus important que je me sois proposé, qui est
+d'épargner un soin incommode et futile, et de présenter, sous un cadre
+étroit, une série de rapprochemens curieux à ceux que ce genre
+d'observations intéresse, et qui peuvent en tirer parti pour leurs
+études.
+
+J'ai cru cependant ne pas devoir négliger les principales Onomatopées
+que les langues mortes ou étrangères ont consacrées; mais je ne les ai
+recueillies qu'autant qu'elles avaient rapport à des Onomatopées
+françaises, et qu'il résultait de leur analogie une comparaison
+instructive et piquante.
+
+Je ne me suis point attaché à rassembler tous les mots dont un son
+naturel a pu être la racine. Je crois ces mots très-nombreux, mais
+inutiles à mon plan. Je crois même qu'il n'y en a presque point qu'on ne
+dérive au besoin de cette espèce d'origine, soit immédiatement, soit par
+extension. On pourra voir quelques-unes de leurs immenses générations,
+dans le systême de M. Court de Gébelin, systême spirituel et séduisant,
+mais encore un peu conjectural, comme tous les systêmes, et dans
+l'ouvrage non moins docte et non moins ingénieux que prépare un écrivain
+de l'amitié duquel j'aime à m'honorer, M. David de Saint-Georges. Je
+répète que si l'avenir me laisse quelques loisirs, et que ce faible
+essai m'obtienne un seul encouragement de l'indulgence, j'entreprendrai
+sans doute un jour de jeter quelque lumière sur cette partie importante
+de la grammaire générale, et d'appliquer d'une manière plus complète ma
+théorie des étymologies naturelles. En attendant, il n'y aura ici que
+des Onomatopées incontestables et frappantes, et qu'il sera aisé de
+ramener à leur racine, sans le secours d'une analyse laborieuse.
+
+Je n'ai pas cherché non plus à rapporter à chaque Onomatopée spécifique
+toutes les expressions qui en sont composées dans notre langue, et tous
+les modes qu'elle a subis, si ce n'est quand il a pu sortir de cette
+aride énumération des observations de quelque intérêt. Ceux à qui ces
+dérivations ne paraîtraient pas si superflues, les retrouveront sans
+peine en partant du mot typique.
+
+Enfin, j'ai rangé sous le même titre, et à leur rang alphabétique, un
+certain nombre d'Onomatopées que notre langue n'a point encore admises,
+mais qui sont comme naturalisées par l'usage que d'excellens écrivains
+en ont fait. Les Onomatopées anciennes qui sont tombées en désuétude
+avec une partie de notre langue, trouveront place dans cet ouvrage
+toutes les fois qu'elles me sembleront bonnes à conserver, et que je
+n'en verrai pas l'équivalent dans les vocabulaires modernes; mais pour
+éviter les méprises qui proviendraient d'une telle confusion, je
+distinguerai ces deux familles de mots inusités, par l'astérisque en
+tête de l'article.
+
+Qu'on me permette d'ajouter à ce propos que si la manie du néologisme
+est extrêmement déplorable pour les lettres, et tend insensiblement à
+dénaturer les idiomes dans lesquels elle se glisse, il n'en serait pas
+moins injuste de repousser sous ce prétexte, un grand nombre de ces
+expressions vives, caractéristiques, indispensables, dont le génie fait
+de temps en temps présent aux langues. Il n'appartient à personne
+d'arrêter irrévocablement les limites d'une langue, et de marquer le
+point où il devient impossible de rien ajouter à ses richesses.
+Voltaire, pour qui la nôtre était si opulente et si féconde, l'accuse
+d'être une _gueuse_ fière à qui il faut faire l'aumône malgré elle.
+J'avoue que je me suis souvent étonné de la voir exclure tel mot qu'elle
+ne peut remplacer que par une périphrase languissante, et le
+dictionnaire que je soumets au public en renferme quelques-uns de ce
+genre. C'est une témérité qui avait besoin d'apologie.
+
+Au reste, on insistera moins sur le reproche qu'elle devrait me mériter,
+si on daigne se rappeler que la classe de littérature de l'Institut fait
+espérer un dictionnaire qui ne laissera plus de doute sur la valeur des
+mots que notre langue a acquis ou qu'elle a tenté de ressusciter dans
+ces derniers temps. En attendant le monument que cette savante compagnie
+se propose d'élever, l'homme de lettres peut lui apporter des matériaux,
+et le Lexicographe peut essayer d'en réunir quelques-uns, en
+subordonnant son jugement prématuré à celui de ses maîtres.
+
+Je ne finirai point cette préface sans payer de justes tributs de
+reconnaissance à ceux qui ont bien voulu protéger ou éclairer mes
+études. Il en est un à qui j'en ai offert les premiers fruits. Il m'est
+doux de joindre à son nom celui d'un ami que l'élévation de son
+caractère et de ses talents doit porter à de grandes destinées, sous un
+gouvernement qui apprécie et qui récompense, M. de Roujoux, sous-préfet
+de Dôle; si jamais j'ai osé desirer que cet écrit fût accueilli de
+quelque estime, c'était pour le voir plus digne d'eux.
+
+
+
+
+AVIS.
+
+
+_Les mots dont il est question dans ce Dictionnaire, n'étant considérés
+que sous le rapport de leurs sons, on a cru devoir exprimer les
+Onomatopées hébraïques et grecques, par la simple lettre italique, pour
+en mettre la lecture à la portée des premières études._
+
+_L'Astérisque * indique les Onomatopées anciennes tombées en désuétude,
+et les Onomatopées non encore admises, mais employées par quelques bons
+Ecrivains._
+
+
+
+
+ONOMATOPÉES FRANÇAISES.
+
+
+A
+
+* AARBRER. Se cabrer. Terme de Manége, qui se dit des chevaux qui se
+dressent sur les pieds de derrière quand on leur tire trop la bride.
+
+Ce mot, plus énergique que celui qui nous est resté, et dont la double
+voyelle rend la construction plus imitative, est depuis long-temps hors
+d'usage. On le trouve dans le vieux roman de Perceval.
+
+ABOI, ABOIEMENT, ABOIER. En vieux langage, _Abai_.
+
+C'est une des Onomatopées qui expriment le cri du chien. Quelques
+Étymologistes dérivent ce mot de _ad baubare_, forme de _baubare_, que
+les Latins ont dit, ainsi que _boare_. Ces mots eux-mêmes sont des
+Onomatopées.
+
+On peut présumer, au reste, que les Grecs de la colonie de Massilia
+introduisirent dans les Gaules le mot _bauzein_, moins expressif
+qu'_aboier_, mais dont celui-ci doit être fait.
+
+Dans les Langues Canadiennes, un chien s'appelle _gagnenou_, autre
+Onomatopée qui a beaucoup de rapport avec le _canis_ des Latins.
+
+ABOIEMENT, est plus d'usage qu'_aboi_, qui ne s'emploie plus guère qu'au
+figuré. Un de nos poètes dit cependant en parlant du chien:
+
+ De ton champêtre enclos, sentinelle assidue,
+ A toute heure, en tous sens, il parcourt l'étendue:
+ Quelquefois en silence, il rôde; et quelquefois
+ La forêt s'épouvante au bruit de ses _abois_.
+
+ACHOPPEMENT. Ce mot qui était une Onomatopée faite du bruit d'un corps
+qui en heurte un autre, ne s'emploie plus au sens propre. On ne s'en
+sert même que dans cette façon proverbiale de parler: une pierre
+d'_achoppement_, pour dire, Un obstacle inattendu.
+
+CHOPPER, est presque tout-à-fait hors d'usage.
+
+AFFRES. Il ne se dit guères qu'au pluriel. C'est un grand effroi, une
+émotion extrême, causée par quelque terrible vision. L'Onomatopée
+exprime le frémissement qu'excitent l'épouvante et l'horreur. On a donc
+eu tort de dériver ce mot du latin _affari_ ou du grec _phren_ et
+_afronos_, comme Voltaire, qui regrette d'ailleurs qu'on ne l'emploie
+pas plus souvent.
+
+Pourquoi ne dirait-on pas les _affres_ de la mort que l'Académie
+autorise? Il n'y a rien qui puisse mieux représenter les frissons de
+l'agonie. D'_affres_, on a fait
+
+AFFREUX, qui se dit des objets qu'on ne peut voir sans éprouver un
+sentiment de crainte ou d'aversion.
+
+AGACEMENT, AGACER. Du son dont on se sert pour irriter ou _agacer_ les
+animaux, ou bien du bruit que produit sous les dents un fruit acide, ou
+un fruit qui n'est point à sa maturité, et dont l'effet est d'_agacer_
+les dents.
+
+On a dit assez hardiment, au style figuré, les _agaceries_ d'une
+coquette, des regards, des propos _agaçans_, des manières _agaçantes_.
+
+Ménage a très-bien dérivé ce mot du latin _acaciare_, qui a la même
+racine. Il aurait pu remonter jusqu'au grec où elle se trouve également.
+On disait _hegaçç_ en celtique.
+
+AGOUTI. C'est un quadrupède des Antilles, qui a beaucoup de rapport avec
+le lièvre. Son nom est formé d'après son cri qu'on exprime à-peu-près
+par le mot _couy_. M. de Buffon compare ce cri au grognement du cochon.
+
+Pison et Marcgrave disent qu'au Brésil on appelle cet animal _cotia_.
+Souchu de Rennefort l'appelle _couti_, dont on a fait _acouti_ et
+_agouti_.
+
+Il est bon de remarquer en passant, sur ce mot, que la plupart des
+animaux sont caractérisés par l'Onomatopée, et que l'énumération en
+serait devenue fatigante si je ne m'en étais tenu aux indigênes et à
+ceux qui sont tellement connus, que leur nom est devenu propre à la
+Langue. Celui-ci est de cette dernière espèce.
+
+AGRAFFE, AGRAFFER. L'_agraffe_ est une espèce de crochet qui sert
+ordinairement à fixer ensemble les deux côtés d'une robe ou d'un
+manteau. L'Onomatopée consiste dans l'imitation du bruit produit par le
+déchirement de l'objet que les pointes de l'_agraffe_ saisissent.
+
+Le père Labbe croit qu'_agraffer_ a été pris pour _agriffer_. Budée le
+fait venir du grec _agra_, qui signifie l'action de saisir vivement, et
+qui a la même racine naturelle. On peut la reconnaître encore dans le
+verbe hébreu _garah_ ou _garaph_ que Saint Jérôme exprime par le mot
+_arripere_, au cinquième chapitre des Juges.
+
+RAFLER, mot ignoble de notre Langue, se rapporte à ceux-ci par le sens
+et par le son. Les vieux Dictionnaires disent aussi _riffler_.
+
+* RAFLE ou RAPHE, qui n'est plus français, est un mot ancien de la même
+famille. Nicod rapporte ces paroles de Nicole Gilles en la vie de
+Dagobert: «Notre Seigneur Jésus-Christ, afin qu'ils l'en voulsissent
+croire, s'approcha du ladre, et lui passa la main par-dessus le visage,
+et lui osta une _raphe_ de la maladie de lèpre qu'il avoit au visage, si
+que la face lui demeura belle, claire et nette, et le restitua en santé.
+Laquelle _raphe_ est encore gardée en un reliquaire en ladite église
+Saint-Denys». Par lequel mot, ajoute Nicod, il semble vouloir dire une
+poingnée, un plein poing. «Car on dit _rapher_ quand au jeu de dez qu'on
+appelle la _raphe_, ayant gaigné, on prend hastivement ou bien plustost
+rapidement la mise qui est sur le jeu. Ce qu'on dit aussi _raphler_ ou
+_rafler_, et par métaphore, _rafler_ tout, quand on prend rapidement
+tout ce qu'on trouve en un lieu».
+
+Dans le vieux langage, _raphe_ signifiait encore la poignée, le manche
+d'un outil, l'endroit par où on le saisissait.
+
+AGRIPPER. Du bruit que produit le frottement des griffes ou des mains
+contre les corps dont elles s'emparent. _Voyez_ GRIFFE et AGRAFFE.
+
+GRAPPILLER, est peut-être un diminutif de ce verbe, et de là on aurait
+fait
+
+GRAPPE, un fruit sujet à être _grappillé_,
+
+GRAPPILLEUR, celui qui _grappille_,
+
+GRAPPILLON, ce que l'on rejette d'une _grappe_,
+
+GRAPPE, instrument de Menuiserie qui présente plusieurs pointes propres
+à saisir ou _agripper_ le bois,
+
+GRAPPIN, instrument de fer dont on se sert pour accrocher un vaisseau,
+soit pour l'aborder, soit pour y attacher un brûlot.
+
+Je n'ai pas besoin de faire observer que presque tous ces mots sont du
+style le plus bas.
+
+GRAVIR, s'aider avec les ongles dans les anfractuosités d'un chemin
+raboteux.
+
+GRAVIER, le sable qui se détache sous les ongles d'un homme qui
+_gravit_.
+
+GRIMPER, _gravir_ difficilement une route roide et montueuse, me
+paraissent autant d'Onomatopées qui se rapportent à la même racine, et
+que je rassemble autour d'elle pour mettre ici autant d'ordre que la
+méthode alphabétique en permet. Ce qui rend cette analogie plus
+sensible, c'est que le peuple emploie bassement le mot _grappiller_ au
+sens de _gravir_ dans un grand nombre de provinces, et que _gravir_
+s'est même dit _grapir_ en français, selon Borel.
+
+Nicod rapporte _grip_, qui se disait autrefois en style trivial pour
+piraterie et rapine. Les Grecs avaient construit beaucoup de mots sur le
+même son et d'après le même esprit; _gripos_, qui étoit un filet à
+prendre du poisson; _gripeus_, le preneur de poissons; _grupès_, l'ancre
+du navire, et le _grappin_ dont on saisissait un navire ennemi;
+_grupaï_, les aires des vautours et des oiseaux carnassiers.
+
+Nos vieux Écrivains ont employé plus communément encore _grippe_, qui
+signifiait vol et filouterie.
+
+ Je sais bien tous les biais
+ Desquels on se sert pour la _grippe_,
+
+dit Chevalier dans la _désolation des filous_. Cholières, tome II de ses
+Contes, applique _gripperie_ au même usage.
+
+La _grupée_, c'était le produit, le revenant bon de la _grippe_. On dit
+dans la _comédie de la Passion_:
+
+ Pour mettre mignons en alaine,
+ Voici fine espice sucrée,
+ Et tel y laissera la laine
+ Qui n'en aura jà la _grupée_.
+
+On a dit aussi _gruper_ pour, agraffer, et plus souvent pour _agripper_
+ou saisir avec les griffes. «Qui sait, dit Rabelais, s'ils useroient de
+qui pro quo, et en lieu de rominagrobis _grupperoient_ paovre Panurge?»
+
+Les Bretons ont _krapa_, _krafa_, _gripper_, _grimper_, égratigner;
+_kraf_, égratignure; _craban_, griffe; _crib_, peigne; _criba_, peigner;
+_cribin_, peigne de fer; _crabb_, cancre, écrevisse, qui s'est conservé
+dans le français. _Craff_ est le nom gallois du _grappin_, du harpon des
+mariniers.
+
+* AHALER. Pousser l'haleine au dehors. Quelques Écrivains ont dit
+_adhaler_. Ce mot très-expressif a un autre sens qu'_exhaler_, et n'a
+point d'équivalent en français. _Haleter_ donne l'idée d'une respiration
+forte et pressée. C'est l'_anhelare_ des Latins qui avaient aussi
+_halare_ et _halitus_.
+
+Il semble que l'hiatus considérable qu'on remarque dans l'expression
+proposée, lui donne quelque chose de pittoresque qui n'est pas dans
+cette dernière Langue.
+
+AHAN, AHANER. Ahan représente un grand effort qui ôte presque la faculté
+de respirer. C'est l'expression du bucheron, des manoeuvres pour
+reprendre leur souffle, et se donner la force nécessaire pour bien
+porter leur coup. De là on a fait _ahaner_, travailler avec peine, avec
+_ahan_, comme dans ces vers de Dubellay:
+
+ De votre doulce haleine
+ Esventez cette plaine,
+ Esventez ce séjour,
+ Cependant que j'_ahane_
+ A mon blé que je vanne
+ En la chaleur du jour.
+
+_Ahaner_ un champ, s'est dit par extension pour, Cultiver une terre
+difficile.
+
+_Ahan_, est passé au style figuré pour exprimer de pénibles travaux
+d'esprit, et l'agitation d'un homme qui a de la peine à se résoudre à
+quelque chose.
+
+On a fait venir ce mot du grec _ao_ et du latin _anhelare_. C'est
+l'opinion de du Cange. Ménage en a cherché l'étymologie dans l'italien
+_affanno_, peine, douleur. On aurait pu le retrouver tout entier dans le
+dictionnaire des Caraïbes et dans beaucoup d'autres, puisqu'il est tiré
+du dictionnaire de la Nature. C'est la plus évidente des Onomatopées.
+Pasquier et Nicod ne s'y sont pas mépris.
+
+Dans des lettres de rémission de l'an 1375, on trouve: «Après ce que
+ledit Jehan fut deschaucié, entra ondit gué, et tant se y efforça pour
+mettre hors laditte charrette, que il entra en fièvre en icelui gué,
+pour le grant _ahan_ que il avoit eu».
+
+On ne se sert plus de ce mot qui était très-familier à nos anciens
+Écrivains. Rabelais, Montaigne, Amyot l'ont singulièrement affectionné.
+Il est encore dans Costar. Jupiter, dit-il, en sua d'_ahan_.
+
+AÏ. C'est le quadrupède, autrement nommé le _Paresseux_, qui est un des
+_anthropomorphes_ de Linné.
+
+Il articule les syllabes dont on a formé son nom avec des modulations si
+justes, que cela a donné lieu à Clusius de dire très-ridiculement que
+c'était le _Paresseux_ qui avait inventé la musique. Il aurait pu
+d'ailleurs appuyer cette bizarre présomption d'une analogie curieuse de
+la Langue grecque ou _aïo_ s'est dit quelquefois pour _cano_, et il faut
+observer que ce mot est passé dans la Langue latine avec le sens de
+_loquor_. Il n'appartenait qu'à ces peuples d'harmonieux langage
+d'attacher la même expression aux idées de chant et de parole.
+
+AME. Le principe de la vie dans l'homme et dans les animaux.
+
+L'opinion qui range ce mot au nombre des Onomatopées, repose sur une
+théorie bizarre et curieuse. La lettre labiale _M_ est une consonne qui
+résulte, comme on le sait, de la jonction des lèvres, en sorte que la
+bouche très-ouverte doit produire en se fermant le son composé _am_:
+savoir, la voyelle par le moyen du souffle émis dans le moment où
+l'organe est ouvert, et la consonne par le contact des deux parties de
+la touche, dans le moment où l'organe se resserre. C'est ce qu'on
+appelle rendre l'_ame_, car telle est la figure de l'expiration de
+l'homme, et l'esprit de cette racine.
+
+Au contraire, pour prononcer _M_ initiale suivie d'une voyelle, il faut
+que les deux parties de la touche labiale agissent mutuellement l'une
+sur l'autre, et se séparent pour l'émission du bruit vocal qui succède
+au bruit consonnant. Ainsi se prononcera _ma_, qui est une racine dont
+l'esprit est diamétralement opposé à celui de la précédente, puisqu'au
+lieu d'exprimer le dernier acte physique de l'homme, elle exprime, par
+la figure et par le son, le premier acte, et, en quelque sorte, la prise
+de possession de la vie.
+
+Cette racine _ma_ seroit donc la désignation nécessaire de l'existence
+_matérielle_, comme cette racine _am_ de l'existence spirituelle. La
+première appartiendra aux idées purement corporelles; la seconde aux
+idées morales, à celles des principes _animans_, de l'_amour_, de
+l'_amitié_, de toutes les affections.
+
+En appuyant la racine _ma_ sur la touche dentale, ou en fera _mat_, qui
+est le son typique du nom de la mort dans la plus grande partie des
+Langues premières.
+
+En la nazalant, on en fera _man_, qui est le signe presque universel du
+nom de l'homme.
+
+Je donne, au reste, ces hypothèses comme plus ingénieuses que probables,
+et M. Court de Gébelin, qui les a suggérées, se livre trop souvent et
+avec trop d'abandon à son imagination, pour être toujours un guide sûr.
+
+Ce qu'il y a de certain, c'est que les différens noms de l'ame chez
+presque tous les peuples, sont autant de modifications du souffle et
+d'Onomatopées de la respiration, diversement modulées. Tels sont le
+_Psyché_ des Grecs, le _Seele_ des Allemands, le _Soul_ des Anglais,
+l'_ayre_ des Espagnols, l'_alma_ et le _fiato_ des Italiens. Il serait,
+à la vérité, difficile d'en dire autant de l'_anima_ des Latins, dont le
+mot _ame_ est une contraction évidente.
+
+ANCHE. Partie d'un instrument à vent, faite de deux pièces de canne,
+jointes de si près, qu'elles ne laissent qu'un espace très-resserré pour
+le souffle; ce qui a fait penser à de savans Étymologistes que ce mot
+venait du celtique _anc_, étroit, resserré, affilé. Il paraît plus
+vraisemblable qu'il a été formé par Onomatopée; et ce qui me porte à le
+croire, c'est que je trouve une Onomatopée grecque absolument semblable
+à celle-ci, qui exprime l'idée que nous rendons par notre verbe
+_suffoquer_. L'air étouffé dans l'étroit canal de l'_anche_, séparé de
+l'instrument auquel elle appartient, imite très-bien le gémissement aigu
+et forcé d'un homme qui suffoque. De là, la conformité de ces deux
+Onomatopées.
+
+ASTHME. L'_asthme_ est une infirmité qui consiste dans une grande
+difficulté de respirer dans de certains temps. Cette Onomatopée imite le
+bruit de la respiration brusquement interrompue. Elle nous vient
+immédiatement, et sans changement, d'une Onomatopée grecque qui
+représente la même chose.
+
+
+B
+
+BABIL, BABILLARD, BABILLER. _Babil_, abondance de paroles sur des choses
+inutiles, manie importune de parler continuellement.
+
+De la lettre _b_ qui résulte de la simple disjonction des lèvres, et qui
+est la première que les enfans combinent avec les sons vocaux. Aussi
+est-elle la première consonne de tous les alphabets.
+
+Nicod dérive ce mot de _Babel_, à cause de la confusion des Langues qui
+y eut lieu. Ménage le fait venir de _bambinare_, qui a été fait de
+_bambino_, diminutif de _bambo_, transféré selon lui dans l'italien du
+syriaque _babion_, qui signifie _enfant_. De la même racine, nous avons
+créé
+
+BABIOLE, une chose de peu de conséquence, une bagatelle qui ne peut
+occuper que des enfans;
+
+BABOUIN, BAMBIN, un petit enfant qui articule à peine; en gallois
+_bach_, d'où vient le nom de _Bacchus_ qu'on représente ordinairement
+comme un enfant gros et joufflu;
+
+BAMBOCHE, un enfant grotesque et contrefait, une marionnette ridicule;
+
+BAMBOCHADE, un genre de Peinture qui ne s'exerce que sur des formes
+triviales, sur des marionnettes et des _bambins_.
+
+Ménage aurait trouvé d'ailleurs une étymologie plus exacte et plus
+naturelle encore dans le grec, où l'on dit _bao_, _babazo_, _babalo_ et
+_bambaino_ pour _loquor_. Mais le fait est que tous ces mots et leur
+immense famille sont composés d'après le son naturel.
+
+_Baba_, _babe_, en arabe, signifient _bouche_, ouverture; _be_ a le même
+sens en Langue celtique. Dans la même Langue, _enfant_ se dit _map_,
+_vap_, _mab_, _vab_, et avec le diminutif, _babic_, _un petit enfant_.
+
+On dit dans le latin _garrulitas_, _garrulus_, _garrire_, autres
+Onomatopées; dans l'italien, _garrire_, _cicalare_, _ciarlare_ et
+_ciachierare_; dans l'espagnol, _babillar_, _charlar_, _chicarrar_.
+
+Amyot a dit _rebabiller_. «Si un _babillard_ escoute un peu, ce n'est
+que comme un reflux de _babil_ qui prend haleine pour _rebabiller_ puis
+après encore davantage».
+
+Madame Pernelle dit dans le _Tartuffe_:
+
+ C'est véritablement la tour de Babylone,
+ Car chacun y _babille_ et tout du long de l'aune.
+
+Voilà l'étymologie de Nicod consacrée par deux vers de Molière.
+
+BÂILLEMENT, BÂILLER. De l'action d'ouvrir involontairement la bouche
+dans le sommeil ou dans l'ennui.
+
+Observez que la première syllabe de ce mot est longue, et qu'autrefois
+on disait _baailler_ et _baaillement_, ce qui donnait plus d'expression
+à l'Onomatopée.
+
+En latin, _hiare_, _hiatus_; en italien, _sbadigliare_,
+_sbadigliamento_.
+
+BÉER, ou plutôt, BAYER, mot fait pour peindre une curiosité vaine et un
+peu niaise, qui se manifeste par la même émission vocale et par la même
+figuration de la bouche, appartiennent à la même racine. _Bayer aux
+corneilles_, est une expression proverbiale assez en usage dans notre
+langue. On lit dans un de nos plus anciens dictionnaires: _bayer_ à la
+mamelle, _appetere mammam_. «C'est proprement ouvrir la bouche, mais
+parce que quand plusieurs regardent par grande affection quelque chose,
+ils ouvrent la bouche; de là est que _bayer_ signifie aucunes fois
+autant que regarder».
+
+BAH, est un mot factice ou artificiel qui échappe aux gens étonnés. De
+là
+
+BADAUD, homme simple et sans expérience, qui s'étonne de tout,
+
+S'ÉBAHIR, ÊTRE ÉBAHI, termes attachés au même sens. S'il est vrai qu'ils
+remontent à l'hébreu _Schebasch_, comme l'ont prétendu les
+Etymologistes, c'est que celui-ci a été fait sur le son commun, et n'a
+pas d'autre type naturel.
+
+BARBOTER. Ce mot, dit Ménage, est formé du bruit que font les cannes
+quand elles cherchent dans la boue de quoi manger, et on appelle de là
+_barboteur_, un canard privé. _Barboter_ en cette signification semble
+être une Onomatopée.
+
+_Baret_. On emploie presqu'indistinctement _baret_, _barret_, ou
+_barri_. C'est le cri de l'éléphant. On appelait autrefois l'éléphant
+_barre_ aux Indes orientales. En latin, on l'appelle _barrus_, et son
+cri _barritus_.
+
+Nous avons perdu ce mot.
+
+BEFFROI. Espèce de tocsin. «Quasi _bée effroi_, dit Nicod, car il est
+expressément fait pour _béer_ et regarder, ou faire le guet en temps
+soupçonneux, et pour sonner à l'_effroi_».
+
+Il est à remarquer cependant qu'un instrument d'airain creux et sonore
+s'appelait _bel_ en breton, et que de là peuvent venir l'anglais
+_belfry_ et le français _beffroi_.
+
+BÊLEMENT, BÊLER. On disait beaucoup mieux autrefois _béellement_,
+_béeller_. Onomatopée du cri du mouton. Elle est parfaitement naturelle,
+et Pasquier la préfère avec raison au _balare_ des Latins.
+
+BÉGAYEMENT, BÉGAYER, ont été pris de la même racine, parce que le défaut
+de prononciation que ces mots désignent consiste à répéter souvent le
+même son avec des inflexions tremblantes, comme les animaux _bêlans_.
+
+BELIER. Le nom de cet animal est certainement formé d'après son cri,
+d'après son _bêlement_. Il est donc ridicule de l'avoir cherché dans
+_vellus_ qui signifie _toison_; dans _bahal_, hebreu, qui est notre mot
+_Seigneur_ ou _chef_, parce que le _belier_ est le maître du troupeau.
+
+ Le _belier_, colonel de la laineuse troupe,
+
+dit Ronsard; et dans _Jobel_, autre terme de la même langue, qui était
+un des noms de ce quadrupède.
+
+_Belin_, est l'ancien nom du _belier_. On le dit encore en certains
+lieux, des agneaux, et il s'est conservé long-tems au figuré où il
+signifiait _doucereux_. C'est un nom d'amitié, que l'on donne aux
+enfans, mon _belin_, ma _beline_; on a employé _beliner_, _faire le
+doucereux_, dans quelques occasions, et Rabelais l'a étendu à des
+acceptions très-variées. Il est absolument hors d'usage.
+
+BEUGLEMENT, BEUGLER. Cri du taureau, du _boeuf_, de la vache, mugir
+comme les taureaux.
+
+Ménage dérive ce mot de _baculare_, _à bacula_; mais c'est une
+Onomatopée qui est également dans le latin _boare_, d'où _bos_ a été
+tiré.
+
+BOEUF, est le nom d'un animal qui _beugle_.
+
+BOA, est celui d'un serpent énorme dont le cri ressemble au _beuglement_
+des taureaux.
+
+MEUGLEMENT, MEUGLER, qui se prononcent sur la même touche avec une bien
+légère modification, s'emploient indistinctement. On a même dit
+_muglement_ en vieux langage, comme dans ce passage d'Amadis: «La
+blanche biche qui en la forest craintive eslevoit ses _muglements_
+contre le ciel, sera retirée et rappellée».
+
+BIBERON. Homme qui aime à boire, qui boit avec excès.
+
+Du bruit que fait le vin en coulant goutte à goutte. Le _bibax_ et
+sur-tout le _bibulus_ des Latins, représentent bien cette expression.
+Ces mots dérivaient de leur _bibere_, qui était aussi fort imitatif, et
+dont nous avons dégradé la valeur en le contractant dans le mot _boire_.
+Leur joli mot _bilbire_ était de la même famille.
+
+En celtique, le mot _boire_ se rend par _ef_, _ev_, Onomatopées du bruit
+que fait la bouche en aspirant un liquide. C'est de là que vient
+probablement le verbe _avaler_.
+
+C'est une idée d'une hardiesse bien plaisante et bien ridicule, que
+celle de ce savant d'ailleurs estimable, qui explique le nom d'_Eve_ par
+ce petit verbe de la Langue celtique, et qui se sert de ce rapprochement
+pour prouver que cette Langue est la première que les hommes aient
+parlée.
+
+BIFFER. Effacer une écriture en passant la plume dessus.
+
+Un habile Etymologiste regarde ce mot comme pris de _buffare_, souffler,
+qui est une Onomatopée latine: ainsi, _biffer_ signifierait, détruire un
+objet, et le faire disparaître, comme en soufflant dessus. Sans aller en
+fixer si loin l'origine, on l'aurait trouvée dans le bruit que fait une
+plume passée brusquement sur le papier. Cette conjecture est d'autant
+plus vraisemblable, que le mot _biffer_ n'a point d'analogie de
+consonnance avec les mots anciens qui ont été attachés à une idée de
+même espèce, et peut passer pour une Onomatopée très moderne.
+
+BOMBE. Ce mot dérive du bruit de la _bombe_ qui éclate.
+
+Il était au moins inutile d'en chercher ailleurs l'étymologie, et de la
+dériver, soit de _Lombardie_, parce qu'on croit qu'elle y a été
+inventée, soit de _bomba_ dont quelques Auteurs ont usé pour parler de
+certaines coquilles qui servaient de trompettes, ou de _bombus_ qui
+exprime le bruit du même instrument, ou de l'allemand _bomber_ qui
+signifiait _baliste_. Il est étonnant qu'on ne l'ait pas fait remonter
+aussi aux belles Onomatopées italienne et espagnole, _rimbomba_ et
+_zumbido_ avec lesquelles il a tout autant de rapport; mais le fait est
+qu'on devait le chercher, aussi bien que ses différens analogues, dans
+le son naturel qui les a tous produits.
+
+BOND, BONDIR, BONDISSEMENT. L'Onomatopée est prise du retentissement de
+la terre sous un corps dur qui la frappe, et se relève aussitôt.
+
+Le mot _bondir_ revient au _subsilire_ des Latins qui est moins
+imitatif.
+
+BORBORIGME. On dit aussi _borborisme_. Bruit de l'air contenu dans les
+intestins.
+
+BOUC. La grande conformité des différens noms de cet animal dans presque
+toutes les Langues, prouve qu'ils ont dû avoir une racine commune et
+naturelle. C'est l'imitation de son cri. Les Grecs qui l'appelaient
+communément _tragon_, l'ont aussi nommé _bekkos_. Ménage dit que
+_buccus_ se trouve dans la loi salique, et _bouch_ dans le Celtique. En
+Langue franque, c'est _buk_, en allemand, _bock_, en italien, _becco_.
+
+BOUFFÉE, BOUFFI. «Ces mots, suivant Nicod, sont par raison d'Onomatopée,
+et représentent tant le son du vent qui vient à _bouffées_, que de la
+flamme _bouffant_, ainsi que de la bouche de l'homme quand il _bouffe_,
+c'est-à-dire, souffle ou le feu, ou la poudre, ou autre chose».
+
+OUF, est le son radical converti en interjection pour exprimer
+l'émission de l'air, poussé par un homme essoufflé. Les Latins en
+avaient fait _buffare_ ou _bouffare_, que nous avons fidèlement
+transporté en notre langue dans le vieux verbe _bouffer_.
+
+_Buffe_, se dit fort anciennement pour un soufflet, pour un coup sur les
+joues, comme en ce passage de Marot:
+
+ Vien donc, déclare toy
+ Qui de _buffes_ renverses
+ Mes ennemis mordans,
+ Et qui leur moult les dents
+ En leurs gueules perverses.
+
+Et observez que _buffe_ et soufflet ont été faits analogiquement, et
+d'après le même principe, parce que la joue frappée paraît souffler ou
+_bouffer_ sous la main qui la comprime.
+
+On a employé _buffoi_ au figuré, pour orgueil et présomption; et en
+perdant l'expression, nous avons conservé la métaphore. _Bouffi_ de
+vanité, est une figure d'un usage très-commun.
+
+BOUFFON, doit se rapporter à la même racine, suivant Ménage qui, d'après
+Saumaise, le dérive du _bocca infiata_ des Italiens. Ils appellent
+encore _buffo magro_, un maigre _bouffon_, le mauvais plaisant qui ne
+les fait pas rire; soit, comme le dit Voltaire, qu'on veuille dans un
+_bouffon_ un visage rond et une joue rebondie; soit que cette
+_bouffissure_ des joues, qui est une des _bouffonneries_ les plus
+triviales des plus grossiers saltinbanques, ait déterminé leur nom
+générique. Il serait tout au moins difficile d'en donner une autre
+explication.
+
+BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER.
+
+BOUILLIE, BOUILLON, choses que l'on fait _bouillir_. Ces mots viennent
+du bruit que fait un liquide échauffé à certain degré. Dans le verbe
+_bouillir_, le son radical pur a été conservé aux trois personnes du
+singulier de l'indicatif présent.
+
+ Ceux à qui la chaleur ne _bout_ plus dans les veines
+ En vain dans les combats ont des soins diligens;
+ Mars est comme l'Amour. Ses travaux et ses peines
+ Veulent de jeunes gens.
+
+MALHERBE.
+
+BULLE, mot par lequel on désigne ces petites éminences qui s'élèvent sur
+l'eau _bouillante_,
+
+BOULE, qui en est une espèce d'homonyme, étendu à des acceptions plus
+générales,
+
+BOUTON, autre terme qui, dans toutes ses acceptions, signifie une
+éminence ou un corps de la même forme, n'ont probablement pas d'autre
+étymologie. Le peuple, si riche en expressions pittoresques, se sert du
+verbe _boutonner_ pour déterminer le premier degré de l'_ébullition_.
+
+M. Court de Gébelin s'est donc certainement trompé en dérivant toute
+cette famille de mots du Celtique _bal_, qui signifierait _oeil_, et par
+une extension d'ailleurs très-forcée, suivant l'usage de cet érudit,
+tous les objets ronds ou roulans. Il est faux qu'_oeil_ se dise en
+Celtique autrement que _lagad_; les deux yeux, _daou lagad_. L'auteur du
+_monde primitif_ a pris cette fausse interprétation dans Bullet et dans
+tel autre lexicographe, qui ont confondu le Basque et le Celtique, et y
+ont mêlé, en outre, une foule de mots qui n'ont jamais fait partie de
+ces deux langues.
+
+BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER.
+
+«BOURDON, dit Nicod, est une espèce de grosse mouche, tavelée comme
+mouche à miel, n'ayant point de picquon ou aiguillon, plus grosse de
+corsage que la mouche à miel nommée abeille, et ne fait ni ne sert à
+faire le miel ni la cire; ains dévore l'aliment et la provision que les
+mouches à miel se sont pourchassé, seulement de sa chaleur conserve les
+petits abeillons, qui est la cause que Virgile, au quatrième des
+Géorgiques, l'appelle _ignavum pecus_, fainéant et coüard. Pline, en son
+livre onzième, leur attribue partie de l'opifice des mouches à miel, ce
+que Varron son devancier ne fait pas, _fucus_. Le Français lui a donné
+ce nom par Onomatopée, à cause du bruit qu'il fait quand il volète.»
+
+_Boud_ a signifié le _bourdonnement_ du frélon, dans la Langue Celtique.
+
+BOURDON, cloche très-sonore qui produit un bruit de même genre que celui
+dont il est question dans cet article, a été ainsi nommée par analogie.
+
+_Bourder_ est un vieux mot très-précieux qui voulait dire _rester court
+en chaire_, parce que le prédicateur, en cet état, ne forme plus qu'un
+murmure et un _bourdonnement_ confus. Il est à regretter que cette
+expression soit perdue.
+
+BOURDE, chose vague et confuse, mensonge qu'on articule à demi, en est
+clairement dérivé. On a pu dire allusivement qu'un menteur pris sur le
+fait, se tire d'affaire, en murmurant des mots sans suite, comme un
+prédicateur qui a perdu le fil de son sermon. Regnier se sert de ce
+terme dans cette hypothèse même:
+
+ Ils bâillent pour raison des chansons et des _bourdes_.
+
+BRAIRE. «L'âne _brait_, dit M. de Buffon, ce qui se fait par un grand
+cri, très-long, très-désagréable, et discordant par dissonances
+alternatives de l'aigu au grave, et du grave à l'aigu. Ordinairement, il
+ne crie que lorsqu'il est pressé d'amour ou d'appétit. L'ânesse a la
+voix plus aigre et plus perçante. L'âne qu'on fait hongre, ne _brait_
+qu'à basse voix, et quoiqu'il paraisse faire autant d'efforts et les
+mêmes mouvemens de la gorge, son cri ne se fait pas entendre de loin.»
+
+BRAMER. Ce mot se dit du cerf en certaines occasions, et en général de
+tous les animaux qui crient fortement. Il s'est même employé en vieux
+langage, pour exprimer le cri de l'homme, comme dans ces vers, attribués
+à Clotilde de Surville:
+
+ Tant de loin que de près n'est laide
+ La mort. La clamoit à son ayde
+ Tojorz un povre bosquillon
+ Que n'ôt chevance ne sillon.
+ . . . . . . . . . .
+ Tant brama, qu'advint...
+
+Court de Gébelin et Voltaire prétendent que _bram_ signifiait _un grand
+cri_ en Langue Gothique. Cette racine, commune dans les Langues, se
+retrouve d'ailleurs toute entière dans le Grec.
+
+Si l'on veut s'assurer, au reste, que l'Onomatopée n'est nulle part plus
+fréquente que dans les idiomes qui se rapprochent des temps primitifs,
+que l'on consulte Voltaire au même lieu, dans ses fragmens sur la Langue
+Française. Les mots que cet auteur, toutefois peu versé dans le
+mécanisme de la Langue qu'il a enrichie de tant de chef-d'oeuvres, les
+mots, dis-je, qu'il fait dériver du Celte, sont autant d'Onomatopées.
+
+BRAILLER, terme populaire qui ne se prend qu'en mauvaise part, et dans
+l'usage le plus trivial, a évidemment le même type.
+
+BREDOUILLER. Parler confusément et articuler avec peine.
+
+_Bredi-breda_ est une locution basse et factice qui exprime l'espèce de
+_bredouillage_ d'une personne très-loquace, qui articule difficilement.
+Ce mot ne se trouve que dans Poisson, et quelques auteurs du même ordre.
+
+BROUHAHA. Bruit confus d'applaudissemens qu'on entend dans les
+spectacles, et dans les lieux d'assemblée où l'on récite des ouvrages
+d'esprit. C'est une contraction de _bruit de haha_, prononcé _brouit de
+haha_ dans le vieux langage.
+
+BROUTER. Du bruit que font les animaux en brisant les plantes près de
+leur racine, et en les arrachant avec les dents.
+
+Il y a un exemple de l'harmonie pittoresque de ce mot, dans une des plus
+jolies fables de la Fontaine, _le chat, la belette et le petit lapin_.
+
+ Du palais d'un jeune lapin
+ Dame belette, un beau matin,
+ S'empara: c'est une rusée.
+ Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
+ Elle porta chez lui ses pénates, un jour
+ Qu'il était allé faire à l'aurore sa cour
+ Parmi le thym et la rosée.
+ Après qu'il eut _brouté_, trotté, fait tous ses tours,
+ Jeannot Lapin retourne aux souterrains séjours.
+
+Voici le même mot employé dans la prose, avec un effet d'harmonie
+imitative aussi vrai que celui qu'on vient de remarquer. Ce passage est
+de M. de Châteaubriand, un des Écrivains dont notre siècle a le plus à
+se glorifier; et je rapporte cet exemple avec d'autant plus
+d'empressement, que je n'en connais point de si riche en Onomatopées:
+
+«Si tout est silence et repos dans les savanes de l'autre côté du
+fleuve, tout ici au contraire est mouvement et murmure: des coups de bec
+contre le tronc des chênes, des froissemens d'animaux qui marchent,
+_broutent_ ou broyent entre leurs dents les noyaux des fruits; des
+bruissemens d'ondes, de faibles gémissemens, de sourds meuglemens, de
+doux roucoulemens, remplissent ces déserts d'une tendre et sauvage
+harmonie.»
+
+BROYEMENT, BROYER. Ces mots sont faits du bruit d'une substance un peu
+récalcitrante, brisée entre deux corps durs. C'est ce qu'expriment aussi
+bien le _sfratumare_ des Italiens, et le _quebrar_ des Espagnols.
+
+BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT. Ces mots _bruire_ et _bruissement_, qu'on a
+affecté de négliger je ne sais pourquoi, présentent une des belles
+Onomatopées de la Langue. Ils donnent l'idée d'un _bruit_ vague, sourd
+et confus, comme celui qui s'élève d'une forêt ébranlée par des vents
+impétueux, ou qui résulte du fracas des torrens et de l'écoulement des
+grandes eaux; en général, ils sont graves et solennels, et ont un
+caractère particulier d'imitation qu'on ne trouve pas dans leurs
+analogues.
+
+Un auteur déjà classique, et qu'on peut appeler le Racine de la prose, a
+prouvé, par l'emploi qu'il a fait de certains temps du verbe _bruire_,
+qu'il serait d'une injuste délicatesse de le réduire à l'infinitif,
+comme quelques Grammairiens y avaient paru disposés.
+
+«La lune, dit M. Bernardin de Saint-Pierre, paraissait au milieu du
+firmament, entourée d'un rideau de nuages que ses rayons dissipaient par
+degrés. Sa lumière se répandait insensiblement sur les montagnes de
+l'île, et sur leurs pitons qui brillaient d'un vert argenté; les vents
+retenaient leurs haleines. On entendait dans les bois, au fond des
+vallées, au haut des rochers, de petits cris, de doux murmures d'oiseaux
+qui se caressaient dans leurs nids, réjouis par la clarté de la nuit et
+la tranquillité de l'air. Tous, jusqu'aux insectes, _bruissaient_ sous
+l'herbe.»
+
+La Bruyère a dit aussi _brouissement_.
+
+«Une femme entend-elle le _brouissement_ d'un carosse qui s'arrête à sa
+porte, elle prépare toute sa complaisance pour quiconque est dedans,
+sans le connaître».
+
+Cette licence est heureuse dans cette occasion, parce qu'elle
+caractérise très-bien l'espèce de _bruissement_ dont il s'agit.
+
+BRUYÈRE. Il est probable que le nom de cette plante, dont les tiges
+souples, grêles et ligneuses, _bruissent_ au moindre vent, est tiré du
+même son radical que les mots précédens. L'étymologie que je donne de ce
+mot n'est d'ailleurs qu'une conjecture, aussi plausible toutefois que
+celle qui le tire du latin _uro_, parce qu'on brûle les _bruyères_ pour
+les défricher, et rendre l'emplacement où elles croissaient susceptible
+de culture: c'est l'opinion de Borel.
+
+
+C
+
+CAHOT, CAHOTER. De la secousse qu'on éprouve dans une voiture mal
+suspendue qui roule sur un chemin âpre et raboteux, et de l'effort qu'on
+fait pour reprendre la respiration durement interrompue.
+
+Les Latins ont dit _succussus_, qu'ils prononçaient _soucoussous_, et
+qui rendait la même idée.
+
+CAILLE. «Le mâle et la femelle, dit Buffon, ont chacun deux cris, l'un
+plus éclatant et plus fort, l'autre plus faible. Le mâle fait _ouan,
+ouan, ouan, ouan_; il ne donne sa voix sonore que lorsqu'il est éloigné
+des femelles, et il ne la fait jamais entendre en cage, pour peu qu'il
+ait une compagne avec lui: la femelle a un cri que tout le monde
+connaît, qui ne lui sert que pour rappeler son mâle; et quoique ce cri
+soit faible, et que nous ne puissions l'entendre que d'une petite
+distance, les mâles y accourent de près d'une demi-lieue; elle a aussi
+un petit son tremblotant _cri cri_. Le mâle est plus ardent que la
+femelle, car celle-ci ne court point à la voix du mâle, comme le mâle
+accourt à la voix de la femelle dans le temps de l'amour, et souvent
+avec une telle précipitation, un tel abandon de lui-même, qu'il vient la
+chercher jusques dans la main de l'oiseleur».
+
+C'est de ce cri, que Buffon dit connu de tout le monde, et qu'un autre
+Ornithologiste a exprimé par les mots factices _caille caillette_,
+qu'est venu le nom de la _caille_ dans notre Langue et dans la plupart
+des autres. En effet, on a dit _kakkaba_ en grec, _qualea_ dans la basse
+latinité, _cuaderviz_ en espagnol, excellente Onomatopée dont les deux
+dernières syllabes doivent se prononcer très-brèves, _quaglia_, en
+italien, _quaïl_, en anglais, _wachtel_, eu allemand; et ce son imitatif
+se retrouve jusque dans l'hébreu _saly_ ou _xaly_. De ce nom l'on a fait
+
+CAILLETAGE, babillage insupportable et continuel comme celui de la
+_caille_,
+
+CAILLETTE, femme frivole et babillarde,
+
+CAILLETER, l'action de parler sans cesse, et à propos de toute chose,
+expressions que la Langue française a repoussées jusqu'ici, et qui ne
+sont d'usage que dans le style familier.
+
+Rousseau a dit cependant, en parlant de madame de Warens: «La vie
+uniforme et simple des Religieuses, leur petit _cailletage_ de parloir,
+tout cela ne pouvait flatter un esprit toujours en mouvement, qui
+formant chaque jour de nouveaux systêmes, avait besoin de liberté pour
+s'y livrer».
+
+CANARD. Du son _can can_, souvent répété, qui est le cri de cet animal,
+plutôt que d'_anas_, probablement _à natando_, qui est son nom latin.
+Mon opinion est du moins conforme en ce point à celles de quelques
+Auteurs, et entr'autres à celle de l'ornithologiste Martinet, qui
+remarque fort judicieusement qu'il est du génie de notre Langue de
+terminer par cette syllabe ouverte et éclatante, _ard_, les mots qui
+désignent un parleur impitoyable et fatigant, comme _bavard_ et
+_babillard_.
+
+Les Allemands ont représenté par une autre Onomatopée le cri rauque,
+âpre, et enroué du _canard_. Ils l'ont appelé _racha_ et _rachtscha_.
+
+CAN CAN, mot factice tiré du cri du _canard_, a été appliqué par
+extension aux bruits tumultueux qui s'élèvent dans une assemblée
+nombreuse où l'on ne s'accorde pas, et où l'on traite des affaires de
+peu d'importance. Ce n'est pas le sentiment de l'Académie qui l'écrit
+_quanquan_, et qui pense qu'on l'a appliqué aux discussions orageuses
+sur des choses futiles, par allusion aux horribles disputes que causa au
+seizième siècle la prononciation du mot _quamquam_, et qui coûtèrent
+peut-être la vie à Ramus. Quelqu'égard qu'on doive cependant aux
+décisions de ce corps savant, j'ai cru pouvoir persister dans mon
+opinion qui me semble mieux fondée, et que je partage d'ailleurs avec le
+plus grand nombre des Etymologistes.
+
+CAQUET, CAQUETER. Ces mots se disent au propre, du bruit que font les
+poules quand elles sont prêtes à pondre, et au figuré, du babillage des
+personnes qui _caquettent_ comme les poules. Cette Onomatopée se
+retrouve très-fidèlement dans la Langue grecque.
+
+On disait autrefois dans notre Langue _cluper_ ou _gluper_, pour
+exprimer une espèce de _caquet_ de la poule. Ce terme mériterait d'être
+renouvelé.
+
+Linguet s'est servi du mot _caquetage_ en parlant du chancelier de
+l'Hôpital. «Aucun, ministre, dit-il, ne fit jamais convoquer autant de
+grandes assemblées; mais satisfait d'y étaler une éloquence prolixe et
+toujours mal-adroite, il les laissait toutes dégénérer en cohues
+tumultueuses ou en _caquetages_ scandaleux dont l'unique résultat était
+de constater la frivolité et l'impuissance du Gouvernement».
+
+CASCADE. Ménage pense que ce mot est fait de l'italien _cascata_, ce qui
+est incontestable. Il fait remonter celui-ci au latin _cado_, ce qui est
+plus douteux; mais ce verbe aurait été employé comme désinent dans
+l'expression dont il s'agit, qu'on n'en devrait pas moins reconnaître
+cette expression pour une Onomatopée. La première syllabe est un son
+factice qui fait rebondir la seconde, et cet effet représente d'une
+manière vive le bruit redondant de la _cascade_.
+
+Il y a beaucoup d'Onomatopées du même genre, c'est-à-dire, composées
+d'un son naturel et d'un son abstrait. C'est ce que les Etymologistes
+n'ont pas remarqué; et satisfaits dès qu'ils ont trouvé dans un mot
+l'origine d'un de ses membres, on croirait qu'ils ont regardé le reste
+comme le produit du hasard ou du caprice. Il est cependant démontré que
+quelque fortuite qu'ait été la composition des Langues, il ne peut y
+avoir eu qu'un très-petit nombre de mots formés sans motifs.
+
+CATACOMBES. Du grec _kata_ qui est consacré à l'action de descendre ou
+de tomber, et qui a peut-être fourni le latin _cado_ dont je parlais
+tout-à-l'heure; et du vieux français _combe_, vallée, gorge, endroit
+creux ou souterrain. La réunion de ces deux mots heureusement mariés
+produit un des beaux effets d'imitation de la Langue. Il est impossible
+de trouver une suite de sons plus pittoresques, pour rendre le
+retentissement du cercueil, roulant de degrés en degrés, sur les angles
+aigus des pierres, et s'arrêtant tout-à-coup au milieu des tombes.
+
+CATARACTE. En Grec, _Kataraktès_. Chûte d'eau impétueuse et bruyante qui
+tombe et se brise de roc en roc avec un grand fracas.
+
+Herbinius, dans son Traité _de admirandis mundi cataractis supra et
+subterraneis_, a étendu le sens de cette expression à tous les violens
+chocs élémentaires, de quelque espèce qu'ils fussent.
+
+CHAT-HUANT. «_Chahuant_, dit un de nos anciens glossateurs, est une
+espèce d'oiseau qui va voletant et huant de nuict, duquel chant huant il
+est ainsi nommé, car son chant n'est que hu et cry piteux: pour laquelle
+cause les Latins l'ont appellé _ulula_, et aussi _noctua_, parce qu'il
+ne chante et ne erre que la nuict. Ils l'ont aussi nommé _bubo_ par
+Onomatopoée, représentant le chant d'iceluy par ce nom, et dient que
+cest oiseau est féral et funébre, pour estre ténébreux et nocturne et
+effrayant: et à ceste occasion tenoit on anciennement son chant pour
+présage de calamité future, mesme par mort de maladie. Il est hay à
+merveilles des autres oyseaux, lesquels pour estre diurnes,
+c'est-à-dire, errans et voletans par jour, et ne avoir la rencontre
+ordinaire de ce dit _chahuant_, et pour l'aspect hydeux de luy, le
+hayent et poursuyvent à coups de bec et de griffes, quand ils le
+trouvent, faisans tous un esquadron combattant contre luy, ausquels,
+comme Pline dit au livre X, chap. 17, il résiste par se coucher à
+l'envers et se reserrant en arc, si qu'il demeure presque couvert de son
+bec et de ses griffes ou serres, laquelle inimitié estant aperçüe par
+les oyseleurs, se servent dudit _chahuant_, pour attraper ceux qui
+viennent à la meslée contre iceluy. De ce que dessus se voit que de
+l'appeler _chathuant_, et pour la difficulté de la prolation françoise
+en l'aspiration _h_ après la consonne, dire que _chahuant_ est fait de
+_chat huant_, il n'y a pas raison grande, veu que ceste particule _cha_
+est ailleurs commune au François, comme en ces mots chatouille,
+chatfourré, chafouyn, esquels le mot de chat n'a que veoir».
+
+CHEVÊCHE. En Latin, _Strix_. Ce mot a désigné génériquement les oiseaux
+de nuit de l'espèce de la chouette. Maintenant on n'appelle du nom de
+_chevêche_ que des oiseaux à qui ce nom ne convient plus, puisqu'il
+avait été formé par Onomatopée, et qu'il ne désigne point leur cri, mais
+celui de l'_efraye_ ou fresaye. «Les cris acres et lugubres de l'efraye,
+et sa voix entrecoupée qu'elle fait souvent entendre pendant le silence
+de la nuit, semblent articuler _grei_, _gré_, _crei_; et ses soufflemens
+_ché_, _chei_, _cheu_, _cheue_, _chiou_, qu'elle réitère sans cesse,
+ressemblent à ceux d'un homme qui dort la bouche ouverte: elle pousse
+encore en volant différens sons aussi désagréables.» Ces expressions,
+tirées d'un de nos Naturalistes, donnent l'incontestable étymologie des
+mots _chevêche_ et _chouette_, et font regretter que l'impéritie des
+Méthodistes ait consacré de nouvelles _appellations_ insignifiantes et
+capricieuses, puis transporté les anciennes à des espèces qu'elles ne
+désignent point, et bouleversé ainsi la nomenclature naturelle, sans
+qu'il en résulte aucun avantage pour la science.
+
+Oserai-je souhaiter que les Naturalistes à venir, moins jaloux d'étaler
+une vaine érudition, en appliquant aux animaux des noms difficilement
+composés, voulussent bien s'en tenir aux désignations imitatives qui
+sont naturelles à tous les peuples, et qui universaliseraient, en
+quelque sorte, leurs nomenclatures. Cette idée n'a pas été étrangère à
+Linné et aux autres Méthodistes philosophes.
+
+CHOC, CHOQUER. Du bruit de deux corps qui se heurtent.
+
+Du même son naturel les Espagnols, pour joûte, ont dit _choca_.
+
+Nous représentions cette dernière idée par le vieux verbe _toster_, dont
+les Anglais ont fait _toast_.
+
+CHOUCAS. En Grec, _ankos_, _koloïos_; en Latin, _graccus_, _gracculus_;
+en Espagnol, _graio_, _graia_; en Italien, _ciagula_; en Savoyard,
+_chüe_, _caüe_, _cavette_, _cauvette_; en Turc, _tschaucka_; en Saxon,
+_aelcke_, _kaeyke_, _gache_; en Suisse, _graake_; en Hollandais, _kaw_,
+_chaw_; en Illirien, _kauka_, _kawa_, _zegzolka_; en Flamand, _gaey_; en
+Suédois, _kaja_; en Anglais, _kae_, _chog_, _jak-daw_; en quelques
+provinces de France, _chicas_, _chocotte_ et _chocas_.
+
+J'ai rapporté ces différentes synonymies comme autant d'Onomatopées. Le
+_choucas_, indépendamment du cri qui lui a fait donner son nom, en
+pousse un autre encore qu'on a exprimé par le son _tian_, _tian_,
+souvent répété; mais il lui est beaucoup moins familier, et n'a jamais
+été converti en Onomatopée.
+
+CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR. Du mot factice _st_ qu'on a
+employé pour imposer silence, ou pour indiquer qu'il faut baisser la
+voix, et parler de manière à n'être pas entendu, on a fait _chut_,
+suivant l'usage de notre Langue qui mouille ordinairement les sons
+sifflans, et de là le verbe _chuchotter_, qui présente une nouvelle
+Onomatopée par le concours des syllabes sourdes qui le composent. On
+disait autrefois _chuchetter_.
+
+On ne supposerait guères que les Étymologistes eussent vu, dans le son
+radical _st_ qui est si simple et si général, une contraction du
+_silentium tene_ des Latins. Cela est cependant vrai, car il n'y a point
+d'idée si bizarre que ce genre d'érudition n'en puisse offrir un
+exemple.
+
+CIGALE. Du son radical _cic_, _cic_, qui est le chant de cet insecte,
+les Grecs ont fait probablement _kik aïodos_, l'insecte _chanteur_ qui
+dit _kik_; et de ce nom, les Latins _cicada_, les Espagnols _cigarra_,
+les Italiens _cigala_, et nous le mot _cigale_, qui est une Onomatopée
+alongée d'une terminaison oiseuse et étrangère à notre Langue.
+
+* CLAPPEMENT. Un homme d'esprit qui se pique d'originalité sur toutes
+les matières, et qui a dit beaucoup de mal de Racine et de Newton, a cru
+devoir, en raison du même principe, attaquer l'ancienne réputation du
+rossignol, si prôné parmi les chantres des bois.
+
+«Qu'une oreille impartiale, dit-il, écoute avec attention le rossignol;
+qu'elle entende ses sons souvent aigres, toujours fortement prononcés,
+mais sans variété, si ce n'est quatre tons, sans modulations; sans
+nuances, elle éprouvera une sensation pénible, désagréable. Transportez
+l'oiseau, suspendez sa prison à une fenêtre, le chant sera le même, et
+le passant l'entendra avec indifférence; s'il s'arrête, ce n'est pas par
+l'attrait du plaisir, c'est de surprise et d'étonnement. Il croyait que
+l'oiseau ne chantait que dans les bois et pendant la nuit; mais la lune
+ne brille pas au travers des branchages touffus; le silence solennel de
+la nature ne l'environne pas; le murmure vague d'un ruisseau ne s'unit
+pas aux légers frémissemens du feuillage sous lequel il est assis: il
+est dans la ville.
+
+«Que peut-on comparer au _clappement_ dur et déchirant que l'oiseau tant
+vanté fait entendre au milieu ou à la fin de son chant imphrasé? Je
+souffre quand je réfléchis aux efforts redoublés des muscles de son
+gosier.»
+
+On ne verra peut-être ici que le caprice d'une imagination d'ailleurs
+ingénieuse qui se complaît à colorer agréablement des paradoxes; mais je
+rapporte ce passage pour soumettre aux arbitres de la Langue le mot
+pittoresque, mais un peu hasardé, qui est l'objet de cet article, et qui
+me paraît une innovation plus heureuse que le reste.
+
+CLAQUE, CLAQUEMENT, CLAQUER. Du son que produisent les deux mains
+vivement appliquées l'une contre l'autre, ou contre un corps
+retentissant.
+
+_Claquer_ se dit aussi fort bien du bruit d'un fouet qui coupe l'air
+avec force. Il est passé au sens proverbial dans cette acception.
+
+_Claquement_ s'applique sur-tout au heurt convulsif et spontanée des
+dents.
+
+Court de Gébelin prétend que le son radical _claq_ était un mot celtique
+qui signifiait _grand bruit_. _Schlagen_ signifie encore en langue
+allemande frapper, et du même type, nous avons fait
+
+CLAQUET, petite latte tremblotante qui est d'usage dans les moulins, et
+qui frappe la meule avec éclat.
+
+CLIGNOTER. M. de Brosse prétend avec raison, ce me semble, que beaucoup
+d'Onomatopées ont été formées, sinon d'après le bruit que produisait le
+mouvement qu'elles représentent, au moins d'après un bruit déterminé sur
+celui que ce mouvement paraît devoir produire à le considérer dans son
+analogie avec tel autre mouvement du même genre, et ses effets
+ordinaires; par exemple, l'action de _clignoter_, sur laquelle il forme
+ces conjectures, ne produit aucun bruit réel, mais les actions de la
+même espèce rappellent très-bien par le bruit dont elles sont
+accompagnées, le son qui a servi de racine à ce mot.
+
+CLIN-D'OEIL, c'est le petit mouvement d'un oeil _clignotant_.
+
+CLINQUANT. _Clinquant_ s'est dit, au sens propre, d'une feuille de métal
+si fine et si légère, qu'elle se froisse sous les doigts avec un petit
+cliquetis aigre dont son nom est formé; et parce que ces feuilles, à
+cause de leur ténuité ont ordinairement plus d'éclat que de valeur, on
+les prend figurément pour les choses d'un prix médiocre qui ont une
+apparence brillante, comme dans ces vers de Boileau:
+
+ Tous les jours à la Cour un sot de qualité
+ Peut juger de travers avec impunité;
+ A Malherbe, à Racan préférer Théophile,
+ Et le _clinquant_ du Tasse à tout l'or de Virgile.
+
+CLIQUETIS. Onomatopée tirée du son des armes qui se choquent.
+
+Ce mot se dit aussi du bruit des verres, et en général des bruits
+argentins et mordans.
+
+_Cliket_ est dans le dictionnaire breton de dom Lepelletier, pour loquet
+de porte ou de fenêtre. Dans Davies on lit _cliccied_, et
+analogiquement, _cleccian_, pour _stridere_.
+
+CLOSSEMENT, CLOSSER. Du cri ordinaire de la poule.
+
+Ces mots ont peut-être quelque chose de plus aigre et de plus bruyant,
+et représentent mieux la clameur de la poule inquiète qui rappelle ses
+petits, ou de la poule irritée qui les défend, que leurs synonymes
+_gloussement_ et _glousser_ dont ils sont une nuance légère, et qui ne
+s'en sont pas moins conservés dans la Langue.
+
+GLOUSSEMENT, GLOUSSER, ont obtenu jusqu'ici la préférence dans le
+langage poétique, et il me serait facile d'en offrir plus d'un exemple.
+Je m'en tiendrai à ces vers élégans d'un de nos meilleurs Poètes
+descriptifs:
+
+ La Poule cependant du Coq victorieux
+ A reçu dans son sein ce germe précieux
+ Qu'elle mûrit, féconde, et reproduit sans cesse;
+ Et bienfaitrice exacte à payer sa largesse
+ Qu'une coque fragile enveloppe et blanchit,
+ Du tribut coutumier, chaque jour t'enrichit.
+
+ La vois-tu, promenant sa vague inquiétude,
+ Rêver, fuir le plaisir, chercher la solitude;
+ Et trahir sa langueur par de longs _gloussemens_?
+ Hâte-toi, l'heure presse, et saisis les momens.
+ Son coeur est tourmenté du besoin d'être mère.
+
+La poule glossante s'est autrefois appelée _cloucque_, _à clocqua_, dit
+Borel, _id est tintinnabulo, ob sonum similem_.
+
+COASSEMENT, COASSER. Du son radical _koax_, si ridiculement employé par
+Rousseau, et qui est l'Onomatopée du cri de la grenouille.
+
+On a dit _coaxare_ dans la basse latinité, et quelques Ecrivains
+français en ont fait _coaxer_, qui n'est pas admis par l'usage.
+
+COQ. Oiseau dont le chant est exprimé par un mot factice, de la première
+syllabe duquel on a fait son nom. Il est à remarquer que c'est son
+incantation la plus familière; aussi a-t-elle fourni aux Langues un
+grand nombre d'Onomatopées. Les Grecs ont dit souvent _kottos_ et
+_kikkos_. Les Polonais ont _kogut_, les Anglais _cok_, les Savoyards
+_coq_ et _gau_. Nous avons dit autrefois _gal_ de _gallus_, et _gog_ du
+son radical imitatif. C'est cette dernière dénomination qui nous est
+restée avec une modification bien légère.
+
+Ménage ne devait pas dire que _coq_ venait de _clocitare_, d'où est fait
+_closser_, mais plutôt que ces mots venaient d'un type commun qui est le
+chant du _coq_.
+
+COQUE, mot créé pour représenter l'enveloppe de l'oeuf, pourrait bien
+dériver du nom de l'animal, de l'Onomatopée de son chant. La poule
+entonne son chant favori à l'instant où elle vient de pondre. _Coq-coq_,
+suivant Leroux, exprime le bruit que fait la poule quand elle pond.
+Cette étymologie me paraît plus naturelle que celle qu'on attribue à ce
+terme quand on le fait venir _à concha_. _Coquille_ se dit aussi chez
+nous pour _coque_, mais c'est une terminaison diminutive, familière à
+notre Langue.
+
+COQUETTERIE, et les mots qui se rapportent à cette idée, sont employés
+figurément par allusion aux moeurs du _coq_, à son inconstance et à ses
+amours. En effet, soit que nous l'ayons appelé _gal_ comme dans le vieux
+langage, soit que nous l'ayons appelé _coq_ comme aujourd'hui, on peut
+suivre facilement cette double dérivation, dont les rapports, tout
+curieux et tout piquans qu'ils sont, ont cependant, je crois, échappé à
+tous les Etymologistes. _Galendé_ signifiait orné, enrichi, embelli,
+comme dans ces vers du roman de la Rose:
+
+ Belle fut et bien ajustée;
+ D'un fil d'or étoit _galendée_.
+
+_Gallois_ se prenait pour agréable et léger. Une belle, une franche
+_Galloise_, selon Rabelais et les Auteurs du même temps, c'était une
+femme éveillée et _coquette_.
+
+ Et puis s'en vont pour faire les _galloises_,
+ Lorsque devroyent vacquer en oraison.
+
+_Galeur_ ou _Galeure_ a un sens analogue dans Coquillard:
+
+ _Galeures_ portent escrevices
+ Et velours pour être mignons.
+
+Villon se sert du mot _galer_, pour, se réjouir, et passer agréablement
+la vie.
+
+ Je plains le temps de ma jeunesse
+ Auquel ay plus qu'en autre temps _galé_.
+
+_Gaillard_ et _Galant_ nous restent encore.
+
+Les dérivés du mot nouveau sont plus aisés à retrouver, et frapperont
+tout le monde. Remarquons seulement qu'ils remontent au premier emploi
+du mot _coq_, et qu'on les croirait inventés simultanément, tant
+l'extension en fut naturelle. Il y a plusieurs siècles que le mot
+_coquardeau_, désignant un jeune homme étourdi et _coquet_ qui débute
+dans le monde, se lisait déjà dans _le blason des fausses amours_.
+
+ Se ung _coquardeau_
+ Qui soit nouviau
+ Tombe en leurs mains;
+ C'est un oiseau
+ Pris au glueau
+ Ne plus ne moins.
+
+Villon s'est servi de _quoquart_ dans la même acception.
+
+COUCOU. Voici les Onomatopées équivalentes que d'autres Langues me
+fournissent.
+
+En hébreu _kaath_, _kik_, _kakik_, _kakata_, _schaschaph_; en grec
+_kokkus_, et par corruption _karkolix_, et _kakakoz_; en latin _cuccus_,
+_cuculus_; en italien _cuculo_, _cucco_, _cucho_; en espagnol
+_cuclillo_; en allemand _gucker_, _kuckuch_, _guggauch_, _guckuser_; en
+flamand _kockock_, _kockuut_; en anglais _kuckow_, _cucoo_; en turc
+_koukou_; en syriaque _coco_; en polonais _kukulka_, _kukawka_; en
+danois _kuk_, _gioeg kukert_; en catalan _cocut_, _cugul_; en vieux
+français _coqu_; en Provence _coux_, _cocou_; en Sologne _coucouat_,
+pour indiquer le petit du _coucou_.
+
+Il n'y a point d'oiseau dont le nom ait été formé aussi généralement
+d'après son cri, et cela, peut-être, parce qu'il n'y en a aucun dont le
+cri soit plus analogue aux modulations de la voix humaine; au reste, il
+est bon de dire, une fois pour toutes, que si la lettre _C_ prononcée
+comme _K_, est l'initiale du nom d'un grand nombre d'oiseaux crieurs, et
+même de certains que nous n'avons point nommés, parce que cette
+circonstance nous a paru trop faible pour constituer l'Onomatopée; que
+si elle est la caractéristique de leur _cri_; comme dans _cailletage_,
+_caquet_, _clappement_, _clossement_, _cluppement_, _croassement_; et
+que si cette observation peut s'étendre indistinctement à toutes les
+Langues connues, c'est que le chant, ou plutôt la clameur de ces
+animaux, est engendrée par le claquement de la langue contre le palais,
+qui est la plus éclatante de toutes les touches vocales, et que ce
+claquement produit la consonne dont il s'agit.
+
+COURLIS. C'est un oiseau que nous avons aussi nommé _curly_ et _turly_
+par imitation de son cri.
+
+Ce son naturel a produit beaucoup d'Onomatopées, l'_Elorios_ des Grecs,
+le _clorius_ des Latins, le _tarlino_ de la Pouille, le _caroli_ du
+Milanais, le _curlew_ des Anglais, le _greny_ des environs de Constance,
+le _turlu_ de Poitou, le _turluy_ et le _corleru_ des Picards, le
+_corlui_ des Normands, le _corlu_ des Bourguignons, le _corly_ et le
+_corlieu_ de nos anciens Naturalistes.
+
+M. de Buffon, à qui je dois cette nomenclature, y joint des observations
+qui viennent très-bien à ce sujet. «Les noms composés des sons imitatifs
+de la voix, du chant, des cris des animaux, sont, dit-il, pour ainsi
+dire, les noms de la Nature; ce sont aussi ceux que l'homme a imposés
+les premiers; les Langues sauvages nous offrent mille exemples de ces
+noms donnés par instinct; et le goût, qui n'est qu'un instinct plus
+exquis, les a conservés plus ou moins dans les idiomes des peuples
+policés, et surtout dans la Langue grecque, plus pittoresque qu'aucune
+autre, puisqu'elle peint même en dénommant. La courte description
+qu'Aristote fait du _courlis_, n'aurait pas suffi sans son nom
+_Elorios_, pour le reconnaître et le distinguer des autres oiseaux. Les
+noms français _courlis_, _curlis_, _turlis_, sont des mots imitatifs de
+la voix; et dans d'autres Langues, ceux de _curlew_, _caroli_,
+_tarlino_, s'y rapportent de même; mais les dénominations d'_arquata_ et
+de _falcinellus_ sont prises de la courbure de son bec, arqué en forme
+de faulx. Il en est de même y du nom _Numénius_ dont l'origine est dans
+le mot _Néoménie_, temps du croissant de la lune; ce nom a été appliqué
+au _courlis_, parce que son bec est à-peu-près en forme de croissant; et
+les Grecs modernes l'ont appelé _macritimi_, ou long nez, parce qu'il a
+le bec très-long, relativement à la grandeur de son corps».
+
+On pourrait conclure de ces remarques qu'il y a deux espèces
+d'Onomatopées ou de fictions de nom; les premières qui sont les
+Onomatopées naturelles, communes à tous les peuples, parce qu'elles sont
+formées sur un son qui ne varie pas; les secondes, qui sont les
+Onomatopées locales, propres à un seul idiome, parce qu'elles sont
+déterminées sur une figure ou un aspect des corps dont le signe est de
+convention. Ces deux riches familles de mots pittoresques sont la plus
+belle partie des Langues.
+
+CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER. Du bruit que fait la salive jetée avec
+force hors de la bouche.
+
+Cette idée a été exprimée dans les Langues par deux sons également
+imitatifs, quoique fort distincts, l'un de l'autre. Du premier qui a
+servi de racine aux mots dont on s'occupe dans cet article, les
+Bas-Bretons ont fait _cranch_ qui signifie salive, et suivant Court de
+Gébelin, _craing_ qui signifie la même chose, _craincher_, _cracheur_,
+et _crancha_, _cracher_, mais je suis porté à croire qu'il doit ces
+dernières expressions à un autre vocabulaire. Les mots _excreare_ et
+_screare_ des Latins ont le même type.
+
+Du second, les Latins ont fait _spuere_, _despuere_, _expuere_, les
+Italiens _sputare_, les Allemands _speien_, et les Anglais _spit_. Le
+son radical _puth_ a été souvent converti en interjection, pour marquer
+un mépris extrême, comme en ces mots tirés d'une mauvaise pièce de
+Boursaut, intitulée _le Portrait du Peintre_. «C'est mal répondre,
+_puth_, misérable critique!»
+
+Il est presqu'inutile de dire que nos mots _conspuer_ et _pituite_ sont
+formés d'après cette dernière espèce de son.
+
+_Cracher_, s'exprime en arabe par le mot _ghak_, et en hébreu par les
+mots _racac_ et _iarac_, qui sont encore des Onomatopées.
+
+CRAN. Incision ou entaille faite sur un corps dur. En celtique, _cran_,
+en latin, _crena_.
+
+ECRAN, meuble qui glisse sur des _crans_.
+
+CRAQUEMENT, CRAQUER. Du bruit que font des corps secs et durs qui se
+brisent.
+
+Letourneur dit dans sa traduction du _Jugement dernier_ d'Young:
+«Avez-vous entendu ce _craquement_ effroyable dont tout le globe a
+retenti dans sa profondeur? C'est le fracas de l'Olympe et de l'Atlas
+tombans». Ce passage est d'une belle harmonie.
+
+* CRAQUETER s'est dit quelquefois au sujet d'une matière pétillante et
+très-sèche qui éclate au feu, comme le sel ordinaire et les feuilles des
+arbres résineux. Il n'est point à dédaigner dans ce sens. Le poète
+Théophile en a fait un mauvais usage, quand il a dit qu'on entendait
+_craqueter_ le tonnerre. Le signe est trop petit pour l'idée.
+
+On ne se sert plus de _criquer_ et de _criqueter_ qui se prenaient
+autrefois dans un sens analogue. Les herbes sèches _criquent_, dit
+Nicod. _Herbae aridae rixantur_. _Criqueter_, _digitis concrepare._
+
+CRESSELLE, CRECELLE, ou CRÉCERELLE. C'est un instrument de bois en usage
+dans quelques solennités, qui _bruit_ aigrement en tournant sur des
+crans durs et serrés. On a cherché par-tout l'étymologie de son nom,
+excepté dans le bruit qu'il produit, et dont elle est certainement
+tirée.
+
+Ce mot n'est point étranger à la poésie, et Boileau s'en est
+agréablement servi dans ces vers imitatifs du Lutrin:
+
+ Ils prennent la _cresselle_, et par d'heureux efforts
+ Du lugubre instrument font crier les ressorts.
+
+CREX. Cri sinistre et fréquent d'un oiseau qui en a pris son nom.
+
+CRI, CRIER. Je ne prends point ces mots comme imitatifs de la voix
+humaine ou de celle des animaux, mais comme des Onomatopées d'un bruit
+purement mécanique qui résulte du frottement ou du brisement des corps.
+On se rappelle le superbe hémistiche du récit de Théramène:
+
+ L'essieu _crie_ et se rompt.
+
+M. Lalanne a fait un heureux emploi du même mot dans ces vers du poème
+intitulé _Les Oiseaux de la Ferme_:
+
+ Qu'elle est lente à leur gré, qu'ils la trouvent tardive,
+ La main qui se refuse à leur ardeur captive!
+ Le doux bruit du loquet, long-temps importuné,
+ Vient enfin réjouir l'essaim emprisonné.
+ Un verrou reste encor, qui, trois fois indocile,
+ Trois fois tourne, en _criant_, sur la porte immobile.
+
+CRIAILLER, CRIAILLERIE, CRIAILLEUR, sont faits du même son radical que
+les précédens, et alongés d'une syllabe très-ouverte, pour peindre la
+continuité fatigante d'un babil disputeur et hargneux.
+
+ Délivrez-moi, Monsieur, de la _criaillerie_,
+ Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie.
+
+Notre bon Montaigne est, je crois, un des premiers qui aient fait usage
+de ce mot. «La _criaillerie_, quand elle nous est ordinaire, passe en
+usage, et fait que chascun la méprise. Celle que vous employez contre un
+serviteur pour un larcin ne se sent point, d'autant que c'est celle
+mesme qu'il vous a vu employer cent fois contre luy, pour un verre mal
+rincé, ou pour avoir mal assis une escabelle».
+
+CRIOCÈRE, est le nom que les Entomologistes français ont donné à une
+famille d'insectes dont on trouve des espèces sur le lys et sur
+l'asperge, et qui est remarquable par la propriété qu'ont les petits
+animaux qui la composent de produire un _cri_ assez aigu, au moyen du
+frottement de leur corselet contre l'origine des étuis.
+
+CRIC. C'est une machine composée d'une roue dentée ou pignon qui se meut
+avec une manivelle, et qui roule en criant.
+
+* CRINCRIN. C'était un instrument chargé de grelots, dont il n'est parlé
+que dans les _Fâcheux_ de Molière:
+
+ Monsieur, ce sont des masques
+ Qui portent des _crincrins_ et des tambours de basques.
+
+Ménage, qui rapporte ce terme et cette autorité, n'hésite pas à le
+regarder comme formé par Onomatopée.
+
+M. de Roujoux pense que le peuple donne au violon le nom de _crincrin_
+par allusion aux _crins_ qui forment l'archet; il croit qu'il pourrait
+bien en être de même de cet instrument qu'il présume être celui dont se
+servent encore les enfans pour imiter la grenouille, et qui est formé
+d'un petit cylindre de carton fermé à une de ses extrémités, et attaché
+par un crin à un bâton autour duquel on le fait tourner pour produire du
+bruit. Le mot alors, selon M. de Roujoux, ne serait pas une Onomatopée,
+puisque l'instrument aurait pris son nom de sa principale partie.
+
+* CRISSEMENT, CRISSER. Expressions hors d'usage. C'est l'action de
+grincer fortement les dents, et de tirer de leur frottement un son aigre
+et _strident_ qui offense l'oreille.
+
+_Crisser_, selon Borel et Monnet, c'est faire un bruit aigu et âpre,
+comme les roues mal ointes.
+
+CROASSEMENT, CROASSER. Du cri lugubre et discord des corbeaux.
+
+Le nom même du corbeau dérive de loin du même son primitif. Du _korax_
+des Grecs qui est une Onomatopée, les Latins ont fait _corvus_, et
+d'après eux les Espagnols _cuervo_, et les Italiens _corvo_. La
+dénomination que nous avons adoptée est encore moins naturelle,
+quoiqu'on puisse remonter sans effort à son étymologie; mais il n'y en a
+point de plus singulièrement corrompue que celles que la Langue
+allemande et la Langue anglaise ont substituées au _corvus_ des Latins,
+en retranchant bizarrement de ce mot la consonne initiale, et en faisant
+du reste par une métamorphose capricieuse les noms insignifians de
+_rabe_ et de _raven_.
+
+Boileau écrit quelque part:
+
+ Sitôt que d'Apollon un génie inspiré
+ Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré,
+ En cent lieux contre lui les cabales s'amassent;
+ Ses rivaux obscurcis autour de lui _croassent_.
+
+Ce mot rauque tombe à la fin du vers d'une manière singulière et
+inusitée qui rend son effet plus énergique.
+
+CROC. Ce mot ne fut probablement d'abord que le signe factice du
+déchirement d'un corps saisi par un instrument aigu; et puis il devint
+par une extension très-naturelle le nom de cet instrument, du _croc_ et
+du _crochet_.
+
+ACCROCHER, c'est saisir avec un _croc_, ou fixer avec un _crochet_.
+
+CROQUER. Du bruit que fait un aliment sec et difficile à broyer, en se
+rompant sous la dent.
+
+ Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce!
+ Est-ce un péché? Non, non, vous leur fîtes, Seigneur,
+ En les _croquant_, beaucoup d'honneur.
+
+Le même La Fontaine a employé le mot de _croqueur_ que notre Langue a
+rebuté:
+
+ Un vieux renard, mais des plus fins,
+ Grand _croqueur_ de poulets, un jour fut pris au piége.
+
+CROQUET, nom que l'on donne à une espèce de pâtisserie très-cassante, a
+la même origine que les mots précédens. Ils sont les uns et les autres
+du style familier.
+
+CROULEMENT, CROULER. Du retentissement sourd et profond des murailles
+qui s'affaissent, qui s'ébranlent, et qui tombent.
+
+ÉCROULEMENT et S'ÉCROULER qui ont un sens moins vif, sont cependant plus
+en usage.
+
+Le mot _croulement_ a été transporté très-énergiquement par Montaigne
+dans le style figuré.
+
+«Nos moeurs sont, dit-il, extrêmement corrompües, et penchent d'une
+merveilleuse inclination vers l'empirement de nos loix et usages; il y
+en a plusieurs barbares et monstrueuses; toutes fois pour la difficulté
+de nous mettre en meilleur état, et le danger de ce _croulement_, si je
+pouvois planter une cheville à nostre roüe, et l'arrêter en ce poinct,
+je le ferois de bon coeur».
+
+
+D
+
+DANDIN, DANDINER. Pasquier dérive ces mots du terme factice _dindan_ qui
+exprime le bruit des cloches, parce que la marche d'un _dandin_, d'un
+homme hébêté, d'un badaud qui chemine lentement et au hasard, en ne
+s'occupant que de choses vaines et communes, représente assez bien le
+mouvement des cloches ébranlées.
+
+Cette dénomination s'est retrouvée souvent dans le style satirique,
+témoins Thenot _Dandin_, Perrin _Dandin_, Georges _Dandin_.
+
+DÉGRINGOLER. Terme bas qui est pris du bruit d'un corps qui roule d'une
+certaine hauteur.
+
+Voltaire a dit: «Si deux ou trois personnes ne soutenaient pas le bon
+goût dans Paris, nous _dégringolerions_ dans la barbarie».
+
+DRILLE. J'oserais conjecturer que ce mot a été fait du bruit que
+produisaient les pièces d'une vieilles armure, qui, mal unies et agitées
+au moindre mouvement, se choquaient les unes contre les autres. Par une
+de ces extensions qui sont familières à toutes les Langues, et sur-tout
+à la nôtre, ce mot a signifié depuis un habit militaire en lambeaux,
+puis le soldat qui le portait, et finalement de mauvais haillons. Les
+traces de cette génération existent encore, puisqu'il est conservé sous
+toutes ses acceptions.
+
+* DRONOS. Donner _dronos_ sur les doigts est une expression fort
+triviale que je trouve dans Rabelais. Le Duchat la regarde comme une
+Onomatopée du bruit que rend un coup dur et retentissant; mais dans le
+cas où l'imagination des Lecteurs ne voudrait pas se prêter à
+l'explication qu'il plaît au savant commentateur d'en donner, ils sont
+libres de la ranger parmi les mots sans nombre que cet Auteur a formés
+sans autre règle que son caprice, véritables termes macaroniques, dans
+la construction desquels il n'a cherché qu'à être original et bizarre,
+et auxquels il s'est peu soucié d'attacher un sens. Voilà pourquoi un
+commentaire dans le genre de celui de M. Le Duchat, où l'on prétend tout
+expliquer, est une des entreprises les plus ridicules qu'on ait pu faire
+sur Rabelais.
+
+* DROUÏNE. Ce mot, tout aussi dédaigné, signifie le havresac dans lequel
+les chaudronniers mettent leurs outils, dont le choc sonore semble
+articuler _dron_, _drin_, ou _drouin_.
+
+CHAUDRON, CHAUDRONNIER, seraient donc des Onomatopées tirées de cette
+racine.
+
+En anglais, un _drouïneur_ ou _chaudronnier_ qui porte la _drouïne_,
+s'appelle _tinker_, autre Onomatopée aussi tirée du tintement des métaux
+dont il est chargé.
+
+
+E
+
+EBROUER. Onomatopée assez précieuse, qui représente l'action d'un cheval
+ardent, soufflant avec force pour chasser l'humeur qui l'incommode, et
+pour reprendre facilement haleine.
+
+ _Tum si qua sonum procul arma dedêre,
+ Stare loco nescit, micat auribus, et tremit artus,
+ Collectumque premens, volvit sub naribus ignem._
+
+Il n'y aurait peut-être rien de comparable à cet admirable passage des
+_Géorgiques_, si on ne lisait pas dans Job:
+
+«Est-ce vous qui avez donné au cheval sa force et sa beauté? Le
+ferez-vous bondir comme la sauterelle, lui, qui du souffle si fier de
+ses narines, inspire la terreur? Il se rit de la peur; il s'agite, il
+frémit, il frappe du pied la terre, et l'enfonce. Dès qu'il entend le
+son de la trompette, il dit: courage! Il sent l'approche de l'armée, et
+joint ses hennissemens aux cris confus des soldats.»
+
+On reconnaîtra facilement dans les deux Poètes les images dont le mot
+_ébrouer_ est l'expression elliptique.
+
+ÉCLAT, ÉCLATER. Du bruit d'un corps dur qui se divise avec violence
+quand on le crève, quand on le fend, quand on le brise.
+
+Il y a long-temps que les Glossateurs et les Étymologistes ont reconnu
+que ces mots étaient faits du son que rend le bois, par exemple, quand
+on le met en pièces, comme cela se remarquait au brisement des lances
+dans les tournois. On lit au deuxième livre d'Amadis: «Adonc baissèrent
+leurs lances, et donnans des esperons à leurs chevaux, coururent l'un
+contre l'autre de si grande roideur, que leur bois vola en _esclats_».
+
+Les Grecs ont dit _klao_ pour _frango_, et de là, chez les Latins, un
+éclat de bois s'est quelquefois appelé _clasma_. _Clao_ signifiait en
+celtique une espèce de ferrement, et le bruit qu'il rendait sous le
+marteau.
+
+Cette racine passant au figuré par catachrèse ou extension, a enrichi
+nos vocabulaires de beaucoup de termes. Elle a fourni aux Langues
+gothiques le mot _cla_ ou _cala_, _crier_, dont il est facile de suivre
+les nombreuses dérivations.
+
+_Clabaud_, qui est composé de ce mot et du latin _boare_ ou _baubare_, a
+été pour, chien, et figurément pour, un parleur insupportable.
+
+_Clabauder_, est encore pris quelquefois en ce sens dans un style
+très-bas.
+
+ Que deviendrai-je, entendant les Libraires
+ Me _clabauder_ et crier de concert,
+ Deçà, Monsieur, achetez Boisrobert!
+
+_Clamer_, qui signifiait nommer à haute voix, appeler avec _éclat_, est
+totalement rejeté par notre Langue, qui a cependant conservé tous ses
+composés. Il était toutefois difficile à remplacer en certaines
+occasions.
+
+ C'est elle qui a tant de pris
+ Et tant est digne d'estre amée
+ Qu'el' doit estre rose _clamée_.
+
+GUILLAUME DE LORRIS.
+
+_Clameur_, _Acclamation_, et les autres expressions de cette famille
+n'ont rien perdu dans l'usage. On disait autrefois _clamours_, comme
+dans ces vers de Marot:
+
+ Tous pélerins doivent faire requêtes,
+ Offrandes, voeux, prières et _clamours_.
+
+Le mot _éclisser_, pour, faire jaillir des _éclats_ de boue, a cessé
+d'être français.
+
+ÉCLABOUSSER, Onomatopée mixte, composée d'_éclat_ et de _boue_, lui a
+été substitué.
+
+ÉCLOPPÉ. Je crois que c'est le seul mot qui nous reste de cette racine,
+qu'on peut croire formée par imitation du bruit inégal et lourd de la
+marche d'un boiteux.
+
+Rabelais a dit _cloper_; et, _clopiner_ se trouve dans des Auteurs d'un
+style assez pur. J'ai lu _clanpin_ dans des mémoires de la fin du
+dix-septième siècle, où l'on désignait ainsi le duc du Maine.
+
+_Claudicare_, qui signifiait boiter chez les Latins, n'aurait-il pas la
+même origine; et de là n'aurait-on pas fait le nom de la _cloche_, parce
+que son mouvement ressemble à la marche des boiteux? Ce qu'il y a de
+certain, c'est qu'on dit encore _clocher_ pour _boiter_, et qu'on
+appelle vulgairement _cloche_, une espèce d'ampoule qui survient aux
+pieds d'un homme fatigué, et qui le fait _clocher_.
+
+* CLOPIN, CLOPANT, est un mot factice, construit par Onomatopée du pas
+des boiteux. La Fontaine s'en est servi dans la fable du _Pot de terre
+et du Pot de fer_.
+
+ Mes gens s'en vont à trois pieds
+ _Clopin clopant_ comme ils peuvent,
+ L'un contre l'autre jetés
+ Au moindre hoquet qu'ils treuvent.
+
+ÉCRASER. Ce mot est engendré par un son analogue à celui qui a produit
+le mot _éclater_, mais qui représente un brisement moins simultanée, et
+c'est pour cela qu'il est alongé par la consonne roulante.
+
+Le cri de la craie qui se rompt et qui se pulvérise sous le pied,
+reproduit fort distinctement cette racine.
+
+Les Chaldéens ont dit _kéras_, et les Grecs plus vivement encore
+_katatripsis_ pour _obtritus_, _écrasement_. Ce dernier mot n'est pas
+français.
+
+Si l'on veut s'assurer de la vérité de cette étymologie, qu'on ouvre au
+mot _écraser_ le dictionnaire de l'Académie; on y verra entr'autres
+usages de ce mot: _écraser des groseilles, du verjus_. On _écrase_ donc
+des bayes sèches, tendues, récalcitrantes. On n'_écraserait_ pas des
+fruits tendres et pulpeux. D'où vient cette différence? Elle est l'effet
+du son produit par l'action d'_écraser_, qui est âpre, aigu dans le
+premier cas, mousse et presque muet dans le second.
+
+ÉCROU. L'_écrou_ est une pièce de bois ou de fer qui a un trou
+correspondant à la grosseur d'une vis qui s'y introduit, et y tourne
+avec un bruit désagréable.
+
+L'_écrou_, qui est un acte d'emprisonnement, est une figure de celui-ci.
+
+La consonne roulante marque les efforts et le cri de la vis dans les
+crans pressés où elle s'emboîte; et dans _clou_, qui est une Onomatopée
+assez douteuse, le son est bref et net, parce qu'on le _fiche_
+brusquement, et qu'il produit un bruit indécomposable et immodulé.
+
+ÉGRISER. Oter les parties brutes d'un diamant en le frottant contre un
+autre.
+
+Le bruit agaçant de ce frottement, semblable à celui d'un verre que le
+diamant du vitrier divise, ou qu'on fait grincer en le grattant de
+l'ongle, a servi de racine à cette Onomatopée.
+
+ENFLER, ENFLURE. Onomatopées composées de la préposition, et du bruit de
+l'haleine chassée avec effort.
+
+_Enfler_, s'est dit d'abord pour, l'action de emplir d'air un corps vide
+et flasque, jusqu'à ce qu'il ait acquis un certain degré de tension;
+puis, _enflé_, s'est dit en général de tous les corps qui ont une
+grosseur inusitée ou accidentelle.
+
+Les Latins disaient _inflare_ qui a la même racine et la même valeur.
+
+GONFLER, que nous avons de plus qu'eux, est peut-être plus imitatif,
+parce qu'il est plus emphatique, et qu'on ne peut le prononcer sans une
+assez forte émission du souffle.
+
+ESCOPETTE, ESCOPETTERIE. Du bruit éclatant des mousquets.
+
+Ce mot a donné lieu au plus ridicule des vers factices:
+
+ _Schiopettus tuf taf: bom bom colubrina sboronat._
+
+«L'escopette perce l'air avec ses _tuf taf_, et la coulevrine avec ses
+bom bom».
+
+Perse avait dit _sclopus_, pour, le son que rend la bouche, quand on
+frappe sur les joues gonflées d'air:
+
+ _Nec sclopo tumidas intendis rumpere buccas._
+
+De là le diminutif macaronique _schiopettus_ et le français _escopette_,
+qui sont des Onomatopées formées sur un son de la même espèce. C'est
+l'opinion de Paradin et de Polydore Virgile.
+
+ÉTERNUEMENT, ÉTERNUER. «L'_esternuement_, qui vient de la tête; étant
+sans blâme, dit Montaigne, nous lui faisons un honneste accueil. Ne vous
+mocquez pas de cette subtilité; elle est d'Aristote».
+
+Nous disions beaucoup mieux _esternüer_, parce que ce mot ainsi prononcé
+conservait le son radical dans toute sa valeur, et s'écartait moins des
+analogues qu'on lui connaît dans d'autres Langues.
+
+
+F
+
+FANFARE. La plupart des instrumens à vent sont caractérisés par la
+lettre F, parce que cette consonne produite par l'émission de l'air
+chassé entre les dents, est l'expression du soufflement ou du
+sifflement. De là, _fanfare_, qui est un chant de trompette.
+
+Rabelais en avait fait le verbe _fanfarer_, que je ne me souviens pas
+d'avoir vu ailleurs.
+
+FIFRE. La voyelle resserrée entre deux lettres très sifflantes, donne
+une idée très-juste du bruit aigu de cet instrument, et la désinence
+roulante marque son éclat un peu rauque.
+
+Les Allemands l'ont nommé _pfeifer_ par analogie à l'Onomatopée
+_pfeifen_ qui signifie _siffler_. Cette dénomination a été exactement
+transportée dans notre Langue et dans la plupart des autres. Nous avons
+même dit _pifre_, comme en ce passage de la traduction d'_Amadis_ par
+Gabriel Chapuis. «Plusieurs sont des _pifres_ et autres instrumens». Et
+en cet autre de Rabelais: «Puis soubdain retourne, et nous asseure avoir
+à gausche descouvert une embuscade d'andouilles farfeluës, et du cousté
+droict à demi-lieue loing de là, ung gros bataillon d'aultres puissantes
+et gigantales andouilles, le long d'une petite colline furieusement en
+bataille, marchantes vers nous au son des vézes et piboles, des guogues
+et des vessies, des joyeulx _pifres_ et tabours, des trompettes et
+clairons».
+
+FLACON. Du bruit de la liqueur versée hors du _flacon_, et qui tombe de
+quelque hauteur dans un vase sonore. Il est du moins certain qu'on n'a
+découvert aucune autre étymologie raisonnable de ce mot, et que
+l'unanimité avec laquelle tant d'idiomes l'ont admis, donne lieu de
+penser qu'il n'a pas été formé au hasard. Les Espagnols ont dit
+_flascon_, les Italiens _fiascone_, les Allemands _flasche_, les
+Flamands _flesche_, les Polonais _flasha_, les Bohémiens _flasse_, les
+Hongrois _palassk_, et les Anglais _flagon_.
+
+Une observation qui donne du poids à cette conjecture, c'est que
+_flacquer_ s'est dit autrefois pour, vuider son verre, en jetant les
+liqueurs qu'il contient. La Bruyère en fournit un exemple dans ce
+passage. «S'il trouve qu'on lui a donné trop de vin, il en _flacque_
+plus de la moitié au visage de celui qui est à sa droite, et boit le
+reste tranquillement». De là,
+
+FLACQUÉE D'EAU, l'eau que l'on _flacque_, ou que l'on jette contre
+quelque chose,
+
+FLAQUE D'EAU, mare croupissante et de si peu d'étendue, qu'il semble
+qu'on l'ait _flacquée_ à l'endroit où elle est,
+
+FLASQUE, adjectif qui s'est dit d'abord d'une chose amollie par
+l'humidité, et particulièrement d'un linge mouillé qui produit, quand on
+le soulève et qu'on le laisse retomber sur lui-même, le bruit de l'eau
+qu'on _flacque_ à terre. Cette dernière expression dérive secondairement
+du _flaccidus_ des Latins qui a été immédiatement fait du bruit naturel.
+
+FLANQUER. Du bruit d'un coup violent, le peuple a fait le mot factice
+_flan_ pour le représenter, et le verbe _flanquer_ pour, donner un coup
+dont le son est exprimé par _flan_.
+
+Ces termes sont de la plus basse trivialité.
+
+FLÈCHE. Mot factice formé sur le son de la _flèche_ chassée de sa corde,
+et qui fuit en sifflant. C'est l'opinion de Nicod, du temps duquel on
+disait encore indifféremment _flèche_, _flic_, ou _flis_.
+
+En espagnol, c'est _flecha_, en allemand _pfeil_, en anglo-saxon _fla_.
+
+Les Italiens ont aussi _freccia_, mais plus communément _saëtta_, du
+_sagitta_ des Latins[1], qui nous a fourni _sagette_, et qui a du
+rapport avec la _zagaye_ des Maures et de quelques nomades.
+
+Le mot _psi_ est une autre Onomatopée du bruit de la _flèche_, dont il
+reste peu de composés dans les Langues; mais il est à remarquer que les
+Grecs en ont fait une de leurs lettres qu'ils ont représentée
+hyéroglyphiquement sous la figure d'une _flèche_ empennée, ou d'un trait
+appuyé sur son arc.
+
+FLEUR. Du bruit que fait l'air aspiré par l'organe qui recueille les
+parfums de la _fleur_.
+
+FLAIRER, en est formé par métonimie. Cette étymologie laisse d'autant
+moins de doutes, qu'on a dit autrefois _fleurer_. Molière s'en est servi
+dans ce vers d'Amphitrion:
+
+ Impudent _fleureur_ de cuisine,
+
+pour désigner un parasite. Le nom de M. _Fleurant_ qu'il a employé dans
+le _Malade imaginaire_, est tiré du même verbe, dans la même
+construction.
+
+Cette racine est propre à caractériser en général tous les termes qui
+figurent des émanations douces, des formes ondoyantes, des mouvemens
+caressans, comme _flamme_, qui est un corps impalpable et tenu, que le
+vent agite et balance; _flatter_, qui est une action gracieuse au propre
+et au figuré; _fléchir_, qui se dit en parlant de l'inclinaison molle et
+légère d'un corps souple, comme les jeunes plantes et les roseaux; et
+beaucoup d'autres expressions de la même espèce, sur lesquelles je ne
+m'arrêterai pas davantage, et que je ne classerai point à leur rang
+alphabétique, parce qu'elles me paraissent trop éloignées de leur type.
+
+FLOT.
+
+FLEUVE, FLUX, FLUIDES, choses qui _fluent_.
+
+Du bruit des liquides qui s'écoulent. Cette racine se retrouve dans
+presque toutes les Langues.
+
+AFFLUENCE, a signifié originairement le concours des _flots_, le _flux_
+des grandes eaux, la réunion de plusieurs _fleuves_ qui _fluent_
+ensemble vers un même but, et figurément l'action de survenir en grand
+nombre, et d'aborder dans le même lieu; mais on ne le prend plus que
+dans sa dernière acception.
+
+_Fléon_, se disait dans le vieux langage pour un petit _fleuve_, ou
+ruisseau.
+
+ Glorieux _fléon_, glorieuse êve,
+ Qui lavaz ce qu'Adam et Eve
+ Ont pour leur pechié ordoyé.
+
+Sur quoi je ferai remarquer en passant qu'il résulte de cette citation
+qu'on a dit autrefois _êve_ pour eau en français, et que ce mot _ev_
+signifiait, boire ou avaler, en celtique. Voyez au mot _biberon_.
+_Afon_, _avon_, dont _amnis_ paraît dérivé, représentait dans la même
+Langue l'idée que nous attachons à ce mot latin, un fleuve, une rivière
+rapide.
+
+* FLOFLOTTER, qui est tout-à-fait perdu, est cependant une assez
+heureuse Onomatopée du choc des flots en rumeur.
+
+Dubartas a écrit _le floflottant Nérée_, et c'est, je crois, ce qui a
+fait dire à Pasquier au huitième livre de ses recherches: «_Floflotter_
+est mis en usage par les poètes de notre temps pour représenter le heurt
+tumultuaire des _flots_ d'une mer, ou grande rivière courroucée».
+
+Je ne sais personne, au reste, qui ait employé ce terme depuis Pasquier,
+si ce n'est l'extravagant poète Desmarets dans sa comédie des
+_Visionnaires_, où il le donne pour épithète au _fleuve_ Nérée, comme
+avait fait Dubartas.
+
+ Déjà de toutes parts j'entrevois les brigades
+ De ces Dieux chèvre-pieds et des folles Ménades
+ Qui s'en vont célébrer le mystère orgien
+ En l'honneur immortel du père Bromien.
+ Je vois ce cuisse-né suivi du bon Silène
+ Qui du gosier exhale une vineuse haleine,
+ Et son âne fuyant parmi les Mimallons
+ Qui les bras entirsés courent par les vallons.
+ Mais où va cette troupe?... Elle s'est égarée
+ Aux solitaires bords du _floflottant_ Nérée.
+
+FLOU. Ce mot se dit en Peinture, et surtout dans la mauvaise école, d'un
+tableau dont le coloris est doux, tendre, et comme soyeux et velouté. Il
+est donc dérivé du son moëlleux d'une étoffe précieuse, faiblement
+froissée avec la main. Dans le _Charles Ier._ de Wandick, on croit
+entendre le _flou_ du satin.
+
+Au reste, on se sert ordinairement pour fondre les couleurs, pour les
+noyer, les dépouiller de leur sécheresse, et amollir leurs nuances,
+d'une petite brosse de soies légères, qu'on passe délicatement sur ce
+que le pinceau a touché, et dont on effleure la toile avec tant de
+précaution, qu'il semble qu'on la caresse. Cette opération est
+accompagnée d'un petit bruit qui est peut-être devenu par analogie le
+nom de cette manière de peindre.
+
+FLÛTE. Du _flare_ des Latins qui est une Onomatopée du souffle. La douce
+émission du son qui flue en quelque sorte par les trous de la _flûte_, a
+déterminé le nom de cet instrument.
+
+Les Italiens ont dit _flauto_, les Espagnols _flauta_, les Allemands
+_floete_, les Anglais _flute_, et les Celtes _flehut_. Cette conformité
+de dénominations, qui n'est fondée sur aucune autre étymologie
+apparente, vaut une démonstration.
+
+J'ajouterai que les Orientaux appellent une _flûte_, _avuv_, et les
+Taïtiens, _evuvo_. C'est l'aspiration de la Langue celtique _av_ ou
+_ev_. Remarquez aussi que le _v_ se prononce sur la même touche que
+l'_f_ qui n'est qu'un _v_ fort. Les Hébreux prononçaient _vau_ pour _f_;
+les Allemands prononcent, au contraire, _faou_ pour _v_. Il résulte de
+là que le mot _avuv_ des Orientaux, et le mot _evuvo_ des Taïtiens, ont
+la même construction que le mot _fifre_, et présentent comme lui un son
+vocal aigu resserré entre deux dentales. Ils en diffèrent par
+l'intonation qui est moins brusque, par la désinence qui est plus pleine
+et plus harmonieuse, et par l'adoucissement des consonnes
+caractéristiques. _Avuv_ ou _evuvo_ représentent donc très-bien une
+_flûte_, un fifre doux.
+
+Le _syrinx_ des Grecs est aussi une Onomatopée, mais qui tient à la
+mélopée primitive, et au son plus aigre des simples roseaux.
+
+FRACAS, FRACASSER. D'un bruit éclatant et prolongé qui est occasionné
+par une destruction violente ou par un phénomène naturel, comme le
+_fracas_ de la foudre qui tombe, le _fracas_ des cataractes, et le
+_fracas_ des volcans.
+
+Quinaut a supérieurement dit dans ces vers d'une belle harmonie
+imitative:
+
+ Que le bruit, que le choc, que le _fracas_ des armes
+ Retentisse de toutes parts!
+
+FREDON, FREDONNER. En chassant l'air de la bouche, avec un roulement
+pressé de la langue, et un petit frémissement des lèvres, on produit le
+bruit sourd ou le chant confus que ces mots expriment. Guichard a
+rencontré assez heureusement, quand il les a dérivés du _fritinnire_ des
+Latins, excellente Onomatopée qui a la même racine, et qui avait été
+faite pour représenter le murmure des hirondelles.
+
+FRELON. Du bourdonnement des ailes de cet insecte, on a fait son nom
+français. Les Latins ont dit _crabro_, et les Espagnols _tabarro_, qui
+sont d'autres Onomatopées.
+
+FRÉMIR, FRÉMISSEMENT. On ne peut se tromper sur le son radical de ces
+mots, qui se reproduit dans tant d'occasions, soit qu'il se forme de
+l'agitation rapide des lèvres dans le _frémissement_ de la fièvre et
+dans celui de la peur, soit qu'il paraisse émaner des feuillages émus,
+des herbes fouettées par le vent, des eaux qui murmurent sur les
+cailloux.
+
+FRISSON, FRISSONNEMENT, qui sont des _frémissemens_ d'une espèce
+particulière,
+
+FRAYEUR, EFFROI, sentiment qui excite le _frisson_,
+
+FROID, sensation physique dont l'effet est le même, sont autant
+d'expressions qui se rapportent à cette racine, et sur lesquelles je ne
+reviendrai pas ailleurs.
+
+FRETILLER. Pour exprimer un mouvement très-vif et très-rapide, comme
+celui d'un petit poisson suspendu à la ligne, et pour représenter le
+bruit dont il est accompagné.
+
+FRETIN, c'est le nom qu'on donne au petit poisson qui _fretille_.
+
+ Un carpeau qui n'était encore que _fretin_,
+ Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.
+
+Et ailleurs:
+
+ Un rieur était à la table
+ D'un financier, et n'avait en son coin
+ Que de petits poissons; tous les gros étaient loin.
+ Il prend donc les menus, puis leur parle à l'oreille;
+ Et puis il feint à la pareille
+ D'écouter leur réponse; on demeura surpris,
+ Cela suspendit les esprits.
+ Le rieur alors d'un ton sage
+ Dit qu'il craignait qu'un sien ami
+ Pour les grandes Indes parti
+ N'eût depuis un an fait naufrage.
+ Il s'en informait donc à ce menu _fretin_;
+ Mais tous lui répondaient qu'ils n'étaient point d'un âge
+ A savoir, au vrai, son destin;
+ Les gros en sauraient davantage.
+
+FRIRE. Du pétillement de l'huile bouillante quand on y plonge un corps
+froid pour le faire _frire_.
+
+Cette Onomatopée se retrouve dans toutes les Langues.
+
+Observez que le grec _frugo, frughios_ (_torreo, torridus_), dont le son
+a tant d'analogie avec celui sur lequel ce mot est formé, a fourni le
+nom de l'_Afrique_ et de la _Phrygie_, pays de feu. Je dois cette
+remarque à M. de Cambry, dont l'immense érudition a enrichi la science
+des Langues de tant d'heureuses découvertes.
+
+FRISER. Pour rouler les cheveux, on les presse avec un fer chaud qui les
+dessèche et qui les crispe. C'est du petit bruit avec lequel ils se
+retournent sur eux-mêmes, qu'on a fait le mot _friser_.
+
+_Friser_ se prend aussi pour, effleurer un objet, pour, en passer si
+près que le bruit du frottement se fait légèrement entendre.
+
+FROISSEMENT, FROISSER. Belles expressions qui représentent ordinairement
+le cri d'une étoffe ferme que l'on presse avec quelque force; mais qu'on
+a étendues à d'autres significations, et qui peuvent s'appliquer plus ou
+moins à toutes sortes de ruptures et de brisemens.
+
+Il est certain qu'elles ont été formées d'après le son naturel, et je
+n'en atteste que les Auteurs même qui ont cherché ailleurs leur
+étymologie. Ils remarquent qu'on dit _froisser_ du damas et du satin. On
+ne le dirait pas d'une étoffe douce et légère qui cède sans bruit sous
+la main. On la chiffonne, on ne la _froisse_ pas. _Froisser_ est donc un
+mot imitatif, une véritable Onomatopée.
+
+On dit vulgairement le _froufrou_ d'une robe de satin, d'un vêtement de
+taffetas, et ce mot factice est la racine de ceux-ci.
+
+FRÔLER, pour, friser, effleurer un corps.
+
+_Frôler_ une robe de taffetas, c'est la faire crier en passant.
+_Frôlement_, pour représenter ce bruit, est un mot pittoresque et vrai,
+mais hasardé.
+
+_Freler_, qui est de cette famille, s'emploie dans la Langue du peuple,
+en parlant d'une matière de peu de consistance, comme les cheveux et la
+barbe, ou le poil, la laine et les plumes des animaux, qui, à peine
+_frôlés_ ou effleurés par le feu, se retirent en rendant un son faible
+et rapide dont ce verbe paraît formé.
+
+FRONDE. Une corde qui sert à lancer les pierres avec violence, à les
+faire déchirer l'air avec bruit et de manière à ce qu'elles en tirent un
+frémissement long, retentissant et sonore, dont on peut exprimer l'effet
+par le mot qui fait le sujet de cet article.
+
+Les Grecs ont dit _sphendoné_, les Latins _funda_, les Italiens
+_fromba_, _fronda_ et _frondola_. L'_e_ muet qui termine sourdement
+cette Onomatopée dans notre Langue, et qui figure la désinence d'un
+bruit mourant, la rend préférable à toutes les autres. J'en excepte
+cependant l'énergique _sling_ des Anglais, qui est le terme le plus
+pittoresque que l'on ait attaché à cette idée.
+
+Dans le pays de Léon, _fromm_ exprime le bruit que fait une pierre jetée
+avec une _fronde_. _Fromm a-ra ar-maen_, la pierre bruit. C'est le
+_rombo_ des Italiens, et le _bromos_ des Grecs.
+
+FROTTEMENT, FROTTER. Le son radical de ces mots est propre, comme on
+peut le voir, à tous les froissemens, à tous les frémissemens de la
+nature; il convient également pour exprimer l'action que ces termes
+figurent, et il rappelle très-bien le bruit dont elle est ordinairement
+accompagnée.
+
+FROUER. Un soufflement tremblotant de la chouette a servi de type à
+cette Onomatopée, qui est d'usage parmi les chasseurs pour indiquer
+l'action de siffler à la pipée, ce qui se fait communément en plaçant
+entre les lèvres une feuille ployée qui étouffe le son, et qui le
+module.
+
+
+G
+
+GALOP, GALOPER. Nicod conjecture très-plausiblement que ces mots sont
+faits par Onomatopée du bruit des chevaux qui _galopent_; mais je ne
+saurais convenir avec lui et avec certains Etymologistes qui ont partagé
+son opinion, que le mot _haquenée_ ait été immédiatement formé sur une
+racine naturelle de la même espèce. Le _haca_ des Castillans, et le
+_faca_ des Aragonais dont on le fait dériver, descendent probablement
+comme lui du latin _equus_, qui a produit _equina_, et en vieux français
+_haquet_ et _haquenée_. Coquillard a dit:
+
+ Sus, sus, allez vous en, jaquet,
+ Et pansez le petit _haquet_,
+ Et lui faites bien sa litière.
+
+C'est aussi l'opinion de Ménage.
+
+GARGARISER, GARGARISME. Cette Onomatopée est purement grecque,
+_gargarizo_, _gargarismos_. Elle est formée du bruit d'un remède liquide
+dont on se lave la bouche et l'entrée du gosier. Les Grecs disaient
+aussi, dans un sens assez analogue, _gargalisein_, et _gargalismos_,
+_titillare_, _titillatio_.
+
+Elle est d'ailleurs commune à la plupart des Langues. En hebreu,
+_garghera_ signifiait le _gosier_; il se dit _gargareon_ en grec, et
+_gorzaillen_ en celto-breton: la même initiale caractérise encore assez
+universellement, et avec peu de modifications, les noms qu'on a donnés à
+cette partie, soit chez les Latins qui l'appellent _jugulum_, soit chez
+les Italiens qui l'appellent _golla_, soit chez les Allemands qui
+l'appellent _khéle_ ou _ghéle_, soit chez les Espagnols qui l'ont
+appelée _garganta_. Rabelais n'a fait que transporter en espagnol le nom
+de son _grandgousier_, pour en faire celui de _Gargantua_, qu'il s'amuse
+à expliquer autrement par un quolibet. Le nom même de _gargamelle_ se
+prend pour la gorge ou le gosier, dans la Langue du peuple, et
+Hauteroche l'a employé à cet usage.
+
+On disait autrefois _esgargaté_ de crier, d'un homme qui avait une
+extinction de voix.
+
+* GARGOUILLE. «_Gargouille_, dit Nicod, est ce petit canal de pierre ou
+d'autre chose, issant en forme de couleuure ou d'autre beste, hors
+d'oeuvre, au dessous des couuertures des églises, et tels autres
+bastimens pour jetter au loing l'eaüe pluviale qui en descend. Le nom
+est par Onomatopée du _gargouillis_, et bruit que l'eaüe fait courant
+par telles _gargouilles_».
+
+Marot a pris ce mot pour grosses bouteilles desquelles le vin s'écoule
+avec abondance, à la manière de l'eau qui tombe des gargouilles, et avec
+un bruit pareil:
+
+ Semblablement le gentil Dieu Bacchus
+ M'y amena, accompagné d'andouilles,
+ De gros jambons, de verres, de _gargouilles_.
+
+GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER. Ces mots sont tirés du chant des oiseaux,
+dont ils expriment assez bien l'harmonieux babillage, qui est le
+_susurrus_, le _garritus_, le _lene murmur_ des Latins. Mais employés
+jusqu'à satiété par nos Poètes pastoraux, et cousus depuis deux siècles,
+aux plus misérables bouts-rimés de la Langue, ils ont perdu toute leur
+grace et toute leur fraîcheur, et sont tombés dans la classe des lieux
+communs les plus fastidieux. Il y a certaines de ces expressions et de
+ces tournures qui, inventées d'abord par une riche imagination, et
+prostituées depuis à tous les usages, sont devenues aussi fades et aussi
+importantes qu'elles étaient autrefois vives et ingénieuses[2]. Avançons
+une idée vraie qui n'a que l'apparence d'un paradoxe. Un méchant
+écrivain porte plus de dommage à la Langue dans laquelle il écrit que le
+plus beau génie ne lui fait d'honneur. C'est la harpie qui souille tout
+ce qu'elle touche, et dans ses mains tout se fane et se décolore.
+
+GEAI. En grec, _karakaxa_, en Latin ancien _garrulus_, et de là
+_garrire_, en latin barbare _gaius_, en espagnol _gayo_, _cayo_, en
+catalan _gaitg_, _gralla_, en italien _ghiandaja_, en allemand _jack_,
+en polonais _soika_, en suédois _not-skrika_, en anglais _jay, ia, ia_,
+en français dans différens lieux et dans différens temps _jay_, _gay_,
+_jayon_, _gayon_, _jaques_, _jaquot_, _jacuta_, _girard_, _richard_,
+_gautereau_.
+
+«Leur cri ordinaire est très-désagréable, dit M. de Buffon, et ils le
+font entendre souvent. Ils ont aussi de la disposition à contrefaire
+celui de plusieurs oiseaux qui ne chantent pas mieux, tels que la
+cresserelle et le chat-huant. S'ils aperçoivent dans le bois un renard
+ou quelqu'autre animal de rapine, ils jettent un certain cri
+très-perçant, comme pour s'appeler les uns les autres, et on les voit en
+peu de temps rassemblés en force, et se croyant en état d'en imposer par
+le nombre, ou du moins par le bruit. Cet instinct qu'ont les _geais_ de
+se rappeler, de se réunir à la voix de l'un d'eux, et leur violente
+antipathie contre la chouette, offrent plus d'un moyen pour les attirer
+dans les piéges, et il ne se passe guères de pipée sans qu'on en prenne
+plusieurs; car étant plus pétulans que la pie, il s'en faut bien qu'ils
+soient aussi défians et aussi rusés. Ils n'ont pas non plus le cri
+naturel si varié, quoiqu'ils paraissent n'avoir pas moins de flexibilité
+dans le gosier, ni moins de disposition à imiter tous les sons, tous les
+bruits, tous les cris d'animaux qu'ils entendent habituellement, et même
+la parole humaine. Le mot _richard_ est celui, dit-on, qu'ils articulent
+le plus facilement».
+
+Ce mot se retrouve parmi les nombreuses Onomatopées dont le cri du
+_geai_ fournit la racine, et de la variété desquelles l'instinct
+imitatif de cet animal nous donne le motif.
+
+GLAPIR, GLAPISSEMENT. Mots formés d'un bruit aigu, perçant, comme les
+aigres éclats de la voix d'un animal qui n'est pas adulte, ou le fausset
+d'une voix discordante et d'un mauvais instrument. En grec _klaggé_, et
+de là _clangor_.
+
+_Glatir_ et _Glatissement_, ont signifié la même chose. En Picardie,
+_glay_ se dit pour un grand bruit ou pour un grand concours de voix.
+
+GLAS ou GLAIS, c'est le tintement _glapissant_ d'une cloche qu'on sonne
+pour un Ecclésiastique qui vient de mourir.
+
+GLISSER. Du bruit d'un corps qui parcourt rapidement la surface d'un
+corps _glissant_.
+
+GLACE, est un mot formé du même son naturel, parce que la glace offre
+une surface unie, lisse et _glissante_. En breton _clezr_, la _glace_,
+et _clezra_, _glacer_, dont _glisser_ peut bien être fait.
+
+* GLOUGLOTTER. On a inventé ce mot pour exprimer le chant du coq d'Inde,
+et cette innovation paraît d'autant plus naturelle, que les Langues
+anciennes ne pouvaient fournir de terme qui présentât la même idée. Je
+ne vois pas cependant qu'il ait été mis en usage par aucun Ecrivain
+considéré.
+
+GLOUGLOU. Mot factice qui se tolère aisément dans une chanson bachique,
+et qui imite à merveille le bruit d'une liqueur qui s'écoule par un
+canal étroit.
+
+Madame Deshoulières a dit en parlant du vin:
+
+ C'est un secours contre plus d'un tourment,
+ Il n'en est point qui ne cède aisément
+ Au doux _glouglou_ que fait une bouteille.
+
+On se rappelle le couplet de Sganarelle dans _le Médecin malgré lui_:
+
+ Qu'ils sont doux,
+ Bouteille jolie,
+ Qu'ils sont doux
+ Vos petits _glougloux_.
+ Mais mon sort ferait bien des jaloux,
+ Si vous étiez toujours remplie!
+ Ah bouteille ma mie,
+ Pourquoi, vous videz-vous?
+
+_Bilbit amphora_, dit Dumarsais; c'est la petite bouteille qui fait
+_glouglou_.
+
+GLOUTON, GLOUTONNERIE. Un signe presque certain que tel mot est tiré
+d'un son naturel, c'est sa reproduction dans un grand nombre de Langues.
+Ainsi, _glouton_ qui s'est dit _glous_ en vieux français, s'est dit
+_glwth_ en celtique, _glout_ et _gloiet_ en breton, _gluto_ dans la
+basse latinité, _ghiottone_ en italien, et _gluttonous_ en anglais.
+
+Ces Onomatopées sont formées d'après le bruit que font les alimens,
+avidement _engloutis_ par un homme affamé, et de là
+
+ENGLOUTIR, qui est d'une acception plus noble et plus étendue.
+
+GORET. C'est un nom du cochon, fait de son grognement. _Gronder_, se dit
+_gorren_ en Langue flamande.
+
+Le cochon s'est d'ailleurs appelé en grec _khoïros_, en georgien
+_gorri_, en latin _gorretus_, en italien _verro_. Sur ce dernier mot et
+sur notre mot _veyrat_, on se rappellera que l'initiale _g_ s'est
+souvent confondue avec le _v_ dans les Langues, et que cette différence
+ne peut constater deux espèces d'étymologie.
+
+En vieux français, la truie se nommait _gorrière_.
+
+L'auteur du Monde primitif prétend que du cri du cochon, animal
+naturellement bruyant, les Celtes avaient fait _gawri_, qui se prenait
+pour _clamare_. Je ne sais comment il a pu tomber dans cette erreur, à
+moins qu'il n'y ait été induit par une faute d'impression ou une
+mauvaise écriture, et qu'il n'ait cru lire _gawri_ dans le mot _garmi_
+ou _sgarmi_, dont c'est en effet le sens, et dont _garrire_ paraît
+dériver. Les _gawris_ ou _gawrics_ étaient dans la religion des Celtes
+des esprits follets, des espèces de _Dusii_ qui dansaient autour des
+monumens. Ce mot est formé de _gawr_, géant, et du diminutif _ic_[3].
+Cela est fort étranger à l'idée que nous attachons au mot _goret_.
+
+Le terme celtique qui signifie _cochon_, est une Onomatopée prise de son
+grognement, _oc'h_, ou bien _ouc'h_, en observant que le _c'h_ est
+aspiré, et se prononce d'une manière gutturale. Et de là, _coc'h_,
+_stercus_, dont le mot français _cochon_ est incontestablement tiré.
+
+GOULOT. Du _glouglou_ de la bouteille, c'est-à-dire, du bruit que fait
+le vin en traversant son _goulot_, on a fait ce dernier mot qui est fort
+peu en usage.
+
+Regnier a dit _goulet_ dans sa plaisante description des meubles d'une
+courtisane;
+
+ Du blanc, un peu de rouge, un chiffon de rabat,
+ Un balet, pour brusler en allant au sabat,
+ Une vieille lanterne, un tabouret de paille
+ Qui s'étoit sur trois pieds sauvé de la bataille,
+ Un barril défoncé, deux bouteilles sur cu
+ Qui disoyent sans _goulet_: nous avons trop vescu.
+
+La bouteille s'appelle en hébreu _bacbuc_, qui est une autre Onomatopée
+du bruit qu'elle fait quand on la vide. C'est de là que la prêtresse de
+la dive bouteille a pris son nom dans Rabelais.
+
+GOUTTE. Ce mot est formé du son naturel, du bruit que produit un liquide
+qui tombe _goutte_ à _goutte_.
+
+ L'eau qui tombe _goutte_ à _goutte_
+ Perce le plus dur rocher.
+
+GRAILLEMENT, GRAILLER. _Graillement_ se dit du son d'un cor usé, rompu,
+enroué, dont on se sert pour rappeler les chiens. C'est une nuance de
+_râlement_, ou plutôt, c'est _râlement_ dont on a mouillé l'_l_, et
+qu'on a précédé d'un son guttural et _criard_, pour exprimer l'aigreur
+de l'airain fêlé.
+
+GRATTER. Du bruit des griffes ou des ongles contre les corps dont ils
+attaquent la superficie. _Egratigner_ en est le diminutif.
+
+GRÊLE, GRÊLER. Un bruit sec, un peu aigre, un peu retentissant qui
+accompagne la chute de la _grêle_, a déterminé son nom. Il faudrait pour
+en douter n'avoir jamais entendu la _grêle_ frapper le verre en
+glissant, ou rouler sur l'ardoise qui résonne, en la faisant rebondir.
+
+En latin, c'est _grando_, _grandine_ en italien, _granizo_ en espagnol,
+_grizill_ en celtique, où de la racine _grill_ se forment, en général,
+les noms des choses bruyantes.
+
+GRESIL, qui se dit d'une petite _grêle_, fort menue et fort dure, est
+immédiatement tiré de ce dernier mot.
+
+GRELOT. Petite boule creuse en métal où l'on enferme quelques corps
+durs, et qui fait l'office de sonnette quand on l'agite.
+
+C'est le _crotalum_ des Latins, mais ce n'en est point une contraction,
+comme on l'a dit. _Grelot_ est un mot factice de la même construction et
+de la même racine que le _Drelin_ du _Malade imaginaire_.
+
+GRELOTTER, qui est l'action de heurter les dents quand on éprouve un
+grand froid, en a été trivialement formé, parce que ce choc imite celui
+des petits corps que contient le _grelot_.
+
+GRENOUILLE. Du râlement désagréable et prolongé de cet ovipare, les
+Latins ont fait _rana_, _ranula_, et même _ranunculus_, qui est employé
+par Cicéron. Ces mots sont devenus le type de la plupart de ses noms
+modernes, et entr'autres de celui que nous avons adopté, quoiqu'il en
+paraisse d'abord plus éloigné qu'aucun autre. Le _batracos_ des Grecs a
+eu moins de dérivés.
+
+Il ne faut pas omettre que dans quelques-unes de nos provinces les mots
+_rane_, _raine_ et _rainette_ se prennent populairement pour
+_grenouille_. Or, si l'on pouvait douter que _rana_ fût formé par le
+procédé imitatif, j'ajouterais une remarque qui me paraît démonstrative;
+c'est que dans ces mêmes provinces où _rainette_ signifie _grenouille_,
+ce mot a un homonyme aussi étranger que lui à notre Langue, et qui se
+dit de l'instrument qu'on appelle plus régulièrement _cresselle_. Entre
+l'une et l'autre de ces expressions, et les bruits dont elles sont
+tirées, la conformité est si frappante, que je ne crois pas qu'il y ait
+une identité d'étymologie plus claire et plus authentique.
+
+GRESILLEMENT, GRESILLER. On entend par _gresillement_ le pétillement
+d'un reste de parties grasses, qui se trouvent dans la peau, le vélin,
+le parchemin que l'on brûle, et le froncement, le racornissement un peu
+bruyans qui l'accompagnent. Ces mots me paraissent trop bas pour devoir
+être employés sans nécessité.
+
+GRIFFE. De _griffe_, qui est pris de l'éraillement d'un corps plus ou
+moins solide, et particulièrement d'une étoffe sous les ongles pointus
+et recourbés d'un animal, on a composé,
+
+AGRIFFER saisir quelque chose avec les _griffes_,
+
+GRIFFER, déchirer d'un coup de _griffe_,
+
+GRIFFADE, blessure que les oiseaux onglés font avec leurs serres,
+
+GRIFFON, oiseau de proie fabuleux,
+
+GRIFFONNER, écrire mal, dessiner grossièrement,
+
+GRIFFONNAGE, écriture incorrecte et illisible,
+
+* GRIFFONNEMENT, terme qui n'est point français, mais qui est d'usage
+parmi les Artistes, pour signifier une esquisse à la plume, ou même un
+genre de gravure mis en réputation par Rembrandt et Romain Dehooge, et
+dont les traits confus et bizarres, mais chauds et hardis, ont l'air
+d'être formés à coups de _griffes_,
+
+GRIFFE, outil de serrurier ou de tourneur, qui a la forme d'une
+_griffe_, ou plutôt qui en a l'usage.
+
+Cette Onomatopée est commune à beaucoup de Langues. On lit ce portrait
+de Cerbère au sixième chant de l'Enfer du Dante:
+
+ _Cerbero, fiera, crudele e diversa,
+ Con tre gole caninamente latra
+ Sovra la gente, che quivi è sommersa.
+ Gli occhi a vermigli, e la barba unta, e atra,
+ El ventre largo, e unghiate le mani.
+ _Graffia_ gli spirti, gli scuoja, ed isquatra._
+
+GRIGNOTER. Ce mot se dit bassement de l'action de ronger lentement et
+avec quelque effort un aliment dur. De là,
+
+GRIGNON, morceau de pain sec et très-cuit, qui crie sous la dent.
+
+Il est rare de voir employer _grignoter_ à propos de mets doux et
+pulpeux, comme dans cet exemple qui est tiré de M. de Parny:
+
+ Une source dans ton verger
+ Jaillit avec un doux murmure,
+ Et son eau bienfaisante et pure
+ Te désaltère sans danger.
+ La faim te presse et te fatigue?
+ De ton figuier mange le fruit,
+ Et ne va pas durant la nuit
+ Du voisin _grignoter_ la figue.
+
+Cet exemple pourrait prouver aussi que le talent a le privilége de tout
+ennoblir, mais je ne crois pas que personne se hasarde à en renouveler
+l'essai sur cette expression, assez justement dédaignée.
+
+GRUGER, qui se prend dans le même sens, en est un augmentatif.
+
+GRILLON. Du petit tintement argentin qui caractérise cet insecte, et que
+les Entomologistes croient provenir de deux membranes, tendues en forme
+de tymbales, qu'il frappe vivement et presque sans relâche.
+
+Le _grillon_ s'est nommé _grillos_ en grec, _grillus_ en latin, en
+espagnol et en italien _grillo_, en allemand _grille_, et en anglais
+_criket_.
+
+Les Méthodistes français ont transporté ce dernier nom imitatif à une
+autre espèce de coléoptères qui a beaucoup de rapports avec la
+sauterelle, mais qui ne se fait remarquer par aucun bruit naturel que
+cette Onomatopée puisse désigner.
+
+GRINCEMENT, GRINCER. Du frottement convulsif et bruyant des dents, qui
+se fait entendre dans la douleur, la colère, la rage et le désespoir.
+
+Les Allemands ont _greinen_, et les Italiens _digrignare_.
+
+Le _trismos_ des Grecs, qui a tant d'analogie avec notre mot
+_crissement_, est une belle Onomatopée. Ils disaient aussi _grusein_,
+pour, _pousser des cris de douleur_, des cris accompagnés de
+_grincemens_.
+
+Dans la belle description du Jugement dernier, qui se lit dans une des
+tragédies de Schiller, les réprouvés sont peints _grinçant_ leurs dents,
+et les faisant bruire comme des dents de fer.
+
+L'Evangile désigne en ces mots l'enfer et les tourmens des damnés. _Ibi
+erit fletus et stridor dentium._ Là seront les pleurs et les
+_grincemens_ de dents.
+
+GRIVE. M. de Buffon, en peignant le plumage de cet oiseau, dit que ce
+mot _grivelé_ qu'on emploie ordinairement pour donner une idée de la
+variété de ses nuances, est visiblement formé du mot _grive_, qui l'est
+lui-même du cri de la plupart des oiseaux de ce genre.
+
+Ménage aperçoit l'Onomatopée dans le mot _grive_, et cependant il aime
+mieux la faire venir de son dérivé _grivelé_. L'opinion de M. de Buffon
+n'en est pas moins incontestable.
+
+GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR. Ces expressions sont faites du cri du
+pourceau, et ont des équivalents de même construction dans la plupart
+des idiomes connus.
+
+En grec _grullé_, _grullismos_; et le porc, _grullos_; en latin
+_grunnitus_, _grunnire_.
+
+* GROGNARD, GROGNON, ne se disent point, quoique usités familièrement
+par des Écrivains recommandables. Jean-Jacques Rousseau, en racontant
+une espiéglerie qu'il fit dans son enfance à une nommée madame Clot,
+ajoute que ce souvenir le fait encore rire, parce que cette voisine,
+bonne femme au demeurant, était bien la vieille la plus _grognon_ qu'il
+eût connue de sa vie.
+
+GROMMELER. Ce mot a rapport à l'action de gronder sourdement et entre
+les dents. Il est fait d'un certain grognement des chiens hargneux.
+
+_Grumeler_, s'est pris dans le même sens en vieux langage, comme dans
+ces vers de la farce de Gringore:
+
+ Je me dis mère sainte église,
+ Je veux bien qu'un chacun le note
+ Je mauldis, anathématise;
+ Mais sous l'habit pour ma devise
+ Porte l'habit de mere sote,
+ Bien scay qu'on dit que je radote,
+ Et que suis folle en ma vieillesse;
+ Mais _grumeler_ vueil à ma porte
+ Mon fils le prince en telle sorte
+ Qu'il diminue sa foiblesse.
+
+GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE, GRONDEUR. La racine de ces mots est
+prise dans un murmure plus noble que celle des précédens, et on les
+admet dans un style plus élevé.
+
+Le substantif _gronderie_ ayant été créé pour un usage figuré, j'ai cru
+pouvoir hasarder _grondement_ qui me paraît indispensable pour
+représenter le bruit de la foudre, et celui d'une mer lointaine.
+
+GROIN. Du cri ordinaire du porc.
+
+Voltaire regrette qu'on ait perdu le vieux verbe _grouiner_, qui
+exprimait le même bruit.
+
+GRUAU. Du bruit d'un grain que le moulin rompt et concasse.
+
+GRUE. Cet oiseau, dont le nom est formé d'après son cri, est le
+_ghéranos_ des Grecs, et le _grus_ des Latins. Les Italiens l'appellent
+_gru_ et _grua_, les Espagnols _grulla_ et _gruz_, les Allemands _krane_
+et _kranich_, les Anglais _crane_, les Anglo-Saxons _crane_ ou _croene_,
+les Suisses _krie_, les Suédois _trana_, les Danois _trane_, les
+Illyriens _gerzab_; en Gallois, c'est _garan_, et en Celtique, _gru_.
+Bochart pense que c'est l'_agur_ de Jérémie; et la ressemblance de ce
+nom avec presque tous les noms de la _grue_, semble confirmer cette
+idée, quoiqu'il soit exprimé autrement dans la Vulgate.
+
+L'excellent traducteur Legros a partagé l'opinion de Bochart. «La
+cicogne, dit-il, connaît dans le ciel quand son temps est venu. La
+tourterelle, l'hirondelle et la _grue_ savent discerner la saison de
+leur passage, mais mon peuple n'a point connu le temps du jugement du
+Seigneur».
+
+Une observation pleine d'intérêt, et qui prouve que les articulations de
+la voix de la _grue_ ont toujours passé pour avoir quelques rapports
+avec celle de la voix humaine, c'est que les Commentateurs pensent que
+si certains Poètes ont appelé cet oiseau l'oiseau de Palamède, cela
+vient de ce qu'outre l'ordre de bataille et le mot du guet, Palamède en
+avait appris quatre lettres grecques.
+
+* GRULLER. M. Court de Gébelin prend cette mauvaise expression dans deux
+sens sous lesquels il la trouve également imitative. Dans le premier,
+elle signifie _trembler de froid_; dans le second, _ébranler un arbre_
+pour en faire tomber les fruits. Il est vrai que le peuple l'emploie
+ainsi, mais elle n'était pas digne d'être _francisée_. Sous le premier
+de ces rapports, elle n'est que l'augmentatif ou la contraction du verbe
+_grelotter_; sous le second, elle n'est que le verbe _crouler_,
+corrompu.
+
+_Crolement_ ou _Grolement_, se dit aussi très bassement d'un tremblement
+spasmodique de la tête, qui a lieu chez les vieillards et chez ceux qui
+sont sujets aux affections nerveuses. Ce terme me semble fait du même
+verbe _gruller_ sous sa seconde acception, parce que ce tremblement
+ressemble à celui d'un arbre agité, dont la tige _vibre_ long-temps.
+
+GUÊPE. Du latin _vespa_, écrit, selon ses premières racines, avec la
+voyelle _ou_ initiale, remplacée successivement, comme cela se remarque
+dans les Langues, par la dento-labiale _v_, et la gutturale _g_, si
+sujettes à se confondre. Le son typique était l'Onomatopée du vol
+bruyant de la _guêpe_.
+
+* GUIORER. Terme inusité qui est fait du cri naturel de la souris.
+
+Davies rapporte _gwichio_, _strepere_. Selon quelques Savans, _gwicha_
+s'est dit en Langue celtique pour, se plaindre à la manière des petits
+oiseaux. _Gwigoura_, c'est faire un petit bruit comme une porte qui
+roule sur des gonds rouillés. Ces bruits ont rapport à celui que ce mot
+représente, et sont exprimés d'une manière assez semblable.
+
+
+H
+
+HACHE. On a cherché fort loin l'étymologie de ce mot. Elle est dans le
+son naturel, dans l'aspiration forte et profonde, dans l'ahan pénible
+qui marque les efforts d'un bucheron.
+
+L'initiale _h_, si nulle dans la plupart des mots, est singulièrement
+caractéristique lorsqu'elle est aspirée, et les Onomatopées qui
+expriment les divers accidens de la respiration de l'homme, lui sont,
+presque toutes, redevables de leur énergie.
+
+* HAHALIS. De _hahé_, cri de chasse, dont on se sert pour arrêter les
+chiens qui prennent le change ou qui s'emportent trop, ou bien de
+l'éclat tumultueux de la voix des chasseurs, et des retentissemens de
+l'écho, on a composé cette expression, d'ailleurs peu connue et
+restreinte dans son usage, à l'acception pour laquelle elle a été
+inventée.
+
+HALETER. Je ne m'attacherai point à démontrer que le mot _haleine_ et
+certains autres qui en dépendent, sont faits par Onomatopée de
+l'émission de l'air dans l'acte de la respiration. Cela me paraît bien
+établi, et je n'aurais point rejeté ces expressions, s'il n'avait pas
+été de mon projet de réunir seulement celles qui conservent un caractère
+d'imitation évident, sans m'occuper de celles qui l'ont perdu, et dans
+lesquelles le son radical se cache parmi des sons étrangers.
+
+Le mot qui fait le sujet de cet article, est sensiblement formé du bruit
+d'une respiration pressée, entre-coupée et violente. L'_anhelare_, et
+mieux encore le diminutif _anhelitare_ des Latins, ont le même type.
+
+HAPPER. Saisir quelque chose avidement, et avec une forte aspiration qui
+marque l'impatience ou le desir.
+
+Il y a de certaines terres et de certains métaux qui _happent_ la langue
+dès qu'on l'applique sur leur surface, et, par exemple, l'argille et
+toutes les agrégations alumineuses. Cet effet est produit par une
+absorption rapide de la salive qui met en contact plus parfait la peau
+de la langue et la terre qu'elle essaye. Ce mot semble spécialement fait
+pour représenter la sensation tenace et subite dont je parle, quoique la
+rapidité monosyllabique de sa racine le rende d'ailleurs
+très-pittoresque dans grand nombre d'occasions.
+
+HARPE. Je conjecture que ce mot est fait par Onomatopée du son des
+cordes de la _harpe_, rassemblées en grand nombre sous les doigts, et
+ébranlées simultanément.
+
+Quoi qu'il en soit, le nom de la _harpe_ a très-peu varié dans les
+Langues modernes. Les Anglo-Saxons l'ont appelée _hearpa_, les Allemands
+_herp_ et _harf_, les Anglais _arp_, et les Italiens _arpa_.
+
+HARPER, est un vieux terme encore employé par Molière et par Sarrazin,
+pour, _prendre_, _saisir_, _dérober_. Il semble que le peuple, dont
+toutes les expressions présentent d'ordinaire des images vives et
+singulières, s'est emparé de cette racine pour l'appliquer aux actions
+qui exigent un grand développement de la main, comme dans les exemples
+auxquels je renvoie. L'_arpax_ des Grecs dont le _rapax_ des Latins est
+le parfait équivalent, à une petite transposition près, et tous les mots
+qui en dérivent, n'ont pas dû être autrement construits, quel que soit
+l'instrument ou l'objet qui en a fourni le son radical.
+
+On disait _harpaille_ en vieux langage, d'une troupe de brigands et de
+maraudeurs, comme dans ces vers tirés des _Vigiles_ de Charles VII.
+
+ Illecques et à saincte Ermine
+ Appartenant à feu Tremouille,
+ Avoit grande _harpaille_ et vermine,
+ Ne n'y demeuroit coq ne poule.
+
+On a vu à ce sujet, dans la préface de cet ouvrage, ce que j'ai dit de
+la lettre _h_, considérée comme signe figuré d'une rapacité avide et
+impatiente[4]. Ces applications particulières sont à l'appui de mon
+opinion.
+
+_Raper_, _Rapt_, sont faits de _harper_ par métathèse.
+
+HENNIR, HENNISSEMENT. Mots formés du cri des chevaux, et qu'on ne peut
+prononcer sans se rappeler ces beaux vers de M. Delille:
+
+ Plus loin, fier de sa race, et sûr de sa beauté,
+ S'il entend ou le cor, ou le cri des cavales,
+ De son sérail nombreux _hennissantes_ rivales,
+ Du rempart épineux qui borde le vallon,
+ Indocile, inquiet, le fougueux étalon
+ S'échappe, et libre enfin, bondissant et superbe,
+ Tantôt d'un pied léger à peine effleure l'herbe,
+ Tantôt demande aux vents les objets de ses feux,
+ Tantôt vers la fraîcheur d'un bain voluptueux,
+ Fier, relevant ses crins que le zéphir déploie,
+ Vole, et frémit d'orgueil, de jeunesse et de joie.
+
+Les Latins avaient cette Onomatopée. On lit dans Virgile au troisième
+livre des Géorgiques:
+
+ _Talis et ipse jubam cervice effudit equinâ
+ Conjugis adventu pernix Saturnus, et altum
+ Pelion _hinnitu_ fugiens implevit acuto._
+
+ Tel, Saturne surpris dans un tendre larcin
+ En superbe coursier se transforma soudain,
+ Et secouant dans l'air sa crinière flottante,
+ De ses _hennissemens_ effraya son amante.
+
+C'est le _c'hwirina_ des Bretons. Davies écrit _chwyrnu_. Il traduit le
+mot _Rhinge_ qui y a rapport, par _stridulus_, ou _sonus stridens_.
+
+L'ingénieux auteur du roman de _Gulliver_ a tiré du même son radical le
+nom factice de _houyhinms_, pour désigner un peuple de chevaux.
+
+HEURT, HEURTER. Du choc rude et brusque de deux corps durs.
+
+HISSER. Hausser une vergue, la faire monter au haut du mât, au
+commandement de _hisse_, _hisse_.
+
+Ces mots sont pris du bruit de la vergue quand on la relève, et du
+frémissement de la voile quand on la froisse.
+
+HOQUET. Du bruit d'une _inspiration_ subite, courte et convulsive.
+
+Les Latins ont dit _singultus_, les Anglais _hicket_ et _hiccough_, les
+Flamands _hick_, les Celtes _hak_, et _hic_ ou _ig_, rapportés par
+Lepelletier et Davies.
+
+Un Etymologiste cherche l'origine de ce mot dans l'hébreu _enka_, qui
+veut dire _sanglot_. Il est probable que ces différentes expressions
+sont de la même racine.
+
+HORREUR. _Horror_. Ce mot est une Onomatopée qui représente l'impression
+que produisent sur nous les objets épouvantables. De là,
+
+HORRIBLE, ce qui fait _horreur_,
+
+ABHORRER, avoir en _horreur_.
+
+HUÉE, HUER. _Huée_ se dit d'une clameur de désapprobation qui s'élève
+dans les assemblées nombreuses, et dont ce mot est formé
+très-imitativement.
+
+On employait autrefois _hus_, _hüe_, et _huyer_ dans le même sens.
+
+HULOTTE. En latin et en italien _ulula_, en allemand _huhu_, en anglais
+_howlet_.
+
+Ces noms de la _hulotte_ lui viennent de son cri sinistre. Le _bubo_ des
+Latins, dont nous avons fait peu imitativement le mot _hibou_, procède
+de la même analogie.
+
+* HULULER, est un verbe que des Ecrivains en petit nombre ont cru
+pouvoir tirer du gémissement de la _hulotte_, pour une foule
+d'acceptions auxquelles le verbe _hurler_ paraît moins propre. Cette
+Onomatopée singulièrement précieuse n'a pas été dédaignée dans la Langue
+latine, et enrichirait la nôtre.
+
+HUMER. Avaler quelque chose avec une aspiration forte et tout d'une
+haleine.
+
+Le vieux mot _super_, qui a la même valeur, ne se dit plus qu'en
+quelques provinces. On peut conjecturer que le mot _soupe_ était fait de
+la même racine, et cela d'autant plus probablement, que, suivant Ménage,
+_super_ signifie _humer du bouillon_.
+
+HUPPE, ou PUPU. Les deux noms de cet oiseau sont l'effet d'une
+controverse assez oiseuse parmi les Etymologistes. On se demande si le
+premier lui a été donné en raison de la huppe élégante dont sa tête est
+ornée, ou s'il est une simple traduction un peu contractée de l'_upupa_
+des Latins, qui était dérivé du cri ordinaire de l'animal. On est aussi
+embarrassé sur le second, que les uns regardent comme l'expression de ce
+cri, et les autres comme une dénomination odieuse par laquelle nos aïeux
+désignaient la _huppe_, à cause de la saleté qu'on lui reproche. Quant à
+moi, je suis porté à croire que Belon s'est trompé en faisant venir le
+nom de la _huppe_ de cette touffe de plumes qui la caractérise, et je
+partage l'opinion de Ménage qui regarde au contraire le mot _huppe_ dans
+cette dernière signification, comme dérivé du nom de l'oiseau qui l'est
+lui-même de son cri.
+
+Aristophane s'est amusé à imiter la voix de la _huppe_ dans ces mots
+factices: _epopoë_, _popopo_, _popoè_, _jo_, _io_, _ito_, _ito_, _ito_,
+_ito_.
+
+Cette Onomotapée se retrouve chez tous les peuples; c'est l'_epops_ des
+Grecs, le _bubbola_ des Italiens, le _popa_ des Portugais, le _hoppe_
+des Flamands, le _hoop_ et le _hoopof_ des Anglais, le _popp_ des
+Suédois, etc. Nous avons dit _pupeput_, _pepu_ et _pipu_.
+
+HURLEMENT, HURLER. Heureuses Onomatopées du cri des loups et des chiens
+effrayés.
+
+ Tel un loup furieux, de butin affamé,
+ Qu'on chasse, encore à jeun, d'un bercail alarmé,
+ _Hurle_ les longs regrets de sa rage impuissante,
+ Se retourne en grondant, et mord la proie absente.
+
+Cette nuance a échappé à la Langue latine, puisque les mots _ululatus_
+et _ululare_ sont plus propres à exprimer des bruits coulans et modulés
+que le roulement rauque et effroyable que ceux-ci représentent. C'est
+pourquoi le verbe _hululer_ serait une innovation avantageuse à notre
+Langue. Les Italiens qui usent d'_urlare_ et d'_ululare_, suivant les
+occasions, ont bien senti le prix de cette modification, toute légère
+qu'elle paraisse. _Voyez_ le Dante, parlant de la pluie de feu qui
+dévore les damnés dans le troisième cercle:
+
+ __Urlar_ gli fa la pioggia, come cani:
+ Dell'un de' lati fanno all'altro schermo,
+ Volgonsi spesso i miseri profani_.
+
+Et concluons de là que nous avons traduit l'_urlare_ des Italiens, et
+non pas l'_ululare_ des Latins, qui est cependant susceptible d'un aussi
+grand nombre d'applications, et qui est au moins aussi noble et aussi
+harmonieux.
+
+Rabelais a dit _ullement_ dans ce passage de Pantagruel: «Le grand
+effroi et vacarme principal provient du deuil et _ullement_ des diables,
+qui là guettans péle mélle les paovres ames des blessez, reçoipvent
+coups d'épées à l'improviste, et pastissent solution en la continuité de
+leurs substance aerée et invisible,... puis crient et _ullent_ comme
+diables».
+
+
+J
+
+JAPPEMENT, JAPPER. Ces mots se disent pour _aboiement_ et _aboyer_, en
+parlant des petits chiens et des renards.
+
+Les Celtes ont dit _chilpa_, _japper_, _chilpaden_, _jappement_.
+
+
+K
+
+KAKATOÈS. Le nom de cette belle espèce de perroquet est formé de son
+cri.
+
+Klein et Seba en ont fait _kakatocha_, Edwards et Albin, _cokcatoo_,
+Brisson, _catacua_, et on l'appelle en certains endroits, _cacatou_.
+
+
+L
+
+LAPPER. Saisir avec la langue, boire à la manière des renards et des
+chiens. On croirait que c'est le mot _happer_ privé de la forte
+aspiration qui le caractérise, et augmenté d'une lettre linguale qui en
+détermine la nouvelle acception.
+
+ Compère le renard se mit un jour en frais,
+ Et retint à dîner commère la cigogne;
+ Le repas fut petit, et sans beaucoup d'apprêts.
+ Le galant pour toute besogne
+ Avait un brouet clair (il vivait chichement).
+ Ce brouet fut par lui servi sur une assiette;
+ La cigogne au long bec n'en put attraper miette,
+ Et le drôle eut _lappé_ le tout en un moment.
+
+Cette expression n'est pas tout-à-fait particulière à notre Langue; le
+mot _lap_ se retrouve dans la Langue celtique, et on pourrait en faire
+descendre assez naturellement les mots _lepus_ et _lapin_.
+
+LÉCHER. Du bruit de la langue traînée sur la superficie d'un corps
+qu'elle suce ou qu'elle nettoie.
+
+C'est le _leichein_ des Grecs, le _lingere_ des Latins, le _lecken_ des
+Allemands, le _leccare_ des Italiens.
+
+Ajouterai-je, à propos de ce dernier terme, que les Italiens en ont fait
+_il lecchino_, le gourmand, le _lécheur_ de plats; et d'_il lecchino_,
+_al lecchino_, qui est devenu l'_arlequin_ de nos théâtres; plaisante
+méprise d'un érudit qui, sur la foi d'un jeu de mots d'_arlequin_, fait
+dériver son nom de l'illustre famille de Harlay!
+
+LORIOT. De vieux Lexicographes prétendent que cet oiseau, est ainsi
+nommé, parce qu'il semble articuler ce mot dans son chant. Ce qu'il y a
+de certain, c'est que les Grecs, et, d'après eux, les Latins, l'ont
+appelé _chlorion_, dont le nom français du loriot dérive d'autant plus
+incontestablement, qu'on a dit autrefois _lorion_. Or, le mot _chlorion_
+a dû être tiré de _chloros_, _viridis_, _herbidus_, _luteus_, _flavus_;
+et comme ces termes désignent une des deux couleurs du _loriot_, on
+pourrait penser avec Schrevelius que le nom de cet animal est fait _ex
+colore_. C'est donc une Onomatopée un peu douteuse.
+
+LOUP. En grec _lukos_, en latin _lupus_, en italien _lupo_, en espagnol
+_lobo_, en allemand et en anglais _wolf_, en suédois _ulf_.
+
+Il paraît évident que ces noms ont été construits imitativement d'après
+le hurlement du _loup_. Le nom latin du renard, et quelques-uns de ses
+noms modernes, ont le même type.
+
+Il paraît qu'on a écrit autrefois _lou_, comme en ces vers de
+Saint-Amand parlant des anciennes épées sur lesquelles était gravé un
+_loup_, et qui étaient recherchées pour leur bonté:
+
+ Sa vieille rapière au vieux _lou_,
+ Terreur de maint et maint filou.
+
+Je suis cependant porté à croire que c'est une simple licence que
+Saint-Amand a pratiquée pour l'exactitude de la rime; car je ne trouve
+aucun exemple de cette espèce d'ortographe, qui se rapproche beaucoup
+plus de la construction naturelle, et qui offrirait sous ce rapport une
+tradition assez précieuse.
+
+
+M
+
+MIAULEMENT, MIAULER. Du cri ordinaire des chats, de ces éclats
+désagréables de leur voix, dont Boileau se plaint dans sa satire des
+_Embarras de Paris_:
+
+ Qui frappe l'air, bon Dieu! de ces lugubres cris?
+ Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris?
+ Et quel fâcheux démon durant les nuits entières
+ Rassemble ici les chats de toutes les gouttières?
+ J'ai beau sauter du lit, plein de trouble et d'effroi,
+ Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi.
+ L'un _miaule_ en grondant comme un tigre en furie,
+ L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie.
+
+Quoique Nicod ait écrit _miauler_, il semble qu'on disait autrefois
+_miaouler_, et certains Grammairiens regrettent cette manière de
+prononcer qui leur paraît plus imitative. Elle l'est peut-être trop, et
+j'ai déjà dit que cette recherche excessive d'imitation était fort
+ridicule quand elle choquait l'harmonie, et qu'elle ne se fondait que
+sur un cliquetis de sons bizarres et forcés.
+
+MOUE. Il est impossible de prononcer ce mot, sans que la bouche figure
+ce qu'il signifie, c'est-à-dire, cette espèce de grimace qui est
+familière aux gens tristes et colères. Le _moerens_, le _moestus_ des
+Latins, le _mesto_ des Italiens, et sur-tout le _mustio_ des Espagnols,
+doivent appartenir à cette espèce d'Onomatopée. Il résulte d'ailleurs de
+l'émission du souffle par les narines, quand les lèvres sont closes,
+comme cela se remarque dans les gens qui font la moue, un petit bruit
+que les Grecs ont appelé imitativement _mugmos_, et les Latins
+_mussatio_.
+
+MUFFLE, qui est le nom de la bouche de certains animaux à lèvres
+alongées et proéminentes,
+
+BOUDER, faire la _moue_ par mécontentement,
+
+BOUDERIE, habitude de mauvaise humeur,
+
+BOUDEUR, homme fâcheux, esprit contrariant et chagrin, sont de la même
+famille et du même effet d'imitation, les initiales de ces trois
+derniers mois se prononçant sur la même touche.
+
+La Langue Celtique employait _moüa_, pour, _se fâcher_, et _bouda_,
+pour, _chuchoter_, _bourdonner entre les dents_. Je n'ai pas besoin
+d'insister sur ces analogies.
+
+MUGIR, MUGISSEMENT. Belles Onomatopées tirées des cris sourds et
+prolongés de quelques animaux, ou du bruit des vagues émues par la
+tempête, ou enfin du cours tumultueux d'un grand fleuve, comme dans ce
+magnifique tableau de M. Delille:
+
+ Sous le ciel éclatant de cette ardente zone,
+ Montrez-nous l'Orénoque et l'immense Amazone,
+ Qui, fiers enfans des monts, nobles rivaux des mers,
+ Et baignant la moitié de ce vaste univers,
+ Epuisent, pour former les trésors de leur onde,
+ Les plus vastes sommets qui dominent le monde,
+ Baignent d'oiseaux brillans un innombrable essaim,
+ De masses de verdure enrichissent leur sein,
+ Tantôt se déployant avec magnificence,
+ Voyagent lentement et marchent en silence,
+ Tantôt avec fracas précipitant leurs flots,
+ De leurs _mugissemens_ fatiguent les échos,
+ Et semblent à leur poids, à leur bruyant tonnerre
+ Plutôt tomber des cieux que rouler sur la terre.
+
+MURMURE, MURMURER. Cette Onomatopée ne varie point dans le grec, dans le
+latin, dans l'italien, dans l'espagnol, etc. Ce sont de ces mots que la
+nature semble avoir enseignés à tous les peuples.
+
+Leur son peint parfaitement à l'oreille le bruit confus et doux d'un
+ruisseau qui roule à petits flots sur les cailloux, ou du feuillage
+qu'un vent léger balance, et qui cède en frémissant. Le mouvement vague
+et presqu'imperceptible des eaux et des bois, élève dans la solitude une
+rumeur qui interrompt à peine le silence, tant elle est délicate et
+flatteuse, et c'est de là que les Langues ont tiré ces expressions si
+harmonieuses et si vraies, que, tous les jours répétées, elles
+paraissent toujours nouvelles.
+
+ Tout est changé, tout me rassure,
+ Je n'entends plus qu'un bruit
+ Semblable au doux _murmure_
+ D'une onde claire, pure,
+ Qui tombe, coule et fuit.
+
+Dans ces vers charmans de Bonneville, toutes les syllabes coulent et
+_murmurent_.
+
+J'ose croire que nous n'avons point à envier, dans cette circonstance,
+la prononciation des Latins, si elle était telle que Dumarsais et
+beaucoup d'autres Grammairiens le présument. En effet, le mot _murmure_,
+prononcé à la française, est composé de sons plus liquides, et en
+quelque sorte plus fugitifs que n'étaient ceux de leur _mourmour_ et du
+_mormorio_ des Italiens; et l'harmonie un peu emphatique de ces derniers
+mots, leur fait perdre, selon moi, beaucoup de leur grâce et de leur
+fluidité.
+
+MUSC. Je ne hasarde ce mot au nombre des Onomatopées que sur la foi de
+M. Court de Gébelin qui le croit formé du bruit que fait le nez en
+flairant, en aspirant les parfums. Il s'appuie de deux analogies
+différentes, l'une tirée du Celtique ou d'une Langue analogue dans
+laquelle il prétend que _mussa_ signifie _flairer_, et _musse_, _odeur_;
+l'autre tirée de l'Ethiopien où ce dernier mot se dit _mez_; mais cette
+opinion peut paraître un peu hasardée.
+
+Il est du moins certain que les Grecs qui ont appelé le _musc_,
+_moschos_, ont dit _muzo_ dans le même sens que les Latins _musso_,
+_clausis labris sonum è naribus emitto_; ils ont appelé _muron_
+certaines odeurs, et l'odeur en général, _murodia_. _Muxoter_, c'est la
+narine. Le nom du rat, qui est le _mus_ des Grecs et des Latins, et à
+qui l'odeur du _musc_ est assez communément propre, pourrait procéder
+aussi de la même analogie.
+
+Les mots _odeur_ et _flairer_ se rendent, d'ailleurs, en Celtique par
+des expressions qui présentent l'Onomatopée très-juste du bruit que fait
+l'aspiration des parfums: _c'houés_ et _c'houesâd_.
+
+
+O
+
+OIE. «Le cri naturel de l'_oie_, dit M. de Buffon, est une voix
+très-bruyante. C'est un son de trompette ou de clairon, _clangor_,
+qu'elle fait entendre très-fréquemment et de très-loin; mais elle a de
+plus d'autres accens brefs qu'elle répète souvent; et lorsqu'on
+l'attaque ou l'effraie, le cou tendu, le bec béant, elle rend un
+sifflement que l'on peut comparer à celui de la couleuvre. Les Latins
+ont cherché à exprimer ce son par des mots imitatifs, _strepit_,
+_gratitat_, _stridet_.
+
+»Soit crainte, soit vigilance, l'_oie_ répète à tout moment ses grands
+cris d'avertissement ou de réclame; souvent toute la troupe répond par
+une acclamation générale, et de tous les habitans de la basse-cour,
+aucun n'est aussi vociférant, ni plus bruyant».
+
+C'est ce cri naturel de l'_oie_ qui est devenu son nom dans notre Langue
+et dans quelques autres. Je crois, du moins, qu'on peut regarder comme
+des Onomatopées le _chen_ des Grecs, dont ils semblent avoir fait
+_chaino_, _hio_, _dehisco_, parce que le ronflement rauque d'un homme
+qui dort la bouche ouverte est assez pareil au bruit que fait l'_oie_
+irritée; le _kaki_ de certains Orientaux, le _wazon_ des Arabes, le
+_gwasi_ des Celtes, le _goas_ des Suédois, le _gaas_ des Danois, et
+l'_apatta_ des Nègres de la Côte d'Or; mais rien n'est d'un effet
+d'imitation plus vrai qu'un de ces noms qui est particulier aux
+Mexicains, et par lequel ils ont voulu exprimer le cri bref et fréquent
+dont M. de Buffon parle à propos de cet animal. Ils l'ont appelé
+_tlalacatl_, et cette dénomination factice a été conservée par
+Fernandez.
+
+L'_oie_ mâle s'appelle un _jars_, et ce mot a produit une expression
+fort usitée. De _jars_ et du Celtique _comps_, langage, en construction,
+_gomps_ ou _gon_, l'on a fait _jargon_, _jargonner_, parler comme des
+_oies_.
+
+On disait _oüe_ en vieux français, comme le prouvent ces vers de la
+farce de _Patelin_:
+
+ Vous l'en avez pris par la moüe,
+ Il doit venir manger de l'_oüe_.
+
+Il me semble donc que M. Decaseneuve a mal rencontré quand il a fait de
+ce mot un augmentatif d'_oiseau_, et qu'il est d'ailleurs difficile de
+remonter à son étymologie autrement que par l'Onomatopée.
+
+OISEAU. La construction de ce mot est extrêmement imitative; il est
+composé des cinq voyelles liées par une lettre doucement sifflante, et
+il résulte de cette combinaison une espèce de gazouillement très-propre
+à donner une idée de celui des _oiseaux_. Il est à remarquer comme une
+singularité très-rare dans notre Langue, que ce mot _gazouiller_ est
+formé, comme le mot _oiseau_, des mêmes sons vocaux, liés par la même
+consonne. Il n'en est distingué que par son intonation qui est prise
+dans une lettre gutturale, par conséquent très-bien appropriée à l'idée
+qu'il exprime.
+
+OUATE. C'est la première soie que l'on recueille sur le cocon du ver à
+soie, ou un duvet léger que fournit une espèce d'_anas_. On s'en sert
+pour doubler des vêtemens d'hiver; et le bruit moëlleux que produisent
+ces vêtemens quand on les froisse, a pu donner l'idée de cette
+dénomination, qui serait assez imitative; mais c'est une étymologie
+douteuse que je n'alléguerais point, si les Lexicographes en
+reconnaissaient une autre, pour peu vraisemblable qu'elle fût.
+
+
+P
+
+PÂMER, PÂMOISON. Du _spasma_ des Grecs, qui lui-même est construit
+imitativement d'après le bruit propre à la figuration particulière de la
+bouche d'une personne qui se _pâme_.
+
+PEPIER. C'est du cri naturel des moineaux, ou plutôt de tous les jeunes
+oiseaux, que ce cri a été formé. On a dit autrefois _pipier_, qui n'est
+plus d'usage.
+
+_Piauler_, _piuler_, sont dans le même cas, quoiqu'également imitatifs.
+
+PIAILLER, PIAILLERIE, PIAILLEUR, dérivent du même son naturel; on les a
+faits pour exprimer une criaillerie fatigante et perpétuelle, comme les
+cris des petits oiseaux. Les Latins employaient _pipulum_ pour, injure,
+huée et rumeur publique, par la même analogie.
+
+PÉPIE, est le nom d'une maladie dont une grande altération est la cause
+ou le symptôme. Ne semble-t-il pas que ce mot soit créé du bruit que
+font de petits oiseaux tourmentés par la soif? Le _peperi_ des Grecs,
+dont les Latins ont fait _piper_, ne remonterait-il pas encore à la même
+racine par une extension peu forcée, parce que c'est une substance qui
+altère et qui donne la _pépie_? Les Grecs appelaient _pippos_ un petit
+oiseau; et ce qui vient singulièrement à l'appui de mes conjectures,
+_pipizo_ se prenait indifféremment chez eux pour _pipio_, _sugo cum
+sonitu_, ou _potum proebeo_. _Pio_ même signifiait _bibo_, et de là le
+_piot_ de Rabelais et de nos anciens Auteurs. _Pino_, qui avait le même
+sens, est devenu le nom français d'un raisin. _Pepier_ emportait
+d'ailleurs en vieux langage l'idée de gémissement et de plaintes comme
+dans ces vers de Villon:
+
+ Je sens mon coeur qui s'affaiblit,
+ Et puis je ne peux _pepyer_.
+
+Les Espagnols ont _piar_, et les Italiens _pipire_, comme les Latins.
+Ces derniers appelaient les pigeonneaux _pipiones_, et nous en avions
+fait autrefois _pipions_.
+
+PIPÉE, dit Nicod «est un mot fait et imité de la voix des oiselets,
+comme aussi _pippe_, _pipper_, et _pippeur_, et signifie le siffler que
+l'oiseleur fait avec une fueille de _fou_, ou d'autre arbre, ou de
+roseau, ou avec une pippe de bois, contrefaisant la voix d'iceux
+oiselets. Selon ce on dit, prendre des oiseaux à la _pipée_, qui est
+quand un homme caché dedans un buisson et bien entouré de rameaux
+couverts de gluons, ayant un chathuant ou hibou branché et attaché près
+de luy, contrefait le _pippis_ des oiseaux, ou bien pressant les ailes
+ou les pieds d'un oiseau vif, le fait crier, car les oiseaux advolent à
+ce _pippis_, ou à ce cry, pour garantir leurs semblables du chathuant
+qu'ils cuident les tenir, et se perchent sur ces rameaux et s'engluent.
+_Pipée_, par métaphore, se prend pour mine ou contenance contrefaite».
+
+_Piper_, _pipeur_, qui ne se prennent plus que pour l'action de _piper_
+les dés, ont peut-être été rejetés trop dédaigneusement de la Langue;
+leur emploi était fondé sur une allusion très-naturelle, et leur sens
+était vif et frappant. Montaigne a dit avec son énergie, avec sa
+précision ordinaire, que _la Rhétorique étoit une art mensongère et
+piperesse_: il y a dans les Langues des expressions si heureusement
+caractéristiques, qu'une fois perdues, on ne peut plus les remplacer.
+
+PIC. Instrument de fer courbé et pointu vers le bout, qui a un manche de
+bois, et dont on se sert à ouvrir la terre et à rompre le roc;
+Onomatopée du bruit que rend la pierre sous l'instrument qui la brise.
+
+PIQUER, c'est donc primitivement frapper avec un _pic_. On dit encore
+qu'on _pique_ la pierre, quand on blanchit une maison en dépouillant la
+pierre de sa surface.
+
+PIOCHE, nom d'un outil de labourage, a été alongé d'un son plus mousse,
+parce la _pioche_ creuse et ne brise point.
+
+BÊCHE, est un mot de la même construction, prononcé sur une touche moins
+dure, parce que la _bêche_ n'attaque pas la terre avec force, et ne sert
+qu'à la diviser.
+
+En anglais, le verbe _piocher_ se rend par le verbe _dig_. Dans ce
+dernier mot, l'imitation du son est frappante. On remarque la même
+vérité dans la formation du mot _tuf_, qui est le nom d'une terre
+compacte et prête à se pétrifier, qui rend sous la _pioche_ et sous la
+_bêche_ un son net et sec dont ce terme est l'expression; mais comme
+cette étymologie n'est pas incontestable, je me contente de la rapporter
+ici à cause de l'analogie du sujet.
+
+* POUPE. Suivant Nicod, que j'aime à citer souvent, «c'est la tette ou
+mammelle, soit d'une femme comme la nomment en aucunes contrées de
+France, soit de bestes mordans comme la nomment les veneurs, disans les
+_poupes_ d'une ourse, et semblables, le mot vient du prétérit grec
+_pépoka_, tout ainsi que pot, et est dit _poupe_, parce que le faon
+tette et boit le laict par là, ou bien est fait par Onomatopée du son
+que l'enfançon fait de ses lèvres en suçant à force le laict de la
+mammelle».
+
+Si toutefois le prétérit grec _pépoka_ pouvait être rapporté à cette
+racine, c'était plutôt comme dérivé que comme type, et il paraît que
+Nicod s'en est aperçu. Il aurait fait remonter le mot _poupe_ avec plus
+de vraisemblance au mot _popanon_, qui est le _popanum_ des Latins, et
+qui est incontestablement de la même famille. Remarquez d'ailleurs que
+les Latins ont dit _puppus_ et _puppa_, d'où viennent _puer_ et
+_puella_.
+
+POUPÉE, c'est l'image d'une petite fille, d'un enfant qui tette encore.
+Quelqu'évidente que soit l'étymologie de ce mot, on s'est avisé, je ne
+sais où, de le dériver de _Poppée_, parce qu'on prétend que cette femme
+fut la première qui mit le masque en usage pour conserver la beauté de
+son teint et le préserver du hâle et des injures de l'air.
+
+POUPON, c'est, dans le langage vulgaire et enfantin, un petit garçon à
+la mammelle.
+
+PUER. Du bruit que fait la bouche en repoussant, avec une forte émission
+du souffle, les odeurs désagréables.
+
+_Pouah_, interjection qui marque le mépris et le dégoût, doit en être le
+son radical.
+
+
+R
+
+RACLER. Du frottement de l'ongle ou d'un instrument aigu sur les corps
+qu'ils nettoient ou qu'ils déchirent. _Rakos_ signifiait en grec un
+haillon, un vêtement déchiré, une cicatrice, une ride. _Rakterios_,
+c'était le corps brisé ou _raclé_, qui rendait du bruit. Aristophane
+appelle Euripide _rakiosurraptadès_, raccommodeur de vieux haillons.
+_Ragas_ se disait sur une autre touche pour rupture, déchirement, et de
+là, _raga_, pour force et violence.
+
+On pourrait croire que _raccommoder_ en est fait par antiphrase ou
+contre vérité, à moins qu'on ne fasse voir que les syllabes complétives
+en déterminent la nouvelle acception.
+
+La famille des mots qui se rapportent à l'idée d'_effraction_, est
+évidemment tirée de la racine autour de laquelle je range ces curieuses
+analogies, quoiqu'elles lui soient devenues plus ou moins étrangères
+dans leur extension.
+
+RAIRE ou RÉER. Terme de Vénerie emprunté du cerf en amour.
+
+«Il a, dit M. de Buffon, la voix d'autant plus forte, plus grosse et
+plus tremblante, qu'il est plus âgé: la biche a la voix plus faible et
+plus courte; elle ne _rait_ pas d'amour, mais de crainte. Le cerf _rait_
+d'une manière effroyable dans le temps du _rut_. Il est alors si
+transporté, qu'il ne s'inquiète, ni ne s'effraie de rien».
+
+RUT, le temps où le cerf _rait_.
+
+RÂLE, RÂLEMENT, RÂLER. Du son enroué d'une respiration qui s'épuise, et
+dont les derniers efforts annoncent une mort prochaine.
+
+RÂLE, est aussi le nom d'un oiseau que Ménage croit désigné d'après son
+cri.
+
+RAUQUE. Du bruit âpre et fatigant des voix enrouées.
+
+ROQUET, est le nom de mépris qu'on donne à un petit chien importun, et
+qui aboie sans cesse. Je le crois formé du son _rauque_ de son
+jappement.
+
+REDONDANCE. C'est une dérivation figurée du son que rend un corps dur
+qui rebondit dans sa chute.
+
+Ainsi l'on a dit _redondance_ d'une vicieuse superfluité de paroles, qui
+ne fait que nuire à la netteté du discours, parce que c'est une espèce
+de bondissement de la pensée, qui, après avoir frappé l'esprit,
+rejaillit et retombe avec moins de force.
+
+Ce mot n'est point une Onomatopée propre, mais une Onomatopée abstraite
+construite par analogie.
+
+RETENTIR, RETENTISSEMENT. Belles Onomatopées dont le son radical est le
+type d'une nombreuse famille de mots, consacrés à exprimer des idées de
+même ordre. _Voyez_ TINTEMENT, TINTER.
+
+_Retentir_ et ses dérivés s'emploient en général en parlant des échos
+des montagnes et des voûtes, et ne conviennent point quand il s'agit
+d'un bruit net et sans répercussion. Racine a dit:
+
+ De nos cris douloureux la plaine _retentit_.
+
+Et ailleurs:
+
+ Mes seuls gémissemens font _retentir_ les bois.
+
+Boileau a dit aussi:
+
+ Ils faisaient de leurs cris _retentir_ les rivages.
+
+La vérité d'imitation est moins sensible dans ces exemples que dans
+beaucoup d'autres, parce que la plaine, les bois et les rivages sont des
+lieux peu _retentissans_. Je sais combien de telles observations sont
+minutieuses; mais j'ai rapporté ces vers de deux de nos grands Poètes,
+pour faire voir de quelle importance est la justesse d'expression pour
+l'effet poétique, et de combien de nuances la Langue la plus riche peut
+encore s'orner.
+
+RINCER. Du bruit des doigts contre l'intérieur d'un verre que l'on
+_rince_.
+
+ Un si galant exploit réveillant tout le monde,
+ On a porté par-tout des verres à la ronde,
+ Où les doigts des laquais, dans la crasse tracés,
+ Témoignaient par écrit qu'on les avait _rincés_.
+
+Les Irlandais disent _rincsail_, et les Bretons _rinca_.
+
+RONFLEMENT, RONFLER. Du bruit que fait dans la gorge et les narines d'un
+homme endormi, l'air fortement aspiré.
+
+On a employé ces mots par extension, pour exprimer le bruit grave des
+gros tuyaux d'un orgue, ou celui des canons, et figurément, les éclats
+de voix présomptueux d'un Comédien qui cherche le _brouhaha_.
+
+«Il n'y a, dit le Mascarille des Précieuses, que les Comédiens de
+l'hôtel de Bourgogne qui soient capables de faire valoir les choses. Les
+autres sont des ignorans qui récitent comme on parle; ils ne savent pas
+faire _ronfler_ les vers, et s'arrêter au bel endroit».
+
+Du _ronchus_ des Latins, nous avions fait _froncher_ dans le vieux
+langage, et dom Lepelletier rapporte _fronsal_, mot de l'usage de
+Cornouaille, qui a le même sens.
+
+ROSSIGNOL. En latin _luscinia_, ou _lucinia_, en italien _usignuolo_,
+_lusignolo_, _rusignuolo_, en espagnol _ruysenor_.
+
+Le Castelvetro a pensé que le nom italien de cet oiseau était fait par
+Onomatopée. Belon et Ménage rapportent des étymologies plus
+vraisemblables, et M. de Brosse tranche, suivant moi, la difficulté. De
+_luco canens_, _lucinia_, _luciniola_, _lusignuolo_, _rusignuolo_,
+_rossignol_; il reste à déterminer si l'imitation du son n'est pas
+entrée pour quelque chose dans la construction de ces différens dérivés,
+et c'est ce qui me paraît incontestable.
+
+* ROUCOULEMENT, ROUCOULER. Onomatopées du chant des tourterelles, qui
+est aussi très-bien exprimé par le _to coo_ des Anglais.
+
+On a dit autrefois _rocouler_, mais _roucouler_ a été justement préféré.
+
+_Roucoulement_ est un mot harmonieux et utile qui serait bon à admettre
+dans la Langue. M. de Châteaubriand, d'ailleurs si sévère dans l'emploi
+des mots nouveaux, en a fait souvent usage.
+
+ROUE[5]. Ce mot est dérivé du bruit de la _roue_, et en général du bruit
+d'un corps rond qui roule avec rapidité sur une surface retentissante.
+
+C'est le _trochos_ des Grecs, le _rota_ des Latins et des Italiens, le
+_rüeda_ des Espagnols, le _rot_ ou _rod_ des Celtes, et le _rad_ de
+l'ancien Teuton.
+
+_Rodellec_ signifiait en celtique une voiture à plusieurs roues, un
+vestige, une ligne, comme celle qui est décrite par la roue.
+
+ROUTE, mot français d'une acception très-voisine, en est probablement
+dérivé. Cette opinion n'est pas étrangère à M. Court de Gébelin, qui
+appuie mal-à-propos sa conjecture de quelques fausses étymologies.
+
+RUGIR, RUGISSEMENT. «Le _rugissement_ du lion est si fort, dit M. de
+Buffon, que quand il se fait entendre par échos la nuit dans les
+déserts, il ressemble au bruit du tonnerre: ce _rugissement_ est sa voix
+ordinaire; car quand il est en colère, il a un autre cri qui est court
+et réitéré subitement, au lieu que le _rugissement_ est un cri prolongé,
+une espèce de grondement d'un ton grave, mêlé d'un frémissement plus
+aigu. Il _rugit_ cinq ou six fois par jour, et plus souvent lorsqu'il
+doit tomber de la pluie».
+
+Ce passage de M. de Buffon m'en rappelle un autre qui a rapport au
+_rugissement_ du tigre, et où ce grand Ecrivain hasarde, pour exprimer
+ce cri, une Onomatopée que l'usage n'a pas consacrée depuis. «Le tigre,
+dit-il, fait mouvoir la peau de sa face, grince les dents, frémit,
+_rugit_ comme fait le lion, mais son _rugissement_ est différent.
+Quelques voyageurs l'ont comparé au cri de certains oiseaux. _Tigrides
+indomitae rancant, rugiuntque leones._ (_Autor Philomelae._) Ce mot
+_rancant_ n'a point d'équivalent en français; ne pourrions-nous pas lui
+en donner un, et dire, les tigres _rauquent_, et les lions _rugissent_;
+car le son de la voix du tigre est en effet très-rauque».
+
+Je suis bien aise de faire remarquer ici que ce verbe factice, à qui M.
+de Buffon ne connaît point d'équivalent en français, en a un
+très-exactement construit sur la même racine, dans le patois de
+Franche-Comté. _Rancôt_, c'est le dernier soupir, le dernier râle du
+moribond; _rancoïer_, c'est expirer, rendre l'âme, pousser le sanglot
+convulsif qui annonce la mort.
+
+On a dit autrefois _ruiment_ pour _rugissement_, comme dans ce passage
+des grandes Chroniques de France, dédiées à Charles VIII. «Sembloit que
+ce fussent urlemens de loups et _ruimens_ de lions». Cela donne quelque
+probabilité à l'opinion de M. de Caseneuve, qui fait dériver _rut_,
+anciennement _ruit_, du _rugitus_ des Latins, et qui regarde _raire_ ou
+_réer_ comme une contraction de _rugire_. Il aurait pu citer ce passage
+de Job, qui dit, en parlant des biches, à qui l'action de _réer_ est
+particulière: _incurvantur ad faetum, et pariunt, et _rugitus_
+emittunt_. Marot dit dans sa traduction des Pseaumes:
+
+ Ainsi qu'on oit le cerf _bruire_,
+ Pourchassant le froid des eaux,
+ Ainsi mon ame soupire,
+ Seigneur, après tes ruisseaux.
+
+_Voyez_ RAIRE ou RÉER.
+
+RUISSEAU, RUISSELER. Nicod dérive ces mots du grec _reo_, _fluo_. Le
+grec attique _reos_ signifiait _ruisseau_. Les Latins ont dit _rivus_,
+_rivulus_, les Italiens _rivo_, _ruscello_, les Espagnols _rio_, les
+Anglais _rivulet_. _Dour red_, en celtique, signifie une eau courante et
+rapide. Dom Lepelletier nomme _rigol_, et Davies _rhigol_, un _ruisseau_
+tracé dans un champ; cette expression s'est conservée dans le français.
+Lebrigand a employé quelque part, comme celtique, le mot _ruzelen_; mais
+il paraît que ce n'est que le français _ruisselet_ qui s'est glissé,
+comme beaucoup d'autres, dans le celto-breton, par le contact des
+français avec les peuples de l'Armorique. _Ru_ se dit en Géorgien d'un
+grand écoulement d'eaux. _Arou_ exprime la même idée en Arménien et en
+Malabare, et _rud_ en Arabe et en Persan. Plusieurs Etymologistes
+assurent que _rit_ indiquait dans les Langues gothiques un passage ou un
+gué. Les mots par lesquels nous désignions un _ruisseau_ en vieux
+langage, se rapprochaient assez du son typique. _Reu_ et _ru_ se
+trouvent dans Nicod. _Ru_ s'emploie encore pour désigner le lit ou canal
+d'un petit ruisseau. _Ruel_ et _rui_ sont communs dans nos vieux
+romanciers. _Ruit_ est employé pour rive dans un passage de Perceval. En
+remontant la vallée de la Romanche par la nouvelle route de Grenoble en
+Italie, on voit avant le hameau des Roberts, un torrent que le peuple
+appelle _riou-peirou_, c'est-à-dire, _ruisseau_ périlleux.
+
+Notre mot _ruisseau_ peint parfaitement à l'esprit le petit murmure doux
+et modulé d'une eau vive qui roule entre les cailloux.
+
+S'il est vrai, ainsi que le prétend M. Court de Gébelin, que _rat_ soit
+un terme de marine qui sert à désigner un endroit de mer où il y a
+quelque courant rapide et dangereux, on peut faire remonter ce mot à la
+même racine, soit comme lui par le gallois _rhydd_, qui signifie gué ou
+bas-fond, soit, mieux encore, par l'allemand _ritha_, qui signifiait
+autrefois torrent, ou par le _dour red_ des Celtes, et par le
+celto-breton _rodo_, qui se dit d'un passage de rivière; mais cette
+assertion est contestée.
+
+«_Rat_ n'est point un terme de marine pour designer un courant rapide et
+dangereux dans la mer, m'écrit M. de Roujoux, c'est un nom de lieu; le
+_Raz_ est un vaste écueil situé en face de l'île de Sein, et qui a donné
+son nom au passage compris entre cette île et lui. Le passage du _Raz_
+ou _Ratz_ est célèbre, parce qu'un grand nombre des vaisseaux qui
+entrent à Brest ou qui en sortent, sont forcés d'y donner. Il est
+fertile en naufrages, et la baie dont il forme une des pointes,
+s'appelle la baie des Trépassés. Je ne crois point que ce mot ait de
+signification connue; il ressemble à une foule de termes auxquels on
+veut trouver des étymologies, quoiqu'ils n'en aient pas».
+
+ROUIR, est très-judicieusement dérivé du vieux français _ru_, par
+Ménage. Nicod même écrit _ruir_, et rend en latin _chanvre roui_, par
+_cannabis fluviata_.
+
+
+S
+
+SANGLE, SANGLER. De _cingula_, _cingulare_, et originairement du bruit
+de l'air froissé par une courroie déployée avec force.
+
+_Sangle_ s'exprimait en celtique par _cengl_ et _cenclen_, et suivant la
+même analogie, _lancer_ et _darder_, par _cingla_.
+
+En vieux français, on disait _changle_ et _changler_, comme c'est
+l'usage dans notre Langue, qui a souvent modifié ainsi les sons
+sifflans.
+
+CINGLER, se dit pour, naviguer à pleines voiles, parce que la mer,
+ouverte vivement par le navire, rend un petit bruit de la même nature
+que le précédent. Mais le son radical est ici moins emphatique, parce
+que le froissement qu'il représente est moins éclatant, et a lieu dans
+un milieu moins sonore. Cependant on a employé ce dernier verbe au même
+usage que l'autre en nombre d'occasions, et on le dit fort bien, du vent
+du Nord et de la pluie chassée par un ouragan impétueux.
+
+SAPER. Abattre par le pied, travailler avec le pic et la pioche à
+détruire les fondemens d'un mur.
+
+SAPE, se dit en terme de guerre d'un travail qu'on fait sous terre pour
+la surprise d'une place. En latin, c'est _sappa_, en italien _zappa_.
+
+L'oriental _saph_ ou _sap_ désigne l'action de briser ou de limer, de
+réduire en poussière.
+
+Ces différens mots sont formés du bruit de l'instrument contre les
+constructions qu'il attaque, ou sur la terre qu'il entr'ouvre.
+
+SCIE, SCIER. _Scie_ se dit en latin _serra_, en italien _sega_,
+_rasega_, en espagnol _sierra_, en anglais _saw_, en allemand _saege_,
+autant de dénominations tirées du bruit sifflant que produit la _scie_
+en divisant le bois.
+
+Le _secare_ et le _scindere_ des Latins sont construits d'après ce son
+naturel qui a fourni d'innombrables Onomatopées à toutes les Langues.
+
+SCION. C'est le nom qu'on donne à des branches grêles et menues, tendres
+et pliantes que poussent les arbres. L'osier, par exemple, s'élève en
+touffes de _scions_, et je n'hésite pas à penser que ce mot ne soit
+formé du frémissement de ces branches débiles, quand le vent les courbe
+devant lui, et qu'elles se relèvent en sifflant.
+
+On appelle encore _scions_ les impressions qui restent sur la peau d'une
+personne fouettée de verges. C'est le nom de la cause pour celui de
+l'effet, employé par métonimie.
+
+_Cion_, s'est dit en vieux langage, de la pluie fouettée par les vents.
+Il est facile de saisir l'analogie de ces différentes acceptions.
+
+SIFFLER. Verbe dont on connaît les nombreux dérivés, et qui dérive
+lui-même du bruit de l'air comprimé et chassé par une ouverture étroite.
+Les Latins ont dit d'abord _sifilare_, qui se lit dans
+Nonnius-Marcellus, et ensuite _sibilare_. Les Italiens ont _sibilare_,
+_subbiare_, _zuffulare_, _fischiare_, autant d'Onomatopées qui
+caractérisent différens modes de _sifflement_; les Espagnols, _silvar_;
+les Allemands, _pfeifen_, et les Anglais plus heureusement encore
+_whistle_.
+
+En vieux français, nous avons dit _subler_ et _sibler_: Marot a dit
+_sublet_ pour _sifflet_. Les Angevins ont gardé cette expression, et
+Ondin la rapporte dans ses dictionnaires. Le patois bourguignon y a
+substitué _sublô_, qu'on lit dans les noels de la Monnoye.
+
+ Çat ein anfan? me dis-tu vrai?
+ Tan meu, velai tô note fai.
+ Tu sai bé, quant ein anfan crie
+ Que por an époizé le cri,
+ Ai ne fau qu'éne chaiterié,
+ Vou qu'un _sublô_ vou qu'un trebi.
+
+Il est à remarquer que ce _sublô_ du peuple de Bourgogne ressemble
+beaucoup au _subulo_ de Varron, que celui-ci a employé pour _tibicen_.
+
+Cirano, acte II, scène III de son _Pédant joué_, fait dire à Mathieu
+Gareau: «Ce biau marle qui _sublet_ si finement haut».
+
+Le peuple mouille l'_S_, et dit communément _chiffler_.
+
+Il paraît que les Celtes faisaient usage du mot _si_, pour bruit;
+_sifflement_, murmure.
+
+Les Grammairiens appellent consonnes _sifflantes_ ces trois lettres _s_,
+_x_, _z_, parce qu'on ne les prononce qu'avec une espèce de
+_sifflement_. Elles doivent donc être d'un grand usage pour exprimer les
+bruits de cette espèce. La Langue anglaise est une Langue _sifflante_,
+parce qu'elle a beaucoup de mots sur la touche _sifflante_ et sur la
+touche dentale.
+
+L'emploi fréquent de la lettre _S_ rend la prononciation _sifflante_.
+Euripide en faisait un usage vicieux qui passa même en proverbe. On
+appelait ce défaut le sygmatisme d'Euripide.
+
+Racine a prodigué les _S_ dans ce vers d'Andromaque:
+
+ Pour qui sont ces serpens qui _sifflent_ sur vos têtes?
+
+et l'effet d'imitation qui en résulte est frappant. On l'a trouvé,
+peut-être avec justice, un peu trop minutieux.
+
+Il y a de l'harmonie dans ces vers d'un de nos Poètes lyriques:
+
+ Ixion et les Aloïdes
+ Ont cessé leurs mugissemens.
+ De Tantale et des Danaïdes
+ Je n'entends plus les longs gémissemens,
+ Et des fatales Euménides
+ Les couleuvres avides
+ Ne brisent plus les airs par d'aigres _sifflemens_.
+ L'Érèbe n'a plus de tourmens.
+
+La forme et le son de la lettre _S_ la rendent propre à désigner
+doublement le serpent, et à peindre en même temps ses mouvemens tortueux
+et ses _sifflemens_ aigus. L'_ophis_ des Grecs, qui est originairement
+égyptien, a le singulier mérite d'offrir dans ses caractères une espèce
+de noeuds de couleuvres, et dans sa terminaison, un bruit semblable à
+celui qui annonce ordinairement ces animaux. C'est tout-à-la-fois un
+hiéroglyphe et une Onomatopée. La lettre [Phi] ressemble à un caducée.
+
+Les Latins ont _anguis_, qui a la même désinence _sifflante_, et de plus
+_seps_ et _serpens_; les Italiens _serpente_, _biscia_; les Espagnols
+_sierpe_; les Anglais _serpent_ et _snake_.
+
+On appelle _bysse_ en science héraldique, des serpens et des couleuvres.
+C'est l'ancien nom français de ces reptiles. Celui par lequel nous
+désignons actuellement le _serpent_, est une Onomatopée sans vivacité et
+sans harmonie, dont je n'ai pas cru devoir faire un article à part, mais
+dont les analogues curieux me paraissent assez bien placés dans
+celui-ci.
+
+SILLON, SILLONNER. Du bruit d'un corps qui en effleure légèrement un
+autre sur un long espace. De là,
+
+SILLAGE, qui est la trace d'un vaisseau sur la mer, quand il ne fait
+qu'y glisser doucement.
+
+SIPHON. «Ce sont, dit un vieux commentateur de Rabelais, ces canaux et
+tuyaux ès-fontaines qui jettent l'eau, et par le moyen et force de l'air
+qui les presse, rendent un son et sifflement d'où ils ont pris leur
+nom».
+
+SOUFFLER. Nous avons vu tout-à-l'heure au mot _siffler_ une Onomatopée
+construite d'après le bruit de l'air chassé à travers un canal étroit.
+Celle-ci est formée sur l'émission libre de l'air poussé hors d'un canal
+de grandeur suffisante, avec un bruit mousse et sans éclat.
+
+Les dérivés nombreux de cette expression ne peuvent échapper à personne.
+
+SOURDRE. Sortir, jaillir, s'écouler par une fente de la terre ou du
+creux d'un rocher.
+
+L'étymologie de ce mot a été rapportée avec raison au _surgere_ des
+Latins, qui avait le même sens.
+
+ _Medio de fonte leporum
+ _Surgit_, amari aliquid, quod in ipsis floribus angit._
+
+LUCRET.
+
+On a même dit en français _surgeons_, tantôt pour ces rejetons qui
+naissent au pied des arbres, tantôt pour un petit ruisseau qui vient de
+_sourdre_ de la terre; et _surgir_, qui est pris pour _sourdre_, avec un
+peu d'extension dans ce passage des hymnes de Ronsard:
+
+ Après vous _surgirez_ dedans l'île déserte
+ D'hommes et de troupeaux, mais aussi bien couverte
+ D'oiseaux qui ont la plume à pointe comme espics,
+ Et la dardent des flancs ainsi que porcs espics.
+
+Mais s'il est vrai que cette origine soit à-peu-près incontestable, il
+n'en est pas moins certain que l'imitation du son naturel a modifié
+jusqu'à un certain point l'expression qu'on y rapporte. Il est peut-être
+malheureux qu'elle vieillisse négligée, car elle est significative et
+utile. Amyot s'en est servi dans sa traduction de _Daphnis et Chloé_, et
+cet exemple en déterminera le sens:
+
+«Il y avoit, dit-il, en ce quartier-là une caverne que l'on appelait _la
+Caverne des Nymphes_, qui estoit une grande et grosse roche, au fond de
+laquelle _sourdoit_ une fontaine qui faisoit un ruisseau dont estoit
+arrouzé le beau pré verdoyant».
+
+M. Mercier a cru mal-à-propos que ce mot faisait _sourdir_ à
+l'infinitif, ou que cette nouvelle construction pouvait avoir
+quelqu'avantage sur l'autre. C'est au bruit de deux consonnes roulantes,
+durement séparées par une autre, et qui semblent en rompre l'effort, que
+le mot _sourdre_ doit son harmonie pittoresque.
+
+* STRIDENT. C'est ainsi qu'on qualifie un bruit dur, un peu aigre, un
+peu frémissant, qui est produit par un corps très-réfractaire, attaqué
+avec la lime ou avec la scie.
+
+Ce mot expressif et vrai, heureusement formé du _stridere_ des Latins,
+n'a point encore été admis dans l'usage de notre Langue, qu'il ne
+pourrait qu'enrichir.
+
+STRIE. C'est une espèce de sillon profond, gravé difficilement dans un
+corps dur, ce qui est marqué par sa construction rude et _stridente_.
+Cette expression est propre à l'Histoire naturelle descriptive.
+
+SUCER. Onomatopée préférable au _sugere_ des Latins dont elle a été
+formée, avec un changement pris dans le son radical.
+
+C'est le _saugen_ des Allemands, le _sycan_, le _sugan_, le _succan_, le
+_sucian_ des Anglo-Saxons et de la Langue franque; le _zuigen_ des
+Flamands, le _suck_ des Anglais, le _suga_ des Suédois, le _succhiare_
+des Italiens.
+
+Skinner rapporte toutes ces étymologies au vieux Sarmate _cic_, qui
+signifiait mammelle, et dont le type naturel est le même.
+
+SUC, c'est la substance qu'on extrait des corps par la _succion_.
+
+SUCRE, est le nom d'une production végétale qu'on tire des fruits par le
+même procédé. Les Italiens qui ont aussi reconnu cette analogie,
+appellent le sucre _zucchero_, et les Arabes _sucar_.
+
+* SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER. Je hasarde ici ces trois
+substantifs et ce verbe qui sont peut-être des latinismes assez heureux,
+pour exprimer le frémissement des feuillages et le murmure des roseaux
+émus par le vent. Nous n'avons pour rendre ces idées que des mots trop
+généraux et des images trop vagues.
+
+Un de nos Lexicographes dit _susurre_, qui est construit sur le mot
+_murmure_ avec lequel il a tant de rapports. _Susurration_ est plus
+conforme au type latin, et _susurrement_ à l'esprit de notre Langue;
+mais il n'est donné qu'à nos bons Ecrivains de consacrer ces expressions
+agréables, et d'en fixer l'emploi.
+
+
+T
+
+TACT. Le mot factice _tac_ fut inventé pour exprimer le bruit des corps
+durs et secs qui frappent les uns sur les autres.
+
+TIC TAC, eut une signification analogue, et marqua un battement, un
+mouvement réitéré, comme celui d'un marteau qui frappe, d'un balancier
+d'horloge, des pulsations du sang et des palpitations du coeur. Regnier
+l'emploie pour représenter les coups que se donnent dans leur lutte
+grossière les personnages de son souper ridicule:
+
+ Ainsi ces gens à se piquer ardens
+ S'en vinrent du parler à _tic tac_, torche lorgne;
+ Qui casse le museau, qui son rival éborgne;
+ Qui jette un pain, un plat, une assiette, un couteau,
+ Qui pour une rondache, empoigne un escabeau.
+
+TIC, maladie de cheval, est une Onomatopée, selon Ménage, parce que le
+cheval qui a le _tic_, reproduit ce bruit en frappant de sa tête contre
+sa mangeoire; et je crois que _tic_, dans le sens de caprice ou de
+manie, en est une acception figurée.
+
+TIQUETÉ, s'est dit d'un corps taché de petits points, imprimés comme au
+hasard, et semblables aux meurtrissures qui résulteraient de petits
+coups dont ce mot rappelle le bruit.
+
+_Taquer_ ou _Toquer_, qui sont des mots populaires, ont été formés
+d'après cette racine, et le mot _tact_ en est pris avec une grande
+extension, pour désigner tout ce qui a rapport à l'action du toucher.
+
+TÂTER, TÂTONNER, À TÂTONS, et autres termes de la même famille, n'ont
+pas une autre origine, et ont été construits, soit dans notre Langue,
+soit dans celles qui en offrent les équivalens, d'après le son naturel.
+
+TAFFETAS. Il n'y a point de doute sur l'étymologie de ce mot, qui est
+prise dans le bruit de l'étoffe qu'il désigne. _Dixose assi_, dit
+Covarruvias, _del ruido que haze el que va vestido della seda, sonando
+el _tiftaf_, par la figura onomatopeia_. On a même écrit autrefois
+_taffetaf_, comme dans ce passage de _la grande nef des Fous du monde_:
+Les bourses comme pannetières, les ceintures de _taffetaf_, etc.
+
+En italien, c'est _taffeta_, en espagnol _taffatan_, en grec moderne,
+_taphata_. Ménage prétend que _taffata_ se retrouve dans la basse
+latinité, et Ducange y a vu _taffetas_ et _taffetin_.
+
+TAMBOUR. Chez les Latins _tympanum_, et dans la basse latinité _tabur_,
+_taburcium_ et _tamburlum_; en arabe _tabal_ et _tambor_, en italien et
+en espagnol _tamburro_; en allemand _trommel_, et l'homme qui bat la
+caisse _tambour_; en vieux français _tabur_, _thabur_, _tabor_ et
+_tabour_, d'où _taborer_ et _tabourner_. Rabelais et Regnier disent
+_tabouriner_, et le peuple _tambouriner_.
+
+Ces mots sont faits du bruit éclatant de la caisse, et en général des
+bruits très-retentissans.
+
+De la même racine, on avait tiré dans le vieux langage les mots _tabut_
+et _tambusteis_ qui signifiaient grand tumulte et bruit assourdissant
+comme celui de la caisse.
+
+TARABUSTER, en est une dérivation figurée.
+
+TAMPON. On appelle _tampon_ ce qui sert à boucher un vaisseau, parce
+qu'en enfonçant le _tampon_, on excite un bruit dont ce nom paraît
+formé.
+
+Les Latins ont dit _tappus_ dans la même signification, les Italiens
+_zaffo_, les Anglais et les Allemands _tap_.
+
+TAPE, TAPER, qui s'emploient bassement dans notre Langue, viennent du
+même son naturel.
+
+SE TAPIR dans une place étroite, y demeurer en _tapinois_, c'est s'y
+tenir caché, serré, et en quelque sorte adhérent comme un _tampon_.
+
+TAPON, est un mot très-bas qui se dit d'un paquet pressé, contenu, ou
+_tapi_ dans un petit lieu. C'est aussi un terme de Marine qui signifie
+un certain bouchon dont on ferme l'ame du canon pour empêcher l'eau d'y
+pénétrer.
+
+TAUPIN, est le nom français d'un insecte dont le thorax est armé d'un
+ressort au moyen duquel il saute sur lui-même avec bruit.
+
+ÉTOUPE, fait du latin _stuppa_ ou du celtique _stoup_, qui est le _topp_
+de Davies, pourrait se rapporter à cette Onomatopée, parce que les
+_tampons_ sont ordinairement d'_étoupes_.
+
+TAN. Ce mot désigne une poudre menue d'écorce de chêne, battue dans de
+gros mortiers, par la force des roues d'un moulin, et avec un bruit
+qu'il exprime.
+
+TAON. Le vol bruyant du _taon_ était assez bien représenté par ce nom
+que la nouvelle prononciation a dénaturée. L'Onomatopée s'est conservée
+dans le langage du peuple qui dit _tavon_ ou _tavan_. Je ne doute pas
+que la même aphérèse ne nous ait fait perdre l'effet imitatif du mot
+_paon_, formé du _pavo_ des Latins, qui l'était du cri naturel de cet
+oiseau.
+
+Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on a dit autrefois _tahon_, qui se lit
+dans ces vers de Christian de Troyes:
+
+ Toujours doit li fumier puir,
+ Et _tahons_ poindre, et maloz bruire,
+ Envious, envier et nuire.
+
+Ménage fait _hanneton_ de _tabanus_, qui est le nom latin du _taon_, par
+un procédé bien bizarre. De _tabanus_, _tavanus_, _tavanettus_,
+_vanettus_, _vanetto_, _vanetonne_, _nanettone_, _hanneton_. Je crois
+qu'on peut établir, sans insulter à la mémoire de ce savant laborieux,
+qu'il n'y a rien de plus ridicule que ces étymologies arbitraires dont
+la filiation ne repose que sur des intermédiaires factices. Si hanneton
+n'est pas fait d'_alis tonans_, c'est peut-être une Onomatopée.
+
+TARABAT. Instrument bruyant qui servait à appeler les Religieux aux
+Offices nocturnes.
+
+Les Grecs ont dit _thorubein_, pour, faire du bruit, et _thorubos_,
+pour, tumulte ou fracas. Cette curieuse analogie n'a jamais été aperçue.
+
+TARIN. Les Naturalistes pensent que le nom de cet oiseau a été fait
+d'après son chant; mais la variété de ses modulations a dû déterminer un
+grand nombre d'Onomatopées. En effet, les Grecs l'ont nommé _thraupis_,
+les Allemands _zinsle_, _zeizel_, _zyséle_, _zyschen_, _zeisich_, les
+Polonais _csiseck_, les Illyriens _csisz_, et les Anglais _siskin_. Nous
+l'appelons vulgairement _scenicle_, _cinit_, _cerizin_.
+
+Tous ces mots, quoiqu'étrangers les uns aux autres, ont une racine
+naturelle.
+
+TETER. C'est tirer avec la bouche le lait de la mamelle, et cette action
+produit un bruit dont le mot qui la désigne est emprunté.
+
+TETTE, qui n'est plus d'usage, mais dont les équivalens ont la même
+racine, et qui signifie l'endroit par où les animaux nourrissent leurs
+petits, s'est dit en grec _titthos_ et _titthion_; en latin _tetta_; en
+allemand _titte_; en anglo-saxon _tit_, _titt_ ou _tytt_; en Langue
+franque _tuito_; en anglais _teat_, et en espagnol _teta_. On m'assure
+que le syrien et le chaldéen _thad_ expriment la même idée; et dans la
+partie de ma préface où j'ai démontré que les premiers rapports de
+l'enfant et de la mère, c'est-à-dire, l'action de _teter_, ont eu dans
+le langage une racine commune avec les premiers rapports de parenté,
+j'ai fait sur la forme hiéroglyphique, et sur le son imitatif du _thêta_
+des Grecs, une observation assez nouvelle que je recommande à
+l'attention du Lecteur.
+
+TIMBALES. _Tabala_ était, suivant Plutarque dans la vie de Crassus, et
+suivant Hésichius, un tambour dont se servaient les Parthes. C'est
+_tablon_ en arabe, _tympanon_ en grec, et _tympanum_ en latin.
+
+Il paraît que cet instrument s'est d'abord appelé _timbre_, et qu'il en
+est question sous ce nom dans _Perceval_ et dans ces vers du _roman de
+la Rose_:
+
+ Cil fleues court si joliement,
+ Et maine si grand dissonent,
+ Qu'il résonne, tabourne et _timbre_
+ Plus souef que tabour ne _timbre_.
+
+TIMBRE, qui signifie, dans son acception actuelle un instrument d'un
+métal sonore qui retentit sous le marteau, est incontestablement tiré de
+la même racine.
+
+TIMPAN, est le nom qu'on a donné à cette partie de l'oreille qui reçoit
+les impressions de l'air agité, et qui cause le sentiment de l'ouïe,
+parce qu'elle est comme une espèce de tambour sur lequel les bruits
+extérieurs viennent agir.
+
+TIMPANON, sorte d'instrument de Musique, monté avec des cordes de laiton
+qui vibrent sous de petites baguettes, présente le type grec sans aucun
+changement.
+
+On appliquera facilement aux autres expressions de la même famille les
+observations que je fais sur celles-ci, soit que les objets qu'elles
+représentent aient été dénommés d'après le bruit qu'ils rendent, soit
+que leurs qualifications aient été déterminées par de simples analogies,
+comme cela a lieu dans le verbe _timpaniser_, qui se dit pour, blâmer
+hautement, parce que ces sortes de diffamations sont, en quelque
+manière, divulguées au son du tambour.
+
+TINTEMENT, TINTER. Onomatopées du son de la cloche, qui avaient
+d'heureux équivalens dans le _tinnitus_ et le _tintinnire_ des Latins.
+Ils avaient aussi appelé _tintinnabulum_ la petite clochette qui rend un
+bruit clair et argentin. Catulle a dit, avec peu de goût, ce me semble:
+_auris tintinnat tintinnabulum_.
+
+TINTEMENT, ou TINTOUIN, se disent indistinctement d'un battement
+importun qui fatigue l'oreille, et qui ressemble au _tintement_ de la
+cloche. Nicod en explique assez bien l'extension métaphorique.
+«_Tintouin_, dit-il, est un nom imité du chifflement qui se fait aux
+ventricules du cerveau, et cornissant par les oreilles, et vient de
+_tinter_; et parce que tel _tintouin_ empêche le repos de la personne,
+on l'usurpe aussi par métaphore, pour souci rongeant, travail d'esprit
+et fatigation de l'entendement».
+
+TINTAMARRE, vient, selon Pasquier, du bruit que font les paysans quand
+ils frappent sur leur _marre_, qui est un instrument de labour, pour
+avertir ceux qui sont éloignés, de quitter leur besogne, et que midi est
+sonné. Quoi qu'il en soit de cette désinence parasite, il ne peut y
+avoir de doute sur l'effet imitatif de cette expression et sur le
+caractère de sa racine, qui est bien évidemment prise dans le son
+naturel.
+
+TOCSIN. Ce mot vient de _toquer_, _frapper_, et de _sing_, qui
+signifiait autrefois une cloche. Il en est fait mention en ce sens dans
+le Pontifical.
+
+En quelques lieux, on appelle encore petit _sing_ les petites cloches.
+Il y a aussi un vieux proverbe qui dit: on en fait bien les _sings_
+sonner, pour dire, on en fait beaucoup de bruit.
+
+_Tocsin_, est donc composé d'un son naturel et d'un son abstrait, à
+supposer que _sing_ lui-même ne soit pas une Onomatopée ancienne.
+Rabelais a écrit _toquesing_ au chapitre 66 du livre IV de _Pantagruel_.
+
+TONNER, TONNERRE. Ce météore terrible a fourni des Onomatopées à tous
+les peuples. C'est une des premières catastrophes naturelles qui aient
+dû frapper l'imagination de l'homme, et il n'est pas étonnant qu'il ait
+cherché à le représenter par un concours de sons éclatans. Dans notre
+Langue même où cette imitation est plus imparfaite que dans beaucoup
+d'autres, on peut remarquer cependant que le nom du _tonnerre_ est formé
+d'une syllabe très-sonore, alongée d'une terminaison roulante.
+
+Les Celtes ont dit _tonitru_, les Latins _tonitruum_, et leur
+prononciation donnait à ce mot une harmonie sourde et retentissante
+comme les _grondemens_ de la foudre dans les échos; les Italiens
+_tuono_, les Espagnols _tronido_, les Anglais _thunder_, et les
+Allemands _donner_.
+
+Ajoutons, sans pousser plus loin cette recherche, que les idiomes
+humains n'ont pu exprimer un bruit de la nature de celui-ci que par des
+approximations encore bien imparfaites, quoique le son radical des
+différens noms par lesquels ils l'ont caractérisé, soit le plus grave de
+tous ceux que peut former la voix. Aussi est-il devenu dans les mots
+_son_ et _ton_, le signe général de tous les bruits, de toutes leurs
+modifications et de tous leurs effets.
+
+TORRENT. Du bruit d'un courant d'eau très-impétueux, effet que l'auteur
+d'un roman moderne a cherché à rendre dans ce passage, qui ne me paraît
+pas tout-à-fait dépourvu d'harmonie.
+
+«Après des pluies abondantes, un torrent large et rapide, grossi de tous
+les ruisseaux et de toutes les ravines, descend du haut de nos montagnes
+avec le bruit de la foudre, s'élance furieux dans la plaine, la remplit
+d'épouvante et de désastres, brise, envahit, dévore tout ce qui
+contrarie son passage; et, chargé d'arbres déracinés, de rocs et de
+décombres, il roule et se précipite en grondant dans la Salza».
+
+_Torrent_ se dit _strumor_ en Langue gallique, et se trouve ainsi
+exprimé dans des fragmens d'anciennes poésies, attribuées à Ossian.
+
+* TOURDE. En vieux français _tourd_. C'est un nom qu'on donne à la grive
+dans quelques provinces, et que les Étymologistes disent fait par
+Onomatopée.
+
+Le mot _twrdd_ a désigné en celtique, suivant M. Court de Gébelin, le
+chant bruyant de certains oiseaux, et, en général, les bruits tumultueux
+et fatigans.
+
+ÉTOURDIR, rompre la tête à quelqu'un à force de criailleries, est
+construit sur cette racine.
+
+TOURTEREAU, TOURTERELLE. En hébreu _thor_; dans presque toutes les
+Langues orientales _tur_; en latin _turtur_, prononcé _tourtour_; en
+italien _tortora_, _tortorello_, _tortorella_; en espagnol _tortola_; en
+anglais _turtledove_; en allemand _turteltaube_; en celtique _turzunel_;
+en vieux français _tourte_ et _tourtre_.
+
+Il n'est personne qui ne reconnaisse dans ces expressions des
+Onomatopées très-heureuses du roucoulement des _tourterelles_.
+
+TOUSSER, TOUX. Du bruit que l'on fait en _toussant_.
+
+Le _husten_ des Allemands, et le _cough_ des Anglais, pour être d'une
+construction différente, n'en sont pas moins des Onomatopées
+incontestables.
+
+TRACAS, TRACASSER. Ces mots expriment dans leur sens propre un bruit
+violent et incommode, comme celui des corps qui se fracassent; mais ils
+diffèrent de cette dernière espèce d'expression et quant au sens et
+quant à la racine, en ce que l'idée de fracas emporte celle de rupture
+et de brisement, qui n'est point inhérente à celle-ci.
+
+Nicod prétend fort mal-à-propos, selon moi, que _tracas_ vient de _trac_
+ou _trace_, _comme qui dirait aller çà et là, errer par les voies_.
+
+Quoique ce terme et ses dérivés ne soient guère d'usage que dans des
+acceptions figurées, ils sont sensiblement tirés d'un son naturel, et on
+appelle encore très-bassement dans la Langue du peuple, du nom de
+_tracas_, une chaussure lourde et grossière, qui cause un bruit
+désagréable quand on marche.
+
+On peut remarquer ici un singulier rapprochement; c'est que la
+dénomination triviale dont je parle a le même rapport avec le mot
+_tracasser_ que _savate_ son synonyme avec le mot _sabat_, qui se prend
+dans notre Langue pour un bruit haut et tumultueux. _Sabata_ se dit en
+celtique, pour, faire du bruit ou crier à pleine voix. _Sabot_
+dériverait de la même racine, et on aurait fait de ce dernier mot, par
+extension, le nom de l'ongle de certains animaux.
+
+TRANSIR. La racine de ce mot que je choisis au hasard dans sa famille,
+caractérise un grand nombre de mots analogues, et dont le sens est
+marqué par le bruit naturel dont ils dérivent.
+
+Les dents serrées convulsivement dans le frémissement du froid, de la
+fièvre et de la peur, laissent échapper un son dur et roulant dont on a
+fait _transir_, engourdir, pénétrer de froid,
+
+TERREUR, sentiment de crainte causé par la présence d'un objet
+épouvantable,
+
+TREMBLEMENT, frissonnement véhément et universel,
+
+TREMBLER, frissonner avec force par tout le corps,
+
+TREMBLOTER, qui en est le diminutif,
+
+TREMBLE, arbre ainsi nommé, parce que ses feuilles _tremblent_ et
+s'agitent au moindre vent,
+
+TRÉMOUSSEMENT, SE TRÉMOUSSER,
+
+TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR, qui expriment de petites émotions, de
+faibles mouvemens d'effroi, de surprise ou de joie.
+
+TRANTRAN. Mot factice et populaire qui n'est plus d'usage que dans son
+acception figurée, c'est-à-dire, pour signifier l'intelligence d'un
+état, d'un métier, le secret d'un négoce, le cours des affaires de
+commerce et d'industrie.
+
+Quelques-uns prétendent que ce mot s'est dit proprement du son du cor
+des chasseurs, sens auquel il est employé dans la _vénerie_ de
+Dufouilloux, de sorte que ce serait une métaphore tirée de la conduite
+de la chasse.
+
+D'autres avancent que cette façon de parler vient du bruit des violons
+qui s'accordent, bruit qu'on peut rendre par _trantran_; et alors ce
+serait une métaphore tirée de l'accord et de l'harmonie de la musique.
+
+TRAQUET. Petite soupape qui ouvre et ferme l'ouverture de la trémie,
+pour laisser tomber ce qu'il faut de grain sous la meule.
+
+TRICTRAC. Jeu dont le nom vient du bruit que font les dames et les dés
+dont on se sert en jouant. C'est ce bruit que M. Delille exprime
+admirablement dans ces vers:
+
+ J'entends ce jeu bruyant où le cornet en main,
+ L'adroit joueur calcule un hasard incertain.
+ Chacun sur le damier fixe[6] d'un oeil avide
+ Les cases, les couleurs, et le plein et le vide.
+ Les disques noirs et blancs volent du blanc au noir;
+ Leur pile croît, décroît. Par la crainte et l'espoir,
+ Battu, chassé, repris, de sa prison sonore
+ Le déz avec fracas part, rentre, part encore.
+ Il court, roule, s'abat.
+
+Dumarsais croit que ce jeu s'est appelé autrefois _tictac_, et il est
+encore désigné de cette manière par les Allemands et les Anglais.
+
+* TRINQUER. Heurter les verres en buvant, ce qui se fait avec un bruit
+dont le mot _trinquer_ est formé par Onomatopée.
+
+Les Allemands s'en sont emparés, en lui donnant quelque extension, pour
+représenter l'action de boire elle-même. Ils disent _trincken_, les
+Flamands _drincken_, et les Italiens _trincare_.
+
+TROMPE, TROMPETTE. Dans la basse latinité _trumpa_; en italien _tromba_
+et _trombetta_; en anglais _trumpet_; en allemand _trompete_.
+
+Il était inutile de chercher l'étymologie du mot _trompette_ dans ces
+différentes Langues, comme l'a fait Ménage, ou il fallait remonter du
+moins jusqu'au bruit naturel qui l'a produit, ainsi que ses analogues.
+
+«_Trompe_, dit le père Labbe, _tromper_, _trompette_, _trompetter_,
+viennent du son qui se fait ordinairement dans le cor de chasse _trom,
+trom, trom_, et non pas de _tuba_, ni du _taratantara_ du bon Ennius
+qu'il avait formé sur le son clair et gaillard des clairons et de la
+doucine».
+
+TROMBONNE, est le nom italien actuellement francisé d'un instrument que
+nous avons d'abord nommé _trombon_.
+
+TROT, TROTTER. Le mot _trot_ représente à l'oreille comme à la pensée
+l'allure naturelle des chevaux dont on presse le pas. C'est donc avec
+raison que Pasquier le dérive, par Onomatopée, du bruit que font les
+animaux en _trottant_.
+
+De la même racine vinrent le celtique _troad_ qui signifie _pied_, et le
+celtique _trotta_ qui signifie _trotter_.
+
+Je ne sais où M. Court de Gébelin a lu _trul_, qui se disait pour,
+_aller_ ou _courir çà et là_, et dont viendrait le mot populaire
+_trauler_.
+
+TURLUT. C'est un oiseau du genre de l'alouette, qu'on a nommé _turlut_
+en raison de son chant dont ce mot est l'expression.
+
+TIRELIRE, est une autre Onomatopée construite pour représenter le même
+bruit naturel, comme _turelure_ et _turelurelu_ pour imiter le son de la
+flûte. «Ces termes factices, qui ont bonne grace dans une poésie telle
+que celle-ci, dit la Monnoye dans son curieux glossaire sur les Noels,
+seraient insupportables dans un poème sérieux. Virgile n'a eu garde
+d'employer le _taratantara_ d'Ennius. Un Merlin Coccaïe, un Arena, un
+Belleau ont eu droit d'exprimer, comme bon leur a semblé, toutes sortes
+de voix dans leurs macaronées, mais on ne saurait pardonner à Dubartas
+sa ridicule description du chant de l'alouette, en ces quatre vers du
+cinquième livre de sa Semaine»:
+
+ La gentille alouette avec son _tire lire_
+ Tire l'ire à l'iré, et _tirelirant_ tire
+ Vers la voûte du Ciel, puis son vol vers ce lieu
+ Vire et desire dire, adieu dieu, adieu dieu.
+
+Il faut dire à l'honneur du siècle de Dubartas que ces vers parurent
+déjà très-misérables de son temps, car je les lis ainsi corrigés, mais
+non pas beaucoup meilleurs dans l'édition que je consulte.
+
+ La gentille alouette avec son _tire lire_
+ Tire l'ire aux faschez, et d'une tire, tire
+ Vers le pole brillant, plus d'un plumage las
+ Changeant un peu de son se laisse cheoir en bas.
+
+C'est cette version qu'Edouard Dumonin a suivie dans sa traduction
+latine, intitulée _Beresithias_:
+
+ _Dulcis alauda suo _tire liro_ consonna tollit
+ Iratis iras, saevamque extrudit Erymnin
+ Flammicomum tractuque polum levis involat uno
+ Hinc leviter flexo cantu, dum membra fathiscunt
+ Corpora demittit terrae._
+
+Baptiste Mantouan a cherché à exprimer la même chose dans ce passage de
+ses poésies, et y a sans doute mieux réussi que ses rivaux, sans
+recourir au même procédé:
+
+ _Prole novâ exultans, galcâque insignis alauda
+ Cantat; et ascendit ductoque per aera gyro
+ Se levat in nubes: et carmine sydera mulcet._
+
+Ronsard a fait usage aussi du mot _tire lire_ dans une piece de ses
+_Gaîtés_, intitulée l'_Alouette_, et c'est peut-être la seule tache
+qu'il y ait dans ce morceau charmant:
+
+ Hé Ciel que je porte d'envie
+ Aux plaisirs de ta douce vie.
+ Alouette qui de l'amour
+ Dégoises dès le point du jour,
+ Secouant en l'air la rosée
+ Dont ta plume est toute arrousée!
+ Devant que Phébus soit levé
+ Tu enlèves ton corps lavé
+ Pour l'essuyer près de la nue.
+ Trémoussant d'une aile menue,
+ Et te sourdant à petits bonds,
+ Tu dis en l'air de si doux sons
+ Composés de ta _tirelire_,
+ Qu'il n'est amant qui ne desire,
+ T'oyant chanter au renouveau
+ Comme toi devenir oiseau.
+ Quand ton chant t'a bien amusée,
+ De l'air tu tombes en fusée
+ Qu'une jeune pucelle au soir
+ De sa quenouille laisse cheoir,
+ Quand au fouyer elle sommeille
+ Frappant son sein de son oreille:
+ Ou bien quand en filant le jour
+ Void celuy qui luy fait l'amour
+ Venir près d'elle à l'impourveüe,
+ De honte elle abaisse la veue,
+ Et son tors fuseau délié
+ Loin de sa main roule à son pié.
+
+Cet épisode de la fileuse est d'un goût absolument antique, et un des
+plus gracieux que l'on puisse imaginer. Si Ronsard n'avait jamais fait
+que de pareils vers, la postérité lui aurait peut-être confirmé jusqu'à
+un certain point ces titres pompeux de _Prince des Poètes_, et
+d'_Apollon de la source des Muses_, qu'on lui a donnés de son temps.
+
+
+V
+
+* VAGIR, VAGISSEMENT. Ces mots expriment le cri des enfans qui viennent
+de naître, et notre Langue a récemment admis le substantif _vagissement_
+sur les réclamations de Voltaire. «C'est une disette insupportable,
+écrivait-il, d'appeler des choses si différentes du même nom. Le mot
+_vagissement_, dérivé du latin _vagitus_, aurait très-bien exprimé le
+cri des enfans au berceau.
+
+»Dumarsais, observe un autre Littérateur, a fait tout ce qu'il a pu pour
+faire prendre ce mot, et n'a point réussi. C'est le cas de le
+reproduire, et de faire voir qu'il est aussi naturel et aussi utile que
+_mugissement_. Le cri d'un enfant au berceau est, à coup sûr, une bien
+longue périphrase».
+
+Le verbe _vagir_, qui est fait du substantif, comme de _mugissement_ et
+_rugissement_ sont faits _mugir_ et _rugir_, et dont la construction
+est, par conséquent, très-conforme à l'esprit de notre Langue, n'est
+sans doute pas à dédaigner. Un étranger qui a donné quelques volumes à
+la Littérature française, a dit quelque part: «Si Dieu m'offrait le
+privilége de la rétrogradation jusqu'à mon enfance, et de _vagir_ une
+seconde fois dans le berceau, je refuserais ses offres».
+
+VAGUES, est le nom qu'on donne aux eaux agitées et mugissantes, parce
+que le bruit qui s'en élève ressemble à un long _vagissement_. En
+allemand _wage_, _woge_; en gothique _wego_; en anglo-saxon _waeg_; en
+islandais _vag_.
+
+VIOLON. Je crois devoir rapporter à propos de ce mot les raisons
+ingénieuses qu'emploie M. Court de Gébelin pour en faire remonter
+l'origine au son naturel. «Le mot _violon_, dit-il, désigne un
+instrument à cordes qu'on fait résonner avec un archet. Mais quelle est
+l'origine de ce nom? Elle se perd dans la nuit des temps pour tous les
+Étymologistes; car, dire avec eux qu'il vient de l'espagnol _biolone_,
+ce serait tout au plus supposer que cet instrument nous vînt par
+l'Espagne, ce qui serait, peut-être, difficile à prouver.
+
+»Ce nom tient à ceux de quelques autres instrumens appelés _viole_,
+basse _de viole_, _violoncelle_, etc.
+
+»Si jamais nom dut être formé par Onomatopée, n'est-ce pas celui d'un
+instrument de musique? Ils ont un son à eux, un son déterminé et
+constant, un son propre à les distinguer de tout autre. Ce son dut
+devenir leur nom dès l'origine; et, quoique naturelle, on dut perdre à
+jamais cette origine de vue, dès qu'on eut perdu de vue les origines de
+la Langue qu'on parlait, et les révolutions de la nation dont on faisait
+partie.
+
+»Les instrumens bruyans, tels que le tambour, le tympanon, et la
+tymbale, portent des noms parfaitement imitatifs: en les nommant, on
+peint le coup qui les fait retentir.
+
+»Dans les instrumens à cordes, on avait à peindre des sons d'une toute
+autre espèce, des sons aigus et sifflans, grêles en quelque sorte; on
+eut donc recours, pour les peindre, à la voyelle _i_, dont le son grêle,
+aigu et sifflant se met si bien à l'unisson de ces instrumens, et qui,
+associée au son _o_, sert également à peindre cette joie et cette gaîté
+qu'accompagne et qu'inspire dans les fêtes le son des instrumens. On dit
+donc _viole_, _violon_ par le même sentiment qu'on disait ioh! ioh! et
+qu'on fit en _iol_ et en _jol_ les mots celtes, theutons, basques, etc.
+qui peignent la joie et le plaisir.
+
+»C'est de ce mot que les Latins firent également celui de _fides_, qui
+désigna les instrumens à cordes, et qui forma le diminutif _fidicula_,
+petit instrument à cordes; tandis qu'en le prononçant en _v_, ils en
+firent _vitula_, 1º. la déesse de la joie; 2º. en latin barbare, cet
+instrument dont nous avons altéré le nom en celui de _vielle_.
+
+»Ils en firent encore
+
+»_Vitulari_, se réjouir, folâtrer,
+
+»_Vitellianae_, tablettes sur lesquelles on écrivait des choses gaies».
+
+VÎTE, VÎTESSE. Le mot _vîte_ est peut-être l'imitation du souffle,
+accéléré par la promptitude de la marche.
+
+Les Latins n'en auraient-ils pas fait _festinare_, se hâter? En
+anglo-saxon, _hwato_ signifie alerte, prompt, et _hwetan_, exciter,
+animer.
+
+
+Z
+
+ZESTE. C'est une zône très-mince qu'on enlève de la peau d'une orange,
+en glissant vivement contre sa superficie le tranchant d'un couteau. Le
+petit bruit qui en résulte a motivé cette dénomination qu'on a étendue
+depuis à d'autres acceptions, tant propres que figurées.
+
+ZIGZAG. Ce sont, suivant Ménage, des tringlettes croisées en losange les
+unes sur les autres, qui se resserrent et s'alongent, et dont on se sert
+pour faire tenir des lettres ou autre chose dans des lieux élevés.
+
+Poisson a composé une petite comédie intitulée le _Zigzag_, où Octave
+donne une lettre à Isabelle, qui était à la fenêtre d'un logis.
+
+ Mon _zigzag_ fera son office;
+ Ce mot de lettre mis au bout
+ Instruit Isabelle de tout.
+
+Ménage reconnaît que ce mot a été fait par Onomatopée.
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+NOTES
+
+
+[1] Comme il était de mon intention de donner dans le cours de cet
+ouvrage quelques exemples de l'extension des sons radicaux et des
+racines imitatives dans la désignation des êtres qui, comme je l'ai dit,
+n'ont point de formes propres et de bruits particuliers, et de prouver
+qu'aucune expression n'a été formée sans motif, et que les termes qui
+ont caractérisé les sensations premières, ont dû devenir allusivement le
+signe des sensations analogues; comme le son radical _sag_ qui est une
+des anciennes Onomatopées du bruit de la _flèche_, est d'ailleurs un des
+plus curieux que je connaisse dans les modes qu'il a subis, je vais
+suivre ses différentes dérivations dans la Langue latine seulement, pour
+ne pas charger cette note d'un appareil inutile d'érudition.
+
+
+RACINE, SAG. Sens propre, une _flèche_.
+
+Les Latins en ont fait _SAG-itta_, et immédiatement, par le procédé
+comparatif, ce nom est devenu commun à une plante dont il est question
+dans Pline, et qui ressemble à une _flèche_, au bout d'un rejeton de
+vigne qui a la forme d'une _flèche_ barbelée, et à une constellation
+composée de cinq étoiles qui représente une _flèche_.
+
+
+SENS DÉRIVÉ.
+
+_SAG-ittarius_ a signifié un homme qui lance des _flèches_, et ensuite
+un signe du Zodiaque. Puis par une extension commune dans les Langues,
+on a nommé _SAG-ittarius_, une monnaie de Perse qui avait un
+_SAG-ittaire_ pour empreinte.
+
+_SAG-ittifer_ a été le nom du porc épic, parce que les pointes dont il
+est couvert ont quelque ressemblance avec des _flèches_.
+
+Jusqu'ici l'opération de l'esprit est simple et sans complication.
+
+
+SENS RELATIF.
+
+L'imagination commence à saisir des rapports plus éloignés, mais elle
+n'a point encore perdu de vue le sens propre.
+
+_SAG-aris_ signifie d'abord un faisceau de _flèches_, un carquois; il se
+dit bientôt d'une hache d'armes.
+
+_SAG-ma_ exprime en premier lieu ce qui sert à cacher la pointe de la
+_flèche_, à la garantir en temps de paix. Ensuite, il se dit
+généralement d'un fourreau, et finalement de la selle d'un homme d'armes
+où les _flèches_ sont fixées.
+
+_SAG-men_ est pris dans un sens plus hardiment figuré, quoiqu'il
+appartienne encore au sens primitif. On appelle ainsi la verveine par
+opposition ou contre vérité, parce que les Ambassadeurs proposant la
+paix ou la guerre, portaient dans leurs mains une verveine et une
+_flèche_.
+
+_SAG-a_ signifie premièrement les armes d'un soldat. _Ire ad SAG-a_,
+c'est s'emparer de ses javelots et de ses _flèches_. On en fait _SAG-um_
+ou _SAG-ulum_ qui est l'habit d'un soldat en guerre.
+
+Une fois que ce pas est fait, on va beaucoup plus loin. On appelle
+_SAC-itza_ le pillage d'une ville, l'extermination de ses habitans,
+parce que les vainqueurs les renversent à coups de _flèches_, et notre
+Langue en emprunte les mots SAC et _SAC-cager_ qui conservent encore
+toute la racine, avec une simple modification de la gutturale _g_,
+prononcée sur une touche plus éclatante.
+
+Enfin, il suffit de nazaler cette racine SAG, pour en former _SANG-uis_,
+qui s'emploie par une extension du même genre, parce que le sang coule
+sous les _flèches_.
+
+_N. B._ En vieux français, _sache_ a signifié un fourreau, _sacher_,
+tirer du fourreau, et ensuite, poursuivre le gibier et le renverser sous
+les _flèches_, d'où il semble que _chasser_ a été fait par métathèse.
+
+
+SENS FIGURÉ OU MÉTAPHORIQUE.
+
+Ici l'esprit de l'homme s'élance hardiment à des objets très-éloignés,
+pour peu qu'il y puisse saisir quelque affinité avec le sens originaire
+du mot inventé.
+
+Une erreur populaire lui persuade qu'une espèce de pierre précieuse
+attire le bois comme l'aimant attire le fer, et que le bois y vole avec
+la rapidité de la _flèche_. Il nomme cette pierre _SAG-da_.
+
+Il a observé que la _flèche_, en s'enfonçant dans un corps dur, y frémit
+long-temps encore. Il appelle _SAG-acio_, id est, _SAG-ittae actio_,
+tous les genres de palpitation et de tremblement.
+
+Il essaye de trouver un objet de comparaison à l'action de regarder. Le
+regard parcourt l'espace avec la vîtesse de la _flèche_, et le son
+radical SAG devient le nom du regard dans presque toutes les Langues de
+l'Orient. Les Latins cependant ne se servent point de cette racine à ce
+dernier usage; mais ils le méconnaissent si peu, qu'ils s'enrichissent
+de ses dérivations au sens abstrait.
+
+
+SENS ABSTRAIT.
+
+_SAG-ire_, c'est avoir de la pénétration, du discernement, saisir des
+yeux de l'esprit.
+
+_SAG-ax_, c'est un homme pénétrant, un homme dont le regard sûr discerne
+la vérité.
+
+
+SENS HYPERBOLIQUE.
+
+Le dernier terme de cette gradation est si étranger à son type, qu'il
+serait impossible d'en reconnaître l'origine, si on n'y pouvait
+remonter, comme nous le faisons, par une succession très-naturelle de
+sensations et de jugemens. Le sens abstrait s'étendant à des
+significations nouvelles, ce n'est plus au _SAG-e_, à l'esprit délicat
+et subtil qui saisit les choses dès le premier abord, avec une extrême
+justesse, que doit s'arrêter cette série d'idées que nous venons
+d'exposer; son regard plus prompt, plus sûr, plus pénétrant encore,
+perce tous les obstacles. Son esprit s'élève au-dessus de toutes les
+conceptions ordinaires; il domine, il explique l'avenir,
+
+C'est le devin que les Latins ont appelé _SAG-us_, la magicienne,
+l'enchanteresse dont ils ont fait _SAG-a_, _SAG-ana_.
+
+_Prae-SAG-ire_, c'est voir hors du présent, c'est anticiper par la
+pensée sur les événemens futurs.
+
+_Prae-SAG-ium_, c'est le pressentiment, le pronostic.
+
+_Prae-SAG-us_, c'est le sorcier, l'augure, l'homme inspiré, termes dont
+on a complété le sens par la petite préposition _prae_, au-devant,
+au-delà.
+
+Il reste à s'assurer que les autres mots de la Langue naturelle
+donneront une pareille filiation, et c'est ce que chacun peut
+reconnaître dans ses études particulières, soit qu'il se contente, ainsi
+qu'on l'a fait ici, de pousser ses recherches dans une Langue seulement,
+soit qu'il veuille les étendre à toutes, ce qui n'est pas plus
+difficile.
+
+
+[2] Une figure nouvelle est pleine de charme, parce qu'elle donne à
+l'idée un point de vue nouveau. Une figure rebattue, devenue lieu
+commun, n'est plus que le froid équivalent du sens propre. On doit donc
+éviter de prodiguer les figures dans une Langue usée. Elles ne
+présentent plus qu'un faste insipide de paroles et de tours. Le style
+purement descriptif sera dès-lors préférable au style figuré, parce que
+le sens figuré avait fait oublier quelque temps le sens propre, et que
+celui-ci paraît nouveau. L'aurore aux doigts de roses, qui ouvre les
+barrières du matin, et dont les pleurs roulent en perles humides sur
+toutes les fleurs, offre sans doute une image heureuse et brillante;
+mais on produira beaucoup plus d'effet aujourd'hui en peignant le soleil
+à son lever, rougissant d'une lueur encore incertaine le sommet des
+hautes montagnes, les vapeurs de la plaine qui se dissipent, les
+contours de l'horizon qui se dessinent sur le ciel éclairci, et les
+fleurs qui se penchent sous le poids de la rosée.
+
+
+[3] C'est l'opinion de M. de Roujoux. Dom Lepelletier écrit _coric_ qui
+signifie _petit nain_. On pourrait penser que _gawric_ est fait de
+_gawr_ dans son sens le plus ordinaire, _élevé_, _supérieur_, et désigne
+très-bien alors les intelligences secondaires, les génies et les fées,
+_Gawric_, petite puissance, ou bien il est tiré de _gour_ ou _gwr_ qui
+s'est dit pour, homme, et signifie alors avec le diminutif un petit
+homme, un nain, comme on représentait les êtres surnaturels dont il
+s'agit.
+
+
+[4] Il y en a beaucoup d'exemples dans le latin.
+
+ _Halosis_, pillage, dilapidation.
+ _Hama_, un croc.
+ _Hamare_, harponner.
+ _Hamus_, un hameçon.
+ _Harpa_, un vautour, et puis, la _harpe_, l'instrument de musique
+ dont les cordes sont saisies avec toute la main.
+ _Harpaga_, un hérisson, un grappin, un avare.
+ _Harpagare_, prendre de force.
+ _Harpastum_, un ballon qu'on cherchait à s'arracher en jouant, et
+ dont il est question dans Martial.
+ _Harpax_, l'ambre qui attire la paille.
+ _Harpe_, un oiseau de proie.
+ _Harpia_, la harpie aux mains crochues.
+ _Haurire_, avaler, engloutir.
+ _Haustrum_, instrument à puiser de l'eau.
+ _Helluo_, un glouton.
+ _Helluari_, absorber, avaler, dévorer.
+ _Helveus_, qui a la bouche ouverte et prête à saisir sa proie.
+ _Hera_, la fortune qu'il faut saisir au passage.
+ _Heres_, le hérisson, l'animal hérissé de pointes qui saisissent et
+ déchirent.
+ _Hiare_, ouvrir la bouche.
+ _Hiera_, l'épilepsie, mal qui envahit, qui saisit, qui absorbe.
+ _Hippae_, les cancres, les écrevisses aux pattes armées de crochets.
+ _Hirudo_, la sangsue. _Non missura cutem nisi plena cruoris._
+ _Hiulcus_, avide, intéressé.
+ _Humare_, enterrer, cacher sous la terre.
+ _Humus_, la terre dévorante, qui consume tous les corps privés de vie.
+ _Hyphaear_, la glu, matière qui happe, qui attache, etc.
+
+Il serait sans doute ridicule d'avancer que la construction de ces mots
+compliqués n'a eu d'autre base que l'initiale. Rien n'est plus facile
+que de remonter à leurs racines naturelles, desquelles disparaîtrait
+cette lettre, qu'on peut regarder comme très-moderne relativement aux
+temps et au langage primitifs. Mais il serait plus absurde de dire
+qu'elle a été attachée à ces expressions sans motif, et je pose en
+principe que le motif qui en a déterminé l'emploi, c'est son caractère,
+son esprit, l'idée d'avidité qu'elle réveille toutes les fois qu'on
+l'aspire. Les caprices de la prononciation et de l'écriture ont pu la
+transporter dans d'autres mots auxquels elle n'a point donné ce sens;
+mais ces mots seront en très-petite quantité, et les exceptions ne
+prouvent pas plus ici qu'ailleurs.
+
+
+[5] Comme le son caractéristique de cette expression est un des plus
+communs et des plus intéressans de la nature, puisqu'il sert à exprimer
+le bruit des corps dans leur mode de déplacement le plus ordinaire, je
+le prendrai pour exemple de ces grandes générations de mots que je n'ai
+fait qu'indiquer à d'autres articles, et qui auraient surchargé cet
+ouvrage de trop de détails inutiles. C'est M. Court de Gébelin qui me
+fournira le tableau des termes dont celui-ci est le type.
+
+ROUAGE, ROUER.
+
+ROUET, instrument à _roue_.
+
+ROUELLE, tranche coupée en rond.
+
+ROTULE, en latin _rotula_, os cartilagineux, large et rond qui forme le
+mouvement du genou.
+
+ROTATEUR, muscle circulaire qui sert à mouvoir l'oeil.
+
+ROTE, en latin _rota_, tribunal de la cour de Rome, dont la salle est
+pavée de carreaux qui représentent des _roues_.
+
+RODER, aller çà et là en faisant des tours et des détours.
+
+RODEUR.
+
+ROULER, 1º. se mouvoir en rond; 2º. plier en rond: au figuré,
+considérer, méditer.
+
+ROULANT.
+
+ROULEAU, chose faite ou tournée en rond.
+
+ROULEMENT, bruit d'une chose qui roule, mouvement en rond.
+
+ROULADE, roulement de la voix.
+
+ROULAGE, action de rouler, facilité de rouler.
+
+ROULIER, voiturier de marchandises.
+
+ROULETTE, petite _roue_.
+
+ROULIS, agitation d'un vaisseau que le vent fait rouler sur les flots.
+
+ROULON, pièce de bois travaillée en rond.
+
+RÔLE, autrefois ROOLE, du latin barbare _rotulum_, 1º. registre qu'on
+roule en long, comme les anciens manuscrits; 2º. ce que chaque acteur
+doit faire ou réciter dans la représentation d'une pièce de théâtre:
+chaque acteur a son rouleau, son rôle à part pour l'apprendre et pour le
+jouer; 3º. manière dont chaque homme représente dans le monde; 4º.
+feuille d'écriture en termes de pratique.
+
+RÔLER, écrire des rôles.
+
+ENRÔLER, en Anjou, ENROTULER, coucher sur les registres, enregistrer
+dans le catalogue de ceux qui forment le corps où l'on se réunit.
+
+ENRÔLEMENT, ENRÔLEUR.
+
+ROTONDE, bâtiment en rond.
+
+ROTONDITÉ, qualité d'un corps rond.
+
+ROND, en latin _rotundus_, tout ce qui est en cercle; au figuré, qui va
+rondement.
+
+RONDEUR, figure ronde.
+
+RONDELET, un peu rond.
+
+RONDIN, bâton rond.
+
+RONDINER, en vieux français, donner des coups de rondin, de bâton.
+
+RONDACHE, RONDELLE, en vieux français, boucliers ronds.
+
+RONDEAU, petit poème composé de couplets finissant par les mêmes mots
+qui commencent le poème.
+
+RONDE, inspection qu'on fait en parcourant une enceinte.
+
+A LA RONDE, tout autour.
+
+RONDEMENT, en rond; au figuré, franchement.
+
+ARRONDIR, donner une forme ronde.
+
+ARRONDISSEMENT.
+
+ROUTE, chemin.
+
+ROUTIER, 1º. qui connaît les routes, expérimenté; 2º. livre de routes.
+
+ROUTINE, habitude, connaissance acquise par la pratique seule; chemin
+battu.
+
+ROUTINIER, qui n'a que la routine.
+
+DÉROUTER, faire perdre à quelqu'un la route, etc.
+
+ * * * * *
+
+Cette racine me suggère d'ailleurs une réflexion qui vient à l'appui de
+ma théorie de l'extension des sons naturels, dans la qualification des
+êtres insonores. Nous avons vu se composer d'un son radical qui est le
+signe du mouvement, et qui s'opère lui-même par le roulement de la
+langue sur le palais, deux familles de mots distincts, dont l'une
+appartient à une idée de mouvement, et l'autre à une idée de forme. Il
+n'était pas difficile de reconnaître le point de contact de ces deux
+familles, et nous avons compris que le signe des bruits qui résultent
+d'un mouvement circulaire, avait dû devenir dans le langage,
+l'indicateur des formes rondes. Mais si le rapport des mouvemens et des
+formes semble d'abord assez naturel pour expliquer la ressemblance des
+expressions qui les caractérisent, il est également vrai que la nature a
+établi de frappantes harmonies entre ces deux premières sortes de
+sensations et celles des couleurs. Le langage figuré nous en offre assez
+de preuves. Nous avons dit, entr'autres exemples, de _sombres_
+gémissemens, et des lueurs _éclatantes_. La première de ces tournures
+présente une idée de bruit, spécifiée par une circonstance tirée de
+l'ordre des couleurs, et la seconde, une idée de couleur déterminée par
+une épithète qui appartient à l'idée du bruit. Le fameux aveugle-né
+Saunderson, après avoir cherché long-temps à se faire un sentiment juste
+des couleurs, finit par comparer la couleur rouge au son de la
+trompette; et il y a peu d'années que l'intéressant sourd-muet Massieu,
+interrogé sur l'opinion qu'il se formait des bruits, et celui de la
+trompette en particulier, le compara sans hésiter à la couleur rouge.
+
+S'il y a de l'harmonie entre ces effets, pourquoi ces effets
+n'auraient-ils pas été exprimés par des sons de la même espèce?
+
+Le mot _rouge_ et ses dérivés sont donc, selon moi, des Onomatopées
+construites par extension du son radical du roulement. En vieux
+français, _ro_ s'est dit pour _rouge_, et _roe_ pour _roue_. Toutes les
+Langues fourniraient de pareils rapports.
+
+M. Bernardin de Saint-Pierre a reconnu l'harmonie du mouvement
+circulaire, de la forme ronde, et de la couleur rouge. Il se plaît même
+à étayer ce rapprochement ingénieux des observations les plus agréables;
+et s'il a négligé de prouver que les mots qui désignent chez la plupart
+des peuples ce mouvement, cette forme et cette couleur, ont une racine
+commune, c'est sans doute parce que cette espèce de démonstration
+empruntée des froides études de la Grammaire, lui a paru trop sèche pour
+une matière si élégante et si poétique.
+
+
+[6] Le mot _fixer_ n'est point français dans le sens de regarder
+fixement, d'attacher un regard _fixe_ sur une personne ou sur une chose;
+mais c'est une de ces expressions que l'usage devrait avoir consacrées.
+Ce verbe offre une des figures les plus énergiques, une des hyperboles
+les plus éloquentes de la Langue; c'est non-seulement saisir l'objet sur
+lequel nous portons la vue, c'est encore l'arrêter, le rendre immobile,
+nous l'approprier, nous l'identifier par le seul effet de nos regards,
+_habere in oculis_, disaient tout aussi hardiment les Latins.
+
+Jean-Jacques Rousseau, Duclos, Rivarol, madame de Genlis l'ont
+fréquemment employé. M. de Châteaubriand, tout en le condamnant dans un
+autre, l'avait laissé échapper deux fois dans la première édition du
+_Génie du Christianisme_; et les termes qu'il y a substitués depuis,
+sont bien loin de racheter le sacrifice que cet Ecrivain a cru devoir en
+faire à la correction. Il lui appartenait, il appartient à quelques
+hommes qui doivent à leurs talens le privilége de donner aux mots le
+droit de cité, d'accueillir celui-ci dont rien ne nous offre
+l'équivalent: je le recommande aux Lexicographes.
+
+Il n'est guères possible, au reste, de parler de la formation des mots
+dans les Langues premières, sans être obligé de s'arrêter un moment à ce
+qu'on appelle la néologie ou création des mots nouveaux. Cette néologie
+est une des choses dont on a parlé le plus diversement, et dont on peut
+effectivement porter les jugemens les plus opposés. Elle est à la fois
+le génie protecteur et le fléau des Langues; elle les enrichit et les
+dénature. Par elle, tout se dégrade, tout se confond; et sans elle,
+l'imagination asservie se traîne impatiemment dans ses lisières.
+
+Il est certain que tous les mots ayant été formés pour exprimer la
+pensée prise sous certain aspect, ou l'être pris dans certaine qualité,
+et que rien n'étant plus mobile que les aspects de la pensée et plus
+varié que les qualités de l'être, il n'y a pas un seul homme qui n'ait
+souvent besoin, pour rendre sa sensation avec justesse, d'improviser une
+expression qui la peigne. Otez cette ressource à l'esprit, et vous
+détruisez tout ce qui reste de poésie dans vos Langues. Vous condamnez
+Racine à parler le patois de Jodelle, et à quelqu'époque même que la
+Langue soit prise, vous donnez d'injustes entraves à la pensée, car les
+idées se succèdent sans cesse en variant leur ordre et leurs rapports.
+Si j'ai vu ce qui n'a point été aperçu jusqu'à moi, si j'ai découvert
+entre des choses connues un rapport frappant et cependant nouveau, ce
+qui est le propre d'une organisation poétique, le tour et le mot dont
+j'ai besoin n'ont pas pu être prévus. Il faut donc que j'imite l'homme
+primitif dans ses essais, et que je crée un signe pour ma perception; ou
+bien si vous me forcez à n'employer que des signes déjà convenus, il
+faut que je délaye une idée forte et ingénieuse dans une périphrase
+languissante.
+
+D'un autre côté, la néologie sera d'un plus grand secours à ces
+Ecrivains sans talens, qui, incapables de saisir des effets nouveaux,
+parviennent cependant à faire croire au vulgaire qu'ils y ont réussi, en
+revêtant d'un tour audacieux et d'une expression inusitée des idées
+communes et souvent triviales et populaires. De là ces locutions
+barbares, ces mots bizarrement composés, ces néologismes intolérables
+qui frappent l'esprit sans l'instruire, et que la manie des nouveautés
+perpétue quelquefois dans le langage qu'ils finissent par corrompre.
+
+Il y a donc beaucoup de choses à observer dans l'admission des mots
+nouveaux: qu'ils soient indispensables, que leur construction ne soit
+point étrangère à l'esprit de la Langue, qu'elle rappelle distinctement
+leur racine, que des Ecrivains estimés en aient fait usage.
+
+Au reste, je regarderais un dictionnaire des mots à admettre dans la
+Langue comme une entreprise peu philosophique et mal mesurée. Les mots,
+interprètes de la pensée, doivent s'élancer avec elle, et c'est dans la
+chaleur d'une conception rapide qu'un néologisme heureux se fait
+pardonner. L'invention ne procède point par ordre alphabétique; mais ce
+serait peut-être un livre assez curieux que celui qui réunirait les
+expressions vives, caractéristiques et originales qui sont propres à un
+seul Ecrivain, qui n'ont point été mises en oeuvre depuis lui, ou qui
+l'ont été rarement, et qui ne se sont point conservées dans les
+vocabulaires. On en tirerait beaucoup de ce genre des écrits de Cicéron,
+de Sénèque, de Rabelais, de Montaigne, de Sterne, de Milton, de
+Schiller, du Dante et d'Alfieri.
+
+
+
+
+TABLE DES ONOMATOPÉES
+
+
+A
+
+ * AARBRER.
+ ABOI, ABOIEMENT, ABOYER.
+ ACHOPPEMENT.
+ CHOPPER.
+ AFFRES.
+ AFFREUX.
+ AGACEMENT, AGACER.
+ AGOUTI.
+ AGRAFFE, AGRAFFER.
+ RAFFLER.
+ AGRIPPER.
+ GRAPPILLER.
+ GRAPPE.
+ GRAPPILLEUR.
+ GRAPPILLON.
+ GRAPPE, instrument de menuiserie.
+ GRAPPIN.
+ GRAVIR.
+ GRAVIER.
+ GRIMPER.
+ * AHALER.
+ * AHAN, AHANER.
+ AÏ.
+ AME.
+ ANCHE.
+ ASTHME.
+
+B
+
+ BABIL, BABILLARD, BABILLER.
+ BABIOLE.
+ BABOUIN, BAMBIN.
+ BAMBOCHE.
+ BAMBOCHADE.
+ BÂILLEMENT, BÂILLER.
+ BEER ou BAYER.
+ BAH!
+ BADAUD.
+ S'ÉBAHIR, être ÉBAHI.
+ BARBOTER.
+ * BARET.
+ BEFFROI.
+ BÊLEMENT, BÊLER.
+ BÉGAYEMENT, BÉGAYER.
+ BÉLIER.
+ * BELIN.
+ BEUGLEMENT, BEUGLER.
+ BOEUF.
+ BOA.
+ MEUGLEMENT, MEUGLER.
+ BIBERON.
+ BIFFER.
+ BOMBE.
+ BOND, BONDIR, BONDISSEMENT.
+ BORBORIGME.
+ BOUC.
+ BOUFFÉE, BOUFFI.
+ OUF.
+ BOUFFON.
+ BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER.
+ BOUILLIE, BOUILLON.
+ BULLE.
+ BOULE.
+ BOUTON.
+ BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER.
+ BOURDON, cloche.
+ BRAIRE.
+ BRAMER.
+ BRAILLER.
+ BREDOUILLER.
+ BROUHAHA.
+ BROUTER.
+ BROIEMENT, BROYER.
+ BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT.
+ BRUYÈRE.
+
+C
+
+ CAHOT, CAHOTER.
+ CAILLE.
+ * CAILLETAGE.
+ * CAILLETTE.
+ * CAILLETER.
+ CANARD.
+ CANCAN.
+ CAQUET, CAQUETER.
+ CASCADE.
+ CATACOMBE.
+ CATARACTE.
+ CHAT-HUANT.
+ CHEVÊCHE.
+ CHOC, CHOQUER.
+ CHOUCAS.
+ CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR.
+ CIGALE.
+ * CLAPPEMENT.
+ CLAQUE, CLAQUEMENT, CLAQUER.
+ CLAQUET.
+ CLIGNOTER.
+ CLIN-D'OEIL.
+ CLINQUANT.
+ CLIQUETIS.
+ CLOSSEMENT, CLOSSER.
+ GLOUSSEMENT, GLOUSSER.
+ COASSEMENT, COASSER.
+ COQ.
+ COQUE.
+ COQUETTERIE.
+ COUCOU.
+ COURLIS.
+ CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER.
+ CRAN.
+ ÉCRAN.
+ CRAQUEMENT, CRAQUER.
+ * CRAQUETER.
+ CRESSELLE, CRECELLE, ou CRESSERELLE.
+ CREX.
+ CRI, CRIER.
+ CRIAILLER, CRIAILLERIE, CRIAILLEUR.
+ CRIOCÈRE.
+ CRIC.
+ * CRINCRIN.
+ * CRISSEMENT, CRISSER.
+ CROASSEMENT, CROASSER.
+ CROC.
+ ACCROCHER.
+ CROQUER.
+ CROQUET.
+ CROULEMENT, CROULER.
+ ÉCROULEMENT, s'ÉCROULER.
+
+D
+
+ DANDIN, DANDINER.
+ DÉGRINGOLER.
+ DRILLE.
+ * DRONOS.
+ * DROUINE.
+ CHAUDRON, CHAUDRONNER.
+
+E
+
+ * ÉBROUER.
+ ÉCLAT, ÉCLATER.
+ ECLABOUSSER.
+ ÉCLOPPÉ.
+ * CLOPIN, CLOPANT.
+ ÉCRASER.
+ ÉCROU.
+ ÉGRISER.
+ ENFLER, ENFLURE.
+ GONFLER.
+ ESCOPETTE, ESCOPETTERIE.
+ ÉTERNUEMENT, ÉTERNUER.
+
+F
+
+ FANFARE.
+ FIFRE.
+ FLACON.
+ FLACQUÉE D'EAU.
+ FLASQUE.
+ FLANQUER.
+ FLÈCHE.
+ FLEUR.
+ FLAIRER.
+ FLOT.
+ FLEUVE, FLUX, FLUIDE.
+ AFFLUENCE.
+ * FLOFLOTTER.
+ FLOU.
+ FLÛTE.
+ FRACAS, FRACASSER.
+ FREDON, FREDONNER.
+ FRELON.
+ FRÉMIR, FRÉMISSEMENT.
+ FRISSON, FRISSONNEMENT.
+ FRAYEUR, EFFROI.
+ FROID.
+ FRÉTILLER.
+ FRETIN.
+ FRIRE.
+ FRISER.
+ FROISSEMENT, FROISSER.
+ FRÔLER.
+ FRONDE.
+ FROTTEMENT, FROTTER.
+ FROUER.
+
+G
+
+ GALOP, GALOPER.
+ GARGARISER, GARGARISME.
+ * GARGOUILLE.
+ GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER.
+ GEAI.
+ GLAPIR, GLAPISSEMENT.
+ GLAS, ou GLAIS.
+ GLISSER.
+ GLACE.
+ * GLOUGLOTTER.
+ GLOUGLOU.
+ GLOUTON, GLOUTONNERIE.
+ ENGLOUTIR.
+ GORET.
+ GOULOT.
+ GOUTTE.
+ GRAILLEMENT, GRAILLER.
+ GRATTER.
+ GRÊLE, GRÊLER.
+ GRÉSIL.
+ GRELOT.
+ GRELOTTER.
+ GRENOUILLE.
+ GRESILLEMENT, GRESILLER.
+ GRIFFE.
+ AGRIFFER.
+ GRIFFER.
+ GRIFFADE.
+ GRIFFON.
+ GRIFFONNER.
+ GRIFFONNAGE.
+ * GRIFFONNEMENT.
+ GRIFFE, outil de serrurier ou de tourneur.
+ GRIGNOTER.
+ GRIGNON.
+ GRUGER.
+ GRILLON.
+ GRINCEMENT, GRINCER.
+ GRIVE.
+ GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR.
+ * GROGNARD.
+ * GROGNON.
+ GROMMELER.
+ GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE, GRONDEUR.
+ GROIN.
+ GRUAU.
+ GRUE.
+ * GRULLER.
+ GUÊPE.
+ * GUIORER.
+
+H
+
+ HACHE.
+ * HAHALIS.
+ HALETER.
+ HAPPER.
+ HARPE.
+ * HARPER.
+ HENNIR, HENNISSEMENT.
+ HEURT, HEURTER.
+ HISSER.
+ HOQUET.
+ HORREUR.
+ HORRIBLE.
+ ABHORRER.
+ HUÉE, HUER.
+ HULOTTE.
+ * HULULER, ou ULULER.
+ HUMER.
+ HUPPE ou PUPPU.
+ HURLEMENT, HURLER.
+
+J
+
+ JAPPEMENT, JAPPER.
+
+K
+
+ KAKATOES.
+
+L
+
+ LAPPER.
+ LÉCHER.
+ LORIOT.
+ LOUP.
+
+M
+
+ MIAULEMENT, MIAULER.
+ MOUE.
+ MUFFLE.
+ BOUDER.
+ BOUDERIE.
+ BOUDEUR.
+ MUGIR, MUGISSEMENT.
+ MURMURE, MURMURER.
+ MUSC.
+
+O
+
+ OIE.
+ OISEAU.
+ OUATE.
+
+P
+
+ PÂMER, PÂMOISON.
+ PEPIER.
+ PIAILLER, PIAILLERIE, PIAILLEUR.
+ PEPIE.
+ PIPÉE.
+ PIC.
+ PIQUER.
+ PIOCHE.
+ BÊCHE.
+ * POUPE.
+ POUPÉE.
+ POUPON.
+ PUER.
+
+R
+
+ RACLER.
+ RAIRE ou RÉER.
+ RUT.
+ RÂLE, RÂLEMENT, RÂLER.
+ RÂLE, oiseau.
+ RAUQUE.
+ ROQUET.
+ REDONDANCE.
+ RETENTIR, RETENTISSEMENT.
+ RINCER.
+ RONFLEMENT, RONFLER.
+ ROSSIGNOL.
+ * ROUCOULEMENT, ROUCOULER.
+ ROUE.
+ ROUTE.
+ _A la note._
+ ROUAGE, ROUER.
+ ROUET.
+ ROUELLE.
+ ROTULE.
+ ROTATEUR.
+ ROTE.
+ RODER.
+ RODEUR.
+ ROULER.
+ ROULANT.
+ ROULEAU.
+ ROULEMENT.
+ ROULADE.
+ ROULAGE.
+ ROULIER.
+ ROULETTE.
+ ROULIS.
+ ROULON.
+ RÔLE.
+ RÔLER.
+ ENRÔLER, ENROTULER.
+ ENRÔLEMENT, ENRÔLEUR.
+ ROTONDE.
+ ROTONDITÉ.
+ ROND.
+ RONDEUR.
+ RONDELET.
+ RONDIN.
+ RONDINER.
+ RONDACHE, RONDELLE.
+ RONDEAU.
+ RONDE.
+ A LA RONDE.
+ RONDEMENT
+ ARRONDIR.
+ ARRONDISSEMENT.
+ ROUTE.
+ ROUTIER.
+ ROUTINE.
+ ROUTINIER.
+ DÉROUTER.
+ RUGIR, RUGISSEMENT.
+ RUISSEAU, RUISSELER.
+ ROUIR.
+
+S
+
+ SANGLE, SANGLER.
+ CINGLER.
+ SAPER.
+ SAPE.
+ SCIE, SCIER.
+ SCION.
+ SIFFLER.
+ SILLON, SILLONNER.
+ SILLAGE.
+ SIPHON.
+ SOUFFLER.
+ SOURDRE.
+ * STRIDENT.
+ STRIE.
+ SUCER.
+ SUC.
+ SUCRE.
+ * SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER.
+
+T
+
+ TACT.
+ TIC TAC.
+ TIC.
+ TIQUETÉ.
+ TÂTER, TÂTONNER, À TÂTONS.
+ TAFFETAS.
+ TAMBOUR.
+ TARABUSTER.
+ TAMPON.
+ TAPE, TAPER.
+ SE TAPIR.
+ TAPON.
+ TAUPIN.
+ ÉTOUPE.
+ TAN.
+ TAON.
+ TARABAT.
+ TARIN.
+ TETER.
+ TETTE.
+ TIMBALES.
+ TIMBRE.
+ TIMPAN.
+ TIMPANON.
+ TINTEMENT, TINTER.
+ TINTEMENT ou TINTOUIN.
+ TINTAMARRE.
+ TOCSIN.
+ TONNER, TONNERRE.
+ TORRENT.
+ * TOURDE.
+ ÉTOURDIR.
+ TOURTEREAU, TOURTERELLE.
+ TOUSSER, TOUX.
+ TRACAS, TRACASSER.
+ TRANSIR.
+ TERREUR.
+ TREMBLEMENT.
+ TREMBLER.
+ TREMBLOTTER.
+ TREMBLE, arbre.
+ TRÉMOUSSEMENT, SE TRÉMOUSSER.
+ TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR.
+ TRANTRAN.
+ TRAQUET.
+ TRICTRAC.
+ * TRINQUER.
+ TROMPE, TROMPETTE.
+ TROMBONE.
+ TROT, TROTTER.
+ TURLUT.
+ TIRELIRE.
+
+V
+
+ VAGIR, VAGISSEMENT.
+ VAGUES.
+ VIOLON.
+ VÎTE, VÎTESSE.
+
+Z
+
+ ZESTE.
+ ZIGZAG.
+
+
+
+
+TABLE ALPHABÉTIQUE
+
+_Des Auteurs cités dans cet Ouvrage, ou qui ont été consultés pour sa
+Composition._
+
+
+A
+
+ Albin.
+ Alfieri
+ Amyot.
+ Aristophane.
+
+B
+
+ Baptiste Mantouan.
+ Belon.
+ M. Bernardin de S. Pierre.
+ Bochart.
+ Boileau.
+ Boisrobert.
+ M. de Bonneville.
+ Borel.
+ Boursault.
+ Brisson.
+ Buffon.
+ Bullet.
+
+C
+
+ M. de Cambry.
+ Caseneuve.
+ Castelvetro.
+ Catulle.
+ M. de Châteaubriand.
+ Chapuis (Gabriel).
+ Chevalier.
+ Cholieres.
+ Christian de Troyes.
+ Cicéron.
+ Clotilde de Surville.
+ Clusius.
+ Coquillard.
+ Costar.
+ Covarruvias.
+ Court de Gébelin.
+ Cyrano de Bergerac.
+
+D
+
+ Dante.
+ M. David de Saint-Georges.
+ Davies.
+ Debrosse.
+ M. Delille.
+ Mad. Deshoulières.
+ Desmarets.
+ Dubartas.
+ Dubellay.
+ Ducange.
+ Duclos.
+ Dufouilloux.
+ Dumarsais.
+ Dumonin (Edouard).
+ Duverdier.
+
+E
+
+ Edwards.
+ Ennius.
+ Euripide.
+
+F
+
+ Fernandez.
+
+G
+
+ Mad. de Genlis.
+ Gringore.
+ Guichard.
+
+H
+
+ Hauteroche.
+ Herbinius.
+ Hesichius.
+
+J
+
+ Jérémie.
+ Saint-Jérôme.
+
+K
+
+ Klein.
+
+L
+
+ Le père Labbe.
+ La Bruyère.
+ La Fontaine.
+ M. Lalanne.
+ La Monnoye.
+ Latour d'Auvergne.
+ Le Brigand.
+ Le Duchat.
+ Legros.
+ Dom Lepelletier.
+ Leroux.
+ Letourneur.
+ Linguet.
+ Linné.
+ Lorris (Guillaum. de).
+ Lucrèce.
+
+M
+
+ Malherbe.
+ Marcgrave.
+ Marot.
+ Martinet.
+ Ménage.
+ M. Mercier.
+ Milton.
+ Molière.
+ Monnet.
+ Montaigne.
+
+N
+
+ Nicod.
+ Nicole Gilles.
+
+O
+
+ Ossian.
+
+P
+
+ Paradin.
+ M. de Parny.
+ Pasquier.
+ Perse.
+ Pison.
+ Plutarque.
+ Poisson.
+ Polidore Virgile.
+
+Q
+
+ Quinault.
+
+R
+
+ Rabelais.
+ Racine.
+ Ramus.
+ Regnier.
+ Rivarol.
+ Ronsard.
+ M. de Roujoux.
+ Rousseau (Jean-Bapt.)
+ Rousseau (Jean-Jacq.)
+
+S
+
+ Saint-Amand.
+ Saumaise.
+ Saunderson.
+ Scaliger.
+ Schiller.
+ Schrevelius.
+ Seba.
+ Servius.
+ Skinner.
+ Souchu de Rennefort.
+ Sterne.
+ Swift.
+
+T
+
+ Théophile.
+ Trenck (le baron de).
+
+V
+
+ Varron.
+ Villon.
+ Virgile.
+ Voltaire.
+
+Y
+
+ Young.
+
+
+
+
+NOTE SUR LA TRANSCRIPTION
+
+
+On a conservé à l'identique l'orthographe de l'original, y compris ses
+variantes (par exemple ame/âme, poète/poëte, etc.), à l'exception des
+coquilles manifestes (ex. qni au lieu de qui) qui ont été corrigées.
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonné des onomatopées
+françaises, by Charles Nodier
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 41577 ***
diff --git a/41577-8.txt b/41577-8.txt
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@@ -1,6275 +0,0 @@
-The Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn des onomatopes
-franaises, by Charles Nodier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Dictionnaire raisonn des onomatopes franaises
-
-Author: Charles Nodier
-
-Release Date: December 7, 2012 [EBook #41577]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DICT. RAISONNE DES ONOMATOPEES ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
-Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by the
-Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
-http://gallica.bnf.fr)
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-DICTIONNAIRE
-
-RAISONN
-
-DES ONOMATOPES
-
-FRANAISES,
-
-PAR CHARLES NODIER.
-
-ADOPT
-
-Par la Commission d'Instruction publique,
-
-POUR LES BIBLIOTHEQUES DES LYCES.
-
-
-PARIS,
-
-DEMONVILLE, Imprimeur-Libraire,
-
-rue Christine, N. 2.
-
-1808.
-
-
-
-
-A
-
-MONSIEUR OUDET,
-
-BIBLIOTHCAIRE DE LA POLICE GENERALE.
-
-HOMMAGE
-
-_De l'estime et de la reconnaissance._
-
-
-
-
-PRFACE.
-
-
-On a desir quelquefois un dictionnaire des Onomatopes franaises. On a
-cru que ce recueil serait utile ceux qui tudient notre langue, et je
-souhaite que mon ouvrage ne trompe pas cette esprance.
-
-Il y a, sans doute, peu de mrite ces sortes de compilations. Ce sont
-de ces travaux qui, suivant l'expression de Duverdier, exigent plus de
-zle que de talent, et plus de patience que d'industrie. Mais c'est en
-cela mme qu'ils sont dignes de quelque considration, quand ils
-atteignent leur but, puisqu'ils supposent la fois du dsintressement
-et du courage. On connat ces vers de Scaliger:
-
- _Si quem dura manet sententia judicis olim,
- Damnatum aerumnis suppliciisque caput:
- Hunc neque fabrili lassent ergastula massa,
- Nec rigidas vexent fossa metalla manus.
- Lexica contextat: nam, caetera quid moror? Omnes
- Poenarum facies hic labor unus habet._
-
-L'Onomatope, dit Dumarsais, est une figure par laquelle un mot imite
-le son naturel de ce qu'il signifie. On rduit sous cette figure les
-mots forms par imitation du son, comme le _glouglou_ de la bouteille:
-le _cliquetis_, c'est--dire le bruit que font les boucliers, les pes,
-et autres armes en se choquant: le _tric trac_ qu'on appelait autrefois
-_tic tac_, sorte de jeu assez commun, ainsi nomm du bruit que font les
-dames et les dez dont on se sert ce jeu: _tinnitus acris_, tintement,
-c'est le son clair et aigu des mtaux: _bilbire_, _bilbit amphora_, la
-petite bouteille qui fait glouglou, on le dit d'une petite bouteille
-dont le goulot est troit: _taratantara_, c'est le bruit de la
-trompette,
-
- _At tuba terribili sonitu taratantara dixit._
-
-C'est un ancien vers d'Ennius au rapport de Servius. Virgile en a
-chang le dernier hmistiche qu'il n'a pas trouv assez digne de la
-posie pique; voyez Servius sur ce vers de Virgile:
-
- _At tuba terribilem sonitum procul aere canoro
- Increpuit._
-
-_Cachinnus_, c'est un rire immodr. _Cachinno, onis_, se dit d'un
-homme qui rit sans retenue. Ces deux mots sont forms du son ou du bruit
-que l'on entend, quand quelqu'un rit avec clat.
-
-Il y a aussi plusieurs mots qui expriment le cri des animaux, comme
-_bler_, qui se dit des brebis.
-
-_Baubari_, aboyer, se dit des gros chiens. _Latrare_, aboyer, hurler,
-c'est le mot gnrique. _Mutire_, parler entre les dents, murmurer,
-gronder comme les chiens. Les noms de plusieurs animaux sont tirs de
-leurs cris, sur-tout dans les langues originales.
-
-_Upupa_, huppe, hibou.
-
-_Cuculus_, qu'on prononait coucoulous, un coucou, oiseau.
-
-_Hirundo_, une hirondelle.
-
-_Hulula_, une chouette.
-
-_Bubo_, un hibou.
-
-_Gracculus_, un choucas, espce de corneille.
-
-_Gallina_, une poule...
-
-Le nom de cette figure est compos de deux mots grecs, _onoma_,
-_nomen_, et _poo_, _fingo_. _Nominis seu vocabuli fictio._
-
-Il paratra, peut-tre, tonnant qu'on ne puisse citer sur l'Onomatope
-que cette notice imparfaite, et -peu-prs insignifiante. Elle n'a t
-traite qu'en passant par Dumarsais, parce que les dtails auxquels elle
-aurait pu le conduire taient trangers au plan et la marche de son
-ouvrage. Ici mme, il serait hors de propos d'puiser cette matire, et
-de rassembler les raisonnemens qui attestent que les langues n'ont pas
-eu d'autre type, et n'ont pas suivi dans leur formation d'autre mode que
-cette figure. En attendant que je puisse offrir au public le rsultat
-des tudes dont cette question a t pour moi l'objet, je dois me borner
- des applications purement classiques; et si j'y attache cependant
-quelques considrations lmentaires qui feront pressentir mon systme,
-c'est que j'ai cru qu'il toit ncessaire la tte d'un recueil
-d'Onomatopes, de donner de l'Onomatope une ide plus distincte et plus
-prcise que celles qu'on puiserait dans les vagues dfinitions des
-rhteurs.
-
- La parole est le signe de la pense,
- L'criture est le signe de la parole.
-
-Pour faire passer une sensation dans l'esprit des autres, on a d
-reprsenter l'objet qui la produisait par son bruit ou par sa figure.
-
-Les noms des choses, parls, ont donc t l'imitation de leurs sons, et
-les noms des choses, crits, l'imitation de leurs formes.
-
-L'Onomatope est donc le type des langues prononces, et l'hieroglyphe,
-le type des langues crites.
-
-Les tres qui n'ont pas des formes propres et des bruits particuliers
-n'ont t dnomms que par analogie, soit dans le langage, soit dans
-l'criture.
-
-Les abstractions morales qui sont plus ou moins postrieures
-l'tablissement des premires socits, du moins en trs-grande partie,
-ont d tre dnommes, conformment la mme rgle.
-
-Les premiers rapports des choses sensibles et des choses
-intellectuelles, tels qu'ils ont t saisis par des sens neufs, ayant
-chapp nos organes, travers la succession des temps, ne peuvent
-tre que difficilement retrouvs. Les motifs qui ont dtermin la
-dsignation de ces ides, tant assez gnralement perdus, il restera
-dans les langues une partie qu'on peut appeler la langue abstraite, et
-dont l'origine ne se dmontrera que par une longue suite d'analyses et
-de comparaisons.
-
-L'autre partie s'expliquera d'elle-mme. La nature se nomme.
-
-On aurait tort de conclure, cependant, que suivant les principes que
-j'mets, tous les hommes dussent parler la mme langue, ou que toutes
-les langues du moins, dussent rapporter leurs termes aux mmes racines;
-car, non-seulement, les objets physiques ne nous apparaissent pas tous
-sous les mmes rapports, en raison de la varit de notre organisation;
-mais encore il n'en est aucun qui ne puisse nous apparatre sous un
-grand nombre de rapports diffrens, parmi lesquels notre choix s'est
-fix quand il s'est agi de dterminer des signes. Il n'est donc pas
-surprenant que dans des temps postrieurs la cration d'une langue
-premire, et aprs de grandes rvolutions du globe qui ont dispers les
-hommes et effac les traditions, on en soit venu reconstruire de
-nouvelles langues, formes sur des racines nouvelles; mais le procd
-aura t le mme, l'analyse de ces langues n'exigera que le mme genre
-d'tudes, et on remontera par elles, comme par les langues
-antrieurement parles, aux racines naturelles, seule et vritable
-source de tout idiome.
-
-Il en sera de mme des mots sens abstrait ou figur, car l'esprit ne
-fait pas par-tout les mmes comparaisons et ne saisit pas toujours les
-mmes analogies. Tel aperoit entre deux objets une relation qui n'y
-sera point pour les autres, ou qui ne se rvlera leur esprit qu'au
-moyen d'une srie d'observations moins rapides.
-
-Ces modifications dans la nature des sons dont se composent les langues,
-dpendent de toutes sortes d'influences dont il serait trop long
-d'examiner l'effet; mais celle des climats s'y fait sur-tout
-reconnatre. Dans le vocabulaire des pays chauds, tous les mots sont
-vocaux et fluides. Le grec a une emphase majestueuse, comme le bruit des
-flots du Pne. L'italien roule dans ses syllabes sonores, le murmure
-des cascatelles et le frmissement des oliviers. Dans celui des pays
-froids, tous les mots sont rudes et consonnans; leurs sons retentissans
-et heurts rappellent la rumeur des torrens, le cri des sapins que
-l'orage courbe, et le fracas des rocs qui s'croulent.
-
-L'extension des sons radicaux qui expriment une chose bruyante des
-sensations d'un autre ordre, n'est pas plus difficile comprendre.
-Parmi les sensations de l'homme, il n'y en a qu'un certain nombre qui
-soient propres au sens de l'oue, mais comme c'est ce sens que
-s'adresse la parole, et que c'est par lui qu'elle transmet le signe de
-l'objet qui nous frappe, toutes les expressions paraissent formes pour
-lui. Des sons ne peuvent exprimer par eux-mmes les sensations de la
-vue, du got, du tact et de l'odorat, mais ces sensations peuvent se
-comparer jusqu' un certain point avec celle de l'oue, et se rendre
-manifestes par leur secours. Ces comparaisons n'ont rien d'ailleurs qui
-ne soit naturel et facile. C'est elles que toutes les langues doivent
-les figures et tout concourt prouver que le langage de l'homme
-primitif tait trs-figur.
-
-Quand on dit qu'une couleur est clatante, par exemple, on n'entend
-point par l qu'une couleur puisse produire sur l'organe auditif la
-sensation d'un bruit violent, comme celui dont la racine du mot
-_clatant_ est l'expression; mais bien que cette couleur produit sur
-l'organe visuel une sensation vive et forte comme celle laquelle on la
-compare.
-
-L'impression que font prouver l'organe du got les substances acres,
-pres ou aigres, n'est accompagne d'aucun bruit qui reproduise
-l'oreille la racine de ces mots qualificatifs; mais elle rappelle
-l'organe de l'oue les impressions qui ont agi sur lui d'une manire
-analogue. Si on tait port croire que ces ides sont forces, et que
-l'esprit ne fait pas aisment les comparaisons de sensations, il
-suffirait de jeter un coup-d'oeil sur les posies primitives qui en sont
-remplies, ou de donner un instant la conversation d'un homme ingnieux
-et simple. Le langage des enfans abonde en figures de cette espce, et
-au dfaut du terme propre, ils emploient souvent le signe d'une
-sensation trangre pour reprsenter la leur. Les femmes qui ont la
-sensibilit plus dlicate, et qui saisissent plus vte les rapprochemens
-les plus fins, en font aussi un grand usage. Enfin, on peut dire que les
-sens se servent si ncessairement les uns les autres, que sans les
-emprunts qu'ils se font, on ne pourrait gure peindre qu'imparfaitement
-les effets qui leur sont propres, et qu'il n'y a rien qui en rende la
-perception plus exacte et plus profonde.
-
-Indpendamment des mots forms par imitation, il y a dans les langues un
-trs-grand nombre de mots qui sans avoir la mme origine n'en sont pas
-moins composs trs-naturellement, et doivent tre rapports la mme
-figure, c'est--dire, l'Onomatope, littralement, _fiction de nom_.
-
-Par exemple, chaque touche vocale tant approprie deux ou trois sons
-particuliers, on ne s'tonnera pas que le nom de ces touches ait t
-construit sur les sons auxquels elles taient affectes. C'est ce que
-j'appellerais langue mcanique. Ainsi, la lettre labiale B a dsign
-initialement ds le commencement des langues l'organe qui la forme.
-
-Les lettres dentales D et P ont caractris les dents.
-
-Les lettres gutturales G et K expriment universellement l'ide de gorge
-et de gosier.
-
-La nazale N indique le nez.
-
-La lettre L a t consacre la langue, parce qu'elle est le plus
-liquide des sons que la langue forme, et que la langue, pour la
-prononcer, ne faisant qu'agir contre la vote du palais, en parat
-d'abord la seule touche et le seul agent.
-
-Qui ne voit quelles immenses gnrations, cette petite quantit de mots
-a pu fournir, et jusqu' quel point leurs drivations ont d s'tendre
-dans les langues?
-
-Ensuite, en considrant, avec tous les philosophes qui ont analys la
-parole, les sons simples ou vocaux comme la premire langue de l'homme,
-et en passant de l aux sons compliqus, ou consonnans, qui ont d se
-succder suivant le degr de facilit de leur prononciation, nous
-verrons les langues s'enrichir d'une immense famille d'expressions
-galement naturelles, et c'est ce que j'appelle la langue purile, parce
-qu'elle se retrouve toute entire dans le premier langage des enfans.
-
-Le desir, la haine, l'pouvante, le plaisir, toutes les passions que
-peut prouver l'homme si voisin de son berceau, ne se manifestent
-d'abord que par une mission de sons simples, de cris ou de vagissemens.
-C'est sa langue vocale.
-
-Il invente de nouvelles lettres mesure que ses organes se dveloppent,
-et qu'il commence juger de leurs rapports et de leurs actions
-rciproques. Il apprend l'emploi des touches de la parole. C'est sa
-langue consonnante ou articule.
-
-Mais comme il ne s'en instruit que lentement, et dans un ordre
-successif, en allant du plus simple au plus compos, les sons dont
-l'artifice est le plus facile sont les premiers qu'il saisisse, et par
-consquent les premiers qu'il attache ses ides. Telles sont les
-lettres labiales.
-
-Aussi observe-t-on que ces lettres sont les caractristiques de toutes
-les ides essentiellement premires qu'admet l'esprit des enfans. C'est
-par elles qu'ils dsignent presque toutes les choses qui les touchent
-immdiatement, comme le _bien_ et le _mal_ physique, les rapports de
-_parent_ les plus prochains, le _boire_, le _manger_, l'action mme de
-_parler_, etc.
-
-Parcourez les peuples de l'univers, anciens et modernes, dit M. de
-Brosse; vous verrez que dans tous les sicles et dans toutes les
-contres, on employe la lettre de lvre, ou son dfaut la lettre de
-dent, ou toutes les deux ensemble, dans la construction des mots
-enfantins qui reprsentent ceux de _pre_ et de _mre_.
-
-Le Chananen, continue-t-il, l'Hbreu, le Syriaque, l'Arabe, et autres
-drivs de l'Assyrien et du Phnicien, que nous n'avons plus, disent
-_aB_, _aBBa_, _aVa_, _aBoh_, _aBou_;
-
-Le Grec, le Latin, l'Italien, l'Espagnol, le Franais: _PaTer_, _PaDre_,
-_Pre_;
-
-L'Istrien, le Catalan, le Portugais, le Gascon: _Pari_, _Para_, _Pae_,
-_Paire_;
-
-Le Tudesque, le Francisque, l'Anglo-Saxon, le Belgique, le Flamand, le
-Frison, le Rhunique, le Scandinave, l'cossais, l'Anglais, l'Allemand,
-le Persan, et autres qui paraissent drivs du Scythe: _FaDer_, _FaTer_,
-_VaTTer_, _VaDer_, _PaDer_, _Payer_, _Peer_, _Feer_, _FoeDor_, _FaDiir_,
-_FaTher_, _FaTTer_, etc.
-
-L'Arcadien, _FaVor_;
-
-Le Malabare, _PiTaVe_;
-
-Le Chingulais de l'le Ceylan, _PiTa_;
-
-L'Ethiopien, l'Abyssin, le Mlindien des Ctes d'Afrique, et autres qui
-paraissent drivs de l'Arabe: _aBi_, _aBBa_, _aBa_, _BaBa_;
-
-Le Turc, _BaBa_;
-
-Le Moresque, _aBB_;
-
-Le Sarde, _BaBu_;
-
-L'ancien Rhoetique, _PaPa_;
-
-Le Hongrois, _aPa_;
-
-Le Malais de l'Inde et du Bengale, _BaPPa_;
-
-Le Balie des Siamois, _Poo_;
-
-Le Mogol, _BaaB_;
-
-Le Tangut, _haPa_;
-
-Le Thibet, _Fa_;
-
-Le Hottentot, _Bo_;
-
-Les Chinois, l'Annamitique du Tunquin, _Fu_, _Phu_;
-
-Le Tartare, _BaBa_;
-
-Le Mantcheou, _aMa_;
-
-Le Tunguz, _aMin_;
-
-Le Georgien et l'Ibrien, _MaMa_;
-
-Le Carabe, _BaBa_;
-
-Le Gronlandais, _uBia_;
-
-Le Galibis, _BaBa_;
-
-Le Sauvage de la rivire des Amaznes, _PaPe_;
-
-Le Kalmouck, _aBega_;
-
-Le Samode, _aBaM_;
-
-Le Moluquois, _BaPa_;
-
-Le Tamoul, _BiTa_, _ViDa_;
-
-Passant ensuite la lettre de dent, le mme Savant rapporte les
-synonimies de l'Egyptien, du Cophte, de l'Africain d'Angola, qui disent
-_TaauT_, _TheuT_, _ThoT_, _ToT_;
-
-L'Africain du Congo dit _TaT_;
-
-Le Cimrac, le Celtique, l'Armorique, le Bas-Breton, le Gallois, le
-Cantabre disent _TaaT_, _TaaD_, _TaD_, _TaTh_, _Taz_, _aiTa_;
-
-L'Irlandais, _naThair_;
-
-Le Gothique, _aTTa_;
-
-L'Epirote, _aTTi_;
-
-Le Frison, _haiTe_;
-
-Le Valaque, _TaTul_;
-
-L'Esclavon, le Russe, le Polonais, le Bohmien, le Dalmate, le Croate,
-le Vandale, le Bulgare, le Servite, le Carnique, le Lusacien, et autres
-drivs de l'ancien Illyrien et de l'ancien Sarmate: _oTTsc_, _oTsche_,
-_oTshe_, ou par corruption, _oize_, _woTzo_, _wschzi_, _oTzki_,
-_wosche_;
-
-Le Sauvage de la Nouvelle Zemble, _oTcze_;
-
-Le Lapon, _aTTi_;
-
-Le Livonien, le Curlandais, le Prussien, le Lithuanien, le
-Mecklenbourgeois: _TaBas_, _Tewes_, _Tews_, _Thawe_, _Tewe_;
-
-Le Hongrois, _aTyank_, _aTya_;
-
-Les Sauvages du Canada, _aisTan_, _ayTan_, _ouTa_, _aDatti_;
-
-Le Huron, _aihTaha_;
-
-Le Gronlandais, _aTTaTa_;
-
-Le Mexicain, _TaThli_;
-
-Le Brasilien, _TuBa_;
-
-Le Sybrien, _aTa_;
-
-Le Russe, _oTeTze_, etc.
-
-Je ne serais mme point tonn qu'on m'allgut que la lettre dentale de
-l'une et de l'autre touche parat dj d'un artifice un peu difficile
-pour ces premiers essais de la parole, et que l'exprience prouve
-d'ailleurs que les enfans ne l'employent point successivement, mais
-simultanment avec les lettres labiales. Il sera ais de rpondre
-cette objection, en rappelant simplement que l'articulation de cette
-lettre nous est apprise, en quelque sorte, ds le premier jour de la
-vie, puisque la succion du sein de la mre se fait ncessairement avec
-un petit claquement de la langue contre la partie la plus extrieure du
-palais, l'origine des dents, ou plutt vers la place qu'elles doivent
-occuper, et que ce bruit ne peut tre reprsent que par la lettre
-dentale douce ou forte. Aussi, voit-on que le son _thet_ ou _theta_,
-reprsent chez les Grecs par une lettre qui a la forme de la mamelle
-avec son mamelon, est, dans toute les langues connues, le type ou la
-racine des signes servant exprimer les ides qui ont rapport
-l'action de teter, comme de ceux qui dsignent les premires relations
-de parent.
-
-Veut-on s'assurer de l'affinit de la langue purile et de la langue
-primitive dans leurs progrs? Que l'on consulte les vocabulaires
-recueillis par les voyageurs et les missionnaires chez les peuples
-inciviliss, on verra que presque tous leurs mots sont composs de
-voyelles et de consonnes des premires touches.
-
-C'est encore guid par le mme principe d'imitation et d'analogie, que
-l'homme a compos un grand nombre de mots, d'aprs l'affinit de nature
-qu'il a cru apercevoir entre le son de certaines lettres et l'esprit de
-certaines ides. La lettre _h_, par exemple, voyelle indtermine, ou
-plutt signe particulier d'aspiration, qu'on attache quelquefois aux
-voyelles, fut propre exprimer imitativement tous les accidens de la
-respiration humaine; mais en la considrant sous le rapport de son
-esprit, et en prenant gard la manire dont elle est forme, qui a
-quelque chose d'un empressement avide, d'une rapacit impatiente, on la
-consacra reprsenter les ides qui ont rapport l'action de saisir ou
-de drober. La palatale roulante R peignait l'oreille un bruit
-mchanique engendr par le mouvement circulaire des corps; et comme on
-ne peut faire rendre ce son la touche, par un mouvement simple et
-indcomposable de la langue, mais seulement par un _frlement_ rapide et
-prolong de cet instrument, il est devenu le caractre de tous les
-signes par lesquels on avait rendre l'ide de continuit, de
-rptition, de renouvellement; et cela s'est opr d'une manire si
-naturelle, qu'il est commun dans les langues de le voir unir
-capricieusement et sans rgles toutes les espces de mots dans
-lesquels on a besoin d'indiquer la rproduction ou la multiplicit
-d'action, et que le peuple l'employe tous les jours arbitrairement cet
-usage.
-
-On peut remarquer, dit M. de Chteaubriand sur ce sujet, que la
-premire voyelle de l'alphabet se trouve dans presque tous les mots qui
-peignent les scnes de la campagne, comme dans _charrue_, _vache_,
-_cheval_, _labourage_, _valle_, _montagne_, _arbre_, _pturage_,
-_laitage_, etc.; et dans les pithtes qui ordinairement accompagnent
-ces noms, tels que _pesante_, _champtre_, _laborieux_, _grasse_,
-_agreste_, _frais_, _dlectable_, etc. Cette observation tombe avec la
-mme justesse sur tous les idiomes connus. La lettre _a_ ayant t
-dcouverte la premire, comme tant la premire mission naturelle de la
-voix, les hommes, alors pasteurs, l'ont employe dans tous les mots qui
-composaient le simple dictionnaire de leur vie. L'galit de leurs
-moeurs et le peu de varit de leurs ides, ncessairement teintes des
-images des champs, devaient aussi rapeler le retour des mmes sons dans
-le langage. Le son de l'_a_ convient au calme d'un coeur champtre et
-la paix des tableaux rustiques. L'accent d'une ame passionne est aigu,
-sifflant, prcipit; l'_a_ est trop long pour elle: il faut une bouche
-pastorale qui puisse prendre le temps de le prononcer avec lenteur. Mais
-toutefois il entre fort bien encore dans les plaintes, dans les larmes
-amoureuses, et dans les nafs _hlas_ d'un chvrier. Enfin, la nature
-fait entendre cette lettre rurale dans ses bruits, et une oreille
-attentive peut la reconnatre diversement accentue, dans les murmures
-de certains ombrages, comme dans celui du tremble et du lire, dans la
-premire voix ou la finale du blement des troupeaux, et la nuit dans
-les aboiemens du chien rustique.
-
-L'Onomatope est d'un grand secours aux potes, puisqu'elle est comme
-l'ame de l'harmonie pittoresque et de la posie imitative.
-
- Quels qu'ils soient, aux objets conformez votre ton.
- Ainsi que par les mots exprimez par le son.
- Peignez en vers lgers l'amant lger de Flore.
- Qu'un doux ruisseau murmure en vers plus doux encore.
- Entend-on d'un torrent les ondes bouillonner?
- Le vers tumultueux en roulant doit tonner,
- Que d'un pas lent et sourd le boeuf fende la plaine,
- Chaque syllabe pse, et chaque mot se trane.
- Mais si le daim lger bondit, vole et fend l'air,
- Le vers vole et le suit aussi prompt que l'clair,
- Ainsi de votre chant la marche cadence
- Imite l'action et note la pense.
-
-On voit qu'indpendamment des Onomatopes nombreuses qu'a employes le
-pote, il a trouv un autre moyen d'harmonie dans le concours heureux de
-certains mots choisis, qui sans tre imitatifs par eux-mmes, produisent
-cependant une imitation parfaite.
-
- Que d'un pas lent et lourd le boeuf fende la plaine.
-
-Ce vers, par exemple, est compos de monosyllabes durs et heurts qui
-reprsentent trs-bien la marche du boeuf, et qui la notent exactement
-l'oreille.
-
-Tout le monde se rappelle cet admirable passage de Boileau, dans le
-pome du _Lutrin_:
-
- Ses ais demi pourris que l'ge a relchs
- Sont coup de maillet unis et rapprochs.
- Sous les coups redoubls tous les bancs retentissent;
- Les murs en sont mus, les votes en mugissent,
- Et l'orgue mme en pousse un long gmissement.
- Que fais-tu, chantre, hlas! dans ce triste moment?
- Tu dors d'un profond somme.
-
-Cet hmistiche ne le cde en rien au _procumbit humi bos_ de Virgile.
-
-Ces exemples ne sont pas rares chez les Latins, et sur-tout dans ce
-dernier pote. Il n'est personne qui n'ait entendu citer ces vers d'une
-si riche harmonie:
-
- _Tum ferri rigor atque argutae lamina serrae._
-
- _Quadrupedante putrem sonitu quatit ungula campum._
-
- _Necdum etiam audierant inflari classica, necdum
- Impositos duris crepitare incudibus enses._
-
- _Luctantes ventos, tempestatesque sonoras._
-
- _Continu ventis surgentibus, aut freta ponti.
- Incipiunt agitata tumescere, et aridus altis
- Montibus audiri fragor, aut resonantia long
- Littora misceri, et nemorum increbrescere murmur._
-
-On est mme parvenu exprimer les diffrentes passions de l'ame, au
-moyen de la seule prosodie.
-
- Ses gardes affligs
- Imitaient son silence autour de lui rangs:
- Il suivait tout pensif le chemin de Mycnes,
- Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rnes;
- Ces superbes coursiers qu'on voyait autrefois
- Pleins d'une ardeur si noble obir sa voix,
- L'oeil morne maintenant et la tte baisse
- Semblaient se conformer sa triste pense.
-
-Et dans Virgile:
-
- _Extinctum Nymphae crudeli funere Daphnim
- Flebant._
-
-Mais autant ces belles combinaisons sont agrables et ingnieuses,
-autant est misrable l'abus qu'on en a fait quelquefois, et
-principalement de nos jours. Puisqu'on a os reprocher Racine un
-emploi trop recherch de l'Onomatope dans certains vers d'_Andromaque_
-et de _Phdre_, que doit-on penser, en effet, de ces pomes descriptifs
-devenus si communs, et qui ne sont, dire vrai, qu'un entassement
-laborieux d'expressions tudies? Cette affectation est tout--fait
-indigne d'un vrai pote, et le rsultat de tant d'efforts minutieux
-n'est bon qu' augmenter le nombre de ces _nugae difficiles_ si
-mprises des gens de got. Il me serait trop ais de montrer quel
-point on a port rcemment ce travers d'esprit, et ce que j'en dirais ne
-serait peut-tre pas sans utilit; mais qu'il me suffise de rappeler la
-description de l'alouette, par Dubartas, qui est le prototype de toutes
-les sottises qu'on a faites ds-lors en ce genre.
-
-Je ferai la mme observation sur les mots purement factices que des
-auteurs peu dlicats dans le choix des termes, ont cru pouvoir crer
-pour exprimer des sons qu'ils ne savaient pas imiter autrement. Si une
-pareille fantaisie tait de nature devenir contagieuse, la langue
-serait bientt inonde d'onomatopes barbares, et n'offrirait plus
-qu'une suite de cacophonies intolrables. Le vers macaronique, qui peint
-les clats de l'escopette, et le _taratantara_ d'Ennius sont de cette
-espce; mais il n'y a rien de comparable, parmi les abus de l'harmonie
-imitative et du langage factice, au _breke ke koax_ de J.-B. Rousseau.
-Il est d'ailleurs important de remarquer qu'il n'est donn qu'aux potes
-d'un grand talent d'employer heureusement les effets d'une harmonie
-rauque et pnible. On ne choque impunment l'oreille, qu'autant qu'il le
-fallait pour ajouter la force et l'clat de la pense. Ce sont de
-ces licences qui veulent tre justifies par le succs, et qu'on ne
-pardonne qu'en faveur de l'impression qu'elles produisent.
-
-Je parlerai maintenant du plan que je me suis trac pour la composition
-de ce Dictionnaire. Mon premier projet tait de recueillir les
-Onomatopes de tous les peuples, et de faire ainsi un espce de lexicon
-polyglote de tous les sons naturels qui restent dans les langues, de
-manire remonter, en quelque sorte, une langue commune et primitive,
-indpendante des conventions particulires, et universellement
-intelligible. Mais, sans compter les difficults essentielles que mon
-impuissance aurait opposes l'excution de cet ouvrage, ainsi conu,
-et les circonstances qui ont restreint mes recherches, il m'a sembl
-qu'une numration raisonne des Onomatopes franaises remplirait assez
-bien le dessein le plus important que je me sois propos, qui est
-d'pargner un soin incommode et futile, et de prsenter, sous un cadre
-troit, une srie de rapprochemens curieux ceux que ce genre
-d'observations intresse, et qui peuvent en tirer parti pour leurs
-tudes.
-
-J'ai cru cependant ne pas devoir ngliger les principales Onomatopes
-que les langues mortes ou trangres ont consacres; mais je ne les ai
-recueillies qu'autant qu'elles avaient rapport des Onomatopes
-franaises, et qu'il rsultait de leur analogie une comparaison
-instructive et piquante.
-
-Je ne me suis point attach rassembler tous les mots dont un son
-naturel a pu tre la racine. Je crois ces mots trs-nombreux, mais
-inutiles mon plan. Je crois mme qu'il n'y en a presque point qu'on ne
-drive au besoin de cette espce d'origine, soit immdiatement, soit par
-extension. On pourra voir quelques-unes de leurs immenses gnrations,
-dans le systme de M. Court de Gbelin, systme spirituel et sduisant,
-mais encore un peu conjectural, comme tous les systmes, et dans
-l'ouvrage non moins docte et non moins ingnieux que prpare un crivain
-de l'amiti duquel j'aime m'honorer, M. David de Saint-Georges. Je
-rpte que si l'avenir me laisse quelques loisirs, et que ce faible
-essai m'obtienne un seul encouragement de l'indulgence, j'entreprendrai
-sans doute un jour de jeter quelque lumire sur cette partie importante
-de la grammaire gnrale, et d'appliquer d'une manire plus complte ma
-thorie des tymologies naturelles. En attendant, il n'y aura ici que
-des Onomatopes incontestables et frappantes, et qu'il sera ais de
-ramener leur racine, sans le secours d'une analyse laborieuse.
-
-Je n'ai pas cherch non plus rapporter chaque Onomatope spcifique
-toutes les expressions qui en sont composes dans notre langue, et tous
-les modes qu'elle a subis, si ce n'est quand il a pu sortir de cette
-aride numration des observations de quelque intrt. Ceux qui ces
-drivations ne paratraient pas si superflues, les retrouveront sans
-peine en partant du mot typique.
-
-Enfin, j'ai rang sous le mme titre, et leur rang alphabtique, un
-certain nombre d'Onomatopes que notre langue n'a point encore admises,
-mais qui sont comme naturalises par l'usage que d'excellens crivains
-en ont fait. Les Onomatopes anciennes qui sont tombes en dsutude
-avec une partie de notre langue, trouveront place dans cet ouvrage
-toutes les fois qu'elles me sembleront bonnes conserver, et que je
-n'en verrai pas l'quivalent dans les vocabulaires modernes; mais pour
-viter les mprises qui proviendraient d'une telle confusion, je
-distinguerai ces deux familles de mots inusits, par l'astrisque en
-tte de l'article.
-
-Qu'on me permette d'ajouter ce propos que si la manie du nologisme
-est extrmement dplorable pour les lettres, et tend insensiblement
-dnaturer les idiomes dans lesquels elle se glisse, il n'en serait pas
-moins injuste de repousser sous ce prtexte, un grand nombre de ces
-expressions vives, caractristiques, indispensables, dont le gnie fait
-de temps en temps prsent aux langues. Il n'appartient personne
-d'arrter irrvocablement les limites d'une langue, et de marquer le
-point o il devient impossible de rien ajouter ses richesses.
-Voltaire, pour qui la ntre tait si opulente et si fconde, l'accuse
-d'tre une _gueuse_ fire qui il faut faire l'aumne malgr elle.
-J'avoue que je me suis souvent tonn de la voir exclure tel mot qu'elle
-ne peut remplacer que par une priphrase languissante, et le
-dictionnaire que je soumets au public en renferme quelques-uns de ce
-genre. C'est une tmrit qui avait besoin d'apologie.
-
-Au reste, on insistera moins sur le reproche qu'elle devrait me mriter,
-si on daigne se rappeler que la classe de littrature de l'Institut fait
-esprer un dictionnaire qui ne laissera plus de doute sur la valeur des
-mots que notre langue a acquis ou qu'elle a tent de ressusciter dans
-ces derniers temps. En attendant le monument que cette savante compagnie
-se propose d'lever, l'homme de lettres peut lui apporter des matriaux,
-et le Lexicographe peut essayer d'en runir quelques-uns, en
-subordonnant son jugement prmatur celui de ses matres.
-
-Je ne finirai point cette prface sans payer de justes tributs de
-reconnaissance ceux qui ont bien voulu protger ou clairer mes
-tudes. Il en est un qui j'en ai offert les premiers fruits. Il m'est
-doux de joindre son nom celui d'un ami que l'lvation de son
-caractre et de ses talents doit porter de grandes destines, sous un
-gouvernement qui apprcie et qui rcompense, M. de Roujoux, sous-prfet
-de Dle; si jamais j'ai os desirer que cet crit ft accueilli de
-quelque estime, c'tait pour le voir plus digne d'eux.
-
-
-
-
-AVIS.
-
-
-_Les mots dont il est question dans ce Dictionnaire, n'tant considrs
-que sous le rapport de leurs sons, on a cru devoir exprimer les
-Onomatopes hbraques et grecques, par la simple lettre italique, pour
-en mettre la lecture la porte des premires tudes._
-
-_L'Astrisque * indique les Onomatopes anciennes tombes en dsutude,
-et les Onomatopes non encore admises, mais employes par quelques bons
-Ecrivains._
-
-
-
-
-ONOMATOPES FRANAISES.
-
-
-A
-
-* AARBRER. Se cabrer. Terme de Mange, qui se dit des chevaux qui se
-dressent sur les pieds de derrire quand on leur tire trop la bride.
-
-Ce mot, plus nergique que celui qui nous est rest, et dont la double
-voyelle rend la construction plus imitative, est depuis long-temps hors
-d'usage. On le trouve dans le vieux roman de Perceval.
-
-ABOI, ABOIEMENT, ABOIER. En vieux langage, _Abai_.
-
-C'est une des Onomatopes qui expriment le cri du chien. Quelques
-tymologistes drivent ce mot de _ad baubare_, forme de _baubare_, que
-les Latins ont dit, ainsi que _boare_. Ces mots eux-mmes sont des
-Onomatopes.
-
-On peut prsumer, au reste, que les Grecs de la colonie de Massilia
-introduisirent dans les Gaules le mot _bauzein_, moins expressif
-qu'_aboier_, mais dont celui-ci doit tre fait.
-
-Dans les Langues Canadiennes, un chien s'appelle _gagnenou_, autre
-Onomatope qui a beaucoup de rapport avec le _canis_ des Latins.
-
-ABOIEMENT, est plus d'usage qu'_aboi_, qui ne s'emploie plus gure qu'au
-figur. Un de nos potes dit cependant en parlant du chien:
-
- De ton champtre enclos, sentinelle assidue,
- A toute heure, en tous sens, il parcourt l'tendue:
- Quelquefois en silence, il rde; et quelquefois
- La fort s'pouvante au bruit de ses _abois_.
-
-ACHOPPEMENT. Ce mot qui tait une Onomatope faite du bruit d'un corps
-qui en heurte un autre, ne s'emploie plus au sens propre. On ne s'en
-sert mme que dans cette faon proverbiale de parler: une pierre
-d'_achoppement_, pour dire, Un obstacle inattendu.
-
-CHOPPER, est presque tout--fait hors d'usage.
-
-AFFRES. Il ne se dit gures qu'au pluriel. C'est un grand effroi, une
-motion extrme, cause par quelque terrible vision. L'Onomatope
-exprime le frmissement qu'excitent l'pouvante et l'horreur. On a donc
-eu tort de driver ce mot du latin _affari_ ou du grec _phren_ et
-_afronos_, comme Voltaire, qui regrette d'ailleurs qu'on ne l'emploie
-pas plus souvent.
-
-Pourquoi ne dirait-on pas les _affres_ de la mort que l'Acadmie
-autorise? Il n'y a rien qui puisse mieux reprsenter les frissons de
-l'agonie. D'_affres_, on a fait
-
-AFFREUX, qui se dit des objets qu'on ne peut voir sans prouver un
-sentiment de crainte ou d'aversion.
-
-AGACEMENT, AGACER. Du son dont on se sert pour irriter ou _agacer_ les
-animaux, ou bien du bruit que produit sous les dents un fruit acide, ou
-un fruit qui n'est point sa maturit, et dont l'effet est d'_agacer_
-les dents.
-
-On a dit assez hardiment, au style figur, les _agaceries_ d'une
-coquette, des regards, des propos _agaans_, des manires _agaantes_.
-
-Mnage a trs-bien driv ce mot du latin _acaciare_, qui a la mme
-racine. Il aurait pu remonter jusqu'au grec o elle se trouve galement.
-On disait _hega_ en celtique.
-
-AGOUTI. C'est un quadrupde des Antilles, qui a beaucoup de rapport avec
-le livre. Son nom est form d'aprs son cri qu'on exprime -peu-prs
-par le mot _couy_. M. de Buffon compare ce cri au grognement du cochon.
-
-Pison et Marcgrave disent qu'au Brsil on appelle cet animal _cotia_.
-Souchu de Rennefort l'appelle _couti_, dont on a fait _acouti_ et
-_agouti_.
-
-Il est bon de remarquer en passant, sur ce mot, que la plupart des
-animaux sont caractriss par l'Onomatope, et que l'numration en
-serait devenue fatigante si je ne m'en tais tenu aux indignes et
-ceux qui sont tellement connus, que leur nom est devenu propre la
-Langue. Celui-ci est de cette dernire espce.
-
-AGRAFFE, AGRAFFER. L'_agraffe_ est une espce de crochet qui sert
-ordinairement fixer ensemble les deux cts d'une robe ou d'un
-manteau. L'Onomatope consiste dans l'imitation du bruit produit par le
-dchirement de l'objet que les pointes de l'_agraffe_ saisissent.
-
-Le pre Labbe croit qu'_agraffer_ a t pris pour _agriffer_. Bude le
-fait venir du grec _agra_, qui signifie l'action de saisir vivement, et
-qui a la mme racine naturelle. On peut la reconnatre encore dans le
-verbe hbreu _garah_ ou _garaph_ que Saint Jrme exprime par le mot
-_arripere_, au cinquime chapitre des Juges.
-
-RAFLER, mot ignoble de notre Langue, se rapporte ceux-ci par le sens
-et par le son. Les vieux Dictionnaires disent aussi _riffler_.
-
-* RAFLE ou RAPHE, qui n'est plus franais, est un mot ancien de la mme
-famille. Nicod rapporte ces paroles de Nicole Gilles en la vie de
-Dagobert: Notre Seigneur Jsus-Christ, afin qu'ils l'en voulsissent
-croire, s'approcha du ladre, et lui passa la main par-dessus le visage,
-et lui osta une _raphe_ de la maladie de lpre qu'il avoit au visage, si
-que la face lui demeura belle, claire et nette, et le restitua en sant.
-Laquelle _raphe_ est encore garde en un reliquaire en ladite glise
-Saint-Denys. Par lequel mot, ajoute Nicod, il semble vouloir dire une
-poingne, un plein poing. Car on dit _rapher_ quand au jeu de dez qu'on
-appelle la _raphe_, ayant gaign, on prend hastivement ou bien plustost
-rapidement la mise qui est sur le jeu. Ce qu'on dit aussi _raphler_ ou
-_rafler_, et par mtaphore, _rafler_ tout, quand on prend rapidement
-tout ce qu'on trouve en un lieu.
-
-Dans le vieux langage, _raphe_ signifiait encore la poigne, le manche
-d'un outil, l'endroit par o on le saisissait.
-
-AGRIPPER. Du bruit que produit le frottement des griffes ou des mains
-contre les corps dont elles s'emparent. _Voyez_ GRIFFE et AGRAFFE.
-
-GRAPPILLER, est peut-tre un diminutif de ce verbe, et de l on aurait
-fait
-
-GRAPPE, un fruit sujet tre _grappill_,
-
-GRAPPILLEUR, celui qui _grappille_,
-
-GRAPPILLON, ce que l'on rejette d'une _grappe_,
-
-GRAPPE, instrument de Menuiserie qui prsente plusieurs pointes propres
- saisir ou _agripper_ le bois,
-
-GRAPPIN, instrument de fer dont on se sert pour accrocher un vaisseau,
-soit pour l'aborder, soit pour y attacher un brlot.
-
-Je n'ai pas besoin de faire observer que presque tous ces mots sont du
-style le plus bas.
-
-GRAVIR, s'aider avec les ongles dans les anfractuosits d'un chemin
-raboteux.
-
-GRAVIER, le sable qui se dtache sous les ongles d'un homme qui
-_gravit_.
-
-GRIMPER, _gravir_ difficilement une route roide et montueuse, me
-paraissent autant d'Onomatopes qui se rapportent la mme racine, et
-que je rassemble autour d'elle pour mettre ici autant d'ordre que la
-mthode alphabtique en permet. Ce qui rend cette analogie plus
-sensible, c'est que le peuple emploie bassement le mot _grappiller_ au
-sens de _gravir_ dans un grand nombre de provinces, et que _gravir_
-s'est mme dit _grapir_ en franais, selon Borel.
-
-Nicod rapporte _grip_, qui se disait autrefois en style trivial pour
-piraterie et rapine. Les Grecs avaient construit beaucoup de mots sur le
-mme son et d'aprs le mme esprit; _gripos_, qui toit un filet
-prendre du poisson; _gripeus_, le preneur de poissons; _grups_, l'ancre
-du navire, et le _grappin_ dont on saisissait un navire ennemi;
-_grupa_, les aires des vautours et des oiseaux carnassiers.
-
-Nos vieux crivains ont employ plus communment encore _grippe_, qui
-signifiait vol et filouterie.
-
- Je sais bien tous les biais
- Desquels on se sert pour la _grippe_,
-
-dit Chevalier dans la _dsolation des filous_. Cholires, tome II de ses
-Contes, applique _gripperie_ au mme usage.
-
-La _grupe_, c'tait le produit, le revenant bon de la _grippe_. On dit
-dans la _comdie de la Passion_:
-
- Pour mettre mignons en alaine,
- Voici fine espice sucre,
- Et tel y laissera la laine
- Qui n'en aura j la _grupe_.
-
-On a dit aussi _gruper_ pour, agraffer, et plus souvent pour _agripper_
-ou saisir avec les griffes. Qui sait, dit Rabelais, s'ils useroient de
-qui pro quo, et en lieu de rominagrobis _grupperoient_ paovre Panurge?
-
-Les Bretons ont _krapa_, _krafa_, _gripper_, _grimper_, gratigner;
-_kraf_, gratignure; _craban_, griffe; _crib_, peigne; _criba_, peigner;
-_cribin_, peigne de fer; _crabb_, cancre, crevisse, qui s'est conserv
-dans le franais. _Craff_ est le nom gallois du _grappin_, du harpon des
-mariniers.
-
-* AHALER. Pousser l'haleine au dehors. Quelques crivains ont dit
-_adhaler_. Ce mot trs-expressif a un autre sens qu'_exhaler_, et n'a
-point d'quivalent en franais. _Haleter_ donne l'ide d'une respiration
-forte et presse. C'est l'_anhelare_ des Latins qui avaient aussi
-_halare_ et _halitus_.
-
-Il semble que l'hiatus considrable qu'on remarque dans l'expression
-propose, lui donne quelque chose de pittoresque qui n'est pas dans
-cette dernire Langue.
-
-AHAN, AHANER. Ahan reprsente un grand effort qui te presque la facult
-de respirer. C'est l'expression du bucheron, des manoeuvres pour
-reprendre leur souffle, et se donner la force ncessaire pour bien
-porter leur coup. De l on a fait _ahaner_, travailler avec peine, avec
-_ahan_, comme dans ces vers de Dubellay:
-
- De votre doulce haleine
- Esventez cette plaine,
- Esventez ce sjour,
- Cependant que j'_ahane_
- A mon bl que je vanne
- En la chaleur du jour.
-
-_Ahaner_ un champ, s'est dit par extension pour, Cultiver une terre
-difficile.
-
-_Ahan_, est pass au style figur pour exprimer de pnibles travaux
-d'esprit, et l'agitation d'un homme qui a de la peine se rsoudre
-quelque chose.
-
-On a fait venir ce mot du grec _ao_ et du latin _anhelare_. C'est
-l'opinion de du Cange. Mnage en a cherch l'tymologie dans l'italien
-_affanno_, peine, douleur. On aurait pu le retrouver tout entier dans le
-dictionnaire des Carabes et dans beaucoup d'autres, puisqu'il est tir
-du dictionnaire de la Nature. C'est la plus vidente des Onomatopes.
-Pasquier et Nicod ne s'y sont pas mpris.
-
-Dans des lettres de rmission de l'an 1375, on trouve: Aprs ce que
-ledit Jehan fut deschauci, entra ondit gu, et tant se y effora pour
-mettre hors laditte charrette, que il entra en fivre en icelui gu,
-pour le grant _ahan_ que il avoit eu.
-
-On ne se sert plus de ce mot qui tait trs-familier nos anciens
-crivains. Rabelais, Montaigne, Amyot l'ont singulirement affectionn.
-Il est encore dans Costar. Jupiter, dit-il, en sua d'_ahan_.
-
-A. C'est le quadrupde, autrement nomm le _Paresseux_, qui est un des
-_anthropomorphes_ de Linn.
-
-Il articule les syllabes dont on a form son nom avec des modulations si
-justes, que cela a donn lieu Clusius de dire trs-ridiculement que
-c'tait le _Paresseux_ qui avait invent la musique. Il aurait pu
-d'ailleurs appuyer cette bizarre prsomption d'une analogie curieuse de
-la Langue grecque ou _ao_ s'est dit quelquefois pour _cano_, et il faut
-observer que ce mot est pass dans la Langue latine avec le sens de
-_loquor_. Il n'appartenait qu' ces peuples d'harmonieux langage
-d'attacher la mme expression aux ides de chant et de parole.
-
-AME. Le principe de la vie dans l'homme et dans les animaux.
-
-L'opinion qui range ce mot au nombre des Onomatopes, repose sur une
-thorie bizarre et curieuse. La lettre labiale _M_ est une consonne qui
-rsulte, comme on le sait, de la jonction des lvres, en sorte que la
-bouche trs-ouverte doit produire en se fermant le son compos _am_:
-savoir, la voyelle par le moyen du souffle mis dans le moment o
-l'organe est ouvert, et la consonne par le contact des deux parties de
-la touche, dans le moment o l'organe se resserre. C'est ce qu'on
-appelle rendre l'_ame_, car telle est la figure de l'expiration de
-l'homme, et l'esprit de cette racine.
-
-Au contraire, pour prononcer _M_ initiale suivie d'une voyelle, il faut
-que les deux parties de la touche labiale agissent mutuellement l'une
-sur l'autre, et se sparent pour l'mission du bruit vocal qui succde
-au bruit consonnant. Ainsi se prononcera _ma_, qui est une racine dont
-l'esprit est diamtralement oppos celui de la prcdente, puisqu'au
-lieu d'exprimer le dernier acte physique de l'homme, elle exprime, par
-la figure et par le son, le premier acte, et, en quelque sorte, la prise
-de possession de la vie.
-
-Cette racine _ma_ seroit donc la dsignation ncessaire de l'existence
-_matrielle_, comme cette racine _am_ de l'existence spirituelle. La
-premire appartiendra aux ides purement corporelles; la seconde aux
-ides morales, celles des principes _animans_, de l'_amour_, de
-l'_amiti_, de toutes les affections.
-
-En appuyant la racine _ma_ sur la touche dentale, ou en fera _mat_, qui
-est le son typique du nom de la mort dans la plus grande partie des
-Langues premires.
-
-En la nazalant, on en fera _man_, qui est le signe presque universel du
-nom de l'homme.
-
-Je donne, au reste, ces hypothses comme plus ingnieuses que probables,
-et M. Court de Gbelin, qui les a suggres, se livre trop souvent et
-avec trop d'abandon son imagination, pour tre toujours un guide sr.
-
-Ce qu'il y a de certain, c'est que les diffrens noms de l'ame chez
-presque tous les peuples, sont autant de modifications du souffle et
-d'Onomatopes de la respiration, diversement modules. Tels sont le
-_Psych_ des Grecs, le _Seele_ des Allemands, le _Soul_ des Anglais,
-l'_ayre_ des Espagnols, l'_alma_ et le _fiato_ des Italiens. Il serait,
- la vrit, difficile d'en dire autant de l'_anima_ des Latins, dont le
-mot _ame_ est une contraction vidente.
-
-ANCHE. Partie d'un instrument vent, faite de deux pices de canne,
-jointes de si prs, qu'elles ne laissent qu'un espace trs-resserr pour
-le souffle; ce qui a fait penser de savans tymologistes que ce mot
-venait du celtique _anc_, troit, resserr, affil. Il parat plus
-vraisemblable qu'il a t form par Onomatope; et ce qui me porte le
-croire, c'est que je trouve une Onomatope grecque absolument semblable
- celle-ci, qui exprime l'ide que nous rendons par notre verbe
-_suffoquer_. L'air touff dans l'troit canal de l'_anche_, spar de
-l'instrument auquel elle appartient, imite trs-bien le gmissement aigu
-et forc d'un homme qui suffoque. De l, la conformit de ces deux
-Onomatopes.
-
-ASTHME. L'_asthme_ est une infirmit qui consiste dans une grande
-difficult de respirer dans de certains temps. Cette Onomatope imite le
-bruit de la respiration brusquement interrompue. Elle nous vient
-immdiatement, et sans changement, d'une Onomatope grecque qui
-reprsente la mme chose.
-
-
-B
-
-BABIL, BABILLARD, BABILLER. _Babil_, abondance de paroles sur des choses
-inutiles, manie importune de parler continuellement.
-
-De la lettre _b_ qui rsulte de la simple disjonction des lvres, et qui
-est la premire que les enfans combinent avec les sons vocaux. Aussi
-est-elle la premire consonne de tous les alphabets.
-
-Nicod drive ce mot de _Babel_, cause de la confusion des Langues qui
-y eut lieu. Mnage le fait venir de _bambinare_, qui a t fait de
-_bambino_, diminutif de _bambo_, transfr selon lui dans l'italien du
-syriaque _babion_, qui signifie _enfant_. De la mme racine, nous avons
-cr
-
-BABIOLE, une chose de peu de consquence, une bagatelle qui ne peut
-occuper que des enfans;
-
-BABOUIN, BAMBIN, un petit enfant qui articule peine; en gallois
-_bach_, d'o vient le nom de _Bacchus_ qu'on reprsente ordinairement
-comme un enfant gros et joufflu;
-
-BAMBOCHE, un enfant grotesque et contrefait, une marionnette ridicule;
-
-BAMBOCHADE, un genre de Peinture qui ne s'exerce que sur des formes
-triviales, sur des marionnettes et des _bambins_.
-
-Mnage aurait trouv d'ailleurs une tymologie plus exacte et plus
-naturelle encore dans le grec, o l'on dit _bao_, _babazo_, _babalo_ et
-_bambaino_ pour _loquor_. Mais le fait est que tous ces mots et leur
-immense famille sont composs d'aprs le son naturel.
-
-_Baba_, _babe_, en arabe, signifient _bouche_, ouverture; _be_ a le mme
-sens en Langue celtique. Dans la mme Langue, _enfant_ se dit _map_,
-_vap_, _mab_, _vab_, et avec le diminutif, _babic_, _un petit enfant_.
-
-On dit dans le latin _garrulitas_, _garrulus_, _garrire_, autres
-Onomatopes; dans l'italien, _garrire_, _cicalare_, _ciarlare_ et
-_ciachierare_; dans l'espagnol, _babillar_, _charlar_, _chicarrar_.
-
-Amyot a dit _rebabiller_. Si un _babillard_ escoute un peu, ce n'est
-que comme un reflux de _babil_ qui prend haleine pour _rebabiller_ puis
-aprs encore davantage.
-
-Madame Pernelle dit dans le _Tartuffe_:
-
- C'est vritablement la tour de Babylone,
- Car chacun y _babille_ et tout du long de l'aune.
-
-Voil l'tymologie de Nicod consacre par deux vers de Molire.
-
-BILLEMENT, BILLER. De l'action d'ouvrir involontairement la bouche
-dans le sommeil ou dans l'ennui.
-
-Observez que la premire syllabe de ce mot est longue, et qu'autrefois
-on disait _baailler_ et _baaillement_, ce qui donnait plus d'expression
- l'Onomatope.
-
-En latin, _hiare_, _hiatus_; en italien, _sbadigliare_,
-_sbadigliamento_.
-
-BER, ou plutt, BAYER, mot fait pour peindre une curiosit vaine et un
-peu niaise, qui se manifeste par la mme mission vocale et par la mme
-figuration de la bouche, appartiennent la mme racine. _Bayer aux
-corneilles_, est une expression proverbiale assez en usage dans notre
-langue. On lit dans un de nos plus anciens dictionnaires: _bayer_ la
-mamelle, _appetere mammam_. C'est proprement ouvrir la bouche, mais
-parce que quand plusieurs regardent par grande affection quelque chose,
-ils ouvrent la bouche; de l est que _bayer_ signifie aucunes fois
-autant que regarder.
-
-BAH, est un mot factice ou artificiel qui chappe aux gens tonns. De
-l
-
-BADAUD, homme simple et sans exprience, qui s'tonne de tout,
-
-S'BAHIR, TRE BAHI, termes attachs au mme sens. S'il est vrai qu'ils
-remontent l'hbreu _Schebasch_, comme l'ont prtendu les
-Etymologistes, c'est que celui-ci a t fait sur le son commun, et n'a
-pas d'autre type naturel.
-
-BARBOTER. Ce mot, dit Mnage, est form du bruit que font les cannes
-quand elles cherchent dans la boue de quoi manger, et on appelle de l
-_barboteur_, un canard priv. _Barboter_ en cette signification semble
-tre une Onomatope.
-
-_Baret_. On emploie presqu'indistinctement _baret_, _barret_, ou
-_barri_. C'est le cri de l'lphant. On appelait autrefois l'lphant
-_barre_ aux Indes orientales. En latin, on l'appelle _barrus_, et son
-cri _barritus_.
-
-Nous avons perdu ce mot.
-
-BEFFROI. Espce de tocsin. Quasi _be effroi_, dit Nicod, car il est
-expressment fait pour _ber_ et regarder, ou faire le guet en temps
-souponneux, et pour sonner l'_effroi_.
-
-Il est remarquer cependant qu'un instrument d'airain creux et sonore
-s'appelait _bel_ en breton, et que de l peuvent venir l'anglais
-_belfry_ et le franais _beffroi_.
-
-BLEMENT, BLER. On disait beaucoup mieux autrefois _bellement_,
-_beller_. Onomatope du cri du mouton. Elle est parfaitement naturelle,
-et Pasquier la prfre avec raison au _balare_ des Latins.
-
-BGAYEMENT, BGAYER, ont t pris de la mme racine, parce que le dfaut
-de prononciation que ces mots dsignent consiste rpter souvent le
-mme son avec des inflexions tremblantes, comme les animaux _blans_.
-
-BELIER. Le nom de cet animal est certainement form d'aprs son cri,
-d'aprs son _blement_. Il est donc ridicule de l'avoir cherch dans
-_vellus_ qui signifie _toison_; dans _bahal_, hebreu, qui est notre mot
-_Seigneur_ ou _chef_, parce que le _belier_ est le matre du troupeau.
-
- Le _belier_, colonel de la laineuse troupe,
-
-dit Ronsard; et dans _Jobel_, autre terme de la mme langue, qui tait
-un des noms de ce quadrupde.
-
-_Belin_, est l'ancien nom du _belier_. On le dit encore en certains
-lieux, des agneaux, et il s'est conserv long-tems au figur o il
-signifiait _doucereux_. C'est un nom d'amiti, que l'on donne aux
-enfans, mon _belin_, ma _beline_; on a employ _beliner_, _faire le
-doucereux_, dans quelques occasions, et Rabelais l'a tendu des
-acceptions trs-varies. Il est absolument hors d'usage.
-
-BEUGLEMENT, BEUGLER. Cri du taureau, du _boeuf_, de la vache, mugir
-comme les taureaux.
-
-Mnage drive ce mot de _baculare_, _ bacula_; mais c'est une
-Onomatope qui est galement dans le latin _boare_, d'o _bos_ a t
-tir.
-
-BOEUF, est le nom d'un animal qui _beugle_.
-
-BOA, est celui d'un serpent norme dont le cri ressemble au _beuglement_
-des taureaux.
-
-MEUGLEMENT, MEUGLER, qui se prononcent sur la mme touche avec une bien
-lgre modification, s'emploient indistinctement. On a mme dit
-_muglement_ en vieux langage, comme dans ce passage d'Amadis: La
-blanche biche qui en la forest craintive eslevoit ses _muglements_
-contre le ciel, sera retire et rappelle.
-
-BIBERON. Homme qui aime boire, qui boit avec excs.
-
-Du bruit que fait le vin en coulant goutte goutte. Le _bibax_ et
-sur-tout le _bibulus_ des Latins, reprsentent bien cette expression.
-Ces mots drivaient de leur _bibere_, qui tait aussi fort imitatif, et
-dont nous avons dgrad la valeur en le contractant dans le mot _boire_.
-Leur joli mot _bilbire_ tait de la mme famille.
-
-En celtique, le mot _boire_ se rend par _ef_, _ev_, Onomatopes du bruit
-que fait la bouche en aspirant un liquide. C'est de l que vient
-probablement le verbe _avaler_.
-
-C'est une ide d'une hardiesse bien plaisante et bien ridicule, que
-celle de ce savant d'ailleurs estimable, qui explique le nom d'_Eve_ par
-ce petit verbe de la Langue celtique, et qui se sert de ce rapprochement
-pour prouver que cette Langue est la premire que les hommes aient
-parle.
-
-BIFFER. Effacer une criture en passant la plume dessus.
-
-Un habile Etymologiste regarde ce mot comme pris de _buffare_, souffler,
-qui est une Onomatope latine: ainsi, _biffer_ signifierait, dtruire un
-objet, et le faire disparatre, comme en soufflant dessus. Sans aller en
-fixer si loin l'origine, on l'aurait trouve dans le bruit que fait une
-plume passe brusquement sur le papier. Cette conjecture est d'autant
-plus vraisemblable, que le mot _biffer_ n'a point d'analogie de
-consonnance avec les mots anciens qui ont t attachs une ide de
-mme espce, et peut passer pour une Onomatope trs moderne.
-
-BOMBE. Ce mot drive du bruit de la _bombe_ qui clate.
-
-Il tait au moins inutile d'en chercher ailleurs l'tymologie, et de la
-driver, soit de _Lombardie_, parce qu'on croit qu'elle y a t
-invente, soit de _bomba_ dont quelques Auteurs ont us pour parler de
-certaines coquilles qui servaient de trompettes, ou de _bombus_ qui
-exprime le bruit du mme instrument, ou de l'allemand _bomber_ qui
-signifiait _baliste_. Il est tonnant qu'on ne l'ait pas fait remonter
-aussi aux belles Onomatopes italienne et espagnole, _rimbomba_ et
-_zumbido_ avec lesquelles il a tout autant de rapport; mais le fait est
-qu'on devait le chercher, aussi bien que ses diffrens analogues, dans
-le son naturel qui les a tous produits.
-
-BOND, BONDIR, BONDISSEMENT. L'Onomatope est prise du retentissement de
-la terre sous un corps dur qui la frappe, et se relve aussitt.
-
-Le mot _bondir_ revient au _subsilire_ des Latins qui est moins
-imitatif.
-
-BORBORIGME. On dit aussi _borborisme_. Bruit de l'air contenu dans les
-intestins.
-
-BOUC. La grande conformit des diffrens noms de cet animal dans presque
-toutes les Langues, prouve qu'ils ont d avoir une racine commune et
-naturelle. C'est l'imitation de son cri. Les Grecs qui l'appelaient
-communment _tragon_, l'ont aussi nomm _bekkos_. Mnage dit que
-_buccus_ se trouve dans la loi salique, et _bouch_ dans le Celtique. En
-Langue franque, c'est _buk_, en allemand, _bock_, en italien, _becco_.
-
-BOUFFE, BOUFFI. Ces mots, suivant Nicod, sont par raison d'Onomatope,
-et reprsentent tant le son du vent qui vient _bouffes_, que de la
-flamme _bouffant_, ainsi que de la bouche de l'homme quand il _bouffe_,
-c'est--dire, souffle ou le feu, ou la poudre, ou autre chose.
-
-OUF, est le son radical converti en interjection pour exprimer
-l'mission de l'air, pouss par un homme essouffl. Les Latins en
-avaient fait _buffare_ ou _bouffare_, que nous avons fidlement
-transport en notre langue dans le vieux verbe _bouffer_.
-
-_Buffe_, se dit fort anciennement pour un soufflet, pour un coup sur les
-joues, comme en ce passage de Marot:
-
- Vien donc, dclare toy
- Qui de _buffes_ renverses
- Mes ennemis mordans,
- Et qui leur moult les dents
- En leurs gueules perverses.
-
-Et observez que _buffe_ et soufflet ont t faits analogiquement, et
-d'aprs le mme principe, parce que la joue frappe parat souffler ou
-_bouffer_ sous la main qui la comprime.
-
-On a employ _buffoi_ au figur, pour orgueil et prsomption; et en
-perdant l'expression, nous avons conserv la mtaphore. _Bouffi_ de
-vanit, est une figure d'un usage trs-commun.
-
-BOUFFON, doit se rapporter la mme racine, suivant Mnage qui, d'aprs
-Saumaise, le drive du _bocca infiata_ des Italiens. Ils appellent
-encore _buffo magro_, un maigre _bouffon_, le mauvais plaisant qui ne
-les fait pas rire; soit, comme le dit Voltaire, qu'on veuille dans un
-_bouffon_ un visage rond et une joue rebondie; soit que cette
-_bouffissure_ des joues, qui est une des _bouffonneries_ les plus
-triviales des plus grossiers saltinbanques, ait dtermin leur nom
-gnrique. Il serait tout au moins difficile d'en donner une autre
-explication.
-
-BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER.
-
-BOUILLIE, BOUILLON, choses que l'on fait _bouillir_. Ces mots viennent
-du bruit que fait un liquide chauff certain degr. Dans le verbe
-_bouillir_, le son radical pur a t conserv aux trois personnes du
-singulier de l'indicatif prsent.
-
- Ceux qui la chaleur ne _bout_ plus dans les veines
- En vain dans les combats ont des soins diligens;
- Mars est comme l'Amour. Ses travaux et ses peines
- Veulent de jeunes gens.
-
-MALHERBE.
-
-BULLE, mot par lequel on dsigne ces petites minences qui s'lvent sur
-l'eau _bouillante_,
-
-BOULE, qui en est une espce d'homonyme, tendu des acceptions plus
-gnrales,
-
-BOUTON, autre terme qui, dans toutes ses acceptions, signifie une
-minence ou un corps de la mme forme, n'ont probablement pas d'autre
-tymologie. Le peuple, si riche en expressions pittoresques, se sert du
-verbe _boutonner_ pour dterminer le premier degr de l'_bullition_.
-
-M. Court de Gbelin s'est donc certainement tromp en drivant toute
-cette famille de mots du Celtique _bal_, qui signifierait _oeil_, et par
-une extension d'ailleurs trs-force, suivant l'usage de cet rudit,
-tous les objets ronds ou roulans. Il est faux qu'_oeil_ se dise en
-Celtique autrement que _lagad_; les deux yeux, _daou lagad_. L'auteur du
-_monde primitif_ a pris cette fausse interprtation dans Bullet et dans
-tel autre lexicographe, qui ont confondu le Basque et le Celtique, et y
-ont ml, en outre, une foule de mots qui n'ont jamais fait partie de
-ces deux langues.
-
-BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER.
-
-BOURDON, dit Nicod, est une espce de grosse mouche, tavele comme
-mouche miel, n'ayant point de picquon ou aiguillon, plus grosse de
-corsage que la mouche miel nomme abeille, et ne fait ni ne sert
-faire le miel ni la cire; ains dvore l'aliment et la provision que les
-mouches miel se sont pourchass, seulement de sa chaleur conserve les
-petits abeillons, qui est la cause que Virgile, au quatrime des
-Gorgiques, l'appelle _ignavum pecus_, fainant et coard. Pline, en son
-livre onzime, leur attribue partie de l'opifice des mouches miel, ce
-que Varron son devancier ne fait pas, _fucus_. Le Franais lui a donn
-ce nom par Onomatope, cause du bruit qu'il fait quand il volte.
-
-_Boud_ a signifi le _bourdonnement_ du frlon, dans la Langue Celtique.
-
-BOURDON, cloche trs-sonore qui produit un bruit de mme genre que celui
-dont il est question dans cet article, a t ainsi nomme par analogie.
-
-_Bourder_ est un vieux mot trs-prcieux qui voulait dire _rester court
-en chaire_, parce que le prdicateur, en cet tat, ne forme plus qu'un
-murmure et un _bourdonnement_ confus. Il est regretter que cette
-expression soit perdue.
-
-BOURDE, chose vague et confuse, mensonge qu'on articule demi, en est
-clairement driv. On a pu dire allusivement qu'un menteur pris sur le
-fait, se tire d'affaire, en murmurant des mots sans suite, comme un
-prdicateur qui a perdu le fil de son sermon. Regnier se sert de ce
-terme dans cette hypothse mme:
-
- Ils billent pour raison des chansons et des _bourdes_.
-
-BRAIRE. L'ne _brait_, dit M. de Buffon, ce qui se fait par un grand
-cri, trs-long, trs-dsagrable, et discordant par dissonances
-alternatives de l'aigu au grave, et du grave l'aigu. Ordinairement, il
-ne crie que lorsqu'il est press d'amour ou d'apptit. L'nesse a la
-voix plus aigre et plus perante. L'ne qu'on fait hongre, ne _brait_
-qu' basse voix, et quoiqu'il paraisse faire autant d'efforts et les
-mmes mouvemens de la gorge, son cri ne se fait pas entendre de loin.
-
-BRAMER. Ce mot se dit du cerf en certaines occasions, et en gnral de
-tous les animaux qui crient fortement. Il s'est mme employ en vieux
-langage, pour exprimer le cri de l'homme, comme dans ces vers, attribus
- Clotilde de Surville:
-
- Tant de loin que de prs n'est laide
- La mort. La clamoit son ayde
- Tojorz un povre bosquillon
- Que n't chevance ne sillon.
- . . . . . . . . . .
- Tant brama, qu'advint...
-
-Court de Gbelin et Voltaire prtendent que _bram_ signifiait _un grand
-cri_ en Langue Gothique. Cette racine, commune dans les Langues, se
-retrouve d'ailleurs toute entire dans le Grec.
-
-Si l'on veut s'assurer, au reste, que l'Onomatope n'est nulle part plus
-frquente que dans les idiomes qui se rapprochent des temps primitifs,
-que l'on consulte Voltaire au mme lieu, dans ses fragmens sur la Langue
-Franaise. Les mots que cet auteur, toutefois peu vers dans le
-mcanisme de la Langue qu'il a enrichie de tant de chef-d'oeuvres, les
-mots, dis-je, qu'il fait driver du Celte, sont autant d'Onomatopes.
-
-BRAILLER, terme populaire qui ne se prend qu'en mauvaise part, et dans
-l'usage le plus trivial, a videmment le mme type.
-
-BREDOUILLER. Parler confusment et articuler avec peine.
-
-_Bredi-breda_ est une locution basse et factice qui exprime l'espce de
-_bredouillage_ d'une personne trs-loquace, qui articule difficilement.
-Ce mot ne se trouve que dans Poisson, et quelques auteurs du mme ordre.
-
-BROUHAHA. Bruit confus d'applaudissemens qu'on entend dans les
-spectacles, et dans les lieux d'assemble o l'on rcite des ouvrages
-d'esprit. C'est une contraction de _bruit de haha_, prononc _brouit de
-haha_ dans le vieux langage.
-
-BROUTER. Du bruit que font les animaux en brisant les plantes prs de
-leur racine, et en les arrachant avec les dents.
-
-Il y a un exemple de l'harmonie pittoresque de ce mot, dans une des plus
-jolies fables de la Fontaine, _le chat, la belette et le petit lapin_.
-
- Du palais d'un jeune lapin
- Dame belette, un beau matin,
- S'empara: c'est une ruse.
- Le matre tant absent, ce lui fut chose aise.
- Elle porta chez lui ses pnates, un jour
- Qu'il tait all faire l'aurore sa cour
- Parmi le thym et la rose.
- Aprs qu'il eut _brout_, trott, fait tous ses tours,
- Jeannot Lapin retourne aux souterrains sjours.
-
-Voici le mme mot employ dans la prose, avec un effet d'harmonie
-imitative aussi vrai que celui qu'on vient de remarquer. Ce passage est
-de M. de Chteaubriand, un des crivains dont notre sicle a le plus
-se glorifier; et je rapporte cet exemple avec d'autant plus
-d'empressement, que je n'en connais point de si riche en Onomatopes:
-
-Si tout est silence et repos dans les savanes de l'autre ct du
-fleuve, tout ici au contraire est mouvement et murmure: des coups de bec
-contre le tronc des chnes, des froissemens d'animaux qui marchent,
-_broutent_ ou broyent entre leurs dents les noyaux des fruits; des
-bruissemens d'ondes, de faibles gmissemens, de sourds meuglemens, de
-doux roucoulemens, remplissent ces dserts d'une tendre et sauvage
-harmonie.
-
-BROYEMENT, BROYER. Ces mots sont faits du bruit d'une substance un peu
-rcalcitrante, brise entre deux corps durs. C'est ce qu'expriment aussi
-bien le _sfratumare_ des Italiens, et le _quebrar_ des Espagnols.
-
-BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT. Ces mots _bruire_ et _bruissement_, qu'on a
-affect de ngliger je ne sais pourquoi, prsentent une des belles
-Onomatopes de la Langue. Ils donnent l'ide d'un _bruit_ vague, sourd
-et confus, comme celui qui s'lve d'une fort branle par des vents
-imptueux, ou qui rsulte du fracas des torrens et de l'coulement des
-grandes eaux; en gnral, ils sont graves et solennels, et ont un
-caractre particulier d'imitation qu'on ne trouve pas dans leurs
-analogues.
-
-Un auteur dj classique, et qu'on peut appeler le Racine de la prose, a
-prouv, par l'emploi qu'il a fait de certains temps du verbe _bruire_,
-qu'il serait d'une injuste dlicatesse de le rduire l'infinitif,
-comme quelques Grammairiens y avaient paru disposs.
-
-La lune, dit M. Bernardin de Saint-Pierre, paraissait au milieu du
-firmament, entoure d'un rideau de nuages que ses rayons dissipaient par
-degrs. Sa lumire se rpandait insensiblement sur les montagnes de
-l'le, et sur leurs pitons qui brillaient d'un vert argent; les vents
-retenaient leurs haleines. On entendait dans les bois, au fond des
-valles, au haut des rochers, de petits cris, de doux murmures d'oiseaux
-qui se caressaient dans leurs nids, rjouis par la clart de la nuit et
-la tranquillit de l'air. Tous, jusqu'aux insectes, _bruissaient_ sous
-l'herbe.
-
-La Bruyre a dit aussi _brouissement_.
-
-Une femme entend-elle le _brouissement_ d'un carosse qui s'arrte sa
-porte, elle prpare toute sa complaisance pour quiconque est dedans,
-sans le connatre.
-
-Cette licence est heureuse dans cette occasion, parce qu'elle
-caractrise trs-bien l'espce de _bruissement_ dont il s'agit.
-
-BRUYRE. Il est probable que le nom de cette plante, dont les tiges
-souples, grles et ligneuses, _bruissent_ au moindre vent, est tir du
-mme son radical que les mots prcdens. L'tymologie que je donne de ce
-mot n'est d'ailleurs qu'une conjecture, aussi plausible toutefois que
-celle qui le tire du latin _uro_, parce qu'on brle les _bruyres_ pour
-les dfricher, et rendre l'emplacement o elles croissaient susceptible
-de culture: c'est l'opinion de Borel.
-
-
-C
-
-CAHOT, CAHOTER. De la secousse qu'on prouve dans une voiture mal
-suspendue qui roule sur un chemin pre et raboteux, et de l'effort qu'on
-fait pour reprendre la respiration durement interrompue.
-
-Les Latins ont dit _succussus_, qu'ils prononaient _soucoussous_, et
-qui rendait la mme ide.
-
-CAILLE. Le mle et la femelle, dit Buffon, ont chacun deux cris, l'un
-plus clatant et plus fort, l'autre plus faible. Le mle fait _ouan,
-ouan, ouan, ouan_; il ne donne sa voix sonore que lorsqu'il est loign
-des femelles, et il ne la fait jamais entendre en cage, pour peu qu'il
-ait une compagne avec lui: la femelle a un cri que tout le monde
-connat, qui ne lui sert que pour rappeler son mle; et quoique ce cri
-soit faible, et que nous ne puissions l'entendre que d'une petite
-distance, les mles y accourent de prs d'une demi-lieue; elle a aussi
-un petit son tremblotant _cri cri_. Le mle est plus ardent que la
-femelle, car celle-ci ne court point la voix du mle, comme le mle
-accourt la voix de la femelle dans le temps de l'amour, et souvent
-avec une telle prcipitation, un tel abandon de lui-mme, qu'il vient la
-chercher jusques dans la main de l'oiseleur.
-
-C'est de ce cri, que Buffon dit connu de tout le monde, et qu'un autre
-Ornithologiste a exprim par les mots factices _caille caillette_,
-qu'est venu le nom de la _caille_ dans notre Langue et dans la plupart
-des autres. En effet, on a dit _kakkaba_ en grec, _qualea_ dans la basse
-latinit, _cuaderviz_ en espagnol, excellente Onomatope dont les deux
-dernires syllabes doivent se prononcer trs-brves, _quaglia_, en
-italien, _qual_, en anglais, _wachtel_, eu allemand; et ce son imitatif
-se retrouve jusque dans l'hbreu _saly_ ou _xaly_. De ce nom l'on a fait
-
-CAILLETAGE, babillage insupportable et continuel comme celui de la
-_caille_,
-
-CAILLETTE, femme frivole et babillarde,
-
-CAILLETER, l'action de parler sans cesse, et propos de toute chose,
-expressions que la Langue franaise a repousses jusqu'ici, et qui ne
-sont d'usage que dans le style familier.
-
-Rousseau a dit cependant, en parlant de madame de Warens: La vie
-uniforme et simple des Religieuses, leur petit _cailletage_ de parloir,
-tout cela ne pouvait flatter un esprit toujours en mouvement, qui
-formant chaque jour de nouveaux systmes, avait besoin de libert pour
-s'y livrer.
-
-CANARD. Du son _can can_, souvent rpt, qui est le cri de cet animal,
-plutt que d'_anas_, probablement _ natando_, qui est son nom latin.
-Mon opinion est du moins conforme en ce point celles de quelques
-Auteurs, et entr'autres celle de l'ornithologiste Martinet, qui
-remarque fort judicieusement qu'il est du gnie de notre Langue de
-terminer par cette syllabe ouverte et clatante, _ard_, les mots qui
-dsignent un parleur impitoyable et fatigant, comme _bavard_ et
-_babillard_.
-
-Les Allemands ont reprsent par une autre Onomatope le cri rauque,
-pre, et enrou du _canard_. Ils l'ont appel _racha_ et _rachtscha_.
-
-CAN CAN, mot factice tir du cri du _canard_, a t appliqu par
-extension aux bruits tumultueux qui s'lvent dans une assemble
-nombreuse o l'on ne s'accorde pas, et o l'on traite des affaires de
-peu d'importance. Ce n'est pas le sentiment de l'Acadmie qui l'crit
-_quanquan_, et qui pense qu'on l'a appliqu aux discussions orageuses
-sur des choses futiles, par allusion aux horribles disputes que causa au
-seizime sicle la prononciation du mot _quamquam_, et qui cotrent
-peut-tre la vie Ramus. Quelqu'gard qu'on doive cependant aux
-dcisions de ce corps savant, j'ai cru pouvoir persister dans mon
-opinion qui me semble mieux fonde, et que je partage d'ailleurs avec le
-plus grand nombre des Etymologistes.
-
-CAQUET, CAQUETER. Ces mots se disent au propre, du bruit que font les
-poules quand elles sont prtes pondre, et au figur, du babillage des
-personnes qui _caquettent_ comme les poules. Cette Onomatope se
-retrouve trs-fidlement dans la Langue grecque.
-
-On disait autrefois dans notre Langue _cluper_ ou _gluper_, pour
-exprimer une espce de _caquet_ de la poule. Ce terme mriterait d'tre
-renouvel.
-
-Linguet s'est servi du mot _caquetage_ en parlant du chancelier de
-l'Hpital. Aucun, ministre, dit-il, ne fit jamais convoquer autant de
-grandes assembles; mais satisfait d'y taler une loquence prolixe et
-toujours mal-adroite, il les laissait toutes dgnrer en cohues
-tumultueuses ou en _caquetages_ scandaleux dont l'unique rsultat tait
-de constater la frivolit et l'impuissance du Gouvernement.
-
-CASCADE. Mnage pense que ce mot est fait de l'italien _cascata_, ce qui
-est incontestable. Il fait remonter celui-ci au latin _cado_, ce qui est
-plus douteux; mais ce verbe aurait t employ comme dsinent dans
-l'expression dont il s'agit, qu'on n'en devrait pas moins reconnatre
-cette expression pour une Onomatope. La premire syllabe est un son
-factice qui fait rebondir la seconde, et cet effet reprsente d'une
-manire vive le bruit redondant de la _cascade_.
-
-Il y a beaucoup d'Onomatopes du mme genre, c'est--dire, composes
-d'un son naturel et d'un son abstrait. C'est ce que les Etymologistes
-n'ont pas remarqu; et satisfaits ds qu'ils ont trouv dans un mot
-l'origine d'un de ses membres, on croirait qu'ils ont regard le reste
-comme le produit du hasard ou du caprice. Il est cependant dmontr que
-quelque fortuite qu'ait t la composition des Langues, il ne peut y
-avoir eu qu'un trs-petit nombre de mots forms sans motifs.
-
-CATACOMBES. Du grec _kata_ qui est consacr l'action de descendre ou
-de tomber, et qui a peut-tre fourni le latin _cado_ dont je parlais
-tout--l'heure; et du vieux franais _combe_, valle, gorge, endroit
-creux ou souterrain. La runion de ces deux mots heureusement maris
-produit un des beaux effets d'imitation de la Langue. Il est impossible
-de trouver une suite de sons plus pittoresques, pour rendre le
-retentissement du cercueil, roulant de degrs en degrs, sur les angles
-aigus des pierres, et s'arrtant tout--coup au milieu des tombes.
-
-CATARACTE. En Grec, _Katarakts_. Chte d'eau imptueuse et bruyante qui
-tombe et se brise de roc en roc avec un grand fracas.
-
-Herbinius, dans son Trait _de admirandis mundi cataractis supra et
-subterraneis_, a tendu le sens de cette expression tous les violens
-chocs lmentaires, de quelque espce qu'ils fussent.
-
-CHAT-HUANT. _Chahuant_, dit un de nos anciens glossateurs, est une
-espce d'oiseau qui va voletant et huant de nuict, duquel chant huant il
-est ainsi nomm, car son chant n'est que hu et cry piteux: pour laquelle
-cause les Latins l'ont appell _ulula_, et aussi _noctua_, parce qu'il
-ne chante et ne erre que la nuict. Ils l'ont aussi nomm _bubo_ par
-Onomatopoe, reprsentant le chant d'iceluy par ce nom, et dient que
-cest oiseau est fral et funbre, pour estre tnbreux et nocturne et
-effrayant: et ceste occasion tenoit on anciennement son chant pour
-prsage de calamit future, mesme par mort de maladie. Il est hay
-merveilles des autres oyseaux, lesquels pour estre diurnes,
-c'est--dire, errans et voletans par jour, et ne avoir la rencontre
-ordinaire de ce dit _chahuant_, et pour l'aspect hydeux de luy, le
-hayent et poursuyvent coups de bec et de griffes, quand ils le
-trouvent, faisans tous un esquadron combattant contre luy, ausquels,
-comme Pline dit au livre X, chap. 17, il rsiste par se coucher
-l'envers et se reserrant en arc, si qu'il demeure presque couvert de son
-bec et de ses griffes ou serres, laquelle inimiti estant apere par
-les oyseleurs, se servent dudit _chahuant_, pour attraper ceux qui
-viennent la mesle contre iceluy. De ce que dessus se voit que de
-l'appeler _chathuant_, et pour la difficult de la prolation franoise
-en l'aspiration _h_ aprs la consonne, dire que _chahuant_ est fait de
-_chat huant_, il n'y a pas raison grande, veu que ceste particule _cha_
-est ailleurs commune au Franois, comme en ces mots chatouille,
-chatfourr, chafouyn, esquels le mot de chat n'a que veoir.
-
-CHEVCHE. En Latin, _Strix_. Ce mot a dsign gnriquement les oiseaux
-de nuit de l'espce de la chouette. Maintenant on n'appelle du nom de
-_chevche_ que des oiseaux qui ce nom ne convient plus, puisqu'il
-avait t form par Onomatope, et qu'il ne dsigne point leur cri, mais
-celui de l'_efraye_ ou fresaye. Les cris acres et lugubres de l'efraye,
-et sa voix entrecoupe qu'elle fait souvent entendre pendant le silence
-de la nuit, semblent articuler _grei_, _gr_, _crei_; et ses soufflemens
-_ch_, _chei_, _cheu_, _cheue_, _chiou_, qu'elle ritre sans cesse,
-ressemblent ceux d'un homme qui dort la bouche ouverte: elle pousse
-encore en volant diffrens sons aussi dsagrables. Ces expressions,
-tires d'un de nos Naturalistes, donnent l'incontestable tymologie des
-mots _chevche_ et _chouette_, et font regretter que l'impritie des
-Mthodistes ait consacr de nouvelles _appellations_ insignifiantes et
-capricieuses, puis transport les anciennes des espces qu'elles ne
-dsignent point, et boulevers ainsi la nomenclature naturelle, sans
-qu'il en rsulte aucun avantage pour la science.
-
-Oserai-je souhaiter que les Naturalistes venir, moins jaloux d'taler
-une vaine rudition, en appliquant aux animaux des noms difficilement
-composs, voulussent bien s'en tenir aux dsignations imitatives qui
-sont naturelles tous les peuples, et qui universaliseraient, en
-quelque sorte, leurs nomenclatures. Cette ide n'a pas t trangre
-Linn et aux autres Mthodistes philosophes.
-
-CHOC, CHOQUER. Du bruit de deux corps qui se heurtent.
-
-Du mme son naturel les Espagnols, pour jote, ont dit _choca_.
-
-Nous reprsentions cette dernire ide par le vieux verbe _toster_, dont
-les Anglais ont fait _toast_.
-
-CHOUCAS. En Grec, _ankos_, _koloos_; en Latin, _graccus_, _gracculus_;
-en Espagnol, _graio_, _graia_; en Italien, _ciagula_; en Savoyard,
-_che_, _cae_, _cavette_, _cauvette_; en Turc, _tschaucka_; en Saxon,
-_aelcke_, _kaeyke_, _gache_; en Suisse, _graake_; en Hollandais, _kaw_,
-_chaw_; en Illirien, _kauka_, _kawa_, _zegzolka_; en Flamand, _gaey_; en
-Sudois, _kaja_; en Anglais, _kae_, _chog_, _jak-daw_; en quelques
-provinces de France, _chicas_, _chocotte_ et _chocas_.
-
-J'ai rapport ces diffrentes synonymies comme autant d'Onomatopes. Le
-_choucas_, indpendamment du cri qui lui a fait donner son nom, en
-pousse un autre encore qu'on a exprim par le son _tian_, _tian_,
-souvent rpt; mais il lui est beaucoup moins familier, et n'a jamais
-t converti en Onomatope.
-
-CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR. Du mot factice _st_ qu'on a
-employ pour imposer silence, ou pour indiquer qu'il faut baisser la
-voix, et parler de manire n'tre pas entendu, on a fait _chut_,
-suivant l'usage de notre Langue qui mouille ordinairement les sons
-sifflans, et de l le verbe _chuchotter_, qui prsente une nouvelle
-Onomatope par le concours des syllabes sourdes qui le composent. On
-disait autrefois _chuchetter_.
-
-On ne supposerait gures que les tymologistes eussent vu, dans le son
-radical _st_ qui est si simple et si gnral, une contraction du
-_silentium tene_ des Latins. Cela est cependant vrai, car il n'y a point
-d'ide si bizarre que ce genre d'rudition n'en puisse offrir un
-exemple.
-
-CIGALE. Du son radical _cic_, _cic_, qui est le chant de cet insecte,
-les Grecs ont fait probablement _kik aodos_, l'insecte _chanteur_ qui
-dit _kik_; et de ce nom, les Latins _cicada_, les Espagnols _cigarra_,
-les Italiens _cigala_, et nous le mot _cigale_, qui est une Onomatope
-alonge d'une terminaison oiseuse et trangre notre Langue.
-
-* CLAPPEMENT. Un homme d'esprit qui se pique d'originalit sur toutes
-les matires, et qui a dit beaucoup de mal de Racine et de Newton, a cru
-devoir, en raison du mme principe, attaquer l'ancienne rputation du
-rossignol, si prn parmi les chantres des bois.
-
-Qu'une oreille impartiale, dit-il, coute avec attention le rossignol;
-qu'elle entende ses sons souvent aigres, toujours fortement prononcs,
-mais sans varit, si ce n'est quatre tons, sans modulations; sans
-nuances, elle prouvera une sensation pnible, dsagrable. Transportez
-l'oiseau, suspendez sa prison une fentre, le chant sera le mme, et
-le passant l'entendra avec indiffrence; s'il s'arrte, ce n'est pas par
-l'attrait du plaisir, c'est de surprise et d'tonnement. Il croyait que
-l'oiseau ne chantait que dans les bois et pendant la nuit; mais la lune
-ne brille pas au travers des branchages touffus; le silence solennel de
-la nature ne l'environne pas; le murmure vague d'un ruisseau ne s'unit
-pas aux lgers frmissemens du feuillage sous lequel il est assis: il
-est dans la ville.
-
-Que peut-on comparer au _clappement_ dur et dchirant que l'oiseau tant
-vant fait entendre au milieu ou la fin de son chant imphras? Je
-souffre quand je rflchis aux efforts redoubls des muscles de son
-gosier.
-
-On ne verra peut-tre ici que le caprice d'une imagination d'ailleurs
-ingnieuse qui se complat colorer agrablement des paradoxes; mais je
-rapporte ce passage pour soumettre aux arbitres de la Langue le mot
-pittoresque, mais un peu hasard, qui est l'objet de cet article, et qui
-me parat une innovation plus heureuse que le reste.
-
-CLAQUE, CLAQUEMENT, CLAQUER. Du son que produisent les deux mains
-vivement appliques l'une contre l'autre, ou contre un corps
-retentissant.
-
-_Claquer_ se dit aussi fort bien du bruit d'un fouet qui coupe l'air
-avec force. Il est pass au sens proverbial dans cette acception.
-
-_Claquement_ s'applique sur-tout au heurt convulsif et spontane des
-dents.
-
-Court de Gbelin prtend que le son radical _claq_ tait un mot celtique
-qui signifiait _grand bruit_. _Schlagen_ signifie encore en langue
-allemande frapper, et du mme type, nous avons fait
-
-CLAQUET, petite latte tremblotante qui est d'usage dans les moulins, et
-qui frappe la meule avec clat.
-
-CLIGNOTER. M. de Brosse prtend avec raison, ce me semble, que beaucoup
-d'Onomatopes ont t formes, sinon d'aprs le bruit que produisait le
-mouvement qu'elles reprsentent, au moins d'aprs un bruit dtermin sur
-celui que ce mouvement parat devoir produire le considrer dans son
-analogie avec tel autre mouvement du mme genre, et ses effets
-ordinaires; par exemple, l'action de _clignoter_, sur laquelle il forme
-ces conjectures, ne produit aucun bruit rel, mais les actions de la
-mme espce rappellent trs-bien par le bruit dont elles sont
-accompagnes, le son qui a servi de racine ce mot.
-
-CLIN-D'OEIL, c'est le petit mouvement d'un oeil _clignotant_.
-
-CLINQUANT. _Clinquant_ s'est dit, au sens propre, d'une feuille de mtal
-si fine et si lgre, qu'elle se froisse sous les doigts avec un petit
-cliquetis aigre dont son nom est form; et parce que ces feuilles,
-cause de leur tnuit ont ordinairement plus d'clat que de valeur, on
-les prend figurment pour les choses d'un prix mdiocre qui ont une
-apparence brillante, comme dans ces vers de Boileau:
-
- Tous les jours la Cour un sot de qualit
- Peut juger de travers avec impunit;
- A Malherbe, Racan prfrer Thophile,
- Et le _clinquant_ du Tasse tout l'or de Virgile.
-
-CLIQUETIS. Onomatope tire du son des armes qui se choquent.
-
-Ce mot se dit aussi du bruit des verres, et en gnral des bruits
-argentins et mordans.
-
-_Cliket_ est dans le dictionnaire breton de dom Lepelletier, pour loquet
-de porte ou de fentre. Dans Davies on lit _cliccied_, et
-analogiquement, _cleccian_, pour _stridere_.
-
-CLOSSEMENT, CLOSSER. Du cri ordinaire de la poule.
-
-Ces mots ont peut-tre quelque chose de plus aigre et de plus bruyant,
-et reprsentent mieux la clameur de la poule inquite qui rappelle ses
-petits, ou de la poule irrite qui les dfend, que leurs synonymes
-_gloussement_ et _glousser_ dont ils sont une nuance lgre, et qui ne
-s'en sont pas moins conservs dans la Langue.
-
-GLOUSSEMENT, GLOUSSER, ont obtenu jusqu'ici la prfrence dans le
-langage potique, et il me serait facile d'en offrir plus d'un exemple.
-Je m'en tiendrai ces vers lgans d'un de nos meilleurs Potes
-descriptifs:
-
- La Poule cependant du Coq victorieux
- A reu dans son sein ce germe prcieux
- Qu'elle mrit, fconde, et reproduit sans cesse;
- Et bienfaitrice exacte payer sa largesse
- Qu'une coque fragile enveloppe et blanchit,
- Du tribut coutumier, chaque jour t'enrichit.
-
- La vois-tu, promenant sa vague inquitude,
- Rver, fuir le plaisir, chercher la solitude;
- Et trahir sa langueur par de longs _gloussemens_?
- Hte-toi, l'heure presse, et saisis les momens.
- Son coeur est tourment du besoin d'tre mre.
-
-La poule glossante s'est autrefois appele _cloucque_, _ clocqua_, dit
-Borel, _id est tintinnabulo, ob sonum similem_.
-
-COASSEMENT, COASSER. Du son radical _koax_, si ridiculement employ par
-Rousseau, et qui est l'Onomatope du cri de la grenouille.
-
-On a dit _coaxare_ dans la basse latinit, et quelques Ecrivains
-franais en ont fait _coaxer_, qui n'est pas admis par l'usage.
-
-COQ. Oiseau dont le chant est exprim par un mot factice, de la premire
-syllabe duquel on a fait son nom. Il est remarquer que c'est son
-incantation la plus familire; aussi a-t-elle fourni aux Langues un
-grand nombre d'Onomatopes. Les Grecs ont dit souvent _kottos_ et
-_kikkos_. Les Polonais ont _kogut_, les Anglais _cok_, les Savoyards
-_coq_ et _gau_. Nous avons dit autrefois _gal_ de _gallus_, et _gog_ du
-son radical imitatif. C'est cette dernire dnomination qui nous est
-reste avec une modification bien lgre.
-
-Mnage ne devait pas dire que _coq_ venait de _clocitare_, d'o est fait
-_closser_, mais plutt que ces mots venaient d'un type commun qui est le
-chant du _coq_.
-
-COQUE, mot cr pour reprsenter l'enveloppe de l'oeuf, pourrait bien
-driver du nom de l'animal, de l'Onomatope de son chant. La poule
-entonne son chant favori l'instant o elle vient de pondre. _Coq-coq_,
-suivant Leroux, exprime le bruit que fait la poule quand elle pond.
-Cette tymologie me parat plus naturelle que celle qu'on attribue ce
-terme quand on le fait venir _ concha_. _Coquille_ se dit aussi chez
-nous pour _coque_, mais c'est une terminaison diminutive, familire
-notre Langue.
-
-COQUETTERIE, et les mots qui se rapportent cette ide, sont employs
-figurment par allusion aux moeurs du _coq_, son inconstance et ses
-amours. En effet, soit que nous l'ayons appel _gal_ comme dans le vieux
-langage, soit que nous l'ayons appel _coq_ comme aujourd'hui, on peut
-suivre facilement cette double drivation, dont les rapports, tout
-curieux et tout piquans qu'ils sont, ont cependant, je crois, chapp
-tous les Etymologistes. _Galend_ signifiait orn, enrichi, embelli,
-comme dans ces vers du roman de la Rose:
-
- Belle fut et bien ajuste;
- D'un fil d'or toit _galende_.
-
-_Gallois_ se prenait pour agrable et lger. Une belle, une franche
-_Galloise_, selon Rabelais et les Auteurs du mme temps, c'tait une
-femme veille et _coquette_.
-
- Et puis s'en vont pour faire les _galloises_,
- Lorsque devroyent vacquer en oraison.
-
-_Galeur_ ou _Galeure_ a un sens analogue dans Coquillard:
-
- _Galeures_ portent escrevices
- Et velours pour tre mignons.
-
-Villon se sert du mot _galer_, pour, se rjouir, et passer agrablement
-la vie.
-
- Je plains le temps de ma jeunesse
- Auquel ay plus qu'en autre temps _gal_.
-
-_Gaillard_ et _Galant_ nous restent encore.
-
-Les drivs du mot nouveau sont plus aiss retrouver, et frapperont
-tout le monde. Remarquons seulement qu'ils remontent au premier emploi
-du mot _coq_, et qu'on les croirait invents simultanment, tant
-l'extension en fut naturelle. Il y a plusieurs sicles que le mot
-_coquardeau_, dsignant un jeune homme tourdi et _coquet_ qui dbute
-dans le monde, se lisait dj dans _le blason des fausses amours_.
-
- Se ung _coquardeau_
- Qui soit nouviau
- Tombe en leurs mains;
- C'est un oiseau
- Pris au glueau
- Ne plus ne moins.
-
-Villon s'est servi de _quoquart_ dans la mme acception.
-
-COUCOU. Voici les Onomatopes quivalentes que d'autres Langues me
-fournissent.
-
-En hbreu _kaath_, _kik_, _kakik_, _kakata_, _schaschaph_; en grec
-_kokkus_, et par corruption _karkolix_, et _kakakoz_; en latin _cuccus_,
-_cuculus_; en italien _cuculo_, _cucco_, _cucho_; en espagnol
-_cuclillo_; en allemand _gucker_, _kuckuch_, _guggauch_, _guckuser_; en
-flamand _kockock_, _kockuut_; en anglais _kuckow_, _cucoo_; en turc
-_koukou_; en syriaque _coco_; en polonais _kukulka_, _kukawka_; en
-danois _kuk_, _gioeg kukert_; en catalan _cocut_, _cugul_; en vieux
-franais _coqu_; en Provence _coux_, _cocou_; en Sologne _coucouat_,
-pour indiquer le petit du _coucou_.
-
-Il n'y a point d'oiseau dont le nom ait t form aussi gnralement
-d'aprs son cri, et cela, peut-tre, parce qu'il n'y en a aucun dont le
-cri soit plus analogue aux modulations de la voix humaine; au reste, il
-est bon de dire, une fois pour toutes, que si la lettre _C_ prononce
-comme _K_, est l'initiale du nom d'un grand nombre d'oiseaux crieurs, et
-mme de certains que nous n'avons point nomms, parce que cette
-circonstance nous a paru trop faible pour constituer l'Onomatope; que
-si elle est la caractristique de leur _cri_; comme dans _cailletage_,
-_caquet_, _clappement_, _clossement_, _cluppement_, _croassement_; et
-que si cette observation peut s'tendre indistinctement toutes les
-Langues connues, c'est que le chant, ou plutt la clameur de ces
-animaux, est engendre par le claquement de la langue contre le palais,
-qui est la plus clatante de toutes les touches vocales, et que ce
-claquement produit la consonne dont il s'agit.
-
-COURLIS. C'est un oiseau que nous avons aussi nomm _curly_ et _turly_
-par imitation de son cri.
-
-Ce son naturel a produit beaucoup d'Onomatopes, l'_Elorios_ des Grecs,
-le _clorius_ des Latins, le _tarlino_ de la Pouille, le _caroli_ du
-Milanais, le _curlew_ des Anglais, le _greny_ des environs de Constance,
-le _turlu_ de Poitou, le _turluy_ et le _corleru_ des Picards, le
-_corlui_ des Normands, le _corlu_ des Bourguignons, le _corly_ et le
-_corlieu_ de nos anciens Naturalistes.
-
-M. de Buffon, qui je dois cette nomenclature, y joint des observations
-qui viennent trs-bien ce sujet. Les noms composs des sons imitatifs
-de la voix, du chant, des cris des animaux, sont, dit-il, pour ainsi
-dire, les noms de la Nature; ce sont aussi ceux que l'homme a imposs
-les premiers; les Langues sauvages nous offrent mille exemples de ces
-noms donns par instinct; et le got, qui n'est qu'un instinct plus
-exquis, les a conservs plus ou moins dans les idiomes des peuples
-polics, et surtout dans la Langue grecque, plus pittoresque qu'aucune
-autre, puisqu'elle peint mme en dnommant. La courte description
-qu'Aristote fait du _courlis_, n'aurait pas suffi sans son nom
-_Elorios_, pour le reconnatre et le distinguer des autres oiseaux. Les
-noms franais _courlis_, _curlis_, _turlis_, sont des mots imitatifs de
-la voix; et dans d'autres Langues, ceux de _curlew_, _caroli_,
-_tarlino_, s'y rapportent de mme; mais les dnominations d'_arquata_ et
-de _falcinellus_ sont prises de la courbure de son bec, arqu en forme
-de faulx. Il en est de mme y du nom _Numnius_ dont l'origine est dans
-le mot _Nomnie_, temps du croissant de la lune; ce nom a t appliqu
-au _courlis_, parce que son bec est -peu-prs en forme de croissant; et
-les Grecs modernes l'ont appel _macritimi_, ou long nez, parce qu'il a
-le bec trs-long, relativement la grandeur de son corps.
-
-On pourrait conclure de ces remarques qu'il y a deux espces
-d'Onomatopes ou de fictions de nom; les premires qui sont les
-Onomatopes naturelles, communes tous les peuples, parce qu'elles sont
-formes sur un son qui ne varie pas; les secondes, qui sont les
-Onomatopes locales, propres un seul idiome, parce qu'elles sont
-dtermines sur une figure ou un aspect des corps dont le signe est de
-convention. Ces deux riches familles de mots pittoresques sont la plus
-belle partie des Langues.
-
-CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER. Du bruit que fait la salive jete avec
-force hors de la bouche.
-
-Cette ide a t exprime dans les Langues par deux sons galement
-imitatifs, quoique fort distincts, l'un de l'autre. Du premier qui a
-servi de racine aux mots dont on s'occupe dans cet article, les
-Bas-Bretons ont fait _cranch_ qui signifie salive, et suivant Court de
-Gbelin, _craing_ qui signifie la mme chose, _craincher_, _cracheur_,
-et _crancha_, _cracher_, mais je suis port croire qu'il doit ces
-dernires expressions un autre vocabulaire. Les mots _excreare_ et
-_screare_ des Latins ont le mme type.
-
-Du second, les Latins ont fait _spuere_, _despuere_, _expuere_, les
-Italiens _sputare_, les Allemands _speien_, et les Anglais _spit_. Le
-son radical _puth_ a t souvent converti en interjection, pour marquer
-un mpris extrme, comme en ces mots tirs d'une mauvaise pice de
-Boursaut, intitule _le Portrait du Peintre_. C'est mal rpondre,
-_puth_, misrable critique!
-
-Il est presqu'inutile de dire que nos mots _conspuer_ et _pituite_ sont
-forms d'aprs cette dernire espce de son.
-
-_Cracher_, s'exprime en arabe par le mot _ghak_, et en hbreu par les
-mots _racac_ et _iarac_, qui sont encore des Onomatopes.
-
-CRAN. Incision ou entaille faite sur un corps dur. En celtique, _cran_,
-en latin, _crena_.
-
-ECRAN, meuble qui glisse sur des _crans_.
-
-CRAQUEMENT, CRAQUER. Du bruit que font des corps secs et durs qui se
-brisent.
-
-Letourneur dit dans sa traduction du _Jugement dernier_ d'Young:
-Avez-vous entendu ce _craquement_ effroyable dont tout le globe a
-retenti dans sa profondeur? C'est le fracas de l'Olympe et de l'Atlas
-tombans. Ce passage est d'une belle harmonie.
-
-* CRAQUETER s'est dit quelquefois au sujet d'une matire ptillante et
-trs-sche qui clate au feu, comme le sel ordinaire et les feuilles des
-arbres rsineux. Il n'est point ddaigner dans ce sens. Le pote
-Thophile en a fait un mauvais usage, quand il a dit qu'on entendait
-_craqueter_ le tonnerre. Le signe est trop petit pour l'ide.
-
-On ne se sert plus de _criquer_ et de _criqueter_ qui se prenaient
-autrefois dans un sens analogue. Les herbes sches _criquent_, dit
-Nicod. _Herbae aridae rixantur_. _Criqueter_, _digitis concrepare._
-
-CRESSELLE, CRECELLE, ou CRCERELLE. C'est un instrument de bois en usage
-dans quelques solennits, qui _bruit_ aigrement en tournant sur des
-crans durs et serrs. On a cherch par-tout l'tymologie de son nom,
-except dans le bruit qu'il produit, et dont elle est certainement
-tire.
-
-Ce mot n'est point tranger la posie, et Boileau s'en est
-agrablement servi dans ces vers imitatifs du Lutrin:
-
- Ils prennent la _cresselle_, et par d'heureux efforts
- Du lugubre instrument font crier les ressorts.
-
-CREX. Cri sinistre et frquent d'un oiseau qui en a pris son nom.
-
-CRI, CRIER. Je ne prends point ces mots comme imitatifs de la voix
-humaine ou de celle des animaux, mais comme des Onomatopes d'un bruit
-purement mcanique qui rsulte du frottement ou du brisement des corps.
-On se rappelle le superbe hmistiche du rcit de Thramne:
-
- L'essieu _crie_ et se rompt.
-
-M. Lalanne a fait un heureux emploi du mme mot dans ces vers du pome
-intitul _Les Oiseaux de la Ferme_:
-
- Qu'elle est lente leur gr, qu'ils la trouvent tardive,
- La main qui se refuse leur ardeur captive!
- Le doux bruit du loquet, long-temps importun,
- Vient enfin rjouir l'essaim emprisonn.
- Un verrou reste encor, qui, trois fois indocile,
- Trois fois tourne, en _criant_, sur la porte immobile.
-
-CRIAILLER, CRIAILLERIE, CRIAILLEUR, sont faits du mme son radical que
-les prcdens, et alongs d'une syllabe trs-ouverte, pour peindre la
-continuit fatigante d'un babil disputeur et hargneux.
-
- Dlivrez-moi, Monsieur, de la _criaillerie_,
- Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie.
-
-Notre bon Montaigne est, je crois, un des premiers qui aient fait usage
-de ce mot. La _criaillerie_, quand elle nous est ordinaire, passe en
-usage, et fait que chascun la mprise. Celle que vous employez contre un
-serviteur pour un larcin ne se sent point, d'autant que c'est celle
-mesme qu'il vous a vu employer cent fois contre luy, pour un verre mal
-rinc, ou pour avoir mal assis une escabelle.
-
-CRIOCRE, est le nom que les Entomologistes franais ont donn une
-famille d'insectes dont on trouve des espces sur le lys et sur
-l'asperge, et qui est remarquable par la proprit qu'ont les petits
-animaux qui la composent de produire un _cri_ assez aigu, au moyen du
-frottement de leur corselet contre l'origine des tuis.
-
-CRIC. C'est une machine compose d'une roue dente ou pignon qui se meut
-avec une manivelle, et qui roule en criant.
-
-* CRINCRIN. C'tait un instrument charg de grelots, dont il n'est parl
-que dans les _Fcheux_ de Molire:
-
- Monsieur, ce sont des masques
- Qui portent des _crincrins_ et des tambours de basques.
-
-Mnage, qui rapporte ce terme et cette autorit, n'hsite pas le
-regarder comme form par Onomatope.
-
-M. de Roujoux pense que le peuple donne au violon le nom de _crincrin_
-par allusion aux _crins_ qui forment l'archet; il croit qu'il pourrait
-bien en tre de mme de cet instrument qu'il prsume tre celui dont se
-servent encore les enfans pour imiter la grenouille, et qui est form
-d'un petit cylindre de carton ferm une de ses extrmits, et attach
-par un crin un bton autour duquel on le fait tourner pour produire du
-bruit. Le mot alors, selon M. de Roujoux, ne serait pas une Onomatope,
-puisque l'instrument aurait pris son nom de sa principale partie.
-
-* CRISSEMENT, CRISSER. Expressions hors d'usage. C'est l'action de
-grincer fortement les dents, et de tirer de leur frottement un son aigre
-et _strident_ qui offense l'oreille.
-
-_Crisser_, selon Borel et Monnet, c'est faire un bruit aigu et pre,
-comme les roues mal ointes.
-
-CROASSEMENT, CROASSER. Du cri lugubre et discord des corbeaux.
-
-Le nom mme du corbeau drive de loin du mme son primitif. Du _korax_
-des Grecs qui est une Onomatope, les Latins ont fait _corvus_, et
-d'aprs eux les Espagnols _cuervo_, et les Italiens _corvo_. La
-dnomination que nous avons adopte est encore moins naturelle,
-quoiqu'on puisse remonter sans effort son tymologie; mais il n'y en a
-point de plus singulirement corrompue que celles que la Langue
-allemande et la Langue anglaise ont substitues au _corvus_ des Latins,
-en retranchant bizarrement de ce mot la consonne initiale, et en faisant
-du reste par une mtamorphose capricieuse les noms insignifians de
-_rabe_ et de _raven_.
-
-Boileau crit quelque part:
-
- Sitt que d'Apollon un gnie inspir
- Trouve loin du vulgaire un chemin ignor,
- En cent lieux contre lui les cabales s'amassent;
- Ses rivaux obscurcis autour de lui _croassent_.
-
-Ce mot rauque tombe la fin du vers d'une manire singulire et
-inusite qui rend son effet plus nergique.
-
-CROC. Ce mot ne fut probablement d'abord que le signe factice du
-dchirement d'un corps saisi par un instrument aigu; et puis il devint
-par une extension trs-naturelle le nom de cet instrument, du _croc_ et
-du _crochet_.
-
-ACCROCHER, c'est saisir avec un _croc_, ou fixer avec un _crochet_.
-
-CROQUER. Du bruit que fait un aliment sec et difficile broyer, en se
-rompant sous la dent.
-
- Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espce!
- Est-ce un pch? Non, non, vous leur ftes, Seigneur,
- En les _croquant_, beaucoup d'honneur.
-
-Le mme La Fontaine a employ le mot de _croqueur_ que notre Langue a
-rebut:
-
- Un vieux renard, mais des plus fins,
- Grand _croqueur_ de poulets, un jour fut pris au pige.
-
-CROQUET, nom que l'on donne une espce de ptisserie trs-cassante, a
-la mme origine que les mots prcdens. Ils sont les uns et les autres
-du style familier.
-
-CROULEMENT, CROULER. Du retentissement sourd et profond des murailles
-qui s'affaissent, qui s'branlent, et qui tombent.
-
-CROULEMENT et S'CROULER qui ont un sens moins vif, sont cependant plus
-en usage.
-
-Le mot _croulement_ a t transport trs-nergiquement par Montaigne
-dans le style figur.
-
-Nos moeurs sont, dit-il, extrmement corrompes, et penchent d'une
-merveilleuse inclination vers l'empirement de nos loix et usages; il y
-en a plusieurs barbares et monstrueuses; toutes fois pour la difficult
-de nous mettre en meilleur tat, et le danger de ce _croulement_, si je
-pouvois planter une cheville nostre roe, et l'arrter en ce poinct,
-je le ferois de bon coeur.
-
-
-D
-
-DANDIN, DANDINER. Pasquier drive ces mots du terme factice _dindan_ qui
-exprime le bruit des cloches, parce que la marche d'un _dandin_, d'un
-homme hbt, d'un badaud qui chemine lentement et au hasard, en ne
-s'occupant que de choses vaines et communes, reprsente assez bien le
-mouvement des cloches branles.
-
-Cette dnomination s'est retrouve souvent dans le style satirique,
-tmoins Thenot _Dandin_, Perrin _Dandin_, Georges _Dandin_.
-
-DGRINGOLER. Terme bas qui est pris du bruit d'un corps qui roule d'une
-certaine hauteur.
-
-Voltaire a dit: Si deux ou trois personnes ne soutenaient pas le bon
-got dans Paris, nous _dgringolerions_ dans la barbarie.
-
-DRILLE. J'oserais conjecturer que ce mot a t fait du bruit que
-produisaient les pices d'une vieilles armure, qui, mal unies et agites
-au moindre mouvement, se choquaient les unes contre les autres. Par une
-de ces extensions qui sont familires toutes les Langues, et sur-tout
- la ntre, ce mot a signifi depuis un habit militaire en lambeaux,
-puis le soldat qui le portait, et finalement de mauvais haillons. Les
-traces de cette gnration existent encore, puisqu'il est conserv sous
-toutes ses acceptions.
-
-* DRONOS. Donner _dronos_ sur les doigts est une expression fort
-triviale que je trouve dans Rabelais. Le Duchat la regarde comme une
-Onomatope du bruit que rend un coup dur et retentissant; mais dans le
-cas o l'imagination des Lecteurs ne voudrait pas se prter
-l'explication qu'il plat au savant commentateur d'en donner, ils sont
-libres de la ranger parmi les mots sans nombre que cet Auteur a forms
-sans autre rgle que son caprice, vritables termes macaroniques, dans
-la construction desquels il n'a cherch qu' tre original et bizarre,
-et auxquels il s'est peu souci d'attacher un sens. Voil pourquoi un
-commentaire dans le genre de celui de M. Le Duchat, o l'on prtend tout
-expliquer, est une des entreprises les plus ridicules qu'on ait pu faire
-sur Rabelais.
-
-* DROUNE. Ce mot, tout aussi ddaign, signifie le havresac dans lequel
-les chaudronniers mettent leurs outils, dont le choc sonore semble
-articuler _dron_, _drin_, ou _drouin_.
-
-CHAUDRON, CHAUDRONNIER, seraient donc des Onomatopes tires de cette
-racine.
-
-En anglais, un _drouneur_ ou _chaudronnier_ qui porte la _droune_,
-s'appelle _tinker_, autre Onomatope aussi tire du tintement des mtaux
-dont il est charg.
-
-
-E
-
-EBROUER. Onomatope assez prcieuse, qui reprsente l'action d'un cheval
-ardent, soufflant avec force pour chasser l'humeur qui l'incommode, et
-pour reprendre facilement haleine.
-
- _Tum si qua sonum procul arma dedre,
- Stare loco nescit, micat auribus, et tremit artus,
- Collectumque premens, volvit sub naribus ignem._
-
-Il n'y aurait peut-tre rien de comparable cet admirable passage des
-_Gorgiques_, si on ne lisait pas dans Job:
-
-Est-ce vous qui avez donn au cheval sa force et sa beaut? Le
-ferez-vous bondir comme la sauterelle, lui, qui du souffle si fier de
-ses narines, inspire la terreur? Il se rit de la peur; il s'agite, il
-frmit, il frappe du pied la terre, et l'enfonce. Ds qu'il entend le
-son de la trompette, il dit: courage! Il sent l'approche de l'arme, et
-joint ses hennissemens aux cris confus des soldats.
-
-On reconnatra facilement dans les deux Potes les images dont le mot
-_brouer_ est l'expression elliptique.
-
-CLAT, CLATER. Du bruit d'un corps dur qui se divise avec violence
-quand on le crve, quand on le fend, quand on le brise.
-
-Il y a long-temps que les Glossateurs et les tymologistes ont reconnu
-que ces mots taient faits du son que rend le bois, par exemple, quand
-on le met en pices, comme cela se remarquait au brisement des lances
-dans les tournois. On lit au deuxime livre d'Amadis: Adonc baissrent
-leurs lances, et donnans des esperons leurs chevaux, coururent l'un
-contre l'autre de si grande roideur, que leur bois vola en _esclats_.
-
-Les Grecs ont dit _klao_ pour _frango_, et de l, chez les Latins, un
-clat de bois s'est quelquefois appel _clasma_. _Clao_ signifiait en
-celtique une espce de ferrement, et le bruit qu'il rendait sous le
-marteau.
-
-Cette racine passant au figur par catachrse ou extension, a enrichi
-nos vocabulaires de beaucoup de termes. Elle a fourni aux Langues
-gothiques le mot _cla_ ou _cala_, _crier_, dont il est facile de suivre
-les nombreuses drivations.
-
-_Clabaud_, qui est compos de ce mot et du latin _boare_ ou _baubare_, a
-t pour, chien, et figurment pour, un parleur insupportable.
-
-_Clabauder_, est encore pris quelquefois en ce sens dans un style
-trs-bas.
-
- Que deviendrai-je, entendant les Libraires
- Me _clabauder_ et crier de concert,
- De, Monsieur, achetez Boisrobert!
-
-_Clamer_, qui signifiait nommer haute voix, appeler avec _clat_, est
-totalement rejet par notre Langue, qui a cependant conserv tous ses
-composs. Il tait toutefois difficile remplacer en certaines
-occasions.
-
- C'est elle qui a tant de pris
- Et tant est digne d'estre ame
- Qu'el' doit estre rose _clame_.
-
-GUILLAUME DE LORRIS.
-
-_Clameur_, _Acclamation_, et les autres expressions de cette famille
-n'ont rien perdu dans l'usage. On disait autrefois _clamours_, comme
-dans ces vers de Marot:
-
- Tous plerins doivent faire requtes,
- Offrandes, voeux, prires et _clamours_.
-
-Le mot _clisser_, pour, faire jaillir des _clats_ de boue, a cess
-d'tre franais.
-
-CLABOUSSER, Onomatope mixte, compose d'_clat_ et de _boue_, lui a
-t substitu.
-
-CLOPP. Je crois que c'est le seul mot qui nous reste de cette racine,
-qu'on peut croire forme par imitation du bruit ingal et lourd de la
-marche d'un boiteux.
-
-Rabelais a dit _cloper_; et, _clopiner_ se trouve dans des Auteurs d'un
-style assez pur. J'ai lu _clanpin_ dans des mmoires de la fin du
-dix-septime sicle, o l'on dsignait ainsi le duc du Maine.
-
-_Claudicare_, qui signifiait boiter chez les Latins, n'aurait-il pas la
-mme origine; et de l n'aurait-on pas fait le nom de la _cloche_, parce
-que son mouvement ressemble la marche des boiteux? Ce qu'il y a de
-certain, c'est qu'on dit encore _clocher_ pour _boiter_, et qu'on
-appelle vulgairement _cloche_, une espce d'ampoule qui survient aux
-pieds d'un homme fatigu, et qui le fait _clocher_.
-
-* CLOPIN, CLOPANT, est un mot factice, construit par Onomatope du pas
-des boiteux. La Fontaine s'en est servi dans la fable du _Pot de terre
-et du Pot de fer_.
-
- Mes gens s'en vont trois pieds
- _Clopin clopant_ comme ils peuvent,
- L'un contre l'autre jets
- Au moindre hoquet qu'ils treuvent.
-
-CRASER. Ce mot est engendr par un son analogue celui qui a produit
-le mot _clater_, mais qui reprsente un brisement moins simultane, et
-c'est pour cela qu'il est along par la consonne roulante.
-
-Le cri de la craie qui se rompt et qui se pulvrise sous le pied,
-reproduit fort distinctement cette racine.
-
-Les Chaldens ont dit _kras_, et les Grecs plus vivement encore
-_katatripsis_ pour _obtritus_, _crasement_. Ce dernier mot n'est pas
-franais.
-
-Si l'on veut s'assurer de la vrit de cette tymologie, qu'on ouvre au
-mot _craser_ le dictionnaire de l'Acadmie; on y verra entr'autres
-usages de ce mot: _craser des groseilles, du verjus_. On _crase_ donc
-des bayes sches, tendues, rcalcitrantes. On n'_craserait_ pas des
-fruits tendres et pulpeux. D'o vient cette diffrence? Elle est l'effet
-du son produit par l'action d'_craser_, qui est pre, aigu dans le
-premier cas, mousse et presque muet dans le second.
-
-CROU. L'_crou_ est une pice de bois ou de fer qui a un trou
-correspondant la grosseur d'une vis qui s'y introduit, et y tourne
-avec un bruit dsagrable.
-
-L'_crou_, qui est un acte d'emprisonnement, est une figure de celui-ci.
-
-La consonne roulante marque les efforts et le cri de la vis dans les
-crans presss o elle s'embote; et dans _clou_, qui est une Onomatope
-assez douteuse, le son est bref et net, parce qu'on le _fiche_
-brusquement, et qu'il produit un bruit indcomposable et immodul.
-
-GRISER. Oter les parties brutes d'un diamant en le frottant contre un
-autre.
-
-Le bruit agaant de ce frottement, semblable celui d'un verre que le
-diamant du vitrier divise, ou qu'on fait grincer en le grattant de
-l'ongle, a servi de racine cette Onomatope.
-
-ENFLER, ENFLURE. Onomatopes composes de la prposition, et du bruit de
-l'haleine chasse avec effort.
-
-_Enfler_, s'est dit d'abord pour, l'action de emplir d'air un corps vide
-et flasque, jusqu' ce qu'il ait acquis un certain degr de tension;
-puis, _enfl_, s'est dit en gnral de tous les corps qui ont une
-grosseur inusite ou accidentelle.
-
-Les Latins disaient _inflare_ qui a la mme racine et la mme valeur.
-
-GONFLER, que nous avons de plus qu'eux, est peut-tre plus imitatif,
-parce qu'il est plus emphatique, et qu'on ne peut le prononcer sans une
-assez forte mission du souffle.
-
-ESCOPETTE, ESCOPETTERIE. Du bruit clatant des mousquets.
-
-Ce mot a donn lieu au plus ridicule des vers factices:
-
- _Schiopettus tuf taf: bom bom colubrina sboronat._
-
-L'escopette perce l'air avec ses _tuf taf_, et la coulevrine avec ses
-bom bom.
-
-Perse avait dit _sclopus_, pour, le son que rend la bouche, quand on
-frappe sur les joues gonfles d'air:
-
- _Nec sclopo tumidas intendis rumpere buccas._
-
-De l le diminutif macaronique _schiopettus_ et le franais _escopette_,
-qui sont des Onomatopes formes sur un son de la mme espce. C'est
-l'opinion de Paradin et de Polydore Virgile.
-
-TERNUEMENT, TERNUER. L'_esternuement_, qui vient de la tte; tant
-sans blme, dit Montaigne, nous lui faisons un honneste accueil. Ne vous
-mocquez pas de cette subtilit; elle est d'Aristote.
-
-Nous disions beaucoup mieux _esterner_, parce que ce mot ainsi prononc
-conservait le son radical dans toute sa valeur, et s'cartait moins des
-analogues qu'on lui connat dans d'autres Langues.
-
-
-F
-
-FANFARE. La plupart des instrumens vent sont caractriss par la
-lettre F, parce que cette consonne produite par l'mission de l'air
-chass entre les dents, est l'expression du soufflement ou du
-sifflement. De l, _fanfare_, qui est un chant de trompette.
-
-Rabelais en avait fait le verbe _fanfarer_, que je ne me souviens pas
-d'avoir vu ailleurs.
-
-FIFRE. La voyelle resserre entre deux lettres trs sifflantes, donne
-une ide trs-juste du bruit aigu de cet instrument, et la dsinence
-roulante marque son clat un peu rauque.
-
-Les Allemands l'ont nomm _pfeifer_ par analogie l'Onomatope
-_pfeifen_ qui signifie _siffler_. Cette dnomination a t exactement
-transporte dans notre Langue et dans la plupart des autres. Nous avons
-mme dit _pifre_, comme en ce passage de la traduction d'_Amadis_ par
-Gabriel Chapuis. Plusieurs sont des _pifres_ et autres instrumens. Et
-en cet autre de Rabelais: Puis soubdain retourne, et nous asseure avoir
- gausche descouvert une embuscade d'andouilles farfelus, et du coust
-droict demi-lieue loing de l, ung gros bataillon d'aultres puissantes
-et gigantales andouilles, le long d'une petite colline furieusement en
-bataille, marchantes vers nous au son des vzes et piboles, des guogues
-et des vessies, des joyeulx _pifres_ et tabours, des trompettes et
-clairons.
-
-FLACON. Du bruit de la liqueur verse hors du _flacon_, et qui tombe de
-quelque hauteur dans un vase sonore. Il est du moins certain qu'on n'a
-dcouvert aucune autre tymologie raisonnable de ce mot, et que
-l'unanimit avec laquelle tant d'idiomes l'ont admis, donne lieu de
-penser qu'il n'a pas t form au hasard. Les Espagnols ont dit
-_flascon_, les Italiens _fiascone_, les Allemands _flasche_, les
-Flamands _flesche_, les Polonais _flasha_, les Bohmiens _flasse_, les
-Hongrois _palassk_, et les Anglais _flagon_.
-
-Une observation qui donne du poids cette conjecture, c'est que
-_flacquer_ s'est dit autrefois pour, vuider son verre, en jetant les
-liqueurs qu'il contient. La Bruyre en fournit un exemple dans ce
-passage. S'il trouve qu'on lui a donn trop de vin, il en _flacque_
-plus de la moiti au visage de celui qui est sa droite, et boit le
-reste tranquillement. De l,
-
-FLACQUE D'EAU, l'eau que l'on _flacque_, ou que l'on jette contre
-quelque chose,
-
-FLAQUE D'EAU, mare croupissante et de si peu d'tendue, qu'il semble
-qu'on l'ait _flacque_ l'endroit o elle est,
-
-FLASQUE, adjectif qui s'est dit d'abord d'une chose amollie par
-l'humidit, et particulirement d'un linge mouill qui produit, quand on
-le soulve et qu'on le laisse retomber sur lui-mme, le bruit de l'eau
-qu'on _flacque_ terre. Cette dernire expression drive secondairement
-du _flaccidus_ des Latins qui a t immdiatement fait du bruit naturel.
-
-FLANQUER. Du bruit d'un coup violent, le peuple a fait le mot factice
-_flan_ pour le reprsenter, et le verbe _flanquer_ pour, donner un coup
-dont le son est exprim par _flan_.
-
-Ces termes sont de la plus basse trivialit.
-
-FLCHE. Mot factice form sur le son de la _flche_ chasse de sa corde,
-et qui fuit en sifflant. C'est l'opinion de Nicod, du temps duquel on
-disait encore indiffremment _flche_, _flic_, ou _flis_.
-
-En espagnol, c'est _flecha_, en allemand _pfeil_, en anglo-saxon _fla_.
-
-Les Italiens ont aussi _freccia_, mais plus communment _satta_, du
-_sagitta_ des Latins[1], qui nous a fourni _sagette_, et qui a du
-rapport avec la _zagaye_ des Maures et de quelques nomades.
-
-Le mot _psi_ est une autre Onomatope du bruit de la _flche_, dont il
-reste peu de composs dans les Langues; mais il est remarquer que les
-Grecs en ont fait une de leurs lettres qu'ils ont reprsente
-hyroglyphiquement sous la figure d'une _flche_ empenne, ou d'un trait
-appuy sur son arc.
-
-FLEUR. Du bruit que fait l'air aspir par l'organe qui recueille les
-parfums de la _fleur_.
-
-FLAIRER, en est form par mtonimie. Cette tymologie laisse d'autant
-moins de doutes, qu'on a dit autrefois _fleurer_. Molire s'en est servi
-dans ce vers d'Amphitrion:
-
- Impudent _fleureur_ de cuisine,
-
-pour dsigner un parasite. Le nom de M. _Fleurant_ qu'il a employ dans
-le _Malade imaginaire_, est tir du mme verbe, dans la mme
-construction.
-
-Cette racine est propre caractriser en gnral tous les termes qui
-figurent des manations douces, des formes ondoyantes, des mouvemens
-caressans, comme _flamme_, qui est un corps impalpable et tenu, que le
-vent agite et balance; _flatter_, qui est une action gracieuse au propre
-et au figur; _flchir_, qui se dit en parlant de l'inclinaison molle et
-lgre d'un corps souple, comme les jeunes plantes et les roseaux; et
-beaucoup d'autres expressions de la mme espce, sur lesquelles je ne
-m'arrterai pas davantage, et que je ne classerai point leur rang
-alphabtique, parce qu'elles me paraissent trop loignes de leur type.
-
-FLOT.
-
-FLEUVE, FLUX, FLUIDES, choses qui _fluent_.
-
-Du bruit des liquides qui s'coulent. Cette racine se retrouve dans
-presque toutes les Langues.
-
-AFFLUENCE, a signifi originairement le concours des _flots_, le _flux_
-des grandes eaux, la runion de plusieurs _fleuves_ qui _fluent_
-ensemble vers un mme but, et figurment l'action de survenir en grand
-nombre, et d'aborder dans le mme lieu; mais on ne le prend plus que
-dans sa dernire acception.
-
-_Flon_, se disait dans le vieux langage pour un petit _fleuve_, ou
-ruisseau.
-
- Glorieux _flon_, glorieuse ve,
- Qui lavaz ce qu'Adam et Eve
- Ont pour leur pechi ordoy.
-
-Sur quoi je ferai remarquer en passant qu'il rsulte de cette citation
-qu'on a dit autrefois _ve_ pour eau en franais, et que ce mot _ev_
-signifiait, boire ou avaler, en celtique. Voyez au mot _biberon_.
-_Afon_, _avon_, dont _amnis_ parat driv, reprsentait dans la mme
-Langue l'ide que nous attachons ce mot latin, un fleuve, une rivire
-rapide.
-
-* FLOFLOTTER, qui est tout--fait perdu, est cependant une assez
-heureuse Onomatope du choc des flots en rumeur.
-
-Dubartas a crit _le floflottant Nre_, et c'est, je crois, ce qui a
-fait dire Pasquier au huitime livre de ses recherches: _Floflotter_
-est mis en usage par les potes de notre temps pour reprsenter le heurt
-tumultuaire des _flots_ d'une mer, ou grande rivire courrouce.
-
-Je ne sais personne, au reste, qui ait employ ce terme depuis Pasquier,
-si ce n'est l'extravagant pote Desmarets dans sa comdie des
-_Visionnaires_, o il le donne pour pithte au _fleuve_ Nre, comme
-avait fait Dubartas.
-
- Dj de toutes parts j'entrevois les brigades
- De ces Dieux chvre-pieds et des folles Mnades
- Qui s'en vont clbrer le mystre orgien
- En l'honneur immortel du pre Bromien.
- Je vois ce cuisse-n suivi du bon Silne
- Qui du gosier exhale une vineuse haleine,
- Et son ne fuyant parmi les Mimallons
- Qui les bras entirss courent par les vallons.
- Mais o va cette troupe?... Elle s'est gare
- Aux solitaires bords du _floflottant_ Nre.
-
-FLOU. Ce mot se dit en Peinture, et surtout dans la mauvaise cole, d'un
-tableau dont le coloris est doux, tendre, et comme soyeux et velout. Il
-est donc driv du son molleux d'une toffe prcieuse, faiblement
-froisse avec la main. Dans le _Charles Ier._ de Wandick, on croit
-entendre le _flou_ du satin.
-
-Au reste, on se sert ordinairement pour fondre les couleurs, pour les
-noyer, les dpouiller de leur scheresse, et amollir leurs nuances,
-d'une petite brosse de soies lgres, qu'on passe dlicatement sur ce
-que le pinceau a touch, et dont on effleure la toile avec tant de
-prcaution, qu'il semble qu'on la caresse. Cette opration est
-accompagne d'un petit bruit qui est peut-tre devenu par analogie le
-nom de cette manire de peindre.
-
-FLTE. Du _flare_ des Latins qui est une Onomatope du souffle. La douce
-mission du son qui flue en quelque sorte par les trous de la _flte_, a
-dtermin le nom de cet instrument.
-
-Les Italiens ont dit _flauto_, les Espagnols _flauta_, les Allemands
-_floete_, les Anglais _flute_, et les Celtes _flehut_. Cette conformit
-de dnominations, qui n'est fonde sur aucune autre tymologie
-apparente, vaut une dmonstration.
-
-J'ajouterai que les Orientaux appellent une _flte_, _avuv_, et les
-Tatiens, _evuvo_. C'est l'aspiration de la Langue celtique _av_ ou
-_ev_. Remarquez aussi que le _v_ se prononce sur la mme touche que
-l'_f_ qui n'est qu'un _v_ fort. Les Hbreux prononaient _vau_ pour _f_;
-les Allemands prononcent, au contraire, _faou_ pour _v_. Il rsulte de
-l que le mot _avuv_ des Orientaux, et le mot _evuvo_ des Tatiens, ont
-la mme construction que le mot _fifre_, et prsentent comme lui un son
-vocal aigu resserr entre deux dentales. Ils en diffrent par
-l'intonation qui est moins brusque, par la dsinence qui est plus pleine
-et plus harmonieuse, et par l'adoucissement des consonnes
-caractristiques. _Avuv_ ou _evuvo_ reprsentent donc trs-bien une
-_flte_, un fifre doux.
-
-Le _syrinx_ des Grecs est aussi une Onomatope, mais qui tient la
-mlope primitive, et au son plus aigre des simples roseaux.
-
-FRACAS, FRACASSER. D'un bruit clatant et prolong qui est occasionn
-par une destruction violente ou par un phnomne naturel, comme le
-_fracas_ de la foudre qui tombe, le _fracas_ des cataractes, et le
-_fracas_ des volcans.
-
-Quinaut a suprieurement dit dans ces vers d'une belle harmonie
-imitative:
-
- Que le bruit, que le choc, que le _fracas_ des armes
- Retentisse de toutes parts!
-
-FREDON, FREDONNER. En chassant l'air de la bouche, avec un roulement
-press de la langue, et un petit frmissement des lvres, on produit le
-bruit sourd ou le chant confus que ces mots expriment. Guichard a
-rencontr assez heureusement, quand il les a drivs du _fritinnire_ des
-Latins, excellente Onomatope qui a la mme racine, et qui avait t
-faite pour reprsenter le murmure des hirondelles.
-
-FRELON. Du bourdonnement des ailes de cet insecte, on a fait son nom
-franais. Les Latins ont dit _crabro_, et les Espagnols _tabarro_, qui
-sont d'autres Onomatopes.
-
-FRMIR, FRMISSEMENT. On ne peut se tromper sur le son radical de ces
-mots, qui se reproduit dans tant d'occasions, soit qu'il se forme de
-l'agitation rapide des lvres dans le _frmissement_ de la fivre et
-dans celui de la peur, soit qu'il paraisse maner des feuillages mus,
-des herbes fouettes par le vent, des eaux qui murmurent sur les
-cailloux.
-
-FRISSON, FRISSONNEMENT, qui sont des _frmissemens_ d'une espce
-particulire,
-
-FRAYEUR, EFFROI, sentiment qui excite le _frisson_,
-
-FROID, sensation physique dont l'effet est le mme, sont autant
-d'expressions qui se rapportent cette racine, et sur lesquelles je ne
-reviendrai pas ailleurs.
-
-FRETILLER. Pour exprimer un mouvement trs-vif et trs-rapide, comme
-celui d'un petit poisson suspendu la ligne, et pour reprsenter le
-bruit dont il est accompagn.
-
-FRETIN, c'est le nom qu'on donne au petit poisson qui _fretille_.
-
- Un carpeau qui n'tait encore que _fretin_,
- Fut pris par un pcheur au bord d'une rivire.
-
-Et ailleurs:
-
- Un rieur tait la table
- D'un financier, et n'avait en son coin
- Que de petits poissons; tous les gros taient loin.
- Il prend donc les menus, puis leur parle l'oreille;
- Et puis il feint la pareille
- D'couter leur rponse; on demeura surpris,
- Cela suspendit les esprits.
- Le rieur alors d'un ton sage
- Dit qu'il craignait qu'un sien ami
- Pour les grandes Indes parti
- N'et depuis un an fait naufrage.
- Il s'en informait donc ce menu _fretin_;
- Mais tous lui rpondaient qu'ils n'taient point d'un ge
- A savoir, au vrai, son destin;
- Les gros en sauraient davantage.
-
-FRIRE. Du ptillement de l'huile bouillante quand on y plonge un corps
-froid pour le faire _frire_.
-
-Cette Onomatope se retrouve dans toutes les Langues.
-
-Observez que le grec _frugo, frughios_ (_torreo, torridus_), dont le son
-a tant d'analogie avec celui sur lequel ce mot est form, a fourni le
-nom de l'_Afrique_ et de la _Phrygie_, pays de feu. Je dois cette
-remarque M. de Cambry, dont l'immense rudition a enrichi la science
-des Langues de tant d'heureuses dcouvertes.
-
-FRISER. Pour rouler les cheveux, on les presse avec un fer chaud qui les
-dessche et qui les crispe. C'est du petit bruit avec lequel ils se
-retournent sur eux-mmes, qu'on a fait le mot _friser_.
-
-_Friser_ se prend aussi pour, effleurer un objet, pour, en passer si
-prs que le bruit du frottement se fait lgrement entendre.
-
-FROISSEMENT, FROISSER. Belles expressions qui reprsentent ordinairement
-le cri d'une toffe ferme que l'on presse avec quelque force; mais qu'on
-a tendues d'autres significations, et qui peuvent s'appliquer plus ou
-moins toutes sortes de ruptures et de brisemens.
-
-Il est certain qu'elles ont t formes d'aprs le son naturel, et je
-n'en atteste que les Auteurs mme qui ont cherch ailleurs leur
-tymologie. Ils remarquent qu'on dit _froisser_ du damas et du satin. On
-ne le dirait pas d'une toffe douce et lgre qui cde sans bruit sous
-la main. On la chiffonne, on ne la _froisse_ pas. _Froisser_ est donc un
-mot imitatif, une vritable Onomatope.
-
-On dit vulgairement le _froufrou_ d'une robe de satin, d'un vtement de
-taffetas, et ce mot factice est la racine de ceux-ci.
-
-FRLER, pour, friser, effleurer un corps.
-
-_Frler_ une robe de taffetas, c'est la faire crier en passant.
-_Frlement_, pour reprsenter ce bruit, est un mot pittoresque et vrai,
-mais hasard.
-
-_Freler_, qui est de cette famille, s'emploie dans la Langue du peuple,
-en parlant d'une matire de peu de consistance, comme les cheveux et la
-barbe, ou le poil, la laine et les plumes des animaux, qui, peine
-_frls_ ou effleurs par le feu, se retirent en rendant un son faible
-et rapide dont ce verbe parat form.
-
-FRONDE. Une corde qui sert lancer les pierres avec violence, les
-faire dchirer l'air avec bruit et de manire ce qu'elles en tirent un
-frmissement long, retentissant et sonore, dont on peut exprimer l'effet
-par le mot qui fait le sujet de cet article.
-
-Les Grecs ont dit _sphendon_, les Latins _funda_, les Italiens
-_fromba_, _fronda_ et _frondola_. L'_e_ muet qui termine sourdement
-cette Onomatope dans notre Langue, et qui figure la dsinence d'un
-bruit mourant, la rend prfrable toutes les autres. J'en excepte
-cependant l'nergique _sling_ des Anglais, qui est le terme le plus
-pittoresque que l'on ait attach cette ide.
-
-Dans le pays de Lon, _fromm_ exprime le bruit que fait une pierre jete
-avec une _fronde_. _Fromm a-ra ar-maen_, la pierre bruit. C'est le
-_rombo_ des Italiens, et le _bromos_ des Grecs.
-
-FROTTEMENT, FROTTER. Le son radical de ces mots est propre, comme on
-peut le voir, tous les froissemens, tous les frmissemens de la
-nature; il convient galement pour exprimer l'action que ces termes
-figurent, et il rappelle trs-bien le bruit dont elle est ordinairement
-accompagne.
-
-FROUER. Un soufflement tremblotant de la chouette a servi de type
-cette Onomatope, qui est d'usage parmi les chasseurs pour indiquer
-l'action de siffler la pipe, ce qui se fait communment en plaant
-entre les lvres une feuille ploye qui touffe le son, et qui le
-module.
-
-
-G
-
-GALOP, GALOPER. Nicod conjecture trs-plausiblement que ces mots sont
-faits par Onomatope du bruit des chevaux qui _galopent_; mais je ne
-saurais convenir avec lui et avec certains Etymologistes qui ont partag
-son opinion, que le mot _haquene_ ait t immdiatement form sur une
-racine naturelle de la mme espce. Le _haca_ des Castillans, et le
-_faca_ des Aragonais dont on le fait driver, descendent probablement
-comme lui du latin _equus_, qui a produit _equina_, et en vieux franais
-_haquet_ et _haquene_. Coquillard a dit:
-
- Sus, sus, allez vous en, jaquet,
- Et pansez le petit _haquet_,
- Et lui faites bien sa litire.
-
-C'est aussi l'opinion de Mnage.
-
-GARGARISER, GARGARISME. Cette Onomatope est purement grecque,
-_gargarizo_, _gargarismos_. Elle est forme du bruit d'un remde liquide
-dont on se lave la bouche et l'entre du gosier. Les Grecs disaient
-aussi, dans un sens assez analogue, _gargalisein_, et _gargalismos_,
-_titillare_, _titillatio_.
-
-Elle est d'ailleurs commune la plupart des Langues. En hebreu,
-_garghera_ signifiait le _gosier_; il se dit _gargareon_ en grec, et
-_gorzaillen_ en celto-breton: la mme initiale caractrise encore assez
-universellement, et avec peu de modifications, les noms qu'on a donns
-cette partie, soit chez les Latins qui l'appellent _jugulum_, soit chez
-les Italiens qui l'appellent _golla_, soit chez les Allemands qui
-l'appellent _khle_ ou _ghle_, soit chez les Espagnols qui l'ont
-appele _garganta_. Rabelais n'a fait que transporter en espagnol le nom
-de son _grandgousier_, pour en faire celui de _Gargantua_, qu'il s'amuse
- expliquer autrement par un quolibet. Le nom mme de _gargamelle_ se
-prend pour la gorge ou le gosier, dans la Langue du peuple, et
-Hauteroche l'a employ cet usage.
-
-On disait autrefois _esgargat_ de crier, d'un homme qui avait une
-extinction de voix.
-
-* GARGOUILLE. _Gargouille_, dit Nicod, est ce petit canal de pierre ou
-d'autre chose, issant en forme de couleuure ou d'autre beste, hors
-d'oeuvre, au dessous des couuertures des glises, et tels autres
-bastimens pour jetter au loing l'eae pluviale qui en descend. Le nom
-est par Onomatope du _gargouillis_, et bruit que l'eae fait courant
-par telles _gargouilles_.
-
-Marot a pris ce mot pour grosses bouteilles desquelles le vin s'coule
-avec abondance, la manire de l'eau qui tombe des gargouilles, et avec
-un bruit pareil:
-
- Semblablement le gentil Dieu Bacchus
- M'y amena, accompagn d'andouilles,
- De gros jambons, de verres, de _gargouilles_.
-
-GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER. Ces mots sont tirs du chant des oiseaux,
-dont ils expriment assez bien l'harmonieux babillage, qui est le
-_susurrus_, le _garritus_, le _lene murmur_ des Latins. Mais employs
-jusqu' satit par nos Potes pastoraux, et cousus depuis deux sicles,
-aux plus misrables bouts-rims de la Langue, ils ont perdu toute leur
-grace et toute leur fracheur, et sont tombs dans la classe des lieux
-communs les plus fastidieux. Il y a certaines de ces expressions et de
-ces tournures qui, inventes d'abord par une riche imagination, et
-prostitues depuis tous les usages, sont devenues aussi fades et aussi
-importantes qu'elles taient autrefois vives et ingnieuses[2]. Avanons
-une ide vraie qui n'a que l'apparence d'un paradoxe. Un mchant
-crivain porte plus de dommage la Langue dans laquelle il crit que le
-plus beau gnie ne lui fait d'honneur. C'est la harpie qui souille tout
-ce qu'elle touche, et dans ses mains tout se fane et se dcolore.
-
-GEAI. En grec, _karakaxa_, en Latin ancien _garrulus_, et de l
-_garrire_, en latin barbare _gaius_, en espagnol _gayo_, _cayo_, en
-catalan _gaitg_, _gralla_, en italien _ghiandaja_, en allemand _jack_,
-en polonais _soika_, en sudois _not-skrika_, en anglais _jay, ia, ia_,
-en franais dans diffrens lieux et dans diffrens temps _jay_, _gay_,
-_jayon_, _gayon_, _jaques_, _jaquot_, _jacuta_, _girard_, _richard_,
-_gautereau_.
-
-Leur cri ordinaire est trs-dsagrable, dit M. de Buffon, et ils le
-font entendre souvent. Ils ont aussi de la disposition contrefaire
-celui de plusieurs oiseaux qui ne chantent pas mieux, tels que la
-cresserelle et le chat-huant. S'ils aperoivent dans le bois un renard
-ou quelqu'autre animal de rapine, ils jettent un certain cri
-trs-perant, comme pour s'appeler les uns les autres, et on les voit en
-peu de temps rassembls en force, et se croyant en tat d'en imposer par
-le nombre, ou du moins par le bruit. Cet instinct qu'ont les _geais_ de
-se rappeler, de se runir la voix de l'un d'eux, et leur violente
-antipathie contre la chouette, offrent plus d'un moyen pour les attirer
-dans les piges, et il ne se passe gures de pipe sans qu'on en prenne
-plusieurs; car tant plus ptulans que la pie, il s'en faut bien qu'ils
-soient aussi dfians et aussi russ. Ils n'ont pas non plus le cri
-naturel si vari, quoiqu'ils paraissent n'avoir pas moins de flexibilit
-dans le gosier, ni moins de disposition imiter tous les sons, tous les
-bruits, tous les cris d'animaux qu'ils entendent habituellement, et mme
-la parole humaine. Le mot _richard_ est celui, dit-on, qu'ils articulent
-le plus facilement.
-
-Ce mot se retrouve parmi les nombreuses Onomatopes dont le cri du
-_geai_ fournit la racine, et de la varit desquelles l'instinct
-imitatif de cet animal nous donne le motif.
-
-GLAPIR, GLAPISSEMENT. Mots forms d'un bruit aigu, perant, comme les
-aigres clats de la voix d'un animal qui n'est pas adulte, ou le fausset
-d'une voix discordante et d'un mauvais instrument. En grec _klagg_, et
-de l _clangor_.
-
-_Glatir_ et _Glatissement_, ont signifi la mme chose. En Picardie,
-_glay_ se dit pour un grand bruit ou pour un grand concours de voix.
-
-GLAS ou GLAIS, c'est le tintement _glapissant_ d'une cloche qu'on sonne
-pour un Ecclsiastique qui vient de mourir.
-
-GLISSER. Du bruit d'un corps qui parcourt rapidement la surface d'un
-corps _glissant_.
-
-GLACE, est un mot form du mme son naturel, parce que la glace offre
-une surface unie, lisse et _glissante_. En breton _clezr_, la _glace_,
-et _clezra_, _glacer_, dont _glisser_ peut bien tre fait.
-
-* GLOUGLOTTER. On a invent ce mot pour exprimer le chant du coq d'Inde,
-et cette innovation parat d'autant plus naturelle, que les Langues
-anciennes ne pouvaient fournir de terme qui prsentt la mme ide. Je
-ne vois pas cependant qu'il ait t mis en usage par aucun Ecrivain
-considr.
-
-GLOUGLOU. Mot factice qui se tolre aisment dans une chanson bachique,
-et qui imite merveille le bruit d'une liqueur qui s'coule par un
-canal troit.
-
-Madame Deshoulires a dit en parlant du vin:
-
- C'est un secours contre plus d'un tourment,
- Il n'en est point qui ne cde aisment
- Au doux _glouglou_ que fait une bouteille.
-
-On se rappelle le couplet de Sganarelle dans _le Mdecin malgr lui_:
-
- Qu'ils sont doux,
- Bouteille jolie,
- Qu'ils sont doux
- Vos petits _glougloux_.
- Mais mon sort ferait bien des jaloux,
- Si vous tiez toujours remplie!
- Ah bouteille ma mie,
- Pourquoi, vous videz-vous?
-
-_Bilbit amphora_, dit Dumarsais; c'est la petite bouteille qui fait
-_glouglou_.
-
-GLOUTON, GLOUTONNERIE. Un signe presque certain que tel mot est tir
-d'un son naturel, c'est sa reproduction dans un grand nombre de Langues.
-Ainsi, _glouton_ qui s'est dit _glous_ en vieux franais, s'est dit
-_glwth_ en celtique, _glout_ et _gloiet_ en breton, _gluto_ dans la
-basse latinit, _ghiottone_ en italien, et _gluttonous_ en anglais.
-
-Ces Onomatopes sont formes d'aprs le bruit que font les alimens,
-avidement _engloutis_ par un homme affam, et de l
-
-ENGLOUTIR, qui est d'une acception plus noble et plus tendue.
-
-GORET. C'est un nom du cochon, fait de son grognement. _Gronder_, se dit
-_gorren_ en Langue flamande.
-
-Le cochon s'est d'ailleurs appel en grec _khoros_, en georgien
-_gorri_, en latin _gorretus_, en italien _verro_. Sur ce dernier mot et
-sur notre mot _veyrat_, on se rappellera que l'initiale _g_ s'est
-souvent confondue avec le _v_ dans les Langues, et que cette diffrence
-ne peut constater deux espces d'tymologie.
-
-En vieux franais, la truie se nommait _gorrire_.
-
-L'auteur du Monde primitif prtend que du cri du cochon, animal
-naturellement bruyant, les Celtes avaient fait _gawri_, qui se prenait
-pour _clamare_. Je ne sais comment il a pu tomber dans cette erreur,
-moins qu'il n'y ait t induit par une faute d'impression ou une
-mauvaise criture, et qu'il n'ait cru lire _gawri_ dans le mot _garmi_
-ou _sgarmi_, dont c'est en effet le sens, et dont _garrire_ parat
-driver. Les _gawris_ ou _gawrics_ taient dans la religion des Celtes
-des esprits follets, des espces de _Dusii_ qui dansaient autour des
-monumens. Ce mot est form de _gawr_, gant, et du diminutif _ic_[3].
-Cela est fort tranger l'ide que nous attachons au mot _goret_.
-
-Le terme celtique qui signifie _cochon_, est une Onomatope prise de son
-grognement, _oc'h_, ou bien _ouc'h_, en observant que le _c'h_ est
-aspir, et se prononce d'une manire gutturale. Et de l, _coc'h_,
-_stercus_, dont le mot franais _cochon_ est incontestablement tir.
-
-GOULOT. Du _glouglou_ de la bouteille, c'est--dire, du bruit que fait
-le vin en traversant son _goulot_, on a fait ce dernier mot qui est fort
-peu en usage.
-
-Regnier a dit _goulet_ dans sa plaisante description des meubles d'une
-courtisane;
-
- Du blanc, un peu de rouge, un chiffon de rabat,
- Un balet, pour brusler en allant au sabat,
- Une vieille lanterne, un tabouret de paille
- Qui s'toit sur trois pieds sauv de la bataille,
- Un barril dfonc, deux bouteilles sur cu
- Qui disoyent sans _goulet_: nous avons trop vescu.
-
-La bouteille s'appelle en hbreu _bacbuc_, qui est une autre Onomatope
-du bruit qu'elle fait quand on la vide. C'est de l que la prtresse de
-la dive bouteille a pris son nom dans Rabelais.
-
-GOUTTE. Ce mot est form du son naturel, du bruit que produit un liquide
-qui tombe _goutte_ _goutte_.
-
- L'eau qui tombe _goutte_ _goutte_
- Perce le plus dur rocher.
-
-GRAILLEMENT, GRAILLER. _Graillement_ se dit du son d'un cor us, rompu,
-enrou, dont on se sert pour rappeler les chiens. C'est une nuance de
-_rlement_, ou plutt, c'est _rlement_ dont on a mouill l'_l_, et
-qu'on a prcd d'un son guttural et _criard_, pour exprimer l'aigreur
-de l'airain fl.
-
-GRATTER. Du bruit des griffes ou des ongles contre les corps dont ils
-attaquent la superficie. _Egratigner_ en est le diminutif.
-
-GRLE, GRLER. Un bruit sec, un peu aigre, un peu retentissant qui
-accompagne la chute de la _grle_, a dtermin son nom. Il faudrait pour
-en douter n'avoir jamais entendu la _grle_ frapper le verre en
-glissant, ou rouler sur l'ardoise qui rsonne, en la faisant rebondir.
-
-En latin, c'est _grando_, _grandine_ en italien, _granizo_ en espagnol,
-_grizill_ en celtique, o de la racine _grill_ se forment, en gnral,
-les noms des choses bruyantes.
-
-GRESIL, qui se dit d'une petite _grle_, fort menue et fort dure, est
-immdiatement tir de ce dernier mot.
-
-GRELOT. Petite boule creuse en mtal o l'on enferme quelques corps
-durs, et qui fait l'office de sonnette quand on l'agite.
-
-C'est le _crotalum_ des Latins, mais ce n'en est point une contraction,
-comme on l'a dit. _Grelot_ est un mot factice de la mme construction et
-de la mme racine que le _Drelin_ du _Malade imaginaire_.
-
-GRELOTTER, qui est l'action de heurter les dents quand on prouve un
-grand froid, en a t trivialement form, parce que ce choc imite celui
-des petits corps que contient le _grelot_.
-
-GRENOUILLE. Du rlement dsagrable et prolong de cet ovipare, les
-Latins ont fait _rana_, _ranula_, et mme _ranunculus_, qui est employ
-par Cicron. Ces mots sont devenus le type de la plupart de ses noms
-modernes, et entr'autres de celui que nous avons adopt, quoiqu'il en
-paraisse d'abord plus loign qu'aucun autre. Le _batracos_ des Grecs a
-eu moins de drivs.
-
-Il ne faut pas omettre que dans quelques-unes de nos provinces les mots
-_rane_, _raine_ et _rainette_ se prennent populairement pour
-_grenouille_. Or, si l'on pouvait douter que _rana_ ft form par le
-procd imitatif, j'ajouterais une remarque qui me parat dmonstrative;
-c'est que dans ces mmes provinces o _rainette_ signifie _grenouille_,
-ce mot a un homonyme aussi tranger que lui notre Langue, et qui se
-dit de l'instrument qu'on appelle plus rgulirement _cresselle_. Entre
-l'une et l'autre de ces expressions, et les bruits dont elles sont
-tires, la conformit est si frappante, que je ne crois pas qu'il y ait
-une identit d'tymologie plus claire et plus authentique.
-
-GRESILLEMENT, GRESILLER. On entend par _gresillement_ le ptillement
-d'un reste de parties grasses, qui se trouvent dans la peau, le vlin,
-le parchemin que l'on brle, et le froncement, le racornissement un peu
-bruyans qui l'accompagnent. Ces mots me paraissent trop bas pour devoir
-tre employs sans ncessit.
-
-GRIFFE. De _griffe_, qui est pris de l'raillement d'un corps plus ou
-moins solide, et particulirement d'une toffe sous les ongles pointus
-et recourbs d'un animal, on a compos,
-
-AGRIFFER saisir quelque chose avec les _griffes_,
-
-GRIFFER, dchirer d'un coup de _griffe_,
-
-GRIFFADE, blessure que les oiseaux ongls font avec leurs serres,
-
-GRIFFON, oiseau de proie fabuleux,
-
-GRIFFONNER, crire mal, dessiner grossirement,
-
-GRIFFONNAGE, criture incorrecte et illisible,
-
-* GRIFFONNEMENT, terme qui n'est point franais, mais qui est d'usage
-parmi les Artistes, pour signifier une esquisse la plume, ou mme un
-genre de gravure mis en rputation par Rembrandt et Romain Dehooge, et
-dont les traits confus et bizarres, mais chauds et hardis, ont l'air
-d'tre forms coups de _griffes_,
-
-GRIFFE, outil de serrurier ou de tourneur, qui a la forme d'une
-_griffe_, ou plutt qui en a l'usage.
-
-Cette Onomatope est commune beaucoup de Langues. On lit ce portrait
-de Cerbre au sixime chant de l'Enfer du Dante:
-
- _Cerbero, fiera, crudele e diversa,
- Con tre gole caninamente latra
- Sovra la gente, che quivi sommersa.
- Gli occhi a vermigli, e la barba unta, e atra,
- El ventre largo, e unghiate le mani.
- _Graffia_ gli spirti, gli scuoja, ed isquatra._
-
-GRIGNOTER. Ce mot se dit bassement de l'action de ronger lentement et
-avec quelque effort un aliment dur. De l,
-
-GRIGNON, morceau de pain sec et trs-cuit, qui crie sous la dent.
-
-Il est rare de voir employer _grignoter_ propos de mets doux et
-pulpeux, comme dans cet exemple qui est tir de M. de Parny:
-
- Une source dans ton verger
- Jaillit avec un doux murmure,
- Et son eau bienfaisante et pure
- Te dsaltre sans danger.
- La faim te presse et te fatigue?
- De ton figuier mange le fruit,
- Et ne va pas durant la nuit
- Du voisin _grignoter_ la figue.
-
-Cet exemple pourrait prouver aussi que le talent a le privilge de tout
-ennoblir, mais je ne crois pas que personne se hasarde en renouveler
-l'essai sur cette expression, assez justement ddaigne.
-
-GRUGER, qui se prend dans le mme sens, en est un augmentatif.
-
-GRILLON. Du petit tintement argentin qui caractrise cet insecte, et que
-les Entomologistes croient provenir de deux membranes, tendues en forme
-de tymbales, qu'il frappe vivement et presque sans relche.
-
-Le _grillon_ s'est nomm _grillos_ en grec, _grillus_ en latin, en
-espagnol et en italien _grillo_, en allemand _grille_, et en anglais
-_criket_.
-
-Les Mthodistes franais ont transport ce dernier nom imitatif une
-autre espce de coloptres qui a beaucoup de rapports avec la
-sauterelle, mais qui ne se fait remarquer par aucun bruit naturel que
-cette Onomatope puisse dsigner.
-
-GRINCEMENT, GRINCER. Du frottement convulsif et bruyant des dents, qui
-se fait entendre dans la douleur, la colre, la rage et le dsespoir.
-
-Les Allemands ont _greinen_, et les Italiens _digrignare_.
-
-Le _trismos_ des Grecs, qui a tant d'analogie avec notre mot
-_crissement_, est une belle Onomatope. Ils disaient aussi _grusein_,
-pour, _pousser des cris de douleur_, des cris accompagns de
-_grincemens_.
-
-Dans la belle description du Jugement dernier, qui se lit dans une des
-tragdies de Schiller, les rprouvs sont peints _grinant_ leurs dents,
-et les faisant bruire comme des dents de fer.
-
-L'Evangile dsigne en ces mots l'enfer et les tourmens des damns. _Ibi
-erit fletus et stridor dentium._ L seront les pleurs et les
-_grincemens_ de dents.
-
-GRIVE. M. de Buffon, en peignant le plumage de cet oiseau, dit que ce
-mot _grivel_ qu'on emploie ordinairement pour donner une ide de la
-varit de ses nuances, est visiblement form du mot _grive_, qui l'est
-lui-mme du cri de la plupart des oiseaux de ce genre.
-
-Mnage aperoit l'Onomatope dans le mot _grive_, et cependant il aime
-mieux la faire venir de son driv _grivel_. L'opinion de M. de Buffon
-n'en est pas moins incontestable.
-
-GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR. Ces expressions sont faites du cri du
-pourceau, et ont des quivalents de mme construction dans la plupart
-des idiomes connus.
-
-En grec _grull_, _grullismos_; et le porc, _grullos_; en latin
-_grunnitus_, _grunnire_.
-
-* GROGNARD, GROGNON, ne se disent point, quoique usits familirement
-par des crivains recommandables. Jean-Jacques Rousseau, en racontant
-une espiglerie qu'il fit dans son enfance une nomme madame Clot,
-ajoute que ce souvenir le fait encore rire, parce que cette voisine,
-bonne femme au demeurant, tait bien la vieille la plus _grognon_ qu'il
-et connue de sa vie.
-
-GROMMELER. Ce mot a rapport l'action de gronder sourdement et entre
-les dents. Il est fait d'un certain grognement des chiens hargneux.
-
-_Grumeler_, s'est pris dans le mme sens en vieux langage, comme dans
-ces vers de la farce de Gringore:
-
- Je me dis mre sainte glise,
- Je veux bien qu'un chacun le note
- Je mauldis, anathmatise;
- Mais sous l'habit pour ma devise
- Porte l'habit de mere sote,
- Bien scay qu'on dit que je radote,
- Et que suis folle en ma vieillesse;
- Mais _grumeler_ vueil ma porte
- Mon fils le prince en telle sorte
- Qu'il diminue sa foiblesse.
-
-GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE, GRONDEUR. La racine de ces mots est
-prise dans un murmure plus noble que celle des prcdens, et on les
-admet dans un style plus lev.
-
-Le substantif _gronderie_ ayant t cr pour un usage figur, j'ai cru
-pouvoir hasarder _grondement_ qui me parat indispensable pour
-reprsenter le bruit de la foudre, et celui d'une mer lointaine.
-
-GROIN. Du cri ordinaire du porc.
-
-Voltaire regrette qu'on ait perdu le vieux verbe _grouiner_, qui
-exprimait le mme bruit.
-
-GRUAU. Du bruit d'un grain que le moulin rompt et concasse.
-
-GRUE. Cet oiseau, dont le nom est form d'aprs son cri, est le
-_ghranos_ des Grecs, et le _grus_ des Latins. Les Italiens l'appellent
-_gru_ et _grua_, les Espagnols _grulla_ et _gruz_, les Allemands _krane_
-et _kranich_, les Anglais _crane_, les Anglo-Saxons _crane_ ou _croene_,
-les Suisses _krie_, les Sudois _trana_, les Danois _trane_, les
-Illyriens _gerzab_; en Gallois, c'est _garan_, et en Celtique, _gru_.
-Bochart pense que c'est l'_agur_ de Jrmie; et la ressemblance de ce
-nom avec presque tous les noms de la _grue_, semble confirmer cette
-ide, quoiqu'il soit exprim autrement dans la Vulgate.
-
-L'excellent traducteur Legros a partag l'opinion de Bochart. La
-cicogne, dit-il, connat dans le ciel quand son temps est venu. La
-tourterelle, l'hirondelle et la _grue_ savent discerner la saison de
-leur passage, mais mon peuple n'a point connu le temps du jugement du
-Seigneur.
-
-Une observation pleine d'intrt, et qui prouve que les articulations de
-la voix de la _grue_ ont toujours pass pour avoir quelques rapports
-avec celle de la voix humaine, c'est que les Commentateurs pensent que
-si certains Potes ont appel cet oiseau l'oiseau de Palamde, cela
-vient de ce qu'outre l'ordre de bataille et le mot du guet, Palamde en
-avait appris quatre lettres grecques.
-
-* GRULLER. M. Court de Gbelin prend cette mauvaise expression dans deux
-sens sous lesquels il la trouve galement imitative. Dans le premier,
-elle signifie _trembler de froid_; dans le second, _branler un arbre_
-pour en faire tomber les fruits. Il est vrai que le peuple l'emploie
-ainsi, mais elle n'tait pas digne d'tre _francise_. Sous le premier
-de ces rapports, elle n'est que l'augmentatif ou la contraction du verbe
-_grelotter_; sous le second, elle n'est que le verbe _crouler_,
-corrompu.
-
-_Crolement_ ou _Grolement_, se dit aussi trs bassement d'un tremblement
-spasmodique de la tte, qui a lieu chez les vieillards et chez ceux qui
-sont sujets aux affections nerveuses. Ce terme me semble fait du mme
-verbe _gruller_ sous sa seconde acception, parce que ce tremblement
-ressemble celui d'un arbre agit, dont la tige _vibre_ long-temps.
-
-GUPE. Du latin _vespa_, crit, selon ses premires racines, avec la
-voyelle _ou_ initiale, remplace successivement, comme cela se remarque
-dans les Langues, par la dento-labiale _v_, et la gutturale _g_, si
-sujettes se confondre. Le son typique tait l'Onomatope du vol
-bruyant de la _gupe_.
-
-* GUIORER. Terme inusit qui est fait du cri naturel de la souris.
-
-Davies rapporte _gwichio_, _strepere_. Selon quelques Savans, _gwicha_
-s'est dit en Langue celtique pour, se plaindre la manire des petits
-oiseaux. _Gwigoura_, c'est faire un petit bruit comme une porte qui
-roule sur des gonds rouills. Ces bruits ont rapport celui que ce mot
-reprsente, et sont exprims d'une manire assez semblable.
-
-
-H
-
-HACHE. On a cherch fort loin l'tymologie de ce mot. Elle est dans le
-son naturel, dans l'aspiration forte et profonde, dans l'ahan pnible
-qui marque les efforts d'un bucheron.
-
-L'initiale _h_, si nulle dans la plupart des mots, est singulirement
-caractristique lorsqu'elle est aspire, et les Onomatopes qui
-expriment les divers accidens de la respiration de l'homme, lui sont,
-presque toutes, redevables de leur nergie.
-
-* HAHALIS. De _hah_, cri de chasse, dont on se sert pour arrter les
-chiens qui prennent le change ou qui s'emportent trop, ou bien de
-l'clat tumultueux de la voix des chasseurs, et des retentissemens de
-l'cho, on a compos cette expression, d'ailleurs peu connue et
-restreinte dans son usage, l'acception pour laquelle elle a t
-invente.
-
-HALETER. Je ne m'attacherai point dmontrer que le mot _haleine_ et
-certains autres qui en dpendent, sont faits par Onomatope de
-l'mission de l'air dans l'acte de la respiration. Cela me parat bien
-tabli, et je n'aurais point rejet ces expressions, s'il n'avait pas
-t de mon projet de runir seulement celles qui conservent un caractre
-d'imitation vident, sans m'occuper de celles qui l'ont perdu, et dans
-lesquelles le son radical se cache parmi des sons trangers.
-
-Le mot qui fait le sujet de cet article, est sensiblement form du bruit
-d'une respiration presse, entre-coupe et violente. L'_anhelare_, et
-mieux encore le diminutif _anhelitare_ des Latins, ont le mme type.
-
-HAPPER. Saisir quelque chose avidement, et avec une forte aspiration qui
-marque l'impatience ou le desir.
-
-Il y a de certaines terres et de certains mtaux qui _happent_ la langue
-ds qu'on l'applique sur leur surface, et, par exemple, l'argille et
-toutes les agrgations alumineuses. Cet effet est produit par une
-absorption rapide de la salive qui met en contact plus parfait la peau
-de la langue et la terre qu'elle essaye. Ce mot semble spcialement fait
-pour reprsenter la sensation tenace et subite dont je parle, quoique la
-rapidit monosyllabique de sa racine le rende d'ailleurs
-trs-pittoresque dans grand nombre d'occasions.
-
-HARPE. Je conjecture que ce mot est fait par Onomatope du son des
-cordes de la _harpe_, rassembles en grand nombre sous les doigts, et
-branles simultanment.
-
-Quoi qu'il en soit, le nom de la _harpe_ a trs-peu vari dans les
-Langues modernes. Les Anglo-Saxons l'ont appele _hearpa_, les Allemands
-_herp_ et _harf_, les Anglais _arp_, et les Italiens _arpa_.
-
-HARPER, est un vieux terme encore employ par Molire et par Sarrazin,
-pour, _prendre_, _saisir_, _drober_. Il semble que le peuple, dont
-toutes les expressions prsentent d'ordinaire des images vives et
-singulires, s'est empar de cette racine pour l'appliquer aux actions
-qui exigent un grand dveloppement de la main, comme dans les exemples
-auxquels je renvoie. L'_arpax_ des Grecs dont le _rapax_ des Latins est
-le parfait quivalent, une petite transposition prs, et tous les mots
-qui en drivent, n'ont pas d tre autrement construits, quel que soit
-l'instrument ou l'objet qui en a fourni le son radical.
-
-On disait _harpaille_ en vieux langage, d'une troupe de brigands et de
-maraudeurs, comme dans ces vers tirs des _Vigiles_ de Charles VII.
-
- Illecques et saincte Ermine
- Appartenant feu Tremouille,
- Avoit grande _harpaille_ et vermine,
- Ne n'y demeuroit coq ne poule.
-
-On a vu ce sujet, dans la prface de cet ouvrage, ce que j'ai dit de
-la lettre _h_, considre comme signe figur d'une rapacit avide et
-impatiente[4]. Ces applications particulires sont l'appui de mon
-opinion.
-
-_Raper_, _Rapt_, sont faits de _harper_ par mtathse.
-
-HENNIR, HENNISSEMENT. Mots forms du cri des chevaux, et qu'on ne peut
-prononcer sans se rappeler ces beaux vers de M. Delille:
-
- Plus loin, fier de sa race, et sr de sa beaut,
- S'il entend ou le cor, ou le cri des cavales,
- De son srail nombreux _hennissantes_ rivales,
- Du rempart pineux qui borde le vallon,
- Indocile, inquiet, le fougueux talon
- S'chappe, et libre enfin, bondissant et superbe,
- Tantt d'un pied lger peine effleure l'herbe,
- Tantt demande aux vents les objets de ses feux,
- Tantt vers la fracheur d'un bain voluptueux,
- Fier, relevant ses crins que le zphir dploie,
- Vole, et frmit d'orgueil, de jeunesse et de joie.
-
-Les Latins avaient cette Onomatope. On lit dans Virgile au troisime
-livre des Gorgiques:
-
- _Talis et ipse jubam cervice effudit equin
- Conjugis adventu pernix Saturnus, et altum
- Pelion _hinnitu_ fugiens implevit acuto._
-
- Tel, Saturne surpris dans un tendre larcin
- En superbe coursier se transforma soudain,
- Et secouant dans l'air sa crinire flottante,
- De ses _hennissemens_ effraya son amante.
-
-C'est le _c'hwirina_ des Bretons. Davies crit _chwyrnu_. Il traduit le
-mot _Rhinge_ qui y a rapport, par _stridulus_, ou _sonus stridens_.
-
-L'ingnieux auteur du roman de _Gulliver_ a tir du mme son radical le
-nom factice de _houyhinms_, pour dsigner un peuple de chevaux.
-
-HEURT, HEURTER. Du choc rude et brusque de deux corps durs.
-
-HISSER. Hausser une vergue, la faire monter au haut du mt, au
-commandement de _hisse_, _hisse_.
-
-Ces mots sont pris du bruit de la vergue quand on la relve, et du
-frmissement de la voile quand on la froisse.
-
-HOQUET. Du bruit d'une _inspiration_ subite, courte et convulsive.
-
-Les Latins ont dit _singultus_, les Anglais _hicket_ et _hiccough_, les
-Flamands _hick_, les Celtes _hak_, et _hic_ ou _ig_, rapports par
-Lepelletier et Davies.
-
-Un Etymologiste cherche l'origine de ce mot dans l'hbreu _enka_, qui
-veut dire _sanglot_. Il est probable que ces diffrentes expressions
-sont de la mme racine.
-
-HORREUR. _Horror_. Ce mot est une Onomatope qui reprsente l'impression
-que produisent sur nous les objets pouvantables. De l,
-
-HORRIBLE, ce qui fait _horreur_,
-
-ABHORRER, avoir en _horreur_.
-
-HUE, HUER. _Hue_ se dit d'une clameur de dsapprobation qui s'lve
-dans les assembles nombreuses, et dont ce mot est form
-trs-imitativement.
-
-On employait autrefois _hus_, _he_, et _huyer_ dans le mme sens.
-
-HULOTTE. En latin et en italien _ulula_, en allemand _huhu_, en anglais
-_howlet_.
-
-Ces noms de la _hulotte_ lui viennent de son cri sinistre. Le _bubo_ des
-Latins, dont nous avons fait peu imitativement le mot _hibou_, procde
-de la mme analogie.
-
-* HULULER, est un verbe que des Ecrivains en petit nombre ont cru
-pouvoir tirer du gmissement de la _hulotte_, pour une foule
-d'acceptions auxquelles le verbe _hurler_ parat moins propre. Cette
-Onomatope singulirement prcieuse n'a pas t ddaigne dans la Langue
-latine, et enrichirait la ntre.
-
-HUMER. Avaler quelque chose avec une aspiration forte et tout d'une
-haleine.
-
-Le vieux mot _super_, qui a la mme valeur, ne se dit plus qu'en
-quelques provinces. On peut conjecturer que le mot _soupe_ tait fait de
-la mme racine, et cela d'autant plus probablement, que, suivant Mnage,
-_super_ signifie _humer du bouillon_.
-
-HUPPE, ou PUPU. Les deux noms de cet oiseau sont l'effet d'une
-controverse assez oiseuse parmi les Etymologistes. On se demande si le
-premier lui a t donn en raison de la huppe lgante dont sa tte est
-orne, ou s'il est une simple traduction un peu contracte de l'_upupa_
-des Latins, qui tait driv du cri ordinaire de l'animal. On est aussi
-embarrass sur le second, que les uns regardent comme l'expression de ce
-cri, et les autres comme une dnomination odieuse par laquelle nos aeux
-dsignaient la _huppe_, cause de la salet qu'on lui reproche. Quant
-moi, je suis port croire que Belon s'est tromp en faisant venir le
-nom de la _huppe_ de cette touffe de plumes qui la caractrise, et je
-partage l'opinion de Mnage qui regarde au contraire le mot _huppe_ dans
-cette dernire signification, comme driv du nom de l'oiseau qui l'est
-lui-mme de son cri.
-
-Aristophane s'est amus imiter la voix de la _huppe_ dans ces mots
-factices: _epopo_, _popopo_, _popo_, _jo_, _io_, _ito_, _ito_, _ito_,
-_ito_.
-
-Cette Onomotape se retrouve chez tous les peuples; c'est l'_epops_ des
-Grecs, le _bubbola_ des Italiens, le _popa_ des Portugais, le _hoppe_
-des Flamands, le _hoop_ et le _hoopof_ des Anglais, le _popp_ des
-Sudois, etc. Nous avons dit _pupeput_, _pepu_ et _pipu_.
-
-HURLEMENT, HURLER. Heureuses Onomatopes du cri des loups et des chiens
-effrays.
-
- Tel un loup furieux, de butin affam,
- Qu'on chasse, encore jeun, d'un bercail alarm,
- _Hurle_ les longs regrets de sa rage impuissante,
- Se retourne en grondant, et mord la proie absente.
-
-Cette nuance a chapp la Langue latine, puisque les mots _ululatus_
-et _ululare_ sont plus propres exprimer des bruits coulans et moduls
-que le roulement rauque et effroyable que ceux-ci reprsentent. C'est
-pourquoi le verbe _hululer_ serait une innovation avantageuse notre
-Langue. Les Italiens qui usent d'_urlare_ et d'_ululare_, suivant les
-occasions, ont bien senti le prix de cette modification, toute lgre
-qu'elle paraisse. _Voyez_ le Dante, parlant de la pluie de feu qui
-dvore les damns dans le troisime cercle:
-
- __Urlar_ gli fa la pioggia, come cani:
- Dell'un de' lati fanno all'altro schermo,
- Volgonsi spesso i miseri profani_.
-
-Et concluons de l que nous avons traduit l'_urlare_ des Italiens, et
-non pas l'_ululare_ des Latins, qui est cependant susceptible d'un aussi
-grand nombre d'applications, et qui est au moins aussi noble et aussi
-harmonieux.
-
-Rabelais a dit _ullement_ dans ce passage de Pantagruel: Le grand
-effroi et vacarme principal provient du deuil et _ullement_ des diables,
-qui l guettans ple mlle les paovres ames des blessez, reoipvent
-coups d'pes l'improviste, et pastissent solution en la continuit de
-leurs substance aere et invisible,... puis crient et _ullent_ comme
-diables.
-
-
-J
-
-JAPPEMENT, JAPPER. Ces mots se disent pour _aboiement_ et _aboyer_, en
-parlant des petits chiens et des renards.
-
-Les Celtes ont dit _chilpa_, _japper_, _chilpaden_, _jappement_.
-
-
-K
-
-KAKATOS. Le nom de cette belle espce de perroquet est form de son
-cri.
-
-Klein et Seba en ont fait _kakatocha_, Edwards et Albin, _cokcatoo_,
-Brisson, _catacua_, et on l'appelle en certains endroits, _cacatou_.
-
-
-L
-
-LAPPER. Saisir avec la langue, boire la manire des renards et des
-chiens. On croirait que c'est le mot _happer_ priv de la forte
-aspiration qui le caractrise, et augment d'une lettre linguale qui en
-dtermine la nouvelle acception.
-
- Compre le renard se mit un jour en frais,
- Et retint dner commre la cigogne;
- Le repas fut petit, et sans beaucoup d'apprts.
- Le galant pour toute besogne
- Avait un brouet clair (il vivait chichement).
- Ce brouet fut par lui servi sur une assiette;
- La cigogne au long bec n'en put attraper miette,
- Et le drle eut _lapp_ le tout en un moment.
-
-Cette expression n'est pas tout--fait particulire notre Langue; le
-mot _lap_ se retrouve dans la Langue celtique, et on pourrait en faire
-descendre assez naturellement les mots _lepus_ et _lapin_.
-
-LCHER. Du bruit de la langue trane sur la superficie d'un corps
-qu'elle suce ou qu'elle nettoie.
-
-C'est le _leichein_ des Grecs, le _lingere_ des Latins, le _lecken_ des
-Allemands, le _leccare_ des Italiens.
-
-Ajouterai-je, propos de ce dernier terme, que les Italiens en ont fait
-_il lecchino_, le gourmand, le _lcheur_ de plats; et d'_il lecchino_,
-_al lecchino_, qui est devenu l'_arlequin_ de nos thtres; plaisante
-mprise d'un rudit qui, sur la foi d'un jeu de mots d'_arlequin_, fait
-driver son nom de l'illustre famille de Harlay!
-
-LORIOT. De vieux Lexicographes prtendent que cet oiseau, est ainsi
-nomm, parce qu'il semble articuler ce mot dans son chant. Ce qu'il y a
-de certain, c'est que les Grecs, et, d'aprs eux, les Latins, l'ont
-appel _chlorion_, dont le nom franais du loriot drive d'autant plus
-incontestablement, qu'on a dit autrefois _lorion_. Or, le mot _chlorion_
-a d tre tir de _chloros_, _viridis_, _herbidus_, _luteus_, _flavus_;
-et comme ces termes dsignent une des deux couleurs du _loriot_, on
-pourrait penser avec Schrevelius que le nom de cet animal est fait _ex
-colore_. C'est donc une Onomatope un peu douteuse.
-
-LOUP. En grec _lukos_, en latin _lupus_, en italien _lupo_, en espagnol
-_lobo_, en allemand et en anglais _wolf_, en sudois _ulf_.
-
-Il parat vident que ces noms ont t construits imitativement d'aprs
-le hurlement du _loup_. Le nom latin du renard, et quelques-uns de ses
-noms modernes, ont le mme type.
-
-Il parat qu'on a crit autrefois _lou_, comme en ces vers de
-Saint-Amand parlant des anciennes pes sur lesquelles tait grav un
-_loup_, et qui taient recherches pour leur bont:
-
- Sa vieille rapire au vieux _lou_,
- Terreur de maint et maint filou.
-
-Je suis cependant port croire que c'est une simple licence que
-Saint-Amand a pratique pour l'exactitude de la rime; car je ne trouve
-aucun exemple de cette espce d'ortographe, qui se rapproche beaucoup
-plus de la construction naturelle, et qui offrirait sous ce rapport une
-tradition assez prcieuse.
-
-
-M
-
-MIAULEMENT, MIAULER. Du cri ordinaire des chats, de ces clats
-dsagrables de leur voix, dont Boileau se plaint dans sa satire des
-_Embarras de Paris_:
-
- Qui frappe l'air, bon Dieu! de ces lugubres cris?
- Est-ce donc pour veiller qu'on se couche Paris?
- Et quel fcheux dmon durant les nuits entires
- Rassemble ici les chats de toutes les gouttires?
- J'ai beau sauter du lit, plein de trouble et d'effroi,
- Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi.
- L'un _miaule_ en grondant comme un tigre en furie,
- L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie.
-
-Quoique Nicod ait crit _miauler_, il semble qu'on disait autrefois
-_miaouler_, et certains Grammairiens regrettent cette manire de
-prononcer qui leur parat plus imitative. Elle l'est peut-tre trop, et
-j'ai dj dit que cette recherche excessive d'imitation tait fort
-ridicule quand elle choquait l'harmonie, et qu'elle ne se fondait que
-sur un cliquetis de sons bizarres et forcs.
-
-MOUE. Il est impossible de prononcer ce mot, sans que la bouche figure
-ce qu'il signifie, c'est--dire, cette espce de grimace qui est
-familire aux gens tristes et colres. Le _moerens_, le _moestus_ des
-Latins, le _mesto_ des Italiens, et sur-tout le _mustio_ des Espagnols,
-doivent appartenir cette espce d'Onomatope. Il rsulte d'ailleurs de
-l'mission du souffle par les narines, quand les lvres sont closes,
-comme cela se remarque dans les gens qui font la moue, un petit bruit
-que les Grecs ont appel imitativement _mugmos_, et les Latins
-_mussatio_.
-
-MUFFLE, qui est le nom de la bouche de certains animaux lvres
-alonges et prominentes,
-
-BOUDER, faire la _moue_ par mcontentement,
-
-BOUDERIE, habitude de mauvaise humeur,
-
-BOUDEUR, homme fcheux, esprit contrariant et chagrin, sont de la mme
-famille et du mme effet d'imitation, les initiales de ces trois
-derniers mois se prononant sur la mme touche.
-
-La Langue Celtique employait _moa_, pour, _se fcher_, et _bouda_,
-pour, _chuchoter_, _bourdonner entre les dents_. Je n'ai pas besoin
-d'insister sur ces analogies.
-
-MUGIR, MUGISSEMENT. Belles Onomatopes tires des cris sourds et
-prolongs de quelques animaux, ou du bruit des vagues mues par la
-tempte, ou enfin du cours tumultueux d'un grand fleuve, comme dans ce
-magnifique tableau de M. Delille:
-
- Sous le ciel clatant de cette ardente zone,
- Montrez-nous l'Ornoque et l'immense Amazone,
- Qui, fiers enfans des monts, nobles rivaux des mers,
- Et baignant la moiti de ce vaste univers,
- Epuisent, pour former les trsors de leur onde,
- Les plus vastes sommets qui dominent le monde,
- Baignent d'oiseaux brillans un innombrable essaim,
- De masses de verdure enrichissent leur sein,
- Tantt se dployant avec magnificence,
- Voyagent lentement et marchent en silence,
- Tantt avec fracas prcipitant leurs flots,
- De leurs _mugissemens_ fatiguent les chos,
- Et semblent leur poids, leur bruyant tonnerre
- Plutt tomber des cieux que rouler sur la terre.
-
-MURMURE, MURMURER. Cette Onomatope ne varie point dans le grec, dans le
-latin, dans l'italien, dans l'espagnol, etc. Ce sont de ces mots que la
-nature semble avoir enseigns tous les peuples.
-
-Leur son peint parfaitement l'oreille le bruit confus et doux d'un
-ruisseau qui roule petits flots sur les cailloux, ou du feuillage
-qu'un vent lger balance, et qui cde en frmissant. Le mouvement vague
-et presqu'imperceptible des eaux et des bois, lve dans la solitude une
-rumeur qui interrompt peine le silence, tant elle est dlicate et
-flatteuse, et c'est de l que les Langues ont tir ces expressions si
-harmonieuses et si vraies, que, tous les jours rptes, elles
-paraissent toujours nouvelles.
-
- Tout est chang, tout me rassure,
- Je n'entends plus qu'un bruit
- Semblable au doux _murmure_
- D'une onde claire, pure,
- Qui tombe, coule et fuit.
-
-Dans ces vers charmans de Bonneville, toutes les syllabes coulent et
-_murmurent_.
-
-J'ose croire que nous n'avons point envier, dans cette circonstance,
-la prononciation des Latins, si elle tait telle que Dumarsais et
-beaucoup d'autres Grammairiens le prsument. En effet, le mot _murmure_,
-prononc la franaise, est compos de sons plus liquides, et en
-quelque sorte plus fugitifs que n'taient ceux de leur _mourmour_ et du
-_mormorio_ des Italiens; et l'harmonie un peu emphatique de ces derniers
-mots, leur fait perdre, selon moi, beaucoup de leur grce et de leur
-fluidit.
-
-MUSC. Je ne hasarde ce mot au nombre des Onomatopes que sur la foi de
-M. Court de Gbelin qui le croit form du bruit que fait le nez en
-flairant, en aspirant les parfums. Il s'appuie de deux analogies
-diffrentes, l'une tire du Celtique ou d'une Langue analogue dans
-laquelle il prtend que _mussa_ signifie _flairer_, et _musse_, _odeur_;
-l'autre tire de l'Ethiopien o ce dernier mot se dit _mez_; mais cette
-opinion peut paratre un peu hasarde.
-
-Il est du moins certain que les Grecs qui ont appel le _musc_,
-_moschos_, ont dit _muzo_ dans le mme sens que les Latins _musso_,
-_clausis labris sonum naribus emitto_; ils ont appel _muron_
-certaines odeurs, et l'odeur en gnral, _murodia_. _Muxoter_, c'est la
-narine. Le nom du rat, qui est le _mus_ des Grecs et des Latins, et
-qui l'odeur du _musc_ est assez communment propre, pourrait procder
-aussi de la mme analogie.
-
-Les mots _odeur_ et _flairer_ se rendent, d'ailleurs, en Celtique par
-des expressions qui prsentent l'Onomatope trs-juste du bruit que fait
-l'aspiration des parfums: _c'hous_ et _c'houesd_.
-
-
-O
-
-OIE. Le cri naturel de l'_oie_, dit M. de Buffon, est une voix
-trs-bruyante. C'est un son de trompette ou de clairon, _clangor_,
-qu'elle fait entendre trs-frquemment et de trs-loin; mais elle a de
-plus d'autres accens brefs qu'elle rpte souvent; et lorsqu'on
-l'attaque ou l'effraie, le cou tendu, le bec bant, elle rend un
-sifflement que l'on peut comparer celui de la couleuvre. Les Latins
-ont cherch exprimer ce son par des mots imitatifs, _strepit_,
-_gratitat_, _stridet_.
-
-Soit crainte, soit vigilance, l'_oie_ rpte tout moment ses grands
-cris d'avertissement ou de rclame; souvent toute la troupe rpond par
-une acclamation gnrale, et de tous les habitans de la basse-cour,
-aucun n'est aussi vocifrant, ni plus bruyant.
-
-C'est ce cri naturel de l'_oie_ qui est devenu son nom dans notre Langue
-et dans quelques autres. Je crois, du moins, qu'on peut regarder comme
-des Onomatopes le _chen_ des Grecs, dont ils semblent avoir fait
-_chaino_, _hio_, _dehisco_, parce que le ronflement rauque d'un homme
-qui dort la bouche ouverte est assez pareil au bruit que fait l'_oie_
-irrite; le _kaki_ de certains Orientaux, le _wazon_ des Arabes, le
-_gwasi_ des Celtes, le _goas_ des Sudois, le _gaas_ des Danois, et
-l'_apatta_ des Ngres de la Cte d'Or; mais rien n'est d'un effet
-d'imitation plus vrai qu'un de ces noms qui est particulier aux
-Mexicains, et par lequel ils ont voulu exprimer le cri bref et frquent
-dont M. de Buffon parle propos de cet animal. Ils l'ont appel
-_tlalacatl_, et cette dnomination factice a t conserve par
-Fernandez.
-
-L'_oie_ mle s'appelle un _jars_, et ce mot a produit une expression
-fort usite. De _jars_ et du Celtique _comps_, langage, en construction,
-_gomps_ ou _gon_, l'on a fait _jargon_, _jargonner_, parler comme des
-_oies_.
-
-On disait _oe_ en vieux franais, comme le prouvent ces vers de la
-farce de _Patelin_:
-
- Vous l'en avez pris par la moe,
- Il doit venir manger de l'_oe_.
-
-Il me semble donc que M. Decaseneuve a mal rencontr quand il a fait de
-ce mot un augmentatif d'_oiseau_, et qu'il est d'ailleurs difficile de
-remonter son tymologie autrement que par l'Onomatope.
-
-OISEAU. La construction de ce mot est extrmement imitative; il est
-compos des cinq voyelles lies par une lettre doucement sifflante, et
-il rsulte de cette combinaison une espce de gazouillement trs-propre
- donner une ide de celui des _oiseaux_. Il est remarquer comme une
-singularit trs-rare dans notre Langue, que ce mot _gazouiller_ est
-form, comme le mot _oiseau_, des mmes sons vocaux, lis par la mme
-consonne. Il n'en est distingu que par son intonation qui est prise
-dans une lettre gutturale, par consquent trs-bien approprie l'ide
-qu'il exprime.
-
-OUATE. C'est la premire soie que l'on recueille sur le cocon du ver
-soie, ou un duvet lger que fournit une espce d'_anas_. On s'en sert
-pour doubler des vtemens d'hiver; et le bruit molleux que produisent
-ces vtemens quand on les froisse, a pu donner l'ide de cette
-dnomination, qui serait assez imitative; mais c'est une tymologie
-douteuse que je n'allguerais point, si les Lexicographes en
-reconnaissaient une autre, pour peu vraisemblable qu'elle ft.
-
-
-P
-
-PMER, PMOISON. Du _spasma_ des Grecs, qui lui-mme est construit
-imitativement d'aprs le bruit propre la figuration particulire de la
-bouche d'une personne qui se _pme_.
-
-PEPIER. C'est du cri naturel des moineaux, ou plutt de tous les jeunes
-oiseaux, que ce cri a t form. On a dit autrefois _pipier_, qui n'est
-plus d'usage.
-
-_Piauler_, _piuler_, sont dans le mme cas, quoiqu'galement imitatifs.
-
-PIAILLER, PIAILLERIE, PIAILLEUR, drivent du mme son naturel; on les a
-faits pour exprimer une criaillerie fatigante et perptuelle, comme les
-cris des petits oiseaux. Les Latins employaient _pipulum_ pour, injure,
-hue et rumeur publique, par la mme analogie.
-
-PPIE, est le nom d'une maladie dont une grande altration est la cause
-ou le symptme. Ne semble-t-il pas que ce mot soit cr du bruit que
-font de petits oiseaux tourments par la soif? Le _peperi_ des Grecs,
-dont les Latins ont fait _piper_, ne remonterait-il pas encore la mme
-racine par une extension peu force, parce que c'est une substance qui
-altre et qui donne la _ppie_? Les Grecs appelaient _pippos_ un petit
-oiseau; et ce qui vient singulirement l'appui de mes conjectures,
-_pipizo_ se prenait indiffremment chez eux pour _pipio_, _sugo cum
-sonitu_, ou _potum proebeo_. _Pio_ mme signifiait _bibo_, et de l le
-_piot_ de Rabelais et de nos anciens Auteurs. _Pino_, qui avait le mme
-sens, est devenu le nom franais d'un raisin. _Pepier_ emportait
-d'ailleurs en vieux langage l'ide de gmissement et de plaintes comme
-dans ces vers de Villon:
-
- Je sens mon coeur qui s'affaiblit,
- Et puis je ne peux _pepyer_.
-
-Les Espagnols ont _piar_, et les Italiens _pipire_, comme les Latins.
-Ces derniers appelaient les pigeonneaux _pipiones_, et nous en avions
-fait autrefois _pipions_.
-
-PIPE, dit Nicod est un mot fait et imit de la voix des oiselets,
-comme aussi _pippe_, _pipper_, et _pippeur_, et signifie le siffler que
-l'oiseleur fait avec une fueille de _fou_, ou d'autre arbre, ou de
-roseau, ou avec une pippe de bois, contrefaisant la voix d'iceux
-oiselets. Selon ce on dit, prendre des oiseaux la _pipe_, qui est
-quand un homme cach dedans un buisson et bien entour de rameaux
-couverts de gluons, ayant un chathuant ou hibou branch et attach prs
-de luy, contrefait le _pippis_ des oiseaux, ou bien pressant les ailes
-ou les pieds d'un oiseau vif, le fait crier, car les oiseaux advolent
-ce _pippis_, ou ce cry, pour garantir leurs semblables du chathuant
-qu'ils cuident les tenir, et se perchent sur ces rameaux et s'engluent.
-_Pipe_, par mtaphore, se prend pour mine ou contenance contrefaite.
-
-_Piper_, _pipeur_, qui ne se prennent plus que pour l'action de _piper_
-les ds, ont peut-tre t rejets trop ddaigneusement de la Langue;
-leur emploi tait fond sur une allusion trs-naturelle, et leur sens
-tait vif et frappant. Montaigne a dit avec son nergie, avec sa
-prcision ordinaire, que _la Rhtorique toit une art mensongre et
-piperesse_: il y a dans les Langues des expressions si heureusement
-caractristiques, qu'une fois perdues, on ne peut plus les remplacer.
-
-PIC. Instrument de fer courb et pointu vers le bout, qui a un manche de
-bois, et dont on se sert ouvrir la terre et rompre le roc;
-Onomatope du bruit que rend la pierre sous l'instrument qui la brise.
-
-PIQUER, c'est donc primitivement frapper avec un _pic_. On dit encore
-qu'on _pique_ la pierre, quand on blanchit une maison en dpouillant la
-pierre de sa surface.
-
-PIOCHE, nom d'un outil de labourage, a t along d'un son plus mousse,
-parce la _pioche_ creuse et ne brise point.
-
-BCHE, est un mot de la mme construction, prononc sur une touche moins
-dure, parce que la _bche_ n'attaque pas la terre avec force, et ne sert
-qu' la diviser.
-
-En anglais, le verbe _piocher_ se rend par le verbe _dig_. Dans ce
-dernier mot, l'imitation du son est frappante. On remarque la mme
-vrit dans la formation du mot _tuf_, qui est le nom d'une terre
-compacte et prte se ptrifier, qui rend sous la _pioche_ et sous la
-_bche_ un son net et sec dont ce terme est l'expression; mais comme
-cette tymologie n'est pas incontestable, je me contente de la rapporter
-ici cause de l'analogie du sujet.
-
-* POUPE. Suivant Nicod, que j'aime citer souvent, c'est la tette ou
-mammelle, soit d'une femme comme la nomment en aucunes contres de
-France, soit de bestes mordans comme la nomment les veneurs, disans les
-_poupes_ d'une ourse, et semblables, le mot vient du prtrit grec
-_ppoka_, tout ainsi que pot, et est dit _poupe_, parce que le faon
-tette et boit le laict par l, ou bien est fait par Onomatope du son
-que l'enfanon fait de ses lvres en suant force le laict de la
-mammelle.
-
-Si toutefois le prtrit grec _ppoka_ pouvait tre rapport cette
-racine, c'tait plutt comme driv que comme type, et il parat que
-Nicod s'en est aperu. Il aurait fait remonter le mot _poupe_ avec plus
-de vraisemblance au mot _popanon_, qui est le _popanum_ des Latins, et
-qui est incontestablement de la mme famille. Remarquez d'ailleurs que
-les Latins ont dit _puppus_ et _puppa_, d'o viennent _puer_ et
-_puella_.
-
-POUPE, c'est l'image d'une petite fille, d'un enfant qui tette encore.
-Quelqu'vidente que soit l'tymologie de ce mot, on s'est avis, je ne
-sais o, de le driver de _Poppe_, parce qu'on prtend que cette femme
-fut la premire qui mit le masque en usage pour conserver la beaut de
-son teint et le prserver du hle et des injures de l'air.
-
-POUPON, c'est, dans le langage vulgaire et enfantin, un petit garon
-la mammelle.
-
-PUER. Du bruit que fait la bouche en repoussant, avec une forte mission
-du souffle, les odeurs dsagrables.
-
-_Pouah_, interjection qui marque le mpris et le dgot, doit en tre le
-son radical.
-
-
-R
-
-RACLER. Du frottement de l'ongle ou d'un instrument aigu sur les corps
-qu'ils nettoient ou qu'ils dchirent. _Rakos_ signifiait en grec un
-haillon, un vtement dchir, une cicatrice, une ride. _Rakterios_,
-c'tait le corps bris ou _racl_, qui rendait du bruit. Aristophane
-appelle Euripide _rakiosurraptads_, raccommodeur de vieux haillons.
-_Ragas_ se disait sur une autre touche pour rupture, dchirement, et de
-l, _raga_, pour force et violence.
-
-On pourrait croire que _raccommoder_ en est fait par antiphrase ou
-contre vrit, moins qu'on ne fasse voir que les syllabes compltives
-en dterminent la nouvelle acception.
-
-La famille des mots qui se rapportent l'ide d'_effraction_, est
-videmment tire de la racine autour de laquelle je range ces curieuses
-analogies, quoiqu'elles lui soient devenues plus ou moins trangres
-dans leur extension.
-
-RAIRE ou RER. Terme de Vnerie emprunt du cerf en amour.
-
-Il a, dit M. de Buffon, la voix d'autant plus forte, plus grosse et
-plus tremblante, qu'il est plus g: la biche a la voix plus faible et
-plus courte; elle ne _rait_ pas d'amour, mais de crainte. Le cerf _rait_
-d'une manire effroyable dans le temps du _rut_. Il est alors si
-transport, qu'il ne s'inquite, ni ne s'effraie de rien.
-
-RUT, le temps o le cerf _rait_.
-
-RLE, RLEMENT, RLER. Du son enrou d'une respiration qui s'puise, et
-dont les derniers efforts annoncent une mort prochaine.
-
-RLE, est aussi le nom d'un oiseau que Mnage croit dsign d'aprs son
-cri.
-
-RAUQUE. Du bruit pre et fatigant des voix enroues.
-
-ROQUET, est le nom de mpris qu'on donne un petit chien importun, et
-qui aboie sans cesse. Je le crois form du son _rauque_ de son
-jappement.
-
-REDONDANCE. C'est une drivation figure du son que rend un corps dur
-qui rebondit dans sa chute.
-
-Ainsi l'on a dit _redondance_ d'une vicieuse superfluit de paroles, qui
-ne fait que nuire la nettet du discours, parce que c'est une espce
-de bondissement de la pense, qui, aprs avoir frapp l'esprit,
-rejaillit et retombe avec moins de force.
-
-Ce mot n'est point une Onomatope propre, mais une Onomatope abstraite
-construite par analogie.
-
-RETENTIR, RETENTISSEMENT. Belles Onomatopes dont le son radical est le
-type d'une nombreuse famille de mots, consacrs exprimer des ides de
-mme ordre. _Voyez_ TINTEMENT, TINTER.
-
-_Retentir_ et ses drivs s'emploient en gnral en parlant des chos
-des montagnes et des votes, et ne conviennent point quand il s'agit
-d'un bruit net et sans rpercussion. Racine a dit:
-
- De nos cris douloureux la plaine _retentit_.
-
-Et ailleurs:
-
- Mes seuls gmissemens font _retentir_ les bois.
-
-Boileau a dit aussi:
-
- Ils faisaient de leurs cris _retentir_ les rivages.
-
-La vrit d'imitation est moins sensible dans ces exemples que dans
-beaucoup d'autres, parce que la plaine, les bois et les rivages sont des
-lieux peu _retentissans_. Je sais combien de telles observations sont
-minutieuses; mais j'ai rapport ces vers de deux de nos grands Potes,
-pour faire voir de quelle importance est la justesse d'expression pour
-l'effet potique, et de combien de nuances la Langue la plus riche peut
-encore s'orner.
-
-RINCER. Du bruit des doigts contre l'intrieur d'un verre que l'on
-_rince_.
-
- Un si galant exploit rveillant tout le monde,
- On a port par-tout des verres la ronde,
- O les doigts des laquais, dans la crasse tracs,
- Tmoignaient par crit qu'on les avait _rincs_.
-
-Les Irlandais disent _rincsail_, et les Bretons _rinca_.
-
-RONFLEMENT, RONFLER. Du bruit que fait dans la gorge et les narines d'un
-homme endormi, l'air fortement aspir.
-
-On a employ ces mots par extension, pour exprimer le bruit grave des
-gros tuyaux d'un orgue, ou celui des canons, et figurment, les clats
-de voix prsomptueux d'un Comdien qui cherche le _brouhaha_.
-
-Il n'y a, dit le Mascarille des Prcieuses, que les Comdiens de
-l'htel de Bourgogne qui soient capables de faire valoir les choses. Les
-autres sont des ignorans qui rcitent comme on parle; ils ne savent pas
-faire _ronfler_ les vers, et s'arrter au bel endroit.
-
-Du _ronchus_ des Latins, nous avions fait _froncher_ dans le vieux
-langage, et dom Lepelletier rapporte _fronsal_, mot de l'usage de
-Cornouaille, qui a le mme sens.
-
-ROSSIGNOL. En latin _luscinia_, ou _lucinia_, en italien _usignuolo_,
-_lusignolo_, _rusignuolo_, en espagnol _ruysenor_.
-
-Le Castelvetro a pens que le nom italien de cet oiseau tait fait par
-Onomatope. Belon et Mnage rapportent des tymologies plus
-vraisemblables, et M. de Brosse tranche, suivant moi, la difficult. De
-_luco canens_, _lucinia_, _luciniola_, _lusignuolo_, _rusignuolo_,
-_rossignol_; il reste dterminer si l'imitation du son n'est pas
-entre pour quelque chose dans la construction de ces diffrens drivs,
-et c'est ce qui me parat incontestable.
-
-* ROUCOULEMENT, ROUCOULER. Onomatopes du chant des tourterelles, qui
-est aussi trs-bien exprim par le _to coo_ des Anglais.
-
-On a dit autrefois _rocouler_, mais _roucouler_ a t justement prfr.
-
-_Roucoulement_ est un mot harmonieux et utile qui serait bon admettre
-dans la Langue. M. de Chteaubriand, d'ailleurs si svre dans l'emploi
-des mots nouveaux, en a fait souvent usage.
-
-ROUE[5]. Ce mot est driv du bruit de la _roue_, et en gnral du bruit
-d'un corps rond qui roule avec rapidit sur une surface retentissante.
-
-C'est le _trochos_ des Grecs, le _rota_ des Latins et des Italiens, le
-_reda_ des Espagnols, le _rot_ ou _rod_ des Celtes, et le _rad_ de
-l'ancien Teuton.
-
-_Rodellec_ signifiait en celtique une voiture plusieurs roues, un
-vestige, une ligne, comme celle qui est dcrite par la roue.
-
-ROUTE, mot franais d'une acception trs-voisine, en est probablement
-driv. Cette opinion n'est pas trangre M. Court de Gbelin, qui
-appuie mal--propos sa conjecture de quelques fausses tymologies.
-
-RUGIR, RUGISSEMENT. Le _rugissement_ du lion est si fort, dit M. de
-Buffon, que quand il se fait entendre par chos la nuit dans les
-dserts, il ressemble au bruit du tonnerre: ce _rugissement_ est sa voix
-ordinaire; car quand il est en colre, il a un autre cri qui est court
-et ritr subitement, au lieu que le _rugissement_ est un cri prolong,
-une espce de grondement d'un ton grave, ml d'un frmissement plus
-aigu. Il _rugit_ cinq ou six fois par jour, et plus souvent lorsqu'il
-doit tomber de la pluie.
-
-Ce passage de M. de Buffon m'en rappelle un autre qui a rapport au
-_rugissement_ du tigre, et o ce grand Ecrivain hasarde, pour exprimer
-ce cri, une Onomatope que l'usage n'a pas consacre depuis. Le tigre,
-dit-il, fait mouvoir la peau de sa face, grince les dents, frmit,
-_rugit_ comme fait le lion, mais son _rugissement_ est diffrent.
-Quelques voyageurs l'ont compar au cri de certains oiseaux. _Tigrides
-indomitae rancant, rugiuntque leones._ (_Autor Philomelae._) Ce mot
-_rancant_ n'a point d'quivalent en franais; ne pourrions-nous pas lui
-en donner un, et dire, les tigres _rauquent_, et les lions _rugissent_;
-car le son de la voix du tigre est en effet trs-rauque.
-
-Je suis bien aise de faire remarquer ici que ce verbe factice, qui M.
-de Buffon ne connat point d'quivalent en franais, en a un
-trs-exactement construit sur la mme racine, dans le patois de
-Franche-Comt. _Ranct_, c'est le dernier soupir, le dernier rle du
-moribond; _rancoer_, c'est expirer, rendre l'me, pousser le sanglot
-convulsif qui annonce la mort.
-
-On a dit autrefois _ruiment_ pour _rugissement_, comme dans ce passage
-des grandes Chroniques de France, ddies Charles VIII. Sembloit que
-ce fussent urlemens de loups et _ruimens_ de lions. Cela donne quelque
-probabilit l'opinion de M. de Caseneuve, qui fait driver _rut_,
-anciennement _ruit_, du _rugitus_ des Latins, et qui regarde _raire_ ou
-_rer_ comme une contraction de _rugire_. Il aurait pu citer ce passage
-de Job, qui dit, en parlant des biches, qui l'action de _rer_ est
-particulire: _incurvantur ad faetum, et pariunt, et _rugitus_
-emittunt_. Marot dit dans sa traduction des Pseaumes:
-
- Ainsi qu'on oit le cerf _bruire_,
- Pourchassant le froid des eaux,
- Ainsi mon ame soupire,
- Seigneur, aprs tes ruisseaux.
-
-_Voyez_ RAIRE ou RER.
-
-RUISSEAU, RUISSELER. Nicod drive ces mots du grec _reo_, _fluo_. Le
-grec attique _reos_ signifiait _ruisseau_. Les Latins ont dit _rivus_,
-_rivulus_, les Italiens _rivo_, _ruscello_, les Espagnols _rio_, les
-Anglais _rivulet_. _Dour red_, en celtique, signifie une eau courante et
-rapide. Dom Lepelletier nomme _rigol_, et Davies _rhigol_, un _ruisseau_
-trac dans un champ; cette expression s'est conserve dans le franais.
-Lebrigand a employ quelque part, comme celtique, le mot _ruzelen_; mais
-il parat que ce n'est que le franais _ruisselet_ qui s'est gliss,
-comme beaucoup d'autres, dans le celto-breton, par le contact des
-franais avec les peuples de l'Armorique. _Ru_ se dit en Gorgien d'un
-grand coulement d'eaux. _Arou_ exprime la mme ide en Armnien et en
-Malabare, et _rud_ en Arabe et en Persan. Plusieurs Etymologistes
-assurent que _rit_ indiquait dans les Langues gothiques un passage ou un
-gu. Les mots par lesquels nous dsignions un _ruisseau_ en vieux
-langage, se rapprochaient assez du son typique. _Reu_ et _ru_ se
-trouvent dans Nicod. _Ru_ s'emploie encore pour dsigner le lit ou canal
-d'un petit ruisseau. _Ruel_ et _rui_ sont communs dans nos vieux
-romanciers. _Ruit_ est employ pour rive dans un passage de Perceval. En
-remontant la valle de la Romanche par la nouvelle route de Grenoble en
-Italie, on voit avant le hameau des Roberts, un torrent que le peuple
-appelle _riou-peirou_, c'est--dire, _ruisseau_ prilleux.
-
-Notre mot _ruisseau_ peint parfaitement l'esprit le petit murmure doux
-et modul d'une eau vive qui roule entre les cailloux.
-
-S'il est vrai, ainsi que le prtend M. Court de Gbelin, que _rat_ soit
-un terme de marine qui sert dsigner un endroit de mer o il y a
-quelque courant rapide et dangereux, on peut faire remonter ce mot la
-mme racine, soit comme lui par le gallois _rhydd_, qui signifie gu ou
-bas-fond, soit, mieux encore, par l'allemand _ritha_, qui signifiait
-autrefois torrent, ou par le _dour red_ des Celtes, et par le
-celto-breton _rodo_, qui se dit d'un passage de rivire; mais cette
-assertion est conteste.
-
-_Rat_ n'est point un terme de marine pour designer un courant rapide et
-dangereux dans la mer, m'crit M. de Roujoux, c'est un nom de lieu; le
-_Raz_ est un vaste cueil situ en face de l'le de Sein, et qui a donn
-son nom au passage compris entre cette le et lui. Le passage du _Raz_
-ou _Ratz_ est clbre, parce qu'un grand nombre des vaisseaux qui
-entrent Brest ou qui en sortent, sont forcs d'y donner. Il est
-fertile en naufrages, et la baie dont il forme une des pointes,
-s'appelle la baie des Trpasss. Je ne crois point que ce mot ait de
-signification connue; il ressemble une foule de termes auxquels on
-veut trouver des tymologies, quoiqu'ils n'en aient pas.
-
-ROUIR, est trs-judicieusement driv du vieux franais _ru_, par
-Mnage. Nicod mme crit _ruir_, et rend en latin _chanvre roui_, par
-_cannabis fluviata_.
-
-
-S
-
-SANGLE, SANGLER. De _cingula_, _cingulare_, et originairement du bruit
-de l'air froiss par une courroie dploye avec force.
-
-_Sangle_ s'exprimait en celtique par _cengl_ et _cenclen_, et suivant la
-mme analogie, _lancer_ et _darder_, par _cingla_.
-
-En vieux franais, on disait _changle_ et _changler_, comme c'est
-l'usage dans notre Langue, qui a souvent modifi ainsi les sons
-sifflans.
-
-CINGLER, se dit pour, naviguer pleines voiles, parce que la mer,
-ouverte vivement par le navire, rend un petit bruit de la mme nature
-que le prcdent. Mais le son radical est ici moins emphatique, parce
-que le froissement qu'il reprsente est moins clatant, et a lieu dans
-un milieu moins sonore. Cependant on a employ ce dernier verbe au mme
-usage que l'autre en nombre d'occasions, et on le dit fort bien, du vent
-du Nord et de la pluie chasse par un ouragan imptueux.
-
-SAPER. Abattre par le pied, travailler avec le pic et la pioche
-dtruire les fondemens d'un mur.
-
-SAPE, se dit en terme de guerre d'un travail qu'on fait sous terre pour
-la surprise d'une place. En latin, c'est _sappa_, en italien _zappa_.
-
-L'oriental _saph_ ou _sap_ dsigne l'action de briser ou de limer, de
-rduire en poussire.
-
-Ces diffrens mots sont forms du bruit de l'instrument contre les
-constructions qu'il attaque, ou sur la terre qu'il entr'ouvre.
-
-SCIE, SCIER. _Scie_ se dit en latin _serra_, en italien _sega_,
-_rasega_, en espagnol _sierra_, en anglais _saw_, en allemand _saege_,
-autant de dnominations tires du bruit sifflant que produit la _scie_
-en divisant le bois.
-
-Le _secare_ et le _scindere_ des Latins sont construits d'aprs ce son
-naturel qui a fourni d'innombrables Onomatopes toutes les Langues.
-
-SCION. C'est le nom qu'on donne des branches grles et menues, tendres
-et pliantes que poussent les arbres. L'osier, par exemple, s'lve en
-touffes de _scions_, et je n'hsite pas penser que ce mot ne soit
-form du frmissement de ces branches dbiles, quand le vent les courbe
-devant lui, et qu'elles se relvent en sifflant.
-
-On appelle encore _scions_ les impressions qui restent sur la peau d'une
-personne fouette de verges. C'est le nom de la cause pour celui de
-l'effet, employ par mtonimie.
-
-_Cion_, s'est dit en vieux langage, de la pluie fouette par les vents.
-Il est facile de saisir l'analogie de ces diffrentes acceptions.
-
-SIFFLER. Verbe dont on connat les nombreux drivs, et qui drive
-lui-mme du bruit de l'air comprim et chass par une ouverture troite.
-Les Latins ont dit d'abord _sifilare_, qui se lit dans
-Nonnius-Marcellus, et ensuite _sibilare_. Les Italiens ont _sibilare_,
-_subbiare_, _zuffulare_, _fischiare_, autant d'Onomatopes qui
-caractrisent diffrens modes de _sifflement_; les Espagnols, _silvar_;
-les Allemands, _pfeifen_, et les Anglais plus heureusement encore
-_whistle_.
-
-En vieux franais, nous avons dit _subler_ et _sibler_: Marot a dit
-_sublet_ pour _sifflet_. Les Angevins ont gard cette expression, et
-Ondin la rapporte dans ses dictionnaires. Le patois bourguignon y a
-substitu _subl_, qu'on lit dans les noels de la Monnoye.
-
- at ein anfan? me dis-tu vrai?
- Tan meu, velai t note fai.
- Tu sai b, quant ein anfan crie
- Que por an poiz le cri,
- Ai ne fau qu'ne chaiteri,
- Vou qu'un _subl_ vou qu'un trebi.
-
-Il est remarquer que ce _subl_ du peuple de Bourgogne ressemble
-beaucoup au _subulo_ de Varron, que celui-ci a employ pour _tibicen_.
-
-Cirano, acte II, scne III de son _Pdant jou_, fait dire Mathieu
-Gareau: Ce biau marle qui _sublet_ si finement haut.
-
-Le peuple mouille l'_S_, et dit communment _chiffler_.
-
-Il parat que les Celtes faisaient usage du mot _si_, pour bruit;
-_sifflement_, murmure.
-
-Les Grammairiens appellent consonnes _sifflantes_ ces trois lettres _s_,
-_x_, _z_, parce qu'on ne les prononce qu'avec une espce de
-_sifflement_. Elles doivent donc tre d'un grand usage pour exprimer les
-bruits de cette espce. La Langue anglaise est une Langue _sifflante_,
-parce qu'elle a beaucoup de mots sur la touche _sifflante_ et sur la
-touche dentale.
-
-L'emploi frquent de la lettre _S_ rend la prononciation _sifflante_.
-Euripide en faisait un usage vicieux qui passa mme en proverbe. On
-appelait ce dfaut le sygmatisme d'Euripide.
-
-Racine a prodigu les _S_ dans ce vers d'Andromaque:
-
- Pour qui sont ces serpens qui _sifflent_ sur vos ttes?
-
-et l'effet d'imitation qui en rsulte est frappant. On l'a trouv,
-peut-tre avec justice, un peu trop minutieux.
-
-Il y a de l'harmonie dans ces vers d'un de nos Potes lyriques:
-
- Ixion et les Alodes
- Ont cess leurs mugissemens.
- De Tantale et des Danades
- Je n'entends plus les longs gmissemens,
- Et des fatales Eumnides
- Les couleuvres avides
- Ne brisent plus les airs par d'aigres _sifflemens_.
- L'rbe n'a plus de tourmens.
-
-La forme et le son de la lettre _S_ la rendent propre dsigner
-doublement le serpent, et peindre en mme temps ses mouvemens tortueux
-et ses _sifflemens_ aigus. L'_ophis_ des Grecs, qui est originairement
-gyptien, a le singulier mrite d'offrir dans ses caractres une espce
-de noeuds de couleuvres, et dans sa terminaison, un bruit semblable
-celui qui annonce ordinairement ces animaux. C'est tout--la-fois un
-hiroglyphe et une Onomatope. La lettre [Phi] ressemble un caduce.
-
-Les Latins ont _anguis_, qui a la mme dsinence _sifflante_, et de plus
-_seps_ et _serpens_; les Italiens _serpente_, _biscia_; les Espagnols
-_sierpe_; les Anglais _serpent_ et _snake_.
-
-On appelle _bysse_ en science hraldique, des serpens et des couleuvres.
-C'est l'ancien nom franais de ces reptiles. Celui par lequel nous
-dsignons actuellement le _serpent_, est une Onomatope sans vivacit et
-sans harmonie, dont je n'ai pas cru devoir faire un article part, mais
-dont les analogues curieux me paraissent assez bien placs dans
-celui-ci.
-
-SILLON, SILLONNER. Du bruit d'un corps qui en effleure lgrement un
-autre sur un long espace. De l,
-
-SILLAGE, qui est la trace d'un vaisseau sur la mer, quand il ne fait
-qu'y glisser doucement.
-
-SIPHON. Ce sont, dit un vieux commentateur de Rabelais, ces canaux et
-tuyaux s-fontaines qui jettent l'eau, et par le moyen et force de l'air
-qui les presse, rendent un son et sifflement d'o ils ont pris leur
-nom.
-
-SOUFFLER. Nous avons vu tout--l'heure au mot _siffler_ une Onomatope
-construite d'aprs le bruit de l'air chass travers un canal troit.
-Celle-ci est forme sur l'mission libre de l'air pouss hors d'un canal
-de grandeur suffisante, avec un bruit mousse et sans clat.
-
-Les drivs nombreux de cette expression ne peuvent chapper personne.
-
-SOURDRE. Sortir, jaillir, s'couler par une fente de la terre ou du
-creux d'un rocher.
-
-L'tymologie de ce mot a t rapporte avec raison au _surgere_ des
-Latins, qui avait le mme sens.
-
- _Medio de fonte leporum
- _Surgit_, amari aliquid, quod in ipsis floribus angit._
-
-LUCRET.
-
-On a mme dit en franais _surgeons_, tantt pour ces rejetons qui
-naissent au pied des arbres, tantt pour un petit ruisseau qui vient de
-_sourdre_ de la terre; et _surgir_, qui est pris pour _sourdre_, avec un
-peu d'extension dans ce passage des hymnes de Ronsard:
-
- Aprs vous _surgirez_ dedans l'le dserte
- D'hommes et de troupeaux, mais aussi bien couverte
- D'oiseaux qui ont la plume pointe comme espics,
- Et la dardent des flancs ainsi que porcs espics.
-
-Mais s'il est vrai que cette origine soit -peu-prs incontestable, il
-n'en est pas moins certain que l'imitation du son naturel a modifi
-jusqu' un certain point l'expression qu'on y rapporte. Il est peut-tre
-malheureux qu'elle vieillisse nglige, car elle est significative et
-utile. Amyot s'en est servi dans sa traduction de _Daphnis et Chlo_, et
-cet exemple en dterminera le sens:
-
-Il y avoit, dit-il, en ce quartier-l une caverne que l'on appelait _la
-Caverne des Nymphes_, qui estoit une grande et grosse roche, au fond de
-laquelle _sourdoit_ une fontaine qui faisoit un ruisseau dont estoit
-arrouz le beau pr verdoyant.
-
-M. Mercier a cru mal--propos que ce mot faisait _sourdir_
-l'infinitif, ou que cette nouvelle construction pouvait avoir
-quelqu'avantage sur l'autre. C'est au bruit de deux consonnes roulantes,
-durement spares par une autre, et qui semblent en rompre l'effort, que
-le mot _sourdre_ doit son harmonie pittoresque.
-
-* STRIDENT. C'est ainsi qu'on qualifie un bruit dur, un peu aigre, un
-peu frmissant, qui est produit par un corps trs-rfractaire, attaqu
-avec la lime ou avec la scie.
-
-Ce mot expressif et vrai, heureusement form du _stridere_ des Latins,
-n'a point encore t admis dans l'usage de notre Langue, qu'il ne
-pourrait qu'enrichir.
-
-STRIE. C'est une espce de sillon profond, grav difficilement dans un
-corps dur, ce qui est marqu par sa construction rude et _stridente_.
-Cette expression est propre l'Histoire naturelle descriptive.
-
-SUCER. Onomatope prfrable au _sugere_ des Latins dont elle a t
-forme, avec un changement pris dans le son radical.
-
-C'est le _saugen_ des Allemands, le _sycan_, le _sugan_, le _succan_, le
-_sucian_ des Anglo-Saxons et de la Langue franque; le _zuigen_ des
-Flamands, le _suck_ des Anglais, le _suga_ des Sudois, le _succhiare_
-des Italiens.
-
-Skinner rapporte toutes ces tymologies au vieux Sarmate _cic_, qui
-signifiait mammelle, et dont le type naturel est le mme.
-
-SUC, c'est la substance qu'on extrait des corps par la _succion_.
-
-SUCRE, est le nom d'une production vgtale qu'on tire des fruits par le
-mme procd. Les Italiens qui ont aussi reconnu cette analogie,
-appellent le sucre _zucchero_, et les Arabes _sucar_.
-
-* SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER. Je hasarde ici ces trois
-substantifs et ce verbe qui sont peut-tre des latinismes assez heureux,
-pour exprimer le frmissement des feuillages et le murmure des roseaux
-mus par le vent. Nous n'avons pour rendre ces ides que des mots trop
-gnraux et des images trop vagues.
-
-Un de nos Lexicographes dit _susurre_, qui est construit sur le mot
-_murmure_ avec lequel il a tant de rapports. _Susurration_ est plus
-conforme au type latin, et _susurrement_ l'esprit de notre Langue;
-mais il n'est donn qu' nos bons Ecrivains de consacrer ces expressions
-agrables, et d'en fixer l'emploi.
-
-
-T
-
-TACT. Le mot factice _tac_ fut invent pour exprimer le bruit des corps
-durs et secs qui frappent les uns sur les autres.
-
-TIC TAC, eut une signification analogue, et marqua un battement, un
-mouvement ritr, comme celui d'un marteau qui frappe, d'un balancier
-d'horloge, des pulsations du sang et des palpitations du coeur. Regnier
-l'emploie pour reprsenter les coups que se donnent dans leur lutte
-grossire les personnages de son souper ridicule:
-
- Ainsi ces gens se piquer ardens
- S'en vinrent du parler _tic tac_, torche lorgne;
- Qui casse le museau, qui son rival borgne;
- Qui jette un pain, un plat, une assiette, un couteau,
- Qui pour une rondache, empoigne un escabeau.
-
-TIC, maladie de cheval, est une Onomatope, selon Mnage, parce que le
-cheval qui a le _tic_, reproduit ce bruit en frappant de sa tte contre
-sa mangeoire; et je crois que _tic_, dans le sens de caprice ou de
-manie, en est une acception figure.
-
-TIQUET, s'est dit d'un corps tach de petits points, imprims comme au
-hasard, et semblables aux meurtrissures qui rsulteraient de petits
-coups dont ce mot rappelle le bruit.
-
-_Taquer_ ou _Toquer_, qui sont des mots populaires, ont t forms
-d'aprs cette racine, et le mot _tact_ en est pris avec une grande
-extension, pour dsigner tout ce qui a rapport l'action du toucher.
-
-TTER, TTONNER, TTONS, et autres termes de la mme famille, n'ont
-pas une autre origine, et ont t construits, soit dans notre Langue,
-soit dans celles qui en offrent les quivalens, d'aprs le son naturel.
-
-TAFFETAS. Il n'y a point de doute sur l'tymologie de ce mot, qui est
-prise dans le bruit de l'toffe qu'il dsigne. _Dixose assi_, dit
-Covarruvias, _del ruido que haze el que va vestido della seda, sonando
-el _tiftaf_, par la figura onomatopeia_. On a mme crit autrefois
-_taffetaf_, comme dans ce passage de _la grande nef des Fous du monde_:
-Les bourses comme pannetires, les ceintures de _taffetaf_, etc.
-
-En italien, c'est _taffeta_, en espagnol _taffatan_, en grec moderne,
-_taphata_. Mnage prtend que _taffata_ se retrouve dans la basse
-latinit, et Ducange y a vu _taffetas_ et _taffetin_.
-
-TAMBOUR. Chez les Latins _tympanum_, et dans la basse latinit _tabur_,
-_taburcium_ et _tamburlum_; en arabe _tabal_ et _tambor_, en italien et
-en espagnol _tamburro_; en allemand _trommel_, et l'homme qui bat la
-caisse _tambour_; en vieux franais _tabur_, _thabur_, _tabor_ et
-_tabour_, d'o _taborer_ et _tabourner_. Rabelais et Regnier disent
-_tabouriner_, et le peuple _tambouriner_.
-
-Ces mots sont faits du bruit clatant de la caisse, et en gnral des
-bruits trs-retentissans.
-
-De la mme racine, on avait tir dans le vieux langage les mots _tabut_
-et _tambusteis_ qui signifiaient grand tumulte et bruit assourdissant
-comme celui de la caisse.
-
-TARABUSTER, en est une drivation figure.
-
-TAMPON. On appelle _tampon_ ce qui sert boucher un vaisseau, parce
-qu'en enfonant le _tampon_, on excite un bruit dont ce nom parat
-form.
-
-Les Latins ont dit _tappus_ dans la mme signification, les Italiens
-_zaffo_, les Anglais et les Allemands _tap_.
-
-TAPE, TAPER, qui s'emploient bassement dans notre Langue, viennent du
-mme son naturel.
-
-SE TAPIR dans une place troite, y demeurer en _tapinois_, c'est s'y
-tenir cach, serr, et en quelque sorte adhrent comme un _tampon_.
-
-TAPON, est un mot trs-bas qui se dit d'un paquet press, contenu, ou
-_tapi_ dans un petit lieu. C'est aussi un terme de Marine qui signifie
-un certain bouchon dont on ferme l'ame du canon pour empcher l'eau d'y
-pntrer.
-
-TAUPIN, est le nom franais d'un insecte dont le thorax est arm d'un
-ressort au moyen duquel il saute sur lui-mme avec bruit.
-
-TOUPE, fait du latin _stuppa_ ou du celtique _stoup_, qui est le _topp_
-de Davies, pourrait se rapporter cette Onomatope, parce que les
-_tampons_ sont ordinairement d'_toupes_.
-
-TAN. Ce mot dsigne une poudre menue d'corce de chne, battue dans de
-gros mortiers, par la force des roues d'un moulin, et avec un bruit
-qu'il exprime.
-
-TAON. Le vol bruyant du _taon_ tait assez bien reprsent par ce nom
-que la nouvelle prononciation a dnature. L'Onomatope s'est conserve
-dans le langage du peuple qui dit _tavon_ ou _tavan_. Je ne doute pas
-que la mme aphrse ne nous ait fait perdre l'effet imitatif du mot
-_paon_, form du _pavo_ des Latins, qui l'tait du cri naturel de cet
-oiseau.
-
-Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on a dit autrefois _tahon_, qui se lit
-dans ces vers de Christian de Troyes:
-
- Toujours doit li fumier puir,
- Et _tahons_ poindre, et maloz bruire,
- Envious, envier et nuire.
-
-Mnage fait _hanneton_ de _tabanus_, qui est le nom latin du _taon_, par
-un procd bien bizarre. De _tabanus_, _tavanus_, _tavanettus_,
-_vanettus_, _vanetto_, _vanetonne_, _nanettone_, _hanneton_. Je crois
-qu'on peut tablir, sans insulter la mmoire de ce savant laborieux,
-qu'il n'y a rien de plus ridicule que ces tymologies arbitraires dont
-la filiation ne repose que sur des intermdiaires factices. Si hanneton
-n'est pas fait d'_alis tonans_, c'est peut-tre une Onomatope.
-
-TARABAT. Instrument bruyant qui servait appeler les Religieux aux
-Offices nocturnes.
-
-Les Grecs ont dit _thorubein_, pour, faire du bruit, et _thorubos_,
-pour, tumulte ou fracas. Cette curieuse analogie n'a jamais t aperue.
-
-TARIN. Les Naturalistes pensent que le nom de cet oiseau a t fait
-d'aprs son chant; mais la varit de ses modulations a d dterminer un
-grand nombre d'Onomatopes. En effet, les Grecs l'ont nomm _thraupis_,
-les Allemands _zinsle_, _zeizel_, _zysle_, _zyschen_, _zeisich_, les
-Polonais _csiseck_, les Illyriens _csisz_, et les Anglais _siskin_. Nous
-l'appelons vulgairement _scenicle_, _cinit_, _cerizin_.
-
-Tous ces mots, quoiqu'trangers les uns aux autres, ont une racine
-naturelle.
-
-TETER. C'est tirer avec la bouche le lait de la mamelle, et cette action
-produit un bruit dont le mot qui la dsigne est emprunt.
-
-TETTE, qui n'est plus d'usage, mais dont les quivalens ont la mme
-racine, et qui signifie l'endroit par o les animaux nourrissent leurs
-petits, s'est dit en grec _titthos_ et _titthion_; en latin _tetta_; en
-allemand _titte_; en anglo-saxon _tit_, _titt_ ou _tytt_; en Langue
-franque _tuito_; en anglais _teat_, et en espagnol _teta_. On m'assure
-que le syrien et le chalden _thad_ expriment la mme ide; et dans la
-partie de ma prface o j'ai dmontr que les premiers rapports de
-l'enfant et de la mre, c'est--dire, l'action de _teter_, ont eu dans
-le langage une racine commune avec les premiers rapports de parent,
-j'ai fait sur la forme hiroglyphique, et sur le son imitatif du _thta_
-des Grecs, une observation assez nouvelle que je recommande
-l'attention du Lecteur.
-
-TIMBALES. _Tabala_ tait, suivant Plutarque dans la vie de Crassus, et
-suivant Hsichius, un tambour dont se servaient les Parthes. C'est
-_tablon_ en arabe, _tympanon_ en grec, et _tympanum_ en latin.
-
-Il parat que cet instrument s'est d'abord appel _timbre_, et qu'il en
-est question sous ce nom dans _Perceval_ et dans ces vers du _roman de
-la Rose_:
-
- Cil fleues court si joliement,
- Et maine si grand dissonent,
- Qu'il rsonne, tabourne et _timbre_
- Plus souef que tabour ne _timbre_.
-
-TIMBRE, qui signifie, dans son acception actuelle un instrument d'un
-mtal sonore qui retentit sous le marteau, est incontestablement tir de
-la mme racine.
-
-TIMPAN, est le nom qu'on a donn cette partie de l'oreille qui reoit
-les impressions de l'air agit, et qui cause le sentiment de l'oue,
-parce qu'elle est comme une espce de tambour sur lequel les bruits
-extrieurs viennent agir.
-
-TIMPANON, sorte d'instrument de Musique, mont avec des cordes de laiton
-qui vibrent sous de petites baguettes, prsente le type grec sans aucun
-changement.
-
-On appliquera facilement aux autres expressions de la mme famille les
-observations que je fais sur celles-ci, soit que les objets qu'elles
-reprsentent aient t dnomms d'aprs le bruit qu'ils rendent, soit
-que leurs qualifications aient t dtermines par de simples analogies,
-comme cela a lieu dans le verbe _timpaniser_, qui se dit pour, blmer
-hautement, parce que ces sortes de diffamations sont, en quelque
-manire, divulgues au son du tambour.
-
-TINTEMENT, TINTER. Onomatopes du son de la cloche, qui avaient
-d'heureux quivalens dans le _tinnitus_ et le _tintinnire_ des Latins.
-Ils avaient aussi appel _tintinnabulum_ la petite clochette qui rend un
-bruit clair et argentin. Catulle a dit, avec peu de got, ce me semble:
-_auris tintinnat tintinnabulum_.
-
-TINTEMENT, ou TINTOUIN, se disent indistinctement d'un battement
-importun qui fatigue l'oreille, et qui ressemble au _tintement_ de la
-cloche. Nicod en explique assez bien l'extension mtaphorique.
-_Tintouin_, dit-il, est un nom imit du chifflement qui se fait aux
-ventricules du cerveau, et cornissant par les oreilles, et vient de
-_tinter_; et parce que tel _tintouin_ empche le repos de la personne,
-on l'usurpe aussi par mtaphore, pour souci rongeant, travail d'esprit
-et fatigation de l'entendement.
-
-TINTAMARRE, vient, selon Pasquier, du bruit que font les paysans quand
-ils frappent sur leur _marre_, qui est un instrument de labour, pour
-avertir ceux qui sont loigns, de quitter leur besogne, et que midi est
-sonn. Quoi qu'il en soit de cette dsinence parasite, il ne peut y
-avoir de doute sur l'effet imitatif de cette expression et sur le
-caractre de sa racine, qui est bien videmment prise dans le son
-naturel.
-
-TOCSIN. Ce mot vient de _toquer_, _frapper_, et de _sing_, qui
-signifiait autrefois une cloche. Il en est fait mention en ce sens dans
-le Pontifical.
-
-En quelques lieux, on appelle encore petit _sing_ les petites cloches.
-Il y a aussi un vieux proverbe qui dit: on en fait bien les _sings_
-sonner, pour dire, on en fait beaucoup de bruit.
-
-_Tocsin_, est donc compos d'un son naturel et d'un son abstrait,
-supposer que _sing_ lui-mme ne soit pas une Onomatope ancienne.
-Rabelais a crit _toquesing_ au chapitre 66 du livre IV de _Pantagruel_.
-
-TONNER, TONNERRE. Ce mtore terrible a fourni des Onomatopes tous
-les peuples. C'est une des premires catastrophes naturelles qui aient
-d frapper l'imagination de l'homme, et il n'est pas tonnant qu'il ait
-cherch le reprsenter par un concours de sons clatans. Dans notre
-Langue mme o cette imitation est plus imparfaite que dans beaucoup
-d'autres, on peut remarquer cependant que le nom du _tonnerre_ est form
-d'une syllabe trs-sonore, alonge d'une terminaison roulante.
-
-Les Celtes ont dit _tonitru_, les Latins _tonitruum_, et leur
-prononciation donnait ce mot une harmonie sourde et retentissante
-comme les _grondemens_ de la foudre dans les chos; les Italiens
-_tuono_, les Espagnols _tronido_, les Anglais _thunder_, et les
-Allemands _donner_.
-
-Ajoutons, sans pousser plus loin cette recherche, que les idiomes
-humains n'ont pu exprimer un bruit de la nature de celui-ci que par des
-approximations encore bien imparfaites, quoique le son radical des
-diffrens noms par lesquels ils l'ont caractris, soit le plus grave de
-tous ceux que peut former la voix. Aussi est-il devenu dans les mots
-_son_ et _ton_, le signe gnral de tous les bruits, de toutes leurs
-modifications et de tous leurs effets.
-
-TORRENT. Du bruit d'un courant d'eau trs-imptueux, effet que l'auteur
-d'un roman moderne a cherch rendre dans ce passage, qui ne me parat
-pas tout--fait dpourvu d'harmonie.
-
-Aprs des pluies abondantes, un torrent large et rapide, grossi de tous
-les ruisseaux et de toutes les ravines, descend du haut de nos montagnes
-avec le bruit de la foudre, s'lance furieux dans la plaine, la remplit
-d'pouvante et de dsastres, brise, envahit, dvore tout ce qui
-contrarie son passage; et, charg d'arbres dracins, de rocs et de
-dcombres, il roule et se prcipite en grondant dans la Salza.
-
-_Torrent_ se dit _strumor_ en Langue gallique, et se trouve ainsi
-exprim dans des fragmens d'anciennes posies, attribues Ossian.
-
-* TOURDE. En vieux franais _tourd_. C'est un nom qu'on donne la grive
-dans quelques provinces, et que les tymologistes disent fait par
-Onomatope.
-
-Le mot _twrdd_ a dsign en celtique, suivant M. Court de Gbelin, le
-chant bruyant de certains oiseaux, et, en gnral, les bruits tumultueux
-et fatigans.
-
-TOURDIR, rompre la tte quelqu'un force de criailleries, est
-construit sur cette racine.
-
-TOURTEREAU, TOURTERELLE. En hbreu _thor_; dans presque toutes les
-Langues orientales _tur_; en latin _turtur_, prononc _tourtour_; en
-italien _tortora_, _tortorello_, _tortorella_; en espagnol _tortola_; en
-anglais _turtledove_; en allemand _turteltaube_; en celtique _turzunel_;
-en vieux franais _tourte_ et _tourtre_.
-
-Il n'est personne qui ne reconnaisse dans ces expressions des
-Onomatopes trs-heureuses du roucoulement des _tourterelles_.
-
-TOUSSER, TOUX. Du bruit que l'on fait en _toussant_.
-
-Le _husten_ des Allemands, et le _cough_ des Anglais, pour tre d'une
-construction diffrente, n'en sont pas moins des Onomatopes
-incontestables.
-
-TRACAS, TRACASSER. Ces mots expriment dans leur sens propre un bruit
-violent et incommode, comme celui des corps qui se fracassent; mais ils
-diffrent de cette dernire espce d'expression et quant au sens et
-quant la racine, en ce que l'ide de fracas emporte celle de rupture
-et de brisement, qui n'est point inhrente celle-ci.
-
-Nicod prtend fort mal--propos, selon moi, que _tracas_ vient de _trac_
-ou _trace_, _comme qui dirait aller et l, errer par les voies_.
-
-Quoique ce terme et ses drivs ne soient gure d'usage que dans des
-acceptions figures, ils sont sensiblement tirs d'un son naturel, et on
-appelle encore trs-bassement dans la Langue du peuple, du nom de
-_tracas_, une chaussure lourde et grossire, qui cause un bruit
-dsagrable quand on marche.
-
-On peut remarquer ici un singulier rapprochement; c'est que la
-dnomination triviale dont je parle a le mme rapport avec le mot
-_tracasser_ que _savate_ son synonyme avec le mot _sabat_, qui se prend
-dans notre Langue pour un bruit haut et tumultueux. _Sabata_ se dit en
-celtique, pour, faire du bruit ou crier pleine voix. _Sabot_
-driverait de la mme racine, et on aurait fait de ce dernier mot, par
-extension, le nom de l'ongle de certains animaux.
-
-TRANSIR. La racine de ce mot que je choisis au hasard dans sa famille,
-caractrise un grand nombre de mots analogues, et dont le sens est
-marqu par le bruit naturel dont ils drivent.
-
-Les dents serres convulsivement dans le frmissement du froid, de la
-fivre et de la peur, laissent chapper un son dur et roulant dont on a
-fait _transir_, engourdir, pntrer de froid,
-
-TERREUR, sentiment de crainte caus par la prsence d'un objet
-pouvantable,
-
-TREMBLEMENT, frissonnement vhment et universel,
-
-TREMBLER, frissonner avec force par tout le corps,
-
-TREMBLOTER, qui en est le diminutif,
-
-TREMBLE, arbre ainsi nomm, parce que ses feuilles _tremblent_ et
-s'agitent au moindre vent,
-
-TRMOUSSEMENT, SE TRMOUSSER,
-
-TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR, qui expriment de petites motions, de
-faibles mouvemens d'effroi, de surprise ou de joie.
-
-TRANTRAN. Mot factice et populaire qui n'est plus d'usage que dans son
-acception figure, c'est--dire, pour signifier l'intelligence d'un
-tat, d'un mtier, le secret d'un ngoce, le cours des affaires de
-commerce et d'industrie.
-
-Quelques-uns prtendent que ce mot s'est dit proprement du son du cor
-des chasseurs, sens auquel il est employ dans la _vnerie_ de
-Dufouilloux, de sorte que ce serait une mtaphore tire de la conduite
-de la chasse.
-
-D'autres avancent que cette faon de parler vient du bruit des violons
-qui s'accordent, bruit qu'on peut rendre par _trantran_; et alors ce
-serait une mtaphore tire de l'accord et de l'harmonie de la musique.
-
-TRAQUET. Petite soupape qui ouvre et ferme l'ouverture de la trmie,
-pour laisser tomber ce qu'il faut de grain sous la meule.
-
-TRICTRAC. Jeu dont le nom vient du bruit que font les dames et les ds
-dont on se sert en jouant. C'est ce bruit que M. Delille exprime
-admirablement dans ces vers:
-
- J'entends ce jeu bruyant o le cornet en main,
- L'adroit joueur calcule un hasard incertain.
- Chacun sur le damier fixe[6] d'un oeil avide
- Les cases, les couleurs, et le plein et le vide.
- Les disques noirs et blancs volent du blanc au noir;
- Leur pile crot, dcrot. Par la crainte et l'espoir,
- Battu, chass, repris, de sa prison sonore
- Le dz avec fracas part, rentre, part encore.
- Il court, roule, s'abat.
-
-Dumarsais croit que ce jeu s'est appel autrefois _tictac_, et il est
-encore dsign de cette manire par les Allemands et les Anglais.
-
-* TRINQUER. Heurter les verres en buvant, ce qui se fait avec un bruit
-dont le mot _trinquer_ est form par Onomatope.
-
-Les Allemands s'en sont empars, en lui donnant quelque extension, pour
-reprsenter l'action de boire elle-mme. Ils disent _trincken_, les
-Flamands _drincken_, et les Italiens _trincare_.
-
-TROMPE, TROMPETTE. Dans la basse latinit _trumpa_; en italien _tromba_
-et _trombetta_; en anglais _trumpet_; en allemand _trompete_.
-
-Il tait inutile de chercher l'tymologie du mot _trompette_ dans ces
-diffrentes Langues, comme l'a fait Mnage, ou il fallait remonter du
-moins jusqu'au bruit naturel qui l'a produit, ainsi que ses analogues.
-
-_Trompe_, dit le pre Labbe, _tromper_, _trompette_, _trompetter_,
-viennent du son qui se fait ordinairement dans le cor de chasse _trom,
-trom, trom_, et non pas de _tuba_, ni du _taratantara_ du bon Ennius
-qu'il avait form sur le son clair et gaillard des clairons et de la
-doucine.
-
-TROMBONNE, est le nom italien actuellement francis d'un instrument que
-nous avons d'abord nomm _trombon_.
-
-TROT, TROTTER. Le mot _trot_ reprsente l'oreille comme la pense
-l'allure naturelle des chevaux dont on presse le pas. C'est donc avec
-raison que Pasquier le drive, par Onomatope, du bruit que font les
-animaux en _trottant_.
-
-De la mme racine vinrent le celtique _troad_ qui signifie _pied_, et le
-celtique _trotta_ qui signifie _trotter_.
-
-Je ne sais o M. Court de Gbelin a lu _trul_, qui se disait pour,
-_aller_ ou _courir et l_, et dont viendrait le mot populaire
-_trauler_.
-
-TURLUT. C'est un oiseau du genre de l'alouette, qu'on a nomm _turlut_
-en raison de son chant dont ce mot est l'expression.
-
-TIRELIRE, est une autre Onomatope construite pour reprsenter le mme
-bruit naturel, comme _turelure_ et _turelurelu_ pour imiter le son de la
-flte. Ces termes factices, qui ont bonne grace dans une posie telle
-que celle-ci, dit la Monnoye dans son curieux glossaire sur les Noels,
-seraient insupportables dans un pome srieux. Virgile n'a eu garde
-d'employer le _taratantara_ d'Ennius. Un Merlin Coccae, un Arena, un
-Belleau ont eu droit d'exprimer, comme bon leur a sembl, toutes sortes
-de voix dans leurs macarones, mais on ne saurait pardonner Dubartas
-sa ridicule description du chant de l'alouette, en ces quatre vers du
-cinquime livre de sa Semaine:
-
- La gentille alouette avec son _tire lire_
- Tire l'ire l'ir, et _tirelirant_ tire
- Vers la vote du Ciel, puis son vol vers ce lieu
- Vire et desire dire, adieu dieu, adieu dieu.
-
-Il faut dire l'honneur du sicle de Dubartas que ces vers parurent
-dj trs-misrables de son temps, car je les lis ainsi corrigs, mais
-non pas beaucoup meilleurs dans l'dition que je consulte.
-
- La gentille alouette avec son _tire lire_
- Tire l'ire aux faschez, et d'une tire, tire
- Vers le pole brillant, plus d'un plumage las
- Changeant un peu de son se laisse cheoir en bas.
-
-C'est cette version qu'Edouard Dumonin a suivie dans sa traduction
-latine, intitule _Beresithias_:
-
- _Dulcis alauda suo _tire liro_ consonna tollit
- Iratis iras, saevamque extrudit Erymnin
- Flammicomum tractuque polum levis involat uno
- Hinc leviter flexo cantu, dum membra fathiscunt
- Corpora demittit terrae._
-
-Baptiste Mantouan a cherch exprimer la mme chose dans ce passage de
-ses posies, et y a sans doute mieux russi que ses rivaux, sans
-recourir au mme procd:
-
- _Prole nov exultans, galcque insignis alauda
- Cantat; et ascendit ductoque per aera gyro
- Se levat in nubes: et carmine sydera mulcet._
-
-Ronsard a fait usage aussi du mot _tire lire_ dans une piece de ses
-_Gats_, intitule l'_Alouette_, et c'est peut-tre la seule tache
-qu'il y ait dans ce morceau charmant:
-
- H Ciel que je porte d'envie
- Aux plaisirs de ta douce vie.
- Alouette qui de l'amour
- Dgoises ds le point du jour,
- Secouant en l'air la rose
- Dont ta plume est toute arrouse!
- Devant que Phbus soit lev
- Tu enlves ton corps lav
- Pour l'essuyer prs de la nue.
- Trmoussant d'une aile menue,
- Et te sourdant petits bonds,
- Tu dis en l'air de si doux sons
- Composs de ta _tirelire_,
- Qu'il n'est amant qui ne desire,
- T'oyant chanter au renouveau
- Comme toi devenir oiseau.
- Quand ton chant t'a bien amuse,
- De l'air tu tombes en fuse
- Qu'une jeune pucelle au soir
- De sa quenouille laisse cheoir,
- Quand au fouyer elle sommeille
- Frappant son sein de son oreille:
- Ou bien quand en filant le jour
- Void celuy qui luy fait l'amour
- Venir prs d'elle l'impourvee,
- De honte elle abaisse la veue,
- Et son tors fuseau dli
- Loin de sa main roule son pi.
-
-Cet pisode de la fileuse est d'un got absolument antique, et un des
-plus gracieux que l'on puisse imaginer. Si Ronsard n'avait jamais fait
-que de pareils vers, la postrit lui aurait peut-tre confirm jusqu'
-un certain point ces titres pompeux de _Prince des Potes_, et
-d'_Apollon de la source des Muses_, qu'on lui a donns de son temps.
-
-
-V
-
-* VAGIR, VAGISSEMENT. Ces mots expriment le cri des enfans qui viennent
-de natre, et notre Langue a rcemment admis le substantif _vagissement_
-sur les rclamations de Voltaire. C'est une disette insupportable,
-crivait-il, d'appeler des choses si diffrentes du mme nom. Le mot
-_vagissement_, driv du latin _vagitus_, aurait trs-bien exprim le
-cri des enfans au berceau.
-
-Dumarsais, observe un autre Littrateur, a fait tout ce qu'il a pu pour
-faire prendre ce mot, et n'a point russi. C'est le cas de le
-reproduire, et de faire voir qu'il est aussi naturel et aussi utile que
-_mugissement_. Le cri d'un enfant au berceau est, coup sr, une bien
-longue priphrase.
-
-Le verbe _vagir_, qui est fait du substantif, comme de _mugissement_ et
-_rugissement_ sont faits _mugir_ et _rugir_, et dont la construction
-est, par consquent, trs-conforme l'esprit de notre Langue, n'est
-sans doute pas ddaigner. Un tranger qui a donn quelques volumes
-la Littrature franaise, a dit quelque part: Si Dieu m'offrait le
-privilge de la rtrogradation jusqu' mon enfance, et de _vagir_ une
-seconde fois dans le berceau, je refuserais ses offres.
-
-VAGUES, est le nom qu'on donne aux eaux agites et mugissantes, parce
-que le bruit qui s'en lve ressemble un long _vagissement_. En
-allemand _wage_, _woge_; en gothique _wego_; en anglo-saxon _waeg_; en
-islandais _vag_.
-
-VIOLON. Je crois devoir rapporter propos de ce mot les raisons
-ingnieuses qu'emploie M. Court de Gbelin pour en faire remonter
-l'origine au son naturel. Le mot _violon_, dit-il, dsigne un
-instrument cordes qu'on fait rsonner avec un archet. Mais quelle est
-l'origine de ce nom? Elle se perd dans la nuit des temps pour tous les
-tymologistes; car, dire avec eux qu'il vient de l'espagnol _biolone_,
-ce serait tout au plus supposer que cet instrument nous vnt par
-l'Espagne, ce qui serait, peut-tre, difficile prouver.
-
-Ce nom tient ceux de quelques autres instrumens appels _viole_,
-basse _de viole_, _violoncelle_, etc.
-
-Si jamais nom dut tre form par Onomatope, n'est-ce pas celui d'un
-instrument de musique? Ils ont un son eux, un son dtermin et
-constant, un son propre les distinguer de tout autre. Ce son dut
-devenir leur nom ds l'origine; et, quoique naturelle, on dut perdre
-jamais cette origine de vue, ds qu'on eut perdu de vue les origines de
-la Langue qu'on parlait, et les rvolutions de la nation dont on faisait
-partie.
-
-Les instrumens bruyans, tels que le tambour, le tympanon, et la
-tymbale, portent des noms parfaitement imitatifs: en les nommant, on
-peint le coup qui les fait retentir.
-
-Dans les instrumens cordes, on avait peindre des sons d'une toute
-autre espce, des sons aigus et sifflans, grles en quelque sorte; on
-eut donc recours, pour les peindre, la voyelle _i_, dont le son grle,
-aigu et sifflant se met si bien l'unisson de ces instrumens, et qui,
-associe au son _o_, sert galement peindre cette joie et cette gat
-qu'accompagne et qu'inspire dans les ftes le son des instrumens. On dit
-donc _viole_, _violon_ par le mme sentiment qu'on disait ioh! ioh! et
-qu'on fit en _iol_ et en _jol_ les mots celtes, theutons, basques, etc.
-qui peignent la joie et le plaisir.
-
-C'est de ce mot que les Latins firent galement celui de _fides_, qui
-dsigna les instrumens cordes, et qui forma le diminutif _fidicula_,
-petit instrument cordes; tandis qu'en le prononant en _v_, ils en
-firent _vitula_, 1. la desse de la joie; 2. en latin barbare, cet
-instrument dont nous avons altr le nom en celui de _vielle_.
-
-Ils en firent encore
-
-_Vitulari_, se rjouir, foltrer,
-
-_Vitellianae_, tablettes sur lesquelles on crivait des choses gaies.
-
-VTE, VTESSE. Le mot _vte_ est peut-tre l'imitation du souffle,
-acclr par la promptitude de la marche.
-
-Les Latins n'en auraient-ils pas fait _festinare_, se hter? En
-anglo-saxon, _hwato_ signifie alerte, prompt, et _hwetan_, exciter,
-animer.
-
-
-Z
-
-ZESTE. C'est une zne trs-mince qu'on enlve de la peau d'une orange,
-en glissant vivement contre sa superficie le tranchant d'un couteau. Le
-petit bruit qui en rsulte a motiv cette dnomination qu'on a tendue
-depuis d'autres acceptions, tant propres que figures.
-
-ZIGZAG. Ce sont, suivant Mnage, des tringlettes croises en losange les
-unes sur les autres, qui se resserrent et s'alongent, et dont on se sert
-pour faire tenir des lettres ou autre chose dans des lieux levs.
-
-Poisson a compos une petite comdie intitule le _Zigzag_, o Octave
-donne une lettre Isabelle, qui tait la fentre d'un logis.
-
- Mon _zigzag_ fera son office;
- Ce mot de lettre mis au bout
- Instruit Isabelle de tout.
-
-Mnage reconnat que ce mot a t fait par Onomatope.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-NOTES
-
-
-[1] Comme il tait de mon intention de donner dans le cours de cet
-ouvrage quelques exemples de l'extension des sons radicaux et des
-racines imitatives dans la dsignation des tres qui, comme je l'ai dit,
-n'ont point de formes propres et de bruits particuliers, et de prouver
-qu'aucune expression n'a t forme sans motif, et que les termes qui
-ont caractris les sensations premires, ont d devenir allusivement le
-signe des sensations analogues; comme le son radical _sag_ qui est une
-des anciennes Onomatopes du bruit de la _flche_, est d'ailleurs un des
-plus curieux que je connaisse dans les modes qu'il a subis, je vais
-suivre ses diffrentes drivations dans la Langue latine seulement, pour
-ne pas charger cette note d'un appareil inutile d'rudition.
-
-
-RACINE, SAG. Sens propre, une _flche_.
-
-Les Latins en ont fait _SAG-itta_, et immdiatement, par le procd
-comparatif, ce nom est devenu commun une plante dont il est question
-dans Pline, et qui ressemble une _flche_, au bout d'un rejeton de
-vigne qui a la forme d'une _flche_ barbele, et une constellation
-compose de cinq toiles qui reprsente une _flche_.
-
-
-SENS DRIV.
-
-_SAG-ittarius_ a signifi un homme qui lance des _flches_, et ensuite
-un signe du Zodiaque. Puis par une extension commune dans les Langues,
-on a nomm _SAG-ittarius_, une monnaie de Perse qui avait un
-_SAG-ittaire_ pour empreinte.
-
-_SAG-ittifer_ a t le nom du porc pic, parce que les pointes dont il
-est couvert ont quelque ressemblance avec des _flches_.
-
-Jusqu'ici l'opration de l'esprit est simple et sans complication.
-
-
-SENS RELATIF.
-
-L'imagination commence saisir des rapports plus loigns, mais elle
-n'a point encore perdu de vue le sens propre.
-
-_SAG-aris_ signifie d'abord un faisceau de _flches_, un carquois; il se
-dit bientt d'une hache d'armes.
-
-_SAG-ma_ exprime en premier lieu ce qui sert cacher la pointe de la
-_flche_, la garantir en temps de paix. Ensuite, il se dit
-gnralement d'un fourreau, et finalement de la selle d'un homme d'armes
-o les _flches_ sont fixes.
-
-_SAG-men_ est pris dans un sens plus hardiment figur, quoiqu'il
-appartienne encore au sens primitif. On appelle ainsi la verveine par
-opposition ou contre vrit, parce que les Ambassadeurs proposant la
-paix ou la guerre, portaient dans leurs mains une verveine et une
-_flche_.
-
-_SAG-a_ signifie premirement les armes d'un soldat. _Ire ad SAG-a_,
-c'est s'emparer de ses javelots et de ses _flches_. On en fait _SAG-um_
-ou _SAG-ulum_ qui est l'habit d'un soldat en guerre.
-
-Une fois que ce pas est fait, on va beaucoup plus loin. On appelle
-_SAC-itza_ le pillage d'une ville, l'extermination de ses habitans,
-parce que les vainqueurs les renversent coups de _flches_, et notre
-Langue en emprunte les mots SAC et _SAC-cager_ qui conservent encore
-toute la racine, avec une simple modification de la gutturale _g_,
-prononce sur une touche plus clatante.
-
-Enfin, il suffit de nazaler cette racine SAG, pour en former _SANG-uis_,
-qui s'emploie par une extension du mme genre, parce que le sang coule
-sous les _flches_.
-
-_N. B._ En vieux franais, _sache_ a signifi un fourreau, _sacher_,
-tirer du fourreau, et ensuite, poursuivre le gibier et le renverser sous
-les _flches_, d'o il semble que _chasser_ a t fait par mtathse.
-
-
-SENS FIGUR OU MTAPHORIQUE.
-
-Ici l'esprit de l'homme s'lance hardiment des objets trs-loigns,
-pour peu qu'il y puisse saisir quelque affinit avec le sens originaire
-du mot invent.
-
-Une erreur populaire lui persuade qu'une espce de pierre prcieuse
-attire le bois comme l'aimant attire le fer, et que le bois y vole avec
-la rapidit de la _flche_. Il nomme cette pierre _SAG-da_.
-
-Il a observ que la _flche_, en s'enfonant dans un corps dur, y frmit
-long-temps encore. Il appelle _SAG-acio_, id est, _SAG-ittae actio_,
-tous les genres de palpitation et de tremblement.
-
-Il essaye de trouver un objet de comparaison l'action de regarder. Le
-regard parcourt l'espace avec la vtesse de la _flche_, et le son
-radical SAG devient le nom du regard dans presque toutes les Langues de
-l'Orient. Les Latins cependant ne se servent point de cette racine ce
-dernier usage; mais ils le mconnaissent si peu, qu'ils s'enrichissent
-de ses drivations au sens abstrait.
-
-
-SENS ABSTRAIT.
-
-_SAG-ire_, c'est avoir de la pntration, du discernement, saisir des
-yeux de l'esprit.
-
-_SAG-ax_, c'est un homme pntrant, un homme dont le regard sr discerne
-la vrit.
-
-
-SENS HYPERBOLIQUE.
-
-Le dernier terme de cette gradation est si tranger son type, qu'il
-serait impossible d'en reconnatre l'origine, si on n'y pouvait
-remonter, comme nous le faisons, par une succession trs-naturelle de
-sensations et de jugemens. Le sens abstrait s'tendant des
-significations nouvelles, ce n'est plus au _SAG-e_, l'esprit dlicat
-et subtil qui saisit les choses ds le premier abord, avec une extrme
-justesse, que doit s'arrter cette srie d'ides que nous venons
-d'exposer; son regard plus prompt, plus sr, plus pntrant encore,
-perce tous les obstacles. Son esprit s'lve au-dessus de toutes les
-conceptions ordinaires; il domine, il explique l'avenir,
-
-C'est le devin que les Latins ont appel _SAG-us_, la magicienne,
-l'enchanteresse dont ils ont fait _SAG-a_, _SAG-ana_.
-
-_Prae-SAG-ire_, c'est voir hors du prsent, c'est anticiper par la
-pense sur les vnemens futurs.
-
-_Prae-SAG-ium_, c'est le pressentiment, le pronostic.
-
-_Prae-SAG-us_, c'est le sorcier, l'augure, l'homme inspir, termes dont
-on a complt le sens par la petite prposition _prae_, au-devant,
-au-del.
-
-Il reste s'assurer que les autres mots de la Langue naturelle
-donneront une pareille filiation, et c'est ce que chacun peut
-reconnatre dans ses tudes particulires, soit qu'il se contente, ainsi
-qu'on l'a fait ici, de pousser ses recherches dans une Langue seulement,
-soit qu'il veuille les tendre toutes, ce qui n'est pas plus
-difficile.
-
-
-[2] Une figure nouvelle est pleine de charme, parce qu'elle donne
-l'ide un point de vue nouveau. Une figure rebattue, devenue lieu
-commun, n'est plus que le froid quivalent du sens propre. On doit donc
-viter de prodiguer les figures dans une Langue use. Elles ne
-prsentent plus qu'un faste insipide de paroles et de tours. Le style
-purement descriptif sera ds-lors prfrable au style figur, parce que
-le sens figur avait fait oublier quelque temps le sens propre, et que
-celui-ci parat nouveau. L'aurore aux doigts de roses, qui ouvre les
-barrires du matin, et dont les pleurs roulent en perles humides sur
-toutes les fleurs, offre sans doute une image heureuse et brillante;
-mais on produira beaucoup plus d'effet aujourd'hui en peignant le soleil
- son lever, rougissant d'une lueur encore incertaine le sommet des
-hautes montagnes, les vapeurs de la plaine qui se dissipent, les
-contours de l'horizon qui se dessinent sur le ciel clairci, et les
-fleurs qui se penchent sous le poids de la rose.
-
-
-[3] C'est l'opinion de M. de Roujoux. Dom Lepelletier crit _coric_ qui
-signifie _petit nain_. On pourrait penser que _gawric_ est fait de
-_gawr_ dans son sens le plus ordinaire, _lev_, _suprieur_, et dsigne
-trs-bien alors les intelligences secondaires, les gnies et les fes,
-_Gawric_, petite puissance, ou bien il est tir de _gour_ ou _gwr_ qui
-s'est dit pour, homme, et signifie alors avec le diminutif un petit
-homme, un nain, comme on reprsentait les tres surnaturels dont il
-s'agit.
-
-
-[4] Il y en a beaucoup d'exemples dans le latin.
-
- _Halosis_, pillage, dilapidation.
- _Hama_, un croc.
- _Hamare_, harponner.
- _Hamus_, un hameon.
- _Harpa_, un vautour, et puis, la _harpe_, l'instrument de musique
- dont les cordes sont saisies avec toute la main.
- _Harpaga_, un hrisson, un grappin, un avare.
- _Harpagare_, prendre de force.
- _Harpastum_, un ballon qu'on cherchait s'arracher en jouant, et
- dont il est question dans Martial.
- _Harpax_, l'ambre qui attire la paille.
- _Harpe_, un oiseau de proie.
- _Harpia_, la harpie aux mains crochues.
- _Haurire_, avaler, engloutir.
- _Haustrum_, instrument puiser de l'eau.
- _Helluo_, un glouton.
- _Helluari_, absorber, avaler, dvorer.
- _Helveus_, qui a la bouche ouverte et prte saisir sa proie.
- _Hera_, la fortune qu'il faut saisir au passage.
- _Heres_, le hrisson, l'animal hriss de pointes qui saisissent et
- dchirent.
- _Hiare_, ouvrir la bouche.
- _Hiera_, l'pilepsie, mal qui envahit, qui saisit, qui absorbe.
- _Hippae_, les cancres, les crevisses aux pattes armes de crochets.
- _Hirudo_, la sangsue. _Non missura cutem nisi plena cruoris._
- _Hiulcus_, avide, intress.
- _Humare_, enterrer, cacher sous la terre.
- _Humus_, la terre dvorante, qui consume tous les corps privs de vie.
- _Hyphaear_, la glu, matire qui happe, qui attache, etc.
-
-Il serait sans doute ridicule d'avancer que la construction de ces mots
-compliqus n'a eu d'autre base que l'initiale. Rien n'est plus facile
-que de remonter leurs racines naturelles, desquelles disparatrait
-cette lettre, qu'on peut regarder comme trs-moderne relativement aux
-temps et au langage primitifs. Mais il serait plus absurde de dire
-qu'elle a t attache ces expressions sans motif, et je pose en
-principe que le motif qui en a dtermin l'emploi, c'est son caractre,
-son esprit, l'ide d'avidit qu'elle rveille toutes les fois qu'on
-l'aspire. Les caprices de la prononciation et de l'criture ont pu la
-transporter dans d'autres mots auxquels elle n'a point donn ce sens;
-mais ces mots seront en trs-petite quantit, et les exceptions ne
-prouvent pas plus ici qu'ailleurs.
-
-
-[5] Comme le son caractristique de cette expression est un des plus
-communs et des plus intressans de la nature, puisqu'il sert exprimer
-le bruit des corps dans leur mode de dplacement le plus ordinaire, je
-le prendrai pour exemple de ces grandes gnrations de mots que je n'ai
-fait qu'indiquer d'autres articles, et qui auraient surcharg cet
-ouvrage de trop de dtails inutiles. C'est M. Court de Gbelin qui me
-fournira le tableau des termes dont celui-ci est le type.
-
-ROUAGE, ROUER.
-
-ROUET, instrument _roue_.
-
-ROUELLE, tranche coupe en rond.
-
-ROTULE, en latin _rotula_, os cartilagineux, large et rond qui forme le
-mouvement du genou.
-
-ROTATEUR, muscle circulaire qui sert mouvoir l'oeil.
-
-ROTE, en latin _rota_, tribunal de la cour de Rome, dont la salle est
-pave de carreaux qui reprsentent des _roues_.
-
-RODER, aller et l en faisant des tours et des dtours.
-
-RODEUR.
-
-ROULER, 1. se mouvoir en rond; 2. plier en rond: au figur,
-considrer, mditer.
-
-ROULANT.
-
-ROULEAU, chose faite ou tourne en rond.
-
-ROULEMENT, bruit d'une chose qui roule, mouvement en rond.
-
-ROULADE, roulement de la voix.
-
-ROULAGE, action de rouler, facilit de rouler.
-
-ROULIER, voiturier de marchandises.
-
-ROULETTE, petite _roue_.
-
-ROULIS, agitation d'un vaisseau que le vent fait rouler sur les flots.
-
-ROULON, pice de bois travaille en rond.
-
-RLE, autrefois ROOLE, du latin barbare _rotulum_, 1. registre qu'on
-roule en long, comme les anciens manuscrits; 2. ce que chaque acteur
-doit faire ou rciter dans la reprsentation d'une pice de thtre:
-chaque acteur a son rouleau, son rle part pour l'apprendre et pour le
-jouer; 3. manire dont chaque homme reprsente dans le monde; 4.
-feuille d'criture en termes de pratique.
-
-RLER, crire des rles.
-
-ENRLER, en Anjou, ENROTULER, coucher sur les registres, enregistrer
-dans le catalogue de ceux qui forment le corps o l'on se runit.
-
-ENRLEMENT, ENRLEUR.
-
-ROTONDE, btiment en rond.
-
-ROTONDIT, qualit d'un corps rond.
-
-ROND, en latin _rotundus_, tout ce qui est en cercle; au figur, qui va
-rondement.
-
-RONDEUR, figure ronde.
-
-RONDELET, un peu rond.
-
-RONDIN, bton rond.
-
-RONDINER, en vieux franais, donner des coups de rondin, de bton.
-
-RONDACHE, RONDELLE, en vieux franais, boucliers ronds.
-
-RONDEAU, petit pome compos de couplets finissant par les mmes mots
-qui commencent le pome.
-
-RONDE, inspection qu'on fait en parcourant une enceinte.
-
-A LA RONDE, tout autour.
-
-RONDEMENT, en rond; au figur, franchement.
-
-ARRONDIR, donner une forme ronde.
-
-ARRONDISSEMENT.
-
-ROUTE, chemin.
-
-ROUTIER, 1. qui connat les routes, expriment; 2. livre de routes.
-
-ROUTINE, habitude, connaissance acquise par la pratique seule; chemin
-battu.
-
-ROUTINIER, qui n'a que la routine.
-
-DROUTER, faire perdre quelqu'un la route, etc.
-
- * * * * *
-
-Cette racine me suggre d'ailleurs une rflexion qui vient l'appui de
-ma thorie de l'extension des sons naturels, dans la qualification des
-tres insonores. Nous avons vu se composer d'un son radical qui est le
-signe du mouvement, et qui s'opre lui-mme par le roulement de la
-langue sur le palais, deux familles de mots distincts, dont l'une
-appartient une ide de mouvement, et l'autre une ide de forme. Il
-n'tait pas difficile de reconnatre le point de contact de ces deux
-familles, et nous avons compris que le signe des bruits qui rsultent
-d'un mouvement circulaire, avait d devenir dans le langage,
-l'indicateur des formes rondes. Mais si le rapport des mouvemens et des
-formes semble d'abord assez naturel pour expliquer la ressemblance des
-expressions qui les caractrisent, il est galement vrai que la nature a
-tabli de frappantes harmonies entre ces deux premires sortes de
-sensations et celles des couleurs. Le langage figur nous en offre assez
-de preuves. Nous avons dit, entr'autres exemples, de _sombres_
-gmissemens, et des lueurs _clatantes_. La premire de ces tournures
-prsente une ide de bruit, spcifie par une circonstance tire de
-l'ordre des couleurs, et la seconde, une ide de couleur dtermine par
-une pithte qui appartient l'ide du bruit. Le fameux aveugle-n
-Saunderson, aprs avoir cherch long-temps se faire un sentiment juste
-des couleurs, finit par comparer la couleur rouge au son de la
-trompette; et il y a peu d'annes que l'intressant sourd-muet Massieu,
-interrog sur l'opinion qu'il se formait des bruits, et celui de la
-trompette en particulier, le compara sans hsiter la couleur rouge.
-
-S'il y a de l'harmonie entre ces effets, pourquoi ces effets
-n'auraient-ils pas t exprims par des sons de la mme espce?
-
-Le mot _rouge_ et ses drivs sont donc, selon moi, des Onomatopes
-construites par extension du son radical du roulement. En vieux
-franais, _ro_ s'est dit pour _rouge_, et _roe_ pour _roue_. Toutes les
-Langues fourniraient de pareils rapports.
-
-M. Bernardin de Saint-Pierre a reconnu l'harmonie du mouvement
-circulaire, de la forme ronde, et de la couleur rouge. Il se plat mme
- tayer ce rapprochement ingnieux des observations les plus agrables;
-et s'il a nglig de prouver que les mots qui dsignent chez la plupart
-des peuples ce mouvement, cette forme et cette couleur, ont une racine
-commune, c'est sans doute parce que cette espce de dmonstration
-emprunte des froides tudes de la Grammaire, lui a paru trop sche pour
-une matire si lgante et si potique.
-
-
-[6] Le mot _fixer_ n'est point franais dans le sens de regarder
-fixement, d'attacher un regard _fixe_ sur une personne ou sur une chose;
-mais c'est une de ces expressions que l'usage devrait avoir consacres.
-Ce verbe offre une des figures les plus nergiques, une des hyperboles
-les plus loquentes de la Langue; c'est non-seulement saisir l'objet sur
-lequel nous portons la vue, c'est encore l'arrter, le rendre immobile,
-nous l'approprier, nous l'identifier par le seul effet de nos regards,
-_habere in oculis_, disaient tout aussi hardiment les Latins.
-
-Jean-Jacques Rousseau, Duclos, Rivarol, madame de Genlis l'ont
-frquemment employ. M. de Chteaubriand, tout en le condamnant dans un
-autre, l'avait laiss chapper deux fois dans la premire dition du
-_Gnie du Christianisme_; et les termes qu'il y a substitus depuis,
-sont bien loin de racheter le sacrifice que cet Ecrivain a cru devoir en
-faire la correction. Il lui appartenait, il appartient quelques
-hommes qui doivent leurs talens le privilge de donner aux mots le
-droit de cit, d'accueillir celui-ci dont rien ne nous offre
-l'quivalent: je le recommande aux Lexicographes.
-
-Il n'est gures possible, au reste, de parler de la formation des mots
-dans les Langues premires, sans tre oblig de s'arrter un moment ce
-qu'on appelle la nologie ou cration des mots nouveaux. Cette nologie
-est une des choses dont on a parl le plus diversement, et dont on peut
-effectivement porter les jugemens les plus opposs. Elle est la fois
-le gnie protecteur et le flau des Langues; elle les enrichit et les
-dnature. Par elle, tout se dgrade, tout se confond; et sans elle,
-l'imagination asservie se trane impatiemment dans ses lisires.
-
-Il est certain que tous les mots ayant t forms pour exprimer la
-pense prise sous certain aspect, ou l'tre pris dans certaine qualit,
-et que rien n'tant plus mobile que les aspects de la pense et plus
-vari que les qualits de l'tre, il n'y a pas un seul homme qui n'ait
-souvent besoin, pour rendre sa sensation avec justesse, d'improviser une
-expression qui la peigne. Otez cette ressource l'esprit, et vous
-dtruisez tout ce qui reste de posie dans vos Langues. Vous condamnez
-Racine parler le patois de Jodelle, et quelqu'poque mme que la
-Langue soit prise, vous donnez d'injustes entraves la pense, car les
-ides se succdent sans cesse en variant leur ordre et leurs rapports.
-Si j'ai vu ce qui n'a point t aperu jusqu' moi, si j'ai dcouvert
-entre des choses connues un rapport frappant et cependant nouveau, ce
-qui est le propre d'une organisation potique, le tour et le mot dont
-j'ai besoin n'ont pas pu tre prvus. Il faut donc que j'imite l'homme
-primitif dans ses essais, et que je cre un signe pour ma perception; ou
-bien si vous me forcez n'employer que des signes dj convenus, il
-faut que je dlaye une ide forte et ingnieuse dans une priphrase
-languissante.
-
-D'un autre ct, la nologie sera d'un plus grand secours ces
-Ecrivains sans talens, qui, incapables de saisir des effets nouveaux,
-parviennent cependant faire croire au vulgaire qu'ils y ont russi, en
-revtant d'un tour audacieux et d'une expression inusite des ides
-communes et souvent triviales et populaires. De l ces locutions
-barbares, ces mots bizarrement composs, ces nologismes intolrables
-qui frappent l'esprit sans l'instruire, et que la manie des nouveauts
-perptue quelquefois dans le langage qu'ils finissent par corrompre.
-
-Il y a donc beaucoup de choses observer dans l'admission des mots
-nouveaux: qu'ils soient indispensables, que leur construction ne soit
-point trangre l'esprit de la Langue, qu'elle rappelle distinctement
-leur racine, que des Ecrivains estims en aient fait usage.
-
-Au reste, je regarderais un dictionnaire des mots admettre dans la
-Langue comme une entreprise peu philosophique et mal mesure. Les mots,
-interprtes de la pense, doivent s'lancer avec elle, et c'est dans la
-chaleur d'une conception rapide qu'un nologisme heureux se fait
-pardonner. L'invention ne procde point par ordre alphabtique; mais ce
-serait peut-tre un livre assez curieux que celui qui runirait les
-expressions vives, caractristiques et originales qui sont propres un
-seul Ecrivain, qui n'ont point t mises en oeuvre depuis lui, ou qui
-l'ont t rarement, et qui ne se sont point conserves dans les
-vocabulaires. On en tirerait beaucoup de ce genre des crits de Cicron,
-de Snque, de Rabelais, de Montaigne, de Sterne, de Milton, de
-Schiller, du Dante et d'Alfieri.
-
-
-
-
-TABLE DES ONOMATOPES
-
-
-A
-
- * AARBRER.
- ABOI, ABOIEMENT, ABOYER.
- ACHOPPEMENT.
- CHOPPER.
- AFFRES.
- AFFREUX.
- AGACEMENT, AGACER.
- AGOUTI.
- AGRAFFE, AGRAFFER.
- RAFFLER.
- AGRIPPER.
- GRAPPILLER.
- GRAPPE.
- GRAPPILLEUR.
- GRAPPILLON.
- GRAPPE, instrument de menuiserie.
- GRAPPIN.
- GRAVIR.
- GRAVIER.
- GRIMPER.
- * AHALER.
- * AHAN, AHANER.
- A.
- AME.
- ANCHE.
- ASTHME.
-
-B
-
- BABIL, BABILLARD, BABILLER.
- BABIOLE.
- BABOUIN, BAMBIN.
- BAMBOCHE.
- BAMBOCHADE.
- BILLEMENT, BILLER.
- BEER ou BAYER.
- BAH!
- BADAUD.
- S'BAHIR, tre BAHI.
- BARBOTER.
- * BARET.
- BEFFROI.
- BLEMENT, BLER.
- BGAYEMENT, BGAYER.
- BLIER.
- * BELIN.
- BEUGLEMENT, BEUGLER.
- BOEUF.
- BOA.
- MEUGLEMENT, MEUGLER.
- BIBERON.
- BIFFER.
- BOMBE.
- BOND, BONDIR, BONDISSEMENT.
- BORBORIGME.
- BOUC.
- BOUFFE, BOUFFI.
- OUF.
- BOUFFON.
- BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER.
- BOUILLIE, BOUILLON.
- BULLE.
- BOULE.
- BOUTON.
- BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER.
- BOURDON, cloche.
- BRAIRE.
- BRAMER.
- BRAILLER.
- BREDOUILLER.
- BROUHAHA.
- BROUTER.
- BROIEMENT, BROYER.
- BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT.
- BRUYRE.
-
-C
-
- CAHOT, CAHOTER.
- CAILLE.
- * CAILLETAGE.
- * CAILLETTE.
- * CAILLETER.
- CANARD.
- CANCAN.
- CAQUET, CAQUETER.
- CASCADE.
- CATACOMBE.
- CATARACTE.
- CHAT-HUANT.
- CHEVCHE.
- CHOC, CHOQUER.
- CHOUCAS.
- CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR.
- CIGALE.
- * CLAPPEMENT.
- CLAQUE, CLAQUEMENT, CLAQUER.
- CLAQUET.
- CLIGNOTER.
- CLIN-D'OEIL.
- CLINQUANT.
- CLIQUETIS.
- CLOSSEMENT, CLOSSER.
- GLOUSSEMENT, GLOUSSER.
- COASSEMENT, COASSER.
- COQ.
- COQUE.
- COQUETTERIE.
- COUCOU.
- COURLIS.
- CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER.
- CRAN.
- CRAN.
- CRAQUEMENT, CRAQUER.
- * CRAQUETER.
- CRESSELLE, CRECELLE, ou CRESSERELLE.
- CREX.
- CRI, CRIER.
- CRIAILLER, CRIAILLERIE, CRIAILLEUR.
- CRIOCRE.
- CRIC.
- * CRINCRIN.
- * CRISSEMENT, CRISSER.
- CROASSEMENT, CROASSER.
- CROC.
- ACCROCHER.
- CROQUER.
- CROQUET.
- CROULEMENT, CROULER.
- CROULEMENT, s'CROULER.
-
-D
-
- DANDIN, DANDINER.
- DGRINGOLER.
- DRILLE.
- * DRONOS.
- * DROUINE.
- CHAUDRON, CHAUDRONNER.
-
-E
-
- * BROUER.
- CLAT, CLATER.
- ECLABOUSSER.
- CLOPP.
- * CLOPIN, CLOPANT.
- CRASER.
- CROU.
- GRISER.
- ENFLER, ENFLURE.
- GONFLER.
- ESCOPETTE, ESCOPETTERIE.
- TERNUEMENT, TERNUER.
-
-F
-
- FANFARE.
- FIFRE.
- FLACON.
- FLACQUE D'EAU.
- FLASQUE.
- FLANQUER.
- FLCHE.
- FLEUR.
- FLAIRER.
- FLOT.
- FLEUVE, FLUX, FLUIDE.
- AFFLUENCE.
- * FLOFLOTTER.
- FLOU.
- FLTE.
- FRACAS, FRACASSER.
- FREDON, FREDONNER.
- FRELON.
- FRMIR, FRMISSEMENT.
- FRISSON, FRISSONNEMENT.
- FRAYEUR, EFFROI.
- FROID.
- FRTILLER.
- FRETIN.
- FRIRE.
- FRISER.
- FROISSEMENT, FROISSER.
- FRLER.
- FRONDE.
- FROTTEMENT, FROTTER.
- FROUER.
-
-G
-
- GALOP, GALOPER.
- GARGARISER, GARGARISME.
- * GARGOUILLE.
- GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER.
- GEAI.
- GLAPIR, GLAPISSEMENT.
- GLAS, ou GLAIS.
- GLISSER.
- GLACE.
- * GLOUGLOTTER.
- GLOUGLOU.
- GLOUTON, GLOUTONNERIE.
- ENGLOUTIR.
- GORET.
- GOULOT.
- GOUTTE.
- GRAILLEMENT, GRAILLER.
- GRATTER.
- GRLE, GRLER.
- GRSIL.
- GRELOT.
- GRELOTTER.
- GRENOUILLE.
- GRESILLEMENT, GRESILLER.
- GRIFFE.
- AGRIFFER.
- GRIFFER.
- GRIFFADE.
- GRIFFON.
- GRIFFONNER.
- GRIFFONNAGE.
- * GRIFFONNEMENT.
- GRIFFE, outil de serrurier ou de tourneur.
- GRIGNOTER.
- GRIGNON.
- GRUGER.
- GRILLON.
- GRINCEMENT, GRINCER.
- GRIVE.
- GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR.
- * GROGNARD.
- * GROGNON.
- GROMMELER.
- GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE, GRONDEUR.
- GROIN.
- GRUAU.
- GRUE.
- * GRULLER.
- GUPE.
- * GUIORER.
-
-H
-
- HACHE.
- * HAHALIS.
- HALETER.
- HAPPER.
- HARPE.
- * HARPER.
- HENNIR, HENNISSEMENT.
- HEURT, HEURTER.
- HISSER.
- HOQUET.
- HORREUR.
- HORRIBLE.
- ABHORRER.
- HUE, HUER.
- HULOTTE.
- * HULULER, ou ULULER.
- HUMER.
- HUPPE ou PUPPU.
- HURLEMENT, HURLER.
-
-J
-
- JAPPEMENT, JAPPER.
-
-K
-
- KAKATOES.
-
-L
-
- LAPPER.
- LCHER.
- LORIOT.
- LOUP.
-
-M
-
- MIAULEMENT, MIAULER.
- MOUE.
- MUFFLE.
- BOUDER.
- BOUDERIE.
- BOUDEUR.
- MUGIR, MUGISSEMENT.
- MURMURE, MURMURER.
- MUSC.
-
-O
-
- OIE.
- OISEAU.
- OUATE.
-
-P
-
- PMER, PMOISON.
- PEPIER.
- PIAILLER, PIAILLERIE, PIAILLEUR.
- PEPIE.
- PIPE.
- PIC.
- PIQUER.
- PIOCHE.
- BCHE.
- * POUPE.
- POUPE.
- POUPON.
- PUER.
-
-R
-
- RACLER.
- RAIRE ou RER.
- RUT.
- RLE, RLEMENT, RLER.
- RLE, oiseau.
- RAUQUE.
- ROQUET.
- REDONDANCE.
- RETENTIR, RETENTISSEMENT.
- RINCER.
- RONFLEMENT, RONFLER.
- ROSSIGNOL.
- * ROUCOULEMENT, ROUCOULER.
- ROUE.
- ROUTE.
- _A la note._
- ROUAGE, ROUER.
- ROUET.
- ROUELLE.
- ROTULE.
- ROTATEUR.
- ROTE.
- RODER.
- RODEUR.
- ROULER.
- ROULANT.
- ROULEAU.
- ROULEMENT.
- ROULADE.
- ROULAGE.
- ROULIER.
- ROULETTE.
- ROULIS.
- ROULON.
- RLE.
- RLER.
- ENRLER, ENROTULER.
- ENRLEMENT, ENRLEUR.
- ROTONDE.
- ROTONDIT.
- ROND.
- RONDEUR.
- RONDELET.
- RONDIN.
- RONDINER.
- RONDACHE, RONDELLE.
- RONDEAU.
- RONDE.
- A LA RONDE.
- RONDEMENT
- ARRONDIR.
- ARRONDISSEMENT.
- ROUTE.
- ROUTIER.
- ROUTINE.
- ROUTINIER.
- DROUTER.
- RUGIR, RUGISSEMENT.
- RUISSEAU, RUISSELER.
- ROUIR.
-
-S
-
- SANGLE, SANGLER.
- CINGLER.
- SAPER.
- SAPE.
- SCIE, SCIER.
- SCION.
- SIFFLER.
- SILLON, SILLONNER.
- SILLAGE.
- SIPHON.
- SOUFFLER.
- SOURDRE.
- * STRIDENT.
- STRIE.
- SUCER.
- SUC.
- SUCRE.
- * SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT, SUSURRER.
-
-T
-
- TACT.
- TIC TAC.
- TIC.
- TIQUET.
- TTER, TTONNER, TTONS.
- TAFFETAS.
- TAMBOUR.
- TARABUSTER.
- TAMPON.
- TAPE, TAPER.
- SE TAPIR.
- TAPON.
- TAUPIN.
- TOUPE.
- TAN.
- TAON.
- TARABAT.
- TARIN.
- TETER.
- TETTE.
- TIMBALES.
- TIMBRE.
- TIMPAN.
- TIMPANON.
- TINTEMENT, TINTER.
- TINTEMENT ou TINTOUIN.
- TINTAMARRE.
- TOCSIN.
- TONNER, TONNERRE.
- TORRENT.
- * TOURDE.
- TOURDIR.
- TOURTEREAU, TOURTERELLE.
- TOUSSER, TOUX.
- TRACAS, TRACASSER.
- TRANSIR.
- TERREUR.
- TREMBLEMENT.
- TREMBLER.
- TREMBLOTTER.
- TREMBLE, arbre.
- TRMOUSSEMENT, SE TRMOUSSER.
- TRESSAILLEMENT, TRESSAILLIR.
- TRANTRAN.
- TRAQUET.
- TRICTRAC.
- * TRINQUER.
- TROMPE, TROMPETTE.
- TROMBONE.
- TROT, TROTTER.
- TURLUT.
- TIRELIRE.
-
-V
-
- VAGIR, VAGISSEMENT.
- VAGUES.
- VIOLON.
- VTE, VTESSE.
-
-Z
-
- ZESTE.
- ZIGZAG.
-
-
-
-
-TABLE ALPHABTIQUE
-
-_Des Auteurs cits dans cet Ouvrage, ou qui ont t consults pour sa
-Composition._
-
-
-A
-
- Albin.
- Alfieri
- Amyot.
- Aristophane.
-
-B
-
- Baptiste Mantouan.
- Belon.
- M. Bernardin de S. Pierre.
- Bochart.
- Boileau.
- Boisrobert.
- M. de Bonneville.
- Borel.
- Boursault.
- Brisson.
- Buffon.
- Bullet.
-
-C
-
- M. de Cambry.
- Caseneuve.
- Castelvetro.
- Catulle.
- M. de Chteaubriand.
- Chapuis (Gabriel).
- Chevalier.
- Cholieres.
- Christian de Troyes.
- Cicron.
- Clotilde de Surville.
- Clusius.
- Coquillard.
- Costar.
- Covarruvias.
- Court de Gbelin.
- Cyrano de Bergerac.
-
-D
-
- Dante.
- M. David de Saint-Georges.
- Davies.
- Debrosse.
- M. Delille.
- Mad. Deshoulires.
- Desmarets.
- Dubartas.
- Dubellay.
- Ducange.
- Duclos.
- Dufouilloux.
- Dumarsais.
- Dumonin (Edouard).
- Duverdier.
-
-E
-
- Edwards.
- Ennius.
- Euripide.
-
-F
-
- Fernandez.
-
-G
-
- Mad. de Genlis.
- Gringore.
- Guichard.
-
-H
-
- Hauteroche.
- Herbinius.
- Hesichius.
-
-J
-
- Jrmie.
- Saint-Jrme.
-
-K
-
- Klein.
-
-L
-
- Le pre Labbe.
- La Bruyre.
- La Fontaine.
- M. Lalanne.
- La Monnoye.
- Latour d'Auvergne.
- Le Brigand.
- Le Duchat.
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- Dom Lepelletier.
- Leroux.
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- Linguet.
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- Lucrce.
-
-M
-
- Malherbe.
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- Martinet.
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- M. Mercier.
- Milton.
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- Montaigne.
-
-N
-
- Nicod.
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-
-O
-
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-
-P
-
- Paradin.
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- Perse.
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- Poisson.
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-
-Q
-
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-
-R
-
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- Rousseau (Jean-Jacq.)
-
-S
-
- Saint-Amand.
- Saumaise.
- Saunderson.
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- Schiller.
- Schrevelius.
- Seba.
- Servius.
- Skinner.
- Souchu de Rennefort.
- Sterne.
- Swift.
-
-T
-
- Thophile.
- Trenck (le baron de).
-
-V
-
- Varron.
- Villon.
- Virgile.
- Voltaire.
-
-Y
-
- Young.
-
-
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-
-NOTE SUR LA TRANSCRIPTION
-
-
-On a conserv l'identique l'orthographe de l'original, y compris ses
-variantes (par exemple ame/me, pote/pote, etc.), l'exception des
-coquilles manifestes (ex. qni au lieu de qui) qui ont t corriges.
-
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-
-End of the Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn des onomatopes
-franaises, by Charles Nodier
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DICT. RAISONNE DES ONOMATOPEES ***
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@@ -3,9 +3,9 @@
<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr">
<head>
-<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" />
+<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" />
<title>
- The Project Gutenberg eBook of Dictionnaire raisonn des onomatopes franaises, by Charles Nodier.
+ The Project Gutenberg eBook of Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises, by Charles Nodier.
</title>
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@@ -58,56 +58,17 @@ a.void { text-decoration: none; color: inherit; background-color: inherit; }
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</head>
<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn des onomatopes
-franaises, by Charles Nodier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Dictionnaire raisonn des onomatopes franaises
-
-Author: Charles Nodier
-
-Release Date: December 7, 2012 [EBook #41577]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DICT. RAISONNE DES ONOMATOPEES ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
-Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by the
-Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
-http://gallica.bnf.fr)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 41577 ***</div>
<h1><span class="big">DICTIONNAIRE</span><br/>
-RAISONN<br/>
-<span class="big">DES ONOMATOPES</span><br/>
-FRANAISES,<br/>
+RAISONNÉ<br/>
+<span class="big">DES ONOMATOPÉES</span><br/>
+FRANÇAISES,<br/>
<span class="sc">Par Charles</span> NODIER.</h1>
-<p class="c"><span class="small">ADOPT</span><br/>
+<p class="c"><span class="small">ADOPTÉ</span><br/>
Par la Commission d'Instruction publique,<br/>
-<span class="small">POUR LES BIBLIOTHEQUES DES LYCES.</span></p>
+<span class="small">POUR LES BIBLIOTHEQUES DES LYCÉES.</span></p>
<p class="cdeuxem"><span class="big">PARIS</span>,<br/>
@@ -120,65 +81,65 @@ rue Christine, N<sup>o</sup>. 2.</p>
<p class="cbreak"><span class="big">A<br/>
MONSIEUR OUDET,</span><br/>
-<span class="small">BIBLIOTHCAIRE DE LA POLICE GENERALE.</span></p>
+<span class="small">BIBLIOTHÉCAIRE DE LA POLICE GENERALE.</span></p>
<p class="c">HOMMAGE<br/>
<i>De l'estime et de la reconnaissance.</i></p>
-<h2>PRFACE.</h2>
+<h2>PRÉFACE.</h2>
-<p>On a desir quelquefois un dictionnaire
-des Onomatopes franaises. On a
-cru que ce recueil serait utile ceux qui
-tudient notre langue, et je souhaite
+<p>On a desiré quelquefois un dictionnaire
+des Onomatopées françaises. On a
+cru que ce recueil serait utile à ceux qui
+étudient notre langue, et je souhaite
que mon ouvrage ne trompe pas cette
-esprance.</p>
+espérance.</p>
-<p>Il y a, sans doute, peu de mrite
+<p>Il y a, sans doute, peu de mérite à
ces sortes de compilations. Ce sont de
ces travaux qui, suivant l'expression de
-Duverdier, exigent plus de zle que de
+Duverdier, exigent plus de zèle que de
talent, et plus de patience que d'industrie.
-Mais c'est en cela mme qu'ils sont
-dignes de quelque considration, quand
+Mais c'est en cela même qu'ils sont
+dignes de quelque considération, quand
ils atteignent leur but, puisqu'ils supposent
- la fois du dsintressement et
-du courage. On connat ces vers de
+à la fois du désintéressement et
+du courage. On connaît ces vers de
Scaliger:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0"><i>Si quem dura manet sententia judicis olim,</i></span><br/>
- <span class="i2"><i>Damnatum rumnis suppliciisque caput:</i></span><br/>
+ <span class="i2"><i>Damnatum ærumnis suppliciisque caput:</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Hunc neque fabrili lassent ergastula massa,</i></span><br/>
<span class="i2"><i>Nec rigidas vexent fossa metalla manus.</i></span><br/>
- <span class="i0"><i>Lexica contextat: nam, ctera quid moror? Omnes</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Lexica contextat: nam, cætera quid moror? Omnes</i></span><br/>
<span class="i2"><i>P&oelig;narum facies hic labor unus habet.</i></span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>L'Onomatope, dit Dumarsais, est
+<p>«L'Onomatopée, dit Dumarsais, est
une figure par laquelle un mot imite
le son naturel de ce qu'il signifie. On
-rduit sous cette figure les mots forms
+réduit sous cette figure les mots formés
par imitation du son, comme le <i>glouglou</i>
-de la bouteille: le <i>cliquetis</i>, c'est--dire
+de la bouteille: le <i>cliquetis</i>, c'est-à-dire
le bruit que font les boucliers,
-les pes, et autres armes en se choquant:
+les épées, et autres armes en se choquant:
le <i>tric trac</i> qu'on appelait autrefois
<i>tic tac</i>, sorte de jeu assez commun,
-ainsi nomm du bruit que font
-les dames et les dez dont on se sert
+ainsi nommé du bruit que font
+les dames et les dez dont on se sert à
ce jeu: <i>tinnitus acris</i>, tintement,
-c'est le son clair et aigu des mtaux:
+c'est le son clair et aigu des métaux:
<i>bilbire</i>, <i>bilbit amphora</i>, la petite
bouteille qui fait glouglou, on le dit
d'une petite bouteille dont le goulot
-est troit: <i>taratantara</i>, c'est le bruit
+est étroit: <i>taratantara</i>, c'est le bruit
de la trompette,</p>
<div class="poem">
@@ -188,362 +149,362 @@ de la trompette,</p>
</div>
</div>
-<p>C'est un ancien vers d'Ennius au
-rapport de Servius. Virgile en a chang
-le dernier hmistiche qu'il n'a pas
-trouv assez digne de la posie pique;
+<p>»C'est un ancien vers d'Ennius au
+rapport de Servius. Virgile en a changé
+le dernier hémistiche qu'il n'a pas
+trouvé assez digne de la poésie épique;
voyez Servius sur ce vers de Virgile:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0"><i>At tuba terribilem sonitum procul re canoro</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>At tuba terribilem sonitum procul ære canoro</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Increpuit.</i></span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p><i>Cachinnus</i>, c'est un rire immodr.
+<p>»<i>Cachinnus</i>, c'est un rire immodéré.
<i>Cachinno, onis</i>, se dit d'un homme
qui rit sans retenue. Ces deux mots
-sont forms du son ou du bruit que
+sont formés du son ou du bruit que
l'on entend, quand quelqu'un rit avec
-clat.</p>
+éclat.</p>
-<p>Il y a aussi plusieurs mots qui expriment
+<p>»Il y a aussi plusieurs mots qui expriment
le cri des animaux, comme
-<i>bler</i>, qui se dit des brebis.</p>
+<i>bêler</i>, qui se dit des brebis.</p>
-<p><i>Baubari</i>, aboyer, se dit des gros
+<p>»<i>Baubari</i>, aboyer, se dit des gros
chiens. <i>Latrare</i>, aboyer, hurler, c'est
-le mot gnrique. <i>Mutire</i>, parler entre
+le mot générique. <i>Mutire</i>, parler entre
les dents, murmurer, gronder
comme les chiens. Les noms de plusieurs
-animaux sont tirs de leurs cris,
+animaux sont tirés de leurs cris,
sur-tout dans les langues originales.</p>
-<p><i>Upupa</i>, huppe, hibou.</p>
+<p>»<i>Upupa</i>, huppe, hibou.</p>
-<p><i>Cuculus</i>, qu'on prononait coucoulous,
+<p>»<i>Cuculus</i>, qu'on prononçait coucoulous,
un coucou, oiseau.</p>
-<p><i>Hirundo</i>, une hirondelle.</p>
+<p>»<i>Hirundo</i>, une hirondelle.</p>
-<p><i>Hulula</i>, une chouette.</p>
+<p>»<i>Hulula</i>, une chouette.</p>
-<p><i>Bubo</i>, un hibou.</p>
+<p>»<i>Bubo</i>, un hibou.</p>
-<p><i>Gracculus</i>, un choucas, espce de
+<p>»<i>Gracculus</i>, un choucas, espèce de
corneille.</p>
-<p><i>Gallina</i>, une poule...</p>
+<p>»<i>Gallina</i>, une poule»...</p>
-<p>Le nom de cette figure est compos
+<p>»Le nom de cette figure est composé
de deux mots grecs, <i>onoma</i>, <i>nomen</i>,
-et <i>poo</i>, <i>fingo</i>. <i>Nominis seu vocabuli
-fictio.</i></p>
+et <i>poïo</i>, <i>fingo</i>. <i>Nominis seu vocabuli
+fictio.</i>»</p>
-<p>Il paratra, peut-tre, tonnant qu'on
-ne puisse citer sur l'Onomatope que
-cette notice imparfaite, et -peu-prs
-insignifiante. Elle n'a t traite qu'en
+<p>Il paraîtra, peut-être, étonnant qu'on
+ne puisse citer sur l'Onomatopée que
+cette notice imparfaite, et à-peu-près
+insignifiante. Elle n'a été traitée qu'en
passant par Dumarsais, parce que les
-dtails auxquels elle aurait pu le conduire
-taient trangers au plan et la
-marche de son ouvrage. Ici mme, il serait
-hors de propos d'puiser cette matire,
+détails auxquels elle aurait pu le conduire
+étaient étrangers au plan et à la
+marche de son ouvrage. Ici même, il serait
+hors de propos d'épuiser cette matière,
et de rassembler les raisonnemens
qui attestent que les langues n'ont pas
eu d'autre type, et n'ont pas suivi dans
leur formation d'autre mode que cette
figure. En attendant que je puisse offrir
-au public le rsultat des tudes dont cette
-question a t pour moi l'objet, je dois
-me borner des applications purement
+au public le résultat des études dont cette
+question a été pour moi l'objet, je dois
+me borner à des applications purement
classiques; et si j'y attache cependant
-quelques considrations lmentaires qui
-feront pressentir mon systme, c'est que
-j'ai cru qu'il toit ncessaire la tte d'un
-recueil d'Onomatopes, de donner de
-l'Onomatope une ide plus distincte et
-plus prcise que celles qu'on puiserait
-dans les vagues dfinitions des rhteurs.</p>
+quelques considérations élémentaires qui
+feront pressentir mon systême, c'est que
+j'ai cru qu'il étoit nécessaire à la tête d'un
+recueil d'Onomatopées, de donner de
+l'Onomatopée une idée plus distincte et
+plus précise que celles qu'on puiserait
+dans les vagues définitions des rhéteurs.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">La parole est le signe de la pense,</span><br/>
- <span class="i0">L'criture est le signe de la parole.</span><br/>
+ <span class="i0">La parole est le signe de la pensée,</span><br/>
+ <span class="i0">L'écriture est le signe de la parole.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>Pour faire passer une sensation dans
-l'esprit des autres, on a d reprsenter
+l'esprit des autres, on a dû représenter
l'objet qui la produisait par son bruit ou
par sa figure.</p>
-<p>Les noms des choses, parls, ont donc
-t l'imitation de leurs sons, et les noms
-des choses, crits, l'imitation de leurs
+<p>Les noms des choses, parlés, ont donc
+été l'imitation de leurs sons, et les noms
+des choses, écrits, l'imitation de leurs
formes.</p>
-<p>L'Onomatope est donc le type des
-langues prononces, et l'hieroglyphe, le
-type des langues crites.</p>
+<p>L'Onomatopée est donc le type des
+langues prononcées, et l'hieroglyphe, le
+type des langues écrites.</p>
-<p>Les tres qui n'ont pas des formes
+<p>Les êtres qui n'ont pas des formes
propres et des bruits particuliers n'ont
-t dnomms que par analogie, soit
-dans le langage, soit dans l'criture.</p>
+été dénommés que par analogie, soit
+dans le langage, soit dans l'écriture.</p>
<p>Les abstractions morales qui sont plus
-ou moins postrieures l'tablissement
-des premires socits, du moins en
-trs-grande partie, ont d tre dnommes,
-conformment la mme rgle.</p>
+ou moins postérieures à l'établissement
+des premières sociétés, du moins en
+très-grande partie, ont dû être dénommées,
+conformément à la même règle.</p>
<p>Les premiers rapports des choses sensibles
et des choses intellectuelles, tels
-qu'ils ont t saisis par des sens neufs,
-ayant chapp nos organes, travers
-la succession des temps, ne peuvent tre
-que difficilement retrouvs. Les motifs
-qui ont dtermin la dsignation de ces
-ides, tant assez gnralement perdus,
+qu'ils ont été saisis par des sens neufs,
+ayant échappé à nos organes, à travers
+la succession des temps, ne peuvent être
+que difficilement retrouvés. Les motifs
+qui ont déterminé la désignation de ces
+idées, étant assez généralement perdus,
il restera dans les langues une partie
qu'on peut appeler la langue abstraite,
-et dont l'origine ne se dmontrera que par
+et dont l'origine ne se démontrera que par
une longue suite d'analyses et de comparaisons.</p>
-<p>L'autre partie s'expliquera d'elle-mme.
+<p>L'autre partie s'expliquera d'elle-même.
La nature se nomme.</p>
<p>On aurait tort de conclure, cependant,
que suivant les principes que
-j'mets, tous les hommes dussent parler
-la mme langue, ou que toutes les
+j'émets, tous les hommes dussent parler
+la même langue, ou que toutes les
langues du moins, dussent rapporter
-leurs termes aux mmes racines; car,
+leurs termes aux mêmes racines; car,
non-seulement, les objets physiques ne
-nous apparaissent pas tous sous les
-mmes rapports, en raison de la varit
+nous apparaissent pas à tous sous les
+mêmes rapports, en raison de la variété
de notre organisation; mais encore il
-n'en est aucun qui ne puisse nous apparatre
+n'en est aucun qui ne puisse nous apparaître
sous un grand nombre de rapports
-diffrens, parmi lesquels notre choix
-s'est fix quand il s'est agi de dterminer
+différens, parmi lesquels notre choix
+s'est fixé quand il s'est agi de déterminer
des signes. Il n'est donc pas surprenant
-que dans des temps postrieurs la cration
-d'une langue premire, et aprs de
-grandes rvolutions du globe qui ont
-dispers les hommes et effac les traditions,
-on en soit venu reconstruire de
-nouvelles langues, formes sur des racines
-nouvelles; mais le procd aura t le
-mme, l'analyse de ces langues n'exigera
-que le mme genre d'tudes, et on remontera
+que dans des temps postérieurs à la création
+d'une langue première, et après de
+grandes révolutions du globe qui ont
+dispersé les hommes et effacé les traditions,
+on en soit venu à reconstruire de
+nouvelles langues, formées sur des racines
+nouvelles; mais le procédé aura été le
+même, l'analyse de ces langues n'exigera
+que le même genre d'études, et on remontera
par elles, comme par les langues
-antrieurement parles, aux racines
-naturelles, seule et vritable source
+antérieurement parlées, aux racines
+naturelles, seule et véritable source
de tout idiome.</p>
-<p>Il en sera de mme des mots sens
-abstrait ou figur, car l'esprit ne fait pas
-par-tout les mmes comparaisons et ne
-saisit pas toujours les mmes analogies.
-Tel aperoit entre deux objets une relation
+<p>Il en sera de même des mots à sens
+abstrait ou figuré, car l'esprit ne fait pas
+par-tout les mêmes comparaisons et ne
+saisit pas toujours les mêmes analogies.
+Tel aperçoit entre deux objets une relation
qui n'y sera point pour les autres,
-ou qui ne se rvlera leur esprit qu'au
-moyen d'une srie d'observations moins
+ou qui ne se révélera à leur esprit qu'au
+moyen d'une série d'observations moins
rapides.</p>
<p>Ces modifications dans la nature des
-sons dont se composent les langues, dpendent
+sons dont se composent les langues, dépendent
de toutes sortes d'influences dont
il serait trop long d'examiner l'effet; mais
-celle des climats s'y fait sur-tout reconnatre.
+celle des climats s'y fait sur-tout reconnaître.
Dans le vocabulaire des pays
chauds, tous les mots sont vocaux et
fluides. Le grec a une emphase majestueuse,
comme le bruit des flots du
-Pne. L'italien roule dans ses syllabes
+Pénée. L'italien roule dans ses syllabes
sonores, le murmure des cascatelles et
-le frmissement des oliviers. Dans celui
+le frémissement des oliviers. Dans celui
des pays froids, tous les mots sont rudes
et consonnans; leurs sons retentissans et
-heurts rappellent la rumeur des torrens,
+heurtés rappellent la rumeur des torrens,
le cri des sapins que l'orage courbe, et le
-fracas des rocs qui s'croulent.</p>
+fracas des rocs qui s'écroulent.</p>
<p>L'extension des sons radicaux qui expriment
-une chose bruyante des sensations
+une chose bruyante à des sensations
d'un autre ordre, n'est pas plus
-difficile comprendre. Parmi les sensations
+difficile à comprendre. Parmi les sensations
de l'homme, il n'y en a qu'un certain
nombre qui soient propres au sens de
-l'oue, mais comme c'est ce sens que
+l'ouïe, mais comme c'est à ce sens que
s'adresse la parole, et que c'est par lui
qu'elle transmet le signe de l'objet qui
nous frappe, toutes les expressions paraissent
-formes pour lui. Des sons ne
-peuvent exprimer par eux-mmes les
-sensations de la vue, du got, du tact
+formées pour lui. Des sons ne
+peuvent exprimer par eux-mêmes les
+sensations de la vue, du goût, du tact
et de l'odorat, mais ces sensations peuvent
-se comparer jusqu' un certain point
-avec celle de l'oue, et se rendre manifestes
+se comparer jusqu'à un certain point
+avec celle de l'ouïe, et se rendre manifestes
par leur secours. Ces comparaisons
n'ont rien d'ailleurs qui ne soit naturel
-et facile. C'est elles que toutes les langues
+et facile. C'est à elles que toutes les langues
doivent les figures et tout concourt
- prouver que le langage de l'homme
-primitif tait trs-figur.</p>
+à prouver que le langage de l'homme
+primitif était très-figuré.</p>
-<p>Quand on dit qu'une couleur est clatante,
+<p>Quand on dit qu'une couleur est éclatante,
par exemple, on n'entend point
-par l qu'une couleur puisse produire
+par là qu'une couleur puisse produire
sur l'organe auditif la sensation d'un
bruit violent, comme celui dont la racine
-du mot <i>clatant</i> est l'expression;
+du mot <i>éclatant</i> est l'expression;
mais bien que cette couleur produit sur
l'organe visuel une sensation vive et forte
-comme celle laquelle on la compare.</p>
+comme celle à laquelle on la compare.</p>
-<p>L'impression que font prouver
-l'organe du got les substances acres,
-pres ou aigres, n'est accompagne d'aucun
-bruit qui reproduise l'oreille la
+<p>L'impression que font éprouver à
+l'organe du goût les substances acres,
+âpres ou aigres, n'est accompagnée d'aucun
+bruit qui reproduise à l'oreille la
racine de ces mots qualificatifs; mais elle
-rappelle l'organe de l'oue les impressions
-qui ont agi sur lui d'une manire
-analogue. Si on tait port croire que
-ces ides sont forces, et que l'esprit ne
-fait pas aisment les comparaisons de
+rappelle à l'organe de l'ouïe les impressions
+qui ont agi sur lui d'une manière
+analogue. Si on était porté à croire que
+ces idées sont forcées, et que l'esprit ne
+fait pas aisément les comparaisons de
sensations, il suffirait de jeter un coup-d'&oelig;il
-sur les posies primitives qui en
+sur les poésies primitives qui en
sont remplies, ou de donner un instant
- la conversation d'un homme ingnieux
+à la conversation d'un homme ingénieux
et simple. Le langage des enfans abonde
-en figures de cette espce, et au dfaut
+en figures de cette espèce, et au défaut
du terme propre, ils emploient souvent
-le signe d'une sensation trangre pour
-reprsenter la leur. Les femmes qui ont
-la sensibilit plus dlicate, et qui saisissent
-plus vte les rapprochemens les
+le signe d'une sensation étrangère pour
+représenter la leur. Les femmes qui ont
+la sensibilité plus délicate, et qui saisissent
+plus vîte les rapprochemens les
plus fins, en font aussi un grand usage.
Enfin, on peut dire que les sens se
-servent si ncessairement les uns les autres,
+servent si nécessairement les uns les autres,
que sans les emprunts qu'ils se
-font, on ne pourrait gure peindre qu'imparfaitement
+font, on ne pourrait guère peindre qu'imparfaitement
les effets qui leur sont propres,
et qu'il n'y a rien qui en rende la
perception plus exacte et plus profonde.</p>
-<p>Indpendamment des mots forms
+<p>Indépendamment des mots formés
par imitation, il y a dans les langues un
-trs-grand nombre de mots qui sans avoir
-la mme origine n'en sont pas moins
-composs trs-naturellement, et doivent
-tre rapports la mme figure, c'est--dire,
- l'Onomatope, littralement,
+très-grand nombre de mots qui sans avoir
+la même origine n'en sont pas moins
+composés très-naturellement, et doivent
+être rapportés à la même figure, c'est-à-dire,
+à l'Onomatopée, littéralement,
<i>fiction de nom</i>.</p>
<p>Par exemple, chaque touche vocale
-tant approprie deux ou trois sons
-particuliers, on ne s'tonnera pas que
-le nom de ces touches ait t construit
-sur les sons auxquels elles taient affectes.
-C'est ce que j'appellerais langue mcanique.
-Ainsi, la lettre labiale B a dsign
-initialement ds le commencement des
+étant appropriée à deux ou trois sons
+particuliers, on ne s'étonnera pas que
+le nom de ces touches ait été construit
+sur les sons auxquels elles étaient affectées.
+C'est ce que j'appellerais langue mécanique.
+Ainsi, la lettre labiale B a désigné
+initialement dès le commencement des
langues l'organe qui la forme.</p>
-<p>Les lettres dentales D et P ont caractris
+<p>Les lettres dentales D et P ont caractérisé
les dents.</p>
<p>Les lettres gutturales G et K expriment
-universellement l'ide de gorge et de gosier.</p>
+universellement l'idée de gorge et de gosier.</p>
<p>La nazale N indique le nez.</p>
-<p>La lettre L a t consacre la langue,
+<p>La lettre L a été consacrée à la langue,
parce qu'elle est le plus liquide
des sons que la langue forme, et que la
langue, pour la prononcer, ne faisant
-qu'agir contre la vote du palais, en
-parat d'abord la seule touche et le seul
+qu'agir contre la voûte du palais, en
+paraît d'abord la seule touche et le seul
agent.</p>
-<p>Qui ne voit quelles immenses gnrations,
-cette petite quantit de mots a
-pu fournir, et jusqu' quel point leurs
-drivations ont d s'tendre dans les
+<p>Qui ne voit quelles immenses générations,
+cette petite quantité de mots a
+pu fournir, et jusqu'à quel point leurs
+dérivations ont dû s'étendre dans les
langues?</p>
-<p>Ensuite, en considrant, avec tous
-les philosophes qui ont analys la parole,
+<p>Ensuite, en considérant, avec tous
+les philosophes qui ont analysé la parole,
les sons simples ou vocaux comme
-la premire langue de l'homme, et en
-passant de l aux sons compliqus, ou
-consonnans, qui ont d se succder
-suivant le degr de facilit de leur prononciation,
+la première langue de l'homme, et en
+passant de là aux sons compliqués, ou
+consonnans, qui ont dû se succéder
+suivant le degré de facilité de leur prononciation,
nous verrons les langues
s'enrichir d'une immense famille d'expressions
-galement naturelles, et c'est
-ce que j'appelle la langue purile, parce
-qu'elle se retrouve toute entire dans le
+également naturelles, et c'est
+ce que j'appelle la langue puérile, parce
+qu'elle se retrouve toute entière dans le
premier langage des enfans.</p>
-<p>Le desir, la haine, l'pouvante, le
+<p>Le desir, la haine, l'épouvante, le
plaisir, toutes les passions que peut
-prouver l'homme si voisin de son berceau,
+éprouver l'homme si voisin de son berceau,
ne se manifestent d'abord que
-par une mission de sons simples, de
+par une émission de sons simples, de
cris ou de vagissemens. C'est sa langue
vocale.</p>
-<p>Il invente de nouvelles lettres mesure
-que ses organes se dveloppent, et
-qu'il commence juger de leurs rapports
-et de leurs actions rciproques. Il
+<p>Il invente de nouvelles lettres à mesure
+que ses organes se développent, et
+qu'il commence à juger de leurs rapports
+et de leurs actions réciproques. Il
apprend l'emploi des touches de la parole.
-C'est sa langue consonnante ou articule.</p>
+C'est sa langue consonnante ou articulée.</p>
<p>Mais comme il ne s'en instruit que
lentement, et dans un ordre successif,
-en allant du plus simple au plus compos,
+en allant du plus simple au plus composé,
les sons dont l'artifice est le plus
facile sont les premiers qu'il saisisse, et
-par consquent les premiers qu'il attache
- ses ides. Telles sont les lettres labiales.</p>
+par conséquent les premiers qu'il attache
+à ses idées. Telles sont les lettres labiales.</p>
<p>Aussi observe-t-on que ces lettres
-sont les caractristiques de toutes les
-ides essentiellement premires qu'admet
+sont les caractéristiques de toutes les
+idées essentiellement premières qu'admet
l'esprit des enfans. C'est par elles
-qu'ils dsignent presque toutes les choses
-qui les touchent immdiatement, comme
+qu'ils désignent presque toutes les choses
+qui les touchent immédiatement, comme
le <i>bien</i> et le <i>mal</i> physique, les rapports
-de <i>parent</i> les plus prochains, le <i>boire</i>,
-le <i>manger</i>, l'action mme de <i>parler</i>, etc.</p>
+de <i>parenté</i> les plus prochains, le <i>boire</i>,
+le <i>manger</i>, l'action même de <i>parler</i>, etc.</p>
<p>Parcourez les peuples de l'univers,
anciens et modernes, dit M. de Brosse;
-vous verrez que dans tous les sicles et
-dans toutes les contres, on employe la
-lettre de lvre, ou son dfaut la lettre
+vous verrez que dans tous les siècles et
+dans toutes les contrées, on employe la
+lettre de lèvre, ou à son défaut la lettre
de dent, ou toutes les deux ensemble,
dans la construction des mots enfantins
-qui reprsentent ceux de <i>pre</i> et de
-<i>mre</i>.</p>
+qui représentent ceux de <i>père</i> et de
+<i>mère</i>.</p>
-<p>Le Chananen, continue-t-il, l'Hbreu,
+<p>Le Chananéen, continue-t-il, l'Hébreu,
le Syriaque, l'Arabe, et autres
-drivs de l'Assyrien et du Phnicien,
+dérivés de l'Assyrien et du Phénicien,
que nous n'avons plus, disent <i>aB</i>,
<i>aBBa</i>, <i>aVa</i>, <i>aBoh</i>, <i>aBou</i>;</p>
<p>Le Grec, le Latin, l'Italien, l'Espagnol,
-le Franais: <i>PaTer</i>, <i>PaDre</i>,
-<i>Pre</i>;</p>
+le Français: <i>PaTer</i>, <i>PaDre</i>,
+<i>Père</i>;</p>
<p>L'Istrien, le Catalan, le Portugais,
le Gascon: <i>Pari</i>, <i>Para</i>, <i>Pae</i>, <i>Paire</i>;</p>
@@ -551,8 +512,8 @@ le Gascon: <i>Pari</i>, <i>Para</i>, <i>Pae</i>, <i>Paire</i>;</p>
<p>Le Tudesque, le Francisque, l'Anglo-Saxon,
le Belgique, le Flamand, le
Frison, le Rhunique, le Scandinave,
-l'cossais, l'Anglais, l'Allemand, le
-Persan, et autres qui paraissent drivs
+l'Écossais, l'Anglais, l'Allemand, le
+Persan, et autres qui paraissent dérivés
du Scythe: <i>FaDer</i>, <i>FaTer</i>, <i>VaTTer</i>,
<i>VaDer</i>, <i>PaDer</i>, <i>Payer</i>, <i>Peer</i>, <i>Feer</i>,
<i>FoeDor</i>, <i>FaDiir</i>, <i>FaTher</i>, <i>FaTTer</i>,
@@ -562,16 +523,16 @@ etc.</p>
<p>Le Malabare, <i>PiTaVe</i>;</p>
-<p>Le Chingulais de l'le Ceylan, <i>PiTa</i>;</p>
+<p>Le Chingulais de l'île Ceylan, <i>PiTa</i>;</p>
-<p>L'Ethiopien, l'Abyssin, le Mlindien
-des Ctes d'Afrique, et autres qui
-paraissent drivs de l'Arabe: <i>aBi</i>,
+<p>L'Ethiopien, l'Abyssin, le Mélindien
+des Côtes d'Afrique, et autres qui
+paraissent dérivés de l'Arabe: <i>aBi</i>,
<i>aBBa</i>, <i>aBa</i>, <i>BaBa</i>;</p>
<p>Le Turc, <i>BaBa</i>;</p>
-<p>Le Moresque, <i>aBB</i>;</p>
+<p>Le Moresque, <i>aBBé</i>;</p>
<p>Le Sarde, <i>BaBu</i>;</p>
@@ -601,34 +562,34 @@ paraissent drivs de l'Arabe: <i>aBi</i>,
<p>Le Tunguz, <i>aMin</i>;</p>
-<p>Le Georgien et l'Ibrien, <i>MaMa</i>;</p>
+<p>Le Georgien et l'Ibérien, <i>MaMa</i>;</p>
-<p>Le Carabe, <i>BaBa</i>;</p>
+<p>Le Caraïbe, <i>BaBa</i>;</p>
-<p>Le Gronlandais, <i>uBia</i>;</p>
+<p>Le Groënlandais, <i>uBia</i>;</p>
<p>Le Galibis, <i>BaBa</i>;</p>
-<p>Le Sauvage de la rivire des Amaznes,
+<p>Le Sauvage de la rivière des Amazônes,
<i>PaPe</i>;</p>
<p>Le Kalmouck, <i>aBega</i>;</p>
-<p>Le Samode, <i>aBaM</i>;</p>
+<p>Le Samoïède, <i>aBaM</i>;</p>
<p>Le Moluquois, <i>BaPa</i>;</p>
<p>Le Tamoul, <i>BiTa</i>, <i>ViDa</i>;</p>
-<p>Passant ensuite la lettre de dent, le
-mme Savant rapporte les synonimies de
+<p>Passant ensuite à la lettre de dent, le
+même Savant rapporte les synonimies de
l'Egyptien, du Cophte, de l'Africain
d'Angola, qui disent <i>TaauT</i>, <i>TheuT</i>,
<i>ThoT</i>, <i>ToT</i>;</p>
<p>L'Africain du Congo dit <i>TaT</i>;</p>
-<p>Le Cimrac, le Celtique, l'Armorique,
+<p>Le Cimraëc, le Celtique, l'Armorique,
le Bas-Breton, le Gallois, le
Cantabre disent <i>TaaT</i>, <i>TaaD</i>, <i>TaD</i>,
<i>TaTh</i>, <i>Taz</i>, <i>aiTa</i>;</p>
@@ -644,12 +605,12 @@ Cantabre disent <i>TaaT</i>, <i>TaaD</i>, <i>TaD</i>,
<p>Le Valaque, <i>TaTul</i>;</p>
<p>L'Esclavon, le Russe, le Polonais,
-le Bohmien, le Dalmate, le Croate, le
+le Bohémien, le Dalmate, le Croate, le
Vandale, le Bulgare, le Servite, le Carnique,
-le Lusacien, et autres drivs de
+le Lusacien, et autres dérivés de
l'ancien Illyrien et de l'ancien Sarmate:
<i>oTTsc</i>, <i>oTsche</i>, <i>oTshe</i>, ou par corruption,
-<i>oize</i>, <i>woTzo</i>, <i>wschzi</i>, <i>oTzki</i>,
+<i>oièze</i>, <i>woTzo</i>, <i>wschzi</i>, <i>oTzki</i>,
<i>wosche</i>;</p>
<p>Le Sauvage de la Nouvelle Zemble,
@@ -669,169 +630,169 @@ le Lithuanien, le Mecklenbourgeois:
<p>Le Huron, <i>aihTaha</i>;</p>
-<p>Le Gronlandais, <i>aTTaTa</i>;</p>
+<p>Le Groënlandais, <i>aTTaTa</i>;</p>
<p>Le Mexicain, <i>TaThli</i>;</p>
<p>Le Brasilien, <i>TuBa</i>;</p>
-<p>Le Sybrien, <i>aTa</i>;</p>
+<p>Le Sybérien, <i>aTaï</i>;</p>
<p>Le Russe, <i>oTeTze</i>, etc.</p>
-<p>Je ne serais mme point tonn qu'on
-m'allgut que la lettre dentale de l'une
-et de l'autre touche parat dj d'un artifice
+<p>Je ne serais même point étonné qu'on
+m'alléguât que la lettre dentale de l'une
+et de l'autre touche paraît déjà d'un artifice
un peu difficile pour ces premiers
-essais de la parole, et que l'exprience
+essais de la parole, et que l'expérience
prouve d'ailleurs que les enfans ne l'employent
-point successivement, mais simultanment
+point successivement, mais simultanément
avec les lettres labiales.
-Il sera ais de rpondre cette objection,
+Il sera aisé de répondre à cette objection,
en rappelant simplement que l'articulation
de cette lettre nous est apprise, en
-quelque sorte, ds le premier jour de la
+quelque sorte, dès le premier jour de la
vie, puisque la succion du sein de la
-mre se fait ncessairement avec un
+mère se fait nécessairement avec un
petit claquement de la langue contre la
-partie la plus extrieure du palais,
-l'origine des dents, ou plutt vers la
+partie la plus extérieure du palais, à
+l'origine des dents, ou plutôt vers la
place qu'elles doivent occuper, et que
-ce bruit ne peut tre reprsent que par
+ce bruit ne peut être représenté que par
la lettre dentale douce ou forte. Aussi,
-voit-on que le son <i>thet</i> ou <i>theta</i>, reprsent
+voit-on que le son <i>thet</i> ou <i>theta</i>, représenté
chez les Grecs par une lettre qui
a la forme de la mamelle avec son mamelon,
est, dans toute les langues connues,
le type ou la racine des signes
-servant exprimer les ides qui ont rapport
- l'action de teter, comme de ceux
-qui dsignent les premires relations de
-parent.</p>
-
-<p>Veut-on s'assurer de l'affinit de la
-langue purile et de la langue primitive
-dans leurs progrs? Que l'on consulte
+servant à exprimer les idées qui ont rapport
+à l'action de teter, comme de ceux
+qui désignent les premières relations de
+parenté.</p>
+
+<p>Veut-on s'assurer de l'affinité de la
+langue puérile et de la langue primitive
+dans leurs progrès? Que l'on consulte
les vocabulaires recueillis par les
voyageurs et les missionnaires chez les
-peuples inciviliss, on verra que presque
-tous leurs mots sont composs de
-voyelles et de consonnes des premires
+peuples incivilisés, on verra que presque
+tous leurs mots sont composés de
+voyelles et de consonnes des premières
touches.</p>
-<p>C'est encore guid par le mme
+<p>C'est encore guidé par le même
principe d'imitation et d'analogie, que
-l'homme a compos un grand nombre
-de mots, d'aprs l'affinit de nature
+l'homme a composé un grand nombre
+de mots, d'après l'affinité de nature
qu'il a cru apercevoir entre le son de
certaines lettres et l'esprit de certaines
-ides. La lettre <i>h</i>, par exemple, voyelle
-indtermine, ou plutt signe particulier
+idées. La lettre <i>h</i>, par exemple, voyelle
+indéterminée, ou plutôt signe particulier
d'aspiration, qu'on attache quelquefois
-aux voyelles, fut propre exprimer
+aux voyelles, fut propre à exprimer
imitativement tous les accidens
de la respiration humaine; mais en la
-considrant sous le rapport de son esprit,
-et en prenant gard la manire
-dont elle est forme, qui a quelque
+considérant sous le rapport de son esprit,
+et en prenant égard à la manière
+dont elle est formée, qui a quelque
chose d'un empressement avide, d'une
-rapacit impatiente, on la consacra
-reprsenter les ides qui ont rapport
-l'action de saisir ou de drober. La palatale
-roulante R peignait l'oreille un
-bruit mchanique engendr par le mouvement
+rapacité impatiente, on la consacra à
+représenter les idées qui ont rapport à
+l'action de saisir ou de dérober. La palatale
+roulante R peignait à l'oreille un
+bruit méchanique engendré par le mouvement
circulaire des corps; et comme
-on ne peut faire rendre ce son la touche,
-par un mouvement simple et indcomposable
+on ne peut faire rendre ce son à la touche,
+par un mouvement simple et indécomposable
de la langue, mais seulement
-par un <i>frlement</i> rapide et prolong
+par un <i>frôlement</i> rapide et prolongé
de cet instrument, il est devenu
-le caractre de tous les signes par lesquels
-on avait rendre l'ide de continuit,
-de rptition, de renouvellement;
-et cela s'est opr d'une manire si naturelle,
+le caractère de tous les signes par lesquels
+on avait à rendre l'idée de continuité,
+de répétition, de renouvellement;
+et cela s'est opéré d'une manière si naturelle,
qu'il est commun dans les langues
de le voir unir capricieusement et
-sans rgles toutes les espces de mots
+sans règles à toutes les espèces de mots
dans lesquels on a besoin d'indiquer la
-rproduction ou la multiplicit d'action,
+réproduction ou la multiplicité d'action,
et que le peuple l'employe tous les jours
-arbitrairement cet usage.</p>
+arbitrairement à cet usage.</p>
-<p>On peut remarquer, dit M. de
-Chteaubriand sur ce sujet, que la
-premire voyelle de l'alphabet se trouve
+<p>«On peut remarquer, dit M. de
+Châteaubriand sur ce sujet, que la
+première voyelle de l'alphabet se trouve
dans presque tous les mots qui peignent
-les scnes de la campagne,
+les scènes de la campagne,
comme dans <i>charrue</i>, <i>vache</i>, <i>cheval</i>,
-<i>labourage</i>, <i>valle</i>, <i>montagne</i>, <i>arbre</i>,
-<i>pturage</i>, <i>laitage</i>, etc.; et dans les
-pithtes qui ordinairement accompagnent
+<i>labourage</i>, <i>vallée</i>, <i>montagne</i>, <i>arbre</i>,
+<i>pâturage</i>, <i>laitage</i>, etc.; et dans les
+épithètes qui ordinairement accompagnent
ces noms, tels que <i>pesante</i>,
-<i>champtre</i>, <i>laborieux</i>, <i>grasse</i>, <i>agreste</i>,
-<i>frais</i>, <i>dlectable</i>, etc. Cette observation
-tombe avec la mme justesse sur
+<i>champêtre</i>, <i>laborieux</i>, <i>grasse</i>, <i>agreste</i>,
+<i>frais</i>, <i>délectable</i>, etc. Cette observation
+tombe avec la même justesse sur
tous les idiomes connus. La lettre <i>a</i>
-ayant t dcouverte la premire,
-comme tant la premire mission naturelle
+ayant été découverte la première,
+comme étant la première émission naturelle
de la voix, les hommes, alors
-pasteurs, l'ont employe dans tous les
+pasteurs, l'ont employée dans tous les
mots qui composaient le simple dictionnaire
-de leur vie. L'galit de leurs
-m&oelig;urs et le peu de varit de leurs
-ides, ncessairement teintes des images
+de leur vie. L'égalité de leurs
+m&oelig;urs et le peu de variété de leurs
+idées, nécessairement teintes des images
des champs, devaient aussi rapeler
-le retour des mmes sons dans le
+le retour des mêmes sons dans le
langage. Le son de l'<i>a</i> convient au
-calme d'un c&oelig;ur champtre et la paix
+calme d'un c&oelig;ur champêtre et à la paix
des tableaux rustiques. L'accent d'une
-ame passionne est aigu, sifflant, prcipit;
+ame passionnée est aigu, sifflant, précipité;
l'<i>a</i> est trop long pour elle: il
faut une bouche pastorale qui puisse
prendre le temps de le prononcer avec
lenteur. Mais toutefois il entre fort
bien encore dans les plaintes, dans les
-larmes amoureuses, et dans les nafs
-<i>hlas</i> d'un chvrier. Enfin, la nature
+larmes amoureuses, et dans les naïfs
+<i>hélas</i> d'un chévrier. Enfin, la nature
fait entendre cette lettre rurale dans
ses bruits, et une oreille attentive peut
-la reconnatre diversement accentue,
+la reconnaître diversement accentuée,
dans les murmures de certains ombrages,
comme dans celui du tremble
-et du lire, dans la premire voix ou
-la finale du blement des troupeaux,
+et du lière, dans la première voix ou
+la finale du bêlement des troupeaux,
et la nuit dans les aboiemens du chien
-rustique.</p>
+rustique.»</p>
-<p>L'Onomatope est d'un grand secours
-aux potes, puisqu'elle est comme l'ame
-de l'harmonie pittoresque et de la posie
+<p>L'Onomatopée est d'un grand secours
+aux poëtes, puisqu'elle est comme l'ame
+de l'harmonie pittoresque et de la poésie
imitative.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">Quels qu'ils soient, aux objets conformez votre ton.</span><br/>
<span class="i0">Ainsi que par les mots exprimez par le son.</span><br/>
- <span class="i0">Peignez en vers lgers l'amant lger de Flore.</span><br/>
+ <span class="i0">Peignez en vers légers l'amant léger de Flore.</span><br/>
<span class="i0">Qu'un doux ruisseau murmure en vers plus doux encore.</span><br/>
<span class="i0">Entend-on d'un torrent les ondes bouillonner?</span><br/>
<span class="i0">Le vers tumultueux en roulant doit tonner,</span><br/>
<span class="i0">Que d'un pas lent et sourd le b&oelig;uf fende la plaine,</span><br/>
- <span class="i0">Chaque syllabe pse, et chaque mot se trane.</span><br/>
- <span class="i0">Mais si le daim lger bondit, vole et fend l'air,</span><br/>
- <span class="i0">Le vers vole et le suit aussi prompt que l'clair,</span><br/>
- <span class="i0">Ainsi de votre chant la marche cadence</span><br/>
- <span class="i0">Imite l'action et note la pense.</span><br/>
+ <span class="i0">Chaque syllabe pèse, et chaque mot se traîne.</span><br/>
+ <span class="i0">Mais si le daim léger bondit, vole et fend l'air,</span><br/>
+ <span class="i0">Le vers vole et le suit aussi prompt que l'éclair,</span><br/>
+ <span class="i0">Ainsi de votre chant la marche cadencée</span><br/>
+ <span class="i0">Imite l'action et note la pensée.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>On voit qu'indpendamment des Onomatopes
-nombreuses qu'a employes le
-pote, il a trouv un autre moyen d'harmonie
+<p>On voit qu'indépendamment des Onomatopées
+nombreuses qu'a employées le
+poëte, il a trouvé un autre moyen d'harmonie
dans le concours heureux de certains
-mots choisis, qui sans tre imitatifs
-par eux-mmes, produisent cependant
+mots choisis, qui sans être imitatifs
+par eux-mêmes, produisent cependant
une imitation parfaite.</p>
<div class="poem">
@@ -841,39 +802,39 @@ une imitation parfaite.</p>
</div>
</div>
-<p>Ce vers, par exemple, est compos
-de monosyllabes durs et heurts qui reprsentent
-trs-bien la marche du b&oelig;uf,
-et qui la notent exactement l'oreille.</p>
+<p>Ce vers, par exemple, est composé
+de monosyllabes durs et heurtés qui représentent
+très-bien la marche du b&oelig;uf,
+et qui la notent exactement à l'oreille.</p>
<p>Tout le monde se rappelle cet admirable
-passage de Boileau, dans le pome
+passage de Boileau, dans le poëme
du <cite>Lutrin</cite>:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Ses ais demi pourris que l'ge a relchs</span><br/>
- <span class="i0">Sont coup de maillet unis et rapprochs.</span><br/>
- <span class="i0">Sous les coups redoubls tous les bancs retentissent;</span><br/>
- <span class="i0">Les murs en sont mus, les votes en mugissent,</span><br/>
- <span class="i0">Et l'orgue mme en pousse un long gmissement.</span><br/>
- <span class="i0">Que fais-tu, chantre, hlas! dans ce triste moment?</span><br/>
+ <span class="i0">Ses ais demi pourris que l'âge a relâchés</span><br/>
+ <span class="i0">Sont à coup de maillet unis et rapprochés.</span><br/>
+ <span class="i0">Sous les coups redoublés tous les bancs retentissent;</span><br/>
+ <span class="i0">Les murs en sont émus, les voûtes en mugissent,</span><br/>
+ <span class="i0">Et l'orgue même en pousse un long gémissement.</span><br/>
+ <span class="i0">Que fais-tu, chantre, hélas! dans ce triste moment?</span><br/>
<span class="i0">Tu dors d'un profond somme.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Cet hmistiche ne le cde en rien au
+<p>Cet hémistiche ne le cède en rien au
<i>procumbit humi bos</i> de Virgile.</p>
<p>Ces exemples ne sont pas rares chez
les Latins, et sur-tout dans ce dernier
-pote. Il n'est personne qui n'ait entendu
+poëte. Il n'est personne qui n'ait entendu
citer ces vers d'une si riche harmonie:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0"><i>Tum ferri rigor atque argut lamina serr.</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Tum ferri rigor atque argutæ lamina serræ.</i></span><br/>
<br/>
</div>
@@ -894,28 +855,28 @@ citer ces vers d'une si riche harmonie:</p>
</div>
<div class="stanza">
- <span class="i0"><i>Continu ventis surgentibus, aut freta ponti.</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Continuò ventis surgentibus, aut freta ponti.</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Incipiunt agitata tumescere, et aridus altis</i></span><br/>
- <span class="i0"><i>Montibus audiri fragor, aut resonantia long</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Montibus audiri fragor, aut resonantia longè</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Littora misceri, et nemorum increbrescere murmur.</i></span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>On est mme parvenu exprimer les
-diffrentes passions de l'ame, au moyen
+<p>On est même parvenu à exprimer les
+différentes passions de l'ame, au moyen
de la seule prosodie.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i6">Ses gardes affligs</span><br/>
- <span class="i0">Imitaient son silence autour de lui rangs:</span><br/>
- <span class="i0">Il suivait tout pensif le chemin de Mycnes,</span><br/>
- <span class="i0">Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rnes;</span><br/>
+ <span class="i6">Ses gardes affligés</span><br/>
+ <span class="i0">Imitaient son silence autour de lui rangés:</span><br/>
+ <span class="i0">Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes,</span><br/>
+ <span class="i0">Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes;</span><br/>
<span class="i0">Ces superbes coursiers qu'on voyait autrefois</span><br/>
- <span class="i0">Pleins d'une ardeur si noble obir sa voix,</span><br/>
- <span class="i0">L'&oelig;il morne maintenant et la tte baisse</span><br/>
- <span class="i0">Semblaient se conformer sa triste pense.</span><br/>
+ <span class="i0">Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix,</span><br/>
+ <span class="i0">L'&oelig;il morne maintenant et la tête baissée</span><br/>
+ <span class="i0">Semblaient se conformer à sa triste pensée.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
@@ -924,214 +885,214 @@ de la seule prosodie.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0"><i>Extinctum Nymph crudeli funere Daphnim</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Extinctum Nymphæ crudeli funere Daphnim</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Flebant.</i></span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>Mais autant ces belles combinaisons
-sont agrables et ingnieuses, autant est
-misrable l'abus qu'on en a fait quelquefois,
+sont agréables et ingénieuses, autant est
+misérable l'abus qu'on en a fait quelquefois,
et principalement de nos jours.
-Puisqu'on a os reprocher Racine un
-emploi trop recherch de l'Onomatope
+Puisqu'on a osé reprocher à Racine un
+emploi trop recherché de l'Onomatopée
dans certains vers d'<i>Andromaque</i> et de
-<i>Phdre</i>, que doit-on penser, en effet,
-de ces pomes descriptifs devenus si
-communs, et qui ne sont, dire vrai,
+<i>Phèdre</i>, que doit-on penser, en effet,
+de ces poëmes descriptifs devenus si
+communs, et qui ne sont, à dire vrai,
qu'un entassement laborieux d'expressions
-tudies? Cette affectation est tout--fait
-indigne d'un vrai pote, et le rsultat
+étudiées? Cette affectation est tout-à-fait
+indigne d'un vrai poëte, et le résultat
de tant d'efforts minutieux n'est
-bon qu' augmenter le nombre de ces
-<i>nug difficiles</i> si mprises des gens de
-got. Il me serait trop ais de montrer
- quel point on a port rcemment ce
+bon qu'à augmenter le nombre de ces
+<i>nugæ difficiles</i> si méprisées des gens de
+goût. Il me serait trop aisé de montrer
+à quel point on a porté récemment ce
travers d'esprit, et ce que j'en dirais
-ne serait peut-tre pas sans utilit;
+ne serait peut-être pas sans utilité;
mais qu'il me suffise de rappeler la description
de l'alouette, par Dubartas, qui
est le prototype de toutes les sottises
-qu'on a faites ds-lors en ce genre.</p>
+qu'on a faites dès-lors en ce genre.</p>
-<p>Je ferai la mme observation sur les
+<p>Je ferai la même observation sur les
mots purement factices que des auteurs
-peu dlicats dans le choix des termes,
-ont cru pouvoir crer pour exprimer des
+peu délicats dans le choix des termes,
+ont cru pouvoir créer pour exprimer des
sons qu'ils ne savaient pas imiter autrement.
-Si une pareille fantaisie tait de
-nature devenir contagieuse, la langue
-serait bientt inonde d'onomatopes
+Si une pareille fantaisie était de
+nature à devenir contagieuse, la langue
+serait bientôt inondée d'onomatopées
barbares, et n'offrirait plus qu'une suite
-de cacophonies intolrables. Le vers macaronique,
-qui peint les clats de l'escopette,
+de cacophonies intolérables. Le vers macaronique,
+qui peint les éclats de l'escopette,
et le <i>taratantara</i> d'Ennius sont
-de cette espce; mais il n'y a rien de
+de cette espèce; mais il n'y a rien de
comparable, parmi les abus de l'harmonie
imitative et du langage factice,
au <i>breke ke koax</i> de J.-B. Rousseau. Il
est d'ailleurs important de remarquer
-qu'il n'est donn qu'aux potes d'un
+qu'il n'est donné qu'aux poëtes d'un
grand talent d'employer heureusement
-les effets d'une harmonie rauque et pnible.
-On ne choque impunment l'oreille,
+les effets d'une harmonie rauque et pénible.
+On ne choque impunément l'oreille,
qu'autant qu'il le fallait pour
-ajouter la force et l'clat de la pense.
-Ce sont de ces licences qui veulent tre
-justifies par le succs, et qu'on ne
+ajouter à la force et à l'éclat de la pensée.
+Ce sont de ces licences qui veulent être
+justifiées par le succès, et qu'on ne
pardonne qu'en faveur de l'impression
qu'elles produisent.</p>
<p>Je parlerai maintenant du plan que
-je me suis trac pour la composition de
+je me suis tracé pour la composition de
ce Dictionnaire. Mon premier projet
-tait de recueillir les Onomatopes de
+était de recueillir les Onomatopées de
tous les peuples, et de faire ainsi un
-espce de lexicon polyglote de tous les
+espèce de lexicon polyglote de tous les
sons naturels qui restent dans les langues,
-de manire remonter, en quelque
-sorte, une langue commune et
-primitive, indpendante des conventions
-particulires, et universellement
-intelligible. Mais, sans compter les difficults
+de manière à remonter, en quelque
+sorte, à une langue commune et
+primitive, indépendante des conventions
+particulières, et universellement
+intelligible. Mais, sans compter les difficultés
essentielles que mon impuissance
-aurait opposes l'excution de cet ouvrage,
-ainsi conu, et les circonstances
+aurait opposées à l'exécution de cet ouvrage,
+ainsi conçu, et les circonstances
qui ont restreint mes recherches, il m'a
-sembl qu'une numration raisonne
-des Onomatopes franaises remplirait
+semblé qu'une énumération raisonnée
+des Onomatopées françaises remplirait
assez bien le dessein le plus important
-que je me sois propos, qui est d'pargner
+que je me sois proposé, qui est d'épargner
un soin incommode et futile, et de
-prsenter, sous un cadre troit, une
-srie de rapprochemens curieux ceux
-que ce genre d'observations intresse, et
+présenter, sous un cadre étroit, une
+série de rapprochemens curieux à ceux
+que ce genre d'observations intéresse, et
qui peuvent en tirer parti pour leurs
-tudes.</p>
-
-<p>J'ai cru cependant ne pas devoir ngliger
-les principales Onomatopes que
-les langues mortes ou trangres ont
-consacres; mais je ne les ai recueillies
-qu'autant qu'elles avaient rapport des
-Onomatopes franaises, et qu'il rsultait
+études.</p>
+
+<p>J'ai cru cependant ne pas devoir négliger
+les principales Onomatopées que
+les langues mortes ou étrangères ont
+consacrées; mais je ne les ai recueillies
+qu'autant qu'elles avaient rapport à des
+Onomatopées françaises, et qu'il résultait
de leur analogie une comparaison
instructive et piquante.</p>
-<p>Je ne me suis point attach rassembler
+<p>Je ne me suis point attaché à rassembler
tous les mots dont un son naturel a
-pu tre la racine. Je crois ces mots trs-nombreux,
-mais inutiles mon plan.
-Je crois mme qu'il n'y en a presque point
-qu'on ne drive au besoin de cette espce
-d'origine, soit immdiatement, soit
+pu être la racine. Je crois ces mots très-nombreux,
+mais inutiles à mon plan.
+Je crois même qu'il n'y en a presque point
+qu'on ne dérive au besoin de cette espèce
+d'origine, soit immédiatement, soit
par extension. On pourra voir quelques-unes
-de leurs immenses gnrations,
-dans le systme de M. Court de Gbelin,
-systme spirituel et sduisant, mais encore
+de leurs immenses générations,
+dans le systême de M. Court de Gébelin,
+systême spirituel et séduisant, mais encore
un peu conjectural, comme tous
-les systmes, et dans l'ouvrage non
-moins docte et non moins ingnieux que
-prpare un crivain de l'amiti duquel
-j'aime m'honorer, M. David de Saint-Georges.
-Je rpte que si l'avenir me
+les systêmes, et dans l'ouvrage non
+moins docte et non moins ingénieux que
+prépare un écrivain de l'amitié duquel
+j'aime à m'honorer, M. David de Saint-Georges.
+Je répète que si l'avenir me
laisse quelques loisirs, et que ce faible
essai m'obtienne un seul encouragement
de l'indulgence, j'entreprendrai sans
-doute un jour de jeter quelque lumire
+doute un jour de jeter quelque lumière
sur cette partie importante de la grammaire
-gnrale, et d'appliquer d'une
-manire plus complte ma thorie des
-tymologies naturelles. En attendant, il
-n'y aura ici que des Onomatopes incontestables
-et frappantes, et qu'il sera ais
-de ramener leur racine, sans le secours
+générale, et d'appliquer d'une
+manière plus complète ma théorie des
+étymologies naturelles. En attendant, il
+n'y aura ici que des Onomatopées incontestables
+et frappantes, et qu'il sera aisé
+de ramener à leur racine, sans le secours
d'une analyse laborieuse.</p>
-<p>Je n'ai pas cherch non plus rapporter
- chaque Onomatope spcifique
-toutes les expressions qui en sont composes
+<p>Je n'ai pas cherché non plus à rapporter
+à chaque Onomatopée spécifique
+toutes les expressions qui en sont composées
dans notre langue, et tous les
modes qu'elle a subis, si ce n'est quand
-il a pu sortir de cette aride numration
-des observations de quelque intrt. Ceux
- qui ces drivations ne paratraient pas
+il a pu sortir de cette aride énumération
+des observations de quelque intérêt. Ceux
+à qui ces dérivations ne paraîtraient pas
si superflues, les retrouveront sans peine
en partant du mot typique.</p>
-<p>Enfin, j'ai rang sous le mme titre,
-et leur rang alphabtique, un certain
-nombre d'Onomatopes que notre langue
+<p>Enfin, j'ai rangé sous le même titre,
+et à leur rang alphabétique, un certain
+nombre d'Onomatopées que notre langue
n'a point encore admises, mais qui
-sont comme naturalises par l'usage
-que d'excellens crivains en ont fait. Les
-Onomatopes anciennes qui sont tombes
-en dsutude avec une partie de
+sont comme naturalisées par l'usage
+que d'excellens écrivains en ont fait. Les
+Onomatopées anciennes qui sont tombées
+en désuétude avec une partie de
notre langue, trouveront place dans cet
ouvrage toutes les fois qu'elles me sembleront
-bonnes conserver, et que je
-n'en verrai pas l'quivalent dans les vocabulaires
-modernes; mais pour viter
-les mprises qui proviendraient d'une
+bonnes à conserver, et que je
+n'en verrai pas l'équivalent dans les vocabulaires
+modernes; mais pour éviter
+les méprises qui proviendraient d'une
telle confusion, je distinguerai ces deux
-familles de mots inusits, par l'astrisque
-en tte de l'article.</p>
+familles de mots inusités, par l'astérisque
+en tête de l'article.</p>
-<p>Qu'on me permette d'ajouter ce
-propos que si la manie du nologisme est
-extrmement dplorable pour les lettres,
-et tend insensiblement dnaturer les
+<p>Qu'on me permette d'ajouter à ce
+propos que si la manie du néologisme est
+extrêmement déplorable pour les lettres,
+et tend insensiblement à dénaturer les
idiomes dans lesquels elle se glisse, il
n'en serait pas moins injuste de repousser
-sous ce prtexte, un grand nombre
-de ces expressions vives, caractristiques,
-indispensables, dont le gnie fait de
-temps en temps prsent aux langues. Il
-n'appartient personne d'arrter irrvocablement
+sous ce prétexte, un grand nombre
+de ces expressions vives, caractéristiques,
+indispensables, dont le génie fait de
+temps en temps présent aux langues. Il
+n'appartient à personne d'arrêter irrévocablement
les limites d'une langue, et
-de marquer le point o il devient impossible
-de rien ajouter ses richesses.
-Voltaire, pour qui la ntre tait si opulente
-et si fconde, l'accuse d'tre une
-<i>gueuse</i> fire qui il faut faire l'aumne
-malgr elle. J'avoue que je me suis
-souvent tonn de la voir exclure tel mot
+de marquer le point où il devient impossible
+de rien ajouter à ses richesses.
+Voltaire, pour qui la nôtre était si opulente
+et si féconde, l'accuse d'être une
+<i>gueuse</i> fière à qui il faut faire l'aumône
+malgré elle. J'avoue que je me suis
+souvent étonné de la voir exclure tel mot
qu'elle ne peut remplacer que par une
-priphrase languissante, et le dictionnaire
+périphrase languissante, et le dictionnaire
que je soumets au public en renferme
quelques-uns de ce genre. C'est
-une tmrit qui avait besoin d'apologie.</p>
+une témérité qui avait besoin d'apologie.</p>
<p>Au reste, on insistera moins sur le
-reproche qu'elle devrait me mriter, si
+reproche qu'elle devrait me mériter, si
on daigne se rappeler que la classe de
-littrature de l'Institut fait esprer un
+littérature de l'Institut fait espérer un
dictionnaire qui ne laissera plus de doute
sur la valeur des mots que notre langue
-a acquis ou qu'elle a tent de ressusciter
+a acquis ou qu'elle a tenté de ressusciter
dans ces derniers temps. En attendant
le monument que cette savante compagnie
-se propose d'lever, l'homme de
-lettres peut lui apporter des matriaux,
+se propose d'élever, l'homme de
+lettres peut lui apporter des matériaux,
et le Lexicographe peut essayer d'en
-runir quelques-uns, en subordonnant
-son jugement prmatur celui de ses
-matres.</p>
+réunir quelques-uns, en subordonnant
+son jugement prématuré à celui de ses
+maîtres.</p>
-<p>Je ne finirai point cette prface sans
+<p>Je ne finirai point cette préface sans
payer de justes tributs de reconnaissance
- ceux qui ont bien voulu protger ou
-clairer mes tudes. Il en est un qui
+à ceux qui ont bien voulu protéger ou
+éclairer mes études. Il en est un à qui
j'en ai offert les premiers fruits. Il m'est
-doux de joindre son nom celui d'un
-ami que l'lvation de son caractre et
-de ses talents doit porter de grandes
-destines, sous un gouvernement qui
-apprcie et qui rcompense, M. de Roujoux,
-sous-prfet de Dle; si jamais j'ai
-os desirer que cet crit ft accueilli de
-quelque estime, c'tait pour le voir plus
+doux de joindre à son nom celui d'un
+ami que l'élévation de son caractère et
+de ses talents doit porter à de grandes
+destinées, sous un gouvernement qui
+apprécie et qui récompense, M. de Roujoux,
+sous-préfet de Dôle; si jamais j'ai
+osé desirer que cet écrit fût accueilli de
+quelque estime, c'était pour le voir plus
digne d'eux.</p>
@@ -1141,225 +1102,225 @@ digne d'eux.</p>
<p class="narrow"><i>Les mots dont il est question dans ce Dictionnaire,
-n'tant considrs que sous le
+n'étant considérés que sous le
rapport de leurs sons, on a cru devoir exprimer
-les Onomatopes hbraques et grecques,
+les Onomatopées hébraïques et grecques,
par la simple lettre italique, pour en
-mettre la lecture la porte des premires
-tudes.</i></p>
-<p class="narrow"><i>L'Astrisque * indique les Onomatopes
-anciennes tombes en dsutude, et les Onomatopes
-non encore admises, mais employes
+mettre la lecture à la portée des premières
+études.</i></p>
+<p class="narrow"><i>L'Astérisque * indique les Onomatopées
+anciennes tombées en désuétude, et les Onomatopées
+non encore admises, mais employées
par quelques bons Ecrivains.</i></p>
-<h2>ONOMATOPES FRANAISES.</h2>
+<h2>ONOMATOPÉES FRANÇAISES.</h2>
<div class="dict">
<h3>A</h3>
-<p class="item">* <a class="void" name="aarbrer" id="aarbrer">AARBRER</a>. Se cabrer. Terme de Mange,
+<p class="item">* <a class="void" name="aarbrer" id="aarbrer">AARBRER</a>. Se cabrer. Terme de Manége,
qui se dit des chevaux qui se dressent
-sur les pieds de derrire quand on leur
+sur les pieds de derrière quand on leur
tire trop la bride.</p>
-<p>Ce mot, plus nergique que celui qui
-nous est rest, et dont la double voyelle
+<p>Ce mot, plus énergique que celui qui
+nous est resté, et dont la double voyelle
rend la construction plus imitative, est
depuis long-temps hors d'usage. On le
trouve dans le vieux roman de Perceval.</p>
<p class="item"><a class="void" name="aboi" id="aboi">ABOI</a>, ABOIEMENT, ABOIER. En vieux
langage, <i>Abai</i>.</p>
-<p>C'est une des Onomatopes qui expriment
-le cri du chien. Quelques tymologistes
-drivent ce mot de <i>ad baubare</i>,
+<p>C'est une des Onomatopées qui expriment
+le cri du chien. Quelques Étymologistes
+dérivent ce mot de <i>ad baubare</i>,
forme de <i>baubare</i>, que les Latins ont dit,
-ainsi que <i>boare</i>. Ces mots eux-mmes
-sont des Onomatopes.</p>
+ainsi que <i>boare</i>. Ces mots eux-mêmes
+sont des Onomatopées.</p>
-<p>On peut prsumer, au reste, que les
+<p>On peut présumer, au reste, que les
Grecs de la colonie de Massilia introduisirent
dans les Gaules le mot <i>bauzein</i>,
moins expressif qu'<i>aboier</i>, mais dont
-celui-ci doit tre fait.</p>
+celui-ci doit être fait.</p>
<p>Dans les Langues Canadiennes, un
-chien s'appelle <i>gagnenou</i>, autre Onomatope
+chien s'appelle <i>gagnenou</i>, autre Onomatopée
qui a beaucoup de rapport avec le
<i>canis</i> des Latins.</p>
<p class="item"><span class="sc">Aboiement</span>, est plus d'usage qu'<i>aboi</i>, qui
-ne s'emploie plus gure qu'au figur. Un
-de nos potes dit cependant en parlant
+ne s'emploie plus guère qu'au figuré. Un
+de nos poètes dit cependant en parlant
du chien:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">De ton champtre enclos, sentinelle assidue,</span><br/>
- <span class="i0">A toute heure, en tous sens, il parcourt l'tendue:</span><br/>
- <span class="i0">Quelquefois en silence, il rde; et quelquefois</span><br/>
- <span class="i0">La fort s'pouvante au bruit de ses <i>abois</i>.</span><br/>
+ <span class="i0">De ton champêtre enclos, sentinelle assidue,</span><br/>
+ <span class="i0">A toute heure, en tous sens, il parcourt l'étendue:</span><br/>
+ <span class="i0">Quelquefois en silence, il rôde; et quelquefois</span><br/>
+ <span class="i0">La forêt s'épouvante au bruit de ses <i>abois</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p class="item"><a class="void" name="achoppement" id="achoppement">ACHOPPEMENT</a>. Ce mot qui tait une Onomatope
+<p class="item"><a class="void" name="achoppement" id="achoppement">ACHOPPEMENT</a>. Ce mot qui était une Onomatopée
faite du bruit d'un corps qui en
heurte un autre, ne s'emploie plus au sens
-propre. On ne s'en sert mme que dans
-cette faon proverbiale de parler: une
+propre. On ne s'en sert même que dans
+cette façon proverbiale de parler: une
pierre d'<i>achoppement</i>, pour dire, Un
obstacle inattendu.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Chopper</span>, est presque tout--fait hors d'usage.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="affres" id="affres">AFFRES</a>. Il ne se dit gures qu'au pluriel.
-C'est un grand effroi, une motion extrme,
-cause par quelque terrible vision.
-L'Onomatope exprime le frmissement
-qu'excitent l'pouvante et l'horreur.
-On a donc eu tort de driver ce mot du
+<p class="item"><span class="sc">Chopper</span>, est presque tout-à-fait hors d'usage.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="affres" id="affres">AFFRES</a>. Il ne se dit guères qu'au pluriel.
+C'est un grand effroi, une émotion extrême,
+causée par quelque terrible vision.
+L'Onomatopée exprime le frémissement
+qu'excitent l'épouvante et l'horreur.
+On a donc eu tort de dériver ce mot du
latin <i>affari</i> ou du grec <i>phren</i> et <i>afronos</i>,
comme Voltaire, qui regrette d'ailleurs
qu'on ne l'emploie pas plus souvent.</p>
<p>Pourquoi ne dirait-on pas les <i>affres</i> de
-la mort que l'Acadmie autorise? Il n'y a
-rien qui puisse mieux reprsenter les frissons
+la mort que l'Académie autorise? Il n'y a
+rien qui puisse mieux représenter les frissons
de l'agonie. D'<i>affres</i>, on a fait</p>
<p class="item"><span class="sc">Affreux</span>, qui se dit des objets qu'on ne
-peut voir sans prouver un sentiment de
+peut voir sans éprouver un sentiment de
crainte ou d'aversion.</p>
<p class="item"><a class="void" name="agacement" id="agacement">AGACEMENT, AGACER</a>. Du son dont on
se sert pour irriter ou <i>agacer</i> les animaux,
ou bien du bruit que produit sous les
dents un fruit acide, ou un fruit qui n'est
-point sa maturit, et dont l'effet est
+point à sa maturité, et dont l'effet est
d'<i>agacer</i> les dents.</p>
-<p>On a dit assez hardiment, au style figur,
+<p>On a dit assez hardiment, au style figuré,
les <i>agaceries</i> d'une coquette, des
-regards, des propos <i>agaans</i>, des manires
-<i>agaantes</i>.</p>
+regards, des propos <i>agaçans</i>, des manières
+<i>agaçantes</i>.</p>
-<p>Mnage a trs-bien driv ce mot du
-latin <i>acaciare</i>, qui a la mme racine. Il
-aurait pu remonter jusqu'au grec o elle
-se trouve galement. On disait <i>hega</i> en
+<p>Ménage a très-bien dérivé ce mot du
+latin <i>acaciare</i>, qui a la même racine. Il
+aurait pu remonter jusqu'au grec où elle
+se trouve également. On disait <i>hegaçç</i> en
celtique.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="agouti" id="agouti">AGOUTI</a>. C'est un quadrupde des Antilles,
-qui a beaucoup de rapport avec le livre.
-Son nom est form d'aprs son cri qu'on
-exprime -peu-prs par le mot <i>couy</i>. M. de
+<p class="item"><a class="void" name="agouti" id="agouti">AGOUTI</a>. C'est un quadrupède des Antilles,
+qui a beaucoup de rapport avec le lièvre.
+Son nom est formé d'après son cri qu'on
+exprime à-peu-près par le mot <i>couy</i>. M. de
Buffon compare ce cri au grognement du
cochon.</p>
-<p>Pison et Marcgrave disent qu'au Brsil
+<p>Pison et Marcgrave disent qu'au Brésil
on appelle cet animal <i>cotia</i>. Souchu de
Rennefort l'appelle <i>couti</i>, dont on a fait
<i>acouti</i> et <i>agouti</i>.</p>
<p>Il est bon de remarquer en passant, sur
ce mot, que la plupart des animaux sont
-caractriss par l'Onomatope, et que
-l'numration en serait devenue fatigante
-si je ne m'en tais tenu aux indignes
-et ceux qui sont tellement connus,
-que leur nom est devenu propre la Langue.
-Celui-ci est de cette dernire espce.</p>
+caractérisés par l'Onomatopée, et que
+l'énumération en serait devenue fatigante
+si je ne m'en étais tenu aux indigênes
+et à ceux qui sont tellement connus,
+que leur nom est devenu propre à la Langue.
+Celui-ci est de cette dernière espèce.</p>
<p class="item"><a class="void" name="agraffe" id="agraffe">AGRAFFE, AGRAFFER</a>. L'<i>agraffe</i> est une
-espce de crochet qui sert ordinairement
- fixer ensemble les deux cts d'une robe
-ou d'un manteau. L'Onomatope consiste
+espèce de crochet qui sert ordinairement
+à fixer ensemble les deux côtés d'une robe
+ou d'un manteau. L'Onomatopée consiste
dans l'imitation du bruit produit par le
-dchirement de l'objet que les pointes de
+déchirement de l'objet que les pointes de
l'<i>agraffe</i> saisissent.</p>
-<p>Le pre Labbe croit qu'<i>agraffer</i> a t
-pris pour <i>agriffer</i>. Bude le fait venir du
+<p>Le père Labbe croit qu'<i>agraffer</i> a été
+pris pour <i>agriffer</i>. Budée le fait venir du
grec <i>agra</i>, qui signifie l'action de saisir
-vivement, et qui a la mme racine naturelle.
-On peut la reconnatre encore dans
-le verbe hbreu <i>garah</i> ou <i>garaph</i> que
-Saint Jrme exprime par le mot <i>arripere</i>,
-au cinquime chapitre des Juges.</p>
+vivement, et qui a la même racine naturelle.
+On peut la reconnaître encore dans
+le verbe hébreu <i>garah</i> ou <i>garaph</i> que
+Saint Jérôme exprime par le mot <i>arripere</i>,
+au cinquième chapitre des Juges.</p>
<p class="item"><span class="sc">Rafler</span>, mot ignoble de notre Langue, se
-rapporte ceux-ci par le sens et par le
+rapporte à ceux-ci par le sens et par le
son. Les vieux Dictionnaires disent aussi
<i>riffler</i>.</p>
-<p class="item">* <span class="sc">Rafle</span> ou <span class="sc">Raphe</span>, qui n'est plus franais,
-est un mot ancien de la mme famille.
+<p class="item">* <span class="sc">Rafle</span> ou <span class="sc">Raphe</span>, qui n'est plus français,
+est un mot ancien de la même famille.
Nicod rapporte ces paroles de Nicole Gilles
-en la vie de Dagobert: Notre Seigneur
-Jsus-Christ, afin qu'ils l'en voulsissent
+en la vie de Dagobert: «Notre Seigneur
+Jésus-Christ, afin qu'ils l'en voulsissent
croire, s'approcha du ladre, et lui passa
la main par-dessus le visage, et lui osta
-une <i>raphe</i> de la maladie de lpre qu'il
+une <i>raphe</i> de la maladie de lèpre qu'il
avoit au visage, si que la face lui demeura
belle, claire et nette, et le restitua
-en sant. Laquelle <i>raphe</i> est encore
-garde en un reliquaire en ladite glise
-Saint-Denys. Par lequel mot, ajoute
-Nicod, il semble vouloir dire une poingne,
-un plein poing. Car on dit <i>rapher</i>
+en santé. Laquelle <i>raphe</i> est encore
+gardée en un reliquaire en ladite église
+Saint-Denys». Par lequel mot, ajoute
+Nicod, il semble vouloir dire une poingnée,
+un plein poing. «Car on dit <i>rapher</i>
quand au jeu de dez qu'on appelle la
-<i>raphe</i>, ayant gaign, on prend hastivement
+<i>raphe</i>, ayant gaigné, on prend hastivement
ou bien plustost rapidement la
mise qui est sur le jeu. Ce qu'on dit
-aussi <i>raphler</i> ou <i>rafler</i>, et par mtaphore,
+aussi <i>raphler</i> ou <i>rafler</i>, et par métaphore,
<i>rafler</i> tout, quand on prend rapidement
tout ce qu'on trouve en un
-lieu.</p>
+lieu».</p>
<p>Dans le vieux langage, <i>raphe</i> signifiait
-encore la poigne, le manche d'un outil,
-l'endroit par o on le saisissait.</p>
+encore la poignée, le manche d'un outil,
+l'endroit par où on le saisissait.</p>
<p class="item"><a class="void" name="agripper" id="agripper">AGRIPPER</a>. Du bruit que produit le frottement
des griffes ou des mains contre
les corps dont elles s'emparent. <i>Voyez</i>
<a href="#griffe"><span class="sc">Griffe</span></a> et <a href="#agraffe"><span class="sc">Agraffe</span></a>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Grappiller</span>, est peut-tre un diminutif de
-ce verbe, et de l on aurait fait</p>
-<p class="item"><span class="sc">Grappe</span>, un fruit sujet tre <i>grappill</i>,</p>
+<p class="item"><span class="sc">Grappiller</span>, est peut-être un diminutif de
+ce verbe, et de là on aurait fait</p>
+<p class="item"><span class="sc">Grappe</span>, un fruit sujet à être <i>grappillé</i>,</p>
<p class="item"><span class="sc">Grappilleur</span>, celui qui <i>grappille</i>,</p>
<p class="item"><span class="sc">Grappillon</span>, ce que l'on rejette d'une <i>grappe</i>,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Grappe</span>, instrument de Menuiserie qui prsente
-plusieurs pointes propres saisir ou
+<p class="item"><span class="sc">Grappe</span>, instrument de Menuiserie qui présente
+plusieurs pointes propres à saisir ou
<i>agripper</i> le bois,</p>
<p class="item"><span class="sc">Grappin</span>, instrument de fer dont on se sert
pour accrocher un vaisseau, soit pour
-l'aborder, soit pour y attacher un brlot.</p>
+l'aborder, soit pour y attacher un brûlot.</p>
<p>Je n'ai pas besoin de faire observer que
presque tous ces mots sont du style le
plus bas.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Gravir</span>, s'aider avec les ongles dans les anfractuosits
+<p class="item"><span class="sc">Gravir</span>, s'aider avec les ongles dans les anfractuosités
d'un chemin raboteux.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Gravier</span>, le sable qui se dtache sous les
+<p class="item"><span class="sc">Gravier</span>, le sable qui se détache sous les
ongles d'un homme qui <i>gravit</i>.</p>
<p class="item"><span class="sc">Grimper</span>, <i>gravir</i> difficilement une route
roide et montueuse, me paraissent autant
-d'Onomatopes qui se rapportent
-la mme racine, et que je rassemble autour
+d'Onomatopées qui se rapportent à
+la même racine, et que je rassemble autour
d'elle pour mettre ici autant d'ordre
-que la mthode alphabtique en permet.
+que la méthode alphabétique en permet.
Ce qui rend cette analogie plus sensible,
c'est que le peuple emploie bassement le
mot <i>grappiller</i> au sens de <i>gravir</i> dans un
grand nombre de provinces, et que <i>gravir</i>
-s'est mme dit <i>grapir</i> en franais, selon
+s'est même dit <i>grapir</i> en français, selon
Borel.</p>
<p>Nicod rapporte <i>grip</i>, qui se disait autrefois
en style trivial pour piraterie et
rapine. Les Grecs avaient construit beaucoup
-de mots sur le mme son et d'aprs
-le mme esprit; <i>gripos</i>, qui toit un filet
- prendre du poisson; <i>gripeus</i>, le preneur
-de poissons; <i>grups</i>, l'ancre du navire,
+de mots sur le même son et d'après
+le même esprit; <i>gripos</i>, qui étoit un filet
+à prendre du poisson; <i>gripeus</i>, le preneur
+de poissons; <i>grupès</i>, l'ancre du navire,
et le <i>grappin</i> dont on saisissait un navire
-ennemi; <i>grupa</i>, les aires des vautours et
+ennemi; <i>grupaï</i>, les aires des vautours et
des oiseaux carnassiers.</p>
-<p>Nos vieux crivains ont employ plus
-communment encore <i>grippe</i>, qui signifiait
+<p>Nos vieux Écrivains ont employé plus
+communément encore <i>grippe</i>, qui signifiait
vol et filouterie.</p>
<div class="poem">
@@ -1370,65 +1331,65 @@ vol et filouterie.</p>
</div>
</div>
-<p class="noindent">dit Chevalier dans la <cite>dsolation des filous</cite>.
-Cholires, tome II de ses Contes,
-applique <i>gripperie</i> au mme usage.</p>
-<p>La <i>grupe</i>, c'tait le produit, le revenant
+<p class="noindent">dit Chevalier dans la <cite>désolation des filous</cite>.
+Cholières, tome II de ses Contes,
+applique <i>gripperie</i> au même usage.</p>
+<p>La <i>grupée</i>, c'était le produit, le revenant
bon de la <i>grippe</i>. On dit dans la
-<cite>comdie de la Passion</cite>:</p>
+<cite>comédie de la Passion</cite>:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">Pour mettre mignons en alaine,</span><br/>
- <span class="i0">Voici fine espice sucre,</span><br/>
+ <span class="i0">Voici fine espice sucrée,</span><br/>
<span class="i0">Et tel y laissera la laine</span><br/>
- <span class="i0">Qui n'en aura j la <i>grupe</i>.</span><br/>
+ <span class="i0">Qui n'en aura jà la <i>grupée</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>On a dit aussi <i>gruper</i> pour, agraffer,
et plus souvent pour <i>agripper</i> ou saisir
-avec les griffes. Qui sait, dit Rabelais,
+avec les griffes. «Qui sait, dit Rabelais,
s'ils useroient de qui pro quo, et en
lieu de rominagrobis <i>grupperoient</i> paovre
-Panurge?</p>
+Panurge?»</p>
<p>Les Bretons ont <i>krapa</i>, <i>krafa</i>, <i>gripper</i>,
-<i>grimper</i>, gratigner; <i>kraf</i>, gratignure;
+<i>grimper</i>, égratigner; <i>kraf</i>, égratignure;
<i>craban</i>, griffe; <i>crib</i>, peigne; <i>criba</i>, peigner;
<i>cribin</i>, peigne de fer; <i>crabb</i>, cancre,
-crevisse, qui s'est conserv dans le
-franais. <i>Craff</i> est le nom gallois du <i>grappin</i>,
+écrevisse, qui s'est conservé dans le
+français. <i>Craff</i> est le nom gallois du <i>grappin</i>,
du harpon des mariniers.</p>
<p class="item">* <a class="void" name="ahaler" id="ahaler">AHALER</a>. Pousser l'haleine au dehors.
-Quelques crivains ont dit <i>adhaler</i>. Ce
-mot trs-expressif a un autre sens qu'<i>exhaler</i>,
-et n'a point d'quivalent en franais.
-<i>Haleter</i> donne l'ide d'une respiration
-forte et presse. C'est l'<i>anhelare</i> des
+Quelques Écrivains ont dit <i>adhaler</i>. Ce
+mot très-expressif a un autre sens qu'<i>exhaler</i>,
+et n'a point d'équivalent en français.
+<i>Haleter</i> donne l'idée d'une respiration
+forte et pressée. C'est l'<i>anhelare</i> des
Latins qui avaient aussi <i>halare</i> et <i>halitus</i>.</p>
-<p>Il semble que l'hiatus considrable qu'on
-remarque dans l'expression propose, lui
+<p>Il semble que l'hiatus considérable qu'on
+remarque dans l'expression proposée, lui
donne quelque chose de pittoresque qui
-n'est pas dans cette dernire Langue.</p>
+n'est pas dans cette dernière Langue.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="ahan" id="ahan">AHAN, AHANER</a>. Ahan reprsente un grand
-effort qui te presque la facult de respirer.
+<p class="item"><a class="void" name="ahan" id="ahan">AHAN, AHANER</a>. Ahan représente un grand
+effort qui ôte presque la faculté de respirer.
C'est l'expression du bucheron, des
man&oelig;uvres pour reprendre leur souffle,
-et se donner la force ncessaire pour bien
-porter leur coup. De l on a fait <i>ahaner</i>,
+et se donner la force nécessaire pour bien
+porter leur coup. De là on a fait <i>ahaner</i>,
travailler avec peine, avec <i>ahan</i>, comme
dans ces vers de Dubellay:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">De votre doulce haleine</span><br/>
<span class="i0">Esventez cette plaine,</span><br/>
- <span class="i0">Esventez ce sjour,</span><br/>
+ <span class="i0">Esventez ce séjour,</span><br/>
<span class="i0">Cependant que j'<i>ahane</i></span><br/>
- <span class="i0">A mon bl que je vanne</span><br/>
+ <span class="i0">A mon blé que je vanne</span><br/>
<span class="i0">En la chaleur du jour.</span><br/>
<br/>
</div>
@@ -1437,67 +1398,67 @@ dans ces vers de Dubellay:</p>
<p><i>Ahaner</i> un champ, s'est dit par extension
pour, Cultiver une terre difficile.</p>
-<p><i>Ahan</i>, est pass au style figur pour
-exprimer de pnibles travaux d'esprit, et
+<p><i>Ahan</i>, est passé au style figuré pour
+exprimer de pénibles travaux d'esprit, et
l'agitation d'un homme qui a de la peine
- se rsoudre quelque chose.</p>
+à se résoudre à quelque chose.</p>
<p>On a fait venir ce mot du grec <i>ao</i> et
du latin <i>anhelare</i>. C'est l'opinion de du
-Cange. Mnage en a cherch l'tymologie
+Cange. Ménage en a cherché l'étymologie
dans l'italien <i>affanno</i>, peine, douleur. On
aurait pu le retrouver tout entier dans
-le dictionnaire des Carabes et dans beaucoup
-d'autres, puisqu'il est tir du dictionnaire
-de la Nature. C'est la plus vidente
-des Onomatopes. Pasquier et Nicod
-ne s'y sont pas mpris.</p>
-
-<p>Dans des lettres de rmission de l'an
-1375, on trouve: Aprs ce que ledit
-Jehan fut deschauci, entra ondit gu,
-et tant se y effora pour mettre hors
-laditte charrette, que il entra en fivre
-en icelui gu, pour le grant <i>ahan</i> que
-il avoit eu.</p>
-
-<p>On ne se sert plus de ce mot qui tait
-trs-familier nos anciens crivains. Rabelais,
-Montaigne, Amyot l'ont singulirement
-affectionn. Il est encore dans
+le dictionnaire des Caraïbes et dans beaucoup
+d'autres, puisqu'il est tiré du dictionnaire
+de la Nature. C'est la plus évidente
+des Onomatopées. Pasquier et Nicod
+ne s'y sont pas mépris.</p>
+
+<p>Dans des lettres de rémission de l'an
+1375, on trouve: «Après ce que ledit
+Jehan fut deschaucié, entra ondit gué,
+et tant se y efforça pour mettre hors
+laditte charrette, que il entra en fièvre
+en icelui gué, pour le grant <i>ahan</i> que
+il avoit eu».</p>
+
+<p>On ne se sert plus de ce mot qui était
+très-familier à nos anciens Écrivains. Rabelais,
+Montaigne, Amyot l'ont singulièrement
+affectionné. Il est encore dans
Costar. Jupiter, dit-il, en sua d'<i>ahan</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="ai" id="ai">A</a>. C'est le quadrupde, autrement nomm
+<p class="item"><a class="void" name="ai" id="ai">AÏ</a>. C'est le quadrupède, autrement nommé
le <i>Paresseux</i>, qui est un des <i>anthropomorphes</i>
-de Linn.</p>
-<p>Il articule les syllabes dont on a form
+de Linné.</p>
+<p>Il articule les syllabes dont on a formé
son nom avec des modulations si justes,
-que cela a donn lieu Clusius de dire
-trs-ridiculement que c'tait le <i>Paresseux</i>
-qui avait invent la musique. Il aurait pu
-d'ailleurs appuyer cette bizarre prsomption
+que cela a donné lieu à Clusius de dire
+très-ridiculement que c'était le <i>Paresseux</i>
+qui avait inventé la musique. Il aurait pu
+d'ailleurs appuyer cette bizarre présomption
d'une analogie curieuse de la Langue
-grecque ou <i>ao</i> s'est dit quelquefois pour
+grecque ou <i>aïo</i> s'est dit quelquefois pour
<i>cano</i>, et il faut observer que ce mot est
-pass dans la Langue latine avec le sens
-de <i>loquor</i>. Il n'appartenait qu' ces peuples
+passé dans la Langue latine avec le sens
+de <i>loquor</i>. Il n'appartenait qu'à ces peuples
d'harmonieux langage d'attacher la
-mme expression aux ides de chant et de
+même expression aux idées de chant et de
parole.</p>
<p class="item"><a class="void" name="ame" id="ame">AME</a>. Le principe de la vie dans l'homme et
dans les animaux.</p>
<p>L'opinion qui range ce mot au nombre
-des Onomatopes, repose sur une thorie
+des Onomatopées, repose sur une théorie
bizarre et curieuse. La lettre labiale <i>M</i> est
-une consonne qui rsulte, comme on le
-sait, de la jonction des lvres, en sorte que
-la bouche trs-ouverte doit produire en
-se fermant le son compos <i>am</i>: savoir,
-la voyelle par le moyen du souffle mis
-dans le moment o l'organe est ouvert,
+une consonne qui résulte, comme on le
+sait, de la jonction des lèvres, en sorte que
+la bouche très-ouverte doit produire en
+se fermant le son composé <i>am</i>: savoir,
+la voyelle par le moyen du souffle émis
+dans le moment où l'organe est ouvert,
et la consonne par le contact des deux
-parties de la touche, dans le moment o
+parties de la touche, dans le moment où
l'organe se resserre. C'est ce qu'on appelle
rendre l'<i>ame</i>, car telle est la figure de l'expiration
de l'homme, et l'esprit de cette
@@ -1506,106 +1467,106 @@ racine.</p>
<p>Au contraire, pour prononcer <i>M</i> initiale
suivie d'une voyelle, il faut que les
deux parties de la touche labiale agissent
-mutuellement l'une sur l'autre, et se sparent
-pour l'mission du bruit vocal qui succde
+mutuellement l'une sur l'autre, et se séparent
+pour l'émission du bruit vocal qui succède
au bruit consonnant. Ainsi se prononcera
<i>ma</i>, qui est une racine dont l'esprit
-est diamtralement oppos celui de
-la prcdente, puisqu'au lieu d'exprimer
+est diamétralement opposé à celui de
+la précédente, puisqu'au lieu d'exprimer
le dernier acte physique de l'homme, elle
exprime, par la figure et par le son, le
premier acte, et, en quelque sorte, la
prise de possession de la vie.</p>
-<p>Cette racine <i>ma</i> seroit donc la dsignation
-ncessaire de l'existence <i>matrielle</i>,
+<p>Cette racine <i>ma</i> seroit donc la désignation
+nécessaire de l'existence <i>matérielle</i>,
comme cette racine <i>am</i> de l'existence spirituelle.
-La premire appartiendra aux
-ides purement corporelles; la seconde
-aux ides morales, celles des principes
-<i>animans</i>, de l'<i>amour</i>, de l'<i>amiti</i>, de
+La première appartiendra aux
+idées purement corporelles; la seconde
+aux idées morales, à celles des principes
+<i>animans</i>, de l'<i>amour</i>, de l'<i>amitié</i>, de
toutes les affections.</p>
<p>En appuyant la racine <i>ma</i> sur la touche
dentale, ou en fera <i>mat</i>, qui est le son
typique du nom de la mort dans la plus
-grande partie des Langues premires.</p>
+grande partie des Langues premières.</p>
<p>En la nazalant, on en fera <i>man</i>, qui
est le signe presque universel du nom de
l'homme.</p>
-<p>Je donne, au reste, ces hypothses
-comme plus ingnieuses que probables,
-et M. Court de Gbelin, qui les a suggres,
+<p>Je donne, au reste, ces hypothèses
+comme plus ingénieuses que probables,
+et M. Court de Gébelin, qui les a suggérées,
se livre trop souvent et avec trop
-d'abandon son imagination, pour tre
-toujours un guide sr.</p>
+d'abandon à son imagination, pour être
+toujours un guide sûr.</p>
<p>Ce qu'il y a de certain, c'est que les
-diffrens noms de l'ame chez presque tous
+différens noms de l'ame chez presque tous
les peuples, sont autant de modifications
-du souffle et d'Onomatopes de la respiration,
-diversement modules. Tels sont le
-<i>Psych</i> des Grecs, le <i>Seele</i> des Allemands,
+du souffle et d'Onomatopées de la respiration,
+diversement modulées. Tels sont le
+<i>Psyché</i> des Grecs, le <i>Seele</i> des Allemands,
le <i>Soul</i> des Anglais, l'<i>ayre</i> des Espagnols,
l'<i>alma</i> et le <i>fiato</i> des Italiens. Il serait,
- la vrit, difficile d'en dire autant de
+à la vérité, difficile d'en dire autant de
l'<i>anima</i> des Latins, dont le mot <i>ame</i> est
-une contraction vidente.</p>
-
-<p class="item"><a class="void" name="anche" id="anche">ANCHE</a>. Partie d'un instrument vent, faite
-de deux pices de canne, jointes de si
-prs, qu'elles ne laissent qu'un espace
-trs-resserr pour le souffle; ce qui a fait
-penser de savans tymologistes que ce
-mot venait du celtique <i>anc</i>, troit, resserr,
-affil. Il parat plus vraisemblable
-qu'il a t form par Onomatope; et ce
-qui me porte le croire, c'est que je
-trouve une Onomatope grecque absolument
-semblable celle-ci, qui exprime
-l'ide que nous rendons par notre verbe
-<i>suffoquer</i>. L'air touff dans l'troit canal
-de l'<i>anche</i>, spar de l'instrument auquel
-elle appartient, imite trs-bien le gmissement
-aigu et forc d'un homme qui
-suffoque. De l, la conformit de ces deux
-Onomatopes.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="asthme" id="asthme">ASTHME</a>. L'<i>asthme</i> est une infirmit qui
-consiste dans une grande difficult de respirer
-dans de certains temps. Cette Onomatope
+une contraction évidente.</p>
+
+<p class="item"><a class="void" name="anche" id="anche">ANCHE</a>. Partie d'un instrument à vent, faite
+de deux pièces de canne, jointes de si
+près, qu'elles ne laissent qu'un espace
+très-resserré pour le souffle; ce qui a fait
+penser à de savans Étymologistes que ce
+mot venait du celtique <i>anc</i>, étroit, resserré,
+affilé. Il paraît plus vraisemblable
+qu'il a été formé par Onomatopée; et ce
+qui me porte à le croire, c'est que je
+trouve une Onomatopée grecque absolument
+semblable à celle-ci, qui exprime
+l'idée que nous rendons par notre verbe
+<i>suffoquer</i>. L'air étouffé dans l'étroit canal
+de l'<i>anche</i>, séparé de l'instrument auquel
+elle appartient, imite très-bien le gémissement
+aigu et forcé d'un homme qui
+suffoque. De là, la conformité de ces deux
+Onomatopées.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="asthme" id="asthme">ASTHME</a>. L'<i>asthme</i> est une infirmité qui
+consiste dans une grande difficulté de respirer
+dans de certains temps. Cette Onomatopée
imite le bruit de la respiration
brusquement interrompue. Elle nous
-vient immdiatement, et sans changement,
-d'une Onomatope grecque qui reprsente
-la mme chose.</p>
+vient immédiatement, et sans changement,
+d'une Onomatopée grecque qui représente
+la même chose.</p>
<h3>B</h3>
<p class="item"><a class="void" name="babil" id="babil">BABIL, BABILLARD, BABILLER</a>. <i>Babil</i>,
abondance de paroles sur des choses inutiles,
manie importune de parler continuellement.</p>
-<p>De la lettre <i>b</i> qui rsulte de la simple
-disjonction des lvres, et qui est la premire
+<p>De la lettre <i>b</i> qui résulte de la simple
+disjonction des lèvres, et qui est la première
que les enfans combinent avec les
-sons vocaux. Aussi est-elle la premire
+sons vocaux. Aussi est-elle la première
consonne de tous les alphabets.</p>
-<p>Nicod drive ce mot de <i>Babel</i>, cause
+<p>Nicod dérive ce mot de <i>Babel</i>, à cause
de la confusion des Langues qui y eut lieu.
-Mnage le fait venir de <i>bambinare</i>, qui
-a t fait de <i>bambino</i>, diminutif de <i>bambo</i>,
-transfr selon lui dans l'italien du syriaque
+Ménage le fait venir de <i>bambinare</i>, qui
+a été fait de <i>bambino</i>, diminutif de <i>bambo</i>,
+transféré selon lui dans l'italien du syriaque
<i>babion</i>, qui signifie <i>enfant</i>. De la
-mme racine, nous avons cr</p>
+même racine, nous avons créé</p>
-<p class="item"><span class="sc">Babiole</span>, une chose de peu de consquence,
+<p class="item"><span class="sc">Babiole</span>, une chose de peu de conséquence,
une bagatelle qui ne peut occuper que
des enfans;</p>
<p class="item"><span class="sc">Babouin</span>, <span class="sc">Bambin</span>, un petit enfant qui articule
- peine; en gallois <i>bach</i>, d'o vient
-le nom de <i>Bacchus</i> qu'on reprsente ordinairement
+à peine; en gallois <i>bach</i>, d'où vient
+le nom de <i>Bacchus</i> qu'on représente ordinairement
comme un enfant gros et
joufflu;</p>
<p class="item"><span class="sc">Bamboche</span>, un enfant grotesque et contrefait,
@@ -1613,123 +1574,123 @@ une marionnette ridicule;</p>
<p class="item"><span class="sc">Bambochade</span>, un genre de Peinture qui ne
s'exerce que sur des formes triviales, sur
des marionnettes et des <i>bambins</i>.</p>
-<p>Mnage aurait trouv d'ailleurs une
-tymologie plus exacte et plus naturelle
-encore dans le grec, o l'on dit <i>bao</i>, <i>babazo</i>,
+<p>Ménage aurait trouvé d'ailleurs une
+étymologie plus exacte et plus naturelle
+encore dans le grec, où l'on dit <i>bao</i>, <i>babazo</i>,
<i>babalo</i> et <i>bambaino</i> pour <i>loquor</i>.
Mais le fait est que tous ces mots et leur
-immense famille sont composs d'aprs le
+immense famille sont composés d'après le
son naturel.</p>
<p><i>Baba</i>, <i>babe</i>, en arabe, signifient <i>bouche</i>,
-ouverture; <i>be</i> a le mme sens en
-Langue celtique. Dans la mme Langue,
+ouverture; <i>be</i> a le même sens en
+Langue celtique. Dans la même Langue,
<i>enfant</i> se dit <i>map</i>, <i>vap</i>, <i>mab</i>, <i>vab</i>, et
avec le diminutif, <i>babic</i>, <i>un petit enfant</i>.</p>
<p>On dit dans le latin <i>garrulitas</i>, <i>garrulus</i>,
-<i>garrire</i>, autres Onomatopes; dans
+<i>garrire</i>, autres Onomatopées; dans
l'italien, <i>garrire</i>, <i>cicalare</i>, <i>ciarlare</i> et
<i>ciachierare</i>; dans l'espagnol, <i>babillar</i>,
<i>charlar</i>, <i>chicarrar</i>.</p>
-<p>Amyot a dit <i>rebabiller</i>. Si un <i>babillard</i>
+<p>Amyot a dit <i>rebabiller</i>. «Si un <i>babillard</i>
escoute un peu, ce n'est que comme
un reflux de <i>babil</i> qui prend haleine
-pour <i>rebabiller</i> puis aprs encore davantage.</p>
+pour <i>rebabiller</i> puis après encore davantage».</p>
<p>Madame Pernelle dit dans le <i>Tartuffe</i>:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">C'est vritablement la tour de Babylone,</span><br/>
+ <span class="i0">C'est véritablement la tour de Babylone,</span><br/>
<span class="i0">Car chacun y <i>babille</i> et tout du long de l'aune.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Voil l'tymologie de Nicod consacre
-par deux vers de Molire.</p>
+<p>Voilà l'étymologie de Nicod consacrée
+par deux vers de Molière.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="baillement" id="baillement">BILLEMENT, BILLER</a>. De l'action d'ouvrir
+<p class="item"><a class="void" name="baillement" id="baillement">BÂILLEMENT, BÂILLER</a>. De l'action d'ouvrir
involontairement la bouche dans le
sommeil ou dans l'ennui.</p>
-<p>Observez que la premire syllabe de ce
+<p>Observez que la première syllabe de ce
mot est longue, et qu'autrefois on disait
<i>baailler</i> et <i>baaillement</i>, ce qui donnait
-plus d'expression l'Onomatope.</p>
+plus d'expression à l'Onomatopée.</p>
<p>En latin, <i>hiare</i>, <i>hiatus</i>; en italien, <i>sbadigliare</i>,
<i>sbadigliamento</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Ber</span>, ou plutt, <span class="sc">Bayer</span>, mot fait pour peindre
-une curiosit vaine et un peu niaise,
-qui se manifeste par la mme mission
-vocale et par la mme figuration de la
-bouche, appartiennent la mme racine.
+<p class="item"><span class="sc">Béer</span>, ou plutôt, <span class="sc">Bayer</span>, mot fait pour peindre
+une curiosité vaine et un peu niaise,
+qui se manifeste par la même émission
+vocale et par la même figuration de la
+bouche, appartiennent à la même racine.
<i>Bayer aux corneilles</i>, est une expression
proverbiale assez en usage dans notre langue.
On lit dans un de nos plus anciens
-dictionnaires: <i>bayer</i> la mamelle, <i>appetere
-mammam</i>. C'est proprement ouvrir
+dictionnaires: <i>bayer</i> à la mamelle, <i>appetere
+mammam</i>. «C'est proprement ouvrir
la bouche, mais parce que quand
plusieurs regardent par grande affection
quelque chose, ils ouvrent la bouche;
-de l est que <i>bayer</i> signifie aucunes fois
-autant que regarder.</p>
+de là est que <i>bayer</i> signifie aucunes fois
+autant que regarder».</p>
<p class="item"><span class="sc">Bah</span>, est un mot factice ou artificiel qui
-chappe aux gens tonns. De l</p>
-<p class="item"><span class="sc">Badaud</span>, homme simple et sans exprience,
-qui s'tonne de tout,</p>
-<p class="item"><span class="sc">S'bahir</span>, <span class="sc">tre bahi</span>, termes attachs au
-mme sens. S'il est vrai qu'ils remontent
- l'hbreu <i>Schebasch</i>, comme l'ont prtendu
+échappe aux gens étonnés. De là</p>
+<p class="item"><span class="sc">Badaud</span>, homme simple et sans expérience,
+qui s'étonne de tout,</p>
+<p class="item"><span class="sc">S'ébahir</span>, <span class="sc">être ébahi</span>, termes attachés au
+même sens. S'il est vrai qu'ils remontent
+à l'hébreu <i>Schebasch</i>, comme l'ont prétendu
les Etymologistes, c'est que celui-ci
-a t fait sur le son commun, et n'a
+a été fait sur le son commun, et n'a
pas d'autre type naturel.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="barboter" id="barboter">BARBOTER</a>. Ce mot, dit Mnage, est form
+<p class="item"><a class="void" name="barboter" id="barboter">BARBOTER</a>. Ce mot, dit Ménage, est formé
du bruit que font les cannes quand elles
cherchent dans la boue de quoi manger,
-et on appelle de l <i>barboteur</i>, un canard
-priv. <i>Barboter</i> en cette signification semble
-tre une Onomatope.</p>
+et on appelle de là <i>barboteur</i>, un canard
+privé. <i>Barboter</i> en cette signification semble
+être une Onomatopée.</p>
<p><a class="void" name="baret" id="baret"><i>Baret</i></a>. On emploie presqu'indistinctement
<i>baret</i>, <i>barret</i>, ou <i>barri</i>. C'est le cri de
-l'lphant. On appelait autrefois l'lphant
+l'éléphant. On appelait autrefois l'éléphant
<i>barre</i> aux Indes orientales. En latin, on
l'appelle <i>barrus</i>, et son cri <i>barritus</i>.</p>
<p>Nous avons perdu ce mot.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="beffroi" id="beffroi">BEFFROI</a>. Espce de tocsin. Quasi <i>be
-effroi</i>, dit Nicod, car il est expressment
-fait pour <i>ber</i> et regarder, ou
-faire le guet en temps souponneux, et
-pour sonner l'<i>effroi</i>.</p>
-<p>Il est remarquer cependant qu'un
+<p class="item"><a class="void" name="beffroi" id="beffroi">BEFFROI</a>. Espèce de tocsin. «Quasi <i>bée
+effroi</i>, dit Nicod, car il est expressément
+fait pour <i>béer</i> et regarder, ou
+faire le guet en temps soupçonneux, et
+pour sonner à l'<i>effroi</i>».</p>
+<p>Il est à remarquer cependant qu'un
instrument d'airain creux et sonore s'appelait
-<i>bel</i> en breton, et que de l peuvent
-venir l'anglais <i>belfry</i> et le franais
+<i>bel</i> en breton, et que de là peuvent
+venir l'anglais <i>belfry</i> et le français
<i>beffroi</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="belement" id="belement">BLEMENT, BLER</a>. On disait beaucoup
-mieux autrefois <i>bellement</i>, <i>beller</i>. Onomatope
+<p class="item"><a class="void" name="belement" id="belement">BÊLEMENT, BÊLER</a>. On disait beaucoup
+mieux autrefois <i>béellement</i>, <i>béeller</i>. Onomatopée
du cri du mouton. Elle est parfaitement
-naturelle, et Pasquier la prfre
+naturelle, et Pasquier la préfère
avec raison au <i>balare</i> des Latins.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Bgayement</span>, <span class="sc">Bgayer</span>, ont t pris de la
-mme racine, parce que le dfaut de prononciation
-que ces mots dsignent consiste
- rpter souvent le mme son avec
+<p class="item"><span class="sc">Bégayement</span>, <span class="sc">Bégayer</span>, ont été pris de la
+même racine, parce que le défaut de prononciation
+que ces mots désignent consiste
+à répéter souvent le même son avec
des inflexions tremblantes, comme les
-animaux <i>blans</i>.</p>
+animaux <i>bêlans</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="belier" id="belier">BELIER</a>. Le nom de cet animal est certainement
-form d'aprs son cri, d'aprs son
-<i>blement</i>. Il est donc ridicule de l'avoir
-cherch dans <i>vellus</i> qui signifie <i>toison</i>;
+formé d'après son cri, d'après son
+<i>bêlement</i>. Il est donc ridicule de l'avoir
+cherché dans <i>vellus</i> qui signifie <i>toison</i>;
dans <i>bahal</i>, hebreu, qui est notre mot
<i>Seigneur</i> ou <i>chef</i>, parce que le <i>belier</i> est
-le matre du troupeau.</p>
+le maître du troupeau.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">Le <i>belier</i>, colonel de la laineuse troupe,</span><br/>
@@ -1738,132 +1699,132 @@ le matre du troupeau.</p>
</div>
<p class="noindent">dit Ronsard; et dans <i>Jobel</i>, autre terme
-de la mme langue, qui tait un des noms
-de ce quadrupde.</p>
+de la même langue, qui était un des noms
+de ce quadrupède.</p>
<p><i>Belin</i>, est l'ancien nom du <i>belier</i>. On le
dit encore en certains lieux, des agneaux,
-et il s'est conserv long-tems au figur o
-il signifiait <i>doucereux</i>. C'est un nom d'amiti,
+et il s'est conservé long-tems au figuré où
+il signifiait <i>doucereux</i>. C'est un nom d'amitié,
que l'on donne aux enfans, mon
-<i>belin</i>, ma <i>beline</i>; on a employ <i>beliner</i>,
+<i>belin</i>, ma <i>beline</i>; on a employé <i>beliner</i>,
<i>faire le doucereux</i>, dans quelques occasions,
-et Rabelais l'a tendu des acceptions
-trs-varies. Il est absolument hors
+et Rabelais l'a étendu à des acceptions
+très-variées. Il est absolument hors
d'usage.</p>
<p class="item"><a class="void" name="beuglement" id="beuglement">BEUGLEMENT, BEUGLER</a>. Cri du taureau,
du <i>b&oelig;uf</i>, de la vache, mugir comme les
taureaux.</p>
-<p>Mnage drive ce mot de <i>baculare</i>, <i>
-bacula</i>; mais c'est une Onomatope qui
-est galement dans le latin <i>boare</i>, d'o
-<i>bos</i> a t tir.</p>
+<p>Ménage dérive ce mot de <i>baculare</i>, <i>à
+bacula</i>; mais c'est une Onomatopée qui
+est également dans le latin <i>boare</i>, d'où
+<i>bos</i> a été tiré.</p>
<p class="item"><span class="sc">B&oelig;uf</span>, est le nom d'un animal qui <i>beugle</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Boa</span>, est celui d'un serpent norme dont le
+<p class="item"><span class="sc">Boa</span>, est celui d'un serpent énorme dont le
cri ressemble au <i>beuglement</i> des taureaux.</p>
<p class="item"><span class="sc">Meuglement</span>, <span class="sc">Meugler</span>, qui se prononcent
-sur la mme touche avec une bien lgre
+sur la même touche avec une bien légère
modification, s'emploient indistinctement.
-On a mme dit <i>muglement</i> en vieux
+On a même dit <i>muglement</i> en vieux
langage, comme dans ce passage d'Amadis:
-La blanche biche qui en la forest
+«La blanche biche qui en la forest
craintive eslevoit ses <i>muglements</i> contre
-le ciel, sera retire et rappelle.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="biberon" id="biberon">BIBERON</a>. Homme qui aime boire, qui
-boit avec excs.</p>
+le ciel, sera retirée et rappellée».</p>
+<p class="item"><a class="void" name="biberon" id="biberon">BIBERON</a>. Homme qui aime à boire, qui
+boit avec excès.</p>
<p>Du bruit que fait le vin en coulant
-goutte goutte. Le <i>bibax</i> et sur-tout le
-<i>bibulus</i> des Latins, reprsentent bien
-cette expression. Ces mots drivaient de
-leur <i>bibere</i>, qui tait aussi fort imitatif,
-et dont nous avons dgrad la valeur en
+goutte à goutte. Le <i>bibax</i> et sur-tout le
+<i>bibulus</i> des Latins, représentent bien
+cette expression. Ces mots dérivaient de
+leur <i>bibere</i>, qui était aussi fort imitatif,
+et dont nous avons dégradé la valeur en
le contractant dans le mot <i>boire</i>. Leur joli
-mot <i>bilbire</i> tait de la mme famille.</p>
+mot <i>bilbire</i> était de la même famille.</p>
<p>En celtique, le mot <i>boire</i> se rend par
-<i>ef</i>, <i>ev</i>, Onomatopes du bruit que fait
+<i>ef</i>, <i>ev</i>, Onomatopées du bruit que fait
la bouche en aspirant un liquide. C'est
-de l que vient probablement le verbe
+de là que vient probablement le verbe
<i>avaler</i>.</p>
-<p>C'est une ide d'une hardiesse bien plaisante
+<p>C'est une idée d'une hardiesse bien plaisante
et bien ridicule, que celle de ce
savant d'ailleurs estimable, qui explique
le nom d'<i>Eve</i> par ce petit verbe de la Langue
celtique, et qui se sert de ce rapprochement
pour prouver que cette Langue
-est la premire que les hommes aient
-parle.</p>
+est la première que les hommes aient
+parlée.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="biffer" id="biffer">BIFFER</a>. Effacer une criture en passant la
+<p class="item"><a class="void" name="biffer" id="biffer">BIFFER</a>. Effacer une écriture en passant la
plume dessus.</p>
<p>Un habile Etymologiste regarde ce mot
comme pris de <i>buffare</i>, souffler, qui est
-une Onomatope latine: ainsi, <i>biffer</i>
-signifierait, dtruire un objet, et le faire
-disparatre, comme en soufflant dessus.
+une Onomatopée latine: ainsi, <i>biffer</i>
+signifierait, détruire un objet, et le faire
+disparaître, comme en soufflant dessus.
Sans aller en fixer si loin l'origine, on
-l'aurait trouve dans le bruit que fait une
-plume passe brusquement sur le papier.
+l'aurait trouvée dans le bruit que fait une
+plume passée brusquement sur le papier.
Cette conjecture est d'autant plus vraisemblable,
que le mot <i>biffer</i> n'a point
d'analogie de consonnance avec les mots
-anciens qui ont t attachs une ide
-de mme espce, et peut passer pour une
-Onomatope trs moderne.</p>
-
-<p class="item"><a class="void" name="bombe" id="bombe">BOMBE</a>. Ce mot drive du bruit de la <i>bombe</i>
-qui clate.</p>
-<p>Il tait au moins inutile d'en chercher
-ailleurs l'tymologie, et de la driver, soit
+anciens qui ont été attachés à une idée
+de même espèce, et peut passer pour une
+Onomatopée très moderne.</p>
+
+<p class="item"><a class="void" name="bombe" id="bombe">BOMBE</a>. Ce mot dérive du bruit de la <i>bombe</i>
+qui éclate.</p>
+<p>Il était au moins inutile d'en chercher
+ailleurs l'étymologie, et de la dériver, soit
de <i>Lombardie</i>, parce qu'on croit qu'elle
-y a t invente, soit de <i>bomba</i> dont quelques
-Auteurs ont us pour parler de certaines
+y a été inventée, soit de <i>bomba</i> dont quelques
+Auteurs ont usé pour parler de certaines
coquilles qui servaient de trompettes,
ou de <i>bombus</i> qui exprime le bruit
-du mme instrument, ou de l'allemand
-<i>bomber</i> qui signifiait <i>baliste</i>. Il est tonnant
+du même instrument, ou de l'allemand
+<i>bomber</i> qui signifiait <i>baliste</i>. Il est étonnant
qu'on ne l'ait pas fait remonter aussi
-aux belles Onomatopes italienne et espagnole,
+aux belles Onomatopées italienne et espagnole,
<i>rimbomba</i> et <i>zumbido</i> avec lesquelles
il a tout autant de rapport; mais
le fait est qu'on devait le chercher, aussi
-bien que ses diffrens analogues, dans le
+bien que ses différens analogues, dans le
son naturel qui les a tous produits.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="bond" id="bond">BOND, BONDIR, BONDISSEMENT</a>. L'Onomatope
+<p class="item"><a class="void" name="bond" id="bond">BOND, BONDIR, BONDISSEMENT</a>. L'Onomatopée
est prise du retentissement de
la terre sous un corps dur qui la frappe,
-et se relve aussitt.</p>
+et se relève aussitôt.</p>
<p>Le mot <i>bondir</i> revient au <i>subsilire</i> des
Latins qui est moins imitatif.</p>
<p class="item"><a class="void" name="borborigme" id="borborigme">BORBORIGME</a>. On dit aussi <i>borborisme</i>.
Bruit de l'air contenu dans les intestins.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="bouc" id="bouc">BOUC</a>. La grande conformit des diffrens
+<p class="item"><a class="void" name="bouc" id="bouc">BOUC</a>. La grande conformité des différens
noms de cet animal dans presque toutes
-les Langues, prouve qu'ils ont d avoir
+les Langues, prouve qu'ils ont dû avoir
une racine commune et naturelle. C'est
l'imitation de son cri. Les Grecs qui l'appelaient
-communment <i>tragon</i>, l'ont aussi
-nomm <i>bekkos</i>. Mnage dit que <i>buccus</i>
+communément <i>tragon</i>, l'ont aussi
+nommé <i>bekkos</i>. Ménage dit que <i>buccus</i>
se trouve dans la loi salique, et <i>bouch</i>
dans le Celtique. En Langue franque, c'est
<i>buk</i>, en allemand, <i>bock</i>, en italien, <i>becco</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="bouffee" id="bouffee">BOUFFE, BOUFFI</a>. Ces mots, suivant
-Nicod, sont par raison d'Onomatope,
-et reprsentent tant le son du vent qui
-vient <i>bouffes</i>, que de la flamme
+<p class="item"><a class="void" name="bouffee" id="bouffee">BOUFFÉE, BOUFFI</a>. «Ces mots, suivant
+Nicod, sont par raison d'Onomatopée,
+et représentent tant le son du vent qui
+vient à <i>bouffées</i>, que de la flamme
<i>bouffant</i>, ainsi que de la bouche de
-l'homme quand il <i>bouffe</i>, c'est--dire,
+l'homme quand il <i>bouffe</i>, c'est-à-dire,
souffle ou le feu, ou la poudre, ou
-autre chose.</p>
+autre chose».</p>
<p class="item"><span class="sc">Ouf</span>, est le son radical converti en interjection
-pour exprimer l'mission de l'air,
-pouss par un homme essouffl. Les Latins
+pour exprimer l'émission de l'air,
+poussé par un homme essoufflé. Les Latins
en avaient fait <i>buffare</i> ou <i>bouffare</i>,
-que nous avons fidlement transport en
+que nous avons fidèlement transporté en
notre langue dans le vieux verbe <i>bouffer</i>.</p>
<p><i>Buffe</i>, se dit fort anciennement pour
un soufflet, pour un coup sur les joues,
@@ -1871,7 +1832,7 @@ comme en ce passage de Marot:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Vien donc, dclare toy</span><br/>
+ <span class="i0">Vien donc, déclare toy</span><br/>
<span class="i0">Qui de <i>buffes</i> renverses</span><br/>
<span class="i0">Mes ennemis mordans,</span><br/>
<span class="i0">Et qui leur moult les dents</span><br/>
@@ -1880,21 +1841,21 @@ comme en ce passage de Marot:</p>
</div>
</div>
-<p>Et observez que <i>buffe</i> et soufflet ont t
-faits analogiquement, et d'aprs le mme
-principe, parce que la joue frappe parat
+<p>Et observez que <i>buffe</i> et soufflet ont été
+faits analogiquement, et d'après le même
+principe, parce que la joue frappée paraît
souffler ou <i>bouffer</i> sous la main qui la
comprime.</p>
-<p>On a employ <i>buffoi</i> au figur, pour
-orgueil et prsomption; et en perdant
-l'expression, nous avons conserv la mtaphore.
-<i>Bouffi</i> de vanit, est une figure
-d'un usage trs-commun.</p>
+<p>On a employé <i>buffoi</i> au figuré, pour
+orgueil et présomption; et en perdant
+l'expression, nous avons conservé la métaphore.
+<i>Bouffi</i> de vanité, est une figure
+d'un usage très-commun.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Bouffon</span>, doit se rapporter la mme racine,
-suivant Mnage qui, d'aprs Saumaise,
-le drive du <i>bocca infiata</i> des
+<p class="item"><span class="sc">Bouffon</span>, doit se rapporter à la même racine,
+suivant Ménage qui, d'après Saumaise,
+le dérive du <i>bocca infiata</i> des
Italiens. Ils appellent encore <i>buffo magro</i>,
un maigre <i>bouffon</i>, le mauvais plaisant
qui ne les fait pas rire; soit, comme le
@@ -1902,20 +1863,20 @@ dit Voltaire, qu'on veuille dans un <i>bouffon</i>
un visage rond et une joue rebondie;
soit que cette <i>bouffissure</i> des joues, qui
est une des <i>bouffonneries</i> les plus triviales
-des plus grossiers saltinbanques, ait dtermin
-leur nom gnrique. Il serait
+des plus grossiers saltinbanques, ait déterminé
+leur nom générique. Il serait
tout au moins difficile d'en donner une
autre explication.</p>
<p class="item"><a class="void" name="bouillir" id="bouillir">BOUILLIR, BOUILLONNEMENT, BOUILLONNER</a>.</p>
<p class="item"><span class="sc">Bouillie</span>, <span class="sc">Bouillon</span>, choses que l'on fait
<i>bouillir</i>. Ces mots viennent du bruit que
-fait un liquide chauff certain degr.
+fait un liquide échauffé à certain degré.
Dans le verbe <i>bouillir</i>, le son radical pur
-a t conserv aux trois personnes du
-singulier de l'indicatif prsent.</p>
+a été conservé aux trois personnes du
+singulier de l'indicatif présent.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Ceux qui la chaleur ne <i>bout</i> plus dans les veines</span><br/>
+ <span class="i0">Ceux à qui la chaleur ne <i>bout</i> plus dans les veines</span><br/>
<span class="i0">En vain dans les combats ont des soins diligens;</span><br/>
<span class="i0">Mars est comme l'Amour. Ses travaux et ses peines</span><br/>
<span class="i6">Veulent de jeunes gens.</span><br/>
@@ -1924,151 +1885,151 @@ singulier de l'indicatif prsent.</p>
</div>
<p class="attr"><span class="sc">Malherbe</span>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Bulle</span>, mot par lequel on dsigne ces petites
-minences qui s'lvent sur l'eau
+<p class="item"><span class="sc">Bulle</span>, mot par lequel on désigne ces petites
+éminences qui s'élèvent sur l'eau
<i>bouillante</i>,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Boule</span>, qui en est une espce d'homonyme,
-tendu des acceptions plus gnrales,</p>
+<p class="item"><span class="sc">Boule</span>, qui en est une espèce d'homonyme,
+étendu à des acceptions plus générales,</p>
<p class="item"><span class="sc">Bouton</span>, autre terme qui, dans toutes ses
-acceptions, signifie une minence ou un
-corps de la mme forme, n'ont probablement
-pas d'autre tymologie. Le peuple,
+acceptions, signifie une éminence ou un
+corps de la même forme, n'ont probablement
+pas d'autre étymologie. Le peuple,
si riche en expressions pittoresques, se
-sert du verbe <i>boutonner</i> pour dterminer
-le premier degr de l'<i>bullition</i>.</p>
-<p>M. Court de Gbelin s'est donc certainement
-tromp en drivant toute cette
+sert du verbe <i>boutonner</i> pour déterminer
+le premier degré de l'<i>ébullition</i>.</p>
+<p>M. Court de Gébelin s'est donc certainement
+trompé en dérivant toute cette
famille de mots du Celtique <i>bal</i>, qui signifierait
<i>&oelig;il</i>, et par une extension d'ailleurs
-trs-force, suivant l'usage de cet rudit,
+très-forcée, suivant l'usage de cet érudit,
tous les objets ronds ou roulans. Il est
faux qu'<i>&oelig;il</i> se dise en Celtique autrement
que <i>lagad</i>; les deux yeux, <i>daou lagad</i>.
L'auteur du <i>monde primitif</i> a pris cette
-fausse interprtation dans Bullet et dans
+fausse interprétation dans Bullet et dans
tel autre lexicographe, qui ont confondu
-le Basque et le Celtique, et y ont ml, en
+le Basque et le Celtique, et y ont mêlé, en
outre, une foule de mots qui n'ont jamais
fait partie de ces deux langues.</p>
<p class="item"><a class="void" name="bourdon" id="bourdon">BOURDON, BOURDONNEMENT, BOURDONNER</a>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Bourdon</span>, dit Nicod, est une espce de
-grosse mouche, tavele comme mouche
- miel, n'ayant point de picquon ou
+<p class="item">«<span class="sc">Bourdon</span>, dit Nicod, est une espèce de
+grosse mouche, tavelée comme mouche
+à miel, n'ayant point de picquon ou
aiguillon, plus grosse de corsage que
-la mouche miel nomme abeille, et
-ne fait ni ne sert faire le miel ni la
-cire; ains dvore l'aliment et la provision
-que les mouches miel se sont
-pourchass, seulement de sa chaleur
+la mouche à miel nommée abeille, et
+ne fait ni ne sert à faire le miel ni la
+cire; ains dévore l'aliment et la provision
+que les mouches à miel se sont
+pourchassé, seulement de sa chaleur
conserve les petits abeillons, qui est la
-cause que Virgile, au quatrime des
-Gorgiques, l'appelle <i>ignavum pecus</i>,
-fainant et coard. Pline, en son livre
-onzime, leur attribue partie de l'opifice
-des mouches miel, ce que Varron
+cause que Virgile, au quatrième des
+Géorgiques, l'appelle <i>ignavum pecus</i>,
+fainéant et coüard. Pline, en son livre
+onzième, leur attribue partie de l'opifice
+des mouches à miel, ce que Varron
son devancier ne fait pas, <i>fucus</i>. Le
-Franais lui a donn ce nom par Onomatope,
- cause du bruit qu'il fait
-quand il volte.</p>
-<p><i>Boud</i> a signifi le <i>bourdonnement</i> du
-frlon, dans la Langue Celtique.</p>
-
-<p class="item"><span class="sc">Bourdon</span>, cloche trs-sonore qui produit
-un bruit de mme genre que celui dont il
-est question dans cet article, a t ainsi
-nomme par analogie.</p>
-<p><i>Bourder</i> est un vieux mot trs-prcieux
+Français lui a donné ce nom par Onomatopée,
+à cause du bruit qu'il fait
+quand il volète.»</p>
+<p><i>Boud</i> a signifié le <i>bourdonnement</i> du
+frélon, dans la Langue Celtique.</p>
+
+<p class="item"><span class="sc">Bourdon</span>, cloche très-sonore qui produit
+un bruit de même genre que celui dont il
+est question dans cet article, a été ainsi
+nommée par analogie.</p>
+<p><i>Bourder</i> est un vieux mot très-précieux
qui voulait dire <i>rester court en chaire</i>, parce
-que le prdicateur, en cet tat, ne forme
+que le prédicateur, en cet état, ne forme
plus qu'un murmure et un <i>bourdonnement</i>
-confus. Il est regretter que cette
+confus. Il est à regretter que cette
expression soit perdue.</p>
<p class="item"><span class="sc">Bourde</span>, chose vague et confuse, mensonge
-qu'on articule demi, en est clairement
-driv. On a pu dire allusivement qu'un
+qu'on articule à demi, en est clairement
+dérivé. On a pu dire allusivement qu'un
menteur pris sur le fait, se tire d'affaire,
en murmurant des mots sans suite,
-comme un prdicateur qui a perdu le
+comme un prédicateur qui a perdu le
fil de son sermon. Regnier se sert de ce
-terme dans cette hypothse mme:</p>
+terme dans cette hypothèse même:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Ils billent pour raison des chansons et des <i>bourdes</i>.</span><br/>
+ <span class="i0">Ils bâillent pour raison des chansons et des <i>bourdes</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p class="item"><a class="void" name="braire" id="braire">BRAIRE</a>. L'ne <i>brait</i>, dit M. de Buffon,
-ce qui se fait par un grand cri, trs-long,
-trs-dsagrable, et discordant
+<p class="item"><a class="void" name="braire" id="braire">BRAIRE</a>. «L'âne <i>brait</i>, dit M. de Buffon,
+ce qui se fait par un grand cri, très-long,
+très-désagréable, et discordant
par dissonances alternatives de l'aigu
-au grave, et du grave l'aigu. Ordinairement,
+au grave, et du grave à l'aigu. Ordinairement,
il ne crie que lorsqu'il est
-press d'amour ou d'apptit. L'nesse
-a la voix plus aigre et plus perante.
-L'ne qu'on fait hongre, ne <i>brait</i> qu'
+pressé d'amour ou d'appétit. L'ânesse
+a la voix plus aigre et plus perçante.
+L'âne qu'on fait hongre, ne <i>brait</i> qu'à
basse voix, et quoiqu'il paraisse faire
-autant d'efforts et les mmes mouvemens
+autant d'efforts et les mêmes mouvemens
de la gorge, son cri ne se fait pas
-entendre de loin.</p>
+entendre de loin.»</p>
<p class="item"><a class="void" name="bramer" id="bramer">BRAMER</a>. Ce mot se dit du cerf en certaines
-occasions, et en gnral de tous
+occasions, et en général de tous
les animaux qui crient fortement. Il s'est
-mme employ en vieux langage, pour
+même employé en vieux langage, pour
exprimer le cri de l'homme, comme dans
-ces vers, attribus Clotilde de Surville:</p>
+ces vers, attribués à Clotilde de Surville:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Tant de loin que de prs n'est laide</span><br/>
- <span class="i0">La mort. La clamoit son ayde</span><br/>
+ <span class="i0">Tant de loin que de près n'est laide</span><br/>
+ <span class="i0">La mort. La clamoit à son ayde</span><br/>
<span class="i0">Tojorz un povre bosquillon</span><br/>
- <span class="i0">Que n't chevance ne sillon.</span><br/>
+ <span class="i0">Que n'ôt chevance ne sillon.</span><br/>
<span class="i0">. . . . . . . . . .</span><br/>
<span class="i0">Tant brama, qu'advint...</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Court de Gbelin et Voltaire prtendent
+<p>Court de Gébelin et Voltaire prétendent
que <i>bram</i> signifiait <i>un grand cri</i> en
Langue Gothique. Cette racine, commune
dans les Langues, se retrouve d'ailleurs
-toute entire dans le Grec.</p>
+toute entière dans le Grec.</p>
<p>Si l'on veut s'assurer, au reste, que
-l'Onomatope n'est nulle part plus frquente
+l'Onomatopée n'est nulle part plus fréquente
que dans les idiomes qui se rapprochent
des temps primitifs, que l'on
-consulte Voltaire au mme lieu, dans ses
-fragmens sur la Langue Franaise. Les
-mots que cet auteur, toutefois peu vers
-dans le mcanisme de la Langue qu'il a
+consulte Voltaire au même lieu, dans ses
+fragmens sur la Langue Française. Les
+mots que cet auteur, toutefois peu versé
+dans le mécanisme de la Langue qu'il a
enrichie de tant de chef-d'&oelig;uvres, les
-mots, dis-je, qu'il fait driver du Celte,
-sont autant d'Onomatopes.</p>
+mots, dis-je, qu'il fait dériver du Celte,
+sont autant d'Onomatopées.</p>
<p class="item"><span class="sc">Brailler</span>, terme populaire qui ne se prend
qu'en mauvaise part, et dans l'usage le
-plus trivial, a videmment le mme type.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="bredouiller" id="bredouiller">BREDOUILLER</a>. Parler confusment et articuler
+plus trivial, a évidemment le même type.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="bredouiller" id="bredouiller">BREDOUILLER</a>. Parler confusément et articuler
avec peine.</p>
<p><i>Bredi-breda</i> est une locution basse et
-factice qui exprime l'espce de <i>bredouillage</i>
-d'une personne trs-loquace, qui
+factice qui exprime l'espèce de <i>bredouillage</i>
+d'une personne très-loquace, qui
articule difficilement. Ce mot ne se trouve
que dans Poisson, et quelques auteurs du
-mme ordre.</p>
+même ordre.</p>
<p class="item"><a class="void" name="brouhaha" id="brouhaha">BROUHAHA</a>. Bruit confus d'applaudissemens
qu'on entend dans les spectacles,
-et dans les lieux d'assemble o l'on rcite
+et dans les lieux d'assemblée où l'on récite
des ouvrages d'esprit. C'est une contraction
-de <i>bruit de haha</i>, prononc <i>brouit
+de <i>bruit de haha</i>, prononcé <i>brouit
de haha</i> dans le vieux langage.</p>
<p class="item"><a class="void" name="brouter" id="brouter">BROUTER</a>. Du bruit que font les animaux
-en brisant les plantes prs de leur racine,
+en brisant les plantes près de leur racine,
et en les arrachant avec les dents.</p>
<p>Il y a un exemple de l'harmonie pittoresque
de ce mot, dans une des plus
@@ -2079,638 +2040,638 @@ belette et le petit lapin</cite>.</p>
<div class="stanza">
<span class="i4">Du palais d'un jeune lapin</span><br/>
<span class="i4">Dame belette, un beau matin,</span><br/>
- <span class="i4">S'empara: c'est une ruse.</span><br/>
- <span class="i0">Le matre tant absent, ce lui fut chose aise.</span><br/>
- <span class="i0">Elle porta chez lui ses pnates, un jour</span><br/>
- <span class="i0">Qu'il tait all faire l'aurore sa cour</span><br/>
- <span class="i4">Parmi le thym et la rose.</span><br/>
- <span class="i0">Aprs qu'il eut <i>brout</i>, trott, fait tous ses tours,</span><br/>
- <span class="i0">Jeannot Lapin retourne aux souterrains sjours.</span><br/>
+ <span class="i4">S'empara: c'est une rusée.</span><br/>
+ <span class="i0">Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.</span><br/>
+ <span class="i0">Elle porta chez lui ses pénates, un jour</span><br/>
+ <span class="i0">Qu'il était allé faire à l'aurore sa cour</span><br/>
+ <span class="i4">Parmi le thym et la rosée.</span><br/>
+ <span class="i0">Après qu'il eut <i>brouté</i>, trotté, fait tous ses tours,</span><br/>
+ <span class="i0">Jeannot Lapin retourne aux souterrains séjours.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Voici le mme mot employ dans la
+<p>Voici le même mot employé dans la
prose, avec un effet d'harmonie imitative
aussi vrai que celui qu'on vient de remarquer.
-Ce passage est de M. de Chteaubriand,
-un des crivains dont notre
-sicle a le plus se glorifier; et je rapporte
+Ce passage est de M. de Châteaubriand,
+un des Écrivains dont notre
+siècle a le plus à se glorifier; et je rapporte
cet exemple avec d'autant plus
d'empressement, que je n'en connais
-point de si riche en Onomatopes:</p>
+point de si riche en Onomatopées:</p>
-<p>Si tout est silence et repos dans les
-savanes de l'autre ct du fleuve, tout
+<p>«Si tout est silence et repos dans les
+savanes de l'autre côté du fleuve, tout
ici au contraire est mouvement et murmure:
des coups de bec contre le tronc
-des chnes, des froissemens d'animaux
+des chênes, des froissemens d'animaux
qui marchent, <i>broutent</i> ou broyent
entre leurs dents les noyaux des fruits;
des bruissemens d'ondes, de faibles
-gmissemens, de sourds meuglemens,
+gémissemens, de sourds meuglemens,
de doux roucoulemens, remplissent ces
-dserts d'une tendre et sauvage harmonie.</p>
+déserts d'une tendre et sauvage harmonie.»</p>
<p class="item"><a class="void" name="broiement" id="broiement">BROYEMENT, BROYER</a>. Ces mots sont faits
-du bruit d'une substance un peu rcalcitrante,
-brise entre deux corps durs.
+du bruit d'une substance un peu récalcitrante,
+brisée entre deux corps durs.
C'est ce qu'expriment aussi bien le <i>sfratumare</i>
des Italiens, et le <i>quebrar</i> des
Espagnols.</p>
<p class="item"><a class="void" name="bruire" id="bruire">BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT</a>. Ces
-mots <i>bruire</i> et <i>bruissement</i>, qu'on a affect
-de ngliger je ne sais pourquoi, prsentent
-une des belles Onomatopes de la
-Langue. Ils donnent l'ide d'un <i>bruit</i>
+mots <i>bruire</i> et <i>bruissement</i>, qu'on a affecté
+de négliger je ne sais pourquoi, présentent
+une des belles Onomatopées de la
+Langue. Ils donnent l'idée d'un <i>bruit</i>
vague, sourd et confus, comme celui
-qui s'lve d'une fort branle par des
-vents imptueux, ou qui rsulte du fracas
-des torrens et de l'coulement des
-grandes eaux; en gnral, ils sont graves
-et solennels, et ont un caractre particulier
+qui s'élève d'une forêt ébranlée par des
+vents impétueux, ou qui résulte du fracas
+des torrens et de l'écoulement des
+grandes eaux; en général, ils sont graves
+et solennels, et ont un caractère particulier
d'imitation qu'on ne trouve pas
dans leurs analogues.</p>
-<p>Un auteur dj classique, et qu'on peut
-appeler le Racine de la prose, a prouv,
+<p>Un auteur déjà classique, et qu'on peut
+appeler le Racine de la prose, a prouvé,
par l'emploi qu'il a fait de certains temps
du verbe <i>bruire</i>, qu'il serait d'une injuste
-dlicatesse de le rduire l'infinitif,
+délicatesse de le réduire à l'infinitif,
comme quelques Grammairiens y avaient
-paru disposs.</p>
+paru disposés.</p>
-<p>La lune, dit M. Bernardin de Saint-Pierre,
+<p>«La lune, dit M. Bernardin de Saint-Pierre,
paraissait au milieu du firmament,
-entoure d'un rideau de nuages
-que ses rayons dissipaient par degrs.
-Sa lumire se rpandait insensiblement
-sur les montagnes de l'le, et sur leurs
-pitons qui brillaient d'un vert argent;
+entourée d'un rideau de nuages
+que ses rayons dissipaient par degrés.
+Sa lumière se répandait insensiblement
+sur les montagnes de l'île, et sur leurs
+pitons qui brillaient d'un vert argenté;
les vents retenaient leurs haleines. On
entendait dans les bois, au fond des
-valles, au haut des rochers, de petits
+vallées, au haut des rochers, de petits
cris, de doux murmures d'oiseaux qui
-se caressaient dans leurs nids, rjouis
-par la clart de la nuit et la tranquillit
+se caressaient dans leurs nids, réjouis
+par la clarté de la nuit et la tranquillité
de l'air. Tous, jusqu'aux insectes,
-<i>bruissaient</i> sous l'herbe.</p>
+<i>bruissaient</i> sous l'herbe.»</p>
-<p>La Bruyre a dit aussi <i>brouissement</i>.</p>
+<p>La Bruyère a dit aussi <i>brouissement</i>.</p>
-<p>Une femme entend-elle le <i>brouissement</i>
-d'un carosse qui s'arrte sa porte,
-elle prpare toute sa complaisance pour
-quiconque est dedans, sans le connatre.</p>
+<p>«Une femme entend-elle le <i>brouissement</i>
+d'un carosse qui s'arrête à sa porte,
+elle prépare toute sa complaisance pour
+quiconque est dedans, sans le connaître».</p>
<p>Cette licence est heureuse dans cette
-occasion, parce qu'elle caractrise trs-bien
-l'espce de <i>bruissement</i> dont il s'agit.</p>
+occasion, parce qu'elle caractérise très-bien
+l'espèce de <i>bruissement</i> dont il s'agit.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Bruyre.</span> Il est probable que le nom de cette
-plante, dont les tiges souples, grles et
+<p class="item"><span class="sc">Bruyère.</span> Il est probable que le nom de cette
+plante, dont les tiges souples, grêles et
ligneuses, <i>bruissent</i> au moindre vent,
-est tir du mme son radical que les mots
-prcdens. L'tymologie que je donne de
+est tiré du même son radical que les mots
+précédens. L'étymologie que je donne de
ce mot n'est d'ailleurs qu'une conjecture,
aussi plausible toutefois que celle qui le
-tire du latin <i>uro</i>, parce qu'on brle les
-<i>bruyres</i> pour les dfricher, et rendre
-l'emplacement o elles croissaient susceptible
+tire du latin <i>uro</i>, parce qu'on brûle les
+<i>bruyères</i> pour les défricher, et rendre
+l'emplacement où elles croissaient susceptible
de culture: c'est l'opinion de
Borel.</p>
<h3>C</h3>
<p class="item"><a class="void" name="cahot" id="cahot">CAHOT, CAHOTER</a>. De la secousse qu'on
-prouve dans une voiture mal suspendue
-qui roule sur un chemin pre et raboteux,
+éprouve dans une voiture mal suspendue
+qui roule sur un chemin âpre et raboteux,
et de l'effort qu'on fait pour reprendre
la respiration durement interrompue.</p>
-<p>Les Latins ont dit <i>succussus</i>, qu'ils prononaient
+<p>Les Latins ont dit <i>succussus</i>, qu'ils prononçaient
<i>soucoussous</i>, et qui rendait la
-mme ide.</p>
+même idée.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="caille" id="caille">CAILLE</a>. Le mle et la femelle, dit Buffon,
-ont chacun deux cris, l'un plus clatant
-et plus fort, l'autre plus faible. Le mle
+<p class="item"><a class="void" name="caille" id="caille">CAILLE</a>. «Le mâle et la femelle, dit Buffon,
+ont chacun deux cris, l'un plus éclatant
+et plus fort, l'autre plus faible. Le mâle
fait <i>ouan, ouan, ouan, ouan</i>; il ne
donne sa voix sonore que lorsqu'il est
-loign des femelles, et il ne la fait jamais
+éloigné des femelles, et il ne la fait jamais
entendre en cage, pour peu qu'il
ait une compagne avec lui: la femelle
-a un cri que tout le monde connat, qui
-ne lui sert que pour rappeler son mle;
+a un cri que tout le monde connaît, qui
+ne lui sert que pour rappeler son mâle;
et quoique ce cri soit faible, et que nous
ne puissions l'entendre que d'une petite
-distance, les mles y accourent de
-prs d'une demi-lieue; elle a aussi un
-petit son tremblotant <i>cri cri</i>. Le mle
+distance, les mâles y accourent de
+près d'une demi-lieue; elle a aussi un
+petit son tremblotant <i>cri cri</i>. Le mâle
est plus ardent que la femelle, car celle-ci
-ne court point la voix du mle,
-comme le mle accourt la voix de la
+ne court point à la voix du mâle,
+comme le mâle accourt à la voix de la
femelle dans le temps de l'amour, et souvent
-avec une telle prcipitation, un
-tel abandon de lui-mme, qu'il vient la
-chercher jusques dans la main de l'oiseleur.</p>
+avec une telle précipitation, un
+tel abandon de lui-même, qu'il vient la
+chercher jusques dans la main de l'oiseleur».</p>
<p>C'est de ce cri, que Buffon dit connu
de tout le monde, et qu'un autre Ornithologiste
-a exprim par les mots factices
+a exprimé par les mots factices
<i>caille caillette</i>, qu'est venu le nom de la
<i>caille</i> dans notre Langue et dans la plupart
des autres. En effet, on a dit <i>kakkaba</i>
-en grec, <i>qualea</i> dans la basse latinit,
-<i>cuaderviz</i> en espagnol, excellente Onomatope
-dont les deux dernires syllabes
-doivent se prononcer trs-brves, <i>quaglia</i>,
-en italien, <i>qual</i>, en anglais, <i>wachtel</i>,
+en grec, <i>qualea</i> dans la basse latinité,
+<i>cuaderviz</i> en espagnol, excellente Onomatopée
+dont les deux dernières syllabes
+doivent se prononcer très-brèves, <i>quaglia</i>,
+en italien, <i>quaïl</i>, en anglais, <i>wachtel</i>,
eu allemand; et ce son imitatif se retrouve
-jusque dans l'hbreu <i>saly</i> ou <i>xaly</i>.
+jusque dans l'hébreu <i>saly</i> ou <i>xaly</i>.
De ce nom l'on a fait</p>
<p class="item"><span class="sc">Cailletage</span>, babillage insupportable et continuel
comme celui de la <i>caille</i>,</p>
<p class="item"><span class="sc">Caillette</span>, femme frivole et babillarde,</p>
<p class="item"><span class="sc">Cailleter</span>, l'action de parler sans cesse, et
- propos de toute chose, expressions que
-la Langue franaise a repousses jusqu'ici,
+à propos de toute chose, expressions que
+la Langue française a repoussées jusqu'ici,
et qui ne sont d'usage que dans le style
familier.</p>
<p>Rousseau a dit cependant, en parlant
-de madame de Warens: La vie uniforme
+de madame de Warens: «La vie uniforme
et simple des Religieuses, leur petit
<i>cailletage</i> de parloir, tout cela ne pouvait
flatter un esprit toujours en mouvement,
qui formant chaque jour de
-nouveaux systmes, avait besoin de
-libert pour s'y livrer.</p>
+nouveaux systêmes, avait besoin de
+liberté pour s'y livrer».</p>
-<p class="item"><a class="void" name="canard" id="canard">CANARD</a>. Du son <i>can can</i>, souvent rpt,
-qui est le cri de cet animal, plutt que
-d'<i>anas</i>, probablement <i> natando</i>, qui est
+<p class="item"><a class="void" name="canard" id="canard">CANARD</a>. Du son <i>can can</i>, souvent répété,
+qui est le cri de cet animal, plutôt que
+d'<i>anas</i>, probablement <i>à natando</i>, qui est
son nom latin. Mon opinion est du moins
-conforme en ce point celles de quelques
-Auteurs, et entr'autres celle de l'ornithologiste
+conforme en ce point à celles de quelques
+Auteurs, et entr'autres à celle de l'ornithologiste
Martinet, qui remarque fort
-judicieusement qu'il est du gnie de notre
+judicieusement qu'il est du génie de notre
Langue de terminer par cette syllabe ouverte
-et clatante, <i>ard</i>, les mots qui dsignent
+et éclatante, <i>ard</i>, les mots qui désignent
un parleur impitoyable et fatigant,
comme <i>bavard</i> et <i>babillard</i>.</p>
-<p>Les Allemands ont reprsent par une
-autre Onomatope le cri rauque, pre,
-et enrou du <i>canard</i>. Ils l'ont appel
+<p>Les Allemands ont représenté par une
+autre Onomatopée le cri rauque, âpre,
+et enroué du <i>canard</i>. Ils l'ont appelé
<i>racha</i> et <i>rachtscha</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Can Can</span>, mot factice tir du cri du <i>canard</i>,
-a t appliqu par extension aux bruits
-tumultueux qui s'lvent dans une assemble
-nombreuse o l'on ne s'accorde pas,
-et o l'on traite des affaires de peu d'importance.
+<p class="item"><span class="sc">Can Can</span>, mot factice tiré du cri du <i>canard</i>,
+a été appliqué par extension aux bruits
+tumultueux qui s'élèvent dans une assemblée
+nombreuse où l'on ne s'accorde pas,
+et où l'on traite des affaires de peu d'importance.
Ce n'est pas le sentiment de
-l'Acadmie qui l'crit <i>quanquan</i>, et qui
-pense qu'on l'a appliqu aux discussions
+l'Académie qui l'écrit <i>quanquan</i>, et qui
+pense qu'on l'a appliqué aux discussions
orageuses sur des choses futiles, par allusion
aux horribles disputes que causa
-au seizime sicle la prononciation du
-mot <i>quamquam</i>, et qui cotrent peut-tre
-la vie Ramus. Quelqu'gard qu'on
-doive cependant aux dcisions de ce corps
+au seizième siècle la prononciation du
+mot <i>quamquam</i>, et qui coûtèrent peut-être
+la vie à Ramus. Quelqu'égard qu'on
+doive cependant aux décisions de ce corps
savant, j'ai cru pouvoir persister dans
-mon opinion qui me semble mieux fonde,
+mon opinion qui me semble mieux fondée,
et que je partage d'ailleurs avec le
plus grand nombre des Etymologistes.</p>
<p class="item"><a class="void" name="caquet" id="caquet">CAQUET, CAQUETER</a>. Ces mots se disent
au propre, du bruit que font les poules
-quand elles sont prtes pondre, et au
-figur, du babillage des personnes qui
-<i>caquettent</i> comme les poules. Cette Onomatope
-se retrouve trs-fidlement dans
+quand elles sont prêtes à pondre, et au
+figuré, du babillage des personnes qui
+<i>caquettent</i> comme les poules. Cette Onomatopée
+se retrouve très-fidèlement dans
la Langue grecque.</p>
<p>On disait autrefois dans notre Langue
-<i>cluper</i> ou <i>gluper</i>, pour exprimer une espce
-de <i>caquet</i> de la poule. Ce terme mriterait
-d'tre renouvel.</p>
+<i>cluper</i> ou <i>gluper</i>, pour exprimer une espèce
+de <i>caquet</i> de la poule. Ce terme mériterait
+d'être renouvelé.</p>
<p>Linguet s'est servi du mot <i>caquetage</i> en
-parlant du chancelier de l'Hpital. Aucun,
+parlant du chancelier de l'Hôpital. «Aucun,
ministre, dit-il, ne fit jamais convoquer
-autant de grandes assembles;
-mais satisfait d'y taler une loquence
+autant de grandes assemblées;
+mais satisfait d'y étaler une éloquence
prolixe et toujours mal-adroite, il les
-laissait toutes dgnrer en cohues tumultueuses
+laissait toutes dégénérer en cohues tumultueuses
ou en <i>caquetages</i> scandaleux
-dont l'unique rsultat tait de constater
-la frivolit et l'impuissance du
-Gouvernement.</p>
+dont l'unique résultat était de constater
+la frivolité et l'impuissance du
+Gouvernement».</p>
-<p class="item"><a class="void" name="cascade" id="cascade">CASCADE</a>. Mnage pense que ce mot est
+<p class="item"><a class="void" name="cascade" id="cascade">CASCADE</a>. Ménage pense que ce mot est
fait de l'italien <i>cascata</i>, ce qui est incontestable.
Il fait remonter celui-ci au latin
<i>cado</i>, ce qui est plus douteux; mais ce
-verbe aurait t employ comme dsinent
+verbe aurait été employé comme désinent
dans l'expression dont il s'agit, qu'on n'en
-devrait pas moins reconnatre cette expression
-pour une Onomatope. La premire
+devrait pas moins reconnaître cette expression
+pour une Onomatopée. La première
syllabe est un son factice qui fait
-rebondir la seconde, et cet effet reprsente
-d'une manire vive le bruit redondant
+rebondir la seconde, et cet effet représente
+d'une manière vive le bruit redondant
de la <i>cascade</i>.</p>
-<p>Il y a beaucoup d'Onomatopes du
-mme genre, c'est--dire, composes d'un
+<p>Il y a beaucoup d'Onomatopées du
+même genre, c'est-à-dire, composées d'un
son naturel et d'un son abstrait. C'est ce
-que les Etymologistes n'ont pas remarqu;
-et satisfaits ds qu'ils ont trouv dans
+que les Etymologistes n'ont pas remarqué;
+et satisfaits dès qu'ils ont trouvé dans
un mot l'origine d'un de ses membres, on
-croirait qu'ils ont regard le reste comme
+croirait qu'ils ont regardé le reste comme
le produit du hasard ou du caprice. Il est
-cependant dmontr que quelque fortuite
-qu'ait t la composition des Langues, il
-ne peut y avoir eu qu'un trs-petit nombre
-de mots forms sans motifs.</p>
-
-<p class="item"><a class="void" name="catacombe" id="catacombe">CATACOMBES</a>. Du grec <i>kata</i> qui est consacr
- l'action de descendre ou de tomber,
-et qui a peut-tre fourni le latin
-<i>cado</i> dont je parlais tout--l'heure; et du
-vieux franais <i>combe</i>, valle, gorge, endroit
-creux ou souterrain. La runion de
-ces deux mots heureusement maris produit
+cependant démontré que quelque fortuite
+qu'ait été la composition des Langues, il
+ne peut y avoir eu qu'un très-petit nombre
+de mots formés sans motifs.</p>
+
+<p class="item"><a class="void" name="catacombe" id="catacombe">CATACOMBES</a>. Du grec <i>kata</i> qui est consacré
+à l'action de descendre ou de tomber,
+et qui a peut-être fourni le latin
+<i>cado</i> dont je parlais tout-à-l'heure; et du
+vieux français <i>combe</i>, vallée, gorge, endroit
+creux ou souterrain. La réunion de
+ces deux mots heureusement mariés produit
un des beaux effets d'imitation de la
Langue. Il est impossible de trouver une
suite de sons plus pittoresques, pour rendre
le retentissement du cercueil, roulant
-de degrs en degrs, sur les angles
-aigus des pierres, et s'arrtant tout--coup
+de degrés en degrés, sur les angles
+aigus des pierres, et s'arrêtant tout-à-coup
au milieu des tombes.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="cataracte" id="cataracte">CATARACTE</a>. En Grec, <i>Katarakts</i>. Chte
-d'eau imptueuse et bruyante qui tombe
+<p class="item"><a class="void" name="cataracte" id="cataracte">CATARACTE</a>. En Grec, <i>Kataraktès</i>. Chûte
+d'eau impétueuse et bruyante qui tombe
et se brise de roc en roc avec un grand
fracas.</p>
-<p>Herbinius, dans son Trait <cite>de admirandis
+<p>Herbinius, dans son Traité <cite>de admirandis
mundi cataractis supra et subterraneis</cite>,
-a tendu le sens de cette expression
- tous les violens chocs lmentaires,
-de quelque espce qu'ils fussent.</p>
+a étendu le sens de cette expression
+à tous les violens chocs élémentaires,
+de quelque espèce qu'ils fussent.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="chat-huant" id="chat-huant">CHAT-HUANT</a>. <i>Chahuant</i>, dit un de nos
-anciens glossateurs, est une espce d'oiseau
+<p class="item"><a class="void" name="chat-huant" id="chat-huant">CHAT-HUANT</a>. «<i>Chahuant</i>, dit un de nos
+anciens glossateurs, est une espèce d'oiseau
qui va voletant et huant de nuict,
-duquel chant huant il est ainsi nomm,
+duquel chant huant il est ainsi nommé,
car son chant n'est que hu et cry piteux:
-pour laquelle cause les Latins l'ont appell
+pour laquelle cause les Latins l'ont appellé
<i>ulula</i>, et aussi <i>noctua</i>, parce qu'il
ne chante et ne erre que la nuict. Ils
-l'ont aussi nomm <i>bubo</i> par Onomatopoe,
-reprsentant le chant d'iceluy
+l'ont aussi nommé <i>bubo</i> par Onomatopoée,
+représentant le chant d'iceluy
par ce nom, et dient que cest oiseau
-est fral et funbre, pour estre tnbreux
-et nocturne et effrayant: et
+est féral et funébre, pour estre ténébreux
+et nocturne et effrayant: et à
ceste occasion tenoit on anciennement
-son chant pour prsage de calamit
+son chant pour présage de calamité
future, mesme par mort de maladie.
-Il est hay merveilles des autres oyseaux,
+Il est hay à merveilles des autres oyseaux,
lesquels pour estre diurnes,
-c'est--dire, errans et voletans par jour,
+c'est-à-dire, errans et voletans par jour,
et ne avoir la rencontre ordinaire de ce
dit <i>chahuant</i>, et pour l'aspect hydeux
-de luy, le hayent et poursuyvent
+de luy, le hayent et poursuyvent à
coups de bec et de griffes, quand ils
le trouvent, faisans tous un esquadron
combattant contre luy, ausquels, comme
-Pline dit au livre X, chap. 17, il rsiste
-par se coucher l'envers et se reserrant
+Pline dit au livre X, chap. 17, il résiste
+par se coucher à l'envers et se reserrant
en arc, si qu'il demeure presque couvert
de son bec et de ses griffes ou serres,
-laquelle inimiti estant apere par les
+laquelle inimitié estant aperçüe par les
oyseleurs, se servent dudit <i>chahuant</i>,
-pour attraper ceux qui viennent la
-mesle contre iceluy. De ce que dessus
+pour attraper ceux qui viennent à la
+meslée contre iceluy. De ce que dessus
se voit que de l'appeler <i>chathuant</i>, et
-pour la difficult de la prolation franoise
-en l'aspiration <i>h</i> aprs la consonne,
+pour la difficulté de la prolation françoise
+en l'aspiration <i>h</i> après la consonne,
dire que <i>chahuant</i> est fait de
<i>chat huant</i>, il n'y a pas raison grande,
veu que ceste particule <i>cha</i> est ailleurs
-commune au Franois, comme en ces
-mots chatouille, chatfourr, chafouyn,
+commune au François, comme en ces
+mots chatouille, chatfourré, chafouyn,
esquels le mot de chat n'a que
-veoir.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="cheveche" id="cheveche">CHEVCHE</a>. En Latin, <i>Strix</i>. Ce mot a
-dsign gnriquement les oiseaux de
-nuit de l'espce de la chouette. Maintenant
-on n'appelle du nom de <i>chevche</i>
-que des oiseaux qui ce nom ne convient
-plus, puisqu'il avait t form par
-Onomatope, et qu'il ne dsigne point
+veoir».</p>
+<p class="item"><a class="void" name="cheveche" id="cheveche">CHEVÊCHE</a>. En Latin, <i>Strix</i>. Ce mot a
+désigné génériquement les oiseaux de
+nuit de l'espèce de la chouette. Maintenant
+on n'appelle du nom de <i>chevêche</i>
+que des oiseaux à qui ce nom ne convient
+plus, puisqu'il avait été formé par
+Onomatopée, et qu'il ne désigne point
leur cri, mais celui de l'<i>efraye</i> ou fresaye.
-Les cris acres et lugubres de l'efraye,
-et sa voix entrecoupe qu'elle fait souvent
+«Les cris acres et lugubres de l'efraye,
+et sa voix entrecoupée qu'elle fait souvent
entendre pendant le silence de la
-nuit, semblent articuler <i>grei</i>, <i>gr</i>,
-<i>crei</i>; et ses soufflemens <i>ch</i>, <i>chei</i>, <i>cheu</i>,
-<i>cheue</i>, <i>chiou</i>, qu'elle ritre sans cesse,
-ressemblent ceux d'un homme qui
+nuit, semblent articuler <i>grei</i>, <i>gré</i>,
+<i>crei</i>; et ses soufflemens <i>ché</i>, <i>chei</i>, <i>cheu</i>,
+<i>cheue</i>, <i>chiou</i>, qu'elle réitère sans cesse,
+ressemblent à ceux d'un homme qui
dort la bouche ouverte: elle pousse
-encore en volant diffrens sons aussi
-dsagrables. Ces expressions, tires
+encore en volant différens sons aussi
+désagréables.» Ces expressions, tirées
d'un de nos Naturalistes, donnent l'incontestable
-tymologie des mots <i>chevche</i>
-et <i>chouette</i>, et font regretter que l'impritie
-des Mthodistes ait consacr de
+étymologie des mots <i>chevêche</i>
+et <i>chouette</i>, et font regretter que l'impéritie
+des Méthodistes ait consacré de
nouvelles <i>appellations</i> insignifiantes et capricieuses,
-puis transport les anciennes
- des espces qu'elles ne dsignent point,
-et boulevers ainsi la nomenclature naturelle,
-sans qu'il en rsulte aucun avantage
+puis transporté les anciennes
+à des espèces qu'elles ne désignent point,
+et bouleversé ainsi la nomenclature naturelle,
+sans qu'il en résulte aucun avantage
pour la science.</p>
<p>Oserai-je souhaiter que les Naturalistes
- venir, moins jaloux d'taler une vaine
-rudition, en appliquant aux animaux
-des noms difficilement composs, voulussent
-bien s'en tenir aux dsignations
-imitatives qui sont naturelles tous les
+à venir, moins jaloux d'étaler une vaine
+érudition, en appliquant aux animaux
+des noms difficilement composés, voulussent
+bien s'en tenir aux désignations
+imitatives qui sont naturelles à tous les
peuples, et qui universaliseraient, en
quelque sorte, leurs nomenclatures. Cette
-ide n'a pas t trangre Linn et aux
-autres Mthodistes philosophes.</p>
+idée n'a pas été étrangère à Linné et aux
+autres Méthodistes philosophes.</p>
<p class="item"><a class="void" name="choc" id="choc">CHOC, CHOQUER</a>. Du bruit de deux corps
qui se heurtent.</p>
-<p>Du mme son naturel les Espagnols,
-pour jote, ont dit <i>choca</i>.</p>
+<p>Du même son naturel les Espagnols,
+pour joûte, ont dit <i>choca</i>.</p>
-<p>Nous reprsentions cette dernire ide
+<p>Nous représentions cette dernière idée
par le vieux verbe <i>toster</i>, dont les Anglais
ont fait <i>toast</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="choucas" id="choucas">CHOUCAS</a>. En Grec, <i>ankos</i>, <i>koloos</i>; en
+<p class="item"><a class="void" name="choucas" id="choucas">CHOUCAS</a>. En Grec, <i>ankos</i>, <i>koloïos</i>; en
Latin, <i>graccus</i>, <i>gracculus</i>; en Espagnol,
<i>graio</i>, <i>graia</i>; en Italien, <i>ciagula</i>; en
-Savoyard, <i>che</i>, <i>cae</i>, <i>cavette</i>, <i>cauvette</i>;
+Savoyard, <i>chüe</i>, <i>caüe</i>, <i>cavette</i>, <i>cauvette</i>;
en Turc, <i>tschaucka</i>; en Saxon, <i>aelcke</i>,
<i>kaeyke</i>, <i>gache</i>; en Suisse, <i>graake</i>; en
Hollandais, <i>kaw</i>, <i>chaw</i>; en Illirien,
<i>kauka</i>, <i>kawa</i>, <i>zegzolka</i>; en Flamand,
-<i>gaey</i>; en Sudois, <i>kaja</i>; en Anglais, <i>kae</i>,
+<i>gaey</i>; en Suédois, <i>kaja</i>; en Anglais, <i>kae</i>,
<i>chog</i>, <i>jak-daw</i>; en quelques provinces
de France, <i>chicas</i>, <i>chocotte</i> et <i>chocas</i>.</p>
-<p>J'ai rapport ces diffrentes synonymies
-comme autant d'Onomatopes. Le <i>choucas</i>,
-indpendamment du cri qui lui a
+<p>J'ai rapporté ces différentes synonymies
+comme autant d'Onomatopées. Le <i>choucas</i>,
+indépendamment du cri qui lui a
fait donner son nom, en pousse un autre
-encore qu'on a exprim par le son <i>tian</i>,
-<i>tian</i>, souvent rpt; mais il lui est beaucoup
-moins familier, et n'a jamais t
-converti en Onomatope.</p>
+encore qu'on a exprimé par le son <i>tian</i>,
+<i>tian</i>, souvent répété; mais il lui est beaucoup
+moins familier, et n'a jamais été
+converti en Onomatopée.</p>
<p class="item"><a class="void" name="chuchotter" id="chuchotter">CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR</a>.
Du mot factice <i>st</i> qu'on a
-employ pour imposer silence, ou pour
+employé pour imposer silence, ou pour
indiquer qu'il faut baisser la voix, et
-parler de manire n'tre pas entendu,
+parler de manière à n'être pas entendu,
on a fait <i>chut</i>, suivant l'usage de notre
Langue qui mouille ordinairement les
-sons sifflans, et de l le verbe <i>chuchotter</i>,
-qui prsente une nouvelle Onomatope
+sons sifflans, et de là le verbe <i>chuchotter</i>,
+qui présente une nouvelle Onomatopée
par le concours des syllabes sourdes qui
le composent. On disait autrefois <i>chuchetter</i>.</p>
-<p>On ne supposerait gures que les tymologistes
+<p>On ne supposerait guères que les Étymologistes
eussent vu, dans le son radical
-<i>st</i> qui est si simple et si gnral, une
+<i>st</i> qui est si simple et si général, une
contraction du <i>silentium tene</i> des Latins.
Cela est cependant vrai, car il n'y a point
-d'ide si bizarre que ce genre d'rudition
+d'idée si bizarre que ce genre d'érudition
n'en puisse offrir un exemple.</p>
<p class="item"><a class="void" name="cigale" id="cigale">CIGALE</a>. Du son radical <i>cic</i>, <i>cic</i>, qui est
le chant de cet insecte, les Grecs ont fait
-probablement <i>kik aodos</i>, l'insecte <i>chanteur</i>
+probablement <i>kik aïodos</i>, l'insecte <i>chanteur</i>
qui dit <i>kik</i>; et de ce nom, les Latins
<i>cicada</i>, les Espagnols <i>cigarra</i>, les Italiens
<i>cigala</i>, et nous le mot <i>cigale</i>, qui est
-une Onomatope alonge d'une terminaison
-oiseuse et trangre notre Langue.</p>
+une Onomatopée alongée d'une terminaison
+oiseuse et étrangère à notre Langue.</p>
<p class="item">* <a class="void" name="clappement" id="clappement">CLAPPEMENT</a>. Un homme d'esprit qui se
-pique d'originalit sur toutes les matires,
+pique d'originalité sur toutes les matières,
et qui a dit beaucoup de mal de Racine
et de Newton, a cru devoir, en raison du
-mme principe, attaquer l'ancienne rputation
-du rossignol, si prn parmi
+même principe, attaquer l'ancienne réputation
+du rossignol, si prôné parmi
les chantres des bois.</p>
-<p>Qu'une oreille impartiale, dit-il,
-coute avec attention le rossignol;
+<p>«Qu'une oreille impartiale, dit-il,
+écoute avec attention le rossignol;
qu'elle entende ses sons souvent aigres,
-toujours fortement prononcs, mais
-sans varit, si ce n'est quatre tons,
+toujours fortement prononcés, mais
+sans variété, si ce n'est quatre tons,
sans modulations; sans nuances, elle
-prouvera une sensation pnible, dsagrable.
+éprouvera une sensation pénible, désagréable.
Transportez l'oiseau, suspendez
-sa prison une fentre, le
-chant sera le mme, et le passant l'entendra
-avec indiffrence; s'il s'arrte,
+sa prison à une fenêtre, le
+chant sera le même, et le passant l'entendra
+avec indifférence; s'il s'arrête,
ce n'est pas par l'attrait du plaisir,
-c'est de surprise et d'tonnement. Il
+c'est de surprise et d'étonnement. Il
croyait que l'oiseau ne chantait que
dans les bois et pendant la nuit; mais
la lune ne brille pas au travers des
branchages touffus; le silence solennel
de la nature ne l'environne pas; le
murmure vague d'un ruisseau ne s'unit
-pas aux lgers frmissemens du feuillage
+pas aux légers frémissemens du feuillage
sous lequel il est assis: il est dans
la ville.</p>
-<p>Que peut-on comparer au <i>clappement</i>
-dur et dchirant que l'oiseau tant
-vant fait entendre au milieu ou la
-fin de son chant imphras? Je souffre
-quand je rflchis aux efforts redoubls
-des muscles de son gosier.</p>
+<p>«Que peut-on comparer au <i>clappement</i>
+dur et déchirant que l'oiseau tant
+vanté fait entendre au milieu ou à la
+fin de son chant imphrasé? Je souffre
+quand je réfléchis aux efforts redoublés
+des muscles de son gosier.»</p>
-<p>On ne verra peut-tre ici que le caprice
-d'une imagination d'ailleurs ingnieuse
-qui se complat colorer agrablement
+<p>On ne verra peut-être ici que le caprice
+d'une imagination d'ailleurs ingénieuse
+qui se complaît à colorer agréablement
des paradoxes; mais je rapporte ce passage
pour soumettre aux arbitres de la
Langue le mot pittoresque, mais un peu
-hasard, qui est l'objet de cet article, et
-qui me parat une innovation plus heureuse
+hasardé, qui est l'objet de cet article, et
+qui me paraît une innovation plus heureuse
que le reste.</p>
<p class="item"><a class="void" name="claque" id="claque">CLAQUE, CLAQUEMENT, CLAQUER</a>. Du
son que produisent les deux mains vivement
-appliques l'une contre l'autre, ou
+appliquées l'une contre l'autre, ou
contre un corps retentissant.</p>
<p><i>Claquer</i> se dit aussi fort bien du bruit
d'un fouet qui coupe l'air avec force. Il
-est pass au sens proverbial dans cette
+est passé au sens proverbial dans cette
acception.</p>
<p><i>Claquement</i> s'applique sur-tout au
-heurt convulsif et spontane des dents.</p>
+heurt convulsif et spontanée des dents.</p>
-<p>Court de Gbelin prtend que le son
-radical <i>claq</i> tait un mot celtique qui
+<p>Court de Gébelin prétend que le son
+radical <i>claq</i> était un mot celtique qui
signifiait <i>grand bruit</i>. <i>Schlagen</i> signifie
encore en langue allemande frapper, et
-du mme type, nous avons fait</p>
+du même type, nous avons fait</p>
<p class="item"><span class="sc">Claquet</span>, petite latte tremblotante qui est
d'usage dans les moulins, et qui frappe
-la meule avec clat.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="clignoter" id="clignoter">CLIGNOTER</a>. M. de Brosse prtend avec
+la meule avec éclat.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="clignoter" id="clignoter">CLIGNOTER</a>. M. de Brosse prétend avec
raison, ce me semble, que beaucoup
-d'Onomatopes ont t formes, sinon
-d'aprs le bruit que produisait le mouvement
-qu'elles reprsentent, au moins d'aprs
-un bruit dtermin sur celui que ce
-mouvement parat devoir produire le
-considrer dans son analogie avec tel
-autre mouvement du mme genre, et ses
+d'Onomatopées ont été formées, sinon
+d'après le bruit que produisait le mouvement
+qu'elles représentent, au moins d'après
+un bruit déterminé sur celui que ce
+mouvement paraît devoir produire à le
+considérer dans son analogie avec tel
+autre mouvement du même genre, et ses
effets ordinaires; par exemple, l'action
de <i>clignoter</i>, sur laquelle il forme ces
-conjectures, ne produit aucun bruit rel,
-mais les actions de la mme espce rappellent
-trs-bien par le bruit dont elles sont
-accompagnes, le son qui a servi de racine
- ce mot.</p>
+conjectures, ne produit aucun bruit réel,
+mais les actions de la même espèce rappellent
+très-bien par le bruit dont elles sont
+accompagnées, le son qui a servi de racine
+à ce mot.</p>
<p class="item"><span class="sc">Clin-d'&oelig;il</span>, c'est le petit mouvement d'un
&oelig;il <i>clignotant</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="clinquant" id="clinquant">CLINQUANT</a>. <i>Clinquant</i> s'est dit, au sens propre,
-d'une feuille de mtal si fine et si lgre,
+d'une feuille de métal si fine et si légère,
qu'elle se froisse sous les doigts avec
un petit cliquetis aigre dont son nom est
-form; et parce que ces feuilles, cause
-de leur tnuit ont ordinairement plus
-d'clat que de valeur, on les prend figurment
-pour les choses d'un prix mdiocre
+formé; et parce que ces feuilles, à cause
+de leur ténuité ont ordinairement plus
+d'éclat que de valeur, on les prend figurément
+pour les choses d'un prix médiocre
qui ont une apparence brillante,
comme dans ces vers de Boileau:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Tous les jours la Cour un sot de qualit</span><br/>
- <span class="i0">Peut juger de travers avec impunit;</span><br/>
- <span class="i0">A Malherbe, Racan prfrer Thophile,</span><br/>
- <span class="i0">Et le <i>clinquant</i> du Tasse tout l'or de Virgile.</span><br/>
+ <span class="i0">Tous les jours à la Cour un sot de qualité</span><br/>
+ <span class="i0">Peut juger de travers avec impunité;</span><br/>
+ <span class="i0">A Malherbe, à Racan préférer Théophile,</span><br/>
+ <span class="i0">Et le <i>clinquant</i> du Tasse à tout l'or de Virgile.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p class="item"><a class="void" name="cliquetis" id="cliquetis">CLIQUETIS</a>. Onomatope tire du son des
+<p class="item"><a class="void" name="cliquetis" id="cliquetis">CLIQUETIS</a>. Onomatopée tirée du son des
armes qui se choquent.</p>
<p>Ce mot se dit aussi du bruit des verres,
-et en gnral des bruits argentins et mordans.</p>
+et en général des bruits argentins et mordans.</p>
<p><i>Cliket</i> est dans le dictionnaire breton
de dom Lepelletier, pour loquet de porte
-ou de fentre. Dans Davies on lit <i>cliccied</i>,
+ou de fenêtre. Dans Davies on lit <i>cliccied</i>,
et analogiquement, <i>cleccian</i>, pour <i>stridere</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="clossement" id="clossement">CLOSSEMENT, CLOSSER</a>. Du cri ordinaire
de la poule.</p>
-<p>Ces mots ont peut-tre quelque chose
-de plus aigre et de plus bruyant, et reprsentent
+<p>Ces mots ont peut-être quelque chose
+de plus aigre et de plus bruyant, et représentent
mieux la clameur de la poule
-inquite qui rappelle ses petits, ou de la
-poule irrite qui les dfend, que leurs
+inquiète qui rappelle ses petits, ou de la
+poule irritée qui les défend, que leurs
synonymes <i>gloussement</i> et <i>glousser</i> dont
-ils sont une nuance lgre, et qui ne s'en
-sont pas moins conservs dans la Langue.</p>
+ils sont une nuance légère, et qui ne s'en
+sont pas moins conservés dans la Langue.</p>
<p class="item"><span class="sc">Gloussement</span>, <span class="sc">Glousser</span>, ont obtenu jusqu'ici
-la prfrence dans le langage potique,
+la préférence dans le langage poétique,
et il me serait facile d'en offrir plus
-d'un exemple. Je m'en tiendrai ces vers
-lgans d'un de nos meilleurs Potes descriptifs:</p>
+d'un exemple. Je m'en tiendrai à ces vers
+élégans d'un de nos meilleurs Poètes descriptifs:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">La Poule cependant du Coq victorieux</span><br/>
- <span class="i0">A reu dans son sein ce germe prcieux</span><br/>
- <span class="i0">Qu'elle mrit, fconde, et reproduit sans cesse;</span><br/>
- <span class="i0">Et bienfaitrice exacte payer sa largesse</span><br/>
+ <span class="i0">A reçu dans son sein ce germe précieux</span><br/>
+ <span class="i0">Qu'elle mûrit, féconde, et reproduit sans cesse;</span><br/>
+ <span class="i0">Et bienfaitrice exacte à payer sa largesse</span><br/>
<span class="i0">Qu'une coque fragile enveloppe et blanchit,</span><br/>
<span class="i0">Du tribut coutumier, chaque jour t'enrichit.</span><br/>
<br/>
</div>
<div class="stanza">
- <span class="i0">La vois-tu, promenant sa vague inquitude,</span><br/>
- <span class="i0">Rver, fuir le plaisir, chercher la solitude;</span><br/>
+ <span class="i0">La vois-tu, promenant sa vague inquiétude,</span><br/>
+ <span class="i0">Rêver, fuir le plaisir, chercher la solitude;</span><br/>
<span class="i0">Et trahir sa langueur par de longs <i>gloussemens</i>?</span><br/>
- <span class="i0">Hte-toi, l'heure presse, et saisis les momens.</span><br/>
- <span class="i0">Son c&oelig;ur est tourment du besoin d'tre mre.</span><br/>
+ <span class="i0">Hâte-toi, l'heure presse, et saisis les momens.</span><br/>
+ <span class="i0">Son c&oelig;ur est tourmenté du besoin d'être mère.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>La poule glossante s'est autrefois appele
-<i>cloucque</i>, <i> clocqua</i>, dit Borel, <i>id
+<p>La poule glossante s'est autrefois appelée
+<i>cloucque</i>, <i>à clocqua</i>, dit Borel, <i>id
est tintinnabulo, ob sonum similem</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="coassement" id="coassement">COASSEMENT, COASSER</a>. Du son radical
-<i>koax</i>, si ridiculement employ par Rousseau,
-et qui est l'Onomatope du cri de la grenouille.</p>
-<p>On a dit <i>coaxare</i> dans la basse latinit,
-et quelques Ecrivains franais en ont fait
+<i>koax</i>, si ridiculement employé par Rousseau,
+et qui est l'Onomatopée du cri de la grenouille.</p>
+<p>On a dit <i>coaxare</i> dans la basse latinité,
+et quelques Ecrivains français en ont fait
<i>coaxer</i>, qui n'est pas admis par l'usage.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="coq" id="coq">COQ</a>. Oiseau dont le chant est exprim par
-un mot factice, de la premire syllabe
-duquel on a fait son nom. Il est remarquer
-que c'est son incantation la plus familire;
+<p class="item"><a class="void" name="coq" id="coq">COQ</a>. Oiseau dont le chant est exprimé par
+un mot factice, de la première syllabe
+duquel on a fait son nom. Il est à remarquer
+que c'est son incantation la plus familière;
aussi a-t-elle fourni aux Langues
-un grand nombre d'Onomatopes. Les
+un grand nombre d'Onomatopées. Les
Grecs ont dit souvent <i>kottos</i> et <i>kikkos</i>. Les
Polonais ont <i>kogut</i>, les Anglais <i>cok</i>, les
Savoyards <i>coq</i> et <i>gau</i>. Nous avons dit autrefois
<i>gal</i> de <i>gallus</i>, et <i>gog</i> du son radical
-imitatif. C'est cette dernire dnomination
-qui nous est reste avec une modification
-bien lgre.</p>
-<p>Mnage ne devait pas dire que <i>coq</i> venait
-de <i>clocitare</i>, d'o est fait <i>closser</i>, mais
-plutt que ces mots venaient d'un type
+imitatif. C'est cette dernière dénomination
+qui nous est restée avec une modification
+bien légère.</p>
+<p>Ménage ne devait pas dire que <i>coq</i> venait
+de <i>clocitare</i>, d'où est fait <i>closser</i>, mais
+plutôt que ces mots venaient d'un type
commun qui est le chant du <i>coq</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Coque</span>, mot cr pour reprsenter l'enveloppe
-de l'&oelig;uf, pourrait bien driver du
-nom de l'animal, de l'Onomatope de son
+<p class="item"><span class="sc">Coque</span>, mot créé pour représenter l'enveloppe
+de l'&oelig;uf, pourrait bien dériver du
+nom de l'animal, de l'Onomatopée de son
chant. La poule entonne son chant favori
- l'instant o elle vient de pondre. <i>Coq-coq</i>,
+à l'instant où elle vient de pondre. <i>Coq-coq</i>,
suivant Leroux, exprime le bruit
que fait la poule quand elle pond. Cette
-tymologie me parat plus naturelle que
-celle qu'on attribue ce terme quand on
-le fait venir <i> concha</i>. <i>Coquille</i> se dit aussi
+étymologie me paraît plus naturelle que
+celle qu'on attribue à ce terme quand on
+le fait venir <i>à concha</i>. <i>Coquille</i> se dit aussi
chez nous pour <i>coque</i>, mais c'est une terminaison
-diminutive, familire notre
+diminutive, familière à notre
Langue.</p>
<p class="item"><span class="sc">Coquetterie</span>, et les mots qui se rapportent
- cette ide, sont employs figurment
-par allusion aux m&oelig;urs du <i>coq</i>, son
-inconstance et ses amours. En effet,
-soit que nous l'ayons appel <i>gal</i> comme
+à cette idée, sont employés figurément
+par allusion aux m&oelig;urs du <i>coq</i>, à son
+inconstance et à ses amours. En effet,
+soit que nous l'ayons appelé <i>gal</i> comme
dans le vieux langage, soit que nous
-l'ayons appel <i>coq</i> comme aujourd'hui, on
-peut suivre facilement cette double drivation,
+l'ayons appelé <i>coq</i> comme aujourd'hui, on
+peut suivre facilement cette double dérivation,
dont les rapports, tout curieux
et tout piquans qu'ils sont, ont cependant,
-je crois, chapp tous les Etymologistes.
-<i>Galend</i> signifiait orn, enrichi,
+je crois, échappé à tous les Etymologistes.
+<i>Galendé</i> signifiait orné, enrichi,
embelli, comme dans ces vers du roman
de la Rose:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Belle fut et bien ajuste;</span><br/>
- <span class="i0">D'un fil d'or toit <i>galende</i>.</span><br/>
+ <span class="i0">Belle fut et bien ajustée;</span><br/>
+ <span class="i0">D'un fil d'or étoit <i>galendée</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p><i>Gallois</i> se prenait pour agrable et lger.
+<p><i>Gallois</i> se prenait pour agréable et léger.
Une belle, une franche <i>Galloise</i>, selon
-Rabelais et les Auteurs du mme temps,
-c'tait une femme veille et <i>coquette</i>.</p>
+Rabelais et les Auteurs du même temps,
+c'était une femme éveillée et <i>coquette</i>.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -2726,34 +2687,34 @@ dans Coquillard:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0"><i>Galeures</i> portent escrevices</span><br/>
- <span class="i0">Et velours pour tre mignons.</span><br/>
+ <span class="i0">Et velours pour être mignons.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>Villon se sert du mot <i>galer</i>, pour, se
-rjouir, et passer agrablement la vie.</p>
+réjouir, et passer agréablement la vie.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">Je plains le temps de ma jeunesse</span><br/>
- <span class="i0">Auquel ay plus qu'en autre temps <i>gal</i>.</span><br/>
+ <span class="i0">Auquel ay plus qu'en autre temps <i>galé</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p><i>Gaillard</i> et <i>Galant</i> nous restent encore.</p>
-<p>Les drivs du mot nouveau sont plus
-aiss retrouver, et frapperont tout le
+<p>Les dérivés du mot nouveau sont plus
+aisés à retrouver, et frapperont tout le
monde. Remarquons seulement qu'ils remontent
au premier emploi du mot <i>coq</i>,
-et qu'on les croirait invents simultanment,
+et qu'on les croirait inventés simultanément,
tant l'extension en fut naturelle.
-Il y a plusieurs sicles que le mot <i>coquardeau</i>,
-dsignant un jeune homme tourdi
-et <i>coquet</i> qui dbute dans le monde, se
-lisait dj dans <cite>le blason des fausses amours</cite>.</p>
+Il y a plusieurs siècles que le mot <i>coquardeau</i>,
+désignant un jeune homme étourdi
+et <i>coquet</i> qui débute dans le monde, se
+lisait déjà dans <cite>le blason des fausses amours</cite>.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -2768,11 +2729,11 @@ lisait dj dans <cite>le blason des fausses amours</cite>.</p>
</div>
<p>Villon s'est servi de <i>quoquart</i> dans la
-mme acception.</p>
+même acception.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="coucou" id="coucou">COUCOU</a>. Voici les Onomatopes quivalentes
+<p class="item"><a class="void" name="coucou" id="coucou">COUCOU</a>. Voici les Onomatopées équivalentes
que d'autres Langues me fournissent.</p>
-<p>En hbreu <i>kaath</i>, <i>kik</i>, <i>kakik</i>, <i>kakata</i>,
+<p>En hébreu <i>kaath</i>, <i>kik</i>, <i>kakik</i>, <i>kakata</i>,
<i>schaschaph</i>; en grec <i>kokkus</i>, et par corruption
<i>karkolix</i>, et <i>kakakoz</i>; en latin
<i>cuccus</i>, <i>cuculus</i>;
@@ -2783,41 +2744,41 @@ en flamand <i>kockock</i>, <i>kockuut</i>; en anglais
<i>kuckow</i>, <i>cucoo</i>; en turc <i>koukou</i>; en syriaque
<i>coco</i>; en polonais <i>kukulka</i>, <i>kukawka</i>;
en danois <i>kuk</i>, <i>gioeg kukert</i>; en
-catalan <i>cocut</i>, <i>cugul</i>; en vieux franais
+catalan <i>cocut</i>, <i>cugul</i>; en vieux français
<i>coqu</i>; en Provence <i>coux</i>, <i>cocou</i>; en Sologne
<i>coucouat</i>, pour indiquer le petit du
<i>coucou</i>.</p>
<p>Il n'y a point d'oiseau dont le nom ait
-t form aussi gnralement d'aprs son
-cri, et cela, peut-tre, parce qu'il n'y
+été formé aussi généralement d'après son
+cri, et cela, peut-être, parce qu'il n'y
en a aucun dont le cri soit plus analogue
aux modulations de la voix humaine; au
reste, il est bon de dire, une fois pour
-toutes, que si la lettre <i>C</i> prononce comme
+toutes, que si la lettre <i>C</i> prononcée comme
<i>K</i>, est l'initiale du nom d'un grand nombre
-d'oiseaux crieurs, et mme de certains
-que nous n'avons point nomms,
+d'oiseaux crieurs, et même de certains
+que nous n'avons point nommés,
parce que cette circonstance nous a paru
-trop faible pour constituer l'Onomatope;
-que si elle est la caractristique de leur
+trop faible pour constituer l'Onomatopée;
+que si elle est la caractéristique de leur
<i>cri</i>; comme dans <i>cailletage</i>, <i>caquet</i>, <i>clappement</i>,
<i>clossement</i>, <i>cluppement</i>, <i>croassement</i>;
-et que si cette observation peut s'tendre
-indistinctement toutes les Langues
+et que si cette observation peut s'étendre
+indistinctement à toutes les Langues
connues, c'est que le chant, ou
-plutt la clameur de ces animaux, est engendre
+plutôt la clameur de ces animaux, est engendrée
par le claquement de la langue
-contre le palais, qui est la plus clatante
+contre le palais, qui est la plus éclatante
de toutes les touches vocales, et que ce
claquement produit la consonne dont il
s'agit.</p>
<p class="item"><a class="void" name="courlis" id="courlis">COURLIS</a>. C'est un oiseau que nous avons
-aussi nomm <i>curly</i> et <i>turly</i> par imitation
+aussi nommé <i>curly</i> et <i>turly</i> par imitation
de son cri.</p>
<p>Ce son naturel a produit beaucoup
-d'Onomatopes, l'<i>Elorios</i> des Grecs, le
+d'Onomatopées, l'<i>Elorios</i> des Grecs, le
<i>clorius</i> des Latins, le <i>tarlino</i> de la Pouille,
le <i>caroli</i> du Milanais, le <i>curlew</i> des Anglais,
le <i>greny</i> des environs de Constance,
@@ -2826,91 +2787,91 @@ des Picards, le <i>corlui</i> des Normands, le
<i>corlu</i> des Bourguignons, le <i>corly</i> et le
<i>corlieu</i> de nos anciens Naturalistes.</p>
-<p>M. de Buffon, qui je dois cette nomenclature,
+<p>M. de Buffon, à qui je dois cette nomenclature,
y joint des observations qui
-viennent trs-bien ce sujet. Les noms
-composs des sons imitatifs de la voix,
+viennent très-bien à ce sujet. «Les noms
+composés des sons imitatifs de la voix,
du chant, des cris des animaux, sont,
dit-il, pour ainsi dire, les noms de la
Nature; ce sont aussi ceux que l'homme
-a imposs les premiers; les Langues
+a imposés les premiers; les Langues
sauvages nous offrent mille exemples
-de ces noms donns par instinct; et le
-got, qui n'est qu'un instinct plus exquis,
-les a conservs plus ou moins dans
-les idiomes des peuples polics, et surtout
+de ces noms donnés par instinct; et le
+goût, qui n'est qu'un instinct plus exquis,
+les a conservés plus ou moins dans
+les idiomes des peuples policés, et surtout
dans la Langue grecque, plus pittoresque
qu'aucune autre, puisqu'elle
-peint mme en dnommant. La courte
+peint même en dénommant. La courte
description qu'Aristote fait du <i>courlis</i>,
n'aurait pas suffi sans son nom <i>Elorios</i>,
-pour le reconnatre et le distinguer des
-autres oiseaux. Les noms franais <i>courlis</i>,
+pour le reconnaître et le distinguer des
+autres oiseaux. Les noms français <i>courlis</i>,
<i>curlis</i>, <i>turlis</i>, sont des mots imitatifs
de la voix; et dans d'autres Langues,
ceux de <i>curlew</i>, <i>caroli</i>, <i>tarlino</i>, s'y rapportent
-de mme; mais les dnominations
+de même; mais les dénominations
d'<i>arquata</i> et de <i>falcinellus</i> sont
-prises de la courbure de son bec, arqu
-en forme de faulx. Il en est de mme
-y du nom <i>Numnius</i> dont l'origine est dans
-le mot <i>Nomnie</i>, temps du croissant
-de la lune; ce nom a t appliqu au
-<i>courlis</i>, parce que son bec est -peu-prs
+prises de la courbure de son bec, arqué
+en forme de faulx. Il en est de même
+y du nom <i>Numénius</i> dont l'origine est dans
+le mot <i>Néoménie</i>, temps du croissant
+de la lune; ce nom a été appliqué au
+<i>courlis</i>, parce que son bec est à-peu-près
en forme de croissant; et les Grecs
-modernes l'ont appel <i>macritimi</i>, ou
-long nez, parce qu'il a le bec trs-long,
-relativement la grandeur de son
-corps.</p>
+modernes l'ont appelé <i>macritimi</i>, ou
+long nez, parce qu'il a le bec très-long,
+relativement à la grandeur de son
+corps».</p>
<p>On pourrait conclure de ces remarques
-qu'il y a deux espces d'Onomatopes ou
-de fictions de nom; les premires qui sont
-les Onomatopes naturelles, communes
-tous les peuples, parce qu'elles sont formes
+qu'il y a deux espèces d'Onomatopées ou
+de fictions de nom; les premières qui sont
+les Onomatopées naturelles, communes à
+tous les peuples, parce qu'elles sont formées
sur un son qui ne varie pas; les secondes,
-qui sont les Onomatopes locales,
-propres un seul idiome, parce qu'elles
-sont dtermines sur une figure ou un
+qui sont les Onomatopées locales,
+propres à un seul idiome, parce qu'elles
+sont déterminées sur une figure ou un
aspect des corps dont le signe est de convention.
Ces deux riches familles de mots
pittoresques sont la plus belle partie des
Langues.</p>
<p class="item"><a class="void" name="crachat" id="crachat">CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER</a>. Du
-bruit que fait la salive jete avec force
+bruit que fait la salive jetée avec force
hors de la bouche.</p>
-<p>Cette ide a t exprime dans les Langues
-par deux sons galement imitatifs,
+<p>Cette idée a été exprimée dans les Langues
+par deux sons également imitatifs,
quoique fort distincts, l'un de l'autre. Du
premier qui a servi de racine aux mots
dont on s'occupe dans cet article, les Bas-Bretons
ont fait <i>cranch</i> qui signifie salive,
-et suivant Court de Gbelin, <i>craing</i> qui
-signifie la mme chose, <i>craincher</i>, <i>cracheur</i>,
+et suivant Court de Gébelin, <i>craing</i> qui
+signifie la même chose, <i>craincher</i>, <i>cracheur</i>,
et <i>crancha</i>, <i>cracher</i>, mais je suis
-port croire qu'il doit ces dernires expressions
- un autre vocabulaire. Les
+porté à croire qu'il doit ces dernières expressions
+à un autre vocabulaire. Les
mots <i>excreare</i> et <i>screare</i> des Latins ont le
-mme type.</p>
+même type.</p>
<p>Du second, les Latins ont fait <i>spuere</i>,
<i>despuere</i>, <i>expuere</i>, les Italiens <i>sputare</i>, les
Allemands <i>speien</i>, et les Anglais <i>spit</i>. Le
-son radical <i>puth</i> a t souvent converti en
-interjection, pour marquer un mpris extrme,
-comme en ces mots tirs d'une
-mauvaise pice de Boursaut, intitule <cite>le
-Portrait du Peintre</cite>. C'est mal rpondre,
-<i>puth</i>, misrable critique!</p>
+son radical <i>puth</i> a été souvent converti en
+interjection, pour marquer un mépris extrême,
+comme en ces mots tirés d'une
+mauvaise pièce de Boursaut, intitulée <cite>le
+Portrait du Peintre</cite>. «C'est mal répondre,
+<i>puth</i>, misérable critique!»</p>
<p>Il est presqu'inutile de dire que nos
-mots <i>conspuer</i> et <i>pituite</i> sont forms d'aprs
-cette dernire espce de son.</p>
+mots <i>conspuer</i> et <i>pituite</i> sont formés d'après
+cette dernière espèce de son.</p>
<p><i>Cracher</i>, s'exprime en arabe par le mot
-<i>ghak</i>, et en hbreu par les mots <i>racac</i> et
-<i>iarac</i>, qui sont encore des Onomatopes.</p>
+<i>ghak</i>, et en hébreu par les mots <i>racac</i> et
+<i>iarac</i>, qui sont encore des Onomatopées.</p>
<p class="item"><a class="void" name="cran" id="cran">CRAN</a>. Incision ou entaille faite sur un corps
dur. En celtique, <i>cran</i>, en latin, <i>crena</i>.</p>
@@ -2918,38 +2879,38 @@ dur. En celtique, <i>cran</i>, en latin, <i>crena</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="craquement" id="craquement">CRAQUEMENT, CRAQUER</a>. Du bruit que
font des corps secs et durs qui se brisent.</p>
<p>Letourneur dit dans sa traduction du
-<cite>Jugement dernier</cite> d'Young: Avez-vous
+<cite>Jugement dernier</cite> d'Young: «Avez-vous
entendu ce <i>craquement</i> effroyable dont
tout le globe a retenti dans sa profondeur?
C'est le fracas de l'Olympe et de
-l'Atlas tombans. Ce passage est d'une
+l'Atlas tombans». Ce passage est d'une
belle harmonie.</p>
<p class="item">* <span class="sc">Craqueter</span> s'est dit quelquefois au sujet
-d'une matire ptillante et trs-sche qui
-clate au feu, comme le sel ordinaire et
-les feuilles des arbres rsineux. Il n'est
-point ddaigner dans ce sens. Le pote
-Thophile en a fait un mauvais usage,
+d'une matière pétillante et très-sèche qui
+éclate au feu, comme le sel ordinaire et
+les feuilles des arbres résineux. Il n'est
+point à dédaigner dans ce sens. Le poète
+Théophile en a fait un mauvais usage,
quand il a dit qu'on entendait <i>craqueter</i>
le tonnerre. Le signe est trop petit pour
-l'ide.</p>
+l'idée.</p>
<p>On ne se sert plus de <i>criquer</i> et de <i>criqueter</i>
qui se prenaient autrefois dans un
-sens analogue. Les herbes sches <i>criquent</i>,
-dit Nicod. <i>Herb arid rixantur</i>. <i>Criqueter</i>,
+sens analogue. Les herbes sèches <i>criquent</i>,
+dit Nicod. <i>Herbæ aridæ rixantur</i>. <i>Criqueter</i>,
<i>digitis concrepare.</i></p>
-<p class="item"><a class="void" name="cresselle" id="cresselle">CRESSELLE, CRECELLE, ou CRCERELLE</a>.
+<p class="item"><a class="void" name="cresselle" id="cresselle">CRESSELLE, CRECELLE, ou CRÉCERELLE</a>.
C'est un instrument de bois en
-usage dans quelques solennits, qui <i>bruit</i>
+usage dans quelques solennités, qui <i>bruit</i>
aigrement en tournant sur des crans durs
-et serrs. On a cherch par-tout l'tymologie
-de son nom, except dans le bruit
+et serrés. On a cherché par-tout l'étymologie
+de son nom, excepté dans le bruit
qu'il produit, et dont elle est certainement
-tire.</p>
-<p>Ce mot n'est point tranger la posie,
-et Boileau s'en est agrablement servi dans
+tirée.</p>
+<p>Ce mot n'est point étranger à la poésie,
+et Boileau s'en est agréablement servi dans
ces vers imitatifs du Lutrin:</p>
<div class="poem">
@@ -2960,15 +2921,15 @@ ces vers imitatifs du Lutrin:</p>
</div>
</div>
-<p class="item"><a class="void" name="crex" id="crex">CREX</a>. Cri sinistre et frquent d'un oiseau
+<p class="item"><a class="void" name="crex" id="crex">CREX</a>. Cri sinistre et fréquent d'un oiseau
qui en a pris son nom.</p>
<p class="item"><a class="void" name="cri" id="cri">CRI, CRIER</a>. Je ne prends point ces mots
comme imitatifs de la voix humaine ou
de celle des animaux, mais comme des
-Onomatopes d'un bruit purement mcanique
-qui rsulte du frottement ou du
+Onomatopées d'un bruit purement mécanique
+qui résulte du frottement ou du
brisement des corps. On se rappelle le
-superbe hmistiche du rcit de Thramne:</p>
+superbe hémistiche du récit de Théramène:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">L'essieu <i>crie</i> et se rompt.</span><br/>
@@ -2977,15 +2938,15 @@ superbe hmistiche du rcit de Thramne:</p>
</div>
<p>M. Lalanne a fait un heureux emploi
-du mme mot dans ces vers du pome intitul
+du même mot dans ces vers du poème intitulé
<cite>Les Oiseaux de la Ferme</cite>:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Qu'elle est lente leur gr, qu'ils la trouvent tardive,</span><br/>
- <span class="i0">La main qui se refuse leur ardeur captive!</span><br/>
- <span class="i0">Le doux bruit du loquet, long-temps importun,</span><br/>
- <span class="i0">Vient enfin rjouir l'essaim emprisonn.</span><br/>
+ <span class="i0">Qu'elle est lente à leur gré, qu'ils la trouvent tardive,</span><br/>
+ <span class="i0">La main qui se refuse à leur ardeur captive!</span><br/>
+ <span class="i0">Le doux bruit du loquet, long-temps importuné,</span><br/>
+ <span class="i0">Vient enfin réjouir l'essaim emprisonné.</span><br/>
<span class="i0">Un verrou reste encor, qui, trois fois indocile,</span><br/>
<span class="i0">Trois fois tourne, en <i>criant</i>, sur la porte immobile.</span><br/>
<br/>
@@ -2993,13 +2954,13 @@ du mme mot dans ces vers du pome intitul
</div>
<p class="item"><span class="sc">Criailler</span>, <span class="sc">Criaillerie</span>, <span class="sc">Criailleur</span>, sont
-faits du mme son radical que les prcdens,
-et alongs d'une syllabe trs-ouverte,
-pour peindre la continuit fatigante
+faits du même son radical que les précédens,
+et alongés d'une syllabe très-ouverte,
+pour peindre la continuité fatigante
d'un babil disputeur et hargneux.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Dlivrez-moi, Monsieur, de la <i>criaillerie</i>,</span><br/>
+ <span class="i0">Délivrez-moi, Monsieur, de la <i>criaillerie</i>,</span><br/>
<span class="i0">Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie.</span><br/>
<br/>
</div>
@@ -3007,29 +2968,29 @@ d'un babil disputeur et hargneux.</p>
<p>Notre bon Montaigne est, je crois, un
des premiers qui aient fait usage de ce
-mot. La <i>criaillerie</i>, quand elle nous est
+mot. «La <i>criaillerie</i>, quand elle nous est
ordinaire, passe en usage, et fait que
-chascun la mprise. Celle que vous employez
+chascun la méprise. Celle que vous employez
contre un serviteur pour un larcin
ne se sent point, d'autant que c'est
celle mesme qu'il vous a vu employer
cent fois contre luy, pour un verre mal
-rinc, ou pour avoir mal assis une escabelle.</p>
+rincé, ou pour avoir mal assis une escabelle».</p>
-<p class="item"><span class="sc">Criocre</span>, est le nom que les Entomologistes
-franais ont donn une famille d'insectes
-dont on trouve des espces sur le lys
+<p class="item"><span class="sc">Criocère</span>, est le nom que les Entomologistes
+français ont donné à une famille d'insectes
+dont on trouve des espèces sur le lys
et sur l'asperge, et qui est remarquable
-par la proprit qu'ont les petits animaux
+par la propriété qu'ont les petits animaux
qui la composent de produire un <i>cri</i> assez
aigu, au moyen du frottement de leur
-corselet contre l'origine des tuis.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="cric" id="cric">CRIC</a>. C'est une machine compose d'une
-roue dente ou pignon qui se meut avec
+corselet contre l'origine des étuis.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="cric" id="cric">CRIC</a>. C'est une machine composée d'une
+roue dentée ou pignon qui se meut avec
une manivelle, et qui roule en criant.</p>
-<p class="item">* <a class="void" name="crincrin" id="crincrin">CRINCRIN</a>. C'tait un instrument charg
-de grelots, dont il n'est parl que dans
-les <cite>Fcheux</cite> de Molire:</p>
+<p class="item">* <a class="void" name="crincrin" id="crincrin">CRINCRIN</a>. C'était un instrument chargé
+de grelots, dont il n'est parlé que dans
+les <cite>Fâcheux</cite> de Molière:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i6">Monsieur, ce sont des masques</span><br/>
@@ -3038,23 +2999,23 @@ les <cite>Fcheux</cite> de Molire:</p>
</div>
</div>
-<p>Mnage, qui rapporte ce terme et cette
-autorit, n'hsite pas le regarder comme
-form par Onomatope.</p>
+<p>Ménage, qui rapporte ce terme et cette
+autorité, n'hésite pas à le regarder comme
+formé par Onomatopée.</p>
<p>M. de Roujoux pense que le peuple
donne au violon le nom de <i>crincrin</i> par
allusion aux <i>crins</i> qui forment l'archet;
-il croit qu'il pourrait bien en tre de mme
-de cet instrument qu'il prsume tre celui
+il croit qu'il pourrait bien en être de même
+de cet instrument qu'il présume être celui
dont se servent encore les enfans pour
-imiter la grenouille, et qui est form d'un
-petit cylindre de carton ferm une de
-ses extrmits, et attach par un crin
-un bton autour duquel on le fait tourner
+imiter la grenouille, et qui est formé d'un
+petit cylindre de carton fermé à une de
+ses extrémités, et attaché par un crin à
+un bâton autour duquel on le fait tourner
pour produire du bruit. Le mot alors,
selon M. de Roujoux, ne serait pas une
-Onomatope, puisque l'instrument aurait
+Onomatopée, puisque l'instrument aurait
pris son nom de sa principale partie.</p>
<p class="item">* <a class="void" name="crissement" id="crissement">CRISSEMENT, CRISSER</a>. Expressions hors
@@ -3063,263 +3024,263 @@ les dents, et de tirer de leur frottement
un son aigre et <i>strident</i> qui offense
l'oreille.</p>
<p><i>Crisser</i>, selon Borel et Monnet, c'est
-faire un bruit aigu et pre, comme les
+faire un bruit aigu et âpre, comme les
roues mal ointes.</p>
<p class="item"><a class="void" name="croassement" id="croassement">CROASSEMENT, CROASSER</a>. Du cri lugubre
et discord des corbeaux.</p>
-<p>Le nom mme du corbeau drive de
-loin du mme son primitif. Du <i>korax</i> des
-Grecs qui est une Onomatope, les Latins
-ont fait <i>corvus</i>, et d'aprs eux les Espagnols
+<p>Le nom même du corbeau dérive de
+loin du même son primitif. Du <i>korax</i> des
+Grecs qui est une Onomatopée, les Latins
+ont fait <i>corvus</i>, et d'après eux les Espagnols
<i>cuervo</i>, et les Italiens <i>corvo</i>. La
-dnomination que nous avons adopte est
+dénomination que nous avons adoptée est
encore moins naturelle, quoiqu'on puisse
-remonter sans effort son tymologie;
-mais il n'y en a point de plus singulirement
+remonter sans effort à son étymologie;
+mais il n'y en a point de plus singulièrement
corrompue que celles que la Langue
-allemande et la Langue anglaise ont substitues
+allemande et la Langue anglaise ont substituées
au <i>corvus</i> des Latins, en retranchant
bizarrement de ce mot la consonne
initiale, et en faisant du reste par une
-mtamorphose capricieuse les noms insignifians
+métamorphose capricieuse les noms insignifians
de <i>rabe</i> et de <i>raven</i>.</p>
-<p>Boileau crit quelque part:</p>
+<p>Boileau écrit quelque part:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Sitt que d'Apollon un gnie inspir</span><br/>
- <span class="i0">Trouve loin du vulgaire un chemin ignor,</span><br/>
+ <span class="i0">Sitôt que d'Apollon un génie inspiré</span><br/>
+ <span class="i0">Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré,</span><br/>
<span class="i0">En cent lieux contre lui les cabales s'amassent;</span><br/>
<span class="i0">Ses rivaux obscurcis autour de lui <i>croassent</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Ce mot rauque tombe la fin du vers
-d'une manire singulire et inusite qui
-rend son effet plus nergique.</p>
+<p>Ce mot rauque tombe à la fin du vers
+d'une manière singulière et inusitée qui
+rend son effet plus énergique.</p>
<p class="item"><a class="void" name="croc" id="croc">CROC</a>. Ce mot ne fut probablement d'abord
-que le signe factice du dchirement d'un
+que le signe factice du déchirement d'un
corps saisi par un instrument aigu; et
-puis il devint par une extension trs-naturelle
+puis il devint par une extension très-naturelle
le nom de cet instrument, du
<i>croc</i> et du <i>crochet</i>.</p>
<p class="item"><span class="sc">Accrocher</span>, c'est saisir avec un <i>croc</i>, ou
fixer avec un <i>crochet</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="croquer" id="croquer">CROQUER</a>. Du bruit que fait un aliment
-sec et difficile broyer, en se rompant
+sec et difficile à broyer, en se rompant
sous la dent.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espce!</span><br/>
- <span class="i0">Est-ce un pch? Non, non, vous leur ftes, Seigneur,</span><br/>
+ <span class="i0">Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce!</span><br/>
+ <span class="i0">Est-ce un péché? Non, non, vous leur fîtes, Seigneur,</span><br/>
<span class="i6">En les <i>croquant</i>, beaucoup d'honneur.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Le mme La Fontaine a employ le mot
-de <i>croqueur</i> que notre Langue a rebut:</p>
+<p>Le même La Fontaine a employé le mot
+de <i>croqueur</i> que notre Langue a rebuté:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i4">Un vieux renard, mais des plus fins,</span><br/>
- <span class="i0">Grand <i>croqueur</i> de poulets, un jour fut pris au pige.</span><br/>
+ <span class="i0">Grand <i>croqueur</i> de poulets, un jour fut pris au piége.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p class="item"><span class="sc">Croquet</span>, nom que l'on donne une espce
-de ptisserie trs-cassante, a la mme
-origine que les mots prcdens. Ils sont
+<p class="item"><span class="sc">Croquet</span>, nom que l'on donne à une espèce
+de pâtisserie très-cassante, a la même
+origine que les mots précédens. Ils sont
les uns et les autres du style familier.</p>
<p class="item"><a class="void" name="croulement" id="croulement">CROULEMENT, CROULER</a>. Du retentissement
sourd et profond des murailles
-qui s'affaissent, qui s'branlent, et qui
+qui s'affaissent, qui s'ébranlent, et qui
tombent.</p>
-<p class="item"><span class="sc">croulement</span> et <span class="sc">s'crouler</span> qui ont un sens
+<p class="item"><span class="sc">Écroulement</span> et <span class="sc">s'Écrouler</span> qui ont un sens
moins vif, sont cependant plus en usage.</p>
-<p>Le mot <i>croulement</i> a t transport trs-nergiquement
+<p>Le mot <i>croulement</i> a été transporté très-énergiquement
par Montaigne dans le
-style figur.</p>
+style figuré.</p>
-<p>Nos m&oelig;urs sont, dit-il, extrmement
-corrompes, et penchent d'une merveilleuse
+<p>«Nos m&oelig;urs sont, dit-il, extrêmement
+corrompües, et penchent d'une merveilleuse
inclination vers l'empirement
de nos loix et usages; il y en a plusieurs
barbares et monstrueuses; toutes fois
-pour la difficult de nous mettre en
-meilleur tat, et le danger de ce <i>croulement</i>,
+pour la difficulté de nous mettre en
+meilleur état, et le danger de ce <i>croulement</i>,
si je pouvois planter une cheville
- nostre roe, et l'arrter en ce
-poinct, je le ferois de bon c&oelig;ur.</p>
+à nostre roüe, et l'arrêter en ce
+poinct, je le ferois de bon c&oelig;ur».</p>
<h3>D</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="dandin" id="dandin">DANDIN, DANDINER</a>. Pasquier drive ces
+<p class="item"><a class="void" name="dandin" id="dandin">DANDIN, DANDINER</a>. Pasquier dérive ces
mots du terme factice <i>dindan</i> qui exprime
le bruit des cloches, parce que la marche
-d'un <i>dandin</i>, d'un homme hbt, d'un
+d'un <i>dandin</i>, d'un homme hébêté, d'un
badaud qui chemine lentement et au hasard,
en ne s'occupant que de choses
-vaines et communes, reprsente assez
-bien le mouvement des cloches branles.</p>
-<p>Cette dnomination s'est retrouve souvent
-dans le style satirique, tmoins Thenot
+vaines et communes, représente assez
+bien le mouvement des cloches ébranlées.</p>
+<p>Cette dénomination s'est retrouvée souvent
+dans le style satirique, témoins Thenot
<i>Dandin</i>, Perrin <i>Dandin</i>, Georges
<i>Dandin</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="degringoler" id="degringoler">DGRINGOLER</a>. Terme bas qui est pris du
+<p class="item"><a class="void" name="degringoler" id="degringoler">DÉGRINGOLER</a>. Terme bas qui est pris du
bruit d'un corps qui roule d'une certaine
hauteur.</p>
-<p>Voltaire a dit: Si deux ou trois personnes
-ne soutenaient pas le bon got
-dans Paris, nous <i>dgringolerions</i> dans
-la barbarie.</p>
+<p>Voltaire a dit: «Si deux ou trois personnes
+ne soutenaient pas le bon goût
+dans Paris, nous <i>dégringolerions</i> dans
+la barbarie».</p>
<p class="item"><a class="void" name="drille" id="drille">DRILLE</a>. J'oserais conjecturer que ce mot
-a t fait du bruit que produisaient les
-pices d'une vieilles armure, qui, mal
-unies et agites au moindre mouvement,
+a été fait du bruit que produisaient les
+pièces d'une vieilles armure, qui, mal
+unies et agitées au moindre mouvement,
se choquaient les unes contre les autres.
-Par une de ces extensions qui sont familires
- toutes les Langues, et sur-tout
-la ntre, ce mot a signifi depuis un habit
+Par une de ces extensions qui sont familières
+à toutes les Langues, et sur-tout à
+la nôtre, ce mot a signifié depuis un habit
militaire en lambeaux, puis le soldat qui
le portait, et finalement de mauvais haillons.
-Les traces de cette gnration existent
-encore, puisqu'il est conserv sous
+Les traces de cette génération existent
+encore, puisqu'il est conservé sous
toutes ses acceptions.</p>
<p class="item">* <a class="void" name="dronos" id="dronos">DRONOS</a>. Donner <i>dronos</i> sur les doigts est
une expression fort triviale que je trouve
dans Rabelais. Le Duchat la regarde comme
-une Onomatope du bruit que rend un
+une Onomatopée du bruit que rend un
coup dur et retentissant; mais dans le
-cas o l'imagination des Lecteurs ne voudrait
-pas se prter l'explication qu'il
-plat au savant commentateur d'en donner,
+cas où l'imagination des Lecteurs ne voudrait
+pas se prêter à l'explication qu'il
+plaît au savant commentateur d'en donner,
ils sont libres de la ranger parmi
les mots sans nombre que cet Auteur a
-forms sans autre rgle que son caprice,
-vritables termes macaroniques, dans la
-construction desquels il n'a cherch qu'
-tre original et bizarre, et auxquels il
-s'est peu souci d'attacher un sens. Voil
+formés sans autre règle que son caprice,
+véritables termes macaroniques, dans la
+construction desquels il n'a cherché qu'à
+être original et bizarre, et auxquels il
+s'est peu soucié d'attacher un sens. Voilà
pourquoi un commentaire dans le genre
-de celui de M. Le Duchat, o l'on prtend
+de celui de M. Le Duchat, où l'on prétend
tout expliquer, est une des entreprises
les plus ridicules qu'on ait pu faire
sur Rabelais.</p>
-<p class="item">* <a class="void" name="drouine" id="drouine">DROUNE</a>. Ce mot, tout aussi ddaign,
+<p class="item">* <a class="void" name="drouine" id="drouine">DROUÏNE</a>. Ce mot, tout aussi dédaigné,
signifie le havresac dans lequel les chaudronniers
mettent leurs outils, dont le
choc sonore semble articuler <i>dron</i>, <i>drin</i>,
ou <i>drouin</i>.</p>
<p class="item"><span class="sc">Chaudron</span>, <span class="sc">Chaudronnier</span>, seraient donc
-des Onomatopes tires de cette racine.</p>
-<p>En anglais, un <i>drouneur</i> ou <i>chaudronnier</i>
-qui porte la <i>droune</i>, s'appelle <i>tinker</i>,
-autre Onomatope aussi tire du tintement
-des mtaux dont il est charg.</p>
+des Onomatopées tirées de cette racine.</p>
+<p>En anglais, un <i>drouïneur</i> ou <i>chaudronnier</i>
+qui porte la <i>drouïne</i>, s'appelle <i>tinker</i>,
+autre Onomatopée aussi tirée du tintement
+des métaux dont il est chargé.</p>
<h3>E</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="ebrouer" id="ebrouer">EBROUER</a>. Onomatope assez prcieuse,
-qui reprsente l'action d'un cheval ardent,
+<p class="item"><a class="void" name="ebrouer" id="ebrouer">EBROUER</a>. Onomatopée assez précieuse,
+qui représente l'action d'un cheval ardent,
soufflant avec force pour chasser
l'humeur qui l'incommode, et pour reprendre
facilement haleine.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i2"><i>Tum si qua sonum procul arma dedre,</i></span><br/>
+ <span class="i2"><i>Tum si qua sonum procul arma dedêre,</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Stare loco nescit, micat auribus, et tremit artus,</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Collectumque premens, volvit sub naribus ignem.</i></span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Il n'y aurait peut-tre rien de comparable
- cet admirable passage des <i>Gorgiques</i>,
+<p>Il n'y aurait peut-être rien de comparable
+à cet admirable passage des <i>Géorgiques</i>,
si on ne lisait pas dans Job:</p>
-<p>Est-ce vous qui avez donn au cheval
-sa force et sa beaut? Le ferez-vous bondir
+<p>«Est-ce vous qui avez donné au cheval
+sa force et sa beauté? Le ferez-vous bondir
comme la sauterelle, lui, qui du
souffle si fier de ses narines, inspire la
terreur? Il se rit de la peur; il s'agite,
-il frmit, il frappe du pied la terre, et
-l'enfonce. Ds qu'il entend le son de la
+il frémit, il frappe du pied la terre, et
+l'enfonce. Dès qu'il entend le son de la
trompette, il dit: courage! Il sent l'approche
-de l'arme, et joint ses hennissemens
-aux cris confus des soldats.</p>
+de l'armée, et joint ses hennissemens
+aux cris confus des soldats.»</p>
-<p>On reconnatra facilement dans les
-deux Potes les images dont le mot <i>brouer</i>
+<p>On reconnaîtra facilement dans les
+deux Poètes les images dont le mot <i>ébrouer</i>
est l'expression elliptique.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="eclat" id="eclat">CLAT, CLATER</a>. Du bruit d'un corps dur
+<p class="item"><a class="void" name="eclat" id="eclat">ÉCLAT, ÉCLATER</a>. Du bruit d'un corps dur
qui se divise avec violence quand on le
-crve, quand on le fend, quand on le
+crève, quand on le fend, quand on le
brise.</p>
<p>Il y a long-temps que les Glossateurs
-et les tymologistes ont reconnu que ces
-mots taient faits du son que rend le bois,
-par exemple, quand on le met en pices,
+et les Étymologistes ont reconnu que ces
+mots étaient faits du son que rend le bois,
+par exemple, quand on le met en pièces,
comme cela se remarquait au brisement
des lances dans les tournois. On lit au
-deuxime livre d'Amadis: Adonc baissrent
+deuxième livre d'Amadis: «Adonc baissèrent
leurs lances, et donnans des esperons
- leurs chevaux, coururent l'un
+à leurs chevaux, coururent l'un
contre l'autre de si grande roideur, que
-leur bois vola en <i>esclats</i>.</p>
+leur bois vola en <i>esclats</i>».</p>
<p>Les Grecs ont dit <i>klao</i> pour <i>frango</i>, et
-de l, chez les Latins, un clat de bois
-s'est quelquefois appel <i>clasma</i>. <i>Clao</i> signifiait
-en celtique une espce de ferrement,
+de là, chez les Latins, un éclat de bois
+s'est quelquefois appelé <i>clasma</i>. <i>Clao</i> signifiait
+en celtique une espèce de ferrement,
et le bruit qu'il rendait sous le
marteau.</p>
-<p>Cette racine passant au figur par catachrse
+<p>Cette racine passant au figuré par catachrèse
ou extension, a enrichi nos vocabulaires
de beaucoup de termes. Elle a
fourni aux Langues gothiques le mot <i>cla</i>
ou <i>cala</i>, <i>crier</i>, dont il est facile de suivre
-les nombreuses drivations.</p>
+les nombreuses dérivations.</p>
-<p><i>Clabaud</i>, qui est compos de ce mot et
-du latin <i>boare</i> ou <i>baubare</i>, a t pour,
-chien, et figurment pour, un parleur
+<p><i>Clabaud</i>, qui est composé de ce mot et
+du latin <i>boare</i> ou <i>baubare</i>, a été pour,
+chien, et figurément pour, un parleur
insupportable.</p>
<p><i>Clabauder</i>, est encore pris quelquefois
-en ce sens dans un style trs-bas.</p>
+en ce sens dans un style très-bas.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">Que deviendrai-je, entendant les Libraires</span><br/>
<span class="i0">Me <i>clabauder</i> et crier de concert,</span><br/>
- <span class="i0">De, Monsieur, achetez Boisrobert!</span><br/>
+ <span class="i0">Deçà, Monsieur, achetez Boisrobert!</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p><i>Clamer</i>, qui signifiait nommer haute
-voix, appeler avec <i>clat</i>, est totalement
-rejet par notre Langue, qui a cependant
-conserv tous ses composs. Il tait toutefois
-difficile remplacer en certaines occasions.</p>
+<p><i>Clamer</i>, qui signifiait nommer à haute
+voix, appeler avec <i>éclat</i>, est totalement
+rejeté par notre Langue, qui a cependant
+conservé tous ses composés. Il était toutefois
+difficile à remplacer en certaines occasions.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">C'est elle qui a tant de pris</span><br/>
- <span class="i0">Et tant est digne d'estre ame</span><br/>
- <span class="i0">Qu'el' doit estre rose <i>clame</i>.</span><br/>
+ <span class="i0">Et tant est digne d'estre amée</span><br/>
+ <span class="i0">Qu'el' doit estre rose <i>clamée</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
@@ -3332,123 +3293,123 @@ comme dans ces vers de Marot:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Tous plerins doivent faire requtes,</span><br/>
- <span class="i0">Offrandes, v&oelig;ux, prires et <i>clamours</i>.</span><br/>
+ <span class="i0">Tous pélerins doivent faire requêtes,</span><br/>
+ <span class="i0">Offrandes, v&oelig;ux, prières et <i>clamours</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Le mot <i>clisser</i>, pour, faire jaillir des
-<i>clats</i> de boue, a cess d'tre franais.</p>
+<p>Le mot <i>éclisser</i>, pour, faire jaillir des
+<i>éclats</i> de boue, a cessé d'être français.</p>
-<p class="item"><span class="sc">clabousser</span>, Onomatope mixte, compose
-d'<i>clat</i> et de <i>boue</i>, lui a t substitu.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="ecloppe" id="ecloppe">CLOPP</a>. Je crois que c'est le seul mot qui
+<p class="item"><span class="sc">Éclabousser</span>, Onomatopée mixte, composée
+d'<i>éclat</i> et de <i>boue</i>, lui a été substitué.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="ecloppe" id="ecloppe">ÉCLOPPÉ</a>. Je crois que c'est le seul mot qui
nous reste de cette racine, qu'on peut
-croire forme par imitation du bruit ingal
+croire formée par imitation du bruit inégal
et lourd de la marche d'un boiteux.</p>
<p>Rabelais a dit <i>cloper</i>; et, <i>clopiner</i> se
trouve dans des Auteurs d'un style assez
-pur. J'ai lu <i>clanpin</i> dans des mmoires de
-la fin du dix-septime sicle, o l'on dsignait
+pur. J'ai lu <i>clanpin</i> dans des mémoires de
+la fin du dix-septième siècle, où l'on désignait
ainsi le duc du Maine.</p>
<p><i>Claudicare</i>, qui signifiait boiter chez
-les Latins, n'aurait-il pas la mme origine;
-et de l n'aurait-on pas fait le nom de la
+les Latins, n'aurait-il pas la même origine;
+et de là n'aurait-on pas fait le nom de la
<i>cloche</i>, parce que son mouvement ressemble
- la marche des boiteux? Ce qu'il y
+à la marche des boiteux? Ce qu'il y
a de certain, c'est qu'on dit encore <i>clocher</i>
pour <i>boiter</i>, et qu'on appelle vulgairement
-<i>cloche</i>, une espce d'ampoule qui
-survient aux pieds d'un homme fatigu,
+<i>cloche</i>, une espèce d'ampoule qui
+survient aux pieds d'un homme fatigué,
et qui le fait <i>clocher</i>.</p>
<p class="item">* <span class="sc">Clopin, Clopant</span>, est un mot factice, construit
-par Onomatope du pas des boiteux.
+par Onomatopée du pas des boiteux.
La Fontaine s'en est servi dans la fable
du <cite>Pot de terre et du Pot de fer</cite>.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Mes gens s'en vont trois pieds</span><br/>
+ <span class="i0">Mes gens s'en vont à trois pieds</span><br/>
<span class="i0"><i>Clopin clopant</i> comme ils peuvent,</span><br/>
- <span class="i0">L'un contre l'autre jets</span><br/>
+ <span class="i0">L'un contre l'autre jetés</span><br/>
<span class="i0">Au moindre hoquet qu'ils treuvent.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p class="item"><a class="void" name="ecraser" id="ecraser">CRASER</a>. Ce mot est engendr par un son
-analogue celui qui a produit le mot <i>clater</i>,
-mais qui reprsente un brisement
-moins simultane, et c'est pour cela qu'il
-est along par la consonne roulante.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="ecraser" id="ecraser">ÉCRASER</a>. Ce mot est engendré par un son
+analogue à celui qui a produit le mot <i>éclater</i>,
+mais qui représente un brisement
+moins simultanée, et c'est pour cela qu'il
+est alongé par la consonne roulante.</p>
<p>Le cri de la craie qui se rompt et qui
-se pulvrise sous le pied, reproduit fort
+se pulvérise sous le pied, reproduit fort
distinctement cette racine.</p>
-<p>Les Chaldens ont dit <i>kras</i>, et les Grecs
+<p>Les Chaldéens ont dit <i>kéras</i>, et les Grecs
plus vivement encore <i>katatripsis</i> pour <i>obtritus</i>,
-<i>crasement</i>. Ce dernier mot n'est
-pas franais.</p>
+<i>écrasement</i>. Ce dernier mot n'est
+pas français.</p>
-<p>Si l'on veut s'assurer de la vrit de
-cette tymologie, qu'on ouvre au mot
-<i>craser</i> le dictionnaire de l'Acadmie; on
+<p>Si l'on veut s'assurer de la vérité de
+cette étymologie, qu'on ouvre au mot
+<i>écraser</i> le dictionnaire de l'Académie; on
y verra entr'autres usages de ce mot:
-<i>craser des groseilles, du verjus</i>. On <i>crase</i>
-donc des bayes sches, tendues, rcalcitrantes.
-On n'<i>craserait</i> pas des fruits tendres
-et pulpeux. D'o vient cette diffrence?
+<i>écraser des groseilles, du verjus</i>. On <i>écrase</i>
+donc des bayes sèches, tendues, récalcitrantes.
+On n'<i>écraserait</i> pas des fruits tendres
+et pulpeux. D'où vient cette différence?
Elle est l'effet du son produit par
-l'action d'<i>craser</i>, qui est pre, aigu dans
+l'action d'<i>écraser</i>, qui est âpre, aigu dans
le premier cas, mousse et presque muet
dans le second.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="ecrou" id="ecrou">CROU</a>. L'<i>crou</i> est une pice de bois ou
-de fer qui a un trou correspondant la
+<p class="item"><a class="void" name="ecrou" id="ecrou">ÉCROU</a>. L'<i>écrou</i> est une pièce de bois ou
+de fer qui a un trou correspondant à la
grosseur d'une vis qui s'y introduit, et y
-tourne avec un bruit dsagrable.</p>
-<p>L'<i>crou</i>, qui est un acte d'emprisonnement,
+tourne avec un bruit désagréable.</p>
+<p>L'<i>écrou</i>, qui est un acte d'emprisonnement,
est une figure de celui-ci.</p>
<p>La consonne roulante marque les efforts
-et le cri de la vis dans les crans presss o
-elle s'embote; et dans <i>clou</i>, qui est une
-Onomatope assez douteuse, le son est
+et le cri de la vis dans les crans pressés où
+elle s'emboîte; et dans <i>clou</i>, qui est une
+Onomatopée assez douteuse, le son est
bref et net, parce qu'on le <i>fiche</i> brusquement,
-et qu'il produit un bruit indcomposable
-et immodul.</p>
+et qu'il produit un bruit indécomposable
+et immodulé.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="egriser" id="egriser">GRISER</a>. Oter les parties brutes d'un diamant
+<p class="item"><a class="void" name="egriser" id="egriser">ÉGRISER</a>. Oter les parties brutes d'un diamant
en le frottant contre un autre.</p>
-<p>Le bruit agaant de ce frottement, semblable
- celui d'un verre que le diamant
+<p>Le bruit agaçant de ce frottement, semblable
+à celui d'un verre que le diamant
du vitrier divise, ou qu'on fait grincer en
le grattant de l'ongle, a servi de racine
- cette Onomatope.</p>
+à cette Onomatopée.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="enfler" id="enfler">ENFLER, ENFLURE</a>. Onomatopes composes
-de la prposition, et du bruit de
-l'haleine chasse avec effort.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="enfler" id="enfler">ENFLER, ENFLURE</a>. Onomatopées composées
+de la préposition, et du bruit de
+l'haleine chassée avec effort.</p>
<p><i>Enfler</i>, s'est dit d'abord pour, l'action
de emplir d'air un corps vide et flasque,
-jusqu' ce qu'il ait acquis un certain degr
-de tension; puis, <i>enfl</i>, s'est dit en gnral
+jusqu'à ce qu'il ait acquis un certain degré
+de tension; puis, <i>enflé</i>, s'est dit en général
de tous les corps qui ont une grosseur
-inusite ou accidentelle.</p>
+inusitée ou accidentelle.</p>
-<p>Les Latins disaient <i>inflare</i> qui a la mme
-racine et la mme valeur.</p>
+<p>Les Latins disaient <i>inflare</i> qui a la même
+racine et la même valeur.</p>
<p class="item"><span class="sc">Gonfler</span>, que nous avons de plus qu'eux,
-est peut-tre plus imitatif, parce qu'il est
+est peut-être plus imitatif, parce qu'il est
plus emphatique, et qu'on ne peut le
-prononcer sans une assez forte mission
+prononcer sans une assez forte émission
du souffle.</p>
<p class="item"><a class="void" name="escopette" id="escopette">ESCOPETTE, ESCOPETTERIE</a>. Du bruit
-clatant des mousquets.</p>
-<p>Ce mot a donn lieu au plus ridicule
+éclatant des mousquets.</p>
+<p>Ce mot a donné lieu au plus ridicule
des vers factices:</p>
<div class="poem">
@@ -3458,12 +3419,12 @@ des vers factices:</p>
</div>
</div>
-<p>L'escopette perce l'air avec ses <i>tuf
-taf</i>, et la coulevrine avec ses bom bom.</p>
+<p>«L'escopette perce l'air avec ses <i>tuf
+taf</i>, et la coulevrine avec ses bom bom».</p>
<p>Perse avait dit <i>sclopus</i>, pour, le son
que rend la bouche, quand on frappe sur
-les joues gonfles d'air:</p>
+les joues gonflées d'air:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -3472,138 +3433,138 @@ les joues gonfles d'air:</p>
</div>
</div>
-<p>De l le diminutif macaronique <i>schiopettus</i>
-et le franais <i>escopette</i>, qui sont
-des Onomatopes formes sur un son de
-la mme espce. C'est l'opinion de Paradin
+<p>De là le diminutif macaronique <i>schiopettus</i>
+et le français <i>escopette</i>, qui sont
+des Onomatopées formées sur un son de
+la même espèce. C'est l'opinion de Paradin
et de Polydore Virgile.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="eternuement" id="eternuement">TERNUEMENT, TERNUER</a>. L'<i>esternuement</i>,
-qui vient de la tte; tant
-sans blme, dit Montaigne, nous lui
+<p class="item"><a class="void" name="eternuement" id="eternuement">ÉTERNUEMENT, ÉTERNUER</a>. «L'<i>esternuement</i>,
+qui vient de la tête; étant
+sans blâme, dit Montaigne, nous lui
faisons un honneste accueil. Ne vous
-mocquez pas de cette subtilit; elle est
-d'Aristote.</p>
-<p>Nous disions beaucoup mieux <i>esterner</i>,
-parce que ce mot ainsi prononc conservait
+mocquez pas de cette subtilité; elle est
+d'Aristote».</p>
+<p>Nous disions beaucoup mieux <i>esternüer</i>,
+parce que ce mot ainsi prononcé conservait
le son radical dans toute sa valeur,
-et s'cartait moins des analogues qu'on lui
-connat dans d'autres Langues.</p>
+et s'écartait moins des analogues qu'on lui
+connaît dans d'autres Langues.</p>
<h3>F</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="fanfare" id="fanfare">FANFARE</a>. La plupart des instrumens vent
-sont caractriss par la lettre F, parce que
-cette consonne produite par l'mission de
-l'air chass entre les dents, est l'expression
+<p class="item"><a class="void" name="fanfare" id="fanfare">FANFARE</a>. La plupart des instrumens à vent
+sont caractérisés par la lettre F, parce que
+cette consonne produite par l'émission de
+l'air chassé entre les dents, est l'expression
du soufflement ou du sifflement. De
-l, <i>fanfare</i>, qui est un chant de trompette.</p>
+là, <i>fanfare</i>, qui est un chant de trompette.</p>
<p>Rabelais en avait fait le verbe <i>fanfarer</i>,
que je ne me souviens pas d'avoir vu
ailleurs.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="fifre" id="fifre">FIFRE</a>. La voyelle resserre entre deux lettres
-trs sifflantes, donne une ide trs-juste
+<p class="item"><a class="void" name="fifre" id="fifre">FIFRE</a>. La voyelle resserrée entre deux lettres
+très sifflantes, donne une idée très-juste
du bruit aigu de cet instrument, et la
-dsinence roulante marque son clat un
+désinence roulante marque son éclat un
peu rauque.</p>
-<p>Les Allemands l'ont nomm <i>pfeifer</i> par
-analogie l'Onomatope <i>pfeifen</i> qui signifie
-<i>siffler</i>. Cette dnomination a t
-exactement transporte dans notre Langue
+<p>Les Allemands l'ont nommé <i>pfeifer</i> par
+analogie à l'Onomatopée <i>pfeifen</i> qui signifie
+<i>siffler</i>. Cette dénomination a été
+exactement transportée dans notre Langue
et dans la plupart des autres. Nous
-avons mme dit <i>pifre</i>, comme en ce passage
+avons même dit <i>pifre</i>, comme en ce passage
de la traduction d'<i>Amadis</i> par Gabriel
-Chapuis. Plusieurs sont des <i>pifres</i>
-et autres instrumens. Et en cet autre
-de Rabelais: Puis soubdain retourne,
-et nous asseure avoir gausche descouvert
+Chapuis. «Plusieurs sont des <i>pifres</i>
+et autres instrumens». Et en cet autre
+de Rabelais: «Puis soubdain retourne,
+et nous asseure avoir à gausche descouvert
une embuscade d'andouilles
-farfelus, et du coust droict demi-lieue
-loing de l, ung gros bataillon
+farfeluës, et du cousté droict à demi-lieue
+loing de là, ung gros bataillon
d'aultres puissantes et gigantales andouilles,
le long d'une petite colline
furieusement en bataille, marchantes
-vers nous au son des vzes et piboles,
+vers nous au son des vézes et piboles,
des guogues et des vessies, des joyeulx
<i>pifres</i> et tabours, des trompettes et
-clairons.</p>
+clairons».</p>
-<p class="item"><a class="void" name="flacon" id="flacon">FLACON</a>. Du bruit de la liqueur verse hors
+<p class="item"><a class="void" name="flacon" id="flacon">FLACON</a>. Du bruit de la liqueur versée hors
du <i>flacon</i>, et qui tombe de quelque hauteur
dans un vase sonore. Il est du moins
-certain qu'on n'a dcouvert aucune autre
-tymologie raisonnable de ce mot, et que
-l'unanimit avec laquelle tant d'idiomes
+certain qu'on n'a découvert aucune autre
+étymologie raisonnable de ce mot, et que
+l'unanimité avec laquelle tant d'idiomes
l'ont admis, donne lieu de penser qu'il
-n'a pas t form au hasard. Les Espagnols
+n'a pas été formé au hasard. Les Espagnols
ont dit <i>flascon</i>, les Italiens <i>fiascone</i>,
les Allemands <i>flasche</i>, les Flamands <i>flesche</i>,
-les Polonais <i>flasha</i>, les Bohmiens
+les Polonais <i>flasha</i>, les Bohémiens
<i>flasse</i>, les Hongrois <i>palassk</i>, et les Anglais
<i>flagon</i>.</p>
<p>Une observation qui donne du poids
- cette conjecture, c'est que <i>flacquer</i> s'est
+à cette conjecture, c'est que <i>flacquer</i> s'est
dit autrefois pour, vuider son verre, en
jetant les liqueurs qu'il contient. La
-Bruyre en fournit un exemple dans ce
-passage. S'il trouve qu'on lui a donn
+Bruyère en fournit un exemple dans ce
+passage. «S'il trouve qu'on lui a donné
trop de vin, il en <i>flacque</i> plus de la
-moiti au visage de celui qui est sa
-droite, et boit le reste tranquillement.
-De l,</p>
+moitié au visage de celui qui est à sa
+droite, et boit le reste tranquillement».
+De là,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Flacque d'eau</span>, l'eau que l'on <i>flacque</i>, ou
+<p class="item"><span class="sc">Flacquée d'eau</span>, l'eau que l'on <i>flacque</i>, ou
que l'on jette contre quelque chose,</p>
<p class="item"><span class="sc">Flaque d'eau</span>, mare croupissante et de si
-peu d'tendue, qu'il semble qu'on l'ait
-<i>flacque</i> l'endroit o elle est,</p>
+peu d'étendue, qu'il semble qu'on l'ait
+<i>flacquée</i> à l'endroit où elle est,</p>
<p class="item"><span class="sc">Flasque</span>, adjectif qui s'est dit d'abord d'une
-chose amollie par l'humidit, et particulirement
-d'un linge mouill qui produit,
-quand on le soulve et qu'on le laisse
-retomber sur lui-mme, le bruit de l'eau
-qu'on <i>flacque</i> terre. Cette dernire expression
-drive secondairement du <i>flaccidus</i>
-des Latins qui a t immdiatement
+chose amollie par l'humidité, et particulièrement
+d'un linge mouillé qui produit,
+quand on le soulève et qu'on le laisse
+retomber sur lui-même, le bruit de l'eau
+qu'on <i>flacque</i> à terre. Cette dernière expression
+dérive secondairement du <i>flaccidus</i>
+des Latins qui a été immédiatement
fait du bruit naturel.</p>
<p class="item"><a class="void" name="flanquer" id="flanquer">FLANQUER</a>. Du bruit d'un coup violent,
le peuple a fait le mot factice <i>flan</i> pour
-le reprsenter, et le verbe <i>flanquer</i> pour,
-donner un coup dont le son est exprim
+le représenter, et le verbe <i>flanquer</i> pour,
+donner un coup dont le son est exprimé
par <i>flan</i>.</p>
-<p>Ces termes sont de la plus basse trivialit.</p>
+<p>Ces termes sont de la plus basse trivialité.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="fleche" id="fleche">FLCHE</a>. Mot factice form sur le son de
-la <i>flche</i> chasse de sa corde, et qui fuit
+<p class="item"><a class="void" name="fleche" id="fleche">FLÈCHE</a>. Mot factice formé sur le son de
+la <i>flèche</i> chassée de sa corde, et qui fuit
en sifflant. C'est l'opinion de Nicod, du
-temps duquel on disait encore indiffremment
-<i>flche</i>, <i>flic</i>, ou <i>flis</i>.</p>
+temps duquel on disait encore indifféremment
+<i>flèche</i>, <i>flic</i>, ou <i>flis</i>.</p>
<p>En espagnol, c'est <i>flecha</i>, en allemand
<i>pfeil</i>, en anglo-saxon <i>fla</i>.</p>
<p>Les Italiens ont aussi <i>freccia</i>, mais
-plus communment <i>satta</i>, du <i>sagitta</i> des
+plus communément <i>saëtta</i>, du <i>sagitta</i> des
Latins<a id="FNanchor_1" name="FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">1</a>, qui nous a fourni <i>sagette</i>, et
qui a du rapport avec la <i>zagaye</i> des
Maures et de quelques nomades.</p>
-<p>Le mot <i>psi</i> est une autre Onomatope
-du bruit de la <i>flche</i>, dont il reste peu
-de composs dans les Langues; mais il
-est remarquer que les Grecs en ont fait
-une de leurs lettres qu'ils ont reprsente
-hyroglyphiquement sous la figure d'une
-<i>flche</i> empenne, ou d'un trait appuy
+<p>Le mot <i>psi</i> est une autre Onomatopée
+du bruit de la <i>flèche</i>, dont il reste peu
+de composés dans les Langues; mais il
+est à remarquer que les Grecs en ont fait
+une de leurs lettres qu'ils ont représentée
+hyéroglyphiquement sous la figure d'une
+<i>flèche</i> empennée, ou d'un trait appuyé
sur son arc.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="fleur" id="fleur">FLEUR</a>. Du bruit que fait l'air aspir par
+<p class="item"><a class="void" name="fleur" id="fleur">FLEUR</a>. Du bruit que fait l'air aspiré par
l'organe qui recueille les parfums de la
<i>fleur</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Flairer</span>, en est form par mtonimie. Cette
-tymologie laisse d'autant moins de doutes,
-qu'on a dit autrefois <i>fleurer</i>. Molire
+<p class="item"><span class="sc">Flairer</span>, en est formé par métonimie. Cette
+étymologie laisse d'autant moins de doutes,
+qu'on a dit autrefois <i>fleurer</i>. Molière
s'en est servi dans ce vers d'Amphitrion:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -3612,161 +3573,161 @@ s'en est servi dans ce vers d'Amphitrion:</p>
</div>
</div>
-<p class="noindent">pour dsigner un parasite. Le nom de
-M. <i>Fleurant</i> qu'il a employ dans le <cite>Malade
-imaginaire</cite>, est tir du mme verbe,
-dans la mme construction.</p>
-<p>Cette racine est propre caractriser
-en gnral tous les termes qui figurent
-des manations douces, des formes ondoyantes,
+<p class="noindent">pour désigner un parasite. Le nom de
+M. <i>Fleurant</i> qu'il a employé dans le <cite>Malade
+imaginaire</cite>, est tiré du même verbe,
+dans la même construction.</p>
+<p>Cette racine est propre à caractériser
+en général tous les termes qui figurent
+des émanations douces, des formes ondoyantes,
des mouvemens caressans,
comme <i>flamme</i>, qui est un corps impalpable
et tenu, que le vent agite et balance;
<i>flatter</i>, qui est une action gracieuse
-au propre et au figur; <i>flchir</i>,
+au propre et au figuré; <i>fléchir</i>,
qui se dit en parlant de l'inclinaison molle
-et lgre d'un corps souple, comme les
+et légère d'un corps souple, comme les
jeunes plantes et les roseaux; et beaucoup
-d'autres expressions de la mme espce,
-sur lesquelles je ne m'arrterai pas davantage,
-et que je ne classerai point leur
-rang alphabtique, parce qu'elles me paraissent
-trop loignes de leur type.</p>
+d'autres expressions de la même espèce,
+sur lesquelles je ne m'arrêterai pas davantage,
+et que je ne classerai point à leur
+rang alphabétique, parce qu'elles me paraissent
+trop éloignées de leur type.</p>
<p class="item"><a class="void" name="flot" id="flot">FLOT</a>.</p>
<p class="item"><span class="sc">Fleuve, Flux, Fluides</span>, choses qui <i>fluent</i>.</p>
-<p>Du bruit des liquides qui s'coulent.
+<p>Du bruit des liquides qui s'écoulent.
Cette racine se retrouve dans presque
toutes les Langues.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Affluence</span>, a signifi originairement le
+<p class="item"><span class="sc">Affluence</span>, a signifié originairement le
concours des <i>flots</i>, le <i>flux</i> des grandes
-eaux, la runion de plusieurs <i>fleuves</i> qui
-<i>fluent</i> ensemble vers un mme but, et
-figurment l'action de survenir en grand
-nombre, et d'aborder dans le mme lieu;
-mais on ne le prend plus que dans sa dernire
+eaux, la réunion de plusieurs <i>fleuves</i> qui
+<i>fluent</i> ensemble vers un même but, et
+figurément l'action de survenir en grand
+nombre, et d'aborder dans le même lieu;
+mais on ne le prend plus que dans sa dernière
acception.</p>
-<p><i>Flon</i>, se disait dans le vieux langage
+<p><i>Fléon</i>, se disait dans le vieux langage
pour un petit <i>fleuve</i>, ou ruisseau.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Glorieux <i>flon</i>, glorieuse ve,</span><br/>
+ <span class="i0">Glorieux <i>fléon</i>, glorieuse êve,</span><br/>
<span class="i0">Qui lavaz ce qu'Adam et Eve</span><br/>
- <span class="i0">Ont pour leur pechi ordoy.</span><br/>
+ <span class="i0">Ont pour leur pechié ordoyé.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>Sur quoi je ferai remarquer en passant
-qu'il rsulte de cette citation qu'on a dit
-autrefois <i>ve</i> pour eau en franais, et que
+qu'il résulte de cette citation qu'on a dit
+autrefois <i>êve</i> pour eau en français, et que
ce mot <i>ev</i> signifiait, boire ou avaler, en
celtique. Voyez au mot <a href="#biberon"><i>biberon</i></a>. <i>Afon</i>,
-<i>avon</i>, dont <i>amnis</i> parat driv, reprsentait
-dans la mme Langue l'ide que
-nous attachons ce mot latin, un fleuve,
-une rivire rapide.</p>
+<i>avon</i>, dont <i>amnis</i> paraît dérivé, représentait
+dans la même Langue l'idée que
+nous attachons à ce mot latin, un fleuve,
+une rivière rapide.</p>
-<p class="item">* <span class="sc">Floflotter</span>, qui est tout--fait perdu, est
-cependant une assez heureuse Onomatope
+<p class="item">* <span class="sc">Floflotter</span>, qui est tout-à-fait perdu, est
+cependant une assez heureuse Onomatopée
du choc des flots en rumeur.</p>
-<p>Dubartas a crit <i>le floflottant Nre</i>,
-et c'est, je crois, ce qui a fait dire
-Pasquier au huitime livre de ses recherches:
-<i>Floflotter</i> est mis en usage par les
-potes de notre temps pour reprsenter
+<p>Dubartas a écrit <i>le floflottant Nérée</i>,
+et c'est, je crois, ce qui a fait dire à
+Pasquier au huitième livre de ses recherches:
+«<i>Floflotter</i> est mis en usage par les
+poètes de notre temps pour représenter
le heurt tumultuaire des <i>flots</i> d'une
-mer, ou grande rivire courrouce.</p>
+mer, ou grande rivière courroucée».</p>
<p>Je ne sais personne, au reste, qui ait
-employ ce terme depuis Pasquier, si ce
-n'est l'extravagant pote Desmarets dans
-sa comdie des <cite>Visionnaires</cite>, o il le donne
-pour pithte au <i>fleuve</i> Nre, comme
+employé ce terme depuis Pasquier, si ce
+n'est l'extravagant poète Desmarets dans
+sa comédie des <cite>Visionnaires</cite>, où il le donne
+pour épithète au <i>fleuve</i> Nérée, comme
avait fait Dubartas.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Dj de toutes parts j'entrevois les brigades</span><br/>
- <span class="i0">De ces Dieux chvre-pieds et des folles Mnades</span><br/>
- <span class="i0">Qui s'en vont clbrer le mystre orgien</span><br/>
- <span class="i0">En l'honneur immortel du pre Bromien.</span><br/>
- <span class="i0">Je vois ce cuisse-n suivi du bon Silne</span><br/>
+ <span class="i0">Déjà de toutes parts j'entrevois les brigades</span><br/>
+ <span class="i0">De ces Dieux chèvre-pieds et des folles Ménades</span><br/>
+ <span class="i0">Qui s'en vont célébrer le mystère orgien</span><br/>
+ <span class="i0">En l'honneur immortel du père Bromien.</span><br/>
+ <span class="i0">Je vois ce cuisse-né suivi du bon Silène</span><br/>
<span class="i0">Qui du gosier exhale une vineuse haleine,</span><br/>
- <span class="i0">Et son ne fuyant parmi les Mimallons</span><br/>
- <span class="i0">Qui les bras entirss courent par les vallons.</span><br/>
- <span class="i0">Mais o va cette troupe?... Elle s'est gare</span><br/>
- <span class="i0">Aux solitaires bords du <i>floflottant</i> Nre.</span><br/>
+ <span class="i0">Et son âne fuyant parmi les Mimallons</span><br/>
+ <span class="i0">Qui les bras entirsés courent par les vallons.</span><br/>
+ <span class="i0">Mais où va cette troupe?... Elle s'est égarée</span><br/>
+ <span class="i0">Aux solitaires bords du <i>floflottant</i> Nérée.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p class="item"><a class="void" name="flou" id="flou">FLOU</a>. Ce mot se dit en Peinture, et surtout
-dans la mauvaise cole, d'un tableau
+dans la mauvaise école, d'un tableau
dont le coloris est doux, tendre, et comme
-soyeux et velout. Il est donc driv du
-son molleux d'une toffe prcieuse, faiblement
-froisse avec la main. Dans le
+soyeux et velouté. Il est donc dérivé du
+son moëlleux d'une étoffe précieuse, faiblement
+froissée avec la main. Dans le
<cite>Charles I<sup>er</sup>.</cite> de Wandick, on croit entendre
le <i>flou</i> du satin.</p>
<p>Au reste, on se sert ordinairement pour
fondre les couleurs, pour les noyer, les
-dpouiller de leur scheresse, et amollir
+dépouiller de leur sécheresse, et amollir
leurs nuances, d'une petite brosse de soies
-lgres, qu'on passe dlicatement sur ce
-que le pinceau a touch, et dont on effleure
-la toile avec tant de prcaution,
-qu'il semble qu'on la caresse. Cette opration
-est accompagne d'un petit bruit
-qui est peut-tre devenu par analogie le
-nom de cette manire de peindre.</p>
-
-<p class="item"><a class="void" name="flute" id="flute">FLTE</a>. Du <i>flare</i> des Latins qui est une
-Onomatope du souffle. La douce mission
+légères, qu'on passe délicatement sur ce
+que le pinceau a touché, et dont on effleure
+la toile avec tant de précaution,
+qu'il semble qu'on la caresse. Cette opération
+est accompagnée d'un petit bruit
+qui est peut-être devenu par analogie le
+nom de cette manière de peindre.</p>
+
+<p class="item"><a class="void" name="flute" id="flute">FLÛTE</a>. Du <i>flare</i> des Latins qui est une
+Onomatopée du souffle. La douce émission
du son qui flue en quelque sorte
-par les trous de la <i>flte</i>, a dtermin le
+par les trous de la <i>flûte</i>, a déterminé le
nom de cet instrument.</p>
<p>Les Italiens ont dit <i>flauto</i>, les Espagnols
<i>flauta</i>, les Allemands <i>fl&oelig;te</i>, les Anglais
-<i>flute</i>, et les Celtes <i>flehut</i>. Cette conformit
-de dnominations, qui n'est fonde
-sur aucune autre tymologie apparente,
-vaut une dmonstration.</p>
+<i>flute</i>, et les Celtes <i>flehut</i>. Cette conformité
+de dénominations, qui n'est fondée
+sur aucune autre étymologie apparente,
+vaut une démonstration.</p>
<p>J'ajouterai que les Orientaux appellent
-une <i>flte</i>, <i>avuv</i>, et les Tatiens, <i>evuvo</i>.
+une <i>flûte</i>, <i>avuv</i>, et les Taïtiens, <i>evuvo</i>.
C'est l'aspiration de la Langue celtique <i>av</i>
ou <i>ev</i>. Remarquez aussi que le <i>v</i> se prononce
-sur la mme touche que l'<i>f</i> qui
-n'est qu'un <i>v</i> fort. Les Hbreux prononaient
+sur la même touche que l'<i>f</i> qui
+n'est qu'un <i>v</i> fort. Les Hébreux prononçaient
<i>vau</i> pour <i>f</i>; les Allemands prononcent,
au contraire, <i>faou</i> pour <i>v</i>.
-Il rsulte de l que le mot <i>avuv</i> des Orientaux,
-et le mot <i>evuvo</i> des Tatiens, ont
-la mme construction que le mot <i>fifre</i>,
-et prsentent comme lui un son vocal
-aigu resserr entre deux dentales. Ils en
-diffrent par l'intonation qui est moins
-brusque, par la dsinence qui est plus
+Il résulte de là que le mot <i>avuv</i> des Orientaux,
+et le mot <i>evuvo</i> des Taïtiens, ont
+la même construction que le mot <i>fifre</i>,
+et présentent comme lui un son vocal
+aigu resserré entre deux dentales. Ils en
+diffèrent par l'intonation qui est moins
+brusque, par la désinence qui est plus
pleine et plus harmonieuse, et par l'adoucissement
-des consonnes caractristiques.
-<i>Avuv</i> ou <i>evuvo</i> reprsentent donc trs-bien
-une <i>flte</i>, un fifre doux.</p>
+des consonnes caractéristiques.
+<i>Avuv</i> ou <i>evuvo</i> représentent donc très-bien
+une <i>flûte</i>, un fifre doux.</p>
-<p>Le <i>syrinx</i> des Grecs est aussi une Onomatope,
-mais qui tient la mlope primitive,
+<p>Le <i>syrinx</i> des Grecs est aussi une Onomatopée,
+mais qui tient à la mélopée primitive,
et au son plus aigre des simples
roseaux.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="fracas" id="fracas">FRACAS, FRACASSER</a>. D'un bruit clatant
-et prolong qui est occasionn par une
-destruction violente ou par un phnomne
+<p class="item"><a class="void" name="fracas" id="fracas">FRACAS, FRACASSER</a>. D'un bruit éclatant
+et prolongé qui est occasionné par une
+destruction violente ou par un phénomène
naturel, comme le <i>fracas</i> de la foudre
qui tombe, le <i>fracas</i> des cataractes, et
le <i>fracas</i> des volcans.</p>
-<p>Quinaut a suprieurement dit dans ces
+<p>Quinaut a supérieurement dit dans ces
vers d'une belle harmonie imitative:</p>
<div class="poem">
@@ -3778,46 +3739,46 @@ vers d'une belle harmonie imitative:</p>
</div>
<p class="item"><a class="void" name="fredon" id="fredon">FREDON, FREDONNER</a>. En chassant l'air
-de la bouche, avec un roulement press
-de la langue, et un petit frmissement
-des lvres, on produit le bruit sourd ou
+de la bouche, avec un roulement pressé
+de la langue, et un petit frémissement
+des lèvres, on produit le bruit sourd ou
le chant confus que ces mots expriment.
-Guichard a rencontr assez heureusement,
-quand il les a drivs du <i>fritinnire</i>
-des Latins, excellente Onomatope qui a
-la mme racine, et qui avait t faite
-pour reprsenter le murmure des hirondelles.</p>
+Guichard a rencontré assez heureusement,
+quand il les a dérivés du <i>fritinnire</i>
+des Latins, excellente Onomatopée qui a
+la même racine, et qui avait été faite
+pour représenter le murmure des hirondelles.</p>
<p class="item"><a class="void" name="frelon" id="frelon">FRELON</a>. Du bourdonnement des ailes de
-cet insecte, on a fait son nom franais.
+cet insecte, on a fait son nom français.
Les Latins ont dit <i>crabro</i>, et les Espagnols
-<i>tabarro</i>, qui sont d'autres Onomatopes.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="fremir" id="fremir">FRMIR, FRMISSEMENT</a>. On ne peut se
+<i>tabarro</i>, qui sont d'autres Onomatopées.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="fremir" id="fremir">FRÉMIR, FRÉMISSEMENT</a>. On ne peut se
tromper sur le son radical de ces mots,
qui se reproduit dans tant d'occasions,
soit qu'il se forme de l'agitation rapide
-des lvres dans le <i>frmissement</i> de la fivre
+des lèvres dans le <i>frémissement</i> de la fièvre
et dans celui de la peur, soit qu'il paraisse
-maner des feuillages mus, des
-herbes fouettes par le vent, des eaux
+émaner des feuillages émus, des
+herbes fouettées par le vent, des eaux
qui murmurent sur les cailloux.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Frisson</span>, <span class="sc">Frissonnement</span>, qui sont des <i>frmissemens</i>
-d'une espce particulire,</p>
+<p class="item"><span class="sc">Frisson</span>, <span class="sc">Frissonnement</span>, qui sont des <i>frémissemens</i>
+d'une espèce particulière,</p>
<p class="item"><span class="sc">Frayeur</span>, <span class="sc">Effroi</span>, sentiment qui excite le
<i>frisson</i>,</p>
<p class="item"><span class="sc">Froid</span>, sensation physique dont l'effet est le
-mme, sont autant d'expressions qui se
-rapportent cette racine, et sur lesquelles
+même, sont autant d'expressions qui se
+rapportent à cette racine, et sur lesquelles
je ne reviendrai pas ailleurs.</p>
<p class="item"><a class="void" name="fretiller" id="fretiller">FRETILLER</a>. Pour exprimer un mouvement
-trs-vif et trs-rapide, comme celui d'un
-petit poisson suspendu la ligne, et pour
-reprsenter le bruit dont il est accompagn.</p>
+très-vif et très-rapide, comme celui d'un
+petit poisson suspendu à la ligne, et pour
+représenter le bruit dont il est accompagné.</p>
<p class="item"><span class="sc">Fretin</span>, c'est le nom qu'on donne au petit
poisson qui <i>fretille</i>.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Un carpeau qui n'tait encore que <i>fretin</i>,</span><br/>
- <span class="i0">Fut pris par un pcheur au bord d'une rivire.</span><br/>
+ <span class="i0">Un carpeau qui n'était encore que <i>fretin</i>,</span><br/>
+ <span class="i0">Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
@@ -3826,328 +3787,328 @@ poisson qui <i>fretille</i>.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i4">Un rieur tait la table</span><br/>
+ <span class="i4">Un rieur était à la table</span><br/>
<span class="i2">D'un financier, et n'avait en son coin</span><br/>
- <span class="i0">Que de petits poissons; tous les gros taient loin.</span><br/>
- <span class="i0">Il prend donc les menus, puis leur parle l'oreille;</span><br/>
- <span class="i4">Et puis il feint la pareille</span><br/>
- <span class="i0">D'couter leur rponse; on demeura surpris,</span><br/>
+ <span class="i0">Que de petits poissons; tous les gros étaient loin.</span><br/>
+ <span class="i0">Il prend donc les menus, puis leur parle à l'oreille;</span><br/>
+ <span class="i4">Et puis il feint à la pareille</span><br/>
+ <span class="i0">D'écouter leur réponse; on demeura surpris,</span><br/>
<span class="i4">Cela suspendit les esprits.</span><br/>
<span class="i4">Le rieur alors d'un ton sage</span><br/>
<span class="i4">Dit qu'il craignait qu'un sien ami</span><br/>
<span class="i4">Pour les grandes Indes parti</span><br/>
- <span class="i4">N'et depuis un an fait naufrage.</span><br/>
- <span class="i0">Il s'en informait donc ce menu <i>fretin</i>;</span><br/>
- <span class="i0">Mais tous lui rpondaient qu'ils n'taient point d'un ge</span><br/>
+ <span class="i4">N'eût depuis un an fait naufrage.</span><br/>
+ <span class="i0">Il s'en informait donc à ce menu <i>fretin</i>;</span><br/>
+ <span class="i0">Mais tous lui répondaient qu'ils n'étaient point d'un âge</span><br/>
<span class="i4">A savoir, au vrai, son destin;</span><br/>
<span class="i4">Les gros en sauraient davantage.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p class="item"><a class="void" name="frire" id="frire">FRIRE</a>. Du ptillement de l'huile bouillante
+<p class="item"><a class="void" name="frire" id="frire">FRIRE</a>. Du pétillement de l'huile bouillante
quand on y plonge un corps froid pour
le faire <i>frire</i>.</p>
-<p>Cette Onomatope se retrouve dans
+<p>Cette Onomatopée se retrouve dans
toutes les Langues.</p>
<p>Observez que le grec <i>frugo, frughios</i>
(<i>torreo, torridus</i>), dont le son a tant
d'analogie avec celui sur lequel ce mot
-est form, a fourni le nom de l'<i>Afrique</i>
+est formé, a fourni le nom de l'<i>Afrique</i>
et de la <i>Phrygie</i>, pays de feu. Je dois cette
-remarque M. de Cambry, dont l'immense
-rudition a enrichi la science des
-Langues de tant d'heureuses dcouvertes.</p>
+remarque à M. de Cambry, dont l'immense
+érudition a enrichi la science des
+Langues de tant d'heureuses découvertes.</p>
<p class="item"><a class="void" name="friser" id="friser">FRISER</a>. Pour rouler les cheveux, on les
-presse avec un fer chaud qui les dessche
+presse avec un fer chaud qui les dessèche
et qui les crispe. C'est du petit bruit avec
-lequel ils se retournent sur eux-mmes,
+lequel ils se retournent sur eux-mêmes,
qu'on a fait le mot <i>friser</i>.</p>
<p><i>Friser</i> se prend aussi pour, effleurer
-un objet, pour, en passer si prs que
-le bruit du frottement se fait lgrement
+un objet, pour, en passer si près que
+le bruit du frottement se fait légèrement
entendre.</p>
<p class="item"><a class="void" name="froissement" id="froissement">FROISSEMENT, FROISSER</a>. Belles expressions
-qui reprsentent ordinairement le
-cri d'une toffe ferme que l'on presse avec
-quelque force; mais qu'on a tendues
+qui représentent ordinairement le
+cri d'une étoffe ferme que l'on presse avec
+quelque force; mais qu'on a étendues à
d'autres significations, et qui peuvent s'appliquer
-plus ou moins toutes sortes de
+plus ou moins à toutes sortes de
ruptures et de brisemens.</p>
-<p>Il est certain qu'elles ont t formes
-d'aprs le son naturel, et je n'en atteste
-que les Auteurs mme qui ont cherch
-ailleurs leur tymologie. Ils remarquent
+<p>Il est certain qu'elles ont été formées
+d'après le son naturel, et je n'en atteste
+que les Auteurs même qui ont cherché
+ailleurs leur étymologie. Ils remarquent
qu'on dit <i>froisser</i> du damas et du satin.
-On ne le dirait pas d'une toffe douce et
-lgre qui cde sans bruit sous la main.
+On ne le dirait pas d'une étoffe douce et
+légère qui cède sans bruit sous la main.
On la chiffonne, on ne la <i>froisse</i> pas.
<i>Froisser</i> est donc un mot imitatif, une
-vritable Onomatope.</p>
+véritable Onomatopée.</p>
<p>On dit vulgairement le <i>froufrou</i> d'une
-robe de satin, d'un vtement de taffetas,
+robe de satin, d'un vêtement de taffetas,
et ce mot factice est la racine de ceux-ci.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="froler" id="froler">FRLER</a>, pour, friser, effleurer un corps.</p>
-<p><i>Frler</i> une robe de taffetas, c'est la faire
-crier en passant. <i>Frlement</i>, pour reprsenter
+<p class="item"><a class="void" name="froler" id="froler">FRÔLER</a>, pour, friser, effleurer un corps.</p>
+<p><i>Frôler</i> une robe de taffetas, c'est la faire
+crier en passant. <i>Frôlement</i>, pour représenter
ce bruit, est un mot pittoresque
-et vrai, mais hasard.</p>
+et vrai, mais hasardé.</p>
<p><i>Freler</i>, qui est de cette famille, s'emploie
dans la Langue du peuple, en parlant
-d'une matire de peu de consistance,
+d'une matière de peu de consistance,
comme les cheveux et la barbe, ou le
poil, la laine et les plumes des animaux,
-qui, peine <i>frls</i> ou effleurs par le
+qui, à peine <i>frôlés</i> ou effleurés par le
feu, se retirent en rendant un son faible
-et rapide dont ce verbe parat form.</p>
+et rapide dont ce verbe paraît formé.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="fronde" id="fronde">FRONDE</a>. Une corde qui sert lancer les
-pierres avec violence, les faire dchirer
-l'air avec bruit et de manire ce qu'elles
-en tirent un frmissement long, retentissant
+<p class="item"><a class="void" name="fronde" id="fronde">FRONDE</a>. Une corde qui sert à lancer les
+pierres avec violence, à les faire déchirer
+l'air avec bruit et de manière à ce qu'elles
+en tirent un frémissement long, retentissant
et sonore, dont on peut exprimer
l'effet par le mot qui fait le sujet de cet
article.</p>
-<p>Les Grecs ont dit <i>sphendon</i>, les Latins
+<p>Les Grecs ont dit <i>sphendoné</i>, les Latins
<i>funda</i>, les Italiens <i>fromba</i>, <i>fronda</i> et
<i>frondola</i>. L'<i>e</i> muet qui termine sourdement
-cette Onomatope dans notre Langue,
-et qui figure la dsinence d'un bruit
-mourant, la rend prfrable toutes les
-autres. J'en excepte cependant l'nergique
+cette Onomatopée dans notre Langue,
+et qui figure la désinence d'un bruit
+mourant, la rend préférable à toutes les
+autres. J'en excepte cependant l'énergique
<i>sling</i> des Anglais, qui est le terme le plus
-pittoresque que l'on ait attach cette
-ide.</p>
+pittoresque que l'on ait attaché à cette
+idée.</p>
-<p>Dans le pays de Lon, <i>fromm</i> exprime
-le bruit que fait une pierre jete avec une
+<p>Dans le pays de Léon, <i>fromm</i> exprime
+le bruit que fait une pierre jetée avec une
<i>fronde</i>. <i>Fromm a-ra ar-maen</i>, la pierre
bruit. C'est le <i>rombo</i> des Italiens, et le
<i>bromos</i> des Grecs.</p>
<p class="item"><a class="void" name="frottement" id="frottement">FROTTEMENT, FROTTER</a>. Le son radical
de ces mots est propre, comme on peut
-le voir, tous les froissemens, tous les
-frmissemens de la nature; il convient
-galement pour exprimer l'action que ces
-termes figurent, et il rappelle trs-bien
-le bruit dont elle est ordinairement accompagne.</p>
+le voir, à tous les froissemens, à tous les
+frémissemens de la nature; il convient
+également pour exprimer l'action que ces
+termes figurent, et il rappelle très-bien
+le bruit dont elle est ordinairement accompagnée.</p>
<p class="item"><a class="void" name="frouer" id="frouer">FROUER</a>. Un soufflement tremblotant de
-la chouette a servi de type cette Onomatope,
+la chouette a servi de type à cette Onomatopée,
qui est d'usage parmi les chasseurs
-pour indiquer l'action de siffler
-la pipe, ce qui se fait communment en
-plaant entre les lvres une feuille ploye
-qui touffe le son, et qui le module.</p>
+pour indiquer l'action de siffler à
+la pipée, ce qui se fait communément en
+plaçant entre les lèvres une feuille ployée
+qui étouffe le son, et qui le module.</p>
<h3>G</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="galop" id="galop">GALOP, GALOPER</a>. Nicod conjecture trs-plausiblement
+<p class="item"><a class="void" name="galop" id="galop">GALOP, GALOPER</a>. Nicod conjecture très-plausiblement
que ces mots sont faits par
-Onomatope du bruit des chevaux qui
+Onomatopée du bruit des chevaux qui
<i>galopent</i>; mais je ne saurais convenir avec
lui et avec certains Etymologistes qui ont
-partag son opinion, que le mot <i>haquene</i>
-ait t immdiatement form sur une
-racine naturelle de la mme espce. Le
+partagé son opinion, que le mot <i>haquenée</i>
+ait été immédiatement formé sur une
+racine naturelle de la même espèce. Le
<i>haca</i> des Castillans, et le <i>faca</i> des Aragonais
-dont on le fait driver, descendent
+dont on le fait dériver, descendent
probablement comme lui du latin <i>equus</i>,
-qui a produit <i>equina</i>, et en vieux franais
-<i>haquet</i> et <i>haquene</i>. Coquillard a dit:</p>
+qui a produit <i>equina</i>, et en vieux français
+<i>haquet</i> et <i>haquenée</i>. Coquillard a dit:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">Sus, sus, allez vous en, jaquet,</span><br/>
<span class="i0">Et pansez le petit <i>haquet</i>,</span><br/>
- <span class="i0">Et lui faites bien sa litire.</span><br/>
+ <span class="i0">Et lui faites bien sa litière.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>C'est aussi l'opinion de Mnage.</p>
+<p>C'est aussi l'opinion de Ménage.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="gargariser" id="gargariser">GARGARISER, GARGARISME</a>. Cette Onomatope
+<p class="item"><a class="void" name="gargariser" id="gargariser">GARGARISER, GARGARISME</a>. Cette Onomatopée
est purement grecque, <i>gargarizo</i>,
-<i>gargarismos</i>. Elle est forme du bruit
-d'un remde liquide dont on se lave la
-bouche et l'entre du gosier. Les Grecs
+<i>gargarismos</i>. Elle est formée du bruit
+d'un remède liquide dont on se lave la
+bouche et l'entrée du gosier. Les Grecs
disaient aussi, dans un sens assez analogue,
<i>gargalisein</i>, et <i>gargalismos</i>, <i>titillare</i>,
<i>titillatio</i>.</p>
-<p>Elle est d'ailleurs commune la plupart
+<p>Elle est d'ailleurs commune à la plupart
des Langues. En hebreu, <i>garghera</i> signifiait
le <i>gosier</i>; il se dit <i>gargareon</i> en grec,
-et <i>gorzaillen</i> en celto-breton: la mme
-initiale caractrise encore assez universellement,
+et <i>gorzaillen</i> en celto-breton: la même
+initiale caractérise encore assez universellement,
et avec peu de modifications,
-les noms qu'on a donns cette partie,
+les noms qu'on a donnés à cette partie,
soit chez les Latins qui l'appellent <i>jugulum</i>,
soit chez les Italiens qui l'appellent
<i>golla</i>, soit chez les Allemands qui l'appellent
-<i>khle</i> ou <i>ghle</i>, soit chez les Espagnols
-qui l'ont appele <i>garganta</i>. Rabelais
+<i>khéle</i> ou <i>ghéle</i>, soit chez les Espagnols
+qui l'ont appelée <i>garganta</i>. Rabelais
n'a fait que transporter en espagnol
le nom de son <i>grandgousier</i>, pour en faire
-celui de <i>Gargantua</i>, qu'il s'amuse expliquer
+celui de <i>Gargantua</i>, qu'il s'amuse à expliquer
autrement par un quolibet. Le
-nom mme de <i>gargamelle</i> se prend pour
+nom même de <i>gargamelle</i> se prend pour
la gorge ou le gosier, dans la Langue du
-peuple, et Hauteroche l'a employ cet
+peuple, et Hauteroche l'a employé à cet
usage.</p>
-<p>On disait autrefois <i>esgargat</i> de crier,
+<p>On disait autrefois <i>esgargaté</i> de crier,
d'un homme qui avait une extinction de
voix.</p>
-<p class="item">* <a class="void" name="gargouille" id="gargouille">GARGOUILLE</a>. <i>Gargouille</i>, dit Nicod, est
+<p class="item">* <a class="void" name="gargouille" id="gargouille">GARGOUILLE</a>. «<i>Gargouille</i>, dit Nicod, est
ce petit canal de pierre ou d'autre chose,
issant en forme de couleuure ou d'autre
beste, hors d'oeuvre, au dessous des
-couuertures des glises, et tels autres
-bastimens pour jetter au loing l'eae
+couuertures des églises, et tels autres
+bastimens pour jetter au loing l'eaüe
pluviale qui en descend. Le nom est
-par Onomatope du <i>gargouillis</i>, et
-bruit que l'eae fait courant par telles
-<i>gargouilles</i>.</p>
+par Onomatopée du <i>gargouillis</i>, et
+bruit que l'eaüe fait courant par telles
+<i>gargouilles</i>».</p>
<p>Marot a pris ce mot pour grosses bouteilles
-desquelles le vin s'coule avec abondance,
- la manire de l'eau qui tombe
+desquelles le vin s'écoule avec abondance,
+à la manière de l'eau qui tombe
des gargouilles, et avec un bruit pareil:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">Semblablement le gentil Dieu Bacchus</span><br/>
- <span class="i0">M'y amena, accompagn d'andouilles,</span><br/>
+ <span class="i0">M'y amena, accompagné d'andouilles,</span><br/>
<span class="i0">De gros jambons, de verres, de <i>gargouilles</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p class="item"><a class="void" name="gazouillement" id="gazouillement">GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER</a>. Ces
-mots sont tirs du chant des oiseaux, dont
+mots sont tirés du chant des oiseaux, dont
ils expriment assez bien l'harmonieux babillage,
qui est le <i>susurrus</i>, le <i>garritus</i>, le
-<i>lene murmur</i> des Latins. Mais employs
-jusqu' satit par nos Potes pastoraux,
-et cousus depuis deux sicles, aux plus
-misrables bouts-rims de la Langue, ils
+<i>lene murmur</i> des Latins. Mais employés
+jusqu'à satiété par nos Poètes pastoraux,
+et cousus depuis deux siècles, aux plus
+misérables bouts-rimés de la Langue, ils
ont perdu toute leur grace et toute leur
-fracheur, et sont tombs dans la classe
+fraîcheur, et sont tombés dans la classe
des lieux communs les plus fastidieux. Il
y a certaines de ces expressions et de ces
-tournures qui, inventes d'abord par une
-riche imagination, et prostitues depuis
- tous les usages, sont devenues aussi
-fades et aussi importantes qu'elles taient
-autrefois vives et ingnieuses<a id="FNanchor_2" name="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class="fnanchor">2</a>. Avanons
-une ide vraie qui n'a que l'apparence
-d'un paradoxe. Un mchant crivain porte
-plus de dommage la Langue dans laquelle
-il crit que le plus beau gnie ne
+tournures qui, inventées d'abord par une
+riche imagination, et prostituées depuis
+à tous les usages, sont devenues aussi
+fades et aussi importantes qu'elles étaient
+autrefois vives et ingénieuses<a id="FNanchor_2" name="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class="fnanchor">2</a>. Avançons
+une idée vraie qui n'a que l'apparence
+d'un paradoxe. Un méchant écrivain porte
+plus de dommage à la Langue dans laquelle
+il écrit que le plus beau génie ne
lui fait d'honneur. C'est la harpie qui
souille tout ce qu'elle touche, et dans ses
-mains tout se fane et se dcolore.</p>
+mains tout se fane et se décolore.</p>
<p class="item"><a class="void" name="geai" id="geai">GEAI</a>. En grec, <i>karakaxa</i>, en Latin ancien
-<i>garrulus</i>, et de l <i>garrire</i>, en latin barbare
+<i>garrulus</i>, et de là <i>garrire</i>, en latin barbare
<i>gaius</i>, en espagnol <i>gayo</i>, <i>cayo</i>, en
catalan <i>gaitg</i>, <i>gralla</i>, en italien <i>ghiandaja</i>,
en allemand <i>jack</i>, en polonais
-<i>soika</i>, en sudois <i>not-skrika</i>, en anglais
-<i>jay, ia, ia</i>, en franais dans diffrens
-lieux et dans diffrens temps <i>jay</i>, <i>gay</i>,
+<i>soika</i>, en suédois <i>not-skrika</i>, en anglais
+<i>jay, ia, ia</i>, en français dans différens
+lieux et dans différens temps <i>jay</i>, <i>gay</i>,
<i>jayon</i>, <i>gayon</i>, <i>jaques</i>, <i>jaquot</i>, <i>jacuta</i>,
<i>girard</i>, <i>richard</i>, <i>gautereau</i>.</p>
-<p>Leur cri ordinaire est trs-dsagrable,
+<p>«Leur cri ordinaire est très-désagréable,
dit M. de Buffon, et ils le font entendre
souvent. Ils ont aussi de la disposition
- contrefaire celui de plusieurs
+à contrefaire celui de plusieurs
oiseaux qui ne chantent pas mieux, tels
que la cresserelle et le chat-huant. S'ils
-aperoivent dans le bois un renard ou
+aperçoivent dans le bois un renard ou
quelqu'autre animal de rapine, ils jettent
-un certain cri trs-perant, comme
+un certain cri très-perçant, comme
pour s'appeler les uns les autres, et on
-les voit en peu de temps rassembls en
-force, et se croyant en tat d'en imposer
+les voit en peu de temps rassemblés en
+force, et se croyant en état d'en imposer
par le nombre, ou du moins par
le bruit. Cet instinct qu'ont les <i>geais</i>
-de se rappeler, de se runir la voix
+de se rappeler, de se réunir à la voix
de l'un d'eux, et leur violente antipathie
contre la chouette, offrent plus d'un
-moyen pour les attirer dans les piges,
-et il ne se passe gures de pipe sans
-qu'on en prenne plusieurs; car tant
-plus ptulans que la pie, il s'en faut
-bien qu'ils soient aussi dfians et aussi
-russ. Ils n'ont pas non plus le cri naturel
-si vari, quoiqu'ils paraissent n'avoir
-pas moins de flexibilit dans le
-gosier, ni moins de disposition imiter
+moyen pour les attirer dans les piéges,
+et il ne se passe guères de pipée sans
+qu'on en prenne plusieurs; car étant
+plus pétulans que la pie, il s'en faut
+bien qu'ils soient aussi défians et aussi
+rusés. Ils n'ont pas non plus le cri naturel
+si varié, quoiqu'ils paraissent n'avoir
+pas moins de flexibilité dans le
+gosier, ni moins de disposition à imiter
tous les sons, tous les bruits, tous
les cris d'animaux qu'ils entendent habituellement,
-et mme la parole humaine.
+et même la parole humaine.
Le mot <i>richard</i> est celui, dit-on,
-qu'ils articulent le plus facilement.</p>
+qu'ils articulent le plus facilement».</p>
<p>Ce mot se retrouve parmi les nombreuses
-Onomatopes dont le cri du <i>geai</i>
-fournit la racine, et de la varit desquelles
+Onomatopées dont le cri du <i>geai</i>
+fournit la racine, et de la variété desquelles
l'instinct imitatif de cet animal
nous donne le motif.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="glapir" id="glapir">GLAPIR, GLAPISSEMENT</a>. Mots forms d'un
-bruit aigu, perant, comme les aigres
-clats de la voix d'un animal qui n'est
+<p class="item"><a class="void" name="glapir" id="glapir">GLAPIR, GLAPISSEMENT</a>. Mots formés d'un
+bruit aigu, perçant, comme les aigres
+éclats de la voix d'un animal qui n'est
pas adulte, ou le fausset d'une voix discordante
et d'un mauvais instrument. En
-grec <i>klagg</i>, et de l <i>clangor</i>.</p>
-<p><i>Glatir</i> et <i>Glatissement</i>, ont signifi la
-mme chose. En Picardie, <i>glay</i> se dit pour
+grec <i>klaggé</i>, et de là <i>clangor</i>.</p>
+<p><i>Glatir</i> et <i>Glatissement</i>, ont signifié la
+même chose. En Picardie, <i>glay</i> se dit pour
un grand bruit ou pour un grand concours
de voix.</p>
<p class="item"><span class="sc">Glas</span> ou <span class="sc">Glais</span>, c'est le tintement <i>glapissant</i>
d'une cloche qu'on sonne pour un
-Ecclsiastique qui vient de mourir.</p>
+Ecclésiastique qui vient de mourir.</p>
<p class="item"><a class="void" name="glisser" id="glisser">GLISSER</a>. Du bruit d'un corps qui parcourt
rapidement la surface d'un corps <i>glissant</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Glace</span>, est un mot form du mme son naturel,
+<p class="item"><span class="sc">Glace</span>, est un mot formé du même son naturel,
parce que la glace offre une surface
unie, lisse et <i>glissante</i>. En breton
<i>clezr</i>, la <i>glace</i>, et <i>clezra</i>, <i>glacer</i>, dont
-<i>glisser</i> peut bien tre fait.</p>
-<p class="item">* <a class="void" name="glouglotter" id="glouglotter">GLOUGLOTTER</a>. On a invent ce mot
+<i>glisser</i> peut bien être fait.</p>
+<p class="item">* <a class="void" name="glouglotter" id="glouglotter">GLOUGLOTTER</a>. On a inventé ce mot
pour exprimer le chant du coq d'Inde,
-et cette innovation parat d'autant plus
+et cette innovation paraît d'autant plus
naturelle, que les Langues anciennes ne
-pouvaient fournir de terme qui prsentt
-la mme ide. Je ne vois pas cependant
-qu'il ait t mis en usage par aucun Ecrivain
-considr.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="glouglou" id="glouglou">GLOUGLOU</a>. Mot factice qui se tolre aisment
+pouvaient fournir de terme qui présentât
+la même idée. Je ne vois pas cependant
+qu'il ait été mis en usage par aucun Ecrivain
+considéré.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="glouglou" id="glouglou">GLOUGLOU</a>. Mot factice qui se tolère aisément
dans une chanson bachique, et qui
-imite merveille le bruit d'une liqueur
-qui s'coule par un canal troit.</p>
-<p>Madame Deshoulires a dit en parlant
+imite à merveille le bruit d'une liqueur
+qui s'écoule par un canal étroit.</p>
+<p>Madame Deshoulières a dit en parlant
du vin:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">C'est un secours contre plus d'un tourment,</span><br/>
- <span class="i0">Il n'en est point qui ne cde aisment</span><br/>
+ <span class="i0">Il n'en est point qui ne cède aisément</span><br/>
<span class="i0">Au doux <i>glouglou</i> que fait une bouteille.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>On se rappelle le couplet de Sganarelle
-dans <cite>le Mdecin malgr lui</cite>:</p>
+dans <cite>le Médecin malgré lui</cite>:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -4156,7 +4117,7 @@ dans <cite>le Mdecin malgr lui</cite>:</p>
<span class="i4">Qu'ils sont doux</span><br/>
<span class="i4">Vos petits <i>glougloux</i>.</span><br/>
<span class="i0">Mais mon sort ferait bien des jaloux,</span><br/>
- <span class="i1">Si vous tiez toujours remplie!</span><br/>
+ <span class="i1">Si vous étiez toujours remplie!</span><br/>
<span class="i2">Ah bouteille ma mie,</span><br/>
<span class="i2">Pourquoi, vous videz-vous?</span><br/>
<br/>
@@ -4167,62 +4128,62 @@ dans <cite>le Mdecin malgr lui</cite>:</p>
la petite bouteille qui fait <i>glouglou</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="glouton" id="glouton">GLOUTON, GLOUTONNERIE</a>. Un signe
-presque certain que tel mot est tir d'un
+presque certain que tel mot est tiré d'un
son naturel, c'est sa reproduction dans
un grand nombre de Langues. Ainsi, <i>glouton</i>
-qui s'est dit <i>glous</i> en vieux franais,
+qui s'est dit <i>glous</i> en vieux français,
s'est dit <i>glwth</i> en celtique, <i>glout</i> et <i>gloiet</i>
-en breton, <i>gluto</i> dans la basse latinit,
+en breton, <i>gluto</i> dans la basse latinité,
<i>ghiottone</i> en italien, et <i>gluttonous</i> en
anglais.</p>
-<p>Ces Onomatopes sont formes d'aprs
+<p>Ces Onomatopées sont formées d'après
le bruit que font les alimens, avidement
-<i>engloutis</i> par un homme affam, et de l</p>
+<i>engloutis</i> par un homme affamé, et de là</p>
<p class="item"><span class="sc">Engloutir</span>, qui est d'une acception plus
-noble et plus tendue.</p>
+noble et plus étendue.</p>
<p class="item"><a class="void" name="goret" id="goret">GORET</a>. C'est un nom du cochon, fait de
son grognement. <i>Gronder</i>, se dit <i>gorren</i>
en Langue flamande.</p>
-<p>Le cochon s'est d'ailleurs appel en grec
-<i>khoros</i>, en georgien <i>gorri</i>, en latin <i>gorretus</i>,
+<p>Le cochon s'est d'ailleurs appelé en grec
+<i>khoïros</i>, en georgien <i>gorri</i>, en latin <i>gorretus</i>,
en italien <i>verro</i>. Sur ce dernier mot
et sur notre mot <i>veyrat</i>, on se rappellera
que l'initiale <i>g</i> s'est souvent confondue
avec le <i>v</i> dans les Langues, et que cette
-diffrence ne peut constater deux espces
-d'tymologie.</p>
+différence ne peut constater deux espèces
+d'étymologie.</p>
-<p>En vieux franais, la truie se nommait
-<i>gorrire</i>.</p>
+<p>En vieux français, la truie se nommait
+<i>gorrière</i>.</p>
-<p>L'auteur du Monde primitif prtend que
+<p>L'auteur du Monde primitif prétend que
du cri du cochon, animal naturellement
bruyant, les Celtes avaient fait <i>gawri</i>,
qui se prenait pour <i>clamare</i>. Je ne sais
comment il a pu tomber dans cette erreur,
- moins qu'il n'y ait t induit par
+à moins qu'il n'y ait été induit par
une faute d'impression ou une mauvaise
-criture, et qu'il n'ait cru lire <i>gawri</i> dans
+écriture, et qu'il n'ait cru lire <i>gawri</i> dans
le mot <i>garmi</i> ou <i>sgarmi</i>, dont c'est en effet
-le sens, et dont <i>garrire</i> parat driver. Les
-<i>gawris</i> ou <i>gawrics</i> taient dans la religion
-des Celtes des esprits follets, des espces
+le sens, et dont <i>garrire</i> paraît dériver. Les
+<i>gawris</i> ou <i>gawrics</i> étaient dans la religion
+des Celtes des esprits follets, des espèces
de <i>Dusii</i> qui dansaient autour des monumens.
-Ce mot est form de <i>gawr</i>, gant,
-et du diminutif <i>ic</i><a id="FNanchor_3" name="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">3</a>. Cela est fort tranger
- l'ide que nous attachons au mot
+Ce mot est formé de <i>gawr</i>, géant,
+et du diminutif <i>ic</i><a id="FNanchor_3" name="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">3</a>. Cela est fort étranger
+à l'idée que nous attachons au mot
<i>goret</i>.</p>
<p>Le terme celtique qui signifie <i>cochon</i>,
-est une Onomatope prise de son grognement,
+est une Onomatopée prise de son grognement,
<i>oc'h</i>, ou bien <i>ouc'h</i>, en observant
-que le <i>c'h</i> est aspir, et se prononce d'une
-manire gutturale. Et de l, <i>coc'h</i>, <i>stercus</i>,
-dont le mot franais <i>cochon</i> est incontestablement
-tir.</p>
+que le <i>c'h</i> est aspiré, et se prononce d'une
+manière gutturale. Et de là, <i>coc'h</i>, <i>stercus</i>,
+dont le mot français <i>cochon</i> est incontestablement
+tiré.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="goulot" id="goulot">GOULOT</a>. Du <i>glouglou</i> de la bouteille, c'est--dire,
+<p class="item"><a class="void" name="goulot" id="goulot">GOULOT</a>. Du <i>glouglou</i> de la bouteille, c'est-à-dire,
du bruit que fait le vin en traversant
son <i>goulot</i>, on a fait ce dernier
mot qui est fort peu en usage.</p>
@@ -4234,139 +4195,139 @@ description des meubles d'une courtisane;</p>
<span class="i0">Du blanc, un peu de rouge, un chiffon de rabat,</span><br/>
<span class="i0">Un balet, pour brusler en allant au sabat,</span><br/>
<span class="i0">Une vieille lanterne, un tabouret de paille</span><br/>
- <span class="i0">Qui s'toit sur trois pieds sauv de la bataille,</span><br/>
- <span class="i0">Un barril dfonc, deux bouteilles sur cu</span><br/>
+ <span class="i0">Qui s'étoit sur trois pieds sauvé de la bataille,</span><br/>
+ <span class="i0">Un barril défoncé, deux bouteilles sur cu</span><br/>
<span class="i0">Qui disoyent sans <i>goulet</i>: nous avons trop vescu.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>La bouteille s'appelle en hbreu <i>bacbuc</i>,
-qui est une autre Onomatope du bruit
-qu'elle fait quand on la vide. C'est de l
-que la prtresse de la dive bouteille a pris
+<p>La bouteille s'appelle en hébreu <i>bacbuc</i>,
+qui est une autre Onomatopée du bruit
+qu'elle fait quand on la vide. C'est de là
+que la prêtresse de la dive bouteille a pris
son nom dans Rabelais.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="goutte" id="goutte">GOUTTE</a>. Ce mot est form du son naturel,
+<p class="item"><a class="void" name="goutte" id="goutte">GOUTTE</a>. Ce mot est formé du son naturel,
du bruit que produit un liquide qui
-tombe <i>goutte</i> <i>goutte</i>.</p>
+tombe <i>goutte</i> à <i>goutte</i>.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">L'eau qui tombe <i>goutte</i> <i>goutte</i></span><br/>
+ <span class="i0">L'eau qui tombe <i>goutte</i> à <i>goutte</i></span><br/>
<span class="i0">Perce le plus dur rocher.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p class="item"><a class="void" name="graillement" id="graillement">GRAILLEMENT, GRAILLER</a>. <i>Graillement</i>
-se dit du son d'un cor us, rompu, enrou,
+se dit du son d'un cor usé, rompu, enroué,
dont on se sert pour rappeler les
-chiens. C'est une nuance de <i>rlement</i>, ou
-plutt, c'est <i>rlement</i> dont on a mouill
-l'<i>l</i>, et qu'on a prcd d'un son guttural
+chiens. C'est une nuance de <i>râlement</i>, ou
+plutôt, c'est <i>râlement</i> dont on a mouillé
+l'<i>l</i>, et qu'on a précédé d'un son guttural
et <i>criard</i>, pour exprimer l'aigreur de l'airain
-fl.</p>
+fêlé.</p>
<p class="item"><a class="void" name="gratter" id="gratter">GRATTER</a>. Du bruit des griffes ou des ongles
contre les corps dont ils attaquent
la superficie. <i>Egratigner</i> en est le diminutif.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="grele" id="grele">GRLE, GRLER</a>. Un bruit sec, un peu
+<p class="item"><a class="void" name="grele" id="grele">GRÊLE, GRÊLER</a>. Un bruit sec, un peu
aigre, un peu retentissant qui accompagne
-la chute de la <i>grle</i>, a dtermin son
+la chute de la <i>grêle</i>, a déterminé son
nom. Il faudrait pour en douter n'avoir
-jamais entendu la <i>grle</i> frapper le verre
-en glissant, ou rouler sur l'ardoise qui rsonne,
+jamais entendu la <i>grêle</i> frapper le verre
+en glissant, ou rouler sur l'ardoise qui résonne,
en la faisant rebondir.</p>
<p>En latin, c'est <i>grando</i>, <i>grandine</i> en italien,
<i>granizo</i> en espagnol, <i>grizill</i> en celtique,
-o de la racine <i>grill</i> se forment,
-en gnral, les noms des choses bruyantes.</p>
+où de la racine <i>grill</i> se forment,
+en général, les noms des choses bruyantes.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Gresil</span>, qui se dit d'une petite <i>grle</i>, fort
-menue et fort dure, est immdiatement
-tir de ce dernier mot.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="grelot" id="grelot">GRELOT</a>. Petite boule creuse en mtal o
+<p class="item"><span class="sc">Gresil</span>, qui se dit d'une petite <i>grêle</i>, fort
+menue et fort dure, est immédiatement
+tiré de ce dernier mot.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="grelot" id="grelot">GRELOT</a>. Petite boule creuse en métal où
l'on enferme quelques corps durs, et qui
fait l'office de sonnette quand on l'agite.</p>
<p>C'est le <i>crotalum</i> des Latins, mais ce
n'en est point une contraction, comme
on l'a dit. <i>Grelot</i> est un mot factice de
-la mme construction et de la mme racine
+la même construction et de la même racine
que le <i>Drelin</i> du <cite>Malade imaginaire</cite>.</p>
<p class="item"><span class="sc">Grelotter</span>, qui est l'action de heurter les
-dents quand on prouve un grand froid,
-en a t trivialement form, parce que
+dents quand on éprouve un grand froid,
+en a été trivialement formé, parce que
ce choc imite celui des petits corps que
contient le <i>grelot</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="grenouille" id="grenouille">GRENOUILLE</a>. Du rlement dsagrable et
-prolong de cet ovipare, les Latins ont
-fait <i>rana</i>, <i>ranula</i>, et mme <i>ranunculus</i>,
-qui est employ par Cicron. Ces mots
+<p class="item"><a class="void" name="grenouille" id="grenouille">GRENOUILLE</a>. Du râlement désagréable et
+prolongé de cet ovipare, les Latins ont
+fait <i>rana</i>, <i>ranula</i>, et même <i>ranunculus</i>,
+qui est employé par Cicéron. Ces mots
sont devenus le type de la plupart de ses
noms modernes, et entr'autres de celui
-que nous avons adopt, quoiqu'il en paraisse
-d'abord plus loign qu'aucun autre.
-Le <i>batracos</i> des Grecs a eu moins de drivs.</p>
+que nous avons adopté, quoiqu'il en paraisse
+d'abord plus éloigné qu'aucun autre.
+Le <i>batracos</i> des Grecs a eu moins de dérivés.</p>
<p>Il ne faut pas omettre que dans quelques-unes
de nos provinces les mots <i>rane</i>,
<i>raine</i> et <i>rainette</i> se prennent populairement
pour <i>grenouille</i>. Or, si l'on pouvait
-douter que <i>rana</i> ft form par le procd
+douter que <i>rana</i> fût formé par le procédé
imitatif, j'ajouterais une remarque qui
-me parat dmonstrative; c'est que dans
-ces mmes provinces o <i>rainette</i> signifie
+me paraît démonstrative; c'est que dans
+ces mêmes provinces où <i>rainette</i> signifie
<i>grenouille</i>, ce mot a un homonyme aussi
-tranger que lui notre Langue, et qui
+étranger que lui à notre Langue, et qui
se dit de l'instrument qu'on appelle plus
-rgulirement <i>cresselle</i>. Entre l'une et
+régulièrement <i>cresselle</i>. Entre l'une et
l'autre de ces expressions, et les bruits
-dont elles sont tires, la conformit est
+dont elles sont tirées, la conformité est
si frappante, que je ne crois pas qu'il y
-ait une identit d'tymologie plus claire
+ait une identité d'étymologie plus claire
et plus authentique.</p>
<p class="item"><a class="void" name="gresillement" id="gresillement">GRESILLEMENT, GRESILLER</a>. On entend
-par <i>gresillement</i> le ptillement d'un reste
+par <i>gresillement</i> le pétillement d'un reste
de parties grasses, qui se trouvent dans
-la peau, le vlin, le parchemin que l'on
-brle, et le froncement, le racornissement
+la peau, le vélin, le parchemin que l'on
+brûle, et le froncement, le racornissement
un peu bruyans qui l'accompagnent. Ces
mots me paraissent trop bas pour devoir
-tre employs sans ncessit.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="griffe" id="griffe">GRIFFE</a>. De <i>griffe</i>, qui est pris de l'raillement
+être employés sans nécessité.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="griffe" id="griffe">GRIFFE</a>. De <i>griffe</i>, qui est pris de l'éraillement
d'un corps plus ou moins solide,
-et particulirement d'une toffe sous les
-ongles pointus et recourbs d'un animal,
-on a compos,</p>
+et particulièrement d'une étoffe sous les
+ongles pointus et recourbés d'un animal,
+on a composé,</p>
<p class="item"><span class="sc">Agriffer</span> saisir quelque chose avec les
<i>griffes</i>,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Griffer</span>, dchirer d'un coup de <i>griffe</i>,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Griffade</span>, blessure que les oiseaux ongls
+<p class="item"><span class="sc">Griffer</span>, déchirer d'un coup de <i>griffe</i>,</p>
+<p class="item"><span class="sc">Griffade</span>, blessure que les oiseaux onglés
font avec leurs serres,</p>
<p class="item"><span class="sc">Griffon</span>, oiseau de proie fabuleux,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Griffonner</span>, crire mal, dessiner grossirement,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Griffonnage</span>, criture incorrecte et illisible,</p>
-<p class="item">* <span class="sc">Griffonnement</span>, terme qui n'est point franais,
+<p class="item"><span class="sc">Griffonner</span>, écrire mal, dessiner grossièrement,</p>
+<p class="item"><span class="sc">Griffonnage</span>, écriture incorrecte et illisible,</p>
+<p class="item">* <span class="sc">Griffonnement</span>, terme qui n'est point français,
mais qui est d'usage parmi les Artistes,
-pour signifier une esquisse la
-plume, ou mme un genre de gravure
-mis en rputation par Rembrandt et Romain
+pour signifier une esquisse à la
+plume, ou même un genre de gravure
+mis en réputation par Rembrandt et Romain
Dehooge, et dont les traits confus
et bizarres, mais chauds et hardis, ont
-l'air d'tre forms coups de <i>griffes</i>,</p>
+l'air d'être formés à coups de <i>griffes</i>,</p>
<p class="item"><span class="sc">Griffe</span>, outil de serrurier ou de tourneur,
-qui a la forme d'une <i>griffe</i>, ou plutt qui
+qui a la forme d'une <i>griffe</i>, ou plutôt qui
en a l'usage.</p>
-<p>Cette Onomatope est commune beaucoup
+<p>Cette Onomatopée est commune à beaucoup
de Langues. On lit ce portrait de
-Cerbre au sixime chant de l'Enfer du
+Cerbère au sixième chant de l'Enfer du
Dante:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0"><i>Cerbero, fiera, crudele e diversa,</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Con tre gole caninamente latra</i></span><br/>
- <span class="i0"><i>Sovra la gente, che quivi sommersa.</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Sovra la gente, che quivi è sommersa.</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Gli occhi a vermigli, e la barba unta, e atra,</i></span><br/>
<span class="i0"><i>El ventre largo, e unghiate le mani.</i></span><br/>
<span class="i0"><i><em>Graffia</em> gli spirti, gli scuoja, ed isquatra.</i></span><br/>
@@ -4376,12 +4337,12 @@ Dante:</p>
<p class="item"><a class="void" name="grignoter" id="grignoter">GRIGNOTER</a>. Ce mot se dit bassement de
l'action de ronger lentement et avec quelque
-effort un aliment dur. De l,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Grignon</span>, morceau de pain sec et trs-cuit,
+effort un aliment dur. De là,</p>
+<p class="item"><span class="sc">Grignon</span>, morceau de pain sec et très-cuit,
qui crie sous la dent.</p>
<p>Il est rare de voir employer <i>grignoter</i>
- propos de mets doux et pulpeux, comme
-dans cet exemple qui est tir de M. de
+à propos de mets doux et pulpeux, comme
+dans cet exemple qui est tiré de M. de
Parny:</p>
<div class="poem">
@@ -4389,7 +4350,7 @@ Parny:</p>
<span class="i0">Une source dans ton verger</span><br/>
<span class="i0">Jaillit avec un doux murmure,</span><br/>
<span class="i0">Et son eau bienfaisante et pure</span><br/>
- <span class="i0">Te dsaltre sans danger.</span><br/>
+ <span class="i0">Te désaltère sans danger.</span><br/>
<span class="i0">La faim te presse et te fatigue?</span><br/>
<span class="i0">De ton figuier mange le fruit,</span><br/>
<span class="i0">Et ne va pas durant la nuit</span><br/>
@@ -4399,104 +4360,104 @@ Parny:</p>
</div>
<p>Cet exemple pourrait prouver aussi que
-le talent a le privilge de tout ennoblir,
+le talent a le privilége de tout ennoblir,
mais je ne crois pas que personne se hasarde
- en renouveler l'essai sur cette expression,
-assez justement ddaigne.</p>
+à en renouveler l'essai sur cette expression,
+assez justement dédaignée.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Gruger</span>, qui se prend dans le mme sens,
+<p class="item"><span class="sc">Gruger</span>, qui se prend dans le même sens,
en est un augmentatif.</p>
<p class="item"><a class="void" name="grillon" id="grillon">GRILLON</a>. Du petit tintement argentin qui
-caractrise cet insecte, et que les Entomologistes
+caractérise cet insecte, et que les Entomologistes
croient provenir de deux membranes,
tendues en forme de tymbales,
qu'il frappe vivement et presque sans
-relche.</p>
-<p>Le <i>grillon</i> s'est nomm <i>grillos</i> en grec,
+relâche.</p>
+<p>Le <i>grillon</i> s'est nommé <i>grillos</i> en grec,
<i>grillus</i> en latin, en espagnol et en italien
<i>grillo</i>, en allemand <i>grille</i>, et en anglais
<i>criket</i>.</p>
-<p>Les Mthodistes franais ont transport
-ce dernier nom imitatif une autre espce
-de coloptres qui a beaucoup de
+<p>Les Méthodistes français ont transporté
+ce dernier nom imitatif à une autre espèce
+de coléoptères qui a beaucoup de
rapports avec la sauterelle, mais qui ne
se fait remarquer par aucun bruit naturel
-que cette Onomatope puisse dsigner.</p>
+que cette Onomatopée puisse désigner.</p>
<p class="item"><a class="void" name="grincement" id="grincement">GRINCEMENT, GRINCER</a>. Du frottement
convulsif et bruyant des dents, qui se fait
-entendre dans la douleur, la colre, la
-rage et le dsespoir.</p>
+entendre dans la douleur, la colère, la
+rage et le désespoir.</p>
<p>Les Allemands ont <i>greinen</i>, et les Italiens
<i>digrignare</i>.</p>
<p>Le <i>trismos</i> des Grecs, qui a tant d'analogie
avec notre mot <i>crissement</i>, est une
-belle Onomatope. Ils disaient aussi <i>grusein</i>,
+belle Onomatopée. Ils disaient aussi <i>grusein</i>,
pour, <i>pousser des cris de douleur</i>,
-des cris accompagns de <i>grincemens</i>.</p>
+des cris accompagnés de <i>grincemens</i>.</p>
<p>Dans la belle description du Jugement
-dernier, qui se lit dans une des tragdies
-de Schiller, les rprouvs sont peints <i>grinant</i>
+dernier, qui se lit dans une des tragédies
+de Schiller, les réprouvés sont peints <i>grinçant</i>
leurs dents, et les faisant bruire
comme des dents de fer.</p>
-<p>L'Evangile dsigne en ces mots l'enfer
-et les tourmens des damns. <i>Ibi erit fletus
-et stridor dentium.</i> L seront les pleurs et
+<p>L'Evangile désigne en ces mots l'enfer
+et les tourmens des damnés. <i>Ibi erit fletus
+et stridor dentium.</i> Là seront les pleurs et
les <i>grincemens</i> de dents.</p>
<p class="item"><a class="void" name="grive" id="grive">GRIVE</a>. M. de Buffon, en peignant le plumage
-de cet oiseau, dit que ce mot <i>grivel</i>
+de cet oiseau, dit que ce mot <i>grivelé</i>
qu'on emploie ordinairement pour
-donner une ide de la varit de ses
-nuances, est visiblement form du mot
-<i>grive</i>, qui l'est lui-mme du cri de la
+donner une idée de la variété de ses
+nuances, est visiblement formé du mot
+<i>grive</i>, qui l'est lui-même du cri de la
plupart des oiseaux de ce genre.</p>
-<p>Mnage aperoit l'Onomatope dans le
+<p>Ménage aperçoit l'Onomatopée dans le
mot <i>grive</i>, et cependant il aime mieux la
-faire venir de son driv <i>grivel</i>. L'opinion
+faire venir de son dérivé <i>grivelé</i>. L'opinion
de M. de Buffon n'en est pas moins
incontestable.</p>
<p class="item"><a class="void" name="grognement" id="grognement">GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR</a>.
Ces expressions sont faites du cri du pourceau,
-et ont des quivalents de mme construction
+et ont des équivalents de même construction
dans la plupart des idiomes
connus.</p>
-<p>En grec <i>grull</i>, <i>grullismos</i>; et le porc,
+<p>En grec <i>grullé</i>, <i>grullismos</i>; et le porc,
<i>grullos</i>; en latin <i>grunnitus</i>, <i>grunnire</i>.</p>
<p class="item">* <span class="sc">Grognard</span>, <span class="sc">Grognon</span>, ne se disent point,
-quoique usits familirement par des crivains
+quoique usités familièrement par des Écrivains
recommandables. Jean-Jacques
-Rousseau, en racontant une espiglerie
-qu'il fit dans son enfance une nomme
+Rousseau, en racontant une espiéglerie
+qu'il fit dans son enfance à une nommée
madame Clot, ajoute que ce souvenir le
fait encore rire, parce que cette voisine,
-bonne femme au demeurant, tait bien
-la vieille la plus <i>grognon</i> qu'il et connue
+bonne femme au demeurant, était bien
+la vieille la plus <i>grognon</i> qu'il eût connue
de sa vie.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="grommeler" id="grommeler">GROMMELER</a>. Ce mot a rapport l'action
+<p class="item"><a class="void" name="grommeler" id="grommeler">GROMMELER</a>. Ce mot a rapport à l'action
de gronder sourdement et entre les dents.
Il est fait d'un certain grognement des
chiens hargneux.</p>
-<p><i>Grumeler</i>, s'est pris dans le mme sens
+<p><i>Grumeler</i>, s'est pris dans le même sens
en vieux langage, comme dans ces vers
de la farce de Gringore:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Je me dis mre sainte glise,</span><br/>
+ <span class="i0">Je me dis mère sainte église,</span><br/>
<span class="i0">Je veux bien qu'un chacun le note</span><br/>
- <span class="i0">Je mauldis, anathmatise;</span><br/>
+ <span class="i0">Je mauldis, anathématise;</span><br/>
<span class="i0">Mais sous l'habit pour ma devise</span><br/>
<span class="i0">Porte l'habit de mere sote,</span><br/>
<span class="i0">Bien scay qu'on dit que je radote,</span><br/>
<span class="i0">Et que suis folle en ma vieillesse;</span><br/>
- <span class="i0">Mais <i>grumeler</i> vueil ma porte</span><br/>
+ <span class="i0">Mais <i>grumeler</i> vueil à ma porte</span><br/>
<span class="i0">Mon fils le prince en telle sorte</span><br/>
<span class="i0">Qu'il diminue sa foiblesse.</span><br/>
<br/>
@@ -4506,234 +4467,234 @@ de la farce de Gringore:</p>
<p class="item"><a class="void" name="grondement" id="grondement">GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE,
GRONDEUR</a>. La racine de ces mots
est prise dans un murmure plus noble
-que celle des prcdens, et on les admet
-dans un style plus lev.</p>
-<p>Le substantif <i>gronderie</i> ayant t cr
-pour un usage figur, j'ai cru pouvoir
-hasarder <i>grondement</i> qui me parat indispensable
-pour reprsenter le bruit de
+que celle des précédens, et on les admet
+dans un style plus élevé.</p>
+<p>Le substantif <i>gronderie</i> ayant été créé
+pour un usage figuré, j'ai cru pouvoir
+hasarder <i>grondement</i> qui me paraît indispensable
+pour représenter le bruit de
la foudre, et celui d'une mer lointaine.</p>
<p class="item"><a class="void" name="groin" id="groin">GROIN</a>. Du cri ordinaire du porc.</p>
<p>Voltaire regrette qu'on ait perdu le vieux
-verbe <i>grouiner</i>, qui exprimait le mme
+verbe <i>grouiner</i>, qui exprimait le même
bruit.</p>
<p class="item"><a class="void" name="gruau" id="gruau">GRUAU</a>. Du bruit d'un grain que le moulin
rompt et concasse.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="grue" id="grue">GRUE</a>. Cet oiseau, dont le nom est form
-d'aprs son cri, est le <i>ghranos</i> des Grecs,
+<p class="item"><a class="void" name="grue" id="grue">GRUE</a>. Cet oiseau, dont le nom est formé
+d'après son cri, est le <i>ghéranos</i> des Grecs,
et le <i>grus</i> des Latins. Les Italiens l'appellent
<i>gru</i> et <i>grua</i>, les Espagnols <i>grulla</i>
et <i>gruz</i>, les Allemands <i>krane</i> et <i>kranich</i>,
les Anglais <i>crane</i>, les Anglo-Saxons <i>crane</i>
-ou <i>croene</i>, les Suisses <i>krie</i>, les Sudois
+ou <i>croene</i>, les Suisses <i>krie</i>, les Suédois
<i>trana</i>, les Danois <i>trane</i>, les Illyriens <i>gerzab</i>;
en Gallois, c'est <i>garan</i>, et en Celtique,
<i>gru</i>. Bochart pense que c'est l'<i>agur</i>
-de Jrmie; et la ressemblance de ce nom
+de Jérémie; et la ressemblance de ce nom
avec presque tous les noms de la <i>grue</i>,
-semble confirmer cette ide, quoiqu'il
-soit exprim autrement dans la Vulgate.</p>
-<p>L'excellent traducteur Legros a partag
-l'opinion de Bochart. La cicogne, dit-il,
-connat dans le ciel quand son temps
+semble confirmer cette idée, quoiqu'il
+soit exprimé autrement dans la Vulgate.</p>
+<p>L'excellent traducteur Legros a partagé
+l'opinion de Bochart. «La cicogne, dit-il,
+connaît dans le ciel quand son temps
est venu. La tourterelle, l'hirondelle et
la <i>grue</i> savent discerner la saison de
leur passage, mais mon peuple n'a point
-connu le temps du jugement du Seigneur.</p>
+connu le temps du jugement du Seigneur».</p>
-<p>Une observation pleine d'intrt, et qui
+<p>Une observation pleine d'intérêt, et qui
prouve que les articulations de la voix de
-la <i>grue</i> ont toujours pass pour avoir quelques
+la <i>grue</i> ont toujours passé pour avoir quelques
rapports avec celle de la voix humaine,
c'est que les Commentateurs pensent
-que si certains Potes ont appel cet
-oiseau l'oiseau de Palamde, cela vient de
+que si certains Poètes ont appelé cet
+oiseau l'oiseau de Palamède, cela vient de
ce qu'outre l'ordre de bataille et le mot
-du guet, Palamde en avait appris quatre
+du guet, Palamède en avait appris quatre
lettres grecques.</p>
-<p class="item">* <a class="void" name="gruller" id="gruller">GRULLER</a>. M. Court de Gbelin prend
+<p class="item">* <a class="void" name="gruller" id="gruller">GRULLER</a>. M. Court de Gébelin prend
cette mauvaise expression dans deux sens
-sous lesquels il la trouve galement imitative.
+sous lesquels il la trouve également imitative.
Dans le premier, elle signifie <i>trembler
-de froid</i>; dans le second, <i>branler
+de froid</i>; dans le second, <i>ébranler
un arbre</i> pour en faire tomber les fruits.
Il est vrai que le peuple l'emploie ainsi,
-mais elle n'tait pas digne d'tre <i>francise</i>.
+mais elle n'était pas digne d'être <i>francisée</i>.
Sous le premier de ces rapports, elle n'est
que l'augmentatif ou la contraction du
verbe <i>grelotter</i>; sous le second, elle n'est
que le verbe <i>crouler</i>, corrompu.</p>
<p><i>Crolement</i> ou <i>Grolement</i>, se dit aussi
-trs bassement d'un tremblement spasmodique
-de la tte, qui a lieu chez les vieillards
+très bassement d'un tremblement spasmodique
+de la tête, qui a lieu chez les vieillards
et chez ceux qui sont sujets aux affections
nerveuses. Ce terme me semble
-fait du mme verbe <i>gruller</i> sous sa seconde
+fait du même verbe <i>gruller</i> sous sa seconde
acception, parce que ce tremblement ressemble
- celui d'un arbre agit, dont la
+à celui d'un arbre agité, dont la
tige <i>vibre</i> long-temps.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="guepe" id="guepe">GUPE</a>. Du latin <i>vespa</i>, crit, selon ses
-premires racines, avec la voyelle <i>ou</i> initiale,
-remplace successivement, comme
+<p class="item"><a class="void" name="guepe" id="guepe">GUÊPE</a>. Du latin <i>vespa</i>, écrit, selon ses
+premières racines, avec la voyelle <i>ou</i> initiale,
+remplacée successivement, comme
cela se remarque dans les Langues, par
la dento-labiale <i>v</i>, et la gutturale <i>g</i>, si
-sujettes se confondre. Le son typique
-tait l'Onomatope du vol bruyant de la
-<i>gupe</i>.</p>
-<p class="item">* <a class="void" name="guiorer" id="guiorer">GUIORER</a>. Terme inusit qui est fait du
+sujettes à se confondre. Le son typique
+était l'Onomatopée du vol bruyant de la
+<i>guêpe</i>.</p>
+<p class="item">* <a class="void" name="guiorer" id="guiorer">GUIORER</a>. Terme inusité qui est fait du
cri naturel de la souris.</p>
<p>Davies rapporte <i>gwichio</i>, <i>strepere</i>. Selon
quelques Savans, <i>gwicha</i> s'est dit en Langue
-celtique pour, se plaindre la manire
+celtique pour, se plaindre à la manière
des petits oiseaux. <i>Gwigoura</i>, c'est
faire un petit bruit comme une porte qui
-roule sur des gonds rouills. Ces bruits
-ont rapport celui que ce mot reprsente,
-et sont exprims d'une manire assez
+roule sur des gonds rouillés. Ces bruits
+ont rapport à celui que ce mot représente,
+et sont exprimés d'une manière assez
semblable.</p>
<h3>H</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="hache" id="hache">HACHE</a>. On a cherch fort loin l'tymologie
+<p class="item"><a class="void" name="hache" id="hache">HACHE</a>. On a cherché fort loin l'étymologie
de ce mot. Elle est dans le son naturel,
dans l'aspiration forte et profonde,
-dans l'ahan pnible qui marque les efforts
+dans l'ahan pénible qui marque les efforts
d'un bucheron.</p>
<p>L'initiale <i>h</i>, si nulle dans la plupart
-des mots, est singulirement caractristique
-lorsqu'elle est aspire, et les Onomatopes
+des mots, est singulièrement caractéristique
+lorsqu'elle est aspirée, et les Onomatopées
qui expriment les divers accidens
de la respiration de l'homme, lui
sont, presque toutes, redevables de leur
-nergie.</p>
+énergie.</p>
-<p class="item">* <a class="void" name="hahalis" id="hahalis">HAHALIS</a>. De <i>hah</i>, cri de chasse, dont
-on se sert pour arrter les chiens qui prennent
+<p class="item">* <a class="void" name="hahalis" id="hahalis">HAHALIS</a>. De <i>hahé</i>, cri de chasse, dont
+on se sert pour arrêter les chiens qui prennent
le change ou qui s'emportent trop,
-ou bien de l'clat tumultueux de la voix
+ou bien de l'éclat tumultueux de la voix
des chasseurs, et des retentissemens de
-l'cho, on a compos cette expression,
+l'écho, on a composé cette expression,
d'ailleurs peu connue et restreinte dans
-son usage, l'acception pour laquelle elle
-a t invente.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="haleter" id="haleter">HALETER</a>. Je ne m'attacherai point dmontrer
+son usage, à l'acception pour laquelle elle
+a été inventée.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="haleter" id="haleter">HALETER</a>. Je ne m'attacherai point à démontrer
que le mot <i>haleine</i> et certains
-autres qui en dpendent, sont faits par
-Onomatope de l'mission de l'air dans
-l'acte de la respiration. Cela me parat
-bien tabli, et je n'aurais point rejet ces
-expressions, s'il n'avait pas t de mon
-projet de runir seulement celles qui conservent
-un caractre d'imitation vident,
+autres qui en dépendent, sont faits par
+Onomatopée de l'émission de l'air dans
+l'acte de la respiration. Cela me paraît
+bien établi, et je n'aurais point rejeté ces
+expressions, s'il n'avait pas été de mon
+projet de réunir seulement celles qui conservent
+un caractère d'imitation évident,
sans m'occuper de celles qui l'ont perdu,
et dans lesquelles le son radical se cache
-parmi des sons trangers.</p>
+parmi des sons étrangers.</p>
<p>Le mot qui fait le sujet de cet article,
-est sensiblement form du bruit d'une respiration
-presse, entre-coupe et violente.
+est sensiblement formé du bruit d'une respiration
+pressée, entre-coupée et violente.
L'<i>anhelare</i>, et mieux encore le diminutif
-<i>anhelitare</i> des Latins, ont le mme type.</p>
+<i>anhelitare</i> des Latins, ont le même type.</p>
<p class="item"><a class="void" name="happer" id="happer">HAPPER</a>. Saisir quelque chose avidement,
et avec une forte aspiration qui marque
l'impatience ou le desir.</p>
<p>Il y a de certaines terres et de certains
-mtaux qui <i>happent</i> la langue ds qu'on
+métaux qui <i>happent</i> la langue dès qu'on
l'applique sur leur surface, et, par exemple,
-l'argille et toutes les agrgations alumineuses.
+l'argille et toutes les agrégations alumineuses.
Cet effet est produit par une
absorption rapide de la salive qui met en
contact plus parfait la peau de la langue
et la terre qu'elle essaye. Ce mot semble
-spcialement fait pour reprsenter la sensation
+spécialement fait pour représenter la sensation
tenace et subite dont je parle, quoique
-la rapidit monosyllabique de sa racine
-le rende d'ailleurs trs-pittoresque
+la rapidité monosyllabique de sa racine
+le rende d'ailleurs très-pittoresque
dans grand nombre d'occasions.</p>
<p class="item"><a class="void" name="harpe" id="harpe">HARPE</a>. Je conjecture que ce mot est fait
-par Onomatope du son des cordes de la
-<i>harpe</i>, rassembles en grand nombre sous
-les doigts, et branles simultanment.</p>
+par Onomatopée du son des cordes de la
+<i>harpe</i>, rassemblées en grand nombre sous
+les doigts, et ébranlées simultanément.</p>
<p>Quoi qu'il en soit, le nom de la <i>harpe</i>
-a trs-peu vari dans les Langues modernes.
-Les Anglo-Saxons l'ont appele <i>hearpa</i>,
+a très-peu varié dans les Langues modernes.
+Les Anglo-Saxons l'ont appelée <i>hearpa</i>,
les Allemands <i>herp</i> et <i>harf</i>, les Anglais
<i>arp</i>, et les Italiens <i>arpa</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Harper</span>, est un vieux terme encore employ
-par Molire et par Sarrazin, pour,
-<i>prendre</i>, <i>saisir</i>, <i>drober</i>. Il semble que
-le peuple, dont toutes les expressions prsentent
-d'ordinaire des images vives et singulires,
-s'est empar de cette racine pour
+<p class="item"><span class="sc">Harper</span>, est un vieux terme encore employé
+par Molière et par Sarrazin, pour,
+<i>prendre</i>, <i>saisir</i>, <i>dérober</i>. Il semble que
+le peuple, dont toutes les expressions présentent
+d'ordinaire des images vives et singulières,
+s'est emparé de cette racine pour
l'appliquer aux actions qui exigent un
-grand dveloppement de la main, comme
+grand développement de la main, comme
dans les exemples auxquels je renvoie.
L'<i>arpax</i> des Grecs dont le <i>rapax</i> des Latins
-est le parfait quivalent, une petite
-transposition prs, et tous les mots qui
-en drivent, n'ont pas d tre autrement
+est le parfait équivalent, à une petite
+transposition près, et tous les mots qui
+en dérivent, n'ont pas dû être autrement
construits, quel que soit l'instrument ou
l'objet qui en a fourni le son radical.</p>
<p>On disait <i>harpaille</i> en vieux langage,
d'une troupe de brigands et de maraudeurs,
-comme dans ces vers tirs des
+comme dans ces vers tirés des
<cite>Vigiles</cite> de Charles VII.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Illecques et saincte Ermine</span><br/>
- <span class="i0">Appartenant feu Tremouille,</span><br/>
+ <span class="i0">Illecques et à saincte Ermine</span><br/>
+ <span class="i0">Appartenant à feu Tremouille,</span><br/>
<span class="i0">Avoit grande <i>harpaille</i> et vermine,</span><br/>
<span class="i0">Ne n'y demeuroit coq ne poule.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>On a vu ce sujet, dans la prface de
+<p>On a vu à ce sujet, dans la préface de
cet ouvrage, ce que j'ai dit de la lettre <i>h</i>,
-considre comme signe figur d'une rapacit
+considérée comme signe figuré d'une rapacité
avide et impatiente<a id="FNanchor_4" name="FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class="fnanchor">4</a>. Ces applications
-particulires sont l'appui de
+particulières sont à l'appui de
mon opinion.</p>
<p><i>Raper</i>, <i>Rapt</i>, sont faits de <i>harper</i> par
-mtathse.</p>
+métathèse.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="hennir" id="hennir">HENNIR, HENNISSEMENT</a>. Mots forms
+<p class="item"><a class="void" name="hennir" id="hennir">HENNIR, HENNISSEMENT</a>. Mots formés
du cri des chevaux, et qu'on ne peut prononcer
sans se rappeler ces beaux vers de
M. Delille:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Plus loin, fier de sa race, et sr de sa beaut,</span><br/>
+ <span class="i0">Plus loin, fier de sa race, et sûr de sa beauté,</span><br/>
<span class="i0">S'il entend ou le cor, ou le cri des cavales,</span><br/>
- <span class="i0">De son srail nombreux <i>hennissantes</i> rivales,</span><br/>
- <span class="i0">Du rempart pineux qui borde le vallon,</span><br/>
- <span class="i0">Indocile, inquiet, le fougueux talon</span><br/>
- <span class="i0">S'chappe, et libre enfin, bondissant et superbe,</span><br/>
- <span class="i0">Tantt d'un pied lger peine effleure l'herbe,</span><br/>
- <span class="i0">Tantt demande aux vents les objets de ses feux,</span><br/>
- <span class="i0">Tantt vers la fracheur d'un bain voluptueux,</span><br/>
- <span class="i0">Fier, relevant ses crins que le zphir dploie,</span><br/>
- <span class="i0">Vole, et frmit d'orgueil, de jeunesse et de joie.</span><br/>
+ <span class="i0">De son sérail nombreux <i>hennissantes</i> rivales,</span><br/>
+ <span class="i0">Du rempart épineux qui borde le vallon,</span><br/>
+ <span class="i0">Indocile, inquiet, le fougueux étalon</span><br/>
+ <span class="i0">S'échappe, et libre enfin, bondissant et superbe,</span><br/>
+ <span class="i0">Tantôt d'un pied léger à peine effleure l'herbe,</span><br/>
+ <span class="i0">Tantôt demande aux vents les objets de ses feux,</span><br/>
+ <span class="i0">Tantôt vers la fraîcheur d'un bain voluptueux,</span><br/>
+ <span class="i0">Fier, relevant ses crins que le zéphir déploie,</span><br/>
+ <span class="i0">Vole, et frémit d'orgueil, de jeunesse et de joie.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Les Latins avaient cette Onomatope.
-On lit dans Virgile au troisime livre des
-Gorgiques:</p>
+<p>Les Latins avaient cette Onomatopée.
+On lit dans Virgile au troisième livre des
+Géorgiques:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0"><i>Talis et ipse jubam cervice effudit equin</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Talis et ipse jubam cervice effudit equinâ</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Conjugis adventu pernix Saturnus, et altum</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Pelion <em>hinnitu</em> fugiens implevit acuto.</i></span><br/>
<br/>
@@ -4744,141 +4705,141 @@ Gorgiques:</p>
<div class="stanza">
<span class="i0">Tel, Saturne surpris dans un tendre larcin</span><br/>
<span class="i0">En superbe coursier se transforma soudain,</span><br/>
- <span class="i0">Et secouant dans l'air sa crinire flottante,</span><br/>
+ <span class="i0">Et secouant dans l'air sa crinière flottante,</span><br/>
<span class="i0">De ses <i>hennissemens</i> effraya son amante.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>C'est le <i>c'hwirina</i> des Bretons. Davies
-crit <i>chwyrnu</i>. Il traduit le mot <i>Rhinge</i>
+écrit <i>chwyrnu</i>. Il traduit le mot <i>Rhinge</i>
qui y a rapport, par <i>stridulus</i>, ou <i>sonus
stridens</i>.</p>
-<p>L'ingnieux auteur du roman de <i>Gulliver</i>
-a tir du mme son radical le nom
-factice de <i>houyhinms</i>, pour dsigner un
+<p>L'ingénieux auteur du roman de <i>Gulliver</i>
+a tiré du même son radical le nom
+factice de <i>houyhinms</i>, pour désigner un
peuple de chevaux.</p>
<p class="item"><a class="void" name="heurt" id="heurt">HEURT, HEURTER</a>. Du choc rude et brusque
de deux corps durs.</p>
<p class="item"><a class="void" name="hisser" id="hisser">HISSER</a>. Hausser une vergue, la faire monter
-au haut du mt, au commandement
+au haut du mât, au commandement
de <i>hisse</i>, <i>hisse</i>.</p>
<p>Ces mots sont pris du bruit de la vergue
-quand on la relve, et du frmissement
+quand on la relève, et du frémissement
de la voile quand on la froisse.</p>
<p class="item"><a class="void" name="hoquet" id="hoquet">HOQUET</a>. Du bruit d'une <i>inspiration</i> subite,
courte et convulsive.</p>
<p>Les Latins ont dit <i>singultus</i>, les Anglais
<i>hicket</i> et <i>hiccough</i>, les Flamands <i>hick</i>,
-les Celtes <i>hak</i>, et <i>hic</i> ou <i>ig</i>, rapports
+les Celtes <i>hak</i>, et <i>hic</i> ou <i>ig</i>, rapportés
par Lepelletier et Davies.</p>
<p>Un Etymologiste cherche l'origine de
-ce mot dans l'hbreu <i>enka</i>, qui veut dire
-<i>sanglot</i>. Il est probable que ces diffrentes
-expressions sont de la mme racine.</p>
-
-<p class="item"><a class="void" name="horreur" id="horreur">HORREUR</a>. <i>Horror</i>. Ce mot est une Onomatope
-qui reprsente l'impression que produisent
-sur nous les objets pouvantables.
-De l,</p>
+ce mot dans l'hébreu <i>enka</i>, qui veut dire
+<i>sanglot</i>. Il est probable que ces différentes
+expressions sont de la même racine.</p>
+
+<p class="item"><a class="void" name="horreur" id="horreur">HORREUR</a>. <i>Horror</i>. Ce mot est une Onomatopée
+qui représente l'impression que produisent
+sur nous les objets épouvantables.
+De là,</p>
<p class="item"><span class="sc">Horrible</span>, ce qui fait <i>horreur</i>,</p>
<p class="item"><span class="sc">Abhorrer</span>, avoir en <i>horreur</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="huee" id="huee">HUE, HUER</a>. <i>Hue</i> se dit d'une clameur
-de dsapprobation qui s'lve dans les assembles
+<p class="item"><a class="void" name="huee" id="huee">HUÉE, HUER</a>. <i>Huée</i> se dit d'une clameur
+de désapprobation qui s'élève dans les assemblées
nombreuses, et dont ce mot est
-form trs-imitativement.</p>
-<p>On employait autrefois <i>hus</i>, <i>he</i>, et
-<i>huyer</i> dans le mme sens.</p>
+formé très-imitativement.</p>
+<p>On employait autrefois <i>hus</i>, <i>hüe</i>, et
+<i>huyer</i> dans le même sens.</p>
<p class="item"><a class="void" name="hulotte" id="hulotte">HULOTTE</a>. En latin et en italien <i>ulula</i>, en
allemand <i>huhu</i>, en anglais <i>howlet</i>.</p>
<p>Ces noms de la <i>hulotte</i> lui viennent de
son cri sinistre. Le <i>bubo</i> des Latins, dont
nous avons fait peu imitativement le mot
-<i>hibou</i>, procde de la mme analogie.</p>
+<i>hibou</i>, procède de la même analogie.</p>
<p class="item">* <span class="sc">Hululer</span>, est un verbe que des Ecrivains
en petit nombre ont cru pouvoir tirer du
-gmissement de la <i>hulotte</i>, pour une foule
+gémissement de la <i>hulotte</i>, pour une foule
d'acceptions auxquelles le verbe <i>hurler</i>
-parat moins propre. Cette Onomatope
-singulirement prcieuse n'a pas t ddaigne
+paraît moins propre. Cette Onomatopée
+singulièrement précieuse n'a pas été dédaignée
dans la Langue latine, et enrichirait
-la ntre.</p>
+la nôtre.</p>
<p class="item"><a class="void" name="humer" id="humer">HUMER</a>. Avaler quelque chose avec une aspiration
forte et tout d'une haleine.</p>
-<p>Le vieux mot <i>super</i>, qui a la mme valeur,
+<p>Le vieux mot <i>super</i>, qui a la même valeur,
ne se dit plus qu'en quelques provinces.
On peut conjecturer que le mot
-<i>soupe</i> tait fait de la mme racine, et cela
+<i>soupe</i> était fait de la même racine, et cela
d'autant plus probablement, que, suivant
-Mnage, <i>super</i> signifie <i>humer du bouillon</i>.</p>
+Ménage, <i>super</i> signifie <i>humer du bouillon</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="huppe" id="huppe">HUPPE, ou PUPU</a>. Les deux noms de cet
oiseau sont l'effet d'une controverse assez
oiseuse parmi les Etymologistes. On se demande
-si le premier lui a t donn en
-raison de la huppe lgante dont sa tte
-est orne, ou s'il est une simple traduction
-un peu contracte de l'<i>upupa</i> des
-Latins, qui tait driv du cri ordinaire
-de l'animal. On est aussi embarrass sur
+si le premier lui a été donné en
+raison de la huppe élégante dont sa tête
+est ornée, ou s'il est une simple traduction
+un peu contractée de l'<i>upupa</i> des
+Latins, qui était dérivé du cri ordinaire
+de l'animal. On est aussi embarrassé sur
le second, que les uns regardent comme
l'expression de ce cri, et les autres comme
-une dnomination odieuse par laquelle
-nos aeux dsignaient la <i>huppe</i>, cause
-de la salet qu'on lui reproche. Quant
-moi, je suis port croire que Belon
-s'est tromp en faisant venir le nom de
+une dénomination odieuse par laquelle
+nos aïeux désignaient la <i>huppe</i>, à cause
+de la saleté qu'on lui reproche. Quant à
+moi, je suis porté à croire que Belon
+s'est trompé en faisant venir le nom de
la <i>huppe</i> de cette touffe de plumes qui la
-caractrise, et je partage l'opinion de Mnage
+caractérise, et je partage l'opinion de Ménage
qui regarde au contraire le mot <i>huppe</i>
-dans cette dernire signification, comme
-driv du nom de l'oiseau qui l'est lui-mme
+dans cette dernière signification, comme
+dérivé du nom de l'oiseau qui l'est lui-même
de son cri.</p>
-<p>Aristophane s'est amus imiter la voix
-de la <i>huppe</i> dans ces mots factices: <i>epopo</i>,
-<i>popopo</i>, <i>popo</i>, <i>jo</i>, <i>io</i>, <i>ito</i>, <i>ito</i>,
+<p>Aristophane s'est amusé à imiter la voix
+de la <i>huppe</i> dans ces mots factices: <i>epopoë</i>,
+<i>popopo</i>, <i>popoè</i>, <i>jo</i>, <i>io</i>, <i>ito</i>, <i>ito</i>,
<i>ito</i>, <i>ito</i>.</p>
-<p>Cette Onomotape se retrouve chez tous
+<p>Cette Onomotapée se retrouve chez tous
les peuples; c'est l'<i>epops</i> des Grecs, le
<i>bubbola</i> des Italiens, le <i>popa</i> des Portugais,
le <i>hoppe</i> des Flamands, le <i>hoop</i> et
-le <i>hoopof</i> des Anglais, le <i>popp</i> des Sudois,
+le <i>hoopof</i> des Anglais, le <i>popp</i> des Suédois,
etc. Nous avons dit <i>pupeput</i>, <i>pepu</i>
et <i>pipu</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="hurlement" id="hurlement">HURLEMENT, HURLER</a>. Heureuses Onomatopes
+<p class="item"><a class="void" name="hurlement" id="hurlement">HURLEMENT, HURLER</a>. Heureuses Onomatopées
du cri des loups et des chiens
-effrays.</p>
+effrayés.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Tel un loup furieux, de butin affam,</span><br/>
- <span class="i0">Qu'on chasse, encore jeun, d'un bercail alarm,</span><br/>
+ <span class="i0">Tel un loup furieux, de butin affamé,</span><br/>
+ <span class="i0">Qu'on chasse, encore à jeun, d'un bercail alarmé,</span><br/>
<span class="i0"><i>Hurle</i> les longs regrets de sa rage impuissante,</span><br/>
<span class="i0">Se retourne en grondant, et mord la proie absente.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Cette nuance a chapp la Langue
+<p>Cette nuance a échappé à la Langue
latine, puisque les mots <i>ululatus</i> et <i>ululare</i>
-sont plus propres exprimer des
-bruits coulans et moduls que le roulement
-rauque et effroyable que ceux-ci reprsentent.
+sont plus propres à exprimer des
+bruits coulans et modulés que le roulement
+rauque et effroyable que ceux-ci représentent.
C'est pourquoi le verbe <i>hululer</i>
-serait une innovation avantageuse
+serait une innovation avantageuse à
notre Langue. Les Italiens qui usent d'<i>urlare</i>
et d'<i>ululare</i>, suivant les occasions,
ont bien senti le prix de cette modification,
-toute lgre qu'elle paraisse. <i>Voyez</i>
+toute légère qu'elle paraisse. <i>Voyez</i>
le Dante, parlant de la pluie de feu qui
-dvore les damns dans le troisime cercle:</p>
+dévore les damnés dans le troisième cercle:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -4889,7 +4850,7 @@ dvore les damns dans le troisime cercle:</p>
</div>
</div>
-<p>Et concluons de l que nous avons traduit
+<p>Et concluons de là que nous avons traduit
l'<i>urlare</i> des Italiens, et non pas l'<i>ululare</i>
des Latins, qui est cependant susceptible
d'un aussi grand nombre d'applications,
@@ -4897,14 +4858,14 @@ et qui est au moins aussi noble
et aussi harmonieux.</p>
<p>Rabelais a dit <i>ullement</i> dans ce passage
-de Pantagruel: Le grand effroi et vacarme
+de Pantagruel: «Le grand effroi et vacarme
principal provient du deuil et
-<i>ullement</i> des diables, qui l guettans
-ple mlle les paovres ames des blessez,
-reoipvent coups d'pes l'improviste,
-et pastissent solution en la continuit
-de leurs substance aere et invisible,...
-puis crient et <i>ullent</i> comme diables.</p>
+<i>ullement</i> des diables, qui là guettans
+péle mélle les paovres ames des blessez,
+reçoipvent coups d'épées à l'improviste,
+et pastissent solution en la continuité
+de leurs substance aerée et invisible,...
+puis crient et <i>ullent</i> comme diables».</p>
<h3>J</h3>
@@ -4918,8 +4879,8 @@ petits chiens et des renards.</p>
<h3>K</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="kakatoes" id="kakatoes">KAKATOS</a>. Le nom de cette belle espce
-de perroquet est form de son cri.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="kakatoes" id="kakatoes">KAKATOÈS</a>. Le nom de cette belle espèce
+de perroquet est formé de son cri.</p>
<p>Klein et Seba en ont fait <i>kakatocha</i>,
Edwards et Albin, <i>cokcatoo</i>, Brisson, <i>catacua</i>,
et on l'appelle en certains endroits,
@@ -4928,108 +4889,108 @@ et on l'appelle en certains endroits,
<h3>L</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="lapper" id="lapper">LAPPER</a>. Saisir avec la langue, boire la
-manire des renards et des chiens. On
-croirait que c'est le mot <i>happer</i> priv de
-la forte aspiration qui le caractrise, et
-augment d'une lettre linguale qui en dtermine
+<p class="item"><a class="void" name="lapper" id="lapper">LAPPER</a>. Saisir avec la langue, boire à la
+manière des renards et des chiens. On
+croirait que c'est le mot <i>happer</i> privé de
+la forte aspiration qui le caractérise, et
+augmenté d'une lettre linguale qui en détermine
la nouvelle acception.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Compre le renard se mit un jour en frais,</span><br/>
- <span class="i0">Et retint dner commre la cigogne;</span><br/>
- <span class="i0">Le repas fut petit, et sans beaucoup d'apprts.</span><br/>
+ <span class="i0">Compère le renard se mit un jour en frais,</span><br/>
+ <span class="i0">Et retint à dîner commère la cigogne;</span><br/>
+ <span class="i0">Le repas fut petit, et sans beaucoup d'apprêts.</span><br/>
<span class="i4">Le galant pour toute besogne</span><br/>
<span class="i0">Avait un brouet clair (il vivait chichement).</span><br/>
<span class="i0">Ce brouet fut par lui servi sur une assiette;</span><br/>
<span class="i0">La cigogne au long bec n'en put attraper miette,</span><br/>
- <span class="i0">Et le drle eut <i>lapp</i> le tout en un moment.</span><br/>
+ <span class="i0">Et le drôle eut <i>lappé</i> le tout en un moment.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Cette expression n'est pas tout--fait
-particulire notre Langue; le mot <i>lap</i>
+<p>Cette expression n'est pas tout-à-fait
+particulière à notre Langue; le mot <i>lap</i>
se retrouve dans la Langue celtique, et
on pourrait en faire descendre assez naturellement
les mots <i>lepus</i> et <i>lapin</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="lecher" id="lecher">LCHER</a>. Du bruit de la langue trane sur
+<p class="item"><a class="void" name="lecher" id="lecher">LÉCHER</a>. Du bruit de la langue traînée sur
la superficie d'un corps qu'elle suce ou
qu'elle nettoie.</p>
<p>C'est le <i>leichein</i> des Grecs, le <i>lingere</i>
des Latins, le <i>lecken</i> des Allemands, le
<i>leccare</i> des Italiens.</p>
-<p>Ajouterai-je, propos de ce dernier
+<p>Ajouterai-je, à propos de ce dernier
terme, que les Italiens en ont fait <i>il lecchino</i>,
-le gourmand, le <i>lcheur</i> de plats;
+le gourmand, le <i>lécheur</i> de plats;
et d'<i>il lecchino</i>, <i>al lecchino</i>, qui est devenu
-l'<i>arlequin</i> de nos thtres; plaisante
-mprise d'un rudit qui, sur la foi d'un
-jeu de mots d'<i>arlequin</i>, fait driver son
+l'<i>arlequin</i> de nos théâtres; plaisante
+méprise d'un érudit qui, sur la foi d'un
+jeu de mots d'<i>arlequin</i>, fait dériver son
nom de l'illustre famille de Harlay!</p>
-<p class="item"><a class="void" name="loriot" id="loriot">LORIOT</a>. De vieux Lexicographes prtendent
-que cet oiseau, est ainsi nomm,
+<p class="item"><a class="void" name="loriot" id="loriot">LORIOT</a>. De vieux Lexicographes prétendent
+que cet oiseau, est ainsi nommé,
parce qu'il semble articuler ce mot dans
son chant. Ce qu'il y a de certain, c'est
-que les Grecs, et, d'aprs eux, les Latins,
-l'ont appel <i>chlorion</i>, dont le nom
-franais du loriot drive d'autant plus
+que les Grecs, et, d'après eux, les Latins,
+l'ont appelé <i>chlorion</i>, dont le nom
+français du loriot dérive d'autant plus
incontestablement, qu'on a dit autrefois
-<i>lorion</i>. Or, le mot <i>chlorion</i> a d tre tir
+<i>lorion</i>. Or, le mot <i>chlorion</i> a dû être tiré
de <i>chloros</i>, <i>viridis</i>, <i>herbidus</i>, <i>luteus</i>, <i>flavus</i>;
-et comme ces termes dsignent une
+et comme ces termes désignent une
des deux couleurs du <i>loriot</i>, on pourrait
penser avec Schrevelius que le nom de cet
animal est fait <i>ex colore</i>. C'est donc une
-Onomatope un peu douteuse.</p>
+Onomatopée un peu douteuse.</p>
<p class="item"><a class="void" name="loup" id="loup">LOUP</a>. En grec <i>lukos</i>, en latin <i>lupus</i>, en
italien <i>lupo</i>, en espagnol <i>lobo</i>, en allemand
-et en anglais <i>wolf</i>, en sudois <i>ulf</i>.</p>
-<p>Il parat vident que ces noms ont t
-construits imitativement d'aprs le hurlement
+et en anglais <i>wolf</i>, en suédois <i>ulf</i>.</p>
+<p>Il paraît évident que ces noms ont été
+construits imitativement d'après le hurlement
du <i>loup</i>. Le nom latin du renard,
et quelques-uns de ses noms modernes,
-ont le mme type.</p>
+ont le même type.</p>
-<p>Il parat qu'on a crit autrefois <i>lou</i>,
+<p>Il paraît qu'on a écrit autrefois <i>lou</i>,
comme en ces vers de Saint-Amand parlant
-des anciennes pes sur lesquelles
-tait grav un <i>loup</i>, et qui taient recherches
-pour leur bont:</p>
+des anciennes épées sur lesquelles
+était gravé un <i>loup</i>, et qui étaient recherchées
+pour leur bonté:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Sa vieille rapire au vieux <i>lou</i>,</span><br/>
+ <span class="i0">Sa vieille rapière au vieux <i>lou</i>,</span><br/>
<span class="i0">Terreur de maint et maint filou.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Je suis cependant port croire que
+<p>Je suis cependant porté à croire que
c'est une simple licence que Saint-Amand
-a pratique pour l'exactitude de la rime;
+a pratiquée pour l'exactitude de la rime;
car je ne trouve aucun exemple de cette
-espce d'ortographe, qui se rapproche
+espèce d'ortographe, qui se rapproche
beaucoup plus de la construction naturelle,
et qui offrirait sous ce rapport une
-tradition assez prcieuse.</p>
+tradition assez précieuse.</p>
<h3>M</h3>
<p class="item"><a class="void" name="miaulement" id="miaulement">MIAULEMENT, MIAULER</a>. Du cri ordinaire
-des chats, de ces clats dsagrables
+des chats, de ces éclats désagréables
de leur voix, dont Boileau se plaint dans
sa satire des <cite>Embarras de Paris</cite>:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">Qui frappe l'air, bon Dieu! de ces lugubres cris?</span><br/>
- <span class="i0">Est-ce donc pour veiller qu'on se couche Paris?</span><br/>
- <span class="i0">Et quel fcheux dmon durant les nuits entires</span><br/>
- <span class="i0">Rassemble ici les chats de toutes les gouttires?</span><br/>
+ <span class="i0">Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris?</span><br/>
+ <span class="i0">Et quel fâcheux démon durant les nuits entières</span><br/>
+ <span class="i0">Rassemble ici les chats de toutes les gouttières?</span><br/>
<span class="i0">J'ai beau sauter du lit, plein de trouble et d'effroi,</span><br/>
<span class="i0">Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi.</span><br/>
<span class="i0">L'un <i>miaule</i> en grondant comme un tigre en furie,</span><br/>
@@ -5038,95 +4999,95 @@ sa satire des <cite>Embarras de Paris</cite>:</p>
</div>
</div>
-<p>Quoique Nicod ait crit <i>miauler</i>, il semble
+<p>Quoique Nicod ait écrit <i>miauler</i>, il semble
qu'on disait autrefois <i>miaouler</i>, et certains
-Grammairiens regrettent cette manire
-de prononcer qui leur parat plus
-imitative. Elle l'est peut-tre trop, et j'ai
-dj dit que cette recherche excessive
-d'imitation tait fort ridicule quand elle
+Grammairiens regrettent cette manière
+de prononcer qui leur paraît plus
+imitative. Elle l'est peut-être trop, et j'ai
+déjà dit que cette recherche excessive
+d'imitation était fort ridicule quand elle
choquait l'harmonie, et qu'elle ne se fondait
que sur un cliquetis de sons bizarres
-et forcs.</p>
+et forcés.</p>
<p class="item"><a class="void" name="moue" id="moue">MOUE</a>. Il est impossible de prononcer ce
mot, sans que la bouche figure ce qu'il
-signifie, c'est--dire, cette espce de grimace
-qui est familire aux gens tristes et
-colres. Le <i>m&oelig;rens</i>, le <i>m&oelig;stus</i> des Latins,
+signifie, c'est-à-dire, cette espèce de grimace
+qui est familière aux gens tristes et
+colères. Le <i>m&oelig;rens</i>, le <i>m&oelig;stus</i> des Latins,
le <i>mesto</i> des Italiens, et sur-tout le <i>mustio</i>
-des Espagnols, doivent appartenir cette
-espce d'Onomatope. Il rsulte d'ailleurs
-de l'mission du souffle par les narines,
-quand les lvres sont closes, comme cela
+des Espagnols, doivent appartenir à cette
+espèce d'Onomatopée. Il résulte d'ailleurs
+de l'émission du souffle par les narines,
+quand les lèvres sont closes, comme cela
se remarque dans les gens qui font la
moue, un petit bruit que les Grecs ont
-appel imitativement <i>mugmos</i>, et les Latins
+appelé imitativement <i>mugmos</i>, et les Latins
<i>mussatio</i>.</p>
<p class="item"><span class="sc">Muffle</span>, qui est le nom de la bouche de
-certains animaux lvres alonges et
-prominentes,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Bouder</span>, faire la <i>moue</i> par mcontentement,</p>
+certains animaux à lèvres alongées et
+proéminentes,</p>
+<p class="item"><span class="sc">Bouder</span>, faire la <i>moue</i> par mécontentement,</p>
<p class="item"><span class="sc">Bouderie</span>, habitude de mauvaise humeur,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Boudeur</span>, homme fcheux, esprit contrariant
-et chagrin, sont de la mme famille et
-du mme effet d'imitation, les initiales
-de ces trois derniers mois se prononant
-sur la mme touche.</p>
-<p>La Langue Celtique employait <i>moa</i>,
-pour, <i>se fcher</i>, et <i>bouda</i>, pour, <i>chuchoter</i>,
+<p class="item"><span class="sc">Boudeur</span>, homme fâcheux, esprit contrariant
+et chagrin, sont de la même famille et
+du même effet d'imitation, les initiales
+de ces trois derniers mois se prononçant
+sur la même touche.</p>
+<p>La Langue Celtique employait <i>moüa</i>,
+pour, <i>se fâcher</i>, et <i>bouda</i>, pour, <i>chuchoter</i>,
<i>bourdonner entre les dents</i>. Je n'ai
pas besoin d'insister sur ces analogies.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="mugir" id="mugir">MUGIR, MUGISSEMENT</a>. Belles Onomatopes
-tires des cris sourds et prolongs
+<p class="item"><a class="void" name="mugir" id="mugir">MUGIR, MUGISSEMENT</a>. Belles Onomatopées
+tirées des cris sourds et prolongés
de quelques animaux, ou du bruit des
-vagues mues par la tempte, ou enfin
+vagues émues par la tempête, ou enfin
du cours tumultueux d'un grand fleuve,
comme dans ce magnifique tableau de
M. Delille:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Sous le ciel clatant de cette ardente zone,</span><br/>
- <span class="i0">Montrez-nous l'Ornoque et l'immense Amazone,</span><br/>
+ <span class="i0">Sous le ciel éclatant de cette ardente zone,</span><br/>
+ <span class="i0">Montrez-nous l'Orénoque et l'immense Amazone,</span><br/>
<span class="i0">Qui, fiers enfans des monts, nobles rivaux des mers,</span><br/>
- <span class="i0">Et baignant la moiti de ce vaste univers,</span><br/>
- <span class="i0">Epuisent, pour former les trsors de leur onde,</span><br/>
+ <span class="i0">Et baignant la moitié de ce vaste univers,</span><br/>
+ <span class="i0">Epuisent, pour former les trésors de leur onde,</span><br/>
<span class="i0">Les plus vastes sommets qui dominent le monde,</span><br/>
<span class="i0">Baignent d'oiseaux brillans un innombrable essaim,</span><br/>
<span class="i0">De masses de verdure enrichissent leur sein,</span><br/>
- <span class="i0">Tantt se dployant avec magnificence,</span><br/>
+ <span class="i0">Tantôt se déployant avec magnificence,</span><br/>
<span class="i0">Voyagent lentement et marchent en silence,</span><br/>
- <span class="i0">Tantt avec fracas prcipitant leurs flots,</span><br/>
- <span class="i0">De leurs <i>mugissemens</i> fatiguent les chos,</span><br/>
- <span class="i0">Et semblent leur poids, leur bruyant tonnerre</span><br/>
- <span class="i0">Plutt tomber des cieux que rouler sur la terre.</span><br/>
+ <span class="i0">Tantôt avec fracas précipitant leurs flots,</span><br/>
+ <span class="i0">De leurs <i>mugissemens</i> fatiguent les échos,</span><br/>
+ <span class="i0">Et semblent à leur poids, à leur bruyant tonnerre</span><br/>
+ <span class="i0">Plutôt tomber des cieux que rouler sur la terre.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p class="item"><a class="void" name="murmure" id="murmure">MURMURE, MURMURER</a>. Cette Onomatope
+<p class="item"><a class="void" name="murmure" id="murmure">MURMURE, MURMURER</a>. Cette Onomatopée
ne varie point dans le grec, dans le
latin, dans l'italien, dans l'espagnol, etc.
Ce sont de ces mots que la nature semble
-avoir enseigns tous les peuples.</p>
-<p>Leur son peint parfaitement l'oreille
+avoir enseignés à tous les peuples.</p>
+<p>Leur son peint parfaitement à l'oreille
le bruit confus et doux d'un ruisseau qui
-roule petits flots sur les cailloux, ou
-du feuillage qu'un vent lger balance, et
-qui cde en frmissant. Le mouvement
+roule à petits flots sur les cailloux, ou
+du feuillage qu'un vent léger balance, et
+qui cède en frémissant. Le mouvement
vague et presqu'imperceptible des eaux
-et des bois, lve dans la solitude une
-rumeur qui interrompt peine le silence,
-tant elle est dlicate et flatteuse, et c'est
-de l que les Langues ont tir ces expressions
+et des bois, élève dans la solitude une
+rumeur qui interrompt à peine le silence,
+tant elle est délicate et flatteuse, et c'est
+de là que les Langues ont tiré ces expressions
si harmonieuses et si vraies, que,
-tous les jours rptes, elles paraissent
+tous les jours répétées, elles paraissent
toujours nouvelles.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Tout est chang, tout me rassure,</span><br/>
+ <span class="i0">Tout est changé, tout me rassure,</span><br/>
<span class="i1">Je n'entends plus qu'un bruit</span><br/>
<span class="i1">Semblable au doux <i>murmure</i></span><br/>
<span class="i1">D'une onde claire, pure,</span><br/>
@@ -5138,186 +5099,186 @@ toujours nouvelles.</p>
<p>Dans ces vers charmans de Bonneville,
toutes les syllabes coulent et <i>murmurent</i>.</p>
-<p>J'ose croire que nous n'avons point
+<p>J'ose croire que nous n'avons point à
envier, dans cette circonstance, la prononciation
-des Latins, si elle tait telle
+des Latins, si elle était telle
que Dumarsais et beaucoup d'autres Grammairiens
-le prsument. En effet, le mot
-<i>murmure</i>, prononc la franaise, est
-compos de sons plus liquides, et en quelque
-sorte plus fugitifs que n'taient ceux
+le présument. En effet, le mot
+<i>murmure</i>, prononcé à la française, est
+composé de sons plus liquides, et en quelque
+sorte plus fugitifs que n'étaient ceux
de leur <i>mourmour</i> et du <i>mormorio</i> des
Italiens; et l'harmonie un peu emphatique
de ces derniers mots, leur fait perdre,
-selon moi, beaucoup de leur grce et de
-leur fluidit.</p>
+selon moi, beaucoup de leur grâce et de
+leur fluidité.</p>
<p class="item"><a class="void" name="musc" id="musc">MUSC</a>. Je ne hasarde ce mot au nombre
-des Onomatopes que sur la foi de M.
-Court de Gbelin qui le croit form du
+des Onomatopées que sur la foi de M.
+Court de Gébelin qui le croit formé du
bruit que fait le nez en flairant, en aspirant
les parfums. Il s'appuie de deux analogies
-diffrentes, l'une tire du Celtique
+différentes, l'une tirée du Celtique
ou d'une Langue analogue dans laquelle
-il prtend que <i>mussa</i> signifie <i>flairer</i>, et
-<i>musse</i>, <i>odeur</i>; l'autre tire de l'Ethiopien
-o ce dernier mot se dit <i>mez</i>; mais cette
-opinion peut paratre un peu hasarde.</p>
+il prétend que <i>mussa</i> signifie <i>flairer</i>, et
+<i>musse</i>, <i>odeur</i>; l'autre tirée de l'Ethiopien
+où ce dernier mot se dit <i>mez</i>; mais cette
+opinion peut paraître un peu hasardée.</p>
<p>Il est du moins certain que les Grecs
-qui ont appel le <i>musc</i>, <i>moschos</i>, ont dit
-<i>muzo</i> dans le mme sens que les Latins
-<i>musso</i>, <i>clausis labris sonum naribus
-emitto</i>; ils ont appel <i>muron</i> certaines
-odeurs, et l'odeur en gnral, <i>murodia</i>.
+qui ont appelé le <i>musc</i>, <i>moschos</i>, ont dit
+<i>muzo</i> dans le même sens que les Latins
+<i>musso</i>, <i>clausis labris sonum è naribus
+emitto</i>; ils ont appelé <i>muron</i> certaines
+odeurs, et l'odeur en général, <i>murodia</i>.
<i>Muxoter</i>, c'est la narine. Le nom du rat,
qui est le <i>mus</i> des Grecs et des Latins,
-et qui l'odeur du <i>musc</i> est assez communment
-propre, pourrait procder
-aussi de la mme analogie.</p>
+et à qui l'odeur du <i>musc</i> est assez communément
+propre, pourrait procéder
+aussi de la même analogie.</p>
<p>Les mots <i>odeur</i> et <i>flairer</i> se rendent,
d'ailleurs, en Celtique par des expressions
-qui prsentent l'Onomatope trs-juste
+qui présentent l'Onomatopée très-juste
du bruit que fait l'aspiration des parfums:
-<i>c'hous</i> et <i>c'houesd</i>.</p>
+<i>c'houés</i> et <i>c'houesâd</i>.</p>
<h3>O</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="oie" id="oie">OIE</a>. Le cri naturel de l'<i>oie</i>, dit M. de
-Buffon, est une voix trs-bruyante.
+<p class="item"><a class="void" name="oie" id="oie">OIE</a>. «Le cri naturel de l'<i>oie</i>, dit M. de
+Buffon, est une voix très-bruyante.
C'est un son de trompette ou de clairon,
-<i>clangor</i>, qu'elle fait entendre trs-frquemment
-et de trs-loin; mais elle a
-de plus d'autres accens brefs qu'elle rpte
+<i>clangor</i>, qu'elle fait entendre très-fréquemment
+et de très-loin; mais elle a
+de plus d'autres accens brefs qu'elle répète
souvent; et lorsqu'on l'attaque ou
-l'effraie, le cou tendu, le bec bant,
+l'effraie, le cou tendu, le bec béant,
elle rend un sifflement que l'on peut
-comparer celui de la couleuvre. Les
-Latins ont cherch exprimer ce son
+comparer à celui de la couleuvre. Les
+Latins ont cherché à exprimer ce son
par des mots imitatifs, <i>strepit</i>, <i>gratitat</i>,
<i>stridet</i>.</p>
-<p>Soit crainte, soit vigilance, l'<i>oie</i> rpte
- tout moment ses grands cris
-d'avertissement ou de rclame; souvent
-toute la troupe rpond par une acclamation
-gnrale, et de tous les habitans
-de la basse-cour, aucun n'est aussi vocifrant,
-ni plus bruyant.</p>
+<p>»Soit crainte, soit vigilance, l'<i>oie</i> répète
+à tout moment ses grands cris
+d'avertissement ou de réclame; souvent
+toute la troupe répond par une acclamation
+générale, et de tous les habitans
+de la basse-cour, aucun n'est aussi vociférant,
+ni plus bruyant».</p>
<p>C'est ce cri naturel de l'<i>oie</i> qui est devenu
son nom dans notre Langue et dans
quelques autres. Je crois, du moins, qu'on
-peut regarder comme des Onomatopes
+peut regarder comme des Onomatopées
le <i>chen</i> des Grecs, dont ils semblent avoir
fait <i>chaino</i>, <i>hio</i>, <i>dehisco</i>, parce que le
ronflement rauque d'un homme qui dort
la bouche ouverte est assez pareil au bruit
-que fait l'<i>oie</i> irrite; le <i>kaki</i> de certains
+que fait l'<i>oie</i> irritée; le <i>kaki</i> de certains
Orientaux, le <i>wazon</i> des Arabes, le <i>gwasi</i>
-des Celtes, le <i>goas</i> des Sudois, le <i>gaas</i>
-des Danois, et l'<i>apatta</i> des Ngres de la
-Cte d'Or; mais rien n'est d'un effet d'imitation
+des Celtes, le <i>goas</i> des Suédois, le <i>gaas</i>
+des Danois, et l'<i>apatta</i> des Nègres de la
+Côte d'Or; mais rien n'est d'un effet d'imitation
plus vrai qu'un de ces noms qui
est particulier aux Mexicains, et par lequel
ils ont voulu exprimer le cri bref
-et frquent dont M. de Buffon parle
-propos de cet animal. Ils l'ont appel <i>tlalacatl</i>,
-et cette dnomination factice a t
-conserve par Fernandez.</p>
+et fréquent dont M. de Buffon parle à
+propos de cet animal. Ils l'ont appelé <i>tlalacatl</i>,
+et cette dénomination factice a été
+conservée par Fernandez.</p>
-<p>L'<i>oie</i> mle s'appelle un <i>jars</i>, et ce mot
-a produit une expression fort usite. De
+<p>L'<i>oie</i> mâle s'appelle un <i>jars</i>, et ce mot
+a produit une expression fort usitée. De
<i>jars</i> et du Celtique <i>comps</i>, langage, en
construction, <i>gomps</i> ou <i>gon</i>, l'on a fait
<i>jargon</i>, <i>jargonner</i>, parler comme des <i>oies</i>.</p>
-<p>On disait <i>oe</i> en vieux franais, comme
+<p>On disait <i>oüe</i> en vieux français, comme
le prouvent ces vers de la farce de <i>Patelin</i>:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Vous l'en avez pris par la moe,</span><br/>
- <span class="i0">Il doit venir manger de l'<i>oe</i>.</span><br/>
+ <span class="i0">Vous l'en avez pris par la moüe,</span><br/>
+ <span class="i0">Il doit venir manger de l'<i>oüe</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>Il me semble donc que M. Decaseneuve
-a mal rencontr quand il a fait de ce mot
+a mal rencontré quand il a fait de ce mot
un augmentatif d'<i>oiseau</i>, et qu'il est d'ailleurs
-difficile de remonter son tymologie
-autrement que par l'Onomatope.</p>
-
-<p class="item"><a class="void" name="oiseau" id="oiseau">OISEAU</a>. La construction de ce mot est extrmement
-imitative; il est compos des
-cinq voyelles lies par une lettre doucement
-sifflante, et il rsulte de cette combinaison
-une espce de gazouillement trs-propre
- donner une ide de celui des
-<i>oiseaux</i>. Il est remarquer comme une
-singularit trs-rare dans notre Langue,
-que ce mot <i>gazouiller</i> est form, comme
-le mot <i>oiseau</i>, des mmes sons vocaux,
-lis par la mme consonne. Il n'en est
-distingu que par son intonation qui est
-prise dans une lettre gutturale, par consquent
-trs-bien approprie l'ide qu'il
+difficile de remonter à son étymologie
+autrement que par l'Onomatopée.</p>
+
+<p class="item"><a class="void" name="oiseau" id="oiseau">OISEAU</a>. La construction de ce mot est extrêmement
+imitative; il est composé des
+cinq voyelles liées par une lettre doucement
+sifflante, et il résulte de cette combinaison
+une espèce de gazouillement très-propre
+à donner une idée de celui des
+<i>oiseaux</i>. Il est à remarquer comme une
+singularité très-rare dans notre Langue,
+que ce mot <i>gazouiller</i> est formé, comme
+le mot <i>oiseau</i>, des mêmes sons vocaux,
+liés par la même consonne. Il n'en est
+distingué que par son intonation qui est
+prise dans une lettre gutturale, par conséquent
+très-bien appropriée à l'idée qu'il
exprime.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="ouate" id="ouate">OUATE</a>. C'est la premire soie que l'on recueille
-sur le cocon du ver soie, ou un
-duvet lger que fournit une espce d'<i>anas</i>.
-On s'en sert pour doubler des vtemens
-d'hiver; et le bruit molleux que produisent
-ces vtemens quand on les froisse,
-a pu donner l'ide de cette dnomination,
+<p class="item"><a class="void" name="ouate" id="ouate">OUATE</a>. C'est la première soie que l'on recueille
+sur le cocon du ver à soie, ou un
+duvet léger que fournit une espèce d'<i>anas</i>.
+On s'en sert pour doubler des vêtemens
+d'hiver; et le bruit moëlleux que produisent
+ces vêtemens quand on les froisse,
+a pu donner l'idée de cette dénomination,
qui serait assez imitative; mais c'est une
-tymologie douteuse que je n'allguerais
+étymologie douteuse que je n'alléguerais
point, si les Lexicographes en reconnaissaient
une autre, pour peu vraisemblable
-qu'elle ft.</p>
+qu'elle fût.</p>
<h3>P</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="pamer" id="pamer">PMER, PMOISON</a>. Du <i>spasma</i> des Grecs,
-qui lui-mme est construit imitativement
-d'aprs le bruit propre la figuration
-particulire de la bouche d'une personne
-qui se <i>pme</i>.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="pamer" id="pamer">PÂMER, PÂMOISON</a>. Du <i>spasma</i> des Grecs,
+qui lui-même est construit imitativement
+d'après le bruit propre à la figuration
+particulière de la bouche d'une personne
+qui se <i>pâme</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="pepier" id="pepier">PEPIER</a>. C'est du cri naturel des moineaux,
-ou plutt de tous les jeunes oiseaux, que
-ce cri a t form. On a dit autrefois
+ou plutôt de tous les jeunes oiseaux, que
+ce cri a été formé. On a dit autrefois
<i>pipier</i>, qui n'est plus d'usage.</p>
-<p><i>Piauler</i>, <i>piuler</i>, sont dans le mme
-cas, quoiqu'galement imitatifs.</p>
+<p><i>Piauler</i>, <i>piuler</i>, sont dans le même
+cas, quoiqu'également imitatifs.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Piailler</span>, <span class="sc">Piaillerie</span>, <span class="sc">Piailleur</span>, drivent
-du mme son naturel; on les a faits pour
-exprimer une criaillerie fatigante et perptuelle,
+<p class="item"><span class="sc">Piailler</span>, <span class="sc">Piaillerie</span>, <span class="sc">Piailleur</span>, dérivent
+du même son naturel; on les a faits pour
+exprimer une criaillerie fatigante et perpétuelle,
comme les cris des petits oiseaux.
Les Latins employaient <i>pipulum</i>
-pour, injure, hue et rumeur publique,
-par la mme analogie.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Ppie</span>, est le nom d'une maladie dont une
-grande altration est la cause ou le symptme.
+pour, injure, huée et rumeur publique,
+par la même analogie.</p>
+<p class="item"><span class="sc">Pépie</span>, est le nom d'une maladie dont une
+grande altération est la cause ou le symptôme.
Ne semble-t-il pas que ce mot soit
-cr du bruit que font de petits oiseaux
-tourments par la soif? Le <i>peperi</i> des
+créé du bruit que font de petits oiseaux
+tourmentés par la soif? Le <i>peperi</i> des
Grecs, dont les Latins ont fait <i>piper</i>, ne
-remonterait-il pas encore la mme racine
-par une extension peu force, parce
-que c'est une substance qui altre et qui
-donne la <i>ppie</i>? Les Grecs appelaient <i>pippos</i>
-un petit oiseau; et ce qui vient singulirement
- l'appui de mes conjectures,
-<i>pipizo</i> se prenait indiffremment chez
+remonterait-il pas encore à la même racine
+par une extension peu forcée, parce
+que c'est une substance qui altère et qui
+donne la <i>pépie</i>? Les Grecs appelaient <i>pippos</i>
+un petit oiseau; et ce qui vient singulièrement
+à l'appui de mes conjectures,
+<i>pipizo</i> se prenait indifféremment chez
eux pour <i>pipio</i>, <i>sugo cum sonitu</i>, ou
-<i>potum pr&oelig;beo</i>. <i>Pio</i> mme signifiait <i>bibo</i>,
-et de l le <i>piot</i> de Rabelais et de nos anciens
-Auteurs. <i>Pino</i>, qui avait le mme
-sens, est devenu le nom franais d'un
+<i>potum pr&oelig;beo</i>. <i>Pio</i> même signifiait <i>bibo</i>,
+et de là le <i>piot</i> de Rabelais et de nos anciens
+Auteurs. <i>Pino</i>, qui avait le même
+sens, est devenu le nom français d'un
raisin. <i>Pepier</i> emportait d'ailleurs en vieux
-langage l'ide de gmissement et de plaintes
+langage l'idée de gémissement et de plaintes
comme dans ces vers de Villon:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -5332,7 +5293,7 @@ comme dans ces vers de Villon:</p>
appelaient les pigeonneaux <i>pipiones</i>, et
nous en avions fait autrefois <i>pipions</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Pipe</span>, dit Nicod est un mot fait et imit
+<p class="item"><span class="sc">Pipée</span>, dit Nicod «est un mot fait et imité
de la voix des oiselets, comme aussi
<i>pippe</i>, <i>pipper</i>, et <i>pippeur</i>, et signifie
le siffler que l'oiseleur fait avec une
@@ -5340,104 +5301,104 @@ fueille de <i>fou</i>, ou d'autre arbre, ou de
roseau, ou avec une pippe de bois,
contrefaisant la voix d'iceux oiselets.
Selon ce on dit, prendre des oiseaux
- la <i>pipe</i>, qui est quand un homme
-cach dedans un buisson et bien entour
+à la <i>pipée</i>, qui est quand un homme
+caché dedans un buisson et bien entouré
de rameaux couverts de gluons,
-ayant un chathuant ou hibou branch
-et attach prs de luy, contrefait le
+ayant un chathuant ou hibou branché
+et attaché près de luy, contrefait le
<i>pippis</i> des oiseaux, ou bien pressant les
ailes ou les pieds d'un oiseau vif, le
-fait crier, car les oiseaux advolent
-ce <i>pippis</i>, ou ce cry, pour garantir
+fait crier, car les oiseaux advolent à
+ce <i>pippis</i>, ou à ce cry, pour garantir
leurs semblables du chathuant qu'ils
cuident les tenir, et se perchent sur
-ces rameaux et s'engluent. <i>Pipe</i>, par
-mtaphore, se prend pour mine ou contenance
-contrefaite.</p>
+ces rameaux et s'engluent. <i>Pipée</i>, par
+métaphore, se prend pour mine ou contenance
+contrefaite».</p>
<p><i>Piper</i>, <i>pipeur</i>, qui ne se prennent plus
-que pour l'action de <i>piper</i> les ds, ont
-peut-tre t rejets trop ddaigneusement
-de la Langue; leur emploi tait fond
-sur une allusion trs-naturelle, et leur sens
-tait vif et frappant. Montaigne a dit avec
-son nergie, avec sa prcision ordinaire,
-que <i>la Rhtorique toit une art mensongre
+que pour l'action de <i>piper</i> les dés, ont
+peut-être été rejetés trop dédaigneusement
+de la Langue; leur emploi était fondé
+sur une allusion très-naturelle, et leur sens
+était vif et frappant. Montaigne a dit avec
+son énergie, avec sa précision ordinaire,
+que <i>la Rhétorique étoit une art mensongère
et piperesse</i>: il y a dans les Langues
-des expressions si heureusement caractristiques,
+des expressions si heureusement caractéristiques,
qu'une fois perdues, on ne
peut plus les remplacer.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="pic" id="pic">PIC</a>. Instrument de fer courb et pointu
+<p class="item"><a class="void" name="pic" id="pic">PIC</a>. Instrument de fer courbé et pointu
vers le bout, qui a un manche de bois,
-et dont on se sert ouvrir la terre et
-rompre le roc; Onomatope du bruit que
+et dont on se sert à ouvrir la terre et à
+rompre le roc; Onomatopée du bruit que
rend la pierre sous l'instrument qui la
brise.</p>
<p class="item"><span class="sc">Piquer</span>, c'est donc primitivement frapper
avec un <i>pic</i>. On dit encore qu'on <i>pique</i>
la pierre, quand on blanchit une maison
-en dpouillant la pierre de sa surface.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Pioche</span>, nom d'un outil de labourage, a t
-along d'un son plus mousse, parce
+en dépouillant la pierre de sa surface.</p>
+<p class="item"><span class="sc">Pioche</span>, nom d'un outil de labourage, a été
+alongé d'un son plus mousse, parce
la <i>pioche</i> creuse et ne brise point.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Bche</span>, est un mot de la mme construction,
-prononc sur une touche moins
-dure, parce que la <i>bche</i> n'attaque pas
-la terre avec force, et ne sert qu' la
+<p class="item"><span class="sc">Bêche</span>, est un mot de la même construction,
+prononcé sur une touche moins
+dure, parce que la <i>bêche</i> n'attaque pas
+la terre avec force, et ne sert qu'à la
diviser.</p>
<p>En anglais, le verbe <i>piocher</i> se rend
par le verbe <i>dig</i>. Dans ce dernier mot,
l'imitation du son est frappante. On remarque
-la mme vrit dans la formation
+la même vérité dans la formation
du mot <i>tuf</i>, qui est le nom d'une terre
-compacte et prte se ptrifier, qui rend
-sous la <i>pioche</i> et sous la <i>bche</i> un son
+compacte et prête à se pétrifier, qui rend
+sous la <i>pioche</i> et sous la <i>bêche</i> un son
net et sec dont ce terme est l'expression;
-mais comme cette tymologie n'est pas
+mais comme cette étymologie n'est pas
incontestable, je me contente de la rapporter
-ici cause de l'analogie du sujet.</p>
+ici à cause de l'analogie du sujet.</p>
-<p class="item">* <a class="void" name="poupe" id="poupe">POUPE</a>. Suivant Nicod, que j'aime citer
-souvent, c'est la tette ou mammelle,
+<p class="item">* <a class="void" name="poupe" id="poupe">POUPE</a>. Suivant Nicod, que j'aime à citer
+souvent, «c'est la tette ou mammelle,
soit d'une femme comme la nomment
-en aucunes contres de France, soit de
+en aucunes contrées de France, soit de
bestes mordans comme la nomment les
veneurs, disans les <i>poupes</i> d'une ourse,
-et semblables, le mot vient du prtrit
-grec <i>ppoka</i>, tout ainsi que pot, et est
+et semblables, le mot vient du prétérit
+grec <i>pépoka</i>, tout ainsi que pot, et est
dit <i>poupe</i>, parce que le faon tette et
-boit le laict par l, ou bien est fait par
-Onomatope du son que l'enfanon fait
-de ses lvres en suant force le laict
-de la mammelle.</p>
-<p>Si toutefois le prtrit grec <i>ppoka</i>
-pouvait tre rapport cette racine, c'tait
-plutt comme driv que comme type,
-et il parat que Nicod s'en est aperu. Il
+boit le laict par là, ou bien est fait par
+Onomatopée du son que l'enfançon fait
+de ses lèvres en suçant à force le laict
+de la mammelle».</p>
+<p>Si toutefois le prétérit grec <i>pépoka</i>
+pouvait être rapporté à cette racine, c'était
+plutôt comme dérivé que comme type,
+et il paraît que Nicod s'en est aperçu. Il
aurait fait remonter le mot <i>poupe</i> avec
plus de vraisemblance au mot <i>popanon</i>,
qui est le <i>popanum</i> des Latins, et qui
-est incontestablement de la mme famille.
+est incontestablement de la même famille.
Remarquez d'ailleurs que les Latins
-ont dit <i>puppus</i> et <i>puppa</i>, d'o viennent
+ont dit <i>puppus</i> et <i>puppa</i>, d'où viennent
<i>puer</i> et <i>puella</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Poupe</span>, c'est l'image d'une petite fille, d'un
-enfant qui tette encore. Quelqu'vidente
-que soit l'tymologie de ce mot, on s'est
-avis, je ne sais o, de le driver de
-<i>Poppe</i>, parce qu'on prtend que cette
-femme fut la premire qui mit le masque
-en usage pour conserver la beaut de son
-teint et le prserver du hle et des injures
+<p class="item"><span class="sc">Poupée</span>, c'est l'image d'une petite fille, d'un
+enfant qui tette encore. Quelqu'évidente
+que soit l'étymologie de ce mot, on s'est
+avisé, je ne sais où, de le dériver de
+<i>Poppée</i>, parce qu'on prétend que cette
+femme fut la première qui mit le masque
+en usage pour conserver la beauté de son
+teint et le préserver du hâle et des injures
de l'air.</p>
<p class="item"><span class="sc">Poupon</span>, c'est, dans le langage vulgaire et
-enfantin, un petit garon la mammelle.</p>
+enfantin, un petit garçon à la mammelle.</p>
<p class="item"><a class="void" name="puer" id="puer">PUER</a>. Du bruit que fait la bouche en repoussant,
-avec une forte mission du
-souffle, les odeurs dsagrables.</p>
-<p><i>Pouah</i>, interjection qui marque le mpris
-et le dgot, doit en tre le son
+avec une forte émission du
+souffle, les odeurs désagréables.</p>
+<p><i>Pouah</i>, interjection qui marque le mépris
+et le dégoût, doit en être le son
radical.</p>
@@ -5445,78 +5406,78 @@ radical.</p>
<p class="item"><a class="void" name="racler" id="racler">RACLER</a>. Du frottement de l'ongle ou d'un
instrument aigu sur les corps qu'ils nettoient
-ou qu'ils dchirent. <i>Rakos</i> signifiait
-en grec un haillon, un vtement dchir,
+ou qu'ils déchirent. <i>Rakos</i> signifiait
+en grec un haillon, un vêtement déchiré,
une cicatrice, une ride. <i>Rakterios</i>,
-c'tait le corps bris ou <i>racl</i>, qui rendait
+c'était le corps brisé ou <i>raclé</i>, qui rendait
du bruit. Aristophane appelle Euripide
-<i>rakiosurraptads</i>, raccommodeur de
+<i>rakiosurraptadès</i>, raccommodeur de
vieux haillons. <i>Ragas</i> se disait sur une
-autre touche pour rupture, dchirement,
-et de l, <i>raga</i>, pour force et violence.</p>
+autre touche pour rupture, déchirement,
+et de là, <i>raga</i>, pour force et violence.</p>
<p>On pourrait croire que <i>raccommoder</i> en
-est fait par antiphrase ou contre vrit,
- moins qu'on ne fasse voir que les syllabes
-compltives en dterminent la nouvelle
+est fait par antiphrase ou contre vérité,
+à moins qu'on ne fasse voir que les syllabes
+complétives en déterminent la nouvelle
acception.</p>
-<p>La famille des mots qui se rapportent
-l'ide d'<i>effraction</i>, est videmment tire
+<p>La famille des mots qui se rapportent à
+l'idée d'<i>effraction</i>, est évidemment tirée
de la racine autour de laquelle je range
ces curieuses analogies, quoiqu'elles lui
-soient devenues plus ou moins trangres
+soient devenues plus ou moins étrangères
dans leur extension.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="raire" id="raire">RAIRE ou RER</a>. Terme de Vnerie emprunt
+<p class="item"><a class="void" name="raire" id="raire">RAIRE ou RÉER</a>. Terme de Vénerie emprunté
du cerf en amour.</p>
-<p>Il a, dit M. de Buffon, la voix d'autant
+<p>«Il a, dit M. de Buffon, la voix d'autant
plus forte, plus grosse et plus
-tremblante, qu'il est plus g: la biche
+tremblante, qu'il est plus âgé: la biche
a la voix plus faible et plus courte; elle
ne <i>rait</i> pas d'amour, mais de crainte.
-Le cerf <i>rait</i> d'une manire effroyable
+Le cerf <i>rait</i> d'une manière effroyable
dans le temps du <i>rut</i>. Il est alors si
-transport, qu'il ne s'inquite, ni ne
-s'effraie de rien.</p>
+transporté, qu'il ne s'inquiète, ni ne
+s'effraie de rien».</p>
-<p class="item"><span class="sc">Rut</span>, le temps o le cerf <i>rait</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="rale" id="rale">RLE, RLEMENT, RLER</a>. Du son enrou
-d'une respiration qui s'puise, et
+<p class="item"><span class="sc">Rut</span>, le temps où le cerf <i>rait</i>.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="rale" id="rale">RÂLE, RÂLEMENT, RÂLER</a>. Du son enroué
+d'une respiration qui s'épuise, et
dont les derniers efforts annoncent une
mort prochaine.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Rle</span>, est aussi le nom d'un oiseau que
-Mnage croit dsign d'aprs son cri.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="rauque" id="rauque">RAUQUE</a>. Du bruit pre et fatigant des
-voix enroues.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Roquet</span>, est le nom de mpris qu'on donne
- un petit chien importun, et qui aboie
-sans cesse. Je le crois form du son <i>rauque</i>
+<p class="item"><span class="sc">Râle</span>, est aussi le nom d'un oiseau que
+Ménage croit désigné d'après son cri.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="rauque" id="rauque">RAUQUE</a>. Du bruit âpre et fatigant des
+voix enrouées.</p>
+<p class="item"><span class="sc">Roquet</span>, est le nom de mépris qu'on donne
+à un petit chien importun, et qui aboie
+sans cesse. Je le crois formé du son <i>rauque</i>
de son jappement.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="redondance" id="redondance">REDONDANCE</a>. C'est une drivation figure
+<p class="item"><a class="void" name="redondance" id="redondance">REDONDANCE</a>. C'est une dérivation figurée
du son que rend un corps dur qui rebondit
dans sa chute.</p>
<p>Ainsi l'on a dit <i>redondance</i> d'une vicieuse
-superfluit de paroles, qui ne fait
-que nuire la nettet du discours, parce
-que c'est une espce de bondissement de
-la pense, qui, aprs avoir frapp l'esprit,
+superfluité de paroles, qui ne fait
+que nuire à la netteté du discours, parce
+que c'est une espèce de bondissement de
+la pensée, qui, après avoir frappé l'esprit,
rejaillit et retombe avec moins de
force.</p>
-<p>Ce mot n'est point une Onomatope
-propre, mais une Onomatope abstraite
+<p>Ce mot n'est point une Onomatopée
+propre, mais une Onomatopée abstraite
construite par analogie.</p>
<p class="item"><a class="void" name="retentir" id="retentir">RETENTIR, RETENTISSEMENT</a>. Belles
-Onomatopes dont le son radical est le
+Onomatopées dont le son radical est le
type d'une nombreuse famille de mots,
-consacrs exprimer des ides de mme
+consacrés à exprimer des idées de même
ordre. <i>Voyez</i> <a href="#tintement"><span class="sc">Tintement</span>, <span class="sc">Tinter</span></a>.</p>
-<p><i>Retentir</i> et ses drivs s'emploient en
-gnral en parlant des chos des montagnes
-et des votes, et ne conviennent
+<p><i>Retentir</i> et ses dérivés s'emploient en
+général en parlant des échos des montagnes
+et des voûtes, et ne conviennent
point quand il s'agit d'un bruit net et
-sans rpercussion. Racine a dit:</p>
+sans répercussion. Racine a dit:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -5529,7 +5490,7 @@ sans rpercussion. Racine a dit:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Mes seuls gmissemens font <i>retentir</i> les bois.</span><br/>
+ <span class="i0">Mes seuls gémissemens font <i>retentir</i> les bois.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
@@ -5543,26 +5504,26 @@ sans rpercussion. Racine a dit:</p>
</div>
</div>
-<p>La vrit d'imitation est moins sensible
+<p>La vérité d'imitation est moins sensible
dans ces exemples que dans beaucoup
d'autres, parce que la plaine, les bois et
les rivages sont des lieux peu <i>retentissans</i>.
Je sais combien de telles observations sont
-minutieuses; mais j'ai rapport ces vers
-de deux de nos grands Potes, pour faire
+minutieuses; mais j'ai rapporté ces vers
+de deux de nos grands Poètes, pour faire
voir de quelle importance est la justesse
-d'expression pour l'effet potique, et de
+d'expression pour l'effet poétique, et de
combien de nuances la Langue la plus
riche peut encore s'orner.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="rincer" id="rincer">RINCER</a>. Du bruit des doigts contre l'intrieur
+<p class="item"><a class="void" name="rincer" id="rincer">RINCER</a>. Du bruit des doigts contre l'intérieur
d'un verre que l'on <i>rince</i>.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Un si galant exploit rveillant tout le monde,</span><br/>
- <span class="i0">On a port par-tout des verres la ronde,</span><br/>
- <span class="i0">O les doigts des laquais, dans la crasse tracs,</span><br/>
- <span class="i0">Tmoignaient par crit qu'on les avait <i>rincs</i>.</span><br/>
+ <span class="i0">Un si galant exploit réveillant tout le monde,</span><br/>
+ <span class="i0">On a porté par-tout des verres à la ronde,</span><br/>
+ <span class="i0">Où les doigts des laquais, dans la crasse tracés,</span><br/>
+ <span class="i0">Témoignaient par écrit qu'on les avait <i>rincés</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
@@ -5572,128 +5533,128 @@ d'un verre que l'on <i>rince</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="ronflement" id="ronflement">RONFLEMENT, RONFLER</a>. Du bruit que
fait dans la gorge et les narines d'un
-homme endormi, l'air fortement aspir.</p>
-<p>On a employ ces mots par extension,
+homme endormi, l'air fortement aspiré.</p>
+<p>On a employé ces mots par extension,
pour exprimer le bruit grave des gros
tuyaux d'un orgue, ou celui des canons,
-et figurment, les clats de voix prsomptueux
-d'un Comdien qui cherche le
+et figurément, les éclats de voix présomptueux
+d'un Comédien qui cherche le
<i>brouhaha</i>.</p>
-<p>Il n'y a, dit le Mascarille des Prcieuses,
-que les Comdiens de l'htel
+<p>«Il n'y a, dit le Mascarille des Précieuses,
+que les Comédiens de l'hôtel
de Bourgogne qui soient capables de
faire valoir les choses. Les autres sont
-des ignorans qui rcitent comme on
+des ignorans qui récitent comme on
parle; ils ne savent pas faire <i>ronfler</i> les
-vers, et s'arrter au bel endroit.</p>
+vers, et s'arrêter au bel endroit».</p>
<p>Du <i>ronchus</i> des Latins, nous avions fait
<i>froncher</i> dans le vieux langage, et dom
Lepelletier rapporte <i>fronsal</i>, mot de l'usage
-de Cornouaille, qui a le mme sens.</p>
+de Cornouaille, qui a le même sens.</p>
<p class="item"><a class="void" name="rossignol" id="rossignol">ROSSIGNOL</a>. En latin <i>luscinia</i>, ou <i>lucinia</i>,
en italien <i>usignuolo</i>, <i>lusignolo</i>, <i>rusignuolo</i>,
en espagnol <i>ruysenor</i>.</p>
-<p>Le Castelvetro a pens que le nom italien
-de cet oiseau tait fait par Onomatope.
-Belon et Mnage rapportent des
-tymologies plus vraisemblables, et M. de
-Brosse tranche, suivant moi, la difficult.
+<p>Le Castelvetro a pensé que le nom italien
+de cet oiseau était fait par Onomatopée.
+Belon et Ménage rapportent des
+étymologies plus vraisemblables, et M. de
+Brosse tranche, suivant moi, la difficulté.
De <i>luco canens</i>, <i>lucinia</i>, <i>luciniola</i>, <i>lusignuolo</i>,
-<i>rusignuolo</i>, <i>rossignol</i>; il reste
-dterminer si l'imitation du son n'est pas
-entre pour quelque chose dans la construction
-de ces diffrens drivs, et c'est
-ce qui me parat incontestable.</p>
+<i>rusignuolo</i>, <i>rossignol</i>; il reste à
+déterminer si l'imitation du son n'est pas
+entrée pour quelque chose dans la construction
+de ces différens dérivés, et c'est
+ce qui me paraît incontestable.</p>
-<p class="item">* <a class="void" name="roucoulement" id="roucoulement">ROUCOULEMENT, ROUCOULER</a>. Onomatopes
+<p class="item">* <a class="void" name="roucoulement" id="roucoulement">ROUCOULEMENT, ROUCOULER</a>. Onomatopées
du chant des tourterelles, qui
-est aussi trs-bien exprim par le <i>to coo</i>
+est aussi très-bien exprimé par le <i>to coo</i>
des Anglais.</p>
<p>On a dit autrefois <i>rocouler</i>, mais <i>roucouler</i>
-a t justement prfr.</p>
+a été justement préféré.</p>
<p><i>Roucoulement</i> est un mot harmonieux
-et utile qui serait bon admettre dans
-la Langue. M. de Chteaubriand, d'ailleurs
-si svre dans l'emploi des mots nouveaux,
+et utile qui serait bon à admettre dans
+la Langue. M. de Châteaubriand, d'ailleurs
+si sévère dans l'emploi des mots nouveaux,
en a fait souvent usage.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="roue" id="roue">ROUE</a><a id="FNanchor_5" name="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class="fnanchor">5</a>. Ce mot est driv du bruit de la
-<i>roue</i>, et en gnral du bruit d'un corps
-rond qui roule avec rapidit sur une
+<p class="item"><a class="void" name="roue" id="roue">ROUE</a><a id="FNanchor_5" name="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class="fnanchor">5</a>. Ce mot est dérivé du bruit de la
+<i>roue</i>, et en général du bruit d'un corps
+rond qui roule avec rapidité sur une
surface retentissante.</p>
<p>C'est le <i>trochos</i> des Grecs, le <i>rota</i> des
-Latins et des Italiens, le <i>reda</i> des Espagnols,
+Latins et des Italiens, le <i>rüeda</i> des Espagnols,
le <i>rot</i> ou <i>rod</i> des Celtes, et le
<i>rad</i> de l'ancien Teuton.</p>
<p><i>Rodellec</i> signifiait en celtique une voiture
- plusieurs roues, un vestige, une
-ligne, comme celle qui est dcrite par la
+à plusieurs roues, un vestige, une
+ligne, comme celle qui est décrite par la
roue.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Route</span>, mot franais d'une acception trs-voisine,
-en est probablement driv. Cette
-opinion n'est pas trangre M. Court de
-Gbelin, qui appuie mal--propos sa conjecture
-de quelques fausses tymologies.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="rugir" id="rugir">RUGIR, RUGISSEMENT</a>. Le <i>rugissement</i>
+<p class="item"><span class="sc">Route</span>, mot français d'une acception très-voisine,
+en est probablement dérivé. Cette
+opinion n'est pas étrangère à M. Court de
+Gébelin, qui appuie mal-à-propos sa conjecture
+de quelques fausses étymologies.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="rugir" id="rugir">RUGIR, RUGISSEMENT</a>. «Le <i>rugissement</i>
du lion est si fort, dit M. de Buffon,
-que quand il se fait entendre par chos
-la nuit dans les dserts, il ressemble au
+que quand il se fait entendre par échos
+la nuit dans les déserts, il ressemble au
bruit du tonnerre: ce <i>rugissement</i> est
sa voix ordinaire; car quand il est en
-colre, il a un autre cri qui est court
-et ritr subitement, au lieu que le
-<i>rugissement</i> est un cri prolong, une
-espce de grondement d'un ton grave,
-ml d'un frmissement plus aigu. Il <i>rugit</i>
+colère, il a un autre cri qui est court
+et réitéré subitement, au lieu que le
+<i>rugissement</i> est un cri prolongé, une
+espèce de grondement d'un ton grave,
+mêlé d'un frémissement plus aigu. Il <i>rugit</i>
cinq ou six fois par jour, et plus souvent
-lorsqu'il doit tomber de la pluie.</p>
+lorsqu'il doit tomber de la pluie».</p>
<p>Ce passage de M. de Buffon m'en rappelle
un autre qui a rapport au <i>rugissement</i>
-du tigre, et o ce grand Ecrivain
-hasarde, pour exprimer ce cri, une Onomatope
-que l'usage n'a pas consacre
-depuis. Le tigre, dit-il, fait mouvoir la
-peau de sa face, grince les dents, frmit,
+du tigre, et où ce grand Ecrivain
+hasarde, pour exprimer ce cri, une Onomatopée
+que l'usage n'a pas consacrée
+depuis. «Le tigre, dit-il, fait mouvoir la
+peau de sa face, grince les dents, frémit,
<i>rugit</i> comme fait le lion, mais son <i>rugissement</i>
-est diffrent. Quelques voyageurs
-l'ont compar au cri de certains
-oiseaux. <i>Tigrides indomit rancant,
-rugiuntque leones.</i> (<i>Autor Philomel.</i>)
-Ce mot <i>rancant</i> n'a point d'quivalent
-en franais; ne pourrions-nous pas lui
+est différent. Quelques voyageurs
+l'ont comparé au cri de certains
+oiseaux. <i>Tigrides indomitæ rancant,
+rugiuntque leones.</i> (<i>Autor Philomelæ.</i>)
+Ce mot <i>rancant</i> n'a point d'équivalent
+en français; ne pourrions-nous pas lui
en donner un, et dire, les tigres <i>rauquent</i>,
et les lions <i>rugissent</i>; car le son de
-la voix du tigre est en effet trs-rauque.</p>
+la voix du tigre est en effet très-rauque».</p>
<p>Je suis bien aise de faire remarquer ici
-que ce verbe factice, qui M. de Buffon
-ne connat point d'quivalent en franais,
-en a un trs-exactement construit sur la
-mme racine, dans le patois de Franche-Comt.
-<i>Ranct</i>, c'est le dernier soupir,
-le dernier rle du moribond; <i>rancoer</i>,
-c'est expirer, rendre l'me, pousser le
+que ce verbe factice, à qui M. de Buffon
+ne connaît point d'équivalent en français,
+en a un très-exactement construit sur la
+même racine, dans le patois de Franche-Comté.
+<i>Rancôt</i>, c'est le dernier soupir,
+le dernier râle du moribond; <i>rancoïer</i>,
+c'est expirer, rendre l'âme, pousser le
sanglot convulsif qui annonce la mort.</p>
<p>On a dit autrefois <i>ruiment</i> pour <i>rugissement</i>,
comme dans ce passage des grandes
-Chroniques de France, ddies Charles
-VIII. Sembloit que ce fussent urlemens
-de loups et <i>ruimens</i> de lions. Cela
-donne quelque probabilit l'opinion de
-M. de Caseneuve, qui fait driver <i>rut</i>,
+Chroniques de France, dédiées à Charles
+VIII. «Sembloit que ce fussent urlemens
+de loups et <i>ruimens</i> de lions». Cela
+donne quelque probabilité à l'opinion de
+M. de Caseneuve, qui fait dériver <i>rut</i>,
anciennement <i>ruit</i>, du <i>rugitus</i> des Latins,
-et qui regarde <i>raire</i> ou <i>rer</i> comme une
+et qui regarde <i>raire</i> ou <i>réer</i> comme une
contraction de <i>rugire</i>. Il aurait pu citer
ce passage de Job, qui dit, en parlant des
-biches, qui l'action de <i>rer</i> est particulire:
-<i>incurvantur ad ftum, et pariunt,
+biches, à qui l'action de <i>réer</i> est particulière:
+<i>incurvantur ad fætum, et pariunt,
et <em>rugitus</em> emittunt</i>. Marot dit dans sa
traduction des Pseaumes:</p>
@@ -5702,309 +5663,309 @@ traduction des Pseaumes:</p>
<span class="i0">Ainsi qu'on oit le cerf <i>bruire</i>,</span><br/>
<span class="i0">Pourchassant le froid des eaux,</span><br/>
<span class="i0">Ainsi mon ame soupire,</span><br/>
- <span class="i0">Seigneur, aprs tes ruisseaux.</span><br/>
+ <span class="i0">Seigneur, après tes ruisseaux.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p><i>Voyez</i> <a href="#raire"><span class="sc">Raire</span> ou <span class="sc">Rer</span></a>.</p>
+<p><i>Voyez</i> <a href="#raire"><span class="sc">Raire</span> ou <span class="sc">Réer</span></a>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="ruisseau" id="ruisseau">RUISSEAU, RUISSELER</a>. Nicod drive ces
+<p class="item"><a class="void" name="ruisseau" id="ruisseau">RUISSEAU, RUISSELER</a>. Nicod dérive ces
mots du grec <i>reo</i>, <i>fluo</i>. Le grec attique
<i>reos</i> signifiait <i>ruisseau</i>. Les Latins ont dit
<i>rivus</i>, <i>rivulus</i>, les Italiens <i>rivo</i>, <i>ruscello</i>,
les Espagnols <i>rio</i>, les Anglais <i>rivulet</i>. <i>Dour
red</i>, en celtique, signifie une eau courante
et rapide. Dom Lepelletier nomme
-<i>rigol</i>, et Davies <i>rhigol</i>, un <i>ruisseau</i> trac
-dans un champ; cette expression s'est conserve
-dans le franais. Lebrigand a employ
+<i>rigol</i>, et Davies <i>rhigol</i>, un <i>ruisseau</i> tracé
+dans un champ; cette expression s'est conservée
+dans le français. Lebrigand a employé
quelque part, comme celtique, le
-mot <i>ruzelen</i>; mais il parat que ce n'est
-que le franais <i>ruisselet</i> qui s'est gliss,
+mot <i>ruzelen</i>; mais il paraît que ce n'est
+que le français <i>ruisselet</i> qui s'est glissé,
comme beaucoup d'autres, dans le celto-breton,
-par le contact des franais avec
+par le contact des français avec
les peuples de l'Armorique. <i>Ru</i> se dit en
-Gorgien d'un grand coulement d'eaux.
-<i>Arou</i> exprime la mme ide en Armnien
+Géorgien d'un grand écoulement d'eaux.
+<i>Arou</i> exprime la même idée en Arménien
et en Malabare, et <i>rud</i> en Arabe et en
Persan. Plusieurs Etymologistes assurent
que <i>rit</i> indiquait dans les Langues gothiques
-un passage ou un gu. Les mots
-par lesquels nous dsignions un <i>ruisseau</i>
+un passage ou un gué. Les mots
+par lesquels nous désignions un <i>ruisseau</i>
en vieux langage, se rapprochaient assez
du son typique. <i>Reu</i> et <i>ru</i> se trouvent
dans Nicod. <i>Ru</i> s'emploie encore pour
-dsigner le lit ou canal d'un petit ruisseau.
+désigner le lit ou canal d'un petit ruisseau.
<i>Ruel</i> et <i>rui</i> sont communs dans nos vieux
-romanciers. <i>Ruit</i> est employ pour rive
+romanciers. <i>Ruit</i> est employé pour rive
dans un passage de Perceval. En remontant
-la valle de la Romanche par la
+la vallée de la Romanche par la
nouvelle route de Grenoble en Italie, on
voit avant le hameau des Roberts, un torrent
que le peuple appelle <i>riou-peirou</i>,
-c'est--dire, <i>ruisseau</i> prilleux.</p>
+c'est-à-dire, <i>ruisseau</i> périlleux.</p>
<p>Notre mot <i>ruisseau</i> peint parfaitement
- l'esprit le petit murmure doux et modul
+à l'esprit le petit murmure doux et modulé
d'une eau vive qui roule entre les
cailloux.</p>
-<p>S'il est vrai, ainsi que le prtend M.
-Court de Gbelin, que <i>rat</i> soit un terme
-de marine qui sert dsigner un endroit
-de mer o il y a quelque courant rapide
+<p>S'il est vrai, ainsi que le prétend M.
+Court de Gébelin, que <i>rat</i> soit un terme
+de marine qui sert à désigner un endroit
+de mer où il y a quelque courant rapide
et dangereux, on peut faire remonter ce
-mot la mme racine, soit comme lui
-par le gallois <i>rhydd</i>, qui signifie gu ou
+mot à la même racine, soit comme lui
+par le gallois <i>rhydd</i>, qui signifie gué ou
bas-fond, soit, mieux encore, par l'allemand
<i>ritha</i>, qui signifiait autrefois torrent,
ou par le <i>dour red</i> des Celtes, et
par le celto-breton <i>rodo</i>, qui se dit d'un
-passage de rivire; mais cette assertion
-est conteste.</p>
+passage de rivière; mais cette assertion
+est contestée.</p>
-<p><i>Rat</i> n'est point un terme de marine
+<p>«<i>Rat</i> n'est point un terme de marine
pour designer un courant rapide et
-dangereux dans la mer, m'crit M. de
+dangereux dans la mer, m'écrit M. de
Roujoux, c'est un nom de lieu; le <i>Raz</i>
-est un vaste cueil situ en face de l'le
-de Sein, et qui a donn son nom au
-passage compris entre cette le et lui.
-Le passage du <i>Raz</i> ou <i>Ratz</i> est clbre,
+est un vaste écueil situé en face de l'île
+de Sein, et qui a donné son nom au
+passage compris entre cette île et lui.
+Le passage du <i>Raz</i> ou <i>Ratz</i> est célèbre,
parce qu'un grand nombre des vaisseaux
-qui entrent Brest ou qui en sortent,
-sont forcs d'y donner. Il est fertile
+qui entrent à Brest ou qui en sortent,
+sont forcés d'y donner. Il est fertile
en naufrages, et la baie dont il
forme une des pointes, s'appelle la baie
-des Trpasss. Je ne crois point que ce
+des Trépassés. Je ne crois point que ce
mot ait de signification connue; il ressemble
- une foule de termes auxquels
-on veut trouver des tymologies, quoiqu'ils
-n'en aient pas.</p>
+à une foule de termes auxquels
+on veut trouver des étymologies, quoiqu'ils
+n'en aient pas».</p>
-<p class="item"><span class="sc">Rouir</span>, est trs-judicieusement driv du
-vieux franais <i>ru</i>, par Mnage. Nicod
-mme crit <i>ruir</i>, et rend en latin <i>chanvre
+<p class="item"><span class="sc">Rouir</span>, est très-judicieusement dérivé du
+vieux français <i>ru</i>, par Ménage. Nicod
+même écrit <i>ruir</i>, et rend en latin <i>chanvre
roui</i>, par <i>cannabis fluviata</i>.</p>
<h3>S</h3>
<p class="item"><a class="void" name="sangle" id="sangle">SANGLE, SANGLER</a>. De <i>cingula</i>, <i>cingulare</i>,
-et originairement du bruit de l'air froiss
-par une courroie dploye avec force.</p>
+et originairement du bruit de l'air froissé
+par une courroie déployée avec force.</p>
<p><i>Sangle</i> s'exprimait en celtique par <i>cengl</i>
-et <i>cenclen</i>, et suivant la mme analogie,
+et <i>cenclen</i>, et suivant la même analogie,
<i>lancer</i> et <i>darder</i>, par <i>cingla</i>.</p>
-<p>En vieux franais, on disait <i>changle</i>
+<p>En vieux français, on disait <i>changle</i>
et <i>changler</i>, comme c'est l'usage dans
-notre Langue, qui a souvent modifi ainsi
+notre Langue, qui a souvent modifié ainsi
les sons sifflans.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Cingler</span>, se dit pour, naviguer pleines
+<p class="item"><span class="sc">Cingler</span>, se dit pour, naviguer à pleines
voiles, parce que la mer, ouverte vivement
par le navire, rend un petit bruit
-de la mme nature que le prcdent. Mais
+de la même nature que le précédent. Mais
le son radical est ici moins emphatique,
-parce que le froissement qu'il reprsente
-est moins clatant, et a lieu dans un milieu
-moins sonore. Cependant on a employ
-ce dernier verbe au mme usage
+parce que le froissement qu'il représente
+est moins éclatant, et a lieu dans un milieu
+moins sonore. Cependant on a employé
+ce dernier verbe au même usage
que l'autre en nombre d'occasions, et on
le dit fort bien, du vent du Nord et de
-la pluie chasse par un ouragan imptueux.</p>
+la pluie chassée par un ouragan impétueux.</p>
<p class="item"><a class="void" name="saper" id="saper">SAPER</a>. Abattre par le pied, travailler avec
-le pic et la pioche dtruire les fondemens
+le pic et la pioche à détruire les fondemens
d'un mur.</p>
<p class="item"><span class="sc">Sape</span>, se dit en terme de guerre d'un travail
qu'on fait sous terre pour la surprise
d'une place. En latin, c'est <i>sappa</i>, en italien
<i>zappa</i>.</p>
-<p>L'oriental <i>saph</i> ou <i>sap</i> dsigne l'action
-de briser ou de limer, de rduire en
-poussire.</p>
+<p>L'oriental <i>saph</i> ou <i>sap</i> désigne l'action
+de briser ou de limer, de réduire en
+poussière.</p>
-<p>Ces diffrens mots sont forms du
+<p>Ces différens mots sont formés du
bruit de l'instrument contre les constructions
qu'il attaque, ou sur la terre qu'il
entr'ouvre.</p>
<p class="item"><a class="void" name="scie" id="scie">SCIE, SCIER</a>. <i>Scie</i> se dit en latin <i>serra</i>, en
italien <i>sega</i>, <i>rasega</i>, en espagnol <i>sierra</i>,
-en anglais <i>saw</i>, en allemand <i>sge</i>, autant
-de dnominations tires du bruit sifflant
+en anglais <i>saw</i>, en allemand <i>sæge</i>, autant
+de dénominations tirées du bruit sifflant
que produit la <i>scie</i> en divisant le bois.</p>
<p>Le <i>secare</i> et le <i>scindere</i> des Latins sont
-construits d'aprs ce son naturel qui a
-fourni d'innombrables Onomatopes
+construits d'après ce son naturel qui a
+fourni d'innombrables Onomatopées à
toutes les Langues.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="scion" id="scion">SCION</a>. C'est le nom qu'on donne des branches
-grles et menues, tendres et pliantes
+<p class="item"><a class="void" name="scion" id="scion">SCION</a>. C'est le nom qu'on donne à des branches
+grêles et menues, tendres et pliantes
que poussent les arbres. L'osier, par exemple,
-s'lve en touffes de <i>scions</i>, et je n'hsite
-pas penser que ce mot ne soit form
-du frmissement de ces branches dbiles,
+s'élève en touffes de <i>scions</i>, et je n'hésite
+pas à penser que ce mot ne soit formé
+du frémissement de ces branches débiles,
quand le vent les courbe devant lui, et
-qu'elles se relvent en sifflant.</p>
+qu'elles se relèvent en sifflant.</p>
<p>On appelle encore <i>scions</i> les impressions
qui restent sur la peau d'une personne
-fouette de verges. C'est le nom de la cause
-pour celui de l'effet, employ par mtonimie.</p>
+fouettée de verges. C'est le nom de la cause
+pour celui de l'effet, employé par métonimie.</p>
<p><i>Cion</i>, s'est dit en vieux langage, de la
-pluie fouette par les vents. Il est facile
-de saisir l'analogie de ces diffrentes acceptions.</p>
+pluie fouettée par les vents. Il est facile
+de saisir l'analogie de ces différentes acceptions.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="siffler" id="siffler">SIFFLER</a>. Verbe dont on connat les nombreux
-drivs, et qui drive lui-mme du
-bruit de l'air comprim et chass par une
-ouverture troite. Les Latins ont dit d'abord
+<p class="item"><a class="void" name="siffler" id="siffler">SIFFLER</a>. Verbe dont on connaît les nombreux
+dérivés, et qui dérive lui-même du
+bruit de l'air comprimé et chassé par une
+ouverture étroite. Les Latins ont dit d'abord
<i>sifilare</i>, qui se lit dans Nonnius-Marcellus,
et ensuite <i>sibilare</i>. Les Italiens
ont <i>sibilare</i>, <i>subbiare</i>, <i>zuffulare</i>,
-<i>fischiare</i>, autant d'Onomatopes qui caractrisent
-diffrens modes de <i>sifflement</i>;
+<i>fischiare</i>, autant d'Onomatopées qui caractérisent
+différens modes de <i>sifflement</i>;
les Espagnols, <i>silvar</i>; les Allemands, <i>pfeifen</i>,
et les Anglais plus heureusement encore
<i>whistle</i>.</p>
-<p>En vieux franais, nous avons dit <i>subler</i>
+<p>En vieux français, nous avons dit <i>subler</i>
et <i>sibler</i>: Marot a dit <i>sublet</i> pour <i>sifflet</i>.
-Les Angevins ont gard cette expression,
+Les Angevins ont gardé cette expression,
et Ondin la rapporte dans ses dictionnaires.
Le patois bourguignon y a
-substitu <i>subl</i>, qu'on lit dans les noels
+substitué <i>sublô</i>, qu'on lit dans les noels
de la Monnoye.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">at ein anfan? me dis-tu vrai?</span><br/>
- <span class="i0">Tan meu, velai t note fai.</span><br/>
- <span class="i0">Tu sai b, quant ein anfan crie</span><br/>
- <span class="i0">Que por an poiz le cri,</span><br/>
- <span class="i0">Ai ne fau qu'ne chaiteri,</span><br/>
- <span class="i0">Vou qu'un <i>subl</i> vou qu'un trebi.</span><br/>
+ <span class="i0">Çat ein anfan? me dis-tu vrai?</span><br/>
+ <span class="i0">Tan meu, velai tô note fai.</span><br/>
+ <span class="i0">Tu sai bé, quant ein anfan crie</span><br/>
+ <span class="i0">Que por an époizé le cri,</span><br/>
+ <span class="i0">Ai ne fau qu'éne chaiterié,</span><br/>
+ <span class="i0">Vou qu'un <i>sublô</i> vou qu'un trebi.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Il est remarquer que ce <i>subl</i> du peuple
+<p>Il est à remarquer que ce <i>sublô</i> du peuple
de Bourgogne ressemble beaucoup au
-<i>subulo</i> de Varron, que celui-ci a employ
+<i>subulo</i> de Varron, que celui-ci a employé
pour <i>tibicen</i>.</p>
-<p>Cirano, acte II, scne III de son <cite>Pdant
-jou</cite>, fait dire Mathieu Gareau:
-Ce biau marle qui <i>sublet</i> si finement
-haut.</p>
+<p>Cirano, acte II, scène III de son <cite>Pédant
+joué</cite>, fait dire à Mathieu Gareau:
+«Ce biau marle qui <i>sublet</i> si finement
+haut».</p>
-<p>Le peuple mouille l'<i>S</i>, et dit communment
+<p>Le peuple mouille l'<i>S</i>, et dit communément
<i>chiffler</i>.</p>
-<p>Il parat que les Celtes faisaient usage du
+<p>Il paraît que les Celtes faisaient usage du
mot <i>si</i>, pour bruit; <i>sifflement</i>, murmure.</p>
<p>Les Grammairiens appellent consonnes
<i>sifflantes</i> ces trois lettres <i>s</i>, <i>x</i>, <i>z</i>, parce
-qu'on ne les prononce qu'avec une espce
-de <i>sifflement</i>. Elles doivent donc tre d'un
+qu'on ne les prononce qu'avec une espèce
+de <i>sifflement</i>. Elles doivent donc être d'un
grand usage pour exprimer les bruits de
-cette espce. La Langue anglaise est une
+cette espèce. La Langue anglaise est une
Langue <i>sifflante</i>, parce qu'elle a beaucoup
de mots sur la touche <i>sifflante</i> et sur la
touche dentale.</p>
-<p>L'emploi frquent de la lettre <i>S</i> rend
+<p>L'emploi fréquent de la lettre <i>S</i> rend
la prononciation <i>sifflante</i>. Euripide en faisait
-un usage vicieux qui passa mme en
-proverbe. On appelait ce dfaut le sygmatisme
+un usage vicieux qui passa même en
+proverbe. On appelait ce défaut le sygmatisme
d'Euripide.</p>
-<p>Racine a prodigu les <i>S</i> dans ce vers
+<p>Racine a prodigué les <i>S</i> dans ce vers
d'Andromaque:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Pour qui sont ces serpens qui <i>sifflent</i> sur vos ttes?</span><br/>
+ <span class="i0">Pour qui sont ces serpens qui <i>sifflent</i> sur vos têtes?</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p class="noindent">et l'effet d'imitation qui en rsulte est
-frappant. On l'a trouv, peut-tre avec
+<p class="noindent">et l'effet d'imitation qui en résulte est
+frappant. On l'a trouvé, peut-être avec
justice, un peu trop minutieux.</p>
<p>Il y a de l'harmonie dans ces vers d'un
-de nos Potes lyriques:</p>
+de nos Poètes lyriques:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i4">Ixion et les Alodes</span><br/>
- <span class="i4">Ont cess leurs mugissemens.</span><br/>
- <span class="i4">De Tantale et des Danades</span><br/>
- <span class="i2">Je n'entends plus les longs gmissemens,</span><br/>
- <span class="i4">Et des fatales Eumnides</span><br/>
+ <span class="i4">Ixion et les Aloïdes</span><br/>
+ <span class="i4">Ont cessé leurs mugissemens.</span><br/>
+ <span class="i4">De Tantale et des Danaïdes</span><br/>
+ <span class="i2">Je n'entends plus les longs gémissemens,</span><br/>
+ <span class="i4">Et des fatales Euménides</span><br/>
<span class="i6">Les couleuvres avides</span><br/>
<span class="i0">Ne brisent plus les airs par d'aigres <i>sifflemens</i>.</span><br/>
- <span class="i4">L'rbe n'a plus de tourmens.</span><br/>
+ <span class="i4">L'Érèbe n'a plus de tourmens.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>La forme et le son de la lettre <i>S</i> la
-rendent propre dsigner doublement le
-serpent, et peindre en mme temps ses
+rendent propre à désigner doublement le
+serpent, et à peindre en même temps ses
mouvemens tortueux et ses <i>sifflemens</i> aigus.
L'<i>ophis</i> des Grecs, qui est originairement
-gyptien, a le singulier mrite
-d'offrir dans ses caractres une espce de
+égyptien, a le singulier mérite
+d'offrir dans ses caractères une espèce de
n&oelig;uds de couleuvres, et dans sa terminaison,
-un bruit semblable celui qui
+un bruit semblable à celui qui
annonce ordinairement ces animaux. C'est
-tout--la-fois un hiroglyphe et une Onomatope.
-La lettre &Phi; ressemble un
-caduce.</p>
+tout-à-la-fois un hiéroglyphe et une Onomatopée.
+La lettre &Phi; ressemble à un
+caducée.</p>
-<p>Les Latins ont <i>anguis</i>, qui a la mme
-dsinence <i>sifflante</i>, et de plus <i>seps</i> et <i>serpens</i>;
+<p>Les Latins ont <i>anguis</i>, qui a la même
+désinence <i>sifflante</i>, et de plus <i>seps</i> et <i>serpens</i>;
les Italiens <i>serpente</i>, <i>biscia</i>; les Espagnols
<i>sierpe</i>; les Anglais <i>serpent</i> et <i>snake</i>.</p>
-<p>On appelle <i>bysse</i> en science hraldique,
+<p>On appelle <i>bysse</i> en science héraldique,
des serpens et des couleuvres. C'est l'ancien
-nom franais de ces reptiles. Celui
-par lequel nous dsignons actuellement
-le <i>serpent</i>, est une Onomatope sans vivacit
+nom français de ces reptiles. Celui
+par lequel nous désignons actuellement
+le <i>serpent</i>, est une Onomatopée sans vivacité
et sans harmonie, dont je n'ai pas
-cru devoir faire un article part, mais
+cru devoir faire un article à part, mais
dont les analogues curieux me paraissent
-assez bien placs dans celui-ci.</p>
+assez bien placés dans celui-ci.</p>
<p class="item"><a class="void" name="sillon" id="sillon">SILLON, SILLONNER</a>. Du bruit d'un corps
-qui en effleure lgrement un autre sur
-un long espace. De l,</p>
+qui en effleure légèrement un autre sur
+un long espace. De là,</p>
<p class="item"><span class="sc">Sillage</span>, qui est la trace d'un vaisseau sur
la mer, quand il ne fait qu'y glisser doucement.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="siphon" id="siphon">SIPHON</a>. Ce sont, dit un vieux commentateur
+<p class="item"><a class="void" name="siphon" id="siphon">SIPHON</a>. «Ce sont, dit un vieux commentateur
de Rabelais, ces canaux et tuyaux
-s-fontaines qui jettent l'eau, et par le
+ès-fontaines qui jettent l'eau, et par le
moyen et force de l'air qui les presse,
-rendent un son et sifflement d'o ils
-ont pris leur nom.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="souffler" id="souffler">SOUFFLER</a>. Nous avons vu tout--l'heure
-au mot <i>siffler</i> une Onomatope construite
-d'aprs le bruit de l'air chass travers
-un canal troit. Celle-ci est forme sur
-l'mission libre de l'air pouss hors d'un
+rendent un son et sifflement d'où ils
+ont pris leur nom».</p>
+<p class="item"><a class="void" name="souffler" id="souffler">SOUFFLER</a>. Nous avons vu tout-à-l'heure
+au mot <i>siffler</i> une Onomatopée construite
+d'après le bruit de l'air chassé à travers
+un canal étroit. Celle-ci est formée sur
+l'émission libre de l'air poussé hors d'un
canal de grandeur suffisante, avec un
-bruit mousse et sans clat.</p>
-<p>Les drivs nombreux de cette expression
-ne peuvent chapper personne.</p>
+bruit mousse et sans éclat.</p>
+<p>Les dérivés nombreux de cette expression
+ne peuvent échapper à personne.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="sourdre" id="sourdre">SOURDRE</a>. Sortir, jaillir, s'couler par une
+<p class="item"><a class="void" name="sourdre" id="sourdre">SOURDRE</a>. Sortir, jaillir, s'écouler par une
fente de la terre ou du creux d'un rocher.</p>
-<p>L'tymologie de ce mot a t rapporte
+<p>L'étymologie de ce mot a été rapportée
avec raison au <i>surgere</i> des Latins, qui
-avait le mme sens.</p>
+avait le même sens.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -6015,9 +5976,9 @@ avait le mme sens.</p>
</div>
<p class="attr"><span class="sc">Lucret</span>.</p>
-<p>On a mme dit en franais <i>surgeons</i>,
-tantt pour ces rejetons qui naissent au
-pied des arbres, tantt pour un petit
+<p>On a même dit en français <i>surgeons</i>,
+tantôt pour ces rejetons qui naissent au
+pied des arbres, tantôt pour un petit
ruisseau qui vient de <i>sourdre</i> de la terre;
et <i>surgir</i>, qui est pris pour <i>sourdre</i>, avec
un peu d'extension dans ce passage des
@@ -6025,221 +5986,221 @@ hymnes de Ronsard:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">Aprs vous <i>surgirez</i> dedans l'le dserte</span><br/>
+ <span class="i0">Après vous <i>surgirez</i> dedans l'île déserte</span><br/>
<span class="i0">D'hommes et de troupeaux, mais aussi bien couverte</span><br/>
- <span class="i0">D'oiseaux qui ont la plume pointe comme espics,</span><br/>
+ <span class="i0">D'oiseaux qui ont la plume à pointe comme espics,</span><br/>
<span class="i0">Et la dardent des flancs ainsi que porcs espics.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p>Mais s'il est vrai que cette origine soit
--peu-prs incontestable, il n'en est pas
+à-peu-près incontestable, il n'en est pas
moins certain que l'imitation du son naturel
-a modifi jusqu' un certain point
-l'expression qu'on y rapporte. Il est peut-tre
-malheureux qu'elle vieillisse nglige,
+a modifié jusqu'à un certain point
+l'expression qu'on y rapporte. Il est peut-être
+malheureux qu'elle vieillisse négligée,
car elle est significative et utile. Amyot
s'en est servi dans sa traduction de <cite>Daphnis
-et Chlo</cite>, et cet exemple en dterminera
+et Chloé</cite>, et cet exemple en déterminera
le sens:</p>
-<p>Il y avoit, dit-il, en ce quartier-l
+<p>«Il y avoit, dit-il, en ce quartier-là
une caverne que l'on appelait <i>la Caverne
des Nymphes</i>, qui estoit une
grande et grosse roche, au fond de laquelle
<i>sourdoit</i> une fontaine qui faisoit
-un ruisseau dont estoit arrouz le beau
-pr verdoyant.</p>
+un ruisseau dont estoit arrouzé le beau
+pré verdoyant».</p>
-<p>M. Mercier a cru mal--propos que ce
-mot faisait <i>sourdir</i> l'infinitif, ou que
+<p>M. Mercier a cru mal-à-propos que ce
+mot faisait <i>sourdir</i> à l'infinitif, ou que
cette nouvelle construction pouvait avoir
quelqu'avantage sur l'autre. C'est au bruit
de deux consonnes roulantes, durement
-spares par une autre, et qui semblent
+séparées par une autre, et qui semblent
en rompre l'effort, que le mot <i>sourdre</i>
doit son harmonie pittoresque.</p>
<p class="item">* <a class="void" name="strident" id="strident">STRIDENT</a>. C'est ainsi qu'on qualifie un
-bruit dur, un peu aigre, un peu frmissant,
-qui est produit par un corps trs-rfractaire,
-attaqu avec la lime ou avec
+bruit dur, un peu aigre, un peu frémissant,
+qui est produit par un corps très-réfractaire,
+attaqué avec la lime ou avec
la scie.</p>
<p>Ce mot expressif et vrai, heureusement
-form du <i>stridere</i> des Latins, n'a
-point encore t admis dans l'usage de
+formé du <i>stridere</i> des Latins, n'a
+point encore été admis dans l'usage de
notre Langue, qu'il ne pourrait qu'enrichir.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="strie" id="strie">STRIE</a>. C'est une espce de sillon profond,
-grav difficilement dans un corps dur, ce
-qui est marqu par sa construction rude
+<p class="item"><a class="void" name="strie" id="strie">STRIE</a>. C'est une espèce de sillon profond,
+gravé difficilement dans un corps dur, ce
+qui est marqué par sa construction rude
et <i>stridente</i>. Cette expression est propre
- l'Histoire naturelle descriptive.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="sucer" id="sucer">SUCER</a>. Onomatope prfrable au <i>sugere</i>
-des Latins dont elle a t forme, avec
+à l'Histoire naturelle descriptive.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="sucer" id="sucer">SUCER</a>. Onomatopée préférable au <i>sugere</i>
+des Latins dont elle a été formée, avec
un changement pris dans le son radical.</p>
<p>C'est le <i>saugen</i> des Allemands, le <i>sycan</i>,
le <i>sugan</i>, le <i>succan</i>, le <i>sucian</i> des Anglo-Saxons
et de la Langue franque; le <i>zuigen</i>
des Flamands, le <i>suck</i> des Anglais, le
-<i>suga</i> des Sudois, le <i>succhiare</i> des Italiens.</p>
+<i>suga</i> des Suédois, le <i>succhiare</i> des Italiens.</p>
-<p>Skinner rapporte toutes ces tymologies
+<p>Skinner rapporte toutes ces étymologies
au vieux Sarmate <i>cic</i>, qui signifiait
mammelle, et dont le type naturel est le
-mme.</p>
+même.</p>
<p class="item"><span class="sc">Suc</span>, c'est la substance qu'on extrait des corps
par la <i>succion</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Sucre</span>, est le nom d'une production vgtale
-qu'on tire des fruits par le mme
-procd. Les Italiens qui ont aussi reconnu
+<p class="item"><span class="sc">Sucre</span>, est le nom d'une production végétale
+qu'on tire des fruits par le même
+procédé. Les Italiens qui ont aussi reconnu
cette analogie, appellent le sucre
<i>zucchero</i>, et les Arabes <i>sucar</i>.</p>
<p class="item">* <a class="void" name="susurration" id="susurration">SUSURRATION, SUSURRE, SUSURREMENT,
SUSURRER</a>. Je hasarde ici ces
-trois substantifs et ce verbe qui sont peut-tre
+trois substantifs et ce verbe qui sont peut-être
des latinismes assez heureux, pour
-exprimer le frmissement des feuillages
-et le murmure des roseaux mus
+exprimer le frémissement des feuillages
+et le murmure des roseaux émus
par le vent. Nous n'avons pour rendre
-ces ides que des mots trop gnraux et
+ces idées que des mots trop généraux et
des images trop vagues.</p>
<p>Un de nos Lexicographes dit <i>susurre</i>,
qui est construit sur le mot <i>murmure</i> avec
lequel il a tant de rapports. <i>Susurration</i>
est plus conforme au type latin, et <i>susurrement</i>
- l'esprit de notre Langue; mais
-il n'est donn qu' nos bons Ecrivains de
-consacrer ces expressions agrables, et
+à l'esprit de notre Langue; mais
+il n'est donné qu'à nos bons Ecrivains de
+consacrer ces expressions agréables, et
d'en fixer l'emploi.</p>
<h3>T</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="tact" id="tact">TACT</a>. Le mot factice <i>tac</i> fut invent pour
+<p class="item"><a class="void" name="tact" id="tact">TACT</a>. Le mot factice <i>tac</i> fut inventé pour
exprimer le bruit des corps durs et secs
qui frappent les uns sur les autres.</p>
<p class="item"><span class="sc">Tic tac</span>, eut une signification analogue, et
marqua un battement, un mouvement
-ritr, comme celui d'un marteau qui
+réitéré, comme celui d'un marteau qui
frappe, d'un balancier d'horloge, des pulsations
du sang et des palpitations du
-c&oelig;ur. Regnier l'emploie pour reprsenter
+c&oelig;ur. Regnier l'emploie pour représenter
les coups que se donnent dans leur lutte
-grossire les personnages de son souper
+grossière les personnages de son souper
ridicule:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i2">Ainsi ces gens se piquer ardens</span><br/>
- <span class="i0">S'en vinrent du parler <i>tic tac</i>, torche lorgne;</span><br/>
- <span class="i0">Qui casse le museau, qui son rival borgne;</span><br/>
+ <span class="i2">Ainsi ces gens à se piquer ardens</span><br/>
+ <span class="i0">S'en vinrent du parler à <i>tic tac</i>, torche lorgne;</span><br/>
+ <span class="i0">Qui casse le museau, qui son rival éborgne;</span><br/>
<span class="i0">Qui jette un pain, un plat, une assiette, un couteau,</span><br/>
<span class="i0">Qui pour une rondache, empoigne un escabeau.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p class="item"><span class="sc">Tic</span>, maladie de cheval, est une Onomatope,
-selon Mnage, parce que le cheval
+<p class="item"><span class="sc">Tic</span>, maladie de cheval, est une Onomatopée,
+selon Ménage, parce que le cheval
qui a le <i>tic</i>, reproduit ce bruit en frappant
-de sa tte contre sa mangeoire; et
+de sa tête contre sa mangeoire; et
je crois que <i>tic</i>, dans le sens de caprice ou
-de manie, en est une acception figure.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Tiquet</span>, s'est dit d'un corps tach de petits
-points, imprims comme au hasard, et
-semblables aux meurtrissures qui rsulteraient
+de manie, en est une acception figurée.</p>
+<p class="item"><span class="sc">Tiqueté</span>, s'est dit d'un corps taché de petits
+points, imprimés comme au hasard, et
+semblables aux meurtrissures qui résulteraient
de petits coups dont ce mot rappelle
le bruit.</p>
<p><i>Taquer</i> ou <i>Toquer</i>, qui sont des mots
-populaires, ont t forms d'aprs cette
+populaires, ont été formés d'après cette
racine, et le mot <i>tact</i> en est pris avec
-une grande extension, pour dsigner tout
-ce qui a rapport l'action du toucher.</p>
+une grande extension, pour désigner tout
+ce qui a rapport à l'action du toucher.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Tter</span>, <span class="sc">Ttonner</span>, <span class="sc"> Ttons</span>, et autres termes
-de la mme famille, n'ont pas une
-autre origine, et ont t construits, soit
+<p class="item"><span class="sc">Tâter</span>, <span class="sc">Tâtonner</span>, <span class="sc">à Tâtons</span>, et autres termes
+de la même famille, n'ont pas une
+autre origine, et ont été construits, soit
dans notre Langue, soit dans celles qui
-en offrent les quivalens, d'aprs le son
+en offrent les équivalens, d'après le son
naturel.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="taffetas" id="taffetas">TAFFETAS</a>. Il n'y a point de doute sur l'tymologie
+<p class="item"><a class="void" name="taffetas" id="taffetas">TAFFETAS</a>. Il n'y a point de doute sur l'étymologie
de ce mot, qui est prise dans
-le bruit de l'toffe qu'il dsigne. <i>Dixose
+le bruit de l'étoffe qu'il désigne. <i>Dixose
assi</i>, dit Covarruvias, <i>del ruido que haze
el que va vestido della seda, sonando el
<em>tiftaf</em>, par la figura onomatopeia</i>. On a
-mme crit autrefois <i>taffetaf</i>, comme dans
+même écrit autrefois <i>taffetaf</i>, comme dans
ce passage de <cite>la grande nef des Fous du
-monde</cite>: Les bourses comme pannetires,
+monde</cite>: Les bourses comme pannetières,
les ceintures de <i>taffetaf</i>, etc.</p>
<p>En italien, c'est <i>taffeta</i>, en espagnol
-<i>taffatan</i>, en grec moderne, <i>taphata</i>. Mnage
-prtend que <i>taffata</i> se retrouve dans
-la basse latinit, et Ducange y a vu <i>taffetas</i>
+<i>taffatan</i>, en grec moderne, <i>taphata</i>. Ménage
+prétend que <i>taffata</i> se retrouve dans
+la basse latinité, et Ducange y a vu <i>taffetas</i>
et <i>taffetin</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="tambour" id="tambour">TAMBOUR</a>. Chez les Latins <i>tympanum</i>, et
-dans la basse latinit <i>tabur</i>, <i>taburcium</i>
+dans la basse latinité <i>tabur</i>, <i>taburcium</i>
et <i>tamburlum</i>; en arabe <i>tabal</i> et <i>tambor</i>,
en italien et en espagnol <i>tamburro</i>; en
allemand <i>trommel</i>, et l'homme qui bat
-la caisse <i>tambour</i>; en vieux franais <i>tabur</i>,
-<i>thabur</i>, <i>tabor</i> et <i>tabour</i>, d'o <i>taborer</i> et
+la caisse <i>tambour</i>; en vieux français <i>tabur</i>,
+<i>thabur</i>, <i>tabor</i> et <i>tabour</i>, d'où <i>taborer</i> et
<i>tabourner</i>. Rabelais et Regnier disent <i>tabouriner</i>,
et le peuple <i>tambouriner</i>.</p>
-<p>Ces mots sont faits du bruit clatant de
-la caisse, et en gnral des bruits trs-retentissans.</p>
+<p>Ces mots sont faits du bruit éclatant de
+la caisse, et en général des bruits très-retentissans.</p>
-<p>De la mme racine, on avait tir dans
+<p>De la même racine, on avait tiré dans
le vieux langage les mots <i>tabut</i> et <i>tambusteis</i>
qui signifiaient grand tumulte et
bruit assourdissant comme celui de la
caisse.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Tarabuster</span>, en est une drivation figure.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="tampon" id="tampon">TAMPON</a>. On appelle <i>tampon</i> ce qui sert
-boucher un vaisseau, parce qu'en enfonant
+<p class="item"><span class="sc">Tarabuster</span>, en est une dérivation figurée.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="tampon" id="tampon">TAMPON</a>. On appelle <i>tampon</i> ce qui sert à
+boucher un vaisseau, parce qu'en enfonçant
le <i>tampon</i>, on excite un bruit dont
-ce nom parat form.</p>
-<p>Les Latins ont dit <i>tappus</i> dans la mme
+ce nom paraît formé.</p>
+<p>Les Latins ont dit <i>tappus</i> dans la même
signification, les Italiens <i>zaffo</i>, les Anglais
et les Allemands <i>tap</i>.</p>
<p class="item"><span class="sc">Tape</span>, <span class="sc">Taper</span>, qui s'emploient bassement
-dans notre Langue, viennent du mme
+dans notre Langue, viennent du même
son naturel.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Se Tapir</span> dans une place troite, y demeurer
-en <i>tapinois</i>, c'est s'y tenir cach, serr,
-et en quelque sorte adhrent comme un
+<p class="item"><span class="sc">Se Tapir</span> dans une place étroite, y demeurer
+en <i>tapinois</i>, c'est s'y tenir caché, serré,
+et en quelque sorte adhérent comme un
<i>tampon</i>.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Tapon</span>, est un mot trs-bas qui se dit d'un
-paquet press, contenu, ou <i>tapi</i> dans un
+<p class="item"><span class="sc">Tapon</span>, est un mot très-bas qui se dit d'un
+paquet pressé, contenu, ou <i>tapi</i> dans un
petit lieu. C'est aussi un terme de Marine
qui signifie un certain bouchon dont on
-ferme l'ame du canon pour empcher l'eau
-d'y pntrer.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Taupin</span>, est le nom franais d'un insecte
-dont le thorax est arm d'un ressort au
-moyen duquel il saute sur lui-mme avec
+ferme l'ame du canon pour empêcher l'eau
+d'y pénétrer.</p>
+<p class="item"><span class="sc">Taupin</span>, est le nom français d'un insecte
+dont le thorax est armé d'un ressort au
+moyen duquel il saute sur lui-même avec
bruit.</p>
-<p class="item"><span class="sc">toupe</span>, fait du latin <i>stuppa</i> ou du celtique
+<p class="item"><span class="sc">Étoupe</span>, fait du latin <i>stuppa</i> ou du celtique
<i>stoup</i>, qui est le <i>topp</i> de Davies, pourrait
-se rapporter cette Onomatope, parce
-que les <i>tampons</i> sont ordinairement d'<i>toupes</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="tan" id="tan">TAN</a>. Ce mot dsigne une poudre menue
-d'corce de chne, battue dans de gros
+se rapporter à cette Onomatopée, parce
+que les <i>tampons</i> sont ordinairement d'<i>étoupes</i>.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="tan" id="tan">TAN</a>. Ce mot désigne une poudre menue
+d'écorce de chêne, battue dans de gros
mortiers, par la force des roues d'un moulin,
et avec un bruit qu'il exprime.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="taon" id="taon">TAON</a>. Le vol bruyant du <i>taon</i> tait assez
-bien reprsent par ce nom que la nouvelle
-prononciation a dnature. L'Onomatope
-s'est conserve dans le langage
+<p class="item"><a class="void" name="taon" id="taon">TAON</a>. Le vol bruyant du <i>taon</i> était assez
+bien représenté par ce nom que la nouvelle
+prononciation a dénaturée. L'Onomatopée
+s'est conservée dans le langage
du peuple qui dit <i>tavon</i> ou <i>tavan</i>. Je ne
-doute pas que la mme aphrse ne nous
+doute pas que la même aphérèse ne nous
ait fait perdre l'effet imitatif du mot <i>paon</i>,
-form du <i>pavo</i> des Latins, qui l'tait du
+formé du <i>pavo</i> des Latins, qui l'était du
cri naturel de cet oiseau.</p>
<p>Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on a
dit autrefois <i>tahon</i>, qui se lit dans ces
@@ -6254,68 +6215,68 @@ vers de Christian de Troyes:</p>
</div>
</div>
-<p>Mnage fait <i>hanneton</i> de <i>tabanus</i>, qui
-est le nom latin du <i>taon</i>, par un procd
+<p>Ménage fait <i>hanneton</i> de <i>tabanus</i>, qui
+est le nom latin du <i>taon</i>, par un procédé
bien bizarre. De <i>tabanus</i>, <i>tavanus</i>, <i>tavanettus</i>,
<i>vanettus</i>, <i>vanetto</i>, <i>vanetonne</i>, <i>nanettone</i>,
<i>hanneton</i>. Je crois qu'on peut
-tablir, sans insulter la mmoire de ce
+établir, sans insulter à la mémoire de ce
savant laborieux, qu'il n'y a rien de plus
-ridicule que ces tymologies arbitraires
-dont la filiation ne repose que sur des intermdiaires
+ridicule que ces étymologies arbitraires
+dont la filiation ne repose que sur des intermédiaires
factices. Si hanneton n'est
-pas fait d'<i>alis tonans</i>, c'est peut-tre une
-Onomatope.</p>
+pas fait d'<i>alis tonans</i>, c'est peut-être une
+Onomatopée.</p>
<p class="item"><a class="void" name="tarabat" id="tarabat">TARABAT</a>. Instrument bruyant qui servait
- appeler les Religieux aux Offices nocturnes.</p>
+à appeler les Religieux aux Offices nocturnes.</p>
<p>Les Grecs ont dit <i>thorubein</i>, pour, faire
du bruit, et <i>thorubos</i>, pour, tumulte ou
fracas. Cette curieuse analogie n'a jamais
-t aperue.</p>
+été aperçue.</p>
<p class="item"><a class="void" name="tarin" id="tarin">TARIN</a>. Les Naturalistes pensent que le nom
-de cet oiseau a t fait d'aprs son chant;
-mais la varit de ses modulations a d
-dterminer un grand nombre d'Onomatopes.
-En effet, les Grecs l'ont nomm
+de cet oiseau a été fait d'après son chant;
+mais la variété de ses modulations a dû
+déterminer un grand nombre d'Onomatopées.
+En effet, les Grecs l'ont nommé
<i>thraupis</i>, les Allemands <i>zinsle</i>, <i>zeizel</i>,
-<i>zysle</i>, <i>zyschen</i>, <i>zeisich</i>, les Polonais <i>csiseck</i>,
+<i>zyséle</i>, <i>zyschen</i>, <i>zeisich</i>, les Polonais <i>csiseck</i>,
les Illyriens <i>csisz</i>, et les Anglais
<i>siskin</i>. Nous l'appelons vulgairement <i>scenicle</i>,
<i>cinit</i>, <i>cerizin</i>.</p>
-<p>Tous ces mots, quoiqu'trangers les
+<p>Tous ces mots, quoiqu'étrangers les
uns aux autres, ont une racine naturelle.</p>
<p class="item"><a class="void" name="teter" id="teter">TETER</a>. C'est tirer avec la bouche le lait de
la mamelle, et cette action produit un
-bruit dont le mot qui la dsigne est emprunt.</p>
+bruit dont le mot qui la désigne est emprunté.</p>
<p class="item"><span class="sc">Tette</span>, qui n'est plus d'usage, mais dont
-les quivalens ont la mme racine, et qui
-signifie l'endroit par o les animaux nourrissent
+les équivalens ont la même racine, et qui
+signifie l'endroit par où les animaux nourrissent
leurs petits, s'est dit en grec <i>titthos</i>
et <i>titthion</i>; en latin <i>tetta</i>; en allemand
<i>titte</i>; en anglo-saxon <i>tit</i>, <i>titt</i> ou <i>tytt</i>;
en Langue franque <i>tuito</i>; en anglais <i>teat</i>,
et en espagnol <i>teta</i>. On m'assure que le
-syrien et le chalden <i>thad</i> expriment la
-mme ide; et dans la partie de ma prface
-o j'ai dmontr que les premiers
-rapports de l'enfant et de la mre, c'est--dire,
+syrien et le chaldéen <i>thad</i> expriment la
+même idée; et dans la partie de ma préface
+où j'ai démontré que les premiers
+rapports de l'enfant et de la mère, c'est-à-dire,
l'action de <i>teter</i>, ont eu dans le
langage une racine commune avec les premiers
-rapports de parent, j'ai fait sur
-la forme hiroglyphique, et sur le son
-imitatif du <i>thta</i> des Grecs, une observation
+rapports de parenté, j'ai fait sur
+la forme hiéroglyphique, et sur le son
+imitatif du <i>thêta</i> des Grecs, une observation
assez nouvelle que je recommande
- l'attention du Lecteur.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="timbales" id="timbales">TIMBALES</a>. <i>Tabala</i> tait, suivant Plutarque
+à l'attention du Lecteur.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="timbales" id="timbales">TIMBALES</a>. <i>Tabala</i> était, suivant Plutarque
dans la vie de Crassus, et suivant
-Hsichius, un tambour dont se servaient
+Hésichius, un tambour dont se servaient
les Parthes. C'est <i>tablon</i> en arabe, <i>tympanon</i>
en grec, et <i>tympanum</i> en latin.</p>
-<p>Il parat que cet instrument s'est d'abord
-appel <i>timbre</i>, et qu'il en est question
+<p>Il paraît que cet instrument s'est d'abord
+appelé <i>timbre</i>, et qu'il en est question
sous ce nom dans <i>Perceval</i> et dans
ces vers du <i>roman de la Rose</i>:</p>
@@ -6323,70 +6284,70 @@ ces vers du <i>roman de la Rose</i>:</p>
<div class="stanza">
<span class="i1">Cil fleues court si joliement,</span><br/>
<span class="i1">Et maine si grand dissonent,</span><br/>
- <span class="i1">Qu'il rsonne, tabourne et <i>timbre</i></span><br/>
+ <span class="i1">Qu'il résonne, tabourne et <i>timbre</i></span><br/>
<span class="i1">Plus souef que tabour ne <i>timbre</i>.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
<p class="item"><span class="sc">Timbre</span>, qui signifie, dans son acception actuelle
-un instrument d'un mtal sonore
+un instrument d'un métal sonore
qui retentit sous le marteau, est incontestablement
-tir de la mme racine.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Timpan</span>, est le nom qu'on a donn cette
-partie de l'oreille qui reoit les impressions
-de l'air agit, et qui cause le sentiment
-de l'oue, parce qu'elle est comme
-une espce de tambour sur lequel les
-bruits extrieurs viennent agir.</p>
+tiré de la même racine.</p>
+<p class="item"><span class="sc">Timpan</span>, est le nom qu'on a donné à cette
+partie de l'oreille qui reçoit les impressions
+de l'air agité, et qui cause le sentiment
+de l'ouïe, parce qu'elle est comme
+une espèce de tambour sur lequel les
+bruits extérieurs viennent agir.</p>
<p class="item"><span class="sc">Timpanon</span>, sorte d'instrument de Musique,
-mont avec des cordes de laiton qui vibrent
-sous de petites baguettes, prsente
+monté avec des cordes de laiton qui vibrent
+sous de petites baguettes, présente
le type grec sans aucun changement.</p>
<p>On appliquera facilement aux autres
-expressions de la mme famille les observations
+expressions de la même famille les observations
que je fais sur celles-ci, soit que
-les objets qu'elles reprsentent aient t
-dnomms d'aprs le bruit qu'ils rendent,
-soit que leurs qualifications aient t dtermines
+les objets qu'elles représentent aient été
+dénommés d'après le bruit qu'ils rendent,
+soit que leurs qualifications aient été déterminées
par de simples analogies, comme
cela a lieu dans le verbe <i>timpaniser</i>, qui
-se dit pour, blmer hautement, parce
+se dit pour, blâmer hautement, parce
que ces sortes de diffamations sont, en
-quelque manire, divulgues au son du
+quelque manière, divulguées au son du
tambour.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="tintement" id="tintement">TINTEMENT, TINTER</a>. Onomatopes du
+<p class="item"><a class="void" name="tintement" id="tintement">TINTEMENT, TINTER</a>. Onomatopées du
son de la cloche, qui avaient d'heureux
-quivalens dans le <i>tinnitus</i> et le <i>tintinnire</i>
-des Latins. Ils avaient aussi appel <i>tintinnabulum</i>
+équivalens dans le <i>tinnitus</i> et le <i>tintinnire</i>
+des Latins. Ils avaient aussi appelé <i>tintinnabulum</i>
la petite clochette qui rend
un bruit clair et argentin. Catulle a dit,
-avec peu de got, ce me semble: <i>auris
+avec peu de goût, ce me semble: <i>auris
tintinnat tintinnabulum</i>.</p>
<p class="item"><span class="sc">Tintement</span>, ou <span class="sc">Tintouin</span>, se disent indistinctement
d'un battement importun qui fatigue
l'oreille, et qui ressemble au <i>tintement</i>
de la cloche. Nicod en explique
-assez bien l'extension mtaphorique. <i>Tintouin</i>,
-dit-il, est un nom imit du chifflement
+assez bien l'extension métaphorique. «<i>Tintouin</i>,
+dit-il, est un nom imité du chifflement
qui se fait aux ventricules du
cerveau, et cornissant par les oreilles,
et vient de <i>tinter</i>; et parce que tel <i>tintouin</i>
-empche le repos de la personne,
-on l'usurpe aussi par mtaphore, pour
+empêche le repos de la personne,
+on l'usurpe aussi par métaphore, pour
souci rongeant, travail d'esprit et fatigation
-de l'entendement.</p>
+de l'entendement».</p>
<p class="item"><span class="sc">Tintamarre</span>, vient, selon Pasquier, du bruit
que font les paysans quand ils frappent
sur leur <i>marre</i>, qui est un instrument de
-labour, pour avertir ceux qui sont loigns,
+labour, pour avertir ceux qui sont éloignés,
de quitter leur besogne, et que midi
-est sonn. Quoi qu'il en soit de cette dsinence
+est sonné. Quoi qu'il en soit de cette désinence
parasite, il ne peut y avoir de
doute sur l'effet imitatif de cette expression
-et sur le caractre de sa racine, qui
-est bien videmment prise dans le son
+et sur le caractère de sa racine, qui
+est bien évidemment prise dans le son
naturel.</p>
<p class="item"><a class="void" name="tocsin" id="tocsin">TOCSIN</a>. Ce mot vient de <i>toquer</i>, <i>frapper</i>,
et de <i>sing</i>, qui signifiait autrefois une
@@ -6398,30 +6359,30 @@ un vieux proverbe qui dit: on en fait
bien les <i>sings</i> sonner, pour dire, on en
fait beaucoup de bruit.</p>
-<p><i>Tocsin</i>, est donc compos d'un son naturel
-et d'un son abstrait, supposer que
-<i>sing</i> lui-mme ne soit pas une Onomatope
-ancienne. Rabelais a crit <i>toquesing</i>
+<p><i>Tocsin</i>, est donc composé d'un son naturel
+et d'un son abstrait, à supposer que
+<i>sing</i> lui-même ne soit pas une Onomatopée
+ancienne. Rabelais a écrit <i>toquesing</i>
au chapitre 66 du livre IV de <cite>Pantagruel</cite>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="tonner" id="tonner">TONNER, TONNERRE</a>. Ce mtore terrible
-a fourni des Onomatopes tous les peuples.
-C'est une des premires catastrophes
-naturelles qui aient d frapper l'imagination
-de l'homme, et il n'est pas tonnant
-qu'il ait cherch le reprsenter
-par un concours de sons clatans. Dans
-notre Langue mme o cette imitation
+<p class="item"><a class="void" name="tonner" id="tonner">TONNER, TONNERRE</a>. Ce météore terrible
+a fourni des Onomatopées à tous les peuples.
+C'est une des premières catastrophes
+naturelles qui aient dû frapper l'imagination
+de l'homme, et il n'est pas étonnant
+qu'il ait cherché à le représenter
+par un concours de sons éclatans. Dans
+notre Langue même où cette imitation
est plus imparfaite que dans beaucoup
d'autres, on peut remarquer cependant
-que le nom du <i>tonnerre</i> est form d'une
-syllabe trs-sonore, alonge d'une terminaison
+que le nom du <i>tonnerre</i> est formé d'une
+syllabe très-sonore, alongée d'une terminaison
roulante.</p>
<p>Les Celtes ont dit <i>tonitru</i>, les Latins
<i>tonitruum</i>, et leur prononciation donnait
- ce mot une harmonie sourde et retentissante
+à ce mot une harmonie sourde et retentissante
comme les <i>grondemens</i> de la foudre
-dans les chos; les Italiens <i>tuono</i>, les
+dans les échos; les Italiens <i>tuono</i>, les
Espagnols <i>tronido</i>, les Anglais <i>thunder</i>,
et les Allemands <i>donner</i>.</p>
@@ -6430,254 +6391,254 @@ recherche, que les idiomes humains n'ont
pu exprimer un bruit de la nature de
celui-ci que par des approximations encore
bien imparfaites, quoique le son
-radical des diffrens noms par lesquels
-ils l'ont caractris, soit le plus grave de
+radical des différens noms par lesquels
+ils l'ont caractérisé, soit le plus grave de
tous ceux que peut former la voix. Aussi
est-il devenu dans les mots <i>son</i> et <i>ton</i>, le
-signe gnral de tous les bruits, de toutes
+signe général de tous les bruits, de toutes
leurs modifications et de tous leurs effets.</p>
<p class="item"><a class="void" name="torrent" id="torrent">TORRENT</a>. Du bruit d'un courant d'eau
-trs-imptueux, effet que l'auteur d'un
-roman moderne a cherch rendre dans
-ce passage, qui ne me parat pas tout--fait
-dpourvu d'harmonie.</p>
-<p>Aprs des pluies abondantes, un torrent
+très-impétueux, effet que l'auteur d'un
+roman moderne a cherché à rendre dans
+ce passage, qui ne me paraît pas tout-à-fait
+dépourvu d'harmonie.</p>
+<p>«Après des pluies abondantes, un torrent
large et rapide, grossi de tous les
ruisseaux et de toutes les ravines, descend
du haut de nos montagnes avec
-le bruit de la foudre, s'lance furieux
-dans la plaine, la remplit d'pouvante
-et de dsastres, brise, envahit, dvore
+le bruit de la foudre, s'élance furieux
+dans la plaine, la remplit d'épouvante
+et de désastres, brise, envahit, dévore
tout ce qui contrarie son passage; et,
-charg d'arbres dracins, de rocs et
-de dcombres, il roule et se prcipite
-en grondant dans la Salza.</p>
+chargé d'arbres déracinés, de rocs et
+de décombres, il roule et se précipite
+en grondant dans la Salza».</p>
<p><i>Torrent</i> se dit <i>strumor</i> en Langue gallique,
-et se trouve ainsi exprim dans
-des fragmens d'anciennes posies, attribues
- Ossian.</p>
-
-<p class="item">* <a class="void" name="tourde" id="tourde">TOURDE</a>. En vieux franais <i>tourd</i>. C'est
-un nom qu'on donne la grive dans
-quelques provinces, et que les tymologistes
-disent fait par Onomatope.</p>
-<p>Le mot <i>twrdd</i> a dsign en celtique,
-suivant M. Court de Gbelin, le chant
-bruyant de certains oiseaux, et, en gnral,
+et se trouve ainsi exprimé dans
+des fragmens d'anciennes poésies, attribuées
+à Ossian.</p>
+
+<p class="item">* <a class="void" name="tourde" id="tourde">TOURDE</a>. En vieux français <i>tourd</i>. C'est
+un nom qu'on donne à la grive dans
+quelques provinces, et que les Étymologistes
+disent fait par Onomatopée.</p>
+<p>Le mot <i>twrdd</i> a désigné en celtique,
+suivant M. Court de Gébelin, le chant
+bruyant de certains oiseaux, et, en général,
les bruits tumultueux et fatigans.</p>
-<p class="item"><span class="sc">tourdir</span>, rompre la tte quelqu'un force
+<p class="item"><span class="sc">Étourdir</span>, rompre la tête à quelqu'un à force
de criailleries, est construit sur cette
racine.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="tourtereau" id="tourtereau">TOURTEREAU, TOURTERELLE</a>. En hbreu
+<p class="item"><a class="void" name="tourtereau" id="tourtereau">TOURTEREAU, TOURTERELLE</a>. En hébreu
<i>thor</i>; dans presque toutes les Langues
-orientales <i>tur</i>; en latin <i>turtur</i>, prononc
+orientales <i>tur</i>; en latin <i>turtur</i>, prononcé
<i>tourtour</i>; en italien <i>tortora</i>, <i>tortorello</i>,
<i>tortorella</i>; en espagnol <i>tortola</i>; en
anglais <i>turtledove</i>; en allemand <i>turteltaube</i>;
en celtique <i>turzunel</i>; en vieux
-franais <i>tourte</i> et <i>tourtre</i>.</p>
+français <i>tourte</i> et <i>tourtre</i>.</p>
<p>Il n'est personne qui ne reconnaisse
-dans ces expressions des Onomatopes
-trs-heureuses du roucoulement des <i>tourterelles</i>.</p>
+dans ces expressions des Onomatopées
+très-heureuses du roucoulement des <i>tourterelles</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="tousser" id="tousser">TOUSSER, TOUX</a>. Du bruit que l'on fait
en <i>toussant</i>.</p>
<p>Le <i>husten</i> des Allemands, et le <i>cough</i>
-des Anglais, pour tre d'une construction
-diffrente, n'en sont pas moins des Onomatopes
+des Anglais, pour être d'une construction
+différente, n'en sont pas moins des Onomatopées
incontestables.</p>
<p class="item"><a class="void" name="tracas" id="tracas">TRACAS, TRACASSER</a>. Ces mots expriment
dans leur sens propre un bruit violent et
incommode, comme celui des corps qui
-se fracassent; mais ils diffrent de cette
-dernire espce d'expression et quant au
-sens et quant la racine, en ce que l'ide
+se fracassent; mais ils diffèrent de cette
+dernière espèce d'expression et quant au
+sens et quant à la racine, en ce que l'idée
de fracas emporte celle de rupture et de
-brisement, qui n'est point inhrente
+brisement, qui n'est point inhérente à
celle-ci.</p>
-<p>Nicod prtend fort mal--propos, selon
+<p>Nicod prétend fort mal-à-propos, selon
moi, que <i>tracas</i> vient de <i>trac</i> ou <i>trace</i>,
-<i>comme qui dirait aller et l, errer par
+<i>comme qui dirait aller çà et là, errer par
les voies</i>.</p>
-<p>Quoique ce terme et ses drivs ne soient
-gure d'usage que dans des acceptions figures,
-ils sont sensiblement tirs d'un son
-naturel, et on appelle encore trs-bassement
+<p>Quoique ce terme et ses dérivés ne soient
+guère d'usage que dans des acceptions figurées,
+ils sont sensiblement tirés d'un son
+naturel, et on appelle encore très-bassement
dans la Langue du peuple, du nom
-de <i>tracas</i>, une chaussure lourde et grossire,
-qui cause un bruit dsagrable
+de <i>tracas</i>, une chaussure lourde et grossière,
+qui cause un bruit désagréable
quand on marche.</p>
<p>On peut remarquer ici un singulier
-rapprochement; c'est que la dnomination
-triviale dont je parle a le mme rapport
+rapprochement; c'est que la dénomination
+triviale dont je parle a le même rapport
avec le mot <i>tracasser</i> que <i>savate</i> son
synonyme avec le mot <i>sabat</i>, qui se prend
dans notre Langue pour un bruit haut et
tumultueux. <i>Sabata</i> se dit en celtique,
-pour, faire du bruit ou crier pleine
-voix. <i>Sabot</i> driverait de la mme racine,
+pour, faire du bruit ou crier à pleine
+voix. <i>Sabot</i> dériverait de la même racine,
et on aurait fait de ce dernier mot, par
extension, le nom de l'ongle de certains
animaux.</p>
<p class="item"><a class="void" name="transir" id="transir">TRANSIR</a>. La racine de ce mot que je choisis
-au hasard dans sa famille, caractrise
+au hasard dans sa famille, caractérise
un grand nombre de mots analogues, et
-dont le sens est marqu par le bruit naturel
-dont ils drivent.</p>
-<p>Les dents serres convulsivement dans
-le frmissement du froid, de la fivre et
-de la peur, laissent chapper un son dur
+dont le sens est marqué par le bruit naturel
+dont ils dérivent.</p>
+<p>Les dents serrées convulsivement dans
+le frémissement du froid, de la fièvre et
+de la peur, laissent échapper un son dur
et roulant dont on a fait <i>transir</i>, engourdir,
-pntrer de froid,</p>
+pénétrer de froid,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Terreur</span>, sentiment de crainte caus par la
-prsence d'un objet pouvantable,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Tremblement</span>, frissonnement vhment et
+<p class="item"><span class="sc">Terreur</span>, sentiment de crainte causé par la
+présence d'un objet épouvantable,</p>
+<p class="item"><span class="sc">Tremblement</span>, frissonnement véhément et
universel,</p>
<p class="item"><span class="sc">Trembler</span>, frissonner avec force par tout le
corps,</p>
<p class="item"><span class="sc">Trembloter</span>, qui en est le diminutif,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Tremble</span>, arbre ainsi nomm, parce que
+<p class="item"><span class="sc">Tremble</span>, arbre ainsi nommé, parce que
ses feuilles <i>tremblent</i> et s'agitent au moindre
vent,</p>
-<p class="item"><span class="sc">Trmoussement</span>, <span class="sc">se trmousser</span>,</p>
+<p class="item"><span class="sc">Trémoussement</span>, <span class="sc">se trémousser</span>,</p>
<p class="item"><span class="sc">Tressaillement</span>, <span class="sc">Tressaillir</span>, qui expriment
-de petites motions, de faibles mouvemens
+de petites émotions, de faibles mouvemens
d'effroi, de surprise ou de joie.</p>
<p class="item"><a class="void" name="trantran" id="trantran">TRANTRAN</a>. Mot factice et populaire qui
n'est plus d'usage que dans son acception
-figure, c'est--dire, pour signifier l'intelligence
-d'un tat, d'un mtier, le secret
-d'un ngoce, le cours des affaires de
+figurée, c'est-à-dire, pour signifier l'intelligence
+d'un état, d'un métier, le secret
+d'un négoce, le cours des affaires de
commerce et d'industrie.</p>
-<p>Quelques-uns prtendent que ce mot
+<p>Quelques-uns prétendent que ce mot
s'est dit proprement du son du cor des
-chasseurs, sens auquel il est employ
-dans la <i>vnerie</i> de Dufouilloux, de sorte
-que ce serait une mtaphore tire de la
+chasseurs, sens auquel il est employé
+dans la <i>vénerie</i> de Dufouilloux, de sorte
+que ce serait une métaphore tirée de la
conduite de la chasse.</p>
-<p>D'autres avancent que cette faon de
+<p>D'autres avancent que cette façon de
parler vient du bruit des violons qui s'accordent,
bruit qu'on peut rendre par
-<i>trantran</i>; et alors ce serait une mtaphore
-tire de l'accord et de l'harmonie
+<i>trantran</i>; et alors ce serait une métaphore
+tirée de l'accord et de l'harmonie
de la musique.</p>
<p class="item"><a class="void" name="traquet" id="traquet">TRAQUET</a>. Petite soupape qui ouvre et ferme
-l'ouverture de la trmie, pour laisser
+l'ouverture de la trémie, pour laisser
tomber ce qu'il faut de grain sous la
meule.</p>
<p class="item"><a class="void" name="trictrac" id="trictrac">TRICTRAC</a>. Jeu dont le nom vient du bruit
-que font les dames et les ds dont on se
+que font les dames et les dés dont on se
sert en jouant. C'est ce bruit que M. Delille
exprime admirablement dans ces vers:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">J'entends ce jeu bruyant o le cornet en main,</span><br/>
+ <span class="i0">J'entends ce jeu bruyant où le cornet en main,</span><br/>
<span class="i0">L'adroit joueur calcule un hasard incertain.</span><br/>
<span class="i0">Chacun sur le damier fixe<a id="FNanchor_6" name="FNanchor_6"></a><a href="#Footnote_6" class="fnanchor">6</a> d'un &oelig;il avide</span><br/>
<span class="i0">Les cases, les couleurs, et le plein et le vide.</span><br/>
<span class="i0">Les disques noirs et blancs volent du blanc au noir;</span><br/>
- <span class="i0">Leur pile crot, dcrot. Par la crainte et l'espoir,</span><br/>
- <span class="i0">Battu, chass, repris, de sa prison sonore</span><br/>
- <span class="i0">Le dz avec fracas part, rentre, part encore.</span><br/>
+ <span class="i0">Leur pile croît, décroît. Par la crainte et l'espoir,</span><br/>
+ <span class="i0">Battu, chassé, repris, de sa prison sonore</span><br/>
+ <span class="i0">Le déz avec fracas part, rentre, part encore.</span><br/>
<span class="i0">Il court, roule, s'abat.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Dumarsais croit que ce jeu s'est appel
-autrefois <i>tictac</i>, et il est encore dsign
-de cette manire par les Allemands et les
+<p>Dumarsais croit que ce jeu s'est appelé
+autrefois <i>tictac</i>, et il est encore désigné
+de cette manière par les Allemands et les
Anglais.</p>
<p class="item">* <a class="void" name="trinquer" id="trinquer">TRINQUER</a>. Heurter les verres en buvant,
ce qui se fait avec un bruit dont le mot
-<i>trinquer</i> est form par Onomatope.</p>
-<p>Les Allemands s'en sont empars, en
-lui donnant quelque extension, pour reprsenter
-l'action de boire elle-mme. Ils
+<i>trinquer</i> est formé par Onomatopée.</p>
+<p>Les Allemands s'en sont emparés, en
+lui donnant quelque extension, pour représenter
+l'action de boire elle-même. Ils
disent <i>trincken</i>, les Flamands <i>drincken</i>,
et les Italiens <i>trincare</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="trompe" id="trompe">TROMPE, TROMPETTE</a>. Dans la basse latinit
+<p class="item"><a class="void" name="trompe" id="trompe">TROMPE, TROMPETTE</a>. Dans la basse latinité
<i>trumpa</i>; en italien <i>tromba</i> et <i>trombetta</i>;
en anglais <i>trumpet</i>; en allemand <i>trompete</i>.</p>
-<p>Il tait inutile de chercher l'tymologie
-du mot <i>trompette</i> dans ces diffrentes
-Langues, comme l'a fait Mnage, ou il
+<p>Il était inutile de chercher l'étymologie
+du mot <i>trompette</i> dans ces différentes
+Langues, comme l'a fait Ménage, ou il
fallait remonter du moins jusqu'au bruit
naturel qui l'a produit, ainsi que ses analogues.</p>
-<p><i>Trompe</i>, dit le pre Labbe, <i>tromper</i>,
+<p>«<i>Trompe</i>, dit le père Labbe, <i>tromper</i>,
<i>trompette</i>, <i>trompetter</i>, viennent du son
qui se fait ordinairement dans le cor de
chasse <i>trom, trom, trom</i>, et non pas de
<i>tuba</i>, ni du <i>taratantara</i> du bon Ennius
-qu'il avait form sur le son clair et gaillard
-des clairons et de la doucine.</p>
+qu'il avait formé sur le son clair et gaillard
+des clairons et de la doucine».</p>
<p class="item"><span class="sc">Trombonne</span>, est le nom italien actuellement
-francis d'un instrument que nous avons
-d'abord nomm <i>trombon</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="trot" id="trot">TROT, TROTTER</a>. Le mot <i>trot</i> reprsente
- l'oreille comme la pense l'allure naturelle
+francisé d'un instrument que nous avons
+d'abord nommé <i>trombon</i>.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="trot" id="trot">TROT, TROTTER</a>. Le mot <i>trot</i> représente
+à l'oreille comme à la pensée l'allure naturelle
des chevaux dont on presse le pas.
C'est donc avec raison que Pasquier le
-drive, par Onomatope, du bruit que
+dérive, par Onomatopée, du bruit que
font les animaux en <i>trottant</i>.</p>
-<p>De la mme racine vinrent le celtique
+<p>De la même racine vinrent le celtique
<i>troad</i> qui signifie <i>pied</i>, et le celtique
<i>trotta</i> qui signifie <i>trotter</i>.</p>
-<p>Je ne sais o M. Court de Gbelin a lu
+<p>Je ne sais où M. Court de Gébelin a lu
<i>trul</i>, qui se disait pour, <i>aller</i> ou <i>courir
- et l</i>, et dont viendrait le mot populaire
+çà et là</i>, et dont viendrait le mot populaire
<i>trauler</i>.</p>
<p class="item"><a class="void" name="turlut" id="turlut">TURLUT</a>. C'est un oiseau du genre de l'alouette,
-qu'on a nomm <i>turlut</i> en raison
+qu'on a nommé <i>turlut</i> en raison
de son chant dont ce mot est l'expression.</p>
-<p class="item"><span class="sc">Tirelire</span>, est une autre Onomatope construite
-pour reprsenter le mme bruit
+<p class="item"><span class="sc">Tirelire</span>, est une autre Onomatopée construite
+pour représenter le même bruit
naturel, comme <i>turelure</i> et <i>turelurelu</i> pour
-imiter le son de la flte. Ces termes factices,
+imiter le son de la flûte. «Ces termes factices,
qui ont bonne grace dans une
-posie telle que celle-ci, dit la Monnoye
+poésie telle que celle-ci, dit la Monnoye
dans son curieux glossaire sur les Noels,
-seraient insupportables dans un pome
-srieux. Virgile n'a eu garde d'employer
-le <i>taratantara</i> d'Ennius. Un Merlin Coccae,
+seraient insupportables dans un poème
+sérieux. Virgile n'a eu garde d'employer
+le <i>taratantara</i> d'Ennius. Un Merlin Coccaïe,
un Arena, un Belleau ont eu droit
-d'exprimer, comme bon leur a sembl,
-toutes sortes de voix dans leurs macarones,
+d'exprimer, comme bon leur a semblé,
+toutes sortes de voix dans leurs macaronées,
mais on ne saurait pardonner
- Dubartas sa ridicule description du
+à Dubartas sa ridicule description du
chant de l'alouette, en ces quatre vers
-du cinquime livre de sa Semaine:</p>
+du cinquième livre de sa Semaine»:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0">La gentille alouette avec son <i>tire lire</i></span><br/>
- <span class="i0">Tire l'ire l'ir, et <i>tirelirant</i> tire</span><br/>
- <span class="i0">Vers la vote du Ciel, puis son vol vers ce lieu</span><br/>
+ <span class="i0">Tire l'ire à l'iré, et <i>tirelirant</i> tire</span><br/>
+ <span class="i0">Vers la voûte du Ciel, puis son vol vers ce lieu</span><br/>
<span class="i0">Vire et desire dire, adieu dieu, adieu dieu.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Il faut dire l'honneur du sicle de
-Dubartas que ces vers parurent dj trs-misrables
+<p>Il faut dire à l'honneur du siècle de
+Dubartas que ces vers parurent déjà très-misérables
de son temps, car je les lis
-ainsi corrigs, mais non pas beaucoup
-meilleurs dans l'dition que je consulte.</p>
+ainsi corrigés, mais non pas beaucoup
+meilleurs dans l'édition que je consulte.</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
@@ -6691,28 +6652,28 @@ meilleurs dans l'dition que je consulte.</p>
<p>C'est cette version qu'Edouard Dumonin
a suivie dans sa traduction latine,
-intitule <cite>Beresithias</cite>:</p>
+intitulée <cite>Beresithias</cite>:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
<span class="i0"><i>Dulcis alauda suo <em>tire liro</em> consonna tollit</i></span><br/>
- <span class="i0"><i>Iratis iras, svamque extrudit Erymnin</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Iratis iras, sævamque extrudit Erymnin</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Flammicomum tractuque polum levis involat uno</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Hinc leviter flexo cantu, dum membra fathiscunt</i></span><br/>
- <span class="i0"><i>Corpora demittit terr.</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Corpora demittit terræ.</i></span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Baptiste Mantouan a cherch exprimer
-la mme chose dans ce passage de ses
-posies, et y a sans doute mieux russi
-que ses rivaux, sans recourir au mme
-procd:</p>
+<p>Baptiste Mantouan a cherché à exprimer
+la même chose dans ce passage de ses
+poésies, et y a sans doute mieux réussi
+que ses rivaux, sans recourir au même
+procédé:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0"><i>Prole nov exultans, galcque insignis alauda</i></span><br/>
+ <span class="i0"><i>Prole novâ exultans, galcâque insignis alauda</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Cantat; et ascendit ductoque per aera gyro</i></span><br/>
<span class="i0"><i>Se levat in nubes: et carmine sydera mulcet.</i></span><br/>
<br/>
@@ -6720,52 +6681,52 @@ procd:</p>
</div>
<p>Ronsard a fait usage aussi du mot <i>tire
-lire</i> dans une piece de ses <cite>Gats</cite>, intitule
-l'<cite>Alouette</cite>, et c'est peut-tre la seule
+lire</i> dans une piece de ses <cite>Gaîtés</cite>, intitulée
+l'<cite>Alouette</cite>, et c'est peut-être la seule
tache qu'il y ait dans ce morceau charmant:</p>
<div class="poem">
<div class="stanza">
- <span class="i0">H Ciel que je porte d'envie</span><br/>
+ <span class="i0">Hé Ciel que je porte d'envie</span><br/>
<span class="i0">Aux plaisirs de ta douce vie.</span><br/>
<span class="i0">Alouette qui de l'amour</span><br/>
- <span class="i0">Dgoises ds le point du jour,</span><br/>
- <span class="i0">Secouant en l'air la rose</span><br/>
- <span class="i0">Dont ta plume est toute arrouse!</span><br/>
- <span class="i0">Devant que Phbus soit lev</span><br/>
- <span class="i0">Tu enlves ton corps lav</span><br/>
- <span class="i0">Pour l'essuyer prs de la nue.</span><br/>
- <span class="i0">Trmoussant d'une aile menue,</span><br/>
- <span class="i0">Et te sourdant petits bonds,</span><br/>
+ <span class="i0">Dégoises dès le point du jour,</span><br/>
+ <span class="i0">Secouant en l'air la rosée</span><br/>
+ <span class="i0">Dont ta plume est toute arrousée!</span><br/>
+ <span class="i0">Devant que Phébus soit levé</span><br/>
+ <span class="i0">Tu enlèves ton corps lavé</span><br/>
+ <span class="i0">Pour l'essuyer près de la nue.</span><br/>
+ <span class="i0">Trémoussant d'une aile menue,</span><br/>
+ <span class="i0">Et te sourdant à petits bonds,</span><br/>
<span class="i0">Tu dis en l'air de si doux sons</span><br/>
- <span class="i0">Composs de ta <i>tirelire</i>,</span><br/>
+ <span class="i0">Composés de ta <i>tirelire</i>,</span><br/>
<span class="i0">Qu'il n'est amant qui ne desire,</span><br/>
<span class="i0">T'oyant chanter au renouveau</span><br/>
<span class="i0">Comme toi devenir oiseau.</span><br/>
- <span class="i0">Quand ton chant t'a bien amuse,</span><br/>
- <span class="i0">De l'air tu tombes en fuse</span><br/>
+ <span class="i0">Quand ton chant t'a bien amusée,</span><br/>
+ <span class="i0">De l'air tu tombes en fusée</span><br/>
<span class="i0">Qu'une jeune pucelle au soir</span><br/>
<span class="i0">De sa quenouille laisse cheoir,</span><br/>
<span class="i0">Quand au fouyer elle sommeille</span><br/>
<span class="i0">Frappant son sein de son oreille:</span><br/>
<span class="i0">Ou bien quand en filant le jour</span><br/>
<span class="i0">Void celuy qui luy fait l'amour</span><br/>
- <span class="i0">Venir prs d'elle l'impourvee,</span><br/>
+ <span class="i0">Venir près d'elle à l'impourveüe,</span><br/>
<span class="i0">De honte elle abaisse la veue,</span><br/>
- <span class="i0">Et son tors fuseau dli</span><br/>
- <span class="i0">Loin de sa main roule son pi.</span><br/>
+ <span class="i0">Et son tors fuseau délié</span><br/>
+ <span class="i0">Loin de sa main roule à son pié.</span><br/>
<br/>
</div>
</div>
-<p>Cet pisode de la fileuse est d'un got
+<p>Cet épisode de la fileuse est d'un goût
absolument antique, et un des plus gracieux
que l'on puisse imaginer. Si Ronsard
n'avait jamais fait que de pareils vers,
-la postrit lui aurait peut-tre confirm
-jusqu' un certain point ces titres pompeux
-de <i>Prince des Potes</i>, et d'<i>Apollon
-de la source des Muses</i>, qu'on lui a donns
+la postérité lui aurait peut-être confirmé
+jusqu'à un certain point ces titres pompeux
+de <i>Prince des Poètes</i>, et d'<i>Apollon
+de la source des Muses</i>, qu'on lui a donnés
de son temps.</p>
@@ -6773,139 +6734,139 @@ de son temps.</p>
<p class="item">* <a class="void" name="vagir" id="vagir">VAGIR, VAGISSEMENT</a>. Ces mots expriment
le cri des enfans qui viennent de
-natre, et notre Langue a rcemment admis
-le substantif <i>vagissement</i> sur les rclamations
-de Voltaire. C'est une disette
-insupportable, crivait-il, d'appeler des
-choses si diffrentes du mme nom. Le
-mot <i>vagissement</i>, driv du latin <i>vagitus</i>,
-aurait trs-bien exprim le cri
+naître, et notre Langue a récemment admis
+le substantif <i>vagissement</i> sur les réclamations
+de Voltaire. «C'est une disette
+insupportable, écrivait-il, d'appeler des
+choses si différentes du même nom. Le
+mot <i>vagissement</i>, dérivé du latin <i>vagitus</i>,
+aurait très-bien exprimé le cri
des enfans au berceau.</p>
-<p>Dumarsais, observe un autre Littrateur,
+<p>»Dumarsais, observe un autre Littérateur,
a fait tout ce qu'il a pu pour
-faire prendre ce mot, et n'a point russi.
+faire prendre ce mot, et n'a point réussi.
C'est le cas de le reproduire, et de faire
voir qu'il est aussi naturel et aussi utile
que <i>mugissement</i>. Le cri d'un enfant au
-berceau est, coup sr, une bien longue
-priphrase.</p>
+berceau est, à coup sûr, une bien longue
+périphrase».</p>
<p>Le verbe <i>vagir</i>, qui est fait du substantif,
comme de <i>mugissement</i> et <i>rugissement</i>
sont faits <i>mugir</i> et <i>rugir</i>, et dont la construction
-est, par consquent, trs-conforme
- l'esprit de notre Langue, n'est
-sans doute pas ddaigner. Un tranger
-qui a donn quelques volumes la Littrature
-franaise, a dit quelque part:
-Si Dieu m'offrait le privilge de la rtrogradation
-jusqu' mon enfance, et
+est, par conséquent, très-conforme
+à l'esprit de notre Langue, n'est
+sans doute pas à dédaigner. Un étranger
+qui a donné quelques volumes à la Littérature
+française, a dit quelque part:
+«Si Dieu m'offrait le privilége de la rétrogradation
+jusqu'à mon enfance, et
de <i>vagir</i> une seconde fois dans le berceau,
-je refuserais ses offres.</p>
+je refuserais ses offres».</p>
<p class="item"><span class="sc">Vagues</span>, est le nom qu'on donne aux eaux
-agites et mugissantes, parce que le bruit
-qui s'en lve ressemble un long <i>vagissement</i>.
+agitées et mugissantes, parce que le bruit
+qui s'en élève ressemble à un long <i>vagissement</i>.
En allemand <i>wage</i>, <i>woge</i>; en gothique
<i>wego</i>; en anglo-saxon <i>waeg</i>; en
islandais <i>vag</i>.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="violon" id="violon">VIOLON</a>. Je crois devoir rapporter propos
-de ce mot les raisons ingnieuses qu'emploie
-M. Court de Gbelin pour en faire
-remonter l'origine au son naturel. Le
-mot <i>violon</i>, dit-il, dsigne un instrument
- cordes qu'on fait rsonner avec
+<p class="item"><a class="void" name="violon" id="violon">VIOLON</a>. Je crois devoir rapporter à propos
+de ce mot les raisons ingénieuses qu'emploie
+M. Court de Gébelin pour en faire
+remonter l'origine au son naturel. «Le
+mot <i>violon</i>, dit-il, désigne un instrument
+à cordes qu'on fait résonner avec
un archet. Mais quelle est l'origine de
ce nom? Elle se perd dans la nuit des
-temps pour tous les tymologistes; car,
+temps pour tous les Étymologistes; car,
dire avec eux qu'il vient de l'espagnol
<i>biolone</i>, ce serait tout au plus supposer
-que cet instrument nous vnt par
-l'Espagne, ce qui serait, peut-tre, difficile
- prouver.</p>
-<p>Ce nom tient ceux de quelques
-autres instrumens appels <i>viole</i>, basse
+que cet instrument nous vînt par
+l'Espagne, ce qui serait, peut-être, difficile
+à prouver.</p>
+<p>»Ce nom tient à ceux de quelques
+autres instrumens appelés <i>viole</i>, basse
<i>de viole</i>, <i>violoncelle</i>, etc.</p>
-<p>Si jamais nom dut tre form par Onomatope,
+<p>»Si jamais nom dut être formé par Onomatopée,
n'est-ce pas celui d'un instrument
-de musique? Ils ont un son eux,
-un son dtermin et constant, un son
-propre les distinguer de tout autre. Ce
-son dut devenir leur nom ds l'origine;
-et, quoique naturelle, on dut perdre
-jamais cette origine de vue, ds qu'on
+de musique? Ils ont un son à eux,
+un son déterminé et constant, un son
+propre à les distinguer de tout autre. Ce
+son dut devenir leur nom dès l'origine;
+et, quoique naturelle, on dut perdre à
+jamais cette origine de vue, dès qu'on
eut perdu de vue les origines de la Langue
-qu'on parlait, et les rvolutions de
+qu'on parlait, et les révolutions de
la nation dont on faisait partie.</p>
-<p>Les instrumens bruyans, tels que le
+<p>»Les instrumens bruyans, tels que le
tambour, le tympanon, et la tymbale,
portent des noms parfaitement imitatifs:
en les nommant, on peint le coup
qui les fait retentir.</p>
-<p>Dans les instrumens cordes, on avait
- peindre des sons d'une toute autre
-espce, des sons aigus et sifflans, grles
+<p>»Dans les instrumens à cordes, on avait
+à peindre des sons d'une toute autre
+espèce, des sons aigus et sifflans, grêles
en quelque sorte; on eut donc recours,
-pour les peindre, la voyelle <i>i</i>, dont
-le son grle, aigu et sifflant se met si
-bien l'unisson de ces instrumens, et
-qui, associe au son <i>o</i>, sert galement
- peindre cette joie et cette gat qu'accompagne
-et qu'inspire dans les ftes
+pour les peindre, à la voyelle <i>i</i>, dont
+le son grêle, aigu et sifflant se met si
+bien à l'unisson de ces instrumens, et
+qui, associée au son <i>o</i>, sert également
+à peindre cette joie et cette gaîté qu'accompagne
+et qu'inspire dans les fêtes
le son des instrumens. On dit donc
-<i>viole</i>, <i>violon</i> par le mme sentiment
+<i>viole</i>, <i>violon</i> par le même sentiment
qu'on disait ioh! ioh! et qu'on fit en
<i>iol</i> et en <i>jol</i> les mots celtes, theutons,
basques, etc. qui peignent la joie et le
plaisir.</p>
-<p>C'est de ce mot que les Latins firent
-galement celui de <i>fides</i>, qui dsigna
-les instrumens cordes, et qui forma
+<p>»C'est de ce mot que les Latins firent
+également celui de <i>fides</i>, qui désigna
+les instrumens à cordes, et qui forma
le diminutif <i>fidicula</i>, petit instrument
- cordes; tandis qu'en le prononant
-en <i>v</i>, ils en firent <i>vitula</i>, 1<sup>o</sup>. la desse
+à cordes; tandis qu'en le prononçant
+en <i>v</i>, ils en firent <i>vitula</i>, 1<sup>o</sup>. la déesse
de la joie; 2<sup>o</sup>. en latin barbare, cet
-instrument dont nous avons altr le
+instrument dont nous avons altéré le
nom en celui de <i>vielle</i>.</p>
-<p>Ils en firent encore</p>
+<p>»Ils en firent encore</p>
-<p><i>Vitulari</i>, se rjouir, foltrer,</p>
+<p>»<i>Vitulari</i>, se réjouir, folâtrer,</p>
-<p><i>Vitellian</i>, tablettes sur lesquelles
-on crivait des choses gaies.</p>
+<p>»<i>Vitellianæ</i>, tablettes sur lesquelles
+on écrivait des choses gaies».</p>
-<p class="item"><a class="void" name="vite" id="vite">VTE, VTESSE</a>. Le mot <i>vte</i> est peut-tre
-l'imitation du souffle, acclr par la
+<p class="item"><a class="void" name="vite" id="vite">VÎTE, VÎTESSE</a>. Le mot <i>vîte</i> est peut-être
+l'imitation du souffle, accéléré par la
promptitude de la marche.</p>
<p>Les Latins n'en auraient-ils pas fait <i>festinare</i>,
-se hter? En anglo-saxon, <i>hwato</i>
+se hâter? En anglo-saxon, <i>hwato</i>
signifie alerte, prompt, et <i>hwetan</i>, exciter,
animer.</p>
<h3>Z</h3>
-<p class="item"><a class="void" name="zeste" id="zeste">ZESTE</a>. C'est une zne trs-mince qu'on
-enlve de la peau d'une orange, en glissant
+<p class="item"><a class="void" name="zeste" id="zeste">ZESTE</a>. C'est une zône très-mince qu'on
+enlève de la peau d'une orange, en glissant
vivement contre sa superficie le tranchant
d'un couteau. Le petit bruit qui en
-rsulte a motiv cette dnomination qu'on
-a tendue depuis d'autres acceptions,
-tant propres que figures.</p>
-<p class="item"><a class="void" name="zigzag" id="zigzag">ZIGZAG</a>. Ce sont, suivant Mnage, des
-tringlettes croises en losange les unes sur
+résulte a motivé cette dénomination qu'on
+a étendue depuis à d'autres acceptions,
+tant propres que figurées.</p>
+<p class="item"><a class="void" name="zigzag" id="zigzag">ZIGZAG</a>. Ce sont, suivant Ménage, des
+tringlettes croisées en losange les unes sur
les autres, qui se resserrent et s'alongent,
et dont on se sert pour faire tenir des
lettres ou autre chose dans des lieux
-levs.</p>
-<p>Poisson a compos une petite comdie
-intitule le <cite>Zigzag</cite>, o Octave donne une
-lettre Isabelle, qui tait la fentre
+élevés.</p>
+<p>Poisson a composé une petite comédie
+intitulée le <cite>Zigzag</cite>, où Octave donne une
+lettre à Isabelle, qui était à la fenêtre
d'un logis.</p>
<div class="poem">
@@ -6917,8 +6878,8 @@ d'un logis.</p>
</div>
</div>
-<p>Mnage reconnat que ce mot a t fait
-par Onomatope.</p>
+<p>Ménage reconnaît que ce mot a été fait
+par Onomatopée.</p>
</div>
<p class="c">FIN.</p>
@@ -6931,200 +6892,200 @@ par Onomatope.</p>
<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1"></a>
<a href="#FNanchor_1">
-<span class="label">[1]</span></a> Comme il tait de mon intention de donner dans
+<span class="label">[1]</span></a> Comme il était de mon intention de donner dans
le cours de cet ouvrage quelques exemples de l'extension
-des sons radicaux et des racines imitatives dans la dsignation
-des tres qui, comme je l'ai dit, n'ont point
+des sons radicaux et des racines imitatives dans la désignation
+des êtres qui, comme je l'ai dit, n'ont point
de formes propres et de bruits particuliers, et de prouver
-qu'aucune expression n'a t forme sans motif, et
-que les termes qui ont caractris les sensations premires,
-ont d devenir allusivement le signe des sensations
+qu'aucune expression n'a été formée sans motif, et
+que les termes qui ont caractérisé les sensations premières,
+ont dû devenir allusivement le signe des sensations
analogues; comme le son radical <i>sag</i> qui est une
-des anciennes Onomatopes du bruit de la <i>flche</i>, est
+des anciennes Onomatopées du bruit de la <i>flèche</i>, est
d'ailleurs un des plus curieux que je connaisse dans les
-modes qu'il a subis, je vais suivre ses diffrentes drivations
+modes qu'il a subis, je vais suivre ses différentes dérivations
dans la Langue latine seulement, pour ne pas
-charger cette note d'un appareil inutile d'rudition.</p>
+charger cette note d'un appareil inutile d'érudition.</p>
-<p class="c"><span class="sc">Racine</span>, SAG. Sens propre, une <i>flche</i>.</p>
+<p class="c"><span class="sc">Racine</span>, SAG. Sens propre, une <i>flèche</i>.</p>
-<p>Les Latins en ont fait SAG&ndash;<i>itta</i>, et immdiatement,
-par le procd comparatif, ce nom est devenu commun
- une plante dont il est question dans Pline, et qui
-ressemble une <i>flche</i>, au bout d'un rejeton de vigne
-qui a la forme d'une <i>flche</i> barbele, et une constellation
-compose de cinq toiles qui reprsente une
-<i>flche</i>.</p>
+<p>Les Latins en ont fait SAG&ndash;<i>itta</i>, et immédiatement,
+par le procédé comparatif, ce nom est devenu commun
+à une plante dont il est question dans Pline, et qui
+ressemble à une <i>flèche</i>, au bout d'un rejeton de vigne
+qui a la forme d'une <i>flèche</i> barbelée, et à une constellation
+composée de cinq étoiles qui représente une
+<i>flèche</i>.</p>
-<p class="c"><span class="sc">Sens driv.</span></p>
+<p class="c"><span class="sc">Sens dérivé.</span></p>
-<p>SAG&ndash;<i>ittarius</i> a signifi un homme qui lance des
-<i>flches</i>, et ensuite un signe du Zodiaque. Puis par une
-extension commune dans les Langues, on a nomm
+<p>SAG&ndash;<i>ittarius</i> a signifié un homme qui lance des
+<i>flèches</i>, et ensuite un signe du Zodiaque. Puis par une
+extension commune dans les Langues, on a nommé
SAG&ndash;<i>ittarius</i>, une monnaie de Perse qui avait un
SAG&ndash;<i>ittaire</i> pour empreinte.</p>
-<p>SAG&ndash;<i>ittifer</i> a t le nom du porc pic, parce que les
+<p>SAG&ndash;<i>ittifer</i> a été le nom du porc épic, parce que les
pointes dont il est couvert ont quelque ressemblance
-avec des <i>flches</i>.</p>
+avec des <i>flèches</i>.</p>
-<p>Jusqu'ici l'opration de l'esprit est simple et sans
+<p>Jusqu'ici l'opération de l'esprit est simple et sans
complication.</p>
<p class="c"><span class="sc">Sens relatif.</span></p>
-<p>L'imagination commence saisir des rapports plus
-loigns, mais elle n'a point encore perdu de vue le
+<p>L'imagination commence à saisir des rapports plus
+éloignés, mais elle n'a point encore perdu de vue le
sens propre.</p>
-<p>SAG&ndash;<i>aris</i> signifie d'abord un faisceau de <i>flches</i>,
-un carquois; il se dit bientt d'une hache d'armes.</p>
+<p>SAG&ndash;<i>aris</i> signifie d'abord un faisceau de <i>flèches</i>,
+un carquois; il se dit bientôt d'une hache d'armes.</p>
-<p>SAG&ndash;<i>ma</i> exprime en premier lieu ce qui sert cacher
-la pointe de la <i>flche</i>, la garantir en temps de
-paix. Ensuite, il se dit gnralement d'un fourreau,
-et finalement de la selle d'un homme d'armes o les
-<i>flches</i> sont fixes.</p>
+<p>SAG&ndash;<i>ma</i> exprime en premier lieu ce qui sert à cacher
+la pointe de la <i>flèche</i>, à la garantir en temps de
+paix. Ensuite, il se dit généralement d'un fourreau,
+et finalement de la selle d'un homme d'armes où les
+<i>flèches</i> sont fixées.</p>
-<p>SAG&ndash;<i>men</i> est pris dans un sens plus hardiment figur,
+<p>SAG&ndash;<i>men</i> est pris dans un sens plus hardiment figuré,
quoiqu'il appartienne encore au sens primitif. On
-appelle ainsi la verveine par opposition ou contre vrit,
+appelle ainsi la verveine par opposition ou contre vérité,
parce que les Ambassadeurs proposant la paix ou
la guerre, portaient dans leurs mains une verveine et
-une <i>flche</i>.</p>
+une <i>flèche</i>.</p>
-<p>SAG&ndash;<i>a</i> signifie premirement les armes d'un soldat.
+<p>SAG&ndash;<i>a</i> signifie premièrement les armes d'un soldat.
<i>Ire ad </i>SAG&ndash;<i>a</i>, c'est s'emparer de ses javelots et de
-ses <i>flches</i>. On en fait SAG&ndash;<i>um</i> ou SAG&ndash;<i>ulum</i> qui
+ses <i>flèches</i>. On en fait SAG&ndash;<i>um</i> ou SAG&ndash;<i>ulum</i> qui
est l'habit d'un soldat en guerre.</p>
<p>Une fois que ce pas est fait, on va beaucoup plus
loin. On appelle SAC&ndash;<i>itza</i> le pillage d'une ville, l'extermination
de ses habitans, parce que les vainqueurs
-les renversent coups de <i>flches</i>, et notre Langue en
+les renversent à coups de <i>flèches</i>, et notre Langue en
emprunte les mots SAC et SAC&ndash;<i>cager</i> qui conservent
encore toute la racine, avec une simple modification de
-la gutturale <i>g</i>, prononce sur une touche plus clatante.</p>
+la gutturale <i>g</i>, prononcée sur une touche plus éclatante.</p>
<p>Enfin, il suffit de nazaler cette racine SAG, pour en
former SANG&ndash;<i>uis</i>, qui s'emploie par une extension
-du mme genre, parce que le sang coule sous les <i>flches</i>.</p>
+du même genre, parce que le sang coule sous les <i>flèches</i>.</p>
-<p><i>N. B.</i> En vieux franais, <i>sache</i> a signifi un fourreau,
+<p><i>N. B.</i> En vieux français, <i>sache</i> a signifié un fourreau,
<i>sacher</i>, tirer du fourreau, et ensuite, poursuivre le gibier
-et le renverser sous les <i>flches</i>, d'o il semble que
-<i>chasser</i> a t fait par mtathse.</p>
+et le renverser sous les <i>flèches</i>, d'où il semble que
+<i>chasser</i> a été fait par métathèse.</p>
-<p class="c"><span class="sc">Sens figur ou mtaphorique.</span></p>
+<p class="c"><span class="sc">Sens figuré ou métaphorique.</span></p>
-<p>Ici l'esprit de l'homme s'lance hardiment des objets
-trs-loigns, pour peu qu'il y puisse saisir quelque
-affinit avec le sens originaire du mot invent.</p>
+<p>Ici l'esprit de l'homme s'élance hardiment à des objets
+très-éloignés, pour peu qu'il y puisse saisir quelque
+affinité avec le sens originaire du mot inventé.</p>
-<p>Une erreur populaire lui persuade qu'une espce de
-pierre prcieuse attire le bois comme l'aimant attire le
-fer, et que le bois y vole avec la rapidit de la <i>flche</i>.
+<p>Une erreur populaire lui persuade qu'une espèce de
+pierre précieuse attire le bois comme l'aimant attire le
+fer, et que le bois y vole avec la rapidité de la <i>flèche</i>.
Il nomme cette pierre SAG&ndash;<i>da</i>.</p>
-<p>Il a observ que la <i>flche</i>, en s'enfonant dans un
-corps dur, y frmit long-temps encore. Il appelle SAG&ndash;<i>acio</i>,
-id est, SAG&ndash;<i>itt actio</i>, tous les genres de palpitation
+<p>Il a observé que la <i>flèche</i>, en s'enfonçant dans un
+corps dur, y frémit long-temps encore. Il appelle SAG&ndash;<i>acio</i>,
+id est, SAG&ndash;<i>ittæ actio</i>, tous les genres de palpitation
et de tremblement.</p>
-<p>Il essaye de trouver un objet de comparaison l'action
+<p>Il essaye de trouver un objet de comparaison à l'action
de regarder. Le regard parcourt l'espace avec la
-vtesse de la <i>flche</i>, et le son radical SAG devient le
+vîtesse de la <i>flèche</i>, et le son radical SAG devient le
nom du regard dans presque toutes les Langues de
l'Orient. Les Latins cependant ne se servent point de
-cette racine ce dernier usage; mais ils le mconnaissent
-si peu, qu'ils s'enrichissent de ses drivations au
+cette racine à ce dernier usage; mais ils le méconnaissent
+si peu, qu'ils s'enrichissent de ses dérivations au
sens abstrait.</p>
<p class="c"><span class="sc">Sens abstrait.</span></p>
-<p>SAG&ndash;<i>ire</i>, c'est avoir de la pntration, du discernement,
+<p>SAG&ndash;<i>ire</i>, c'est avoir de la pénétration, du discernement,
saisir des yeux de l'esprit.</p>
-<p>SAG&ndash;<i>ax</i>, c'est un homme pntrant, un homme dont
-le regard sr discerne la vrit.</p>
+<p>SAG&ndash;<i>ax</i>, c'est un homme pénétrant, un homme dont
+le regard sûr discerne la vérité.</p>
<p class="c"><span class="sc">Sens hyperbolique.</span></p>
-<p>Le dernier terme de cette gradation est si tranger
- son type, qu'il serait impossible d'en reconnatre
+<p>Le dernier terme de cette gradation est si étranger
+à son type, qu'il serait impossible d'en reconnaître
l'origine, si on n'y pouvait remonter, comme nous le
-faisons, par une succession trs-naturelle de sensations
-et de jugemens. Le sens abstrait s'tendant des significations
-nouvelles, ce n'est plus au SAG&ndash;<i>e</i>, l'esprit
-dlicat et subtil qui saisit les choses ds le premier
-abord, avec une extrme justesse, que doit s'arrter
-cette srie d'ides que nous venons d'exposer; son regard
-plus prompt, plus sr, plus pntrant encore,
-perce tous les obstacles. Son esprit s'lve au-dessus de
+faisons, par une succession très-naturelle de sensations
+et de jugemens. Le sens abstrait s'étendant à des significations
+nouvelles, ce n'est plus au SAG&ndash;<i>e</i>, à l'esprit
+délicat et subtil qui saisit les choses dès le premier
+abord, avec une extrême justesse, que doit s'arrêter
+cette série d'idées que nous venons d'exposer; son regard
+plus prompt, plus sûr, plus pénétrant encore,
+perce tous les obstacles. Son esprit s'élève au-dessus de
toutes les conceptions ordinaires; il domine, il explique
l'avenir,</p>
-<p>C'est le devin que les Latins ont appel SAG&ndash;<i>us</i>,
+<p>C'est le devin que les Latins ont appelé SAG&ndash;<i>us</i>,
la magicienne, l'enchanteresse dont ils ont fait SAG&ndash;<i>a</i>,
SAG&ndash;<i>ana</i>.</p>
-<p><i>Pr</i>&ndash;SAG&ndash;<i>ire</i>, c'est voir hors du prsent, c'est
-anticiper par la pense sur les vnemens futurs.</p>
+<p><i>Præ</i>&ndash;SAG&ndash;<i>ire</i>, c'est voir hors du présent, c'est
+anticiper par la pensée sur les événemens futurs.</p>
-<p><i>Pr</i>&ndash;SAG&ndash;<i>ium</i>, c'est le pressentiment, le pronostic.</p>
+<p><i>Præ</i>&ndash;SAG&ndash;<i>ium</i>, c'est le pressentiment, le pronostic.</p>
-<p><i>Pr</i>&ndash;SAG&ndash;<i>us</i>, c'est le sorcier, l'augure, l'homme
-inspir, termes dont on a complt le sens par la petite
-prposition <i>pr</i>, au-devant, au-del.</p>
+<p><i>Præ</i>&ndash;SAG&ndash;<i>us</i>, c'est le sorcier, l'augure, l'homme
+inspiré, termes dont on a complété le sens par la petite
+préposition <i>præ</i>, au-devant, au-delà.</p>
-<p>Il reste s'assurer que les autres mots de la Langue
+<p>Il reste à s'assurer que les autres mots de la Langue
naturelle donneront une pareille filiation, et c'est ce que
-chacun peut reconnatre dans ses tudes particulires,
+chacun peut reconnaître dans ses études particulières,
soit qu'il se contente, ainsi qu'on l'a fait ici, de pousser
ses recherches dans une Langue seulement, soit qu'il
-veuille les tendre toutes, ce qui n'est pas plus difficile.</p>
+veuille les étendre à toutes, ce qui n'est pas plus difficile.</p>
</div>
<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2"></a>
<a href="#FNanchor_2">
<span class="label">[2]</span></a> Une figure nouvelle est pleine de charme, parce
-qu'elle donne l'ide un point de vue nouveau. Une
+qu'elle donne à l'idée un point de vue nouveau. Une
figure rebattue, devenue lieu commun, n'est plus que
-le froid quivalent du sens propre. On doit donc viter
-de prodiguer les figures dans une Langue use. Elles
-ne prsentent plus qu'un faste insipide de paroles et
-de tours. Le style purement descriptif sera ds-lors prfrable
-au style figur, parce que le sens figur avait
+le froid équivalent du sens propre. On doit donc éviter
+de prodiguer les figures dans une Langue usée. Elles
+ne présentent plus qu'un faste insipide de paroles et
+de tours. Le style purement descriptif sera dès-lors préférable
+au style figuré, parce que le sens figuré avait
fait oublier quelque temps le sens propre, et que celui-ci
-parat nouveau. L'aurore aux doigts de roses, qui
-ouvre les barrires du matin, et dont les pleurs roulent
+paraît nouveau. L'aurore aux doigts de roses, qui
+ouvre les barrières du matin, et dont les pleurs roulent
en perles humides sur toutes les fleurs, offre sans doute
une image heureuse et brillante; mais on produira
beaucoup plus d'effet aujourd'hui en peignant le soleil
- son lever, rougissant d'une lueur encore incertaine le
+à son lever, rougissant d'une lueur encore incertaine le
sommet des hautes montagnes, les vapeurs de la plaine
qui se dissipent, les contours de l'horizon qui se dessinent
-sur le ciel clairci, et les fleurs qui se penchent
-sous le poids de la rose.</p>
+sur le ciel éclairci, et les fleurs qui se penchent
+sous le poids de la rosée.</p>
</div>
<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3"></a>
<a href="#FNanchor_3">
<span class="label">[3]</span></a> C'est l'opinion de M. de Roujoux. Dom Lepelletier
-crit <i>coric</i> qui signifie <i>petit nain</i>. On pourrait
+écrit <i>coric</i> qui signifie <i>petit nain</i>. On pourrait
penser que <i>gawric</i> est fait de <i>gawr</i> dans son sens le
-plus ordinaire, <i>lev</i>, <i>suprieur</i>, et dsigne trs-bien
-alors les intelligences secondaires, les gnies et les fes,
-<i>Gawric</i>, petite puissance, ou bien il est tir de <i>gour</i>
+plus ordinaire, <i>élevé</i>, <i>supérieur</i>, et désigne très-bien
+alors les intelligences secondaires, les génies et les fées,
+<i>Gawric</i>, petite puissance, ou bien il est tiré de <i>gour</i>
ou <i>gwr</i> qui s'est dit pour, homme, et signifie alors
avec le diminutif un petit homme, un nain, comme on
-reprsentait les tres surnaturels dont il s'agit.</p>
+représentait les êtres surnaturels dont il s'agit.</p>
</div>
<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4"></a>
@@ -7135,91 +7096,91 @@ reprsentait les tres surnaturels dont il s'agit.</p>
<li><i>Halosis</i>, pillage, dilapidation.</li>
<li><i>Hama</i>, un croc.</li>
<li><i>Hamare</i>, harponner.</li>
-<li><i>Hamus</i>, un hameon.</li>
+<li><i>Hamus</i>, un hameçon.</li>
<li><i>Harpa</i>, un vautour, et puis, la <i>harpe</i>, l'instrument de musique dont les cordes sont saisies avec toute la main.</li>
-<li><i>Harpaga</i>, un hrisson, un grappin, un avare.</li>
+<li><i>Harpaga</i>, un hérisson, un grappin, un avare.</li>
<li><i>Harpagare</i>, prendre de force.</li>
-<li><i>Harpastum</i>, un ballon qu'on cherchait s'arracher en jouant, et dont il est question dans Martial.</li>
+<li><i>Harpastum</i>, un ballon qu'on cherchait à s'arracher en jouant, et dont il est question dans Martial.</li>
<li><i>Harpax</i>, l'ambre qui attire la paille.</li>
<li><i>Harpe</i>, un oiseau de proie.</li>
<li><i>Harpia</i>, la harpie aux mains crochues.</li>
<li><i>Haurire</i>, avaler, engloutir.</li>
-<li><i>Haustrum</i>, instrument puiser de l'eau.</li>
+<li><i>Haustrum</i>, instrument à puiser de l'eau.</li>
<li><i>Helluo</i>, un glouton.</li>
-<li><i>Helluari</i>, absorber, avaler, dvorer.</li>
-<li><i>Helveus</i>, qui a la bouche ouverte et prte saisir sa proie.</li>
+<li><i>Helluari</i>, absorber, avaler, dévorer.</li>
+<li><i>Helveus</i>, qui a la bouche ouverte et prête à saisir sa proie.</li>
<li><i>Hera</i>, la fortune qu'il faut saisir au passage.</li>
-<li><i>Heres</i>, le hrisson, l'animal hriss de pointes qui saisissent et dchirent.</li>
+<li><i>Heres</i>, le hérisson, l'animal hérissé de pointes qui saisissent et déchirent.</li>
<li><i>Hiare</i>, ouvrir la bouche.</li>
-<li><i>Hiera</i>, l'pilepsie, mal qui envahit, qui saisit, qui absorbe.</li>
-<li><i>Hipp</i>, les cancres, les crevisses aux pattes armes de crochets.</li>
+<li><i>Hiera</i>, l'épilepsie, mal qui envahit, qui saisit, qui absorbe.</li>
+<li><i>Hippæ</i>, les cancres, les écrevisses aux pattes armées de crochets.</li>
<li><i>Hirudo</i>, la sangsue. <i>Non missura cutem nisi plena cruoris</i>.</li>
-<li><i>Hiulcus</i>, avide, intress.</li>
+<li><i>Hiulcus</i>, avide, intéressé.</li>
<li><i>Humare</i>, enterrer, cacher sous la terre.</li>
-<li><i>Humus</i>, la terre dvorante, qui consume tous les corps privs de vie.</li>
-<li><i>Hyphar</i>, la glu, matire qui happe, qui attache, etc.</li>
+<li><i>Humus</i>, la terre dévorante, qui consume tous les corps privés de vie.</li>
+<li><i>Hyphæar</i>, la glu, matière qui happe, qui attache, etc.</li>
</ul>
<p>Il serait sans doute ridicule d'avancer que la construction
-de ces mots compliqus n'a eu d'autre base que
-l'initiale. Rien n'est plus facile que de remonter leurs
-racines naturelles, desquelles disparatrait cette lettre,
-qu'on peut regarder comme trs-moderne relativement
+de ces mots compliqués n'a eu d'autre base que
+l'initiale. Rien n'est plus facile que de remonter à leurs
+racines naturelles, desquelles disparaîtrait cette lettre,
+qu'on peut regarder comme très-moderne relativement
aux temps et au langage primitifs. Mais il serait plus
-absurde de dire qu'elle a t attache ces expressions
+absurde de dire qu'elle a été attachée à ces expressions
sans motif, et je pose en principe que le motif qui en
-a dtermin l'emploi, c'est son caractre, son esprit,
-l'ide d'avidit qu'elle rveille toutes les fois qu'on l'aspire.
-Les caprices de la prononciation et de l'criture
+a déterminé l'emploi, c'est son caractère, son esprit,
+l'idée d'avidité qu'elle réveille toutes les fois qu'on l'aspire.
+Les caprices de la prononciation et de l'écriture
ont pu la transporter dans d'autres mots auxquels elle
-n'a point donn ce sens; mais ces mots seront en trs-petite
-quantit, et les exceptions ne prouvent pas plus
+n'a point donné ce sens; mais ces mots seront en très-petite
+quantité, et les exceptions ne prouvent pas plus
ici qu'ailleurs.</p>
</div>
<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5"></a>
<a href="#FNanchor_5">
-<span class="label">[5]</span></a> Comme le son caractristique de cette expression
-est un des plus communs et des plus intressans
-de la nature, puisqu'il sert exprimer le bruit des
-corps dans leur mode de dplacement le plus ordinaire,
-je le prendrai pour exemple de ces grandes gnrations
-de mots que je n'ai fait qu'indiquer d'autres
-articles, et qui auraient surcharg cet ouvrage de trop
-de dtails inutiles. C'est M. Court de Gbelin qui me
+<span class="label">[5]</span></a> Comme le son caractéristique de cette expression
+est un des plus communs et des plus intéressans
+de la nature, puisqu'il sert à exprimer le bruit des
+corps dans leur mode de déplacement le plus ordinaire,
+je le prendrai pour exemple de ces grandes générations
+de mots que je n'ai fait qu'indiquer à d'autres
+articles, et qui auraient surchargé cet ouvrage de trop
+de détails inutiles. C'est M. Court de Gébelin qui me
fournira le tableau des termes dont celui-ci est le type.</p>
<p><span class="sc">Rouage</span>, <span class="sc">Rouer</span>.</p>
-<p><span class="sc">Rouet</span>, instrument <i>roue</i>.</p>
+<p><span class="sc">Rouet</span>, instrument à <i>roue</i>.</p>
-<p><span class="sc">Rouelle</span>, tranche coupe en rond.</p>
+<p><span class="sc">Rouelle</span>, tranche coupée en rond.</p>
<p><span class="sc">Rotule</span>, en latin <i>rotula</i>, os cartilagineux, large et
rond qui forme le mouvement du genou.</p>
-<p><span class="sc">Rotateur</span>, muscle circulaire qui sert mouvoir l'&oelig;il.</p>
+<p><span class="sc">Rotateur</span>, muscle circulaire qui sert à mouvoir l'&oelig;il.</p>
<p><span class="sc">Rote</span>, en latin <i>rota</i>, tribunal de la cour de Rome,
-dont la salle est pave de carreaux qui reprsentent
+dont la salle est pavée de carreaux qui représentent
des <i>roues</i>.</p>
-<p><span class="sc">Roder</span>, aller et l en faisant des tours et des dtours.</p>
+<p><span class="sc">Roder</span>, aller çà et là en faisant des tours et des détours.</p>
<p><span class="sc">Rodeur.</span></p>
<p><span class="sc">Rouler</span>, 1<sup>o</sup>. se mouvoir en rond; 2<sup>o</sup>. plier en rond:
-au figur, considrer, mditer.</p>
+au figuré, considérer, méditer.</p>
<p><span class="sc">Roulant.</span></p>
-<p><span class="sc">Rouleau</span>, chose faite ou tourne en rond.</p>
+<p><span class="sc">Rouleau</span>, chose faite ou tournée en rond.</p>
<p><span class="sc">Roulement</span>, bruit d'une chose qui roule, mouvement
en rond.</p>
<p><span class="sc">Roulade</span>, roulement de la voix.</p>
-<p><span class="sc">Roulage</span>, action de rouler, facilit de rouler.</p>
+<p><span class="sc">Roulage</span>, action de rouler, facilité de rouler.</p>
<p><span class="sc">Roulier</span>, voiturier de marchandises.</p>
@@ -7228,52 +7189,52 @@ en rond.</p>
<p><span class="sc">Roulis</span>, agitation d'un vaisseau que le vent fait rouler
sur les flots.</p>
-<p><span class="sc">Roulon</span>, pice de bois travaille en rond.</p>
+<p><span class="sc">Roulon</span>, pièce de bois travaillée en rond.</p>
-<p><span class="sc">Rle</span>, autrefois <span class="sc">Roole</span>, du latin barbare <i>rotulum</i>,
+<p><span class="sc">Rôle</span>, autrefois <span class="sc">Roole</span>, du latin barbare <i>rotulum</i>,
1<sup>o</sup>. registre qu'on roule en long, comme les anciens
manuscrits; 2<sup>o</sup>. ce que chaque acteur doit faire ou
-rciter dans la reprsentation d'une pice de thtre:
-chaque acteur a son rouleau, son rle part pour
-l'apprendre et pour le jouer; 3<sup>o</sup>. manire dont chaque
-homme reprsente dans le monde; 4<sup>o</sup>. feuille d'criture
+réciter dans la représentation d'une pièce de théâtre:
+chaque acteur a son rouleau, son rôle à part pour
+l'apprendre et pour le jouer; 3<sup>o</sup>. manière dont chaque
+homme représente dans le monde; 4<sup>o</sup>. feuille d'écriture
en termes de pratique.</p>
-<p><span class="sc">Rler</span>, crire des rles.</p>
+<p><span class="sc">Rôler</span>, écrire des rôles.</p>
-<p><span class="sc">Enrler</span>, en Anjou, <span class="sc">Enrotuler</span>, coucher sur les registres,
+<p><span class="sc">Enrôler</span>, en Anjou, <span class="sc">Enrotuler</span>, coucher sur les registres,
enregistrer dans le catalogue de ceux qui
-forment le corps o l'on se runit.</p>
+forment le corps où l'on se réunit.</p>
-<p><span class="sc">Enrlement</span>, <span class="sc">Enrleur</span>.</p>
+<p><span class="sc">Enrôlement</span>, <span class="sc">Enrôleur</span>.</p>
-<p><span class="sc">Rotonde</span>, btiment en rond.</p>
+<p><span class="sc">Rotonde</span>, bâtiment en rond.</p>
-<p><span class="sc">Rotondit</span>, qualit d'un corps rond.</p>
+<p><span class="sc">Rotondité</span>, qualité d'un corps rond.</p>
<p><span class="sc">Rond</span>, en latin <i>rotundus</i>, tout ce qui est en cercle; au
-figur, qui va rondement.</p>
+figuré, qui va rondement.</p>
<p><span class="sc">Rondeur</span>, figure ronde.</p>
<p><span class="sc">Rondelet</span>, un peu rond.</p>
-<p><span class="sc">Rondin</span>, bton rond.</p>
+<p><span class="sc">Rondin</span>, bâton rond.</p>
-<p><span class="sc">Rondiner</span>, en vieux franais, donner des coups de
-rondin, de bton.</p>
+<p><span class="sc">Rondiner</span>, en vieux français, donner des coups de
+rondin, de bâton.</p>
-<p><span class="sc">Rondache</span>, <span class="sc">Rondelle</span>, en vieux franais, boucliers
+<p><span class="sc">Rondache</span>, <span class="sc">Rondelle</span>, en vieux français, boucliers
ronds.</p>
-<p><span class="sc">Rondeau</span>, petit pome compos de couplets finissant
-par les mmes mots qui commencent le pome.</p>
+<p><span class="sc">Rondeau</span>, petit poème composé de couplets finissant
+par les mêmes mots qui commencent le poème.</p>
<p><span class="sc">Ronde</span>, inspection qu'on fait en parcourant une enceinte.</p>
<p><span class="sc">A la ronde</span>, tout autour.</p>
-<p><span class="sc">Rondement</span>, en rond; au figur, franchement.</p>
+<p><span class="sc">Rondement</span>, en rond; au figuré, franchement.</p>
<p><span class="sc">Arrondir</span>, donner une forme ronde.</p>
@@ -7281,7 +7242,7 @@ par les mmes mots qui commencent le pome.</p>
<p><span class="sc">Route</span>, chemin.</p>
-<p><span class="sc">Routier</span>, 1<sup>o</sup>. qui connat les routes, expriment;
+<p><span class="sc">Routier</span>, 1<sup>o</sup>. qui connaît les routes, expérimenté;
2<sup>o</sup>. livre de routes.</p>
<p><span class="sc">Routine</span>, habitude, connaissance acquise par la pratique
@@ -7289,166 +7250,166 @@ seule; chemin battu.</p>
<p><span class="sc">Routinier</span>, qui n'a que la routine.</p>
-<p><span class="sc">Drouter</span>, faire perdre quelqu'un la route, etc.</p>
+<p><span class="sc">Dérouter</span>, faire perdre à quelqu'un la route, etc.</p>
<hr/>
-<p>Cette racine me suggre d'ailleurs une rflexion qui
-vient l'appui de ma thorie de l'extension des sons
-naturels, dans la qualification des tres insonores. Nous
+<p>Cette racine me suggère d'ailleurs une réflexion qui
+vient à l'appui de ma théorie de l'extension des sons
+naturels, dans la qualification des êtres insonores. Nous
avons vu se composer d'un son radical qui est le signe
-du mouvement, et qui s'opre lui-mme par le roulement
+du mouvement, et qui s'opère lui-même par le roulement
de la langue sur le palais, deux familles de mots
-distincts, dont l'une appartient une ide de mouvement,
-et l'autre une ide de forme. Il n'tait pas difficile
-de reconnatre le point de contact de ces deux familles,
+distincts, dont l'une appartient à une idée de mouvement,
+et l'autre à une idée de forme. Il n'était pas difficile
+de reconnaître le point de contact de ces deux familles,
et nous avons compris que le signe des bruits
-qui rsultent d'un mouvement circulaire, avait d devenir
+qui résultent d'un mouvement circulaire, avait dû devenir
dans le langage, l'indicateur des formes rondes.
Mais si le rapport des mouvemens et des formes semble
d'abord assez naturel pour expliquer la ressemblance
-des expressions qui les caractrisent, il est galement
-vrai que la nature a tabli de frappantes harmonies
-entre ces deux premires sortes de sensations et celles
-des couleurs. Le langage figur nous en offre assez de
+des expressions qui les caractérisent, il est également
+vrai que la nature a établi de frappantes harmonies
+entre ces deux premières sortes de sensations et celles
+des couleurs. Le langage figuré nous en offre assez de
preuves. Nous avons dit, entr'autres exemples, de <i>sombres</i>
-gmissemens, et des lueurs <i>clatantes</i>. La premire
-de ces tournures prsente une ide de bruit, spcifie
-par une circonstance tire de l'ordre des couleurs, et
-la seconde, une ide de couleur dtermine par une
-pithte qui appartient l'ide du bruit. Le fameux
-aveugle-n Saunderson, aprs avoir cherch long-temps
- se faire un sentiment juste des couleurs, finit par comparer
+gémissemens, et des lueurs <i>éclatantes</i>. La première
+de ces tournures présente une idée de bruit, spécifiée
+par une circonstance tirée de l'ordre des couleurs, et
+la seconde, une idée de couleur déterminée par une
+épithète qui appartient à l'idée du bruit. Le fameux
+aveugle-né Saunderson, après avoir cherché long-temps
+à se faire un sentiment juste des couleurs, finit par comparer
la couleur rouge au son de la trompette; et il
-y a peu d'annes que l'intressant sourd-muet Massieu,
-interrog sur l'opinion qu'il se formait des bruits, et
+y a peu d'années que l'intéressant sourd-muet Massieu,
+interrogé sur l'opinion qu'il se formait des bruits, et
celui de la trompette en particulier, le compara sans
-hsiter la couleur rouge.</p>
+hésiter à la couleur rouge.</p>
<p>S'il y a de l'harmonie entre ces effets, pourquoi ces
-effets n'auraient-ils pas t exprims par des sons de la
-mme espce?</p>
+effets n'auraient-ils pas été exprimés par des sons de la
+même espèce?</p>
-<p>Le mot <i>rouge</i> et ses drivs sont donc, selon moi, des
-Onomatopes construites par extension du son radical
-du roulement. En vieux franais, <i>ro</i> s'est dit pour <i>rouge</i>,
+<p>Le mot <i>rouge</i> et ses dérivés sont donc, selon moi, des
+Onomatopées construites par extension du son radical
+du roulement. En vieux français, <i>ro</i> s'est dit pour <i>rouge</i>,
et <i>roe</i> pour <i>roue</i>. Toutes les Langues fourniraient de
pareils rapports.</p>
<p>M. Bernardin de Saint-Pierre a reconnu l'harmonie
du mouvement circulaire, de la forme ronde, et de la
-couleur rouge. Il se plat mme tayer ce rapprochement
-ingnieux des observations les plus agrables;
-et s'il a nglig de prouver que les mots qui dsignent
+couleur rouge. Il se plaît même à étayer ce rapprochement
+ingénieux des observations les plus agréables;
+et s'il a négligé de prouver que les mots qui désignent
chez la plupart des peuples ce mouvement, cette forme
et cette couleur, ont une racine commune, c'est sans
-doute parce que cette espce de dmonstration emprunte
-des froides tudes de la Grammaire, lui a paru trop
-sche pour une matire si lgante et si potique.</p>
+doute parce que cette espèce de démonstration empruntée
+des froides études de la Grammaire, lui a paru trop
+sèche pour une matière si élégante et si poétique.</p>
</div>
<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6" id="Footnote_6"></a>
<a href="#FNanchor_6">
-<span class="label">[6]</span></a> Le mot <i>fixer</i> n'est point franais dans le sens
+<span class="label">[6]</span></a> Le mot <i>fixer</i> n'est point français dans le sens
de regarder fixement, d'attacher un regard <i>fixe</i> sur
une personne ou sur une chose; mais c'est une de ces
-expressions que l'usage devrait avoir consacres. Ce
-verbe offre une des figures les plus nergiques, une
-des hyperboles les plus loquentes de la Langue; c'est
+expressions que l'usage devrait avoir consacrées. Ce
+verbe offre une des figures les plus énergiques, une
+des hyperboles les plus éloquentes de la Langue; c'est
non-seulement saisir l'objet sur lequel nous portons la
-vue, c'est encore l'arrter, le rendre immobile, nous
+vue, c'est encore l'arrêter, le rendre immobile, nous
l'approprier, nous l'identifier par le seul effet de nos
regards, <i>habere in oculis</i>, disaient tout aussi hardiment
les Latins.</p>
<p>Jean-Jacques Rousseau, Duclos, Rivarol, madame
-de Genlis l'ont frquemment employ. M. de Chteaubriand,
+de Genlis l'ont fréquemment employé. M. de Châteaubriand,
tout en le condamnant dans un autre, l'avait
-laiss chapper deux fois dans la premire dition du
-<cite>Gnie du Christianisme</cite>; et les termes qu'il y a substitus
+laissé échapper deux fois dans la première édition du
+<cite>Génie du Christianisme</cite>; et les termes qu'il y a substitués
depuis, sont bien loin de racheter le sacrifice que
-cet Ecrivain a cru devoir en faire la correction. Il lui
-appartenait, il appartient quelques hommes qui doivent
- leurs talens le privilge de donner aux mots le
-droit de cit, d'accueillir celui-ci dont rien ne nous
-offre l'quivalent: je le recommande aux Lexicographes.</p>
-
-<p>Il n'est gures possible, au reste, de parler de la
-formation des mots dans les Langues premires, sans
-tre oblig de s'arrter un moment ce qu'on appelle
-la nologie ou cration des mots nouveaux. Cette nologie
-est une des choses dont on a parl le plus diversement,
+cet Ecrivain a cru devoir en faire à la correction. Il lui
+appartenait, il appartient à quelques hommes qui doivent
+à leurs talens le privilége de donner aux mots le
+droit de cité, d'accueillir celui-ci dont rien ne nous
+offre l'équivalent: je le recommande aux Lexicographes.</p>
+
+<p>Il n'est guères possible, au reste, de parler de la
+formation des mots dans les Langues premières, sans
+être obligé de s'arrêter un moment à ce qu'on appelle
+la néologie ou création des mots nouveaux. Cette néologie
+est une des choses dont on a parlé le plus diversement,
et dont on peut effectivement porter les jugemens
-les plus opposs. Elle est la fois le gnie protecteur
-et le flau des Langues; elle les enrichit et les
-dnature. Par elle, tout se dgrade, tout se confond;
-et sans elle, l'imagination asservie se trane impatiemment
-dans ses lisires.</p>
-
-<p>Il est certain que tous les mots ayant t forms
-pour exprimer la pense prise sous certain aspect, ou
-l'tre pris dans certaine qualit, et que rien n'tant
-plus mobile que les aspects de la pense et plus vari
-que les qualits de l'tre, il n'y a pas un seul homme
+les plus opposés. Elle est à la fois le génie protecteur
+et le fléau des Langues; elle les enrichit et les
+dénature. Par elle, tout se dégrade, tout se confond;
+et sans elle, l'imagination asservie se traîne impatiemment
+dans ses lisières.</p>
+
+<p>Il est certain que tous les mots ayant été formés
+pour exprimer la pensée prise sous certain aspect, ou
+l'être pris dans certaine qualité, et que rien n'étant
+plus mobile que les aspects de la pensée et plus varié
+que les qualités de l'être, il n'y a pas un seul homme
qui n'ait souvent besoin, pour rendre sa sensation
avec justesse, d'improviser une expression qui la
-peigne. Otez cette ressource l'esprit, et vous dtruisez
-tout ce qui reste de posie dans vos Langues. Vous
-condamnez Racine parler le patois de Jodelle, et
-quelqu'poque mme que la Langue soit prise, vous
-donnez d'injustes entraves la pense, car les ides
-se succdent sans cesse en variant leur ordre et leurs
-rapports. Si j'ai vu ce qui n'a point t aperu jusqu'
-moi, si j'ai dcouvert entre des choses connues un rapport
+peigne. Otez cette ressource à l'esprit, et vous détruisez
+tout ce qui reste de poésie dans vos Langues. Vous
+condamnez Racine à parler le patois de Jodelle, et à
+quelqu'époque même que la Langue soit prise, vous
+donnez d'injustes entraves à la pensée, car les idées
+se succèdent sans cesse en variant leur ordre et leurs
+rapports. Si j'ai vu ce qui n'a point été aperçu jusqu'à
+moi, si j'ai découvert entre des choses connues un rapport
frappant et cependant nouveau, ce qui est le propre
-d'une organisation potique, le tour et le mot dont
-j'ai besoin n'ont pas pu tre prvus. Il faut donc que
-j'imite l'homme primitif dans ses essais, et que je cre
+d'une organisation poétique, le tour et le mot dont
+j'ai besoin n'ont pas pu être prévus. Il faut donc que
+j'imite l'homme primitif dans ses essais, et que je crée
un signe pour ma perception; ou bien si vous me forcez
- n'employer que des signes dj convenus, il faut
-que je dlaye une ide forte et ingnieuse dans une
-priphrase languissante.</p>
-
-<p>D'un autre ct, la nologie sera d'un plus grand
-secours ces Ecrivains sans talens, qui, incapables de
-saisir des effets nouveaux, parviennent cependant
-faire croire au vulgaire qu'ils y ont russi, en revtant
-d'un tour audacieux et d'une expression inusite des
-ides communes et souvent triviales et populaires. De
-l ces locutions barbares, ces mots bizarrement composs,
-ces nologismes intolrables qui frappent l'esprit
-sans l'instruire, et que la manie des nouveauts
-perptue quelquefois dans le langage qu'ils finissent
+à n'employer que des signes déjà convenus, il faut
+que je délaye une idée forte et ingénieuse dans une
+périphrase languissante.</p>
+
+<p>D'un autre côté, la néologie sera d'un plus grand
+secours à ces Ecrivains sans talens, qui, incapables de
+saisir des effets nouveaux, parviennent cependant à
+faire croire au vulgaire qu'ils y ont réussi, en revêtant
+d'un tour audacieux et d'une expression inusitée des
+idées communes et souvent triviales et populaires. De
+là ces locutions barbares, ces mots bizarrement composés,
+ces néologismes intolérables qui frappent l'esprit
+sans l'instruire, et que la manie des nouveautés
+perpétue quelquefois dans le langage qu'ils finissent
par corrompre.</p>
-<p>Il y a donc beaucoup de choses observer dans
+<p>Il y a donc beaucoup de choses à observer dans
l'admission des mots nouveaux: qu'ils soient indispensables,
-que leur construction ne soit point trangre
+que leur construction ne soit point étrangère à
l'esprit de la Langue, qu'elle rappelle distinctement
-leur racine, que des Ecrivains estims en aient fait
+leur racine, que des Ecrivains estimés en aient fait
usage.</p>
<p>Au reste, je regarderais un dictionnaire des mots
- admettre dans la Langue comme une entreprise peu
-philosophique et mal mesure. Les mots, interprtes
-de la pense, doivent s'lancer avec elle, et c'est dans
-la chaleur d'une conception rapide qu'un nologisme
-heureux se fait pardonner. L'invention ne procde point
-par ordre alphabtique; mais ce serait peut-tre un
-livre assez curieux que celui qui runirait les expressions
-vives, caractristiques et originales qui sont propres
- un seul Ecrivain, qui n'ont point t mises en
-&oelig;uvre depuis lui, ou qui l'ont t rarement, et qui
-ne se sont point conserves dans les vocabulaires. On
-en tirerait beaucoup de ce genre des crits de Cicron,
-de Snque, de Rabelais, de Montaigne, de Sterne, de
+à admettre dans la Langue comme une entreprise peu
+philosophique et mal mesurée. Les mots, interprètes
+de la pensée, doivent s'élancer avec elle, et c'est dans
+la chaleur d'une conception rapide qu'un néologisme
+heureux se fait pardonner. L'invention ne procède point
+par ordre alphabétique; mais ce serait peut-être un
+livre assez curieux que celui qui réunirait les expressions
+vives, caractéristiques et originales qui sont propres
+à un seul Ecrivain, qui n'ont point été mises en
+&oelig;uvre depuis lui, ou qui l'ont été rarement, et qui
+ne se sont point conservées dans les vocabulaires. On
+en tirerait beaucoup de ce genre des écrits de Cicéron,
+de Sénèque, de Rabelais, de Montaigne, de Sterne, de
Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
</div>
-<h2>TABLE DES ONOMATOPES</h2>
+<h2>TABLE DES ONOMATOPÉES</h2>
<h3>A</h3>
@@ -7486,7 +7447,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
</ul></li>
<li><a href="#ahaler">* AHALER.</a></li>
<li><a href="#ahan">* AHAN, AHANER.</a></li>
-<li><a href="#ai">A.</a></li>
+<li><a href="#ai">AÏ.</a></li>
<li><a href="#ame">AME.</a></li>
<li><a href="#anche">ANCHE.</a></li>
<li><a href="#asthme">ASTHME.</a></li>
@@ -7501,21 +7462,21 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><span class="sc">Bamboche.</span></li>
<li><span class="sc">Bambochade.</span></li>
</ul></li>
-<li><a href="#baillement">BILLEMENT, BILLER.</a>
+<li><a href="#baillement">BÂILLEMENT, BÂILLER.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Beer</span> ou <span class="sc">Bayer.</span></li>
<li><span class="sc">Bah!</span></li>
<li><span class="sc">Badaud.</span></li>
-<li><span class="sc">S'bahir</span>, tre <span class="sc">bahi</span>.</li>
+<li><span class="sc">S'ébahir</span>, être <span class="sc">ébahi</span>.</li>
</ul></li>
<li><a href="#barboter">BARBOTER.</a></li>
<li><a href="#baret">* BARET.</a></li>
<li><a href="#beffroi">BEFFROI.</a></li>
-<li><a href="#belement">BLEMENT, BLER.</a>
+<li><a href="#belement">BÊLEMENT, BÊLER.</a>
<ul>
-<li><span class="sc">Bgayement</span>, <span class="sc">Bgayer.</span></li>
+<li><span class="sc">Bégayement</span>, <span class="sc">Bégayer.</span></li>
</ul></li>
-<li><a href="#belier">BLIER.</a>
+<li><a href="#belier">BÉLIER.</a>
<ul>
<li>* <span class="sc">Belin.</span></li>
</ul></li>
@@ -7531,7 +7492,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><a href="#bond">BOND, BONDIR, BONDISSEMENT.</a></li>
<li><a href="#borborigme">BORBORIGME.</a></li>
<li><a href="#bouc">BOUC.</a></li>
-<li><a href="#bouffee">BOUFFE, BOUFFI.</a>
+<li><a href="#bouffee">BOUFFÉE, BOUFFI.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Ouf.</span></li>
<li><span class="sc">Bouffon.</span></li>
@@ -7558,7 +7519,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><a href="#broiement">BROIEMENT, BROYER.</a></li>
<li><a href="#bruire">BRUIRE, BRUISSEMENT, BRUIT.</a>
<ul>
-<li><span class="sc">Bruyre.</span></li>
+<li><span class="sc">Bruyère.</span></li>
</ul></li>
</ul>
<h3>C</h3>
@@ -7580,7 +7541,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><a href="#catacombe">CATACOMBE.</a></li>
<li><a href="#cataracte">CATARACTE.</a></li>
<li><a href="#chat-huant">CHAT-HUANT.</a></li>
-<li><a href="#cheveche">CHEVCHE.</a></li>
+<li><a href="#cheveche">CHEVÊCHE.</a></li>
<li><a href="#choc">CHOC, CHOQUER.</a></li>
<li><a href="#choucas">CHOUCAS.</a></li>
<li><a href="#chuchotter">CHUCHOTTER, CHUCHOTTERIE, CHUCHOTTEUR.</a></li>
@@ -7611,7 +7572,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><a href="#crachat">CRACHAT, CRACHEMENT, CRACHER.</a></li>
<li><a href="#cran">CRAN.</a>
<ul>
-<li><span class="sc">cran.</span></li>
+<li><span class="sc">Écran.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#craquement">CRAQUEMENT, CRAQUER.</a>
<ul>
@@ -7622,7 +7583,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><a href="#cri">CRI, CRIER.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Criailler</span>, <span class="sc">Criaillerie</span>, <span class="sc">Criailleur.</span></li>
-<li><span class="sc">Criocre.</span></li>
+<li><span class="sc">Criocère.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#cric">CRIC.</a></li>
<li><a href="#crincrin">* CRINCRIN.</a></li>
@@ -7638,14 +7599,14 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
</ul></li>
<li><a href="#croulement">CROULEMENT, CROULER.</a>
<ul>
-<li><span class="sc">croulement</span>, s'<span class="sc">crouler</span>.</li>
+<li><span class="sc">Écroulement</span>, s'<span class="sc">Écrouler</span>.</li>
</ul></li>
</ul>
<h3>D</h3>
<ul>
<li><a href="#dandin">DANDIN, DANDINER.</a></li>
-<li><a href="#degringoler">DGRINGOLER.</a></li>
+<li><a href="#degringoler">DÉGRINGOLER.</a></li>
<li><a href="#drille">DRILLE.</a></li>
<li><a href="#dronos">* DRONOS.</a></li>
<li><a href="#drouine">* DROUINE.</a>
@@ -7656,24 +7617,24 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<h3>E</h3>
<ul>
-<li><a href="#ebrouer">* BROUER.</a></li>
-<li><a href="#eclat">CLAT, CLATER.</a>
+<li><a href="#ebrouer">* ÉBROUER.</a></li>
+<li><a href="#eclat">ÉCLAT, ÉCLATER.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Eclabousser.</span></li>
</ul></li>
-<li><a href="#ecloppe">CLOPP.</a>
+<li><a href="#ecloppe">ÉCLOPPÉ.</a>
<ul>
<li>* <span class="sc">Clopin, Clopant.</span></li>
</ul></li>
-<li><a href="#ecraser">CRASER.</a></li>
-<li><a href="#ecrou">CROU.</a></li>
-<li><a href="#egriser">GRISER.</a></li>
+<li><a href="#ecraser">ÉCRASER.</a></li>
+<li><a href="#ecrou">ÉCROU.</a></li>
+<li><a href="#egriser">ÉGRISER.</a></li>
<li><a href="#enfler">ENFLER, ENFLURE.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Gonfler.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#escopette">ESCOPETTE, ESCOPETTERIE.</a></li>
-<li><a href="#eternuement">TERNUEMENT, TERNUER.</a></li>
+<li><a href="#eternuement">ÉTERNUEMENT, ÉTERNUER.</a></li>
</ul>
<h3>F</h3>
@@ -7682,11 +7643,11 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><a href="#fifre">FIFRE.</a></li>
<li><a href="#flacon">FLACON.</a>
<ul>
-<li><span class="sc">Flacque d'eau.</span></li>
+<li><span class="sc">Flacquée d'eau.</span></li>
<li><span class="sc">Flasque.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#flanquer">FLANQUER.</a></li>
-<li><a href="#fleche">FLCHE.</a></li>
+<li><a href="#fleche">FLÈCHE.</a></li>
<li><a href="#fleur">FLEUR.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Flairer.</span></li>
@@ -7698,24 +7659,24 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><span class="sc">* Floflotter.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#flou">FLOU.</a></li>
-<li><a href="#flute">FLTE.</a></li>
+<li><a href="#flute">FLÛTE.</a></li>
<li><a href="#fracas">FRACAS, FRACASSER.</a></li>
<li><a href="#fredon">FREDON, FREDONNER.</a></li>
<li><a href="#frelon">FRELON.</a></li>
-<li><a href="#fremir">FRMIR, FRMISSEMENT.</a>
+<li><a href="#fremir">FRÉMIR, FRÉMISSEMENT.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Frisson</span>, <span class="sc">Frissonnement.</span></li>
<li><span class="sc">Frayeur</span>, <span class="sc">Effroi.</span></li>
<li><span class="sc">Froid.</span></li>
</ul></li>
-<li><a href="#fretiller">FRTILLER.</a>
+<li><a href="#fretiller">FRÉTILLER.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Fretin.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#frire">FRIRE.</a></li>
<li><a href="#friser">FRISER.</a></li>
<li><a href="#froissement">FROISSEMENT, FROISSER.</a></li>
-<li><a href="#froler">FRLER.</a></li>
+<li><a href="#froler">FRÔLER.</a></li>
<li><a href="#fronde">FRONDE.</a></li>
<li><a href="#frottement">FROTTEMENT, FROTTER.</a></li>
<li><a href="#frouer">FROUER.</a></li>
@@ -7747,9 +7708,9 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><a href="#goutte">GOUTTE.</a></li>
<li><a href="#graillement">GRAILLEMENT, GRAILLER.</a></li>
<li><a href="#gratter">GRATTER.</a></li>
-<li><a href="#grele">GRLE, GRLER.</a>
+<li><a href="#grele">GRÊLE, GRÊLER.</a>
<ul>
-<li><span class="sc">Grsil.</span></li>
+<li><span class="sc">Grésil.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#grelot">GRELOT.</a>
<ul>
@@ -7787,7 +7748,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><a href="#gruau">GRUAU.</a></li>
<li><a href="#grue">GRUE.</a></li>
<li><a href="#gruller">* GRULLER.</a></li>
-<li><a href="#guepe">GUPE.</a></li>
+<li><a href="#guepe">GUÊPE.</a></li>
<li><a href="#guiorer">* GUIORER.</a></li>
</ul>
<h3>H</h3>
@@ -7810,7 +7771,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><span class="sc">Horrible.</span></li>
<li><span class="sc">Abhorrer.</span></li>
</ul></li>
-<li><a href="#huee">HUE, HUER.</a></li>
+<li><a href="#huee">HUÉE, HUER.</a></li>
<li><a href="#hulotte">HULOTTE.</a>
<ul>
<li>* <span class="sc">Hululer</span>, ou <span class="sc">ululer</span>.</li>
@@ -7833,7 +7794,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<ul>
<li><a href="#lapper">LAPPER.</a></li>
-<li><a href="#lecher">LCHER.</a></li>
+<li><a href="#lecher">LÉCHER.</a></li>
<li><a href="#loriot">LORIOT.</a></li>
<li><a href="#loup">LOUP.</a></li>
</ul>
@@ -7862,22 +7823,22 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<h3>P</h3>
<ul>
-<li><a href="#pamer">PMER, PMOISON.</a></li>
+<li><a href="#pamer">PÂMER, PÂMOISON.</a></li>
<li><a href="#pepier">PEPIER.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Piailler</span>, <span class="sc">Piaillerie</span>, <span class="sc">Piailleur.</span></li>
<li><span class="sc">Pepie.</span></li>
-<li><span class="sc">Pipe.</span></li>
+<li><span class="sc">Pipée.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#pic">PIC.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Piquer.</span></li>
<li><span class="sc">Pioche.</span></li>
-<li><span class="sc">Bche.</span></li>
+<li><span class="sc">Bêche.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#poupe">* POUPE.</a>
<ul>
-<li><span class="sc">Poupe.</span></li>
+<li><span class="sc">Poupée.</span></li>
<li><span class="sc">Poupon.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#puer">PUER.</a></li>
@@ -7886,13 +7847,13 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<ul>
<li><a href="#racler">RACLER.</a></li>
-<li><a href="#raire">RAIRE ou RER.</a>
+<li><a href="#raire">RAIRE ou RÉER.</a>
<ul>
<li><span class="sc">Rut.</span></li>
</ul></li>
-<li><a href="#rale">RLE, RLEMENT, RLER.</a>
+<li><a href="#rale">RÂLE, RÂLEMENT, RÂLER.</a>
<ul>
-<li><span class="sc">Rle</span>, oiseau.</li>
+<li><span class="sc">Râle</span>, oiseau.</li>
</ul></li>
<li><a href="#rauque">RAUQUE.</a>
<ul>
@@ -7928,12 +7889,12 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><span class="sc">Roulette.</span></li>
<li><span class="sc">Roulis.</span></li>
<li><span class="sc">Roulon.</span></li>
-<li><span class="sc">Rle.</span></li>
-<li><span class="sc">Rler.</span></li>
-<li><span class="sc">Enrler</span>, <span class="sc">Enrotuler.</span></li>
-<li><span class="sc">Enrlement</span>, <span class="sc">Enrleur.</span></li>
+<li><span class="sc">Rôle.</span></li>
+<li><span class="sc">Rôler.</span></li>
+<li><span class="sc">Enrôler</span>, <span class="sc">Enrotuler.</span></li>
+<li><span class="sc">Enrôlement</span>, <span class="sc">Enrôleur.</span></li>
<li><span class="sc">Rotonde.</span></li>
-<li><span class="sc">Rotondit.</span></li>
+<li><span class="sc">Rotondité.</span></li>
<li><span class="sc">Rond.</span></li>
<li><span class="sc">Rondeur.</span></li>
<li><span class="sc">Rondelet.</span></li>
@@ -7950,7 +7911,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><span class="sc">Routier.</span></li>
<li><span class="sc">Routine.</span></li>
<li><span class="sc">Routinier.</span></li>
-<li><span class="sc">Drouter.</span></li>
+<li><span class="sc">Dérouter.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#rugir">RUGIR, RUGISSEMENT.</a></li>
<li><a href="#ruisseau">RUISSEAU, RUISSELER.</a>
@@ -7995,8 +7956,8 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<ul>
<li><span class="sc">Tic tac.</span></li>
<li><span class="sc">Tic.</span></li>
-<li><span class="sc">Tiquet.</span></li>
-<li><span class="sc">Tter</span>, <span class="sc">Ttonner</span>, <span class="sc"> Ttons.</span></li>
+<li><span class="sc">Tiqueté.</span></li>
+<li><span class="sc">Tâter</span>, <span class="sc">Tâtonner</span>, <span class="sc">à Tâtons.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#taffetas">TAFFETAS.</a></li>
<li><a href="#tambour">TAMBOUR.</a>
@@ -8009,7 +7970,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><span class="sc">Se tapir.</span></li>
<li><span class="sc">Tapon.</span></li>
<li><span class="sc">Taupin.</span></li>
-<li><span class="sc">toupe.</span></li>
+<li><span class="sc">Étoupe.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#tan">TAN.</a></li>
<li><a href="#taon">TAON.</a></li>
@@ -8035,7 +7996,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><a href="#torrent">TORRENT.</a></li>
<li><a href="#tourde">* TOURDE.</a>
<ul>
-<li><span class="sc">tourdir.</span></li>
+<li><span class="sc">Étourdir.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#tourtereau">TOURTEREAU, TOURTERELLE.</a></li>
<li><a href="#tousser">TOUSSER, TOUX.</a></li>
@@ -8047,7 +8008,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><span class="sc">Trembler.</span></li>
<li><span class="sc">Tremblotter.</span></li>
<li><span class="sc">Tremble</span>, arbre.</li>
-<li><span class="sc">Trmoussement</span>, <span class="sc">se Trmousser.</span></li>
+<li><span class="sc">Trémoussement</span>, <span class="sc">se Trémousser.</span></li>
<li><span class="sc">Tressaillement</span>, <span class="sc">Tressaillir.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#trantran">TRANTRAN.</a></li>
@@ -8070,7 +8031,7 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
<li><span class="sc">Vagues.</span></li>
</ul></li>
<li><a href="#violon">VIOLON.</a></li>
-<li><a href="#vite">VTE, VTESSE.</a></li>
+<li><a href="#vite">VÎTE, VÎTESSE.</a></li>
</ul>
<h3>Z</h3>
@@ -8081,9 +8042,9 @@ Milton, de Schiller, du Dante et d'Alfieri.</p>
-<h2>TABLE ALPHABTIQUE<br/>
-<i>Des Auteurs cits dans cet Ouvrage,
-ou qui ont t consults
+<h2>TABLE ALPHABÉTIQUE<br/>
+<i>Des Auteurs cités dans cet Ouvrage,
+ou qui ont été consultés
pour sa Composition.</i></h2>
@@ -8118,18 +8079,18 @@ pour sa Composition.</i></h2>
<li>Caseneuve.</li>
<li>Castelvetro.</li>
<li>Catulle.</li>
-<li>M. de Chteaubriand.</li>
+<li>M. de Châteaubriand.</li>
<li>Chapuis (Gabriel).</li>
<li>Chevalier.</li>
<li>Cholieres.</li>
<li>Christian de Troyes.</li>
-<li>Cicron.</li>
+<li>Cicéron.</li>
<li>Clotilde de Surville.</li>
<li>Clusius.</li>
<li>Coquillard.</li>
<li>Costar.</li>
<li>Covarruvias.</li>
-<li>Court de Gbelin.</li>
+<li>Court de Gébelin.</li>
<li>Cyrano de Bergerac.</li>
</ul>
<h3>D</h3>
@@ -8140,7 +8101,7 @@ pour sa Composition.</i></h2>
<li>Davies.</li>
<li>Debrosse.</li>
<li>M. Delille.</li>
-<li>Mad. Deshoulires.</li>
+<li>Mad. Deshoulières.</li>
<li>Desmarets.</li>
<li>Dubartas.</li>
<li>Dubellay.</li>
@@ -8180,8 +8141,8 @@ pour sa Composition.</i></h2>
<h3>J</h3>
<ul>
-<li>Jrmie.</li>
-<li>Saint-Jrme.</li>
+<li>Jérémie.</li>
+<li>Saint-Jérôme.</li>
</ul>
<h3>K</h3>
@@ -8191,8 +8152,8 @@ pour sa Composition.</i></h2>
<h3>L</h3>
<ul>
-<li>Le pre Labbe.</li>
-<li>La Bruyre.</li>
+<li>Le père Labbe.</li>
+<li>La Bruyère.</li>
<li>La Fontaine.</li>
<li>M. Lalanne.</li>
<li>La Monnoye.</li>
@@ -8204,9 +8165,9 @@ pour sa Composition.</i></h2>
<li>Leroux.</li>
<li>Letourneur.</li>
<li>Linguet.</li>
-<li>Linn.</li>
+<li>Linné.</li>
<li>Lorris (Guillaum. de).</li>
-<li>Lucrce.</li>
+<li>Lucrèce.</li>
</ul>
<h3>M</h3>
@@ -8215,10 +8176,10 @@ pour sa Composition.</i></h2>
<li>Marcgrave.</li>
<li>Marot.</li>
<li>Martinet.</li>
-<li>Mnage.</li>
+<li>Ménage.</li>
<li>M. Mercier.</li>
<li>Milton.</li>
-<li>Molire.</li>
+<li>Molière.</li>
<li>Monnet.</li>
<li>Montaigne.</li>
</ul>
@@ -8282,7 +8243,7 @@ pour sa Composition.</i></h2>
<h3>T</h3>
<ul>
-<li>Thophile.</li>
+<li>Théophile.</li>
<li>Trenck (le baron de).</li>
</ul>
<h3>V</h3>
@@ -8304,390 +8265,12 @@ pour sa Composition.</i></h2>
<h2>NOTE SUR LA TRANSCRIPTION</h2>
-<p>On a conserv l'identique l'orthographe de l'original, y compris ses
-variantes (par exemple ame/me, pote/pote, etc.), l'exception
-des coquilles manifestes (ex. qni au lieu de qui) qui ont t corriges.</p>
+<p>On a conservé à l'identique l'orthographe de l'original, y compris ses
+variantes (par exemple ame/âme, poète/poëte, etc.), à l'exception
+des coquilles manifestes (ex. qni au lieu de qui) qui ont été corrigées.</p>
</div>
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn des onomatopes
-franaises, by Charles Nodier
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DICT. RAISONNE DES ONOMATOPEES ***
-
-***** This file should be named 41577-h.htm or 41577-h.zip *****
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-(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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-do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
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-such as creation of derivative works, reports, performances and
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-
-*** START: FULL LICENSE ***
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-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
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-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
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-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
-Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
-collection are in the public domain in the United States. If an
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-1.E.9.
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-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
-terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
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-electronic work, or any part of this electronic work, without
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-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
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- License. You must require such a user to return or
- destroy all copies of the works possessed in a physical medium
- and discontinue all use of and all access to other copies of
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-
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- money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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- of receipt of the work.
-
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-
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-
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-or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
-work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
-Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
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-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
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-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
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-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
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-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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-</pre>
-
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 41577 ***</div>
</body>
</html>